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Hindenburg remporte

MAIS IL Y A URA UN SECOND TOUR DE SCR UTIN

Bas de 18 millions d'Allemandes se sont prononcés pour le maréchal et 11 millions pour son principal concurrent Hitler. Toutefois, il a manqué à Hindenburg cent mille voix pour obtenir la majorité absolue La première journée de l'âtectioa présidentielle qui a passionné toute l'Allemagne et qui a été suivie chez nom et dana le monde entier avec la plus vive curiosité, s'est terminée non par la victoire, mais par un avantage marqué du marécha2, Hindenburg sur pom principal concurrent Hitler. L»«-Succès du maréchal a dépassé les prévisions les plus optimistes puisqu'il a dépassé 18 millions de voix; il lui a manqué néanmoins quelques centaines de milliers de voix pour l'emporter dès le premier tour.

Le chef des nationaux socialistes a obtenu un nombre de voix très considérable, environ 12 million^, c'est-àdire le tiers des votants, mais il n'a cependant pas atteint les 15 millions de suffrages qu'avaient annoncés ses partisans.

Tout en ne remportant pas faute de peu le triomphe définitif, ce qui aurait eu l'avantage d'écarter les aléas de la seconde épreuve, le maréchal sort pourtant de la première consultation électorale avec un nombre si imposant de bulletins que son prestige, déjà si grand en Allemagne, s'en trouve considérablement accru.

Tl n'a pu atteindre la victoire définitive par les chiffres, mais, au point

Lee invalides et les malades votent, amenés par des infirmiers, dans un reataarant de Berlia transformé en section de vote

de vue moral, la journée d'hier a été nettement et -largement favorable au maréchal. Et cette impression est, certes, susceptible d'influencer beaucoup d'électeurs au second tour.

LES RESULTATS OFFICIELS Berlin, 14 mars (d. Petit Paris. (1 h.) Voici les résultats officiels publiés à 1 heure

Suffrages exprimés 37.546.000

Majorité abeolue 18.774.000

Hindenburg 18.659.000

Hitler 11.325.000

Thœlmann 4.970.000

Duesterberg 2.479.000

Il' manque à Hindenburg 115.000 voix pour la majorité absolue.

LA JOURNEE A BERLIN

Berlin, 13 mars (de notre env. spéc.) L'Allemagne a voté. A 6 heures, cet après-midi, le président des scrutateurs a refusé le bulletin d'un retardataire. C'était au petit bureau installé dans une boutique du Wedding, parmi des marchandises disparates (comestibles, quincaillerie, objets d'art et de ménage) uniformisées par le prix de 1 mark 95.

L'étalage à prix unique répond à la timidité de l'acheteur pauvre qui ne se'décide pas selon ses besoins, mais selon sa poche. Celui-ci voisinait, à droite, avec la devanture d'un bookmaker où étaient affichés, entre autres, les résultats de Saint-Cloud; à gauche, avec un restaurant à portions froides.

J'avais noté d'autres bureaux à quelque 500 mètres les uns des autres. Cette infinité de sections et de sous-sections devait diviser les élec· teurs en une multitude de petits grou- pes. En évitant les grandes foules, on évitait les grosses bagarres.

J'avais attendu ce matin le maréchal dans le bureau où il était inscrit, chez Rudolff, le confiseur de la Kanonierstrasse j'y ai vu M. Brüning déposer son enveloppe dans un décor de fruits déguisés et de crottes de chocolat, et nous avons été déçus les cinéastes et moi lorsque M. Meissner. le secrétaire du maréchal, est arrivé sans son patron. Les quelques badauds installés sur le trottoir, en face, s'étaient rapidement égaillés. J'avais hélé le premier taxi pour accomplir mon périple dans la ville. D'après l'animation des beaux quartiers de l'ouest, du sud et du sudouest. où électeurs et électrices se ressaient vers les magasins de vote, j'avais pensé trouver en ébullition les centres populaires. Je fus tout étonné par ces grandes avenues calmes où la gène peut-.tre la misère se dissi-

(Par Parisien.; Le D' '•funbig, chancelier du Beich, votai»" SfiBRi "Sa installée chez le confiseur Budolff, Kaoonierstrasse

mule derrière des murs propres. Si je n'avais vu les drapeaux rouges à étoile soviétique braver l'interdiction aux fenêtres des logements ouvriers, j'aurais cru ces maisons habitées par des bourgeois cossus.

Jour de fête pour les familles Dehors, accompagnés de leur papa en redingote et en haut de forme anachronique suivi d'une famille endimanchée, garçonnets et fillettes revenaient du temple. C'était aujourd'hui la fête familiale et religieuse de la confirmation les jeunes catéchumènes réclamaient aux camelots communistes des fanions écarlates au nom de M. Tbœlmann et s'en amusaient comme d'un accessoire de cotillon.

Leur joie débordait lorsqu'ils apercevaient quelque toutou bâtard enrôlé

(Par téléphotographie de Berlin au Petit Parisien.)

dans le parti, engoncé dans un paletot aux couleurs et insigne de l'U. R. S. S., et lorsque tombaient du ciel, à la portée de leurs mains, une image polychrome au nom d'Hindenburg ou des confetti en forme de croix gammée. Dans les vastes cours des gros immeubles cubiques s'introduisaient les chœurs de propagande chantant et criant d'une seule voix c Front rouge Front rouge

Une fête, en vérité. à laquelle le soleil essayait parfois de participer en se taillant une lucarne dans les nuages. Mais une fête anxieuse pour tous les habitants de l'Empire qui ont passé l'Age de jouer.

Sur toutes les listes, le nombre des votants approchait déjà le nombre des inscrits, laissant une marge étroite à l'indifférence. Ici, autour de Brumenstrasse, les chômeurs se groupaient près d'une affiche où était inscrite une revendication non moins pressante que l'antique panen et circences « Du pain et du travail »

Là, Sous les Tilleuls et dans les riches avenues, la formule ouvrière, changeant de candidat, réclamait la reprise des affaires

Parce que le mécontentement domine les partis, chacun le prend à son service, chacun lui attribue des causes différentes, chacun promet une étoile qui n'est point toujours cueillie sur le champ de l'étendard soviétique.

Le paradis de Moscou est trop près de Berlin pour ne pas prêter à la critique. Au contraire, le paradis d'Hitler n'est pas encore ouvert les illu- sions s'assemblent à sa porte. L'un paraît trop vaste puisqu'il englobe l'humanité entière; l'autre est réservé aux Allemands. On y trouvera un dou- ble bonheur, individuel et national. C'est encore le mécontentement qui peut apporter au colonel Duesterberg les hommes regardant derrière eux, évoquant la vieille gloire », la « vieille force le vieux bon temps » et préférant les souvenirs estompés du passé aux misères de l'avenir.

Il faut vraiment tout le prestige d'Hindenburg, vainqueur de batailles dans la guerre perdue, pour concen- trer autour de soi tant de millions de citoyens et de citoyennes aussi mécon- tents. mais plus prudents et plus sages que les autres.

Mot magique « Deutschland » L'Allemagne vient de voter. A l'heure où j'écris, je ne sais encore ce qu'elle a décidé, mais je puis dire que, vue de Berlin, elle a voté pour des hommes différents d'une seule âme. Je sais bien qu'il y a ici des partis et des programmes violemment contra-

dictoires. On s'étonne pourtant de je ne sais quelle ressemblance entre eux et l'on est tenté d'attribuer à une passion commune les traits communs de leur physionomie sentimentale. Dans les deux soirées qui ont précédé ce scrutin, j'ai pu assister à deux manifestations. Elles auraient dû s'opposer dans mon esprit et déjà elles s'y confondent. Dans le même cadre colossal du Sportspalatz, vélodrome où se déroulent les Six Jours de Berlin, cirque où s'affrontent les champions du ring, j'ai vu vendredi et samedi vingt mille pèlerins joyeux et graves. Ce n'étaient pas les mêmes, puisque les premiers acclamaient l'orateur Brüning et les seconds le tribun Gœbbels; les uns ont voté aujourd'hui pour Hindenburg, les autres pour Hitler. Imaginez cette masse humaine toute fré-

missante devant la voix lorsqu'elle entendait prononcer le mot Deutschland. Ce n'était pas la même voix. Mais le même mot parvenait aux deux foules et exerçait sur elles le même magnétisme.

Sans doute, la salle d'Hitler était animée par plus de jeunesse, éclairée par plus de pittoresque, grâce aux insigues et aux uniformes du parti. Mais était-ce bien des adversaires qui ses levaient au commandement et entonnaient d'une seule bouche les mêmes cantiques patriotiques ?

Ceux de vendredi se tenaient debout, les pieds joints, les bras ramenés le long du corps pour acclamer le Deutschland Uber ailes. Ceux de samedi levaient la main droite et conservaient la position du salut romain pendant toute la durée de l'hymne.

Je ne sais pas laquelle des deux foules chantait « Sois tranquille, patrie, la garde du Rhin ne bronchera pas »

Louis ROUBAUD

(Lct suite d la troisième page.)

LENDEMAINS DE BATAILLES A CHANGHAI (De notre envoyée spécial Andrée VIOLUS.)

Changhaï, 13 mars (via Northern). Pour le moment du moins, l' « incident militaire de Changhai semble clos. Car il existe encore, ici comme en Europe, des optimistes ou des ironistes pour qualifier d'incident cette guerre qui a coûté des milliers de vies humaines, soldats ou civils, dévasté toute une région, accumulé les ruines, suscité des rancunes et attisé des haines.

Donc les canons se taisent pour l'instant et la parole est aux diplomates. Si les négociations ne sont pas rompues avant même d'être entamées, la tâche des négociateurs sera longue et ardue. Pour ne citer qu'un seul prota^ne parmi tant d'autres, lequel b^ belligérants paiera les dégâts ? Autfnn des deux ne semble disposé à eh assumer le fardeau. Et sans doute, en fin de c o m p t e, retombera-t-il sur les épaules des paysans et des pauvres coolies chinois. Bs en ont l'habitude. En attendant, on déménage à Changhaï. Les rues venant des quartiers dévastés sont aussi encombrées qu'au début des hostilités. Sans compter les piétons ployés sous d'énormes ballots, d'innombrables camions, autos, rickshaws, brouettes et autres véhicules hétéroclites se suivent, se heurtent, s'embrouillent, chargés de meubles, d'édredons, de couvertures, de vêtements plus ou moins brisés ou roussis. En effet, les habitants qui ont eu la chance de retrouver quelques vestiges de leurs maisons sauvent ce qu'ils peuvent de leurs biens. Puis ils fuient ces lieux néfastes et pestilentiels que les marins nippons commencent seulement à nettoyer avec quelque nonchalance. Des journalistes américains, qui s'y sont risqués, ne prétendent-ils pas qu'on y trouve encore des cadavres décomposés, au-dessus desquels volent de macabres feux follets ? Par contre, pendant la journée, des familles japonaises s'y rendent avec leur progéniture et yfont ample moisson de souvenirs et de trophées. Quant aux Européens et aux Chinois, ils ne sont admis qu'avec des laissez-passer chichement accordés par les autorités nippones.

Andrée VIOLLIS.

(La suite à la sième page.) Le gouvernement bulgare décrète an moratoire de ses dettes extérieures Sofia, 13 mars (dép. Sud-MMÙ, Le conseil des ministres qui eu lieu aujourd'hui a décidé de suspendre, à partir du 15 mars, le paiement des intérêts afférents à tous les emprunts extérieurs.

Le gouvernement explique sa décision par les nombreuses difficultés auxquelles la Bulgarie a eu à faire face depuis quelques mois, difficultés qui se sont aggravées par la situation économique qui devient de plus en plus précaire.

L'ancien maire de Courbevoie meurt victime d'un accident d'auto à Cannes.

(Voir Il la troisième page.)

M. Pierre Foucard

wiiiiiBijftiraiiflri>u«tiiMiiiiiiii>ait*iuNiMiiii![lrlluliiiiaLfii[ii!iiiiittn

Les entretiens de M. Tardieu M. André Tardieu, président du Conseil, a reçn hier matin M. Zaleekl, ministre des Affaires étrangères de Pologne, accompagné de M. de Chlapowski, ambassadeur de Pologne à Partis.

Il a reçu également le baron Ehren-

MM. Zaleski, Tardieu et de Chlapowskl svard, ministre de Suède à Paris et lord Tyrreai, ambassadeur de GrandeBretagne.

L'état de santé de M. Macdonald, Londres, 13 mars (dép. PetitÇtiriaien.) Un communiqué officiel publié ce soir à Downing Street annonce que le premier ministre a été examiné cet après-midi par le Dr Duke, médecin ophtalmologiste, et que les résultats de l'examen ont été satisfaisants.

Toutefois, étant donné la condition encore délicate de l'œil gauche, le Dr Duke a vivement insisté auprès de M. Macdonald pour que celui-ci prenne à l'avenir plus de précautions qu'il n'en a prises jusqu'ici.

Dans une malle abandonnée dans une gare de la Nièvre on trouve des imprimés

de la banque Baruch

Nevers, 13 mars (dép. Petit Parisien.) Les gendarmes de Saint-Pierre-leMoûtier, effectuant des recherches pour retrouver les cambrioleurs qui opérèrent à Nevers ces jours derniers, se rendirent à la gare de la localité, où une piste leur avait été signalée. Ils furent intrigués par une mallette jaune abandonnée sur le quai depuis le 4 mars.

En présence d'un employé, ils l'ouvrirent et y découvrirent divers vêtements, des lettres écrites en hongrois, des imprimés et des mandats-cartes de la banque Baruch, ainsi que quinze photos d'un groupe de trois individus. D'après les renseignements recueillis par les gendarmes, un contrôleur avait fait descendre, le 4 mars de l'express Lyon-Paris, en gare aintFierre-Ie-Moûtier, trois voyageurs de première classe dont les billets portaient la mention Gannat-Modane. Ces voyageurs 's'étaient trompés de train et le contrôleur leur conseilla d'atten- dre la correspondance.

CES MALFAITEURS SONT-ILS CEUX ARRETES A LYON ? Lyon, 13 mars (dép. Petit Parisien.) La sûreté de Lyon a arrêté ce soir trois repris de justice Louis Duvert, Jean Pratchinti et Gilbert Moyeset, qui, depuis le 15 février, avaient commis une quarantaine de cambriolages à Bordeaux, Saumur, Châteauroux, Nevers. etc. Leur présence avait été signalée dans cette ville et quand ils arrivèrent en auto à Lyon ils furent appréhendés. Ils ont fait des aveux. La catastrophe du « Liberté » a été évoquée à Nice

devant le conseil de préfecture Nice, 13 mars (dép. Petit Parisien.) La catastrophe du cuirassé Liberté, qui sauta et coula à pic en rade de Toulon le 25 septembre 1911, vient d'être évoquée devant le conseil de préfecture interdépartemental de Nice. Il s'agissait d'un litige entre les entrepreneurs qui ont été chargés de l'enlèvement de l'épave et l'administration de la Marine. Ces entrepreneurs, MM. Georges Sidensner, habitant à Nice; Paul Boursier et Pavd Borrely, résidant tous deux à Toulon, devaient, sous certaines conditions, procéder au déblaiement du port dans un délai déterminé. Ce délai dut être dépassé, en raison de certaines difficultés qui, non seulement prolongèrent les travaux, mais occasionnèrent des frads imprévues aux entrepreneurs. Or ceux-ci rendent responsable de ces difficultés l'administration de la Marine, soue prétexte, notamment que le poids de l'épave était supérieur de 1.20C tonnes a celui qui leur avait été indiqué et que les chaînes louées à la Marine s'étaient brisées à plusieurs reprises, quoique supportant des chargea faibles. En raison de ces faits, les en-trepreneurs réclament à l'Etat une somme de près d'un million de francs. L'affaire a été plaidée devant le conseil de préfecture qui l'a mise en délibéré.niiiiMtHiiiilninHtiiiiiiiniiiiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiHiniiiiiiiiiliillillil

Le suicide da € rai des allumettes » M. lïiRTRËBBEii

QUI FUT lE BANQUIER

D'UNE PAOIIE DU MONDE VOYAIT FONDRE SA FORTUNE A UNE ALLURE VERTIGINEUSE La baisse des actions des affaires qu'il contrôlait l'avait profondément affecté D'autre part, il devait rembourser, le 31 mars, 120 mittiona de couronnes à la Banque d'Etat de Suède et ne pouvait trouver cette aomme considérable Bien que les circonstances du suicide de M. Ivar Kreuger aient été, dès la première heure, complètement mises en lumière par les constatations de M. Mangault, commissaire de police de Saint-Phfiippe-du-Roule, assisté du doc- teur Grille, médecin légiste, l'enquête s'eat poursuivie hier matin, puis dans l'après-midi, par JHfûdition de M. Christer Littorin, vice-président de la comse des aEumettes, de Mlle Karin Bockmann, secrétaire de M. Kreuger, qui ont découvert le corps du financier, encore chavri, sur le lit où il venait de se donner la mort puis de M. Véron, le concierge de l'immeuble 5, avenue Victor-Emmanuel-III, où M. Kreuger avait, depuis quatre ans, un pied-à-terre, et enfin de M. Nordling, consul général de Suède à Paris. Qui aurait pu s'attendre à un drame pareil ? s'écriait M. Véron. M. 1 Kreuger paraissait bien, il est vrai, un peu plus soucieux que d'habitude, et 'distrait par des préoccupations profondes, à preuve que vendredi après-midi, il est paasé devant la loge sans dire bonjour, ce qu'il n'avait, jusqu'ici, jemais manqué de faire. C'était, autrefois surtout, un homme plutôt gai, et courtois, et affable, et bon, et tout, et tout Samedi matin, il est sorti. J'ai remarqué qu'il s'en allait à pied, alors que d'habitude ü ne faisait pas la moindre course sans sa voiture. Il revint presque tout de suite. Il était allé, sans que l'on pût se douter de son dessein, chez un armurier voisin pour acheter l'arme qui devait le tuer. Quand on le demanda au téléphone, de l'hôtel du Rhin où son conseil d'administration réuni l'attendait, comme nous l'avons su par la suite, personne ne répondit de

LES GRANDES JOURNÉES D'AUTEUIL

"El Hadjar", à M. gagne le.prnx Murait.

En haut l'arrivée. En bas, gauche El IIadjnr et son jockey Bonaventnre droite le baron de Boutemont et M. Alexandre Aumont

On a cru hier un moment

avoir retrouvé dans le Tennessee le jeune enfant de Lindbergh Mais il s'agissait une fois de plus d'une fausse piste

Londres, 13 mars (dép. Petit Parisien.) Une vive sensation a été causée aujourd'hui en Amérique par la nouvelle que la police de Crosseville, dans le Tennessee, avait découvert la nuit dernière un bébé aux cheveux blonds et aux yeux bleus dans un automobile portant un permis de Pennsylvanie. Se pouvait-il qu'elle eût retrouvé le petit Charles Lindbergh ? Deux couples, M. et Mrs John Young et M. et Mrs Homer Mitchell, qui se trouvaient avec l'enfant, sont gardés à la disposition de la police. Ils prétendent que le bébé est celui de la fille de Mrs Young, mais les docteurs déclarent qu'il ressemble à celui de Lindbergh.

Le colonel Lindbergh, prévenu aussitôt, a convenu qu'il avait reçu la description de l'enfant trouvé à Crosseville, mais il s'est refusé à tout commentaire.

A Crosseville, des milliers de personnes se sont assemblées autour du poste de police où l'on s'efforce d'identifier l'enfant.

D'après un message Exchange Telegraph reçu de cette ville, les journalistf!s qui ont pu l'apercevoir par une fenêtre sont d'avis qu'il ne s'agit pas du petit Charles.

D'ailleurs, un message de Hopewell à la même agence annonce ce soir que le colonel Schwartzkopf, chef de la police du New-Jersey, a déclaré qu'il avait été définitivement établi que le bébé de Crosseville n'était pas le fils du colonel et de Mrs Lindbergh.

Voilà donc un espoir de plus qui s'évanouit et le mystère de la disparition reste entier.

A la 4' page LES SPORTS

MM. Nordltng <a gauche), consul de Suède, et Forsoins, vice-consul, sortant de la maison de M. Ivar Kreugcr

son appartement. La femme de chambre, Mlle Barrault, était sortie faire des courses. Nous pensions, comme ellemême l'a pensé à son retour, que M. Kreuger dormait. Il était déjà mort. Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'on n'ait pas entendu la détonation, car la chambre à coucher se trouve tout au fond de l'appartement.

Hier, tout le jour, le corps du financier a été veillé par des religieuses, par des amis et des secrétaires. On attend pour aujourd'hui l'arrivée du frère cadet de M. Ivar Kreuger, qui ramènera à Stockholm, après embaumement. le corps du financier. On pense que ce transfert n'aura pas lieu avant mercredi.

La personnalité d'Ivar Kreuger

Une étude parue voici quelques mois dans un journal belge plaçait Ivar Kreuger, avant même sir Henry Deterding, au premier rang des meneurs du monde.. « Roi des allumettes », fournisseur à ce titre de quarante-cinq pays, Ivar Kreuger était, surtout depuis une huitaine d'années, l'un des plus puissants financiers du globe. On a dit et cela n'est pas invraisemblable, qu'il disposa à un certain moment d'une masse de manoeuvre de trente milliards. L'obligation de faire travailler des capitaux aussi considérables amena rapidement Ivar Kreuger à tenter d'absorber tous les marchés des deux continents. Il essaya en Belgique, sans réussir, mais fut plus heureux en Allemagne. Puis il aborda l'Amérique où on le laissa complaisamment s'installer.

Raymond DE Nyb.

(Ln suite la deuxième page.)

Entouré de fleurs innombrables le tombeau d'Aristide Briand

a vu défiler hier

un pieux cortège de visiteurs Une nuit, un jour entier, puis une nuit encore, Aristide Briand a reposé en ce cimetière modeste, intime, de Passy, où demeure cette paix céleste des morts que les bruits de la cité ne viennent point troubler.

Lorsque les grilles furent closes, samedi soir, sur ses derniers amis, le champ de repos s'emplit de solitude, et des ombres illustres vinrent s'assembler autour de lui celles, harmonieuses, de Debussy, de Fauré, de Messager l'ombre aussi, tellement émouvante, de Marie Bashkk-tseff, et puis les ombres de Réjane, de Mirbeau, de Manet, dont le cimetière de Passy est le dernier asile. Toutes ces grandes âmes, dont l'écho demeure â nos oreilles et que leur vie terrestre avait promues à la noble tâche d'émouvoir les hommes, entretinrent Aristide Briand, au long de sa première nuit supra-terrestre, de ces beautés sereines de l'art que la paix fait éclore et qui donnent leur lustre aux civilisations.

Aux confins de cette nuit, une aube se leva qui fut une aube de printemps, toute parée de pure lumière et pleine de chants d'oiseaux. Le petit cimetière rouvrit ses portes, et les premiers pèîerins avancèrent vers le lieu où reposait l'illustre disparu.

Ils cherchèrent une tombe et ne trouvèrent qu'un jardin de légende, poussé en une nuit et fleuri comme par miracle. Toutes les -lourdes fleurs dont s'était embaumé, la veille, le cortège historique des funérailles, avaient envahi ce coin du cimetière, noyant le tombeau, débordant sur les dalles voi- sines il y en avait même de suspendues aux arbres d'alentour, qui paraient de guirlandes alourdies les troncs dépouillés par l'hiver.

Toutes ces fleurs, roses provocantes,