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M. Herriot, de retour de Lausanne est arrivé hier matin à Paris A LA GARE DE LYON, LE PRESIDENT DU CONSEIL A ETE L'OBJET DE CHALEUREUSES MANIFESTATIONS DE SYMPATHIE

De gauche à droite MM. Benoult, Herriot, Chiappe et Guiehard au second plan, MM. Léon Meyer, Sarraut, Leygaes et Renard

M. Herriot, à la tête de la délégation française, est rentré à Paria, où il est arrivé hier matin à 7 heures. Le président du Conseil a été l'objet, sur le quai de la gare de Lyon, d'une vibrante manifestation de sympathie. Malgré l'heure matinale, un nombreux public était massé entre les voies et dans la cour de la gare et acclama longuement le chef du gouvernement. M. Herriot était accompagné de MM. Germain-Martin, Paganon, Julien

M. Macdonald. miss Ishbel et lord T'rrell Durand, Georges Bonnet, etc. Il était attendu par MM. René Renoult, ministre de la Justice; Chautemps, ministre. de l'Intérieur; Leygues, ministre de la Marine; Sarraut, ministre des Colonies; Daladier, ministre des Travaux publics; Léon Meyer, ministre de la Marine marchande; Abel Gardey, ministre de l'Agriculture; de Monzie, ministre de l'Education nationale Marchandeau, sous-secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil; Candace, sous-secrétaire d'Etat aux Colonies; Ducos, sous-secrétaire d'Etat à l'Enseignement technique; Henri Ponsot, haut commissaire en Syrie Gourdeau, sous-secrétaire d'Etat au Tourisme; Mistler, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux Arts; Milhaud, chargé d'affaires aux Affaires étrangères; le commandant Cavalier, représentamt M: Berthod, ministre des Pensions M. M. Ribard, représentant M. Painlevé, ministre de l'Air.

On notait également MM. DurandOswald, directeur adjoint du cabinet du Président de la République, Chiappe, préfet de police Renard, préfet de la Seine Margot, Bollaert, Domanger, etc.

Dès sa descente du train, M. Herriot répondit par des sourires aux bravos qui l'accueillirent et remercia une dame qui lui offrit des fleurs.

,Au nom du Président de la République, M. Durand-Oswald lui présenta, ainsi qu'à toute la délégation française, les félicitations de M. Albert Lebrun. Puis M. René Renoult déclara à M.,Herriot

Je tiens à vous féliciter de la façon dont vous avez défendu les intérêts français et, ce faisant, je sais être l'interprète du pays.

M. Herriot, très ému, répondit

Je suis heureux que ces sentiments me soient exprimés par l'homme que vous êtes.

Des fleurs pour miss Ishbel

Dans le même train de Lausanne se trouvaient M. Macdonald et sa fille, miss Ishbel Macdonald. Celle-ci descendit de wagon peu après le président du Conseil, accompagnée de sir John Simon. M. Herriot demande

Ishbel est là?

La jeune fille s'avança alors vers le président du' Conseil, qui l'embrassa. Un attaché de cabinet de M. Chautemps remit à la fille du Premier anglais, au nom du gouvernement français, une gerbe de roses.

Une déclaration du Premier

Au moment où le président Herriot aljait quitter la gare, il voulut bien répondre en ces termes aux questions que lui posaient les journalistes assemblés autour de lui

Je suis satisfait, car nous avons bien travaillé. On ne peut pas encore connaître dans le public le sens, exact

de nos accords, mais, en fait, la négociation est excellente. Certes, elle a été très dure, surtout vers la fin, mais je crois qu'elle satisfait tout le monde. L'ambassadeur d'Angleterre est dans la joie, les Américains également. Je ne vois pas, d'ailleurs, dans cette négociation, ce que l'on pourrait critiquer. Il faut bien comprendre que l'accord que nous venons de signer comprend trois parties dont la première ne prend sa véritable signification qu'à la lumière de celle qui est dénommée gentlemen' agreement, dans laquelle les puissances créancières s'engagent d'honneur. Au cas où les règlements avec les Etats-Unis n'aboutiraient pas dans des conditions satisfaisantes, nous restons sur nos positions. C'est ce à quoi nous nous sommes tous engagés. Tout est subordonné à l'accord final dont le Parlement français aura à connaître en dernier ressort.

Par ailleurs, il est un point que, je vous prie de noter, c'est la cordialité qui a présidé aux négociations. Anglais et Français, nous avons travaillé en plein accord.

Chaude ovation

Montant ensuite dans sa voiture avec MM. René Renoult, Marchandeau et Chautemps, le président fut l'objet d'une chaleureuse ovation à sa sortie de la gare.

On entendait les cris de « Vive Herriot, Vive la paix » Et bien des mains se tendaient vers celui qui mena de bout en bout, avec tant de lucidité et tant d'énergie, les délicates négociations de Lausanne et finit par obtenir les résultats que l'on connaît. « Ma joie est faite de la joie populaire déclara alors le président en entendant ces applaudissements et ce fut au milieu d'une haie d'enthousiastes admirateurs que M. Herriot quitta la gare de Lyon, emportant avec lui la reconnaissance du peuple de Paris. De son côté, M. Macdonald partit immédiatement par la gare du Nord et prit le train de 8 h. 55, salué à son départ par lord Tyrrell avec qui il eut un court entretien.

Explosion meurtrière

sur an bateau de plaisance berlinois Berlin, 10 juillet (dép. Bavas.}

Ce matin, une chaudière a fait explosion à bord d'un bateau de plaisance qui transportait une centaine d'excursionnistes sur la Sprée. Deux personnes ont été tuées trente-cinq blessées, dont quatorze grièvement.

Une pont en Roumanie s'effondre au passage de fantassins

Quinze soldats tombent, dont cinq sont mortellement blessés

Bucarest, 10 juillet (dép. Sud-Est) Près de Cernauti, un pont franchissant un ravin s'est écroulé au moment du passage d'une compagnie d'infanterie.

Quinze soldats'sont tombés dans le vide. Cinq d'entre eux sont dans un état désespéré.

lE DÉBAT FINANCIER DOIT S'ENGAGER

AUJOURD'HUI

DEVANT lE PARLEMENT M. Ed. Herriot a longuement conféré hier avec M. J. Caillaux Il s'est également entretenu avec ses principaux collaborateurs Un conseil de cabinet fixera ce matin l'attitude du gouvernement au regard des propositions de la commission des finances de la Chambre

Cest dans l'après-midi d'aujourd'hui que le débat financier doit s'engager au Palais-Bourbon.

On sait combien l'accord fut difficile à réaliser sur les suggestions pré-%entées par M. Palmade, ministre du Budget. On sait aussi que l'ensemble des dispositions votées par la commission des finances, et que rapportera M. Lamoureux on trouvera plus loin l'essentiel du travail du rapporteur général procure, économies et aménagements fiscaux réunis, 3 milliards de ressources nouvelles alors que le projet initial du gouvernement en assurait pour plus de 4 milliards. On sait, enfin, que la commission des finances du Sénat, décidée à aider le gouvernement dans l'oeuvre de redressement financier et budgétaire absolument indispensable, est désireuse d'aller plus loin que la commission de la Chambre.

La question se pose alors de savoir si les deux Assemblées pourront voter le projet avant le 14 juillet et, dans la négative, combien de jours il faudra pour réaliser l'accord entre la Chambre des députés et le Sénat. Il est possible que la Chambre, dès la première lecture, ne suive pas aveuglément sa commission. La présence de M. Edouard Herriot facilitera certainement les choses. Sa haute autorité sur l'Assemblée lui permettra, à coup sûr, d'obtenir le maximum. En prévision du débat, le président du Conseil a tenu à s'entretenir, dès hier matin, avec MM. Germain-Martin, ministre des Finances Palmade, ministre du Budget Chautemps, ministre de l'Intérieur René Renoult, garde des Sceaux, et avec M. Joseph Caillaux, président de la commission sénatoriale des finances.

Au cours de l'entrevue qu'il a eue avec M. Caillaux, M. Edouard Herriot a longuement commenté la situation financière ainsi que les textes préparés par la commission des finances de la Chambre. Les deux hautes personnalité ont été amenées à constater leur identité absolue de vues.

Au départ de M. Caillaux, le président du Conseil a tenu à remercier devant la presse M. Caillaux d'avoir bien voulu apporter au gouvernement son avis autorisé sur les questions financières actuellement en discussion. Dans le courant de l'après-midi, M.

MM. Germain-Martin et Caillaux sortant du cabinet de M. Herriot

Herriot a reçu longuement M. PaulBoncour, ministre de la Guerre. Un conseil de cabinet aura lieu ce matin à 9 heures, au Quai d'Orsay, sous la présidence de M. Edouard Herriot.

Les membres du gouvernement arrêteront l'attitude du cabinet au regard des textes qui, dans l'après-midi, seront soumis à l'examen de la Chambre par la commission des Finances. B n'est pas impossible que les députés en terminent aujourd'hui même er^ première lecture avec le projet financier dans une séance de nuit.

Le "Prométhée" et son équipage sont à jamais perdus

LES NOUVEAUX APPELS DES SCAPHANDRIERS SONT RESTÉS SANS RÉPONSE

Il est à peu près certain, au surplus, que le renûouement du sous-marin ne pourra étre effectué

Tout espoir de retrouver vivant l'équipage du Prométhée est perdu. Aux appels des scaphandriers, personne n'a répondu; aux oreilles attentives qui, durant des heures et des heures d'angoisse, n'ont pas quitté les microphones, nulle manifestation de vie n'est parvenue. Dans le grand silence des fonds, le sous-marin repose à tout jamais et nul de ceux qui se trouvaient à bord ne pourra sans doute être arraché au bâtiment tragiquement enseveli. Dans le port de Cherbourg, les drapeaux sont en berne; dans toute la France, dans le monde entier les populations s'associent au deuil qui frappe cruellement notre marine.

Nous publions ci-dessous, dans l'ordre où elles nous sont parvenues, les dépêches de notre envoyé spécial. L'émotion qu'elles, décèlent, les vagues espoirs qu'elles autorisèrent parfois seront ainsi plus perceptibles.

Cherbourg, 10 juillet.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

La coque du Promette, dans la poche de Lévi, émergera-t-elle quelque jour à la lumière, rendant les corps des soixante-trois marins, ingénieurs et ouvriers tombés à leur poste et livrant le secret de sa vertigineuse fin? Les sauveteurs veulent l'espérer encore, comme ils avaient éperdument espéré, avant la décevante plongée d'hier, surprendre les battements de la vie derrière les murailles d'acier du sous-marin.

Leur tentative est presque un défi. Tout semble entraîner leurs efforts vers les limites du possible de l'humain la profondeur où gît l'épave; le poids du submersible, un des plus récents de la flotte sa position sur le fond, qui semble interdire le passage des dragues.

Au jour, l',4rtiglio a repris son poste. Le major général, à 9 heures, a rallié la flottille, qui se compose du Fidèle, des sous-marins Ariatte, Eurydice. Le Jules-Verne, la Girafe, le Gaston-Rivier sont sous pression à farsenal, prêts à partir.

Le scaphandrier de. Toulon,, à l' étale du courant, va tenter d'examiner les panneaux. Cependant que ces recherches se poursuivent, la commission d'enquête coordonne les résultats qui lui arrivent par T. S. F. d'instant en instant.

Elle a établi, croyons-nous savoir, la cause probable de cette catastrophe irréparable. Les déclarations des rescapés, signalant toutes d'étranges sifflements dans les purgeurs au moment de l'engloutissement du sous-marin, l'ont conduite à examiner sur un sousmarin du même type, actuellement à l'arsenal, les manoeuvres commandant l'immersion.

L'opération de l'immersion, signalons-le tout de suite, est assurée par des systèmes de ballasts situés aux parties inférieures du sous-marin et en communication avec la mer. A la partie supérieure de ces ballasts se trouvent placés des purgeurs, actionnés par un dispositif fonctionnant par l'effet de l'huile sous pression. Ces purgeurs, lorsqu'ils sont ouverts, provoquent l'entrée soudaine d'eau de mer dans les ballasts. C'est l'immersion.

Pour remonter, on expulse l'eau des ballasts et on ferme les purgeurs. Une intéressante expérience On s'est attaché, 'Sur le sous-marin Archimède navire témoin à rechercher si la circulation d'huile ne pouvait, par suite de fausses manœuvres ou pour toute autre cause fortuite, actionner les purgeurs et provoquer une immersion soudaine.

Les expériences faites à bord de l'Archimède où toutes précautions avaient été prises panneaux fermés, stabilité de route assurée expliquent le phénomène qui s'est produit à bord du Prométhée.

L'immersion fut obtenue dans le même temps trente secondes. Ces constatations, d'une extrême gravité, signalent donc un danger menaçant certains sous-marins. Elles commandent des modifications techniques importantes, pour éviter que l'affreux drame du Prométhée se reproduise

demain sur des sous-marins de même type.

Le sacrifice de tout un équipage aura été la douloureuse, la trop cruelle, l'insupportable lançon de cette découverte.

Une constation s'impose à l'évocation de cette tragédie le Prométhée,1 procédant à des essais, n'avait à bord qu'une partie de son « armement a. Les périscopes n'étaient pas en place, laissant béants leur orifice sur la coque les panneaux étaient ouverts ou fonctionnaient mal apparemment, puisque les exercices de plongée n'étaient pas encore envisagés. Il n'y avait, pour le même motif, pas de réserve d'oxygène. Toutes ces indications, petit à petit divulguées, viennent ruiner les espoirs les plus tenaces qu'on aurait pu entretenir de retrouver vivante une partie de l'équipage. Une dramatique alerte

Dimanche. L'arsenal est silencieux, les maillets se sont tus dans les cales de construction; toute l'activité des forges sommeille. Ce silence dominical, comme il se confond avec celui du deuil qui règne sur la ville La brume même qui couvre la passe ajoute à la tristesse d'un « climat moral dont chacun ressent la poignante emprise.

Et, à 13 heures, aux cornes d'artimon de l'escadrille, aux petits mâts de la flottille des sous-marins, aux frontons des édifices publics, sur le navire-école norvégien, sur le transport polonais, sur VArtiglio, sur le Rostro, partout, dans un même mouvement accablé, les pavillons glissent en berne.

Le deuil officiel prescrit par la marine devient réalité. Il semble que la vie chancelle dans toute la ville frappée. Les cafés sont mornes, les matelots, par groupes, cheminent obsédés. Là-bas, dans la brume, c'est la même fiévreuse activité qu'hier. L'avi-

L'amiral Malavoye

so Ailette, à bord duquel se trouve l'amiral Malavoye; la gabarre Fidèle, le remorqueur ont pris leurs postes d'amarrage sur les coffres ou se tiennent stoppés. Le commandant du Mesnil, un instant retardé par la commission d'enquête, ce matin, a rallié le lieu du sinistre dans l'après-midi. L'enseigne Bienvenu viendra le remplacer. Les plongées se succèdent soit de VArtiglio, soit du Fidèle. Des coups répétés seront encore frappés sur la coque. A bord de l'Artiglio, comme à bord des sous-marins Eurydice et Ariane, la veille aux microphones s'exerce sans arrêt.

Une alerte émouvante. Un instant d'émoi. Des seconds maîtres à l'écoute sur l'Artiglio ont perçu, leur semblaitil, un craquement dans l'intervalle des coups de sonde frappés sur la coque. Est-ce un appel faible venu de l'intérieur ? Y a-t-il de la vie encore dans la coque tragique ? Angoissante quesTout de suite il faut savoir. On remonte le scaphandrier. Le microphone placé sur la coque du sous-marin ne décèle plus rien et l'on constate ultime déception a^rès d'affolantes secondes que c'est le frottement du câble du scaphandrier contre l'épave qui a impressionné la plaque sensible de l'écouteur.

Ultimea efforts

Après le scaphandrier Senti de VArtiglio, c'est au tour du scaphandrier de l'escadre française à plonger. Le courant de marée est d'une grande violence. Malgré les dangers de la plongée, il s'obstine. Le câble de chanvre qui le relie au Fidèle se tend et le tire couché sous un angle de près de 45 degrés.

Peu importe, il poursuit sa mission il examine les panneaux deux pour le moins lui semblent ouverts il visite la coque, il suit le couronnement de l'arrière il voudrait pouvoir dire il. l'amiral que l'on pourra élinguer l'épave, que la coque est intacte. Mais il faut interrompre les recherches la brume étend sa nappe au ras des flots et, par 75 mètres de fond, la nuit s'épaissit d'instant en instant. Lorsque l'homme exténué est remonté sur le pont de la gabare, on constate que le câble tendu par le courant s'est usé contre la coque et l'on frémit en pensant aux affreux dangers qu'il a courus.

Senti plongera encore tout l'aprèsmidi, amarré cette fois à un câble d'acier et tenant au bout de ses bras métalliques articulés une pince et un marteau, mais ses investigations n'apporteront rien de décisif.

Emmanuel MARIN

J"CLa suite la deuxième page.)

LE PREMIER VOYAGE PRÉSIDENTIEL DE M. ALBERT LEBRUN

Après avoir visité Saint -Sever et Vire, le Président de la République est revenu Caen où il a assisté à un grand banquet

M. Lebran prononçant son discours au banquet. A sa droite, MM. Chéron, de Monzie et le préfet Bussiére

M. HACHETTE EST ÉLU SÉNATEUR DE L'AISNE

Une élection sénatoriale a eu lieu hier dans le département de l'Aisne, en remplacement de M. de Lubersac, a'écédé.

M. Hachette, rép. de g., a été élu au second tour de e scrutin par 685 5 voix contre 647 à M. Marquigny, rad. soc.

Au premier tour les voix s'étaient ainsi réparties MM. Hachette 538, Marquigny 487, Cagniard U .R. D.

157, Joxe S.F.I.O.,

149. Divers 12. Tous les électeurs inscrits ont pris part au vote, mais il n'y a eu que 1.343 suffrages exprimés sur 1.348 votants.

On se souvient que Mo dé I^ubersac avait été réélu lors du renoirreilemeot trfennal du 20 octobre au premier tour de scrutin, en même temps que les trois autres candidats de la « liste républicaine ». par 728 voix sur 1.341 votants.

Le candidat la plus favorisé de la liste radicale socialiste avait réupi 514 suffrages et celui de la liste socialiste S. F. I. 0. 118, LE TOUR DE FRANCE CYCLISTE Les délassements des coureurs

à Bordeaux

Bordeaux, 10 juillet (de not, env. spéc.) Hier, dès qu'eut été passée la borne indiquant l'entrée dans le Bordelais. la foule, ruée aux routes dont, selon le bon conseil multiplié par notre hautparleur ambulant, elle tenait « le bas côté pour ne pas gêner les coureurs s>, la foule, dis-je, devint singulièrement expansive expansive dans l'angoisse, ce qui est spécifiquement local. Soudain, la pensée collective se traduisit par la voix d'un adolescent, à qui son pur accent ne permettra jamais de renier sa noble race

Lapébie Lapébie, il est en tête! C'était vrai. A ce moment-là, Lapébie était en tête. C'est quelque chose d'indiscutable. Car, dans la traversée de la Gironde, Lapébie, qui fait toujours de son mieux, fut plusieurs fois en tête. Seulement, il y a tant de façons d'être en tête. Et je l'ai dit hier, le peloton ne se désarticula qu'à la dernière minute et ce fut Leducq qui arriva premier devant Di Paco.

Or c'est précisément où. j'en voulais venir. Lapébie est un gentil et loyal garçon, qui met, vertu remarquable, l'esprit d'équipe au-dessus de la victoire personnelle mais passagère, au-dessus de la vanité d'entrer premier dans sa

Leducq, Moineau et Péglion se reposent à Bordeaux en donnant à manger aux pigeons ville natale, exploit réalisé par trop de demi-valeurs, pour que s'en puisse satisfaire un jeune, un solide, qui a l'honneur de porter les couleurs nationales. Invité à parler devant le micro, Lapébie n'a rien dit d'autre que sa volonté de faire triompher l'équipe. Personne ne s'est plus que lui réjoui du succès de Leducq.

Di Paco est bien content lui aussi, et c'est aussi pour l'équipe qu'il est content. Quoi ? les Italiens ne faisaient rien ? Dès la troisième étape, les voici en position, et l'on a vu ce que pouvait celui qu'on nomme parfois le Charles Pélissier italien.

André SALMON

(La suite la deuxième page.) A la 4< page LES SPORTS

Caen, 10 juillet (d. P. Parisien.)

Ce matin de bonne heure, alors que tous les clochers égrenaient et mêlaient leurs carillons dans la ville encore endormie, le Président de la République quittait la préfecture et, suivi de tout le cortège officiel, s'en allait vers Saint-Sever.

Sous le ciel gris que ne traverse encore aucun rayon de soleil, la, campagne normande a conservé sa fral. | cheur de la nuit. Dans les prairies que bordent, soigneusement taillées au cordeau, des haies vertes, des chevau? ?t des vaches paissent tranquillement j Les champs de blé et d'avoine, pu i flamboie le rouge des coquelicots, ondulent doucement sous le vent léger les maisons basses, coiffées d'ardoises, sont tapissées de rosiers^éa fleurs. Promenade de 150 kilomètres aller et retour, un peu longue mais charmante, à travers le doux boc.e normand.

De loin en loin, un village, une ferme décorée de fleurs de papier, des gens groupés devant une maison au bord de la route, des enfants qui agitent des drapeaux au passage du cortège, des fillettes qui chantent. Mais voici, la rude côte de Saiat-Sever escaladée, la somptueuse forêt domaniale où s'abrite, sur une crête ensoleillée, !<j sanatorium.

C'est un splendide établissement .de lignes sobres aménagé d'après les données les plus récentes de la science médicale. Cent lits y sont répartis dans des salles claires, bien aérées, ripolinées par son admirable situation, ce sanatorium donne des résultats remarquables, ainsi que le docteur Fontaine, président du conseil d'administration, le dira dans son discours. Seules, les femmes y sont admises or, depuis la date de son ouverture, le 12 janvier 1931, sur 218 tuber·culeuses hospitalisées, cent vingt l'ont quitté entièrement guéries.

Reçu par M. Cautru, député de Vire, le docteur Fontaine et les membres du conseil d'administration, M. Albert Lebrun est remercié et félicité de aa visite par M. Cautru et te docteur Fontaine, puis, au nom des malades, une jeune et jolie hospitalisée aux traits fins et délicats, dont la mine pleine de santé plaidait en faveur de l'établissement, fait au Président un compliment ému et délicieusement tourné.

Nous sommes des femmes, ditelle, séparées du monde par la terrible maladie, mais nous voulons guérir. En quelques mots, le Président de la République la remercie, félicite le personnel du sanatorium et' laisse la parole au ministre de la Santé publique, M. Justin Godart, qui, dans une courte allocution, annonce que, par un décret qu'il soumettra dans quelques jours à la signature de M. Albert Lebrun, la déclaration de la tuberculose sera obligatoire. Puis la visite d'une chambre de malade c'est l'affaire de trois minutes et le chef de l'Etat, sous les applaudissements des malades et du personnel, quitter le sanatorium.

Par une route de plus en plus pittoresque, le cortège se rend de Saint-Sever à Vire, vieille ville perchée sur un coteau où l'on arrive après avoir suivi des rues en lacets. On passe sous la vieille tour de l'Horloge, q*ui date du xv« siècle. On entrevoit au passage les ruines encore imposantes du château d'Henri roi d'Angleterre, que Richelieu fit démolir, et Ton arrive à l'hôtel de ville. La plaee, remarquablement décorée, déborde d'une foule enthousiaste.

L'hôtel de ville s'élève au fond d'une cour. Mais, bien qu'il ne date que du xviii* siècle, il a le plus grand air derrière la superbe grille en fer forgé qui ferme la cour d'entrée. Le cortège gravit l'escalier d'honneur, et c'est là-haut, dans la salle des fêtes, tes traditionnels souhaits de bienvenue du maire, M. Vimont, et la non moins traditionnelle signature du Livre d'or. L'allocution du président

En réponse aux souhaits de bienvç, nue du maire de Vire, M. Albert Lebrun prononce l'allocution suivante Mon cher maire,

Vous venez de prononcer, sur le mode le plus simple, d'ailleurs, un discours fort éloquent. Vous avez trouvé, poùr nous montrer les répercussions des grands événements de la vie nationale dans une lointaine cité comme la vôtre, des mots qui nous ont profondément touchés. Vous .avez dit d'abord la tristesse et le désarroi qu'avait causés ici. dans les esprits et dans les coeurs, la mort du chef de l'Etat, ce concitoyen à la vie publique et privée exemplaire et qui méritait, par cela seul, d'être peudant son septennat le guide de la nation. Vous avez dit ensuite la joie que l'on avait éprouvée dans une lointaine