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COMMENT ON LUTTE AUX ÉTATS-UNIS

CONTRE LE CHOMAGE

Le nombre des chômeursaux Etats-Unis a dépassé 10 milf re inquiète les lions et l'on conçoit que ce chifpouvoirs publics. Mais dans ce vaste continent que sont les Etats-Unis il est parfois difficile de constater les effets du chômage. On ne voit

M. Boy Chapin pas. comme dans le nouveau secrétaire certains p a y S américain au com- d'Europe, des merce hommes ou des

femmes errer sans travail dans les rues et dans les campagnes. Dans quelques grandes villes on rencontre bien dés sans-travail qui attendent en vain un emploi mais la foule agitée, les gens pressés, les entourent et il sont en quelque sorte perdus dans l'activité générale.

Les Américains, pour lutter contre le chômage croissant, ont montré à quel point la solidarité est vivante aux Etats-Unis. Comme dans tous les autres compartiments de la crise, ce ne sont ni l'Etat ni les villes qui ont tout d'abord porté secours aux sans-travail. Ce sont les camarades de ces chômeurs en premier lieu qui ont retranché ce pourcentage sur leur salaire, puis la grande famille des ouvriers, puis tous ceux qui travaillent, employés, intellectuels, fonctionnaires. Des groupementsont été formés pour recueillir des fonds. On a été trouver les grandes et les petites sociétés, les industriels, les commerçants, les particuliers et chacun a donné selon ses moyens.

De plus, on s'est efforcé de se grouper pour que les employeurs indiquent leurs besoins le plus rapidement et le plus facilement possible. La crise allant en augmentant le service de placement n'a pas rendu de grands services.

L'opinion publique s'est alors retournée vers les pouvoirs publics. Ce sont d'abord les villes qui ont dû secourir les chômeurs. Mais les villes américaines qui sont administrées avec munificence et qui manquaient de réserves ont rapidement épuisé leurs ressources. Ce sont alors les Etats qui ont dû payer pour le chômage. Au bout de peu de temps les gouverneurs se sont trouvés en face d'une situation difficile. Il fallait alors réclamer l'aide du gouvernement fédéral.

Mais le président Hoover, qui avait toujours affirmé que les Américains, « farouches individualistes », se sauveraient eux-mêmes, avait d'abord fait la sourde oreille. Poussé, bousculé plutôt, par les événements, il a cherché les moyens de supprimer ou du moins de diminuer le chômage. Mais il n'a pas voulu recourir directement au système des allocations et il a préféré réunir des fonds pour aider les usines qui se trouvaient dans une mauvaise situation de trésorerie, pour prêter aux Etats et aux villes qui, un jour ou l'autre, rembourseraient ces prêts, pour commanditer des travaux d'utilité publique dont l'exécution demanderait de la main-d'œuvre. Bref, il n'a pas voulu fournir de l'argent à fonds perdus. Mais ces secours gouvernementaux, que les adversaires du président affirment être une manœuvre électorale, sont lents à produire leur effet. Les chômeurs comptent bien davantage sur leurs concitoyens que sur leur gouvernement. Et ils ont raison, somme toute. puisqu'il njy a pas un citoyen des EtatsUnis qui ne cherche à diminuer le chômage et porter secours. Il faut d'ailleurs reconnaître que c'est dans ce domaine que l'effort américain a obtenu le moins de résultats. Le chômage sévit toujours et l'on se demande si l'année 1933 ne verra pas encore augmenter le nombre des chômeurs. Les imaginations travaillent et on lit sans cesse dans les journaux des lettres de lecteurs qui proposent des solutions plus ou moins viables.

Toutefois, on ne peut pas écrire que le chômage soit encore considéré aux Etats-Unis comme un problème véritablement national. On n'envisage que des remèdes locaux, des secours particuliers à certains Etats plus touchés que d'autres. L'individualiste américain, sur lequel comptait le président Hoover, se montre plus vivace, plus farouche que dans l'Europe. C'est ce paradoxal mélange d'esprit de solidarité et d'instinct individualiste qui rend la lutte contre le chômage plus difficile et moins évidente, moins puissante aussi que les autres combats entrepris par les Etats-Unis contre les diverses manifestations de la crise économique. Les pouvoirs publics semblent plus inquiets de l'augmentation du nombre des chômeurs que la grande masse. De vastes projets sont à l'étude, projets qui, avec la rapidité d'exécution des Américains, sont déjà sur pied et seront, selon toute probabilité, très prochainement mis à exécution, tel ce vaste plan du canal du Saint-Laurent qui doit être commencé l'an prochain et qui fournira du travail aux usines, aux chômeurs. Du moins on ose l'espérer.

Philippe SOUPAULT

Un aviso de la ligne Aéropostale

aurait sombré

au large de Dakar Il devait arriver dana ce port samedi soir et son dernier radio », reçu vendredi, indiquait que tout allait bien à bord

On croit que, surpris par une violente tornade, il s'est perdu corps et biens

L'Aéropostale communiquait hier r la note suivante

Depuis samedi, on est sana nouvelles de l'aviso N° 2, qui transportait de Natal à Dakar le courrier postal en provenance de l'Amérique du Sud pour la ligne aérienne de l'Aéropostale de Dakar à Toulouse.

Les recherches entreprises immédiatement dans la région où, pour la dernière foie, il a signalé sa présence ont été rendues très difficiles par l'état de la mer, qui a obligé les navires de secours à réduire fortement leur allure.

Les recherches étant reatéea jusqu'ici sans résultat, il y ce lieu de supposer que cet aviso a dû être surpris, durant la nuit de vendredi à samedi, par l'une des tornades qui, à cette époque de l'année, sévissent fréquemment dans la région de Dakar, et qu'il a som6ré très rapidement; puisqu'il n'a méme pas eu le temps d'envoyer le signal S.O.S., alors que ses deux poste. radio avaient fonctionné très régulièrement durant toute la traversée..

Son dernier radio, daté de vendredi soir; indiquait, en effet, que tout allait bien à bord et qu'il arriverait à Dakar le lendemain, à 18 heures sa position, à midi, vendredi, était par de latitude nord et de 22°20' de dongitude ouest.

L'aviso n'avait aucun passager d bord. Les avisos de ce type, qui sont propulsés par des moteurs Diesel d'une puissance totale de 1.350 che- vaux, assurent depuis deux ans le ser- vice Dakar-Natal deux foia par se- 1naine. ̃

LE DERNIER RADIO

Le dernier radio envoyé par l'aviso fut reçu vendredi, à 20 heures, par le poste de Porto-Brahia, dans les îles du Cap-Vert. Le poste, inquiet par ce message qui indiquait une mer déchaînée à l'endroit reconnu particulièrement dangereux, appelé le a Potau-Noir n, essaya vainement, à partir de 20 h. 30, d'obtenir de nouvelles communications.

La marine de guerre, dès qu'elle fut informée de ce silence angoissant, envoya aussitôt dans les parages un torpilleur et la compagnie de l'Aéro-

Elle était partie. Son fiancé est venu

Décidément cm toletl olympien est aussi un soleil olympique. Il &<rt des record» 1.

Le point situe la position de l'aviso lors de son dernier radio

postale un autre aviso. Ni l'un ni l'autre ne découvrirent l'Aéropostale-2. 22 HOMMES A BORD

La flottille de l'Aéropostale se compose de quatre avisos qui assurent, depuis 1930, le service postal entre Dakar et Natal, deux fois par semaine.

L' Aéropostale-2 est une unité très moderne, d'une jauge de 500 tonnes. n avait à bord une cabine radiotélégraphique avec deux postes d'émission, l'un à ondes longues, l'autre à ondes courtes.

L'équipage comprenait un commandant, un second, deux officiers de bord et quatre officiers mécaniciens, tous français, un radiotélégraphiste de nationalité brésilienne et treize hommes d'équipage originaires du Sénégal. LES RECHERCHES

Dakar, 16 août (dép. Radio).

La compagnie Aéropostale a fait ap.pareiller de Dakar l'Aéropostale-3. Celui-ci, malgré une mer démontée, a croisé sur la route du navire sans rien apercevoir.

D'autre part, un autre aviso, qui a quitté Dakar avec le courrier destiné à Nata!, a fait au passage de nouvelles recherches, mais elles sont restées sans ,résultat..

Un bâtiment de la marine d'Etat, le Séménol, participe aussi aux recherches.

31° S HIER_A «*RIS Un ciel gris, chargé de brume orageuse, pesait hier matin sur Paris. Par moment, il s'entr'ouvrait pour laisser passer les rayons brûlants du soleil. Une nouvelle journée vraiment estivale a baigné les Parisiens dans une lourde atmosphère.

Le thermomètre est monté à 31°5, hier, à 14 h. 25, à l'observatoire de Saint-Maur. C'est la même température qui a régné sur Paris et sa banlieue pendant toute la journée, sans aucune brise, sans un souffle d'air.

Dans toute la France, la température s'est maintenue dans une moyenne supportable: 23° à Biarritz, 29° à Toulouse, 26° à Bordeaux, 28° à Lorient, Par contre, il a fait très chaud à Angers, Compiègne et au Bourget, où l'on a enregistré 30°, et surtout à Metz, où le thermomètre est monté à 33°. Ainsi, le beau temps, qui s'est généralisé, va persister.

la chercher Tout est bien qui finit bien. Ainsi s'achève l'aventure de miss Brenda Dean, la jeune e Londonienne qui, éprise de nouveau, vint tenter la fortune à Paris et s'y livra aux stupéfiants. Son fiancé, M. Derek W. Burr, lui accorda son pardon et tous deux burent hier, au Bois, à leur futur bonheur avant que de rejoindre Londres par la voie des airs, ce qu'ils firent quelque heures plus tard, à la brune.

HITLER EXPLIQUE

SON ATTITUDE

LORS DE SES ENTREVUES se spi

Berlin, 16 août (dép. Petit Parisien.) Dans un entretien avec un journaliste allemand, Adolf Hitler est revenu sur les entrevues sensationnelles de samedi dernier.

A la question qui lui fut posée s'il n'avait pas refusé de se rendre chez le président Hindenburg après s'être entretenu tout d'abord avec le chancelier von Papen, Hitler répondit qu'il ne s'était pas rendu à Berlin de sa propre initiative; il a entrepris le voyage parce qu'on l'a prié de venir.

Le chancelier me proposa, continua-t-il, la constitution d'un nouveau gouvernement. Comme leader du mouvement national-socialiste, je devais décliner l'offre vu la forme dans laquelle elle était faite. J'expliquai à quelle condition le parti national-socialiste se serait trouvé disposé à entrer dans le gouvernement. J'appris alors par le chancelier que cette condition était repoussée de prime abord. Je déclarai alors de mon côté que. à mon avis, le chancelier von Papen était responsable de l'échec des négociations et que, par conséquent, je considérais comme superflue ma visite chez le président du Reich et que je n'irais voir le maréchal Hindenburg que pour le cas où celui-ci n'aurait pas encore arrêté sa décision. Or, à ce moment, Hindenbwrg avait déjà fixé sa décision. Si je me suis rendu quand même chez le président du Reich, c'est simplement parce que le secrétaire d'Etat à la présidence avait fait déclarer téléphoniquement que l'attitude présidentielle n'était pas encore fixée. (La suite d la troisième page.)

L'AFFAIRE LANCASTER DEVANT LES JUGES DE MIAMI

De gauche à droite le docteur Beverley 1.. Clarke, de New-York, frère de la victime; HO Inwail, premier assistant de l'avocat 'général· Henry M. Jones, assistant du procureur; N. Vernon Hawthorne, procureur (debout); James Lathero, avocat de lancaster, et E. B. Leatherman, substitut de la cour de Kiami.

UNE EMOUYANTE PLAIDOIRIE Londres, 16 août (dép. Petit Parisien.) Le procès de Miami touche à sa fin La journée a été marquée par une émouvante plaidoirie de M* James Carson, défenseur du capitaine Lancaster qui a vivement pris à partie le ministère public

Dans son acharnement contre l'accusé, a-t-il dit, le procureur a fait intervenir des témoignages étrangers à l'aHaire et semble s'être appliqué à répandre la boue et l'ordure afin d'impressionner le jury.

Le défenseur s'est également attaché à blanchir Mrs Keith Miller que l'accusation avait particulièrement malmenée. Il a rendu hommage àeon courage d'aviatrice et reproché à l'attorney de s'être complu à étaler' publiquement ses faiblesses de femme. Puis, se tournant vers le jury, il a déclaré d'une façon dramatique Messieurs, j'appelle votre attention sur le fait que le ministère public voudrait vous demander de ne croire, dans toute la déposition de Mrs Miller, qu'à son aveu d'adultère.

Dans un mouvement de grande passion oratoire, M. Carson a enfin conclu en déclarant que la mort de Clarke était un cas de « suicide d'honneur ». L'attorney, M. Vermont Hartshorn, a fait connaître qu'il ne serait pas en mesure de terminer ce soir sa réplique, de telle sorte que le verdict ne sera sans doute rendu que demain matin.

Dans le temple de la vente à l'encan L'ART DU MARTEAU. CELUI DU COMMISSAIRE-PRISEUR

UN FILS EST NE AUX

Mme Charles Lindbergh, la malheureuse maman qui perdit son premier enfant dans les tragiques circonstances que l'on sait, vient de donner le jour à un fils.

Ce bébé, porté dans les angoisses, est né à Englowood, dans le NewJersey.

On imagine aisément la joie des parents, qui trouvent dans cette naissance une compensation à leulr douleur des derniers mois.

M»' Lindbergh

LA ROUTE SANGLANTE

.Et la désolante série des accidents jjj d'auto n'est pas close. On trou= vera à la page 3 la rubrique où s nous relatons les drames de la = route qui nous ont été signalés £• hier par noa correspondants particuliers

POUR ET CONTRE Une femme riche, trop riche, s'est suicidée dans un hôtel parisien.

Pour rien. Sans chagrins. Sans tourments. Sans désespoir.

Elle s'est tuée sans savoir pourquoi. Et l'on enquête aujourd'hui. Vaine enquête. Elle était plus jeune que certaines de nos vedettes du théâtre ou du musichall. On peut dire, pourtant, sans mentir à sa mémoire, qu'elle avait un certain âge et l'âge de raison.

Elle avait beaucoup d'argent. Elle avait des loisirs perpétuels. Elle était libre. Elle 'est tuée un soir.

Elle s'amusait, nous assure-t-on. Elle s'amusait dans le monde où l'on s'amuse Eile aimait les lumières, les danses, les jazz. la fête.

La pauvre!

Elle- allait de ville en ville, de palace en palace, de boite de nuit en boite de nuit, à la recherche du plaisir. Elle arrivait peut-être à rire. Elle arrivait peutêtre, parfois, à se persuader qu'elle était heureuse.

Elle n'était sans doute pas malheureuse quand elle s'est tuée.

Elle n'était rien. Son âme était vide. Elle dut saisir son revolver négligemment, indolemment, comme elle faisait du moser avec lequel elle fouettait son champagne dans les dancings à la mode.

Elle s'est donné la mort. Avait-elle reçu la vie ?

Vivait-elle ?

Sa fin a-t-elle terminé quelque chose ? Ce suicide lamentable, pitoyable, dérisoire est tel qu'on ne sait pas s'il est douloureux.

Mais ce qui est doulcureux, mais ce qui est désespérant, ce qui est tragique, c'est que cette pauvre femme, si riche, n'ait pas pu avoir la force de trouver le bonheur.

Quoi elle était riche Il y a tant de misères par le monde

Quoi elle était riche ? 1l y a des enfants abandonnés, des mères en détresse, des malades sans secours.

Elle était riche, seule, sans soucis, et elle ne songea pas à profiter de sa richesse, à aider ceux qui souffrent, à consoler ceux qui pleurent. Elle était riche Elle aurait trouvé le plaisir, le courage, l'espoir, la confiance, la joie de vivre si elle avait su, si elle avait pu savoir. Comme elle aurait été heureuse si elle avait su découvrir le malheur le malheur des autres

Elle s'imagina que le bonheur et le plaisir sont affaire d'argent. Elle voulut acheter le plaisir. Elle n'acheta que l'ennui. que la lassitude, que le dégoût, qu'un néant moral, qui devaient la mener à l'anéantissement. Maurice PRAX.

Interrogez non point un commissaire-priseur, en principe rebelle aux questions, mais un clerc ou quelque personne de ses environs, invariable- ment vous entendrez

Il ne suffit pas, pour être com- missaire-priseur, de dire « une fois, deux fois, trois fois puis de conclure « adjugé » en donnant un petit coup de marteau d'ivoire sur un pupitre; c'est beaucoup plus difficile que ça.

Je n'y contredis pas. C'est, en effet, beaucoup plus difficile. Je tiens d'abord à bien poser la question. Le marteau, quand j'en parle, est purement symbolique. J'admets parmi les probabilités qu'un commissaire-priseur qui manie avec dextérité le marteau à l'Hôtel, soit parfaitement incapable d'enfoncer un clou chez lui sans se taper sur les doigts. Donc, la question est ailleurs. Elle est dans le fait qui distingue les commissaires-priseurs actifs de ceux qui le sont moins. A ce propos, je vais être forcé de vous dire ce qu'est la bourse commune, qui est un sujet délicat et que j'espère aborder sans trop casser de porcelaines. La bourse commune a été rendue obligatoire par la loi de 1843. D'après cette loi, les commissaires-priseurs sont tenus de, verser à une caisse commune « la moitié des droits proportionnels qui leur sont alloués sur chaque vente et dont la répartition est faite ensuite entre eux, tous les deux mois, par égales proportions ».

Je ne surprendrai personne en disant que la bourse commune fut, à l'origine, l'objet de débats assez', vifs. Aujourd'hui, le calme s'est fait et il convient d'en considérer surtout les avantages, qui sont de solidarité, de dignité, de stabilité. On sait que les officiers ministériels ont un penchant marqué pour la stabilité. De vrai, la bourse commune entretient l'esprit de confraternité en supprimant les tentations d'une trop âpre concurrence et elle sert d'assurance à la clientèle puisque les fonds en sont affectés « comme garantie principale au paiement des deniers produits par les ventes ». Denier est un mot légal je ne l'aurais pas trouvé tout seul. Quoi qu'il en soit, la bourse commune aidant, il arrive que quelques études prospèrent sans presque faire de ventes c'est ce que j'appelle par euphémisme les commissaires-priseurs moins actifs. Je dois à la vérité de dire que ces derniers ne m'ont inspiré que peu de choses sur l'art du marteau. Il est une histoire que l'on se répète traditionnellement à l'Hôtel « Un commissaire-priseur '.nouvellement nommé reçut un jour la visite d'un homme correct et respectable, lequel venait lui confier la vente d'une petite table Louis XVI estam- pillée Garnier.

Seulement, j'en veux au moins vingt mille francs, ajouta le quidam, et il conviendrait d'en pousser la vente.

L'affaire conclue, la publicité faite et bien faite, le jour de la vente arriva. Mise à prix vingt mille francs, la table, dont l'authenticité paraissait contestable, tomba à quinze, puis à dix, puis à cinq. Le commissaire-priseur découragé allait la retirer des enchères, quand, au dernier rang, quelqu'un se décida Six mille.

Le commissaire-priseur avait trouvé un interlocuteur. L'enchère repartit dix. quinze. dix-huit. Vingt mille cinq, lança encore l'inconnu.

Le commissaire priseur n'avait plus d'ordre. Il adjugea la table à l'enchérisseur. Après quoi le crieur ayant demandé son nom à l'acheteur, reçut de celui-ci une carte de visite enveloppée de deux coupures de mille francs.

Je n'ai que cela sur moi, s'excusa-t-il. J'apporterai demain la différence.

Le lendemain, le vendeur correct et respectable se présentait dès la première heure à l'étude et, prétextant un voyage urgent, réclamait, comme la loi le permet, le paiement immédiat de l'enchère. Le commissaire-priseur tenta de se dérober, ergota, discuta il dut finalement payer les vingt mille francs. Et, naturellement, il attend encore e l'acheteur qui était le compère de l'homme à la table. »

Je ne vous ai rapporté cette histoire, dont on a déjà fait état que parce qu'elle illustre l'essentielle obligation du commissaire-priseur. Principe le commissaire-priseur est responsable de l'objet vendu à l'égard de l'acheteur et du prix de l'objet à l'égard du vendeur. (La suite la quatridme page.)

LE PRINCE

DE BOURBON-ESTE EST ASSASSINÉ.

RUE DU BOULOI

PAR SA MAITRESSE CELLE-CI, UNE ESPAGNOLE,

LUI A TRANCHE LA GORGE

A COUPS DE RASOIR

PENDANT SON SOMMEIL

Ce drame, dont les mobiles restent mystérieux, s'est déroulé dans une chambre d'hôtel

Le prince Edgar de Bourbon-Este, âgé de soixante-deux ans, était le petit.fils de l'archiduc Charles d'Autriche et le cousin germain de l'empereur François-Joseph

Dans la chambre 59 du c Grand Hôtel de Blois 9, rue du Bouloi, entre des murs ornés, si l'on peut dire, d'un papier aux roses pâlies, le prince Edgar de Bourbon-Este, âgé de soixante-deux ans, est mort de la plus misérable des morts, la gorge tranchée de deux coups de rasoir, par une Espagnole de qua-

Le prince de Bourbon-Este

rante-quatre ans, à la mine de gouvernante irréprochable, CandeIaria Brau-Soler, mère d'un fils de vingtdeux ans qui fait son service «a Espagne. En soi, le drame est banal, atrocement banal. La meurtrière est allée se constituer prisonnière. Mais les éléments les éléments humains et matériels déconcertent. Celui qui porte un si grand nom, apparenté à la famille impériale d'Autriche il était le cousin germain de l'empereur François-Joseph que venait-il faire en ce petit hôtel, derrière les Halles ? Lui qui « portait si beau x, lui qui offrait avec une condescendance bonhomme et souriante son cigare quotidien au garçon de l'hôtel, lui qui présentait aux regards une tête aère ornée de cheveux blancs, pourquoi franchissait-il cette porte étroite et sombre de la rue du Bouloi ? Pourquoi grimpait il ces deux étages obscurs, et longeait-il comme l'indique une petite affiche manuscrite cette véranda poussiéreuse, cet escalier gardé par une rampe humide ?

Etait-il possible qu'Edgar de Bourbon-Este allât, presque timidement, frapper à la porte de Candelaria BrauSoier qui, sèche, menue, sans attraits, ses lunettes sur son nez pointu, fabriquait et vendait des onguents et des crèmes de beauté ?

La chambre du drame

La chambre du drame donne sur une cour triste, sombre, encadrée de maisons sans âme. Une lumière affaiblie donne un pauvre relief au fourneau à gaz hissé sur une table. Un

CaBdelaria Brau-Soler

médiocre buffet, une armoire à glace, une table recouverte d'une toile cirée â 'carreaux rouges et blancs s'efforcent de meubler bourgeoisement la petite chambre, et la glace de la cheminée renvoie sans force une lumière avare. Dans une alcôve, sorte d'étranglement prolongé de la chambre, deux lits jumeaux. Entre eux, une table de nuit; d'un côté, une cigarette de l'autre, un cigare. Le prince Edgar, puis Candelaria se sont couchés l'autre nuit, paisibles. Et puis. comme il dormait, elle s'est dressée, rasoir en main. De l'arme elle a porté deux coups si terribles qu'en tranchant la gorge de son ami elle s'est fait une estafilade au bras gauche.

Il s'est levé, le sang coulant à flots. II a fait quelques pas jusqu'au fauteuil, sur le petit tapis gris qui réchauffe le dur carreau froid. Et puis, la tête en avant, il s'est effondré, en basculant, exsangue, sans vie.

Elle alors, sèche, calme, s'est habillée elle s'est lavé tranquillement les mains, elle a posément mis son chateau cloche, sa veste noire, ses lunettes et ses gants blancs intacts. Puis