bpt6k6275141/f1


LES GRANDES ENQUÊTES -DU "PETIT PARISIEN" Sous le masque Japonais Andrée VIOLLIS LES MULTIPLES VISAGES DE TOKIO

UNE VUE DE TOKIU PRISE EN AVION

Dès mon arrivée au Japon je l'ai conté naguère dans le Petit Parisien je me mis à parcourir Tokio, avide de savoir comment il réagissait à sa victoire. Je ne pus lui découvrir, apparemment du moins, nulle fièvre guerrière, mais j'appris à connaître, sinon à comprendre, ses multiples visages. Tokio ou la ville du miracle, le miracle de la tenace énergie japonaise. Il n'y a guère plus de neuf ans, le 1" septembre 1923, il était presque entièrement détruit par le plus effroyable tremblement de terre 400.000 maisons en cendres, 75.000 cadavres carbonisés, 1.500.000 sans-abri, tel était le bilan de la catastrophe. Aujourd'hui, Tokio est une capitale de plus de deux millions d'habitants, débordante de vie et d'activité.

Une belle capitale ? Voilà qui est différent. La beauté d'une ville peut-elle s'improviser ? Au premier abord, immense et chaotique, sans unité ni plan, dépourvu de ces pôles magnétiques que sont les vieux monuments, Tokio effare et déçoit. Il allonge très loin dans la plaine des 'kilomètres de faubourgs, tachées de noires usines et d'entrepôts, rayés de longues voies si pareilles qu'il est presque impossible de les distinguer, bordées elles-mêmes de maisons grisâtres à la fois monotones et hétéroclites où le boio-window en ciment armé, obligatoire ornement des bicoques britanniques, s'al- lie bizarrement à la carcasse de bois et de papier des anciennes maisons japonaises. La plupart d'entre elles portent au front des antennes de T. S. F. et le ciel n'apparaît qu'à travers des millions de fils télégraphiques, se croisant à toutes les altitudes et à tous les angles, tandis que des forêts de poteaux passés au goudron, de grues métalliques, de tours Eiffel en miniature croissent autour de rondes montagnes en zinc, qui sont des tanks à pétrole ou des réservoirs à gaz.

Si d'aventure un jardinet étale une tache verte, reposante à l'oeil, il y pousse surtout d'énormes panneauxréclames, célébrant en couleurs criardes les plus fameux produits internationaux l'affreux enfant qui doit sa peau couleur d'écrevisse aux bienfaits d'un savon anglais, la blonde Américaine à l'éblouissante mâchoire, louchant vers sa brosse à dents, où le chien fidèle à qui la voix de son maître donne des émotions. De temps à autre, un canal. Entre tant de noms, Tokio n'a-t-il pas reçu celui de « Venise de l'ExtrêmeOrient»? ? Hélas Les élégantes passerelles des estampes, si gracieusement arquées, ont cédé la place à des ponts de fer, utiles mais sans agrément. Là-dessons, l'eau coule ou plutôt stagne, lourde et visqueuse, couverte d'irisures suspectes dues aux proches usines, découvrant, entre des masures neuves et déjà délabrées, une vase pestilentielle où gisent enlisés vieux paniers, boîtes de fer-blanc, coquilles d'huîtres et socques de bois. Des sampans portant des légumes ou du 1bois et où grouillent des femmes dépeignées, des enfants morveux, des chiens galeux et des cages sont amarrés sur les rives. Parfois, enjambant canal et maisons, court là-haut un autre pont métallique sur lequel, toutes les cinq minutes, passe en grondant et en grinçant un train suburbain dont chaque fenêtre.est ornée de grappes de têtes. Tels sont les faubourgs de Tokio. Il faut plus d'une heure d'auto pour les traverser et gagner la campagne. Evidemment, le centre f plus d'allure. On y a percé de belles avenues dont certaines sont plantées d'arbres et des rues droites et suffisamment larges. Mais c'est toujours le même alignement régulier de maisons banales à un ou deux étages, océan de toits monotones et moutonnants, sur lequel se dressent çà et là, comme des cuirassés ou des phares, des buildings, toujours en ciment armé, et qui sont, paraît-il. « à l'épreuve du tremblement de terre ». Les Japonais en sont très fiers. A peine a-t-on mis le pied à Tokio qu'ils vous demandent avec

un sourire modeste si vous avez vu le Matsukaya, le Yusen et surtout le Marunouchi, la perle des buildings, le plus grand de l'Extrême-Orient, ajoutent-ils. The biggest.

Celui-ci, flanqué de blocks blancs aux lignes rigides qui sont des banques, écrase, de son énorme masse péremptoire aux douze ou quinze étages percés de centaines de fenêtres la gare centrale qui lui fait face c'est un édifice qui s'efforce à la gaîté et dont les clochers, les clochetons, les dômes et les minarets batifolent curieusement au-dessus d'une façade Renaissance bariolée de blanc et de rouge.

Comme tout building qui se res- pecte, le Marunouchi offre à sa base de vastes halls au sol élastique, à la lumière laiteuse, bordés de maga- sins variés devant lesquels bâillent des centaines de flâneurs. Il abrite des kyrielles de bureaux, de cabinets de docteurs, de dentistes, d'avocats, des salons de beauté, des cinémas, des théâtres, des restaurants sur le toit.

Mais douze ou quinze étages seulement, quelle misère Comparés à leurs frères géants, les skyscrapers de Nev-York avec leurs soixantequinze étages, les pauvres petits buildings de Tokio ne sont que des pygmées. Il leur manque la stupéfiante grandeur de ces longs corps blancs cannelés aux mille ouvertures, enfonçant dans le ciel yankee à trois cents mètres de hauteur leur tiare à la flèche d'acier et dont la seule vue frappe de vertige. Ils portent néanmoins avec évidence la marque made in America.

Pour les monuments, c'est une autre affaire. Comme tout était àj reconstruire à Tokio, ministères, édi- jfices municipaux, banques, musées, vous pensez quelle aubaine pour les architectes Japonais ou étrangers, sans se consulter, sans se soucier de l'ensemble, ni du caractère et de l'âme du pays, ils lâchèrent la bride à leur fantaisie. Le résultat est quel- que peu déconcertant. Munich, NewYork et Londres y ont incongrûment collaboré. On rencontre parfois dans la même avenue tous les styles modernes, c'est à dire le gréco-assyrien, le néo-gothique, le germano-soviétique, 1» pseudo-oriental, avec leurs dérivés, et surtout l'absence de style. Quelques exceptions heureuses cependant la préfecture de police, par exemple, dont la massive ordonnance et la tour lugubrement farouche me rappellent certain vieux château de Bakou, construit en des temps fabuleux par quelque despote de la Perse et du Turkestan. Et la nouvelle Diète qui n'est pas encore inaugurée construite sur une hauteur, avec deux longues ailes aux lignes sobres flanquant un péristyle grec que surmonte une sorte de bef- froi malgré ces éléments dispa- tes, elle ne manque ni d'harmonie ni de noblesse.

Mais ce qui frappe tout d'abord à Tokio, c'est le vertige de vitesse qui, sur les chaussées, emporte tous les véhicules. Les tramways font du cinquante à l'heure. Les taxis, qui sont en nombre excessif pour les besoins de la ville, conduits par de jeunes chauffeurs téméraires, roulent follement et dangereusement, comme s'il s'agissait de disputer une course, avec l'honneur national pour enjeu. Qu'ils écornent un trottoir, fassent incursion sur un refuge ou abattent quelques piétons gêneurs, ce sont là négligeables incidents que ne signalent même pas les feuilles. N'oublions pas les bicyclettes dans nulle cité du monde elles ne sont plus nombreuses, plus enragées, fonçant par redoutables vagues d'as- saut, balayant tout sur leur passage. Traverser une avenue à Tokio est une prouesse sportive. Ajoutons pourtant qu'il suffit parfois d'un misérable char à bœufs, indécent vestige du passé, pour immobiliser pendant de longs instants ce raz de, marée roulant auquel succède aussi- tôt un ouragan de sifflets, de cris, de stridentes clameurs de klaxons aux diapasons variés. Andrée VIOLLIS. (La auite à la deuxième page.)

DÉLIBÉRATIONS MINISTÉRIELLES SITUATION EXTERIEURE BUDGET DES DEPENSES Les délibérations ministérielles se succèdent et se succéderont sans interruption jusqu'à la veille de la rentrée du Parlement, laquelle sera fixée, ainsi qu'on le verra d'autre part, su mercredi 25 octobre. Hier conseil de cabinet. Aujourd'hui conseil des ministre. A l'ordre du jour la situat tion extérieure et situation financière. M. Edouard Herriot, qui présidait le conseil de cabinet tenu au Quai d'Orsay de 17 heures à 19 h. 40, a mis ses collaborateurs du gouvernement au courant de la situation extérieure. Le conseil a ensuite après examen des affaires en cours poursuivi l'étude de l'équilibre budgétaire et du programme e d'outillage national. M. Palmade, qui poursuit méthodiquement l'examen des crédits affectés aux diverses administrations, n'a pu encore arrêter dans sa totalité !e chiffre définitif des dépenses. Mais il touche au but et bientôt le gouverneI ment sera appelé à choisir les moyens propres à combler le déficit du budget.

La situation de la trésorerie

exige le vote rapide du budget Dans les propos préparatoires à la discussion du budget qu'ils doivent commencer le 18 octobre, les membres de la commission des finances se montrent fort soucieux de s'acquitter de leur labeur dans le plus bref délai possible ils ont conscience, en effet, des graves perturbations que tout retard dans le vote du budget de 1933 pourrait entrainer dans le jeu de la trésorerie. Nous ne sommes pas au temps où l'éventualité de quelques douzièmes provisoires serait acceptable d'un cœur léger.

Un douzième provisoire, c'est la reconduction, pendant un mois, du budget précédent, et si le gouvernement a toujours la possibilité de comprimer dans une faible mesure les dépenses, il n'a pas le droit de créer des recettes. Par conséquent, aussi longtemps que la vie budgétaire de l'exercice est assurée par des douzièmes provisoires, le gouvernement

>I. Germain-Martin

sortant du ennceil de cabinet

doit se contenter des recettes antérieures.

Or il est notoire que les recettes actuelles sont nettement inférieures aux dépenses mensuelles la trésorerie est dans la nécessité de fournir les suppléments indispensables. Mais la trésorerie c'est-à-dire le réservoir alimenté dans les heures de prospérité par les excédents de recettes, les remboursements de créances, etc. est aujourd'hui, nul ne l'ignore, dans une situation difficile. Déjà elle a émis un peu plus des 5 milliards de bons du Trésor que la loi du 7 août 1926 autorise elle a donc déjà amputé les 2 milliards supplémentaires dont l'émission a été autorisée par le Parlement en juillet dernier. Mais l'insuffisance des recouvrements fiscaux perte sur les contributions indirectes, ajournement sur les contributions directes s'élève à 600, 800 millions par mois. Et, de surcroît, la trésorerie doit faire face avant le novembre au remboursement de 297 millions de bons 1924 et de 493 millions de bons décennaux du Crédit National 6 1926. Elle doit encore rembourser les 1.585 millions représentant l'excédent des rentes non converties sur les rentes souscrites, ot, même avec le concours de la Caisse autonome d'amortissement, l'opérafou sera lourde.

.tintr à la rlrnrif'.me paye.) LES OBSÈQUES DE M. L'HOMMEDÉ

M. Israël prononçant son discours (Voir à la deuxième page.).

M. Edouard Herriot confère longuement avec M. Titulesco UN NOUVEL ENTRETIEN

AURA LIEU AUJOURD'HUI

M. Titulesïo sortant du Huai d'Orsay M. Titulesco, ministre des Affaires étrangères de Roumanie, qui, venant de Londres, se rend à Bucarest pour y prendre possession de ses nouvelles fonctions, a été reçu hier matin par M. Herriot, avec qui il a conféré pendant près de deux heures. Etant donné la durée exceptionnelle de cette conversation, on peut supposer que le président du Conseil et l'homme d'Etat roumain se sont entretenus des diverses questions internationales qui sont actuellement à l'ordre du jour. Mais le thème principal de cet entretien fut vraisemblablement le pacte de non-agression roumano-soviétique, au sujet duquel des divergences se sont récemment manifestées à Buca- rest, divergences qui ont eu pour conséquences, tout d'abord la démission de M. Titulesco de son poste d'ambassadeur, puis sa nomination au poste de ministre des Affaires étrangères. Le pacte de non-agression roumanosoviétique devant faire partie d'une chaîne de conventions déjà conclues ou en discussion c'est le cas du projet de pacte franco- soviétique M. Titulesco, avant de gagner Bucarest où il doit prendre position sur ce problème d'un intérêt vital pour la Roumanie, a tenu à connaitre l'opinion exacte du gouvernement français à ce sujet.

M. Titulesco aura aujourd'hui un afiPftXêi^Sfttf etien avec M. Herriot. LE PRESIDENT DU CONSEIL 1 QUITTE PARIS POUR LONDRES CET APRES-MIDI

Les conversations avec M. Macdonald et sir John Simon commenceront demain matin

C'est cet après-midi que M. Herriot quitte Paris pour aller conférer à Londres avec M. Macdonald. Le président du Conseil, qui sera accompagné dans son voyage par MM. Alphand et Marcel Ray, chef et chef adjoint du cabinet des Affaires étrangères, pren- dra le train de 16 h. 40 par Boulogne et Folkestone.

L'arrivée à Londres devant être tardive, ce n'est que demain matin que pourront commencer les conversations avec le Premier britannique et sir John Simon, secrétaire d'Etat au Foreign Office. Il se confirme, comme nous l'avions laissé prévoir dès hier, i que ces entretiens franco-britanniques auront surtout un but d'information réciproque et qu'aucune décision n'y sera prise. Le plan constructif français, dont le Petit Parisien a été le premier à donner les grandes lignes, constituera, croyons-nous, un des principaux sujets de ces échanges de vues. LA RENTRÉE DU PARLEMENT SERA FIXÉE AUJOURD'HUI AU MARDI 25 OCTOBRE C'est au conseil des ministres qui se tiendra aujourd'hui à l'Elysée que sera fixée officiellement la date de rentrée du Parlement, et cette date est celle du 25 octobre, que nous avions déjà indiquée.

Dans sa chambre, un alcoolique f rappe à coups de hachette sa femme endormie

Depuis vingt ans qu'ils habitent au cinquième étage, 8, rue du Jour, où ils sont installés dans une pauvre chambre sommairement meublée d'un grabat, d'une table et de deux chaises boiteuses, les époux Huguet, lui, Charles, âgé de cinquante-six ans; elle, Alice, née Foucault, plus jeune de trois années, ne jouissaient pas, auprès de leurs voisins, d'une réputation de locataires de tout repos. Alcooliques invétérés, fis ne connaissaient guère de jours tranquilles. Feuillagiete de son état, Huguet se levait tous les jours vers 4 heures pour aller s'approvisionner aux Halles. Sa femme, qui avait l'habitude de se lever une heure plus tard, le rejoignait alors, et tous deux s'occupaient de la vente.

Hier, levé comme à l'accoutumée vers 4 heures, Huguet, après un brin de toilette, s'affaira pour donner leur nourriture au chien et au chat qu'il possède. A quel mobile obéit-il soudain en se ruant sauvagement sur sa femme encore endormie pour lui porter violemment plusieurs coups de hachette ? Ce n'est pas le récit qu'il a fait à M. Chabrol, commissaire du quartier, qui éclaircira le mystère. Je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai frappé ma femme. Je venais de donner la pâtée à mon chien et à mon chat quand, poussé je ne sais par quelle force, l'idée me vint de tuer ma compagne. Je n'avais aucune raison de lui en vouloir plus particulièrement qu'un autre jour, mais je ne pus résister au besoin de frapper. Elle dormait. J'en fus exaspéré et, saisissant ma hachette, j'ai frappé. Combien de fois ? Je ne sais. C'est tout ce que je puis dire.

POUR COMBATTRE LA VIECHËRE Une commission chargée de la surveillance des prix vient d'être constituée sous la présidence de M. Camille Chautemps

Par un arrété qui sera publié aujourd'hui au Journal officiel, les ministres de l'Intérieur, du Commerce, de l'Agriculture, des Travaux publics et le sous-secrétaire d'Etat à l'Economie nationale viennent de constituer une commission centrale permanente chargée d'assurer la surveillance des prix et de coordonner les efforts de l'administration contre la cherté de la vie. Cette commission sera présidée par M. Camille Chautemps, ministre de l'Intérieur. Ses vice-présidents seront MM. Alexandre Israël, sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, ejt Patenôtre, sous-secrétaire d'Etat à l'Economie nationale.

La commission permanente sera/ saisie régulièrement de la documentation établie par les comités départementaux des cours normaux, dant la reconstitution a été ordonnée récemment par une circulaire de M. Camille Chautemps, et dont l'action a déjà permis d'obtenir certains résultats intéressants. Elle examinera les rapports que les fonctionnaires désignés par les préfets pour diriger un service de surveillance économique doivent faire parvenir chaque mois au ministère de l'Intérieur. Elle procédera à toutes enquêtes utiles au cours de l'examen des questions particulières qu'elle étudiera et, notamment, convo- quera à ses séances les représentants des groupements agricoles, industriels ou commerciaux intéressés et ceux des coopératives, associations d'anciens combattants, syndicats ouvriers, etc. Elle soumettra au gouvernement toutes les propositions et suggestions qui lui paraitront de nature à favoriser la baisse des prix dans notre pays. POUR ET CONTRE Nous aussi, nous savons faire du colossal.

Nous venons même de battre le record du colossal avec ce formidable barrage de Kembs, qui a été inauguré dimanche, avec un juste et magnifique éclat.

Nous pouvons nous flatter, aujourd'hui, d'avoir mené à bien, dans notre petite « France », des travaux comme il n'en a été nulle part ailleurs entrepris.

Non seulement nous avons osé. nous avons aussi réussi et sans faire grand tapage. Combien de Français ont, en effet, entendu parler, dimanche, pour la première fois, du barrage de Kembs ?. Ils en ont entendu parler seulement quand l'incroyable labeur a été achevé, quand les flots tumultueux du Rhin se sont trou- vés mis en cage. A l'usine hydro-électrique de Keolbs. les machines les plus puissàntes e in the world vont maintenant mugir et gronder. Ce sont des machines hallucinantes, gigantesques, monstrueuses. L'imagination prodigieuse du grand Wells se trouve aujourd'hui dépassée par les prodiges de la réalité. Voilà Kembs!

On a donné des chiffres vertigineux de ces chiffres quai font mal à la tête. Ce qui a été fait à Kembs semble tout simplement incroyable. C'est une histoire de Titans, tirée, dirait-on, d'une mythologie. Les Titans de 1932 n'ont pas escaladé les cieux pour aller détrôner Jupiter: mais ils ont éventré la terre. Mais ils ont ligoté un fleuve géant, ont brisé ses flots, ont 1 maté ses colères. Et les Titans de 1932 sont des ingénieurs aux mains blanches. qui ont méticuleusement aligné sur des feuilles de papier leurs calculs « titanesques ». Et les Titans de 1932 sont des terrassiers, des maçons, des mécaniciens qui ont fait à Kembs, tout tranquillement, tout paisiblement. rc leur boulot comme c'ils avaient travaillé sur un petit chan- tier, à Asnières ou à Gennevilliers. Les Titans, aujourd'hui, sont de taille moyenne. Il en est même qui n'ont pas la taille pour être soldats. Les fabuleuses machines de Kembs vont entrer en action. Puis, sans doute, quelque part ailleurs, d'autres machines, pius formidables encore, se dresseront bientôt. Car le colossal est devenu la loi du monde moderne. C'est la course aux armements, aux armements économiques. C'est la course au machinisme, aux machines. C'est à la fois merveilleux et angoissant. On se demande si notre vieille boule ronde ne s'écrasera pas quelque jour sous !e poids des machines monstrueuses et pro- digieuses accumulées sur son écorce. On se demande aussi ce que feront les hommes, les pauvres hommes, qui ont besoin de gagner quotidiennement leur pain, quand des machines de plus en plus gigan- tesques, de plus en plus perfectionnées, de plus en plus « colossales auront réduit à rien l'effort humain.

Maurice PRAX.

A Ja troisièmo paye

LE DESARMEMENT M. Paul-Boncour sera ce matin à Parie. il expoeera au conseil de* ministres l'économie du plan français LES AFFAIRES D'AVIATION

.H. TortsJt

(Voir à la deuxième page.)

A 110 kilomètres à l'heure le rapide Paris- Baie déraille à Villepatour APRES AVOIR ARRACHE DEUX CENTS METRES DE VOIE LA LOCOMOTIVE DEFONCE LA GARE

Seize personnes seulement sont très légèrement blessées

En haut la locomotive arrêtée par les tnveraea. Au centre et en bas trois aspects des wagons et de la gare

Un électricien polonais tue sa maîtresse qui l'avait abandonné 'Le meurtrier, ayant pris la fuite, voulut faire feu sur t'agent qui l'arrêtait, mais son revolver s'enraya Depuis le 16 juillet dernier, Mlle j Aune Bugaiski, une jeune Polonaise de vingt-huit ans, habitait un hôtel de la rue de Malte. Ses papiers. parfaitement en règle, indiquaient qu'elle était née à Barkance, en Pologne. Elle avait déi ciaré qu'elle venait de Rucil, sa dernière résidence. Elle occupait, rue de !Malte, la chambre n° 5 au deuxième étage.

Effacée, silencicuse, presque timide, elle ne se lia avec personne. La patronne de l'hôtel n'avait qu'à se louer !dp sa locataire.

Mais celle-ci, un jour, l'avait prise à part et lui avait dit « Si un jour un homme ayant l'accent étranger, maigre. le teint mat vient me demander, dites- j lui que je n'ai jamais habité ici. Si par ) hasard il vient vous dire qu'il m'a vue, dites que je suis sortie et que vous ignorez quand je reviendrai. o.

Mlle Bugaiski. nous a dit la patronne de l'hôtel, semblait vivement îedouter ^'individu dont elle m'avait fait ce signalement précis.

Avec raison. Car Mlle Buga.iski, qui avait vécu pendant quatre années avec un nommé Dimitri Wandiak, trente ans, sujet polonais, monteur électricien, habitant 71, rue Haxo, avait abandonné son amant il y a quatre mois, un peu I avant de venir loger 1. rue de Malte. Elle savait la brutalité et la jalousie de Wandiak. Elle savait qu'il la recherchait et elle craignait de sa part des brutalités, des violences, pis peutêtre.

Il était hier heures, quand un homme au teint mat, coiffé d'une casquette et répondant exactement au sii gnatement de l'individu redouté de Mlle Bugaiski vint se poster dans l'entrée de l'hôtel de la rue de Malté. C'était Wandiak qui, serrant un pistolet dans sa main droite, attendait. Un peu après le heures parut Mlle Bugaiski elle était allée « faire ses commissions portant un pain et un paquet de graisse. Elle vit Wandiak. eut un mouvement de recul. Lui, saisit un poignet de la malheureuse. Reviens, dit-il d'une voix rauque. Reviens avec moi.

Elle n'eut pas le temps de prononcer une parole. Il avait tiré une balle atteignit Mlle Bugaiski à la poitrine elle s'écroula. Alors Wandiak, s'acharnant sur la malheureuse, lui logea trois balles dans la tête.

Son crime accompli, Wandiak, son aime à la main droite, la main gauche dans sa poche, descendit paisiblement la rue de Malte, en direction du boulevard Voltaire.

On accourait au bruit des détonations. Une balle, en particulier la dernière, tirée au hasard par Ie meurtrier, avait traversé ane cloison, paasaat entre deux voisins.

Mlle Bugaiski était transportée à Saint-Louis, mais succombait aussitôt. Des passants, des voisins, cependant, couraient après Wandiak, mais n'osaient approcher. M. Paul Mourdon, 23, rue Charlemagne. cria d'une voix de stentor « Àrpétez-le en désignant le Polonais.

Le gardien de la paix Thomas, entendant les cris, accourut. Il se précipita sur Wandiak qui braqua son pistole sur lui. Par bonheur, l'arme s'enraya. Alors, le gardien Thomas, avec l'aide d'un passant, maîtrisa Wandiak.

A 7 h. 30, le rapide fans-tsaie, qui roulait à 110 kilomètres à l'heure, a déraillé hier matin en gare de Villepatour-en-Brie, près de Tournan, dans la Seine-et-Marne. Par un hasard miraculeux, l'accident n'a pas fait de victimes. Seize personnes seulement ont été très légèrement blessées.

Le rapide 4031 avait quitté la gare de l'Est, hier matin, à 7 heures, en direction de Baie. L'Orient-Express, dont le terminus est à Belgrade, contenait environ quatre-vingts voyageurs et une.trentaine d'employés des Compagnies de l'Est et des Wagons-Lits. Dès la sortie de Paris, le rapide se lança à grande vitesse sur la voie libre. Il atteignit bientôt cent kilomètres à l'heure puis, dans les plaines de la Brie, le manomètre marquait 110 à l'heure. Vers 7 h. 30, au kilomètre 43.550, peu après un passage à niveau, le mécanicien s'aperçut que la locomotive flottait et qu'un balancement inquiétant se propageait tout le long du train. Aussi jugea-t-il utile de ralentir. Puis, sentant que le convoi emportait littéralement les voies, il bloqua ses freins et mit le régulateur de vapeur au point mort. Mais, traînant un poids de 278 tonnes 500, la locomotive continua sa trajectoire vers la gare de Villepatour-en-Brie, déplaçant, sur un parcours de deux cents mètres environ, les rails en c S ». La voie « suivait le train.

La locomotive fut brusquement déportée de la voie descendante vers la voie montante et projetée contre la façade de la gare, qu'elle défonça pour retomber ensuite sur la voie, arrachant une vingtaine de traverses qui lui servirent de butoir et la firent stopper & environ dix mètres au delà de la gare. Déjà, le tender et le fourgon s'étaient mis en travers des voies et le wagon-poste, dans lequel, depuis le départ de Paris, les employés triaient avec activité le courrier, avait complètement traversé le mur qui sépare les quais du bureau du chef de gare. D'autres wagons, dans un amoncellement indescriptible, s'étaient jetés les uns contre les autres. Seul, le wagonrestaurant demeura debout, offrant aux regards le spectacle d'une vaisselle bouleversée et d'un matériel mis en morceaux.

Des cris, des hurlements s'échappaient des portières démantelées. Avec un sang-froid remarquable, les chauffeur, mécanicien, chef de train et postiers, tous blessés légèrement, se hâtèrent le long des voies jonchées de débris et d'éclats de verre pour porter secours aux voyageurs. Mais, le premier moment d'affolement et d'angoisse passé, on constata que cet accident, qui aurait pu avoir les plus graves conséquences, n'avait pas fait de victimes. Seize voyageurs seulement avaient été légèrement blessés aux mains, à la face ou aux jambes.

M. Charles Humbert, chef de gare de Villepatour, organisa les secours. Peu après, les blessés étaient dirigés sur l'hôpital de Tournan ou regagnaient leur domicile au moyen d'autocars.

Les blessés

Voici la liste des blessés auxquels des soins immédiats ont été prodigués par les docteurs Lambert et Paley, de Tournan.

M. Gaston Urbain, trente et un ane, ingénieur. 22. rue Etex (plaie à la mntn gauche) M. Louis Plocq, cinquante-