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L'ERREUR

A NE PAS

COMMETTRE Rien n'interdit de faire appel dans dea proportions raisonna- bles aux économies, à l'impot et au crédit

Comment un déficit qui était évalué, il y a trois mois, à six ou sept milliards, ce qui semblait déjà beaucoup, a-t-il pu passer à la douzaine, chiffre confirmé par le ministre du Budget ? Le public n'a pu manquer de se poser la question et de se demander, en outre, si c'était bien la peine de tant parler d'économies. Mais un déficit peut tenir soit a l'augmentation et à l'excès des dé- penses, soit à la diminution et à l'insuffisance des recettes, soit encore à ces deux sortes de causes réunies. Tel est précisément le cas aujourd'hui.

Personne n'ignore que les dépenses ont augmenté, on peut dire toutes seules, par l'effet de lois qui ont été votées sans qu'on eût cher- ché à savoir ce qu'elles arriveraient à coûter. Mais c'était dans une période d'abondance dont il semblait qu'on ne verrait jamais la fin. Pour le Trésor, comme pour les particuliers, les vaches maigres sont venues après les vaches grasses. Résultat il y a plus à payer au moment où l'on reçoit moins.

C'est ici précisément qu'on peut prendre une idée plus exacte du problème budgétaire et de la manière de le traiter.

Si l'on écoutait tout le monde, ce serait bien simple. On ne ferait rien du tout. Ou plutôt si, nous savons bien ce qu'on ferait on fabriquerait des billets. Car il y a des objections, des résistances ou des impossibilités à n'importe quelle solution. Des économies ? Osez donc en faire Des impôts ? Le contribuable 1 est à bout de souffle. L'emprunt ? Déplorable méthode qui conduit droit au péril de la dette flottante. Et tout cela est vrai. Douze milliards d'économies ne sont pas plus concevables que douze milliards de surcroît d'impôts et si l'on comble le déficit par l'emprunt, autant vaut renoncer tout de suite à de saines finances et sauter à pieds joints dans l'infiation.

Cependant, si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que le trou aboucher tient pour une bonne part à la diminution du rendement des impôts. Et cette diminution est générale. Elle est, elle aussi, automatique. Lorsque les revenus et les bénéfices ont baissé, comment les impôts sur les revenus seraient-ils aussi productifs qu'au temps de la prospérité ? On peut resserrer le contrôle, poursuivre la fraude. Il reste que l'industrie et le commerce gagnent moins, que les dividendes sont réduits ou supprimés. Et quand les affaires se ralentissent, la taxe sur le chiffre d'affaires donne des moins-values. Quand les transactions sont plus rares et portent sur des chiffres moins élevés, les droits d'enregistrement rendent moins. Pendant plusieurs mois, les plus-values des douanes ont compensé les moins-values qui apparaissaient ailleurs. Il a fallu protéger la production française, « contingenter » les importations, et, à leur tour, les recettes des douanes ont fléchi.

L'ensemble de nos impôts est établi sur la valeur des choses. Il est donc fatal que les recettes fiscales aient des variations très amples. qu'elles soient bien haut quand l'activité est intense, bien bas quand la dépression survient.

Supposons donc qu'il scit possible de créer douze milliards d'impôts nouveaux ou d'accroissements de taxes. Supposons aussi, ce qui, après tout, n'est pas invraisemblable, que, d'ici un certain nombre de mois ou d'années, la prospérité renaisse. Fatalement, le Trésor se trouverait à la tête d'excédents considérables. On serait grisé comme on l'était il y a trois ans. On recommencerait à voter des libéralités sans en calculer le prix. Et quand reviendrait une crise, on découvri- rait un déficit encore plus profond que celui qui est constaté en ce moment-ci. Jamais ce cycle infernal n'aurait de fin.

Il faut donc être prévoyant dans la pénurie plus qu'on ne l'a été dans l'abondance. Il manque de l'argent, c'est trop certain. Il importe de distinguer entre ce qui est passager et ce qui est définitif, entre ce qui manquera d'une manière perma- nente et ce qui, selon toutes les j apparences, ne doit faire défaut que pour un temps. Si, par exemple, on évalue à six milliards la diminution du rendement des impôts, il serait normal de recourir à l'emprunt pour une somme égale, en attendant le jour où le niveau des recettes fiscales serait rétabli.

L'erreur, et elle est souvent commise, même ailleurs qu'en finances, est de ne voir qu'un seul remède, alors qu'il y en a plusieurs. Pourquoi serait-on obligé soit de décréter des réductions qui tailleraient dans la chair vive, soit d'achever l'écrasement du contribuable par une fiscalité décevante et mortelle, soit de s'abreuver, comme les prodigues, à l'emprunt, alors que rien n'interdit de faire appel dans des proportions raisonnables aux économies, à l'impôt et au crédit ?

Jacques BAINVILLE

POUR L'ÉQUILIBRE BUDGÉTAIRE La commission des finances saisie des propositions gouvernementales décide d'aborder sans retard l'examen du budget des dépenses

Préalablement le conseil des ministres avait approuvé à l'unanimité les mesures recommandées par M. Palmade La commission des finances de la Chambre commencera cet après-midi l'examen des divers budgets de dépenses déjà distribués. Elle en a décidé ainsi, sur la proposition de M. de Chappedelaine, après avoir entendu les déclarations que le conseil des ministres, réuni hier matin l'Elysée sous la présidence de M. Albert Lebrun, avait chargé M. Germain-Martin et M. Palmade de faire devant elle.

Au début de la matinée, le ministre du Budget avait brièvement conféré, à la présidence du Conseil, avec M. Herriot et le ministre des Finances. Au surplus, tous les membres du gouvernement s'étaient mis d'accord,

M. Germain-Martin sortant de l'Elysée au cours du conseil de cabinet de la veille, sur là' plupart des moyens à proposer pour assurer l'équilibre budgétaire, le conseil .des ministres n'at-il eu, après une dernière délibération, qu'à approuver le s projet général de budget présenté par M. Palmade. M. Germain-Martin et son collègue ont donc pu, devant la commission des finances, exposer la situation de la Trésorerie, déterminer le déficit du budget de 1933 et indiquer, dans leurs grandes lignes, les dispositions envisagées par le gouvernement pour y remédier.

Le défiéit

La séance a commencé par un exposé de M. Palmade sur le déficit. On sait que celui-ci s'élève, au minimum, milliards de francs, abstraction faite des conséquences de la loi du 15 juillet sur le rétablissement de l'équilibre et de celle du 17 octobre sur les conversions. Or les rapporteurs généraux du Sénat et de la Chambre l'avaient, au. mois de mars dernier, évalué, on s'en souvient, à 7 milliards seulement. Cette augmentation de 5 milliards s'explique a fait valoir M. Paimade par une augmentation supplémentaire des prévisions de dépenses de 1 milliard et par un fléchissement des recettes supérieur de milliards aux évaluations primitives. Le ministre du Budget: a ensuite indiqué dans quelles conditions et selon quelles règles avaient été établies les prévisions de recettes. Ces règles ne s'écartent pas de celles qui ont été traditionnellement appliquées en ces dernières années. Le ministre a eu soin de préciser que, dans les circonstances économiques actuelles, la détermination du montant du déficit ne pouvait être fixée qu'avec approximation et il a insisté sur le fait que le chiffre dc 12 milliards de francs devait être considéré comme un minimum. M. Palmade a d'ailleurs rappelé, pour finir, que les économies déjà réaUsées par la loi du 15 juillet et par les conversions formaient, en chiffres ronds, un total de 4 milliards de francs. Il reste donc à couvrir un déficit minimum de 8 milliards. La Trésorerie

M. Malvy a ensuite donné la parole à M. Germain-Martin, qui a communique aux commissaires des renseij gnements sur l'état de la Trésorerie. Le ministre des Finances a montré 1 tout d'abord comment il avait réussi, jusqu'à présent, à n'utiliser que dans une assez faible mesure la marge d'émission accordée en juillet par le ¡,Parlement. Puis il a indiqué quelles i étaient les prochaines échéances de la trésorerie et comment cette dernière devait approximativement évoluer d'ici la fin de l'année. M. Germain-Martin a même précisé que, si lés mesures budgétaires qui s'imposent n'étaient pas décidées, la dette flottante s'élèverait à la fin de l'année I 1933 à 19 milliards et qu'il se verrait alors dans l'obligation de réclamer les 1 moyens de trésorerie exigés par une telle situation. Bref, le ministre a démontré que, pour défendre toutes les 1 formes du crédit public, il importait d'assurer, dans le délai le plus bref, un solide équilibre budgétaire; aussi rigoureux que possible.

L'équilibre

Après l'exposé de M. Germain-Martin, M. Palmade a repris la parole :pour énumérer les catégories de mesures envisagées par le gouvernement en vue de couvrir le déficit existant. Ce

MM. Chautemps, Palmade et Léon Meyer sortant de l'Elyaée

ne sont d'ailleurs point des textes ni même des précisions strictement chiffrées que le ministre du Budget a apportés à la commission, mais des indications sur les conceptions générales auxquelles s'est rallié le gouvernement pour assurer l'équilibre du budget de 1933.

(La suite à la deuxième page.) UN EXPOSE DE M. HERRIOT SUR LA SITUATION EXTERIEURE Au cours des délibérations gouvernementales qui se sont déroulées hier matin à l'Elysée, M. Edouard Herriot a rendu compte au conseil des ministres de l'état des négociations extérieures.

Un nouveau conseil de cabinet se tiendra aujourd'hui

Le gouvernement a décidé de tenir un conseil de cabinet aujourd'hui vendredi, à 17 heures, au Quai d'Orsay, M. HERRIOT VISITE

LE JARDIN RAYMOND-SUSSET

En haut M. Herriot reçoit des fleurs. En bas le président au milieu des enfants (Voir à la deuxième page.)

M. DE BROQUEVILLE

VA FORMER EN BELGIQUE UN CABINET PROVISOIRE Son rôle serait de dissoudre les Chambres et de préparer les élections Bruxelles, 20 oct. (dép. Petit Parisien.) Le roi Albert a poursuivi ses consultations au cours de la matinée. Le souverain a reçu d'abord M. Henri Jaspar, puis le comte de Broqueville.

Dès à présent, on considère comme vraisemblable la constitution d'une équipe gouvernementale composée de personnalités t r è s représentatives, mais avec un programme limité à la dissolution des Chambres et aux élections générales qui doivent s'ensuivre dans les quarante jours.

Les ministres dont les noms sont prononcés avec insistance ou bien ont exercé la charge de président du Conseil dans des ministères d'aprèsguerre, ou bien peuvent être considérés comme les chefs ou les personnalités les plus représentatives de leurs partis.

C'est au comte de Broqueville, doyen des présidents du Conseil, que reviendrait la présidence du cabinet de dissolution. On se souvient que le comte de Broqueville est resté au pouvoir pendant toute la guerre et qu'il a exercé, depuis l'armistice, la charge de ministre de la Défense nationale. On trouvera sans doute, à côté de lui. dans le gouvernement de demain, M. Henri Jaspar et M. Poullet, anciens présidents du Conseil dans des ministères, l'un à base libérale et catholique, l'autre de formation démocrate chrétienne et socialiste; MM. Paul Hymans, Paul-Emile Janson, Bevesse, Forthomme, anciens ministres libé-

M. de Broqueville

raux; MM. Sap, Tschoffen et Carton, anciens ministres catholiques, et M. Van Overbergi, sénateur catholique. Une seule personnalité serait prise en dehors du Parlement M. Van Zeeland, autorité financière incontestée, ce qui laisse à penser que le nouveau gouvernement, qui réservera surtout son activité au règlement de la situation politique, ne négligera pas cependant d'étudier le plan de redressement économique qui devra être présenté aux nouvelles Chambres par le cabinet formé au lendemain de la consultation du pays.

(La suite à la troisième page.) Le vice-amiral Vindry

grand-croix de la Légion d'honneur

S u r la proposition de M. Georges Leygues, le conseil des ministres a décidé- d'élever à la dignité de grandcroix de la Légion d'honneur le viceamiral Vindry membre du conseil supérieur d e la Marine, inspecteur général des forces de la Méditerranée passé le 4 octobre dans la deuxième section du c a d r e des officiers généraux.

DEMAIN o-o-o– «s suite de l'enquête

d'Andrée VIOLLIS

SOUS LE MASQUE JAPONAIS

M. Poincaré assistait hier à la séance de l'Académie

M. Poincaré sort de l'Institut

à gauche, M. Hanotaux

M. Poincaré a reparu hier à l'Académie où M. Chaumeix, directeur, lui a souhaité la bienvenue en une allocution qui l'a vivement touché et à laquelle il a répondu par quelques mots de remerciement.

Il a travaillé avec ses confrères à la revision du dictionnaire, du mot pénitencier au mot pensée.

RUE VILIN, UN INCENDIE FAIT SEPT VICTIMES Quatre enfants et leur mère sont morts asphyxiés

Le père de la famille et son associé sont grièvement brûlés Au delà du boulevard de Belleville, après la rude montée de la rue Ramponneau, une petite rue grimpe encore davantage en faisant un brusque virage. c'est la rue Vilin, au com- mencement de laquelle se trouve une synagogue.

Dans cette voie assez étroite et qui peut-être semble plus grouillante encore du fait qu'on ne s'y exprime pas en français, mais en yiddish, un drame effroyable s'est produit hier. Quatre enfants et leur mère ont été brûlés vifs. Le père et son associé, grièvement brûlés sur tout le corps, sont à Saint-Louis dans un état grave. A 18 h. 40, toute la rue était en grand émoi. Des cris, des appels s'étaient fait entendre. De la maison portant le numéro 31, un homme était sorti, couvert de sang, le visage exprimant la plus grande terreur, et tordant ses mains de désespoir.

A cette seconde on vit des flamme s'échapper de derrière la maison, et la peur générale redoubla.car on n'ignorait pas que se trouvaient, à cet endroit, encastrés dans les immeubles en maçonnerie, plusieurs logements tout en bois et si vétustes, avec un tel labyrinthe d'escaliers, de coins et re coins qu'il allait être impossible de porter secours aux habitants et que, peut-être, l'incendie allait prendre d'énormes proportions.

L'homme ensanglanté, et qui marchait si péniblement qu'on crut qu'il avait une jambe cassée, était M. Hers Goldfarb, quarante ans, piqueur de chaussures. Tandis que, dans l'affolement collectif, un voisin, M. Taubenhalls, emportait vers une pharmacie de la rue des Couronnes le malheureux, d'autres avaient bondi aux plus proches avertisseurs d'incendie. De deux casernes, Parmentier et Sévigmé. les sapeurs arrivèrent. Hélas si leur promptitude' servit à éteindre très, rapidement l'incendie, il y avait déjà cinq cadavres.

Ils furent découverts tout de suite. Sans se préoccuper si le plancher du pauvre logement incendié n'allait pas s'effondrer sous leurs pas, les pompiers c'est, évidemment, leur devoir, mais il est 'des devoirs devant l'accomplissement desquels il faut toujours s'incliner voulurent repérer le foyer du sinistre. Et c'est dans cette périlleuse reconnaissance qu'ils trouvèrent les corps. (La suite d la deuxième page.)

M. BONI DE CASTELLANE EST MORT HIER

Le dernier dandy est mort. Le marquis Boni de Castellane, qu'un moment le Boulevard, familier et tout de même révérencieux, appela Boni tout court, s'est éteint dans l'appartement de l'avenue Victor-Emmanuel où la maladie le tenait confiné depuis deux ans déjà. Son nom. jusqu'après la guerre, évo.quait avec un chic particulier le charme de Paris et le prestige déjà désuet de cette époque 1900 où tant de faste s'alliait parfois à de la mièvrerie. Ses allures de grand seigneur, son élégance racée, cette impertinence de bonne compagnie qu'il avait héritée de ses aïeux provençaux. dont la devise altière fut: Moins d'honneurs que d'honneur préservèrent toujours du médiocre les incidents ou les aventures auxquels il fut jadis presque quotidiennement mêlé.

Frère du comte Jean de Castellane, ancien président du conseil municipal de Paris, et de M. Stanislas de Castellane, ancien vice-président de la Chambre, Boni de Castellane avait, comme son père, autrefois député à l'Assemblée nationale, tâté, un moment, à la politique. Elu dans les Basses-Alpes en 1898, il fut invalidé, se représenta, fut réélu deux fois de suite. Mais son mariage avec miss Anna Gould, multimillionnaire américaine, en lui donnant soudain les moyens de réaliser ses goûts somptueux et aristocratiques, allait l'écarter définitivement de la Chambre, comme, après sa vingtième année, son humeur independante lui avait fait quitter la caserne où sa famille eût souhaité qu'il fit carrière.

La grande époque de son existence brillante date du moment où il fit construire. en marbre blanc et rose, sur le modèle du Petit-Trianon, l'hôtel particulier qu'il habita longtemps, à l'angle de l'avenue du Bois et de l'avenue de Malakoff. Tout Paris et plusieurs princes des familles régnantes défilèrent dans ces salons, où furent données des fêtes restées sans lendemain. Dans le cadre exquis de Grignan, Boni de Castellane renouvelait les fêtes champêtres du xvui* siècle. Un soir, pour fêter le vingt et unième anniversaire de sa femme, il avait convoqué toute la gentry parisienne au tir aux pigeons dont les pelouses avaient été. sur son ordre, recouvertes de précieux tapis persans, Alors, sa silhouette, qu'il garda étonnamment svelte et jeune jusqu'au jour où le mal le terrassa, faisait de lui une des physionomies populaires de Paris. Il était un type >, à côté de Troubetzkoi, d'Alexandre Duval, d'Arthur Meyer, mais avec une personnalité. un charme, un stpie qui n'appartenaient qu'à lui seul. Son pantalon un peu étroit, ses guêtres et sa redingote claires.

M. Boni de tasteliane en 1914

sa pelisse et son monocle étaient un peu du Boulevard et des scènes dz revue quand il y avait encore un Boulevard et des revues.

Raymond de NYS.

(La suite à la quatrième page.) POUR ET ^CONTRE On m'a donné l'autre jour un petit détail assez suggestif. Au moment de l'affectation du dernier contingent, les services du ministère de la Guerre ont reçu plus de vingt mille lettres de recommandation. Le jeune X. voulait faire son service à Limoges. Le jeune Y. voulait faire le sien à Marseille. Le jeune I Z. ne voulait pas quitter Paris. etc etc.. C'est ainsi que nos députés, nos sénateurs, nos conseillers généraux, nos conseillers municipaux ont été amenés à expédier plu.s de vingt mille lettres, appelant la bienveillante attention de M. le ministre sur la situation du jeune X. et du jeune Z. fils d'électeurs.

le puis dire ce qu'il est advenu de ce formidable courrier. Il n'a pas été tenu j compte d'une seule recommandation. L'ordre a été donné, formel. Il a été exécuté formellement.

le crois pouvoir dire aussi que les sénateurs, députés, conseillers qui ont lancé ces milliers de lettres n'ont été ni surpris, ni irrités de ne pas obtenir satisfaction. Ils savaient, d'avance, que leurs démarches resteraient absolument sans effet. Beaucoup d'entre eux étaient même tout disposés à donne, raisons au ministre qui devait écarter loyalement mais franchement leur vaine intervention.

Seulement, ils tenaient à ne pas contrister des solliciteurs. Ils tenaient surtout à montrer à ces solliciteurs qu'ils s'étaient occupés d'eux.

Comme il fallait bien qu'ils fussent en mesure de communiquer à tous ceux qui avaient sollicité leur recommandation une réponse officielle officielle et défavorable les services du ministère de la Guerre ont dû rédiger, à leur tour. plus de vingt mille lettres.

On connaît la formule « Mon cher député. vous avez bien voulu attirer mon attention sur la situation. etc. etc. J'ai le regret de vous faire savoir que les dispositions de la loi du-. ne me permettent pas. etc. etc. ».

Vingt mille lettres pour ne rien dire Ainsi beaucoup de temps a été perdu. Ainsi de l'argent a été gaspillé. Ainsi les services d'un ministère se sont trouvés inutilement dérangés.

Les contribuables se plaignent à juste titre des dépenses folles que fait l'Etat.. Mais les contribuables, quand ils sont électeurs, ne trouvent pas toujours mauvais que l'Etat commette quelques folies- Maurice Prax.

AUX ASSISES DE LA SEINE Luis Fernandez

trois fois meurtrier condamné

à vingt ans de bagne II a plaidé que, menacé de mort par ses compatriotes qu'il allait dénoncer, il en a été réduit à faire feu sur eux

Fernande!

La conscience chargée de trois meurtres et du secret qu'il n'a pas voulu livrer, l'Argentin Luiz Fernandez, élégant et poudré, pénètre dans la stalle des accusés. Ce rasta, au regard de braise sous des sourcils en broussaille, à plusieurs reprises s'incline devant ses juges. il s'efforcera de s'exprimer en français, fût-ce en charabia.

Le drame aujourd'hui soumis à votre appréciation, commence le président Pittié. constitue en quelque sorte l'épilogue de la .vie aventureuse d'un certain nombre d'escrocs internationaux venus en France pour exploiter des gens malheureusement naïfs,

Après ce préambule, le président évoque le passé des victimes. Le premier, Alberto Tesone, croupier marron, joueur professionnel, a fui BuenosAires et s'est installé dans un hôtel, rue des Martyrs. Il portait là le nom de Tapia, emprunté à sa maîtresse. Il sortait toutes les nuits et déposait beaucoup d'argent en banque. Le second, Pedro Rosiaarin, né en Pologne, faisait partie d'un syndicat de voleurs. Il prétendait gagner sa vie sur les champs de courses La troisième victime. Eduardo Pronsato, s'est dite tantôt touriste, tantôt cinéaste, En quelques semaines, il gagna plus de 380.000 francs

Les dissentiments nés entre vous, Fernandez, et vos compatriotes, si l'on en croit la police, proviendraient d'une restitution de 200.000 francs volés et que les trois victimes avaient décidé de faire à un joueur dépouillé. Vous qualifiiez cette mesure d'injustifiée et de stupide.

Pas du tout riposte l'accusé. Je ne joue jamais J'ignore le frisco » et le « nulo familiers à ces gens. Un indésirable

Fils de fonctionnaire, Fernandez se préparait à devenir commis postal. Il a préféré, pour gagner plus, devenir représentant de commerce, puis croupier dans un cercle.

il a été condamné à Buenos-Aires à un an de prison avec sursis pour escroquerie, puis en Argentine, pour port d'anne prohibée.

On le tenait pour un stafador, un escroc, un escarpe, un tricheur au jeu. En 1931, il vient en Europe, à Madrid. Il est bientôt expulsé d'Espagne, où il vivait avec une prostituée. C'est au café Gavarni qu'il a rencontre ses trois victimes. Il conte alors i une funambulesque histoire, une histoire ancienne, de Buenos-Aires. Il s'y est laissé entrainer dans un < château une grande maison de jeu dirigée par Tesone, Rosmarin et Pronsato et où il s'est souvent attardé. Il pratiquait alors Vel monte.

C'était, là-bas, un jeu clandestin. Et il y a ou un jour un double homicide, qui fit beaucoup de bruit. J'ai compris que les trois hommes volaient, trichaient, et que j'avais été volé moimême

A la suite des deux homicides du grand « château r, Tesone a dû fuir et s'est réfugié en France, où il vivait sous un faux nom.

Ne sera-t-il pas difficile, aux yeux des jurés, de soutenir avec succès une thèse aussi invraisemblabie? Ce n'est d'ailleurs pas tout. Fernandez a commencé par demander à Tesone et à ses deux autres compatriotes de lui rendre l'argent qui lui aurait été autrefois dérobé. Alors, dans une petite rue du quartier Saint-Georges, il aurait été, dans l'obscurité, fort malmené par eux.

Le lendemain, 15 février, Fernandez se trouvait seul, après le dîner, au café de Madrid, installé devant un guéridon, à droite du tambour de l'entrée. Survinrent Rosmarin et Tesone. Bientôt, précise l'accusé, je les vis s'avancer vers moi. la main dans la poche. J'ai compris que j'étais perdou. Ils ont dit beaucoup des insultes, beaucoup des injourea. J'ai tenté de les apaiser.

Pronsato entra à son tour, accompagné de sa maîtresse et de Mme Tapia. Alors, il a pris peur et a appelé le garçon.

A ce moment, ils se sont précipités tous trois sur moi, m'ont entouré. Rosmarin tenait un revolver et m'a menacé. Je voulais m'en aller et n'ai pu gagner la porte. J'étais fou de peur et j'ai tiré.

Par malheur pour lui, le café était plein de consommateurs. Il y avait des gens attablés partout autour d'eux. On l'a vu, lui, Fernandez, boire avec Rosmarin et Tesone et discuter longtemps. On les a même priés de se taire, car ifs couvraient le bruit de l'orchestre. Le bel hidalgo se leva enfin et, sans avoir été nullement menacé, abattit