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LA SANCTION DU DÉBAT SUR LA POLITIQUE GÉNÉRALE UNE TRÈS LARGE MAJORE 455 VOIX CONTRE 126 FAIT CONFIANCE A le POINCARE

LES SOCIALISTES, LES COMMUNISTES ET QUELQUES ISOLÉS ONT, SEULS, VOTÉ CONTRE LE GOUVERNEMENT

M. Poincaré a obtenu une large majorité. Alors que les point.ages de la veille ne lui accordaient guère plus de 400 voix, il en a rallié 455. Seuls les socialistes, les communistes et quelques isolés, au total 126 dépittés, ont voté contre le cabinet. Que s'est-il donc passé ?

D'une part, le président du Conseil a prononcé un magnifique discours où, après avoir montré la nécessités du maintien de la politique d'union tant que la réforme monétaire ne serait pas achevée, il a fourni à la Chambre des explications aussi détaillées que possible sur la politique générale du cabinet. Il a réclamé de l'Assemblée une confiance totale, afin qu'il lui soit possible de mener à bien la tâche délicate qui s'offre à lui et à ses collaborateurs.

D'autre part, M. Daladier, président du comité exécut.if du parti ra- dira!, qui avait été chargé par son groupe de lire une déclaration, a fait savoor que ses amis et lui avaient décidé de voter la confiance pour ne pas prendre la responsabilité d'une crise ministérielle au moment où le chef du gouvernement réclamait. pour l'achèvement, de son oeuvre, le maintien de la majorité qui, dans l'ancienne Chambre, avait soutenu et. Poincaré.

Le succès très grand remporté par M. Poincaré, l'unité de vote à quelques exceptions près-des radicaux, tels sont les deux faits qui ont principalement contribué à la constitution de la large majorité d'hier. Ainsi se trouve réalisée, pour un long temps il faut l'espérer, la stabilité politique que M. Poincaré avait déclaré devoir être le complément indispensable de la stabilité monétaire»

DISCOURS DE M. POINCARE Les premiers mots du discours de M. Poincaré sont pour répondre à M. Le Cour Grandmaison qui, dans son interpellati'on visant la composition du cabinet, s'était plus particulièrement soucié de savoir si le gouvernement préparait, dès maintenant, la'réforme.de l'école unique. Certaines déclarations faites sur ce point par le ministre de l'Instruction publique à M. Léon Bérard, l'interellant au Sénat, avaient rempli d'inquiétude le député de la Loire;Inférieure.

Le président du Conseil eut vite 'fait de le rassurer, en affirmant qu'il ne pouvaH être question, pour le gouvernement, de préparer une réforme de cette importance sans consulter le Parlement.

Mais. dit-il, il y a plus. M. Le Cour Grandmaison a voulu m'interpeller sur le fait surtout que le cabinet 6'esti préeenté devant les Chambres, après les élections, avec un visage, disons le mot, la inchangé ».

Or dans quelles conditions ce cabinet a-t-il été constitué. M. Poin'caré, dans un tableau aux accents vigoureux, 'l'indique. La première condition du salut était dans l'équiBibre budgétaire. Pour réaliser cet équilibre, une majorité compacte et fidèle était nécessaire. Comment la rassembler et la maintenir sans ïaitre taire les discordes politiques ? C'est alors, ajoute M. Poincaré, que rai trouvé de la part des hommes qui 6'étaient entre eux combattus, qui m'avaient combattu, la plus loyale et la plus fidèle collaboration. Le jour où cette collaboration cessera, j'en garderai le meilleur souvenir.

Un temps, et, il ajoute, aux vifs applaudissements de la majorité de lu Chambre

Ce n'est pas moi qui la romprai. Ce n'est pas moi qui la laisserai rompre. De magnifiques résultats furent le flni de cette collaboration de six anciens présidents du Conseil faisant taire, pour un temps, leurs préférences politiques pour se consacrer à l'œuvre commune.

J'en viens aujourd'hui à dire, note le président du Conseil, que si je n'avais été, pour les uns Poincaré-la-Kuhr, pour les autres Poincaré-Ia-Guerre si je n'avais été calomnié comme le l'ai été, e serais aujourd'hui moins qualifié que je ne le suis pour présider ce cabinet d'union. Je le serais moins encore si ne collaborais aujourd'hui' avec M. Briand, il qui j'ai succédé en 1924; si je ne collaborais aujourd'hui avec M. Tardieu, qui était jadis l'ami de mes adversaires.

L'atmosphère de la Chambre

Quelle est l'atmosphère actuelle de la Chambre ? Ne garderait-elle pas un peu de la poussière des dernières batailles électorales ? Il ne faut pas croire le président du Conseil le souligne avec force que la stabilisation a mis fin à tous nos soucis. Nous en sommes à la première phase de notre tâche. Une autre aussi ingrate, aussi pleine d'aléas va succéder. Pour la mener à bien. il nous faut donc maintenir la confiance.

*• Cela veut-il dire que la trêve des partis contient en elle la source de toutes les vertus ? Non pas, juge M. Poincaré.

Le enbinel tout entier garde le.s sentiments qu'il avait aux prenriers jours de sa formation. Si vous souhaitez aujourd'hui qu'il soit remanié, dites-le, car c'est à la Chambré de se prononcer. non qu'elle soit orientée film d droite ou plus à pauche, dites-le. Rien n'est plus aisé, car les candidots ministres ne manquent pas.

On rit. On rira plus encore quand le président du Conseil ajoutera .S'ils venaient à manquer, ce serait tin tel événement dans l'Histoire qu'on peut le considérer comme invraisemblable.

Et de préciser nettement sa position

♦- Le gouvernement, veut gouverner.

Quelques phrases essentielles lu discours prononcé avant le vote par M. Poincaré

« J'ai groupé des hommes qui S s'étaient combattus, et même qui m'avaient combattu. Une étroite solidarité a toujours lié ces hommes et je n'ai eu qu'à me féliciter de leur loyale col- laboration.

Cette collaboration a produit des résultats tangibles.

« Sans doute, je n'ai pas pensé que le groupement des partis | pût contraindre chacun d'eux à i se renier. Ils ont le droit de res- ter eux-mêmes mais tant que les exigences de la restauration financière primeront tout, il faudra bien que nous soyons ca- j; râbles de prendre tous le même ;[ chemin et d'y marcher côte à côte. »

« Quand on me félicite d'avoir réalisé la stabilisation, j'éprou- ve un serrement de cœur en pensant aux sacrifices qu'il a fallu demander à nos concitoyens, et je tremble à l'idée qu'un coup de vent ou un coup de pioche pourrait renverser notre construction si nous ne nous groupions pas autour d'elle pour la défendre. » « Je comprends qu'une assem- S blée fasse crédit à un gouver- nement nouveau pour le voir à à l'œuvre. Mais le gouverne- ment qui est sur ces bancs n'est pas nouveau. Vous le con- naissez. Vous pouvez décider si vous voulez le conserver ou si vous voulez le remplacer. » « C'est au départ qu'il con- vient de choisir ses compagnons de voyage. Nous nous présen- tons devant vous avec des actes accomplis. A vous de nous ju- '• ger. Mais jugez-nous sans re- tard. Epargnez au pays le re- & commencement de l'incertitude et de l'instabilité. » avec une large majorité, aussi large que possible. Mais s'il y a des hésitations, des défections, nous ne nous découragerons pas. Nous serons fidèles à qui nous sera fidèle.

Qu'est-ce qui, dans la déclaration ministérielle lue aux Chambres, et dont les termes avaient été approuvés par l'unanimité du cabinet, a bien pu choquer ? NI. Poincaré se le demande, rappelant la large place faite dans ce document à la réforme monétaire imminente, et le ferme dessein du gouvernement de s'opposer à toute hausse des prix. La répression de la spéeulation, interrompt à gauche NI. Bergery, s'oppose à la notion même de l'union nationale.

Je m'étonne, répond M. Poincaré,

KM. Danlélou (à gauche) et Daladier de voue entendre parler de la sorte; les idées que vous exprimez ne sont pas celles du groupe radical auquel vous appartenez.

Pas de coafiance à terme

La déclaration ministérielle forme un tout. Il faut l'admettre ou la repousser en bloc.

Ce que nous demandons, déclare M. Poincaré, c'est une adhésion qut nous donne la certitude du lendemain. Nous ne voulons pas de confiance à terme, Notre œuvre ne Tésistera que si nous nous groupons autour d'elle pour la protéger.

Cela veut-il dire que nous devons rester immobiles ? Pas le moins du monde. Un large champ d'action s'offre, au contraire, à l'activité parlementaire. Une politique d'ordre génératrice de ressources permettra. sur le plan fiscal, de rechercher les moyens de dimihqer les charges pesant sur le travail. Le gouvernement a déposé un projet de loi destiné à accroître les moyens donl dispose le crédit agricole. Il déposera prochainement un projet capable de donner un essor considérable à la construction d'habitations à bon marché.

Le problème alsacien

« Le gouvernement ne transigera pas sur la question de la laïcité. » Cette affirmation du président du Conseil déclenche les chaleureux applaudissements des gauches et du centre.

J'ai dit, faisant allusion aux fermes mêmes" de la "'déclaration ministérielle, qu'au point de vue de la. scolarité et des relations de l'Eglise

et de l'Etat nous faisions une exception pour les trois départements recouvrés. Cette déclaration a donné lieu à des commentaires dans les sens les plus divers. Je suis forcé de justifier d'un mot, mais d'un mot seulement, la pensée du cabinet unanime.

On a dit 'que, par notre attitude, nous nous mettions en contradiction avec nos principes- Or il faut considérer que les lois comme les lois de Séparation ne sont pas applicables immédiatement à des départements qui ne les ont ,jamais connues, qui n'ont pas été consultés au mènent de leur vote.

Et de rappeler qu'en 1870 l'Alsace était comme la France sous le régime du Concordat et de la loi Falloux. L'occupation allemande ne l'a pas préparée aux lois laïques.

Je Bais, remarque M. Poincaré, qu'il y a en Alsace un certain nombre de bons Français. Les socialistes notamment, qui voulaient aller vers le régime de l'école neutre. C'est leur droit. Mais que de Paris nous ayons l'air de l'imposer, c'est une faute que je ne voudrais, non seulement pas commettre, mais encore ne pas laisser commettre.

Et les applaudissements crépiteront sur la plupart des bancs quand, tête haute, M. Poincaré dira

L'Alsace nous a donné assez de preuves de loyalisme depuis la guerre; elle mérite bien qu'on la traite avec tact et délicatesse et que l'on ne bouleverse pas brutalement ses traditions. Aussi, connaissant le mal que peuvent faire en Alsace, notamment, des propos mal rapportés ou infidèlement interprétés, le président du Conseil a tenu à ne rien retrancher de ses déclarations antérieures. La situation, certes, est grave, mais le gouvernement va s'employer, pendant le, vacances, à rechercher d'utiles remèdes. L'essentiel est que les Alsaciens et les autres Français se connaissent mieux. Alors tomberont des malentendus regrettables. Il ne s'agit pas seuJement de s'aimer, il faut se comprendre. C'est affaire de temps et de bonne volonté, car rien ne saurait être plus douloureux que des débats comme celui qui s'est déroulé jeudi à la Chambre.

M. Poincaré ajoute que le gouvernement, fidèle au principe de ia séparation des pouvoirs, ne pouvait laisser s'ouvrir un débat sur le cas de MM. Ricklin et Rossé.

Mais le derni,er mot u'a pas été dit. Quand la justice se sera prononcée, poursuit M. Poincaré, l'Alsace pourra constater gtte la France est demeurée la nation chevaleresque que ses fils et les fils de ses fils acalent pleurée en 1870.

Les fonctionnaires et l'État

« Les fonctionnaires, dans leur immense majorité, accomplissent leur devoir en toute conscience. »

Cela posé, le président du Conseil met en parallèle l'action bienfaisante des pouvoirs publiée s'appliquant à leur accorder des satisfactions dans la mesure des possibilités budgétaires. Ces satisfactions, une partie de l'opinion publique les a même trouvées excessives.

Ce n'est pas mon avis, remarque tout de suite le président du Conseil. On ne peut pas refuser aux fonctionnaires le droit de s'associer. Ce qui importe, c'est que, en usant des libertés qui leur sont reconnues, ils ne se croient pas libres de traiter de pair à pair avec l'Etat et ne se considèrent pas au-dessus de la souverainets; nationale. Certains agents des contributions indirectes, mécontents des décisions rendues par la commission Martin, ne sont-ils pas allés jusqu'à préconiser des moyens s d'échapper à l'impCt ? Des sanctions ont été prises. Mais d'autres agents n'ont pas craint de se solidariser avec les coupables.

Si des faits pareils, note M. Poinoaré, devaient se généraliser, nous risquerions de tomber dans une anarchie soviétique.

J'en appelle ici à tous les républicains, à tous les héritiers de la Révolution française.

Les fonctionnaires qui s'insurgent contre la gouvernement s'insurgent en fait contre les représentante du peuple. Quand des fonctionnaires menacent, pour faire aboutir leurs revendications, de s'insurger contre le pouvoEr, en livrant au besoin des renseignements qu'ils détiennent en vertu de leurs fonclions, que devient la dignité de l'administration ? Que devient même la probité tout court ?

Il est donc grand temps d'instituer un régime légal qui fasse nettement le départ entre les droits et les devoirs des fonctionnaires. Le gouvernement proposera les textes nécessaires et M. Poincaré y insiste il engagera, à ce sujet, toute sa responsabilité.

« Jugez-nous »

Le président du Conseil n'est plus très loin de terminer.

Un coup d'oeil, avant de quitter la tribune, sur les difficultés que rencontrera l'établissement du budget de 1929.

Et voici la conclusion que la Chambre accueillera par de chaleureux applaudissements répétés sur la plupart de ses bancs

Si le gouvernement ne devail recevoir de vous que l'aumône d'une confiance provisoire et conditionnelle, nous perdrion.s un temps précieux. Rien de plus nécessaire, en ce moment surtout, que l'esprit de sulte et la continuité même. C'est pourquoi, s'il y n .sur un point quelconque désaccord entre vous et nous, Nous avons une route difficile parcourir. Ne nous y engageons pas énsemble si nous devons bientôt nous séparer.

C'est au départ qu'il convient de choisir ses compagnons de voyage. Nous nous présentotts devant vous avec des actes accomplis. A rnats de nous juger Mais sans retard, Epargnez au pays le. recommencement de l'incertitude et de l'instabilité.'

(La suite à la troisième page.)

LA LUTTE POUR LA MAISON BLANCHE M. Smith est élu candidat démocrate par 849 voix

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La convention de Houston a désigné, comme candidat à la vice-présidence, le sénateur Robinson

(.1 la troisième pflfle, les dépêches de notre correspondant (le Seio-ïorh.) LE MARÉCHAL PILSUDSKI VA VENIR EN FRANCE Londres, 29 juin (dép. Potit Parisien.) Un message Exchange Telegraph de Varsovie rapporte que le nouveau goupolonais a prête serment aujourd'hui et tiendra sa première réunion demain matin.

De même source, on apprend que le maréchal Pilsudski quittera Varsovie à destination de la France vers la fin de la semaine prochaine. Mais on afflrmequ'en dépit de son absence, le maréchal continuent à exercer une influence prédominante sur la politique extérieure de la Pologne.

IL EXPLIQUERA SA DÉMISSION

Varsovie, 29 juin (dép. Tines.) On annonce, en effet, les raisons de la démission du maréchal seront expliquées dans un article ou dans un compte rendu d'interview, qui aéra publie dimanche sous le titre Pourquoi j'ai cessé d'être à la tête du gouvernement Ce sera la première communication publique faite sur les affaires de politique intérieure courante depuis la révolution du mois de mai 1926. M. Zorn de Bulach remercie M. Doumergue Strasbourg, 29 juin (dép. Radio.) Le baron Ctaus Zorn de Bulach, qui vient d'être l'oh,jet d'une mesure (le grâce, a fait parvenir une lettre de remerciements au Président de la République.

Les jurés de Colmar refusent de faire une démarche

auprès de M. Poincaré

en faveur de MM. Ricklin et Rossé Mulhouse, 29 juin (clép. Petit Parisien.) Ni. Poincaré ayant déclaré qu'il ne désavouerait pas les jurés de Colmar, les autonomistes se livrent à des démarches auprès de ces jurés pour ICut faire signer un télégramme à adresser au présidant du Conseil et ainsi conçu Les jurés déclarent à monsieur le président du Conseil ne pas se considérer désavoués par la mise en liberté des condamnés à Colmar en vue de la pacification des esprits. »

C'est avant tout M. Sturmel, l'un des aeeusés acquittés, qui s'est chargé de l'affaire. malgré les efforts de toute snrte, les autonomistes n'ont pu obtenir que trois signatures'; Ut autres jurés ant. déclaré qu'lis ont agi à Colmar selnn eux l'affaire est définitivement close. LE MEETING AÉRIEN DE VINCENNES

La grande mivniresiatlon annuelle de l'aviation française se déroule aujourd'hui et demain, avec la panlcipa(ton de l'aviation militaire et maritime, représentée par un dirig-eable arrivé hier de Rochefort. Tous les grands pilotes actuellement en France prêteront leur concours à cette belle fête de bienfaisance, entre autres (de gauche à droite et de haut en bas) Ghallc, Sardicr, Droubin, Doret, Paillard, Detruyat, villechanon et Mme Maryse Bastlé. (t'oir le programme la quatrième page Bajac inaugure

le service aérien Cherbourg-Paris Lc premier service aérien CherbourgParis a été effectué hier matin à l'arrivée de New-York du paquebot Mafestic, de la White Sfar Lluo. L'avion de la compagnie Air Union, piloté par le chef pilote Bajac, a quitté Cherbnurg il 7 h. et atterrissait au Bourget à 10 h. avec cinq passagers qui ont préféré la voie aérfenne à la voie ferrée.

M. DOUMERGUE INAUGURE LE SALON AÉRONAUTIQUE (Voir la deuxième vaae.)

M. Gaston Doumergue examinant l'avion « Nungesser-Coll », de Castes et Le Brli, que lui présente M. Louis Bréguet

L'ÉTRANGLEUR MARSEILLAIS Pierre Rey, dit Prai, dit Gaillard, dit More!

A T ARRÊTE A ALGER Débarqué dans la matinée du paquebot venant de PortVendres et pris en filature par la police algéroise, il a été appréhendé au cours de l'après-midi tandis qu'il se promenait dans la ville

En haut la villa « Eglantlne à Sainte-Marguerite, où W" Focé a été assassinée. En bas la poulailler de la villa « Geneviève on l'un des deux cadavres a été retrouvé, l'autre étant enterré dans la ,cave

POUR. ET CO)VTRE Marseille a donc son Landru, ou du moins son Barbe-Bleue.

L'affaire, d'ores et déjà, est sûrement tragique. Et je ..e sais pourtant pas si tout le monde va la prendre au tragique. Et les revuistes, et les chansonniers vont peutêtre bien profiter de l'aubaine. Le Landru de la CaneWère a fait pour le moins deux victimes. C'est déjà quelque chose. Il a certainement assassiné deux malheureuses femmes. Le crime est déjà, si l'on peut dire, assez sérieux. Cependant, on ne parlera qu'avec un sérieux assez relatif de ces crimes affreux. Et l'on ne gratifiera qu'exceptionnellement le Landru n° 2 les épithètes péjoratives que l'on applique aux criminels ordinaires. Je n'ai pas encore lu que ce Jérome Prat était un « sinistre bandit n, un « monstre », un « sauvage assassin

Pourquoi ? C'est assez compliqué à définir.

On a plaisanté à propos de Landru, assassin sans doute effroyable, supplicié certain. On va plaisanter encore à propos de son plagiaire marseillais.

Déjà. dans cette sanglante affaire, on trouve des détails qui risquent de faire sourire la foule qui voudrait frémir. C'est navrant,. mais c'est ainsi. Comme dans' l'affaire du sire de Gambais, affaire pourtant cent fois plus horrifique que le drame le plus réussi du Grand Guignol, il va y avoir dans cette affaire nouvelle, il y a déjà.certains côtés qui touchent au vaudeville, à un vaudeville macabre, sinistre- Rien de plus poignant, au fond, que la détresse naïve, que l'esseulement des pauvres femmes qui se laissèrent prendre aux grossières promesses de cet assassin. Rien de plus poignant que,les humbles lettres de celles qui se disaient prêtes à devenir les amoureuses fiancées de ce gros sexagénaire dont la photographie n'est pas précisément attirante. Pourtant, des gens de cœur vont, eux-mêmes, de temps en temps sourire un peu en parlant du Landru du jour.

Ainsi les malheureuses femmes qui veulent trop tard vivre encore une vie, qui trop tard rêvent encore de pitoyables idylles, sont exposées à rencontrer de bien vilains < messieurs sur leur route sur leur route embrasée par les feux du couchant, mais assombrie aussi par la nuit qui commence. Elles risquent aussi en risquant leur vie d'alimenter la verve des chansonniérs et d'aiguiser la malice des badauds et des commères.

Maurice PRAX.

.y– ,*•<«•<• A la quatrième page j LE JUSTICIER, par Paul GIN1STY j

Alger, 29 juin {dép. Petit Parisien.) L'assassin de Mlle Focé, de Mlle Jeanne Ebet et de Nille Bonnet, Jérôme Prut, le Landru marseillais, a été arrêté cet Voici dans quelles circonstances: La sûreté algéroise, qui avait reçu la photographie de l'étrangleur, avait entrois de ses inspecteurs pour surveiller lé débarquement des passagers du paquebot Gouvcrneur-Général-Cambon, arrivant de Port-Vendres à 9 h. 'iO. Les policiers prirent connaissance de la liste des passagers et constatèrent que le nom de Jérôme Prut i.'y figurait pas. Pourtant ils remarquèrent qu'un drs hlano'c avec la photographie du Lundru marseillais. Deux d'entre eux prirent aussitôt le suspect en Mature. Le nouvel arrivant se rendit dans un restaurant. Après y avoir déjeuné, il alla prendre son café dans une brasserie, place de la République. Sur ces entrefaites, un troisième policier s'en fut conférer avec M. Mayen, chef de la sûreté, qui luimême en référa au parquet. Bien que l'erreur fût possible. Jérôme Prat, avec son visage complètement rasé, ayant réussi à changer quelque peu sa physionomie, on décida d'arrêter le personnage.

Vers 16 heures, l'homme qui se promenait près du square Brosson* fut invité par les inspecteurs à les suivre au coinmissariat. Le promeneur esquissa un- geste de résistance, mais il fut maîtrisé aussitôt et suivit docilement les policiers. Interrogé sans délai par il. Mayén, il. avoua être Jérôme Prat, dit. il, déclara avoir voyagé sous un faux nom et avec de faux papiers d'identité. L'étrangleur avait sur lui 3.0(H\ franos en billets de banque, quarante pièces d'argent françaises et étrangères. une montré dO'.djime en or, avec chaîne, un iHJlletin de dépôt d'une grosse mille en osier. et un chèque. de 21.000 francs sur la Compagnie Algérienne tic Marseille, t'ordre de Mlle E. G. Ebel, H signé, par procuration, Camille Gaillard. Quel est le vrai nom

de l' « étrangleur » ? ?

Le contrôle général des recherches de la sûreté générale a fait connaître que Prat serait en réalité un certain Pierre Bey, condamné en 1909 à Bordeaux, à quinze jours de prison, ne à'Orthez (iBasses-Pyrénées), en 1867. L'assassin aurait donc soixante et un ans. La .seule photographie qu'on, ait de lui est celle qu'il a déposée à la préfecture de Marseille, il y a quelques semaines pour obtenir un permis de conduire, au nom de Canrillc Gaillard.

A la. troisième page L'enquête à Marseille.

UN DÉPÔT DE MUNITIONS SAUTE A L'ILE D'YEU Trois tués, quatre blessés

Les Sables-d'Olonne, 29 juin (d. Havas.) Cet après-midi, vers 13 heures, -un incendie s'est déclaré rue de la Chapelle, à Port-Joiuville (île -d'Yeu), dans le quartier ouest de la ville. quartier très populeux -où demeurent les ouvriers des usines de conserves et les pêchers, Dans ce quartier se trouvaient les bâtiments de l'entreprise Alvarez, chargée de récupérer les obus et les explosifs sur les bateaux coulés pendant la guerre.

Au moment où le feu éclata, on procédait justement au déchargement de tout un lot de munitions et au transport de ces munitions rue de la Chapelle. Les ouvriers avaient allumé du feu dans l'entrepôt, pour accomplir leur besogne. Les flammes se communiquèrent à des planches et le bois desséché par la chaleur de ces derniers jours, prit feu d'un seul coup. Les ouvriers s'employèrent ;l combattre. l'incendie, mais alors qu'ils luttaient pour empêcher le sinistre de prendre de l'extension, une violente explosion se produisit. Des obus, encore munis de leurs percuteurs, avaient rsté atteints par les flammes. venaient d'éclater. L'explosion fut si violente, que la toiture d'une usine de conserves, située non loin du dépôt, fut arrachée et l'usine d'électricité en partie détruite. Toutes les vitres de Port-Joinville, volèrent en éclats.

Deux ouvriers ont été tués sur le coup. Un troisième serait pris sous les décombres. Il y a de nombreux blessés; quatre d'entre eux sont très grièvement atteinte. Le sinistre,n'a pu encore être maîtrisé. ̃'•

Toutes les maisons du quartier ont dû être évacuées, et l'on craint que de- nouvelles explosions se produisent.

La Banque de France reprendra le 2 juillet l'achat des pièces d'or Les pièces d'argent conservent leur valeur commerciale au prix du métal pur qu'elles contiennent

Les pièces d'or et d'argent frappées intérieurement à la promulgation de la nouvelle .loi monétaire sont aujourd'hui démonétisées. Elles n'ont plus cours Nombre de lecteurs qui en détiennent nous écrivent, un peu inquiets sur le sort qui va être fait à leur réserve monétaire, peut-être un peu trop jalousement conservée.

Rassurons-les. Les pièces d'or vont, en effet, être rachetées par la Banque de France au prix dn métal fin qu'selles contiennent, moins la dépréciation pour usure et les frais de frappe, l'anciennemonnaie devant être envoyée ¡¡ la fonte pour la, fabrication des nouvelles pièce de 100 francs.

La vileur des anciens louis ressortira à fr. 50 environ. Le service d'achat des anciennes monnaies d'or sera ouverte au public le 2 juillet dans toutes les succursales de la Banque de Franre. Quant aux pièces d'argent, elles ne seront pas rachetées par la Banque de France, qui a repris le principe du mono-' mélalllsme or en matière d'encaisse- métallique servant de gage aux bilïelsqu'elle émet. Ettes n'rn conservent pus moins leur valeur commerciale et trouveront preneurs chez tous les changeurs ou établissements qui se livrent au coinmerce du métal fin.

Ajoutons que la convertibilité des Nilets en or est aujourd'hui une réalité. La Banque, ne disposant pas de nouvelles monnaies d'or pour cet échange, ne peut toutefois l'effectuer qu'en lingots d'or valant de 200.000 à 210.000 francs. C'est dire que si vous vous présentez aux guichets de notre grand établissement de crédit avec cette somme, vous recevrez la valeur équivalente en or non monnayé. La mesure a surtout pour but de faciliter les règlements extérieurs l'or ayant une valeur fixe dans tous les pays du monde ef ile démontrer la solidité du gaFe de notre monnaie fiduciaire. Elle n'en constitue pas moins la première étape symbolique de l'époque où, en échange d'un billet de 100 francs, i;t Banque remettra au porteur une DCUC UN NOUVEL ARRIVAGE D'OR Deux cent quarante-huit barillets d'or, ̃ représentant 13.932.528 dollars, expédiés d'Amérique par le transatlantique Paris, sont arrivks hier après midi il la gare Saint-Lazare. Ils on. été immédiatement transportés il la Banque de France. LE GRAND CONDE

A RÉINTÉGRÉ SA VITRINE AU CHATEAU DE CHANTILLY Sorti -de nuit, par la fenêtre, dans les poches de cambrioleurs crapuleux, le Grand Condé, lu diamant rosé le- ptus pur existant au monde, 'est rentré hier matin, en plein jour, nu cours d'uni1 petite cérémonie très simple, flans la vitrine qu'it occupera désormais au premier étage de la tour des -Gemmes, -au château de ChantiMy.

Dans te jardin de la Volière,. au pied du perron, M. Séror, l'expert qui fut chargé, le 21 décembre 1926, d'identifier la pierre que l'on avait retrouvée au de d'une pomme, dans la valise d'uu blanche d'une petite table toute sa trousse do sertisseur: poinçons, pinces, limets, brosses, bichon, 6tau de huis et sortit d'un éwïn deux montures d'or fileté d'argent, déjà garnies do pierres, une épingle de cravate et un cadre de miroir ov.ilc.

Le diamant rosé devait être enchâsse au rentre de l'épingle. M. Séror se m.it en devoir de procéder à cette .opération, sous les regardas de MM. Lemonnier, de l'Institut; Maçon, conservateur du mu-

M. Séror sertit le Grand CondA,

puis Il le remet à M. Maçon.

sée, et Duplaquet. administrateur du domaine de Chantilly. NI, Guétin, huissier, dressait le constat. Vingt photographes et cinéastes épiaient les moindres gestes du joiiillifr.

Les griffes d'or de l'épingle résistèrent un peu. Elles se refermèrent enfin sur le diamant rose que décrivait Ni. Séror: A la loupe, sa pureté est merveii- leuse, disait-il. Il pèse exactement 9 carats 01. Je n'en connais pas de plus beau, comme diamant de couleur malgré que j'aie couru bien des musées et des m.iga«iii6 de diamantaiiTg pour le comparer à d'aulres pièces célèbres. Le savant expert ajoutait ce détail: Il porte, presque à sa base, du crtlé gauche, un chevet assez profond qui détermine son identification.

On le fixa sur un plateau de velours bleu où il scintillait de mille feux- Le cidre dé miroir l'entoure. Il est semé d'un!' centaine de pierres volées en mème temps que le Grand Coudé. La plue grosse, en has, esl un diamant de' 14 carats 54, qui fut donné au duc d'Aumale, en i8i8, par le bey de Tunis. Des