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LE MÉNESTREL

tuosité qui sont ses caractéristiques, la Polonaise en mi bémol de Chopin, la XPRapsodie de Liszt, enfin cette délicieuse Sérénade à la lune, où l'admirable pianiste s'est affirmé compositeur plein de ressources. Acclamé par le public enthousiasmé, M. Raoul Pugno a connu, ce soir-là, un des plus beaux triomphes de sa carrière, si fertile en succès. A côté du grand artiste, les jeunes élèves des cours de chant, de danse, de harpe, de comédie et d'escrime du Conservatoire de Mimi Pinson ont fait valoir le charme de leurs voix aux fraîches tonalités, la grâce de leurs mouvements, la sûreté de leur art, la justesse de leur jeu, la crânerie de leurs attitudes, et le public, bon juge, a associé à ses applaudissements les dévoués professeurs qui consacrent le plus clair de leur temps et le meilleur de leur talent à donner aux ouvrières parisiennes de saines et instructives distractions : MM. Francis Casadesus, Marcel Legay, Welsch, Cantelou, Julien Torchet, Mathieu Bouillon, Ragneau, Malivert, Mmes V. Hugon et J. Souplet, de l'Opéra, Jane Rabuteau, de l'Odéon, Marié de LTsle, de l'Opéra-Comique, Mariette Gabriel. — Cette belle soirée, — dont les bénéfices viendront grossir les ressources de la caisse de secours des artistes musiciens, s'est terminée par l'exécution magistrale d'une des plus belles compositions de M. Gustave Charpentier, — un essai de chants mêlés de danses, sur un livret de M. Saint-Georges de Bouhélier.

— Du Gaulois : Kiosque à musique. Aimez-vous les kiosques ? On en mettra partout. Nous en aurons un d'abord derrière le Trocadéro, à la place de la fontaine qui, durant l'Exposition de 1900, se transforma en « Panorama de Madagascar » et qu'on ne peut songer à rétablir, maintenant que le Métropolitain passe par là, en raison du danger d'infiltrations possibles. — Place des Vosges, on va démolir le vieux kiosque posé en plein soleil — d'où de trop nombreux cas d'insolation pour nos braves « pioupious » musiciens — et le remplacer par un autre édicule, à l'ombre. — Enfin, on va élever un kiosque derrière Notre-Dame, dans le « square de l'Archevêché », ainsi nommé de ce qu'il occupe l'emplacement du palais archiépiscopal, saccagé et pillé en 1831. C'est dans une salle de ce palais, on le sait, que le 17 octobre 1789, au retour de Versailles et avant d'aller au «manège», l'Assemblée nationale tint sa première séance. C'est un endroit délicieux que ce square qu'attriste seul le voisinage hideux de la Morgue. La musique militaire y obtiendra le plus franc succès, surtout si elle n'abuse pas trop des marches funèbres !

Mme Marie Panthès, l'excellente pianiste qui a été nommée récemment professeur d'une classe supérieure au Conservatoire de Genève, vient d'obtenir de grands succès à Londres. Elle s'est fait entendre dans plusieurs salons delà noblesse, et notamment chez la princesse Louise, nièce du roi Edouard VII, qui l'avait fait demander pour lui donner une audition des oeuvres de Chopin, son maître de prédilection. Pendant son séjour à Londres, Mme Marie Panthès a été engagée pour prendre part, en novembre prochain, aux fameux « Ballais Concerts », qui sont une des grandes attractions de la saison d'hiver.

— Le théâtre municipal de Strasbourg a représenté, pendant la saison dernière, du 16 septembre 1903 au 19 mai 1904, 51 opéras répartis sur 129 soirées. Parmi les nouveautés, se trouvaient ; Benvenuto Cellini de Berlioz, Fedora de Giordano, la Forêt de Ethel Smyth, Philénor de C. Somborn et Antoine et Cléopâtre deWittgenstein. Les oeuvres le plus souvent exécutées ont été les Dragons de Villars et Mignon.

— De Mulhouse au Petit Journal :

Il n'est bruit chez nous en ce moment que de la permission qui a été accordée par l'empereur lui-même à la société chorale l'Harmonie, de prendre part au concours international de chant qui aura lieu le 14 août à Épinal, et d'y déployer le drapeau de la société — drapeau aux trois couleurs — octroyé à l'Harmonie en 1850. Notre société de chant est une des plus anciennes et des plus renommées de la HauteAlsace. Au récent concours de Genève, elle remporta un premier prix. Le concours d'Épinal était fait pour la tenter. Seulement, on ne va pas in eorpore de Mulhouse à Épinal sans être muni du viatique voulu, c'est-à-dire de la permission formelle des autorités. Les divers bureaux auxquels on s'adressa refusèrent l'autorisation. C'est alors que la société eut l'idée de porter sa requête à l'empereur lui-même, et Guillaume II accorda la permission sollicitée. Dans la population, on considère la décision de l'empereur comme très adroite. Partout on s'en montre enchanté.

— De Rennes. — Le concert donné à l'occasion de la distribution des prix du Conservatoire, présidée par M. Bodin, membre de la commission de surveillance a été des plus brillants. Parmi les oeuvres exécutées citons les danses de Brahms pour piano à 4 mains, merveilleusement jouées par Mlles Audouard et Lelièvre, élèves de Mlle Kryzanowska ; l'air de Marie-Magdeleine de Massenet, délicieusement chanté par MUe Legendre, élève de M. Urbain Boussagol; un ensemble vocal et instrumental de Gabriel Fauré et Paul Vidal, d'une exécution parfaite, sous la direction de Emile Boussagol, directeur du Conservatoire.

— Il faut signaler, à Nevers, l'intéressante audition des élèves de M. et Mmc Marquet. On a fort applaudi le choeur des pages de Françoise de Rimini (A. Thomas), puis une page du Jongleur de Notre-Dame (Massenet), En chemin dTIolmès, le Temps des Roses de Fontenailles, l'air de Sigurd, Mai de Reynaldo Halm, le duo de Grisélidis et l'air de Manon (Massenet), la Chanson des joujoux (Dauphin), Pensée d'automne (Massenet), la Belle du Roi (Holmes), l'air du Roi de Lahore, la polonaise de Mignon, etc., etc. Au résumé, un grand succès poulies excellents professeurs.

NÉCROLOGIE

Nous avons le regret d'annoncer la mort, à l'âge de 75 ans, d'un excellent artiste et d'un galant homme, le harpiste Eugène Nollet, dont la perte sera vivement ressentie par tous ceux qui.ont été à même de le connaître Ancien artiste de l'orchestre de l'Opéra, Nollet fit souvent partie des jurys de concours au Conservatoire. Il a, composé un certain nombre de morceaux de piano, dont plusieurs ont obtenu un vif succès.

— Le grand peintre anglais George Frédéric Watts s'est'éteint le Ie?..juillet dernier à l'âge de 84 ans. A une époque où la musique emprunté volontiers aux arts plastiques des'sujets de composition, l'art symbolique de Watts ne peut laisser indifférent, lés musiciens. Parmi les peintures qui. sont lapin» belle expression des croyances chrétiennes du maître, il faut citer l'Espérance ■ c'est une femme aux yeux bandés;.elle est assise sur un globe planétaire qui flotte dans l'espace ; sa tète se penche sur une lyre que soutiennent ses bras dans un mouvement simple, naturel et charmant. Watts a peint beaucoup de portraits; ceux de Swinburne, Tennyson, Stuart Mill, Burne Jones, Leighton Rossetti, Joachim, Guizot, notamment. Il fut aussi sculpteur ; sa Clytie et quelques autres oeuvres plus fortes ont fixé l'attention. Il obtint à paris, en 1878 une première médaille et la décoration de la légion d'honneur.

— Un compositeur et professeur bien connu, à Vienne, Ladislas Krispin est mort le 20 juin dernier dans cette ville, à l'âge de 84 ans.

HENRI HEUGEL, directeur-gérant.

En vente AU MÉNESTREL, 2 bis, rue Vivienne, HEUGEL ET Cie, Éditeurs

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