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L'élection présidentielle en Allemagne

HINDENBURG L'EMPORTERA-T-IL

DES LE PREMIER TOUR DE SCRUTIN OU SERA-T-IL MIS EN BALLOTTAGE ? Le résultat dépend, pour une large part, du vote des électeurs socialistes Berlin, 9 mars.

DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER

L'élection présidentielle de di- tnanche va éclairer l'opinion étran- gère et l'opinion allemande ellejnême tout d'abord sur les effectifs et les chances que possèdent, dans l'empire, les deux formes de dictature absolue, communiste et fasciste.

Le candidat communiste, le cheminot Thaslmann, peut compter sur les voix de salariés et de chômeurs radicaux, ainsi que sur celles de Socialistes d'extrême gauche qui, tout bien considéré, seront d'avis que le général feld-marschal de Guillaume il, le vieil aristocrate prussien von Hindenburg und Beneckendorff, ne saurait être tenu pour le candidat de la classe ouvrière. Comme la réélection de ce président sortant, dès le premier l'attitude que prendront les huit millions d'électeurs socialistes, l'intensité de l'attraction qu'exercera sur les ouvriers la candidature communiste doit être considérée comme un des facteurs du résultat, l'élection de Thaelmann demeurant en soi, bien entendu, une impossibilité absolue.

Si l'on peut admettre aussi, peutêtre, une certaine indifférence et des abstentions chez les salariés communistes et socialistes, il est hors de doute que, dans le camp hitlérien, le dernier partisan ira aux urnes. Le mouvement » national socialiste livrant une bataille décisive fait des efforts absolument désespérés et l'on pourra tenir le nombre des suffrages que va réunir Adolf Hitler comme l'expression des f o r c e s maxima du nazisme.

Les pronostics les plus sérieux varient entre 10 et 15 millions de voix. La propagande hitlérienne porte visiblement sur les jeunes classes d'électeurs, les employés chômçuTS, les fonctionnaires aux traitements réduits, les journaliers agridoles et les petits cultivateurs.

Ajoutons que des dilettantes, nullement nationaux socialistes, voteront aussi pour Hitler simplement « pour voir » ce qui arriverait, après un triomphe du nazisme et que certains milieux communistes ont proposé de favoriser Hitler au second tour, l'expérience naziste étant, selon eux, inéluctable et tout à fait de nature à plonger l'Allemagne dans ce chaos d'où surgira le régime soviétique.

Aussi le dénombrement des voix de cette candidature est-il attendu avec une curiosité mêlée d'inquiétude. Si, en effet, sans triompher absolument, le nazisme enregistrait, cependant, un grand succès relatif et un nouvel accroissement de forces, sa position deviendrait encore plus menaçante pour le « système » au pouvoir.

Entre ces deux formes de dictature à 100 les électeurs plus pondérés se départageront entre partisans du candidat nationaliste Duesterberg et partisans du « système actuel, représenté par le maréchal von Hindenburg.

Ceux qui sont acquis

à Duesterberg

Pour Duesterberg voteront les réactionnaires prussiens, les hobereaux, les hauts fonctionnaires, les grands propriétaires agrariens, « esprit de Potsdam tous ceux qui croient encore à la possibilité du retour au passé, à la restauration future d'une monarchie avec une Constitution remaniée au profit de l'autorité. Comme les masses populaires qui avaient une telle opinion, il y a quelques années encore, sont maintenant passées au nazisme, la candidature Duesterberg ne réunira que peu de suffrages. Seulement ceux, si l'on peut dire, des cadres de la réaction. Cette candidature n'est d'ailleurs, au fond, qu'une habile manœuvre du leader nationaliste, le conseiller Hugenberg, et elle tend surtout à enlever, si possible, quelques millions de

voix au maréchal et à provoquer un ballottage.

Si l'événement répond à cette attente, Hugenberg sera, entre le 13 mars et le 10 avril, le maître de la situation et disposera de la présidence. Il pourra, en effet, vendre le désistement de son candidat Duesterberg soit au profit de Hindenburg, soit au profit de Hitler, et s'assurer, dans l'un ou l'autre camp, des avantages substantiels.

Ceux qai voteront

pour le maréchal

Sur quels effectifs peut donc compter le maréchal von Hindenburg, candidat du « système », représentant du régime des décretslois, de semi-dictature bureaucratique anonyme qu'incarne depuis deux ans le chancelier Brüning et dont les inspirations majeures viennent de la présidence et de son « cabinet militaire » ?

Hindenburg aura pour lui la partie raisonnable de la population. Ceux qui comprennent que l'empire ne saurait, dans une telle période de difficultés économiques, budgétaires! et financières, se livrer sans péril à une expérience fasciste ceux qui, tout en approuvant le point de vue nationaliste d'Adolf Hitler, restent cependant fort sceptiques à l'égard du programme national socialiste et redoutent un soulèvement de la, classe ouvrière, communiste et socialiste, contre les méthodes terroristes de la Croix gammée. Les conservateurs, les Allemands du Sud, les catholiques, les. commerçants, artisans, banquiers, quantité d'industriels et on l'espère beaucoup d'ouvriers se rallieront' à ces idées de bon sens auxquelles manquent, il faut le reconnaître, la fourgue, l'espoir juvénile, la haine ardente de l'adversaire qui portent tant de millions d'adeptes vers Adolph Hitler.

Le chiffre probable

de la majorité absolue

L'on admet généralement que 80 des électeurs prendront part au plébiscite et que 35 millions de suffrages seront exprimés, ce qui placerait entre 17 et 18 millions de voix la majorité absolue nécessaire à l'élection au premier tour. Les pointages tendent à prouver que le maréchal pourrait compter sur un peu plus de 10 millions de suffrages, sans les voix socialistes. Si donc la social-démocratie arrivait à convaincre tous ses adhérents de voter dimanche pour le président sortant, celui-ci pourrait être aussitôt vainqueur de la compétition. Mais que feront les ouvriers socialistes ? Voteront-ils en partie pour Hindenburg, en partie pour Thaelmann ? Ou bien et dans quelle proportion préféreront-ils s'abstenir ?

La première décision dépendra en somme de l'importance des effectifs hitlériens et de l'attitude des tra- vailleurs socialistes. En cas de bal- lottage, la décision définitive sera entre les mains du conseiller Hugenberg, le leader nationaliste. Les pronostics pour dimanche sont hésitants entre un ballottage probable et un succès du maréchal à très peu de voix au delà de la majorité absolue requise. Tous autres commentaires doivent être remis au soir de l'événement. < Camille LOUTRE..

Le conflit sino-japonais UNE INTEftVIEW

DU GÉNÉRAL

COMMANDANT EN CHEF LES TROUPES NIPPONES Changhaï, 9 mars (via Eastern.) DE NOTEE CORRESPONDANT PARTICULIER Vendredi dernier les journaux de l'après-midi annonçaient à Changhaï que le général Shirakawa, commandant en chef de l'armée 'japonaise, avait été tué à Liuho ainsi que' douze mille de ses soldats. Ce qui provoqua une folle soirée avec mouvements de foule, pétarades et cris.

Le général Shirakawa, comme probablement les douze mille infortunés soldats que l'on nous représentait comme jonchant l'hypothétique champ de bataille de Liuho, continue à se bien porter.

Ce matin, j'ai vu le général Shirakawa à son quartier général établi dans une filature japonaise située dans la campagne toute proche de Changhaï. Avant son offensive, le général Uyeda m'avait déjà reçu dans ce même salon disposé à l'européenne où deux peintures modernes n'indiquent leur origine nippone que par les noms des artistes qui les ont signées. Le général Uyeda est mince, fin, aristocratique. Le général Shirakawa est court et puissant. Il a comme le

le général Shirakawa,

commandant en chef des armées nippones du front de Changhaï

général Uyeda le nez busqué, mais c'est toute leur ressemblance. Son visage aux joues larges ne rit jamais. Parfois, mais rarement, les yeux brillent de malle* et le coin de la làvre, ombrée moustache coupée ras, se plisse cornue pour sourire. Quoique ayant peut-être dépassé soixante ans, il a les cheveux drus, passés à la tondeuse. Sur son épaule brillent trois étoiles d'or et trois rangées de. décorations dont il ne porte que les barrettes rayent sa poitrine kaki. Deux officiers d'état-major sont debout derrière lui. Il parle tranquillement, presque toujours sur le même ton simple.

Georges MORESTHE

(La suite à la troisième page.) La livre a dépassé hier 94 francs Poursuivant sa vigoureuse reprise, la livre sterling a terminé à 94,065, contre 92,36 la veille.

POUR ET CONTRE La Chambre aura mis, en vérité, quelque temps à se décider. Mais, enfin, elle s'est décidée, et c'est à toute allure maintenant qu'elle expédie le budget, qui sera vraisemblablement voté avant Pâques et non pas à la Trinité.

Nous saurons donc, sous peu, à quelle sauce nous serons fiscalement accommodés. Après quoi, nous verrons pousser les jolies feuilles vertes et « perceptorales » qu'il ne faudra p*s regarder à l'envers. La crise économique, qui ne sera peut-être pas conjurée, ne devra pas nous empêcher de verser notre pauvre argent dans les caisses profondes de l'Etat. On parle beaucoup de congélation financière. Mais on remarquera que les contribuables n'ont pas le droit d'invoquer cette congélation des crédits quand il s'agit de payer l'impôt. Les contribuables, coûte que coûte, doivent avoir de l'argent c liquide et qui coule quand le percepteur les appelle. Nous allons avoir un budget qui, n'étant pas parti à point, aura dû courir comme le lièvre. Mais il sera arrivé tout de même.

Et nous savons bien ce qui arrivera.quand il sera arrivé.

L'Etat s'étant mis en retard par sa faute par la faute du moins de nos députés devra à tout prix rattraper le temps perdu. Il aura des besoins d'argent pressants. Il aura quelques millions de factures à acquitter sans délai. Alors il faudra qu'il fasse encore de la vitesse, de la grande vitesse, de l'excès de vitesse. Comme par hasard, ce sont les contribuables qui pâtiront une fois de plus. Le Fisc recevra des ordres précipités. Vite, vite, vite, faudra faire payer les contribuables 1. Hop Hop II faudra les faire courir, les faire galoper; il faudra leur faire sauter tous les obstacles accumulés par la crise économique. L'Etat sera pressé de recevoir de l'argent, beaucoup d'argent. Les contribuables seront donc bousculés et harcelés. Ah il ne faudra pas qu'ils se mettent en retard, eux, les payants. les. coquins de payants L'Etat n'aime pas. lui, les retardataires. Le budget est une affaire sérieuse. Nos députés disposent, pour le voter, des douze mois de l'année. En vérité, ils devraient, dans l'année, pouvoir trouver toujours le temps et le moyen d'équilibrer le budget. Ils devraient pouvoir, chaque semaine, consacrer une séance ou deux à cette besogne essentielle. Ils devraient pouvoir étudier, discuter, « éplucher > le budget avec calme. avec réflexion et prudence, avec tranquillité, avec sérénité. Ce n'est pas en roulant à cent à l'heure qu'il faut faire ses comptes et ceux du pays -ret ceux.des contribuables.

v Maurice Prax,

AUX ASSISES DES DEUX-SEVRES Jeanne Réaud et sa fille eondamnées

à cinq Ms de jéelusion L'ancien gendarme et secrétaire de mairie est acquitté

Niort, 9 mars (dép.. Petit Parisien.) A 9 heures, l'audience est reprise et le défilé des témoins commence. Les accusés observent la même attitude que la veille. Réaud, placide, écoute les témoins sans broncher, plutôt en spectateur qu'en accusé. Il répond avec calme aux questions du président en donnant le démenti. aux affirmations des témoins qui pourraient être préjudiciables à. son système de défense. Sa femme prend lès gendarmes à témoin de ses indignations, car il est bien entendu.-qu'elle seule dit la vérité. Henriette suit l'exemple de sa mère, mais laisse cependant la priorité à cette dernière dans la riposte, prête à intervenir pour renforcer ses affirmations. Quatre témoins à décharge viennent affirmer que Mme Lavergne avait toujours manifesté. l'intention de se suicider et fournissent de bons renseignements sur la famille Réaud. Après délibération, le jury rend un verdict négatif en ce qui concerne Réaud afHrmatif avec circonstances atténuantes en ce qui concerne sa femme et sa fille Henriette. Ernest Réaud est donc acquitté Jeanne Réaud, sa femme, et Henriètte Réaud, sa fllle, sont condamnées à cinq ans de réclusion.

A la lecture de l'arrêt, Mme Réaud s'écrie

Mon Dieu, mon Dieu, je suis innocente

Puis elle s'évanouit.

M. Tardieu repartira

dimanche soir pour Genève M. Tardieu, président du Conseil,1 repartira dimanche soir pour Genève, où, il arrivera lundi matin afin de participer aux travaux de la conférence du désarmement.

LE « BIARRITZ » EST PARTI D'ISTRES POUR NOUMEA Le premier atterrissage s'est effect ué à Tripoli après un vol de huit heures Istres, 9 mars (àép. Petit Parisien;) L'avion trimoteur Biarritz, la plus récente création de l'ingénieur Couzinet, a quitté ce matin l'aérodrome d'Istres, ayant à son bord le pilote de Verneilh, le navigateur Devé, le mécanicien Munch. L'envolée s'est effectuée de façon impeccable à 5 h. 55.

Cet appareil entreprend un voyage vers Nouméa: c'est la première fois qu'un avion français tente une liaison aérienne avec la Nouvelle-Calédonie. L'atterrissage

Tripoli, 9 Mars (dép. Havas.)

Le Biarritz a atterri à l'aérodrome de Tripoli à 14 h. 10.

Les aviateurs, qui ont été gênés pendant le trajet par un vent debout de 40 kilomètres nord, ont déclaré qu'ils ne pouvaient atteindre Benghazi avant la nuit.

LES POMPIERS DE LA CASERNE CARPEAUX EXPÉRIMENTENT UN NOUVEAU LIQUIDE EXTINCTEUR

lA l'aide d'âne « mousse » spéciale, les pompiers de la caserne Carpeaux ont combattu hier, au cours d'expériences réussie», les tonnes d'incendies les plus' diverses

'EN RÊVE, UN CHEMINEAU' S'ACCUSE D'ÊTRE L'ASSASSIN DE LA PETITL80NFIELIB Arrêté à Avignon à la suite des déclarations d'un marchand de boit qui l'avait hébergé et qui avait été frappé des propos qu'il tenait dans son sommeil, il est ramené à Marseille Son altitude, au moment' d'une reconstitution du crime, est telle qu'on se demande s'il n'est pas irresponsable et s'il a réellement commis le crime dont il s'accuse

Marseille, 9 mars (dép. 'Petit Paris.) Samedi dernier, M. Reyre, marchand de bois à Avignon,. fut accosté par un individu qui le supplia de'lui donner du travail et à manger. Pris de pitié, M. Reyre accéda à son désir et l'employa. Il lui, donna également à man,ger et un lit. Or, dans la nuit de^ dimanche à lundi, Mme Reyre, qui était éveillée, entendit son « pensionnaire'» qui parlait dans son sommeil. Elle comprit distinctement ces paroles « Je l'ai tuée, mais ils, ne m'auront pas. »

Inquiète, Mme Reyre éveilla son mari qui, lui également, perçut distinctement le mot « tué qui revenait dans le monologue du chemineau. Au matin, comme M. Reyre parlait avec sa femme du crime de SaintAntoine, le chemineau parut gêné et s'éclipsa aussitôt, ce qui incita M. Reyre à aller rapporter à la gendarmerie d'Avignon les incidents de la nuit. Le chemineau, arrêté aussitôt et interrogé, déclara se nommer HenriEmile Roche, cinquante et un ans, né à Mortagne (OrheK Sa main gauche est mutilée du majeur, à là suite d'un panari, dit-il. La sûreté et le parquet de Marseille ayant été avisés, M. Malval. juge d'instruction, lança un-mandat d'amener contre le chemineau qui fut ramené- à Marseille à 15 heures. Bientôt,- il avoua

Oui, c'est moi qui-ai' tué MarieLouise Bonfiglio.

Dans le cabinet de M. Malval, il répéta cet aveu. Aussi le juge • d'instruction décida d'opérer sur l'heure une reconstitution du drame qui eut lieu à 17 h. 30 en présence du chef de la sûreté, du substitut du procureur de la République, du commissaire Guibal et de nombreux inspecteurs. Conduisez-nous à la maison où vous avez tué la petite fille, ordonna M. Malval à Roche.

Le chemineau prit la tête du groupe, entra sans hésiter,' à la croisée des chemins, dans celui qui monte vers la maison en question et, tête basse, marcha droit vers la campagne. II s'arrêta brusquement devant la terrasse de la maison du crime.

C'est là, dit.il lacoakutement. En étes-vous bienjùr ? jnterro-. gea M. Malval.

Oui, c'est bien là.

(La* suite la troisième -page.)

LA FRANCE EN DEUIL Devant le cercueil d'Aristide Briand 30.006 personnes ont défilé hier vA VEILLÉE FUNÈBRE A ÉTÉ ASSURÉE

PAR LES ANCIENS COMBATTANTS RÉPUBLICAINS Le corps sera transporté ce matin au ministère des Affaires étrangères

.Les préparatifs au salon de l'Horloge pour l'exposition du corps

Aristide Briand avait reçu mardi, sur son lit de mort, l'hommage affligé du peuple de Paris. Hier, c'est la France tout entière qui est venue à lui. Devant le lourd catafalque qui l'effaçait désormais aux regards, plus de trente mille pèlerins ont passé. Nombre d'entre eux étaient en hâte accourus des cités et des hameaux lointains où retentissent encore les derniers échos de la grande voix éteinte. On y vit de rudes hommes sanglotant, des femmes qu'attardèrent auprès des noires tentures de ferventes prières, des enfants pliant le genou devant la bière du glorieux homme qui, voulut faire clair et doux leur avenir.

On vit aussi des mutilés qui ne furent pas les moins émus. L'un d'eux. après avoir posé ses lèvres sur les draps mortuaires, ne s'écroula-t-il pas évanoui ? D'aucuns demeuraient âgés dans une muette méditation, tandis que d'autres lui dirent, comme s'il eût dû les entendre, leur reconnaissance et leur peine.

Durant toute la journée, des fleurs, d'innombrablès fleurs s'amoncelèrent dans la petite chambre. Violettes, roses, orchidées, bouquets somptueux ou humbles, déposés au passage par les pieux visiteurs. Parmi ces délicates offrandes resplendissait la magnifique gerbe, de lilas et de roses envoyée par l'American Legion. D'émouvantes adresses

Sur la petite table de la salle à manger, les télégrammes de condoléances s'amoncelaient aussi, émouvants dans leur bref style sans recherche. Il y eut notamment cette adresse, provenant d'un tout petit bourg de l'Ariège

c Les cent cinquante habitants d'Argistou, dont trente-cinq enfants sont morts pour la France dans- la dernière guerre, adressent l'expression de leur reconnaissance éternelle pour l'homme qui voulut à tout jamais, sur cette terre, supprimer la souffrance morale et la douleur. »

II y eut celle du' lycée. de SaintNazaire, qui porte le nom de son ancien élève Aristide Briand Douloureusement affecté par la perte 'de son bienfaiteur, le collège Aristide-Briand tout entier adresse à famille et collaborateurs ses condoléances attristées.

D'autres furent adressés à la famille du grand disparu par des villes de France, des colonies, du monde tout entier. On ne saurait les citer tous. Notons toutefois celui-ci, adressé par M. Marquet, député-maire de Bordeaux

Le conseil. municipal, siégeant toutes commissions réunies, salue, au nom de la démocratie bordelaise, la mémoire d'Aristide Briand, éloquent défenseur des idées'de paix auxquelles sont, attachées les masses populaires, et adresse. à sa famille l'expression de ses condoléances attristées. ̃» En, outre, cet autre, signé du maire de Thoiry

« Thoiry vous présente ses sincères condoléances et salue avec émotion la mémoire du grand homme Briand. Et combien d'autres adresses, toutes vibrantes d'une foi ardente dans la survivance de la grande pensée de Briand, ne portaient pour signature que d'humbles et touchantes formules! Ainsi put-on. lire

Un vieux de 70 qui vénéraât le grand apôtre de la paix. »

« Un grand garçon dont le papa est mort à la guerre pour aider Briand dans son œuvre de paix. »

Et celle-ci, saisissante dans sa brutalité

« Un classe 15 qui a donné son bras la France et son coeur à Briand. Mais ne furent-elles pas les plus émouvantes ces lignes que tracèrent une main d'enfant et qu'on trouva accrochées à une gerbe de roses « Devant le cercueil qui porte l'illustre Français, le grand pacifiste que vous fûtes, je jure, Monsieur Aristide Briand. de lutter comme vous, jusqu'à mon dernier souffle, pour la paix, pour la fraternité entre les hommes.

Jacques JALVEL, élève de cinquième au lycée Janson-de-Sailly. s

Cette belle lettre d'enfant, on ne saurait ne pas la rapprocher de ces lignes qui nous furent adressées hier par « une Française » II faut, dit-elle, faire un appet aux femmes et aux mères de notre pays pour qu'elles assistent aux funé-l

railles d'Aristide Briand. Ce serait, même temps qu'un hommage à celut que nous, mères, nous appelons « l'apôtre de la paix x, la meilleure façon de manifester la volonté de paix de la France.

Quels hommages auraient su, mieux que ceux-là, trouver le chemin du noble coeur qui ne bat plus

La visite du préfet

de la Loire-Inférieure

Une visite, hier matin, fut pourtant particulièrement émouvante, celle que rendit au grand homme d'Etat le pr<5fet de la Loire-Inférieure, le préfet du département où naquit Aristide Briand, où il grandit, débuta dans'la vie politique, et auquel il devait revenir plus tard, après que fut couronnée sa magnifique carrière.

D'autres visiteurs non moins émiDents se joignirent au long cortège anonyme. Sur les registres on relevait hier soir les noms suivants

MM. Steeg, Laurent Eynac, Valadier, de Arezedo, ancien président du Sénat du Brésil; André François-Poncet, S. S. de la Barra, ancien président de la République du Mexique; Scherdlin, président de la cour de cassation Léouzon Le Duc, bâtonnier. due l'ordre des avocats; le recteur Charléty, René Fatou, maître des requêtes au conseil d'Etat; le général Nollet, ancien ministre de la Guerre; le général Dubail, grand chancelier de la Légion d'honneur; Labrousse, Ménier, James Hennessy, Pradon Vallancy,

Le drapeau en berne au faîte du ministère des Affaires étrangères

Barthe, duc de Lesparre, Patenôtre, A. de Fels, E. Pezet, Lavoinne, Duchein, Pichery, Serre, Provost-Dumarchais, Dudouyt, Pons, députés oUviénateurs les généraux, Audibert et Le Rond. Maurice Rostand.

Un mutilé a fait suivie son nom-de la mention « aveugle de guerre A 20 heures seulement, le long -dé- filé prit fin. Et la troisième veillée autour du grand mort commença. Flle devait être, plus que les précédentes, celle de la France.

La veillée funèbre

des anciens combattants

Pour rendre un dernier hommage il celui qui fut l'homme de la paix, les groupement'! d'anciens combattants avaient décidé, dans l'après-midi, de constituer une garde d'honneur qui, dès le soir, veillerait autour du catafalque. La famille et les collaborateurs d'Aristide Briand accueillirent ai%C émotion cette offre.

A 22 h. 55, une délégation de'^la Fédération nationale des combattants républicains arriva aveàpe Kléber, conduite par M. Fonteny, président national. Elle était composée de MM. Sennac, président de la Fédération départementale de Seine-etOise, Jayet, vice-président de la 17' section; Bezzini, secrétaire de;, la section d'Argenteuil; Lecam, prési- dent de la section de Courbevoie; Ducastel, président de ja section de Sannois Madegard, secrétaire adjoint' de la Fédération de Seine-et-Oise; Robert Cerf et Ogardine, membres du comité