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Title : La France protestante, ou Vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l'histoire depuis les premiers temps de la réformation jusqu'à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l'Assemblée nationale ; ouvrage précédé d'une Notice historique sur le protestantisme en France ; suivi des Pièces justificatives et rédigé sur des documents en grande partie inédits. Abbadie-Baschi / par MM. Eug. et Ém. Haag

Author : Haag, Eugène (1808-1868). Auteur du texte

Author : Haag, Emile (1810-1865). Auteur du texte

Publisher : J. Cherbuliez (Paris)

Publication date : 1846-1859

Subject : Huguenots -- France

Subject : Protestants -- France

Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30566200g

Type : text

Type : printed monograph

Language : french

Format : 10 vol. ; in-8

Format : Nombre total de vues : 530

Description : Appartient à l’ensemble documentaire : GTextes1

Description : Avec mode texte

Description : Dictionnaires biographiques

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5851041j

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-LD175-46 (1)

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Online date : 28/06/2010

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J. CHEEBULIEZ, Editeur, 10, rue de la Monnaie, à Paris, et rue de la Cité, à Genève.

LA FRANCE

PROTESTANTE

ou

VIES DES PROTESTANTS FRANÇAIS

QUI SE SONT FAIT UN NOM DANS L'HISTOIRE

DEPUIS LES PREMIERS TEMPS DE LA RÉFORMATION

JUSQU'A LA RECONNAISSANCE DU PRINCIPE DE LA LIBERTÉ DES CULTES

PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE

OUVRAGE PRÉCÉDÉ

D'UNE NOTICE HISTORIQUE SUR LE PROTESTANTISME EN FRANCE

SUIVI DE PIÈCES JUSTIFICATIVES

et rédigé sur des documents en grande partie inédits PAR

MM. EUG. ET EM. HAAG

SOUS LES AUSPICES DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DU PROTESTANTISME FRANÇAIS.

Les annales du protestantisme français sont encore assez mal connues. La plupart des historiens, soit par crainte de réveiller de douloureux souvenirs, soit par esprit de parti ou simplement par indifférence, ont en général à peine esquissé les principaux traits de ce mouvement religieux qui fut comprimé avec tant de violence par la persécution. Cependant la France a joué dans la Réforme du XVIe siècle un rôle important ; elle lui a donné non, seulement des chefs, mais encore de nombreux adeptes, parmi lesquels figurent des hommes éminents qui rendirent à leur pays d'utiles services et qui contribuèrent à sa gloire. La biographie de ces protestants français qui ont marqué dans l'histoire, soit par leurs talents, soit par leurs vertus, offre, on le comprend, un puissant intérêt.

Cette série de nobles seigneurs, de magistrats, de ministres, d'écrivains, de militaires, etc., dont la plupart préférèrent subir la prison, l'exil ou la mort, plutôt que d'abandonner leurs convictions, forme en quelque sorte un martyrologe dont il est bon que le souvenir se conserve, afin que les protes-


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tants n'oublient pas à quel prix leurs pères conquirent la liberté religieuse, et sachent toujours défendre ce précieux héritage, à la fois contre les entreprises du fanatisme intolérant et contre les abus de la licence. D'ailleurs, le seul exposé de la vie et des oeuvres de tant d'hommes distingués qui succombèrent victimes de leur foi ou qui durent aller chercher une autre patrie, est bien la meilleure réponse à ces nombreux écrits dans lesquels on s'efforce de jeter le blâme et le mépris sur les courageux promoteurs de la Réforme. C'est une noble défense que celle qui consiste à raconter simplement la vie de ceux que l'injustice a frappés, de ces martyrs qu'on envoyait au bûcher, qu'on entassait dans les galères, de ces réfugiés que les universités de Hollande, d'Allemagne, de Suisse, accueillirent avec joie, et qui contribuèrent à en rehausser le lustre.

L'ouvrage de MM. Haag est fait surtout a ce point de vue. Ils laissent sagement de côté la controverse ainsi que la discussion dogmatique, pour nous donner une biographie réellement impartiale et visant avant tout à l'exactitude des détails. Leur travail est le fruit de recherches laborieuses faites avec un zèle que les difficultés ne rebutent point, et une érudition profonde qui sait cependant se mettre à la portée de tous. Sans rien négliger de ce qui peut rendre la lecture de ce livre attrayante, ils donnent beaucoup d'étendue à la partie bibliographique, analysent même les ouvrages importants des principaux écrivains dont ils racontent la vie, et reproduisent les pièces justificatives les plus curieuses.

Beaucoup de journaux et de recueils périodiques ont déjà rendu compte de la France protestante. Voici, entre autres, ce qu'en ont dit deux des organes les plus haut placés dans la critique littéraire, le Journal des savants (cahier d'octobre 1853), et l'Athenoeum français (numéro du 17 mars 1855).

Extrait du Journal des savants :

L'histoire des protestants français qui se sont distingués par leurs actions ou leurs écrits, occupe une très-petite place dans nos dictionnaires biographiques. Pour écrire cette histoire, il ne s'agissait pas seulement de compléter ou de rectifier des notices déjà faites, il fallait chercher dans les dépôts publics et dans les archives des familles les éléments d'un travail complètement nouveau : telle est la tâche que MM. Haag ont entreprise et qu'ils poursuivent avec autant d'ardeur que de succès. Leur livre est une oeuvre protestante, et ce n'est pas à ce litre que nous le recommanderons, bien qu'on doive généralement louer la modération de leur polémique religieuse ; mais c'est en même temps une oeuvre historique considérable, qui, en faisant revivre un très-grand nombre d'hommes oubliés, met en lumière des documents dont personne jusqu'ici n'avait fait usage. A ce titre, la France protestante nous paraît mériter toute l'attention des érudits. Pour donner une idée des résultats obtenus par les auteurs, il suffira de remarquer qu'on trouvait à peine, dans nos biographies, TROIS CENTS NOMS épars de personnages protestants, tandis que MM. Haag en ont rassemblé près de DIX MILLE. La partie bibliographique est traitée avec un grand soin, et les pièces justificatives, placées à la fin de chaque volume, sous une pagination particulière, formeront un recueil d'un incontestable intérêt pour l'histoire.

Extrait de l'Athenoeum français:

Les mots de France protestante répondent, et par l'idée qu'ils représentent et par

l'histoire des hommes qui se sont dévoués pour sa défense, à un ordre de faits très-distinct et très-saisissable, où de vastes études peuvent trouver une base profonde et solide. Aussi ni les bons écrivains ni les éditeurs de talent n'ont manqué à cette tâche, mais la plupart d'entre eux n'avaient traité jusqu'à présent que des épisodes ; MM. Haag frères ont embrassé le sujet dans tout son développement. Leur but n'était d'abord que de faire ressortir les services rendus à la France par ceux de ses enfants qu'elle a persécutés, chassés, torturés pour s'être écartés du sein de l'Eglise romaine, de peindre leurs vertus, leurs lumières,


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leurs malheurs et de réclamer pour leur mémoire le respect qui lui est dû, mais que l'esprit de parti se plaît ordinairement à méconnaître. Ils avaient promis, lorsqu'ils commencèrent (en 1847), de donner deux volumes. Cependant, ainsi qu'il arrive a ceux qui savent féconder le champ sur lequel ils sèment et récoltent, l'abondance des produits dépassa si promptement leurs espérances, qu'après avoir doublé le nombre de leurs volumes, ils n'ont encore rempli que la moitié de leur cadre : au début du cinquième tome, ils en sont à la lettre F. C'est assez toutefois pour qu'on puisse dès maintenant apprécier leur travail.

Les protestants rigides l'ont accueilli avec bienveillance, mais lui ont fait le reproche de manquer de chaleur, de n'être pas inspiré des ardeurs de la foi (4). Il me semble, au contraire, que là précisément est le mérite qu'il faut louer avant tout dans le livre de MM. Haag. Composant un recueil historique, ils ne veulent être qu'historiens, ils ont compris que l'histoire n'est d'aucune religion, et que ce qu'ils eussent gagné en orthodoxie, ils l'eussent perdu bientôt en autorité. Ils l'ont dit d'ailleurs dès leur premier mot : « L'ouvrage que nous annonçons n'est pas une oeuvre de parti : le caractère en sera purement historique. Exposer les travaux et les écrits des protestants qui ont honoré leur patrie..., tel est le but que nous avons eu particulièrement en vue. » Ils auraient pu ajouter que l'esprit de secte a été si loin de leur pensée qu'ils n'ont négligé aucune occasion de flétrir, soit les violences commises par les premiers réformés durant les guerres du XVIe siècle, soit les actes d'intolérance accomplis dans le sein même du protestantisme...

Le fond de l'ouvrage a toute la perfection que peuvent assurer l'érudition, l'exactitude et la saine critique. Il suffit d'ouvrir nos meilleurs recueils biographiques en regard de la France protestante pour juger de la supériorité de celle-ci, sur le terrain auquel elle est consacrée. Nos biographies ont été jusqu'à présent des oeuvres collectives, et, par conséquent, toujours un peu discordantes, puisque chaque auteur y apporte sa manière, ses connaissances particulières et ses points de vue particuliers. Le livre de MM. Haag se défouie, au contraire, avec la mesure, l'égalité, la force que l'unité seule peut comporter, et les faite, au lieu de s'y heurter, s'appuient et se complètent mutuellement. C'est surtout par le nombre des articles tout à fait neufs et par le soin avec lequel sont traités ceux qui figuraient déjà dans les biographies ordinaires, que ce recueil est vraiment remarquable.

Je prends pour exemple les articles d'une lettre quelconque, la lettre D. En comparant la France protestante avec la plus volumineuse de nos biographies universelles (celle de frères Michaud), je trouve que soixante-deux personnages inscrits à lettre D figurent également dans les deux ouvrages, mais qu'en outre trois cent quatre-vingt-cinq articles relatifs» des protestants, qui tous ont quelque titre à la renommée, soit par des écrits, soit par des actions dont MM. Haag ont recueilli le souvenir, ne sont mentionnés que par ceux-ci. Quant à la manière dont toutes ces-vies, et les anciennes et les nouvelles, sont composées, il n'y a point de comparaison à établir. Douze années d'études spéciales, des recherches dispendieuses, de longs voyages, de nombreuses relations nouées en vue de leur travail, assurent à MM. Haag cette autorité que donnent toujours de consciencieux efforts dirigés avec persévérance vers; un but déterminé.

MM. Eugène et Emile Haag, nés d'une famille protestante du comté de Montbéliard, connus déjà par diverses études historiques sur Luther, sur Calvin, sur Cranmer, archevêque de Cantorbéry, sur la réformation en Angleterre, habitués depuis longues années dans les bibliothèques et les archives, non seulement de la France, mais de la Suisse, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Hollandej étaient bien préparés pour la tâche qu'ils ont entreprise. Les matériaux rassemblés par leurs mains débordent dans tout le cours dulivre ; souvent on trouve groupés sous le nom du personnage principal qui fait le sujet d'.un article des indications biographiques sur une foule d autres gens qui n'ont pu trouver place ailleurs. Tel article comprend ainsi vingt noms divers (2), et même parfois MM. Haag, faut-il les en blâmer? attirent dans leur galerie protestante des hommes tels qu'Amyot, Cujas, Duaren, et d'autres moins célèbres, qui peut-être bien protesteraient contre cet honneur forcé (3). Pour chaque biographie, ce ne sont pas seulement les ouvrages imprimés qu'étudient et aux(1)

aux(1) un article de M. le pasteur Bost, dans les Archives du christianisme, 14 octobre 1854.

(2) Voir, entre autres, les articles BOICEAU (Jean), t. II, p. 329; CARITA (Pierre), t. III, p. 215 ; DUCROS (Pierre), t. IV, p. 367.

(3) MM Haag démontrent, il est vrai, d'après le testament de Cujas, que ce grand jurisconsulte était protestant de coeur; mais, effrayé par la Saint-Barthélemy, et plus attaché aux honneurs mondains qu'à ses propres croyances, Cujas, durant les vingt dernières années de sa vie, cacha ses sentiments jusqu'au point d'écrire contre la Réforme.


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quels renvoient MM. Haag (1), mais les manuscrits, les mémoires, les correspondances de tout genre conservés dans les bibliothèques publiques de l'Europe, enfouis dans le fatras de nos archives ou perdus dans des papiers de famille. Malgré cette exubérance de noms et ae renseignements, les auteurs de la France protestante sont toujours clairs, judicieux, abondants sans embarras, pleins de sagacité au milieu du dédale des généalogies et à la hauteur des questions spéciales et si diverses qui surgissent à chaque instant sous leurs pas. La place considérable qu'ils ont réservée à la partie bibliographique donne à leur travail un mérite particulier et une utilité qui ne s'effacera pas. Tout écrivain de quelque valeur obtient d'eux non seulement une liste complète et raisonnée de ses ouvrages, mais souvent une analyse ou même des extraits, soit qu'il s'agisse d'oeuvres importantes comme l'Institution chrétienne de Calvin, les Mémoires de d'Aubigné ou les Juvenilia de Théodore de Bèze, soit que les auteurs s'occupent seulement, par exemple, du Mystère de la nativité mis en vers par Barthélémy Aneau. Après les théologiens, les historiens et les poëtes, MM. Haag étudient avec le même zèle et la même conscience les hommes qui ont consacré leur vie à des travaux d'un ordre tout différent, des hébraïstes ,et des jurisconsultes, des mathématiciens comme Ismaël Boulliau, des artistes comme Androuet du Cerceau et Jean Cousin.

L'ouvrage se terminera par un recueil de cent pièces justificatives dont plus de la moitié a déjà paru, et qui comprend les actes les plus importants de l'histoire du protestantisme français : édits rendus contre les luthériens et les calvinistes, placards séditienx publies contre les catholiques, traités et capitulations, procès-verbaux de tous les synodes de l'Eglise réformée de France, etc. Ce curieux recueil n'avait pas encore été fait.

La France protestante n'est donc pas une biographie ordinaire. Le noble but et le dévouement qui ont présidé à sa composition, l'unité qui règne dans tout son ensemble, le fini des détails, la multitude des renseignements qu'on y trouve, et qui sont généralement d'une exactitude irréprochable, font de cet ouvrage un monument littéraire de haute importance. On a souvent prouvé que les biographes sont faciles à se contenter de peu et enclins à se copier les uns les autres ; maison peut affirmer que, malgré l'incontestable mérite des différentes Biographies universelles que nous possédons en France, tous les articles qu'elles renferment sur des personnages protestants sont comme effacés par la manière dont MM. Haag ont approfondi les questions et par la riche moisson de documents qu'ils ont recueillie. Les historiens et les érudits leur doivent dès maintenant le tribut de leur reconnaissance.

Quant à ceux qui liront ces volumes non pour se fournir de science ou pour chercher des armes, mais pour lire seulement et se nourrir l'esprit, ils seront saisis certainement de pensées graves et salutaires. L'histoire de la France protestante est un long et douloureux martyrologe. Pour les familles demeurées fidèles aux principes de la réforme et de la liberté religieuse, elles pourront y comparer avec la paix dont elles jouissent aujourd'hui les effroyables maux soufferts par leurs ancêtres ; quant à ceux qui ne peuvent porter à ces récits le même intérêt filial, ils ne se rappelleront pas sans tristesse et sans une sorte de remords la parole que le Maître avait enseignée à tous les hommes : Aimez-vous les uns les autres.

(1) Voy, surtout les articles AUBIGNÉ, BÈZE, COURT.

Conditions de la Souscription.

La France protestante paraît par demi-volume grand in-8° à deux colonnes, chacun de 48 feuilles au moins, ou 300 pages environ, contenant la matière de 3 volumes ordinaires.' — Il y aura huit ou neuf volumes, en seize ou dix-huit livraisons d'un demi-volume, chacune.

Les cinq premiers volumes sont publiés.

Le prix du volume est fixé à 8 francs, soit 4 francs le demi-volume.

La souscription par demi-volume est permanente chez tous les libraires de France et de l'étranger,

Si le désir en est exprimé dans le cours dé la publication, un volume supplémentaire sera publié, contenant :

1° Une carte de la France protestante aux XVIe et XVIIe siècles dressée avec le concours de M. Charles READ, sur le plan de la carte administrative récemment publiée par lui, et à laquelle elle fera un curieux pendant ; 2° Les portraits dos protestants français les plus célèbres, d'après les originaux authentiques; 3° La reproduction d'un recueil d'estampes de l'époque ; 4° Une riche collection de fac simile curieux.


—.5 —

Il a paru à l'éditeur que le meilleur moyen de donner au public une idée du grand travail de MM. Haag, était déplacer sous ses yeux la table des articles formant les dix livraisons (5 volumes) aujourd'hui publiées. La voici :

Abauzit, philosophe. Abbadie, docteur en théologie. Abelin, chroniqueur. Abraham, secrétaire de Condé. Accaurat, pasteur. Achard, m. de l'acad. de Berlin. Achatius, réf. deWissembourg. Aidie-Guitinières, capitaine. Ailly (famille d'). Aineau, cons. au prés, de Saintes. Airebaudouse (famille). Alba, maire de Bergerac. Alba, ministre de Turenne. Alba-La Source, past. du désert. Alba, martyr. Albenas (famille).

Albiac, poëte.

Albiac, pasteur d'Angers.

Albret (Jeanne d'), R. de Navarre.

Albret-Miossens (famille d').

Alemand, médecin.

Allemagne, pasteur.

Allix, controversiste.

Alperon, juif converti.

Althiesser, pasteur de Strasbourg.

Amalri-Saiïglar, capitaine.

Amian, pasteur de Marans.

Amours, min. du roi de Navarre.

Amiot, helléniste. Amyraut, professeur a Saumur.

Ancillon (David).

— (Charles).

— (Louis-Frédéric).

— (Jean-Pierre-Fréderic). — (David).

— (Joseph), etc. André, martyr. Andrieu, pasteur a Turenne. Andron, martyr. Androuet du Cerceau, architecte. Aneau, prolesseur à Lyon. Angennes-Montlouet (famille). Angliers, président du présidial

de La Rochelle. Angst, imprimeur philologue. Anjorrant (famille). Anthoine, minist. brûlé à Genève. Arambure, capitaine. Arbaleste, (Charlotte).

— (Rachel). Arbaleslier (famille). Arbaut, professeur à Nismes. Arbaut, memb. del'Acad. d'Arles. Arbussi, pasteur. Ardres, secret, de Montmorency. Argencourt, officier du génie. Argoud, gentilh. du Dauphiné. Arlande (famille). Armand de Châteauvieux (famil). Armand, pasteur de Hanau. Arnaud, pasteur de La Rochelle. Arnaud, capitaine de vaisseau. Arnaud, avocat a Puylaurens. Arnaud, helléniste, jurisconsulte. Arnaud-La Cassagne. Arnaud, pasteur du désert. Arnauld (famille). Arpajon (famille). Arros (Bernard d'), baron bearn. Arthuys (famille). Artigues, capitaine. Artis, pasteur réfugié.

Asnières (Duch d').

— (François). Assas (famille). Astarac-Fontrailles.

— Montamar. Aslier, petit prophète. Astorg (famille). Astruc, pasteur. Astruc, meunier a Nismes. Aubert, professeur à Lausanne. Aubert deVersé, past. en Hollande. Aubertin , pasteur de Paris. Aubéry du Maurier (famille). Aubéry, médecin et philosophe. Aubigné (Théodore-Agrippa d'),

et ses descendants. Aubin, pasteur réfug. en Hollande. Aubus (Charles d'), past. de Nérac.

— (Sébastien), pasteur.

— (Charles), past. à Londres. Audibert de Lussan (famille). Audibert, fondeur. Auga, gouverneur d'Orthez. Augiei, ministre à Châlons. Aure-Grâmmont, chef béarn. Aureilhon, pasteur de Tornow. Aussy, capitaine. Autiége, capitaine. Autricourt, capitaine. Auture, député des égl. du Béarn. Auvergne, controversiste. Avantigny, capitaine. Avaret, capitaine. Avaugour (famille). Avenel, libraire. Avessens-Saint-Rome (fam). Avoisotte, confesseur. Avond, poëte apostat. Ayguilion, camisard. Aymon, doct. en théol. et jurisc. Azimont, ministre de Bergerac. Babinot, jurisconsulte et poête. Bachelar, 1er pasteur de Nantes. Bacon, capitaine. Bacuet, apostat, évëq de Glandève. Bacuet, professeur et pasteur. Badius, imprimeur et auteur. Badel, gouverneur de Chomérac. Badolet, professeur et ministre. Baduel,pr. a Nîmes et à Genève. Baduère, lapidaire. Boer, chap. de l'amb. de Suède. Baffard-Bois-du-Lys, capitaine. Baille d'Asprémont, capitaine. Baile, pasteur.

Baillehache, ministre de Caen. Balaguier, gouv. de St-Antonin. Balaran, ministre. Balde, pasteur a Nismes, apostat. Ballon, martyr.

Balsac, capitaine.

Balthasar, avocat.

Bancelin, min. réf. en Prusse.

Banne (famille).

Bansillon, past. d'Aigues-Mortes.

Bar-Maussac (famille).

Barandon, inspect. des plantations

de mûriers en Prusse. Baralier (François).

— (Jean-Philippe). Barbançon de Cany, capitaine. Barbauld, réfugié en Hollande.

Barbette, médecin. Barbeville, martyr. Barbeyrac (famille). Barbier-Francourt, négociateur. Barbier, pasteur apostat. Barbiez, graveur. Barbin, auteur. Barbot, bailli d'Aunis. Bardonenche (famille). Baret (famille). Barges, juge a Montpellier. Bargeton (famille). Barin, réfugié en Hollande. Baris, pharmacien. Barjàc-Pierregourde (famille).

— Rochegude (famille).

— Gasques (famille). Barnaud, ministre réfug.en Suisse. Barnaud, médecin. Barnave, m. de l'Assembl. nation. Barnot, bourgeois de St-Ambroix. Baron (Claude), capitaine. Baron, viguier de Pamiers. Baron (Pierre), pro. à Cambridge. Barran, ministre et poète. Barré, officier de la marine russe. Barri-La Renaudie, chef de la conj.

d'Amboise. Barthe, ministre de Rochechouart. Baschi (famille). Basnage (Benjamin).

— (Antoine).

— (Henri).

— (Jacques).

— (Samuel), etc. Bassenge, manufacturier. Bastard, pasteur. Bastide (André).

— (Jean-Baptiste). Bastion, capitaine. Basting, pasteur. Batailler, auteur. Batigne, médecin. Batz (Jean de).

— (Joseph) et ses fils. Bauchcnu, lieut.-gcn. de Pontoise. Baudan (Maurice).

— (Jacques).

— (Jean).

— (Antoine), etc. Beaudean-Parabère (Pierre).

— (Jean).

— (Henri).

— (Charles).

Baudet, juge dans le Brandebourg.

Baudier ou Baudius, poète.

Baudouin, martyr.

Baudouin, jurisconsulte.

Baudouin, châtelain de La Rochelle et sa famille.

Baudesson, armurier et ciseleur

de Metz, réfugié. Bauhin (Jean).

— (Gaspard).

— (Jean-Gaspard).

— (Jean-Frédéric).

— (Jean-Jacques).

— (Jérôme).

— (Emmanuel). Baulac, capitaine. Bauldri, professeur d'histoire. Baussatran, ministre.


— 6 —

Baux-de Langle (Jean-Maximil),

— (Samuel).

Baux (Moïse de), pasteur. Baux (Pierre), médecin. Bayancourt-Bouchavannes, capit. Bayard (Michel).

— (Jean). Bayard, martyr.

Bayard, président de la chambre

législ. des Etats-Unis. Bayle (Pierre), philosophe.

— (Jacob), pasteur. Baylens-Poyanne, amiral. Bazin, diplomate, et sa famille. Beaufort (Daniet-Augusle de). Beaufort (Louis de), historien. Beaujeu, capitaine. Beaujardin , pasyeur. Beaulieu (Euslorg de), poète. Bcauinanoir-Lavardin, capit.

— Du Besso. Beaumont, prison, à la Bastille. Beaumout-Des Adrets, chef hug. Beaumont-Saint-Etienne, cap. Beaumont-Rioux. Beaupoil (Jean de). Beaupoil (Isaac de). Beaurepaire-Pierrefitte. Beausobre (Arnauld de).

— (Isaac).

— (Léopold).

— (Charles-Louis).

— (Albert). — (Louis).

— (Léopold-Emile). Beauvais-Briquemault (famille). De Beauveau (Jean).

— (Samuel).

— (François).

— (Jacques-Charles). — (Jacques).

— (Charles).

— (Louis). Beauvoir-Du Roure (famille.)

— Brison, chef huguenot. Bebel, professeur de théologie.

Béchard, camisard. Bechtold, professeur de théologie. Beck (François-Paul), échevin.

— (Jean-Joseph), poëte. Becker ou Artopoeus. Becker, poëte. Becker, professeur. Bécude, pasteur.

Bédé, écrivain polémique. Bedoire, bourgeois de Tours. Bedos (Antoine de) et ses descen. Bedos-Roqueirols. Behr, médecin. Belavene, commentateur. Belcastel-Montvaillant. Belhomme, réfugié en Prusse. Bellay, médecin. Belleville (Pierre de). Belleville-Languilicr. Bellujon, diplomate. Belon, capitaine. Belon, ministre. Belsunce (Jean de), et ses desc. Bénédict, philologue. Bénéfice-Chailus. Bénezet, réfugié, promoteur de l'émancipation des Noirs. Bénezet, pasteur et martyr. Benion, ministre. Benistan, instituteur. Benjamin, ministre apostat.

Bennelle, réfugié en Hollande. Benoît (Elie), past. et historien.

— (Jean).

— (Marc-Antoine). Benoît, ouvr. en soie, auteur. Benserade, poëte. Béranger-Du Gua Pipet (fam).

— de Morges. Béranger-de Caladon. Bérauld (Nicolas). Bérauldt (François). Béraud (Michel).

— (Pierre). Berckheim (famille de). Berdot, médecin. Bérenger, historien. Berger, prévôt de Corbeil. Bergues, capitaine. Béringhen (Pierre).

— (Henri).

— (Jean). Berjon, imprimeur. Bermond-Sainl-Bonnet.

— -Du Caylard.

— -Puissérguier. Bernard-La Borie.

Bernard (Catherine), poète dram. Bernard (Emeri), musicien. Bernard (Jacques), pasteur. Bernard (Jean-Frédéric), impr. Bernard (Macé), confesseur, Bernard (Salomon), graveur. Bernard (Salomon), peintre. Bernard (Samuel), banquier. Bernard (Jean-Etienne), hellén. Bernegger, critique. Bernes-Pont de la Pierre.

— -Angoulins. Bermer, avoc. au parlem. de Dijon. Bernon (famille de).

Bernui, prés au par.de Toulouse. Béroald, ministre et professeur. Berque, ouvr. en soie, confes. Berquin (Louis de), martyr. Bertelot, martyr. Berthan, sermonnaire. Bertheau, pasteur réfug. Berteville, député général. Berthoud, mécan. de la marine. Berlin, prêtre de Gien, converti

et martyr. Bertram, hébraïsant. Bertrand, pasteur à Cozes. Bertrand, martyr. Bertrand, agronome, Bertrand, économiste, Bertrand, recteur à Neuchatel. Bertrand, doyen de l'académie

de Genève. Berziau, secr. dcs comm. du roi

de Navarre Besancourt, chef huguenot. Besombe, ministre à Londres. Besombec, ministre réf. en Prusse. Bessay (de), chef huguenot. Béthune (famille de).

— (Maximilien).

— (François). Béthune, ministre aux Etats-Unis. Bétrine, pasteur du désert. Bétuléius, théologien. Beucler, pasteur.

Beulaigne, capitaine. Beurée, gouverneur d'Eric XIV. Beuther,prof. à Strasb. et ses fils. Beutrich, diplomate. Beyne (famille de).

Bezard, anc. de l'église de Paris. Bèze (Théodore de). Bia, confesseur.

Biet, manufact. réfugié à Berlin. Bignon, professeur d'hébreu. Bigot (famille de). Bigot, doct, en théol. converti. Bigot, martyr. Billet, traducteur. Billing (Sigismond), et ses fils. Billon (famille de). Bimar (Pierre de). _ (Jean).

— (Pierre).

— (Annibal).

Binder, réform. de Mulhouse. Binet, écrivain. Binninger (Jean-Nicolas). — (Léopold-Emmanuel).

— (Georges).

— (Gaspard).

— (Ulric-Jérémie).

— (Frédéric). Bion, curé d'Ursy, converti. Biset, scoliaste.

Bitaubé (Jérémie), pasteur.

— (Paul-Jérémie), traduct.

d'Homère. Bitner, professeur, Bitch, jurisconsulte. Blair (famille de). Blanc (L.-G.), prof, à Halle. Blanc (M.), vict. desperséc. Blanc (Pierre), martyr. Blanchot, théologien, diplomate

et agronome. Blandin, famille de La Rochelle. Blanquet, corsaire de La Rochelle. Blessig, professeur de théologie. Blondeau, médecin apostat. Blondel (David).

— (Aaron).

— (Moïse).

— (Jacques-Auguste).

— (Octavien).

Blosset, capitaine, et ses descen. Boaton (Laurent).

— (Pierre-François). Bobhart (Jacob).

Bobineau, maire de La Rochelle. Bochart (René).

— (Samuel).

— (François), Bochetel, secret, des finances. Bocquet, ministre réfugié. Boecler (Jean-Henri).

— (Samuel).

— (Jean).

— (Jean-Philippe), etc. Boesnier de la Touche, past. réf. Boiceau (Jean).

Boileau de Castelnau (famille de). Bois, capitaine.

Boisbeleau (Armand de la Chapelle). Bois-de-Chêne, poëte et chroniq. Boisgelin, apostat. Boisgeol, poëte. Boisgiraud, martyr. Boissard, poëte et antiquaire. Boissard, pasteur de Paris. Boisseul, ministre. Boissi, capitaine. Boissoné, professeur de droit. Boissy d'Anglas. Bolénat, pasteur. Bologne (famille de).


— 7 —

Bolsec, apostat. Bompart, ministre. Bonami (Elisabeth). Boncncontre, avoc. de Montauban. Bongars, diplomate Bonhomme, manufact, réfugié, Bonnail (famille de). Bonnay (famille de). Bonne-Lesdiguières. Bonneau (Jean).

— (Pierre). (Jean). Bonnefoi, professeur de droit. Bonnefoi-Bretauville, chef hug. Bonnel (Charles).

— (Etienne).

— (Goumon). Bonnet [de l'Aunis].

— [de Provence].

— [de Bourgogne]. — [de Hollande].

— [de Genève] Bonnevalle (famille de). Bons, ministre à Châlons. Bontemps-Mirande, député gén. Bonvoust, pasteur a Utrecth. Bonzen, recteur du gymnase de

Montbelliard. Bony, ministre. Boquier, ministre. Boquin (Pierre), pr. à Heidelberg.

— — (Jean), pasteur. Bordenave, ministre apostat. Borel, professeur de médecine. Borie, ministre.

Borne (famille de). Bornier, jurisconsulte Bosc d'Antic (Paul).

— Luis-Augustin-Guillaume)

— (Joseph).

Bott, ingénieur et architecte. Botzheim (Bernard).

— (Jean). Boubers (famille de). Boubiers, gouverneur de Jargeau. Boucard , grand-maître de l'artillerie protestante. Boncé-Poncenat, capitaine. Bouchard, chancelier de Navarre. Bouchard d'Aubeterre (famill.de). Borichcreau, past. de Saumur. Boudier (Jean).

— (René.) Boudinot, jur. de la Pensylvanie. Bouffira (famille de). Bouhereau (Elié). Bouillon (Lucien-Elisabeth). Bouisson, réfugié en Prusse. Boulainvilliers-Courtenay. Boulay-Moucheron. Boule, pasteur apostat. Boule, capitaine. Boulet, professeur à Iéna. Boullard, catholique converti. Boulliau (Ismaël), mathémat. Boullier, pasteur réfugié et son fils. Bounin, sage-femme. Bouques, poëte. Bourbon (maison de).

— (Antoine de Navarre.) — (Catherine de Navarre.) — (Louis de Condé.)

— (Henri de Condé.) Bourbon-Mabuze (famille de) Bourbon-Montpensier (fam de). Bourdeaux, réfugié en Prusse. Bourdigalle, pair de La Rochelle.

Bourdillon, pasteur à Londres. Bourdon, peintre. Bourgarely, capitaine. Bourgeau, pré. du trib. de Tours. Bourgoin , chanoine de Kevers. Bourguet (Louis). Bourguignon , pasteur apostat. Bourguignon, prof, à Lunebourg. Bousquet, capitaine huguenot. Bousquet (famille de). Boustief, pasteur du Dauphiné. Bohteroue, pasteur de Grenoble. Bouton, martyr. Bouton, pasteur d'Alais. Bouton-Chamilly (Théod. de).

— — (Philippe de.) Bouvet, poëte. Bouvot, jurisconsulte. Boyer (Abel) et sa famille. Boyer, pasteur du désert. Brachet-La Milletière, apostat. Brackenhofer, profess. de math. Bragard, Capitaine dauphinois,

et ses descendants. Braigneau, capitaine de vaisseau. Brais (Etienne de).

— (Samuel de). Brancalan, avocat. Brancas-Céreste. Brahderistein, surint. à Harbourg. Brasselay (David de). Braun, professeur d'hébreu.

Brazi, professeur à Sédan. Breguet, horloger.

Brés (Françoise)..

Bres, pasteur à Valenciennes.

Bretagne, 1. de la chah. d'Autun.

Brevet, ministre de Bourgneuf.

Brevins, ministre de Compiègne.

Breyer, pasteur à Ingelfingen.

Brançon-Saint-Ange et ses desc.

Brians, marcband de La Rochelle.

Bribard, martyr.

Briatte, pasteur de Sédan.

Bridou, perruquier.

Brimond, gouvern. de Lectoure.

Brion (famille de),

Briqueville (famille de).

Brisay (famille de).

Brisechoux, humaniste.

Brison, avocat à Moulins.

Brissac, ministre de Loudun.

Broca, ministre dans la Bric. Brodeau, secret, des commandements

commandements roi de Navarre.

Brossier, martyr a Périgueux.

Brouart ou Béroald, ministre de Sancerre, et son fils Béroald de Verville.

Brouaut (Jean), med. et cont.

Brousson (Claude), avocat, ministre, martyr.

Bruckner (N.), réf. de Mulhouse.

Bruet, gouverneur de Tonneins.

Brueys de la Calmette.

— Souvignargues. — Saint-Chaptes.

— Flaux.

— Fontcouverte. Brueys, apostat, poëte dram. Brugères (N.de), cons à la chambre mi-partie de Castres.

Bruguière, martyr à Issoire. Bruguier, professeur à Nîmes. Bruguière (Mlle N. de), petite— nïèce de Bayle, bclle-soeur de La Valsse.

Bruloy (G.), prof, à Strasbourg. Brun, famille de Provence. Brun (Et.), martyr. Brun (Jean), ministre. Bruno, avocat a Gien. Brurieau (Marie Des Loges), tem.

illustré du XVIIe siècle. Brunel (Claude de) , seigneur de

Saint-Maurice. Brunet, dit Duparc, fondateur de

l'église de Limoges. Brunet-Castelpers (famille).

— -Lestelle.

— -Beauville. Brunyer (Abel), botaniste. Bruslé ou Bruly, avocat à Metz. Brutel de la Rivière, réfugié du

Languedoc. Bruys, réfugie du Maconnais. Bucer (Martin), réformateur de

Strasbourg. Buchlein (Paul), hébraisant. Budos, famille du Languedoc. Buffet (Fr.), ministre à Metz. Bugnet (J.-B.), ministre à Calais. Buisson, fam. noble du Rouergue. Buisson, fam. noble du Vivarais Brunel (Jacob), peintre d'histoire. Burgeat, fam de Vitry-le-Français. Buron, du Poitou, martyr. Bury (Fréd.), peintre d'histoire. Bury (F.-Ch.), jurisconsulte. Busanton (David de). Bussière (Paul), anatomiste. Bustenobis, pasteur du Béarn. Cabanis (Claude), cévenol. Cabiron, fam, du Languedoc. Caboche, secr. du prince de Condé. Cabrit (J.), past. réfugié. Cacherat, ministre en Normandie.

Cadolle (Fr. de).

Cafferelli.

Caffer, ministre à Foix.

Cagnel, de Metz.

Cagnon.

Cahagnel (Samson de), de St-Lô.

Caiget (Lucas), d'Alençon.

Caillard, pasteur à Dublin.

Caillau (Guy), martyr.

Caille, ministre à Grenoble.

Caillon, sieur de la Touché.

Caillou, famille de réfugiés.

Cailloué (Dénis), de Rouen.

Cairon, minisire à Falaise.

Calas (Jean), martyr à Toulouse.

Calignoh (Soffrey de), magistrat.

Calvet, de Montauban.

Calvière , famille du Languedoc. — Saint-Césaire. — -Saint-Cosme. — de Boucoiran.

Calvin (Jean); réformateur.

Camhis, famille du Languedoc.

— Alais.

— Soustelle. — Fons.

Cambolive (Et.), de Montpellier.

Cambon, dép. à l'Ass. législative.

Cameron (Jean), théologien.

Campagnac.

Campagne, réfugié.

Campet (Pierre de).

Campredon.

Camp (N. de), ministre.

Canaye, sieur du Fresne, magistr.

Candolle, lam. de Provence, réf.

Cappel (famille de).


— 8 —

Cappel du Tilloy.

— de Moriambert.

— du Luat. Carraccioli, évêque converti. Carbonel, secret, du roi, réf. Cardaillac, famille du Gevaudan.

— -Saint-Cricq.

— -Peyre.

— -Marchastel. Cardel (Jean), de Tours, martyr.

— (Paul), martyr. Carita (Pierre), de Metz.

— (Jean de) , seigneur de

Condorcet. Carie (Pierre), général réfugié. Carlier-Cafatier, théologien. Carlot, du Bas-Languedoc. Carmus (Marthe), de Montauban. Caroli (Pierre), doct. de Sorbonne. Caron, père de Beaumarchais. Caron, martyr. Caron (François), directeur général

général établiss. franç.

dans la mer des Indes. Carré (Jean), min. à Chatellerault. Carrière, dit Corteis, pasteur du

désert. Carsuzan, ministre du Béarn. Cartaud, pasteur à Bresol. Carton, sieur d'Aucourt. Carvin (Jean), de l'Artois. Casabone, du Béarn. Casaubon (Isaac), philologue.

— (Méric), rect. d'Ickham. Cassegrain, ministre.

Castanet, chef camisard. Castelpers (famille). Castelverdun, famille du Quercy.

— Puycalvel. Castelverdun-de la Raserie. Castelverdun, vie. de Caumont. Castet, seigneur de Miramont. Catel (L.), archit. et prof. à Berlin. Catel (P.-F.), réfugié. Catalon ou Catalan.

Catinat, dit Morel, chef camis. Catteau - Calleville , pasteur à

Stockholm. Catteville-Malderé, cap. huguenot. Caturce (Jean de), martyr. Caulaincourt. fam. de Picardie. Caumont (famille de).

— -La Force.

— -Castelnaut. — -Montpouillau. — -Caslelmoron.

— -Montbeton. Causi (P.), camisard. Causse (Jean), min. réfugié. Cautius (Ant.), gouv. des princes

de Holstein-Gottorp. Caux (famille de). — (Salomon de), physicien et

ingénieur. Cayagne (Arnaud de), chancelier

de Navarre. Cavalier (Jean), chef camisard. Cayart (Jean), ingénieur, réfugié, Cayer (Pierre), instit. à Lumigny. Cayet (Pierre), ministre apostat. Cayron, défenseur de Saint-Lô. Caze (famille de). Certon (Salomon), poëte. Chabaud, famille du Languedoc. Chabot, famille de l'Angoumois.

— -Jarnac.

— -Saint-Aulaye.

Chabot-Brion.

Chaillet (David), controversiste. Chais (Charles), past. à La Haye. Chalanqui, serrurier de Salavas. Chalâs (Jean ),dép. gén .des églises. Chales, ancien de Surgères. Chalezac, famille réfug. en Prusse. Chalier (Jacob), ministre.apostat. Chalmeaux (J.), prév. d'Auxerre. Chalmot (Jacques) réf. eu Prusse.

— (Jean) comm.de Namur. Charnier (Adrien), pasteur.

— (Daniél), past.et écrivain.

— (Adrien), pasteur.

— (Jacques), doct. endroit.

— (Adrieni, min. réfugié.

— (Moïse), martyr.

— (Daniel), past. réf., et ses desc, en Angleterre.

Champagne-La Suse (Nicolas de), capitaine huguenot.

— (Louis de), lieut.-gén.

— (Gasp.de), lieut. gén. Champagne, capitaine huguenot. Charidieu (famille de).

— — Lurbigny.

— -Chabottes.

Chanet (P.),méd. de La Rochelle.

Chanevat (Pierre), de Nemours.

Chanorrier, dit Desmeranges, past.

Chantal, martyr.

Chanteclerc (Charles de), conseiller au parlem. de Paris.

Chapot (Pierre), martyr.

Chappes, capitaine huguenot.

Chappuis (François), médecin de Lyon, réfugié à Genève.

— (Jean-Etienne), auteur. Chapuzeau (A.-Louis), médecin.

— (Samuel), littérateur. Chapuzet (B.-G.), pasteur.

— (Jean-Charles), gramm. Charras (Moïse), chimiste. Charbonneau (Louis), chroniq. Chardevenne (Antoine), past. réf. Chardin (Jean), voyageur. Chardon (P.), ancien d'Azay-leBruslé.

d'Azay-leBruslé.

— (Zacharie) apostat.

— (Daniel), avocat. Charles (Antoine), horloger.

— (Jean), ministre réfugié. — (Pierre), ministre.

Chariot (Charles), curé converti.

Charpentier (Fr.), chirurg. réf. — (Pierre), espion de Catherine de Médicis.

Charreton (Pierre), capitaine des ingénieurs en Prusse.

Chartier (Guillaume), ministre.

Charton (Nicolas), principal du collége de Beauvais.

Chartres, fam. de l'Ile-de-France.

Chasan, historien.

Chassanion, min.

Chassé (David-Henri), gén. holl.

Chasseboeuf (F.), m. à Blois, mart.

Chassincourt, député des églises.

Chastaignier (famille de).

Chastelard (Pierre de), poète.

Chastelet (F -M.), enf. prodige.

Châteauneuf (Charles de), conseiller au parlem.d'Aix.

Châteillon ou Castalion, (Séb.),

prof, à l'Univ. de Bâle.

— (Frédéric), prof, de rhét.

Chatel (Pierre), réf. à Genève.

Chatel (Daniel), peintre.

— (David), capit. d'artillerie.

— (Etienne), prof.d'hist. eccl. Châtelain (Jean), réformateur de

Metz, martyr. Châtelain (famille).

— (Henri), pasteur.

— (Zacharie), libraire.

_ (Isaac-Samuel), pasteur.

— (Henri-Abraham), past. Châtillon (maison de).

(Odet de) cardinal.

— (Gaspard de), amiral de France, et ses descen.

— (François de) colon-gén. de l'infant., et ses desc.

Chauffepié (Jean), min. de Niort.

— (J.-G.), p. en Hollande. Chaume, famille du Languedoc. Chaumont, famille du Vexin.

— -Guitry.

— -Bertichères et Lecques. Chaussé (Jacob), apostat. Chauve (J.), min. de Sommières. Chauveton (U.), min. d'Issoudun.

— (David), min. de Claye. Chauvin (B.), capit. huguenot.

— (David), présid. de l'Assemblée de La Rochelle.

— (César), confesseur, — (Etienne), philosophe.

Chauvin, famille normande. Chavagnac (Christophe de), chef huguenot en Auvergne.

— (J.), lieut. de Châtillon. Chavagnac, fam. de Champagne. Chefdeville (Alain), sectateur de

la Réforme. Cheiron (Pierre), avocat de Nîmes.

— (Isaac), controversiste.

— (Elie), ministre apostat. Chênevert (Louis), min. apost.

— (Etienne de), député général des églises.

Chenevix, famille de Lorraine.

— -Beville, réf. en Prusse.

— -Eply, réf. en Angleterre.

— (Paul), traîné sur la claie. Chenu (Claude), md de Bourges. Chéron (Èlisabeth-Sophie),peint.

— (Louis), peintre. Chevalier (A.-R.), pr. d'hébreu.

— (E.), min. à Londres.

— (Nicolas), antiq.et grav. Chevalleau (Jean) capit. huguen. — (Louis) , confesseur. Cherpont (Jean), traducteur. Chesnet, capitaine huguenot.

— (Daniel), minist. d'Ars.

— (Jean), controversiste. Chevet (Pierre), martyr. Chevillette (Moïse), min. de Vitry. Chevrières, réf. en Hollande. Chezelles (C), gouv. de Sedan. Chiffelard, pasteur à Stettin. Chiron (T.), past. à Montélimar. Chivré (H. de), gent. normand. Choart (P.), ambas. en Hollande. Chobart (Jacques), martyr. Choffin (D.-E.), profess. à Halle. Choisy (G ), maire de La Rochelle. Cholier (Isaac), min. à Venterol. Chollet, gentilh. de La Rochelle,

traîné sur la claie, Chopy (Antoine), sémin. conv. Chorin (Isaac), min. de Mantes.


— 9 —

Choudens de Grema (Philippe),

conseil.du roi de Prusse. Chouet (Jacques), imprimeur. — (Jean), c. hug., et ses desc.

— (Jean-Robert) philosophe. Chouppes (Pierre de) cap. hug. Chrestien (Florent), poète.

— (Pierre), min. à Poitiers. Cinglade, min. de Castelnaudary. Civile (François de), capitaine

huguenot et ses descend. Clairville, pasteur de Loudun. Claparède, famille de Montpellier, réfugiée à Genève. — (David), past. et profes. Claris, prophète camisard.

— (Barthélémy), past. du dés.

— (Pierre de), curé converti. Claude (Jean), past. à Charenton.

— (Isaac), past. à La Haye.

— (J.-J.), pasteur à Londres. Clausel (P.), prés, de la cour des

comptes de Montpellier.

— (Guillaume), confesseur.

— (N.), agent de Rohan. Clave (Jean), dernier pasteur de

Mortagne. Clavaut-Puyviaut (Christophe) ,

chef huguen. en Poitou. Clavier (Antoine), martyr. Clavière (Etienne), min. des fin.

sous Louis XVI. Clemenceau (J.), m. de Poitiers. Clément (David), bibliographe.

— (Pierre), martyr. Cléreau, ministre de Saumur. Cléret (Jean), martyr. Clermont-de Piles (Armand),chef

huguenot en Périgord. Clermont (Godefroy de), ministre

à Amsterdam. Clermont d'Amboise (maison de).

— -Gallerandes.

— -Saint-Georges.

— -Traves.

— -Bussy. Clermont-Tallard (Gabriel), évêq.

de Gap, converti. Clèves (François de), gouverneur de Champagne.

— (Marie), princesse de Condé. Clouet (François), capucin conv. Clugny-Conforgien (Guillaume),

capitaine huguenot. Cluzel (Jean), min. du Cheylard. Cocqueville (F. de), cap. hug. Coct (Anémond de), compagnon

d'oeuvre de Farel. Codurc (Philippe), min. apostat. — (Siméon), ministre d'Uzès. Coiffier (André), martyr. Coignac (Joachim de), poëte. Coignard (Henri), conseiller au

parlement de Rouen. Coing (J.-F.), prof. àMarbourg. Col-de-Villars (Elie), professeur

de chirurgie à Paris. Colas de La Treille (Jacques),

pasteur en Hollande. Colignon (A. de), min. de Mens.

— (Charles de), prof d'anatomie a Cambridge.

— (Christophe), gentilh.de Champagne, et ses desc.

Colin (Raphaël), conseiller au présidial

présidial La Rochelle.

Colivaux (S.), orf., réf, a Berlin.

Colla (Antoine de), président du parlement d'Orange.

— (Jacques de), prés, de la ch. de l'édit de Grenoble.

— (Jacques de), conseiller au parlement de Paris.

Colladon (famille de)

— (Léon).

— (Nicolas), past. à Genève et prof, de théologie à Lausanne.

— (Daniel), pasteur a Morges, et ses descendants.

— ( Germain ), jurisc.

— (Claude), conseiller du roi Henri IV.

— (Esaïe), prof, de phil.

— (David), prof, de droit civ.et syndic de Genève.

— (Esaïe),pr. syndic de Genève et ses descend.

— (Pierre), et ses desc.

— (Théodore,) médecin. Collot d'Escury (Daniel), réfugié

en Hollande.

— (Henri), prés, de la 2me ch. des Etats-gén.

Colognac (Paul, past. du désert. Cologne (Pierre), past. de Metz.

— (Daniel de), principal du collége de Leyde.

Colomb (Zacharie) ou Colom, av. au cous souv. de Pau.

— (François de), juge a Koenigsberg.

— (Samuel de), conseiller du roi de Prusse

— (Isaac), professeur de phil. à Göttingue.

Colombel, capitaine huguenot. Colomiès (J.), pas. de La Rochelle.

— (Paul), bibliothécaire de l'archev. de Cantorbéry.

Comarque (famille de). Combes (Louis), past. de Quissac. Combes-Dounous (J.-J), hellén. Combillon (J.), min. d'Oppenheim. Combles (Franç. de), past. à Metz. Commelin (Jérôme), imprimeur. Comminges (Bernard-Roger de), vicomte de Bruniquel. Compain (N.), chanc. de Navarre.

— (N.), mar. de Montrond. Conant (J.), r. du col. d'Exeter. Conrart (Valentin), secret, perp.

de l'Académie française.

— (Jacques), secr. du roi. Constans (J.), past. de Montauban.

— (Léonard), past. à Bâle. Constans, capitaine huguenot.

— (Isaac), min. à Guisnes. Constans (Jean), past. de Pons. Constant (A. de), gouv. de Marans.

— (David), réf. à Lausanne.

— (jacob), botaniste.

— (D.), prof, à Lausanne.

— (Marc-Rodolphe), capiadjud. gén. en Hollande.

— (Fréd.), doyen de Bex.

— (Samuel), lieutenantgénéral en Hollande.

— (David-Louis), maréchal de camp en France.

— (Auguste), inspect. des ponts et chaussées du pays de Vaud.

— (P-G), col.en Hollande.

Constant (J-A), c. en Hollande.

— (M.-S.-F.), moraliste.

— (V.), gén. en Hollande.

— (G.-A.), g. en Hollande.

— (J.-T.), aide-de-camp du prince d'Orange.

— (Jules-Thierry), chambellan du roi Guillaume.

— (H -B.), dép. de l'opp. sous la Restauration. Constantin (Robert), philologue. Contant (Jacques), apothicaire.

— (Paul), botaniste. Convenant (Gabriel de), conseiller au parlem. d'Orange.

— (Paul), past. à Londres. Coras (J), c. au parl. de Toulouse.

— (Jacques), minist. apostat. Corbière, prédicant. Corbière (J ), nég. de Bordeaux. Cordier (Etienne de), direct, des forges du Brandebourg. Cordier (Louis), confesseur. Cordier (Mathurin), prof, de lat. Cordouan-Mimbré (famille de).

— -Langey. Cormère (J.), past. de Toulouse. Cormont (famille de). Cornand de La Croze (Jean), réfugié en Angleterre.

Corneillan (famille de). Cornuaud (Joël), gén. au serv. de

Brandebourg, et sa fam. Cosne-Chavernay (famille de).

— -Houssay. Cossart (Noël), victime de la

Saint-Barthélémy. Cosson (Barthélemy), curé conv. Cosson (N.), fondateur de l'église

de Bellesme. Costa (N.), exécutée en effigie. Costabadie (J), min.de Clairac. Coste (N.), pasteur du désert. Coste (Pierre), critique et trad. Coste (Pierre), pasteur à Leipzig. Cotelle, capitaine huguenot. Cotelier (André), Meut. part, au

siége présid. de Nîmes.

— (Balthasar), cons. du roi en la sénéch. de Nîmes.

Cotelier (Jean), bailli de SaintPaul-Trois-Châteaux.

Cotelier (Jean), past. apostat.

Cotherel, ministre apostat.

Cottereau (Elisabeth), mère de l'évêque du Mans.

Cottereau (N.), horticulteur.

Cottereau (Samuel), médecin de

Louis XIV.

Cottiby (Jacq.), min. de Poitiers.

— (Samuel), min. apostat. Cottière (Matt ), past. de Tours. . Couderc (Samuel), chef camisard. Couet (Jacques), past. de Paris.

— (Jacques), pasteur à Courcelles-Chaussy.

— (Charles), cons. au bailliage de Metz.

— (Louis), réf- en Prusse.

— (Abraham),past à La Haye.

— (Auguste), sieur de Bacourt, et ses descend.

— (Louis), cap. de cavalerie, — (L), I.-c. en Prusse. Coulan (A.), past. réf. à Londres.

Coulet (Etienne), médecin. Couliez (Alexandre), min. à Vassy


— 10 —

Couppé (Daniel), past. de Tours. Courcelles (E. de), pas. arminien.

— (Firmin), réfugié à Genève et ses descendants.

Gourcillon (Louis de), cap hug,

— (Jacques), capitaine

— (Josias), lieut. de Rohan.

— (Louis), ancien de l'église de Dangeau.

— (P.), marq. de Dangeau.

— (Louis), membre de l'Académie française.

Courdil, ministre apostat. Courlieu (G de), min. de Troyes. Courmononcle (N. de), cap hug. Coursan (Louis de), apostat. Court (Antoine), restaur. des égl.

— -de Gebelin, dép. des églis. Courtenay (François de). Courtonne (Pierre-Jacques), past,

d'Amsterdam. Cousin (Claude), martyr. Cousin (Gilbert), confesseur. Cousin (Jean), past de Caen. Cousin (J.), fond, de l'é, fr.de p. Coulelle (Pierre), enfant séduit

par les Jésuites. Cozain (Jacques), min. hétérod, Cramahé, fam. de La Rochelle,

— Des Roches, confes. Cramer (J.-U.), réfugié à Genève.

— (Gabriel), médecin. — (Jean-Isaac), médecin.

— (Jean), prof, de droit.

— (J.-M.), prof, de droit.

— (Jean-Louis), lieut.-col.

— (J.-A.), prof. de droit. T— (J.-A), prof, à Oxford.

— (Gabrieli, mathématic.

— (Jacques), doct. en droit.

— (Gabriel), imprimeur.

— (Philibert), imprimeur.

— (Fréd.-Auguste), syndic. Crégut (Ant.),min. à Montélimart.

— (Jacob), pasteur à Hanau. — (F.-C.), prof. de médecine.

Créon (Pierre), martyr

Crespin (Jean), impr. et ses desc.

— (Daniel , prof. à Lausanne. — (N.), pasteur de Marennes,

Cresson (B.), min. de Grenoble. Croizier, moine converti. Crommeliil (famille).

— (I.-M.), romancier.

— (P.), prof, à Genève. — (J.-P.), prof. d'hist.

Croy (Antoine de) prince Porcien. Croy (François de), past. dans le Languedoc.

— (Jean), savant théologien. Crozé (Jacques), past. de Civray, Crues (Jean de), martyr. Crugot (Martin), min. de Carolath. Grussol (famille de).

— (Antoine), chef des protestants du Languedoc.

— (Jacques), lieut. du prince de Condé dans le Midi.

— (Chartes), abbé converti.

— (Galiot), colonel dans l'armée

l'armée Cucuel (S.),past. de Montbéliard. Cujas (J.), célèbre prof, de droit. Culant (Olivier de), capit. hug. et

ses descendants. Cumont (Olivier de), maire de

Saint-Jean-d'Angély.

Cumont (René), lient, partie, de Saint-Jean-d'Angély.

— (Abimélec), conseiller au parlement de Paris. Cupif (François), docteur de Sorbonne,

Sorbonne, Cursol-du-Mont (E,de), min. apos. Cuvicr (famille).

— (Claude), confesseur.

— (Jacques), min. à Héricourt.

— (N.), chât. de Blamont.

— (Jean), maire d'Héricourt. — (David), greffier de la justice,

justice, Montbéliard.

— (J.-N.), pasteur à Roches.

— (P.-N.), past. à Brevillers.

— (J.-C), past.à Etupes.

— (Jean-Georges), capitainelieut. au cerv. de France.

— (Georges), le plus grand natural. des temps mod.

— (F.), dir. de la ménag. du Muséum d'hist natur.

Dabbadie (Roger), curé converti. Dacier (André), secrétaire perp. de l'Académie française. Dadé (Jacques), capit. huguenot. Dagneeux (J.), pasteur à Londres. Dagorineau (Jean), écrivain satir.

— (O.), réf. à Genève.

— (T.), not. à Mâcon. Daillé (Jean), past. à Paris.

— (A.), mi réfugié en Suisse. Daillon (Jacques de), ministre de

l'église anglicane.

— (Benjamin), past. réf. en Angleterre.

Daisse (P.), gou. d'Aigues-Mortes.

Dails-de-Memy (Jean), apostat.

Dalancé (L.), pr; de th. à Sedan.

Dalanduy (C), marée, de camp.

Dalechamp (Caleb), recteur de l'église de Ferriby.

Dalgas (Jean-Marc), minisire réf. en Danemark.

Dalgues (Manuel), pasteur du désert et martyr

Daliès (Bernard), avoc. du roi.

— (Antoine), baron de Caussade, réf. en Suisse.

Dalisant (Claude), femme auteur. Dalvert, marin.

Dampierre (N. de), capit. hug. Dampmartin (Pierre), gouvor. de

Montpellier.

Dancau (Lambert), min. de Gien

et de Castres.

— (Josias), min. à Castres. Dangicourt (P.), memb. de l'Aca.

des sciences de Berlin. Dannhauer (Jean-Conrad), rect.

de l'Univ.de Strasb. Danfan (Pierre), curé converti. Dantonnet (Claude), poète. Dappel (Chrétien-Gérard), cons.

de régence en Hesse.

— (G.-F.), di. gén. à la guer.

— (David), min. des finances 1 en Hesse.

Dargent (Claude), capit. huguen.

— (Abel),min. apostat.

— (Jean), capit. d'infant. - (C.), prison. à la Bastille.

Dariot (Claude), médecin.

Darrignan, ministre de Maslacq. Dartiguelongue (Jean), méd. réf.

Dassas (Claude), séminar. conv.

Dassicr (Jean), graveur célèbre.

- (Jacob-Antoine), maître

de la monnaie, à Londres.

— (p.), gén. en France.

Daudé (Jean-Jacques), avocat. . — (Hilaire), médecin.

- (Pierre), commis a l'éthiq.

— (Pierre), past. à Londres. Danger (Guy-Aldonce), lieut-gén. Daumoht de Crespigny, réfug. en

Angleterre Daûres (Louis), apostat. Dauriers (Martin), confesseur. Daussi (Adrien), martyr. Dauvet (G.), con. au par. de Paris. Dauxilhon (Maffre), capit. huguen.

et ses descendants. Dauzon (Pierre), confesseur. Daval, anc. de l'église de Dieppe, Davantes (Pierre) grammairien. David, famille de La Rochelle. David (Guillaume-Joseph), apost. David (Pierre), moine converti. Davied (J.), fab. de chan. à Berlin. Davignon (B.), past. de Rennes. Davy-du-Peffon (J.), thé. fit méd.

— (Jacques), cardinal.

— (Jean), archévêque.de Sens. Decker (A.), cap. des armés dans

la marine hollandaise. Deffère (Etienne), past. du désert. Deffrancs (Christophe), poète. Deiron (Dominique), procureur des dominicaine, conv. — (Jean), chroniqueur. — (Jacques), antiquaire, Dejean (Ferdinand), chirurgien. — (Louis), général anglais. Dejours, confesseur. Delamain (Jacques), présid. du

synode de Nanclas. Delaulne (Etienne), grav. habile.

— (N.), past. de Dieppe.

— (Henri), moraliste. - (Thomas), controver.

— (Gui), prof, de théol.

Delavoye (Aimond), martyr.

Déléguât (François), voyageur.

Delmas (Pierre), confesseur.

Delmé (Philippe), past, à Norvich.

Delpech (Jean), past. à Londres.

Delprat (Paul), lieutenant-colonel du génie en Hollande.

Deluze (Jacques), industriel.

Demont (N.), pair de France.

Denaisius (P.), con. de Pél.palat.

Denis (J.-B,), prêtre converti.

Derbaut, capucin converti.

Derodon (David), prof de philos.

Des Arènes, apostat.

Désauches (Annet, martyr.

DesAguliers (Jean), min. d'Aitré, réf. en Angleterre. - (Jean-Théophile), mathématicien et mécanic.

Des Avenelles (Philippe), avocat au parlement de Paris.

Des Bouveries (L ), ouvr. en soie, réfugié en Angleterre.

— (E.), marc, de Londres. - (Guillaume), baronnet.

— (Jacob), lord Longford, et ses descendants.

— (Guillaume), lord Radnor, et ses descendants.

— (Edouard), chef des Puseyistes.


— 41 —

Des Buissons (Jean), martyr. Des Champs (Charles), ministre.

en Normandie. Des Champs (N.), prêtre converti.. Des Champs (Jean), ministre dans

le Périgord. - — (Gabriel), page du duc

de Mecklembourg.

— (Jacques), past à Berlin. — (Jean), past, à Londres.

— (Jean-Ezéchiel), memb. du conseil de la présid. des Indes , et ses desc.

— (Antoine), lieut.-génér. dans l'armée polonaise.

Des Costils-Brisset, md de Rouen. Descousu (Celse-Hugues), jurisc. Descrret (André, past. à Marbourg. Des Gallars (Nicolas), ministre

de l'Eglise réformée. Des Hommes (N.), capit. huguen. Des Isnards (famille). Des Maizeanx (Pierre), philosophe, historien et biographe. Des Marais (Robert), seigneur de St-Aubin -sur-Arques. Des Marels (Esaïe), min. de Vais. Des Marets (Samuel), professeur de théologie.

— (Henri), ministre en Hollande.

— (Daniel, min. à La Haye.

— (Abraham), surintend. ecclés. à Dessau.

— (S.-L.), surint.ecclés.

— (J.-Noé), past. à Ragun. Des Martins (H.), dit le cap. Grille. Des Mazures (Louis), past à Metz. Desmier (E.), duch. de Zell, aïeule

de la reine Victoria. Des Minières (N.) confesseur. Des Noubes (Jacques), gendre de

Du Plessis- Mornay, et

ses descendants. Despeisses (Antoine), juriscons. Des Périers (Jean-Bonaventure),

excel. prosat. et poëte. Des Pueilles, capitaine huguenot. Desreneaux (Jean), marlyr. Des Roches, carmé conveiti. Des Roches (Jean-Baptiste), littér. Des Vaux (famille).

— (Samuel), confesseur. Des Vieux (Jean), capit. huguenot. Des Voeux (A.-V.), past. à Dublin. Detan, architecte réf. en Prusse. Devaux (Gilbert), ministre apost. Devaux (Jacques), compilateur. Deyrolles (N.), apostat. Dezimberg, capitaine. Didier (Paul), colonel en Hollande.

— (Anne-Charlotte), peintre. Dietrich (P.-F.), minéralogiste.

— (Dominique), anymeister de Strasbourg.

Dietterlin (W), peint, et archit.

— (Hilaire), peintre.

— (Barthélémy), graveur. Dinoth (Richard), pasteur a

Montbéliard. Docok (famille). Dolé (Jean), médecin du landgrave

de Hesse-Cassel. Dolet (Etienne), imprimeur. Dollond (Jean), opticien.

— (Pierre), opticien. Dominici (B.), soct. de la Réf.

Dompierre (famille de). Donean (Hugues), jurisconsulte. Dongnon (Guillaume de), martyr. Dor (François), past. de Sedan. Dorbet (Ant.), past. de Grenoble. Doremet, apostat. Dorival (Adam), min. de Sancerre. Dorsch (Jean-Georges), prof. Dorte (L ), gén. au serv.de Prusse. Dortoman (N.), méd. de Henri IV. - (Pierre), prof de médec. Douxain (Gilbert), martyr. Drelincourt (C), min de Paris.

— (Laurent), min. de Niort.

— (Henri), ministre à Fontainebleau.

— (Charles), profes. d'anatomie à Leyde.

— (Charles), doct. en méd. — (Antoine), méd. à Orbes.

— (P.), doyen d'Armagh. Drouart (famille).

Duaren (François), jurisconsulte. Du Batut (Jean), conseiller de

Henri IV, et ses desc. Du Bec-Crespin (Charles), baron:

de Bourry, chef protest.

— (Pierre), sieur de Vardes, capit. huguenot.

Du Bellay (Claude) chambellan de l'élect. de Brandebourg.

— (Théodore), cons. d'amb. Du Bois (famille).

Du Bois (François), professeur

de médecine à Leyde. Du Bois (Marie), réfugiée dans

la Hesse. Du Bois-des Cours (famille). Du Bordel, chef protestant.

— -Romegoux. Du Bosc, président en la cour des

aides de Rouen et mart. Du Bouchet (Tanneguy), dit St.-

Cyr, chef protestant dans

le Poitou.

— (Lancelot), sieur de SteGemme, chef protestant,

— (Joachim), commandant de Mauléon.

Du Bouchot (famille).

Du Boulay, dit le chevalier Du

Boulay. Du Bourdieu (A.), m. à Bergerac. — (I.), m. a Montpellier — (J. A.), past. réf. à

Londres. Du Bourg (Charles), seigneur de Saillans, martyr.

— (Louis), capitaine hug. — (Anne), çons. au parlement de Paris et martyr.

— (Claude),trés. de l'extraordinaire des guerres.

— (Gabriel), conseiller au parlem. de Toulouse. (Georges), gouverneur de File-Jourdain.

Du Bousquet (J.), past. de Castres, Du Breuil (J ), pr. dans le Poitou. Du Broullal (Jacques), archevêque

d'Arles converti. Du Bue (Guillaume), profes. de

théologie à Lausanne. Du Buisson (François), docteur

de Sorbonne converti. Du Caudal (Martin), conseil, au

parlement de Paris.

Du Candal (Isaac), cons, du roi.

Du Candelay (N.), gouv. de Royan.

Du Carel (André-Coltée), antiq.

Du Chalard (Joachim), avocat au grand conseil.

Du Chatelet (Olry), chef huguen.

Du Chesne (famille).

Du Chesne (Charles), médecin de Henri IV.

Du Chesne (Joseph), conseiller et médecin ordin. du roi.

Du Chesne (Nicolas), martyr.

Du Chesne (Simon), mathémat.

Du Chesneau (Tanneguy), gentilh. du prince de Condé, et ses descendants.

Du Clos (Samuel), méd. de Metz. - (Samuel), médecin réfugié a Berlin.

Du Cloux (Barthélémy), pasteur à Bandonvilliers.

Du Colombier (famille).

Du Commun (J.-P.-Nicolas), ministre a Etupes.

Du Cret (Toussaint), médecin.

Du Cros (André), docteur en méd.

Du Cros (Charles), présid. au parlement de Grenoble.

Du Cros ( Jean), avocat à la chambre de Castres.

Du Cros (Jean-Jacques), apostat.

- (Jean-Jacques), past. à

S.-Germain de Calberte.

Du Cros (N.), cons.du roi de Suède.

Du Cros (Pierre), juge à Calvisson et .martyr.

Duderé (Jean), apostat.

Du Faur (Pierre), président au parlement de Toulouse.

— (Michel), présid. à mortier au même parlemcnt.

- (Louis), ch. de Navarre. - (Arnaud), gentilh. de la

ch. du roi de Navarre. — (Charles), conseiller au

parlement de Toulouse.

— (C), gouv. de Lunel.

— (Jean), gouvern. de Gcrgeau, et ses descend.

Du Ferrier (A.), ch. de Navarre.

— (Barthélémy) , martyr. - (A.), g. de Brugairolles.

Du Fos (D.), av. de La Rochelle. Du Fou (François), baron du Vigean

Vigean chef protestant. Du Four (Philippe-Sylvestre),

droguiste et antiquaire. Du Fresne (Samuel), ministre de

Normandie. Du Gua (Pierre), fondat. de PortRoyal,

PortRoyal, Amérique. Du Han (Philippe) , conseiller

d'Etat et privé.

— (Charles-Egide), précept.

de Frédéric-le-Grand.

Du Jon (Jean), conseil, du prince

palatin, et ses descend.

— (Denis), lieut. de la maréchaussée

maréchaussée Bourges.

— (François), min. et prof.

de théologie à Leyde.

— (J.-C), offic. hollandais.

— (François), prof, de droit

à Groningue.

— (François), philolog. céléb. Du Laurans. lieut.-colonel au serv.

de Pologne, et ses desc.


— 12 —

Du Laurens (Louis), min.apostat. Du Lignon (P.), min. à Wievert. Du Lion (famille). Du Liscoét (Yves), chef protest.

en Bretagne. Dulon (Louis), musicien habile. Du Lys (Charles), député aux

Etats d'Anjou.

Dumas (C.-G.-F.), traducteur..

— (J.-L.-A.), past. à Dresde.

— (Jean), pasteur à Leipzig. Du Mas (Louis), inventeur du bureau typographique.

Dumas (N.), prédicaut dans le

Languedoc. Du Mas de Castellane (N.), chef

des prot. en Provence. Du Matz (Christophe), chef hug.

— (Jean), gouv. de Vitré.

— (E.), dép. g. des Eglises.

— (Marthe), gouvern. des princesses de Prusse.

— (Samuel), grand-maître de la maison de la margrave de Baireuth.

— (Charl.-Louis), général. Du Mex (Léonard), martyr. Du Mont (famille).

— (Etienne), publiciste. Du Mont (Gabriel), pasteur et professeur à Rotterdam.

Du Mont (J.), historiographe. Du Mont-Pigalle, officier au service de la Hollande. Du Moulin (C), célèbre jurisc.

— (J.), min. d'Orléans.

— (Pierre), past. de Paris.

— (Daniel), gouverneur du château de Josselin.

— (Cyrus), ministre de Châteaudun.

— (Marie), directrice du pensionnat des réfugiés en Hollande.

— (Pierre), prébendaire de Cantorbéry.

— (Louis), prof, d'histoire à Oxford.

Du Moulin (Antoine), v. de ch. de

Marguerite de Valois. Du Moulin (Claude), ministre de

Fontenay-le-Comte et

martyr. Du Moulin (Guillaume), past. à La

Neuveville. Du Moulin (W.), past. à Leyde. Du Moustier (Pierre), général de

l'empire. Duncan (M.), pr. deph. à Saumur.

— (Marc), dit Cérisantes.

— (G.), prof, de philos, à

Montauban.

— (Pierre), médecin.

— (Daniel), médecin réfugié.

— (Daniel), past. à Bideford. Du Périer (famille). Du Périer (P.), m. de Montauban. Du Peyroux (Pierre), réf. a Surinam, et ses descend.

Du Pinet (Antoine), naturaliste

et controversiste. Du Piotay (David), min. de Gap. Du Plain (Antoine), poëte. Du Plan (Colin), martyr.

— (Benjamin), député gén.

des églises du Languéd.

Du plantier (Jean-Pierre), industr.

Du Plaute, prêtre converti et mart. Du Pleix (Antoine), gouverneur

de Sommières. Du Plessis(Jacques), ch. de l'hôp.

des réf. à Londres. Du Plessis (Jean), capitaine huguenot, et ses descend. Du Poix (Raimond) marchand

de Carcassonne. Dupont (N.), ministre d'Eymet. J Du Pont (Pierre), gouverneur de

Bays-sur-Bays.

Du Port (Joachim), commissaire

desvivres, réf. à Genève. — (Jacques), savant hellén. Duprai, ministre apostat.

Du Prat (famille). Du Prat (Pardoux), jurisconsulte. Du Pré (Isaac), bourgeois du

Mas d'Agenois. Dupré (Léonard), martyr.- «Du Pré (N.), m. d'issoire, mart. Dupuis (famille).

— ( I.-A.), grand-écuyer de l'électrice de Hanovre.

— (Auguste-Charles), grand maître de la maison de Sophie-Dorothée.

Du Puy (famille).

— -Du Moulin.

— -Vatan. Du Puy (famille).

— -La Roquette.

— -Cabrilles. Du Puy (J.), consul de Montauban. Du Puy (Jean), notaire de Revel. Du Puy-Melgueil (famille).

— (S ), gouv. d'Hautpoul. — (Jérémie), cons. du roi.

Du Puy-Montbrun (famille).

— (Charles), chef des protestants du Dauphiné.

— (Jean), lieutenant de Lesdiguières.

— (Charles-René).

— ( Jacques ), lieutenant général du Nivernois.

— (Jean), maréch. de camp.

— (Alexandre), marq. de S.-André, d. de Candie.

— (René), maréchal de camp, et ses descend.

Du Quesne (A.), chef d'escadre.

— (Abraham), lieut. -gén. de l'armée navale.

— (Hemi), cap. de vaiss.

— (Abraham), cap. de vaiss.

— (Isaac), officier de marine, converti.

— (Jacob),cap. de vaisseau. Duquesnoy (Euslache), profes de

philosophie à Lausanne. Du Ranc (Jean), médecin apost. Durand (famille) ou Durant.

— (Jacques), min. réf.

— (Audibert), min. apost.

— Sénégas, cap. huguenot.

— (J.), historien.

— (Jacques), commentateur. — (J.-F.), pr. à Lausanne.

— (Jean), ministre réfugié.

— (J.-A.), p. aux Brenets.

— (D.-H.), past. à Londres.

— (David), ministre de la Savoie, membre de la Soc. roy. de Londres.

— (J.), min. à Is-sur-Thil.

Durand (J.) p. réf. en Angleterre.

— (Jonas), martyr.

— Villegagnon, chef de la colonie du Brésil.

— (Pierre), pasteur du désert, martyr.

- (J.-I.), past. à Orléans.

— (S.), min. de Charenton.

— (Daniel), capit. huguenot. Du Rastel (Matthieu), cap. dauphinois, et ses descend.

Durcot, famille poitevine. Duret (Jean), gouvern. d'Angers. Durette (N.), pasteur réfugié. Durfey (Thomas), poète dram. Durfort (famille).

— -Duras (Symphorien).

— - — (Jacques), marq. de Duras.

— ( Gui - Aldonce ),

mar. de camp.

— (Jacques- Henri),

mar.de France.

— (Frédéric - Maurice), comte de Rozan.

— — (Gui -Aldonce), duc de Lorges. mar.de France.

— (Charles - Henri),

comte de Montgommery.

— (Louis), comte de

Feversbam.

— (C.-L.), cap., etc

— -Deyme (T.), cap. hug. et ses desc.

— (J.-B.), réf. en Prusse. Du Roi (Jean-Philippe), méd. du

duc de Brunswick.

— (J -G.-P.), jurisc. Du Rondel (Jacq.), prof, à Sedan. Du Ry (Paul), officier du génie.

— (Charles).

— (S.-L.), archit. à Cassel. — (Jean-Charles-Etienne),

direct, des bât. à Cassel. Du Seau (René), martyr. Du Serre (N.), père des petits prophètes. Du Sert (Daniel), francise, conv. Du Solier (famille),

— (Jules-Raymond), hist. Du Soul (Moïse), traducteur. Du Temps (Jean), jurisconsulte.

— (Jean), avocat.

— (Adam), ingén. milit.

— (N.), min. d'Angers.

— (Louis), historiog. du roi d'Angleterre.

— (M.-F.), orfèvre.

— (Joseph-Michel), inspect. des p. et ch.

Du Terrail (François), cap. hug. Du Tertre (famille).

— (Centurion), "gouv. de Jargeau.

— (Ambroise), colonel au serv. de Hollande.

Du Tillet (Louis), ami de Calvin.

Du Touchet, lieutenant de Montgommery.

Du Tronchay (Félix), ministre de Beaufort-en-Vallée.

— (Louis), martyr.

Du Trossel (Etienne), général au service de Prusse.


— 13 —

Du Trossel (C.-E.),trâd de Folard. : Duval (Jacques), past. à Milhau. Duval (N.), capucin converti. Duval (Nicolas), conseiller au

parlement de Paris. Duval (Pierre), évêque de Séez,

partisan de la Réforme. — (Robert), direct. de l'Acad.

de peint, de La Haye. Duvernoy (famille).

— (A.), m. du cons. de

rég. de Monbéliard.

— (C), past. à Mandeure.

— (J.-F.), rect. du gym. de Montbéliard.

— (Joseph-Jérémie), phar.

— (Jean-Georges), anato.

— (Georges - David), méd. du duc de Wurtemberg.

— (L.-Eberhard),juriscon.

— (J.-J-), insp. ecclés.

— (J.-C.), pasteur à Barby.

— (G.-L.), insp. ecclésias.

— (Charles), jurisc. et hist.

— (G.-L.), prof, au mus. d'hist. nat.

Du Vidal (F), mi. ré. a Groningue. Du Vigier (Foucaud), ministre à Saint-Jean-d'Angély.

— (Japhet), ministre de Saint-Jean-d'Angély.

— (J.), cons. à la chamb. mi-partie de Guienne.

— (Jacques), apostat. Dnvignau, min. de Châtellerault. Duvillard (E.-E.), mem. du corps

législ. de Genève. Duvirailh (C), gouv. de Sisteron.

— (Scipion), chroniqueur. Eck (Georges), traducteur. Eckard Zum Treubel, propagateur de la Réforme.

Ehrlen (Jean-Frédéric), jurisc. Ehrmann (F.-L.), prof, de physi.

— (J.-C), prof, de médec. (J.-F.), prof, de clini.

— (J.-C.), cor. de l'Institut.

— (T.-F.), instituteur. Eisen (Nicolas), théologien. Eisenmann (G.-H.), doct. en méd. Eisenschmid (J.-G ), mathémat. Elinck (Charles), martyr. Encontre (Daniel), doyen de la fac.

de théol. de Montauban.

— (Pierre), past. du dés. Englisch (Jean), poète.

— (Esther), calligraphe. Enoch (Louis), min. de Renée

de France.

- (Pierre), poète.

Epicime (André), controversiste. Epinac (P. d'), archev. de Lyon. Erb (Matthieu), surint. ecclés. Erman (J.-P.), p. et prof. à Berlin.

— (J.-G.), past. a Postdam. — (Paul), membre de l'Acad.

des sciences de Berlin. Erondelle (P.),réf. en Angleterre. Errard (Jean), ingénieur milit. Escballard (C. d'), gouv de Taillebourg

Taillebourg ses descend.

— (J ), com.de Maillezais.

— (Balthasar) et ses desc. Escodéca (Jean d'), seigneur de

Boisse et ses descend.

— (P.d'), gou. de Ste-Foy.

— (A.), com. de Monheurt.

Escolliers (Claude d'), comm. du château d'Alençon.

Escoperies (Pontus d'), feld-maréchal de Suède.

— (Jacques), min. de la guerre en Suède.

— (Magnus-Gabriel), gr. chanc. et gr.-sénéch. de Suède.

Escorbiac (Guichard d'), cons. à la chamb. de Castres.

— (Jean), poète.

— (Samuel), conseil, à la ch. mi-partie, apostat.

Escury (famille).

— (David).

— (André), réf. en Hollande.

— (Daniel), réf. en Hollande, et ses descend.

Esnard (Louis), présid. de l'Assemblée

l'Assemblée Mantes. Espagne, famille du Maine.

— (Paul), gentilhomme de la chambre du roi.

— (Henri), gouv. de Béfort.

— (Louis-Paul), apostat.

— (Henri), réfugié. Espagne (J. d'), past. à Londres. Espalunque, famille du Béarn. Esparon, prophète camisard. Espence (Claude d'), recteur de

l'Université de Paris. Espérandieu (Jean), cons. du roi

de Navarre, et ses desc. Espinay (Nicolas d'), pasteur a

Loudun, et ses descend. Esprinchard (Jacques), historien. Essen (Théodore), théologien. Estienne, famille d'imprimeurs.

— (Robert).

— (Henri).

— (Robert II).

— (Charles).

— (François).

— (Jean). Estienne de Chaussegros (Honoré)

— -Mimet.

— -Clelles. Estpard (Jean d'), et ses desc.

Eslrées (Jean d'), grand-maître de l'artillerie. Estreman (J. d'), min. du Béarn. Etampes-Valençay (Henri d'),

chevalier de Malte. Etienne (D.), dit La Montagne. Eustache (D.), p. à Montpellier.

— (Etienne), martyr, Eymar (Claude), membre de l'Académie du Gard.

Eynard (famille).

— (Jacques).

— (Antoine).

— (Jean-Louis).

— (Gabriel-Antoine).

— (Charles-Fr.-Adolphe).

— (Jean-Gabriel). Faber (Jean), prof, de théologie. — (P.), préc. des enf. de Coligny.

Coligny. Fabre (Jean), l'honnête criminel.

— (N.), notaire a Clarensac. Fabre d'Olivet (N.), philologue et auteur dramatique. Faget (A.), min. de La Rochelle.

— (N.), min. de Sauveterre. Faigaux (F.-L.), p. à Schwabach. Falaiseau, famille de financiers.

Falgueras, commis de Mannet. Falguerolles (famille).

— (Jean de).

— (Claude). Fallût (Frédéric), conseiller du

duc de Wurtemberg. Farcy (famille de).

— -Painel.

— -Saint-Laurent.

— -La Daguerie.

— -Cuillé.

— (Samuel de). Farel (Guillaume), réform. de la

Suisse romande.

Fargue, dit la Mothe-Pujols, cap.

Fargues (Jacques de), martyr.

Faubournet de Montferrand (famille).

— -Saint-Orse. Fauche-Borel (Louis), agent des

royalistes. Faucher (Jean), professeur de

théologie a Nîmes. Fauconnet (Pierw), confesseur. Fauquembergue (Jean de), past. à

Dieppe.

— (L. de), min. à Senlis. Faure (famille).

— -Villespassans.

— -Montpaon.

— (François de), conseil, au parlem. de Toulouse.

Faurin (Jean), chroniqueur. Faust (Jean), prof, de théologie à Strasbourg.

— (Isaac), profess. de théol. à Strasbourg.

Favas (Jean de), capitaine hug.

— (J. de), dép. g. des églises. Favier (Pierre de), prés, de l'ass.

de La Rochelle en 1622.

— (Céphas de), premier consul de Nîmes.

Fay (famille).

- Péraut.

- Changy.

Felot (Jean), médecin de la reine

de Navarre. Fenne (François de), profess. de

lang. française a Leyde. Ferber (Jean-Jacques), profes. de

théologie a Strasbourg. Ferdinand, famille de peintres. Feret, apothicaire. Ferrand (DanieI), min. à Bordeaux Ferrier (Jérémie), min. aposta — (Michel), musicien. - Ferrières (Jean de), vidame de

Chartres.

— (Edme de), dit le jeune Maligny, capit. huguen.

— (Pons de), baron de Bagat, et ses descend.

Ferry (famille).

— (Jacques), solcher de l'évêché de Metz.

— (Pierre), ministre à Tonnay-Charente.

— (Paul), ministre a Metz.

— (J ), recev. de la bullette. Fesques (David de), capit. hug.

Fétizon (Daniel), min. à Berlin. Feugère (P.), mart. à Bordeaux. Feugueray (Guillaume), minis.en

Normandie. Fidel (Abric), camisard. Figuières (Louis), past. du désert.


— 44 —

Filhet (G,), 1. de Jeanne d'Albret dans le Vehdômois.

Filleul (Jean), martyr.

Fillioux (G.), pr. lise, de Cluny.

Firn (Antoine), curé converti.

Fischart (Jean), écrivain satiriq.

Fischer (Jean),proféss. à Herborn.

Fizes, recev. général, apostat.

Flamand (Claude), ingénieur.

Flanc (Jean), ministre apostat.

Fleureton (François), industriel réfugié à Berlin.

Fleury (Jean), ministre à Bauge.

— (Daniel), confesseur.

— (N.), ministre de Castres. Florac (N. de), ministre à Angoulème.

Angoulème. (N.), vie. de Gourdon. — (David), émissaire de Miremont. Flournois (famille).

— (G.), min. à Genève. — (Jacques), min, à Jussy.

— (J.), joaillier à Paris. Foix (Antoine de), baron de Rabat, et ses descendants.

— (Françoise de), abbesse conv.

— (Paul de), conseiller au parlement

parlement Paris.

- Caraman (Madeleine de),

religieuse convertie. Fontaine (Jean), martyr.

— (J.), réf. à La Rochelle.

— (Jacq.), min. de Rohan.

— (Pierre), min. de Rohan, réfugié en Angleterre.

— (Pierre), min. apostat.

— (J.), min. réf. en Irlande.

— (p.), m. aux Etats-Unis. — (Jean); officier dans l'armée anglaise.

Fontanes (Louis de), grand maître de l'Université. — (Jean), prof, à l'acad. de Genève.

Fontenoy (J.), diac. de Toulouse.

Forant (Job) , marinde l'île de Rhé.

— (Jacques), amiral.

— (Job), chef d'escadre.

— (N.), apostat et espion. Forest (Hector), grammairien. Forestier (André), min. apostat.

— (Pierre), min. réf. en Angleterre. Forets (famille de).

— (Jacques), capit. huguen. — (Hector), gouv. d'Orange.

— (A.), gouv. d'Orange. Forin (Mme de), dame d'Exoudun. Formey (J.-H.-S.), sec. perp. de

l'Académie de Berlin.

— (Jean-Louis), médecin. Formy (C), min. à Montpellier.

— (Pierre), médecin nimois.

— (Jacques), médecin, apost.

— (S.), chir. à Montpellier. Forneret (Philippe), pasteur de

l'église franç. de Berlin. Fornerod (David), past. à Berlin. Forstner (C. de), diplomate. Forteau, capitaine rochellois. Fos (famille de)?

— (François), chambellan de

l'électeur palatin.

— (Albert;, industriel.

— (David), contrôl. du domaine des comtes de Castres.

Fos (Etienne), manufacturier. Foucault (Radegonde), martyre. Foucaut (G ), gouv. d'Argenton.

— (G.), gouv de la Marche. Foucher (Jacques), lieut. au siége

présidial de La Rochelle.

— (J.), marquis de Circé. Foulon (A ), maître à la Monnaie. Fouqué (famille de).

— (Gabriel), cap. huguenot,

— (Charles), colonel.

— (Henri), gouver. de Royan.

— (Charles), réf. en Hollande.

— (Henri-Aug.), g. prussien.

— (G.-A.-H.), cons au dép.

de la guerre.

— (H.-C ), poète et romane. Fouquerolles (Pierre de), capit.

du roi de Navarre. Fouquel (Claude), gentilhomme

du Poitou. Four (Claude), le Maître Adam

du Refuge de Berlin. Fourdrinier (Henri), inventeur

d'une machine à papier. Fourgon (Jean), confesseur. Fourner (Balthasar), chroniq.

— (Jean), docteur de Sorbomie

Sorbomie

— (Jean), historien.

— (Jeanne), victime des persécutions.

persécutions. (N.), capitaine huguenot. Fournol (J.), bourgm; de Berlin. Franc, capitaine huguenot.

— (Guillaume), musicien.

— (Jean), confesseur. France, capitaine huguenot. Francillon (Jean), naturaliste. Franco (Pierre), chirurgien. François, capitaine huguenot.

— (P.), c. bug. et ses desc Frantz (Jean-Joachim), historien. Frémaut (P.), past. à Cologne, Frémont d'Ablancourt (N.),hist.

du prince d'Orange. Frescarode (Jean), apologiste. Freton (Louis), maréchal de camp

huguenot, et auteur. Fried (J.-J.), pr. d'accouchement.

— (G.-A.), prof, de méd. Froereisen (I.), prof, de théol.

— (J.-L.), p. à Strasbourg. Froment (Antoine), compagnon

d'oeuvre de Farci. — (Paul de), gouverneur

de Neuchâtel. Fromery (Pierre), réf. à Berlin. Frontin (A.), minist. de Coligny. Frossard (B.-S.), doy. de la fac.

de théol. de Montauban. Frotté (Jean de), chanc, de la

reine de Navarre.

— -Sey.

— -La Rimblière.

— (Pierre), curé converti. Froumenteau (N.), habile financ. Fumée (Antoine), conseiller au

parlement de Paris.

— (Gilles), précepteur. Furstemberg (Guillaume de), protecteur

protecteur réform. Farel.

Furstemberger (Josué), bourgmestre de Mulhouse.

Fusy (Antoine), curé converti.

Gabillon (A. de), pasteur à Leyde.

— (C.-A.), institutrice.

Gabriae (Claude de), mustre de

camp huguenot. Gaches (Pierre), consul de Castres.

— (Jacques), avoc. à la ch. de

l'édit et auteur.

— (Raimond), min. de Paris. Gàchon (Arnaud de), avocat au

parlem. de Bordeaux. — (François), apostat. Gagnier (Jean), orientaliste.

— (T.), rect. de Strauton. Gaigny (Jean de), sermonnaire. Gaillard (Annibal), martyr. — (Auger), poëte.

— (Jacques) professeur de theologie, à Montauban.

— (Michel), gentilhomme huguen, et ses descend.

— (Gilles), gentilhomme provençal converti.

Gailliot (Pierre), confesseur.

Gal-Pommaret, min. du désert.

— La Devèze, miu. du dés

Galard de Béarn (R. de), c. hug.

— (Jean de), gouvern. de

Saint-Jean-d'Angély.

Galissard (P.), rég. de 3e à Genève;

Galland (Auguste), commiss. roy.

auprès de div. synodes.

— (Auguste), député gén.

— (Thomas), avoc. au parlement.

Gallot (J.-G ), m. de l'Ass const. Gally (Pierre-Henri), min. réf. Gambier (famille). - (James), avocat,

— (John), gouverneur des îles de Bahama.

— (James), amiral.

- (Samuel), commissaire de la flotte anglaise.

— (Robert), cap. de vaiss. - (J.-E.), rect. de Langley.

Gambs (Paul), jurisconsulte.

- (J.-S.), docteur ,en droit.

— (C.-K.), chapel. de l'amb.

suédoise à Paris.

Gamon (Christophe de), poëte.

Gamonet, victime des persécut.

Gantois (Eusèbe), min. de Sedan.

— (Jacq.),min. de Sancerre.

— (Pierre), min.de Gorcum, Garcin (Laurent), méd. et nat.

— (Laurent), littérateur. Gardelle (Robert), peintre. Gardin, capitaine huguenot, Garencières (Théoph. de), méd. Gargouille. au (L ), cap. rochellois. Garissolles (Antoine), profess. de

théol. à Montauban.

— (A,), m.à Castelmoron.

— (Jacques), min. de Bergerac, réf. en Hollande.

Garnier (Jean), min. de l'église

franc, de Strasbourg.

—- (I ), past. à Marchenoir.

— (Philippe), maître de langue franc, à Giessen.

Garrigue (N,), traducteur. Garros (Pierre), poëte gascon. Gasparin (T.-A.), conventionnel. Gassion (famille).

— (Jean), procureur gén. au cons. de Navarre.

— (Jean-Jacques), procgén. au cons. souverain de Navarre.


— 18 -

f.assioii (Jean), présid. à mortier au parlement de Pau.

— (Jacob), mar. de camp.

— (Jean), mar. de France.

— ( Henri ), maître des comptes de Navarre.

— (Henri), c. au p. de Pau;

— (Gratien), mar. de camp. Gast (Jean), past. à Berlin.

— (Jean), pasteur a Bâle. Gastigny (Jacques), fondateur de

l'hôp.des réf. à Londres. Gastine (Philippe de), martyr,

et ses descendants. Gau (Jean), histor. et controv. Gaudet (Pierre), martyr. Gaudot, fam. réf. à Neuchâtel. Gauguet (Nicolas), directeur du

lombard de Berlin. Gaultier (François de), min. de

Montpellier, réf à Berlin.

— (Claude), pasteur de l'église

l'église de Berlin.

— (Barthélémy), cap. de cav.

— (Jacques), docteur en méd.

— (Barthélémy), cons. de la justice supérieure.

— (Jacques), conséill. privé.

— (Jacques), lieut. de Soubise. Gaure (Louis de), gouv. de la citadelle de Cambrai.

Gaussen (Etienne), professeur de théologie à Saumur

— (Jacques), past. à Divonne.

— (Nicolas), ministre à PontAudemer.

PontAudemer.

— (Jean), réf. à Genève.

— (David), réf. en Irlande.

— (Pierre), gouverneur de

la banque d'Angleterre.

— ( S.-R.), haut shérif du c.

d'Hertfort.

— (Louis), pasteur et professeur

professeur Genève.

Gauteron (Antoine) , secr. perpét. dela soc. royale des sciences de Montpellier.

Gauthier (Nicolas), apostat.

— (P.), préc.despet enfants

du chanc. de l'Hôpital. Gautier (Henri), ingénieur.

— (Jacques), min. d'Archiac.

— (Marie), relapse.

— (N.), apostat et espion.

— (N.), méd r. en Angleterre.

— (Raimond). capit. huguen.

— (Thierri), traducteur.

— (T ), past. à Fenestrelles. Ganvin (Louis), poète. Gazeau (famille).

— La Brandasnière.

— -La Boissière.

Génas (François de),cons au pari.

de Provence et ses desc. Geneste (A ), maître de lang. fr.

à l'Acad. de Colberg.

— (Louis), réf. en Irlande. Genolhac, confesseur.

Gentil, prêtre converti.

— (Jean-Bapt.), artificier. Gentillet (Innocent), pr. de la ch.

mi-partie de Grenoble. George, martyr. Georges (Samuel), ministre de

Vitry, réf. en Hollande,

— (Paul), past. réfugié en

Angleterre.

Cerbel (Nicolas), jurisconsulte.

Gerber (Érasme), chef des paysans insurgés.

Gérente (Baltliazar de), chef des protest, en Provence. - (F. de), 1. de Des Adrets.

— (Balthasar de), dép. de la Provence à div. ass. pol.

Gérold (Frédéric-Samuel), min.

de l'hôp. de Strasbourg.

Geryais (J.-L ), présid. du sénat

de la Caroline du Sud;

— (Noël), réf. à Genève.

— (Jean), min. à Genève. Gervaise (Louis), ancien de l'église de Charenton.

— (Jean), chirurgien. Geschmauss (Jérôme), médecin.

— (A.), past. de Mulhouse. Gète (Jacques), past. et poète. Giberne (N.), apostat. Gibert (Jean-Louis), past, du dés. Giberl (E.),past. à Guernesey.

— (Simon), past. du désert. Gibout (Toussaint), docteur de

Sorbonne converti. Gigord (Jean), min. à Montpellier. Gigou (famille).

— -Vesançay.

— -La Croix-Du-Chail. - Gilbert (Abraham), dernier ministre de Melle.

— (Gabriel), poète, dramat. — (N.), ministre apostat.

Gillet (J.-F ), past. à Halberstadt.

— (F.-W.), surint. ecclés. Gillier (famille).

— (Gaspard), conseiller au parlement de Grenoble.

— La Villedieu. Gilli (David), ministre apostat.

— (David), ingénieur archit.

— (Jean-Guillaume), archit. Ginebrousse (G. de), cap hug.

— (Nicolas), colonel. Gineste (Jean de), gentilh. du Languedoc et ses desc. Ginestous (famille de).

— -Montdardier.

— -La Jurade. Girard des Bergeries (famille).

— (Simon).

— (Nicolas).

— (Jean-Jacques).

— (Jean).

— (Jouas). Girard (Jean), jurisc. et poëte.

— (B. de), sièur du Haillan.

— (Philippe de), inventeur de la filature du lin à la mécanique.

Girardet (F.-C), past. à Dresde. Giraud (N.), huissier de la reine

de Navarre. Giraut (N.) , martyr. Gironde (famille, de). — -Teissonat.

— -Castelsagrat.

— -Sigoniac. Glaumeau (Jean), chroniqueur. Gloner (Samuel), poëte latin. Glotzen (Jean-Gaspard), littérat. Gnilius (Jean-André), prof, de

théologie à Strasbourg. Gobert (J.),banq. de La Rochelle. Gobert (N.), recev. du Soissonnais. Godeau (Jean), martyr.

Godefroi (Denis), sayant. jurisc- (Théodore). — (Jacques), prof, de droit à Genève. Golius (Th.), prof, de morale. Goinbauld (Jean-Ogier de), poëte. Goriiès (N.), pasteur à Milhau. Gommarc (Jean), prof, à l'acad.

de Puylaurens. Gondin (Matthieu), capit. huguen. Gondrand (J. de), past. d'Orange. Gontaut (famille de). — -Salagnac.

— -Biron.

— -Saint-Geniès et Badefol.

— -Campagnac.

Gopil (J.), prof, de méd à Paris. Gorris (Jean de), médecin célèbre. Goudimel (Claude), expel. music. Goujon (Jean), sculpta et archit.

— (Jean), martyr. Goulaine (famille, de).

— (Jacques de).

— -Laudouinière.

— -La Brangardière.

— -Barbin.

— -Des Mesliers. Goulard (famille de).

— -La Forte

— -Beauvais. Goulart (Simon), théolog et poête.

— (Simon), min. remontrant.

— (Jacques), géographe. — (Jean), antiquaire.

— (N.), ministre apostat. Goullet de Hugy (J.), m. de Metz. Goumard (François), capit. hug. Gourdri (Grégoire), min. de Pons.

— (Jean), min. de Mirebeau. Gouret (famille).

- -La Primaye.

— -Du Plessis-Goûret. Gourgues (D. de), cap. hug, Gourjault (famille de).

— La Minière. -La Bessière.

— -Du May.

— -Venours.

— -La Berlière. Gousset (J.), prof, à Groningue. Gousté (Claude), prévôt de Sens. Goût (Etienne), chef camisard. Goyon (famille de).

— -La Moussaye.

— -Marcé

— -Touraude. Goyon (N.) , prétendu fils de

Jeanne d'AIbret. Graf (Matt.), past. de Mulhouse. Grammont, pasteur à Montbéliard. Grandcbamp (S. de), capit. hug. Grandhomme (Jacques), dessinat.

— (N.), pasteur à Trébur. Grand-Rye (Guillaume), ambassad.

ambassad. Constantinople. Grasse (famille de).

— -Du Bar.

— -Cabris.

Gravel (Jean - Philippe), médecin. Gravelin (Matthieu), bibliographe. Gravelle (François de), avocat au

parlement de Paris. Graverol (François), jurisconsulte,

antiqnairé et poëte. — (Jean), pasteur à Londres. Gravier (Hugues), martyr. Gravisset (J.), landvogt d'Oron.


— 46 —

Gravisset (Paul), ministre apost. Gréaulme (François), et ses desc. Green de St.-Marsault (famil. de).

— -Chatelaillon.

— -Parcoul.

— -Dompierre.

Greiter (Matt.), music. et poête. Grelier (Pierre), capit. huguenot. Grelot (Antoine), exégète. Grenier (Isaac de), confesseur.

— (André), past. du désert. Grevin (Jacques), médec. et poète. Grimaudet (François), juriscons.

— (Jean), trésorier du toi de Navarre.

— (Jean), capit. au service de Prusse.

Grimault (L.), p. à Montécheroux. Grimoult (Nicolas), lieut. gén. au

bailliage d'Alençon. Grivel (Marc) et ses descendants. Grizot (N.), martyr. Gros (Barthélémy), martyr. Groslot (Jérôme),bailli d'Orléans.

— (Jérôme), poète. Grostête (Claude),min.à Londres.

— (Marin), min. apostat. Grouche (Nicolas), prof, de phil. Groulart (Claude), jurisconsulte. Grudé (François) ou La Croixdu-Maine,

Croixdu-Maine,

Gualy, famille du Rouergue.

Guénard (C), correcteur d'imp.

Guenon (Nicolas), martyr.

Guérard (P.),past. de Normandie.

Guérin (Antoine), pasteur à Fontainebleau.

Guérin (F.), min. de Pragelas.

Guérin (Geoffroy), martyr.

Guérin (Henri), ministre du désert, martyr.

Guérin (Jean), docteur en droit.

— (Jean), min. de Beaugency. Guérin (J.-G.), gent. du Gevaudan.

— (Famille du Vivarais.) Guéroult (Antoine), curé conv. Guers (Jean), ministre et martyr. Gueudeville (Nïcolas), littératéur. Guib (Jean-Frédéric), prof, de rhétorique à Orange.

— (Henri), docteur en droit.

— (Jean-Frédéric), avocat. Guibert (Alexandre), lieut. gén.

au servicede Savoie. Guichard (famille).

— -Du Péray.

— -d'Orfeuille. Guichard (Jean), médecin du roi

de Navarre et ses desc. Guicbenon (Samuel), historiogr.

de France et de Savoie. Guide (Philibert), fabuliste.

— (Philippe), poëte et méd. Guillart (C), év. de Chartres. Guillaud (Claude), exégète. Guillaumet (Tanneguy), chirurg.

du roi Henri IV.

Guillebert (Jean), past. de Caën.

Guillemard (J.), past. a Champdeniers.

Guillerane (César de), cap. hug.

Guillereau (M.), vict. des perse.

Guilleteau (François), ministre à Châlons-sur-Saône.

Guilloche (Jean de), cons. au parlement de Bordeaux.

Guillot (Charles), cordelier conv.

Guillot (Guillaume de), gouverneur de Castres.

Guimenière, capitaine huguenot.

Guinand (N.), maît-de forg-, réf.

— (Jean-Jacques), conseiller

des mines, en Bavière.

— (Louis), m. de la ch. des

pairs en Bavière. Guineau (Jacques), past. à Sion. Guinther (Jean), médec. célèbre. Guion, pasteur et martyr. Guiot (Jean), médecin de Dijon. Guiran (Claude), physic. et méd.

— (Gaillard), antiquaire. Guisard ( H.), min. du Vigan.

— (Pierre), médecin apostat. Guischard (C.-T.), écriv. milit. Guitét (Pierre), martyr. Guiton, (famille).

— (Jacques).

— (Henri).

— (J.), maire de La Rochelle. Guybert (J.),past. de La Rochelle. Guybon (François), doct. en méd. Guyon (C), past. de Bordeaux. Guyon de Geis (Guillaume); cap.

au service d'Angleterre, et ses descendants.

Guyotin, ministre d'Oléron. - (Alexandre), avocat.

Haemmerlin (Isaac),prof.de math.

Hainault (Jean de), historien.

Hallard (Henri d'), gén. prussien.

Hamelin (Philibert), martyr.

Hamon (Pierre), calligraphe.

Hamonoet (Mathieu),md de Paris.

Hangest (François de), chef hug.

— (J. de), gouv. de Bourges. Hangest (Jean de), diplomate. Hardtschmidt (J.-N.), prof, de

logique à Strasbourg. Haren (Jean), ministre apostat.

— (Daniel), directeur des fabriques

fabriques Prusse. Harlay-Sancy (Nicolas de),célèbre

négociateur et capit. — (Louis de), gouverneur

de Saint-Maixent Harvet (Isaac), méd. d'Orléans. Hasté (Antoine), avocat de Gien. Hatte (Nicolas), commiss. du roi

au synode d'Alençon ; Hauchecorne (Fréd.-Guillaume),

prof.de math, a Berlin. Haultln, imprimeur rochellois. Haumont (Bernard de), avoc. du roi au sénéc. de Saumur. Haussmann (Jean-Michel), chim. Hautefort (famille de). Haut-Teneuil (famille de). Havard (Charles de) et ses desc. Havenreuther (Sébald), médecin. — (J.-L.), prof, de méd. Hazard (Pierre), min. et martyr. Hèbles (François d'), gouverneur

de Saint-Antonin.

— (G. d'), lieut. de Châtillon.

— (Antoine), défenseur de

Sainte-Affrique, Hector (Barthélémy), martyr. Hedio (G.), réfor. de Strasbourg.

Hélies (René), capitaine huguen. Hélis (François d'), martyr. Hénault (Marin), relaps. Henneberg (N.), jurisconsulte. Henri IV, roi de France et de

Navarre. Henri (Jacques), maire de La

Rochelle, en 1572.

— (Jacques), sieur de Laleu,

et ses descendants. Henri (Pierre), min. de St.-Lô. Henry (J.), bibl. du roi Prusse.

— (Paul-E.), past. à Berlin. Hérail (Baptiste) et ses descend. Héraugière (Charles de), capit. au

service de Hollande. Hérault (famille).

— (Henri-Charles-Louis),général

(Henri-Charles-Louis),général Hérault (D), phil. et jurisc.

— (Louis), min. a Alençon. Hérault (N.), cap. huguenot. Herbin (J. d'), c. au p. de Metz. Herlin (M.), r. des tailles à Lyon. Herlin (Michel), martyr. Hermann (Jean), naturaliste.

— (J.-F.), m. de Strasbourg.

— (Nicolas), pamphlétaire. Herme (Siméon), martyr.

Herr (Michel), médecin. Hertenstein (Jean-Henri),math. Hervart (Barthélémy), contrôleur général des finances. - (Philibert), ambassadeur d'Angleterre en Suisse. Hervé (Daniel), théologien. Hervilly (famille d'). Herwin (Jean), martyr. Hespérien (N.), min. du Béarn.

— (Théophile), maître des requêtes de Navarre.

— (Pierre), min. de S.-Foix.

— (Pierre), pasteur de

Soubise. Heu (famille de).

— (Gaspard), maître êchevin

de Metz. Heupel (Frédéric),théologien.

— (Georges-Frédéric), théol.

— (jean-Isaac), philologue. Heuss (Matthias), prof, de logiq. Hey (Georges-André), prof, de

math, à S.-Pétersbourg. Hillner (Simson), curé converti. Hofer (Jean), naturaliste. Holzwart (Matthias), poète. Home (David), past. de Chilleurs. Homel (Isaac), past. et martyr.

— (Anne), biographe. Horb (Jean-Henri), pasteur piétiste

piétiste Hambourg.

— (C.J ), doct. en méd.

— (J.-D.), licencié en droit. Horry (famille).

— (Daniel), colonel de dragons

aux Etats-Unis. Hotnian (François), célèbre jurisconsulte et publiciste.

— (Jean), habile négociateur. Hotton (G.), past. à Amstersdam. Houdetot (famille d').

Huault (P.), orf. de Châtellerault.

— (J-P.), peintre en émail.

— (Ami), peintre, en émailParis.

émailParis. Imp. J.-B. GROS, rue des Noyers, 74.


LA FRANCE

PROTESTANTE

TOME I


PARIS. -.IMPRIMERIE DE J.-B. GROS

RUE DES NOYERS, 74


LA FRANCE

PROTESTANTE

OU

VIES DES PROTESTANTS FRANÇAIS

QUI SE SONT FAIT UN NOM DANS L'HISTOIRE

DEPUIS LES PREMIERS TEMPS LE LA REFORMATION

JUSQU'A LA RECONNAISSANCE DU PRINCIPE DE LA LIBERTÉ DES CULTES

PAR L'ASSEMBLEE NATIONALE

OUVRAGE PRECEDE

D'UNE NOTICE HISTORIQUE SUR LE PROTESTANTISME EN FRANCE

SUIVI DE PIÈCES JUSTIFICATIVES ET RÉDIGÉ SUR DES DOCUMENTS EN GRANDE PARTIE INÉDITS

PAR

MM. EUG. ET EM. HAAG

TOME I

PARIS

JOËL CHERBULIEZ, LIBRAIRE-ÉDITEUR

10, RUE DE LA MONNAIE, 10

GENÈVE, MÊME MAISON 1846



LA FRANCE

PROTESTANTE,

ou

VIES DES PROTESTANTS FRANÇAIS

qui se sont lait un nom dans l'histoire

DEPUIS LES PREMIERS TEMPS DE LA RÉFORMATION

JUSQU'A LA RECONNAISSANCE DU PRINCIPE DE LA LIBERTÉ DES

CULTES PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE ;

Ourvrage précédé

D'UNE NOTICE HISTORIQUE SUR LE PROTESTANTISME EN FRANCE

Et suivi de Pièces justificatives ;

PAR

MM. HAAG.

VOLUME I.

BUREAUX DE LA PUBLICATION, RUE St-DOMIMQUE-D'ENFER, 11.

1846

1845


PARIS. — IMPRIMERIE DE J.-B. CROS,

Rue du Ford Saint-Jacques, 18.


COUP-D'OEIL

SUR

L'HISTOIRE DU PROTESTANTISME

EN FRANCE.

Opus adgredior opimum casibus, atrox praeliis, discors seditlonibus, ipsâ etiam pace saevum.

TACITI Histor.

À l'époque où les doctrines de la Réforme pénétrèrent en France, rien né faisait prévoir le terrible combat qui ne devait pas tarder à s'engager ; tout, au contraire, semblait leur assurer un triomphe facile.

Habitués depuis longtemps à lutter contre les empiétements de la Cour de Rome et à braver ses menaces, les rois de France ne tenaient plus au Saint-Siège que par un assez faible lien. Louis XII venait tout récemment de montrer jusqu'où pourrait aller le sentiment de la vengeance dans le coeur d'un prince jaloux de l'honneur de sa couronne, ou irrité de la mauvaise foi des pontifes romains.

La noblesse était mécontente des nombreux priviléges du clergé, elle convoitait ses immenses richesses et nourrissait contre les prêtres une sourde hostilité, qui n'attendait que l'occasion pour éclater.


IV COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

Dans le clergé même, beaucoup de prélats éminents réclamaient hautement une réforme, tandis que la plupart des prêtres ne portaient qu'avec impatience le joug pesant de la hiérarchie.

Le tiers-état enfin, c'est-à-dire la partie la plus saine et la plus éclairée du peuple, ne trouvant dans ses pasteurs ni foi, ni vertus, ni lumières, mais seulement un âpre désir de s'enrichir et de dominer, n'éprouvait pour eux que du mépris, en même temps qu'accablé par le lourd fardeau des impôts, il soupirait après la réforme d'une constitution encore empreinte de l'esprit féodal.

Pour un observateur superficiel, tout semblait donc favoriser les efforts des Réformateurs ; mais pénétrons plus avant.

François Ier, qui avait succédé à Louis XII en 1515, — deux ans avant que l'héroïque moine de Wittemberg proclamât bien haut ce que des milliers d'autres ne se disaient encore que tout bas, — voulait faire valoir ses droits réels ou prétendus sur le duché de Milan et le royaume de Naples, et le concours du pape lui était nécessaire pour mettre à exécution ses projets.

Beaucoup de seigneurs possédaient en commende de riches bénéfices et ils n'entendaient nullement se laisser dépouiller, en sorte que leurs intérêts les rattachaient à la cause du clergé.

La masse du peuple enfin, plongée dans la plus grossière ignorance, abrutie par le despotisme, habituée à un culte tout matériel, sans piété véritable, sans sentiments vraiment religieux, peu propre d'ailleurs dans tous les temps à comprendre les questions abstraites qui divisaient alors les théologiens, devait rester au moins indifférente; mais il était à prévoir que cette indifférence se changerait en hostilité ouverte, si l'on en venait à toucher à ses images et à ses reliques, objets de sa profonde vénération.

Tel était l'état des esprits en France, lorsque l'appel de Luther à la Sorbonne mit cette célèbre Faculté en demeure de se prononcer sur les opinions soutenues par le Réformateur à la


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. V

conférence de Leipzig, touchant la suprématie du pape, le purgatoire, les indulgences et les bonnes oeuvres. Ses doctrines furent condamnées, en 1521, comme des erreurs détestables ; mais ce décret ne fut pas sanctionné généralement par le clergé de France. Il n'empêcha pas au moins l'évêque de Meaux, Guillaume Briçonnet, un des prélats les plus vertueux et les plus instruits du royaume, d'appeler dans son diocèse, pour y prêcher une doctrine plus pure, Jacques Fabri, Guillaume Farel Gérard Roussel et d'autres docteurs imbus des opinions nouvelles. Leurs prédications eurent un si grand succès, qu'en moins de deux ans elles convertirent la plupart des ouvriers des nombreuses fabriques de Meaux. Irrités de leurs progrès, les Cordeliers les dénoncèrent au parlement de Paris qui, moins par zèle pour la religion dominante que par aversion pour toute espèce d'innovation ou de progrès en matière de foi comme en politique, s'empressa d'appliquer aux prévenus les lois barbares de Philippe-Auguste et de Louis IX. Briçonnet eut hâte d'abjurer ses projets de réforme, les prédicateurs s'enfuirent ; mais les cardeurs de laine, persévérant courageusement dans la foi qu'ils avaient embrassée, offrirent à Dieu, selon l'expression de Théodore de Bèze, les prémices des martyrs de l'Église protestante de France.

A cette époque cependant, la Cour ne paraît avoir conçu aucune inquiétude des progrès de la Réforme, soit qu'elle n'y vît pas de danger réel pour l'Église catholique, soit plutôt qu'elle ne fût pas fâchée de donner quelques soucis à Adrien VI, qui était entièrement dévoué aux intérêts de son ancien élève, l'empereur Charles-Quint. On rapporte même qu'en 1524, François Ier permit de jouer en sa présence une espèce de mystère où le pape et les moines étaient tournés en dérision. Mais lorsqu'il eut été fait prisonnier à la bataille de Pavie, en 1525, la régente sentit combien il lui importait de ménager le SaintSiège ; elle autorisa la publication d'une bulle de Clément VII, lancée contre les hérétiques (Pièces justif. N° 1), et pour don-


VI COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

ner l'exemple du zèle, elle fit brûler deux de ces malheureux

à Paris.

Loin d'arrêter la marche de la Réforme, la persécution ne servit qu'à la répandre plus rapidement. « La Réforme, dit Sismondi, s'avançait par deux roules différentes ; elle gagnait des partisans parmi les classes pauvres et laborieuses, par une conséquence du besoin de croire et d'espérer, qui dispose à la religion les malheureux et qui n'était nullement satisfait par un clergé haïssable et méprisable ; elle s'étendait en même temps dans la classe aisée et intelligente par le besoin de s'éclairer, par la faculté naissante d'examiner, par la répugnance qu'éprouvait la raison pour des doctrines absurdes et. contradictoires. » François Ier fut rendu à la liberté en 1526. Son premier soin, en rentrant dans ses États, fut de modérer l'ardeur persécutrice de la Sorboune, qui était allée jusqu'à intenter un procès à Érasme; mais ses dispositions favorables jusque-là aux réformateurs changèrent lorsqueleurs disciples, s'abandonnant imprudemment à leur enthousiasme, commencèrent à s'attaquer, non plus aux vices des prêtres et des moines que le roi haïssait, ou bien à des dogmes abstraits dont il se souciait assez peu, mais aux images. Ignorant et superstitieux, il vil dans ces profana-, tions un attentat contre la divinité elle-même ; jaloux à l'excès de son pouvoir, il prêta trop facilement l'oreille aux prélats qui lui représentaient les novateurs comme de dangereux révolutionnaires, et il poursuivit les Réformés avec une rigueur dont il n'y avait point encore eu d'exemple sous son règne. Cependant soit qu'il eût cédé aux instances de sa soeur Marguerite ou de sa maîtresse, qui toutes deux protégeaient la Réforme, soit qu'il eût senti la nécessité de traiter moins sévèrement les Protestants français au moment où il cherchait à s'allier avec la Ligue de Smalcalde, il mit bientôt un terme à cette première persécution. L'union étroite qu'il venait de contracter avec Henri VIII, roi d'Angleterre, et les griefs personnels qu'il croyait avoir contre le pape, ne furent pas étrangers non plus à ce changement de po-


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. VII

litique, changement si complet que ce prince alla jusqu'à menacer le Saint-Siège de renoncer à son obéissance. Une concession opr portune du clergé, qui lui accorda des décimes sans attendre l'autorisation du pape, jointe au désir de recouvrer l'Italie, qui fut le rêve de toute sa vie, sauvèrent le catholicisme en France, Il continua toutefois à se montrer tolérant, et même il était question d'appeler Mélancthon à Paris, lorsque, dit Bèze, dans son Histoire ecclésiastique, « environ le mois de novembre 1534, tout cela fut rompu par le zèle indiscret de quelques-uns, lesquels ayant fait dresser et imprimer certains articles d'un style fort aigre et violent contre la messe, en forme de placards, à Neufchâtel en Suisse, non-seulement les plantèrent et semèrent par les carrefours et autres endroits de la ville de Paris, contre l'avis des plus sages, mais en affichèrent un à la porte de la chambre du roi, étant pour lors à Blois. (Pièces justif. N° II). »

Cette audace ne pouvait manquer d'irriter vivement Francois Ier; aussi ses conseillers lui persuadèrent-ils sans peine de faire un terrible exemple. Vingt-quatre personnes, connues pour leur attachement à la Réforme, furent arrêtées à Paris, et afin d'expier ce qu'il regardait comme un odieux sacrilège, le roi, qui aimait beaucoup à poser, ordonna, pour le 21 janvier 1535, une procession solennelle dans laquelle on le vit figurer, entouré de tous les dignitaires de l'État et des ambassadeurs des puissances étrangères. Il voulut se donner en même temps l'horrible plaisir de voir brûler six hérétiques, dont le supplice présenta un raffinement de cruauté inouï. Quelques jours après, le 29 janvier, fut rendu un édit qui assimilait la non-révélation du crime d'hérésie au crime lui-même, et encourageait la délation par la promesse du quart des confiscations (Pièces justif. N°III).

Ces exécutions indignèrent les Protestants de Smalcalde, qui se rapprochèrent à l'instant de la maison d'Autriche. Craignant de perdre ses plus sûrs alliés, François essaya de justifier sa conduite par un honteux mensonge, que Calvin entreprit de re-


VIII COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

futer dans son admirable Institution chrétienne. Il prétendit qu'il avait puni non pas des opinions religieuses, mais un crime politique, apportant en preuve la conformité de ses sentiments avec ceux des Protestants sur la suprématie du pape, le purgatoire, le célibat des prêtres, les voeux monastiques, la communion sous les deux espèces, et offrant, pour les autres points, de s'en rapporter à la décision d'un colloque qu'il proposait entre les théologiens allemands et les français. Ces assurances ne suffirent pas pour apaiser les méfiances des princes protestants de l'Allemagne. L'édit de tolérance donné à Coucy, le 16 juillet 1535 (Pièces justif. N°IV), et dont François exclut les Sacramentaires, auxquels il supposait que les Luthériens ne s'intéressaient que faiblement, ne calma pas non plus entièrement l'irritation des Protestants, en sorte que le roi, se voyant trompé dans son attente de ce côté, se tourna, mais sans plus de succès, vers le pape Paul III, qui refusa positivement de favoriser ses projets sur l'Italie.

Paul préféra un rôle plus noble et plus digne en effet du titre qu'il prenait de père commun des fidèles. Il ne négligea rien pour rétablir la paix entre les deux puissants monarques de la France et de l'Espagne, et il les amena à signer à Nice, en 1538, une trève qui fut suivie, bientôt après, de l'entrevue d'AiguesMortes.

La réconciliation des deux illustres rivaux fut fatale à la cause protestante. François se laissa persuader par le cardinal de Tournon, qu'il serait déshonorant pour lui de le céder en zèle à Charles-Quint dans la répression de l'hérésie. Les persécutions recommencèrent, mais avec des alternatives de rigueur et de relâchement, selon l'ardeur plus ou moins fanatique des inquisiteurs, des évêques et des parlements, appelés concurremment à appliquer les dispositions de l'édit donné à Fontainebleau, le 1er juin 1540 (Pièces justif. N° V). A tout prendre, les victimes furent peu nombreuses, mais les juges et les bourreaux s'attachèrent à surpasser, dans l'invention d'a-


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. IX

troces tortures, ce qu'avaient jamais pu imaginer les plus féroces proconsuls romains. L'Europe entière frémit d'horreur au récit des massacres de Cabrières et de Mérindol. Quelques mois après avoir autorisé cette sanglante boucherie, François Ier, sur lequel la superstition prenait plus d'empire à mesure que s'aggravait la maladie honteuse qui le conduisit au tombeau, envoya dans toutes les provinces des commissaires chargés de poursuivre sans pitié les hérétiques. Paris, Sens, Issoire et plusieurs autres villes, mais surtout celle de Meaux (Pièces justif. N° VI), furent le théâtre de nombreuses exécutions, auxquelles la populace, fanatisée par les prédications des moines et égarée par les odieuses calomnies répandues contre les Protestants, commença dès lors à prendre tant de goût, qu'on la vit bientôt renoncer à tout sentiment de commisération et réclamer à grands cris des supplices. Christianos ad leonem !

Si jamais les Protestants avaient pu se flatter de gagner François Ier à leur cause, il ne devait pas leur rester le moindre espoir à cet égard ; aussi n'éprouvèrent-ils aucun regret de sa mort qui arriva en 1547. Ils attendaient un traitement beaucoup plus doux de son fils Henri II, qui avait, dit Bèze, « un naturel de soi fort débonnaire ; » mais à cette douceur il joignait une faiblesse de caractère qui le mettait à la merci de ses familiers, et malheureusement pour eux il avait depuis longtemps accordé toute sa confiance au connétable de Montmorency, au maréchal de Saint-André et aux Guises qui, comme la duchesse de Valentinois, sa maîtresse, étaient pour les Protestants des ennemis plus dangereux encore que François Ier ; car si chez l'un l'intolérance était le fruit de la politique, chez les autres elle était le résultat d'une insatiable cupidité.

La persécution ne se ralentit donc pas , principalement à Paris où, lors de son entrée solennelle, eu 1549, le jeune roi voulut se donner, après boire, le spectacle d'un auto-da-fé sous les fenêtres de son palais des Tournelles. Peu de temps après, le 19 novembre 1549, il publia un édit qui remit


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aux prélats le jugement des hérétiques, moins dans l'intention d'adoucir le sort de sectaires qu'on lui apprenait à haïr, que dans l'espoir d'arriver plus promptement à les extirper (Pièces justif. N° VII.) Il fut trompé dans son attente; les opinions nouvelles continuèrent à se répandre dans toutes les classes de la société. Il fallut recourir à des mesures plus énergiques, et pour, enlever aux Protestants toute chance de salut, on les rendit, par le fameux édit de Châteaubriant, daté du 27 juin 1551 (Pièces justif. N° VIII.), justiciables à la fois des tribunaux ecclésiastiques et des tribunaux séculiers, en sorte que, fussent-ils absous par une juridiction, ils pouvaient être condamnés par l'autre. C'était violer les lois de la justice la plus vulgaire; mais, sur le point d'attaquer le pape et l'empereur avec le secours de l'hérétique Maurice de Saxe, le roi très-chrétien ne devait-il pas donner des garanties sur son orthodoxie?

Le succès qui couronna ses armes sembla redoubler encore son fanatisme. Stimulés par les ordres de la cour, les parlements déployèrent une rigueur, une activité, dont on n'avait pas eu d'exemple jusque-là; aussi l'année 1553 est-elle notée dans les annales de l'Église protestante de France comme la nouvelle ère des martyrs. Mais en vain lit-on périr dans les plus horribles supplices un grand nombre d'infortunés dont le seul crime était de prendre la Bible pour unique règle de leur foi. Du milieu des flammes, leur voix s'élevait pour prêcher au peuple la parole de vie, et si, par une précaution barbare, on leur arrachait la langue ou on les bâillonnait avant de les mener à la mort, leur admirable héroïsme gagnait à la Réforme plus de sectateurs que ne l'auraient fait les paroles les plus éloquentes.

Les Protestants n'avaient point encore de culte public. Us s'assemblaient secrètement en quelque maison particulière pour s'édifier par la lecture de la Bible et le chant des psaumes récemment traduits eu français par Marot et mis en musique par Goudimel; mais nul ministre à poste fixe ne célébrait la cène, l'administrait le baptême. Ce fut à l'époque même où l'on sé-


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vissait contre eux avec le plus d'acharnement, qu'ils organisèrent à Paris, en 1555, la première église protestante française. Quel plus bel exemple auraient-ils pu donner de l'ardeur de leur foi? Bientôt Meaux , Poitiers, Angers, l'Isle d'Alvert et dix autres villes fondèrent à leur tour des églises sur le modèle des premières communautés chrétiennes. Chacune était sous la direction d'un pasteur qu'assistait un consistoire composé d'anciens et de diacres. Toutes d'ailleurs étaient parfaitement indépendantes, n'étant unies entre elles que par le lien de la charité.

Cependant le roi, irrité de l'inutilité de ses mesures, songeait déjà à employer des moyens plus efficaces. Paul IV, non moins bigot et non moins fanatique que lui, le pressait d'introduire dans ses États la terrible inquisition d'Espagne. Il y consentit enfin. Le 24 juillet 1557 parut un édit qui prononçait la peine de mort contre toute personne convaincue d'hérésie, et défendait aux juges d'atténuer la peine de quelque façon que ce fût (Pièces justif. N° IX). Le roi voulut en confier l'exécution à un tribunal d'inquisition, composé des trois cardinaux de Lorraine, de Bourbon et de Châtillon ; mais la résistance du parlement l'obligea d'ajourner ce projet jusqu'en 1558, et dans l'intervalle, les remontrances des Cantons suisses et des princes allemands, dont il avait alors besoin, l'engagèrent à modérer un peu son zèle. Il est possible aussi qu'en apprenant par l'événement de la rue Saint-Jacques que le protestantisme avait pénétré jusque dans sa Cour, Henri II ait senti la nécessité de garder quelques ménagements envers une secte qui comptait dans ses rangs le roide Navarre, le prince de Condé, François de Châtillon et beaucoup d'autres seigneurs illustres, moins disposés à souffrir patiemment le martyre que ces hommes d'étude, toujours un peu timides, ou ces enthousiastes à l'âme tendre et ardente sur qui s'était exercée jusque-là la rage persécutrice du clergé et des parlements.

Les Protestants jouirent donc d'une demi-tolérance jusqu'à la paix peu glorieuse de Câteau-Cambrésis, qui unit intime-


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ment les deux familles régnantes de France et d'Espagne. En voyant leur souverain s'allier avec l'ennemi le plus acharné de leur religion, ils sentirent la nécessité de resserrer les liens des églises par une organisation régulière et uniforme. Pleins de confiance en Dieu, ils osèrent braver une mort presque certaine, en s'assemblant dans la capitale du royaume, sous les yeux mêmes de la cour, pour rédiger une confession de foi et établir une discipline commune à toutes les églises protestantes de France (Pièces justif. Nos X et XI). Ce fut le premier synode national. Il s'ouvrit le 20 mai 1559, selon les uns, le 25, selon les autres, dans une maison du faubourg St-Germain, sous la présidence de François de Morel, sieur de Callonge, assisté des députés des églises de Dieppe, St-Lô, Paris, Angers, Orléans, Tours, Châtellerault, Poitiers, Saintes, St.-Jean d'Angely et Marennes.

A peine cette assemblée mémorable venait-elle de clore ses séances, que Henri II, bien décidé à poursuivre sans miséricorde l'hérésie et à ne plus souffrir que les juges écoutassent, comme cela arrivait trop rarement, la voix de l'humanité, se transporta inopinément dans le sein du parlement, qui délibérait sur les moyens de rétablir l'uniformité dans sa jurisprudence. La Grand'Chambre, en effet, envoyait sans exception au bûcher tous les hérétiques qui lui étaient déférés, tandis que la Tournelle usait quelquefois d'indulgence. Sur l'ordre formel du loi, la délibération continua. Quelques conseillers osèrent se prononcer pour la tolérance. Bouillant de colère, Henri les fit arrêter sur-le-champ et commanda d'instruire leur procès sans délai. Mais il ne devait pas goûter la satisfaction qu'il se promettait de leur supplice. Frappé à mort dans un tournoi qu'il donnait à l'occasion du mariage de sa fille et de' sa soeur, il expira le 10 juillet 1559.

Les Protestants voulurent voir dans une mort aussi imprévue un jugement de Dieu, et toujours prompts à s'abandonner à des espérances qui devaient constamment être déçues, ils saluèrent


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avec transport l'avénemeut au trône de François II. Il est vrai que tout semblait justifier leur confiance. Faible d'esprit comme de corps, le jeune roi était incapable de gouverner, et personne n'avait plus de droits à s'emparer des rênes de l'État que la reine-mère, Catherine de Médicis, et les princes du sang. Or, à l'exception du cardinal de Bourbon, tous les princes du sang étaient favorables à la Réforme, et quant à Catherine, si elle ne s'était pas déclarée ouvertement, on savait qu'elle recherchait de préférence la société et les conseils des Protestants. Ces derniers se livraient donc à un doux espoir, comme le nautonnier qui voit le ciel s'éclaircir après une furieuse tempête. Le roi de Navarre perdit tout.

Aussitôt que Henri II eut été blessé, le connétable de Montmorency lui dépêcha un courrier pour hâter son retour du Béarn. Mais au lieu de se presser, Antoine de Bourbon s'avança à petites journées jusqu'à Vendôme, où il s'arrêta. Les Guises étaient trop habiles pour ne pas profiter de cette faute. L'influence que leur nièce, la belle Marie Stuart, exerçait sur son jeune époux, leur vint en aide. Catherine n'était pas femme à se laisser arrêter par un scrupule de conscience, si toutefois elle en éprouva aucun; elle se hâta de s'entendre avec eux, et quand le roi de Navarre arriva, la place était prise.

Le triomphe des Guises réduisit les Protestants au désespoir. Toucher au port après tant de traverses, et se voir rejetés au milieu des écueils et des dangers par l'incurie de celui-là même en qui, après Dieu, ils avaient mis tout leur espoir ! Leur désapointement fut d'autant plus cruel, que leur enthousiasme avait été plus grand. Leurs sombres prévisions ne tardèrent pas à se réaliser. Dès le 14 juillet, injonction fut faite au parlement de continuer la procédure contre les conseillers enfermés à la Bastille, et, quelques jours après, des lettres patentes confirmées, le 9 novembre, par l'édit de Blois, ordonnèrent la démolition des maisons où se tiendraient des conventicules d'hérétiques. Qui-


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conque y assisterait, devait être envoyé à la mort sans autre

forme de procès (Pièces justif. N° XII).

Paris et surtout le faubourg St.-Germain, que l'on appelait la petite Genève, devinrent le théâtre d'horribles scènes de pillage et de violence. Beaucoup de Protestants parvinrent à s'enfuir ; mais beaucoup aussi furent livrés à la Chambré du parlement, à laquelle avait été réservée la connaissance du crime d'hérésie, et qui mérita, par sa promptitude à obéir aux ordres impitoyables de la Cour, l'exécrable surnom de Chambre ardente. Ces rigueurs lassèrent enfin la patience des Protestants.

Nous l'avons dit, les opinions des Réformateurs avaient trouvé un grand nombre de partisans parmi la noblesse, et Ton comprend que, dans ce siècle à demi barbare, un gentilhomme, habitué à en appeler en toute circonstance à son épée, ne pouvait adopter de prime abord, et sans de longs combats avec luimême, le principe de la soumission passive envers l'autorité légitime, principe dont Calvin avait fait une des principales bases de sa doctrine. Les résistances se multiplièrent donc ; la violence fut opposée à la violence, et bientôt le caractère de la Réforme en France changea complètement. De secte religieuse, l'Église protestante se transforma en un formidable parti politique, dès qu'elle eut trouvé un chef puissant qui consentît à identifier ses intérêts avec les siens.

Le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, semblait destiné à ce rôle. Mais faible, indolent, sans coeur et sans conviction forte, ce prince se laissait dominer par ses confidents qui s'étaient vendus aux Guises. Les Protestants ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'ils ne pouvaient compter sur lui, et ils tournèrent leurs regards sur son frère, Louis de Bourbon, prince de Condé. Sous une apparence de nonchalance et de frivolité, Condé cachait un esprit ardent, intrépide ; il était ambitieux, il souffrait de se voir exclu de toute participation au maniement des affaires; il frémissait d'impatience de venger les affronts qn'il avait reçus des Guises. A tant de motifs d'accepter l'appui d'un parti nom-


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breux se joignirent sans doute les instances de sa femme et de sa belle-mère, toutes deux fort zélées pour la Réforme. Il consentit à se mettre à la tête des Protestants ; niais avant de se compromettre, il désira que quelque acte de vigueur lui démontrât la force de de parti.

La conjuration d'Amboise fut ourdie. C'était la première entreprise directe contre l'autorité royale ; aussi beaucoup de Calvinistes rigides témoignaient-ils des scrupules qu'il fallut vaincre par une consultation en forme de quelques théologiens et jurisconsultes de la Suisse et de l'Allemagne. Le plan des conjurés était des plus simples. Ils voulaient surprendre la Cour, enlever les Guises, mettre le roi entre les mains des princes du sang et convoquer les États-généraux pour sanctionner cette espèce de révolution du palais. Mais la trahison fit avorter leurs projets, et un grand nombre d'entre eux périrent dans les supplices.

Dans le premier moment d'alarmes, la reine-mère, par le conseil de Coligny et du chancelier Olivier, avait fait rendre, dans les premiers jours du mois de mars 1560, un édit d'abolition qui accordait une amnistie complète pour le passé, en exceptant toutefois de cette mesure les prédicants et ceux qui, sous prétexte de religion, disait l'ordonnance, avaient formé des complots contre le roi, la reine, ses frères et ses ministres, ainsi que ceux qui avaient arraché les coupables des mains de la justice, pillé les finances du roi et arrêté ses lettres et ses courriers (Pièces justif. N° XIII). Quelques historiens ont avancé que cet édit avait accordé aux Protestants le libre exercice de leur culte jusqu'à la convocation d'un concile général. Nous ne trouvons rien dans l'édit d'abolition d'Amboise qui justifie cette assertion. Les Hugenots d'ailleurs eussent-ils joui de quelque liberté par une tolérance tacite, ils ne tardèrent pas à en être dépouillés par l'édit de Romorantin qui défendit tout conventicule sous les peines portées contre les crimes de lèse-majesté, en attribuant toutefois aux évêques la connaissance du crime d'hérésie (Pièces justif. N°XIV).


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Cependant Catherine, qui commençait à s'inquiéter de l'omnipotence des Guises, feignit de se rapprocher du parti protestant que son intérêt lui défendait de laisser écraser. Elle se montrait moins éloignée de consentir à la convocation des Étatsgénéraux que réclamait hautement le prince de Condé avec une grande partie de la noblesse. Les Guises de leur côté crurent d'une habile politique de les assembler pendant qu'ils pouvaient encore espérer de les dominer, et afin de sonder l'opinion publique, ils convoquèrent une assemblée de Notables à Fontainebleau le 15 août 1560. Malgré les soins qu'ils s'étaient donnés pour en écarter tous ceux qu'ils connaissaient comme étant leurs ennemis, ils trouvèrent cette assemblée beaucoup moins docile qu'ils ne l'avaient pensé, et il leur fallut consentir non seulement à la convocation des États-généraux dans un délai assez rapproché, mais, jusqu'à ce que ces États en eussent décidé, à la tolérance des sectaires.

L'assemblée, qui dans le principe devait se réunir à Meaux, fut définitivement convoquée à Orléans par les Guises qui méditaient un odieux guet-apens. Ils se firent donner par le roi l'ordre d'arrêter Antoine de Bourbon et le prince de Condé aussitôt qu'ils arriveraient à la Cour. Une commission fut immédiatement nommée pour faire le procès à Condé, et déjà le jour de son supplice était fixé, lorsque François II mourut le 5 décembre 1560.

Son fils aîné n'avait pas rendu le dernier soupir, que la reinemère, dont toute la politique se bornait à contenir les deux parlis l'un par l'autre, s'était déjà mise d'accord avec le roi de Navarre au sujet de la régence. Ils se partagèrent l'autorité suprême sans daigner consulter les États-généraux dont l'ouverture ne se fit que le 13 décembre. Les Guises n'avaient rien négligé pour qu'aucun protestant ne fût élu par les bailliages ; mais leurs intrigues n'avaient point eu un succès complet, et plusieurs députés, surtout de la noblesse, professaient la religion réformée. Aussi fut-il impossible aux trois ordres de s'entendre sur l'important objet du culte. Tout le clergé et une partie de la noblesse


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demandèrent la répression sévère de l'hérésie, tandis que beaucoup de nobles et tout le tiers-état insistèrent pour qu'on cessât les persécutions et qu'on laissât libres les opinions religieuses. Cette manifestation confirma Catherine dans ses dispositions favorables à l'égard des Protestants; elle en conclut naturellement que la majorité de la nation était pour eux , et que le moment ne tarderait pas à arriver où la France se séparerait de Rome. Le triomphe des Bourbons paraissait complet.

Les Protestants , il faut bien le dire, s'y laissèrent tromper. Au lieu de se renfermer strictement dans les affaires de leur Église, les ministres assemblés en synode à Poitiers, le 10 mars 1561, eurent la malheureuse idée de rédiger un mémoire pour demander l'exclusion des femmes du gouvernement de l'État et l'établissement d'une régence légitime. C'était oublier les plus simples règles de la prudence et courir le risque d'irriter la reine-mère sans aucune nécessité. Ce synode, toutefois, qui est compté comme le second synode national, ne perdit pas entièrement de vue le but réel d'une assemblée ecclésiastique; mais s'il s'occupa de la discipline, ce ne fut que pour ajouter au rigorisme déjà outré des règlements adoptés par le synode de Paris (Pièces justif. N° XV). Pendant que les Protestants s'abandonnaient aux plus douces illusions, leur ruine se préparait en silence. Il avait été question dans les États de l'Ile-de-France de faire rendre gorge à ceux qui avaient été enrichis par les prodigalités des derniers règnes. Cette proposition alarma vivement le connétable de Montmorency, qu'elle menaçait doublement et dans sa propre fortune et dans celle de son fils, gendre de la duchesse de Valentinois. Il se prêta sans balancer à une réconciliation avec les princes Lorrains, dès que le maréchal de Saint-André lui eut fait quelques ouvertures à ce sujet. Le pacte fut signé sous l'influence occulte du roi d'Espagne, et l'alliance, connue dans l'histoire sous le nom de triumvirat, solennellement jurée.

Les funestes effets de cette réconciliation se firent promptement sentir. Malgré les efforts du chancelier L'hôpital, l'édit


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de juillet 1561, quoiqu'il adoucît en certains points celui de RoMorantin et ne frappât les assemblées religieuses que de là peine du bannissement, fut loin de répondre à l'attenté des Protestants qui se plaignirent vivement de ce qu'il leur enlevait une tolérance dont ils jouissaient depuis plusieurs mois (Pièces justif. N°XVI).

Les États-Généraux, qui se rouvrirent quelques jours après à Pontoise, s'en montrèrent tout aussi peu satisfaits. La noblesse et le tiers-état insistèrent de nouveau sur l'abolition de tous les édits contraires à la liberté religieuse, et demandèrent formellement que dans chaque ville on donnât un temple aux Protestants jusqu'à ce qu'un concile national fût parvenu à rétablir la paix et l'union dans l'Église chrétienne. Catherine prit en conséquence ses mesures pour rompre avec Rome.

La faveur qu'elle témoigna aux théologiens protestants qui, sur son invitation, se rendirent au célèbre colloque de Poissy où l'on discuta longuement sans pouvoir s'entendre, redoubla encore les craintes du clergé catholique. Il se décida à un grand sacrifice. Il consentit à racheter de ses deniers les domaines engagés pour une somme de quinze millions. A ce prix, Guise et Montmorency lui promirent le maintien de la religion ancienne, tandis que Coligny et d'Andelot obtenaient des deux autres ordres l'établissement d'un nouvel impôt sous la promesse que l'édit de Juillet serait aboli.

Jamais les Protestants ne s'étaient trouvés dans une position plus belle ; malheureusement ils se laissèrent enivrer par la prospérité. Quelques mois auparavant, ils auraient accepté avec reconnaissance une tolérance même tacite ; ils ne demandaient au roi que la permission de s'assembler « en quelque coin de ses villes; » et alors qu'ils pouvaient célébrer publiquement leur culte, ils ne furent pas contents. Ils voulaient des églises, mais en édifier était trop long au gré de leur impatience; ils s'emparèrent à force ouverte de celles des Catholiques, et, par leurs violences, ils s'attirèrent de sanglantes représailles. On


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regrette d'avoir à dire que les ministres, qui auraient dû donner l'exemple de la modération, ne montrèrent en général aucune intelligence des embarras du gouvernement.

La reine-mère n'en persista pas moins à suivre la route que lui avaient tracée les États-généraux. Par ses ordres, des députés des différents parlements du royaume s'assemblèrent à SaintGermain, et après de mûres délibérations, l'édit de juillet fut aboli et remplacé par le célèbre édit du 17 janvier 1562, le plus favorable sans aucun doute de tous ceux qu'eussent obtenus les Protestants. La liberté du culte leur fut accordée hors des villes, ainsi que la faculté de s'imposer volontairement pour lé soulagement de leurs pauvres, et le droit de s'assembler en colloques ou en synodes sous la surveillance d'un commissaire du roi (Pieces justif. N° XVII). Autant les pasteurs se montrèrent reconriaissants de cet édit, autant le parlement de Paris fit de difficultés pour l'enregistrer; il n'y consentit qu'après plusieurs lettres de jussion.

La résistance des autres parlements ne fut pas moins opiniâtre; l'irritation des partis s'en accrut. Dans la capitale du royaume, la fermentation était arrivée à un tel point que le prince de Condé devait escorter les ministres à la tête d'un corps de troupes lorsqu'ils allaient célébrer le service divin dans le temple du Patriarche (quartier Saint-Marcel), ou dans celui de Popincourt.

Cependant Antoine de Bourbon, leurré par l'habile cardinal de Ferrare du fol espoir de recouvrer la Navarre, avait rompu ouvertement avec le parti de la Réforme. Il fit plus. A l'instigation de l'ambassadeur d'Espagne, il demanda à la reine-mère l'éloignement des Châtillon, qui, dans la persuasion que Catherine ne résisterait pas longtemps, se retirèrent volontairement de la Cour. Jugeant l'occasion propice, Montmorency et SaintAndré écrivirent au duc de Guise de hâter son retour à Paris. Il y fit son entrée le 15 mars 1562, encore tout couvert du sang des malheureux Protestants de Vassy.


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La nouvelle de ce massacre, qu'il avait fait ou tout au moins laissé exécuter sous ses yeux, remplit les Protestants d'indignation et d'effroi. Ils prévirent qu'une lutte implacable allait commencer entre les deux partis, et ils s'y préparèrent; mais ils voulurent auparavant recourir à la protection de la loi. Condé représenta à la reine-mère que cet acte de violence n'était rien moins qu'un attentat à la majesté royale, et, pour la décider à embrasser franchement et ouvertement la cause protestante, il lui offrit l'appui de deux mille cent cinquante églises réformées qu'on comptait alors dans le royaume (Pièces justif. N° XVIII). De son côté, l'Église de Paris porta ses plaintes au pied du trône et demanda la punition exemplaire des meurtriers ; mais Catherine de Médicis évita de donner une réponse positive. Elle parvint cependant à déterminer le duc de Guise et le prince de Condé à sortir en même temps de Paris, dans le but d'éviter une collision devenue imminente. Le premier y consentit d'autant plus volontiers qu'il savait fort bien que les Parisiens lui étaient entièrement dévoués; il avait pu s'en convaincre par l'enthousiasme qui avait éclaté sur son passage, et il lui était facile par conséquent de se donner sans danger le mérite apparent d'avoir fait un sacrifice à la paix. Condé, au contraire, ne pouvait se dissimuler qu'en sortant de Paris, il perdrait cette ville; mais les Protestants qui y habitaient, ayant réfusé de lui faire sous bonne caution un prêt de dix mille écus, moyennant lequel il s'engageait à s'y maintenir jusqu'à ce que d'Andelot lui amenât des renforts, il fut contraint de se retirer à Meaux avec le petit nombre de soldats qui l'accompagnaient.

Il ne tarda pas à y être rejoint par Coligny qui, après un long combat avec lui-même, s'était résolu enfin à courir les chances de la guerre civile. Leur troupe grossit rapidement; cependant huit jours s'écoulèrent avant qu'ils eussent réuni des forces suffisantes pour tenter le coup demain qu'ils méditaient. Ils furent prévenus par le roi de Navarre et le duc de Guise, qui enlevèrent le roi de Fontainebleau et le conduisirent à Melun d'où ils


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gagnèrent Paris. Il ne pouvait plus être question de s'emparer de la personne de Charles IX au milieu de sa capitale. Condé en revint donc à son premier projet, qui consistait à se saisir d'une place de sûreté. Il marcha rapidement sur Orléans où il entra le 2 avril 1562, à onze heures du matin. La première guerre civile commença.

En toutes circonstances, les Protestants aimaient à en appeler à l'opinion publique. Condé répandit donc par toute la France un manifeste où il protestait de son respect pour le roi, et promettait de déposer les armes pourvu que ses ennemis s'éloignassent de la Cour et que l'édit de janvier fût inviolablement observé. Ce soin rempli, il participa à la sainte cène avec les seigneurs qui l'avaient suivi, et tous jurèrent une alliance indissoluble jusqu'à la majorité du roi (Pièces justif. N°XIX).

De part et d'autre on se préparait à combattre, de part et d'autre on préludait à la lutte sanglante qui allait s'engager, par des actes du plus cruel fanatisme. Le Maine, l'Anjou , la Touraine , le Poitou, la Saintonge, l'Aunis, l'Angoumois, la Normandie, se déclarèrent pour l'association protestante, et presque partout dans ces provinces les prêtres furent chassés, quelques-uns tués, les églises envahies et pillées, les images brisées, les reliques brûlées, le culte catholique aboli. Dans la Picardie et la Champagne, au contraire, où les Catholiques formaient la grande majorité, ce furent les Protestants qui furent massacrés. « Il n'y avait nulle sûreté, dit le P. Anquetil, nul asile contre la violence : la bonne foi des traités, la sainteté des serments, furent dans cette guerre également foulées aux pieds; on vit des garnisons entières qui s'étaient rendues sous la sauvegarde d'une capitulation honorable, passées au fil de l'épée et leurs capitaines expirer sur la roue. » — « Les Catholiques, ajoute-t-il, outre la pente naturelle à la vengeance, y étaient encore entraînés par les arrêts du parlement de Paris et de quelques autres, qui leur ordonnaient de prendre les armes, de sonner le tocsin, de courir sus aux Calvinistes, et de les tuer


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partout où on les trouverait. » Nulle part cependant la guerre ne prit un caractère plus atroce que dans le Midi, où les passions sont plus vives et les haines plus violentes. D'horribles excès furent commis dans le Languedoc ; mais les cruautés exercées par MontLuc en Guyenne et par des Adrets en Dauphiné passent toute imagination. Hâtons-nous de le dire à l'honneur de Condé et surtout de Coligny , ils firent ce qu'ils purent pour arrêter ces effroyables désordres ; s'ils n'yparvinrent pas toujours, c'est qu'ils furent peu secondés par les autres chefs, qui pouvaient se croire autorisés par les cruelles violences des Catholiques à user de représailles. Sans doute si leurs efforts eussent été mieux appuyés par les ministres, ils auraient eu plus de succès ; mais les chefs des églises paraissent avoir été tout occupés à ceTte époque de discussions théologiques, s'il faut en juger par ce qui se passa au troisième synode national tenu à Orléans le 25 avril 1562 (Pièces justif. N° XX). Après deux mois de préparatifs , les chefs des deux partis crurent pouvoir renoncer à la guerre de libelles et de manifestes pour tenter la fortune des combats. Le roi de Navarre, à la tête de l'armée catholique, forte de 4,000 hommes de pied et de 3,000 chevaux, s'avança jusqu'à Châleaudun. Le prince de Condé, avec 6,000 fantassins et 2,000 cavaliers, marcha à sa rencontre; mais, comme de part et d'autre on éprouvait une égale répugnance à porter les premiers coups, Catholiques et Protestants acceptèrent avec joie le projet d'une entrevue mis en avant par Catherine de Médicis, qui ne redoutait pas moins la victoire des triumvirs que celle de leurs adversaires. Un abouchement eut lieu en effet à Thoury dans la Beauce, sans mener à aucun résultat. Condé ne s'en prêta pas moins à de nouvelles négociations. En vain Coligny lui représentait que dans une guerre civile, il n'y a de chances de salut pour le parti insurgé que dans la promptitude et la vigueur des résolutions ; il ne voulut pas se rendre à son avis. Prince du sang royal, il avait trop d'intérêt à ménager la Cour pour lui rompre brusquement


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en visière, et sous le voile du bien général il cachait toujours un certain fonds d'égoïsme. Ce n'était pas là le chef qu'il eût fallu aux Protestants. Il leur manqua — un Croinwell peut-être, c'est-à-dire un homme qui, sans s'arrêter à des considérations secondaires, sans passé en quelque sorte, marchât droit au but. Ou plutôt ils auraient dû rester secte religieuse et bien se garder de confondre leurs intérêts avec ceux des princes et des grands. Nous ne voyons pas que les apôtres et leurs disciples aient recherché la protection des puissants de la terre. Aussi, au bout de trois siècles, le christianisme s'assit sur le trône, tandis qu'après deux siècles et demi de guerres et de persécutions, ce n'est pas sans peine que le protestantisme a obtenu en France ledroit de bourgeoisie.

Condé négocia donc, donnant ainsi aux triumvirs le temps de recevoir les renforts qu'ils attendaient de la Suisse et de l'Allemagne. Dès que ceux-ci. furent arrivés, Catherine se rangea sans hésiter du parti le plus fort, et bien loin de consentir au maintien de l'édit de janvier, elle déclara qu'elle ne souffrirait plus en aucune partie du royaume l'exercice d'un culte autre que le catholique. Condé s'aperçut enfin qu'il avait été joué ; mais la faute était irréparable. Il se vit enlever successivement plusieurs villes et resserrer de plus en plus dans Orléans, tandis que dans le reste de la France une foule de Protestants tombaient victimes d'insurrections populaires. Le découragement se glissa dans sa petite armée ; beaucoup de gentilshommes l'abandonnèrent pour aller au secours de leurs familles ou pour échapper à la ruine du parti, en sorte qu'affaibli de moitié, il n'eut plus d'autre ressource que de suivre l'exemple dès triumvirs en appelant les étrangers en France. Dès le 20 septembre 1562, ses émissaires signèrent le traité de Hamptoncourt, par lequel il s'engagea à recevoir dans le Havre 3,000 Anglais, qui y tiendraient garnison jusqu'à la fin des troubles; c'était la condition mise à un secours en hommes et en argent que lui promit Elisabeth. En celle circonstance, cette princesse ne


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montra point le pur dévouement à la Réforme dont elle donna plus tard de nobles exemples, et en exigeant de Condé un gage, elle nuisit à la cause protestante bien plus qu'elle ne la servit. Un sentiment d'indignation éclata jusque dans les rangs des Huguenots, lorsqu'on apprit que l'embouchure de la Seine avait été livrée aux anciens ennemis de la France.

Au lieu de sauver la Normandie, la présence des Anglais en hâta la perte. Dans les autres provinces, la situation n'était pas moins critique. L'unique espoir de Condé reposait sur le corps de troupes que d'Andelot avait levé en Allemagne avec l'argent de l'Angleterre. Ce renfort arriva enfin le 6 novembre. Condé voulut profiter de la supériorité numérique qu'il avait alors pour marcher sur Paris avec 8,000 hommes de pied, 5,000 chevaux et 7 pièces d'artillerie. L'alarme fut grande parmi les Catholiques qui étaient loin de s'attendre à une pareille audace ; mais Catherine s'empressa de renouer les négociations, et Condé tomba une fois encore dans le piège. Il était trop tard lorsqu'il s'aperçut que les triumvirs n'avaient voulu que gagner du temps, et il fut contraint de battre en retraite vers la Normandie, vivement poursuivi par le connétable de Montmorency, qui l'atteignit, le 19 décembre, près de Dreux. Malgré les fautes répétées de Condé, qui déploya une bravoure admirable, mais ne montra nullement les qualités d'un général en chef, la fortune se déclarait pour les Protestants, lorsqu'une chargé faite à propos par le duc de Guise à la tête de troupes fraîches vint leur arracher la victoire. Condé fut fait prisonnier, et Coligny, resté chargé du commandement, n'eut d'autre parti à prendre que de se retirer du champ de bataille à petits pas et en bon ordre.

Après avoir pourvu à la défense d'Orléans, où il laissa son frère d'Andelot, l'amiral entra en Normandie et arriva au Havre où il reçut les subsides promis par la reine d'Angleterre. Il se trouva alors en état de reprendre avec succès la campagne, et il soumit la province presque entière, pendant que l'armée catholique assiégeait Orléans. Guise voyait déjà cette ville réduite en


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son pouvoir, et il se promettait d'y exercer de terribles vengeances, lorsqu'il fut assassiné. Les Huguenots ne surent pas assez dissimuler la joie que leur causait la mort de leur plus habile adversaire. La reine-mère n'éprouva pas une satisfaction moins vive d'être débarrassée d'un homme qu'elle haïssait autant qu'elle le redoutait ; seulement elle n'en fit rien paraître.

Le plus grand obstacle à la paix étant levé, les négociations furent reprises. Condé commença par demander l'exécution pleine et entière de l'édit de janvier; mais bientôt, soit qu'il se fût laissé séduire comme toujours par les promesses de Catherine, soit qu'il fût impatient de recouvrer la liberté, peut-être aussi par un bas sentiment de jalousie contre Coligny, il accepta, le 12 mars 1563, l'édit d'Amboise, qui apportait de grandes restrictions à la liberté du culte (Pièces justif. N° XXI). Avant de le signer, il avait cru devoir consulter les ministres, alors assemblés à Orléans, au nombre de soixante douze ; mais au lieu de sages et prudents conseillers, il n'avait trouvé en eux que des fanatiques, qui, tout en exigeant une liberté absolue pour eux-mêmes, réclamaient le droit de faire brûler les athées, les libertins, les anabaptistes et les disciples de Servet!

Cependant Coligny, dans une complète ignorance de ce qui se passait, se hâtait d'accourir au secours d'Orléans avec une armée plus belle que celle qui avait été défaite à Dreux. En apprenant qu'un traité de paix avait été conclu à son insu, il témoigna hautement sa désapprobation ; mais le mal n'admettait plus de remède ; il déposa donc les armes. Ainsi finit la première guerre civile.

Aux yeux des deux partis, la paix d'Amboise n'était qu'une trêve; ni l'un ni l'autre n'étaient satisfaits. Ils s'unirent toutefois pour chasser du Havre les Anglais, que Condé avait complètement oubliés en traitant, malgré les promesses les plus formelles. Non content d'avoir ainsi violé sa parole, il se joignit à j'armée royale destinée à expulser de France ses anciens alliés. Plus scrupuleux, Coligny et d'Andelot refusèrent de le suivre. Par


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une complaisance excessive, Condé espérait sans aucun doute mériter le titre de lieutenant-général du royaume, dont Catherine avait flatté son ambition; mais il fut trompé dans son attente. L'astucieuse reine-mère fit déclarer majeur, le 17 août 1663, son fils qui entrait à peine dans sa quatorzième année.

Le nouveau roi valait, s'il se peut, encore moins que son frère François II. Dissimulé, sombre, farouche, cruel, il ne semblait capable d'éprouver d'autres sentiments que ceux de la haine, de la jalousie et de la vengeance.

Les ministres protestants avaient profité de l'espèce de tranquillité dont jouissait le royaume, pour tenir à Lyon, le 10 août 1563, le quatrième synode national qui n'agita guère que de futiles questions de casuistique propres seulement à faire briller l'érudition de quelques théologiens (Pièces justif. N°XXII).

Ils auraient pu s'occuper d'objets plus importants ; car si la Cour ne combattait plus le parti protestant par les armes, elle s'attachait à le miner sourdement. « On restreignait chaque jour, dit l'historien Mézerai, la liberté qui était accordée aux Réformés par les édits, en sorte qu'elle fut réduite à presque rien. Le peuple leur courait sus aux endroits où ils étaient les plus faibles, et en ceux où ils pouvaient se défendre, les gouverneurs se servaient de l'autorité du roi pour les opprimer. Il n'y avait nulle justice pour eux dans les parlements ni au conseil du roi; on les massacrait impunément, on ne les rétablissait pas dans leurs biens et dans leurs charges ; enfin on avait conspiré leur ruine. »

Condé se plaignit avec beaucoup de chaleur, les Protestants adressèrent à la cour de pressantes remontrances (Pièces justif. N° XXIII) ; la reine-mère leur fit de belles promesses, mais en même temps, au rapport de l'historien Davila, elle promettait au pape de travailler sans relâche à l'extirpation de l'hérésie. Elle ne voulait plus recourir au moyen dangereux de la force ouverte ; elle espérait atteindre le but par la ruse, écar-


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ter les chefs influents, amener Condé et les Châtillon à rentrer dans le giron de l'Église catholique, contenir les villes suspectes par des citadelles, amasser de l'argent, lever des troupes, et toutes les précautions prises,, frapper enfin le coup décisif. Ce plan était habilement conçu ; il plut au pape qui y donna son approbation entière ; mais il ne satisfit pas également le roi d'Espagne, en sorte que Catherine, aux conférences de Bayonne, dut promettre de suivre le conseil du féroce duc d'Albe et dé faire des vêpres siciliennes de tous les chefs huguenots. De leur côté, les chefs catholiques du Midi renouvelèrent la ligue qu'ils avaient signée à Toulouse, le 20 mars 1563, et une association pareille se forma en Bourgogne.

Pendant qu'on préparait ainsi leur ruine, les Protestants tenaient à Paris, le 25 décembre 1565, le cinquième synode national où furent traitées quelques questions disciplinaires touchant la suspension, l'excommunication, le mariage, l'admission à la cène (Pièces justif. N° XXIV). On pourrait être surpris de voir les députés des églises réunis en assemblée synodale malgré une défense récente du gouvernement ; mais Catherine voulut sans doute assoupir leurs méfiances, en leur laissant prendre une liberté qui, elle l'espérait bien, ne se renouvellerait plus.

C'était, en effet, à Moulins, selon Adriani, que devait avoir lieu là sanglante exécution conseillée par le duc d'Albe. Une assemblée des Notables, à laquelle les chefs protestants ne pouvaient manquer de se rendre, y fut convoquée pour le mois de février 1566; mais on ne sait pour quel motif, — probablement parce qu'ils n'y assistèrent pas en assez grand nombre,— le massacre fut ajourné. Catherine en revint à son plan favori, c'èst-àdire qu'elle laissa les Protestants exposés sans défense à toutes les fureurs des parlements, du clergé et de la populace, dans l'espoir de les dégoûter peu à peu d'une religion qui ne leur attirait que des dangers. Mais en même temps elle accablait de tous les témoignages de sa faveur Condé et les Châtillon dans


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le but de les rendre suspects à leur parti. Depuis la conclusion de la paix, plus de 3,000 Huguenots avaient péri. Les violences auxquelles ils étaient partout exposés, l'échange fréquent des courriers entre la Cour de France, le Saint-Siège et le duc d'Albe, tout excitait au plus haut point les craintes des Protestants. Ce fut dans ces circonstances critiques que s'assembla à Verteuil, le 1er septembre 1567, le sixième synode national qui se borna à résoudre quelques cas de conscience et à établir quelques règles de discipline (Pièces justif. N° XXV). On serait en droit de s'étonner que les alarmes des églises n'aient trouvé aucun écho dans son sein, lorsqu'on voit les étrangers mêmes en être émus. Les princes d'Allemagne crurent devoir faire auprès de Charles IX une démarche publique en faveur de leurs coreligionnaires. Leur intervention ayant été fort mal accueillie, les chefs huguenots, à qui des avis inquiétants arrivaient de tous côtés, se décidèrent à en appeler encore une fois au sort des armes. C'était le seul parti qui leur restait à prendre. « Que les Calvinistes eussent éclaté quelques jours plus tard, dit Lacretelle dans son Histoire des guerres de religion, la reine, qui avait préparé contre eux une armée assez forte et une troupe presque aussi nombreuse d'espions, d'assassins et d'incendiaires, donnait à la fois le signal de la guerre et des massacres. Les épées et les poignards se tiraient le même jour. Les chefs militaires des Protestants étaient arrêtés; on livrait à la mort leurs ministres, on incendiait les châteaux des nobles; la multitude se soulevait dans la plupart des villes contre des hommes désignés depuis longtemps à sa haine fanatique. » Un conseil se tint. Coligny proposa de s'emparer de la personne du roi pour donner à leurs entreprises l'apparence de la légalité, et il fit adopter son avis. Ce hardi coup de main n'était rien moins qu'inexécutable. La Cour se trouvait alors au château de Monceaux dans la Brie, attendant sans défiance l'arrivée d'un corps de 6,000 Suisses pour mettre ses desseins à exécution. L'éveil lui fut donné par les mouvements des Protestants. Elle se retira


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en toute hâte à Meaux, et, pour gagner du temps, Catherine eut recours au moyen qui lui avait toujours réussi ; elle entra en négociations.

Pendant que Condé et Coligny perdaient ainsi un temps précieux, les Suisses arrivèrent à marches forcées de ChâteauThierry et escortèrent le roi jusqu'à Paris. L'orgueil de Charles IX fut révolté d'avoir été obligé de fuir ; « il n'oublia jamais, dit Montluc dans ses Commentaires, que l'amiral luy fit faire la traite de Meaux à Paris plus viste que le pas, » et sa haine contre les Huguenots se nourrit du souvenir ineffaçable du danger qu'il avait couru.

L'entreprise manquée, il fallut essayer de la justifier (Pièces justif. N° XXVI), tout en se préparant à combattre. Tandis que par ses ordres, les Protestants couraient aux armes dans toute la France, Condé, avec environ 2,000 hommes, s'établit à SaintDenis, le 2 octobre 1567, dans l'intention d'affamer Paris et de contraindre ainsi la Cour à accepter ses propositions. Il demandait le renvoi des Suisses, la liberté de conscience et la convocation des États-généraux. Pour gagner la faveur populaire, il fit afficher sur les murs de la ville une protestation portant qu'il n'avait pris les armes que pour délivrer les pauvres sujets du roi de l'oppression des Italiens (Pièces justif. N° XXVII). La Cour répondit par unesommation de déposer les armes (Pièces justif. N° XXVIII). Les Protestants n'eurent garde d'obéir ; ils renouvelèrent au contraire leurs demandes, mais en les présentant sous une forme plus humble (Pièces justif. N° XXIX). Cependant Condé s'attachait à resserrer de plus en plus Paris. Pressé par les murmures des habitants, le connétable se décida enfin à lui offrir la bataille le 10 novembre. Quoiqu'il n'eût que 1 ,500 chevaux et 1,200 fantassins mal armés pour la plupart, Condé ne voulut pas reculer. Les Huguenots combattirent avec une bravoure sans exemple; jamais l'enthousiasme n'enfanta de plus grands prodiges de valeur, « Ah! s'écria transporté d'admiration l'ambassadeur de Sélim II, qui assistait comme


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spectateur à la bataille, si mon maître avait six mille de ces casaques blanches, il ferait la conquête de l'Asie. » Bien qu'ils eussent affaire à un ennemi dix fois plus nombreux, les Protestants ne furent pas vaincus. Ils abandonnèrent, il est vrai, le champ de bataille pour se replier sur Saint-Denis ; mais, de leur côté, les Catholiques rentrèrent à Paris, et le lendemain ils n'osèrent accepter le défi de d'Andelot ni sortir à sa rencontre. Condé opéra en bon ordre sa retraite sur Montereau, résolu de marcher au-devant de l'armée allemande que Jean Casimir amenait à son secours. Après avoir surmonté des obstacles et des dangers de toute espèce, il fit sa jonction à Pont-à-Mousson, le 11 janvier 1568. De nouveaux embarras l'attendaient. Pour décider les retires à entrer en France, on leur avait promis cent mille écus, et ils les réclamaient à grands cris. Condé n'en avait pas deux mille. Les Huguenots s'armaient et s'entretenaient en campagne à leurs frais ; ils ne recevaient pas de paye, et jamais ils n'avaient eu de caisse militaire. Cependant il était urgent de satisfaire les étrangers. On vit alors l'exemple unique dans l'histoire d'une armée sans solde soudoyant une autre armée. Un généreux enthousiasme s'empara de tous ces guerriers qui manquaient euxmêmes du nécessaire. « Jusqu'aux gougeats, raconte La Noue, chacun bâilla, et l'émulation fut si grande qu'à la fin on réputa à déshonneur d'avoir peu contribué. » Touchés de ce désintéressement, les reîtres se contentèrent des trente mille écus qu'on put réunir.

Forte de 20,000 hommes, mais sans magasins, sans artillerie, sans argent, et enveloppée par des forces supérieures, l'année protestante se remit alors en marche. A travers mille fatigues, elle arriva sur les' bords de la Loire, impatiente d'en venir aux prises, mais ne pouvant attirer les Catholiques au combat. Pour les contraindre à une action décisive, Condé mit le siège devant Chartres, le 23 février 1568. Quelques jours après arriva l'armée des Vicomtes qui, partie du Languedoc, avait traversé la France, écrasé les catholiques à Gannat, le 6 janvier, et débloqué Or-


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léans. Vers le même temps, un brillant fait d'armes de Coligny, en redoublant les inquiétudes de la reine-mère, la détermina à accélérer les négociations pour la paix que jusque-là elle s'était attachée à traîner en longueur. Condé et Coligny, instruits par l'expérience, insistaient pour obtenir des gages de l'exécution sincère de ses promesses ; mais l'extrême fatigue des gentilshommes qui servaient sous leurs ordres, et la misère croissante des soldats, les forcèrent à renoncer à toute garantie. Ils signèrent donc, le 23 mars 1568, la paix de Longjumeau qui rétablit l'édit d'Amboise, débarrassé de toutes restrictions et modifications, et mit fin à la seconde guerre civile (Pièces justif. N° XXX).

Les Protestants ne demandaient qu'à vivre en paix. Si jamais ils avaient pu nourrir l'espoir de faire triompher leur religion par la force des armes, l'expérience des deux dernières guerres ne devait plus leur laisser aucune illusion. Loin de faire dès progrès, ils s'étaient considérablement affaiblis. Sans parler de ceux qui avaient péri sur le champ de bataille, dans les massacres et dans les supplices, combien d'autres par faiblesse ou par inconstance n'avaient-ils pas renoncé à un culte qui les exposait à la misère, au déshonneur, aux tortures, à la mort! Pour résister pendant de longues années aux dangers qui assiégeaient de toutes parts les religionnaires, il fallait une foi plus que vulgaire, et en tout temps il fut très-restreint le nombre de ces âmes d'élite qui n'hésitent pas à tout sacrifier à leurs convictions. Les Protestants se sentaient donc en minorité, et comme les plus faibles, ils devaient désirer ardemment la franche exécution du dernier traité.

Catherine cependant n'avait aucune intention de tenir ses promesses ; elle pensait être juste, selon l'expression de Tavannes, d'attraper ceux qui avaient failli la prendre à Meaux. Non seulement elle ne licencia pas les troupes étrangères, comme elle s'y était engagée, mais elle encouragea dans sa désobéissance le duc de Nemours qui refusait nettement d'observer la


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paix. « Les chaires, dit le P. Anquetil dans son Esprit de la Ligue, retentissaient d'invectives contre les sectaires, de réflexions séditieuses sur la paix, d'exhortations à la rompre. On avançait hardiment ces maximes abominables, qu'il ne faut pas garder la foi aux hérétiques, et que c'est une action juste, pieuse, utile pour le salut, de les massacrer. » Échauffée par ces prédications fanatiques, la populace se ruait impunément sur les Protestants. En trois mois, plus de mille furent égorgés à Amiens, à Auxerre, à Rouen, à Bourges et dans d'autres villes. Si, dans ces circonstances, les Protestants ne se pressèrent pas, de leur côté, de rendre, conformément au traité de paix, les villes dont ils étaient les maîtres, qui oserait leur en faire un crime? Ils s'y montrèrent moins disposés que jamais lorsqu'ils apprirent que la reine-mère avait obtenu de la cour de Rome la permission d'aliéner du temporel du clergé jusqu'à cent cinquante mille livres de rente, sous la clause expresse que cet argent serait uniquement consacré à l'extermination des hérétiques. Les chefs comprirent la nécessité de se rapprocher et de s'entendre. Coligny alla trouver Condé à son château de Noyers en Bourgogne; et à peine y était-il arrivé, qu'on apprit que tous les passages étaient gardés par des troupes catholiques. Ils n'eurent que le temps de s'enfuir précipitamment et de gagner La Rochelle où ils arrivèrent le 18 septembre, après avoir échappé comme par miracle aux soldats qui les poursuivaient. Ils ne tardèrent pas à y être rejoints par la reine de Navarre et par tous les seigneurs protestants qui s'étaient signalés sous leurs ordres. La troisième guerre civile commença.

Dès le 23 septembre, Catherine rendit un édit qui abolissait celui de janvier et interdisait sous peine de mort l'exercice du culte réformé (Pièces justif. N° XXXI). Pour le mettre à exécution, elle assembla une forte armée dont elle donna le commandement à son fils chéri, le duc d'Anjou. Les Protestants, de leur côté, déployèrent une grande activité. Après s'être liés par un nouveau serment à la Cause, nom qu'ils commencèrent alors de


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donner à leur parti, ils attaquèrent et prirent successivement les principales villes des provinces de l'Ouest. Les scènes d'horreur qui avaient déshonoré leurs armes dans les précédentes guerres, se renouvelèrent avec plus de fureur que jamais. Les églises furent démolies, les monastères rasés, des prêtres et des moines passés au fil de l'épée, des religieuses livrées aux derniers outrages. Désespérés de ces excès, Coligny et d'Andelot essayèrent inutilement d'y mettre un terme et d'inspirer à leurs soldats plus d'humanité. Le désir de la vengeance était entré trop profondément dans ces coeurs ulcérés pour qu'ils pussent écouter la voix de la modération et de la justice. Les atroces cruautés que continuaient d'ailleurs à exercer les Catholiques sur tous les Protestants qui tombaient entre leurs mains, semblaient justifier en quelque sorte ces représailles.

Après avoir opéré à Aubeterre, le 1er novembre 1568, sa jonction avec l'armée huguenote de Provence et de Dauphiné, Condé, qui comptait vingt-cinq mille hommes de pied et trois mille chevaux, se porta à la rencontre de l'armée catholique. Quoique égal en nombre, le duc d'Anjou refusa d'engager une action générale. Cette campagne se passa donc en petits combats où les avantages se balancèrent.

Cependant Odet de Châtillon qui était parvenu à se réfugier en Angleterre, pressait la reine de venir au secours des Protestants français. Elisabeth leur envoya cent mille écus et six piècesd'artillerie. C'était peu pour leurs besoins; mais Condé sut trouver des ressources dans la vente dés biens ecclésiastiques et des riches prises faites par les corsaires rochellois.

Aussitôt que la rigueur de la saison se fut adoucie, les deux armées se remirent en mouvement. Cette fois ce fut le duc d'Anjou qui offrit la bataille. Il avait reçu de puissants renforts, et il savait que les Protestants attendaient d'Allemagne un corps nombreux commandé par le duc de Deux-Ponts. En vain Condé, qui avait perdu beaucoup de monde par les maladies et qui, comme toujours, avait été abandonné par un grand nombre de


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gentilshommes, impatients de revoir leurs foyers après une campagne pénible, voulut-il éviter un engagement général; l'indiscipline de ses soldats ne lui permit pas d'exécuter son plan, et, malgré lui, il dut livrer la bataille de Jarnac où il perdit la vie par un infâme assassinat. L'héroïque conduite de Jeanne d'AIbret qui se hâta d'accourir de la Rochelle avec son fils et son neveu, releva le courage des Huguenots. Le prince de Béarn fut proclamé protecteur des églises, sous la direction de l'amiral de Coligny qui prit le titre de lieutenant général. Commandée par le plus habile capitaine de l'époque, l'armée protestante pouvait se regarder comme plus redoutable que jamais.

La nouvelle de la victoire de Jarnac et de la mort de Condé excita à la Gourdes transports d'enthousiasme; mais on s'aperçut bientôt que ce succès, dont ou faisait tant de bruit, se réduisait à peu de chose. Tous les efforts des Catholiques ne purent arrêter la marche du duc de Deux-Ponts, qui s'empara de la Charité et opéra à Saint-Yrier sa jonction avec l'amiral, le 12 juin 1569. Ce fut en mémoire de cet événement que Jeanne d'AIbret fit frapper une médaille avec cette légende : Paix assurée, victoire entière ou mort glorieuse.

La marche hardie des Allemands à travers la France, les exploits de Montgommery dans le Béarn , l'avantage brillant remporté par La Noue dans les environs de Niort, la victoire enfin de la Roche-Abeille, rendirent aux Protestants toute leur confiance. Les Catholiques se vengèrent de ces revers par des massacres accompagnés de circonstances effroyables ; on les vit à Auxerre manger le coeur d'un Protestant après l'avoir fait griller sur des charbons. Le parlement de Paris ne se montra pas moins oublieux de toutes les lois de la morale et de l'humanité, en mettant à prix la tête de l'a miral et en le désignant ainsi à la cupidité sanguinaire des assassins.

Coligny se laissa peu effrayer de ces éclats d'une rage impuissante ; il était plus inquiet des résistances qu'il rencontrait dans sa propre armée. Son projet était de marcher sur Paris pour


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forcer la reine-mère à signer la paix sous les murs de la capitale; mais il ne put vaincre l'obstination des seigneurs poitevins, qui insistèrent pour qu'il s'emparât d'abord de Poitiers. Il mit donc le siége devant cette ville, et après avoir perdu l'élite de ses troupes, il fut heureux de trouver un prétexte honnête pour l'abandonner. Ce revers accrut encore le désordre qui régnait dans son armée. Pour en prévenir la désorganisation complète, il annonça l'intention d'aller rejoindre Montgommery, et de revenir ensuite offrir la bataille aux Catholiques qui avaient reçu de grands renforts. Mais la mutinerie des reîtres et des lansquenets, en retardant sa marche, donna au duc d'Anjou le temps de l'atteindre à Moncontqur. Coligny voulait battre en retraite ; ses troupes le forcèrent à accepter la bataille,

Dès la seconde charge, les Protestants furent mis en déroute. En vain l'amiral, qui avait eu la mâchoire fracassée d'un coup de pistolet, essaya de les ramener au combat; il fut emporté luimême par le nombre. Ce fut alors une véritable boucherie. Des corps entiers furent, de sang-froid, passés au fil de l'épée ; les autres se sauvèrent par la fuite, abandonnant à l'ennemi drapeaux, canons, bagages, et d'une armée de 25,000 hommes, moins du quart accompagnèrent leurs chefs à Saint-Jeand'Angely.

Jamais Coligny ne se montrait plus grand que dans l'adversité ; cependant ce désastre l'accabla un instant. Mais son inébranlable confiance en Dieu releva bientôt son courage, et tandis que l'armée catholique s'épuisait au siége de Saint-Jean-d'Angely, il entra en Gascogne, taillant en pièces tous les corps ennemis qui essayèrent de lui couper le passage, et il se réunit, le 10 décembre, aux troupes victorieuses de Montgommery.

Au retour du printemps, il fut en état de prendre l'offensive. Pour punir Toulouse de son sauvage fanatisme , il dévasta ses environs ; puis, toujours décidé à faire éprouver aux Parisiens les misères de la guerre et les amener par là à ne plus s'opposer àla paix, if marcha vers la Loire, appela à lui les Protestants


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du Dauphiné, pénétra en Bourgogne, repoussa les Catholiques d'Arnay-le-Duc, et arriva à la Charité où il signa, le 8 août 1570 , une paix beaucoup plus avantageuse que toutes celles qu'avaient obtenues jusque-là les Protestants. L'édit de pacification, publié le 15 à Saint-Germain-en-Laye, rétablit la liberté du culte réformé dans tout le royaume , excepté à la Cour, et pour la première fois des places de sûreté furent accordées aux religionnaires (Pièces justif. N° XXXII).

Les partis étaient trop exaspérés pour que la tranquillité pût renaître immédiatement. A Rouen, à Dieppe, à Orange , à Paris, la populace catholique, soulevée par les moines, attaqua les Huguenots revenant des prêches, et en massacra plusieurs. Mais la Cour accueillit cette fois les plaintes des Protestants, et donna ordre de punir les agresseurs. Ce fut sans doute aussi dans le but de leur inspirer plus de confiance que le roi les autorisa expressément à tenir à la Rochelle, le 2 avril 1571, leur septième synode national. La présence dé la reine de Navarre, des jeunes princes, de Coligny, de Théodore de Bèze, donna à celte assemblée une solennité que n'avaient point eue les synodes précédents. La confession de foi adoptée à Paris en 1559 y fut approuvée et expliquée en quelques points, et l'on ajouta à la discipline un petit nombre d'articles qui tendaient à la rendre plus rigide, comme on le fit encore au huitième synode, assemblé à Nismes, le 6 mai de l'année suivante (Pièces justif. N°s XXXIII et XXXIV).

Pendant que les Protestants travaillaient ainsi à la restauration de leurs églises fortement ébranlées par la guerre, la Cour ne semblait occupée que de mariages et de fêtes. Après le mariage du roi vint celui de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, déjà connue par ses galanteries. Cette union, que Catherine de Médicis présentait comme devant cimenter la réconciliation des deux partis, était l'appât préparé pour attirer à Paris les principaux chefs huguenots.

Le moment était venu où les conseils du duc d'Albe devaient


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recevoir leur exécution. On a voulu nier la préméditation du massacre de la Saint-Barthélémy. Que pendant sept années, Catherine n'ait jamais perdu de vue un instant l'horrible projet qui lui avait été suggéré à l'entrevue de Bayonne, nous ne pouvons le croire; la conscience se révolte à l'idée d'une perversité aussi effrayante. Cependant, nous devons le dire, deux historiens catholiques justement estimés l'affirment de la manière la plus positivé, en faisant honneur à la reine-mère de sa profonde dissimulation. Les écrivains protestants, sur ce point, sont généralement d'accord avec Davila et Adriani. D'un autre côté, il est notoire que depuis son alliance avec les triumvirs, Catherine n'avait jamais accordé aux Huguenots qu'une paix illusoire et perfide, qu'elle n'avait cessé de nourrir le désir de les anéantir. Nous serions donc porté à croire qu'elle tenait, pour ainsi dire, en réserve la terrible mesure conseillée par le duc d'Albe comme une dernière ressource bonne à employer dans le cas où d'autres moyens moins violents viendraient à échouer. La dernière guerre avait dû la convaincre qu'elle ne pourrait exterminer les Huguenots par la force, et la résolution fut prise de recourir à la ruse. La paix de Saint-Germain fut donc conclue uniquement pour préparer la Saint-Barthélémy. Dans sa Vie de Pie V, Catena, secrétaire du légat Alessandrino, raconte que Charles IX dit au cardinal , dans une entrevue qu'il eut avec lui à Blois, qu'il pouvait rassurer le Pape au sujet du mariage de sa soeur avec le Béarnais, qu'il ne voulait que se venger des ennemis de Dieu et punir les rebelles, comme la fin le montrerait. Dans ses Stratagèmes, Camille Capilupi avait déjà rapporté la même conversation et dans les mêmes termes. En vain de Thou avertit de se méfier des historiens italiens ; les raisons qu'il allègue pour nous rendre suspecte leur véracité n'ont pas, à nos yeux, assez de poids pour que nous rejetions des témoignages aussi formels sur la préméditation de cette odieuse perfidie.

Charles IX tenait en son pouvoir Jeanne d'AIbret et son fils


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avec plus de cinq cents gentilshommes huguenots ; mais Coligny, soit par méfiance, soit pour tout autre motif, était resté à la Rochelle. Il fallait l'en faire sortir. Les fêtes qu'il prodiguait à ses hôtes, qui devaient bientôt devenir ses victimes, étaient peu propres à séduire un vieux guerrier aux moeurs austères. Le roi le comprit et son génie infernal le servit à souhait. Coligny, nous l'avons dit, ne s'était décidé qu'avec peine à prendre les armes ; il éprouvait un remords constant d'avoir dû jouer un rôle dans la guerre civile, et il soupirait après le moment où il lui serait permis de faire oublier qu'il avait été chef de parti. Charles IX le tenta par la perspective d'une guerre Contre l'Espagne, puis, quand il l'eut attiré à Paris, il mit tant d'adresse, tant de dissimulation dans tous ses rapports avec lui, que l'empoisonnement dé Jeanne d'AIbret même ne put dissiper sa trompeuse sécurité. A force d'artifices, le roi parvint à faire tomber dans le piége tous les seigneurs huguenots. Il ne s'agissait plus que de s'en débarrasser le plus promptement possible, de peur qu'ils n'échappassent; le signal de la Saint-Barthélémy fut donné. Pendant trois jours Paris devint le théâtre d'un massacre épouvantable qui coûta la vie à plus dé dix mille Protestants? En même temps des ordres avaient été envoyés dans les provinces pour qu'on fît main-basse sur tous les Huguenots. Quelques hommes dé coeur refusèrent de remplir l'office dé bourreaux. De ce nombre sont le baron de Gordes en Dauphiné, Saint-Héran en Auvergne, La Guiche à Mâcon, Chabot-Charny en Bourgogne , d'Orthez à Bayonne, Sigognes à Dieppe, de Tende et de Garces en Provence ; mais à ces quelques exceptions près, partout on se montra empressé d'obéit aux ordres impitoyables de la Cour. L'évoque de Rhodez, Péréfixe, porté à cent mille le nombre des Protestants égorgés dans tout le royaume. Nous voulons croire qu'il y a de l'exagération dans ce chiffre ; mais si l'on tient compte de ceux qui périrent de faim et de misère dans leur fuite, et de ceux qui allèrent chercher à l'étranger une terre


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. XXXIX

plus hospitalière, on devra admettre, comme le fait le plus positif, que la Saint-Barthélémy a coûté à la France beaucoup plus de cent mille habitants.

Le crime commis, Charles IX voulut en rejeter toute la responsabilité sur les Guises, comme s'il eût redouté de laisser sa mémoire en exécration à la postérité; niais bientôt, quand il s'aperçut que personne ne prenait le change, ou pour tout autre raison, il en revendiqua l'honneur. Adoptant lâchement l'absurde supposition d'un complot tramé par les Protestants, le parlement de Paris s'associa autant qu'il était en lui aux fureurs d'une Cour sanguinaire, et poussa la servilité jusqu'à louer la piété courageuse du roi !

Pendant que les félicitations du Pape et du roi d'Espagne venaient remercier l'assassin couronné du service insigne qu'il avait rendu à l'Église, le reste de l'Europe ne dissimulait pas l'horreur qu'il lui inspirait.

La Cour d'ailleurs ne tarda pas à reconnaître qu'elle n'était pas encore « au bout de tous les Huguenots, bien qu'elle en eût fort éclaire! la race.» Les Protestants revinrent promptement de leur première épouvante , et ils se relevèrent d'autant plus terribles que l'indignation et le désir de la vengeance doublaient leur courage. La ville de Montauban donna la première le signal de la quatrième guerre de religion.

L'insurrection se répandit avec la rapidité de l'éclair au grand étonnement de; la Cour. Elle s'était imaginée en finir d'un seul coup avec le parti protestant en lui enlevant les chefs qui le poussaient, selon elle, à la révolte. Pouvait-elle comprendre, souillée de vices comme elle l'était, qu'il y eût des hommes capables de se sacrifier pour leur foi? Nourri des maximes de Machiavel, Charles IX n'admettait pas qu'un sujet, pour quelque motif que ce fût, pût résister aux ordres du souverain ; il croyait que tous devaient s'empresser de courber la tête devant l'expression de sa volonté. Mais ce n'était pas en vain que les réformateurs avaient réclamé les droits impres-


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criptibles de la raison et de la conscience ; ce n'était pas en vain que d'habiles jurisconsultes, de hardis publicistes, tels que La Boétie, Hotman, Languet, avaient examiné et discuté les bases du contrat social et posé les limites au delà desquelles l'obéissance cesse d'être un devoir. Leurs écrits avaient été lus et commentés avec avidité, des idées plus saines s'étaient répandues. Traîtreusement massacrés par ordre de leur roi, les Protestants rentraient dans le droit naturel de légitime défense. « S'il arrive, lit-on dans l'opuscule de l'illustre Gerson contre les adulateurs des princes, qu'un souverain commette des injustices manifestes , sans avoir égard aux remontrances de ses sujets, ceuxci ont la liberté de se défendre suivant la règle du droit naturel qui permet d'opposer la force à la violence.» La Cour avait cru réduire les Protestants à l'impuissance, eu leur enlevant leurs chefs; mais n'avaient-ils pas sous les yeux l'exemple de la Suisse républicaine? Leurs ministres rédigèrent donc à la hâte un projet de constitution démocratique et fédérative. Le pouvoir administratif et le pouvoir judiciaire furent organisés dans les villes où ils étaient les maîtres, sur la large base de l'élection populaire. Un Conseil et un chef général, nommés à la pluralité des voix par les maires des différentes villes, furent placés à la tête de la confédération. (Pièces justif. N° XXXV).

La Cour, de sou côté, ne restait pas inactive. Elle leva quatre armées dont la plus forte, sous les ordres du duc d'Anjou, fut chargée de réduire la Rochelle, que La Noue lui-même n'avait pu décider à se soumettre. Animés à la résistance par les ministres qui s'étaient réfugiés dans cette ville de toutes les parties de la France et qui les menaient au combat en entonnant le 68e psaume : Que Dieu se montre seulement, chant de guerre bien connu des Huguenots, les Rochellois opposèrent une défense héroïque; on vit les femmes elles-mêmes, nouvelles Jeanne Hachette, monter sur la brèche et repousser les assaillants. Et néanmoins, sans l'élection du duc d'Anjou au trône de Pologne, le boulevard des Protestants, aurait certainement suc-


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combé, comme succombèrent Sommières et Sancerre dont les habitants ne déployèrent pas un courage moins admirable. Cette dernière ville supporta jusqu'au 19 août la plus cruelle famine. Contrainte de capituler, elle fut exclue du bénéfice de la paix qui avait été signée en juillet 1573, et qui fut suivie d'un édit peu avantageux. Le culte public ne fut autorisé qu'à la Rochelle, à Montauban et à Nismes; toutefois personne ne devait être inquiété pour cause de religion (Pièces justif. N° XXXVI). Cet édit mécontenta au plus haut point les Protestants des provinces méridionales qui se plaignirent, non sans raison, d'avoir été sacrifiés. Leurs députés s'assemblèrent à Montauban, le 24 août 1573, jour anniversaire de la Saint-Barthélémy, et dressèrent une remontrance énergique pour demander une éclatante vengeance du massacre de la précédente année (Pièces justif. N° XXXVII). Charles IX dut frémir de colère en écoutant cette courageuse requête ; mais il dissimula et répondit par de vagues promesses. En attendant qu'il lui plût de les remplir, les Protestants tinrent une seconde assemblée à Milhau, le 16 décembre. Après s'être liés par de nouveaux serments, ils adoptèrent une forme de gouvernement qui constituait un État dans l'État (Pièces justif. N° XXXVIII).

Tandis que ces événements importants se passaient dans le Languedoc, des intrigues de cour avaient opéré un rapprochement entre les seigneurs protestants et les Catholiques politiques à la tête desquels s'était placé le duc d'Alençon, frère du roi. Ce prince devait s'échapper de la Cour avec Henri de Navarre et Henri de Condé, pour aller prendre le commandement des Huguenots du Poitou soulevés par La Noue. Mais, au moment de l'exécution, le coeur lui manqua et il courut révéler le complot à sa mère. Cette indigne trahison n'arrêta point les progrès de l'insurrection. Dans ces circonstances alarmantes, Catherine, que la maladie du roi laissait maîtresse du royaume, fit preuve d'une vigueur inaccoutumée. Elle ordonna la levée de trois armées ; mais les opérations militaires venaient à peine


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de commencer, que Charles IX mourut en proie à de tardifs remords, le 30 mai 1574.

Quelques heures avant d'expirer, ce prince avait nommé sa mère régente du royaume jusqu'au retour du roi de Pologne ; c'était une pure formalité, puisque Catherine n'avait pas Cessé un seul instant d'exercer l'autorité réelle. En attendant l'arrivée dé Henri III, la régenté songea à temporiser. Elle fit proposer une trêve aux Protestants du Poitou. Ils l'acceptèrent dans l'espoir d'arriver à une paix générale, à la négociation de laquelle ils invitèrent cette fois leurs Coreligionnaires du Midi. Ces derniers qui, dès le 29 mai, avaient conclu une suspension d'armes avec le maréchal Damville, gouverneur du Languedoc, se préparaient alors à tenir les États de la religion dans la ville de Milhau. L'assemblée s'ouvrit effectivement le 10 juillet 1574. Son acte le plus important fut l'élection, comme chef et protecteur des églises, du prince de Condé, à qui elle ne confia toutefois qu'un pouvoir fort restreint et qu'elle plaça sous la surveillance et la direction d'un Conseil. Une seconde assemblée, qui eut lieu au mois d'août, signa la confédération des Protestants avec les Catholiques politiques. Les deux partis s'engagèrent mutuellement à se soutenir, à ne jamais traiter séparément et à ne déposer les armes que quand des États légalement convoqués auraient pourvu à la réforme du gouvernement, à la punition des perturbateurs du repos public et au soulagement des peuples.

Telle était la situation du royaume, lorsque Henri III arriva à Lyon le 6 septembre. Il y tint un conseil où la résolution fut prise de ne faire aucune espèce de concessions aux Huguenots. Mais il apprit bientôt à ses dépens, dans le Dauphiné et dans le Languedoc, qu'il ne viendrait pas aussi facilement à bout des religionnaires qu'on voulait bien le lui faire espérer. Son indolence ne tarda pas d'ailleurs à l'emporter sur son ardent désir d'anéantir une secte odieuse, et tandis qu'il oubliait jusqu'à sa dignité personnelle dans les plus futiles divertissements,


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. XLIII

les Protestants et les Politiques cimentèrent leur union dans l'assemblée de Nismes, le 10janvier 1 575.

Cette alliance , que les Huguenots les plus zélés ne voyaient pas de bon oeil, quoiqu'elle fût peut-être hécéssaire, rendit aux Protestants une prépondérance décidée dans le bas Languedoc. Ils en profitèrent pour soumettre plusieurs villes, tandis que leurs députés, réunis à Bâle avec ceux de Damville, rédigeaient une requête au roi pour lui demander de mettre la religion catholique et la protestante sur un pied d'égalité parfaite, tout en interdisant les autres croyances sous les peines les plus sévères. Henri III rejeta leurs demandés et la guerre continua avec des chances diverses.

La fuite du duc d'Alençon, qui s'échappa secrètement de Paris le 15 septembre 1575 et alla chercher un refuge à Dreux, ville de son apanage, donna une tournure nouvelle aux affaires. Ce prince n'avait aucune des qualités propres à un chef de parti ; mais tout ce qu'on lui demandait, c'était l'appui de son nom. Il était de la maison royale, et au titre de prince du sang était attaché un si puissant prestige que Protestants et Politiques se joignirent avec empressement à lui, bien qu'ils ne se fiassent pas à sa loyauté, et qu'ils n'eussent même pur son caractère que du mépris. Cette défection inquiéta d'autant plus le roi qu'il apprit en même temps que Condé et Jean Casimir se disposaient à entrer en France avec une armée allemande. Il eût recours à l'habileté diplomatique de la reine-mère; mais la juste méfiance quelle inspirait, fit traîner les négociations en longueur. Elles n'avaient encore abouti à aucun résultat, lorsque l'évasion du roi de Navarre et la jonction de Condé avec le duc d'Alençon à Moulins, décidèrent enfin Catherine à signer, à Chastenoy, le 6 mai 1576, la paix, appelée de Monsieur, qui termina la cinquième guerre de religion.

L'édit, qui en fut la conséquence , accorda aux Protestants dans tout le royaume, sauf Paris et la Cour, le libre exercice de leur religion, qualifiée dès lors de prétendue réformée ; il


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leur permit en outre d'avoir des écoles et de tenir des synodes; des chambres mi-parties furent établies dans huit parlements; huit places de sûreté furent mises en leur pouvoir, et ils obtinrent enfin la réhabilitation de la mémoire des plus illustres victimes de leur parti (Pièces justif. N° XXXIX).

En souscrivant à des conditions aussi favorables aux Protestants, Catherine , sur qui le roi, de plus en plus plongé dans ses infâmes débauches, se reposait des soins du gouvernement, n'avait eu d'autre but que de dissoudre la confédération. L'ayant atteint, elle se soucia peu de tenir la foi jurée. Ce ne fut même pas sans un vif sentiment de joie qu'elle vit les Catholiques exaltés de la Picardie s'unir (Pièces justif. N°XL) pour empêcher Condé de prendre possession du gouvernement de cette province qui lui avait été donné par le traité de paix. Cette association, si célèbre plus tard sous te nom de Sainte Ligue, étendit rapidement ses ramifications dans toute la France, et dès cet instant le royaume entier se trouva partagé entre deux confédérations ennemies, prêtes à recommencer, au premier signal, une guerre qui durait déjà depuis seize ans. Quelle devait être l'issue de cette lutte implacable ? Elle ne semblait pas difficile à prévoir. La ligue catholique, beaucoup plus nombreuse, était aussi plus unie et mieux disciplinée. Elle ne reconnaissait qu'un seul chef à qui elle obéissait aveuglément, et ce chef, le duc de Guise, doué de qualités brillantes et de grands talents, illustré déjà par des victoires, visait si haut que toutes les faveurs de la Cour ne pouvaient le séduire. La confédération protestante, au contraire, avait à sa tête trois ou quatre chefs de différente religion, jaloux, sinon ennemis, les uns des autres, et toujours disposés à sacrifier à leurs propres intérêts ceux de leur parti. Chez les Catholiques, le fanatisme était excité et entretenu par une foule d'orateurs populaires dont l'éloquence âpre, grossière, mais véhémente, savait remuer les masses. Chez les Protestants, l'enthousiasme s'éteignait graduellement, à mesure que leurs moeurs se corrompaient davantage par leur con-


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tact journalier avec les Politiques. C'est en vain que l'on eût alors cherché dans leurs rangs ces vieux compagnons de Coligny, qui se préparaient au combat par le jeûne et la prière, qui marchaient à l'ennemi au chant des psaumes, qui se regardaient comme les champions du Dieu vivant. Ils avaient été décimés par vingt batailles, et la place qu'ils avaient laissée vide n'était pas remplie. Comme l'armée catholique, l'armée protestante enrôLait sous ses drapeaux un ramas de soldats licencieux, brutaux, pillards, se souciant peu de la liberté de conscience qu'ils étaient censés défendre, et ne voyant dans la guerre que l'espoir du butin. Les Catholiques enfin comptaient sur l'appui du Pape et sur celui, bien autrement formidable, du roi d'Espagne, tandis que les Protestants ne pouvaient espérer de secours que de la reine Elisabeth, menacée elle-même dans ses; États par Philippe II, ou des princes d'Allemagne, qui demandaient avant tout ce qu'ils pouvaient le moins leur offrir, — de l'argent. Il semblait donc que la Confédération protestante dût promptement être écrasée, et ce fut elle cependant qui écrasa la Ligue.

Conformément au dernier traité de paix, Henri III convoqua, le 16 août 1576, les États-Généraux à Blois, en prenant d'avance ses mesures pour que les Catholiques y formassent au moins une imposante majorité. Son intention était en effet de faire annuler par les représentants de la nation le traité qu'il venait de conclure. Il y réussit facilement, et même il fit un pas plus décisif en signant la Ligue, sans se douter qu'il descendait ainsi de son rang de roi à celui de chef de parti.

A cette nouvelle les confédérés, que les brigues mises en jeu pour l'élection des députés avaient avertis de se tenir sur leurs gardes, reprirent les armes sans attendre une déclaration de guerre. Le roi de Navarre fut nommé protecteur des Réformés, et le prince de Condé lui fut adjoint comme lieutenant général. La fortune sembla d'abord se déclarer pour eux; mais bien-


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tôt ils furent accablés coup sur coup par de cruels revers. Le duc d'Alençon, qui avait pris le titre de duc d'Anjou, enleva à ses anciens alliés la Charité et Issoire. Mayenne, à la tête d'une seconde armée, s'empara de plusieurs villes du Poitou, Damville même, gagné par la Cour, se disposait à violer tous ses engagements, lorsque Henri III offrit la paix, sa haine contre les Guises lui défendant de laisser détruire le seul contrepoids de leur puissance. Sans écouter les représentations des ministres prolestants, le roi de Navarre s'empressa de signer, le 17 septembre, le fameux traité de Poitiers ou de Bergerac qui mit fin à la sixième guerre de religion. Un édit, enregistré le 8 du mois suivant, limita la liberté de culte ; mais la liberté de conscience fut accordée entière, et les Protestants furent déclarés admissibles à tous les emplois (Pièces justif. N° XLI),

Les Protestants profitèrent de la faculté qui Venait de leur être rendue d'assembler des synodes, pour convoquer à SainteFoy, le 2 février 1578, leur neuvième synode national. L'instruction religieuse avait nécessairement été fort négligée pendant la guerre; le mal était grand et le synode s'efforça d'y porter remède. En même temps il sanctionna de nouveau les peines canoniques contre .l'inceste, le meurtre, ainsi que les lois somptuaires contre le luxe; mais il ne sut pas mieux que les synodes précédents se garder de cette tendance fatale qui n'entraîne que trop souvent les serviteurs des autels à oublier que le royaume du Christ n'est pas de ce monde (Pièces justif. N° XLII).

L'année suivante, la reine-mère, sous le prétexte de conduire sa fille Marguerite au roi de Navarre, son époux, mais en réalité afin d'essayer de semer le troublé et la désunion parmi les Protestants, se mit en route pour le Midi avec son escadron volant. Les deux Cours se réunirent à Nérac au commencement de l'année 1579. Henri' dé Navarre s'abandonna de tout coeur aux séductions des dames de Catherine; cependant leurs charmes ne parvinrent pas à lui faire oublier ses intérêts, non plus que


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. XLVII

le jargon hypocrite qu'elles affectaient, —le langage de Canaan, comme elles disaient par dérision, — ne put désarmer les soupçons des ministres. Trompée dans son espoir, la reinemère dut repartir après avoir toutefois signé à Nérac, le dernier jour de février, un traité explicatif de celui de Poitiers, par lequel les Protestants obtinrent de nouveaux avantages (Pièces justif. N°XLIII).

Quelques mois après, le 2 août 1 579, s'assembla à Figeac le dixième synode national, dont les actes furent publiés avec une solennité qui ne nous paraît pas justifiée. On y retrouve ce rigorisme, exagéré que nous ayons déjà eu l'occasion de signaler plusieurs fois (Pièces justif. N° XLIV). Peut-être les ministres cherchaient-ils avec d'autant plus de zèle à faire revivre l'austérité des premiers temps de la Réforme, qu'ils voyaient les Protestants se corrompre toujours davantage par le funeste exemple de la Cour de Navarre.

Dans cette Cour, en effet, la licence des moeurs était extrême; on y gardait à peiné les dehors de la bienséance. Tandis que Henri servait, selon l'expression de Marguerite dans ses Mémoires, mademoiselle de Rebours, mademoiselle de Fosseuse et dix autres dames d'honneur de sa Cour, la reine, de son côté, entretenait des intrigues galantes avec les seigneurs de la suite du roi son mari, qui lui accordait volontiers la liberté qu'elle lui laissait prendre. Personne n'ignorait cette mutuelle complaisance des deux époux, Henri III moins que tout autre; aussi est-il difficile d'admettre que l'intention de ce prince ait été de brouiller son beau-frère avec sa femme en lui dénonçant le commerce adultère de cette dernière avec le vicomte de Turenne. Quoi qu'il en soit, le roi de Navarre feignit de n'en rien croire ; mais Marguerite conçut de cette trahison un si violent dépit qu'elle s'employa dès lors tout entière à pousser les Huguenots à la guerre. En vain les plus vertueux étales plus sages d'entre les Protestants s'opposèrent-ils à une agression injuste. En vain la Rochelle refusa-t-elle positivement de violer


XLVIII COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

sans motif les serments qu'elle venait de prêter, exemple qui fut suivi dans plusieurs provinces. L'influence toute-puissante des dames de la Cour de Nérac l'emporta, et la ridicule guerre des amoureux rompit brusquement le traité de Bergerac.

A l'exception d'un beau fait d'armes, la prise de Cahors, les Prolestants n'éprouvèrent que des échecs, et ils se seraient trouvés dans la plus fâcheuse position si les généraux catholiques avaient poussé avec vigueur les opérations. Mais Henri III, nous l'avons déjà dit, ne voulait pas laisser abattre les ennemis les plus redoutables des Guises. Il aimait d'ailleurs la paix par dessus tout ; car la paix seule lui permettait de se livrer sans trouble à ses goûts futiles ou dépravés. Il autorisa donc le duc d'Anjou à négocier le traité de Fleix, qui fut conclu le 26 novembre 1580, et qui accorda aux Protestants des conditions beaucoup plus favorables qu'ils ne l'espéraient ( Pièces just. N° XLV).

Malgré les nombreuses infractions à la paix dont se rendirent coupables les deux partis par fanatisme ou par esprit de vengeance, la tranquillité ne fut pas autrement troublée pendant quatre années. Ce long repos permit aux chefs des églises de tenir deux synodes nationaux, l'un à la Rochelle, le 28 juin 1581, l'autre à Vitré, le 15 mai 1583. Les actes de ces synodes que l'on compte pour le onzième et le douzième, n'offrent rien d'important {Pièces justif. Nos XLVI et XLVII). Toujours même esprit, même exagération des préceptes de la morale. Si les ministres prétendaient réveiller l'enthousiasme religieux par un rigorisme que blâmaient les hommes les plus vertueux, ils se flattaient d'un vain espoir. Ce n'était pas là le moyen de rallumer le flambeau de la foi qui pâlissait à mesure que la religion se prêtait plus complaisamment à servir de bannière à un parti politique.

Depuis des années déjà, elle n'était plus qu'un instrument entre les mains des chefs ambitieux qui déchiraient la France. Ce fut bien pire encore, lorsque, par la mort du duc d'Anjou,


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. XLIX

Henri de Navarre devint l'héritier présomptif de la couronne. Le premier résultat de cet événement fut un changement complet dans les doctrines politiques des deux partis. Les Protestants qui avaient exalté jusque-là l'autorité des États-Généraux pour l'opposer à l'autorité du Roi, firent volte-face, défendant dès lors le droit divin et professant les principes du pouvoir absolu, tandis que les Ligueurs changèrent avec eux de rôle. C'est que les uns comme les autres savaient bien que Henri de Navarre n'avait au trône que des droits très-éloignés, comme descendant de Robert de Clermont, dernier fils de saint Louis, et que si l'on en venait à consulter la nation, elle ne manquerait pas de se prononcer contre un hérétique relaps. Ce désaveu de leurs principes fut le premier sacrifice que les Protestants durent faire aux prétentions royales de leur chef.

L'Église protestante n'était qu'indirectement intéressée à ces querelles dynastiques ; cependant elle ne laissa pas d'y prendre une part active. La Ligue, de son côté, redoubla d'efforts, et tout en répondant par de violents pamphlets aux manifestes du roi de Navarre, elle ne négligea rien pour augmenter le nombre de ses partisans et s'établir solidement à Paris. Dès l'année 1585, elle fui assez puissante pour imposer à Henri III le traité de Nemours qui interdit le culte réformé et ordonna, sous peine de mort, aux Huguenots de rentrer dans le sein de l'Église catholique, leur accordant pour tout délai le terme de six mois qui fut bientôt réduit à quinze jours (Pièces justif. N° XLVIII), Cet édit fut le signal de la huitième guerre de religion.

Dans la prévision d'un pareil événement, le roi de Navarre avait proposé aux souverains protestants une ligue offensive et défensive. Lorsque ses craintes se réalisèrent, il se hâta de leur demander des secours. En même temps il resserra son alliance avec Damville qui, depuis la mort de son frère aîné, avait pris le titre de duc de Montmorency et qui avait su se maintenir dans le gouvernement du Languedoc.

La Ligue pressait aussi ses préparatifs. Aux armes temporelles

IV


COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

elle crut utile de joindre les armes spirituelles. Sixte-Quint fulmina donc contre le roi de Navarre et le prince de Condé une bulle d'excommunication d'une insolence extrême (Pièces just. N°XL1X). Ces deux princes y répondirent par une protestation qu'ils firent afficher à Rome même (Pièces justif. N° L), et lorsque Henri III ordonna la vente des biens des Prolestants (Pièces justif. N° LI), le roi de Navarre, décidé à ne plus garder de ménagements, usa de représailles et. confisqua les biens des ecclésiastiques catholiques (Pièces justif. N° LII). Déjà la campagne s'était ouverte, et la fortune semblait pencher du côté des Protestants, lorsque la présomption de Condé vint changer la face des choses. Le désastre d'Angers entraîna la perte de la Saintonge et du Poitou, et exposa les Réformés de ces provinces à toutes les vengeances des Ligueurs. Pour sauver leurs biens et leurs vies, beaucoup feignirent d'abjurer. Il est à croire que malgré la précaution que l'on prit-de leur faire signer une profession de foi fort explicite (Pièces justif. N°LIII), la plupart renfermèrent leur croyance au fond de leur coeur en attendant des temps meilleurs.

Lesdiguières seul, dans le Dauphiné, sauva l'honneur des armes protestantes. Ses succès furent brillants ; toutefois la haine que Henri III nourrissait contre les Guises fit certainement plus que les efforts de tous leurs chefs pour le salut des Huguenots. Henri n'avait pas renoncé à l'espoir d'amener son beau-frère à embrasser la religion romaine, et il comptait s'appuyer sur lui pour abattre la Ligue. Catherine ne refusa pas de se charger de cette nouvelle négociation. Elle eut une entrevue avec le roi de Navarre au château de Saint-Bris, le 14 décembre 1586; mais les conférences se passèrent en reproches mutuels pleins d'aigreur, et n'amenèrent aucun résultat (Pièces justif. N° LIV).

On reprit les armes. Henri III distribua ses troupes en trois armées, dont la première, sous la conduite de Joyeuse, fut. opposée au roi de Navarre, et la seconde, beaucoup plus faible, fut confiée au duc de Guise avec ordre d'arrêter les Allemands qui


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LI

s'étaient levés comme pour une nouvelle croisade à la voix deThéodore de Bèze, et venaient d'entrer en France. Le roi se réserva à lui-même le commandement de la troisième armée qui devait former un corps d'observation prêt à se porter où les circonstances l'exigeraient. Joyeuse entra le premier en campagne. Partout son passage fut marqué par des actes de férocité. Averti que le roi de Navarre se disposait à marcher au-devant des Allemands, il l'attaqua à Coutras avec impétuosité ; mais sa cavalerie se brisa contre la muraille d'airain des vieilles bandes huguenotes, et en moins d'une heure sa brillante armée fut détruite. C'était la première bataille rangée qu'eussent gagnée les Protestants ; ils célébrèrent leur victoire avec enthousiasme et sentirent renaître leur ancienne ardeur. Malheureusement, au lieu de profiter de ses avantages, Henri de Navarre licencia ses troupes, impatient qu'il était, s'il faut en croire d'Aubigné, d'aller déposer aux pieds de sa maîtresse les trophées de sa victoire.

Cependant l'armée, allemande s'avançait vers la Loire sans rencontrer de résistance sérieuse ; mais le défaut d'unité dans le commandement et l'indiscipline des troupes imprimaient à ses mouvements une incertitude qui lui fut fatale. Surprise à Vimori et à Auneau par le duc de Guise, elle perdit quelques hommes, et cette perte, toute faible qu'elle était, acheva de la démoraliser. Les Suisses, gagnés par l'argent du roi, capitulèrent ; les Allemands ne tardèrent pas à suivre leur exemple; Châtillon seul, à la tête des Français, refusa de se rendre, et il parvint à gagner les montagnes du Vivarais.

La honteuse, capitulation acceptée par les étrangers leur accordait un sauf-conduit jusqu'à la frontière (Pièces justif. N° LV) ; mais il ne fut pas respecté. « Les paysans, dit le P. Anquetil, en assommèrent grand nombre dans leur marche. On leur courait sus, comme à des bêtes féroces. Les traîneurs, les malades étaient égorgés sans pitié. » Le duc de Guise poursuivit le corps le plus nombreux jusque dans le pays de Mont-


tn -COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

béliard qu'il mit à feu et à sang, exploit pour lequel le pape

Sixte-Quint lui envoya une épée bénite, comme à un nouveau

Maccabée.

Davila prétend qu'en opposant Guise aux Allemands avec des forces inférieures, Henri III espérait de ruiner son trop puissant sujet. Si telle était en effet son intention, il fut trompé dans son attente. Les Catholiques attribuèrent à leur héros tout l'honneur d'avoir dissipé l'armée allemande, et le crédit du duc de Guise s'en accrut encore dans la Ligue qui était alors dirigée par le fanatique Conseil des Seize.

En vain le roi lui fit-il défendre d'entrer dans Paris; Guise méprisa ses ordres et sa présence causa parmi le peuple une émotion qui dégénéra promptement en révolte. La journée des Barricades, le 12 mai 1588, chassa Henri III de sa capitale. Ce prince dut aller chercher un asile à Chartres.

Henri avait toujours détesté les princes Lorrains qui l'avaient humilié de toutes les manières. L'affront qu'ils venaient de lui faire subir, redoubla sa haine contre eux. Leur perte fut jurée ; mais, selon l'énergique expression de Lacretelle, l'assassinat était impossible sans de nouveaux embrassements. Habile à dissimuler, Henri feignit de se réconcilier avec les Ligueurs. A cet effet, il fit enregistrer au parlement de Rouen, au mois de juillet 1588, l'éclit d'union qui, en proscrivant de nouveau la religion protestante (Pièces justif, N° LVI), approuva tout ce qui avait été fait par la Ligue.

Le triomphe des ultra-catholiques ne menaçait pas moins les Politiques que les Protestants ; ils se hâtèrent de resserrer leur union. Néanmoins ils couraient un grand danger, quand la nouvelle de l'assassinat des Guises aux États de Blois changea tout à coup en joie leurs vives inquiétudes.

Lorsque l'on apprit à Paris la mort du prince qu'on se plaisait à regarder comme la colonne de la foi catholique, la fureur populaire ne connut pas de bornes : toutes les chaires retentirent d'anathèmes contre Henri III qu'un décret de la Sorbonne


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LIII

frappa de déchéance. La révolte se propagea avec la rapidité de l'éclair dans presque toutes les provinces, en sorte que le roi fut obligé de se retirer à Tours, suivi du peu de troupes qui lui étaient restées fidèles. Il comprit bientôt que son unique chance de salut était dans une alliance avec ceux dont il avait juré la perte quelques jours auparavant.

Quelque faible qu'elle fût, l'armée protestante s'était emparée dé plusieurs villes, entre autres de Châtellerault, où le roi de Navarre reçut les premières ouvertures d'une réconciliation avec son beau-frère. Un traité fut conclu (Pièces justif. Nos LVII et LVIII). Les deux rois convinrent d'une trêve d'un an. Henri III livra un passage fortifié sur la Loire, et le roi de Navarre s'engagea à combattre Mayenne à outrance.

Les Protestants passèrent la Loire à Saumur, le 21 avril 1589. Dès le 8 mai, conduits par le fils de Coligny, ils se trouvèrent en présence des Ligueurs qu'ils forcèrent à la retraite. Une suite de succès amena bientôt les deux rois sous les murs de Paris, et la Ligue était sur le poiut de succomber lorsque Henri III fut assassiné à Saint-Cloud, le 2 août 1589.

Cette catastrophe occasiona une grande fermentation dans l'armée royale. Henri III, il est vrai, avait désigné le roi de Navarre pour son successeur légitime ; mais la grande majorité de la noblesse, tant ses sentiments étaient changés, éprouvait une répugnance invincible à reconnaître pour souverain un hérétique. Les seigneurs catholiques déclarèrent donc nettement à Henri que le titre de Très-Chrétien était inséparable de celui de roi de France.

Depuis longtemps, on n'en saurait douter, Henri était décidé à acheter la couronne au prix d'une messe; s'il n'abjura pas alors publiquement, c'est qu'il fut retenu par la crainte de s'aliéner les coeurs des Huguenots, ses plus solides appuis. Qu'attendre aussi, après une apostasie, d'Elisabeth, la zélée protestante? Qu'espérer de la Hollande et de l'Allemagne ? Tout ce qu'il voulut promettre, ce fut de se faire instruire dans le


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délai de six mois, promesse évasive que chaque parti interpréta en sa faveur; seulement, tandis que les Protestants continuèrent à servir le nouveau roi avec leur fidélité ordinaire, les Catholiques l'abandonnèrent presque tous pour se jeter dans la Ligue.

Ces défections forcèrent Henri IV à se replier sur la Normandie , pour y attendre les secours promis par l'Angleterre. Il y fut poursuivi par Mayenne à la tête de forces supérieures ; mais le combat d'Arqués le tira de la position la plus critique et lui permit de reprendre l'offensive. Le pillage des faubourgs de Paris apprit peu de temps après aux Ligueurs tout ce qu'ils avaient à redouter d'un ennemi aussi actif que bravé.

Il n'entre point dans notre plan de suivre les opérations minutaires qui ouvrirent finalement à Henri IV les portes de la capitale du royaume. Les Protestants, saris doute, prirent une part brillante à la bataille d'Ivry, aux sièges de Rouen et de Pàris, au ébmbàt d'Aumale, comme à la prise de vingt villes enlevées coup sur Coup à la Ligue; mais s'ils combattaient avec bravoure, ce n'était plus, exclusivement au moins , pour leur Église ; c'était plutôt pour défendre les droits héréditaires de leur chef à la couronne de France. La religion n'était qu'un prétexte pour l'un comme pour l'autre parti.

Les Protestants le sentaient bien. Autrement on ne s'expliquerait pas leur longanimité. Ils n'obtinrent en effet qu'en 1591, non pas un édit tel que le méritaient leurs services, mais simplement la révocation des édits de 1585 et de 1588 (Pièces justif. N° LIX ). Ce ne fut même qu'après de longues hésitations que Henri IV se décida à cet acte de la plus stricte justice, et il eut soin de le faire suivre d'une déclaration portant que sa ferme résolution était de maintenir la religion catholique, apostolique et romaine. Il se mit d'ailleurs peu en peine de faire exécuter son édit par les parlements, qui continuèrent à exclure les Protestants de toutes les charges, comme par le passé.

Au reste, dès cette époque, il n'y avait plus parmi les


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LV

Huguenots, que ceux qui voulaient bien fermer les yeux à la lumière, qui pussent se faire illusion sur les intentions du protecteur de leurs églises. Si Henri IV hésitait encore à changer de religion, ce n'était pas, comme on devrait le supposer, par scrupule de conscience, mais uniquement parce qu'il ne. se croyait pas assez assuré de la fidélité des royalistes catholiques, malgré les faveurs dont il les comblait.

Il fallait cependant qu'il se décidât; c'était selon ses Conseillers les plus intimes, parmi lesquels oh regretté, comme Protestant, d'avoir à citer Sully, le moyen de mettre un terme à la guerre civile. Quelques jours après avoir répété qu'il mourrait dans la religion réformée, il annonça tout-à-coup qu'il était prêt à se faire instruire. Plusieurs prélats et théologiens s'assemblèrent donc par ses ordres à Mantes, où il eut la patience d'écouter pendant cinq heures un long discours de l'archevêque de Bourges, à la suite duquel il se déclara converti; puis il signa une profession de foi, reçut une absolution provisoire dont le pape lui fit attendre plus de deux ans la confirmation et qu'il ne valida qu'après une cérémonie humiliante; enfin, le 25 juillet 1593, il abjura publiquement ses erreurs dans l'église de Saint-Denis.

Cette comédie ouvrit à Henri IV les portes de Paris ; mais elle faillit le brouiller avec sa fidèle alliée, Elisabeth. Quant aux Huguenots, ils ressentirent de cette espèce de trahison autant de douleur que s'ils n'avaient pas dû la prévoir depuis longtemps. Ils s'étaient imaginés, dans leur confiance naïve, que le roi ferait de son instruction une chose sincère et sérieuse; ils s'attendaient à un colloque où seraient approfondis les points controversés entre les deux religions, et ils s'étaient préparés à défendre bravement leurs opinions. Leur désappointement fut cruel. Il s'y joignit un sentiment de légitime méfiance; des assemblées se tinrent en divers lieux, le serment d'union fut renouvelé et la résolution fut arrêtée de reprendre, s'il le fallait, les armes pour sauver la liberté du culte.


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Avant d'en venir à cette extrémité, les Huguenots députèrent à Henri IV pour lui demander liberté de conscience, justice impartiale et sécurité pour leurs personnes et leurs biens. Ce n'était assurément pas se montrer trop exigeants, et cependant ils n'obtinrent que de vagues assurances de protection. Leurs alarmes s'accrurent encore lorsqu'ils apprirent que l'ancien protecteur de leurs églises recherchait l'alliance de l'Espagne et qu'il n'avait fait aucune difficulté de prêter à son sacre le serment d'extirper l'hérésie. Ce fut dans ces circonstances que le treizième synode national fut convoqué, le 15 juin 1594, à Montauban. Renvoyant à l'assemblée qui devait se tenir à Sainte-Foy, les discussions politiques, ce synode se renferma strictement dans les questions ecclésiastiques. Ses actes Sont un témoignage du relâchement toujours plus sensible du zèle religieux dans l'Église protestante, et l'on y découvre déjà le germe des divisions qui furent si funestes dans la suite (Pièces justif. N° LX).

Après avoir offert aux chefs les plus influents de leur parti le titre de protecteur des églises, qu'aucun n'osa accepter de peur d'encourir la disgrâce du roi, les Protestants en furent réduits à se contenter d'une organisation provisoire. L'assemblée politique de Sainte-Foy divisa la France protestante en dix provinces dont chacune devait nommer un député au Conseil général. Ce Conseil, formé sur le modèle des États-Généraux était chargé de défendre les intérêts de l'Église dans ses rapports avec le gouvernement. Il devait se renouveler par moitié tous les six mois. Sous lui furent établis des Conseils provinciaux, plus spécialement chargés d'administrer la caisse publique, de veiller sur les places de sûreté et de recueillir les plaintes des églises.

Henri IV sentit qn'il était temps de faire quelque chose pour rassurer ses anciens coreligionnaires. Il rétablit donc formellement et fit enregistrer au parlement de Paris, le 6 février 1595, l'édit de 1577 que les exigences de la Ligue avaient presque ré-


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duit à un vain titre. Les Protestants continuèrent d'ailleurs à se voir exposés comme auparavant à toutes sortes de vexations et de violences ; cependant rien ne leur fut plus sensible que l'enlèvement du fils de Condé, en qui ils se plaisaient à voir leur futur chef. Henri IV fit amener à sa Cour le jeune prince pour y être élevé dans la religion catholique, comme il en avait pris l'engagement envers le pape.

Si le quatorzième synode national qui se réunit à Saumur, le 3 juin 1596, n'agita aucune question importante (Pièces justif. N° LXI), c'est que les intérêts les plus sérieux de l'Église protestante étaient alors débattus dans les assemblées politiques qui se tinrent successivement à Saumur, à Loudun,à Vendôme. On pourrait conclure du silence de ce synode que les Protestants étaient satisfaits de leur position; mais cela était-il possible lorsqu'ils voyaient Henri non-seulement prodiguer toutes les grâces aux Catholiques, mais violer même chaque jour, dans les traités qu'il signait avec les Ligueurs, la promesse solennelle qui leur avait été faite de ne rien conclure à leur préjudice ? La malveillance du roi ou de son conseil à leur égard était poussée à tel point que Mayenne lui-même, le chef de la Ligue, se crut obligé de prendre leur défense ! On conçoit dès lors que le gouvernement s'inquiétait peu de faire exécuter son dernier édit par les parlements et les gouverneurs des provinces. Les Protestants présentèrent, en 1597, un long cahier de doléances, où ils rappelaient leurs services d'un ton d'amertume que justifiait l'ingratitude de Henri IV, et où ils se plaignaient vivement des persécutions qu'ils avaient à supporter ( Pièces justif. N° LXII). Qui s'étonnerait, après cela, qu'à l'assemblée de Châtellerault, présidée par la Trimouille, ils aient songé à faire leurs conditions avant de prendre les armes pour suivre Henri IV au siège d'Amiens? La peur de rouvrir l'abîme des guerres civiles eut plus d'influence sur la détermination du roi que la reconnaissance. Après de longues négociations, il signa enfin, le 13 avril 1598, le fameux édit de Nantes, dont la publi-


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cation fut retardée pendant un an parla résistance des parlements

parlements justif. N° LXIII).

Cet édit, que l'on a décoré du titre pompeux de Charte

des églises protestantes, n'était au fond que la reproduction' des édits de Poitiers, de Nérac et de Fleix dont il rappelle fréquemment les dispositions. L'exercice public du culte réformé n'était autorisé qu'en certains lieux déterminés, et dans ces lieux mêmes les Protestants devaient se soumettre à la police de l'Église romaine , chômer les jours de fête , payer les dîmes au clergé catholique; remplir tous les devoirs extérieurs de paroissiens. Ils étaient d'ailleurs déclarés admissibles à tous les emplois, leurs malades devaient être reçus dans les hôpitaux , leurs pauvres dans les hospices, leurs enfants dans les collèges, et pour leur assurer une justice impartiale devant les tribunaux, l'édit établit dans plusieurs parlements une chambré mi-pàrtie, c'est-à-dire composée d'un nombre égal de jugés catholiques et de protestants. Des articles particuliers , qui ne furent jamais enregistrés malgré une promesse formelle, accordèrent aux ministres quelques-uns des priviléges dont les curés jouissaient depuis des siècles, autorisèrent les legs et donations pour l'entretien des pasteurs et des écoles, et permirent aux Protestants de lever sur eux-mêmes une somme annuelle pour les frais du culte et dès synodes. Enfin des brevets secrets, qui ne furent relatés ni dans l'édit ni dans les articles particuliers, promirent aux Protestants une somme annuelle de quarante-cinq mille écus pour le traitement de leurs ministres, et leur laissèrent la garde pendant huit ans de toutes les places dont ils étaient alors les maîtres (Pièces justif. N°LXIV). Henri IV, on le voit, n'octroya à ses anciens coreligionnaires que ce que Henri III lui-même n'avait pu leur refuser ; et cependant il craignait si fort d'irriter le pepe que, par forme de compensation, il s'empressa de rétablir dans le Béarn, de sa seule autorité , le Culte catholique qui y avait été aboli par sa mère avec le contours des États de la province. Si cette


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concession apaisa le mécontentement de la Cour de Rome, elle ne put vaincre la résistance obstinée des parlements. Pour les décider à enregistrer l'édit de Nantes; il fallut que le roi consentît à ce qu'on en modifiât plusieurs articles auxquels on apporta, sans consulter lés Protestants; des altérations qui en changeaient le sens ou le rendaient obscur de manière à préparer les voies à de nouvelles chicanes.

Toutes les oppositions réduites au silence, des commissaires furent nommés pour présider à l'exécution de l'édit dans les provinces ; ils s'acquittèrent de leur charge avec une équité remarquable, en sorte que les Protestants, s'ils avaient rencontré partout la même impartialité, auraient pu ne pas regretter trop vivement la perte de leurs légitimes espérances. Condamnés par la marche des événements à rester minorité, ils devalent attendre de la part de celui qu'ils avaient placé sur le trône, sinon qu'il les mît sur un pied d'égalité parfaite avec l'Église rivale, — ce qui était tellement contraire aux idées du temps que même la pensée ne leur en vint peut-être pas, — au moins qu'il évitât de les assujettir à des servitudes odieuses envers un autre culte. On ne saurait donc s'étonner s'ils se montrèrent peu satisfaits de l'édit de Nantes. C'est à peine si le quinzième synode national, qui s'assembla à Montpellier le 26 mai 1598, daigna y faire.allusion (Pièces justif. N°LXV).

Un écrivain catholique n'a pas craint de qualifier cet acte célèbre d'oeuvre d'hypocrisie, parce qu'on y laisse percer dès le préambule l'espoir de le révoquer un jour. Nous croyons qu'il s'est montré trop sévère. Sans doute le voeu le plus ardent de Henri IV était de voir une seule religion professée dans son royaume ; car, malgré ses brillants talents, ce prince n'était pas assez supérieur à son siècle pour ne pas partager ce préjugé vulgaire que deux religions ne peuvent exister en paix dans un même État. Cependant nous ne pensons pas qu'il eût jamais consenti à jouer le rôle odieux qne joua son petit-fils, à employer les moyens les plus violents et les plus injustes pour réu-


LX COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

nir les Protestants à l'Église romaine. Afin de plaire au clergé, il voulait bien essayer de les gagner par des grâces et des faveurs, ou de les détacher de leur religion par de petites vexations ; mais prendre les armes contre ceux qui l'avaient si fidèlement servi, il n'aurait pu s'y décider. « Un de mes voeux les plus ardents, disait-il à Sully dans un de ces épanchements de coeur qu'il avait fréquemment avec celui de ses serviteurs qui était le plus avant dans le secret de ses pensées, serait de pouvoir anéantir, non la religion réformée ( car j'ai été trop bien servi et assisté en mes angoisses et tribulations de plusieurs qui en font profession), mais la faction huguenote, .... sans rien entreprendre néanmoins par la rigueur et violence des armes ni des persécutions, quoique peut-être cela ne me serait pas impossible : mais bien d'y parvenir sans ruiner plusieurs provinces, perdre la bienveillance de plusieurs miens serviteurs, affaiblir grandement le royaume en le diminuant tellement de moyens et de soldats, que je n'oserais jamais plus rien entreprendre de glorieux ni d'honorable hors de France. »

Le premier synode national tenu depuis la publication de l'édit de Nantes, fut celui de Gergeau, qui est compté comme le seizième. Il s'ouvrit le 9 mai 1601. (Pièces justif. N° LXVI). Les ministres laissèrent à l'assemblée politique de Sainte-Foy, qui eut lieu quelques mois après, le 15 octobre, avec la permission du roi, le soin de dresser un ample cahier de plaintes, plus ou moins sérieuses, auxquelles il fut répondu, en général, avec équité. Pour donner aux Protestants une preuve de son désir de faire exécuter loyalement l'édit, le roi autorisa même cette assemblée à choisir deux députés pour en Surveiller l'exécution. Cette bienveillance aurait dû engager les Réformés à se montrer extrêmement circonspects ; mais il faut bien l'avouer, ils ne se refusèrent pas toujours le dangereux plaisir de braver leurs adversaires. Ce fut ainsi que le dix-septième synode national, tenu à Gap, le 1er octobre 1603, traita le pape d'antechrist, au grand mé-


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contentement du roi (Pièces justif. N° LXVII ). C'était une faute, puisque par là on blessait sans raison suffisante la grande majorité des Français ; mais les actes de ce synode semblent prouver d'ailleurs qu'il était dirigé par des hommes qui, dans leur inflexibilité et leur rudesse, ne savaient aucunement faire la part des circonstances. L'assemblée politique de Châtellerault se montra plus souple en 1605. Sully, qui y fut envoyé comme commissaire royal, en obtint à peu près tout ce qu'il voulut ; seulement il ne put parvenir à arracher aux Protestants la promesse de ne plus tenir à l'avenir de ces assemblées qui étaient toujours pour la Cour un grand sujet d'inquiétude, tant à cause des correspondances qu'elles entretenaient avec l'étranger que parce qu'on soupçonnait les Réformés de songer à s'organiser en république. Ces assemblées, qui n'étaient pas d'ailleurs autorisées par l'édit de Nantes, mais qui continuaient, par une tolérance tacite, depuis les guerres de religion, se réunissaient tous les trois ans. Elles se composaient de soixantedix députés, dont trente gentilshommes, vingt pasteurs, seize anciens ou membres du tiers-état et quatre députés de |a Rochelle. Depuis le rétablissemeut de la tranquillité dans le royaume, leurs attributions se trouvaient fort limitées ; mais cette année même, elles obtinrent le droit de dresser une liste de six personnes sur laquelle le roi devait choisir deux députés généraux qui résideraient auprès de la Cour et seraient chargés de la défense des intérêts des Protestants dans l'intervalle d'une assemblée à l'autre (Pièces justif. N° LXVIII).

L'intolérance dogmatique qui s'était manifestée hautement dans le synode de Gap, se fit jour encore dans le dix-huitième, tenu à la Rochelle le ler mars 1607; seulement, grâce à la sage intervention de Duplessis Mornay, elle y déploya un zèle moins âpre ( Pièces justif. N° LXIX). L'assemblée politique qui eut lieu à Gergeau dans le courant du mois d'octobre 1608, montra plus de prudence et d'esprit de conduite ; elle sut éviter de provoquer le déplaisir du roi, tandis que le dix-neuvième synode


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national, ouvert à Saint-Maixent le 25 mai de l'année suivante, faillit soulever une nouvelle tempête en réveillant la querelle de l'antechrist (Pièces justif. N°LXX).

Il y avait pour les ministres protestants des moyens plus dignes et plus louables de combattre leurs adversaires ; s'ils ne les employèrent pas, c'est qu'ils sentaient leur faiblesse sur le nouveau terrain choisi par la polémique. De tous temps les controversistes de l'Église romaine se sont appliqués à donner aux disputes sur la foi ou la discipline une direction historique, leur but étant d'établir la doctrine catholique comme matière de fait. Tant que les théologiens protestants s'en étaient tenus à la Bible et au raisonnement pour leur répondre, ils l'avaient fait avec un avantage marqué ; mais depuis cette époque environ, ils se laissèrent entraînera les suivre dans le champ de l'histoire en en appelant avant tout au témoignage des Pères de l'Eglise. Cette tendance, qui finit par rendre la controverse moins populaire, explique le peu d'intérêt qu'y attachèrent dès lors les masses, comme elle explique aussi en partie les nombreuses conversions qui s'opérèrent dès les premières années du 17° siècle, conversions qu'on ne pourrait, sans injustice, attribuer toutes à des motifs sordides et méprisables.

Sauf quelques éclats d'un zèle inconsidéré, les Protestants d'ailleurs se montrèrent généralement soumis et paisibles pendant le règne de Henri IV, et comme leurs dernières assemblées n'élevèrent pas de plaintes, on peut en conclure qu'ils commençaient à vivre en bonne intelligence avec les Catholiques. Peut-être si Henri IV eût vécu quelques années de plus, les haines se seraient-elles assoupies et les Catholiques auraientils appris à ne plus voir dans les Réformés que des concitoyens. Mais l'assassinat de ce prince réveilla les méfiances et ranima les factions.

En prenant la régence, Marie de Médicis s'empressa de publier une déclaration qui confirmait l'édit de Nantes, quoique, y lisait-on, celte formalité ne fût pas nécessaire à l'égard d'une


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LXIII

loi perpétuelle et irrévocable (Pièces justif. N° LXXI). Elle consentit en même temps à la convocation d'une assemblée politique à Châtellerault pour le mois de mai 1611, à l'effet d'élire les députés généraux; mais elle eut soin d'excuser cette condescendance auprès de la Cour de Rome en lui représentant les embarras d'une minorité. Le nombre des églises avait singulièrement diminué depuis que Condé en avait fait dresser une liste de plus de deux mille ; il ne s'élevait plus alors qu'à cinq cents, disséminées dans quinze provinces. Aux soixante-dix députés de ces provinces, on désira adjoindre les grands seigneurs du parti, afin de donner plus de poids aux délibérations de l'assemblée qui se tint, non pas à Châtellerault, mais à Saumur, la jalousie du duc de Bouillon contre Sully ayant exigé cette translation. Plusieurs semaines furent employées à apaiser des divisions intestines, puis l'assemblée dressa le cahier des doléances ; mais elle refusa de nommer les six candidats à la députation générale, but principal de sa convocation, avant d'avoir obtenu le redressement des griefs qu'elle avait soumis à la Cour. Elle finit cependant par obéir aux ordres réitérés de la régente, sur la promesse que presque toutes ses demandes, fort raisonnables au resté, lui seraient accordées. Il n'en fut rien toutefois, en sorte que cette assemblée dont on espérait beaucoup, n'eut en définitive d'autres résultats que d'augmenter les divisions dans le parti protestant et d'exciter les craintes des Catholiques. Les mêmes plaintes furent présentées de nouveau par le vingtième synode national, réuni à Privas, le 23 mai 1612, mais sans beaucoup plus de succès. Ce synode, qui s'occupa plus que tout autre d'affaires politiques, fut plus heureux dans sa tentative de rétablir l'harmonie entre les seigneurs protestants ; il les amena à signer un acte d'union par lequel ils s'engagèrent à sacrifier au bien public leurs intérêts particuliers (Pièces justif. N° LXXII).

Cette mesure était sage ; car le fanatisme catholique se réveillait d'une manière alarmante. Dans tout le royaume, les Pro-


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testants étaient en butte à des voies de fait que le gouvernement ne voulait ou ne pouvait pas réprimer. Leurs temples étaient brûlés, leurs ministres égorgés, leurs privilèges recevaient les plus graves atteintes. Déjà même on annonçait hautement que l'édit de Nantes n'était qu'un sursis accordé à des criminels condamnés. Dans ces circonstances, les Réformés sentirent la nécessité d'une conduite prudente. Le vingt-et-unième synode, tenu à Tonneins, le 2 mai 1614, se distingua en effet par un esprit inaccoutumé de modération (Pièces justif. N° LXXIII); mais les dispositions pacifiques des églises furent déjouées par l'impétuosité du duc de Rohan, qui, aspirant au rôle de Coligny, parvint à entraîner l'assemblée politique de Nismes à embrasser contre la Cour le parti du prince de Condé. Cette intervention des Protestants dans une querelle à laquelle ils devaient rester étrangers, leur aurait sans aucun doute été fatale, si la Cour n'avait pas craint par dessus tout de rallumer les guerres de religion. Ils ne retirèrent d'ailleurs aucun avantage de cette prise d'armes intempestive, dont l'unique effet fut de procurer une paix plus avantageuse à un prince qui les abandonna dès qu'il n'eut plus besoin d'eux, en sorte que l'assemblée, qui s'était transportée de Nismes à la Rochelle, n'eut d'autre parti à prendre que d'accepter le traité de Loudun.

Louis XIII, élevé dans l'art de la dissimulation, ne témoigna aucun mécontentement de l'imprudente conduite des Huguenots aux députés du vingt-deuxième synode national qui se réunit, le 18 mai 1617, à Vitré (Pièces justif. N° LXXIV), lorsqu'ils vinrent le complimenter sur ce que Duplessis Mornay appelai, son solennel acte de majorité, c'est-à-dire sur l'assassinat du maréchal d'Ancre; il leur fit au contraire un accueil plein de bienveillance. Mais il ne tarda pas à donner une preuve de ses véritables sentiments à l'égard des Réformés, en accordant au clergé catholique la main-levée de la saisie des biens ecclésiastiques dans le Béarn.

Cet arrêt qui violait la constitution de la principauté, où nulle


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loi ne pouvait être faite ni abrogée sans le concours des États, souleva une ardente opposition qu'appuya vivement l'assemblée politique tenue à Loudun le 25 septembre 1619. Pour l'abattre, Louis XIII pénétra dans le Béarn à la tête d'une armée, fit enregistrer son édit au parlement de Pau et réunit à la France l'ancien royaume de Navarre.

Ce fut pendant cette même expédition que se réunit à Alais, le 1" octobre 1620, le vingt-troisième synode national qui est célèbre par l'approbation complète qu'il donna aux doctrines sanction nées à Dordrecht. Il s'avança plus loin encore dans la voie des réactions contre le principe du libre examen, et sans craindre qu'on l'accusât de substituer à une autorité contre laquelle les réformateurs avaient protesté dans l'origine, l'autorité de ces mêmes réformateurs, il rédigea une formule de serinent que devait prêter tout candidat à une chaire dans les écoles et les universités (Pièces justif. N° LXXV). Quant à la révolution qui s'opérait en quelque sorte sous ses yeux dans le Béarn, c'est à peine si le synode s'en occupa. Peut-être voulut-il laisser le soin des remontrances à l'assemblée politique qui avait été convoquée à la Rochelle et qui s'ouvrit effectivement le 24 décembre 1620, malgré la défense expresse du roi. Cette désobéissance que rien n'excusait et que blâmèrent énergiquement les hommes les plus éminents du parti, excita chez Louis XIII un ressentiment d'autant plus naturel que toutes les mesures de l'assemblée pouvaient le confirmer dans l'opinion que les Protestants tendaient à se soustraire à son autorité et à briser l'unité de la France. La résolution fut prise d'agir avec vigueur. Après avoir renouvelé la promesse de maintenir les édits en faveur des Réformés, le roi se porta rapidement sur Saint-Jean-d'Angely qu'il força bientôt à capituler, puis entrant en Guyenne, il alla mettre le siège devant Moutauban ; mais la résistance de cette place l'obligea à une retraite peu honorable. La campagne de l'année suivante fut signalée par les succès presque constants des armes royales , accompagnés d'atroces cruautés, et par la défection presque


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générale des chefs huguenots. Rohan , le seul qui fût resté fidèle à la fortune de son parti, sentit enfin qu'il fallait se bâter de traiter pendant que la vigoureuse défense de Montpellier lui laissait l'espoir d'obtenir des conditions supportables. Le roi lui octroya la paix le 19 octobre 1622. Les Protestants conservèrent la liberté de tenir des consistoires et des synodes; mais les assemblées politiques furent interdites, et la démolition de toutes les fortifications nouvelles ordonnée (Pièces justif. N°LXXVI). En permettant aux Réformés d'assembler des synodes ? Louis XIII avait défendu d'y traiter d'aucune affaire politique. Par une déclaration, signée quelques mois après à Fontainebleau, il ordonna qu'un commissaire royal de la religion protestante assisterait à ces réunions pour veiller à l'observation de cette clause. La disposition nouvelle fut appliquée pour la première , fois au vingt-quatrième synode qui s'ouvrit à Charenton le 1er septembre l623. Par ordre formel du roi, ce synode abolit le fameux serment prescrit par celui d'Alais. N'est-il pas étrange de voir dans cette circonstance un gouvernement dirigé par un cardinal se faire le défenseur de la liberté d'examen contre une assemblée des représentants de l'Église protestante? N'osant désobéir à une injonction aussi positive, le synode se soumit, mais de mauvaise grâce. Il voulut au moins protester autant qu'il était en lui, et à cet effet, il confirma le calvinisme pur comme la seule doctrine orthodoxe (Pièces justif. N°LXXVII).

Cependant la violation flagrante du traité de Montpellier en tout ce qu'il contenait de favorable aux Réformés, jointe aux nombreuses vexations qu'ils avaient à souffrir de la part des Catholiques, ralluma bientôt la guerre. Les Huguenots, personne ne pourrait en disconvenir, avaient de justes motifs de se plaindre; toutefois, avant d'en appeler au sort des armes, il eût au moins été sage à eux de bien peser les chances de succès qui leur restaient. Ces chances étaient nulles. Ils ne pouvaient compter sur l'appui des puissances protestantes qui, précisément alors, négociaient avec la France un traité dont le but était


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LXVII

l'abaissement de la maison d'Autriche. Privés des secours de l'étranger, il leur était impossible de soutenir une longue lutte. Ils n'avaient pour cela ni assez d'hommes, ni assez d'argent, ni surtout assez de cet enthousiasme qui vaut à lui seul des armées. La plupart des grandes familles de leur parti étaient attachées à la Cour par des titres, des emplois, des faveurs. La désunion qui s'était mise dans leurs rangs, détruisait toute confiance. De mesquines jalousies faisaient échouer les entreprises le mieux combinées ou avorter les projets le mieux conçus. Qu'espérer d'une levée de boucliers dans un pareil état de choses ? La plupart des Protestants sentaient si bien qu'on les entraînait à leur perte, qu'après avoir inutilement essayé de réveiller le fanatisme parmi les populations du Midi, Rohan dut employer la force et la menace pour soulever le Languedoc. La guerre éclata donc encore une fois ; mais elle ne fut marquée par aucun événement important, et elle se termina, le 5 février 1626, par un traité de paix, conclu sous la garantie du roi d'Angleterre, et qui laissa les Huguenots à peu près dans le même état qu'avant les hostilités.

Le rétablissement de la tranquillité permit d'assembler à Castres, le 15 septembre 1626, le vingt-cinquième synode national, qui obtint du roi la permission de lui présenter une liste de six candidats à la dépuration générale. Les actes fort longs de ce synode n'offrent rien d'un intérêt particulier. Ils sont suivis d'un relevé de toutes les églises protestantes existant à cette époque en France, relevé qui, rapproché de celui qui avait été présenté six ans auparavant au synode d'Alais, prouve avec évidence combien les derniers troubles avaient nui à la prospérité de ces églises (Pièces justif. N° LXXVIII).

Cependant Richelieu n'attendait qu'une circonstance favorable pour abattre sans retour le parti protestant. Son projet était bien arrêté de ne plus souffrir dans une monarchie absolue l'étrange anomalie d'une société organisée démocratiquement, et il avoue lui-même qu'il n'avait conclu la dernière paix qu'afin


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d'arriver plus sûrement à son but. L'occasion qu'il épiait ne tarda pas à lui être offerte. La Rochelle se laissa entraîner par d'ardents fanatiques à lever une fois encore l'étendard de la révolte , tandis que Rohan, de son côté, poussait les habitants des Cévennes à l'insurrection, mais avec si peu de succès qu'il ne put jamais réunir autour de lui un corps de troupes respectable. Aussi, cerné par des forces supérieures, dut-il employer toute son habileté non pas à vaincre, mais à échapper aux généraux qui le poursuivaient, jusqu'à ce que, réduit aux abois, il ne craignît pas d'imprimer une tache à sa mémoire en signant un traité avec l'Espagne, l'ennemie la plus implacable de sa patrie et de sa religion. Cette alliance, dont le blâme ne saurait rejaillir sur les Protestants, ne put néanmoins le sauver. Après avoir contraint la Rochelle par un siége à jamais mémorable, de subir toutes les conditions qu'il lui plut d'imposer, Louis XIII marcha contre le Languedoc qu'il traita avec une inhumanité barbare. Rohan qui se voyait enlever l'une après l'autre toutes ses places fortes, soit par les armes, soit par la trahison, comprit enfin qu'il ne lui restait plus d'autre ressource qu'une soumission entière ; mais ce n'est pas sans peine qu'il fit partager son avis à ses partisans les plus passionnés. La paix fut conclue à Alais, le 27 juin 1629. Dès le mois suivant, l'édit de grâce fit descendre le parti protestant au rang qui lui convenait, au rang de simple secte religieuse (Pièces justif. N° LXXIX).

Les revers qui venaient de frapper les Réformés semblent avoir réagi d'une manière salutaire sur le zèle par trop exclusif jusquelà de la majorité de leurs ministres. Loin de persister dans la voie funeste où s'étaient engagés les derniers synodes, celui de Charenton, qu'on compte comme le vingt-sixième et qui s'ouvrit le 1er septembre 1631, donna un bel exemple de tolérance en autorisant les pasteurs réformés à admettre les Luthériens à la Cène. Peut-être aurait-il dû aussi, lui qui se soumettait avec tant d'humilité aux injonctions du souverain, montrer un peu plus d'indulgence pour les fidèles qui, afin d'obéir aux ordres


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LXIX

des magistrats, consentaient à illuminer leurs maisons le jour de la Fête-Dieu (Pièces justif. N° LXXX).

Soit que la Cour se fût opposée à une nouvelle réunion des chefs des églises ou que les Protestants n'eussent pas sollicité l'autorisation de s'assembler, six années s'écoulèrent entre le synode de Charenton et celui d'Alençon qui fut le vingt-septième et le dernier auquel fut présenté un état officiel des pasteurs et des églises protestantes de France (Pièces justif. N° LXXXI). Il s'ouvrit le 9 juillet 1637 et ne fit guère autre chose que d'enregistrer les ordres du roi ; mais il lui restera l'honneur d'avoir été une des premières assemblées chrétiennes dont l'attention se soit portée sur l'odieux trafic des noirs (Pièces justif. N° LXXXI1).

Pendant le reste du règne de Louis XIII, ou plutôt du ministère de Richelieu, l'Église protestante jouit en France d'une tranquillité assez grande pour que l'on ait pu dire, sans trop d'exagération, que jamais elle n'avait été plus paisible. Cependant on est allé trop loin en affirmant que le cardinal laissa aux Protestants la pleine et entière jouissance des priviléges et des droits que leur assurait la loi. Ils eurent à éprouver, au contraire , beaucoup de vexations et d'injustices (Pièces justif N°LXXXIII), et le gouvernement ne fit rien pour réprimer la malveillance des agents de l'autorité.

Lorsque Louis XIV monta sur le trône, « les Réformés, dit Benoît dans son Histoire de l'édit de Nantes, ne demandaient qu'à vivre en repos, trop contents si on les eût laissés jouir tranquillement de ce qui leur était accordé par les édits. Il ne leur restait plus rien de ce qui les avait rendus redoutables, et ils étaient si loin de prendre les armes pour se rétablir qu'à peine osaient-ils présenter des requêtes pour se plaindre. » Leur unique garantie était l'édit de Nantes, et, nous l'avons dit, on avait eu soin d'en altérer les principaux articles de manière à en préparer la ruine. Se confiant néanmoins en des promesses si souvent renouvelées, ou peut-être instruits par une cruelle ex-


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périeuce, ils refusèrent constamment de prendre part aux troubles de la Fronde et ils fermèrent toujours l'oreille aux sollicitations des puissances étrangères qui leur juraient de ne les abandonner jamais, s'ils voulaient les seconder.

Une conduite si loyale méritait la reconnaissance du gouvernement; aussi, malgré la violence des attaques des prélats catholiques, Mazarin se montra-t-il presque toujours favorablement disposé à leur égard. Il serait possible que la crainte de déplaire à Cromwell eût été pour quelque chose dans sa bienveillance. Quoi qu'il en soit, s'il est un fait certain, c'est que les Protestants ont eu beaucoup moins à se plaindre du cardinal Mazarin que de Henri IV lui-même. Ils obtinrent de lui nonseulement une confirmation nouvelle de l'édit de Nantes et la cassation de tous les arrêts qui y étaient contraires (Pièces justif. N° LXXXIV), mais encore, lorsque les plaintes amères du clergé catholique l'eurent forcé en quelque sorte à révoquer, quatre ans plus tard, sa fameuse déclaration de 1652, il leur donna la promesse d'envoyer dans les provinces deux commissaires, l'un catholique et l'autre protestant, « pour conjointement pourvoir aux plaintes et remettre toutes choses en l'Ordre auquel elles doivent être, conformément aux édits » (Pièces justif. N° LXXXV). On ne saurait douter que son intention n'eût été de protéger les Protestants contre les persécutions des Catholiques. Il né pouvait prévoir que l'on abuserait bientôt d'une institution tutélaire pour abolir les chambres mi-parties.

Sous l'administration de Mazarin, les Réformés furent admis d'ailleurs à tous les emplois civils et militaires ; mais ils n'eurent pas la liberté d'assembler leurs synodes aussi souvent qu'ils l'auraient désiré. Ils ne purent en tenir que deux, à quinze années de distance l'un de l'autre. Les embarras de la guerre d'Espagne et l'inquiétude assez naturelle qu'inspirait au cardinal l'influence de Cromwell sur les églises réformées, furent les causes véritables de ce long ajournement. Le premier de ces synodes se réunit à Charenton, le 26 décembre 1644, c'est-à-dire


DU PROTESTANTISME EN FrANCE. LXXI

dans l'année qui suivit la mort de Louis XIII (Pièces justif. N° LXXXVI). Le second, qui fut le vingt-neuvième, s'assembla à Loudun, le 10 novembre 1659 (Pièces justif. N° LXXXVII). Le roi lui fit signifier par son commissaire qu'à l'avenir et pour prévenir de grandes dépenses, il n'autoriserait plus dès réunions aussi nombreuses, les affaires qui se traitaient dans les synodes nationaux pouvant se traiter tout aussi bien dans les provinciaux. Ce fut en vain que le président, dans sa réponse, affirma que la suppression de ces synodes entraînerait la ruine de la religion et de la discipline, et tout aussi inutilement que l'assemblée adressa à Louis XIV des lettres pleines d'adulations. Le cardinal protesta qu'il avait la plus grande confiance dans l'inviolable fidélité des Protestants ; mais il n'en maintint pas moins sa décision. C'était la seconde fois que le gouvernement portait une grave atteinte aux priviléges des Réformés. En 1657, il leur avait déjà enlevé le droit de tenir des colloques, sous le prétexte que n'étant pas contenues par la présence d'un commissaire, ces assemblées pouvaient facilement se laisser égarer dans des discussions politiques.

Depuis l'assemblée générale du clergé catholique en 1656, avait en effet commencé contre l'Église protestante une réaction qui ne s'arrêta pas même devant les plus infâmes cruautés. L'animosité entre les deux grands partis qui avaient si longtemps ensanglanté la France, survivait aux guerres de religion. Le clergé, les parlements, les intendants des provinces, les corporations cherchaient avec empressement toute occasion de faire éclater leur haine contre d'odieux sectaires. Dans les rangs de l'armée, sur les flottes, à la Cour même, les deux religions vivaient, il est vrai, en assez bonne intelligence; mais dans le reste de la nation, il n'y avait pour ainsi dire qu'une voix pour demander l'extirpation de l'hérésie. Et qu'on le remarque bien, cette haine vigoureuse était commune aux deux partis. Si d'un côté , nous avons à citer une foule d'arrêts défavorables aux Réformés, des contestations, des chicanes de toute espèce; de


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l'autre, nous rencontrons une hostilité patente, souvent acerbe,

contre les doctrines et les rites de l'Église romaine.

Aujourd'hui que les lumières se sont répandues , que les moeurs se sont adoucies, on a de la peine à concevoir l'ardente inimitié qui divisait alors des enfants d'une même patrie. On a de la peine surtout à comprendre comment les ministres protestants, au lieu de s'appliquer à calmer ces haines si dangereuses, pouvaient prendre plaisir en quelque sorte à les aviver, en répondant par des injures aux outrages de leurs adversaires.

Étaient-ils donc tellement aveugles qu'ils ne vissent combien la différence de position était énorme entre eux et leurs ennemis? Le clergé catholique formait le premier corps de l'État; ils ne jouissaient, eux, que d'une tolérance précaire. Le clergé catholique accordait des subsides au roi; ils ne donnaient pas d'argent, eux, ils en recevaient au contraire pour leur propre entretien et pour la tenue de leurs synodes. S'ils avaient en général pour eux la piété, la pureté des moeurs et le savoir, le clergé catholique possédait d'immenses richesses, la faveur de la Cour et toute l'importance que donnent une haute naissance ou de grands emplois.

La balance ne devait-elle pas nécessairement pencher du côté de leurs adversaires? C'est ce qui arriva en effet. A mesure qu'un faste inouï et des guerres ruineuses épuisèrent les finances, le gouvernement se trouva dans la nécessité de recourir plus souvent au clergé catholique qui, on le pense bien, acheta un à un tous les priviléges, tous les droits des Protestants. Une suite d'értits, de déclarations, d'arrêts renferma bientôt les Réformés, selon les propres expressions de Louis XIV, dans les plus étroites bornes que la justice et la bienséance pouvaient permettre (Pièces justif. N° LXXXVIII).

Anquetil résume ainsi cette longue série d'actes iniques, quelquefois absurdes, presque toujours cruels : « Tout ce que la Cour put imaginer, pour faire des prosélytes à la religion catholique, fut employé : faveurs aux nouveaux convertis, exemp-


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LXXIII

tion de taille, tutèle, contributions et sujétions de toute espèce ; surséances pour le payement des dettes, affranchissement même du droit paternel, et permission de se marier sans le consentement des parents calvinistes, préférences pour l'admission aux charges et aux emplois dans la robe, la finance et le commerce et jusqu'aux grades militaires.

» A ces privilèges pour les nouveaux convertis succédèrent les exclusions pour ceux qui persistaient. On se contenta d'abord de défendre qu'ils fussent admis à aucunes fonctions publiques, fructueuses ou simplement honorables, municipales, judiciaires, doctrinales et même méchaniques. Ensuite on ordonna à ceux qui avaient été admis auparavant, d'y renoncer. Ainsi ils furent exclus des corps de métiers, des maîtrises, des apprentissages, du barreau , et il ne leur fut plus permis d'être sergents, recors, huissiers, greffiers, procureurs, à plus forte raison juges et avocats, et les chambres de l'édit furent supprimées. On leur interdit aussi les fermes du roi et tout ce qui y a rapport, même les emplois subalternes ; leurs noms furent rayés des matricules des Universités, des rôles de la maison du roi, de celle des princes et de toute la famille royale. On retrancha non-seulement aux officiers, mais aux veuves et à leurs enfants opiniâtres les pensions, les honneurs, le droit de noblesse et les autres distinctions ordinairement attachées à ces places. Enfin il ne leur fut plus permis de pratiquer publiquement la médecine, la chirurgie, la pharmacie, ni même d'exercer l'état de sages-femmes.

» C'était peu d'inquiéter le troupeau, si on ne frappait les pasteurs ; mais le temps n'était pas encore venu de les proscrire. On se contenta de les gêner dans leurs personnes et dans leurs fonctions. Le ministère fut interdit aux étrangers. On défendit aux pasteurs de s'entremettre d'affaires publiques, de porter l'habit ecclésiastique, de s'intituler ministres de la parole de Dieu, d'appeler leur religion réformée, sans ajouter le mot prétendue, de faire corps et d'aller en celte qualité saluer et


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haranguer les personnes de distinction, d'avoir dans les temples des bancs élevés pour les magistrats de leur religion, de les orner de tapis aux armes du roi ou de la ville, et de leur faire cortège en entrant dans le temple ou en sortant. Il ne leur fut plus permis de faire le prêche ailleurs que dans le lieu ordinaire de leur résidence , ou de le faire en plus d'un lieu , sous prétexte d'annexé, d'exercer hors de temples, et plus de trois ans dans le même endroit, d'entrer chez les malades, de peur qu'ils ne les empêchassent de se convertir, de visiter les prisons, de rien laisser échapper dans leurs sermons contre la religion catholique, et de célébrer les baptêmes, les mariages, les enterrements avec un éclat qui pût attirer de la considération à leur ministère.

» Quant aux consistoires et aux synodes, la Cour diminua leur pouvoir, en les rendant moins fréquents, en y envoyant des commissaires fermes, se faisant instruire des délibérations, et interdisant la connaissance de certaines affaires. Elle sapa encore mieux leur autorité, en ôtant à ces assemblées la collecte, le maniement, l'application des deniers , et en transférant aux hôpitaux catholiques les legs ou donations qui se faisaient aux consistoires. Pour l'autre branche de crédit que donnent les sciences, elle fut aussi retranchée, autant qu'il se peut, par la défense à leurs maîtres d'enseigner les langues, la philosophie et la théologie, par la destruction de plusieurs écoles fameuses, entre autres du collége de Sedan, où les belles-lettres fleurirent longtemps et d'où sortirent des savants célèbres.

» Assujettis dans les villes à respecter les rites catholiques , à s'abstenir du commerce et du travail les jours de fêtes, à saluer le S. Sacrement lorsqu'on le portait aux malades, ou à se cacher, et à beaucoup d'autres pratiques, qu'ils prétendaient blesser leur conscience, les Calvinistes se réfugiaient dans les campagnes, où les seigneurs de leur religion les admettaient aux prêches de leurs châteaux ; mais la Cour les priva bientôt de cette ressource, en fixant le nombre et la qualité de ceux


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qui pouvaient être reçus à ces prêches, et en disputant même à plusieurs seigneurs le droit d'en avoir ; ce qui menait à interdire les ministres, à les chasser comme inutiles, et à abattre les temples. On en comptait déjà plus de sept cents détruits par différentes raisons, avant là révocation de l'édit de Nantes.» Anquetil fait peu de compte, comme on voit, des efforts des Controversistes catholiques, et il a raison, car leurs travaux ne furent pour rien, ou presque rien, dans les nombreuses conversions qui précédèrent et suivirent la révocation de l'édit de Nantes.

Loin de blâmer l'auteur de l'Esprit de la Ligue du silence qu'il a gardé à cet égard, nous y verrons donc plutôt une preuve de la sincérité de l'historien. Son récit, en effet, est fidèle et sincère , en tant qu'il nous peint sans déguisement l'impitoyable acharnement des bourreaux ; mais il ne nous dit rien de l'admirable constance des victimes. Cet oubli, c'est un devoir pour nous de le réparer.

La révocation de la déclaration de 1652 excita de vives alarmes parmi les Protestants. Leurs députés présentèrent au roi une requête pour le supplier d'ordonner que l'édit de Nantes fût gardé inviolablement, nonobstant toutes déclarations contraires (Pièces justif N° LXXXIX). Le gouvernement y répondit par une nouvelle promesse d'envoyer des commissaires dans les provinces, promesse qu'il ne tint toutefois que trois ans après, en 1661 (Piècesjustif N° XC). Quelque soin que l'on eût pris de choisir les commissaires protestant? parmi les plus modérés ou, pour mieux dire, parmi les plus timides , le zèle des commissaires catholiques se laissa emporter si loin que bientôt le Conseil, qui s'était réservé la décision en cas dé partage, fut accablé de protestations et de renvois. Ses arrêts furent presque toujours conformes à l'avis du commissaire catholique; car il fallait que le bon droit des Protestants fût plus qu'évident, pour qu'il leur donnât gain de cause. Les injustices furent nombreuses, elles furent criantes; ce-


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pendant elles ne violèrent pas proprement la lettre de l'édit de Nantes. La première atteinte directe qui y fut portée, fut la déclaration contre les relaps de 1663 (Pièces justif. N° XCI), présentée dans le principe par le clergé catholique comme une sage mesure de police, et devenue depuis entre ses mains le plus fatal instrument de la ruine de l'Église protestante.

Ce premier pas fait, le clergé voulut pousser plus loin ses avantages. Dès l'année 1666, il fit convertir en loi générale tous les arrêts rendus à sa requête dans des circonstances particulières, soit par les parlements, soit par les intendants des provinces. Dès lors, il ne put plus rester de doute aux Protestants sur les intentions de la Cour à leur égard, bien que le roi continuât à protester de sa ferme résolution de maintenir les édits. Un grand nombre passèrent donc dans les pays étrangers. Ce fut la première de ces émigrations qui, renouvelées sept fois en moins d'un siècle, ont enlevé à la France près de deux millions de citoyens, ses soldats les plus aguerris , ses matelots les plus habiles, ses négociants les plus probes, ses manufacturiers les plus industrieux et beaucoup de ses savants les plus distingués.

Dans les Éclaircissements historiques sur les causes de la révocation de l'édit de Nantes, Rulhière attribue à Colbert l'honneur d'avoir fait sentir au roi que par sa rigueur il tarissait les sources de la prospérité et de la puissance de la France. D'autres historiens ont répété d'après lui et d'après Voltaire, que ce grand ministre s'était toujours opposé à la révocation de l'édit de Nantes. Mais jamais assertion ne fut moins justifiée. M. Ch. Coquerel, dans sonllistoire des Églises du désert, a déjà relevé cette erreur; il a prouvé que Colbert a pris une part directe à toutes les mesures iniques qui ont préparé cette autre Saint-Barthélémy, — l'expression ne paraîtra pas exagérée. Que dans des vues purement économiques, il ait conseillé à Louis XIV de rapporter, le 1er février 1669, la déclaration obtenue en 1666 par l'assemblée du clergé, cela est possible ; mais nous devons toutefois faire observer que ce ne fut pas lui qui signa la déclaration


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nouvelle, tandis que nous trouvons son nom au bas de l'édit du mois d'août de la même année, par lequel il fut défendu à tous les Français, de quelque condition ou qualité qu'ils fussent, d'aller s'établir dans les pays étrangers sous peine de confiscation de corps et de biens (Pièces justif. N° XCII).

Les Protestants jouirent d'un instant de répit. On s'aperçut que l'on s'était trop hâté, et à la violence on substitua l'astuce dans l'espoir d'arriver plus sûrement et avec moins de dangers à l'abolition de cet édit de Nantes dont la révocation paraît être devenue vers cette époque un projet bien arrêté dans la pensée du roi.

Louis XIV n'était encore que dans sa trente-quatrième année; mais déjà sa conscience lui reprochait par moments les scandales de sa vie privée. Ce fut dans un de ces accès de componction que, pour imposer silence à ses remords, il s'imagina, selon l'heureuse expression d'un écrivain, de faire faire pénitence aux Protestants de ses faiblesses, pensant acheter le pardon du ciel par son ardeur à travailler à leur conversion. A cet effet, on résolut de corrompre quelques ministres, d'ouvrir des conférences à la suite desquelles ces pasteurs se déclareraient convaincus, et puis de supprimer l'édit de Nantes comme inutile. Ce ridicule projet échoua ; il fallut en imaginer un autre. Dès 1608, un fonds spécial avait été destiné par le clergé catholique à acheter des abjurations parmi les ministres ; mais, à son grand désapointement, il avait rencontré peu de consciences vénales. Louis XIV se flatta de trouver parmi les fidèles plus de gens disposés à vendre leur foi, et dans un nouveau mouvement de piété, qui le prit au jubilé de 1676, il consacra le tiers des économats à la conversion des hérétiques. Ce fut alors dans tout le royaume une émulation sans pareille. Chacun voulut faire sa cour au grand monarque en lui envoyant de longues listes de convertis. Nous ne rechercherons pas si les évêques et les prêtres se montrèrent toujours bien scrupuleux sur la qualité des conversions, ni quelles furent les surprises et


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les fraudes pieuses qu'ils durent mettre en jeu. Qu'il nous suffise de dire que, d'après des documents officiels, le prix courant des abjurations était terme moyen de six livres, et l'on comprendra dans quelle classe de la société elles devaient être le plus nombreuses ! On en vint à s'étonner à la Cour même des mirades opérés par cette corruption religieuse. Mais déjà en 1679 le roi dut renouveler la déclaration contre les relaps, en ajoutant à la peine du bannissement celle de l'amende honorable et de la confiscation des biens. Telle était la valeur de ces prétendues conversions.

Le gouvernement comprit que le misérable appât d'une faible somme d'argent ou d'une modique pension était peu propre à séduire ces braves capitaines, ces riches bourgeois, ces pasteurs respectables par leurs moeurs ou renommés par leurs talents, ces gentilshommes campagnards exempts d'ambition, ces honnêtes ouvriers, ces cultivateurs aisés qui constituaient véritablement l'Église protestante. Sans renoncer aux conversions mercenaires, il recourut donc aux conversions forcées, dont le signal fut donné par la destitution en masse de tous les employés des finances qui ne professaient pas le catholicisme,.

Quiconque exerçait quelque autorité dans le royaume, se mit alors à l'oeuvre avec cette ardeur importante que déploie toujours dans ses fonctions un agent subalterne qui, pour dissimuler sa condition inférieure, outrepasse les ordres du maître. Mais dans ce cas l'approbation du monarque était assurée. Aussi les persécutions se multiplièrent sous toutes les formes, et, il faut l'avouer, beaucoup de Protestants y succombèrent. Cet apparent succès confirma Louis XIV dans sa résolution d'anéantir l'hérésie. Entretenue par Madame de Maintenon, cette prude ambitieuse qui jouait la dévotion pour supplanter Madame de Montespan dans la couche royale, et par le P. La Chaise, l'habile jésuite qui ne travaillait que dans l'intérêt de son ordre, sa bigoterie devint tellement intraitable que Louvois luimême crut nécessaire à son crédit de rechercher quelque moyen


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de la flatter. Il inventa les dragonnades, ou plutôt il les perfectionna, car l'idée première n'est pas de lui. Les historiens qui lui attribuent le triste honneur de l'invention, ignoraient sans doute que déjà en 1627, le marquis d'Ornano avait logé ses troupes chez les Protestants d'Aubenas, et que cet exemple avait été suivi en 1657 à Lunel par le comte de Bioule. Mais au moins Louvois peut-il revendiquer la gloire de l'avoir appliquée sur une grande échelle. Le 18 mars 1681, il annonça à l'intendant du Poitou, Marillac, l'arrivée dans sa province d'un régiment de dragons qu'il lui recommanda de loger en majeure partie chez les Protestants (Pièces justif, N° XCIII). Sa lettre était accompagnée d'une ordonnance du roi portant exemption pendant deux ans de loger des gens de guerre en faveur de ceux qui se convertiraient. Les Réformés dés provinces de l'Ouest se virent ainsi livrés sans défense à tous les excès d'une soldatesque effrénée , provoqués en quelques endroits par les curés eux-mêmes, qui criaient aux soldats : « Courage, messieurs! c'est l'intention » du roi que ces chiens de huguenots soient pillés et saccagés!» L'émigration suspendue par la déclaration de 1669 recommença. L'effet en fut le même que la première fois. Le zèle de la Cour se ralentit et Rulhière assure que l'on alla jusqu'à recommander aux intendants des provinces l'observation des édits. Mais les intendants n'ignoraient pas que le but de la Cour était la destruction de l'Église protestante et que ceux qui se conformeraient le plus strictement à ses intentions secrètes, seraient les mieux vus. On peut donc affirmer avec certitude que les violences, quoique moins brutales, continuèrent comme auparavant. Aussi l'émigration ne s'arrêta-t-elle pas. Benoît prétend avoir eu sous les yeux des mémoires qui portaient à plus de trois mille le nombre des familles protestantes qui s'échappèrent du royaume à cette époque. Ces infortunés cherchèrent un asile en Angleterre, dans les Provinces-Unies, en Danemark, et partout Murent accueillis avec une sympathie qui honorera éternellement les citoyens de ces États. Quant à ceux qui ne purent ou


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ne voulurent pas quitter le sol natal, ils prirent une résolution dont on chercherait vainement un second exemple dans l'histoire de l'Église chrétienne, sans en excepter ces temps de ferveur et d'enthousiasme, où le zèle était entretenu par le souvenir vivant de Jésus-Christ et de ses apôtres. Seize députés des églises du Languedoc, des Cévennes , du Vivarais et du Dauphiné, se réunirent secrètement à Toulouse, et convinrent de résister à la tyrannie jusqu'à la rébellion exclusivement. A un jour marqué, les temples fermés par ordre du roi se rouvrirent. Dans les lieux où ils avaient été détruits, les fidèles s'assemblèrent sur leurs ruines, et cela publiquement, avec un tel ensemble que la Cour crut à une insurrection générale. La terreur fut grande. Les ordres les plus prompts et les plus sévères sont donnés. Des troupes entrent dans le Dauphiné, y égorgent quelques centaines de paysans qui se rendaient à une assemblée , pénètrent dans le Vivarais, y exercent d'effroyables massacres et répandent dans tout le Midi la terreur et la désolation.

Les rigueurs contre les rebelles, comme on appelait à la Cour de pauvres gens qui n'avaient eu d'autre but que de prouver à un impitoyable despote qu'ils voulaient vivre et mourir dans leur foi, se succédèrent avec rapidité. Déjà les dragonnades avaient recommencé dans le Béarn, sous la direction du féroce intendant Foucault. Excités par lui, les soldats s'y montrèrent plus barbares encore que dans le Poitou. « Parmi les secretsqu'il leur apprit pour dompter leurs hôtes, lit-on dans l'Histoire de l'édit de Nantes, il leur commanda de faire veiller ceux qui ne voudraient pas se rendre à d'autres tourments. Les soldats se relayaient pour ne pas succomber eux-mêmes au supplice qu'ils faisaient souffrir aux autres. Le bruit des tambours, les blasphèmes, les cris, le fracas des meubles qu'ils brisaient ou qu'ils jetaient d'un côté à l'autre, l'agitation où ils tenaient ces pauvres gens pour les forcer à demeurer debout et à ouvrir les yeux, étaient les moyens dont ils se servaient pour les priver de repos. Les pincer, les piquer, les tirailler, les suspendre


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LXXXI

avec des cordes, leur souffler dans le nez la fumée du tabac et cent autres cruautés, étaient le jouet de ces bourreaux, qui réduisaient par là leurs hôtes à ne savoir ce qu'ils faisaient, et à promettre tout ce qu'on voulait pour se tirer de ces mains barbares. »

Pour résister longtemps à des tortures que l'on s'étudiait à rendre douloureuses sans qu'elles fussent mortelles, n'eût-il pas fallu une constance plus qu'humaine? Celle des Béarnais finit par succomber. Le Languedoc, la Guyenne, la Saintonge devinrent à leur tour le théâtre des missions bottées, et comme dans le Béarn, après avoir supporté pendant des jours, des semaines même tout ce que le corps humain peut endurer sans mourir, une foule de Protestants au désespoir feignirent d'abjurer. On vit des villes entières se convertir en masse.

Un si beau succès, grossi encore par des relations mensongères , persuada au roi que les Huguenots étaient réduits à un si petit nombre, qu'il n'avait plus rien à en redouter. L'assemblée générale du clergé catholique, tenue au mois de mai 1685, enflamma de plus en plus son bigotisme par ses odieuses congratulations. Le despote s'imagina qu'il lui suffirait de manifester sa volonté pour faire rentrer promptement dans le giron de son Église le petit nombre des Protestants assez audacieux pour oser persévérer dans une religion qui lui déplaisait. L'édit de Nantes fut révoqué, le 18 octobre 1685 , aux applaudissements de la France catholique presque tout entière. Les chaires et les académies prodiguèrent à l'envi des éloges bassement adulateurs au nouveau Constantin; la poésie et l'éloquence célébrèrent avec émulation le triomphe du grand roi sur l'hydre de l'hérésie ; les arts se disputèrent l'honneur de consacrer le souvenir de ce glorieux événement.

Conformément à l'édit révocatoire, les temples furent partout démolis, le culte domestique défendu sous peine de confiscation de corps et de biens, tous les ministres bannis, toutes les écoles protestantes fermées. Les enfants devaient être pré-


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sentes au baptême des Curés sous peine d'une amende de cinq cents livres. Les peines portées contre les relaps furent confirmées, la sortie du royaume interdite sous peine des galères pour les hommes et de confiscation de corps et de biens pour les femmes; enfin, au milieu de toutes ces atrocités, un article dérisoire promettait restitution de leurs biens aux réfugiés qui, dans le délai de quatre mois, rentreraient en France pour y trouver, quoi ? — des persécutions et des tortures (Pièces justif. N° XCIV).

En proscrivant le culte protestant, l'édit laissait au moins subsister la liberté de conscience. Ce reste de tolérance souleva les plaintes du clergé et de tout le parti des bigots. Les dragonnades continuèrent donc comme auparavant, et coup sur coup parurent un grand nombre de déclarations d'une barbarie révoltante. Les émigrations se multiplièrent. Dès l'année 1689, les confiscations avaient mis le gouvernement en possession des biens de cent mille réfugiés. En vain le roi faisait-il garder les frontières et les côtes avec une vigilance extrême ; plus on inventait de moyens pour retenir forcément les Protestants, plus ils en inventaient, eux, pour fuir, malgré la douleur qu'ils devaient éprouver à abandonner le pays qui les avait vus naître, la terre où reposaient leurs pères, malgré les fatigues et les périls de l'évasion, malgré la perspective d'une vie de privations et de misères. Ils savaient bien que tous les États protestants leur tendaient les bras, que la Suisse, l'Allemagne, les États-Unis, l'Angleterre, le Danemark, la Suède , les accueilleraient avec une hospitalité fraternelle, que la Russie elle-même leur offrait un asile assuré. Mais la charité la plus libérale pourrait-elle soulager tant d'infortunes ? Ne finirait-elle pas par s'épuiser? Cette crainte ne pouvait manquer de se présenter à leur esprit, et cependant rien ne les retint ; ils n'hésitèrent pas à se dévouer à toute sorte de maux plutôt que de renier leur foi.

C'est au milieu de cette désolation de deux millions de Français qui n'avaient en aucune manière encouru la sévérité des


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lois, qui, à l'heure même, déployaient une constance, un héroïsme dignes de la primitive Église, qui sacrifiaient tout, leur fortune, leur patrie, leur vie même à ce qu'ils croyaient la vérité, c'est au milieu de ces horreurs que Bossuet, le grand Bossuet, s'écriait dans une chaire chrétienne : « Touchés de tant de merveilles, épanchons nos coeurs sur la piété de Louis, poussons jusqu'au ciel nos acclamations ! »

La piété de Louis ! —Pour la mettre dans tout son jour, qu'on nous permette de comparer sa conduite avec celle de l'inquisition d'Espagne. Le monarque français punissait des châtiments les plus terribles ceux de ses sujets qui osaient opposer les ordres de leur conscience à sa volonté absolue, et il leur défendait en même temps sous peine des galères d'aller chercher sous une autre domination la liberté d'adorer Dieu comme ils l'entendaient. C'était à ses yeux un attentat à sa gloire! Dans des circonstances analogues, que fit l'inquisition, qu'on a cependant flétrie, et à juste titre, des noms les plus odieux? Elle offrit aux Maures qu'elle faisait chasser d'Espagne le choix entre la conversion ou l'exil, rendant ainsi hommage à la loi naturelle que violait audacieusement le grand roi. La Ligue elle-même, au milieu de toutes ses fureurs, avait respecté mieux que Louis XIV la liberté de conscience ; elle se contenta, nous l'avons vu, de bannir du royaume les Protestants qui refuseraient d'embrasser le catholicisme.

Des historiens, nous ne l'ignorons pas, ont avancé que Louis XIV était resté étranger aux atroces mesures que l'on prenait en son nom ; « mais, dit Sismondi, aucun monarque si vigilant, si jaloux de tout savoir, si irrité contre tout ministre qui aurait prétendu lui cacher quelque chose, n'était encore monté sur le trône de France ; et ce n'était pas une entreprise violente, poursuivie à l'aide de ses troupes, dans toutes les provinces de son royaume, pendant plusieurs années de suite, contre plus de deux millions de ses sujets, qui pouvait être dérobée à sa connaissance. » La responsabilité en retombe donc tout entière sur lui.


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Tandis que des milliers de Protestants fuyaient une terre inhospitalière et allaient mettre leur industrie, leurs talents, leur courage et leur implacable ressentiment au service des puissances étrangères, d'autres employaient toute sorte de ruses et de déguisements pour rentrer dans un pays d'où ils avaient été bannis. Obéissant à des sentiments de piété exaltés encore par la persécution, une foule de pasteurs se dévouèrent ainsi à une mort presque certaine pour venir consoler leurs frères. Les forêts, les cavernes, les déserts devinrent des lieux de prière pour les Réformés du Languedoc et du Dauphiné. On accourait secrètement de plusieurs lieues pour y entendre prêcher la parole de Dieu, s'y édifier par le chant des psaumes, y faire bénir les mariages ou baptiser les enfants, et y participer à la sainte Cène. La simplicité du culte protestant permettait de multiplier ces réunions qui, une fois dispersées, ne laissaient aucune trace. Telle fut l'origine des assemblées du désert « à qui la France doit, selon la sage remarque de Rulhière, de n'avoir pas vu se métamorphoser en sauvages et en brigands, sans instruction et sans moeurs, ceux qui avaient formé tant d'hommes éminents dans leurs écoles. »

Quelque soin qu'ils prissent pour se cacher, les Protestants ne purent échapper longtemps à la vigilance des agents du pouvoir. Dès le 1er juillet 1686, parut une ordonnance qui condamnait à mort les ministres rentrés en France et tous ceux qui seraient surpris dans une assemblée religieuse. Le 29 avril, une déclaration plus odieuse encore, puisqu'elle ne respectait pas même la sainteté du tombeau, avait ordonné que les nouveaux convertis qui dans une maladie refuseraient les sacrements seraient après leur mort traînés sur la claie et leurs biens confisqués, et que dans le cas où ils guériraient, ils seraient, après amende honorable, condamnés les hommes aux galères, les femmes à la réclusion perpétuelle. Les conversions étaient, en général, si peu sincères que « dans la plupart de nos villes, dit Rulhière, que nous aimons à citer parce qu'il professait la religion catholique,


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on n'eut que trop fréquemment cet affreux spectacle de cadavres traînés sur la claie. On y voyait trop souvent des prêtres échauffés et le viatique en main, escortés d'un juge et de ses huissiers, se rendre chez les mourants, et bientôt après une populace fanatique se faire un jeu cruel d'exécuter elle-même la déclaration dans toute son horreur. » Le scandale fut poussé si loin que Louis XIV lui-même dut recommander aux intendants des provinces de rendre ces profanations le plus rares possible. Il avait été déjà obligé de réprimer l'exagération de leur zèle qui était allé jusqu'à permettre aux traitants d'établir une espèce d'inquisition sur la conduite des nouveaux convertis auxquels ils avaient dû faire la restitution de leurs biens par suite de leur abjuration.

Ces injonctions furent-elles suivies? Nous l'ignorons; ce qui est certain, c'est que vers cette époque le gouvernement, embarrassé du grand nombre de forçats qui encombraient les galères, les fit déporter en Amérique où presque tous périrent misérablement.

La formidable coalition que Guillaume d'Orange réussit à former, en 1689, contre le roi de France, qui dut employer à la combattre toutes les forces du royaume, permit aux Protestants de respirer; mais à peine la paix de Ryswick fut-elle conclue que Louis XIV en revint à l'exécution de ce qui était à ses yeux la meilleure et la plus sainte action de son règne. Ni les revers qu'il éprouva coup sur coup, ni les malheurs domestiques qui le frappèrent dans les dernières années de sa vie, comme autant de châtiments de Dieu, ne purent l'en détourner. Les rigueurs redoublèrent surtout dans le Languedoc où l'infâme Basville se signala par d'épouvantables cruautés. La position des Protestants était d'autant plus insupportable que le triomphe momentané des Jansénistes à la Cour, faisait prévaloir dans le clergé catholique les principes rigides de ce parti dont on a dit avec raison qu'il ne lui avait manqué que le pouvoir pour être plus dur que ses ennemis. Autant les prêtres de l'Église romaine avaient été jusque-là peu scrupuleux sur la sincérité des abjurations, autant


LXXXVI COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

ils commencèrent à se montrer dès lors difficiles, sans cesser toutefois de provoquer le gouvernement à user envers les Huguenots d'une contrainte salutaire, c'est-à-dire à les forcer de changer de croyance par les logements militaires, le surcroît d'impositions, les galères et autres moyens aussi contraires à la divine mansuétude de la religion qu'ils prêchaient.

L'émigration recommença, et, dans l'espoir de l'arrêter, oh dut renouveler les ordonnances qui défendaient de sortir du royaume à ceux que, par une fiction inique et dérisoire, oh feignait de regarder, comme des convertis.

On se demande avec étonnement comment il se peut que les Protestants aient supporté tant de persécutions, tant de tortures; comment ils ont pu voir leurs temples rasés, leurs familles livrées à la brutale licence des soldats , leurs enfants ravis, leurs pasteurs condamnés à l'atroce supplice de la roue, leurs frères égorgés par centaines ou enchaînés sur les bancs des galères, sans sentir se rallumer en eux quelques étincelles de cette énergie qui avait mis les armes à la main de leurs ancêtres. Mais leur patience s'explique peut-être par les efforts des ministres qui en étaient revenus aux principes de l'obéissance passive prêches par Calvin au commencement de la réforme, comme aussi par l'idée exagérée qu'ils s'étaient faite de leur propre faiblesse et de l'irrésistible puissance de leur tyran.

Cependant la révolte grondait sourdement au fond des coeurs; elle éclata enfin lorsque l'extermination des pasteurs eut laissé le champ libre à ces enthousiastes qu'on nomma les petits Prophètes. Leur exaltation, nourrie par le jeûne, la souffrance, la solitude et par la lecture de ces passages de l'Ancien Testament où les prophètes d'Israël annoncent au peuple les terribles vengeances de Jéhovah, se communiqua rapidement aux montagnards des Cévennes. L'attentat de l'abbé de Chaila contre deux jeunes protestantes fut le signal de l'insurrection, le 24 juillet 1702. Pendant plus de deux ans, les Camisards tinrent en échec


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. LXXXVII

la puissance d'un roi qui avait fait trembler l'Europe, et ils le forcèrent à la fin de traiter avec eux.

Le Protestantisme n'était donc pas extirpé ; si le roi en avait pu douter, cette guerre, marquée par tant de barbaries, aurait suffi pour l'en convaincre. Et cependant, dans tous les édits rendus au sujet de la religion, on feignait de croire qu'il n'y avait plus de Huguenots dans le royaume, que tous s'étaient convertis. C'était un mensonge, mais par ce mensonge on livrait les Protestants à la mort civile et à toutes les peines portées contre les relaps avec lesquels on les assimilait; on ne voulait rien de plus. Cette législation qu'Aignan a parfaitement caractérisée, en l'appelant insidieuse et dérisoire, arme d'une perfide hypocrisie, facilitait, selon les temps et les lieux, les alternatives de persécution et de tolérance et substituait à l'action de la loi l'arbitraire de l'autorité. Les Jansénistes , à qui Rulhière attribue à l'égard des Réformés de bonnes intentions dont il serait difficile toutefois de fournir la preuve, avaient fort contribué pendant le moment de faveur dont ils avaient joui, à établir cette opinion. Lorsque les Jésuites reprirent leur influence à la Cour, ils surent en tirer tout le parti possible. Le 8 mars 1715, ils firent rendre une déclaration portant que tous ceux qui déclareraient vouloir persister et mourir dans la religion prétendue réformée, qu'ils aient ou non fait abjuration, seraient réputés relaps, « d'autant, lit-on dans cette incroyable ordonnance, que le séjour que ceux qui ont été de la religion prétendue réformée ou qui sont nés de parents réligionnaires, ont fait dans notre royaume, depuis que nous y avons aboli tout exercice de ladite religion, est une preuve plus que suffisante qu'ils ont embrassé la religion catholique, apostolique et romaine , sans quoi ils n'y auraient pas été soufferts ni tolérés. »

Ce fut par cet acte inqualifiable ; qui révolta le parlement lui-même, que Louis XIV couronna dignement la longue série d'iniquités dont il s'est rendu coupable envers deux millions dé ses sujets les plus fidèles et les plus soumis. Il expira le 1er sep-


LXXVIII COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

tembre, en reconnaissant, dit-on, qu'il avait porté son autorité

trop loin et en rendant responsables devant Dieu le P. Tellier,

avec les cardinaux de Bissy et de Rohan, des maux qu'il

avait causés aux Protestants. Mais ce repentir à l'heure de la

mort nous semble trop suspect pour que l'histoire en tienne

compte.

Le monarque n'avait pas exhalé le dernier soupir que, comme pour protester contre son infâme loi, d'intrépides pasteurs se dévouaient à relever dans le Midi les églises ruinées par les persécutions. Cette oeuvre de réorganisation se poursuivit sans empêchement pendant les premières années de la régence.

Cette espèce de tolérance était d'autant plus incertaine qu'elle ne procédait chez le duc d'Orléans ni du respect des droits delà conscience, ni d'un sentiment d'humanité, mais uniquement de la faiblesse et de l'irrésolution de son caractère. « Si d'un trait de plume, écrit l'historien anglais Smedley, il avait pu envoyer tous les Protestants à la Bastille , il est probable qu'il eût signé sans hésiter la lettre de cachet; mais les dompter d'abord, puis régler par des lois le sort de milliers de sectaires récalcitrants, c'était une tâche dont la perspective seule le faisait reculer d'effroi. » Il est très-vraisemblable que le souvenir encore vivant de la terrible guerre des Camisards ne resta pas non plus sans influence sur sa politique.

Quoi qu'il en soit, il fut assez habile pour faire considérer par les Protestants son inaction comme un effet de sa clémence. Prompts à céder à une douce illusion, ils lui adressèrent des pétitions où ils lui représentaient l'horrible position à laquelle les avait réduits la barbare législation de Louis XIV. Que leur répondit-il? « Qu'il maintiendrait les édits, mais qu'il espérait trouver dans leur bonne conduite l'occasion d'user de ménagements. »

Les Réformés restèrent donc livrés à l'arbitraire des gouverneurs. Dans quelques provinces ils eurent beaucoup à souffrir, dans d'autres ils furent plus ménagés. A tout prendre, ils


DU PROTESTANTISME EN FRANCE LXXXIX

n'eurent pas trop à se plaindre, surtout depuis le rappel de l'intendant Basville; aussi se montrèrent-ils tellement reconnaissants de la tolérance tacite qui leur était accordée par le gouvernement , que non-seulement ils repoussèrent avec indignation les avances d'Albéroni, mais qu'ils ne songèrent plus à émigrer quoique les frontières leur fussent ouvertes.

Ils eurent bientôt sujet de s'en repentir. Le duc d'Orléans mourut en 1723. L'habile évêque de Fréjus, ne jugeant pas le moment venu de se saisir du pouvoir, détermina Louis XV à nommer pour son premier ministre le duc de Bourbon, « jeune homme farouche, dit Lemontey, d'une intelligence grossièrement ébauchée, d'un aspect hideux depuis qu'il avait perdu un oeil, et brutal dans ses haines comme dans ses amours. » Un des premiers actes du nouvel arbitre des destinées de la France fut la désastreuse déclaration du 14 mai 1724 qui l'emportait encore en rigueur sur les plus dures dispositions pénales de Louis XIV. Cette déclaration avait été préparée, de concert avec Basville, par Lavergne de Tressan, évêque de Nantes, un des hommes les plus corrompus et les plus irréligieux de cette époque d'impiété et de cynisme. Le digne prélat espérait mériter par là les faveurs de Rome et en obtenir le chapeau de cardinal qu'il convoitait. Au fond, cette ordonnance nouvelle n'était qu'une compilation des édits les plus sévères rendus sous le dernier règne, compilation informe, confuse, contradictoire, qui dénote ou bien peu de discernement ou un insigne machiavélisme (Pièces justif. N° XCV). «On vit avec étonnement dans ce siècle incrédule, lit-on dans Sismondi, lorsque le pouvoir était aux mains d'un prince sans foi et sans probité et d'une courtisane sans pudeur, renouveler une persécution que la foi rigide de Louis XIV pouvait à peine faire comprendre. Le clergé, les intendants, les tribunaux ne l'avaient ni demandée ni prévue ; cependant ils l'acceptèrent, et ils se mirent à l'oeuvre sans pitié. »

Dans toute la France, excepté l'Alsace où la liberté de con-


COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE cience était garantie par les traités, lés Protestants se trouvèrent réduits à une condition pire que jamais. Sous Louis XIV, il leur avait suffi longtemps du moindre acte de catholicité, si leur conscience ne se révoltait pas contre cette hypocrisie, pour obtenir la permission de vivre en paix, et lé clergé se contentant des apparences mettait le plus grand empressement à recevoir ces prétendues abjurations. Mais à cette époque d'autres principes avaient prévalu. Les curés ne voulaient plus admettre dans le giron de l'Église romaine que des gens sincèrement convertis, et ils exigeaient de leurs néophytes non-seulement des épreuves qui duraient six mois, un an et même au-delà selon les diocèses, mais une déclaration expresse qu'ils maudissaient leurs parents décédés et croyaient à leur damnation éternelle. D'un autre côté, les tribunaux ne cessaient de menacer des peines les plus terribles les Protestants qui ne participaient pas aux sacrements, que les prêtres s'obstinaient à leur refuser. Exposés ainsi à l'application de lois barbares et réduits en même temps à l'impossibilité de faire constater leurs mariages, leurs naissances, leurs décès, c'est-à-dire retranchés par lé fait de la société civile, les Réformés durent tenter, les uns de fuir — ce fut la sixième émigration, — les autres, de rétablir jusqu'à un certain point ce qu'avait détruit Richelieu, c'èst-à-dirè de réconstituer un État dans l'État, en se choisissant dés arbitres, des juges et eh se donnant à eux-mêmes leurs proprés lois.

Qu'on nous permettre ici un rapprochement. Dans un temps où par d'épouvantables massacres les Irlandais semblaient avoir appelé sur eux et sur leur pays toutes les rigueurs d'une légitime répression, l'Angleterre lés traita avec une sévérité excessive peut-être ; mais au moins elle ne songea jamais à les dépouiller de leurs droits Civils, à imprimer sur le front de leurs enfants le sceau légal de la bâtardise, et bien moins encore eut-elle la pensée de retenir par la force ceux d'entre eux qui préférèrent l'expatriation à une vie sans avenir; s'ils voulaient fuir, tous les ports du royaume-uni leur étaient ouverts. Nous venons de voir


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. XCI

comment le roi de France en avait agi, non pas envers des fanatiques rebelles comme les Irlandais, mais envers des populations paisibles, laborieuses, qui ne demandaient qu'à vivre et à mourir eh paix dans la religion de leurs pères. Que l'on comparé et que l'on dise lequel des deux gouvernements a forfait surtout aux lois éternelles de la justice et de l'humanité !

Les effets désastreux de l'édit de 1724 furent paralysés un instant par la prudence et la modération du cardinal Fleury. Sous son administration, les Protestants jouirent d'un repos qui paraît leur avoir inspiré quelque espoir d'amélioration dans leur sort. L'organisation des églises s'avança rapidement, de fréquentes assemblées se tinrent au désert, un séminaire fut fondé à Lausanne pour élever des candidats au martyre, les synodes se multiplièrent et prirent de sages, d'énergiques mesures pour régulariser le culte et combattre le prosélytisme romain qui alors, comme aujourd'hui, s'attachait de préférence à séduire l'enfance. Il est vrai que de loin en loin un pasteur périssait sur l'échafaud, que les condamnations aux galères, à l'amende, à la confiscation se renouvelaient assez fréquemment, mais ces exceptions « n'infirmaient pas, dit M. Coquerel, le fait général d'un adoucissement dans l'application des lois persécutrices, adoucissement fondé sur l'impossibilité absolue de les mettre à exécution. »

Cet état de choses ne convenait pas au clergé catholique; il se plaignit amèrement de ce que les édits n'étaient pas exécutés, et il est probable que ses doléances, en contribuante aiguillonner l'ardeur des intendants, furent pour beaucoup dans les nombreuses condamnations qui frappèrent les Protestants depuis 1734 jusqu'au moment où éclata la guerre de la succession d'Autriche.

A cette époque les parlements reprirent sur l'autorité administrative la prépondérance dont ils avaient été dépouillés par Louis XIV. Toutefois ce changement politique fut loin d'être favorable, comme on aurait dû s'y attendre, aux églises réformées ; mais en face de la rigueur systématique de ces corps ju-


XCII COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

diciaires comme en présence de l'arbitraire brutal des intendants, les Protestants n'en continuèrent pas moins à braver d'iniques édits pour obéir à leur conscience. Les pasteurs, de leur côté, ne négligèrent rien afin de donner au culte une forme plus stable et plus régulière. Le 18 août 1744, ils tinrent dans les environs de Nismes, au désert, un synode national auquel assistèrent les députés du Poitou, de l'Aunis, de l'Angoumois, de la Saintonge, du Périgord, du Languedoc, de la Guyenne, du Dauphiné et de la Normandie ( Pièces justif. N° XCVI ). Ce fut, depuis la révocation de l'édit de Nantes, le premier synode où se trouvèrent réellement représentées toutes les provinces protestantes de France. Ses résolutions se distinguent par un esprit de sagesse, de prudence et de modération qui fait le plus grand éloge des pasteurs et des anciens qui le composaient.

Cette assemblée n'avait pu être tenue si secrète que le gouvernement n'en fût instruit. Les ennemis des Protestants s'empressèrent de la présenter à la Cour sous une couleur factieuse. Les circonstances les favorisaient. La guerre était alors dans toute sa fureur ; on craignit un mouvement des Huguenots ; on redoutait leur alliance avec les Anglais; le souvenir de la guerre des Camisards était encore présent ; dès les premiers jours de l'année suivante, parurent de nouvelles ordonnances contre ceux qu'on s'obstinait à appeler les nouveaux convertis. Ces ordonnances étaient ridicules à force d'absurdité. « Déporter aux galères des réunions de trois mille personnes, rançonner des districts entiers et nombreux de 3,000 livres d'amende par tête d'habitant réformé inscrit à la capitation, en cas de capture d'un ministre, mettre des villages entiers à l'amende : c'étaient là, dit M. Coquerel, des lois que ceux mêmes qui les rendaient ne purent avoir le projet d'appliquer sérieusement. »

Cependant les persécutions recommencèrent avec autant de férocité que jamais. Plusieurs pasteurs furent pris et exécutés, plusieurs assemblées investies et écharpées ; les dissolutions de mariages, les enlèvements d'enfants, les condamnations aux ga-


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. XCIII

lères ou à la prison perpétuelle se succédèrent coup sur coup; on vit même dans le Rouergue recommencer les dragonnades. Une septième émigration eut lieu.

La mesure était comble. Malgré les pressantes exhortations de leurs ministres qui ne cessaient de leur recommander la soumission et la patience, quelques montagnards des Cévennes, exaspérés par tant de persécutions, s'armèrent en 1752 et allèrent attendre au passage un détachement de dragons qui, sous la conduite de quelques prêtres, pénétraient dans leurs âpres vallées pour leur ravir leurs enfants. Ils firent feu et trois curés tombèrent sous leurs balles. Cet événement répandit la terreur dans toute la province, et tira enfin Louis XV de son apathie égoïste, mieux que n'avaient pu le faire les touchantes suppliques que les Protestants ne se lassaient pas de lui envoyer. Ses ordres mirent un terme à une situation intolérable. Les enlèvements d'enfants continuèrent, il est vrai ; mais on renonça sans retour aux dragonnades, et l'on mit si peu d'activité à surveiller les assemblées du désert qu'elles redevinrent aussi nombreuses que jamais. Tous ceux qui avaient été contraints à des actes de conformité, s'empressèrent d'en faire pénitence.

Cependant ce relâchement de la tyrannie fut de peu de durée; l'intolérance reprit bientôt son empire, et cette fois, ce fut le plus incrédule des courtisans de Louis XV qui se chargea de porter les derniers coups à l'Église réformée. La trompeuse sécurité des Protestants fut brusquement troublée, le 16 février 1754, par la publication d'un ban du duc de Richelieu, portant les peines les plus sévères contre toute espèce d'assemblées religieuses. La persécution recommença avec fureur : pasteurs mis à mort, assemblées inoffensives dispersées à coups de fusil, rapts, séquestrations, condamnations aux galères ! Une fois de plus la désolation couvrit tout le Midi. Excitée par des prêtres fanatiques, effrayée par des bruits calomnieux, la populace catholique prit les armes et en plusieurs endroits elle se rua sur


XCIV COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

les Protestants qu'elle traquait comme des bêtes fauves en se

faisant suivre de dogues qu'on lançait contre eux.

Et cependant au milieu de tant de périls, non-seulement les Protestants français restèrent fidèles à leur religion, mais ils osèrent même édifier des maisons de prières dans le Béarn, la Guyenne et la Saintonge. Quelle est donc la divine puissance d'une foi capable d'inspirer tant de constance et d'héroïsme !

Ces horreurs ne pouvaient durer. Les moeurs s'étaient adoucies, les haines religieuses s'effaçaient de jour en jour, et déjà des voix généreuses s'élevaient dans le sein de la magistrature elle-même pour réclamer au nom de l'humanité et des intérêts de l'État un adoucissement au sort des Protestants. A la vue des échafauds teints du sang d'hommes pieux et vénérables, à l'aspect de cette foule de mères éplorées à qui on ravissait leurs enfants, au récit des odieuses spoliations qu'on exerçait contre les religionnaires, et des infâmes délations qu'encourageait une législation atroce, les philosophes, trop indifférents jusque-là à tant d'infortunes, s'émurent enfin ; ils firent retentir l'Europe d'un long cri d'indignation. Leur influence était alors toute puissante; aussi eurent-ils peu de peine à soulever l'opinion publique qui entraîna à son tour le gouvernement dans les voies de la tolérance, à l'époque même où les parlements détruisaient l'ordre des Jésuites.

Ainsi, après avoir violé pendant un siècle les droits les plus saints, après avoir renversé tous les principes, sapé les bases mêmes de la société, après avoir ruiné et dépeuplé le royaume, après avoir fait couler des torrents de larmes et de sang, le gouvernement dut céder à l'indomptable courage des Protestants, il dut s'avouer vaincu. Mais au lieu d'accepter franchement sa position nouvelle, au lieu d'appliquer au mal un remède radical, il se contenta de palliatifs. Il ferma les yeux sur les assemblées, il rendit à la liberté les Protestants qui gémissaient dans les galères ou dans les prisons (Pièces justif. N°XCVII.), il ne s'opposa plus à la célébration du culte, il réduisit les actes


DU PROTESTANTISME EN FRANCE. XCV

baptistaires à une formalité insignifiante, la preuve légale du mariage à la notoriété publique, il assimila les sépultures des Protestants à celles des Juifs et des Musulmans, et il laissa s'établir une tolérance d'autant plus précaire qu'elle ne reposait que sur l'opinion.

On comprend que cette tolérance ne s'établit pas tout d'un coup ; mais pour être lents, ses progrès n'en étaient pas moins sensibles. Nous en avons une preuve irrécusable dans les actes du synode national tenu en 1763. Il n'y est plus question, comme dans celui qui s'était assemblé en 1756, pendant la dernière persécution, de présenter au roi une très-humble requête pour le supplier d'avoir compassion des misères des Réformés. Il y règne au contraire un ton de confiance dans l'avenir qui montre évidemment que les Protestants étaient remplis d'espoir dans le triomphe de leur cause (Pièces justif. Nos XCVIII etXCIX). L'un et l'autre, d'ailleurs; eurent la sagesse de se renfermer strictement dans des questions purement religieuses, et de travailler avant tout à resserrer les liens des églises protestantes de France.

Dès les dernières années du règne de Louis XV, les persécutions violentes, les supplices cessèrent donc presque partout. Mais l'état des Protestants différait encore selon les provinces. Dans le Languedoc, ils jouissaient d'une tolérance à peu près complète, tandis que dans le Dauphiné leurs assemblées étaient toujours proscrites. Dans la Saintonge, l'Angoumois, le Périgord et le comté de Foix, ils avaient des oratoires même dans les villes ; dans la Normandie, au contraire, leurs maisons de prières étaient fermées par lettres de cachet. Combien était incertaine et insuffisante une tolérance qui dépendait ainsi du caprice d'un gouverneur !

Cet état de choses dura cependant jusqu'à la fin du règne scandaleux de Louis XV.

Quoiqu'il eût encore prêté à son sacre le serment d'exterminer les hérétiques— ou que son courage se fût borné, selon


XCVI COUP-D'OEIL SUR L'HISTOIRE

Turgot, à substituer, en rougissant, à l'antique formule quelques mots inintelligibles, — le zèle de Louis XVI n'alla pas jusqu'à la persécution. L'éducation dévote qu'il avait reçue devait, il est vrai, inspirer des craintes ; mais il n'avait pu rester étranger aux idées de son temps, et la tolérance était dans les voeux de quiconque n'était pas aveuglé par l'esprit de caste ou de parti. Ce ne fut pas sans peine toutefois qu'il résista aux clameurs du clergé catholique qui, en 1775, réclama de nouveau avec chaleur par l'organe de ses députés, au nombre desquels figurait Talleyrand, la dispersion par la force des assemblées des religionnaires et l'exclusion des Protestants de tous les emplois, et qu'il se décida à suivre les avis de son Conseil, depuis longtemps en relation secrète avec les pasteurs du désert, en rendant aux Protestants une existence légale par son édit cflèbre de 1787 (Pièces justif. N° C). C'était un premier pas, et Louis XVI sentait lui-même la nécessité de compléter son oeuvre , comme il le déclara, en réponse aux remontrances du parlement de Paris. Les Protestants restaient toujours sous le coup des lois pénales de Louis XIV et de Louis XV ; il se proposait de les abolir, à l'exception de celles qui interdisaient tout culte public autre que le catholique. L'Assemblée nationale offrit aux Protestants une réparation plus complète.

Le 21 août 1789, elle décréta l'article XI de la Déclaration des droits de l'homme, portant: « Tous les citoyens étant égaux aux yeux de la loi, sont également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans aucune distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

Le 23 du même mois, elle rendit le décret suivant : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi, » et le 13 avril 1790, fidèle à ce grand principe, elle passa à l'ordre du jour sur la motion d'un membre qui demandait que la religion catholique, apostolique et romaine eût seule en France un culte autorisé,


DU PROTESTANTISME EN FRANCE XCVII

Ainsi se sont vérifiées, après trois siècles environ de persécutions non interrompues, ces belles paroles de Théodore de Bèze au roi de Navarre, Antoine de Bourbon, qui lui déclarait, au sujet du massacre de Vassy, que quiconque toucherait à son frère le duc de Guise du bout du doigt, le toucherait, lui, à tout son corps : « Sire, lui répliqua le réformateur, c'est, il est vrai, à l'Église de Dieu au nom de laquelle je parle, d'endurer les coups et non pas d'en donner ; mais aussi vous plaira-t-il vous souvenir que c'est une enclume qui a déjà usé beaucoup de marteaux. »

Dans le rapide coup-d'oeil que nous venons de jeter sur un des plus tristes épisodes de notre histoire, nous n'avons pas cru devoir repousser des attaques déloyales ou absurdes auxquelles les Protestants sont encore en butte de la part de certains adversaires. Tous les partis religieux ou politiques se sont vus tour-àtour exposés à la calomnie ; c'est l'arme de l'impuissance et de l'erreur. Mais au nombre de ces accusations, il en est une qui mérite que nous nous y arrêtions. On a dit que le Protestantisme poussait à la République; Calvin déjà, dans la dédicace de son admirable Institution Chrétienne, s'en préoccupe pour dissiper les craintes de François Ier. Que les Protestants soient ennemis du despotisme, cela est vrai ; ils l'ont prouvé dans tous les États où ils sont arrivés au maniement des affaires ; mais qu'ils repoussent toute forme de gouvernement qui n'est pas la démocratie pure, c'est une calomnie. La Suède, le Danemark, la Prusse, la Hollande, l'Angleterre, en sont la preuve. Et en France, du moment que le gouvernement entra dans des voies libérales, qu'il abolit les distinctions de castes, porta la main sur les abus du régime absolu, établit une justice égale pour tous, et qu'au lieu du bon plaisir, il inscrivit en tête de la loi la volonté nationale, l'Église protestante se rangea de son côté, ' tandis que l'Église rivale, se disant persécutée, arbora le drapeau de l'Opposition pour ne se rapprocher du pouvoir que dans les temps de réaction, notamment en 1815 où les massacres

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XCVIII COUP-D'OEIL SUR L' HISTOIRE DU PROTESTANTISME EN FRANCE.

des Protestants recommencèrent dans le Midi. Et qu'on le remarque bien, quoique l'ère de la liberté politique en France soit aussi l'ère de sa délivrance, ce n'est pas dans le seul intérêt de sa conservation que l'Église protestante agit ainsi ; en donnant son appui à tout gouvernement sage, modéré, libéral, elle ne fait l'abandon d'aucun de ses principes. Ses doctrines sont celles de l'Évangile et l'Évangile ne commande que la fraternité et la justice.


LA FRANCE

PROTESTANTE.


N. B. Afin de faciliter les recherches, nous avons eu soin d'écrire en caractères italiques les noms des Protestants français qui correspondent aux renvois de l'Index ; la plupart de ces noms ayant d'ailleurs des articles spéciaux dans notre ouvrage, cette indication pourra tenir lieu de renvoi à la notice principale.

Toutes les fois que nos recherches ne sont pas restées infructueuses, nous avons préféré, à peu d'exceptions près, placer les notices sous les noms de famille : ainsi Coligny sous le nom de Chàtillon; Sully, sous celui de Béthune. Cette disposition nous semble seule rationnelle. Autrement les enfants d'une même maison ne pourraient trouver place dans le même article: ainsi de Coligny et d'Andelot. Une autre source de confusion serait dans les changements fréquents de noms, si ceux qui les portent n'étaient réunis dans une même notice : ainsi le S. S Acier devint duc d'Uzès à la mort de son frère aîné, tandis que son frère cadet Beaudiné, héritant de son nom et de son titre, devint le S. d'Acier. Des renvois pour les personnages les plus notables et l'Index ne laisseront d'ailleurs aucune espèce d'embarras au lecteur.

Les iioms de terres ou de familles commençant par l'article Le, La, tels que Le Duchat, La Roche, L'Allier, sont rangés sous la lettre L; et ceux précédés de l'article contracté Du, Des, tels que Du Plessis, Des Mazures, sous la lettre D.


LA FRANCE

PROTESTANTE

A

ABAUZIT (FIRMIN), né à Uzès, dans le Languedoc, le 11 novembre 1679; mort à Genève, le 20 mars 1767.

On sait peu de chose sur sa famille. Elle tirait, dit-on, son origine d'un médecin arabe, qui s'était fixé à Toulouse vers le IXe siècle. — A l'âge de 2 ans , Abauzit perdit son père. Cette perte dut être d'autant plus sensible à sa mère Anne Darlle, que le Gouvernement usait alors de toutes les rigueurs qu'autorise le despotisme, pour faire rentrer les enfants des veuves des Protestants dans le sein de l'Église catholique. Dès le 12 juillet 1685, il rendit un édit pour soustraire ces enfants, après la mort du père, à l'autorité maternelle. L'Édit de Révocation et celui de janvier 1686 furent encore plus explicites. En vertu de ce dernier édit, les enfants de ceux qui faisaient encore profession de la religion prétendue réformée, depuis l'âge de 5 ans jusqu'à l'âge de 16, devaient être mis, à la diligence des procureurs royaux, entre les mains de leurs parents catholiques, ou, à leur défaut,

entre les mains de telles personnes catholiques qui seraient désignées par les juges. Le jeune Abauzit et son frère cadet furent donc, conformément au voeu de la loi, enlevés à la tendresse et aux soins de leur mère, pour être placés et catéchisés dans le collège d'Uzès. Que de femmes, dans cette cruelle extrémité , se fussent abandonnées à leur douleur! La conduite de la mère des jeunes Abauzit fut bien différente. Ne prenant conseil que de son coeur, elle réussit à tromper la vigilance de ses persécuteurs, et, après être parvenue à retirer ses enfants d'entre leurs mains elle les envoya secrètement à Genève, où ils arrivèrent heureusement, en 1689, à travers mille dangers. Ce beau dévouement à sa foi amollit sans doute le coeur des juges : il ne fut puni que de la prison, et même, s'il en faut croire Sénebier (Hist. litt. de Genève, t. III), en admettant toutefois ce fait comme bien rare à cette époque de persécution, le dépérissement de la santé de Mme Abauzit lui fit remettre une partie de la peine.


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Dès qu'elle fut rendue à la liberté, elle ne balança pas un moment à braver encore une fois, au péril de sa vie, la terrible législation — nous ne dirons pas exceptionnelle, car où était la justice sous ce règne?— qui pesait de tout son poids sur le Protestantisme. Nul, d'après la loi, ne pouvait sortir du royaume, sous peine des galères pour les hommes, et de la confiscation de corps et de biens pour les femmes. Mais l'amour maternel triompha ; Mme Abauzit partit pour Genève, où elle eut le bonheur de rejoindre ses enfants. Dès lors, elle s'occupa exclusivement des soins dé leur éducation: Sous un tel guide , ils ne pouvaient qu'entrer de plain-pied dans le chemin de la vertu. Aussi, ferons-nous remarquer que ce sont bien moins les qualités de l'esprit, dans le savant qui fait le sujet de cette notice, qui excitèrent l'admiration de ses contemporains , que les qualités du coeur, celles qui s'acquièrent au sein de la famille et qui déterminent plus particulièrement le caractère et les moeurs.

Doué des plus heureuses dispositions , le jeune Abauzit fit des progrès rapides. Les belles-lettres, l'histoire, la géographie, les antiquités, les sciences naturelles, l'astronomie, les mathématiques, la théologie même, furent successivement l'objet de ses savantes études. Sa mémoire était surprenante. Analyste à un haut degré, il ne touchait à aucune science qu'il ne l'approfondît ; et ce qui rie se remarque que dans les savants d'un génie supérieur, l'étendue de ses connaissances ne nuisait pas à leur solidité; les bases en étaient profondément jetées , et surtout leur grande variété n'obscurcissait pas son jugement : résultat trop commun , lorsque ces connaissances n'étant pas digérées, restent, pour ainsi dire, à leur état brut.

Après avoir terminé ses études universitaires , Abauzit fit, en 1698, un voyage en Hollande et en Angleterre. Il s'y lia d'amitié avec plusieurs savants, et entré autres avec Bayale et

Newton, qui entretinrent depuis avec lui un commerce de lettres. Newton appréciait tellement le mérite de son jeune ami, qu'il lui écrivait en lui envoyant son Commercium epistoticum : « Vous êtes bien digne de juger entre Leibnitz et moi. » De son côté, Abauzit lui donna la preuve que son estime n'était pas mal placée en prenant sa défense contre le P. Castel, et en lui découvrant même dans son livre des Principes une erreur que l'illustre mathématicien corrigea dans la 2e édit. de son ouvrage. Il paraîtrait aussi, d'après une lettre de notre savant, qu'il lui fit changer d'opinion sur l'éclipse observée par Thalès, 585 ans avant l'ère chrétienne. La réputation d'Abauzit parvint jusqu'aux oreilles du roi Guillaume , qui lui fit faire des offres pour le retenir en Angleterre ; mais une lettre de sa mère qui pressait son retour, lui fournit un prétexte pour refuser. Jaloux à l'excès de son indépendance, il ne voulut jamais accepter aucune place , pas même celle de professeur de philosophie à l'Université de Genève, qui lui fut offerte en 1723. Il consentit seulement, en 1727, à remplir dans sa patrie d'adoption , qui venait de l'honorer du droit de bourgeoisie, les fonctions d'un des conservateurs de la bibliothèque de la ville, mais sans rétribution.

Nous avons dit que la mémoire d'Abauzit était prodigieuse. On en rapporté quelques traits vraiment remarquables. Lullin, professeur de Genève, l'entretenait un jour d'un fait particulier de l'histoire ecclésiastique, dont il s'occupait pour en faire le sujet d'une de ses leçons. Il s'agissait de Virgile, évêque de Saltzbourg au VIIIe siècle, que l'on prétend avoir été excommunié par le pape Zacharie, pour avoir avancé qu'il y a des antipodes. Quel ne fut pas son étonnement, lorsqu'il entendit Abauzit discuter ce sujet à fond comme s'il venait de l'étudier, et depuis plus de 50 ans , comme notre savant lui en fit l'aveu , il n'avait rien lu sur cette matière. La même chose arriva.


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à J. J. Rousseau,qui le consultait sur la musique des anciens. Abauzit lui exposa avec méthode et clarté tout ce que lui, Rousseau, n'avait appris que par un travail long et opiniâtre, en lui découvrant même beaucoup de choses qu'il ignorait j et cependant il ne s'en était pas occupé depuis les études dé sa jeunesse. Le célèbre voyageur Pococke n'éprouva pas un moindre étonnement lorsqu'il l'entendit décrire avec la plus grande exactitude des pays qu'il venait, lui., de parcourir et d'étudier. Il ne put jamais se persuader qu'Abauzit n'avait visité l'Orient que du fond de son cabinet.

Esprit vraiment encyclopédique , il n'est pour ainsi dire pas de science qu'Abauzit n'ait embrassée. Et cependant il a très-peu écrit. Il aimait l'étude pour elle-même. Jamais le désir de la gloire ne vint troubler sa vie. C'est là surtout ce qui a inspiré à l'auteur de l'Emile le magnifique éloge qu'il en fait. Nous le rapporterons en entier. Milord Edouard, dans la nouvelle Héloïse, écrivait à Saint-Preux : » Voulez-vous donc n'être toujours qu'un discoureur comme les autres, et vous borner à faire de bons livres au lieu de bonnes actions?» — « Non , ajoute Rousseau dans une note sur ce passage, non, ce siècle de la philosophie ne passera point sans avoir produit un vrai philosophe. J'en connais un, un seul, j'en conviens; mais c'est beaucoup encore, et pour comble de bonheur, c'est dans mon pays qu'il existe. L'oserai-je nommer ici, lui dont la véritable gloire est d'avoir su rester peu connu? Savant et modeste Abauzit, que votre sublime simplicité pardonne à mon coeur un zèle qui n'a point votre nom pour objet. Non, ce n'est pas vous que je veux faire connaître à ce siècle indigne de vous admirer ; c'est Genève que je veux illustrer de votre séjour, ce sont mes concitoyens que je veux honorer de l'honneur qu'ils vous rendent. Heureux le pays où le mérite qui se cache en est d'autant plus estimé ! Heureux le peuple où la jeunesse altière vient

abaisser son ton dogmatique et rougir de son vain savoir devant la docte ignorance du sage ! Vénérable et vertueux vieillard ! vous n'aurez point été prôné par les beaux esprits ; leurs bruyantes académies n'auront point retenti de vos éloges ; au lieu de déposer comme eux votre sagesse dans des livres, vous l'avez mise dans votre vie pour l'exemple de la patrie que vous avez daigné vous choisir, que vous aimez et qui vous respecte. Vous avez vécu comme Socrate ; mais if mourut par la main de ses concitoyens, et vous êtes chéri des vôtres. » On a remarqué que cet éloge , si mérité , était le seul que Jean-Jacques eût adressé dans ses écrits à une personne vivante. Voltaire qui, selon un des biographes d'Abauzit, lui doit beaucoup pour ses ouvrages historiques, paraît avoir professé pour lui une égale admiration. Un jour , raconte A. de Servan, qu'un de ces milliers d'adulateurs qui accouraient journellement à Ferney pour l'encenser , se présentait à lui avec cette phrase banale, qu'il était venu à Genève pour voir un grand homme : Avez-vous vu Abauzit ? interrompit Voltaire. La Harpe dit de lui qu'il était respectable par une longue carrière passée tout entière dans les études de la philosophie et dans la pratique de toutes les vertus. « Il était religieux par principes , dit Millin , chrétien par conviction , pieux sans hypocrisie, vertueux sans austérité. » Sa simplicité égalait sa modestie, elle perçait dans toutes ses habitudes ; économe de son temps, il était prodigue de ses travaux pour ses amis , et l'on retrouve dans leurs ouvrages bien des pages qui lui appartiennent. Aussi aurait-on tort de vouloir apprécier Abauzit seulement par les écrits qu'on a publiés de lui dans ses OEuvres Posthumes ; « il ne voulait pas, dit Sénebier, qu'ils vissent le jour ; il en faisait même si peu de cas, qu'il ne les redemandait jamais quand il les avait prêtés. » C'est ainsi que plusieurs de ses savantes dissertations furent im-


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primées à son insu, et eurent un grand succès. « En outre, il faut observer, ajoute le biographe , que plusieurs idées originales qui appartiennent à Abauzit, ont perdu le mérite de la nouveauté, soit parce que d'autres en ont profité , soit parce qu'elles ont été trouvées par des savants qui ont travaillé sur les mêmes sujets; mais elles n'en sont pas moins à lui et elles n'en contribuent pas moins à faire connaître la profondeur de son génie. »

C'est au milieu de ses paisibles travaux , dans une petite maison près de Genève, où il s'était retiré depuis quelque temps, qu'Abauzit termina , à l'âge de 87 ans, sa laborieuse et honorable carrière. — Ses publications sont peu nombreuses. En 1715, il avait consenti à coopérer à la traduction française du Nouveau Testament, qui parut en 1726. C'est sans doute sa participation à cet important travail qui lui valut plus particulièrement l'honneur d'être reçu dans le corps de la bourgeoisie de Genève. En 1730 , il fil insérer dans une nouvelle édition de l'Histoire de Spon ( 2 vol. in-4°) une dissertation latine sous ce titre : Geneva Sextanorum colonia; et il y joignit plusieurs inscriptions nouvelles avec les explications. Un autre travail du même genre sur un bouclier votif, trouvé dans l'Arve , près de Genève, en 1721, a été reproduit dans le Supplément de l'Antiquité expliquée de Montfaucon. Dans le Journal Italique , t. III, on trouve des observations d'Abauzit tendant à prouver que les Chaldéens connaissaient la sphéricité de la terre, et qu'ils avaient déjà déterminé la mesure d'un degré du méridien. Comme mathématicien, notre savant fit voir les erreurs où était tombé le chevalier Renau dans sa théorie de la manoeuvre des vaisseaux ; comme géographe , il avait non-seulement corrigé toutes les cartes de son atlas, mais il en avait dressé plusieurs, une entre autres pour montrer quelle devait être, diaprés la Genèse, la position du paradis terrestre; une autre de l'ancienne

Arabie, et une enfin du passage de Jules César dans la Grande-Bretagne. Savant théologien , on lui doit plusieurs dissertations sur des points de théologie controversés. Son Discours historique sur l'Apocalypse , qu'il fit lui-même paraître, mais dont les meilleurs bibliographes n'indiquent pas l'année de la première publication, lui attira plusieurs critiques et donna même lieu à des doutes sur l'orthodoxie de sa foi. Il y cherché à prouver que l'autorité canonique du livre de Saint-Jean est douteuse, et que les prédictions qui y sont contenues s'appliquent à la destruction de Jérusalem. Cet ouvrage fut traduit en anglais par le Dr Tweells, qui y ajouta une réfutation , et ses raisons, dit le biographe anglais, satisfirent tellement Abauzit, qu'il fit arrêter l'impression d'une nouvelle édition de son livre en Hollande. Vincent Tassin, en 1778 , et Bergier, dans son Traité historique et dogmatique de la vraie religion, 1780, s'attachèrent également à le réfuter. Outre son Essai sur l'Apocalypse, dont la substance se retrouve dans son article sur ce sujet, imprimé dans l'Encyclopédie de Diderot, trois autres morceaux de sa composition ont vu le jour de son vivant, mais sans sa participation. Ce sont : le Résultat de quelques conférences sur la théologie et la révélation judaïque , en Hollande , 1732 ; une Paraphrase de l'Épîlre de S. Paul aux Galates , Leyde , 1748 ; et une Lettre à une dame sur la controverse, que Lenfant fit imprimer à la suite de son ouvrage, intitulé : Préservatif contre le papisme, en disant que s'il l'avait connu plus tôt, il n'aurait pas composé son livre.

Après la mort d'Abauzit, on publia deux différentes éditions de ses OEuvres.

I. OEuvres diverses de M. Firmin Abauzit, contenant ses écrits d'histoire, de critique et de théologie , Genève , 1770, in-8°. — Cette édition est incomplète. Le 1er volume seul a paru ; il ne traite que de matières théologi-


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ques. L éditeur, de Vegobre, y adjoint, dans son Avertissement, une notice sur Abauzit.

II. OEuvres de feu M. Abauzit, Londres (Hollande), 1770 et 1773, 2 vol. in-8°. — Cette édition, qui a été dirigée par Moultou, est précédée de l'Éloge d'Abauzit par Bérenger. Le 1er volume est consacré à des dissertations de théologie. Deux des traités contenus dans l'édition précédente sont seuls reproduits dans celle-ci, qui renferme en outre le Discours historique sur l'Apocalypse. Le 2e volume contient différents morceaux de critique littéraire; des observations sur des sujets de physique, d'astronomie , et surtout d'antiquités romaines.

III. Extraits sur Phistoire de Genève, ms. fol. — « Ce recueil, dit Sénebier (Catal. raison, des mss. de la bibl. de Genève, 1779 , in-8°), est composé de feuillets épars, remplis d'excellents extraits de tout ce qu'on a peut-être écrit sur l'histoire ancienne de Genève; on y reconnaît le génie vaste , la critique judicieuse , les vues étendues du Socrate genevois. Il est fâcheux que le désordre de ces papiers et leur mauvais état en diminuent le prix; mais une mine est toujours précieuse, quoiqu'elle coûte quelque peine à exploiter. «

Sénebier dit, en outre, avoir trouvé dans les papiers d'Abauzit des pièces qui auraient fait honneur à sa mémoire , si elles avaient été publiées. Il remarque entre autres une dissertation sur les éclipses de lune, des lettres sur la pesanteur, des observations critiques sur deux pièces de Plaute, etc. Il cite encore une lettre à M. Des Vignoles sur l'antiquité des Assyriens, une autre sur le calendrier, et sa correspondance avec J. J. de Mairan, aussi instructive qu'intéressante. Du reste, la plupart des manuscrits d'Abauzit, à ce que rapporte Millin, furent brûlés à Uzès, par le zèle pieux de ses héritiers ; il n'en existe plus, dit-il, qu'une correspondance avec un de ses oncles , qui était ministre protestant.

ABBADIE (JACQUES) , docteur en

théologie, né à Nay, petite ville du Béarn, en 1654, selon les biographes anglais, et non pas 1657, comme le dit la Biogr. Univ. qui les copie mal, ou en 1658, selon le P. Nicéron, et mort, selon les premiers, le 25 sept. 1727, ou, selon le biographe français, le 2 octobre , à Mary-le-bone, petite paroisse alors située à un mille de Londres et aujourd'hui dans l'enceinte de la ville.

Après avoir reçu sa première instruction par les soins du célèbre moraliste Jean de La Placette, alors ministre à Nay, Abbadie alla compléter ses études à Puylaurens, à Saumur et à Sedan. C'est à l'académie de cette dernière ville qu'il prit le grade de docteur en théologie. Un de ses biographes nous apprend que l'indigence de ses parents ne leur ayant pas permis de faire les frais de son éducation,c'étaient les chefs des églises de sa province qui s'en étaient chargés. L'édit de Nantes n'était pas encore révoqué ; mais le gouvernement préludait à ce coup d'État par des persécutions partielles qui déterminaient chaque jour de nouvelles émigrations. Frédéric-Guillaume, le grand électeur, accordait aux réfugiés français une généreuse hospitalité dans ses états de Brandebourg, et il avait chargé le comte d'Espense, en ambassade à Paris, de lui envoyer un ministre pour lui confier la direction spirituelle de la colonie naissante. Le choix de son Grand Écuyer tomba sur Abbadie. L'Église française de Berlin ne comptait encore que peu de membres, et le service religieux se faisait dans la maison de ce seigneur. Mais l'électeur donna l'ordre de réparer l'ancienne chapelle de son palais pour l'usage de cette assemblée, et jusqu'à sa mort, les réfugiés jouirent de cette faveur. En possession de toute la confiance de ce prince, qu'il avait su gagner par son noble caractère autant que par ses rares talents, Abbadie se servit toujours de son crédit dans l'intérêt de ses malheureux compatriotes qui n'arrivaient le plus souvent


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au lieu du réfuge que dans le plus profond dénuement. Pendant les années 1684, 86 et 88, il fit plusieurs voyages en Hollande, dans le but surtout de donner ses soins à diverses -publications et, entre autres, à son célèbre traité de La Vérité de la religion chrétienne, le plus estimé de ses ouvrages. Frédérie-Guillaume étant mort en 1688, Abbadie ne sut pas résister aux instances du maréchal de Schomberg également réfugié en Prusse; qui le pressait, au nom de son amitié, de l'accompagner en Angleterre , où il suivit le prince d'Orange, depuis Guillaume III. On sait que ce maréchal périt à la bataille de laBoyne, en 1690, où l'armée du prétendant Jacques II fut mise en déroute. Ce fut dans ce temps, et au milieu du bruit des armes, qu'Abbadie composa son traité sur les Sources de la morale ou l'Art de se connaître soi-même. Là mort de son protecteur, qui l'avait emmené avec lui en Irlande sur la fin de l'été de 1689, l'ayant engagé à repasser en Angleterre , il fut nommé pasteur de l'Eglise française, dite de la Savoie, à Londres. Il en remplit les devoirs avec son zèle et son dévouement accoutumés, jusqu'à ce que le dérangement de sa santé lui faisant désirer de changer d'air, il acceptât doyenné de Killalow en Irlande, dont il fut pourvu à la recommandation du roi Guillaume. Il jouit de ce bénéfice jusqu'à sa mort. Les dernières années de sa vie se passèrent en Angleterre et en Hollande, il était depuis peu de retour d'Amsterdam, et il s'occupait d'une nouvelle édition de ses OEuvres, dont l'annonce avait déjà para, lorsqu'il s'éteignit dans la 75° année de son âge.

Nous ferons connaître ses différentes publications.

I. Sermons sur divers textes de l'Écriture, Leyde, 1680 , in-8°. — Ces Sermons, au nombre de quatre, ont été réimprimés plusieurs fois. Quelques autres prononcés dans des occasions solennelles, et parmi lesquels il y en a

qui étaient déjà arrivés en 1727 a leur 14° édition, ont paru séparément a des époques plus ou moins éloignées. Ils ont été tous réunis avec les Panégyriques de notre auteur, à Amst. l760 en 5 vol. in-8°, et sont précédés d'un Essai histor. sur sa vie et ses ouvrages.

II. Panégyrique de Monseigneur l'électeur de Brandebourg, Berl. et Rott. 1684, in-4° et in-8°. — Cet éloge a été traduit en italien par Gregorib Leti, qui l'a inséré dans son Histoire du Brandebourg. Bayle en avait dit tant de bien dans ses Nouvelles de la Rér publique des lettres , qu'Abbadie lui écrivit,, en le remerciant, qu'il avait fait le panégyrique de son Panégyrique.

III. La Vérité de la religion chrétienne, Rott. 1684, vol. in-4° et in-8°; 6e édit. 1711, 5 vol. in-12, le 5° vol. se compose du traité de la Divinité de notre Seigneur J.-Ch. qui ne parut qu'en 1689. Cet excellent ouvrage à eu de nombreuses éditions ; celle de 1688 renferme des additions considérables. Il a été traduit en plusieurs langues : en anglais, par H. Lussan; Londr. 1694, 2 vol. in-8°, et plusieurs fois depuis; en allemand , par C. L. Billerbeck , qui y a ajouté des notes et des prolégomènes, Francf. 1715, et par Hahn qui l'a également annoté, Carlsruhe, 1776, in-8°. - Il est divisé en 2 parties. Dans la 1er, l'auteur descend de cette proposition, Il y a un Dieu, à cette autre, Jésus, fils de Marie, est le Messie promis. Dans la 2e partie, de cette proposition, Il y a aujourd'hui des Chrétiens dans le monde, il remonte à cette autre, Il y a un Dieu, d'où chacun est amené à conclure que la Religion chrétienne est véritable. Comme Grotius, dontil suivit les traces, Abbadie sentait qu'avant d'entreprendre de prouver la vérité des dogmes du Christianisme, il fallait commencer par établir solidement la divinité du Christianisme lui-même ; cependant il ne sut pas se renfermer aussi strictement que l'auteur du traité De verd relig. christ., dans les limites

de l'apologétique ou de l'exposition


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scientifique des principes sur lesquels repose la divinité de la religion chrétienne. Il se laisse quelquefois entraîner par l'intérêt du sujet à prendre la défense de certains dogmes, rentrant ainsi dans la polémique et enlevant par là à son ouvrage ce caractère de généralité qui doit distinguer avant tout les écrits apologétiques et en faire comme le patrimoine, non d'une secte religieuse, mais de tous les Chrétiens. A cela près, son livre est supérieur sous le rapport de la forme et du fond à celui de Grotius. « Depuis longtemps, dit un critique, il n'avait point paru délivre où il y eût plus de force et plus d'esprit, plus de raisonnement et plus d'éloquence. » Cet éloge n'a rien d'exagéré. Bayle dans ses Nouv. de la Rép. des Lettres (oct. et nov. 1684), les Acta Eruditorum (mars 1685), le Journal des Savans (avril 1722), rendent à Abbadie le même témoignage. Des Catholiques même fanatiques, et personne de nos jours ne s'étonnera de nous voir citer dans le nombre la célèbre Mme de Sévigné, poussaient jusqu'à l'enthousiasme leur admiration. «C'est le plus divin de tous les livres,» écrivait-elle à Bussy-Rabutin , et l'auteur de l'Histoire amoureuse des Gaules, lui répondait sur le même ton : « Il n'y a que ce livre-là à lire au monde. » Quelques jours après, il reprenait la plume, tant son coeur débordait: «C'est un livre divin , lui écrivaitil de nouveau, je ne dis pas seulement pour la matière, mais encore pour la forme. Je ne veux plus lire que ce livre-là pour ce qui regarde mon salut. (Le comte de Bussy était alors âgé d'environ 70 ans. ) Jusques ici, continue-t-il, je n'ai point été touché de tous les autres livres qui parlent de Dieu , et j'en vois bien aujourd'hui la raison ; c'est que la source m'en paraissait douteuse; mais la voyant claire et nette dans le Livre d'Abbadie, il me fait valoir tout ce que je n'estimais pas. Encore une fois, c'est un livre admirable, il me peint tout ce qu'il me dit, et en un mot, il force ma raison

à ne pas douter de ce qui lui paraissait incroyable. » Le duc de Mohtausier, s'entretenant un jour de l'ouvrage d'Abbadie avec l'ambassadeur de l'électeur de Brandebourg; Spanheim, « la seule chose qui me chagrine, lui dit-il, c'est que l'auteur de ce livre suit à Berlin. » Et en effet ; c'était là une réflexion pénible qui devait venir à l'esprit de toute personne jalouse dé la grandeur et de la gloire de son pays.

IV.Réflexions sur la présence réelle du corps de J.-Ch. dans l'Eucharistie comprises en diverses lettres, La Haye, 1685, in-12; Rott., 1713,in-12.— Ces lettres sont au nombre de quatre. Dans là 1re, l'auteur traite de la manducation du corps de J.-Ch., et examiné le 6é chapitre de S. Jean ; dans la 2e, il expose la doctrine de la présence réelle et répond à quelques difficultés d'Arnaud ; dans la 5°, il attaque l'adoration de l'Eucharistie ; dans la 4e enfin, il rapporte un certain nombre de pensées que les Apôtres ont pu avoir, plus raisonnables et plus naturelles que celles de la transsubstantiation, lorsque J.-Ch. institua ce sacrement. — Les deux éditions qui ont paru de cet ouvrage, sont déclarées défectueuses dans le Projet de réimpression des ouvrages d'Abbadie, publié à Londres, en 1727, sous les yeux de l'auteur. Mais Chauffepié nie qu'Abbadie ait désavoué l'édit. de 1685, comme l'avancent, les auteurs anglais du dictionnaire qu'il a traduit et annoté. « Elle a tous les caractères, dit-il, d'un ouvrage avoué par son auteur, puisque l'on trouve à la tête une Épitre dédicatoire à l'électeur de Brandebourg et un Avertissement de l'auteur. »

V. Les caractères du Chrétien et du Christianisme , marqués dans 3 sermons sur divers textes de l'Écriture avec des réflexions sur les afflictions de l'Église, La Haye, 1686 et 1697, in-12. — Dans le 1er de ces sermons, l'auteur traite de la spiritualité du culte de Dieu; dans le 2e des souffrances auxquelles l'Évangile expose l'homme, et dans le 5°, du renouvelle-


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ment de ceux qui suivent J.-Ch. « Un espritvaste et élevé comme celui que M. Abbadie fait paraître dans son Traité de la religion chrétienne, dit Bayle, ne peut que dire de grandes choses sur trois sujets aussi sublimes que ceuxlà. »

VI. Sermon prononcé à l'occasion du couronnement de l'électeur de Brandebourg, le 13 de juin 1688, Berl. 1688, in-12.

VII. De la divinité de Notre Seigneur J.-Ch., Rott., 1689; in-12. ; trad. en anglais par M. Booth , Londr., 1777, in-12. — L'auteur revient dans cet ouvrage sur les principes qu'il avait déjà exposés dans son traité sûr la Vérité de la religion chrétienne. C'est au sujet de ce livre que Pélisson s'écrie dans son traité posthume sur l'Eucharistie : « Seigneur, ce n'est pas sans vous qu'on combat pour vous avec tant de force, daignez l'éclairer de plus en plus, etc. » On sait que ce célèbre écrivain , dont nous aurons à nous occuper par la suite, avait acheté au prix d'une abjuration la charge d'historiographe de Louis XIV.

VIII. L'Art de se connaître soimême, ou Recherche sur les sources de la morale, Rott., 1692, in-8°; Lyon, 1701, in-12; nouv. édit., : avec des notes explicatives ou critiques, par M. L... (Lacoste), théologal et vicaire gén. du diocèse de Dijon, Dijon, 1826, in-12. L'édit. de Lyon,imprimée avec privilége, a subi quelques altérations. Cet ouvrage a été traduit en anglais et en allemand.— Il est divisé, en deux parties. La 1re traite de la nature; de l'homme, de ses perfections, de ses devoirs, de sa fin ; dans la 2e, l'auteur recherche l'origine de la corruption humaine. Ce qu'Abbadie dit du principe des actions vertueuses qu'il fait consister dans l'amour de soi, fût attaqué par D. Lami, dans son traité sur la Connaissance de soi-même, lequel prit cet amour pour l'amour-propre ou l'égoïsme. Mais il fut défendu victorieusement par Malebrauche dans son traité de l'Amour de Dieu.

IX. Défense de lanation Britannique, où les Droits de Dieu, de la nature et de la société sont clairement établis du sujet de la révolution d'Angleterre contre l'auteur de l'Avis important aux Réfugiés (Bayle), Londr., 1692, in-12.

X. Panégyrique de Marie, reine d'Angleterre, d'Ecosse , de France et d'Irlande, de glorieuse mémoire, décédée à Kensington le 18 décembre 1694, La Haye, 1695, in-12 ; trad. en angl-, Londr., 1695, in-4°.

XI. Histoire de la dernière conspiration d'Angleterre avec le détail des diverses entreprises contre le roi et la nation qui ont précédé ce dernier attentat, Londr., 1696, in-8°; réimprimé en Hollande et trad. en anglais. — Cet ouvrage fut écrit par Abbadie à la demande du roi Guillaume et sur les mémoires qui lui furent fournis par lord Portland et sir William Trumball, alors secrétaires d'État.

Dans l'intervalle de cette publication et de la suivante, Abbadie donna ses soins à une révision de la trad. en français de la Liturgie de l'Église anglicane, en tête de laquelle il mit une Épitre dédicatoire au roi George Ier, Londr., 1719, in-8°.

XII. La Vérité de la religion chrétienne réformée, Rott., 1718, 2v. in-8°. Cet ouvrage est divisé en 4 parties. Dans la 1re, l'auteur réfute la doctrine de la transsubstantiation ; dans la 2°, il combat l'autorité du Pape ; dans la 3e, il examine la doctrine du purgatoire , et dans la 4°, il, traite dû culte des saints, de l'adoration des images, des reliques, etc., cherchant à prouver que les doctrines romaines sont clairement prédites dans l'Apocalypse. Ce traité fut traduit en anglais, selon RobertWatt, par le Dr Henryp), évoque de Dromore, pour l'instruction des Catholiques romains de son diocèse. C'est avec raison que Chauffepié relève à cette occasion une erreur du P. Niceron, qui attribue à ce prélat, qu'ils nomment tous deux le Dr Lambert, la traduction du célèbre traité sur la


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Vérité de la religion chrétienne. M. Quérard, dont nous aurons plus d'une fois dans le cours de notre ouvrage l'occasion d'apprécier le soin qu'il apporte dans ses recherches bibliographiques, commet ici une autre méprise. Selon lui, cet ouvrage d'Abbadie aurait paru en 1717, in-8°, Rott., et la table seule des chapitres du 2e tome aurait été publiée, en tête du 1er volume.

XIII. Le Triomphe de la Providence et de la Religion, ou l'ouverture des sept sceaux par le fils de Dieu, avec une nouvelle et très-sensible démonstration de la vérité de la religion chrétienne, Amst., 1721, en 2 vol. selon les uns, ou en 5 selon d'autres ; 1723, 4 vol. in-12. — Cet ouvrage fait suite au précédent. Les jugements qu'on en a portés sont très-divers. Nous ne nous arrêterons pas au sentiment de Voltaire qui probablement n'en a jamais rien lu que le titre. Mais de très-bons esprits, compétents dans la matière, ont accusé Abbadie d'être devenu un enthousiaste. « On trouve dans cet ouvrage, lit-on dans la Bibliothèque Angloise , t. XV, deux traités qui paraissent être tout à fait du goût du public, l'examen de l'arianisme au 3e tome et l'examen du purgatoire au dernier. Mais le commentaire historique sur la première partie de la Révélation de S. Jean est de tout l'ouvrage ce qui mérite le plus d'attention. Car on y prouve la vérité de la religion par des oracles déjà accomplis, des oracles obscurs en eux-mêmes, mais si clairs avec la clef de l'Écriture et de l'événement, si suivis d'ailleurs, si liés les uns aux autres, 1 et par là même si sensibles qu'il n'est pas facile à des gens de bon sens non prévenus de résister à cette évidence. Le lecteur qui s'y trouve comme transporté dans un monde nouveau, en jugera par lui-même; mais qu'il ne s'attende pas à des recherches curieuses sur l'avenir. Car on ne touche point aux prophéties qui ne sont pas encore accomplies ; on s'arrête uniquement à celles qui le sont.» Nous sommes porté à croire que cette

appréciation est due à l'auteur luimême. Abbadie dans ce dernier de ses ouvrages s'attache à réfuter sur plusieurs points l'explication de l'Apocalypse par Bossuet.

Nous ne savons quel degré de confiance on doit ajouter à Robert Watt, qui, dans son grand Dictionnaire bibliographique, attribue encore à Abbadie trois publications dont aucun biographe ne fait mention. Ce sont : Commentaire sur les Révélations (sans date, ni lieu d'impression) ; Accomplissement des prophéties dans la personne de J.-Ch., trad. en anglais, Londr., 1810, in-12 ; Antidote souverain contre le poison de l'Arianisme, trad. en angl. (sans date, ni lieu d'impression). Il est à supposer que ces ouvrages ne sont que des traductions dé parties détachées du livre de notre auteur sur le Triomphe de la Providence.

Dans l'édition complète de ses oeuvres, annoncée en 1727, en 4 vol. in-4°, mais restée à l'état de projet, devaienten outre être comprises plusieurs publications tout à fait inédites, entre autres une Nouvelle manière de prouver l'immortalité de l'âme, et des Notes sur le commentaire philosophique (de Bayle) ; mais à sa mort il ne s'est rien trouvé dans ses papiers. « Cela, dit Chauffepié, ne surprendra poïnt ceux qui savent que ce savant méditait avec tant de force qu'il avait quelquefois ses ouvrages tout composés en tête et ne les écrivait qu'à mesure qu'il les faisait imprimer. »

ABELIN ( JEAN-PHILIPPE ), maître en philosophie, né à Strasbourg dans la seconde moitié du XVIe siècle, et mort avant l'an 1646.

Cet écrivain , plus connu; sous le pseudonyme de Jean-Louis Gôïtffied, Goltofridus ou Gotefridus, mis sur la plupart de ses publications, jouissait de son temps, comme chroniqueur , d'une certaine réputation.Il paraît avoir vécu à Francfort. Sa vie se passa tout entière dans les études cabinet. Ses nombreux ouvrages sont écrits en


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latin ou en allemand. La publication en hollandais, De Aanmerkenswaardigste, etc., Leyde, 1707 ou 1727, 8 vol. in-fol., ou 50 vol. in-8°, que lui attribue le savant bibliographe Brunet , n'est vraisemblablement qu'une traduction , faite sous son nom, des Grands et Petits Voyages des frères de Bry et de Matth. Mérian, dont Abelin a été un des collaborateurs.

Nous indiquerons sommairement les différents ouvrages d'Abelin , en suivant, autant que possible, l'ordre de leur publication.

I. Publii Ovidii Nasonis Metamorphoseon, plerarumque Historica, Naturalis,Moralis Iw?pa<"Ç,Francf. l619, in-8°. — Le titre du livre ne porte pas le nom de l'auteur; mais il se découvre dans la dédicace sous le pseudonyme de Ludovicus Gottlofridus. Cette explication des métamorphoses d'Ovide ne fut composée que pour accompagner les belles gravures de Jean-Théodore de Bry représentant quelques-unes des fables du poëte latin.

II. Thealrum Europoeum, ou Description détaillée et impartiale de tous les événements remarquables , tels qu'ils se sont passés dans le monde , mais principalement en Europe et dans l'Allemagne, tant dans les affaires religieuses que profanes, depuis l'an 1617 jusqu'à l'an 1629 exclusivement , par Jean-Philippe Abelin de Strasbourg, avec portraits, plans, etc., (en allemand;) 3e édit., revue et améliorée par les héritiers de feu Matthieu Mérian, Francf. s. M. 1662.— Ce Ier volume du Théâtre Européen est seul d'Abelin. Le 2e, qui parut aussi sous son nom et qui conduit les événements jusqu'en 1632, est restitué à JeanGeorge Schleder par Chrétien Gryphe dans sa Dissertation latine sur les historiens du XVIIe siècle. Il eut une seconde édition revue et augmentée en 1646 ; l'éditeur dans un Avertissement au lecteur regrette que la mort n'ait pas permis à Abelin de poursuivre son oeuvre, tout en blâmant néanmoins cet écrivain de ne s'être pas toujours

montré impartial dans ses jugements. La collection entière se compose de 21 vol. in-fol., et parut à Francf. de 1635 à 1738 ; elle contient la description des événements les plus remarquables survenus en Europe depuis 1617 jusqu'à 1718. Les deux premiers volumes ont seuls été réimprimés. C'est sans doute ce qui a induit en erreur nos meilleurs bibliographes qui parlent de deux édit. différentes du Theatrum, l'une en 10 vol., qui aurait paru de 1643 à 1667 , et l'autre, en 21 vol., de 1662 à 1738. Quelques-uns même ne donnent que 10 volumes à cette dernière. De Bure, qui estime peu cet ouvrage, ne paraît pas avoir eu une connaissance très-exacte de ce qu'il renferme ; car, outre qu'il se trompe sur l'année de l'impression, il prétend que les événements de l'Europe n'y sont exposés que de 1617 à 1665, justement l'année où s'arrête le 9e volume. Le titre de l'ouvrage, moitié latin et moitié allemand , a été une source de nouvelles erreurs : certains bibliographes en ont conclu qu'il en avait paru en même temps deux éditions différentes, l'une latine et l'autre allemande. Ces nombreuses contradictions proviennent de ce que la collection est très-rare et le plus souvent incomplète. Du reste, quelques parties de ce recueil peuvent en être détachées et se publiaient même séparément : c'est ainsi que le 9° volume est indiqué comme étant le 3e d'un ouvrage qui paraissait sous un autre titre. La Biographie Universelle fait commettre, au sujet de cette publication , une autre erreur au savant Millin. Selon elle , les gravures qui l'enrichissent sont dues au burin de Matthieu Maittaire,tandis que c'est l'éditeur Matthieu Mérian et son fils qui en sont les principaux auteurs. Nous n'aurions pas relevé cette faute, si elle n'avait été reproduite, entre autres, par Robert Watt ( Bibliotheca britannica), qui fait de Maittaire l'éditeur de l'ouvrage.

Les événements historiques postérieurs à 1628 furent consignés par


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Abelin , sous le titre Relationes historien, dans les tomes 17, 18, 19 et 20 d'un recueil périodique, en latin, Mercurius Gallo-Belgicus, Francf. in-8°, commencé par Gottfried Arthus. On y trouve ce qui s'est passé de plus remarquable en Europe et surtout en France jusqu'en 1656.

III. Appendix Regni Congo, quâ continentur navigationes quinque Samuelis Brunonis, civis et chirurgi Basileensis, ex german. sermone in latin. versa a J. L. Gotefrido, 1625,fol.—La relation de Samuel Braun avait été insérée dans la collection allemande des Petits Voyages de Th. de Bry ; la traduction parut comme supplément de la 1re partie de la collection latine qui est consacrée à la description du royaume du Congo, Francf. 1598 , pet. in-fol.

IV.Nouvelle Archontologiecosmique, ou Description de tous les empires, etc. (en allem.), Francf. 1628, in-fol.; plusieurs fois réimprimé. — Abelin en fit lui-même la traduction en latin : Archontologia. cosmica, etc., Francf. 1639, in-fol. Cet ouvrage n'est proprement que la reproduction des Estats, empires , royaumes et principautez de d'Avity , 1621 ; mais l'original français n'est pas nommé dans la traduction allemande. Les édit. de 1646 et 1695 ont été enrichies de gravures par Mérian ; cette dernière , revue et augmentée, ne porte pas le nom de l'auteur.

V.HistoriarumOrientalis Inditae tom. XII, in très libros sive tractatusdistributus ; quorum primus (en XL chap.), continet descriptiones chorographicas et topographicas , etc. ; secundus (en XIV chap.) habet narrationes exquisitas aliquot navigationum et expeditionum marinarum, etc. ; tertius (en IV chap.) tribuitur descriptioni quarumdam septentrionalium regionum atque insularum, ante non satis cognitarum ; J. LUDOVICUS GOTOFRIDUS ex anglico et belgico sermone in latinum transtulit, novis accessionibus locupletavit, ordinem et concinnitatem addidit, non sine

sine chorographicis et figuris ceneis, undè tumen toti historioe, Francf., apud Wilh. Fizzerum, Anglum , 1628, pet. in-fol. — Cet ouvrage forme le douzième et dernier tome de la collection des Petits Voyages des frères de Bry. Les Grands (XIII parties ou tomes pet. in-fol-, Francf. 15901634)et les Petits Voyages (XII parties ou tomes, 1598-1628), sont réunis sous le titre : Collecliones peregrinationum in Indiam Orientalem et in Indiam Occidentalem, XXV partibus comprehensoe. Millin, qui néglige d'indiquer à quelle collection appartient l'ouvrage d'Abelin, nous apprend que le recueil dont il fait partie a été payé 4,000 fr. par la Bibliothèque Impériale ; mais sans doute que les XIII tomes des Grands Voyages y étaient compris.

Vl.Historia antipodum, ou Description de la partie connue du monde sous le nom d'Indes Occidentales, par J.¬ Louis Gottfried (en allem.), avec grav. de Mérian, Francf. 1631 et 1655, in-fol. — Cet ouvrage, aussi connu sous le titre : Newe Welt und American Historien , est tiré, suivant le bibliographe allemand Ebert, de la collection des Grands Voyages.

VII. Inventarium Suecioe,ouDescription du royaume de Suède et de ses rois (en allem.), Francf. 1652, in-fol.

VIII. Chroniques historiques, ou Description des principaux événements de l'histoire, depuis la création du monde jusqu'à l'an 1619(en allem.), Francf. 1635, in-fol. ; 1743,- 2 vol. in-fol., avec 484 gravures. — Cet ouvrage, écrit dans un esprit satirique , eut beaucoup de succès de son temps. Il était regardé comme la meilleure histoire universelle que l'on possédât en Allemagne. Aujourd'hui il n'a plus guère de valeur que par les gravures de Matthieu Mérian , dont il est enrichi. Il a eu un grand nombre d'éditions. Jacq. van Meurs en donna une traduction hollandaise , avec des additions , Amst. 1660, 2 vol. in-fol. Deux continuations en furent faites , l'une qui traite des événements arri-


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vés de 1619 à 1659, fut publiée en 1745, in-fol. , et la seconde, qui va de 1660 à 1750, 1e fut en 1758, également in-fol.

Quelques écrivains reconnaissent aussi Abelin sous le pseudonyme de Jean-Philippe Abel et lui attribuent une trad. allemande d'une comédie de Daniel Cramer sur l'enlèvement des jeunes princes saxons, Albert et Ernest : Plagium , comoedia de Alberto et Ernesto surreptis , sous le titre : Kauffungs-Plagium, Francf. 1627, in-8°.

ABLANCOURT (FREMONT D'), voy, FREMONT.

— (PERROT D'), voy. PERROT

ABRAHAM, secrétaire du prince de Condé, ne nous est connu que par ce que nous en apprend L'Estoile dans son Journal de Henri III. « Le samedy 13 d'aoust (1575), y lit-on, fut pendu, puis mis en quartiers en la place de Grève Abraham, secrétaire du prince de Condé, qui avoit été pris voulant passer en Angleterre, chargé de pacquets et mémoires. » C'était l'époque de la cinquième guerre de religion, entreprise par les Protestants et les Politiques réunis , et qui ne fut terminée qu'en 1576 par la paix de Monsieur. — Nous trouvons dans les Mémoires de Sully une autre indication qui pourrait mettre sur la trace de la famille de ce secrétaire du prince de Condé. Dans une lettre écrite de la Rochelle à Henri IV sous la date du 31 juillet 1609, il est parlé d'un certain habitant âgé de plus de soixante et dix ans, flamand de nation, et retiré à la Rochelle depuis plus de trente ans , « qui a fait, y est-il dit, de bons services en plusieurs occurrences, et a vécu sans appréhension, appelé vulgairement le capitaine Abraham. » L'époque de l'établissement de ce capitaine huguenot à la Rochelle coïncide assez bien avec celle de l'arrestation et de l'exécution du secrétaire Abraham. — Du reste, une famille de ce nom existait aussi vers cette époque à Nismes. Dans les Tables dressées par l'historien Ménard , nous trouvons un nommé

Jean Abraham au nombre des quatre consuls de la ville pour l'année 1574.

ABRAHAM, un des chefs des Camisards, voy. ABRAHAM MAZEL.

ACCAURAT (PAUL) , appelé par d'autres à Coras, remplit successivement les fonctions du saint ministère à Vals, à Aubenaset à Privas. Il fut député par sa province au synode national de Castres, avec Daniel Arcajon, notaire du roi et ancien de l'église d'Aubenas, et plus tard à celui de Charenton. Il était encore pasteur de Privas en 1664. Son zèle que n'affaiblissait en rien son grand âge, — il comptait alors quatre-vingts ans, — lui avait fourni les moyens de reconstituer l'église désolée de cette ville, lorsque le clergé catholique, jaloux de sa prospérité naissante, la dissipa de nouveau. Une clause de la déclaration de 1629 défendait aux Protestants de Privas de s'établir à l'avenir dans ses murs ; mais depuis cette époque on y avait dérogé de tant de manières qu'on pouvait la regarder commerévoquée de fait. Ce fut cependant sur cette clause tacitement abrogée que se fonda le clergé romain pour réduire à la mendicité, d'un seul coup, deux cents familles protestantes. Un arrêt du 22 février 1664, rendu à sa sollicitation , ordonna l'exécution rigoureuse de la déclaration de 1629, défendit à toutes personnes professant la Religion prétendue réformée de demeurer à Privas sous peine de mille livres d'amende, enjoignit à tous ceux qui s'y étaient établis d'en sortir, ne permettant d'y habiter qu'aux Catholiques, aux nouveaux convertis et à ceux qui se convertiraient.

Cet arrêt jeta dans la désolation les Réformés, qui s'adressèrent au roi pour implorer sa justice et sa clémence ; mais le prince de Conti, gouverneur de la province, n'attendit pas l'effet de ce recours pour faire exécuter les ordres qu'il avait reçus. Les Protestants furent chassés de leurs maisons, leurs biens pillés et livrés en proie aux Catholiques. Pour se soustraire à ces violences, il leur était offert un seul moyen, c'était d'abjurer ; mais fort peu en


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profitèrent, et au bout de six mois le clergé romain pouvait à peine se vanter d'une vingtaine de conversions. Que faire alors ? Il s'en prit au ministre de son peu de succès. Chassé de Privas, Accaurat s'était retiré avec Daniel du Solier, Pierre Chameran, Jacques Buraud, André Misonier,Isaac du Métier, Jacques et René Pages, Jean Chevalier , René et Pierre Bernard , Pierre Vidal, David Bonnet, Antoine Génioux, Pierre Sibleyras, notaire, et quelques autres membres du Consistoire, au village de Tournon, où il remplissait en plein air les fonctions de son ministère. On lui en fit un crime, et le 29 juillet, le Conseil privé rendit un arrêt qui ajournait ce vieillard à comparaître dans deux mois, en lui défendant de prêcher ou d'administrer les sacrements. C'est par de tels actes que le gouvernement préludait à la révocation définitive de l'édit de Nantes.

ACHARD (ANTOINE), conseiller du consistoire suprême de l'église française de Berlin , pasteur de l'église du Werder, et membre de l'académie royale des sciences, naquit à Genève en 1696, et mourut à Berlin en 1772. Nous avons toutes raisons de croire qu'il descendait de réfugiés français. Non moins distingué par son éloquence que par son savoir et son érudition , Achard a laissé un grand nombre de Sermons, dont les plus remarquables ont été traduits en allemand et publiés à Leipzig, 1775, en 2 vol. in-8°. Les Mémoires de l'académie de Berlin contiennent de lui divers traités philosophiques et entre autres le plan d'une nouvelle métaphysique, inséré dans le volume de 1747. — Il est vraisemblable que le célèbre chimiste Fr.-Ch. Achard, né à Berlin le 28 avril 1754, mort en Silésie le 22 avril 1821, et auteur d'un grand nombre d'ouvrages estimés , descendait de la même famille.

ACHATIUS (ISRAËL) , pasteur de l'église de Wissembourg en 1560. Il contribua beaucoup par son zèle et son activité à répandre dans cette ville les

principes de la réforme. On lui doit une traduction allemande de l'ouvrage de Bucer De regno Christi (Strasb., 1565, in-4°), et quelques autres ouvrages dont M. Roehrich, dans son Histoire de la réformation en Alsace, ni aucun bibliographe ne nous font connaître les titres.

ADRETS ( Le baron DES) , Voy. FRANÇOIS DE BEAUMONT.

AGOULT (FRANÇOIS D'), comte de Sault,Voy. FRANÇOIS DE MONTAUBAN.

AIDIE ou AYDIE (GEOFFROI), seigneur de GUITINIÈRES , capitaine huguenot qui, au rapport de Castelnau , fut tué à la bataille de Jarnac, en 1569. Si ce fait n'est pas controuvé, c'est sans doute son fils, Antoine d'Aidie qui, en 1570 , commandait un corps de troupes sous les ordres de Coligny, lors de l'expédition de l'amiral dans le Midi, après la malheureuse bataille de Moncontour. D'Aubigné le distingue par l'épithète d'Huguenot d'un autre Guitinières qui servait à la même époque dans l'armée royale.

L'ancienne maison d'Aidie, en Périgord, s'était divisée en plusieurs branches; celle du Béarn en était la souche. Geoffroi, troisième fils d'Odet d'Aidie , dit le Jeune , vicomte de Riberac, et d'Anne de Pons, est celui de ses membres qui fonda la branche de Guitinières.

AIGAILLERS (Le baron D'), Voy. ROSSEL.

AILLY, ALLY ou ARLY (MAISON D'). Cette maison tirait son nom de la terre d'Ailly-Haut-Clocher , en Picardie. Robert d'Ailly, qui vivait vers l'an 1090 , en est la tige. C'était une des plus grandes familles de la province. En 1542, elle acquit, par suite du mariage de Robert III avec Marguerite de Péquigny, la seigneurie de Péquigny et le vidamé d'Amiens, qui, en 1620 , passèrent dans la maison d'Albert- de-Chaulnes, par le mariage de Charlotte-Eugénie, héritière de la branche aînée de la maison d'Ailly.

Le Laboureur, dans ses Additions aux Mémoires de Castelnau, regarde 2


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l'alliance de la maison d'Ailly avec celle d'Esternay, « comme la cause fatale qui engagea au party de la religion prétendue, dont ce seigneur d'Eslernay [Jean Raguier] estoit l'un des principaux chefs , non-seulement la maison de Béthune [qui lui était également alliée], mais encore celle d'Ailly de Piquigny. »

Deux des membres de la famille d'Ailly se sont distingués comme capitaines dans l'armée des Huguenots ; c'est Louis d'Ailly « l'un des plus grands seigneurs de la Picardie, dit l'astelnau, qui s'attacha d'inclination au prince de Condé, gouverneur de la province, » et CIIARLES d'Ailly, seigneur de Péquigny , tous deux fils d'Antoine d'Ailly et de Marguerite de Melun. Louis d'Ailly avait hérité du vidamé d'Amiens, à la mort de son frère aîné, François, en 1560; dans la Coutume du pays, rédigée en 1567, son nom est mis en tête de la noblesse, immédiatement après ceux des princes. Il fut tué à la bataille de Saint-Denis, en 1567, et ne laissa aucun enfant de sa femme Catherine de Laval. Son frère, qui combattait avec lui au centre sous les ordres du prince de Condé, périt dans la même journée ; et, au rapport de Davila, un de ses fils y mourut avec lui ; mais La Morlière, dans sa généalogie de la famille, ne fait pas mention de ce fait. Ancien gouverneur de Moncalvo dans le Montferrat, Charles d'Ailly était chevalier de l'ordre du roi et capitaine de cinquante hommes d'armes. Sa femme , Françoise de Warty, dame d'honneur de la reinemère, Catherine de Médicis, lui avait donné plusieurs enfants. L'aîné, Philibert-Emmanuel, qui avait hérité de la seigneurie de Péquigny et du vidamé d'Amiens, retourna à la foi catholique , on ne dit pas à quelle époque; ce qui est plus certain, c'est qu'il servait dans les armées de Henri IV contre la Ligue, et qu'en 1595, il contribua beaucoup à la reprise de la ville de Ham sur les Espagnols. Sa soeur Marguerite

Marguerite en 1581, François de Cotigny , seigneur de Châtillon , quatrième fils de l'amiral. L'histoire a conservé de cette dame un trait de bravoure qui eût honoré une Spartiate. En l'absence de son mari, en 1590, le capitaine Salard, gouverneur de Montargis pour la Ligue, avait surpris Châtillon ; déjà ses troupes pénétraient dans la basse-cour du château, lorsque Marguerite, se mettant à la tête de ses domestiqués et de quelques soldats, les attaque, les repousse et fait même leur capitaine prisonnier. Il ne paraît pas que les autres branches de la famille d'Ailly aient embrassé la réforme. Cependant, Henri de Massue, marquis de Ruvigny, qui se réfugia avec son fils, le comte de Galloway, en Angleterre, était allié par les femmes à la branche des d'Ailly-de-la-Mairie. Il n'est personne à qui le nom de d'Ailly ne rappelle un des plus touchants épisodes de La Henriade (ch. VIII). Le sort de la Ligue allait se décider dans les plaines d'Ivry.

D'Ailly portait partout la crainte et le trépas; D'Ailly tout orgueilleux de trente ans de combats, Et qui, dans les horreurs de la guerre cruelle, Reprend malgré son âge uue force nouvelle. Un seul guerrier s'oppose à ses coups menaçants : C'est un jeune héros à la fleur de ses ans, Qui, dans cette journée illustre et meurtrière, Commençait des combats la fatale carrière, [etc. D'un tendre hymen à peine il goûtait les appas;

Les deux guerriers s'attaquent avec une égale fureur. Mais plus leurs efforts se prolongent, plus leur acharnement redouble.

Chacun d'eux, étonné de tant de résistance, Respectait son rival, admirait sa vaillance. Enfin le vieux d'Ailly, par un coup malheureux, Fait tomber à ses pieds ce guerrier généreux. Ses yeux sont pour jamais fermés à la lumière; Son casque auprès de lui roule sur la poussière, D'Ailly voit son visage: ô désespoir! ô cris! Il le voit, il l'embrasse : hélas ! c'était son fils.

Les détails que nous avons donnés plus haut, prouvent suffisamment que ce combat du vieux d'Ailly contre son fils est une pure fiction du poète.

AINEAU , conseiller au présidial de Saintes. Nous rapporterons sous ce nom un fait particulier, que nous choisissons entre un grand nombre de


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faits semblables, et qui prouve que sous le gouvernement de Louis XIV, avant même la révocation de l'édit de Nantes , les Protestants étaient en dehors du droit commun. Une des filles du conseiller Aineau était recherchée en mariage par un catholique. Opposition du père à cette union. Le jeune homme décide son amante à fuir le toit paternel; elle se réfugie dans un couvent où elle abjure. Peu de temps après, le mariage est célébré. Un procès pour cause de rapt est intenté au séducteur. Ce procès n'avait pas encore été jugé, lorsque Aineau mourut. Par son testament , il laissa à son fils la plus grande partie de ce qu'il possédait. Mais la nouvelle convertie attaqua le testament devant la Chambre de l'édit de Paris, soutenant qu'elle n'avait été déshéritée qu'en haine de son changement de religion. La partie adverse objectait que la cause de la disposition testamentaire dont elle se plaignait, était le mariage contracté par elle contre la volonté de son père. Or, une ordonnance autorisait les pères à déshériter leurs enfants qui se mariaient sans leur consentement, même dans le cas où ils auraient atteint leur majorité. L'avocat général le reconnut ; il ne nia même pas qu'il y avait présomption de rapt, de séduction et d'enlèvement ; mais cet enlèvement était, selon lui, une charité, et ce rapt n'en était plus un , à ses yeux , dès lors que l'évêque de Saintes, « personne prudente et bien sensée, » y avait consenti. Le testament fut donc cassé. Nous nous abstiendrons de toute réflexion ; seulement nous dirons que lorsqu'il s'agit d'une violation manifeste de la loi par celui-là même qui est l'auteur de cette loi, ou qui est chargé de l'appliquer, les plus petites choses prennent aux yeux du moraliste de grandes proportions.

AIREBAUDOUSE, famille noble du Languedoc, qui acquit, le 7 juill. 1539, de I'évêque du Puy la moitié de la terre et seigneurie d'Anduse, et le

50 juin 1547, du marquis de Canillac l'autre moitié.

Plusieurs de ses membres ont laissé un nom dans l'histoire du protestantisme en France. GUY d'Airebaudouse, seigneur d'Anduse , président de la Chambre des comptes de Montpellier , fut condamné à mort, par contumace, par arrêt du parlement de Toulouse, rendu au mois de mars 1569, contre les Religionnaires de Montpellier qui avaient pris part à la destruction du fort Saint-Pierre. Ce fort était l'ancien monastère de SaintGermain , « construit par Urbain V en forme de forteresse. » — C'était à l'époque de la deuxième guerre de religion, en 1567. Nous emprunterons aux Mémoires de Jean Philippi les détails de cette affaire ; ces intéressants mémoires ont été publiés pour la première fois dans les Pièces fugitives pour servir à l'histoire de France, recueillies par le marquis d'Aubais et Léon Ménard ; on remarquera que les éditeurs en ont rajeuni la forme, peutêtre aux dépens du fond.

Le vicomte de Joyeuse, lieutenant général du Languedoc, effrayé des dispositions hostiles des habitants de Montpellier, était sorti nuitamment de la ville en laissant dans le fort SaintPierre sa femme, ses enfants et ses meubles. « Le matin, les Protestans voyant cela.... s'impatronisèrent dans la ville, et appelèrent à leur secours leurs voisins , gentilshommes et gens de guerre, quiy accoururent dans vingtquatre heures Cependant les capitaines et commandans offrirent à Mme de Joyeuse et à sa suite toute sûreté si elle vouloit venir dans la ville, ou escorte si elle vouloit se retirer ; elle les remercia; mais quelques nuits après, escortée par la cavalerie que son mari lui envoya, elle sortit avec ses bagues et sa suite Le 7 octobre, le seigneur d'Acier, nommé auparavant Baudiné ou le baron de Crussol, commandant pour le roy en l'absence du prince de Condé en Dauphiné, Pro-


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vence et Languedoc, arriva à Montpellier avec nombre d'ingénieurs et gentilshommes. » Il y eut alors divers engagements où les Protestants eurent l'avantage. Le 8 du mois suivant, Joyeuse fit une tentative pour ravitailler Saint-Pierre; son attaque, appuyée par la garnison du fort, fut dirigée par son lieutenant de Villeneuve avec dix-huit enseignes faisant deux mille cinq cents hommes et quatre cents chevaux, mais elle n'eut aucun succès ; le brave d'Acier, sorti de la ville à la tête seulement de quatre cents cavaliers, les contraignit à s'éloigner, après un combat de plusieurs heures. Les Protestants ne perdirent dans cette affaire que douze hommes et autant de blessés ; le capitaine d'Hostelle d'Alais resta parmi les morts. « Les Catholiques ainsi retirés, les compagnies dont Baudiné , frère d'Acier, étoit colonel, reprirent leur poste, et un ministre rendit publiquement grâces à Dieu ; d'Acier rentrant dans la ville avec la cavalerie, un ministre fit aussi la prière devant la porte de la Sonnerie. Pendant l'escarmouche, tout le menu peuple, jusques aux femmes, enfants, et demoiselles, apportaient des pierres sur la muraille pour faire des canonnières pour les arquebusiers ; les demoiselles d'une plus grande considération étoient dans le camp de l'infanterie et de la cavalerie, leur faisant apporter de grands paniers de pain, fruits et bouteilles de vin pour les rafraîchir. »

Le 17 novembre, la garnison de Saint-Pierre capitula. Les capitaines sortirent avec leurs armes, les soldats avec l'épée et la dague ; les consuls, chanoines et autres, au nombre de quatre cents, furent remis à la discrétion de d'Acier. Les assiégeants avaient perdu deux cents hommes, au nombre desquels se trouvait le capitaine Saint-Auban. Le jour même de la reddition, le peuple se mit à démolir Saint-Pierre, et poursuivit, trois jours durant, son oeuvre de destruction ,

« tellement, continue notre chroniqueur, dont les propres expressions sont ici conservées par Dom Vaissette, que ce tant bel et somptueux édifice, si point y en avoit de tel en France, ouvrage du pape Urbain V séant à Avignon , lieu d'oraison, où tant de grands personnages avoient vécu en toute vertu et littérature, en trois jours périt et souffrit cette extermination , deux cens trois ans un mois et demi après son premier fondement. »

Outre Guy d'Airebaudouse, président aux généraux , l'arrêt du parlement de Toulouse portait condamnation contre Jean Pibel, seigneur de Carescauses, maître des comptes, Michel de Saint-Ravi, Antonin de Tremo let, seigneur de Montpezat, Fulcrand Fignoles et Jean de Passet, conseillers au présidial, La Roche, viguier d'Uzès, Jacques de Crussol, seigneur d'Acier, et son secrétaire Jean Amalri, dit Sanglar, François Maurin, dit Eustache, capitaine, La Valette, fils du seigneur de Montpezat, Louis Bucelli, seigneur de La Mausson, le seigneur de Saint-Martin de Cornon-Terrail, Jean La Place, Claude Fermi, Michel Magny et Antoine Pelissier, ministres , et plusieurs autres habitants de Montpellier.

En 1574, le président d'Anduse fit encore partie , avec Clausonne de Nismes, Monlvaillant des Cévennes, Saint-Florent d'Uzès, tous zélés Religionnaires, d'un conseil mi-parti composé de vingt-quatre membres que Damville, alors allié aux Protestants , avait établi auprès de sa personne.

Les renseignements que les généalogistes nous fournissent sur les seigneurs d'Anduse sont trop incomplets et trop peu précis pour nous autoriser à décider si celui dont nous venons de nous occuper est le même que le baron d'Anduse qui fit partie du conseil de dix membres nommé à Crussol par l'assemblée de Nismes lorsque les Protestants le reconnurent pour chef en 1562, et s'il ne diffère


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pas de Guv d'Airebaudouse, baron d'Anduse, qui fut conseiller de la Chambre de l'édit de l'Isle-en-Jourdain, transférée en 1595 à Castres par Henri IV. Un autre membre de cette famille, JEAN-GUY d'Airebaudouse , seigneur de Clairan, fut conseiller au présidial de Nismes en 1566, et premier consul de la ville en 1575. Son petit-fils CLAUDE-GUY d'Airebaudouse, seigneur de Clairan, ancien de l'église de Canoblet, fut député au synode national de Charenton, en 1651, par la province des Cévennes.

Un membre de la famille d'Anduse, PIERRE d'Airebaudouse, exerçait le ministère. On le trouve au nombre des quatre pasteurs condamnés à mort, par contumace, en 1569, au sujet des massacres de Nismes (Voir ALBENAS). C'est vraisemblablement le même ministre que «l'apostat nommé d'Anduze» dont parle le jésuite Colonia (Hist. litt. de Lyon), bien qu'il ajoute que « c'est le nom d'une petite ville de Languedoc, dont il étoit archidiacre, avant que d'avoir embrassé les nouvelles erreurs. » Quoi qu'il en soit de cette identité, nous rapporterons sous ce nom les détails que cet historien nous fournit sur l'établissement de la première église protestante à Lyon. Nous citerons ses propres paroles, quelque malveillantes qu'elles puissent être. « Le comte de Sault [gouverneur] ne fut pas plustôt en place qu'ils [les Protestants] exécutèrent, par voye de fait, ce que leurs vives sollicitations et leurs menaces mêmes n'avoient pu obtenir jusqu'alors. Après s'être assemblez quelque temps en divers lieux,.... ils s'établirent plus solidement dans la grande hôtellerie de Saint-Martin.... Ils y élevèrent une forme de temple environné de galeries et d'amphithéâtres, qui pouvoient aisément contenir trois mille personnes, et qu'ils nommèrent le temple Martin. On commença d'y chanter, plus haut que jamais, les Pseaumes de Marot et de Bèze ; on y fit la Cène ; on y déclama impitoyablement contre le Pape,

les Êvêques et les gens d'église... » Mais de leur côté, les Catholiques n'étaient pas en reste de déclamations. Le P. Jean Ropitel, entre autres, surnommé le fléau des Hérétiques, « sans se soucier fort de ménager en chaire ses expressions, à l'exemple de plusieurs autres prédicateurs, y invectivoit tous les jours contre la nouvelle secte avec toute l'éloquence et la force que Dieu lui avoit donnée.» — « Le parti grossissant visiblement chaque jour, à la faveur de la tolérance et de l'impunité, il fallut chercher un lieu plus vaste que le temple Martin... La maison qu'ils achetèrent à cet effet étoit située au coin de la place des Cordeliers et de la Grenète, la plus large de nos rues... où l'on pouvoit aisément mettre deux ou trois mille hommes en bataille. La cour de cette maison , qui est assez vaste, et qu'on eut soin d'ombrager de tentes, servit à faire les prêches ; et l'intérieur de la maison servit de magazin, d'arsenal et de logement pour les ministres que Calvin envoya lui-même de Genève. Le plus éloquent ou le plus emporté de tous ces ministres étoit un apostat

nommé d'Anduze Les magistrats

allarmez de l'audace et des rapides progrès de la nouvelle secte, firent à la Cour des remontrances réitérées , et le clergé métropolitain dont la foi

n'a jamais varié, se joignit à eux

Le gouverneur , de son côté, donna des avis diamétralement opposés. Il reçut divers ordres de la Cour en conséquence de ces remontrances des Catholiques; et il répondit toujours sans variation : qu'ayant intimé aux nouveaux Réformez les ordres reçus , ils avoient répondu tout d'une voix qu'ils vouloient demeurer très-humbles sujets et obéissans, mettant leur vie et leurs biens pour Votre Majesté ; mais quant à leur ame, l'avoient dédiée à Dieu. » Cette lettre du comte de Sault est du 19 octobre 1561. Les choses n'en restèrent pas là. La Cour, dont les méfiances étaient excitées par les rapports contradictoires qui lui arri-


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valent, voulut s'assurer delà vérité, et à cet effet elle députa le comte de Crussol à Lyon en le chargeant en même temps de remettre solennellement au gouverneur le collier de l'ordre. Le comte, après s'être enquis de la véritable situation des choses, déclara que, dans l'intérêt commun, il fallait transporter le temple protestant dans le faubourg de la Guillotière ; ce qui fut exécuté dès le dimanche suivant. Mais le comte de Sault, que Colonia s'efforce de présenter comme coupable de duplicité, écrivit à la Cour pour que les choses fussent remises sur l'ancien pied. « Nous avons, M. de Crussol et moi, tant persuadé les principaux de la nouvelle religion, lit-on dans une de ses lettres , que finalement ils sortirent le jour d'hier, en nombre de six à sept mille , et firent trois presches au fortbourg de Guillotière, au-delà du Rhosne, où je m'essayerai de les contenir pour le fait desdits presches le plus qu'il me sera possible. Mais je doute , Sire, que estant le nombre si grand et ayant à sourtir deux ou trois fois le jour,... passans en troupe par le travers de la pluspart de la ville, comme l'en est besoin, ils s'attachent de paroles et de faits avec les autres de la ville, et enfin en viennent aux mains. »

De retour à Paris, continue Colonia, le duc [comte] de Crussol fit à la Cour un fidèle rapport de la triste situation où il avait trouvé la ville de Lyon, parla de la quantité de troupes étrangères qui s'y étaient glissées, des fréquents voyages qu'y faisaient le baron Des Adrets, les deux frères Peraut, les deux Changy, et quelques autres chefs du parti, de la consternation générale des Catholiques et de l'audace des Protestants. Sur ces avis, le roi fit aussitôt partir le comte de Maugiron, zélé catholique, avec ordre de veiller à la conservation de la place et d'épier les démarches du gouverneur.

Mais ces mesures eurent un tout autre effet que celui qu'on en attendait.

attendait. Protestants, excités par des menaces de mort qui circulaient sourdement , se concertèrent avec le baron Des Adrets , qui dut se trouver avec les forces dont il disposait aux portes de la ville, et dans la nuit du 50 avril au premier mai, sur les onze heures du soir, ils sortirent tous à la fois de leurs maisons, et se rangèrent en ordre de bataille. La ville ainsi surprise tomba presque sans résistance en leur pouvoir. Les articles accordés aux habitants portaient qu'on lèverait pour la garde de la ville mille ou deux mille Protestants, soudoyés partie par la ville, partie du revenu des ecclésiastiques ; que les Catholiques absents seraient libres de rentrer ; qu'il y aurait liberté de conscience; que douze Protestants seraient admis dans le consulat , lequel ne pourrait s'assembler sans qu'ils y assistassent ; et enfin un article qui semblerait supposé en ce qu'il implique contradiction avec ceux qui précèdent, exigeait qu'il ne fût plus dit de messes. Les Protestants restèrent maîtres de Lyon pendant l'espace d'environ treize mois ; ce ne fut qu'après la publication de la paix du 12 mars 1565 , dans le courant de juin, que le maréchal de Vieilleville y rétablit la messe; mais en laissant trois temples à ceux de la Religion.

ALAIS, Voy. DENIS VAYRASSE.

ALBA (ÉLIE) maire de Bergerac en 1614.C'est en cette qualité, qu'Alba fut chargé par l'église protestante de cette ville de porter au synode national de Tonncins l'acte de renonciation à la somme de quinze cents livres qu'elle avait reçue du roi pour l'érection d'une académie. Ainsi se termina un différend fâcheux qui durait depuis plusieurs années. Les habitants de Bergerac, après avoir recueilli une partie des fonds nécessaires à l'entretien d'un établissement de haute instruction, s'étaient adressés au synode de S.-Maixent afin d'obtenir l'autorisation de transformer leur collège en académie; mais le synode, jugeant le nombre des écoles supérieures suf-


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fisant, s'y était opposé. Ils avaient donc eu recours au roi qui leur avait accordé quinze cents livres sur les quinze mille écus qu'il octroya, en 1612, pour augmentation du traitement des ministres. Le synode de Privas, pensant qu'il était de l'intérêt des églises de conserver la libre disposition de ces fonds, censura l'église de Bergerac et lui défendit de rien toucher de cette somme sans le consentement de l'assemblée, en chargeant en même temps des députés de lui représenter l'imprudence de sa conduite. Ce ne fut pas sans peine que cette église se soumit ; cependant elle finit, comme nous l'avons dit, par s'en remettre à la décision du synode de Tonneins qui lui accorda douze cents livres pour son collège.

ALBA (JEAN). Le petit nombre de renseignements que nous avons pu nous procurer sur ce ministre, qui était vraisemblablement de la même famille que le précédent , suffisent pour prouver que ses talents et ses vertus lui avaient acquis une haute réputation. Pasteur à Tonneins en 1620, il fut choisi, en 1625, pour représenter la province de la Basse-Guyenne au synode de Charenton, à qui les églises de Bordeaux et d'Agen le demandèrent à la fois pour ministre. Il fut accordé à celle d'Agen jusqu'au prochain synode national, c'est-à-dire pour trois ans. Confirmé dans son office , il fut député une seconde fois par sa province au synode national d'Alençon , tenu en 1637. Quelques années après, le maréchal de Turenne l'appela auprès de sa personne en qualité d'aumônier. L'église d'Agen ne se sépara pas sans peine d'un pasteur qu'elle vénérait; cependant elle avait consenti à le céder au grand capitaine, lorsque celle de Sainte-Foi vint tout à coup s'opposer à son départ en le demandant pour pasteur au synode de Charenton, qui le lui accorda du consentement de mademoiselle de Bouillon , agissant au nom de son frère.

Jean Alba est auteur de quelques

ouvrages de polémique qui ont aujourd'hui beaucoup perdu de leur intérêt. Dans son Apologie pour les sacrements de l'Église (Sainte-Foy, 1656, in-8°) , il dévoile les altérations introduites par l'Église romaine dans la doctrine et les rites du baptême et de l'eucharistie. Son Apologie pour le sacrifice de la croix (Sainte-Foy, 1636, in-8°) fait ressortir les différences notables qui existent entre le sacrifice eucharistique de l'ancienne Église et le sacrifice de la messe. Enfin sous le titre bizarre de La recheute du cèdre (Montauban, 1635, in-8°), il combat le jésuite César Haraucourt et s'attache à relever les nombreuses erreurs qu'il a commises,

ALBA (MARC-DAVID) , pasteur du désert, né à Angles, dans le Languedoc, en 1762. On sait que, pour échapper aux persécutions, ces pasteurs se cachaient sous des noms supposés. Le nom de guerre d'Alba était La Source; c'est sous ce nom seulement qu'il est connu comme membre de la Convention. Nous devons ce renseignement à l'obligeance de M. Ch. Coquerel. Alba avait étudié au séminaire de Lausanne ; le certificat de sa consécration est du 18 juin 1784; il assista comme secrétaire au synode provincial du HautLanguedoc, tenu le 1er mai 1788.

Il était pasteur à Castres, lorsque, en 1791, le département du Tarn le choisit pour son représentant à l'Assemblée législative. Nous nous contenterons de rapporter les faits, en nous abstenant de toute réflexion , mais, pour apprécier avec impartialité la conduite d'Alba dans nos assemblées politiques, nous pensons qu'on ne doit pas le séparer de son passé. Il avait servi dans cette nob'e milice du désert dévouée par le Pouvoir à tous les supplices, et la violence appelle la violence , l'attaque justifie la défense : Qui tire l'épée périra par l'épée. Doué d'une mâle éloquence et d'une grande facilité d'improvisation, La Source entraîna plus d'une fois les votes de l'assemblée. C'est sur sa proposition, plusieurs fois renouvelée,


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que le général Lafayette fut décrété d'accusation, « il voulait, disait-il, briser l'idole devant laquelle il avait trop sacrifié. » Réélu par son département à la Convention nationale, en 1792 , il vota la mort du roi ; mais, plein de respect pour l'indépendance des votes, lorsque les appelants au peuple furent en butte aux dénonciations , il eut le courage de prendre leur défense. Une motion pour l'arrestation du duc d'Orléans, et une attaque violente qu'il dirigea contre Robespierre, au sujet de la pétition des sections de Paris qui demandaient l'expulsion de la Convention de vingt-deux députés, au nombre desquels son nom se trouvait, achevèrent de le perdre. Compris dans la proscription du 2 juin 1795, plus connue sous le nom du 31 mai, il fut condamné par le tribunal révolutionnaire, le 30 octobre, avec les chefs de la Gironde. Lorsqu'il entendit son arrêt de mort, il prononça ces paroles prophétiques d'un ancien : « Je meurs le jour où le peuple a perdu la raison ; vous mourrez le jour où il l'aura recouvrée. » Il fut exécuté le lendemain avec ses collègues. « En trente et une minutes, dit M. Thiers, le bourreau fit tomber ces illustres têtes, et détruisit ainsi en quelques instants, jeunesse, beauté, vertus, talents. Telle fut la fin de ces nobles et courageux citoyens, victimes de leur généreuse utopie.... Respect à leur mémoire ! jamais tant de vertus, de talents, ne brillèrent dans les guerres civiles; et il faut le dire à leur gloire, s'ils ne comprirent pas la nécessité des moyens violents pour sauver la cause de la France , la plupart de leurs adversaires qui préférèrent ces moyens , se décidèrent par passion plutôt que par génie, » Selon le même historien , Alba était alors âgé de trente-neuf ans ; mais c'est sans doute une erreur. D'après la date que nous avons adoptée pour sa naissance , il devait être dans sa trente et unième année. ALBA (MARTIAL), étudiant, natif

de Montauban-, martyr à Lyon, le 16 mai 1555, avec quatre de ses condisciples : Pierre Écrivain, de Boulogne en Gascogne, Bernard Seguin, de la Réole en Bazadois, Charles Favre, de Blansac dans l'Augoumois, et Pierre Navihères, de Limoges.

Ils nous ont laissé la relation de leur arrestation et de leur jugement : « Après avoir demeuré, écrivent-ils, plus ou moins de temps à Lausanne, et nous être adonnés à l'étude des lettres tant divines qu'humaines, avant la fête de Pàques nous arrêtâmes entre nous de nous en aller, Dieu aidant, tous ensemble vers nos pays, selon les lieux d'où chacun de nous est natif, et ce pour servir à l'honneur et à la gloire de Dieu, et communiquer le petit talent que Dieu a donné à chacun de nous en particulier à ses parents , pour tâcher de les amener à la même connaissance que nous avons reçue de son fils J.-Ch., et aussi à tous ceux que notre bon Dieu eût voulu appeler à soi et à la connaissance de sa vérité par notre moyen. » Leur résolution ayant été approuvée par l'église de Lausanne, ils se mirent en route, en passant par Genève ; mais dès le lendemain de leur arrivée à Lyon, ils furent, tous cinq, arrêtés par les soins du prévôt de cette ville. « Et sans que nous eussions aucunement dogmatisé, continuent-ils, ni fait aucune chose contre les ordonnances du roi [Henri II], sans nous faire connaître notre partie adverse, et sans nous montrer aucunes informations, nous fûmes, contre tout droit de justice, menés aux prisons de M. l'official (1er mai 1552).» Interrogés , le jour même, sur les divers points de controverse entre les deux Églises rivales , ils maintinrent avec chaleur, et sans jamais varier dans leurs réponses, les doctrines orthodoxes de l'Église réformée. Crespin nous a conservé dans son Martyrologe leurs confessions de foi, que le juge leur avait permis de mettre par écrit. Enfin après plusieurs interrogatoires-,' comme ils persistaient dans leurs


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croyances, ils furent condamnés par arrêt de l'official à être livrés comme hérétiques au bras séculier ; arrêt dont ils interjetèrent appel comme d'abus. « Après la sentence et notre dit appel, écrit l'un d'eux , ils pensèrent enrager degrande colère. » Lejuge Melier se plaignit vivement de ce qu'on ne faisait pas prompte justice de ces hérétiques ; mais l'official Buatier le rassura en lui disant : « Ils seront aussi bons d'ici à un mois que maintenant. » Ce ne devait être en effet qu'un sursis ; mais l'arrêt de la cour du parlement de Paris ne fut pas rendu avant le mois de février de l'année suivante. Durant ce temps, les cinq détenus jouirent au moins de la liberté précieuse de pouvoir converser ensemble, le long du jour, et même de correspondre avec leurs parents et leurs amis, au nombre desquels ils s'estimaient heureux de compter Viret et Calvin. Leurs lettres, qui se sont conservées, sont pleines de ferveur et de pieuse résignation. «Notre bon Dieu ne nous laisse point, écrivait Pierre Écrivain à un de ses amis , il nous console et nous fortifie plus que jamais, tellement que ni menaces, ni tourments, ni mort ignominieuse ou cruelle qu'on nous présente, né nous peuvent faire perdre courage ni quitter la place à notre ennemi... Certes , cher frère, il ne nous advient aucune chose à laquelle nous ne soyons préparés tous les jours. Car quoique notre bon Dieu nous ait suscité plusieurs moyens par lesquels nous pouvions attendre, selon l'apparence du monde, quelque délivrance ; quoique tant de gens de bien et de nobles personnages nous aient assistés comme des instruments et des ministres de Dieu ; toutefois étant bien souvent en contemplation à part nous, et considérant la cause que nous maintenons et à qui nous avons affaire, nous avons attendu notre délivrance plutôt par la mort que par la vie... Or, puisque le temps et l'heure de notre délivrance est venu , et que nous commençons à posséder

posséder à embrasser ce que nous avons tant attendu et désiré depuis longtemps , nous en sommes grandement joyeux et en rendons grâces à notre bon Dieu et Père céleste , par son fils J.-Ch., le priant d'achever l'oeuvre qu'il a commencée en nous, nous donnant force et constance pour persévérer dans la foi jusqu'à la fin ; ce que nous espérons aussi qu'il fera à la consolation de sa pauvre Église, et à la grande ruine et confusion de Satan , de l'Antechrist et de tout son règne, lequel recevra une plus grande plaie par notre mort que par notre vie. »

Vers le mois de février 1555, on les transféra à la prison de Roanne, où ils apprirent que leur mort était arrêtée. Mais par suite de l'intercession des Seigneurs de Berne, ou pour tout autre motif qu'on ignore , leur exécution n'eut pas lieu avant le 16 mai. Ce jourlà , vers les deux heures de l'aprèsmidi, on les tira de leur cachot « revêtus de leurs robes grises et liés de cordes. » Nous empruntons à Crespin le récit de leur supplice, en rajeunissant un peu son style. « Ayant été mis sur une charrette, dit-il, ils commencèrent à chanter le psaume IX° : De tout mon coeur t'exalterai, etc. Et quoiqu'on ne leur donnât pas le loisir de l'achever, ils ne cessèrent pas d'invoquer Dieu... Aux sergents et satellites qui souvent les troublaient, les menaçant s'ils ne se taisaient, ils répondirent par deux fois : « Nous empêcherez-vous , pour si peu que nous avons à vivre, de louer et d'invoquer notre Dieu ? » Étant arrivés au lieu du supplice, ils montèrent d'un coeur alègre sur le monceau de bois qui était autour du poteau. Les deux plus jeunes d'entre eux montèrent les premiers l'un après l'autre, et après avoir dépouillé leurs robes , le bourreau les attacha au poteau. Le dernier qui monta fut Martial Alba, le plus âgé des cinq, lequel avait été longtemps à deux genoux sur le bois, priant le Seigneur. Le bourreau ayant attaché les autres , vint le prendre


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étant encore à deux genoux, et l'ayant soulevé par les aisselles, il voulait le descendre avec les autres ; mais il demanda instamment au lieutenant Tignac de lui accorder une grâce. Le lieutenant lui dit : « Que veux-tu ? » Il lui répondit : « Que je puisse baiser mes frères avant que de mourir. » Le lieutenant le lui accorda, et alors ledit Martial étant encore au-dessus du bois, en se baissant, baisa les quatre qui étaient déjà liés et attachés, leur disant à chacun : « Adieu, adieu, mon frère ! » Alors les quatre autres , retournant leur cou , s'entre-baisèrent aussi, en se disant l'un à l'autre les mêmes paroles : « Adieu, mon frère ! » Cela fait, après que Martial eut recommandé ses frères à Dieu, et avant que de descendre et être attaché , il baisa aussi le bourreau en lui disant ces paroles : « Mon ami, n'oublie pas ce que je t'ai dit. » Ensuite il fut lié et attaché au même poteau, et alors ils furent tous entourés d'une chaîne autour dudit poteau. Or le bourreau ayant eu charge des juges de hâter la mort de ces cinq étudiants , leur mit à chacun une corde au cou , et toutes les cinq se rendaient à une grosse corde qui était sur un engin mu par des poulies, afin de les étrangler plutôt. C'est pourquoi le bourreau', après avoir graissé leur chair nue et jeté dessus du soufre pulvérisé, et après avoir fait tous les apprêts, comme il pensait hâter l'exécution au moyen dudit engin, le cordage fut incontinent consumé par le feu, tellement que ces cinq martyrs furent entendus quelque temps prononcer et réitérer à haute voix ces paroles d'exhortation : « Courage ! mes frères , courage ! » Ce furent les dernières paroles entendues du milieu du feu, qui bientôt consuma les corps desdits cinq vaillants champions et vrais martyrs du Seigneur. » La justice des hommes était satisfaite !

Dans une lettre adressée à ces cinq étudiants, Calvin leur écrivait: « Puisqu'il lui plaît [à Dieu] de vous employer jusqu'à la mort pour maintenir sa

cause, il vous tiendra la main forte pour combattre constamment, et ne souffrira pas qu'une seule goutte de votre sang demeure inutile. Et bien que le fruit ne s'en aperçoive pas sitôt, toutefois il en sortira avec le temps plus abondant que nous ne saurions dire. » En effet, leur exécution n'avait pas encore eu lieu , que déjà un malfaiteur nommé Jean Chambon, détenu avec eux, s'était converti. Dans le courant de la même année, Pierre Bergier, pâtissier de Bar-sur-Seine, établi à Genève, Matthieu Dymonet, de Lyon, Louis de Marsac et son cousin, gentilshommes du Bourbonnais, Etienne Gravot, de Gien-sur-Loire, montèrent sur le bûcher, et bientôt après la place des Terreaux fut encore témoin du supplice de Richard Lefèvre , de Rouen , orfèvre , et de Claude de La Canesière, de Paris, « excellent joueur d'instruments de musique , s qui fut arrêté à Lyon, au mois de mai 1555, comme il se rendait avec sa famille à Genève pour y professer librement la religion qu'il avait embrassée. Tous montrèrent en mourant le même courage et la même constance que Martial Alba et ses compagnons; tous aussi nous ont laissé des professions de foi ou des lettres écrites pendant leur captivité et dans lesquelles respire le saint enthousiasme du martyr.

ALBENAS , famille noble , originaire de Nismes, en possession de la seigneurie de Gajan, au diocèse d'Uzès, depuis 1524. Elle s'est divisée en plusieurs branches.

Jean Ier d'Albenas, seigneur de Gajan, fils aîné de Louis d'Albenas, docteur-ôs-lois,et de Marguerite de Bordes, premier consul de Nismes en 1516, et lieutenant du sénéchal de cette ville en 1522, partagea ses biens entre ses deux fils : l'aîné, Jacques Ier, eut sa terre de Gajan, et le cadet, Jean II, hérita de sa charge et de ses propriétés situées à Nismes. La branche aînée s'est perpétuée jusqu'à nos jours, tandis que la branche cadette s'est


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éteinte avec Louise d'Albenas, mariée à Henri de Porcelet, marquis d'Ubaye, en 1640. Une branche collatérale , fondée par le frère cadet de Jean Ier, Jacques d'Albenas, premier consul de Nismes, en 1520, subsista dans cette ville jusqu'en 1755, époque à laquelle ses derniers représentants allèrent s'établir à Lausanne.

Nous ignorons à quelle époque cette famille embrassa la réforme. Nos écrivains généalogistes, membres de congrégations religieuses pour la plupart, sont en général si sobres de renseignements , quand il s'agit de familles protestantes, qu'il ne nous reste souvent que le champ libre des suppositions. Et d'ailleurs, nous le demandons , quel fond peut-on faire sur la véracité d'un écrivain qui , comme Allard, par exemple , le généalogiste du Dauphiné, commence par demander pardon au lecteur de ce qu'il a osé mêler des noms de protestants dans son livre, — lequel, à vrai dire , est assez mauvais pour que des hommes tels que Casaubon, un de ceux pour les quels il demande grâce, eussent pu ne pas trop se formaliser de l'omission.

La première mention, à notre connaissance, qui soit faite de cette famille comme protestante , concerne JEANPOLDO d'Albenas, qui contribua beaucoup à l'introduction de la réforme à Nismes. Il était né dans cette dernière ville vers 1512, et non à Aubenas, comme le dit Catel dans ses Mémoires du Languedoc. Son surnom de Poldo lui vient vraisemblablement de son arrière-grand-père Poldo ou Paul d'Albenas, docteur-ès-lois, lieutenant dusénéchal en 1462, et servait à le distinguer d'un autre Jean d'Albenas, seigneur de Colias , lieutenant-clerc en 1551, et en 1566 lieutenant-général en la sénéchaussée de Beaucaire. Son père, Jacques, est sans doute le même qui fonda la branche collatérale dont les descendants se réfugièrent en Suisse dans le siècle dernier. Après avoir fait ses études en droit à la célèbre TJniversitéde Toulouse, Jean-Poldo exerça

les fonctions d'avocat auprès du parlement de cette ville. En 1551, il était un des douze conseillersdu roi au siège présidial de Nismes et Beaucaire, et il remplit cette charge avec distinction jusqu'à sa mort, arrivée vers l'an 1563. La noblesse de la sénéchaussée de Beaucaire le députa, en 1560, aux États-Généraux du royaume qui se tinrent à Orléans.

On doit à Jean-Poldo d'Albenas une traduction française des Pronostics de Julien de Tolède ; une autre de l'Histoire des Taborites d'AEneas Sylvius , et finalement un ouvrage d'antiquités très - remarquable, intitulé : Discours historial de l'antique et illustre cité de Nismes, en la Gaule Narbonoise, avec les portraitz des plus antiques et insignes bastiments du dit lieu, etc., Lyon, 1560, in-fol. Dans cet ouvrage, d'Albenas fait preuve d'une érudition qu'on a eu tort d'appeler indigeste ; seulement, dans sa dédicace à Jean, vicomte de Joyeuse, lieutenant du roi au gouvernement du Languedoc, l'auteur expose une théorie si bizarre sur les privilèges intellectuels de la noblesse, tellement élevée au-dessus du commun des mortels, qu'elle sait tout sans avoir besoin de rien apprendre, qu'on en doit conclure que, quant à lui personnellement , il ne s'élevait pas beaucoup au-dessus des idées les plus vulgaires de son siècle.

Nous ne déciderons pas si VITAL d'Albenas, dit Poldo, capitaine huguenot, qui a pris part à nos malheureuses guerres de religion en qualit de lieutenant de l'intrépide d'Acier, était le fils de Jean-Poldo dont nous venons de nous occuper, et s'il était le même que Vidal d'Albenas, premier consul de Nismes en 1562. Ce Vital d'Albenas, dit Poldo, se trouva impliqué dans une déplorable affaire. Nous empruntons ce fait à Dom Vaissette, qui se plaint du silence gardé à ce sujet par les écrivains protestants. Notre impartialité nous fait un devoir de réparer cette omission.


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La seconde guerre civile venait de commencer; la hardie entreprise, tentée par Condé pour s'emparer de la personne de Charles IX, avait échoué ; il ne restait plus aux Protestants qu'à recourir au sort des armes. La ville de Nismes, où les Réformés étaient en très-grand nombre, fut une des premières qui répondit à l'appel du prince. Dès les premiers jours d'octobre (1567), dit Nostradamus, dans son Histoire et Chronique de Provence, « on vid fondre ceste grande tempeste sur Nismes, où furent cruellement passés par les fils des épées, et inhumainement esgorgez un grand nombre de Catholiques par ceux de ceste religion si sanglante et difformée, les quels de rage forcenée jettèrent un religieux Observantin dedans un horrible puits avec quelques autres bons prestres, parce seulement qu'il preschoit une plus saine, ancienne et toute autre doctrine que la leur. » Loin de nous la pensée d'atténuer par des comparaisons et des rapprochements l'horreur qu'inspirent de pareilles barbaries ; un crime ne saurait se justifier par rien : le juste et l'injuste ne sont pas des choses de convention, ils sont indépendants des temps comme de l'opinion. Mais n'est-ce pas le gouvernement de Catherine de Médicis qui tendait surtout à pervertir toutes les notions de la justice ! « L'action barbare et odieuse des Protestants de Nismes, dit Dom Vaissette, coûta la vie à beaucoup de leurs coreligionnaires que les Catholiques égorgèrent par représailles. » En outre, le parlement de Toulouse, ayant fait informer sur ce massacre , rendit, le 18 mars 1569 , une sentence par laquelle il condamna à mort par contumace 104 personnes de la ville de Nismes. On distingue parmi les plus notables : Guillaume Calvière, premier président au présidial, en 1557 ; Denis Brüeys , sieur de S. Chapte, lieutenant criminel ; Robert Le Blanc , juge ordinaire, ancien syndic de la province ; plusieurs conseillers; Pierre

Valette, procureur du roi au sénéchal ; Pierre Robert, lieutenant du viguier ; plusieurs capitaines, dont Vital d'Albenas , auquel nous rapportons cet épisode de nos malheureuses guerres civiles ; François de Pavée, sieur de Serras; Pierre de Savoye, sieur de Cipière ; Antoine Brüeys, sieur de Sauvignargues ; Honorat de Montcalm, sieur de Saint-Véran ; quatre ministres entre lesquels Pierre d'Airebaudouse; Nicolas Calvière , sieur de Saint-Cosme, docteurès-lois, consul en 1559, et plus tard élu trois fois gouverneur de la ville; les deux fils du président Calvière ; le sieur de Mandagout, dit Galargues, et Thomas de Rochemore, baron d'Aigremont.

C'est apparemment à la même ligne que les précédents qu'appartenait le sieur d'Albenas, ancien viguier de Nismes, qui, lors de la guerre des Camisards, présida deux fois une députation des notables protestants de la ville au maréchal de Villars. Cette démarche des nouveaux convertis de Nismes mérite d'être racontée dans tous ses détails. En même temps qu'elle témoigne du peu de sympathie que les Camisards rencontraient parmi leurs coreligionnaires dans les villes, soit à cause des actes terribles de vengeance qu'on leur imputait, soit plutôt parce que le gouvernement en prenait occasion pour faire peser de plus en plus sur eux son joug de fer, elle est à nos yeux une preuve évidente que les mesures tyranniques de Louis XIV commençaient à porter leurs fruits; car la tiédeur touche de bien près à l'indifférence , et l'indifférence était réputée avec raison par les hommes du pouvoir un acte de Conversion.

Lorsque le maréchal de Villars vint remplacer, en 1704, le maréchal de Montrevel dans le commandement de la province du Languedoc , les protestants de Nismes, par le conseil du baron d'Aigaillers , dressèrent une requête pour lui demander à marcher sous ses ordres contre les rebelles ,


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espérant les ramener par leur exemple, ou résolus de les combattre afin de témoigner de leur fidélité au gouvernement. Cette supplique, signée par plusieurs gentilshommes et par presque tous les avocats et marchands de la ville de Nismes, fut présentée, le 22 avril, par d'Albenas à la tête de 7 à 800 personnes de la religion. Mais les offres des nouveaux convertis ne furent point agréées; le maréchal leur répondit qu'il espérait ramener les rebelles par la seule douceur. Et cependant Brüeys nous apprend, dans son Histoire du Fanatisme, que le jour même, « par le conseil de M. de Basville, il fit faire des enlèvements de plusieurs personnes suspectes, qui furent envoyées aux Isles de Sainte-Marguerite. »

A quelques jours de là seulement, les principaux d'entre les Réformés de Nismes se rendirent de nouveau en corps auprès de Villars pour lui renouveler l'offre de leurs services. Cette fois encore ce fut d'Albenas qui porta la parole. « Les nouveaux convertis de la ville de Nismes, lui dit-il, viennent vous réitérer les assurances de leur plus inviolable fidélité pour le service du Roi... Ils vous ont supplié et vous supplient encore, Monseigneur, de vouloir vous servir de leurs personnes et de leurs biens pour exterminer ces malheureux fanatiques qui ont eu la témérité de s'élever contre l'autorité de Sa Majesté. Il faudroit avoir perdu tout sentiment de religion et d'humanité pour seconder une troupe de scélérats qui joignent à leur révolte l'impiété, les sacrilèges , les meurtres, les incendies et mille autres cruautés dont les démons seuls peuvent être capables.... Nous les avons en horreur, et notre indignation est d'autant plus grande, qu'ils rendent odieux le nom de nouveau converti, et avec la haine publique attirent sur nous des maux qui ne devroient tomber que sur eux et sur leurs complices.... Nos biens , nos vies nous sont moins chers que notre fidélité ; la

croire suspecte est le plus grand de tous nos malheurs, » En lisant une pareille pièce, on oublie que les Protestants gémissaient sous la législation la plus atroce, que les massacres et les supplices se succédaient sans interruption dans les provinces du Midi ; ou plutôt on se demande si ce n'est pas là le cri de malheureux au désespoir qui s'attachent à leur bourreau pour éviter le coup mortel. « Sur l'invitation de d'Aigaillers, dit M. Peyrat dans son Histoire des Pasteurs du désert, toutes les villes adressèrent au maréchal des harangues à la d'Albenas. »

Si nos renseignements sont exacts, les descendants de la famille d'Albenas ont persévéré jusqu'à nos jours dans la foi protestante. Ses derniers représentants se sont distingués dans les guerres de l'Empire. JEAN-JOSEPH d'Albenas, né le 19 mars 1761 à Sommières, où la branche aînée s'était établie dès 1608 , de FrançoisAlexandrin d'Albenas, seigneur de Gajan , et de Charlotte-Philiberte de Montlaur, prit part à la guerre de l'indépendance de l'Amérique sous le général Lafayette. A son retour en France, il remplit diverses fonctions publiques. On lui doit quelques écrits de peu d'importance, sur les Maisons de jeu, 1814; sur l'Indemnité, 1818, et un Essai histor. et poétique de la gloire et des travaux de Napoléon Ier, depuis le 18 brumaire an VIII jusqu'à la paix de Tilsitt, Paris, 1808, in-8°. Il mourut à Paris le 22 sept. 1824. Ses deux fils, Louis-EUGÈNE , né à Sommières en 1787, et PROSPER , ont suivi avec honneur la carrière des armes. Mis à la retraite après le licenciement de l'armée de la Loire, l'aîné consacra ses loisirs à la culture des lettres. On cite avec éloge ses Éphémérides militaires ou Anniversaires de la valeur française depuis 1792 jusqu'en 1815, Paris, 1818-20, 12 vol. in-8°. Quoique cette publication ait paru comme étant l'oeuvre d'une société de gens de lettres et de militaires, le bibliogra-.


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phe Quérard prétend que le lieutenant-colonel d'Albenas en a été le seul rédacteur.

ALBIAC(ACHATZ, ou mieux ACACE D') sieur DU PLESSIS , poète français, florissait vers le milieu du 16e siècle.

On ignore le lieu et l'époque de sa naissance. La Croix du Maine le fait naître en Suisse, tandis que Du Verdier le dit parisien. Nous nous rangerions d'autant plus volontiers à cette dernière opinion , qu'elle s'accorde avec ce que racontent de notre poète le martyrologiste Crespin et Théodore de Bèze, qui ont pu le connaître personnellement. L'auteur du Passe-vent Parisien répondant à Pasquin Romain de la vie de ceux qui se disent vivre selon la réformation de l'Évangile (Lyon, 1556, in-12), Antoine Cathalan ou Cathelan, prétend que d'Albiac avait été moine à Saint-Denis ; mais on ne peut ajouter aucune confiance à un pamphlet anonyme. Quoi qu'il en soit de ces diverses opinions, il paraît que d'Albiac, déjà connu par sa traduction en vers français du Livre de Job avec préface et explication des arguments dudit livre , par A. Du Plessis, 1552, in-8°,et 1555, in-12 (?), s'était retiré en Suisse pour se soustraire aux persécutions. Il continua à s'y livrer, sous l'inspiration de sa foi, à son amour de la poésie. En 1556, il fit paraître à Lausanne sa trad. des Proverbes de Salomon et de l'Ecclésiaste mis en cantiques , in-8°; réimp. au Mans, 1558; et en 1560, il publia à Lyon Divers cantiques extraits du Vieil et Nouveau Testament, in-16. Ces ouvrages , qui sont à peine indiqués par les meilleurs bibliographes, ne se trouvent pas dans les bibliothèques publiques de Paris, non plus que dans celle de Genève ( Catalogue de Louis Vaucher). Nous ne pouvons donc en parler. Nous dirons seulement que les courts fragments que nous avons vus de ces poésies nous font regretter'que nos recherches soient restées infructueuses. On y remarque en général un tour simple et facile ; mérite rare à

cette époque et qui le devint de plus en plus dans la suite sous l'influence de la fameuse Pléiade.

Nous emprunterons aux Cantiques de la Bible une courte citation; c'est la prière d'Asa, roi de Judas , se disposant à combattre les Éthiopiens :

O Seigneur! qui secours donnant N'as regard ny à multitude, Ny à foiblesse, maintenant De nous ayder sois souvenant, Que ne tombions en servitude;

Ces multitudes assaillons, O nostre Dieu! soubs ta fiance, Renforce donc nos bataillons Et ne permets que défaillons, Ne qu'ils ayent sus toy puissance.

Le rhythme de ces deux strophes est irréprochable. Le retour régulier des rimes masculines et des féminines indique qu'elles étaient écrites pour le chant.

Il paraît que , peu de temps après cette publication , d'Albiac rentra en France. Le célèbre édit de janvier 1562 venait d'être rendu, et un grand nombre de réfugiés avaient été leurrés par l'espoir de retrouver dans leur patrie liberté et protection. Notre poète se rendait à Angers auprès de son frère, le ministre Du Plessis, lorsqu'il fut surpris à Tours par une de ces affreuses tourmentes que le fanatisme soulevait si fréquemment alors dans nos provinces. La première guerre de religion venait de commencer. Pendant un temps , les religionnaires de Tours restèrent les maîtres de la ville à l'aide de quelques troupes que le prince de Condé leur avait envoyées ; mais leurs ressources ne tardèrent pas à s'épuiser, et n'ayant aucun espoir de secours , ils résolurent, vers le commencement de juillet (1562), de se jeter dans la ville de Poitiers. Cependant, dit l'historien à qui nous devons ces détails, « par la nonchalance d'une partie des chefs qui les conduisoyent, les uns se rendirent et posèrent les armes ; les autres rompus et deffaicts se sauvèrent comme ils peurent, et se retirèrent à Poitiers tenue par ceux de la Religion; quelques autre


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furent entièrement desvalisez et menez par troupes à Chastelleraut, comme povres brebis à la boucherie. » Au nombre do ces derniers était Jean de Tournay, vieillard plus que septuagénaire, ancien moine Augustin , et un des douze ministres députés à la conférence de Poissy, qui fut noyé de sang-froid. Quant à ceux qui s'étaient rendus sur la promesse d'avoir la vie sauve , le marquis de Villars leur donna une escorte de quelques chevaux avec un sauf-conduit pour les reconduire à Tours ; mais la plupart furent égorgés en chemin. Deux à trois cents seulement parvinrent jusqu'aux faubourgs de la ville. Aussitôt on sonna le tocsin et les massacres commencèrent. On traîna à la rivière jusqu'aux enfants, dit Crespin , «de sorte qu'en moins de cinq ou six jours les bords de la rivière baissant à Angers estoyent couverts de corps dont les bestes mesmes s'espouvantoyent. » Sur ces entrefaites, le Roi de Navarre, Antoine de Bourbon, qui faisait cause commune avec les Triumvirs, envoya son lieutenant, le sieur de Beauvais , pour commander dansla ville, et bientôt ce dernier y fut suivi par le duc de Montpensier et son lieutenant Chavigny, avec force gens de guerre accompagnés de moines et de prêtres. Toutefois les massacres ne discontinuèrent pas ; seulement ils se commirent dans quelques cas avec un semblant de jugement. Nous en rapporterons un exemple. Le ministre Michel Herbaut, ancien prieur des Augustins, ayant été arrêté près de Tours , fut amené devant Chavigny qui lui commanda de se tenir prêt à prêcher pour le lendemain. Herbaut obéit; mais son sermon n'ayant pas été goûté par les assistante, il fut jeté en prison et deux jours après condamné à être brûlé vif. Il est vrai de dire que cette sentence fut adoucie; on accorda au malheureux ministre d'être pendu. Le lendemain de son entrée dans la ville le duc de Montpensier avait fait publier à son de trompe, Que chacun après s'être

confessé eût à faire ses Pâques et à se trouver le lendemain à la procession générale du S.-Sacrement, sous peine de la vie. Beaucoup de religionnaires intimidés se mêlèrent à la procession ; mais leur soumission, loin de leur faire trouver grâce, ne servit qu'à les désigner plus sûrement au fanatisme sanguinaire de la populace. Un certain nombre d'entre eux furent npyés, les autres jetés en prison. Quant aux maisons de ceux qui étaient absents ou qui avaient été massacrés, comme elles n'avaient point été « tapissées » conformément à l'ordonnance du gouverneur, pour faire honneur à la procession, les gens de la justice leur firent le procès et les condamnèrent à être saccagées, puis vendues au plus offrant , ce qui fut exécuté. Quelques jours après, des moines dressèrent une confession de foi, et il fut également crié par la ville, Que quiconque refuserait de la signer ou approuver pardevant bons témoins serait mis à mort. Quelques femmes, entre autres, demeurèrent constantes en leur foi. De ce nombre fut la femme du poète qui fait le sujet de cette notice. Il est probable que lui-même avait péri, car il n'en est plus fait mention dans l'histoire depuis cette époque. « Une honnorable damoiselle, raconte Crespin, de la maison Dit Til en Flandres, femme d'un honnorable personnage nommé Acace d'Albiac de Paris, frère de Du Plessis, ministre d'Angers , estant partie de Lausanne en Suisse avec son mari, et surprise par les troubles à Tours , après avoir constamment refusé de soussigner ceste confession, fut traînée avec infinis outrages jusques à la rivière , ayant receu en chemin un grand coup d'espée sur le visage,, et finalement avec son hostesse , femme d'un nommé Du Mortier, et une honnorable vefve nommée La Chapesière, jettée en l'eau si basse que n'y pouvant estre noyée avecques ses compagnes , elles y furent assommées à grands coups d'avirons jusques à leur faire sortir la cervelle à la veuë d'un cha-


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cun. » La ville de Tours ne fut pas le seul théâtre de ces scènes d'horreur ; toute la province fut couverte de meurtres. C'est alors que périrent le ministre de S.-Christophe nommé Longeville , homme intègre et fort âgé ; le ministre de Ligueil, provençal de nation, « plein de grande piété et de fort paisible esprit, » auquel on creva les yeux et qu'on jeta encore vivant sur un tas de bois où il fut brûlé; le nommé Ferrand , autrement dit le seigneur Dusson, qui de retour de Lausanne depuis quelques années , avait été envoyé à l'Isle-Bouchard pour y répandre les doctrines de la Réforme. On suppose que son frère, secrétaire du gouverneur de la province, le duc de Montpensier, ne fut pas étranger à son arrestation, sinon à sa mort. Il avait été appréhendé avec le seigneur Des Perrouses; et ils étaient conduits tous deux par-devant ce gouverneur qui faisait sa résidence ordinaire à Champigny, lorsque le tocsin du château appelant les tueurs au dehors, ils furent massacrés par la commune et jetés dans une mare. « Et ne faut oublier, ajoute le martyrologiste, que sitost que la commune ou ceux de la justice avoyent fait mourir quelque homme ou femme, on entrait incontinent en leurs maisons, les enfants estoyent mis sur le pavé et envoyez mendier leur pain : puis tout estoit pillé etsaccagé, de sorte que [le moine] Richelieu se vantoit d'avoir du veloux, satin, taffetas de Tours à vendre à l'aune de la longueur d'une lieue. Ses compagnons et notamment Clairevaux et les autres capitaines ne faisoyent pas moins leurs besongnes, de sorte que ceux qui n'avoyent rien devant la guerre cerchoyent tost après d'acheter des terres de trente et quarante mille francs à payer content. »

L'Anjou ne fut pas moins éprouvé que la Touraine. Le frère de notre poète CHARLES D'ALBIAC, sieur Du Plessis, pasteur à Angers , fut une des premières victimes.

Il paraît que ce ministre jouissait

d'une grande réputation d'éloquence. « L'église de Blois, dit Bèze , en ayant entendu parler comme ayant le langage plus friant que d'autres , le demanda à celle de Tours [au service de laquelle il était d'abord attaché] , qui consentit à le lui prêter pour trois mois. » Pendant son séjour à Blois, Du Plessis , ayant perdu sa femme avec qui il faisait mauvais ménage, rechercha en mariage la fille d'un avocat catholique « avec une telle indiscrétion , dit l'historien, que le père dut recourir jusqu'au Conseil du roi. » Le ministre fut contraint de se retirer, et il fut envoyé à l'église d'Angers pour sa sûreté. A l'époque de l'assemblée des États provinciaux de l'Anjou pour l'élection des députés aux États-Généraux (1560), Du Plessis et un avocat du roi, nommé François Grimaudet, déployèrent tant d'activité et de zèle que les Religionnaires l'emportèrent, en faisant élire les sieurs de La Barbée et de VallierBresay. Mais ces élections furent cassées par le duc de Montpensier.

A Angers, les choses se passèrent à peu près comme à Tours. Les Protestants s'y maintinrent les maîtres jusqu'au 5 mai (1562). Mais à cette époqne, Puygaillard, avec l'assistance des habitants catholiques, s'en empara « en moins de rien .» Le duc de Montpensier et Chavigny l'y suivirent. Pressé par le danger, le ministre Du Plessis voulut fuir par-dessus les murailles de la ville ; mais il fut reconnu et égorgé. Les juges sommés d'expédier en toute diligence les procès des malheureux Protestants dont on avait comblé les prisons , se mirent aussitôt à l'oeuvre.

On nous a conservé les noms de quelques-unes des victimes de ces assassinats judiciaires. Mathurin Bouju, receveur des tailles, avait été incarcéré un des premiers. Il va sans dire qu'avant toute autre formalité , son domicile avait été saccagé, et sa caisse déclarée de bonne prise par le gouverneur ; le sieur de Beaurégard, dia cre de l'église , avait même été tué dans sa maison en résistant aux assail-


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lants. Son procès donc étant commencé , et Bonju ayant récusé le président, Chavjgny, lieutenant du duc de Montpensier, le somma de convenir d'un autre juge, d'autant, ajouta-t-il, qu'il avait beau choisir, qu'il n'en mourrait pas moins. Bouju désigna le conseiller François de Pincé, sieur de La Roue, « qui lui avoit esté de tout temps ami familier ; » mais comme Pincé déclinait ce dangereux devoir, Chavigny le menaça, s'il ne s'exécutait au plus vite , de le faire pendre lui-même aux créneaux de sa maison. Pincé eut alors la faiblesse de condamner son ami ; il fut mis à mort avec un de ses fidèles serviteurs, nommé Robert Crozille. Jean de Nodreux, sieur du Cormier, eut la tête tranchée ; outre le crime d'hérésie dont il était coupable, il y avait pour sa condamnation un motif plus puissant encore : sa fortune était trèsconsidérable , et elle échut au moine Richelieu. Pierre Gohin , sieur de Malabry, garde de la Monnoye, et un des anciens de l'église, eut le même sort ; ce notable commerçant était en telle estime dans le pays, que le grand doyen de Saint-Maurice lui avait donné refuge dans sa maison contre les poursuites de ses assassins ; c'est chez ce vénérable ecclésiastique qu'il fut trouvé et arrêté. François Melet, sieur de Pincé, et Jacques Éveillart, sieur de La Ganerie, tous deux avocats, furent également exécutés ; seulement ce dernier, en sa qualité d'ancien et de surveillant de l'église, reçut de plus la question extraordinaire. Quant à leur confrère, Guillaume Perraut, il ne racheta sa vie qu'en accordant à un valet la main de sa fille unique. Les mêmes meurtres se renouvelèrent dans toute la province : à Cran , où le baron du lieu, le sire de La Trémoille, permit à Puygaillard de transporter le théâtre de ses cruautés ; à Baugé, où l'un des ministres, Jean Le Bailli, fut tué ; en un mot, tout le pays fut inondé de sang, et les exécutions y continuèrent, même

après la publication de la paix d'Amboise, en 1565. Ce sont de semblables épisodes de nos guerres de religion qui inspiraient au plus grand philosophe pratique du XVIe siècle cette sage réflexion : « Il ne se peult imaginer un pire estat des choses, qu'où la meschanceté vient à estre légitime, et prendre, avecques le congé du magistrat, le manteau de la vertu : Nihil in. speciem fallacius quam prava religio, ubi deorum numen proetenditur sceleribus, l'extrême espèce d'injustice, selon Platon, c'est que ce qui est injuste soit tenu pour juste. »

ALBRET (JEANNE D') , née le 7 janv. 1528 de Henri II d'Albret, roi de Navarre et prince de Béarn , et de Marguerite d'Orléans - Angoulême , soeur de François 1er, mariée, à Antoine de Bourbon , duc de Vendôme, le 20 octobre 1548, reine de Navarre à la mort du roi son père le 25 mai 1555, et morte à Paris le 9 juin 1572, « non sans soupçon d'avoir été empoisonnée, » dit le P. Anselme.

La maison d'Albret tirait son origine d'Amanieu , sire d'Albret, mort en 1060; elle s'éteignit dans la ligne masculine en la personne du marquis d'Albret, tué, dit-on, dans une entreprise galante, en 1678. Le vicomte d'Albret, érigé en duché par Henri II, le 29 avril 1550, fut réuni à la couronne de France, en juillet 1607; Louis XIV l'en détacha en 1652 pour le donner avec ses dépendances au duc de Bouillon en échange des principautés de Sedan et de Raucourt. Ce petit pays avait une étendue de 20 lieues sur autant de large ; Nérac en était la capitale. Il relevait de la couronne de France.

C'est en 1484 que la maison d'Albret acquit le royaume de Navarre parle mariage de Jean d'Albret avec Catherine de Foix, héritière de la couronne , mariage célébré en 1491. Le royaume de Navarre comprenait alors la Haute et la Basse Navarre, la souveraineté de Béarn, le comté de Foix et un grand nombre de seigneuries


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moins importantes. La Navarre proprement dite se divisait en 6 provinces ou mérindades : la Haute-Navarre en comprenait 5, dont les capitales étaient Pampelune, Estella, Tudela, Olite et San-Guesa ; et la Basse-Navarre I, dont la capitale était Saint-Jean-Pied-de-Port. La Navarre espagnole avait environ 50 lieues de long sur 24 de large, tandis que l'étendue de la Navarre française n'était que de 8 lieues sur 5 de large; elles étaient séparées l'une de l'autre par les Pyrénées.

La principauté de Béarn, dont une partie des domaines relevait de la couronne de France, avait environ 26 lieues de long sur 22 de large ; Pau en était la capitale. Louis XIII réunit cette province à la couronne, avec la Basse-Navarre, en 1620.

En 1512, Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, favorisé dans son entreprise parle pape Jules II, qui avait, dit-on , excommunié Jean d'Albret, allié de Louis XII, et déclaré ses états vacants, envahit le royaume de Navarre, et s'empara de toute la partie du pays au delà des Pyrénées. Depuis ce démembrement, les nombreuses tentatives faites par les souverains de la Navarre , soit par la voie diplomatique , soit par la voie des armes, pour ressaisir les états dont ils avaient été si violemment dépossédés, demeurèrent sans résultat. Ils trouvèrent cependant quelque compensation dans la possession des duchés d'Alençon , de Berri ; des comtés d'Armagnac , de Rhodez, etc., que Marguerite apporta en dot dans leur maison, indépendamment du gouvernement de la Guyenne, qui, en 1528, fut donné à titre héréditaire à Henri II d'Albret. Par le mariage de Jeanne d'Albret avec Antoine de Bourbon, la maison de Navarre fut encore enrichie du duché de Vendôme, du comté de Marie et de quelques autres seigneuries.

Jeanne d'Albret était fille unique de Henri II d'Albret et de Marguerite de Valois ; elle était l'aînée de quatre enfants,

enfants, deux filles, nées avant terme et mortes sans avoir été baptisées, et un fils, Jean, qui mourut deux mois après sa naissance. L'affection que lui témoignaient le roi son père et son oncle François Ier; la fit surnommer dans son enfance la Mignonne des rois. Mais ce n'était pas seulement la gentillesse de sa petite nièce et le vif amour qu'il portait à sa soeur, qui provoquaient les caresses de François Ier, il y avait des raisons politiques qui lui commandaient une semblable conduite, et ces raisons sont toujours les plus puissantes dans les conseils des souverains. Jeanne était appelée à hériter du royaume de son père. Le roi de France devait donc craindre qu'un mariage étranger aux intérêts de sa couronne ne permît à l'Espagne d'avoir un pied dans ses propres états. Ces raisons le déterminèrent à confisquer en quelque sorte la future reine à son profit. Lorsque Henri d'Albret et Marguerite quittèrent la Cour de France, après le traité de Cambray, ils durent laisser leur fille, alors âgée de deux ans et quelques mois, au Plessis-lès-Tours. C'est dans cette maison royale près de Tours que Jeanne d'Albret fut élevée. Son éducation, dont François s'abstint au moins de contrarier le cours, « fut confiée , dit Mlle Vauvilliers (Hist. de Jeanne d'Albret), à des femmes d'une vertu éprouvée.... A l'exemple de son sage gouverneur [Nicolas Bourbon] , tous ceux qui entouraient la jeune princesse l'entretenaient sans cesse d'actions élevées, de résolutions courageuses, afin d'agrandir son âme et de la fortifier. Ils s'appliquaient également à lui apprendre, d'abord, de la vertu ce qu'elle a d'aimable pour la porter à l'aimer, ensuite ce qu'elle a de difficile pour qu'elle aspirât à la gloire d'en illustrer sa vie ; et comme les leçons vivantes sont d'ordinaire les plus frappantes et les plus salutaires, on lui proposait incessamment la vie de la reine, sa mère, pour exemple. » Leurs soins ne furent pas perdus. Dès l'âge le plus tendre, Jeanne fit paraî-


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tre un esprit élevé et une raison forte ; « mais elle annonça aussi, continue l'historien auquel nous empruntons ces détails, cette sensibilité profonde qui associe notre âme à toutes les misères d'autrui et la dévoue aux grandes douleurs. » Son instruction , favorisée par d'heureuses dispositions et par une excellente mémoire, répondit à l'attente des habiles maîtres que sa mère lui avait donnés. Elle apprit non-seulement le français, le béarnais et l'espagnol, mais aussi le latin et le grec. Nous aurons l'occasion de citer quelques fragments de ses lettres qui décèlent une plume exercée. Elle écrivait aussi en vers ; elle « s'est plu grandement, dit Du Verdier, en la poésie, et imitant sa vertueuse et savante mère, composoit souvent en rime françoise. » Cependant, outre le quatrain suivant que rapporte Le Laboureur,

- Art singulier, d'icy aux derniers ans , Représentez aux Enfants de ma Race Que j'ay suivi des craignans-Dieu la trace, Afin qu'ils soient les mesmes pas suivans. —

et qu'elle improvisa dans une visite à la célèbre imprimerie des Estienne, en 1566, nous ne connaissons d'elle que quatre sonnets qui aient été imprimés. Ils se trouvent intercalés dans un petit poème de Joachim du Bellay sous ce titre: « Sonnets à la Royne de Navarre, aux quels cette Royne fait elle-mesme response. » La rareté de cette pièce, que ne fait connaître aucun-des biographes de Jeanne d'Albret, nous engage à en donner l'analyse. La jeune reine repousse avec une sage modestie les louanges trop flatteuses du poète :

Je cognois bien le pris et la valeur De ma louange, et cela ne me tente D'en croire plus que ce qui se présente, Et n'en sera de gloire enllé mon coeur.

Mais être louée par le premier poète de son temps ! Cette pensée a de quoi séduire. Quelque forte que soit une femme, n'a-t-elle pas toujours ses faiblesses de femme ?

Mais qu'un Bellay ait daigné de l'escrire,

continue-t-elle, je n'ai pas honte de

dire que je m'en tiens très-satisfaite et glorieuse.

Dans le sonnet suivant, la reine témoigne que les Anciens sont heureux d'avoir trouvé des poètes « curieux de faire vivre leurs grands faits. »

Mais j'ose dire (et cela je maintiens) - Qu'encor' ils ont un regret ennuieux Dont ils seront sur moy-mesrne envieux, En gemissant aux Champs Elysiens,

Et quel est ce regret? C'est, ajoutet-elle, qu'ils n'aient point eu un Bellay pour les chanter :

Car ce qui n'est sçavez si dextrement

Feindre et parer, que trop plus aisément Le bien du bien seroit par vous chanté.

Ici un dialogue en sonnets s'établit entre la reine et le poète. On sait ce qu'un poète admiré par une reine peut répondre : la louange ne connaît plus de mesure. Mais si l'admiration enflamme le génie, l'adulation le dessèche.

Dans un troisième sonnet, la reine se plaint de son peu de mérite,

Stile qui point l'oreille ne contente, Foible argument, et mots pleins de rudesse, Monstrent assez mon ignorance expresse,

et cependant le démon de la poésie l'emporte :

Et si n'en suis moins hardie et ardente Mes vers semer, si subjet se présente.

Si Jeanne n'a rien publié, il n'en faut donc accuser que les agitations continuelles de sa vie; car, à l'exemple de sa mère, elle était trop au-dessus des préjugés de son siècle pour penser qu'une couronne de lauriers pût jamais déparer la tête d'une reine. C'est ce que témoigne le dernier des sonnets qu'elle adresse au poète :

Le temps, les ans d'armes me serviront

Pour pouvoir vaincre une jeune ignorance,

Et dessus moy à moy-mesme puissance A l'advenir, peult estre, donneront.

Mais quand cent ans sur mon chef doubleront, Si le haut Ciel un tel aage m'advanec, Gloire j'auray d'heureuse recompense, Si puis attaindre à celles qui seront

Par leur chef-d'oeuvre en los toujours vivantes. Mais tel cuider seroit trop plein d'audace, Bien suffira si, près leurs excellentes

Vertus , je puis trouver petite place :

Encor je sens mes forces languissantes, Pour esperer du Ciel tel heur et grâce.


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Nous regrettons que l'espace ne nous permette pas de rapporter les répliques de Du Bellay. On verrait que dans cette joute qu'on pourrait croire trop inégale, l'avantage est rarement resté au poète.

Jeanne était à peine sortie de l'enfance que François Ier songea à lui imposer un époux de son choix. Il balança un moment entre Antoine de Bourbon et le duc de Clèves ; mais les intérêts de sa politique le décidèrent pour ce dernier parti. Guillaume de Clèves se rendit donc à la Cour de France, et François 1er fit savoir au roi et à la reine de Navarre sa décision, en les invitant à partir sans délai pour assister au mariage de leur fille. Cependant Henri d'Albret et Marguerite, qui goûtaient aussi peu l'un que l'autre cette alliance, portèrent la question devant les États de la Navarre et du Béarn , qui se prononcèrent contre cette union. Forts de cette déclaration, ils se rendirent à Amboise, où était la Cour, et témoignèrent au roi leur éloignement pour le mariage projeté. La jeune princesse, qu'ils avaient prise avec eux à leur passage au Plessis-lès-Tours, ne manifesta pas moins de répugnance que ses parents pour cette alliance. Elle n'était encore que dans sa douzième année , mais déjà elle annonçait une force de caractère au -dessus de son âge. Cependant tout fut inutile : la volonté royale demeura inébranlable, et le mariage fut célébré avec une pompe extraordinaire à Châtellerault , le 15 juillet 1540. Brantôme raconte que la jeune princesse était tellement chargée de pierreries que ne pouvant marcher sous un tel fardeau, « le roy commanda à M. le connestable de prendre sa petite niepce au col et la porter à l'église. » « Les nopces, dit Mézeray, en furent célébrées avec une profusion que l'on fit bien payer au pauvre peuple par l'augmentation de la gabelle, aussi les nomma-t-on les nopces salées. » Mais cet historien commet plusieurs erreurs. D'abord, il fait mourir

très-gratuitement le duc Guillaume de Clèves, en lui supposant un fils du nom de Martin, qui serait devenu l'époux de Jeanne, et ensuite, il se trompe, ainsi que Sponde , sur l'année de la célébration du mariage qu'ils placent tous deux en 1541.

La grande jeunesse de Jeanne ne permit pas que le mariage fut consommé; le duc retourna dans son duché, et sa jeune épouse accompagna ses parents dans le Béarn. Trois ans s'étaient écoulés depuis cette séparation , lorsqu'un ordre de François Ier vint obliger Jeanne à partir. Le cardinal Du Bellay, évêque de Paris, fut chargé de l'accompagner. Jeanne se soumit; mais au moment d'atteindre au terme de son voyage , une triste nouvelle vint la combler de joie. Le duc, son époux, ayant succombé dans une lutte trop inégale contre CharlesQuint, était allé se jeter aux pieds de son vainqueur et en avait obtenu des conditions humiliantes qui le liaient dorénavant à sa cause. Cette défection du duc de Clèves affecta vivement François Ier. Dès lors, le mariage de sa nièce fut rompu ; la politique défit ce que la politique seule avait fait. Paul III en déclara la nullité; sa bulle, publiée dans la cathédrale de Tours , fut enregistrée en la cour du parlement de Paris.

François Ier en revint alors à son premier projet, celui de marier Jeanne avec Antoine de Bourbon ; mais avant tout il exigea la réintégration de la jeune prisonnière auPlessis-lès-Tours. Les négociations n'avaient encore abouti à aucun résultat, lorsque la mort enleva François, en 1547. De nouveaux prétendants se présentèrent alors. L'aîné des princes lorrains , François de Joinville , rechercha la main de la jeune princesse ; mais un jour que Henri II intercédait auprès d'elle pour lui, elle lui fit cette réponse hardie qui coupa court à toute nouvelle démarche : «Voudriez-vous, Monsieur, que celle qui me doit porter la queue fût ma belle-soeur, et que la fille de


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Madame de Valentinois vînt à me côtoyer ? » Le frère cadet du duc de Guise, le comte d'Aumale, avait en effet épousé mademoiselle de Brézé, une des deux filles que Diane de Poitiers , la maîtresse du roi, avait eues du comte son mari, et même il s'en était peu fallu que le prince de Joinville ne fit lui-même ce mariage à l'instigation de son oncle le cardinal de Lorraine.

Jeanne éprouvait plus de penchant pour le duc de Vendôme, et son amour était vivement partagé. Mais Henri d'Albret était bon ménager, et la prodigalité d'Antoine l'effrayait. Marguerite de son côté n'était pas moins contraire à cette union. Sans doute que la pensée d'une alliance avec l'Espagne ne fut pas étrangère aux difficultés qu'ils soulevèrent. Philippe était alors veuf de Marie de Portugal, sa première femme , et ils n'ignoraient pas que Charles-Quint avait toujours en vue pour son fils une alliance avec la maison de Navarre. Par son testament d'Augsbourg, il lui donnait le conseil d'épouser ou la fille de France ou l'héritière de la maison d'Albret , « princesse d'une santé vigoureuse , dit-il, d'un caractère admirable , vertueuse et d'un coeur digne de sa naissance. » Henri II finit par comprendre le danger ; il promit donc son appui à Antoine de Bourbon, et à l'exemple de son père, il prétendit agir d'autorité. II commanda au roi et à la reine de Navarre de se rendre à Moulins pour y assister à la célébration du mariage de leur fille. Cette fois du moins ce n'était plus pour Jeanne qu'une douce contrainte que le monarque français entendait exercer. Quant à l'opposition que Henri rencontra de la part du roi de Navarre, il n'ignorait pas le meilleur moyen pour l'écarter : il lui donna l'assurance de s'employer à le rétablir dans son royaume, ce rêve de toute sa vie , et il lui assigna en même temps une pension de 15,000 livres sur la recette de Gascogne. Le malheur est confiant;

à ces conditions, Henri d'Albret signa le compromis. Mais Marguerite , qui ne s'abandonnait sans doute pas aux mêmes illusions, continua à protester jusqu'au bout.

Le mariage fut célébré à Moulins le 20 octobre 1548. Après les noces, qui furent splendides, les nouveaux époux accompagnèrent le roi et la reine de Navarre dens leurs états. Leur bonheur ne tarda pas à être troublé. Marguerite , consumée de regrets depuis la mort de son frère bien-aimé , le suivit de près dans la tombe ; elle mourut en 1549. L'année suivante , Jeanne se rendit avec son époux dans son gouvernement de Picardie. Ce fut dans le château de Coucy qu'elle accoucha, le 21 sept. 1551, de son premier enfant qui fut nommé Henri, du nom de son parrain le roi de France , et reçut le titre de duc de Beaumont. Du Bellay en célébra la naissance dans une ode brillante , où il annonçait au nouveau-né les destinées les plus fabuleuses; tous les dieux et les héros de l'antiquité étaient venus successivement poser devant lui, pour servir de points de comparaison à sa Muse ; il ne se doutait guère, hélas ! que cette maxime toute prosaïque Mieux vaut suer que trembler, causerait prochainement la mort de ce pauvre enfant. Voici comment on raconte ce fait étrange , que confirme Péréfixe. Jeanne avait confié le jeune duc aux soins de la femme du bailli d'Orléans, grand-mère du maréchal de Matignon. Cette dame, d'un tempérament très-frileux , pensait que la chaleur étant le principe de la vie , on ne pouvait trop se garder du principe contraire. Elle tint donc son nourrisson dans une chambre hermétiquement fermée , où l'on entretenait un feu continuel. Mieux vaut suer que trembler, répondait la bonne dame à toutes les observations qu'on lui faisait, les Enfans sont transis de froid quand les corneilles bâillent de chaud. Enfin la duchesse de Vendôme ne partageant pas les idées de la baillive sur le principe vital, dut


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retirer son fils d'entre ses mains pour le soumettre à un régime moins débilitant ; mais déjà il était trop tard, il mourut avant d'avoir atteint sa deuxième année.

La naissance d'un second enfant apporta au moins quelque diversion à sa douleur ; il reçut les noms de LouisCharles, avec le litre de comte de Marle. Le P. Anselme commet ici une erreur lorsqu'il place ce jeune prince après Henri, comte de Viane , depuis Henri IV; en outre, ses copistes , tels que La Chenaye-Desbois dans son Dict. de la Noblesse, auraient dû remarquer que ce savant généalogiste les faisait naître à deux mois de distance l'un de l'autre, Henri, le 15 décembre 1555, et Louis-Charles le 19 février 1554, et éviter par conséquent de tomber dansla même faute. Olhagaray, l'historien de la maison de Navarre, commet encore une plus grande inexactitude, en plaçant, dans sa table généalogique, le comte de Marie après la princesse Catherine, né en 1558. Jeanne voulut cette fois que son fils fût nourri sous ses yeux. Mais la destinée du jeune comte de Marie n'était pas de vivre, non que nous pensions avec Péréfixe que « le Ciel, ôta ainsi ces deux petits princes pour faire place à notre Henri qui méritoit bien d'avoir le droit d'aînesse et d'être l'unique ; » nous n'en accuserons que l'imprudence coupable de sa nourrice et d'un gentilhomme qui,« se le transmettant l'un à l'autre en se jouant, » le laissèrent tomber, ce qui causa sa mort. Ce triste événement se passa à la Cour du roi de Navarre, à qui le duc et la duchesse de Vendôme étaient venus présenter leur fils.

La guerre s'étant rallumée entre la France et l'Espagne, Antoine reçut l'ordre de se rendre dans son gouvernement de Picardie. La duchesse sa femme l'y accompagna , et quoiqu'elle fût devenue enceinte, elle ne cessa de le suivre partout comme une autre amazone. Lorsqu'elle fut sur le point d'arriver au terme de sa grossesse

grossesse le roi son père lui envoya une députation pour lui rappeler là promesse qu'elle lui avait donnée de faire ses couches à Pau , et de lui confier son enfant pour être élevé à la manière des Béarnais , et non comme les antres mollement et à la française. Elle partit donc de Compiègne, le 15 novembre, et arriva sans accident à Pau, le 4 du mois suivant. Le 15, elle accoucha heureusement d'un fils. On raconte qu'au milieu des douleurs de l'enfantement, elle eut la force de chanter un air du pays, selon les désirs de son père qui ne voulait pas qu'elle mît au monde « une fille pleureuse ou un garçon rechigné. » Le jeune prince reçut le nom de Henri ; les historiens lui donnent indifféremment les titres de comte de Viane, comte d'Armagnac, prince de Béarn, ou prince de Navarre. Peu de temps après, la duchesse de Vendôme alla rejoindre son mari sur la frontière de Picardie. De son côté, Henri d'Albret se prépara à profiter des circonstances favorables qui se présentaient pour reconquérir son royaume; mais au moment d'entrer en campagne , il tomba malade et mourut le 25 mai 1555.

A peine Jeanne d'Albret eut-elle succédé à la couronne de son père , que Henri II songea à l'en dépouiller. A cet effet, il chercha à circonvenir le duc de Vendôme , en-lui proposant, en échange des états de la maison de Navarre , des domaines équivalents dans l'intérieur de la France. Mais Jeanne, prévenue à temps des dispositions du monarque français, se conduisit avec beaucoup de prudence. Elle ne lui résista pas d'abord ouvertement , elle prétexta la nécessité de disposer favorablement les États-Généraux du pays, sans le concours desquels elle ne pouvait rien décider. Le roi, satisfait de ses réponses et ne doutant pas du succès, lui accorda la permission de retourner dans ses' états, en nommant toutefois des commissaires chargés de raccompagner.


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« Il n'est point donné de peindre , dit Mlle Vauvilliers, l'allégresse que la présence de Jeanne excita dans le royaume de Navarre. Jamais les peuples ne manifestèrent plus d'amour à la vue de leur souverain ; on les voyait accourir en foule et de toutes parts; dans les villes, les villages, les moindres hameaux où Jeanne et Antoine passèrent, c'étaient des acclamations , des fêtes , tous les transports des âmes heureuses. » On comprend qu'au milieu d'un tel enthousiasme, la pensée qui préoccupait Jeanne, n'était pas d'abandonner un peuple qui confondait si bien ses intérêts avec les siens, mais de le protéger par tous les moyens en son pouvoir contre les desseins perfides de Henri II. Ses émissaires secrets n'eurent pas de peine à soulever le pays. Bientôt toute la Navarre et le Béarn furent en armes. Lorsque les choses en furent arrivées à ce point, la reine de Navarre écrivit au monarque français qu'elle regrettait beaucoup de n'avoir pu vaincre l'extrême répugnance de ses sujets à changer de domination ; mais qu'elle pensait qu'il y aurait danger à poursuivre ce projet. Henri dissimula sou déplaisir. Le roi et la reine de Navarre furent alors couronnés en présence des États assemblés et des principales autorités du royaume.

Depuis le règne de Marguerite , la Réforme s'était introduite peu à peu dans ce petit pays. C'est sous les auspices de cette princesse que la Bible avait été traduite par Lefèvre d'Étaples, et les psaumes de David mis en vers par Clément Marot ; « ces deux livres étaient devenus comme des livres de famille. » Indépendamment de tout motif politique, l'éducation libéraie que Jeanne avait reçue, et l'exemple de sa mère devaient la rendre très favorable aux idées nouvelles. « Elle eut, aussi bien que son mari, dit Olhagaray (Hist. des comtes de Foix, etc.), beaucoup d'indulgence pour la religion réformée; et il y a beaucoup d'apparence qu'ils n'eussent guère

tardé à la professer publiquement; si les menaces du roi de France, et celles que le cardinal d'Armagnac leur faisoit de l'indignation du pape, ne les eussent tenus en bride. » Mais dès l'année 1555, « la prédication fut ottroiée, au rapport de Bèze, en la grande sale du chasteau [de Nérac] par le roy et la reyne de Navarre, commençans à gouster aucunement la vérité, qui print dès lors telle racine en toute ceste contrée-là (combien qu'il ne fust encores mention d'aucun ministre ordinaire) que jamais depuis elle n'en a peu estre arrachée. »

En 1557, le roi et la reine de Navarre entreprirent avec leur fils un voyage à la Cour de France. Leur intention était de chercher à prévenir ou à détourner les mauvais desseins de Henri II. Ils passèrent par la Rochelle, où on leur fitune réception magnifique. Dans toutes les villes où ils s'arrêtèrent, Antoine fit prêcher son prédicateur David qui l'accompagnait, et même Brantôme nous apprend qu'il le mena à la Cour, mais il ajoute que « la reine de Navarre, qui estoit jeune, belle et treshonneste princesse, et qui aimoit bien autant une danse qu'un sermon, ne se plaisoit point à ceste nouveauté de religion. » C'est ce que confirme en quelque sorte Théodore de Bèze. Selon lui, tandis que « le roy de Navarre se monstroit fort affectionné à la religion, » la reine au contraire « s'y portoit fort froidement. » Nous verrons que les rôles ne tardèrent pas à être intervertis.

Dans sa courte apparition à la Cour de France, le jeune prince de Béarn plut tellement à Henri II que dès ce moment, assure-t-on, son mariage avec Marguerite de Valois, sa fille, fut une chose arrêtée dans l'esprit du monarque , qui voulut même garder auprès de lui le jeune prince pour le faire élever avec le dauphin son fils. Mais la reine de Navarre résista à ses instances, et, dans la crainte qu'un ordre formel ne la contraignît à abdiquer ses droits de mère, elle hâta son retour dans le Béarn. Elle n'y fut pas


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plus tôt arrivée qu'elle accoucha d'une fille. Cette enfant, née le 11 avril 1557, ne vécut que quinze jours. Le P. Anselme , dont on est habitué à louer l'exactitude, n'en fait pas mention.

Le mariage de Marie Stuart fournit à Jeanne l'occasion de retourner à la Cour de France. Mais cette fois elle eut soin de laisser son fils sous la direction de sa gouvernante Suzanne de Bourbon-Busset, femme vertueuse etéclairée, épouse de Jean d'Albret, baron de Miossens, et sous celle de Louis d'Albret, évêque de Lescar, fils naturel du roi Jean, aïeul de la reine de Navarre. « L'absence du roy et de la reyne par le support des régents, quoique catholiques romains, haussa le menton à ceux de la religion ; de sorte qu'ils dressèrent de notables assemblées dans le païs ; chose remarquable, continue l'historien, que par le moyen d'un enfant, d'un évesque, d'une femme, les principaux fondements de la religion fussent jettes en Béarn. Ceste nouvelle courut partout ; le roy de Navarre en fit le fasché, combien qu'il eust donné le mot. »

Cependant la guerre se poursuivait avec l'Espagne. Les princes navarrois crurent le moment propice pour tenter de ressaisir leur royaume ; Henri II lui-même abattu par la défaite de S.¬ Quentin, et voyant dans cette attaque une heureuse diversion pour ses armes , goûtait tout à fait leur projet. L'armée que le feu roi Henri d'Albret avait formée avec tant de soin , reçut donc l'ordre de passer la frontière ; mais cette entreprise mal dirigée et contrariée par des inondations, échoua complètement. A cette fâcheuse nouvelle, Antoine partit aussitôt pour recruter une nouvelle armée ; et déjà il avait pénétré dans la Biscaye, lorsque Henri II, qui négociait avec l'Espagne, l'engagea à abandonner son projet dans l'intérêt de la paix générale. On sait que le résultat de ces négociations fut le malheureux traité de CâteauCambrésis, où la cause de la Navarre fut entièrement sacrifiée.

Mécontents au plus haut point de la Cour de France, les princes navarrois retournèrent dans leurs états. Avant son départ de la Cour, la reine était accouchée, le 7 février 1558, d'une fille, son cinquième et dernier enfant, qui fut nommée Catherine, du nom de la reine-mère Catherine de Médicis , qui la tint sur les fonts.

La mort prématurée de Henri II devait naturellement amener un heureux changement dans les affaires du roi et de la reine de Navarre. Mais Antoine laissa échapper l'occasion d'obtenir auprès du nouveau roi le rang et la position qui convenaient à sa qualité de premier prince du sang. Il fut, selon l'expression d'un historien, « ravallé de son grade, contre l'ancienne practique de France,qui veut que la minorité du roy soit assistée d'un conseil, esleu par les Estats de France, auquel les princes du sang doivent tenir le premier lieu. » La reine Jeanne, qui était restée à Nérac, où elle tenait sa Cour , ressentit vivement l'affront fait au roi son mari. Elle lui écrivit pour presser son retour dans le Béarn. Antoine partit donc vers la fin de septembre 1559, après le sacre du jeune roi. Nous renvoyons à la notice consacrée à ce prince pour les faits qui le concernent plus particulièrement.

Chaque jour, Jeanne donnait dans l'administration de son royaume des preuves de sagesse et d'habileté, qui contrastaient avec l'incapacité notoire de son mari. C'est ainsi qu'elle sut détourner des états de sa domination le fléau de l'Inquisition, à l'époque où tout le reste de la France était couvert débuchers. A la suite de l'édit de Blois, appelé la loi des suspects, le cardinal Georges d'Armagnac avait reçu la mission de purger les provinces du Midi du poison de l'hérésie. Or, le Béarn et la Basse-Navarre lui offraient un trop beau champ à remuer pour qu'il négligeât d'y appliquer le remède souverain dont use en pareil cas un grand inquisiteur. Il y vint donc, mais au lieu d'une faible femme que la me-


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nace subjugue , il trouva une reine jalouse de ses droits et capable de les faire respecter. Le ministre Roisnormand, autrement dit Le Guay, ou La Pierre, normand d'origine, La Gaucherie, précepteur du jeune prince de Navarre, ayant été excommuniés, eux et leurs adhérents, parle digne prélat, la reine n'en tint aucun compte; le ministre Barran ayant été arrêté et jeté en prison par ordre du cardinal, la reine le fit remettre en liberté. Elle résista de même aux exigences du gouvernement français qui lui avait demandé l'extradition des ministres PierreDavid, Arnaud-Guillaume Barbaste, François Boisnormand, Théodore de Bèze, et plusieurs autres retirés dans ses domaines, pour les livrer à ses tribunaux et les faire condamner comme hérétiques. Elle se contenta de les éloigner de sa cour de Nérac. « Jeanne d'Albret, écrit son historien, en laissant à chacun la liberté de conscience, était parvenue à établir l'union et la concorde entre ses sujets; chérie de tous, elle en était écoutée ; et l'Espagne, et Rome, et la France, par leurs secrètes intrigues, avaient jusque-là inutilement tenté de les diviser... Par des édits qui respirent la tolérance, elle ordonnait que les églises du Béarn fussent communes aux deux cultes ; que chacun pût librement y prier dans un esprit de paix et de charité ; que les ministres protestants reçussent un traitement comme les ministres catholiques. » C'est le clergé catholique, du consentement même des évêques, qui fut chargé en partie de l'entretien des pasteurs de la Religion. Mais en même temps que par ces sages dispositions Jeanne assurait le bonheur et le repos dans ses états, des raisons politiques la déterminaient à envoyer au pape Pie IV une ambassade d'obédience. Le succès de cette mission, confiée à Pierre d'Albret, évêque de Comminges, fut préparé à Rome par le trop fameux Marc-Antoine Muret, alors prélat romain. Pie PV reçut l'ambassadeur de la reine

malgré l'opposition du roi d'Espagne ; mais comme on est porté à croire que dans ce rapprochement entre le SaintSiège et la Cour de Navarre, il n'y avait de sincérité ni d'une part ni de l'autre, leur bonne intelligence fut de très-courte durée.

La malheureuse entreprise d'Amboise venait d'échouer. Malgré les pressantes sollicitations de Jeanne, le prince de Condé, retiré dans la Navarre, s'était rendu aux ordres qui le rappelaient à la Cour ; Antoine avait accompagné son frère. Après leur départ de Nérac, la reine de Navarre se retira dans le Béarn. Elle ne tarda pas à y apprendre l'arrestation du prince et les périls que courait son mari. L'ordre même avait été donné d'envahir ses propres états et de l'arrêter avec ses enfants. Une armée espagnole était déjà en marche. Pressée par le danger, la reine se multiplie; ellemême voit tout, pourvoit à tout ; elle garnit ses frontières de ses meilleures troupes, approvisionne ses places , et après avoir pris toutes ses dispositions pour conjurer une agression armée, elle se renferme avec ses enfants dans la place de Navarreins. « Voyant donc, dit Bèze, que la fiance qu'elle avoit eue aux hommes estait perdue, et que tout secours humain luy defailloit, estant touchée au vif de l'amour de Dieu, elle y eust son recours, avec toute humilité, pleurs et larmes, comme à son seul refuge, protestant d'observer ses commandements, de sorte qu'au temps de sa plus grande tribulation, elle feit publique profession de la pure doctrine, estant fortifiée par François Le Guay, autrement Boisnormand, et N. Henri, fidèles ministres de la parole de Dieu. »

La mort de François II changea subitement la face des choses. Antoine de Bourbon, nommé lieutenant général du royaume, appela Jeanne auprès de lui avec ses enfants. L'habile reinemère joignit ses instances aux siennes; elle lui écrivit qu'elle désirait ardemment de la voir à la Cour, elle et ses enfants qu'elle appellait siens, et que,


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pour resserrer de plus en plus l'amitié qui l'unissait à elle, elle lui proposait, de concert avec Antoine, de marier son second fils, le duc d'Anjou, avec sa fille Catherine.

La reine de Navarre partit donc avec ses enfants. Parmi les personnes de sa suite, était le ministre Jean de La Tour, qui avait été désigné pour prendre part au fameux colloque de Poissy. Mais le ciel qui paraissait si serein, ne tarda pas à s'assombrir. Les habiles menées de l'ambassadeur d'Espagne et du légat, secondées par les Guises et la reine-mère, avaient réussi à détacher Antoine du parti de la Réforme , et à l'éloigner de la reine , sa femme , qu'on lui persuada même de répudier. « Il renonça à tous ses amis, dit Varillas ; il se mit à la tête du parti catholique , et tout ce que les larmes de sa femme purent obtenir de lui, fut la permission d'aller, dans sa principauté de Béarn, vivre à la calviniste. »

Jeanne, le coeur brisé, quitta la Cour vers la mi-juillet ; elle dut se séparer de son fils, qu'elle laissa à Paris avec son précepteur La Gaucherie. Une suite nombreuse de gentilshommes protestants et catholiques s'étaient joints spontanément à elle. Montluc, qui commandait dans les environs de Nérac, avait reçu, dit-on, l'ordre de l'arrêter au passage. Instruite à temps de cette indigne perfidie de son mari, Jeanne en donna avis à ses sujets du Béarn, « qui soubs la conduite du sieur d'Audaux, l'allèrent accueillir au rivage de la rivière de Garonne. » Montluc, dont les forces étaient trop inférieures, n'osa rien entreprendre.

Dès qu'elle fut de retour dans ses états, la reine de Navarre « voyant, dit Olhagaray, le Béarn résolu à vouloir son vouloir, deffendit absolument par tout l'exercice de la religion romaine, fit abbaltre les images et les autels, et envoya à Genève pour avoir le sieur du Merlin, et peu de temps après à grands frais, elle rappela une vingtaine de ministres béarnois pour prescher en la langue du

pays, et quelques basques pour instruire sa Basse-Navarre , et surtout deffendittoutes processions publiques.» Les monastères, pour la plupart abandonnés, furent transformés en écoles; les églises en temples protestants ou consacrées aux deux cultes; les biens ecclésiastiques réunis aux domaines de la couronne. Jeanne appliqua une partie de ces revenus au soulagement des pauvres, à l'entretien des ministres et à la prospérité de son collège d'Orthez. Cet établissement de haute instruction avait d'abord été fondé à Lescar ; Jeanne le transféra à Orthez, et y appela des professeurs distingués. Après sa mort, Henri de Navarre ne fît sans doute qu'observer ce qu'elle avait institué elle-même, en entretenant constamment dans cette « université bien pourveuë de gens doctes, » dit Du Plessis - Mornay, «cinquante escoliers en théologie, chascun l'espace de dix ans, pour servir au ministère de l'Évangile. »

Cependant tout le Midi était en feu. Le farouche Montluc, qui n'avait de l'homme que le nom, avait été chargé de pacifier la Guyenne et la Gascogne. Voici dans quels sentiments il entreprit cette oeuvre de pacification : « Je me délibérai, écrit-il dans ses Mémoires , de mettre toute peur et toute crainte en arrière, et d'user de toutes les cruautés que je pourrois. » On peut dire qu'il se surpassa lui-même dans l'exécution de son plan. Tous les Protestants qui tombaient entre ses mains, il les faisait pendre « sans cérémonie, » c'est-à-dire « sans les vouloir écouler, car ces gens parlent d'or. » « On pouvoit counoistre par là où j'estois passé, continue-t-il, car par les arbres on voyoit les enseignes. » Souveraine seulement dans ses états, Jeanne n'avait pour protéger ses vassaux de la Guyenne et de la Gascogne que des armes bien impuissantes auprès d'un tel monstre : les représentations et les plaintes. Elle s'adressa tour à tour au roi, à la reinemère, au connétable de Montmorency, mais tout inutilement. Cependant au


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milieu de la conflagration générale, ses états souverains, devenus un lieu de refuge pour tous les malheureux exposés aux fureurs de Montluc, furent à peine troublés, malgré toutes les tentatives criminelles de ses ennemis ligués contre elle. N'est-ce pas là le plus bel éloge de la sagesse de son gouvernement ! Que n'eût-elle pas fait à la tête d'un grand état? Aussi répéterons-nous avec Le Laboureur, que l'on ne saurait accuser de partialité, que la reine de Navarre était « la princesse dé son tems la plus sage, la plus généreuse, la plus docte, la plus affectionnée au bien de ses sujets, qui les a gouvernez avec le plus de douceur et de prudence et qui avoit dans son coeur la source de toutes les vertus et de toutes les grandes qualitez. »

La mort d'Antoine n'apporta aucun changement à ses dispositions. Seulement, elle nomma son cousin le vicomte de Rohan lieutenant-général de toutes les terres de son obéissance, durant la minorité de son fils. En même temps « ne trouvant point d'obstacles au dessein qu'elle avait de maintenir en Béarn la religion réformée, elle s'y livra tout entière. Elle créa un conseil ecclésiastique pour administrer les biens provenant de la dépouille des églises. Ce conseil ne pouvait rien décider que par l'ordre immédiat de la Cour souveraine et de la reine. Tout était si bien prévu, les pouvoirs si bien distribués, que les pauvres, les écoles, les hôpitaux, les ministres, l'entretien du culte, furent abondamment pourvus, et que la mendicité même, cette plaie sociale, n'exista plus dans le royaume de Navarre ! » C'est alors que Jeanne conçut le projet de faire traduire en langue basque le Nouveau Testament, ainsi que le catéchisme et la liturgie de Genève. Cette traduction, due à Jean de Liçarrague, parut à la Rochelle, en 1571.

Cependant le Saint-Siége avait résolu de frapper un grand coup. Le pape Pie IV, à la sollicitation du roi d'Espagne, donna l'ordre à ses inquisiteurs,

inquisiteurs, une bulle du 7 avril 1563, d'excommunier tous les hérétiques ou suspects d'hérésie, sans considération de rang ou de titres. Jeanne était trop coupable aux yeux du souverain pontife, pour que sa couronne fût respectée. Mais , avant d'en venir aux extrémités, Pie IV voulut au moins donner à ses actes une apparence de modération. Il chargea le cardinal Georges d'Armagnac, archevêque et légat d'Avignon, de tenter un dernier effort pour ramener la brebis égarée dans le giron de l'Église. Le cardinal lui adressa donc une longue lettre ; mais tout ce qu'il put obtenir, ce fut une réponse qui dut lui faire regretter sa démarche peu sincère. Ces deux lettres sont rapportées au long par Olhagaray. « Je n'ay point entreprins, lui répondit la reine, de planter nouvelle religion en mes pays , sinon y restaurer les ruines de l'ancienne. Par quoy je m'asseure de l'heureux succès : et voy bien, mon cousin, que vous estes mal-informé tant de la response de mes Estais que de la condition de mes subjects. Les deux Estats m'ont protesté obéissance pour la religion... Je ne fay rien par force ; il n'y a ni mort, ni emprisonnement, ni condamnation, qui sont les nerfs de la force.» « Vous vous estes fait, continue-t-elle, une response que j'approuve, touchant Que j'aime mieux estre pauvre et servir à Dieu. Mais je n'en voy le danger ; espérant, au lieu de diminuer à mon fils, luy augmenter ses biens , honneurs et grandeurs , par le seul moyen que tout chrestien doit chercher : et quand l'Esprit de Dieu ne m'y attireroit point, le sens humain me mettroit devant les yeux infinités d'exemples, l'un et principal (à mon grand regret) du feu roy mon mary, du quel discours vous sçavez le commencement, le milieu et la fin qui a descouvert l'oeuvre. Où sont ces belles couronnes que vous luy promettiez et qu'il a acquises à combattre contre la vraye religion et sa conscience, comme la confession dernière, qu'il en a faite


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en sa mort, en est un seur tesmoignage, et les paroles dites à la royne eu protestation de faire prescher les ministres partout, s'il guérissoit. »

Passant ensuite aux accusations du prélat contre ceux de la Religion, coupables selon lui « d'une infinité de meurtres, larcins, voleries, sacrilèges, rebellions, apostasies, » la reine s'indigne : « Vous me faites rougir de honte pour vous , lui répond-elle ; ostez la poultre de vostre oeil, pour voir le festu de vostre prochain ; nettoyez la terre du sang juste, que les vostres ont espandu... Je neveux pour cela approuver ce qui s'est fait soubs l'ombre de la vraye religion en plusieurs lieux, au grand regret des ministres d'icelle et des gens de bien ; et suis celle qui plus crie vengeance contre ceux-là , comme ayans pollué la vraye religion ; de laquelle peste, avec la grâce de Dieu, Béarn sera aussi bien sauvé, comme il a esté jusques icy de tous autres inconvéniens. » Jeanne ne se refuse pas non plus le malin plaisir de la raillerie : elle a surpris le docte prélaten flagrant délit d'ignorance. Après lui avoir reproché que les honneurs de Rome lui avaient vraisemblablement opilé les veines de l'entendement pour lui faire rejeter le saint lait dont la feue reine Marguerite l'avoit nourri, — «lisez une autre fois mieux les chapitres et passages, lui dit-elle, avant que de les alléguer mal-à-propos. Encores me seroit-il pardonné à moy qui suis une femme ; mais un cardinal être si vieil et si ignorant, certes, mon cousin, j'en ay honte pour vous. »

Et quant à ce que le cardinal lui disait que c'était pour obéir à son devoir de légat en Béarn et dans la Navarre qu'il lui écrivait et la conjurait, les larmes aux yeux, d'abandonner les loups qui tâchaient de la séparer de l'Église hors laquelle il n'y a point de salut, elle lui répond avec dignité qu'elle ne connaît en Béarn que Dieu, à qui seul elle doive rendre compte de la charge qu'il lui a confiée de son peuple, et pour ce qui est de ses larmes,

larmes, lui conseille de les garder pour pleurer ses propres erreurs. « Quant à mon entreprinse, ajoute-t-elle, je vous prie si n'avez de plus forts argumens et vous ne me pouvez vaincre, cessez de m'en importuner : car j'ay pitié de vostre prudence mondaine, que j'estime avec l'apostre vraye folie devant Dieu, lequel, je m'asseure, ne me frustrera de l'espérance que j'ay en luy... Vostre doute vous fait trembler, et mon asseurance m'affermit. »

Telle fut en substance la noble réponse de Jeanne. Elle la fit imprimer et répandre partout. Et en même temps, joignant les actes aux paroles, elle convoqua à Pau un synode, auquel elle soumit de nouveaux règlements sur l'administration civile de l'Église et des statuts pour son collège d'Orthez.

La bulle de Rome ne se fit pas attendre. Le 28 septembre 1565, Pie IV cita la reine à comparaître devant le tribunal de l'Inquisition dans le délai de six mois, « déclarant que si elle ne comparoissoit, ses terres et seigneuries seroient proscrites et que sa personne auroit encouru toutes les peines portées contre les hérétiques. » Cette citation fut affichée aux portes de St.-Pierre et à celles de l'Inquisition. Les ennemis de Jeanne triomphaient. Mais leur joie fut de courte durée. La reine de Navarre n'eut pas plustôt connaissance du monitoire fulminé contre elle, qu'elle écrivit à tous les souverains de l'Europe pour les intéresser à sa cause. Ses raisons, habilement présentées, et appuyées auprès du jeune roi Charles LX par le chancelier de L'Hospital, déterminèrent ce prince à faire des représentations au Saint-Siège. Son ambassadeur , Clutin d'Oisel, fut chargé de remontrer au pape : « Que le roi regardait comme un devoir de faire cause commune avec la reine de Navarre et delà maintenir dans la possession légitime de sa couronne ; que l'anathême lancé contre elle l'atteignait lui-même, car la reine était doublement unie au sang de France... En outre, que Jeanne d'Albret étant sujette et vassale du roi


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de France dans la plus grande partie de ses biens, elle ne pouvait, en vertu d'aucune ordonnance ecclésiastique ou conciliaire, ni par aucun traité des papes ou des rois, être tirée hors du royaume et soustraite à ses juges naturels.... Que tel était le droit public reconnu et observé de tous temps dans le royaume ; qu'il serait bien étrange qu'il cessât tout-à-coup de l'être, et qu'il le serait bien davantage encore que le Saint-Père voulût entreprendre la confiscation de biens assis dans son royaume, se les approprier ou les dispenser à son gré comme le portait le monitoire. Qu'en définitive, le roi était singulièrement offensé que le SaintPère eût intenté un tel procès contre la reine de Navarre sans le prévenir, sans le consulter ; qu'il devait regarder cette conduite du Saint-Siège comme une attaque dirigée contre lui ; car en offensant ses parents , ses frères, sa soeur, ses égaux en dignités, ses alliés même ou confédérés, enfin ses sujets, c'était l'offenser lui-même. »

Cette énergique protestation eut tout l'effet que Jeanne désirait : l'ajournement fut révoqué. Mais la Cour de Rome fut-elle jamais à bout de moyens pour parvenir à ses fins? Après une tentative désespérée pour faire déclarer par le concile de Trente la nullité du mariage de la reine de Navarre avec Antoine de Bourbon, sous le prétexte que le mariage de cette princesse avec le duc de Clèves n'avait pas été dissous, — tentative que la Cour de France fit encore avorter, et qui ne servit qu'à mettre dans tout son jour l'insigne mauvaise foi du souverain pontife, elle ne renonça pas, pour autant, à susciter à Jeanne de nouveaux embarras. Ses machinations et ses menées secrètes étaient bien autrement à craindre que ses réquisitoires. La reine de Navarre ne devait pas tarder à en faire la cruelle expérience. D'abord , le parlement de Toulouse et celui de Bordeaux, dominés par la faction catholique , lui contestèrent ses droits à la souveraineté du Béarn. Cette grave

question avait déjà été décidée sous Louis XII à l'avantage de la maison de Navarre, mais y a-t-il jamais de question jugée, du moment que la passion s'en empare?

Jeanne résolut de passer en France pour y plaider elle-même sa cause. et dans la crainte que ses ennemis ne profitassent de son absence pour exciter des troubles, elle nomma Grammont son lieutenant général. Toutes ses dispositions étant prises pour assurer le maintien de l'ordre dans ses états, elle partit, dans le mois de décembre, accompagnée d'habiles jurisconsultes. Sa démarche eut un plein succès : Charles IX cassa les arrêts des deux cours et consacra de nouveau le principe de la souveraineté du Béarn. Mais une joie bien plus douce encore pour son coeur que celle de confondre ses ennemis, lui était réservée. Le roi, vaincu par ses instances, ne s'opposa plus à ce que son fils partît avec elle. Heureuse de la double victoire qu'elle venait de remporter, et craignant sans doute que l'astucieuse reine-mère ne s'appliquât à faire revenir son fils sur sa détermination, Jeanne précipita son départ de la Cour de France, prétextant des troubles qui avaient éclaté dans la Basse-Navarre.

Elle était à peine de retour dans ses états, que l'on surprit le secret de la conspiration la plus odieuse. Il ne s'agissait de rien moins que de l'enlever avec ses enfants pour la livrer à l'Inquisition d'Espagne. L'impartial de Thou entre à ce sujet dans les détails les plus circonstanciés, que confirment les Mémoires du duc de Nevers et ceux de Villeroy ; mais nous devons dire qu'un grand nombre d'historiens élèvent des. doutes que le récit de de Thou ne nous semble pas complètement dissiper. «Une complication d'événemens , qui tient du miracle, dit le P. Anquetil, fit échouer le projet : les indices en vinrent en France par Elisabeth, reine d'Espagne. A la première connoissance de cette trahison , tremblante pour la vie de la reine de Navarre,


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sa proche parente, elle lui en fit donner avis, ainsi qu'à la reine-mère. Catherine auroit pu faire arrêter etpunir les coupables ; mais on craignit d'en trop apprendre, et on se contenta d'avoir rompu l'entreprise, sans s'embarrasser dans des recherches que la qualité et le nombre des criminels pouvoient rendre dangereuses. » S'il en faut croire d'Aubigné, un des princes de la maison de Bourbon y était même impliqué et il aurait répondu à ceux qui lui en faisaient des reproches «qu'il ne falloit sentir aucune parenté, ni trouver rien d'atroce pour extirper l'hérésie. » Charles IX fit du moins témoigner à la reine de Navarre tout le contentement qu'il ressentait de ce qu'elle avait échappé aux embûches de ses ennemis, et lui exprima en même temps le désir de voir son fils à sa Cour, où il le couvrirait de sa protection. Jeanne se résigna par politique. Le jeune prince de Béarn partit avec son gouverneur etson précepteur, Beauvoir et La Gaucherie. Ils accompagnèrent le roi et la reine-mère dans le voyage qu'ils entreprirent pour visiter les provinces de l'est et du midi de la France.La vivacité et les saillies du jeune prince « plaisoient merveilleusement » à Catherine, qui voulait l'avoir toujours auprès d'elle « à cause de sa gentillesse. » La reine Jeanne rejoignit elle-même la Cour à Lyon ; mais elle ne tarda pas à retourner dans ses états. « C'est à cette époque, dit Mlle Vauvilliers, à qui nous aimons à emprunter, à cause de la fidélité scrupuleuse de ses renseignements , qu'elle publia son Code de Procédure , sous le titre de Stil de la reine Jehanne. Elle avait mis six ans à le perfectionner. » On le cite comme un chef-d'oeuvre de sagesse et de raison, et un des plus beaux monuments de sa gloire. Les États du Béarn et ceux de la Navarre l'accueillirent avec reconnaissance.

Cependant la Cour de France était arrivée à Bayonne, le terme de son voyage. Henri de Navarre l'y suivit, et s'y fit voir, selon l'expression un peu

pompeuse d'un historien, « magnifique en son train, splendide en son service, doux et agréable à tous ; mais avec telle majesté, qu'il étoit admiré des François et redouté des Espagnols. » Le jeune prince était alors dans sa douzième année. On sait que c'est dans cette conférence de Bayonne, qui avait pour prétexte une entrevue de famille avec la reine Elisabeth, que Catherine de Médicis convint avec le duc d'Albe du moyen le plus prompt et le plus sûr pour exterminer l'hérésie. Quelques mois surpris par le prince Henri, dont la grande jeunesse ne permettait pas qu'on se défiât, donnèrent l'éveil aux Protestants sur les dangers qui les menaçaient. La reine Jeanne, prévenue de ce qui se tramait par Soffrey de Calignon, à qui le jeune prince avait révélé ce qu'il avait entendu, ne perdit pas de temps pour avertir secrètement Condé et les autres chefs du parti protestant de se tenir sur leurs gardes.

« L'entrevue de Bayonne s'étant ainsi terminée, dit Davila, la reine Elisabeth reprit le chemin d'Espagne, et le roi entra sur les terres de la reine de Navarre. Il ne put lui persuader de rentrer dans le sein de l'Église; mais il l'obligea à rétablir l'exercice de la religion catholique partout où on l'avait aboli, et à remettre les ecclésiastiques en possession de leurs biens. » Les ordres du monarque français pour le rétablissement du culte catholique ne pouvaient concerner toutefois que les pays dans lesquels il était souverain ; le farouche Montluc, gouverneur de la Guyenne pendant la minorité du jeune prince de Béarn , fut chargé de leur exécution.

La reine de Navarre suivit la Cour à Paris, avec ses deux enfants. Durant le voyage, Charles IX et Médicis semblaient se disputer à qui lui ferait le plus de caresses. Mais Jeanne n'était point dupe de ces perfides démonstrations. Après la tenue de l'assemblée des Notables à Moulins, où elle parut avec la Cour, elle alla visiter son du-


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ché de Vendôme ; puis elle retourna à Paris. Pendant son absence de ses états, il se tint, au mois de juin, dans le Béarn, raconte Olhagaray, « une assemblée de ceux de la Religion, où il fut conclu de lui députer Michel de Vignaux, ministre de Pau, pour la supplier de vouloir procéder entièrement à l'abolition des cérémonies de l'Église romaine, et régler le pays selon les loix conformes à la Sainte-Écriture, et ce contre tous paillards, larrons, usuriers , yvrognes , taverniers , joueurs de cartes, contempteurs de la discipline. Elle reçeust de fort bon oeil le député, et tout aussi tost fit procéder en son Conseil à l'examen de toutes ces remonstrances, et au mois de juillet elle y respondit par des lettres-patentes. » Elle enjoignait, entre autres choses, au sénat ecclésiastique, qu'ellemême avait institué, de rechercher « un bon nombre d'enfans propres aux lettres, et les entretenir au collège aux despens du public, afin de servir à la république ; » et, par une autre clause de cette ordonnance, elle dépouillait les ecclésiastiques de la faculté de conférer les bénéfices, et donnait « puissance au patron de présenter tel que bon luy semblerait,» à la seule condition que le candidat fit profession de la Religion. Ces lettrespatentes furent enregistrées par le Conseil souverain, malgré l'opposition des évêques de Lescar et d'Oléron.

Cependant Jeanne, toujours préoccupée du projet d'enlever son fils de la Cour de France, dut recourir à la ruse et à la dissimulation. Elle obtint du roi Charles IX la permission de faire un voyage avec le jeune prince dans ses domaines de la Picardie. Arrivée à Marie, elle sollicita une nouvelle autorisation pour se rendre, d'abord dans le Vendômois, puis en Anjou. Une fois là, elle précipite sa marche, gagne le Poitou , traverse la Gascogne et arrive heureusement dans le Béarn. Vers le milieu de sa route , elle avait eu soin d'écrire à Charles IX pour justifier son départ, en alléguant

les troubles qui agitaient son comté de Foix. Sa présence dans ses états était en effet impérieusement réclamée par des soulèvements qui prenaient de jour en jour un caractère plus alarmant. Pamiers avait été le théâtre de scènes sanglantes. La fermentation des esprits était extrême. Le comté de Foix, le Béarn , la Basse-Navarre, furent successivement troublés. Si, d'un côté, les Catholiques étaient incessamment travaillés par des agents de sédition ; de l'autre, les Protestants étaient peu portés à la tolérance ; à leurs yeux, la liberté des cultes que Jeanne, dans sa sagesse, s'efforçait de fonder , était un outrage à la Divinité, ou tout au moins une utopie. La reine seule devançait son siècle. Elle courut alors de grands dangers. Un complot, dans lequel étaient entrés les chapitres de Lescar et d'Oléron, avait été tramé pour l'enlever avec ses enfants, s'emparer des principales places du Béarn, et tomber sur les Protestants au moment où ils célébreraient la Cène. Heureusement qu'un des chefs des conjurés, le baron de Moneins, le trahit à la veille de l'exécution. La fermeté de Jeanne, sa prudence et sa modération finirent par rétablir le calme dans tout son royaume. En France, la guerre civile était imminente. Charles IX, désirant sans doute enlever au parti des Réformés l'appui de la reine de Navarre, la pressait vivement de se rendre à la Cour de France, ou au moins d'y envoyer son fils; c'était, selon lui, le seul moyen de fonder solidement la paix et de prévenir une guerre qui pouvait entraîner la ruine de la France. Mais la reine, qu'un motif généreux eût pu déterminer, était trop claivoyante pour ne pas démêler les véritables intentions du monarque ; elle résista donc à toutes ses instances. Cependant, pour répondre à la confiance qu'il paraissait lui témoigner, elle dressa les principales bases d'un traité de paix, qu'elle chargea de La Vaupillière, un de ses premiers gentilshommes, de lui


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porter (7 juillet 1568). Charles IX répondit à chacun des articles, louant la sagesse qui les avait dictés , et protesta de son ardent désir que l'édit de paix fût pleinement exécuté, sans acception de personne. On doit croire que les intentions du jeune monarque étaient loyales et sincères ; mais après la disgrâce du chancelier de L'Hospital, qui suivit de près, les choses changèrent subitement d'aspect. La guerre fut déclarée. « Médicis et le duc d'Anjou, aussi bien qne la maison de Lorraine, dit Le Laboureur, rendirent la cause des Protestants juste, en mettant la reine de Navarre, Condé et tout le parti dans la pressante nécessité de défendre leur vie : la paix indignement violée légitima la défense.»

Montluc, qui partageait avec Burie le gouvernement de la Guyenne; avait reçu l'ordre de surveiller les démarches de la reine de Navarre. Il eut même l'audace de lui écrire qu'au premier mouvement qu'elle tenterait, il pénétrerait dans ses états. Jeanne, dans sa réponse, dissimula son indignation ; et, pour mieux lui donner le change sur ses intentions, elle invita sa femme et ses enfants à une fêté de famille. Montluc tomba dans le piège; tandis qu'il envoie sa femme à Nérac, la reine part de cette ville avec ses deux enfants, accompagnée seulement de cinquante gentilshommes ; c'était le 6 septembre.

Eu route, elle fut rejointe par les capitaines Piles, Saint-Maigrin et Montamar, à la tête d'environ 4,000 hommes, avec 4 compagnies de cavalerie, assez mal équipées, sous les ordres de Fontenaille, La Mothe-Pujaut, SainteTerre et Brignac. De Bergerac où elle arriva heureusement, mais poursuivie de près par Montluc, Jeanne se dirigea sur Mucidan. Elle y trouva Briquemaut qui l'attendait avec un corps de troupes, et qui l'escorta jusqu'à Archiac, où eut lieu son entrevue avec le prince de Condé. Elle lui présenta son.fils « qu'elle voua, tout jeune qu'il

estait, à la deffence de la cause... Le 29 septembre, vingt-trois jours après son départ de Nérac, Jeanne fit son entrée à La Rochelle, le rendezvous général de tous les chefs des confédérés. Aussitôt après son arrivée, elle publia un manifeste pour justifier sa conduite ; et, à la date du 15 octobre , elle écrivit à la reine Elisabeth. « Je vous supplieray très-humblement croire, lui disait-elle, que trois choses (la moindre des quelles estait assez suffisante) m'ont faict partir de mes royaumes et pays souverains. La première, la cause de la religion, qui estait en nostre France si opprimée et affligée par l'invétérée et plus que barbare tyrannie du cardinal de Lorraine , assisté par gens de mesme humeur , que j'eusse eu honte que mon nom eust jamais esté nommé, si, pour m'opposer à telle erreur et horreur, je n'eusse apporté tous les moyens que Dieu m'a donnés, à ceste cause, et ne nous fussions joincts, mon fils et moy, à une si saincte et si grande compagnie de princes et seigneurs, qui tous comme moy, et moy comme eux, avons résolu, soubs la faveur du grand Dieu - des armées, de n'espargner sang, vie, ny biens pour cest effect. » Le porteur de cette lettre, le sieur Du ChastellierPortaut, gentilhomme de la maison de la reine et lieutenant général en l'armée navale, fut chargé de ses pleins pouvoirs pour négocier un secours.

Dans les idées du temps, le commandement de l'armée appartenait de droit au jeune Henri de Navarre, premier prince du sang ; Condé voulut donc s'en démettre en sa faveur. Mais Jeanne insista pour qu'il le retînt, au nom du salut commun, « étant elle et les siens prêts à lui obéir en tout et partout. » Elle-même consentit, sur ses instances, à accepter le gouvernement civil de l'armée, en même temps qu'il exercerait le commandement militaire. A quelques jours de là, elle se rendit à Tonnay-Charente, où elle revêtit ellemême son fils de ses armes : « Le contentement de soutenir une si belle


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cause, dit-elle, surmontoit en moi le sexe, en lui l'âge. »

Médicis ne couva pas longtemps sa vengeance. Le parlement de Toulouse reçut l'ordre de saisir les domaines de la reine de Navarre, et sous prétexte que cette princesse était prisonnière avec son fils dans le camp ennemi, et que, pendant sa captivité, le roi, en bon parent, devait veiller à la conservation de ses états, on commanda au baron de Lusse de s'emparer du Béarn. La reine, avant son départ avait nommé le baron d'Arros pour son lieutenant général, en lui associant le baron de Montamar, tous deux trèsvénérés dans le pays. Néanmoins, lorsque ces faits étaient venus à la connaissance du public, la consternation avait été généale. Les factieux et les mécontents s'étaient empressés de mettre à profit ces fâcheuses dispositions. « Fort peu de gentilshommes , dit Mirasson, eurent l'honneur de rester fidèles à leur dame et patrie. » Les choses en étaint là, lorsque Charles IX ordonna l'invasion du royaume de Navarre. D'Arros prit ses dispositions pour résister ; mais que pouvait-il au milieu d'un pays miné de toutes parts par la trahison et la révolte? Le Bigorre tomba promptement au pouvoir du baron de Lusse. D'un autre côté, Montluc « regardoit de loin cette pauvre souveraineté du Béarn pour lui courir sus à temps et à propos. » L'état de la Navarre devenait de plus en plus inquiétant, et cependant les revers éprouvés par les armes des Protestants ne permettaient pas d'y faire passer de secours. La malheureuse bataille de Jarnac,suivie de l'assassinat du prince de Condé , avait jeté la consternation dans les rangs des Huguenots. A la nouvelle de cette défaite, Jeanne ne se laissa point abattre. « Comme elle avait un grand coeur et un esprit mâle, » écrit l'historien de Thou, elle quitte aussitôt La Rochelle, et à travers tous les périls, elle arrive à Tonnay Charente, où les débris de l'armée s'étaient ralliés. Elle étaait ccompaguée

du jeune prince de Navarre, « qu'elle présenta, dit d'Aubigné, au gros de la cavalerie à part, et puis à celui de l'infanterie ; et là après avoir preste un serment notable sur son ame, honneur et vie, de n'abandonner jamais la cause, en receut un réciproque , et quant-etquant fut proclamé chef avec cris et exultations ; les coeurs estans merveilleusement esmeus par une harangue de la Roine, qui mesla d'une belle grâce les pleurs et les souspirs avec les résolutions ; cette princesse ayant par les tressauts de courage effacé les termes des regrets, l'armée après un grand salve se sépara. » L'enthousiasme était à son comble; mais si les dangers l'excitent et l'entretiennent, les privations de la misère l'étouffent promptement. Jeanne ne l'ignorait pas. Il s'agissait de trouver des ressources en argent assurées. Le sacrifice qu'elle fit de ses riches pierreries ne pouvait fournir qu'un secours momentané. Elle proposa donc la vente des biens ecclésiastiques situés dans les provinces conquises , avec garanties aux acquéreurs sur ses propres domaines et sur ceux de ses enfants. Son avis fut aussitôt partagé , et les principaux chefs des confédérés imitèrent son généreux exemple. Ayant ainsi relevé la confiance de l'armée, Jeanne retourna à La Rochelle, où elle fut accueillie avec les plus vifs transports de joie.

Cependant le Béarn était à peu près au pouvoir des factieux. Pau venait de capituler. D'Arros et Montamar s'étaient jetés dans Navarreins avec le peu de Béarnais restés fidèles. Ils s'y maintinrent avec une bravoure incomparable. Toutes les tentatives faites pour s'emparer de cette place tournèrent à la confusion des assiégeants. L'heureuse jonction des reîtres, commandés par le duc de Deux-Ponts, avec l'armée de Coligny , permit à Jeanne de consacrer à la défense de ses propres états les secours en munitions et en argent que lui fit passer la reine Elisabeth. Les vicomtes Gour4


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don, Paulin, Bourniquel et Monclar avaient reçu l'ordre de lever des troupes dans le Quercy, l'Albigeois et le Lauraguais. Leur armée était occupée à tenir en échec Damville et Montluc, en attendant une nouvelle destination. Le fidèle Henri d'Albret-Miossens s'était joint à eux. Mais des rivalités étant à craindre dans l'armée des Vicomtes, et par suite le manque d'unité dans les opérations, Jeanne songea à lui donner un commandant en chef dont le mérite fût tellement supérieur, qu'il fît taire toutes les jalousies. Son choix s'arrêta sur Montgommery. Ce brave capitaine prit congé de la reine en lui jurant « de périr ou de recouvrer ses états. » Le succès passa son espérance; il marcha de victoire en victoire. En moins de deux mois, le pays de Foix, le Bigorre, le Béarn furent replacés sous la domination de la reine de Navarre, qui recouvra ainsi, dit Montluc, « ce que plus tard la force, ni les traités, ni les prières n'eussent jamais pu arracher à Charles IX. » Le 25 août, Pau, le dernier boulevard de la révolte, ouvrit ses portes au vainqueur. Le célèbre ministre Viret, que les rebelles avaient épargné au milieu de toutes les exécutions dont ils avaient ensanglanté la ville, rendit publiquement grâces à Dieu d'une délivrance aussi inespérée. Après avoir donné un large cours à la clémence, Montgommery nomma une commission de trois membres pour juger les principaux chefs de la révolte. C'est sans doute à cette commission que l'on doit imputer plus spécialement la violation de la capitulation d'Orthez. En tout cas , l'odieux n'en doit point rejaillir sur la reine Jeanne. La date même des événements ne permet pas l'ombre d'un doute. La capitulation était du 15 août ; en vertu de l'un des articles, les chefs et gentilshommes renfermés avec Terride, lieutenant du roi, dans le château d'Orthez, ne devaient éprouver « nul desplaisir, » mais avoir « la vie saulve, » en restant, toutefois , prisonniers de guerre jusqu'à leur échange ou leur

rachat. L'original de cette pièce existe. Or, c'est à un intervalle de huit jours seulement, le 24 août, qu'eut lieu le massacre de sept de ces prisonniers, sous le prétexte « qu'estans subjets, et mesmes obligez domestiques » de Sa Majesté, leur rébellion les rendait indignes de jouir du bénéfice de la capitulation. De Thou et même d'Aubigné disent expressément que cette exécution se fit « sur le mandement de la reine. » Mais si l'on considère le peu de temps qui s'écoula entre la capitulation et l'exécution, on doit soupçonner l'exactitude de leurs renseignements. Jeanne était à La Rochelle ; tout le pays intermédiaire était en proie aux horreurs de la guerre, et c'est à peine si au sein de la paix, avec toute la liberté des communications, la distance eût pu être parcourue, pour l'aller et le retour, dans un aussi court espace de temps. La dernière lettre de Jeanne à Montgommery n'avait pas mis moins de 21 jours pour lui parvenir. Nous sommes donc porté à croire ,que le conseil de guerre, nommé pour punir les rebelles, fut seul coupable de cette infraction aux lois de l'honneur et de la loyauté. Quant à Montgommery, qui venait de signaler sa clémence en maintes occasions, et notamment par cette capitulation même, accordée à un ennemi vaincu qui allait périr sans aucune chance de salut, il eut la faiblesse de ne pas interposer son autorité pour faire respecter sa parole donnée. S'il fut libre, c'est donc là une tache à son nom. Sans doute que dans ces temps de barbarie, la violation des capitulations était pour ainsi dire passée dans le droit de la guerre; le brave Montgommery lui-même périt sur l'échafaud, après avoir été livré par Matignon à Catherine de Médicis; mais un crime ne saurait justifier un crime, le droit des représailles est nécessairement subordonné aux lois absolues de la morale.

Dès que Jeanne eut connaissance de l'heureuse issue de la guerre, elle commanda à Montgommery de remettre


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toutes choses en leur ancien état. A cet effet , un synode fut convoqué ; le Conseil-souverain rétabli, et tous les officiers civils réintégrés dans leurs charges. La liberté des cultes fut maintenue dans la Basse-Navarre. D'Arros et Montamar furent continués dans leurs fonctions de lieutenants généraux. Montgommery, ne jugeant plus sa présence nécessaire en Béarn, songea alors à se frayer un passage à travers les rangs des Catholiques pour se réunir à l'armée des confédérés.

Mais le calme n'était qu'apparent. Là fatale journée de Moncontour réveilla les espérances des rebelles. Le pays des Basques, le Bigorre ; la vallée d'Aspe furent bientôt en armes. Le duc d'Anjou leur annonçait l'envoi de puissants secours. Le danger devenait pressant. D'Arros et Montamar marchèrent contreles révoltés et les taillèrent en pièces. « La reine de Navarre, dit son historien; voyant que ni la tolérance , ni l'oubli même du passé n'avaient pu toucher les rebelles, envoya de La Rochelle une nouvelle ordonnance qui obligeait tous les ecclésiastiques , prêtres , moines et religieux, qu'elle appelait les ennemis de l'état et les siens, de sortir du Béarn ; elle en excepta seulement ceux qui voudraient s'engager par serment à se soumettre aux lois nouvelles ; elle garantit aux ecclésiastiques la tranquille jouissance de leurs revenus ou bénéces, en offre même à ceux qui n'en ont point, mais sous l'expresse condition que les airs et les autres abandonneront la religion romaine pour suivre la religion réformée. Par la même ordonnance; elle enjoint à tous les habitants d'assister aux prêches, et elle interdit en Béarn tout exercice de la liturgie romaine ; elle la tolère en Navarre, ou plutôt elle l'y laisse telle qu'elle a toujours été, absolue, dominante. Puis elle ordonne à tous ses sujets de vivre en paix, et leur défend, sous peine de la vie, de rappeler le passé. » Cette ordonnance, qui confondait dans une même condamnation les

innocents et les coupables , accuse un esprit de violence indigne de la reine Jeanne. Le succès né saurait la justifier.

La défaite de Moncontour fournit une fois de plus à la reine de Navarre l'occasion de montrer son grand caractère. Aussitôt que la nouvelle lui en fut parvenue , elle partit de La Rochelle, bravant tous les dangers « pour tendre la main aux affligés et aux affaires, » et arriva à Parthenay au milieu des débris de l'armée de. Coligny. Sa présence ramena la confiance. Elle harangua lé soldat, présida aux délibérations des chefs, commandant l'admiration de tous par la grandeur de ses résolutions, la sagesse de ses conseils. Elle exigea qu'à l'avenir les deux princes, ses fils (elle donnait ce nom à Condé), prissent une part active aux opérations de l'armée, qu'ils s'associassent aux dangers des chefs. Le plan de campagne étant adopté, la reine retourna à La Rochelle, dont la défense lui fut spécialement confiée ; La Rochefoucault et La Noue lui furent donnés pour la seconder.

Jeanne ne resta pas inactive. Par ses soins, une nouvelle armée se recruta dans les provinces de l'ouest; elle en nomma chef son cousin René de Rohan. Un brillant fait d'armes de La Noue dans le Poitou et la reprise de plusieurs villes sur les Catholiques relevèrent les courages abattus. La reine s'appliqua en même temps à créer des ressources au moyen de bâtiments armés en course. La ville de La Rochelle, dit La Noue, « équippa et aima quantité de vaisseaux qui firent plusieurs riches prises, dont il revint de grands deniers à la cause générale; car, encore qu'on ne prist alors que le dixiesme pour le droit d'admirauté, on ne laissa d'en tirer profit plus de trois cens mille livres. » Jean Sore commandait cette flottille.

Cependant les affaires de la guerre n'absorbaient pas tellement l'activité de la reine de Navarre, qu'elle ne trouvât encore le temps de composer


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et de répandre une foule d'écrits dans l'intérêt de son parti. En outre, elle visitait chaque jour les hôpitaux, soignant souvent elle-même les blessés; c'est sur ses instantes prières que le brave et vertueux La Noue consentit à se laisser amputer un bras où, à la suite d'une blessure reçue au siège de Fontenay, la gangrène s'était mise ; elle eut même la force de l'assister durant l'opération. Sa Cour, au rapport de l'oratorien Arcère (Hist. de La Rochelle, etc.), était brillante et nombreuse : on y voyait Françoise d'Orléans, veuve de Louis de Rourbon, prince de Condé ; Françoise de Rohan, dame de Nemours; Anne de Salm, veuve de d'Andelot; Béraude de Ferrières, épouse de Jean de Lafin-deSalins, seigneur de Beauvoir; François, comte de La Rochefoucault, prince de Marcillac, et Charlotte de Roye, son épouse ; François de Béthune, baron de Rosny; Philippe Douarti, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi ; François Du Fou, seigneur du Vigean ; Charles Poussard de Fors et Marguerite Girard de Razoche, son épouse. C'est dans les courts moments de loisir que lui laissaient les affaires, que Jeanne se livrait à ces ingénieuses compositions en tapisserie dont quelques historiens ont parlé. On cite, entre autres, un de ses ouvrages qui devait être un vrai chef-d'oeuvre en ce genre. Nous en emprunterons la description au jésuite Garasse. « Comme elle estoit grandement addonnée aux divises, elle fit de sa main de belles et grandes tapisseries, entre lesquelles il y a une tante de douze ou quinze pièces excellentes qui s'appelle les Prisons brisées, par lesquelles elle donnoit à cognoistre qu'elle avoit brisé les liens et secoué le joug de la captivité du pape. Au milieu de chasque pièce, il y a une histoire du Vieux Testament qui ressent la liberté : comme la délivrance de Suzanne, la sortie du peuple de la captivité d'Egypte, l'eslargissement de Joseph, etc. Et à tous les coings, il y a des chesnes rompues,

rompues, manottes brisées, des estrapades et des gibbets en pièces, et par dessus en grosses lettres sont ces paroles de la seconde aux Corinth. Ch. III. Ubi spiritus ibi libertas. » Quelquefois dans ses compositions, la reine ne dédaignait pas de descendre des hauteurs de l'épopée biblique au burlesque de la parade.«Pour monstrer encore plus clairement, continue le même historien, l'animosité qu'elle avoit conceûe contre la religion catholique, et nommément contre le sacrifice de la messe, ayant une très-belle et excellente pièce de tapisserie faite de la main de Marguerite sa mère, devant qu'elle ne se laissast cajoller par les ministres, en la quelle estait broché parfaitement le sacrifice de la messe , et le prestre qui monstroit la saincte hostie au peuple, elle arracha le quarreau qui portait cette histoire, et au lieu du prestre, y substitua de sa main un renard, le quel se tournant au peuple et faisant une horrible grimace, et des pâtes et de la gueule , disoit ces paroles : Dominas vobiscum. » Si l'on en croit P. Matthieu, l'inaction était tellement contraire à la nature de cette princesse, que, pour éviter qu'elle ne sommeillât durant le service divin, les ministres avaient dû l'autoriser à faire de la tapisserie. Cette innocente occupation ne détournait aucunement son attention ; au sortir du prêche, elle pouvait, dit-on, répéter mot pour mot tout le sermon du pasteur. Le même sentiment qui lui avait inspiré les emblèmes des Prisons brisées, lui fournit le sujet d'un poème épique qu'elle commanda au poète Du Darlas, l'histoire de Judith. Aucun biographe n'a encore fait connaître cette particularité de sa vie, qui cependant a son importance. Le poème de Du Bartas a surtout cela de remarquable qu'il est le premier essai qui ait été fait en notre langue, d'une épopée sacrée. Ce poète qui était à peine alors « en l'avril de son âge » persévéra jusqu'à la fin de sa carrière dans la voie que l'austère Jeanne d'Al-


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bret lui avait en quelque sorte tracée.

Vous qui tant désirez vos fronts de laurier ceindre, Où pourriez-vous trouver un champ plus spacieux Que le los de celui qui tient le frein des cieux, Qni fait trembler les monts,qui fait l'Érèbe craindre? L'humble sujet ne peut qu'humble discours produire, etc.

Fortement pénétré de ces idées, Du Bartas ne puisa jamais ses inspirations que dans les Livres Saints, évitant curieusement de suivre ces « profanes escrivains dont l'impudique rime »

Est cause que l'on met nos chantres mieux disans Au rang des basteleurs, des boufons,des plaisans, Et qu'encore moins qu'eux le peuple les estime.

C'est donc en partie à la reine de Navarre que notre littérature sacrée est redevable des seuls poèmes épiques, dignes de ce nom, que nous puissions opposer au Paradis perdu et à la Messiade.

Cependant, « il sembloit, écrit La Noue, que le bonheur voulust relever ceux qui avoient esté atterrés; car l'arméedes princes avoit faitune brave teste à celle du roy à René-le-Duc [Arnay-le-Duc]. La Gascogne, le Languedoc et le Dauphiné menoient la guerre plus forte qu'auparavant. Le pays de Béarn avoit esté reconquis ; et en Poictou et Xaintonge ceux de la Religion eurent de très-bonnes avantures, en ce que les deux vieux régimens furent défaits et plusieurs villes prises. Tout cela, ramassé avec d'autres occasions secrettes et particulières, disposa le roy et la royne à condescendre à la paix , la quelle fut publiée au mois d'aoust (1570).» Cette publication fut faite à La Rochelle le 26 , raconte L'Estoile, « devant le logis où étoit la reine de Navarre aux fenêtres, étant avec elle madame la princesse sa fille, et leurs demoiselles, et aussi y étoit M.de La Rochefoucault, M. Des Roches, premier écuyer du roi, et plusieurs autres grands seigneurs et gentilshommes ; les deux trompettes du roi sonnèrent par trois fois, puis le roi d'armes de Dauphiné , accompagné des rois d'armes d'Anjou et Bourgogne,

Bourgogne, et publia l'édit de pacification; ce fait, la reine de Navarre fit faire la prière par Du Nort, ministre de l'église de La Rochelle, et à la fin des prières, toutes les artilleries de La Rochelle tirèrent. »

La reine Jeanne ne partagea cependant pas l'allégresse générale. Sans doute l'édit de paix accordait aux religionnaires des avantages inespérés ; mais il eût fallu n'avoir retiré aucun fruit des leçons du passé, pour croire à la sincérité de la Cour de Médicis. Tant que les Guises continueraient à siéger dans les conseils de la couronne , tant que Catherine gouvernerait l'esprit de son fils, il n'y avait pas de paix sérieuse à attendre ; tout traité dans un but de pacification ne pouvait être considéré que comme une trêve. Jeanne, avec son jugement sûr et sa raison calme, le sentait trop vivement pour s'abandonner à des illusions. Selon elle , une mort honnête , mors honnesta (comme portait l'exergue des médailles qu'elle avait fait frapper pour les distribuer aux chefs des confédérés) eût été préférable à une sécurité trompeuse. Elle savait par expérience combien était vrai ce qu'avance Pasquier « qu'on avoit plus ôté aux Huguenots par des édits pendant la paix que par la force pendant la guerre. » Ses défiances étaient donc bien légitimes. Aussi persista-t-elle à rester à La Rochelle avec les principaux chefs du parti. Toutes les instances de la reine-mère pour l'attirer à la Cour furent vaines. C'est alors que Charles IX résolut de tenter un dernier effort. Il lui députa Gonnor, maréchal de Cossé, l'ami particulier de l'amiral, qui passait même pour être huguenot au fond du coeur. Le mariage du prince de Navarre avec la soeur du roi, Marguerite, et une déclaration de guerre à l'Espagneau sujet de la Flandre, furent les amorces que le maréchal dut mettre en avant pour vaincre la résistance de la reine et de Coligny.

Cependant les méfiances de Jeanne semblaient croître en raison des avan-


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ces qui lui étaient faites; plus l'offre pouvait lui paraître séduisante, plus elle eu suspectait la sincérité et se tenait sur ses gardes. Elle commença donc par faire ses conditions, en évitant toutefois de se prononcer sur le mariage proposé, avant d'avoir consulté son. fils. Ce prince était alors dans le Béarn. Trois commissaires, Téligny , Briquemaut et Cavagnes , furent chargés de suivre les négociations à Paris. Charles IX accorda à peu près toutes les demandes de la reine, à l'exception seulement du rappel de L'Hospital et l'éloignement des Guises. Mais il colora son refus de prétextes si spécieux , que les députés s'y laissèrent tromper ;

Plus ils se défiaient, plus le roi savait feindre ;

ils ne doutèrent plus de la loyauté de ses intentions, et « remportèrent, dit Mézerai, toutes les marques possibles de bon traitement. » En même temps, la sévère punition que Charles IX ordonna des massacres de Rouen et d'Orange, et la convocation qu'il autorisa d'un synode à La Rochelle, achevèrent de convaincre les plus prévenus de sa ferme résolution, de maintenir la paix et la colicorde parmi ses sujets.

Sur ces entrefaites, de nouveaux négociateurs, Bironet Quincé, furent députés à La Rochelle. Les chefs du parti eux-mêmes, abusés par tant d'artifices, finirent par joindre leurs instances aux leurs. Sollicitée ainsi de tous côtés de donner son consentement au mariage, Jeanne se rejeta sur les empêchements de la religion et de la parenté. « Ma conscience en sûreté, répondit-elle , il n'y a point de condition que je ne fosse prête d'accepter dans la vue de plaire au roi, à la reine et afin d'assurer la tranquillité de l'état, pour la quelle je sacrifierois ce que j'ai de plus cher au monde, ma vie même.... mais j'aimerois mieux descendre à la condition de la plus petite demoiselle de France, que de sacrifier à la grandeur de ma famille mon âme et celle

de mon fils. » Déjà le vertueux Coligny avait été circonvenu*. Jeanne seule persistait encore dans son refus de paraître à la Cour.

Au mois de septembre (1571), elle quitta La Rochelle pour retourner dans son royaume, tandis que, de son côté, Charles IX s'était avancé jusqu'à Bourgueil, sur les confins de la Touraine , afin de la déterminer plus facilement à une entrevue. Mais l'amiral seul se rendit à l'invitation du monarque. Heureusement de retour dans ses étals, après trois ans d'absence, Jeanne s'appliqua à cicatriser les plaies causées par les dernières

Le lecteur remarquera que cette partie de notre récit ne s'accorde pas avec ce que nous avons dit dans notre Introduction, que la reine de Navarre précéda Coligny à la Cour de France. C'était une erreur qu'une étude plus approfondie nous met à même de relever. Plusieurs historiens modernes, d'ailleurs très-estimables, et entre autres Sismondi dans son excellente Histoire des Français (t. XIX, 106 et suiv. ), n'ont pas su se tirer mieux que nous de l'inextricable confusion que présentent les histoires du temps; on pourrait même leur reprocher d'avoir encore embrouillé les choses. Selon les uns, la reine de. Navarre et le prince son fils auraient assisté à Blois à une première entrevue avec Charles IX, en 1571; une phrase un peu ambigue de l'historien de Thou semblerait confirmer cette version ; selon d'autres, l'amiral assista seul à cette entrevue, qui eut lieu soit à Blois, soit à Bourgueil, soit à Lumigny en Brie, dans le courant de septembre. Mais là ne se bornent pas les contradictions. Selon les uns, le prince de Navarre accompagna sa mère dans son voyage à Blois, en mars 1572, ou l'y suivit de près, le surlendemain d'après Davila, peu de temps après, selon de Thou; tandis que les autres ne le font venir à la Cour qu'après la mort de sa mère, à la mi-juillet, le 29 juillet, les premiers jours d'août, quelques mois après, selon Marguerite de Valois, alors que la Cour avait déjà quitté le deuil, selon d'Aubigné. L'arrivée de la reine Jeanne à Paris est fixée au mois de mai, les historiens ne diffèrent que sur le jour; mais d'Aubigné ne parle pas du séjour de la reine à Blois, il l'amène de suite à Paris « où elle conclud en peu de jours le mariage du prince de Béarn.» Selon les uns, Coligny assista la reine de Navarre dans ses derniers moments; selon d'autres, il ne consentit à se rendre à Paris que beaucoup plus tard, etc., etc. Au milieu de cette étrange confusion, nous avons eu recours aux documents les plus authentiques pour parvenir à dégager la vérité et faire en sorte que notre récit laissât le moins possible à désirer quant à l'exactitude des faits.


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Guerres. Les États-Généraux , qu'elle con voqua à Pau, donnèrent leur complet assentiment à ses nouvelles Ordonnances ecclésiastiques et civiles , dont la publication eut lieu après leur sanction, le 26 novembre. Plusieurs des dispositions de ce code , dont les prescriptions étaient d'ailleurs basées sur la morale la plus pure, accusent un rigorisme outré; on eût pu reprocher à la reine Jeanne de n'avoir supprimé les monastères que pour organiser un vaste cloître où tous les citoyens seraient soumis à la règle. Cependant, dans un grand nombre de cas, la reine y devançait son siècle. C'est ainsi qu'elle proclama l'égalité devant la loi, l'admission de tous aux emplois; défendit la vénalité des offices ; organisa l'instruction publique ; voulut que les enfants pauvres fussent élevés aux frais de l'état; proscrivit la mendicité; couvrit de sa sollicitude les veuves, les orphelins, et en général tous ceux « qui sont soigneux de cacher leur misère ; » régla les conditions du mariage, en admettant le divorce dans certains cas, « encore que ce soit, dit-elle, un remède misérable ; » punit du bannissement les imposteurs qui, sous prétexte de magie et de sortilèges, abusent le peuple ; établit des peines contre l'usure; défendit toute sépulture dans l'inférieur des temples, ou près des lieux habités , en ordonnant que la tombe du riche ne se distingue par rien de celle du pauvre. — Si l'on compare la législation de Jeanne avec celle des autres pays de l'Europe à cette époque et même beaucoup plus tard , on sera sans doute frappé d'admiration.

Les négociations au sujet du mariage du prince de Navarre se poursuivaient. A l'exception de Rosny, le père du grand Sully, les partisans les plus dévoués de Jeanne, Francour, Beauvoir , La Noue, Coligny, avaient été gagnés ; ils voyaient dans celte union le gage certain d'une paix solide et durable. « L'excès des caresses qu'on 'leur faisait, dit Mézerai, estoit, si grand

et si visible , que si Dieu ne les eust aveuglez, ils eussent facilement apperceu les coûteaux qu'on aiguisoit pour les esgorger. » On commençait déjà à murmurer dans le parti même de la reine de ce qu'on appelait son obstination. Sur ces entrefaites , arrive une nouvelle ambassade. Biron est chargé d'apprendre à Jeanne que la volonté du roi est qu'on lui rende tous ses droits sur la principauté du Béarn , les comtés de Foix , de Comminges , d'Armagnac et de Bigorre ; que ses places et châteaux, encore détenus au mépris de l'édit, soient remis en son pouvoir ; et que, pour ce qui concerne le mariage, elle soit tout-à-fait libre de le faire célébrer selon les rites de l'Église réformée. En même temps, et comme pour lui arracher ses dernières armes, Biron lui annonce que les Guises sont disgraciés. Les paroles de l'ambassadeur sont confirmées par le baron de Beauvoir , qui ajoute en son propre nom et selon les instructions secrètes de l'amiral,que Charles IX, éclairé sur les véritables intérêts de sa couronne, n'attend qu'une occasion pour s'affranchir entièrement du joug de sa mère , et éloigner son frère le duc d'Anjou. La défiance n'était plus possible. Jeanne, vaincue par tant d'artifices plutôt que persuadée, assembla son Conseil et lui soumit la question du mariage. Le chancelier Francour fit prévaloir un avis favorable. Il ne restait donc plus à la reine qu'à suivre sa malheureuse destinée.

Mais en se soumettant, elle sut encore résister à l'aveuglement fatal de ses plus dévoués serviteurs. « Vous savez si c'est pour moi que je crains, » leur disait-elle. Elle voulait bien se sacrifier, mais entraîner son fils dans sa perte, cette pensée révoltait tous ses sentiments de mère. Elle décida donc, contre l'avis de l'amiral et de tout son Conseil, que le jeune prince resterait dans le Béarn jusqu'à ce qu'elle l'appelât auprès d'elle. Ensuite, elle écrivit de sa main à tous


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ceux du parti dont elle avait éprouvé la fidélité, Lavardin, les Ségur, Piles, La Noue, Rohan , Francour, Bétut, Rosny, Beauvoir, La Rochefoucault, Caumont de La Force , Henri d'Albret-Miossens, François de Navailles, enfin , à plus de cinq cents gentilshommes , auxquels elle donna rendez-vous à Nérac et à Vendôme.

La reine partit de Pau le 26 novembre (1571), après avoir nommé son fils lieutenant général du royaume, en lui adjoignant le fidèle d'Arros. Elle était accompagnée de ses deux enfants. Au moment de franchir la frontière du Béarn , ses larmes coulèrent en abondance. A Nérac , elle trouva tous ses amis et partisans réunis. Elle y passa un mois, uniquement occupée du soin de gagner à son fils les coeurs de tous les braves gentilshommes dont elle venait de l'entourer et de lui former une garde. Vers la fin de janvier, elle poursuivit sa route avec sa fille Catherine, et se rendit à Blois, où se tenait la Cour. « Le jour [en mars] que la reyne de Navarre arriva à Blois, lit-on. dans le Journal de L'Estoile,

L'Estoile, roy et la reyne-mère luy

firent tant de caresses, principalement le roy, qui l'appeloit sa grande tante, son tout, sa mieux aimée, qu'il ne bougea jamais d'auprès d'elle à l'entretenir avec tant d'honneur et de révérence que chacun en était étonné. Le soir en se retirant, il dit à la reyne sa mère, en riant : Et puis, madame, que vous en semble? joué-je pas bien mon rollet? Ouy, lui répondit-elle, fort bien ; mais ce n'est rien qui ne continue. Laissez-moy faire seulement, dit le roy, et vous verrez que je les mettray au filet. » Cependant Jeanne n'était point dupe de ces perfides démonstrations. C'est ce que prouve une lettre qu'elle adressa de Blois au prince son fils, à la date du 8 mars. Nous la rapporterons à peu près en entier, car elle nous semble, ainsi qu'à Le Laboureur, « très-digne de l'histoire, propre à faire déplorer le malheur de cette princesse, et à faire trembler les consciences les plus catholiques

catholiques l'abysme des jugemens d Dieu. » L'original de ce précieux document se conserve à la Bibliothèque Royale (Fonds St.-Germain Harlay , vol. 255, pièce 81). « Mon filz, Je suis en mal d'enfant, et en telle extrémité que si je n'y eusse pourvu, j'eusse esté extremement tourmentée.... il me faut négocier tout au rebours de ce que j'avois espéré, et que l'on m'avoit promis ; car je n'ay nulle liberté de parler au Roy, ni à Madame [Marguerite], seulement à la Royne mère, qui me traicte à la fourche... Quant à Monsieur [Henri], il me gouverne et fort priveement, mais c'est moitié en badinant, moitié dissimulant. Quant à Madame, je ne la vis que chez la Royne, lieu mal propre, d'où elle ne bouge; et ne va en sa chambre que aux heures qui me sont mal-aisées à parler ; aussi que Mme de Curton [sa gouvernante] ne s'en recule poinct ; de sorte que je ne puis parler qu'elle ne l'oye... Voyant donc que rien ne s'advance, et que l'on veult faire précipiter les choses et non les conduire par ordre, j'en ay parlé trois fois à la Royne, qui ne se faict que moquer de moy, et, au partir de là, dire à chascun le contraire de ce que je luy aydict. Mes amys m'en blasment; je ne sçais comment desmentir la Royne, car je luy dis : Madame , vous avez dict et tenu tel et tel propos. Encor que ce soit elle-mesme qui me l'ait dict , elle me le renie comme beau meurtre et me rit au nez, et m'use de telle façon, que vous pouvez dire que ma patience passe celle de Griselidis. Si je cuide avec raison luy montrer combien je suis loin de l'espérance qu'elle m'avoit donnée de privauté et négocier avec elle de bonne façon, elle

me nie tout cela Au partir d'elle ,

j'ay un escadron de huguenots qui me viennent entretenir, plus pour me servir d'espions que pour m'assister, et des principaulx, et de ceulx à qui je suis contraincte dire beaucoup de langage que je ne puis esviter sans entrer en querelle contre eulx. J'en ay d'une aultre humeur qui ne m'empeschent


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pas moins, mais je m'en défends comme je puis, qui sont armaphroidites(sic) religieux. Je ne puis pas dire que je sois sans conseil, car chascun m'en donne un, et pas un ne se ressemble. Voyant donc que je ne fais que vaciller, la Royne m'a dict qu'elle ne se pouvoit accorder avec moy, et qu'il falloit que de nos gens s'assemblassent pour trouver des moyens. Elle m'a nommé ceulx que vous verrez tant d'un costé que d'aultre ; tout est de par elle. Qui est la principale cause, mon filz , qui m'a faict despescher ce porteur en diligence, pour vous prier de m'envoyer mon chancelier [de Francour ], car je n'ay homme ici qui puisse ni qui sache faire ce que celuy-cy fera. Autrement je quicte tout; car j'ay esté amenée jusqu'ici soubs promesse, que la Royne et moy nous accorderions. Elle ne faict que se moquer de moy, et ne veult rien rabattre de la messe, de laquelle elle n'a jamais parlé comme elle faict. Le Roy de l'aultre costé veult que l'on luy escrive. Ils m'ont permis d'envoyer querir des ministres, non pour disputer, mais pour avoir conseil. J'ay envoyé quérir MM. d'Espina, Merlin et aultres que j'adviseray ; car je vous prie noter qu'on ne tasche qu'à vous avoir, et pour cy, advisez-y, car si leRoy l'entreprend, comme l'on dict, j'ensuis en grande peine... Je m'asseure que si vous saviez la peine en quoy je suis, vous auriez pitié de moy, car l'on me tient toutes les rigueurs du monde et des propos vains et moqueries , au lieu de traicter avec moy avec gravité comme le faict le merite. De sorte que je creve, parce que je me suis si bien résolue de ne me courroucer poinct, que c'est un miracle de voir ma patience. Et si j'en ay eu, je sçais comme j'en auray encore affaire plus que jamais , et m'y resoudray aussi davantage. Je crains bien d'en tomber malade, car je ne me trouve gueres bien. J'ai trouvé vostre lettre fort à mon gré, je la monstreray à Madame si je puis. Quant à sa peinture, je l'envoyray quérir à Paris. Elle est belle, bien advisée

et de bonne grace, mais nourrie en la plus maudite et corrompue compaignie qui fut jamais ; car je n'en vois point qui ne s'en sente. Vostre cousine la marquise [l'épouse du jeune prince de Condé] en est tellement changée qu'il n'y a apparence de religion, si non d'autant qu'elle ne va point à la messe, car au reste de la façon de vivre elle faict comme les papistes; et la princesse [de Condé] ma soeur encore pis. Je vous l'escris priveement. Ce porteur vous dira comme le Roy s'esmancipe ; c'est pitié. Je ne vouldrois pas pour chose du monde que vous y feussiez pour y demeurer. Voilà pourquoi je désire vous marier , et que vous et vostre femme vous retiriez de corruption ; car encore que je la croiois bien grande, je la vois davantage. Ce né sont pas les hommes ici qui prient les femmes, ce sont les femmes qui prient les hommes. Si vous y estiez, vous n'en eschapperiez jamais sans une grande

grâce de Dieu Je vous prie encore,

puisque l'on m'a retranché ma négociation particulière et qu'il fault parler par advis et conseil, m'envoyer Francourt. Je demeure en ma première opinion, qu'il fault que vous retourniez vers Bearn. Mon filz , vous avez bien jugé par mes premiers discours que l'on ne tasche qu'à vous séparer de Dieu et de moy ; vous en jugerez aultant par ces dernières, et de la peine en quoy je suis pour vous. Je vous prie, priez bien Dieu, car vous en avez bien besoin en tout temps et mesmes en celuy-cy , qu'il vous assiste. Et je l'en prie, et qu'il vous donne, mon filz, ce que vous desirez. »

Peu à peu les difficultés s'aplanirent. Médicis accorda que le mariage ne fût pas célébré selon les rites de l'Église romaine; et de son côté, la reine Jeanne finit par consentir à ce que la cérémonie se fit à Paris. Le contrat de mariage fut signé le 11 avril. Mais il s'éleva tout à coup un nouvel obstacle. Pie V refusait la dispense nécessaire au mariage : « il eût plutôt consenti qu'on lui tranchât la tête. » Irrité de ce


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refus qui menaçait de renverser ses projets, Charles IX dit un jour à la reine de Navarre qui lui en témoignait son déplaisir : « Ma tante, je vous honore plus que le pape, et aime plus ma soeur que je ne le crains ; je ne suis pas huguenot, mais je ne suis pas sot aussi ; si monsieur le pape fait trop la beste, je prendray moy-même Margot par la main, et la meneray épouser en plein prêche, » Mais la reine-mère trouva à la difficulté un remède plus simple, selon elle, et encore plus expéditif: elle fit fabriquer une fausse dispense , bien certaine qu'elle était qu'après l'événement le pape lui en saurait trèsbon gré.

Jeanne partit de Blois, le 8 mai (le 15, selon de Thou). Elle descendit, à Paris, rue de Grenelle-Saint-Honoré, à l'hôtel de l'ancien évêque de Chartres, Guillart, qui avait embrassé le protestantisme. Les préparatifs du mariage occupèrent dès lors tous ses moments; elle tenait à ce qu'il se fit « le plus soudain que l'on pourroit. » Mais le 4 juin , un mercredi soir , elle fut saisie tout à coup d'une fièvre ardente. Son état empira promptement ; dès le lendemain , elle sentit qu'elle était atteinte mortellement. « Quoique cette vie, disait-elle, m'est à bon droit fort ennuyeuse pour les misères que j'y ai senties dès ma jeunesse, si ne laissé-je pas de la quitter avec grand regret quand je regarde à la jeunesse des enfants que Dieu m'a donnés, pour les voir privés de ma présence en ce bas âge.... Toutefois, je m'assure que Dieu leur sera pour père et protecteur, comme il m'a été en mes plus grandes afflictions ; je les remets du tout à sa Providence, afin qu'il y pourvoie. » Sa ferme confiance en Dieu ne l'abandonna pas un moment. « Encore que les douleurs dont il m'afflige soient violentes, répétait-elle, je sais qu'il ne fait rien qui ne soit bon et droit. »

« On la vit suivre attentivement, dit son historien, les pieuses lectures et les prières de ceux qui l'approchaient.

l'approchaient. les plus violents accès de la douleur, jamais on ne l'entendit

proférer une plainte Sa patience

dans cette extrémité, comme son courage dans l'infortune, fut héroïque: elle remplit d'étonnement et d'admiration tous ceux qui la virent. La Cour la vint visiter, et Médicis fut témoin de tant de grandeur ! » Le dimanche matin, se sentant affaiblir d'heure en heure, Jeanne fît appeler deux notaires. Elle leur dicta elle-même ses dernières dispositions avec une grande fermeté d'esprit. Après avoir ordonné que son corps fût porté à Lescar et inhumé auprès de Henri II d'Albret, son père, dans toute la simplicité du culte protestant, elle s'adresse à son fils pour lui recommander de persévérer jusqu'à la fin dans la religion dans laquelle elle l'a élevé, et « d'y conformer ses moeurs; » de ne conserver auprès de sa personne que des serviteurs imbus de la crainte de Dieu, « et dont la vie soit connue pour bonne et non scandaleuse ; » de faire soigneusement observer ses Ordonnances ecclésiastiques dans ses états, lui assurant que « s'il honore Dieu, Dieu l'honorera. » Elle lui recommande ensuite de servir de père, après Dieu , à sa soeur Catherine, de n'admettre d'autres femmes auprès d'elle que la baronne de Thignonvilte, Mmes de Vaux et de Fontrailles, et Melle Du Perray, dont la vie entière est un exemple ; de la traiter toujours avec douceur et bonté, et surtout de la faire élever en Béarn jusqu'à ce qu'elle soit d'âge à être mariée à un prince de son rang et de sa religion. Elle le presse d'aimer toujours le prince de Condé comme son frère ; de conserver religieusement toute son amitié à l'amiral, afin de servir « à l'honneur et gloire de Dieu, » et parmi ceux de ses serviteurs dont elle a éprouvé le dévouement, elle lui désigne plus particulièrement Beauvoir, Francour et Bétut. Après quelques autres recommandations au jeune Henri, qu'elle institue son héritier universel,


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suivant le contrat qui a été signé à Blois, et qu'elle « confirme en tant que besoin seroit, » elle prie le roi, la reine-mère et les princes de prendre ses enfants sous leur protection, suppliant, en particulier, Charles IX de leur permettre le libre exercice de leur religion en quelque lieu qu'ils habitent. Enfin, elle termine en nommant le cardinal de Bourbon et l'amiral de Coligny ses exécuteurs testamentaires, les priant, au nom du sang et de l'amitié , de servir de père à ses enfants.

Le mal continua à faire de3 progrès rapides ; dès l'après-midi, les accès devinrent si violents, que la reine perdit l'usage de la parole; cependant son agonie se prolongea jusqu'au lendemain. Elle expira le lundi, vers les neuf heures du matin , le cinquième jour de sa maladie. Elle était dans sa quarante-quatrième année. « Ainsi mourut cette Roine, dit d'Aubigné , n'aïant de femme que le sexe, l'ame entière aux choses viriles , l'esprit puissant aux grands affaires , le coeur invincible aux adversitez. »

Le bruit se répandit aussitôt que la reine de Navarre avait été empoisonnée. Les accusations prirent même une telle consistance, que le roi se crut forcé d'ordonner l'ouverture du corps. Mais les médecins ne trouvèrent , dit-on , aucune trace d'empoisonnement. Quoi qu'il en soit de la vérité de ce rapport, que la crainte du reste peut avoir dicté, l'absence de poison ne serait pourtant pas une preuve; dans l'état actuel de la science toxicologique, ce serait tout au plus une présomption. Peu importe donc que le cerveau ait été ou non ouvert. Davila prétend, et beaucoup d'autres historiens avec lui, que « les médecins ayant trouvé toutes les autres parties saines, ne touchèrent point à la tête par respect, disoient-ils; et sur leur rapport on publia que cette princesse étoit morte de mort naturelle et d'une fièvre maligne. » Cependant, au dire du même historien, « la violence

violence poison ne devoit offenser que le cerveau. » Cayet, au contraire, et Voltaire, d'après lui, rapportent que Caillard , le médecin de la reine , et Desnoeuds, son chirurgien, disséquèrent son cerveau, selon la recommandation qu'elle en avait faite elle-même, afin qu'on recherchât la cause de migraines violentes auxquelles elle était sujette, et qu'on pût guérir ses enfants s'ils étaient atteints du même mal. Ils y aperçurent seulement de petites bubes d'eau, logées entre le crâne et la pellicule qui enveloppe le cerveau, et qu'ils jugèrent être la cause des maux de tête que la reine ressentait ; ils attestèrent d'ailleurs qu'elle était morte d'un abcès formé dans la poitrine. « Il est à remarquer, ajoute Voltaire, que ceux qui l'ouvrirent étaient huguenots, et qu'apparemment ils auraient parlé du poison s'ils y avaient trouvé quelque vraisemblance. On peut me répondre qu'ils furent gagnés par la Cour ; mais Desnoeuds, chirurgien de Jeanne d'Albret, huguenot passionné, écrivit depuis des libelles contre la Cour , ce qu'il n'eût pas fait s'il se fût vendu à elle, et dans ses libelles il ne dit point que Jeanne d'Albret ait été empoisonnée. » C'est sur ces considérations que l'auteur de la Henriade s'appuie pour faire dire à Henri IV :

Je ne suis point injuste, et je ne prétends pas A Médicis encore imputer son trépas : J'écarte des soupçons peut-être légitimes , Et je n'ai pas besoin de lui chercher des crimes. Ma mère enfin mourut.

De ce conflit d'opinions diverses, il résulte évidemment que la preuve matérielle de l'empoisonnement n'existe pas ; mais la présomption morale subsista dans toute sa force. « Que ne pouvoit-on pas présumer,dit Anquetil, après les exemples trop sûrs qu'on avoit de morts aussi nécessaires, procurées par différents moyens? » Sans doute, if est juste de se défier, avec Voltaire, de ces idées qui n'attribuent jamais la mort des grands à des causes naturelles ; mais il faut éviter tout


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aussi soigneusement de tomber dans l'excès contraire. Selon nous, la seule question est de savoir si, d'après toute probabilité, suivant le cours naturel des choses, la mort de la reine de Navarre devait servir les projets que méditait la Cour de Médicis. Les raisons pour et contre se balancent ; mais une considération qui pourrait paraître décisive, c'est que cette mort devait nécessairement faire naître des soupçons , réveiller des défiances à peine assoupies, et compromettre la réussite de l'entreprise. Était-il raisonnable de compter sur l'aveuglement obstiné de Coligny? Or, un seul mot de lui pouvait rompre toute la trame si péniblement ourdie par Médicis. Qu'au lieu de presser l'arrivée du jeune roi de Navarre et de se prévaloir même, pour vaincre sa juste répugnance , de l'avis des ministres les plus estimés du parti, il l'eût entretenu de ses soupçons et de ses craintes, et le complot était déjoué. Mais, d'un autre côté, si l'on considère que l'attentat commis sur la personne de Coligny quelques jours avant la St.-Barthélémy , devait de même, selon toute probabilité, éclairer les Huguenots les plus aveuglés sur les perfides projets de la Cour, on pourrait en conclure qu'il y avait peu d'accord parmi les chefs de la conspiration, soit que Médicis ne les eût pas mis dans la confidence de ses moyens d'exécution, soit que chacun d'eux eût tenu à honneur de commencer l'entreprise, pour faire preuve de zèle, ou plutôt pour s'en attribuer la principale gloire. Leurs inimitiés personnelles dirigeaient alors leurs premiers coups : au duc d'Anjou, la reine de Navarre ; aux Guises, l'amiral de Coligny. Le récit d'Olhagaray viendrait à l'appui de notre supposition ; selon cet écrivain , la reine Jeanne mourut d'un boucon qui lui fut donné à un festin où était le duc d'Anjou.

Quoi qu'il en soit , nous ferons connaître l'opinion de l'italien Davila, l'apologiste plutôt que l'historien de toutes les scènes d'horreur qui

ont rendu si fameux le règne de Médicis. « On commença, dit-il, par se défaire de la reine de Navarre. Son rang et son sexe exigeoient quelques ménagemens. On eut recours au poison, qui lui fut donné dans une paire de gands parfumés. Il étoit si bien préparé et si subtil, que peu de temps après qu'elle les eut mis, elle fut attaquée d'une fièvre très-violente qui l'emporta en quatre jours. » L'auteur des Mémoires d'État sous Charles IX, d'Aubigné et L'Estoile confirment ce fait. Ces gants avaient été vendus à la reine Jeanne par le marchand-parfumeur de Catherine de Médicis, milanais d'origine selon les uns, et florentin selon d'autres ; il s'appelait René Bianque, et habitait sur le pont St.-Michel. On l'avait surnommé l'empoisonneur de la reine ; on suppose que le prince Porcian avait été déjà empoisonné par lui au moyen de gants parfumés. De Thou rapporte que ce misérable se vantait de faire des parfums qui n'étaient pas propres à la santé. Après la mort de la reine de Navarre, il ne cachait pas, dit-on, « qu'il avoit encore le cas tout prêt pour deux ou trois autres qui ne s'en doutoient pas. » Il se signala dans les massacres de la St.- Barthélemy, et finit, dit L'Estoile, par mourir sur un fumier; sa femme, ajoute le même auteur, était une vilaine qui mourut au lit d'honneur, et ses deux fils furent roués pourvoi commis avec assassinat.

La mort de la reine de Navarre était la perte la plus sensible que pût faire le protestantisme en France. Aussi la douleur fut générale, et même dans le camp ennemi, il y eut des larmes sincères de répandues. Les vertus privées et publiques de Jeanne forçaient l'admiration de tous les partis. Au jugement même de Davila, « c'étoit une princesse d'un courage héroïque, d'un esprit très-élevé et d'un mérite bien au-dessus de son sexe ; avec ces grandes qualités, quoique dépouillée de son royaume, elle soutint toujours avec majesté le nom de reine. Sa fermeté


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n'éclata pas moins dans la guerre , malgré le nombre et la puissance de ses ennemis. Dans les plus grands dangers et dans les dernières extrémités où son parti se trouvoit réduit, elle jetta les fondemens de cette grandeur, où son fils s'est élevé depuis... Les grands talens de cette princesse, soutenus par sa vertu et sa libéralité, mériteroient d'éternels éloges, si elle n'eût embrassé opiniâtrement la doctrine de Calvin, en voulant, sans les lumières acquises par l'étude, pénétrer et même expliquer les plus profonds mystères de la théologie. » La plupart des écrivains catholiques sont forcés de rendre à la reine Jeanne la même justice, mais ils le font sous la même réserve. « Outre les perfections du corps , dit le jésuite Maimbourg, elle en eut de si grandes dans l'âme, dans le coeur et dans l'esprit, qu'elle eust pû mériter le glorieux titre de l'Héroïne de son temps. » Et en effet, qu'on la considère comme mère, comme épouse ou comme reine, il n'y a pas une tache dans sa vie.

ALBRET-MIOSSENS ( FAMILLE D'). Cette famille descendait d'Etienne, bâtard d'Albret et de Françoise de Béarn, dame de Miossens. Leur fils , Jean, baron de Miossens et de Coarase, favorisa de tout son pouvoir l'introduction de la réforme dans les états de la reine de Navarre, dont il embrassa constamment les intérêts. Il avait épousé Susanne de Bourbon-Busset qui fut choisie pour gouvernante du jeune prince de Béarn, depuis Henri IV. Il en eut plusieurs enfants. L'aîné, Henri, qui avait accompagné le roi de Navarre à la Cour de France pour assister aux cérémonies de son mariage avec Marguerite de France, faillit être au nombre des victimes de la Saint-Barthélemi. Marguerite dans ses Mémoires raconte que M. de Miossans, premier gentilhomme du roi son mari, et Armagnac, son premier valet de chambre, la vinrent trouver pour la prier de leur sauver la vie. « Je m'allay jetter à genoux, continue-t-elle, devant

le roy et la reyne ma mère pour les leur demander : ce qu'enfin ils m'accordèrent, » — à la condition sans doute qu'ils changeassent de religion. L'année suivante, ce fut sinon lui, du moins un gentilhomme de son nom qui, au rapport de Marguerite de Valois, éventa le projet d'évasion du duc d'Alençon et du roi de Navarre. « M. de Miossans , gentilhomme catholique , dit-elle, ayant advis de cette entreprise... m'en advertit pour empescher le mauvais effet qui eust apporté tant de maux à eux et à cet estat. » L'affaire, ajoute-t-elle, fut conduite avec tant de prudence, « que, sans qu'ils pussent sçavoir d'où leur venoit cet empeschement, ils n'eurent jamais moyen d'eschapper. » Le 4 juin 1574, Henri de Navarre chargea le baron de Miossens d'aller complimenter le roi de Pologne, Henri III, sur son avènement à la couronne de France. Rambouillet et d'Estrées furent les deux autres seigneurs , au rapport de L'Estoile, qui furent honorésavec lui d'une semblable mission de la part de Médicis et du duc d'Alençon. Il paraîtrait qu'après avoir rempli cette ambassade, le baron de Miossens ne retourna pas à la Cour , auprès du roi son maître. Au mois de janvier 1576, peu de jours avant de mettre à exécution son projet d'évasion , Henri de Navarre lui écrivait une lettre, dont la suscription porte : « A mon cousin, M. de Miossens, premier gentilhomme de ma chambre, gouverneur et mon lieutenant général en mes pays de Béarn et Basse-Navarre. » Henri, dans cette lettre, parle d'un frère du baron de Miossens, sur lequel on n'a aucune espèce de renseignement. « Lavardin, vostre frère, et Saincte Colombe , écrit-il, sont les chefz de mon conseil. » M. Berger de Xivrey, l'éditeur des Lettres Missives de Henri IV, dont le gouvernement poursuit la publication , ajoute en note : « Le P. Anselme indique un frère de M. de Miossens, mais sans avoir pu recueillir aucune autre notion que celle de son existence. » Dans ce


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cas, il y aurait doute si ce n'est pas à ce frère du baron Henri do Miossens ( que M. Berger appelle par erreur Jean) que doivent se rapporter une partie des détails qui précèdent. Quoi qu'il en soit, c'est sans doute de lui que parle Sully, dans ses OEconomies royales, lorsqu'il nous apprend qu'il y avait deux partis à la Cour du roi de Navarre; «l'un de catholiques,composé de MM. de Laverdin, Miossens, GrandMont , Duras, Roquelaure, SaincteCoulombe, Begoles, Podins et autres [la plupart d'entre eux avaient abjuré] ; l'autre de huguenots , composé de MM. de Thurenne, Mont-Gommery , Guitry, Lesignan, Favas, Pardaillan, et autres, lesquels par plusieurs fois faillirent d'en venir aux mains... »

ALEMAND (LOUIS-AUGUSTIN) , né à Grenoble en 1645. Après avoir terminé ses études à l'université de Valence et y avoir pris le grade de docteur-ès-arts, Alemand se fit recevoir avocat au parlement de Grenoble. Les persécutions contre les Protestants augmentaient chaque jour de rigueur; toutes les carrières leur étaient successivement fermées, et ceux d'entre eux qui ne voulaient pas renoncer à la foi de leurs pères, étaient contraints d'émigrer. Alemand n'eut pas la force d'affronter les périls de la fuite et de s'exposer aux misères de l'exil ; il abjura en 1676, et,abandonnant en même temps la carrière du barreau , il se fit recevoir docteur en médecine à la faculté d'Aix. Il nourrissait l'espoir d'obtenir une place de chirurgien dans la marine ; mais toutes ses démarches furent vaines. Il prit alors le parti de se rendre à Paris , où il publia, en 1688, in-12, ses Nouvelles observations ou Guerre civile des Français sur leur langue, essai d'un dictionnaire historique et critique de tous les mots, de toutes les locutions, de toutes les règles contestés. L'Académie française, qui se disposait à faire paraître son Dictionnaire, arrêta l'impression de cet ouvrage qui devait former deux volumes in-folio et était presque achevé.

Alemand ayant obtenu de l'abbé de La Chambre le manuscrit des nouvelles observations de Vaugelas, le publia deux ans plus tard sous le titre : Nouvelles remarques de M. de Vaugelas sur la langue française, ouvrage posthume, avec des observations de M. H., Paris, 1690, in-12. Cette publication fut suivie de l'Histoire monastique d'Irlande, Paris, 1690, in-12 ; trad. en angl., Lond., 1722 , in-8°. En 1694, il donna le premier volume d'un Journal historique de l'Europe pour l'année 1694, Strasb. (Paris), 1695, in-12, qui ne fut pas continué, les rédacteurs de la Gazette de France, du Journal des Savants et du Mercure s'étant opposés à ce qu'on expédiât un privilége pour cet ouvrage. On doit aussi à Alemand une traduction de la Médecine statique de Sanctorius, et, s'il faut en croire Carrère, le Secret de la médecine des Chinois, Grenoble, 1671, in 12. Il se proposait de publier un traité sur l'ancienneté des médecins méthodiques, lorsqu'il mourut à Grenoble en 1728. — Son frère, avocat au parlement de Grenoble, abjura comme lui ; mais, comme lui aussi, il conserva au fond du coeur le souvenir de la religion dans laquelle il avait été élevé. Il essaya d'apporter quelque soulagement aux maux de ses anciens coreligionnaires en dédiant au P. La Chaise un livré où il s'efforçait de démontrer que les Protestants pouvaient servir à l'avancement de la religion catholique, et proposait un nouveau plan de conduite à leur égard. ALLEMAGNE (N. D'), pasteur de l'église de Sézanne, en 1670, s'est acquis une fâcheuse célébrité par la part trop active qu'il consentit à prendre dans l'exécution du fameux projet de réunion de l'Église protestante avec l'Église catholique. Issu d'une famille noble et parent par alliance d'un des premiers ministres de l'état, il se crut appelé à jouer un rôle important, et sa vanité l'aveuglant sur son mérite réel, il ambitionna une place de pasteur dans l'église de Paris. N'espérant pas


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toutefois arriver au but de ses désirs par le choix libre du consistoire, il eut recours au crédit de la famille de sa femme et se fit nommer commissaire du roi auprès du synode de l'Isle de France. La Cour, qui se berçait alors du fol espoir que la décision de quelques ministres corrompus par ses faveurs et ses promesses suffirait pour faire rentrer les Huguenots dans le sein de l'Église romaine, accepta avec reconnaissance la coopération d'un homme qu'on lui dépeignait comme propre à faciliter la réunion désirée. D'Allemagne fut donc nommé commissaire royal auprès du synode qui s'assembla à Charenton en 1671. Jamais on n'avait vu avant cette époque un ministre revêtu de ces fonctions ; aussi cette nouveauté excita-t-elle de légitimes soupçons; mais la prudence exigeait qu'on ne les fît pas trop paraître. Le ministre de Sézanne assista sans opposition au synode, seulement quand il voulut opiner en sa qualité de pasteur, le synode le força à se renfermer dans sa charge de commissaire, en lui déclarant que si, comme représentant du roi, il n'était pas soumis à sa juridiction, il l'était comme ministre et que, comme tel, sa conduite allait être examinée sévèrement. D'Allemagne ne crut pas prudent de s'exposer aux censures de l'assemblée ; il alla même plus loin, et se sépara de son église , soit qu'il espérât se pousser plus facilement à la Cour, soit qu'il voulût prévenir de nouvelles contestations dans le cas où il serait continué dans ses fonctions de commissaire royal. A ce dernier égard, son attente fut trompée ; car, lorsque deux ans plus tard, un nouveau synode fut tenu à Charenton, la cabale des accommodeurs travailla vainement à le maintenir dans la charge; le député général, Ruvigny, para le coup et obtint que la commission serait donnée à un autre. Cet autre, il est vrai, fut La Brosse de L'Hôpital, beau-frère de d'Allemagne.

L'église de Sézanne, cependant, n'ayant pu obtenir du synode le pasteur

pasteur souhaitait, le supplia de lui rendre son ancien ministre pour lequel elle avait conservé une vive affection. D'Allemagne, qui ne se souciait nullement d'y retourner, obtint une lettre de cachet portant que, vu ses bons services, S. M. lui ordonnait de quitter l'église de Sézanne et de suivre la Cour. Le synode ne pouvait aller à l'encontre d'un pareil ordre, lors même qu'il en aurait eu l'intention ; cependant il ne voulut pas laisser impunie une semblable révolte contre la discipline, et il cita d'Allemagne à comparaître devant le prochain synode pour répondre à diverses accusations portées contre lui, tout en le déclarant incapable de remplir les fonctions pastorales dans aucune église, jusqu'à ce qu'il se fût justifié. D'Allemagne eut de nouveau recours à ses protecteurs. La délibération du synode de Charenton fut annulée par un arrêt du Conseil qui le rétablit dans son église de Sézanne, que, deux mois auparavant, un autre arrêt lui avait ordonné de quitter. Il y retourna ; mais il avait perdu toute considération. Pour échapper aux mortifications dont on l'abreuvait, il prit un parti désespéré, il se fit catholique. Sa conversion acheva de le perdre à la Cour même ; on l'abandonna dès qu'on ne put plus se servir de lui. Il reconnut alors dans quel abîme l'avait entraîné sa vanité. Plein de remords, il passa en Angleterre où il répara sa faute d'une manière touchante et donna des preuves de patience et d'humilité dans l'obscure condition où il vécut jusqu'à sa mort.

ALLIX (PIERRE), savant controversiste, né à Alençon, en 1641, et mort à Londres le 3 mars (20 février, v. st.) 1717.

Son père (1), qui exerçait avec honneur le ministère dans la ville d'Alençon, le dirigea lui-même dans ses éludes, qu'il lui fit compléter aux universités protestantes de Saumur et de Sédan. Nommé pasteur à Rouen, selon

(I) Peut-être Jean Allix, pasteur à Dangeau en 1620 et à Marchenoir en 1637.


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le P. Nicéron, ou à St-Agobille (1) en Champagne , selon Chauffepié , qui relève cet écrivain, en s'appuyant sur des mémoires fournis par la famille, Allix y remplit les fonctions pastorales environ un ou deux ans , c'est-à-dire jusqu'en 1670. A cette époque, il fut attaché à l'église de Charenton, où il succéda vraisemblablement au ministre Jean Daillé, mort le 15 avril. Benoît rapporte dans son Histoire de l'édit de Nantes, que l'église de Paris ayant perdu ses vieux pasteurs qui avaient atteint l'extrême vieillesse, on fut dans une grande peine pour leur donner de dignes successeurs. « On n'était pas assuré, dit-il, que les autres églises voulussent céder à celle de Paris les pasteurs dont elles étoient bien servies : chacun dans ce tems fâcheux voulant avoir pour conducteurs des personnes en qui il pût prendre confiance. » A la fin, le choix s'arrêta sur Allix et sur Ménard, « encore jeunes, dit l'historien ; mais assez connus pour donner de grandes espérances. » Leur vocation fut confirmée par le synode tenu à Charenton en 1671, qui leur adjoignit pour collègue le ministre de Rouen, de Langle. « La solidité des sermons d'Allix, dit Chauffepié, lui attiroit toujours un nombreux auditoire. » Outre le grand nombre d'ouvrages de controverse qu'il publia alors, il travailla avec le ministre Claude à une nouvelle version française de la Bible. A la révocation de l'édit de Nantes, le 22 octobre 1685, tous les ministres de Charenton reçurent l'ordre de quitter Paris dans les 24 heures et le royaume dans 15 jours. Allix se retira d'abord à St-Denis, et après avoir obtenu avec beaucoup de peine un passe-port pour sortir de France , il passa en Angleterre avec sa femme , Marguerite Roger, et ses

(I) Il y a sans doute une erreur de nom. Ni La Martinière dans son Grand Dict. Géogr. (1726), ni le professeur Duclos dans son Dict. gén. des villes, bourgs, villages, hameaux et fermes de la France (1843) ne font mention de cet endroit, qui n'est pas indiqué non plus dans les tables officielles des églises dressées en 1637,

trois enfants. Jacques II lui accorda une patente pour fonder à Londres une église française du rite anglican. Trois ans après son arrivée dans le pays, il s'en était rendu la langue assez familière pour écrire un livre en anglais: Defence of the Christian Religion , qu'il dédia au roi comme un témoignage de reconnaissance pour l'hospitalité accordée aux réfugiés de France. Après la révolution, en 1690, Allix fut nommé, à la recommandation de l'évêque Burnet, chanoine et trésorier de la cathédrale de Salisbury. Nicéron et ses copistes se trompent sans doute lorsqu'ils avancent qu'il avait, été pourvu auparavant d'un canonicat à Windsor; les auteurs de la Biogr. Britann. n'ont rien trouvé qui confirmât ce fait. Le vaste savoir d'Allix lui avait acquis en Angleterre comme en France une grande réputation. Nonseulement les universités d'Oxford et de Cambridge lui donnèrent un témoignage public de leur estime en lui conférant le grade de docteur honoraire en théologie; mais le clergé d'Angleterre lui-même l'honora au point de le charger d'écrire l'histoire des Conciles. « Le Parlement, dit Chauffepié, avoit une si haute idée de la capacité d'Allix pour exécuter cet important dessein, qu'il décida que tout le papier que l'on feroit venir de Hollande pour l'impression de cet ouvrage seroit exempt des droits d'entrée. » Cette histoire devait former 7 vol. in-fol. Si ces faits sont exacts, on comprendra difficilement que ce travail n'ait pas vu le jour. La raison qu'on en donne nous semble peu concluante. Le nombre des souscripteurs, dit-on, n'ayant pas paru suffisant à l'éditeur, il craignit de hasarder les frais d'impression, et le projet en resta là. Quoi qu'il en soit, il paraît que notre auteur ne. laissa pas que de rencontrer par la suite des libraires plus entreprenants , car il se passa peu d'années qu'il ne fît paraître quelque nouvelle publication. Son activité égalait son zèle. « Le docteur Allix, dit un de ses biographes , étoit


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aimé et estimé de tous les savans de il son tems. Il avoit beaucoup d'amis, avec les quels il entretenoit un commercerégulier. Extrêmement zélé pour la religion protestante, il étoit toujours prêt à en prendre la défense contre les attaques de ceux de l'Église romaine. Il désiroit passionnément de réunir les Protestans, surtout les Luthériens avec les Réformés, et il consulta souvent là-dessus avec les ministres de Genève, de Hollande et de Berlin. Il avoit une profonde connoissance

de toutes les sciences Il possédoit

très-bien l'hébreu, le syriaque et le chaldéen ; et comme il avoit une vaste lecture et une excellente mémoire, il étoit en quelque sorte une bibliothèque vivante, et sa conversation étoit également agréable et instructive. » Au jugement de l'abbé de Longuerue, Allix était le plus savant des ministres de Charenton ; il le mettait bien au-dessus du ministre Claude. Mais dans un autre endroit du Longueruana, le savant abbé le traite un peu durement : « J'ai connu, dit-il, M. Allix, bon homme, qui avoit quelque goût pour les sciences ; mais qui devint fou quand il fut en Angleterre , mais fou à faire des prophéties. » Nous aurons l'occasion de faire remarquer, dans la partie bibliographique de notre notice, celui des ouvrages de notre auteur auquel l'abbé de Longuerue fait ici allusion. Allix termina sa laborieuse carrière à l'âge d'environ 76 ans. Il laissa une veuve et 5 enfants, dont trois fils et deux filles. Le fils aîné, PIERRE, marcha sur les traces de son père. Après avoir pris le grade de docteur en théologie à l'université de Cambridge, il remplit les fonctions de chapelain ordinaire du roi. Il était doyen d'Ely en 1754. Les Biogr. anglaises ne nous font pas connaître les autres particularités de sa vie.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE.

I. Ratramne ou Bertram, prêtre, Du corps et du sang du Seigneur, Lat. et franc., Rouen, 1672, in-12. - Allix fit précéder sa trad, d'un Avertissement où

il prouve que l'opinion émise par Ratramne est en opposition avec les doctrines de l'Église romaine. Déjà l'année précédente , il avait publié une Réponse à la Dissertation sur Bertram et Jean Scot ou Érigène, qui est à la fin du premier tome de la Perpétuité de M. Arnaud. L'auteur de cette Dissertation, le P. Anselme Paris , répliqua à la Réponse d'Allix (qui avait paru à la fin du second volume du livre de Jean Claude contre l'ouvrage d'Arnaud), dans sa Créance de l'Église grecque sur la transsubstantiation. L'importance du traité de Ratramne pour l'histoire de la dogmatique chrétienne nous engage à entrer dans quelques détails. Ratramne ou Bertram était moine de l'abbaye de Corbie et vivait vers le milieu du IXe siècle. C'est à la demande de Charles-le-Chauve qu'il composa son livre De corpore et sanguine Domini, où il se prononce contre la présence substantielle ou réelle du Christ dans l'eucharistie. La 1re édition en parut à Cologne, en 1552, sous le titre Bertrami presbyteri ad Carolum magnum imperatorem. Comme nous l'avons dit, ce n'est pas à Charlemagne, mais à Charles-leChauve qu'il était adressé. Les Catholiques en contestèrent l'authenticité jusqu'à ce que le savant Dom Mabillon leva tous les doutes à cet égard. Dans son exposition, Ratramne s'exprime ainsi : « L'Excellence de Votre Majesté demande, touchant ce que le corps et le sang du Christ est pris en l'Église par la bouche des fidèles , s'il se fait en mystère ou selon la vérité : c'est à dire, à sçavoir mon, s'il contient quelque chose de secret, qui seulement se puisse voir par les yeux de la foy : ou si, sans adombration d'aucun mystère, l'aspect corporel regarde extérieurement ce que la veüe de l'entendement avise intérieurement : en sorte que tout ce qui se fait là soit clair , évident et manifeste. Item, à sçavoir mon , si c'est le mesme et propre corps qui est nay de Marie , et qui a souffert, qui est 5


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mort, et a esté ensevely, et qui est ressuscité et monté aux cieux, se sied à la dextre du Père. » Ratramne passe ensuite à l'examen de ces questions et conclut en ces termes : « Votre sagesse, Prince très-illustre, considère que par ces témoignages alléguez des Sainctes Escritures, et par les dits des Saincts Pères, il est très évidemment démonstré que le pain qui est appelle corps de Christ, et la coupe appellée sang de Christ, est figure, d'autant que c'est mystère : et qu'il n'y a pas petite différence entre le corps qui est corps par mystère, et le corps qui a souffert, qui a esté ensevely et est ressuscité, etc. » « Adjoutons aussi, continue-t-il, que cestuy pain et ceste coupe, qui est nommé corps et sang de Christ, représente la mémoire de la passion et mort du Seigneur, ainsi que luy mesme dit en l'Évangile : Faites ceci en mémoire de moy... Toutes fois, il ne faut point penser, pour ce que nous disons, que le corps du Seigneur et le sang d'iceluy ne soyent pris par les fidèles au mystère du sacrement : attendu que la foy prend non ce qu'elle voit des yeux, mais ce qu'elle croit, etc. » A l'exemple des écrivains scolastiques, en général, Ratramne se perd fréquemment dans des subtilités où les deux partis ont trouvé également, et de trèsbonne foi, desarguments en faveur de leur opinion. On lit dans un Avertissement placé en tête de la traduction (1619, sans autre indication) à laquelle nous avons emprunté nos citations : «... l'autheur n'a sceu si bien faire qu'il n'ait usurpé ces vocables immoler, sacrifier, sacrifice et autres semblables. Mais vous pourrez aisément voir par tout le discours que ces mots sont dits par similitude ; sacrifice pour mémoire de sacrifice ; sacrifier et immoler, pour remémorer le sacrifice. Il a mesme avec les docteurs de l'Église de son temps appelle le pain consacré corps, et le vin sang de Christ. Puis il dit souvent que le pain est transmué et changé en corps : mais tout cela ne veut dire autre chose, si non que le

pain pour la représentation du corps est appelle corps; et que le vin prend le nom de sang après la consécration et bénédiction sacerdotale, c'est à dire du ministre de la parole de Dieu. » On voit que les paroles de Ratramne ont besoin d'un commentaire, que chacun a donné à sa façon. Cependant au jugement de l'abbé de Longuerue, « Rhatram est plus calviniste que Calvin même. »

II. Dissertatio de Trisagii origine , auctore P. A. V. D. M. (Petro Allixio, Verbi Divini ministro), Rothomagi, 1674, in-8° et in-4°.

III. Dissertationes III. 1° De Sanguine D. N. J. Ch. ad epistolam 146 S. Augustini, qua num adhuc existat, inquiritur ; 2° De Tertulliani vita et scriplis; 5° De Conciliorum quorumvis definitionibus ad examen revocandis, Paris, 1680, in-8°.—Ces dissertations parurent séparément. Barbier dans Son Dict. des Anonymes assigne à celle sur Tertullien la date de 1678; une trad. franc, en parut dans l'Apologétique de Tertullien, trad. par l'abbé Giry, Amst., 1701, in-12.

IV. Anastasii Sinaitoe anagogicarum contemplationum in hexahemeron liber XII, groec. et lat., ex versione et cum notis Andrew Dacerii ; cui proemissa est Expostulatio de S. Joannis Chrysostomi epistola ad Coesarium monachum adversus Apollinarii hoeresin, à parisiensibus aliquot theologis non ita pridem suppressa, Lond. 1682, in-4°. — Ce qui inspira à Allix l'idée de son ouvrage,que quelques-uns ont attribué à tort à Justel, ce fut la suppression qui fut ordonnée de la lettre au moine Césaire dans l'édition , que le savant Émeric Bigot publia, en 1680 , de la Vie de S. Chrysostome par Pallade, en grec et en latin. Plusieurs passages de cette lettre sont, en effet, contraires à la doctrine de la transsubstantiation.

V. Douze Sermons de P. A. sur divers textes, Rott. 1685, in-12.— Deux autres Sermons avaient déjà paru, Charenton, 1676, in-8°.

VI. Réflexions critiques et théologi-


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qucs sur la controverse de l'Église. — Nous ne trouvons l'indication de cet ouvrage d'Allix que dans le Dictionnaire de Chauffepié. Ce savant critique en cite une édition de 1686, mais il ne pense pas que ce soit la première.

VII. Determinatio F. Joannis Parisiensis Proedicatoris, de modo existendi corpus Christi in Sacramento Altaris, alio quam sit ille quem tenet Ecclesia, nunc primum edita ex MS. cod. S. Vict. Paris. ; cui proefixa est Proefatio historica de dogmate transsubstantiationis, Lond., 1686, in-80.— Dans sa préface historique, Allix cherche à prouver qu'avant le Concile de Trente, l'Église romaine ne tenait pas la transsublantiation pour un article de foi. C'est l'abbé de Longuerue qui lui avait fait tenir une copie de l'ouvrage de Jean de Paris, en lui envoyant en même temps un traité de sa composition sur le même sujet, qu'il désirait qu'on imprimât en Angleterre. Ce traité qui a été attribué à tort à Allix , mais que l'abbé n'a jamais avoué, avait pour titre : Traité d'un auteur de la communion romaine touchant la transsubstantiation, où il fait voir que, selon les principes de son Église, ce dogme ne peut être un article de foi, Lond., 1686, in-12.

VII. Les maximes du vrai Chrétien, à la suite du livre intitulé : Bonnes et Saintes pensées pour tous les jours du mois, Amst., 1687, in-24.

IX. Réflexions sur les cinq livres de Moyse, pour établir la vérité de la religion chrétienne, tom. I., Lond. 1687, in-80; Amst.,même ann., in-12. —Deux ans après, Allix fit paraître la suite de cet ouvrage sous le titre : Réflexions sur les livres de l'Écriture Sainte, pour établir la vérité de la religion chrétienne, tom. II, Amst. 1689, in-8°; ce second volume fut d'abord publié en anglais avec la trad. du premier par l'auteur lui-même, Lond., 1688, 2 vol. in-8°. Plusieurs éditions. Une trad. allem. de cet ouvrage a été donnée par Eschenbach,

Nuremb., 1702, in-8°; avec annotations par Mützel, Schwabach, 177074, 4 part. in-8°.

X. L'adieu de S. Paul aux Éphésiens, Amst. 1688, in-12. — Sermon qu'Allix devait prononcer à Charenton le jour même où le temple fut fermé. Ce fut le pasteur Ménard qui fit le dernier sermon prêché dans ce temple.

XI. A discourse concerning penance; showing how the doctrine of it in the Church of Rome makes void true repentante, Lond., 1688, in-4°. — Il ne paraît que ce Discours sur la pénitence ait été trad. en français , non plus que les traités suivants.

XII. An historical discourse, concerning the necessity of the minister's intention in administering the sacrament, 1688, in-8°.

XIII. A discourse concerning the merit of Good Works, Lond., 1688, in- 4°.

XIV. Preparations for the Lord's Supper, with maxims of true Christianity from tlie french of Paul Lorrain, Lond., 1688, in-8°.

XV. An examination of the scruples of those who refuse to take the oaths, Lond., 1689, in-4°.

XVI. The judgment of the ancient Jewish Church against the Unitarians, respecting the Trinity and divinity of Christ, Lond., 1689, in-8°; trad. en allem. par C. M. Seidelius, avec une préfacé de Godfried Arnold, Berlin, 1707, in-4°. — Allix entreprend de faire voir que l'ancienne Église judaique à eu sur la Trinité et sûr la divinité du Messie les mêmes idées que l'Église chrétienne, quoique moins, claires et moins précises. Cet ouvragé a été vivement attaqué par Etienne Nye, recteur d'Hormead, dans sa Doctrine de la sainte Trinité et de la divinité de J. Ch., telle qu'elle est enseignée dans l'Église catholique, et dans l'Église anglicane, en IV lettres, Lond. 1701, in-8°.

XVII. Some Remarks upon the ce-


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clesiastical history of the ancient cherches of Piedmond, Lond., 1690,in-8°.

XVIII. Remarks upon the ecclesiastical history of the ancient churches of the Albigenses, Lond., 1692, in-4°; écrit d'abord en français, selon Chauffepié, et trad. ensuite en anglais.

Dans ces deux derniers ouvrages, Allix cherche à prouver contre Bossuet, que les anciennes églises des Vaudois et des Albigeois n'étaient pas entachées de manichéisme; que depuis le temps des Apôtres jusqu'au XIIIe siècle, elles se sont maintenues dans l'indépendance de l'Église de Rome, en conservant dans sa pureté la doctrine de l'Évangile , et finalement qu'elles ont eu une succession non interrompue de pasteurs régulièrement ordonnés.

XIX. Animadversions on Mr. Hill's Vindication of the primitive Fathers against the Right Reverend Gilbert, bishop of Sarum, 1695, in-4°. — Serait-ce le même ouvrage que Chauffepié indique sous ce titre : Défense des Pères, etc., pour servir de réponse à un livre intitulé : Jugem. des Pères sur la doctrine de la Trinité, opposé à la Défense de la foi de Nicée du Dr. George Bull.

XX. Dissertatio in Tatianum, 1700, in-8°. — Cette dissertation, imprimée à la fin des oeuvres de Tatien à Oxford, est attribuée à l'abbé de Longuerue dans le catalogue des ouvrages de ce savant écrivain, mis en tête du Longueruana.

XXI. De Messice duplici adventu dissertationes duoe adversus Judceos, Lond. 1701, in-12; trad. en allem. par Eschenbach, avec les Réflexions sur les livres de l'Écriture Sainte, Nuremb., 1702, in-8°. — C'est dans ce livre qu'Allix eut la malheureuse idée de vouloir déterminer le temps de la seconde venue du Christ sur la terre, qu'il annonce pour l'an 1720 ou au plus tard 1756. il ne vécut pas assez pour se convaincre de la vanité de ses prophéties.

XXII. The Book of psalms, with an Abridgement of each psalm, and Rules for the interpretation of the sacred Book, Lond., 1701, in-8°.— Cet ouvrage est écrit dans le même esprit que le précédent. Au jugement de Bayle, « Allix donne à la plupart des pseaumes un sens bien différent de celui qu'on leur a attribué jusqu'à présent; il trouve des prophéties partout , et se récrie contre ceux qui leur donnent un double sens. »

XXIII. Nectarii patriarchoe Hierosolymitani Confutatio imperii Papoe in Ecclesiam, Lond., 1702, in-8°. — Traduction en latin de l'original grec.

XXIV. Aug. Hermanni Franche Manuductio ad lectionem Script. Sacroe, edita studio P. A. Lond. 1706, in8°. — Francke est le célèbre fondateur de la Maison des Orphelins de Halle.

XXV. Dissertatio de J. Ch. anno et mense natali, Lond., 1707in-8°.

XXVI. The prophecies which Mr. Whiston applies to the times immediately following the appearance of the Messiah, considered and examined, Lond., 1707, in-8°

XXVII. A Confutation of the hopes of the Jews, Lond. , 1707, in-8°.

XXVIII. Préparations à la Gène, Niort, 1682, in-12, et Lond. 1688, selon Adelung ; souv. réimpr.à Genève.

XXIX. Remarks on some places of Mr. Whiston's Books, either printed or in manuscript, Lond., 1711, in-8°.

Quelques écrivains ont, en outre, attribué à notre auteur : l'Ouverture de l'Épitre de Saint Paul aux Romains , etc., du ministre Jurieu; le traité De l'état de l'homme après le péché et de sa prédestination au salut, etc., de Ch. Le Cène.— Notre meilleur bibliographe, Brunet, ne cite pas un seul ouvrage d'Allix.

ALLUT (JEAN), Voy. ELIE MARION.

ALPERON, juif converti au Protestantisme. Il enseignait la langue hé-


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braïque à Loudun, lorsque le bruit des succès qu'il obtenait dans son enseignement, souleva les bigots contre lui, et le 17 janvier 1665, une lettre de cachet ferma son école.

ALTBIESSER (SYMPHORIEN), plus connu sous le nom latin de POLLIO , naquit à Strasbourg dans la seconde moitié du XVe siècle. Il embrassa l'état ecclésiastique et remplit pendant quelque temps les fonctions sacerdotales à Rosheim. Nommé curé de St.-Étienne à Strasbourg, il acquit une si haute réputation d'éloquence que le chapitre ne crut pouvoir mieux choisir qu'un orateur aussi goûté pour l'opposer à Zell, en attendant l'arrivée du successeur de Wickram, et afin d'augmenter encore son influence sur le peuple, il lui donna, en 1522 , la cure de St.- Martin. Jamais attente ne fut plus cruellement trompée ! Comme si l'esprit de Wickram se fût emparé de lui dès qu'il monta dans sa chaire, Altbiesser rivalisa dans la prédication de l'Évangile avec celui qu'il était chargé de combattre. Le chapitre se hâta de le renvoyer à son église, mais il ne put en même temps lui ravir la faveur populaire. Altbiesser continua à marcher d'un pas ferme dans les voies de la réforme. Pour réparer le scandale de sa vie passée , il épousa sa ménagère, dont il avait plusieurs enfants. C'était un nouveau grief à ajouter à tous les autres. Le chapitre le destitua, en 1524. Retiré dans une petite cure aux portes de Strasbourg , Altbiesser y vécut quelques années encore, partagé entre ses devoirs de pasteur et son goût pour l'étude , auquel il paraît avoir sacrifié plus qu'il ne semblait convenable aux rigides réformateurs, ses collègues, s'il faut voir toutefois un reproche dans ce qui lui fut imputé au synode de 1533, de passer de la boutique du libraire dans la chaire.

Altbiesser , au reste , ne possédait ni des connaissances étendues ni des talents éminents. Le savant J. Sturm dit de lui, dans son Antipappus, qu'il

était plutôt orateur populaire que lettré. Sauf une édition du Speculum vitae humanae de Roderic de Zamora qu'il a donnée, en 1507, avec Wimpheling, il n'a laissé que trois cantiques ou plutôt la traduction de trois chants de l'antiphonaire, le Pater, le cantique de Zacharie et le Magnificat, publiés dans la liturgie de l'église de Strasbourg. Ce petit livre, auquel ont travaillé plusieurs des réformateurs de Strasbourg, a paru vers 1525, in-8°, sous le titre : Ordre et contenu de la messe allemande et des vêpres, adoptés aujourd'hui par les pasteurs évangéliques et chrétiens de Strasbourg. Le succès prodigieux qu'il obtint décida les libraires à en donner de nombreuses éditions qui, toutes, présentent des variantes considérables.

AMALRI (JEA.N), dit Sanglar ou Senglar, natif de Montpellier, un des plus braves chefs des Protestants dans le Languedoc. Il s'était déjà acquis une certaine réputation, lorsque Raudiné, baron de Crussol, l'envoya, en 1562 , commander dans la ville d'Agde, alors menacée par Joyeuse, en la place du capitaine Condormiac qui venait de mourir. Ce fut le 30 octobre que les Catholiques parurent sous les murs de cette ville importante, et ils la serrèrent de si près qu'il fut impossible à Calvet, enseigne de Sanglar, et à Antoine Dupleix, dit Gremian, d'y jeter le renfort qu'ils amenaient. La ville manquait de munitions ; la garnison était extrêmement faible, et pour comble de malheur , la mort du capitaine de Lom , autrement dit Pareloups, et l'absence de son lieutenant Perrean laissaient le gouverneur sans un seul officier capable de le seconder. Mais le courage de Sanglar, soutenu par la résolution des habitants, suffit à tout. Les assiégeants ouvrirent le feu le 1er novembre. Une batterie de six pièces de canon battit en brèche les faibles murailles de la ville, et l'assaut fut préparé. Les habitants, encouragés par leur ministre, nommé Torreau, « homme plein de zèle et de courage, »


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dit Bèze, se disposèrent de leur côté à recevoir bravement les assaillants. L'assaut dura quatre heures avec un acharnement inouï. L'ennemi, repoussé sur tous les points , battit en retraite, laissant un grand nombre de morts sur la place. La nuit entière fut consacrée par les assiégés à réparer la brèche ; hommes, femmes, enfants, tous s'y employèrent. Le lendemain se passa en escarmouches dans l'une desquelles le ministre Torreau reçut une blessure dont il mourut quelques jours après.

Dès le commencement du siège, un soldat, nommé Trencaire , s'était chargé d'aller chercher du secours à Béziers. L'entreprise était périlleuse : il fallait traverser le camp ennemi, passer l'Hérault à la nage et franchir plusieurs lieues d'un pays sillonné en tous sens par l'ennemi. L'intrépide Trencaire surmonta tous les obstacles: il obtint des Protestants de Béziers, qu'ils enverraient au secours d'Agde cent vingt arquebusiers commandés par le capitaine Angles et portant chacun, outre son fourniment, une livre de poudre. Celle petite troupe, guidée par lui , entra dans la ville à la faveur de la nuit, le 3 novembre. Le même jour, le canon de Joyeuse ouvrit une nouvelle brèche ; mais les assiégés reçurent avec tant de vigueur ceux qui se présentèrent à l'assaut, que la retraite fut bientôt sonnée. La nuit suivante, Joyeuse, averti de l'approche de Baudiné, leva son camp en toute hâte et se replia sur Pézenas avec son artillerie et les débris de son armée.

Cette belle défense valut à Sanglar le litre de gouverneur d'Agde que lui conféra quelques jours après le comte de Crussol, frère aîné de Baudiné, qui venait d'être élu « par les Estats des villes et diocèses protestants tenus, à Nismes, chef du pays, conducteur, protecteur et conservateur jusques à la majorité du roy. ».

Dans la seconde guerre civile, en 1567, nous retrouvons le capitaine

Amalri à Montpellier, où il contribua, sous les ordres de Baudiné, à la prise du fort St.-Pierre (Voir AIREBAUDOUSE): aussi fut-il compris dans l'arrêt rendu à ce sujet par le parlement de Toulouse et condamné à mort par contumace. En 1573 , il prit une part active à la belle défense de Sommières contre Damville. Deux ans plus tard, il servait sous les ordres de ce maréchal, alors l'allié des Protestants , qui lui confia le gouvernement dé Sommières, lorsqu'il s'en fut emparé malgré les efforts du duc d'Uzès. Damville, infidèle à ses engagements , s'étant rapproché de la Cour, Sanglar, à la tête des religionnaires de Béziers, vola au secours de Montpellier, qui était, menacé par les Catholiques ; mais, fait prisonnier dans une reconnaissance , il fut pendu par ordre du maréchal. Sa tête placée au bout d'une pique fût. promenée en triomphe par tout le camp ennemi.

AMIAN, pasteur de Marans (Aunis). En 1684, ce pasteur fut accusé d'avoir demandé à Dieu de délivrer les Réformés de la persécution qu'ils souffraient et d'avoir appelé le pape antechrist. Voici, en. réalité, quel était son crime. Après son sermon , il avait lu, comme cela se pratiquait dans toutes les églises le dimanche, cet article de la liturgie : « Nous te recommandons nos frères qui sont dispersés sous la tyrannie de l'antechrist, étant destitués de la pâture de vie , et privés de la liberté de pouvoir invoquer publiquement ton saint nom , même qui sont détenus prisonniers ou persécutés par les ennemis de ton Évangile. » Amian se constitua prisonnier à La Rochelle, où son procès fut instruit. Il fut condamné à l'interdiction, à l'amende et au bannissement de la province. Dé pareils faits peignent une époque.

AMOURS (Louis D') , qualifié par d'Aubigné de ministre et gentilhomme, était attaché à la maison du roi de Navarre à l'époque de la bataille de Coutras, en 1587. Ce fut lui qui fut chargé, avec Chandieu, de prononcer


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la prière, selon la coutume des Huguenots , avant que les troupes marchassent au combat. « Là-dessus, raconte d'Aubigné, le roi de Navarre ayant fait faire la prière partout, quelques-uns firent chanter le psaume 118 : La voici l'heureuse journée. Plusieurs Catholiques de la cornette blanche crièrent assez haut pour se faire entendre : Par la mort ! ils tremblent les poltrons, ils se confessent. » Mais ceux qui connaissaient mieux les Huguenots pour s'être déjà mesurés avec eux, ne s'y laissèrent pas tromper ; ils savaient qu'ils n'étaient jamais plus déterminés que lorsqu'ils s'étaient préparés au combat par la prière. Après avoir béni les troupes, d'Amours leur donna encore l'exemple en se jetant un des premiers dans la mêlée, sans autres armes que son épée. Par un bonheur providentiel, il ne reçut aucune blessure. La victoire gagnée , il rendit grâces à Dieu sur le champ de bataille au nom de toute l'armée.

Le belliqueux ministre continua-til ses fonctions auprès du roi de Navarre? Cela est probable, cependant au commencement de l'année 1589, nous le trouvons à Paris, cherchant à y nouer des intelligences. Il attira dans le parti de Henri IV , son frère, conseiller au parlement, qui, par faiblesse plus que par conviction , s'était jeté dans la Ligue ; mais il finit par être découvert et enfermé à la Bastille. « Malgré sa profession, lit-on dans L'Estoile, il y fut mieux traité par Bussyle-Clerc [qui en était gouverneur] que pas un autredes prisonniers, disant ledit Bussy, en jurant Dieu comme un zélé catholique, que d'Amours , tout Huguenot qu'il était, valait mieux que tous ces politiques de présidens et de conseillers qui n'étaient que des hypocrites, et fit si bien que le ministre sortit. » D'Amours se hâta d'aller rejoindre Henri IV, qu'il accompagna dans sa retraite en Normandie, comme nous l'apprend une lettré du roi à Du Plessis-Mornay, datée du camp d'Étampes, 7 nov. 1589 : « Vous savez les

exploits qui se sont passés; je n'en dirai rien davantage, si non que j'y ai grandement éprouvé la faveur et assistance de Dieu ; et n'ai point internais l'exercice de la religion partout où j'ai esté , tellement que telle sepmaine sept presches se sont faits à Dieppe par le sieur d'Amours. Est-ce là donner argument ou indice de changement? »

Malgré ces belles protestations, on sait que Henri IV abjura en 1593. Que devint alors son ministre? Il paraît s'être retiré à St.-Jean-d'Angély, où peut-être il avait exercé déjà les fonctions pastorales. Le synode provincial de la Saintonge voulut le donner pour pasteur à l'église de Barbezieux ; mais Catherine de Rourbon , soeur de Henri IV, l'ayant demandé pour un de ses ministres, le synode national de Saumur consentit à cette requête, malgré l'opposition du député de l'église de Lyon, Louis Turquet, qui prétendait que cette église avait des droits sur lui. Nous ignorons pourquoi d'Amours ne resta pas au service de la princesse Catherine ; peut-être ne lui avait-il été accordé que pour quelque temps , comme c'était l'usage ; quoi qu'il en soit, le synode national de Montpellier, en 1598, chargea le pasteur de Paris, François de Lauberan de Montigni, de le prier de retourner dans sa province. D'Amours obéit. En 1601, le synode national de Gergeau le donna pour pasteur à l'église de Châtellerauït qui le demandait avec instance , malgré la résistance des fidèles de St.- Jeah-d'Angely , qui désiraient le conserver , et malgré l'opposition des églises de Lyon et de Paris qui soutenaient avoir des droits sur lui. Cette décision excita à un haut degré le mécontentement des Protestants de St.-Jean - d'Angely. Il fallut que le synode leur députât Jean Gardesi, ministre de Villemur , Jérémie Rançons, pasteur de Tonneins, et Christophe Forton, ancien de l'église de Bordeaux, pour exposer au gouverneur, au maire et au consistoire de cette ville, les motifs qui avaient déterminé


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sa conduite et pour les engager à accueillir convenablement le pasteur de La Viennerie, donné pour successeur à d'Amours. Mais l'église de St.-Jeand'Angely ne voulut rien entendre. En 1605, elle s'adressa de nouveau au synode national de Gap pour redemander son ministre, qui, soumis aux ordres du synode, remplissait alors les fonctions du ministère à Châtellerault. Le synode se borna à confirmer le jugement de l'assemblée de Gergeau, en prescrivant à la province de Saintonge de pourvoir au plus tôt l'église de St.- Jean - d'Angely d'un ministre. D'Amours resta donc pasteur à Châtellerault, où il termina sa carrière si agitée avant l'année 1609. Les actes du synode national de Saint-Maixent nous apprennent qu'à cette époque l'église de Châtellerault était privée de pasteur, Fiacre Picard, qui avait succédé à d'Amours, ayant été suspendu pour un an « à cause de plusieurs fautes notables.»

AMYOT (JACQUES), célèbre traducteur des OEuvres de Plutarque, de l'Histoire éthiopique de Théagène et de Chariclée d'Héliodore, et des Amours pastorales de Daphnis et de Chloé de Longus, était né, selon Rouillard, le 30 octobre 1514 à Melun, et mourut, selon Le Duchat, le 7 février 1595 à Auxerre. Il fut successivement professeur de belles-lettres grecques et latines à l'université de Bourges, abbé de Bellozane, précepteur des enfants de France sous Henri II, abbé de St.-Corneille, grand-aumônier (6 déc. 1560), évêque d'Auxerre (1570) et commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. Notre intention n'est pas de donner au long la biographie du grand-aumônier de Charles IX. Nous n'en ferons connaître que la partie qui rentre plus particulièrement dans le plan de notre ouvrage. Saint-Réal, cité par Teissier dans ses Éloges, raconte que le jeune Amyot s'étant enfui de la maison paternelle, se rendit à Paris, où il ne tarda pas à tomber dans un extrême dénûment. « Une dame à qui il demandoit l'aumône,

l'aumône, trouvant de bonne façon, le prit chez elle pour suivre ses enfans au collège et porter leurs livres. Le génie merveilleux pour les lettres, que la nature lui avoit donné, le fit profiter de cette occasion avec usure. Il étudia donc et si bien qu'on le soupçonna d'être de la nouvelle opinion qui commençoit à éclater, inconvénient commun à tous les beaux esprits de ce tems-là. Les perquisitions rigoureuses qu'on fit alors des premiers huguenots [en 1534, à la suite de l'affaire des placards] , l'obligèrent à fuir, comme beaucoup d'autres, tout innocent qu'il étoit, et à sortir de Paris. Amyot se retira en Berry chez un gentilhomme de ses amis, qui le chargea de l'éducation de ses enfants. Durant le tems qu'il y fut, le roi Henri II, faisant voyage, logea par hasard dans la maison de ce gentilhomme. Amyot étant prié de faire quelque galanterie envers pour le roi, composa une épigramme grecque, qui lui fut présentée par les enfans de la maison. Aussitôt que le roi, qui n'étoit pas si savant que son père, eut vu ce que c'était, C'est du grec, dit-il en la jettant, à d'autres ! — Michel de L'Hospital, depuis chancelier de France, qui accompagnoit le roi dans ce voyage , et qui ouït parler de grec, ramassa ce qu'il avoit jeté, il lut l'épigramme et il en fut surpris. Il prend Amyot par la tête, et, le regardant fixement, lui demande où il l'avoit prise. Amyot, qui étoit encore dans la consternation où l'action du roi l'avoit mis d'abord, lui répondit en tremblant que c'était lui qui l'avoit faite. Sa frayeur ne permit pas à M. de L'Hospital de douter de sa sincérité ; comme il étoit grand connoisseur, il ne fit point de difficulté d'assurer le roi que si ce jeune homme avoit autant de vertu que de savoir et de génie pour les lettres, il méritait d'être précepteur des enfans de France. Le roi, qui avoit en M. de L'Hospital toute la confiance qu'il devoit avoir, s'enquit du maître de la maison. Comme les moeurs d'Amyot étaient


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irréprochables ; le gentilhomme lui rendit le témoignage qu'il méritait. Il n'y avoit que le soupçon qui l'avoit fait retirer en ce lieu , qui pût lui nuire ; mais quand ce soupçon auroit été su, M. de L'Hospital, qui étoit luimême plus suspect qu'aucun autre, n'étoit pas pour s'en effrayer. Voilà l'affaire conclue. » Nous ignorons où l'auteur des Discours sur l'usage de l'histoire a puisé ces détails. Rouillard, dans son Histoire de la ville de Melun, présente les faits sous un autre jour. Selon cet écrivain , ce sont les parents d'Amyot qui l'envoyèrent à Paris au collège du cardinal Le Moine. « Quoique Amyot eût l'esprit un peu rude et grossier , comme il le dit luimême, néanmoins à force de travail et d'étude, il se rendit en peu de tems savant en la langue latine'. Ayant été reçu maître-ès-arts à l'âge de 19 ans , il continua ses études sous Jacques Tusan et Pierre Danès [suspect de protestantisme] , professeurs royaux, et sous Oronce Finé , qui enseignoit les mathématiques. A l'âge de 23 ans, il alla à Bourges , où Bouchetel, secrétaire d'état, le reçut dans sa maison et lui confia l'instruction de ses enfans. Comme ils firent de grands progrès sous ce précepteur, leur père le recommanda à la princesse Marguerite, duchesse de Berry, soeur de François 1er, la quelle lui conféra la charge de lecteur public en grec et en latin dans l'université de Bourges , dont il s'acquitta dignement pendant dix ans. Après la mort de Valable, il obtint l'abbaye de Bellozane, pour la traduction du roman d'Héliodore, qui étoit fort mauvaise et qu'ensuite il raccommoda. Ayant été pourvu de ce bénéfice, il suivit à Venise Morvilliers que le roi Henri II y envoyoit en ambassade. Lorsqu'on rappela Morvilliers en France, Amyot n'y voulut pas retourner avec lui. Il aima mieux aller à Rome où l'évêque de Mirepoix le tint deux ans chez lui comme son domestique. Pendant ce tems-là, il fit sa cour au cardinal de Toumon ; qui conçut

tant d'estime pour lui, qu'étant prié par Henri II de lui indiquer un habile précepteur pour ses deux fils, les ducs d'Orléans et d'Angoulême, il lui nomma Amyot, qui fut agréé par ce prince. » Bèze, qui a dû le connaître personnellement, nous apprend que, ce fut à la recommandation du célèbre Melchior Wolmar, auquel il succéda dans sa chaire à l'université de Bourges, qu'Amyot avait été nommé précepteur des neveux de Jacques Colin, abbé de St.- Antoine (Ambroise). La protection de Bouchetel et de Morvilliers lui valut la place de précepteur des enfants de France. Selon le même historien, Amyot avait embrassé le protestantisme. Aussi voyons-nous qu'il en avait déposé le germe dans l'esprit de ses élèves. Marguerite raconte dans ses Mémoires « la résistance qu'elle feit pour conserver sa religion du temps du colloque de Poissy, où toute la cour estait infectée d'hérésie, aux persuasions impérieuses de plusieurs dames et seigneurs de la cour, et mesme de mon frère d'Anjou, depuis roy de France , de qui. l'enfance n'avoit pu éviter l'impression de la malheureuse huguenoterie, qui sans cesse me crioit de changer de religion, jettant souvent mes Heures dans le feu, et au lieu me donnant des psalmes et prières huguenotes, me contraignant les porter ; les quelles, soudain que je les avois, je les baillois à madame de Curton ma gouvernante , que Dieu m'avoit fait la grâce de conserver catholique, la quelle me menoit souvent chez le bon-homme M. le cardinal de Tournon , qui me conseilloit et fortifioit à souffrir toutes choses pour maintenir ma religion , et me redonnoit des Heures et des chapelets au lieu de ceux que m'avoit bruslés mon frère d'Anjou. Et ses autres particuliers amis, qui avoient entrepris de me perdre, me les retrouvant, animés de couroux m'injurioient, disants que c'estoit enfance et sottise qui me le faisoit faire ; qu'il paroissoit bien que je n'avois point d'entendement; que tous ceux qui avoient de l'esprit, de quelque


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aage et sexe qu'ils fussent, oyants prescher la charité, s'èstoient retirés de l'abus de celte bigoterie ; mais que je serois aussi sotte que ma gouvernante. Et mon frère d'Anjou, y ajoustant les menaces, disoit que la reyne ma mère me ferait fouetter : ce qu'if disoit de luy-mesme, car la reyne ma mère ne sçavoit point l'erreur où il estait tombé. Et soudain qu'elle le sceut, le tansa fort, luy et ses gouverneurs, et les faisant instruire, les contraignit de reprendre la vraye, saincte et ancienne religion de nos pères, de la quelle elle ne s'estait jamais départie. » L'événement a prouvé surabondamment que Catherine de Médicis réussit parfaitement à étouffer tout germe de religion dans le coeur de ses enfants.Amyot lui-même profita beaucoup à cette école; il finit par oublier tous les bienfaits de son ancien élève, Henri III, pour se ranger dans le parti de la Ligue. AMYRAUT (MOÏSE), un des théologiens les plus distingués et les plus influents du 17e siècle, naquit à Bourgueil, en Touraine, au mois de septembre 1596, d'une famille honorable qui prétendait descendre des L'Amyrault d'Orléans. Son père, désirant qu'il succédât à un de ses oncles dans la charge de sénéchal de Bourgueil, l'envoya à Poitiers suivre l'école de droit. Le jeune Amyraut s'appliqua avec tant d'ardeur à l'étude de la jurisprudence, qu'au bout d'un an, il fut en état de prendre ses licences; mais il n'alla pas plus loin dans une carrière qui semblait s'ouvrir à lui sous les plus heureux auspices. Les conseils de Bouchereau, ministre de Sancerre, fortifiés par l'impression profonde que lui laissa la lecture de l'Institution chrétienne de Calvin, le décidèrent à étudier la théologie, et dès qu'il eut obtenu le consentement de son père, qui ne renonça pas toutefois sans peine à des arrangements de famille, il se rendit à Saumur où il fit son cours d'étude sous Cameron. Après être resté assez longtemps proposant, il fut nommé ministre de Saint-Agnan dans le Maine, où pendant dix-huit

mois, il remplit les fonctions du ministère sacré.

Ses talents éminents ne pouvaient manquer de le mettre en évidence; aussi lorsque Daillé fut appelé à Charenton, en 1626, l'église de Saumur le choisit-elle pour le remplacer, en même temps que celles de Rouen et de Tours le demandaient pour pasteur. L'église de Saumur l'emporta. En 1631, Amyraut fut député par la province d'Anjou au synode national de Charenton qui le chargea avec François de Montauban de Rambault, seigneur de Villars et ancien de l'église de Gap, de porter en cour ses très-humbles remercîments pour la permission qui lui avait été accordée de s'assembler, et de présenter au roi le cahier des représentations sur les infractions à l'édit de Nantes. L'assemblée s'y plaignait des obstacles que les Protestants rencontraient à rétablir leurs églises eh beaucoup d'endroits, et surtout à en fonder de nouvelles. Dans le Vivarais seul, il y en avait vingt-neuf qui étaient dépourvues de pasteurs ; dans les îles de Rhé et d'Oléron; vingt - quatre ; dans les Cévennes,dix-neuf, sanscompter celles qui n'avaient pu être rebâties dans les autres provinces. Dans le Languedoc, les gens du roi mettaient des entraves de toute espèce à la libre prédication de l'Évangile. Le Synode se permettait aussi quelques remontrances sur la suspension des colloques et des synodes provinciaux., sur l'exclusion des Protestants d'un grand nombre de professions libérales ou mécaniques, sur la négligence apportée au paiement des sommes promises par les brevets secrets. Il réclamait contre la réduction opérée, au mépris des engagements les plus formels, Sur le traitement des pasteurs du Béarn , et suppliait enfin le roi de révoquer la défense d'admettre des étrangers aux fonctions du ministère.

Des difficultés s'élevèrent tout d'abord sur la manière dont cette requête serait présentée. Richelieu voulait que, conformément à un cérémonial reçu ,


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les députés du synode parlassent au roi à genoux ; mais après de longues négociations, la fermeté d'Amyraut obtint la suppression de cet usage humiliant. Sa harangue plut fort au cardinal de Richelieu qui conçut pour lui beaucoup d'estime et qui lui fit l'honneur de le consulter sur son fameux projet de réunion des deux Églises.

Dans la liste des pasteurs et des anciens qui assistèrent au synode de Charenton, Aymon donne à Amyraut les titres de pasteur et de professeur de l'université de Saumur; mais nous croyons qu'il se trompe, à moins qu'Amyraut n'ait rempli cette place provisoirement; car Bayle, qui a écrit sa Vie sur des mémoires fournis par la famille, affirme que sa réception au professorat n'eut lieu qu'en 1653, après qu'il eut passé un examen et soutenu une thèse inaugurale De Sacerdotio Christi, à l'applaudissement général. Il serait ainsi entré en exercice en même temps que Louis Cappel et Josué de La Place avec qui il se lia d'une étroite amitié que n'altéra jamais la différence de leurs opinions sur certains points de la dogmatique.

L'affection de ses deux collègues dut être d'autant plus précieuse à Amyraut qu'il ne tarda pas à se trouver engagé dans une ardente polémique et exposé aux plus vives attaques. Disciple aimé de Caméron, il avait adopté le système de conciliation entre l'arminianisme et le gomarisme imaginé par son maître, et ses; relations intimes avec Paul Testard, pasteur de Blois, l'avaient encore affermi dans ses convictions. La querelle n'était point assou pie entre les deux partis qui avaient divisé le synode de Dordrecht ; peutêtre Amyraut espéra-t-il y mettre un terme en se portant comme médiateur. Ce fut en 1634 qu'il publia, son traité De ta Prédestination où il développa ses opinions avec une sagacité et une érudition remarquables. Selon lui, Dieu désire le bonheur de tous les hommes et personne n'est exclus par un décret divin des bienfaits que procure

la mort de Jésus-Christ; cependant nul non plus ne peut y participer ni par conséquent être sauvé, à moins de croire en Jésus-Christ. Dieu, dans sa bonté immense et universelle, ne refuse à personne, il est vrai, le pouvoir de croire ; mais il n'accorde pas à tous l'assistance nécessaire pour qu'ils fassent usage de ce pouvoir , en sorte que plusieurs périssent par leur faute, sans qu'on puisse accuser la bonté de Dieu. Cette théorie, que l'on désigne sous le nom d'universalisme hypothétique, fut vigoureusement attaquée par André Rivet, Frédéric Spanheim, J. H. Heidegger, Du Moulin, Jurieu, qui la traitèrent de pélagianisme déguisé et accusèrent l'auteur de contrevenir aux décisions du synode de Dordrecht et de favoriser l'arminianisme. En vain Amyraut voulut-il couvrir sa doctrine du nom de Calvin, en soutenant que le grand réformateur avait enseigné la grâce universelle; il ne put convaincre ses adversaires et la question fut portée devant le synode national d'Alençon.

L'animosité contre le professeur de Saumur était telle que plusieurs députés ne parlaient de rien moins que de le déposer. Mais à cette époque déjà il commençait à s'opérer dans les croyances de l'Église protestante française un changement dont on doit peut-être chercher la cause principale dans la défense, faite dès 1623, d'admettre les étrangers aux fonctions pastorales et d'envoyer les jeunes candidats au ministère faire leurs études hors du royaume. Avant cette défense, beaucoup de pasteurs sortaient chaque année des universités de la Suisse et de la Hollande, de celle de Genève surtout où dominaient les doctrines du calvinisme pur; mais lorsque Louis XIII eut déclaré qu'il ne permettrait plus à l'avenir qu'on mît à la tête des églises des ministres formés dans les écoles étrangères, les jeunes protestants qui se destinaient à la carrière théologique, furent forcés de faire leurs études dans l'une des trois universités de Saumur,


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de Montauban ou de Nismes. La première, qui était la plus célèbre, attira le plus grand nombre d'étudiants, surtout des provinces de deçà la Loire,, et comme Caméron y professait des principes d'une tolérance assez large, il en résulta naturellement une modification notable dans les opinions du cierge protestant de France Aussi le synode d'Alençon refusa-t-il de s'associer aux mesures de rigueur que beaucoup de députés, principalement parmi ceux des églises du Midi, réclamaient contre Amyraut. Sans s'arrêter aux lettres qui lui avaient été écrites par les universités de Genève et de Leyde, l'assemblée se déclara satisfaite des explications qu'il donna, ainsi que le pasteur Testard, et les renvoya l'un et l'autre honorablement en leur recommandant la discrétion et la prudence, et en imporsant sur ces questions aux deux partis un silence qui fut mal gardé. Amyraut continuant à être attaqué, se défendit. De nouvelles plaintes furent donc portées contre lui au synode de Charenton, qui se montra peu disposé à y donner suite, et qui se contenta de renouveler la défense de « disputer sur des questions inutiles, qu'on ne propose que par pure curiosité et pour faire paraître la subtilité de son esprit.» Il ne tarda pas à donner d'ailleurs au professeur de Saumur une preuve de la haute estime qu'il avait pour lui, en le chargeant d'entrer en conférences avec La Milletière contre qui il avait déjà soutenu une vive polémique. Mais en disputant de vive voix, les deux controversistes ne purent pas davantage parvenir à s'entendre.

De retour à Saumur, Amyraut, tout en s'occupant de travaux plus utiles, continua à repousser avec autant de sagacité que de modération les attaques des adversaires de son système. Ces luttes incessantes étaient pénibles pour un homme d'un caractère doux et affable comme le sien; aussi se prêta-t-il de grand coeur à une réconciliation avec Rivet, Du Moulin et le pasteur de la Rochelle, Philippe Vincent, qui avait

chaudement combattu ses principes sur l'obéissance passive.

En 1659, la province d'Anjou l'enleva une fois encore à ses doubles fonctions pour l'envoyer, en qualité de son représentant, au synode national de Loudun. Ce synode lui confia le soin de publier, avec Blondel, Gaultier et Catelan, une édition correcte de la discipline des églises réformées de France. Après la clôture des séances de cette assemblée , Amyraut retourna à Saumur qu'il paraît n'avoir plus quitté jusqu'à sa mort, arrivée le 8 janvier 1664, et non pas en 1665 comme Koenig le dit par erreur dans sa Bibliothèque ancienne et nouvelle.

A des talents éminents, à un parfait usage du monde, à un caractère plein de bienveillance et de fermeté à la fois, Amyraut joignait une charité inépuisable. Pendant les dix dernières années de sa vie , il distribua aux pauvres, sans distinction de religion, les revenus de sa place de pasteur. Ce désintéressement ne put lui faire trouver grâce aux yeux des Catholiques bigots qui, en 1662, lui intentèrent un procès au sujet de la taille. Le procureur général près de la Cour des aides saisit cette occasion pour obtenir un arrêt qui défendît à tous les ministres de prendre, — attentat scandaleux, selon lui, — le titre de docteur en théologie! Amyraut trouva du moins une compensation à ces misérables vexations dans les témoignages de considération et de respect qu'il reçut jusqu'à la fin de sa vie, non seulement des membres les plus distingués de l'Église protestante , mais d'un grand nombre de Catholiques, parmi lesquels on cite, outre des évêques. des archevêques et les deux cardinaux de Richelieu et de Mazarin, les maréchaux de Brézé et de La Meilleraie, et le premier président du parlement de Bourgogne, Le Goux de la Berchère.

Dogmatiste , exégète, moraliste et prédicateur renommé, Amyraut a beaucoup écrit, mais ses ouvragés sont fort rares. Nous en donnerons la


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liste dans l'ordre de leur publication.

I. Traité des religions contre ceux qui les estiment indifférentes , Saumur, 1631, in-8°; 2e édit., 1652, in-8°. — Cet ouvrage est divisé en trois parties. Dans. la 1re, l'auteur combat les Épicuriens qui nient la Providence; dans la 2e, il établit la nécessité d'une religion révélée ; dans la 3e, il prouve que la religion chrétienne doit être préférée à toutes les autres. Nous en connaissons deux trad. allem., l'une, par Adrien Steger, publiée à Leipzig en 1667, in -12; l'autre, beaucoup plus récente, imprimée dans la même ville en 1719, égalementin-12, et une trad. angl., Lond., 1660, in-12. II. Traité de la prédestination, Saura., 1654, in-8°; nouv. édit., ibid., 1658, in-8° ; trad. latine, Salm., 1634, in-4°. — C'est dans cet ouvrage qu'Amyraut développe ses idées sur la grâce suffisante et la grâce efficace. Nous avons suffisamment fait connaître sa doctrine; nous ajouterons seulement ici que, comme Zwingle, il 'croyait que les païens vertueux seront sauvés.

III. Six sermons de la nature, étendue , nécessité dispensative et efficace

de l'Évangile, Saumur, 1636, in- 8° ; trad. en latin par Reinhold, Stade, 1717, in-8°.

IV. Échantillon de la doctrine de Calvin sur la prédestination. La première édition parut avant 1657. Cet opuscule fut réimprimé en 1658 avec le Traité de la prédestination.

V. Lettre à La Milletière sur son écrit contre Du Moulin , Saumur , 1637 , in-8° ; réimpr. également avec le Traité de la prédestination. — L'année suivante, Amyraut attaqua plus directement les opinions de La Milletière dans son Traité De la Justification (Saumur, 1638, in-8°; 2° édit., 1658 , in-8°). Ces deux ouvrages roulent sur les questions les plus ardues de la théologie: la matière de la grâce, l'égalité de la corruption des hommes, l'esprit de servitude, l'opération

l'opération la grâce , l'alliance de l'Évangile et son étendue, etc.

VI. De Providenlia Dei in malo, Saumur, 1638, in-4°.

VII. De l'élévation de la foy et de l'abaissement de la raison en la créance des mystères de la religion. — Selon Bayle et la Grande Bibliothèque ecclésiastique, ce livre a été publié en 1641. L'édition de Charenton, 1644 , in-12, ne serait donc qu'une réimpression.

VIII. Defensio doctrinal J. Calvini de absoluto reprobationis decreto, adversus anonymum, Salm., 1641 , in4°, avec une Épître dédicatoire adressée à Jean Maximilien de Langle , ministre de Rouen.— S'il faut en croire Lipenius, cette défense de la doctrine de Calvin fut réimprimée en 1671. Elle fut traduite en français, et publiée en 1641, selon. Adelung ; en 1644, in-8°, selon la Grande Bibliothèque ecclésiastique et Bayle.

IX. Dissertationes theologicoe VI, quorum 1 de oeconomia trium personarum, 2 de jure Dei in creaturas, 5 de gratia universali, 4 de gratia particulari, 5 de serpente tenlatore, 6 de peccato originis.—Les quatre premières furent publiées en 1644; les deux autres y furent ajoutées dans une nouvelle édition, qui parut à Saumur en 1660, in-8°. Walch se trompe lorsqu'il considère comme un ouvrage' spécial ces deux dernières dissertations. La première fut publiée séparément à Halle, 1715, in-4°.

X. Paraphrases sur l'Épître aux Romains (Saum. 1644, in-8°); — sur l'Épître aux Galates (ibid., 1645, in8°); — Observations sur les Épîtres aux Colossiens et aux Thessaloniciens (ibid., 1645 et 1665, in-8°) ; — Considérations sur l'Épître aux Éphésiens (ibid., 1645, in-8°); — Paraphrases sur l'Épître aux Hébreux (ibid., 1646, in-8°) ; — sur l'Épître aux Philippiens (ibid., 1646, in-8°); —sur les Épîtres catholiques de SS. Jacques, Pierre, Jean et Jude (ibid., 1646, in-8°);— sur les Épîtres aux Corinthiens (ibid.,


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1649, in-8°); — sur l'Évangile de S. Jean (ibid., 1651 in-8°) ; — sur les Actes (ibid., 1654, in-8°). Nous avons cru devoir réunir sous une même rubrique ces différents ouvrages, quoiqu'ils aient été successivement publiés dans un espace de dix années. Amyraut n'y mît pas son nom de peur des préventions qu'il n'eût pas manqué de soulever parmi les Catholiques entre les mains desquels ces écrits pouvaient tomber.

XI. Exercitatio de gratia Dei universali, Salm., 1646.

XII. Discours sur l'état des fidèles après la mort, Saumur, 1646, in-4°, et 1657, in-8°; trad. en flamand, Utrecht, 1680, in-8°; en allem., Leipz., 1696, in-12; et, selon Bayle, en anglais. Amyraut composa cet ouvrage pour consoler sa femme de la mort de leur fille.

XIII. Declaratio fidei contra errores Arminianorum, Salmurii, 1646, in-12; traduite en français, sous le titre : La créance de Moyse Amyraut sur les erreurs des Arminiens, in-8°, sans nom de lieu ni date.

XIV. Apologie pour ceux de la Religion, Saumur, 1647, in-12; Charenton, 1648, in-8°.— L'auteur cherche à justifier par les raisons les plus plausibles qu'il puisse trouver, les guerres religieuses qui ont désolé si longtemps là France, en déclarant toutefois, de la manière la plus formelle, qu'il ne peut admettre en aucun cas qu'il soit permis à des sujets de prendre lés armes contre leur prince, et qu'il croit plus conforme aux principes de l'Évangile et à la pratique de l'Église primitive de n'opposer à la persécution que la patience, les larmes et la prière.

XV. Disputatio de libero hominis arbilrio, Salm., 1647, in-12, avec une Ëpître dédicatoire à Jean de Croï, pasteur de l'église de Béziers.

XVI. De secessione ab ecclesià Romanâ, deque ralione pacis inter evangelicos in religionis negolio consliluendm, disputatio, Salm. ,1647,

in-8°; trad. en allem., Cassel, 1649, in-8°. — Amyraut composa cet ouvrage dans l'espoir de réunir tous les Réformés contre l'Église romaine, qui ne cessait de reprocher à l'Église protestante les schismes nombreux qui la divisaient. Quelques années plus tard, il traita avec plus de développement le même sujet dans son Eîprjvixov sive de ratione pacis in religionis negotio inter evangelicos constituendoe consilium, Salm., 1662, in-8°, qu'il dédia à quatre théologiens allemands de Marbourg et de Rinthlen. Les auteurs de la Biographie universelle ne nous apprennent pas sur quoi ils se fondent pour contester cet ouvrage à notre auteur.

XVII. Considerationes in cap. VII Epist. D. Pauli ad Romanos, Salm., 1648, in-12.

XVIII. Specimen animadversionum in exercitat. de gratia ùniversali, Salm., 1648, in-4°; écrit contre Spanheim.

XIX. Considérations sur les droits par lesquels la nature à réglé les mariages , Saumur, 1648 , in-8° ; trad. latine avec notes, par Reinhold, Stade, 1717, in-8°.

XX. Deux Sermons sur la justification et la sanctification, Saumur, 1648, in-8°. Nous avons encore d'Amyraut : Trois Sermons sur II Cor. III, 13-16, 17 et 18, Saumur, 1651 , in-12; le Mystère de piété, expliqué en quatre sermons, Saumur, 1651 , in-12; un Sermon sur Héb. XII, 29, Saumur, 1656 , in-8° ; huit Sermons sur Héb. VI, 4, 5, 6, et VII, 1, 2, 3, Saumur, 1657, in-8°; et cinq Sermons prononcés à Charenton, Charent., 1658, in-8°. Ses prédications attiraient un nombreux auditoire et étaient goûtées même des Catholiques.

XXI. De la vocation des pasteurs, Saumur, 1649, in-8°. Réponse à une des accusations les plus rebattues des missionnaires catholiques, que la vocation des pasteurs réformés n'est pas légitime.

XXII. Ad G. Riveti responsoriam


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epistolam replicatio, Salm., 1649, in-8°.

XXIII. Adversus epistolie historicoe criminaliones defensio, ad D. Chabrolium Thoarsensis ecclesioe pastorem, Salm., 1649, in-12 ; 2° édit., 1662, in-8°.—Défense des principes soutenus dans l'Apologie.

XXIV. Discours de la souveraineté des rois, Paris (Charent.?), 1650, in4°. —Dans cet écrit, composé à l'occasion de l'exécution de Charles Ier, roi d'Angleterre, Amyraut s'élève contre les Indépendants, en se portant Je défenseur de l'inviolabilité de la personne royale et en proclamant le principe de l'obéissance passive. Ce livre contribua sans aucun doute à lui gagner la faveur de Mazarin, mais il lui attira les plus vives attaques de la part de Philippe Vincent, qui avait déjà combattu ses principes sur cette matière.

XXV. Morale chrétienne, Saumur, 1652-1660, 6 vol. in-8°. — Fruit des conversations d'Amyraut avec Villarnoul, un des gentilshommes les plus instruits de l'Europe, et digne héritier à cet égard de son aïeul maternel Du Plessis - Mornay , cet ouvrage est le premier essai qui ait été fait en France d'un système complet de morale. Il se divise en quatre parties. Dans la 1re, l'auteur nous présente l'homme dans l'état de nature, avant qu'il y ait eu ni loi morale ni législateur, et il recherche les lois que la nature impose à l'homme dans cet état, qui n'est point un état de sainteté, mais un état d'innocence, d'ignorance du mal. Il tire ainsi, selon son expression , la première idée de la morale des pures institutions de la nature ; en d'autres termes, il fait découler nos devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers nous-mêmes desfacultés et des instincts innés en nous. Dans la 2e partie, il considère l'homme dans son état de corruption, et il démontre par une critique sage et éclairée l'imperfection de la morale des païens et des juifs. Il ne se dissimule pas que la

morale des Livres Saints est loin d'être partout irréprochable. Selon lui, le Décalogue n'est pas le résumé de toute la législation morale révélée, et il ne voit pas simplement dans les enseignements du Christ et des Apôtres le développement de la loi donnée sur le Sinaï. Heureux novateur à cet égard, il remonte au delà de Moïse, et il cherche les bases de la morale chrétienne dans les lois mêmes de la nature humaine. « Je me suis proposé, dit-il, de faire une morale chrétienne dans laquelle j'édifierai sur les fondements de la nature les enseignements qui nous ont été. donnés par la révélation.» Les dernières parties sont donc consacrées à la morale évangélique, mais considérée plutôt sous le rapport des devoirs que l'homme a à remplir dans les différentes situations de la vie, que sous un point de vue général. C'est un défaut, et le plan, plus historique que systématique, suivi par l'auteur, en a nécessairement entraîné un autre, — de fréquentes répétitions. Le style d'ailleurs ne manque pas d'une certaine éloquence, de chaleur ni de clarté. Tout en imprimant à son livre le cachet d'une vaste érudition, Amyraut a su éviter avec habileté cette forme sèche et subtile pour laquelle les moralistes de l'époque avaient une prédilection marquée. Admirateur de l'Éthique d'Aristote, il s'est sans doute renfermé trop scrupuleusement dans les limites tracées par le philosophe de Stagyre, mais on ne peut lui contester le mérite d'avoir le premier établi une distinction bien marquée entre la morale de Moïse et celle du Christ.

XXVI. Du gouvernement de l'Église contre ceux qui veulent abolir l'usage et l'autorité des synodes , Saumur, 1653, in-8°. —Les doctrines des Indépendants d'Angleterre avaient trouvé des partisans parmi les Piotestants français, surtout dans les provinces maritimes. Le synode de Charenton les avait hautement condamnées déjà en 1644 ; mais sans doute que ses


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censures n'avaient pas suffi, comme il l'espérait, pour couper le mal dans sa racine, puisque Amyraut entreprit de nouveau de les combattre dans cet ouvrage.

XXVII. Du règne de mille ans ou de la prospérité de l'Église, Saumur, 1654,2 vol.in-8°.—Toujours infatigable, Amyraut venait à peine de lancer son manifeste contre les Indépendants, lorsqu'il prit à partie un avocat de Paris, nommé de Launay, qui était grand partisan du chiliasme. Cette fois, il rencontra un rude adversaire qui ne voulut pas lui céder le dernier mot. A sa Réponse (Charent., 1655 , in-8°), Amyraut opposa une Réplique (1656, in-8°) à laquelle de Launay répliqua à son tour par un Examen de sa Réplique (Charent., 1656, in-8°).

XXVIII. Exposition des chap. VI et VIII de l'Épître de S. Paul aux Romains, et du chap. XV de la 1re aux Corinthiens, Charent., 1659, in-12.

XXIX. Discours sur les songes divins dont il est parlé dans l'Écriture, Saumur, 1659, in-12, dédié à M. Gâches; trad. en angl. par Lowde, Lond., 1676, in-8°.

XXX. Apologie de S. Etienne à ses juges, Saumur, 1660, in-4°.— Ce poëme fort médiocre faillit lui attirer une fâcheuse affaire. On l'accusa d'y avoir parlé avec irrévérence du SaintSacrement. Il crut prudent de se justifier dans une lettre qui ne paraît pas s'être conservée.

XXXI. Descriptio Christiani, Amstel., 1660, in-12.

XXXII. De mysterio Trinitatis, deque vocibus ac phrasibus quibus tam in Scripturâ quam apud Patres explicalur, dissertatio septem partibus absolula, Salm., 1661, in-8° ou in-12. — Dans la 1re partie , l'auteur traite de l'unité de l'essence de Dieu; dans la 2e, de l'infinité de Dieu ; dans la 5e, de la révélation de ce mystère dans la dispensation de la nature ; dans la 4e, des commencements de cette révélation dans l'A. T. Cette quatrième partie a été insérée par Wagenseil

Wagenseil ses Tela ignea Satanoe. La 5e, est consacrée à suivre les progrès de la révélation de ce mystère dans le N. T. ; la 6e, à l'examen des expressions bibliques qui révèlent la Trinité; la 7e enfin, à la discussion des locutions analogues dans les Pères. C'est de cet ouvrage que parle dans sa Bibliothèque rabbinique (Part, IV), le savant bernardin Bartolocci qui, trompé sans doute par le prénom de Moïse, fait d'Amyraut un juif converti. Il qualifie ce livre de dissertation très-érudite et catholique.

XXXIII. Paraphrasis in Psalmos Davidis unà cum annotationibus et argumentis, Salm., 1662, in-4°; ouvrage estimé dont Michaëlis, juge compétent en cette matière, faisait beaucoup de cas. Il est précédé d'une préface où Amyraut disserte longuement sur les divers effets de l'opération du Saint-Esprit. Il s'y prononce plus fortement que jamais pour l'obéissance passive. Plusieurs bibliographes, et entre autres Walch, dans sa Biblioth. theologica., prétendent qu'il en a été publié une traduction française. Il nous a été impossible d'en découvrir la moindre trace. Robert Watt en indique une traduction revue et augmentée, avec une préface nouvelle de J. Cremer, Traj. ad Rhen. 1769, in-4°.

XXXIV. In orationem dominicam exercitatio, Salm., 1662; in-8°, dédié à l'évêque de Durham.

XXXV. In symbolum Apostolorum exercitatio, Salm., 1665, in-8°, avec une épître dédicatoire à J. Cappel.

XXXVI. Vie de François de La Noue, depuis le commencement des troubles religieux en 1560 jusqu'à sa mort; nouv. édition, Leyde, 1661, in-4°.— Nous citerons, sauf toutes réserves, le jugement porté sur cet ouvrage, qui est fort rare , par la Biographie universelle : « Le style est lourd , les réflexions communes ; l'auteur y prodigue à son héros des louanges exagérées pour les actions les plus ordinaires ; mais on doit lui savoir gré


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d'avoir rédigé, dans un ordre chronologique , les actions d'un guerrier également estimé des deux partis, et dont la vie intéresse tout bon Français. » Ce jugement un peu sévère de M.Tabaraud n'est que la reproduction, faiblement dissimulée, du jugement porté par Anquetil sur le livre d'Amyraut, jugement qui se trouve dans les Observations critiques de l'auteur de l'Esprit de la Ligue mises en tête de son ouvrage. — La Vie de La Noue est le seul des écrits d'Amyraut cité par notre bibliographe Brunet.

XXXVII. Thèses Salmurienses , Salm., 1660, in-4° ; édit. augm. 1664, in-4°; réimpr. à Genève, 1665, in4°; ouvrage fort estimé, composé par Amyraut, La Place et Cappel. Amyraut y eut cependant la plus grande part. C'est de sa plume que sont sorties, entre autres, les thèses De peccato in Spiritum Sanctum, qui furent publiées à Saumur en 1653, in-8°.

XXXVIII. Consilium quo modo se gerere debeat apud illos quibuscum habitat is qui diverses religionis est et quales proeficiendi ecclesice ministri ab alterius religionis patronis. Cette dissertation a été insérée par Gesenius dans son traité De unione ecclesiastica, Hermop., 1677, in-4°.

Le savant Adelung attribue encore à Amyraut deux opuscules latins sur la grâce universelle et la grâce particulière, qui doivent avoir été composés lors de sa querelle avec Spanheim , ainsi qu'un volume de sermons qui aurait été publié à Saumur, en 1668, in-8°, sous le titre de Tabernacle ou cinq sermons sur le chap. IX, 1-5, de l'Épître aux Hébreux. Nous n'avons aucun moyen de nous assurer de l'exactitude de ces indications. Les ouvrages d'Amyraut, — et la même observation peut s'appliquer à ceux de tous les écrivains réformés de la France, — sont extrêmement rares; on a même quelque sujet de s'étonner de l'oubli dans lequel ils sont tombés. Sans doute la forme en est peu agréable, le style un peu suranné ; mais sous cette enveloppe il se cache

tant de jugement, de finesse d'esprit, d'érudition, que de nos jours encore ils peuvent être étudiés avec fruit, surtout par les théologiens, à qui il n'est pas permis d'ignorer l'influence exercée par le professeur de Saumur sur les doctrines reçues dans l'Église protestante. Sa théorie, en effet, après avoir rencontré une ardente opposition, fut adoptée par Mestrezat, Le Faucheur, Blondel, Daillé, Claude , Du Bosc; elle pénétra jusque dans l'université de Genève, et par les réfugiés elle se répandit dans tous les pays protestants.

De son mariage avec Elisabeth Aubineau, Amyraut eut deux enfants : une fille qui épousa Bernard de Haumont, depuis avocat du roi à Saumur, et mourut au bout de dix-huit mois de mariage, en 1645, et un fils, avocat distingué au parlement de Paris, qui se réfugia en Hollande à la révocation de l'édit de Nantes.

Nous ignorons si quelque lien de parenté unissait à cette famille ABEL Amyraut, seigneur de Beausoudun et pasteur de Saint-Agnan en 1625, et BALTHASAR-OCTAVIEN Amyraut, auteur d'un ouvrage bizarre intitulé : Introduction à l'exposition de l'Apocalypse, en forme de traités géométriques, en propositions et preuves, La Haye, 1658, in-4°. Ce qui est certain, c'est que Moïse Amyraut n'était pas fils unique. Nous trouvons en effet, dans le Mercure des mois de mai et de juin 1682, cités parmi les Protestants qui se laissèrent convertir par le P. Alexis Du Bue, le missionnaire à la mode , une RACHEL Amyraut, nièce du ministre de ce nom, et un nommé Boisnier, sieur de La Mothe, petit-fils du ministre de Bourgueil, de La Gable [de La Galère, selon Aymon], et neveu d'Amyraut, ministre de Saumur. A ces deux abjurations , le Mercure ajoute celles de Salomon Morin, neveu du ministre de Caen, et d'Isabelle Aubestin, nièce du ministre Aubestin [vraisemblablement Aubertin], en s'écriant d'un air de triomphe ; « Quand des personnes qui 6


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touchent de près les plus éclairés de ceux de la R. P. R. renoncent à leurs erreurs, on peut dire qu'elles sont bien convaincues des vérités de la nôtre. » Sans la barbare législation de Louis XIV, nous serions tout disposés à faire, comme lui, bonneur de ces conversion s à l'éloquence du Théatin.

ANCILLON (DAVID), pasteur, né à Metz, le 17 mars 1617, et mort à Berlin, le 3 sept. 1692.

L'illustration de la famille des Ancillon , comme protestants, remonte aux premiers temps de la réforme en France. Déjà le trisaïeul de David, président à mortier dans une des principales cours du royaume, avait fait volontairement le sacrifice de sa charge pour l'amour de la religion qu'il avait embrassée. Son fils, GEORGIN Ancillon fut un des fondateurs de l'église de Metz, et c'est de son petit-fils,ABRAHAM, « si habile en droit et si expérimenté dans les affaires qu'il a passé pendant sa vie pour l'oracle de sa patrie» que naquit le célèbre David Ancillon auquel nous consacrons cette notice.

Le jeune David étudia d'abord au collège des Jésuites à Metz, le seul établissement d'instruction de cette ville où l'on pût s'instruire dans les belleslettres, et en 1633, son père l'envoya terminer ses études à Genève. Il y fit sa théologie sous Spanheim, Déodati et Tronchin. Cela explique les opinions qu'il professa dans la suite touchant la grâce particulière. Ces trois professeurs enseignaient en effet cette doctrine, en même temps qu'à l'université de Saumur, Amyraut, Cappel et La Place défendaient la grâce universelle. Ancillon partit de Genève au mois d'avril 1641, afin de se présenter au synode de Charenton pour se faire recevoir ministre. Le résultat des épreuves qu'il subit fut si satisfaisant qu'on lui donna la plus considérable des églises qui étaient à pourvoir, l'église de Meaux. Quoique jeune et sans expérience, Ancillon sut s'y concilier, par la douceur de son caractère autant que par ses talents, l'estime et la considération

considération habitans de l'une et de l'autre religion. Les premiers magistrats de la ville, quoique catholiques, devinrent ses amis intimes. Ce qui lui gagna les coeurs, selon son fils, « ce furent sa vie sans reproches et sa piété solide et sans faste. Il savoit faire d'aussi belles choses qu'il en savoit dire ; il mettait lui-même en pratique ce qu'il enseignoit aux autres. Il aimoit le travail et n'avoit point une dévotion

oisive Il n'avoit point de si petits

amis qu'il ne jugeât dignes de ses soins, et lorsqu'il trouvoit occasion de leur rendre service, il cherchoit les moyens les plus prompts pour les secourir, éloigné en cela de la pratique des gens du monde qui cherchent plutôt les moyens les plus éclatants pour se faire honneur. Il rendoit ses bons offices à tous, sans que la différence des religions en fit la moindre dans sa conduite. Il avoit adouci et apprivoisé les ecclésiastiques catholiques romains du diocèse, et vivoit avec eux en bonne intelligence. Il entretenoit par ce moyen la paix et la concorde entre tous les habitants.» Ses prédécesseurs n'avaient pas eu la même satisfaction. L'un d'eux entre autres, le célèbre David Blondel, avait été constamment en butte, pendant son ministère, aux injures de la populace. Un jour que ce ministre était venu visiter Ancillon, il fut extrêmement surpris des témoignages de respect que son jeune ami recevait partout sur son passage, il l'en félicita en lui appliquant ces paroles de l'orateur romain : Tol homines sapientissimos et clarissimos qui illam provinciam antè te tenuerunt, prudentia, consilioque vicisti ! Est tuum, est ingenii , diligentioeque tuoe. En effet, c'était son oeuvre, et ce changement de conduite de la part des habitants catholiques de Meaux fait le plus bel éloge dé son caractère. Ancillon avait tellement gagné l'affection des fidèles de son église, que dans la crainte de le perdre et pour se l'attacher plus étroitement, les principaux chefs de famille imaginèrent de le marier richement à une


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personne honorable qui eût son bien dans le pays ou dans le voisinage. Le moyen était sans doute bon ; mais la difficulté était de trouver un parti qui réunît ces divers avantages.

On en était à se concerter là dessus, lorsqu'un des assistants « se souvînt d'avoir ouï dire que M. Ancillon ayant prêché un dimanche matin à Charenton, tout le monde généralement lui applaudit; que M. Macaire surtout, qui étoit un vieillard vénérable, d'une vertu et d'une piété exemplaires, et possédant de grands biens à Paris et aux environs de Meaux, lui avoit donné mille bénédictions et mille louanges, et qu'il avoit dit... qu'il n'avoit qu'une fille, qui étoit son unique enfant, et qu'il aimoit tendrement, mais que si M. Ancillon la lui venoit demander en mariage, il la lui donnerait de tout son coeur. » Ce fut un trait de lumière. On députa aussitôt à Paris pour s'enquérir si M. Macaire était toujours dans les mêmes sentiments. Sa réponse ayant été favorable, le mariage se conclut, peu de temps après, en 1649. Marie Macaire n'avoit alors que 14 ans. Son père avoit eu, dit-on, un emploi considérable au service de Henri IV. Cependant les fidèles de l'église de Meaux ne tardèrent pas à être trompés dans leurs espérances. En 1652, Ancillon ayant fait un voyage à Metz pour y revoir ses parents, fut invité à prêcher et il le fit avec un tel succès que les sollicitations et les prières lui vinrent de toutes parts pour le décider à accepter la première place de pasteur qui viendrait à vaquer. Après quelque hésitation, il promit. Cette vacance ne se fit pas attendre. Le plus ancien des quatre pasteurs de l'église, Le Coulom, mourut bientôt après son départ. Ancillon se rendit donc à son nouveau poste, emportant les regrets et les voeux de tout son fidèle troupeau. Il arriva à Metz en mars 1653. Ses talents pour la prédication parurent encore avec plus d'éclatsur ce nouveau théâtre. Sis sermons étaient extrêmement goûtés. On doit regretter que, par un excès de modestie, il n'ait

jamais consenti à en publier qu'un seul. Cependant il avait l'habitude de ne monter dans la chaire qu'après mûre préparation. Tous ses sermons étaient écrits. Il faisait très-peu de cas des discours improvisés, toujours plus brillants que solides. Il avait accoutumé de dire « que c'était estimer trop peu le publie que de ne prendre point la peine de se préparer quand on avoit à traiter avec lui, et qu'un homme qui paraîtrait en bonnet de nuit et en robe de chambre un jour de cérémonie ne commettrait pas une plus grande incivilité. » Ancillon aimait peut-être plus qu'il ne convient à un homme de son état, le repos et la retraite. La vie d'un ministre de l'Évangile ne doit pas être une vie contemplative. « Il ne se mêloit absolument et à la lettre d'aucune affaire du monde. Comme un véritable anachorète, il étoit hors du commerce des hommes, et ne songeoit qu'à Dieu et à son église. » Il avait par-dessus tout la passion des livres, mais, chez lui, ce n'était pas la passion stérile de l'avare qui thésaurise, il étudiait sans cesse. « Il lisoit, dit son biographe, toute sorte de livres, même les anciens et les nouveaux romans. Il n'y en avoit aucun, dont il ne crut qu'on pouvoit faire quelque profit... Mais il ne lisoit les uns qu'une seule fois, et en courant, perfunctoriè, et comme dit le proverbe latin, Sicut canis ad Nilum bibens et fugiens, tandis qu'il lisoit les autres avec soin et avec application. Il les lisoit plusieurs fois: la première, disoit-il, ne servoit qu'à lui donner une idée générale du sujet, et la seconde lui en faisoit remarquer lés beautés.» Sa bibliothèque était très-riche; il avait passé 40 ans à la former, et chaque jour il l'enrichissait encore. Mais lors de son départ précipité de Metz, elle fut comme livrée au pillage. On ne respecta pas même une quantité de lettres destinées à la publication, et, entre autres, une correspondance avec son ami intime Daillé. Tout ce qu'il put sauver, ce fut un certain nombre de livres qui étaient portés sur le Cata-


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logue des livres hérétiques, dressé par l'archevêque de Paris en 1685, et qu'il avait eu soin de cacher. Ils composèrent depuis sa bibliothèque dans les pays étrangers. Ancillon exerça le ministère à Metz jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, en 1685. Les démarches tentées auprès du gouvernement pour faire admettre une exception en faveur des réformés du pays Messin, n'ayant amené aucun bon résultat, les quatre pasteurs de l'église de Metz, MM. Ancillon, de Combles, Bancelin et Joly, se hâtèrent de mettre à profit la disposition toute paternelle de la loi qui les autorisait à s'expatrier dans la quinzaine. Quelques jours plus tard, cette dernière grâce leur eût encore été enlevée. Au moment où ils allaient monter en bâteau pour descendre la Moselle, tous les fidèles de leur église se présentèrent sur les bords du fleuve et leur firent leurs adieux au milieu des larmes et des sanglots. Ce fut pour eux et pour leur église désolée un beau jour de deuil. La pensée qu'ils laissaient tant de coeurs amis, dut adoucir leur exil. Ils partirent seuls ; car il ne leur était pas permis d'emmener avec eux leurs familles. La loi n'accordait de passe-port aux pasteurs que pour leurs jeunes enfants au-dessous de 7 ans, et tous les leurs, au nombre de seize, avaient passé cet âgé. Les quatre exilés se rendirent à Francfort-s.-M. Les principaux réformés de la ville, ayant appris leur arrivée, se portèrent à leur rencontre, et leur firent l'accueil le plus cordial. Tous se disputèrent l'honneur de leur donner l'hospitalité. Pendant son séjour à Francfort, Ancillon alla visiter deux de ses parents qui desservaient l'église française de Hanau. L'un était veuf de sa soeur, et l'autre avait épousé sa nièce. S'étant fait entendre dans leur église, toute l'assemblée fut si édifiée, que l'on décida la création d'une troisième place de pasteur qui lui fut offerte. Il accepta, et entra en exercice sur la fin de l'année 1685. A Hanau comme à Metz, ses prédications ne

tardèrent pas à attirer la foule. On s'y rendait de plusieurs lieues, de Francfort même ; des gens qui n'entendaient pas la langue, allaient l'écouter, « disant qu'ils aimoient à le voir parler. » Cette distinction flatteuse, trop peu dissimulée à ses deux collègues, excita leur jalousie, et dès ce moment, oubliant tout sentiment de parenté et déshonorant par leur conduite leur caractère sacré, ils lui rendirent son ministère si pénible qu'il prit la résolution d'abandonner sa place. Il retourna à Francfort, et peu de temps après, le besoin d'établir sa nombreuse famille le détermina à prendre la route du Brandebourg. La duchesse de Simmern, qu'il avait l'honneur de connaître, lui donna les plus pressantes recommandations pour son beau-frère, l'électeur régnant. Dès son arrivée à Berlin en 1686, il fut invité à se rendre à Potzdam, le séjour favori de Frédéric-Guillaume. Formey raconte ainsi son entrevue avec le grand-électeur. « M. Ancillon ayant paru en sa présence avec ses deux fils, les cheveux blancs du vénérable vieillard parurent inspirer à ce grand prince une espèce de vénération, qu'il voulut bien lui témoigner en l'embrassant tendrement, et en lui parlant de la manière la plus affectueuse. Voici ses propres termes dont le père et les fils n'ont jamais perdu le souvenir. « Je loue Dieu, dit l'électeur à M. Ancillon, de ce qu'il vous a mis au coeur de venir passer le reste de vos jours dans mes états ; je ferai en sorte que vous y vivrez content. Ma belle-soeur, la duchesse de Simmern, m'a fortement recommandé de vous établir selon votre mérite: ainsi je vous fais ministre ordinaire de mon église françoise de Berlin.» Les bienfaits de l'électeur s'étendirent sur toute la famille d'Ancillon, dont les membres réussirent peu-à-peu à le rejoindre. A l'arrivée de son gendre, l'ingénieur Cayart, Ancillon vit tous les siens rassemblés autour de lui. « Mon épouse en se sauvant, raconté son fils Charles, avoit amené avec elle la plus


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jeune de mes soeurs, et mes enfans étaient hors du royaume avant la révocation del'édit. Il n'était au moins resté en France que les deux enfants que sa fille aînée défunte avoit laissés, parce que leur père les y retenoit; encore en est-il sorti un depuis , qui est fils unique, de sorte qu'il ne reste plus que la fille. » Outre sa femme, Cayart avait amené avec lui une de ses soeurs, mariée en 1688 au ministre Coullez ; mais il avait dû laisser un fils unique, qui est mort depuis, et faire le sacrifice de ses biens qui étaient considérables, « se contentant d'emporter son âme pour butin. » Ingénieur distingué, il dirigeait les travaux de fortifications de Verdun. Le ministre Louvois lui en avait témoigné toute sa satisfaction. Mais Cayart résista à toutes les séductions, préférant le repos de sa conscience à sa fortune. Bientôt après son arrivée à Berlin, l'électeur le nomma son ingénieur-général. A l'exception seulement de la plus jeune de ses filles, qui épousa depuis M. Contart, Ancillon eut la joie de voir, avant de mourir, toute sa famille honorablement établie. Quoique son fils cadet, David, partageât depuis quelque temps ses travaux, il ne renonça à la prédication que lorsque la maladie ne lui permit plus de se déplacer. Il mourut à l'âge de 75 ans. Sa perte fut vivement sentie par tous les réfugiés de la colonie. « On n'assista pas seulement à son enterrement comme à celui d'un ancien pasteur, qui avoit rendu de bons et de longs services à l'Église ; mais chacun y vint comme aux funérailles du meilleur de ses amis, qui seroit mort à la fleur de son âge ; tous les corps françois députèrent ensuite quelques-uns de leurs membres pour consoler sa famille affligée, et pour lui témoigner combien ils prenoient de part à leur deuil, et il semble encore actuellement [1698] qu'il ait été le père commun de tout le monde, tant il est regretté. » Ancillon a passé toute sa vie dans l'étude ; le Mélange de littérature recueilli de ses conversations, qu'a fait paraître

son fils Charles, donne une idée trèsavantageuse de son savoir et de son érudition; mais il a très-peu écrit. Nous dirons un mot de ses publications.

I. Traité dans lequel toute la matière des traditions est amplement et solidement examinée, Sedan, 1657, in-4°. — Relation de ce qui s'était passé dans une conférence qu'il avait eue avec M. Bédacier, doct. de Sorbonne, évoque d'Aoste et suffragant de l'évêque de Metz. Ancillon avait disputé avec ce prélat en présence d'un grand nombre de personnes; mais au mépris de ce qu'ils étaient convenus entre eux, que les actes de cette conférence ne seraient pas livrés à la publicité, un moine avait eu l'impudence d'en donner une fausse relation où il entreprenait de persuader au public que l'adversaire de l'évêque avait été vaincu sans ressource. C'est ce qui détermina Ancillon à publier cet ouvrage. Hottinger en fait un grand éloge dans son Bibliothecarius Quadripartitus. Le P. Clivier, minime et provincial de son ordre, chercha à le réfuter dans son Fort des traditions abattu par les maximes de M. David Ancillon.

II. Apologie de Luther, de Zwingle, de Calvin et de Bèze, Hanau, 1666,in12. Réponse au VIe ch. de la Méthode du cardinal de Richelieu. Lorsque cette Méthode parut, Ancillon s'était aussitôt mis en devoir d'y répondre ; mais ayant appris que le professeur Martel l'avait prévenu, et qu'il était sur le point de faire paraître son travail, il supprima sa réponse dont il ne publia que le fragment que nous indiquons.

III. Les Larmes de S. Paul, Paris, 1676. — Sermon sur v. 18. 19. ch. III de l'Épître de S. Paul aux Philippiens, prononcé à Metz un jour de jeûne. C'est le seul sermon d'Ancillon qui ait été imprimé.

IV. L'idée du fidèle ministre de J.- Ch., ou la Vie de Guillaume Farel anonyme), Amst. , 1691, in-12. — Édition unique, désavouée par l'auteur. Ancillon avait communiqué son manuscrit à Conrart, son ami intime


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qui y avait mis quelques remarques de sa main. C'était, au jugement de son fils, un ouvrage digne de voir le jour ; mais on ne put le décider à le publier. Ce qui fut cause qu'on en tira une copie pleine defautes qu'un libraire de Hollande fit paraître sans l'aveu de l'auteur. « On a été surpris, écrit Ancillon, de voir une édition aussi difforme qu'est celle-là, et si un jour on fait imprimer le même livre sur la copie revue par M. Conrart, on verra que cette pièce est si mutilée qu'elle n'est pas reconnoissable. »

V. Réponse à l'Avertissement pastoral, aux Lettres circulaires et aux Méthodes, que le Clergé adressa aux Réformés de France en l'année 1682. — Il ne paraît pas que celte réponse ait jamais été publiée. Ancillon raconte que son père la tint cachée dans son cabinet jusqu'à ce que des personnes de considération l'ayant obligé de la mettre au jour, il l'envoya à M. Turretin, professeur en théologie à Genève, son ancien ami, avec la liberté d'en disposer commeil jugerait convenable. On ignore ce qu'est devenue cette copie. BRANCHE AÎNÉE.

CHARLES Ancillon, fils aîné de David, né à Metz le 28 juillet 1659, et mort à Berlin le 5 juillet 1715.

Après de premières études au collège de Metzet à Hanau, Ancillon se décida pour la carrière du droit. Il fréquenta successivement les universités de Marbourg, de Genève et de Paris. Ayant pris ses degrés, il retourna dans sa ville natale, en 1679, et y fut attaché au barreau. A la révocation de l'édit de Nantes, les Réformés de la ville le députèrent à la cour pour y représenter que cet acte ne devait pas les atteindre, protégés qu'ils étaient par les privilèges du pays; mais il ne put rien obtenir ; on n'accorda même pas que les quatre pasteurs, qui étaient âgés, attendissent jusqu'au retour du printems pour sortir du royaume. « Quoi! Monsieur, lui répondit Louvois, ils n'ont qu'un pas à faire pour sortir du royaume , et ils n'en sont point encore

encore » Ils durent donc partir sans délai, malgré la saison avancée. Les courtisans du grand roi avaient hâte de mettre la main sur leurs dépouilles. Ancillon ne tarda pas à rejoindre son père dans son exil. Il l'accompagna dans le Brandebourg, et fut établi juge et directeur de la colonie française de Berlin. L'électeur Frédéric, depuis roi, lui continua les bontés de son père, Frédéric-Guillaumele-Grand. En 1695, il lui confia une mission importante en Suisse. Dans ce voyage, Ancillon eut l'occasion de connaître le marquis de Bade-Dourlach, qui conçut tant d'estime pour lui qu'il le choisit pour son conseiller, et pria l'électeur de le lui laisser pendant quelque temps. Ancillon ne retourna à Berlin que sur la fin de 1699. La place de juge-supérieur avec le titre de conseiller de cour et de légation fut la récompense de ses services. Après son couronnement, en 1701, Frédéric Ier le choisit pour son historiographe. La Société royale de Berlin l'admit aussi au nombre de ses membres. Quoiqu'il soit devenu auteur plutôt par circonstance que par vocation, comme il le dit lui-même, Charles Ancillon n'a pas laissé que de beaucoup écrire.

I. Réflexions politiques, par lesquelles on fait voir que la persécution des Réformés est contre les véritables intérêts de la France (anonyme), Cologne, 1685, in-12. - Bayle avait commis une erreur, en attribuant cet ouvrage à Sandras de Courtilz.

II. L'irrévocabililé de l'édit de Nantes prouvée par les principes du droit et de la politique, par C. A. doct. en droit et juge de la nation françoise à... Amst. 1688, in-12.

III. La France intéressée à rétablir l'édit de Nantes(anonyme),Amst. 1690, in-12.

IV. Histoire de l'Établissement des François réfugiés dans les États de S. A.E. de Brandebourg, Berlin, 1690, in-8° ; dédiée à Frideric III, margrave de Brandebourg.

— Cet ouvrage est divisé en quatre


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parties. L'auteur examine successivement 1° l'état des gens de lettres, parmi lesquels il comprend les pasteurs , les jurisconsultes , les médecins ; 2° l'état de ceux qui font profession des armes; 3° l'état des manufacturiers, desnégociants et des artisans ; 4° l'état de ceux qui sont sans profession et sans biens, de quelque qualité qu'ils soient. Nous saisirons l'occasion qui nous est offerte de faire connaître par quelques détails cet intéressant épisode de notre histoire. Plusieurs années avant l'édit de révocation, un certain nombre de réfugiés français s'étaient déjà retirés à Berlin sous la protection de l'électeur Frédéric-Guillaume, et y avaient fondé une église. Abbadie et Fornerod (jusqu'en 1682), la desservaient. Après !a révocation, l'électeur rendit un édit (29 oct. 1685) en faveur des réfugiés (Pièces justif., N° CI), qui affluèrent dès lors dans ses états. Cet acte n'était pas seulement une bonne oeuvre, c'était une mesure de bonne politique. Aussi doiton remarquer que depuis celte époque la puissance du Brandebourg grandit d'année en année , tandis que celle de Louis XlV déclina de plus en plus. Le grand-électeur s'exprimait ainsi dans le préambule de son édit : « Comme les persécutions et les rigoureuses procédures qu'on exerce depuis quelque temps en France contre ceux de la religion réformée, ont obligé plusieurs familles de sortir de ce royaume et de chercher à s'établir dans les pays étrangers, Nous avons bien voulu, touché de la juste compassion que Nous devons avoir pour ceux qui souffrent malheureusement pour l'Évangile et pour la pureté de la foi que Nous confessons avec eux, par le présent édit signé de notre main, offrir auxdits François une retraite sûre et libre dans toutes les terres et provinces de notre domination, et leur déclarer en même tems de quels droits , franchises et avantages, Nous prétendons de les y faire jouir pour les soulager et pour

subvenir en quelque manière aux calamités avec lesquelles la Providence divine a trouvé bon de frapper une partie si considérable de son Église. » Notre auteur remarque, à la louange du grand-électeur, « qu'au lieu que les autres souverains se sont contentés de recevoir dans leurs états ceux qui s'y sont retirés et de leur accorder leur protection, lui, il les a appelés, et a pourvu à leurs besoins. » Frédéric-Guillaume chargea donc M. de Grumbkow du soin de leur établissement. Ce ministre d'état s'acquitta de cette tâche difficile avec un zèle, une patience et une charité dignes des plus grands éloges. L'électeur étant mort en 1688, son fils et successeur confirma non-seulement ce qui avait été fait en faveur des réfugiés, mais il leur accorda de nouveaux bienfaits. Nous exposerons brièvement leur organisation. Parmi les émigrés, on comptait des hommes de toutes professions et de tous états, la plupart sans autres ressources que leur industrie. On les répartit sur divers points. Dix colonies furent ainsi créées. La principale, celle de Berlin , contenait plusieurs milliers d'individus. Elle possédait deux temples, au service desquels étaient attachés neuf pasteurs; un hôpital, avec un pasteur spécial; une maison de charité pour les réfugiés des deux sexes; un collège dont l'enseignement comprenait les humanités et la philosophie, et même une librairie et une imprimerie. D'après MM. Erman et Réclam , il existait déjà une Académie française à Berlin, avant la grande émigration de 1685;Charles Ain cillon en eut la haute direction en 1687. Les autres villes que l'on choisit comme centres de colonisation, furent : Francfort-s.-O., dont l'église fut desservie par trois pasteurs, de même que celles de Halle et de Magdebourg; Brandebourg, avec 2 pasteurs ; Lipstadt, avec le chapelain du régiment de Briquemault, gouverneur de la place; Clèves, avec un pasteur ; Wesel, avec deux pasteurs; Prenslow, dans la Poméranie, avec deux pasteurs; Koenigsberg,


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avec un pasteur. Il y avait en outre six villages, chacun avec une église et un pasteur. Toutes ces églises furent soumises , en vertu d'un édit de l'électeur, à la discipline des églises réformées de France. L'université de Francforts.-O. fut assignée aux jeunes réfugiés qui désiraient terminer leurs études. Le sénat académique eut ordre de les admettre à la table du séminaire fondé pour les étudiants pauvres, et on leur donna en outre 50 écus de pension par an. — L'administration de la justice excita ensuite la sollicitude du gouvernement. Un Juge fut désigné, pour chaque colonie, à l'exception des villages où un Inspecteur en tournée rendait la justice. Un greffier, un huissier, des notaires, et des procureurs l'assistaient dans ses fonctions. La procédure était sommaire, autant que possible ; la justice gratuite. Les juges prononçaient d'après la raison et l'équité. Les appels étaient portés devant le Juge-supérieur, résidant à Berlin , qui prononçait en dernier ressort. Tous les officiers de la justice française étaient nommés à vie. Les jurisconsultes distingués par leur naissance ou par les charges qu'ils avaient exercées, et qui n'avaient pu être placés, formaient avec les gentilshommes qui n'avaient pas pris du service dans l'armée, le corps des Conseillers de cour et d'ambassade. Les plus jeunes avaient le titre de Secrétaires de S. A. E. Six de ces conseillers, choisis par le gouvernement, s'assemblaient une fois chaque semaine avec le juge ordinaire et le juge-supérieur de Berlin, le directeur des manufactures, sous la présidence d'un ministre d'état, pour prendre connaissance de toutes les demandes et réclamations adressées par des réfugiés. Dans ce Conseil se traitaient les affaires concernant l'émigration en général. Tous ces divers fonctionnaires recevaient des traitements proportionnés à leurs charges. Ceux des réfugiés, tels que pasteurs ou jurisconsultes, qui n'avaient pu être employés, étaient portés sur la liste des pensionnaires

pensionnaires l'état, jusqu'à ce qu'une vacance ou la création de nouveaux emplois permissent d'utiliser leurs services. — Le gouvernement ne s'appliqua pas avec moins de soin à régler le sort des commerçants et des industriels. « Il est venu dans cet état, écrit Ancillon, des ouvriers de tous métiers, de sorte qu'on y fait à présent toutes sortes d'ouvrages. Il ne s'en fait aucun en France qu'on ne fasse dans ce paysci ; car les maîtres ou les ouvriers de toutes les principales fabriques du royaume y sont et y travaillent. » Un artiste, sorti des Gobelins, y avait même transporté son industrie. De magnifiques tapisseries où étaient représentées les grandes actions de l'électeur, étaient déjà sorties de ses ateliers. Tous les marchands et les artisans pouvaient se faire admettre dans les corporations allemandes de leur profession sans qu'ils fussent tenus d'exécuter un chef-d'oeuvre ou de payer aucun droit. A ceux des réfugiés qui établirent des manufactures, le gouvernement fit aussi de très-grands avantages. Non-seulement il leur avança de grosses sommes d'argent, mais il leur fournit même le local avec tous les principaux instruments nécessaires à leur fabrication. On prit ensuite les mesures les plus sages pour empêcher qu'une mauvaise administration ou un encombrement des produits n'amenât promptement la ruine de ces établissements. Un Directeur des manufactures fut chargé de les visiter tous, à de certaines époques, d'examiner la qualité des objets fabriqués ou manufacturés , de recevoir les plaintes des ouvriers ou des maîtres. Des Commissaires et des Secrétaires de commerce lui furent adjoints pour le décharger à Berlin d'une partie de ses travaux. En même temps, afin de faciliter l'écoulement des produits, le gouvernement prohiba ou frappa d'un droit d'entrée les marchandises étrangères, et établit un Bureau d'adresse où les manufacturiers pouvaient faire porter les marchandises dont ils n'avaient pas trouvé


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le placement et qui étaient vendues à l'enchère. Les paysans et jusqu'aux hommes de peine eurent part aux bienfaits de l'électeur. Tandis qu'aux uns on donna des terres et des instruments de travail en les affranchissant de toute redevance pendant un certain nombre d'années, les autres obtinrent le privilège d'exploiter à leur profit les premières chaises à porteurs que l'on vit à Berlin. Cet usage introduit par les réfugiés en Allemagne s'y est conservé jusqu'à nos jours dans quelques villes. — Il ne nous reste plus qu'à dire un mot de la position que l'on fît aux émigrés qui suivaient la carrière des armes. Le plus illustre était sans doute le maréchal de Schomberg. En récompense de ses services et par une faveur toute spéciale, le gouvernement de Louis XIV lui avait permis de sortir du royaume. Il fut nommé généralissime des armées de S. A. E. et pourvu du gouvernement de la Prusse. Son fils Charles divint lieutenant-général. On forma deux corps de réfugiés; l'un, composé des principaux officiers, contenait deux compagnies ; c'étaient les Grands-Mousquetaires ; l'autre, d'une seule compagnie à cheval, était composé des subalternes et des bas-officiers. Les officiers qui n'avaient pu être admis dans l'un de ces deux corps, recevaient la paie des officiers en retraite. Une compagnie de cadets et une autre de mineurs furent aussi créées. Ces divers corps se signalèrent dans plusieurs occasions. — Telle fut l'organisation des colonies françaises du Brandebourg. On peut dire, sans crainte d'être taxé d'exagération, que, dans toute sa conduite, le grand-électeur se montra le père des réfugiés. C'est là sans doute son plus beau titre de gloire, quoique son histoire soit pleine cependant d'actions mémorables. Le gouvernement de Louis XIV lui en fit un crime: la France lui en doit une éternelle reconnaissance. — L'ouvrage d'Ancillon, que nous venons d'analyser, n'est proprement qu'une ébauche, comme l'auteur en convient lui-même ; « il laissa

à de plus excellens ouvriers le soin d'y mettre la dernière main. » Le style en est généralement faible, sans couleur, lorsqu'il n'est pas enflé ; la période monotone et traînante. Un autre défaut non moins sensible consiste dans le retour trop fréquent de sentiments d'admiration qui vont jusqu'à l'enthou siasme. Cela fait que ce livre semble plutôt un panégyrique qu'une histoire, une dédicace qu'un panégyrique.

V. Portrait ébauché de M.Sylv. Jacq. Danckelmann, Amst. 1695, in-8°.— Danckelmann était un ministre d'état qui s'employa avec un dévouement digne des plus grands éloges à l'établissement des réfugiés français dans le Brandebourg.

VI. Mélange critique de littérature, recueilli des conversations de feu M. Ancillon, avec un Discours sur sa vie, et Ses dernières heures; Bâle, 1698, 3 vol. in-12 ; dédié à Fridericle-Grand, marquis de Bade et de Hochberg. L'auteur désavoua un extrait qui fut donné de ce livre à Amst. [Rouen], 1701 ; le titre de l'édit. de 1706, même ville, attribue ces mélanges à Jean Leclerc.— Ouvrage important. « J'aurai souvent à parler de ce Mélange, écrit Bayle, et si quelquefois je ne tombe pas d'accord que tout y soit bien exact, ce sera sans avoir la ridicule prétention que cela puisse préjudicier ni à celui qui a dit ces choses, ni à celui qui les a données au public. Il faut bien plus admirer que feu M. Ancillon, parlant sur le champ, ait eu tant d'exactitude en plusieurs endroits, que trouver étrange que sa mémoire n'ait pas été exacte partout ; et pour ce qui est de Monsieur son fils, il a dû donner les choses telles qu'il les avait recueillies de la bouche de M. Ancillon. » Ces mélanges sont une suite d'articles sur toute sorte de sujets , disposés par ordre alphabétique et précédés de sommaires. Le 3e volume contient la Vie de David Ancillon, par son fils et un petit écrit intitulé : Les dernières heures de M. Ancillon, par le ministre qui l'avait assisté dans sa ma-


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ladie. Nous ne reprocherons pas à l'auteur de la Vie. d'Ancillon les petits détails de famille dans lesquels il entre souvent; le sentiment qui le préoccupe est trop respectable pour ne pas, obtenir toute espèce d'indulgence ; nais nous devons relever les défauts trop manifestes de son ouvrage, comme oeuvre littéraire. Rien de plus pénible et de plus fatiguant que la manière d'écrire qu'il paraît surtout affectionner. Les citations, les comparaisons , les rapprochements se succèdent coupsur-coup, de sorte que le récit de l'action la plus vulgaire, qui devait à peine occuper quelques lignes, se trouve avoir acquis sous la plume de l'auteur des proportions considérables. On comprend que pour le lecteur qui n'est pas soutenu dans sa lecture par des sentiments de piété filiale, ce soit perpétuellement l'histoire de la Montagne qui accouche. On peut dire, en un mot, qu'Ancillon possédait à un haut degré toutes les qualités qui font le. bon scoliaste, mais aucune ou bien peu de celles qui font le bon écrivain.

VII. Discours adressé à S. M. le roi de Prusse sur son élévation à la royauté, Berlin, 1701, in-8°.

VIII. Dissertation sur l'usage de mettre la première pierre au fondement des édifices publics, Berlin , 1701 , in-8°. — Cette dissertation fut écrite à l'occasion de la pose de la première pierre d'un nouveau temple que l'on construisit pour les réfugiés dans le quartier de la Frederichstadt. « Après avoir rapporté tout ce que ses lumières et sa lecture ont pu lui fournir sur le sujet qu'il traite, l'auteur avoue qu'il en est à peu près de cet usage comme des rivières dont on ne connaît pas la source, quoiqu'on en voie le cours et les progrès. »

IX. Le dernier triomphe de FridericGuillaume-le-Grand,ou Discours sur la statue équestre érigée sur le Pont-neuf de Berlin, Berlin, 1703, in-fol. ; trad. en allem. par Plarre, même année. — « Cette pièce, au jugement du critique de Beauval, est une harangue et une dissertation

dissertation ensemble. Le style en est un peu enflé, et l'auteur entonne quelquefois un peu trop la trompette. Il a su faire entrer dans son Discours tant de remarques de littérature, qu'il y en a assez pour une dissertation en forme. Il a recherché en effet tout ce qu'on peut dire sur les statues équestres et pédestres. »

X. Histoire de Soliman II, empereur des Turcs, Rott., 1706, in-8°. - Ancillon, dans une préface, explique le but de cet ouvrage. Son intention était de pressentir le goût du public touchant une vaste publication pour laquelle il recueillait depuis quelque temps des matériaux. Voici au reste ce qu'il dit à ce sujet dans la préface de ses Mémoires concernant les vies de plusieurs modernes : « L'entreprise que je commence aujourd'hui, n'empêchera pas que je ne continue à travaillera l'exécution de mon premier dessein, qui est de donner au public dans notre langue les Éloges des hommes illustres répandus dans l'Histoire de M. de Thou, et d'y joindre les additions que mes lectures m'auront fournies. Je les donnerai néanmoins sous une forme différente du projet que j'ai publié. Je suis entré dans le sentiment de mes amis, qui m'ont représenté que mon entreprise étant trop vaste, il n'y avait point d'apparence que j'eusse assez de temps et de vie à espérer pour pouvoir en venir à bout, et qu'ainsi pour vouloir donner trop de choses au public, je courrais risque de n'être jamais en état de lui rien donner. Je lui donnerai donc uniquement les Éloges tels qu'ils sont dans l'Histoire de M. de Thou, et je mettrai au-dessous, séparément, mes augmentations, telles que la quantité de matériaux que j'aurai sur chaque article me permettra de les faire, n'entreprenant point de dire tout ce qu'il y a à dire sur le chapitre de chaque homme illustre, mais uniquement ce que j'en sais, de même que je le pratique dans l'ouvrage que je donne aujourd'hui. » Dans le volume qu'il avait publié précédemment sur Soliman II,


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Ancillon ne s'était pas contenté de faire de simples additions à l'Éloge traduit de l'historien de Thou, il y avait donné une Vie entière de ce sultan. Son nouveau projet n'était donc plus que d'exécuter pour les Hommes illustres ce que Teissier avait fait pour les Hommes savants. Dans ce but, il avait dressé une liste d'environ 500 noms. Mais la mort ne lui permit pas d'achever ce grand travail. Son premier essai fut tout ce qui en parut.

XI. Traité des Eunuques, par C. Ollincan (anagramme du nom d'Ancillon), 1707, in-12. — Composé à l'occasion d'un castrat italien qui prétendait se marier. Ancillon se prononce contre de semblables mariages. Son traité contient, au dire du P. Nicéron, « quantité de remarques curieuses et divertissantes; » mais Barbier (Dict. des Anonymes) y relève une grosse méprise : l'auteur aurait présenté comme une histoire véritable la Relation de l'île de Bornéo, imaginée par Fontanelle.

XII. Mémoires concernant les vies et les ouvrages de plusieurs modernes célèbres dans la république des lettres, Amst. 1709, in-12. — Ancillon nous apprend dans un Avertissement en tête de son livre que les quelques vies qu'il donne au public lui avaient été demandées pour un Supplément au Dictionnaire de Bayle qui se préparait à Rotterdam ; mais que l'état de sa santé ne lui ayant pas permis d'y travailler avec toute la diligence désirable, il avait été contraint d'abandonner cette entreprise. « M'étant trouvé depuis, continue-t-il, un peu plus en état de m'occuper, j'ai cru que le Supplément étant ou fait ou. fort avancé, je ne pourrais pas avoir achevé mon ouvrage assez tôt pour l'y faire insérer, j'ai donc pris le parti de lui donner la forme sous laquelle il paraît aujourd'hui, afin de pouvoir le donner séparément au public. » Les Modernes célèbres dont les vies sont contenues dans ce volume, sont : Valentin Conrart, dont la vie est la plus étendue de toutes (environ un

tiers du volume).; l'orientaliste d'Herbelot ; Urbain Chevreau , historien , poète et écrivain estimé (73 pages) ; le savant Henri Justel ; le critiqué Adrien Baillet; les Aubery; dont Jacques, sieur de Moncreau, jurisconsulte, qui plaida pour les malheureux habitants de Cabrières et de Mérindol, Benjamin, sieur du Maurier, diplomate , et son fils Louis, auteur des Mémoires sur la Hollande, qui paraît avoir abjuré le protestantisme ; un autre, Louis Aubery, auteur de plusieurs ouvrages d'histoire et de biographie, le médecin Jean Aubery et le scoliaste Claude; le savant Jean-Baptiste Cotelier, qui à l'âge de 12 ans étonna par son savoir les membres de l'assemblée générale du clergé de France auxquels il fut présenté par son père, ministre réformé qui avait abjuré après avoir été déposé par le synode nation al d'Alais, et finalement l'antiquaire et numismate Laurent Begér. Quelques-unes dé ces vies sont trop délayées ; mais l'auteur a racheté, autant qu'il était en lui, ce défaut en joignant à son livre une table analytique très-bien dressée.

XIII. Histoire de la vie et de la mort de M. Lichtscheid, Berlin, 1715.

Le bibliographe allemand Joecherattribue encore à Ancillon les trois écrits suivants: 1° Réflexions sur la tolérance; 2° La balance de la religion et de la politique; 3° La découverte d'un espion français, etc.; mais il n'indique ni le lieu ni l'année de leur impression. Les bibliographes français ne nous ont été d'aucun secours pour cette notice.

LOUIS-FRÉDÉRIC Ancillon, petit-fils de Charles, pasteur, membre de la Société royale de Berlin, mort le 15 juin 1814, à l'âge de 70 ans. On lui doit quelques écrits.

I. Oraison funèbre de la Très-haute princesse Madame Louise-Amélie de Brunswick-Wolfenbuttel, Berlin, 1780, in-8°.

II. Discours sur la question : Quels sont, outre l'inspiration, les caractères qui assurent aux Livres Saints la su périprité sur les livres profanes? Ber


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lin et Dessau, 1782, in-8°. — Ce discours avait été couronné, en 1778, par l'Académie de la Conception de Rouen. M. Quérard attribue cet écrit au fils, ainsi que le suivant.

III. Discours sur la question: Quelle est la meilleure manière de rappeler à la raison les nations qui se sont livrées à l'erreur, Berlin, 1785, in-4°.

IV. Oraison funèbre du Très-haut prince Frédéric II, roi de Prusse, Berlin, 1786, in-8°.

V. Judicium de judiciis circà argumentum Cartesianum pro existentià Dei ad nostra usquè tempora latis , Berlin, 1792, in-8°.

VI. Sermons sur l'amour de la patrie, Berlin, 1793, in-8°,

VIL Tentamen in psalmo sexagesimo octavo denuo vertendo, cum Dissertatione historica, quam claudit Carmen seculare Horatii cum eodem psalmo collalum, Berlin, 1798, in-8°. — Attribué par quelques-uns au fils, et, entre autres,par le bibliographe allemand Kaiser.

Ancillon est encore l'auteur d'un Éloge de Saumaise, couronné par l'Académie de Dijon, et de divers Mémoires insérés dans le recueil de l'Académie de Berlin.

JEAN-PIERRE-FRÉDÉRIC Ancillon, fils du précédent, naquit le 30 avril 1767, et non pas en 1766 , comme le disent la plupart de ses biographes. Élevé sous les yeux de son père, le jeune Ancillon montra de bonne heure les plus heureuses dispositions et un goût prononcé pour les études historiques. Ses cours universitaires terminés , il partit pour Genève, voyage que l'on regardait alors comme le complément nécessaire de tout enseignement théologique, et de là il vint visiter Paris au moment même où la révolution commençait. Après un séjour de quelques mois dans cette capitale, il retourna à Berlin où il fut nommé ministre du Saint Évangile dans l'église du Werder. Appelé, en 1791, à Rheinsberg pour bénir un mariage que Je prince Henri, frère de Frédéric-leGrand,

Frédéric-leGrand, de sa présence, il s'éleva dans le discours qu'il prononça en cette occasion, (Berlin, 1791, in-8°) à une éloquence si entraînante, que le prince l'admit dès cet instant dans son intimité. Ce fut ainsi qu'une circonstance toute fortuite, devint la source de sa haute fortune. Quelque temps après, à la recommandation du prince, il fut nommé professeur d'histoire à l'Académie militaire.

Cependant la révolution française grandissait de jour en jour et menaçait les états voisins. Dévoué de coeur au pays qui avait adopté sa famille, Ancillon voulut, autant qu'il était en lui, contribuer à sa défense, et il se mêla activement à la polémique des journaux. Ce fut aussi vers ce temps qu'il publia un fragment de son voyage en Suisse, une lettre écrite de Paris, en 1789, sur l'état de la littérature en France, et des Considérations sur la philosophie de l'histoire (Berlin, 1796, in-8°). Celte activité littéraire ne lui fit pas négliger toutefois ses autres devoirs. Il continua à remplir avec zèle ses fonctions pastorales, et on doit sans aucun doute rapporter à cette époque de sa vie quelques uns des sermons qu'il mit au jour plus tard sous le titre Sermons prononcés dans l'église des réfugiés de Berlin (Berlin, 1818, 2 vol. in-8°). Si le bibliographe Kaiser ne commet pas une erreur, c'est au moins en ce temps-là qu'il prononça les oraisons funèbres d'Elisabeth Christine, reine douairière de Prusse, et du prince Louis de Prusse, (Berlin, 1797, in-8°).

Comme orateur de la chaire, Ancillon jouissait d'une immense réputation , et cette réputation était tout-àfait méritée. Tel de ses sermons soutiendrait sans désavantage la comparaison avec les plus célèbres de Bourdaloue ou de Massillon. Son éloquence était d'autant plus persuasive qu'elle partait du coeur. L'élocution, la voix, le geste, le regard , tout faisait d'Ancillon un orateur irrésistible. Et cependant ce n'est pas à ses sermons,


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mais à ses écrits sur la philosophie et l'histoire qu'il doit la plus grande partie de sa célébrité.

Une fois lancé dans la carrière littéraire, Ancillon la parcourut avec ardeur. En 1801, il publia, outre un Sermon sur le jubilé séculaire de la Monarchie prussienne (Berl., in-8°), des Considérations générales sur l'histoire ou Introduction à l'histoire des révolutions du système de l'Europe pendant les trois derniers siècles (Berl., in-8°), des Mélanges de politique et de philosophie morale (Berl., in-8°), et des Mélanges de littérature et de philosophie (Berl., in-8°, 2e édit.; Paris, 1809,2 vol. in-8°). « Ces ouvrages révélèrent, dit M. Schnitzler, dans l'Encyclopédie des gens du monde, un homme qui avait mûrement réfléchi sur les principales questions débattues par les philosophes. Habile à résumer les discussions et ce que des opinions différentes pouvaient avoir de commun, Ancillon, éclectique par la solidité de ses connaissances, a beaucoup contribué à mettre dans tout leur jour les systèmes des philosophes, à en montrer les côtés vulnérables, à en signaler les égaremens, et à faciliter la fusion de ceux qui, dégagés de ce qu'ils avaient d'antipathique, semblaient se compléter réciproquement. Il n'a jamais fait école lui-même, et néanmoins sa philosophie est bien à lui ; elle est éclairée, bienveillante, aussi éloignée de la témérité que d'une timidité excessive, claire surtout et ennemie des voiles mystiques. »

En 1803 , Ancillon fut nommé historiographe de la Prusse. L'année suivante, l'Académie l'admit dans son sein, et la classe de philosophie le choisit pour secrétaire , fonctions qu'il remplit jusqu'en 1814. Ce fut en 1805 qu'il acheva la publication de son grand ouvrage : Tableau des révolutions du système politique de l'Europe depuis la fin du XVe siècle (Berl., 1803-1805, 4 vol. in-8°; nouv. édit. revue et corrig., Paris, 1823, 4 vol. in-8°). L'importance de cet écrit, non moins

remarquable par la finesse des aperçus et l'élégance du style que par la force des raisonnemens, le plaça au rang des premiers historiens de notre siècle, et lui valut de la part de son souverain la marque de la plus honorable confiance ; en 1810, il fut nommé précep teur du prince héréditaire. Le monarque ne crut pas pouvoir mieux choisir pour former son successeur à l'art difficile de régner, qu'un homme qui avait embrassé d'un coup-d'oeil si sûr les vices de la société, qui en avait dévoilé les plaies avec tant de profondeur, et avait indiqué les remèdes avec une sagacité si rare. Son attente ne fut pas trompée. Convaincu par l'étude des faits que le bonheur des peuples dépend encore moins des institutions que de la direction salutaire des hom mes appelés à les gouverner dans la voie de la légalité et de la civilisation, Ancillon mit tous ses soins à former à la fois le coeur et l'intelligence de son royal élève, et si la Prusse voit aujourd'hui assis sur le trône un des monarques les plus sages et les plus éclairés de l'Europe, c'est à un descendant des réfugiés français qu'elle le doit, juste récompense de sa généreuse hospitalité !

Ce n'est pas, au reste, le seul service qu'Ancillon ait été appelé à rendre à sa patrie d'adoption. Nommé conseiller de légation au ministère des affaires étrangères, il y exerça bientôt un ascendant prépondérant, et ses inspirations contribuèrent puissamment à imprimer à la politique de la Prusse ce cachet de modération qui la distingue aujourd'hui. Son influence sur la marche des affaires s'accrut de jour en jour, aussi lorsqu'en 1831, le roi lui confia le portefeuille du comte de Bernstorff, cette modification dans le cabinet n'en amena aucune dans la politique, qu'il continua à diriger avec autant de prudence que d'habileté jusqu'à sa mort, arrivée le 19 avril 1837.

Ministre d'état, comme ministre de l'église du Werder, Ancillon resta bon, simple, affectueux et surtout fidèle


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à ses principes. Les honneurs ne lui firent pas perdre de vue ses anciens amis, ni oublier la source de sa gloire, et tant que les soins du gouvernement ne l'absorbèrent pas tout entier, il continua à cultiver les lettres, et à offrir de temps en temps au public des ouvrages plus ou moins importants, écrits soit en allemand , soit en français, langues qu'il maniait avec une égale facilité.

En 1806, il mit au jour un Essai sur les grands caractères (Berl.,in-8°). En 1810, il prononça l'Oraison funèbre de la reine Louise de Prusse (Berl., in-8°), et publia un Éloge historique de Mérian (Berl., in-8°). En 1815, au retour d'un voyage à Paris avec son élève, il fit paraître, outre quelques écrits académiques de circonstance, tels que Mémoires sur E. F. Klein, Sur la philosophie de la législation, Sur La vraie grandeur (Berl., in-8°), un traité de la Souveraineté et des formes du gouvernement (Berl., in-8°), qui a été traduit et annoté par M. Gwizot (Paris, 1816, in-8°). En 1817, il mit au jour ses Essais philosophiques eu nouveaux mélanges de littérature et de philosophie (Genève et Paris, 2 vol. in-8°), contenant un essai sur l'abus de l'unité métaphysique, une analyse de l'idée de littérature nationale, des essais sur la philosophie de l'histoire, sur le suicide, sur le caractère du XVIIIe siècle, sur le panthéisme, sur les progrès de l'économie politique, sur l'abus de l'unité et des jugemens exclusifs en politique, sur les révolutions du système politique du Nord au commencement du XVIIIe siècle, ainsi qu'un tableau analytique du moi humain. En 1820, il publia son livre Sur les sciences politiques (Berl. in-8°); en 1824, un essai Sur la foi et le savoir en philosophie (Berl., in-8°) et de Nouveaux essais de politique et de philosophie (Paris et Berlin, 2 vol. in-8°), traitant de l'esprit du temps et des réformes politiques, des prétendus axiomes politiques, des théories et méthodes exclusives, de la législation

de la presse, du droit politique, du but, des formes et des ressorts du gouvernement. On y remarque également de sages appréciations sur les gouvernements despotiques de l'Asie et son discours de réception à l'Académie de Berlin. En 1825, il fit paraître un essai Sur l'esprit des constitutions et son influence sur la législation (Berl., 1 vol: in-8°); en 1829, des Pensées sur l'homme, ses rapports et ses intérêts (Berl., 2 vol. in-8°), et en 1831 enfin, comme ses adieux au monde, le second volume des Moyens de concilier les extrêmes dans les opinions , dont le premier avait été publié trois ans auparavant (Berl. in-8°). BRANCHE CADETTE. DAVID Ancillon, second fils de David, né à Metz le 22 février 1670 et mort à Berlin le 16 nov. 1723. Dès l'âge de 14 ans, son père l'envoya à Genève pour y poursuivre ses études.Après avoir fait sa rhétorique sous le savant ministre Le Jeune, et sa philosophie sous l'ancien professeur de Saumur, Robert Chouët, le jeune Ancillon, se livra aux études théologiques sous Philippe Mestrezat, Louis Tronchin et François Turretin. Il ne les avait pas encore achevées , lorsque la révocation de l'édit de Nantes força son père à se réfugier à Berlin, où il l'accompagna. Formey dans ses Éloges raconte ainsi l'accueil plein de bienveillance qui lui fut fait par le grandélecteur. Après s'être adressé successivement dans les termes les plus affectueux à son père et à son frère ainé, « Et vous, mon enfant, lui ditil, que voulez-vous faire? Le jeune homme (il avait alors seize ans) répondit qu'il venoit de Genève, où il avoit commencé sa théologie ; mais que voyant six cents ministres hors de France sans emploi, il avoit résolu de quitter les études et de prendre le parti des armes, si S. A. É. l'agréoit. Non, répliqua l'électeur, je ne le veux point.» Voyez-vous ces cheveux blancs de votre père, ils demanderont bientôt votre secours. On manquera peut-être


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un jour de ministres; il ne faudrait pour cela que quatre yeux fermés [Louis XIV, alors dangereusement malade , et Jacques d'Angleterre]. J'ai résolu de vous faire achever vos études , je vous accorde pour cet effet cent écus de pension; [selon Charles Ancillon, une place à la table de l'université, et une pension de cinquante écus] ; allez à Francfort, et lorsque vous serez en état d'être reçu ministre, je vous donnerai pour collègue et adjoint à votre père. » Ancillon se rendit donc à l'université de Francfort-s.-O. où il acheva ses études. En juin 1689, il retourna à Berlin, et après un examen brillant, il fut admis pasteur et reçut, le 7 juillet, l'imposition des mains. Il partagea dès lors les travaux de son père, et à sa mort, en 1692, il lui succéda comme ministre ordinaire de l'église française de Berlin. « Dès l'entrée de sa carrière; M. Ancillon eut, au rapport de Formey, tous les succès qu'on peut attendre de la prédication ; personne n'a jamais été plus suivi et plus universellement goûté que lui, et cette vogue s'est soutenue jusqu'à la fin. Il possédoit dans un degré éminent les avantages extérieurs qui peuvent captiver l'attention ; une figure imposante, un extérieur admirable, la voix, le geste, tout ce qui forme l'action de l'orateur. Ses discours étaient remplis de sentiment et d'onction ; sans se piquer de cette sublimité, qui n'est souvent qu'un fastueux étalage de beautés déplacées, il se bornoit à cette belle popularité que le P. Gisbert a tant vantée: il parlait au coeur et y faisait des impressions conformes au véritable but du ministère évangélique.» Charles Ancillon caractérise ainsi son frère : « Digne successeur d'un père illustre, et imitateur des exemples mémorables qu'il lui a laissés, son fils par nature, son disciple par l'étude, et semblable à lui d'inclination et de volonté, de nom et de surnom, d'air et de manières. » Ancillon n'avait pas cessé depuis onze ans de remplir ses fonctions pastorales, lorsqu'en 1700

Frédéric Ier, le chargea d'une mission en Hollande et en Angleterre. Il s'en acquitta à l'entière satisfaction de son souverain. A son retour à Berlin en 1701, il reparut dans la chaire, et fil sa rentrée par un Sermon sur le couronnement de l'électeur qui venait de prendre le titre de roi. Ce sermon, qui a été imprimé, est dédié à une demoiselle Mustelius qui lui avait prodigué ses soins pendant une grave maladie qu'il fit dans son voyage. Au mois d'août de la même année, Ancillon fut honoré d'une nouvelle mission en Suisse ; il y fut retenu une année entière. Pendant ce tems, il consacra ses loisirs à ramasser des matériaux pour écrire la biographie de quelques savans. Son frère utilisa, dit-on, une partie de ces documents dans ses Mémoires concernant les vies et les ouvrages de plusieurs modernes, etc., mais il n'en est fait aucune mention dans la préface de ce livre. Lorsque Ancillon fut de retour de sa mission, le roi le chargea d'entretenir, au sujet de la succession de Neuchâtel, une correspondance suivie avec les principaux habitants de cette principauté, et en 1707, il l'envoya lui-même dans le pays pour y travailler sous le comte de Metternich , son ministre plénipotentiaire à Berne. Pendant le séjour qu'il fit à Neuchâtel, après la mort de la duchesse de Nemours, il prêcha tous les dimanches dans la chapelle royale de Prusse, et se fit aussi entendre avec un grand succès dans les autres églises de la ville et de la campagne. Mais comme il touchait dans ses sermons à des questions étrangères à la chaire, les différents prétendants à la souveraineté de Neuchâtel en prirent ombrage et lui firent interdire la prédication. La charge' de chapelain de la Cour fut la récompense de ses services. Le 3 novembre 1707 , Frédéric Ier reçut l'investiture de la principauté en la personne de son ambassadeur. On a remarqué que la réformation y avoit été introduite le même jour, 177 ans auparavant. Ancillon fit le sermon


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d'usage en cette occasion solennelle, sur le texte qui lui avait été commandé par le monarque lui-même. Avant son départ de Neuchâtel, les États du pays l'honorèrent du titre de bourgeois de la ville. De retour à Berlin, Ancillon entra de suite en fonctions comme ministre de la Cour. MM. Jaquelot, de Beausobre et Lenfant étaient ses collègues. « Ses sermons, d'après Formey que nous continuerons à suivre , étaient toujours extraordinairement goûtés. Lorsque le roi étoit indisposé, il le faisait prêcher dans ses appartemens où la famille royale et les personnes de la première distinction se rendoient. Quand M. Ancillon paroissoit dans les chaires des églises, il n'y montoit et n'en descendoit qu'à travers des flots d'auditeurs, et les temples ne pouvoient les contenir. » En 1709, Frédéric enleva de nouveau son chapelain à ses fonctions pastorales pour lui confier une mission en Pologne. Ce malheureux pays était alors déchiré par des divisions intestines, la guerre venait de se rallumer entre les partisans de Pierrele-Grand et d'Auguste de Saxe, de Charles XII et de Leszczynski. Ancillon eut ordre de tenir son voyage secret même à sa famille. Il se déguisa en officier prussien et prit le nom de S. Julien. Plusieurs fois, il fut arrêté en route par les partis ennemis; mais il réussit toujours à se tirer de leurs mains, et quelquefois même comblé de politesses. Arrivé à Lublin, où il comptait faire un court séjour, il aperçut un jour affichées à la porte du monastère des Jésuites une série de propositions qui devaient y être soutenues. A celte vue, le théologien reparut aussitôt sous l'habit du diplomate, il fit demander un exemplaire de ces thèses aux Révérends Pères, qui lui députèrent deux de leurs confrères pour l'engager à une dispute publique. L'invitation était trop tentante pour que Ancillon pût y résister longtemps. Au jour fixé, il s'y rendit. Les Jésuites lui firent le meilleur accueil,

Aussi la dispute se passa-t-elle trèsconvenablement, sans aigreur de part ni d'autre, et elle se termina, au contentement général, par un repas magnifique auquel les Révérends Pères convièrent leur adversaire. On peut supposer que, selon l'usage, les deux partis s'attribuèrent également l'honneur de la journée. Dans de pareilles luttes, ce sont moins les convictions que les amours-propres qui sont en présence, et l'amour-propre est invincible. De Lublin, Ancillon se dirigea vers la Hongrie. Il eut plusieurs fois l'honneur d'entretenir le prince Ragotzky, le chef des Mécontents, qui tenaient leur diète à Cassovie. En repassant par la Pologne, il visita une partie des églises réformées qui y subsistaient encore malgré les persécutions suscitées par le fanatisme ou plutôt l'esprit de domination des Jésuites. Puis continuant sa route vers le nord, il retourna à Berlin par Koenigsberg et Marienwerder. « Ces détails, ajoute Formey, sont trop singuliers dans la vie d'un ministre de l'Évangile, pour qu'on soit surpris que nous y ayons insisté : et il n'est pas moins glorieux à M. Ancillon de s'être si bien acquitté de fonctions étrangères à son état, que d'avoir rempli fidèlement les devoirs dû ministère, dès-là que son souverain jugeoit à propos de lui adresser de semblables vocations. Les ecclésiastiques qui s'ingèrent hors de leur sphère, méritent d'y être renvoyés, et montrent un caractère peu estimable, puisqu'ils ne sentent pas combien leur tâche est grande, importante, digne de toute leur attention. Mais de ce que l'on est ecclésiastique, il ne s'en suit pas que l'on ne soit propre qu'aux fonctions de cet état ; il peut y avoir, et il y a eu en effet de tout temps dans le clergé d'excellentes têtes, propres à manier les affaires avec autant de capacité que de fidélité. C'est aux supérieurs à les connoître et à les employer; quand ils le font, les ecclésiastiques suivent également leur vocation, en suspendant le service de l'Église pour


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vaquer à celui du prince et de la patrie. » Ces réflexions sont sans doute justes, si l'absence du pasteur ne laisse pas le troupeau sans direction spiri - tuelle. En 1710, Ancillon fut nommé membre de la Société établie à Londres, dès 1698, pour la propagation du Christianisme, for promoting Christian knowledge, société qui subsiste encore de nos jours. Il entretint dès lors une correspondance suivie avec son illustre secrétaire, Chamberlayne, qui était son ami particulier ; toutes les affaires qui concernaient l'Allemagne, se traitaient par son entremise. La Société des Anonymes s'honora aussi de le compter parmi ses membres ; il y tint la plume pendant plusieurs années. C'est à cette société que la Bibliothèque Germanique (de 1720 à 1740, Amst.; 50 vol. in-8°) doit son existence. Elle s'assemblait chez le ministre Lenfant. Des Vignoles, de Beausobre, Chauvin, en faisaient partie.

Une cruelle maladie, la gravelle, attrista les dernières années d'Ancillon. Cependant le fidèle ministre ne voulut cesser ses fonctions qu'à la dernière extrémité. Son courage et sa résignation au milieu des plus atroces souffrances étonnaient tous ceux qui l'approchaient. A la fin, après bien des alternatives de convalescence et de rechûte, il tomba malade pour ne plus se relever. « Son lit de mort, dit son biographe, fut une chaire d'où il prêcha avec plus d'éloquence que jamais, et ses dernières heures comblèrent d'édification sa famille et son troupeau. » Il mourut à l'âge de 53 ans, regretté de tous, et surtout des pauvres et des affligés dont il était le père et le consolateur. Son corps fut déposé dans un caveau du temple de la Frederichstadt, réservé à sa famille, où reposaient déjà son frère Charles, son oncle Joseph , et son cousin Louis. II avait épousé, le 11 août 1691 , Susanne Meusnier, originaire de Paris, fille de Philippe Meusnier, négociant réfugié à Halle. De ce mariage naquirent dix-sept enfants, dont cinq fils et

douze filles. L'aîné des fils, JOSEPH fut assesseur à la Justice françoise et l'un des directeurs de l'Hôtel de Refuge. Le second , MANASSÉ , suivit la carrière pastorale, et devint ministre de l'église françoise de Prentzlow. C'est sur des mémoires fournis par lui, que Formey a écrit son éloge du père, qui parut d'abord dans la Nouvelle Bibliothèque Germanique. Le troisième des fils , ALEXANDRE, également pasteur, fut attaché à l'église françoise de Koenigsberg, et mourut d'une attaque d'apoplexie, le 18 nov. 1758. Les deux autres étaient morts dans leur enfance.

ANCILLON (JOSEPH), frère puîné du ministre de Metz, était né dans cette ville en 1626 et mourut à Berlin le 4 nov. 1719.

Joseph Ancillon avait embrassé la profession d'avocat, et il s'était acquis par son savoir autant que par sa probité l'estime et la considération de tous ses compatriotes. On le regardait comme l'oracle du barreau. Lorsque, par suite de la révocation de l'édit de Nantes, les temples protestants furent fermés, il n'hésita pas à faire à sa religion le sacrifice de sa position. L'auteur de l'article, d'ailleurs très-bienveillant, que la Biogr. Univ. consacre à ce savant jurisconsulte, ignorait sans doute les dispositions de l'édit de Louis XIV pour avancer, comme il le fait, que, par une faveur spéciale, « le ministère ferma les yeux sur le séjour prolongé de Joseph Ancillon, qui un des derniers quitta la ville de Metz. » Loin d'ordonner aux protestants de sortir du royaume, cette loi (art. X.) le leur défendait sous peine des galères. Les pasteurs étaient seuls exceptés. Ce ne fut donc qu'en s'échappant secrètement et au milieu de périls réels, que Joseph Ancillon parvint à rejoindre son frère dans l'exil. L'électeur l'accueillit avec la même bienveillance qu'il avait témoignée au ministre de Metz : il le nomma juge-supérieur de toutes ses colonies françaises, conseiller de cour et de révision. « On peut le regarder , dit Formey, comme le fondateur des


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justices françaises dans le Brandebourg. » Les devoirs de sa charge ne l'empêchèrent pas de faire paraître dans les journaux de Berlin divers articles qui font voir, dit-on, la solidité et l'étendue de ses connaissances. En 1699, il renonça â sa place en faveur de son neveu Charles Ancillon. Le Duchat dit de lui qu'il était « homme de belles-lettres, bon théologien, et le meilleur jurisconsulte de sa province. « Les biographes ne donnent pas de détails sur sa famille. L'un d'eux nous apprend qu'il avait marié sa fille à son neveu Charles. C'est sans doute un de ses fils, Louis, qui était résident des États-Généraux dans le Brandebourg ; il mourut le 25 janvier 1720, à l'âge de 50 ans. Un autre, nommé PAUL, était attaché comme médecin à l'hôpital français de Berlin.

On doit à Ancillon un Traité de la différence des biens meubles et immeubles dans le ressort de la Coutume de Metz, (anonyme), Metz, 1698, in-12. M. Lamoureux remarque que « c'est à tort que la Bibliothèque de droit de Camus cite trois autres éditions de ce livre; celle de 1698 est la seule qui ait paru. » Ancillon avait encore écrit divers autres traités de jurisprudence , tels qu'un Commentaire sur la Coutume de Metz, et un Recueil d'arrêts du parlement de Metz ; mais ils n'ont pas été imprimés.

ANDELOT (FRANÇOIS D') , Voy. FAMILLE DE CHATILLON.

ANDRÉ , notable habitant du Pontde-Montvert, victime des persécutions dans le Midi. Il avait été obligé de s'enfuir dans les montagnes, en 1685, pour échapper aux terribles convertisseurs du cruel chevalier de Gène. Poursuivi par les dragons, traqué dans les forêts comme une bête féroce, il eut le malheur d'être découvert. Il se rendit sans résistance, seulement il refusa de se laisser enchaîner comme un malfaiteur, protestant qu'il était disposé à suivre le soldat qui l'avait arrêté. Pendant cette contestation, survint un autre dragon qui y mil un terme en le frappant

frappant Avant d'expirer, le malheureux André demanda à serrer la main de son meurtrier, lui donnant l'assurance qu'il lui pardonnait. Son corps fut traîné sur la claie , ses biens confisqués, sa femme et ses enfants, dont le précepteur, nommé Blanc, fut égorgé, chassés de leur demeure, et sa maison cédée au fameux abbé du Chaila, archiprêtre de Mende et inspecteur des missions dans les Cévennes. Cette maison, alors la plus apparente du bourg, existe encore aujourd'hui ; on y a établi une auberge. M. Peyrat, qui l'a visitée récemment, en fait la description dans son Histoire des pasteurs du désert : « Elle est située, dit-il, à l'extrémité septentrionale du pont, où le Rioumal tombe dans le Tarn ; elle est isolée, et hormis ses deux portes au levant et au couchant, elle n'a point d'ouverture sur la rue, ce qui lui donne l'aspect sombre d'un couvent; au midi, sa façade regarde sur une étroite terrasse abaissée de quelques marches audessous du rez-de-chaussée, mais élevée de plusieurs pieds au-dessus du Tarn , qui murmure incessamment dans son large lit obstrué d'énormes cailloux roulés et polis par les grandes eaux. Un puits, destiné à l'arrosement de quelques fleurs, est creusé au milieu de ce parterre, clos d'une haie vive au couchant.» Le voyageur insouciant qui s'arrête aujourd'hui dans cette paisible auberge, frissonnerait d'horreur si quelque nouvelle pythonisse d'Hendor faisait passer sous ses yeux les scènes effroyables dont ces lieux ont été témoins. « Les prisonniers qui avoient le malheur de tomber entre les mains de l'abbé du Chaila, lit-on dans l'Histoire des troubles des Cévennes, essuyoient des traitemens qui paroitroient incroyables, s'ils n'étoient attestés par tous les habitants de ce pays-là. Tantôt il leur arrachoit avec des pincettes le poil de la barbe ou des sourcils; tantôt avec les mêmes pincettes, il leur mettoit des charbons ardens dans les mains qu'il fermoit et pressoit ensuite avec violence, jusqu'à ce que les char-


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bons fussent éteints ; souvent il leur revêtait tous les doigts des deux mains avec du coton imbibé d'huile ou de graisse, qu'il allumoit ensuite et faisoit brûler jusqu'à ce que les doigts fussent ouverts ou rongés par la flamme jusques aux os. Lorsque tous ces différents supplices n'opéroient pas selon les voeux de cet abbé, il faisoit enfermer les prévenus dans des prisons, et les tenoit dans les ceps. C'est dans cet instrument, inventé pour lasser la patience la plus à l'épreuve et la constance la plus longue, que cet abbé tenoit ces malheureux pris par les pieds et par les jambes, et dans une posture si gênante, qu'ils ne pouvoient rester ni assis ni debout, et qu'ils souffraient les plus cruels tourments. Entre un grand nombre d'autres, Pierre Soulier de Reynol, paroisse de S. Germain, porta jusqu'au tombeau les marques de cette nouvelle espèce de gêne. » « L'archiprêtre, ajoute M. Peyrat, relâchait pourtant quelquefois les hommes, mais à prix d'or; et quelquefois aussi les femmes, mais au prix de leur vertu. » Pendant plus de quinze ans, la malheureuse population de ces contrées fut dévouée à tous les genres de tortures. L'heure de la vengeance sonna enfin : l'attaque de la maison d'André, dans la nuit du 24 au 25 juillet 1702, fut le signal de la guerre des Camisards. L'abbé y mourut, dit Fléchier, d'une mort bienheureuse. C'est aussi notre sentiment. ANDRIEU ( CHARLES ), pasteur à Turenne, en 1620. Il publia à Bergerac en 1611, in-8°, une réfutation du Catholique anti-calviniste d'Alex. Regourd, ouvrage qui paraît avoir eu de son temps une réputation colossale, si l'on en juge par le titre qu'il donna à sa réfutation : la Défaite de Goliath. Oh cite encore de lui un Colloque amical imprimé dans la même ville.

ANDRON (JACQUES), seigneur de MARGUERITES, le plus ancien des conseillers au présidial de Nismes, en l'année 1567, c'est-à-dire à l'époque de l'odieux massacre commis dans cette ville par les Protestants et connu sous

le nom de la Michelade (Voir Vital d'ALBENAS). Impliqué à tort ou à raison dans cette affaire déplorable, il fut arrêté et conduit à Toulouse sous bonne escorte. Un arrêt du 26 avril 1569 le condamna à mort, et le jour même, il fut exécuté. Traîné, la corde au cou, sur une claie à la queue d'un cheval,à travers toutes les rues de TouIouse, il eut la tête tranchée sur la place St.-George, et son corps fut mis en quartiers. Sa tête portée à Nismes fut exposée sur une des portes de la ville. Tous ses biens furent confisqués. Ce fut peutêtre dans l'espoir d'une restitution qu'un de ses parents, Louis Andron, seigneur de Marguerites, et contrôleur du domaine de la sénéchaussée, consentit à trahir son parti et sa religion, en entrant, eh 1573, dans une conspiration qui avait pour but de livrer Nismes aux Catholiques, mais qui échoua comme nous le dirons ailleurs.

ANDROUET (JACQUES), surnommé DU CERCEAU de l'enseigne qui pendait à sa maison, savant architecte du XVIe siècle. On ignore le lieu de sa naissance ; La Croix du Maine le dit parisien, tandis que d'autres biographes le font naître à Orléans. Selon Du Verdier, il habitait à Montargis. On sait que c'est dans cette ville que s'était retirée la célèbre Renée de France et que son château était un lieu de refuge pour les protestants persécutés. Les biographes nous apprennent du reste très-peu de chose sur Androuët. D'Argenville rapporte qu'il fut du nombre des architectes françois qui, à la demande du cardinal d'Armagnac, obtinrent d'être envoyés en Italie pour se perfectionner par l'étude des beaux restes de l'antiquité. A quelle époque? Il ne le dit pas. L'année de la publication des Édifices antiques romains nous fournirait naturellement quelque indication à ce sujet, si cette date même (1584) ne faisait naître des doutes sur l'exactitude de ce renseignement. En 1579, dans la dédicace d'un de ses livres, Androuët se plaint que la vieillesse ne lui permette plus de « faire telle dili-


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gence qu'il eût fait autrefois.» Or, il est évident que ce n'est pas un vieillard, déjà connu par des travaux considérables, que le gouvernement eût choisi pour l'envoyer à l'école en Italie. Ce ne, peut donc être que son fils JACQUES dont il est ici question. La similitude des noms aura amené cette confusion. Nous pensons aussi, contre le sentiment de tous les biographes qui s'occupent d'Androuët, que ce fut son fils qui devint architecte de Henri III (si tant est qu'il en ait eu le titre officiel), et que c'est lui qui en cette qualité fut chargé, en 1578, de la construction du Pont-Neuf à Paris. Le silence de La Croix du Maine doit être interprété en faveur de notre supposition. En outre, une preuve que l'on ne saurait contester nous est fournie par un contemporain, L'Estoile. Nous lisons dans son Journal de Henri III : « En ce même mois [mai], à la faveur des eaux qui lors commencèrent et jusques à la StMartin continuèrent d'être fort basses, fut commencé le Pont neuf de pierre de taille qui conduit de Nesle à l'École de St-Germain sous l'ordonnance du jeune du Cerceau [Jacques, selon l'annotateur , édit. de 1719 , et Piganiol], architecte du roi, etc. » Les guerres civiles firent suspendre ce grand travail, qui ne fut repris qu'en 1604 sous la direction de Guillaume Marchand. D'Angerville commet une autre erreur, moins pardonnable. Selon lui, Henri IV ayant chargé Androuët, en 1596, de continuer la galerie du Louvre, les troubles de religion le forcèrent à quitter le royaume, avant d'avoir terminé ce grand ouvrage. Tous les biographes que nous avons consultés, français, anglais et allemands, n'ont pas manqué de reproduire cette faute grossière. L'anachronisme cependant sautait aux yeux. Cette fois encore le Journal de L'Estoile nous viendra en aide : « En ce tems [déc. 1585], y liton , beaucoup de la Religion pour sauver leurs biens et leurs vies se font catéchiser, retournant à la messe et ont bien de la peine à contrefaire les

bons catholiques; la chancelière de L'Hospital, entre autres, qui toute sa vie avait fait profession de ladite religion , l'abjure et va à la messe ; d'autres y a, de bas tenans, qui tiennent ferme et abandonnent tout; fut de ce nombre André Cerceau [sans doute Jacques Androuët du Cerceau, comme l'indique la table des matières, édit. de 1719] excellent architecte du roi, lequel aima mieux quitter l'amitié du roi et renoncer à ses promesses que d'aller à la messe , et après avoir laissé sa maison qu'il avait nouvellement bâtie avec grand artifice au commencement du pré aux clercs, prit congé du roi, le suppliant ne trouver mauvais qu'il fût aussi fidèle à Dieu qu'il l'avait été et le serait toujours à sa Majesté. » Le château des Tuileries, avant que Henri IV songeât à l'agrandir, n'était composé que du pavillon du milieu, et des deux corps de logis latéraux avec terrasse sur le jardin, chacun terminé par un pavillon. Ce fut du Cerceau, dit Piganiol, qui donna le dessin des augmentations et qui en eut la conduite. Après ces travaux, la façade se trouva composée, telle qu'elle se voit aujourd'hui, de cinq pavillons, en y comprenant celui du milieu, et de quatre corps de logis. On commença aussi la grande galerie du Louvre. L'ouvrage de du Cerceau finit, selon d'Argenville, au premier, avant-corps et présente une décoration formée de grands pilastres composites accouplés qui soutiennent des frontons alternativement triangulaires et circulaires dont les croisées sont couronnées. On doitsans doute aussi attribuer au même architecte tout ou partie des bâtiments dont on fait honneur à son père, tels que les hôtels de Carnavalet, en partie l'oeuvre de Jean Goujon, des Fermes, reconstruit après 1612, de Bretonvil-, liers, de Sully, bâti pour le grand Sully, de Mayenne, pour Charles de Lorraine. « Du Cerceau, termine son biographe, a été ainsi que ses fils* ( un

* Jacques est le seul qui nous soit connu. Le


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d'eux nommé Jacques surpassa de beaucoup son frère auquel il survécut) un des meilleurs architectes de son temps. Nul n'a tant dessiné de bâtiments anciens et modernes. Il a fait de grands morceaux d'architecture, des termes , des jeux de perspective, des vases et des buffets d'eau. Depuis lui, cet art a bien changé de face en France. » Androuët, au rapport de tous ses biographes modernes, mourut à l'étranger, on ne sait où ni en quelle année. Après une assertion aussi positive, on nous trouverait sans doute téméraire d'élever des doutes. Qu'il nous suffise de confesser notre ignorance,et d'imiter en ceci La Croix du Maine qui n'en fait pas mention. Cependant la forme de l'article de ce critique où il est dit qu'Androuët a été l'un des plus savants architectes de son temps, et qu'il florissoit l'an 1570, indique assez que cet artiste ne vivait plus à l'époque où il écrivit sa notice.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE.

I. Description de tout le pays et Comté du Maine, Le Mans, 1559 ; 2e édit., 1575; avec grav. en taille-douce. — Nous ignorons pourquoi d'Argenville et ses copistes ne parlent pas de cet ouvrage. Cette précieuse indication nous est donnée par La Croix du Maine, qui n'a pu commettre une erreur au sujet d'un livre publié sur sa province dans sa ville natale, réimprimé de son vivant, et l'oeuvre d'un homme dont le rapprochait sa religion.

II. Livre d'Architecture, contenant les plans et dessaings de 50 bastimens tous différons pour instruire ceux qui désirent bastir, soient de petit, moyen ou grand estat, etc., Paris, 1559, gr. in-fol. ; dédié au Roi [Henri II].— Androuëts'exprime ainsi dans sa dédicace: « J'ay autres-foys receu tant de faveur de Vostre Majesté qu'elle a bien voulu employer quelques heures de temps à

nom d'André ne se trouve vraisemblablement dans le Journal de Henri III que par suite d'une faute typographique ou plutôt d'une abréviation mal déchiffrée dans le manuscrit de L'Estoile.

veoir et contempler aucuns petits plans et pourtraietz de bastimens de temples et logis domestiques par moy desseignés et imprimés, ès quels elle receut (comme me sembla) plaisir et delectation. Qui fut cause que dès lors je proposay d'en composer quelques autres... chose que je n'ay peu exécuter si promptement qu'avoys la volonté.... Qui sera pour enrichir et embellir de plus en plus cestuy vostre si florissant royaume: le quel de jour en jour on voyt augmenter de tant beaux et somptueux édifices que doresnavant voz subjectz n'auront occasion de voyager en estrange païs pour en veoir de mieux composez. » Cela prouve évidemment qu'entre celte publication et celle qui précède, Androuët en avait fait paraître d'autres dont nous ne trouvons l'indication nulle part. Peut-être est-ce à l'ouvrage dont parle Androuët, que La Croix du Maine fait allusion lorsqu'il dit que cet architecte « a par son industrie et labeur recueilli les dessins et portraits de la plupart des anciens et modernes bastimens et édifices de Paris, lesquels il a dressés en planches de cuivre et taille-douce, suivant le mandement et permission du roi, le tout pour le bien et honneur des Parisiens. » Le Livre d'architecture fut réimpr. en 1582 et en 1611. L'édit de 1582 contient 36 planches et le texte. III. De Architecture Opus alterum, quo complures et varioe describuntur rationes ad imas caminorum partes circà focum decorandas, ad fenestras è tectis prominentes, quas Galli lucarnas vocant, ad januas, fontes, et hortensia tentoria pulchrè exornanda, comparatoe, hùc accesserunt elegantissimoe decem sepulchrorum planè dissimilium figuroe, Parisiis, 1561, gr. infol. ; texte en latin ; dédié à Charles IX. — Tous les bibliographes donnent le titre de cet ouvrage en français sans indiquer qu'il est écrit en latin. Nous trouvons de nouveau dans la dédicace de ce livre la preuve certaine que plusieurs des publications antérieures d'Androuët sont demeurées inconnues


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à ses biographes ; car par l'expression permulli et varii libri à me soepiùs in lucem oediti, l'auteur ne saurait entendre les deux seuls ouvrages que nous avons cités. Androuët parle déjà dans cette dédicace du Livre des plus excellents bâtiments de France qui lui avait été commandé, sans doute par Henri II, superiorum regum jussu, et dont la première partie parut seulement en 1576. Ce second livre d'architecture contient 20 figures de cheminées, 12 de lucarnes, 14 de portes, 6 de fontaines, 6 de puits, 6 de pavillons de jardin, 10 de tombeaux.

IV. Livre d'Architecture, auquel sont contenues diverses ordonnances de plans et élévations de bâtiments pour seigneurs, gentilshommes, et autres qui voudront bâtir aux champs, Paris, 1572, in-fol.; 2e édit. 1582. —

V. Leçons de perspective positive, Paris, 1576, pet. in-fol. ; dédié à Catherine de Médicis. - Dans sa dédicace, Androuët se justifie de n'avoir pas encore fait paraître son livre sur les plus Excellents bâtiments de la France. « Si l'injure du temps et troubles qui ont cours, n'eussent empesché mon accès et veüe des chasteaux et maisons que Vostre Majesté désire estre comprins aux livres qu'il vous a pleu me commander de dresser et dessigner des plus excellens palais, maisons royales et édifices de ce royaume, dès à présent j'aurais satisfait à vostre volonté... j'ay pensé d'employer cependant le temps à quelque autre oeuvre, qui à mon advis vous sera agréable et de plaisir. » Androuët explique ensuite dans une préface le but de son livre « non moins délectable que utile et nécessaire à ceux qui prennent plaisir à la portraicture.»

— « Nostre perspective positive, dit-il, n'est autre chose que l'art de pouvoir représenter sur le papier les choses telles qu'elles apparaissent. Je l'appelle positive, à la différence de la théorique, autrement appelée opticque, qui gist en contemplations , raisons et démonstrations, dont la nostre a pris son origine, qui consiste en l'opération, et se fait

par lignes et démonstrations oculaires, et se pratique ou sur plans ou sur corps relevez. — Je ne parleray aucunement de l'architecture. Mais si Dieu me donne la grace et le loisir, et je congnoisse que ce présent livre vous ait été agréable, par cy après et le plus tost que je pourray, je vous en feray voir quelque livre de leçons... Cependant vous vous pourrez aider de mes livres des plans et montées des bastimens, où trouverez quelques inventions pour embellir les vostres. » Ces leçons de perspective, au nombre de LX, sont pour la plupart très-courtes ; elles ne contiennent souvent que renonciation d'un théorème; mais elles sont toutes accompagnées d'une ou de plusieurs planches qui servent à en donner la démonstration.

VI. Le premier volume des plus excellents bastiments de France, au quel sont designez les plans de quinze bastiments et de leur contenu : ensemble les élévations et singularitez d'un chascun, Paris, 1576, in-fol. avec grav. en taille-douce; dédié à Catherine de Médicis. La formule, d'ailleurs très-insignifiante, de la dédicace d'Androuët A très-illustre et très-vertueuse princesse Catherine de Médicis ayant été relevée par un écrivain, dans le Dictionnaire biographique qui se publie actuellement en Angleterre sous la direction de lord Brougham, et devant naturellement faire planer un soupçon de servilité sur le caractère de notre savant architecte, nous croyons devoir rapporter comme correctif les paroles mêmes de cette dédicace. « Madame, dit-il à la reine, après qu'il a pleu à Dieu nous envoyer" par vostre moyen une paix tant nécessaire et désirée de tous, j'ay pensé ne pouvoir mieulx à propos mettre en lumière ce premier livre des Bastimens exquis de ce royaume, espérans que nos pauvres François (ès yeux et entendemens desquels ne se présente maintenant autre chose que désolations, ruines et saccagemens, que nous ont apporté les guerres passées) prendront, peult estre, en respirant,


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quelque plaisir et contentement à contempler icy une partie des plus beaux et excellens édifices, dont la France est encores pour le jour d'huy enrichie. » Certes; ce n'est pas là le langage d'un courtisan servile, surtout si l'on considère que c'était un homme sans naissance, dans un siècle où la naissance était tout, qui parlait à une reine altière et ombrageuse. Androuët termine en lui disant qu'il « n'a entrepris ce long et pénible ouvrage que suivant son commandement, et poursuivi que par sa libéralité. » Bien loin de donner de basses louanges à Catherine, on voit qu'il ne lui exprime pas même sa reconnaissance de ce qu'elle paraît avoir fait pour lui. — Androuët commence son livre par de courtes notices sur les divers bâtiments dont il donne le plan. Ces bâtiments sont : Le Louvre, Vincennes, Chambourg, Boulongne, dit Madrit; Creil, Coussy, Folembray, dit le Pavillon; Montargis,Sainct-Germain, La Muette, parmi les maisons royales ; Vallery , Verneul , Anssy le Franc, Gaillon, Manne, parmi les châteaux particuliers.

VII. Le second volume des plus excellents bastiments de France, auquel sont désignez, etc., Paris, 1579, in-fol.; dédié à Catherine de Médicis. Nouvelles éditions, 1607 et 1648, Paris, les 2 part, en un seul vol. gr. in-fol. C'est dans la dédicace de ce second volume qu'Androuët se plaint que la vieillesse ne lui ait pas permis de faire telle diligence qu'il eût fait autrefois. On trouve dans ce livre, également précédés de courtes descriptions , les plans de quinze bâtimens, dont huit maisons royales : Blois , Amboyse, Fontainebleau, Villiers-Coste-Rets , Charleval, les Thuilleries, Sainct-Maur, Chenonceau ; et sept maisons particulières : Chantilly, Anet, Escouan, Dampierre, Challuau, Beauregard, Bury. — Androuët gravait lui-même ses planches.

Nous attribuerons au fils d'Androuët les deux ouvrages suivants : I. Le livre des édifices antiques romains,

romains, les ordonnances et desseings des plus signalez et principaux bastiments qui se trouvoient à Rome du temps qu'elle estoit en sa plus grande fleur: partie des quels bastiments se void encor à présent, le reste aiant esté ou du tout ou en partie ruiné, par Jacques Androuët, du Cerceau , 1584, in-fol., sans nom de ville. — Pas de texte.

II. Plans et dessins de Chantilly, comme étoient le château et parc en 1592, suivant les desseins levés et faits par Androuët du Cerceau, architecte du Roi, et mis en ordre avec les vues du château et du parc qui ont été dessinées et gravées en différens tems, in-fol. ; dédié par le libraire Langlois au prince de Condé. Titre écrit à la main. Les dessins d'Androuët sont au lavis; ils occupent les 17 premiers feuillets du volume, que possède la bibliothèque Mazarine.

ANEAU (BARPTHOLEMY *), en latin ANULUS, poète latin et français, né à Bourges au commencement du 16e siècle, et massacré à Lyon comme protestant au mois de juin 1561.

Aneau étudia à Bourges sous le célèbre Melchior Wolmar, et fut sans doute le condisciple d'Amyot, de Bèze et de Calvin. Ses progrès dans les langues grecque et latine répondirentaux soins de l'habile maître qui le dirigea dans ses études. Wolmar avait, selon de Thou, un merveilleux talent pour instruire la jeunesse,—et un plus merveilleux talent encore , ajoute le P. Colonia, pour l'empoisonner en l'instruisant. Aneau s'en ressentit : il fut infecté des nouvelles erreurs. Cependant il ne paraît pas qu'il ait jamais fait profession ouverte du protestantisme, et nous n'avons rien remarqué, non plus, dans ses ouvrages qui sentît fortement l'hérésie. En 1529, les échevins de la ville de Lyon l'appelèrent de Bourges pour lui confier la chaire de rhétorique dans le Collège de la Trinité qu'ils venaient de fonder. Il accepta

Il écrivait ainsi son nom.


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celle place et s'acquitta de ses devoirs avec autant de zèle que de talent. Nous trouvons dans ses poésies une petite pièce qui prouve, à sa louange, qu'il n'était pas possédé de « la manie des magisters »

Qui les enfans de libère nature Sauvages rend par coups et par bature ; Et les esp'rits qui estoient liberaux Prosterne en crainete et les mue en ruraux.

Aussi était-il chéri de ses élèves, et cela explique l'influence qu'il a pu exercer, par leur moyen, sur les progrès de la réforme à Lyon. Après dix années d'exercice comme régent, Aneau fut chargé par le consulat de la ville de l'administration supérieure du collège. Il s'en acquitta jusqu'en 1550, époque à laquelle il donna volontairement sa démission. Mais en 1558, il accepta de nouveau la haute direction de cet établissement. A cet effet, un contrat fut signé (29sept.)pour quatre ans. Remise lui fut faite des bâtiments du collège, avec les meubles et les ustensiles qui les garnissaient, et le consulat s'engagea à lui compter une somme de 400 livres chaque année, indépendamment de 15 livres par an pour trois messes basses qu'il devait faire célébrer chaque semaine. Une clause du contrat l'obligeait à n'admettre aucun régent qu'il n'eût au préalable présenté au consulat qui se réservait de l'interroger pour juger s'il était capable et de bonnes moeurs. Et en outre, il lui était expressément défendu de permettre « estre leu ni enseigné au dict college aulcune doctrine, ni livres défendus ou censurez, contre l'honneur, auctorité et défense de nostre mère Saincte Église, et souffrir au dict collège estre tenu propos, ni dogmatisant ni enseignant maulvaise doctrine en particulier ni en général. » Cette clause fut-elle fidèlement observée? on l'ignore; toujours est-il que le collége de la Trinité vit renaître son ancienne prospérité, ce qui permit à Aneau de faire un mariage avantageux. Mais le malheureux ne devait pas jouir longtemps du fruit de ses peines.

« La doctrine de Luther et de Calvin, raconte M. Cochard, avait déjà fait quelques progrès à Lyon (Voy. p. 19) ; leurs sectateurs commençaient à tenir leurs prêches publiquement ; le zèle des Catholiques s'alarma de leurs entreprises [celle du jeune Maligny, pour surprendre Lyon, avait eu lieu en 1560]; un sentiment d'inquiétude se manifesta dans toutes les classes de la société, et on ne craignit point de répandre des soupçons sur les principes des professeurs du collège, que l'on signalait comme favorisant les nouvelles erreurs. Alors une Société naissante , qui depuis a jeté un grand éclat, cherchait à se mettre à la tête de l'enseignement public. Ses partisans, et elle en avait un grand nombre dans cette ville, insinuaient adroitement parmi le peuple que la jeunesse courait les plus grands risques en étudiant sous des

hommes dont la foi était suspecte

Ces propos, répétés de bouche en bouche, portaient un coup sensible aux efforts du principal pour soutenir l'établissement qu'il dirigeait, faisait naître de fâcheuses préventions contre lui, et finirent par amener la terrible catastrophe dont il fut la victime. » Cet événement est raconté de diverses manières par les historiens qui en parient. La version la plus authentique est celle de Rubys (Hist. véritable de Lyon). Cet historien rapporte qu'au mois de juin 1561 un orfèvre de la religion ayant accosté le prêtre qui portait le saint sacrement dans une procession, le lui arracha des mains, jeta l'hostie à terre et la foula aux pieds. Ce malheureux fanatique fut aussitôt livré à la justice , et exécuté le jour même. Le peuple se porta ensuite en foule au collège qu'on lui désignait comme le foyer de l'hérésie. L'infortuné Aneau se présente, il cherche à désarmer ses meurtriers, mais en vain, il est massacré sans pitié. « Ainsi périt, dit M. Cochard, un homme vertueux, un savant recommandable, qui avait consacré trente années de sa vie à former des citoyens, le chef respectable


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d'un établissement d'intérêt public, dont le dévouement ne connaissait aucune borne. » Il est présumable, ajoute M. Breghot du Lut, qu'Aneau ne fut pas la seule victime. Bayle rapporte que François Junius étant alors à Lyon où il recevait des leçons de Barthélemy Aneau, faillit périr aussi dans ce tumulte de religion. Quant à la femme d'Aneau, Claudine Dumas, le prévôt lui sauva la vie en la faisant emprisonner. Le P. de Saint-Aubin, le P. Dorigny, Guadin, Severt, Le Laboureur confirment le récit de Rubys. Au rapport de ce même historien , Aneau sentait mal de la foy; c'estoit luy qui avoit semé l'hérésie à Lyon ; il avoit corrompu et gasté plusieurs jeunes hommes des bonnes maisons de Lyon qui furent les chefz de la révolte de la ville, et avoient tous esté ses disciples ; il les avoit desvoyez de la religion de leurs pères. D'après une autre version, l'événement se serait passé en 1564 ou 1565, et une pierre aurait été lancée sur le saint sacrement, que portait le prêtre, des fenêtres mêmes du collège de la Trinité. Mais M. Cochard a prouvé, pièces en main, que ce n'était qu'un tissu de faussetés imaginées à la fin du XVIIe siècle, « sans doute dans l'intention, dit-il, de justifier cet horrible assassinat, ou du moins d'atténuer ce qu'il a d'exécrable et d'odieux. Pour e qui est de 'époque de l'événemen, nous ne mentionnerons qu'un document qui lève tous les doutes, c'est un acte de donation à l'abbaye de S. Pierre, du 2 août 1561 et signé Claudine Dumas, veuve de Me Barthélémy l'Agneau, en son vivant principal du collège de Lyon. La seconde version a été adoptée parle P.Menestrier, Brossette, Poullin de Lumina , Pernetti, Delandine, M. Roquefort (Biogr. Univ.) ; le jésuite Colonia va même plus loin que ses confrères, il insinue que la pierre fut lancée par Aneau lui-même. « Ce fut, dit-il, le jour de la fête-Dieu de l'an 1565, que notre principal mit enfin le dernier comble à ses prévarications,

prévarications, lassa la patience des Catholiques, etc. » Le collège de la Trinité, fermé dès le lendemain, ne fut rouvert qu'au mois de novembre 1561. Mais c'est seulement à la mort de son nouveau principal, en 1565, que la compagnie de Jésus parvint définitivement à s'en emparer. Quant aux meurtriers d'Aneau, tout porte à croire qu'à la demande du clergé de la ville qui députa au roi et à l'archevêque pour solliciter leur élargissement, leur crime resta impuni.

I. Chant Natal, contenant sept Noelz , ung chant Pastoural et ung chant Royal avec un Mystère de la Nativité par personnages. Composez en imitation verbale et musicale de diverses chansons. Recueilliz sur l'escripture saincte, et d'icelle illustrez. Lugduni, 1539 [et non pas 1537], in-8°. — La rareté de ce livre, auquel les bibliomanes attachent un grand prix , nous engage à le faire connaître, au risque de lui faire perdre de sa valeur aux yeux des bibliophiles. Les détails dans lesquels nous entrerons, auront du reste ce bon côté, qu'ils mettront le lecteur à même d'apprécier le caractère du génie de notre poète et de lui assigner, en connaissance de cause, la place qui lui convient sur notre Parnasse français. Aneau commence par donner le ton à ses élèves, il prélude; le psaume CXII, Laudate pueri Dominum, laudate nomen Domini, lui sert de thème :

Louez, Enfans, le Seigneur et son nom : Les chants qu'à vous je dedic, chantants Chants, mais quelz chants, de poësie ? Non, Mais chants Natalz, que requis lia le temps ; Car des enfants, et petitz allaictants, etc.

Peut-être trouvera-t-on que pour un régent de rhétorique ce début n'est pas brillant. Mais on remarquera la richesse de la rime ; c'est un mérite auquel on attachait un grand prix alors — comme de nos jours. Les rimes batelées, brisées, sénées, couronnées, à double queue, et tant d'autres, avaient dans le temps un charme tout particulier. On ne saurait réunir tou-


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tes les perfections à la fois. Après le prélude du poète, le premier personnage entre en scène : c'est « l'Ame confessant la macule et laidure de son péché, et la purgation d'icelluy en la grace de Dieu et au sang de JesusChrist, » qui chante un Noël ou chant spirituel fait en « imitation de Marot sur la chanson, Pourtant si je suys brunette, tant en la lettre que en la musicque.»

Pourtant si je suys brunete , Par peché noire d'esmoy , Dieu m'a faicte blanche, et nete, Arrousant son sang pour moy, etc.

Chaque strophe commence par la phrase qui sert de thème avec de légères variations :

Pourtant si je suys noirete, Noire suys : bien je l'octroy. Si suys je belle fillete , Fille de paix, si je croy, etc.

Une note marginale indique que c'est au Cantique des cantiques que l'auteur a emprunté cette dernière idée : Nigra sum, sed formosa. Les quatre Noëls qui suivent sont écrits dans le même goût que le premier. Vient ensuite « un chant Pastoural en forme de dialogue à trois bergiers et une bergière, contenant l'annunciation de l'ange aux pasteurs, la départie d'iceulx pour aller veoir l'enfant, et l'adoration. Sur le chant et le verbe de, Vous perdez tems. » Le premier berger, Rogelin, tance ses camarades de ce qu'ils s'amusent à batifoler avec la bergère au lieu d'aller adorer le fils de Dieu qui vient de naître :

Vous perdez temps, pasteurs et pastourelle, Corner, muser, cornemuse meschante, Tant de plaisir n'aurez pas autour elle , Comme a l'oiseau du ciel qui lassus chante.

Que le filz de Dieu naisce,

A votre advis rien n'est-ce ?

N'est-ce rien de sa grâce, Noel

Laissez moy cette garce Seule dancer la belle tire lire: Et me suyvez courans tous d'une tire.

Nous ferons remarquer, en passant, la rime de grâce avec garce. Ces sortes do rimes, dites goret, et que nous appellerions plutôt assonnantes, se rencontrent assez fréquemment dans nos anciens

anciens — Les bergers sont sensibles au reproche de leur camarade ; ils abandonnent la danse et le suivent. Après le chant pastoral, vient un « Noël branlant, sur le chant : Barptolemy, mon bel amy. » On lit en marge : Rubeni videns filium meum. Hier.

Hau Rubeny, mon bel amy,

Vien si tu me veulx croire :

Presque a demy, suys endormy,

Oyant de Dieu la glorie (pron. gloire), etc.

L'idée du poète est sans doute mal rendue. Nous ne pensons pas que son intention ait été de dire que les paroles de « l'ange messaige » l'avaient endormi. Le sommeil n'a jamais passé pour un signe de ravissement.

Dieu gard'lenfant, tant triumphant,

De qui l'ange nous presche : Le beuf soufflant, l'asne rouflant L'eschaulfent en la cresche : Le beuf d'une lesche leiche,

Le beuf si le leiche : D'aultre part l'alaine l'asne D'aultre part Maine

Suit un « Mystère de la Nativité de notre Seigneur Jesus-Christ : par personnages sur divers chants de plusieurs chansons. » Cette pièce n'est pas moins curieuse que les précédentes. Marie invite Joseph à fuir :

Joseph, cher espoux, homme juste, En Bethleem nous fault aller : Car l'empereur Cesar Auguste A faict son edict publier, etc.

Joseph, en bon époux, s'apitoie d'abord sur les fatigues que sa chère dame « Sur toutes pleine d'amytié » aura à endurer dans ce voyage :

Car vous estes enceinte De la parolle saincte , Voire sans faict humain,

lui dit-il avec émotion ;

Toutes fois la contraincte Ne fault que soit enfraincte De l'empereur Romain.

Ils partent donc, et après quelques tours sur la scène, ils arrivent à Bethléem. Le premier soin de Joseph est de se mettre en quête d'un logement convenable.

Quelque logis parmy la ville Pour Dieu je m'en vais requérir : Car nous n'avons ne croix ne pille.


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La position de nos voyageurs était sans doute très-délicate. Le bon Joseph avise un hôtel d'une belle apparence et il va y frapper. Qui viendrait en aide aux pauvres si ce ne sont les riches, se disait-il dans sa simplicité. Mais l'hôte le voyant en si piteux équipage le reçut, l'injure à la bouche :

Le logis que je baille N'est pas pour truandaille, Mais pour gens de cheval. Entre vous coquinaille N'avez denier ne maille, Allez à l'hospital.

Quoique le proverbe en dise; le froc a toujours fait le moine , — même en pays de sainteté. Le pauvre Joseph, tout décontenancé par un accueil si peu charitable, se contenta de faire en luimême cette triste réflexion :

La chose est notoire et visible Que povreté n'ha point de lieu.

Aussi fut-il assez sage pour ne pas renouveler sa tentative. Mais heureusement que « une étable aux gens inhabitable, » se trouvait près de là. Il y entre, il s'y installe, sans rebuffade cette fois de la part de ses hôtes. « Or, maintenant l'heure est venue, » lui dit Marie. Et en effet elle ne tarda pas à mettre au monde son « fruict précieux. »

O Saulveur de l'humain lignaige,

lui dit la Vierge en l'adorant,

Divinité soubz corps humain, Je te rendz ma foy et hommaige Comme au filz du Roy souverain.

Viennent ensuite « l'annunciation aux pasteurs sur le branle de Jolyet est Marie ; » puis « la venue et l'adoration des pasteurs sur le chant, Sonnez my doncq quand vous irez ; » et finalement un chant Royal contenant « la prophetie du Roy David : la dissimulation du Roy Herodes : l'adoration et oblation des troys Roys : et au renvoy la grace du Roy JesusChrist.» Un « Noël mystique » termine le tout. Dans ce dernier chant, l'auteur se désigne sons l'emblème d'un « aigneau bailant » et son imprimeur, Sébastien Gryphius, sous celui d'un gryphon:

Le Gryphon d'or y ha planté sa gryphe; Quant à la ville de Lyon , il va sans dire qu'elle s'y présente sous la figure du roi des animaux. On voit qu'Aneau ne tire pas ses images de loin. Là se termine proprement le poème. La petite pièce de circonstance qui se lit au verso du dernier feuillet n'en fait pas partie, quoique composée sans doute à la même époque ; elle est intitulée « Dixain de la venue de Jesus-Christ et de Charles-leQuint empereur venu en France, l'an 1539. » Nous la rapporterons en entier; car nous la mettons bien audessus de tout ce qui précède.

Il viendra tost, il vient, il est venu. Qui ? l'Empereur, le Roy, le grand Seigneur. Sus : qu'on luy face (ainsi qu'on est tenu) Entrée et dons, feuz de joye et honneur. Qui est celluy ? est-ce point l'Empereur Venu en France ? est-ce Charles d'Austriche Nenny, nenny, c'est bien ung aultre riche De beaucoup plus et plus haulte maison : C'est l'aigneau doulx, simple, sans fraude ou Charles n'en ha sinon que la toison, [triche.

M. Delandine (Catalogue de la Biblde Lyon) regarde le poème d'Aneau comme le premier modèle de nos opéras comiques, ou mieux de nos vaudevilles. Il fut joué par les élèves du collège de la Trinité, l'année même (v. st.) de sa publication.

II. Lyon Marchant, Satyre françoise sur la comparaison de Paris, Rohan [Rouen], Lyon, Orleans, et sur les choses memorables depuys l'an 1524, soubz Allegories et Enygmes mises en rimes françoises, par personnages mystiques, Lyon, 1542 , in-16 ; goth.; nouv. édit., Paris, 1831; dédié à monseigneur de Langey. — Cette petite pièce avait été jouée, comme la précédente, par les élèves du collège de la Trinité. Les ressorts des pièces de Thespis ne devaient pas être d'une plus grande simplicité. Les quatre villes désignées dans le titre se disputent la préséance, et comme de raison , Lyon finit par l'emporter au jugement de dame Vérité. Quelques épigrammes de circonstance « sur aulcunes choses mémorables advenues


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à Lyou, » viennent à la suite du poème. Ce petit livre, qui contient une vingtaine de feuillets, s'est vendu jusqu'à 200 francs et plus ; mais on aurait grand tort de juger de la valeur d'une oeuvre littéraire par le prix que les bibliomanes y attachent.

III. Oraison ou Epistre de M. Tulle Ciceron à Octavius, depuis surnommé Auguste Cesar; avec des vers de Corneille Severe, poëte romain, sur la mort de Ciceron. Le tout tourné de latin en françois, à scavoir la dite Epistre en prose et les dits vers en rime, Lyon, 1543, in-8°.

IV. Les Emblesmes d'André Alciat, traduicts vers pour vers, jouxte la diction latine, et ordonnés en Lieuxcommuns avec Sommaires, Inscriptions, Schemes et briefves Expositions Epimythiques, selon l'Allegorie naturelle, morale ou historiale, Lyon , 1549,in-8°; nouv. édit., 1558, in-16; et depuis en 1564, selon La Croix du Maine.

V. Decade de la description, forme et vertu naturelle des animaulx, tant raisonnables que brutz ; avec le Blason des oiseaux et le premier livre des Emblesmes par Guill. Guéroult, Lyon, 1549, 2 part., pet. in-8°, fig. Le bibliographe Brunet, qui nous fournit cette indication, nous apprend que cet ouvrage, écrit en vers, a été réimprimé, Lyon, 1552 et 1561, in-8° avec fig. sur bois , et plusieurs fois depuis. Selon lui, l'édit de Paris , 1568, in-16, fig. sur bois, parut sous le titre : Description philosophale, forme et nature des bestes tant privées que sauvages, avec le sens moral. A notre connaissance, aucun des biographes d'Aneau ne fait mention de cet ouvrage.

VI. Pasquil anti-paradoxe, Dialogue contre le paradoxe de la Faculté du vinaigre, Lyon, 1549, in-8°.— Réfutation d'un livre de Pierre Tolet, médecin à Lyon, intitulé : Paradoxe de la Faculté du vinaigre contre les écrits des modernes, etc. 1549, 8°.

VII. Exhortation rationale de S.

Euchier à Valerian, le retirant de la mondanité et de la philosophie prophane, à Dieu, et à l'estude des Sainctes Lettres, traduicte en vers françois , jouxte l'Oraison latine, Lyon, 1552, in-4°.

VIII. Picta poesis, Lyon, 1552 , in-16, avec fig. sur bois, trad. « en vers françois, des latins et grecs, par l'auteur mesme d'iceux, Horace en l'art, » sous le titre : Imagination poétique, avec cette épigraphe : la Poësie est comme la pincture, Lyon, 1552, in-16, et plusieurs fois depuis ; dédié au Seigneur Jean Antoine Gros, valet de chambre du Roi, trésorier des fortifications de Lyon. C'est sans doute de l'édition latine que M. Cochard entend parler, lorsqu'il dit que ce livre est dédié à Philibert Babou , évêque d'Angoulème, qui avait été collègue d'études de l'auteur. Nous ferons remarquer, en outre, de crainte que le titre de la version française n'induise en erreur qu'on ne trouve dans l'original qu'un petit nombre de vers grecs intercalés parmi les vers latins, selon le goût du temps. — Aneau raconte dans une préface que voyant un jour chez son libraire «quelques petites figures pourtraietes » , il lui demanda à quoi elles lui servaient. A rien, lui répondit le libraire, « pour n'avoir point d'inscriptions propres à icelles. » Qu'à cela ne tienne, répliqua le poète, je vous promets que de « muetes et mortes, je les rendrai « parlantes et vives. » Il tint parole. C'est ainsi qu'une rencontre toute fortuite lui inspira son meilleur ouvrage. La plupart de ces petits dessins ne parlaient que faiblement à l'imagination , mais le poète en sut tirer tout le parti possible, « toutes fois, remarque-t-il avec raison, à plus grand travail et moindre estimation que si j'eusse faict et divisé les pourtraictz à mon jugement et plaisir. » Il n'en fit graver que quelques-uns « affin de acomplir la centaine avec son comble et advantage, pour remplir les fueilles blanches, pour ce que nature est


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abhorrente de chose vuyde. » Au nombre des dessins de son invention se trouve sa « Marque et devise » consistant en une rose entourée d'un serpent qui se mord la queue, avec ces mots Pardurable , peu durable. L'auteur l'explique ainsi :

Extraict de gens non gentilz, n'appareils, Armes je n'ay nobles de mes parens. Mon père eut nom Aneau, ma mère Rose. Du nom des deux ma marque je compose.

L'Aneau, serpent en soy se retordant Par cercle rond, queue en teste mordant : Et en figure hieroglyphicque note Qui en AEgypte AEternité denote.

La Rose aussi, qui flaistrit et perit Des le jour mesme au quel elle florit : Mortalité represente. Et pourtant Que d'ame et corps est mon estre constant : D'un corps mortel et d'une ame immortelle : Armes des noms je porte, en marque telle.

Nous emprunterons à l'édition latine l'épigramme suivante qui nous semble justifier cette opinion, exprimée par M. Cochard, qu'Aneau excellait surtout dans la poésie latine :

Umbra suum corpus radianti in lumine solis Cùm sequitur, refugit; cùm fugit, insequitur.

Sic sunt naturce taies muliebris amores : Oplet amans, nolunt; non velit, ultro volunt.

Voici la traduction qu'Aneau en donna dans l'édition française de ce livre :

Au clair soleil noire ombre le corps fuyt, Quand il la suyct. Quand il fuyt, elle suyct. Telle nature es amoreuses flammes Ont ces tant vains simulachres des femmes. Car leurs amans fuyent, qui les poursuyvent. Et ceux lesquelz les fuyent, elles suyvent.

Ainsi Daphné fuyt Phebus la suyvant. Ainsi Echo suyct Narcis la fuyant. Par quoy l'on dict, et à bon droict on nomme La femme ainsi estre l'ombre de l'homme.

Le jésuite Colonia ( Hist. Litt. de Lyon) distingue surtout cet ouvrage d'Aneau, dont les emblèmes lui semblent pour la plupart assez ingénieux. « Celle de Cadmus, dit-il, qui par le conseil de Minerve, déesse des sciences, sème dans la terre les dents du serpent ou du dragon qui gardoit la fontaine de Castalie, les hommes vivans qui sortirent à l'instant de cette semence, et l'heureuse application qu'en fit notre rhéteur aux caractères

de l'imprimerie lyonnoise, d'où il résulte de si beaux ouvrages, sont une emblème des plus ingénieuses. On en a fait de nos jours une énigme en peinture, qu'on a donnée pour modèle de ces sortes de jeux poëtiques; et Minos [Mignault]. parle avec éloge de cette emblême et de son auteur dans son Commentaire sur les Emblêmes d'Alciat. » — Ce petit recueil de poésies place sans contredit Aneau au premier rang des poètes français de son temps, n'en déplaise à Bernard de La Monnoye. Le grand tort des critiques, en général, c'est de prendre les préjugés, ou si l'on veut l'esprit de leur siècle pour le niveau sous lequel tout doit se ranger, pour la pierre de touche du vrai et du beau. Les oeuvres d'art comme les hommes sont de leur temps, leur valeur n'est jamais que relative. Le critique, par exemple, qui jugerait de l'art égyptien d'après les principes de l'art grec ne commettrait pas une plus grande faute, que celui, qui fait abstraction des temps et des lieux pour apprécier le mérite d'un artiste ou d'un écrivain.

IX. Jurisprudentia à primo et divino suo ortu ad nobilem Biturigum academiam deducta, Lugduni, 1554, in-4°.— Petit poème anonyme avec une épître dédicatoire de Barthélémy Aneau, en latin, cité par Brunel.

X. Le trésor d'Evonyme Philiatre (pseud. de Conrad Gesner), des Remedes secrets, Livre physic, médical, alchimie et dispensatif de toutes substantielles liqueurs, et appareils de vins de diverses saveurs, necessaires à toutes gens, principalement à médecins et apothecaires, traduict du latin, Lyon, 1555, in-4°, et selon Barbier, 1557, in-4° et 1558, in-8°. — La 2e partie de l'ouvrage de Gesner n'ayant pas été imprimée, il est vraisemblable qu'Aneau ne donna la traduction que de ce qui en avait paru.

XI. Le tiers livre de la Métamorphose d'Ovide, traduict en vers françois , avec les mythologies et allégories historiales, naturelles et morales


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sur toutes les fables el sentences , et publié avec la traduction des deux premiers livrés par Clément Marot, auxquels Aneau ajouta aussi, selon Du Verdier, les mythologies convenables, recueillies des bons auteurs grecs et latins, Lyon, 1558, in-8°. — Aneau fit précéder cette traduction d'un discours « pour servir de préparation à la lecture d'Ovide et des autres poètes fabuleux. »

XII. Genethliac musical et historial de la Conception et Nativité de JesusChrist, par vers et chants divers, entresemez et illustrez des noms royaux et de princes, anagramniatisez en diverses sentences, sous mystique allusion aux personnes divines et humaines; avec un Chant Royal pour chanter à l'acclamation des Rois. Ensemble la IV Eclogue de Virgile, intitulée Pollion ou Auguste, extraicte des vers de la Sibylle Cumée, prophetisant la Nativité de Jésus Christ, advenue

bientost après et au mesme tems et empire d'Auguste, Lyon, 1559, in-8°. La première partie de cette publication n'est , selon quelques bibliographes, qu'une réimpression, avec additions, du Mystère de la Nativité dont nous avons donné l'analyse.

XIII. La République d'Utopie, oeuvre grandement utile, demontrant le parfaict estat d'une bien ordonnée police, trad. du latin de Thomas Morus, chancelier d'Angleterre, Lyon, 1559, in-16. —Il paraîtrait, d'après M. Breghot du Lut (Nouv. Mélanges biogr. et litt.), que cette traduction n'est pas d'Aneau, qu'il n'a fait que reproduire une version de Jean Le Blond d'Evreux, imprimée à Paris en 1550. « Ce plagiât découvert par l'abbé de S. Léger, dit-il, a été indiqué par Meunier dé Querlon dans la préface mise en tête de l'édit. latine de l'Utopie publiée en 1777, avec l'Éloge de la folie , d'Érasme. » Nous ignorons si cette accusation a quelque fondement. Les erreurs où tombent journellement lès meilleurs critiques doivent nous rendre très-circonspects. Peut-être même

la traduction attribuée à Jean Le Blond est-elle l'oeuvre d'Aneau, comme l'indique du reste Barbier sous ce titre : La description de l'isle d'Utopie, où est comprins le Miroer des républiques du Monde, rédigé par escript par Thomas Morus (et trad. en franc, par B.A.), avec l'Epistre liminaire de Budé, Paris, 1550 , in-8°, avec figures sur bois.

XIV. Alector, histoire fabuleuse, traduicte en françois [d'un fragment divers, trouvé non entier, mais entrerompu , et sans formé de principe, Lyon, 1560, pet. in-8°, et dans un second titre : Fragment de l'histoire fabuleuse du Preux Chevalier Alector, filz du Macrobe Franc-Gal et de la Royne Priscaraxe ; et au haut des feuillets du roman , Alector ou Le Coq ; dédié à Madamoyselle M. D. Catherine Le Coq, dame dé la Vau-jour. AAEKTOP. The cock, etc., Lond., 1590, in-4°, goth., en est vraisemblablement une traduction anglaise, comme le suppose Brunet. - Il y a de bonnes gens, dit La Monnoye, qui croient voir dans ce livre un sens mystique, merveilleux, mais il n'y en a pas plus que dans les Fanfreluches antidotées de Rabelais. « Il feignoit, continue-t-il, pour donner plus de poids à son ouvrage, l'avoir tiré d'un vieux fragment grec, à peu près comme Des Périers feignoit avoir traduit son Cymbalum du latin, et Martin Fumée son Athénagore du grec. » M. Couchu, qui a publié une analyse détaillée de cet ouvrage d'Aneau dans la Bibl. Univ. des Romans (janv. 1780) ne diffère pas de sentiment avec La Monnoye. Selon lui, le roman d'Aneau lui a été inspiré par une imagination en délire. « Tout y est, dit-il, mystérieux, miraculeux, emblématique ; » mais il ne s'amusera pas à découvrir les allusions qu'on a cru y voir. Pour nous , nous avouons avec naïveté que nous sommes du nombre des bonnes gens qui croient y voir des allusions. Les noms mêmes des personnages mis en scène prouvent que Aneau a eu


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l'intention d'écrire un roman allégorique; mais ce genre ne se prêtant pas à un ouvrage d'une certaine étendue, il est arrivé à l'auteur d'Alector comme à Rabelais, si parvos magnis componere licet, c'est qu'il composa son histoire de pièces rapportées,sans lien entre elles, sans plan, cherchant plutôt ses allusions dans les événements du jour que dans son propre sujet, et se mettant complaisamment en scène sous le manteau du héros de son livre. On doit encore à Barptholemy Aneau la Préface de l'Advertissement sur le fait de l'usure, extraict de deux livres latins composez sur ceste matière par François Hoteman, parisien, Lyon, 1552, in-8°; et quelques autres petits écrits sans importance. On lui avait attribué à tort l'Art poétique françois de Thomas Sebillet.

ANGENNES (FRANÇOIS D'), septième fils de Jacques d'Angennes et d'Isabeau Cotereau; souche des marquis de MONTLOUET, maréchal de camp dans les armées du roi, ambassadeur en Suisse, gouverneur de Nogent et favori de Catherine de Médicis. Attaché en qualité de chambellan à la personne du duc d'Alençon, il suivit, à ce qu'il paraît, la fortune de ce prince jusqu'à sa mort; toujours est-il qu'on ne le trouve cité au nombre des chefs huguenots qu'à partir de 1587, où il figure parmi les membres du conseil qui assistait le duc de Bouillon, lieutenant pour le roi de Navarre dans l'armée allemande. Pendant la pénible marche des reîtres à travers les provinces de la France, Montlouët trouva plus d'une occasion de donner des preuves de sa brillante valeur, et après la défaite d'Auneau, « il se retira sans s'engager, » dit Du Plessis-Mornay dans une lettre au sieur de La Marsillière. Il gagna Montauban où il arriva dans le mois de Janvier 1588. Peu de temps après, nous le retrouvons à La Rochelle , assistant, comme député des églises en deça de la Loire, aux délibérations de l'assemblée qui se tenait dans cette ville. La

même année, il en partit pour conduire au roi de Navarre l'artillerie destinée à battre en brêche le château de Beauvoir-sur-Mer. En 1590, à la tête de quelques cavaliers, il força les Ligueurs à lever le siège de Maintenon, château appartenant à une branche de sa famille, et à se retirer avec tant de précipitation qu'ils lui abandonnèrent leur canon et leur bagage.

Serviteur fidèle de Henri IV, il Continua à partager ses travaux et ses périls. Il se signala notamment à la bataille d'Ivry où il fut blessé. La conversion du roi n'altéra en rien son dévouement ; toutefois, comme il était sincèrement attaché à la foi protestante, sa loyauté ne l'empêcha pas de travailler de tout son pouvoir à obtenir pour l'Église réformée les garanties que la Cour s'obstinait à refuser. Il joua donc un rôle important à la célèbre assemblée de Mantes en 1593, et il fût un des commissaires auxquels fut confié le soin de poursuivre le redressement des griefs des Protestants. L'année suivante, Montlouet accompagna Henri IV au siège de Laon où il fut fait prisonnier ; mais Mayenne lé renvoya sur parole en le chargeant de porter au roi des propositions d'accommodement. En 1596, l'assemblée politique de Loudun l'ayant invité à venir dans son sein renouveler le serment de Mantes, il s'excusa par une lettre qui est simplement mentionnée dans les actes de cette assemblée. Ce refus lui futil dicté par la politique? On serait porté à le croire, quand on considère la faveur dont il jouit auprès de Henri IV, faveur dont parient les Mémoires de Sully ; mais d'un autre côté, il est à supposer que, dans ce cas, sa conduite eût excité les soupçons de ses coreligionnaires qui paraissent, au contraire , avoir toujours eu de la confiance en son zèle pour le bien de l'Église protestante. Une lettre de Du Plessis-Mornay à Rivet, en date du 50 mars 1611, nous apprend en effet que l'assemblée de l'Isle-de-France l'avait élu, avec de Bordes et Durant, pour


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député à l'assemblée générale qui devait se tenir à Châtellerault. C'était lui qui avait signé avec le président Jeannin les patentes pour l'établissernent de toutes les églises de cette province.

Montlouet avait épousé, le 15 juin 1572, Madeleine du Broullat, dame de Montjay et de Lisy-sur-Ourcq qui, après la S. Barthélémy, se retira à Sedan pour y professer librement la religion réformée, et n'obtint la permission de revenir qu'en 1586. De ce mariage naquirent un fils, JACQUES d'Angennes, et six filles dont les généalogistes ne nous font connaître que les noms et les alliances. JULIENNE épousa Abraham de Normanville, seigneur de Boscole dans le pays de Caux; MADELEINE fut accordée en mariage à Simon du Buc, seigneur de Fonteny ; ANNE fut mariée avec Jean de Beauveau, seigneur d'Espence ; MARGUERITE avec Jean de Cernay, seigneur d'Angerville; MADELEINE-MARIE avec le seigneur de Longaunay, et LOUISE avec Louis Le Venier, seigneur de La Grossière et de St.-Escobille.

Jacques d'Angennes s'attira de fâcheuses affaires par l'affection qu'il portait à Gaston d'Orléans , dont il était un des premiers gentilshommes et le grand louvetier; plus d'une fois il fut obligé de se cacher pour sauver sa vie. David Ancillon, qui le connut personnellement, nous le dépeint dans ses Mélanges, publiés par son fils, comme un gentilhomme d'esprit, d'un caractère affable, doux, bienveillant. D'Angennes vivait alors à Meaux. Sa maison était le rendez-vous de la première noblesse du pays. De leur côté, les églises de la province le regardaient comme leur protecteur naturel. Ancillon raconte de lui un trait de désintéressement qui l'honore. Du Perreux, gentilhomme de l'Islede-France, qui avait été parrain d'une de ses filles, lui ayant légué une somme de dix mille livres, Montlouët se persuada que son intention avait été de faire indirectement une donation à l'église, et dans cette pensée,

il remit le legs entier au consistoire.

Jacques d'Angennes (qu'il ne faut pas confondre avec Jacques d'Angennes,seigneur de Rambouillet) avait épousé, le 15 mai 1626, Elisabeth de Neltancourt dont il eut un fils, tué à l'armée, et cinq filles : MADELEINE , dame de Lisy, mariée à Jacques Le Maçon, seigneur de La Fontaine , contrôleur-général des gabelles de France; SUSANNE , épouse de François de Roffignac, seigneur de Montreuil en Périgord; ANNE, femme de Philippe de Jaucourt, seigneur de Vaux et de Brazé en Bourgogne; HENRIETTE. La cinquième dont le nom n'est pas connu, donna sa main à un capitaine suisse nommé Mosnier, qui devint par ce mariage seigneur de Lisy. Ce fut dans son château que se tint le dernier synode de l'Église protestante de France. La révocation de l'édit de Nantes dispersa toute cette famille. Les enfants de Mosnier et sa femme s'enfuirent, dit-on, en Suisse. Les filles de Madeleine se seraient réfugiées en Hollande avec leur tante Henriette, selon le P. Anselme ; mais c'est une erreur. Elles cherchèrent un asile dans le Brandebourg, et l'une d'elles épousa à Berlin M. de Wülkenitz. Dans cette même ville mourut, en 1709,une MARIE-CHARLOTTE d'Angennes ( peutêtre Mme Mosnier). Quant à Jacques d'Angennes,il était apparemment mort avant 1685. Il avait épousé en secondes noces, en 1645, Marie Causse, et en avait eu encore trois filles dont le sort est resté inconnu.

ANGLIERS (CLAUDE D'), seigneur deLa Sausaye, de Beauregard, de Mortagne, et plus tard, de La Salle d'Aitré, président du présidial et lieutenantgénéral du roi en la justice de la ville et gouvernement de La Rochelle, fut un de ces nombreux sectateurs de l'Église romaine que gagna à la Réforme l'héroïque constance de ses martyrs. Les doctrines protestantes s'étaient introduites à La Rochelle avant l'année 1534 ; nous en avons la preuve dans le supplice de Marie Becaudelle


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ou Belandelle, vulgairement appelée Gaborite. Cette jeune fille, native des Essars dans le Poitou, était entrée comme domestique chez un bourgeois de La Rochelle. « Elle récent en peu de temps telle instruction en la doctrine de l'Évangile, qu'après avoir laissé le service de sondit maistre, estant de retour aux Essars, ne douta de remonstrer à un cordelier qu'il ne preschoit point la parole de Dieu, laquelle chose elle lui monstra par passages notoires de la Saincte Escriture.» Cette hardiesse éveilla l'attention des juges, on l'arrêta et le sénéchal de Fontenay-le-Comte la condamna à être brûlée. Marie vit tranquillement s'allumer le bûcher et mourut « en telle vertu, dit Crespin, qu'elle fut en admiration. » Cet exemple de rigueur n'empêcha pas les progrès des nouvelles doctrines ; il rendit seulement les Protestants plus circonspects. En 1546, plusieurs nonnes quittèrent leurs couvents pour se marier. En 1548, la sénéchaussée rendit des sentences contre plusieurs personnes qui furent condamnées à faire amende honorable, « D'autres furent bannies et fustigées jusqu'à grande effusion de sang, avec défenses d'user à l'avenir d'aucunes paroles hérétiques, à peine d'être brûlés vifs. » Barbaries inutiles! les principes de la Réforme se répandaient toujours. Ce fut sur ces entrefaites, qu'un édit du mois de mars 1551 établit à La Rochelle un siège présidial dont Claude d'Angliers fut nommé président. Pour faire preuve de zèle sans doute, le nouveau tribunal déploya tout d'abord une extrême sévérité : Lucas Manseau fut battu de verges et banni ; Matthias Couraud, dit Gaston des Champs, et Pierre Constantin, furent condamnés à être brûlés, après avoir eu la langue coupée. « Leur cendre, dit Philippe Vincent, fut la semence d'un grand peuple qui peu d'années après s'y rangea à la religion. » Le courage avec lequel ces malheureux subirent le supplice; frappa leur juge d'une telle admiration qu'il voulut connaître

connaître religion capable d'inspirer une foi aussi intrépide. Il serait difficile de préciser l'époque où il se convertit, peut-être ne s'y décida-t-il qu'à la suite de ses entretiens avec Charles de Clermont, qui, en 1557, établit pour la première fois un culte régulier à La Rochelle. Quoi qu'il en soit, il est à supposer que son penchant pour le protestantisme lui inspira dès lors quelque indulgence envers les Réformés, bien qu'il n'ait jamais dû leur manifester bien haut sa protection ; car si d'Angliers possédait des talents éminents, il y joignait une timidité excessive. On raconte de lui un trait qui prouve combien peu il était brave. Lorsque, en 1558, Antoine de Bourbon, à son passage à La Rochelle, lui fit l'honneur de l'armer chevalier de sa propre main, d'Angliers voyant l'épée nue, ferma les yeux de peur. Le roi de Navarre lui dit alors en souriant : M. le président, vous serez le chevalier craintif. Avec de telles dispositions, d'Angliers ne devait pas approuver les mesures violentes; aussi se rattacha-t-il au parti assez nombreux qui voulait ménager la Cour aux dépens même de la liberté du culte. Il fit tout ce qu'il put, en 1567, pour s'opposer à l'entreprise de Pontard, qui introduisit SainteHermine dans La Rochelle, et assura ainsi la possession de cette importante cité aux Protestants, « Mais, nous raconte Amos Barbot, il ne put toutefois dissuader le maire, quelque raison qu'il lui alléguât, et aux ministres, et aux plus zélés, auxquels ledit président en conférait selon la naïveté de son sentiment, qui l'en prirent en soupçon et défiance , dont il fut contraint de se retirer en ses maisons. » Par celte retraite, d'Angliers renonça volontairement au rôle qu'il semblait appelé à jouer, et l'histoire cesse de s'occuper de lui à dater de cette époque. — Un de ses parents, JEAN d'Angliers, chanoine de la cathédrale de Saintes, en 1562, travailla à répandre la réforme dans la capitale de la Saintonge, ainsi qu'à Mortagne, où sa qualité de prieur 8


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d'Armenteuil lui facilita cette tâche dangereuse.

ANGST (WOLFGANG, WOLF, ANGUSTUS), né à Kaisarsberg, en Alsace, florissait dans la première moitié du 16e siècle. Philologue, poète et imprimeur, il fut à ce triple titre l'ami de Reuchlin; d'Érasme et de Hutten ; mais ce qui lui mérite surtout une place dans cet ouvrage , c'est la part considérable qu'il prit à la composition ou tout au moins à la publication de la célèbre satire connue sous le nom d'Epistoloe obscurorum virorum. Cette impression terminée, Angst partît pour Bâle où il travailla, en 1517, à une édition de quelques écrits d'Érasme. L'année suivante, on le retrouve à Mayence occupé d'une édition de Tite-Live et de l'impression du traité de Hutten sur je gaïac; mais à dater de cette époque, on ignore sa destinée. Mohnicke, auteur de l'article remarquable qui lui est consacré dans la grande Encyclopédie d'Ersch et Gruber, pense que c'est à Angst qu'on doit attribuer un autre écrit satirique, le Triumphus Capnionis, qui fut publié sous le pseudonyme d'Eleutherius Byzenus, et qui ne produisit pas moins de sensation que les Epistoloe mêmes. ANJORRANT, nom d'une famille de robe, issue de Louis Anjorrant, seigneur de Claye, conseiller du roi en sa cour du parlement de Paris, puis président aux requêtes, qui vivait avant 1556. Selon leur coutume, les généalogistes dont nous admirons constamment le petit esprit, se gardent de nous apprendre que celte famille professa longtemps le protestantisme ; mais nous en avons la preuve dans plusieurs lettres de Du Plessis-Mornay, adressées, pendant les années 1619 à 1621, à M. Anjorrant, résident pour les affaires de la république de Genève près de la Cour de France. Nous savons aussi, par le témoignage de l'historien de Meaux , qu'une JEANNE Anjorrant épousa Tyssard, sieur de Biches, et lui donna un fils, nommé DANIEL, qui, du chef de sa mère, devint seigneur

des trois quarts de Claye. Un arrêt du parlement de Paris, en date du 4 juillet 1656, ayant défendu aux religionnaires de cette seigneurie et spécialement au ministre Billot, de faire à Claye aucun exercice de la religion réformée, tant que le seigneur n'y ferait pas sa résidence, Daniel Tyssard s'empressa de déclarer qu'il y fixerait sa demeure. Cette déclaration n'ayant pas été suivie d'un assez prompt effet, dès le12 décembre le parlement confirma son pré cédent arrêt, et par un troisième, rendu le 23 juin 1637, non seulement il interdit de nouveau la célébralion du culte protestant; mais il défendit a l'instituteur, nommé Jean de Rome « d'enseigner la jeunesse en quelque lieu et de quelque manière que ce fût.» En 1644, Tyssard se rendit enfin à Claye où il passa trois mois et où il rétablit l'exercice public de sa religion. Le parlement ne put s'y opposer, les ordonnances permettant aux seigneurs hauts-justiciers de faire prêcher dans leurs châteaux pour eux et leurs familles; mais quelques années après, Tyssard étant mort et sa veuve s'étant retirée à Biches, près d'Orléans, il rendit, dès le 25 mai 1661, à la requête de l'évêque de Meaux, un arrêt faisant itératives défenses aux religionnaires de s'assembler au château de Claye, et à tout ministre, nominativement aux pasteurs de Meaux, Lisy, La Ferté-sous-Jouarre, Paris, Charenton et Orléans, c'est-à-dire à Dalbrici, d'Allemagne, Bancelin, Drelincourt et Perreaux, d'y prêcher ou d'y faire aucun exercice de leur religion, sous peine de mille livres d'amende, enjoignant en même temps auxdits religionnaires de tapisser leurs maisons les jours de la Fête-Dieu, et sur leur refus, permettant aux Catholiques de les faire tapisser à leurs frais. Il paraît que les protestants de Claye obtinrent la cassation de cet arrêt on tout au moins qu'ils surent l'éluder. En 1668, le roi chargea en effet le lieutenant-général au présidial de Meaux, et le capitaine de cavalerie Du Houx de régler défini-


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tivement cette affaire. Les deux commissaires mandèrent devant eux les parties, et après s'être fait présenter les titres sur lesquels les Protestants fondaient des droits contestés par les Catholiques, ils rendirent leur sentence qui supprima l'exercice à Claye.

ANTHOINE (NICOLAS), né à Brieu [Briey] en Lorraine, vers je commencement du 17e siècle, et exécuté à Genève le 20 avril 1632.

Son père, Jean Anthoine, ne négligea rien pour lui donner une éducation libérale. Il l'envoya d'abord à Luxembourg où il suivit pendant cinq ans les cours du collége de cette ville, et ensuite, il alla continuer ses études à Pont-à-Mousson, à Trèves et à Cologne sous la direction des Jésuites. Il avait atteint sa vingtième année lorsqu'il retourna chez ses parents. Dans le cours de ses études, le jeune Anthoine ayant conçu des doutes sur la vérité des doctrines de l'Église catholique, éprouva le besoin de les éclaircir, et à cet effet il s'adressa au pasteur de l'église de Metz, Paul Ferry. Les instructions de ce pasteur l'ayant pleinement convaincu , il embrassa le protestantisme. Il voulut même devenir un de ses ministres, tant ses convictions étaient sincères. Il se rendit donc à Sedan, et de là à Genève pour y étudier en théologie. Mais de nouveaux doutes ne tardèrent pas à assiéger son esprit. Voici quelle en fut la source. A cette époque, l'exégèse était encore dans l'enfance. Esclave d'une dogmatique inflexible, elle ne cherchait dans l'A. T. que des allusions au Messie , allusions souvent si voilées que le jeune étudiant, ne pouvant les saisir, prit le parti extrême de nier absolument la vérité des prophéties, et rejeta le Christ comme un imposteur. Dès lors il résolut de renoncer à sa nouvelle religion pour faire profession du judaïsme. Dans cette intention, il quitta Genève et se rendit à Metz pour se faire admettre dans la Synagogue; mais les Juifs de cette ville, craignant, dit-on, de s'attirer une fâcheuse affaire

affaire l'adressèrent, après quelques conférences, à ceux de Venise. Même refus de la part des Juifs de cette ville qui l'envoyèrent à leurs coreligionnaires de Padoue. Le peu de succès de ses démarches le décida à la fin à retourner à Genève. Jusque-là, sa conduite n'avait certainement rien de coupable; il obéissait à ses convictions, de même qu'il y avait obéi, loyalement, volontairement, pour abjurer la religion dans laquelle il avait été élevé. Mais ici commencent, d'après ses propres aveux, une suite d'actes de la plus condamnable hypocrisie. Sans doute qu'il y fut entraîné par la misère ; mais cela ne saurait le justifier. De retour à Genève, il fit semblant de poursuivre ses études théologiques, et sa dissimulation fut telle que le ministre et professeur en théologie Deodati lui confia l'éducation de ses enfants. Ses études terminées, Anthoine fut nommé premier régent du collége de Genève, et il disputa même, mais sans succès, la chaire de philosophie. " Pendant tout ce temps-là, dit le critique de La Roche (Bibl.Angloise, t. II), il vécut extérieurement en chrétien ; mais en particulier il vivoit et faisoit ses dévotions à la manière des Juifs. Pour mettre le comble à son hypocrisie, il demanda un témoignage à l'église de Genève et alla au synode de Bourgogne, assemblé à Gex, pour y être admis au saint ministère, Il y fut admis selon la coutume, promettant de suivre la doctrine de l'A. et du N.T., et de se conformer à la discipline et à la confession de foi des églises réformées de France. Après quoi, le synode le nom ma à l'église de Divonne dans le pays de Gex. " . Une fois pasteur, il n'est sorte d'expédients auxquels il n'eut recours pour concilier les devoirs de son ministère avec ses croyances religieuses. Jamais il ne prenait le texte de ses sermons que dans l'A. T., et il évitait avec grand soin de parler de J. Ch. soit dans ses exhortations, soit dans ses prières. A la fin, le seigneur de Divonne conçut des soupçons, et il lui en fit


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part. La torture morale qu'Anthoine avait dû trop longtemps s'imposer, jointe à la honte et à l'humiliation qu'il ressentit de se voir découvert, provoquèrent une crise terrible : il perdit la raison. Dans ses accès de folie, il proférait les plus grands blasphèmes contre la religion chrétienne. Un jour étant parvenu à tromper la vigilance de ses gardiens, il s'enfuit de nuit jusqu'aux portes de Genève. Lorsque le jour parut, on le trouva, nupieds , prosterné dans la boue , qui adorait a le Dieu d'Israël.» C'était au mois de février. La folie du malheureux était trop manifeste, pour qu'on pût songer à procéder contre lui. On le fit donc entrer à l'hôpital, où des soins intelligents ne tardèrent pas à lui rendre la raison. Mais lorsqu'il eut recouvré son bon sens, ou à peu près, il persévéra dans sa folie anti-chrétienne, « blasphémant contre la Sainte-Trinité et la personne de notre Seigneur J. Ch., et soutenant tant de bouche que par écrit que c'était une idole, et que le N. T. n'était qu'une fable. » Les remords qu'il éprouvait de sa conduite passée devaient être bien violents pour lui arracher une telle profession de foi; n'avait-il pas devant les yeux le terrible exemple de Servel? Ni les exhortatalions, ni les prières, ni les menaces, rien ne put l'ébranler. On le tira alors de l'hôpital pour le jeter en prison. Pendant sa détention, il présenta trois requêtes au Conseil; dans l'une " il priait qu'on informât sur sa vie, disant qu'il avait toujours tâché de vivre en la crainte de Dieu, et de suivre la droite voie du salut; que Dieu connoissait son coeur et était témoin de son intégrité.» Mais la rétractation de ses doctrines pouvait seule le sauver, et il repoussa constamment cette dernière planche de salut. Lorsqu'il fut question de juger cette affaire, le Conseil désira consulter les ministres de la ville et les professeurs en théologie de l'académie. Ils comparurent dans son sein, le 9 avril, au nombre de quinze. Les avis furent partagés. Selon les uns, Anthoine

Anthoine pas plus digne du dernier supplice que ne l'était tout autre juif; à la vérité, il y avait cette différence qu'étant juif au fond du coeur, il avait feint d'être chrétien et s'était fait recevoir au saint ministère ; c'est pourquoi il méritait d'être flétri, déposé du ministère et banni, ou tout au plus excommunié de l'Église, de l'excommunication majeure. Un jugement à mort leur semblait d'autant moins applicable qu'Anthoine ne pouvait être considéré comme étant compos mentis après les signes manifestes d'aliénation mentale qu'il avait donnés. Quelquesuns furent d'avis que le Conseil, avant de se prononcer, consultât les diverses églises et académies protestantes, et en particulier celles de la Suisse. Mais les autres, et ce fut le plus grand nombre, représentèrent qu'il y aurait du danger à supporter plus longtemps un pareil monstre ; que sa folie ne l'excusait point, puisqu'il avait maintenu ses impiétés dans un temps où il avait l'esprit lucide. L'avis le moins sage et le moins charitable prévalut. Ce fut en vain que le pasteur de l'église de Charenton Mestrezat et le pasteur de Metz Paul Ferry cherchèrent, par leurs représentations, à ramener le Conseil dans les voies de la douceur et de la modération et à lui éviter de rendre un jugement que la postérité ne devait pas ratifier. Mestrezat s'appuyait surtout sur des considérations d'intérêt public en faveur de l'Église protestante. « Les écrits de nos prédécesseurs De puniendis Hoereticis, écri vait-il à son beaufrère M. Chabrey ministre à Genève, n'ont pas été à grande édification, et tournent, aux états où le magistrat nous est contraire, à notre grand préjudice.» Et dans une seconde lettre, du 30 mars, il revenait sur ce même sujet. « Quant à votre moine juif [il se trompait, Anthoine n'a jamais été moine] et ministre renié, les plus sensés lui souhaitent ici une prison perpétuelle et étroite, ... et craignent merveilleusement les conséquences d'un supplice public de peur qu'on n'infère


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par deça que des propos contre le pape, vicaire prétendu de J. Ch., ou contre l'hostie de la messe, soient appelés blasphêmes contre Christ, et prétendus semblablement punissables.» La lettre que le ministre Ferry adressa aux pasteurs de Genève, également à la date du 30 mars, fait trop d'honneur à son caractère pour que nous n'en rapportions pas quelques fragments. Il commence par s'excuser de s'ingérer dans cette affaire sur ce qu'ayant servi d'instrument pour amener Anthoine à la connaissance de la vérité, il a d'autant plus de raisons de désirer qu'il ne se perde. Il entre ensuite dans quelques détails sur les antécédents de ce malheureux et cherche surtout à détruire cette fausse idée que les accès de démence qu'il avait éprouvés étaient " un manifeste jugementdu ciel,» d'où ses juges eussent pu inférer que Dieu les avait élus pour être des instruments de vengeance plutôt que de miséricorde. Il raconte qu'après son retour de l'académie de Sedan, Anthoine commença à manifester une humeur sombre et sauvage ; qu'il était « toujours inquiet, sans pouvoir être en repos en aucun lieu. Ce que nous ne pouvions attribuer, continue-t-il, qu'au mauvais succès qu'il avait eu en un synode de l'Isle-de-France, où il avait été envoyé avec témoignage et recommandation de l'église et académie de Sedan, et d'où il avait été pourtant renvoyé. " La pauvreté et « la nécessité de beaucoup de choses où il tomba tôt après » contribuèrent encore à augmenter sa mélancolie, " A quoi il semble qu'on peut ajouter, poursuit le ministre de Metz, la forme de ses études attachées après le Vieux Testament, sur lequel il m'a écrit qu'il dressait une concordance. En tout cas, quand bien ce ne serait là les causes de son mal, si est-ce que vous savez, Messieurs, qu'il se trouve une sorte de mélancolie, en laquelle les médecins reconnaissent GEÏÔV ", qui n'est pas néanmoins un crime, ni un châtiment de la justice de Dieu, mais une grande misère.—

misère.— tout, Messieurs, il est certain qu'il vous trompe en disant qu'il y a huit ou dix ans qu'il a résolu en soi-même ce qu'il déclare à présent; car non seulement en cet entretemps il a toujours fait toutes sortes de preuves personnelles d'une profession chrétienne, mais a même gagné son frère à la nôtre, en laquelle il vit honnêtement parmi nous, et a tâché d'en faire autant de son père, auquel comme à lui il en a écrit quantité de lettres... que j'ai toujours vues pleines d'un style ardent et de témoignages d'une merveilleuse et peu commune affection à J.Ch., et à la vérité d'icelui enseignée en nos églises. — Même lors qu'il fut reçu au ministère , il me l'écrivit de Genève du 29 novembre, comme à celui qu'il avait accoutumé d'appeler, comme il fit encore lors, son très-cher père spirituel duquel Dieu s'était servi pour l'amener, disait-il, à sa connaissance. — Messieurs, permettez moi, je vous supplie, de vous dire qu'il semble bien nécessaire pour l'édification de l'Église que cette affaire se traite avec une grande retenue. Tout autre exemple que l'on en voudrait faire, nuirait sans cloute merveilleusement.... En tout cas, il n'est pas besoin de se hâter en chose qui peut toujours être faite, et où le délai ne peut nuire, peut même quelquefois servir. A Servet dogmatisant d'un sens froid et sec depuis vingt ans et plus, en plusieurs lieux, de bouche et par livres écrits et imprimés, et choses bien plus subtiles et plus périlleuses, il fut donné un long temps pour se remettre. Encore, Messieurs, savezvous les divers discours qui s'en sont ensuivis, etc. » Cette lettre fit, selon de La Roche, une telle impression sur l'esprit des ministres de Genève, qu'après le jugement ils se rendirent en corps au Conseil pour supplier les magistrats de surseoir à l'exécution de leur sentence; mais si l'on considère la date à laquelle elle fut écrite, on ne saurait douter qu'ils n'en eussent déjà pris connaissance avant la séance du 9 avril où ils furent appelés à émettre


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leur avis, et dont nous avons rapporté le déplorable résultat. Le 11, Anthoine comparut pour la première fois devant ses juges, et fit hautement profession du judaïsme. Le 20, son procès étant instruit, le Conseil le condamna à a être lié et mené en la place de Plein palais, pour là être attaché à un poteau sur un bûcher, et étranglé à la façon accoutumée, et eh après son corps brûlé et réduit en cendrés.» Cette sentence fut exécutée le jour même. « Quelques uns, dit Spon (Hist. de Genève), murmuraient et disoient qu'il y avoit trop dé sévérité d'exécuter des gens à mort pour desimpies opinions; mais le Conseil considérait le criminel, non seulement comme un apostat et un blasphémateur, qui traitait la sainte Trinité dé cerbère ou dé monstre à trois têtes, mais aussi comme un séducteur pernicieux et un parjuré qui prêchait sa fausse doctrine contre le serment fait en sa réception.» Nous osons affirmer, à l'honneur de notre siècle, qu'il n'y à pas, de nos jours, un seul membre de l'Église protestante qui voulût ratifier celte sentence. Et qu'on le remarque bien, ce n'est pas par indifférence religieuse, tout au contraire, c'est bien plutôt parce que la divine religion du Christ, religion d'amour et de charité, tend de plus en plus à passer dans nos moeurs. La lettre meurt; l'esprit survit. On trouva parmi les papiers d'Anthoine : I. Quelques passages de l'A. T. avec une prière; II. Une prière qu'il faisait le soir avant de se coucher, et une autre qu'il prononçait après ses sermons; ces prières sont, dit-on, remplies d'onction, mais il n'y est fait aucune mention de J. Ch. ; III. Une petite feuille contenant onze objections philosophiques contre la doctrine de la Trinité ; IV. Un long écrit dans lequel l'auteur fait une confession de sa foi en XII articles, accompagnés de leurs preuves; il avance : 1° qu'il n'y a qu'un seul Dieu sans distinction de personnes; 2° qu'il n'y a point d'autre voie de salut que l'accomplissement de la loi de Moïse ; 5° que la circoncision

circoncision de rigueur; 4° que le sabbat doit être toujours observé; 5° que la distinction des viandes en pures et impures doit toujours subsister ; 6° que les sacrifices seront rétablis; 7° que le temple et la ville, de Jérusalem seront rebâtis ; 8° que le véritable Messie doit venir, et qu'il sera un roi glorieux; saint et juste, qui rétablira le royaume d'Israël ; 9° qu'il n'y a point d'imputation du péché d'Adam ; 10°qu'il n'y a aucune prédestination , par laquelle Dieu ait décrété de sauver les uns et damner les autres ; mais qu'on sera récompense ou puni selon ses oeuvres; 11° que personne ne petit satisfaire pour flous ; mais que si nous péchons; il y à lieu à repentance ; 12° que le N. T. n'est point conforme à l'Ancien. A la fin de cette profession de foi, se trouvent deux autres écrits ; dans l'un, l'auteur entreprend de prouver que les passages de l'A. T. où il est question d'une nouvelle alliance, doivent s'entendre d'une confirmation lie l'ancienne faite avec Abraham, Moïse et les Pères; dans le second de ces écrits, il donne une explication du LIIIe chap. d'Esaïe ; selon lui, le prophète y parle des Israëlites vertueux qui furent enveloppés dans les mêmes malheurs que les méchants; — Anthoine avait fait tenir cette pièce au Conseil pendant sa détention ; il y apposa sa signature, en signe de confirmation, le jour même de son exécution.

Il ne faut pas confondre nôtre Nicolas Anthoine avec son homonyme Nicolas Antoine, chanoine de Séville, né en 1617, qui est auteur d'une Bibliotheca hispanica.

ARAMBURE OU plutôt HARAMBURE,

nom d'une famille noble ; originaire du Béarn, établie dans le Berry, qui reconnaissait pour son chef BERTRAND d'Harambure, sieur de Picassary, gouverneur de Mauléon; Ce Bertrand épousa, en 1550, Florentine de La Salle de Betsunce dont il eût cinq enfants : Pierre ; dont le sort est resté inconnu ; Jean ; Catherine, mariée à Guillaume de Mesplès, le 21 juin 1592;


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Marie, épouse de Tristan, sieur de Beaujeu, et Elisabeth.

JEAN d'Harambure, baron de Picassary, sieur de Romfort, fut élevé avec le roi de Navarre qui le traita toujours avec une affectueuse familiarité. Il épousa, le 30 octobre 1575, Marie Secondat, et vers la même époque il fut nommé écuyer de Henri et gentilhomme de sa chambre. Il est a supposer qu'il prit une part active aux guerres qui suivirent la rupture de la paix de Bergerac ; cependant l'histoire ne fait mention de lui que vers l'année 1587 où il servait sous les ordres de Henri de Condé. Il se distingua au combat d'Anthogni où il mit en deroute la cornette blanche de Joyeuse, ainsi qu'à la bataille de Coutras. En 1588, sous le commandement de La Tremoille, il couvrit le siége de Marans à la tête de la Cavalerie légère. L'année suivante; à la surprise de Niort par Louis de Saint-Gelais, il monta un des premiers à l'assaut, et malgré une blessure qu'il y reçut, il contribua beaucoup au succès de cette entreprise. Peu de temps après, nous le retrouvons capitaine d'une compagnie de chevau-légers et servant sous Châtillon qu'il dégagea par une Charge brillante dans une affaire contre Saveuse, et à qui il assura par ce fait d'armes une victoire fort compromise. « Ce combat, dit d'Aubigné, rendit redoutables envers les liguez tous les conflits où ils savaient avoir affaire aux réformes. » Quelques mois plus lard, sous les murs de Paris, il fondit, lui dixième, sur une compagnie entière de chevau-légers, récemment levée par le chevalier du guet, et la força à rentrer précipitamment dans le faubourg St.-Jacques, après lui avoir tué ou pris beaucoup de monde. Pendant la retraite de Henri IV sur la Normandie, Harambure trouva encore l'occasion de signaler sa valeur, en repoussant une sortie de la garnison de Rouen. A Dieppe, dans une reconnaissance du côté d'Eu, il enleva un poste ennemi sans tirer l'épée, et quelques jours après, il s'empara d'un convoi dont il

tua ou fit prisonnière toute l'escorte, sans qu'il en échappât un seul homme. Ces exploits justifient sans doute le titre de " sage et très-expérimenté capitaine » que lui donne le duc d'Angoulême dans ses Mémoires. Brantôme, qui le cite parmi les mestres-de-camp huguenots, lui décerne le même éloge et presque dans les mêmes termes ; il l'appelle « bon capitaine, vieux, sage et bien advisé.» Cependant nulle part Harambure ne déploya plus de sangfroid et d'intrépidité que dans la retraite de Henri IV sur Neuchâtel. « Il fit, dit d'Aubigné, à bon escient Horace le borgne : il se retire le dernier, aïant à tous coups l'épée dans les dents des plus pressans; il trouve une barrière abandonnée par les arquebusiers, il les rappelle en vain, il se jette à terre et la ferme, et l'escuïer de Laverdin qui lui sauvoit quelques coups, lui est tué sur, les espaules ; à cent pas de là il fait de mesme au petit pont le plus près de la ville. » Enfin, en 1592 , toujours à la tête des coureurs, il se distingua à Bure où furent enlevés les quartiers du duc de Guise. Tant de services méritaient une récompense. A son avènement à la couronne de France, Henri IV nomma Harambure grand giboyeur de sa maison, et commandant de sa compagnie de chevau-légers. Dans une lettre à Sully, du mois d'avril 1607, ce prince le cite au nombre de ses " familiers serviteurs. » Le parti protestant le vit avec plaisir accepter le commandement, d'Aigues-Mortes et de là TourCharbonnières ; il savait qu'on ne pouvait remettre cette place de sûreté en des mains plus fidèles que les siennes. Mais la Cour qui redoutait en lui les qualités qui le rendaient cher à ses coreligionnaires, saisit la première occasion pour le dépouiller de son gouvernementqu'elle donna à Bertichères, plus dévoué à ses intérêts, et qui luimême, selon les Mémoires de Rohan, en avait été dépouillé, par voies extraordinaires, du temps du feu roi. Mais lorsque Bertichères, appuyé de l'autorité du connétable, d'un arrêté de l'as-


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semblée de Saumur [circonvenue par ses intrigues et par ses menées] et de la faveur de la Cour, voulut rentrer dans Aigues-Mortes, en 1612, « ladite province, continue Rohan, bien avertie de ses déportemens par Saugeon ( envoié exprès du duc de Rohan pour les en instruire) ménagea si bien cette affaire, qu'à la face du connétable elle maintint Arembures et empêcha Bertichères d'y entrer. »

La Thaumassière qui a consacré dans son Histoire du Berry une courte notice généalogique à la maison d'Harambure, ne nous apprend pas quand ce brave capitaine huguenot mourut. Les autres généalogistes gardent un silence complet sur cette famille protestante, ou bien ils la confondent, comme le font aussi la plupart des historiens, avec celle des Rambures de Picardie, qui, selon toute apparence, était catholique. Un manuscrit de la Bibliothèque Royale (fonds de Béthune, coté 9344), nous fournit la preuve qu'Harambure vivait encore en 1625. On trouve, dans ce recueil, une note secrète remise au gouvernement de Louis XIII et contenant une appréciation, généralement exacte, des principaux chefs du parti protestant. Voici ce qu'on y lit sur Harambure : " homme de main et de conseil, prudent, secret et obstiné. »

Harambure devait avoir à cette époque au moins soixante-dix ans. Il n'est donc guère possible d'admettre, avec M. Berger de Xivrey, dans ses notes sur les Lettres missives de Henri IV, qu'il ait, été revêtu d'un commandement dans l'armée du comte Ernest de Mansfeld. Le témoignage de La Thaumassière est d'ailleurs formel, c'est de son second fils, HENRI, qu'il s'agit.

L'aîné, JEAN, mourut avant lui. Sa fille, JEANNE, fut mariée, le 23 juillet 1619, à Charles de Pierre-Buffière, sieur de Prunget, Tendry et Chabenet. Quant à Henri, il fut nommé, par commission du 12 décembre 1624, lieutenant général de la cavalerie de l'armée qui devait envahir le Palatinat sous les ordres de Mansfeld ; cette expédition

ayant manqué, Louis XIII lui donna le commandement de 2,000 chevaux français. Il épousa, le 11 juillet 1648 (?), Marguerite Hatte qui le rendit père de cinq fils et de deux filles. Nos renseignemenssur cette famille s'arrêtent là.

ARBALESTE (CHARLOTTE), fille de Guy Arbaleste, seigneur de LaBorde, vicomte de Melun, président de la chambre des comptes, était née en 1548. Restée veuve, à l'âge de dixneuf ans, de Jean de Paz, puiné de Feuquières, elle se remaria, en 1575, avec le célèbre Du Plessis-Mornay dont elle a écrit la Vie, imprimée en tête de la nouvelle édition des Mémoires de Mornay, sous le titre : Mémoires sur la vie de Du Plessis-Mornay, son mari, publiés sur le manuscrit autographe, Paris, 1824, in-8°. Cette biographie va jusqu'à l'année 1606, où mourut l'auteur. Nous aurons l'occasion d'en apprécier le mérite dans la notice consacrée à Mornay. — La cousine-germaine de. Charlotte, RACHEL, fille de Marie Arbaleste et de Jacques de Cochefilet, seigneur de Vaucelas, épousa , en secondes noces, dans l'année 1592, Maximilien de Béthune, depuis duc de Sully. Pour contracter cette alliance, elle quitta la religion romaine et embrassa la religion réformée dans laquelle elle mourut, avec de grands sentiments de piété, en 1659, à l'âge de 93 ans. Elle fut ensevelie dans le tombeau qu'elle avait fait élever à son époux, en 1642, par le sculpteur B. Boudin.

ARBALESTIER, nom d'une ancienne famille du Dauphiné. Selon Chorier, JEAN Arbalestier, coseigneur de Beau fort, occupa de grands emplois dans le parti protestant, et, selon La Chenaye-Desbois, il eut le gouvernement de plusieurs villes , entre autres de Montpézat. Ce dernier écrivain nous apprend qu'il épousa Louise d'Urre, avec laquelle il aurait fait, selon lui, un testament mutuel et réciproque en 1567 ; tandis que nous lisons dans les Pièces fugitives du marquis d'Aubaïs, qu'il testa en 1609, date que tout nous


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porte à regarder comme plus exacte. Son fils ISAAC, qualifié seigneur de Beaufort, gentilhomme servant le roi, épousa, le 22 février 1590, Esther Sauvan, appelée par d'autres Esther de Sauvain de Chaitar, qui le rendit père de trois fils : Charles, Paul et Jean. L'aîné, CHARLES, seigneur de Montclar, suivit, comme son père, la carrière des armes. Il commandait un régiment en 1655 et en 1658, fut major de l'arrière-ban du Dauphiné assemblé en 1640 pour le siége de Turin, colonel des 4,000 légionnaires de cette province envoyés au même siége, et, en récompense de ses services, créé maréchal-de-camp. Chorier nous apprend, en outre, qu'à l'époque où il écrivait, c'est-à-dire, vers 1670, Charles Arbalestier était un des commissaires députés par lettres patentes de 1661 et de 1666, pour l'exécution des édits de pacification dans le Lyonnais, le Dauphiné et la Provence. Ses fils, ALEXANDRE , seigneur de Beaufort, et PAUL, seigneur de Gigors, ont eu, ditil, des commissions dignes du nom de Montclar et de leur courage. Le premier servit dans le régiment d'infanterie de son père avec le grade de capitaine, puis il passa, avec le même grade, dans le régiment de chevaulégers d'Harcourt, et il entra plus tard, comme lieutenant, dans la compagnie d'Autichant. En 1664, lorsque Louis XIV, cédant à l'impatience de la noblesse française et à son insatiable désir de gloire, envoya au secours de l'empereur Léopold un corps de six mille volontaires, Alexandre Arbalestier ne fut pas des derniers à solliciter l'honneur de suivre en Hongrie les comtes de Coligny et de La Feuillade. Il commanda dans cette campagne le régiment de Bissy en qualité de premier capitaine. De retour en France , il fut mis à la tête d'un régiment de cavalerie, par commission donnée devant Douai, le 8 juillet 1667. Son frère, Paul, qui commandait une compagnie dans le régiment de Sault depuis 1665, en obtint, la même année, une de chevau-légers.

chevau-légers. et l'autre furent tués au service de Louis XIV, et comme ils ne laissaient pas d'enfants, leurs biens passèrent à de nombreux collatéraux.

La Chenaye-Desbois les fait mourir en 1635; mais il se trompe évidemment. Les détails qui précèdent et qui nous ont été fournis par Chorier, écrivain contemporain, sont tellement précis qu'il est difficile de douter de leur exactitude. Nous ne pouvons donc voir dans l'acte sur lequel l'auteur du Dict. de la Noblesse s'appuie et qui contient, en date du 22 février 1635, une cession faite par JEAN Arbalestier à son frère PAUL, de son château de la Gardette, qu'une transaction tout-à-fait étrangère à leurs neveux.

ARBAUT (GEORGE) né vers 1570, professeur au collége des arts de Nismes, puis ministre dans le Vivarais. Après avoir rempli pendant plus de vingt ans les fonctions pastorales, il fut déposé par le synode provincial du Bas-Languedoc comme coupable d'usure, de larcin et de diffamation. La sentence fut confirmée, en 1626, par le synode national de Castres qui déclara Arbaut indigne du saint ministère et exclu des sacrements. Arbaut s'adressa vainement au synode de Charenton, en 1651, pour le supplier de le rétablir dans ses fonctions; mais il fut plus heureux auprès du synode d'Alençon qui, prenant en considération la sincérité de son repentir, confirmée par une si longue épreuve, et ayant égard aux attestations favorables qui lui avaient été données par les députés du Bas-Languedoc, le rétablit dans l'office de pasteur après l'avoir exhorté à mener à l'avenir une vie plus régulière.

Ce même synode se montra plus sévère envers Joseph Aubery, ancien pasteur de Coulonge, qui avait été déposé par le synode provincial de la Bourgogne " pour plusieurs faussetés, parjures et scandales , » sentence qui avait été également confirmée par le synode de Castres. Malgré le témoignage rendu en sa faveur par le consul


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d'Aubonne, dans le pays de Vaud où Aubery s'était retiré; le synode d'Alençon refusa de le rétablir dans le saint ministère tout en rendant grâces à Dieu de sa conversion et en l'exhortant à persévérer dans ses bonnes dispositions. Ce Joseph Aubery était vraisemblablement le fils d'un Aubery , pasteur à Savonnes en 1603. Nous ignorons si quelque lien de parenté l'unissait à Benjamin Aubery, auquel nous consacrons un article.

ARBAUT (N. D'), gentilhomme de Nismes, membre de l'académie royale d'Arles; qui abjura le protestantisme en 1684. Son père, nous dit le Mercure toujours soigneux d'enregistrer chaque nouvelle apostasie, avait rempli des emplois importants dans l'Église réformée, mais comme il ne nous apprend pas lesquels; et que Ménard garde à cet égard le silence dans son Histoire si détaillée et si exacte de la ville de Nismes; on doit regarder l'assertion du gazetier comme plus que suspecte. Quoi qu'il en soit, il est certain que le fils renia sa foi. «Par son abjuration, continue le Mercure, il s'attira l'estimé des États du Languedoc qui lui en marquèrent une joie extrême; mais dans ce bonheur il eut le chagrin de se voir abandonné par sa femme.» Affligée en effet au plus haut point du changement de religion de son mari; elle oublia, pour sauver la liberté de sa conscience , ses devoirs d'épouse, et elle le quitta en emmenant ses enfants, à l'exception de sa fille aînée qui consentit à rester auprès de son père; « sans qu'elle donnât aucun sujet d'espérer — c'est le Mercure qui parle — qu'on pût lui rendre suspectes les maximes de Calvin.» On y réussit pourtant. Sous prétexte d'un voyage d'affaires, le père la décida à aller passer quelques jours dans un couvent d'Arles; où " l'on gagna sur son esprit; qui était d'une étendue, d'une délicatesse et d'une force admirables,» — ces éloges délicats ne peuvent manquer de rehausser beaucoup le mérite du convertisseur, — on gagna donc sur son esprit

« qu'elle entrerait dans des conversations aisées et sans contrainte avec quelque savant ecclésiastique qu'elle choisirait. » Le provincial des Carmes fut en conséquence invité à la visiter, et le résultat des conversations aisées et sans contrainte qu'il eut avec elle fut que quelques mois après, en 1685; elle abjura entre les mains de l'archevêque d'Arles qui, pour donner à cet acte toute la solennité possible, voulut officier lui-même. On ne nous apprend pas ce que devinrent la mère et les autres enfants.

ARBUSSI (JOSEPH); ministre de Montauban, et professeur d'hébreu à l'université de cette ville. Esprit brouillon , hautain , entreprenant, Arbussi s'était attiré beaucoup d'ennemis en se faisant le principal instrument dé l'exil de Labadie. Quelques-uns l'accusaient aussi de s'être vendu à la Cour et d'en recevoir une pension. C'est dans ces circonstances qu'une partie dès membres de son église entreprirent de le faire déposer et le poursuivirent devant trois synodes. Le synode de Mauvesin, dans l'espoir de donner aux esprits le temps de se calmer, voulut l'envoyer pour un an remplir les fonctions du ministère à Sainte-Afrique, en chargeant Coras de le remplacer à Montauban ; mais Arbussi refusa d'obéir, de l'avis du consistoire lui-même: Le synode d'Usez le sus pendit, ce qui ne l'empêcha pas de continuer à prêcher et à administrer les sacrements en vertu d'un arrêt de rétablissement rendu par le parlement de Toulouse à la sollicitation d'un de ses oncles. Cette violation réitérée de la discipline aurait dû lui attirer un traitement rigoureux de la part du synode de Réalmont ; cependant, au lieu de le déposer, il le choisit pour adjoint. Le synode national de Loudun, devant lequel il fut cité encore une fois, en 1659, par Billières, Crumel, Coderc et Durassus; députés du parti contraire, le suspendit pour un an, après censures verbales, et lui défendit d'exercer son ministère à Montauban, tout en blâmant


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sévèrement la conduite de ses adversaires " qui avaient fait voir plus de passion que de zèle pour la gloire de Dieu.» Arbussi obtint bientôt après la place de pasteur à Bergerac, où, selon Colomiez, il remplissait non sans fruit; en 1665, les fonctions dû ministère; mais au bout d'un ou deux ans, il abandonna la religion réformée. Ce fut après Son abjuration qu'il publia sa Déclaration contenant les moyens de réunir les Protestants dans l'Église catholique (Paris, 1670, in-8°), le seul ouvrage que l'on cite de lui. Son frère; Théophile, ministre de Milhau et député au synode national de Loudun, on il prononça sur Gen. XLIX, V. 10 un sermon qui a été imprimé (Saumur, 1660, in-8°), fût banni à perpétuité du royaume, à l'occasion d'une émeute qui éclata dans cette ville en 1665. Les capucins qui y avaient une mission; ayant voulu, par excès de zèle ou plutôt pour inquiéter les Protestants, s'opposer à un enterrement, qui ne se faisait pas à l'heure fixée par l'arrêt du 13 novembre 1662, il en résulta un tumulte où quelques-uns d'entre eux furent maltraités. Trente-sept personnes furent arrêtées. Deux furent pendues, deux condamnées à l'amende honorable et au bannissement, deux autres au bannissement pour cinq ans de la généralité de Montauban, et le ministre, comme nous l'avons dit, au bannissement du royaume à perpétuité. Les autres accusés, qui avaient pris la fuite, en furent quittes pour être pendus et brûlés en effigie ou condamnés aux galères, et quelques femmes pour subir la peine du fouët. L'église de Milhau dut payer une amendé de 14,000 livres et les dépens. Enfin les Protestants furent exclus à perpétuité de toutes les charges municipales.

Outre ces deux Arbussi, la Grande Bibliothèque ecclésiastique en mentionne un troisième nommé ANTOINE, et fils d'un professeur en théologie à l'académie de Puy-Laurens. La révocation de l'édit de Nantes le chassa en Hollande où il fut nommé successivement

successivement à Utrecht et pasteur de l'église wallonne d'Amsterdam , en 1713. Il enseignait encore la théologie dans cette dernière ville en 1718. On à de lui : Juste idée de la grâce immédiate, (La Haye, 1689; in-12) réfutation d'un livre anonyme publié à Francfort; 1687, in-12 (Essais de théologie sur la providence et la grâce); Contre la doctrine de Jurieu. Dans une courte préfacé, il expose avec netteté et concision les idées de l'auteur qu'il combat. ARDRES (N. D'), gentilhomme des environs de Senlis, secrétaire de confiance du connétable de Montmorency. Ce fut en cette qualité qu'il assista, en 1559, à l'assemblée de Vendôme où les chefs de l'opposition contre les Guises, c'est-à-dire Antoine de Navarre, le prince de Condé, son frère; Coligny; d'Andeloi, Odet de Châtillon, François de Vendôme, vidame de Chartres; Antoine de Croi, prince de Portien, tous parents ou amis, se concertèrent Sur les moyens de renverser un gouvernement odieux. Les avis furent fort partagés. D'un caractère plus ardent, Condé, d'Andeloi et le vidame de Chartres voulaient qu'on courût de suite aux armes sans laisser aux Guises le temps d'affermir leur autorité. Les autres, et d'Ardres fut du nombre, proposèrent des remèdes moins violents, en représentant que s'il n'y avait rien à attendre du roi, oh pouvait tout espérer de la reine-mère qui n'hésiterait pas à se joindre à eux si elle trouvait ses surétés dans leur parti, et qu'on verrait crouler en un clin d'oeil la puissance des Guises, du moment qu'elle leur retirerait son appui. Ce dernier avis l'emporta ; mais on ne tarda pas à s'apercevoir qu'il n'était pas le plus sage. Il fallut quelques mois après revenir au premier, et Condé leva l'étendard de la guerre civile en s'emparant d'Orléans. D'Ardres n'hésita pas à aller le rejoindre, quoique le connetable de Montmorency se fût laissé gagner par le parti contraire. Cependant lorsqu'il vit Condé, qui avait déployé d'abord tant de vigueur et d'é-


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nergie, se laisser endormir par l'habile reine-mère, il prit le parti de se retirer chez lui, soit que ses ressources fussent épuisées, soit qu'il augurât mal d'une guerre ainsi conduite. «Quatre gentilshommes, nous raconte Crespin , assavoir les sieurs de Moncy St.- Éloi, de Houdencourt, d'Ardres et de La Maison-Blanche, voisins de la mesme ville ( Senlis ) s'estans retirez d'Orléans en leurs maisons pour se refraischir, les séditieux les allèrent attaquer et les amenèrent prisonniers, les accusans d'avoir tiré un coup de pistole au village de Fleurines contre une certaine femme soeur du prieur de St.-Christofle, regardant par sa fenestre. De Senlis ils furent menez à Paris et décapitez aux halles, après avoir fait confession de foi , et ce le 10 nov. 1562, et leurs testes apportées à Senlis, et mises à quatre portes de la ville. » Nous trouvons dans Bèze qui rapporte le même fait, une circonstance importante passée sous silence par Crespin. C'est que le tribunal de Senlis , jugeant en première instance, avait acquitté les quatre prévenus. Rien ne saurait mieux établir leur innocence; car, à cette époque, l'ombre d'une preuve suffisait souvent pour déterminer un arrêt de mort.

ARGENCOURT (N. D'), habile officier du génie, qui fut chargé par Rohan de diriger , sous les ordres de Calonge, les travaux de défense pendant le siége célèbre de Montpellier, en 1622. Comme beaucoup d'autres qui ne se laissaient point aveugler par un zèle religieux voisin de l'exagération, il paraît s'être rallié dès lors à un gouvernement qui, sans se montrer bienveillant, n'était pas non plus ouvertement hostile à la religion réformée. Nommé ingénieur-général, il fut chargé, en 1625, de construire la citadelle de St.-Martin dans l'île de Rhé. En 1650, il dirigea les travaux de la citadelle élevée sur les ruines de l'ancien château d'Oléron , et Richelieu l'invita à tracer le plan des fortifications du Brouage. Enfin les Mémoires

du cardinal nous apprennent qu'en 1637, lorsque les Espagnols débarquèrent sur les côtes de France et tentèrent de s'emparer de Leucate, Argencourt, placé sous les ordres du duc d'Hallwin, avec le grade de maréchalde-camp, contribua, à la tête des enfants perdus, par son courage autant que par son expérience, à la prise du camp ennemi, après avoir forcé le château de Rochefort à se rendre , le 25 septembre. Les nombreux ouvrages que nous avons consultés, ne font plus aucune mention de lui à dater de cette époque.

ARGOUD (ANTOINE D'), gentilhomme de Vienne en Dauphiné, converti au protestantisme par Jean Figon, ministre de grande réputation que l'on avait fait venir de Neuchâtel, en 1562, et « qui avait, dit Chorier , corrompu beaucoup d'esprits dans cette ville, et leur avait inspiré la hardiesse de faire ouvertement l'exercice de la nouvelle religion dans leurs maisons. » Les maisons où s'assemblaient les Protestants pour la célébration de leur culte, étaient celles de d'Argoud, de Gabet et de quelques autres. Ces réunions, quelque inoffensives qu'elles fussent, furent proscrites en 1566. Figon reçut l'ordre de vider la ville dans les huit jours ; Gabet échappa par la fuite à un châtiment plus sévère, et d'Argoud fut condamné à une forte amende. Ces rigueurs n'eurent, naturellement, d'autre effet que d'affermir les coupables dans leur foi. D'Argoud, qui devait être déjà avancé en âge, puisqu'il se trouve mentionné dans un acte de 1513, mourut sans doute peu de temps après; mais ses descendants persévérèrent dans la profession de la religion réformée, au moins jusqu'après l'avènement au trône de Henri IV. Nous lisons en effet, dans les procès-verbaux manuscrits de l'assemblée politique de Loudun, qu'en 1596, un d'Argoud, député en Cour par les églises de la Provence pour se plaindre des persécutions de toute espèce dont elles avaient à souf-


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frir, se présenta devant cette assemblée afin de solliciter son intervention en leur faveur auprès du roi et de ses ministres. — Un descendant de cette famille siége aujourd'hui à la Chambre des pairs, c'est le comte d'Argout.

ARLAMDE ou ARLANDE, famille noble du Languedoc. Louis d'Arlamde, seigneur de Mirebel, qui vivait vers 1560, eut pour fils GARRIEL Arlamde, époux de Marguerite de Massuguier, laquelle le rendit père de Louis Arlamde. Ce dernier se maria, le 7 avril 1586, avec Marthe de Rome et en eut Louis Arlamde, qui testa le 19 février 1628. Ce Louis avait pris pour femme, le 21 avril 1624, Françoise de Beaumont ; il laissa deux fils, JACQUES, seigneur de Mirebel, et ANTOINE, seigneur de Vendrias. A ces maigres renseignements qui nous sont fournis par les Jugemens de la noblesse de Languedoc, nous ajouterons que Jacques d'Arlamde, ancien de l'église de Villeneuvede-Berg, fut député par la province du Vivarais au 29e synode national, qui s'assembla à Loudun en 1659. Ce synode le chargea d'aller avec le pasteur David Eustache, porter aux pieds de S. M. ses très-humbles devoirs, ses soumissions et remercîments, en lui confiant en même temps pour le roi, la reine-mère et le cardinal Mazarin , des lettres où l'on désirerait plus de sincérité et un peu moins de servilité. Quand on connaît la conduite que le gouvernement de LouisXIV tenait déjà à l'égard des Protestants, on reste stupéfait à la lecture de phrases telles que celle-ci : « Les faveurs que V. M. répand journellement sur nous, augmentent de plus en plus les obligations que nous lui avons, parmi lesquelles nous pouvons compter comme la plus singulière, cette assurance que V. M. nous a donnée par la bouche de M. son commissaire, de son affection paternelle pour tous ses sujets de la religion réformée, et que le dessein de S. M. est de nous continuer les effets de sa bonté accoutumée, comme aussi le privilége

qu'elle nous a accordé de nous assembler dans cette ville, ce qui étant des marques d'une bonté toute particulière, les expressions nous manquent, et nous n'avons pas de termes assez emphatiques pour en témoigner notre gratitude, et combien fortement nous nous sentons engagés, par cette nouvelle faveur, à dévouer et consacrer nos vies et nos fortunes pour le service de V. M. » Les deux députés s'acquittèrent de leur mission à la satisfaction du synode qui les remercia de leurs soins et de leurs peines. Le seigneur de Mirebel fut encore commis, avec les pasteurs Homel et Janvier, et avec Timothée Baruel, appelé ailleurs Bervil, docteur en droit civil, avocat et ancien de l'église de Privas, pour visiter l'université de Die et porter remède aux abus qui s'y étaient introduits. Les élèves de cette université laissaient croître leurs cheveux, portaient de grandes manches pendantes, des gants à franges, des rubans, fréquentaient les tavernes, recherchaient la compagnie des femmes, avaient l'épée au côté, et leur style sentait plus le roman que la parole de Dieu. — Telles étaient les plaintes générales des députés des provinces. Le synode de Loudun ne se contenta pas d'exhorter les professeurs et les directeurs des universités, comme aussi les consistoires et les églises , à user de toute leur autorité pour réprimer de semblables excès, en leur enjoignant d'excommunier les réfractaires et de rayer leurs noms de la matricule des étudiants ; il chargea, comme nous l'avons dit, des ministres et des anciens d'une inspection des universités, avec ordre de faire savoir à tous les étudiants en théologie qu'ils eussent à lire publiquement les saintes écritures avant le prêche. Les autres députés furent Isaac de Guitton et Isaac Du Bordieu, pasteurs, avec Paul Tonnois, seigneur de Champs, avocat au parlement et ancien de l'église d'Orléans, pour l'université de Saumur ; Adrien Charnier et Jérémie Viguier, avec de Pontperdu et Jacob


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Maisonnais, avocat au parlement et ancien de l'église de Bordeaux, pour celle de Montauban; Isaac Du Bordieu et Etienne Broche, seigneur de Méjaunes, pasteurs, avec Edouard de Charlot, baron de St.-Jean de Gardonanque et de Pontperdu, pour celle de Nismes. Il fut ordonné en outre que les synodes provinciaux dans le ressort desquels se trouvaient ces universités, députeraient chaque année des pasteurs pour en faire la visite.

ARMAND DE CHATEAUVIEUX (CLAUDE), né en 1542. Il eut de sa femme Jeanne d'Issautier de Sisteron deux fils. Le cadet, GUILLAUME, capitaine de cent hommes d'armes, servit avec distinction sous les ordres de Lesdiguières. Marié avec Marguerite de Bernardi, il devint la souche de deux branches de cette famille établies dans la Bourgogne et le comtat Venaissin , mais qui ne paraissent pas avoir persisté longtemps dans la profession de la religion protestante. L'aîné, ANDRÉ, né le 11 avril 1595, épousa, en 1613, Antoinette de Bardel, fille de Georges de Bardel, seigneur de Theus et de Morout, dont il eut aussi plusieurs enfants. Son fils aîné, GEORGES se réfugia à Genève. Le second, CLAUDE, suivit la carrière des armes et fut tué en 1681. Le troisième, ALEXANDRE, mourut sans postérité. Le quatrième, ANDRÉ, fut l'auteur d'une branche éteinte depuis longtemps et sur laquelle les généalogistes ne fournissent aucun renseignement. Le cinquième enfin, GASPARD, fonda les branches du Dauphiné et de Chaumont en Bassigny, qui renoncèrent à la foi de leurs pères. Le seul de ses cinq fils dont les descendants appartiennent bien positivement à la France protestante, est Georges, né le 28 avril 1620 et mort eu 1686. De son mariage avec Marie Chevalier naquirent ANDRÉ, époux de Claudine de Calvière, fille de François, baron de St.-Côme, et GASPARD, né en 1677, qui servit dans les troupes anglaises avec le grade de capitaine de dragons, et mérita l'estime de Marlborough qui le

choisit pour veiller sur son fils lorsqu'il l'envoya voyager sur le continent. Il mourut à Genève en 1753, laissant de sou mariage avec Catherine Desmons, qu'il avait épousée en 1725, un fils nommé JACQUES, lequel s'allia avec la famille des de Buisson, également réfugiée à Genève, en prenant pour femme, le 26 février 1769, Madelaine, fille de Léonard de Buisson, ancien syndic de la république.

ARMAND (JACQUES), pasteur de l'église wallonne de Hanau en 1762, et de l'église réformée française de Francfort-s.-M. en 1765. Il est auteur d'un petit recueil de Sermons dont aucun bibliographe, à notre connaissance, ne fait mention. Ce petit livre, dédié au comte Pierre de Golofkin, chambellan du duc de Deux-Ponts, renferme quatre sermons, le premier sur Jean III, 19 (Francf. 1762, in-8°), le 2e sur Cant. II, 4, prononcé à l'occasion de la paix qui mit un terme à la guerre de Sept ans (2e édit., Francf. et Leipz., 1763); le 3e sur Luc XII, 43, prononcé à Bockenheim à l'occasion du 50e anniversaire de l'installation d'Ant. Matthieu, pasteur de l'église française de Francfort (Francf. et Leipz., 1765), et le 4e sur Ps. LXXXII ,6,7, prononcé également à Bockenheim à l'occasion de la mort de l'empereur François Ier (Francf. 1765). Parmi des pages d'une véritable éloquence, on y rencontra fréquemment des allusions au sort des Protestants en France, mais nulle part avec plus d'à-propos que dans le second de ces sermons qui eut pour auditeurs un grand nombre d'officiers et de soldats français rentrant dans leur patrie après les campagnes. d'Allemagne, " Vous avez, s'écrie Armand, des concitoyens, qui sont nos frères dans la foi, mais qui sont souvent inquiétés au sujet de leur créance. L'ignorance où l'on est de notre culte, fait qu'on les noircit souvent sans fondement. Eh bien! Messieurs, de retour chez vos compatriotes, dissipez et éclairez cette ignorance. Racontez-leur ce que vous avez vu dans ces provinces où on pro-


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fesse la même foi. Dites-leur que cette hérésie qu'on leur reproche, consiste à adorer l'Eternel en esprit et en vérité, à méditer ses divins oracles, et à lui adresser nos prières en langue intelligible et entendue du peuple; à être jaloux des droits de Dieu, et à ne point partager notre confiance et nos hommages entre le créateur et la créature, quelque sainte qu'elle puisse être. Dites-leur que cette hérésie consiste à aimer tous les hommes, de quelque religion qu'ils soient; à n'employer que des voies de douceur pour l'instruction et la conversion des âmes; à être fidèle à son prince, sans permettre qu'un pontife étranger empiète sur ses droits; à ne point souffrir d'hommes inutiles , qui s'engraissent du travail des peu ples, qui dévorent en pure perte la substance des états, et servent de gouffre aux générations futures. Dites-leur en un

mot, ce que vous avez vu. Employez le crédit que votre naissance et vos emplois vous donnent auprès des chefs de l'état, à délivrer des captifs malheureux qui, quand il serait vrai qu'ils fussent dans l'erreur, sont toujours respectables de ne vouloir point devenir hypocrites. Réprimez le zèle indiscret de ceux de vos lévites qui croient honorer Dieu en tourmentant les hommes. Soyez des docteurs de charité au - près des docteurs de , votre foi ; et si vous trouvez que j'ai dit vrai dans mon discours, dites-leur à votre tour : Ministres des autels, nous annonçons une doctrine ancienne et nouvelle — l'esprit de l'Évangile, c'est la Charité ! » — Le bibliographe anglais R. Watt attribue encore à Jacques Armand : I. Sermon sur l'esprit de l'Évangile, 1763, in-8°; II. Deux discours sur l'esprit et l'évidence du Christianisme, trad. du franc., 1768, in-8°.

Nous ignorons si le pasteur dont nous venons de nous occuper, était de la même famille que DANIEL Armand qui fut conseiller, ainsi que son fils PIERRE, à la Chambre mi-partie de Grenoble. ARNAUD. Ce nom se rencontre fréquemment dans les annales du protestantisme;

protestantisme; beaucoup de ceux qui l'ont porté, y occupent si peu de place qu'en les tirant de l'oubli où ils sont tombés, nous craindrions d'être accusés de descendre à des minuties, reproche qu'on ne sera que trop disposé à nous adresser et qui serait juste, si les recherches, souvent aussi pénibles qu'infructueuses , que ces articles exigent, nous faisaient négliger les notices plus importantes. ISAAC Arnaud ou Arnauld, pasteur à la Rochelle, nous est connu par quatre ouvrages qui ne sont pas sans quelque mérite : le Mépris du monde, publié à Charenton en 1651, in-12 ; réimp. à Genève en 1670, in-12, et trad. en allem., Hanau, 1070, in-12; les Résolutions vertueuses; De l'obéissance deüe au Roi ; Méditation sur la vieillesse. — Dans la liste des églises présentée en 1637 au synode d'Alençon , nous trouvons déjà deux ARNAUD, l'un ministre à Fons où il remplissait les fonctions pastorales au moins depuis 1620; l'autre à Anduze. Ce dernier fut appelé quelques années après à desservir l'église de Ribaute ; mais la dame du lieu s'opposa à son installation et le lieutenant-général qui commandait dans le Languedoc, le fit jeter dans un cachot. Le synode de Charenton prit en main celle affaire, et par ses pressantes remontrances, il obtint la mise en liberté d'Arnaud ; mais un ordredu roi lui interdit en même temps l'exercice de son ministère. Pendant sa détention, il avait été remplacé par Bouit. — Un autre ARNAUD était pasteur à Montaren en 1603. — Un JACQUES Arnaud , d'Orléans, servit avec distinction sur la flotte Rochelloise en 1622. Le vaisseau qu'il commandait fut coulé bas dans le glorieux combat livré par Guiton au duc de Guise. Sur la même flotte était un Jean Arnault de la Tremblade. — A l'époque du siége de la Rochelle par le duc d'Anjou, en 1573, un capitaine Arnaud s'était déjà fait remarquer par son intrépide courage. Les assiégés manquant de poudre, il offrit d'en intro-


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duire quelques tonneaux dans la ville. Sur une frêle embarcation, montée par sept hommes seulement, il passa à travers la flotte ennemie et entra heureusement dans le port, seul blessé au bras d'un coup de feu. Plus tard, en 1577, Condé chargea le hardi marin d'aller s'informer à Royan des mouvements de l'armée de Mayenne, qui s'avançait de ce côté dans l'intention d'assiéger Le Brouage. Il fallait une fois encore se faire jour à travers la flotte ennemie. Arnaud l'entreprit résolument, et après un combat acharné, il réussit complétement dans sa difficile mission.

ARNAUD (ANTOINE D'), avocat au siége de Puy-Laurens. Chassé de France par la révocation de l'édit de Nantes, il se réfugia en Hollande avec sa famille. Son fils HONORÉ fut nommé, en 1728, pasteur de l'église wallonne de Franeker et jusqu'en 1763 il y remplit les fonctions du ministère. Il eut la douleur de voir son fils le précéder dans la tombe. Né le 10 sept. 1711, GEORGE d'Arnaud montra de bonne heure de rares dispositions. Dès l'âge de douze ans, il publia des vers grecs et latins, qui lui méritèrent des éloges flatteurs. A dix-sept ans, encouragé par son savant professeur Hemsterhuis, il fit paraître un ouvrage qui lui assigna tout d'abord un rang parmi les plus savants philologues de son temps; nous voulons parler du Specimen animadversionum criticarum ad aliguot scriptores groeeos, nominatim Anacreontem, Callimachum, Hephoestionem, Herodotum, Xenophontem et AEschylum (Harling, 1728, in-8°). Deux ans plus tard les Lectionum groecarum libri duo, in quibus groecorum scripta passim illustrantur atque castigantur, in primis Hesychii, Arati, Theonis, Oppiani et Appolonii Rhodii (La Haye, 1750 , in-8° ) vinrent confirmer la haute opinion que les érudits avaient conçue du jeune critique. Un savant commentaire De DustapéSpoiç sive adsessoribus et conjunctis, publié à La Haye, 1732, in-8° et inséré plus tard

dans le IIe vol. du Nov. supplément, ad Thes. Graevii et Gronovii, accrut encore sa réputation. Après d'aussi brillants succès, il peut paraître étonnant qu'il n'ait pas continué à cultiver la philologie et embrassé la carrière de l'enseignement. Si la faiblesse de sa poitrine le lui eût permis, il se fût voué, comme son père, au ministère évangélique ; mais sa santé délicate s'opposant à ce qu'il suivît son inclination, il se livra à l'étude de la jurisprudence. Dès le 9 oct. 1754, il souvint, sous la présidence d'Abraham Wieling, une thèse De jure servorum apud Romanos (Franek., 1754, in-4°; réimpr. Leeuward., 1744, in-4°), et dans cette épreuve, il montra tant d'érudition que quelques mois après il fut autorisé à ouvrir un cours de droit, comme professeur extraordinaire. Il justifia bientôt cette faveur par la publication de ses Variarum conjecturarum libri duo, in quibus plurima juris civilis aliorumque auctorum loca emendantur et explicantur ( Franek., 1738, in-4°; réimprimé sous un nouveau titre à Leeuw., 1744, in4°, avec la thèse De jure servorum et une autre que nous indiquerons plus bas ). Cet ouvrage qui est à la fois un savant commentaire sur d'importantes questions de droit civil et une critique judicieuse d'un grand nombre de passages tirés des livres de jurisprudence, fut suivi d'une dissertation De iis qui pretii participandi causa sese venundari patiuntur (Franek. 1759, in-4°; nouv. édit. revue, Leeuw. 1744, in-4°). Ces écrits désignaient d'Arnaud pour la première chaire vacante ; aussi lorsque Wieling fut appelé à Leyde, lui offrit-on la place de son ancien professeur; mais la mort ne lui laissa pas même le temps d'en prendre possession. Il mourut le 1er juin 1740. Aux ouvrages que nous avons cités, nous devons ajouter des Observationes in Alciphronem et in Euripidem insérées dans les vol. IV, V et Vides Observat, miscell., et les Vitoe Scoevolarum, publiées à Utrecht, 1767, in-8°, par


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Arntzenius, ouvrage faible auquel il n'avait pas mis la dernière main.

ARNAUD (BERNARD), seigneur de LA CASSAGNE, fut un des premiers parmi les notables habitants de Nismes qui se déclara pour la réforme. En 1562, il fut nommé membre d'un conseil chargé de prendre soin de la police et de veiller aux besoins de l'église. En 1568, lorsque le vicomte de Joyeuse voulut mettre garnison dans la ville, il fut député avec François Barrière, seigneur de Nages, et Pierre de Monteils , avocat au présidial, pour lui faire des représentations ; mais ils ne purent rien obtenir. Déjà la réaction marchait tête levée, lorsqu'éclata la troisième guerre civile, qui fut souillée à Nismes par le massacre de la Michelade (Voy. p. 26). Arnaud fut compris dans la sentence, rendue à ce sujet par le parlement deToulouse. Ce fut évidemment dans la crainte de perdre la vie au milieu des troubles qui agitaient le pays, qu'il fit son testament le 6 sept. 1568, si toutefois le Dict. de la Noblesse ne commet pas une erreur de date ; car ni l'âge ni la maladie ne lui faisaient prévoir une fin prochaine. En 1570, il fut élu second consul, et trois ans plus tard, pendant le siége qu'eut à soutenir Nismes, on lui confia le commandement d'un des quartiers de la ville, charge dont il ne se démit qu'en 1576, à la conclusion de la paix.

Il avait épousé, le 18 mai 1556, Marguerite Choisinet. Il en eut un fils nommé DANIEL, qui fut honoré de la dignité de premier consul en 1595, et qui prit pour femme, la même année, 8 décembre, Anne Boileau. Le temps de ses fonctions étant expiré, il fut chargé de diverses missions dans l'intérêt de Nismes. Son fils PAUL fut à son tour élu premier consul en 1629. Partisan zélé du duc de Rohan, en faveur duquel il avait contribué à faire déclarer Nismes en 1625, il resta fidèle à la fortune de ce chef illustre jusqu'à la conclusion de la paix de 1629. Son attachement à la réforme le rendit longtemps suspect. En 1632, le marquis

marquis La Force voulut le faire sortir de Nismes, mais la ville s'y opposa et dans une assemblée, convoquée à ce sujet par les consuls, le 50 juillet, on prit une délibération portant « que MM. les consuls rendront témoignage que les sieurs de La Cassagne, de Vestrie, de Fourniguet et Gattigues sont gentilshommes d'honneur; qu'on n'a jamais connu par leurs actions et desportemens qu'ils soient autres que bons serviteurs du roi, et d'ailleurs qu'ils sont des plus nobles familles de la ville, attouchans de parenté ou alliance au reste des principaux habitans, tellement que cette compagnie juge que leur sortie hors la ville seroit préjudiciable au service du roi." En 1658, lorsque les Espagnols investirent Leucate, Arnaud s'empressa de prendre les armes. Il fut nommé capitaine de chevau-légers par commission du 12 fév. 1638, et se signala parmi les plus braves. Quatre ans plus tard, le 14 juin 1642, il fut promu au grade de mestre-de-camp d'un régiment de cavalerie, et en 1643, il obtint une pension de 2,000 livres. Il testa le 5 sept. 1647. Il avait épousé le 25 mars 1627, Louise Troupel qui l'avait rendu père de CLAUDE Arnaud, marié, le 24 nov. 1659, avec Marthe Favicr.

Jacques Arnaud, seigneur de SaintBonnet, qui appartenait également à l'Église protestante, était d'une autre famille que les précédents. Par son testament du 10 août 1622, il institua pour son héritière universelle Jeanne Bastide, fille de Jean Bastide, premier consul d'Uzès, et de Claude Gazagne, qu'il avait épousée en 1599 et dont il avait eu plusieurs enfants qui rentrèrent dans le giron de l'Église romaine. ARNAUD (ETIENNE), pasteur du désert, qui souffrit le martyre en 1718. Arnaud fut un des cinq pasteurs qui les premiers assistèrent Antoine Court dans l'oeuvre difficile qu'il avait entreprise de réorganiser les églises du midi après l'extermination des Camisards. Les actes auxquels il prit part, trouveront naturellement leur 9


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place dans la notice que nous donnerons à Court. Nous y renverrons le lecteur. Etienne Arnaud, « jeune ministre plein d'espérance, » fut le premier de ces cinq pasteurs qui paya de sa vie son dévouement à sa foi; il fut pendu à Alais le 22 janvier 1718. C'est par cet acte que l'intendant Basville couronna sa carrière administrative dans le Languedoc.

ARNAULD (ANTOINE), d'une ancienne famille noble d'Auvergne, originaire de Provence, établi à Paris, vers 1547, où il fut appelé par la reine Catherine de Médicis. Les biographes se taisent sur sa religion, mais tout nous prouve qu'il avait embrassé les principes de la réforme. Il mourut en 1585, auditeur en la Chambre des comptes de Paris. D'un premier mariage avec Marguerite Meusnier-DuBourg, parente du célèbre Anne Du Bourg, il eut JEAN, seigneur de La Motthe qui, en 1590, fit lever le siége d'Issoire par les troupes de la Ligue, après avoir tué de sa propre main dans une sortie le comte de Randan qui les commandait. Ce combat qui se livra le jour même de la victoire d'Ivry, assura à Henri IV l'entière possession de l'Auvergne. Mézerai raconte différemment cet heureux événement. Selon lui, » le comte de Randan avoit surpris la ville d'Issoire et y avoit basti une citadelle, les gentilshommes royalistes et les bourgeois de Clermont, qui, en hayne de ceux de Rion, avoient beaucoup de chaleur pour le party du roy, surprirent la ville par l'intelligence d'un consul et assiégèrent la citadelle. Floral, séneschal d'Auvergne, commandoit en celte entreprise; Randan accourut au secours, et l'investit luy et les siens dans la ville. Les seigneurs du païs, entre autres Rostignac, lieutenant du roy, le vicomte de Lavedan, le baron de Chaseron, le marquis de Curton qui commandoil cette petite armée, et d'Effiat, vinrent pour dégager leurs amis. Cela ne se pouvoit sans combat: il fut fort opiniastre, mais enfin les Ligueux succombèrent.

Il leur en cousta 500 hommes, dont il y avoit cent gentilshommes, et entre autres le généreux comte de Randan, qui ayant esté fait prisonnier mourut de ses blessures dans Issoire. Ceux de la citadelle ayant appris sa deffaite capitulèrent et les vainqueurs retournèrent en grand triomphe à Clermont.» — D'un second mariage avec Anne Forget, fille d'un procureur du roi au siége présidial d'Auvergne , Antoine Arnauld eut onze enfants dont sept garçons et quatre filles. — 1° ANTOINE, né en 1560, avocat au parlement de Paris, s'acquit une grande réputation par son éloquence. Ses talents étaient encore rehaussés par un grand fonds du probité et un rare désintéressement. On cite surtout de lui le plaidoyer qu'il prononça, en 1594, pour l'Université de Paris contre les Jésuites. Les Révérends Pères se vengèrent de leur défaite en l'accusant (et avec raison, selon nous) d'être huguenot. Mais il ne paraît pas que l'éloquent avocat ait persévéré dans la foi protestante : on sait que les célèbres Arnauld descendent de lui. Il mourut le 29 décembre 1619. — 2° ISAAC, d'abord commis aux finances, puis conseiller d'état et intendant dans la même administration dès 1608. Dans plusieurs endroits de ses Mémoires, Sully lui reproche, ainsi qu'à son frère, David, d'avoir montré, après la mort de Henry IV, trop d'empressement " à quitter le Soleil couchant pour adorer l'Orient. » Mais dans l'appréciation de ces accusations, on doitsans doute tenir compte de la mauvaise humeur du surintendant des finances qui, écrivant après sa disgrâce, était naturellement porté à n'avoir d'yeux que pour le Soleil couchant. Cependant Arnauld ne saurait se justifier du reproche d'ingratitude, s'il est vrai qu'il travailla par ses intrigues à faire enlever à son ancien bienfaiteur l'administration des finances pour la faire donner au président Jeannin, espérant, dit Sully, que l'ignorance de celui-ci et la suffisance qu'il pensait avoir lui-même lui fe-


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raient tomber la disposition de tout entre les mains. Jeannin fut en effet nommé contrôleur-général des finances, mais nous ignorons si les prévisions d'Arnauld se réalisèrent. Toujours est-il que, par la faveur de Concini, il obtint les bonnes grâces de la reine qui l'admit dans son conseil secret. Ce conseil qui, au rapport de Sully , " pouvoit tout et se tenoit à heures indues, étoit composé de la reine, de Conchine et sa femme, du nonce du pape, de l'ambassadeur d'Espagne, du chancelier, duc d'Espernon, Villeroy, chevalier de Sillery, du président Jeannin et Arnault, suffragans de Conchine , du médecin Duret pour un tems, de Dolé et du P. Cotton.» On a peine à se persuader qu'un protestant ait été admis dans un pareil conventicule, qui rappelait les plus beaux temps de la Ligue. Nous supposons donc qu'Arnauld avait dû faire à sa haute fortune le sacrifice de sa religion. — Il paraîtrait d'après L'Estoile qu'avant d'entrer dans les finances notre habile intendant avait commencé par suivre le barreau. Nous lisons en effet dans le Journal de Henri IV, sous la date de mai 1602, qu'Isaac Arnauld, jeune avocat au parlement, conçut un tel dépit d'un nouveau règlement pour taxer les salaires, qu'en disant adieu au Palais, où toutefois il avait déjà acquis beaucoup de réputation et d'honneur, il coupa sa robe et en quitta tout-à-fait la profession et le métier. Son fils, Isaac, parcourut avec honneur la carrière des armes ; en 1655, il était mestre-de-camp des carabiniers. Il en est parlé avec éloge dans les écrits de Voiture, et dans les Mémoires d'Arnauld d'Andilly , son petit - neveu. Une soeur d'Isaac fut mariée dans la maison de Feuquières.— 3e DAVID, d'abord commis aux finances sous Sully, puis contrôleurgénéral des restes. Si l'on en juge par son avancement, il parait qu'il n'avait pas trop mal suivi le conseil un peu ironique que lui avait donné Sully, en 8e séparant de lui, de faire surtout sa

cour « à Conchine, l'unique oracle qu'il avait à consulter dans l'exercice de sa charge. » Aussi dès la première entrevue, le favori lui avait-il paru « bien plus habile homme qu'il ne pensoit, plus intelligent des affaires de France, plus disposé à faire des amis, acquérir de l'autorité par sa capacité, et à bien traitter ceux qui se rangeroient près de lui et en voudroient dépendre absolument.» Avec de si faciles "dispositions à s'accommoder au tems et aux circonstances, David Arnauld ne pouvait manquer de faire promptement son chemin. — Les deux Arnauld son tau nombre des six secrétaires auxquels Sully, dans ses Mémoires, prête le récit de ses propres actions et par la bouche desquels ce grand homme a la faiblesse de se glorifier lui-même. Mais leur coopération à cet ouvrage s'est sans doute bornée à peu de chose. Il est vrai que le IIe livre leur est particulièrement attribué dans l'Épistre liminaire du IIIe et dernier ; mais ce qu'on lit au commencement même de celte IIe partie prouve évidemment que ce n'est qu'une fiction de l'auteur, " Avant que de commencer nos discours...., y lit-on, nous vous dirons [ce sont les secrétaires de Sully qui s'adressent à lui] qu'encore que nous quatre ci-devant désignés vous ayons toujours présenté au nom commun de nous quatre les recueils de notre premier Livre, comme l'on a voulu que nous fissions encore maintenant ceux du second, si ne laisserons-nous pas de dire librement que si vous en recevez service et contentement, c'est à deux d'entre nous seulement que le gré en est dû: d'autant que les deux autres [les Arnauld] ayant trouvé des emplois plus profitables, ils se sont non seulement fort souvent dispensés de cettui-ci, mais ont été en partie cause que nous différâmes trop long-temps à entreprendre ce dessein, ne l'ayant fait à bon escient que plusieurs années depuis la mort de notre bon roi, etc.» — 4° BENJAMIN, mestre-de-camp d'un


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régiment de cavalerie, tué au siége de Gergeau. — 5° CLAUDE, commis aux finances, mort à Paris le 21 mai 1603. Sully le dit l'aîné de ses trois derniers frères, les seuls dont il fasse mention dans ses Mémoires. « Le trésorier Arnauld, lit-on dans le Journal de Henri IV, commis de monsieur de Rosni, jeune homme de bon esprit et grande espérance, fort aimé de son maître, âgé de 29 ans seulement moins 9 jours, mourut... comme il étoit sur le point d'accompagner son maître en Angleterre, où le roi l'envoyoit, ayant jà dressé pour cet effet une partie de son équipage. Il fut enterré le jour même, à dix heures du soir, au cimetière S. Père, où il fut porté par quatre crocheteurs... Il y avoit un poêle de velours sur le corps, lequel fut accompagné de 50 chevaux. On disait qu'il avoit fait une belle et heureuse fin.» Le cimetière S. Père, destiné aux protestants, était situé entre l'hôpital de la Charité et Saint-Sulpice, à la hauteur de la rue actuelle des SaintsPères. L'Estoile raconte que l'on y éleva à Arnauld " une belle tombe dont chacun parlait comme de chose nouvelle et inusitée entre ceux de la Religion.» Il en fait la description. " Elle étoit, dit-il, d'un fort beau marbre noir, tout d'une pièce, estimée à 200 écus ou environ, élevée d'un demi pied de terre, et couchée de plus, autour de laquelle y avoit gravé en lettres d'or ce qui s'ensuit: Ci gist Noble homme Maistre Claude arnauld Vivant Conseiller, Notaire et Secrétaire du Roy, Maison et Couronne de France, et des finances de S. M., Trésorier-Général de France en la Généralité de Paris et ordonné par le Roy près la personne de Monseigneur le Marquis de Rosni, pour l'administration des Finances de S. M., sous le commandement dudit Seigneur. Au haut de la tombe étaient gravées les armoiries du défunt et au milieu en lettres d'or une courte sentence pour exalter ses vertus ; le tout était terminé par ces mots, en latin, Moestissimo

fratri plura non permisit dolor, ce qui prouverait qu'un seul des frères d'Arnauld avait contribué à lui élever cette tombe, " Quinze jours ou trois semaines après, continue L'Estoile, on couvrit de plâtre ce beau tombeau, de peur que la populace envieuse de tels monumens n'achevât de le gâter, comme elle avait déjà commencé, et qu'enfin elle ne le brisât et le rompît du tout; comme aussi on fut averti qu'on avait délibéré de le faire en une nuit. Et voilà comme d'un tombeau de marbre en fut fait un de plâtre, et quelle est la durée de nos ambitions:» Aujourd'hui nos vanités sont moins modestes. — 6° Louis, secrétaire du roi ; Moréri à qui nous empruntons ce renseignement, ne nous apprend pas dans quelle administration il exerçait cette fonction. — 7° PIERRE, maréchal des camps et armées du roi Louis XIII, gouverneur du Fort-Louis et colonel du régiment de Champagne. Il en est parlé avec éloge dans les Mémoires de Pontis. Il mourut en 1624.

ARPAJON (ANTOINE D'), issu d'une des plus anciennes et des plus illustres familles du royaume, fils de René d'Arpajon, seigneur de Séverac, et de Géraude du Prat, fille du célèbre chancelier de François Ier, donna de bonne heure des preuves de son zèle pour la propagation et la défense de la foi protestante. En 1561, le synode de Villefranche le pria de prendre sous sa protection les églises du Rouergue. Quelques mois après, Arpajon alla rejoindre Condé qui venait de s'emparer d'Orléans; mais ce prince, connaissant l'influence qu'il exerçait dans sa province, ne tarda pas à le renvoyer dans le Midi avec ordre d'y lever de nouvelles troupes. Tandis qu'il s'occupait de ce soin, les Protestants de Toulouse députèrent le baron de Lanta à Condé pour lui communiquer le projet qu'ils avaient conçu de se rendre maîtres de la ville et lui demander de les appuyer. Condé promit. Le vicomte d'Arpajon qui avait rassemblé un corps de douze cents hommes dans les environs de


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Montauban, reçut en conséquence l'ordre de se porter sur Toulouse; mais comme il mettait peu d'empressement à exécuter ce mouvement, plusieurs des seigneurs qui s'étaient joints à lui, perdant patience, partirent sans l'attendre. Malheureusement ils tombèrent entre les mains des Catholiques, et n'obtinrent leur liberté que sous la promesse de ne plus porter les armes durant toute cette guerre. Un d'entre eux, le seigneur de St.-Léophaire, ne se contenta pas de tenir la parole donnée, il passa dans le camp ennemi.

Les historiens n'expliquent pas clairement le motif des lenteurs d'Arpajon. Bèze semble l'accuser de mauvaise volonté, ou tout au moins de négligence; d'Aubigné, au contraire, attribue ses retards aux faux avis qu'il recevait de Saux. Quoi qu'il en soit, il perdit un temps précieux, et lorsqu'il se mit en route, il trouva les chemins gardés par les Catholiques. Craignant avec raison que ses nouvelles levées ne pussent soutenir en rase campagne le choc des soldats aguerris et parfaitement armés de Montluc, il prit le parti de retourner à Montauban. Cette ville se vit bientôt après menacée d'un siége. Ne la jugeant pas capable de défense, il proposa de l'abandonner et d'aller rejoindre Condé; mais les consuls lui ayant fait sentir l'impossibilité pour toute une population de délaisser ainsi ses foyers, il fut alors décidé que de La Tour et Rapin resteraient dans la place, tandis que Arpajon, Marchastel et Montledier iraient chercher des renforts dans l'Agenois.

Cette province avait été placée par le synode de Sainte-Foy sous le commandement du sieur de Mesmy, qui jouissait d'une grande influence dans le Périgord. C'était lui qui en apprenant l'arrestation de Condé et du roi de Navarre, avait décidé les Protestants des provinces de l'Ouest à prendre les armes, sinon pour les délivrer, au moins pour vendre chèrement leur vie. Le synode de Villeneuve l'avait confirmé dans cette charge importante, qui

demandait plus que du zèle dans les circonstances présentes. Étranger au métier des armes, de Mesmy était assurément le plus triste adversaire que l'on pût opposer à un capitaine aussi expérimenté que Montluc. Sous un tel chef, les affaires des Protestants devaient aller de mal en pis; Arpajon le comprit, et plutôt que de rester spectateur de fautes qu'il ne pouvait empêcher, il retourna auprès de Condé. Peu de temps après, il fut tué à la bataille de Dreux.

Comme il ne laissait point d'enfants, ses titres et ses biens passèrent à son oncle, JACQUES, qui soutint dignement la réputation que son neveu s'était acquise dans le parti protestant, moins par ses talents militaires que par ses qualités personnelles. Lorsque la guerre éclata de nouveau en 1567, Jacques d'Arpajon se joignit à l'armée des Vicomtes avec un corps de troupes levé dans le Rouergue, et l'accompagna dans sa marche hardie à travers presque toute la France. Après la signature de la paix sous les murs de Chartres, il retourna dans ses terres ; mais la perfidie de Catherine de Médicis, en forçant Condé à reprendre les armes, ralluma bientôt la guerre civile. Les habitants de Castres confièrent à Arpajon un des quatre régiments qu'ils avaient levés pour le service de la Cause, et qu'ils mirent avec empressement aux ordres de Montgommery pour recouvrer le Béarn. Cette rapide expédition terminée, les Vicomtes retournèrent à Castres, et s'occupèrent de réduire les villes voisines tenues par les Catholiques. Dans une de ces entreprises dirigée contre Montech, Jacques d'Arpajon reçut une blessure mortelle, le 1er mai 1569. Sa mort engagea les assiégeants à se retirer.

Il avait eu de Charlotte de Castelpers, de la maison de Panat, deux fils appelés Jean et Charles. JEAN, qui avait été nommé, en 1568, capitaine d'une compagnie de cavalerie et qui avait fait vraisemblablement la campagne du Béarn avec son père, continua à


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servir la cause de la réforme et plus tard celle de Henri IV avec autant de fidélité que de valeur. Ce prince lui confia, en 1592, le gouvernement du Rouergue. Jean de Valette, qu'il avait remplacé, ayant été rétabli en 1594, Arpajon rejoignit le roi qui se préparait à chasser les Espagnols de Ham. Il reçut à ce siége une blessure des suites de laquelle il paraît être mort peu de temps après. Il eut pour héritier son frère CHARLES qui ne nous est connu que par un trait d'autant plus honorable pour lui que, même à cette époque, beaucoup se montraient moins scrupuleux. Le roi Henri III voulut le comprendre dans une promotion de l'ordre du Saint-Esprit: mais comme il ne pouvait acheter cet honneur qu'au prix d'une abjuration, il le refusa. Il eut de sa femme, Françoise de Montal, fille d'honneur de Catherine de Médicis, plusieurs enfants, entre autres JEAN d'Arpajon qui ne sut pas résister, comme son père, aux séductions de la Cour. Ce qui nous le prouve, c'est que plusieurs de ses enfants entrèrent dans les ordres, et qu'un autre, du nom de Louis, combattit contre les Protestants au siège de Montauban en 1621. Cette illustre famille, qui tirait son origine des comtes de Toulouse, et par son alliance avec celle de Séverac, des rois d'Aragon, s'est éteinte en 1736 en la personne de Louis, marquis d'Arpajon , lieutenant-général et gouverneur du Berry. ARROS (BERNARD D'), un des douze barons du Béarn, s'est assuré une place éminente dans l'histoire de cette principauté, tant par son habileté et sa valeur, que par son inviolable attachement à la reine Jeanne d'Albret. Cette illustre princesse lui accordait une confiance sans bornes. Ce fut lui qu'elle chargea de faire échouer les projets de Henri II sur ses états, mission d'autant plus délicate, qu'elle désirait sauver les apparences et, éviter de blesser le roi de France par une opposition directe. D'Arros s'en acquitta à son entière satisfaction. Pour mieux pénétrer les sscrets du parti français, il feignit

d'abord d'entrer dans ses vues; mais dès qu'il fut initié au plan de la conspiration, il se hâta d'assembler le conseil avec toute la noblesse de la Navarre et du Béarn, et leur dévoilant les intentions du roi de France, il leur peignit sous des couleurs si vives la honte dont ils se couvriraient s'ils se prêtaient à la spoliation de leur dame, qu'un cri d'indignation sortit de tous les coeurs et que, d'une voix unanime, ils jurèrent de mourir les armes à la main plutôt que d'accepter une domination étrangère. L'enthousiasme de l'assemblée se communiqua rapidement à tout le peuple, en sorte que Henri II comprit qu'il lui fallait ajourner ses projets ; mais il se vengea de ce mécompte, en privant la maison de Bourbon de toutes ses charges et en élevant à ses dépens les Guises, ses rivaux.

Henri II étant mort, ses successeurs ne renoncèrent pas à son projet de réunir le royaume de Navarre à la couronne de France; ils n'attendirent qu'un prétexte et une occasion favorable. En 1566, le parti catholique, qui était aussi le parti franco-espagnol, prit les armes ; mais la révolte fut promptement étouffée. La clémence dont usa la reine, n'empêcha pas de nouveaux soulèvements, toujours appuyés par la France et l'Espagne, et toujours comprimés. Un des plus redoutables fut celui de 1569. A cette époque, Jeanne était allée rejoindre le prince de Condé à La Rochelle, en nommant pour ses lieutenants-généraux dans ses états les barons d'Arros et de Montamar. Sitôt que le fidèle d'Arros apprit que Charles IX avait donné l'ordre au baron de Lusse de se saisir de la Navarre et du Béarn, il convoqua les États à Pau et prit, de concert avec eux, toutes les mesures nécessaires pour la défense du pays. On leva douze compagnies d'infanterie, dont on nomma colonel ce même Rassillon, qui, devenu plus tard suspect, tomba sous les coups de La Mothe Pujol et de Marchastel. Cependant l'approche de Terride avec une force


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imposante et la révolte de presque toute la population catholique convainquirent bientôt d'Arros de l'inutilité de ses efforts pour s'opposer à l'invasion du Béarn. Orthez, Sauveterre, Belloc, Morlane, Conches, Arzac, Nay, tombèrent successivement au pouvoir des factieux, qui y commirent d'effroyables excès. Laissant au conseil souverain le soin de la défense de Pau, il alla s'enfermer lui-même dans Navarreins qui, avec ses hautes murailles flanquées de quatre bastions, était regardé comme la plus forte place du pays. Il y fut suivi par Montamar, Bassillon, Poqueron, de Sales, François de Navailles, Henri d'Albret-Miossens ; par les capitaines Moret (ou Morel), Cortade ( ou Castade ), Brasselay , Casabon, Bertrand de Spalunque, Gratien de Lurbe et les deux La Mothe ; par les enseignes Pierre Rey (ou Roy), le baron d'Arros, son fils, Higuères, Amon, Arances, Bassillac, Aramis (ou Ara nies), le capitaine d'Arros, son second fils, par l'avocat Pierre d'Arbusiot, le ministre Lalanne, les sieurs de Lafitte, d'Yssi, de Baure, par Lomagne, frère de Terride, par Du Frexo, Le Pieyre, le jeune Biron, les deux barons gascons de Viday et de Montblanc, enfin par Armand Gassion, procureur-général au conseil souverain. Le gouvernement de la place fut confié à Bassillon ; d'Arros et son collègue se chargèrent de tenir autant que possible la campagne et d'inquiéter l'ennemi par de fréquentes sorties.

Ce fut le 24 mai 1569 que Terride ouvrit le feu contre Navarreins. Six canons, placés sur les hauteurs de Montbalon, à cinq cents pas environ des murailles, dominait toutes les parties de la ville et y causait de grands ravages ; mais les brèches étaient à l'instant réparées par les vieillards, les femmes et les enfants qui y travaillaient sans relâche, tandis que leurs fils, leurs époux et leurs pères combattaient sur les remparts. Désespérant d'emporter de vive force une place défendue avec tant d'héroïsme.

Terride résolut de la réduire par la fami ne, et comme tout le pays lui obéissait, il était à la veille de la forcer à capituler, lorsque Montgommer y arriva à son secours avec les Protestants du Languedoc, et le contraignit à lever le siége le 8 août.

Après avoir replacé tout le Béarn et la Navarre sous la domination de la reine, et s'être assuré des principales places en y établissant pour gouverneurs des capitaines qui s'étaient signalés par leur fidélité et leur dévouement: de Sales à Navarreins, le baron de Lons à Pau, Brasselay à Orthez, de Loubie, fils du baron d'Arros, à Oleron, Poqueron à Nay, Casabon à Lourdes, Gratien de Lurbe à Rabasteins, Rosalis à Tartas, Montgommery remit l'autorité entre les mains de d'Arros et de Montamar, que Jeanne confirma dans leur charge de lieutenants-généraux, les préférant à tous ceux que le conseil souverain put lui proposer.

Cependant, la commotion avait été trop violente pour que le calme pût renaître immédiatement. La nouvelle de la défaite de Moncontour provoqua un nouveau soulèvement. Les rebelles se saisirent de la ville de Tarbes. Mais sans perdre de temps, les lieutenantsgénéraux marchèrent contre eux à grandes journées, les attaquèrent avec impétuosité et les taillèrent en pièces, « et Tarbes, dit Olhagaray, qui s'était réjouie et enrichie du sac du Béarn, fut rendue misérable et brûlée à son tour. » Cette victoire, qui ne coûta que peu de monde, entre autres les capitaines La Taste et Bougier. arrêta Montluc dans sa marche sur le Béarn.

La publication de l'édit de SaintGermain rendit enfin aux états de Jeanne la paix et le repos, qui ne furent que légèrement troublés, à la suite du massacre de la Saint-Barthélemy, grâce sans doute à la sage administration du baron d'Arros qui y exerçait encore une fois les fonctions de lieutenant-général.

Le 16 octobre 1572, Henri de Navarre , vaincu par les menaces de


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Charles IX, eut la faiblesse de signer un édit qui destituait son fidèle serviteur et nommait à sa place le comte de Grammont, en le chargeant de rétablir la religion catholique dans ses états. « Grammont, lit-on dans Mézerai, avoit esté envoyé en Béarn pour le réduire à l'ancienne religion. Comme il estoit dans le chasteau de Hagetmau, où il assembloit la noblesse , le jeune baron d'Arros l'y surprit par un coup aussi hardy qu'on se puisse imaginer. Ce gentilhomme, porté à une si désespérée entreprise par les exhortations de son père, vieillard octuagénaire et aveugle, entra dans le chasteau comme les autres gentilshommes avec dix ou douze déterminez, et lorsqu'il vit son temps, il se mit à charger sur tout ce qui se rencontra devant luy , tua, escarta, chassa des gents estonnez, et emmena Grammont prisonnier.,»

D'Aubigné, qui raconte le même fait d'une manière beaucoup plus détaillée, donne au héros le nom d'Auros. « Il y avoit, dit-il, un vieil seigneur nommé Auros, qui aïant passé 80 ans, estoit devenu aveugle. On lui vint annoncer comment Grandmont venoit avec commission de leur roi pour, à main armée, changer la condition de Béarn : et mesmes le lendemain il devoit arriver à Yernau sa maison où l'on faisoit de grands aprests pour 250 gentilshommes qu'il y amenoit; en ce nombre compris tous les seigneurs catholiques du pays. Le peuple de Pau se mit en pleurs et prières publiques, auxquelles cet aveugle se fit porter. Au retour de là, il fit appeler son fils, le baron d'Auros, pour lui tenir ce langage : Mon fils, qui t'a donné l'estre et la vie ? — Le baron respond : C'est Dieu, Monsieur, par vostre moïen.—Le vieillard suit : Or, ton Dieu et ton père te redemandent la vie qu'ils t'ont donnée ; le premier qui la peut conserver parmi toutes sortes de dangers, contre toute apparence, et qui recevant la vie présente pour son service, en a une meilleure en main, qui seule mérite le nom de vie, toute preste avec la couronne

couronne gloire éternelle pour te donner. Ton père est ici, qui, si tu meurs, te suivra de près, et après avoir tesmoigné en terre ta vertu et ton obéissance, tesmoignera pour toi au ciel et au jugement de Dieu. Va, n'ouvre point les yeux à voir combien te suivent, car ils sont bons : n'aies point de yeux encore pour compter les ennemis, mais seulement pour les frapper de mon épée que Dieu bénira en tes mains. — Le baron reçoit cette épée, une accollade et un baiser de son père, ne répond que d'une révérence, et va mettre ensemble ceux qui eurent le courage de le suivre, qui estoient en tout 38. Entre ceux-là Lons, Adde et Sarrazier. Avec cela tout' d'une traite s'en va mettre pied à terre dans la cour de Yemau, où tant de gens arrivoient pour marcher le lendemain avec le comte, que nul ne prit allarme de lui. Cette troupe entrée dans la multitude du chasteau, commence à jouer des mains, à tuer et à faire sauter les fenestres aux plus diligens: ils prennent Grandmont, font mourir tout ce qu'ils purent accoster, et puis aïans repris leur chemin, emmenèrent de bons chevaux de quoi faire deux bonnes compagnies avec des païsans dessus. Le baron mène Grandmont à son père, qui devant le prisonnier dit au fils : Il ne falloit pas amener ce Nicanor : baron, tu as sauvé ton destructeur et le corbeau qui te crèvera les yeux. Grandmont depuis fut mis entre les mains de La Caze, envoié en Béarn pour commander.»

Ne dirait-on pas un épisode des guerres du peuple d'Israël? Mais quel était donc ce vieillard taillé dans des proportions antiques? Était-ce d'Arros, comme le dit Mézerai? Était-ce un Auros, comme l'avance d'Aubigné?

Si l'on s'en tenait à un examen superficiel, on n'hésiterait pas à prononcer condamnation contre ce dernier historien. Le seul Auros en effet dont, à notre connaissance, l'histoire fasse mention à cette époque, est un conseiller au parlement de Toulouse, qui


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embrassa la réforme et fut nommé membre de la chambre de justice établie à Castres en 1575 par Paulin, conformément aux décisions de l'assemblée politique de Nismes. Il entra plus tard dans la chambre mi-partie de l'Isle, puis dans celle de Castres; mais il ne paraît pas avoir jamais pris une part active aux guerres de religion, à moins que ce ne soit lui qui, en 1562, essaya à la tête des protestants de Bordeaux de se saisir de cette ville, ce qui n'est nullement probable. Dans ce cas même, la difficulté ne serait pas levée ; car il serait tout aussi impossible d'admettre que l'on eût choisi pour exécuter un coup de main qui exigeait autant d'audace que de présence d'esprit, un vieillard de 70 ans, qu'il le serait de confondre Auros l'octogénaire et aveugle de d'Aubigné avec Auros de la chambre mi-partie de Castres en 1595.

Faut-il donc donner la préférence à la version de Mézerai? Nous ne le pensons pas. Nous ferons d'abord observer que le célèbre historien commet une erreur grave en plaçant en 1574 un événement qui s'était passé l'année précédente, ce qui doit naturellement faire suspecter l'exactitude de ses renseignements. En outre , selon Faget de Baure, auteur d'Essais historiques sur le Béarn, d'Arros demanda luimême un successeur en 1575, en fondant sa demande sur son grand âge qui ne lui permettait plus de remplir les fonctions actives de sa place ; mais il conserva toujours le premier rang dans le conseil privé, et deux ans plus tard, il fut nommé membre d'une commission chargée de réformer la justice. Pas un mot de sa cécité, circonstance trop importante cependant pour être passée sous silence. Enfin est-il permis de supposer que d'Aubigné , l'ami de Henri de Navarre, le compagnon de sa jeunesse, d'Aubigné qui connaissait certainement le baron d'Arros, qui avait dû avoir de fréquentes et sans doute d'intimes relations avec lui, ou qui, tout au moins, ne pouvait

ignorer quel rôle il avait joué sous Jeanne d'Albret, eût désigné un personnage de cette réputation par cette expression vague un vieil seigneur nommé Auros, et eût attribué par méprise à un autre un acte qu'on devait regarder comme si glorieux pour lui ? Toutes ces raisons nous portent à croire que le massacre de l'escorte de Grammont ne fut le résultat des conseils ni du lieutenant-général, ni du conseiller au parlement de Toulouse ; mais bien d'un baron d'Auros sur qui l'histoire ne nous fournit pas d'autres renseignements, et qui était peut-être l'ancêtre du gouverneur de Mazères, fait prisonnier à Pamiers et condamné à mort par le parlement de Toulouse, condamnation à laquelle il échappa en abjurant. Une présomption, en faveur de cette hypothèse, c'est que ce dernier Auros servait dans l'armée de Rohan en même temps qu'un Adde, qui remplissait les fonctions de major de la place de Montauban.

Ce n'est-là, sans doute, qu'une conjecture basée sur un bien faible indice; aussi n'y attachons-nous pas une plus grande importance qu'elle ne mérite. Nous avons voulu seulement exposer les motifs qui ne nous permettent pas d'adopter sans réserve le récit de Mézerai.

Cette difficulté d'ailleurs n'est pas la seule qui se présente dans la biographie du baron d'Arros. Selon La Chesnaie-Desbois et M. de Courcelles , il ne laissa qu'une fille unique, nommée Elisabeth, qui porta la baronnie d'Arros dans la maison de Gontault par son mariage avec Pierre de Gontaut, seigneur de Rébenac et d'Avescat. Qu'étaient donc devenus ses fils ? L'avaient-ils précédé dans la tombe? A cet égard encore, les historiens sont, muets. Ils se bornent à nous apprendre que le baron d'Arros était mort en 1579.

Une autre branche de cette famille, celle d'Arros d'Auriac, professa la religion protestante jusqu'en 1682, où le baron, sa femme et ses sept enfants


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firent à Pau une abjuration publique. La baronne était soeur de M. de Blair qui se convertit également vers la même époque.

ARTHUYS, famille originaire d'Angleterre, mais établie dans le Berry depuis la fin du douzième siècle. Plusieurs de ses membres figurent avec honneur dans l'histoire de l'Église protestante de France.

JEAN, seigneur de l'Arthuys, de Villesaison et du Figuier, conseiller, procureur du roi et de Marguerite de Valois, duchesse de Berry, garde de leur scel à Issoudun, favorisa de tout son pouvoir l'introduction de la réforme dans cette ville. Le 2 février 1525, il avait épousé Catherine Rigot, fille de Nicolas, seigneur des Fontaines, et soeur de Nicolas Bigot, procureur général au grand conseil. En 1556, il prit part à la rédaction et à la réformation de la Coutume du Berry. Ce fut quelques années après que les nouvelles doctrines commencèrent à se répandre à Issoudun. Pendant quelque temps, ses partisans, parmi lesquels se distinguaient Antoine Dorsaine, lieutenant-général d'Issoudun, et Jean Arthuys, jouirent d'une sécurité parfaite, grâce aux précautions qu'ils prenaient pour cacher leurs assemblées ; mais ils finirent par être découverts. Pierre Villerets fut assailli dans sa maison et blessé grièvement pour avoir chanté un psaume; Pierre Goutereau, sergent royal, fut maltraité et jeté en prison pour la même cause. Dorsaine voulut essayer de garantir ses coreligionnaires contre les violences de la populace; mais son intervention ne servit qu'à le rendre suspect lui-même. Dénoncé au parlement, il eut la sagesse de prévenir des poursuites dont le résultat n'était que trop facile à prévoir, en se retirant à Genève. Trop âgé pour l'y accompagner, Jean Arthuys fut arrêté, retenu pendant huit mois en prison et suspendu de ses fonctions. Celte persécution obligea la plupart des Protestants d'ïssoudun à se réfugier à Bourges avec leur ministre Thomas

Chrestien; mais tous ne furent pas assez heureux pour tromper la vigilance des Catholiques. On saisit, entre autres, dix avocats ou procureurs, parmi lesquels on cite Jean Juger, Jacques de Touselles, Jean de Chambelly et Jean Arthuys, frère cadet du procureur du roi, avocat au bailliage d'Issoudun et époux de Cathérine de Chambelly. On les accusait de s'être opposés à l'exécution de l'édit de Romorantin . Mais la reine-mère, inquiète du pouvoir des Guises, ne tarda pas à se rapprocher des Protestants. Le parlement, prononça donc l'acquittement des dix prévenus qui furent rétablis dans leurs fonctions.

Ce fut vers cette époque que Jean Arthuys, avec son fils aîné, FRANÇOIS, fit profession ouverte du protestantisme, ainsi que Dorsaine, rentré en France au mois de septembre 1561, et la plupart des avocats et des procureurs du siége d'Issoudun.

Il faut que le parti protestant se soit dès lors senti bien fort dans cette ville, pour que les Arthuys, de concert avec Dorsaine, aient pu espérer, l'année suivante, de faire exécuter une mesure qui était tout-à-fait dans l'esprit rigide de la réforme. Ils défendirent les réjouissances du carnaval, malgré l'opposition des Catholiques. Mais le parlement de Paris prit fait et cause pour les carême-prenants; Arthuys et Dorsaine furent suspendus de leurs fonctions et ajournés personnellement devant la cour, ainsi que le lieutenant particulier Valentiennes.

Ce fut dans ces circonstances qu'arriva à Issoudun la nouvelle du massacre de Vassy et de la retraite de Condé à Orléans. A l'instant l'inquiétude se répandit dans toute la ville; mais comme les deux partis redoutaient également d'en venir aux mains, ils convinrent entre eux que huit personnes de l'une et l'autre religion veilleraient à la conservation de la tranquillité publique. Les affaires se passèrent différemment dans la campagne. Là, les Catholiques avaient la supériorité du


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nombre, et ils le firent cruellement sentir à leurs adversaires. Leur première victime fut Jean Brun « qui, raconte Bèze, étant avec sa femme et ses enfans et trois de ses voisins en un sien jardin hors la ville, et chantant un pseaume après souper, fut assailli si étrangement par certains vignerons, que lui et sa femme furent laissés pour morts, et à grand'peine ramenés en la ville par leurs amis. » Quelques jours après, treize jeunes gens, qui allaient probablement rejoindre un des chefs huguenots, furent assaillis à Sainte-Lisaine, à deux lieues d'Issoudun, par les paysans ameutés par le curé, qui les garottèrent, et les chargeant sur des charrettes, les allèrent jeter à l'eau.

Cependant la tranquillité ne fut pas gravement troublée à Issoudun, jusqu'au 9 juillet où Sauzay, nommé gouverneur par le roi de Navarre, y entra comme dans une ville conquise. Après s'être saisi des portes et avoir ordonné aux Catholiques de s'armer, il se rendit au temple protestant. Furieux de ce que les deux ministres, Robert Barbier , dit de La Croix, et Ambroise Le Balleur, dit La Plante, lui avaient échappé , il se déchaîna contre la chaire, qui n'en pouvait mais, contre les bancs, contre tout ce qu'il trouva dans l'église. Les débris portés sur la place publique, au pied d'une potence , furent livrés aux flammes par la main du bourreau, à la grande réjouissance du menu peuple. Les Proteslants s'empressèrent de fuir. Jean Brun, dont les plaies n'étaient pas encore guéries, se fit descendre avec une corde par-dessus les murailles de la ville. Dorsaine et l'avocat Jean-Buret se sauvèrent avec peine, laissant à Issoudun leurs femmes et leurs enfants qui furent exposés aux plus mauvais traitements. Les violences redoublèrent encore après l'infructueuse tentative d'Ivoy qui, ayant attaqué Issoudun le 5 août, fut contraint do se retirer si précipitamment que plusieurs de ceux qui

l'avaient suivi, entre autres Arcambat d'Issoudun , Claude Pignon, Claude Baude, Pierre des Bergeries, médecin de Bourges, et Mathurin Chapuys, procureur, n'étant pas avertis de sa retraite, furent surpris en leur logis par les Catholiques, traînés dans la ville et les uns pendus, les autres rançonnés. « Trois jours après, dit Bèze, on commença de forcer les consciences, commandant à toutes personnes de la religion d'assister à une procession générale D'autre côté, les soldats , par

le commandement de Sanzay, prenoient les petits enfans baptisés par les ministres et les faisoient rebaptiser par les prêtres, leur imposant d'autres noms. Même fut rebaptisée une fille de l'âge de treize ans, laquelle ils déppouillèrent toute nue sur les fonts, et toutefois les petits enfans qui commençoient seulement à parler, déclaraient tant par paroles que par signes évidens qu'ils ne vouloient point être rebaptisés, nommément la fille dudit Brun, dont il a été parlé ci-dessus , de l'âge de deux ans, étant toute nue sur les fonts, après s'être bien tempêtée, dit à haute voix que cela étoit trop vilain et qu'elle n'en vouloit point, et disant cela, frappa le prêtre de toute sa puissance, comme aussi fit le fils de Jean Des Bayes de même âge , qui print le prêtre par la barbe et se défendit tant qu'il put. Mais pour cela les prêtres ne laissoient de passer outre.» Jean Arthuys que les infirmités de la vieillesse avaient empêché de fuir, fut jeté dans un cachot d'où il ne sortit qu'en payant une rançon de sept cents écus. Jean Furet, arrêté sur une plainte de l'avocat du roi, fut, sans forme de procès, livré au bourreau. Il avait déjà gravi la fatale échelle lorsque le prévôt observa qu'il serait bon cependant de faire quelque procédure. Furet fut donc reconduit en prison, confronté avec quelques témoins apostés, condamné, renvoyé au gibet et pendu : tout cela fut l'affaire de quelques minutes. Enfin après avoir tourmenté les malheureux


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protestants detoutes les manières, Sanzay donna ordre, le 12 octobre, à tous les habitants d'Issoudun, suspects de professer la religion réformée, de quelque âge, sexe, qualité ou condition qu'ils fussent, de sortir de la ville sous peine d'être pendus et étranglés. « De là s'ensuivit un misérable spectacle, sortans parmi les autres plusieurs femmes avec leurs petits enfans au col, en pleurs et larmes : joint qu'étant sortis, tout étoit détroussé et pillé jusques aux souliers et jusques aux drapeaux de leurs petits enfans.» Jean Arthuys, vieillard septuagénaire et si caduc qu'à peine il pouvait se soutenir , fut obligé de monter à cheval et de vider les lieux comme les autres. Son fils François, au contraire, fut jeté en prison et y resta jusqu'à la conclusion de la paix. Des femmes éprouvèrent le même sort; Bèze cite plus particulièrement Catherine Sousson, femme de Nicolas Cosson, et Jacquette Cubart, veuve de Louis Chartier, qui résistèrent à toutes les menaces et persévérèrent constamment dans leur foi.

Jean Arthuys succomba bientôt à tant de chagrins et d'inquiétudes. Il mourut en 1563. Le Dict. de la Noblesse prétend qu'il l'entra dans l'Église romaine avant sa mort, et que son fils François suivit son exemple. Quelque suspect que son témoignage nous semble, nous devons dire que nous n'avons rien trouvé qui l'infirmât ou le confirmât. Nous ferons remarquer cependant combien il est peu probable qu'un vieillard qui, jusque dans les derniers jours de sa vie, avait donné des preuves si évidentes de son dévouement aux doctrines de l'Église réformée, les eût subitement abjurées sur son lit de mort. Ne s'attache-t-on pas à ses croyances en raison des sacrifices qu'elles nous ont coûtés? Nous savons aussi que son fils François qui fut pourvu, en 1564, de la charge de procureur du roi exercée par son père, resta toujours un des plus fidèles partisans de Henri IV, qu'il contribua

beaucoup à ranger Issoudun sous son autorité, et qu'il fut assassiné.par un parti de Ligueurs en 1595. D'où l'on peut conclure que s'il retourna réellement au catholicisme, il ne fut jamais ni fanatique ni bigot. François Arthuys avait épousé en 1558 Claude Des Marais. Il avait plusieurs frères et soeurs sur lesquels nous ne possédons que des renseignements forts incomplets. Nicolas n'eut de Catherine Joulin que des filles ; Claude mourut sans postérité ; Guillaume fut la souche de la branche de Villesaison. Catherine, l'aînée des filles, épousa Claude Robert, conseiller, avocat du roi au bailliage d'Issoudun ; Marie fut femme de Jacques Levrier, procureur du roi, et Françoise fut mariée à Claude Pignon, appelé Pignot par le Dict. de la Noblesse , et en secondes noces à François Guillot, avocat au siége royal d'Issoudun.

Parmi ces noms, plusieurs sont connus et nous autorisent à croire que quelques-uns des enfants de Jean Arthuys, sinon tous, appartenaient à l'Église protestante. Leurs descendants persévérèrent-ils? Cela est certain, au moins pour ceux de Guillaume.

Ce GUILLAUME qui fut conseiller et secrétaire du roi sous Charles IX, puis contrôleur-général des guerres sous Henri IV, mourut à Gisors où il se trouvait pour le service du roi. Son corps, porté à Issoudun, fut inhumé, le 18 novembre 1590, dans l'abbaye de Notre-Dame , circonstance notable à laquelle on a attaché quelquefois, comme nous le verrons à l'art, d'Ambroise Paré, plus d'importance qu'elle ne mérite. Il eut de Marie Rrébard trois fils : JEAN, qui suivit avec honneur la carrière des armes et épousa Marthe Couronnée; JACQUES, qui, selon la liste des pasteurs présentée au synode de Castres, où il est appelé par erreur Artois, fut pasteur à Benêt ( sans doute Bénaist) avant 1626, puis à La MotheSt-Heray; et DAVID , sieur des Cormes. On ne connaît pas les descendants des deux derniers. Quant à l'aîné, il eut deux fils Jacques et Paul, qui épousè-


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rent les deux soeurs Elisabeth et Louise de Gallot, de l'Orléanais.

ARTIGUES capitaine huguenot qui s'est signalé dans le Midi, pendant la troisième guerre de religion. Le 24 sept. 1568, c'est-à-dire le lendemain même du jour où Catherine de Médicis signa l'édit qui abolissait celui de janvier et défendait sous peine de mort l'exercice du culte réformé, d'Artigues sortit de Castres à la tête de quelques troupes, mit le siége devant Saissac près de Carcassonne, la prit par escalade, et l'abandonna après avoir massacré les prêtres et brûlé l'église. La même année, il suivit Paulin devant Saix, mais il y fut blessé, ainsi que le capitaine Baugier, et il mourut des suites de sa blessure. — Arcère, dans son Histoire de la Rochelle, parle d'un autre d'Artigues, que le maire Jacques Henri envoya en 1575, à l'assemblée de Montauban pour lui demander des secours en argent. L'assemblée l'accueillit favorablement, mais ses promesses demeurèrent sans effet.

ARTIS (GABRIEL D') , né à Milhau dans le Rouergue, et mort après 1750.

M. Weiss a consacré à d'Artis, dans le Supplément de la Biographie Universelle , un article tel qu'on était en droit de l'attendre du savant bibliothécaire Bizontin ; mais les sources où il a puisé, l'ont fait tomber, selon nous, dans quelques erreurs. Nous pensons d'abord qu'en plaçant sa naissance vers 1660, il le fait trop jeune de quelques années. Il n'est pas vraisemblable que l'église de Berlin eût choisi pour collègue de l'illustre Abbadie un ministre de 25 ans. Serait-ce son mérite qui fit passer sur sa jeunesse? Rien ne le prouve. D'Artis venait à peine de terminer ses études en théologie, auxquelles il ne s'était décidé qu'après avoir servi quelque temps dans la marine , circonstance que semble avoir ignorée M. Weiss. Il avait pris en même temps le grade de docteur en droit, comme il ne manque jamais de le rappeler dans ses écrits. Bien plus, s'il faut en croire

le bibliographe Joecher, il aurait déjà exercé les fonctions pastorales à Milhau. Nous sommes donc porté à croire qu'on s'éloignerait peu de la vérité en reculant sa naissance jusque vers l'an 1550.

Chassé de France par les persécutions, d'Artis chercha un asile à Berlin, où il fut nommé pasteur en 1685 ; mais il ne tarda pas à donner des preuves de cet esprit turbulent, inquiet , jaloux, qui causa beaucoup de troubles dans l'Église. Oubliant qu'il était luimême un réfugié, il voulut prouver, contre Élie Renaît, et contre le véritable esprit de l'Évangile , qu'en abandonnant leurs troupeaux, les pasteurs avaient trahi leurs devoirs. Cette querelle souleva un mécontentement général, et d'Artis, suspendu par le consistoire, partit pour la Hollande, où il entreprit, en 1695 , la publication d'une gazette hebdomadaire, après en avoir soumis le plan à Bayle, qui lui répondit « qu'il lui semblait qu'il n'avait rien oublié de tout ce qui se pouvait renfermer dans un ouvrage de cette nature. » Cette publication toutefois fut bientôt abandonnée. Mais étant allé s'établir à Hambourg, d'Artis la reprit le 5 sept. 1694, et la continua, sauf quelques interruptions, jusqu'au 27 avril 1696, époque où il fut rétabli dans ses fonctions à Berlin. Ce fut pendant son séjour à Hambourg, qu'il renonça aux doctrines calvinistes pour adopter les sentiments des luthériens. Cette conversion , dont ne parle pas M. Weiss, est attestée par deux lettres mentionnées dans Joecher sous le titre : Duce epistoloe gallicoe pro conversatione suâ cum Bidalio et transitu ad Lutheranos.

La bonne harmonie ne régna pas longtemps entre d'Artis et ses confrères, qui l'accusa de socinianisme; ce qui la fit suspendre une seconde fois. Une lettre de Cuper nous apprend qu'il fit alors un voyage en Hollande, d'où , l'année suivante, il passa en Suède , puis en Angleterre. Il retourna ensuite à Berlin, et remonta dans sa chaire,


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qu'il ne quitta définitivement qu'en 1715. " On conjecture, ajoute M. Weiss, qu'après avoir erré dans les Pays-Bas et l'Allemagne, il prit enfin le parti de retourner à Londres et qu'il y mourut, après 1750, dans un âge avancé. » Pour compléter cette notice biographique, il nous reste à parler des ouvrages d'Artis.

I. Oraison funèbre de Frédéric-Guillaume, Berlin, 1689, in-4°.

II. Journal d'Amsterdam, continué sous le titre de Journal de Hambourg, Hamb., 1694-1696, 4 vol. pet. in-8°. — Recueil de nouvelles politiques et littéraires. Dans les nos du 21 et du 28 oct. 1695, d'Artis rapporte sa dispute avec Elle Benoît.

III. Sentiments désintéressés sur la retraite des pasteurs de France, ou examen du livre intitulé : Histoire et apologie de la retraite, etc. d'Élie Renaît, Devent., 1688, in-12. Benoît répondit et d'Artis prépara une réplique; mais à la prière de quelques amis, il consentit à la supprimer.

IV. Deux lettres à l'auteur de l'Histoire critique de la république des lettres [Masson] au sujet de la dissertation critique sur le ps. CX. — Elles sont insérées dans les T. III et IV du Journal littéraire de La Haye.

V. Recueil de trois écrits importants à la religion, 1° pour établir sur des preuves incontestables la divinité éternelle et la suprématie royale de Christ, dogme fondamental de la théologie et de la politique Chrétienne , contre toute espèce d'antichristianisme théologique et politique; - 2° pour ébaucher une réformation de morale pratique dans les conversations particulières, dans les prédications et dans les autres fonctions du saint ministère ; — 5° pour exciter le zèle et la piété des membres de l'Académie françoise à solliciter en faveur des sujets du roi Très-Chrétien l'unique moyen de parvenir à la connaissance de la religion révélée, pour leur en faciliter la droite et saine pratique , La Haye. 1714, d'après le Catal. impr.

de la Bibl. Roy., et 1705, d'après M. Weiss, in-8°. D'Artis ne se reconnaît l'auteur que de la 2e dissertation.

VI. Lettres de M. d'Artis et de M. Lenfant sur les matières du socinianisme, Berlin, 1719, in-4°. —Voici le sujet de cette correspondance. Un exemplaire de la trad. du Nouv. Test. par Beausobre et Lenfant ayant passé sous les yeux de d'Artis, il crut y découvrir des traces de socinianisme et il se hâta, pour mettre en garde contre cette traduction, de publier une Lettre pastorale, qui lui attira une réponse fort vive de Lenfant. D'Artis alors ne recula pas devant un appel à l'autorité séculière ; il fit remettre au grand-maréchal de Prusse un mémoire, publié en partie dans le Journal de Trévoux (mai 1725) sous le titre :

VII. Mémoire abrégé concernant le système et les artifices des sociniens modernes. Il y offre au grand-maréchal d'extraire de la traduction en question plus de soixante passages sentant l'hérésie.

VIII. La maîtresse clé du royaume des deux qui est une clé d'or, d'ophir, enrichie de pertes du plus grand prix, ou Dissertation contre le papisme, Lond., sans date, in-8°. — Attaque violente contre Rome. Cet ouvrage est rare et recherché.

Joecher indique encore, outre les deux lettres citées plus haut, un Factum pour et par le sieur Gabr. d'Artis contre le sieur Jean Biard, sans nom de lieu ni date.

Le pasteur d'Artis n'est pas le seul membre de cette famille qui se soit réfugié en Prusse. Un d'Artis de Recquignoles fut nommé capitaine du premier escadron des gendarmes français, lors de la formation de ce magnifique régiment qui s'acquit beaucoup de gloire dans les guerres de la succession d'Espagne. Il le commanda depuis cette époque jusqu'en 1715. De même que son homonyme, il était né à Milhau. Il avait servi avec distinction dans le régiment de Soissons avant la révocation de l'édit de Nantes. Son fils


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est mort, à la fin du siècle dernier, colonel d'un régiment et commandant de la forteresse de Cosel, laissant trois fils qui ont suivi également la carrière des armes, et une fille qui a épousé le fils du conseiller privé des finances,

d'Auer Le frère du précédent, Jean

d'Artis de Trocconis, né à Milhau en 1656, fut colonel d'un régiment de dragons et mourut à Magdebourg, en 1739.

ASNIÈRES (DUCH D'), connu dans l'histoire de nos guerres religieuses sous le nom de capitaine Asnières, était le troisième fils de Jean II, seigneur d'Asnières, et de Jeanne de La Chassagne. En 1568, il servait sous les ordres de Mirambeau, son parent, et il contribua par sa valeur à la prise de Saintes. Après la funeste bataille de Jarnac, il se jeta des premiers , avec les deux compagnies qu'il commandait, dans la ville de Cognac, et si cette place fut sauvée, c'est en grande parlie à sa résolution qu'elle le dut. Lorsque l'armée catholique parut sous ses murs, les assiégés firent, au rapport de Davila, " de vigoureuses sorties qui ressembloient à des batailles, tant par l'audace et la valeur des huguenots, que par les pertes considérables qu'ils causoient aux assiégeans. » Le duc d'Anjou dut lever le siége. Les services d'Asnières lui méritèrent le grade de colonel d'un régiment dans lequel d'Aubigné fit ses premières armes; mais d'un autre côté, ils attirèrent sur lui l'attention du parlement de Bordeaux qui, par arrêt du 6 avril 1569, le condamna à mort par contumace, ainsi que son second frère, François, qui combattait dans le même parti que lui. Après la prise de Saintes par les Catholique, sur lesquels les Protestants ne tardèrent pas à s'en emparer de nouveau, en 4570, d'Asnières sollicita la permission de tenter un coup de main sur Pons. N'ayant pu l'obtenir, il voulut au moins donner une alerte à la garnison de cette ville, et il s'en approcha de si près que d'Aubigné , enseigne de la compagnie colonelle, remarquant

par une fente de la porte que la place était abandonnée, put s'y introduire sans coup férir. Déjà, de concert avec Rretauvillc et Arerat, d'Asnières avait surpris Jonsac, et forcé la garnison à se réfugier dans le château, mais sans pouvoir l'en déloger. Les services qu'il continua de rendre à la cause protestante, notamment en conservant l'importante place de Pons et celle de Cognac dont le gouvernement lui avait été confié, et en faisant lever à Biron le siége de Saint-Basile en Guïenne, comme nous l'apprend une lettre de Henri de Navarre datée de Coutras, 16 octobre 1580, lui valurent de la part de ce prince les témoignages d'estime les plus flatteurs. Étant parvenu au trône, il le nomma gentilhomme de sa chambre.

D'Asnières n'eut de son mariage avec Françoise Saunier, en faveur duquel son père lui avait fait donation de la seigneurie d'Asnières, qu'une fille unique, nommée Jacquette, qui porta cette terre en dot à Paul de Lage-Volude, seigneur de Tirac.

Son frère aîné , nommé François , comme le second , ne paraît pas s'être prononcé bien ouvertement pour l'un ou l'autre des deux partis qui divisaient la France. Nous ne trouvons aucun indice qui nous autorise à le compter, non plus que son fils aîné, parmi les seigneurs protestants de la Saintonge. Mais il n'en est pas de même de son second fils, OLIVIER, auteur de la branche d'Asnières-Villefranche, qui épousa, en 1572, Jeanne Boulesteys et en eut plusieurs enfants: ISAAC, seigneur de Chabrignac, marié, avant le 2 janvier 1618, avec Marie d'Eschallard, d'une ancienne famille protestante du Poitou ; JACOB et BENJAMIN qui moururent sans postérité, et EsDRAS qui continua la descendance. Cet Esdras épousa Susanne Bonnart dont il était veuf en 1655. Il en avait un fils, JACOB, qui se maria cette même année, le 5 juin, avec Elisabeth de La Tour, d'une illustre famille originaire de la Bohème. Il la laissa veuve, avant


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1661, avec plusieurs enfants qui furent élevés dans la religion catholique. L'un d'entre eux fonda la branche des comtes de Lucques, marquis d'Asnières-la-Chasteigneraye.

Cette famille se divisa en plusieurs branches ; mais nous ignorons s'il existait quelque lien de. parenté entre les d'Asnières de la Saintonge et les d'Asnières établis à Gien, dont quelquesuns au moins professèrent la religion protestante. De ce nombre furent ANTOINE, contrôleur, et GEORGES, receveur du domaine, que l'on cite, avec Etienne de Cuillères, dit La Fontaine, et Nicolas Guillon, comme les quatre premiers protestants de cette ville.

ASSAS, famille du Languedoc, divisée en plusieurs branches, dont deux au moins, celle de MORMOIRAC, (Malmoirac ou Marmeyrac) et celle de MARCASSARGUES embrassèrent la réforme.

LAURENT Assas, seigneur de Mormoirac, vivait encore en 1590. Il eut deux fils, PAUL et FRANÇOIS. Ce dernier épousa en 1579 Jacquelle Petit. Paul embrassa chaudement le parti du duc de Rohan et fut tué, en 1628, près de Vésenobre, à la tête de son régiment. Son fils, JEAN , fut nommé capitaine d'infanterie au régiment de Calvière par commission du 9 janvier 1645, et trois ans plus tard, il épousa Espérance Desandrieux.

Nous possédons encore moins de renseignements, s'il est possible, sur la branche de Marcassargues. RAIMOND, fils de JEAN Assas, et seigneur de Marcassargues depuis la mort de son père, épousa, le 20 nov. 1575, Marguerite de Belcastel, dont la famille était dévouée à la cause protestante. Il en eut, outre une fille, nommée JEANNE, deux fils JACQUES et PIERRE, dont le premier se maria, le 4 avril 1614, avec Esther Saunier. De ce mariage naquirent trois fils, JACQUES , PIERRE et JEAN, et une fille, MARGUERITE. Pierre épousa, le 2 août 1616, Jacquette de La Bastide et en eut un fils, JACQUES Assas, seigneur de La

Bastide, qui prit pour femme, le 8 mai 1665, Isabeau Guiraud.

A quelle branche de la famille d'Assas appartenait le célèbre chevalier d'Assas, natif du Vigan, dont la conduite héroïque est connue de tout le monde? Nos recherches ne nous ont conduit à aucun résultat certain.

ASTARAC (MICHEL D'), baron de Marestang et de FONTRAILLES (Fontes raille ou même Fontenaille), vicomte de Congolas, appelé aussi Tonemar, second fils de Jean-Jacques d'Astarac et d'Anne de Narbonne. Devenu chef de la famille par la mort de son frère ainé, tué au siège de Metz, sous Henri H, Fontrailles se montra, toute sa vie, un des plus zélés défenseurs de la cause protestante. Gouverneur de l'importante place de Lectoure pour Jeanne d'Albret, il eut le malheur de se laisser surprendre par Montluc qui, à la première nouvelle de l'entreprise de Meaux, s'approcha à l'improviste de cette ville et y entra sans coup férir. Mais il ne tarda pas à racheter cette faute par de nombreux et signalés services. Devenu sénéchal d'Armagnac, la reine de Navarre le manda à Nérac, lorsqu'elle eut pris la détermination d'aller rejoindre Condé à La Rochelle, lui ordonna de rassembler secrètement quelques troupes, et, pleine de confiance en sa loyauté, elle se mit en route sous son escorte. Fontrailles prit une part active à tous les évènements de la troisième guerre civile jusqu'à la bataille de Jarnac où il eut une jambe emportée par un boulet, ce qui ne l'empêcha pas plus tard de déployer la même activité. En 1575, il fut un des premiers à répondre à l'appel du vicomte de Paulin et l'assemblée de Réalmont le nomma gouverneur de l'Armagnac et du Bigorre. En 1574, il assista à l'assemblée de Milhau où se conclut l'alliance des Protestants avec les Catholiques politiques, et il fut nommé, ainsi que Paulin, Terride, Panat, S. Romain et Clausonne, membre du conseil que celte assemblée adjoignit à Damville.


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La même année, il ourdit avec Paulin et Terride une conspiration qui avait pour but de s'emparer de Toulouse ; cette entreprise échoua, mais la prise de Castres, à laquelle il contribua, put consoler les Protestants de leur nonréussite. En 1586, il continua à faire avec succès la guerre dans le Languedoc. En 1588, il prit part, en qualité de député de la Guyenne, aux travaux de l'assemblée politique de La Rochelle. En récompense de ses services, le roi Henri de Navarre le nomma son lieutenant-général en Guyenne, et par lettres datées du camp de Dreux, 6 mars 1590, capitaine de cent hommes d'armes. Après l'assassinat de ce prince, Fontrailles usa de toute son influence sur ses coreligionnaires pour maintenir la tranquillité dans son gouvernement. Par son testament, daté du 9 octobre 1604 , il ordonna qu'on l'ensevelît dans le temple de sa terre de Castillon. Il avait épousé, en 1570, Isabelle de Gontaut qui le laissa veuf avec quatre enfants: BENJAMIN, qui causa beaucoup de troubles dans l'Église réformée en dépouillant d'Angalin du gouvernement du château de Lectoure et en chassant de cette ville la garnison protestante. Cet acte de violence irrita d'autant plus les Réformés qu'ils le soupçonnaient de pencher vers le catholicisme. Les Mémoires de Du PlessisMornay nous apprennent en effet qu'il s'était engagé à embrasser la religion romaine à la première réquisition , moyennant « certaine somme et pension,» et ceux de Bassompierre que ce marché ne tarda pas à être ratifié. On y lit sous la date de 1620 : « Le roi envoya quérir le sieur de Fonterailles, gouverneur de Lectoure, à qui il donna 50,000 écus en le tirant de cette place, comme il avoit promis à ceux de la religion assemblés à Loudun, attendu que ledit Fonterailles s'étoit fait catholique et en cette pro - fession ne pouvoit commander dans Lectoure, place de sûreté des Huguenots. » Toutefois Louis XIII ne fit droit qu'en partie aux plaintes de l'assemblée

l'assemblée Loudun. Il ne rendit pas le gouvernement du château à d'Angalin; mais il mit à sa place un officier de sa maison, le sieur de Blainville l'aîné, qui professait, il est vrai, la religion réformée, en lui donnant une garnison catholique. Benjamin d'Astarac mourut le 19 mars 1625. Son frère GÉDÉON , qui avait épousé Catherine de Pardaillan, était décédé sans enfants en 1610. Ses deux soeurs, ELISABETH et MARGUERITE, furent mariées, la première avec Samuel de RourbonMalause, la seconde avec Antoine de Lévis. Après la mort de sa première femme, Michel d'Astarac avait épousé Paule de La Barthe Montcorneil qui ne lui donna pas d'enfant, et en troisièmes noces Éléonore de Lauzières de La Capelle dont il eut une fille, ISABELLE, mariée à Godefroy de Durfort, seigneur de Castelbajac en Bigorre.

Nous croyons que l'on doit distinguer Fontrailles, de l'illustre maison d'Astarac, d'un capitaine Fonterailles qui, pendant la première guerre civile, s'empara de Recoules, avec le concours de Saint-Jean de Gardonenque et qui, surpris dans une reconnaissance, ainsi que le lieutenant Guillot, se jeta dans Haumont où, bien que sans munitions et sans vivres, il se défendit deux jours entiers avec un courage extraordinaire. Le second jour enfin , entre dix et onze heures du soir, il sortit de la ville à la tête du petit nombre de soldats qui lui restaient, s'ouvrit un passage à travers l'ennemi et gagna Marvejols, tenu par les Protestants. Plus tard, en 1569, après la mort de La Loue, son beau-frère, il obtint de Coligny le commandement de la compagnie de ce brave capitaine.

Fontrailles n'est pas le seul membre de la maison d'Astarac qui ait acquis une réputation dans le parti protestant; son frère cadet BERNARD, vicomte de MONTAMAR ( Montamat, Montaumar et même Montmaur) y occupe un rang non moins distingué.

Nous avons déjà eu plusieurs fois 40


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l'occasion de parler de lui ( Foy. Jeanne d'ALBRET et ARROS). Il suffira de rappeler ici en quelques mots les services qu'il a rendus. Nous trouvons dans l'armée des Vicomtes un Montamat, capitaine, qui se signala à la bataille de Gannat. La même année , Montamar escorta Jeanne d'Albret à La Rochelle. Quelques jours avant la bataille de Jarnac, il fut laissé en garnison dans cette ville que venait d'emporter Briquemaut. La bataille perdue, il fut renvoyé dans le Béarn pour seconder d'Arros. Contraint à s'enfermer dans Navarreins avec le petit nombre de Béarnais restés fidèles, il contribua à la belle défense de cette place jusqu'à l'arrivée de Montgommery qu'il parvint à rejoindre, sur l'ordre de sa souveraine. Enfin, en 1572, il accompagna le prince de Navarre à Paris, où il périt victime de la Saint-Barthélemy. " M. de Montmaur, dit Brantôme, étoit un homme de belle façon et qui monstroit bien ce qu'il estoit, et bon capitaine, et mesme pour l'infanterie, qui avoit esté sa première profession; et avoit esté l'un des capitaines de M. de Grandmont du temps du roy Henry, lorsqu'il commandoit à quatre compagnies. » Et ailleurs : « Ce brave capitaine (qu'il appelle ici Montamart) fut tué au massacre de Paris, dont ce fut un grand dommage ; car c'estoit Un fort honneste, doux, gracieux et brave gentilhomme. »

ASTIER (GABRIEL), petit prophète, né dans le village de Clieu en Dauphiné.

Sorti de l'école de Du Serre, Astier, jeune homme d'environ 25 ans, fut envoyé par son maître dans le Vivarais pour y soulever le peuple par ses prophéties. C'est sur la fin de 1688 que commença son apostolat. Il se rendit d'abord au village de Bressac, où il communiqua, selon Brueys, le don de prophétie qu'il avait reçu, à ses parents, à son frère aîné Pierre, à sa maîtresse Marie. Le nombre de ses disciples augmenta de jour en jour. On peut croire que l'affreuse misère

du pays contribua plus que tout autre chose au grand succès de ses prédications. Les magistrats, avertis de ce qui se passait, mirent aussitôt en campagne les dragons du lieutenant-général de Broglie; mais Astier parvint à leur échapper, et, avec quelques-uns de ses partisans, il se réfugia dans les Boultières. Favorisé par la nature du pays, le soulèvement s'y propagea rapidement. Bientôt toutes les montagnes furent couvertes d'inspirés qui annonçaient au peuple la prochaine délivrance d'Israël. L'intendant Basville, de concert avec le commandant dé la province, prit les mesures les plus promptes, si non les plus humaines, pour étouffer la révolte. Après plusieurs combats sanglants, où les révoltés, pour la plupart sans armes, se comportèrent avec la plus aveugle bravoure, le calme parut enfin se rétablir dans le Vivarais. « Dans moins de quinze jours, dit Brueys avec son exagération accoutumée, plus de 20,000 personnes s'étoient soulevées; dans moins de huit, tout fut tranquille et hors d'état de pouvoir remuer à l'avenir.» On sait que l'évènement lui a donné le plus complet démenti. Cependant la victoire de l'intendant du Languedoc n'était pas complète; l'auteur du soulèvement, le fameux Gabriel Astier, ne s'était pas trouvé parmi les morts ; cette pensée troublait son repos, " La Providence ne voulut pas permettre, lit-on dans l'Hist. du Fanatisme, que ce séducteur se dérobât au supplice qu'il avoit mérité, elle le livra entre les mains de ses juges dans le tems qu'ils y songeoient lé moins.». Reconnu à Montpellier dans un régiment où il s'était engagé pour se soustraire aux recherches, le malheureux Astier fut condamné à mort, et exécuté le 2 avril 1689. Selon M. Bourille (Histoire des Guerres civiles du Vivarais, 1846, in-8°,) cet événement se serait passé un peu différemment. Astier ne s'était pas enrôlé dans l'armée royale ; il avait eu " l'imprudence, un jour du mois de mars


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1690, de paraître à Montpellier, dans le moment où le comte de Broglie passait en revue le régiment de Saulx, sur l'esplanade du Peyrou : reconnu et dénoncé par un soldat du Vivarais, il il fut arrêté, jugé et rompu vif à Bays. » Cette dernière version est sans doute la plus vraisemblable ; mais nous ne voyons aucune raison qui eût pu porter Brueys à dissimuler la vérité.

ASTORG, famille noble du Languedoc, qui avait donné des capitouls à Toulouse dès le 14e siècle.

ANTOINE Astorg, seigneur et baron de MONTBERTIER, capitoul de Toulouse en 1518, épousa, le 9 septembre 1559, Jeanne de Lomagne; il vivait encore en 1577. Ses fils, ANTOINE, seigneur de Montbertier, et BERNARD, défendirent l'un et l'autre la cause protestante, mais non pas avec une égale persévérance. Bernard, qui avait rejoint Arpajon, voyant l'entreprise sur Toulouse manquée et Montauban menacée d'un siége, jugea que le parti le plus avantageux était de se soumettre, et à la conclusion de la paix, il abjura la religion réformée. Ce fut sans doute, pour le récompenser de sa défection et de son apostasie, que le roi le nomma chevalier de son ordre et capitaine de 50 hommes d'armes.

Les faveurs de la Cour ne purent séduire Antoine qui continua à servir avec autant de courage que de zèle le parti protestant. Il était gouverneur de Montauban, en 1569. Il avait épousé Gabrielle Goirans dont il eut un fils nommé PAUL. Du mariage de ce dernier avec Georgette de Lordat naquirent JACQUES Astorg, de Goirans, de Montbertier, baron de Lux, et JOSEPH Astorg, de Goirans, de Montbertier, chevalier de Lux.

Nous ferons remarquer que la généalogie que donne de cette famille La Chesnaie-Desbois dans un supplément à son Dict. de la Noblesse, diffère beaucoup de celle que nous présentons ici. Mais les Jugements de la Noblesse du Languedoc, recueil en quelque sorte officiel auquel nous avons eu recours,

doivent inspirer plus de confiance. Selon La Chesnaie, un Antoine d'Astorg fut tué à Coutras aux côtés du roi de Navarre.

Nous trouvons aussi dans les listes dressées par Benoît, des personnes qui ont souffert la persécution après la révocation de l'édit de Nantes, une dame d'Astorg-Montbartier, d'où l'on peut conclure que cette famille resta fidèle à la foi protestante au moins jusqu'en 1685.

ASTRUC, pasteur à Sauve en 1684, qui abjura le protestantisme. Si nous le mentionnons d'une manière spéciale, c'est uniquement parce qu'il donna le jour au célèbre Astruc, né le 19 mars 1684, qui fut successivement professeur à Toulouse et à Montpellier, médecin d'Auguste, roi de Pologne, puis de Louis XV, professeur au Collége de France, et que ses écrits, justement estimés, ont mis au rang des plus illustres médecins du siècle dernier.

ASTRUC, meunier de St. Christel, arrêté au mois d'octobre 1705, sous la prévention d'avoir pris part à l'incendie des villages de Saturargues et de St.-Ceriés, que les Camisards avaient livrés aux flammes en représailles de l'affreuse dévastation des Hautes-Cévennes exécutée par ordre de Montrével et de Basville. Brueys rapporte, dans son Histoire du fanatisme, que ce malheureux " fut convaincu, non-seulement de s'être trouvé au massacre de Saturargues, mais encore d'en avoir été le principal auteur, et d'y avoir exécuté de ses propres mains les plus grandes inhumanitez. Comme il fut jugé à Montpellier, continue-t-il, j'eus la curiosité de le voir lorsqu'il fut ouï sur la sellette; je me souviens d'avoir vu ses juges saisis d'horreur au récit de ses barbaries, et embarrassez à pouvoir trouver un supplice qui répondît à l'énormité de ses crimes. Il fut enfin condamné à être roué et jeté tout vivant dans un bûcher allumé au pied de l'échafaud. Spectacle affreux, mais qui ne donna au public qu'une légère image de ses cruautez. » Nous aurons plus


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ard l'occasion , à l'art, consacré à Brueys, d'apprécier la valeur des accusations de cet historien ; qu'il nous suffise de dire par anticipation qu'à nos yeux son livre est la plus grande flétrissure qu'il pouvait attacher à son nom. Le témoignage de Court ne doit laisser aucun doute sur l'iniquité commise par les juges du tribunal de Montpellier; il affirme avoir appris de la bouche même de plusieurs Camisards dignes de foi, qui avaient dirigé cette expédition, qu'Astruc n'y avait point pris part. Voilà le monstre pour lequel on ne pouvait inventer de supplice assez atroce. Le fils de cet infortuné, âgé de 14 à 15 ans, fut arrêté quelques jours après, et, de même que son père, il fut convaincu d'avoir assisté à ce massacre. « Il fut même vérifié, ajoute Brueys, que les Fanatiques se servoient de ce jeune garçon pour égorger les enfants ; qu'il en avoit fait périr plusieurs de divers genres de mort; et que son malheureux père l'avoit exercé à cette barbarie. Son bas âge tint quelque temps ses juges en suspens, et incertains s'ils le pouvoient condamner à la mort; mais enfin le regardant comme un monstre dont on devoit purger la terre, ils l'envoyèrent an gibet. » Ces monstruosités se commettaient au commencement du 18e siècle. Nous regrettons de ne pas connaître les noms des juges pour les vouer à l'exécration publique. Ces exécutions furent accompagnées ou suivies d'un grand nombre d'autres. « Tous les jours, dit Court, les échafauds et les gibets étaient ensanglantés. « Le 29 octobre, comme pour prendre une revanche de la défaite de Fan, le tribunal de Nismes condamna au supplice de la roue Antoine Deshas, voiturier du Mas de Gerbe, soupçonné d'avoir favorisé les Camisards. Le 50, on pendit Cathérine Fontcaille, âgée de 25 ans, soupçonnée du même crime. A Montpellier, à Alais, à Mende, les exécutions ne furent pas moins fréquentes; « mais elles n'eurent aucun effet, dit Brueys, parce que l'endurcissement des Fanatiques était à toute sorte

d'épreuves, et qu'ils se regardoient comme des martyrs qui versoient leur sang pour la défense de la véritable religion. » Les assassinats judiciaires continuèrent donc. Le 17 novembre, on pondit à Nismes trois hommes qui avaient assisté à une assemblée, avec une femme, nommée Durante de Gajan, accusée d'être prophétesse. Guillaume Isaac éprouva un sort plus rigoureux encore. Il fut, roué vif, ainsi que Pierre Laval de Coulorgues, Louis Brunel, d'Anduze, Jacques Thomas de St. - Ambroix.

AUBERT ( JACQUES ), docteur en philosophie et en médecine, né à Vendôme, et mort à Lausanne en 1586.

On doit plusieurs ouvrages à ce médecin qui a joui de son temps d'une certaine réputation.

I. Libellus de peste, Laus., 1571, in-8°.

II. Des natures et complexions des hommes, et d'une chacune partie d'iceux, et aussi des signes par lesquels on peut discerner la diversité d'icelles, Laus., 1571, in-8° ; réimp. à Paris, 1572, in-16.

III. De metallorum ortu et causis, brevis et dilucida explicatio, Lugd., 1575, in-8°. —Traité contre les chimistes.

IV. Duce apologeticoe responsiones ad J. Ouercetanum, Lugd., 1576, in-8°. La première de ces réponses roule sur le laudanum des partisans de Paracelse, et sur les yeux d'écrevisse calcinée. La seconde a été faite contre la chimie, que l'auteur traite de science vaine et futile.

V. Progymnasmata in J. Fernelii tibrum de abditis naturatium et medicamentorum causis, Basil., 1579, in-8°. « L'auteur, dit, Carrère, y a ajouté quelques observations assez intéressantes sur la curation de quelques maladies graves. »

VI. Institutiones physicoe instar commentariorum in libros physicoe Aristotelis, Lugd., 1584, in-8°.

VII. Semeiotice, sive ratio dignoscendarum sedium malè affectarum et


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affectuum proeter naturam, Laus., 1587, in-8° ; réimp. à Lyon, 1596, in8°, et à Bâle, 1654, in-8° avec la Chirurgia militaris de G. Fabricius.

AUBERT DE VERSÉ (NOËL), né au Mans de parents catholiques qui ne négligèrent rien pour son éducation. Ses études préparatoires terminées, il prit le grade de docteur en médecine à la faculté de Paris; mais bientôt, entraîné par son inconstance, on ne saurait dire par une conviction bien arrêtée, il se rendit en Hollande, où il embrassa la religion protestante et se fit même nommer pasteur dans les environs d'Amsterdam. Les liaisons qu'il contracta avec un fameux socinien , Christophe Sandius, alors correcteur d'imprimerie chez les Elzevirs, l'amenèrent à adopter les opinions antitrinitaires de son ami, ce qui le fit suspendre par le consistoire. Aubert, qui avait obtenu le droit de bourgeoisie à Amsterdam, se mit alors à pratiquer la médecine, et pour suppléer aux faibles ressources que lui procurait l'exercice de son art, il offrit sa collaboration à divers journaux, entr'autres à la Gazette d'Amsterdam, publiée par la veuve de Saint-Glain. Ayant attaqué Jurieu, ce ministre le dénonça, dans un factum plein d'invectives et d'accusations in famantes, à tous les souverains de l'Europe comme un homme dangereux. Sans doute que le principal crime du pauvre Aubert était de ne pas professer une grande admiration pour les visions de son adversaire. C'est dans ces circonstances, que le clergé catholique lui fit offrir la permission de rentrer en France et une pension, lui demandant en retour d'abandonner une Église qui le rejetait et d'écrire contre ses coreligionnaires. Ces propositions furent acceptées, et Aubert vint s'établir à Paris où il mourut en 1714.

Outre une traduction du premier vol. des Acta eruditor. Lips., et une version latine, peu exacte, de l'Histoire critique de l'A.T. par R. Simon (Amst., 1681 , in-4°), on a de lui :

I. Réponse au traité de M. de Meaux

[Bossuet] touchant la communion sous les deux espèces, Cologne [Amst.],

1683, in-12.

II. Le protestant pacifique, ou Traité de la paix de l'Église, dans lequel on fait voir, par les principes des réformez, que la foy de l'Église catholique ne choque point les fondements du salut, et qu'ils doivent tolérer dans leur communion tous les chrétiens du monde, les sociniens, les quakers même dont on explique la religion, Amst.,

1684, in-12. — Cet ouvrage, dirigé contre Jurieu, parut sous le pseudonyme de Léon de La Guitonnière. L'auteur cherche à prouver qu'en sacrifiant chacune quelque chose de la rigidité de ses principes, toutes les sectes chrétiennes pourraient fort bien vivre en paix. « Il faut avouer, dit Bayle, qu'il y a dans ce livre de l'esprit en bien des endroits. »

III. L'impie convaincu ou Dissertation contre Spinoza, dans laquelle on réfute les fondements de son athéisme, non seulement ses maximes impies, mais aussi celles des principales hypothèses du Cartésianisme, que l'on fait voir être l'origine du Spinozisme, Anist.,

1685, in-8°. — Livre rare et recherché. Quoique les Cartésiens aient constamment repoussé cette solidarité, il est certain que le spinosisme n'est qu'un développement des doctrines de Descartes. Déjà Geuliux et Mallebranche, les disciples les plus célèbres du philosophe français, se rapprochaient beaucoup de la théorie de Spinosa. Cependant une analogie ne constitue pas une identité, et le spinosisme n'en reste pas moins un système original.

IV. Histoire du papisme, trad. du latin de J. H. Heidegger, ministre de Zurich, pour l'opposer à l'Histoire du calvinisme du P. Maimbourg, et allant jusqu'au pape Innocent XI, Amst.,1685, 2 part. in-8°. — L'auteur avait laisse sa traduction incomplète. L'éditeur a ajouté à l'ouvrage un supplément de trois années.

V. Le nouveau visionnaire de Rotterdam ou Examen des parallèles mys-


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tiques de Jurieu, Colog. [Amst.], 1686, in-12. — C'est cet ouvrage, publié sous le nom de Théognoste de Bérée, qui émut surtout la bile de l'auteur de l'Accomplissement des Prophéties. Il a été réimprimé avec le suivant.

VI. Le tombeau du socinianisme, ou Nouvelle méthode d'expliquer le mystère de la Trinité, Francf. [Amst.], 1687, in-12.

VII. L'advocat des Protestants ou Traité du schisme dans lequel on justifie la séparation des Protestants d'avec l'Église romaine, contre les objections des sieurs Nicole, Brueys et Ferrand, Amst., 1686, in-12.

VIII. Traité de la liberté de conscience, ou De l'autorité des souverains sur la religion des peuples, Colog. [Amst.], 1687, in-16. — Publié sous le pseudonyme de Léon de La Guitonnière.

IX. Manifeste demaître Noël Aubert de Versé, docteur en médecine, et cidevant ministre de la R. R., bourgeois de la ville d'Amsterdam, contre l'auteur anonyme d'un libelle diffamatoire, intitulé Factura pour demander justice aux puissances, etc., Amst., 1687. in-4°. — Fort rare.

X. Les trophées du Port-Royal renversez, ou Défense de la foy des six premiers siècles de l'Église touchant la sainte Eucharistie, contre les sophismes de M. Arnaud, Amst., 1688, in-12.

XI. La véritable clef de l'Apocalypse, ouvrage où en réfutant les systèmes qu'on a bâtis dessus jusqu'ici, l'on indique le véritable, et où l'on découvre en particulier l'illusion des prédictions de J. F. P. L. R. [Jurieu faux prophète de Rotterdam], Colog. [Amst.], 1690, in-12. — Dans la préface, l'auteur annonce un travail plus étendu sur la même matière, lequel parut effectivement à Paris, 1703, 2 vol., in-12, sous le titre : La clef de l'Apocalypse de S. Jean, ou Histoire de l'Église chrétienne sous la quatrième monarchie.

XII. L'anti-socinien ou Nouvelle apologie

apologie la foy catholique contre les sociniens et les calvinistes, Paris, 1692, in-12.

On a encore attribué à Aubert de Versé un mémoire sur l'inspiration des livres saints, inséré dans les Sentiments des théologiens de Hollande contre l'Histoire critique de l'A. T.; par Richard Simon, et le Platonisme dévoilé d'Hippolyte Souverain, (Colog.,1700, in-8°.

AUBERTIN (EDME), un des plus savants pasteurs de l'Église protestante, né à Châlons-sur-Marne en 1595. Reçu ministre du saint Évangile au Synode de Charenton, 1618, il fut, immédiatement après, donné à l'église de Chartres qu'il ne quitta qu'en 1651, époque où il fut appelé à Paris. Il s'était déjà fait avantageusement connaître par un ouvrage plein d'érudition, publié eh 1626, in-8°, sous le titre : Conformité de la créance de l'Église et de S. Augustin sur le sacrement de l'eucharistie, dont le but était de prouver, contre le sentiment de Bellarmin, de Du Perron, etc., que les doctrines du célèbre évêque d'Hippone étaient sur ce point parfaitement conformes à celles de l'Église protestante. Le succès que ce livre obtint, le détermina, quelques années plus tard, à le refondre et à le compléter dans une nouvelle édition qui parut à Genève, 1655, in-fol., sous le titre : L'eucharistie de l'ancienne Église, ou Traité auquel il est montré quelle a été durant les six premiers siècles, depuis l'institution de l'eucharistie, la créance de l'Église touchant ce sacrement : le tout déduit par l'examen des écrits des plus célèbres auteurs qui ont fleuri pendant ce temps, avec réponse à tout ce que les cardinaux Bellarmin, Du Perron et autres adversaires de l'Église ont allégué sur cette matière. Les agens du clergé catholique indignés de ce qu'Au bertin avait osé taxer deux cardinaux d'adversaires de l'Église, et s'arroger la qualité de pasteur de l'Église réformée, sans y ajouter l'épithète de prétendue, se plaignirent auprès du gouvernement de cette double énormité.


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Dès le 14 juillet 1655, un arrêt du conseil privé ordonna « qu'Aubertin fût pris au corps et amené ès prisons du Fort l'Évesque, » enjoignant en outre « aux ministres et autres faisant profession de la R. P. R. de prendre la qualité à eux attribuée par les édits et non autre, avec défenses d'apeller les Catholiques adversaires de l'Église. » Cependant la satisfaction du clergé romain ne fut pas complète. Les circonstances étaient trop peu favorables pour qu'on poussât plus loin cette affaire, en sorte que l'unique résultat de ces ridicules poursuites, fut de donner un attrait de plus à un livre qui sans cela n'eut peut-être été apprécié que des savants. Aubertin continua donc paisiblement à revoir et à améliorer son ouvrage; il y consacrait tout le temps que lui laissaient ses fonctions pastorales, cherchant à peine quelques instants de délassement dans la société d'un petit nombre d'amis, parmi lesquels il comptait le duc de Verneuil, alors abbé de St.-Germain, ou dans la culture des fleurs et des fruits. Il résolut même de le traduire en latin ; mais il n'eut pas la joie de voir sortir de dessous presse cette troisième édition; elle ne parut qu'en 1654, in-fol., à Deventer, par les soins de Blondel, qui y ajouta une préface. En voici le titre : De eucharistioe sive coince dominicoe sacramento libri tres. L'ouvrage est divisé en trois parties. Dans la 1re, Aubertin en appelle à la fois à l'Écriture sainte et au raisonnement pour répondre aux arguments produits par les docteurs catholiques, et passe ainsi en revue, tout ce que les controversistes ont jamais écrit sur la doctrine de la transsubstantiation. Dans là 2e, il recherche, par la comparaison des témoignages des Pères, quelle a été durant les six premiers siècles la croyance de l'Église, et il arrive à ce résultat, que la transsubstantiation et la présence réelle ont été des dogmes inconnus pendant toute cette période. Dans la 5e, il rapporte comment ces doctrines se sont introduites dans l'Église.

Arnauld trouve cet ouvrage trèsméprisable , écrit sans élévation , sans jugement, sans critique. La seule chose qu'il accorde à l'auteur, c'est qu'il avait beaucoup lu, mais sans discernement et sans lumières. Cependant il exprime ailleurs le voeu « que quelque personne habile travaille à le réfuter, » ce qui semble en contradiction avec le jugement qu'il en porte, et en contradiction surtout, avec ce que prétend l'abbé de Longuerue que « M. Arnaud faisoit grand cas d'Aubertin et disoit qu'on y trouvoit tout. » Quant au savant abbé, il professait une grande estime pour Aubertin. « Parlez-moi pour le sçavoir, disait-il, d'Aubertin, de Daillé, de Blondel. Aubertin s'étoit plus renfermé dans la matière de l'Eucharistie ; mais les autres avoient embrassé toute la tradition. »

Il y a lieu de s'étonner qu'Arnauld, le vaillant champion de la foi catholique, ne se soit pas chargé lui-même de la réfutation du livre d'Aubertin, mais que dans sa dispute avec Claude, il se soit contenté de répondre par de longs raisonnements, et non pas en opposant des faits aux faits, à une seule partie de ce volumineux ouvrage, à l'histoire de l'innovation. Aussi répéterons-nous, d'après Daillé, « que ce grand et incomparable ouvrage de l'eucharistie est demeuré au-dessus de toutes les attaques de ceux de l'autre communion, dont pas un n'a osé le combattre de bonne guerre, ni l'entreprendre tête à tète, s'il faut ainsi dire. »

Mais si aucun des docteurs de l'Église romaine ne se sentit de force à entreprendre la réfutation de l'ouvrage d'Aubertin, le curé de S. Sulpice prétendit à mieux que cela, il voulut convertir Aubertin lui-même. Il est vrai qu'il ne tenta pas cette entreprise difficile lorsque le pasteur de Paris était encore dans toute la plénitude de ses facultés; il attendit prudemment qu'il fût couché sur son lit de mort, et alors, escorté du bailli de St.-Germain et suivi de toute la populace du quartier, il se rendit en procession


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à la maison habiléé par le savant ministre. Ce fut en vain qu'une épouse et un fils désolés lui représentèrent que, plongé dans une profonde léthargie, Aubertin était hors d'état de l'entendre. Le moment était d'autant plus propice; le curé insista, il fallut céder; mais, tiré de son assoupissement par le bruit de cette contestation et par les menaces de la populace qui se disposait à enfoncer la porte, Aubertin recouvra un instant sa présence d'esprit et protesta qu'il voulait mourir dans la religion qu'il avait professée toute sa vie. Il ne resta au digne curé que la triste consolation de répandre le bruit, qu'il l'avait trouvé en proie aux plus violents scrupules sur l'orthodoxie de l'Église protestante, et qu'il l'eût infailliblement converti sans les larmes de sa femme et les emportements de son fils. Aubertin expira le 5 avril 4652.

Outre son grand ouvrage de l'eucharistie, nous connaissons d'Aubertin un traité intitulé : Anatomie du livre publié par le sieur de La Milletière pour la trans substantiation, Charent., 1648, in-8°. L'abbé de Marolles nous apprend dans ses Mémoires, qu'Aubenin le composa à sa prière. Niceron mentionne, en outre, deux Lettres de M. Aubertin à un sien amy, (1633, in-8°), sur les plaintes élevées contre son livre de l'eucharistie. Enfin, selon Adelung, il doit avoir répondu aux attaques dirigées contre lui par le bibliothécaire du roi, Jean de Chaumont, dans le livre intitulé L'Aréopagite défendu contre Edme Aubertin, ministre à Charenton.

Nous avons parlé plus haut d'un fils d'Aubertin; mais nous ignorons si c'est le même que celui qui fut pasteur à Amiens. Nous ne savons pas davantage quel degré de parenté unissait le ministre de Paris à BARTHÉLÉMY Aubertin, conseiller au conseil souverain de Sedan et lieutenant-général au bailliage du même lieu. Le rapprochement des dates permettrait de supposer qu'ils étaient frères. Seul avec Henri Dauber,

conseiller au même bailliage, Barthélémy Aubertin refusa de prêter serment au roi de France lorsque Fabert, en 1642, prit possession au nom de Louis XIII de celle place dont le duc de Bouillon, compromis dans la conjuration de Cinq-Mars, dut faire l'abandon pour sauver sa vie. Ils préférèrent l'un et l'autre se démettre de leurs emplois. C'est sans doute à ce Barthélemy Aubertin que l'on doit les Mémoires de Frédéric-Maurice de La Tour, prince de Sedan, imprimés avec ceux de d'Aubigné, Amst. 1751, 2 vol. in-12.

AUBERY (BENJAMIN), seigneur Du MAURIER , ambassadeur en Hollande (dès 1615) et conseiller d'état (dès 1615).

Son père, nommé JEAN, mourut au Maurier, dans le Maine, en 1585 ; il était neveu du célèbre Jacques Aubery, seigneur de Moncreau, dans l'Anjou, qui plaida avec succès la cause des malheureux habitants de Cabrières et de Mérindol (Voy. Pierre MASSON) devant la grand'chambre du parlement de Paris. Les goûts simples de Benjamin Aubery le portaient à passer paisiblement sa vie sur ses terres; mais l'exemple de son grand oncle lui donna de l'ambition, il désira courir comme lui la carrière pénible des honneurs. Il entra d'abord, à ce que nous apprennent les Mémoires de Sully, au service du duc de Bouillon. Au rapport de l'auteur de la Vie de Du PlessisMornay, qui l'appelle Du Morier, il résidait en 1602 auprès de la cour de France pour les affaires de ce duc. Peut-être aussi doit-on lui appliquer ce que ce même écrivain dit d'un nommé Du Morier qui avait été secrétaire de Du Plessis en 1589. En tout cas, Ancillon, dans sa biographie d'Aubery, commet au moins une erreur en distinguant sous ces trois noms trois personnages différents. Du Maurier quitta le service du duc de Bouillon pour entrer à celui du duc de Sully auprès duquel il fut employé pendant quelque temps en qualité de secrétaire. Il lui en témoigne sa vive reconnaissance dans


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une pièce qui est insérée au long dans les OEconomies royales. «Mes années les meilleures, y lit-on, (si en ma vie il y peut avoir eu quelque chose de bon) ayant été semées en terre infertile, et lorsque je croyois être réduit à n'employer l'avenir qu'à regretter la perte du passé, lorsque l'oisiveté m'avoit assiégé comme pour vivre en charge à moimême, Dieu m'a suscité un protecteur pour m'en délivrer, qui de son propre mouvement a voulu mettre en oeuvre sa puissance, pour me faire servir d'exemple de sa bonté.» En 1606, Henri IV l'employa aux négociations relatives à la soumission du duc de Bouillon et à la reddition de Sedan. En prenant congé de lui après sa disgrâce, Sully lui recommanda » de cultiver uniquement» l'amitié de M. de Villeroi dont il était bien connu , lui assurant qu'avec la science qu'il avoit des affaires étrangères, jointe au talent de bien parler et d'écrire encore mieux, il obtiendroit facilement de la reine et du favori (Conchini) quelque emploi honorable.» Ses prévisions ne le trompèrent pas. Aubery raconte de la manière suivante, dans les Mémoires de son fils Louis, sa prise de possession de l'ambassade pour laquelle il fut désigné. «M. de Reffuge, dit-il, étoit alors ambassadeur eu Hollande ; dès qu'on sut qu'il s'en revenoit en France, plusieurs personnes très-qualifiées se jetèrent à la poursuite de cet emploi avec tant d'ardeur que pour les en écarter et m'y introduire, M. de Villeroi disposa les affaires en sorte que, sur la fin de mai de l'an 1613, la reine me commanda de partir soudainement de Fontainebleau pour m'aller rendre près ledit sieur de Reffuge, auquel on disoit qu'on n'accordoit congé que pour quatre mois pour venir donner ordre à ses affaires en France : que cependant je demeurerais en sa place audit pays, à quoi j'obéis selon mon devoir : et m'étant acheminé en poste par Bruxelles, j'arrivai à La Haye en Hollande le 2e jour de juin de ladite année: m'ayant, avant mon départ, été donné assurance

assurance cet expédient tendoit à m'affermir plus solidement dans cette charge, de laquelle ledit sieur de Reffuge me mit en possession avant que de partir de Hollande.» Le poste était sans doute beau, mais il s'agissait de s'y maintenir. On sait que c'est toujours là la principale affaire des grands emplois. Du Maurier en fil, pour sa part, la pénible expérience, et sans la protection toute spéciale de Louise de Coligny, quatrième et dernière femme de Guillaume de Nassau, il est très-probable que ses envieux fussent parvenus à le perdre auprès de son gouvernement. Mais leurs intrigues et leurs calomnies tournèrent toutes à leur confusion.

Les affaires les plus importantes qui se présentèrent pendant son ambassade, furentsans contredit les querelles des Arminiens et des Gomaristes. On sait que ces derniers proclamaient la grâce particulière, exclusive, tandis que leurs adversaires, appelés aussi Remontrans, défendaient la grâce universelle. Les esprits s'échauffèrent au point que cette malheureuse dispute qui eût dû rester confinée dans les écoles où elle avait pris naissance, faillit entraîner la ruine de l'étal. On s'égorgea de part et d'autre, en vue de maintenir son opinion sur l'étendue de la bonté de Dieu, jusqu'à ce qu'enfin, le synode de Dordrecht décida la question dans le sens le plus étroit, en faveur des Contre-remontrans. Au milieu de ces circonstances difficiles, Aubery s'employa dû mieux qu'il put à concilier les deux partis; dans les années 1617 à 1620, il prononça plusieurs harangues, au nom de son gouvernement, devant les États-Généraux et devant les États de Hollande pour les porter à la paix et à la concorde ; mais tous ses efforts ne purent sauver l'infortuné Barneveld : ce vertueux vieillard fut sacrifié à la haine du prince Maurice dont il avait refusé de servir les projets ambitieux.

Ancillon avance que « pendant son séjour en Hollande, Aubery eut ordre


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de passer en Angleterre où il négocia diverses affaires avec la reine Elisabeth, etc. » Mais c'est une erreur. Louis Aubery parle évidemment dans ses Mémoires de l'ambassade du vicomte de Turenne, 1596, que son père peut avoir suivi en qualité de secrétaire. A cette époque la reine Elisabeth était morte depuis au moins une dizaine d'années. Au jugement du même biographe, noire ambassadeur " étoit ouvert, affable, se communiquant à ses amis et surtout à ses enfants auquels il rendoit tous ses entretiens utiles. Il étoit sincère, droit, équitable, sur ses gardes pour ne désobliger personne,.... ferme et vigoureux, lorsqu'il s'agissait de soutenir les intérêts de son maître,.... facile pour les siens propres et particuliers. » Nous compléterons cet éloge en rappelant qu'il était lié d'amitié avec Du Plessis-Mornay et avec Grotius, comme le témoignent un certain nombre de lettres à lui adressées par ces deux hommes illustres et imprimées dans leurs OEuvres.

On ignore l'époque où il fut rappelé de son ambassade ; son fils n'en fait aucune mention dans ses Mémoires. On sait seulement qu'il mourut dans sa maison du Maurier en 1656.

Aubery avait épousé Marie Magdeleine, génoise d'origine, de la maison des Magdeleine, née le 7 mai 1581. Il la perdit à La Haye le 12 nov. 1620. Elle fut enterrée avec les plus grands honneurs; tous les principaux dignitaires de l'état, le prince Maurice, les ambassadeurs des puissances étrangères, les officiers français au service de la Hollande, assistèrent à ses funérailles Grotius, qui était alors détenu dans la forteresse de Louvestein, et le savant Daniel Heinsius lui composèrent chacun une épitaphe. De son mariage étaient nés onze enfants, dont les deux aînés, MARIE et BENJAMIN, moururent du vivant de leur mère. Aubery prit un soin tout particulier de leur éducation. Afin d'éviter à ses fils tout sujet de distraction dans leurs études, il loua, dans le voisinage de La Haye,

une petite propriété appartenant à Barneveld, et il les y établit en leur donnant pour précepteur Benjamin Prioleau, qui les accompagna plus tard à l'université de Leyde.

1° MAXIMILIEN, l'aîné des enfants de Benjamin Aubery, retourna en France avec son père, qui, lorsqu'il fut en âge de porter les armes, " l'envoya à M. le prince d'Orange, [Frédéric-] Henri, en Hollande: où ayant été plusieurs années de sa cour et de sa maison : et après l'avoir suivi dans tous ses siéges, entr'autres au siége de Breda, où il fut blessé : après là mort de son père, il s'en revint en France, où il épousa une soeur de MM. de Beauveau d'Espance: qui tous se sont signalés dans nos armées , où ils ont eu des commandemens considérables. » A ces détails qui nous sont fournis par les Mémoires de Louis Du Maurier, Ancillon en ajoute quelques autres. « Ce Maximilien, ditil, a eu un fils nommé Louis, qui a été marié à une fille de feu M. de Nettancour, et qui a été par conséquent beau-frère du baron de l'Échelle. Ce Louis est mort et n'a laissé qu'un fils nommé comme lui qui est un jeune homme d'environ trente ans, c'est le seul et le dernier du nom, mais l'on peut dire qu'il renferme dans sa personne tout le mérite de sa famille dont il semble qu'il ait hérité, aussi bien que des terres très-considérables qu'ils lui ont laissées. » — 2° Louis, auquel nous consacrons un article spécial. — 3° DANIEL, aide-de-camp dans l'armée du duc d'Enghien, tué à la bataille de Nordlingen, le 3 août 1645. Il passait de son temps pour exceller dans toutes les parties des mathématiques. — 4° MAURICE, que le prince Maurice tint sur les fonts, né à La Haye en 1615. Il est connu sous le nom de La Fillaumaire. Lorsqu'il fut en état de suivre la carrière des armes, son père l'envoya au prince Frédéric-Henri sous lequel il servit jusqu'à la mort de ce prince en 1647, puis sous le prince Guillaume II, jusqu'en 1650, et finalement il fut attaché au service du prince d'Orange, Guil-


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laume III, depuis roi d'Angleterre. Il parvint au grade de colonel et mourut à la tète de son régiment à la bataille de Sénef en 1674. Au rapport de son frère, jamais homme n'eut plus de véritables amis que lui, et de toutes les nations. — 5° LOUISE, née à La Haye en 1614. Elle eut pour marraine Louise de Coligny et pour parrain les États-Généraux représentés par Barneveld. Ces derniers lui donnèrent une pension de 500 livres, qui lui fut régulièrement payée jusqu'en 1672. Elle épousa en premières noces le marquis d'Ardenay, dans le Maine. Selon Louis Du Maurier, son frère, elle n'en eut qu'une fille qui fut mariée à M. de Madaillan, de la maison de Montatère; mais d'après d'autres renseignements , elle en aurait eu deux qui furent élevées dans la religion catholique par leur oncle le marquis de Cognée : le 10 mars 1685, l'aînée fit son abjuration entre les mains de l'évêque du Mans, Louis de Lavergne, et la cadette fut rebaptisée eh attendant qu'elle fût en âge pour abjurer. Louise Aubery s'allia en secondes noces avec Renjamin de Pierre-Buffière, marquis de Chambret, dont elle eut quatre fils, morts la plupart à la guerre, en Hongrie et en Flandres, et deux filles. Ce marquis de Chambret était « d'une des plus illustres maisons du Limousin, et par sa mère, la maréchale de Thémines, qui étoit de la maison de La Noue, il étoit petit-fils de ce grand François de La Noue, surnommé bras de fer. » Le frère de Louise Aubery nous apprend « qu'elle a été un prodige de mémoire et de jugement, qualités qui se rencontrent rarement ensemble. Elle eût rétabli le vieux et le nouveau testament, s'ils eussent été perdus, les sachant par coeur. Elle avoit lu toutes les histoires et tous les romans, tant françois qu'italiens et espagnols, et eu savoit les moindres aventures — Sa conversation étoit aussi agréable qu'inépuisable.» — 6° ELÉONORE, née à La Haye en 1615. Elle fut tenue sur les fonts par Frédéric-Henri, prince d'Orange,

d'Orange, par Éléonore de Bourbon, soeur du prince de Condé, et épouse de Philippe-Guillaume de Nassau. Elle fut mariée au baron de Mauzé, près de La Rochelle, et mourut sans enfants en 1660. « On dit que c'étoit là femme de France qui peignoit le mieux, qui écrivoit le plus correctement et qui faisoit de fort bonnes lettres, d'un style mâle et vigoureux, et dans lesquelles il n'y avoit pas un seul mot d'inutile. » — 7° AMÉLIE, présentée au baptême par la princesse Amélie de Nassau et par le comte de Cûlembourg. Elle fut mariée au seigneur de Montreuil, près de Sainte-Menehould en Champagne, et existait encore dans le temps où son frère Louis écrivait ses Mémoires. — Le sort des deux autres filles n'est pas connu.

Dans les Mémoires de Du PlessisMornay, on trouve diverses lettres adressées à un nommé Aubery, qu'Ancillon suppose avoir été le frère de notre Benjamin. Il était conseiller du roi, maître des requêtes ordinaire de son hôtel et intendant de la justice dans les provinces d'Anjou, Touraine et le Maine. " Mais il y avoit cette différence, ajoute le biographe, entre cet Aubery et le nôtre, que celui-ci traitoit de monseigneur Du Plessis-Mornay lorsqu'il lui écrivoit, et que le nôtre ne le traitoit que de monsieur. — Ils sont aussi très-bien distingués par M. Du Plessis-Mornay. L'un est appelé dans ses lettres M. Aubery, et l'autre y est nommé M. Du Maurier, en sorte qu'il n'est pas possible de s'y tromper. » Benjamin Aubery avait eh outre deux beaux-frères, dont les noms sont connus : l'un, Ausson de Villarnoul, de la maison de Jaucourt, attaché au service de Frédéric, roi de Bohème, périt par accident avec Henri-Frédéric, désigné roi de Bohème avec son père, dans la mer de Harlem ; et l'autre, M. de Marbaud, que Du Plessis dans sa correspondance appelle son vrai ami, résidait à Paris pour y défendre auprès du gouvernement les intérêts des Réformés.


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Louis AUBERY , seigneur DU MAURIER , le plus connu des quatre fils de Benjamin Aubery, naquit en France avant l'ambassade de son père, et mourut au Maurier en 1687, après avoir abjuré la religion dans laquelle il avait été élevé.

Comme nous l'avons dit plus haut, il fit ses premières études sous la direction de Benjamin Prioleau, qui l'accompagna à l'université de Leyde, et lorsqu'il eut terminé son droit, son père qui le destinait aux affaires publiques, l'envoya dans les diverses cours de l'Europe afin qu'il complétât par ses propres observations les connaissances qu'il pouvait avoir acquises dans les livres. C'est ainsi qu'il visita successivement la Pologne, la Prusse, le Danemark, la Suède, les villes anséatiques, Rome même. On voit aussi par ses Mémoires que l'état des Provinces-Unies et celui de l'Angleterre lui étaient parfaitement connus. Son désir de marcher sur les traces de son père, lui fit alors rechercher les bonnes grâces du cardinal de Richelieu, lequel lui promit en effet de faire quelque chose pour lui ; mais lassé à la fin « de piquer inutilement les coffres à la Cour et de se repaître clé ses vaines fumées » et voyant d'ailleurs « sa fortune enterrée » avec le cardinal, il résolut de se retirer dans ses terres , adoucissant son déplaisir par cette réflexion philosophique que s'il n'avait rien fait dans le monde, c'était parce qu'il avait toujours fait profession de droiture et de sincérité, qualités incompatibles avec les défauts de la Cour, où pour réussir a il faut nécessairement applaudir au vice et souvent opprimer l'innocence. »

Louis Du Maurier était marié ; mais il n'a laissé qu'une fille dont on ignore le sort ; elle fut présentée au baptême par le coadjuteur de Paris, depuis cardinal de Retz.

On lui doit les publications suivantes : — I. Histoire de l'exécution de Cabrières et de Mérindol et d'autres lieux de Provence, particulièrement

particulièrement dans le plaidoyer qu'en fit, l'an 1551, par le commandement du roi Henri II et comme son avocat-général en cette cause, JACQUES AUBERY, lieutenant civil au Châtelet de Paris, et depuis ambassadeur extraordinaire en Angleterre pour traiter de la paix, l'an 1555. Ensemble une Relation particulière de ce qui se passa aux cinquante audiences de la cause de Mérindot, Paris, 1645, in-4°. — Cet ouvrage parut pour la première fois à Leyde, en 1619, par les soins du savant Daniel Heinsius, qui le dédia aux deux fils aînés de Benjamin Aubery, Maximilien et Louis. Ce dernier ne fit qu'en donner une nouvelle édition, dédiée à Omer Talon, avocat-général au parlement de Paris. II. Mémoires pour servir à l'histoire de Hollande, Au Maurier et à Paris, 1680, in-8°; 5e édit., 1705; nouv. édit. par les soins de l'abbé Sépher, sous le titre : Histoire de Guillaume de Nassau, etc., 1754, 2 vol. in-12, où se trouvent des notes inédites d'Amelot de la Houssaye. Adelung suppose, en se fondant sur le Catalogue de Neaulme, qu'il existe une édit. de Paris, 1668, qui est regardée comme la meilleure ; mais il se trompe évidemment. Le dernier feuillet du vol. de l'édit. de 1680 portant ces mots: Achevé d'imprimer pour la première fois le 15 juin 1680 Au Maurier et le 20 août à Paris, et le privilége étant daté de l'an 1679, il ne saurait y avoir de doute. Ces Mémoires sont dédiés par l'auteur à l'évêque du Mans, Louis de Lavergne, comme un témoignage de reconnaissance de ce qu'il l'a délivré des vexations des ecclésiastiques , ses confrères, et a ainsi donné le repos à sa vieillesse. — Cet ouvrage traite, sous différents titres, de : 1° Guillaume de Nassau, prince d'Orange, fondateur de la république des Provinces-Unies des Pays-Bas; 2° Louise de Coligny, dernière et quatrième femme de Guillaume; 5° Philippe-Guillaume, prince d'Orange et d'Eléonore de Bourbon,


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sa femme; 4° Maurice de Nassau, prince d'Orange, et par occasion du comte Ernest de Mansfeld, du duc Christian de Brunswick et de la reine Elisabeth d'Angleterre; 5° Henri-Frédéric de Nassau, prince d'Orange et sa postérité; 6° Jean de Barneveld, avocat-général et garde des sceaux de Hollande, et ses enfants ; 7° François AErsens, seigneur de Sommerdic et de la Plaate, et sa postérité ; 8° Hugues Grotius, pensionnaire de Rotterdam et puis ambassadeur de Suède en France et ses enfants. Selon Ancillon, l'auteur « est clair et succint dans ses narrations, solide dans ses raisonnements, droit et équitable dans ses jugements; son expression est toujours propre et son style naturel. » On trouve dans ces Mémoires quelques révélations très-importantes, que de nouveaux faits venus à la connaissance des historiens tendraient à confirmer. C'est ainsi que l'auteur nous apprend, entr'autres choses, que l'ambassadeur français, M. de Bellièvre, envoyé en apparence en Angleterre pour solliciter en faveur de Marie Stuart, était porteur d'instructions toutes contraires de la main même de Henri III, qui pressait la reine Elisabeth de faire mettre à mort cette ennemie commune de leurs couronnes. Nous lisons aussi dans cette ouvrage que le prince Maurice aurait sollicité la princesse douairière sa belle-mère, de faire des démarches auprès de Barneveld pour le porter à l'appuyer de son autorité dans l'usurpation de la souveraineté de Hollande, et que le refus de ce vénérable vieillard lui coûta plus tard la vie. L'historien Le Vassor fait à ce sujet les réflexions suivantes: « Si M. Du Maurier avait écrit lui-même ce que son fils a publié, peut-être que la réputation qu'il s'était acquise par son esprit et par ses bonnes qualités, serait un préjugé de quelque force contre le prince Maurice, mais ce n'est ici qu'un simple ouï-dire que son fils nous rapporte. Il publia son prétendu secret dans un temps où la France ennemie

ennemie de la maison d'Orange, voulbit la rendre odieuse et suspecte aux Provinces-Unies. » Cette dernière considération doit être d'un certain poids pour qui connaît la circonspection, la timidité avec laquelle notre auteur, de crainte de déplaire au maître, exprime ses propres sentiments. Nous en citerons un ou deux exemples. « Je blâme, dit-il, en passant en deux lignes le massacre de la S. Barthélemi, où quantité de bons catholiques (quel correctif!) furent sacrifiés à la vengeance de leurs ennemis. Aussi il fut généralement condamné de tous les gens de bien françois et étrangers, hormis des auteurs de cette boucherie et de leurs dépendans. — Je ne prétends pas offenser la mémoire du roi Charles IX, ni de la reine sa mère : je dis seulement que cette action a été universellement détestée, sans nommer personne (quelle témérité!) » Nous regrettons que le défaut d'espace ne nous permette pas de mettre en regard le récit de Mézerai, excellent catholique, ou même celui de l'évêque Péréfixe. " Action exécrable! s'écrie ce dernier, qui n'avoit jamais eu et qui n'aura, s'il plaît à Dieu, jamais de pareille.» C'est ainsi que s'exprime l'indignation de l'honnête homme. Ailleurs Du Maurier va jusqu'à démander grâce de ce qu'il ait osé admirer Guillaume de Nassau et l'amiral de Coligny. " Si quelques scrupuleux, dit-il, trouvent à redire que dans ces Mémoires je compare le prince d'Orange Guillaume et l'amiral de Coligny aux plus grands hommes, tous deux hérétiques et tous deux rebelles, on ne doit pas conclure par là que j'aie aucun penchant à l'hérésie et à la rébellion que je déteste également.» Quand on est sous l'empire de pareilles craintes, on ne se mêle pas d'écrire l'histoire, ou l'on se condamne à n'inspirer aucune confiance. Le premier mérite d'un historien, c'est d'avoir au moins le courage de ses opinions.

Depuis la publication des lettres de Grotius, on a relevé plusieurs erreurs


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dans ces Mémoires ; et cela était à prévoir, si l'on songe que l'auteur, de son propre aveu, écrivait « tout de mémoire sans l'aide d'aucun livre.» C'est ainsi que les romans se font. Bayle déjà exprimait la crainte que l'on ne reconnût un jour que ces Mémoires n'étaient que des ouï-dire et des quiproquo. D'un autre côté, le savant Le Clerc remarque que ce que Du Maurier rapporte pour l'avoir ouï dire à son père est plus certain que ce qu'il dit de lui-même. Mais d'après Ancillon, « ces Mémoires sont regardés comme une pièce si authentique et si digne de foi que les auteurs qui ont écrit sur ce sujet y ont puisé comme dans une source pure.» Toutefois ce même biographe nous apprend, d'après le dire de personnes qui avaient connu particulièrement notre Du Maurier, « qu'il étoit malin et que tout accablé de goutte et d'années qu'il étoit, ne pouvant agir il vouloit écrire, qu'il a tiré les Mémoires qu'il à publiés des mains de Maximilien son frère aîné, a qui le père les avoit laissés et qu'il leur a donné la formé qu'ils ont; de sorte qu'encore qu'il dise souvent que son père lui a dit, ou qu'il lui a ouï dire, et qu'il ne parle que par mémoire, la vérité est qu'il n'a fait que suivre les mémoires que son frère lui a communiqués, et qu'il ne sait rien de ce qu'il écrit que par ce moyen. S'il fait semblant de douter quelquefois, et s'il dit qu'il croit se souvenir, ce n'est que pour persuader d'autant mieux qu'il est auteur en chef, et qu'il n'écrit que de mémoire.» Tel est aussi le sentiment auquel nous nous étions arrêté, avant même de connaître ces détails. « Ces personnes, continue Ancillon, ajoutent que s'il n'a pas publié tout ce qu'il a promis, ce n'est pas sa faute. Il a fait tout ce qu'il a pu pour tirer des mains de son frère des Mémoires par le moyen desquels il espérait de pouvoir exécuter sa promesse; mais son frère le connaissant trop bien et craignant qu'il ne se servît de ces Mémoires pour chagriner bien des gens,

sous prétexte de faire les peintures véritables des princes, des grands et des ministres dont il y est parlé, lui à refusé les Mémoires qu'il lui a demandés, de sorte qu'actuellement ils sont encore entre les mains de M. Du Maurier son petit-fils, et petit-neveu dé notre Du Maurier, le seul rejetton de cette illustre famille.» Nous ne saurions dire si les Mémoires dont il vient d'être question sont les mêmes que ceux-qui ont été publiés en 1735 par Dorvaulx Du Maurier, qu'on dit être le petit-fils dé notre Louis Aubery. En voici le titre : III. Mémoires de Hambourg, de Lubeck et de Holstein, de Danemarck, de Suède et de Pologne, Blois, 1755, in-12; La Haye, 1737, in-8°. — Ils ont eu peu de succès.

AUBERY (CLAUDE), surnommé Triuncuranus, médecin et philosophe du XVIe siècle.

Les persécutions religieuses l'ayant forcé à quitter la France, il se réfugia à Lausanne où il fut nommé à une chaire de philosophie. Il y fit paraître, entr'autres publications, ses Apodicticoe orationes sur l'Épitre aux Romains, que le célèbre Théodore de Bèze fit, dit-on, condamner, au Synode de Berne comme contenant des opinions contraires à l'orthodoxie chrétienne. L'amour-propre de l'auteur fut tellement froissé par cette condamnation, qu'il renonça dès lors à toutes ses convictions, supposé qu'il en ait eu jamais, rentra en France et se retira à Dijon où il fit son abjuration. Il mourut dans cette ville en 1596. Ses ouvrages sont très-nombreux.

I. Posteriorum nationum explicatio, Laus. 1576, in-8°. — II. De interpretatione, 1577, in-8°. — III. Scholies sur les Caractères de Théophraste (en lat.), Bâle, 1582, in-8°. — IV. Organon doctrinarum, seu logica, Morgiis,

1584, in-fol. — V. De terroe motu,

1585. in-8°. — VI. De concordia medicorum, 1585, in-8°, — où l'auteur cherche à mettre d'accord les deux principaux systèmes qui divisaient les médecins de son tems. — VII. Oratio apo-


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dictica de animoe immortalitate, 1586, in-8°. — VIII. De resurrectione mortuorum.—IX. De caritate.— X. Tract, de communicatione naturali, trad. en lat. du grec de Lascaris. - On lui doit encore des commentaires sur Hippocrate et sur Aristote, qui doivent se trouver MSS. à la Bibl. Roy. de Paris.

Il n'y a pas d'apparence que cet Aubery ait appartenu à la famille des Du Maurier; peut-être tenait-il à celle des deux pasteurs de ce nom dont il est parlé p. 119 de cet ouvrage, ou d'un autre pasteur Aubery, qui desservit l'église de Ploermel de 1561 à 1580.

AUBIGNÉ (THÉODORE-AGRIPPA D'), né le 8 février 1550 (v. st.) à S. Maury, près de Pons, et mort à Genève le 29 avril 1650.

Nous ne nous arrêterons pas aux absurdités que l'on a débitées sur sa naissance, pour faire sa cour à Madame de Maintenon qui eût préféré descendre d'un bâtard ou plutôt d'un enfant adultérin de souche royale, que du fils légitime d'un bravé et honnête seigneur : les uns l'ont fait naître de Jeanne d'Albret, d'autres d'Antoine de Bourbon, d'autres enfin , en désespoir de cause et comme pour mettre le comble à l'absurde, de Marguerite de Valois, vraisemblablement la mère de la reine de Navarre. Ces sottises imaginées par des courtisans ignares ne soutiendraient pas l'examen du plus petit écolier. Ceux de nos lecteurs qui désireraient s'édifier là-dessus, pourront consulter le vol. 9612, MSS. de la Bibl. Roy., Collection Duchesne, où sont déduites les raisons servant à " vérifier la possibilité de ce que Jeanne d'Albret étant veuve d'Antoine de Bourbon, a pu épouser secrettement Jean d'Aubigné. » Pour ce qui est du mariage secret que Jeanne d'Albert doit avoir contracté après la mort de son époux , laquelle arriva, non pas en 1551 époque certaine de la naissance de d'Aubigné, mais le 17 nov. 1562, nous renverrons le lecteur à l'art. GOYON.

Le père de notre d'Aubigné se nommait

nommait ; il était seigneur de Brie en Sain longe et descendait par Savary d'Aubigny, gouverneur du château de Chinon pour le roi d'Angleterre, de la maison d'Aubigny de l'Anjou. Aussi les écrivains contemporains donnentils de préférence à sa famille le nom de d'Aubigny. Quant aux nombreux généalogistes que nous avons consultés, ils font à peine mention de celte branche, dont l'illustration pour eux et pour nous l'avilissement commence au père de Madame de Maintenon. Jean d'Aubigné prit une part active aux premiers mouvements religieux en France. Il fut un des chefs de la conjuration d'Amboise. Son fils raconte que passant un jour de foire par cette dernière ville, son père « vit les têtes de ses compagnons sur des poteaux, qui étaient encore reconnoissables ; ce dont il fut tellement ému qu'il s'écria, au milieu de sept à huit cents personnes qui étoient là : Ils ont décapité la France, les bourreaux ! — et puis il donna des deux à son cheval. Je me mis aussitôt à piquer après lui, parce que j'avois vu sur son visage une émotion extraordinaire, et l'ayant joint, il me mit la main sur la tête en me disant : Mon enfant, il ne faut point épargner ta tête après la mienne, pour venger ces chefs pleins d'honneur dont tu viens de voir les têtes ; si tu t'y épargnes, tu auras ma malédiction. » Lors de la prise d'armes du prince de Condé, en 1562, d'Aubigné fut un des premiers à se ranger sous ses drapeaux. Il commanda à Orléans en qualité de lieutenant du gouverneur Du Bouchet dit Saint-Cyr, et fut chargé de se rendre en Guyenne pour hâter le secours qu'on attendait de cette province. Après la malheureuse bataille de Dreux, à laquelle il paraît avoir assisté, il conduisit à Orléans le connétable de Montmorency, qui demeura confié à sa garde. Cela prouve en quelle estime il était auprès de son parti. Aussi, lors de la négociation de la paix ; « Il fut, au rapport de son fils, le quatrième de son parti qui en-


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tra dans le pavillon bleu de la reinemère, tendu dans l'Isle-aux-boeufs (près d'Orléans), où elle fut conclue (mars 1565). » Les trois autres étaient le prince de Condé, d'Andelot et Saint-Cyr. Par suite de ce traité et en considération de ses services, il fut nommé maître des requêtes honoraire « pour servir dans les causes de ceux de la religion. » Mais la mort ne lui laissa pas le tems de prendre possession de cette charge. Envoyé en Guyenne pour y faire observer les articles de l'édit de pacification, il fut pris en route de violentes douleurs qui le forcèrent à s'arrêter à Amboise. Une blessure qu'il avait reçue pendant le siége d'Orléans, d'un coup de pique audessous de la cuirasse, s'étant rouverte, détermina une inflammation dont il mourut en peu de tems, « ne regrettant rien des affaires du monde, dit son fils, sinon de ce que ma trop grande jeunesse m'empêchoit de lui pouvoir succéder à son état de maître des requêtes ; ce qu'il disoit en tenant ses provisions en main, qu'il renvoya au prince Condé, avec prières de ne donner celte charge qu'à un homme qui fût déterminé à mourir pour le service des églises réformées.» C'est sans doute par une habile transformation que les fabricateurs de généalogies dont nous avons parlé plus haut, ont fait de cet emploi de maître des requêtes une charge de chancelier à la cour de Navarre. Dans l'espoir d'éblouir plus sûrement les incrédules, ils ont même appelé la poésie à leur aide ; ils ont joint aux actes qu'ils ont dressés, plusieurs pièces de vers, qui doivent avoir été écrites à trente ans de distance l'une de l'autre, bien que de la même main, du même style, avec la même encre, sur le même papier, et, qu'on le remarque bien, ce sont les originaux, ou, si l'on préfère, les minutes du poète. La supercherie est matériellement flagrante. Nous ne nous ar rêterons donc pas à toutes les bévues qu'on y pourrait relever ; le généalogiste avait beau jeu, les Mémoires de

d'Aubigné n'avaient pas encore été publiés. Dans la première de ces pièces adressée à Jehan d'Aubigny, chevalier, seigneur de Brie, qu'il fait descendre d'un chevalier romain, Albinus, venu dans les Gaules avec Jules César, nous lisons :

Tu as vers toy une illustre compaigne Et noble dame Catherine de L'estang, etc.

(ce dernier vers n'est sans doute pas très-régulier, mais quand on dresse des généalogies, on n'est pas tenu d'être poëte) et deux lignes plus bas :

Ton fils aisné le petit Théodore

Quoique jeunet promet beaucoup de luy, etc.

Or on sait d'une manière certaine que Catherine de L'Estang mourut en couches du petit Théodore qui fut son unique enfant. Dans la pièce suivante adressée au même Messire d'Aubigny, chancelier de Navarre, on lit :.

Là (en Navarre), ton pouvoir et ton autorité,

Ta renommée et grande probité

T'ont attiré de ta chère princesse

Toute faveur, liberté et liesse.

Le chancelier tu es de son Estat

Et de son coeur le premier magistrat.

Or nous avons vu que Jean d'Aubigné était mort en quelque sorte le harnais sur le dos, quatre mois environ après Antoine de Bourbon. Mais le généalogiste n'est pas embarrassé pour si peu; dans ses Preuves, il le fait vivre bien des années au delà de sa mort, et à cet effet il lui attribue tout ce qu'a pu faire son fils. On ne saurait être plus malheureux. Peu de temps après la mort de sa première femme, Catherine de L'Estang, Jean d'Aubigné se remaria avec Anne de Limour et il parait qu'il en eut des enfants puisque notre d'Aubigné se donne plusieurs frères, et entr'autres, un frère cadet, nommé le capitaine Aubigné, qui fut tué au siége de Montaigu, en 1580, et enterré dans les sépultures des ducs de Thouars.

Avant de poursuivre plus loin cette notice, nous devons faire observer que nous suivrons fidèlement les Mémoires qued'Aubigné a laissés à ses enfants et


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dont on ne saurait contester l'authenticité, en nous attachant à conserver, autant que possible, ses propres expressions et son style. Nous avons dit que d'Aubigné naquit en Saintonge, en 1551. Il fut nommé Théodore, et par adjonction Agrippa, quasi oegrè partus. A peine avait-il quatre ans accomplis, que son père lui amena de Paris un précepteur nommé Jean Cottin, homme astorge et impétueux, qui lui enseigna les lettres latines, grecques et hébraïques tout à la fois, si bien qu'à six ans il savait lire en françois et en ces trois langues. Cependant ce pédagogue ne tarda pas à être remplacé par Jean Morel, parisien, et assez renommé, qui traita son élève avec plus de douceur. A l'âge de sept ans et demi, il traduisit le Crito de Platon, sur la promesse que lui fit son père de le faire imprimer avec son effigie enfantine en tète du livre. Toutefois sa bellemère qui portait impatiemment la dépense et la trop exquise nourriture qu'on employait pour lui, décida son père à l'éloigner de la maison; il le conduisit donc à Paris, où il le mit en pension chez le savant Béroald. Les persécutions qui redoublèrent dans la capitale après la surprise d'Orléans par le prince de Condé, contraignirent bientôt le maître à fuir avec sa famille et ses écoliers. La petite troupe se composait de quatre hommes, de trois femmes et de deux enfants. En passant à Courances, où le chevalier d'Achon tenait garnison, ils furent tous arrêtés et livrés au fameux inquisiteur de la foi Démocharès. Déjà le jour de leur supplice était fixé, lorsque, dans la nuit, l'officier chargé de leur garde pénétra dans leur prison et ayant baisé le jeune d'Aubigné à la joue, dit à Béroald : « Il faut que je meure ou que je vous sauve tous pour l'amour de ce jeune enfant ! » Il tint parole; quelques heures après, la petite troupe cherchait à gagner à travers champs la grande route de Montargis, où elle arriva à sauveté après avoir essuyé bien des fatigues et des périls. La célèbre Renée

de France les accueillit avec son humanité accoutumée; elle les retint trois jours pour leur donner le temps de se remettre ; après quoi elle les fit conduire à Gien, où ils restèrent un mois chez le procureur du roi nommé Chasseray. L'attaque de celte place par l'armée royale, les obligea de chercher un autre refuge à Orléans. Une affreuse épidémie ravageait alors cette ville. A peine arrivé, le jeune d'Aubigné fut atteint de la contagion. « Mon chirurgien et quatre autres personnes de notre troupe, écrit-il, moururent dans ma chambre, et madame Béroalde entr'autres. Mon serviteur , nommé Echalast, et qui est mort ministre en Bretagne, ne m'abandonna jamais , et me servit durant toute ma maladie sans prendre le mal, n'ayant pour tout préservatif, ajoute notre superstitieux écrivain, qu'un verset du psaume XLV continuellement à la bouche. » Trente mille personnes furent enlevées en peu de temps par le fléau ; mais d'Aubigné guérit heureusement, il était réservé à d'autres destinées. Le siége ayant été mis devant Orléans sur la fin de l'année (v. st., février 1565), Béroald quitta la maison du président de L'Estoile où il avait été logé, pour aller' s'établir dans le cloître de Saint-Agnan, et son élève resta au logis de son père. Nous avons vu que la mort de ce dernier suivit de près. Ce fut pour son fils une perte d'autant plus malheureuse, que, resté pour ainsi dire sans direction à un âge aussi tendre , il s'abandonna dès lors, sans retenue, à toute la fougue de son caractère. On lui nomma pour curateur le sieur Audubeuil qui le laissa encore un an sous la discipline de Béroald , et ensuite l'envoya à Genève pour y compléter ses études : il avait alors treize ans. « Je faispis dans ce temps , écrit-il , autant de vers latins qu'un habile écrivain en pouvoit faire en un jour, et je lisois couramment les Rabins sans points, et les expliquois de même que le grec et le latin sans lire le texte. Quoique j'eusse demeuré deux ans aux 44


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écoles publiques d'Orléans, et que j'y eusse fait mon cours de mathématiques, on me remit pourtant à Genève au collége sur ce que je n'avois pas bien expliqué quelques dialectes de Pindare, ce qui me fit haïr l'étude, mépriser les lettres, dépiler contre les châtiments , et adonner aux polissonneries qui me tournoient souvent à louanges, parce que monsieur Bèze, en les excusant, les trouvoit plus spirituelles et réjouissantes que rusées et malicieuses ; mais mes maîtres étoient sans miséricorde. » Au bout de deux ans, il quitta Genève à l'insu de ses parents , et se rendit à Lyon, où il se remit à l'étude des mathématiques et des premiers éléments de la magie, avec la résolution pourtant, confesse-t-il naïvement, de ne s'en jamais servir. Mais malheureusement il avait compté sans son hôtesse qui, au bout de fort peu de temps, le menaça de le mettre à la porte de sa maison, s'il ne la payait. Dans cette dure extrémité , le pauvre d'Aubigné prit si fort à coeur son indigence et la menace de cette femme que, n'osant retourner au logis , il passa un jour sans manger, plongé dans une extrême tristesse. Le soir venu et ne sachant où aller coucher, le désespoir s'empara de lui; il s'arrêta au milieu du pontde la Saône, et penchant la tête au-dessus de la rivière pour y laisser couler ses larmes, il se sentit transporté d'un grand désir de s'y jeter afin de terminer d'un coup toutes ses angoisses. Un reste de bonne éducation et de piété lui fit toutefois souvenir de prier avant d'exécuter son funeste dessein ; mais l'idée de la vie éternelle venant alors à se présenter à lui, il en fut tellement effrayé, qu'il hésita et demanda à Dieu de bien vouloir l'assister dans une telle agonie. Il n'avait pas achevé que, tournant la tête vers le bout du pont, il aperçut un valet à cheval, et un moment après son maître, qu'il reconnut pour le sieur Du Chillaud, son cousin-germain, qui s'en allait en Allemagne par ordre de l'amiral de Châtillon, et qui lui apportait

apportait l'argent. Le malheureux était sauvé!

A quelque temps de là (1567), les secondes guerres de religion ayant commencé, d'Aubigné qui portait impatiemment ses seize années, voulut par quelque coup de tête anticiper sur le temps de sa majorité. Il s'en retourna donc en Saintonge chez son curateur à qui il déclara qu'il était résolu de laisser les livres pour embrasser la profession des armes. Toutes les remontrances ayant été vaines, M. Audubeuil prit le parti le plus raisonnable , il détint son jeune pupille en chartre privée, jusqu'à ce qu'à la reprise des guerres civiles (1568), il réussit à s'évader. Voici comment il raconte lui-même son équipée. « Alors quelques-uns de mes camarades qui avoient comploté aussi bien que moi de s'en aller à la guerre, ayant tiré un coup de fusil devant ma prison, pour le signal dont nous étions convenus qu'ils partoient, j'attachai aussitôt les linceuils de mon lit à la fenêtre, et je me dévalai dans la rue en chemise et pieds nuds, parce que mon curateur faisoit emporter tous les soirs mes habits dans sa chambre. Dans cet équipage, et après avoir sauté par-dessus deux murs au bas de l'un des quels je trouvai un puits où je pensai tomber, je m'en fus joindre mes camarades qui mareboient et qui ne furent pas peu étonnés de voir courir après eux un homme en chemise qui les appelloit, et qui pleuroit parce que les pieds lui faisoit un mal horrible. Je les atteignis à la fin, et le capitaine Saint-Lo, chef de la troupe, après m'avoir en vain bien menacé et grondé pour me faire retourner au logis, me mit en croupe derrière lui et me donna son manteau pour mettre dessous mes fesses, à cause que la boucle de la croupière les écorchoit. » C'est dans cet accoutrement que d'Aubigné prit part à sa première affaire, où il gagna une arquebuse avec son fourniment, mais il lui répuguade prendre les vêtements d'un des hommes restés sur le champ du com-


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bat, de sorte qu'il arriva tout nud à Jonsac, où quelques capitaines le firent habiller. Au bas de la cédule qu'il leur souscrivit pour ce prêt, il écrivit que de sa vie il ne reprocherait à la guerre de l'avoir dépouillé, n'eu pouvant sortir en plus piteux état qu'il y était entré.

On voit par les détails qui précèdent dans quelle erreur la plupart des biographes et même des historiens sont tombés, lorsqu'ils avancent que d'Aubigné a été élevé avec Henri de Navarre. Ce n'est qu'en 1574 qu'il fut connu particulièrement de ce prince qui l'attacha à son service sur les recommandations de son maître-d'hôtel nommé Estourneau, « tant en considération des mérites du feu sieur d'Aubigné son père, que parce qu'il étoit un homme déterminé, qui ne trouvoit rien de trop chaud ni de trop froid. » L'erreur est venue sans doute de ce que d'Aubigné lui-même dit dans la préface de son Histoire qu'il a été « nourri aux pieds de son roi, desquels il faisoit son chevet en toutes les saisons de ses travaux ; quelque tems élevé en son sein, et sans compagnon en privauté, et lors plein des franchises et sévérités de son village. » Mais la plus simple attention convaincra le lecteur que par les travaux du roi son maître l'ancien écuyer de Henri IV n'entend pas parler des thèmes et des versions que ce prince a pu composer dans sa première jeunesse.

DeJonsac,la compagnie du capitaine Saint-Lo se rendit à Saintes où était le rendez-vous de l'armée des religionnaires. Le gouverneur de la province, M. de Mirambeau, chercha encore, par de paternelles exhortations et ensuite par les menaces, à ramener le jeune fugitif à son devoir ; mais tout fut inutile, il persista dans sa révolte. On comprend qu'à son âge , pendant une campagne d'hiver, l'apprentissage du métier des armes dut lui être rude. Dénué de ressources, aussi mal vêtu que mal monté, il eut souvent à endurer toutes les privations du soldat.

Mais son ardeur le soutint. Au siége de Pons, il fut un des premiers à entrer par la brèche. Il assista ensuite au combat de Janseneuil, à la bataille de Jarnac et à la grande escarmouche de la Roche-Abeille. Le reste de la durée des troisièmes guerres , il le passa en Saintonge, où il se signala dans plusieurs rencontres, jusqu'à ce que sa bravoure le fit nommer enseigne de la compagnie colonnelle d'Asnières. C'est en cette qualité qu'il fut chargé, avec Blanchard, appelé depuis Cluseau, de mener les enfants perdus à l'attaque de Cognac. Dans cette affaire, son capitaine lui déféra l'honneur de dresser lui-même les articles de la capitulation. Enfin pour dernier exploit, il surprit la ville de Pons. La paix ayant été signée, d'Aubigné s'achemina malade à Blois , dans l'intention de se mettre en possession du peu de bien qui lui revenait de sa mère ; son curateur l'avait fait renoncer à la succession de son père, dont le passif excédait de beaucoup l'actif. Mais quel ne fut pas son étonnement lorsqu'il apprit que sur le faux bruit de sa mort, un maître-d'hôtel du duc de Longueville s'était constitué son héritier , et en cette qualité s'était emparé de son petit héritage. Il eut beau protester , il eut beau faire pour établir son identité, on lui soutint en face qu'il avait été tué au combat de Savignac et qu'on en fournirait de bonnes attestations. Ce procédé inique, joint à la dureté de ses parents maternels qui lui tournèrent le dos en haine de sa religion, le toucha à un tel point que la fièvre qui le tourmentait redoublant d'intensité, le mil aux portes du tombeau. Néanmoins, il eut la force de se faire transporter par bateau à Orléans , où il arriva à demi-mort. « Dans ce pitoyable état, raconte-t-il, j'eus le courage de me présenter devant les juges, qui me permirent de plaider moi-même ma cause; ce que je fis en termes si pathétiques, et j'exposai ma misère d'une manière si touchante, que mes juges, justement irrités contre


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mes parties, s'étant levés de leurs places, s'écrièrent tous d'une voix: «Qu'il n'y avoit que le fils du feu sieur d'Aubigné qui pût parler ainsi,» et condamnèrent mes adversaires à me demander pardon et à me faire raison de mon bien. » Ce fut vers cette époque que d'Aubigné se prit de passion pour la fille aînée du sieur de Talcy, Diane Salviati. L'amour, ce grand maître, le rendit poète. Pour plaire à sa maîtresse, il composa ce que l'on a appelé depuis, dit-il, le Printemps d'Aubigné, « où, selon l'auteur, il y a plusieurs endroits peu limés, mais en récompense une certaine fureur poétique que les gens du métier loueront toujours.» A quelque temps de là, il dressa une compagnie afin d'aller prendre part à la guerre de Flandre, qui se préparait, et à cet effet il se rendit à Paris, lors des noces du roi de Navarre, pour y recevoir sa commission. Mais à peine y fut-il arrivé qu'il fut contraint d'en repartir précipitamment pour avoir blessé un archer qui voulait l'arrêter dans une affaire d'honneur où il servait de second à un de ses amis. Il dut sans doute à cette aventure, de ne pas être au nombre des victimes de la S. Barthélemi. Il se retira à Talcy où il se tint caché pendant plusieurs mois chez le père de sa maîtresse. Un jour qu'il se plaignait à ce dernier des rigueurs de la fortune, qui le condamnaient au repos, en ne lui permettant pas de se rendre à La Rochelle, ce vieillard l'interrompit en lui disant : « Vous m'avez autrefois conté que les originaux de l'entreprise d'Amboise avoient été confiés à feu votre père, et que, dans l'une des pièces, le seing du chancelier de L'Hospital, qui est présentement retiré en sa maison près d'Etampes, s'y trouvoit. — C'est un homme qui n'est plus rien, et qui a désavoué votre parti; si vous voulez, je lui envoyerai dire que vous avez cette pièce entre les mains, et je me fais fort de vous faire donner dix mille écus, soit par lui ou par ceux qui voudront s'en servir pour le perdre. »

D'Aubigné ne répondit pas, mais il alla aussitôt chercher un petit sac de velours qui contenait ces papiers et après les avoir mis sous les yeux de son indigne conseiller, il les reprit et les jeta au feu, en lui disant : « J'aurois pu succomber à la tentation ! » Le vieillard subjugué par ce beau trait, lui accorda à l'instant même la main de sa fille. Mais ce mariage ne devait pas se conclure. Le chevalier Salviati, oncle de la jeune Diane, parvint à l'empêcher sous le prétexte de la diversité de religion.

Après la paix de La Rochelle, en 1575, d'Aubigné entra secrètement au service du roi de Navarre, alors détenu prisonnier à la Cour. Il fut convenu que pour détourner les soupçons, il resterait auprès du sieur de Fervaques, grand ennemi des huguenots en ce temps-là, comme s'il s'était donné à lui. Il joua si bien son rôle, que le duc de Guise lui-même y étant trompé, le prit en affection, ce qui lui servit nonseulement à se maintenir à la Cour malgré les préventions de la reinemère contre lui, mais encore à favoriser une étroite intelligence entre son maître et ce prince, « laquelle, ajoute notre narrateur, parvint à un point qu'ils couchoient, buvoient et mangeoient ensemble, faisant de même leurs mascarades, ballets et carrousels dont je composois les devises et donnois les dessins. Ce fut alors que je fis la tragédie de la Circé que la reine-mère empêcha d'être jouée à cause de la dépense; mais elle le fut depuis aux noces du duc de Joyeuse, et le roi Henri III en fit tous les frais. » Plusieurs fois cependant il faillit se trahir. Un jour entr'autres, Henri III lui demandant s'il avait faitses Pâques,— « Belle demande, Sire!» lui répondit-il tout interdit. — « Quand et quel jour les. avez-vous faites,» poursuivit le roi? — «Vendredi dernier,» répliqua-t-il, «ne sachant pas, à ce qu'il ajoute, qu'il n'y avoit que ce pauvre jourdans toute l'année où il ne se disoit point de messe ni où l'on ne communioit point. » —


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«Ho! pour le coup, d'Aubigné, observa monsieur de Guise, tu ne sais guères bien ton catéchisme, » ce qui fit rire toute la compagnie, à la réserve de la reine-mère qui le fit observer de plus près.

Le roi de Navarre ayant à la fin réussi à s'échapper de la Cour, d'Aubigné fut du petit nombre de ses confidents qui l'accompagnèrent dans sa fuite. Il possédait alors toute sa confiance; mais il ne tarda pas à voir décliner sensiblement sa faveur. Le motif de cette disgrâce est trop honorable pour lui pour que nous ne le fassions pas connaître. Son maître sollicitait depuis quelque temps la jeune baronne de Thignonville de son déshonneur, sans pouvoir arriver à ses fins. Il s'imagina que son écuyer ferait beaucoup mieux ses propres affaires que lui-même. Mais d'Aubigné, «par pur caprice, dit-il — nous croyons par un plus noble sentiment, — ne voulut jamais en cela complaire à son maître, quoiqu'il lui fit d'infinies caresses et promesses pour l'y engager jusqu'à se mettre à genoux devant lui les mains jointes, afin de l'exciter à avoir cette complaisance pour lui. » Le déplaisir du roi fut encore aigri par un bas sentiment de jalousie. D'Aubigné recherchant constamment, avec toute la témérité d'un aventurier, les occasions les plus périlleuses où il y avait de la gloire à acquérir, Henri souffrait impatiemment les louanges qui lui en revenaient et qu'il voulait pour lui seul. Il alla même jusqu'à former le dessein de se débarrasser de lui par un assassinat, dans l'intention surtout de se venger de ce qu'au retour d'une mission dont il l'avait chargé dans le Languedoc, il avait eu l'audace de lui dire, en bon huguenot qu'il était, qu'il y avait des traîtres dans le Parti et que lui les connaissait bien. Prévenu à temps, d'Aubigné sut, avec sa fermeté accoutumée, conjurer le danger. Mais Henri ne se tint pas pour battu, il travailla sourdement à lui susciter de mauvaises affaires. A quelques jours de là, son écuyer, qui

relevait à peine de maladie, et que sa grande faiblesse empêchait encore de se servir d'une épée, fut appelé en duel sans y avoir, en aucune sorte, donné sujet. Ses amis qui se doutaient d'où lui venait cette affaire, lui conseillèrent alors de se retirer de la Cour; ce qu'il fit, en se rendant à Castel-Jaloux ,où il avait un commandement. Plusieurs gentilshommes , et entr'autres Constant, Sainte-Marie, Arambure, l'y accompagnèrent. L'espace ne nous permet pas de rapporter toutes les rencontres, tous les combats dans lesquels d'Aubigné signala sa bouillante valeur après sa retraite de la cour de Nérac. C'est à la suite d'une de ces affaires que, retenu au lit par les blessures qu'il y avait reçues, il dicta les premières stances de ses Tragiques. Le gouverneur de Castel-Jaloux, La Vachonnière, étant mort sur ces entrefaites, toute la ville résolut de demander ce gouvernement pour son lieutenant ; mais il s'y refusa, ne voulant pas s'exposer à l'humiliation d'un refus. « Je reçus encore dans ce temps-là, raconte-t-il, une autre mortification ; car ayant pris par escalade Castelnau-de-Maumes, voisin de Bourdeaux, la dame du lieu, qui s'étoit insinuée dans les bonnes grâces et dans le lit de Lavardin, fit désavouer sans peine les chefs de cette entreprise et en ordonner la réparation, malgré toutes les remontrances des sieurs de Méru et de La Noue qui s'y opposoient au nom de tout le parti réformé.» Cependant la garnison ayant refusé d'évacuer la place, la dame de Castelnau, secondée par le roi de Navarre lui-même qui lui promit de laisser écraser ses propres soldats, sollicita Villars d'en faire le siége. Ce général s'en approcha donc avec douze canons. Mais d'Aubigné, ayant eu vent de cette entreprise, se jeta dans la place avec quelques centaines de soldats, et rompit ce dessein. Lavardin essaya alors d'un autre moyen, il tenta de corrompre quelques-uns des hommes de la garnison de Castelnau pour leur faire prêter la main à La Salle-de-Chiron qui


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devait surprendre la place, Ces fidèles soldats ayant tout révélé à leur chef, des mesures de sûreté furent prises en conséquence, et lorsque l'ennemi se présenta à la faveur de la nuit, on le reçut contre son attente à bons coups d'arquebuse. Le roi de Navarre éprouva un tel déplaisir de cette affaire qu'il menaça de faire assiéger la place avec quatre canons ; mais il lui fut répondu que qui en avait méprisé quatorze n'en craindrait pas quatre. La paix s'étant faite peu après, en 1577, d'Aubigné quitta Castel-Jaloux ; mais avant d'en partir, il écrivit au roi de Navarre la lettre d'adieu suivante: « Sire, Votre mémoire vous reprochera douze années de mes services, et douze plaies reçues sur mon corps en vous servant. Elle vous fera souvenir de votre prison , et que la main qui vous écrit en a rompu les verrouils. Enfin, elle vous dira que cette même main est demeurée pure auprès de vous, vide de vos bienfaits et exempte de corruption, tant de la part de vos ennemis que de la vôtre. Par cette lettre je vous recommande à Dieu, à qui je donne mes services passés, et à vous ceux de l'avenir, par lesquels je m'efforcerai de vous faire connoître qu'en me perdant, vous avez perdu votre, etc., etc. » Son intention était de se rendre en Poitou, de vendre son bien et d'aller offrir ses services au prince Casimir, second fils de l'électeur Palatin, dont il avait l'honneur d'être connu. Mais il lui succéda autrement. En arrivant à Saint-Gelais, il aperçut à une des fenêtres du logis Susanne de Lezay, de la maison de Vivonne, et à l'instant même il en devint si éperdûment amoureux, que son voyage se termina chez les sieurs de SaintGelais et de La Roulaye, qui saisirent cette occasion aux cheveux pour le retenir, en vue de le charger de diverses entreprises, entr'autres sur Montaigu et sur Limoges, dont ils avaient formé le projet. L'ennui du repos, l'intérêt de la religion et le désir de se faire un peu regretter à la cour de Nérac, le firent tôper à toutes leurs propositions.

Cependant le roi de Navarre n'avait pas perdu tout souvenir de son fidèle écuyer. Autrement, les remontrances des députés du Languedoc, au Synode national de Sainte-Foy, qui lui demandèrent ce qu'il avait fait d'un aussi utile serviteur par qui la province avait été sauvée, aurait pu lui en rafraîchir la mémoire. Ce prince lui écrivit plusieurs lettres pour le presser de retourner auprès de lui; mais d'Aubigné, justement irrité, les jeta au feu sans y répondre, Toutefois son mécontentement cessa lorsqu'il sut que le roi, ayant appris qu'il avait été fait prisonnier dans son entreprise sur Limoges, avait mis à part quelques bagues de la reine sa femme pour payer sa rançon ; et même que sur le faux bruit qu'il avait eu la tête tranchée, il en avait témoigné un grand deuil et perdu le repos. Il se décida donc à retourner à son service. Il fut reçu avec de grandes caresses , et force belles promesses expiatoires, « ce qui engagea, dit-il, la reine à le gracieuser et à le traiter très-familièrement, espérant de lui de certains services dont elle fut frustrée.» Le roi de Navarre minutait alors dans son esprit une nouvelle prise d'armes. Avant de se décider, il jugea à propos de prendre l'avis de Turenne, Favas, Constant et d'Aubigné; ce furent les seuls de ses courtisans qu'il consulta. On ne saurait dire que Minerve sortit tout armée de leurs cerveaux, ce ne fut que la Guerre des Amoureux. On connaît l'origine de cette dénomination. D'Aubigné lui-même nous l'apprend : « De ces cinq que nous étions à ce pourparler, dit-il, les quatre premiers étant passionnément amoureux, et ne prenant conseil que de leurs maîtresses, qui vouloient absolument la guerre pour se venger de quelques injures qu'elles croyoient avoir reçues de là cour de France, elle y fut résolue; ce qui la fit surnommer la Guerre des Amoureux , parce que les mignons de Henri III y furent pareillement incités par leurs maîtresses, qui voulaient, de leur côté, tirer vanité de la bravoure que


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leurs amants y feraient paraître. " On voit que dans cette guerre de religion, cette nouvelle guerre civile, la religion fut pour peu de chose — un prétexte, et l'intérêt général, le bien-être du peuple, pour rien. Que de grands événements dans l'histoire se sont accomplis, qui n'ont pas eu une plus honorable origine! D'Aubigné passa à Montaigu, en gentils exercices de guerre, la plus grande partie du temps que durèrent les hostilités. La cavalerie de la garnison était divisée en trois brigades, dont l'une sous ses ordres et les deux autres sous Saint-Étienne et La Roulaye, gouverneur de la place. Sa brigade étant continuellement en courses, acquit dans le pays le surnom de compagnie des Albanois. Pendant le siége de Montaigu, de trente sorties que firent les assiégés, il eut la gloire d'en conduire vingt-neuf et toujours avec avantage.

La paix s'étant faite, d'Aubigné retourna à la cour de Nérac. Ce fut à quelque temps de là, en 1583, qu'après avoir essuyé bien des traverses dans son amour, il obtint enfin la main de Susanne de Lezay, dame de Murcay et de Surineau; elle descendait d'une branche cadette de la maison de S. Gelais. Le roi de Navarre lui-même s'était employé à vaincre la résistance de son curateur, avec toute la chaleur d'un ami. D'Aubigné ne passa que trois semaines auprès de sa jeune épouse. Henri, outré des affronts que la reine sa femme avoit reçus à la cour de France, le dépêcha au roi, son beau-frère, pour en demander réparation. Il s'acquitta de celte mission délicate à la satisfaction de son maître. Mais la reine Marguerite ne lui en voulut pas plus de bien pour cela; ce qui n'empêcha point, dit-il, que dans un conseil où il fut appelé, il ne fit changer par ses remontrances les avis qui alloient tous à la faire mourir: ce dont le roi son mari lui sut très-bon gré.

La guerre ne tarda pas à se rallumer. D'Aubigné s'y signala comme toujours par une intrépidité sans exemple. Ce fut dans cette guerre, dit-il, que remplissant

remplissant charge de sergent de bataille, il commença à faire sentir aux gens de pied l'importance et la nécessité des piques, contre l'opinion du roi de Navarre qui les avait en aversion. Il accompagna ensuite le prince de Condé au siége de Brouage, et, lorsque ce prince l'eut levé, dans sa malheureuse entreprise sur Angers, où il courut les plus grands périls. Après tant de fatigues, il espérait au moins pouvoir jouir de quelque repos, mais à peine fut-il de retour dans ses terres, que le duc de Rohan, les Rochellois et tout le Consistoire en corps le conjurèrent de mettre un régiment sur pied et de relever l'enseigne d'Israël , lui envoyant à cet effet le secours nécessaire. Il rappela donc les quatre compagnies qu'il avait menées à l'entreprise d'Angers, et lorsqu'il eut réuni un petit corps de onze cents hommes, il se mit à faire la guerre dans le Poitou. Il s'empara sans grande résistance de l'île d'Oléron, et y fit élever de nouvelles fortifications. Le capitaine La Limaille, son lieutenant, le seconda avec zèle. Les catholiques de Brouage, commandés par Saint-Luc, tentèrent cinq descentes auxquelles ils furent toujours battus et repoussés ; mais à la fin la fortune lui tourna le dos : il fut assiégé, fait prisonnier et ses troupes chassées complètement de l'île. " Au plus fort de mon angoisse, dit-il à ses enfants, je fis une prière à Dieu [elle se trouve dans ses Petites oeuvres mêlées], laquelle ayant été suivie le lendemain de ma délivrance, je la mis en vers latins, et vous la trouverez dans mes papiers; elle commence par ces mots : Non te cara latent, etc. » Il fut échangé contre Guiteaux, lieutenant du roi aux îles, qui fut heureusement pris par les siens, au moment même où l'ordre de le faire mourir venait d'être expédié à Saint-Luc. Au sortir de sa prison, d'Aubigné se rendit à La Rochelle où se trouvait alors le roi de Navarre. Mais ce prince voyant qu'il y avait été reçu avec honneur, qu'on l'y traitait avec distinction, que les principaux de la ville lui rendaient de fré-


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quentes visites et que tous les bons huguenots, et surtout les ministres de sa suite, avaient de grandes déférences pour lui, il en conçut une si forte jalousie qu'il séchait sur pied de trouver une occasion de le mortifier. « Toutes les picoleries du roi de Navarre en mon endroit, continue-t-il, et l'abandonnement surtout qu'on fit de l'île d'Oléron aux papistes, que je ne pouvois approuver ni digérer, pour avoir acquis le gouvernement de cette île avec bien des peines, de la dépense et des périls, m'obligèrent à me retirer chez moi, où un désir de vengeance m'inspira la pensée... de prendre un congé final de mon maître, et puis, par un mouvement de désespoir, de chercher à mourir en rendant quelque grand et signalé service à ma religion. Mais venant à réfléchir que je ne pourrais servir ma religion sans servir le parti que je voulois quitter,... cela me mit en suspens; et le diable se prévalant de mes doutes, me suggéra... d'étudier à fond les controverses en matière de religion pour voir si je ne pourrais point trouver dans la romaine quelque ombre d'apparence d'y pouvoir faire mon salut. » Cependant ses lectures et ses méditations ne firent que l'affermir davantage dans la foi protestante.

D'Aubigné était depuis environ six mois retiré dans ses terres, lorsque son maître le pressa de nouveau de revenir à lui. On doit croire que le désir de prendre part à la campagne qui allait s'ouvrir, le décida plus que les caresses du monarque à oublier son ressentiment. Lorsqu'il eut rejoint l'armée, il reprit ses fonctions d'écuyer, jusqu'au our de la bataille de Coutras où, après avoir mis ce prince à cheval, il prit place parmi les maréchaux-de-camp. Ce fut à lui que Henri avait déféré l'honneur de marquer le champ du combat. A quelque temps de là, eut lieu l'entreprise de Niort et de Maillezais. D'Aubigné demeura gouverneur de cette dernière place, au grand regret de son maître qui fit son possible pour le dégoûter de ce médiocre gouvernement.

« Mais j'étois trop las de courir, dit-il » et ce fut là où je commençai à me délasser un peu de mes travaux qui n'avoient point discontinué depuis l'âge de 15 ans... n'ayant pas resté quatre jours de suite sans être employé à quelque corvée, à la réserve du temps qu'il m'avoit fallu donner pour me guérir de mes maladies ou de mes blessures. » C'est à cette époque de sa vie que se rapporte une anecdote assez plaisante qui peint bien la bonhomie si connue du roi de Navarre, alors que quelque passion ne le faisait pas sortir de son naturel. Un jour que d'Aubigné était couché dans sa garde-robe, il se prit à dire à La Force qui reposait auprès de lui : « La Force, notre maître est un ladre vert, et le plus ingrat mortel qu'ily ait sur la face de la terre. » « Que dis-tu, d'Aubigné? » lui demanda son ami à moitié endormi. — « Il dit, lui répéta le roi de Navarre qui avait tout entendu, que je suis un ladre vert et le plus ingrat mortel qu'il y ait sur la face de la terre. » On conçoit que d'Aubigné n'eut aucune envie de poursuivre son dialogue, avec le vert galant en tiers; il se tint coi et attendit avec inquiétude que le jour parut ; « mais, ajoute-t-il, ce prince qui n'aimoit ni à récompenser ni à punir, ne m'en fit pas pour cela plus mauvais visage, de même qu'il ne m'en donna pas non plus un quart d'écu davantage. » Cependant les libertés qu'il prenait fréquemment avec son maître, jointes à l'ardeur avec laquelle il défendit dans toutes les occasions les intérêts de la religion, lui attirèrent souvent des disgrâces et de rudes paroles du monarque; mais elles ne lui firent jamais perdre son estime. Ainsi, lorsqu'il fut question de tirer le vieux cardinal de Bourbon, reconnu roi par la Ligue à la mort de Henri III, de la place de Chinon où il était détenu prisonnier sous la garde du sieur de Chavigny, qui était vieux et aveugle, Henri IV jeta les yeux sur lui pour lui îonfier un dépôt, aussi important, et somme Du Plessis-Mornay , alléguait pour l'en détourner les sujets


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de plaintes et de mécontentements que le gouverneur de Maillezais avait contre le roi, Henri lui répondit que « la parole qu'il tirerait de lui en ce rencontre était un remède suffisant pour lui guérir l'esprit de toutes sortes d'ombrages. » L'événement justifia pleinement sa confiance. Aussi les soupçons de Du Plessis nous étonnent, venant de lui. La servilité n'est pas la compagne obligée de la fidélité. D'Aubigné le fit bien voir, en repoussant avec indignation les offres séduisantes qui lui furent faites pour qu'il voulût favoriser l'évasion de son prisonnier. Cependant nous devons dire que ces faits rapportés dans ses Mémoires avec toutes les circonstances propres à leur donner le caractère de la vérité et confirmés dans son Histoire, sembleraient en contradiction avec ce qu'avancent la plupart des historiens. Selon eux, le cardinal de Bourbon, Charles X, mourut, le 8 mai 4590, au château de Fontenay-leComte, en Poitou, sous la garde du sieur de La Boutaye, à qui Henri IV l'avait confié après l'avoir retiré d'entre les mains de Chavigny. Nous ne pensons pas que le château de Fontenay ait été compris dans le gouvernement de Maillezais; aussi, pour concilier ces données contradictoires, faut-il admettre que d'Aubigné ne resta chargé de la garde du cardinal que pendant un certain temps, ou qu'il se reposa de ce soin sur son ami particulier La Boulaye, pour suivrela fortune militaire du roi son maître. Il l'accompagnait en effet au plus fort de sa lutte avec la Ligue; il prit part au combat d'Arques, aux deux siéges de Paris, à la bataille d'Ivry, au siége de Rouen, et partout il donna des preuves de sa valeur infatigable. Aussi l'éloge qu'en fait Brantôme n'est-il pas outré, lorsqu'en parlant du mestre-de-camp d'Aubigny, il s'écrie : « il est bon celuy-là pour la plume et pour le poil, car il est bon capitaine et soldat, très-sçavant et trèséloquent, et bien disant, s'il en fut oncques. »

Il paraît qu'après la conversion de Henri IV, d'Aubigné se retira dans son gouvernement où il passa plusieurs années sans reparaître à la Cour. La perte douloureuse qu'il fit alors de sa femme, contribua sans doute aussi à lui faire goûter la retraite. Cependant les affaires de la religion trouvèrent toujours en lui un vaillant champion. En 1596, il se présenta à l'assemblée de Loudun pour jurer l'union protestante. A la grande assemblée politique qui se tint successivement à Vendôme, à Saumur, à Loudun et à Châtellerault et qui dura plus de deux ans, il fut « toujours du nombre des trois ou quatre qui s'affrontèrent hardiment dans les délibérations avec les commissaires députés du roi. » — «Même dans une séance, rapporte-t-il, le président de FresnesCanaye, appuyé du vicomte de Turenne, alors duc de Bouillon, ayant fait de magnifiques propositions tendantes à l'exaltation de la puissance souveraine et au rabaissement du parti huguenot, comme je m'aperçus que six de mes confrères qui opinoient avant moi, avoient baissé beaucoup leur ton, je pris le mien bien plus haut que de coutume; ce qui engagea de Fresnes-Canaye à m'interrompre au milieu de mon discours et à s'écrier : « Est-ce donc ainsi que l'on traite le bien de l'état et le service du roi ? » Sur quoi piqué de me voir interrompu, je lui répliquai et lui dis : « Hé ! qui êtes-vous, vous qui me voulez enseigner ce que c'est du service du roi? J'en étois instruit et l'avois pratiqué, avant que vous fussiez seulement écolier. Vous imaginez-vous avancer votre fortune en faisant choquer le service du roi contre celui de Dieu? Apprenez à vous taire quand il le faut, et à ne point interrompre ceux qui ont voix délibérative dans cette assemblée. » Cette vive répartie fut suivie de part et d'autre de paroles trèsaigres, et ledit de Fresnes, frémissant de colère, s'écria de nouveau : « Que vois-je! où sommes-nous ? » A quoi je repartis: « Ubi mures ferrum rodunt." Ces quatre mots latins relevèrent fort


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à propos les courages à demi consternés de l'assemblée, parce qu'il étoit question pour lors des places de sûreté que la Cour vouloit retirer des mains des huguenots. Ce président ainsi baffoué me rendit depuis toutes sortes de mauvais offices auprès du roi. Le duc de Bouillon voulut me remontrer que je devois conserver plus d'égards pour un tel magistrat: « Oui, lui dis-je, qui s'en va apostasier dans trois mois, » comme il arriva en effet. Enfin la Cour m'imputa toutes les altercations et mécontentements arrivés dans cette assemblée ; dont j'en acquis le surnom de Bouc du désert, parce que je portais les iniquités de tout le parti. »

A quelque temps de là, s'étant rendu à la Cour sur les propres instances du roi : « D'Aubigné, lui dit un jour ce prince, je ne vous ai point encore discouru de vos assemblées de religion, où vous avez pensé tout gâter, parce que je suis persuadé que vous y alliez de bonne foi, et que j'étois sûr de plus qu'il ne s'y passerait rien contre ma volonté, car j'avais mis les plus grandes têtes du parti dans mes intérêts, et vous étiez peu qui travailliez pour le bien de la cause commune ; la meilleure partie de vos députés pensoit à ses avantages particuliers, et à gagner mes bonnes grâces à vos dépens. Cela est si vrai que je me puis vanter qu'un homme d'entre vous, et des meilleures maisons de France, ne m'a coûté que cinq cents écus pour me servir d'espion dans vosdites assemblées et me rapporter tout ce qui s'y passoit. » D'Aubigné lui répondit qu'il n'ignorait pas que les plus apparents d'entre les huguenots, hormis M. de La Trimouille s'étaient vendus à Sa Majesté ; mais que comme les églises, en le nommant pour leur député, lui avaient marqué la confiance qu'elles avaient en lui, il s'était cru obligé de les servir avec d'au tant plus de passion qu'elles étaient plus abaissées, ayant perdu la protection de Sa Majesté. « Si je vous ai déplu en cela, ajouta-t-il, j'ose vous dire encore que j'aime mieux perdre la vie

ou sortir de votre royaume que de gagner vos bonnes grâces en trahissant mes frères et compagnons, » Sur quoi le roi lui repartit : « Connaissez-vous le président Jeannin, qui a manié toutes les affaires de la Ligue par le passé? Je veux que vous fassiez habitude avec lui, et je me fierai mieux en vous et en lui qu'en ceux qui ont joué au double. » — Nous ferons remarquer en passant qu'on ne doit pas accepter sans réserve les paroles de Henri IV, telles que les rapporte d'Aubigné. Ce prince avait intérêt à lui exagérer ses conquêtes. Aussi lisons-nous dans les Mémoires de Sully, sous la date de 1597, que les menées de MM. de Bouillon, La Trimouille, Du Plessis, accompagnés par quinze ou vingt de leur cabale (dont les deux Saint-Germain, Aubigny, La Vallière, La Case, La Saulsaye et Constant, étoient les plus échauffés) lui donnaient les plus vives inquiétudes, jusqu'à lui faire craindre qu'ils ne prissent les armes pendant qu'il était occupé au siége d'Amiens. On sait que ce sont les généreux efforts de ces meneurs qui parvinrent enfin à lui arracher l'édit de Nantes. Ils n'étaient donc pas vendus !

D'Aubigné n'était pas moins bon théologien que bon capitaine. Ayant fait un voyage à Paris, peu de jours après la fameuse conférence de Fontainebleau , entre l'évoque d'Évreux et Du Plessis-Mornay, en 1600, le roi voulut aussi le mettre aux prises avec ce même prélat. Il disputa donc contre lui pendant cinq heures en présence de plus de quatre cents personnes de marque de l'une et de l'autre religion. « Dans cette dispute, dit-il, le susdit prélat s'efforça de résoudre les difficultés que je lui proposai, par de grands discours éblouissants; ce qui m'engagea à lui faire une démonstration en forme, dont les deux premières propositions étoient tirées en termes formels de ses propres arguments. Cette contre-batterie mit mon antagoniste dans un tel embarras, et son esprit si fort à la gêne, que les gouttes d'eau


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tomboient de son visage sur un Chrisostome manuscrit qu'il tenoit à la main, ce qui fut remarqué de toute l'assemblée. Enfin, notre dispute se termina par ce sillogisine que je lui fis : Quiconque est faux dans une matière, n'en peut être juge compétent ; Or les Pères sont faux dans les matières de controverses, puisqu'ils se contredisent souvent ; Donc les Pères ne peuvent être juges compétens dans ces matières. L'évêque d'Évreux convint de la majeure ; et la mineure restant à prouver, je composai mon traité De dissidiis Patrum, auquel le prélat ne jugea pas à propos de répondre, quoique le roi se fût rendu caution qu'il le ferait. » Nous ignorons si ce traité a été imprimé; aucun bibliographe, à notre connaissance, n'en fait mention. Benoît, qui parle de cette conférence dans son Hist. de l'édit de Nantes, remarque qu'il se fit quelques écrits des deux côtés, qui furent remis entre les mains du roi, mais qu'ils y demeurèrent.

D'Aubigné contribua encore, du vivant de Henri IV, à rompre un projet d'accord entre les deux religions que ce prince caressait beaucoup, et qui, comme on peut bien penser, avec les conseillers dont il s'entourait, ne pouvait que cacher un piège. Le danger était imminent. Fort de l'agrément des ministres Dumoulin , Chamier, Durand, il s'offrit d'y parer. Le lendemain matin, étant aller trouver le roi dans son cabinet, ce prince, sans presque lui donner le temps de lui faire la révérence, lui dit d'aller voir le cardinal Du Perron. « Je m'y acheminai dans l'instant, écrit-il ; et cet éminentissime me reçut avec des caresses et des cajolleries qui, par leur nouveauté, marquoient un dessein concerté de me séduire. Après qu'il eut mis fin à ses compliments, il commença à me faire des lamentations sur le misérable état où se trouvoit la chrétienté, et me demanda ensuite s'il n'y avoit point moyen de l'en retirer en s'ajustant de bonne foi, et en cherchant quelque tempérament pour concilier les malheureuses

malheureuses qui divisoient les esprits, les familles, la France et toute l'Europe. Sur quoi, étant entré en matière après m'être fait un peu presser , je m'expliquai en ces termes: « Puisque vous désirez que je vous dise nettement ma pensée, il me semble, monsieur, qu'on devrait pratiquer dans l'Église, aussi bien que dans l'État , cette maxime de Guicciardini : Que les sociétés bien ordonnées venant à tomber en décadence, ne se rétablissent jamais bien qu'en les ramenant à leur première institution. Prenons, de part et d'autre, pour, lois inviolables les constitutions de l'Église établies et observées jusqu'à la fin du IVe siècle, et sur les articles que l'on prétend avoir été corrompus, vous qui vous dites les aînés, commencerez par remettre la première pièce que nous vous demanderons, et nous de même, nous vous remettrons la seconde; et ainsi consécutivement jusqu'à ce que le tout soit remis dans la première forme de l'antiquité. » A ces mots, le cardinal s'écria que les ministres désavoueraient ces propositions; et lui ayant répliqué que j'engageois ma tête et mon honneur de les leur faire accepter, il me serra la main et me dit : « Donneznous encore quarante ans, outre les quatre cents que vous venez de nous offrir. » — « Je vois bien où vous en voulez venir, repris-je, vous voulez avoir pour vous le concile de Calcédoine : eh bien! j'y consens, entrons en lice. » — Le cardinal souscrivit à la thèse générale en disant : « Vous serez obligés par-là de consentir à l'élévation des croix reçue sans difficulté dans ce temps-là. » — « Oui, répondis-je, pour le bien de la paix nous les mettrons dans le même honneur où elles étoient alors ; mais vous n'oseriez convenir de réduire l'autorité du pape au point des quatre premiers siècles, et dans un besoin

besoin vous donnerions encore pour cela deux cents ans pour vos épingles.» Sur quoi le cardinal, qui avoit été autrefois emprisonné à Rome et en étoit

revenu mécontent, me repartit en


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haussant la voix qu'il falloit conclure cette affaire particulière à Paris, si on ne pouvoit pas la terminer à Rome. » La chose semblait donc prendre la tournure la plus favorable. Mais soit que le cardinal se ravisât, soit par d'autres influences plus puissantes, celle du P. Cotton entre autres et de ses affidés , cette affaire en demeura là. Seulement, quelques jours après cette conférence, le roi, sollicité de faire mourir son fidèle serviteur, ou tout au moins de le faire arrêter comme un factieux, « ditau duc de Sully qu'il falloit le mettre à la Bastille, qu'il étoit un brouillon à qui l'on trouverait assez de quoi faire le procès. » Heureusement qu'il avait des amis. Madame de Châtillon, ayant appris les dangers qu'il courait, le fit prier de passer chez elle, et après lui avoir demandé le secret, elle lui révéla tout et le conjura de partir dès la nuit même. Mais d'Aubigné lui répondit, sans s'émouvoir, qu'il allait implorer l'assistance de Dieu, et qu'après l'avoir invoqué d'un coeur fervent, il verrait ce qu'il aurait à faire. « Mon inspiration, dit-il, fut de m'en aller le lendemain de grand matin trouver Sa Majesté, et après lui avoir représenté en bref mes services passés, de lui demander une pension, ce que, jusqu'alors, je n'avois point voulu faire. Le roi surpris et bien aise en même temps de remarquer au travers de mon fier courage quelque chose de mercenaire, m'embrassa soudainement et m'accorda sur le champ ce que je lui demandais. » Le lendemain, étant allé à l'arsenal, le duc de Sully l'invita à dîner, et le mena ensuite voir la Bastille, en lui assurant qu'il n'yavait plus de danger pour lui, mais depuis vingtquatre heures seulement.

L'orage passé, Henri le reçut de nouveau dans son amitié et ses bonnes grâces. Il fut même question de le nommer ambassadeur extraordinaire en Allemagne , mais ce projet fut définitivement abandonné, lorsque les affaires de la succession de Clèves et de Juliers furent venues offrir aurai

une occasion favorable de mettre à exécution les vastes desseins qu'il avait conçus pour l'organisation et la pacification de l'Europe. En sa qualité de vice-amiral des côtes du Poitou et de la Saintonge, d'Aubigné ne voulut pas rester inactif dans la grande guerre qui se préparait ; il sollicita donc et finit par obtenir de diriger une expédition au coeur même de l'Espagne. Mais notre historien remarque qu'en prenant congé du roi pour aller faire ses préparatifs, ce prince lui ayant dit ces dernières paroles: « D'Aubigné, ne vous y trompez plus, je tiens ma vie temporelle et spirituelle entre les mains du pape, que je reconnois pour le véritable vicaire de Dieu , » il comprit à l'instant que non-seulement ses vastes projets s'en iraient en fumée, mais encore que la vie de ce pauvre monarque était en grand péril, puisqu'il en remettait le soin à un être mortel. Ses prévisions ne le trompèrent pas ; à quelque temps de là, on lui apprit la nouvelle affreuse de sa mort. Il se rappela aussitôt ce propos qu'il lui avait tenu quinze ans auparavant , au sujet de l'attentat de Jean Châtel : « Sire, comme vous n'avez encore renoncé Dieu que des lèvres, Dieu s'est contenté qu'elles fussent percées; mais s'il vous arrive de le renoncer un jour du coeur, alors il permettra que votre coeur soit percé. » Il dut croire que sa prédiction s'était malheureusement accomplie.

La reine ayant été nommée régente, toutes les assemblées provinciales des réformés la reconnurent ; seul dans sa province, d'Aubigné osa y contredire en maintenant qu'une pareille élection n'appartenait qu'aux États-Généraux du royaume. Cependant, quoique son opposition l'eût mis en mauvais prédicament à la Cour, il ne laissa pas d'y être député pour assurer la reine d'une parfaite soumission à sa régence. Ses collègues des autres provinces lui déférèrent même l'honneur déporter la parole comme au plus vieux et au plus expérimenté de la députa-


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tion. La présentation fut faite par Villarnoul, député général des églises. Entre autres choses, «M. d'Aubigny, brave et docte gentilhomme, » dit à la reine, au rapport de L'Estoile, qu'ils étaient d'une religion en laquelle personne ne pouvait les dispenser (comme en beaucoup d'autres) de la subjection qu'on doit aux rois selon la parole de Dieu. Ce qu'entendant le P. Cotton qui assistait à l'audience, « secouoit la teste et chauvissoit des oreilles. » D'Aubigné s'acquitta de sa tâche au gré de ses collègues; mais selon lui, il n'en fut pas de même de Rivet, chargé de faire la harangue après ses premiers compliments; car il ne la prononça qu'en tremblant, quoiqu'il eût bien brigué cet emploi. » Les députés prêtèrent leur serment, lit-on dans le Journal de Henri IV, « sans exception aucune ni réservation ( fors de leur édit au quel ils supplioient Leurs Majestés les vouloir entretenir) protestant au reste tous unanimement de venger la mort du feu roi et la répéter sur tous ceux qui s'en trouveraient auteurs, fauteurs et complices, de quelque qualité, état ou condition qu'ils puissent être. » Cependant le conseil se scandalisa de ce qu'aucun des députés ne s'était agenouillé. Au moment où ils se retiraient, M. de Villeroi en fit l'observation ; mais d'Aubigné lui repartit avec dignité, qu'il n'y avait parmi eux que desgentilshommes et des ministres qui ne devaient à Leurs Majestés que la révérence et non la génuflexion. Le crédit dont le gouverneur de Maillezais jouissait auprès des églises et surtout auprès du vieux parti huguenot que Henri IV n'était pas parvenu à anéantir complètement, en faisait une acquisition trop précieuse pour que la régente ne mît pas tout en oeuvre pour le gagner. Mais la lâche, n'était pas facile, elle exigeait plus que de l'habileté; aussi d'Aubigné résista-t-il à toutes les séductions; il eut la gloire bien rare de rester constamment pur, jamais sa probité ne brancha. Pour

conserver entière son indépendance, il lui en coûta peu de sacrifier la pension que Henri lui avait donnée, et qui cessa de lui être payée après son]refus d'accepter une augmentation de cinq mille livres que la reine voulait y ajouter. A la fin,» on mit à ses trousses La Varenne, qui le courtisa si assidûment et si publiquement, raconte-t-il, qu'un de nos corrompus eut l'audace de lui demander en présence de monsieur le duc de Bouillon : Qu'est donc allé faire La Varenne en votre logis, où il a été douze fois depuis hier ? — Ce qu'il y est venu faire? lui répondit-il ; ce qu'il a fait au vôtre dès la première, et ce qu'il n'a pu faire au mien à la douzième. » La corruption en effet marchait tête levée; c'était alors le principal moyen de gouvernement, comme il arrive en général dans tous états qui ne sont pas fondés sur un principe éternellement vrai, les états qui n'ont pas leur force en soi. Chaque jour la Cour parvenait à détacher du Parti quelque membre véreux. On sait les malheureuses divisions qui éclatèrent au sein de l'assemblée politique de Saumur. D'Aubigné nous apprend que « ce fut dans cette assemblée, où il perdit l'amitié de M. de Bouillon, qu'il avoit à bon titre acquise et conservée depuis trente ans, parce qu'il l'empêcha d'y présider, et qu'il s'opposa hautement à plusieurs propositions importantes qu'il y fit pour plaire à la Cour, lesquelles le décréditèrent terriblement auprès de ceux de la religion, particulièrement à l'occasion d'un discours fort pathétique qu'il y prononça, pour persuader à l'assemblée de se dessaisir de toutes leurs places de sûreté, et de se remettre entièrement à la discrétion de la régente et de son conseil; concluant par des louanges affectées de la gloire qu'acquéreroient les Réformés en s'exposant ainsi volontairement à souffrir le martyre. » Ne dirait-on pas le pendant de la harangue du lion :

— — — Mes chers amis. Je crois que le ciel a permis


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Pour nos péchés cette infortune:

Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux, Peut-être il obtiendra la guérison commune.

Le gouverneur de Maillezais qui ne souciait pas de jouer le rôle de l'Ane dans cette affaire, lui répondit donc rudement et termina son discours par cette apostrophe : « Oui, monsieur, la gloire du martyre ne se peut célébrer par trop de louanges. Bienheureux sans mesure qui endure pour Christ; c'est le caractère d'un vrai et bon chrétien de s'exposer pour lui au martyre ; mais d'y exposer ses frères et de leur en faciliter les voies, c'est le caractère d'un traître ou d'un bourreau. »

« Dès-lors, continue notre historien, les affaires de la religion et du parti commencèrent à tomber en décadence et à menacer ruine, parce que plusieurs des grands seigneurs huguenots se laissèrent gagner par la Cour, et que l'avarice des ministres, dont il y en eut trois de corrompus à force d'argent, savoir, ledit Du Ferrier, Rivet, et un autre, donna lieu à diverses intrigues qui firent abandonner à beaucoup d'entr'eux la cause commune, pour songer à leurs intérêts particuliers; de manière que les plus zélés des réformés eurent à essuyer à l'assemblée synodale de Thouars de grandes traverses. Là, on vit le ministre La Forcade se lever plusieurs fois de sa place, et interrompre ceux qui parloient un peu hardiment, en s'écriant : « Messieurs, gardons-nous d'offenser la reine; » et un autre ministre répéta souvent ces mots latins : Principibus placuisse viris non ultima laus est. Ce que voyant, et ne pouvant y remédier, je me retirai de ce synode, sous prétexte que mon âge avancé me devoit dispenser des assemblées publiques, d'autant plus qu'elles étoient devenues telles que des femmes prostituées. »

Cependant, son zèle ne se refroidit pas un instant. En 1615, à l'assemblée politique de Nismes, il prononça le serment d'union, ainsi que son fils, le

baron de Surineau, qui remplissait auprès de lui les fonctions de lieutenant. Lorsque le prince de Condé se fut mis à la tète du parti des mécontents, les ducs de Rohan et de Bouillon, qui s'étaient déclarés pour lui, pressèrent d'Aubigné de se joindre à eux; sa faiblesse l'emporta sur sa prévoyance. Il leur répondit : « Nous voulons bien mettre sur nos épaules le fardeau de votre paix. » Ce qu'il avait prévu arriva; un accommodement ne tarda pas à être accepté, et lui seul fut exclu de l'amnistie; ce qui l'obligea à se mettre en état de défense dans sa place de Maillezais et dans la petite île du Doignon qu'il avait acquise récemment et où- il avait élevé une maison forte. La guerre s'étant rallumée bientôt après, le prince Condé le choisit cette fois pour son maréchal-de-camp et lui en envoya les provisions ; mais il refusa de les recevoir de sa main, et ne les accepta qu'au nom des églises assemblées à Nismes. De son propre aveu, il ne se fit rien dans toute cette guerre qui vaille la peine d'être écrit. Elle se termina par le traité de Loudun « qui fut comme une foire publique de perfidies particulières et de lâchetés générales. » Le prince de Condé, qui n'avait hérité de ses ancêtres que le nom, « paya, continue notre auteur, d'une noire ingratitude les services que je lui avois rendus dans cette guerre, et les seize mille écus que j'y avois dépensés pour lui ; car étant arrivé à la Cour, il rendit ce témoignage contre moi dans un conseil secret où il assista, que j'étois un factieux, un ennemi de la royauté, et capable moi seul d'empêcher le roi, tant que je vivrais, de régner avec une autorité absolue. »

A la fin, rebuté par tous les dégoûts dont on l'abreuvoit, et voyant avec peine le peu de cas que l'on faisait de ses avis et de ses remontrances, d'Aubigné se pourvut par devers deux assemblées tenues à la Rochelle, pour en obtenir la permission de se démettre de la garde de Maillezais et du Doignon entre les mains de personnes fidèles et


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courageuses. Depuis quelque temps, le gouvernement intriguait pour s'en rendre maître par surprise ou par composition. A la fin, le duc d'Épernon, désespérant d'y réussir , lui fit offrir par le marquis de Brezé deux cent mille livres pour la remise de ses deux places; mais d'Aubigné préféra s'en dessaisir, pour moitié de cette somme, entre les mains du duc de Rohau. Après cette cession, il se retira à Saint-Jean-d'Angely, où il s'occupa de l'impression de son Histoire et de quelques autres ouvrages.

La petite guerre de la reine-mère étant survenue, d'Aubigné refusa d'y prendre part; mais lorsque le duc de Rohan et son frère, le prince de Soubise, lui mandèrent qu'ils en étaient réduits aux dernières extrémités, il ne sut pas résister à leurs instances et il partit pour les rejoindre. Il les trouva à la tète d'un petit corps d'environ quinze cents hommes, ne sachant que devenir. Heureusement que la paix, qui se conclut avec la eine-mère, ne tarda pas à mettre un terme à leurs perplexités. « Le roi, raconte d'Aubigné, ayant écrasé en moins de rien et pour ainsi dire avec les seules troupes de saa garde, l'hydre du parti de la reine sa mère qui avoit bien cent mille bras , mais pas une tête, s'avança dans le Poitou à la tête d'une armée victorieuse et considérablement grossie de celle des vaincus. Dans cet état triomphant, tout fléchissant devant lui, je me vis comme forcé de prendre le parti de me retirer à Genève. Je partis donc pour cela de Saint-Jean-d'Angely avec douze cavaliers bien armés ; et quoique tous les passages fussent bien gardés, et qu'il y eut ordre de m'arrêter partout, j'usai d'une si grande diligence, et je me prévalus si à propos de la parfaite connaissance que j'avois des chemins, que j'évitai la plupart des embûches qui m'étoient dressées. »

Après bien des fatigues et des périls, il arriva enfin à Genève le 1 sept. 1620. Il y fut reçu avec les plus grands honneurs. La ville l'invita à un repas public,

public, la magistrature assista en corps. On le logea aux frais de l'État ; on l'admit dans tous les secrets du gouvernement; on lui confia enfin le soin des fortifications de la ville. Cependant à peine était-il entré dans le port, que de nouvelles complications d'événements faillirent le rejeter au milieu des orages. Il est vrai de dire qu'il ambitionnait les dangers comme d'autres ambitionnent le repos. La lutte était son élément. L'assemblée générale de La Rochelle lui ayant député le sieur d'Anias avec une procuration pour l'autoriser à conclure divers traités avec les princes allemands, il entra de suite eu négociation avec le bâtard de Mansfeld et les deux ducs de Weymar, qui s'engagèrent d'amenerdouze mille nommes de pied, six mille chevaux, et douze pièces de canons au secours des réformés français. Lui-même devait les rejoindre sur les bords de la Saône avec trois régiments de deux mille hommes chacun, et servir dans cette armée en qualité de maréchal-decamp général. Déjà Mansfeld s'était avancé jusqu'en Alsace, et d'Aubigné n'attendait plus qu'une remise de deux centmille livres pour entrer en campagne, lorsque quelques-uns de ses envieux parvinrent à faire changer d'avis à l'assemblée de La Rochelle qui confia la conduite de cette entreprise au duc de Bouillon. Mansfeld se porta donc vers Sedan , et quant à lui, il demeura, selon son expression, dans la nasse.

Mais il en fut bien dédommagé par les témoignages d'estime et de considération qu'il reçut de tous côtés dans un pays où, en général, l'on n'est pas prodigue de démonstrations. Les Bernois l'invitèrent, par une députation, à visiter leur ville ; il fut reçu « avec force canonnades , festins et autres honneurs » dont lui-même blâme l'excès. Après bien des efforts, il fit comprendre aux magistrats la nécessité de ceindre leur ville d'une fortification régulière. Lui-même en traça le plan et dirigea les premiers travaux. Cette


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nouvelle enceinte, dit-il, « qui fut parachevée avec ardeur, passe aujourd'hui pour une des plus belles et des plus régulières fortifications qu'il y ait en Europe. » Par reconnaissance, les Bernois voulurent l'élire pour leur capitaine-général, mais il s'en excusa sur son grand âge et sur son ignorance de leur langue. Pressé alors de leur indiquer quelque autre capitaine pour les commander, il leur nomma le vidame de Chartres, le marquis de Montbrun et le comte de La Suze ; leur choix tomba sur ce dernier. A l'exemple de Berne, Bâle lui députa aussi pour le consulter sur ses fortifications ; mais de vingt-deux bastions qu'il y fit tracer par le sieur de La Fosse, on se contenta d'en exécuter quatre seulement, de sorte que ses défenses restèrent imparfaites.

Aimé, honoré sur la terre d'exil, d'Aubigné eût pu s'habituer sans trop d'efforts à sa nouvelle patrie, si, pour obéir aux ordres de sa Cour, l'ambassadeur de France en Suisse ne s'était acharné à le poursuivre. Il n'est sorte de dégoûts que cet ambassadeur ne chercha à lui susciter pour le faire sortir de Genève. Entre autres moyens auquel il eut recours, il fit tenir aux magistrats de la ville un long factum, plein de calomnies , au sujet d'un arrêt qui avait été rendu contre lui à Paris et par lequel, sans avoir été ni ajourné ni ouï, il avait été condamné à avoir la lête tranchée pour avoir fait revêtir quelques bastions, vraisemblablement dans sa forteresse d u Doignon, et non pas à Genève , comme l'a écrit M. Weiss , avec des matériaux d'une église ruinée en 1572. " Cet arrêt, dit-il, fut le quatrième de mort rendu contre moi pour des crimes à peu près de cette espèce, lesquels m'ont fait honneur et plaisir. Mais le but du susdit ambassadeur visoit à me rendre non-seulement odieux et infâme à Genève, mais encore à faire manquer un mariage qui s'y traitoit en ma faveur. » Si tel était le double but de M. Miron, il ne put pas se féliciter du succès ;

car le peuple de Genève continua à entourer son hôte de respect et de vénération ; et de plus le mariage se fit. D'Aubigné avait alors passé sa soixante-dixième année. On conçoit que, de son côté au moins, la passion fut pour peu de chose dans cette nouvelle union. Son épouse, nommée Renée, de la maison des Burlamachi de Lucques, était veuve de M. Barbany. « C'était, dit-il, une personne fort aimée et considérée à Genève, tant pour sa vertu, charité et humeur bienfaisante, que pour son illustre extraction et ses biens qui étoient considérables. » Il ne songea plus dès lors qu'à passer le reste de ces jours en repos. Mais pressé par son besoin d'agitation plus encore que par les vives instances qui lui en étaient faites, plusieurs fois il fut sur le point d'oublier la sage résolution qu'il avait prise, et il eût probablement exécuté son projet de se rendre en Angleterre, si la crainte où l'on était à Genève d'un siège, ne lui eût fait un devoir de ne pas abandonner son poste. Il voulait, dit-il, « en cherchant la mort dans sa défense, témoigner sa gratitude et sa reconnoissance à une ville qui lui avoit donné asile, qui l'avoit comblé d'honneurs et de laquelle il avoit reçu une infinité de marques d'estime, d'affection, de considération et de bons traitements. Ainsi, renonçant tout de bon et tout-à-fait à tout ce qui pouvoit encore flatter son ambition, il fixa pour le reste de ses jours sa demeure à Genève. » Il y termina en effet sa laborieuse carrière, le 29 avril 1630, à l'âge de 79 ans*. II fut inhumé dans le

" Nous n'ignorons pas que lui-même s'en donne quatre-vingts. Par les octante ans où il a plu au Seigneur me conduire averti de l'approche de la mort, dit-il dans son testament, mais différens rapprochements nous ont prouvé que c'était une erreur; d'Aubigné, par suite d'habitude, ou plutôt par une sorte de respect bien naturel pour des dates consacrées par des documents de famille ou même par des événements historiques, ne tenait pas compte, pour les 17 années environ qui le précédèrent, du changement opéré sous Charles IX dans la manière de compter l'année.


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cloître de la cathédrale de S. Pierre , où se lit encore l'épitaphe, d'une latinité bizarre, qu'il s'était composée luimême. Spon en donne la traduction suivante : « Au nom de Dieu très-bon et très-grand. Voici, mes chers enfants, ma dernière volonté et mon dernier souhait, pour que vous goûtiez la douceur du repos que je vous ai acquis avec beaucoup d'inquiétudes, par des moyens honnêtes et légitimes, malgré les orages contraires qui me menaçaient de tous côtés : vous jouirez de ce repos si vous servez Dieu et si vous suivez les traces de votre père; si vous ne le faites pas, le contraire ne saurait manquer de vous arriver. C'est votre père, qui vous a été deux fois père, qui vous le recommande, par le quel et et non pas duquel vous avez reçu l'être et le bien-être, c'est ce qu'il a voulu écrire pour vous être une attestation honorable si vous êtes héritiers de ses études, et pour vous être un reproche public si vous dégénérez. » Ainsi mourut, chargé d'ans et de gloire, un des hommes les plus purs et les plus dévoués du vieux parti huguenot.

De son mariage avec Suzanne de Lezay,d'Aubigné eut plusieurs enfants. Quatre nous sont connus ; ce sont : CONSTANT , seigneur de Surineau, l'aîné, auquel nous consacrons une notice particulière ainsi qu'à son frère NATHAN, dit de La Fosse; MARIE, qui épousa Josué de Caumont, sieur d'Adou [ou d'Adé, d'après d'Aubigné lui-même], et finalement LOUISE , appelée aussi Artémise, dame de Murcay. Cette dernière fut mariée à Benjamin de Valois, seigneur de Villette, dont le fils Philippe de Valois, marquis de Villette-Murcay, fut lieutenant-général des armées navales, commandeur de l'ordre de S. Louis, lieutenant-général pour le roi au Bas Poitou, et mourut le 25 décembre 1707. En rapportant les principales circonstances de la vie de Mme de Maintenon, nous aurons occasion de reparler de Mme de Villette. C'était sans doute à une de ses petites filles que Mme de Maintenon s'intéressait

s'intéressait écrivait à son frère, le marquis d'Aubigné, à la date du 19 déc. 1681 : « Il n'y a plus d'autre moyen que la violence. On sera si affligé dans la famille de la conversion de Murcay qu'on ne me confiera plus personne. Il faudrait donc que vous obtinssiez d'elle de m'écrire qu'elle veut être catholique. Vous m'enverriez cette lettre, j'y répondrai par une lettre de cachet, etc. » N'était-ce pas reconnaître d'une manière très-noble et très-délicate toutes les bontés que sa tante avait eues pour elle, comme pour son propre enfant ?

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE. Les ouvrages de d'Aubigné sont, en général, très-rares ; plusieurs même ne se trouvent pas du tout et ne sont indiqués par aucun bibliographe, tels sont entr'autres : le Printems d'Aubigné , la tragédie de Circé et le traité De dissidiis Patrum, dont il est parlé dans ses Mémoires. Quelques autres de ses écrits paraissent être restés manuscrits entre les mains de sa famille. Nous lisons en effet dans l'Épître au lecteur mise en tête de ses Tragiques, édit. de 1616, « qu'il a encores par devers lui deux livres d'Épigrammes françois, deux de latins qu'il lui promet à la première commodité ; et puis des Polémicques en diverses langues, oeuvres de sa jeunesse ; quelques Romans ; cinq livres de Lettres missives, le premier de familières pleines de railleries non-communes, le second de poincts de doctrine desmeslez entre ses amis, le troisiesme de poincts théologaux, le quatriesme d'affaires de la guerre , le cinquiesme d'affaires d'estat : mais que tout cela attendra l'édition de son Histoire. » Ce sont sans doute là ceux de ses écrits qu'il nommait lui même ta ■yeXoîa, c'est-à-dire de plus haut goût. Il est à regretter qu'à l'exception de ses romans , aucun n'ait été publié depuis, et ni Haenel (Catal, des MSS. des princip. Bibl. de France, de Suisse, etc.), ni Sénebier (Catal. rais, des MSS. de la Bibl. de Genève) n'en font mention, 12


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ce qui prouverait qu'ils ne sont pas sortis des mains de sa famille, où qu'ils se sont perdus. Les publications citées par les bibliographes sont les suivantes :

I. Vers funèbres de Théodore-Agrippa d'Aubigné, gentilhomme Xaintongeois, sur la mort d'Etienne Jodelle, parisien, prince des poëtes tragiques, Paris, 1574, in-4°.

II. Les Tragiques, donnez au public par le larcin de Prométhée, Au Dézert par L. B. D. D. 1616, gr. in-8° ; 2e édit; avec augmentation d'une quart part, remplacement des lacunes de la précédente, et plusieurs, pièces notables ajustées, Genève, 1623, in-8°; 3e édit. sous le titre : Les Tragiques ci-devant donnez au public par le larcin de Prométhée et depuis avouez et enrichis par le sieur d'Aubigné, in-8°, sans date ni lieu d'impression. On trouve dans cette dernière édition deux sonnets de Daniel Chamier, et un autre de la princesse Anne de Rohan. —Nous emprunterons à l'auteur luimême l'analyse de son ouvrage, " La matière de l'oeuvre, dit-il, a pour sept livres sept titres séparez, qui toutes-fois ont quelque convenance comme des effects aux causes. Le premier livre s'appèle Misères , qui est un tableau piteux du royaume en général, d'un style bas et tragicque, n'eccédant que fort peu les loix de la narration. Les Princes viennent après, d'un style moyen , mais satyrique en quelque façon : en cestuy-là l'autheur a esgallé la liberté de ses escripts à celle des vies de son temps, dénotant le subject de ce second pour instrument du premier; et puis il faict contribuer aux causes dés Misères l'injustice soubs le tiltre de la Chambre dorée; mais ce troisiesme de mesme style que le second. Le quart qu'il appelé les Feux est tout entier au sentiment de la religion de l'autheur et d'un style tragicque moyen. Le cinquiesme sous le nom des Fers, d'un style tragicque eslevé, plus poëtic et plus hardy que les autres... Le livre

qui suit le cinquiesme, s'appèle Vengeances, théologien et historial : lui et le dernier qui est le Jugement, d'un style eslevé , tragicque, pourront être blasmez pour la passion partizane; mais ce genre d'escrire a pour but d'esmouvoir, et l'autheur le tient quitte s'il peut cela sur les esprits desja passionnez ou pour le moins asquanimes. — Il y a peu d'artifice en là disposition : il y paroist seulement quelques épisodies comme prédictions de choses advenues avant l'oeuvre clos, que l'autheur appeloit en riant ses apophéties. — Vous trouverez en ce livre un style souvent trop concis , moins poly que les oeuvres du siècle, quelques rythmes à la règle de son siècle : ce qui ne paroist pas aujourd'hui aux pièces qui sortent de mesmes mains, et notamment en quelques unes faictes exprès à l'envi de la mignardise qui court. » Nous ayons vu plus haut dans quelles circonstances d'Aubigné songea à écrire ce poème satirique. « Il y a trente-six ans et plus, dit-il, que cet oeuvre est faict, assavoir aux guerres de septante et sept à Castel-Jaloux, où l'autheur commandoit quelques chevaux-légers, et se tenant pour mort pour les plaies reçeües en Un grand combat, il traça comme pour testament cet ouvrage, lequel encores quelques années après il a peu polir et emplir.» Ces détails qui se lisent en tête de l'édit. de 1616, sembleraient contredire l'opinion de Sénebier, qui suppose qu'une première édition de cet ouvrage avait déjà paru du temps que Henri n'était encore que roi de Navarre; « au moins d'Aubigné, dit ce biographe, en parle comme d'un ouvrage publié alors : c'est ce qu'on voit dans l'année 1595 de son Histoire Universelle.» Quoiqu'il en soit, d'Aubigné devait regarder l'édition de 1616 donnée au public par le larcin de Prométhée comme une oeuvre toute nouvelle ; autrement où était le don, où était le larcin ? et d'ailleurs pourquoi eût-il dit à soun livre, dans sa Préface :

Commence, mon enfant, à vivre,


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Quand ton père s'en va mourir.

Toutes ces raisons nous portent à croire qu'avant cette édition, les Tragiques n'étaient connus que des personnes qui approchaient l'auteur. Aussi n'est-ce pas avant cette époque qu'éclata la grande colère du duc d'Épernon contre d'Aubigné. Il nous apprend que ce fut le prince de Condé qui, dans une malicieuse intention, inspira à ce duc l'envie de les lire en lui interprétant le second livre comme le regardant personnellement. — Si l'on considère les Tragiques comme oeuvre d'art, on doit dire qu'ils ne s'élèvent pas audessus du médiocre. Avec la tournure de son esprit, vif, emporté, qui ne lui permettait pas de relire ce qu'il avait écrit, comme il en convient lui-même en nous disant que « les plus gentilles de ses pièces sortaient de sa main ou à cheval ou dans les tranchées," d'Aubigné eût sans doute excellé dans la poésie légère. Mais en adoptant pour son oeuvre la forme épique et surtout le vers héroïque, cet écueil de nos meilleurs poètes, il méconnut complétement la nature de son lalent. Aussi le principal mérite de son livre, c'est certainement celui qu'il lui attribue lui-même, lorsque, lui adressant la parole dans sa Préface, il lui dit :

Porte, comme au Sénat Romain, L'advis et l'habit du vilain Qui vint du Danube sauvage, Et monstra bideux , effronté, De la façon, non du langage, La mal-plaisante vérité.

Dans l'édit. de 1616, on trouve un certain nombre de vers tronqués ; mais il est le plus souvent facile de rétablir les mots omis : la rime sert de fil conducteur au lecteur. Le volume se termine par un court Éloge de Henri IV, en prose, mis là uniquement pour remplir trois pages blanches. Ces sortes de superfélations se rencontrent assez fréquemment aux derniers feuillets des livres de cette époque.

III. La confession catholique du sieur de Sancy, et déclaration des causes, tant d'état que de religion, qui Vont mû à se remettre au giron de l'Église

l'Église Amst. 1693, in-8°, par les soins de Le Duchat, qui l'a enrichie de notes; plusieurs fois réimpr. depuis. C'est sans doute par suite d'une erreur typographique que Barbier, dans son Dict. des Anonymes, parle d'une édit. d'Amst. 1595. La conversion de Nicolas Harlay de Sancy n'eut lieu qu'au mois de mai 1597. Il est vrai que pour sauver sa vie, il avait déjà abjuré une fois à la S. Barthélemi, mais il était retourné au protestantisme. La satire n'a pas dû précéder la seconde et dernière abjuration. Nous devons aussi faire remarquer que d'Aubigné ne fait aucune mention de cet ouvrage dans ses Mémoires et il n'eût pas manqué d'en parler s'il avait déjà paru à l'époque où il les écrivit. Tous les critiques s'accordent à voir dans cet écrit une satire très ingénieuse. Au jugement de Sénebier, « ce livre est le chef-d'oeuvre de d'Aubigné par la chaleur et la précision qui y règnent. »

IV. Les avantures du baron de Foeneste comprinses en quatre parties. Les trois premières reveuës, augmentées et distinguées par chapitres. Ensemble la quatriesme partie nouvellement mise en lumière. Le tout par le mesme autheur. Au Dezert, 1650, pet. in-8°; édit. annotée par Le Duchat, mais incorrecte par la négligence de l'imprimeur, Cologne [Bruxelles] 1729, 2 vol. pet. in-8°; on trouve eu outre, dans cette édit., l'Histoire secrète de l'auteur écrite par lui-même et la Bibliothèque de Me Guillaume, etc.; nouv. édit., faite d'après celle de Cologne , mais où les fautes ont disparu, Amst.. [Paris], 1731, 2 vol. in-12. Selon Brunet, les quatre livres compris dans l'édit. de 1650 et dans celle de 1640, même format, avaient, été publiés successivement, savoir : le 1er à Maillé avant 1617: le 2e avec le 1er à Maillé, en 1617; le 5e avec les deux premiers à Maillé, en 1619; enfin, le 4e en 1620, toutes édit. in-12 ou pet. in-8°. Ces détails dont nous ne pouvons vérifier l'exactitude, ne s'accordent pas en tous points avec ce que nous lisons.


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dans un article publié dans la Bibliothèque raisonnée (année 1751 ) au sujet de l'édit. de Cologne. D'après l'auteur, la 1re édit. du baron de Faeneste, en 2 liv. in-12, serait de 1617; la 2e de 1619, la 3e de 1620, et la 4e de 1630. « Mais il n'y a eu, continue-t-il, que celle-ci qui ait pu passer pour complète, puisque les trois premières ne contenaient que deux ou trois livres au plus et que l'on n'y trouvait aucunes sections ou chapitres et, par conséquent, aucune table. — Les trois premiers livres ont été, selon toutes les apparences, composés long-tems avant le quatrième, comme il paraît par la préface de l'auteur qui n'a été faite que pour ceux-là. D'ailleurs l'on y trouve un certain feu d'imagination qui ne se remarque pas dans le quatrième; mais en récompense, celui-ci est assaisonné d'un sel plus raffiné et plus piquant pour les connaisseurs. D'Aubigné avait annoncé un cinquième livre ; mais il faut qu'il n'ait pas exécuté son dessein, ou du moins il n'est pas parvenu jusqu'à nous. » D'Aubigné nous apprend lui-même dans sa préface quel a été le but de son livre. « Lassé de discours graves et tragiques, il s'est voulu récréer, nous dit-il, à la description de son siècle, en ramassant quelques bourdes vrayes. Et pour ce que la plus générale différence des buts et complexions des hommes est que les uns pointent leurs désirs et desseins aux apparences, et les autres aux effects, l'autheur a commencé ces dialogues par un baron de Gascongne, baron en l'air, qui a pour seigneurie Faeneste, signifiant en grec paroistre : celui-là jeune esventé, demicourtisan, demi-soldat; et d'autre part, un vieil gentilhomme nommé Énay, qui en mesme langue signifie estre homme consommé aux lettres, aux expériences de cour et de la guerre: celui-ci, un faux Poictevin, qui prend occasion de la rencontre de Faaneste pour s'en donner du plaisir et mesme en faire part à quelque voisin qui pour lors estoit chez lui. " On a cru reconnaître le duc d'Épernon sous le masque ridicule du baron

baron Fasneste, et Du Plessis-Mornay dans le personnage d'Énay. Mais nous pensons que d'Aubigné avait, et à juste titre, une assez bonne opinion de luimême pour ne pas se croire indigne du rôle de l'interlocuteur « consommé aux lettres, aux expériences de cour et de la guerre. » Dans ces sortes d'ouvrages, l'auteur réserve toujours son personnage et d'ordinaire il ne lui fait pas la plus mauvaise part : c'est le poète des tragédies antiques qui parle parla voix de ses choeurs. Quant aux allusions au duc d'Épernon, nous ne les nierons pas. L'ancien mignon de Henri III, devenu le favori de Marie de Médécis et soupçonné, non sans preuves, d'avoir trempé dans l'assassinat de Henri IV, présentait à la satire trop de côtés vulnérables pour que d'Aubigné dont il avait « plusieurs fois et en diverses manières pourchassé la mort » à propos de ses Tragiques, ne fût pas tenté d'y décocher de préférence ses traits. L'auteur a semé beaucoup d'esprit dans son livre ; mais il a eu un tort impardonnable, c'est de ne mettre dans la bouche de son héros que des mots estropiés, mutilés par une prononciation gasconne, et souvent même du patois tout pur. Ce comique de mauvais goût se souffre à peine à la représentation, dans une parade; une pièce quelconque écrite dans un pareil jargon , ne saurait se lire avec plaisir. Cela rappelle trop « le sac ridicule " de Scapin. Les annotations dont Le Duchat a enrichi cette satire, sont sans doute précieuses pour la critique, mais elles n'ajoutent pas au charme de là lecture.

V. — 1° L'Histoire Universelle du sieur d'Aubigné. Première partie qui s'estend de la paix entre tous les princes chrestiens, et de l'an 1550 jusques à la pacification des troisiesmes guerres en l'an 1570. Dédiée à la Postérité. A Maillé, 1616, in-fol., achevé d'imprimer le dernier jour de mars 1618. —■ Ce premier tome contient 5 livres, divisés chacun en un certain nombre de chapitres.

2° Les Histoires du sieur d'Aubigné,


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Tome II. Comme le premier tome a eu pour thèse générale la naissance d'un parti qui a esté formé grand et fort, par foibles et petits commancemens; ce segond vous fera voir le mesme comme esteint, et quant et quant ressuscité par merveilles, tant plus estranges à qui plus les considérera; etc. A Maillé, 1618, in-fol. — Contient également 5 livres, plus un Appendix de quelques pages.

3° L'Histoire Universelle du sieur d'Aubigné. Tome III, qui de la desroute d'Angers desduit les affaires de France et les estrangères connues, jusques à la fin du siècle belliqueux; et puis par un appendix séparé descrit la desplorable mort d'Henri-le-grand. A Maillé, 1620, in-fol. — Contient 5 livres, et va jusqu'à l'an 1601.

La 2e édit., Amst. [Genève], 1626, 3 tom. en 2 vol. in-fol., est « augmentée de notables histoires entières et de plusieurs additions et corrections faites par le mesme auteur. " — Plusieurs critiques ont avancé que cette seconde édition était tronquée en plusieurs endroits, et, entr'autres, que l'auteur y avait fait disparaître une foule de traits satiriques. « La première édit. de cette histoire, dit Lenglet-Dufresnoy qui copie le P. Lelong, est la plus vive et la plus satyrique ; la seconde est la plus ample. » M. Weiss a adopté cette opinion. Mais un très-savant bibliographe, que la France peut réclamer pour un de ses enfants quoiqu'il soit né sur la terre d'exil, David Clément, dans sa Bibliothèque curieuse, nie que la première édition « soit plus vive ni plus satyrique que la seconde.» — « Je dirois plutôt, ajoute-t-il, que l'auteur a revu son Histoire à Genève, qu'il l'a corrigée et augmentée. Il étoit le maître de son ouvrage, et comme il étoit en droit d'y faire des additions, aussi avoit-il celui d'y changer ce qu'il jugeoit convenable. J'ai confronté ces deux éditions; j'ai trouvé que l'auteur avoit fait usage de sa liberté dans la seconde, qu'il y avoit changé l'ordre des chapitres, qu'il en avoit rassemblé deux en un, qu'il en

avoit souvent partagé un en deux, qu'il avoit divisé les chapitres en plusieurs articles, qu'il y avoit distingué les choses remarquables, en les faisant imprimer en caractères italiques, qu'il avoit omis certains traits qui n'étoient pas assez circonstanciés, qu'il avoit retouché le style, et qu'il avoit ajouté plusieurs choses considérables dont il avoit eu des instructions plus particulières depuis la première édition.» — Pour ce qui regarde l'exécution typographique, cette première édition, faite aux frais de l'auteur, est bien préférable à la seconde.

Dans un avis au lecteur que d'Aubigné prête à son imprimeur, on trouve l'analyse suivante de son ouvrage. L'auteur, y est-il dit, « fait trois tomes de ses Histoires: le premier des guerres qui ont esté menées par Louis de Bourbon et l'admiral de Chastillon ; cette première partie moins agréable pour ce que, selon sa promesse, elle se sent de l'abrégé, hors-mis en la description des batailles. Le second tome entre un peu devant la St.-Barthélemi, et achève aux premiers exploits apparens de la Ligue, où commence le troisième pour se reposer au grand repos de la France, quand Henri-le-grand s'est vu paisible roi. Le dernier donnera plus de contentement, poury estre les affaires plus diligemment exprimées ; pour ce que l'auteur étoit lors parvenu à plus de connaissance et d'authorité. Chacun de ses livres finit par une fin de guerre, ayant pour sa borne un édit de paix ou chose équipolente." La prière suivante termine le volume :

O Dieu ! tu m'as enfant instruit de tes merveilles, Enfant, j'ai enseigné les coeurs par les oreilles

A ton sainct nom bénir : Ne me retire encor en ma blanche vieillesse, Tant que j'aye achevé d'élever ta hautesse

Aux siècles à venir.

Malgré le titre de son livre, d'Aubigné, à l'exemple de l'historien de Thou, ne s'occupe que très-brièvement et d'une manière tout-à-fait incomplète, de l'histoire des pays étrangers. Ce fut Simon Goulart, au rapport de Sénebier,


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qui lui fournit tout ce qu'on y trouve de relatif à Genève.

D'Aubigné nous apprend lui-même dans quel esprit il a écrit son livre. Après avoir parlé des difficultés d'écrire l'histoire, « n'estant possible, ajoute-til, de plaire à tous à la fois, j'ai estimé qu'il se falloit régler aux meilleurs, et n'attendre pour juges asquanimes de ma louange que ceux qui l'ont méritée pour eux. Et. si quelqu'un reproche à mon Histoire qu'elle n'a pas le langage assez courtisan, elle respondra ce que fit la Sostrate de Plaute, à laquelle son mari aléguant pour vice, qu'elle n'esloit pas assez complaisante et cageoleuse : Je suis, dit-elle, matrone et femme de bien ; ce que vous demandez est le propre des filles de joye. Laissans donc ces fleurs aux poësies amoureuses, rendons vénérable nostre genre d'escrire, puisqu'il a de commun avec le théologien d'instruire l'homme à bien faire et non à bien causer; estendans nos rameaux, jadis beaux de fleurs inutiles , et maintenant riches de fruicts savoureux ; moins agréables, pour ce qu'ils ne monstrent point de feuilles, tant ils sont rangez près à près. » Un critique sévère trouvera peut-être que l'auteur a atteint sou but : il instruit, mais il ne charme pas. Sa phrase est souvent obscure, embarrassée; son style suranné pour l'époque où il publiait: ce qui nous porterait à croire que son histoire était écrite, du moins en partie, bien avant qu'il songeât à sa publication. Une indication de Haenel qui cite au nombre des MSS. existant à la Bibl. de La Rochette, un Extrait de l'histoire de d'Aubigné fuit en 1572, in-12, confirmerait notre supposition, si toutefois le savant bibliograplie allemand n'a pas été induit en erreur par un faux renseignement. Nous rapporterons le jugement d'Anquetil sur celte histoire. « Sa dédicace un peu fastueuse, dit-il, fait présumer que l'auteur augurait bien de son ouvrage. Il avoit raison, la partialité ne fait pas toujours tort à un livre, et la médisance en assure quelquefois le succès, On peut reprocher

reprocher deux défauts à d'Aubigné. A la vérité, ce qu'il dit, presque toujours il l'a vu, mais avec des yeux obscurcis par la prévention. Il est bon à consulter sur les faits d'armes et sur les anecdotes galantes de la Cour, trèspeu sur le secret du cabinet. Il écrit en huguenot outré, et en courtisan mécontent. — Le style de d'Aubigné est rapide et peu châtié. Il aimoit l'antithèse. — Il est surprenant qu'un homme aussi vif ait si bien construit la charpente de son ouvrage, genre de travail qui demande de l'application et un esprit d'ordre, dont les caractères emportés sont rarement capables.»

Plusieurs critiques, et entr'autres Lenglet-Dufresnoy, Anquetil, Moréri, ont. avancé, sans doute sur la foi du P. Lelong, que. le premier volume de l'histoire de d'Aubigné n'avait pas plus tôt paru qu'il fut condamné par arrêt du parlement de Paris, du 4 janvier 1617, à être brûlé par la main du bourreau. Mais c'est une erreur qu'il est facile de relever. Comme nous l'avons vu, le premier volume n'a dû paraître qu'en 1618. En outre, dans la préface de son troisième tome, d'Aubigné nous apprend que c'est seulement cette dernière partie qui n'a pas obtenu l'approbation du gouvernement. « En vous donnant mon troisième tome, dit-il à ses lecteurs, il me semble que vous faites deux demandes, l'une pourquoi j'ai demeuré un an sans faire travailler, et l'autre comment aïant publié les deux premières parties, la troisième est refusée d'un privilége par MM. du Conseil," Cependant, il ne laissa pas de poursuivre l'impression de son livre, sans trop se soucier de ce qui en adviendrait. — L'arrêt de condamnation ne se fit pas attendre, il fut rendu le 2 ou 4 janvier 1620. Salon M. Buchon qui à adopté la fausse date de 1617, cet arrêt porte que « l'histoire du sieur d'Aubigné, pour contenir plusieurs choses qui sont contre l'État et l'honneur des rois Charles IX, Henri III et Henri IV, des reines, princes et autres seigneurs du royaume, sera, en exécu-


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tion de la sentence du prévôt de Paris ou de son lieutenant civil (?), brûlée publiquement par l'exécuteur de la haute justice.» La sentence fut en effet exécutée, selon d'Aubigné, dans la cour du collége royal.

VI. Libre discours sur l'estat des Églises réformées en France, auquel est premièrement traicté en général des remèdes propres à composer les differens en la religion à leur naissance, puis en suitte de ceux qui sont propres pour esteindre le schisme qui est aujourd'hui entre les François tant en ce qui concerne la religion que la police, 1619, in-8°, sans lieu d'impression; trad. en hollandais, 1652, in-4°. Le traducteur hollandais déclare, au rapport de David Clément, que des personnes dignes de foi lui ont affirmé qu'elles en avaient tenu un exemplaire sur le titre duquel le nom de d'Aubigné se trouvait imprimé. Le P. Lelong parle d'une édition de 1621, mais il ignorait le nom de l'auteur. Sénebier n'en fait pas mention dans sa notice, et d'Aubigné lui-même n'en dit rien dans ses autres écrits.

VII. Lettre du sieur d'Aubigné sur quelques histoires de France et sur la sienne, Maillé, 1620, in-8°.

VIII. Petites oeuvres meslées du sieur d'Aubigné, Genève, 1650, in-12 (de 175 pages). — Contient 1° Six méditations en prose, pleines d'onction, sur divers psaumes; plus une petite pièce, l'Hercule chrestien, adressée à ses enfants, où il nous apprend qu'il traduisit du grec en français un petit écrit du chevalier Bacon sur la Sagesse des Anciens ; cette première partie remplit 125 pages; 2° Douze psaumes, deux cantiques et trois prières, en vers mesurés; 3° Diverses petites pièces en vers ordinaires, et entr'autres l'Hyver du sieur d'Aubigné, allusion aux hirondelles qui changent de climat; la Prière de l'auteur prisonnier de guerre et condamné à mort; les Larmes pour Susanne de Lezai; 4° Quelques Tombeaux ou épitaphes en vers, et finalement celui de Simon Goulard Senlisien, en prose,

Dans une préface que l'auteur a mise en tête de ses vers mesurés, il raconte que c'est par suite d'une espèce de défi qu'il s'est exercé dans ce genre de poésie. Comme il y émet quelques idées neuves dont on a profité depuis, nous nous permettrons une courte citation, « Plusieurs, dit-il, se sont vantés d'ar voir mis au jour cette sorte de vers les premiers, comme Jodèle, Baïf et autres plus nouveaux; mais il me souvient d'avoir veu, il y a plus de 60 ans, l'Iliade et l'Odyssée d'Homère composées plus de 40 ans auparavant en examètres ou héroïques par un nommé Mousset.... Ce que Jodèle en a fait et qui paroist, est bien séant et bien sonnant : ce que je ne dirai pas des fadesses de Baïf et des premiers essais de mes amis. Messieurs de La Noue et Rapin se sont mis aux champs avec cet équipage, moi leur contredisant, n'espérant jamais qu'ils peussent induire les François à ces formes plus espineuses de rigueur, que délicieuses par leurs fleurs. Après plusieurs amiables disputes que j'eus avec ces deux derniers, la dernière raison par laquelle il me sembla les avoir arrestés, fut telle : Que nul vers mesuré ne pouvoit avoir grace sans les accens, nonseulement d'eslévation, mais de production, et que la langue françoise ne pouvoit souffrir ce dernier des accens sans estre ridicule, comme il paroist aux prononciations des estrangers, et surtout des septentrionaux. ». Cependant, comme nous l'avons vu, d'Aubigné ne laissa pas de relever le gant que ses amis lui avaient jeté. « En ayant donc tasté; ajoute-t-il, je puis vous en dire mon goust : c'est que tels vers de peu de grace à les lire et prononcer, en ont beaucoup à estre chantés, comme j'ay veu en des grands concerts faits par les musiques du Roy. " On sait qu'une foule de très-bons esprits, parmi lesquels on doit distinguer surtout le célèbre Turgot, se sont exercés dans ce genre de poésie. Mais, selon nous, ils se sont tous plus ou moins égarés à la recherche d'une vérité dont ils avaient le pressentiment. Leur princi-


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pale erreur, c'est d'avoir voulu approprier à notre versification des règles étrangères, en contradiction avec le génie même de notre langue. La première chose qu'ils avaient à faire, c'était de se demander si les conditions étaient bien les mêmes, si notre prosodie est aussi bien déterminée, aussi bien assise que dans les langues qui l'ont prise pour base de leur rhythme poétique, et, en cas de négation, ils auraient dû rechercher ce que c'est que le rhythme, par quoi il est ou peut être produit, quel doit en être le principe générateur, et si ce principe n'était pas en opposition avec le génie de notre langue, ils auraient dû l'appliquer. Il ne s'agissait donc pas d'imiter, mais de créer, ou plutôt de fixer l'usage, d'en dégager une loi, et de tirer de cette loi toutes les conséquences logiques, raisonnables. En suivant cette marche, ils auraient sans doute été amenés à reconnaître que le-principe du rhythme dans notre langue ne peut être que l'accent, et plus spécialement l'accent tonique qui règle les intonations, l'élévation ou l'abaissement de la voix. D'où il résulte que la rime n'est qu'un ornement qui n'ajoute rien au rhythme,qui lui sert seulement d'encadrement. Aussi, des vers blancs seront-ils d'excellents vers, tandis que des vers parfaitement rimes peuvent être et sont très-souvent des vers détestables. Et qu'on le remarque bien, nos meilleurs versificateurs ont toujours fidèlement observé, quoique à leur insçu, le principe que nous avons émis, tellement, que c'est par leurs oeuvres que l'on peut s'instruire le mieux des différentes formes que le rhythme poétique peut affecter, selon le nombre et la position des accents répartis dans les pieds du vers. Ceci, du reste, n'a rien d'exceptionnel, le fait a toujours précédé la théorie.

IX. Histoire secrète de ThéodoreAgrippa d'Aubigné, écrite par luimême, publiée avec le baron de Faeneste annoté par Le Duchat, Cologne (Brux.), 1729, pet. in-8°; nouv. édit. sous le titre : Mémoires de la vie de

Th.-Agr. d'Aubigné, écrits par luimême, revus et corrigés par Du Mont, et publiés avec les Mémoires de Frédéric-Maurice de La Tour, prince de Sedan, rédigés par Aubertin, son domestique, plus une Relation de la cour de France, en 1700, par Priolo, et l'Histoire de Mme de Mucy, par Melle de *** (Valdory), Amst., 1731, 2 vol. in-12. — « On doute beaucoup, dit Sénebier, de l'authenticité de cette pièce, quoiqu'on dise que l'original en soit conservé à Paris. » Mais, selon nous, pour en douter lemoins du monde, il faut ne l'avoir pas lue. Moréri ne partage pas ces doutes; seulement, d'après lui,d'Aubigné ne s'accorde pas toujours dans ses Mémoires avec ce qu'il avance dans son Histoire. Nous ne pouvons dire avec certitude si ce reproche est fondé; toutes lés vérifications que nous avons faites, nous confirmeraient dans la négative. Une copie de ces Mémoires qui date vraisemblablement du XVIIe siècle, existe à la Bibl. de l'Arsenal, à Paris. Nous l'avons parcourue; elle est, en tous points, conforme à l'ouvrage imprimé (nouv. édit. de M. Buchon). A la fin, se trouve le testament de d'Aubigné, mais cette pièce est incorrecte. Nous n'en rapporterons que le passage suivant : « Je laisse, dit-il, à mes enfants l'exemple de ma vie, de laquelle ils ont pour livre domestique le plus véritable et plus exprès discours que ma mémoire a pu fournir, etc. » D'Aubigné exprime la même pensée au commencement de ses Mémoires: « Voici, dit-il à ses enfants, le discours de ma vie en sa privauté paternelle, lequel ne m'a point contraint de cacher ce qui, dans une histoire de France, eût été honteux et malséant ; de manière que ne pouvant ni tirer vanité de mes belles actions, ni rougir de mes fautes, envers vous, je vais vous raconter ce que j'ai fait de bon et de mauvais, comme si je vous entretenois encore sur mes genoux, désirant que mes belles et honnorables actions vous donnent envie d'en faire de pareilles, et que vous conceviez en même temps de l'horreur pour mes


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fautes que je vous démontre à découvert, afin que vous évitiez d'en commettre de semblables. — J'ai encore à vous ordonner que vous ne gardiez que deux copies de ce manuscrit, qui demeureront en la garde de ceux dont vous conviendrez, et que vous n'en laissiez aller aucune hors de la maison. Si vous y faillez, votre manque d'obéissance sera châtiée parvos envieux, qui tourneront en risées les merveilles de Dieu dans mes délivrances et dans mes espèces de prophéties, et qui vous feront repentir de votre curieuse vanité. » Nous ferons connaître brièvement certains faite auxquels d'Aubigné fait allusion dans cette dernière recommandation à ses enfants. Il nous apprend dans ses Mémoires qu'un nommé César Baronius, neveu du cardinal de ce nom, ayant trahi la confiance de la Congrégation de propagandâ fide, dont il était membre, s'était réfugié en France pour y professer la foi réformée, et qu'ayant livré les mémoires secrets dont il était porteur, il avait été commis avec M. de Feugré pour les examiner. « Voilà proprement, dit-il, où j'avois puisé la science de mes prédictions, qui, pour s'être trouvées souvent véritables, m'avoient fait donner le nom de d'Aubigné le prophète, et non pour avoir tenu chez moi le muet qu'on m'a tant reproché. » Disons un mot de ce sourd-muet si prodigieux. C'était un jeune homme d'une vingtaine d'années, que, un peu par charité et beaucoup par curiosité, d'Aubigné avait pris à son service, à la recommandation des ministres de sa province. Il s'expliquait par gestes d'une manière tout-à-fait intelligible. Son aspect était repoussant ; mais, en revanche, il possédait à un haut degré le don aussi précieux que rare de la divination. Il découvrait les choses les plus cachées; il pénétrait les pensées les plus secrètes de ceux qui l'interrogeaient; enfin, il prédisait l'avenir. Il est vrai de dire que comme il ne parlait que par signes, il laissait toujours tin très-vaste champ à l'imagination.

Les plus habiles seuls y devaient trouver leur compte. « J'eus, durant un mois, raconte d'Aubigné, la curiosité de savoir les heures où Henri IV faisoit ses promenades, les propos qu'il y tenoit, les noms de ceux à qui il partait, et plusieurs autres choses semblables ; et le tout, confronté de cent lieues loin avec lés réponses du muet, se trouvoit entièrement conforme. Un jour que les filles du logis lui ayant demandé combien le roi vivrait encore d'années, le temps et les circonstances de sa mort, il leur marqua trois ans et demi, et leur désignala ville, la rue et le carrosse avec les deux coups de couteau qu'il recevrait dans le coeur, où cela lui devoit arriver. Il leur prédit encore, de plus, tout ce que le roi Louis XIII a fait jusqu'à présent 1630, les combats donnés devant La Rochelle , le siége de cette ville, sa prise, son démantellement, la ruine entière du parti huguenot, et beaucoup d'autres choses que l'on peut voir dans mes épîtres familières qui courent imprimées par le monde. » Sans doute que l'évènement seul avait donné un sens précis aux oracles du pauvre muet, et d'Aubigné écrivait après l'événement. C'est, à notre avis, la seule manière possible d'expliquer une chose impossible.

On a encore attribué à notre d'Aubigné, mais sans preuves : 1° Passepar-tout des Pères Jésuites, apporté d'Italie par le docteur Palestine, gentilhomme romain, et trad. de l'Italien, imprimé au Monde dans la présente année (1606), in-4° et in-12 ; réimpr. l'année suivante, in-8°, avec un traité intitulé : l'A banni du françois. — 2° Le divorce satyrique ou les Amours de la reine Margu