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THÉÂTRE DE VICTOR HUGO.

Tu vis, et je suis mort. Je ne vois pas pourquoi Tu te ferais murer dans ma tombe avec moi I

DOSA SOL. Ingrat'

HERNANI.

Monts d'Aragon! Galice! Estramadoure ! — Oh ! je porte malheur à tout ce qui m'entoure ! — J'ai pris vos meilleurs fils; pour mes droits, sans remords Je les ai fait combattre : et voilà qu'ils sont morts ! C'étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne ! Ils sont morts ! ils sont tous tombés dans la montagne, Tous sur le dos couchés, en braves, devant Dieu; Et, si leurs yeux s'ouvraient, ils verraient le ciel bleu! Voilà ce que je fais de tout ce qui m'épouse ! Est-ce une destinée à te rendre jalouse? Dona Sol, prends le duc, prends l'enfer, prends le roi ! C'est bien. Tout ce qui n'est pas moi vaut mieux que moi! Je n'ai plus un ami qui de moi se souvienne. Tout me quitte, il est temps qu'à la fin ton tour vienne, Car je dois être seul. Fuis ma contagion," Ne le fais pas d'aimer une religion ! Oh ! par pitié pour toi, fuis ! — Tu me crois peut-être Un homme comme sont tous les autres, un être Intelligent, qui court droit au but qu'il rêva. Détrompe-toi. Je suis une force qui va ! Agent aveugle et sourd de mystères funèbres ! ' Une âme de malheur faite avec des ténèbres ! Où vais-je? je ne sais. Mais je me sens poussé D'un souffle impétueux, d'un deslin insensé. Je descends, je descends, et jamais ne m'arrête. Si parfois, haletant, j'ose tourner la tête, Une voix me dit : Marche ! et l'abîme est profond, Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond ! Cependant, à l'enlour de ma course farouche Tout se brise, tout meurt Malheur à qui me touche! Oh ! fuis < détourne-toi de mon chemin fatal. Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal.

DOSA SOL. . Grand Dieu'.

EEBSASI.

C'est un démon redoutable, te dis-je, Que le mien. Mon bonheur, voilà le seul prodige Qui lui doit impossible. Et toj, c'est le bonheur! Tu n'es donc pas pour moi, cherche un autre seigneur ' Va, si jamais le ciel à mon sort qu'il renie Souriait... n'y crois pas! ce serait ironie. Epouse le duc!

DOSA SOL.

Donc, ce n'était pas assez! Vous avez déchiré mon coeur, vous le brisez. Ah ! vous ne m'aimez pins!

HEBSASIA

Oh ! mon coeur et mon âme, C'est toi! l'ardent foyer d'où me vient toute flamme, C'est toi! ne m'en veux pas de fuir, être adoré!

DOSA SOL.

Je ne vous en veux pas, seulement j'en mourrai.

HERNANI.

Mourir ! pour qui? pour moi? se peut-il que lu meures Pour si peu?

DOSA SOL, laissant éclater ses larmes. Voilà tout.

Elle tombe sur un fauteuil. HEBNAM, s'asseyant prèf d'elle.

Oh! tu pleures! tu pleures ! Et c'est encor ma faute ! et qui me punira ? Car tu pardonneras encor ! Qui te dira Ce que je souffre au moins, lorsqu'une larme noie La flamme de tes yeux dont l'éclair est ma joie ? Oh ! mes amis sont morts ! oh I je suis insensé ! Pardonne. Je voudrais aimer, je ne le sai ! Hélas! j'aime pourtant d'une amour bien profonde ! — Ne pleure pas, mourons plutôt | — Que n ai-je un monde? Je te le donnerais ! Je suis bien malheureux !

DORA SOL, se jetant à son cou. Vous êtes mon lion superbe et généreux! Je vous aime.

HEBNANI.

Oh ! l'amour serait un bien suprême Si l'on pouvait mourir de trop aimer !

DORA SOL.

Je t'aime! Monseigneur ! Je vous aime et je suis toute A TOUS.

HEBJUNI, laissant tomber sa tête sur son épaule. Oh ! qu'un coup de poignard de toi me serait doux !

DORA SOL, suppliante. Ah ! ne craignez-vous pas que Dieu ne vous punisse De parler de la sorte?

HERNANI, toujours appuyé sur son sein. Eh bien I qu'il nous unisse ! Tu le veux. Qu'il en soit ainsi ! — J'ai résisté!

Tous deux, dans les bru l'un de l'autre, se regardent avec extase, sans voir, sans entendre, et comme absorbes dans leur regard. — Entre don Ruy Gomes par la porte du fond. Il regarde, et s'arrête comme pétrifié sur le seuil.

SCÈNE V.

HERNANI, DONA SOL, DON RUY GOMEZ.

DOR BUT GOMZ, immobile et croisant les brat sur le seuil

de la porte. Voilà donc le paiment de l'hospitalité !

DORA SOLH

Dieu! le duc! *

Tous deux se retournent comme réveillés en sursaut.

DOR BUT GOBIEZ, toujours immobile. C'est donc là mon salaire, mon hôte? — Bon seigneur, va-t'en voir si ta muraille est haute, Si la porte est bien close et l'archer dans sa tour, De ton château pour nous fais et relais le tour, Cherche en ton arsenal une armure à ta taille, Ressaie A soixante ans ton harnais de bataille, Voici la loyauté dont nous pairons ta foi! Tu fais cela pour nous, et nous ceci pour toi! Saints du ciel 1 — J'ai vécn plus de soixante années, J'ai rencontré parfois des imes effrénées, J'ai souvent, en tirant ma dague du fourreau, Fait lever sur mes pas des gibiers de bourreau ; J'ai vu des assassins, des monnayeurs, des traîtres, De faux valets à table empoisonnant leurs maîtres ; J'en ai TU qui mouraient sans croix et sans paler; J'ai vu Sforce, j'ai TU Borgia, je vois Luther ; Mais je n'ai jamais TU perversité si haute Qui n'eût craint le tonnerre en trahissant ion hôte! Ce n'est pas de mon temps. — Si noire trahison Pétrifie un vieillard au seuil de sa maison, Et fait que le vieux maître, en attendant qu'il tombe, A l'air d'une statue à mettre sur sa tombe ! Maures et Castillans! quel est cet homme-ci?

U lève les yeux et les promène sur les portraits qui entourent la salle.

O vous, tous les Silva, qui m'écoutez ici, Pardon, si devant vous, pardon, si ma colère Dit l'hospitalité mauvaise conseillère! HEENASI, se levant. Duc.i

DOR BOT GOMEZ.

Tais-toi!

Il fait lentement trois pas dans la salle et promène ses regards sur les portraits de Silva.

Morts sacrés ! aïeux ! hommes de fer ! Qui voyez ce qui vient du ciel et de l'enfer, Dites-moi, messeigneurs, dites! quel est cet homme? Ce n'est pas Hernani, c'est Judas qu'on le nomme!