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Le visage divers de la France

Nous voici aux confins de la troisième Bretagne, la Bretagne du Nord-Ouest, presque tout entière acquise à l'antique idiome armoricain.

Il a la vie dure, cet idiome, pour avoir traversé l'école, la caserne et quatre années et demie de tranchées sans autre avanie que de s'y être légèrement déformé. Reconnaissons, pourtant, qu'il a perdu un peu de terrain depuis 1875; c'est ainsi que, jusqu'à cette date, autour du Bourgde-Batz, en pleine Loire-Inférieure, dans les quatre hameaux de Kervalet, de Rouffiat, de Kermoisan, de

Trégaté, tout un lot de familles parlaient encore le bas-breton. Mais c'était l'époque où les paludiers euxmêmes portaient les gilets étagés, les braies en toile fine serrées aux genoux par des jarretières flottan- tes, la veste écarlate et le feutre à larges bords relevés sur le côté qu'on ne leur voit plus qu'à la procession du Sacre et dans les cavalcades de charité. La Grande-Brière, un peu à l'écart, noyée de brumes et qu'Alphonse de Chateaubriant a fait entrer dans la littérature, s'est mieux gardée, sans doute grâce à son isolement elle forme, avec ses 7.000 hectares de tourbe et d'eau morte, comme un maquis aquatique, une Corse marécageuse au milieu de cette Bretagne du Sud, plus française que bretonne. Vingt et une communes s'en partagent l'exploitation, régie par une vieille ordonnance ducale de 1461, à laquelle il ne ferait pas bon de toucher, le Briéron ayant l'épiderme sensible et le coup de fusil prompt.

L'autre Bretagne, la c breton- nante r, pour la découvrir, il faut attendre d'avoir franchi la Vilaine, même poussé un peu plus loin, jus- qu'aux abords de Vannes, chez les gars du blé blanc les Guénédour, comme on les appelle dans leur langue. Et c'est vraiment comme si l'on passait d'une atmosphère à une autre, de la Terre à la Lune ou à quelque planète encore plus catastrophique.

J'habite le Morbihan, à 2.000 lieues de Paris, disait, à la Convention, le représentant Le Quinio. Il était fort au-dessous de la vérité, au moins en ce qui concerne un certain Morbihan. L'antiquité avait ses colonnes d'Hercule au pted de l'Atlas, la Bretagne a peutêtre les siennes dans les mégalithes de Carnac

Carnac qui, sur ses noirs pilastres, Porte le ciel occidental.

a écrit un poète. Un monde finit ici, un autre commence, délimités l'un et l'autre par ces longues files de peulvans et de menhirs proces- sionnant, sous un ciel gris, jusqu'aux limites de l'horizon. L'esprit se trouble, le cœur se serre, sans savoir au juste pourquoi, devant ces innombrables raatômes de pierre. Quelle pénitence extraordinaire accomplissent-ils là ? Sommes-nous dans quelque Sodome ou quelque Gomorrhe de l'Extrême Orient ? Et d'où vient enfin cette immobilité des choses qui, à certaines heures, fait presque l'effet d'une sourde hostilité, comme si la présence des

rivants était une anomalie presque m scandale en ces lieux ?

L'explication s'en trouve peutitre dans le titre donné par l'auteur de l'Histoire des Gaules à l'un le ses chapitres les plus émouvants: z l'Armorique, terre des morts ». (La suite à la quatrième page.) UN AVION FRANÇAIS

TOMBE DANS L'ATLANTIQUE PRÈS DE LA COTE BRÉSILIENNE Cet appareil, qui avait à bord quatre personnes, avait été pris dans une violente tempête

Buenos-Ayres, 29 février (d. Bavas.) On a retrouvé sur une plage de la côte brésilienne de l'Atlantique sud, près de Satira, à la frontière du Rio Grande, des sacs du courrier postal. Or on est sans nouvelles de l'avion qui les transportait et qui avait quitté Buenos-Ayres dans la nuit de vendredi à samedi pour assurer le service régulier avec Montevideo, sur la ligne Amérique du Sud-Europe.

L'avion a été surpris au cours de son voyage par une violente tempête qui a sévi sur la côte du Brésil, entre Montevideo et Pelotas. I1 y a malheureusement tout lieu de supposer que l'avion s'est perdu en mer et que l'équipage a péri.

L'appareil avait à bord quatre personnes les pilotes Barbier et Hamm, le radiotélégraphiste Goubeyre et un passager, M. Boucheix, secrétaire de la légation de France en Bolivie. L'équipage est cité

à l'ordre de la nation

Dès qu'il a eu connaissance de la perte, entre Montevideo et Porto-Alègre, de cet avion, M. Gûernier, ministre des Travaux publics, des Communications et de la Marine marchande, a décidé de citer les membres de l'équipage à l'ordre de la nation et de les proposer pour la Légion d'honneur à titre posthume.

Carnera a battu P. Charles (Voir la troisième page.)

Une phase de la rencontre Primo Carnera (à gauche) arrête une attaque du Belge Pierre Charles

M. André Tardieu a eu hier à Genève de nombreux entretiens de grande importance LE PRESIDENT DU CONSEIL SERA CE MATIN A PARIS Genève, 29 février (dép. P. Parisien.) M. André Tardieu est reparti pour Paris ce soir à 22 h. 30.

Au cours de la brève journée qu'il vient de passer à Genève, selon sa propre expression, il a fait réellement le tour du monde. En moins de douze heures, il a vu les représentants des principaux pays d'Europe et d'outremer. Ce tour de force diplomatique a provoqué l'admiration des milieux de la S. D. N. où le président du Conseil français gagne à chacun de ses voyages de nouvelles et solides sympathies.

A son arrivée à la gare ce matin à 9 heures, M. Tardieu fut salué par ses collaborateurs français et par de nombreux délégués étrangers. Sans prendre un instant de repos, il eut d'abord une longue conversation avec M. Paul-Boncour, qui le mit au courant du travail accompli en son absence. Comme de coutume, il réunit ensuite son conseil des délégués. Après cela, il eut avec le chef de la délégation allemande, M. Nadolny, une conversation de près d'une heure, à laquelle participait M. Paul-Boncour. Puis il reçut la visite de M. Benès avec lequel il se retrouva, du reste, un peu plus tard à un déjeuner offert en son honneur par le ministre des Affaires étrangères de Pologne, M. Zaleski, et auquel assistait également M. Marinkovitch.

Dans l'après-midi, M. Tardieu a vu d'abord M. Branco, ministre des Affaires étrangères du Portugal, puis il a reçu successivement M. Marinkovitch, ministre des Affaires étrangères de Yougoslavie; M. Antoniades, qui dirige la délégation roumaine en l'absence de M. Titulesco le comte Apponyi, délégué de la Hongrie les deux représentants du Japon, MM. Matsudeira et Sato le délégué de l'Autriche, M. Pflugl le délégué de la Chine, M. Yen le chef du Foreign Office, sir John Simon, et son collègue d'Italie, M. Grandi.

Pour clore cette liste impressionnante, M. Tardieu a de nouveau conféré ce soir avec M. Benès. Enfin, il a diné avec les délégués américains, MM. Gibson et Norman Davis. On prévoit qu'il reviendra à Genève dimanche ou lundi prochain.

Au cours de ces diverses entrevues, le président du Conseil a naturellement passé en revue avec ses interlocuteurs les multiples problèmes qui figurent à l'ordre du jour de la conférence et dont les commissions techniques se saisiront ces jours-ci. Sa conversation avec le délégué allemand, M. Nadolny, donne naturel- lement lieu à de nombreux commen- taires. Bien qu'il n'en ait rien trans- piré de précis, l'impression générale est plutôt favorable, le représentant du Reich, fortement impressionné par la franchise de son interlocuteur, ayant manifesté, dit-on, un réel désir d'entente.

D'autre part, le fait que M. Tardieu a vu les représentants de l'Autriche et de la Hongrie est d'autant plus significatif qu'il a eu, presque simultanément, des entretiens prolongés avec les porte-parode de la Petite Entente. Il démontre, en effet, que le président du Conseil français s'intéresse à la questiott du resserrement de la collaboration économique en Europe centrale.

Enfin, les deux conversations qu'il a eues dans la journée avec M. Benès lui ont prouvé que les principes généraux qu'il avait exposés lors de son dernier séjour à Genève, en ce qui concerne la procédure, ont reçu l'approbation unanime des délégués. Ainsi, dans la première séance qu'elle tiendra mercredi, la commission générale suivra les directives fixées par le représentant de la France et, en son absence, par le ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie, qui, en sa qualité de rapporteur, est l'un des principaux animateurs de la conférence.

Paul DU BOCHET.

CE MATIN, CONSEIL DES MINISTRES Un important conseil des ministres se tiendra ce matin à l'Elysée, sous la présidence de M. Paul Doumer. M. André Tardieu, retour de Genève, rendra compte au conseil des dernières conversations qu'il a eues sur les bords du Lemaa avec les membres de la conférence de limitation des armements.

Le conflit sino-japonais ON NÉGOCIE A GENÈVE ON SE. BAT A CHANGHAI

Le conseil de la S. D. N., réuni d'urgence, a adopté un plan présenté par M. PaulBoncour en vue de la cessation immédiate des hostilités et du retrait des troupes chinoises et japonaises. Les Etats-Unis s'associeront à cette action pacificatrice. Genève, 29 février.

D'UN DE NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX

Le coup de théâtre que vous faisaient prévoir mes deux derniers télégrammes concernant les dispositions de plus en plus conciliantes du Japon et la possibilité d'une cessation immédiate des hostilités sino-japonaises s'est produit cet après-midi. Au cours de la réunion privée tenue 5 15 h. 30 par le conseil des Douze, sir John Simon a mis, en effet, ses collègues au courant des informations qu'il venait de recevoir de Changhaï, et ses renseignements ont été jugés à la fois si importants et si encourageants qu'une séance plénière publique, c'est-à-dire représentants chinois et japonais compris, tut immédiatement décidée.

Cette séance extraordinaire a eu lieu à 18 heures, sous la présidence de M. Paul-Boncour, et elle a présenté, pour ceux qui ignoraient l'activité diplomatique intense déployée ici depuis quelques jours par les représentants de la France et de la GrandeBretagne, un caractère presque aussi dramatique que celle qui avait précédé l'xpiration de l'ultimatum japonais. Cette fois, cependant, le conseil prenait sa revanche et, au lieu de constater douloureusement son Impuis-

L'amiral japonais M. Wellington Nomura Koo

sance, s'efforçait au contraire d'apporter une contribution que chacun espérait efficace à la cause de la paix. La déclarations de M. John Simon Voici quelle fut la déclaration de sir John Simon

Je viens de recevoir, dit-il, un rapport émanant des représentants britanniques à Changhai et annonçant qu'hier après-midi et dans la soirée une réunion de commandants et de représentants des forces chinoises et japonaises a eu lieu dans cette ville en vue d'examiner la possibilité d'adopter d'un commun accord des décisions permettant la cessation des hostilités.

A cette réunion, qui s'est tenue à bord du navire amiral britannique, participaient l'amiral Kelly, M. Wellington Koo et le général Wang, du côté chinois et du côté japonais l'amiral Nomura et M. Matsuoka. Cet entretien a duré plus d'une heure et demie et a été extrêmement amical de part et d'autre.

Le principe du retrait mutuel et simultané des forces en présence a été ttceepti. Une discussion de détail s'est engagée au sujet de la surveillance de la xone évacuée et il .a été entendu que les arrangements envisagés seraient sournis immédiatement à i'exarten des gouvernements de Tokio et de Nankin.

Je vous demanderais l'autorisation, Monsieur le Président, poursuivit sir John Simon, de ne pas en dire plus long pour le moment. J'ai pensé que cette information était en soi si importante .et si utile qu'elle justifiait vetre intervention.

Albert JULLIEN.

(La suite à lü troisième page.)

Marine japonais abrités en attendant que l'auto-mitrailleuse leur permette d'avancer NOUVEAUX COMBATS AUTOUR DE CHAPEI

Changhaï, 29 février.

DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER Un combat acharné a eu Heu aujourd'hui dans la partie nord de Chapeï, tandis qu'à Nankin MM. Wilden, ministre de France, et Lampson, ministre d'Angleterre, s'efforçaient encore une fois, dans le plus grand secret, d'échafauder un projet permettant la cessation des hostilités qui menacent de prendre une tournure de plus en plus violente.

Depuis l'entrée en action du général Uyeda, le secteur de Chapeï était devenu relativement calme. Ce matin, les batteries nippones ont martelé à coups redoublés les positions chinoises, solidement établies à l'est de Paoshan Road. Les avions ont coopéré avec l'artillerie pour démolir les positions fortifiées et les réseaux barbelés. Vers 11 heures, les fusiliers marins nippons sont partis à l'assaut à la baïonnette. Un corps à corps acharné s'ensuivit, et les Nippons se sont emparés du cimetière japonais et ont avancé jusqu'à une crique dite de Hongkiou, dont le pont avait été détruit. Le génie naval japonais a réussi à jeter sur la crique un pont de fortune et les marins ont passé vers 14 heures. Les Chinois ayant reçu des renforts ont contre-attaque en nombre et ont repris le pont.

Les Japonais ont alors recommencé à bombarder les positions chinoises et, vers 17 heures, les fusiliers marins sont partis encore une fois à l'assaut. Les autorités nippones déclarèrent, dans la soirée, que les marins ont réussi à reprendre le pont et à avancer sensiblement leurs lignes vers l'hôpital chinois des isolés où les troupes chinoises ont établi de solides défenses.

Pendant ce combat, les avions nippona ont bombardé les emplacements des batteries chinoises et la voie ferrée où évolue un t?*in blindé. Dans le secteur de Kiang-Ouan, la situation était stationnaire, mais le bruit court qu'une nouvelle action y est imminente.

A Wousong, le tir des destroyers japonais contre les forts de la ville s'est poursuivi pour protéger le débarquement des renforts nippons au sud de Wousong.

Les Japonais ont bien gardé le secret sur ces nouveaux renforts, de sorte que personne ne sait exactement combien de régiments sont arrivés. Les uns parlent d'une division; d'autres prétendent qu'une deuxième division est sur le point de débarquer à son tour. La plupart des débarquements ont eu lieu la nuit et tant à Wousong qu'aux appontements des compagnies japonaises, de manière à dépister les espions.

Il est certain que nous devons nous attendre à une nouvelle offensive. Le journal américain de ce soir prétend que le général Shirakawa est arrivé, ce que personne ne peut confirmer.

Quelqu'un qui est allé cet après-midi à Kiang-Ouan m'a conté que l'université technique du. travail, sorte d'école chinoise des arts et métiers, a beaucoup souffert du bombardement et que quelques résidences européennes de cette région sont seules restées intactes. On aperçoit, parait-il, des cadavres que les brancardiers n'ont pas core eu le temps d'enlever.

Les ministres de France et d'Angleterre, arrivés hier, ont fait de pressants appels auprès des membres du gouvernement chinois restés à Nankin afin qu'ils acceptent un règlement' raisonnable mettant fin aux hostilités dans la région de Changhaï. Selon l'agence chinoise Kuomin, M. Lampson aurait fait des propositions concrètes et la commission des affaires étrangères, présidée par le ministre LowenHan, accepterait la création d'une zone neutre appelée zone de paix sous les conditions suivantes 1° Les Chinois et les Nippons cesseraient les hostilités.

2° Les Chinois consentiraient à reculer de 6 kilomètres et le gros des forces japonaises reculerait de façon à laisser une zone large de 18 kilomètres entre les deux armées. 3° Le contrôle du retrait des troupes nippones serait exercé par les officiers neutres et la police de la zone neutre confiée aux puissances neutres. Ces conditions ne sont pas celles des Japonais toutefois les Japonais se déclarent très désireux de régler l'affaire de Changhaï le plus tbt possible.

Ce matin, M. Matsuoka, ancien président du Sud-Mandchourien, dont la situation est égale à celle d'un gouverneur général, sorte d'éminence grise, qui fut envoyé à Changhaï par le président du conseil Inukai, m'a fait la déclaration suivante

Depuis longtemps la situation devenait intolérable pour les résidents nippons en Chine, en raison de la pro-

pagande antijaponaise enseignée aux enfants, propagée dans l'université, et du boycottage incessant imposé aux marchands. Le dilemme suivant se posait pour nous ou bien renoncer à nos vastes intérêts en Chine et accep-

Le général Wang, Le commsndant commiuidant le centre l'aile droite

ter d'immenses ruines, ou demeurer en Chine, fallût-il, pour cela, employer les moyens les plus énergiques. Nous décidâmes de demeurer.

Georges MORESTHE

(La suite à la troisième page.) M. François-Poncet abandonne la députation pour la carrière On sait que notre ambassadeur à Berlin, M. André François-Poncet, est également député de la Seine. Or, comme ambassadeur, il est en mission temporaire » de six mois, laquelle va expirer très prochainement, de même, d'ailleurs, bien qu'un peu,plus tard, son mandat de député.

Le moment est donc venu pour lui de choisir entre les deux, car, s'il ne renonçait à son mandat de député, sa mission à Berlin ne pourrait légalement lui être renouvelée.

A ce propos, nous sommes en mesure d'annoncer que M. François-Poncet a fait son choix il va abandonner le mandat pour se consacrer à la « carrière ».

MORT DE M. BIGOURDAN

On annonce la mort, à l'âge de quatre-vingt deux ans, de M. Guillaume Bigourdan, membre de l'Académie des sciences et du Bureau des longitudes, astronome honoraire à l'Observatoire de Paris.

M.Bigourdan était un sav-ant éminent et désintéressé, dont'les travaux et les observations ont puissamment contribué

aux progrès de la connaissance des mondes. Directeur du bureau international de l'heure, il était universellement connu et apprécié, tant pour ses mérites d'astronome que pour sa courtoisie, sa modestie et pour la dignité de sa vie.

Un nouveau pavillon à la maison de retraite du Soutien fraternel des P. T. T.

première pierre. En bas M. Mou1et, doyen du Soutien fraternel

LE COUP DE MAIN DE LA RUE LAFAYETTE Les deux bandits

«repérés» à Paris

étaient à Lyon

le lendemain de l'attentat Descendus, jeudi après-midi, dans un hôtel où ils avaient présenté des livrets militaires de la légion étrangère, ils prirent vendredi à la première heure un train à destination de la Suisse il se confirme que ce sont deax Suisses allemands se nommant on se faisant appeler Paul Ranzoni et Emile Tramer C'est le mercredi 24 jévrier, à midi, que trois bandits attaquèrent, revolver au poing, la banque Baruch frères, rue Lafayette, et s'emparèrent de 127.450 francs.

Le même jour, à 18 h. 30, on déposait au bureau des objets trcuvés de la préfecture de police un carton contenant des vêtements usagés, décou·vert l'après-midi sous une roulotte /oraine garée sur la place d'Italie. Aussitôt la police judiciaire lit uti rapprochement entre cette trouvaille et l'attentat de la rue Lafayetiv. Le lendemain, les investigations entreprises dans les parages de la place d'Italie faisaient découvrir, xiinsi que nous l'avons relaté hier, que deux individus correspondant exactement au signalement de deux des malfaiteurs ayant pris part au coup de main dirigé contre la banque Baruch s'étaient, dans l'après-midi de mercredi, habillés de neuf dans divers magasins de l'avenue des Gobelins et qu'ils avaient séjourné quelques inatants dans un hôtel, 17. rue Godefroy, juste le tomps de faire peau neuve. Depuis, on perdait leur trace.

Ainsi, dès jeudi soir, les enquêteur* possédaient le nouveau signalement vestimentaire des deuz bandits, deux étrangers l'un d'eux, coiffé d'un chapeau melon noir, arborait désormais une paire de lunettes à monture en écaille foncée; l'autre portait un chapeata taupé de couleur beige. 1U étaient en possession de mallettescabine, l'une bleue, l'autre de couleur havane.

Le plus grand mystère fut observé, autour de ces éléments d'enquête qui, divulgués, auraient certainement contribué à taire retrouver rapidement la trace des deux malfaiteurs. En effet, leurs particularités, y compris leur accent et la couleur de leur mallette, auraient ravivé les souvenirs ou excité la perspicacité de chauffeurs de taxi, d'employés de chomins de fer, d'hôteliers ou de commerçants, tont en renseigtuant les polices du ter ritoire et .des postes frontières qVMnè circulaire a touchées tardivement.

Ce n'est que dans l'après-midi de dimanche après des recherchés aussi secrètes qu'infructueuses qu'un communiqué à la presse révéla la présence, mercredi après-midi, des bandits dans le XIII' arrondissement, et leur signalement Précis.

Et l'on est en droit de regretter le silence jusqu'alors observé par les enquêteurs, car la publicité donnée au repérage des deux malfaiteurs aux vétements neufs, aux mallettes caractéristiques et soldcant leurs dépemes avec des billets de banque de la série T 56.767 ceux précisément volés à la banque Baruch a immédicàement permis de retrouver leur piste à Lyon et d'apprendre qu'ils s'étaient dirigés vers la Suisse.

C'est vendredi, à la première heure, que Il; bandits quittèrent Lyon, où ils étaient arrivés la veille. On ne Va su qu'hier.

Les deux malfaiteurs, fuyant Paris et la France, ont une avance de quatre jours sur la police.

Les deux « légionnaires »

de Lyon

Lyon, 29 février (dép. Petit Parisien.) En lisant son journal, ce matin, M. mallène, hôtelier, 91, rue Moncey, a eu une grosse surprise les détails publiés sur les deux malfaiteurs auteurs du coup de main contre la banque Baruch, à Paris, et dont la trace a été retrouvée dans le XIII* arrondissement, lui ont révélé que les bandits étaient descendus dans son établissement jeudi dernier.

M. Mallène se rendit alors à la süreté lyonnaise, où il expliqua qu'il pouvait affirmer que les deux malfaiteurs avaient séjourné dans son hôtel au lendemain de l'attentat commis à Paris.

C'est jeudi vers 14 heures qu'ils s'étaient présentés 91, rue Moncey. Le premier, âgé de vingt-huit à trente ans, et mesurant environ 1 m. 70, avait le teint pâle, la figure allongée, les cheveux blonds, n portait une mallette neuve de couleur bleue. Le second, trapu, âgé d'une trentaine d'années, aux cheveux châtains, avait une mallette jaune. Tous deux étaient correctement vêtus et avaient un accent étranger. Ils prirent une chambre, mais ils sortirent en laissant leurs bagages sur une table du café de l'hôtel. A la demande de l'hôtelier, les voyageurs présentèrent deux livrets militaires de la légion étrangère, l'un au nom de Paul-Marcel Ranzoni (ou Rauzoni), né le 1" septembre 1905 à Aigle (Suisse), l'autre au nom d'Emile Tramer, né le 2 février 1907, à SainteMarie-des-Grisons.

En rentrant pour se coucher, le soir, les voyageurs prirent leur valise. Avant de monter dans leur chambre, ils dirent à M. Mallêne qu'ils venaient d'accomplir leur service dans la légion étrangère en Algérie et qu'ils regagnaient leur pays, la Suisse. Ils s'inquiétèrent de l'heure du premier train du lendemain pour la Surisse. L'hôtelier leur répondit qu'il y en avait un il. 7 heures. Ils réglèrent leur chambre j et prièrent M. Mallène de les réveiller à 6 heüres. Mais quand vendredi, à l'heure fixée, l'hùtelier frappa à leur porte, les deux < légionnaires avalent déjà quitté l'hôtel.

L'ENQUÊTE A PARIS

Le col mou marqué E. T.

Les résultats des investigations poursuivies hier à Paris par la police judiciaire confirment que les deux