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LE PROBLEME DE L'ESTE DANUBIENNE

L'ANCIENNE

ET LA NOUVELLE FIGURE DE L'EUROPE CENTRALE Il est de mode de dogmatiser sur l'Europe centrale sans avoir étudié les problèmes sur place, sans avoir pris la peine de s'informer exactement des réalités. A propos des projets d'entente danubienne, voici, par exemple, ce qu'on entend dire Les traités ont créé le gâchis dans la région du Danube. La preuve, c'est qu'on est obligé aujourd'hui de recoller les morceaux de l'AutricheHongrie c'était bien la peine de la détruire Ce jugement est souvent celui de gens qui se piquent d'être renseignés en politique extérieure. Ils n'ont que dérision pour une paix c idéologique qui, disentils, a lâché la proie pour l'ombre. Grâce à ces professeurs de pessimisme », comme disait Clemenceau, il se peut que les Français aient bientôt une aussi piètre opinion que les Allemands eux-mêmes du statut que l'Europe danubienne doit à la victoire de la France et de ses alliés. Heureusement, cette opinion, qui se donne pour désabusée, est une opinion fausse. Elle est le fruit de la paresse d'esprit, de l'ignorance se parant des plumée de la compétence.

Un rappel des faits essentiels est nécessaire si l'on veut comprendre le problème de l'entente danubienne c'est-à-dire le problème de l'Europe centrale dans ses termes actuels.

C'est dans la région du Danube que les transformations amenées par la guerre ont été le plus profondes. Le nouveau statut de ces contrées n'oublions pas que la Mitteleuropa était en somme l'enjeu de la lutte est la clé de voûte de l'ordre établi par les traités en Europe. Mais si la figure qu'a prise cette partie du continent déconcerte encore les routines, c'est que l'opinion des pays occidentaux, dans son ensemble, n'a jamais connu la vraie structure de l'Empire des Habsbourgs, trop longtemps dérobée à sa vue par une façade trompeuse. Une simple énumération permettra de circonscrire d'abord les changements; territoriaux qui ont été consacrés ici par les traités. Si l'on met à part les régions attribuées à l'Italie et celles qui se-sont agrégées à la Pologne, qui n'appartient pas 4 l'aire danubienne et dont personne, au surplus, ne conteste que l'indépendance fût nécessaire à l'Europe, on constate que, à strictement parler, il y a aujourd'hui, à la place de la monarchie dualiste, trois Etats la Tchécoslovaquie, l'Autriche et la Hongrie. Donc trois Etats où, naguère, il n'y en avait qu'un, mais double, c'est-à-dire avec deux gouvernements, deux Parlements, deux administrations. A côté cependant, au lieu d'une minuscule Serbie et d'une petite Roumanie, nous voyons à présent deux Etats d'importance moyenne la Yougoslavie et la Grande-Roumanie.

De ces cinq pays nouveaux ou agrandis, qui, ainsi, dans l'Europe du milieu, succèdent à trois paye anciens (dont l'un à demi dédoublé), le plus petit, l'Autriche, est trois fois grand comme la Belgique le plus étendu, la Roumanie, est presque égal à la superficie de la Grande-Bretagne et, par la population, à l'Espagne.

Tel est le nouveau statut territorial de l'Europe danubienne. Telle est cette poussière d'Etats cette « mosaique d'Etats » dont on parle avec beaucoup de dédain et trop de légèreté.

Poussons plus loin, si vous le voulez bien, la comparaison entre ce qui fut et ce qui est. En AutricheHongrie, dix millions d'Allemands et dix millions de Magyars tenaient sous leur pouvoir trente millions de Slaves et de Latins. Aujourd'hui, on ne compte dans les pays danubiens que neu millions d'habitants rattachés à des nations étrangères. Encore la présence de ces allogènes était-elle inévitable dès l'instant que l'on voulait constituer des Etats viables sur des territoires soumis pendant des siècles h la domination, à la colonisation allemande ou hongroise.

Au reste, leur retour à la mèrepatrie serait, dans la plupart des cas, une source d'inextricables diffi- cultes, voire une impossibilité géographique, Ainsi, réclamer l'attribution au Reich des trois millions d'Allemands de Tchécoslovaquie serait si absurde que personne en Allema- gne, même parmi les hitlériens, n'y a jamais sérieusement songé. L'histoire a trop mêlé les populations de l'Europe danubienne pour qu'il soit possible, ici, de concevoir autrement que dans la pure théorie des Etats strictement nationaux. La Hongrie, toute mutilée qu'elle est, compte encore un demi-million d'Allemands et près d'un quart de million de Slovaques.

Nul à coup sûr ne prétend que les nouvelles frontières sont parfaites. Elles ne pouvaient absolument pas l'étre, la nature ne le permettant pas. Mais il faut quelque naïveté pour croire qu'il serait facile de faire mieux.

(La suite la troisième page.)

G. M.

LA CONFÉRENCE

DES QUATRE, A LONDRES SEMBLE VOUÉE A L'ÉCHEC Londres, 7 avril.

Dï NOTM INVOTt SPÉCIAL

Bien que la conférence des Quatre doive tenir demain matin une dernière séance plénière, on peut, dès ce soir, la considérer comme terminée et c'est sur un échec complet et absolu qu'elle se clôt.

Cet échec, que laissait déjà entrevoir le simple exposé des positions

prises hier par MM. Grandi et von Bülow, c'est l'intransigeance allemande, derrière laquelle se dissimulait aujourd'hui la manœuvre italienne, qui l'a provoqué.

La France et la Grande-Bretagne ont soutenu jusqu'au bout, dans la plus parfaite harmonie, le plan d'assistance absolument désintéressé qui, seul, était de nature à sauver de la faillite certains Etats danubiens et à rétablir dans l'Europe centrale l'équilibre et la stabilité.

Le Reich, par son égoîsme, par son refus de consentir au plus léger sacrifice économique, a tout fait capoter, de sorte que si, dans quelques semaines, les deux pays dont il se prétend l'ami et le champion, l'Autriche et la Hongrie, Incapables de faire face à leurs engagements, en sont réduits à recourir au moratoire, c'est-à-dire sont acculés à la banqueroute, c'est à lui qu'en incombera la responsabilité. On a voulu, jusqu'à la dernière minute, espérer que ses dirigeants reculeraient devant cette responsabilité. Il n'en a rien été. M. von BUlow ^st veau a Londres avec des instructions définitives, inspirées évidemment, dans une certaine mesure, par la proximité des élections présidentielles, et il les a observées à la lettre,

Quant à l'Italie, dont l'argumentation a été particulièrement faible et qui s'est bornée, comme seul remède à une situation presque désespérée, à proposer de convoquer une conférence à 9 ou à 10 au lieu d'une conférence des cinq Etats danubiens, elle peut, elle aussi, faire son mea culpa. Non seulement M. Grandi n'a rien tenté pour détourner l'Allemagne de la politique du pire qu'elle paraît de plus en plus décidée à faire, mais il l'a par son attitude négative encouragée y persévérer. Nous ne tarderons pas sans doute à en voir les redoutables conséquences. Ce n'est pas, en tout cas, d'un très bon augure pour la prochaine conférence de Lausanne.

L'argumentation

de M. von Bülow

Mais revenons aux discussions de Downing Street. On se rappelle que les chefs des délégations et leurs principaux experts devaient se rencontrer ce matin en comité restreint pour prendre connaissance des documents promis par M. von Bülow et prouvant, selon lui, l'inefficacité du plan d'assistance franco-britannique Tout se réduisit à la production de quelques statistiques dont le porte-parole de Berlin se servit pour étayer l'argumentation déjà esquissée par lui et dont nous avons précisé les pointa essentiels.

Il nous est impossible, a-t-il dit en substance, de souscrire au sacrifice que vous nous demandez, car notre commerce avec les Etats danubiens en faveur de qui vous réclamez l'abandon de la clause de la nation la plus favorisée s'élève à 10 de notre commerce total .Ce sacrifice profiterait uniquement à la Tchécoslovaquie, nation exclusivement industrielle et qui est dans une situation considérablement meilleure que la nôtre.

Albert JULLIEN

(La suite la troisième page.)

M. Tardieu parlera de nouveau le 17 avril dans sa circonscription Le président du Conseil prononcera un second grand discours politique le dimanche 17 avril, au matin, à Glrcmagny (territoire de Belfort), au cours d'une réunion électorale.

Plusieurs ministres seront appelés à prononcer des discours au cours de la période électorale. Citons, notamment, MM. Paul Reynaud à Marseille, Flandin à Bordeaux, Chauveau à Dijon, Louis Rollin à Paris.

M. Doumer a reçu deux ambassadeurs

M. Naosaka M. Ca.tello Se** l'

Le plébiscite de dimanche et l' avenir

du nazisme

Berlin, avril 1932.

Le maréchal von Hindenburg sera réélu dimanche, à la majorité simple, président de l'Empire. Comme il a conquis, le 13 mars dernier, une avance de 7.300.000 voix sur son concurrent le plus sérieux, le chef naziste Hitler, il semble absolument impossible que cette avance puisse être reperdue en quatre semaines. Le président sortant pourra-t-il, comme le disent les optimistes, porter le nombre de ses suffrages de 18.650.000 (13 mars) au chiffre rond de 20 millions ? Le fait est possible si la participation au scrutin de ballottage se maintient aussi considérable qu'au premier tour (86,2 %) et si les électeurs du candidat national-monarchiste Duesterberg (2.557.000), après l'abandon de la lutte par ce dernier, donnent en nombre suffisant leurs voix au maréchal. Les comités constitués pour la candidature officielle celle de Hindenburg déploient une activité sans précédent et, au lieu de borner, comme précédemment, leurs efforts aux villes de plus de 10.000 habitants, se livrent à une intense propagande dans les villages pour y déplacer des voix du nazisme vers le c système » au pouvoir.

L'événement de dimanche sera au vrai le chiffre définitif des voix hitlériennes. Il parait douteux qu'Adolf Hitler améliore son record de 11.340.000 partisans et probable qu'il enregistrera des. défections. La lutte pour la présidence étant, pour le national-socialisme, devenue sans issue, beaucoup d'électeurs peu convaincus s6 diront qu'il est inutile d'aller voter. Cependant, les agitateurs nazis, avec l'énergie'du désespoir, font flèche de tout bois, mentent à dire d'expert, promettent n'importe quoi à n'importe qui, donnent le spectacle d'un débordement de démagogie peu digne d'un Etat européen. Le national-socialisme lutte en effet, maintenant, non plus pour la présidence qui lui échappe, mais pour la conquête de la Prusse aux élections du 24 et pour la mainmise sur la caisse. Un recul, au ballottage de dimanche, de quelques certaines de milliers de voix seulement aur le chiffre du 13 mars (11.340.000), marquerait le reflux du « mouvement » et pourrait avoir de fâcheuses répercussions sur le résultat des élections prussiennes. Dans les deux camps, système au pouvoir et nazisme, on lutte pour le prestige et les impondérables.

L'intérêt du scrutin de ballottage de dimanche est d'ores et déjà dépassé pW' la 'sensationnelle publication qu'a été contraint de faire, le 5 avril, le ministre de l'Intérieur prussien, le socialiste Severing, d'une partie des documents recueillis lors des 160 perquisitions de la police prussienne le 17 mars dernier. Il est dit expressément que seule la partie la plus anodine des documents est livrée au public. Il existe, en effet, un stock non publié parce que décemment non publiable et qui a été transmis au tribunal d'Empire à Leipzig, section des affaires de trahison. On croit comprendre que, du côté de la frontière orientale notamment, l'armée hitlérienne s'est livrée à des préparatifs et manigances que la Pologne peut difficilement considérer comme amicaux et dont l'exposé public rendrait peu de services à la thèse allemande à la conférence du désarmement. Avec raison, le ministre Severing a transmis cette partie du dossier scellée à Leipzig, car la divulgation du pot aux roses l'eût exposé au risque d'être condamné pour espionnage à quelques années de prison, tel un simple collaborateur de la Weltbilhne.

Les détails jugés en haut lieu seulement tolérables pour nos nerfs et que nous apportent, au petit déjeuner d'aujourd'hui, les feuilles berlinoises, sont déjà fort suggestifs. L'armée brune, hitlérienne possède un service de renseignements organisé par des gens qui sont manifestement du métier. Tous les rouages de l'Etat sont espionnés au profit du nazisme. Dans une quantité de grandes villes nommément désignées, les habitants sont classés par professions du point de vue de leur utilisation militaire éventuelle, ainsi que selon les préoccupations d'une mobilisation rapide (cheminots, propriétaires d'autos, de camions automobiles).

La police est soumise à un régime de fiches, afin de connaître exactement les opinions politiques des officiers et de pouvoir c noyauter les troupes. L'administration des postes, surtout l'organisation technique des téléphones et des télégraphes, fait l'objet d'une sollicitude particulière, et il existe tout un système de transmissions d'ordres par relais, signaux lumineux, pigeons voyageurs, chiens, T. S. F. Chacun de ces services de mobilisation fait l'objet d'une théorie où l'on retrouve le style de l'armée impériale. La milice hitlérienne a ses troupes du génie, ses praticiens du minenwerfer, et les circulaires secrètes passées de la direction du mouvement aux sections demandent des hommes rompus au maniement des mitrailleuses. La partie touchante des révélations concerne le soin de l'estomac des miliciens bruns pour le cas des cas ils doivent se munir de boites de singe et d'une ration de saucisses pour deux jours. II leur faut aussi emporter des brodequins en bon état, du linge et quelques objets de toilette. A leur intention, des cuisines roulantes se tiennent prêtes à rouler. Les journaux soulignent, bien entendu, que tout cela n'est que gaminerie de gens oisifs, toujours heureux d'une occasion de jouer au soldat; qu'il s'agit seulement des préparatifs putschistes qui devaient porter leurs fruits dans la nuit du 13 au 14 pour le cas où Hitler aurait eu seulement plus de voix que Hindenburg. Alors, pour mieux garantir la légalité, les miliciens nazistes eussent, matraque et revolver en main, assumé les fonctions de la police sur tout le territoire. L'armée brune comptant plus de 400.000 hommes, le mouvement pos-

Une colonne d'affichage abîmée par des manifestants

sédant de hautes complicités et connaissant comme sa poche les emplacements des dépôts d'armes et de munitions de la Reichswehr, on voit qu'une partie importante se jouait le 13 mars, vers minuit, alors que, dans chaque camp, chacun procédait à ses petites additions. Endormis sous la protection du « système >, nous eussions pu nous réveiller sous le signe de la croix gammée. Nous l'avons, en dormant, échappé belle.

Certains détails rencontrés dans les publications de ce matin peuvent, en attendant le non-lieu du quatrième sénat du tribunal d'Empire, émouvoir les gens convaincus du désarmement de l'Allemagne. C'est, par exemple, ce nombre important d'anciens officiers de carrière qui encadrent la milice bnme et, surtout, la réapparition de rôles de conscription (Stammrollen) selon l'entraînement physique et l'utilisation aux armées des individus visés. Tout ceci prétend se justifier, selon l'usage, par l'imminence d'une invasion polonaise de la Prusse orientale. Le truc a déjà servi, mais il est inusable. Un officier de la Reichswehr, Martin, dit Nitram, a répandu dans cette province un roman décrivant de façon suggestive cette invasion hypothétique. Uutilisant le volume, la propagande naziste affirme avec aplomb que le c système a su pouvoir est prêt à vendre la Prusse orientale et que seul Hitler est capable de garantir le rattachement territorial de cette province à l'Empire.

La morale de ces malodorantes histoires est que le nazisme n'est plus un problème politique, mais une question militaire. La milice hitlérienne devient gênante, même pour les milieux qui, sans croire au nationalsocialisme, l'ont vue, avec une ten- dresse de connaisseurs, naître, croître et embellir.

Après les élections des 10 et 24 avril, l'avenir- politique ̃ dif" nazisme dépend dra de l'attitude que prendra à son égard le parti catholique, ce qui revient à dire qu'il sera aux mains du chancelier Bruning. L'aspect le plus délicat des décisions à prendre sera l'utilisation ultérieure à donner à cette juvénile armée brune, pleine d'appétits et de besoins d'action et qui semble bien'capable de causer encore beaucoup de cassement de tête à ses hauts protecteurs.

Camille LOUTRE

Le capitaine américain Hawkes fait une chute grave en avion

Worcester (Mass), 7 avril (dép. Havas) L'appareil du capitaine aviateur Frank Hawkes s'est écrasé sur le sol au moment du décollage.

Le capitaine Hawkes a été retiré inanimé des débris de son avion et transporté Immédiatement à l'hôpital de Worcester. Son état est grave.

DANS LES RUES DE SETE UN FOU TIRE

SUR LES PASSANTS !L EN TUE QUATRE

ET EN BLESSE DEUX

Finalement, la police l'abat alors qu'il venait de se réfugier chez lui

Montpellier, 7 avril (dép. Petit Paris.) Cet après-midi, profitant d'une radieuse journée ensoleillée, la foule se pressait nombreuse dans les rues de Sète et principalement dans les promenades de l'Esplanade, qui se trouvent en plein centre de la ville. Devant les cafés des consommateurs devisaient et un peu plus loin, car c'était jeudi, une multitude de petits enfants jouaient sous les allées. Soudain, alors que la quiétude était infinie, un homme, assez corpulent, vêtu d'un costume kaki, coiffé d'une casquette, surgit tout à coup à l'angle de la rue de l'Esplanade et de la rue Gambetta. Sortant de sa poche un revolver d'un calibre de 12 mm., il tira à bout portant sur un groupe de personnes devant les magasins Cavaillé-Bernard. Dans la stupeur générale on vit deux hommes s'abattre, tués net.

Le fou continuant à tirer, les passants, pris de panique, s'enfuirent de tous côtés. Cependant d'autres, plus courageux, se lancèrent à la poursuite de l'homme. Un agent courut également sur les traces du meurtrier qui continuait à tirer au hasard. L'agent tira à son tour un coup de revolver en l'air, mats ne réussit qu'à précipiter la fuite de l'assassin qui, tout en courant, remplissait le chargeur de son revolver.

Arrivé devant le café Delafin, le fou visa une jeune femme qui tenait son bébé dans les bras, mais ne réussit qu'à la blesser légèrement à l'épaule droite. Reprenant sa course l'homme, maintenant traqué de près, tira des coups de revolver à travers les glaces du cinéma Comœdia où des passants éperdus s'étaient réfugiés. Une religieuse dominicaine fut blessée au bras. Paraissant alors complètement hors de lui, le fou pénétra dans la rue de la Poste. Il tira sur un facteur qui se protégea avec sa boite et ne fut pas atteint. Quelques pas plus loin, à l'angle du boulevard de l'Hospice, un receveur d'autocar reçut à son tour une décharge qui manqua heureusement son but. Un peu plus loin, le fou tira encore sur un passant qui s'écroula c'était la troisième victime.

Enfin, sur le boulevard de l'Hospice, un vieillard servit à nouveau de cible au meurtrier. Ce fut le quatrième mort. Traqué par de courageux agents que les détonations n'arrêtaient point, le meurtrier traversa l'esplanade, s'engouffra dans la rue Issanka et pénétra, dans,» un immeuble.. A la suite les Agents s'engouffrèrent dans un escalier sombre. Au troisième étage, une porte se referma. Le meurtrier était chez lui et se barricadait Au travers de la porte, on l'entendit hurler « Entrez les uns après les autres. Les agents se ruèrent sur la porte, d'autres, avec un marteau, tentaient d'enfoncer la cloison bientôt un trou fut pratiqué, mais à cet instant la porte céda. Dans une petite pièce servant de cuisine, se trouvait une seconde porte, vitrée celle-là; au travers d'un carreau on apercevait le meurtrier bavant et écumant. Il tira à nouveau. Les carreaux tombèrent. Les agents firent alors feu. Cinq ou six coups de revolver répondirent à ceux du fou. C'était la fin atteint à la tête et à la poitrine, l'homme tomba à la renverse, essayant pourtant de se servir encore de son arme. Une seconde après il était mort.

Voilà dans son horreur le drame terrifiant qui vient de bouleverser la ville de Sète.

Les victimes

Les victimes du fou furent vite identiflées. Les morts sont M. Louis Deluy, soixante-trois ans, boulevard des Casernes M. Georges Geima, trente et un ans, rue de l'Egalité M. Clément Prat, ancien gendarme, soixante-trois ans, rue de l'Hospice M. Jean Bonal, quatre-vingt-quatre ans, rue LazareCarnot.

Les blessés sont Mlle Martin, cinquante-neuf ans, institutrice libre Mme Gros, de Sète.

Le triste héros de ce drame se nomme José Tarra, quarante ans, originaire d'Espagne, il était naturalisé Français depuis 1921. Il avait fait son service dans la légion étrangère. José Tarra aurait été, dit-on, trépané. On apprend aussi qu'il avait fait un assez long séjour à l'asile de Fonderelle.

Un DE LA RONDE ET MORNE AUX MINUTES ARDENTES DE LUTTE PASSIONNÉE

Ce qu'on entend aux Six Jours c Mon vieux, on se croirait aux Halles. » « Et puis, vous, allez roupiller ailleurs. « Quoi de neuf dans le canard ? C Qu'est-ce qu'ils écrasent, les copains' » « Atout et ratatout Tiens bon la rampe, Toto i m

LE KRACH DE 20 MILLIONS DE LA BANQUE ROBERT M. Raymond, d, juge d'instruction chargé d'informer sur le krach da 20 millions de ta banque Robert, s'est transporté a nouveau hier matin, dès 8 h. 30, au siège de l'établissement, 23, rue de Ponthieu. Le magistrat était accompagné de M. Ameaine, commissaire aux délégations judiciaires de M. Jacob, expert assermenté près le tribunal. Le banquier André Robert, extrait de la prison de la Santé, assistait à l'opération qui se poursuivit jusqu'au soir sans désemparer. On procéda à l'inventaire de la comptabilité ainsi que de divers dossiers d'affaires auxquelles la banque s'était intéressée. D'après certaines vériflcations, H apparait qu'André Robert s'est trouvé en situation critique par suite non seulement de la défaillance de banques du Nord et de retraits massifs de fonds, mais ausst par le fait qu'il possède des fonds « gelés » ae chiffrant à plus de 10 millions, immobilisés par suite de la carence des acheteurs de titres. L'infirmière chef de Bicêtre reçoit le ruban violet

On n'ignore point le grand dévouement et les belles qualités professionnelles des infirmières des hôpitaux parisiens. formées à. récole Instituée par l'Assistance publique et où professent outre des docteurs des infirmières d'élite.

L'une d'entre elles vient de se voir récompenser par le gouvernement e recevant les pnl-

mes académiques: Mme Lorenee Mme Angele Lo- (Photo Lutetia.) rence, surveillante

générale à l'hospice de Bicêtre. Toutes les élèves formées par Mme Lorence, tous les malades qu'elle soigna, tous les hospitalisés de Bicêtre se réjouiront de la distinction décernée à leur dévouée infirmière-chef.

Quand les derniers fidèles, la bouche amère et les paupières lourdes, eurent quitté, chassés par le service d'ordre, les gradins élevés où trépigna la foule, je me trouvai seul dans l'immense cathédrale du sport, sous la verrière qu'embrasait le soleil levant. 6 heures du matin. Après la grande lassitude des nuits Blanches qui s'achèvent, voici la mélancolie poignante du silence et de la solitude là où régna le tumulte énorme d'un peuple Ivre d'enthousiasme. Sur la piste, pourtant, les coureurs continuent leur ronde monotone, interminable, lente comme les heures mornes qui vont s'écouler.

Seul dans la vaste nef ?. Non, pas tout à fait. Les équipes de balayeurs viennent de faire leur entrée. Des nuages de poussière s'élèvent. Des monceaux de déchets hétéroclites sont prestement emportés fragments de papier graisseux, innombrables mégota où se mêlent fraternellement le tabac le plus rare au caporal le plus ordinaire, croûtes de pain salies, rAclures de semelles, épluchures de bananes et d'oranges, bouteilles vides, coquilles d'oeufs.

Bientôt, le vélodrome est net. Les balayeurs ont disparu. Sur le ciment de cette ellipse que l'on appelle si bizarrement < la pelouse s, mes pas résonnent dans le silence écrasant. Sur la piste, les coureurs tournent toujours, avec une nonchalance triste. Ils n'ont plus, pour les exciter, l'éperon de l'ironie populaire, les acclamations et les sifflets, la présence de la multitude ardente formant autour d'eua un cercle de murailles vivantes et hurlantes. Les travées sont vides et muettes comme la mort vides à donner le vertige, muettes à faire pleurer.

La matinée s'avance. Quelques douzaines de spectateurs passionnés sont vénus prendre les meilleures places, les premiers rangs. Ils s'étonnent de ne point retrouver cette flambée qui, l'autre soir, leur brûlait le cœur. Mais il sentent confusément que l'ambiance n'y est pas encore. Ils attendent avec patience. Ils savent que c'est une question de nombre et que le fluide ne circulera que lorsque les gradins vivront. Et les coureurs tournent toujours. Quelques-uns semblent dormir; d'autres prennent, sur leurs vélos, des poses qui paraissent acrobatiques et qui ont seulement pour objet de reposer leur chair meurtrie par le dur contact de la selle; en voici un qui, tout en pédalant, lit son journal; cet autre a pris un passager, un bambin de trois ans aux yeux bleus et aux boucles blondes, qu'il a placé sur son guidon. C'est son neveu, à qui il donne ainsi le baptême de la piste avec le goût du sport.

A 11 heures, le restaurant s'éveille. Les tables sont remises en place et garnies de nappes blanches. Leurs longues files symétriques ajoutent encore à l'impression de vide. Déjà, pourtant, le public arrive, par petits paquets; mais c'est par le sommet que s'emplit le vélodrome. Ce sont les clients des populaires qui affluent les premiers.

Tout là-haut s'organisent des piqueniques de veau froid et d'œufs durs. Un robuste parfum de saucisson à l'ail se marie aux relents du vin rouge et du camembert fait à point. On étend des journaux sur les genoux et on casse la croûte sans -^Çœe regarder les coureurs, spectacle encore négligeable et qui ne revêtira que plu tard sa brutale' et véhémente splendeur.

Jusqu'à 15 heures, la ronde ne s'anime guère ni le public non plus. Mais, insensiblement, les travées se peuplent. Au silence de la matinée a suc-