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Title : Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres d'Indre-et-Loire

Author : Société d'agriculture, de sciences, d'arts et de belles-lettres (Indre-et-Loire). Auteur du texte

Publisher : (Tours)

Publication date : 1868

Contributor : Chauvigné, Auguste (1855-1929). Directeur de publication

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : French

Format : Nombre total de vues : 17055

Description : 1868

Description : 1868 (SER2,A107,T47).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Centre-Val de Loire

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5735052s

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2009-63062

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb326939462

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 06/12/2010

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ANNALES

DE LÀ

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE

SCIENCES, 4ETS ET BEHES-LETTRES Do département d'Indre-et-Lolre.



I1I4LES

m IL

SOCIÉTÉ D1GRMLTURE

SCIENCES , ARTS ET BELLES-LETTRES

DU DÉPARTEMENT D'iNDRE-ET-LOIR!

PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION DE M. L'ABBÉ C. CHEVALIER

Chevalier de la Légion d'honneur, Secrétaire-perpétuel Rédacteur;

DEUXIÈME SÉRIE. CENT SEPTIÈME ANNÉE.

ÏOMB SLWI. - &TS3ÎÉB .8,868,

TOURS IMPRIMERIE LÂDEYÈZE, RUE ROTALE

rf 1868 '



TABLEAU DES MEMBRES

' DE : ■':

'''■'".''■ rsdlÉSCE'S'-,"'.ARTS' ET.'BiêLiES.-LEIÏR^-.,.'.^ ;,|_",';";.^:'r!'.T';^|,) ,■■■-■ dadépâilëmèiitd'Indre-fet-Loiré,' .'; ^ v?V'"';'':".'7'""".'*.

;■'■'•- ; AU lsr ïAKVIER"ï868v :! : ': ''l'^'^l

MM. ;::;,:f

HOUSSARD, président.

FENNEBRESQUE, vice-président.

CHEVALIER (l'abbé) ($£), secrétaire-perpétuel rédacteur.

.PASQUIER, secrétaire-adjoint, vice-trésorier.

DELAROCHB (Victor), trésorier.

DE SOURDKVAL (^) j président honoraire.

..." Membres Itaratemaires,

BARAGUEY-D'HILLIERS (S. Exe. le Maréchal, Comte), (G. >&), président d'honneur.

Mil.":".'

Sôfioen (0.:^j, Préfet d'Indre-et-Loire,

PODEVIN (G. &), Préfet de la Meurthe, ancien Préfet d'Indre-etLoire. TASGHEREAU (0. ^), directeur de la Bibliothèque Impériale, à Parie. WÀLWEIN (^), ancien maire de Tours. DE PAMBOUR {$£), de l'Académie royale des sciences de .Berlin. GODIN (Alexandre) (Ç. ^), ancien ministre du commerce, à Paris. MOREAU DE IONNES (0. $&), membre de l'Institut, à Paris. SÀUSSAYE (de la)(|j)','membre de l'Institut, à Lyon.


membres ^talairéisv ;.

"MM. "

ÀLLUOME, médecin-vétérinaire, à Tours.

ÀRCHAMBAULT, président du Comice agricole, au Parc, Loches.

AROHAMBAULT, médecin-vétérinaire, à Tours.

ASGHERMAKN, propriétaire, à Paris, rue de la Santé.

AUVRAY (Louis), propriétaire, à Tours.

BAILLIVY (le comte de), $u château de PicrreijUe, à Auzouer.

BARAT-PALLU, ancien manufacturier, à Tours, propriétaire.

BARNSBY, pharmacien en chef de l'-hospiee de Tours.

BEATIMOKT (le comte Alfred de) (^), au château de Mazières, à Notre-Dame-d'Oé.

BELLE, juge suppléant à Tours.

BËRAKGCR, ancien notaire, agriculteur, à Villedômer.

BERAUDIÈRE (vicomte de la), à Tours.

BIDAULT (Ernest), propriétaire, à Tours.

BLANCHARD (^), inspecteur de la Colonie de Mettray.

BODIN, docteur-rmédecin à Tours.

BOILESVE $£), conseiller général, maire de Langeais.

BOISSIMOK (de), fabricant à Langeais.

BONNÉBAULT, propriétaire, à Jpué-lès-Tours.

BORDES [$&), propriétaire, maire de Vouvray..

BORGKET (^), ancien proviseur, professeur de mathématiques spéciales au Lycée impérial, à Tours.

BOURASSÉ (l'abbé), (4fc), chanoine, président honoraire de la Société .archéologique''de Touraine, à Tours; '

BouTÂRD (Charles), propriétaire, maire de Sl-Cyr-sur-Loire.

BRAME , docteur-médecin, professeur de chimie à l'École préparatoire de médecine, à Tours.

BRETON - BUBREUIL $£), propriétaire, Conseiller général au GrandPrèssigny. ' ■"•,'■.

BRETON fiïs, propriétaire au Grand-Pressigny.

BRETEB, euijé de Luynes.

BRIDIEU (marquis de), conseiller général, au château de Sansac,

'Loches. CARRÉ, maire à Semblançay.

CATOÏS (^),' propriétaire, aux Roqhetles, Sainle-Radégonde. CHABREFY (dé), propriétaire, au château de Yalmer, près Chançaj.


MIL

CHALLOT, propriétaire, à Sonzay.

CHARCELLAY, docteur-médecin, professeur à -l'Ecole de médecine^ $

Tours. CHARLOT, propriétaire, à Tours. CHARPENTIER, propriétaire, à Azay-sur-Cher. CHAUMIEU, docteur-médecin, à Bléré. CHEVALIER (l'abbé), $£), vice-président de la Société archéologique

de Touraine, à Civray-sUr-Cher, près Bléré. CHEVREAU (l'abbé), à Tours.

CnicoyNE, docteur-médefin, à la Chapelle-Blanche-sur-Loire; CHOLLET-CHAMPION, mécanicien à Bléré. COIGNARD (Paul), négociant, propriétaire, à Tours et à Joué. COLLMT, propriétaire, au château de Chesnaie, Athée. COTTIER, propriétaire au château de Cangé, Saint-Avertini COUSIN-MARQUET, propriétaire à Tours, rue du Rempart, i3. CROT-D'ARGENSON (Raoul dé) (^),-conseiller général, membre de

plusieurs sociétés savantes, au château de Crémeaux (Vienne). DELAKNOÏSE , ancien notaire, à Tours. DELAPORTE fils, avocat à Loches. DELAROCHE (Jules), agréé, à Tours. DELAROCHE (Victor), ancien manufacturier, à Tours. DELAUNAY (Jules), manufacturier à Portillon, près Tours; DELAYILLE-LEROULX (Alfred), au château de la Guéritaude (Véigné). DELAVILLE-LEROULX (Joseph), au château dé la Roche $ Montbazon. DELAVILLE-LEROULX (Paul), propriétaire, à Monts. DELPHIS DE LA COUR (-}-), lauréat de l'Académie française, à Loehés. DÉPLAIS (Charles), propriétaire, à Chambourg. DEROUET (Frédéric) fils ($£), membre du Conseil général, à ParçïyMeslay.

ParçïyMeslay. (Jules) fils, juge au tribunal civil, à Tours, DIARD (0. $fc) président de Chambre honoraire à ïa Cour de Rïom,

propriétaire à Noizay. '

DORMOY (^), ingénieur des mines, à Tolirs.- DUCLAUD , propriétaire , à Mettray. DUCLOS ffi), docteur-médecin', à Tours , médecin de l'hôpital StGalien.

StGalien. , à Tours, impasse Saint-Lazare. FERMÉ, niaire de Chifïon.


e — ' MM.-

FLAVIGNY (le comte de) (0. %), au Mortier, près Monnaie. FONTENAILLES (de), à Souvigné, près Ghâtëau-la-Vàllièrei:i FoREST';(AIcide),?propriélaire!,-à^Toursvr: i; i:-v-.i l. ..V-'' ■■'■'*■■'■' FOREST (Jules), à Tours. ..-;;:<.';

FOURNIGAULT (l'abbé), curé de Chambray.; ;'■ tii :'::;;• ^,; t~.\^-v FRBMEUR (marquis de), propriétaire à:Pierrefitte,Auzouér.-: GALLET, ancien avocat, à Tours;' i-î: î; ■-;■-:.::i!n--ji:'<:-.-v-:.■.,■:.-.■■ GASNAULTJ: régisseur de la terre de Luynes.-, ?: GATIAN DE CLÉRAMBAUBT'J(Alfred)y propriétaire; à Pernay.' GATIANDE CLÉRAMBAULT (Philibert), docteur; en;droit;;àToure* ■■ GArjLiERDEiLA;GELLE,:ipropriétairé,îà la £elle-Guenand;>:< tf; ; r,Cn "■•' GORERT, propriétaire, à Chemillé-sùr-Dême. :- : " ;

GOOSSENS/propriétaire-agriculteur'à; Sorignyi1., : ■ ^ -:': GOUIN (Eugène)^', maire de Tours,'présidént^dè:la chambre' de 1 .: commercé.;,/ -■■u'ir: ,^^uz'l-^'\n,^i-'^ nu ;.;k^v:i'v'-' ■;-;;:;; ■ : GoussARp;DE:MAYOLLËs,:agriculteur':> au Hàut-rBrizay, l'Ile-Bouchard. GRADOS,- .propriétaire,., à i Ghâleau-la-Vallière; : uv;îi ) ,?;: :.'.\ -vr.;.

GRIPOUILLEAU,- médecin' à !Montlûûist-.sûr-Loire.: :_- :, - -r .-,■; GROSSET, propriétaire à Ligré.>'i:'i;T'i .-/i"^-'.; ::•;!■•;•:, . j;V:-: ::.; GKOSSET, conseiller d'arrondissement) : au cbâteau du Rivau,;

Lémeré.. .;.->:;;,; f ,'; ..:Î0^.;;-. ;V-::-î-> ■:;/;:;:,y.A?.-'

GUILLON, médecin^àPiâtejauTla-^Vallière. ■■-,•:. •.•'■•;-,- r /;.;::;./::: HAINGUERLOT, .ancien membre.duiconseil général, à Villandry, .• ,i HAussMANN.J^)jipropriélaire,,à;Sain{-AvertilK v„ j;; ..,;.x- .■.•.,?;;• : HEERE ;|Ie, marquis:.de), ,au.j châteaude jPierrefitte ,> à: Auzouer^ ;. :M; : ' HÉLIE, docteur-médecin, à Bléré;.j-";.;u-;;i '-;T ..,;;.....[;!,;,:! .,,. : HELLE, doeteux-Tmédeçin^àAmboisei,, !: .,; ;. < ,■ : ,.j..w; HENRAUX (^j, maire de..Çbap.çèa.uxjSur^Ghpisi.lIe...'- 'Tt&m-$èTB}\ j$n^]l\eirgéDëT&i à-Sçmrjgueil: Vif.- • : i r •; -.-.-■., :, ' HERVÉ fils, notaire à Bourgueil. .,;;k'

HOUSSARD , député, membre du Conseil général, au château de la

Motte, à Sonzay. HULIN, conseiller général, maire de Richelieu. HURET , propriétaire à Véretz. JAHAN DE L'ETANG, conseiller général, à Orbigny. JONETTE , professeur au Lycée impérial, à Tours, LADEVÈZÈ(^), imprimeur, rédacteur en chef du Journal $Indfe~

et-Loire, à Tours, .^v.^..,.,,„;; ...;p ,-.,,„.! ,.;V:.A: •:-. . ••^.-■.^.--vuM LAIR, fermier général de la terre du f lèssîs,à;'§|tÂn^per;'dur^9chW>J


' — 9~ ■

; MM. J^;V':Ï'; -y--:-■■--- . —':

LAMOTE^BARACÉ (comté de), au Goiidray-Montpensier, presChinqn. LA PERCHE , propriétaire, à la Grânde-Carréê ;, près fours. . ' LAVALÊTTE (de), maire de Neuillé-Ponl-Pierre. .-...; ;,:.,'i

LAVIGNE, avocat, propriétaire à la Tranchée, Tours. LEBEG, propriétaire,/membre du Conseil général, à Ligueil. : .;.-. LEMAITRE-PAYS, propriétaire, conseiller général, maire de Bléré., LESÊBLE^(Oscar),.pro.priétairej;à;Tours.> :.;\(:: .;;:/:': ..:.,:-;:': LESOURD-LETURGEON, négociant, à Tours.

LETORT, vétérinaire , ,:à Tours..-.;. >-;;'-

LIHOREAU, propriétaire à Sl-Antoine-du-Rocher. LUZARCHE, ancien maire de Tours, membre de plusieurs sociétés savantes, à Tours. '■:■;,.■;."'V ' :;.;,i:j:;:;/..;;>:;!.. MAHIET DE LA CHESNERAYE ^propriétaire à Luzillé. ^

MAHOUDEAU, ingénieur agricole,à St-Epain. - MAIRE, représentant de la Compagnie du Creusot, à Tours/ MAME (Ernest, 0. #), député, à Tours.: -~\ v- v--

MARCHAND (^), ingénieur,.maire de Fondettes. ; :■',-:;.■:"■-:-;"'; MARTIN-TIFFENEAU, propriétaire, /membre du Conseil général, à ■ -..Sainte-Maure...".-..-::. .-■ ..\-^ •'■■-■-■

MAUBERT, propriétaire, à Sonzay. ■■■-"■!:■■■

MAUCLAIR, propriétairej à Saini-Mars-la-Pilé; MÀUGEHET, docteur-médecin, à Tours! '.'-; : "

MAURICE;DU PLESSIS, propriétaire, à Samt-AntoinéLdu-Rochèr. '• y'' MAVIEZ, à Vauvert, près St-Cyr-sUr-Loire. ! ''".' MÈGE (le dr), membre correspondant de l'Académie impériale de','.

médecine , propriétaire, à:Sâint-Gyr-sUrTLoiré.: : • - ': MENOU (marquis Léon de); propriétaire, à Boussây,;près"PreUilly. ; MESTIVIER, propriétaire!, a Fondettes. ■ ; '-■-■■■ "■■

MEUNIER, ianqùier^à/TourSi ■:■ ; ' ' :

MICHAUX, conducteur:dès;Ponts et Chaussées^ à Tours.': -■ MILLET, docteur-médecin, à; Tours. ;: :: : '

MOURRUAUJ maire'de Monts. ;f] ..'■. •■ "' ;;,'! ■:;:

MOURRUAU, propriétaire,làToufs.;: i/; .^ ...;;;-:/-

NAKWASEI, à Tours;, ancien'nonce à la diète de Pologne. ": ; NAU,' propriétaire, conseiller général, a;Neu.vy-Roi.:-.-•■: J..?,";:.- ;: NICOLLE, propriétaire, à Vouvray. ■:,-:(: /; ^ni-À^^^rAi'.-^^.: NivERTj/docteur-médeçin./àiToiirsvi: v .-.;;. ;.'•;?■••; . :;.ii:: ;::; NONNEVILLE (vicomte de), propriétaire, à Tours. :"• ■■■'■■ i^^q!;;;-.


'MM.

ORYE, propriétaire, à Bourgueil.

OSTROWSKY, propriétaire, à Vouvray.

PALUSTRE, maire de Samt-Symphorien-extrà.

PAPION DU CHÂTEAU (le baron) ''(.$£), capitaine de cavalerie, en

retraite, à Tours. PASQUIER (Anatole), docteur-médecin, à Tours. PAVY DE GHARANTAIS, propiej à Girardet, commune d'Ëpeighé. PAYS, propriétaire, à Marray. PELOUZE, propriétaire, au château de Ghenonceau et à Paris, rue de.

l'Université, 17. PELTEREAU (Placide), conseiller d'arrondissement, à Châteauréhault. PESSON, conseiller généralà Ghâtëàurenault. PIC-PARIS (Jules), propriétaire à Pocé. PINET (^), constructeur mécanicien y à Abilly. PINPIN, directeur de la ferme de la Brièhe, à Rillé. POISSON ( André ) , propriétaire , conseiller d'arrondissement, à

Neuillé-Pont-Pierre. POISSON (Charles), propriétaire, à Neuillé-Pont-Pierre. POLONCEAU, ingénieur, sous-chef de traction au chemin de fer, a Tours. QUINEMONT (marquis de) (^ 0), député, conseiller-général, président du Comice agricole de Ghinon, au château de Paviers,

l'Ile-Bouchard. ■ RENAULT , docteur-médecin , à Langeais. RESSY, propriétaire, à Tours. v RICHEMONT (le baron Paul de) (G. ^ ), sénateur, administrateur du

chemin de fer d'Orléans à Bordeaux. ROCHS, propriétaire ai Vouvray. RONCIÈRE (Clément de la), contre-amiral, à Paris. ROUILL^GOURBE, ancien negociantj à Tours. ROUVRAY (général de) conseiller général à Ghambon. SALMON DE MAISON-ROUGE, propriétaire, à Tours et à Sache. SARCE (Hippolyte de), propriétaire, à Notre-Dame-d'Oé. • SARCÉ (Louis de), maire de Saint-Paterne. SAZILLY (Charles de), propriétaire, à Thorigny", pTès Montbazôn. SAZILLY (Jules de), propriétaire à Gheillé, près Azay-lë-Rideau. SOLOMAN (Eugène), docteur en droit, avoué, à Tours* SOURDEVAL (Ch.-Mu de ^), à Tours. TAMPÉ, propriétaire, à la Brosse, St-Laurent-en-Gâtines. TASTES (de), professeur agrégé de physique et de chimie au Lycée

impérial de Tours.


MM.

TESSECOURT (de), propriétaire à Saint-Paterne.

THIBAULT, propriétaire, au château de Larçay.

THIÉLOU, instituteur à Monllouis-sur-Loire.

THOMAS (Louis), docteur-médecin, à Tours.

THOMAS (Hyppolyte), docteur-médecin à Tours.

TORTERUE, conseiller général, juge à Tours.

TOUCHARD, docteur-médecin, à Esvres-sur-Indre.

TROUSSEAU (^t), agriculteur, à S>Antoine-du-Rochcr.

TRUFFAULT, ancien conducteur des ponls-et-chaussées, propriétaire

à Sainl-Martin-le-Beau. TURGAN ($fe), ancien directeur du Moniteur, membre du Comité

des travaux historiques, a Sainl-Epain et à Boulogne- Paris,

boulevard d'Auleuil. 7. VACHER (Jules ^ ), maire à €hemillé-sur-Dêmo. VAUGONDY, propriétaire à Vouvray. VÉNEAU DE LA FOUCHARDIÈRE , propriétaire à Ciran. VEHDIER (Aymar), architecte, à Paris, propriétaire à Chanceauxsur-Çhoisille.

Chanceauxsur-Çhoisille. , ancien pharmacien , à Tours. VIÉMONT, propriétaire , à St-Avertin.

VILLENEUVE (comte Septime de), au château de la Carte, à Ballan. Vior (Léon), propriétaire, â Tours, VOLLÉE, directeur de la succursale de la Banque de France, à

Tours.

-!T»io&-:-" 4 §4 MEMBRES:


12 —

TABLEAU BES-MMI M'{Mil,:

ARRONDISSEMENT DE TOURS.- ,.:

AjMltotee. — MM. Chariot, :;Diard,Hellè, Pic-Paris, Truffault.

Blëiréi-; -— MM. Charpentier, Cliaumief,; Chevalier, GholletGhampion, Collinet, Hélie, Lemaîlre-Pays,Maliiét delà Gbesneraye, Pelouzeï .':--.:-;/,.;.?..

CliâtéàtÉFeiKaiEti. — MM. de Baillivy, Bérangéf,de Frémeur, de Heere, Peltereau, Pesson, Tampé. ;;::::'•

fJtoâteaa-ia-'WaMièfféi —■ MM. de Fontènàilles, Gfados, Guillon, Pinpin.:

Moiatljaziwia. — MMv : Charpentier, Delaville-Leroulx (Alfred, Joseph et Paul), Fournigault, Goossens, Mourruau; de Sazilly, Touchard, de Villeneuve. :;

Meiaillé- ©•©mÉ.-IPiei'i'e. — MM. Carré, ' Ôhàllot, G. de. Glërambault (Alfred), 'Houssard,Làir, de Layalette, Lihoreàu, Maubert, Maurice', Nau, Poisson ,;Trousseau. "

Wreioevy-»ïe-ÏÉ.o£. — :MM. Gobert,' Pavy, Pays, de Sarçé ;, , de Tessecourt, Vacher.

OToupg.—-MM. Alluome, Àrcliambault, Auvray, Barat-Pallu, Barnsby, Belle, de la Béraudière,. Bidault, Bodin, Borgnet, Bourassé, Brame , Charcellay, Chevreau, Goignard, Cousin, Delannoïse, Delaroche (Victor et Jules), Delaunay, Derouet (Jules), Dormoy, Duclos, Forest, G. de Glérambault (Philibert), •Ga'llet, Gouin (Eugène), Jonette, Ladevèze, Lavigne, Lesêble, Lesourd-Léturgeon , Letort , Luzarche , Maire, Marne, Maugeret ,.:Meunier, Michaux, Millet, Moùrruau , Nakwaski, Nivert, de Nonneville, Papion du Château, Pasquier, Poloneéau, Ressy, Soloman, de Sourdeval, de Tastes, Hippolyte Thomas, ;Louis Thomas, Viel, Viot, (Léon), Voilée.

Toups-itwpil.-—MM. Blanchard, Boutard, Brette, Catois, Duclaud, Fennebresquè, Gasnault, La Perche, Marchand, ■ Màviez, Mège, Mestivier, Palustre.


Wofssesaû..-.-'^— MM. Bonnébault, Cottier, Gripouilleau, .Hainguerlqt, ,Haussman n$ Huret, de^ Riche mont ; Rouilîé-Goiïrbè, Thibault, Thiélou, Viémont.

ITo'ïE'TO'ây.— MM. de Beaumont, Bordes, de Chabrefy, Deroue (Frédéric),;de Flavigny, L. Guiot, Henraux, Nicolle, Ostrowsky, Roche, de Sarcé, Vaugondy, Verdier.

ARRONDISSEMENT DE LOCHES.

ïïim Haye. — M. Pinet.

Mgneïl.— MM. Lebec, Véneau de la Fouchardière.

Eioèîtes» — MM. Archambault, de Bridieu, Delaporte fils,

Delphis de la Cour, Déplais. MontirésoB^— M. Jahan de l'Etang. ©n»amel-Pï?ese£sMyc — MM. Gaulier de la Celle, BretosDubreuil,

BretosDubreuil, fils. IPreatlly.;— MM. de Menou, de Rouvray.

ARRONDISSEMENT DE CHINON.

jLEay=le=lÊ.ittea-tE. — MM. Salmon de Maison ■ Rouge, de

Sazilly, Torterue. B>©sEFgîieil. — MM. Chieoyne, Hervé père.ot fils,Orye. -; CMrasis. — ini.^Fermé, Grosset, de Lamoté-Baraeé.'■■■■. --...ii;u,;:." li'ïle=Ill®ii©ÏÊai.'ea.—MM. Goussardde Mayolles,de Qùinèmônt;; Ikaiigêaig. —-'MM; Boiïesve, de Boissiihon, MaU'clair, Renault. gpaîmte-Marai'e.-.-— MM. Mahoùdéau, 1 Màrtin-TiffehéaU, TurgàûV, EMelteltesE.-—■ MM.! Grosset,;.Huliri» "; "■„;.j>1 .;„. .^A,s


■!*■

Mèu]»re#; adhérents! âe:la/ sëetton' ' d*ïior*tâëWétff>è«

.-MM-. '-■:-."" -'".--'■- : -

ADBERT-&AteËiER,;-hoTttcQîtëUrrrùede l'HbspalIfë,-I9iÀDTREDX, horticulteur, Petite-R'ûe^St-L&'zalfëj Tours. . BARILLET, horticulteur, rue des Houx. BONNET, horliculteur^rueidëS'tJrsulineSi' T<ftffs>< L GHANDESRIS, horticulteur, rue Balzac, I, Tours. GHATENAY, horticulteur, avenue de GrandmontiîôS.; ÇHAUVIN-BRISSON, horticulteur, rue de» Acacias, f3.- CHEVALiERpëVéVtio'rtMïtéur, ruedé Larïche, ^00. CHEVALIERfils> horticulteur, rue'deuLâriçhlé;.1O0: CHEVALIER, Félix, horticulteur, rue St-CÏaude: DELAHAYE père, horticulteur, a'Vëiitié de' Grânamonf, 3&.: DEI/AH'A'YE fiIs-;'ihorl'icuIteurjî avenue dé GrandHont, 28. : DENIAU, horticulteur, rue des Ursulines, Toufsi G-RivÈAU, horticulteur, à-Ballanl . - --

GUÉPIN-ÀVRÎL, St-Cyr. ■ GUÉPIN-BOCCHARD, St-Gyr..'. GUIBERT, jardinier" àiï'cMtèau de Câng3, St-Jtvèrtiri. GUINDON, horticulteur, placede ja Tranchée, St-Symphorien-extrà. JBSTEA'ÛV horticulteur, rue St-Elôr, AW. LEROUX, Gatien, horticulteur, rue des Morts. LOUZIER,; horVicuîfeùr,-'ruè dè'èstïr^ùliriè'ét MADELAIN pèfeyjafdim^r erî ehef'au: jàrdihfbotà'niqùè';

MAME(Alfred),,àT0Ur5>; :::!.;::;; '-':■-

MESSIRE-BEDOUET,'horticulteur^ r-ue de-l'Hospitalité, 9. :;.-*.-.,.; PÀQuEREAu, jardinier-chefjau château des; Touches,- Ballan. Pio£DÏNj horiîculïeûr, château de-Gandé,.MontSï' PROYOST-JOBIT,. rue Saint-Martin, à; Tours. ROBINE (Théophile), rue de Lariche, 400. ROUSSEL, horticulteur, à la Grande-Carrée, St-Cyr. . SAVARY père, horticulteur, rue des Sureaux. VACHER, horticulteur,'aux Maisons-Blanches, St-Cyr. VAUSSEUR père, horticulteur, rue des Récollets, 65. VAUSSÉCR fils, horticulteur, rue des Récollets, 65.


W[Z~:

Membres eorresgifliHdants.

MM. les Correspondants qui changent de résidence sont instamment priés d'en, informer le Secrétaire perpétuel de la Société.

MM. ÂARON, chirurgien-major au 37e régiment de ligne. AUBOYER,-médecin-vétérinaire, membre delà Sodété d'hygiène

hippique. BELLIN (Gaspard), juge suppléant au tribunal de Lyon. BLANCHET, médecin, à Dax (Landes). BONCENNE, juge, à Fontenay-le-Comte. BOUILLIET, littérateur, à Clermont-Ferrand. BOUSCHET, membre de la Société d'agriculture de l'Hérault. BRANDEITZ , docteur en médecine, à Londres. CASTEL, secrétaire général de la Société académique de Bayeux. CAUMONT (de) (^-), membre correspondant de l'Institut, à Caen. CHAPELLE,, secrétaire-général, de là Société, d'agriculture de la

Charente, Angoulême. CHÂTEAU, chimiste à Puteaux, rue de Paris, 5 bis. DARDET, avoué à Garcassone.

DAVID, président de la Société académique de Fontainebleau. DELAROCHE (Victor-Adolphe), architecte, à Paris. DUCLAUX , professeur de physique à la Faculté des sciences

de Clermont. DUCOÙDRAY-BOURGAULT", vice-président de la Société d'horticulture

nantaise, à Nantes. DuPLEssis/propriélaire à Loches,.ancien président de.la Société d'Agriculture de Loir-et-Cher. FOUCQUET, agronome, à Alger. FRANCE (Henri de), secrétaire de-Ia-Sôciétéd'hoTliculiure"derOrn"e,

à Alençon. GROLLIER, homme de lettres, à Paris. GUÉRIN-MENNEVILLE, professeur d'entomologie; â'Pàrîs.' GUILLORY, président de ra Société industrielle d'Angers. GUIOT (Léonide), inspecteur des forêts, à Nice. GUYOT (Jules), (0.^), docteur en médecine, viticulteur, rue de la

Paix, 48, Batignolles-Paris. HÀLLEZ-D'ARROS , propriétaire , à Metz.


. — ÎB

MM. ;

HEDDE'(J$£), délégué du.:commerce à l'ambassade: de Chine, en

4845, àSaint-Étiennè. HUGELMANN (Gabriel), homme de lettres, à Paris. JOURDIER, homme de lettres, à Paris. : JCGE-NAVELET, propriétaire,a Méziêres-en-Brènhe (Indre). LANCIA E GRASSELLINI (don Federico), duc de Brolo, secrétaire de

l'Académie des Sciences et dés Lettres de Palerme; ' LEFÈVRE-BRÉART, à Raùcourt (Ardénnes). . ; ; . " ,;' LEGEÂY(^), professeur honoraire de Faculté, rue du Bac, '63,-Paris. LIRON-D'ÀIROLLES (Jules de), à Nantes. LOURMANS, membre de plusieurs sociétés savantes, à Paris. LUMINAÏS, propriétaire à Nantes, '■'.,-

MAHOUDEAU, distillateur à Orléans.. ..-;'..,....-■■

MARCHAND (Léon), docteur en médecine, à Paris :, rue NeuveSte-Placide;

NeuveSte-Placide; \ : • MAROLLES (de), capitaine.de vaisseau,',' à Tours.,; -Jv,, :::,,,:„; ...,;,.... MpRTiLLET,(de),directeur d'une Mewe Scientifiquer\ Milan. ..."■-. PELLICOT, président du Comièé agricole de Toulon'.,, :, ",, ,■, .; PELTIER (Alfred), membre dé la Société d'Horticulture de la Sarllie, . au Mans.. ' PICHAT, professeur à l'Institut agronomique de Grignon.

RlBEYRE (Félix). ,;,:,•,. ■ ,'i '' ■'

RIQUET (^4), médeciri-vétéfihàirë, membre du comité d'hygiène au . ministère dela.guèrre.

ROSTÀING DE RrvAs(dé)', docteur-mëdecih „ à Nantes. '..,,.'... RoussET(Alexis),vdoeteur-médecin et littérateur, .à Lyon.; .: .... SAÎNT-MARSÀULT (Ëdm. de), propriétaire-agriculteur au,château

du Roullet (Charente-Inférieure). TESSIER (Jules), docteur-médecin, à Nîmes. THIELENS (Armand), àTirlemont (Belgique).: ; ; ,.-,:....-.,

VAPEREAU, ancienprofesseur de philosophie, à Paris. ■ VIAUD-GRANDMARAIS, docteur-médecin, à Nantes. ' .i::' !

VIOLLET(Alphonse),littérateur, àParis; . VIOLLET, ingénieur civil, à Paris,


— il—,. . .....

..;; ;IE LftBOORAGB A M VAPEUR;;:' 7 ;

Le dimanche 27 octobre -1867, a eu lieu;'à la terré dé: La Briché, comniiiûedeRiïlé, la distribution des prix que M.- Cail, propriétaire de ce vaste et beau domaine, décerne à:ceux des colons de Mettray qui sont employés à son exploitation. 7 .

Cette intéressante solennité s'est faite sous la présidence de M. DëMetz, directeur delà Colonie, ayant à ses côtés : M. Cail, M. Boitelle, inspecteur général de l'agriculture; M. Gaudin, conseiller d'Etat, et M. l'abbé Lavigne. La Société d'agriculture d'Indre-et-Loire était représentée par trois dé ses membres, MM. de Boissimon, Blanchard et Turgan. Des livrets de Caisse d'épargne, des montres et divers objets ont'été" distribués aux jeuues lauréats. , '•••■'-'■.-

Après là distribution à eu lieu la cérémonie de la bénédiétion des machines à vapeur pour le labourage, que M. :Cail : Vient d'installer à La Briche. La bénédiction a été donnée: par M. l'abbè LàVigne. Puis on a procédé aux épreuves de labourage avec les nouvelles machines (système Fowler), achetées par: M. Cail à la suite du concours" de labourage de Petit-Bourg. Devant un nombreux concours d'agriculteurs et de curieux, deux loeomobiles, de la; force de dix chevaux chacune, ont. fait mouvoir une charrue à cinq socs exécutant, dans les meilleures conditions possibles, des labours de' 0m20 de profondeur. Le terrain était compact et aurait demandé un attelage au moins de quatre boeufs, peut-être de six ; le travail ; s'est cependant exécuté en raison d'un are par minute, soit six hectares par journée de dix heures. Le personnel se composait de deux conducteurs pour la charrue et d'un èhaùffeur par chaque machine.

M. Pinpin, directeur de l'établissement et membre de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, nous a donné lés chiffres suivants, qui permettent d'évaluer l'économie apportée à La Briche par le labourage à vapeur : '';.■;;

Les quatre hommes coûtent 2 fr. 50 c. chacun, soit . iO. fr.

Les deux.machines eonsomment,' pour les six hec- : ■',,',"■"' tares,, 900 ML, à 44/fr: 50 c. la tonné, soit '"; ; ) :; w; ;'

Cinq Mlogrammès d'hùïteenviron, à \ fr. 60 c. soit-' 9; ;,.

ss'fr/ 1868 %


; — 18 — . ■

C'est donc environAQ fr. par hectare pour une séance d'expérimentation, avec des ouvriers de La Briche, essayant pour là première fois un outillage nouveau pour. eux. Il est probable, d'après M; Pinpin, qu'avec les mêmes frais et la cnarrue à cinq socs, on arrivera, avec un peu d'habitude, à labourer huit hectares par jour, ce qui réduirait la dépensé à une huitaine de francs, au plus, par hectare. La charrue à huit socs peut labourer dix hectares par jour. Lés scarificateurs vont encore plus vite, car ils travaillent seize hectares en dix heures. , L'outillage entier^ acheté par M. Cail; à M. Fowler, a coûté 35,000 fe II comprends deux loeomobiles delfl, chevaux chacune.] deux charrues, doubles, l'une der cinq socs, l'autre de huit; deux scarifieateuïsj une herse a vapeur; un tonneau 7 pour apporter l'eau nécessaire aux chaudières ; un çharriot en fer ;; des pièces de rechange, tendeurs^ cables enfer et tout ce quL est nécessaire au travail. M;. Pinpin nous a affirmé qu'il lui aurait fallu, pour ëxécuterle même travail, au moins 80 boeufs, 20 laboureurs et 20 toùcheurs.

Le labourage automoteur est donc, à partir de ce. jour, installé à La Briche d'une-manière usuelle et quotidienne. Un : travail de chaque jour apprendra quellestmodificationsil faut apporter aux engins: de labour. Si les espérances de M. Pinpin se réalisent,, ce que tout semble faire présumer, notre départe- ; ment aura l'honneur d'avoir, le premier en France, le seul encore même aujourd'hui^ inauguré la pratique journalière de la vapeur appliquée à la culture de la terre.

; /:;' TURGAN;.

L'appareil Fowler, installé à La Briche,; fonctionne -tellement à la satisfaction de son: acquéreur, que M.; GaiL d'ailleurs toujours disposé à ouvrir de nouvelles voies à; l'agriculture, se propose, non-seûlémentd'installer de toutes pièces la culture à vapeur sur son vaste domaine d'Indre-et-Loire, mais.encore de fabriquer les appareils Fowler en France. Voilà donc une bonne et belle industrie acquise à notre pays. Il en sera de là nouvelle venue comme de beaucoup d'autres que nos habiles constructeurs, après les avoir reçues de l'étranger, ont portées à une si haute perfection. .■■^i^^''\ . -. ^':

La charrue Fowler à cinq socs et à deux machines motrices, telle qu'on l'a vue à Petit-Bourg, a fonctionné à La Briche pendant huit journées de huit heures l'une^ soit soixante-quatre heures de travail, La profondeur du labour a été de. 22 à 25 centimètres. La surface labourée à été au total de 60 hectares, c'est-à-dire de 7 hectares 50 par jour,temps d'installation compris, la dépense, de pérsphhel, Charbon, huilé,chàitôl d'eau, a été s— "■".'- ■■-■'.■ '-■':',:; ■-!:/,.■ ■■" -.:■■'-


6300/MLdeïCharbpn;^U)îr^m:le%AMA^.,^{ï,h 25

22 jourad'ouvriersj,,conducteurs,et, çhauffeu|s. $0",.\'■"-.00' , 6/joùrsde «harretier pour conduire l'eau et le, charbon, à 2 fr; ,. . . .. . .V ..'.:. .12 ' 00

-Î0 Ml, d'huile à graisser, M:;feS.ft, '.-■•■' • -V.-,.:-#■;,;' VÔG 12 jours de chevaux, . ., . ;. . • • :•,; 3jS,, , / 00

TotaL ..... 455 fc 25?

soit 56 fb 90 par jour. Soit aussi, par.hectare,^ùn'prix; de revient, de 7-fr,. 58, prix auquel Rajoutent néce^àiiwmeri^des frais d'amortissement, d^entretieh/etd'inirê^ ces frais-sont estimés en :Angleterr;e à 15 0/0 du prix d'achat des appareils,; et ils: devraient; être répartis sûr 200 jours; de travail par an, lesquels 200 jours seraient consacres aux labours, hersages et searifiages. Qn vpit;que,: pour travailler -pendant 200, jours, Fappareil â6■^Fp^ïe^:''dlonneràit:'^ie.tl■"4.. une dépense d'aehatde 40jOOG fr. environ,;-Par conséquent, a 1,5 OijO, la aie* pense d'amortissement, intérêt et entretien,; serait de:6,006'fri par an ou de 30 fr. par jour de travail, et, .des lors; la dépense journalière chez; M, Gail monterait à86 fr. J90, teiserait finalement: un labour de 22 à 25, centimètres de profondeur qui; reviendrait à; if fr. 58 l'hectare.; ....,

A Petit-Bourg, le prix de revient d'un labour, à vapeur est ressorti, à ISift. 70, pour Une; profondeur. de •)$; cent, Même, à ce prix,; plus élevé que celui de La Briche, il est donc évident que la vapeur ;çonserve une grande sttp'ériorïté.fféieôno'mlë.isnr l'emploi des forces animales.Loin de nous,cependant, de yoùloir conclure trop: vite. Une/grande expérinientatipnt a étéfàite à Petit-Bourg et se poursuit ailleurs. Nous,ne négligerons rien, pour procéder à l'enquête de: tous les faits, de cette: expérimentation, et nous livrerons: à ladïscussion des. hommes d'étude, tous les chiffres auenpu^p^

dep^ogrès ne/prononcent pas, des -arrêts sans; appel quand il s;agit de choses,semblables, jl se renseignent. Ils applaudissent même à la hardiesse des initiateurs., Et de. ce qu'une: machine ne prétend pas, à l'empire universel, ils n'en concluent pas qu'elle n'a passa raison; d'être en,certaines circonstances. Lès macMnes de culture à vapeur sont dans cette dernière catégorie. Peut-être, comme le disait un membre du jury de Petit-Bourg^ ! agriculteur très-compétent, beaucoup de cultures iritensivès leur devront-elles leur saiut. '.-'-,

Le mercredi^? novembre 1867 a eu lieu,au; Gfahd-Hôtery à PàHs,: sous;la présidence dé; M. Pàyen, le; dîner mensuel de; ragricutturé".; ;;;; , ,", .!;,;.-'^ /.v;;"


m — '

La question mise à l'ordre du jour était l'examen des résultats de l'Exposition universelle au point de vue agricole. : M. DECAUVIIAE, ayant le premier obtenu la parole, signale, comme un des principaux résultats de l'Exposition, le concours de labourage entre les machines à vapeur. Plusieurs membres de la commission consultative de Billancourt ont fait des tentatives pour que ce .concours fût organisé par le commissaire général de l'Exposition. Pour sa part, M. Decauvillea demandé qu'un prix de -100,000 fr. fût offert à l'inventeur de la meilleure

: machine. On s'est effrayé de la somme, et l'on a préféré créer un prix de 40,000 fr. pour l'agriculteur qui aurait rendu les plus grands services à l'agriculture. Un prix de h 0,000 fr. ne pouvait compenser les frais des inventeurs étrangers qui devaient transporter leurs machines en France. Quoi qu'il en soit, le labourage à ia vapeur a été expérimenté par voie de souscription spéciale entre les agriculteurs, et c'est là, l'orateur tient à le constater, un des résultats de l'Exposition les plus importants pour l'agriculture.

«. S'il est extraordinaire , dit M. Cail, que M. Le Play, commissaire général, n'ait pas mis à la disposition des exposants de machines à labourer à la vapeur tout ce qui leur était nécessaire, du moins M. Lecouteux a-t-il eu le grand mérite dé provoquer des expériences sérieuses et tellement heureuses, que j'ai été décidé promptement à tenter moi-même l'application de ce système expéditif de labourage. J'avais 300 hectares de betteraves à labourer et à semer ensuite en blé ; je traitai avec M. Fowler. Les machines du constructeur anglais furent mises à l'oeuvre, et, je dois le dire, elles travaillèrent à

'mon entière satisfaction. »

M. Cail pense que les machines à labourer à la vapeur sont devenues un instrument indispensable en France. Désormais, tout le travail de la terre doit se faire à la mécanique, par la vapeur. Les agriculteurs trouveront à cette manière de procéder 60, 70, 75 pour 4 00 d'économie, et la fabrication de ia viande ainsi que celle des engrais augmentera. Des entreprises de labourage a la vapeur s'organiseront en France, car il est vrai de dire qu'un particulier ne peut lui-même et pour lui seul installer le matériel nécessaire au labourage à la vapeur. Mais une fois que des entreprises seront prêtes à fournir leurs services, " les cultivateurs devront s'associer de manière à former au besoin un ensemble de 10,000 hectares; l'entreprise de labourage à la vapeur établira au milieu de cette étendue

.'le..centre de ses opérations, elle installera l'atelier qui lui est nécessaire pour l'entretien et la réparation des machines. M. Gail espère beaucoup que l'avantage considérable d'économie que procure le labourage à vapeur engagera prompte-


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ment les cultivateurs à...s'associer.. Une fois ce grand progrès accompli, ajoute M. Cail, les fourrages sef 6ht'employés uniquement à faire dé la viande ; les façons seront données à la terre rapidement et en temps utile. L'introduction des machines dans les opérations agricoles amènera encore cet autre résultat, que,/l'emploi de la force ne sera plus limité pour l'agriculteur par la quantité de nourriture dont il pourra disposer pour nourrir son bétail. S'il n'y a.pas de mines de fourrages, il.y. a des mines de charbon. Enfin, ajoute M. Cail, je dirai encore un autre avantage du labourage à la vapeur. C'est grâce à cette méthode de labourage que non-seulement on pourra donner des façons à sa terre quand on le voudra et aussi rapidement qu'on le désirera, mais, en outre, qu'on pourra le faire aussi prompternent qu'on le jugera nécessaire. M. Cail termine en exprimant encore une fois, et avec confiance, cette opinion que l'usage des machines est appelé à rendre les plus grands services à l'agriculture.

Sans doute, dit M. WolowsM, l'expérience de M. Cail nous encourage beaucoup a nous ranger à ses avis; cependant, nous demandons la permission de faire une objection. N'est-il pas dangereux de trop généraliser des faits utiles dans une certaine mesure, dans un certain rayon, dans de certaines conditions? Je conserve des doutes quant à la possibilité de l'application universelle du labourage à la vapeur, Me faisant, si Ton veut me permettre de m'exprimer ainsi, l'avocat du diable, c'est-àjdire l'avocatde la routine, je ferai remarquer qu'en employant . àa machine à vapeur au labourage, on cherche, selon M. Cail, V développer plus de force, sans nègligerla force féconde de pagriculture : l'élève du bétail. Mais ce Détail qu'on élèvera pour l'engrais et pour la viande peut fournir, par surcroît et _our rien, une force utile. Cette force, pourquoi.ne pas l'employer? La force active qui, alors que le bétail est condamné

la stabulation, disparaît, pourquoi la laisser disparaître ? Pourquoi se Contenter de la force passive, de la viande ? Pourtant, la nourriture d'une machine, c'est-à-dire la houille, coûte cher, tandis que la nourriture d'un, boeuf, le fourrage, ne coûte rien, puisque l'on recueille l'engrais en échange. L'orateur ajoute qu'il peut y avoir inconvénient à. priver l'animal de l'emploi de sa force. On doit songer que ne pas savoir tirer parti des qualités de toutes les créatures, c'est détruire rharmoniè de la création, et l'on conviendra que la force dépensée par l'animal, loin de nuire,àla viande, sert à la production et à la qualité de la viande. : — Vous conviendrez néanmoins, monsieur WolowsM, ajoute M. Payen, qu'il est difficile d'admettre qu'on puisse obtenir à la fois la force et la viande, et qu'on n'obtient guère l'une qu'aux dépens de l'autre.


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M. Cail fait remarquer tfu'il a 400 bêtes à cornes, Ge bétail mange tout ce que produit sa terre. Cependant, il constate que dans ses écuries il n'a, vers la fin de chaque campagne, que des animaux si fatigues, si exténués, qu'ils en sont réduits à l'état osseux. Je fais quinze millions de kilogrammes de nourriture, dit M. Cail. Or, admettons que je nourrisse mes .bestiaux avec ces quinze millions de kilogrammes de nourriture, et que je fasse tous mes travaux à la vapeur, qu'en résultera-t-il? J'achèterai sur les marchés français des animaux'que j'engraisserai, puis je les revendrai. De° celte façon, j'aurai fait de l'engrais, de l'engrais d'autant plus riche que j'aurai mieux nourri mon bétail, j'aurai fail plus de viande et mes terres seront mieux labourées. Il n'est pas inutile de faire remarquer à cette occasion que labourée aussi profondément qu'elle peut l'être par la machine à vapeur, la terre a bien moins à redouter les excès de l'humidité et de la sécheresse.

M. Belin déclare qu'il est tout prêt à admirer ces machines puissantes qui ne connaissent pas d'obsta.cles ; mais il est praticien avant tout, et, comme tel, il doute de l'application possible du labourage à vapeur dans toutes les conditions. Si ce système procure l'économie de la force du bétail, et s'il permet de dépenser le fourrage en engraissement, est-on certain qu'en donnant au bétail double nourriture, on recueille double profil? Les déjections des animaux de travail ne sont pas perdues plus que celles des animaux de rente. Les animaux de travail les répandent sur la terre au lieu de les répandre seulement à l'étable. D'ailleurs, puisqu'on invoque l'économie produite par l'usage des machines à vapeur, M. Belin prétend qu'on peut avoir des animaux dont le travail ne coûte rien. Ainsi M. Belin estime qu'il paye ses boeufs environ 4,000 fr. la paire; il les garde aussi longtemps qu'ils peuvent travailler utilement; il a soin de les nourrir beaucoup. Ses boeufs travaillent de cinq heures du matin à six heures du soir, et, quand ils sont usés, il les met à l'étable pour les faire engraisser, et il les revend ensuite le prix qu'ils lui ont coûté.

De cette façon, M. Belin n'a pas de bénéfice sur- la vente, la nourriture des animaux est payée pur la somme de travail qu'ils fournissent ; quant à l'engrais qu'ils ont produit, c'est tout

front pour M. Belin. .Te vendis un jour, dit-il, un de-mes oeufs à un anglais, qui d'abord le trouva trop vieux, mais qui, .après expérience, trouva mes boeufs préférables aux jeunes boeufs anglais. C'est un fait connu aujourd'hui que la viande des vieux boeufs est plus succulente que celle des -jeunes. Si l'on supprime les animaux de travail, -M. Belin demande comment, quand les récoltes seront mûres, on les rentrera, comment on conduira les fumiers ? Ce sera proba-


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blement avëe; des boeufs. La culture ne se ; bornant pas à dés récoltes, comment, ajoute l'orateur, liersera-t-on, avec quoi roùlera-t-on,blnera-t-on, etc.? Sans doute avec dès chevaux. Lé labourage à la vapeur peut être très-bon pour les grands espaces; mais dès que la terre est divisée, il est impraticable. Comment d'ailleurs un atelier poûrrait-il être établi au centre de 10,000 hectares, quand pas un voisin ne consentira à laisser passer sur.ses terres une machine à'''yap'e'ûrYj^Érifinj'M.'.Selin.j. quand on luiprouvera que le labourage à la vapeur peut produire 70 pour 400 d'économie, s'engage a prouver qu'avec ses animaux il laboure pour rien, et, puisqu'on parle de la profondeur des dcfoncemenis, il s'engage, en outre , à prouver qu'avec la charrue Vallerand, par exemple, on peut labourer aussi profondément qu'il est nécessaire.

Je vous démontrerai, répond M. Cail, qu'il y a économie de 70 pour 4 00 à labourer à la vapeur ; mais si vous me prouvez que vous labourez pour rien, je vous, avoue que vous êtes plus habile que moi et que j'irai vous demander des leçons.

M. d'Havrincourt. — Ce qu'a dit M. Belin, je me proposais de le dire ; je me souviens que, dans ma jeunesse, je consultais souvent M. Bella, directeur-fondateur de Grignon, et M. Bella me répondait invariablement : «Rien n'est absolu en agriculture, tout est relatif. La meilleure règle, c'est de ne pas en avoir, » Cela, il est vrai, ne m'apprenait pas grand'chose ; mais je dois remarquer que l'avis de M. Bella n'était pas celui de M. Cail, qui, lui, au contraire, a trop le goût delà règle absolue. Sans doute, M. Cail, dans les conditions où se trouvent ses terres, peut avoir de l'économie à labourer comme il l'entend. Ses terres sont d'une grande étendue. Les bras lui manquent. Ce sont là des circonstances qui peuvent rendre favorable l'application du labourage à la vapeur. Mais une application générale de cette méthode de labourage est impossible. M. d'Havrincourt partage entièrement, à cet égard, l'a\is de M. Belin. D'autre part, il croit que si l'on congédiait les ouvriers au moment du labourage, on ne les trouverait plus quand il faudrait herser, biner, etc. Et puis, se demande l'orateur, peut-il être question de labourer à la vapeur dans un pays où il n'est pas possible de passer sur les champs de ses voisins pour les moindres travaux d'exploitation? En outre, il est inutile de songer au labourage à la vapeur dans certaines régions, régions fort nombreuses, où les champs d'un hectare sont déjà rares. En ce qui concerne la profondeur des défoncements, un défoncement trop profond peut, M. d'Havrincourt le fait remarquer, être fort mauvais. Tout le monde sait, en effet, que le sous-sol ramené trop promptement à la surface entraîne souvent les plus graves inconvénients. La terre


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demande à être laissée longtemps en contact avec l'air, .Ja; pluie, la gelée ; la retourner tout d'un Coup trop profondément peut; être très-fâcheux. L'orateur convient que pourtant si les Anglais, si les Américains ont trouvé des avantages à labourer à la vapeur, il doit exister,en France des circonstances où l'application du labourage à la vapeur peut être heureuse, mais 11 ne faut pas en faire la panacée universelle de l'agriculture.

M. Cail réplique qu'il n'a pas dit qu'il faut déibncér profondément: et ramener aussitôt le sous-sol à la surface ; il a dit seulement qu'il est bon, dans beaucoup de circonstances, de désagréger profondément la terre.

— .Delà, drainer, pour ainsi 'dire, ajouté M. Payen. M. de Kergorlay, — Si M. Cail avait dit simplement qu'il a trouvé avantage à labourer à; là vapeur, nous aurions tous, connaissant son expérience, admis la sûreté de ses calculs. Mais il a parlé pour tout le mondé, et C'est en quoi il s'est trompé, M. Cail.'est dans une situation mauvaise pour les animaux; il est obligé de se les procurer tout faits et à grands frais. Il est à considérer, en outre, que lé prix de la houille ne peut être calculé d'une manière uniforme, M. Belin dit qu'il est faCile de citer des localités où le travail des animaux ne coûte rien,En effet) dans M plaine dé/Càëi), par exemple, ceux qui élèvent des boeufs, des "chevaux, lés font travailler d'abord, et les revendent ensuite avec bénéfice. Nourris avec des fourrages à bon marché, ces animaux payent plus que leur nourriture par l'engrais qu'ils rapportent, et eh bénéficie "sur le prix de vente. S'il est vrai, comme l'orateur l'a entendu dire, que beaucoup, de parties du Nord, de l'Est, de l'Ouest, et du Centre soient dans les mêmes conditions que la plaine de Câen pour les animaux, il est vrai de dire aussi que toutes ces localités n'ont pas d'intérêt à lâboUrer à la vapeur. M, CaU dit qu'avec l'application du labourage à la vapeur, il y à augmentation de viande en" même temps que d'engrais. S'il arrivait que notre pressé agricole annonçât que désormais les animaux de travail sont supprimés, on Verrait, bien, cependant, combien hausserait le prix de la viande, M. de Kergorlay tient lâtnéorie; de M. Gail pour dangereuse. M. Barrai croit que là vapeur s'ajoutera comme force là où elle est appelée à rendre des services, soitpàrce que les cultures seront grandes, soit parce que l'association aura pu se constituer.. La vapeur sera employée là où elle pourra l'être économiquement parce qu'on aura déjà une petite, machine à vapeur, pour le battage par exemple, dont on se servira comme adjuvant. L'introduction des machines à vapeur dans les fermes était une Chose jugée absurde il,.y a quelques années, On est revenu de cette opinion. Dans quelque temps encore,, les


TÏ-.ty-.T machines seront d'un usage plus fréquent. La somme de combustible employée pour la machine à vapeur rapportera bien souvent plus que la même somme employée pour un animal. M. Payen doit se souvenir, il est vrai, qu'il a découvert parises calculs qu'à une certaine époque, qui n'est pas fort éloignée, on doit manquer de combustible minéral; ce serait un tort, par conséquent, de baser toute l'agriculture sur l'emploi du combustible niinéral et dé renoncer, d'une manière absolue, aux animaux. Mais il faut accepter la vapeur pour les choses, pour les cas où la vapeur est utile. C'est là, du reste, un point sur lequel tout le monde est d'accord; personne n'a refusé certains avantages à la vapeur, quelques personnes ont seulement prétendu qu'elle ne doit pas être appliquée d'une manière trop absolue. On voit donc qu'au fond, et c'est ce que l'orateur a voulu faire remarquer, tout le monde s'entend fort bien et qu'on peut se séparer en se donnant le baiser Lamourette.

ADOLPHE HAUBJÉAU, (Journal d'Agriculture pratique.)


-:v;:tift^^

ail ONT RETARDÉ OU IM/ORïSÉ LES PROGRÈS M M JIÉDICWï

,DEPmS.LA PLUS-HAUTE ANTIQUITÉ .JUSQU'A NOTRE -ÉPOQUE

■" ;P:RO LÉGOMÈN ES

L'origine delà médeçinese perd dans la nuit des temps : elle est aussi ancienneque le monde. L'homme est l'être le plus compliqué de la nature: ses rapports absolus et relatifs déterminent enlui des impressions agréables ou /pénibles inévitables. - L'état de souffrance, tendant à détruire son être, a dû lui inspirer l'idée de rechercher des moyens de soulagement, et dès lors, il a faitde là médecine de. sauvage. A force d'essais, de remarques et de temps, il aura découvert quelques médicaments simples ; de nouveaux besoins se seront manifestés et les découvertes, transmises par traditions orales de famille à famille, de pays en pays, auront été modifiées, augmentées, bien ou mal appliquées, suivant les époques, les idiomes et les moeurs. Voilà probablement quelle a dû être la médecine des premiers peuples non encore courbés sous le joug de la superstition et du despotisme.

Tant que les hommes vécurent dans l'ignorance complète des rapports sociaux, ils durent être Incapables de concevoir des idées justes sur leur véritable nature et sur les propriétés des choses. La chasse et la pêche ont dû les occuper d'abord. L'administration de quelques breuvages," le repos, l'application de quelques grossiers topiques sur les plaies et les douleurs auront constitué toute .leur médecine. On ne peut qu'être réduit à des conjectures pour tout ce qui concerne les époques dont il ne reste aucun vestige positif. Les monuments des premières institutions sont enveloppés de tant.de ténèbres, tant de fables en dénaturent le véritable sens, qu'il est impossible d'échapper à l'erreur. Aussi, pour ne pas confondre l'incertain avec le réel, nous allons, avant tout, Consacrer quelques pages aux temps fabuleux ou héroïques, et puis nous entrerons en matière par Hippocrate.

MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE.

Nous ne connaissons aucun peuple qui, avant les Grecs, ait étudié la médecine comme science. Ce que nous a transmis


= 27 <=-.;

l'histoire des plus anciens se réduit ^quelques connaissances superficielles, le plus souvent erronées et presque toujours voilées d'allégories, de mystères,-de superstitions.

Lorsque lëbesoin et les circonstances engagèrent les hommes à vivre en commun, et que les relations sociales les eurent rendus capables de développer des idées d'ordre, ils réglèrent leurs droits et leurs devoirs-réciproques, ils nommèrent un ou plusieurs chefs, représentants la volonté générale ; car lesconventions les plus naturelles leur semblèrent toujours les plus justes. Cet état de simplicité a duré tant que les hommes n'ont pensé qu'à se procurer les moyens de satisfaire leurs besoins physiques; hiaisv/dès.que.eertaiiiS:d'enjtre euxpnrentse dispenser d'un travail de corps, ils contemplèrent la nature, l'étudièrent,' remarquèrent ses effets, .et pour s'en: rendre raison, ils inyen-r tèrent des systèmes. Ces premières opérations de l'esprit n'étant fondées sur aucunes connaissances antérieures, résultant d'impi-essions que l'expérience n'avaiti?as confirmées, durent être essentiellement erronées, mais irrécusables ■-■pour la inultir tude. .- -

/Lès lois les plus simples étaient méconnues. Incapable qu'on, était de l'examen le, plus superficiel, pnattribuait,tout à la puissance infinie d'êtres surnaturels. Ces préjugés, résultat nécessaire/de l'ignorance,; ont tenu lieu de toute explication physique, oh.ne/sait-pendant combien; de siècles. Il a fallu.un sigrahdEnonibra- d'Observations raisonnées pour détrUire les erreurs les plus :-grossièi\es; ,que, ce /serait ignorer la marche de l'esprit bumain de penser que de tout temps il a pu exister des hommes dont le génie pouvait remplacer l'expérience.

/Sansconnaissance de,faits.passés,sans moyens; -de 'comparaison, nulle idée exacte des choses; présentes, nul jugement juste, puisquele jugement n'est qu'une comparaison.

Cependant, la vérité parut, enfin.semontrer.-: un petit nombre de iolsphysiqueSibienconnues,servirentà expliquer une-foule de phénomènes. Mais une pernicieuse erreur ...d'esprit fit garder secrètes//des découvertes de là; plus grande importance pour bonheur/deliumanité; on «ruti'qu^iî;fallait tromperies hommes pour les gouverner, et l'imposture devint la basé des doctrines let-des insMlbutions, et ./lespeuples restèrent abrutis, plôngés/dansia plus servile: ignorance/, i.

Lés nommes qui se livrèrent à l'étude s'emparèrent de.:tous les pouvoirs, et, pour /perpétuer, leurs /droits usurpés, ils,né communiquèrent leurs dernières connaissances qu'à des gens de ;la;hiêmê classe qu'eus,, fls^së,firënt en même, temps, rais;, prêtres et médecins; ils proscrivïrenl les innovations^tivèiii jurer à leurs successeurs dé suivre rigoureusement les lois *iet les préceptes, de leur-s;iiistitûtîpïis^et Hde jamais ÊlëS, îrèyéler à aucun profane. in.,!. ■: .1.;;;


■ — 28 —

On conçoit que cette triple aristocratie n'était rien moins que favorable aux progrès des connaissances. Le petit nombre d'hommes qui s'en occupaient, l'imposture, la superstition sincère, le peu d'expérience, tout s'opposait au perfectionnement de ce qu'on savait déjà et aux découvertes qu'une plus grande quantité d'étudiants libres aurait pu faire.

Un court exposé de l'état de la médecine chez les plus anciens peuples va servir de développement à ces propositions,

INDIENS.

."-''■"Les arts, la philosophie spéculative, la géométrie, la théologie, la morale étaient cultivés dans l'Inde orientale, lorsque ' les sciences naturelles, la médecine surtout, y étaient encore ignorées ; à l'occasion des Romains, Pline dit que, s'il y a eu des nations sans médecins, elles n'ont pas été sans médecine (4). Mais peut-on appeler de ce nom des connaissances erronées et incohérentes, des pratiques commandées par l'usage et la superstition? Les Indiens n'avaient pas d'autres médecine; ou du moins, rien d'historique n'atteste que l'assertion de Pline puisse leur être appliquée. L'histoire, au contraire, nous apprend que Pilpaya écrit dans l'Inde ses fables célèbres depuis environ deux mille quatre cents ans (2), et qu'à cette époque les Brachmanes possédaient déjà une infinité de savantes allégories exprimant leur philosophie, leur morale et leur religion. Pythagore a puisé chez eux, avec son système de métempsycose, des connaissances en géométrie et en politique. Des savants pensent que les propriétés du triangle rectangle, dont on a faitPytbagore l'inventeur, étaient connues en Chine et dans l'Inde, bien ayant ce philosophe. Wilford (3) dit que les fables, les allégories et les arts ont pris naissance dans cette dernière contrée. Le sanscrit passe, comme on sait, pour le langage le plus ancien. Les deux livres que nous en avons, le Shasta et le Veld!a»î,datentdeplus de cinqmille ans. Quelles sont donc les causes qui ont empêché la médecine d'être étudiée comme les autres sciences? Les principes religieux, la politique et la beauté du climat.

Docteurs, philosophes et souvent pontifes et rois, les Brachmanes ou Gymnosophiles associèrent l'exercice de la médecine à celui dé leur culte. Quoique leur religion fût simple et douce comme leurs moeurs, ils crurent devoir l'appuyer d'appareils

: (I) Çeu non milita gentium sine medicis degant, née tameti sine medicina, siçup populus Romanus ultra sexcentesimum annum, ncc ipse in accipicndh eriibus tenhis.— lib. 20. G. I.

'/(2) ; Volt. Essai sur les moeurs, etc. 1" vol., p. S00, éd. Palissol. t

(3);Cité parSprengel, dans son Histoire praamatique de la médecine, i. I",

'■•■■ 14. Trad. de Geiger.


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imposants et de cdres miraculeuses. Des purifications, des-par* rôles magiques, des cérémonies religieuses et quelques onguents, .ou cataplasmes étaient les moyens dont les Brahmanes se ser-. vaiënt pour guérir les maladies ; s'ils avaient eu des connaissances réelles en médecine, en histoire naturelle, en anatomie, n'en auraient-ils pas fait l'application tout en observant, comme les Grées, lés cérémonies religieuses, et auraient-ils pu croire à la transmigration des âmes?

La simplicité des moeurs des In'di ens, la douceur de leur caractère et le régime végétal auquel ils s'astreignaient étaient en rapport avec la beauté de leur ciel et la fertilité de leur soi. D'aussi favorables dispositions devaient les rendre peu sujets aux maladies graves et leur faire négliger la médecine, dont ils pouvaient presque se passer ; la politique en avait plus besoin que les hommes; elle la faisait servir à diriger la crédulité du peuple, toujours disposé à crier au miracle, quand il n'y comprend rien, et à honorer lesimpostëurs.

Dès que les Indiens furent connus des peuples voisins, leur décadence fut prochaine. Les Braclimànes perdirent leurs pouvoirs illimités et se virent forcés de communiquer aux étrangers leur religion, leurs sciences et leurs fables, dont on retrouve dès traces chez toutes les nations.

CHINOIS.

On ne sait rien de positif sur l'antiquité de là médecine de ce peuple.

Quelques savants pensent que les vaisseaux de Ptoléniëe ont porté en Chine des médecins de : l'écoled'Alexandrie;, mais nulle; part l'histoire ne fait mention que ces vaisseaux aient dépassé la presqu'île en deçà du Gange. Sprengel croit que les connaissances médicales dés Chinois sont originaires de leur pays, ou qu'elles viennent en partie delà Baetriane par le moyen des Grecs. Le Comte (2) rapporte que Hoâng-ti composa, il y. a quatre mille ans, le Codex médical, qui sert encore de guide aux médecins chinois ; Ciningo où Xin-nùm, successeur de Fo-hi, ou Foé, fondateur de la monarchie dé la Chine, a fait quelques observations sur les.vertus, dés plantes. Hoam-ti (sans doute le même que Hoang-ti) a composé, deux mille ans avant Hippocrate, des livres sur le pouls, et plusieurs autres sujets de médecine (3). Tous ces livres sont remplis d'erreurs et de superstitions. Voltaire s'est cependant déclaré le panégyriste des Chinois ; il s'appuie de l'autorité du célèbre Duhalde

(1) Histoire pragmatique de la médecine, 1.1", p. 195; Tràd. dé Geiger.

(2) Mémoires sur l'état présent de la Chine, t. 1er, p. 301.; ; .

(3) Cleyer, Spécimen meàicinoe sinus. '


' — 30 -^

qui les a souvent loués, rasais non sans- restriction, car il dit qu'ils sont très-superstitieux et qu'ils ignorent l'histoire naturelle (1). Meiners (g.) et Slaunton (3) nous apprennent que les Chinois ne connaissent ni les mathématiques ni l'arithmétique. Girardini (A) prétend qu'ils sont dépourvus de tout esprit inventif de goût et de génie; ce sot orgueil résulte de leur ignorance, du- défaut de communication avec les autres peuples. Leur philosophie naturelle est purement idéale : ils comptent cinq éléments : le feu, la terre, l'eau, le bois et les métaux; et ils font correspondre chaque élément a une planète particulière (X). Les gravures fournies par Cleyer prouvent que l'anatomie était entièrement négligée en Chine. Les parties que ces planètes représentent sont mal dessinées; l'extérieur du corps est grossièrement imité, et les organes intérieurs n'ont aucune ressemblance avec la nature. 11 ne pouvait pas en être autrement, il n'était pas possible de figurer des parties que la superstition défendait de disséquer. Basées sur le défaut de connaissances positives du corps humain, les idées des Chinois sur la médecine n'ont pu qu'être illusoires. La chaleur et l'humidité réunies, combinées dans de certaines proportions, constituaient la vie, et leur séparation la mort. Les intestins, le péricarde, la vésicule du fiel, les voies urinaires, l'estomac et les parties génitales étaient les %'Jscères et les organes dans lesquels la chaleur se développait. L'humidité avait son siège dans le coeur, le foie, les reins, le poumon et la rate. Ces prétendues sources des deux principes constituants étaient appelées les portes de la vie (5). Toutes, les parties du corps étaient divisées entre les principaux points du globe et les saisons; par exemple : le coeur et les gros intestins appartenaient à l'été; les intestins grêles, avaient.rapport à la région australe; le foie et la vésicule du fiel à l'air, à l'aurore et au printemps; la rate et l'estomac à la terre, et les maladies qu'affectaient ces viscères devaient être traitées dans la saison qui leur correspondait, ou pendant que tel ou tel vent soufflait. Les mouvements des humeurs étaient comparés à ceux de l'univers; le pouls ne devait baltre que 54 à 57 mille fois dans 24 heures, ce qui fait moins de 40 fois par minute. Les Chinois établissent une infinité de pouls, et ils le talent au bras, au

(1) Description de la Chine, t. 3, p. 46. —Édil. de La Haye, 1736, 3t Voyage aux Indes et en Chine, par Sonncrat.

(2) T. I»1", Leipz., 1778.

(3) T. 2, p. 9i.

(i) Yoy.la relation de son voyage en Chine, p 112. (X) St.aunton, p. 372. (5) Duhalde, p. 462,


■". —.31 —

poignet, à la main, à la tête, au cou, etc., suivant qu'ils le croient; nécessaire, La dièt.e: est le. séSl moyen raisonnable dont lès; Chinois fassent usage pour guérir les maladies ; ils sont sévères sûr cet article, parce qu'ils; prétendent; que la plupart des affections viennent dé l'intempérance; que là lèpre résulte.dè l'abus de la chair de.porc (4). Cependant Stauntôn (2) dit qu'ils së; portent mieux et vivent plus; longtemps que les autres;peuplés, parce"qu'ils" sont plus sobres. Lés Chinois purgent; et saignent rarement; dans presque toutes les maladies ils emploient la racine de squiné, et/donnent très-souvent le fiel d'éléphant, le musc, la cire blânçlie végétale, la rhu-; barbe en décoction, comme stomachiqueseulement.; Ils font un fréquent usage des bains, des ..■y€njtpiises';'.\^è^bès,,''':dù:. cautère actuel par le nioxa , et quand ils croient qu'il existe de mauvais vents dans une partie, ils leur donnent issue en la. piquant avec une aiguilled'oï.; pour inoculer la petite vérùlé, ils introduisent dans le nez une mèche dé coton imbibée dé virus variolique (3). Ils croient qu'il est possible de donner ."..l'immortalité eh faisant prendre une panacée composée à Cet effet. Les Scythes et" lés Gètes ont eu la même croyance (4), Lés disciples de Lào-kôon prétendent posséder Un médicament qui à' Cette vertu, Stàuntoh'.'dit que ce remède contient de. l'opium. La racine dû ginseng, est aussi réputée avoir la propriété de rendre immortel. ; ; -

Cleyer, déjà Cité, à donné un catalogue des médicaments simples usités, en Chiné. La botanique -de ce pays, dont Duhaldéa donnéùn. extrait, est rempliè^uë préjugési sur les vertus des plantes." Sprengel (5); pense que Cet extrait ressemble aux écrits dès Tatmudistës;; que des missionnaires pourraient-bien l'avoir composé parce; que plusieurs articles ■ sont basés sur la théorie, de Galieh. ; Sprengel regarde aussi comme apocryphe le trai1rfi;.inOtùlè;;:.;^ïrî;'Sé..«ë-^j'ôGMyer une vie saine et longue, que Déntrecollës ;dit avoir traduit- dû chinois.

Il n'existe en; Chine nulle police médicale. Les médecins y exercent et préparent les jnédicàments^ chacun suivant sa manièr.e./Les écoles impériales, dans...lesquelles oh enseignait les fausses idées que l'on avait en médecine et en astronomie, n'existent même plus; on vend sur les placés publiques des drogues appelées cordiaux, dont le peuplé se sert, quand il çr'qijf en avoir besoin. ; '

(V) Silmoii, État présent delà Gliihè, t. IcYp. 228, "

(2) Staunton, p. 37.

(3) Staunton, p. 536.

(4) Hérodot, 11b. IV, c. 94, p. 369, et Strab., lib. YII, p. 460. / (5) Ouvrage cité, 1.1&, p. 202.


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Les médecins sont mal vus et mal payés. Les plus considérés sont ceux qui ont hérité du savoir de leurs pères. C'est dans cette classe que l'Empereur choisit ses médecins intimes, qui d'ordinaire sont ennuques (1 ).

A l'exception des habitants de Canton où quelques européens cultivent les sciences avec suceès, les Chinois sont aujourd'hui, à peu de chose près, ce qu'ils étaient il y a quatre à cinq mille ans : leurs annales ne sont qu'une ennuyeuse répétition de ce qui a déjà été l'ait et dit des millions de fois. Celte stagnation dans les sciences est la preuve certaine que les institutions sociales de ce peuple oppriment le développement de ses facultés intellectuelles, car les hommes tendent toujours à la perfection ; le résultat de leurs efforts varie, sans doute, suivant leur organisation particulière, mais tous sont susceptibles d'amélioration.

Comment pourrait-il y-avoir des savants en Chine? chaque mot étant représenté par un signe particulier qui même peut exprimer une pensée, un sentiment, une période entière, il faut trente à quarante ans, pour savoir lire et écrire. Les innovations sont défendues, les découvertes rejetôes, les hommes sont rangés par classes, sans pouvoir sortir de celle qui les a vus naître, sans pouvoir suivre d'autre route que l'ornière de l'habitude; courbés sous le despotisme le plus oppressif, ils sont incapables de concevoir l'importance des sciences et d'avoir des pensées généreuses pour secouer le joug de l'asservissement qui les dégrade de la qualité d'homme.

Les Japonais ne sont guère plus avancés que leurs voisins les Chinois, de qui ils tiennent presque tout ce qu'ils savent. Ils redoutent aussi la saignée, et ils employent ia cautérisation dans une infinité de maladies, spécialement contre l'épilepsie, une espèce d'inflammation des testicules, la colique occasionnée par la boisson appelée saïci, la pleurésie, les obstructions au foie et plusieurs autres maladies sont traitées par une ponction dans la peau, opérée au moyen de longues aiguilles d'or ou d'argent qu'on laisse'enfoncées le temps de trente respirations. Comme les Chinois, les Japonais sont très-superstitieux dans le traitement des maladies ; par exemple, ils tapissent en drap rouge la chambre des personnes attaquées de petite vérole ; les magiciens qu'on appelle ermites Sintohtes guérissent les maladies en faisant brûler devant leur idole un papier qui contient l'histoire de la maladie; ensuite ils réduisent, en pilules ce papier brûlé et le font ainsi prendre au malade (2).

(1) Yoy. Duhalde. '

(2) Voy. Sprengel, déjà cité. 1.1", p. 205. ' !


— 33 — EGYPTIENS,

Les Assjriens, les Égyptiens, les Babyloniens, les Perses, les'Hébreux, ont confondu la médecine" avec la théologie^ et l'astronomie. Osiris, Isis, Hammon, Thotith, Esculâpe, Bàccbus, Zoroàstre ont été considérés comme les inventeurs de la médecine. Les Chaldéens/les Choens ou prêtres d'Egypte, les mages, les prophètes , étaient les ministres de' ces dieux. Dispensateurs de la volonté divine, les prêtres' réunissaient là puissance au savoir mystique ; ils commettaient' au nom des dieux toute espèce d'impostures. « Quand, lés peuples d'Egypte eurent des caractères alphabétiques', les Choens en prirent de différents qu'ils appelèrent sacrés, afin de mettre toujours une barrière entre eux et le peuple. Les mages, les brames enusaient'de même, tant l'art de se cacher aux hommes a semblé nécessaire" pour les gouverner « (4 ). Les cures qu'opérait la nature, seule ou aidée de quelques médicaments, furent attribuées à l'efficacité des pratiques ridicules qu'on y joignait. Les dieux en eurent toute la gloire; il fallut les en remercier-, on leur apporta des offrandes, et les prêtres se chargèrent de les faire agréer.

Kcander (2), Mac robe, Le Clerc et autres prétendent que les sciences et les arts ont pris naissance en Egypte. Ce que nous avons dit sur l'antiquité des peuples diminue les probabilités de cette opinion. Cependant, il y avait en Egypte des médecinSj environ 400 ans avant Moise, comme nous l'apprend lui-même ce prophète, en parlant de Joseph, qui ordonna à ses médecins d'embaumer le corps de son père (3). Clément d'Alexandrie dit que Moïse a appris la médecine en Egypte.

Les Egyptiens exposaient les malades sur les places pupliques pour recueillir les avis divers des passants et faire l'application de ceux qui paraissaient les plus salutaires. Hérodote rapporte que les Babyloniens avaient la même coutume ; Strabon en dit autant pour les assyriens et lès Portugais. Bacchus dieu et roi d'Assjrie, de Lybie et des Indes, a découvert les vertus du lierre et enseigné l'usage du vin. Un des Zoroàstre a fait un livre sur lamédecine des bêtes. Galienparle d'un livre de Mercure égyptien qui traite des trente-six herbes

(1) Volt. Essai sur les moeurs, etc , t Ier, p. 110, éd de Palissot.

(2) Dubium non est apud JEgyptios aitem didicisse el inde Graicùe întulisse: jUgjptus enim totum teriarum orbem obenbus sapientiaî fontibus îiugaut ut iccleMacrobius Mgyptum artium 'matrem, Mgyptwsque omnium philosophioe disuplmarum parentes appellaiit. P. 17 de son ouvrage sur l'Origine et les antiquités ae la médecine.

(3) Proecipit Joseph ministris suis medicis ularomatibus pâli em, etc.(Gen.,50.

1868 2*


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des horoscopes, et Diodore, d'uu autre livre, appelé sacré. qu'on était obligé de suivre en tout point, sous peine d'être condamné comme meurtrier, si le malade mourait. Ce Mercure, que les Grecs appelaient EopSic ipuspéiunai, Trismégîsle (trois fois grand), a composé, dit-on, quarante-deux livres, dont six devaient être appris par les pastophores (4). Le 4er de ces six livres, traite de la construction du eorps; le 2° des maladies ; le 3e des instruments ; le 4° des médicaments; le 5e des maladies des yeux; et le- 6e des maladies des femmes (2). L'Asclcpius, VIntromathématique et tant d'autres livres attribués à ce même Thoûth, Hermès on Mercure, sont supposés d'après l'avis de Galien (3); suivant .Tamblique, ils ont été composés par des prêtres égyptiens (4), et Cudworlh (8) , pensent que ces livres ne sont pas plus anciens que J.-C, et qu'ils résultent en partie des recueils que les Pythagoriciens ont fait avec les inscriptions gravées sur des colonnes égyptiennes.

Les cures qu'opérait Hermès, étaient toujours miraculeuses. Il fit présent à Ulysse de l'herbe appelée moly, pour lerendre insensible aux charmes de Circé;il conseillaitle corail pris dans du vin pour guérir la morsure des serpents. Dans l'hymne à Mercure, attribuée à Orphée, il est parlé de la grotte où ce dieu médecin guérissait plusieurs m<"ladies : la plante qui porte encore son nom, la mercuriale., était pourtant destinée à un usage tout physique, le même qu'aujourd'hui : OEtius cite Necliepsus, roi d'Egypte, comme ayant composé des livres de magie, d'astronomie et de médecine.

Pline et Juliens Firmicus l'ont mention de Pelosiris, médecin dont les dames romaines consultaient les livres pour savoir l'heure la plus convenable aux repas.

Suidas dit qu'lachcn, autre médecin égyptien, a écrit sur les amulettes et les enchantements, et qu'il pouvait tempérer l'ardeur de la canicule; on lui faisait des offrandes et on l'implorait contre la peste, qu'il avait la puissance d'empêcher ou de faire cesser.

Les Egyptiens prétendaient qa'Isis faisait rêver aux malades les remèdes qui leur convenaient, et que l'efficacité de ces remèdes surpassait toute la science des médecins (6). Artè(1)

Artè(1) d'Egypte qui exerçaient la médecine el portaient le lit de Vénus certains jours de cérémonies.

(2) Voy. VHist. de la Sied., par Le Clerc.

(3) De faeult. simplic. me'dicam. 15b. VI, p. 68 el 69.

(4) De mysteriis Mgypt. lib VIII. c. 4. p. 180.

(5) Système intellectuel, p. 319 el SOC.

(6) Les magnétiseurs d'aujourd'hui ne semblenl-ils pas avoir établi leur mystérieuses et ridicules pratiques sur cctle absurdité égyptienne?


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midore (i) assure avec confiance que les dieux guérissent beaucoup de maladies, qu'ils donnent des ordonnances comme les médecins, que cela est si évident, qu'il est inutile de le démontrer.

Escuiape, égyptien, élève de Thoiith, fut. aussi grand médecin, il fit beaucoup de cures miraculeuses pour lesquelles il obtint l'apothéose, un culte el des offrandes.

Aristote (2) parle d'une ancienneloid'Égypte qui défendait aux médecins de remuer les humeurs (purger) avant le quatrième jour de la maladie, à moins qu'ils ne voulussent le faire à leurs risques et périls. Diodore rapporte que la médecine des Egyptiens se réduisait à l'abstinence, aux vomitifs et aux lavemen1s(3). Cependant, on sait qu'ils employaient la scille contre les hydropisies qui régnaient" épidémiquement aux environs de Velusium.

Haropollo dit que la pierre d'aigle était administrée dans les mêmes cas et dans la tympanite. et qu'on donnait l'infusion de capillaire contre J'esquinancie. Suivant Strabon, pour se purifier, les prêtres égyptiens se faisaient vomir, se purgeaient el prenaient des lavements trois fois par mois. Quand iis adminisiraient quelques médicaments, ce n'était jamais sans y joindre l'appareil de charmes et de jiurifications auxquelles ils attribuaient de bons résultats.

Il ne paraît pas que l'art d'embaumer ait fait connaître l'anatomic aux Égyptiens. La manière de procéder à l'opération était trop grossière pour qu'on pût en retirer des connaissances exactes sur l'organisation. Après avoir retiré le cerveau au moyen d'un ferrement, après avoir coupé la quantité de chair prescrite, fait l'incision et enlevé les intestins, on s'empressait de plonger les cadavres dans le natrum, et au bout de soixante et dix jours, on les lavait, on les embaumait ; puis, suivant l'espèce d'embaumement, la fortune des parents, le bien ou le mal qu'avaient fait les défunts, on les mettait dans un étui de bois peint, debout dans une chambre, ou bien on les enterrait et on les jetait dans le,Nil, s'ils avaient été condamnés à l'infamie. Les Egyptiens embaumaient les corps afin de les conserver plus longtemps, parce qu'ils croyaient que l'âme ne s'en séparait qu'après la destruction complète de la matière (4). Celle croyance inspirait une telle horreur pour les autopsies cadavériques, un tel mépris pour le malheureux prosecteur

(i) Liv.,4-, chap. 24, .. .."-..:- " -/ /

(S) Poiilîëbr,-Àib. 3, cap. 15. .- .,,:... ,:-.....:.-;,. _■>.-

(3)-Lùvi..,.."■-,:■. ..".■':/"■::..'',' -vi ■''"' :.'";;-'

(4) yqy,:Hèrod,.éd. deLarcher, t.2,"p. 67"."rfiib^ôré'ti^SîçUe",.Piutar3ue,;*t6,"


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l'embaumeur), qu'on le lapidait immédiatement après l'opération (i). Ce ne fut que sous le règne des Ptolémées qu'on ordonna quelques ouvertures de cadavres, pour découvrir la cause des maladies. Si les prêtres égyptiens avaient eu les premières notions d'anatomie, auraient-ils cru que le coeur allait.en augmentant de volume pendant les cinquante premières années , et qu'ensuite il diminuait jusqu'à ia mort naturelle (2) ? Pline (3) rapporte qu'ils croyaient que du petit doigt de la main droite il partait un nerf ou tendon qui se rendait au coeur, et que c'est pour cette raison que dans leurs offrandes ils plongeaient ce doigt dans le sacré calice.

Les connaissances chimiques des prêtres d'Egypte se réduisaient à quelques préparations pharmaceutiques, des dissolutions .minérales età des calcinalions, au moyen desquelles ils semblaient opérer des miracles aux yeux du peuple ignorant. Galien (4) et Bergmann (5) ont beaucoup exagéré, en parlant de la chimie des Égyptiens. Ce n'est même que du temps des Ptolémées qu'on a su quelque chose de celte science.

On ne peut pas assurer non plus que Moïse fût un grand chimiste, parce que l'Écriture dit qu'il fit calciner le veau d'or pour le suspendre dans l'eau et la faire boire aux Israélites. Mais, dans ses livres sur l'hygiène, il fait preuve de quelques connaissances médicales : il décrit la lèpre blanche, ses variétés, ses terminaisons, et conseille, pour la guérir, ia propreté, les fumigations et le régime Les lévites traitaient celte maladie par l'isolement du malade, la purification de son corps et les sacrifices d'agneaux, d'oiseaux el d'huile (G).

L'explication de la loi est la seule science que les Israélites aient cultivée jusqu'à David. Suivant la Bible, ce roi connut aussi la médecine : il opéra plusieurs cures miraculeuses. Avec les sons harmonieux de sa harpe, il guérit le roi Saiil de la profonde mélancolie que lui avait envoyée Jéhovah ; et, pour récompense, Saiil conspira la mort de David.

Le roi Asa, devenu impie, meurt .d'un accès de goutte pour avoir préféré les secours des médecins à l'invocation du Seigneur.

...Salomon s'est aussi mêlé de médecine. Le livre des Rois (7) dit qu'il connaissait les animaux, les plantes et leurs vertus.

(1) Diod. Sicul. lib. i. g 9Î, t. i, p. 101.

(2) Vid. Macrob, Satùrn. lib. VII. c. 13, p. 438.

(3) Lib. IX, c. 37,

(4) De composit, medicam. lib. V. p, 876.

(5) Lib. c, p. 26.

.(G) Ypy. Sprengel, ouvrage cité. p. 56, for V0I. (7) -R6is,-ïiv.1,c. 4.


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Athan, fiem'an, Ghalcol, Borda, tous quatre fils de Machol. étaient médecins contemporains de Salomon (4). Suidas (2) attribue à ce roi un livre qui traite des remèdes pour toutes les maladies. On l'a fait aussi auteur de plusieurs auties livres. Celui qui se nomme la Clavicule de Salomon contient la magie judaïque. Le rabbin Elias parle de trois anges qui présidaient à la médecine : Senoi, Sansonoi, et Sanmongelof.

Les mages n'eurent pas des connaissances plus exactes que les prêtres d'Ésyple; mais ils les surpassèrent en superstitions. Leur Zoroàstre ou CJiam est réputé l'inventeur de la magie, que par suite on divisa en trois espèces : la magie persique ou celle de Zoroàstre, la judaïque ou celle de Moïse et la grecque dont parle Homère. 11 y avait aussi une magie blanche ou divine, et u'he magie noire ou diabolique ; cette dernière servait à connaître l'avenir, en évoquant les morts ; c'est pourquoi on l'appelail nécromancie.

Toutes ces sciences magiques si célèbres consistaient en un mélange de tours de physique, de fantasmagorie, de médecine théurgique el d'une théologie basée sur de secrètes impostures. Tout était possible à la magie; on pouvait guérir Jes incurables, prévoir les événements, gagner le ciel ou des batailles, faire la pluie, le beau temps enfin, tout 'par l'influence des charmes, des amulettes, des purifications, des prières, mais surtout par les offrandes et les sacrifices, sans lesquels l'oracle et les. prêtres étaient inexorables.

(La suite prochainement).

Dv MÈGL.

(r) : Vôy. IMsiorîen Joseph. (2) In vocéErèchias..:■■':-


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OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES

FAITES AU JARDIN BOTANIQUE DE TOURS PAR M. BARNSBY

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18 761.16 4.0 G ■•■ SE 78 4 760.29 4.4 © •:- SSE " 3 9-5 4.4 7.2

19 760.15 4.0 O & SE 80 3 759 47 4.2 © A SE 67 5 i 2.6 7.2

20 756.15 6.0 © £0 SE 71 2 758.24 4.8 a, &Q SE -\ 4 3. j 3.8 6.6

21 759.64 4.8 © ---O E 74 5 760.51 54 @ •;•© SE 6* 6 5. | 4.2 7.6

22 760.59 3,4 © AO SSE 66 5 763.14 3.2 © £© SSE 63 5 1 5. 3 0 7.2! .

23 763.71 3.0 © /.© SE 72 4 764.55 2.6 Q à.O SE » S S. ! 1-8 5-0

24 763.81 0.4 O ■*• SSE 3 763.49 1.0 e * SE 3 3. 0.0 3.2

25 763.05 0.0 m -k SE 1 761.48 0.0 o * SE 3 ! 3. i—1.0 3.4

26 759.27 -0.8 e *S E 11758.83 -3.2 X *Q E 2 j 2. —1.4 0.0 2.7 759.79 -2.2 © -k E 0 760.05 -2.0 e * ' "NE. 2 i'S, -3.0 -1.2 28758.95-4.0 © * NE 0 759.83. -1.8 © -k NE j|l.—44-0.8

29 760.83 -4.4 © X* KE 0 780 00-3.4 @ X* NNE . 0.; 0. -.5.6 -1.4

30 758.71 -6.2 9 * . NE 0. 757.-47; -5.6 m * NNE 2 2. —76. -2.0

31 754.74 -7.2 © *x"' NE ; " 1 755.14-7.2 g *x ; NE I . 1, ^8.0 -4.2;

M 759.15 0.5 72|T 759.03 0.9 .71 .5; ,4.5 — 0.9 3.4 13.5

Pression atmosphéripe Température .moprme Températures eitrêmes

EXTHÊMES BU MOIS. DU MOIS. B0 MOIS.

Maximum le 12... 764.73 D'après les maximâ et Maximum le "14... 10.4

Minimum le 5...750,35 T,milTa, mo'Seu?- i-2< ' -.. Minimumle 10..,..— 8.6

-. D après les maxima et ....

■'■'■■■ 'nnriBKWB,! 14.38 ^^^^ . " %IFWOB.... 19.0

EXPLICATION DES SIGNES MÉTÉOROLOGIQUES.

© couvert, oe 2 quarts couvert. @ 3 quarts couvert. © 1 quart couvert. ■■© brouillard. O très-beau. « pluie, ©vapeurs. A gelée. H grêle.

K gelée bl. ■& neïge, X orage. -;• rosée.


OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES PRISES A TOURS PENDANT i/ANNÉE 4867,

par EL BARKSBY, Directeur du jardia botanique. - >■

| I MOYENNES MENSUELLES. , .1 PRESSION ATMOSPHÉRIQUE. :

... ro i 9Tieures iii;j; - i 5 heures -|>- 0 heures ! „,„„.- :;i Diffê-.

' :>|^i_ ! ^£^J- I' ' di'sôh-./' j _^°^ :|^™^' ! ^°™^-V rS^|

j Baromèt. j temp. I Baromèt. I tempi ! Baromèt. 1; temp. ] Baromèt, i'temp.. j maxima. I date' ! rainima. 1 date. , : ^é?.T. -.-'.'-. I à zéro, j'ext". j 8 zéro. |. ext™. j à zéro, j ext™, | à zéro, | ext"v j- -- ! |

Janvier .... . • 753,95 2,8 1 752,63 5,3 f 753,21 . 6,0 1 753,89 .3,8; 767,49. 26- 740,05 .9. 27,44

Février. ..... .-|. 759,52 8,9 759,47; 10,6 ■! 759,30 :. 11,5 I 759,31 ; 9,0. i'776,68; 21 742,45 ': 6;; 34,23

Bïars',. ......•! 750,54.. 6,2 750,16 9,3 î 749,56 .10,4 '749,51 - 6,8 j 765,46 2 739,79..: 7 : .25,67

Avril -•! 758,41 . -10,8 758,16 13,4 I 758,44 10,9 | ,758,48. 9,5 I 770,03 2 743:48 1Z : 26,85

Mai.. •! 759,35. 13,5 759,20. -18,8 1.759,05 21,8 759,47. -13,1 M 770,68 5 ! 744,80 .; 19 ' 25,88

Juin,. . .... ,760,6-1 16,6 760,12' 22,0 ;7S9,86 .-24,8 760,31 -16,6 I 767',65 28 - 755,16 :: 14: 12,49

Juillet.. .758,50. 16,6" 758,25 21,8 758,26; : 23,3 |"-758,64 -17,5 ! 766,25: .5 1750,43.' 24;. -15,82

Août..-, ..... .761,08 18;3" 761,02 23,2 ; 760,24 -26,0 1760,97 ,-18,4 M 76708' 23 75-i,8S 2' 15,23

Septembre ...... j 786,54: 15,6 756,36 19,1 756,10 21,2 /! 756,48 .15,1 \ 763,05. ■ :. 8 i 751,77 22 11,28

Octobre. ..... .1758,62 9,2 '757,96: 14,8 j 757,54 «14,8 r 757,98 -18,3. j 765,95 31: i 750,64. 6. 45,31

Novembre ...,, .j 765,40 3,4 .765,25. 6,7 !• 764,98 8,4 .765,23. 3,6 774,78 :3:""749.;82.:.47/ 24,96

^Décembre. ... :. .; .g 759,15/ 0,5 g 759,28 4,8 1^758,89 3,2 g 759.25 : 0,9 8 765,75. llul "750,85 '\ fr: '4.4;,9Q

| Moyenne. ..1758,47/140,2,1 758,15: |.43,9 g 757,95;\A5,1 | 758,26-.. |- 44,0 \ 768,40 | ./.'f;747,56 | : ' ; ; ;f20,84:

.'._.. Pression atmosphérique. ;- ■:. -.-. ■ ■; -, ■.- -~ -......:: .;.

■ '" """' -" "" Extrêmes.de l'année. r ■■■ ~ . . :•;"•- ;,-;.;;

f ' "" . Maximum, le 21 février ..... . 776,68. î

;. Minimum, le 7 mars. . ... . . 739,79.. ■■--", T

Différence. ....... 36,89*


SUITE DU RÉSUMÉ DES OBSERVATIONS■ MÉTÉOROLOGIQUES PRISES EN 4867.

I TEMPÉRATURE DE L'AIR, i : " rjI.REe/TIÔ.K " "';S- fij NOMBRE .. ' - fe Huie I

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H Juillet - -41.6.24,0 170 29,2 28 9,2 0 20.0.2. .2 ;4 312 4 .4 121 „9 ^20 , :;6 ; 27 74,0 4530 ;

) Août • 130.26,7090 314 11 9,0 .2 22,4 2 1.4 :8 4:.. 5;2ilS 0 .6 10 ,;:9 :1 ; ': ; ;1 :24. 70,0 £80 ! f Septembre 18,5 21,3 44s9 27,0 '-2 '. 10 20260 ';;2 10 0 11 \2 ■ 2 ; ,1142 : 7 21 ;10 0 V ;;3 ; ;1 ;23 76,0 1030 j iOtfôbré ' 5,6 18,3 40;§ 24,2 26-1;2 .0 i250 V i[ 0.011 0 .3 s.?i0%i2 .7 11: M '/,;.;;- i,. 2 7 :27 74,0 1280 : Novembre' 0,6 90 40 14,244 -4,2:29 4§0 .5 180 0 ' '; ; V ,lh;i6;:5 : .J» H 2 ; .; 13 8 ■ ,0 75,0 480 : Décembre. -0,9 3,4 ;lj2 40,414-80 314S,4|:114 .fi/-.5 4 1 M /| -2|llJ ;18i' 7;v 7 M'aie-7 - 0 81,0 030

0'.0.,0.,-j 6,7|46,4[140{210J' | - 0,6| ..|22,3'jl2|58|62J45J53,l67J 41 |27|l20|i2e|J19|75J158J1Q|;9 |52l33|14}'263{750|lO2p

__ F Température moyenne dë~l'année.

D'après les maxima et minima moyens. . ;-..' .... 11,4 D'après les" maxima et miiiima absolus mensuels,,. '/ 11 j2 '

..Tempërattireses>trêmes-dèl'anKêe._ ■■■-■-■■■-■

Maximum ,lé 2 juin • • .."..~. • • •--• ■ • -• «•■.*• • ■.$$$ Mihimumle«19 janvier. . . . ..... ..... i.,...-. . —9.0

-0- - '42,0


0—,41...— >

"EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX. Séance du H janvier i 868.

PRÉSIDENCE DE M. FENNEBRESQUE , VICE-PRÉSIDENT.

. La séance est ouverte à,une heure et demie.

Le procès-verbal de la séance du 7 décembre 1867 est lu et adopté. — Le procès-verbal de la séance publique académique du 44 décembre est également approuvé.

Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, le secrétariat à reçu les ouvrages suivants, offerts par leurs auteurs :

Mémoire sur la destruction de la cuscute, par IL Fennebresque, vice-président de la Société (Ce mémoire a obtenu une médaille d'or, en;1866, au concours de la Société d'horticulture et d'acclimatation de Tarn-et-Garbnne).

Les Grandes Usines de France, tome VII, par M. Turgan, inembre titulaire. — Etudes sur l'Exposition universelle de 4 867, par lé même.

Interprétation des résultats chiffrés des dispositions principales du projet de loi sur une nouvelle organisationdeï'armée, et sur la création d'une garde nationale mobile. Contre-projet conçu d'après l'autorité des hommes les plus compétents dans la question, par M. Gauldrée-Boilleàu, de Paris. Deux exemplaires.

Des remercîments sont votés à MM. Fennebresque, Turgan et Gauldrée-Boilleàu.

Correspondance. — M. Houssard, président, appelé à la Chambre par ses nouvelles fonctions de député de l'arrondissement de Tours, s'excuse par lettré, de ne pouvoir assister à la séance de ce jour.

La Société Linnéenne du nord delà France, dont le siège est à Amiens, et la Société des Sciences et Arts dé Vitry^Je-François, demandent l'échange de leurs publications avec les nôtres. Adopté. •

La Société d'Agriculture des Alpës-Maritîmes, qui a entrepris d'acclimater sur le littoral méditerranéen YUrtica utilis ou chiiia-grass, désire obtenir quelques renseignements sur l'emploi de ce nouveau textile dans notre département. — Il sera

1868 •" 3


— 42 —

répondu que le ehina-grass n'est point encore entré dans notre industrie.

M. Barnsby, secrétaire de la section d'horticulture, donne communication d'une liste de quatorze membres adhérents, savoir, MM. Aubert, Chauvin, Chevalier(Alexandre), Chevalier (Félix), Chevalier (Théophile;, Delahaye père , Delahaye fils, Gesteau, Griveau, Leroux, Madelin, Messire, Savary et Vausseur père.

L'ordre du jour appelle la reddition des comptes de l'exercice 4 867 et la confection du budget de l'exercice 4 868. M. V. Delaroche, trésorier, prend la parole et soumet à l'assemblée les omptes, tels qu'ils ont été vérifiés et approuvés parle comi i,é d'administrtion. Lesrecettes sesont élevées, en 4867,à 8,896fr. 05,7 les dépenses à 8,937 fr. 93, ce qui constitue un déficit de 44 fr. 8 avancé par M. le trésorier. Lorsque les 200 fr. promis par le Ministre pour l'encouragement à laproduction de bonnes graines de vers à soie, et400fr.de restes à recouvrer, seront encaissés, . ce déficit se changera en un boni de 258 fr. 43. — Le projet de budget, s'élève en recettes à 9034 fr. 33, et en dépenses à la même somme.

L'assemblée, après avoir entendu cette communication, approuve les comptes, en donne décharge à son trésorier, et vote le projet de budget. Ensuite , après avoir complimenté M.Delaroche de Tordre et du zèle qu'il déploie dans sa gestion, elle vole de nouveaux rcmercîments aux trois membres, MM. Houssard, Ressy et Rouillé-Courbe, qui avaient bien voulu avancer des fonds pour soutenir le procès Dauphin, procès dont les dernières dépenses viennent d'être entièrement liquidées.

Sur la proposition de M. Delaroche, l'assemblée décide que les diplômes seront désormais acquittés sur la présentation de la quittance du trésorier, et non sur la présentation du diplôme.

On procède alors, par scrutin secret et individuel, au renouvellement triennal des membres du bureau. Le nombre des votants est de 38. A la suite du dépouillement des quatre scrutins, sont proclamés pour une nouvelle période de trois ans :

MM. Houssard, président; "■■;. Fennebresque, vice-président; ;;:;;¥. Delaroche, trésorier;

; Pasquier, secrétaire-adjoint, vice-trésorier. '■,-:■'-. M. Duelaud sollicite une subvention pour contribuer à la création d'une Société centrale de. viticulture, de France, qui travaille en ce moment à s1,organiser à Paris, Après l'avis de M. le trésorier, il est voté une somme de vingt francs pour abonnement au journal que doit publier cette Société, afin de


— 43 —.

lui donner un témoignage de sympathie et de bonne confraternité.

Le même membre, que préoccupe ajuste titre la question, du viiïagej invite ses collègues à signer une pétition au Sénat pour obtenir que le vin soit assimilé aux autres denrées alimentaires quant aux fraudes qui tendent à en altérer la nature. Si cette mesure était adoptée, il ne serait plus permis, sans en prévenir le public, d'additionner le vin d'alcool de vin, de betteraves ou de; grains, et le fraudeur deviendrait passible des mêmëspèines que les sophisticateurs de denrées alimentaires et les falsificateurs d'engrais. M. Dùclaud insiste vivement pour que ses collègues sollicitent à ce sujet du Gouvernement une mesure législative impérieusement réclamée, autant par les intérêts de la production vitieote que, par ceux de lavconsommation.

M, yiel annoncé qu'une Exposition maritime internationale doit avoir lieu au Havre, du 4er juin au 34 octobre prochain. Le programme comprend 43 classes de produits, distribués dans les cinq groupes suivants : 4° navigation • 2° marchandises- 3° pêches; 4? aquiculture; 5° classes complémentaires (écrits, livres, cartes, plans, etc.). Chargé par le comité central d'être son correspondant dans notre département^ M. Vie.l demande qu'on lui adjoigne une Commission de six membres pour provoquer lès adhésions de nos commerçants, et leur donner, tous les renseignements désirables* Cette commission est nommée à titre purement officieux, et se compose,; outre ■M. Viel, de MM. Bouille-Courbe, Maire, Barat-PaiïUj de Boissimoii, Cousin et Michaud.

Avant de clore la séance, on procède au scrutin secret à la réception d'un nouveau membre. M> Gotissard dé Mayolles, agriculteur au Haut-Brizây, près ITle-Bouchard , est itomnié "membre titulaire a l'unanimité des suffrages^

L'ordre du jour étant épuisé/ la séance est levée à quatre heures. ; ■■■'■','•:.'

...-.;/-..-■ ... ', Le secrétaire perpétuel^: 0;.

C. GHEVALIEB.


fflSTO!ll;:M^iill)ffiJI0iTOII

00: ;; J,:'..'',... '.,'.':I- .,.. '•'.,■:

LE PARTERRE DE DIANE DE POITIERS

''A. '.GmWM:®W'€}';m.A:iU[ ";'■' '"''•"■••" ; 15510555.

Depuis longtemps la Touraine est renommée comme le jardin de la France. Dès la fin du xne siècle, le moine Jean de Marmoutier en célébrait les charmes avec un assez vif.sentiment de la.belle,nature : dans le style redondant.et emphatique qui lui est propre, il vante avec une complaisance singulière la douceur du climat, la beauté des rivières, la grâce des sites, la; fécondité du terroii'ï, la qualité des /Vins et la bonté des fruits de cette contrée. Dans son enthousiasme, il va jusqu'à trouver mélodieux, non-seulement le chant du rossignol, mais encore le cri des cigales et les clameurs des grenouilles, « choses voluptueuses à entendre, », nous dit-il naïvement. Sans tomber dans ces exagérations ridicules, Guillaume Le Breton, chapelain de Philippe-Auguste, décrivait avec admiration les riantes campagnes de Tours, au, commencement ■.-du..-xinf-. siècle, Apartirde cette: époquey un concert; dé louanges ne cesse de retentir sur la beauté de cette province. Le florentin Francesco Florio, qui visita la Touraine sous Louis XI, oubliait les rives- enchantées dé l'Arno pour ce verger de la France, Francise viridarium, et, en écrivant à son ami Tarlâti, il lui 'déclarait que, séduit par la douceur de la température, la séréiiité du ciel, le parfum des vins et des fruits, il avait résolu d'y finir ses jours. Cinquante ans plus tard, Rabelais disait à son tour par la bouche de Pamirge : « Je suis né et ay esté nourry jeune au jardin de; France,, c'est Touraine. » Enfin, pour couronner tous ces témoignages, le Tasse /écrivait dans son poème immortel^ en parlant de ce doux et riant pays :■,:■'•

La terra molle, eliela, edileltosa!


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A ces titres divers, la Touraine méritait donc de voir renaître chez elle l'art charmant des jardins, négligé pendant tout le moyen âge, et d'en être la mère et la patrie, suivant l'heureuse expression du P. Rapin : Magnaparens hortoruml Les premiers essais de celte renaissance eurent lieu au commencement du xve siècle. La reine Isabeau de Bavière, reléguée à Tours, en 4416, occupa les loisirs forcés de son exil à la culture des jardins; mais nous n'avons aucun détail sur ses travaux. Elle propagea sans doute parmi nous la laitue romaine, que Bureau de la Rivière, favori de Charles V, mort en 4400, avait fait venir, d'Avignon, parce que « ce sont les laitues trop meilleurs el plus tendres assez que celles de France. » A partir de 1463, Louis XI, confiné au château du Plessis-lès-Tours, s'occupa aussi de jardinage et planta un vaste jardin qu'il remplit des meilleurs arbres à fruit de Touraine, et surtout de poiriers de bon-chrétien.

D'après les descriptions qui nous restent, les jardins du xvc siècle n'étaient pas plantés et dessinés avec art; c'étaient plutôt de simples vergers, dont une portion était consacrée aux légumes. Les bordures des compartiments se composaient de buis, de thym, de lavande, de romarin, de giroflée, de marjolaine et autres herbes odoriférantes, qui servaient à parfumer le linge et les appartements. C'était là toute la pari réservée aux fleurs et aux plantes d'agrément. Tout autour du jardin régnait un berceau de treilles, où l'on allait chercher l'ombre el la fraîcheur. Les maisons plus opulentes y ajoutaient une volière. Enfin, la garenne, qui était constamment placée dans le voisinage du château, servait de parc.

Malgré cette simplicité, la culture des arbres fruitiers avait fait de grands progrès, et au xve siècle les jardiniers tourangeaux avaient trouvé la poire de bon-chrétien. Ce nouveau fruit- eut aussitôt une vogue étonnante et parut digne d'être réservé pour la bouche des rois. Francesco Florio n'hésite pas à déclarer que cette poire, particulière au sol delà Touraine, est digne du jardin des flespérides, ou plutôt est propre à donner une idée de la bonté des fruits du paradis terrestue. Rabelais et Thibault Le Pleigne3r en font également le plus grand éloge. On pourra juger de l'engouement qu'excita cette nouveauté par quelques détails curieux que l'histoire n'a pas dédaigné de nous transmettre. En l'an 4 500, quand l'archiduc et l'archiduchesse de Hongrie vinrent à Tours, on leur offrit des poires de bon-chrétien à huit livres le cent, somme énorme pour le temps. Suivant les registres de l'iiôlcl-de-ville de Vendôme, lorsque François Ier fit son entrée dans celte ville, la municipalité envoya chercher au château du PlessiSylès-Tours, deux charges de cheval des mêmes poires, que le concierge livra au prix


,'■ —-.46 —

-de trente livres tournois. Le 2 avril 4:540, le prince Henri de France^ depuis roi sous le nom de^Henri II, entra à Tours : on lui offrit trois quarterons des/mêmes fruits, payés vingt-cinq livres. Enfin à Centrée de François II et de Marie Stuart à Tours, en 4 560, la reine-mère Catherine de Médicis reçut en présent des pommes de Capendu, concurremment avec le cadeau accoutumé de poires de bonTchrétien, C'était là, sans aucun doute;; de: l'haljile; horticulture; mais ce n'était pas encore dé l'art.

•Cetart dêvaitnous venir d'Italie par les soins de Charles VIII. Seule alors en Europe, l'Italie avait conservé les traditions de l'antiquité, dans l'aménagement de ses jardins. D'après les descriptions qui nous en restent, le jardin romain semble avoir été disposé dans le même genre et de là même façon que celui d!une villa italienne moderne. Là où; l'espace le permettait, il était partagé en avenues ombragées pour la promenade en chaise ouen litière; en allées pour les exercices d'équitation ; plus ÙQ espace découvert était disposé en parterres '.-bordés de buis et parsemés, d'arbres verts taillés en formes artificielles ou de fantaisie, avec dé grands arbres, des fontaines, des grottes, des statues, des oeuvres d'art placées çà et là. On en aura une idée complètepar la description suivante,que Pline le jeune nous donne de sa maison de campagne du. Laurehtin, description qui pourrait passer pour celle dés par es d'agrément de la villa Pamfili à Rome :

... « Cette .'salle, dit Pline, .a vue sur les jardins ,et sur les. allées'qui les entourent, lesquelles sont bordées de buis et de romarin. Un jeune plant de vigne ombrage la partie comprise entre ces allées et le jardin fruitier. Les arbres qui réussissent lé mieux dans0ë pays sont le figuier et le , mûrier:.... -,

« En avant du portique, est un parterre entrecoupé de plusieurs allées en bordures; de buis. Il se termine par un taliis en pente douce, où sont représentées et taillées en buis différentes figures d'animaux, opposées les unes aux autres. Entre ces compartiments serpentent des plants d'acanthe. Autour est une allée bordée a'une haie de verdure diversement taillée. De la on passe à la promenade couverte,; disposée en l'orme, de cirque, don t.le milieu est occupé par dés buis et des arbustes taillés el façonnés en cent figures différentes. Le tout est clos de/murs î-evêtus d'une palissade de buis. Il faut voir ensuite le tapis vert, aussi beau par la nature que le reste l'est par l'artj les champs, les vergers et/les prairies adjacentes..... ^:

- «En avant dé la façade se présente l'hippodrome. Sou enceinte est formée de platanes, dont les troncs revêtus de lierre étalent une verdure empruntée, qui se marie avec celle que l'arbre fournit à ses rameaux les plus élevés. Bu tronp, le lierre monte le long des branchés, passe d'un arbre à l'autre et semble lés relier entre eux;; tandis qu'à leurs pieds ils sont environnés de buis qu'accompagnent des lauriers qui mêlent leurs


ombrages à ceux des platanes. Des cyprès plantés dans le'pourtour produisent un ombrage épais et noir. Des allées circulaires viennent y aboutir, ainsi qu'à d'autres qui sont coupées par des palissades de buis, lequel est taillé de cent façons, de manière à représenter en caractères et à/faire lire tantôt le nom du maître, tantôt celui de l'ouvrier. On y voit alternativement des arbres fruitiers et des arbustes façonnés en maniéré de petites bornes, Puis: se trouve un emplacement dont l'apparence champêtre contraste avec la régularité précédente, et dont le milieu est occupé de chaque côté par de moins grands platanes ; viennent ensuite des plants d'acanthe et d'autres Configurations disposées de manière à représenter divers noms. A l'extrémité, uiie treille soutenue par quatre colonnes en marbre de Caryste, ombrage une salle défestins champêtres, dont k tab}e etlés lits sont de marbré blanc. »

Comme on le voit, l'antiquité n'avait pas compris:les jardins. Dans ses créations, la symétrie dominait et la uature était subordonnée à l'art, ou pour mieux dire, la nature était chassée des jardins. La végétation ne s'y montrait qu'à la condition de se dépouiller de ses formes naturelles, pour revêtir dès formes d'animaux ou des formes géométriques; les parterres se couvraient de broderies diversement nuancées^ où la fléurn'était plus qu'un insignifiant détail étouffé par le buis et les sables colorés des allées. Dans ces merveilleux jardins, il,y avait un peude tout, excepté de vrais arbres et de vraies fleurs; tout y était faux et artificiel, et quand Quintilien voulait .exprimer d'un mot l'idéal de son temps, il s'écriait : « Quoi de plus agréable qu'un quinconce droit et aligné de quelque côté qu'on le regarde! »

C'est d'après eé mauvais goût qu'étaient dessinés les jardins italiens du xye siècle. Bien que peu séduisants,.ilsproduisirent la plus vive impression sur Charles VIII, qui sortait dès simples vergers de la Touraine, A Florence, le roi avait beaucoup admiré les superbes jarâins de Mars, alors Célèbres dans toute l'Europe, et pourtant; ces jardins venaient d'être dévastés et dépouillés de leurs objets d0rt par les Florentins, en haine de Pierre de Médieis qui s'était déclaré, pour les Français, Paul Jove estime la perte causée par ce pillage à cent mille ducats. L'admiration du roi s'accrut encore à fSlaples, quand il vit les jardins du Poggio reale, maison de: plaisance qu'Alphonse II avait fait construire étant duc de Calabre, et où ilavait accumulé toutes les merveilles du genre. Dans les lettres qu'il écrivait à son beau-frèré ,1e sire dé Bèaujêu,/ on aime avoir Charles VIII touché des beautés de l'Italie et s'duvrant à l'art et à la poésie : paysages, palais, villas, maisons àes^champs, jardins, arts, il admire tout, et avec une vivacité d'expression qui révèle une âme sincèrement émue. Ecoutons-le : .

« Au regard du paysj il/n'est rien en ce monde plus plaisant


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et meilleur. Beaux lieux de plaisance, fontaines, jardins, où il y à citrons, orangés et toutes autres choses qu'il est possible de désirer, roses et autres fleurs de toutes sortes,;oiseaux chantant plus plaisamment que rossignols... Vous ne pourriez croire les beaux jardins que j'ai eus en cette ville (Nâples), car, sur ma foi, il semble qu'il n'y faille qu'Adam et Eve pour en faire un paradis terrestre. » Les arts charment aussi vivement le jeunéroi ':-.« J'ai trouvé des peintres, et aux dits Vous envo^- yerèz pour faire aussi beaulx planchiers qu'il est possible, et ne sont les planchiers de Beâune, de Lyon et d'autres lieulx de France en rien approchant de beaultè et de richesse ceulx d'ici; pourquoi je m'en fournirày et les meneray avec moi pour en faire à Amboise. »

LJenthousiasme gagne le secrétaire Robértet lui-même : « Pour bien rendre, dit-il, ce qu'on voit; il faudrait lé beau parler d'Alain Chaftier, la subtilité de maître Jehan de Meun et la main de Fouquet; eux seuls pourraient dire, écrire ou peindre, » Il admire surtout la villa de Poge royal, où"mènent «des allées d'orangers, de romarins et d'autres arbres. Le jardin en carré est à voir, autre que ne saurait écrire en la vie d'hommes. Fontaines, viviers, oiseaulx, bestes fauves,;gareines de liesvres, fesant etperdris, touty est, et je crois que c'était toute la félicité des rois prédécesseurs. »

Malgré l'arrêt de Robértet, la poésie entreprit de chanter les jardins dû Poggio reale, et André dé la Vigne, un des auteurs du Vergier d'honneur, en parlait en ces termes :

Et lost après il (Charles FUI) monta-à cheval, Pour aller boire dedans Pouge-Réal, Qui est un lieu de plaisance confit. Aussi Alphons pour son plaisir le fit Auprès de Kapples, où en toutes manières Y a des choses toutes singulières, . Comme maisons, àmignons, fenestrages, Grans galeries, longues, amples et larges, Jardins plaisans, fleurs dé doulceurs remplies, Et de beaullé sur toutes acconpliés, Petis préaux, passaiges et barrières, Costes, fontaines et petites rivières, Pour s'esjoujr et a la.fois s'esbatre, Où sont ymâiges ànticqùes d'àlbàstre, De marbre blanc et de porphyre aussi, Emprès le vif où ne fault ça ne ci, Dngparc tout clos où sont maintz herbes saines, Beaucoup plus grant que le bois de Vincennes, Plain d'oliviers, orangiers, grenadiers, Figuiers, datiers, poiriers, allemàhdiersi


- _ 09 _ :

Pommiers, lauriers, rommarins, marjolaines,

El girofflées sur toutes souveraines, ;. Nobles heueilletz,. plaisantes armeries,

Qui en tous temps sont làdedansfloriesi : ■ ..-_./ . Et de rosiers assez bien dù*e l.Ose,

Pour en tirer neuf ou dix imuitz d'eaue rose. /.; .,D'aultres costez sont fossez et berbaiges,; ;.

Là où que s'ont les grans bestes saulvaiges, : Comme chevreulx à la coùrce soudains,/

Çerfz bauix brancliezjgrossés biches.': et dains. : . 'Aussi y sont sans cordes ne alaches, "'...-'.....

Aux paslourages grans beufz et grasses vaches, . Çhevaulx, mulelz et jumens, par monceaulx,

Asnes, cochons, truyes et grans pourceaulx.

Et puis au bout de toutes ses prairies,/.; ..

Sont situez les grandes métairies,

Là où que sont avec chappons, ppullaiUes,

Toutes manières et sortes de voulantes,

Cailles, pei'drix, pans, signes et faisans, , Et maintz oyseaulx'des0rides moult plaisans. /.Aussi a ungfour à oeufs couver (1), - Dont l'on pourrait sans gèline eslever

Mille poussins; qui en auroit affaire, '-:■-. ; Voir dix mille qui en vouldroit tant faire.

. De çedit parc sort une grant fontaine,. •■'■■■

Qui de vive eaùe est si très-comble et plaine,

Que toute Naples peult fournir et laver

M toutes bestes grandement abreuver.

Aussi y a vignoble d'excellence,

Dont il en sort si trés--grant habondance: ,

De "vins clairetz, de vin rouge et vin blanc,

Grec et laliii que pour en parler franc,

Sans les exquis muscadelz et vins cuytz.

On y queult bien tous les ans millémuytz.

Tel était l'idéal; que Charles VIII entreprit de transplanter à Amboise. Dans ce but il ramena avec lui, de Naples, messire Passelo de Mercogliano, fameux horticulteur du temps. Cet artiste, car nous ne saurions lui donner un autre nom, dessina et planta le parterre du château d'Amboise, tel que nous le voyons reproduit dans l'oeuvre de du Cerceau, disposa lé parc qui couvrait une partie de la colline, et établit le potager royal de Château-Gaillard, sur les bords de l'Amasse, avec des serres

(1) On voit, par ce,passage, que l'art de faire éclore des poulets dans des fours, art qui, suivant Diodore de: Sicile, était autrefois très-commun eu Egypte, était connu en Europe à lafin du xve siècle. François I"l'introduisit chez nous et établit en .ià33 dans son château royal de Mqntrichard, les premiers fours à pordets qui furent construits en France.—-Voyez Héaumur, Art de faire éclore et d'élever en toute.saisonles oiseaux domestiques de toutes espèces.


■ -~ .SQ --. ■

naturelles dans les flancs du coteau. Louis XII, qui fit de Blois sa résidence favorite, emmena messire Passelo avec son fils Edme, lui confia la création et la direction des jardins royaux, avec le titre de jardinier-concierge du jardin du roi, aux gages de 300 livres par an, et lui donna un des canonicals de la collégiale de Saint-Sauveur de Blois. En 4 505, il lui avait accorde comme récompense le Château-Gaillard, en chargeant ce domaine, entre autres redevances envers ie roi, d'un bouquet de fleurs d'oranger tous les ans, pour rappeler sans doute que cet arbuste venait d'être introduit en Touraine par le jardinier italien.

Sous l'influence de Passelo, le goût de l'horticulture prit aussitôt un grand essor. Le manuscrit des Heures d'Anne de Bretagne, où tant de fleurs se trouvent reproduites par la miniature avec un talent merveilleux, témoigne du vif intérêt qui s'attacha dès lors au jardinage. Passelo avait apporté des fleurs et des légumes de son pays natal. Un peu plus tard, l'Italie nous donna, par la main de notre compatriote Rabelais, en 4 537, une espèce de salade napolitaine, les cardons, les artichauts, les melons, les citrouilles, les oeillets d'Alexandrie de Piémont, la violette matrouale, et plusieurs autres fleurs dont il avait pris les graines dans les jardins du Belvédère au Vatican, pour les envoyer à Ligugé en Poitou à la mère de son protecteur Geoffroi d'Estissac.

Rabelais écrivait à Mme d'Estissac : Touchant les graines que je vous ai envoyées, je vous puis bien assurer que ce sont les meilleures de Naples, et desquelles le Saint-Père fait semer en son jardin secret du Belvédère; d'autres sortes de salades n'ont-ils pas deçà, fors de nasitord el d'arrousse. Mais celles de Legugé me semblent bien aussi "bonnes et quelque peu plus douces et amiables à l'estomac, mêmemeiit de votre personne ; car celles deNaples me semblent trop ardentes et trop dures. Au regard de la saison el semailles, il faudra avertir vos jardiniers qu'ils ne les sèment du tout si tôt comme on fait de par deçà; car le climat n'y esl pas tanlavancéen chaleur commeici. Ils ne pourront faillir de semer vos salades deux fois l'an, savoir est en carême et en novembre, el les cardes ils pourront semer en août et septembre; les melons, citrouilles el autres, en mars; et les armer certains jours de joncs el fumier léger, et non du tout pourri, quand ils se douteraient de gelée. On vend bien ici encore d'autres graines comme des oeillets d'Alexandrie, des violes matronales, d'une herbe dont ils tiennent en été leurs chambres ftaîches. qu'ils appellent Belvédère, et autres de médecine. Mais ce serait plus pour Mme d'Estissac. S'il vous plaît de tout, je vous en enverrai, et n'y ferai faute. »

Nos jardiniers indigènes secondaient ce mouvement, el à la


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même époque ils produisaient en Touraine la prune Tde ReineClaude, qu'ils dédièrent à la femme de François Ier. De toutes parts on vit s'élever, autour des châteaux, des jardins dressés

; sur le modèle de ceux d'Àmboise et de Blois, qui devinrent

vcomme les types français du genre italien.

LaTouraine se trouva tout naturellement placée à la tête de ;ee mouvement. H est curieux d'entendre Thibault Le Pleigney décrire en 1544 les jardins des environs de Tours.

3e ne veulx oublier, dit-il, à parler des jardrinaiges d'icelle bonne ville et des sumptuositez qui sont en iceulx, carje pense dire vérité que en chrestienté n'y en a telz... Car en nosdictz jardrins sont de tant beaulx

; arbres.portant.divers ffiiiciz aromaticques,,;;comme jioyr.es-,'- pommes, amendés, nouzilles, coingz, congnasces, dates,, grenades,, ; abricotz , pesches, presses, pereilles, figues, noiz, mirabolans, orenges et aultres

: tant bons fruictz que la renommée en est par toute France, et que ne soit ainsi à Lyon, Rouen, Orléans, Angiers, Nantes, Poietiers, Paris. 'On crye prirneaulx de Tours et poyres de bon chrestieb, pour ce que c'est la ville" la mieux renommée pour bons fruictz que soit en chrestienté... Aussi en nosdictz jardrins sont plusieurs bons fruictz qui se transportent on grand quantité hors du pays, comme poupons, coucoînbres, citerolles, gou-- gourdes, sucrins, melons, refors, et aussi plusieurs herbaiges, comme

.choux cabuz, lectus pomées- et aultres dont je ne feroy mention pour ce

" que je sérôys trop long en cestuy prôpost. Semblablément.ausdictz jardrins sont plusieurs umbraiges frais et gracieux pour prendre récréation,, couvers de plusieurs fleurs aromaticques, comme jasmyn, roses muscades, provins, et aultres arbres feuîlluz, comme vignes, lauriers et romarins, et àl'entour desdictz umbraiges sont aultres belles fleurs souefves et doutées

.en odeur, comme oyeilletz, giroflées, marguerites, passevelours, pensées,

-marjolaines, mastics, et aultres tant belles fleurs qu'ii semble proprement

, d'ung paradis terrestre,

Aussi à l'enlo'ur desdictz jardrins courent plusieurs fontaines belles et Clérés faisant vërdoier et refreschir -lésdicts jardrins pour l'arrousemenl ' 'que icelles leur baillent. Bref, je'croy, dit en terminant Le Pleigney, que si les dieux, déesses et nymphes vouloient Chercher lieux plus pïàisans pour prendre récréation solacieuse soubz l'opacité des umbraiges, que ils ne pourroient mieulx'.'trouver.

Les dessins de du Cerceau et lés descriptions de Félibien nous donnent une idée fort exacte de la manière dont les; jardins d'Amboise et de Blois, les prototypes du genre, avaient été conçus par Passelo et Edme de Mercoglîano, et par eux uons pouvons parfaitement nous représenter les jardins du;xvie siècle, C'étaient des compartiments de toutes sortes de figures, les unes géométriques, les autres de pure fantaisie et dessinant de capricieuses arabesques et d'élégantes broderies; ces compartiments étaient remplis de massifs de fleurs odoriférantes, auxquelles on demandait moins l'éclat que l'odeur; le tout était bordé de buis ou dé romarin, avec dés avenues de grands ar-


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bres, dés palissades de coudriers et des haies d'aubépine. De longs berceaux dé charpente, couverts dé treilles; et flanqués de cabinets ombreux (retraites ménagées pour la galanterie), entouraient le parterre.ou le divisaient en plusieurs: jardins particuliers. Les arbres et les arbustes étaient taillés en figures bizarres et peuplaient le jardin d'un monde d'êtres fantastiques. <c N'as-tu point considéré, dit Palissy, tant de beaux jardins qui sont en France, ausquels les jardiniers ont tondu les romarins, lizos et plusieurs autres espèces d'herbes? Les unes auront la forme d'une grue, les autres la forme d'un coq; les autres la forme d'une oye, et conséquemment de plusieurs autres espèces d'animaux ; et mesure j'ai vu, en certains jardins, qu'on a fait certains gens d'armés à cheval et à pied0ét grând/nombre de diverses armoiries, lettres et devises; mais toutes ces choses sont de peu de durée, et lesfaut"r-efàçonnër souvent. «Enfin, des cuves de marbre avec jets d'eau complétaient la décoration froide, symétrique et étrange des jardins italiens,, où tout semblait subordonné à une. loi unique : la fraîcheur^ l'ombre et le mystère.

C'est dans ce goût étranger que Diane dé Poitiers entreprit de construire un parterre à Chenônceau. Lorsqu'elle prit possession du château, elle n'y trouva que deux garennes à lapins, closes de fossés, l'une de trois arpen ts, et l'autre de six ; une • pépinière de 45 arpents remplie d'entés et d'arbres fruitiers; et un jardin potager, de la contenance d'un arpent, situé près du pavillon des Marques, et qu'on appelait, à cause de ce voisinage, le jardin du Pavillon. BoMer avaitsans doute eu quelques projets pour ce jardin, mais il n'avait pas eu le. temps de les exécuter. Il s'était borné à y bâtir une petite chapelle de Saint-Thomas, qui dévint plus tard la chapelle de SaintHubert, et à y amener par un canal lés eaux de la fontaine de la Roche dans un bassin central. Diane fit établir tout autour, sur les quatre côtés, un berceau de treilles en charpente, où l'on récoltait plusieurs pièces, de vin. Ce berceau, exécuté par Jehan Rasteau, maître charpentier d'Amboise, coûta 4 70 livres tournois.-

Ces dispositions parurent trop simples à la duchesse: de Valentinbis,! et pour établir son parterre elle choisit un carré de; la contenance de deux hectares, situé sur le bord du Cher,; audelà; de là douve, au levant du chatéaUi ElléTe protégea d'abord contre les inondations du Cher par une levée de terre gazoniiëe, fortifiée par une double rangée de pieux, dé limendes et de traverses entre-croisées. Pour le séparer dé la garenne, elle creusa sur deux côtés un fossé large et profond, où elle jeta par une écluse les. eaux dû Cher, et elle flanqua ce fossé d'un mur en pierre sèche soutenu de sept toises en sept toisés par des


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pilliers de maçonnerie. Les terres du fossé furent rejetées sur les bords intérieurs du jardin pour former terrasse. Ces travaux préliminaires, commencés au printemps de l'année '4 551, employèrent plus de 14,000 journées d'ouvriers, charpentiers, maçons, charretiers, gazonneurs, bêcheurs, tireurs de pierres, manoeuvres, et la dépense ne s'éleva pas à moins de 3,055 livres, somme fort considérable pour le temps. On fit en charrois 4,4 00 tours de gazon et 7,000 tomberées de moellons, pour la construction des perrés. Pour mouvoir d'un point à un autre ces masses énormes de matériaux, on n'avait alors que des procédés et des instruments fort imparfaits, car la brouette à roue unique attribuée à Pascal, n'était point encore connue. On se servait de civières roidleresses ou camions traînes par des câbles, de traîneaux, de civières à bras, et de bayorts ou boyarts, sortes de brouettes qui avaient deux roues, suivantTélymologie'clu nom (birola).

La distribution intérieure du parterre était fort simple. Une terrasse régnait tout autour sur les quatre côtés, et de plus deux allées transversales, se croisant au milieu, le coupaient diagonalement en quatre grands triangles, divisés eux-mêmes, les uns en compartiments géométriques, les autres en broderies et « aultres pourlraictz. » Au milieu du parterre, à l'intersection des allées diagonales, se trouvait une fontaine d'une simplicité toute primitive. C'était un caillou d'un demi-pied, avec un trou d'un pouce et demi de diamètre fermé d'une cheville de bois : la cheville ôtée, dit du Cerceau, il sortait un jet d'eau de la hauteur de trois toises, « ce qui esl une belle et plaisante invention. » Le jardin était rattaché à l'angle de la cour du château par un pont de bois qui franchissait la douve en face de ia terrasse du bord de l'eau; ce pont, qui fut exécuté par Jehan Bredif, charpentier, coûta 47 livres 10 sols de façon, les bois ayant été fournis par la duchesse; Pierre Mollet, autre charpentier, fut chargé de le foncer pour 6 livres 7 sols.

Ce jardin était à la fois un parterre, un verger et un potager.

Pour le planter. Diane fil appel à tous ceux qui possédaient les plus beaux jardins de In Touraine, car l'art d'élever les arbres en pépinière était à peine pratiqué à cette époque. Deux archevêques de Tours, Etienne de Ponchcr et Simon de Maillé de Brezé (ce dernier était de la famille du grand sénéchal)", lui prodiguèrent les trésors de leurs magnifiques jardins de Vernou. Leur vicaire général, Jehan de Selve, abbé de Turpenay, ami el protecteur de Bernard Palissy, fit choisir sous ses yeux les plus belles entes d'arbres fruitiers. au nombre de deux cents, et les expédia à Chenonceau par le Cher. Jehan Babou de la Bourdaisière en offrit un pareil nombre, mais on se contenta d'un quarteron ; une dame inconnue fit présent de douze


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poiriers ; on enleva en outre dans les bois deux cents sauvageons destinés à la greffe. Un des plus habiles jardiniers de Tours, nommé Nicquet, fut mandé avec son fils pour planter les arbres, el leur salaire fut fixé à quatre sols par jour, tandis que les autres ouvriers ne gagnaient que deux sols et six deniers. Circonstance curieuse, on mit au pied des entes sept boisseaux d'avoine pour ies faire enraciner. En même temps on recueillit dans les bois treize milliers de plants d'aubépine et de coudriers, pour former les haies, les berceaux et les cabinets; on envoya quérir à Noizay, près de .Luzillé, cent cinquante ormeaux qui furent vendus deux sols la pièce par Pierre d'Erian, le bisaïeul de l'abbé de Marolles, et l'on établit deux grandes avenues de ce bel arbre qui commençait alors à se répandre en France,

Pour surveiller et diriger la marche de toutes ces plantations, Simon de Maillé envoya son jardinier de Vernou, qui passa toute une saison à Chenonceau, à raison de. neuf sols par semaine. Le jardinier de Vernou apporta avec lui six albergiers, trois cents pommiers de paradis, huit faix de groseillers,. un cent de rosiers musqués et d'oignons oc lys, el il fil arracher dans les bois neuf milliers de plants de fraisiers sauvages et de violettes. Sous sa direction les jardiniers du château, Chariot Guérin, puis Jacques Dutertre, aux gages de 42 livres tournois par au, s'occupèrent spécialement du potager, où l'on voyait des arliehauts, des melons, des concombres, des poireaux, des choux, des pois, des oignons, des cchalottés et « autres polaiges el saveurs. » Enfin, pour compléter la décoration, Cardin de Valence, habile fonlainier de Tours, el petil-fils de ce Pierre de Valence que l'on avait fait venir de Rouen, en 4 507, pour établir les fontaines de Tours, construisit plusieurs bassins avec des jets d'eau provenant de la fontaine de la Roche. Il posa des tuyaux de sa fabrique et reçut pour son salaire 200 livres tournois, -

La garenne ne fut pas négligée. Diane y fit percer des allées, planter des haies d'aubépine et de coudriers, et construire des cabinets de verdure. Le jardinier de l'archevêque de Tours y dessina un dédale fourré, labyrinthe inextricable où l'on pouvait errer longtemps dans ies isoloirs sans trouver l'issue. Un paille-maille y fui ajouté, car alors l'exercice de la paume était fort à la mode, et il y eut aussi un jeu de piquerie, où la duchesse de Valenlinois, non moins habile écuyôre que Catherine - de Mcdicis, aimait à courir la bague.

La conduite générale de cette oeuvre fut confiée , sous les ordres de Bernard de Rutie, à Benoist Guy, sieur des Carroys, maître d'hôtel de l'abbé de Pontlevoy. Tous les paiements eurent lieu par les mains du receveur A udré Bereau, et en outre


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les travaux furent surveilléspar le curé dé Chenonceau, Michel Cabarat, qui reçut cent sols pour sa j.eine. il nefallutpas moins de cinq ans pour mener à fin cette entreprise considérable. La dépense totale dépassa cinq mille livres, somme égalé a'.cinq fois le revenu de toute la terre de Chenonceau, et représentant aujourd'hui environ cent jmille francs de notre monnaie.

Cétredépense fut vrâisémblâbleniènt payée par Henri II;, car, par une lettre patente datée de Blois, le 17 janvier 4 552, le roi donna à Diane 5,500 livres à prendre en pur don sur les revenus dé; la sénéchaussée des Landes.,« en faveur , est-il dit, des bons, agréables et reeommandabies services qu'elle a ci-devant faicts ànostre chère et très-amée çompaigne la Royne, et espérons que plus fera cy-après; et ce oultre et par-dessus les aultres dons , gaiges , pensions et bienfaictz qu'elle a de Nous et de nostre dicte çompaigne , et qu'elle à.éuz et pourra avoir cy-après. «Diane ne négligeait aucune occasion de tirer de l'argent de son royal amant.

Pour donner une description poétique du parterre de Diane, il faut accorder la parole à Clément Marot. Si les dates ne s'y opposaient, on dirait que le poëte, dans son Temple de Cupido, a voulu peindre les jardins de Chenonceau tels que* Diane les créa :'■' ■

Car environ de ce divin pourpris,

Y soupirait le doùlx vent Zephirus,

El y chantoit le gaillard Tityrus :

Le grand dieu Pan avec ses pastoureaux,

Gardant brebis.;beufz, vaches et taureaux, ' .'v

Eaisoit sonner chalumeaux, cornemuses, :

Et flàgëoletz, pour esveiller les Muses , .

Nymphes des bois et déesses haultainés . .

Suyvans jardins, boys, fleuves et fontaines.

Les oyseletz, par grand joie et deduyct,

De leur.gosier respondent à.tel bruict.

Tous.arbres sont en ce lieu verdoyans:

Petits ruisseaux y fuient undoyans,

Tousjours faisans autour des prez herbus

Un doulx murmure, et quand le clair Pheb us

A voit droict là ses beaux rayons espars,

Telle splendeur rendoit de toute pars

Ce lieu divin, qu'aux humains bien sembloif

Que terré au ciel de beauté ressembloit ; '■'.'<

Si que Je cuëur me dit par providence

Celluy manoir cstre la résidence

De ferme Amour, que je queroye alors.


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Les voustes furent à merveille Ouvrèes:souverainement : Car Priapus les fit de treille De feuilles de vigne et serment. Là dépendent tant seulement Bourgeons et raisins^ à plaisance; Et pour en planter abondance, Bien souvent y entre,Bacchus.

Marguerites, lys et oeibetz, Passevelouz, roses flairantes, Romarins, boutons vermeillelz, Lavandes odoriférantes : Toutes autres fleurs apparentes Jectans odeur très adoulcie Qui jamais au cueur ne soucie.

On s'étonnera peut-être de ne pas trouver dans le parterre de Diane plus de fleurs et d'arbustes rares , mais 11 ne faut pas oublier que la plupart des plantes de nos jardins et de nos promenades sont d'acelimatation assez récente. L'orme ne s'est bien propagé chez nous que depuis le xyie siècle; il n'ya pas deux cent cinquante ans que le platane nous a été apporté d'Italie, et quand Rabelais fit son premier voyage de Rome, en 4534, il ne vit qu'un seul arbre de cette espèce à la Rizzia ; le patriarche de tous les acacias français, planté en 4 635 par Vespasien Robin, existe encore au Jardin dès Plantes de Pari s; le marronnier d'Inde est du même âge ; le filas fut apporté de Perse, il y a trois cents ans; la tulipe n'est connue que du commencement du xvne siècle ; le réséda nous arriva d'Egypte et de Barbarie il y a environ centans; le rosier de Bengale, qui orne maintenant toutes nos chaumières ; ne date que du/siècle dernier ; enfin la reine-marguerite, les chrysanthèmes del'Inde et les dahlias sont presque nos contemporains. Diane ne put se servir que des ressources horticoles de son temps; et à supputer la somme énorme qu'elle n'hésita pas à dépenser dans ses jardins, nous pouvons affirmer qu'elle en fit le lieu le plus riche et le plus délicieux.

C'est donc à tort que les courtisans, à l'époque de la réception triomphale de François II et de Marie Stuart à Chenonceau, à la fin du mois.de mars4560, attribuaient tout l'honneur de ces embellissements à, Catherine de Médicis.A en croire leurs vers adulateurs, Diane n'avait laissé dans ses jardins que des ronces sauvages, et Catherine de Médicis, dans l'intervalle d'un hiver, avaitmétamorphosé ce désert en tin parterre émaillé de fleurs :


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Où vas-tu si grand pas? Princesse, ai-reste toy. Et voy de ce grand parc la mélange naïfve, Les fleurs et les berseaux qui du long de la rive De mon voisin le Cher sont à l'entour de moy.

Avant que ma Pallas, mère de vostre roy,

(Veille t les puissans dieux que son amour poursuyve),

Eust pris plaisir icy, il n'y avoif fleur vive .

Mais tlesers et buissons estoient ce que jo voy.

Les nymphes et les dieux qui gardoienl ces rivages, Jialcontents de l'horreur de mes ronces sauvages. S'estoient allé cacher dépits en quelque coing.

Mais si tost qu'ils ont sou que ceste grand déesse

Avoit délibéré d'y passer sa tristesse,

lis ont repris contens de Chenonceau le soiug.

Le Plessis, qui nous a transmis ce sonnet, et qui assistait à l'entrée triomphale de François II et de Marie Sluart, décrit ainsi les jardins de Chenonceau, tels que Catherine de Médicis venait de les recevoir de la main de Diane • « La principale avenue audit chasteau est d'un grand chemin dressé comme une belle allée, sablonné, et ung qui est large de trente pas ou environ et long de deux mille, duquel les orées sont closes de grands ormeaux, chesnes vers et autres beaux arbres... Sa Majesté alla se pourmener dans les jardins et le parc, orné et différentié de petits théâtres faicts de gazons, d'infinies tonnelles, pavillons, cabinets, berseaux, pàillemailles, allées, et d'un grand jeu de baie ceint de pins et autresbeaux arbres fruitiers, le tout vyronné d'une part de ladicte rivière de Cher. »

Tels furent les grands travaux entrepris par Diane de Poitiers pour la création de son parterre. Mais elle ne se contenta pas de l'agréable : elle voulut y joindre l'utile en provoquant autour d'elle la culture de la soie. Cette industrie venait d'être introduite lécemment en Touraine L'ambassadeur vénitien Marino Cavalli, dans sa relation de 4 546, nous assure que les Tourangeaux « ont commencé à planter des mûriers , à élever des vers à soie et à en tirer le produit autant que le climat le permet » A cette époque, la famille Babou de la Bourdaisière avait déjà multiplié cet arbre précieux à Montlouis Dans son goût élégant pour le luxe, Diane de Poitiers aimait non-seulement les arts. les châteaux , les eaux, les jardins, elle aimait aussi la soie avec passion, et elle porta constamment cette splendide étoffe, en conservant toujours le même costume, blanc et noir, à cause de son veuvage. Elle fit porter à Henri II les

1868 4


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premiers bas de soie que Bouteville rapporta de son voyage d'Italie, et lui fit adopter le fin justaucorps de soie, aux mêmes couleurs, qui marquait dans toute sa grâce une taille sveltc, souple et neiveuse. Mais sa prédilection pour ces charmants tissus ne se borna pas là; elle voulut contribuer elle-même, par une coopération plus directe et plus active, aux progrès de l'industrie séricicoie en Touraine, et elle planta à Chenonceau, en 1554. cent cinquante mûriers blancs qu'elle envoya chercher à la Bourdaisière. Les mûriers furent d abord placés dans le parterre; mais, deux ans après, ils furent arrachés et replantés dans la garenne. Diane avait sans doute le projet d'élever des vers à soie : la haine de Catherine de Médicis, qui la chassa bientôt de Chenonceau, ne lui permit pas de pousser plus loin cette intéressante tentative.

L'abbé C, CHEVALIER.

(EXTRAIT DE l'Histoire de'Chenonceau, ses artistes, ses fêtes, ses vicissitudes, d'après les archives du château et les autres sources historiques. Lyon, imprimerie L. Perrin, 1868).

BIBLIOGRAPHIE. — Jean de Marmoulïer, De commendatione Turonicse provincial, dans les lîecueil des chroniques de 'Soudaine, édit. A Salmon, publié par la Société archéologique de Touraine. — G. Le Breton, Philippidos. — F. Florii Florentini ad Jacobum Tarlatum, de probatione Turonica, dans les Mémoires de la Société arch. de Touraine, VII, 82- — Rabelais, Pantagruel, liv 11, ch. IX. — Episires de maistre Fr. Rabelais, docteur en médecine, escriptes pendant son voyage d'Italie, publiées par Abel et Louis de SainteMarthe. Paris, 1651, in-8° — Discours merveilleux de ta vie, actions et déportements delà rayne Catherine de Médicis, Cologne, JIDCLXIII. — Le Ménagier de Paris, disl. Il, ai t. II, publié par le baron Jérôme Pichon pour la Société des bibliophiles français, Paris, 1867. — Etudes sur la Touraine, pp. 239-241. Tours, 1858 — Pline le jeune, Lettres à Gal/us et à Apollinaire, Epist. V, 6 — Histoire de Vendôme, par l'abbè Simon, III, 44. — Biblioth. imp. el biblioth. de Pantes, lettres de Charles VIII — Mémoires lus à la Sorbonne en 1865, publiés par le ministère de l'instruction publique. — Cimber et Danjou, archives curieuses de l'Histoire de France, I, Le Vcrgier d'honneur ; III, Histoire particulière de la cour de Henri II.— Archives départementales d'Indre-et-Loire, Papier terrier et censk-r de la barpnnye, terre et seigneurie d'Amboise, 1523-4537. — De la Saussaye, Histoire du château de Blois, 4e édit., p 154. — Thibault Le Pleigney, La décoration du pays et duché de Touraine, 1541. — Du Cerceau", Les plus excellents bastiments de France. — A. Mibien, Mémoires pour servir à l'histoire des maisons royal/es et bastiments de France, 4681. — Manuscrits de la Biblioth. imp., fonds Baluze, 8427s.— B. Palissy, Recepte véritable par laquelle tous les hommes de France pourront apprendre a multiplier et augmenter leurs thrésors, 2e partie, Dessein d'un jardin délectable. — OEuvres de Marol, Temple de Cupido, 1515 et 1524. — Le Plessis, Triomphes faietz, à l'entrée de François II et de Marge Sluart uu chasleau de Chenonceau, 1560. — Congrès scientifique de France, XVe session tenue à Tours en 1847, I, 501. — Archives du château de Chenonceau.


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IRRITÉS ET IiTRUCWS RELiTIM Â L'iSIlEMlî

AGRICOLE ET HORTICOLE Bans les écoles primaires rurales et dans les écoles normales primaires.

I...0- AEEÊIÉ DO MINISÎBE DE L'INSTBUCTION PUBLIQUE, BELATIF A LA FIXATION /DES HETJHES DÉ TBAVAIL ET "■A/ ■x'it'OQUE/ BES. VACANCES DANS LES ÉCOLES PBIMAIBES BURALES. -

Le ministre secrétaire d'Etat au département dé l'instruction publique, vu l'article 5 de la loi du 45 mars 1850;—: Considérant que les règlements en vigueur n'établissent aucune distinction entre les écoles primàiies rurales et tes écoles urbaines; que les élèves des premières, comme ceux des secondes,.sont obligés d'assister te matin à Une classe qui dure trois heures, et le soir à une classe de même durée; que, par suite, leur journée est Coupée à deux reprises , de telle sorte qu'entre les heures de classe ils rie peuvent être exercés aux travaux de l'agriculture ni employés dans de srands établissements industriels, où leur activité et leurs forces corporelles se développeraient;— Que cette situation amène ladéséition des écoles, principalement en été, et niait aux progrès de l'ensêigneinent.'; — Considérant que, pour faire disparaître en partie ces inconvénients, il suffit de régler, pour les communes rurales, la part de l!écoleprimaire et celle de l'apprentissage, et defixêr les heures de classé en tenant compté des exigences dès travaux agricol.es ou industriels ; — Le conseil impérial dé l'instruction publique entendu,— Arrête :

Article premier- Les conseils départementaux sont autorisés à modifier les règlements des écoles primaires, quanta la fixation des hènres de travail et de l'ëpoqùe dés vacances, dans le but de concilier les exercices classiques avec les travaux des champs, sans, toutefois, que la durée totale dé ces exercices puisse être, en aueuncas, inférieure à trois heures pâfjour dé classe, et celle des vacances, à ûiï mois.

Art. 2. Les conseils départementaux pourront également modifier les règlements des écoles communales situées prés dé grands ëtablissemeiats industriels, comme les exploitations de mines, les forges, les verreries et établissements analogues, dans lesquels les enfants ont besoin d'être initiés, dès que leur âge le permet, aux travaux de leurs pères, et dans lesquels ils trouveraient les conditions d'activité et dé développement physique qui existent dans les travaux: de l'agriculture, '■;"'■

= Fait à Paris, le 29 décembre 4867;: ■ " " '

V. DûBirr'.


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II.—...ABHÊTB DU MINISTRE DE L'INSTBUCTIGN; PUBLIQUE, FIXAS! LE PROGRAMME DE L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE ET HORTICOLE POUR LES ÉCOLES PRIMAIRES RURALES ET LES ECOLES NORMALES PBIMA1BES.

Le ministre secrétaire d'État au département de l'instruction publique, vu les articles 5 et 35 de la loi du 15 mars A 850; ^- Vu le décret du 2 juillet 4855 ; — Le conseil impérial de

l'instruction publique entendu,—Arrête :

Art. 4cr. Le programme de l'enseignement agricole dans les écoles primaires rurales et dans les écoles normales primaires est adopté ainsi qu'il suit :

4° Végétation, terres, climats.

4. Aperçu général sur la végétation ; durée des végétaux ; modes divers de reproduction , par graines, boutures , etc. —- g. Des terres, leur nature et leurs propriétés physiques. -— 3. Régions agricoles ; influence du climat.

2° Opérations principales de l'agriculture.

4. Substances fertilisantes, amendements, engrais, Ecobuage.

— 5. Culture du sol; instruments de culture. — 6, Enlèvement des eaux nuisibles à la culture. Drainage. — 7. Irrigation et arrosage — 8. Semailles et transplantations. — 9. Récoltes , conservation des divers produits.— 40. Influence de la chaleur et de la lumière sur les végétaux cultivés Exposition. Abris. •— 44 .Défrichements. —" 4 2. Clôtures^ chemins vicinaux,

. voitures. -- 4 3. Constructions rurales.

3° Végétaux qui intéressent la culture française.-■■-_.

44. Céréales. — 45. Légumes secs: ou verts. —- 46.PÎantes oléagineuses, textiles, tinctoriales, à: produits divers.— 17. Plantes fourragères; prairies naturelles; et artificielles, feuaison — 18. Racines alimentaires où industrielles; sucre et alcools. — 4 9. Plantes parasites et animaux nuisibles aux récoltes; moyens préservatifs; animaux destructeurs des animaux nuisibles. — 20. Végétaux ligneux ; notions générales. — 21, /Multiplication, pépinières, greffe., éducation, plaiïtàtion et entretien des arbres. — 22.Arbres fruitiers.; conduite et taille; variétés principales cultivées en France. — 23. Arbres à produits industriels ; vignes et vins.;•'. pommiers et cidre, mûriers, etc.—-2<i. Plantation, conduite, exploitation dés arbres destinés à fournir des bois d'oeuvre ou/de chauffage. .


M

Ie'Animaux domestiques utiles àl'agriculture.

; 25. Economie du bétail; principes généraux. —26. Espèce bovine, chevaline, ovine,porcine, etc. — 27^ Oiseaux de bassecour. — 28. Vers à soie, abeilles.

'".-;.. ; V Economie agricole.

29./Capitaux agricoles, fermier,; métayer, propriétaire ; fichât et location d'uu domaine.— 30. Assolement ou succession des cultures ; jachère , repos, organisation des travaux agricoles. — 3L Influence de diverses circonstances sur les systèmes agricoles ; début de l'entreprise ; comptabilité agricole.

6° Culture des jardins.

■'■ 32. Division de l'horticulture en trois parties.— 33. Jardin fruitier.; — 34, Jardin potager. — 35. Jardin d'agrément. — 36. Végétaux parasites des plantes de jardin ; animaux nuisibles à rhorticulture et moyens de lès détruire.

Fait à Paris, lé 30 décembre 1867. -

V. DUEUV.

0IL -— INSTRUCTION DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

AUX PRÉFETS'., RELATIVE A L'ORGANISATION DE L'ENSÉÏGNEMENT

L'ENSÉÏGNEMENT ET HOSTICOLE DANS LES ÉCOLES NORMALES ,

: LES COURS D'ADULTES ET LES ÉCOLES PRIMALEES RURALES.

Monsieur le préfet, je vous ai déjà fait connaître les diverses mesures proposées par la commission qui a.été chargée de : préparer l'organisation et le dévèioppendent de l'enseignement agricole dans les écoles normales, les classes d'adultes et les écoles primaires rurales.

J'aisoumisau conseil impérial dé l'instruction publique,dans sa-'dernière session , celles de ces propqsit'ons sur lesquelles, avant de statuer, je devais prendre sou avis.

Je vais successivement passer en revue lés propositions de la commission et- vous indiquer lès solutions qui leur sont données. ;

A" Modifier le règlement des écoles primaires, de telle Sorteque dans chaque commune on puisse, par la fixation des heures de classe et de l'époque des vacances ^concilier les exercices classiques avec les travaux des champs. -,-.

Cette proposition a été unanimement approuvée. Le conseil impérial apënsé qu'en l'adoptant on parviendrait facilement à


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établir un certain accord entre l'enseignement classique donné par l'instituteur rural, et cette éducation agricole pratique si importante, dont la direction appartient naturellement au père de famille. Or, voici comment cet accord pourrait se faire.

Pendant les six .mois d'hiver où les travaux de la culture sont le moins urgents, l'école serait ouverte, pour tous les enfants du village, le matin et l'après-midi. Lé reste de l'année , les deux classes par jour prescrites par le règlement ne seraient suivies que par les enfants les plus jeunes , les moins: capables d'un labeur, sérieux. Les autres, plus âgés et par conséquent plus propres à un travail utile, n'auraient par jour, durant Tété, qu'une seule de ces classes,, dont l'heure, fixée, par le conseil départemental, s'accordera le mieux avec, les ouvrages de la campagne. Le reste de la journée, ces enfants seraient à la disposition de leur famille pour les travaux de l'agriculture. Aucune règle générale ne saurait être tracée d'avance à ce sujet ; mais les autorités locales seront toujours consultées afin que le conseil départemental puisse prendre, enparfaite connaissance, les mesures qui se concilieront le mieux avec les besoins de la culture dans chaque pays.

Je vous adresse une âmpliation de l'arrêté que j'ai pris en conseil impérial pour modifier dans ce sens le règlement actuel des écoles publiques.

La mesure proposée par plusieurs préfets pour combattre dans nos villages la désertion des classes de l'enseignement primaire pendant l'été nécessitera, de., la part des conseils départementaux, la désignation officielle des écoles qui, se trouvant surtout, fréquentées par des enfants 0e cultivateurs et d'ouvriers agricoles, devront être soumises aux règlements ruraux; quant aux écoles peuplées d'enfants issus.d'ouvriers industriels.et d'artisans, elles auront aussi leur régime spécial, qui pourra varier selon les besoins des localités.

Il a été constate, à l'Exposition universelle , que ce système est appliqué en Prusse et en Saxe avec le. plus grand succès. C'est même, en partie , au moyen de semblables dispositions que, dans ces contrées, l'enseignement primaire a pu se généraliser au point de réduire à 1 pour 400 le nombre de ceux qui ne savent ni lire ni écrire.

: L'articleFTI delà loidu.45 mars 4850 permet au conseil départemental de dispenser du brevet et des autres prescriptions légales les personnes qui, au lieu de fonder des écoles primaires libres proprement dites, voudraient seulement, ouvrirdes cours primaires, Le préfet peut même, en cas d'urgence j autoriser provisoirement. Grâce à cette disposition , les manufacturiers peuvent créer , dans leurs usines , un enseignement à la fois technique et général, approprié auxiesoihs des apprentis et des ouvriers. On voit que, pour les cours de toute nature comme


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pour lés écoles communales, îà législation en vigueur, ne gêne par aucune entrave les combinaisons nouvelles réclamées par l'agriculture et l'industrie. ;

2° ; Fixei' un. programme général d'eiiseignement agricole,.- qui sera approprié, dans chaque département, aux conditions de là culture locale. -'/T ;

TJnëdes principales causés qui s'opposent à l'introduction de 4'agriëulture dans nos classes, c'ëstl'absence de programme déterminé s'appliquant à cet enseignement. : Si l'on examine les nombreux ouvrages qui traitent de l'agriculture , on voit combien, dans lé vaste champ de la/science agricole, les auteurs diffèrent sûr lesprincipes.qu'il convient de présenter à l'étude des enfants et des jeunes gens de la campasue. Les questions données par 1 un comme fondamentales sont à peine indiquées par un autre ; un troisième lés passe complètement sous silence. Celûî-ci insiste! sur la culture des plantes saccharifères , celui-là sur les,mûriers, un autre sur telle ou telle fourragère plus ou moins connue; Lés uns se placent à un point de vue spécial^ et alors l'ouvrage ne peut être utile que dans des circonstances particulières où dans une localité déterminée; les autres se placent à un point de vue tellement général, qu'en voulant parler de tout, ils ne peuvent, rien dire de véritablement pratique.

D'un autre côté, tous:lés instituteurs n'ont pas fait de ï'agri-r culture une étude spéciale, de manière à;pouvoîr l'enseigner, et l'état actuel des choses à cet égard ne peut guère les décider à entreprendre une étude dont les principes ne sont pas encore fixés comme matière d'enseignement.

En leur pfésëntânt un ensemble dé principes certains /renfermés dans ùiï programmé déterminé, ils seront bientôt éh état de Mrè un cours utile et qui produira des résultats avantageux.

Comment proèèdë-t-on dans lés établissements d-iristfuçtion spèëiale organisés par l'Etat ou par les villes en vue de favoriser les progrès de telle ou telle, industrie? On commence par inscrire au programme I es lois fondamentales de; la science que l'on veut enseigner; puis,- choisissant, parmi les applications , celles qui ont un rapport direct avec l'industrie pour laquelle 0étâblissement est créé, on les étend, on les développe et l'on formeainsides jeunes gens qui:,ajoutant l'expérience aux principes acquis, peuvent dévenir dés hommes utiles à eux-mêmes été la société. 0''•'.■/':■ '7000.'

; Telle est la marche à suivre pour l'enseignement de i'agriculture.,Donner d'abord les principes fondamentaux, vrais partout et toujours : la connaissance des terrains, dés amende-


M

nients, des engrais, des assolements , etc. ; puis laisser aux autorités scolaires le soin de compléter le programmé par les faits particuliers à l'agriculture de chaque localité. Voilà dans quel esprit a été rédigé leprogramme de l'enseignement agricole que j'ai soumis à l'examen du conseil impérial et dont je vous transmets un exemplaire. Ce programme servira de base à l'enseignement donné dans les écoles normales et dans les écoles primaires rurales, après qu'on y aura fait,pour chaque localité, les additions ou les retranchements jugés nécessaires par le conseil départemental, sûr l'avis des sociétés;-d'agriculture.'..'

Pour l'enseignement dans nos écoles rurales/ il est très-éssentiel qu'en traitant chaque question, l'instituteur évité les termes scientifiques complètement étrangers, aux enfants ; il faut que chaque phénomène soit exposé de la manière la plus simple, la plus pratique; mais tout en évitant ^appareil scientifique, on peut faire pénétrer^ dans nos campagnes, les règles et les habitudes d'une culture perfectionnée dont la science a pu^ouventétablir les principes et quél'expériëncé a confirmée. Lé succès de renseignement agricole dans les écoles rurales primaires dépendra doue bien plus de la mesure dans laquelle il sera fait, delà forme sous laquelle il sera présenté, que 01e là sérié des questions qui y seront traitées, et ce résultat ne pourra être obtenu que par de bùhs ouvrages élémentaires servant de développement à ce programmé général/ surtout appropriés, aux besoins de chaque localité. Vous nesauriez donc, monsieur le préfet, trop recommander à .votre conseil général d'encourager, comme oh l'a déjà fait dans quelques départements, la publication de petits traités ayant cette destination simple et pratique. '• ''":-" ::

%° Organiser inwièdiatement, partout ou les circonstances le permettront, yn cours d'agriculture et d'horticulture approprié au département, dans ceWs des écoles normales où, ce cours n'a pu être encore régulièrement établi.- ',-,

Pour que lés instituteurs ruraux puissent s'occuper utilement dé l'enseignement agricole, il faut qu'ils ysûieht préparés euxmêmes, dès l'école normale, par un cours d'agriculture et par des leçons pratiques d'horticulture.: : ,:

0Jhe ou deux fois par sëmainèj un professeur donnera dans l'amphithéâtre, aux élèves réunis de deux ou trois divisions, une leçon d'agriculture et eh exigera la rédaction, qui sera considérée comme exercice de composition française. De plus, afin de joindre au précepte J'exeniple prie sur le /terrain j il acçbmpàgûerâles élèves dans la promenade du; jeudi et leur fera:visiter les fërhièslesplùs intéressantes des environs. ;


'■:"-: 0'0.; ; ■'. .' — :65.r-.">: - ;.'.7.;

Voilâpouï Renseignement agricole;proprement dit.

Quant aux exercices d'horticulture ", le professeur ou mi maître adjoint y consacrera une partie des récréations dans le jardin de l'école normale.

Il est impossible de renfermer dans un cadre tout à fait déterminé le programme d'agriculture que Jes écoles normales devront adopter. Ce programme, dontje; vous adresse le modèle, sera arrêté par le conseil dépârtenientâl, sur l'avis delà société d'agriculture ou du comice agricole dit; département. L'enseignement ëorn prendra,suivant les cas, les.'"éléments de l'agriculture,/d^I-horticulture, dé rarboriculturë et de là sylviculture théoriques et pratiques ; chacune de ces parties recevra plus pu moins de développement, selon qùé;;iè département est agricole ,:hôrtieole, arboricole ou sylvîcolé, ou pourrait le devenir avec avantage Des notions de botanique, de physique et de chimie feront partie des cours, mais en âppuyantprinçipaf; lèment sur leurs applications à l'hygiène et à la salubrité des habitations des hommes et des animaux, malheureusement si méconnues; dans nos villages. La partie des mathématiques qui y- est déjà enseignée devra" surtout être appliquée à l'af ^enragé, au nivellement, à l'irrigation et ah drainage ;; les estimations des terres et des/récoltes ne seront point négligées, car elles; sont d'une utilité journalièt'é.

Il y a tout lieu d'espérer que, si cetenseignement est donné par des professeurs pénétrés de la nécessité de se. conformer. aux besoins des localités, les intérêts de l'agriculture et dès populations rurales seront pleinementsatisfaits en peu d'années.'.

4° Créer, dans chaque département^ un emploi de professeur d'agriculture, gui sera chargé dé l'enseignement agricole dans l'éçôle normale, le lycée ou lé collège, et dès conférences qui pourront être faites aux instituteurs et aux cultivateurs; : assurer, au titulaire 7 de cet emploi; un traitement convenable payé; dans des proportions déterminées, sur les fonds du mi~ nisfère dé l'instruction publique ^t sur ceux du ministère de l'agriculture; choisir les professeurs d'agriculture parmi les eandidatsqui seront dès à présent jugés dignes, el; afin de les recruter ;pour l'avenir, choisir, parmi les meilleurs élèves de la troisième minée des écoles normales, ceux qui auront une aptitude spéciale pour cet enseignement, les envoyer pendant deux oii trois ans dans mie école .d'agriculture. ; -" -

La création d'un emploi de professeur d'agriculture dans chaque département est une mesure des plus importantes ; elle doit être l'objet de nos plus vives préoccupations, car de la so-~:


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Iution de cette question dépendent, en grande partie^ le succès et l'avenir de l'enseignement agricole.

Pour remplir dignement el utilement leur mandat il est indispensable que les professeurs d'agriculture joignent l'expérience à la science, la pratique à la théorie.

Ils auront le titre de professeurs départementaux et seront choisis principalement parmi les élèves diplômés sortis des écoles régionales d'agriculture, où quelques-uns de nos meilleurs élèves-maîtres pourront être envoyés dans ce but; cependant on pourra, après examen, admettre des hommes qui, ayant étudié les scien.es, les ont appliquées à l'agriculture de leur pays el sont devenus des hommes agricoles. Vous voudrez bien me faire connaître à cet égard les ressources de votre département. Je serais heureux que le conseil général s'associât à ce projet en votant une partie du traitement du professeur d'agriculture : car ce n'esl qu'en combinant les efforts et les ressources des départements el de l'Etal que nous pourrons arriver promptementà un résultat utile.

L'enseignement agricole ne doit pas se borner à l'école normale \ il doit encore suivre les instituteurs sortis de cette école afin de réveiller le zèle de quelques-uns, de remettre on mémoire ies matières que plusieurs auraient oubliées et de les tenir tous au courant des progrès de la science.

A cet effet, le professeur départemental organisera, sous votre direction et avec le concours el la surveillance de l'inspecteur d'académie ou des inspecteurs primaires, des cours publics ou des conférences dans les chef-lieux d'arrondissement, de canton el dans les communes importantes , où seront convoqués les instituteurs de la circonscription ; il choisira de préférence les jours de foires et de marchés ou les dimanches, de manière à avoir, outre les instituteurs, le plus grand nombre d'auditeurs possible Dans ces cours , il traitera , soit de l'application générale de la science , soit un sujet spécial intéressant plus particulièrement les agriculteurs de la localité ou ayant un intérêt d'actualité, en terminant toujours par l'indication des meilleurs journaux et ouvrages pouvant être lus avec le plus de fruit.

Au moment désira vaux de moisson, de labour et d'ensemencement, il leur exposera les avantages des machines, instruments et outils nouveaux dont l'emploi est le plus économique.

Je m'occupe en ce moment, de concert avec mon collègue de l'agriculture, de l'organisation de ce service, an sujet duquel je vous adresserai prochainement de nouvelles instructions.


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5° Provoquer el encourager l'annexion d'un jardin aux écoles normales et aux écoles primaires ru raies qui n'en possèdent pas encore, afin d'exercer les .enfants à la pratique de l'horticulture; instituer des promenades agricoles une fois par semaine avec un objet d'études qui corresponde aux travaux de la saison.

On est unanime pour demander l'annexion d'un jardin à toutes les écoles normales el à toutes les écoles primaires rurales qui n'en possèdent pas encore.

Ce projet ne semble soulever aucune difficulté sérieuse; car une location d'un demi-hectare (400 à 200 fr. de dépense) suffirait pour chaque école normale, el un? location de 4 0 ares (20 à 30 fr. de dépense annuelle) pour chaque éeule primaire rurale. Dans beaucoupde communes, le jardin de l'école pourra être établi à peu de frais sur quelque terrain public inoccupé.

Afin d'assurer l'exécution de ces dispositions , j'ai décidé qu'à l'avenir aucun plan d'école rurale ne sera accepté, si ce plan ne présente pas de jardin , soit annexé à l'école, soit en dehors de la maison commune, mais à portée du maître et des élèves.

Eu ce qui concerne les promenades agricoles, il n'y a pas lieu d'exiger qu'elles aient lieu rigoureusement toutes les semaines; mais il convient de les reconiniander et de les encourager d'une manière toute spéciale.

6° Recommander aux instituteurs des communes rurales de donner, par le choix des dictées , des lectures el des problèmes, une direction agricole à leur enseignement, soit dans la classe du jour, soil dans celle dusoir ; enfin leur recommander de faire de temps en temps, dans leurs cours d'adîi/tes, après les leçons ordinaires d'écriture, de calcul et d'orthographe , des lectures agricoles accompagnées d'explications el de conseils.

Ce système de fusionnement de l'enseignement agricole avec toutes les branches de l'enseignement primaire, au moyen de dictées, de lectures, de problèmes parfaitement appropriés, est le seul favorable el le seul utile.

En prenant la direction de cet enseignemenl, l'instituteur se gardera bien de se poser en professeur d'agriculture. Vainement dirait-il qu'il a reçu, soit à l'école normale, soit ailleurs, un


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enseignement approprié aux leçons qu'il doit donner ; les cultivateurs se mettraient en garde contre des nouveautés dont l'utilité ne leur serait pas d'abord démontrée. C'est en commençant par leur citer des exemples bien choisis que 1 instituteur lespi'éparera à en ■accepter la théorie;..:et à en faire, l'expérience. .Beaucoup d'instituteurs ont échoué dans leur mission pour n'avoir pas su la remplir avec modestie et pour être sortis au cadre qu'elle leur traçait.

..L'instruction primaire agricole sera d'autant plus efficace qu'ils l'enseigneront avec plus de sens pratique et le plus simplement possible; Aussi leurs soins devront-ils porter particulièrement, tantsur la connaissance des lois générales dèl'industrie agricole qUe sur les intérêts moraux et matériels qui s'y rattachent, c'ést-à-dire sur ce que l'on peut .appeler""-l'éducation agricole, plutôt que sur la science proprement dite.;.

Dans quelques départements, les instituteurs ont établi dés conférences.qui ont lieu le soir à la maison çomniunale , une fois ou deux par semaine en hiver. Bans ces fëunibhs/l'instituteur fait des lectures agricoles et provoque, de la part des assistants, la communication des faits intéressants qu'ils ont observés, Lui-même, sans se poser en professeur, ajoutëà l'occasion quelques expIicatiOnsseientifiques.élémentaires; il résout aussi des problèmes d arithmétique appliqués à. l/agriculture. Enfin là soirée se termine par les chants de i'orphé6u7 J'appelle votre attention sur l'organisation de ces conférences.

Du reste, il ne peut y avoir là rien que de facultatif, et même cette oeuvré doit être soumise aux mesures de prudence qu'exigé la tenue des classes d'adultes. .

7° Recommander aux préfets déplacer, autant que possible, les instituteurs possédant des connaissances spéciales d'agriculture dans les contrées où ces connaissances peuvent être plus particulièrement utilisées.;'

Je n'ai rien, monsieur, le préfet, à ajouter à cette recommandation. Il convient que vous encouragiez les effoi'tsdës instituteurs qui se sont occupés de l'agriculture, en lès plaçant dans les postes les mieux rétribués où ils pourront mettre en pratique leurs études'spéciales.

S0 Provoquer et encourager des concours annuels, entre les 'élèves, soit,des écoles primaires, sôil'dJes cours;d'adultes, et, indépendamment dès questions ordinaires de l'enseigne??)ent classique, leur donner e?ii?iê??iét<mps à résoudre des questions agricoles ; s'effot cer d'assîirer aux instituteurs, pour ce dernier objet-et en dehors des récompenses; honorifiques ordinaires, une rémunération réglée â'ûprè's le nombre dès élèves "admis, mi concours'' et' d'après le degré et le. nombre,des récompenses\ obtenues par eUx,

Pour que les maîtres soient mis en situation de propager l'enseignement agricole, la première des conditions est, je vous


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l'ai dit, que les écoles soient pourvues d'un jardin, ou d'un champ. L'état des finances communales, les répugnances et les préjugés locaux présentent des obstacles qu'avec Jëtemps et-'le concours de l'Etat et des départements, on par-yiendra à vaincre, si les expériences faites, et si les/exemples donnés sur certains points, dans les écoles des communes qui auront pris l'initiative 0e ce mouvement, obtiennent qnêlqué retentissement. .

En vue de donner à ces exemples un éclat susceptible;d'exciter l'émulation des autres communes, il est désirable que le conseil départemental introduise l'élément agricole au;s$h ides délégations cantonales instituées par la loi du 15 mars 4850. Les:lauréats des concours régionaux pourront, à cet égard, fournir à l'administration un précieux concours, néfût-ce qu'en invitant,:comme ils le feraient, je n'en doute pas, les enfants des communes voisines à visiter leur exploitation sousla direction de leur instituteur.

Les hommes dont je parle sont avant tout des hqiùmes pratiques Ayaut obtenu leur succès par le développement ou lamélioration des cultures spéciales au pays, ils ne sauront passer, aux, yeux des cultivateurs,pour des théoriciens ou dès;rêveurs; et le contrôle qu'ils exerceront sur l'enseignement agricole des instituteurs sera de nature à surmonter la défiance instinctive que,les habitants de la campagne professent pour/ceux qui ne vivent pas de leur vie et ne partagent pas leurs travaux; ;.';.

L'établissement de concours annuels entre les élèves, soit des écoles primaires, soit des classes d'adultes, paraît aussi devoir produire, d'heureux résultats.Il me suffira de vôù0 citer, comme exemple, ce quia été fait à ce sujet dans quelques départements et notamment danslë canton de0eaulieù (Cqrrèze).

Chaque année, l'un des derniers jeudis de .l'annéeScolairei, un concours général a lieusous la direction et la surveillance du comice agricole cantonal Les six meilleurs élèves;dé chaque école,-choisis par l'instituteur, sont appelés à y prendre part. L'épreuve est orale et écrite. Elle se fait devant un jury désigné à cet effet par le comice agricole, auquel se joignent lés maires du canton et toutes les personnes notables qui veulent bien assister à ces.exercices. Pendantque,- sous la surveillance de quelques, membres du jury, les concurrents rédigent leur composition écrite sur des questions .choisies le matin mêrne par la : commission; chacun d'eux, est appelé successivement dans une pièce voisine et subit un 'examen., oral devant je jury ^auquel sont adjoints les instituteurs avec voix délibérative. Les quëstions.ont aussi été choisies: le -mâtin et sont lés mêmes pour tous. Des numéros conventionnels de 4 à 40, indiquant lé mérite comparatif des réponses, sont attribués à "chacune"d'elles. Les compositions écritéssont.corrigées d'après le même système , sans qu'on, connaisse le nom dû concurrent. v


— 70 —

Il résulte de cette double opération un chiffre total pour chaque concurrent et, pour chaque éëole, un chiffre'total -aussi, se composant dé tous les numéros attribués aux six élèves dé chaque école. -

Les trois instituteurs dont l'école obtient ainsi lès trois numéros les plus élevés, reçoivent un diplôme d'honneur et une primé de 400 francs, de 50 francs et de 25 francs.

Les six élèves qui ont obtenu les numéros les plus élevés reçoivent chacun un diplômé, uû bon ouvrage d'agriculture et Une prime de 10. francs. En dehors de Ces priuiës0 un premier et un second/prix, àïis prix d'école, sont décernés dans chaque école aux deux élèves qui ont obtenu lés meilleurs numéros après les six lauréats du concours général. Ces prix consistent en un bon ouvrage d'agriculture:

Afin de perpétuer pour aimi dire les avantages de cette institution, en favorisant la continuation dés études agricoles chez les adultes, le comice agricole ouvré encore ûrièoncôursspéeialj dans les mêmes conditions, à tous les lauréats dès précédents concours, quel qû%n soit le nombre, qu'ils suivent ou non les cours de l'école. " ;

Celui d'entre eux qui obtient le numéro de mérite le plus élevé reçoitle prix "d'honneur des-^vétérans 11 consiste en un diplôme, une-'médaillé en argent grand module, uii boii Ouvragé d'agriculture et une prime de 40 francs.

Celui qui obtient le numéro 2 reçoit un diplômé, un bon ouvrage d'agriculture et une prime delOfrâucs. "

Les quatre vétérans qui se rapprochent le plùsjdes deux premiers reçoivent chacun un bon ouvrage d'agriculture. Ils peuvent concourir indéfiniment. V

tous lés concurrents n'appartenant pas à la commune cheflieu sont hébergés aux frais du comice.

La distribution de toutes ces primes et distinctions se fait-, aussi solennellement que possible, à la fête agricole.

Le comice de Beaulieu obtient d'excellents résultats de cette organisation Depuis plusieurs années, les concurrents font preuve, pour la plupart, de connaissances agricoles pratiques parfaitement raison-nées ; plusieurs présentent même aux examinateurs les registres de la comptabilité agricole de leur petite propriété . tenus conformément, aux principes expliqués dans l'ouvrage qu'ils ont entre les mains, et résolvent de vive voix et sans hésitation les problèmes les plus ardus de cette partie si essentielle de l'art agricole.

Si de semblables concours s'établissaient dans votre département, je m'efforcerais de mettre un certain nombre dô prix à votre disposition.

Permettez-moi, monsieur le préfet, d'insister enctermiiîant sur celles des mesures qui doivent avant tout fixer votre attention : ^


' — n. — ■"

4° Restreindre l'enseignement agricole populaire, en le spécialisant d'après les cultures dominantes dans chaque localité;

2° Inviter le conseil départemental à formuler un programme spécial à votre département ou aux principales régions agricoles quilecomposent;

3e Faire entrer ce programme dans celui des matières qui seront enseignées à l'école normale du département et sur lesquelles devra porter l'examen pour le brevet dé capacité,,quand les aspirants exprimeront le désir d'être interrogés Sur l'agriculture et l'borticulture;

4° Admettre, dans la pratique,, que le maître dont les aptitudes pour cet enseignement auront été constatées obtiendra, sur tous les autres, un rang de priorité , et sera de préférence désigne pour la direction des meilleures écoles ;

5° Agir sur les communes en vue d'obtenir qu'elles annexent à la maison d'école un jardin, un champ suffisant, pour que le maître puisse y donner cet enseignement :

6" Donner des auxiliaires efficaces aux instituteurs en introduisant 1 élément agricole au sein des délégations cantonales, au moyen des lauréats des concours agricoles et notamment des concours région.;ux.

Telles sont, monsieur le préfet, les mesures,dont vous aurez d'abord à vous préoccuper. Le reste viendra ensuite.

Je vous prie de me tenir, exactement au courant/de ce que vous aurez fait pour organiser, d'après mes instructions, J'enseignement agricole dansles établissements publics d'instruetiork primaire de votre département et des résultats qui aurontété obtenus. — Vous voudrez bien m'accuser réception de la pré- . sgnte circulaire.

Recevez, etc. -

Paris, le 31 décembre 1867.

Le Ministre de l'InsirueUan publique,

V. DUBUÏ.


— 72 — ESSAI

SUR LES CAUSES

QUI.ONT RETARDÉ OD FAVORISÉ LES PROGRÈS DE LA MÉDECINE

DEPUIS LA PLUS HAUTE ANTIQUITÉ JUSQU'A NOTEE ÉPOQUE

:PBôi'É^;t3'ivi:'È:wvE^'

Suite du Mémoire du docteur Mège. GRECS.

Avant Hippocrate, la médecine des Grecs n'était guère supérieure à celle des peuples do: t nous venons de parler.'Cependant, les premières notions venues d'Egypte fructifièrent en Grèce, la nature fut étudiée, lesmulades furent aussi exposés dans les lieux publics, on les reçut ensuite daus des temples; on recueillit tout ce que l'antiquité avait observé; on consulta l'expérience; on multiplia les observations; on découvrit plusieurs médicaments et l'on grava sur des tables l'histoire des maladies.

Mais la superstition et le défaut de connaissances anatomiques s'opposèrent encore aux progrès de cette marche naturelle. Comme les Égyptiens, qu'ils ont d'abord imités, les Grecs attribuèrent l'invention de la médecine à leurs dieux et à leurs héros.

Mélampe est le premier grec qui se soit occupé de médecine : berger, poète el devin, aussi bien que médecin, il avait la singulière facilité d'imiter la voix de tous les animaux. En gardant ses troupeaux, il chantait, prédisait l'avenir et faisait des cures miraculeuses. Iphianasse el Lisippe, filles du roi Proetus, élant devenues folles pour s être crues plus jolies que Junon, Mélampe les guérit en les faisant baigner dans la fontaine dite Clitorienne et en leur faisant prendre l'ellébore. En récompense de cette cure, il obtint, la main d'Iphianasse et le tiers du royaume du roi des Argiens. Mélampe apprit aux


Grecs à mettre de l'eau dans le vin (4y ; il vivait cent cinquante ans avant Esculape. Il fut déifié et on lui sacrifia. Thyodomas, son fils, hérita de son savoir, mais non de sa célébrité.

Le centaure Chiron et ses disciples, Hercule , Aristée, Thésée, Télamon, Teucer, Jason, Pelée, Achille, ont été célèbres en médecine; on dit qu'Aristée a enseigné à faire le fromage, l'huile et le miel : qu'Achille a inventé le vert-degrls; que la lance que le centaure Chiron donna à ce héros avait la vertu de guérir les blessures qu'elle faisait. Euripide pria Patroclê de lui faire une incision à la cuisse pour en retirer le dard qui l'avait blessé. En prescrivant la diète et l'exercice, Palamôde préserva le camp des Grecs de la peste qui ravagea l'Helléspont et Troie. Aulolycus, Ulysse son pelil-fils, Phocus, Orphée, Musée, Linus, Eribotes, Japis, Cadmus ont aussi passé pour médecins; mais le plus savant, le plus grand, le plus honoré de tous les médecins de l'antiquité fut Esculape, si célèbre par ses cures miraculeuses et par le cuite étonnant qu'on lui rendit. Il guérissait ies affections de l'âme par la musique et les jeux. Pour ies maladies physiques, à l'usage de quelques médicaments il joignait les amulettes et les talismans. Quelquefois il ordonnait aux malades de dormir dans une peau de bélier pour leur inspirer des songes favorables à leur guérison ; voilà pourquoi la statue décrite par Casalius (2) le représente avec une tête de bélier au côté gauche, et pourquoi aussi on dit qu'Alexandre eut un songe par lequel il connut la racine qui devait guérir Ptolémée (3), et qu'Aspasie fut guérie d'-un ulcère au menton par l'apparition en songe de Cyprès sous la forme d'un pigeon (4). La chair de porc, d'âne, de vipère, le sang de taureau entraient dans la matière médicale d Esculape; il donnait l'aurone (santoliae co??imune) contre les vers Higin dit qu'il est le fondateur de la médecine clinique. Pausanias, Galien, Tacite, Elian parlent de plusieurs cures miraculeuses d'Ësculape, dont Philostrate el Aristophane ont. eu l'irrévérence de se moquer. Les résurrections qu'opérait ce dieu de la médecine étaient si nombreuses qu'à la prière de Plulon, Jupiter foudroya le trop puissant Esculape , particulièrement pour avoir ressuscité Tyndare, Orion. Hymnée, Hippolyle, Glacus el quelques autres, comme l'attestent Panyasis Polyanthe, Pline et Pausanias. Méprisant le témoignage, de ces savants, Heraclite (5) s'avise d'avancer

(1) Pausanias. liv. 1 et Homère, liv. 15 de l'Odyssée.

(2) Deprofond. Rom. rililius. c. 7.

(3) Curt. lib. IX. c. 8.

(4} Elian. Var. lib. SU, c. 1. p. 540. (o) De incredibilibus, e. 26. p. 78.

1868 -i"


— IA —

qu'Eseulape a succombé aux suites d'une inflammation que Suidas dit être une fluxion de poitrine Quoi qu'il en soit de la cause de sa mort, Esculape fut déifié, suivant Clément d'Alexandrie, cinquante-trois ans avant la guerre de Troie. On lui bâtit des temples décrits dans Pausanias et Strabon. et situés à Tithorée, en Phocide , à Epidaure, dans l'île de Cos, à Mégalopolis, en Arcadie, à Cyllen. en Elide, à Pergame, et plus tard en Sicile, à Rome . etc. Pour desservir ces temples, on institua des prêtres ou ministres du dieu de la Santé. Avant d'introduire les malades dans le temple, on leur faisait des purifications, c'est-à-dire qu'on les faisait laver, baigner, purger, et qu'on leur faisait suivre un régime pendant un certain temps, après lequel on était admis dans le sanctuaire pour y invoquer ia toute-puissance du dieu. Les prêtres faisaient quantité de cérémonies et de prières, et l'oracle qu'on entendait, mais qu'on ne voyait jamais, ordonnait ce qu'il fallait faire el prononçait la sentence de saiut ou de mort. On était forcé de suivre tout ce que l'oracle avait prescrit. Pour lui obéir, Aristide se crut obligé de manger du plâtre et de la chélidoine, ce qui le fil mourir hydropique (4). Pour ne pas compromettre la réputat'on d'Eseulape. on avait soin de n'enterrer aucun mort dans le tempie ou les environs; il n'était pas permis d'y mourir; les malheureux incurables élaienljugés indignes de ia bonté divine, et ies prêtres les renvoyaient sans pitié terminer au loin leur triste existence. Mais les cures les pins simples môme étaient publiées partout avec exagération ; le peuple les admirait et rendait grâce au divin Esculape. Les prêtres ne se contentaient pas d'une stérile adoration pour remercier dignement leur dieu; il fallait lui faire des offrandes en échange des bienfaits qu'on en avait reçus; il fallait, suivant ses moyens, donner des statues, des ornements, des vases, des médailles pour les temples , figurer en or, en argent ou en peinture ies parties qui avaient été le siéTe du mal et confier aux prêtres la garde de tous ces objets (2). Pour transmettre à la postérité les guérisons miraculeuses, ou en gravait sur des tablettes (tabules volivoe) les principales circonstances Du temps de Pausanias (3), le temple d'Epidaure, qu'on appelait pays saint, renfermait eneore plusieurs de ces tablettes fixées aux coionnes. Gruter a recueilli celles qu'on a trouvées dans l'île du Tibre, et Jîundertmarv (4) les a reproduites et expliquées. Springel (S) en a traduit plusieurs ; en

{1} Arist. oral, sacra prima.

(?) Paus. lib. 1, c. 3i, p. i31 et lib. X, c. 2, p. H6. (3) Lib. 2, c. 27, p. 279.

(i) De incrementis arlis medicce per expositionetn (Cgrolorum in rîas publiai et templa. (t. p. 1749, in-4<=). (5) Oiivrace eilé, u. 157, t. 1",


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voici une : « Dans ces jours, un certain Gracus, aveugle; apprit de l'oracle qu'il devait se rendre à l'autel pour prier, ensuite faire un voyage de la droite à ia gauche, mettre les cinq doigts sur.l'autel lever la main et la porter sur les yeux : aussitôt que cela fut fait, il recouvra la vue en présence et aux acclamations du peuple. Ces signes de la toute-puissance se manifestèrent sous l'empereur Antonin. »

Pour remercier Esculape de l'avoir guéri d'un ulcère à la lêle, Échine composa des vers en l'honneur de ce dieu. Galien et Pline (4) rapportent la fameuse composition de l'eudemvs, qui avait la vertu de guérir la morsure des animaux venimeux el qu'on avait gravée sur le portique du temple de Cos.

Pour célébrer les bienfaits d'Esculape et en perpétuer la mémoire, ses préires établirent des fêtes qu'on appela A sciepies, ta. Aroy^raia, dans lesquelles le peuple se rangeait en procession : les prêtres et la statue d'Esculape ouvraient la marche: des torches, des flamlieaux, des emblèmes étaient portés avec pompe. On chantait des hymnes à la louange du dieu fêté; ensuite on mangeait on buvait ensemble on s'exerçait à la lutte, puis on faisait des offrandes (cet article n'était jamais oublié), elle tout se terminait, comme chez les Corybanles, par de nouveaux chants, des danses et des jeux extravagants.

De même que les prêtres d'Egypte, ceux d'Esculape avaient le droit exclusif d'exercer l'art de guérir, et de n'admettre aucun profane sans l'avoir initié aux mystères de la science el lui avoir fait jurer , par Esculape et tous les autres dieux, de garder inviolables les secrets qui lui seraient révélés.

Celte loi, qui forçait les fils d'embrasser la profession de leurs pères, se retrouve chez tous les anciens peuples. Sous l'injuste prétexte de ne pas confondre les classes, de conserver la pureté des générations, de perpétuer les privilèges, on compromettait l'intérêt général, et loin de favoriser le progrès des sciences et des arts, ceux qui étaient obligés de s'y livrer sans aucune disposition naturelle pouvaient perdre le fruit de plusieurs siècles d'expérience et de combinaisons. On doit regarder cet usage antique comme un grand obstacle au perfectionnement Ce serait une erreur évidente de croire que l'habitude d'être livré au même genre de travail doive seule favoriser la perfection. Pour exceller, il est indispensable de joindre l'aptitude à l'exercice- Etre inférieur dans la science qu'on a étudiée ou dans l'art qu'on a appris prouve qu'on était né pour tout

(1) Galenus. De Antiiol. libVII,;p,-4;52 et 3?iînè0iv. 20;'.e.: M;


autre chose. Il y a des médecins qui ont cinquante ans;0e pra - tique et pas un an d'expérience, parce que cêlie-éiiie se

, Compté que par le nombre de faits qu'oua su voir.;

Machaon etPodalire, fils d'Esculape,; se distinguèrent à la guerre.de Troie, tant par leur héroïsme militaire que patleur zèle à panser les blessés. Machaon soigna Ménélas dé la

j blessure que Pandore lui avait taite, et iLguérit Philoctéte de

: la; claudication' que lui avait causée une flèche imprégnée du fiel de l'hydre, du marais de Lêrne.Àntielea,filiè..'"dû:'roi de Messénie, était la femme de laquelle il" eut plusieurs fils qui héritèrent du;royaume de leur aïeul, et qui probablement furent médecins.

Eodalire est le premier qui ait pratiqué la ;saignëë;01 fit cette opération aux deux bras delà fille: du roïJDànialMs pour la guérir d'une chute qu'elle avait faite dû hàùtd'une maison. Eu reconnaissance de cette cure, ce roi lui donna sa fille en

.-. mariage et la GhersonèsèjOÙ Podalirë: fit bâtir deux villes, l'une qu'il appela du ;nomi de sa femme iSj'f»<«,;/et; l'autre Bybassus, nom du berger qui lavait reçu après un naufrage.

Machaon et Podalire paraissent avoii-iMconnùla médecine ; on ne rapporte.d'eux que des cures chirurgicales. Boinêre ne dit pas qu'ils aient donné des conseils contre là pesté. Il fallait que Machaon n'eût guère de connaissances éh-médecine pour prendre le dégoûtant breùvagequ'on lui présentà^quanqflfut blessé (f),. Cette ignorance de la médecine a Mtcroin0à--Celse que la; chirurgie était la plus ancienne partie de ; l'art de guérir (2). :. ';, '

De la guerre de Troie à celle,du Péloponèse, ë'est-à-direi du vingt-huitième siècle au trente-sixième, la medeèîne, dit-on, est restée dans les ténèbres et n'a été rendue à la lumière que par Hippoerate.: « Seqiientia ejus (mëdicinx, à trojânis. lémporibus mwumdictu in nocte dènsïssimâ iàiuei'e,Jusque ad;IJolopo?iesiacum hélium. Tùnc eànl in liicem revocavit Lîippocrales » (Plin. lib 29, c. I). Cependant, lès déseèndants.d'Es,.

déseèndants.d'Es,. qu'on appela Âsclepiades, pratiquaient; la médecine

■•;■ dans toute là-Grèce. Eratosthèné, Phërécydës, Apollodore, Polyanthus ont écrit sûr ces médecins;: maisi leurs ouvrages

. sont perdus. Thaïes^ Ëpiinénidé de Cnosse et autres philosophes réfléchirent sur la nature de l'homme ;0|s se' livrèrent/à une médecine spéculative, et les Asclépiadësfbrmèrehttrois {écoles où les malades étalent traités et la médecine enseignée! Ces

(1) Du fromage, des oignons et de la farine délayée dans dû. vin de Prarnme. . (2) De re mcdica.Hom, Hidd.1V. v. 630;


écolesétaient à Rhodes, à Gos et à Guide. La •première, ne fut pas "de longue durée; les deux autres/fforissaieht en même temps que celle d'Agrigentë, où était Pytbagore Galien place celle de Cos. au premier rang, Celte de .Cnide au second, et celle de Sicile au troisième. Hérodote parlé aus-i d'une 1 école de inédecinë fondée dans le temple d'Esculape à Cyrène, et dune autre à Crotone patrie dé Democède, qui guérit Polycràte d'une grande maladie, traita Darius d'une luxation au pied et la reine Atpssa d'un cancer au sein. Polyclête, médecin du cruel Pbàlaris, tyran d'Agrigentë, était de l'école dé: cette ville. '■ '•"";.■■ '■:.'.. ■■.•;

Il nous reste très-peu dé renseignements positifs sur toutes ces écoles, Les prénotions coaqûes résultent d'observations sans raisonnement 'faites par les /médecins de Cos. En parlant de Ghide, Hippocrate dit qu'on y trouve l'histoire des maladies comme aurait pu la faire quelqu'un qui .n'aurait rien su en "médecine, et qu'on n'y trouve rien dé ce qu'au médecin doit savoir avant le rapport du malade (I). Euryphbn a passé pour être l'auteur des sentences enidiennes. L'école de Pythagore fit beaucoup de bruit;; les idées extraordinaires de ce philosophe je rendirent le plus célèbre de son époque. En -parlant des pythagoriciens, nous verrons quels étaient leurs principes.

Dès Je temps de Pjthagore. tous les philosophes grecs étudièrent là médecine, qu'ils confondirent avec la philosophie ; ils sentirent que ces deux sciences étaient inséparables, qu'on ne pouvait pas êtrephitosophe sans avoir étudié l'homme. Ici, le 'raisonnement commencé l'application, de la physique à la médecine. Mais le défaut de pratique, l'ignorance en anatomie et lé goût naissant des systèmes s'opposèrent encore à l'exactitude des con naissances.

Lés philosophes donnèrent pour des vérités des erreurs d'autant plus nuisibles à l'avancement de la science qu'elles étaient étayées de quelques principes vrais, et rendues spécieuses par une dialectique brillante, mais toute sophistique. Empédocles, le plus remarquable:des disciples de Pythagore, a écrit en vers sur la médecine Ses idées sur la respiration, l'ouïe, la chair, les semences dés plantes, n'ont contribué en .■rien;-à la découverte de la vérité, qu'à l'égard de la médecine on ne saurait rencontrer hors de la connaissance intime de l'homme. ;;

Empédocles a été soupçonné de magie, parce qu'il disait à Gorgias,.son disciple, qu'il lui apprendrait les secrets deguérir toutes sortes de maladies, de rajeunir les vieillards, d apaiser

(i) Hippbe.Deraiioàe viclusinacutis, lib.. 1.


T^LIes tempêtes,- de ressusciter lés morts, etc. II.détourna à ses frais le cours de dèUx ruisseaux, dans l'inténtionde détruire lés causes de la pesté qui désolait Selinunte, ce qui lui valut les,honneurs divins. Avant de se précipiter dans l'Etna, Era^ pêdoclës guérit une femme d'Agrigentë qui était abandonnée de tous les médecins (1).

Suivant un ancien commentateur de 'Platon,. AIcméon est le premier qui se soit permis dé disséquer un animal, mais il faut que ses recherches n'aient pas été poussées bien loin et qu'elles aient eu peu d'influence, car personne n'en a profité. Acron,' médecin d'Agrigentë, â écrit un livré de médecine en dialecte dorique. Il fiorissait à Athènesdu.temps d'Empédocles. Heraclite s'est aussi mêlé; de médecine. Il a ■prétendu., que" l'urine se formait dans la vessie comme la pluie dans la seconde région de l'air, que le feu était le/principe de toute chose, que tout dans l'univers doit être rapporté au destin. Ce philosophe fit un livre sur la nature et le déposa dans le temple de Liane. Ce livré était très-obscur' afin que personne du: peuple, ne pût lé comprendre. Heraclite parlait rarement*, quand cela lui arrivait, il ne disait rien que par énigme; Pour, consulter les médecins sur..Thydropisié dont il était attaqué, il leur demanda s'ils pourraient convertir la pluie eri un temps sec et serein ; voyant qu'on ne l'entendait pas, il alla dans une étàb'lè à'boeufs, où il mourût asphixié, pouf g'être couvert de fumier dans l'espoir de dissiper par la';tran.spir'atioû'-i'eau.;qui: causait sa/maladie. Se croyant médecin pour avoir passé sa vie à pleurer ou à imaginer dès extravagances, et jugeant les autres d'après lui, Heraclite a dit qu'il n'y aurait rien déplus sot qu un médecin s'il n'yavait pas des gramniairiens (2).

Diagoras, Antigènes, Cegimus, Ëuriphoii, Bérodicus, Demo-. crite, ont été philosophes, médecins et contemporains d'Bippocrate. Diagoras embrassa l'étude de la nature en grand0 il reconnût des lois au moyen desquelles il pouvait tout expliquer, sans avoir recours aux dieux; il professa l'athéisme, et fit des livres pour répandre ses idées; mais la religion païenne s'offensa des vérités qui pouvaient la. détruire,.Les Athéniens bannirent Diagoras, brûlèrent ses livres et promirent un talent à qui le tuerait

Démoerite a beaucoup écrit en médecine, il â traité de la nature de l'bomme, de la peste, du pronostic, de la diète, des causes dés maladies et des.chosesqui sont contraires au corps; il a aussi écrit sur les plantes et les animaux. Pline <3) rapporte

(i) Voyez Plularque.

(2) Voy Diogène Laërce, et Plutarque.

(3) Lib.'24, cap. 17.


que ce philosophe a imaginé un remède pour avoir de beaux et bons enfants; Ce remède est composé de pigeon, de myrrhe, de safran, de vin dé palmier et de lait. Coelius aurelianus nous apprend que Démocrité donnait contre la rage une décoction d'origan qui devait être bue dans une coupe sphéroïde. Il traitait l'éléphantlasis par la saignée et une herbe qu'on ne connaît plus; il savait fondre lès cailloux, faire des émeraudes et amolir l'ivoire • .;

Les abdéritains, ses compatriotes, je crurent fou, parce qu'il avait avancé que la cause de. là folie dépendait de l'organisation du: cerveau; pour le guérir ils appelèrent Hippoçrate qui fut ençhaiité de sa conversation savante et déclara que ce philosophe était le seul sage 0'Âbdêré, Pour témoignage de l'estime que lui avait inspirée Démocirte , Hippoçrate écrivit ses ouvrages en dialecte conique,

Ce précis des connaissances des plus anciens peuples, démqntre.qu'ilsont complètement ignoré la science médicale; que dans certains pays, la salubrité parfaite dû climat et la simplicité des moeurs ont prévenu les besoins qui auraient pu la faire découvrir; que l'absence des conditions sociales a dû s'opposer à sa culture ; que partout et de tout.temps jusqu'à Hippoçrate,; l'erreur, les préjugés, l'imposture religieuse ou politique, ont comprimé l'esprit d'observation et anéanti l'expérience à / mesuré que les circonstances l'offraient aux hommes. Que des inilliers;de siècles auraient pu s'écouler ainsi sans que jamais il fut/possible d'arriver à'dès connaisçances exactes, susceptibles d0tre liées par le raisonnerne/hL

Néanmoins, les remarques et les observations imparfaites des Asclépiades ; les idées systématiques de Pythagore et de ses nombreux disciples, les réflexions, quoique souvent erronnées de plusieurs autres philosophes, déterminèrent la recherche de la vérité, et préparèrent la création,d'une médecine scientifique; : la théorie vînt au .secours dé la pratique et vice versa. Enfin Hippoçrate naquit, et la médecine fut.

" " MÈOE. ' ; ■ :


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Wsë:BQVva,tÈ.i soinvé/raini çoratrê.Ià p;ëciîEJiseiiiiisii©pie. ''épfsaotiQùe "îles ï»ôtcs"&jcâijriies»'.'

Depuis plusieurs années , en Belgique, est en pratique une opération qui intéresse au plus haut degré les agriculteurs de tous les pays.

M. Willems fils, docteur en médecine àflassëlt, a trouvé un moyen aussi simple qu'efficace de préserver; les bestiaux de la pêripneumonie épizootiqué, ce fléau terrible qui a exercé de si cruels ravages dans plusieurs contrées de l'Europe, et auquel on n'a su opposer jusqu'à ce moment que dés précautions hygiéniques et l'isolement absolu.

Le procédé de M. Willems, qui nous paraît; conflrmé par une; suite de faits concluants, consiste dans l'ihoçûlàtiôn;0e l'affection contagieuse elle-même

On prend le virus sur un boeuf infecté et on le dépose dans la queue d'un boeuf sain. A l'a "suite de cette opération, il se développe localement mie série de phénomènes morbides d'une nature spéciale, et, après leur disparition, l'animai est à l'abri de tout-danger.'-

Les expériences de M..Willems ont été faites avec tout le soin possible dans une étable appartenant à éôh pôié, président de la commission provinciale duLimboûrg; Dans cette étable > où te fléau n'avait cessé de régner depuis quinze années,008 boeufs ou vaches ont été soumis à l'inoculation, pas un seûbn'à été atteint de pêripneumonie, tandis que sûr BO autres , placés cependant dans les mêmes conditions, niais qui n'avaient été l'objet d'aucun traitement préalable, 47;ontrsubirinfluehcé:dë la maladie. Ces expériences, commencées en février 4854, .ont été sans interruption continuées jusqu'à ëe jour. 0

Ces années dernières, dans nos montagneside la Tarentaise ; quand le fléau sévissait avec rigueur , cette recette tomba par hasard entré les mains d'un de nos plus riches propriétaires ; il en fit l'essai, et pas un des animaux qui furent inoculés par lui n'a été atteint de la maladie. Il faut espérer que les résultats certains de cette précieuse découverte nous délivreront àjamais des atteintes d'un niai qui a porté tant de fois le désespoir dans nos campagnes.

(Lé Savoyard.)


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EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX.

Séance du 8 février 1868.

PEÉSIDENCE DE M. FENNEBRESQTJE, VICE-PIiÉSIDENT.

La séance est ouverte à une heure et demie. ■ Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

M. Viel lit le procès-verbal de la section d'agriculture. Dans sa dernière réunion, la section s'est reconstituée, et a nommé M. Rouillé-Courbe président, et M. Viel secrétaire La section émet le voeu, à une grande majorité, que son bureau, complété par l'adjonction d'un vice-président, soit élu pour trois ans, comme le bureau de la section d'horticulture. Cette proposition entraînant une dérogation au règlement, une discussion s'élève à ce sujet, et plusieurs membres soutiennent ou combattent l'opportunité de cette modification. On va aux voix au scrutin secret, et la majorité se prononce en faveur de la prise en considération de cette proposition. En conséquence, une commission composée de MM. Diard, président, Lesèble, Duclaud, Auvray et Rouillé-Courbe, est chargée d'étudier l'opportunité de ce projet de modification au règlement.

M. Barnsby donne ensuite lecture du procès-verbal de la section d'horticulture. La section a recruté quatorze nouveaux adhérents, savoir MM. Marne-(Alfred), Autreux, Rarillet, Bonnet, Cbandesris, Deniau, Louzier, Guépin-Avril, GuépinBouchard, Ploquin. Guindon, Roussel, Vacher et Vausseùr fils. La section se félicite particulièrement de l'adhésion de M. Marne qui, indépendamment de bien d'autres titres à la reconnaissance du pays, est aujourd'hui le promoteur le plus zélé de rhorticulture en Touraine.

Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, le secrétariat a reçu les ouvrages suivants :

Manuel complet de la faim cation et de l'emploi des couleurs d'aniline, d'acide phénique, de naphtaline et des homologues de ces substances, par Th. Château, chimiste, membre correspondant. 2 vol. publiés dans l'Encyclopédie Roret. Don de l'auteur. — Des rcmereîments sont votés à VI. Château.

Du choix el de la culture des graminées propres «- l'ensemencement des pelouses el des prairies, par Courtois-Gérard, horticulleur-grainier à Paris. — Du choix et de la culture des po)nt?ics de terre, par le même.

1868 5


m

Correspondance. —M. Houssard, retenu au Corps Législatif par la discussion de la loi sur la presse, s'excuse de ne pouvoir assister à la séance., et remercie ses collègues du nouveau: témoignage d'estime et de confiance qu'ils lui ont donné en lui conférant le titre de président.-

La société d'horticulture d'Angers et la Société d'agriculture de Genève, demandent l'échange de leurs publications avec les nôtres. Adopté.

L'ordre du jour appelle la leeture"d'un second rapport de M. le président Diard sur les papiers laissés par M. Guerry et donnés à la Société par MM. Poisson. .

L'honorable rapporteur signale à toute l'attention de l'assemblée un manuscrit de 86 pages in-4°, écrit tout entier de la main de M. Guerry, distribué avec l'ordre que son esprit méthodique mettait partout, et conservé par lui avec un soin tout particulier. Ce manuscrit a été partagé, par l'auteur, ensix parties. Dans la première, qui est sans titre, l'émiuent, statisticien moraliste recherche quelle direction doit être imprimée aux sciences morales. Les cinq autresparties sont des explications sur les résultats constatés par les cartes de son atlas, leur invariabilité; la nature et le nombre des crimes ; leurs rapports, soit entre eux, soit avec la population; leur accroissement, et la cause dé cet accroissement; titres sous lesquels ces diverses études sont placées.

Nous ne pouvons suivre M. Diard dans l'analyse étendue qu'il a faite de ces études, analyse que le savant magistrat a su rendre pénétrante et pleine d'intérêt. Malgré son état d'imperfection, dit M. Diard en terminant, ce travail offre une véritable importance; c'est le complément, l'explication du; grand atlas de M. Guerry; c'est une nouvelle introduction, plus nécessaire encore que ; celle dont il â fait précéder ce magnifique ouvrage. Il est donc à désirer que ce travail soit publié, et M. Diard offre de s'occuper de cette publication qut ajoutera un nouveau lustre à la réputation de l'éniinent moraliste. ,

L'assemblée, qui a écouté avec une faveur marquée la coiumunication de M. Diard et qui à la fin l'a saluée de ses applaudissements, en vote l'impression et adopte en principe proposition de la publication, sauf à rechercher avec quelles; ressources et sous quelle forme elle pourra.être faite, Une commission, composée çle MM. Diard, de Sourdeval, Lesèble, Ressy, Poisson (André , le trésorier et le secrétaire perpétuel, est chargée spécialement d'étudier cette question.

On procède ensuite, de la manière suivante, à la nomination des diverses commissions qui doivent fonctionner en 4868 ::'. ■"

Çomniissiwi du parcours départemental. —:.-MM.- Houssard0


■— 8;3, — ■•■:.

Fennebresque , Chevalier , Delaroche ,: Pasquier £'. RouilléCourbe, Hénraux, F. Derouet, ■■Ressy,. M0stivier,J, Vacher, Bordes-Bonjean, Duelaud, Poisson, Pinet, lé marquis de Mehou, de Fontenailles, Hurét, de Beaumont, Turgan, Viel0 Roche, Nicoile, de Sarcé, Thibault, Vaugondy , 70rye et Goussard dé Mayôlles. — Là" commission; générale pourra se subdiviser en plusieurs sections, notamment en une soUS^ sectioude viticulture. ;"' •''.'' ;: ,

Commission du comice de Saint-Ave?iin, pour les cantons réunis de Tours-Sud et de Mo?itbazo?i. — MM. Houssard, président; Gottier, vice-président; Pasquier, secrétaire; Fennebresque, Chevalier, Delaroche, Gripouilleau, Haingûeriol;, HâUssmann, Ch. Poisson, Hurét, de Richemont, Ressj', Lesèble, Rouillé-GoUrbô, Thibault, Thiëlou, Viémont,Charpentier, De-. laville-Leroulx (Alfred, Joseph et Paul), Fournigault, (ïoùssens, Mourruâu, de Sazilly, Touchàrd, dé Villeneuve, Rlanehard; Turgan et Goûssard de Mayôlles —M. Roûille-Courbé/remplira les fonctions de président du;.comité d'oi0anisationdu; comice.

Commission de sériciculture. — 'MM Rouillé-Courbe, président; Pasquier, secrétaire; Kiëolle, Boutard, Viel et BaratPaiiu.

BaratPaiiu. 7...

Commission des finance!,\ —- Les cinq membres diibureau, les présidents de section, et MM. Voilée, Routard, A. Forest, Ressy et Nîçolle.

Commission de rédaction.-r- MM. ; Borgnet, Ressy, /Lesèble, Fennebresque, Barnsby, l'abbé Chevreau, Duelaud, et le secrétaire perpétuel.

Commission du concours littéraire et du concours sçienti-, /îg-we,-—MM. Jonette, Deïphis de la Cour, P. duGhâteaii, Ressy, Lesèble, de Tastes, l'abbé Chevreau, Voilée et le secrétaire perpétuel.

M. Viel, poursuivant les études qu'il a entreprises sûr là maladie des pommés de terré, invite, non-seulement ses collègues, mais encore les agriculteurs étrangers à la Société, à lui envoyer un litre de tubercules malades, pour le mettre à même de Continuer ses analyses, (S'adresser rue de l'Archevêché, 4 2], ; A cette occasion, M. Fennebresque signale l'importance dé laçûlfurë du topinambour pour la nourriture du bétail, et il ajoute que certains cantons agricoles se louent beâucbupd'en faire usage. .■'■.' 7

M. Belle obtient ensuite la parole pour lire un mémoire sûr le faucàrdêment et le curage des petites rivières et des ruisseaux. Cette opération, dit l'honorable membre, telle qu'elle s'accomplit aujourd'hui, soulève de; gravés objectiohs. Aux termes des, lois, un syndicat, pris parmi les principaux intéressés, s'adjoint un ingëhieûr pu un conducteur dés; ponts et


— 84 —

chaussées; puis ce même syndicat décide, surveille, dirige le curage et procède, à la répartition dés sommes nécessaires à ces travaux. En fait, les choses se: passent bien autrement. C'est l'administration des ponts et chaussées qui provoqué, décide^ surveille et dirige les travaux, et le syndicat donne purement et simplement son adhésion. M. Belle affirme et démontre par des chiffres que celte opération, grâce à la facilité des syndicats et à l'autorité toute-puissante de l'administration, est devenue onéreuse pour les riverains, désastreuse pour les prairies», ces fleurons de la propriété rurale, et funeste à la reproduction du poisson, triple inconvénient qui doit appeler l'attention des propriétaires sur cette question. En terminant, M. Belle exprime le voeu que (es sociétés d'agriculture, se préoccupant à bon droit de ces graves inconvénients, n'hésitent pas à signaler au gouvernement lui-même les mauvais effets des lois ou des règlements.

L'assemblée s'associe aux; vues exprimées'.avec tant de sagesse et de modération par MV Belle, et renvoie son intéressant mémoire au comité de rédaction. Plusieurs membres appuient ses conclusions de leur expérience personnelle, et s'unissent à lui pour signaler les conséquences fâcheuses des curages trop multipliés, et les frais hors de toute proportion avec le reyénulquë ces opérations entraînent pour les propriétaires riverains.

M. Barnsby, qui avait été chargé d'examiner des marnes des environs dû Grand-Pressigny envoyées par M, le docteur Léveillé, rend compte de ses analyses. Deux premiers échantillons contiennent environ 60 parties de carbonate de chaux et 40 parties d'argile; lés réactifs n'y ont révélé aucune quantité appréciable de phosphate de chaux, et seulement quelques traces de nitrate de chaux, comme on en trouve dans la plupart des craies et des marnes de la Touraine. Ces marnes sont donc bien inférieures à celles de la Bordé qui renferment 96 0/0de calcaire, mais non les 7 0/0 de phosphaté de chaux qu'y a annoncés M. Léveillé. Ces analyses ont été répétées par MM. de Tastes, Helle et Chaumier, et ont constamment donné les mêmes résultats. — L'assemblée remercieM. Bàrnsby de cette utile communication.

A la fin de la séance, on procède au sërutin secret, à la réception de M. l'abbé RâStier, maître de chapelle de la cathédrale. M. Rastier est élu membre titulaire à l'unanimité des suffrages.

L'ordre du jour étant 0puisé, la séance est levée à quatre heures et demie.

Le.secrétaire perpétuel, G. CHEVALIER.


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CielMau./" ,7 70:oii. 0 i Pluie ,,« 12 vent du N, ;2

id. peu nuageux, à 1/4 couvert' O;'— 1 3 Neige * 3 N. E.io

id, nuageiiï à 1/2 couvert C6 —. 2 4 Rosée .;••■ 0 E. 1

id. trSs-nuagèùx à 3/4 couvert 7» .— 3 4 .Gelée H. ; ..*.-..,- 9 . S. B.; ;0

id. couveït" 7«— 4- 8. Gelée ; - A -14 S.;,,;/?

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id. brumeux , 7 i/; ■-'H-.^- hr. 8 Grèlë -jl. Grésil o 4X77.3

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NOTA.— .L'état du ciel est Calculé sur la niôyënae de lajôumêéî'ûênest.dè même de la direction

Idu vent. . , _ .-,--_'. _ ■'..-:. - - '

Dans.les colonnes 2 et 3 on exprime les températures au dessous île zéro par le signe — ; 1 absence de ce signeinâique une température supérieure à zéro.


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LES JARDINS M'CATHERINE :BE;MÉDfCIS;7 ■■■.-■ : 1S63-1565:

Introduit en'France par messire Passelo, le jardin italien devait subir, avant dé se transformer entre les/mains de Le Nôtre et de devenir le genre français,; une modification assez importante, qui, mieux conduite, pouvait ouvrir une voie nouvelle à l'art dés jardins et réaliser, dès le xArie siêelB, le type naturel du parc anglais. Cette modification est due a-Rer-. nard Palissy. Le célèbre potier de terre a exposé ses idées dans son Desseind'un: jardin délectable,: et comme ces .idées'furent appliquées pour la première fois à Ghenùnçëau, du moins en partie, parles ordres de Catherine de Médicis, il importé/d'en présenter ici une courte analyse.

Pour établir son jardin, Palissy choisit une vallée aupied d'une montagne ou d'une colline., « IL est impossible, dit-il, d'avoir un lieu propre pour faire un jardin, qu'il n'y ay e quelque fontaine ou ruisseau qui passe par le jardin; et p'our/ceste cause, je veux esliré un lieu planier au bas de quelque montagne oU haut terrier, afin de prendre quelque source d'eau du dit terrier, pour la faire dilater à mon plaisir par toutes les parties de mon jardin. Et m'asseure qu'ayant trouvé ce lieu, je fèray un autant beau jardin qu'il en fut jamais "sous, le ciel, hors mis lé jardin de paradis7 terrestre... Il y/a en France, ajoute-t-il, plus de quatre mille maisons nobles ou la dite commodité se pourroit aisément trouver, et singulièrement le long des fleuves, comme tu dirois le long dé la rivière de Loire et le long des autres fleuves i »

Après avoir ainsi choisi l'emplacement de son jardin, Palissy le divise en quatréparties égales au moyen dé deux-allées qui se coupent à angle droit; ces allées intérieures se rattachent à -une allée extérieure plautée d'ormeaux, qui règne tout autour du jardin sur les quatre côtés. 11 doit y avoir dans le pourtour a huit cabinets diversement éstoffez, "et de telle invention


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qu'on n'en a encore jamais veu ni ouy parler. » Les cabinets placés aux quatre angles sont bâtis de blocs de pierre irrégulièis dont les joints sont habilement dissimulés, ou de briques recouvertes d'émaux, de manière à se rapprocher autant que possible de la nature et à cacher le travail de l'homme. L'un des cabinets, adossé à la colline, a au dehors la forme et l'apparence d'un rocher, el laisse suinter l'eau de toutes parts : il est planté sur la voûte d'arbres agréables aux oiseaux pour les inviter à y venir chanter; à l'intérieur, il est couvert d'émail liquéfié par la chaleur du feu, et cet émail, aux couleurs variées, cache la jointure des briques ou des pierres. Les trois autres cabinets d'angle, établis dans le môme goût et par les mêmes procédés, représentent des grottes rustiques qui semblent avoir été creusées au naturel dans le rocher. Tous ces rochers factices laissent échapper de nombreux filets d'eau provenant des sources de la colline voisine par des canaux secrets.

Les quatre autres cabinets, placés à l'extrémité des allées transversales, sont des cabinets verts formés d'ormeaux. Rernard Palissy, qui réprouve les formes d'animaux données de son temps aux arbres et aux arbustes, non parce que ces formes sont anti-naturelles , mais parce qu'elles sont de trop courte durée, veut que ces ormeaux soient façonnés et taillés comme des colonnes. Une incision faite au pourtour du tronc de l'arbre, en des points convenables, au sommet et au pied, provoque l'extravasation de la sève et la foi mation d'un liourrelet circulaire qui simule le chapiteau et la base; les branches sont ensuite priées d'une colonne à l'autre, de manière à imiter l'arcade ou l'architrave; enfin d'autres branches, entrelacées dans tous les sens à l'intérieur, forment la voûte et complètent la décoration architecturale du cabinet de verdure. Le promeneur n'est plus sous des arbres. il est sous un portique, et le jardinier semble avoir disparu pour faire place à l'architecte.

Dans chacun de ces cabinets de verdure se trouve un rocher maçonné avec la muraille de clôture du jardin, rocher tout ruisselant d'eau et orné d'une foule de plantes et d'animaux modelés en terre et émaillés d'après les procédés récemment découverts par l'inventeur des rustiques ligulines du roi. C'est là certainement l'idée que Palissy regardait comme la plus neuve et la plus originale, celle à laquelle il attachait le plus de prix, parce qu'elle lui permettait de déployer à loisir toutes les merveilles de son art de terre Nous lui laissons ici la parole pour exposer lui-même son projet. Cette description suppléera aux détails qui nous manquent sur la célèbre Fontaine du Rocher, près de laquelle eut lieu le fameux banquet de 4577.


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Ge rocher, dit Palissy, sera fait de terre cuite, insculpée et esniaillée en façon d'un î-ochér tortu, bossu, et de diverses couleurs estranges, ainsi que je fay la grotte de Monseigneur le Conneslable (1), ".non pas proprement d'une telle ordonnance, parce que ce n'est pas aussi une oeuvre semblable. Au bas et pied du rocher il y aura un fossé naturel ou réceptacle d'eau, qui tiendra autant en longueur comme ledit rocher. Pour cëste cause, je feray plusieurs bosses en mon rocher, le long dudit fossé, sur lesquelles bosses je mettrai plusieurs grenouilles, tortues, chancres, escrevisses, et un-grand nombre de coquilles de toutes espèces, afin de mieux imiter les rochers Aussi y aura plusieurs branches de corail, duquel.les racines seront tout au pied du rocher, à fin quelesdits couraux ayent apparence d'avoir creu dedans ledit fossé. Item, un peu plus haut dudit rocher, y aura plusieurs trous et concavitez, sur lesquelles y aura plusieurs serpens, aspics et vipères, qui seront couchées et entortillées sur lesdites bosses et au dedans des trous ; et tout leiésidu du haut du rocher sera ainsi biais, tortu, bossu, ayant un nombre d'espèces d'herbes et de mousses insculpéevqui coustunïièrement croissent es rochers et lieux humides, comme sont scolopendre, capilli Veneris, adianthe, polilricon et autres telles espèces d'herbes- et au dessus desdites mousses et herbes, il y aura un grand nombre de serpents, aspics, vipères, langotres et lézars, qui ramperont le long du rocher, les uns en haut, les autres de travers, et les autres descendans en bas, tenans et faisans plusieurs gestes el plaisans contournemens; et tous lesdils animaux seront insculpez et esmaillez si près de la nature, que les autres lézars naturels et serpents les viendront souvent admirer, comme tu vois qu'il y a un chien en mon haslelier de l'artde terre, que plusieurs autres chiens se sont prins à gronder à rencontre, pensant qu'il fust naturel. Et dudit rocher distillera un grand nombre de pisseures d'eau, qui tomberont dedans le fossé qui sera dans ledit cabinet, auquel fossé y aura' un grand nombre de poissons naturels, et des grenouilles et tortues. Et parce que sur le terrier joignant ledit fossé y aura plusieurs poissons et grenouilles ÎDseulpées de mon art de terre, ceux qui iront voir ledit cabinet cuideront que lesdils poissons, tortues et grenouilles soyent naturelles et qu'elles soyent sorties du dit fossé, d'autant qu'audit fossé il y en aura de naturelles. ,

Aussi audit rocher sera formé quelque espèce de buffet, pour tenir les verres et coupes de ceux qui banqueteronl dans le cabinet. Et par un mesme moyen seront formez audit rocher certains parquets et petits réceptacles pour faire rafraischir le vin pendant l'heure au repas, lesquels réceptacles auront toujours l'eau froide, à cause que, quand ils seronf pleins à la mesure ordonnée de leur grandeur,- la superfluité de l'eau tombera dedans le fossé, et ainsi l'eau sera tousjours vive dedans lesdits réceptacles. Aussi audit cabinet y aura une table de semblable estoffe que le rocher, laquelle sera assise aussi sur un rocher; et sera ladite table en façon ovale, estant esmaillée, enrichie et colorée de diverses couleurs d'esmail qui luiront comme un cristallin, El ceux qui serùntassis pour banqueter ,eil ladite table; pourront mettréde Veati viveen' leur vin sans sortir dudit cabinet, ains.la prendront es pisseures des fontaines dudit rocher.

(1) Le connétable Anne de Montmorency. Bernard Palissy avait dédié son livre au maréchal de Montmorency, fils du connétable.


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Et quant est à présent des hommeaux (ormeaux) qui feront la clôsture et couverture dudit cabinet, ils seront nais et dressez par un tel ordre, que les jambes des hommeaux serviront de colomnes, et les branches feront un arclnîrave, frise et corniche, et tympane et frontispice, en. observant l'ordonnance de la.massonnerie.

Pour achever cette description de la Fontaine du Rocher dé Chenonceau, il convient d'ajouter ici les vers que Pierre, Sanxai adressait à son aini Bernard Palissy pour Célébrer cette merveilleuse invention :

Le rocher haut el éspais Ne distille l'eau tant claire, Que celuy là que tu fais, Jetlra l'eau de sa -rivière.

Un Arçhilas tâi'entin •

* Fit la colombe volante : Tu fais en cours argentin, Troupe de poissons nageante.

Les ranes en un estang ,

Ke sont point plus infinies ; Mais letir coax on n'entend, Car elles sont seriphies.

Mégère au chef tant hydeûx Portoit les serpents nuisantes ; Mais toi non moins hazardeux, Les fais partout reluisantes.

Le, lizai'd sur le buisson N'a point .un" plus nayf lustre, Que les tiens en la maison D'oeuvré nouveau tout illustre.

''.'"' Les herbes ne sont point mieux * "

Par les champs et verdes prées, D'un esmail plus précieux Que les tiennes diaprées.

Le froid, l'humide, le chaud, Fait ïlestrir tout autre herbage : Tout ce qui tombe d'en haut Le tien de rien n'endommageLa

n'endommageLa du Rocher était placée derrière la tour, au commencement de la grande allée du parc. Androuet du Cerceau, sous une forme moins poétique, nous en donne la description suivante: A main dextre de l'entrée , dit-il, y a une fontaine dedans uu roc, de plusieurs gettous d'eaue, et à l'entour d'iceluy unecuvede quelques 3 toises de diamètre; toujourspleined'eaue.


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A l'entour d'icelle cuvé, une allée à fleur de terre en manière de terrace, et plus hault une autre terrace tout à l'entour, de 8 à40 pieds de hault, couverte de treilles, soutenue et fermée d'un mur enrichy de niches, colonnes, figurés et sièges. » Cette description ne rappelle-t-elle pat. d'une manière frappante les rochers à foutaine placés par Palissy sous des berceaux de verdure dont lès arbres étaient, taillés en colonnes ? Ajoutons, comme dernier trait, que le rocher, dont du Cerceau ne dit pas un mot, était façonné d'une manière rustique et couvert dé stalactites, dont on a découvert récemment quelques débris sur l'emplacement dé là fontaine.

Mais poursuivons la description du jardin délectable. Rernard Palissy recueille les eaux qui coulent de ses rochers, et il les réunit en un ruisseau qui circule à travers le jardin avec beaucoup d'ondulations et forme une île au milieu,'à.l'entrecroisement des deux allées. Dans cette île il étabdit uncabinet rond formé de peupliers. Dans un des compartiments voisins, il dispose une haute et vaste vplière, tressée de fil d'arçhal dressé sur les troncs d'arbres, et enveloppant dans son enceinte des arbres entiers.

Et sera, dit-il, ledit fil d'arçhal tissu par diverses cloisons, parcelles.el moyens, au dedans desquels moyens (c'est-à-dire des divisions) y aura un grand nombre d'oiseaux, grands et petits, de diverses espèces, tant de ceux qui se plaisent en l'air que de ceux qui se plaisent es arbres et en la terre. Et par tel moyen ceux qui banquetèrent au-dessous et dedans de ladite pyramide (le "cabinet central), ils auront le plaisir du chant des oiseaux, du coax des grenouilles qui .seront au ruisseau, le murmuremeDt de l'eau, la frescheur du ruisseau et des arbres qui seront à l'entour, et la freschure du doux vent qui sera engendré par le mouvement des feuilles desdits populiers....

L'inventeur, dans son enthousiasme, n'oublie rien, et les grenouilles elles-mêmes jouent une partie agréable dans le concert.

Palissy fait communiquer le jardin bas dont nous/venons d'esquisser les traits principaux, avec le jardin haut dé la colline, au moyen d'amphithéâtres creusés dans le rocher. Le coteau est en outre percé de câvesdestinées à servir de serres pour les plantes ou de maisons pour les jardiniers. Sur la colline règne une longue allée ell terrasse, terminée aux deux extrémités par différents édifices et bordée de plantes odoriférantes, violettes, damas, marjolaines, basilics, romarins, dont oh tirera des essences et des eaux de senteur. Palissy conseille aussi d'y planter des aubépines et autres arbrisseaux dont les graines puissent servir à la nourriture des oiseaux, afin de les y attirer pour dire leurs chansonnettes. Il y aura près de la balustrade de l'allée haute « certaines figures feintes, înscul-


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péesde terre cuite, esmâillées siprès de la.nature que ceux qui de nouveau seront.Vénus au jardin se deseouvriront, faisant révérence auxdites statues, qui sembleront : certains personnages appuyés contre l'acçotouër. » Quelques-uns de ces personnages tiendront d'une main une inscription, et de l'autre une urne placée sur l'épaule ou sur la tête, et pendant que les curieux s'amuseront à lire l'inscription, la perfide statué, mue par un ressort secret que mettront en mouvement les pieds du visiteur, versera Son vase plein d'eau sur la tête de l'imprudent. Tels seront les plaisirs du jardin délectable.

On peut juger par cette analyse quelle était la part de Bernard Palissy dans ce curieux projet. La division du jardin en compartiments réguliers et symétriques, les allées à angle droit, les avenues d'ormeaux, les tonnelles et les cabinets de verdure, tout cela appartenait au style italien. Mais ce qui est entièrement propre à Palissy, ce qui est nouveau, c'est ce goût de la nature qu'il introduit dans le jardin, c'est l'dée de. marier le jardin avec le paysage environnant, avec le coteau, la prairie et.la rivière; ce sont ces grottes rustiques, ces rochers dégouttants d'eau, ces fontaines, ces ruisseaux aux méandres capricieux avec des îles et des ponts, ces mouvements de terrain qui unissent la;colline à la plaine..Palissy a évidemment entrevu les véritables principes du jardin moderne; mais, trop /préoccupé des travatixde son art de terre et de ses figures entaillées, il ne s'est pas assez dépouillé des traditions anciennes, il né s'est pas affranchi complètement delà régularité et delà symétrie, et il n'a; pas fait à la nature une part assez large dans ses conceptions. Le jardin de Palissy n'en est pas moins une évolution remarquable du style italien, et il s'en est peu fallu que le potier dé génie n'ait trouvé la formule (4).

C'est en 4 563 que Palissy, dans un livre imprimé àlaRochelle, exposait ainsi ses idées, et en envoyant saReceptevéritable à Catherine, de Médicis il lui proposait d'appliquer son plan aux jardins de Chenonceau. « II y a, disait-il à la reine-mère, des choses escrites en ce livre qui pourront beaucoup servir a l'édification de vostre jardin de Chenonceau ; et quand il vous plaira me commander vous y faire service, je né faudray m'y employer. Et s'il vous veuoit àgré de ce faire, j'yferay des choses que nul autre n'a fait enCores jusques ici, » Palissy, "qui avait visité la Touraine en 4547, semble même avoir écrit son projet fout exprès pour Chenonceau, tant les conditions d'emplacement qu'il indique s'y rapportent merveilleusement.

(1) Le parc du château de. Ghâulnes en Picardie fut exécuté .entièrement d'après les plans du jardin délectable. C'est dans ce parc que Gressel composa sa Chartreuse. . -. : 7 -, - . .7-


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Nous considérons donc comme certain, quoique nous/manquions de titres authentiques; à ce sujet, que c'est Bernard Palissy qui a créé les, jardins de Médicis à Chenonceau, et nous lui attribuons particulièrement Je jardin de la rive gauche du Cher, layoliôre et la fontaine du Rocher; Le jardin du parc de Francueil répond exactement aux conditions pesées par Palissy: il est situé entre le coteau et le Cher et limité par desprâîries; le ruisseau de Vestin 3' décrit des ondulations et deux belles fontaines l'arrosent; le coteau est percéde caves et dé grottes.; enfin lé jardin bas communique avec le sommet de la petite colline par un amphithéâtre, etiinë allée haute domine lé tout. Lestraits principaux du jardin délectable s'y retrouvent encore d'une manière manifeste, et ce jardin, avec ses compartiments, ses eaux et ses mouvements de terrain, ressemble à un jardin français à demi transformé en jardin anglais, idée la plus simple qu'on puisse donner du genre imaginé par Palissy. : Ces divers travaux portent d'une manière incontestable l'empreinte de Rernard Palissy. Par leur caractère dé nouveauté, ils sont en dehors dès principes généralement suivis; à l'époque de Catherine de Médicis; ils échappent à moitié à l'influence du style italien, ëton né saurait les attribuera aucun autre artiste";' Palissy les ayant décrits d0ne manière précise, les ayant proposés; pour Chenonceau, et ayantcohstammenttraVailié pour la reine-mère aux jardins des Tuileries, où il fit des grottes et des fontaines du même genre, il nous parait légitime de lui attribuer l'honneurdes jardins et des fontaines de Chenonceau. La plupart de ces travaux, d'ailleurs, furent exécutés peu de temps après la publication du livre dé Bernard Palissy (4.563). Le papier terrier de la ehàtellepié de Chenonceau, rédigé en 456S, nous apprend en effet, que les jardins de la rive; gauche. ..dot Cher étaient ■?iouvelle?neni;construits(i ) : à cette date, Palissy pouvait seul en être le créateur.

Il s'y rencontre cependant un; caractère qui/n'appartient pas à l'inventeur de ce genre bâtard : les lignes intérieures des compartiments et le coteau tout entier étaient plantés d'ârbrés verts, ce qui fit 'donneràce jardin le nom de jardin.dés pins. L'emploi des arbres verts est tout à fait dans le goût italien, et l'on voit même en Italie àës jardins verts qui sont exclusivement plantés d'essences à feuilles persistantes, surtout à Naples,

(1) Cette expression est assez remarquable. Les Italiens, de même que lès Anciens, disaient construire et édifier des jardins (aidiftearé hortos); mai trèsjuste, à cause des cabinets el des berceaux de charpente ijui y étaient réellement bâtis. Plus lard, dans le style français, on dit dessiner des jardins, parce qu'en effet le dessin y joue le principal rôle. Aujourd'hui on plante des parcs à la manière anglaise.- Ces trois mois expriment.d'une manière irèsnelle les principes qui président,à chacun des trois styles de jardins. 7


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à Rome, à Florence, et notamment à la yilla Palïayicini, près de Gênes. Dans ce climat privilégié, les frimas sont/inconnus, l'hiver n'est guère qu'une expression métëorologiquej et là promenade peut s'y faire au milieu d'un air tiède, pendant qu'en France nous grelottons sur les chenets, Cette douceur de la température,, au coeur même de l'hiver, a naturellement conduit à la création des jardin s verts. Au lieu dé se promener sous des bosquets dépouillés de leurs ombrages, bosquets dont la tristesse contrasterait si durement avec la douceur du climat, l'Italien affectionne les arbres qui, par leur verdure perpétuelle, peuvent lui rendre à la fin de décembre les illusions du jirintemps. Par'cette loi des analogies qui demande que toutes choses, pour être belles, soient en pleine harmonie, il veut que le caractère de ses jardins soit en parfait accord avec le ciel et avec la température, et c'est pour cela qu'il y prodigue les arbres à feuillage persistant.

Catherine de Médicis ne se contenta pas de disséminer les arbres verts par massifs dans ses pares; elle voulut aussi avoir son jardin vert à Chenonceau, le doux climat de là Touraine permettant ia promenade presque fout l'hiver, et elle établit ce jardin dans l'ancien potager de Rohief, près dû pavillon des Marques. Cet emplacement fut peuplé de pins, d'ifs, de buis, de romarins, de lauriers, de chênes Verts et même d'oliviers (4), auxquels venaient se joindre, pendant la belle saison, les orangers et les citronniers. Mais comme il s'agissait ici d'une conception tout italienne, elle se garda d'en confier l'exécution à Bernard Palissy ou à un autre jardinier indigène, et elle appela du fond des Calabres un artiste quipût dessiner et planter le jardin vert dans le goût italien, et conserver là direction de ses plantations en qualité de gouverneur.

Un fragment dés comptes de la reine-mère à Chenonceau, retrouvé récemment (2), nous fait connaître la charge et l'a'po-- sition de ce personnage. Malheureusement nous ignorons son nom de famille, car, suivant une méthode très-commune en Italie pour les artistes, et dont les noms du Pérugih, çiu Corrége, de Jules Romain, de Paul Véronèse, du Parmesan, etc., fournissent d'illustres exemples, nôtre pièce lie le désigne que d'après le nom de son pays natal, et l'appelleTHenry le Calabrais, Calabrese. Voici le texte :

(i) L'olivier supporte assez facilement les froids de la Touraine, quand il est un peu abrité et placé en espalier, et même il y mûrit ses fruits/dans les. étés chauds et précoces. Plusieurs vieux oliviers, provenant sans.doute de ceux de Catherine, fructifièrent cinq ou six fois dans le jardin "vert de Chenonceau, nolamment en 1822 et en 1834.

(2) Celte pièce, qui nous était inconnue au momentde la fédaction de notre Histoire de Chenonceau, vient de,nous être obygeàmmept.çommuniquée.par; M. Edm. Gautier^ greffier du tribunal civil de Loches. ■■'.: " .:'


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A Henry Calabrese, aiant la charge du jardin vert et voilier* du chasr leau dudict Chenonceau, la somme de deux cens esçuz à luy ordonnée par leitict estât, tant pour, ses gaiges que enlretainemeht dudiol jardin vert et despence dés oyseaulx de ladicte volliere durant 1 année de ce compte (1586), laquelle somme de deux cens escus a esté paiée comptant par cedict recepveur et comptable audict Calabrese, comme dudict paiement appert par quictanee: signée de sa main.

Cet article des comptes nous indique clairement l'importance du Calabrese. Cet artiste (la vanité italienne né devait pas souffrir un autre nom), n'était pas un simple jardinier, car il est classé au rang des;officiers de Chenonceau, /etil prend place immédiatement après le bailli, le procureur fiscal et;l'àvocat. Son traitem ent. est d'ail! éûrs considérable.: Lès deux cents écus qu'il recevait pour ses gages représentent àûmpins six mille; francs de notre monnaie. Si l'on veut apprécier plus, exactement la valeur de ce chiffre, on n'a qu'à le rapprocher de quelques autres empruntés 1 à des situations analogues 0PasseIo de Mercogliano, jardiniers-concierge du jardin du roi à Blois, ne recevait de Louis XII que 300 livres par aii; les jardiniers de Diane de Poitiers à Chenonceau, ne gagnaient que 42 livres tournois, .et ceux qu'employa plus tard Marie de Luxembourg, n'étaient taxés qu'à 60 livres. On peut donc juger, parle chiffre des gages dû Calabrese, que eë jardinier n'était pas unpetit personnage, et que vraisemblablement il ne travaillait pas; dé ses propres mains, se bornant à diriger et à .sui'yëillprlsés; ouvriers. '■■"■ .; 7'.

Si lé jardin vert fut établi en même temps que le jardin de Palissy, c'ést-à-dire vers l'année 4564, le Calabrese devait approcher de la; vieillesse en 4 886. Aussi dans le courant de cette année voyons-nous Catherine de Médicis se xaréôccuper delui trouver un successeur0talien comme lui, afin de conserver les mêmes traditions. Le fragment des comptes que nous venons de citer nous donne lé nom du successeur du Calabrais : c'est un Sicilien . originaire de Messine, Jehan Gollo, dit Messine. La reiûe-mère rengagea à.son service le;4ersep;tenabre 4 586, et lui assura, par brevet signé de sa main, tj'n traitement provisoire de cent livres par/an,; en attendant'qu'il fût/pourvu « de la place et charge dudict Henry Calabrese, fungdë ses jardiniers dudict Chenonceau. »

Avec Catherine de Médicis disparaît le Calabrais, et sous la reine Louise jusqu'en 1604, c'est Jehan Collo qui est chargé du jardin vert et de la volière. Nous, ne le trouvons plus à Chenonceau en 4603-, soit qTi'ii; fût niort à cette date, soit qu'il eût pris Une autre position, là duchesse de Mercosur ayant totalement négligé les parcs et les jardins d'agrément pour ne; s'attacher qu'au potager, et n'ayant qu'un jardinier vulgaire, dont


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les gages étaient fort modestes. Jehan Collo avait épousé Catherine Bereau , fille de cet André Bereau qui était receveur de la terre de Chenonceau sous Diane de Poitiers, et sa postérité, que nous avons pu suivre pendant un siècle et demi sur les registres de la paroisse de Chenonceau. subsiste encore aujourd'hui (4).

A.i jardin vert était annexée une volière. Cette volière était tellement grandiose, que, pour la réparer en 4603, la duchesse de Mereoeur employa 464 livres de plomb neuf, à raison de onze livres le cent, et 6,000 clous. La reine-mère y joignit une ménagerie, où elle avait de grands moutons, des loirs/des civettes, des buffles et quelques autres animaux curieux. Ce goût était déjà ancien : depuis Charles V, tous les rois de France avaient nourri des lions, des tigres, des onces, des dromadaires, elc, et le soin de chacune de ces bêles était, confié à un gouverneur. Le gouverneur de la ménagerie de Chenonceau était César de Glanderon, et la dépense de cet article s'éleva, en 4586, à 266 éeus.

Le jardin vert, dessiné et planté à l'italienne par le Calabrese, fut orné par Catherine de Médicis de. plusieurs petits jets d'eau; disposés symétriquement dans les compartiments, comme l'indiquent les tuyaux que des fouilles récentes viennent de mettre au jour. On n'avait pas encore imaginé les gratides eaux dont Le Nôtre, avec l'ampleur et la majesté ordinaire de ses conceptions, devait doter les jardins de Versailles. Au xvie siècle, on n'en était encore qu'aux minces filets d'eau, et ces effets, tout mesquins qu'ils étaient, ravissaient d'aise le bon du Cerceau, qui les regardait comme « une belle et plaisante invention.» A Chenonceau, Catherine avait fait disposer des cuves de pierre, posées sur un piédestal d'un mètre environ de hauteur, du milieu desquelles s'élançait un maigre jet d'eau qui retom(1)

retom(1) Collo, fils de .fehau Collo, dit Messine, et de Catherine Bereau, monta d'uii échelon dans la hiérarchie sociale. Nous le trouvons qualifié dé noble homme, sieur de la Beausseric, huissier de salle de la reine Marie de Médicis, premier valet de chamore de César, duc de Vendôme, et enfin capilaine-<'.oncierge du chàleau de Chenonceau. il avait épnusé Catherine Chamhert, fille d'un des officiers de la r- nie Louise de Lorraine, el il en eut plusieuis enfants, entre autres Louise Collo, non en 1638. qui fut tenue sur les fonts de baptême par le duc fie .Mereoeur et par mademoiselle de Vendôme, fa soeur. Louise Colin épousa, en I(i(.S, noble liooMie G.Iles Bonnette, ûeur de laSauriiniere.et elle, en eut une fuie, nommée Loui.-e, neè en 160)-, dont Philippe, chevalier de Vendôme, fut le parrain. Louise Bonnette hérita de la charge de concierça du cliàleau de Chenonceau, et i-lle la porta par mariage, cri 1G9I, à Georges Bsnoist. épuyer. sieur de la Grandière, fourrier des logis . du roi, procureur fiscal de ia chàtelleme de Chenonceau et capitaine du château. On sait qu'une Benoisl de la Grandière a épousé un membre de la famille Gouin, dont une branche descend ainsi, par les femmes. du sicilien Collo et du receveur André Bereau.


hait par le déversoir, de la vasque. Les ressources hyrauliques du lieu n'avaient pas permis de faire davantage, niais,; quelque misérables que ces dispositions nous paraissent aujourd'hui, on ne saurait nier qu'elles ne fussent alors un véritable progrès et une grande nouveauté.

Pour alimenter la fontaine du Rocher et les nombreux jets d'eau du jardin vert, Catherine fit venir à grands frais par des canaux souterrains les eaux de la source de la Dagrenière. La conduite de ce travail important fut confiée à Picard Belphe ou Delf, qui demeura attaché au château en qualité de maître fontainier jusqu'en 4603. Le même ingénieur exécuta sans doute la fontaine dédiée à/Henri III, qui se trouve dans le jardinde Palissy, sur la/rive gauche, au pied du coteau. Cette belle source mérita d'être chantée par les poètes, et, dans ses Estreynes au roy Henry LU, du Perron disait avec quelque grâce :

Nimphes de Chenonceau, qui, dans les ondes blues De sa fontaine vive, habitez incongneues Ce Parnasse frahçois et reflétant voz yeux .

Du cristal azuré qui t'ouvre les cieulx. Frisez: vos tresses d'or où zéphyre se joue, Vous baisant, amoureux, et le sein et la joue, Coronnez sur le soir de vos dances en rond .L'aire humide oëignantet les eaux et île .mont:. ; /.s; ■

Non contente de créer ses propres jardins et. d'y déployer une grande magnificence, Catherine de ...Médicis- modifia assez/profondément le parterre deDiane, et elle yétablit, au nord et au midi, deux longs berceaux de treilles à l'italienne-Ces berceaux étaient appuyés sur 430 pilastres sculptés , couronnés d'octogones. Elle fit aussi percer des allées dans les parcs, mais elle respecta scrupuleusement le dédale et les jeux de paume et de bague. La reine-mère excellait à monter à cheval et elle-y mettait même une certaine coquetterie ; car c'est elle qui imagina la première de placer la jambe sur l'arçon au lieu dé la poser sur la pianchettev afin, dit le médisant Brantôme^ de montrer sa belle jambe bien chaussée. Elle aimait sans/doute à parcourir au galop ces longues avenues, suivie d'une troupe de ses filles d'honneur, toutes; montées sur de belles baquenées splendidement harnachées, faisant voler au vent les plumes de leurs chapeaux.

En même temps qu'elle embellissait ses jardins, Catherine ne négligeait pas les choses utiles. Un édit de 4554 avait ordonné la plantation de mûriers en plusieurs parties du rôyaum e: la reine s'empressa d'en faire planter un grand nombre dans le parc de son château de Moulins en .Bourbonnais, et pour l'ex-


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ploitation de la soie qui en provenait elle fonda des manufactures de soieà Orléans, en 4582. Devenue maîtresse de Chenonceau, elle pou l'sui vit les essais sérieicoles tentés par la duchesse de Valentinois : elle éleva des vers à soie sur une vaste échelle^ - créa la magnanerie de Chenonceau et établit une filature de soie au château des Houdes. Dès ce moment, la sériciculture prit des développements rapides en Touraine (l). La viticulture ne fut pas moins redevable à la reine-mère, car c'est elle qui introduisit le plant de Tournon dans son vignoble de Chenonceau.

Les encouragements donnés par Catherine à l'art charmant des jardins ne furent pas perdus, et de toutes parts les châteaux et les abbayes suivirent le mouvement imprimé par les maisons royales. Ronsard, retiré dans son prieuré de Sainl-Cosme près de Tours, ne passait pas tout son temps à pindariser : il descendait souvent de l'Olympe pour jardiner, car, nous dit son biographe, il possédait beaucoup de beaux secrets pour le jardinage, tant pour semer cl planter que pour enter et greffer. Il présentait fréquemment des fruits de son jardin au roi Charles IX, qui les acceptait de bonne grâce, et le duc d'Anjou, après avoir fait sou entrée à Tours, alla plusieurs fois visb1er à Sainl-Cosme le poëtc jardinier (2). Bussy, qu'attirait à son abbaye de Bourgueil le voisinage de la dame de Montsoreau, y créa deux parterres magnifiques, l'un en compartiments, l'autre en broderies, avec un parc admirable et une allée en terrasse qui dominait la vallée. Mais le jardin de Chanteloup auprès de Châtres (aujourd'hui Arpajon) était alors la merveille du genre, tant à cause des eaux, des grottes et des boeages, que des statues el des cabinets de verdure qu'on y avait dressés de toutes parts; les fables des métamor,

métamor, ambassadeur vémtien,,Marino Gavaïli, écrivait à ce sujet dans sa relation de: 1546 :'■'. 7 -/,

«/Le.commercé dès soies eh France est très-itnportânt, îfadame la Régente (Catherine; de Médicis) "a ordonné que i dans la ville de Tours on établît des fabriques âètissus de soie, puisque les pays où coproduit est/indigènehe.se sohcieht.guère ;d',eh tirer parti. Ainsi, dans la ville.de. Tours, omtravaille.la soié'qni vient/de l'Italie el0e .l'Espagne", et. çéUèihdustrie^va toujours en çf oissantV Un y compte hui( mille anéiiers. Plusieurs fabricants vénitiens s?y sont établis avec leurs familles, et des Génois eh plus grand nombre encore'; puis des/Lucquois; sans compter les Français.eux-mêmes, qui .ont/appris, le seçretâu métier. Ils ont même commencé à planter des mûriers, à êlever.les

' vers, à .soie, et àen tirer du produit autant que le climat le permet.-Ils lachent/âë réussir à/forcé ."d'industrie ; el nous autres, que la nature; a lavorlsésuB/taht'ûèhla/iières,: .nous., laissons les: étrangers: s'enrichir ..dés. profits

/qaenohsdÉyïions.faire. » ;.'.- -■.:;.: 7 ■■'-."7- 0-0

. .(2) Claude.Binet,;en nous donnant ces détails, 'ajoute■',: Sàirit-Coâme est un lieu 0ït;0àisânt7èt-;comme:i;oeiliét de Jà-Tpura;inë,.jârdih/de France. >>.Cé 'moi;nOu;s-fe dè;l'i»illétà:0 fin.dù:xyiesiècïe..,: 70'

'■"'■■ -. 18687 ,7 7:6 7


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phoses y étaient représentées en arbustes taillés, et la végétation, tourmentée de mille manières bizarres, y parlait par lettres, devises, chiffres, armoiries et cadrans, et figurait des hommes, des animaux, des édifices, des navires, etc. Après avoir énuméré toutes ces merveilles avec enthousiasme, Olivier de Serres ajoute : « 11 ne faut pas aller en Italie ni ailleurs pour voir les plus belles ordonnances des jardinages, puisque nostre France emporte le prix sur toutes nations, pouvant d'icelle, comme d'une docte eschole, puiser les enseignements sur telle matière. ■»

Ces détails prouvent que les jardiniers du temps de Henri IV avaient atteint un haut degré d'habileté dans leur art. Par malheur, s'ils empruntèrent à Bernard Palissy ses grottes, ses rochers et ses rocailles, ils ne prirent pas la seule idée féconde de son système, c'est-à-dire le sentiment de ia nature et du paysage. Ce sont tous ces éléments, vraiment italiens par leur origine, que Le Nôtre modifia el doua d'un nouvel esprit. Ce qui appartient au célèbre jardinier de Versailles, c'est l'ampleur magistrale de la conception, la variété des dispositions secondaires, l'importance des massifs dans lesquels la végétation se développe en toute liberté. La grandeur et la majesté, voilà le caractère du jardin français créé par Le Nôtre. On doit ajouter aussi que l'artiste, comme Bernard Palissy, a fait entrer dans sa composition la campagne environnante, dont aucune clôture ne marque le point de départ; et s'il avait eu à dessiner les parcs de Chenonceau, il n'est pas douteux qu'il n'eût percé deux larges allées, dirigées, l'une sur le clocher de Civray, l'autre sur le clocher de Chisseau, en réunissant cette double perspective sur la terrasse en demi-lune qui précède le château.

Les jardins de Chenonceau, qui se prêtaient si facilement à cette transformation grandiose, y ont échappé entièrement. Par une sorte de culte pieux pour la mémoire de Catherine de Méi'icis. les Vendôme ne voulurent point détruire son oeuvre, et prescrivirent de respecter les dispositions arrêtées du temps de la reine-mère. Les parcs de Chenonceau (sauf celui de Palissy ) ont donc conservé leur physionomie italienne, et leurs longues allées en berceau, frais et sombres promenoirs ouverts sans souci du paysage environnant, n'ont point subi l'influence de Le Nôtre.

L'abbé C. CHEVALIER.

(Extrait de l'Histoire de Chenonceau, ses artistes, ses fêtes, ses vicissitudes, d'après les archives du château el les autres sources historiques, par M. l'abbé C. Chevalier. Lyon, imprimerie de L. Perrin, 1S68).

BIBLIOGRAPHIE. — OEuvres complètes de Bernard Palissy, publiées à Paris, en 1844, chez Dubochet, par Cap : Recepte véritable par laquelle


tous les hommes de France pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs thrésors ; 2e partie, Dessein d'un jardin autant délectable et d'utile invention qu'il en fut o?icques veu. — Biblioth. imp., ancien fonds français, nu 722S 2 , f° 38, Estreynes au Roy. — Tableau de la province de Touraine en 1762-1766, p. 138. — Olivier de Serres, Théâtre d'agriculture. — Cimber et Danjou, Archives curieuses de l'Histoire de France, IX, Lettres et exemples de la ]eu rogne ?nère, comme elle faisait travailler aux manufactures et fournissait de ses propres deniers, par Barthélémy de Laffemas, contrôleur général du commerce de France; XIV, Recueil présenté au roy de ce qui se passe en VAsse??iblée du commerce, au Palais, à Paris, par le même ; Histoire du commerce de France, par Isaac de Laflcmas; X, Vie de Ronsard, par Claude Binet. — Mémoires de Michel de Marolles, abbé de Villeloin, IIIe partie, XIe discours. — Androuet du Cerceau, Les plus excellens bastimens de France. — Brantôme, Vie de Catherine de Médicis. — Relations des ambassadeurs vénitiens sur les affaires de France au XVp siècle, recueillies el traduites par Tommaseo ; imprimerie royale, 1838.—Archives du château de Chenonceau.


RAPPORT

SUR LES

PAPIERS LAISSES PAR M. GUERRY

(SECONDE PARTIE)

MESSIEURS,

Les papiers trouvés au domicile de M. Guerry et que sa famille amis à la disposition de la Société, comprennent deux sortes de documents bien distincts. La plus grande partie se compose d'éléments partiels ou incomplets de statistique, et de notés prises, modifiées et rejetées, lorsqu'il a définitivement arrêté la publication de son atlas. Nous avons eu déjà l'honneur de rendre compte à la Société du dépouillement que nous en avons fait; et vous avez jugé convenable d'ordonner l'insertion de notre rapport dans vos Annales.

' Il nous reste à vous entretenir de la dernière partie de ces documents. C'est un manuscrit écrit tout entier de la main de M. Guerry, distribué avec l'ordre que son esprit méthodique mettait partout, et conservé par lui avec un soin tout particulier. Il est évident qu'il y attachait de l'importance, et vous allez voir que c'était à juste litre.

Ce manuscrit, qui ne comporte pas moins de 86 pages in-4°, a été partagé.par l'auteur en six parties.

La première est sans titre. L'auleur recherche quelle direction doit être imprimée aux sciences morales; il énumère les publications faites tant en Angleterre qu'en France pour en /favoriser le développement, et il l'ait connaître celles qu'il a ■ consultées pour réunir les matériaux qu'il a mis en oeuvre.

Les cinq autres parties sont des explications sur les résultats; constatés par les cartes de son atlas; leur invariabilité; la nature el le nombre des crimes; leurs rapports soit entre eux, soit avec la population ; leur accroissement et la cause de cet accroissement; titres sous lesquels ces diverses études sont placées.


. ■ . — loi —"

Voici l'exposé sommaire de chacune d'elles.

ï. — FONDEMENT DES SCIENCES MORALES, ;—DOCUMENTS

CONSULTÉS PAR L'AUTEUR.

Les sciences morales, comme les sciences naturelles, reposent sur l'observation, seule base solide de toutes nos connaissances. Elles s'attachent d'abord aux faits qu'elles mettent dans tout leur jour, puis elles remontent dés faits particuliers aux faits généraux, et de ceux-ci à la loi qui les résume pour en exprimer les rapports. Mais l'esprit humain n'a pas eu la patience de suivre cette marche lente et sûre.Avant de bien connaître les phénomènes il a voulu les expliquer, et il s'est jeté dans les. théories. Les plus timides ont fondé les leurs sur des faits particuliers, quelquefois mal observés, et tout à fait exceptionnels. Les plus hardis,;dédâighant absolument les faits,,!es ont déterminés a p?'ioriPouv eux, des principes généraux bien saisis, fortement médités, suppléaient à toutes connaissances positives. Il en résultait que la science se heurtait sans cesse contre des obstacles imprévus. Ce n'est qu'avec lés progrès du temps, et lorsque lés faits mieux appréciés ont montré le peu de solidité de ces théories, qu'on a reconnu la nécessité de suivre uniquement l'observation pour guide. Alors seulement les faits ont été étudiés séparément et décomposés dans leurs éléments, et on est arrivé par degrés à une synthèse rigoureuse qui les â embrassés dans leur généralité, et les a coordonnés en système régulier.

Les premiers essais tentés chez nous, pour recueillir et publier périodiquement un corps complet de documents administratifs, sur des faits relatifs aux sciences moralesj remontent à 1827, époque de la publication des Comptes généraux de l'administration delà justicecriminelle en France; comptes perfectionnés depuis et imités inainténant dans toute l'Europe. • . - ■

C'est dans ces Comptes que [M. Guerry à principalement puisé les éléments qui servent de baseàuxdeux publications qu'il a faites sur la statistique morale de la France : celle de \833, qui embrasse les cinq années de 1825 à 1830, et la seconde publiée en 1864, qui embrasse les trente-deux années de 1825 à -1807, et qu'il a mise en regard dé la statistique morale de l'Angleterre.

Il a fait aussi des recherches nombreuses dans les ministères de la guerre, dé l'intérieur et du commerce, et dans les archives de la ville de Paris. Ce travail de patience; était facile en France, grâce à l'ordre qui règne dàns/nos/divérses administrations. Mais il n'en était pas de même pour l'Angleterre.


■-J02-—....

L'Angleterre, en effet, possède des documents officiels, qui remontent à une époque beaucoup plus ancienne que les nôtres. Dès 1550, cent vingt ans avant que Cqlbert eût établi l'usage de publier l'état mensuel du mouvement de la population' de Paris, on publiait à Londres, chaque semaine, le relevé des billets mortuaires qui ont servi de base aux lois de la population et de la mortalité. Après la révolution de 1641, la Chambre des communes a commencé à publier des documents parlementaires, et ces publications ont continué depuis sans interruption. Elles se sont aëcrues à tel point que le nombre des volumes, qui était de quinze en 1800, s'élevait à quatre cent einq éh .1832. On peut juger des frais qu'elles ont entraînées par ce fait que dans la seule année 1831 ces frais ont dépassé deux millions cinq cent mille francs.

Les enquêtes sont la partie la plus intéressante de ces publi-; cations. L'enquête sur,l'instruction-publique-en Irlande, par exemple, ne forme pas moins de seize volumes in-folio qui ont coûté à l'Etat 6,250,000 fr.

Ces documents n'offrent pas toujours la garantie d'impartialité désirable. Souvent ils paraissent avoir pour objet, moins dé rechercher la vérité, que de prêter un appui factice à des théories, ou de préparer le public à l'adoption de mesures législatives arrêtées d'avance. Et cependant, malgré leurs défauts, ils ont produit d'immenses avantages ; surtout les enquêtes" et les rapports confiés par délégation de la chambre, à des commissions choisies hors de son sein et presque toujours composées des hommes les plus distingués. Ces enquêtes; répandent peu à peu, dans toutes les classes, une foule de notions exactes qui Se ràttaëhent aux intérêts sociaux, et qui tôt ou tard pénètrent dans la législation. 7 0

Qu'il nous soit permis de citer à l'appui de cette observation de notre célèbre statisticien une enquête récemment faite en Angleterre, et qui vient d'avoir un grand retentissement au Sénat.; -"'

Vous savez, Messieurs, que la peiiie de mort a- été, dans ces derniers temps, l'objet d'attaques vives et éloquentes '. Partout où la publicité des débâts criminels met cette question d'humar nite aux prises avec la justice, elle a été discutée par là pressé, par les hommes d'Etat, par les jurisconsultes ; elle a été; portée jusque dans les assemblées délibérantes de l'Italie, de l'Angleterre et de là France, qui l'ont maintenue comme une expiation douloureuse, niais nécessaire au point de vue de l'or-:, dreet de la sécurité publique ; et il ne fallait pas moins/que cette triple et solennelle discussion pour; raffermir les consciences ébranlées en face de cette redoutable pénalité.


->. 103

Assurément le Sénat n'a pas jugé légèrement cette question. Nous n'en voulons pour preuve que les trois séances qui lui ont été consacrées, et dans lesquelles les orateurs ont mis à contribution les documents historiques, administratifs et judiciaires qui pouvaient éclairer cette illustre assemblée. Mais le parlement anglais a procédé tout autrement. Une enquête a été ouverte sous la présidence de lord.Derby.Tous les hommes d'Angleterre et des pays étrangers, versés dans Ces matières, et pris dans toutes les situations, ont été appelés à faire connaître leurs impressions sur la peine de mort, relativement à ses effets constatés sur les crimes et sur les criminels. 11 en est sorti des opinions bien diverses, non-seulement sur l'abolition de la peine, objet principal de l'enquête, mais encore sur son application à certains cas déterrninés,; et sur la marche de la justice criminelle en Angleterre. Ce grand mouvement imprimé à l'opinion publique, dans les trois royaumes, a été suivi d'un rapporta JaBéihe, dans lequel toutes les questions sorties de cet examen ont été rappelées, pour devenir un objet d'étude dont le gouvernement s'est déjà prévalu, en opérant des changements dans la jurisprudence. Quant à la peine de mort, une commission de seize membres a été formée pour apprécier le résultat de l'enquête, et quatre voix seulement se sont prononcées pour l'abolir et douze pour la maintenir. En sorte que c'est moins lé parlement, que l'opinion du pays tout entier, qui a discuté et jugé cette grave question en/Angleterre.

Revenons, Messieurs, aux études de M. Guerry.

Vous venez de le Voir énumérer les documents administratifs publiés en Angleterre par ordre du parlement. Il s'occupe ensuite des documents de statistique proprement dits, consistant essentiellement dans des états numériques extraits des registres publics; 7

Jusque dans ces dernières années, et sauf un petit nombre d'exceptions, la statistique officielle n'était assujettie à aucun plan en Angleterre. Les éléments en étaient recueillis sans contrôle, avec précipitation, suivant qu'ils étaient demandés par les chambres pour éclairer leurs discussions ; et ils étaient toujours incomplets et chargés d'erreurs.

Cela tient principalement au défaut de centralisation, et à la mauvaise Organisation du système administratif.

11 n'existe en Angleterre .ni octroi, ni cadastre, ni police7 générale, ni;registres de l'état civil, ni;enregistrement des transactions civiles ou des affaires judiciaires. Les administrations locales Sont indépendantes du gouvernement. 11 en résulte qu'il est-difficile d'obtenir les documents demandés; et parfois les agents qu'on interroge se refusent positivement à les transmettre.


— ■10*!—..

Les Anglais reconnaissent en cela les avantages de notre centralisation. Mais ils sont loin de nous l'envier. Us déclarent même hautement que dans lé cas où chez eux elle ne serait pas, comme aujourd'hui, repoussée par l'opinion, il faudrait bien se garder de l'y introduire.

Singulière préoccupation d'un peuple façonné aux pratiques de la liberté, qui comprend l'utilité d'un pouvoir central fortement organisé* et qui refuse de l'accepter pour faire le bien, dans la crainte qu'il n'abusé de son autorité pour l'opprimer.

Les documents dé statistique proprement dits restèrent en Angleterre dans cet état d'imperfection jusqu'à l'année mil huit cent trente-deux, époque à laquelle, après une enquête dirigée par lord J. Russel, une division de statistique fut créée au bureau du commerce, et confiée à un rédacteur habile qui prépara un plan général de recherches, et qui/publia périodiquement ses résultats. Deux années plus tard, là Société de statistique fut fondée à Londres; et0 partir dé cette époque, la statistique criminelle publiée par ordre du gouvernement, reçut une impulsion plus vive, et fut exécutée sur le plan de notre Compte de justice criminelle, sans entrer toutefois dans tous les détails qu'il embrasse.

Ce sont là, Messieurs, les documents consultés en Angleterre par M. Guerry, pour recueillir les éléments de son atlas. II a mis à contribution d'abord la statistique criminelle dû ministère de. l'intérieur, celle du ministère du commerce, et les documents parlementaires. Il a complété ces recherches en L" analysant une à une les vingt mille affaires jugées par le tribunal criminel d'Old Bayley, pendant les dix années comprises de 1823 à:i834.Puis iia vérifié leur exactitude, en consultant les tableaux de statistique publiés chaque/année par les magistrats chargés de diriger Ja police centrale de la ville de Londres. Enfin, il lès a contrôlés par ses observations personnelles, en visitant les prisons, en suivant les audiences, en consultant les hommes éclairés qui pouvaient lui donner les indications de nature à lui faire bien apprécier l'es, moeurs, du pays qu'il étudiait.

Et c'est ainsi, qu'après des études qui ont éhibrassé des documents devant lesquels eût reculé lé plus ëourageux et le. plus patient bénédictin, M~. Guerry a pu placer, en regard;l'une de l'autre, la statistique morale de deux grandes nations, si voisines par leur position géographique, si différentes par leur gouvernement et leurs moeurs, et qui présentent des résultats si saisissants et tant de rapprochements inattendus. 77...;

M. Guerry termine cette7 première étude par cette déclaration' : -■-_■ .7


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■.«■ J'ose espérer qu'on ne m'accusera ni d'avoir été guidé par « des vues systématiques, ni de m'être laissé entraîner par cet « étroit esprit de patriotisme et de rivalité, qui a si longtemps « divisé les deux nations. J'ai cherché la vérité de bonne foi, K et ne me suis proposé d'autre but que de contribuer indirece teme.nt au progrès des sciences sociales, et de préparer d'utiles « réformes dans les institutions, y

En présence de l'immense travail auquel il s'est livré, qui oserait contester la parfaite exactitude de cette déclaration?

II. — INVARIABILITÉ DES RÉSULTATS CONSTATÉS PAR LA STA'.

STA'.

II ressort de la statistique de M. Guerry des résultats qui étonnent par leur invariabilité.

Sur 100 crimes, délits.et contraventions commis à Londres chaque année, il en compte en moyenne 27 en été'et 23en. hiver. En cinq années la variation n'a été que d'un cinquième. La répression marche avec la même régularité. De 1820 à 1837, pendant 17 ans, sur 100 accusés, il y a eu constamment 79 condamnés et 21 acquittés : le plus grand écart a été de deux centièmes.

En divisant l'Angleterre en 5 régions naturelles du nord, du sud, du centre, de l'est et de l'ouest, si vous les placez d'après le nombre absolu des crimes commis contre les personnes et les propriétés, les régions se présentent invariablement dans l'ordre suivant : est, nord, sud, centre, ouest. Une seule fois la région de l'est passe après celle du nord.

Enfin, dans la masse totale des crimes qui se commettent annuellement en Angleterre, chaque espèce de crime entre pour une fraction déterminée qui est constamment la même : et chaque sexe y apporte un contingent pour ainsi dire invariable. Pendant les 12 années qui se sont écoulées de 1824 à1836, sur le nombre total des crimes commis, les attentats à la vie ontété de 2 p. %> lés attentats à la pudeur del p.. %'; et les vols avec introduction par fraude ou violence de 4 p. °/0. La Variation a été d'un centième. Pendant les 20 années de 1817 à 1836, sur cent accusés il s'est presque toujours trouvé si hommes et 16 femmes : la différence au-dessus ou au-dessous de là moyenne n'a pas excédé deux centièmes.

Et durant les périodes que ces observations embrassent, le commerce et l'industrie ont éprouvé des vicissitudes de misère et de prospérité. Des troubles politiques ont agité la nation. Les lois criminelles ont été modifiées : la législation sur les


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pauvres achangé, et l'instruction du peuple a pris un développement jusqu'alors inconnu. Dans l'opinion commune, ces événements devraient avoir une influence quelconque sur la sta-. tistique morale de la société. Quels changements remarquables ont-ils apportés? Aucun. ;

A la vue de ces résultats qui se reproduisent constamment d'une année à l'autre,:dans les mêmes lieux, aux mêmes époques, pivsquedans les mêmes circonstances, avec une régularité pour ainsi dire mécanique, M. Guerry se demandé si l'homme, alors qu'il se croit'maître de ses actions, ne cède pas involontairement à une forcé cachée qui le pousse à son insu vers un but qu'il ignore; et il discute cette question redoutable de fatalisme et de libre arbitre.

Il pose en fait d'abord, que les résultats constatés par la statistique ne sont pas des accidents fortuits et irréguliers; qu'ils se reproduisent avec ordre et périodicité, et qu'ils sont réellement soumis à des lois fixes et appréciables ,,de-même que les phénomènes du monde matériel. Cette Vérité lui paraît mise dansune telle évidence qu'aucun raisonnement ne peut l'infirrmer ou la détruire. Il en conclut, avec sa logique inflexible, que, quelques difficultés qu'on éprouve à l'expliquer, il faut bien l'admettre puisqu'elle existe.

Mais de ce que les actions humaines sont soumises à des lois générales, s'ensuit-il nécessairement que la liberté de l'homme, priseindividuellement, soit gênée ou anéantie? Non, répond-il nardiment. Cette liberté est prouvée par le sens intime de chacun; parl'institution de la justice répressive; par l'existence des mots délibérer, se déterminer, se repentir, qu'on trouve dans toutes les langues, et qui impliquent évidemment qUe l'homme se reconnaît la faculté de choisir entre diyers motifs d'action, et de les suivre/ou de leur résister.

Il faut admettre pourtant que dans les actions les plus libres eh apparence, bien dés influences diverses viennent ébranler la résolution. Quels obstacles n'a pas eus à vaincre la conscience qui s'est laissé pervertir? Quelle part revient dans la détermination à la position sociale, à la fortune, a l'éducation? Quelle part faut-il en attribuer à la volonté qui seule constitue le mérite ou le démérite? Nul ne peut l'apprécier ici-bas avec une rigoureuse justice. /

Quand la.liberté de l'homme oscille entre ces causes de perturbation, pourquoi donc les résultats de la statistique restentils invariables? C'est que l'état général de la société est l'effet complexe d'une multitude de causes dépendantes les unes des autres. Et M; Guerry ajoute :

« C'est pour cette raison que dés mesurés dont on attend de


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« grands résultats n'en produisentsouvent, en définitive, que de « si faibles et de si peu durables. C'est pour cette raison, par « exemple, que les efforts tentés parmi nous avec tant de yèle,, « dans le but de réformer les criminels parle système pénitente liaire. présenteront peu de chances de succès, tant que les « principes à l'aide desquels on espère amener leur conversion, « se trouveront aussi fréquemment en opposition avec les moeurs, a les idées, les habitudes de la population d'où sortent ces « hommes , et au sein de laquelle ils doivent rentrer à I'expi« ration de leur peine. Ainsi encore , malgré les lois lesplus « sages, l'éducation des enfants sera loin de porter les fruits « qu'on en espère, si les leçons ne s'accordent pas avec les « exemples; les principes officiels avec la conduite privée : si e par une éiranso contradiction,les devoirs religieux sont, à la «/ connaissance de chacun, négligés par ceux-là même qui doic venl en recommander l'accomplissement...

« L'influence individuelle de l'homme dans la marche de la r. société, pour être si limitée, n'en est pas moins réelle el K glorieuse ; mais elle n'est possible qu'à une condition : c'est « de se placer au centre des forces qu'il ambitionne de diriger, R et desavoir, avant tout, apprécier leur nature et leur tendance. * Alors seulement, par un ensemble de mesures et de disposie lions longtemps mûries, et fondées sur la connaissance exacte c de ce qui est, il peut opérer des améliorations durables. Encore « ne doit-il pas attendre de résultats trop immédiats. Les R moeurs d'un peuple ne sauraient changer aussi vite que sa « législation. Elles se modifient peu à peu, d'une manière ine sensible, à mesure qu'une génération s'éteint et qu'une autre « s'élève et la remplace. »

Nous aurions certainement affaibli cette admirable page, si nous' l'avions analjsée.

III. — NATURE ET NOMBREJJDES CRIMES.

Dans sa troisième et quatrième étude, M. Guerry relève la nature el le no?nbre des crimes cotnmis en Angleterre: il étudie le rapport des crimes entre eux el avec la population ; el il compare sous ces divers résultats les deux statistiques de France et d'Angleterre. Ces études s'appliquent pour l'Angleterre à la période des trois années 1834,1835 et 1836 ; et pour la France à la période des trois années 1833, 1834 et 1835.

Les crimes contre les personnes forment le septième du nombre total des crimes commis en Angleterre.

France, ils s'élèvent au tiers , et à plus de moitié si on y ■'oint les délits de police correctionnelle.


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Les crimes contre la/propriété sont dans un rapport inverse. En Angleterre ils forment lés six septièmes.du nombre total des crimes; en France ils n'en forment encore que lé tiers, et pas tout à fait la moitié en y joignant lesdélits; correctionnels,..

Cette inégalité dans ; la distribution respective est assezgrande, pour qu'on admette que les crimes/contre les personnes sont plus communs, et les crimes contre la propriété plus rares en France qu'en Angleterre,

Les crimes contre les personnes commis avec violence sont, en Angleterre, dans la proportion de 9 sur 10. En France la proportion est la, même, en s'àttachànt exclusivement aux crimes jugés par les Cours d'Assises. Elle ne serait que dé 50 p. % si on y comprenait les délits correctionnels.

Les attentats qui tiennent directement,aux moeurs et aux rapports des sexes entre eux, forment, en Angleterre, le sixièiiie seulement des attentats contre les personnes. En.France ils.'en forment le quart.

Les attentats à la vie, sans les homicides par blessures/et coups, sont en France relativement aux autres crimes contre les personnes, deux fois plus nombreux qu'en Angleterre.

Les crimes contre la propriété se présentent, suivant la statistique des deux nations, dans les rapports suivants.

En Angleterre, les vols, fraudes et escroqueries forment les neuf dixièmes des attentats. La proportion est à peu de chose près la même en France.

Les vols et abus de confiance domestiques en forment le seizième en Angleterre et lé vingt-deuxième eh France': résultat qui tient aux moeurs des deux peuples; Pour un vol de la plus légère importance on se croit obligé, en Angleterre, de poursuivre le serviteur infidèle. En France on reculerait devant cette rigueur., On se borne à le congédier, à moins de circonstances graves ou de préjudice considérable.

Le plus rare de tous les vols, dans les deux pays, est le vol dans les églises/En Angleterre il est de; un sur bnzè cent soixante-quatre ; en Franée de un sur cinq cent quatre-vingttreize : différence qui s'explique par les deux cultes catholique et protestant; l'un possédant un grand nombre de Vases sacrés, et laissant ses églises ouvertes pendant tout le jour; l'autre ne possédant que les vases nécessaires à la communion des fidèles, et fermant ses temples quand les éérémqnies religieuses sont terminées.

Lès diverses espèces de faux sont dans la proportion dé 1 sur 315 en Angleterre, et de A sur 46 en France /circonstance que


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peut expliquer chez nous le morcellement de la propriété, cause dé transactions'jsi nombreuses. M. Guerry remarque à ce sujet qu'en effet les faux en écriture authentique et publique sont, en France, presque aussi nombreux que les faux en écriture de commerce.

Les attentats commis par haine ou méchanceté, les incendies, les destructions de constructions, de machines, d'arbres, de récoltes, d'objets mobiliers sont, en Angleterre, de i sur 129 et en France dejl sur 18; six fois plus nombreux en France qu'en Angleterre. Mais en Angleterre les incendies entrent pourmoitié dans cette masse de crimes, et en France pour le: 17e seulement. Cela tient, observe M. Guerry,- à la haine que les machines soulèvent en Angleterre ; et, chose remarquable, et qu'il n'est pas possible de révoquer en doute, au système de la charité légale, qui excite les pauvres à incendier les propriétés des administrateurs des paroisses, pour les contraindre à faire droit à toutes leurs exigences.

Ajoutons, Messieurs, qu'en France/comme "en Angleterre, le crime d'incendie présente des époques de crise, auxquelles neparaissentpoint étrangères les passionspolitiques. En 1822 des incendiaires nombreux, et qui presque tous sont restés inconnus, portèrent la désolation dans les ressorts des cours de Paris et d'Amiens. Le seul département de l'Oise eut à constater, dans l'espace de six mois, 162 incendies, tentatives d'incendie ou menaces d'incendié : et toutes les haenaces d'incendie par écrit avaient le caractère de vengeance politique. Des relevés faits avec une grande exactitude et que nous eûmes l'honneur de mettre alors sous les yeux du ministre de la justice, démontrèrent aussi, qu'au milieu de la perturbation que jetait dans les esprits cette recrudescence de crimes, une étrange manie avait poussé des enfants et des jeunes gens à simuler des tentatives d'incendies, et même à signaler l'apparition mystérieuse d'incendiaires qu'il était impossible d'atteindre, pour assistera des scènes d'émotion populaire, ou pour fixer sur eux-mêmes l'attention publique.

Nous citerons encore une commune rurale du Puy-de-Dôme dans laquelle, à une époque - d'agitation politique , dix-huit incendies ou tentatives d'incendies se manifestèrent dans l'espace d'une ; année, tous ayant pour cause l'effervescence des partis, poussée à ce degré de fureur, que l'un des incendiaires mit lé feu à sa propriété personnelle pour brûler celle de ses ennemis. 7

IV.— RAPPORT DES CRIMES AVEC LA POPULATION.

Le rapport des crimes avec la population est en Angleterre dé 1 sur 650, et en France de 1 sur 4,619. Si nous ajoutons


liOles délits correctionnels aux; faits' qualifiés crimes, èii France, 0a proportion est dèl sur 468. De même si nous ajoutons aux, faits qualifies crimes, en Angleterre, les condamnations prononcées à Londres, eh simple /police, pour des faits qui seraient crimes en France, la proportion est de 1 sur 473; rapport qui diffère peu de celui qu'on vient d'indiquer pour la France.

En nous attachant aux infractions qui ont entraîné les peines les plus sévères, (en:Angleterre la mort et la déportation; en France la,mort,ies travaux forcés et la réclusion), la moyenne des condamnations est , en Angleterre de 1 sur 3,157, et en France dé 1 sur A 9,511 : six fois plus nombreuses/en Angleterre qu'en France.

En comparant les condamnations à mort exécutées dans lés deux pays , l'Angleterre en présenté 28 et/la France.29. Eu égard à la population, elles sont0 fois plus nombreuses en Angleterre qu/en France, 7-/7 7

Enfin le nombre moyen dès individus accusés de vol de toute nature est annuellement, en Angleterre de 17,460, soit Un sur 796 habitants ; en France de 22,075, soitunpourl 519 habitants.

Mais il faut bien se garder de juger, par ces rapprochements, de la moralité respective des deux nations. . ■'-.';

La classification des crimes est tout autre en Angleterre qu'en .France. Nos.comptes de justice Criminelle distinguent 163 infractions différentes; 52 espèces de crimes et 111 espèces de délits. Lès comptes anglais n'en offrent que 77, et la différence porte sur les infractions les plus intéressantes àétudier, sur lés crimes et délits contre les personnes.

'■..■: La législation, l'organisation judiciaire, la police, le soin avec lequel les crimes sont constatés et poursuivis, diffèrent essentiellement dans: les deux pays. Ce qui est crime en Angleterre; n'est quelquefois en France qu'un délit , une simple contravention, ou même un fait qui reste complètement impuni. Et réciproquement, ce qui ressort des cours d'assises ou des tribunaux correctionnels en France, est souvent en Angleterre de la compétence des magistrats de police, et ne figure pas sur les comptes de justice. -■-'"■;. 7 7

Ainsi, sur 30033 individus jugés, en 1836 jparles juridictions de police d'Angleterre, 8,000 auraient été justiciables destribunaux correctionnels de la France.

Les 3/5cs des attentats contre les moeurs, seraient de simples délits en France : quelques-uns "n'y seraient même réprimés qu'administrativement, et le plus odieux n'y donnerait lieu à aucune poursuite, s'ils n'était accompagnés de violence ou dé .publicité. 7 :;'.-7'7:,. ■■■ 7-:

.-:-.■ Les subdivisions devols criminels et correctionnels, telles


— ni —

que les présente notre compte de justice criminelle, ne feraient pas la vingtième partie des soustractions frauduleuses portées sur les tableaux anglais.

De telles différences ne permettent pas d'établir de concordances exactes entre les statistiques des deux nations, ni par conséquent de comparer le nombre el la nature des crimes entre eux, et leurs rapports avec lu population. Suivant la manière dont on envisagerait les résultais, dont on grouperait les chiffres, on pourrait accréditer des opinions contradictoires, et certainement on en accréditerait de contraires à la vérité. Les seuls rapprochements qu'on puisse faire, c'est de comparer pour chaque nation sa moralité d'une époque à une autre, lorsqu'il n'y a pas eu de changements dans la législation , ou dans la classification des attentats. C'est encore de comparer chez les deux nations l'influence qu'exercent, sur les infractions le sexe, l'âge , et les diverses conditions des accusés ou condamnés. Maislàse borne, quant à présent, l'utilité des études auxquelles peut donner lieu la comparaison des statistiques criminelles des deux peuples.

V. — ACCROISSEMENT nu NOMBRE DES CRIMES.

Jusqu'ici M. Guerry a considéré la masse des crimes dans leurs principaux résultats, pour l'époque actuelle et à leur état fixe. Dans ses deux dernières études il considère l'accroissement comparé des crimes avec la population, et il recherche les causes de cet accroissement.

En remontant à l'année 1813, époque à laquelle les archives de l'Angleterre commencent à présenter le mouvement de la population et des crimes avec quelque certitude, il trouve que le nombre total des crimes n'était alors que de 7,164. Dix ans plus tard, en 1823, il avait presque doublé. En 1831, date du dernier recensement officiel qu'il a pu consulter, il s'élevait à 20,829, à peu près au triple de ce qu'il était d'abord.

La progression du nombre des crimes était cependant moins considérable en réalité qu'il ne le paraissait, à cause de l'accroissement simultané de la population. En exprimant par 1,000 la population du recensement de 1821, prise pour unité ; et en exprimant aussi par 1,000 le nombre total des crimes durant la même année, dans l'espace des i 0 années qui se sont écoulées de 1821 à 1831 , la population a augmenté, dans le rapport de 1,000 à 1020, et les crimes dans le rapport de 1,000 à 1,498.

C'est une opinion généralement accréditée que la civilisation affaiblit progressivement le nombre des attentats contre les personnes, tout en augmentant celui des attentats contre les


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propriétés. M. Guerry a voulu vérifier si la statistique criminelle dé l'Angleterre justifiait cette opinion et il a constaté le contraire. {

Les 12 années comprises de 1825 à 1836 embrassent204.133 accusés. Il les a partagées en deux périodes de 6 années chacune, et il à trouvé que durant la seconde période de 1830 à 1836, la moyenne des crimes contre les personnes présentait ■;' une augmentation de plus d'un tiers, relativement à la période de 1825 à 1830 ; tandis que le nombre des attentats à la propriété n'avait augmenté que d'un vingtième.

Il remonta à l'année 1820. Il partagea en deux périodes , de cinq années chacune, les dix années qui se sont écoulées de 1820 à 1830. Il établit ses calculs non plus sur les accusés, mais sur les condamnés dont le nombre total s'élevait à 100,833. Et il reconnut encore que durant la seconde période de 1825 à 1830, les crimes contre les personnes ne,présentaient aucune diminution, relativement aux crimes contre la propriété/Au contraire, ils avaient augmenté de 33 p. % , et les attentats contre la propriété de 32 p. 0o seulement.

II étendit ses calculs à la statistique criminelle de la France, pendant les cinq années de 1825 à.1830, comparées aux cinq années de 1830 à 1835.Pour éviter toute erreur, il fit abstraction de l'année exceptionnelle de 1830. Il déduisit de la nomenclature les crimes et délits politiques des années suivantes. Et loin de remarquer encore une diminution des attentats contre les personnes, dans la dernière période de 1830 à 1835, il constata qu'ils avaient augmenté dans la proportion de 16 p. % : tandis que malgré l'accroissement de la population, lés attentats contre la propriété présentaient une légère diminution.

VI.— CAUSES DE L'ACCROISSEMENT DU NOMBRE DES CRIMES.

L'accroissement du nombre des crimes étant donné, quelle en est la cause? La misère est-elle, comme on le croit généralement, une des. principales causés des Crimes , et surtout des crimes contre la propriété ?

Si cette opinion était fondée, les crimes augmenteraient avec la misère et diminueraient avec elle. Nous connaissons la progression des crimes en Angleterre,; de 1813 à 1836. Pour déterminer le degré d'aisance ou de misère de la population,pendant -éëtte.périôde,:M. Guëny a cherché dans la balance des importations et des exportations, quelle a été, proportionnellement à la population, la consommation des objets d'un usage général^ qui contribuent beaucoup au bien-être des habitants ;. et il a trouvé que.de. 1814 à 1832 la consommation de l'Angleterre


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s'était accrue pouf le tabac, de 31 p.. 0/o; potuvle thé,/de 39 p. 0/0; pour le /sucrée/de 577p.7O/0;. pour. Iécafé0de 297 p. 0/o ; alors queTaeGÏôisséinent de la population n^àvàit été que de 24 0/oVIl s'est assuré,.de plus, que la consommation du houblon, de la drèche, des tissus de laine; et de coton;,/présentaient aussi|/dUrànt:cetespace; îdejtenïgs,; un aeëroissëment considérable^:/ '-.■•' --/"" 7:;;7..-:/0'"

La progression croissante; de là consommation/de ces:objets, prouve que la clasSe la moins aisée a pu se les procurer beaucoupi plus facilement què'par le .passé; Le riche, accoutumé à ces jouissances, n'en a pas consommé davantage ;; l'excédant a naturellement été consommé par le pauvre;

Ces résultats, du reste, s'accordent avec le prix du blé, qui ne S'élève pas parallèlement avec le nombre des crimes, mais qui suit généralement une direction opposée.

Ils s'accordent aussi avec les deux statistiques de France et d'Angleterre, qui placent les: trois quarts des criminels dans la catégorie des personnes de 30 ans, âge auquel l'homme, jouissant de toute son énergie physique, et morale, doit trouver plus de ressources dans son travail pour, subvenir., à ses .besoins.. .0: 7..7 ■ ;; 00:/..,,.70

Us s'accordent encore avec les résultats consignés clans les enquêtes faites , par ordre du parlement j sur, les7 conditions des diverses; classés de la population agricole et Industrielig, sur le paupérisme, et sur Jâpolice et le régime des prisons.

Le gouverneur de la. prison de Newgate, qui peut contenir .900 détenus, a affirmé que sur. le nombre: des. prisonniers qu'il avait observés, il n'y en-avait pas un huitième qu'on.pût considérer comme ayant été; conduit au crime par lainisèM. Il ajouta qu'il n'y en avait pas i sur 30 dont la misère ne fût due à des causes que la-prudence la,plus oi^mairç pouvait écarter. Presque tous avaient reçu des salaires élevés, avaient rempli des emplois lucratifs; mais ils les avaient perdus par leur paresse,, par leur inçonduite e% par,leurs liaisons..avec/des femmes de mauvaise vie./0 .:;...,,. -.7.7 0.0

Le gouverneur de la maison de correction .de Goldbathfields a déclaré, que, sur:.60 détenus qu'il, avait particulièrement examinés, il n'en était pas. un. qui parût savoir été: porté à voler par le besoin01e, pourvoir à sa subsistance./:

Et Mi Grégoïy, l'un/des hommes qui paraît avoir/été le mieux placé, pour observer/à Londres les fluctuations de l'industrie et les'efitets: de la-misèrèi a dit qu'il né se rappelait qu'un seul vol commis par \in ouvrier pauvre, mais labbrieux, et qui se trouvait hiomèntanément: sans ouvrage. La causé principale de la presque totalité des crimes, ajoutaiMI, n-est

. 1868 ' 6*7


— 1.14 —

pas le.manque d'ouvrage; ce sont les habitudes de vice et ■d'oisiveté créées et entretenues par le paupérisme; c'est la facilité déplorable avee laquelle, sans être obligés de travailler, les hommes valides reçoivent de la paroisse de l'argent et du pain.

Il suit de là, et c'est la conclusion de M. Guerry, qu'aucun ensemble d'observation numérique ne fait découvrir de concordance marquée, entre le développement de la misère et celui des attentats contre la propriété. Si l'influence attribuée à la misère n'est pas sans réalité, elle n'est encore prouvée ni par la statistique, ni par une expérience individuelle rigoureusement constatée.

VIL — CONCLUSIONS. .

Tel est, Messieurs, l'abrégé, et non pas l'analyse, du manuscrit de M. Guerry. L'analyse vous en aurait donné une idée superficielle et incomplète. L'abrégé vous le fait connaître comme si vous en aviez fait la même étude que nous..Cependant, nous devons vous dire qu'à côté du texte de l'au leur se trouvent souvent des notes, que nous ne pouvions pas reproduire, et qui sont très-importantes, soit pour apprécier les documents qu'il a consultés, soii pour juger ies autorités sur lesquelles il s'appuie.

Ce manuscrit laisse certainement beaucoup à désirer. Ce sont des chapitres détachés d'un ouvrage inachevé. Des développements annoncés ne s'y trouvent pas. Plusieurs parties sont tronquées; et on ne sait trop quelle place'leiu- assigner. Mais dans son état d'imperfection il offre encore un grand intérêt. l .

L'atlas de M. Guerry, vous le savez, Messieurs, ne présente que des chiffres. Après avoir consacré plus de trente années de sa vie à rechercher, à constater, à recueillir les crimes el les délits commis en France et en Angleterre, l'auteur les a classés suivant leur dénomination légale dans les deux pays ; attribuant a chaque département et à chaque comté sa pari dans cet immense inventaire des passions humaines ; distinguant d'abord les attentats contre les personnes des attentats contre la propriété ; les distribuant ensuite d'après leur nature, suivant le sexe et l'âge des malfaiteurs, suivant la saison pendant laquelle ils ont exercé leur coupable industrie : et il s'est, attaché à rendre saississantes la marche el la gradation des infractions, par des tableaux teintés eu couleurs plus ou moins foncées, par des lignes croissantes et décroissantes, suivant l'élévation ou rabaissement de leurs chiffres.


—■ 115 —

L?oeil aime à parcourir ces cartes, modèle d'exécution typographique. Mais le lecteur eontemple avec étonnement cet océan de chiffres. Il suit avec anxiété leur développement. Il demande à chaque sexe, à chaque âge^ à ehaque circonscription territoriale ce qu'ils ont jeté, d'attentats dans cette nécropole de la perversité sociale. Un irrésistible besoin le pousse à interroger la contrée qui l'a vu naître, à la rapprocher des autres contrées; à comparer les deux nations voisines qui viennent tour à tour exposer devant lui les tristes et irrécusables témoignages de leur immoralité :: et il .reste en face de ces tableaux comme un homme penché sur un abîme qui l'attire, et dont il ne peut mesurer la profondeur.

Il n'y a pas d'induction à tirer, quant à présent, de cette statistique. Elle embrasse une période trop Courte encore pour qu'on puisse eh faire; sortir avec quelque certitude, des lois générales. Mais elle accuse dès tendances dignes déjà de fixer l'attention des .-"moralistes; et les personnes qui se livrent'à l'étude dé ces matières, et qui ont consulté "l'atlas de M. Guerry, regrettent que l'auteur, ait livré ses cartes, sans aucune explication, à la curiosité publique. Beaucoup lui ont demandé quelle impression avait faite sur lui ce flux et reflux de malfaiteurs, dont il a mesuré si longtemps les oscillations; ce qu'il pensait de ces deux nations, qui paraissaient rivales dans le crime, comme elles l'ont été sur les champs de bataille. Combien de fois, dans nos entretiens avec lui, ne l'aVons-nous pas pressé de publier ses [observations personnelles? Nous étions si convaincus qu'il le ferait un jour, que nous en exprimions l'espérance dans un opuscule que nous avons publié sur Son ouvrage, en 1866.

« L'introduction qui précède cet atlas, disions-hous, donné le « sentiment de l'importance de ce livre exceptionnel. Mais les « chiffres, les teintes, les courbes qui représentent la: relation «. nioraledes diverses régions de France et d'Angleterre,'pro« Voquent des éclaircissements, et deviendront sans doute le « sujet d'un livre qu'il publiera plustard. Nul he.pëut mieux « que lui mettre en lumière les conséquences qui en découlent, « pour l'appréciation des moeurs des deux pays.»

Eh bien 1 Messieurs, nous sommes fermement convaincu que le manuscrit que nous avons entre les mains.n'est pas autre chose que la collection; de chapitres qui devaient faire partie de cet ouvrage dont nous attendions la publication, et qu'il élaborait, en silence, ; 00."' ...

Il recherchait, et il étudiait avec empressement, tout ce qui paraissait en matière de statistique en France età l'étranger ; et il s'étonnait toujours de la légèretéavec laquelle certaines


— 116opinions

116opinions accréditées, soit!en dehors de tout examen dés faits, Sôit en tirant' avec précipitation des conséquences erronées défaits liiàl observes.7

tjuidenôus n'a pas entendu dire quec'est la misère qui inspiré aux criminels là plupart dé leurs mauvaises actions? N'affi/rme-t-ron pas tous les jours que la civilisation, en développant lés lioblès inspiratiions du coeur de l'homme, diminue le nombre des attentats contre les personnes? Qu'y a-t-il de vrai dans ces assertions absolues, àcéeptées et .propagées par des amis .de l'hunaanité qui7la -jugent Wpriorif Vous avez /remarqué sans doute, 'M éSSiëuïs, que ces grandes-thèses sont particulièrement l'objet des études dé iSI.Gûerry.ïla interrogé les archives des deux peuples .qui sont à la tête de la civilisation du inonde, et lia trouvé que les documents statistiques ne sont point d'accord avec les appréciations dès-moralistes. Non pas que Fauteur vienne; renverser de fond; en comble tes doctrines reçues, et soutenir que,la prospérité dés nations ne sert qu'à développer les rnîauvais; instincts des pervers! Ce serait un blasphème contré ta.Providence, qui ne peut vouloir que ses bienfaits et ses dons deviennent une sourcede -malheurs et de crinies!; Mais il pense que les; conquétes/dè l'esprit, hiimain, qui contribuent sipuissàmment à notre bien-être^ ne changent pas là nature de nos penchants; et que le bien et Iè mal restent mêlés sur la terre dans une proportion qui ne dépend pas de notre élévation dans-1'ècheiîe sociale. Il ne va pas jusqu'à dire .que la civilisation uè; diminuera;pas le nombre; des infractions aux lois de police .et de sûreté publique. Non, il est trop ennemi de l'absolu entoutes choses, et les études qu'il a faites embrassent un cercle trop étroit, pour qu'il formule des règles générales. Tout ce.qu'il affirme, c'est qu'iln'estpas démontré, quant/àprèsent,:gué certains attentats .deviennent progressivement ihoins nombreux, ët.que la inisère ait contribue d'une niàniëre ^marquée à; Ie0r développement. Ce n'est .pas une ralsphy;assurément, pour0ûJayec le temps, la vigilance de plus en plus grande de10dihmistration, et avec une ;iégislation mieux .appropriée ,,aux 'besoins qu'elle protège ëtaux passions qu'elle réprime, les nations ne puissent devenir plus morales et plus pures. Mais/aujourd'hui, et Sans l'état actuel de nos ççhnaissàncés,;éé' serait uïïe%mérité;&e7tirèr de 'nés 'observàtibhs^rop restreintes,'«i;èsconséquences0igbuî0uses. ;îÈt ce|të^igë rësërvé,0dht;iLâ'fatt$rèûve dans là gravé question 'de" Tih'flùènéë de la 'civiîisàtfôh'ët' dë0a 'in'isèrë sur0a0riminalité, nous la trouvons/encore dàhs lès'rapprbcliéin'éiïts (ju/ibfait -entré; lës-itStigtiqiiés- ■ de #rànee et - d/?Aûpëtërre, et dans le ?sdin. kjk% -apporté -à faire 'ressortir- les différences qui çhâiafelt la 'nature 0t 'Uës proportions ^de -leurs Trëéultâts rës-


■ 7:_ /107—7-/

péctifS; afin 0ë prévènir/les erreurs qutoh pourrait commettre par une comparaison irréfléchie entre des échelles d'appréciation complètement dissemblables.

C'est là, Messieurs, Kîe qui rend àaios yeuxle manuscrit de

M. Guerry digne d'être publié. Nous le considérons comme

une nouvelle introduction' plus nécessaire encore que celle

dont il a fait précéder son atlas. 0

Mais qui fera cette publication? et aux frais dé qui/sera-t-elle

. faite?"; 7.7.7.;.

La famille; de Mi. Guerry, héritière d'une fortune qu'il a considérablement diminuée par trente années de recherches et de voyages,, consehtira-t-ëlle et ëléyer ce monument à sa mémoire? La Société pourra-t-ëïle le faire sur.son faible budget ? L'éditeur de l'atlas voudrait-il s'en charger ? : Vous aurez, Messieurs, 7à7déiibërèr sur ces questions /• et vous nommerez sans doute une commission qufprendra en considération vos ressources personnelles, et qui se consultera avec la famille et avec l'éditeur de M. .Guerry, pour arriver à la solution la plus favorable. .

: "Quant à nous, que M. Guerry a fait-en mourant dépositaire de ses papiers- nous avons '-recueilli -ce legs avec une pieuse sollicitude, et noûsne tromperons ni sa dernière pensée ni sa dernière espérance. "Nous offrons à la Société de prendre la direction de cette publication, qui aurait lieu sous son patronage; et nous le "ferons pour sauver de il-oubli les dernières

/méditatïonsi d?un ami ;qui'nous est resté/cher, et pour/honorer; nôtrë^ômmuhé patrie qui grandit avec0'rllustnatipn de /ses "enfants.

H. DIARD,


TABLEAU COMPRENANT LES MOYENNES ANNUELLES DES OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES

PRISES AU JARDIN BOTANIQUE DE TOURS, PENDANT 10 ANNÉES, — DE 1858 A 1867

Et les moyeruies des dix années consécutives. par7 M,. BARÏÏSBY, Directeur du Jardin .botanique.

MOYENNES. ANNUELLES. '7 ;;7 |77 0/7PRESSION AràOSPHÉRIQIJE. '

j "- 9 heures 1 .,. - I 5 heures fi 9 heures I : '., :,.; ; | "Djffis.

ANNÉES. du matin. 0 mlQ1- du soir..: j du soir. 01. maxima. minima. rëocedes

0aromèt. I temp. Baromèt.] tèinp0 Baromèt. I temp. i Baromèt. j temp.j maxinla | date. 7 minima 1 date. mlT ; à zéro. J ext™. ; a zéro. | est". ; à zéro. | exl™. .-| a zéro, j ext™. j - | j | .

1858. 1753,80 10,6 1 752,93 13,9 I 752,72 14,8 I 754,79 ' 11,0 1 771,78 17 janvier| 731,84 027 noveni: 39,94

1859. 7755,00 12,2 I 755,07 14,8 i 754,30 . 15,4 ; 755,00 0 11,4:1-774,92 10 janvierg 727,01 26 décem. 47,91

1860. 7753 13. io fi | 753,07 12,8 1752,58- 13,1" \ 752,89 80 I768.7S .6 mars, f 727,59 8 décem. 41,19

1861. 056,81 11,7 0756,49 14,7 1 755,80 . 14,7 j 755,800 100 777309 19 novem.g 739,94. 19 mars. 33,15

1862. 1758,41 11,9 i'758,65 140 175703 14,4-1 75809 11,2 f/773,52 26 décem.f 738,-43. 20 mars. 35,09

1863. 1756,37 11,9 j 758,69 14,6 I 759,76 14,9 759,78 ..' 10,5 1:77407 17 février.! 737,60 6 janvier, 36,57

1864. i758,04 11,2 j 757,88 14,2 1/757,83 14,7 0/757,58 10,8077108 3 décem. | 73209,. 15 novem. 38,8,9 18650/■/! 757,15 12,7 ! 757,2.5 14,7 ! 756,58 15,S0756,45 1100/77405/017 décem 733.42 18octobre 4103

1866, 7| 757 si 11,0 j 756,96 130 ï 75400 71600757,27 10,0 777606'., 24 décem. 729;41-:2B février. 4605

1867. I 758,47 10,2 0 758,15 130 | 75705 . : 15,1 0758,26 -; 1.1,0 077608 21 février. |0390i90 1 mars 02004

TOTAUX. ... j 7 j 7 ; 1, ./ 7 7- I - ---■-. ■._:-'{;--;-...'/:,. ■-". ; B : > "-:'^ 7 .7 7, .-. ■:

Moyennes.! 756,44 I 11,4 1 756,51 14,1 1 756,02- 14,9 | 756,59 | 1O0|. 773,46 j' ■'.. :| 733030 7 : -;. [39,73

-.. Pression atmosphérique .;./..; 7 .Extrêmes des dis -années, / 7, .7/7

Maximum, le'21-■ février."1867'.".'0-77.fi.68. 7/ 7 "Slinimum ,1e 26 décembre 1859. . 72l,0l,-;.- 7 '-"

Différence. 55,67.


SUITE DU RÉSUMÉ DES OBSERVATIONS DÉCENNALES PRISES DE 1858 A 1867.

000 7, / TT^SfDRE: DE 0^7 . ''F^^

"' ' 0 - " P™^^^'"^--" 7^0^-". /^^^s^^^s^^ - —|. -^ ■ : /:g; .£/•§ -' |7 DE JOURS 7 ... 0S- recueil|

recueil| . «■ maxima'absolus. 7 minima absolus, f s / i &< è ë i'. '- «■-■-- «i»™- -lie

V ; lm"f™ee0lll ^r-i»0—.i0-/^----^~----^|ll5 VERÏS. /; ;./0/<^|0 |-'..■- . ... -.; -de. . - 7'SSJ e^pn■v'

e^pn■v' ES 3p *f -7 date/; Wjf date,/ lif*! ^|.^fjT^:] 0 10 jTJ^ 11/[ ;| jj la I g » ff,j 7g "p" ,£$£,

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" 1858// 16,6 .7,0 11,805,0 2 iuin0—10,5 7 Janv,:: 45,5il6 64 80 28 1:8 59 -59 41 1:02 --89,174 30; 717 6 17 29 43 22/ 111 74,7 329,0

18597 17,2 70 12ï3 37.0 13 îuil/0-15,8: 19 déc. : 52,8 20 43 58 21 .42 .69 .70 4:2; SS/fll 161 1.27112 2 1 39 36 2S 117 720 .581,6

18600 :iS,ï :50 100 290 163uU. —12,0 24 dëc. 41.6 34 42 35 21 37' 87 .83 27 30 118 218 21 138 .110 29 "45 14-117 76,3 "705,9

0 1861. 116,7 5,8110 330 17 juin. :-10,0 7 janv. 43,902 48 77 16 45 0B7 77030 .80 Ï56 129. 42 M 76 :1 24 48 21 -139 72,8 7465,4 f ^1162. i 17,0 6S4 11,7 330 27 iuil. — 7,6 9 février 40,8 22 54 47 26 2958 ' 93 36 MM 191 52 99 --2 % 25/ 16 12. 155 74,6 409,4

1863.7 116,7 5,Mi,2 36;0 79,/août.. — 50 .23 déc. 41,0 04. 27. 79: 12 35 .50 108 310.75112178 M 103: .8/ 44 ,10 8,284 780 4170

1 1864/ jf6,2 50 100 320 .21 iuil. —11,4 6 janvier. 43,8 . 2 53 94 . .10 Ï8' 44115. 300-98 ilfi Ï53; «6707.. 4 7; 39 43 17 038 70,0-534,8 : 1865.: 16,8 76,3 110 350 m juillet./ — 9,0 fëfëvrier 440 08 31 50 '9 89; 50 761 37:114 786 165j33 87: .3 10 53062 24 198 72,0 565,0

1866: 06,97:70120 33,4 10 iuïn0 — 750 22 janvier 390J16 32,56" 4683 127764 £60 51/73003 48 1557 4 ':- 3 45 "45: 22' 239 76,8 1105,0

!:_Jjtë7.0 160 76,7 00 330 ;g;jui0 a —0,0 j'9jàj^j|r 42:0 ;12 :58; '627*0#1 W: M |7 M -j|6 m .70 ^'||^:5|. 33 14 263, 75,0 lofl^

i " ~.0oï007™ 7:7 777:7 '77/ 7 000.,', 0, : ;0fw/SI IlTlS'f^lîîMi S îseï f?" • ■ ;,, ,,

/iîOYimES1:::!^^ Tffi Mjl :33^7007^ -r:00 7^^0^0^

;;;/'/ ';:■- "ï«i^^â^ùfe;m;oVe^né.''des''3ioe7çft^es; 7 71

,. D'âprèslës maxima et inhuma moyens, . , .;, ."v 11,4 . 3/ D'après lés maxima et mmiitia. absolus mensuels. ... . 12,1

'■';■/■. fewvpéraiûris ^ëaMffièjs-àes Ûix armées. ;7:

7iraximumlë 13 jmilet'ï 8^; 7 i;707 7.:.;. .. . . . ., 37,0 '.";'.'".'.

|;Mînimumlèiadêcën0re;i8Ki.i, 7 .;;;7. > . 7 . .... , -/.—15,8 7/

777;:;/..;7 7/-0:"-7'770 '7s..;/////'/ /• - -■; ; 52,8; :


Par M. ;de TASTES- ■■■;■:;■.■'■■■'--■:''"

MOIS ; DE EÉVRI;ER718<)8; 17

- ■ État

g TEMPÉRATURE Bar6l?lètre du ciel DîreCti0n "'Huie

S ■'•.'.' '***«!.. faits ; m°ye™0 .ou , OBSERVATIONS.

g • .... 8 heures accidentels. 7^' 7 '

Minima Maxima du matin.: _______ , vent. ueige.

1 20 .3 4/ 5 .6 ' ' ..7 ■- ■. -g. ' ' -'"/-■ 090 '

1 0 8 110 763,1 (J» c ;S O 3' •:

2 4 6 12 . .765,2 a '" •' S O 7 7 /

3 5,2 12,4. 761,4 »■:,-.-... SQ //

4 0,6 97 774,8 o * " /" 9. . " / 0 ^ -1 * 80 776,9; o ^ 77Q 0 - ' 7

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15 -3 2 8,2 _ 769,0 p .. &* NE;. 7 .

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18—3,4 / 8 6 772,0 :0 -A: NE." ."■".

19 2' 79 4 762,4- . ■ ".■ . S.07 6 1/2

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22 6,4 12,2 763,8 o. > 0 SO / .. 23 ,

23 3 " 8 4 767,0 . : ■ ' 1X00

24 0 . 10,8 775,2. c .0 7..

25 7 6 13.4 773,8 ; 0 O .. 2 .1/2

26 8,2 13 4 7730 T~ ~ ' R<): .

27 7 137,6 765,8 @ S.O. 7' :

28 2 " 150 ; 763,1 p. . . 7S ; .

29 4,2 : 1.4.2 / 761,6 0 . / SO .. ; 7;

Moyenne Moyenne Moyenne ■•-'.- TOTAL.

14 97 dumois ' 67. Total de la pluie, 13 nù" i.

' ; . 70 - 5,5 0 717 0 0 '5 / 00.7.

00.7. nombres de jours de

Ciel beau. O ou 0- il Pluie @; 8 vent du N. 0

id. peu nuageux, à 1/4 couvert O— 1 3 Neige -k 0 - "'"-,. N.B. 9

id. nuageux à 1/2 couvert é — 2. 7 Rosée •:• E. 0

id. très-nuageiix à 3/4 couvert © — "3 '. 2 Gelée 3)1. - "rk .12/ S E. 0

id. couvert © — 4 7 Gelée '■'"■& .7 s- 1

id. vaporeux © —- v... -Orage. • ■ Z s- °- 8

id. brumeux O bri Grêle S Grésl p . ;0. 8

■■.--■■ N. O. 3

NOTA.— L'état du ciel est-.calculé sur la moyenne delà journée ; Uen est de même de la direction du vent. - . s .. . ,

Dans les colonnes 2 et 3 on exprime les températures au dessous de zéro par le signe — ; 1 absence de ce signe indique une température supérieure à.zéro. •


- 021 —

.;;; :, EOTMT DES7PROCÈS7VERBMJX/, 0' Siéancë du 14 mars 1868.

PBÉSinEKCE DE M. HODSSAHD, PEÉSIDEKT.

La séance est ouverte à une heure et demie. : Le procès-verbal de là dernière séance est lu et adopté.

Lecture est donnée du Bulletin .bibliographique. Outre; les publications périodiques des sociétés correspondantes, le secrétariat a recules ouvrages suivants :

Documents de l'enquête agricole, publiés par le gouvernement. Six, exemplaires transmis par M. lé préfet.

Documents sur la Compagnie deMadagascar, précédés d'une notice historique, publiés/par les soins de M. le baron P. de Richement, sénateur, ancien gouverneur de la Compagnie.— En envoyant cet ouvragef M.le baron de Richemont fait remarquer l'intérêt qui s'attache à la grande île africaine, appelée forcément à devenir un jour le centre d'exploitations importantes; et l'un des plus riches marchés de la mer des Indes. — Des remercîments sont votés à M. de Richemont, et le volume offert est renvoyé à l'examen de M. de Sourdeval.

Voyages agricoles du co?nle de Gourcy en Belgique, eh "Angleterre, en Ecosse, en Alle??iagne et en France, sept volumes offerts par M. Allibert, au nom de l'auteur.

Notions d'agriculture pour les écoles primaires du département d'Llle-et-Vilaine, par Em. Jamet, ancien représentant. — En transmettant cet opuscule, M, Allibert en signale le mérite et exprime la pensée que cette brochure pourrait être appropriée au département d'Indre-et-Loire, où elle rendrait d'incontestables services? ... ■ ;/7

.Le yeràsoïèdu;:çhêrie,à l'Exposition Universelle de \867 : par Camille Persoiinat. Itenvoyé à l'examen de M. RouilléCourbe.

Lavieet les travaux' d'Olivier de Serres, par Benjamin Vignerte. Publication de la Société d'encouragement de Bagnères de Bigorre. 7°-0-■-

Des remercîments sont votés aux donateurs de ces divers ouvrages. ;

Correspondance, —M. le ministre de l'instruction publique informe la Compagnie que la distribution des prix aux sociétés savantes des départements, aura lieu à la Sorbonne, le sa1868 7


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medi 18 avril, ei sera précédée de trois jours de lectures publiques ; il invite la Société à se faire représenter à cette solennité. En conséquence, sont nommés, en qualités de délégués : MM. Jonette, de Tastes, P. du Château, Goussard de Mayôlles, Meusnier et Charpentier.

M. le préfet, en transmettant le programme qui doit servir de base à renseignement agricole dans les écoles normales et dans les écoles primaires rurales, demande l'avis de la Société sur les additions ou les retranchements qui seraient jugés nécessaires, eu égard aux conditions de notre déparlement. Une commission, composée de MM. Fennebresque. de Tastes. Lesèble, de Lavalette, Blanchard, Goussard de Mayôlles. Nakwaski, et Rouillé-Courbe, est chargée d'étudier celte question.

M. Delaroche (Victor-Adolphe), architecte à Paris, annonce son intention de se fixer prochainement à Tours, et demande à échanger son titre de membre correspondant contre celui de membre titulaire. D'après cette demande, M. Delaroche sera inscrit de plein droit sur le tableau des membres résidants.

M. Kellermann, capitaine en retraite à Gallardon (Eure-etLoir), envoie vingt graines de myrica cerifera ou arbre à cire, avec une instruction pour cultiver cet arbre , à l'acclimatation duquel il travaille depuis quatorze ans. Ces graines sont confiées à la section d'horticulture avec invitation d'en tenter la culture.

Communication est faite par les secrétaires des comptes-rendus des travaux des sections d'agriculture et d'horticulture. Cette dernière section a recruté trois nouveaux membres adhérents : MM Paquereau, jardinier-chef des cultures de M. A. Marne, aux Touches; Gilbert, jardinier-chef des cultures de M. Gottier, à Cangé; et Provosl-Jobit, fabricant d'instruments horticoles à Tours.

L'ordre du jour appelle le rapport delà commission chargée d'examiner l'opportunité d'une modification au règlement, proposée par la section d'agriculture.

M. le président expose que la commission s'est trouvée partagée sur le sens et les limites du mandat qui lui a été donné, et que, dans celle incertitude, elle n'a pu luire de rapport. M. Houssard ajoute que, à son avis, la question ne pouvait être traitée incidemment sans que tous les membres de la Compagnie en fussent informés ; que dès lors, la question devait être considérée comme étant encore entière, et qu'il y avait lieu de renvoyer à la prochaine séance la discussion relative à la prise en considération de la proposition. Cet avis est adopté par l'assemblée.

Le programme des prix à décerner au comice de Saint-Àver-


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lin pour les cantons réunis de Tours-sud et de IVIonlbazon, est lu par M. Fennebresque el adopté sans discussion. Il est décidé, en outre, que cette solennité agricole aura lieu le dimanche 23 août.

M. le baron P. du Château obtient la parole pour donner communication d'un poème intitulé Le Plongeur, imitation libre de Schiller. ÎNous n'essaierons pas d'analyser ce morceau, où brillent les qualités ordinaires de l'auteur, l'ampleur, l'élévation, le coloris, et une remarquable facilité de facture. Ce poème, dont la lecture a été écoutée avec beaucoup d'intérêt, est renvoyé au comité de rédaction.

M. Goussard de Mayôlles dit un mot de la question des engrais chimiques posée par M. G. Ville, et, en annonçant,qu'il expérimente lui-même ces engrais, il invite ses collègues à tenter des expériences de leur côté et à rendre compte des résultats à la Société. Sur le désir de" M. de Mayôlles, l'examen de celte question est ajourné à la prochaine séance.

On procède ensuite, au scrutin secret*et individuel, à l'élection de trois nouveaux membres présentés dans la séance précédente. A la suite du dépouillement des scrutins, sont proclamés à l'unanimité :

MM. Otl (Edmond), propriétaire à Mettray, membre titulaire, présenté par MM. Meusnier, Rouillé-Courbe et BaralPallu;

Deniau , médecin à Tours, membre titulaire, présenté par MM. de Tastes et Rouillé-Courbe ,

Et Derouet (Alfred), avocat à Blois, membre correspondant, présenté par MM. Auvray et Rouillé-Courbe.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures et demie.

Le secrétaire perpétuel,

C. CHEVALIER


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COMPTES-RENDUS DES TRAVAUX DES SECTIONS.

SECTION D'HORTICULTUSE. — Séance du 2 février 18CS , sous la présidence de M. Belle. — M. Barnsby l'ait la communication suivante: — Le froid qui a sévi avec une telle intensité cet hiver a causé d'assez grands ravages dans les collections de pleine terre. Le rninimun de 15 degrés audessous de zéro a permis, selon le terme consacré, d'épurer les collections de pleine terre ; or, M. Barnsby croit qu'il serait utile de noter toutes les espèces qui ont été atteintes par le froid et de comparer les pertes éprouvées sur- les hauts plateaux et dans les plaines (vallées). — Il invite donc tous les horticulteurs à vouloir bien préparer pour la prochaine s.éance le relevé-des perles qu'ils ont éprouvées, en distinguant les plantes détruites de celles qui ont simplement souffert et qu'il suffira de recéper ou de tailler pour les conserver.

M. Madelain donne immédiatement lecture du relevé des pertes éprouvées au jardin botanique. Ce relevé comprend 31 espèces détruites et 14 espèces plus ou moins atteintes ou maltraitées.

M. Châtenay rend compte de l'examen qu'il a fait des annales de la Société horticole de la Gironde, et donne connaissance d'une note de laquelle il résulte que deux pieds de Chamoerops excelsa, plante connue sous le nom de 'palmier à chanvre de Chine, l'un mâle, l'autre femelle, ont fleuri presque simultanément en pleine terre au jardin botanique de Bordeaux.

M. Châtenay l'ait ressortir tout l'intérêt que présente cette espèce pour l'ornementation de nos parcs et de nos jardins, et s'appuie sur ce fait que le beau spécimen qui existe à la pleine terre dans son établissement depuis quelques années, a supporté, sans perdre quoi que ce soit de sa vigueur, le minimum de quinze degrés au-dessous de zéro.

A ce sujet M. Lesèble émet l'opinion qu'il doit exister dans le commerce deux espèces de Chamoerops, vendues sous le nom de Ch. excelsa. — L'une serait le Ch. Fortunei, l'autre le Ch. excelsa proprement dit. La première ne supporterait point nos hivers et resterait plante de serre ; la seconde, beaucoup plus robuste, semble, au contraire, s'acclimater en .France.

M. Barnsby dit avoir reçu directement de Chine par M. de Montigny, consul général de France, des graines de CJiamoerops excelsa ou palmier à chanvre, et en avoir obtenu des sujets qui, mis à la pleine terre, n'ont pas supporté un froid de quelques degrés, tandis qu'un spécimen de la môme espèce, provenant des serres de MM. Lousier et Bonnet, de Tours, et


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mis à la pleine terre au printemps de 1867, a parfaitement supporté les froids rigoureux de l'hiver 67--6S. Il est vrai que les palmiers provenant des serres du jardin botanique ont été mis à la pleine terre au bout d'un an, tandis que le spécimen provenant des serres de MM. Lousier et Bonnet et celui de M. Châtenay, étaient âgés de S ou 6 ans lorsqu'ils ont été plantés.

Toutefois il est certain qu'il existe dans le commerce, sinon deux espèces, au moins deux variétés. La question, du reste, est à l'ordre du jour et fait l'objet d'une discussion entre les botanistes et les horticulteurs.

M. Madelain appelle l'attention des pépiniéristes et des amateurs sur la description faite par M. Michelin dans le Journal delà Société impériale d'horticulture de France, du mois d'avril 18G7, de plusieurs poires d'été, nouvelles ou peu- connues, et engage ses confrères a en faire l'acquisition pour les collections de la Touraine.

Ces poires sont : 1° la'poire de l'Assomption : — 2° la poire Beurré de Mouchel ; — 3" la poire Roussclet d'août; — 4" la poire Tyson; —5° la poire Duchesse de Berry d'été ; — 6° la poire Roux-Carcas.

M. Madelain signale également les procédés préconisés par le docteur Lemaire pour l'emploi de l'acide phénique dans le but de détruire les larves, les insectes et les parasites, tous ennemis de l'horticulture. L'auteur, bien connu du inonde horticole, recommande d'employer cet agent à des doses très-faibles et très-précises, soiten dissolution dans l'eau, soit en l'incorporant à de la terre.

Les doses varient de un à quatre grammes par litre d'eau, selon que l'on opère sur des plantes tendres, des feuilles, des fleurs, ou sur l'écorce des jeunes branches d'arbres. Les mômes doses s'appliquent aux composts ou mélanges terreux.

M. Barnsby appuie la proposition de M. Madelain, de répéter les essais faits par le docteur Lemaire, vu que c'est la première fois qu'un expérimentateur sérieux publie des doses bien déterminées pour l'emploi de l'acide phénique, surtout après s'être assuré de leur efficacité.

L'honorable rapporteur termine en citant une note de M. le docteur Pigeaux sur un procédé ingénieux utilisé par uu jardinier, exposant de 1867, pour assurer la fructification des arbres à noyau en serre.

Ce procédé consiste à placer dans la serre, au moment de la floraison, une ruche d'abeilles. Grâce à ces précieux auxiliaires, la fécondation est assurée et les fleurs, loin de rester stériles comme cela a lieu le plus habituellement dans la serre, fournissent des fruits magnifiques.


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M. Messirc demande que, dans l'intérêt de ses confrères, la Section crée un jardin d'essai, dans lequel des semis et des multiplications seraient faits par un jardinier désigné à cet effet, pour le compte de la Compagnie. M. Mcssire appuie sa demande sur ce que plusieurs sociétés possèdent un jardin de ce genre.

M. Lesèble s'oppose en principe à la création d'un jardin d'essai. L'honorable vice-président appuie sa manière de voir sur deux arguments qui lui semblent irréfutables En premier lieu, il croit que les jardins d'essai ne produisent pas de résultats sérieux et que pour cette raison les sociétés horticoles y ont renoncé; en second lieu, la Section n'a point de fonds disponibles pour l'acquisition d'un terrain, quelque peu étendu qu'il soit.

M. le Président ajoute que la Section, née d'hier, n'a point encore de ressources suffisantes pour entreprendre des dépenses aussi considérables que celles qu'entraîneraient l'acquisition d'un terrain et la création de tout un établissement de culture.

M. Barnsby s'associe complètement à ce qui vient d'être dit sur la question. 11 n'approuve en aucune façon la création d'un jardin d'essai. S'appuyant sur l'expérience qu'il a acquise au jardin botanique depuis dix années et sur ce qu'il a observé à Paris, il déclare que les jardins officiels ne conviennent point pour faire les essais, tels que les veulent et les comprennent les horticulteurs. Les botanistes se contentent d'acclimater, de collectionner; ils n'en veulent pas davantage. Tandis que pour l'horticulteur, il ne suffit pas que les graines d'une espèce germent et se reproduisent sur notre climat, il faut que cette espèce lui offre de l'intérêt, qu'elle se multiplie facilement et qu'elle soit, comme on dit habituellement, une bonne plante marchande. Or, dans les jardins botaniques ou officiels, on n'entend rien au commerce et on ne se préoccupe nullement de savoir quel parti l'horticulteur peut tirer de telle ou telle espèce ou variété.

Aussi M. Barnsby est-il d'avis que les essais soient à l'avenir confiés aux hommes spéciaux que renferme la Section : les semis de légumes à nos maraîchers ômérites. les semis de conifères et d'arbres fruitiers à nos habiles pépiniéristes, et les semis déplantes d'ornemeutànos nombreux jardiniers fleuristes.

En se chargeant eux-mêmes des essais qui leur seront confiés et dont ils auront à rendre compte à la Section, ils s'y intéresseront bien plus qu'ils ne feraient, si ces mêmes essais étaient faits dans un jardin spécial par les soins d'un seul jardinier, et tout pour eux sera bénéfice.

Sur ces observations, la proposition de M. Messire n'est pas adoptée. ' RAENSBV, secrétaire.


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ALLOCUTION ï>U PREStDÉNT

'-:., MESSIEURS,

C'est; vraiment aujourd'hui seulement que la section d'horticulture prend, si je puis dire, possession d'elle-même. Lés séanées qui ont .'précédé'.-celle-ci, ont été des séances d'installation dans lesquelles ont été épuisés tous les préliminaires indispensables en pareille" circonstance.

/Aujourd'hui vous allez déjà, Messieurs, nous faire connaître . le résultat de vos travaux.; et des communications que vous nous ferez, il naîtra une somme quelconque de bien qui constituera; notre premier pas en avant.

Messieurs, le concours empressé des j)rineipaux horticulteurs de notre département prouve que la section d'horticulture étaitnécessaire, et que vous avez compris nos intentions, notre but. -

Nous, membres de la Société d'agriculture, nous avons voulu en effet, Messieurs, servir de lien entré vous tous; notre but, c'est d'employer notre légitime influence à donner, s'il est possible, plus d'importance encore à votre industrie au moyen de cette Section'.";qui,,aura ses rapports , ses expositions, ses annales. C'est aussi de donner dans notre sphère modeste, plus d'éclat à notre pays en provoquant,des expositions qui en même temps attireront les regards sur vous. .

J'ai dit, Messieurs, que la section d'horticulture était nécessaire. Car vous sentez vous-mêmes le besoin de vous, rappro-. cher, et vous cherchiez un terrain neutre où ne pussent se produire les petites rivalités qui assiègent toutes les professions, fussent;, croyez-le bien, même les plus élevées, car le coeur de l'homme est partout le même. -■■■'',

Eh bien! nous sommes venus vers vous,..et vous avez compris que nous vous apportons des éléments précieux d'impartialité et un désintéressement absolu ; vous ayez compris encore que nous vous offrons précisément cette situation qui faisait l'objet de vos recherches.

Tel a été, Messieurs, notre but, en créant cette section-; tel en sera, j'en suis sûr, le résultat heureux.


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Ainsi, Messieurs, il faut que chacun de nous se place ici à un point de vue élevé, s'oublie soi-même, s'il est possible, et vise avanttout,— jedirais, si le mot n'était trop ambitieux,— à la gloire de l'horticulture.

Et soyez certains, Messieurs;, que si vous savez donner de l'importance à notre section, ce ne sera pas l'honneur stérile que vous récolterez ; vous aurez aussi ce qui fait vivre, le profit. •■ '■ .

Mais, Messieurs, si nous poursuivons un but élevé, nous serons toujours dans nos réunions d'une grande simplicité. Quant à moi, Messieurs^ je crois vous l'avoir déjà dit, je hais les longues harangues et l'étiquette empesée. Ici tout se passera en famille, et chacun pourra sans peine exposer son opinion. La vérité, quelque langage qu'on emploie, se fait toujours voir quândle bon sens la guide.

Allons, Messieurs, concordé et courage, et on parlera dé

nous.

-' A

.- ■ BELLE.


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PROMENADE MI MGOLES DU CMiL DU ID)f

L'idée de joindre les deux mers par un canal, au pied du versant français des Pyrénées, fut émisé, une première fois, sous lérègne de Françoisi?*:-, reprisé sous les règne de Charles IX, puis sous ceux de Henri IV et dé Louis XlII; mais l'état des financés du royaume 1 et l'état aussi de la sclencô ne permettaient guère la mise à exëcutioh d'un tel dessein.: Le point capital du problème était la difficulté d'amener une masse d'eau suffisante aux roches de Naurouse, lieu le plus élevé du parcours, et point de partage entre les deux versants du futur canal, à 189 mètres au-dessus des deux mers. Les uns avaient proposé d'y conduire les eaux de l.'Ariégev lés autres celles delà Garonne. Mais ces eaux se présentaient en contrebas du lieu où il s'agissait de lès faire parvenir, et les moyens élévateurs offraient de telles difficultés que les projets durent être ajournés. fe : '

Il était réservé à un homme étranger à la science des ingénieurs , de résoudre le problème par le seul élan de son génie secondé d'une infatigable recherche dans les moyens d'exécution. Pierre-Paul. Riquet, né en \ 604, à Béziers, avait exercé des fonctions de finances et reposait sa vieillesse dans Une terré qu'il possédait aux environs de Naurouse. C'est cette résidence qui lui inspira l'idée de chercher la solution dans les lieux mêmes qui l'entouraient. La Montagne-Noire, contrefort des Gévennes, dirigé vers l'occident, se terminait en face de son château de Bonrepos par une croupe sillonnée de ravins donnant passage à des torrents ou dés ruisseaux dont lés uns, ceux du versant nord, se rendent à lîOcéan par la Garonne, et les autres, du versant sud, gagnent la Méditerranée par le Fresque! et l'Aude. Rassembler ces eaux;" et'les amener à Naurouse, telle fut l'idée qui se présenta à l'esprit dé Riquèt. Mais l'exécution était loin d'être facile. Ces ruisseaux, encaissés en de profonds ravins et séparés les uns des autres par des masses rocheuses, étaient difficiles à discipliner et à détourner des lits sauvages que des siècles leur avaient creusés. Il fallut des courses pénibles qui durèrent plusieurs années, et des études attentives de nivellement pour faire un choix


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parmi ces cours d?eau. Les plus proches, ceux de la pente méridionale, n'offrirent pas un point de départ assez élevé pour qu'on pût amener leurs eaux vers Naurouse. C'est sur la pente septentrionale que Biquet alla d'abord; chercherle Sor,. petite rivière qui descend de la montagne; devant Sorèze. Un barrage fut établi au-dessous delà ville et pejfrnit de détourner ce tributaire de la Garonne, de manière àlui; faire contourner la croupe de la montagne, à recueillir, chemin faisant, les eaux •de son propre affluent, le Laùdot, ruisseau provenant d'un ravin accentué, et à diriger ces eaux réunies jusqu'aux Pierresde-Naurpuse, où devait s'établir le bassin de partage entreles deux versants de l'Océan et de la Méditerranée. Mais ces deux ruisseaux, le Sor et le Laùdot, étaient bien faibles pour approvisionner d'eau un canal si long et si .profond que celui qu'ils'agissaitd'établir. Riquet poussa plus loin ses recherches et, négligeant toujours les premiers ruisseaux du versant méridional, il en avisa quatre, parallèles entré eux sur ce versant, ce sont : l'Alzau, le plus considérable et le plus éloigné de tous, la Berhassonné, le Lampi et le Riéutor; ce dernier est faible. Une '-rigole, commençant au barrage qui fut établi sur l'Àlzâu, coupa perpendiculairement les trois autres ruisseaux,, recueillit leurs eaux et les amena, après un parcours total de A 7 kilomètres, au /col du Coriquet; puis, leur faisant franchir, ce col, elle les précipita dans le ravin du Sor, ici profondément encaissé dans la montagne, et, de là, ces eaux, réunies à celles du Sor, entraient avec lui dans la. Rigole de la Plaine, car on appelle ainsi la rigole qui s'étend de Sorèze à Naurouse en tournant le pied de la Montagne-Noire:; et l'on appelle Rigole de Ja Montagne, celle qui recueille les eaux des quatre ruisseaux du versant méridional. Cependant Riquet ne fut pas satisfait encore; du résultat. Les eaux qu'iLavàit rassemblées de la sorte à Naurouse pouvaient suffire à,alimenter le canal pendant l'hiver ; mais il était à craindre qu'elles ne le laissassent manquer d'eau pendant une partie de l'été : il voulut conjurer ce danger et, dans ce but, il conçut l'idée d'emmagasiner le surplus des eaux de l'hiver, afin de le retrouver pendaiitl'été ; le bassin du Laùdot lui parut offrir, à sa partie inférieure, un encaissement de dimension convenable et sus-, ceptible de recevoir un barrage pour y entasser un volume ■ d'eaû considérable. Mais le faible ruisseau !dù Laudot était 5 insuffisant pour fournir cette masse d'eau ; il fallut lui chercher un auxiliaire. Cet auxiliaire se présenta de lui-même dans les eaux déjà recueillies d'Alzau, Bernassonne, Lampi et Rieutor^ amenées, par la rigole de la montagne, au col du Gonquet ; mais alors j au lieu de les laisser tomber naturellenient,dù haut du col dans le ravin du Sor, on les maintintpar un prolongementdela


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rigole, sur la corniche du ravin, et on lesameiia, delasorte, au pied du village des Cammazes, à une distance de 7 kilomètres. Ce village, sur la route de Rével à Carcassonne, occupe la crête d'un col qui sépare le ravin du Sor de celui dû Laùdot. Un tunnel fut pratiqué sous le village, et, au-delà du tunnel, les eaux se précipitèrent, par une chute de plusieurs métrés, dans les sources mêmes du Laùdot ; elles quadruplèrent la puissance du ruisseau et descendirent avec lui, sans travaux d'art, en suivant le lit du ravin pendant S kilomètres, au lac artificiel formé par la retenue et que l'on nomma le bassin de SaintFerréol. La longueur totale de la rigole de la plaine est de 38 kilomètres, celle de la montagne est dé 24 ; sans compter le lit naturel du Laùdot, qui transporte les eaux de la montagne au bassin de Saint-Ferréol, pendant 7 kilomètres. Eu contemplant ce qu'il à fallu de conception et d:études pour recueillir ces eaux aux versants des montagnes, pour les faire circuler le long des crêtes et les amener, de bassins en bassins à travers deux cols élevés, et en déposant sur la route de vastes réserves, jusqu'aulieu de leur distribution dans le canal, on reste confondu d'admiration pour le génie qui a créé tant de ressources dans une voie jusque-là inconnue.

La recherche des eaux supérieures et leur aménagement par les rigoles et les bassins :de réserve, formaient le point essentiel du-problème à* résoudre pour le succès du canal ; Riquet l'avait compris, et ses'contemporains avaient de même compris la chose en attendant que la postérité la ratifiât. M. de Froidoure, commissaire départi en Languedoc pour la réformation des eaux et forêts, écrivait à M. de. Barillon, intendant de Picardie. «M. Riquet, homme d'un très-grand sens, et appliqué aux choses qu'il entreprend, ayant ouï parler qu'autrefois on avait eu le dessein de la communication des mers, voulut éprouver si en effet elle était possible et par quel moyen on pourrait y réussir. Aux Pierres de Naurouse, il eut bientôt fait sou pronostic, et jugé que toute la difficulté consistait en deux points : à savoir si l'on pourra rassembler les eaux, et les amener à ce bassin en assez grande abondance pour remplir le canal et le rendre navigable; et, pour y parvenir, il a visité toutes lés montagnes voisines, cherchant les hauteurs et sources: de plusieurs rivières qui y naissent. Il a tant couru par tout le pays, les a si bien et si exactement considérées; il a tant de fois nivelé et renivelé le terrain, qu'enfin il a trouvé que l'on pouvait facilement détourner et assembler les eaux de six petites rivières. Le siëur Riquet s'étant ainsi convaincu, par ses expériences, que son/-entreprise: ne pouvait plus trouver de difficulté!, ;en fit la proposition à M. Colbert. »,

Dans le Mémoire historique de ce qui s'est passé de remar-


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quable lors de la construction du canal, - l'auteur, M. de Rousset, 'l'un des ingénieurs employés par Riquet à.cette grande construction, s'exprime ainsi: « La partie du canal où le géniedeM. deRiquet brille le plus, est sans contredit la rigole de la montagne et les ouvrages qui en dépendent. Présentement que la chose est exécutée, il semble qu'il n'y avait lien déplus aisé à imaginer. » ■

La visite des rigoles est une promenade renommée pour l'aspect riant et grandiose des lieux et pour les ouvrages d'art. Les étrangers, comme les habitants du pays, la recherchent'. Mais elle est de longue haleine et ne peut guère s'exécuter en un jour. Ceux-là seuls' qui habitent les petites villes de Rével, Sorèze, Saint-Papoul ou les campagnes environnantes, au pied de la montagne, peuvent espérer de.la faire en un jour, consacré à la seule rigole dé la montagne, qui est à là vérité le point le plus intéressant. Si l'on part de Toulouse, de Castres ou de Cârcassonnéi lé sujet se complique par lé temps requis pour atteindre les lieux. Quelques officiers dii 4e hussards, en garnison à Càrcassonne, l'ont faite avec leurs chevaux, mais ils y ont mis trois jours :uu pour aller, un pour visiter, un pour revenir; j'aurais pu faire. comme eux ; mais ils avaient eu les heaux jours de l'été à leur disposition et je n'avais que les jours incertains d'avril à travers lesquels j'attendis vainement une série rassurante. Je résolus donc de prendre un moyen plus sommaire et de profiter dû premier beau jour pour voir Ce que je pourrais dans l'espace d'une journée. Le chemin; dé fer me conduisit, un matin, de Çafcassonne à Rével, en longeant d'abord le versant méridional dé la montagne, puis en tournant sa croupe occidentale, et il me déposa au début du versant septentrional, à Rével, charmante petite ville ornée de vastes promenades en platanes et jouissant d'une abondance d'eaux et de fontaines alimentées par la montagne. Je la traversai sans m'y arrêter et me dirigeai de suite vers le bassin de Saint-Ferréol. Je passai sur un pont, au pied de la montagne; la rigolé de là plaine; elle contenait les eaux dérivées du Sor, c'est-à-dire fort peu de chose, car elle était presque à sec; sa. largeur est d'environ S mètres. Je gravis ensuite le flanc de la" montagne par la route départementale de Rével à Càrcassonne, et enk trois quarts-d'heure j'avais à mes pieds l'imposante surface de Saint-Ferréol. Je quittai aussitôt la route et descendis vers la chaussée de retenue. CeMe-çi est terminée, à son extrémité, par un appareil destiné à régler lé trop-plein des eaux et à ménager leur sortie. Cette magnifique chaussée offre une longueur de- 800 mètres, une épaisseur de 60, une hauteur de 32. Elle est formée par trois murs parallèles en maçonnerie, un à chaque face et le plus fort au milieu ;


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des terres^-fortement tassées, en comblent les intervalles. Le trop-plein, dont nous avons parlé, fournitlés eaux d'alimentation pendant l'hiver, et le fait avec une telle abondance, qu'elles, entretiennent un véritable courant dans le canal, où les eaux débordent par dessus les portes d'écluse, de 20 à 30 centimètres. Mais, en été, alors que le trop-plein ne donné plus, il devient nécessaire derecourirà la réserve des eauX^Des tuyaux de conduite, terminés par de larges robinets que font mouvoir des moyens mécaniques, sont établissouslaéhausséêetdpnnentpassageâuX eaux demandées pour.les besoins de l'immense canal. Le bassin de Saint-Ferréol, encaissé entre des rochers, offre une surface de 67 hectares et renferme six millions.de mètres cubes d'eau; c'est-à-dire autant qu'en Contient le canaldans sa longueur de 60 lieues. Des observations, faites pendant dix années, ont démontré que là hauteur d'eau tombée sur le bassin de Sâint-Ferréol, a été de 69 'centimètres, en moyenne annuelle, et que révaporation, dans le même temps, a été de 77 centimètres. ; il y a donc un déficit de 8 centim êtres qui n'a puêtre comblé que par l'apport des affluents, c'èst-à-dire de la rigole de la montagne. Après avoir tourné le bassin par la chaussée et sa rive méridionale, je repris la route département taie qui. remonte le Laùdot en le côtoyant. Ce ruisseau, grossi des eaux de la rigole de la montagne, offre un cours pittoresque, au milieu d'encaissements de rocliersy de prairies évasées, et d'arbres magnifiques. Tout son cours n'est qu'une longue cascade où les eaux blanchissantes d'écume se dessinent à travers lès rocs et la végétation. Ce gracieux spectacle n'abandonne pas le voyageur jusqu'aux Cammàzes. Ce village occupe, comme nous l'avons dit, un col de la montagne entre la source du Laùdot et le ravin du Sor. La rigole qui vient d'Alzau et de Lampi passe sous le village pPurrejoindre le Laùdot. Je descendis aussitôt sur ses bords qui sont ornés comme uh pare. Le sol schisteux et friable, qui donnait lieu à des infiltra^- tiôns et ne pouvait contenir les eaux, à nécessite la création d'un lit bétonné dans lé fond et sur les parois, ayant deux mètres de largeur et un de profondeur. L'eau, sur cette surface unie, coule rapide, limpide et silencieuse. Les francs-bords que possède la compagnie, larges de quinze à vingt mètres de chaque côté, sont plantés dé hêtres, et une allée sablée suit partout c l'un des bords de ce joli canal. Le passage par cette allée est ouvert aux piétons ; mais les chevaux et les voitures n'y peuvent circuler qu'en vertu dé la permission d'un ingénieur de la compagnie ; cette allée est surtout consacrée au service d'entretien de la rigole. En remontant dés Cammazes, la rigole _ que je suis à revers de son cours, s'élève vers lés crêtes de la paroi du bassin du Sor. Celui-ci coule à


une grande profondeur, à ma gauche, au milieu des rocs et des hois, qui souvent le dérobent a ma vue. Des Cammazes au Conquet, la promenade est ravissante: par lé contraste que forment ces eaux et ces allées si bien entretenues, avec l'aspect sauvage des gorges profondes du S°r- arrivé jusqu'au Conquet par cette route enchantéevdont la scène est, du reste, tout intérieure, car à droite, on est dominé par l'arête de la montagneet à gauche la vue né pénètre pas au-delà du ravin. Au Conquet, la scène change ; on franchit le col avec la rigole ; la vue: alors est interceptée à gauche par la montagne et se déploie, à droite, par le versant méridional, en bas duquel est la vallée ou circule le canal, et au -delà de celui-ci s'échelonnent diverses chaînes de montagnes dont les premières appartiennent aux Corbières, et sont dominées au loin par la ligne fortement accentuée des Pyrénées,'qui, d'ici, se montrent dans la moitié de leur étendue, de Tarbes à la Méditerranée. Qii y distingue les pics de Saint-Barthélémy, de Charlitte et du Canigou. Cette immense et brillante chaîne, vue des hauteurs de la MontagnëNoire, à 25 ou 30 lieues de distance, pour le rayon le plus court, change d'aspect trois fois dans la journée. Au matin d'un beau jour, la neige présente à travers les rocs, ses surfaces satinées, Ou ses plis veloutés d'un blanc éclatant; à midi, la lumière, trop intense, écrase la naïve perspective du matin et lui substitue une confusion optique à travers laquelle l'oeil ne distingue que les effets miroitants des glaciers; I"ë soir, au coucher du soleil, on ne voit plus ni glace, ni neige : Une silhouette, parfaitement dessinée, représente toute la masse sôùs une seule couleur de bleu tendre d'abord, qui dévient plus ■sombre ensuite à mesure que le jour diminue.

Au col du Conquet est une maison de garde, devant laquelle sont les travaux de l'épanchoir par lequel Riquet versa d'abord les eaux de la rigole dans le ravin du Sor. On s'en sert encore pour déverser certaines eaux surabondantes, ou celles entières de la rigole, quand il y a lieu de mettre à sec sa partie bétonnée pour causé de réparations. Après le Conquet, la rigole cesse d'être bétonnée:; son lit, simplement creusé dans le sol, est un fossé de trois à quatre mètres de large, roulant environ un mètre d'eaù en profondeur ; sa circulation, sur ces crêtes élevées, dirigée vers le col du Conquet, est beaucoup moins rapide qu'après ce col, alors qu'elle descend vers les Cammazes, Les francs-bords sont également plantés, mais non plus en ; hêtres alignés; ce sont les chênes et les châtaigniers de la forêt, développant en liberté leurs tiges et leurs rameaux, sous l'impulsion du sol constamment frais où s'enfoncent leurs racines.

A quatre kilomètres du Conquet on arrive à Lampi qui est


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le point central de la rigole, entré Alzau et lès Cammazes; Une maison de garde importante y est établie pour la surveillance et l'administration de la rigole/Les administrateurs s'y] réunissent, quand il y a lieu, et y séjournent au besoin. Aussi cette maison offre-t-elle des ressources de confortable en logement, lits,.écurie et remise. Une vaste salle, consacrée aux conférences et aux repas est ornée de tableaux et de gravures ayant tous trait à l'histoire de Riquet et du cariai Cette maison sert aussi d'hôtellerie aux voyageurs munis d'une 'autorisation signée par l'ingénieur en chef du canal, résidant à Toulouse. J'exhibai mes lettrés patentes, qui furent examinées attentivement, et, après conviction acquise de leur sincérité, je reçus de la part du garde un accueil prévenant. 11 m'offrit d'abord un léger rafraîchissement, et il proposa de me conduire aubassin de Lampi. C'était pour lui une manière de gagner du temps pour envoyer l'un de ses enfants, à cheval, jusqu'à Saissac, chef-lieu de canton, à deux lieues de là, pour y chercher les éléments du dîner, qui manquaient en ce lieu isolé. Devant là maison, entourée de bols, est un petit bassin de deux à trois hectares qu'on appelle le vieux Lampi. Riquet l'avait construit pour en faire un réservoir de la rigole;.mais son insuffisance l'a fait négliger; la rigolé le traverse le long du barrage qui retient les eaux, et ce seul point est l'objet d'un entretien, le reste de la surface est à moitié envahi par les herbes marécageuses. La compagnie a reporté ses soins vers un autre point que Riquet avait indiqué pour y établir une retenue importante dans le cas où l'insuffisance de Saint-Ferréol se ferait sentir; on a jugé à propos de mettre à exécution le plan proposé par RiqUet, mais Un demi-siècle après sa mort, lorsque la Robine, ou canal de Narbonne, a été annexée au canal du Midi. Riquet, embrassant toutes les prévisions de l'avenir, avait indiqué, en outré, l'emplacement d'un magasin d'eau plus considérable que tous lesautres, dans le ravin supérieur d'Alzau; il contiendrait huit millions de mètres cubes d'eau ; mais il est à croire que le besoin ne s'en fera jamais sentir. :

Le garde, en remontant avec moi là rive du vieux Lampi, me conduisit, par une fraîche vallée, sillonnée par le ruisseau de Lampi, tapissée de prairies, bordée de grands chênes et de masses schisteuses, au pied du barrage destiné à contenir les eaux dii bassin. Ce barrage n'est pas, comme celui de Saint-Ferréol, compliqué de trois murs reliés entre eux par des terres entassées au foulon : il est formé d'un seul mur en pierres degranit,taillées.La longueur de ce mur, dépendant de la forme du défilé à travers lequel il est jeté, n'est que de sept mètres à la base, mais elle mesure jusqu'à cent vingt mètres au couronnement; la hauteur est de quinze mètres; l'épaisseur, de


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cinq mètres aufaîte, est beaucoup plus considérable à la base. Malgré le soin que l'on a pu mettre à cimenter ces pierres de grand appareil, les infiltrations se font sentir et tapissent toute la partie extérieure des stalactites et/stalagmites, qu'elles ont produites.

Le bassin de Lampi offre une surface de 23 hectares et un cubage de 1,600,000 mètres d'eau, comme supplément aux six millions de Saint-Ferréol, La belle forêt domaniale de Ramondens l'entoure sur les deux versants du bassin et lui forme un amphithéâtreplein de charme et de grandiose, qui fait comparer, par les touristes, cette belle nappé d'eau à celle du lac d'Albano. Je me promenai au bord de ces eaux limpides et sous les beaux arbres de leur rive jusqu'à ce que la nuit me rappelât au logis. Là, se trouvait un dîner dont le menu dépassait de beaucoup mes modestes espérances ; une chambré à coucher avec un service délicatement préparé m'attendait ensuite.

Le lendemain, j'aurais voulu continuer ma promenade jusqu'à la prise d'Alzau, qui forme la tête de la rigole, it.y a de Lampi treize kilomètres, en suivant l'allée de la rigole, et six seulement, par la ligne droite, à travers la forêt; mais la belle journée de la veille avait disparu, et, après avoir réglé avec mes hôtes qui ne voulurent pas fixer de prix, je profitai d'une éclaiivcie pour descendre à Saissac et regagner le chemin de fer du Midi, qui me ramena à Càrcassonne en quelques minutes.: ...

Outre les eaux amenées, par lesrigoles, au bassin de Naurouse, qui est lé point de partage entre les deux versants, le canal reçoit, plus bas, deux prises d'eau importantes, provenant également de la Montagne-Noire; l'une est celle de la rivière de Fresquel, qui, prenant sa source près; de Naurouse même, longe le pied de. la Montagne-Noire, au midi, y recueille les ruisseaux que Riquet n'a pii amener directement, et les eaux des quatre ruisseaux de la .montagne qui ont traversé la rigole par leurs .trop-pleins ou épanchoirs et se/sont fortifiées inférieurement de beaucoup d'autres sources ; ils arrivent au Fresque! bien plus considérables qu'ils ne le sont au point élevé où la rigole.lês a coupés. Le " Fresquel, ïlônt la vallée a été suivie dans la construction du canal, rejoint l'Aude au-dessous de Càrcassonne, à un point où cette rivière, venant des Pyrénées, .tourne brusquement, à angle droit, pour se rendre à là Méditerranée, en se rangeantdans l'axe même du Fresquel. La prise d'eaU du Fresquel se fait devant Càrcassonne, un peu avant le confluent avec l'Aude, et à travers un travail remarquable."Le Fresquel a été détourné de son cours naturel, qui a été réservé à la prise'd'eau'}-i! a été amené par une tranchée du roc vif, à rejoindre le petit fleuve, dans le joli


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parc/Saint-Jeaii;. Sur. cette/tranchée, a/eté posée une, voûte, monumentale^ sur le dos. de laquelle se dresse un pont; pour la routé impériale et- un aqueduc quisupporte le canal audessus /du iFresquèL Si bien que batëaux/et voitures passent eh se coudoyant sur le même pont. L'autre prise d'eau est à trois lieues plus bas, à Trèbes; elle provient du torrent, l'Orbiel, formé suivies cîmes et les flânes de la Montagne-Noire. "..' Une fois le service des eaux alimentaires assuré, les plans de Riquet pour le canal furent accùeillispar Colbert, et discutés par une commission, d'ingénieurs nommée par' roi. Le canal partant/de^ Naurouse devait; d'une part, se'-rendre-à la Garonne en. suivant lé lit du Lhers, et, de l'autre; à la Méditerranée; en suivant le lit dû Fresquel,/puis celui de l'Aude, puis abandonner celui-ci, pour franchir les rivières d'Orb, à Béziers, et de l'Hérault, devant Agde, traverser l'étang deThau et déboucher dé; là dans là Méditerranée au pied de là montagne de Cette -, où la création d'un port devint le corollaire de ce grand ouvragé;. / ■■■/■■'. .//■■•;•■

/Maisles caisses de l'État étaient épuisées par les guerres • les États de Languedoc, invités à contribuer, refusèrent une première fois, firent cependant une partie des fonds, à la seconde invitation, et Riquet dut se rendre adjudicataire,- à ses trèsgrands risques et périls. Les ingénieurs dirigèrent les travaux sous ses ordres, mais sa volonté ne/cessa de régler tous les points: difficiles et-de choisir entré les obstacles à /franchir. Quoique le cours du canal soit une sorte dé; vallée continue entré les Cévennesetles Pyrénées, de fréquentes difficultés se sont présentées néanmoins dans le sol. Tantôt il a fallu creuser celui-ci à de très-grandes profondeurs, tantôt, au contraire, il a fallu retenir le canal au-dessus du sol, entre deux levées, d'autres fois le faire circuler en corniche au flanc des collines. En quittant la vallée de l'Aude on a dû franchir la montagne de Malpas par un tunnel de 400 mètres, creusé dans un sable eoquillier et friable (1), s'approcher de Béziers par une tranchée profonde à travers un banc d'huîtres fossiles, descendre delà dans le lit de l'Orb par une échelle de sept écluses continues. Ce, fut le 26 novembre 1662 que Riquet présenta son plan à Colbert. Le 18 janvier 1668, un arrêt du Conseil en ordonna

: (1) La montagne de Malpas entre Narbbnne et Béziers, se trouve percée de trois tunnels, l'un au-dessus'de l'autre, non parallèles, mais se croisant en sens divergents. Le plus bas et le plus ancien est la rigole souterraine pratiquée pour le dessèchement de l'étang de Montadi, opération qui paraît remonter au temps de saint Louis; elle a 1,200 mètres de longueur sur uneliauteur de deux mètres, et une largeur à peu près égale. Le chemin de fer du Midi, qui côtoie partout le canal, passe au-dessus de là rigole, avec une longueur de 700 mètres ; et le canal passe par-dessus les deux autres.

1868 8


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l'examen sur les lieux; la première pierre de l'écluse de communication du canal et de la Garonne fut/posée en 4667; le grand ouvrage fut. achevé en 1681; mais il ne fut pas donné à Riquet d'en voir la fin, car il mourut lé A" octobre 1680,: six mois avant l'inauguration solennelle qui en fût faite par les délégués du roi et des États de Languedoc.

La science aujourd'hui sait: faire les canaux, mais celui-ci est dû surtout au génie de. Riquet qui avait devancé la science.

De l'entrée dans la Garonne à l'étang de Thau, la longueur est de 241 kilomètres ; l'altitude, à Naurouse, de 189 mètres, descend à la Garonne par dix-sept corps d'écluses, et à Thau par quarante-cinq corps d'écluses ; la largeur moyenne est de 20 mètres à la surface, 10 au plafond et 2 mètres de profondeur des eaux. :

« On a peine à croire, dit un ingénieur/moderne, qu'un ouvrage aussi immense, dirigé par un seul homme, ait pu être terminé en quatorze ans, car, ayant été commencé en 1667, il fut livré à la navigation en 1681. Et cependant ce que; Riquet a créé sert encore de modèle à tout ce que l'on veut créer en ce genre. Il se .montra aussi étonnant dans la perfection des détails que dans les grandes combinaisons ; et l'on se demande ce que l'on doit.le plus admirer de l'exactitude de ses calculs, de la profondeur de ses vues ou de la hardiesse de sa conception. Réunion extraordinaire de facultés bien rares qui tend à classer.Riquet parmi les hommes extraordinaires, » (Magùès, ingénieur en chef du Canal, Guide du voyageur sur le canal du Midi. ».'

Ch. DE SotJÏtDKVii. /


— 139 — DES PETITS COURS D'EAU. V;

^ ■.: .. MESSIEURS^

La propriété foncière, en- France, est surchargée d'impôts.

C'est là Une vérité passée à l'état d'axiome.

Pourtant, Messieurs, nous sommes bien loin des théories des économistes du xvm? siècle, lesquels voulaient un impôt unique^ frappant le soi et demandé directement à la propriété/ foncière ; et, il faut lé-dire à la gloire du /gouvernement actuel, alors que bien des gens jetaient un cri d'alarme, il; n'a pas hésité à aller atteindre la propriété'mobilière, jusqu'entre lès mains des détenteurs eux-mêmes. Quant à moi, Messieurs, je le dis bien haut, j'ai applaudi de.toutes mes forces à la promulgation de la loi appelant les propriétaires" des rentes sur l'Etat et des autres valeurs, à venir contribuer aux; charges communes destinéesi àniaintenir le corps social;

Mais.si j'accepte sans murmurer toutes les obligations déterminées par la loi elle-même, à l'abri absolu de l'arbitraire et. du bon plaisir, je suis toujours prêt à protester■■; contre ces charges■', qu'une administration quelconque peut, par sa propre initiative , imposer aux populations agricoles, et je prends pour exemple le faucardement et le-curage des rivières non navigables ni flottables et des autres petits cours d'eau.

En droit, voici comment les choses devraient se passer.

Aux termes des; lois des 14-24 floréal an xi, I et 14 maii803, combinées avec la loi du 16i septembre 1807j un syndicat, pris parmi les principaux intéressés, s'adjoint un ingénieur ou un conducteur des ponts et chaussées ; puis ce même syndicat décide, surveille, dirige le curage et le faucardement, et procède à la répartition des sommes nécessaires à ces travaux.

En fait, les choses se passent bien autrement. C'est l'administration des ponts et chaussées qui provoque, décidé, surveille et dirige les travaux. Le percepteur procède à la répartition, et le syndicat, avec cet abandon dont font preuve trop


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souvent les citoyens temporairement, chargés d'un service public, donne purement et simplement son adhésion.

Eh bien ! je ne serai démenti par personne, quand je viendrai affirmer ici que, depuis nombre d'années, le curage répété des;rivières non navigables ni flottables et des ruisseaux est devenu onéreux pour les riverains et désastreux pour lés prairies, ces fleurons de la propriété rurale.

« Les anciens, ditun vieil auteur, ont préféré Ie revenu de « la prairie à tout autre profit de la terre, à cause que plus « nettement il en est retiré qu'un autre: c'était l'humeur de « Caton que de le fonder en prairie. »

Sur ce point, Messieurs, les modernes sont assurément de l'avis des anciens , et si notre temps (le doute est permis) enfantait un Caton, nul doute que celui-ci ne partageât la préférence manifestée par le vieux romain pour ce genre d'héri,tage. Là, eu effet, pas de main-d'oeuvre ! pas de soucis ! le ruisseau qui traverse, sera l'ouvrier généreux qui va fertiliser le sol!

L'automne est venu ; des détritus de-toutes sortes se sont accumulés dans le lit du ruisseau ; les pluies ont amené lentement, au fond de l'eau, des matières fertilisantes; puis, voilà qu'à un certain moment, le ruisseau s'enfle, déborde et...;,;.... Mais, écoutez Olivier dé Serre, en son charmant langage :

« Ces bonnes et douces eaux estant troublées, aucune partie « ne se perdra ; elles déposeront -la graisse qu'elles charrient, « dont le pré s'en amendra si bien que sans autre dépense le « rendra très-fertile. »

Quand Olivier de Serre écrivait ces mots, là loi du 1 i floréal an xi n'était pas née. On ne procédait au curage des cours d'eau que lorsque la nécessité en était bien démontrée, et les. prairies avaient conservé leurs richesses:

Maintenant, voici ce qui se passe :

Des usines, des moulins, ont été établis en grand nombre sur les cours d'eau. Les propriétaires ou fermiers de ces établissements cherchent à avoir la plus grande quantité d'êau possible, et devant leurs réclamations incessantes, l'autorité compétente, ^-- quand toutefois elle n'agît pas d'office, ~— ordonne le faùcardement et le curage des ruisseaux, moyen, infaillible, croit-on, de se procurer l'eau nécessaire.

Qu'arrive-t-il alors ?

C'est vainement que les eaux pluviales toutes chargées d'engrais arrivent au cours d'eau ; on enlève ce limon fertile déposé au fond du ruisseau,, on anéantit cette graisse dont parle le bon Olivier de Serre... L'eau s'écoule rapide comme sur des dalles, entraînant jusqu'à l'embouchure ces détritus nouveaux. L'eau effleurait les rives, coulait lentement à pleins bords;


■'; — 141 — ' '

actuellement, elle est constamment basse, et alors, non-seulement les débordements deviendront rares, non-seulement le pré ne recevra pas d'engrais, mais encore l'infiltration précieuse qui se produit dans le sol quand l'eau demeure élevée, cette infiltration va cesser, et la prairie se desséchera.

Mais ces travaux que nous critiquons sont-ils toujours utiles à l'usinier lui-même ? Supposez, en effet, quenous sommes en été, la sécheresse est extrême, le cours d'eau est arrivé à son niveau le plus bas. Tout-à-coup, un orage survient, et, à la suite, une pluie abondante; la rivière s'enfle. L'eau, arrêtée dans sa course par les racines, les branches, les pierres, les roseaux, les trous, les crânes, suivant l'expression locale, l'eau, disons-nous, s'emmagasinera, pour ainsi dire', et arrivera lentement dans le réservoir de l'usinier. Mais, si elle ne ren-. contre aucun obstacle, si la rive incessamment élargie par ces travaux continus, ressemble à la berge d'un quai, l'eau, se précipitera comme un torrent, emplira surabondamment le bré du moulin; mais bientôt', cessante causa cessât effecfus, l'eau reprendra son niveau primitif, et elle aura alimenté quelques instants seulement l'établissement qui, sous l'action d'un cours moins rapide de la rivière, aurait fonctionné plus longtemps.

Mais, quand même il serait vrai que le curage si fréquent des rivières non navigables et des ruisseaux fût favorable à l'industrie, faudrait-il donc lui sacrifier l'agriculture ? On. a dit souvent que l'agriculture et l'industrie sont soeurs ; soit ! je l'admets, mais j'affirme que l'agriculture est la soeur aînée. Quand Vous verrez souffrir cette mamelle de l'Etat, connue l'appelait Sully, attendez-vous à voir aussi le marasme atteindre toutes les industries. Les peuples primitifs, eux, n'avaient pas l'industrie, sous une forme quelconque, ils avaient l'agriculture ; et, s'il me fallait établir ici la supériorité de l'agriculture sur l'industrie, certes, Messieurs^ je ne manquerais ni de documents, ni de témoins ; mais là n'est pas la question. Messieurs, il y a un mot que j'hésite à prononcer, car il ouvrirait à ce modeste travail un horizon trop vaste : c'est le mot inondation. Et pourtant, Messieurs, si vraiment, comme le dit le proverbe, les petits ruisseaux font les grandes rivières, songez un instant au formidable appoint qu'apportent au fleuve irrité tous ces petits cours d'eau, coulant de la, source à l'embouchure avec cette rapidité dont je vous ai parlée et quand on pense qu'une différence de quelques centimètres d'eau dans le niveau du. fleuve suffit pour faire, suivant la vulgaire mais énergique expression, périr une levée, on est tenté de se demander si ces obstacles naturels, imprudemments détruits, n'ont pas leur raison d'être, et si les prairies n'ont pasrëçu la mission de boire le funeste trop-plein des eaux. :


r .-;""' — 142 — :

Et alors, entraîné par l'inexorable logique, je dirais : chose singulière ! cette niême administration des ponts et chaussées, si vaillante et si dévouée àù jour des inondations,•.. contribue par ses propres travaux à donner plus de gravité au fléau-. qu'elle est destinée à combattre. Mais je me hâte, Messieurs, de rentrer dansle cadre étroit que je m'étais imposé. -,. Ainsi, Messieurs, pour moi,, je- dis qu'à tous les points de vue il faut proscrire ces curages trop fréquents. Demandez^ par exemple, aux propriétaires^ et fermiers des prairies situées , sur la Choisille et ses affluents, si le rendement est le même qu'autrefois; demandez-leur encore .si ces travaux sont onéreux.

Je connais un propriétaire qui possède, dans cette partie de là Touraine, un peu plus de trois hectares de pré. Savez-vous à combien, pour lui, se sont montés les frais de faucardement et de curage depuis■*{860 seulement? A plus de 500 francs. !';/ Voulez-vous maintenant mettre en regard la somme de l'impôt, pour ces sept dernières années, elle 1 est, en chiffres ronds, dé .300 francs. ■ Ainsi,; l'impôt, si lourd déjà, aura presque triplé. ''

N'est-ce pas monstrueux? - Mais les charges; deviennent vraiment hors de toute proportion quand le' pré longe lé cours d'eau, sans avpir;une largeur proportionnée.

Vous savez, Messieurs, que les/riverains immédiats supportent seuls lès frais de curage.; Or, si votre prairie se trouve dans les conditions que nous indiquons, les impositions sont énormes. Permettez-moi de vous citer un exemple qui m'est personnel.

Très-peu de vous, sans doute, connaissent la Brème, petite ' rivière à laquelle donnent naissance une série de fontaines situées sûr les communes de Semblançay et de Sonzay.

Eu avant de ces sources existe un vaste étang qui, l'été, gardé ses eauxf et les autres parties de l'année alimente la Brème. Or, je possède un pré situé entre rétangetles sources, et ce pré, !— si tant est qu'on puisse lui donner ce nom, —-;; s'allonge considérablement dans le sens du ruisseau. Il est donc extrêmement étroit. Ce pré est d'un abord peu facile et d'uu rendement presque nul. On ne le fauche jamais ; il est seulement pacagé. Nous estimerons son revenu net à 20 francs.

Or, un été, l'administration compétente, cédant aux sollicitations d'un meunier, fit procéder au curage de la Brème : jusqu'à la bondé; de l'étang dont je vous ai parlé. Je contribuai à ce travail pour environ 300 francs, c'est-à-dire que, d'un seul coup; l'administration dévora 1S ans dé mon revenu.


' ' .. — 143 —

Disons, pour dernière touche au tableau, que le meunier n'eut pas une goutte d'eau de plus.

N'y a-t-il pas/là, Messieurs, quelque chose; de bien remarquable, et la loi 11'est-elle pas à réviser ? Quoii les agriculteurs subiront les exigences dés usiniers ? Quoi ! les riverains seuls demeureront chargés des frais de curage ? /

Mais le pré placé à côté dû m"ien, à quelques pas de la rive s profitera des travaux, s'ils sont nécessaires,/de /mên e qu'il jouira des bienfaits des débordements et des irrigations ; et cependant il ne contribuera eh rien aux frais énormes que je vous signale/ ;

Ce n'est pas juste!

Mais tel qu'il est établi, le curage des rivières non navigables ni flottables et des ruisseaux n'est pas seulement nui-- sible aux prairies, onéreux pour le propriétaire, il est funeste aux poissons, N'est-ce donc rien, Messieurs? N'est-ce pas au contraire le moment de signaler ce fait, quand notre époque a vu naître une science nouvelle, la pisciculture? Et d'ailleurs, l'homme ne peut pas travailler toujours, et si l'habitant de la ville a mille moyens de se distraire, les plaisirs sont rares à la campagne, et, de tout temps, la pêche a été un des principaux amusements des agriculteurs. Est-ce que, d'ailleurs, la pêche ne sert pas à l'alimentation de tous ?

Eh bien! cette distraction, si vous voulez^ cette ressource, dirai-je, u'existe plus"; par suite de eescurâges;répétéSj le poisr son a disparu. Les oeufs sont enlevés ou bien pendant 'l'opéra-: tion, ou bien ne trouvant plus rien qui les retienne, roulent avec l'eaU et disparaissent à l'embouchure. Les rares poissons qui survivent ne trouvent plus la nourriture qui leur est nécessaire.-

Peut-être, Messieurs, hésitez-vous à me .croire'? Eh bien, laissez-moi vous raconter le fait que voici :

C'était il y a quelques années. Un de nos collègues les plus distingués, l'honorable directeur du jardin botanique, avait reçu d'Huningue, je crois, des oeufs d'une espèce de poisson qui ne peut éclore dans les appareils destinés à la pisciculture, mais qui prospère admirablement dans les ruisseaux.

Un beau matin, par une froide journée d'hiver, il part avec le jardinier chef et quelques élèves, et gagne les bords de la Choisille. Là, il dépose, il jette, il sème dans le ruisseau ces oeufs, objets des soins les plus attentifs. , ■ .

Cependant, les paysans regardent /avec étpnnement ces personnes, dont les gestes étranges sont tout à fait inexplicables pour eux. Jetaient-ils un sort sur la prairie où du poison dans la rivière? L'un et l'autre, peut-être... Et voilà tout ce monde


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s'avaueânt sur ces audacieux étrangers, prêt à leur faire un mauvais parti. .//■-.

Quelques mots d'explication et, mieux encore, la vue des oeufs calmèrent bientôt ces colères. Mais alors ùri vieux .cultivateur,: regardant les opérateurs d'un air narquois, leur dit : « Ah! vous n'y pourrez rien ; on va encore curer la Chblsille. ce V°us ne ferez pas revenir le"poisson... J'en ai pourtant;bien « péché avant ces maudits curages ! »

Et vous pouvez en croire ce qu'il disait, ce vieillard ; car nul, mieux que le paysan, ne sait l'endroit où le lièvre a son gîte, nul ne connaît mieux la partie de la rivière recherchée par le poisson.

Messieurs, si quelques-uns de vous pensaient que dans une telle question les Sociétés d'agriculture sont impuissantes, je leur répondrais, .qu'a mon sens, c'est une erreur. Les Sociétés comme la nôtre n'ont pas seulement pour mission d'éclairer ou de guider l'agriculture, elles-doivent la protéger. Et qui donc, mieux que ces Sociétés, pourrait remplir ce rôle ? ; ■■•

Composées d'hommes les plus honorables et les plus expérimentés, la voix de ces Sociétés, au sein desquelles ne pénètrent jamais des éléments politiques,. n'est certes pas suspecte, et elles peuvent signaler à toute heure, au gouvernement luimême, les effets mauvais dès lois ou des règlements.

Si donc, Messieurs, vous pensez que ce sujet, effleuré seulement par moi, mérite vos méditations, il conviendrait peutêtre qu'un de nos collègues, plus compétent, creusât davantage cette question, qui rentre si complètement dans vos attributions.

BELLE. ,'■- ■ / \


, — 145 —

LIS NQÛ¥MuX BÉSERMTIFS DEI/ÔïfflCI:.

Depuis quelques années, on considérait l'oïdium, comme à peu près disparu, les ravages considérables qu'il avait faits dans certains vignobles pendant près de neuf ans avaient bien diminué depuis cinq pu six ans; ce n'est, maintenant, que partiellement qu'il;sévit. Malgré le zèle d'un certain nombre de propriétaires'",.. leur première ardeur à combattre : cette funeste maladie s'étant un peu ralentie, vu le bas prix des vins des trois dernières récoltés, et la cherté de la main-d'oeuvre, l'oïdium a reparu en 1866, avec assez d'intensité, dans-différents vignobles de: la France. Bien des essais ont été tentés, bien des expériences ont été faites, • et, sans chercher à pré-, coniser une méthode ou un système, je viens soumettre aux lecteurs de :fe Chronique les expériences qui:, .cette;année] sont venues accroître :1a somme de celles conhUes: jusqu'à ce jour.... . „ '..//■■'/'■ :.././ ■;

Laissant le. soufrage de côté, et sans chercher à en apprécier tous les avantages, disons cependant que ce système qui a été le plus généralement employé, a produit jusqu'à présent les meilleurs effets, surtout pour ceux qui l'ont constamment pratiqué;

Les conditions dans lesquelles.il doit être fait, ainsi que les époques auxquelles on doit l'appliquer à la vigne, ne sont ignorées d'aucun de nos viticulteurs. La vigne soumise à ce préservatif doit être soufrée trois fois. Le soufrage, doit/être fait, autant/que possible, dans dés conditions atmosphériques toutes particulières. Il faut que le temps soit calme, l'air chaud et imprégné d'une certaine humidité, et que la pluie ne succède pas immédiatement à l'opération; voilà, je crois, les conditions, principales et essentielles pour que le soufrage produise tous les effets que l'on doit en attendre.

Passons aux. expériences nouvelles qui sont venues, cette année, attirer l'attention, des viticulteurs, et qui ont été signalées par différentes reyues agricoles. :

M. Despois, tonnelier à Tonnerre, considère l'oïdium comme une affection intérieure. Le cep est malade, il souffre, dit-il. Le mal intérieur apparaît au dehors, il se traduit sous forme de végétations cryptôgamiques, et c'est ce symptôme secondaire qu'on prend pour le fait principal et auquel on applique le traitement. .


— 146 —

Suivant M. Despois, l'oïdium peut être éloigné sans chance de retour, au moyen dé la taille tardive en pleine sève./La taillé tardive a peu de pàVtisans, quoique quelques propriétaires l'appliquent avec succès depuis plusieurs années. M. Fleury-Lacoste, l'honorable président de la Société centrale d'agriculture de Chanîbéry, la préconise dans son Guide pratique du vigneron,, ouvrage fort instructif, que nous ne saurions trop recommander.

M. Despbis taille ses vignes en pleine sève et lorsque les bourgeons ont une longueur d'un centimètre, au moment pu les pleurs de la" vigne sont' fort abondants^ Il considère les pleurs comme un eXutoire qui entraîne avec lui le. mal intérieur, A l'appui de l'efficacité de sa méthode, -il invoque le témoignage de M. le docteur Jules Guyot, qui, indépendamment des~résultâts constatés par lui-même, a des certificats de différents propriétaires qui ont essayé de ce système.

M. Pelletan, frère de M. Pelletan, député au Corps législatif, qui à fait de longs voyages dans les deux Amériques, et particulièrement dans l'Amérique du Sùd^ a bien voulu communiquer au Moniteur vinicole lé système einplôyè aux Andes, pour préserver la vigne de ce /fléau qui y est presque en përr manence. Dans les Cordillères du Sud, aux Andes, dit-il, on fait part du fléau et là part de la récolté. Les vignerons établissent sur le mênîè sol des: vignes à tiges basses et des vignes à tiges élevées; de manière à créer deux étages de vignes superposées, et l'expérience a constamment démontré que la maladie n'atteint jamais à la fois les vignes hautes et les vignes; basses! Voici donc un fait. II reste à savoir quelle est la cause qui lé produit^, etsi sur notre/continent, en appliquant ce système, on obtiendrait" les'mêmes 1 résultats. Il serait à désirer que des /observations fussent faites dans notre vignoble, car on pourrait appliquer à certains sols la plantation américaine, qui donne un produit moyen égal à'celùi que donneraitj a mêm é surface cultivée selon là métlïodé européenné. M. Çanoy, membre/du/Gonseiladministràtif dé la Société d'agrîcûltûre:de.Belgiqûé,/rènd compte, dans le numéro 1 dû mois de septembre dérhref, d'un fait -digne d'attention.

M. Delèvoy, négociant a Bruxelles, devant ■satisfaire à de grandes commandes' d'acide phénique dilué au dixième, pour ne pas perdre de temps, fit verser de l'eau bouillante sur une assez grande quantité dé cristaux- d'acide phénique. Cette opération fût pratiquée dans sa serre dont les hïùrs sont tapisses: de vignes atteintes de l'oïdium; il remarqua avec étpnnemènt l'aspect qu'avaient pris ses'raisins, revenus pour ainsi dire, à leur état naturel, à làjsûite du dégagement de vapeur qui s'était opéré dans sa serré. Les raisins qui se trouvaient au


— 147 —

dehors, le long du mur de son habitation, s'étaient également améliorés, mais à un degré beaucoup moins prononcé. Encouragé par des résultats aussi inattendus que concluants, il fit badigeonner, avec une solution aqueuse d'acide phénique, le mur extérieur qui était tapissé de ses vignes, et à sa grande satisfaction il trouva, quelques jours après, que les fruits à l'air libre présentaient les mêmes caractères de guérison que ceux qui se trouvaient sous verre.

Ai. Delevoy n'ayant pas agi avec l'intention de tenter des essais, et n'ayant obtenu les résultats signalés que par un pur effet du hasard, nous sommes réduits à livrer le fait à nos viticulteurs, et à leur laisser le soin de rechercher par euxmêmes le dosage et le moyen d'utiliser pratiquement un agent précieux sans doute sous bien des rapports pour l'agriculture.

Si le hasard a heureusement servi M. Delevoy dans l'emploi de l'acide phonique pour la guérison de l'oïdium, et si l'acide phénique doit ôlre placé au nombre des préservatifs de l'oïdium, nous devons également y joindre le coaltar ou goudron, provenant de là distillation de la houille dans la fabrication du gaz d'éclairage.

C'est à M. Jules Moreauj propriétaire à la Meilleraye-surSeine, que nous devons la découverte de ce nouveau préservatif. M. Moreau fait part de ses expériences qui datent de plusieurs années, et qui toutes ont été couronnées d'un plein succès ; il taille aux Avcnts, mais il est à croire que l'époque de la taille ne doit pas influer sur le résultat, et que les usages locaux ne doivent pas être modifiés. Quelques semaines après la taille, aloi-s que la coupe est bien sèche, il fait suivre les rangs de vignes par des femmes munies d'un pot de goudron de houille, qui coûte dix centimes le kilogramme, et avec une petite spatule en bois, ces femmes déposent sur les parties amputées une goutte de coaltar. Les vignes ainsi traitées se comportent parfaitement, et sont exemptes de toute atteinte.

L'auteur attribue le succès de son expérience à la supression des pleurs de la visne; voilà un système bien différent de celui de M. Despois, de Tonnerre. Le coaltar n'aurait-il pas une tout autre,action sur les ceps ainsi traités?

Le coaltar et l'acide phénique, qui tous deux ont une commune origine, la houille, ont produit, dans deux cas bien différents, les mêmes effets.

11 est donc biuii à désirer.que ces deux procédés soient

étudiés avec soin, car l'un et l'autre sont peu coûteux et de-manderit

de-manderit de temps pour être employés. Ils sont bien plus

économiques que le soufrage, ils peuvent être appliqués bien

plus.promptemen't.

[Chronique agricole de l'Ain). A MICHEL.


. ^OMPTE-EUNDU lIlÂlOIiR "■■■'■[

''ËSERÇIOE''.'I#é7i' ."■■:■

RECETTES.;

Les recettes se sont élevées à la somme de 8,896 fr. 05 c. savoir : Cotisations de membres titulaires. . . . . . . 2,700 »

Cotisations de membres correspondants. ... 10 »

Diplômes. ... . > . . .-.'.. . v. ..... . . ..'■': 250 »

Subvention de S. Exe. le Ministre de TAgriéulture.

TAgriéulture. . . .,.;,....;./.;:. ..i,soo »

Subvention de S. Exe. le Ministre de l'Instruction publique. .. .;/. . . . ....;. ...'■. .300 »

Subvention du Conseil, général. .';.' . -, . . . 1,800 »

Subvention du Conseil général pour le comice. ; 1,000 » Subvention du Conseil général pour la race

chevaline. . : . . ...... . . . . , ;:; . , ... 333 34

Subvention du Conseil général pour la sériciculture et la viticulture. . . . .... . . . 500 »

Subvention du Conseil général pour l'horticulture. ......... . . . . . . . . ... 200 »

Rente sur l'État, 3 trimestres. ... ... . 36 75

Faillite Pelissbt Croué et C°, soldé. .. . . ./ 3 »

Comice d'Amboise, médailles dues par lés communes. . . . ..... . '."... .....'.,./ 134 »

Avancé de fonds par le Trésorier. / . . . . . 41 87

; '■■-, 8,808 96 Solde en caisse du précédent exercice. . . . . 87 09

Balance. ... . . : . . . . . 8,896 05

; DÉPENSES;. /

Les dépenses se sont élevées à la somme de 8,896 fr. 05 c. . savoir :

Secrétariat. . , / . .-. ; . . . ^ .; . . . ...-.-' 300 »

Rédaction des Annales%i. . '.;"-. ;.-'. ... . . ■ ■ , .40,0 »

A reporter. , . . . . ..-.-. 700 »


■..'■■ : ■ — 149 —

'./;'- Report. . . ...-■' ."•;.'.•: . . 700 »

Bibliothécaire.. .. ... . ..;....... 200 %

Appariteur et concierge. .... ...■''.;. ./,:'. .--... . 325 »

Frais de bureau et de correspondance. .... .. 189 95

Affranchissement des Annales et-autres," ."..-.... 162 05

Frais de recouvrement des cotisations. .... 42 »

Impression des Annales. . . ...,;. . . . . . 1,602 50

-*■ de circulaires, affiches et autres. . 386 75

— de diplômes et reliquat ancien dû. . 146 » Abonnement aux Comptes^rendus de l'Académie

des Sciences. ......,..:...... 30 ■ »

Àbonnemerit au Journal d'Agriculture pratique. 20 »

^- au Journal le Sud-Êst. .... -'. . 5 »

— .-.'.■'"' à la Pomologie. . . '. ".}' . . . . 75, » Primes en argent au Comice de Neuillé avec concours d'arrondissement et de département. . .i . 1,325 »

Primes en argent à la séance académique. ..;.; . 440 »

Achat de médailles. . . . .... ."". • • • 1,79350

Achat de livres et baromètres. ,.., . ".-/. . . . 51 25

Frais à l'occasion de la distribution dés prix du .

Comice, et des commissions de parcours, . . . 486 55

Subvention au laboratoire départemental. .'. . 300 »

Divers menus frais généraux. . •: . , . ".",■'. . 15 50 Remboursement d'avances faites par MM. Houssard,

Houssard, et Ressy. . . . . . .'../.■'.'".■ ; . ; 600 »

8,896 05 ACTIF à recouvrer. '

Subvention de S. Exe. le Ministre de l'Agriculture pour les éducateurs de vers à soie ; primes distribuées le 14 décembre dernier avant le recouvrement delà subvention. .'■'. . . ... V ... . 200 »

: Cotisations:dé 1867, à recouvrer 4.". . . , .';■' 60 »

Diplômes dé K867, id 4. . .: . . . 40 »

300 »

fi , ...... ..-■ ■

■ -•■ PASSIF. - .

Avance dé fonds à rembourser au trésorier. . . 41 87

Balance en faveur de l'actif. . . .. ..;../ 258 13

1 ; . ,;' 300 »


— 150 —

ACTIF pour mémoire

. Titre de 49 fr. rente 3 p. O/o sur l'État.

Réserve de médailles.

Comice d'Amboise, en 1865. Reliquat à recouvrer.

Bibliothèque. ; Instruments pour les observations météorologiques.

Mobilier.

RESERVE DES MÉDAILLES.

Réserve au 1er janvier 1867. Vermeil 13; argent 5; bronze 6 Achats ' 25 46 34

38 51 " 40

Distribué 28 45 38

Reste . 10 6 2

//.; RESUME/.

Les recettes de cet exercice ont continué à progresser; lenombre croissant des membres de la Société est un témoignage de l'importance que lés hommes éclairés de notre département attachent aux questions agricoles, et de leur sympathique in-, térêt pour l'agriculture qui, en France, est la base de la prospérité générale. , .

Vos dépenses ont été proportionnées à ce précieux concours, et l'intérêt de vos Annales croissant avec l'abondance des documents qu'il vous a paru utile de publier, vous avez dépassé . vos prévisions budgétaires. _ " ; -

Les subventions que vous avez reçues de la libéralité du Gouvernement et de la libéralité du "Conseil général ont été employées conformément a leurs affectations spéciales ià récompenser les progrès constatés par vos commissions. /

L'enquête agricole a dévoilé les fâcheux effets produits dans les campagnes par une instruction élémentaire privée de toute tendance agricole, et S. Exe. le Ministre de l'Instruction publique a prescrit de rechercher lès moyens lés plus convenables pour remédier au inat signalé avec unanimité.

Dans le même but, Vous envoyez gratuitement vos Annales à 427 communes pourvues de bibliothèques scolaires"; vous avez distribué des médailles aux instituteurs qui vous ont été signalés comme s'étant plus particulièrement occupés de répandre l'enseignement de l'agriculture et deThortieulturè ; enfinvous


— 151 —

avez donné des ouvrages d'agriculture aux élèves qui ont le mieux répondu à leurs efforts.

150 Sociétés correspondantes reçoivent vos Annales qui sont tirées à 500 exemplaires et que vous êtes obligés de porter à 550 exemplaires à dater de ce jour..

Le procès Dauphin va enfin disparaître de vos budgets; vous avez payé à MM. Houssard, Rouillé et Ressy les 600 fr. que vous restiez leur devoir pour solde d'une somme de 3,000 fr. qu'ils avaient libéralement avancée à la Société sans intérêts. Nous vous proposons de leur voter des remerciements.

Les comptes ont été vérifiés et arrêtes par votre commission d'administration; toutes les pièces à l'appui sont déposées sur le bureau.

BUDGET DE L'EXERCICE 1868 RECETTES.

180 cotisations de membres titulaires 2,700 »

4 cotisations de membres titulaires restant à recouvrer ' 60 »

4 diplômes de membres titulaires restant à recouvrer - 40 »

32 cotisations de membres adhérents de la section d'horticulture 320 >

32 diplômes de membres adhérents de la section d'horticulture 32 »

Subvention de S. Exe. le Ministre de l'Agriculture 1,500 »

Subvention de S. Exe. le Ministre de l'Instruction publique 300 »

Subvention du Conseil général pour la Société d'agriculture 1,800 »

Subvention du Conseil général pour le comice . 1,000 x

Subvention du Conseil général pour la race che- '

valine 333 33

Subvention du Conseil général pour la sériciculture et la viticulture 300 »

Subvention du Conseil général pour l'horticulture 200 Ï

Renie sur l'Etat (legs de M. l'abbé Rouillé). . . £9 »

Subvention de S. Exe. Je Ministre de l'agriculture pour grainage, en 1867, distribuée le 14 décembre dernier avant encaissement 200 »

9,034 33


.' . — 152 — '"'

DÉPENSES.

Secrétariat. . ..- . . . .. ■..-,.. .- . ..'.;. . , ; 300 »

Rédaction des Annales. .. . .;.;.. . /■ 400 »

Bibliothécaire. . .... ..... .... ..-. . . . ; 200 »'

Appariteur et concierge. . . . . .-./....!.. . . 265. »

Frais de bureau et de correspondance; . . . • 200 »

Affranchissement des Annales et affiches. ■-. . . 170 »

Frais de recouvrement des cotisations ./..•. . ■• 45 »

Impression des Annales. .;. . . . . . '. . . 1,600 ».

id. de circulaires, affiches et autres impressions. . . .... . .... . ;;:■.-■'•. . . .400 ».-

Abonnement aux Comptes-rendus de l'Académie .

des sciences .......... ^ . 30 »

Abonnement au Journal d'Agriculture pratique.;.: 20 »

id. à la Pomologie française 4e vol. . 25 y>

id. au Journal d'horticulture. , ... 20 »

id. à la Revue horticole. ...... 20 »

id. à VIllustration horticole. . . . . 18 »

id. à la Belgique horticole. . . . . . 18 »

- id. à un Journal de viticulture. . . . 20 »

Primes au concours départemental, au/concours / d'animaux spécial à l'arrondissement dé Tours, et au comice cantonal. . '., ..... 2,500, >>■]

Primes à la race chevaline. . . . 333 33|

Primes à la sériciculture et à la vi- V 3,533 33

ticulture 500 »j .

Primes à l'horticulture. . . . . .'200 '.■.'»■]"■//

Crédit spécialement réservé pour une exposition

d'horticulture. . . . . . . ; . . . . . ... 600 »

Encouragements à l'enseignement agricole . . . 200 »

Frais à l'occasion de la distribution dé/s"prix. . .,.-... 150 »

Frais des commissions de parcours et du comice. , 300 /»

Subvention au laboratoire départemental. . . . ;300 »

Reliure des Annales, entretien des instruments

de météorologie, entretien du mobilier. . .... 150 »

Avance à rembourser au Trésorier. .;,./., ;. ...... '...■ ,>; .'. 41 87

Dépenses imprévues. . .''.".'. . . . ....'.' .8 13

Balance.. . . . ... . . . . 9^,034 33

■ Le Trésorier,. VICÏOB^VDELAROGHE,


— 153 —

:■:; OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES

FAITES PENDANT DIX ANNÉES CONSÉCUTIVES, DE 1858 A 1867

Par M. BARNSBY, directeur du Jardin botanique de la ville de Tours. Résumé des principaux éléments du climat de Tours.

Les instruments employés sont :

1 ° "Du baromètre construit par Fortin, et comparé à ceux de l'Observatoire de Paris ; ,

; 2° Un thermomètre à maxima de Negretti;

3° Un thermomètre à minima de Rutherford;

(Ces deux instruments sont très bien exposés au nord du bâtiment de l'orangerie du jardin, et garantis aussi bien que possible des effets du rayonnement).

4° Un psychromètre d'August;

5° Un udomètre, qui permet d'apprécier très-exactement un dixième de millimètre d'eau qui serait tombé dans l'entonnoir ;

6° Une girouette bien établie sur le clocher de l'Hospice général.

TEMPERATURE. . '.'-/-:

Moyenne annuelle déduite des maxima et minima. — \\°. 4.

I 9 heures du matin. = 11. 4.

TEMPÉEATUEES ! midi. "■../=• 14. 1.

horaires. .3 heures du soir. = 14. 9.

[ 9 heures du soir. — 10. 6.

La plus-haute température observée a été

.. le 13 juillet 1859 =+ 37. 0e

La plus basse température observée a été '""'".""

le 19 décembre 1859 ..." — 15. 8. Amplitude maximum. = 52. 8. 1868 8*


/. .r-flM

Le maximum moyen est de : "■'-}- , 33* 8.

Le minimum moyen est dé; .';—;/' 9. 5.

Amplitude moyenne annuelle : =43. 3.

Les variations extrêmes de température se sont produites le

plus fréquemment, pour le maximum en juillet, et pour le

minimum en janvier,:

TEMPÉRATURE MOYENNE DES SAISONS.

Printemps, . . . .== A\. 5./Y / ~m

Eté. .... . =" 18.8.: S|

Automne . . . . = 11. 9. | "*-|g

Hiver . . . ./ . ==' '. 3.-6.;..;;■ '■'.:** ',

////PLUIE. . .

^mamÉîÉé annuelle moyenne d'eau tombée. == 613. 4.

„.™™, ( année 1866 -, . . . '". ;.' == 1105. Q.

MAXIMUM1 année 1867. P , .,.,/. , ,^= 1021, I

Minimum année-1858 . . .-. , , .,,,/ ,. == 329. 0.

/'■'PtÙlJîPÀR 'SAISONS.;/"/'

Hiver. * . . : . . : . . . .'"■■-.- ///, 118. £5.

Printemps . . . . ..„ , ■'. . . "'.' .132. 90.

Été. ..' ... ,/'-.'. . . . ". ,. ; ..'. ./ 165. 81.

Automne. . . J; . . ■. . ■ . : . . ' ..: ; 1.84. 94.

Nombre annuel moyen des jours de j»luie. -.-■'=='■' 109.

f maximum ( 1866 . . . '. .■'-■='. 155.

KOMBKE | | 1867 .....= 158.

f minimum 1858- . .;./.= 71.

.- ÉTAT DU CIEL: MOYENNES DE DIX ANNÉES.

Jours sereins, ;., , = 84.3 Id. nuageux , . , = U{, 8 365 jours. Jd. Couverts . / . .==' 169.1 l


—r 155 .

Brouillards. . . ■==.-. 37Grêle.

37Grêle. = 4.

Neige. '. '-■. , . '== "" S.

Gelée blanche. . ==■/ 37".

Gelée. ...... . = ' 38. ;

Orage ... . : == 17.

Rosée. . ... = 186.

■ '/. :VENTiS DOMINANTS."

OUEST, j EST. | SUD-QDEST

Classés d'après le nombre de jours où ils ont souflé à midi, les vents nous donnent pour dix années consécutives les moyennes ci-après :

Ouest. . . :. . — 76. 4.;.';

Est . .':.'. . — 63. S./

Sud-Ouest ... . =; 58. .3.

Nord-Est. . ■:. . = 45. 2. f/

Sud ..... s= 44. 9. 36b '0U1SNord-Ouest.

'0U1SNord-Ouest. '. = 32/ Gi X

Sud-Est .... :— 23. 4. 1

Nord.. • - . • — 20. S. j../

PRESSION ATMOSPHÉRIQUE A 52m, 2 au-dessus du niveau de la mer,

; mm.

Hauteur moyenue du baromètre réduit à zéro. 756. 39.

! à 9 heures du matin. ... ./ -— 756. Ai.

à midi. . ... ..■■=."' 7S6.. 51.

à 3 heures du soir . . . ■ :== 756. 02,

à 9 heures du soir . . . ..— 756. 59.

La plus grande hauteur, dans la période de dix années comprises de 1858 ili8j67, .a; été observée le 21 février 1867; elleétait de : .-.== 776. -68.

La plus petite, observée le 26 décembre 1859, était de : - / ,,-.■■■==. 721.:/01:.

Amplitude maximum d'oscillation, pen-, dant les dix années. :== 55. 67,.

Le maximum moyen a été de : .773. A3..

Le minimum moyen a été de : 733. 73.

Amplitude maximum d'oscillation moyenne : .39. 73,

R, BARNSBY.


Observations météorologiques faites'" à Woere.

Par M: de TÀSTES; '" - MOIS DE MARS/1868,

% TEMPÉRATURE B^°mète du de!. ™°f Pluie

B àzero faits moyenne: m OBSERVATIONS. ■"■

£ 8 heures accidentels. -du .

Minima Maxima an matin. ■ vent. neige.

I 2 3 4 5 6 7 ._ . 8 9 / .'_

1 3 8 10 2 760,1 O •:• . NO//20 4

2 4 12.6 764",2 oe 0 7 '

3 6 4 12 4 .769,1 © O /

4 9 11 6 790,8 © . . "O \0 3

_5 6 8 11 8 765,3 . ® „ ;S: O / ://5 . ; "'

6 6 4 118 757,6 ©" o -TSF O ::/ ;2'4 '

7 6 6 12 2 757,4 © ■ - e NO ■ / 0 4

8 9 2 10 6 744,8 os •> O 3 8

9 0 8 10 8 754,6 a> * S O ".■ .

10 4 4 .11 744,5 Q ... : O ; .4 4 /

II 2 6 12 4 752,8 ~âT •:• S O

12 5 13 8 • 753,9 Q .-. SO -

13 3'2 14 8 768,8 ® .■'. ■ SO

14 3 4 15 6 767,4 o ■'•• NE

15 - 6 13 767,9 Q ,;., NO / / /

16 1'' 13 4 765,5 ~ .;. ' O :

17 5 12 . 764,6 . : SO/ 4 6

18 2 8 "-11 764,3 oe •:• N O / "0 6 19—1 /9,4 760,8, o ■ &. / ;N:/ " ■:■

20 -16 .12 : 761,2 Q -'À. NE// ^___

21 5 2 13 8 762,8 o •'• SO/

22 2 6 146 763,7 Q •'• s E : ;

23 8 4 13 762,4 @ •:• NO

24 6 9 756,6 © - NO 4

25 0 9 760,7, G _*_ NO : : . .

26 .2 6.88 761,4- ~©~ . SE'; - . .

27 7 4 14 7.61,2 oe NO, -0 1

28 5 .10 766,4 © NE/

29 2 6 10 770,3 ^ NE /. '■.'.

30 0 6 11 790,1 o '*.■■ NE .

31 -1.8 14 8 -767,7 Q * .NE/ / . '. ■ [

Moyenne Moyenne Moyenne - TOTAL.

4°06 ilP 9B 'du mois ':' : 47 . Total de la pluie, fil min 4.

'/"., ■:. 8° . ■ ■-: /....;;/ • / '■■.- / ::

Résume des nombres de jours de . -

Ciel beau. O ou 0 11 Pluie « il vent du N. 1

id. peu nuageux, à 1/4 couvert Q — i Neige ■#.- N. E. 6

id. nuageux à 1/2 couvert O — 2 il Rosée ' •> 11 E. 0

id. très-nuageux à 3/1 couvert ® — 3 1 Gelée bl. ■&• 4 S. E. 2

id. couvert ©.— 48 Gelée & 2 S. 0

id. vaporeux © — v. Orage. Z S. O. .7

id. brumeux O — br. Grêlé OE Grésil o O. 6

'■-.<• N. O. 9

NOTA.— L'état du ciel est calculé sur la moyenne de la journée; il en est de même de la direction du vent.

Dans les colonnes 2 et 3 on exprime les températures au dessous de zéro par le signe — ; l'absence de ce signe indique une température supérieure à zéro. /


/.;/.; V — 157 '—

EXTRAIT DES FftOCÈS-YERMUX.

Séance du 11 avril 1868.

PJOESIDENCE DE M. HOUSSÀ.RD , l'UliSinElNT.

La séance est ouverte à une heure et demie.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des Sociétés' correspondantes, le secrétariat a reçu les ouvrages suivants envoyés par leurs auteurs :

Sur la destruction des insectes nuisibles à l'agriculture.-par YL. Eugène Pelonze, membre titulaire. Note communiquée à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale;

Formule générale des nombres pnmiers et théorie des objectifs, par M. Em Doimoy, ingénieur des mines, membre titulaire;

Tableau synoptique des serpents de la Vendée et de la LoircInférieure, parle docteur Viaud-Grand-Marais, membre correspondant.

Extraction desdenIs et opérations dentaires sans souffrances, au moyen du protoxide d'azote, par M. Préterre, chirurgiendentiste américain, /,e édition. -- Rapporteur, M", le docteur Pasquier; f

Des phénomènes de la vie chez les végétaux. Nutrition et reproduction. Deux brochures, reproduisant deux conférences faites à Dijon, par M. Laguesse. docteur en médecine, professeur de botanique.

Des remercîments sont votés aux donateurs de ces diverses publications.

Conespondanec. — M. le Préfet transmet à la Société plusieurs exemplaires d'une nouvelle publication de M. le docteur Iules Guyot : Sur la viticulture du nord-ouest de la France. Ce volume contient le rapport adressé par M. J. Guyot à M. le Ministre de l'Agriculture sur la viticulture des quatre départements de la Sarthe, de Maine-et-Loire, d"lndre-et-Loire et de Loir-et-Cher. Dans ce rapport l'éininent viticulteur rend hommage au zèle el à l'habileté de nos vignerons progressistes. « Jamais, dit-il, dans aucun département de France, le progrès viticole n'a été entrepris et établi par tant de propriétaires et sur une aussi grande étendue de vignes que dans Indre-et1868 " 9


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Loire.... Les propriétaires grands et petits ont pris en main^ pour la plupart, l'application des vrais principes de la viticulture, et leur intervention éclairée a réalisé en Touraine des progrès que je n'ai rencontrés nulle part' ailleurs aussi gêné-, ralisés. »

M. le Préfet informe la Société que la ville de Tours a été comprise dans l'itinéraire que M. le Ministre de l'Agriculture a tracé cette annéea M- du Breuil pour la tenue de ses cours publics et gratuits sur l'arboriculture, fruitière dans les- départements; ce cours doit commencer le 17 juillet prochain, pour se terminer le 31 du même mois. En transmettant cette communication, M. le Préfet;demande l'avis delà Compagnie sur les dispositions matérielles qu'il conviendrait d'adopter pour faciliter à M. du Breuil l'accomplissement de sa tâche et permettre à nos arboriculteurs d'en retirer le plus d'avantages possible. —Benvoyê à l'examen de la section d'horticulture, qui émettra son avis à la prochaine séance.

M. le Président du Comice agricole d'Orléans invite la Société à se faire représenter aux diverses solennités qui auront lieu dans cette ville, du 2; au 10 mai, à l'occasion du concours régional, et annonce qu'il sera fait un accueil empressé à; nos délégués. L'assemblée/désireuse de répondre à cette invitation, désigne comme délégués, MM. Houssard, Fennëbresque, Goussard de Mayolles, Kakwaski, Nicolle, Rouillé-Courbe, P. du Château, Barat-Pallu, Ott, docteur Pasquier, Belle j Maire et Goossens. M. de Mayolles est en outre,prié de présenter un rapport sur les côtés lés plus remarquables de cette grande exhibition agricole.

M. Th. Château, membre correspondant, rappelant les encouragements qu'il a reçus de la Compagnie au/début de l'application de ses/procédés de désinfection des vidanges, l'informe que ces procédés ont obtenu une médaille d'or à l'exposition universelle de 1867,

M. Ott, élu dans la précédente séance, adresse ses remerciments à la Société. L'assemblée se félicite de trouver en ce nouveau collègue 1 arrière-petit-fils de son premier secrétaire perpétuel, M. Veau-Delaunay, dont elleii'a point oubliéies services./ -;'/■. "/;//

Àvantd'aborderl'ordredu jour, M. Houssard donne communication d'une pétition qu'il croit utile d'adresser au gouvernement contre un projet de dérivation dès eaux dé la Loire au profit réel de la ville de Paris, sous le titre agricole de canal de ta Beauce. La Société comprenant tout ie tort que ce canal, s'il était exécuté, causerait à notre agriculture et à notre commerce, s'associe aux vues exprimées par son honorable président, et


;...;.-. - — 159 —"./

lé charge de protester énergiquement eh son nom contre tout projet de dérivation des eaux de la Loire.

^M;/Dorinpydeinànde ,-à/l'assemblée dé vouloir bienpatrohnér par une souscription l'expédition au pôle nord projetée par M-Eambert.; Apres avoir pris l'avis de/M. le trésorier, l'assembléei vote une/somme! de cinquante francs pour cet objet; ■•.■■'■Un compte-rendu.'.est/présenté par 1 les/secrétaires respectifs des travaux; des trois sections. La section d'horticulture a enregistré/huit nouveaux membres adhérents.: MM/Jusslenne; Gauthier { Jùlès :);■ Quenàùlt ( Alfred ),/Lêcûyer (-Joseph/); Habert•■■■;■[ Paul), Gripouilleau , Vâzou/"(Gharles) et Barillet (Charles)/:-^ MV/Bàrnsby /annonce, en outre ..j-. que "M. /Eugène Goufn,: maire dé Tours; a bien voulu ai la prière de ftf. Belle, se faire inscrire dans lasection d'horticulture, et que la section l'a proclame à l'unanimité président d'honneur. ,

L'ordre du joui 1 /appelle la discussion d'une modification âù règlement,/proposée; par la section d'agriculture.^- et- tendant, à faire élire le bureau de: la section poui trois ans. Plusieurs membres prennent successivement la parole et discutent le mérite de cette modification. La proposition est retirée par ses autéùrs/qulse/bornént à demander que la section d'agriculture et/la section/dés/scfénées puissent compléter létir bureau parla nomination d'un vice-président annuel; La proposition, ainsi - -■restreinte;"est adoptée à l'unanimité. / ,;^ /

A cette occasion- ; M-. Houssard, alléguant'que ses forictioiis de député lé retiennent a Paris et que M. Fennéhrésque est souvent absent, exprime le. voeu qu'il soit élu un second vice/président./Cette proposition est adoptêem l'unanimité^ l'élection aura lieu dans la prochaine Séance; ;

La;disçussio;n/ s'ouvre ensuite sur l'opportunité d'établir une règlé/J)Qur la fixation «ie/T'brdre dû jour./M. Duclaud,; en son nom, et au nom de plusieurs de ses collègues demande/- 1° qu'un ordre dé roulement soit établi entre/les différentes sections poiir leurs'lëctû/res; 2° que les communications de chaque section ne; déj>assent pas le nombre de deux- à moins dlinsùffisânce de fa part des autres sections, .la priorité/ étant toujours réservée aux questions qui pourraient surgir, soit de la bofrespôndànce,soit dés communications de/Fàdministration, soit de quelque fait urgent:et imprévu; 3° que les communir catipns qui. n'auraient; pu : avoir lieu dans une séance; soient repoRées de plein droit eh tête de l'ordredu jour delà séance suivante ; 4° que toute question iinprèvuë^dpntTurgence ne ; serait'pas/reconnue, ne. puisse être traitée Qu'après Tepûisé-/ '; ment complet de Tordre du jour; 3° que Tordre dû jour soit ': fixé par rassemblée,, elle-même, en séance générale; pour la séafleè: suivante; Ces diverses propositions sonf'Moptées, et le


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roulement des sections est fixé dans.l'ordre suivant : 1° agriculture ; 2° sciences et lettres ; 3° horticulture.

M., de Sourdeval ne pouvant, vu l'heure ayancééj donner lecture de son rapport sur la Compagnie de Madagascar, en fait une courte analyse en quelques mots, et dépose son manuscrit sur le bureau.'Renvoyé au comité de rëdaction.

On procède ensuite, au scrutin seei'Ct. et individuel, à la nomination de neuf nouveaux membres présentés dans la séance précédente. A la suite du dépouillement des scrutins, sont proclamés membres titulaires, MM. :;

Rabault (Léonce); agriculteur à Préuilly, présenté par MM. le général de fiouvray, Houssard et Chevalier ; ' /■:,--- -

Carré, docteur en droit, avocat à Tours, présenté par MM. Houssard et Chevalier ;

Houssard (Georges), docteur en droit, avocat à Tours, présenté par MM. Houssard, Chevalier et Delaroche ;

Mouchot, professeur de mathématiques au Lycée, présenté par MM. Borgnet et/de Tastes ;

î)é FJavigny (viconite, Emmanuel)-, propriétaire à /Monnaie, présenté par MM. Houssard et Pasquier ;"'"■' * /

Beurtheret, journaliste à Tours, présenté par MM. Houssard etPasquier;

Mazereau, imprimeur à Tours, présenté par MM. Houssard etPasquier; '" '.;..' l

Huault, négociant à Tours, présenté par MM. Houssard et Pasquier;

-M. lé docteur Bergot, médecin et agronome a TQuad Atbménia (province de Constantine), présenté par MM. Viel et Pasquier, est élu membre correspondant.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures et demie.

Le Secrétaire perpétuel,

C. GHEVAMER.

COMPTES-RENDUS DES TRAYAUX DES SECTIONS.

SEÇTIOÏ? D'HORTICULTURE. — Séance du ln mars 1868, sous la présidence de M, Belle. — M. le président annonce qu'il a invité M. ÉûgèneG/oiiïn, maire de Tours, à vouloir bien faire partie de la section, et donne lecture d'une lettre dans laquelle M, le maire exprime l'intention formelle de faire partie de la section d'horticulture, et prie M, le président de la section d'être son interprète auprès de ses nouveaux collègues et.de les assurer de tout son dévouement aux intérêts dé la Compagnie.


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La section remercie M. le président de lui avoir assuré l'adhésion et le bienveillant patronage du premier magistrat de la-cité, et, conformément à l'article 17 de son règlement, proclame M. E. Gouïn, maire de Tours, président d'honneur.

L'ordre du jour appelle la lecture des rapports sur les publications dont l'examen a été confié à divers membres.

M. Châtenay donne communication du relevé des espèces pu variétés de plantes de pleine terre qui ont été atteintes par le froid cet hiver.

Ce relevé porte à 34 le nombre connu des- espèces et variétés détruites, et à 22 celui des espèces qui Ont plus ou moins souffert.

De la discussion qui s'engage à ce sujet, il résulte que.les jeunes sujets de gynerium argenteum qui n'ont pas été suffisamment garnis-de falaise ou de feuilles sèches ont été atteints par le froid, tandis que les grosses touffes n'auraient souffert que très-légèrement.

De plus, il semble démontré que le camélia a supporté sans souffrir le minimum de 15 degrés au-dessous de zéro , et qu'il peut être considéré comme acclimaté à la pleine terre dans notre contrée. '

Toutefois il y- a lieu de redouter pour cette espèce, comme pour beaucoup d'autres, les temps de verglas, qui agissent d'une façon désastreuse s r les bourgeons et les boutons.

M.Te président rend compte du bulletin de la Société horticole de la-Sarlhe et exprime le désir de voir un jour la: section d'Indre-et-Loire aussi favorisée que celle du Mans, qui reçoit dé l'administration municipale une subvention de 3,000 fr.

M. Leroux appelle l'attention des horticulteurs' sur une/lettre, écrite à la revue horticole par un de ses abonnés, M. Lâbaye, arboriculteur à Montreuil, et reproduite dans le Bulletin d'agriculture et d'horticulture du département du; Gers (décembre 1867), lettre dans laquelle il est donné connaissance de deux procédés de taille pour les arbres fruitiers.

Le premier procédér consiste, lorsque ces arbres ont trop de boutons à fruit une année et pasassez l'année suivante, à mettre à profit ceux qui sont, de trop, au lieu de les couper à la taille; ;

A cet effet, en juin, on pince les feuilles qui forment rosette autour de ces boutons, ce qui les fait avorter, et-par cette opération, Ils n.eisônt parfaits que l'année suivante.

Le second procédé consiste, lorsque lés pommiers (de table) ont, peu de boutons à-fruits, à en obtenir sûr le jeûne bois de l'année qui se trouve sur les productions fruitières". Pour cela il suffit, lorsque ces bourgeons commencent à.s'aoûtér, de les rabattre à 3 ou 4 centimètres, en ayant soin de laisser un long onglet. ' '


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Ou opère de juin à juillet, et ces boutons, quoique placés sûr du jeune bois, deviennent après ce traitement très-francs, et donnent de beaux fruits.

M. Chevallier aîné, chargé de Texamen des bulletins delà société d'Eure-et-Loir, signale une excellente innovation dont cette Société a pris l'initiative.

Il s'agit de bassins citernes que la compagnie a fait construire à ses frais/sur un terrain à elle appartenant et/qu'elle met à la disposition de tous les horticulteurs pour sulfater, ou plutôt pour injecter de sulfate de cuivre les tuteurs, échàlas, treillages, ficelles et paillassons; dont ils font usage.

La solution utilisée dans ces bassins est préparée au moyen de 2 Idl.de sulfate de cuivre pour 100 litres d'eau.

M. Chevallier demande si la section ne pourrait suivre cet exemple. Cette proposition donne lieu à une discussion de lav quelle il résulte que l'opération du sulfatage pouvant se faire dans un tonneau et à très-peu de frais, il n'y a pas urgence de construire des bassins publics, et qu'il est préférable que chacun opère chez soi et pour son propre compte.

L'honorable rapporteur signale également la résolution prise parla Société d'Eûre-et-Loir , pour la création d'un cours pratique d'horticulture. Il fait ressortir les avantages qui résulteraient pour tous, si aux cours de botanique et d'arboriculture, dont est déjà dotée la ville de Tours, on pouvait ajouter renseignement de l'horticulture. Il invite donc la section à étudier la question et à combler cette lacune.

M. Barnsby dit qu'il s'est occupé de cette question et qu'il espère/avec le concours de la section et de l'administration municipale, pouvoir la résoudre prochainement dans un sens favorable au voeu émis par M. Chevallier.

M. Rouillé-Courbe lit un rapport sur un article publié par ■M. Emile Gueymard,. ancien ingénieur en chef des mines, dans les Annales d'agriculture de Grenoble et du sud-est. ".-.

Les conclusions de ce rapport peuvent être ainsi résumées :

•1° Les procédés de M. Gueymard sont identiques à ceux qui ont été préconisés par MM. Mares et Câzâlis, de Montpellier, et par le comte de La Vergue, de Bordeaux, et reproduits dansune brochure de M. Rouillé-Courbe, intitulée le Soufrage de la vigne en Touraiveet dans lès départements ducenire;

2° Des matières premières, soufre sublimé ou fleur de soufre, soufre'pulvérisé, et divers mélanges de soufre et de poussière ; de charbon, préconisés pour combattre l'oïdium tuckeri, il faut malgré son prix plus élevé, donner la préférence au soufre sublimé ;

3° Ce soufre est plus pur, surtout plus divisé, d'où son nom de fleur; il se répand plus facilement, adhère mieux aux' or-


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ganes de la plante: de plus, l'opinion généralement admise étant que le soufre n'agit sur l'oïdium que par le gaz acidesut fureux, auquel il donne naissance au contact de Toxigènè de l'air, il y a tout avantage à employer la fleur de soufre qui, renfermant toujours une certaine proportion de ce gaz tout formé et adhérent à ses molécules, exerce une action plus directe, plus énergique qu'aucune autre sorte de soufre et surtout qu'aucun mélange.

L'honorable rapporteur indique également la nombre des opérations de soufrage qu'il est nécessaire de faire, et fixe les époques dé l'année auxquelles il convient d'opérer pour préserver la vigne/des ravages causés par là maladie.

Il termine en engageant tous les propriétaires de vignes à suivre les excellents conseils donnés par tous les maîtres en' viticulture.-et fait hommage à la section de la brochure qu'il a publiée sur là question du soufrage delà vigne.

La section remercie M. Rouillé-Courbe de son intéressante communication et du don qu'il vient.de lui faire.

M. le président offre à tous les horticulteurs pourvus de serres, les graines de vingt plantes nouvelles, dites nouveautés horticoles de Tannée 1868, provenant de la maison Baquet Schmidt, d'Ei-furti '-./:"/

Les membres du comité des serres sont chargés de faire et de surveiller les semis de ces graines, de présenter les plantes obtenues en temps opportun dans une,séance mensuelle, et d'enfairé l'objet d'un rapport.

M. Barnsby confie à MM. Vacher et Barillet des,graines du radis-serpent on Mougri de Java, plante dont il/a vu de beaux spécimens à l'Exposition de 1867,- et dont l'utilité et la bonne qualité comme nouveau légume sont affirmées par les uns et mises en doute par les autres.

M Barnsby distribue également à MM. Aubert, Messire, Delahaye, Bonnet, Vausséur et Ploquin, de Gandé des graines d-une espèce indéterminée de quinquina, qui ont été envoyées à la direction du Jardin botanique par le consul de France au Pérou. /

M. Ploquin .jardinier en chef des cultures de Candé, présente six poires parfaitement conservées, récoltées à Candè, et dont lés arbres sont mal déterminés;-Deux dé ces poires sont étiquetées Colmar des Invalides;/— deux, Bôrgamotte du professeur; —-, uhè, Omer-pacha ; —; une autre, Tardive de Mars.

L'examen de ces fruits est renvoyé au comité des pépinières et des jardins maraîchers. ■

BARNSBY, secrétaire, ;


isioii a il Diiiciii MU ciit

(Cè mémoire a oM^mi; la médaille d'or, en 1866, au coaçqurs de la Société d'agriculture de Tar-n-et-Garoniie.)

Bien, ne J'emporte sur, un système/âe cuJlure où les plantes fourragères sont soignées avec autant de .perfection que les plantes employées à la nqurxilure de riiomme. ("W/EEDS. Dictionn. ofthe Fariné, byRew.W.-E. BHAM)

Les mauvaises, herbes, dans,les cliamps doivent être consi^ dérées.coronie.des.OTÏeuri. • / ■

(Fermer'Sr-Almanac, by GUTHISERT and. JPHNSTOK).

Auoombre;des;plantes, parasites.^ c'estrà-/dire .qui, vivent aux dépens, des/autres, et; appellent: if attention dû cultivateur pour: eii empêçh«r: la propagation dans les, prairies "artificielles, il faut compter en première ligne la cuscute./

Cette plante appartient à la famille des conyoly.ulac.ées. On en connaît plusieurs-espèces^ qui ont^^ été observées/sur/divers végétaux^ tant herbacés que ligneux.

Ce sont principalement la: cuscute d'Europe (cuscuta eurppoea. ou .major), la cuscute du trèfle (cusc. trifolii), la cuscute du lin (cusc epilinum) et la cuscute odorante [cusc. suaveoïens(\),.

(1 ) II y à encore d'autres variétés de cuscute que nous rie 'mentionnons pas. parce qu'elles n'intéressent les cultivateurs' qulindirectement. Ge sont : lacuscute, à; petites fleurs (c. épilhpmmî), qui se. trouve.dans les pâturages incultes, les/landes, les bruyères (B.orreau, Flore; centrale); la'cuscute. koujkyi sur Veryngium campeslre et la cuscute hassiaca sur le phragmilcs commiiriis. lo.convolvûlùs sepium et le llialietrum fîavum (JAM. ÈLOÏD» Flore,de. l'Ouest). ■■/.'■'

On trouve fréquemment iagraine de cuscute dans la graine/de lin lirée, d'Odessa,, de .Riga.et des autres ports russes de'la Baltique; mais la cuscute est inconnue dans les Flandres belges, où, comme on sait,se cultive et se-récolte le.plusbeau lin qui. se rencontre dausle commerce. /■•

Dps observations insérées, dans, le. Journal d'agriculture pratique, (1866-. pagè,4^8),, tendraient,à;faire croire, d'après la. constatation: de quelques .faits,; que l'a -Cuscute, à des affections distinctes pouf certains végétaux, ei.'qùè celle qui vit sur-le trèfle (cuscuta trifolii, Barringt; cuscuta mihor B; C.;cuscutài. Europoe epiiliymum, L.) respecte, et diffère de celle-de la luzerne icusçutacorytnbpsa.ousuapcolens), sur, laquelle elle,ne. trouverait pas,.les éléments nécessaires à son existence; U '. ''-

Nous n'avons rien remarqué qui justifie celle ppiniôri/pù qui" la contredise ;. et comme il.est rare qu'un semis de,luzerne n'admette:pas un certain mélange de trèfle,-il-ëst-toujours .dangereux, dans une localité où la cuscute existe, de s'exposer à rinlroductiori d'une variété quelle qu'elle soit.


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La cuscute du trèfle et la cuscute odorante sont celles qui se font remarquer le plus communément sur les prairies artificielles.,

Sans feuilles et à tiges rameuses et capillaires, la cuscute ne devient parasite qu'après sa germination. Elle semble ne réclamer l'assistance du sol que pour obtenir le développement de son embryon filiforme et dépourvu de corps cotylôdonaire. Dès que la plumule a acquis assez de longueur, elle pourvoit au moyen de sustenter la nouvelle plante en recherchant les tiges de luzerne ou de trèfle, autour desquelles elle s'enroule et adhère bientôt, en introduisant clans le tissu cortical de ces légumineuses les suçoirs alimentatcurs dont elle est garnie, et qui sont destinés à assurer son existence. C'est alors que toute la vie de la cuscute se concentre vers ces premiers points dé contact avec les plantes dont elle doit s'approprier les sues nutritifs, et que la racine, devenue désormais un organe inutile, meurt.

Comme toutes les plantes annuelles, c'est-à-dire qui naissent, fructifient et meurent dans la même année, la cuscute croît rapidement et s'étend en quelques jours à d'assez grandes distances. Son envahissement a généralement lieu eirculairemem. L'allongement de ses tiges n'en ralentit- nullement la vigueur, parce que ces dernières prennent un point d'appui sur la luzerne à des distances assez peu éloignées. Là, les mamelons ou suçoirs nourriciers, qui ne sont distants entre eux que de quelques millimètres, entourent de nouveau les plantes et communiquent aux filaments de la parasite une nouvelle force qui se transmet de proche en proche, surtout à l'époque où les fleurs apparaissent, de juillet à août. Alors la plante est dans toute l'activité de sa végétation ; elle fait des progrès, qui, d'un jour à l'autre, la rendent en quelque sorte méconnaissable. - Bientôt OU' remarque, à des intervalles assez rapprochés, une agglomération de fleurs sessiles réunies en paquets axillaires de douze, à trente-cinq. Ces fleurs sont à calice disperme ou contenant deux graines. Chaque corymbe peut donc représenter environ quarante graines. D'où il est facile de calculer à quel chiffre s'élève la production aunuelle de la cuscute etave-e quelle promptitude s'accomplit sa multiplication.

Gomment la cuscute apparaît dans les grandes luzernes.

C'est vers la fin du mois de mai ou dans le commencement de juin que la cuscute naît. Tant que les plantes qui doivent lui servir de support et subvenir à sa nourriture sont sur pied, le défaut de lumière et de chaleur tient sa végétation en suspens; mais aussitôt que le fauchage a eu lieu, l'influence


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directe du soleil/lui communique une vive impulsion, et c'est alors que la cuscute devient meurtrière pour les légumineuses dont elle est parvenue à saisir et à embrasser les tiges (1).

Autant la cuscute se multiplie de toutes parts à cette époque, .-'- et déploie un luxe effréné de végétation, àutant-les tiges de luzerne et de trèfle sur/lesquelles elle s'est implantée deviennent languissantes, comme atteintes d'un mal invisible qui peu à peu les fait disparaître, et ne laisse à leur placé que le cortège - des graminées qui accompagnent d'ordinaire les luzèrnières dont elles sont loin d'avoir la valeur.

. Ce mode de végétation a fait avec raison donner à la cuscute, dans quelques localités, le nom de tourne; c'est qu'en effet, après avoir.montré seulement quelques tiges rampantes clairsemées et à peine visibles, elle forme bientôt unëpais réseau feutré, qui ne laisse pas aux plantes; ses victimes, la possibilité de résister longtëpips à ses étreintes incessantes.

La cuscute est généralement transmise/ par la reproduction de ses graines surplace, par les fumiers provenant de fourrages ou de litières infestées, les oiseaux, les vents, les eaux ef tous 1 es moyens ingénieux et inconnus que la nature emploie pour perpétuer l'existence des végétaux.

Un naturaliste, a reconnu que, dans la classe variée des oiseaux, les gallinacés avaient seuls la faculté de digérer et de désorganiser corûplétenieut les graines et autres substances alimentaires.

Tous les oiseaux appartenant à un autre ordre sont donc autant d'agents de reproduction, auxquels est due l'apparition soudaine et inattendue de certaines plantes que l'ignorance attribué légèrement à la puissance imaginaire de la végétation, spontanée.

Nous avons remarqué une prairie artificielle faite sur engrais de commerce, et dans_ laquelle la cuscute ne se manifesta que la troisième année. Évidemment la graine qui avait donné naissance à; Cette/cuscute n'avait été transportée sûr ce champ,' ni par les.fumiers d'ëtable, ni par les eaux, mais uniquement par les vents et plus vraisemblablement par les oiseaux. Parmi ceux-ci, l'alouette est celui dans les déjections duquel on retrouve particulièrement des graines qui ont échappé à l'acte de la digestion, et ont conservé leur propriété germinàtiye. ,

(1) C'est le caractère distinclit des plantes appartenant à cette famille, qui" ne végètent d'une, manière satisfaisante que quand elles trouvent un support ; quelconque.

Griffith parie d'une cûscutaeée gigantesque de l'Afghanistan, qui étouffe quelquefois même dès individus.de sa propre espèce. L'une.de ces plantes, avait à moitié,couvert, sous la massé de sa végétation,;un saule de 8 à 10 mètres de haut.


,//_,. 167 —

/ Ledirecteûr/dès èultuf es: au Muséum d'histoire naturelle à Paris, ;M./DeCaisne,/a démontré que la cuscute avait la faculté dese reproduire, noursèulëment par les graines,-mais encore à l'aide /de, ses/tiges^ ;qui se/pélotonnent et s'enibuissent durant i'b/iyer pour se développer de nouveau au printemps.

Koûs n/avons pas Ta preuve de cette assertion, et malgré le respect que /nous Inspiré sa; source, nous ne l'acceptons que sous réserve,: parce/q'ué le caractère de la plante ne permet pas de supposer qu'elle-puisse se conserver comme si, au lieu d'être annueilei ainsi que tous les botanistes l'ont désignée , elle était/vlvâcéï/

/La.éuscuté s'est tellement multipliée, qu'aujourd'hui ses se • menées se,trouvent mêlées aux graines de trèfle et de luzerne de ;ïa meilleure provènaneev

/Plus que/jainais/les cultivateurs sont exposés à introduire dûns leûrsluzernièi'és; ûflë plante dont la présencepeut compromettre tout un système de culture, quand il repose sur l'exis/tençe/des «luzernes.:/ '

/Ttieû iVest donc pluspréjudiciable, et rien ne doit coûter pour apporter au choix-de la graine de luzerne ou de trèfle la plus niinùtiéiise attention^ afin de se soustraire aux ravages d'un tel fléau;/ ;;"

: Par quels moyens on peut/prévenir l'invasion de la cuscute.

/Ce ^^ semer que des graines

de trèfle /Ou de luzerne, exemptes de semences étrangères.

La graine de:cuscute, surtout de celle qui répand une odeur légèretbeht fûieiléé, ce qui lui a valu le nom de cuscute odorantei/tïst; d'une, couleur brune ou fauve et d'une forme /semi-globuleuse./Elle est moins grosse et plus légère que la '.'';graioé/de-ir.ê/fle'êrt/4e"'iuzjerji.ei Une inspection rigoureuse peut seule révéler sa présence, et, quoiqu'on ait la ressource de s'en débarrasser par/le criblage avec un ^instrument à mailles, ^disposées de maûière à Jié laisser passer que les graines suspectes (i^W4S},ilésf/plus^p^ de ne pas employer de telles "graines/dût-ori, en raison de_leur impureté, les obtenir à un prix réduit.. : = /// / -

LesmeiUeûres maisons dé commerce sont tellement exposées à être trompées, quelles ne s'engagent pas à fournir avec des garanties;ilvaut/mieuxpar-conséquent, même pour un semis d'une importance secondaire, acheter aux cultivateurs-producteurs d'une contrée où lar cuscute n'a pas pénétré, 3e peur d'établir cbez«soi unéèutre â'infestaliou.

'A'-dêJÊâuï'de-'iuzè^tiiérês'-.hôn infestées, nous recommande-


— Ï6S —

rons le mode suivant de récolte, qui est sûr et peu dispendieux :

II consiste à faire recueillir à la main et par des femmes ou des enfants surveillés, les capitules (réunion des graines en têtes globuleuses) des trèfles et les légumes ou gousses de la luzerne, au moment de la maturation de ces graines.

Chaque femme, pourvue d'un tablier fermé sur les côtés, ramassera dans sa journée une assez grande quantité de graines parfaitement pures, si elle a eu soin de n'enlever que les portions de la plante qui les renferment.

Mais celte disposition ne suffit pas pour prévenir tout mélange ultérieur. C'est pourquoi nous conseillons en outre, de faire opérer le hallage sur une aire de grange parfaitement propre. On y étendra, dès le matin et par un soleil ardent. autant que possible, les porte-graines qui, après avoir été desséchés complètement, se laisseront facilement dépouiller par l'action modérée du fléau.

L'extraction de la graine s'obtiendrait aussi facilement et plus promptement avec une machine, spécialement réservée pour le battage des graines récoltées d'après ce procédé ou provenant de champs reconnus intacts.

Il y a lieu de croire que les machines auxquelles ont recours les cultivateurs pour le battage de leurs graines, soit de trèfle ou de luzerne, recevant des porte-graines de toute sorte, le mélange de la cuscute s'opère à l'insu de chacun, et la graine la plus pure est souvent contaminée par le seul fait du battage en commun. ""

Il est un procédé cullural qu'il est utile de signaler pour prévenir l'invasion de la cuscute, ou au moins arrêter et combattre son développement, c'est de substituer le semis en lignes au semis à la volec, qui est à peu près généralement usité.

Le semis en lignes, qui est de tous le plus judicieux et devrait être appliqué à la-plupart des- plantes, a pour avantages principaux'dereiKjre le cultivateur maître de son terrain, et de pouvoir en expulser à son gré tout ce qui n'est pas à sa convenance. Suivant la nécessité et l'état du terrain, il donnera la quantitéde binages que la-malpropreté exigera.

Si la cuscute règne dans de telles luzernes, les sarclages en modéreront l'extension, et empêcheront son abondante fructification de s'effectuer, ce qui serarsinon une cause de disparition, au.moins de notable diminution.

Nous, n'insistons, du reste, sur cesprécautions préservatrices, toutes minutieuses qu'elles- puissent paraître, que parce qjue nous avons la certitude qu'il est.plus-facile de prévenir l'ihvasion-.de la-cuscute^quc-dc la combattre et delà détruire, quand


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. où lui a malheureusement donné asile involontairemeht ou-par négligence. ■"'.' '

Gomment on peut faire disparaître la cuscute d'une luzerne infestée.

Quand une jeune luzerne est infestée de cuscute, le dommage qu'elle cause pendant les premières années est peu considérable.

Les premières coupes en éprouvent une diminution, peu appréciable. C'est sur les secondes et troisièmes coupés^ époques de sa plus baute vigueur, que les ravages de la cuscute prennent de grandes proportions et causent de la perte; car alors la luzerne est enlacée de toute part d'inextricables filaments:; elle périt çà et là; les mauvaises herbes s'étendent de .plus en plus et affaiblissent là végétation des parties survivantes.

C'est ainsi que de belles luzernes, après quelques années; de rendements très-satisfaisants et capables défaire espérer une longévité prolongée, ne laissent qu'un terrain gazonné qu'il n'y a nul intérêt à conserver.

-■ La cuscute n'est pas une plante de récente importation. On avait remarqué depuis fort longtemps que le suc doux et niucilagineux des papilionaçées'et des labiées, dit/un naturaliste du siècle dernier,'lui'convenait aussi bien que le.suc acre et caustique des plantes crucifères. Elle paraissait, dans ce temps, avoir quelque prédilection pour l'ortie et surtout pour la vigne.

Nous l'avons observée dans les landes sur l'ajonc', et, quoique nous ayons employé ces ajoncs comme litière, nous n'avons jamais eu à nous plaindre de l'introduction de cette plante sûr nos prairies artificielles. Plusieurs d'entre elles, il faut le dire, n'étaient cependant séparées de la lande où résidait habituellement la cuscute, que par un trait de ehârfué. ;

Les plantes que nous venons de citer, telles-que l'ortie, ne sont pas les seules que la cuscute soumet à sa domination. Nous l'avons observée aussi sur les azalées.,/sur la niérëmbergie .(nierembergiagraeilis), sur quelques euphorbes, le houblon, et même sur des graminées et des vesces (1),'■ ce qui prouve qu'on ne peut lui livrer, une guerre trop acharnée, puisqu'elle a tant de moyens d'échapper aux poursuites.

II est à remarquer que, en général, la cuscute ne s'insère sur la luzerne qu'à quelques centimètres au-dessus du sol et a"u collet.

(1)' Iaes vesces étaient la seconde récolte qui succédait à une; vieille luzerne envahie de toute part par la-cuscute. C'est une-preuve, que les:graines se'conservent facilement dans la terre jusqu'au retour d'une plante qui se prête à leur végétation.


'■ ■ — 170; — "/

Le moyen de destruction qui s'offre de lui-même est un fauchage répété aussi près du sol que possible.

Le Directeur de l'Ecole d'agriculture de Rennes, M. Bodiri, qui s'est appliqué ayec succès à cultiver la, luzerne sûr un terrain qui s'y refusait d'abord, nous écrivait dërnièreriient qu'il n'était parvenu à avoir raison de .la cuscute, qu'en faisant raser avec soin toutes les parties envahies, et ^diverses reprises.

Mais, pour faciliter cette opération,/il est nécessaire de rendre le terrain semé en luzerne régulier, de peur que son inégalité et les pierres qui se rencontreraient à la surface ne s'opposent au fonctionnement de la faux que l'ouvrier manoeuvrera avec d'autant plus de sécurité et de précision, qu'il ne sera arrêté par aucun Obstacle.

Nous avons dit que la cuscute était généralement considérée comme/annuelle ; ïT dévient alors évident qu'en /contrariant et même en s'opposant. à la fructification par ces fauchages répétés/deux, trois et même quatre, fois, et en jetant au feu toutes lès parties atteintes, on né yerrâ/pas là cuscute reparaître l'année suivante.

C'est, nous en conviendrons, le plus facile parmi les moyens de destruction, parce qu'il est à la portée de tous les .cultiva-- leurs,et que, s'il entraîne quelques frais/de main-d oeuvre et lé sacrifice d'une seconde coupe sur leg parties attaquées j" "ce" n'est pas acheter trop cher la suppression de cette_plante.

On a conseillé des arrosages d'acide sûlfurique étendu d'eau et de sulfate de fer dissous également dans de Teaû, dans des proportions très-variabiés, comme, par exemple, 1 kilog. dé sulfate par hectolitre d'eau, puis 7 et même 12 kilog. On cite des cultivateurs qui en ont été satisfaits.'

Nous avons eu recours, à diverses reprises, au sulfate de fer, et il ne nous a réussi que tr'ès-iiripàrfaiteinenty comme à d'autres cultivateurs, qui avaient eu confiance dans sa souveraine efficacité (1).

L'un d'eux cependant, qui avait agi d'après nos/avis, nous a assuré qu'il était parvenu à éloigner la cuscute en procédant ainsi qu'il suit :

Nous; avions remarqué que pendant le jour, les tiges delà

(l) La dose de sulfate defer doit être calculée sur la nature des plantes qui en sont arrosées. La luzerne n'en épreuve aucune altération, parce que ses racines pivotantes la préservent de/l'action .directe de cette/solution:: c'est pourquoi la cuscute, qui est éminemment traçante et rampante, est souvent désorganisée par divers arrosages. "En tous cas, il y a lieu d'affaiblir la-proportion de sulfate sur, les/sois perméables-, de/peur, que les racines de. la luzerne les plus Tapprocliées de là surface ne soient atteintes. Sur un terrain fortement argileux, on ne court, au contraire, aucun danger.


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cuscute devenaient fermes, presque dures et résistantes; c'est pourquoi nous avons recommandé l'arrosage quelques heures avant le coucher du soleil, au moment où la fraîcheur qui précède le crépuscule ramollit les tiges et les dispose à s'imprégner plus complètement de la solution.

Ce n'est qu'après un'intervalle de dix à douze jours, que la cuscute arrosée, après s'être maintenue en état apparent de santé, change tout à coup d'aspect. Du réseau jaunâtre qui tapissait le sol, il ne reste qu'une sorte de résidu noir, auquel succède une nouvelle végétation de luzerne, qui témoigne par sa couleur que, débarrassée de son ennemi, elle trouve dans ce sel un stimulant favorable.

Nous avons obtenu ce résultai sur de petites surfaces et seulement deux fois. En renouvelant l'opération, nous avons échoué sans que la cause nous en fût démontrée.

Ayant, il y a un certain nombre d'années, fait semer une luzerne sur une étendue de huit hectares environ, nous avions constaté, peu après l'enlèvement du grain qui avait été cultivé simultanément, la présence de la euscute sur à peu près deux ou trois mètres carrés.

Ignorant, à cette époque, les propriétés du sulfate de fer, nous nous sommes borné à faire couper au collet, avec une , pioche à tranchant très-vif, tous les pieds de luzerne atteints. La cuscute ne reparut pas et. pendant les huit années que dura cette prairie, on n'en remarqua aucune trace, ni sur la partie travaillée, ni sur quelque autre partie du champ.

Il faut remarquer que l'opération de tranchage superficiel entre deux terres que nous avions faite, avait été pratiquée au moment où la cuscute était dans son premier développement, et que nous l'avons combattue avaut sa floraison.

■Nous avons employé depuis et pour de plus larges surfaces la chaux vive sans aucun succès.

On pourrait croire que le peignage avec des herses énergiques aurait un effet satisfaisant, et c'est à tort. La herse peut, en revenant plusieurs fois sur le même endroit, enlever de nombreuses portions de tiges, mais la rupture de ces tiges se fait dans les parties les plus longues et les plus flexibles, sans que la cuscute éprouve le moindre dommage à ses points d'insertion, où réside le foyer de son existence.

On a recommandé, dans ces derniers temps, l'usage de la tannée, et on prétend que l'effet en est infaillible. Nous ne l'avons pas encore expérimenté, et nous ne pouvons rien affirmer à cet ésard. Mais le bas prix de la tannée et la facilité de son application doivent engager les cultivateurs à en faire l'essai. Que ce soit en vertu du principe astringent qu'elle renferme ou en interceptant l'air sur toute l'étendue de la tige, de


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la cuscute qu'elle agisse, il n'est pas de substance plus commune dans le voisinage des tanneries, où souvent son enlèvement gratuit rendrait service.

L'incinération des parties de luzerne attaquées de cuscute a paru à certaines personnes un procédé méritant, et elles l'ont signalé.

Pour brûler entièrement la cuscute, il faut que le feu ratteigne dans toutes ses parties, et que la luzerne elle-même soit soumise à l'action désorganisatrice du feu. 11 dérive de là deux alternatives. Si le feu n'est pas assez violent, assez fourni, la cuscute n'est qu'incomplètement brûlée, et elle reparaît peu de temps après l'opération ; si le feu est très-actif, si on y a employé une grande quantité de paille, la cuscute est brûlée: mais avec elle, le plus souvent, la luzerne elle-même est atteinte trop profondément et succombe.

Dans ce cas le remède est pire que le mal, puisque, pour éviter une diminution de produit on perd tout.

Nous avons une confiance limitée dans l'incinération des luzernes -cuscutées; ce n'est cependant pas un motif pour rejeter entièrement celte chance de salut. Quand on cultive, par exemple, les .graines oléagineuses, le colza surtout, on dispose, à la suite du battage, d'une énorme quantité de siliques trèsinflammables, mais très-encombrantes, qui trouveraient là un emploi fort utile; en dirigeant le feu de manière à ne pas compromettre la plante que l'on veut, débarrasser et non anéantir, ce procédé a le mérilc de la célérité et d'un effet instantané.

Nous avons parlé précédemment du semis en lignes, comme facilitant les opérations propres à prévenir l'apparition de la cuscute, et nous croyons qu'il est, en effet, un des moyens qui offrent le plus d'avantages pour obtenir une disparition radicale et complète de ce dangereux parasite.

Le semis en lignes n'est pas nouveau, non plus que les machines destinées à répandre la semence à des distances régulièrement espacées. On pratique cette méthode de temps immémorial dans les Indes-Orientales. 11 paraît aussi que le semoir était employé déjà en Espagne au quinzième siècle. Quoiqu'on usage depuis une époque fort reculée, il est tombé en désuétude et reparaît aujourd hui à titre de découverte moderne, mais, il faut le reconnaître, avec des perfectionnements qui le recommandent à la pratique. , Rechercher pourquoi le semoir et la méthode du semis en lignes ont été abandonnés nous paraît fort inopportun ; ne nous suffit-il pas d'y reconnaître une utilité que les circonstances de l'époque n'avaient peut-être pas rendue aussi sensible?

Nous pensons que devant l'envahissement si général et si


- "— 173~%- ,:.;/.,

menaçant de la cuscute qui/à'fimifationdu typb.us dès bésT tiaux que les Anglais appellent là pe^té-fç«f#fe-^?a^Me), pourrait aussi mériter le nom de peste des:/fourrages (^raÀsplaguc), le semis en ligne doit êtrèrèmis en vigueur/ En/effet, soit qu'on ait à se défendre de la cuscute ou qu'on n'ait-pas à la redouter, il n'y a pas plus de dépensé dé semaille, et; dans l'un et l'autre cas, l'augmentation du produit sera invariablement en faveur des lignes dont l'intervalle (30 centimètres) se prête à la destruction de toutës:-ïés"'-m^OTais.es-.;h"ér^B:s'-'.qui-- vivent en société de la luzerne et lui contestent -soii alimentation. '"•■' ■'-///■'" ./-"-;' ■ ■':''"'' ':

Que ce soit à la suite d'une -culture 'de plantés sarclées dès plus soignées, et dans laquelle on aura constamment fait enlever tous les végétaux étrangers, le/ûé/ûyèàû fourrage n'enI sera pas moins assailli par une grande quantité d'hèrbès /qui viendront disputer à la plante utile sa nourriture et sa place//

Ce sont principalement \esbrornes^\e%agro'sttsf\ei'irUicum, les lolium, puis les andryala, [estaràxacùm^lë^hièràcïum^ëtè., qui s'unissent à la plante nouvelle, et là, rendent victime de leur voracité dans un temps donné/ :■■/,' / -\/// :

Le semis en ligne obvie à tous ces inconvénients-; à la condition cependant qu'il sera l'objet d'uû/ëntrëtiën/fait à: propos et d'un binage répété autant de fois que Tëtàt dû sol l'exigera. ... ...

Ce façonnage ne doit pas effrayer les cultivateurs qui résident dans les pays où il y a pénurie de bras/Ce (Jùi eût été impossible autrefois, devient facile âujôurd^bui avec l'outillage perfectionné que les constructeurs mettent à; la disposition des agriculteurs. 11 y a des houes à cbevàl quijbiëh dirigées, peuvent Lire au moins deux hectares /par/joûr,/L^ppéttttion revient donc à h francs, et comme elle a pour résultat un surplus de rendement d'environ 500 lui; à 80 /fr.,-soit ^O'fr. pour la première coupe seulement^ la /dépense est-coûvertë par un bénéfice de 36 fr. (1). -///^■.//;::i'.----/-/;^--;:;;ï/-/-':-.

Quand, dans une luzerne semée eh lignes distantes de 30 centimètres à peu près, la cuscute apparaît, il faut donner aussitôt après l'enlèvement de la première coupe, un/binage complet, que l'on renouvellera huit à dix jours après, si cette plante paraît devoir s'étendre.

(1) Le produit moyen à l'heclare dés prairies/artificielles, par .département, varie depuis 5,GG4 kilog. de fourrage sec (Bnistère);/jusgù (Tarn-et-Garonne): il est pour toute la-Franee/de 2;99.t 'kilùg.;;(Notes économiques et statistiques, Agriculture de la France, par RÔYÈB).

L'infériorité du produit des prairies -artificielles..dans le; département de Tarn-et-Garonne, doit vivement engager lès cultivateurs -de cette région; à adopter un meilleur système de culture.

1868 " 10


/..:. ': /— 174 .-^//. //. ;

;S1 ce binage ne suffisait pas, et que le /soi /fût assez.léger pour se, laisser:entame^

ràisOn d'être tenté^ niais uniquement dans de telles circonstances; car, sur un sol quelque; peu fort; et; argileux, la :herse trace de légers sillons; enlève quelques touffes/d'berbes et en respecte la/plus[grande partie, qui deyient,une cause de puis.san.te'ïet féconde reproduction de graine, Lé/hersage; est donc en définitive plus efficace en théprip,qu;^n.pratique?/et lôrs-/ qu'un sol favorise /la propagation des mauvaises /herbes, comme ily, en a tant, c'est ,un- remède qui/ne reméçlie. à jien et sur lequel il ne faut pas-compter, si ce n'est pour préparer fa besogne réservée/au bineuroûàlalioùeji cheval.:,

liais, après toùtéscés pratiques/et ,qùahâ elles sont inîruc-/ -tueuses, il reste un/dernier moyen/devant lequel il,ne faudrait pas reculer et que nous appellerons héroïque, parçe<qù'll est, certain que la cuscute n'y résiste pas. ; / '''. H s'agit de placer/ sur/chaque ligne/Sé luzerne des «ùvriers/ munis de /pioches/a lames très-tranchantes et;/de leur faire couper la luzerne immédiatement au-dessus dû çoljèti /

Si on disposait d'ouvriers soigneux et intelligents, et qu'on; «eût à opérer sur un/tërrain graveleux ou/'ipiërrèux qui ëmptts-- serait trop promptejneht le tranchant des/instrumèhtSj nous engagerions àfaire coupëï'les tiges de lûzejmë garnies deIBÙS— éûte avec.un sécateur, Ces tiges dëyraient être jetées dans des paniers et/recûéilliês/avec lé: plus grand/sôin/.pou.r/être ; brûlées, le feu seul étant capable d'anéantir cettes plante. v Dans les pays; où la luzerne est 'envahie depuis/ longues^ années, la cuscute y est :ën quelque sorte naturalisée,;; sa destruction ; offre plus de diffcultés /et MBÛ ;est quelquefoisexposé à la voir reparaître, en dépit/de fout ee qu'onaura fait pour l'expulser. Alors, pas de demi-mësûres, qui ne peuvent donner que des/demi-résùltats, parce que la dépense n'aurait pas de; ternie ; il/ faudrait abandonner, temporairement bien entendu, la culture de là luzerne,; jusqu'à ce qu'on ait la conviction fondée que /les: fumiers «et lf terrain jûi-mêmè/ ne.; recèlent plus dé graines de cuscute^ etmieûx vaudrait encore, en cas dé doute, to

ou" autres fertilisants chimiques qui sont, on; ne doit pas ;i l'ignorer, lés engraisincomplets du commerce (|). /,

. (1} Ge .n'est, pas sans /.raison que la culture;-/compî'end:la grande/ variété , de/ces agents /fertilisatéurs sous cette dénomination, puisqu'ils/ ne contiennent ni humus/ ni -chaux, -nisilice. Ces: substances /"'quoique;: moins essentielles que l'azote, la/potasse et l'acide .phosphorigue, ,sont cependaTit: ta pulvérulent et présentent/un grand/âfàntâgé"-au".Semis-éri ligneVc'est: de facK


.''.'■■. — 175 — -

Aux lieu et place de la luzerne, le sainfoin; offre quelques avantages qui méritent d'être signalés / 1° ilèst peu difficile sur le choix du terrain, et s'accommode surtout de ceux qui sont calcaires; 2° il est de tous les fourrages artificiels le plus précoce, et peut être coupé quinze jours avant'la luzerne et le trèfle; 3° il donne, la première année et souventla'sécôride, une /récolte égale à une première coupe de,luzerne ; 4° consommé patùré en vert^ il ne météorisè pas. les ruminants, et ou peut abandonner sur un champ de/ sainfoin un troupeau de bêtes à cornes en toute sécurité, lorsque, au contraire,'on est.exposé à de nombreux et; terribles accidents avec le trèfle . et laJuzerne (nous ne parlons pas des mourons qui tondent trop/ras 1 et qu/il ; faut tenir à distance dès/ saifoins).;'.- 5?. enfin, la cuscute ne se développe" que rarement sur cette légumineuse (i). . . ../-,.-;" -...".'.-'

Tels sont les avantages que présente ce'■.fourragé: comme culture temporaire, pendant le temps qui sera employé à faire disparaître les derniers vestiges de la cuscute en les exposant aux extrémités d'une rigoureuse disette.

Nous n'insisterons pas et nous ne voulons pas insinuer, par cette digression en faveur dû sainfoin, que cette.plante fourragère peut rivaliser avec la luzerne, qui n'a pas de concurrence à redouter, mais seulement démontrer qu'elle .permet de restreindre nfiômèntanéiûent la culture dé cette dernière, sans

liter leur application économique par le moyen de ces semoirs si en vogue en Angleterre, qui répandent en même temps la graine et l'engrais.

Ces instruments, de la force d'un â deux chevaux, repartissent fort également les substances fertilisantes; ils évitent les inégalités de végétation résul- ' tant d'une accumulation exagérée d'engrais sur un seul point, comme cela arrivé dans les guanos agglomérés; ils simplifient l'épandange, qui n'est jamais.aussi.prompt aJamain, et ne met jamais aussi parfaitement l'engrais en contact avec la plante; ils rendent, enfin, cette opération praticable sans le concours denombreux ouvriers, qui trop souvent opposent le vain prétexte de leur répugnance.

Les semoirs à engrais obvient enfin à tous ces embarras, et permettent de doser mathématiquement l'engrais, tandis qu'à la vôléé ou à Ja main, soit par négligence ou:par l'effet de vents coutraires, une uniforme répartition est presque impossible..

(i) La cuscute.ne.se rencontre, en effet, qu'exceptionnellement, sur. le sainfoin, qui paraît avoir peu d'attraits pour elle. C'est à tort que certains agriculteurs croient que ces deux plantes sont tout à fait antipathiques.

L'auteur de la Flore de la Vienne, M. Delâtre, a trouvé; la petite cuscute '(Cîise/.mmprysuricetle légumineuse, il est vrai ^cependant nousipensons que c'est, une particularité qui ne doit pas s'opposer à la culture temporaire du sainfoin.

Nous l'avons observée nous-mêmes sur cette plante, mais dans une contrée où elle était fort/Commune et où elle s'attacliait a dessv.égétaux/grâce à.son abondance, sur lesquels elle n'avait jamais été signalée et qui n'était, pas, ' comme la luzerne, sa plante obligée.


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être entièrement privé de l'approvisionnement que réclament les animaux d'une exploitation.

RÉSUMÉ

Observations générales sur l'importance économique des prairies artificielles.

Nous croyons avoir démontré comment la cuscute apparaissait dans les grandes luzernes, et avoir indiqué les sources de son introduction dans les cultures qui en avaient été affranchies jusqu'à présent.

Quelques cultivateurs, peu soigneux par habitude, ont été, en vendant de la graine mélangée, les propagateurs involontaires de cette plante, qu'on ne peut trop signaler à l'animadversion.

Il n'y a maintenant pas plus à compter sur les maisons de commerce les plus honnêtes que sur les autres. Les premières sont exposées à être dupes eomme les dernières.

Il faut s'entourer des plus grandes précautions et se tenir sévèrement sur ses gardes pour éviter le mal.

Nous avons dit à quelle époque la cuscute se montrait et avec quelle rapidité elle couvrait le sol, ce qui n'est pas étonnant, puisqu'elle n'a que quelques mois pour naître, grandir, fleurir et fructifier.

Les moyens préventifs sont des plus simples : ils consistent à n'acheter des graines que chez les cultivateurs qui ont des luzernes et des trèfles où la cuscute uc s'est pas encore montrée.

Il appartient aux Sociétés d'agriculture et aux Comices de signaler ces cultivateurs, afin de guider ceux qui ont des semis à faire, et leur éviter la perte que leur occasionnerait de la graine mélangée, oblenue même à prix réduit.

Quand on soupçonne des graines de luzerne ou de trèfle, en ^raison de quelques portions de cuscute qui y auront été remarquées, il y a tout intérêt à n'en pas faire usage. Nous doutons qu'il y ait des cribles qui puissent exécuter un nelioyage et une séparation irréprochables.

Les graines de luzerne et de trèfle sont plus pesantes que celles de cuscute, et, en les plongeant dans l'eau d'un baquet on les voit surnager.

Cet expédient est plus certain que le criblage. L'inconvénient de ce procédé, c'est la nécessité de faire sécher les graines soumises à l'expérience, après les a-voirretirèesdel'eau.

II est certains cultivateurs qui, dans la confiance que- le plâtre appliqué à la graine elle-même, réagit utilement sur sa végétatioiij l'humectent et la dessèchent ensuite en la sau-


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poudrant de plâtre très-fin. Ce pralinage est -d'une dépense insignifiante, et s'il a réellement quelque action, il a l'avantage de donner à l'entière immersion de la graine l'occasion de vérifier sa pureté, et d'en éloigner la cuscute qui s'y trouverait.

Nous avons ensuite parlé du semis en lignes dans le dessein d'empêcher le développement de la cuscute..

Nous ajouterons que c'est un excellent moyen pour prévenir l'envahissement de cette plante, quand elle a manifesté son existence.

Lorsqu'une luzerne a été faile dans une céréale, c'est à

"l'époque de la moisson et après l'enlèvement des gerbes, que

la cuscute se fait remarquer. On peut, dès ce moment et sans

attendre le printemps, donner un binage pour la circonscrire

et annuler les conséquences d'une dangereuse fructification.

Le binage des trèfles (1) ou des luzernes en lignes se pratique très-facilement avec la houe à cheval, et sa dépense est toujours couverte par le surplus de la récolte. N'en retireraiton que l'avantage de détruire le mal en germe et de s'assurer de sa disparition, que ce serait déjà une considération d'une valeur concluante.

Dans le Midi, le binage du maïs se fait à la main sur de grandes surfaces. Les soins que cette plante exige sont presque exclusivement réservés aux femmes, qui s'en acquittent activement et courageusement. Ce qu'on fait pour le maïs ne peut-il être appliqué aux fourrages?

En Angleterre, tous les travaux, tous les efforts des cultivateurs sont tentés pour détruire les mauvaises herbes, dont quelques-unes empruntent à la moiteur du climat un certain luxe de végétation, et on rencontre .dans les fermes de ce pays, de même qu'en Ecosse, une foule d'instruments, depuis la simple houe à cheval jusqu'à !'éradicateur le plus perfectionné (2). Tous sont construits et disposés pour passer entre les lignes soit de céréales, de racines ou de fourrages, et en suivre les irrégulières sinuosités. On croit avec raison dans cette contrée de grande et belle culture, que l'ameublissement,

(1) Ii serait à désirer que la cuscute ne se rencontrât même pas dans les trèfles, car là elle peut produhe de la graine, en laisser sur le terrain et favoriser sa dissémination ; mais elle est moins fâcheuse que sur les luzernes, à cause du peu de durée du trèfle. Le semis en ligne serait sans utilité si on l'appliquait à cette culture.

(2) C'est, à n'en pas douter, à l'usage de ces instruments et aux binages rénétés, dont sont l'objet les cultures cl les céréales surtout dans ce pays, qu'il faut faire remonter l'absence de toutes ces plantes qui, comme la nielle, le coquelicot, le mélampyre, etc., émaillent nos champs, à la grande satisfaction des citadins .qui viennent s'y ébattre et classent leur valeur d'après la diversité des nuances, qu'ils regardent comme un don précieux du ciel.

Nous avons visité, il y a quelques années, le grenier à blé de l'Ecosse, les Lolhîans, près d'Edimbourg, ces terrains si fertiles qui, il y a un siècle envi-


/ .. '/_. ï78— ' "

du sol et les engrais ne doivent servir qu'à l'entretien des plantes utiles.

Nous avons faitTénumération des opérations/recommandées pour purger les luzernes infestées de cuscute. Nous avons décrit ces divers procédés et indiqué leur mérite. Les uns sont d'une entière innocuité, comme la chaux vive, etc. ; les autres réussissent parfois et dans certaines Circonstances leur effet est nul, comme l'arrosage au sulfate dé fér.

Nous avons rapporté ce que nous avions tenté, ce qui nous a réussi et ce qui a résisté à nos expériences.

Puis nous avons exposé la théorie du. système de la semaille en lignes, appliquée à la luzerne, parce qu'elle présente plus de chances de combattre avec succès la cuscute avec des binages répétés et par la section des tiges des plantes, soit à la pioche, soit au sécàteùr, quand il s'agit de petites étendues.

Le semis en lignés n'entraîne pas la somme des avantages de celui des céréales. Dans cette dernière opération, l'éco-^ noinié de plus de moitié de semences est une importante Considération; mais dans le semis de la luzerne, on n'emploie pas moins dé semence. La question principale, celle qui a la plus haute portée, c'est de faciliter/la destruction de toutes les plantes étrangères qui encombrent lés luzernières et en abrègent l'existence-(!),.

Que l'on compare les luzernes végétant seules et disposant exclusivement de la richesse et des' propriétés d'un sol, à d'autres croissant pêle-mêle avec la série dès mauvaises herbes qui sont lés ennemies avouées du cultivateur, et on remarquera bientôt que les premières auront, en terrain favorable, une durée presque illimitée, tandis que,les secondes, ayant à soutenir une lutte non interrompue et à disputer leur nourriture à leurs voisines , .succomberont après un petit nombre d'années.

Lorsque la cuscute fait partie de ces mauvaises herbes, elle finit pas triompher et rester maîtresse du terrain, si on ne lui a pas opposé à temps un remède proportionné à sa puissance de végétation et/à sa facilité de reproduction.

De tous ces remèdes, c'est le binage qui nous a paru avoir.

ron, produisaient à peine de l'avoine, et nous avons été frappé dé ce fait, que les céréales n'étaient, ,de tous côtés, accompagnées d'aucune plante ■étrangère.

Lài le blé rend de 35 a 45 hectolitres à l'hectare.

(1) Quand on défriche une vieille luzerne, on devrait la remplacer par un froment, mais l'état dégazonnement du terrain ne laisse de chances que pour J'avoine. 11 en serait autrement si, par suite de binages, la suppression d'une luzerne mettait à ta disposition du cultivateur un sol net et parfaitement propre.- Un froment fait dans de telles conditions, n'aurait qu'à profiter de la décomposition des détritus végétaux provenant de la luzerne, et- son rendement élevé, indépendamment qu;il ne serait pas/douT.eux,/ne serait pas diminué, par là présence dés màuvàises;Iiérbés/;dônt lëscéréales favorisent la réap-: parition à un sihautdêgrë.


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les meilleurs effets. Il exige, il est vrai, un semis en lignes également distantes , résultat qu'on n'obtient qu'avec un semoir, et si on opposait à son emploi là dépense (1), nous répondrions par un fait irréfutable,,une augmentation de produit bien supérieure aux frais. -.

La plupart dés meilleurs cultivateurs de la Grande-Bretagne pensent que l'introduction du semoir doit être considérée comme une des plus importantes améliorations modernes dans la culture, et que ce mode de semaille est particulièrement approprie .aux sols de qu'alité inférieure, dont il met les produits presque au niveau des sols fertiles. (Sir J. SINCLAIR).

Le binage de la luzerne étant admis en principe, il n'est pas plus difficile, en l'appliquant, de détruire les mauvaises herbes que la cuscute elle-même.

Nous l'avons du reste démontré, c'est en empêchant la cuscute, qui fort heureusement est une plante,annuelle, c'est son côté vulnérable, de mûrir ses graines, soit par des fauchages multipliés, soit par des binages, qu'on parviendra, à l'expulser des cultures et à la reléguer dans les champs d'ajonc, où elle devrait être internée à tout jamais. ;.

Les efforts que feront les cultivateurs chez lesquels la cuscute s/est montrée, ne devront pas être isolés. C'est une question d'intérêt "généra.].

Des;mesures administratives ont été prises ;à l'égard des chardons et des lépidoptères qui, sous le nom de chenilles, causent tant de dommages ; la cuscute ne doit pas moins exciter la vigilance de l!autorité. Ses ravages sont fâcheux à un plus haut degré encore.

Soûs ce rapport, cependant, les Sociétés d'agriculture, les Comices eux-mêmes ont une part à prendre dans cette répression, et nous formulerons ainsi notre manière d'envisager cette question :

I? Nous- regardons comme de- rigoureuse nécessité que lés graines dé provenance inconnue ou battues dans les moulins communs,soient repoussées par les cultivateurs;

2° Qu'il soit interdît aux cultivateurs, ayant des luzernières infestées, de faire de la graine et de la livrer au com-. merce; -."

3° Que" dès primes d'encouragement et d'indemnité soient proinises au cultivateur qui consentira à cultiver de la luzerne exempte de cuscute, par les moyens que nous avons indiqués,

,(1) Il n'est pas plus/coûteux de se servir dfun semoir pour répandre, la graine, que d'employer la main de l'homme. Le prix de l'acquisition d'un instrument serait le seul obstacle sérieux. Mais on fabrique maintenant ces ins.truments àdes conditions très-accessibles, et,:comme leur durée, estilÛmitée, c'est une mise de fonds, une; fois faite, qui rie doit pas empêcher leur adoption.


— 180 — /.

pour en mettre les produits en.graines àfa disposition des âcheleurs sous le titre de graine primée. ]

Ces graines devraient^ellès être payées un prix un peu plus élevé, l'acquéreur.y trouverait uu avantage réel, la garantie dé netteté';

i° Que les cultivateurs qui auront su se préserver de la cuscute, et qui pourront /prouver que leurs luzernes sont intactes, soient signalés au choix des .acquéreurs de graines fourragères;

5° Que des récompenses soient accordées par des commissions, émanant dés Sociétés, d'agriculture; aux cultures de luzerne semées en ligné et dont les conditions de.bonne exécution pourront être désignées comme exemples à suivre.

En appelant dés mesures aussi sévères sur une plante aussi dangereuse que la cuscute, nous croyons avoir prouvé que nous comprenons le mérite hors ligne de la luzerne et,bien plus,son mérite sans rival.

Autrefois, ce fourragé n'avait qu'une importance secondaire ; l'éducation du bétail était pdacée au deuxième rang, et tous les sacrifices d'engrais et de choix de terrain étaient faits et réservés pour le froment.

/ Depuis, la face des choses a changé, et de nouvelles circonstances économiques ont surgi. Une situation imprévue est faite à l'agriculture, et l'opération qui occupait le deuxième rang ; dans les combinaisons culturales, est présentement au premier.

La question du moment et qui préoccupe tous les esprits sérieux, est celle de l'abaissement du prix de revient du blé. Quand on l'obtiendra au-dessous du prix de fabrique, c'est-à': dire de production, le problème sera résolu. Mais pour atteindre ce bût, il n'y a pas à hésiter dans la décision à prendre, tout atermoiement doit être rejeté ; il faut.augmenter l'étendue des 'prairies en diminuant celle qui était consacrée au blé, et en se souvenant que ce n'est pas la semence qui produit, mais le sol, mis dans des conditions/de préparationscùmplètes.

Or, parmi les prairies artificielles qui doivent concourir à la solution de la difficulté, en est-il une qui soit supérieure à la luzerne?

On agriculteur du xviie siècle, Olivier de Serres, que son savoir immense a fait appeler le père de ràgriculture française, désignait la luzerne cpmme la merveille du mésnage (h). Elle croît en effet dans la généralité des sols, elle donne plusieurs

(1) La luzerne (medicago saliva) a été cultivée; de tout temps en Europe, sur le littoral de la Méditerranée, en Espagne, en Italie. Elle paraît cependant être originaire de là lïlédie, d'où luivient le nom ùe medica kerba que lui donnait Columelle, qui vivait il y à environ deux mille ans et eu avait déjà reconnu la valeur dansces temps si éloignés de nous.


. ;/ '.-T-;/181

coupés dans la même année,-et son produit n'est dépassé par aucune autre; elle est/une des plantés fourragères qui résistent le mieux à la/sécheresse; savaleur nutritive est à l'égal des raeilleûrs foins; elle est vivace, et les bons soins peuvent lui assurer Une longue existence et en quelque sorte la pérenniser ; les savants, enfin, qui l'ont étudiée et analysée au point de vue de l'épuisement du sol, affirment et prouvent que la luzerne secohtented'unealimentation aérienne et que, discrète dépositaire des engrais qai ont servi à son développement primordial, elle n'appauvrit-pas le terrain sûr lequel elle a vécu (l).

Aucune plante n'est assurément plus digne des soins du cultivateur, et nous ajouterons que ce n'est'pas seulement la inerxie0e %i in^sna0^ m^éhssi la plus grande ressource que la nature ait, mise à la disposition de l'homme pour l'éducation dubëtail. / ; .-'." 'Si/aous'i;porton's-'nos.je^àrds' vers les contrées qui nous avoisinént et où la culture est plus avancée, qu'y remarquons1nous ? UU nombreux/bétail/alimenté par de nombreuses prairies de tout genre; pxiis/des blés rendant de 23 à 30 hectolitres à l'hectare, ce qui mène à cette conclusion aphorislique, que le^M>' court chemin pour avoir du blé, c'est de faire des prés.

Nous nlayohs assurément pas les mêmes ressources en prairies naturelles que celles/qui se rencontrent de l'autre côté du dètrûit^mâis nous pouvons y/suppléer par des terrains éminemment propres à la luzerne, et c'est, il faut le dire hautement, une des grandës'richesses de l'agriculture française, celle qui devient, en raison dés Circonstances, l'ancre de. salut des cultivateurs./

Çéttê richesse;qui, bien employée, vient avec tant d'opportunité relever le courage de ceux qui en comprennent les conséquences dans l'avenir, est pour le moment menacée dans son

(1) Les débris foliacés que laisse sur le terrain la luzerne sont beaucoup plus azotes que le reste du;'fourrage/ Bans une analyse de débris, j'ai trouve que ies-;5;o00/kilog,%)dèbris^eprésénteraienl 162 kilog. d'azote.

En évaluant la récolte annuelle i 10,000 kilog. et à une durée de cinq ans, on aura pour cet espace dé temps cinq fois 10,000 kilog., à 20 gr., 1 par

kilog ... ... .;,.../., 1.005 kil.

5,000 Jdlog. de débris. // 162

Dans lès racines. '.',,." . . . 259

////:/;, /--■-. Total/". U26 kil.

Enadmettaht que la récolte, dans laquelle avait été semée la luzerne, eût reçu 5,000 kilog. de fumier, dont elle a dû nécessairement prélever une partie, comme cette fumure ne représente/pas plus de 300 kilog. d'azote, il en résulte

. que la lùzèlrne à diï trouver ailleurs l'énorme proportion de matière azotée qu'elle renferme. Beaucoup d'agronomes ont pensé que la luzerne et les plantes/dé cette na/tufe/Vivaient flux .dépens de l'atmosphère, ce qui les rendait

/moins'épuisantes pour le sol. (Mtûàé.comparée sur les céréales et les plantes fourragères, /par Isidore PIERRE, dans les leçons faites à la Faculté des sciences de Caeri). ;


— 182 —

existence. La cuscute, cette plante parasite que nèus avons décrite sommairement,-s'est multipliée dans un grand nombre de localités, au.point de mettre la conservation dès luzernières en péril (1), C'est un danger des plus graves/parce qu'il expose les contrées qui, jusqu'à présent ont été à l'abri, à être également envahies et à voir leurs/prairies artificielles sérieusement compromises, puis avec elles leur industrie, parce que tant vaut la 'production fourragere,,iant valent lesanimaux; tant valentles animaux, tant s'élève la fécondité du sol. et tant le pays est prospère.

Nous pensons/donc qïte rien n'est plus intéressant pour les cultivateurs que de mettre leurs efforts et leur intelligence en commun, pour seconder la grande initiative prise 'par la Société d'horticulture de/Tarn-et-Garonné, ayant pour but de détruire la cuscute et d'en préserver les luzernières,

Il est, en effet, une vérité que nous ne devons ni perdre de vue, ni/oublier : c'est que l'exploitation de l'aptitude fourragère du sol, la bonne}culture dès prairies artificielles, leur perfectionnement et letir:%tiUsation au profit de la multiplication du bétail, contiennent en résumé le principe de toute laréforme économique. FENNEBHESQUE;

(1) Loin de notre pensée que d'autres moyens ne l'emportent sur ceux, que nous proposons pour combattre la présence de la'.'cuscute et tout en attachant le plus haut prix à la Culture en lignes à laquelle rien ne dohV résister", nous croyons utiled'appéler l'attention de ceux qui voudraient approfondir cette question, sur des publications antérieures, qui émanent.des sources les plus récommandables.

Mémoire de M. Bàriafous, directeur du Jardin des" plantes de Turin, couronné d'une médaille d'argent, à la suite d'un concours ouvert en 1819, par la Société: royale et centrale d'agriculture de la Seine, et fermé/en 1827.

Ce Mémoire a été en partie reproduit dans le Journal d'agriculturepratique, en 1842 (tom. VI, pagè2l0).

Observations ei rectifications de ce Mémoire, en 1842, par MM. le baron CRUD, de Lauzanne, et VDITRY (Joum. d'agric. praliq., tom. cité, pag. 257 a 259). ,;

Mémoire de M. Lagrèzë-Fôssat, botaniste-agronome (Recueil agronomique de Tarn-et-Garonne, 1846). ,

Mémoire de il. Benvehuti, à Modène, inséré dans les Mémoires.de là Société centrale d'agriculturë,:i85p.(tropar:tie,/pag.,338).,:.

Résumé'sur les moyens pratiques a employer pour la destruction de la cuscute, par M. le docteur CLOS, professeur à la Faculté;des sciences de Toulouse et directeur du Jardin dés plantes (Journal de la Soc. d'agric. dé la MauteGaronne, ann/1857, pag. 472).

Traité d'agr. pratique, par MAGNE, directeur dé l'École vétérinaire d'Alfort (2 vol., pag. 423-426).

Observations dé M. 'de Fellemberg (Blatter von' Hoffwil, pag. 120, pi. 12).

Observations, par Dombasle.

Observations du docteur Ndulet, de, Toulouse, sur les variétés de cuscute.

Observations de' MM;' de Bernard' '\&-1'Mtàtel;JlMcmiày-mwùtiT&£-&é là Soc. d'agric. dé la Haute-Garonne. ..'",'--■

Etudes organiques sur les cuscutes , par M.Gh. DESMOULINS, botaniste à. Bordeaux (Pag. 30 et-31). ; ;■■-'"

Observations'de M. JSaudih,-1848 (Joum. d'agr. prat., tom. Y, pag.. 200', et Chroniq. horticole).

Observations de M. Decaisne (Annal, del'agr. française, 1843 ; Annales de la Soc. d'horticult. de Paris, 1848: Joum. d'agr. pratiq. avril 1866, pag. 418).


183 —

LE. PLORGEOR

Imitation libre, de Schiller.

« Chevalier-ôû-vassal, qui.de vous plongera .Dans ce gouffre où Charybde'a déchaîné sa rage? Que cette coupe d'or soit le prix du courage fié l'habile nageur qui me l'apportera ! » Le roi lance à ces mots la coupe précieuse , Bu sommet d'un rocher sur les flots suspendu : Mais au voeu dû monarque aucun n'a répondu , Et sa nombreuse cour reste silencieuse.

« Qui de vous osera plonger au fond des eaux? » Tous ont fixé les yeux sur la mer indomptée, Par de hardis nochers avec crainte affrontée ; On se tait, on frémit, chevaliers et vassaux. .. <c Qui de vous osera me rapporter ma coupé? » S'est écrié le roi d'un ton plus solennel : Le silence répond à ce dernier appel ; ■ Tous ont pâli d'effroi parmi la noble troupe.

Pour braver les périls de l'antre dévorant, ' ~- ' Dû sein de l'assemblée avec calme s'avance Un page au noble port, à l'oeil plein d'assurance; On vante son courage, on tremble en l'admirant. De la cîme d'un mont qui domine sur l'onde. Interrogeant les flots que Cliarybde vomit, Il mesure l'écueil où la vague frémit Pareille en sa colère à la foudre qui gronde 1.

Mais les flots'sûr les flots roulent enrugissant; Des sombres cavités, que l'abîme leur creuse , Rejaillit vers les cieux leur écume poudreuse Que colore du jour l'astre resplendissant. Cliarybde enfin s'apaise et sa gorge profonde , Telle qu'un soupirail des brasiers de l'enfer, Parmi la blanche écume apparaît dans la mer, Ce gouffre inépuisable où tourbillonne l'onde.


. —184 —

Vite, avant le retour des vagues en fureur, Le valeureux jeûne homme à Dieu se recommande; Soumis aux volontés dé son roi qui commande, Il s'élance !... et l'écho répète un cri d'horreur. D'abord contre les flots il lutte d'un bras ferme, Affrontant des périls qu'il ne redoute pas ; Sur le hardi plongeur qui se voue au trépas L'antre mystérieux fout à coup se referme.

Cliarybde ne.'rendplus qu'un long frémissement : Adieu, page intrépide ! Adieu, noble jeune homme !: On le cherche des yeux, en tremblant on le nomme ; Toujours plus sourd, le /bruit s'éloigne en ce moment ; Dans son muet effroi la foule espère encore Du plongeur disparu le retour incertain; Chacun prête l'oreille au murmure lointain Des flots impétueux que l'abîme dévore.

Un prix plus noble encor ne saurait me tenter ; Prince ! Si dans les flots tu jetais ta couronne, En vain tu me dirais : « Sois roi, je te la donne, Si du sein de la mer tu peux la rapporter. » Les périls sont trop grands; jamais âme vivante Ne redit les secrets de ce gouffre écumeux Fertile de tout temps en naufrages fameux; Le seul nom de Ghai'J'bde inspire l'épouvante. >

Ah ! de ce sombré écueil si fatalauX nochers, De débris de vaisseaux;les profondeurs sont pleines ; Mais il n'a reparu sur les humides plaines Que des vergues, des mâts brisés par Iesrochers. Sur l'avide tombeau les yagùës tourbillonnent; Et leur bruit se rapproche ; il éclate soudain Comme le roulement d'un tonnerre lointain*, Voyez-les se gonfler sur les mers qui bouillonnent!

Du sein des flots surgit comme un cygne brillant, A l'instant où le monstre ouvre sa gueule noire ; On distingue un bras nu, des épaules d'ivoire... C'est lui ! c'est le beau page, au coeur noble et vaillant !. Sur le torrent dé l'onde il lutte avec courage : C'est lui!.., de sa main gauche avec un air joyeux Il élève la coupe et la montre à nos yeux, Tout fier d'avoir bravé les dangers du naufrage.


— 185 —•

Le jeune homme abordant le rivage escarpé, À salué des ci eux la lumière éclatante; Sa robuste poitrine est longtemps haletante D'une froide sueur son front mâle est trempé. , Un murmure de joie accueille sa présence : .

Du gouffre et du tombeau vainqueur inattendu, Il vit!... le ciel propice à nos voeux l'a rendu !... Sur ses jours a veillé la sainte Providence.

Le page fend la foule et tombe aux pieds du roi, Qui, d'un air satisfait, prend la coupe où sa fille Epanche jusqu'aux bords un nectar qui pétille: Le page en la vidant tremble d'un doux émoi. ■ « Vive le.roi longtemps ! honneur à là princesse ! A-f-il dit; que ce gouffre est un affreux séjour! Qu'on respire un air pur à la clarté du jour! Quels moments de bonheur lorsque le péril cesse !

« Ah! que l'homme imprudent ne tente plus les dieux, Ne cherche point à voir ce qu'au fond de la terre Leurs mains ont entouré d'horreur et de mystère^ . Secrets que leur sagesse y dérobe à nos j'eux ! Je m'entrouvrais sous l'onde une route intrépide , Lorsqu'un torrent fougueux m'entraîna dans son cours ; En vain je Combattais, privé de tout secours. L'irrésistible effort d'une lame rapide.

«J'étais prêt à périr... espoir inattendu!

De longs bancs de corail s'avancent dans l'abîme,

Par un suprême effort je m'attache à" leur cîme;

C'est là qu'était lé vase, aux rochers suspendu j ;

Avec un bruit affreux, que mille échos prolongent,

Mugissent les torrents de l'abîme profond ;

Une lueur rougeâfre en éclaire le fond j

Où trois fois mes regards avec terreur se plongent.

« Sur un roc menaçant, des flots environné, J'attendais le trépas : mon oreille insensible Etait fermée aux bruits de l'antre inaccessible :, Où jamais d'un mortel la voix n'a résonné. Quel mélange confus de reptiles immondes ! Des dragons, des requins, ces colosses des mers , Peuplent ce vaste écueil, image des enfers, Que de ses mains creusa l'architecte des mondes.


—. i86 — ::

ce Ah! ce souvenir seul me;glace de tërreuri... -././ Je crois les voir'/enepr/tpus.çes ôtres/dijïprmes, Tous ces monstres hideux de figure et de formes, Qui pour n\e dévorer/s'élancent eh fureur. ,

Du gouffre en cet instant les ondes revoinies Environnaient la roche où j'étais suspendu ; Tout espoir de .secours semblait être perdu, Quand les flots m'ont porté vers ces rives amies. »

« La coupe t'appartient, dit le roi gravemept : ..Jeune; page., à ce don je pourrais joindre encore / Cet anneâû précieux qu'un diamant décoré, / Si tu tentes deux fois l'orageux élément. Va sonder de nouveau sa profondeur immense ; De tout ce qui se passe en ce séjour d'effroi Rends un compte fidèle; obéis à ton roi ; Des honneurs et de l'or seront ta récompense. »'/

La princesse a frémi d'épouvante et d'amour ; « Mon père, que dis-tu ?.. Cesse un jeu si barbare/; Ce page a fait pour toi, plein d'un dévouement rare, Ce que n'ont point osé les seigneurs de ta cour. / Ah! pour l'humanité.tes vosux sont un outrage ! / Si tu ne peux borner un désir curieux ^ Que tes fiers chevaliers, rassemblés en ces lieux, De ton jeune vassal imitent le courage ! »

Le monarque saisit le riche vase d'or, Que d'un bras vigoureux au sein des mers il lance ; « Beau page, sous les flots bravés avec courage Pour me le rapporter ose plonger encor. Ton roi veut pour payer ta noble confiance, Que tu marches l'égal d'un opulent seigneur ; Il veut qu'un doux lien, consacrant ton bonheur, A sa fille chérie en ce jour te fiance. »

Le jeune homme: est charmé des promesses du roi ; Cette divine ardeurque son âme recèle, Brille dans ses regards, oùl'audace étincèle; / Tous ont tremblé pour lui; seul il est sans effroi. En vain pour l'arrêter la princesse s'avance; Emu d'un franc espoir, d'un tendre amour épris, Le beau page est tenté par un si digne prix ; De la vie à la mort noblement il s'élance.


; -W-1,8.7 ..r-'- --

Penehée/avidemént sûr l'ëcùeil sans reinord,

Longtemps de sesregards la foulé curieuse

Interroge avec crainte une niërfqrieuse 3 ; - '

Où planent à la fois la terreur et/la mort.

La vague tour-à-toùr. et .s'élève e;t retombe;

Lés flots contre les flots se h/eùrtènt en grondant ;

Ils.n'pnt point ramené le plongeur imprudent,

Et l'avare Ghârybdé:est devenu sa tombe,

PAR;M. tE S°P PAWÔW jpp CHATEAnï,

Chevalier de la Légion d'honneur,Slembrè de l'ïnstitiit Mstprîque .deïtance et-de plusieurs Sociétés sâvàriïes.


Oïjger-i7atlfl:H6' météorolof^qâèfè--.faites à ©okre.

. Par M. de TASTÉS./ MOIS D'AVKII, 1868

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Moyenne Moyenne Moyenne TÔTA'£./

- 6°68 16°12 dumois -:'■■ 69 4 Total de la pluie, 13 m»U 4.

-■-... ° 1 . / l/tf i ■■■

Résumé des nombres de jours de

Ciel beau. — 0 7". Pluie. •• .' 12. vent du N. 5

id. peu nuageux, à 1/4 couvert •— 1 5 Neige ■& N. E. S

id. nuageux'^ à 1/2 couvert — 2 2 Rosée "v. 12 E. 2

id. très-nuageux à 3/4 couvert — 3 8 Gelée bl. -k 2 S. E. 0

id. couvert —4-8 Gelée ■ £ 2 S. 0

id. vaporeux — v. Orage. . Z 7 ' S. 0. 9

id. brumeux —br. Grêlé B Grésil o Ô. 4

: N. 0. 2

NOTA.— L'état du ciel est calculé sur la moyenne de la journée ; il en est de même de la direction du vent. . .

Dans les colonnes 2 et 3 on exprime les températures au dessous de zéro par le signe —; l'absence de ce signe indique une température supérieure à zéro. .//■/

Ls~™^™ ■■ —■.,., fr.- -.— ......—=■


— 189.—

EXTRAIT DES PROCÈS-YERBA.OX,

Séance du 9 mai 1868.

PBÉSIDENCE DE M. FENNEBEESQUE , VIGE-PHÉSIDEKT.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des Sociétés correspondantes, le secret tariat a reçu les ouvrages suivants :

Mémoires lus à la Sorbonhe, en 1867'. Histoire, philologie et sciences morales. Envoi du/Ministère de l'instruction publique.

JPoëmes-et Sonnets couronnés en 1867', par M. Detphis de la Cour, membre titulaire. — Ces divers poëmes ont obtenu une médaille d'or, une médaille d'argent grand module, et un rameau dé chêne d'argent.

Les Villageoises, poésies par Arsène Thévenot, secrétaire général de la Société horticole, vigneronne et forestière de; Troyes. — Renvoyé à l'examen de M. Carré. '

Catéchisme agricole, par Mabilleau. Transmis par M. Bouserez.

Des remereiments sont votés aux donateurs de ces divers ouvrages.-., .■',■■■'■■ / . '-

Lecture ; est faite^ par les secrétaires respectifs,/du eoiriptefendu des travaux des sections. La section d'horticulture a recruté dix-neuf nouveaux membres adhérents, savoir: MM. Pécaûlt, Glassier, Loyau, Aubert-Cottineau, Denis-Godeau:, Brédif, Sassier, Ligonières , Ja'.mîn , Curassier - Toussaint, Léyet, Benoist-Guillon, Gautier, Marchanseau père et fils, Cruchon^ Péan, Méchiu et Meusnier.

L'ordre du jour appelle le rapport de la commission chargée d'examiner le programme proposé pour l'enseignement agricole dans les écoles rurales et dans lés écoles normales. — La commission n'a vu aucune modification à introduire dans ce programme, au point de vue des besoins de notre département; elle se borne à demander qu'on développe nn peu davantage la partie viticole. Quant à l'établissement d'une chaire d'agriculture, les avantages en sont tellement évidents, qu'il faut insister vivement pour l'obtenir. — La Société tout entière s'associe aux vues de la; commission, et demande Instamment qu'il soit créé une chaire agricole dans notre département, et que cette -chaire soit confiée à un homme qui -joigne une pratique éclairée 1868 ' M


— 190 —

à des connaissances théoriques approfondies. Ces voeux seront transmis à M. le Préfet, par M. le Président.

La section d'horticulture, qui avait été chargée d'étudier lés dispositions matérielles à adopter pour lé cours d'arboriculture fruitière de M. du Breuil, présente son rapport par la bouc'he de son président. M. Belle déclare qu'il n'y a point d'autre mesure à prendre, que de demander, à l'administration municipale de Tours, la grande salle de la mairie, point plus commode et plus central que lé Jardin botanique/ H. dû Breuil développera sans doute dés principes généraux, sans avoir besoin d?eh-faire saisir l'utilité à l'aide dés arbres eux-mêmes. Les cours si bien faits de M. lé Jardinier en chef du: Jardin -botanique ont vulgarisé chez nous la taille des arbres, et; ont mis lés futurs auditeurs du savant professeur en état de suivre le développement dé ses idées./.-— Les conclusions de ce rapport sôntadôptéespOûr être transmises à M. le Préfet. : .

On procède ensuite à ■l'élection d'un second vice-président. Mi/Oi Lesèble est? élu à l'unanimité et par ; acclamation. Le nouveau viceTprésident remercié ses collègues en ternies./sentis^. - et promet son concours le plus entier et son dévouement lé plus complet à l'oeuvre de la Société.

M. Barnsby obtient la parole pour rendre compte des opérations du bureau d'essai des engrais. A la/fin de 1866 -, le registre du laboratoire donnait le chiffre de 139 analyses ; au 31 décembre i867, le total était de 171, soit 32 opérations seulement dans le cours de Tannée. Ce nombre semble bien minime^ dit M. Barnsby ; mais diverses causes peuvent l'expliquer. La principale est la répugnance presque Invincible qu'éprouvent nos cultivateurs à- débourser la moindre somme pour s'assurer dé la valeur de leurs engrais, la.question d'économie primant à leurs/yeux toute autre considération;

Pour remédier à cette fâcheuse incurie, M. Barnsby propose de maintenir le tarif pour les fabricants et les marchands d'engrais, mais de le supprimer pour les cultivateurs qui obtiendraient ainsi gratuitement les analyses dont:ils auraient besoin. Cette modification importante, dont les bons résultats ne sont pas douteux, pourrait avoir lieu moyennant une indemnité annuelle de 600 francs, qui serait faite, partie par la Société 'd'agriculture, partie par le Conseil général. M. Barnsby ajoute qu'il se propose d'exécuter une série "d'analyses de toutes les marnés, de. tous les calcaires, et de toutes les espèces minérales qui,' dans notre département,; pourraient être utilisées comme amendements.*

L'assemblée, après avoir entendu cette : communication, adopte en principe la proposition de M, Barnsby, et décide qu'il sera/fait une; démarche pressante auprès du Conseil gêné-


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rai, dans sa prochaine session, pour obtenir dans ce but une subvention de 300 francs.

La section d'horticulture demande, par l'organe de son bureau, qu'il lui soil accordé trente exemplaires des Etudes sur la Tour.aine, de M. l'abbé Chevalier, pour être distribués à ses membres adhérents. L'assemblée, sur l'avis favorable de M. le trésorier, vole cette dépense sur l'exercice courant.

A la fin de la séance, on procède, au scrutin secret et individuel, à l'élection de trois nouveaux membres A la suite du; dépouillement des scrutins, sont proclamés membres titulaires :

M M.

Gilbert, ancien régisseur c!e la lerrc de TOriïdsierc, à Nouzilly, aujourd'hui négocia:1.! à Tours, avenue de Grandmont, présenté par MM. Blanchard, Barnsby e: Rcssy ;

Grassol. propriétaire-agriculteur à Château-la-Yallière , présenté par àîAI. Soussard. de iîoissimon et Chevalier;

Et Giliel. propriétaire-"viticulteur à Bailan.présenté par MM. Lesèble, Barat-Fallu et Bessy.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à trois heures et demie.

Le Secrétaire perpétuel, C. CHEVALIER.


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' COMPTES-RENDUS DES TRAVAUX DES SECTIONS.

SECTION D'HOUTICULTURE. — Séance dm 5 avril 1868, sous la présidence de M. Belle. — M. le Secrétaire donne lecture : i" D'une lettre de M. le Président de la Société impériale et centrale d'horticulture de France par laquelle la section d'horticulture d'Indre-et-Loire est invitée à vouloir bien appuyer de son concours la demande faite par cette compagnie, à M. le Ministre de l'Agriculture, dans le but d'obtenir que le hannetonnage soit rendu obligatoire pour tous ; — sur la demande de M. le Président, il est décidé que communication de cette lettre sera donnée à la Société d'agriculture réunie en séance générale ;

2° D'une lettre deM. le Président de la SociétéNantaised'horticulture, par laquelle la section est invitée a déléguer un de ses membres pour faire partie du jury de l'exposition annuelle d'horticulture qui aura lieu, à Nantes, les 9,10 et 11 mai 1868, sur la promenade de la Bourse; M. Bussienne, propriétaire horticulteur à Sainl-Mars-la-Pilc, est chargé de représenter la section en qualité de délégué et de membre du jury.

M. Barnsby présente les divers ouvrages reçus depuis la dernière séance et signale à l'attention des horticulteurs un article intéressant du Journal d'agriculture pratique, sur une variété de pomme de terre, dite pomme de terre Chardon.

M. Lesôble dit que cette variété est souvent confondue avec une autre variété beaucoup plus précieuse, que la Société' d'acclimatation a nommée pomme de terre Caillaiid , du nom d'un amateur distingué de Nantes.

L'honorable vice-président croit, à cette occasion, devoir rappeler que l'acclimatation de cette pomme déterre, importée du Chili, est due à la persévérance de -M CailJaud. qui l'a cultivée pendant longtemps et- est parvenu à doter notre pays d'une excellente variété. Il revendique donc pour elle son véritable nom, qui est celui de Caillaud, et dit que c'est à tort qu'elle a été répandue sous le nom de pomme de terre Bossin.

Enfin, c'est celte même variété qui a été répandue en Touraine par les soins de M. Lesèblepère.

M. Barnsby répond que la véritable pomme de terre Chardon, bien connue en Touraiue, y est cullivée sur une trèsgrande échelle, et, sur sa proposition, M. Bussienne qui s'occupe de cette culture, est chargé d'étudier cette question et de recueillir pour une prochaine séance les renseignements les plus exacts sur les diverses espèces cultivées.

M. Châtenay appelle l'attention des horticulteurs sur un


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procédé recommandé par M. de Gomiécourt pour la destruction du puceron lanigère. Ce procédé consiste à utiliser le jus de tabac vendu par les mauufactures de l'Etat, au prix de trente centimes le litre, eu l'additionnant de cinq parties d'eau. On opère à la fin de l'hiver et il suffit de frotter les arbres malades une seule fois depuis le collet en écartant la terre, jusqu'à l'extrémité des branches, avec une éponge trempée dans le mélange d'eau et de jus de tabac. Pour de jeunes arbres ou pour des sujets légèrement atteints, on peut opérer avec le jus de tabac additionné de 10 à 20 parties d'eau. On obtient toujours le même résultat, c'est-à-dire la destruction complète des pucerons.

Plusieurs membres expriment le désir d'essayer ce procédé et aussi d'utiliser les bons effets des fumigations de tabac pour la destruction des autres espèces de pucerons, tout aussi nuisibles pour certaines cultures.

M. le Président s'engage à faire les démarches et les frais nécessaires pour obtenir, aux meilleures conditions des manufactures de l'Etat, une assez grande quantité de jus et de rognures de tabac et à mettre le tout à la disposition de chacun au prix-coûtant.

M. Delahaye fils signale dans Y Annuaire d'horticulture du département de l'Ain, une note sur une méthode de taille, propre au pêcher. Cette mélhode, dite à taille courte, a pour effet de sacrifie!' la belle apparence des pêchers dont nous aimons à voir la charpente si régulièrement établie sur nos espaliers; mais, au dire de M". Delahaye, elle a pour résultat de donner une quantité de fruits deux fois plus considérable que la mélhode habituellement suivie, dite à taille longue.

M. Savary appelle l'attention de la section sur les divers modes de culture auxquels on soumet les plantes à feuillages panachés. Cette communication donne lieu à une discussion sur la théorie des panachures des feuilles.

M. Lesèble rappelle les expériences faites à plusieurs reprises pour modifier an moyen des sels de fer les couleurs des feuilles de certains végétaux, attribuées, soit à un état maladif, soit à une dégénérescence.

M. le Président fait resortir tout l'intérêt que présente cette double question de la culture des plantes à feuillage panache et de la conservation de leurs panachures, et propose de la renvoyer à l'étude du comité des serres et du jardin fleuriste, qui devra présenter un rapport en temps opportun.

M. Lesèble dit que le moment est venu de doter les collections de la Touraine de toutes les nouvelles variétés de Pelargonium mises dans le commerce; il indique principalement les belles variétés à fleurs doubles qui sont appelées à orner les massifs, cette année, et à obtenir le plus grand succès.


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ST. Delaroebc présente un échantillon d'une curieuse plante connuesouslenom àe Résurrection plant des Américains, Selaginella Lepydophylla de Spring. Cette Sélaginelle est une Lycopodiacée répandue dans l'Amérique du Nord et qui est essentiellement hygrométrique et offre cette curieuse particularité de se contracter, de se pelotonner et de se dessécher en apparence dans les temps d'aridité et de sécheresse ( la vie y restant alors comme endormie ou latente), et de s'étaler au contraire, de reverdir et de revégéter sous l'influence de l'humidité du sol ou de l'atmosphère. M. Barnsby rappelle qu'il existe une plante connue depuis bien longtemps sous les noms de Rose de Jéricho, de Rose hygrométrique, Anaslaiica hiérochrintina de Linnée, croissant dans, les lieux sablonneux et maritimes de la Syrie, de l'Arabie et de la Barbarie, et qui présente le même phénomène que la Sélaginelle. C'est une plante annuelle de la fomille des Crucifères, à racines pivotantes, à tige divisée dès sa base en un grand nombre de rameaux garnis de feuilles. Lorsque cette plante a terminé sa végétation annuelle et que ses fruits ont mûri, toutes ses feuilles tombent; ses rameaux alors se dessèchent, se rapprochent, s'entrelacent, se courbent en dedans et se contractent en un peloton arrondi, moins gros que le poing, que les vents de 'l'automne arrachent de terre et portent surlcsrivaîesde Iainer. Gn la recueille en cet état et on la porte en Europe, comme un objet de curiosité, sous le nom très-impropre de rose de Jéricho. Placée dans un air humide, ses rameaux s'ouvreni et s'étendent; elle se resserre de nouveau et se remet en boule à mesure qu'elle, se dessèche. Ses charlatans profitaient autrefois de celte propriété pour prédire aux malades une prompte guérison. si, mettant celte rose tremper dans l'eau, ils la voyaient s'épanouir, ce qui avait presque toujours lieu.

M le Président proclame, après un -iOte de la compagnie, l'admission,en qualité de membres adhérents, de M Vi.Pécault. Glassie'r, Aubert-Coliineau. Loyau, Denis-Gcdeau. Brédif, Sassier, Ligonières, Jamin, Cnrassier-Toussaiol, Leyel, BenoislGuillou, Gautier, Eugène, Marchanseau, père et fils, Cruct.on, Péan, Méchin. Meunier.

BAILKSBY. Secrétaire.


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BIBLIOGRAPHIE

DOCUMENTS SUR LA COMPAGNIE DE MADAGASCAR

PRÉCÉDÉS D'UNE NOTICE HISTORIQUE

Publiés par les soins de M. le baron de RicnnMo/NT, sénateur, ancien gouverneur de la Compagnie. — 1 vol in-S° (1).

Le travail et la justice forment, en quelque sorte, les deux pôles de la civilisation : l'un s'impose au corps et à l'esprit, l'autre est le sacrifice des instincts au profit de l'âme. A ces deux caractères essentiels le sauvage et le barbare opposent la paresse, qui ne produit pas, et la rapine, qui se substitue à la production : aussi les voyons-nous regarder en pitié la peine que nous nous donnons pour jouir des bienfaits de la vie civilisée.

Le récent épisode de Madagascar et la mort tragique d'un jeune monarque entraîné, par un noble élan, vers le développement moral et l'amélioration matérielle de son peuple, est un triste exemple de l'obstination que met la barbarie à rester elle-même ; et nous pourrions dire que la sanglante tragédie du Mexique n'a pas d'autre sens.

Les documents qui viennent d'être publiés, par les soins de M. le baron de Kichemont, sur l'événement de Madagascar et sur la Compagnie qui fut formée, en France, pour aider à l'oeuvre de Radama il, abondent en enseignements sur ces questions. Jamais révolution ne fut tentée avec plus de douceur, avec plus de moyens pacifiques. Elle a échoué par l'excès même de sa générosité : les mauvais instincts ont facilement triomphé des principes salutaires présentés avec trop de bonne foi et d'abandon.

La population de Madagascar se compose des anciens indigènes, appelés Malgaches, et d'un petit peuple, nommé Hovas. Ce dernier, que l'on croit originaire de la Malaisie ou de l'Océanie, est entreprenant, eruel et fourbe. 11 a, depuis le

(1) Cet ouvrage a été tiré à un petit nombre d'exemplaires, dont l'un a été offert par M. le baron de Richemont à' la Société d'Agriculture. L'article que l'on va lire est le rapport présenté à la Société dans la séance du 11 avril.


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commencement de ce siècle, étendu ses victoires et sa dominalion sur les Malgaches, beaucoup plus nombreux, mais doux et nonchalants. Les Hovas rognent sur les Malgaches , comme les Tartarcs sur l'immense peuple Chinois; mais, bien plus que les Tartarcs. ils font durement sentir leur joug. Leur capitale, Tananarive, est au milieu de l'île, dans les montagnes dont la chaîne traverse ce grand pays.

La dynastie régnante était représentée, naguère, par la reine Ranavolo, sorte de Messaline qui, après la mort de Radama lur, son époux, avait été déclarée reine , avec la restriction de ne pouvoir se remarier. Mais cette veuve, éminemment consolable, obtint que la disposilion prohibitive fût tempérée par deux amendements : le premier l'autorisait à avoir des amants . et le second déclarait que tous les enfants qui naîtraient d'elle, à quelque date que ce fût, seraient réputés les fils de feu Radama I,r. Grâce à cette précautiou , Radama Il put naître très-légitime deux ans après le décès de son père légal. Ce prince , d'une origine si étrange, était pourtant né avec les instincts les plus généreux ; et ceux-ci eurent la bonne fortune de trouver à se développer dans la société d'un Français, M. Laborde, que les chances du naufrage avaient jeté s°ur ces rives depuis maintes années, et que son habileté en mécanique avait fait accueillir à la cour hovas.

Radama prenait un singulier plaisir à voir les inventions et les constructions de Laborde qui, dirigé surtout par l'application des Manuels Roret, avait établi diverses usines industrielles , où dix mille ouvriers travaillaient sous sa direction. Dans ces établissements on fondait les canons, on fabriquait le verre, la faïence, ainsi que toutes les machines nécessaires au fonctionnement de ces fabriques. Il écouta, avec non moins d'intérêt, l'expression des sentiments religieux, et l'influence de la religion chrétienne sur la civilisation, dont aimait à l'entretenir M. Laborde en souvenir de sa patrie. Badama était en môme temps vivement affecté des exécutions sanglantes ordonnées chaque jour par le gouvernement hovas; et son voeu le plus ardent était de pouvoir mettre fin à l'influence d'un favori de la reine, et à celle du premier ministre qui exerçaient sur Ranavolo un empire déplorable.

Cependant, un autre français , M. Lambert, négociant à l'île Maurice, avait cherché à lier des relations commerciales, malgré les prohibitions qui interdisaient le commerce avec les étrangers. Il y était parvenu en ravitaillant les troupes hovas , assiégées dans le Fort-Dauphin. A l'avènement de Radama II, qui eut lieu en 1861, par suite du décès de Ranavolo , M. Lambert trouva le jeune prince fort disposé , non-seulement à accueillir ses avances personnelles, mais


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encore à entrer dans les vues économiques qui font la force des Etats civilisés. Radama brûlait du désir d'élever sa nation à la hauteur des peuplés dé l'Europe. Bans ce but il écrivit à l'Empereur Napoléon pour lui demander son aide, offrant d'ouvrir ses Etats au commerce français dé là manière la plus étendue. L'Empereur, pour atir avec prudence, ne répondit pas au premier appel; mais, une seconde proposition, apportée par M. Lambert lui-même, créé due d'Emyrne et muni de pleins pouvoirs, fut présentée avec une charte passée à M. Lambert, concédant à celui-ci les .privilèges.les .plus avantageux pour l'exploitation et le trafic des richesses naturelles de l'île. M. Lambert offrait de transmettre ses droits au gouvernement français. Napoléon ■" accueillit favorablement ce nouveau point de vue, mais, dans sa pensée libérale, il n'admit rien d'exclusif; il voulut que les avantages offerts au gouvernement lussent délégués à une compagnie commerciale et que -'l'Angleterre- fût conviée à yparticiper. L'Angleterre, naturellement, accéda à la proposition. Le baron de Richemont, sénateur , fut nommé gouverneur de- la Compagnie. Né en ces parages, d'un père gouverneur de l'île Bourbon , sous la Restauration , M. de Richemont est en outre familier avec les ressorts si compliqués, des Compagnies de chemins de fer; sa compétence était donc spéciale ; il donna tous ses soins à l'organisation la phis/susceptible de faire réussir une aussi importante- entreprise. Des instructions minutieuses furent préparées par la Commission, des ingénieurs furent chargés d'explorer lés ressourcés ouvertes par le traité.

Tout semblait marcher à souhait vers l'accomplissement de la plus pacifique conquête qui se fit jamais; La Commission p'artit,; soûs la direction de M. lé capitaine de vaisseau Dupré, et alla s'embarquer à Suez où l'attendait un navire. Mais, avant qu'elle fût arrivée à destination, les choses avaient changé dé face. Le vieux parti hovas s'était ému à la perspective d'un changement de moeurs , nécessité par la nouvelle révolution. Quitter les habitudes, de paresse, de fraude et de rapine pour les exigences laborieuses et courtoises de la vie civilisée, parut bien dur à ces noirs épicuriens. Ils furent entretenus dans cette répugnance par les missionnaires méthodistes anglais, qui, non contents de voir leur nation appelée à partager les avantages concédés à notre pays, préférèrent faire sombrer toute l'entreprise, en haine de la France et delà religion catholique qu'avait embrassée Radama. Le malheureux prince, trop confiant dans le bien qu'il voulait accomplir et dans l'illusion que produisait sur lui le prestige dé la civilisation, périt victime de ses espérances, Une révolution de palais, tramée dansTombre:et éclatée soudain, l'anéantit comme par un coup


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de foudre., Sa veuve,/ qui n'avait pas; été .étrangère iaus complot, lui succéda, et, de concert avec les conjurés, parmi lesquels elle choisit son premier/ministre^ elle remitjës choses,, en l'état dû règne barbare de; Ranavolo//Elle/renouvela la, prohibition de l'exportation des produits naturels ou agricoles ; mesure favorite de la paresse jalouse dé jouir à boù marché de denrées négligemment obtenues, et ne voulant ni produire ni payer des objets plus /perfectionnés,/fruits d'un travail: sérieux.:, - "■/ ■_:.■[ ///

La révolution était faite/ lorsqu'arriva le navire avec-les : membres de là Commission. Les instructions dont était porteur le commandant Dupré -n'avaient pas prévu ..un revirement aussi étrange. Il hésita devant la responsabilité-qui lui était créée par Tés faits, etn'ayant pas, d'ordre pour.agir, etampôser, par la force, l'exécution du;traité,, il se /rétira. Et" cependant tout porte à croire que s'il eût hissé son pavillon, il aurait eu facilement raison de ce pouvoir; élevé par /des conspirateurs et peu assuré, des, sympathies/de la doublé nation -,: de/Madagascar.. Le roi Radama avait joui de la-/c,pnfianc.e"st.de,.1L'-èstime/.d,iibe partie.de ses sujets hovas.;/quant aux /Malgaches opprimés, 1 ils avaient entrevu une délivrance dans-l'impulsion nouvelle; que le roi avait donnée à la marche/des choses /vers. Je sens libéral de l'Europe. Lé nom de la France leur était traditionnellement cher en raison des anciennes/relations avec nos colonies de la Mer des Indes:; et en raison aussi, qui le croirait!;du souvenir de l'aventurier polonais Béniowski, qui, dans lé;moment du partage.de sa patrie, fut capturé par lés Russes et enfermé dans une forteresse du /Êamtsehailia/d'_où/31 s'évàdà et vint aborder à Madagascar. Il s-y mit en relation avec les/ colonies françaises et aussi avec/les naturels .du pays. Il parvint à/s'y créer, du consentement de/tous, une sorte/de royaume sous la suzeraineté-'"dela..France;/ilbâtit uné.vilîe',:erêa.des/routes, favorisa l'agriculture et le commerce autant que le comportait le caractère.d'un peuple indolent. Cette royauté dura dix ans et trouva sa-fin dans une querelle avec le gouvernement dé l'Ile de France; Il combattit les/troupes envoyées contre lui,; et périt soùs les balles françaises.. Nous ne/rechèreherons pas qui eut tort ou raison, mais il est regrettable-, pour/la population malgache, que l'oeuvre de Bèhiovvski n'ait pas en un succès plus durable et plus étendu. Lès Malgaches, ne/connaissant pas la Pologne, virent en,Béniowski un français qui avait succombé sous la jalousie du gouverneur;de Tîle de France; son ombre protège encore notre nom à Madagascar/

La mort tragique de Radama éteignit: les espérances de commerce et de civilisation/qui se rattachaient au traité signé par ce malheureux prince. On ne trouva/plus/que; mauvais


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vouloir et hostilité dans ses perfides successeurs, Cependant le traité existait, et, avant de consentir à son annulation, le gouvernement français exigea le remboursement des frais faits par la Compagnie en vue des moyens d'exécution. Une somme de neuf cent mille francs fut obtenue, non sans délais et sans retours évasifs: la Compagnie est ainsi restée indemnisée des avances qu'elle avait faites.

Cependant, parmi les membres de la Commission, ceux charges de l'exploration de l'île et de ses richesses, eurent le courage de profiter des longs délais du règlement de l'indemnité pour accomplir leur mission en tout ou en partie, clandestincmenl, et à leurs risques et périls. M. l'ingénieur Coignet a donné un mémoire plein d'intérêt sur ses recherches. ]! a parcouru la côte nord-est, avec une partie des monts de la chaîne centrale, où il a reconnu que le granit et le basalte dominent; que . entre les montagnes et la mer, la pleine est recouverte d'une terre végétale profonde , analogue à ces éléments volcaniques si fertiles aux pentes de l'Etna et du Vésuve , et dans la Limaan'e d'Auvergne. Les forêts sont peuplées d'arbres gigantesques , offrant de précieux matériaux aux constructions navales, à la charpenlerie, à l'ébénisterie et à d'autres industries : telle es1 la gomme, copale si avantageuse dans la composition des vernis: le caoutchouc se recueille non-seulement sur les lianes connues, telies que le ficus elasiica , mais aussi sur de grands arbres qui n'ont encore leur nom que dans le langage indigène, et qui donnent la gomme élastique en qualité bien supérieure. La terre, négligemment cultivée, produit cependant en abondance un riz préférable à celui de l'Inde La cire se recueille avec profit. Le coton, la canne, le café, les épices, ie tabac, l'arachide ou pistache de terre, propre à la confiserie et à ia nourriture usuelle, réussissent dans ces terrains d'élite et dans celle riche nature -végétale : les plantes tincîoiiales sont abondantes, variées ; les indigènes en tirent des couleurs très-belics et trèssolides.

M. l'ingénieur Guillemin a constaté, de son côté, sur la côte nord-ouest, l'existence d'un bassin bouille]-, dont la longueur n'est pas moindre de 180 kilomètres et la largeur de ■10: les épreuves de ce charbon, faites à l'école des mines, ont constaté son excellente qualité.

En résumé, cette île si vaste, offre de grandes richesses minérales et végétales, auxquelles il faut ajouter le bétail et la pêche du poisson. Les Malgaches verraient sans regret la domination française substituée à celle, si dure, des Hovas, et parmi les Hovas eux-mêmes, la civilisation et ses avantages ne manquent pas de partisans. Si Radama s'est trop avancé,


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s'il a trop hâté la transition, il y a lieu dépenser néanmoins que son élann'était pas isolé et qu'il étaîtle signe d'une aspiration dont les syinpathies se/manifesteront tôt ou tard par une voie difficile à/préciser aujourd'hui.

C'est le propre des tentatives prématurées délaisser après elles des germes que les ■■événements ultérieurs développent. Notre expédition d'Egypte semblait s'être bornée à une gloire infructueuse; mais l'imprèssion/produite par la discipline militaire, a remis l'Éatypte sur la voie de cette civilisation que, la première, elle ...transmit, aux peuples de l'Europe et que, par un juste retour, ces peuples lui rendent aujourd'hui.

Il en sera de nvême pour Madagascar. Les aspirations de Radama ïî, les jalons /posés dans la charte Lambert et dans l'organisation de là compagnie, revivront un jour et rencontreront leurs moyens d'exécution^ Sera-ce au profit de la France en particulier ? Il serait téméraire de l'affirmer; mais ce sera au profit de Madagascar, et de la civilisation.

/" CH. DE SOUUDEVAI,.


— 201 — RAPPORT

SUR. LES OPERATIONS.. '

DU :. '

BUREAU D'ESSAI DES ENGRAIS.

MESSIEURS , . ■

Je dois, conformément aux termes dé l'arrêté préfeétoral du 9 juin 1864, qui m'a nommé expert de la Société d'Agriculture d'Indre-et-Loire, vous faire connaître les opérations du bureau d'essai, à la fin de chaque année. En 1«0(5 le registre du laboratoire me donnait le chiffre de 139 analyses; au 31 décembre 18671e total était de 171. Le nombre des expertises de chimie purement agricole, dont je suis chargé chaque année, varie de 30 à 40. Ce nombre semble minime si l'on songe à l'énorme consommation d'engrais divers que font nos agriculteurs. Aussi je crois devoir vous signaler les causés qui, selon moi, empêchent les agriculteurs d'avoir recours plus souvent aux avantages que leur présente le bureau d'essai.

/D'abord il faut reconnaître que le commerce des engrais se fait aujourd'hui d'une façon plus loyale. Les quelques maisons de Paris qui, il y a trois'ans, exploitaient indignement là confiance de nos cultivateurs, ont fait un si grand nombre de dupes que leurs agents n'osent plus se montrer dans nos cam^ pagnes,

D'un autre côté les fabricants et les dépositaires, ajrant tout à redouter delà nouvelle loi sur le commerce des engrais et de la surveillance exercée par les sociétés et les comices agricoles qui, dans presque tous les départements, ont créé des bureaux de contrôle, fournissent des produits titrés et offrent à leurs clients de sérieuses garanties. Enfin, il faut bien l'avouer, l'agriculteur achète volontiers des engrais dé toutes sortes, -mais il n'aime pas donner son arjent à un expert. 11 acheté toujours au meilleur marché possible. Pour lui, je parle d'une manière générale, le nom suffit, tout Guano est de bon Guano, tout noir est de bon noir ; il ne considère que le prix. Tout


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marchand qui offre à bas ..prix un produit nécessairement inférieur trouve plus d'acheteurs que celui qui vend un produit de bonne qualité à un prix plus élevé et suffisamment rémunérateur.

Le cultivateur redoute, il est vrai le retard inévitable d'une ' vérification, ainsi que les ennuis qui peuvent résulter d'une contestation où d'un procès. Mais ce qu'il redoute lé plus, ce sont les frais de l'expertise. 11 évite d'y avoir recours et croit faire une sage économie.

En présence de ces faits et de ces résultats, je viens, Messieurs, vous proposer l'adoption d'unemesure radicale, mesure qui a été prise déjà par plusieurs sociétés agricoles et qui consiste dans la suppression dû tarif du bureau de contrôle, en ce qui concerne l'analyse des noirs -et des engrais proprement dits. .

À l'avenir tout cultivateur, à la seule condition :de faire apposer le cachet de la Mairie sur un échantillon remis directement au bureau, ou mis à la poste, recevrait dans un trèscourt délai et gratuitement-là composition chimique d'une-substance fertilisante.

Le tarif ne serait supprimé que" pour les agriculteurs j mais serait maintenu pour les fabricants et les marchands d'engrais. En exigeant le cachet de la Mairie sur.les-échantillons qui seraient remis à votre expert, vous, empêcheriez les/abus et réserveriez exclusivement les analyses gratuités aux agriculteurs. ' "s : "

L'adoption et l'application de cette nouvelle mesure n'entraîneraient d'autre modification au tarif que ceile dé la suppression , en faveur dés cultivateurs et des' propriétaires agriculteurs, des huit premiers articles. Il en serait donné avis aux intéressés par la voie du journal et par une circulaire spé.- 'ciale. ,'"'-..".

En échange dé cette réduction complète dé mes honoraires, je vous demanderais, immédiatement et pour la -première année, Messieurs, de vouloir bien augmenter l'indemnité:ân^ nuelle que vous m'allouez et de la. porter de 300 francs à 6,00 françs.Si les ressourcés delà Société; se; trouvaient insuffisantes, peut-être pOurriez-vôus, comme nous le faisait espérer M. le président Boussard,dans une'de nos dernières/séances, obtenir une subvention spéciale du conseil général- ■_ - / ' ■:*■"■

En adoptant cette proposition, et en mettant libéralement à la disposition de l'agriculteur les moyens efficaces de se renseigner sur la valeur des engrais, vous lui aurez rendu les meilleurs services et nul ne, sera fondé à vous dire: désormais qu'il est impossible d'acheter des engrais non frelatés. -

En terminant, Messieurs, je soumets à votre appréciation le


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projet d'un travail que je me propose de faire et qui pourrait, je crois, rendre aussi quelques services à l'acrriculture.

11 s'agirait de faire une série d'analyses de toutes les marnes, de tous les calcaires et d? toutes les espèces minérales qui, dans notre déparlement, pourraient être utilisés comme amendements. Chaque canton, chaque commune iournirait des échantillons; tous les membres de la Société seraient appelés adonner les indications voulues sur la profondeur, l'étendue des couches, etc. Un tableau général de ces opérations serait dressé et mis à la disposition de tous Chacun serait guidé dans le choix des amendements et pourrait se renseigner et môme s'approvisionner sur place.

Je ne me dissimule point les difficultés d'un pareil travail ; c'est pourquoi je réclame, pour le mener à bonne fin, le concours de tous mes collègues,

A Tours, le 9 avril 1868.

R. BAKNSBY.


. - MEMOIRE

sur

XES DOMMAGES CAUSÉS A. X'AGEÏCULTÛEE, ./PAR XE HANNETOK ET SA LAEVE ; MESUEES A /PEENDEE POUR LA DESTatlCTIOK DE CET INSECTE.

-" '' -. y

« Pendant les trois années qui viennent de s'écouler, le hanneton et sa larve ont été, pour les populations agricoles de notre département (Seine - Inférieure),- un véritable/fléau,

« Au printemps de 1863 , les hannetons, s'abàttant par nuées sur les chênes, sur les hêtres et sur les ormes, en out dévoré toutes les feuilles; quelques semaines ont suffi pour accomplir cette oeuvre de dévastation, et, dès le mois de juin, les arbres, entièrement dépouillés de leur verdure, présentaient le triste aspect de l'hiver.

- « Après avoir assisté aux ravages faits par ces insectes, dans nos bois et sur nos arbres, nous avons eu la douleur de constater, pendant la campagne de 1866, l'effroyable destruction que produisait, dans nos récoltes, le travail souterrain des larves si nombreuses déposées en terre au printemps de 1865. Les cultures les plus soignées,, telles que les cultures maraîchères, étaient attaquées comme les autres ; un grand nombre d'arbres fruitiers périssaient, les mans , où vers blancs, avaient dévoré leurs racines- le rendement des betteraves était nul pour certaines contrées, et n'atteignait pas, pour les plus favorisées, la moitié du produit d'une année ordinaire ; le blé, le colza et l'avoine avaient grandement souffert; on voyait la récolte se flétrir sur pied avant la maturité ; les jeunes trèfles disparaissaient ; enfin les beaux herbages , ordinairement si verdoyants, de la Normandie, ne présentaient plus .généralement aux bestiaux qu'une nourriture sans sève, fanée/et déjtt presque entièrement délachée du sol.

« J?our donner une idée de l'immense dommage que ces insectes font éprouver à la richesse publique, je* citerai le rapport de M, le sénateur, préfet de/la Seine-lnTérieure, déclarant au Conseil général que les constatations fàitè/s pendant Tannée 1866^ dans cent soixante et une communes seulement, ont porté à la somme de 2,638,702 francs les pertes occasionnées par les mans. Ce chiffre, déjà considérable, est certainement très-loin de la vérité, et je n'hésite pas à déclarer que,


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si l'on faisait une expertise pour déterminer la valeur des récoltes dévorées et anéanties par les larves des hannetons dans/une année comme celle que nous avons traversée en 1866, on arriverait, pour un département comme le nôtre, à une évaluation qui dépasserait 25 millions.

« Dans ma seule exploitation, qui comprend une étendue de 100 hectares, j'ai estimé une perte de 18,0/iO francs, qui porte principalement sur la culture des betteraves La récolte a été, par hectare , de 7.000 kilogrammes de mauvaises racines, au lieu de ; 4.6,000 kilogrammes, qui est le rendement ordinaire. Les cultivateurs de la contrée étaient frappés d'une manière aussi désastreuse : plusieurs fermiers, invoquant le eas dé force majeure, se croyaient en droit de refuser le payement de tout ou partie de leur fermage.

« En présence des plaintes si vives que faisaient entendre lés populations, le Conseil général de la Seine-lnférieùre ne pouvait hésiter à prendre toutes les mesures capables d'arriver, le plus promptement et le plus sûremei-t possible, à la destruction des hannetons et des mans. Un large crédit fut mis à la disposition du préfet, M. le baron Le Roy, que l'on trouve toujours plein de sollicitude pour les grands intérêts qui lui sont confiés. Par ses soins, une commission spéciale était chargée d'étudier la question (1). Des instructions, rendues publiques, étaient concertées ; une prime de 10 francs était accordée par 100 kilogrammes de mans ramassés; enfin des commissions municipales étaient chargées de constater la livraison et la destruction des insectes. C'est ainsi que, du .4 septembre 1866 au 26 août 1867, on a distribué, à titre de primes , une somme de 37,035 francs, qui correspond à 37,000 kilogrammes de mans. Le poids d'un seul ver étant de 2 gr. 2, eh moyenne, le nombre des insectes détruits s'élève au chiffre de 168 millions. Ce résultat a son importance et témoigne de l'empressement qu'ont mis les cultivateurs et les habitants des campagnes à profiter de l'avantage qui leur était offert;/

« Pour combattre la grande levée de hannetons qui aura lieu,selon toute probabilité, l'année prochaine (-1868), une prime de 8 francs sera accoidée par 100 kilogrammes de ces insectes livrés aux commissions municipales.

« L intérêt de premier ordre qui est engagé dans cette oeuvre dé protection/agricole, m'a amené à entreprendre

. .(1) Cette Commission était composée de : MM. Jules Reisel, président; Pouchel, correspondant de l'Institut; Corneille, conseiller de préfecture; Fauchet, membre de la Société cenlrale d'Agriculture de la Seine-Inférieure ;', îMélayer, chef de bureau à la Recette générale, secrétaire.

1868 - 12


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quelques recherches, ayant pour but de diriger avec plus de certitude nos efforts communs.

« Pour atteindre l'ennemi, il importait surtout de déterminer , avec une certaine précision , les évolutions et les métamorphoses qu'il effectue au sein même de la terre.

« On sait que lé raan se trouve presque à la surface du sol, par les temps humides et chauds, tandis que, par instinct de conservation, il fuit la grande sécheresse et le froid, en s'enfonçant assez profondément.

«" L'histoire naturelle du hanneton et de sa larve a été écrite par de savants entomologistes. Parmi eux , notre confrère, M. le docteur Pouchet, plus particulièrement préoccupé des ravages que cause cet insecte, a publié, en 1833, une brochure fort intéressante et fort utile au double point de vue de la science et de la pratique agricole. Mais dans ces différentes monographies, les naturalistes ou les forestiers ne disent rien de bien précis sur les évolutions de la larve du hanneton dans le sol sur les profondeurs qu'elle peut atteindre pour s'abriter, et sur la température du milieu où s'accomplissent ses actes biologiques.

« Afin d'éclairer ces questions, j'ai fait pratiquer méthodiquement des fouilles sur des surfaces connues, à des profondeurs déterminées et à des époques différentes, en tenant un compte exact de tous les insectes trouvés.

« Un grand thermomètre à alcool muni d'un long réservoir fut établi, d'une manière permanente, en plein champ, à une profondeur de 50 centimètres ; .le point zéro affleurait la surface du sol ; on pouvait ainsi observer la température moyenne de la couche de terre servant d'habitation aux larves. Un nouveau thermomètre, placé dans l'air ambiant, indiquait la température atmosphéiiquc; la double observation était faite chaque matin, à huit heures.

a En Normandie, l'insecte met trois années à accomplir les actes biologiques qui rendent son organisation complète.

« Les hannetons, si nombreux, du printemps de -1865, ont produit les larves qui, échappant aux rigueurs d'un premier hiver, ont fait les grands ravages constatés dans nos récoltes de-1866. Ces mêmes ianes ont passé un second hiver, celui de 1867, à une profondeur moyenne de 0"MÛ. Le thermomètre placé sous le sol dans ce milieu n'a jamais atteint le point/zéro comme minimum, alors que la température de l'air est descendue pendant plusieurs jours à 13 degrés au-dessous de zéro. Il est vrai que la terre était couverte de neige. On comprend que daus ces conditions les larves peuvent résister parfaitement à des gelées persistantes.

«. En mars ei avril 1867, la charrue mettait à découvert les


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mans très-développés qui remontaient déjà à la surface. Une destruction considérable a.été faite alors par les cultivateurs qui prenaient le soin de faire ramasser les vers blancs dans les labours.

....-.'« Dès le mois de juin 1867,. les mans devenus adultes ont regagné une profondeur moyenne de 35 centimètres pour se transformer en chrysalides ; ce changement d'état paraît s'opérer en moins de deux mois ; car dans une fouille ouverte le 19 août on ne trouva plus qu'un seul man adulte pour 1 il chrysalides ; à côté de cette même fouille, le 13 décembre dernier, nous avons pu constater que toutes ces chrysalides . étaient déjà transformées en hannetons ; nous avons compté dans/la fouille 118 hannetons parfaitement en vie et tout prêts:à s'envoler.

« L'insecte a accompli saderniôre métamorphose en octobre et en novembre. Dans les labours faitsaû mois d'octobre, nous avions déjà remarqué un. certain nombre de hannetons trèsvivaces. Arrivé à l'état parfait, ce coléoptère reste ainsi sous terre pendant cinq ou six mois et attend, avec une grande patience, pour prendre son vol, que l'épanouissement de la nature lui fournisse sa nourriture.

« Quand les larves commencent à opérer leur mouvement de migration vers les profondeurs du sol, elles semblent, pour ainsi dire, prévoir que la saison approche où l'abaissement de la température deviendra successif et ira chaque jour en augmentant; elles prennent la précaution de s'abriter en octobre, alors que le thermomètre sous sol indique encore 10 degrés au-dessus dé zéro ; puis à mesure que la couche de terre vient, à se refroidir, par la fonte des neiges ou les pluies glaciales, ellesgagnent -peu à peu des profondeurs plus grandes, pour remonter ensuite vers la surface dès qu'elles éprouvent le sentiment d'une élévation continue de la température. Ce mouvement ascensionnel est déjà très-accusé le 23 février M867j encore bien que le thermomètre sous sol n'indique que -^- T, f. Cette température est inférieure à celle où les larves ont commencé à descendre en octobre, mais elle est de beaucoup supérieure à la moyenne fournie par le thermomètre sous, sol pour le mois dé janvier Cette moyenne atteint seulement +2°, 8; on a compté pendant ce mois quinze jours, de gelée avec neige/ et huit jours de pluie.

«Il est nécessaire de remarquer qu'en; quittant la surface •du sol dans le courant d'Octobre, les mans se retiraient gorgés d'aliments, tandis que leur empressement à remonter, vers la fin de février, peut s'expliquer assez naturellement par un besoin de nourriture dont l'insecte vorace a été privé depuis cinq jnoîs. Cependant, il me,paraît difficile de nier l'influence de là température "sur les évolutions de la larve.


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« Nous avons à faire ressortir maintenant le côté pratique et agricole de nos observations. /

« Avant de commencer les travaux de la saison, tout agriculteur soucieux de ses intérêts "/devra; faire pratiquer des fouilles, pour savoir exactement à quelle profondeur se trouve l'insecte qui existe dans sa terre. Les moyens â employer pour sa destruction devront, en effet, Varier suivant-que le man sera plus ou moins enfoncé dans le sol. J /

« Supposons le cultivateur occupé à préparer les terres qui devront recevoir le colza et le blé en septembre et en octobre, Nous avons vu qu'à cette époque là presque totalité des mans se trouvait encore à la surface. Un premier labour très-superficiel, suivi d'un hersage énergique, peut amener dans ce cas; une destruction très-complète et très-économique ; tandis qu'un labour profond;, pratiqué immédiatement dans ces conditions, aurait pour résultat de renfouir tous lés insectes et de les soustraire ainsi aux;recherches qu'on aurait pu faire.

« Les cultures données à la terre en février et mars, pour les céréales de printemps et les racines, /ne peuvent généralement mettre à découvert les larves qui ne remontent .que' lentement du fond vers-la surface. Une fouille pratiquée alors peut donc seule indiquer le nombre des insectes qui resteront au-dessous du labour, et, si ce nombre est grand, Je laboureur intelligent n'hésitera pas à attendre quelques semaines, afin d'avoir là possibilité d'atteindre un ennemi qui ne manquerait pas de choisir le moment propice pour rayager la récolte, confiée trop tôtà la -ferré. Cette année (1868),dès lé 6 avril, nous • avons pu atteindre la couche des mans /avec un labour de 18 à 20 centimètres, et à la fin de ce même mois, je labour devait être encore moins profond, pour mettre à fleur de terre le plus grand nombre possible de mans à ramasser.

«•Oh pourrait croire presque superflu/d'insister sur la nécessité de. rechercher les moyens pratiques de détruire lé hanneton etsa larve; mais on rencontre d'un côté l'apathie des •cultivateurs, généralement trop disposé^ à laisser passer le fléau sans se donner la peine de lutter, et, d'un autre côté, certains esprits forts, qui vont même jusqu'à déclarer inutiles les mesures administratives les plus sages.;, ignorant complètement les moeurs de ces insectes et leur merveilleux instinct de conservation, ils ne craignent pas d'affirmer que quelques nuits froides bu pluvieuses suffisent pour anéantir des légions de hannetons ou de-mans.

« Nous persisterons cependant à conseiller de chercher à détruire les vers blancs cantonnés dans la terre; ils sont l'ennemi le plus redoutable des récoltes. /

« J'ai déjà, indiqué dans quelles circonstances un hersage


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énergique peut amener la destruction presque complète des mans, mais c'est le plus souvent dans les labours qu'il faut rechercher avec soin et ramasser l'insecte; je dois ajouter .que, quand même le secours, d'une prime ne viendrait pas stimuler et aider le cultivateur, il aurait encore un intérêt immédiat à délivrer sa terre.

« Pendant la campagne de 1806 , j'ai trouvé dans mon exploitation des pièces de terre qui contenaient en moyenne 23 mans par mètre superficiel ou 230,000 de ces rongeurs par hectare. Or, comme dans celte étendue de terrain on cultive environ 100,000 pieds de betteraves, chaque racine peut être dévorée par deux mans; et comme dans un hectare on élève environ 80.000 pieds de colza chaque plante oléagineuse peut être attaquée par plus de deux vers blancs. Ces chiffres montrent combien est funeste l'incurie de ceux qui ne croient* pas devoir combattre ce redoutable fléau.

« Nous avons pu constater les bons résultats obtenus en ramassant avec soin les mans dans une pièce de îerre qui en était infestée; trois labours avaient précédé la plantation d'un colza, effectuée dans lés premiers jours'd'octobre 18<i6. Deux femmes suivant "la charrue avaient ramassé dans ■' bect., 40 de terie :

Au 1er labour. . . . .-■ . 170 kilog: de mans.

Au 2r labour. . . . . . \\\ » »

Au 3e labour 63 » 5'

Total. . . . . . MA kilog. de mans.

« Quinze journées, de femmes employées pour exécuter ce travail ont coûté 16 fr. 50, ce qui. représente une dépense de •H fr. 80 pour ramasser les mans dans un hectare de terre ayant reçu trois labours successifs. Cette minime dépense devait assurer la récolte du colza, dont le produit a été excellent, tandis que plusieurs fermiers voisins, qui avaient dédaigne d? prendre les mêmes soins, ont vu leurs plantations déjà très-coinpromises avant l'hiver et entièrement perdues au printemps.

« Dans le plus grand nombre de cas, pour ramasser les mans, il suffit de faire suivre la charrue par une seule femme, ou mieux encore par deux enfants. En supposant qu'il soit nécessaire d'ei'lectuer deux labours à différentes profondeurs, dans la même pièce de terre, la dépense atteint à peine le chiffre de 5 francs par hectare. Le cultivateur ne peut donc rencontrer qu'une seule difficulté sérieuse pour l'exécution de ce travail, c'est la pénurie des bras, qui devient chaque jour, pour l'agriculteur, une entrave plus alarmante.

« La quantité de mans qu'une seule femme peut ramasser


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dans une journée derrière la charrue varie nécessairement suivant l'abondance de ces insectes, qui sont souvent agglomérés par places. Dans ma ferme, j'ai vu le produit de la chasse descendu de 25 à h kilogrammes d'un jour à l'autre; mais on peut admettre qu'une seule femme a ramassé en moyenns 10 kilogrammes de vers blancs par journée de labour, pendant la campagne de 1866 à 1867.

« 11 convenait de tenir compte de la valeur que l'on doit attribuer comme engrais à cette masse de matière annualisée, extraite de la terre à l'état de mans. Vcici le résultat de mes analyses quant à l'eau et quant à l'azote contenu dans les larves du hanneton.

« J'ai trouvé que les mans à l'état naturel contiennent en centièmes : eau, 86,OS. et matières solides sèches,,18,94. La matière solide disséchée à 120 degrés donne en moyenne 7,06 d'azote pour 100. On eii déduit que 100 kilogrammes de mans, à l'étal naturel, contiennent 1 kilogramme 337 d'azote. Celte proportion d'azole représente un valeur de 3 francs pour 100 kilogrammes de mans, alors que le eueno, dosant 14 pour $00 d'azote, est payé 31 francs les 100 kilogrammes. Eu admettant, comme je l'ai indiqué, un produit moyen delO kilogrammes de vers blancs par journée de femme, la valeur de l'engrais à déduire de la dépense représente 30 centimes.

« Environ'3,000 kilogrammes de mans, ramassés dans ma seule commune, pendant la dernière campagne, ont été mélangés par couches avec de la chaux vive et de la terre pour en faire un compost dont j'attends un bon effet, et qui sera employé au printemps prochain sur les terres de n-a ferme.

« On a préconisé, tour à tour, certains engrais spéciaux, certains produits plus ou moins chimiques , dont l'emploi devait assurer la destruction des vers blancs. La plupart de ces procédés ont été reconnus ou dangereux pour la végétation, ou impossibles à employer dans la grande culture

« Cependant M. jlarsaux, directeur de la pépinière forestière de Versailles, a publié des expériences fort intéressantes sur l'emploi de la naphtaline que livrent en masses cristallisées les usines à gaz de Paris. Ces expériences ont été l'objet de rapports favorables, présentés à la Société d'Horlicuiture de Seine-et-Oise (1).

« Le procédé employé par M. Marsaux consiste à enfouir dans le sol, par mètre carré, 250 grammes de naphtaline avec un poids double de sable pour obtenir une répartition plus uniforme. Dans ces conditions, M. Màrsaux a constaté que la vc(1)

vc(1) de la Société d'Horticulture de Seine-el-Oise, novembre et décembre 1863 ; juillet et août, novembre et décembre 1864."


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gétation.des plantes maraîchères ou agricoles n'était pas compromise et que les inans renfermés dans la couche arable étaient généralement tués ou obligés de fuir.

« J'ai pu vérifier l'exactitude de ces faits : incorporée dans le sol à la dose de 400 grammes par mètre carré, la naphtaline n'a exercé aucune influence fâcheuse sur la végétation dés plantes maraîchères ou d'agrément lés plus délicates, et de plus cette substance est un véritable poison pour les mans qui sont soumis à son action. >■ - -■- ,

« Voici quelques expériences très-nettes à cet égard. Le 18 mai 1866, j'ai placé trois gros vers blancs dans un kilogramme de terre contenant 5 grammes de naphtaline. Ces trois vers ont été trouvés morts dans les vingt-quatre heures. J'ai obtenu le même résultat dans un mélange de terre qui ne contenait.que ^ de naphtaline; en opérant avec des doses plusfortes, le poison agit en quelques heures. Toutefois il faut remarquer que la naphtaline est très-volatile et perd assez rapidement son, effet /préservateur, surtout par de grandes chaleurs. J'ai plusieurs fois observé que peu de semaines suffisent pour que Je terrain.-empoisonné, soit de nouveau envahi par les, mans,.! qui s'attaquent aux racines de certaines plantes; avec plus de voracité que jamais.

« Dans tous les cas, l'emploi de la naphtaline présente; quelques avantages dans les pépinières, les cultures maraîchères et les jardins, son prix n'étant que de 60 francs les 1 000 kilogrammes. Mais, à ce prix même, la grande culture ne peut en tirer bon parti. la dépense devant s'élever par hectare a 300 francs environ, sans obtenir un résultat complet.

« Plusieurs animaux sont considérés comme d'utiles auxi^ liaires à conserver pour la destruction des hannetons et des mans. Parmi eux, les corbeaux et les taupes se signalent particulièrement par un grand empressement; cependant on a bien quelques méfaits à leur reprocher. Dans notre contrée, les corbeaux sont nombi eux, et je dois déclarer que tout en rendant quelques services, ils compromettent souvent très-gravement les récoltes. •.;':/"

« L'emploi de poulaillers mobiles pour cantonner les poules et autres volailles de la basse-cour, au milieu des -champs, a été indiqué comme un moyen économiquede nettoyer les terresLes volailles recherchent en effet avec avidité, les.vers .blancset les hannetons; mais, sous l'influence de cette alimentation, les oeufs prennent une couleur et une saveur repoussante. Ce moyen de destruction est d'ailleurs tout; à fait insuffisant.

« Beaucoup de cultivateurs attendent encore que des hivers rigoureux ou des intempéries exceptionnelles les délivrent d'un ennemi si redoutable. Nous devons; espérer qu'un certain


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nombre d'insectes périt ainsi chaque année. J'ai indiqué dans les tableaux de mes fouilles une destruction 1 assez notable de mans trouvés morts et envahis par un byssus. Mais malheureusementil est facile de voir que des légions entières de* ces . insectes nuisibles résistent aux mauvais jours. :

« Je suis amené ainsi à conclure qu'il/faut lutter énergiquement contre le fléau. Il n'est sans doute pas au pouvoir de l'homme de le conjurer entièrement; mais on peut espérer entraver sa marche progressive et l'amoindrir dans une proportion importante.

« Ramasser avec persévérance lésmans etles hannetons nous paraît encore le moyen le plussûr, le plus économique etle plus pratique. Mais il est nécessaire que le travail d'extermination se poursuive partout avec ensemble. Nous ne pouvons nous dissimuler que tont ce qui a été fait dans la Selne-Iuférieûre ne sera pas suffisant, si les autres départements négligent . d'entrer dans la même voie. Frappés de cette vérité/beaucoup de bons esprits, avaient pensé qu'une loi devrait intervenir pour rendre le hannetonnage obligatoire. Mais ils ont ensuite reconnu que ces mesures de répression, édictées par une disposition législative., présenteraient de graves inconvénients. Oh sait, d'ailleurs, le peu d'efficacité des lois sur l'ècbenillage et l'échardonnage, qui sont pour ainsi dira tombées en désuétude. 11 semble qu'en pareille matière il y a lieu d'agir plutôt par voie d'encouragement et de persuasion que par voie 'de coercition. .■•./-

« Que l'administration supérieure, les Conseils généraux,-' les Communes, les Comices, les grands propriétaires, réunissent leurs efforts pour encourager et protéger l'entreprise ! Les intérêts de notre agriculture sont gravement engagés. Jamais, d'ailleurs, on n'aura donné aux populations rurales une assistance plus urgente et plus essentielle. » /

J. R/EISET.

M. Emile Blanchard fait, au sujet de la présentation du Mémoire de M. Reiset, les remarques suivantes :

« Je m'associe pleinement à M. le Président, dit-il, pour signaler l'importance des recbei'ches de M. Beiset, et pour déclarer que là précision avec laquelle tous les faits ont été con-tatés par le savant agronome a un caractère vraiment scientifique. Cependant, s il était intéressant de noter scrupuleusement à quelle profondeur les vers blancs se logent dans la terre, sUivantles saisons et suivant la température, il.importe de ne pas laisser croire que les naturalistes sont demeurés jusqu'ici dans l'ignorance des habitudes des larves qui se nourrissent: de racines. On sait, en effet, que les larves séjournant


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dans le sol à une faible profondeur, tant que la température reste douce,- s'enfoncent-aux premières atteintes du froid et descendent très-profondément en terre dans les hivers rigoureux, de façon à toujours échapper à la gelée. Depuis longtemps, dans de'nombreux écrits, on a cherché à détruire l'idée absolument fausse, répandue parmi les cultivateurs, que le froid fait périrles insectes. Cette remarque, au reste, n'enlève rien de la valeur des observations de M. Reisel, dont j'ai eu connaissance et que j'ai citées dans mon ouvrage récent sur les Métamorphoses des insectes. M Reiset est entré dans une excellente voie, el si son exemple était suivi dans toutes les parties de la France, nous verrions eu peu d'années presque disparaître, ou tout au moins, diminuer considérablement les vers blancs, le plus grand fïéau de l'agriculture. »

M. Chevreul prend alors la parole, et s'exprime comme il suit : '

« Je me serais bien mal exprimé si j'avais donné à entendre que M. Reiset avait prétendu que les naturalistes ignoraient, avant lui. les habitudes des larves, de s'enfoncer d'autant plus profondément en terre que le froid de l'atmosphère a plus d'intensité, et qu'il eût prétendu encore relever une erreur du public savant auquel il aurait prêté la croyance que le froid détruit les larves du hanneton. Je proteste contre l'assertion de M Blanchard : rien dans l'écrit de M. Reiset, rien dans le compte rapide que j'ai rendu d'un travail suivi par son auteur avec tant de persévérance, de talent et d'utilité, ne peut donner à penser que M. Reiset a cru combattre le premier une erreur, et que , dupe moi-même de cette croyance, je suis venu louer devant l'Académie l'auteur auquel M. Blanchard l'attribuait. La vérité, la voici :

« La prod; ction agricole, horticole et maraîchère du département de la Seine-Inférieure a été frappée par un véritable fjéau : la multitude des hannetons en 1865 et les mans ou larves, sortis de leurs oeufs, ont causé une pêne qui a été estimée dépasser 23 millions:

« Pour combattre de tels ennemis, M. le Préfet Le Boy a nommé une Commission sous la présidence de M Reiset; l'ensemble des recherches cont 1' .cadémie a autorisé l'impression est un bel exemple de la lumière qu'une SCIENCE PRÉCISE, fruit de l'expérience, est susceptible de répandre sur la PIIATIQUE

AGnicOMÏ.

M. Reiset a placé deux thermomètres à alcool, l'un à réservoir allongé dans le sol, de manière que le zéro en affleurât le niveau ; le second dans 1 air.

« Des fouilles ont été faites couche par couche jusqu'à 0m,9 de profondeur sur une étendue de 3 mètres superficiels. '


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On compte pour chacune des couches que l'on découvre, ce qu'on y a trouvé : 1° de larves vivantes, 2° de larves tuées par un byssus; 3° de chrysalides: -1° de hannetons, en ajant égard à la date des jours, aux températures du sol et de l'atmosphère. Ces expériences ont été suivies pendant plus d'un an et dans diverses localités du département, comme on le voit dans les tableaux du Mémoire. M. Reiset constate que la température de l'air ayant été quelques jours à 15 degrés au-dessous de zéro, la température du sol, dans, une profondeur, je crois, de 0"',50, n'a pas été au-dessous de zéro ; à la vérité la terre était couverLe de neige, et, dans celte circonstance, la gelée n'a pas atteint les larves.

« Eli bien! c'est après l'obsenalion de.tels faits, entrepris dansl'inièièt de l'agriculture, que M. Reiset, en s'adressant à des cultivateurs de la: Seine-Inférieure qui se reposent sur le froid pour purger les terres des MAKS, leur dit qu'il se trompent, et que c'est à eux d'employer des moyens pour détruire le fléau qui menace leurs récoltes.

« M. Reiset. en agissant ainsi, a fait ce qu'il devait. Ce n'est donc pas aux entomologistes de l'Académie, je pense, ce n'est point à l'honorable professeur d'entomologie du Muséum que I\L Reiset a prétendu, comme on le suppose, venir apprendre que le froid ne tue pas les larves des hannetons.

« Voilà des recherches précises. Voyons l'application qu'en a faite M. Beisel à la culture.

« Des ensemencements se font en automne et au printemps.

« En automne, M. Reiset, sachant que les mans sont dans la première couche du sol, prescrit des labours légers et un hersage énergique; deux femmes ou quatre enfants suivent la charrue et ramassent dans des paniers les mans mis à découvert,

« D'une pièce de terre de i hectare 40 centiares, on a retiré, au moyen de trois labours, 344 kilogrammes de mans, et le salaire des femmes a été de 16 fr. 50 c, ce qui ne fait pas 12 francs par hectare. C?tle pièce à donné une excellente récolte de colza, en 1807, tandis que la pièce voisine, dont les mans n'avaient pas été enlevés, a donné une récolte nulle.

« Pour préparer la terreau printemps, en février et en mars, époque ou les mans ne sont plus dans la première couche du sol, le cultivateur doit faire une fouille afin de savoir s'il y a des mnns, et dans ce cas reconnaître la profondeur où ils se tiouvent. Au lieu de procéder à un labour qui devrait être profond pour les aiteindre, M. Beiset lui conseille d'attendre quelques semaines, afin que les mans remontent dans la première couche, là où il est possible de les mettre à découvert par un léger labour.


— 21S — ' ■',-'..

« Voilà, certes, des conseils positifs qui sont le résultat d'expériences précisés sur la température de l'air et celle du soi, et d'observations également précises sur les mouvements des mans du haut en bas et„de bas en haut déterminés par les relations de ces mêmes'températures.

« M: Reiset a non-seûlemént évalué par l'expérience la dépensé de faire ramasser dés mans par des femmes ou des enfants; mais en faisant un exaiîie.i chimique decesmam, au point de vue de l'engrais des terres, il a pu diminuer cette dépense en en'.retranchant-lé. prix du noUvclengrais.--.. : ■

« Je ne m'étendrai pas davantage sûr ce travail. Il suffit de ce que je viens de dire pour qu'on ne croie pas que M. Reiset ait jamais eu là naïveté de croire qu'en communiquant son travail a l'Académie, il prétendait apprendre au monde savant que-le froid ne tue pas les insectes qui sont en terre. ■

■; (Comptes-rendus de_ l'Académie des Sciences.)

"..■". L'INVASION DES HANNETONS.' ;':

L?invasion des hannetons a pris cette année sur plusieurs points de la France, mais particulièrement en Normandie, des proportions qui;ont euûn jeté l'épouvante parmi les populations. * Puisse cette épouvante avoir du moins pour résultat salutaire de faire qu'on ne s'endorme plus sur la nécessité de combattre ces invasions; !.. /

Ce que les hannetons ont causés de ravages cette année est à peine croyable. Dans la plupart des communes les arbres ont été dépouillés entièrement de l°.urs feuilles.; Le soir l'air en était encombré à tel point qu'on pouvait à peine circuler.

Presque partout desbattues ont été organisées, et lés ramasseurs recevaient.4, 5ét même 6 fr. pat hectolitre de hannetons : on cité un ramasseur qui, en deux jours, aidé de sa femme et de sa fille, a gagné 40 fr. AFontaine-ia-Mallet, près du Havre, l'instituteur s'est mis à l'oeuvre avec ses élèves, et voici leurs opérations- /

'-.--• Hannetons ramassés.

Du 27 au 30 avril. 104 kilog.

/ Le jeudi. 30 avrilètle vendredi r.rmni, la quantité -..'■• ramassée, sous.la direction-de l'instituteur,parles : -':'. jeunes gens et diverses persunnes, est de. . . -. . 440 —

-'.' Lé 2 niah .-•. . 1,546 —

Le3 mai. .'.................-.... . 1,869" —

Du27 avril au/4 mai, total, ..... v 4,059 kilog.


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Tous ces insectësràmassés à la pelle ont été portés au Havre à pleines voitures et jetés--ià. la mer; le même procédé de destruction a été mis en usage à Dieppe, et dans les mêmes/proportions ; or, voici que 'trois ou quatre jours plus tard on/écrivait de Saint-Valéry que ces hannetons, poussés par le. flot, venaient d'arriver vivants encore dans cette ville, où jusque-là; on n'en avait pas encore/vu un seul. "..En-général les/hannetons sont trèsr-rares/au, bord de la-mer et jamàisl'on n'y; trouve dé mans. Tout le/monde sait/que ces insectes lourds et maladroits dans leur vol ne peuvent se diriger contre le vent, ce qui est cause qu'on les Voit tous passer; dans le même sens quand souffle la moindre brise à laquelle ils/sont obligés de céder.- Cette infirmité leur/serait funeste aux bords de la/mer lorsque le vent soufflerait de terre, Eh bien l ils le savent, car jamais les femelles ne déposent/leurs oeufs/à moins 4e 8 ou lÙ/kilo-; mètres de la. mer./Ceux qu'on à tués cette année aux environs/: d;i Havre et de Dieppe étaient venus de l'intérieur pousséspar lèvent.' ■ /";.■--'-//

J'ai donné le chiffre des destractions-;c.pnstàtées."a";Fonta'ine-,.. la-Mallet; partout ces destructions but eu lieu/dans les mêmes proportions; dans la commune de Préaux, en un seul jouron en a ramassé 536 kilog. En beaucoup;de localités on les apportait en si grand nombrer aux mairies, qu'on ne savait plus '/qu'ën/i faire ; l'atmosphère en était empestée. ARouen, en plusieurs endroits, chaque /matin on les réunissait par tas, On les/couvrait de brindilles/de feuilles sèches, de ronces et /d'épines, et l'on/ y mettait le.feu. /

11 est donc aujourd'hui suffisamment démontré qne d'année en année cette plaie dès hannetons".'.d'eyiènt /plus/menàeànte/ Soit à l'état de nians, soit à l'état d'insectes parfaits, on voit bien que toujours leur nombre augmente,/et suivant une progression qui a fini par causer la terreur. Ainsi, ces innombrables légions qui le soir font entendre autour de nous leur bourdonnement sinistre^ vont; incessamment déposer dans le sol des millions, des milliards d'oeùfs qui,' pour l'été de/1869, formeront une armée souterraine de vers rongeurs. L appréhension de voir germer dans les champs une aussi funeste récolte expliqué l'espèce de colère qui se manifeste en tous lieux contré le dangereux insecte. Le 5 mai, le Préfet de la Seine-Inférieure adressait aux; maires la circulaire suivante : /

Messieurs, eh; présence de la quantité.ennsidéraldeîde hannetons qui se: produit en ce moment; il me paraît iniliip"nsalilè de voiis rappeler lès principales dispositions de ma-circulaire dii 18 février dernier, notamment en ce qui concerne le -modèle destruction de,; ces insectes et les prîmes .accordées; Le meilleur mode à employer, d'après l'avis des agriculiêuis, consiste à surprendre les hannetons le malin sur les arbres où ils sont engourdis/par la fraîcheur de la nuit, -En agitant l'arbre ils tonïbent tacitement et on peut


— 217 —

alors;les ramasser en grandes quantités. La livraison des hannetons l'amassés se fera dans des sacs fermés; la quantité en sera constatée par un pesage, déduction faite du poids du sac, et il sera 'attribue-par 100 kilogrammes "de hannetons vivants, une prime de .8 fr., susceptible d'être fractionnée."-J.es dégâts considérables causés aux récoltes par tes mans, dans ces dernières années, démunirent l'impérieuse nécessité de se livrer, sans relâche, à la destruction des hanneton?, afin de diminuer îa reproduction du ver blanc, ce fléau de l'agriculture. Je ne saurais donc trop vous recommander, messieurs les Maires, de redoubler'de. soins pour assurer, dans vos communes respec- ■ tiv.es et par tous les moyens dont vous pouvez disposer, la destruction dé ces redoutables, coléoptères. Je compte, dans celte circonstance,-.sur' votre zèie .habituel et sur celui des commissions municipales .instituées à.cet effet. Je ne doute pas d'ailleurs que les propriétaires et les agriculteurs,: les 'premiers intéressés, ne secondent; de .tous leurs efforts l'action de l'administration et les.vues du Conseil général qui, en inscrivant au budget départemental nn crédit considérable'pour la destruction des hannetons erdes mans, a répondu aux voeux: qui étaient formulés de toutes parts par lés cultivateurs du départeiiient. ...

. Agréez,, etc.. Le sénateur, Préfet de la Seine-Inférieure, E. LEROY.

Le S, nouvelle circulaire préfectorale Où on lisait :

La destruction des hannetons ramassés exige un soin particulier. : Lé .'moyen le plus pratique consisté à les entasser et à les comprimer dans des fosses spéciales. Les administrations municipales pourront, par exemple, faire creuser, dans un endroit écarté, des fosses.de 80 centimètres de cô.té.et de I mètre 50 de profondeur; à la rigueur une vieille cuve, unefutaillé.erifoùies en teire, rempliraient le but. On 'dépose'dans le fond une couche de hannetons, oh la recouvre d'une légère couche dé chaux vive, et: ori maintient, par dessus ietout, une plateformefiijiemeiit chargée de pierres; oh opérera de, la même.façon . autant de fois qu'il le faudra/; l'action de la chaux d'une part et d'à M re part la pression/du couvercle, amèneront bientôt l'asphyxie des insectes. Nul douté que, comme précédemment, il ne se rencontre dans les communes des cultivateurs intelligents'disposés à faire les frais de fosses et de chaux vive, sauf à se rémunérer de leurs avances par l'engrais que donnera "cette masse d'insectes après leur complète décomposition. Il faut éviter avec lé plus grand soin d'enfouir lès liannetons dans du fumier, on s'exposerait ainsi à ce que les .larves qu'ils pourraient y déposer soient plus tard transportées avee le fumier sur les terres. On devra également éviter rie jeter les hannetons dans lés rivières et cours d/eau ; ce moyen n'assure aucunement leur destruction .et pourraitprésenter des inconvénients sérieux au point de vtie de la salubrité.

J'ai dit plusieurs fois dans le Journal de la Ferme et ailleurs que la multiplication des hannetons, depuis un demi-siècle, était en'grande partie le fruit de notre imprudence et de notre incurie, c'est-à-dirè un résultat : 1° de notre guerre acharnée aux corneilles, et 2° delà négligence que nous ayons mise depuis si longtemps à connaître et à détruire nos ennemis agricoles. Cependant il est bien établi qu'à deux ou trois reprises, dans les époques antérieures, les hannetons ont causé d'affreux ravages. Si ma mémoire est boni.e, le Magasin pittoresque^reproduisait, il y a quelques années, une vieille gravure représentant une troupe de paysans furieux et affolés faisant à coups de bâton, dansles bois, la chasse aux hannetons. On sait d'ailleurs qu'en 1374, là côte occidentale d'Angleterre en fut infestée, de manière que les rivières niême en étaient empestées. En 1688,


— .218 — ■ .;;

ce fut le comté de Galwày, en Irlande qui eut. à .souffrir leurs ravages; mais, à partir de cette époque, l'histoire n'a guère conservé trace de leur passage. H semblé/même qu'en France, pendant tout le xvne siècle, ont eût perdu;tout,souvenir de cet insecte, On pourrait croire qu'on ne; l'y connaissait plus. Prenons, par exemple, le Dictionnaire de P. Richélet, et voyons au mot Hanneton. Nous y.trouverons ceci : /

Le hanneton est une sorte d'insecte volant qui pàr;.ît au mois de mai sur les arbres, qui vit de feuilles et d'herbes, qui est couvert.de deux grandes ailes jaunes, qui a le cou, la tête et le dessous du ventre noir, avec six ;grands pieds el deux cornes houpées an bout, et une petite queue nuire et pointue..

Remarquez qu'il n'est en rien question des mans, et soyez bien persuadé que si Richélet eût su que le ver n'est que l'embryon de l'insecte, il l'eût dit sans y manquer; mais voici quelque chose qui nous montre encore mieux l'ignorance où l'on était du hanneton au temps de Sichêlet. Nous lisons dans la Bible de Lemaistre de Sacy : ,/:,',/: ..';,

On amassera vos dépouilles comme on amassé une, multitude de hannetons, dont On ïémpjit'désiùssès.énl'ièrcs. (Isaie, chap. X.XXJ1I, vers, i.)-'-.'

Si nous nous reportons au texte latin nous trouvons :

Et congregabuntur spolia vestra sicut colligitur :hrùçhus,,velut cum fossa; plehaî fuerint, de eo. ,

C'est donc le mot bruchus qui est traduit par hanneton, et notez que Port-Royal.Iraduit de la même manière. Cherchez cependant aujourd'hui dans tous les dictionnaires latins, et vous verrez que tous sont d'accord sur la signification du mot bruchus, il signifie sauterelle. Voilà donc de "savants docteurs qui. au xvuB siècle, connaissaient si peu les hannetons qu'ils les confondaient avec les sauterelles. Nous pensons que diffiéilement de nos jours on pourrait trouver une telle ignorance sur ce point.

. Nous parlions^ il y a quelque temps, de l'énorme dictionnaire agronomique de Noël Chomel, compilation de toutes les ignorances de ce temps-là; cette encyclopédie de l'absurde fut publiée, nous l'avons dit, au commencement du xvir 0 siècle, l'auteur y recueillit assurément tout ce qu'il put sur les hannetons et voici avec la réunion de toutes les connaissances d'alors le bel article qu'il composa :

Les hannetons tirent, leur origine d'une Sorte de ver qu'on appelle ver de blé, de la même manière que les papillons tirent la leur des chenilles. Les hannetons causent beaucoup de dommages aux arbres, et particulièrement aux noyers, dont il rongent les fleurs et les feuilles.: Ils vivent plusieurs années; ils paraissent deux mois dans le printemps et ensuite ils se retirent et rentrent dons la terre, où ils sont cachés pendantplus.de dix mois sans prendre aucune nourriture. .' -..; /

Ainsi, voilà les hannetons, qui rentrent dans la terre deiix mois après leur éclosion pour y rester jusqu'à l'année suivante


-/."/ ~ 219 — -';'--' ;:-/

sans manger. De la ponte dés oeufs, de la mort quila suit, des ravagés des mans, etc., de tout cela, pas un mot. Pour trouver enfin la vérité sur lès hannetons, il faut:/arriver à Yalmont de/ Boroare, qui, celui-là,/ voit et dit parfaitement les; Choses-le premier aussi il sait comprendre pour la destruction desinans l'utilité des /corneilles. « Lés fermiers; dît-il, n'entendent donc point leurs intérêts, lorsqu'ils mettent Tout en oeuvre pour exterminer ces oiseaux., » Valmont de Bomare, dans cette question très-grave des hannetons, n'a été dépassé que parles habiles recherches de nos eomfemporains, parmi lesquels il faut citer principalement MM. Pouchet et Reiset. M. Touehet surtout, dans sa belle monogra^hie'du Hanneton et de sa laroe, . adonné le premier signal de la croisade aetuélle/M. Reiset, dans son récent mémoire traitant la question au point de vue; exclusivement/agricole, fait à ce point de vue toucher du; dôitf le danger. En 1866, les mans, dans notre seul dëpartement, ont causé à l'agriculture une perte de 23 millions:. Yoilà, un chiffre qui sans doute aura toute puissance à dèmontrerlé danger delà situation; aussi n'y ajoûte;rai-ie rien.

. (Journalde l'Agriculture). Eugène ïfo.EL. •


#Iiseifwafî.©ii@ nrëtéoïoiogicgtKffig faites & "ffaiiFSe Par M. de TASTES / ' :.

MOIS DE MAI 1868

'» . , Baromètre Direction pluie

H TEMPERATURE ,_ , du ciel ,„„„„„„„

f àze-ro faits oe°yenne ou OBSERVATIONS.

;g , ^ 8heures accidentels. du .

il Minima Maxima du matin. : - vent. .neige.

jl 1 2 I -'3 .4 5 6 j .7 - ' 8 - 9

1 6 8 " 17 4 769,8 0 br. NO —1 Brame le matin.

2 10 24 8 .763,5 0 •:•"■ NE—1

3 11.4 25 757,6 0 •:•' S—1

4 12 8 26 6 • 75-5,'8 0 ' -:• . S — 0

5 13 " 22 . 756,3 4 »Z SE—1 24' 4 Deux or-iges, de A à 6 h. — —■ , -, r- ■—, ■— du soir.

6 10 2 2.1 8 756,1 3 ' ■ • SE—1 17 - .

7 10 4 20 755,9 2 ' E —0 • ■ '

8 14 2 21 755,8 3 . S 0 — 1

9 13 2 19 755,4 3 . S 0 — 1 ' !10 13 19 4 754,9 2 . » SO—2 6 5

11 7 8 ' 18 4 757,41" SO-l' ~ '

!12 8 4 18 8 757,9 3 S O—l

13 11 20 71.3,5 1 ■•:• : NO —1

14 10 6 22 4 767,8 2 v HE'-l

H5 ■ 11 2 24 764?7 1 _v_NE—0 ...

.16-14 4 25 7.60', ~T~ v NE —0 ~

|17 14 26 8 760,2 1 •:■ E— 0

18 15 4 27 760,8. 0 v; E—0

j!9 15 20 6 7('i0,7 0 v/SE-i) Éclairs dans l'Ouest.

20 16 2 21 .6 76<i,6 3 »,NO —0 0 8

iil 12 4 .23 760, t 2 v SO — 0"

i22 13 24 i 757,7 2 •:• SO -0

23 12 8 22 6 754,3 3 S 0-1

-.'4 15 25: 756,8. 2 ■ , ■ S — 1 ",',.*

!! 16 8 JM_ 75^ 9 0 Z'« S 0-2 j 7 Orage.vers 4 h. du mata.

26 IB 26 4 759,4 2 O-l ~~

27 16 2 2,6 8 760,5 1 -SO—0 ' ' . ", ^ „ ., , . ;28 14 6 29 4- 762,8 1 NE-2 0St^:^eu^nt !

'29 218 30 756,9 2 «Z SE-1 t6 8 Grand orage de 4 à5 heures I

'30 17 23 2 757.8 2 » S O — l 17 4 „e*demie du s°ji'- a" A

31 14 23 759,3 2 « NE-0 1 7 Petit orage Ters 6 h. du mat.

Moyenne Moyenne (1). TOTAL.

13° i 23u6 '. 71

Moyenne du mois : 18 4.

Résumé des nombres de jours de

Ciel beau. _ o 7 Pluie c 8 vent du N.

id. peu nuageux, à .1/4 couvert — 1 6 Neige •& N. E. 6

id. nuageux à 1/2 couvert — 2 10 Eosée ■:• 12 E. 3

id. très-nuageux à 3/4 couvert — 3 7 Gelée bl. •£•- S. E. 4'

id. couvert — 4 1 Gelée À ■ S. 3

id. vaporeux — v. Orage. Z i S. O.ll

id. brumeux — br. 1 Grêle SB Grésil o 0. lj

N. 0. 3

NOTA.— L'état du ciel est calculé sur la moyenne de la journée; il en est de même de la direction du vent. ' I

Dans les colonnes 2 et 3 on exprime les températures au dessous de zéro par le signe — ; l'absence de ce signe indique une température supérieure à zéro. ■ '

(1} Les chiffres placés dans la colonne 7, indiquent la force du Vent : 0 vent nul, 1 vent faible ,1 ,2 jolie brise, 3 vent très-fort, 4 tempête. . '


■ — 'àâ'r—

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX. Séance du 13 /«iw 186.8.. : ...

/-,.,.■ PSKSipENGEDE/M.. EENNEBB'ESQTJE ,.. VICE-PEÉSIDENT. ' :-

;: La séance'est ouverte à une heure et demie, ..'./..

Le procès-verbal de là séance précédente est lu et adopté.

Lecture est donnée du bulletin bibliographique..' Outré les publications périodiques.des Sociétés correspondantes, le secrétariat a reçu les ouvragés suivants : ' / ;. / Mémoires lus à laSorbonrieenl 867. Archéologie.—Euyoi du rninistère de rïnstruction publique.

; Discours prononcé par M. de Forcade La Roquette,, ministre de l'Agriculture, au concours '-.général de la Villette,.ek:lSQ8. Deux exemplaires.—-Eûyoidti ministère de l'Agriculture.

Correspondance, — il. le' ministre dé.l'Agriculture annonce l'envoi d'une subvention de 1,500 francs, pour être distribuée en primés aux cultivateurs, et dune autre subvention dé 200 fr. pour encourager les petites éducations, séricicoles. ';',[

Sl//Belle, au nom de M. Barnsby, absent, lit le compterendu des travaux de la section d'horticulture. La section a recruté neuf nouveaux membres adhérents, savoir -MM. Henri Amirault, Vincent, Louis Habért, Eugène Bongars, Daveau, Pierre Méssire,;Billon, Armand/Corbeau et Sayary fils. / On adopte ensuite lé programme des prix/du concours départemental. Ce programme est conforme,, en; général, à celui des années précédentes. Be plus, sûr la .demande de/Mi de Tastes, rassemblée vote deux baromètres anéroïdes et dix abonnements au bulletin de l'Association scientifique, pour encourager ceux de MM./les Instituteurs qui s'occupent avec le plus de soin des observations ïnétéorologiqûes. Il sera/aussi/accordé, suivant l'usage, trois médailles de vermeil, 'd'argent/et de bronze, aux: deux comices de Loches et de Ghihph, pour témoigner dgs sentiments.; de bonne confraternité qui unissent lés associations:agricoles,de notre^département, ta distribution des pris; : dû concours départemental aura lieu au mois de décembre, le soir, et le jour en sera ûxéà là séance/..'de''. .novembre.//: -.';'/.!'':/,/v .. '•. .."":'/.•.,.. .'.■,...',■/../,-,',

A l'occasion des observations météorologiques, le secrétaire perpétuel rappelle; que M. de Tastes vient de recevoir de l'Asr sociatioh scientifique une médaille d'or pour les remarquables

1868' J .:'.'.' 13


— 222 —

travaux qu'il a exécutés sûr les orages d'Indre-et-Loire, ce qui démontrerait, s'il en était hesoin, l'importance des études météorologiques poursuivies avec tant de zèle par notre savant collègue et ses collaborateurs dévoués. Sur la proposition de M. lé Président, l'assemblée adresse ses félicitations à M. de Tastes, et décide que l'expression en sera mentionnée au procès-verbal de la séance.

M. Houssard, prenant la parole, annonce que, comme les années précédentes, il met trois médailles à la disposition du eomicé de St-Avertin : une médaille d'or pour l'agriculture, et deuxmédailles de vermeil, grand module, pour la viticulture et léscultures maraîchères.

- Là Société reconnaissante de ce don, vote des remerciements à son honorable Président.

L'ordre du jour appelle la lecture d'une communication de M.Buclaud, sur les boutures et les plants chevelus. L'honorable •'membre- démontre que les plants chevelus, forcés, par leur misé en pépinière, à émettre un grand nombre de racines traçantes, ne peuvent pas rationnellement se trouver bien de la transition brusque dans un terrain plus maigre, et des mutilations qu'il leur faut subira la deuxième outroisième année, se /mettent à fruit trop tôt, et épuisent rapidement les éléments ^fertilisants du sol.Les boutures, au contraire, progressent avec lenteur dans le terrain, sans transition brusque, se mettent à fruit lorsque la "vigueur végétative du cep lui permet de supporter Cette fatigue, et se portent mieux que les chevelus, ce qui doit encourager le vigneron à les préférer. —L'assemblée, •qui à entendu cette communication avec beaucoup d'intérêt, renvoie le mémoire de M. Duelaud au comité de rédaction. / M. Ô. Lesèble obtient ensuite la parole pour présenter un /rapport sur les cultures des jardins des Touches. Après avoir ;rappélé, de la manière la plus délicate, les succès qui ont marqué Chacun des pas de M. Alfred Marne dans sa carrière d'homme de bien et de grand industriel, l'honorable membre nous montre le sentiment artistique dé\ eloppant chez M. Marne là passion des végétaux. A la suite de ce préambule, quia obtenu l'assentiment de l'assemblée, M. Lesèble décrit les serres et les jardins des Touches, qui feraient envie aux princes de notre époque. Le jardiu d'hiver ou grande serre chaude, la -serré chaude ordinaire, la serre froide, le jardin d'été, le potager, les bâches pour primeurs, tout est installé avec une ampleur et une intelligence telles, que nulle part en Europe on ne trouverait peut-être rien qui fût supérieur. La' magnifique collection d'azalées, qui faisait autrefois l'honneur et la joie de Rochefuret, est passée aux Touches, où elle a retrouvé les mêmes soins entendus et passionnés. Eu rappelant ce souvenir,


sm

la voix de M. Lesèble s'est attendrie, et la Société a prouvé à n'otre digne 'collègue, par' quelques ihurnvûr/es émus 'et 'sympathiques,"qu'elle/ partagé ses sentiments ppur/«ë^ "regretté si profondément, et dôiitla perte a été ùnHdëuil/ppûr l'horticulture tout entière. En t.ërminant,/rhoh'ôrablë''';rap"p/6'r.- teur a rendu.un juste hommage à l'hàbilête et au dévoilement dé M. Paqûerèau, le chef dés cultures de K.:Màme.///;;/ ' L'assemblée, qui a écouté/cette Communication àvçç/léplus vif intérêt, remercie Si. Lesèble et voté i'iihpresslpn/ de sbn remarquable rapport; // ' .,"f/'./":": //.'""'.';, ,.

M. Delphis de la Cour est alors invité par M. le Président à lire un morceau dé poésie, l'Exposition universelle: dé AS67, morceau qui ar obtenu un accessit au concours littéraire de l'Association philotechnique de Paris. Abordant son sujet avec une grande ampleur et une grande élévation, l'auteur, dans un stjle toujours châtié, élégant et poétique, décrit les merveilles de l'Exposition. Dans cette revue rapide' des prodiges de l'industrie, l'écrivain s'est tenu constamment à une hauteur digne de la muse : de belles pensées, un noble langage, une forme toute poétique, telles sont les qualités qui brillent dans celle pièce de vers. Aussi les murmures flatteurs de l'assemblée ontils prouvé à M. Delphis tout le plaisir qu'il avait su faire à son auditoire, et l'impression de ce morceau a-t-elle été votée à l'unanimité.

Dans un rapport verbal, M. Carré rend compte de l'examen qu'il a fait d'un volume de poésies intitulé Les Villageoises, publié par M. Arsène Thévenot. Des pensées morales, le sentiment de la famille, l'amour des champs, voilà, dit l'honorable rapporteur, ce qui compose le fonds de ce petit volume, sous une forme élégante; on ne saurait trop encourager les écrivains qui vont chercher leurs inspirations aux sources les plus pures et les plus élevées. Sur ces conclusions, la Société vote des remereîmenls à M. Thévenot.

M. Goussard de Mayolles termine la séance par un rapport étendu sur le concours régional qui vient d'avoir lieu à Orléans. Dans celte élude remarquable, l'habile agronome du Haut-Brizay, après avoir signalé les choses et les faits les plus importants du Concours, formule librement quelques critiques sur cette institution. La nomination des jurys officiels, le mode d'attribution de la prime d'honneur, l'engraissement exagéré et souvent, lé caractère tout artificiel des animaux exposés, 1'îns.uffisarie/e des essais des machines et des instruments, etc.,,lui paraissent souieyer plus d'une objection; Aussi Aï. de:Mayplies. h'hésite-t-il pas à demander:une réforme profonde des Conepurs régionaux.. En/terrhinant son/travail, i'honorable rapporteur analysé/ le programme dû Comice agricole d'Drléànsf/quMI dér clare une Société véritablement modèle.


— 224 —

La Compagnie, qui a écouté cette communication avec une attention soutenue, remercie M. Goussard de Mayolles des détails qu'il lui a donnés sur lé Concours, et renvoie son mémoire au Comité de rédaction.

Avant de clore la séance, on procède au scrutin secret à la nomination de M. Pardonneau, propriétaire à Ballan, présenté comme membre titulaire par MM. Hur'et, Lesèble et Thibault. M. Pardonneau est élu à l'unanimité des suffrages.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures.

Le Secrétaire perpétuel,

G. CHEVALIER.

' COMPTES-RENDUS DES TRAVAUX DES SECTIONS.

SECTIOK D'HORTICULTURE. — Séance du 3 mai 1868, sous la présidence de 3f. Belle. — M. le Président annonce qu'il a fait, lors de son dernier voyage à Paris, les démarches nécessaires pour obtenir de l'administration et aux meilleures conditions, le jus de tabac des manufactures impériales, destiné à la destruction du puceron lanigère, et prie messieurs les arboriculteurs présents à la séance, de lui dire quelle est la quantité de jus qu'il leur conviendrait de recevoir.

La section remercie M. le Président de l'empressement qu'il a mis à venir en aide à l'arboriculture, et lui demande de faire l'acquisition de 100 litres de tabac.

M. Vausseur, désigné pour faire partie du Jury de l'exposition horticole, qui doit avoir lieu à Orléans, à l'occasion du Concours régional, est chargé de présenter, dans la prochaine séance, un rapport sur la dite exposition.

L'ordre du jour appelle la communication des rapports dont ont été chargés plusieurs membres.

M. Ploquin, jardinier-chef des cultures de Candé, rend compte d'un article publié par M. Hardy aîné, sur quelques variétés de Choux et indique les caractères et le mode de culture des variétés auxquelles il donne la préférence dans son potager.

Ces variétés sont : le chou d'Yorck, dit de printemps et l'un des plus hâtifs; le chou pain de sucre; le chou coeur de boeuf, qui succèdent au printemps, puis les variétés d'été : le chou Panealier à feuilles frisées: je chou de Genillé; et enfin pour l'hiver, le chou cabus,, auxquels on pourrait ajouter les choux de printemps Panealier et Genillé, qui peuvent être conservés pendant l'hiver.


— 225 —

M. Lesèble demande pourquoi les maraîchers ne cultivent pas le chou de Vausirard.

MM Erédif, Barillet et Grivau considèrent le chou de Vaugirard, comme la variété qui supporte le mieux la gelée, et attribuent la disparition de cette variété des cultures de Touraine à la difficulté de se procurer de bonnes graines.

A ce,sujet M. Ploquin appelle l'attention de ses collègues sur la nécessité de renouveler au moins tous les trois ans les graines de légumes, qui ont tendance a dégénérer lorsqu'on les sème toujours dans le même terrain.

L'honorable membre dit aussi quelques mots sur un nouveau raidisseur connu sous le nom de Vavasscur et dont il a été fait un grand éloge; il déclare l'avoir essayé à plusieurs reprises et avoir été peu satisfait des résultats obtenus.

M. Messire présente quelques observations sur les nouvelles plantes mises dans le commerce récemment, et recommande à ses collègues le Marantha Baraquinii, le bouquet des six nouvelles Chrysanthèmes , et le chrysanthème sensation ; et il ajoute qu'il tient ces plantes à la disposition de ses collègues.

MM. Savary et Aubert-Gauthier signalent la mauvaise habitude que conservent des jardiniers de Tours et qui consiste à tailler, en hiver, les arbustes qui fleurissent au printemps sur le bois d'un an. Cette taille a pour conséquence de supprimer complètement la floraison de ces plantes. Beaucoup d'arbustes fleurissent au priutemps et l'ont le principal ornement de nos jardins. 11 faut donc éviter de tailler tous les arbustes d'un jardin en hiver, et faire, pour quelques-uns, une seconde taille au commencement de l'été.

M. Leguiller lit une note dans laquelle il se joint à M. Thibaut de Saint-Quentin pour blâmer la.taille et le cassement en vert au mois d'août pour le poirier et préconiser la rupture herbacée de préférence au pincement herbacé.

L'honorable membre appelle également l'attention de ses confrères sur la culture du Fraisier des Quatre-Saisons. 11 croit devoir rappeler aux jardiniers que le procédé généralement adopté pour multiplier cette variété et remplacer les vieux sujets, et qui consiste à utiliser les filets ou stolons, est essentiellement mauvais.

Il préfère et recommande le procédé suivant qui lui a toujours donné les meilleurs résultats.

En juin ei juillet, il recueille les plus beaux fruits, les fait sécher, les divise avec du sable afin de détacher les graines, puis les sème à l'ombre d'un mur dans un compost approprié. Les plantes sont repiquées au printemps suivant.

On obtient ainsi des fruits qui ne laissent rien à désirer sous


— 226 —

aucun rapport et la variété reproduite par semis ne perd aucune de ses qualités.

M Barnsby met à !a disposition des membres présents, delà part de M Rouillé-Courbe, \ingt-un plants de Chêne blanc et six variétés de maïs provenant des essais de la Sociéié impériale d'acclimatation, savoir :

1" Maïs cultivé à Gretz (Seine-et-Marne); MIlG Eloïse Retz ; 2° id. à Ulay id. M. Retz :

3° Maïs cultivé au domaine impérial de la Motte-Beuvron ; 4° id. à Gretz (Seine-et-Marue); M. Guillaumy ;

id. au domaine impérial de Solférino. (Landes) ;

6e id. id. par M. Cornichon.

M. le Président veut bien se charger de faire cultiver ce maïs par son fermier et rendre compte des résultats obtenus.

M. Lesèble prend la parole pour rendre compte d'une visile qu'il a faite récemment aux Touches, et lit un remarquable rapport sur l'ensemble des cultures ainsi que sur les merveilleuses collections de 31. A. Marne.

La section qui connaît toutes les richesses horticoles des Touches et sait tout ce que l'horticulture Tourangelle doit à l'initiative et au génie créateur de M. Marne, ainsi qu'au zèle de son laborieux chef de culture, accueille par des applaudissements la communication de M. Lesèble, el émet le voeu que son intéressant travail soit inséré dans les Annales de la Société.

M. le Président proclame, après un vote de la section , l'admission en qualité de membres adhérents, de MM. IlcnryAmirault, Vincent, Louis Habert, Eugène Bongart, Daveau, Savary fils, Pierre Messire, Billon, Corbeau-Armand.

M. Chevalier, Félix, demande, à l'occasion du vote sur l'admission de M. Savary fils, s'il est conforme au règlement d'admettre comme membre, adhérent un jeune homme de moins de 21 ans.

M. le Président dit que la section n'a pas cru devoir fixer dans son règlement l'âge auquel les membres pourraient être admis. 11 propose donc de voler par scrutin secret sur l'admission de M. Savary fils. Celte proposition est adoptée et la section nomme M. Savary fils, membre adhérent à la majorité des suffrages exprimés.

n. BARNSBY, secrétaire.


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;:SUR LES^GULTiJRE'S DES;. T'ÔWBÏS■;.%

/MESSIEURS,' ' /. /■/

C'est à juste titre que nos horticulteurs, praticiens : dé Tpû~ raine: sont /fiers des résultats qu'ils obtiennent/et; du niveau élevé auquel ilsont/suaip/enef l'art dontils sont les adeptes et/les promoteurs naturels"./'.Je leur sais néanmoins un esprit d'équité; et de gratitude /trop sincère pour/croire/un instant qu'ils ont pu oublier ceux qui, naguère encore; étaient leurs appuis les plus dévoués, et pour suppose'r^qû'ils mettent dé la réservedans leur reconnaissance ou dans leur admiration pour; ceux qui, aujourd'hui,donnent ànotre hortieulture/TpurangelIe: le reliefleplûs brillant/ et ont installé parmi nous dès établissements tels que, nulle part en Europe, on ne rjouvèrait/peûtêtrerienqui leur fût supérieur. /

Cette pensée m'a conduit à /examiner lés cultures que/M. Alfred Mamei notre honoré collègue, a organisées dans; sa propriétédes Touchés, et.c'est.le résultat dé cet examen attentif que je viens vous soumettre; persuadé que, tous avec moi^ vous serez heureux d'avoir à applaudir, une fois de/plûs^/à des succès que je considère comme exceptionnels./' et auxquels je sais que notre collègue attache autant dé prix quîà ceux qui ont suivi chacun des pas. de ; sa carrière d'homme de bien et de grand industriel. / // /

Vous le savez tous, Messieurs, M. Manleest toujours arrivé; à l'apogée permis à l'homme dans ce qu'il à entrepris. Il semble que:Dieu ait voulu, dans sa personne, nous montrer que lorsqu'un grand coeur se trouvait joint : à une haute intelligence, le succès matériel: et le succès moral ne devaient.plus se séparer:, et que la prospérité et: le bonheur devaient être le/parlage de tous ceux qui vivaient soûs cette direction d'élite/// /*/; "/

Notre ville de Tours a le sortheureuxde posséder dans son sein un de ces hommes privilégiés, et plus de deux mille per4 sonnes trouvent auprès de lui une existence assurée, relativement largej/et là certitude qu'aucune souffrance, aueune/inisere : ne,parviendra aux: oreilles de notre concitoyen/,: sans que le soulagement/possible n'accoure au chevet dû malâde/ouîila


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table du pauvre, et cela avec un naturel et une modestie qui en, rehaussent le prix, A coup sûr, le résultat le plus apprécié par'M Marne des produits dé son industrie, c'estle bien qu'ils lui permettent de faire,,et je suis persuadé qu'il y trouve la plus douce récpnipense:de ses labeurs.

Mais,'Messieurs, il n'est pas seulement un liomniei-d'è bien et un grand industriel. Là nature, prodigue enverslui, lui a encore acéordé un sens artistique développé au plus haut point et que personne de ceux qui, comme moi, ont eu le bonheur de voir ses collections, ne songera à lui contester. Je ne, veux pas m'étendre sur ce sujet dont la nature spéciale de npsréunipns ferait uns hprs-d'oeuyre, mais/j'ai dû cpnstater;le fait, ^arce que, comme chez tous les grands horticulteurs, c'est le sentiment artistique qui a engendré et développécliéZ/lui la /passion des végétaux, de leur culture et de la vie.au milieu d'eux:/ ,11.,semble que ces gracieux produits dé la nature aient été mis sous nos yeux par le Créateur pour nous, rendre meilleurs, et je n'ai pas rencontré, dans ma carrière, un homme de coeur qui éprouvât une indifférence conlplète pour, lés plantes. Loin delà, les hommes les meilleurs, ceux qui; à mon sens,;avaient droit à l'estime et à là sympathie la plus grande dé la part de tous, aimaient à voir et à admirer ces créations qui:font l'ornement et la richesse de nos cultures, et qui; au premier mot de ralliement, nous ont réunis en si grand nombre: soûs la direction de notre cher et honoré Président. . ; j

je disais tout^-à-l'heure que Tours avait: eu lé sort heureux de voir notre collègue résider en son sein. Les communes de Savonnière et de Ballan ont, elles, là-bonne fortune qu'il/y ait établi le lieu de ses loisirs et par suite ces serres; et ces jardins qui feraient envie aux princes de notre époque. / ; J'ai eu l'honneur, dans une de nos précédentes réunions, de vous/lire un travail de notre excellent et savant collègue, M. l'abbé Chevalier, sur les jardins clé Ghenonceau Les/hommes lesplus saillants des temps passés avaientmislàtput leur goût, toutleur ça voir, tous leurs soins. Qu'est-ce que tout .cela à produit, quand on le compare aux merveilles de ' Fart moderne ? et que/dirait Faîtière Môdicis, s'il lui "était donné/de/voir ce què/spnt/devenus les ja,rdins/des Touches, ; sous là; haute /Impulsion deleiir propriétaire et sous la direction:-ln't'elligeiite du chef de ses cultures ?

.:: Je m'arrête,. Messieurs, et ne veux pas nié laisser 'entraîner davantage dans la voie j e suis entré, niais 11 m'était iriip ossibledeprpnoncer le nom de M. Maine sans que mon coeurne débordât,-et j'étais trop:sûr de voir mes sentiments partagés par'vous/tous, pour: hésiter à-entrer dans quelques dêtailssûr celui quiyiâ/tant de titres;;est une/gloirenour hoîre/Sociél^èt;


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pour noire Touraine, et je suis persuadé que vous m'auriez adressé de justes reproches si je n'avais tout d'abord rendu un court mais légitime hommage à notre honoré collègue.

Lorsqu'il y a peu de jours, je suis allé porter mon tribut d'admiration aux jardins des Touches, les plantes du dehors se ressentaient encore de l'hiver que nous venons de traverser et n'avaient pas repris leur parure printanière ; c'est donc dans les jardins d'hiver, là où l'art que nous aimons lutte avec succès contre les frimas que j'ai dû porter mon attention la plus grande.

Je n'entrerai pas dans une description complète et aride de ces monumentales constructions destinées à loger, à abriter, je dirai même à choyer les plantes exotiques des contrées les plus fortunées, et qui témoignent leur .reconnaissance par un air de bonheur qui gagne le visiteur. Tous ou presque tous vous avez vu ces serres splendides. si bien entendues, laites avec tant d'art et de goût que les difficultés, qui presque partout avaient paru invincibles, ont été mises à néant, sans qu'on s'aperçoive de tout ce qu'il a fallu d'adresse et de savoir-faire pour en venir à bout.

Ces difficultés vaincues m amènent tout naturellement à vous entretenir de suite de la grande serre ou jardin d hiver. Là, se traînant sur le sol, se trouvent les plantes tropicales à basses tiges, jouissant de l'humide chaleur nécessaire à leur bien-être et à leur existence. Par contre, et dans le même habitat, le géant des Bananiers, le Musa Ensete: développe ses immenses feuilles et trouve à plusieurs mètres d'élévation l'atmosphère qui convient à sa végétation. Ainsi dans celte immense vaisseau on a su ménager et conduire la température et l'humidité de telle sorte que partout et à toutes les hauteurs, les plantes trouvent un milieu qui leur soit approprié.

Parmi les hôtes les plus remarquables qui ornent ce jardin presque magique, j'ai distingué et je signale à votre attention;

D'abord ces plantes au port Iout particulier dont l'aspect, pour être étrange, n'en est pas moins de la plus grande beauté; je veux parler des zamias, ces beaux végétaux que nous ne connaissons que par de rares échantillons à peine développés et qui partout semblent regretter leur pays natal. M. Marne a su les inetlre dans de telles conditions et s'en procurer de si magnifiques échantillons qu'il est impossible de rien imaginer de plus splendide que ce beau genre représenté par les espèces les plus rares, telles que le Glauca, A Islentenii, Jeonii, etc.

A côlô se montrent leurs congénères, les Cycas, qui eux aussi ont des dimensions.énormes. Presque partout Te Circinalis est souffreteux et de beaucoup inférieur au Revolula.


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Dans les serres des Touches, au contraire, il rivalise heureusement avec ce dernier et peut-être même le dépasse-t-il en développement et en luxuriance de végétation. C'est la première fois que j'ai été à même de le voir ainsi, et c'est une bonne fortune dont je m'applaudis puisque j'ai pu l'apprécier à toute sa valeur.

Les fougères en arbre sont aussi représentées par de magnifiques échantillons. Les Balanthium, Dicksonia, Cyathca, sont d'un développement et d'une richesse de santé à satisfaire les amateurs les plus exigeants. Et puis, Messieurs, au milieu d'eux, trône le Ciboiium Princeps, cette reine des fougères, dont les frondes n'ont pas moins de deux mètres de longueur et sont portées sur un slipe de soixante à quatre-vingts centimètres de hauteur.

Enfin d'énormes palmiers, des Musa de toute espèce, tous d'une taille très-élevée et d'une vigueur extraordinaire, sont installés là aussi bien etseplaiseni autant que sousles tropiques où ils sont nés pour la plupart. Des Latania Borbonica, un Ccroxylon Niveum, celle rare et belle espèce, des Brahea Dulcis, des Cocos Bolhriophora et Flexuosa, des Pandanus variés dont un Furcatus des plus remarquables, ont attiré mon attention d'une manière particulière.

Sous ces plautes d'un grand développement, vivent de nombreuses Fougères, de jeunes Palmiers et une foule de délicieuses plantes réclamant une température élevée et qui toutes ont été choisies avec une connaissance et un goût horticole complets.

Enfin, Messieurs, je ne puis vous décrire l'art avec lequel tout cela a été disposé ni vous dire quelle satisfaction éprouve la vue lorsqu'elle se porte sur l'ensemble du jardin, si bien dessiné et dont les groupes sont disposés d'une si heureuse façon.

J'ai dû commencer par vous entretenir, bien laconiquement, il est vrai, de la grande serre chaude des Touches. Il étail juste de commencer par elle en raison de son mérite et de son importance- qui sont telles que, jusqu'à ce jour, malgré mes courses et mes nombreuses visites horticoles, je n'avais encore rien rencontré qui, à mon sens, pût en approcher.

Mais, si émerveillé qu'on en sorte, il faut encore réserver une large provision d'admiration pour les autres cultures. La serre chaude ordinaire contient toutes ou presque toutes les nouva'utés si remarquables par leurs floraisons ou leurs beaux feuillages dont l'horticulture s'est enrichie dans ces dernières années. Aucune bonne plante n'apparaît en Europe sans que l'attention de M. Marne ou celle de son chef de culture ne se porte sur elle, et si elle ne vient pas dans leurs collections, il y


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a bien des chances pour qu'on doive la juger comme devant être repoussée.

La serre froide, énorme "elle aussi, est riche des collections les plus brilIantesetlesplusvariêes.Pelargoniums, Elychrysum, Camélias, Epaeris. Azalées etc. Toutes rivalisent pour charmer les yeux de leur maître et ceux des visiteurs.

A propos des Azalées, me sera-t-il permis de rappeler que la collection de Rochefuret, qui naguère a fait-la joie et l'orgueil de mon vénéré père et le succès de notre ami, -Martin Griveau, est aujourd'hui la propriété de notre collègue. Ces plantes, que je crois être sans rivales en Europe, ont eu la bonne fortune d'être recueillies par une main amie, et qui mieux qu'aucune autre leur continuera les soins qu'elles ont reçus pendant trente ans de celui que mon coeur regrette si profondément et dont la perte a été un deuil pour l'horticulture tout entière. Vous savez, Messieurs, ce qu'est cette belle collection, vous l'avez tous vue dans son éclat et avec sa végétation si remarquable : Eh bien ! elle n'a r'en perdu de sa beauté. Tous les sujeîs sont aussi vigoureux que jamais. 11 semble que ces plantes soient encore dirigées par celui qui les a élevées et aimées.

Les multiplications des plantes diverses, destinées aux massifs de pleine-terre, sont exécutées sur la plus large échelle. Rien de mieux entendu et de mieux exécuté. Toutes les jeunes plantes sont belles de végétation et admirablement conduites. Je n'ai pas besoin de vous dire que les espèces ou variétés sont les meilleures et les plus nouvelles, ni que leur nombre est infini. Celles qui ailleurs semblent présenter quelques difficultés deviennent souples et faciles lorsqu'elles sont traitées par M. Paquecean. Quinze cents boutures du PeJargonium ftïistress Pollock sont là pour justifier mon assertion. La France, la Belgique, l'Angleterre ont apporté chacune ce qu'elle avait de plus méritant, et je crois pouvoir'affirmer que la beauté du jardin d'été, si étendu qu'il soit, ne cédera, dans son .genre, rien à celle du jardin d'hiver. - Le potager est au niveau de toutes les autres cultures. Toutes les bonnes races.de légumes y sont propagées ; les arbres fruitiers y sont conduits avec un savoir et une habileté rares, même à notre époque où l'art de la taille des arbres fruitiers a fait tant de progrès et où il' est étudié avec soin par un grand nombre de jeunes horticulteurs.

Ce qu'il y, a de plus remarquable, c'est l'installation destinée aux primeurs et l'habile emploi qui en est fait. Je n'ai pas cherché à compter les châssis destinés à cet usage ils étaient trop nombreux pour cela, mais j'ai vu dessous, au 10 avril, des melons prêts à "mûrir, des haricots verts dont on récoltait la


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quatrième saison, des asperges do toute beauté qui, deux fois par semaine, depuis le 1er janvier, sont coupées et servies sur la table de leur maître. Les fraisiers -des meilleures variétés (Marguerite Lebrelon, Kec plus ultra, etc.) sont dans l'état le plus satisfaisant et en si grand nombre que depuis longtemps déjà, les fraises sont livrées très-abondamment chaque jour à la maison de M. Marne. Enfin une belle culture d'ananas complète l'ensemble des végétaux comestibles.

J'ai été heureux de voir que notre Touraine, elle aussi, avait un modèle à donner aux primeurisles. Ici où toutes les cultures sont si admirablement faites, nous étions depuis longtemps dépassés par nos voisins, et j'espère que les succès obtenus par M. Paquereau, stimuleront le zèle de nos maraîchers, et qu'à l'avenir, au 15 avril, les fraises ne se montreront plus au nombre d'une douzaine, divisées dans des petits pots à fleur, à la devanture de deux ou trois magasins privilégiés de notre ville.

J'ai marché bien vite dans le résumé de mon exploration du jardin des Touches et je n'ose regarder en arrière, effrayé que je suis de tout ce que j'ai omis.Cependant, Messieurs, rien ne s'est offert à mes regards qui ne fût digne de vous être signalé, et j'ai dû me faire une grande violence pour me renfermer dans des bornes aussi étroites.

Surpris par l'admiration que j'éprouvais, j'ai voulu faire un retour sur moi-même et trouver un point au moins où une juste critique me fût permise. J'ai cherché en vain, mes yeux devenus investigateurs et curieux d'une faute n'ont rien pu découvrir. Toute l'horticulture des Touches est non-seulement bien, elle est parfaite.

Personne n'a jamais fait mieux que M. Paquereau, le chef des cultures de M. Marne, et personne ne fera jamais mieux. Et cependant, seul il dirige toutes les cultures ; sa direction dévouée, savante et intelligente suffit à tout. Le nombreux personnel qu'il a sous ses ordres ne reçoit d'impulsion que de lui. Son activité et son amour pour son oeuvre lui font trouver le temps et lui donnent la force de tout surveiller, de tout ordonner. Ses journées, parfois ses nuits même appartiennent à la mission qui lui est confiée et jamais il ne songe à lui en distraire une partie. Aussi, Messieurs, il obtient un succès exceptionnel et partout on trouve, dans les produits de son travail, la preuve qu'il est, non-seulement un horticulteur hors ligne, mais encore que son dévouement à ses devoirs et son zèle sont dignes de l'attachement et de l'estime que lui porte M. Maine et que nous partageons tous.

O. LESÈBLE.


... — 233 — "'. //, ' NOTES 'VITICOLES:":;'-7;.777^

/BûUTMM'if nMn CIEVIw

Un bel esprit-du xvn? siècle, Saint-Amand, un peu oublié aujourd'hui, infligea, certain jour, le châtiment le plus cruel à son ami Faret, autre bel esprit non moins oublié. Atteint d'une de ces défaillances subites inexplicables, dont les plus grands coeùrsne sont pas exempts, le bon Faret avait lâchement reculé au dernier moment devant un pique-nique organisé à la Pomme de Pin-.■par- la.Société poético-bachique des Goinfres, dont il était dignitaire. Lé vin étant tiré, mieux eût valu le boire. Mais tous les efforts de Saint-Amand échouèrent contre l'obstination deson ami.

1 Ce fut alors quédans un magnifique mouvement de légitime colère, ilimprovisa F éloquente objurgation qui commence ainsi :

K On fait à savoir que Faret

./:/ / ,//- i « /Ne rimé plu s à cabaret,

« Ce seul départ l'en rend indigne : .///.;/ «Il est dégradé de la vigne!...

/Tout infamante que soit une pareille peine, trop douce énçorè/serait-ellè pôur/mpi, qui n'ai d'ailleurs rien de commun avec le sieur Faret, auteur de l'Honnête homme, ni sa dévotion à Bacchus, ni son. culte pour les Muses, si j'étais coupable de l'hérésie dont M. deMonfort me gratifie par inadvertance. Il faudrait pour le moins réunir en concile oecuménique... non, je voulais dire oenologique , les futurs membres de la Société centrale de viticulture (à naître), et'me condamner à être brûlé vif sur un bûcher de vieilles futailles,alimenté par des souches de vigne et des sarments bien secs arrosés d'esprit de vin, ou mieux encore d'esprit de betterave, pour rendre mon supplice plus cruel. II faudrait honteusement noyer ma cendre dans la rivière, de peur qu'un caprice du vent ne l'emportât sur quelque vignoble, qu'elle pourrait bien infester d'oïdium.

Moi blâmer le mélange à la cuve de différents cépages ! Mais j'ai dit tout^^ le; contraire! J'ai dit que si j'étais partisan, quant à la.plantation, de la maxime Chacun chez soi, je mélangeais néanmoins dans la confection des vins, tels et tels cépages


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dont j'ai donné les noms ! ne refuse pas de marier ensemble plusieurs espèces, mais ce que, je ne,yeux pas, c'est que les futurs époux courent ensemble le Guilledou, et compromettent, par des fréquentations trop intimes, la dignité comme les bons résultats de; leur/alliance à venir. N'est-ce pas là ce qui s'appelle agir en bônpère de famille ?/

Que mon trop indulgent, mais inattentif interlocuteur prenne la peine de me relire, il verra combien mon orthodoxie oenologique est complète.

Ce n'est pas, au moins, que l'opinion dont je nie défends ne :puissé être soutenue.à l'aide d'exemples concluants. ,, .. Sans même aller chercher ces, exemples,en Bpm'gogne, ,en .Hongrie, ou ailleurs, pn en pourrait trouver en Touraine, dans le canton de Vouyray, dont les excellents: yins/proyieniièntdu Pinot de la £<we;dans eéluideBourgueiL^ fournit des yins rouges renommés. Mais je: sais parfaitement que dans la plupart/des vignobles dé:marqua meilleurs (résultats/par un intelligent;, mélange/:de/cëpages,/et: j'en agis, ainsi dans, liia tontejpetite sphères : '.,,, ,■;,■, ,-////'////': Seulement,; il faut des époux assortis: Il tant adjoindre: à un /plant &nf, aromatique, un xaismùn peu corsé; riche en sùb.stances/astringentes et, conservatrices," il faut associer/les cépa-. ges colorants dans une proportion indiquée par lé goût de l'acheteur. Ilfaùt.... Que néfaût-il'pas'ènCoré ?

■ Ce serait une grave, 'erreui' que de croire le résultat aussi facile à atteindre qu'il le semblé, tout d'abord; et bien des tâtonnements sont imposés à l'homme prûdéht désireux d'améliorer sesproduits sans rien compromettre. / Il ne sùffitppint, eh effet, de tirer d'un vignoble renommé un cépage réCommandabie, et de -le placer dans des .conditions - aussi râpprochéesqùepossibiéde celles bùil a vécu jusqu'alors. Ce serait mal comprendre 1 l'idée eomplexè que représente le mot d'acclimatation lorsqu'il s'applique à la vigne, où tout au moins à des cépages qu'il s'agit de; mélanger à d?autres ■préexistant danslè vignobjs^ /. '; - ■■/./'/

Le point capital en pareille circonstance est de faire disparaître lés différences qui peuvent exister quant aux époques de

maturité./ ; : ";'.'■- / /-.:,..:- ■/■:/:::.::

1 Tous lés éfforts/dbivént ■ être dirigés dans ce sens" ; Obtenir •Une' maturité simultanée pour les cépages; que l'on veut mélanner à là cuve]. Si donc On importechez soi mi Cépage un peu hâtif, 11 faudra lui donner; le; sollé moins chaud et le moins bien expose.- Ili/faûdra le tailler en dernier lieu; et lètailler long plutôt que court. Est-ce au contraire un 'cèpàgé tardif^ on opérera en sens inyerse,;:dh emploiera à^ -ments Calcaires. Du/reste ohâgiràtpujbùrs sagement èii-pfenant


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chez soi, sur les sujets importés, les boutures destinées à propager le nouveau cépage. Très-certainement le résultat final, la simultanéité de maturation pour les anciens et le nouveau cépage sera hâtée par cette manière de procéder. Tandis que si on fait venir du vignoble éloigné tout le plant nécessaire à la superficie que l'on veut peupler, les déceptions pourront bien être fréquentes, malgré les soins minutieux de plantation et de culture.

Ce qui précède me fournit une'transition des plus naturelles pour parler boutures et plants racines.

M. de Mon fort qui, par modestie sans doute, se pose en disciple attentif (attentif? pas trop), alors que ses observations si pleines de sagacité semblent révéler un maître, M. de Monl'ort, dis-je, m'annoncequ'flyauraeontroversesurplusieurs points de ma doctrine.

Tant mieux, parbleu ! si ce n'est pas à moi qu'elle profite, peut-être sera-t-elle utile à quelques-uns de nos lecteurs. Mais, comme je n'ai fait qu'énoncer certaines opinions, et que je tiens à ouvrir à deux battants la porte aux contradicteurs, je vais expliquer pourquoi je préfère la bouture au plant enraciné, et pourquoi je n'aime pas le fumier dans.les vignes. J'encours bien un peu, je ne l'ignore pas, le reproche de rabâchage. Cependant, après tout, lorsque j'ai rendu compte ici même de l'excellent ouvrage du D 1' Chapelle, sur la viticulture charentaise. j'ai dû me borner à effleurer ces considérations. Il ne sera donc pas hors de propos d'y revenir. Quelle que soit d'ailleurs la réserve avec laquelle il faille, en viticulture, poser des principes, pour ne pas s'exposer à les voir journellement contredits par les faits, lorsque viennent à changer les conditions géologiques et d'altitude, le climat, la nature du cépage, le goût du consommateur, etc., on ne saurait méconnaître, néanmoins, que les lois de la physiologie végétale sont partout les mêmes. Je pense donc pouvoir, sans témérité, discuter les phénomènes qu'il m'a été donné d'observer, pour en déduire certaines indications générales. v

Un végétal ligneux comme la vigne, que l'on force, par sa mise en pépinière, à émettre un grand nombre de racines traçantes, peut-il rationnellement se bien trouver de la transition brusque et des mutilations qu il lui faut subira sa deuxième ou troisième année?

Bon terreau, binages fréquents, paillis, arrosage au besoin, voilà son régime. On ne lui demande que de se laisser vivre, il dépense et ne produit rien. Je vous laisse à penser si l'existence lui semble douce et si le gaillard en profile. Puis, au bout de deux ou trois ans, le pauvre diable se voit brusquement arraché à sa pépinière, à son régime succulent. 11 étendait indéfiniment ges racines dans de bonne terre bien meuble. On les


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rogné, Oh supprimera rhême parfois un ou/deux nçeuds enracinés •pour' ne' conserver que le régime'radicùlaire'supérieur. Puis} oh le planté avecassez peu; dè'précàùtibn dansun sol qui diffère plus ou moins de .celui de ht pépinière àù pointdè vue géologique, mais qui,'dans tous lés' cas} lui sera constamment inférieur'Sous; le rapport de. la richesse /en jmrhus ;et/de. l'état d'àmeûblissemeht/ :. /■"," ;'/■ ''.'■/■.'/■'.'"

L'existence en pépinière a provoqué, ,je Tai dit, le déyelpppement anormal et rapide des raCinës/trâëantes, Ces organes, plus particulièrement destinés à fàvbrisei/lafrùctification, vont se mettre à fonctionner d'une manière,en quelque sorte prématurée. Le cep donnera dès fruits avant d'être muni d'une bonne racine, quasi pivotante où racine-mère, chargée de ; puiser, dans les couches inférieures du sol,"lés -éléments nécessaires à l'accroissement ligneux./Non-seulement cette misé à fruit prématurée influe sur la vigueur à venir dû cep, mais les racines traçantes de/chaque cep finissent par se rejoindre trop tôt, elles 3 enlèvent trop vite aux, couches supérieures du sol les /éléments fertilisants qui s'y trouvent contenus, et que l'atmosphère y dépose sans Cesse/Qui n'a vu au moins/une fois, un de ces enfants gâtés, un de ces petits prpdiges;/qui font ràdniiration universelle? Ils savent tbut, à/dix ans/ Ils raisonnent, ils discutent, leurs réparties sont Charmantes; leur mémoire phénoménale. A dix-huit ou vingt ans ; ils sont; fruits secs d'une ;écoië bu d'une autre !/ / / / '' /"

/ /Examinons maintenant comment se passent les choses, lorsque là plantation à lieu par boutures,-

Un oeil tant soit peu exercé; peut vérifier par ayanceles qualités dû plant. Sarments dé moyenne grosseur pu môme petits, noeuds rapprochés, canal /médullaire assez '' étroit, pédoncules des grappes cueillies à la dernière récolté;; voilà des indices généraux de fertilité. La houture enfoncée'"verticalement à-uneprofondeur variable, suivant là qualité du; soi et du.sous-sol, émet ses radicelles dans la petite zônè dé terreau dont elle est entourée. Cette .zone est fort restreinte, lés petites racines en ont bien vite yula fin". Elles continuent néanmoins à s'allonger, à pénétrer dans un sol moins riche, mais leur entrée dans Cette terré, relativement ingrate, n'a été précédée d'aucune mutilar tion, d'aucune aération. Les points d'attache, de jonction, entre le système radiculaire ou souterrain, et le/systènieaerièh., 1 con; tinuént à rester enfouis dans' un nrltietf "riche en hunïûSj dont les éléments né s'usent qu'avec léiiteùr. La racine pivotante croît en même temps 'que les raéinës traçantes; si là profondeur delâplântationaétéhien calculée.Et finalement, le eepse met à.fruit lorsque sa vigueur végétative lui permet de supporter cette fatigué. Si le cep à été plante trop avant,-: lès racines trà-


'■-''—. 23? —.

çantes. seront plûs/lentes à se/formeri,.et:à/se:deyelppper.,;parce que là couche de. terréi qui lès reçpuvrè//o|>ppSë un trop-grand obstacle aux inflùerices atmosphériques, La raeine-mèrè prend les; deyaùts,/là;mise à fruit est reiardée./,///,,: /;:.'

■ : Si enfin la profpndéuV est par trop considérable, cette, mise/à fruit pourra ; bien n.'avoir jamais lien, /et le cep rester, '.stérile.,' ou, s'il donne des fleurs, né pas retenir de fruit, devenir co,ulard, comme on dit en Touraine. Et cela, .bién/qu'irprpvienne d'une souche-mère très-fertile. Dans ce cas, la végétation du cep sera toujoursluxùriante, toute/là; sèye tournant au bois;. Jè.m'aperçois que jè.niésuislajssé aller un peu amoroso à tous les développements qû^

remploijdû fûmiér, ne: saurait trouver -placé/dans cet article, sansl'allb'nger/Pûtre mesure../J'en ferai, si/notre excellent directeur le permet, l'objetd'une^seconde causerie. ,^

La Brëtonniêre, 28 mars 1868 - : G/DUCLAUD. (De Mettray)^

DU llflil: DE : SES EFFETS mMi fIITE II,

J'ai; a plusieurs reprisés;- manifesté màn;peù de prédiléÇtipri pour l'emploi du fumier de ferme dans Tés vignes. Que l'on veuille bien me permettre d'y revenir encore. Lès propagateurs de la taille longue reconnaissent,' eux-mêniës, "la nécessité de fumures fréquentes pour entretenir la fertilité des vignes conduites d'après leurs indications ; ce qui, soit dit en passant, s'accorde assez mal avec cette théorie;' que la: taille longue fortifie la vigne,loin dé..l'affaiblir. D'un autre côté, la grande majorité des viticulteurs n'est que trop portée,à rechercher la quantité-/ avant tout. Elle ne semble pas prévoir qu'un jour pourrait venir où elle se trouverait avoir e ventre là poule aux oeufs d'or,;;elle mécphnaît les gravés embarras que ppurrait lui susciter ce que l'éminetit M. Pellicot appelle excellemment le fléau ■ de l'abondance, s'il venait à coïncider avec une qualité particûliêrejh/ent mauvaise.; :.;,:/: /; :;/.//

Nulle brànchè/de. la grande industrie agricole/ne doit, àmbli avis, admettre la théorie de l'art pour l'art. Il lui faut, àû contraire, toujours procéder rigoureusement par' doit et' avoir. :

Pousser trop:loin le raffinement des moyens d'exécution et. les rendre ainsi plus dispendieux; multiplier, àû point de lés exagérëi% là perfection dé l'outillage, lé fini de la main-d'oeuvre, les façons préparatoires ou d'entretien, c'est vouloir s'appliquer en quelque sorte le sic vos non vobis::.. dû poè'té. Mais entre -cette exagération■'■ et celle non moins regrettable;- qui -consiste à méconnaître presque complètement l'importance d'êiàqùa1868

d'êiàqùa1868 ■


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lité des produits, il existe un milieu sage, raisonnable, pratique. C'est dans une telle sphère que j'ai la prétention de m'être à peu près constamment maintenu ; aussi désiré-je prémunir mes confrères en viticulture contre certains entraînements insensibles peut-être, mais qui n'en existent pas moins. Je n'irai point, en guise de prolégomènes un peu pédantesques, rechercher les passages des classiques, à l'aide desquels on peut établir que lés vignobles renommés dans l'ancien monde ont péri victimes de la cupidité de leurs propriétaires, et sans plus me soucier dès Grecs et des Romains j'entre en matière.

S'il est contestable que le fumier de ferme puisse communiquer un mauvais goût au raisin puisqu'il ne le communique ni aux melons ni aux fraisiers plantés en plein fumier, il est néanmoins un fait hors de toute discussion : C'est que le vin se ressent d'une manière notable de la présence dans la vigne de telle du telle plante adventice. Citons la morelle ou douce amère, la mercuriale annuelle nommée ramberge en Touraine, roberle en Angoumpis, et' marcois en Poitou, l'aristoloche surtout dont le goût persiste même après la distillation, au point que le maître de chai le. plus ignorant, de Cognac, reconnaît immédiatement, à là dégustation, une eau-de-vie provenant d'un terroir infesté d'aristoloche. En Piémont, les vignes plantées au pied des noyers qui les supportent produisent un vin d'une saveur détestable. Le comte Odart avait/remarqué le goût particulièrement désagréable de certain vin dé/Vouyray, 4834, récolté dans une vigne çemplantée de mûriers. / /

Faut-il conclure de ces, faits à une propriété-spéciale à la vigne,.hnne idiosyncrasie, comme dirait un médecin? Et si on l'admet par rapport aux plantes adventices, et à certaines racines d'arbres douées d'une odeur sui' generis;:, pourquoi la repousser lorsqu'il s'agit du fumier? Je consens néanmoins à ne pas porter au débit du fumier le .méfait qui lui a été reproché avec raison/idisént lès uns, à tort, /selpn les ûûtrés. L'action physiologique du fumier ne réside pas là pour moi.

Les vignes abondamment fumées éprouvent dans leur puissance végétative une violente excitation; Leurs sarments présentent l'aspect de ceux des très-jeunes vignes. Lis sont comme eux gros, longs, abondamment pourvus de inoéllë; Le raisin a la grume tendre, mince, .peu colorée, susceptible de se déchirer aisément, d'autântplus disposée à pourrir, que l'exubérance des pampres rend plus difficile/et moins efficace: l'insojation si nécessaire à une bonne maturation. Cette analogie rie s'arrête pas à la vigne elle-même, ni au raisin ; le rnbùt est comme celui dès jeunes vignes, pauvre en sucre, abondamment chargé de substances mucilagineûses éminemment azotées. Ges substances ne sont transformées qu'en partie par l'acte de la fermentation;;!], en reste, un excès, cause /permanente de fer-r mentatipn ultérieure. '//-/i/^.'■',


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Théoriquement, je crois qu'il est possible d'expliquer cette analogie.

La jeune vigne a été en général très-abondamment fumée lors de la plantation. De plus, dans son exubérante croissance, elle a fait une énorme absorption des principes azotés, contenus dans un sol où elle n'avait pas encore végété. Ce bon appétit, apanage de la jeunesse, chez le végétal comme chez l'animal, ce bon appétit se modère un peu plus tard, au grand détriment de la quantité, mais au grand profit de la qualité du vin. Dans la vigne adulte, le raisin offre à l'analyse une proportion pour ainsi dire inverse de la précédente, plus de principes sucrés, moins de principes azotés. Mais, que l'on vienne à fournir de nouveau à la vigne , une importante dose d'azote par d'énergiques fumures, la plante l'absorbe, et dès lors, il est tout naturel que les produits immédiats accusent une augmentation notable sur la quantité d'azote qu'ils contenaient précédemment él que l'on pourrait appeler la dose normaleJe

normaleJe connais qu'un seul pays où l'emploi fréquent ol énergique du fumier soit non-seulement exempt d'inconvénients, mais encore aussi rationnel que possible.

3'entends parler delà partie des Charentes qui produit ces délicieuses eaux-de-vie de Cognac. La culture de la vigne dans ce pays privilégié viendrait au besoin confirmer ec que j'ai dit plus haut sur les effets physiologiques du fumier. Nonseulement il augmente la quantité, mais en appauvrissant le titre alcoolique du vin, en y'déveloprmnt une prédominance de principes azotés, il surélève la qualité du produit définitif, J'eau-de-vic. Donc, dans les Charentes, on fume énergiquemenl les vignes, on les mène bon train, on leur fait produire tout ce qu'elles peuvent donner; se préoceupantassez peu de leur durée. Courte et bonne, c'est leur devise. Et tout ceci, je le répète, estparfait ement rationnel, puisque, parle renouvellement fréquent, on obtient à la fois plus et de meilleurs produits, puisque, par la fumure énergique des vignes adultes, on arrive encore au même résultai.

Je me résume donc, et je dis qu'à mon humble avis, le propriétaire cultivant des cépages peu sucrés, peu colorés, à ._ grume mince, doit redouter l'emploi du fumier de ferme, surtout si le terrain de son vignoble est frais.

Quant aux viticulteurs qui, sans se trouver dans de semblables conditions, désirent conserver à leurs produits une certaine qualité, désirent surtout les préserver des altérations multiples qui constituent le revers de la médaille; à ceux-là encore, je conseillerai l'emploi le plus prudent, le plus modéré du fumier de ferme.

Combien, dans la majorité des cas", seront préférables les engrais végétaux d'une décomposition lente, qui allègent la terre du vignoble et communiquent à la végétation une excitation modérée, mais permanente et durable.

G. DUCLÀTJD, de Mettray.


ENGRAIS CONTRE LA CUSCUTE.

./Nous lisons dans le Journal de l'Agriculture de M. Barrai les lignes suivantes :

Parmi les engrais qu'il a étudiés, M. Gueymard mentionne lé compost de M. Danieourt, comme jouissant de la précieuse propriété de détruire la cuscute dans les luzernes. Il suffirait de Saupoudrer les places qu'occupe la cuscute, une fois la luzerne fauchée, pour voirie parasite disparaître. Si on pouvait compter sur l'efficacité de ce compost pour faire périr à coup sûr la cuscutedans tous les sols, M. Danieourt aurait rendu un véritable service à l'agriculture. Aussi, croyons-nous devoir signaler en quelques mots la nature et la préparation du compost, telles que nous les transmet M. Gueymard.

/Les matières qui entrent dans la composition de ce produit sont les /Suivantes :

//; 1,000 kilog. sel de coussin, dit sel de morue ; 500 — chaux éteinte à l'air ; S00 — cendres de bois ou charrée ; 700 — fiente de volaille, de lapin, de mouton, ou

tout autre fumier chaud, sans paille ; 300 — phosphate de chaux (farines de coprolithes).

"3,000 kilog. '

, 11 faut que le mélange des cinq éléments soii le plus intime possible. On doit le recouper plusieurs ibis à la pelle, le laisser fermenter quelques jours et le répandre ensuite à la volée, à raison de 300 kilog. par hectare. M. Danieourt indique que Cette dose est suffisante pour les céréales, les prés, les luzernes, les pommes de terre et le colza; il recommande, pour cette dernière plante et pour les céréales, de n'employer que la moitié dé la fumure avec la semence, et l'autre moitié en couverture àù printemps. C'est à l'expérience à décider si le compost dé M. Danicoun justifie sa réputation, en ce qui concerne la Cuscute ; toutes réserves faites à cet égard, il doit donner, Côinmesengrais, de bons résultats, les matières qui le composent étant toutes efficaces.

r;ïiÇ, Sud-Est publie, dans sou numéro de novembre, une lettre de M. Danieourt sur le prix de revient et les effets de son engrais sûr là cuscute, l'oïdium et les limaces. JNous en extrayons les passages suivants :


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« . . . . Avec le dosage de 300 kilog. à l'hectare, je ne réussissais pas toujours; maintenant je m'assure du succès en employant 200 kilog. par arpent de 42 ares. La cuscute des luzernes ne résisLe pas à ce dosage, si le compost est semé par un temps de rosée non suivi d'une averse. Toute trace de ce parasite a disparu de mes terres. Je n'en ai vu celte année qu'une seule touffe dans une jeune luzerne mêlée de trèfle ; quelques poignées de compost en ont fait justice.

« Mais voici un nouveau fait qui a une bien autre importance. Ce compost détruit, ou plutôt prévient l'invasion de l'oïdium. J'ai fait l'épreuve comparative que voici : au pied d'un certain nombre de ceps, j'ai mis, au moisdemai dernier, une poignée de compost recouvert d'un peu de terre ; un nombre à peu près égal d'autres ceps furent simplement soufrés une fois ; la plupart de ces derniers furent atteints d'oïdium; au contraire, aucun des ceps garnis de compost ne fui malade, et tous étaient ornés de grappes aussi nombreuses" que belles. »

M. Danieourt recommande aux viticulteurs ce curieux effet de son engrais et leur demande d'expérimenter" en 1868. Il termine sa lettre par l'annonce que le compost a éloigné les limaces qui, au mois d'octobre dernier, ravageaient les jeunes céréales.

Meyen tic cEéteKïpe les Cowptîïières.

J'ai un moyen jusqu'ici infaillible de détruire les courtilières; il est aussi simple qu'économique.

A la lin de septembre, ou plutôt vers le 20, sous notre climat, pratiquez sur quelques points du terrain infesté un trou carré ou à peu près de 60 à 75 centimètres de profondeur sur 30 de côté ; remplissez-le de fumier de cheval bien sec qui n'ait pas été mouillé ; tassez-le bien et recouvrez le trou ainsi rempli avec des tuiles, des pierres plates ou de toute autre manière.

Au mois de janvier ou de février, retirez ce fumier : vous y trouverez toutes les courtilières des environs; il m'est arrivé de les y compter par miliers.

Les forficules ou perce-oreilles sont encore plus faciles à détruire. Il suffit d'avoir quelques pieds à!Asclepias cornuti (herbe à la ouate). Au mois de juin, le haut des tiges en est rempli; ils y viennent de fort loin, et l'on peut les y prendre plusieurs fois par jour.

LÀCiXSI,

Président du Comice d'Aubin (Aveyron). [Journal d'Agriculture pratiqué).


— 242 — Ï)E&T.R/UGTION DE'è' ; INSË C:T;ËS

WTJîSIBTjES A L'AGÈICtlLTIJE/B; . .,

Les insectes qui vivent des végétaux ou de matières animales servant aux besoins de l'homme peuvent, lorsque leur multiplication s'exagère, devenir extrêmement nuisibles. Aussi la recherche des moyens pouvant amener leur destruction ou leur diminution a-i-elle été, de tous temps, considérée comme un des problèmes intéressant le plus directement l'agriculture.

Ces moyens de destruction, tous basés sur un même principe, l'obstacle"» la multiplication des insectes, ne peuvent cependant être généralisés, à cause de la manière de vivre différente de ces animaux, soit dans la terre, soit sur les feuilles ou dans leur parenchyme, soit dans la graine elle-même ; chaque procédé ne peut s'appliquer qu'à une espèce d'insectes ou à ceux dont le genre de vie est le môme. Ce ne sera qu'à l'aide de connaissances approfondies sur les conditions d'existence des insectes qu'on pourra indiquer, avec quelque sûreté, un remède aux maux qu'ils nous causent

Nous sommes d'avis que l'on doit chercher des moyens de destruction rapides et énergiques et qu'il ne faut pas s'en rapportera lanature, aussi souvent qu'on le fait, du soin de faire disparaître les insectes nuisibles.

L'alternanee des cultures, en privant les insectes du végétal servant à leur nourriture, amène nécessairement leur disparition et, si ce n:était aux ravages qu'ils peuvent exercer en quelques mois, pendant la durée d'une culture, qu'il fallût chercher à s'opposer, ce serait, sans contredit, la manière la plus sûre d'arriver à leur destruction.

Sans nier les bons résultats obtenus en multipliant le nombre des oiseaux et de différents animaux qui se nourrissent d'insectes , tout en trouvant ingénieuse l'invention récente du poulailler roulant, on ne peut se contenter de ces moyens vraiment insuffisants; il peut y avoir, en outre, de sérieux inconvénients à accroître le nombre d'alliés qui ne sont pas seulement insectivores et qui exercent souvent de vrais ravages dans les champs qu'ils ont défendus pour leur propre compte.


'-"■_. ---243 —

Si Ton, pouyàit obtenir à volonté l'apparition de certainsparasites vivant d'-inseetes plus redoutables qu'eux-mêmes à l'agriculture, "on aiderait/ainsi la nature qui procède le plus ordinairement de cette/manière, et. le résultat serait des plus favorables : mais, en pratique, c'est chose difficile, pour ne pas dire impossible/;

Il faut nécessairement avoir recours aux moyens mécaniques ou à l'emploi dp substances chimiques diverses qui/agissent d'une manière plus PU moins efficace.

Nous rangeons, parmi les; moyens mécaniques employés à la destruction des insectes et des petits animaux qui, tels que la limace, le ver déterre, etc.,vivent aux dépens des cultures, le labour, lé hersagëjlé roulage, car il est évident que les façons que l'on donne aux tërres.tout en ayant pour but d'enfouir la semence, dé la mettre dans les meilleures conditions de germination et de nutrition, dé faciliter les réactions chimiques qui s'exercent entre les éléments du sol et ceux de l'atmosphère, entraînent, directement ou non, la mort d'un grand nombre des animaux qui vivaient dans ces terres.

, On peut en dire autant de l'écobuage, de l'irrigation et de la plupart des pratiques agricoles.

. On objectera que les cultures sarclées, c'est-à-dire celles qui ont exigé lèplus de façpns,là Culture dé là betterave, dunavët,du colza, par exemple, sont cependant celles qui peuvent souffrir le plus des ravages èâùsës/pàr les insectes/Ici, la multiplication des insectes est due à la grande agglomérationdës végétaux qui forment',' leur alimentation préférée,1e sarclage n'a pas détruit l'insecte spécial à; une culture qui le placé dans les conditions les plus favorables à son développement. Ce sera dans ce/cas surtout qu'il faudra faire usage des moyens chimiques, tout en ne négligeant pas l'excellente recommandation de M. Blanchard, membre de l'institut, qui conseille de faire les semis de très-bonne heure, de manière que les plantes, lors de l'éclosion des chenilles,/ aient acquis une grande force, de résistance.

Toute substance Chimique, pour être^employée à la destruction des insecteSj doit remplir certaines conditions essentielles :

1° Elle doit être d'un prix très-peu élevé; sans quoi, elle ne pourrait trouver son usage dans une culture d'une certaine étendue ;

2° Elle ne doit pas avoir d'action destructive sur le tissu de la plante, car, en ce cas, elle ferait plus de mal que l'insecte lui-môme ;

3° Elle doit être inoffensive pour les personnes qui l'emploient et ne pas laisser, sur des récoltes destinées à i'alimen-


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tation de l'homme ou des animaux, des produits dé nature toxique ; -, ■ -■ '

4° Elle doit détruire l'insecte qui ,a nécessité son emploi ou, tout'au moins, l'éloigner bu entraver .sensiblementsa multiplication.

On comprend que la réunion de tant de conditions; soit chose si rare et si difficile qu'elle ait découragé■ùn/grand'nombre d'agriculteurs. / .-■■/.'. -.7;/"' / :'" '

Nous croyons, pour, notre part, qu'il y a autant de danger à renoncer à remploi des substances chimiques pour la destruction des insectes, qu'à leur attribuer, comme on l'a fait trop souvent, des vertus incomparables.

Nous ne pouvons donner, iei.les noms des produits si divers dont on a préconisé remploi. Nous croyons devoir ranger^ à côté de:ces matières, les engrais chimiques, le set marin, les sels ammoniacaux et surtout la chaux, qui n'agissent pas seulement en fournissant à la:plante les principes nécessaires à son développement, mais la débarrassent aussi d'un bon nombre d'insectes.

Le goudron dé houille, soit seul, soit mélangé à d'autres matières, est fréquemment employé comme insecticide. Ses sous-produits, tels que ràcide/phénique, les benzines/ lés huiles de houille, la naphtaline,/ ont! été essayes, surtout dans Ces dernières années, dans le.m'éme but, ëtj'.'ôn peut le dire, avec un succès véritable. ' ' ;

Comme c'est - à ces sous -produits que le : goudron doit ses propriétés antiseptiques, il est eertàiriqûé, àùfur étà mesure que lés corps extraits de ce ■ dernier seront mieux étudiés, c'est à eux qu'on aura recours dans les circonstances si nombreuses où l'on fait usage dû goudron. Il y aura tout avantage à se servir de matières bien --Isolées,-'- dont la dose pourra être plus facilement calculée. ; : ' ;/

Le goudron, étant un mélange, à quantités très-variables, dé ces diverses substances, peut produire des effets désastreux sûr la végétation, si, par exemple, il est trop riche en huile de houille et en acide phénique; il peut,- au contraire, avoir très - peu où pas du tout d'action, si, par une distillation prolongée, il a été presque entièrement transforme en brai,/c'est-à-dire s'il ne contient plus guère que du charbon. C'est probablement au manque d'uniformité d'un tel produit qu'il faut attribuer la différence des résultats que les agriculteurs ont retirés de son emploi.

Le goudron, et l'on peut en dire autant de son principe actif Je plus énergique, l'acide phénique, est, en outre, d'une manipulation assez difficile.


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La naphtaline, substance blanche, cristallisée, parfaitement neutre, qu'on obtient par la distillation du goudron, n'a aucune action sur les tissus et peut être impunément maniée. Elle ne coûte que 8 à 10 francs les 100 kilog., et, comme elle possède elle-même des propriétés antiseptiques incontestables, nous la croyons appelée à rendre service à l'agriculture.

M. Marsaux, inspecteur des forêts, a communiqué le 3 septembre 1863, à la Société d'horticulture de Seine-et-Oise, un travail important sur la destruction du ver blanc par la naphtaline. Les conclusions favorables du rapport fait sur celte communication ne laissent aucun doute sur les avantages retirés par M. Marsaux de l'emploi de cette substance.

Les expériences que nous allons indiquer ont été commencées dans un même ordre d'idées que les précédentes : destruction des insectes par la naphtaline. Elles nous ont conduit, disons-le dès maintenant, à une interprétation toute différente du mode d'action de cette matière.

Ce n'est pas sans une certaine hésitation que nous communiquons les essais que nous avons faits, car nous reconnaissons combien ils sont incomplets. Ce qui nous décide, c'est l'espoir que nous ne serons pas les seuls à les poursuivre, ce qui permettra d'élucider, dans un temps plus prochain, une question qui nous paraît vraiment intéressante.

Première expérience. — Nous avons pris SO kilogrammes de naphtaline blanche et nous les avons mélangés à S00 kilogrammes de sable fin. Après avoir, par le pellelage, rendu le mélange aussi intime que possible, nous l'avons fait jeter à la volée sur la moitié d'un champ de rutabagas, d'une contenance d'environ un demi-hectare, déjà envahi par l'altise.

Nous pensions que la naphtaline détruirait cet insecte. Il n'en fut cependant pas ainsi, car nous ne trouvâmes aucun cadavre d'altise; bien plus, plusieurs de ces insectes mis directement en contact avec la naphtaline n'en moururent pas'.

ÎNotre étonnement fui grand en voyant la végétation prendre de la vigueur, les feuilles n'étant plus dévorées par l'altise et tous les actes de la nutrition de la plante se faisant, par conséquent, dans de bonnes conditions.

Au contraire, la partie du champ de rutabagas qui n'avait pas été recouverte du mélange de naphtaline et de sable était, comparativement, dans un très-mauvais état.

En examinant attentivement ce qui s'était passé, nous crûmes recounaîlrc que, si la naphtaline.n'avait pas détruit l'altise, elle l'avait peu à peu chassée de la plante sur laquelle elle avait été répandue. Une sorte d'émigration d'insectes s'était produite : il semblait qu'ils eussent gagné la partie du


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champ où ils trouvaient des végétaux plus à leur convenance, n'ayant pas reçu le contact d'une substance qui les gênât dans leur aliméntation.L'émigration était, il est vrai, loin/ d'être Com^plète, bien des pieds> dé plantes n'ayant reçu qûë'peû.ou point de .naphtaline, mais cependant elle était vraiment très-seusible, surtout si l'on faisait la comparaison avec la partie du champ qui avait le plus souffert dés ravages dés insectes.

Deuxième expérience. — En expliquant, Comméiioùs venons de le faire, le bon résultat obtenu de l'emploi de lânàphtàlinë, nous arrivâmes, tout naturellement, à penser qu'il était peutêtre possible de faire, en agriculture, la part dés insectes, comme dans un incendie on fait la part du feu, c'est-à-dire que, en sacrifiant volontairement, complètement ou à -peu près, une très-faible partie d'une récolte, il- y aurait/moyen d'en 'préserver la plus grande partie.

Nous fîmes jeter a la volée, et cette fois à plusieurs reprises, notre mélange de naphtaline et de sable sur un nouveau champ de rutabagas, réservant une bande' étroite et latérale de la mênie culture sur laquelle on évita'•-, avec soin/'/tout: contact avec la naphtaline.

Voici Ce que nous ayons remarqué : les insectes ne furent pas détruits; ils s'éloignèrent des plantes'ou desi'. parties, de plantés recouvertes de naphtaline, pour se porter sûr les végétaux qui n'avaient pas été atteints par cette substance. Après de nouvelles aspersions de naphtaline et de sable, les insectes diminuaient, mais on nîen trouvait cependant que/très-peù de morts. '•'"//:-' /'/'"■■'/':;:/''':: //"'■y-/ >;■'■;•■■■

En même temps, la bande de rutabagas non saupoudrée de naphtaline était abondamment couverte/ d'altises ; les feuilles étaient profondément mangées,

La partie principale du champ présentait alors l'aspect d'une végétation aussi saine que possible, et/lès ipsectëS/y étaient comparativement: très-rares; II était fàCile de s'assurer qu'ils n'étaient fixés que sur des plantes exemptes de naphtaline, de telle sorte que, si l'opération avait encore été mieux faite , il est probable qu'ils auraient entièrement disparu de cette partie du champ.

Il semble résulter dé ces expériences que la haphtaline, lorsqu'elle est pure, ne tue pas les insectes et n'exerce pas d'action nuisible sur les végétaux, qu'elle agit en Contrariant les insectes dans leurs habitudes et en les forçant à chercher ailleurs leur nourriture.

Si nos conclusions diffèrent de celles de M. Marsaux quant au mode d'action delà naphtaline, cela tient à ce que cet expérimentateur a cru pouvoir employer, la naphtaline à trèsfortes doses et plus ou moins impure, parce qu'il l'enfouissait


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dans le sol. Nous Craignions que, répandue sur les plantes elles-mêmes, elle ne produisît des effets fâcheux sur la végétation; un tonneau dé naphtaline nonpurifiée avait été mis en dépôt sur un pré, et nous avions reconnu que la végétation avait été complètement détruite sûr une superficie de plusieurs mètres autpur du tonneau, et que lé terrain était littéralement empoisonné à une grande profondeur. Cet accident, comme nous avons pu nous en assurer depuis, n'ëtait dû qu'aux huiles de houille que contenait cette naphtaline, mais nous ne le savions pas encore et nous ne devions expérimenter qu'avec la plus grande réserve.

Dans les expériences quenous avons indiquées, nous ne nous sommes servi de la naphtaline qu'à Cause de son bon marché et des propriétés antiseptiques qu'elle possède. Nous croyons que dès essais analogues pourront être entrepris efficacement ayéc les matières les plus diverses; nous sommes persuadé qu'on pourra arriver à éloigner les insectes, à les rejeter dans une petite portion du champ où ohles réunira ainsi/pour mieux les détruire, en employant des substances qui agissent nonseulèment comme nous venons de l'indiquer, mais aussi en Cédant aux végétaux une partie de leurs éléments :: le succès de plusieurs engrais nous paraît dû à une/double action de ce genre., , ,:.-./" . ' "

/ Le naturaliste qui rechercherait quelles sbnt les rûatières qui, contrariant dans leurs habitudes; dans leur alimentation ou dans leur reproduction, les insectes les plus communs, leur inspirent une véritable répulsion et tendent à les éloigner, sinon à les détruire, ne se livrerait certainement pas à un travail stérile; car l'agriculteur, renseigné sur ce point, né manquerait pas d'en tirer des déductions conformés à ses intérêts et ne tarderait pas, en employant judicieusement les substances qui lui auraient :été indiquées, à augmenter le produit de récoltes sûr lesquelles les insectes prélèvent annuellement une si large part. / ';

Ê. PELOTJZÉ.


— 24.8 — ■

M-W ttïBlill--filtMH.:

L AVOINE': DE SIBÉRIE.

/En dçhors des lois de la culture, de la çpnnafesance/ de la teri'e, des principes/qu'elle doit;renfermer en quatttttés,suïfisàntës, il y aurait/ une étude très-intéressante à faire et qui, je le crois, a été inexploitée jusqu'à présèht/L'apprbpriàtioh dés espèces /aux terrains différents ,-. et le choix à /èù faire pour chaçuù de nous eu égard à son milieu,/ ^ :;

/Il/y a/làyèn dehors des conditions chimiques que je n'ài/pâs a considérer ici, le Côté physique des plantes-qui's'àccommb^ deroht plus,les unes que les autres de telle/^situation, de telle terre. ■:■■■■./ ;'--■/.;/

.Pénétré de ces faits, j'avais entrepris, une série &:études-de ce genre, et après avoir essayé comparativement toutes Tes sortes de blé, même celui/dès Pharaons^ j'en étais arrivé à n'en distinguer aucune : toutes deyenaient/presqûéégalètoerit belles, toutes versaient, et le choix n'était, réellement "guidé par rien, ■'..■'.'. '.■'..- '■■"','

■J'en; étais là, lorsque le -hasard me fit lire uùè 'ànnèneë d'un certain ô^e hybride Gall'and./ ; . , 77

.." Je; pris,des informations sur là;provenance, ./là'/fixation"dé l'espèce, les/procédés culturàux,employés potir l'obtenir^ /afin d'avoir les éléments d'appréciation nécessaires poûf ;mJéxpliquér les rendements de 50 et 60 heetoL à l'hectare anpenèés par le vendeur. / ;

L'expérience seule pouvait m'instruire, et- moyennant un prix peu agricole, 120 francs; j'obtins un hectbl. de ce blé qui n'était pas même criblé. T

Le procédé était commercial, peut-être, mais le déchet;de 10 0/o que j'obtins au nettoyage; portant lé prix de revient à 132 francs l'hectol., je commençai à redouter ùnë iflystifieation. ';

A tort ou à raison, j'augurai mal de l'avenir, et au lieu/dé semer ce;blé dans une bonne/terré,je le fis placer sur un morceau de 5,500 mètres carrés, le long d'une futaie de vieux


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chênes, dont les racines parcouraient complètement le sol. Le •JO octobre 4866, le blé était en terre dans les conditions suivantes :

Calcaire exclusivement de fertilité inférieure-, diminuée par l'absorption des racines des chênes contigus, deux labours, pas de fumure, autre que le reliquat laissé, en 4866, par une culture de vesce d'hiver sur engrais chimiques ; somme toute, mauvaises conditions.

L'hiver 4866-1867 fut pluvieux, le printemps le fut davantage.

Au mois de février, la pièce présentait l'aspect d'une véritable prairie; avoines folles, agroslis, phlox, rave sauvage, occupaient la terre concurremment avec un blé à feuilles larges, il est vrai, mais qui ne présentait rien d'extraordinaire.

JSTe pardonnant pas à ce dernier le prix qu'il m'avait coûté, je ne le fis point sarcler; la fin de mars arriva, et c'est de ce moment que commença ma surprise.

Le blé prenant brusquement son essor, dépassa, du 4 0 au 26 mars, de OÂo cent, le niveau des plantes adventices; je constatai un tallement de 4 7 à 4 8 tiges à épis sur la même souche; les feuilles, d'un teint noir, avaient de 0,047 mill-. à 0,023 mill. de largeur.

Bref, une apparence de vigueur que je n'avais jamais constatée sur aucune espèce.

.le me pris à regretter mon manque de soin, et lorsqu'avril arriva, au moment dérouler, les pluies vinrent avec une telle persistance que je ne pus le faire que dans les premiers jours de mai.

Ce travail fait, j'en vérifiai le résultat.

La hauteur des mauvaises herbes m'avait ' caché l'état du pied, et je constatai que j'avais eu le plus grand tort de rouler et que 0,30 cent, au moins de chaque tige étail couché à plat.

Vers le 43 mai, les épis se montraient les uns barbus, les autres sans barbes.

La croissance de la tige était constante, et je constatai à cette époque une hauteur moyenne de 4 m. 70 cent.

A la fin de juin, le champ présentait un aspect splendide. -

Les épis avaient en moyenne de 4 0 à 44 cent, de longueur avec six rangs de grains.

La croissance verticale s'arrêta là, et les premiers jours de juillet ayant été très-chauds, le 4-2 je faisais couper le blé qui était déjà devenu la proie des oiseaux depuis le 6.

Pendant trois jours je le laissai en javelles; le 4 3, il était lié et me donnait -526 gerbes.

Le 20, il était battu et rendait pour 90 litres semés :


— 250 —

'4° 290 gerbes de paille de 4 S kil., soit 4,350 kil.

2° 444 doubles déealilres, chiffre auquel il convient d'ajouter 7 doubles manges par les oiseaux et 4 doubles provenant des râtelures du champ après l'enlèvement de la récolte. Soit donc 44 4 et 44 =r 422 doubles.

Passés au tarare, les H 5 doubles en laissèrent 408 net, en négligeant les 7 doubles disparus par le fait des oiseaux.

Ce chiffre correspond donc à un rendement de 430 doubles à l'arpent, ou 495 doub. à l'hectare, et en paille 5,270 kil. à l'arpent, ou 7,895 kil. à l'hectare.

Ros blés de Saint-Laud, cultivés à côté de celui-ci et sur une surface égale, ont rendu :

À l'arpent, 44 doub. de grains et 2,004 kil. de paille. Les ouragans de la mi-juin l'avaient roulé à plat, bouleversé en tous Sens, tandis que son voisin s'était incliné pendant deux jours, puis s'était complètement relevé, malgré le vent, la pluie, les mauvaises herbes et le rouleau.

, J'avoue que ces résultats me parurent prodigieux, et pour compléter mon expérience je voulus le soumettre au moulin en concurrence avec le blé de Saint-Laud.

Je fis donc nettoyer rigoureusement les meules, les tamis, et je fis moudre sous mes yeux un hectolitre de blé de Saint-Laud, qui pesait 75 kil.

J'en ai retiré :

50 kil. Fleur.

5 kil. 5 Recoupes. 47 kil. 8 Son.

4 kil. 7 Perte.

75 kil.

Je fis ensuite nettoyer à fond tout le moulin, et après avoir vérifié moi-même la netteté de tous les organes, je ûs moudre i hectol. de blé hybride du poids de 75 kil. 700.

J'en récoltai :

60 kil. Fleur.

4 kil. 7 Recoupes.

9 kil. 5 Son.

A kil. 5 Perte.

75 kil. 7

En tenant compte de tous ces différents résultats, j'obtins donc les rapports suivants :


.—.251 —,

Le blé de Saint-Laud a été au blé hybride, récolte 4867 :

■ ':-: : 4 : 3,44 comme grain- : ,:

■■:- : ■':■.-; 4 : 2,62 comme ..paille* ; "'■-.:' : 4 : 4,20 comme rendement en fleur. : :■ 1 : 4,40 comme rendement total de farines, eu égard au rendement total en grains.' :." ;,;,:■ 4,86 : 4 comme son.

: : 60 : 72 comme rendement en pain pour 50 kil. farine et 60 kil. hybride.

Ou: bien pour résumer tous ces rapports en un seul, un arpent de blé de Saint-Laud eût donné 440 kil. fleur, tandis que l'hybride eût donné 4,560 kil., ou bien en pain, le SaintLaud eût fourni 492 kil. pain, et l'hybride 4,872 kil.

N'y a-t-il pas là de quoi frapper l'esprit d'étonnemeht ? Voici deux espèces de blé différentes, toutes deux dans une terre moins que moyenne et qui utilisent d'une manière si différente la terre en question? N'y a-t-il pas là un argument irréfutable en faveur de là thèse énoncée au commencement de ce compte-rendu?

J'ai voulu pousser jusque dans ses derniers/retranehements la comparaison, et je me suis adresse à la chimie pour savoir dans quelle proportion variaient les éléments constitutifs.

J'ai trouvé sur vingt et quelques essais une moyenne de gluten (partie nutritive) inférieure d'un tiers à la quantité renfermée dans les farines dites de première, et d'un quart seulement pour les farines ordinaires de consommation.

J'appliquerai donc ce résultat à ma comparaison finale et je dirai que., cultivant un arpent de Saint-Laud, j'aurai 492 kil. pain, tandis que cultivant un arpent en blé hybride j'en aurai 1,404 kil. (4,872 kil. diminué d'un quart) de qualité nutritive exactement semblable, mathématiquement égale. ,

' Des rendements supérieurs aux miens ont été obtenus, je le sais, et il me restera deux points à vérifier, tous deux de grande importance:

Dégénérescence de l'espèce comme caractères physiques et comme rendement.

L'expérience et le temps peuvent seuls fournir la réponse à ces deux points.

Cette année encore, je suis certain du maintien de l'espèce.

Le champ qui porte la récolte présente une hauteur moyenne

de 2 m. 40 à 2 m. 43; les épis ont une longueur qui varie de

c0 m. 09 àOm .44, et le froid a été sans influence aucune sur

cette admirable plante, là plus rustique, la plus solide de toutes

ses congénères.


— 252. —

Je compléterai cette notice parles résultats, de la récolte correspondante. 'v V

Il mereste à entretenir les lectéursdes Annales d'uneespèce semblable comme rendement, ^appartenant à la famille des avoines. .. ;-: '; •■■■ "v;,''

'■ Un dé nos grands cultivateurs de Vauclusej M. le marquis de Jocas, eut l'obligeance de ni'envoyer, en janvier dernier, quatre doubles décalitres d'une avoine blanche;, pesant-53 kil. l'hectolitre.

Cette avoine, semée une seule fois, lui venait directement de Sibérie, où elle constitue la base de l'alimentation;;: elle y est semée indifféremment comme avoine d'hiver et; comme ayoine de printemps.

J'ai semé ces 80 litres dans une ;superficie d'environ 5,000 m., q., dans une mauvaise terre que j'ai soutenue par 200 kil. de guano du Pérou. .'■ Cette avoine a aujourd'hui 4 m. S0 de.haut. ■.Elle a des panicules- de .0 m. 24 de, hauteur, couverts de grains de bonne apparence. Je ne puis la comparer: qu'à l'avoine bilatérale de Hongrie, avec cette différence qu'un seul côté porte du grain, ce qui fait que comme indication, je L'appellerai avoine unilatérale de Hongrie. ,

Cette avoine est bordée d'avoine d'Italie, d'une part, et d'avoine noire de Brie, de l'autre, semées en même quantité, même surface, même fumure;' celle d'Italie a aujourd'hui 4 in. OS de haut, et l'avoine noire 0 m. 64..

Je suis convaincu que je récolterai 25 hectolitres de grains, ce qui confirmerait les indications de M. de Jocas, qui a obtenu, la campagne dernière, 47p. 4,

Lors dé la maturité et de la récolte ^je ferai connaître les chiffres exacts.

Il me reste pour terminer, à faire mention d'un essai trèsintéressant qui est maintenant en cours d'expérience;

J'ai semé, le 45 mars, 20 litres de blé'hybride, afin dé voir quel résultat j'obtiendrais. .

Je m'attendais à un échec; au lieu de cela, j'observe la même vigueur, lés mêmes caractères-., le même épi, le même tallement, et aujourd'hui 4 m. 80 de haut, l'épi de même longueur «t jusqu'à 4 4 tiges à épissur le même rgrain semé. -

Tous ces faits paraîtraient fabuleux si je n'avais pu les prouver comme je compte le faire à.notre prochaine réunion, 6ù je mettrai mes collègues à même de vérifier toutes mes ènonciations.

::'. Château du Haut-Brizay, par rile-Bouehard, juillet 1868. .

GOUSSAHD DE MAYÔLLES..

(A suivre).


::■;.:;■:,■ "<-:253; —

S ÙR UN BRAS PRO THETIQUE Invente par I. GRIPOUILLEÂU.

Le samedi 2 mai 4 868, plusieurs membres de la Société d'agriculture, auxquels s'étaient joints quelques médecins de notre ville, assistaient, dans un terrain vague de la rue de l'Archevêché. à une intéressante expérience, Un cultivateur tle la commune de la Ville-aux-Dames, qui, l'an dernier, avait eu le bras droit broyé par une machine, avait dû subir l'amputation de ce membre un peu au-dessus du coude. En présence .d'une pareille mutilation, personne n'eûi peut-être îiésiié à déclarer l'infortuné cultivateur hors d'élat de se livrer désormais aux travaux; des champs. Heureusement l'honorable médecin de Mcnllouis, M. GripouïHeau, déjà si connu par ses remarquables préparations anaiomiques et par ses nombreux travaux sur l'apiculture, n'en a pas jugé ainsi : il a pensé qu'à l'aide de quelques appareils simples et peu coûteux, il y avait moyen de tiier parti des mouvements assez énergiques que les muscles de l'épaule imprimaienl à un moignon d'une longueur encore suffisante. On sait que la solution de ce problème a été tentée depuis longtemps, avec plus-ou moins de succès, par nos plus habiles constructeurs d'appareils chirurgicaux, et que ce n'est pas d'aujourd'hui que date la construction des membres artificiels. Mais les résultats obtenus par ces artistes servaient plutôt à dissimuler, à un oeil peu attentif, une fâcheuse mutilation, qu'à donner ai'amputé des moyens efficaces de suppléer à la perte du membre et d'en reproduire les principaux mouvements avec énergie et précision.

Dans le cas qui, s'offrait à M. Gripouiileau, il ne s'agissait pas de doter son client d'un appareil coûteux et compliqué destiné à faire une passable figure sous la manche d'un habit et sous un gant habilement rembourré, ainsi qu'à produire, à grand renfort de ressorts, de leviers, de poulies de renvoi, des mouvements qui ne sauraient être, malgré l'habileté merveilleuse déployée par quelques constructeurs, qu'une assez triste parodie de nos mouvements naturels. Ici il n'y a pas d'illusion à produire, et le trompe-l'oeil est hors de saison. Un petit nombre de pièces de fer que l'amputé peut, lui-même et sans

1868' 15*


■ — 254 —

aide, adapter successivement avec sa main gauche à l'extrémité d'une solide armature embrassant lé moignon drpit et qui viennent se fixer au manche de l'outil qu'il s'agitdemanoeùvrer, voilà tout le petit arsenal que notre blessé transporte avec lui, et qui suffit pour l'exécution des principaux travaux du laboureur. — Faut-il conduire la charrue, manier le râteàii ou la houe, la bêche ou la faux,: faut-il sarcler, aiguiser la lame de la faux, saisir et fixer une branche pour la tailler à la serpe, M. Gripouiileau a tout prévu et notre cultivateur a, dans un petit sac pendu à son côté, l'outillage nécessaire à l'exécution de ses opérations variées. — Toutes ces pièces se montent et se démontent à vis avec facilité et promptitude, elles sont à la fois solides et légères et bien que très-ingénieusement agencées, elles né présentent aucune difficulté d'exécution.^ Elles peuvent être confectionnées dans le ;plus pauvre village, par tout apprenti serrurier sachant manier là lime, faire une brasure où tarauder un pas de vis, et lié reviennent pas a plus de 45 francs: . S/; '

M. Gripouiileau adonc résolu, de là manière la plus heureuse, le problème qu'il s'était proposé, et une expérience trèsconcluante a été exécutée samedi dernier à la."satisfaction d'une nombreuse assistance et à la satisfaction plus grande encore du cultivateur qui semblait heureux de montrer la facilité et la rapidité de son travail. 11 a manié devant nous là houe du vigneron, a fauché de l'herbe, a aiguisé sa faux lui-même, et a défoncé un sol en friche. Cette dernière opération est sans contredit la plus surprenante à voir exécuter par un manchot ; c'est celle qui exige le plus grand nombre dé mouvements successifs et'variés. Il faut, en effet, enfoncer la biche à peu "prés verticalement dans le sol, ramener vigoureusement le manche en arrière et en bas, faire basculer la bêche autour de la main gauche comme point fixe en .abaissant l'extrémité du manche avec le bras droit, puis imprimer à la bêche unimouvèment de rotation autour du manche comme axé afin de laisser retomber la terre. Nôtre amputé a exécuté tous ces mouvements avec une facilité, une vigueur, un entrainqui ont produit une vive impression sur tous les assistants. D'après le témoignage du maire et de l'iidjoint de la Ville-aux-Dàmes,:èe cultivateur fait valoir lui-même sa petite propriété, et grâce àson petit arsenal très-portatif, il fait sans aucune; secours étranger toutes lès façons de sa vigne. On ne saurait trop féliciter ftL gripouiileau^ du succès dé ses ingénieux appareils; c'est là un beau succès professionnel, et, ce qui est mieux encore, une bonne action.

;r DE TASTES. '-::ï:


,:.r...•■"/.. .--;255 —

:IÉBfl|:ÎW^|ilitKIDB ORAGEUSE.

MESSIEURS ,

L'intérêt que vous portez à toutes les questions de science qui se rattachent à l'agriculture m'encouragerait déjà à vous entretenir encore une fois des travaux qui, depuis plus de trois ans, font l'objet de mes études persévérantes; mais le concours si empressé et si bienveillant que la Société à prêté aux études météorologiques en votant, dans la limite de ses ressources, des encouragements à nos correspondants des communes, me fait, un devoir de mettre sous vos yeux un spécimen de la méthode suivie dans l'étude des phénomènes de l'atmosphère, des résultats auxquels elle nous conduit présentement, et des espérances qu'elle nous permet de concevoir pour l'avenir.

Jusqu'à présent, je m'étais borné à mettre sous les yp.ux de la Société, les résultats des observations relatives aux orages dans notre seul département. Par un concours de circonstances dont le détail aurait peu d'intérêt à vos yeux, j'ai été appelé a faire récemment un grand travail d'ensemble sur les orages qui, du 24 mai dernier au 2 juin 4868, ont sillonné le territoire de la France entière, et j'ai eu à ma disposition les documenLs émanés de plus de cinquante déparlements. C'est un extrait de ce travail que je prends la liberté de vous soumettre.

Vous savez, Messieurs, quelle a été l'exceptionnelle splendeur du mois de mai 4868. Ordinairement, à cette époque de l'année, le grand courant équatorial du sud-ouest s'approche de nos côtes, et les bourrasques ou grands mouvements tournants qui hantent sa rive orientale intéressent nos contrées et y causent de grandes perturbations atmosphériques. Le centre de ces bourasques traverse alors l'Angleterre et la mer du nord et leur bord méridional passe sur la France en nous donnant du vent qui tourne du sud au nord en passant par l'ouest. Ce bord, méridional, analogue à ce que les marins, dans les cyclones équatoriaux appellent le bord dangereux, détermine des orages,des pluies torrentielles, des coups de vent, et môme, quand la marche du météore amène sur nos régions les vents de N.-O., des nuits calmes et fraîches où règne un ciel serein se produisent assez fréquemment, et le rayonnement dû à la sérénité du ciel, agissant sur un sol mouillé produit ces cruelles gelées de mai, si tristement, célèbres dans nos contrées. Le joli mois de mai, dont tant de poètes qui, évidemment n'étaient pas Tourangeaux, nous ont vanté les charmes, est donc presque toujours ici fort au-dessous de sa réputation.

Mais cette année les choses se sont passées différemment.


—• 256 —

Par des causes qu'il ne nous est pas encore donné de pénétrer, le courant équatorial s'est fort éloigné, de nos côtes d'Europe ; cet état de choses dure depuis l'automne dernier. Les conséquences en sont faciles à prévoir, cette; intervention habituelle du courant équatorial: n'existant pluSj" nos hivers ne sont plus réchauffés, nos étés ne sont plus rafraîchis par l'air humide et à température constante de l'Atlantique, notre climat cesse d'être tempéré, c'est-à-dire doux en hiver, et frais en été ; il affecte le caractère des climats excessifs.-; les hivers deviennent rudes, les étés secs et brûlants. Si l'air reste calme et serein en toute saison, tout le monde comprend qu'en hiver le refroidissement produit par des nuits de seize heures, suivies de courtes journées, éclairées par un pâle soleil , amène, de notables abaissements de température,tandis qu'en été, des journées de seize heures, échauffées par le soleil'du solstice,et suivies de courtes nuits où le rayonnement n'a.pas le temps, de. produire son effet, doivent, au contraire, donner des chaleurs considérables.—Aussi, voyez ce qui esï;ar.rivé : en 4 868, la Loire s'arrête pour la première fois depuis trente ans, et l'été de 68, marquera probablement parmi les plus chauds du siècle.

C'est dans les conditions atmosphériques où se trouve maintenant l'Europe centrale et occidentale, :que se forment surtout les orages locaux. Si les brises faibles et indécises qui régnent alors,; transportent seulement sur nos régions .continentales fortement; ihsolées, l'air humide de l'Atlantique du de la Méditerranée, ces vapeurs se dissolvent dans notre air chaud et en tempèrent là sécheresse, en augmentent la transparence et nous donnent ces délicieuses journées d!été qui font Je charme de nos climats. — Mais il résulte du ealmêjde l'air et de la.présence de ces vapeurs invisibles une conséquence, fréquente. Le sol fortement échauffé par l'insolation, échauffe à son tour l'air des couches inférieures et détermine des courants ascendants. Ces courants vont rencontrer dans les. hautes régions de l'atmosphère les basses températures quiy rognent toujours, et de cemélange résultent d'abondantes condensations qui donnent : les orages, les pluies et les grêles. Un air calme et humide, un ciel serein, un soleil ardent, ^ sont les circonstances les plus • favorables à la formation des orages locaux, ;car elles déterminent la plus grande - différence .;de ; température ; entre les couches inférieures du sol et les couches supérieures; par suite la plus forte condensation possible de vapeurs produite par les courants: ascendants. — Plus la journée avance, /plus le sol s'échauffe, plus les chances de condensation augmentent, c'est ce qui rend compte de ce fait si connu, que les orageux locaux de la belle saisonse forment presque toujours à partir de 2 heures du soir jusqu'au coucher du soleil. ; - : Ce sont ces conditions qui se sont présentées sur toute la France pendant presque tout le moisde mai et qui ont amené la période orageuse du 5 au 42, et la grande période de la fin


^; — 257 ~ ■':■■■' '

de ce niois. — Dû 24 mai au 2 juin, pas un jour ne s'est passé sans que le tonnerre se soit fait entendre sur un point ou un autre dé notre territoire.' :";'.-..:-

Ces orages locaux peuvent donner des pluies torrentielles et même désastreuses dans des régions circonscrites, des grêles et des phénomènes électriques les plus intenses, mais leur caractère local-les rend précisément impropres a produire l'arrosement général du pays. Us sont loin de donner à la cohtréeces vastes pluies qu'amènent les courants équatoriaux etlès lignes dé bourrasques. — Aussi, écoutez les agriculteurs de presque toute la France, ils se plaignent tous plus OÙ moins de la sécheresse. : ;.

Je craindrais d'abuser de votre attention si je suivais pas à pas tous ces petits orages locaux qui ont Signalé les journées des 24, 25, 26, 27 mai ; le 28, les phénomènes s'àccentuerit et un orage d'une intensité formidable et :excèptionellë, ravagé la partie méridionale du département des Côtes-du-Nord, à tel point, que le bruit de ces désastres arrivé jusqu'à la tribune dû Corps Législatif.

J'arrive à la journée du 29 qui est le point culminant de la période; T '•-

Quand des orages formés sur des points différents viennent àse rencontrer, les phénomènes électriques atteignent une intensité remarquable et les grands désastres causés par les orages sont presque toujours dus à des conflits de ce genre. Les désastres des Côtes-du-Nord, en particulier, étaientcausés parle conflitd'tm orage ordinaire venant du sud et que nous avons vu passer tranquillementaùnord de notre ville, dans la soirée àu28,etunôrage Venant de l'ouest et marchant vers la presqu'île du Cotentin.

Mais la journée dû 29 nous réservait le spectacle d'un conflit sur une échelle encore plus vaste. :

Vers une heure de râprès-midi, des mouvements orageux se produisent dans les Basses-Pyrénées et les Landes, traversent là Gironde ; les observateurs dé Lot-et-Garonne; 'qui soupirent; après la pluie, voient l'orage passer au loin dans le nord-ouest et n'obtiennent pas unegouttè'd'eàù. --A. 2 heures, l'orage atteint la Charente-Inférieure, la Vienne et l'Indre ; à 4 heures, il plane sur rindre-èt+Loire et sur le Mainè--ét■ .Loire,"pu-il couvre de grêle la commune de Masé • à 4 heures et demie, il traverse là Sarthe avec dès allures violentes et inquiétantes; il couche quelques céréales, il atteint l'Orne et le Calvados où il dévaste la commune d'Ouilly-le-Basset ; à S heures, il est sur la Seine-Inférieure ; à 6 heures, il atteint laSomme et le Pas-de-Calais, et vers 7 heures, nous perdons sa. trace sur lés bouches de l'Escaut et là mer du nord. '.'"■• R emarquons que jUsqU'à l'Indre-et-Lôire, cet orage: a eu cfes allures assez pacifiques; chez nous, vous vous le rappelez, peut-être, il prend un/mauvais caractère, ij donné de terribles


— 258 —

tourbillons de vent qui soulèvent à une hauteur énorme des flots de poussière, il" casse ou déracine des arbres, verse des blés et des : seigles, et donne plusieurs coups foudroyants, notamment à Pernay et à Chemillé-sur-Dême; dans lé Loir-etCher, l'Eure-et-Loir, Seine-et Oise et dans l'Oise, jusqu'à Ja limite de la Somme, il atteint de fortes proportions. Pourquoi cette recrudescence subite? pourquoi surtout ces tourbillons de vent, cette pousssière qui trouble l'atmosphère et voile tous les objets comme le ferait une brume d'hiver, phénomène qu'on observe sur une ligne immense, allant de l'Indre-et-Loire jusqu'à la Somme en passant par Paris ?

JNous en aurons l'explication si vous voulez bien me suivre, maintenant surles bords de la Méditerrannée, —un orage se forme -vers A heure du matin sur le littoral de l'Hérault, vers l'arrondissement d'Àgde, s'étend lentement jusqu'aux premiers contreforts des Cévenues, plane toute la nuit sur le département, incendie au matin une filature à Gangés sur la limite du Gard, il envahit ce département ainsi que TAveyron et le Cantal, -r-r Divisé par le plateau central de la, France, lé groupe orageux Se bifurqué, un faible rameau descend vers le Sudouest, il traverse Tarn, Tarn-et-Garonne, et. vient se dissiper vers midi dans l'arrondissement de Saint-Gaùderis, (HauteGaronne).—-L'autre rameau beaucoup plus important ïemôûte la vallée du Rhône, s'enrichit d'un contingent qui lui est fourni par des orages venus de l'Isère et de là Eaute:Saoné, et, ainsi renforcé, va s'abattre sur lé ..■département du Rhône, qu'il parcourt du sudrest. au nord-ouest, suivant une ligne tirée de Givors à Tarare, et dévaste plusieurs communes sur son passage dans les cantons de Vàugneray et de l'Arbresle.-—Arrivé dans Saône-et-Loîre, cet orage considérable s'avance vers le nord et se bifurquesur le massif de la Côtè-d'Or, — la branche nord-ouest traverse tranquillement lés -départements 'de ryonhe,.;de la Nièvre, le Cher et le Loir-et-Cher, où 11 est arrêté parie couràiit du sud-ouest qui règne faiblementdàhs nos; départements occidentaux ; là, il plane quelque temps. : s'étend sur le Loiret, sur Sëinè-ét-Marne, et vers 4" heures du ..soir' il se heurte contre l'orage venu du sud-ôùest, et dont nous avons.précédemment raconté les péripéties ; c'est de ce conflit que résultent les phénomènes /.'intenses, dont le détail vient d'être donné. .,.'■'■■"■';'- :.l^ï-:

Labranche nord-est dé l'o'f âgé bifurque sur'la Gôte-d'br, contourne Ce massif, remonte la vallée de la Saône, atteint les MontsFaucilles et le plateau de Lahgres et descend dans la vallée de la Meuse; vers 7\héures du spii% elle s'étend sur une;partie du département dés Vosges et de la Meurthe, et atteint la Moselle vers 9 heures du soir avec une intensité très-affaibliè'", s'infléchit vers l'est, se dirige dé l'ouest à l'est dans ce département, comme si elle contournait les Vosges, elle passe sur la dépression qui sépare les Vosges du massif de l'Hondsruck et du


._...;.... . vi;— .259 ■—. :._ _

Taunus et pénètre dans le nord du département du Bas-Rhin, vers 44 heures du soir, l'orage très-àffaibli planait au Zenith de Wissembourg. ^— A minuit, nous perdons sa trace, il est sur le duché dé Bade et le Palatinat.

Je ne m'arrêterai pas à vous décrire les phénomènes orageux des 30,34,4er juin, qui ont à peine intéressé notre département, : et qui présentent au plus haut degré le caractère Circonscrit et . local des orages de-cette longue et remarquable période.

J'aurais atteint mon but, Messieurs, si, parlé tableau trèssommàire et très-abrégé de l'ensemble des phénomènes orageux dé la journée du 29, je suis parvenu à vous -donner- une idée dés résultats que nous espérons atteindre au moyen des observations simultanées de notre armée de correspondants, et justifier une fuis déplus, s'il en était besoin, à vos; propres yeux, les encouragements, que, pour votre part, vous•- avez accordés à ceux de notre départèrnent. —^ Jamais, jusqu'à; ce jour, ces imposants météores, objet chez tous les peuples d'une craintive admiration et.d'une religieuse terreur, n'avaient" été étudiés sur une aussi vaste échelle, suivis, épiés avec tant de soin et de méthode, par des milliers d'yeux et d'intelligences associés et concourant à une oeuvre collective.—-Déjà; la science a su démêler tout ce qu'ils renferment de bienfaisant et de réparateur sous leurs dehors imposants et quelquefois terribles; leurs manifestations extérieures, qui ont servi de textes à tant de poétiques et terrifiantes descriptions, voilent aux yeux de l'ignorant d'inépuisables bienfaits, cpihihe si lanature imitait ces hommes rudes et bons qui dissimulent, soùs des dehors désagréables et des formes brutales, lès services; qu'ils prodiguent généreusement. ; — Nous sommes loin de soupçonner peut-être encore toute l'étendue de ces services, nous sommes loin de pénétrer les mystères qui entourent , l'origine des orages ; nous ne savons pas où nous conduiront ces recherches patientes , ces matériaux péniblement recueillis dont nos arrière-neveux, recueilleront peut-être le fruit. — Marchons toujours dans cette voie de labeurs et de recherchés désintéressée et répétons pour soutenir notre courage, ces bellesparoles du fabuliste :

: Travaillons, prenons de la peine,,.:; ■■.'-. ;■•■: i:^; - •■', > :■:■■. C'est le fonds qui manque le moins.: > "i;;:,-.

,- Tours, le 40; juillet 4 868.

M. M'TASIËS. .':";>:,/„w>V


.dbservàtJtoïtB _Aét-0-6fog___es faites â _tô__is. :"i;;.^'-v; ;;';'';i';';:;;"':fe;Mi àé;T_STES :s -:,;....■.-, ,;

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Moyenne-du mois: 19°8.

Résùiriëdesnombres de jours de ' ...

Giêlbeau. ijfO; " — 0 8 Pluie , E1 ' ;6 Tent-du N. 8

id. peu nuageux, à; t/4 couvert —- 1 10 Neige •& . , ' N. E. 8

M; nuageux;, à 1/2.couvert — 2 5 Bosée ■'.■ , .15 '.. E. i

id. très-nuàgëùt à 3/4 couvert — 3 5 Gelée bl. -k .S. E. 1

id. couvert , • — 4 2 Gelée _. ■ S. i

id. vaporeux;; — v. Orage. Z 3 S. 0. 1

id. brumeux -—br. Grêle H Grésil o O. 5

N. 0. 5

KÔTA.— L'état du ciel est calculé sur la moyenne de la journée ; il en est de même de la direction du vent.

iDans les colonnes 2 et 3 on exprime les températures au dessous de zéro par le signe— ; l'absence de ce signe indique une température supérieure à zéro.

(1) Les cEiffres placés dans la colonne 7, indiquent la force du vent: 0 vent nul, 1 vent faible.

2 joue brise, 3 vent très-fort, 4 tempête. '


— 261 — ■■""..

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX.

Séance du M juillet A 868. «

PRÉSIDENCE DE M. FENNEBRESQUE , VICE-PfiÉSIDENT.

La séance est ouverte à une heure.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, le secrétariat a reçu les ouvrages suivants : -

Discours'de S. E. M. Pinard, ministre de l'intérieur, prononcé au Sénat à propos de la loi sur le droit de réunion. Quatre exemplaires transmis par M, le Préfet.

Projet de colonage viticole, précédé d'un examen de lasiiua,: lion agricole des pays maigres, sous le régime de la liberté çom-: merciale, par Georges Dupu5r, propriétaire à laBretèche, corn-: mune d'Orbigny. Don de. .l'auteur.,—- Xtes remercîments sont votés à M. Dupuy, et son ouvrage est renvoyé à l'examen de M. Lesèble.

Bulletins de l'Institut national genevois, collectioncomplète. — Rapporteur, M. Ressy.

[Le Suicidé, par Y. Lefebvre.

Correspondance. — MM. les présidents des comices de Loches et dé Chinon remercient la Société des médailles qu'elle leur a accordées, et l'invitent à déléguer quelques-uns de ses membres pour assister aux solennités agricoles qui auront lieu à Loches les \ 3-16 août, et à Richelieu le 9 août. En conséquence de cette invitation, l'assemblée délègue :

"Pour le comice de Loches, MM. Delphis de la Cour, PicParis, Turgan, Beurtheret et Mazereau;

Pour le comice de Richelieu, MM. Fennebresque, de Tastes, Beurtheret, Turgan, Barat-Pallu, &. Houssard, Ad. Delaroche, Mazereau, de Boissimon, et le docteur Pasquier.

La Société Philotechnique de Paris, en envoyant le tome XXIX de son Annuaire, demande l'échange de ses publications avec les nôtres. Accordé.

Avant d'entamer l'ordre du jour, M. Fennebresque signale la disparition de la rouille du blé, dans un domaine de Gham-.-; bray, en même temps que l'épine-vinette disparaissait dn voisinage. Cette corrélation semble indiquer que l'épine-vinette

1868 " 16


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serait la cause déterminante de la maladie du blé, comme l'établissait M. de Tastes, ii y a trois ans, dans un excellent rapport que la Société n'a point oublié.

Après cette communication, lecture est faite des comptesrendus des travaux des sections par les secrétaires respectifs. La section d'agriculture a choisi pour son vice-président M. Blanchard, inspecteur de la colonie de Mettray, et a décidé que ses séances auraient lieu désormais le dernier samedi de chaque mois. Quant à la section d'horticulture, elle a recruté onze nouveaux membres adhérenls, savoir : MM. Lacault, Gauthier-Loyati, Maille. Meilland, Pays, Brciagne père, Meunier, Mazereau. (Jean;, Pécault (Emmanuel), Blin et Bélisson.

L'ordre du jour appel) 3 la lecture d'une communication de M. de Tastes sur la méthode suivie dans l'étude des phénomènes de l'atmosphère, sur les résultats auxquels elle conduit présentement les observateurs, et sur les espérances qu'elle permet de concevoir pour l'avenir. Afin de donner une idée plus nette de ces divers points, le savant professeur lait l'analyse d'un travail d'ensemble qu'il a exécuté sur les orales qui, du 1!\ mai au 2 juin 1868, ont sillonné le territoire de la France entière. Le 29 mai a été le point culminant de cette période orageuse. Parti vers une heure de l'après-midi des BassesPyrénées et des Landes, l'orage traversait à quatre heures l'Indre-et-Loire où il prenait un mauvais caractère, et atteignait à la nuit les bouches de l'Escaut et la mer du JNord. En môme temps un autre orage partait des bords de la Méditerranée, remontait-les vallées du Rbône et de la Saône, et venait se heurter contre le météore du sud-ouest. De ce conflit résultait un ourauan furieux qui soulevait des tourbillons de poussière.

Cette lecture est écoutée avec un vif intérêt et renvoyée au comité oe rédaction.

M. Duclaud obtient ensuite la parole pour discuter ia question de l'emploi du fumier dans les vignes, et de ses effets sur la qualité du vin. Selon l'honorable membre, les vignes abondamment fumées avec du fumier de ferme, éprouvent dans leur puissance végétative une violente excitation, donnent un moût pauvre en sucre , mais riche en substances mucilagiueuscs éminemment azotées, dont une partie seulement se transforme par l'acte de la fermentation, l'excès demeurant comme une cause permanente de fermentations ultérieures et d'altérations. En conséquence, le propriétaire cultivant des cépages peu sucrés, peu colorés, à grume mince, doit redouter . l'emploi du fumier de ferme, surtout si le terrain de son vignoble est frais. 11 faut préférer dans la majorité des cas les engrais végétaux d'une décomposition lente, qui allègent la terre et communiquent à la végétation une excitation modérée, mais permanente.


— 26.3 —

Ces conclusions obtiennent l'assentiment de l'assemblée, et le mémoire de M. Duelaud est renvoyé au 'comité de rédaction.

M. Delphis de la Cour lit un chapitre détaché de son Étude sûr Ingres et les peintres dé son temps. Ce morceau, d'après le. voeu unanime de rassemblée, est réservé pour la séance publique académique.

M. Pàpiôn du Château communique quelques aphorismes. Ces pensées, courtes, bien frappées, toujours ingénieuses, échappent entièrement à l'analyse.

Avant de clore la séance, on procède, au scrutin secret, à l'élection dé M. Sautereau, ancien élève diplômé de la fermeécole dé la Nièvre, régisseur des cultures de l'Orfrasière (Nouzilly), depuis quatorze ans, aujourd'hui négociant à Tours, présenté par MM. Fennebresque, Blanchard et Letort. M. Sautereau est élu membre titulaire à l'unanimité des suffrages.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures.

Le Secrétaire perpétuel, C. CHEVALIER.

COMPTES-RENDUS DÈS TRAVAUX DES SECTIONS.

SECTION D'HORTICULTURE. —Séance du7 juin 1868, souslaprésidence de M. Belle. — M. Madelain présente quelques observations sur le Soufrage de la vigne parla voie sèche et par la voie humide. A ce sujet, il cite une expérience du docteur fruyot, tendant à démontrer que les deux moyens donnent également les meilleurs résultats. 11 s'agissait de vignes recouvrant une grande superficie et dont les cordons élevés de cinq, à six mètres au-dessus du sol ne pouvaient être facilement traités par la fleur de soufre. Le célèbre viticulteur eut recours aune dissolution de suif urede potassium, préparée dans les proportions de 33/100; il ût arroser avec cette liqueur au moyen d'une pompe la partie supérieure, c'est-à-dire les cordons élevés des cépages, et:traiter par la voie sèche.les parties inférieures des mêmes cépages. IL obtint sur toute la superficie le même résultat, c'est-à-dire la guérison radicale de l'oïdium.

M. Madelain rappelle quéM. Lesèble père avait employé aux

vignes en espalier de Rochefuret le traitement par voie humide

; et enjavait obtenu les .meilleurs' résultats. S'appuyant sur ses

propres essais, sur les conseils de M. Lesèble père et sur la

belle expérience du docteur Guyot, l'honorable membre engage


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ses collègues à utiliser les solutions sulfureuses pour lé traitement de la maladie sur les vignes disposées en espalier et en cordons élevés.

M. Fennebresque demande pourquoi dans l'opération du soufrage on a renoncé à la houppe pour se servir exclusivement du soufflet. M. Forest dit que le soufflet ayant l'avantage de mieux disséminer la fleur de soufre et de couvrir une plus grande surface en moins de temps, offre une économie dé maind'oeuvre et de matière première.

M. Lesèble regrette que les viticulteurs n'aient pas donné la préférence au traitement par la voie humide; il croit qu'ils y auraient trouvé une grande économie de main-d'oeuvre en même temps qu'un bénéfice sur la matière première.

Delà discussion .qui s'engage à. ce sujet, il semble démontré que l'application du traitement dé l'oïdiuhi par voie humide, est impraticable sur une grande échelle ;, à -cause' de l'impossibilité presque absolue de transporter dans, les vignes et principalement sur les Coteaux, degrandesquahtîtés de liqueur.

M. le président donne lecture d'une note de M. GUépinBouchard, dans laquelle cet arboriculteur fait part des observations que lui a suggérées l'étude de la dix-septième leçon d'arboriculture professée par M. Dubreuil dans le département des Deux-Sèvres, en 1867. M. Guépin-Bouchard est d'accord avec M. Dubreuil pour préconiser lés plantations d'arbres fruitiers en cordons, parce que lâtaille est à peu près la même pour tous les sujets et par conséquent plus simple et plus à la portée des jardiniers praticiens. L'honorable membre, après avoir longuement énuméré les précautions à prendre pour préparer le terrain et avoir indiqué lés conditions d'âgé et dé vigueur que.doivent; présenter les jeunes arbres; destinés à une plantation, propose de donner aux; cordons une forme toute spéciale, qu'il appelle «. Serpentinale » ou forme de cordon serpentant.

Cette forme donnée à l'arbre aurait pour effet de ralentir la sève et d'obvier à l'inconvénient que présentent toujours les arbres en cordons rectilignes et qui,est de se dégarnir à la base. M. Barnsby croit que la forme proposée par M. Guépin-Bouchard a déjà été appliquée en Touraine et propose de renvoyer le travail de cet arboriculteur au Comité des pépinières qui . sera chargé de l'étudier et de l'expérimenter, s'il y a lieu.

;M. Chatenay, dans un rapport surle radis-serpent ou mougri de Java," fait connaître lés caractères et lés propriétés de cette curieuse plante. Décrit par Linné,, dans son fascicule des plantes rares du jardin d'Upsal, sous le nom de Rqphanus caudatus, le radis-serpent aurait été cultivé en Angleterre dès 1815, par M. William Masters, puis aurait disparu des col-


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Iections. Ce fut en 1866 qu'un horticulteur de Chelsea, près de Londres, M. William Bull le présenta de nouveau à l'exposition internationale ds Londres, sous le nom de Radis queuede-rat. M. Bull fit savoir que c'était la silique qui était comestible et non pas la racine, et déclara que ses fruits croissaient d'environ trois pouces dans une nuit et atteignaient' jusqu'à trois ou quatre pieds de longueur.

Les siliques peuvent être mangées crues en guise de condiment ou en salade; on les conserve également dans le vinaigre.

Tous les hommes compétents qui ont cultivé cette plante s'accordent à dire qu'elle n'est pas appelée à un çrand succès comme plante maraîchère et qu'elle n'offrira d'intérêt que pour les amateurs. À la suite de cette communication de M, Chatenay, MM. Madelain et Vacher présentent de beaux spécimens de radis-serpent, obtenus au moyen des graines distribuées par M. Barnsby Les siliques cueillies sur ces sujets, quoique imparfaitement développées, mesurent déjà de 70 à 80 centimètres, et sont d'un goût plus fin et plus agréable que nos radis ordinaires.

M. Fennebresque appelle l'attention des horticulteurs sur un mode d'étiquelage qui lui semble de nature à rendre quelques services et qui consiste en petites lames polies, d'os ou d'ivoire, sur lesquelles on écrit le nom de la plante au moyen d'une encre à base de nitrate d'argent. M. Fennebresque ajoute qu'il a pu se procurer ces lames d'os au prix très-modique de i fr. 23 le cent.

M. Yausseur lit un rapport sur l'exposition horticole qui vient d'avoir lieu à Orléans à l'occasion du concours régional.

En sa qualité, de membre du jury, M. Yausseur a pu apprécier la valeur des collections exposées, aussi croit-il devoir signaler comme ayant excité l'admiration des amateurs :

1° De beaux groupes à'Azu/ea Tndica et de Pelargonium à grandes fleurs:

2° Un splendide massif de Pelargonium. zonale, composé des variétés les plus précieuses et comprenant une nouvelle variété à fleurs roses, obtenue de semis par l'exposant, M. Foucard, et qui a reçu du Jury le nom de M',H! Dureau ;

3° De belles collections de Cinéraires, de Rhododendron, de Pivoines arborescentes, de Conifères, de Fougères , d'Agave, de Bonapartea, de Yucca, etc..

M Bonnet rend compte d'une visite qu'il vient de faire à l'exposition horticole de Gand.

L'honorable membre énumèi„ .^ov.es les collections de belles plantes qu'il a admirées et fait un tableau séduisant des merveilles horticoles qu'il lui a été donné de contempler.


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Cette exposition réunissait dans un local admirablement approprié toutes les plantes les plus remarquables et les plus nouvelles.

Ces richesses comprenaient non-seulement un grand nombre d'espèces:ét de variétés, mais encore, principalement parmi lés Fougères et les Palmiers, des spécimens des plus remarquables par leurs dimensions et leur magnifique feuillage.

M Bonnet, tout en reconnaissant que les Belges seuls savent et peuvent offrir au public d'aussi riches collections, se console en pensant qu'ils ne possèdent pas d'aussi belles azalées que celles qui ont fait la gloire de Rochcfurct et qui, aujourd'hui,I font l'un; des principaux ornements des Touches.

M. Ghatenay décrit les phénomènes qui ont précédé et aècompaghé,'au'mois de mai dernier, la floraison du magni 1 fiqûe spêçîm.eh de Yucca Treculeana qu'il cultive depuis un si grand nombré;d'ânnée.s.

Les feuilles (dû centre étaient pins courtes et décolorées ;

La hàmpè, recouverte de bractées roses au début, puis violacées, ressemblait à une monstrueuse asperge; elle a atteint lm25 de hauteur ; sa circonférence, mesurée à la base, était de 22 cent;; lé nombre des verlicilles de fleurs était de 44, chaqiiè vértiCille portait environ 23 à 30 fleurs, ce qui faisait pour l'ensemble de la hampe un total approximatif de 1100 fleurs.

Lés fleurs du Yucca Treculeana sont d'un blanc éclatant, et plus belles que celles de toutes les autres espèces du senre.

La planté n'a pas jusqu'à présent fructifié sous notre climat; toutefois M. Chatenay espère recueillir quelques fruits cette année,

M. Ghâténày'présente un rameau de Vlndigofera décora,' belle plahtèvivâCe qui peut être conservée à la pleine terre, en l'abritant pendant les grands froids, et dont il recommande la culture comme étant l'un des plus charmants arbustes.

M. le Président annonce que la Société d'Agriculture met à la disposition des membres de la section trente exemplaires de l'ouvrage intitulé: Études sur la Touraine, de M. l'abbé Chevalier, et qu'un pareil nombre de volumes sera donné chaque année jusqu'à ce que chacun des membres adhérents soit pourvu.

M. le ■Président proclame après un vote de la section, l'admission en qualité de membres adhérents de MM. Lacault, Louis; GauthierLoyau; Maille, René; Meilland, Louis; Pays, Eugène; Bretagne père : Meunier, Silvain; Mazereau, Jean; Béeault, Emmanuel;Blin, Louis; Bélisson, Henry.

Le Secrétaire, BARKSBY.


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SECTIOK D'iionTiciJLTCRE. —Séance du 5 juillet 1868, sous la présidence de M. Belle. — M. Bonnet signale à M. le Président une erreur qui aurait été commise dans I'avant-dernier procès-verbal au sujet d'une variété de chou, désignée à tort par M. Plcquin , de Cnndê, sous le nom de chou de Chemillé. M. Bonnet rappelle'que cette variété, qui n'est que le chou de Milan à pied court, a été perfectionnée par M. Pierre Bonnet, jardinier au château de Rassay, i! y a une soixantaine d'années, et répandue sous le nom de Choit de Genillé. Ce nom lui venait de la commune même de Genillé (Indre-et-Loire), près de laquelle Pierre Bonnet avait établi ses cultures.

M. Madelain, chargé d'examiner et d'essayer un nouveau raidisseur présenté par M. Provost-Jobit, de Tours, rend compte des expériences auxquelles il s'est livré : ■ .

Selon l'honorable membre, l'instrument de M. Provost-Jobit est d'un maniement difficile, vu qu'il est formé d'un levier beaucoup trop court , et doit, sous tous les rapports, êlre considéré comme inférieur aux raidisscurs ordinaires de Thiry.

M. Delahaye , fils, lit une noie sur le maïs panaché, plante mise dans le'comnicrec, il y a deux ans, et qu'il recommande comme l'une des variétés les plus ornementales par son feuillage admirablement rubané et panaché de vert et de blanc , et parfois de rose.

Le maïs panaché à l'avantage de donner des graines qui roûrissent parfaitement et produisent, lors de la germination, des plantes dont toutes les feuilles . vertes d'abord , ne tardent pas à présenter les caractères propres de la variété.

M.' Barnsby dit que cette plante laisse à désirer sous le rapport de la durée, et que pour celte raison, elle ne peut être cultivée en massifs. ±NTon-seulemcnl , elle perd ses feuilles de la base, mais encore elle ne tarde pas à se dessécher et à perdre sa belle panachure dès que l'épi est formé et mûri.

A ce sujet, M. Châteuay cite une observation curieuse qu'il a eu l'occasion de faire souvent sur des semis de plantes panachées.

Les jeunes plantes dont les feuilles primordiales naissentavec la couleur verte normale , et ne présentent de panachure que. plus tard, .fournissent des variétés bien tranchées et vigoureuses.

Les jeunes plantes, au contraire , dont les premières feuilles présentent, tout d'abord, les panachures très-marquées, ne donnent en général que des variétés peu vigoureuses et sans grande valeur.

M. Delahaye fils , soumet à l'examen de la section un spécimen de Selaginella Lepidophylla , de Spring, venant de chez MM. Vilmorin-Àndrieux, de Paris. L'honorable membre rend


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compte des précautions qu'il a prises, et des soins minutieux qu'il a donnés à sa plante pour lui faire développer des racines, et avoue n'avoir obtenu aucun résultat, si ce n'est celui qui consiste dans la belle couleur verte qu'ont prises les rameaux.

M. Bamsby croit que la, Selaginella de MM. Vilmorin est comme la rose de Jéricho des charlatans, qu'elle présente un simple phénomène d'hygroscopicité, et qu'elle est iiécéssàirement dépourvue de la propriété d'émettre de nouvelles feuilles, et encore moins des bourgeons et des racines. La plante est desséchée et parfaitement morte. Au contact de l'humidité, les rameaux et les feuilles redeviennent flexibles et prennent une belle couleur verte. C'est tout ce qu'on doit en attendre. La Selaginella n'est donc qu'un objet de curiosité qui présente un phénomène connu depuis bien longtemps.

M. Châtenay appelle l'attention de ses collègues sur Un fruitier portatif acheté à Paris chez M. Jéanson, rue de Bondy, n°,34.'.'.';.

Ce fruitier pourrait rendre quelques services à tous les propriétaires qui, n'étant pas pourvus d'un fruitier proprement dit, ou n'ayant pas une grande quantité de fruits, sont forcés d'avoir recours à des placards, ou bien encore, soit à Une cave, soit à un grenier où il gèle parfois. Il consiste dans im meuble à claire-voie, haut de 1™60 sur 0m90 de large et 0m40 de profondeur, contenant i 2 tablettes, espacées de OH 2 c. au-dessus l'une:de. l'autre, ce qui donne une surface de 4m32 c.i Les planchettes sont inclinées deux à deux , formant gouttière pour recevoir les fruits. Chaque planchette contient cinq rangées de doubles planchettes, dont les longueurs réunies donnent 4mS0 c. d'espace en ligne , et un total de 54™ pour le fruitier dans son ensemble. Les tablettes se tirent comme les tiroirs d'une commode, et l'on peut ranger environ 600 fruits sur ce •fruitier qui ne coûte que M francs.

M Savary fils, présente quelques observations sur un article publié par M. Roussane dans le journal de l'agriculture du 5 mai.

M. Roussane, ayant utilisé pour conserver ses fruits le fruitier Dombasle, composé de tiroirs superposés, reconnut que le bois dont étaient construits les tiroirs, et qui est connu sous le nomdebois deNerva (espèce résineuse dite sapin noirjduiïord), avait par ses émanations, modifié à un degré très-marqué .Ta saveur et l'arôme de certains fruits.

Les fruits renfermés dans le fruitier se trouvaient dans un milieu saturé d'essence de térébenthine et de l'arôme propre au bois de Nerva. Pommes et poires ont été pénétrées dans toutes leurs parties


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par les vapeurs d'huile essentielle, et ont acquis une saveur détestable de térébenthine.

M. Roussane a remarqué que le Beurré-Biel et la Duchesse d'Angoulême , variétés qui étaient représentées dans son fruitier par des fruits récoltés dans une position abritée, avaient au contraire acquis une saveur, un arôme particuliers, participant à la fois du citron et de la fleur de magnolia. Ce fait est d'autant plus remarquable que les fruits de ces variétés, récoltés en plein soleil, et conservés dans les mêmes conditions, avaient été pénétrés, et offraient un goût insupportable.

M. Savary conclut de cette expérience qu'il y aurait lieu de faire des essais et de conserver des fruits dans des fruitiers ou meubles , en y répandant des essences diverses ou des éthers aromatiques, afin de s'assurer s'il est possible de modifie] 1 la saveur et l'arôme des fruits en général et de donner à des fruits peu sapides et peu estimés un arôme agréable.

En attendant le résultat de ces expériences, M. Savary engage les personnes, qui conservent des fruits à proscrire les bois résineux dans la construction de leurs fruitiers et à conserver séparément les fruits dits musqués, ou doués d'une odeur de fourmi.

M. Madelain lit un rapport sur le genre Bégonia, et après avoir fait ressortir tous les avantages que les horticulteurs Anglais, Belges et Français ont su tirer des nombreuses espèces de ce genre, et énuméré toutes les merveilles donl ils ont doté les serres et les appartements des amateurs, l'honorable membre appelle I'altenlion de ses collègues sur trois espèces qui ont été décrites dernièrement dans le journal la Belgique horticole de mars et avril 1868.

Ces trois espèces sont :

\° Le Bégonia Bolivien-lis, exposé par Veitch, de Londres , à Paris, en 1867, originaire des Cordillères de la Bolivie, est une plante de serre tempérée, qui pourra être mise à la pleine terre dans nos jardins pendant l'été; il est remarquable par ses nombreuses fleurs d'un rouge vermilllon éclatant, et penchées comme celles du fuchsia.

2° Le Bégonia Veilchii, la plus belle espèce connue jusqu'à ce jour, est originaire du Pérou, où elle habite les régions voisines des neiges.à -1,200 ou 1.300 pieds au-dessds du niveau de la mer, et pourra être cultivée à la pleine terre dans nos jardins.

3° Le Bégonia Rosoeflora, espèce curieuse par la couleur de ses fleurs, qui ainsi que l'indique son nom est parfaitement rose , habite les mêmes régions que le Bégonia Veilchii, et pourra également être mise à la pleine terre, sous notre climat.


— 270 —

M. Madelain invite les horticulteurs à doter les collections de la Touraine de ces trois précieuses plantes.

M. Guindon signale dans lé journal de la Société horticole de St-Quentin, un procédé pour la destruction du puceron, et qui consiste à arroser et à laver les plantes attaquées par ces parasites avec une infusion de feuilles de noyer.

M. Aubert-Gauihier, chargé d'examiner le journal de là société de Coulommiers, fait connaître un procédé de culture de l'artichaut qui a pour ol)jet de hâter le; développement dès capitules, et qui consiste à recouvrir ces derniers d'une étoffé de laine noire. Les expériences faites jusqu'à ce jour,.quoique peu concluantes, démontrent cependant que les capitules recouverts d'une étoffe noire., ont atteint dans un temps déterminé un volume et un poids plus considérables que ceux qui avaient été laissés sans Couverture.

M. Âubert cite également un moyeu recommandé pour détruire les limaces, et qiii ; consiste à répandre panni, les légumes ou les semis,'dé'petits tas dé ;son. Les limaces.trèsfriandes de son, s'y rendent: en grand nombre et sont facilement détruites.

M. Gbâtenay faisant allusion aux plantations d'Aueuba , M. Barnsby dit que : beaucoup; d'amateu'rs;ayànt-entchdu: dire que les fruits de cet arbuste sont vénéneux,;;liésiteiit:à'en planter. Il y'aurait lieu de faire clés; expériences , :ét des'assurers! réellement ces fruits, qui; parleur belle Couleur rouge, peuvent attirer l'attention (les enfants, sont réellement vénéneux. '

M. Barnsby se charge de faire quelques essais et invite,les pépiniéristes à lui fournir en temps opportun une suffisante quantité de fruits.

M. le Président proclame, après un vote de la section, l'admission en qualité de membres adhérents de MM. François Thomas, Auguste Têtard, Louis Guérineau, Paul Blin, Baptiste Rouillé, Arthur Barillet et Josej)h Houdayer.

R. BARNSBY.


— 271 —

SECTION D'AGBICULTURE. — Séance du 27 juin 1868, sous la présidence de M. Rouillé-Courbe. — Une discussion prolongée a lieu à propos des espèces de froment qui ont. le mieux réussi cette année. MM . Blanchard, Lair, Orye, donnent connaissance « de l'état de leurs récolles; il en résulte que, malgré l'opinion acceptée jusqu'à ce jour, le blé bleu n'a pas plus que les autres sortes souffert du froid rigoureux de l'hiver. 11 est constaté que cette espèce donne moins de paille que le blé Victoria : ce dernier est celui qui a le mieux résisté au vent et aux pluies d'orage.

al. Lair ajoute qu'en 1867, il _a obtenu une récolte remarquable avec ie blé bleu.

M. Orye, propriétaire à Bourgueiî, fait observer que chez lui et dans toute sa région, l'espèce généralement employée et qui réussit parfaitement, est le blé gris de Saint-Laud.M. Orye ayant fait des essais de diverses sortes, ne cultive plus que cette seule espèce, soit le blé gris de Saint-Laud.

DE BOISSIMON.

SECTION D'AGRICULTURE. — Séance du 23 juillet 1S6S, sous la-présidence de M. Rouillé-Courbe. — M. Blanchard, dans le désir d'être utile à ses confrères, etvu le déficit existant cette année dans les récoltes des fourrages, expose plusieurs moyens pour suppléera cette disette; ii indique six espèces de graines fourragères qui se sèment en août et qui sont trèsavantageuses pour la nourriture des animaux, savoir :

1° Moutarde blanche; 2° Sarrasin de Sibérie; 3° Monade' Hongrie, ou espèce de. millet; 4° Colza; a" Chou branchu du Poitou ; 6" Navets.

ROCHE.


©—■serwalîons __étéovolo£i _o.es. ffalteS à __u_S>

Par M. de; TASTES MOIS DE JUILLET 1868

| TEMPÉRATCRE Bar°metre du ciel : B"ectl0n ,PM« ' ,,,.-'

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Cietbèau. , , —- .0 . 4 ffliliç; .• ., 7 vent du S. i

id..;peunuageux, à 1/4 couvert — 1 11 Neige '■&••" rî. E. 8

id. nuageux: à 1/2 couvert — 2 12 Rosée •:• 14 E. 3

id. très-nuageux à 3/4 couvert . — 3 3 Gelée M. -k . S. E. 3

id. couvert — 4 Gelée ■_'"';■"'' S. 1

id. vaporeux — v. Orage. Z 0 ■ '. S. O. 2

id. brumeux — te. 2 Grêle H Grésil o, 0. 2

Vapeurs'O Brouillard ,0- N. 0.4

NOTA.— L'état du eiel est calculé sur la moyenne de la journée; il en est de mêinS de la direction du vent.

Dans les colonnes 2 et 3: on exprime les températures au dessous de zéro par le signe — ; l'absence de ce signe indique une température supérieure fe zéro.

(1) Les chiffres placés dans la colonne ï, indiquent la force du vent: 0 vent nul, 1 vent faible, 2 joue brise, 3 vent très-fort, 4 tempête. . :, . ..... .......


— 273 —

QUELQUES MOTPS

SUR-LA "MALADIE DES ¥IRS A SOIE.

Vous savez, Messieurs, combien l'année 1868 a été fatale à la sériciculture. Malgré toute la sollicitude du gouvernement, le choix des graines qu'il a mises gratuitement à la; disposition des éducateurs ; les instructions détaillées qu'il a publiées afin d'éviter, s'il était possible, les revers dés: années 1866 et 67; les sommes relativement! considérables, destinées être disti'i- : buées en primes aux petites éducations les mieux dirigées ou les plus heureuses, rien n'a été négligé, et cependant, uiië affection épidémique a sévi cette année sur les vers à soie d'une manière plus désastreuse encore que les années précédentes: •-'

La déception a été d'autant plus grande, que les vers qui jusqu'à la 3e et même la 4e éducation, avaient donné les plus belles espérances, languissaient tout-à-coup et mouraient la plupart, sans que leurs propriétaires pussent savoir à quoi attribuer la cause de cette, catastrophe.; :

Bien des études ont été faites, bien des essais ont été tentés.

Ce n'était pas lamuseardine; cetle maladie à des symptômes tellement tranchés, qu'il est impossible à l'oeil même le moins exercé de la méconnaître. Ce n'était pas non plus la pébriné, qui avait été considérée jusqu'à ces derniers temps comme là plus fatale aux vers à soie,, mais que des -.observateurs attentifs et patients sont parvenus à guérir au moyen de la créosote; et à ce sujet, je ne puis résister au désir de vous citer le texte d'une note adressée par le docteur Télèphé Besmartis, de Bordeaux,, au journal l'Opinion séricicole, publié dans le département de Vaueluse. « Je vous fais part, dit le savant « docteur, des expériences que j'ai faites dans le but de pré-^ « server et de guérir les vers à soie de la terrible; épidémie « cryptogamique (la pébrine). J'ai pris.des oeufs de bombijx « mori, de provenance suspecte; je les ai placés, dans une « boîte où j'ai versé une petite quantité de phénol sodique a Boboeuf. Les chenilles se sont développées, puis, quelques<c unes m'ayant paru malades, je les ai également soumises au


-m—

« phénol : toute trace morbide a disparu et le reste s'est passé a Sans les meilleures conditions possibles. Des semences pro« venant de la même localité et du même envoi, n'ayant pas « été soumises à ce mode de traitement, n'ont pu aboutir, et a ont été pour ainsi dire, détruites: »

La cause de la nouvelle maladie est bien autrement redoutable que la pébrine. Elle Consiste dans le développement de microzymas qui frappent la graine par myriades, ne l'empêchent pas d'éclore, laissent même aux vers la plupart du temps l'apparence de la bonne santé jusqu'à la T ou i" mue, et les foudroient, pour ainsi dire,: vers cette époque. Quelquefois aussi, mais plus rarement, ils donnent lieu aux vers dits restés petits et aux morls-flats.

Le mierozyma est un petit organisme qu'un savant professeur de Montpellier, M. Béchamp, nomme mierozyma bombyeù. 11 l'a poursuivi dans ie ver, la chrysalide, le papillon et les oeufs. La maladie microzymateuse peut se compliquer de la maladie corpusculeuse; alors, le mal est au comble.

Un caractère important de la graine à mierozyma, c'est que les granulations moléculaires y abondent d'une façon extraordinaire, et que ces granulations sont presque toujours accouplées deux à deux. On les voit se ..mouvoir avec une grande vélocité.

Comme dans la pébrine, M. Béchamp considère l'influence modificatrice d'une atmosphère créosotée sur les ebeniiïes de bombyx héréditairement contagionnées, comme amenant un effet curatif presque toujours certain dans la maladie microzymateuse.

Dans un mémoire que l'éminent professeur a présenté à l'Académie le 8 juin dernier, il affirme que sur un grand nombre de vers soumis à la bienfaisante influence des émanations créosotées, il n'a pas eu un seul cas d'affection' microzymateuse pas plus que de pébrine ; tous ont parfaitement réussi, tandis que des vers de même origine, mais non soumis à la même influence, succombaient la plupart à 3'afl'ection morbide.

Permettez-moi, Messieurs, de vous citer à l'appui de l'opinion des deux savants observateurs dont je viens de parler, un fait à mes yeux bien remarquable et qui confirme pleinement la manière de voir des éducateurs méridionaux.

Depuis plusieurs années, Mné Miquel, soeur de mon savant maître et anii, le docteur Miquel, élève dans sa propriété de Larçay, dès vers à soie pour charmer ses loisirs. Une petite pièce située au couchant et soigneusement blanchie à la chaux, est affectée tout spécialement à l'éducation des vers. Sa position au-dessus d'un four, entretient dans son intérieur une température toujours à peu près égale. Un. vase contenant un


— 275 —

kilogramme environ de coaltar est laissé en toute saison dans cette chambre où il répand constamment ses émanations balsamiques.

C'est à cette précaution si simple qui avait été préconisée il y a quelques années par un sous-préfet sériciculteur que M" 0 Miquel attribue ses succès constants. Celte année encore, M,lc Miquel qui, séduite par l'attrait de la nouveauté, s'était procuré , en 1866, quelques graines japonaises, les avait fait éclore à l'exclusion des anciennes races indigènes et en avait conservé l'espèce, a vu ses efforts couronnés d'un plein succès; tandis que la plupart des éducateurs autour d'elle voyaient s'anéantir leurs espérances, elle ne perdait pas un seul de ses vers.

Dans ce moment, elle est en train de parfaire une seconde éducation de la race dite bivoltine. Presque tous ses vers sont déjà montés, et comme dans la précédente, avec un plein succès.

Relatons, en passant, que sur les indications du docteur Miquel, une petite partie—trois mannes environ,—a été élevée à titre d'essai, exclusivement avec; des feuilles de scorsonères, et que cette partie a tout aussi bien réussi que les vers élevés avec les feuilles de mûrier, malgré l'opinion conlraire de feu noire collègue M. Margueron, qui prétendait que la feujlle du scorsonère donne de la diarrhée aux vers lorsqu'ils sont arrivés à la 3° mue. Le succès dépend du choix des feuilles.

D'après ee qui précède. Messieurs, vous voyez qu'il y a matière à expériences sérieuses pour les éleveurs de vers à soie, et, si pour obtenir le «ramage, on a préalablement rempli les indications générales que la grande pratique donne, en tenant compte de la bonne santé des vers pendant toute l'éducation, de la manière dont les papillons pondent tous ou presque tous leurs oeufs, de la longévité de ces papillons après la ponte, et de la terminaison de leur vie par dessieation, au lieu de la décomposition putride qui indique uu état maladif antérieur, nul doute que les vers issus de graines obtenues dans de telles conditions et soumises aux constantes émanations créosolées ou coaltarées ne donnent de. bons résultats cl que l'emploi généralisé de cette méthode ne finisse par détruire la maladie qui pèse si lourdement sur l'industrie séricicole.

Dr PASQHIER.


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CÛIM461ËI1

DE.L'ARRONDI S SE ME NT DE TOURS

POUR LES/ CAKTOKS RÉTJJUS

:-. DE TOURS-SUD ET DE MONTBAZON Tenu àSt-Avertïule 23 août 1868.

Le Comiee des cantons réunis de Tours-sud et de Montbazon avait attiré à Sl-Aver(in une afflucnce énorme de curieux. Cette belle fête agricole a justifié tout ce qu'on pouvait espérer. Il est vrai de dire que le soleil, qui avait fait défaut depuis plusieurs jours, semblait s'être réservé pour donner un éclat particulier à ce concours, qui laissera de longs souvenirs parmi les habitants. Les dispositions les plus heureuses avaient été prises pour maintenir l'ordre et permettre aux exposants de placer leurs machines et leurs animaux dans les meilleures conditions les plus propres à en faciliter l'examen.

Le nombre d'animaux était peu considérable , et ce fait s'explique par l'importance de la culture vinieole et maraîchère de ces cantons.

Plusieurs bêtes à cornes étaient cependant dignes d'être citées : ce sont celles provenant des ôtables de l'hospice; de M. Collier, au château de Gange, et de M. Goossens, fermier à Sorigny. Ces animaux appartiennent, la plupart, à l'espèce du Cotentin , qui trouve dans nos riches prairies des éléments favorables au développement de son aplilude laitière.

Les moutons présentaient peu de variété et cependant il y avait un échantillon d'un croisement southdown qui n'était pas sans mérite, et qui prouve ce que l'industrie du bétail aurait à gagner au choix des animaux soutenu par une bonne alimentation.

Le peu d'animaux de race porcine, témoignait une fois de plus en faveur de la race craonnaise et des croisements qu'on peut en espérer.

On ne pouvait assurément compter sur une exposition plus considérable et plus intéressante d'instruments.


. ' — 277 — ' -

Tous les fabricants d'instruments des environs s'étaient empressés de produire les principales machines que les besoins de l'époque réclament impérieusement : machines à battre mues à la vapeur ou à manège, charrues et herses de tout genre, charrues vigneronnes de toute yariété qui se faisaient généralement remarquer par leur élégante construction et leur solidité.

(Jne collection de taillanderie réunissait tous les instruments qu'exigent les travaux à bras.

Les pressoirs de M. Mabille occupaient le premier rang, et on a remarqué surtout le perfectionnement qui y a été apporté tout récemment pour prévenir les ruptures de vis. Avec cette ingénieuse disposition, quand l'effort est parvenu à un maximum, le débrayage s'opère de lui-même sans qu'il en résulte la moindre avarie. Les manèges de M. Besnard-Arrault étaient, l'objet d'un empressement général.

L attention s'est vivement portée sur l'ensemble de l'exposition de M. Pinet, qui n'avait pas redouté les embarras d'un déplacement dispendieux pour reproduire ce qu'il avait réuni à l'exposition de Billancourt. Bien n'est plus remarquable, plus complet, et ce qui en fait surtout le mérite, c'est le bon marché.

'.. Une exposition de fers à cheval, sortie 1 des ateliers de M. Letort, vétérinaire à Tours, se faisait remarquer par une qualité particulière, la légèreté unie à la solidité.

La solennité agricole ;,a suivi ses phases habituelles dans l'ordre du programme.

Après la messe, à laquelle assistaient les autorités, les dignitaires du Comice et les notabilités conviées à la fête, et dans le cours de laquelle M, le curé de St-Avertin a.prononcé quelques bonnes paroles appropriées à la fête du jour, le cortège, précédé par la musique des sapeurs-pompiers de Tours, escorté par un détachement de cette compagnie et par la compagnie de la commune, est allé visiter l'Exposition et s'est dirigé, après cet examen, vers le champ où devait avoir lieu le concours de labourage. Puis les divers jurys sont allés délibérer à mairie, pendant que la foule.se portait en masse aux régates données par la Société nautique de Tours , et qui ont été fort brillantes. , .,..-■

Les régates terminées, on a procédé à la distribution des prix, qui a été précédée d'un discours de M. Boussard, président de Société d'agriculture, et du rapport du vice-président M. Fennebresque.

Enfin, a eu lieu le banquet, qui réunissait environ.cent cinquante convives^ et qui a été admirable d'ordre, de confortable, de cordialité. Deux toasts ont été portés, le premier, par

1868 - ; 17


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M. de Riehemont, à l'Empereur ; le second, par M, le Préfet, à là Touraine ;. enfin, M. Ho.us.sard a adressé des remerciements à la coinmune de St-Àvertiri et aux organisateurs de la fête du comice.

En sortant de table, les convives sont allés parcourir SaintAvertin, dont les illuminations étaient vraiment spleudides ; puis on s'est rendu au banquet des pompiers, que M, de Rlcliemont a chaleureusement remerciés de leur concours et de leur dévouement habituel. Le chef de la Compagnie de St-Âvertin a répondu à ces remerciements par quelques paroles de vive reconnaissance, et la Compagnie pài^d'ùnànihies aèelamatioiis.

La soirée s'est terminée par un très-beau fèù d'artifice qui a retenu, jusqu'à dix heures,,à-St-Avertih, la nombreuse population accourue de toutes parts.

Cette fête, qui eut fait honneur à plus d'une ville, a été de tout point réellement magnifique. Ce qui lui donne uu càcliet particulier; c'est l'ordre, la rare ponctualité avec laquelle tout s'est passé ;.pas un accident, pas un fait fâcheux n'est venu attrister la solennité ; aucun incident regrettable n'est venu la troubler.

Nous sommés heureux de pouvoir fèpi'oduire, quoique imparîalternent peut-être,yràllocutiph prononcée par lé sénateur baron de Biehemont, membre du conseil général pour le canton de Tours-sud et maire de St-Avertiiï, au banquet donné; par cette commune à l'occasion dé la fête dp. Comice agricole des cantons de Tours-sud et de Montbazon réunis :

« MESSIEURS,

« Dans ce jour qui laissera de longs, souvenirs parmi les habitants de St-Avertin, on m'a réservé leaoùble honneur et le double plaisir de porter un toast à 1 Empereur et à la famille Impériale, untoast aux hôtes qui, répondant à mon invitation, ont bien voulu honorer de leur présence notre Comice agri^- cole. '. . ' .: ;'y.,":''VV' ' '' ■'

« L'agriculture,Messieurs, cette mère nourricière dp pays, la base la plus certaine, de.la richesse et de lapuissance publiques, estuu des objets les plus constants de la sollicitude de l'Empereur,

« Cette assertion n'est pas une flatterie banale. Pour lès hommes de bonne foi, des faits irréfutables en démontrent la ■ justesse.

« Parmi les actes du gouvernement les plus favorables à l'agriculture ,; je citerai d^abord les traités gui lui ont ouvert d'immenses marches, toujours prêts à recevoir les produits si


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Variés de notre féconde terre de France ; puis aussi les récentes mesures, dues à l'initiative du Souverain et sanctionnées par la loi, qui ont assuré la création du réseau complémentaire des chemins vicinaux et du quatrième réseau des chemins de fer. Il est inutile de vous rappeler, sans doute, que la multiplicité des voies de communication peut seule donner aux produits agricoles toute leur valeur. '..;

« Les Intentions bienveillantes de TEmpêreùr ;envers lé peuple des campagnes l'ont décidé à faire plus encore. Il a voulu se rendre, par lui-même, un compte exact des difficultés de tout genre que rencontrent les cultivateurs et les éleveurs; il a voulu ainsi guider dans la voie d'améliorations certaines, toute une classe d'hommes laborieux et intelligents, en leur évitant des essais, souvent très-dispendieux, et qui, lorsqu'ils ne réussissent pas, arrêtent le progrès au lieu dé le favoriser ; et l'Empereur s'est fait agriculteur expérimentateur.

a Mais, fidèle à la pensée qui plane en quelque sorte sur son règne : que les plus pauvres.de ses- sujets ont le plus dé droits à sa protection, c'est au milieu des terres infertiles de la Sologne et des sables arides des Landes, comme nous l'a rappelé, ce matin, notre digne curé, que l'Empereur a créé ses plus grandes fermes expérimentales. Les_cultivateurs elles éleveurs , trop peu fortunés pour se livrer à des expériences, d'ordinaire fort coûteuses, vont puiser dans les domaines impériaux d'utiles enseignements et s'y proeurent, à des jprix avantageux, lés meilleurs types de reproduction.

«Enfin, je ne peux pas oublier qu'aujourd'hui même les plus beaux prix accordés aux lauréats, sont dûs à la munificence personnelle, de l'Empereur.

« Je porte donc un toast à l'Empereur, protecteur de l'agriculture!

e Pour vos entreprises, qui ont besoin de sécurité et d'avenir, le nom de Napoléon III est un symbole d'ordre et de progrès. y :~'

* Soyez confiants : la mission que Dieu lui a donnée par la voix du peuple s'accomplira malgré tout!

« Nous en avons pour garantie : d'une part, son intrépidité et sa modération, sa puissante organisation, qui n'est jamais plus maîtresse d'elle-même que dans la difficulté , l'imperturbable sérénité avec laquelle il accepte les sacrifices que réclament les voeux du pays; d'autre part, la confiance du peuple qui, au milieu des récentes épreuves, est restée inébrâhlée.

« N'avons-nous pas encore pour gagé de sécurité et notre chevaleresque Impératrice, qui seconde dignement son auguste Époux ; et l'Enfant de la France, le Prince impérial?


— 280 -=

« Unissons leur souvenir dans ûhè'mêine pensée de respect et fle dévouement. ,,.'.■•'..'"'.

«A Sa Majesté l'Impératrice iqu'Ellè nouspermette de la nommer, dans notre vieille langu é de Toûrainé, dame de compassion et de courage autant que dânie de beauté;

<c Au Prince Impérial, le Souverain de l'avenir! Dieu, qui veille sûr la France, lui réservera de voir prospérer sous son règne les travaux de nos enfants.

«Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Vive le Prince Impérial! >

M. de Richemont, s'adressant ensuite à M. le Préfet, l'a remercié de la faveur qu'il a accordée au comice en s'arrachant aux graves occupations nécessitées ^par l'ouverture du conseil général pour lui consacrer cette journée. Il a demandé la permission de profiter de la présence de M. le Préfet pour lui signaler les travaux qui restent à faire pour compléter l'oeuvre si heureusement commencée; par ses prédécesseurs, et qui a eu pouf but de mettre la commune de Saint-Avertin à l'abri des dévastations de la Loire. Ces travaux consistent dans l'élargissement du pont du chemin de fer de Bordeaux, du pont de Grandmbut et du pont nommé le Poht-Chër. Cet élargissement, ajoute M." le-sénateur,, a été promis à"quatre reprises différentes à .'la commune de Saint-Avertin : d'abord au moment des inondations ; puis lors dé la visite de S. Exe, M.Bêhic sur les lieux ; plus tard par M. Forcade de La Roquette, ministre actuel des travaux publics, dans une course qu'il a faite à Tours; enfin ces promesses ont été réitérées, il y a peu de mois, parle ministre, à l'occasion d'une démarche pressante du représentant du. canton de Tours-sud.

Ajoutons , dit le maire de Saint-Avertin, que, tout récemment, M. Houssard, l'honorable député de;l'arrondissement de Tours, le président de la Société d'agriculture, ayant demandé au ministre, dans une des séances du Corps législatif, de faire procéder à 1 élargissement des trois ponts indiqués, il lui a été donné l'assurance formelle que ces travaux étaient compris dans les.projets dont l'exécution devait être prochaine.-M. de Richemont adjure M. le préfet de prêter son concours aux réclamations de ses administrés. .11 termine en disant que M. le Préfet ne voudra pas qu'une population, pour qui la reconnaissance n'est pas un pesant fardeau, se laisse aller à désespérer à force d'espérer toujours.

S'adressant au président de la Société d'agriculture, aux membres de cette Société, Ternaire de Saint-Avertin leur offre des remercîments et des félicitations.'',

« Vous êtes, Messieurs, leur dit-il, les véritables apôtres du progrès agricole dans l'arrondissement ; rien ne vous rebute,


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rien ne vous fatigue, quand il s'agit de faire connaître des découvertes nouvelles ou de propager des procédés sanctionnés par l'expérience ; quand il s'agit d'encourager des efforts ou de récompenser des services rendus. Soyez heureux. Messieurs, de tout Je bien que vous faites: la satisfaction que vous en éprouvez est, pour des âmes élevées, la première et la plus douce des récompenses.

<c Vous tous, Messieurs nos hôtes, ajoute M. de Richemont, dont la présence a contribue puissamment à la solennité de cstte fête, recevez nos remercîments. »

Enfin les lauréats présents au banquet ont été félicités par le maire de Saint-Avertin, moins, a-t-il dit, pour les récompenses qu'ils ont reçues, que pour le bien qu'ils ont fait; en donnant le bon exemple, en généralisant l'application de leurs procédés agricoles, ils répandent autour d'eux le bien-être et le bonheur.

Toutes ces pensées ont été résumées en un toast aux hôtes de la commune de Saint-Avertin; leur bienveillance, dit M. le Maire en terminant, laissera dans son coeur de précieux souvenirs.

A différentes reprises, cette improvisation a été accueillie par de chaleureuses salves d'applaudissements. Durant la partie de ce toast qui est relative à l'Empereur et à la famille Impériale, des cris de : Vive l'Empereur ont interrompu l'orateur, et lorsqu'il a crié lui-même Vive l'Empereur, vive l'Impératrice, vive Je Prince Impérial ! les plus vives acclamations se sont unies à sa voix.

LISTE DES PRIMES ET MÉDAILLES

PRIX DE CANTON

ENSEIGNEMENT AGRICOLE ET HOJ1TICOLE Prix décernés aux instituteurs s

1erprix, médaille de vermeil, à M. Belin , instituteur à Joué.

Ie1'prix, médaille de vermeil, à M. Laborde , instituteur à Artannes.

2° prix, médaille d'argent, à M. Pédron (Frère Christol), instituteur à St-Avertin.


'— 282 —

2° prix, médaille d'argent, à M. Bùbois, instituteur à StBranchs. ' "; .-.:-.

Mention honorable, M, Ghicoine, instituteur'à gt-Pierre-desCorps.

Mention honorable, M. Ghidaine, instituteur à Veigné.

-WBÎX. d.éçer_és amx..élèves î-y ■

.'École.de loué, ■ -■'"'. yy,

\or prix, Albert Roy. 2e prix, Charles David.

École de St-Apërtjn.

40V prix,:SiIvain Girollet. :,y .[*■ ^_

2e prix, Gatién Boudameâu,

'■■;..., [ M0le:d'Ârtqfmes.\ ;;y:;yyy"

1" prix, Henri Damné. 2P prix, Jacques Girault.

École de Sl-Branchs.

1er prix, Victor Moreau. 2° prix, Léon Bouchard.

AGRICULTURE.

Pour l'ensemble des améliorations agricoles accomplies sur : les domaines de Montchenin et de la Bicliardière : ■;' Grand prix, médaille d'or offerte par l'Empereur, à M. Allibert, propriétaire à Sl-Branchs.

Au défrichement, à l'assainissement et jà la mise en valeur de terres précédemment incultes :

•1erprix, médaille de vermeil, grand module, à M. Hardy, agriculteur, maire de Druyes.

20prix,médàilled'argent,gi-andmodule,àM.Proust,àSorigny.

A l'exploitation la mieux dirigée, entretenant, relativement à sa surface, la plus forte proportion de bétail :

i?T prix, médaille d'or offerte par M. Iloussard, président de la Société, à M. Ouvrard, fermier à Veigné,

2e prix, médaille d'argent grand module, à M. Vouteau, propriétaire; aux Landes, commune de Joué.

Al'êxplbitation ayant, toutes circonstances prises en sohsideration, la plus forte proportion de cultures fourragères:

1er prix, médaille de vermeil, grand module, à M. Boutet, à la Jerlaùdiëre, commune de Sorigny.

2e prix, médaille d'argent, grand module, à M. Boisgard, à la Piearderie, commune de Veigné.


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Irrigations et drainage.

1er prix, médaille de vermeil, grand module, à M. Paul Delaville-Leroulx, au Breuil, commune de Monts.

VITICULTURE.

Médailles de vermeil : M. Huret, à Véretz (médaille de vermeil, grand module, offerte par M. Houssard) ; M. Groisil, à Larcay; M. Drake del Castillo, à Candé; M. GaudbertrTestu, à Hue.

Médailles d'argent : M. Perret, à Véretz ; M. Boisgard, premier vigneron, àThorigny, commune de Veigné; M. Girollet, au Plessis, commune de Larcay ; M. Moreau, à la Croixd'Àvon, commune de Cormery; M. Jahan, vigneron à La Haye, commune de Ballaii.

Médailles de bronze : M. Brédif-Rondeau, commune de Véretz; M, Vouteau-Danny, commune de Veigné; M. Berger, commune d'Esvres. •

ARBORICULTURE.

ITe Catégorie. — Jardiniers de maisons bourgeoises.

Prix ex-oequo, médaille d'argent, à M. Gilbert, de Cangé ; Grosset, à la Babinière ; Ploquin, à Candé.

2e Catégorie.—Horticulteurs.

4or prix, médaille d'argent, grand module, à M. Dubourg. .

Pour l'ensemble des cultures, arboriculture, culture maraîchère, culture florale, et décoration des jardins :

1" prix, médaille de vermeil, à M. Ploquin, jardinier chef des cultures de Candé (déjà nommé).

2° prix, médaille d'argent, grand module, à M. Gilbert, jardinier chef des cultures de Gange (déjà nommé).

HORTICULTURE,

■Culture'■ mardîclière. y - -

\er.prix, médaille de vermeil, grand module, donnée par M. Houssard, président, à M. Pierre Molaud, à Sainte-Anne (maraîcher).

2° prix, médaille d'argent, à M. Besnàrd, à Saint-Sauveur (maraîcher).

3e prix, médaille de bronze, à M Volet, maraîcher à Sainte - Anne. . . ■ '«


— 284 —

RACE BOVINE. .

Taureaux•■■de 12 à 30 mois.

1er prix, 50 fr. et médaille d'argent, grand module, à M. Goossens, à Sorigny.

2" prix, 30 fr. et médaille de bronze, à M. Paul DelavilleLeroulx, au Breuil, commune de Monts.

3° prix, 20 fr. et médaille de bronze, à M. "Frineau, à SaintFrançois, Lariche-extra.

Femelles. — Vaches laitières de 2 à S ans, :

|D1'prix, SO fr. et médaille d'argent, grand module, à M, Cottier-, à Càngé, commune de Saint-Avertin.

2* prix, 40 fr, et médaille d'argent, à M. Goossens, ;à Sorigny.: "' :■:''{.■'■■".;>}■

3e prix, 30 fr. et médaille de bronze à M. Cédille, à SaintAvertin.

4e prix, 20 fr. et médaille de bronze, àM. Auguste Maupouet, à Saint-Avertin,

Génisses de 12 à 30 mois.

iav prix, 40 fr. et médaille d'argent, grand module, à M. Goossens; à Sorigny.

2e prix, 30 fr. et médaille d'argent, à M. Chatrefou-Ancelet, à Tours.

3e prix, 20 fr. et médaille de bronze, à l'hospice de Tours.

4e prix, 10 fr, et médaille de bronze, à M. Jean Dasse, à Lariche-extra.

RACE OVINE.

Béliers [de *i à 2 ans.

Pas de 1er prix.

2e prix, 25 fr. et médaille de bronze à M. Goossens, à Sorigny. '-.

Femelles. — Pour un lot de S brebis de 18 mois à 3 ans.

1or prix, 40 fr, et médaille d'argent grand module, à M. Lecomte, à Saint-Avertin.

■2e prix, 25 fr. et médaille de bronze , à M. Goossens, à Sorigny. y


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RACE PORCINE.

Verrats de \ à 2 ans.

Prix, 30 fr. et médaille d'argent, à M. Sébastien Lousière, à Sorigny.

Truies de K à 2 ans.

*ier prix, 23 fr. et médaille d'argent, grand module, à M. Goossens, à Sorigny.

2° prix, 20 fr. et médaille de bronze, à M. Sébastien Lousière, à Sorigny.

VOLAILLES.

Prix, 10 fr. et médaille de bronze, à M. Ancelet, à Saint - Étienne (Tours), pour un lot de coqs et poules brahma croisé cochinchinois.

SERVICES AGRICOLES.

Au garçon laboureur de bonne conduite ayant séjourné le plus longtemps sur la même exploitation :

■i" prix, 40 fr. avec diplôme, à M. Toucher, chez M. Rouby, à Joué, 23 ans de service.

2e prix, 30 fr. avec diplôme, à M. Louis Chauvelin , chez M. Mazery-Martineau, aux Pavillons, commune de la Richeextra, 20 ans de service.

A la servante de ferme de bonne conduite ayant séjourné le plus longtemps sur la même exploitation :

■1er prix, 30 fr. avec diplôme, à Anne Marlignon, chez M. Bassereau, à Veigné, 47 ans de service.

2e prix, 20 fr. avec diplôme, à la femme Avenet, chez Mme veuve Arrault, à Saint-Aveitin, 33 ans de service.

3° prix, 15 fr. avec diplôme, à la veuve Verger, chez M. Louis Ancelet, à Saint-Etienne, à Tours, 24 ans de service.

4° prix, 1S fr. avec diplôme, à Rose Barrier, chez M. Bédouet-Rousseau, à Saint-François (Lariche-extra).

CONCOURS DE CHARRUES.

1er prix, 50 fr. à M.'Alexis Goyon, chez M. Drake, à Candé. 2e prix, 40 fr., à M. Jean Girault, chez M. Mocquery , à Saint-Avertin.

3e prix, 30 fr., à Charles Proust, à Veigné. 4e prix, 20 fr., à M. François Arnois, à Véretz.


— 286 —

Charrues vigneronnes.

1er prix, 30 fr., à la Colonie de Mettray.

2e prix, 20 fr., à Pierre Godin, à Candé, chez M, Drake.

3e prix, 15 û\, à M. Moreau-Ghaupiler, à Tours.

CONCOURS D'ARBONBIS SEMENT

■Pour la race chevaline de A8 mois à S ans. :,

1° Chevaux hongres et.juments propres à là remonte : 1er prix, 60 fr: et .médaille d'argent, à, M. Pierre Grenier, à Tours, pour une pouliche gris-pommelé -suitée, âgée de .3.'.ans':.r y

., _°.prix, 40'fr. et médaillé de bronze, àl, Pierre Eroust, à Sorigny, pour un poulainbai-clair, âgé .dé ISmois,

2° Chevaux de trait. —-Poulains et pouliches âgés del 8 mois à 3 ans :' y

■-':'■ Aer prix^eo fr., avec médaille d'argent^àM.Fourneau-Lavon, à Saint-Etienné-dè-Ghigiiy, pour une pouliche :gris-argent,;âgée

dellfmoïs. ,'.V':'.-' ''■'■■.'■■ •''■■'■' '-y''1'-

'y::''.:-'2e:>jfix,-.-4Ô' fr., avec înédaille deirojizé,: à.,lt.:;:;J:aeqûes : Si;miêr,;;â Tours.; pour: une .pouliehe. :gris-étourheau),: Agée de 2 an.sy yv :;.-..,;:..;,■■..■'-.■;.;.:';.

-:,.3b::Juments.suitées :; ,: -; -, ■'.ty-'y-y , Prix unique, 40 fr. et médaillé de bronze,- à': M;. FourneauLavon, à; Saint-Etienné-de-Ghigny, pour une jument rouanviiïeusè, suitée ;d'un.poulain gris-vineuxv y

:::-; '- CONCOURS DEPARTEMENTALE - ' '

Machines et instruments agricoles. ..

Médaille donnée par S. À. I, le Prince Impérial :

M, Gripouiileau, médecin à Môntlôuis, pour services rendus à l'humanité, en remplaçant au moj'en d'appareils ingénieux, l'es'membres perdus par des ouvriers-agricoles amputés.

Médaille d'or, donnée par S. Exe. le ministre de l'agriculture :

M. Pinet, d'Abilly; pour l'ensemble de sonyexposition, et surtout pour avoir familiarisé les habitants des campagnes avec Temploi des machinés perfectionnées. •' .


_ 287 —

Les instruments de M. Pinet sont portatifs, bon marché, d'une exécution parfaite, ils ont par leur aspect attrayant et leur usage facile triomphé de la répulsion qu'inspire généralement aux populations agricoles la machinerie moderne.

La commission accorde une mention très-honorable à M.-Chevalier, directeur de la fabrication de M. Pinet.

Rappel de médaille de vermeil, grand module. —Colonie de Mettray, pour l'ensemble de son exposition, et principale- . ment ses instruments de taillanderie.

CHARRUES.

Rappel de médailles de vermeil, grand module. — M. MoreauChaumier, pour l'ensemble de son exposition, et comme encouragement aux efforts qu'il fait pour perfectionner les instruments agricoles.

M. Estabe, pour sa collection d'instruments et machines.

Médaille de vermeil, grand module. — M. Benault-Gouin, pour sa collection d'instruments d'agriculture et de viticulture.

Rappel de médaille de vermeil, petit module. —. M. SouchuPinet, pour sa collection de charrues et d'instruments, et spécialement pour sa charrue à versoir anglais.

Rappel de médaille d'argent. ■— M. Martineau, de Chemillé, pour ses socs en fonte trempés dits en coquille.

Médailles d'argent. — M, Rossignol, de Courçay, pour ses corps de charrue en fer forgé et l'emploi judicieux et économique du fer dans sa construction.

M. Lebert, à Saint-Antoine : solidité et bon modèle de charrues.

Médailles de bronze. — M. Béranger, à Véretz, pour l'emploi d'une vis sans fin, à manivelle, dans l'articulation des houes à cheval.

M. Louis Briant, à Bléré, pour une charrue de 25 fr.

M. Lépinay, à Joue, pour l'ensemble de son exposition.

MACHINES A BATTRE.

Rappel de médaille de vermeil, grand module. — M. Bes. nard-Arrault, à St-Branchs, pour perfectionnement à sa machine à battre neltoyeuse.


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PRESSOIRS.

Rappel de médaille de vermeil, grand module. — 1er prix , MM. Màbillé, d'Amboise, pour leurs pressoirs en général et, notamment, pour les pressoirs mobiles pouvant faire le travail à façon.

Les mêmes constructeurs ayant exposé un fouloir à ven" dànge et un casse-pommes de nouvelle disposition, la commission leur accorde, en outre, une médaille d'argent.

Médaille de vermeil. — 2e prix, M. Marchand fils, pour l'ensemble de son exposition de pressoirs, et surtout l'application à la charrette de l'essieu demi-patentes.

Rappel de médaille d'argent. — M. Blanc, à Monnaie, pour le bas prix et la solidité de son pressoir.à lanterne.

Médaille de bronze. — M. Benard-Fourreau,.' à Langeais , pour sa collection de taillanderie.

Médaille d'argent. — M. Bretagne, à Tours^ pour l'ensemble intéressant de son exposition.

Médailles de bronze. — MM. Jacquinet et Gripouiileau. ;à Tours,, pour leurs éêhàlas en.fer et leur tendeur,"

M. Dàffis et C'e, pour sa pompe système Chevalier.

Médaille d'argent...— M. Letort, médecin-vétérinaire, pour sa màréchalerle ràisohnée. ..„:.,::

-Médaille de bronze. — M. Haumont, à Tours, pour sa clouterie destinée au ferrage des chevaux.

Mention honorable. — M. Salmon : baratte à échappement

:#air. , ■':.■ yy/

COOPÉRATEURS.

Médailles de bronze. — MM. Fbumier et Laurier, ouvriers de la maison Pinet.,

Jacques, chef taillandier de la Colonie de Mettray. ■ Tarây, contre-maître delà maison Mabille frères.

Deslandes, contre-maître de la maison Marchanel,

Chauvel, contre-maître de la maison Letort, vétérinaire.


— 289 —

■ ■; • ©iseouES; BE. 1, IÛMM»-'-•

PRESIDENT DÛ COMICE.

.« MESSIEURS,

Retenu à Paris jusqu'aux derniers jours de juillet, pour l'accomplissement d'autres devoirs, je n'ai pu prendre, cette année, une part aussi active que je l'aurais désiré aux travaux préparatoires de ce Comice.

« Mais les ouvriers ne font pas défaut, dans ce pays , lorsqu'il s'agit d'accomplir une oeuvre utile : jamais vos commissions d_'examen n'ont été composées d'autant d'hommes distingués , et n'ont montré plus de dévouement pour remplir leur mission.

« C'est en 1856 seulement que la Société d'agriculture a institué les comices cantonaux.

« Pendant ces douze années, combien de belles exploitations ont été créées, combien de fécondes innovations se sont aceonir plies autour de nous ! Quelques insuccès sont venus, il est vrai, nous affliger, mais la marche du progrès agricole ne s'est point ralentie.

« La solennité qui nous réunit me procure une occasion favorable pour vous entretenir, pendant quelques instants, de nos intérêts agricoles.

K Demandons-nous'donc pourquoi les diverses branches de notre agriculture locale ont. prospéré jusqu'à ce jour, et comment cette prospérité pourrait s'accroître encore.

« De cet examen, Messieurs, bannissons la politique ; ce n'est ni.son jour ni son heure, car la politique irrite ou divise. Aujourd'hui, mon but est d'étudier avec vous quelques points de notre situation agricole. Puissions-nous nous trouver unis dans Une même pensée pour obtenir l'application des mesures qui la rendront meilleure.

« Il y a neuf ans, Messieurs, le gouvernement de l'Empereur usant de sa puissante initiative, a entraîné la France dans une voie nouvelle, contraire à celle qu'avaient suivie les gouvernements précédents.


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« Tous les tarifs ont été remaniés, tous nos droits de douane ont été abaissés ; au régime, de là protection a; succédé le régime de la liberté.

« L'.opinion libérale et démocratique , presque tout entière, a donné une éclatante adhésion à cette réforme économique ! « Nous ne pouvons bien apprécier encore les réclamations qui se sont élevées dans quelques régions industrielles contre les nouvelles lois. Mais, Messieurs , notre patriotisme ne nous permet pas de l'oublier.c'est l'entrée libre des céréales étrangères qui nous a sauvés, cette année encore , des calamités d'une disette dont les centres industriels auraient plus cruellement souffert que. nous-mêmes. ,: .. ,,;: ,

a Le principe sagement libéral adopté par le gouvernement est donc le meilleur; il est celui de toute l'école libérale économique : il est le nôtre.

« Favoriser le consommateur en amenant, par la concurrence étrangère', une baisse dans le prix de vente des pro' duits ;

« Montrer au producteur la perspective d'une compensation dans l'accroissement de la consommation ; « Voilà le double but à atteindre. « Le premier est obtenu ;,leîsecopd ne l'est pas. « Nous avons donc à nous demander, Messieurs, comment la consommation pourra, s'accroître. A nos yeux ^Messieurs, il n'existe qu'un moyen, rabaissement des taxesqufarrêtent sou développement.

« Les produits deTiiidustrie, vous le savez, circulent et se vendent librement.

« Pourquoi le transport et la vente de certains produits agricoles sontrils encore assujettis; à des formalités gênantes et à des taxes excessives?

« Comment, après avoir diminué.,.. et quelquefois . supprimé les droits de douane à la frontière, poùrrait-pn conserver dans leur exagération actuelle les douanes de Tintérieur?

<c Pardonnez-nous donCj Messieurs, de chercher,:avec trop d'insistance, peut-être, à fixer votre bienveillante attention sur une question aussi importante que celle de la réforme de nos tarifs et règlements, ,

« Au premier rang de nos produits agricoles taxés et surtaxés, figurent nos vins ; les divers droits qu'ils acquittent à l'octroi de Paris dépassent cinquante francs par barrique', et s'élèvent pour nous à plusieurs millions chaque année. Est-ce juste ? Est-ce tolérable?;

« Le gouvernement de l'Empereur se préoccupe , nous le savons , de la situation faite: à l'agriculture. Il a inauguré la réforme commerciale; il voudra, n'en doutons pas-, cpmplé-


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ter son oeuvre dans lé sens le plus libéral, en accomplissant la réforme économique, c'est-à-dire en abaissant dans une juste mesureles taxes de consommation.

« C'est la fonction de notre commerce de porter à l'étranger nos produits agricoles.

« Lorsqu'il s'agit d'exportation, nos lois sont vraiment libérales, nos règlements sont simples et d'exécution facile.'

« Mais s'il s'agit dé la consommation de ces mêmes produits à l'intérieur du pays, c'est autre chose, Messieurs ; je ne saurais trop le répéter, l'arsenal des vieux règlements est complet; quelquefois même, on en a perfectionné l'usage.

« Ainsi : droits de place, droits de balle, droits d'entrée, droits de circulation, droits de consommation, voilà le régime!

« Ne dirait-on pas que certains produits agricoles sont, comme les Juifs au moyen-âge, placés hors laloi commune ?

«''Notre-agriculture continue ses progrès';'-nos cultivateurs, nos éleveurs nous présentent chaque année des animaux mieux conformés; la viticulture s'est prodigieusement étendûèet perfectionnée sur nos coteaux; la culture maraîchère a triplé le prix de la terre de nos vallées ; e,t nos fabriques de machines agricoles n'ont cessé de se multiplier.

« En ce qui concerne la machinerie agricole, nous sommes au premier rang. Messieurs, et rien n'annonce que nous devions le céder à des rivaux plus heureux ou plus habiles !

«". Loin ds là, nous croyons devoir vous entretenir d'une invention basée sur un emploi ingénieux des forces mécaniques, et-bien digne, parle but qu'elle se propose, d'exciter votre intérêt. '

« Oui, Messieurs, grâce aux appareils dé notre savant collègue, M. Gripouiileau, l'ouvrier agricole, privé d'une main ou d'un bras, pourra exécuter les travaux les plus pénibles.

« Vous avez vu dé pauvres manchots bêcher et labourer la terre, tailler la vigne, manoeuvrer' la faux. C'est prodigieux de simplicité d'aetionyet d'économie dé prix ! C'est un bienfait pour l'humanité. -

« Je me résume en quelques mots, Messieurs, les yeux fixés sur l'avenir :

« L'emploi des machines agricoles a doublé la puissance de production dé' l'agriculture ; la. réforme douanière lui a donné pour concurrent le monde entier, il faut donc l'affranchir dé tout ce qui gêne son essor.

« L'agriculture parviendra,n'en doutez pas, à se débarrasser des derniers vestiges d'un passé douloureux.

« Quels progrès nouveaux ne devons-nous pas attendre, Messieurs, du travail persévérant de nos courageuses populations agricoles, dirigées par votre expérience et votre fraternel dévouement 1


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« Quel degré de prospérité atteindront ces riches communes lorsque leur sécurité aura été complètement garantie contre le fléau des inondations;:

« Lorsque les chemins de fer récemment concédés, le canal latéral que l'on étudie, auront reçu leur exécution et permis des débouchés plus étendus, un transport plus économique à tous leurs produits ;

« Lorsqu'enfin de libérales mesures, vivement sollicitées depuis longtemps, auront assuré. à nos vins de Touraine un régime plus équitable sur leur principal marché dé consommation.

« Appelons donc de tous nos voeux la prompte exécution de ces travaux utiles, qui doiveut protéger nos centrés dé population et accroître la prospérité du pays ; félicitons-nous de la belle part faite à notre département dans les récentes concessions.

« Et attendons avec confiance le complément du progrès économique, la réforme dés règlements surannés,la diminution des taxes exagérées dont .souffre depuis trop longtemps notre agriculture!»


-=-293 — RAPPORT

DE, M COMMIS'aiOS[m. PÂRCOUM

■'.-.'_']?. S CANTONS .[..-/'[[....

DE TOURS-SUD .ET. MÔNTBÀZON.

' MESSIEURS, y

Les cultivateurs du canton de Montbazon ont dignement répondu à l'appel de 1 là Société d'agriculture, et il a été réservé à la commission chargée de cette exploration (1) dé constater des progrès dans lés diverses exploitations qu'elle a visitées.

La question des fourrages, si intéressante au point de vue de l'aniélipration et de l'entretien du bétail, grandit chaque jour davantage à mesure; que les circonstances en font prévaloir l'utilité.

Celle du bétail, qui y est indispensablement liée, a éprouvé aussi un mouvement en avant, mais d'une manière moins prononcée, en sorte qu'on ne peut encore louer le perfectionnement des races, sous le double rapport de l'augmentation de la rente et delà facilité de l'engraissement. 11 y aurait imprévoyance à blâmer les cultivateurs de cette lenteur prudente et calculée, tant que les ressources fourragères ne seront pas plus abondantes et n'occuperont pas une plus large place dans les assolements. Mieux vaut en agriculture suivre une marche modérée qne céder à un empressement inconsidéré,,qui trop souvent engage à s'approvisionner de consommateurs exigeants, avant d'avoir mis la production en équilibrepar là création de nombreux fourrages, cette première de toutes les opérations économiques.

M. Hardy est, depuis cinquante ans , à la Petite-Barre, près. Druyes, comme fermier, puis comme propriétaire de cette ferme. Cette circonstance seule ferait son éloge, si sa culture variée ne présentait une série dé produits qui prouvent, qu'en renonçant aux usages, et en travaillant en vue de nourrir de nombreux bestiaux, le fonds et celui qui le cultive s'enrichissent également;

(1) Cette commission était composée ; de : MM. Fennebresque, rapporteur. Vaugondy, Rabaud,.fils, et Delaroche, Adolphe. .

1868 18


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Sur une étendue de 82 hectares, cultivée par quart, la jachère a disparu et est remplacée par des prairies artificielles et des racines. Le blé qui, dans le principe, ne donnait que 9 hectolitres à l'hectare, rend aujourd'hui de 18 à 20, ou plus du double.

Ce cultivateur, ayant eu le mérite de donner le bon exemple dans sa commune et d'avoir mis en valeur des terres autrefois fort négligées, a paru à la commission digne d'une médaille de vermeil.

M. Proust, à la Bérangerie, commune de Sorigny, cultive, depuis un assez grand nombre d'années, A 70 hectares de terres qui ont à lutter contre l'humidité Homme d'ordre et procédant avec les ressources que lui fournit son exploitation, ce cultivateur se rend compte de tout et n'aventure rien à la légère. Depuis 40 ans, il a successivement défriché 30 hectares de parcelles incultes, pour les rendre à la culture. On ne trouve pas sur ce domaine une grande quantité de prairies artificielles, mais les récoltes sont belles et démontrent chez M. Proust un esprit de persévérance qui doit être encouragé et lui donne droit à une médaille d'argent grand module.

Le nombre de têtes d'animaux est loujours en faveur du système d'agriculture; aussi îa commission a-t-elle reconnu dans M. Boulet, à la Jirandelière, commune de Sorigny, un cultivateur avancé, dont les tendances devaient être signalées.

Sur SO hectares, il entretient 23 vaches, 9 chevaux et 160 moutons.

Les betteraves comprennent près de deux hectares, et les blés doivent atteindre un rendement de 30 hectolitres à l'hectare; quoique les terres ne soient pas de qualité remarquable. Pour arriver à ce résultat, M. Boulet a recours à deux moyens infaillibles : la bonne culture et les grandes fumures.

La commission propose , en conséquence de cet affranchissement des habitudes locales, de lui accorder une médaille de vermeil.

11 n'y a qu'un peu plus de deux ans que M. Boisgard cultive 33 hectares à la ferme de la Picarderic, commune de Veigné, et tout permet de croire qu'il suivra l'impulsion intelligente qui lui a été donnée par notre honorable collègue M. Drake, entre les mains duquel se trouvaient antérieurement ces terres.

De beaux blés, des avoines venues en dépit de la sécheresse témoignent des procédés de ce nouveau fermier.

Les trèfles n'occupent pas moins du cinquième de l'étendue, et leur riche végétation révèle que tout a concouru à leur beau développement : drainage, labours et engrais.


— 295 —

Une rnépaille d'argent est offerte à M. Boisgard pour l'engager à persévérer hardiment dans; cette voie.

Il est encore un certain nombre de cultivateurs qui ne croient pas devoir procéder sans appuyer leurs opérations sur la jachère; il en est mênie beaucoup qui la jugent indispensable en principe. M. Ouvrard père, près de Veigné, a rompu franchement avec cet ancien système , et est parvenu à nourrir une demi-tête de bétail par hectare. Sur une étendue de 45 hectares de terre de moyenne qualité, il a 7 hectares eh luzerne, 2 en trèfle, 3-l'_?2 en betteraves,.et 4 en prairies naturelles, ou près du tiers attribué à la nourriture des animaux.

Une telle disposition lui permet de fumer dans une large mesure,.ce qui explique l'uniforme; beauté de toutes les récoltes de ce fermier, .y.,-...'

Un bail de 18 ans à autorisé M, Ouvrard à entreprendre l'assainissement de ses terres et à travaillera leur ameublissement par de puissants instruments, à,l'épierrage, à la réparation des chemins de son exploitation, puis à mettre en bois la dernière parcelle, qui ne paraissait pas propre à la culture.

. Des médailles ont déjà récompensé le zèle de ce vétéran agricole.. Nous avons cru qu'il était équitable d'y ajouter uiie nouvelle médaille de vermeil, qu'il emportera dans sa retraite comme une haute et mémorable appréciation dé ses travaux.

Nous avons rencontré un autre cultivateur qui a marché avec succès dans là même voie, et les terres incultes qui composaient, en grande partie, la ferine des Landes, r— produisent maintenant de fort beaux blès> soutenus pai- une alternance de prairies artificielles très-prpspèrës,_ . .

L'état des cultures de M. Voùteâu, tant céréales que fourrages, démontre qu'une volonté, ferme" surmonte beaucoup d'obstacles, et nous proposons qu'une médaille d'argentlui soit décernée pour le récompenser de ses efforts, M. Vouteau appartient, en effet, à cette honorable classe de cultivateurs qui, au lieu d'apporter un capital à l'agriculture, lui en a demandé un par le travail, et a su le faire fructifier. '

Un de nos honorables collègues, M. Paul Delaville-Leroulx, est propriétaire de la terre du Brëùïl, près de Monts. La nécessité d'obtenir des fourrages sur unsol sec, sablonneux et infertile, l'a engagé à faire une prise d'eau sur la rivière de l'Indre, par l'application; d'un mécanisme d'autant plus ingénieux qu'il paraît plus simple. Il réunit, dansun réservoir supérieur, environ 200 mètres cubes d'eau qu'il distribue par de petits canaux sur les terrains inférieurs destinés à l'irrigation. L'herbe, stimulée par la présence de l'eau, acquiert une végétation nouvelle et donne un produit quadruple de celui qui, avant, était


— 296 —

abandonné aux chances extérieures qui décident in variablement du sort des récoltes, et surtout de celles qui ont pour but la production herbifère.

Cette organisation n'a pas encore reçu l'extension projetée ; mais, comprenant toute la portée d'une irrigation de cette nature, et de l'exemple qui en résulte pour les possesseurs des prairies du voisinage des rivières, la commission a disposé d'une médaille de vermeil eu faveur de M.Delaville-Leroulx, tant pour cette initiative utile que pour la belle et nombreuse vacherie qu'il entretient au Breuil au point de Vue de là fabrication des fromages.

La ferme de Montchénin et dé là Bichardière, commune de Saint-Brâhehs, contient 110,hectares.SLaçùJture est soumise à Un assolement de 8 années dont moitié est attribuée;à là production dés four

et les amendements de toutes sortes ont contribué à développer la productivité de ces terres qui proviennent en partie de défrichements de bois, et sur lesquelleson trouvé maintenant près d'une tête par hectare,

La vacherie entre seule pour moitié et est composée d'animaux presque tous cotentins, au milieu desquels ligure un remarquable taureau Durham.

Les moutons, au nombre de près de 300. sont sous la conduite intelligente d'un berger et portent des traces sensibles de leur amélioration par le sang anglais de Shropshire uni à la race indigène du Berri.

La nourriture des animaux est préparée avec des aliments coupés en mélange. Unelocoinobile. de la force de six chevaux, imprime le mouvement à un moulin à farine, à un puissant hache-paille et enfin à un câble de transmission qui communique avec la machine abattre les grains. Cette organisation présentéde nombreux avantages et supplée à la main-d'oeuvre en ce qu'elle aurait de plus pénible et de plus difficile à accomplir pour la célérité et la régularité detoutesles opérations.

Là culture répond à cet arrangement -intérieur', et des hlés d'espèces reepmmandables, telles que celles.de Noé, de ïïallett, d'aspect des plus satisfaisants , ont remplacé les chardons qui se disputaient naguère la possession de ce terrain amélioré et rendu désormais à une production progressive.

La commission, en présence de cette agriculture exceptionnelle et d'un ensemble qui la rendrait digne de prendre part à un grand concours, propose d'accorder à M. AlUbert la médaille d'or de l'Empereur.

Le rapporteur de la commission} FENNEBRESQUE.


. — 297 — COMICE AGRICOLE

DE L'ARRONDISSEMENT DE CHINON

—■cira à EtïeltelïeiE, le 9 août 1868

DISTRIBUTION DES PRIX

PBIX D'ABBONDISSEMENT.

RACE CHEVALINE.

Étalons. — 80 fr. et médaille en vermeil, grand module, à M. Dalmagne, de Chinon, comme ayant présenté le plus bel étalon, reçu et prime par le gouvernement.

Jument poulinière et sa suite, née dans l'arrondissement. — icr prix, 80 fr. et médaille d'argent à M. Blondin, de Chinon ; 2e prix , 40 fr. et médaille de bronze à M. Delétang, de Verneuil; 3e prix, 20 fr. et médaille de bronze à M. Foureau, de Chinon, pour son poulain seulement, la mère étant défectueuse.

Chevaux de A ans et au-dessus. — La commission n'a pas jugé les chevaux présentés dignes d'être primés.

Chevaux de 3 à 4 ans. — \ " prix, 60 fr. et médaille d'argent à M. Duret, de Liguièrcs ; 2° prix, 30 fr. et médaille de bronze à M. Collet, de Braye.

Chevaux de 2 à 3 ans. — lG1'prix, 60 fr. et médaille d'argent à M. Legris, de Chaveignes ; 2e prix, 30 fr. et médaille de bronze à M. Ghampigny, de Courcouô.

Poulains de \ à i ans. — 1e' prix, ex-oequo, SO fr. et médaille d'argent à chacun : •f 0 M. Prou, de Saint-Germain; 2° M. Besnard, de Richelieu ; 2e prix, 30 fr. et médaille de bronze, ex-oequo, à chacun : i° Mmc veuve Aufray, de Cravant; 2° M. Archambault, d'Assay.

RACE ASINE.

Ie 1' prix, 40 fr. et médaille d'argent à M. Billard, de Chaveignes ; 2e prix (réservé).

RACE BOVINE.

Taureaux de toutes races. — -1er prix, 80 fr. et médaille d'argent à M. Joseph Gouré, d'Avoine ; 2e prix, 30 fr. et mé-


—^298 —

daille de bronze à M. Boucliet-Bidard, de Beaumoht ; 3e prix, 30 fr..et médaille de bronzé à: M. le marquis yde Biencourt, à Azay, Eappef de 3e prix à M. Gugnon-Gallé;, de Sorigny; lre mention honorable, à M, Goussardde Mayolle, au château du Hàut-Brizày :; 2e mention : honorable: à ;Mi-:Coiffard, de Ghanipigny; 3S mention honorable à M. le marquis d'Effiat, à Chezelles.

Vaches de 3 à A 0 ans, — 1er prix, 60 fr. et médaille d'argent à M.Coiffard, déjà nommé:; 2eyprixv 30 fr.;et médaille de bronze à M. le marquis de BiencpurtVdéjà; nommé ;lr? mention honorable à M, Cpiifard, 3 fois nommé ; 2emention honorable à M. Carroi, de Brizay.

. Génisses de \ à 3 [ans. •—1 ?r prix, 40 fr. et médaille d'argent à M. le marquis d'Effiat, déjà nommé; 2? prix, 20:fr. et médaillé de bronze à M. Goussard de Màyolle; déjà nommé. ,■";■ Génisses.de ï_ an et.au-dessus. -^ '-A*% prixy préservé); ,2eïprix, 20 fr. et;:mèdaîlle de brbnzèà M. Gaillard,:dé ïtàzinés ; 3eprix, 45 fr. et médaille de^^ roi, déjà nommé ; %° à M. Gaillard, aussi déjà nommé.

.RACE OVINE.:;

: 1er prix, S0 fi\et médaillé d'argent, à M. Goussard de Mayolle,,;31 fois nommé,'j:_p' prix, ,30 lï.yet médaille de bronze, à M. A.hgëliaùmé Bèrthelot, de Blchèlleu,y ; ; y.

yAgmavx.-—- Prix unique,, 40 fr>, et médaille d'argent, à M. Goussard de Mayolle, I fois nommé. "

RACE PORCINE.,

1er prix, 30 fr., et médaille de bronze, à M. G-oussard, S fois nommé ; 2e prix, 20 : f r. et médaille dé bronze à M .le marquis de Biencourt, 3 fois nommé.

Truies.— 1er prix, 30 fr.yet médaille de bronze, à M. Marsault, de Poulesse; 2° prix, 20 fr. et médaille de bronze, ex-oequo, à chacun : 1° M. de Biencourt, 4 fois nommé; 2° Mme Juelte, de Champigny.

INSTRUMENTS AGRICOLES SANS DISTINCTION DE PROVENANCE.

Hors concours : M. Goussard de Mayolle, 6 fois nommé, pour importation dans l'arrondissement, de la moissonneuse ' Morgan, et semoir Jacquet-Nobillard ; 2° M. A. ïorterue, de Ghaveignes, pour ses charrues Dombasle.


— 299 —

COLLECTION DE MACHINÉS ET D INSTRUMENTS.

Bappel de médaille de vermeil à M. Benault-Gpuin, de Ste-Maure; — médaille d'argent à M, Maruhau, de Montmorillon.

Charrues. — Médaille en vermeil, à M. Aubin ; irB médaille d'argent, à M. Blanvillain , de Chinon; 2e médaille,;-à M. Davaux; 3° médaille d'argent,à M» Souchu-Pinet;; mention honorable, à M. Perro.

Charrues vigneronnes. —-Médaille en.vermeil, àM. BenaultGouin; médaille d'argent, à M. Souehu-Pinet ; médaille en vermeil, à M. Estabe, de Tours, pour râteaux, et faneuses à cheval; médaille en vermeil, à -M, Leveaû, pour sa broyeuse dé chanvre ; médaille d'argent, à M. Janin, pour ses tarares ; médaille d'argent: 1° à M; Guillard ; 2° à M. Bricoti pour leurs pressoirs ; médaille de bronze, :à:.:'Mi.:.B6pâmé:,.;;'dë.':B6urg-ueiI, aussi pour pressoir; enfin, médaille de bronzeyà M. Langevin, pour faux à râteaux.

INDUSTRIE. . ,:.\

Médaille en vermeil : 1° à M, Bevërdy, pour terres cuites ; 2° à M. Gandier-Petiilault ; 3° à M. Chevalliér-Lebl.ois; 4° à M. Guimier^Turquois, ces trois derniers; de fiichelieu, pour leurs jambons, etc.; S0 à M. Laforest, de Chinon, pour ses conserves alimentaires.

Médaille d'argent : 1 ° à M. Chauveau, appareil à distiller; 2° à M. Desbordes de Chinon ; 3° à M. Verrier, cordier ; 4° à M. Cellier, maréchal ; S0 à M. Bricault-Million, fabricant d'outils de tailleur de pierres ; 6° à M™e Mandement, pour ses vers à soie; 7° à M. Baffaut, pour cerclage dé roues.

Médaille de bronze : -I" à M. Martinet, pour sa corderie ; 2° à M. Normand, pour son pèle-pomme ; 3° à.M.. Durariteau, pour tonnellerie.

Mentions honorables : 1° à M. Baulu, pour son cueille-fruits ; 2°àM.Gouin-Poirier, bottier :3°àM. Lorphelin.enfantdeiSans, pour son ébénisterie; 4° Hoùry-PetiUëauIt," pour ses bougies; 5P Cottier, pour sa boissellerie ; 6° Tessereau, pour ses harnais.

Bappèl de médaille : 1 ° à" M- Benard-Eournëau, pour sa taillanderie; 2° à MM, Chevalier et Lejanvre, pour leurs .essieux; 39 à M. Delahaye, pour ses appareils de Ôhauffage et baignoires; 4° à MM. Desbordes et Abraham, pour pondérimètre à, spiritueux; 5° a M. Blanvillain, de Ghînôny pour sa taillanderie.


— 300 —

... -BEAUX-ARTS.

La commission vote à M FavréaU, agënt^yoyér à Biehelieu, des remerciements pour la part active qu'il a prise dansi'organisation de la fête et regrette dé n'avoir pas une récompense assez élevée à lui offrir. y

Hors de,concours : f M, Lobin, pour son exposition de vitraux; 2" M. Biaise, pour ses photographies.

Médaille en vermeil : l°àM. NâU.pour sa sculpture etarchitecture ; 2°àM. Bruhet, de Chinon, peintre, pour.sestâblêaUx; médaille de bronzé: 1° à M. Antoine Boyer, pour^ son architecture . 2P à M. Grandin, pour ses peintures. :;

PRODUITS AGRICOLES, VINS ET FLEURS.

Médaille d'argent, ex-oequo : 1° M. Emile Bobin, de Bichelieu, pour difficultés de culture vaincues; àyêepersévérahcè; 2° à M. Goussard de Mayolle, 7 fois nommé, pour .ses variétés de blé nouveau; médaille de brùnze, à M. :Brissèt-Massé,^dè Bourgueil, pour ses produits divers; médaillé^d'argent àBfissard, jardinier à Biehelieu, pour sa collection de fruits et légumes; médaillé de bronze a Louis Morieët, jardinier au parc '.. de Biehelieu, pour sa culture maraîchère jet fourragère ; médaille de bronze, à Amirattlt, jardinier au pape de Biehelieu, pour son chanvre; médaille d'argent, à Lelong, jardinier à Biehelieu, pour.-s'a collection de plantes; el^fleurs variées; médailles de bronzé : 1° à Pougét, jardinier à Ghinon, pourses plantes et.fleurs; remarquables; 2P à Simon Renault, de Bourgueil, pour chanvre; 3° à Louis Amirâult, de ChaVeignés, aussi pour chanvre.

';. VINS.

Médaille d'argent, à M. Dessert, de Biehelieu, pour sa collection de vins et liqueurs; médaille de bronzé, à M. Richault, pourses vins de Faye-Ia-Vineusei ",:i,y

. y PRll'Ç_'CANTO]^{':-'iy^\T'''Vy:y'';^'.y

.MORALITE ET BONS SERVICES. ; ;

, Domestiques de ferme. —- Prix donné par M. de Quinemont'.:" 100 fr. et médaille d'argent, à Blanchard, chez M. Grosset, de Lémeré; 2e prix, 70 fr. et médaille de bronze, à Drùet, chez M. Gaillard, de Bazines; 3e prix, 30 fr. et médaille de bronze, à Girault, chez M. Pellault, de Brâye. ■.-■


— 301—

let prix, 70 fr. et médaille d'argent, prix donné par M. de Quinemont, à Henriette Chauffeur, chez M. Girâult de Faye ; 2e'.prix, 40 fr. et médaillé de bronze, à Françoise Bourdier, chez M, Boux à Ligré, 3° prix, 23 fr. et médaille de bronze, a Marie Tournois., chez M. Gaillard, de Bazines,

EXPLOITATIONS LES MIEUX DIRIGÉES.

La propriété du Bivau, à Lémeré, exploitée par M. GrossetPallu, propriétaire, a été mise hors concours; la commission^ comme témoignage de satisfaction, à l'unanimité, a accordé une médaille d'or à Mme Grosset-Pallu, s'oecupant de ce beau domaine avec un soin tout particulier.

Ie* prix, 100 fr. et médaille d'or, à M. Gaillard, de Bazines; 2e prix, ex-oequo, 30 fr, et médaille d'argent, à chacun : 1° à M. Massé-Arnault de Coureoué ; 2° et à M. Diboine-Fouquetv de Champignj^; 3e prix, 40 fr, et médaille de bronze, à M. Charles Pellault, de Brave; iyi mention honorable, à M. Ghéueau-Labauge, de Chàveignesy; 2e mention, à M. Pierre Coiffard, de Champigny ; 3e mention, à M. Granger-Ghampigny, de Luzé; 4e mention, à M, Désiré Beausse, de Bazines; 5e mention, à M, Boislabeille fils, de Braslou; 6e mentioii,: à Leclerc-Girard, de Bazines, y y

MOUTONS, y

Ae? prix, 50 fr. et médaillé d'argent, à M. Louis Amiraûlt, de Luzé; 2e prix, ex-oequo,--4S fr. et médaille de bronze, à chacun : 4° à M. Pierre Boyer, de Ligré; et 2° à M. Granger-, "Champigny, de Luzé.

VIGNES CULTIVÉES A LA CHARRUE ET A LA BÊCHE.

Médaille: en vermeil et hors concours, à M, Mestayer fils, de Lémeré.

1er prix, ex-oequo, 20 fr. et médaille en vermeil, à chacun : l°àMme veuve Gelin Jautrou; de Chaveignes; 2° et à M. Lasolais, de Lémeré ; 2e prix, 20 fr. et médaille d'argent, à M. de: Cougny, de Ligré ; 3e prix, 10 fr. et médaille de bronze, à MM. Avers frères, de Ligré; lre mention, très-honorable, à M. Froger fils, de Biehelieu ; 2° mention, à M. Drouin, du Basbré, à Ligré; 3e mention, à M. Arnault, de Coureoué.

CHANVRE; . '

1er Prix, 50 fr. et médaille d'argent, à Jean Souty, au château de Biehelieu ; 2e prix, 40 fr. et médaille de bronze, à Pierre


— 302 —

Bouché, chez M. Bertrand, de Richelieu; 3e prix, 30 fr. et médaille de bronze, à Leclerc-Lambert, de Chaveignes ; 4e prix, 20 fr. et médaille de bronze, à Legris-Amirault, de Chaveignes ; A" mention honorable, à Billard père, de Chaveignes; 2e mention, à Bené Dugé, de Biehelieu ; 3e mention, à Devant-Pironneau ; 4e mention, à Devant-Donzain.

PLANTES SARCLÉES (fourragères).

1er prix, 40 fr. et médaille d'argent, à M. Coiffard, de Champigny; 2e prix, 30 fr. et médaille de bronze, à M. Boislabeille fils, de Braslou.

PLANTES FOURRAGÈRES (artificielles).

lcr prix, 40 fr. et médaille d'argent, à M. Arnault de Champigny ; 2e prix, 30 fr. et médaille de bronze, à M. Cailler, maire de Chaveignes.

POMMES DE TERRE.

Prix offerts par M. le comte^ deJa.Boche-Aymon, de Champigny :

-1er prix, 60 fr. et médaille d'argent, à M. Désiré Beausse, de Razines; 2° prix, 40 fr. et médaille de bronze, à M. GuertinBecasseau, de Ligré.

CULTURE MARAÎCHÈRE.

1er prix, 30 fr. et médaille d'argent, à M. Mirault, au château de Richelieu; 2e prix, 25 fr. et médaille de bronze, à M. Bobin, jardinier, à la Tour-St-Gélin , 3" prix, 13 fr. et médaille de bronze, à M. Chalumeau-Pironneau, au château de Richelieu.

LABOURAGE.

lerprix, 40 fr. et médaille d'argent, à Pillault, chez M. Grosbois, de Lémeré ; 2° prix, 30 fr. et médaille de bronze, à Simon, chez M. Archambault, de Lémeré; 3P-prix, 20 fr. et médaille de bronze, à Giraud, chez M. Plau, de Braye; 4e prix, 10 fr. et médaille de bronze, à Roy, chez M. Molisson, de Richelieu.

Les cinq laboureurs non-primés ont reçu chacun cinq francs à titre d'indemnité.

Un prix d'honneur a été offert par la ville de Richelieu, à M. Goussard de Mayolle, du château du Haut-Brizay, pour l'ensemble de ses belles et riches expositions au concours, et qui lui ont valu de si légitimes récompenses.

Le Comice, comme témoignage de sa vive satisfaction, a décerné, à l'unanimité, uué médaille d'argent à la musique de Richelieu.

PAUL HUET,

Secrétaire du Comice,


303

COMICE AGRICOLE DE L'ARRONDISSEMENT DE LOCHES

TENU A LOCHES LE 16 AOUT 1868.

DISTRIRUTION DES RÉCOMPENSES.

Médaille d'or, témoignage de reconnaissance , offerte par le comice, à M. Déplais, son vice-président.

PRIMES D'nONNEUR, POUR L'ENSEMBLE REMARQUABLE DES CULTURES.

Médaille d'or à M. Rémy, fermier, à la Bonardière. Médaille d'argent, à M. Révérend, propriétaire, à Orbigny. Médaille d'argent, aux frères Chapu, propriétaires, à la Gartinière, commune d'Orbigiiy.

BONNE TENUE DES DOMAINES.

lre prime, 100 fr., à M. Menessier, fermier, à Chavigny.; 2° prime, 80 fr., à Podevin, métayer, au Chêne-Rond , 3e et 4e primes, non décernées.

PRAIRIES ARTIFICIELLES.

lre prime, 100 fr., au sieur Dugué, fermier, aux Brosses ; 2e prime, 80 fr., au sieur Bernard, fermier, à Fisse-Roue: 3e et 4e primes, non décernées.

RACINES FOURRAGÈRES.

Médaille d'argent, à M. Fortin fils, aux Hées. CONCOURS DE BESTIAUX.

RACE CHEVALINE.

4'° Catégorie. — Chevaux de remonte.

Au plus bel étalon , employé pendant un an à la saillie. — Réservée.


— 304 —

Jument poulinière avec sa suite.

•ire prime, 60 fr., au sieur Maitin, commune de Vemeuil ; 2° prime, 60 fr., au sieur Bourreau, à la Babodière ; 3e prime, 60 fr., au sieur Podevin, métayer, à Chêne-Ronde. Poulains ou pouliches, de \ 5 mois à 3 ans.

lrc prime, 60 fr., à M. Charles Déplais, commune de Chambourg; 2e prime, 40 fr., au sieur Texier, de Beaumont ; 3e prime, 30 fr., au sieur Labbé, commune de Mouzay.

Deuxième catégorie. — Chevaux de trait.

Au plus bel étalon, employé à la saillie pendant un an : Prime unique, 60 fr., au sieur Grandeau, commune de Ciran,

Jument poulinière avec sa suite. Prime unique. — Réservée.

Poulains et Pouliches.

lrs prime, 60 fr., à Jourdanne, fermier, aux Lauderies ; .2e prime, 40 fr., à Rémy, à la Bouardière ; 3" prime, 30 fr., à M. Navers, de Loches.

BAUDETS.

•Prime unique, — 50 fr.

RACE BOVINE, DE 2 A 4 ANS.

Taureaux, race de la localité, pure ou croisée.

il "prime , 50 fr., à Mennessier, commune de Chambourg : 2e prime, 40 fr., à Martin Pasquier, commune deBridoré; 3e prime, 30 fr., à Rémy, à la Bouardière.

Vaches ou génisses, race de la localité , pure ou croisée.

A" prime, 50 fr.,. à M. Delacour, à la Turmelièrc, vache cotentine ; 2e primé, 40 fr., à Martin Pasquier, commune de Rridoré ; 3e prime, 30 fr,, à veu\e Girard, de Loches.

RACE OVINE.

Béliers, de 2 à 5 ans.

Imprime, 40 fr., à Rémy pour son lot de jeunes béliers ; 2e primé , 30 fr., au sieur Besnard, pour un de ses béliers ; 3°prime, 20 fr., aU sieur ***, fermier, pour un de ses béliers.


— 305 —

.'■ Lot dé {0 brebis.

•lro prime 40 fr., à M. Béniy ; 2° prime, 30 fr., au sieur Coursault, fermier, commune de Tauxigny; 3e prime, 20 fr., à M. Nauquet, le directeur de la ferme-école ; 4e prime, 15 fr:, à M. Fortin, propriétaire aux Hées.

Lot de A 0 agneaux.,'

; A™ prime, 40 fr., au sieur Guériti, fermier ; 2e;prime, 30 fr., à M. Nanquet; 3e prime, 20 fr., à M. Duval ; 4e prime, 10 fr., au sieur Boileâu, de Loche, y

Médaillé d'argent, à M. Rémy, pour l'ensemble remarquable de son exposition d'animaux de ferme.

.LABOURAGE. ''"'"'

Ve prime, 60 fr., avec médaille d'argent, à Baudoin, de Loche; 2e prime, SS fr., avec médaille de bronze, à Podevin, de Villeloin; 3e prime, 50 fr., avec médaille de bronze, à Girauît, de Chambourg ; 4e prime, 45 fr., avec médaille de bronze, à Roy, d'Orbigny ; S" prime, 40 fr., avec médaille de bronze, à Prieure , de Genillé; 6e prime, 35 fr., avec médaillé' de bronze, àGallaud, de Loche ; 7e prime, 30 fr., avec médaillé de bronze , à BÏanchaudeaux, de Nouans ; 8e prime, 25 fr., avec médaille de bronze, à Auguste Page.

INSTRUMENTS AGRICOLES , SANS DISTINCTION DE PROVENANCE.

Resnard, de Saint-Branchs, médaille de vermeil (Société d'agriculture de Tours), pour sa batteuse.. .

Branger, de Saint-Bauld, médaille d'argent, pour sa batteuse. .-..;;.. ■■■.-:;.'.

Mérison, médaille d'argent (Société d'agriculture de Tours), pour collection d'instruments.

Médaille de bronze, au sieur Herle, contre-maître de M. Pinet, d'Abilly,

Médaille de vermeil, au sieur Bunon, aîné, pour ses charrues vigneronnes- '-,.;,.

Médaille de vermeil, au sieur Rossignol, pour ses charrues perfectionnées.

Médaille d'argent, au sieur Biiuon-Berthault, pour ses charrues vigneronnes.

Médaille d'argent au sieur Doury, pour ses tarares et barattes. .'.-■:.'." ""'-"'

Médaille d'argent au sieUrPrecit, pour tarares et barattes, àPocé. "


— 306 —

Médaille de bronze, à titre d'encouragement, au sieur Hurtault, de Perrusson, pour sa charrue vigneronne.

Médaille de bronze pour une pompe, au sieur Chevalier, mécanicien à Tours.

BOURELLERIE ET MARÉCHALERIE.

Au sieur Brauger, de Loches,; pour ses harnais, 50 fr. ;

Au sieur Chevreuil, de Loches, Id., 50 fr.;

Au sieur Boisseau, de Loches, id., 40 fr.;

Au sieur Guérifault, de Loches, maréchal, id., 50 fr. ;

Au sieur Monjallon, de Loches, id., 50 fr. ;

Au sieur Brault, de Betz, id._ 35 fr. et une médaille de bronze.;

Au sieur Allouard, carrossier à Bléré , pour confection de voitures, médaille de bronze.

MORALITÉ ET BONS SERVICES.

Pour les hommes.

lre prime, accordée au sieur Morin, Aimé, chez M 1' 0 Burlau, avec médaille d'argent, et 40 fr., 33 ans de services ; 2e prime, Louis Dénonais , chez M. de la Fouchardière , avec médaille de bronzé et 30 fr., 26 ans de services: 3e prime, Salmon, Chartier et Berger, chez M. DuVal, avec médaille de bronze, et 20 fr., 19 ans de services.

Nous regrettons que le sieur Marrou , qui compte quarantequatre ans de services chez lé même maître, ne les ait pas consacrés exclusivement à l'agriculture.

Pour les femmes.

Atù prime, Chauveau, Louise, chez M. Delaroche, avec médaille d'argent et 40 fr., 20 ans de services; 2e prime, Hérault, Sophie, chez M. Leleu, médaille de bronze avec 30 fr., 18 ans de bons services ; 3° prime, Léônie Simon, femme Clément, chez M. Lebarillet, médaille de bronze avec 20 fr., 17 ans de services. y y;.,;

LABOURAGE DE LA VIGNE.

lre prime, 40 fr. avec médaille d'argent, au sieur MeunierDoucet, de Loches ; 2e prime, -35 fr. avec médaille de bronze, au sieur Barillier, laboureur chez M. Picard, de Loches; 3e prime, 30 fr. avec médaille de bronze, au sieur Coltrou, laboureur chez M. Moreau, à la Frillière ; 4e prime, 23 fr. avec médaille de bronze, au sieur Babault, chef-vigneron à la ferme-


/-.y;.:;.,. .C . , .y;.;^;::307y^:,::y-: '. y,.:; y -—y,'- .

école des Hubaudières ;: 5e prime, médaille de bronze, ausiéur Giboureau, dé Loches ; 6e prime; médaille de bronze, au sieur Gôumârd, de Loches ; 7e primé, médaille de bronze y au sieur Fortin, propriétaire aux Hées.

30 fr. avec médaille de bronze, au sieur Besnard, chefvigneron, chez M. Moreau, à la Frillièré.

Médaille de bronze , au sieur Goumard, vigneron chez M. Picard, pour sa taille perfectionnée , et pour l'ensemble de ses travaux faits consciencieusement.

INDUSTRIE PARTICULIÈRE ET HORTICULTURE.

Médaille d'argent,"à M. Lalauge , pour sa culture de champignons ;

Médaille d'argent, au sieur Simon, de Loches, pour la bonne tenue des jardins confiés à ses soins,. appartenant à M. de Marsay ;

Médaille d'argent (Société d'agriculture), aux élèves de la ferme-école des Hubaudières;

ilédaille d'argent (Société d'agriculture), au sieur Papoint, de Loches, pour son exposition de fleurs ;

Médaille d'argent, au sieur Dupuy, père, pour son exposition de fleurs ;

Médaille de bronze, à M. Autrique, pour ses maïs;

Médaille de bronze, au sieur Badièr, pour ses blés transportés ;

Médaille de bronze au sieur Dumasile ;

Médaille de bronze, au sieur Barrot;

Médaille de bronze, au sieur Mascicol ;

Médaille de bronze, au sieur ***, domestique de M. Godcau, pour cocons.


©&sei?vatlo_.s __5têoi-oIogfi<pieE Caftes©orarg. " Par M, de TASTES ' MOIS D'AOÛT 1868

g TEMPÉRATURE Ba:°metre du ciel D,rectl°n Pluie

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17 15 6 23 6 750,7 4 ® S—0 yr0 pendant six heures.» ■

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29 10 19 767,8 4 ■:• N — 2

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j ' Moyenne du mois :. 19° 8. .

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Cielbeau. — 0 6 Pluie "' • 14,, vent du N. 2

id. peunuageu'x, à 1/4 couvert — 1 3 Neige -k N. E; 2

id. nuageux à 1/2 couvert — 2 10 Rosée •> il . E. 1

id. très-nuageux à 3/4 couvert — 3 4 Gelée M. -^3 » S. E. 3

id. couvert — 4 8 Gelée _ S. 5

id. vaporeux — v. Orage. Z S. 0. 12

id. brumeux " —br. Grêle H Grésil o O. 3

N. 0. 3

NOTA.— L'état du ciel est calculé sur la moyenne de la journée; il en est de même de la direction du vent. L

Dans les colonnes 2 et 3 on exprime les températures au dessous de zéro parle signe — ; l'absence de ce signe indique une température supérieure à'zéro. ..'.'"-."

(1} Les chiffres placés dans la colonne 7, indiquent la force du vent: 0 vent nul, 1 vent faible, 2 .joue brise, 3 vent très-fort, 4 tempête. . .'■ ,.


— 309 —

."EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX

[Séance du 8 août \ 868.

PEÉSIDENCE DE M. HOUSSAED,ypBÉSIDBNT.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Lecture estfaite du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des Sociétés correspondantes, le sécréta-^ riat a reçu les brochures suivantes :

Discours prononcés au Sénat, le 22-23 mai 1868, par M. Duruy, Ministre de l'Instruction publique, et M. Ch. -Robert, secrétaire général du ministère, au sujet d'une pétition relative à Renseignement supérieur.

. Etudes sur les eaux thermales de Luxeuil (Haute-Saône), par M. Dormoy, ingénieur des mines, membre titulaire. Don de hauteur. —Des remercîménts sont adressés à M. Dormoy.

- Communication est donnée, par les secrétaires respectifs, des procès-verbaux. des sections d'agriculture et d'horticulture. Cette dernière section a recruté sept nouveaux membres adhérents,; savoir, MM. F. Thomas, À. Têtard, Guérineau, Blin, Rouillé, À. Bariller et Houdayer.

Correspondance. —M. le.Préfet, «^transmettant une circulaire da Ministre de l'Agriculture au sujet du hannètonnage, demande à la Société si elle connaît quelque procédé pratique pour la destruction des hannetons et des vers blancs, procédé qui pourrait servir de base.à un projet de loi présentant une sanction réelle et sérieuse. — M. Fennebresque est chargé de répondre à cette communication.

.. M. le baron P. de Richemont, sénateur, maire de SaintÂvertiiiyannonce à la Compagnie qu'il a obtenu de l'Empereur, pour le comice, une médaille d'or à l'effigie de Sa Majesté, et une médaille d'argent à l'effigie du Prince Impérial. et du Ministre de l'Agriculture quatre médailles pour le même comice, une en or et trois eh bronze. ■—Des remerciements sont votés à M. de Richemont pour les démarches qu'il a bien voulu faire en cette circonstance. :

-.. L'ordre du jour appelle la lecture du rapport de la commission de parcours du comice. M. Fennebresque, rapporteur, fait connaître les exploitations que la commission a visitées,; et in1868

in1868 ' '"■■' 19 ' "".


— 310 —

dique les récompenses qu'elle propose de décerner. Ces diverses propositions sont approuvées par l'assemblée, "y;-

M. Papion du Château obtient ensuite la parole, pour donner communication d'une pièce de vers intitulée : le Choléra des Russes, en A 830^ Ce morceau brille par une sombre énergie bien digne du sujet lugubre qu'il retrace.

Comme poiir opposer un contraste à. ce tableau sévère, M. Delphis dé la Cour lit une touchante élégie intitulée : les Enfants. Le poëte fait vibrer les notes les plus pénétrantes de la sensibilité, et en écoutant cette poésie si tendre et si élevée, tous les auditeurs comprennent à leur émotion pourquoi l'oeuvre de M. Délphis a méj-ité un souci d'argent à l'Académie des Jeux floraux.

y Ces deux morceaux, qui ont obtenu, chacun dans son genre, les suffrages de l'assemblée, sont- renvoyés ; au Comité de rédaction.

-Après cet intermède poétique , la Société retourne aux questions agricoles. M. Blanchard, dans une note courte, mais substantielle, développe les avantages que l'on peut se promettre des stations d'essais agricoles, institution nouvelle qui, en Allemagne, a déjà beaucoup contribué au progrès de l'agriculture. L'honorable membre voudrait qu'une station de ce genre fût établie en Touraine, à côté de la chaire du professeur d'agriculture^ ypour être le véritable champ d'expérience et comme la clinique de son cours.-—L'assemblée, adoptant les vues exposées par M. Blanchard, charge son président de solliciter près du ministère la création d'une station d'essais agricoles qui serait jointeà la chaire du professeur d'agriculture.

La question séricïèole, si importante pour la prospérité agricole et manufacturière de la France, est toujours au premier' rang des sollicitudes du Gouvernement. Dans le but de provoquer de nouveaux essais et de poursuivre la création d'une graine saine, lé Ministre de l'Agriculture a adressé à notre Compagnie 90 grammes de graine de vers à soie exempte de maladie,; pour être distribuée aux meilleurs éducateurs, et a promis une prime de 200 francs à l'éducateur qui aurait le mieux réussi. La commission chargée de surveiller ces éducations- présente aujourd'hui son rapport par la bouche de M. Bouille-Courbe : quelques chambrées ont réussi; d'autres ont éprouvé des pertes entières; quelques-unes ont vu les vers frappés d'une maladie nouvelle. Devant ces résultats, la Commission est demeurée hésitante, et voudrait voir récompenser plusieurs des éducateurs qui ont fait les tentatives les plus heureuses. La Société, liée par les engagements ministériels, ne peut adopter des propositions aûssilargès, et invite sa Commission à se renfermer dans le programme tracé.


— 3!t —

A ce sujet, M. le docteur Pasquier demande la parole et expose que Mlle Miquel, soeur de notre savant médecin, élevant des vers à soie dans sa propriété de Larcay, a eu l'heureuse idée de les traiter par les émanations du coaltar. Pas un seul des vers n'a été malade, et tous ont accompli avec un plein succès les diverses phases de leur éducation. Ce fait si remarquable avait déjà été annoncé par le docteur Télèphe Desmarlis de Bordeaux, et par M. Béchamp, professeur à la Faculté de Montpellier, mais il mérite d'être rappelé à cause des résultats importants qu'il peut avoir sur le succès des éducations séricicoles. — L'assemblée remercie M. le docteur Pasquier de cette intéressante communication, et renvoie sa note au Comité de rédaction pour être insérée dans nos Annales.

Cette lecture soulève quelques réclamations de M. le docteur Brame qui annonce avoir préconisé depuis longtemps l'emploi du coaltar pour la destruction des parasites végétaux et animaux, et revendique la priorité de celte idée. M. le Président invite M. Brame à ne pas se contenter d'une simple communication verbale, et a présenter un rapport écrit sur cette question.

A la fin de la séance, on procède au scrutin secret et indivividuelj à l'élection de trois nouveaux membres présentés dans la précédente séance. A la suite du dépouillement du scrutin, sont proclamés comme membres titulaires :

MM. DKAKE DEL CASTILLO , propriétaire au château de Candé, commune de Monts, présenté par MM. Bidault, Ladevèze et de Sazilly ;

PEERACXT, propriétaire-agriculteur à Tours, présenté par MM. Fennebresque, Forest, Ressy et Nicolle ;

Et DOTUY (Georges), viticulteur à la Bretèche, commune d'Orbigny, présenté par MM. Fennebresque, Lesèble, Duclaud et Cîicvaiier.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures et demie.

Le Secrétaire perpétuel, C. CHEVALIEE.


— 312 — Séance du H novembre <JS68.

PRÉSIDENCE DE M. HOUSSARD,' PRÉSIDENT.

La séance est ouverte à une heure.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Lecture est faite du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, le secrétariat a reçu les ouvrages suivants :

Distribution des récompenses accordées à la Sorbonne aux Sociétés savantes, le 18 avril 1868. — Envoi de M. le Ministre de l'Instruction publique.

Rapport sur la viticulture et la vinification du canton d'Evian (Haute-Savoie), par le docteur J. Guyot. — Envoi de M. le Ministre de l'Agriculture ; deux exemplaires.

Marie, éludes du foyer domestique, par le comte A. de Croy, membre titulaire. — Don de l'auteur. Renvoyé à l'examen de : M. le vicomte Emm. de Flavigny.

Eloge de Velpeau, discours prononcé à la séance annuelle de rentrée de l'Ecole de médecine et de pharmacie de Tours, en 1867, par M. le docteur Ch. Brame, membre titulaire. — Don de l'auteur.

Petites observations sur quelques plantes critiques, par A. Thielens, membre correspondant. — Don de l'auteur.

Excursions agricoles faites en France, en 1866, par le comte Conrad de Gourcy. — Don de l'auteur, transmis par M. Allibert.

: Rapport sur l'épidémie cholérique et la fièvre jaune dans l'armée des Etats-Unis, en 1867 (en anglais), par le chirurgien en chef. — Envoi du département de la guerre de Washington.

Lettres à M. Barrai sur trois plantes martyrisées par ' l'homme et guéries par elles-mêmes (la pomme de terre, la vigne et le poirier), par Leroy-Mabille, de Boulogne-sur-Mer, —: Don de l'auteur.

Recueil d'exercices sur les sujets les plus usuels, annexé aux arithmétiquesjfV:$ et 2 de A. Guilmin, à l'usage des écoles primaires, des. classes élémentaires et dçs cours d'adultes, par A. Guilmin et feAv Testa, ,2è édition. —-Ï)on de l'auteur, M. Testa, instituteur à Joué-lès-Tours, y

L'art de greffer les arbres, arbrisseaux et arbustes fruitiers, forestiers ou d'ornement, par Ch. Battet, de Troyes. — Don de l'auteur. Renvoyé à l'examen de la section; d'horticulture.


.;. —313 — ■■■ '

: Des remerciments sont votés aux donateurs de ces diverses publications.

Communication est ensuite donnée, par M, Barnsby, du.

/compte-rendu des travaux de la section d'horticulture. La

section a recruté neuf .nouveaux membres adhérents, .MM, Ch.

Péan, L. Auroze, Durand-Martin, J. Billard, L. Mazereau,

Guépin-Parfait, A. Rehou, J. G-ascheréau et Lantoh.

Ces préliminaires étant épuisés, M. le président, avant d'aborder l'ordre du jour, propose, au nom de tout lé bureau, de .décerner à M. Pastoureau, préfet d'Indre-et-Loire, le titre de membre honoraire 1 Cette proposition est adoptée à runanimité par rassemblée. .; :;" ::

L'ordre du jour appelle ensuite les diverses communications relatives: à la séance publique académique. ïl est décidé que cette séance aura lieu le samedi 19 décembre; le soir. Une commission, composée de MM.Lesèble, président, Borgnet, Barat^Pallu, Bouille-Courbe, Pasquier, Salnion de MaisonRouge et 'l'abbé Rastier, est nommeè:pour préparer l'organisâ"tion de toute la partie matérielle de cette solennité.

Le secrétaire perpétuel lit son rapport sur les travaux de l'année/Ce rapport est adopté pour faire partie du programme de la séance académique.-— Un compte-rendu dès travaux de ; la section d'horticulture, par M. Belle, et le rapport de M; le docteur Loys Bodin, sur le bras agricole imaginé par M. Gripouiileau, sont également adoptés pour la lecture publique.

M. Lesèble dit quelques mots des résultats du concours scientifique et du concours-littéraire. Lé premier a été complètement nul ; le second n'a offert que deux pièces de vers d'une grande médiocrité. Il n'y a donc pas. lieu, de décerner ces prix cette année.

Lé même membre présente un rapport sur le Projet de colonage viticole, de M. G.Dupuy. L'honorable rapporteur, sans analyser: complètement l'ouvrage de notre nouveau collègue, : indique la pensée-mère de ce travail. Dans les pays maigres et .-déshérités,.réduire la part des céréales à une proportion toute secondaire, et donner la place la plus large arme culture plus rémunératrice, comme la vigne, tel est le principe fécond ; adopté par M. Dupuy, et expérimenté avec un plein succès par lui, dans.son domaine dèyla Bretèché^ à Grbigny. M; Lesèble rend hommage aux vues élevées de l'auteur, à son amour du bien publie, à l'équité qui préside au partage des. fruits entre le propriétaire et le colon, et enfin à l'élégance toute littéraire avec laquelle l'écrivain expose ses' iâéës, et il conclut en demandant; Jes féliçitations;|de la Société pour le Projet de colo~ : nage viticole. — L'assemblée adopte cette proposition à l'unanimité, et renvoie le rapport de M. Lesèble au comité de rédaction.


— 314 —.

Deux pièces de vers sont présentées par M. Papion du Château pour la séance publique. L'une d'elles, intitulée la Solitude, est adoptée.

M. Brame obtient ensuite la parole pour lire un mémoire sur les couleurs. Dans ce travail, que nous ne pouvons analyser ici, le savant professeur produit plusieurs idées neuves et originales, et groupe un certain nombre de faits à l'appui de sa théorie.

M. Rouillé-Courbe, rapporteur de la commission séricicole, expose les résultats obtenus cette année par nos éducateurs, et propose les récompenses à décerner. La Société remet à la séance prochaine à statuer sur ces propositions.

Avant de clore la séance, on procède, au scrutin secret et individuel, à la réception de trois nouveaux membres présentés dans la séance précédente. A la suite du dépouillement des scrutins, sont proclamés membres titulaires :

MM. Géran, conducteur retraité des ponts et chaussées, à StPierre-des-Corps, présenté par MM. Truffaull, Kicolle et Rouillé-Courbe;

Et Mabille frères, constructeurs de presses et pressoirs à Amboise, présentés par MM. Nicolle, Forest et BouilleCourbe;

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures.

Le secrétaire perpétuel.

G. CHEVALIER.-

COMPTES-RENDUS DES TRAVAUX DES SECTIONS.

SECTION D'HORTICIJLTUEE. — SÉANCE DU 2 AOÛT 1S68, sous la présidence de M. Lesèble, vice-président.— L'ordre du jour appelle la lecture des divers rapports que doivent présenter les deux comités des pépinières et des jardins fleuristes.

M. Leroux lit, au nom du Comité des pépinières et des jardins maraîchers, un rapport sur.la visite faite au potager de la terre de Candé.

L'honorable membre fait ressortir l'importance des cultures confiées par M. Di'ake del Caslillo à son jardinier-chef 5 M. Louis Ploquin, et qui comprennent un vaste potager renfermant 30 pêchers en espalier (grandes formes) ; 400 poiriers de toutes formes, pyramides bien établies, cordons obliques, etc., un nombre considérable de pommiers en cordons, des vignes (culture de Thomery), des pruniers, des cerises, etc. Tous ces


— 315 —

arbres, toutes ces vignes sont dans les meilleures conditions de culture, y

y A côté de ces arbres, le Comité a trouvé une culture maraîchère très-variée, dont l'ensemble, vu rèpoquer de l'année à laquelle a eu lieu la visite, fait honneur à M. Ploquin.

|i. Leroux ajoute que le potager de Candé a été créé par M. Ploquin, et que c'est à son habile jardinier que M. Drakë doit de posséder aujourd'hui l'une des plus belles collections de fruits qui existent en Touraine.

; Aussi le Comité des pépinières émet-il le voeu qu'il soit décerné à M.; Ploquin l'une des récompenses réservées à l'arboriculture et à la culture maraîchère, par le Comice de Tourssud. -

En l'absence de M. Lesèble, le Comité des serres et des jardins fleuristes s'est ; constitué en nommant président, le doyen d'âge, et secrétaire, le plus jeune..

M. Vausseur père a été nommé président; M. Bonnet, secrétaire..

M. Bonnet donne lecture , au nom dû Comité des .serres, et des jardins fleuristes, d'un rapport qu'il a été chargé dé faire .suivies cultures de fleurs de Candé, cultures également confiées à M; Ploquin. y

L'honorable membre énumère toutes les richesses que renferment les magnifiques massifs de fleurs qui ornent les pelouses de Candé, et font dé cette propriété l'une des merveilles de notre Touraine.

Tous les genres, Toutes.les espèces, toutes les variétés les plus rares et les plus recherchés en horticulture, s'y trouvent représentés en nombre considérable.

• L'ensemble de ces cultures fait le plus grand honneur au propriétaire de Candé ainsi qu'à son laborieux et habile jardiriiër-chef. :

M. Bonnet émet donc, au nom du Comité des jardins fleuristes, le voeu qu'il soit décerné à M. Ploquin 5 l'un des premiers jprix réservés à la culture florale par le Comice; de Tours-sud.

M. Leroux reud compte d'une visite faite par le Comité des pépinières chez M. Godbert, propriétaire à Joué-lèsTours. ...

M. Godbert avait demandé que son jardinier fût admis à concourir pour la viticulture et l'arboriculture. Aujourd'hui il déclare abandonner l'un de ces concours, celui de l'arboricultare, et demande simplement l'avis du Comité sur les arbres -fruitiers de son potager. Cet avis est donné dans les termes les plus flatteurs pour le,sieur Gasté, jardinier et vigneron de M. Godbert,


— 310 —

M. Madelain rend compte de la visite qu'il a été chargé de faire dans un jardin appartenant à M, Remeau, à l'effet d'examiner la culture d'un haricot importé de l'Ile de Cuba.

Ce haricot, qui ne serait autre chose que le Dolichos sesquipedalis, est représenté par une vingtaine de sujets portant des gousses de 50 à 70 centimètres de longueur. Les fruits de cette espèce, ainsi que ceux de tous les dolichos, sont mangés en vert.

Mais de l'avis de tous les hommes compétents, le genre Dolichos ne fournira jamais de produits pouvant rivaliser avec ceux du genre Phaseolus. De nombreux essais ont été faits en France et en particulier au jardin botanique de Tours, au moyen de graines importées par M. de Montigny, consul général de France en Chine, et il a été reconnu que la culture de ces plantes n'offrait aucun intérêt.

M. Brédif prend la parole pour décrire un espalier mobile de son invention qui offrirait ce grand avantage de pouvoir cultiver le pêcher en espalier sans avoir recours à un mur.

Cet espalier se compose de trois pieux fixés en terre et destinés à porter autant de planches mobiles que le pêcher dressé en palmelte simple aurait de branches de charpente.

Ces planches, fixées au pieu du milieu, seraient élevées ou abaissées à volonté selon les besoins de la taille. De plus, chacune de ces planches, large de trente centimètres, porterait un auvent en bois de vingt centimètres de largeur.

M. Brédif s'engage à faire construire sur une petite échelle, un modèle de son espalier et à le présenter à la prochaine séance.

M. Leguyer présente sur le ivellinyionia giganlea quelques observations, desquelles 31 résulte que celte espèce peut être facilement multipliée par boutures et donne ainsi de beaux sujets. I! n'en est pas moins d'accord avec tous ses confrères pour dire qu'en général les conifères provenant de semis prospèrent mieux et fournissent des arbres plus vigoureux que celles qui proviennent de simples boutures,

M. Lesèble dit que c'est à tort que M. Guépin-Bouchard a proposé comme étant nouvelle pour la culture des arbres fruitiers, la forme dite ondulée, ou ce qu'il a appelé cordon serpentant. Cette forme est décrite dans les ouvrages d'arboriculture et a été indiquée par M. le professeur du Breuil dans le cours qu'il vient de faire à Tours.

Plusieurs membres de la section l'ont -même appliquée en Touraine.

M. Barnsby demande donc l'autorisation de faire une rectification dans ce sens au procès-verbal du 7 juin 186S.

M. Barnsby donne communication d'un, travail intitulé t


— 317 —

Observations sur un chapitre d'organographie végétale, et qui a pour objet de faire ressortir la tendance que présentent les espèces de certaines familles naturelles à revenir au type primitif, autrement dit à la symétrie fondamentale du groupe.

La plante qui a fourni les principaux éléments de ce travail est le Raphanus caudalus, plante cultivée cette année au jardin botanique ainsi que par plusieurs membres de la section. La section vote des remercîments à M. Barnsby. - M. le président proclame, après un vote de la section, l'admission en qualité de membres adhérents, de MM. Charles Péan, — Louis Auroze, — Durand-Martin, —• Jean Billard, — Louis Mazereau.

BABKSBY, secrétaire.

Séance du 4 octobre 4808, sous la présidence de M. Belle. — M. Barnsby rappelle qu'il a été chargé par la Section de la représenter dans le Jury de l'exposition horticole qui a eu lieu à Châtellerault à l'occasion du Comice agricole, les i, 5 et 6 septembre, et lit un rapport sur les divers concours auxquels les horticulteurs tourangeaux ont pris part.

Après avoir fait ressortir toute l'importance de cette exposition et énuméré les belles plantes qui en faisaient l'ornement, M. Barnsby cite les membres de la Section qui ont obtenu des récompenses et conclut en ces ternies :

« Exposition brillante, grand succès pour la ville de Châ« tcllerault, victoire complète pour les horticulteurs tourangeaux. •»

M. Chatenay donne lecture d'un rapport sur le cours d'arboriculture professé à Tours par M. Dubreuil, au mois de juillet dernier, dans l'une des salles de la mairie. L'honorable membre résume en quelques mots les différentes branches de l'arboriculture traitées dans ses leçons par l'éminent professeur et fait justement ressortir tous les avantages qui résultent de cet enseignement pour les propriétaires et les arboriculteurs.

Toutefois M. Chatenay n'oublie point de rendre justice à M. Madelain, jardinier en chef du jardin botanique, qui professe l'arboriculture depuis quinze ans avec le plus grand succès, et dont les excellentes leçons ont si utilement contribué à faire progresser la culture des arbres fruitiers en Touraine.

La Section, qui a entendu avec intérêt la lecture de ce rapport, vote des remerciements à M. Chatenay.

M. Lesèble lit, au nom de M. Sassier. membre de la Sec-


— 318 —

tion, deux rapports, l'un sur les jardins du château de la Motte-Sonzay, l'autre sur les jardins dé la terre du Mortier.

L'honorable membre passe en jevuë toutes les cultures confiées aux soins de M., Mazereau, jardinier-Chef dé ML Houssard, président de la Société d'agriculture, et de M. Martin, jardinier-chef de M. le comte de Flavigny, et donne les renseignements les plus intéressants sur l'importance et la variété des plantations que renferment les deux propriétés.

M. Leguiller lit uiie note sur la culture dés cinéraires et indique un procédé quiluia toujours fourni les;meilleurs résultats et qui consiste à. arroser ces plantes avec ,du sang frais étendu de son poids d'eau, On obtient ainsi des cinéraires mesurant 80 centimètres de diamètre au moment de la floraison, y.- ;....

M. Belle présente à la Section plusieurs Instruments connus sous le nom d'onglet-pinceur et spécialement destinés au pincement des jeunes pousses d'arbres et d'arbustes. M. le Président distribue ces instruments aux plus jeunes membres avec prière de les essayer et de. lui faire connaître le parti que les praticiens peuvent en tirer. '

. M.; Barnsby donne quelques, renseignements sur le haricot présenté dans une dernière séance par M. Remeau, facteura la poste de Tours. Ayant eu l'occasion de goûter ce haricot et l'ayant trouvé excellent, il croit; devoir inviter le comité des pépinières à faire des essais et à préparer un nouveau rapport surcesujet.

Ce haricot serait le Dolichos. scsqùipeâàMs et serait connu sous le nom de haricot asperge.

M. Vazou présente un magnifique sujet de Canna provenant d'un semis fait par lui au moyen de graines récoltées sur la variété Madame'Anaïs. Cette plante est demi-naine, trapue^ florifère, et serait une bonne .acquisition pour les plantations en bordures.

M.'""Messire" dépose sur le bureau une collection dé nombreuses variétés de Canna dont les plus remarquables sont :

Oriflamme, ^— Bonnetti-semperflorens, •— Gabôhiensis; —. Atronigricans; — Métalloïdes nova,— Rubra-sûperba, etc., — plus deux nouveaux Âbutilon de semis.

M. le président'proclame,. après un vote de la Section, l'admission en qualité de membre correspondant de M. Brédif Adolphe, d'Onzain (Loir-et-Gher); en qualité de membres adhérents, dé MM. Guépin-Parfait, --• Renoii Alexandre, — Gaschereau Jean et Lanton.

BARNSBY, Secrétaire:


— 319 —

RÉCOMPENSES Hécernées ans exposants «l'indre-ct-liolre

AU CONCOURS D'HORTICULTURE DE LA VILLE DE CHATELLERAULT.

Les Â, o, G septembre -Î868.

2me médaille d'or, donnée par la vijlc à MM. Chevalier frères, paysagistes à Tours. Exécution et disposition du jardin, et exposition de plans dépares et jardins.

COXCOUBS.

PLANTES DE SERRE CHAUDE.— 2™é prix, médaille de vermeil, donnée par le cercle du Commerce à M. Yausseur, horticulteur à Tours. Ensemble de son exposition, et principalement pour son lot de Fougères. — 3me prix,- médaille d'argent, grand module, à M. Yausseur,horticulteurà Tours.LoldeBo7iapartea. ■—4meprix, médaille d'argent moyen module à M. Messire, horticulteur à Tours, lot d'ensemble.

CONIFÈRES ET PLANTES DE PLEINE TERRE. — Médaille de vermeil, grand module, offerte par M. Bonneault, à°Mme Chatenay veuve et fils, de Tours; Lot de conifères rares. — Médaille d'argent, grand module, à M. Vacher, horticulteur à Tours. Lot de conifères et collection de jeunes plants.— Médaille d'argent, grand module à Mmo Cbâtenay veuve et fils. Lot û'Âucubas, Yuccas, etc.

FLEURS COUPÉES — Médaille d'argent , grand module, à M. Deniau , horticulteur à Tours. Collection de fleurs de Dhalias et de Marguerites.

GRAINES EN COLLECTION.— Médaille d'argent, "grand module, à MM. Gaultier et Salmon, grainetiers à Tours. Collection de graines.

ROCHER ARTIFICIEL ET AQUARIUM. — Médaille de vermeil, grand module, donnée par l'architecte de la ville à M. Robine, rocailleurà Tours. Exécution d'un rocher artificiel, aquarium,etc.

INSTRUMENTS.— Rappel de médaille d'argent à M. Bretagne, à Tours. Appareil de chauffage de serres.— Médaille d'argent, petit module, à M. Provost, quincailler, à Tours. Chaises, Êancs , statues , etc. — Médaille d'argent, petit module , à M. Marchanseau,,treillageur à Tours. Claies à ombrer. —Médaille de bronze à M. Chevalier, fabricant à Tours. Pompes d'arrosage. —'Médaille de bronze à M. Gendron, paysagiste à Àmboise. Plantes factices formant jets d'eau.— Mention honorable à M. Rousseau, fabricant d'étiquettes à Tours. Étiquettes en zinc.


S_.£e_vat£oii£ as.6têovolagi.(iu.eu faLtet' à îteïire.

Par M. de TASTES

MOIS DE SEPTEMBRE -18 6 8

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7 16 6 28 2 760,7 0 •:• N E— 0

8 15 4 28 759,8 0 •:• N E — 0

9 18 28 762,4 0 •:• N E — 2

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il 13 6 25 4 757,6 0 ' •■• NE — 1 Symptômes de changement

12 15 26 752,4 0 •:'. NE —1 frSent.ase danS Ie S'du

13 11 23 2 751,2 2 «» Z NE— 1 15 2 '"'toagTpîùs étendu qui passe \

14 12 23 4 750,8 2 * NE—1 ' sur Tours. l

15 14 2 20 8 754,7 0 fa\ NE—0

16 13 22 756,8 1 •:• S — 0

17 13 6 18 6 750,4 2 'Z SE—0 108 Succession de bourrasques et

18 12 2 18 749 9 4 » SE— 1 5- d'orages jusqu'à la fin du mois. ;

19 13 2 18 8 747.'6 3 'Z S — 1 16 !

20 11 2 20 6 751,1 3 _*z S— 1 8 2 I

21 12 8 16 6 749,8 4 « SE — 0 " 7 i

22 13 17 2 747,6 4 c S E — 0 74

23 10 6 18 754.2 3 * S O - 0 . 7 4

24 11 6 20 753,7 4 • S — 1 3 2

25 » >. » « ». 3 c S O — 4 1 2

26 9 2 20 4 750,1 ~T *z S—0 8~6~

27 12 8 19 6 751,2 3 *z S — 2 2

28 H 2 18 8 751,4 3 c S — 3 1 4

29 14 4 19 4 748,7 3 S 0-2 2

30 H 4 19 2 748,8 2 SO-3

Moyenne Moyenne (1). TOTAL. j

13,76 22,67 91*8

Moyenne du mois: 10" 6.

Résumé des nombres de jours de ,

Ciel beau. — 0 13 Pluie c 13 vent du N. 0

id. peu nuageux, à 1/4 couvert — 1 1 Neige * N. E. 13;

id. nuageux; à 1/2 couvert — 2 5 Rosée •:■ 13 E. 1

id. très-nuageux à 3/4 couvert — 3 7 Gelée M. -k S. E. i

id. couvert — 44 Gelée _ S. 7

id. vaporeux — v. .. Orage. Z 6 S. O. 4 |

id. brumeux —• te. 1 Grêle -H Grésil o O. 0 |

Vapeur O Brouillard O N. 0. i ■

NOTJU— L'état du ciel est calculé sur la moyenne de la journée; il en est de même de direction ' du vent. '

Dans les colonnes 2 et 3 on exprimé les températures au dessous de zéro par le signe — ; l'absence ! dece signe indique une -température supérieure a. zéro. . j

1(1) Les chiffres placés; dans la, colonne 7, indiquent la force du vent: 0 ventnul, 1 vent faible, 1 2 jolie brise, 3 vent très-fori, i tempête. '■ . . ".....- . " . . -'>. . | j


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LE PRIX (UKE IÉBÂILÎ.E S'OS) '

'. DÉCERNÉ PAR IiA;-'SOCIÉTÉ DES SCIENCES, :AMS iET BELLES-IiETTfiEB ; ;v,: ''y^y " y, y DE'TARN-ïET-Bi.RONKÈy : '''.'■-' .-' ■" ;'"''•.'.'. '':-: '.-'-''v

Dans sa- séance publique' du 25:juin i868. y y

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; ;. : y ; ... - -..gardera longtempsMet dont .chaque jourlùiy-

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a Quandl'art français a perdu son doyen j comment ne pas c déplorer amèrement le sort dé celui qui fut et gui restera e l'une de ses gloires les plusgranâes. lès plus pures? »

C'est ainsi qu'une illustre épée saluait un pinceau glorieux^ que le maréchal Vaillant rendait hommage à son collègue -, un. des maréchaux de l'art, de icët art qui ne gagne pas lès batailles, mais les fixe sur la toile, et, popularisant toutes les gloires, conserve les traits des héros de guerre, de la -paix,; de l'humanité, ou fait revivre, par une création du génie_ les grands hommes.dontle nom seul était immortel. ■ ■;■ Ce glorieux pinceau, Messieurs, c'est de la main d'un de nos compatriotes qu'il est tombé,—- non, —* que la mort vient de l'arracher avec la vie. Heureuses les villes qui ont été le berceau d'un homme célèbre, les sociétés littéraires qui peuvent, mettre au concoursl'éloge d'un -concito'yen 1 Jamais cité, jamais y académie n'eurent le droit d'ètrè plus fiêres d'une gloire plus -

puré.y: .-■;':■ -■-■•' '-"■■ ■■ ■■■■'-[ '..■;■...-.,' ■■ ;:..-..:. .y; .;:'..■ .:.

En'démandant ùné:étude. Messieurs, wùs avez mis; la conscieHee de récrivain à l'aise et donné les coudées franches à


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l'indépendance de son esprit. Fidèle au programme de votre concours, nous étudierons Ingres dans sa vie, dans le caractère de sa personne et de son talent, dans ses oeuvres , dans son enseignement, dans ses disciples, dans ses contemporains. Tel est l'effet produit par cette individualité puissante, qu'elle absorbe les autres; ce n'est donc pas nous qu'il faut accuser si, dans notre étude sur Ingres, et les peintres de son temps, il nous arrive plus d'une fois de ne voir que lui.

Nos pères disaient que l'âme se réfléchissait dans le visage comme en un miroir; il semble qu'on juge mieux l'oeuvre quand on voit l'auteur. Nous regrettons de ne pas connaître le portrait que, dans sa jeunesse, Ingres fit de lui-même. La gravure au hurin que nous avons sous les yeux le représente assis, de trois quarts, une main à moitié cachée dans l'habit entr'ouvert, comme le Chateaubriand de Gérard. On voit, à la forme un peu ramassée de son buste, qu'il était de petite taille. .Son front est large, peu élevé; ses cheveux, séparés en deux parties, sont rejetés également vers les tempes; ses yeux noirs, un peu couverts par la paupière, ont la fixité et l'insistance propres à l'observateur; le nez est saillant, la bouche grande, la lèvre épaisse. un peu boudeuse. Ces traits sont encadrés dans un visage dont les pommelles font une saillie très-marquée. La tête, carrée à la base comme une pyramide, semble fuir comme elle par l'élévation très-prononcée de la partie supérieure. Un disciple de Gall reconnaîtrait, à ces signes, la fermeté dans les résolutions, la haute estime de soi-même, deux points saillants du caractère d'Ingres.

Le membre de l'Institut a évidemment posé pour ce portrait, non-seulement devant ses contemporains, mais devant la postérité. Bien, si ce n'est celle flamme dans le regard, ne trahissait le grand artiste caché sous une enveloppe un peu vulgaire. Nous avons regretté de n'avoir pas sous les yeux le portrait du grand prix de Rome, nous avons eu tort. Ingres n'a pas vieilli et n'a jamais cessé de se ressembler, au physique, au moral. Un de ses camarades à l'atelier de David, écrivain et peintre à la fois, Delécluze, affirme que, pendant le cours de sa longue existence, Ingres n'a changé ni de physionomie, ni de manière, qu'il est resté toujours lui.

a En retranchant, dit-il, le surplus d'embonpoint que proe. duit l'âge, Ingres, en 1854, est encore celui de 1797. Ce"qui <: est vrai de sa personne ne l'est pas moins de son caractère « qui a conservé un fond d'honnêteté rude qui ne transige a jamais avec rien d'injuste et de mal, et de son esprit, qui e s'est toujours maintenu dans la même région. C'est un de ces


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e hommes qui ont été mis au monde comme on coule une sta« tue de bronze. » -■,-..

Tel était Ingres au physique, au moral; tel il est resté. L'expression de son visage est froide, elle n'a rien qui étonne; le génie faisait en lui, comme presque toujours, tort à l'esprit. On ne saurait le regretter, car l'esprit est trop souvent un dangereux auxiliaire. Il a plus d'une fois égaré Gérard et Guérin ; on pourrait dire de lui qu'il rabaisse la majesté de l'art et de l'histoire.

Nous avons assez fait le portrait de notre grand artiste, il est temps de le raconter :

Jean-Àugusle-Dominique Ingres est né à Montauban, le 29 août 1790. Quatre fées, nos pères* auraient dit quatre muses, présidèrent à sa naissance, car son père, comme au temps de Michel-Ange et de Salvalor Ilosa, était à la fois sculpteur, architecte, musicien et peintre ; lui se contenta d'être peintre et musicien. Au même degré, sensible à l'harmonie des sons et des lignes, il tenait l'archet comme le pinceau. Il n'aurait pas voulu être Ingres qu'il eût été Baillol, celui que, dans une lettre à M. Gilibert, il nommait « le Poussin des violons. »

Si le peintre dépassa le musicien en lui, le musicien devança le peintre. On était au lendemain du 21 janvier, la Société des Jacobins célébrait comme une fête la mort de Louis XVI ; Ingres fut appelé à exécuter un concerto de Violli sur le théâtre de Toulouse ; le succès répondit à son audace, il ne décida pas de sa vocation.

Ingres n'avait pas treize ans. Il entra chez Roques, un élève de Vien qui avait ouvert un atelier à Toulouse, puis successivement, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, chez Vigan, professeur à l'académie des Beaux-Arts, enfin chez Briant, un peintre de quelque mérite; trois ans plus tard seulement, en 1796, il entra chez cet autre élève de Vien, qui se nommait David.

Nous n'avons pas la prétention de vous l'apprendre, Messieurs, la raideur du grand siècle avait imposé une telle fatigue, que la société éprouva le besoin de se soustraire à cette tension prolongée, les moeurs s'amollirent en devenant plus familières, les arts firent comme les moeurs. A l'instant où la société tout entière sembla passer du palais dans la petite maison, elle trouva des romanciers pour en décrire les scènes efféminées, des artistes pour les peindre ; les ateliers eurent leur Crébillon comme les boudoirs.

Les frères Lenain, Philippe de Champagne et Chardin firent d'impuissants efforts pour élever le niveau de l'art ; leur talent


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_e fléchit pas, mais il fut impuissant à relever celui des autres; en restant à la même hauteur il ne fit, comme l'échelle immobile à l'arche des ponts, que constater combien le niveau avait baissé..

C'est que la vogue n'est plus aux choses sérieuses, mais aux bagatelles de l'art. Cet art va dégénérant à chaque génération d'artistes. Ce n'est plus Vanloo qui l'emporte, ce ne sont pas même ses fils, ce sont ses bâtards.

Plus l'art est tombé, plus il faut, pour le relever, employer un puissant effort. L'art s'est fait mondain, violent, théâtral avec Doyen, il deviendra religieux,, calme, naturel avec Vien. Deux tableaux qui sont les chefs-d'oeuvre de ces artistes : « La Prédication de saint Denis » et la « Sainte Geneviève des Ardents, » posés en regard l'un de l'autre dans l'église de StRoch, donnent une idée exacte des deux écoles dont ils sont l'expression la plus haute et la plus fidèle. Gomme toujours, le calme l'emporta sur la violence, et Doyen fut vaincu.

David passe pour le restaurateur de la peinture en France ; il faut en rapporter l'honneur à Vien. C'est à lui qu'on doit d'avoir ramené l'art dégénéré à l'observation de la nature. En introduisant l'étude sur le modèle vivant, il fonda l'atelier: David fut le disciple, lui le maître.

Vien a résisté, comme Ingres, aux tentatives des romantiques de son temps ; et pour que rien ne manquât à la gloire de leurs destinées pareilles, ils ont été tous deux professeurs à Féeole des Beaux-Arts, directeurs de l'Académie de France à Rome, et commandeurs de la Légion d'honneur sous les deux Napoléon.

Le nom de Vien a eu moins d'éclat que celui de David. Vien a eu la gloire de combattre, sinon de vaincre ; c'est lui qui a soutenu longtemps tout l'effort de la lutte, David en a eu tout l'honneur : dans ces luttes de l'art comme dans celles de la guerre, c'est la dernière charge qui assure la victoire. L'armée française tout entière a gagné la bataille de Yalmy, tout l'honneur en est attribué à Kellerman.

Ingres était un des élèves les plus studieux, en môme temps les plus habiles de David. En i S 00, il obtint le second grand prix de Rome, il avait vingt ans. « Antiochus renvoyant à Scipion son fils qui avait été fait prisonnier » eut le même avantage pour Ingres que la <c Naissance d'Henri IV » pour M. Bevéria ; il l'exempta de la conscription. L'année suivante, le jeune lauréat prenait une glorieuse revanche ; le premier prix lui était décerné'pour son tableau dont le sujet, mis au concours par l'Académie, était : « l'Arrivée dans la tente d'Achille e des ambassadeurs envoyés par Agamemnon auprès du fils E de Pelée. »


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Ce tableau,, ou l'on reconnaissait .déjà toutes les 'qualités particulières au grand artiste, explique, s'il ne la justifie pas, cette exclamation de John Fjaxinan : a Je n'ai rien vu à Paris «de si beau que cet ouvrage ! ». Celui que Dallaway nommait «le Poussin de la sculpture » était heureux de trouver dans le tableau d'Ingres les beautés un peu sculpturales de David, de se retrouver lui-même; l'oeuvre du peintre était, pour le sculpteur, comme un hommage d'Àpelles.à Phidias. -. ;[

Ingres était pensionnaire de Rome par le droit du concours,, mais le Directoire qui jetait, à pleines mains , les trésors de là France par les fenêtres de ses boudoirs^ avait sacrifié l'Aca* demie au plaisir; pensionnaire sans pension resta, donc à Paris, livré à: ses seules'.ressources ; lei couvent; abandonné des Capucines remplaça, pour lui le palais Mëdicis. , C'est là que vinrent s'établir etse cloîtrer dans leur oeuvre les jeunes artistes'qui étaient, sans le savoir, toutes les gloires de l'avenir. Plus d'un chef-d'oeuvre de l'art contemporain fut exécuté dans ces cellules devenues des ateliers : Ingres y peignit le portrait du premier consul et de l'Empereur• au pont de Kehl; Girodet, ;«lë Déluge, Àtala et la Révolte du Caire ; » Gros y mit au jour, — il est permis d'employer cette expression quand il s'agit de toiles vivantes, ^;« Les batailles: de a Nazareth et d'Aboukir -y? au milieu de;ces longs •corridors, Granet venait étudier les effets de l'ombre et de la lumière'; enfin Berger et y composait ses tableaux qu'un dessin devait faire oublier; il. est. vrai que ce dessin représente; les scènes reproduites sur le ruban de bronze enroulé, comme une glorieuse devise, autour de la] colonne qui sert de piédestal à Napoléon. - ■•.'-.-■''■' .y' ..

A côté des peintres se livrant au travail silencieux du pinceau, le sculpteur Bartolïhi accomplissait l'oeuvre bruyante: du ciseau ; Ingrés se lia plus, étroitement avec Bergeret et lui, ayant un penchant-naturel pour.ceux qui, par goût ou par profession, cherchaient la pureté dans laforme, la perfection dans . le contour. Delécluze qui était avec eux l'hôte du couvent des Capucines nous apprend* qu'à eux trois ils formaient une « espèce d'Académie à part ; personne n'était admis chez eux, «et l'on n'avait qu'une idée vague de ce qu'ils faisaient dans «.le mystère de leurs ateliers ; >> on ne l'ignora pas longtemps : Ingres remontait avec David jusqu'à Phidias, redescendait jusqu'à Raphaël; il étudiait les artistes italiens de la Renaissance dans lès musées , en attendant qu'il lui fût permis d'aller les visiter chez eux. W ;

[.[ : « La France , sortie des guerres civiles, commençait, ainsi que ledit Bossuèt, à donner le branle aux affaires de l'Eu1868

l'Eu1868 20 : '


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rope; » la villa Médicis s'ouvrit enfin pour le pensionnaire de Rome, après six ans d'une longue attente; il y vécut dans l'intimité des grands maîtres et comme en commerce journalier avec eux. Ne pouvant les quitter, il prolongea pendant seize ans son séjour dans la ville éternelle ; la capitale des arts devenait pour l'artiste une seconde patrie.

Travaillant avec une ardeur fiévreuse, il composa pendant ce temps toute une galerie de chefs-d'oeuvre. La forme imposée à notre travail ne nous permet pas d'en faire la riche nomenclature; une élude ne saurait être le catalogué d'un musée.

Ingres aurait pu dire de la gloire ce qu'un berger de Virgile dit de la liberté : a Elle vint tard, mais enfin elle vint ! » Italien plus que Français par les tendances de son génie autant que par son séjour à Rome et à Florence, il n'avait pas le droit de s'étonner s'il n'était pas connu de ceux qu'il avait semblé oublier. Ses nombreuses toiles avaient trouvé le public indifférent ; « le Voeu de Louis XIII » fut comme une révélation de ce peintre français au génie italien.

Ce chef-d'oeuvre fut, à quatre années de distance, suivi d'un autre, K L'Apothéose d'Homère » — qui est en même temps celle du peintre , — vint mettre le sceau à la réputation d'Ingres ; — le palais du Louvre n'eut plus rien à envier désormais à la cathédrale de Montaûban.

Sept ans plus tard, en 1834, parut « le Martyre de saint Symphorien, » une des oeuvres les plus importantes et les plus contestées du grand peintre. Ingres avait été placé si haut par ses derniers succès. que l'annonce d'un de ses tableaux était devenue comme un événement. L'exagération dans l'admiration de ses partisans avait provoqué l'exagération dans la critique de ses adversaires ; il y eut un parti pris de louange et de dénigrement ; après une lutte des plus vives, la ligne fut vaincue par la couleur, Rubens l'emporta sur Raphaël.

Ingres raconte ainsi l'histoire de sa défaite : « Les ateliers « Hersent, Gros et. Lelhière. dit-il, soulevaient ciel et terre; « l'Institut repoussait des concours mes meilleurs élèves et « leur disait de moi : méfiez-vous de cet homme! Animé d'un « juste dépit, dégoûté de la France, voulant m'expalrier pour <c avoir la paix, j'obtenais la direction de l'école française à « Rome, en remplacement de M. Horace Yernet. »

Telles sont les circonstances dans lesquelles Ingres quitta Paris pour Rome. Son atelier était fermé, l'école lui était ouverte; il pariait de plus haut et sa voix allait plus loin, car il n'avait pas seulement l'autorité que donne le talent. Si on l'en croit lui-même, les iraits émoussés de l'Institut vinrent mourir sur-les marches de la villa'Médicis. a Les meilleurs


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« élèves, dit-il, envoyés de Paris à Rome, bien prévenus « contre mes conseils, venaient tous'àmoi; au bout de huit « jours je les avais fanatisés. » Un critique l'a comparé ironiquement à Napoléon. S'il était permis d'accepter un parallèle qui tend à rabaisser Ingres en l'élevant, on pourrait dire que les élèves de l'école -des Beaux-Arts, envoyés pour combattre le grand artiste, ont tourné pour lui comme, au retour de l'île d'Elbe, les soldats envoyés eonlre le grand Empereur.

Absorbé, non décourage par les luttes entre le palais Mazarin et le palais Médicis, Ingres n'eut aucune de ces défaillances morales si fatales au génie. On le croyait arrêté sur le chemin de la gloire, il continuait d'y marcher d'un pas encore plus ferme et plus sûr, répondant à la critique par de nouveaux chefs-d'oeuvre. C'est alors qu'il peignit pour le prince Alexandre « la Vierge à l'hostie, l'Odalisque et son esclave ; r, pour M. Mariotte d'Argeriteuil, le portrait de Chérubin! et « Stratonice. v Stratonicei cette toile admirable qui, sortie couverte d'argent des galeries de la maison d'Orléans, y rentra couverte d'or âpres la vente du comte Demidoff.

Ces travaux ne suffisaient pas à l'activité dévorante de son esprit, il s'occupa de restaurer les jardins du palais de la villa Médicis dans les instants de loisir que lui laissaient l'enseignement et la peinture, comme pour léguer h l'école de Rome un souvenir durable sinon éternel de lui. 11 fit faire des moulages sur l'antique, des copies de Raphaël destinées à l'enseignement de l'école des Bcaux-Arls, et commença la collection de ces objets rares ou précieux légués, par une disposition toute filiale, au musée de Montaubàn qui porte son nom.

« Il m'est doux de penser, écrivait-il au maire de sa ville « natale, qu'après moi j'aurai un pied-à-terre dans ma belle « patrie, comme si je pouvais, un jour, revenir en esprit au « milieu de ees chers objets d'art, tous rangés comme ils « étaient chez moi, et semblant toujours m'attendre ! » Paroles touchantes qui témoignent d'une sensibilité vraie chez lo grand artiste. Si le talent est dans l'esprit, le génie est dans le coeur.

En quittant Rome dont il aurait pu dire, ainsi que Montaigne : « Je sçavois le Capitole ci; son plan, avant que je sçusse le « Louvre, et le Tibre avant la Seine, » Ingres laissait la direction de Técole à M. Sennetz : le crayon était remplacé par le pinceau, la ligne par la couleur. Parti en vaincu, il revenait comme un vainqueur, au milieu des acclamations de ses élèves, du silence de la critique, du respect et de l'admiration de tous. Un banquet lui fut offert, rue Montesquieu, dans l'arène illustrée par les combats de tant d'hercules : a la salle « des Luttes » devint pour un jour le salon de la Paix*


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Encouragé par cette réception enthousiaste, Ingres aborda tous les genres avec un égal succès, la fable aussi bien que l'histoire, contemporain de tous les siècles, citoyen de tous les pays. Il peignit « l'Apothéose de Napoléon, Jeanne d'Arc au c sacre de Charles VII, la Naissance des Muses, la Source, e Louis XIV et Molière . Jupiter et Antiope, les Femmes a turques au bain ; » enfin, a Jésus au milieu des Docteurs, r, une de ses dernières toiles qu'il laissait, par une disposition pieuse, à la ville qui s'est montrée si digne d'être la mère d'un tel fils et si flère de recueillir l'héritage de sa gloire.

Ingres est mort, non plus commandeur ainsi que Vien, mais grand officier de la Légion d'honneur, dans la plénitude entière de ses facultés, nous ne dirons pas sur la brèche, il n'avait plus besoin de se défendre ; mort d'un refroidissement, ainsi que meurent les jeunes; la veille il peignait encore.

Telle ostl'hisloire de la vie et des travaux d'Ingres, de l'artiste et non de l'homme; nous avons laissé dans l'ombre tout ce qui ne touche pas de près ou de loin à son oeuvre. Qu'importe qu'il se soit marié deux fois, que ses unions n'aient pas été fécondes î il nous suffit de savoir qu'il n'eut qu'une maîtresse, la Muse, qu'une passion, l'amour de l'art, que ses oeuvres sont toute sa postérité.

II.

Le caractère d'Ingres c'est la persévérance, c'est le sacrifice, c'est la foi en son art et en lui; le caractère de son talent, c'est la pureté dans;, la forme, le dédain non l'impuissance de la couleur, la hardiesse dans la composition, la recherche de l'idéal dans le réel.

Si on ne trouve pas un auteur dans ses oeuvres, c'est qu'on ne l'y a pas bien cherché. Ingres est l'homme de ses tableaux. Tout est net dans son esprit, rien ne flotte dans son jugement, n'est laissé au hasard dans sa vie. Sa ligne de conduite est inflexible comme la ligne qui arrête les contours de son dessin; il est tout d'une pièce comme son oeuvre. Rien ne saurait le détourner de la voie si nettement (racée en lui : il n'hésite jamais, car il n'est pas de ceux qui demandent leur chemin. Il ne s'est pas mêlé aux événements de son temps : S'il ne suivitpas Borace Vernet à la barrière de Fontainebleau, c'est qu'il n'était pas notre contemporain mais celui de Raphaël, Quand le canon russe grondait à Montmartre, lui était dans son atelier avec « l'Odalisque, » n'entendant pas les bruits de la guerre. Il laissait passer les barbares de la civilisation, mais debout sur la brèche, il s'opposait à l'invasion des barbares de l'art.


Leîiombre de ses adversaires ne fit que redoubler: son con> rage : vaincu dans une de ses oeuvres, il revenait: au combat avec une autre, luttant à la fois contre:1e publié et l'Institut, ne désespérant jamais, quand il fût resté seulainsi que la Médée de Corneille, et ne comptant que sur lui; « nos plus « sûrs protecteurs sont nos talents, » a dit Vauvênargues.- Comme Achille dans Homère il se retirait au fond de sa tente,: mais c'était pour y puiser des forces et revenir plus impétueux. au combat comme lui.

Ses tableaux, composés dans un but exclusif d'art,—;et il faut bien leïeconnaître, dans une pensée d'art exclusif,—n'avaient pas le privilège d'attirer les admirateurs vulgaires. Ses oeuvres les moins contestées laissaient, le public indifférent, les question d'écoles ne s'agitaient pas dans les salles du Louvre, mais dans les pages des revues* La critique, s'y montra plus d'une fois ignorante, injuste, maladroite; il était d'autant plus humiliant d'être blessé par elle. -Mais ces blessures, irritantes pour l'amour-propre d'Ingres, n'ont jarnais mis-'-jen danger sa vie d'artiste; elles étaient si: légères qu'elles ne lui ont causé aucune incapacité de travail. Il prenait son; parti sûr ces hostilités en songeant qu'il avait pour lui les dieux et luimêmef puis, il faut bien le dire : les faveurs du pouvoir étaient des ôonsolations autant que des récompenses; c'est avec elles qu'iLpànsait ses blessures. Stratégiste habile, il profitait de ses défaites autant que de ses victoires.

Mais le secret de ses succès n'est pas dans les faveurs, ce secret est en lui. Il atteindra son but glorieux parce qu'il aura toute sa vie, ainsi qu'il l'a dit lui-même, « plus de courage « que ses détracteurs n'auront de sottise, ou les mauvais dés« tins; qui le poursuivent d'entêtement. » Gros, au moindre doute; manifesté par un autre, cesse de croire en lui; plus Ingres est nié, plus il s'affirme. C'est, que Gros voit ses contempbrâ"îns,:Ingres la postérité; tout son caractère est dans ce mot: «Je compte sur ma vieillesse, elle me vengera! » .["'

Ce qui soutenait Ingres dans les rudes épreuves de sa vie, c'est là foi qu'il avait en son art. Nous ne saurions trop le répéter : on ne fait, rien sans la foi. «Le doute est sans action,» a dit Fontenëlle. L'homme ne peut se passer de croyances, l'incrédulité est une négation, la foi seule affirme. Un médecin qui douterait de son art tomberait au rang du prêtre qui nierait Dieu..La supériorité des anciens peintres dans la représentation; des scènes religieuses ne tient pas à leurs procédés, à la supériorité de leur talent, mais de leur foi.

Ils ne se posaient: pas en inventeurs de l'art, mais en révélaf teurs. Comme toute révélation est divine, ils se croyaient msr piresi'M Dieu et comme chargés; de son 'oeuvi'e.. Ainsi que


— 330 —

frère Jean Angelico de Fiésole qui, en peignant le Christ sur la croix, pleurait au souvenir des douleurs -de la passion, ils se ' préparaient en jeûnant, en priant, aux représentations, par la peinture, des mystères divins, ils voyaient la Vierge derrière la femme, elle leur apparaissait elle-même, et, descendant du ciel au milieu des anges, elle venait poser sur son nuage devant le chevalet du peintre, belle comme la mère des Amours.

Raphaël, venu après la sécularisation de l'art, avait la foi. Quand il a fait le portrait de la Fornarina, on voit qu'elle n'est qu'une femme pour lui; dans ses tableaux de Vierge, tout en s'inspirant du modèle, il donne une expression chaste, on pourrait dire divine, qui est pour le peintre comme une affirmation de sa foi.Marie n'est pas, à ses yeux, une femme chaste, mais la chasteté elle-même.

Ne nous étonnons pas si nous sommes restés loin de Raphaël; il est plus difficile de croire que de peindre. Chez les hommes nés comme Ingres dans la dernière partie du siècle dernier, élevés à une époque où il était permis de nier Dieu en voyant le cours suivi par les choses humaines, on comprend l'indifférence, passée en habitude, des choses divines, qui semblait avoir brisé tout lien entre la terre et le Ciel. Ingres était de son temps, on pourrait dire du nôtre; il ne faut pas chercher une autre cause de son infériorité quand on le compare à Raphaël. Grec et Romain par ses études, il s'inspirait malgré lui des chefs-d'oeuvre de la sculpture antique. On retrouve dans ses tableaux quelque chose de païen, on dirait qu'il n'a pas d'autre culte que celui de l'art; et, comme s'il avait la conscience que le sentiment religieux doit manquer à ses toiles parce qu'il ne l'a pas en lui, ce n'est pas dans les églises, c'est dans les sacristies de Montauban et d'Autun qu'il a demandé place pour deux chefs-d'oeuvre « Le voeu de-Louis XIII et le mar-r tyre de Sainl-Symphorien. »

Avant de remonter jusqu'à Raphaël il s'était arrêté à David; le peintre des Sabines, brisant les idoles, était devenu pour lui comme le grand-prêtre de l'art. Ingres se montrait un des plus, fervents disciples de la foi nouvelle : docile à la parole du maître, il faisait comme lui de la sculpture peinte en regrettant qu'il ne lui fût pas permis de remonter plus haut que Phidias. « Philémon et Raucis, Napoléon au pont de Kelh, » oeuvres de sa jeunesse docile, prouvent qu'il poussait jusqu'au pastiche le respect pour les enseignements du maître. Il suivait la voie tracée par le réformateur, prêt à se frayer sa route à lui-même; c'est ainsi qu'il imita David, s'efforçant de l'égaler, luttant contre lui jusqu'au jour où il lui fut donné de le yaincre,

David succédant aux peintres efféminés du dix-huitièmo


— 331 .—

siècle ne leur avait rien emprunté, ne voulant rien leur devoir. N'ayant qu'une pensée, conserver la distinction de la sévérité dans l'art, il cherche principalement chez l'homme le.'type- de la beauté humaine.; Ingres, avec les mêmes préoccupations, peignit des femmes nues mais d'une beauté chaste, des odalisques froides/Comme des statues de marbré; on pourrait dire qu'il craignit dé les faire trop belles et qu'il chercha la pudeur jusque dans la nudité.

L'école de David avait fait son temps, le régime de l'aeadér mie était passé, a Une école de, peinture,, disait M. Guizot, « s'est formée d'après les statues. Lès maîtres enseignent à « peindre -à leurs élèves en leur donnant:pour modèles des « plâtres ;; comment ne seraient-ils pas des coloristes froids « et gris? Le soin que l'école actuelle donné aux formes « prouve clairement qu'elle méconnaît le domaine de la peinte ture et qu'elle suit trop aveuglément les traces des sta« Maires. » y:

Nous avons cité:M. Guizot; ainsi que M. Thiers il.s'est oecupé des questions d'art avant d'aborder les questions politiques. Les. deux grands adversaires, tous deux grands historiens, ont eu; ée point commun dans leur destinée qu'ils sont passés tous deux par la galerie du Louvre pour arriver aux Tuileries.

L'éminent critique ne pressentait pas seulement l'avènement prochain de la couleur. Quand il proscrivait l'immobilité du bas-relief :en peinture, il semblait, parun voeu secret, demandér.poûr l'art le mouvement et la vie-. ;

Les, choses, ainsi; que les hommes, ont les défauts de leurs qualités. L'art grecjest si,pur parce qu'aucun mouvement n'en dérange le repps ; il est calme et serein comme lès dieux dont il reproduit l'image :, aucune passion, si ce n'est sur le visage de Niobé, de Lâocqon,ne dérange l'harmonie de ces traits si réguliers, aucun éclair ne peut jaillir de ces. grands yeux-sans prunelles; Jupiter se repose dans sa majesté, Hercule dans sa force, et Vénuselle-même se recueille danssa pudeur, y;

La 'Statuaire est. calme, tel est son droit;;:il est permis d'exiger de la 'peinture qu'elle s'indigne du repos. Lé portrait seul, sauf de rares exceptions, reproduira, l'immobilité;- des traits parce qu'il né traduit, le plus souvent, quel'impressioii secrète del'âmè isolée des objets'extérieurs. Le tableau représente un acte de la vie publique ou privée; qui dit acte dit mouvement, pas de .tableau sans mouvement, pas de mouvement sans; passion." Chaque art à des manifestations qui lui sont propres, .a sa langue ; la peinture ne rendrait pas plus lès sons 'que la musique les ;nuages. .yy;

: Nous avons dit qu'Ingres, cherchant sa voie, allait de David


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à Raphaël. Il ne quittait pas l'un pour l'autre mais tentait dé concilier la fierté àvëè la grâce, d'être comme un trait d'union entre l'école française et l'école romaine, s'éloignant de leurs défauts, Cherchant à s'approprier leurs qualités par une assimilation qui les lui rendait particulières. Pour combattre la molesse dans la grâce de : Raphaël, il ne se sentait pas la force d'aller jusqu'à Michel-Ange, il lui suffisait d'étudier les peintures où l'auteur « des Loges » a lutté — comme les anges contre Dieu,— avec l'auteur « du Couronnement, » n'ayant pas recours à l'original mais à la traduction assez; faible de Michel-Ange par Raphaël ; et -voilà comment, par l'étude patiente de ces grands 'maîtres, Ingres s'est fait maître luimême; Comment, à force d'imitations combinées, il est arrivé. à une expression si personnelle qu'elle est une véritable originalité.

Tel était le caractère; d'Ingres ; nous-continuerons de l'étudier, mais un peu moins en lui-même";" et pour mieux juger le caractère de "son oeuvré, permettez-nous, Messieurs, d'entr'ouVrir un instant sa galerie avant d'y pénétrer avec vous.

C'est bien à tort qu'on a posé la question de préséance entre le dessin et la Couleur. Les objets, dans lès tableaux, sont pas seulement représentés par la ligne qui les séparede ce qui n'est pas eux;, maispar la couleur qui leurest propre, couleur modifiée à l'infini par le reflet des couleurs voisines. Elle n'existerait pas sans le dessin, n'ayant plus sa raison d'être, elle a été inventée "nécessairement après lui; mais siîè dessin peut, à la rigueur, se contenter d'ombré et de lumière, lâl couleur double sapùissancé en rendant plus parfaite làyreprésentâtion des objets indiqués par lui, en faisant illusion sur leur compte. Les oiseaux hé seraient pas venus becqueter lés raisins de Zéuxis s'il lés avait dessinés au lieu de les peindre;

Il n'en est pas moins vrai que le dessin est toute la composition d'un tableau : c'est lui qui rend la pensée de l'artiste, qui la fixe sur la toile. Il établit les contrastes, règle les plans par la perspective ; il indique au pinceau les traits et T expression du visage, Te mouvement du corps, la coupé du vêtement dont il dispose et arrêté les plis ; le peintre n'a plus qu'à suivre le chemin tracé par le;dessinateur.

Ingres eût été coloriste s'il, avait daigné l'être. « La chapelle .«'. Sixtiiie, les deux Arétins, Jupiter et Antiope » feraient prendre le disciple de Raphaël pour un disciple de Jean Bellin, ce maître du Titien. Le sacrifice de la couleur fut, de sa?part, un sacrifice volontaire. îl a voulu lie réussir que par la puissance du dessin, la justesse et l'harmonie de la. ligne; lia; mis le crayoi au-dessus du pinceau, estimant que le coloriste h'â souvent d'autre mission que de cacher les faiblesses du dessi-


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nateur. Il a peut-être poussé jusqu'à l'extrême cette prévention contre la couleur, il s'est refusé les succès du coloriste, les trouvant trop faciles; nous croyoris qu'il a eu tort, et qu'en ayant peur de dépasser le but, il ne l'a pas atteint.

Beaucoup de coloristes tombent dans l'excès contraire : ils font fi du dessin et bon marché de la ligne dont ils se gardent bien d'arrêter le contour, ils laissent quelque chose de vague dans ce qui doit être précis : la couleur est pour eux comme un riche manteau jeté sur une toilette négligée; ce qu'on voit à travers les plis, ce n'est pas l'homme, c'est le mannequin.

Si notre grand peintre ne recherchait pas les succès faciles de la couleur, il connaissait si bien les ressources de la palette, qu'avec une audace dont lui seul a donné l'exemple, dans « Stratonice » et dans « Jésus au milieu des Docteurs, » il a posé deux draperies de la même teinte, se détachant l'une de l'autre avec une admirable franchise. Dédaigneux des surprises de la couleur, il n'en admettait que les miracles.

Ingres ne veut doncj devoir ses succès qu'à la science des formes, à la pureté de leurs contours; mais tout en ayant la grâce un peu coquette de Raphaël, s'il n'a pas la fougue de Michel-Ange, il en a au moins la fierté: Le vulgaire prend pour des fautes ses hardiesses calculées ; ainsi on lui a reproché un peu d'exagération dans la longueur du cou d'Angélique et de. Paolo ; on aurait dû comprendre qu'Ingres avait voulu peindre, dans l'exagération du mouvement, l'exagération de la passion elle-même.

C'est comme dans le « Martyre de saint-Symphorien » : on a critiqué ces Hercule Farnôse habillés en licteurs, comme si le peintre, en établissant un contraste entre la force physique et la force morale, n'avait pas eu la pensée de constater la supériorité de l'âme sur le corps, du martyr sur les bourreaux !

Ce tableau est un prodige de difficultés vaincues; on ne les a jamais abordées avec cette audace. Michel-Ange seul eût osé dessiner ces formes athlétiques, les modeler dans la chair vivante, s'il est permis de parler ainsi. La foule n'est pas un groupe, c'est la foule. Elle se presse autour du martyr, cruelle dans sa curiosité autant que dans sa passion. Tous les tvpes de l'âge et du caractère sont reproduits avec une variété qui étonne. Si le geste est forcé, si l'attitude semble contrainte, c'est que les personnages n'ont pas assez d'espace pour se mouvoir. Le saint est calme au milieu de cette agitation, avec la sérénité au coeur, au visage. Qu'importent les clameurs, il n'entend que les voix de sa conscience et de sa mère, il va mourir, mais il voit déjà Dieu.

C'est ainsi que le génie reste souvent incompris. L'admira-


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tion craint toujoursles surprises, elle aime croire sur parole, elle justifie ce mot de Labruyère : « Nous; louons ce qui est « loué.bien plusqUe ce qui est: louable. » On dirait que l'homme qui a volontiers foi dans son esprit n'a pas de con? fiance dans son jugement. -

Ce qu'il faut admirer surtout en Ingres, c'est ce qu'on lui a reproché : la poursuite de l'idéal au milieu des réalités de l'art et de la vie.

L'idéal n'est pas5 ainsi qu'on a feint de le croire, un type immuable imposé par la tradition et qui supprime l'individualité de l'artiste ; ce .type, on ne le demande pas aux Écoles, c'est en soirmême cfu?on le cherche, qu'on le caresse ; on ne.le voit pas avec d'autres yeux que les siens; et c'est la reproduç^ tion plus ou moins» heureuse de ce. type tout personnel qui constitue la véritable originalité,

Quant à la recherche d'une beauté générale destinée à être proposée comme typjey elle n'a jamais existé ; tel n'est pas le but de l'idéal. Nous ne saurions-trop le répéter : Il ne s'agit pas d'immobiliser l'art, ainsi qu'on le suppose, de lé. pétrifier dans des formes convenues; l'artiste qui poursuit l'idéal ne se propose pas d'établir des tyges immuables, mais des types qui n'appartiennent qu'à lui, en un mot, la personnalité dans l'art. :.-; -yy.: .: ,. •'. : -}:■::

Nos pères l'ont dit dans leur langage sentencieux : la perfection n'est pas de ce monde. Est-ce une raison pour ne pas avoir dans l'esprit;et dans l'âme des aspirations vers elle ? Et parce qu'il est iinpossible d'être iparfait, hélas 1 faut-il hé pas tenter de le devenir .1? Parce qu^on sera vaincu;, renoncer àla lutte, artiste contre les impuissances de l'art, chrétien; contre les imperfectionsde l'homme? Non, car c'est cette lutte qui rend les hommes et les oeuvres, sinon parfaits, au moins meilleurs. : ,, '".,:-'^= :;:--'

On reproche à tngpes d'avoir cherché cet, idéal dans Raphaël. Mais il n'y a :pâs de générations spontanées dans la nature, encore moins dans l'art, et le mot de Beaumarchais est vrai de toute éternité : c On est toujours le fils de quelqu'un. » C'est en yain ■ que : certains chefs d'école ont prétendu être ancêtres comme lès; maréchaux de l'empire. Si les poètes de là Restauration étaient fils de Chateaubriand, Chateaubriand descendait en ligne droite de Bernardin de Saint-Pierre ; Atala était fille de PaUl et de Virginie. Ingres procédait à la fois -de David et de Raphaël, de David qui procédait lui-même de Phidias : mais il est évident que Delacroix est dans le; Titien, M. Eugène Devéria îdans Paul Véronèse, Fragonard, Scheffer, M. Muller, dans les toiles bistrées ; des Hollandais; Becamps enfin, cet artiËte;si?originaI,: se retrouve dans Murillo avec ses:


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grands murs pleins de lumière, non dans le Murillo de a l'Assomption, » mais dans le peintre du « Pouilleux, » ce chefd'oeuvre de réalisme et de couleur ; on voit que les Réalistes eux-mêmes ont des aïeux.

C'est bien-à tort que les peintres romantiques ont cru avoir inventé le moyen âge, être les auteurs d'une nouvelle Renaissance : à l'époque où la société se restaurait par l'empire, on tentait de renouer les traditions brisées. La nation française reprenait ses litres retrouvés dans la poussière, dans la cendre des foyers. Fière de son passé, elle en recherchait les traces; il lui fallait des aïeux. Napoléon lui-même oubliait Bonaparte, et, ne trouvant dans le passé d'autre ancêtre que Charlemagne, il ne posait pas sur son front la couronne d'or des rois, mais la couronne de fer des empereurs. Le moyen âge renaissait dans les cours avec le cérémonial, dans le cabinet de l'écrivein avec les romans de la chevalerie. Si la sculpture grecque avait dans le musée du Louvre un temple consacré à Phidias, à Praxitèle, la sculpture de la Renaissance avait, dans le musée des PetiisAugustins, une succursale consacrée à Jean Goujon.

Le moyen âge ne s'est donc pas fait notre contemporain avec Delacroix, mais avec Ingres. Quand le grand maître de la couleur exposa « la Barque du Dante, » le grand maître du dessin avait déjà peint depuis sept ans « la mort de Léonard de « Vinci, » depuis quinze e Raphaël et la Fornarina, »

En même temps qu'un grand peintre d'histoire, Ingres est un admirable portraitiste. Il ne se préoccupe pas seulement de la ressemblance physique du corps; il est « de ces peintres qui « donnent une âme à une figure, » comme dit Champfort, en reproduisant l'expression qui est la ressemblance morale. Voyez : la passion est sur la lèvre, l'intelligence au front, toute l'âme jaillit avec la pensée par le regard ! Quand les portraits des autres maîtres semblent pétrifiés dans l'immobilité de la pose, les siens ont le mouvement et la vie. Il en a peint plus de quarante, et tous sont des chefs-d'oeuvre, depuis le portrait de M. Berlin et celui de M. Mole, jusqu'aux portraits de Mmcs d'Haussonville et de Rothschild. Suivant qu'ils sont dessinés sur le vélin ou peints sur la toile, on les dirait signés d'Holbein ou de Van-Dyck.

Ces portraits d'Ingres, nul artiste ne les eût mieux gravés que lui, car il tenait d'une main aussi ferme la pointe que le pinceau. On sait qu'il a reproduit, dans une admirable eauforte, le portrait de Mgr de Pressigny, évêque de St-Malo, ambassadeur de France à Rome,

Le peintre gravant son oeuvre ne la traduit pas, il reproduit l'oeuvre elle-même. Il la relève au lieu de,l'affadir; loin d'y ajouter des défauts, il les retranche en se.corrigeant. Non-seu-


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lement il rend les effets, inais il en ajoute de nouveaux. Aux graridsdessinateurs seuls il appartient de se reproduire : Dans la ligne indiquée par lepincèaÙ, iiy a toujours quelque chose de vague, le trait du burin est net, franc ; lui seul révèle tout le talent, toute la science du dessinateur. On comprend le parti qu'Ingres eût tiré d'un outil pareil ; quel graveur il fût devenu avec la pratiqué et le temps 1 S'il n'eût pas été luimêjobe, il eût été tout à la fois Desnoyers et Berwick.

-.':.■■'■ : III'

Le temps et l'espace nous manquent pour nommer toutes les toiles de ce pinceau laborieux. Le maître est très-incomplet dans son oeuvre à la bibliothèque impériale ; nous feuilleterons son portefeuille, encore plus nos souvenirs ; c'est là que nous le retrouverons mieux.

Ingres, nous l'avons dit, a un talent païen. Ii ne pratique avec ferveur que le culte de la forme; ne soyons pas surpris que, dans son amour désalignés harmonieuses de la sculpture antique, il préfère Vénus à Marie, l'Olympe au Ciel.

On voit qu'il a une foi robuste en l'art grec : OEdipe n'appartient pas pour lui à la fable, mais à l'histoire. Il a étudié la forme sur Phidias, mais il Ta copiée sur ; le modèle vivant ; c'est ainsi qu'il est resté « soi, » tout en s'inspirant d'un autre. Lé premier il a donné lé mouvement à; la sculpture antique sans rienlui enlever de sa majesté. Quand il adressaità '-l'école des Beaux-Arts c OEdipe, » cet envoi du pensionnaire de l'Académie à Rome, on pouvait déjà prévoir qu'il serait digne d'en être un jour le directeur.

Ingres, lorsqu'il peint des femmes nues., cherche, en même temps que la distinction dans la forme , la "variété dans les îypes, le naturel dans l'expression : « Angélique » est adorable de langueur voluptueuse, « la Source » est froide comme le cristal des eaux qu'elle épanche, «l'Odalisque » vue de face, semblé ignorer qu'elle est nue car elle est sans pudeur/ elle paraît glacée car elle est sans amour. Quelle grâce dans la pose! Quel heureux choix dans les formes! Quelle étudesaVanté de la chair! « La Femme couchée dans le harem » a plus de gracieux et mol abandon, quand, les bras croisés au-dessus de la tête, elle se livre à un êtirement voluptueux plein de grâce féline.Dans « la Sieste, » une Odalisque, vue de dos. est endormie sur ses bras croisés, tandis qu'une autre se tord sur les coussins dans iin Irêve-ide volupté.;.-: ce harem plein -de femmes nonchalantes offre, au premier aspect, trop de nudités "peut -%tre , on désirerait -voir ; quelque j>an ; de ; draperie


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trancher sur ces chairs vivantes, si on ne savait qu'Ingres ne se crée une difficulté que pour la.yaincre? Les tons différéntsde ces beaux corps suffisent à les séparer l'un de l'autre; c'est' un prodige de difficulté vaincue à force de science et d'art.

« La Fornarina'-»' rappelle, sinon par les traits du visage, au. moins par l'expression et là coiffure, l'Odalisque vue de face.; On a tort quand on lui reproche de poser jusque sur les genoux de Raphaël. Absorbépar la contemplation dé son oeuvré, ilne serre pas la Fornarina dans ses bras, elle est un.modele pour : lui, rien de plus; sa vraie maîtresse est sa madone, il n'a des yeux que pour elle. Eh regardant la copie sUr la toile il oublie l'original qui est dans ses bras;; c'est que dans la pensée d'Ingres, le peintre l'emporte sur l'homme en Raphaël. La Fornarina et lui ne sont pas deux amants ; les deux amants, c'est Francesca de Rirnini.et Paolo.

Avec quel mouvement passionné Paolo se rapproche de Francesca! Elle oppose une molle résistance, elle détourne la ■ têt'ej mais cette main, on sent qu'elle l'abandonne avec ellemême, tandis que l'autre laisse tomber le livre où « ce jour-là, ê elle et lui ne lurent pas davantage. »y . ; -... Quel contraste entre ce baiser de Paolo à Francesca et celui de l'amour à Psyché! C'est que Francesca, dans la pensée du peintre, est Eve avant le péché, Psyché la femme; qui a goûté du fruit défendu; aussi quel abandon voluptueux de Psyché,!; Quel baiser triomphant de l'Amour ! C'est.'tout,à la fois l'emportement dans la passion et la correction dans grâce. .

Une étude n'est pas un musée ; il nous eût été facile, Messieurs, de vous faire passer entre deux rangs de tableaux; nous avons cru devoir vous éviter la fatigue d'une admiration trop prolongée;; l'esprit se lasse comme les yeux. En vous parlant d'Ingres, nous vous avons nommé ou décrit tour; à tour, au milieu d'appréciations générales, les oeuvres marquées au cachet dé ce talent si original et qui en sont comme lés empreintes; nous vous demanderons la permission de nous arrêter un instant devant des toiles, sur lesquelles, nous avons jeté un regard trop rapide. Nous ne dissimulerons pas; les critiques dont elles ont été l'objet, il ne nous arrivera pas toujours d'y répondre; il suffira que les oeuvres se défendeiiS elles-mêmes.

On ne pouvait contester à Ingres sa science archéologique, on a trouvé qu'il en abusait et nommé défaut l'exagération d'une de ses; qualités : .ainsi on lui a reproché dé traiter, trop historiquement les scènes familières de l'histoire. On aurait dû comprendre qu'il protestait contre la nécessité à laquelle il était réduit pour vivre de peindre des tableaux de chevalet, en


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y mettant le style propre aux grandes toiles. -Il s'essayait à la grande peinture et se faisait peintre d'histoire dans les sujets familiers, craignant d'ôter de l'élévation à son talent et de compromettre le peintre d'histoire en lui. C'est ainsi qu'un de nos grands acteurs tragiques gardait dans la vie privée le débit solennel de la scène pour ne pas oublier un instant qu'il était Oreste ou César.

Quand même Ingres eût mérité ces reproche de solennité, les plus prévenus sont obligés de reconnaître que, dans ses tableaux de genre historique, il fait revivre, par l'élude, le passé tout entier. La critique a dit de lui qu'il était froid, à force de vouloir rester digne; elle a cité «la mort de Léonard de Vinci, « Molière à la table de Louis XIV, l'Jipée d'Henri IV, et Phia lippe V donnant la Toison d'or au maréchal de Berwick ; » ce n'est pas à nous qu'il appartient de répondre, nous laisserons ce soin à un glorieux contemporain d'Ingres qui fut en même temps un de ses émules, à Gérard: « Son tableau de'Phi« lippe V, dit-il, prouve combien le sentiment du beau lui est « naturel, » II ajoute : « Les autres tableaux sont d'une forme e ou d'une simplicité de tons que le vulgaire même des artistes « ne peut apprécier, »

Il nous suffit d'opposer au vulgaire des critiques l'opinion d'un maître qui est comme le jugement de la postérité.

Il est vrai qu'Ingres est plus à l'aise quand il traite un sujet antique. Ce qu'il aime, nous l'avons dit, c'est le nu, ce sont les draperies tombantes, c'est le geste sobre, l'expression toujours digne jusque dans la douleur. La grandeur d'âme -qui fait d'un Romain plus qu'un homme semble réaliser l'idéal qui est en lui. Les sujets antiques lui ont porté bonheur, comme à Lebrun, à David,'à Prud'hon lui-même. Dans e Virgile lisant c à Auguste et à Octavie son sixième Livre de. l'Enéide,» il est arrivé au sublime du pathétique, en même temps de la terreur, quand il fait apparaître, comme une ombre de marbre, la statue pâle de Marceilus aux regards effrayés de Livie. Les trois mots de Virgile ont produit sur elle la même épouvante que les trois mots expliqués par Daniel sur Balthazar.

Si « Virgile lisant l'Enéide » imprime un sentiment de terreur, « la Stratonice » exerce sur les yeux et l'esprit, on pourrait dire sur le coeur, les plus charmantes séductions parce que le sujet est traité avec une exquise délicatesse. Stratonice a la grâces en même temps la pudeur de la femme, Erasistrate la science et la finesse du médecin. L'expression de ces sentiments forme un contraste saisissant avec la douleur si vraie, si déchirante du père agenouillé au bord du lit de son fils. La scène est trop spirituelle peut-être pour un sujet antique ; si admirable que soit ce chef-d'oeuvre, il est permis de le recon=


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naître avec Gustave Planche : les accessoires, quoique si nombreux et traités-avec une science si parfaite, ne suffisent pas toujours à rappeler l'art grec dans toute sa sévérité.

« Le Voeu de Louis XIII, Jésus-Christ enseignant devant les « Docteurs, Ste Germaine de Pibrac, » je me découvre, Messieurs, devant ces toiles dont plus d'une est un chef-d'oeuvre, et parce que je suis chez vous. Je ne vous rappellerai pas la ferveur du roi faisant hommage de la couronne et du sceptre d'or à Marie, le visage de la Vierge protectrice empreint, nonseulement de noblesse et de grâce, mais de cette force qui assure la protection. Le peintre brisait ainsi, par un effort de son génie, les liens qui l'attachaient à Raphaël et ce chefd'oeuvre lui appartient d'autant mieux; mais s'il s'éloigne un instant du grand maître par la Vierge, il s'en rapproche bientôt par les anges.

Vous tenez d'un legs pieux « Jésus enseignant les Docteurs, » — une oeuvre jeune d'une verte vieillesse. — et de la reconnaissance d'un ami de votre glorieux compatriote, «Germaine,» cette bienheureuse dont le pinceau du "peintre avait fait une sainte avant l'Eglise en mettant à son front une auréole d'or ; arrêtons-nous, Messieurs : ces chefs-d'oeuvre vous appartiennent; nous ne pouvons qu'en parler, il vous est permis de les voir; mieux vaut les admirer avec les yeux qu'avec le souvenir.

Et pourtant ce souvenir est toujours vivant en nous, il n'est pas de ceux qui s'effacent. Ingres a eu son exposition uniververselle; depuis douze ans elle est .fermée, et jamais on ne la verra se rouvrir ; les tableaur du maître ont repris , un à un, le chemin des musées, des galeries, des salons; on s'est disputé avec un tel empressement, surtout en France, les oeuvres de son génie qu'elles sont partout. On n'aurait plus aujourd'hui les éléments nécessaires pour chercher d'un coup d'oeil l'ensemble de cet oeuvre s'il ne nous restait que les deux toiles représentant, à l'Hôtel des Invalides, Napoléon Ier dans toute sa majesté, à l'Hôtel de Ville, l'Empereur se survivant <?ans sa gloire ; heureusement que cet oeuvre est complet en quelques tableaux au Luxembourg ; nous pourrons juger et nous jugerons le grand peintro sur cet échantillon de génie.

Ces tableaux sont au nombre de cinq : « Roger délivrant « Angélique, Jésus-Christ donnant à St Pierre les clefs du pâte radis, le portrait de Chérubini, Jeanne d'Arc, s et le tableau des tableaux : « l'Apothéose d'Homère. »

Angélique est nue, debout, étroitement enchaînée aux parois de son rocher; le monstre est gueule béante, à ses pieds. Roger, casqué d'or, couvert du front à l'orteil de son armure éblouissante, est assis entre les ailes de l'hippogriphe, et, d'un coup


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furieux, 11 engage dans les terribles mâchdires.du monstre cette lanced'or que Gustave Planche a prise pour une épéevOii ne.comprend pas que Téminent critique ait reproché au regard d'Angéîique d'exprimer « plutôt une langueur yoluptueuse que la e souffrance et le désespoir; » il aurait dû comprendre qu'Angélique ne craint plus rien sous la protection du héros. Elle se sent sauvée; est-il donc étonnant qu'elle oublie le monstre pour ne voir que son libérateur? Quoi qu'il en soit de ces critiques, aucune parole ne saurait peindre la: douceurlanguissanté de ce regard, l'abandon,Ta grâce et-là chasteté de ce beau corps dont un ancien' eût dit qu'il était formé de l'écume des "flots dont Vénus est née. y

Ingres^ avec sa prodigieuse flexibilité de talent, s'inspirait de la vérité comme de la fiction, d'un évangéliste aussi bien que d'un poëte, de I'Arioste et de St Mathieu. « Jésus-Christ « remettant à St. Pierre les clefs du paradis » est une de ses plus belles pages. Le Christ, debout auy milieu d'un paysage. dont les lointainsfuient dans lalUmière, présente à St Pierre les clefs du paradis en montrant le ciel que ces clefs doivent, ouvrir. Les expressions du visage de ces hommes rudes: qui furent les apôtres du Christ sont nobles dans leurs traits vulgaires,; variées 1 dans leur sérénité. Ledessin en est large, le modelé ferme, les draperies ant.ces plis imprévus qu'Ingres demandait aux caprices du hasard après les avoir étudiés en lui, non dans les maîtres; il était original en imitant; Ce tableau nous révèle un trait remarquable de son génie inventif: N'ayant pas de place pour les douze apôtres, il semble faire; entretenir l'un d'eux avec les autres laissés en dehors du cadre; et'parun. artifice-admirable,-rendyainsi présents ceux qu'il n'a pu peindre à cause des .dimensions\trop restreintes de Ia.tôile.

Nous avons parlé des nombreux portraits d'Ingres; un des plus remarquables par l'importance de la composition est celui v de Chérubini. Le visage est remarquable de dessin, de modelé, d'expression; ce n'est pas seulement l'homme, c'est l'artiste qui revit sur la toile. Il semble écouter en lui un de ces admirables quatuors\qùi l'ont mis ;sur la même ligne que Haydn, Mozart et Beethoven, tandis quéla Muse deTharnionie, tenant la lyre d'ivoire d'une main, étend l'autre sur le front inspiré du compositeur qui s'incline sous cette main tendue comme pour recevoir le double sacre du génie et de lagloire. On ne reconHaït pas .seulement Chérubini, on ne voit pas, on sent que le portrait ressemble.

Ces tableaux sont peints dans la première et la deuxième manière d'Ingres,; ayant sesyhostilités contre la couleur. La toile représentant, au Luxembourg, sa troisième manière, est Jeanne d'Arc dans l'église: de Reims* L'héroïne debout, cuiras-


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sée, tient de la main droite son glorieux oriflamme semé de fleurs de lys d'or, sa main est posée sur l'autel comme pour montrer où est son appui ; ses yeux sont élevés vers le ciel qu'elle prend à témoin de sa mission divine. Sur le second plan un moine est à genoux, mêlant sa prière à la prière de Jeanne; il a les yeux baissés sur un livre, Ingres a voulu constater sans doute que, dans ces temps d'ignorance, toute la science humaine s'était réfugiée dans les cloîtres, car il est un de ces peintres qui ne donnent pas seulement à voir mais à penser. La tête de Jeanne est belle, inspirée, trop blanche et trop fraîche peut-être ; quel dommage que l'artiste ait peint cette toile dans une gamme sourde, avec ce parti-pris de teintes grises qui ôte à son oeuvre si remarquable ce charme des yeux, cet éblouissement qu'on nomme la couleur!

Il'ne faut pas accuser son talent, nous l'avons dit, mais sa volonté de sacrifier ainsi la couleur au dessin, comme si elle n'était pas son indispensable auxiliaire ! Ces orgies de la couleur lui ont fait pousser la sobriété jusqu'à l'extrême ; il ne se montre, le plus souvent, coloriste que malgré lui; dans «l'Apothéose d'Homère, » il l'est franchement, à la façon de l'école italienne. Ce tableau consacré par l'admiration de tous, est la plus haute expression de la science dans la composition, de la pureté dans le dessin, de l'harmonie dans la couleur.

Le sublime vieillard est assis dans sa chaise d'or sur le péristyle du temple élevé à sa gloire: il a dans les mains le bâton de l'aveugle et du pèlerin. L'univers, sous la forme, — on pourrait dire sous les formes un peu luxuriantes d'une femme ailée, — tient suspendue sur son front la couronne des poètes. Hérodote fait fumer l'encens devant lui, ApelJes offre ses pinceaux, Phidias ses ciseaux, Pinclarc sa lyre ; Mozart et Gluck représentent l'harmonie des sons, la Tasse l'harmonie des vers. Danle, toujours jeune, coiffé, vêtu de rouge, présente sa « divine comédie; y> le vieux Corneille au visage grave, Racine au profil busqué ont dans les mains leurs oeuvres immortelles. Boileau cherche un trait de satire, Molière un ridicule. Tous ces illustres se pressent aulout du demi-dieu tandis qu'au premier plan sont assises l'Iliade et l'Odyssée, ses deux filles immortelles. L'Iliade, désignée par son glaive, est dans une altitude calme dont se fût indigné le bouillant Achille et pourtant on dirait qu'elle s'indigne comme lui du repos. L'Odyssée, vêtue d'une tunique verte comme la mér, tient, appuyée sur ses'genoux, une rame dont le manche brisé rappelle la fin des voyages d'Ulysse. Ces deux figures, admirables de pose ' et de noblesse, font revivre sur la loile les glorieuses filles d'Homère.' Elles ne rappellent pas l'antique, elles sont l'antique lui-même.

On a critiqué la disposition qui, partageant le tableau ea

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deux groupes, laisse un espace vide;entre eux ;..il ne ;faût pas juger légèrement les hommes; de génie: il est évident que le grand peintre, en laissant cet espace libre, n'a pas eu d'autre pensée que de montrer la voie ouverte par le grand poëte'eî de nous engager à la suivre pour monter aussi haut que lui..

IV.

Nous ayons étudié Ingres dans ses oeuvres et ses oeuvres en lui, nous le chercherons dans son enseignement et nous l'y trouverons tout entier.

Encouragé par le succès incontesté que « le Voeu de Louis XIII » obtint au salon de 1824, salué comme un grand artiste par la jeunesse, acclamé comme un maître par le public, Ingres jugea que le moment était venu de se poser en maître d'école. Il ouvrit un atelier ; pendant dix ans il enseigna la peinture d'après lui-même autant que d'après Phidias et Raphaël. Unissant l'exemple au précepte, il sut inspirer à ses nombreux disciples l'élévation dans la pensée, la distinction dans lé gpût,:l'liarmonie dans la ligne en même temps que la sôfariétedans la couleur. H se posa en continuateur de la tradition des écoles de Rome et de Florence, tandis que Delacroix faisait revivre sur ses toiles éclatantes les merveilles des écoles de Venise et d'Anvers. Les; jeunes gensamis des sévères et fortes études, vinrent se presser autour, du nouveau maître. L'auteur du.«; Voeu de Louis XIÏI » eut ses; partisans, ses fanatiques, et l'on jura par Ingres, comme onavait juré par David. •..;.'"•

. C'est dans les conseils.donnes à ses élèves qu'on retrouve le secret des instincts du maître, les inclinations de son esprit, les.; habitudes de son pinceau, et jusqu'à ses défauts môme,, car il les a pris aux sources où il conseille dé puisery

a Ah! la forme! la forme, c'est tout! y> s'ëcrie-t-:il avec enthousiasme. Il n'estime que la nature ,,'e't dans: la nature le nu queles draperies gâtent en le voilant. Les. sujets ne doivent être, suivant lui, pris que dans l'histoire des Grées et des Romains:; quant aux types,, il faut les choisir, principalement chez les Grecs; il recommande les bustes de Jupiter et de Minerve, les bas-reliefs du Parthénon, toute la sculpture antique en;général, mais spécialement les chefs-d'oeuvre de. Phidias, comme s'il parlait à des sculpteurs et non à des peintres ! Il exerce les jeunes gens de son atelier à copier quelques toiles choisies des écoles romaine',-et florentine... àyènlùnviner des gravures représentant les tableaux des « Loges» de Raphaël; conseillé enfin aux élèves d'un tempérament débile e de


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manger deux pu trois mois du Michel-Ange, aux maniérés : du Ilolbëih, à^ ceùxqùi âîméiit 1 la couleur-duiltienjïjamaisdù Rubehs,mais"'du' RaphaèTtoûjours-. Cequ'il estimait;-«c'était, « dit-il. c'était quelque chose" dédivih dans là grâce et la no« blesse^ èl'îa facilité -de ce maître sublime^ » ; c'était avant tout, lé continuateur directde la tradition grecque, celui qui faisait revivre; à-ses yeux. Apelles et.Zèuxis.ï

Tel était l'enseignement du maître. Son influence n'agissait pas seulement;sur ses élèves par des préceptes, elle s'exerçait sur le goût çlëla foule par des exemples.

Après l'échec subi par « le Martyre de saint Symphorien s devant l'Académie et devant le public, l'Achille de la peinture se f étira dansison atelier comme dans sa tente et déclara no plus peindre à l'avenir que pour lui-même. Depuis ce jour il tînt parole et ce-n'est jjas au Louvre, mais aux Tuileries que '■■'fut-..èx0së';-Tadmîr'àpl'e''tàblèàu de « Slraloniee. » Une telle détermination eût non-seulenienî sur l'art mais sur le goût public Une influence fatale. L'empire de l'exemple est plus absolu que celui dujprécèpte, et lé jugement qui ne s'établit que par la-comparaison des oeuvres se fausse quand on n'a pas sous les yeux les termes nécessaires pour que cette comparaison s'élablissé.U'édûcàtiôn est aussi indispensable à la formation du goût qu'au developpement.de l'esprit.

; v

:.■■■' Les élèves'dïngrès étaient nombreux; nous citerons, par ordie alphabétique et non par ordre de mérite, ceux qui se sont fait un assez grand nom dans les arts pour qu'ils aient vu s'oùvrii\ devant-leurs toiles les portes de l'exposition universelle ou duLuxêmbourg. Ce sont MM. Armand Cambon, Théodore Chasseriàu, Alexandre Desgoffe, Michel Dumas, Amaury Duyal, Jean-Hippolyte et Jean-Paul Flandrin, Auguste Galimàrd, Louis Jeannot, Louis Lamothe, Charles Lehmânn, Armand Leleux, Armand Lelex, François Montcssuy, Victor Mettez, Edouard Odier, Charles Richard, brillants satellites d'Ingres qui gravitaient autour de son astre et lui rendent en reflets ce qu'ils ont reçu enrayons, y

Tels sohtlès principaux élèves du niâître. Nous ne les avons pas tous nommés ; comme Ingres lorsqu'il peignit le Christ remettant à saintTierre' les clefs du Paradis, nous avons manqué d'espace pour placer tous les disciples'sur la toile.

Le plus célèbre de tous est Hippolyte Flaûdrin. C'est à lui, au disciple ybîen-aimé ■■ qu'Ingres voulait, yainSi f que le dit M. Beulè, « remettre son pinceau comme lesyrois transmettent « leur sceptre iT eut la douleur de survivre à celui qu'il regardait comme son successeur.


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Ce qu'il faut admirer avant tout dans Flandrin. c'est l'élévation de son talent. A une époque où tout semble se .rapetisser dans l'art il a tenté de le grandir. On peint de petits tableaux à la loupe, il peindra de grandes fresques. Dans ce temps où le drame s'enfarine, où: la foule se' passionne davantage; pour la' mort de Pierrot, que pour la mort dé César, il se passionnera pour le e drame sanglant » de la croix et des martyrs. .

Ingres a cherché l'idéal de la forme, Flandrin poursuivra l'idéal du sentiment religieux. Tous deux ont la foi, mais Ingres croît aux dieux et.Flandrin au Christ. Tous deux sont remontés dans le passé, mais Ingres s'est arrêté aux-Italiens, c'est jusqu'aux Byzantins que Flandrin est remonté..

L'art," surtout dans son expression religieuse, est intimement lié à la foi, et, par la foi, nous n'entendons p'as seulement la croyance catholique, mais la croyance en un êtreysupérieur à l'homme. Les païens avaient divinisé la beauté dans Vénus ; le jour où Soerate, où Platon ont contesté les dieux, Où Aristophane les a raillés sur la scène, les sculpteurs n'ont plus cherché la déesse dans la femme, mais la femmeyen ellemême; l'âme a été vamcue par le corps;- le réalisme a tué l'idéal. "La sculpture occupée à faire revivre les dietix, fut réduite à représenter les Empereurs drapés "dans leur; manteau de marbre ; et le niveau de l'art s'abaissant avec lesyhommes, un seul corps suffit à porter successivement le buste dés Césars. « Les Muses, dit Chateaubriand, livrèrent à la barbarie ceux « qui n'avaient plus de foi en elles. »

La peinture, comme la statuaire, rie vit que par l'esprit, par • l'âme, en un mot, par la foi. Elle doit ses chefs-d'ceuvre à la religion catholique, elle grandit avec elle, tant leurs;destinées semblent liées l'une à l'autre! Quand la philosophie moderne s'élève, l'art s'abaisse, il se refroidit, car la chalèùrlui vient de l'âme et du ciel. L'incrédulité triomphe dans le gouvernement, dans les masses ; les musées se ferment en même temps que les églises pour ne se rouvrir qu'avec elles. C'est en vain que David tente de ressusciter l'art païen, l'art païen est mort en même temps que ses dieux.

Aujourd'hui que la foi religieuse se meurt dans l'art, les peintres ont supprimé les rayons même au front.de Dieu, ils l'entourent à peine d'une imperceptible auréolé ; Flandrin a pensé, comme les vieux maîtres Byzantins, que ce "n'était pas trop d'un ciel d'or tout entier pour' entourer le front dû Christ. La foi du chrétien a bien servi le talent de l'artiste ï lé fond lumineux, dans la nef de St-Vincent-de-Paul et dans le choeur de St-Germain-des-Prés, réchauffe avec ses rayons d'or cette peinture un peu froide et lui donne en lumière ce qui^semble lui manquer en couleur. y;


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Flandrin a dans ses oeuvres, si grandes qu'il leur faut le cadre d'une église, quelque chose d'austère, de mystique. Il est arrivé jusqu'à l'idéal à force de vérité: il était sûr de le rencontrer où il l'a cherché, dans les Livres saints. C'est; là qu'il a trouvé la forme de ce qui n'est qu'esprit ; il doit à la Genèse, à l'Evangile d'être devenu le peintre réaliste de la foi.

On a de lui d'admirables portraits : dans « la Jeune fille à « l'oeillet, le prince Napoléon, » on reconnaît les principales qualités du maître. Ingres aimait à se retrouver dans son disciple , il s'admirait en lui. Comme David montrant Girodet, il aurait pu dire -de Flandrin : « Voilà mon meilleur ouvrage ! i>

VI

Tel a été dans sa vie, dans son caractère, dans ses oeuvres, dans son enseignement, votre glorieux compatriote, Messieurs, le nôtre, car les hommes de génie appartiennent à la France, notre commune pairie.

Nous avons peint le grand artiste en marquant les rayons et les ombres, nous avons fait le tour du modèle, ainsi qu'il l'exigeait des élèves de son atelier. « Accomplissons la justice, a. comme dit Fléchier dans l'oraison funèbre de Turenne, et c louons-le sans crainte dans un temps où nous nepouvons être « suspects de flatterie ni lui susceptible de vanité. » Notre tâche serait terminée si l'étude sur le maître n'était pas destinée à devenir le personnage principal du tableau où doivent être groupés les peintres de son temps. Nous croyons remplir les conditions du programme en peignant à larges traits les personnages accessoires ; ce sera une ébauche plutôt qu'une élude ; l'espace et le temps nous manquent pour eux.

Le siècle est fécond on artistes: nous nous occuperons , non des plus célèbres peut-être, mais des plus personnels, de .ceux que nous appellerions les chefs d'école si l'autorité s'imposait encore. Gros sera pour nous le mouvement, Gérieaultle drame, Eugène Delacroix le régal, d'autres ont dit l'orgie de la couleur, Deeamps la lumière, et enfin M. Meissonnier la perfection dans la patience: grands artistes qui ont fait revivre en notre siècle : Michel-Ange, le Titien, Rembrandt, Murillo et Miéris !

Les peintres du temps d'Ingres ne sont pas ceux qui ont vécu en même temps que lui, mais les contemporains de sa gloire tardive. Girodet, Guéri n, Gérard, semblent appartenir à l'autre siècle ; nous avons dû choisir les maîtres de celui-ci ; nous n'en reconnaissons pas lïioins dans Girodet, tout en regrettant


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de ne pouvoir lui accorder plus de place, l'heureux accord de la peinture et de la poésie, de la correction et de la grâce, tout en blâmant la composition tourmentée « du Déluge, » la prétention de «. l'Endymion endormi, » la froideur de « l'Atala e. au tombeau, » le défaut de solidité dans la couleur qui craque au fond des ombres et change de ton en éteignant les jours,

Guérin fut un peintre d'esprit, de trop d'esprit. Gomme Girodet, il s'inspirait de ses lectures ; il a traduit les poètes avec le pinceau : Racine dans Phèdre et Hippolyle, Virgile dans le récit d'Enée à Didon; mais qu'il y a loin de ce tableau, si froid dans sa correction, au Virgile d'Ingres lisant à Auguste et à Octavie le sixième chant de l'Enéide! Guérin, une seule fois, se montra vraiment tragique : c'est quand, s'inspirant des terreurs de noire histoire, il fit un tableau contemporain en peignant, les douleurs qui attendaient à son retour un proscrit de Rome, Marcus Sexius.

Gérard, le peintre des rois, « ces grands de chair » comme dit Bossuet, composa de nombreux portraits plus recommandables par la grâce de l'attitude, la richesse des ajustements que par la reproduction de la physionomie, ce reflet sombre ou lumineux de l'âme sur le visage. Il peignit, dans les ions un peu verdâtres reprochés à Girodet, des toiles mythologiques d'une grâce un peu prétentieuse : « l'entrée d'Henri IV à a Paris » est son principal litre de gloire, son chef-d'oeuvre peut-être. Ce peintre fut un homme de plus de talent que de génie, de plus de goût que de talent, un artiste soigneux, rangé, correct dans la forme, harmonieux à force de mollesse; il dut sa réputation à l'absence de défauts plutôt qu'à l'éclat des qualités.

Girodet, Guérin, Gérard,-nous l'avons dil, appartiennent au dernier siècle : un autre peintre de ce temps, Prudhon, appartient à tous les siècles. Il ne doit rien à personne car il n'a rien emprunté : dessin, couleur, expression, il a trouvé tout en lui. Quelle terreur sur le visage du « Crime poursuivi par la Justice et la Vengeance ! i> Un homme fuit dans l'ombre d'un pas rapide, cherchant à se dérober aux rayons des torches qui semblent éclairer sa conscience; on dirait qu'il lenie de se fuir lui-même. Plus il se hâte, plus la Justice et la Vengeance sont près de l'atteindre. Oh! cet homme est bien le crime! si c'était le criminel, ce serait Caïn.

Quelle terreur empreinte sur les traits du. coupable, mais quelle douceur infinie dans les angoisses répandues sur le visage du Christ! Le jour est sombre, car le soleil retire sa lumière. Les nuages s'abaissent, on sent que la terre tremble. Au fond de la toile, l'horizon dessine ses lignes indécises ; au


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premier plan une croix se dresse, aux branches de cette croix est attaché le Christ dont le pâle visage se profile sur,le ciel. Il est seul, pas une Mainte femme, pas Un, diseiple.j a genoux au pied de cette croix. Comment ne 1'auraient-ils pas Mandoriné quand son père;; lui-même l'abandonne;! On ne peut rendre le serrement de coeur qu'on éprouve en face de ce. tableau ; c'est que les autres maîtres ont peint la mort du Fils de, l'hoinmê, Prud'hon seul âpeint la mort du Fils de Dieu. :

Ingres, comme Girodet, comme Guérin, comme Gérard, est resté par la pureté du trait l'élève de David, il semble que l'esquisse, se voit sous la couleur : Prudhon, ainsi que les paysagistes de; la nouvelle école,, ne croit pas à la ligne, il n'arrête pas le: contour; il laisse à la forme; si précisé chez Ingres, en même temps si harmonieuse, quelque chose de vague, d'indécis. Les objets en ont plus de relief parce xrùe le contour ne. s'arrête pas, il semble., chez lui, se continuer derrière la ligue qui, chez un autre, a la prétention de l'arrêter. ,} y y, -, .y-,;.;. 'wi.V;...

Un des premiers contemporains d'Ingres, par lé temps et par Ta gloire, est Gros, qui avait. comme lui son atelier dans le cloître abandonné du couvent des Capucines; Gros, élève de David comme lui. Tous deux se sont détachés de l'école ■:' Ingres a défait le noeud; Gros T'a tranché, Tous deux sont partis pour l'Italie, Ingres y a trouvé le dessin; Gros en a rapporté- la couleur. Il avait rencontré à Gênes, celle; qu'on devait appeler .bientôt l'impératrice Joséphine; elle lui avait dit ; « Je vous emmène..à Blilan, je vous emmené.partout! » Il dut à cette baute protection, autant qu'à son, talent,;d'êlre le peintre des gloires de l'Empire. Le; futur empereur, avait trouvé, entre deux victoires, le temps de poser devant le peintre; quelques instants suffirent à Gros pour fixer dans son esprit ;et sur la toile, la-figure énergique et pâle. du vainqueur d'Arcoië; cette physionomie saisissante à trouvé: sa place dans le tableau « des Pestiférés de Jaffa, -J> Nous ne. décrirons pas cette scène, si grande par la composition dans sa simplicité même, où l'artiste devait peindre, en leur donnant un.si haut relief, le courage froid dans le danger, la patience, dans la douleur, la résignation dans la mort.

La couleur est éclatante : un rayon du soleil d'Orient met comine une auréole au front du général; le peintre;lumineux se révèle en même temps que le grand coloriste; mais c'est le tableau de la bataille d'Àboukir qui sera comme l'avènement de la lumière;. Le premier des peintres dé batailles,.Gros a donné de ïâ profondeur à ses toiles-. Lebrun,: David, Girodet ont peintdes épisodes,lui seul et Dëcamps dans «le combat « des Cimbresy » nous .ont fait assister à de véritables, mêlées.


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Lapersp.eetive aérienne détruit parfois l'ordre des plans; il; y a sur la toile moins d'air que de soleil ; mais quelle composition savante ! Quel ordre dans.la confusion, dans : le mouvement quelle fougue ! oh pourrait dire : quellefuriéiQuellèyvariéte dans les types des hommes, dans lès racés; des:chevaux, ■ dans le mouvement des corps, dans rëxpressipn des visages ! Quelle terreur, en même temps quelle pitié ! Car Gros n'a pas mis tout son talent, mais tout son coeur à représenter les scènes terribles, en même temps -tristes dès combats, il les a peintes aussi bien pour l'âme que pour les yeux ; il a compris que dans ces sanglantes tragédies dés batailles comme dans les drames de la scène, le ressort n'est pas seulement la terreur, mais la pitié.

Jamais ce sentiment de la pitié:qui inspira si heureusement Âry Scheffer, ne fut exprimé parjla peinture comme dans « la Visite de l'Empereur au champ de bataille d'Eylau : » le repos a remplacé le mouvement, le silence sùecède au fracas de là bataille. Le ciel semble formé des; nuages gris de la poudre.; La neige s'étend à l'horizon, sous les pieds, partout. L'EmpereUr est à cheval au.milieu de.yc.es cadavres que le froid a raidis autant que la mort : on dirait qu'il prête l'oreille à la plainte d'un blessé ;, sa main; est tendue ; comme pour conjurer les éléments, tandis que son regard, élevé vers le ciel, semblé lui redemander ses légions. Ce tableau, peint en clair-obscur sans autre lumière que la neige, est un chef-d'oeuvre d'expression en même temps que dé couleur. On se découvre^involontairement à son aspect; c'est comme si T'on voyait défiler: le convoi d'une armée, y

Il faut au génie le choix libre de ses sujets, il ne veut s'inspirer que de lui-même. Les peintres; officiels peuvent être corrects, habiles dans la combinaison des effets, ils restent froids dans la mise en oeuvre d'une pensée qui n'a pas jailli de leur cerveau ; l'imagination, étroitement renfermée dans un programme, ne saurait se servir de ses ailes. Ainsi s'explique la faiblesse de Gros dans « le Napoléon haranguant les troupes «avant la bataille des Pyramides, dans la prise de Madrid, « l'Entrevue des deux Empereurs, » et principalement dans ses tableaux officiels de la Restauration où le ridicule des modes passées ajoute à nos costumes un ridicule de plus.

C'est ainsi que, de chute en vchute, Gros est tombé audessous de lui-même à l'âgé' où Ingres tenait le pinceau d'une jnâin si ferme. Il est mort yolontairemeht, ne voulant pas se survivre; l'auteur de « la Bataille d'Eylau » devait périr, hélas ! comme le peintre des Moissonneurs.

Tandis que Gros se reposait, spus la Restauration, dans la peinture allégorique des tableaux officiels, Horace Vernet


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s'était fait l'historien des gloires de l'Empiré, "recherchant la popularité par la peinture et le succès ; par'Ta popularité, Personne mieux que lui n'a reproduit là coupe d'un habita les plis d'une tunique, la forme d'une coiffure; schako où colbacii, n'a compté les grains d'une épau!ettéyIiaïpoûssé;siloinIa cohi naissance de ces détails qu'on pourrait le nommer lé capitaine d'habillement de la peinture. 11 a réussi à force de mouvement et de bruit. Ses tableaux sentent la poudre, odéuf cbèréàun peuple qui, comme l'a dit Chateaubriand, est né soldât. Il semble qu'on s'admire en lui et qu'on jpûe à; là bataille devant ces toiles immenses comme lés gloires qu'il a voulu reproduire; il n'a pas peint, il a illustré l'histoire.

Nous avons dit que Ingres remplaça Horace Vernét comme directeur de l'Académie française de peinture à Rome; Une lui succéda pas, car il n'hérita en rièii dé son enseignement. Quel respect de la tradition dans l'un; et dans Tautre, quel parti-pris contre elle! Comme Ingres se rapproché des grands maîtres et comme Horace Yern et s'en éloigné, quand il s'essaye à faire de la peinture biblique avec des types âïabès_ trouvant Abraham dans Abd-el-Kader. C'est travestir l'art, ainsi qùëjés railleurs de notre siècle ont fait pour lés rois et les; dieux ; c'est traduire l'Iliade en grec moderne, etdonner aù£héros du siège de Troie les costumes des héros du siège de Missolonghi.

Un autre peintre de talent, contemporain d'Horace Vernét, Paul Delaroche, lui dispulait les faveurs et l'admiration de la foule. Ses toiles sont des drames où Ton sent ",/Ié bourreau, quand on ne le voit pas. Delaroche a décrit avec: le pincëàù l'histoire des supplices, nous allions dire des eriniés célèbres.; La plupart de ses personnages, s'ils =né sont pas morts,..T'ont mourir: c'est le Charles I" qui tombé souslahache, leduc de Guise sous le poignard; c'est Mazarinà I'agônié; cp sont les enfants d'Edouard qui attendent leiôurreau;yJeanne: Grây,_ les yeux bandés, cherchant, de ses mains étendues, le billot où elle doit poser son beau front pour; mourir; c'est de Thou et Cinq-Mars, ce convoi de vivants que mène le cardinal de Richelieu; nous ne multiplierons ;pas les exemples. Ces toiles, moins estimées des artistes que ;de la foule, doivent leurs succès populaires de salon aux dénouements sanglants de l'histoire. Paul Delaroche, tragique avec grâce, est le Casimir Delavigne delà peinture. Quand il à voulu faire de Tart tranquille, de cet art qui ne va pas chercher des succès en dehors de lui, à quelle distance il reste d'Ingres et combien;le peintre de l'hémicycle de l'école des Beàux-ArtS-est au-dessous du peintre de l'Apothéose d'Homère ! - ;-.yy'-''-';;-v-)v-:y..;%.

Si Paul Delaroche doit sa popularité à la passiphdti drame;


Horace Vernét, nous l'avons dit; doit ses nombreux succès à la passion de la gloire.

Il s'inspirait des champs de bataille, mais il ne mettait pas en tableaux les bulletins de la grande armée. Aujourd'hui c'est au ministère de la guerre que nos artistes s'inspirent; ils ne peignent, plus que des plans de 'campagne. Vernét avait assez de la terre et du ciel, il leur faut des cartes et ce n'est pas trop d'une page de livret par victoire. Qu'importent la place des batteries pourvu qu'elles tonnent, le nombre des régiments s'ils chargent avec furie ! Ce qu'il faut, ce n'est pas l'exactitude, c'est l'émotion du combat. Est-ce que Michel-Ange des batailles, Salvator Rosa, Lebrun, se sont préoccupés de l'exactitude historique? Ils ont peint, non ce qui a été mais ce qui a dû être; il en est ainsi du visage des héros : Lebrun n'avait pas besoin du portrait d'Appelles pour peindre Alexandre.

M. Yvon et M. Pils, héritiers d'Horace Vernét, sont plus riches de leur talent personnel que de cet héritage. M. Yvon, dans ses grandes toiles de « la prise de la gorge de Itfalakoff, » M. Pils, dans « la bataille de l'Aima, » ont tenu avant de promettre ; ils sont aujourd'hui les peintres officiels de la gloire.

Nous aurons toujours de grands généraux pour gagner les batailles et de grands artistes pour les peindre.

Un critique a nommé Prud'hon le Schakespeare de la peinture,. Gôricault a mérité ce nom comme lui avec le chefd'oeuvre de terreur qu'on nomme « Le radeau de la Méduse. * Entré dans l'atelier de Carie Vernét, puis dans celui de Guérin, Géricault ne fait que les traverser. Il a une telle indépendance de pinceau qu'il s'éloigne de tout ce qui ressemble à une règle, un frein, une telle puissance d'originalité qu'il ne saurait être un autre que lui-même.. Dans ses nombreuses études il traite les maîtres comme le modèle de l'atelier, il ne les reproduit pas servilement, même quand il les copie; il les traduit dans sa langue, il les empreint tellement de sajpersoniialilé que les maîtres cessent d'être eux-mêmes, iis sont lui.

Géricault ne s'était fait connaître que par « le Chasseur à c cheval » et « le Cuirassier blessé » deux toiles où M.- Michelet a voulu voir le premier et le dernier chant do l'épopée impériale. II préludait ainsi à sa révolte contre l'enseignement officiel. Quand les autres se montraient encore les esclaves dociles de l'école, lui se disposait à eu être le Spartacus.

C'est dans « Le naufrage de la Méduse» qu'il a inauguré le drame dans la peinture. Tout le inonde connaît celte scène empreinte d'un sentiment si profond de terreur. Là, rien-n'est convenu, les barrières sont brisées. La ligne est toute dans le modelé, la couleur lisse, propre, époussetôe au blaireau dans


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les tableaux des maîtres de l'école, est brutalement posée avec d'épais empâtements, des saillies à la manière de Rembrandt. Ce n'est pas un changement dans l'art, c'est une révolution. Gros a sapé l'école, Géricault y est entré comme un boulet de canon, il a fait la brèche par laquelle Delacroix doit passer.

El cependant celte toile indépendante a gardé, dans la disposition académique des personnages, dans l'arrangement étudié de quelques plis, une vague tradition de l'école. Quand il peignait le vieillard du Radeau, Géricault rendait involontairement l'hommage d'un souvenir à son maître, l'auteur de Marc us Sextus.

Il n'était pas seulement révolutionnaire dans la couleur, dans le mouvement extérieur comme Gros, mais dans l'expression du sentiment intérieur qui vient se refléter sur le visage. Il a peint le mouvement de l'âme dans le repos du corps : ce qu'il cherche, ce n'est pas comme Ingres le beau dans la forme, mais la vérité dans la passion.

Ses éludes admirables-de chevaux ont fait de lui le premier réaliste, car il ne choisit pas ses modèles. Il veut réagir tout à la fois contre Cârle Vcrnet, le peintre des chevaux aux jambes de biche, contre Gros, le peintre des croupes satinées. 11 fait pousser du poil aux flancs, de longs crins aux jambes, il peint de préférence le gros cheval de travail, de roulage ou de labour, mais il ne se contente pas de le copier servilement, il le reproduit dans toutes les attitudes, sur la toile ou sur la.pierre, d'après un type qu'il s'en fait en lui; il n'a pas peint les chevaux, mais le cheval.

On a remarqué avec raison que Géricault était le peintre du clair-obscur. Sauf de rares exceptions, on ne trouve sur ses toiles, ni soleil, ni femmes, ni enfants, rien de ce qui éclaire les yeux et l'âme, rien de ce qui rattache à la vie. S'il n'est pas mort comme Gros, et Léopold Robert on sait qu'il a voulu mourir; tout est sombre sur ses toiles comme en lui.

Géricault n'est d'aucune école, il n'appartient qu'à luimême. Prud'hon et lui sont deux maîtres sans disciples ; comme ils n'avaient pas d'aïeux, ils sont morts sans postérité. Et cependant, nous l'avons dit, on procède toujours de quelqu'un. Eugène Delacroix lui-même, cette originalité si puissante, appartient par des liens secrets à la grande famille des vieux maîtres Vénitiens !

Un critique a eu l'idée étrange de trouver en Delacroix le peintre du mouvement social tandis qu'il n'est que le peintre du mouvement littéraire. De même que Chateaubriand, Victor Hugo, Lamartine étaient des écrivains de la couleur, Delacroix en était le peintre. Ses plus belles toiles, comme ses plus


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remarquables,&sont destî'aductionsâe Dânté: dans Ugolin, dé Walter Scott dans les scènes dTvanohë. de Goethe dans Faust, de Sehakespeare dans Hamlët, de Byrpn dans le Giaour. Il prend l'âme dé;<cbâqûe personnage et trouve corps de ces âmes, il les peint non tels qu'ils ont été mais tels qu'ils sont en lui ; il arrive au réel par l'idéal. y ' ;

Il ne cherche . rien du ciel, du paysage,il.en: trouve toutes les harmonies. Ne lui demandez aucune scène de la vie contemporaine: impuissant à copier il faut qu'il invente. If n'a rien visité de ce qu'il a peint et cependant il T'a vu : « les Femmes cy d'Alger » C'est l'Afrique ; « le Massacre. deySeio, m c'est. l'Orient. Homme d'indifférence sinon d'incrédulité, il n'a pas la foi religieuse mais il en a le sentiment.: et II rend les effets qu'eût produits la piété elle-même. Aucun peintre, si ce n'est Prùd'hon, y ne: sauraitprendre " plus: |)rofoh|é';Tirnprés'siph détristesse et de pitié produite par un dé ses nombreux Christ au tombeau : tel est celui qu'on admiré dans l'église de SaintDenis-du-Saint-Sacfemënt; l'idéal fait des miracles comme là foi. ■':_■■ ; -y ■ :;::^:::::-'-::

Delacroix à peint de nombreux tableaux, dès fresques, des plafonds de bibliothèque au Palais-Bourbon, au Luxembourg; il y. a fait revivre les sages, lès historiens, les grands capitaines, les peintres et lés poètes avecles attributs de leur profession ou de leurart, dans les attitudes indiquées -par leur caractère et leur talent ; l'artiste du- mouvement et de la pas' sipn s'est fait le peintre du calme et du repos. On ne sait ce qu'on doit admirer le plus : de celle reproduction des types connus OU; de cette invention qui a su rendre plus ressemblants, s'il est; permis de parler ainsi, ceux dont le crayon ou le pinceau noyaient pas conservé les traits. M. Vitet reproche avec raison à Delacroix « des négligences de dessin, une certaine « rudesse d'exécution, un extérieur de décadence dans le c choix de certains détails et de certains ajustements; » quel dommage qu'il n'ait pas eu la science d'Ingres et dessiné' comme lui quand il peignait comme le Titien !

Ingres et lui ont eli cette destinée commune qu'ils ont été . contestés tous deux par le gros du public ; c'est qu'il faut, noiir seulement le sentiment mais une certaine, étude des arts pour les comprendre dans-ce qu'ils ont d'élevé; là vulgarité seule peut être appréciée du vulgaire; le vulgaire aime à se reconnaître dans uneoeUvré et s'y applaudir. ;

L'influence exercée un instant par Delacroixsiir l'art con-. temporain a^tpfataleyLes élèves de Davidyayaient exagéré les défauts du maître; il en a été ainsi, non dés-élèves formés par Delacroix, on ne peut pas dire qu'il ait fait école, mais de ses imitateurs.; Ils méprisèrent le dessin; c'est àlngres,; à son;


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exemple puis à son enseignement qu'on doit la conservation des saines doctrines j le culte de la fprme,,la pratique dans la vraie religion de l'art. ; ,

Après ce grand mouvement romantique, il est resté debout ; M. Sigalon, qui doit principalement de vivre à Michel-Ange , PaulHuet qui le doit à lui-même, eticettë nouvelle école de paysage représentée par Théodore Rousseau et M. Corot ; qui,, affranchie delà convention, copie la nature d'après elle-même et ne va pas la chercher dans les toiles du Poussin.

Delacroix était le peintre de la couleur, un autre sera le peintre de là/lumière.Delacroix avait deviné l'Orient,' Decamps ira le voir ; on pourrait dire qu'ille rapportera sur ses toiles avec lui, -■ :"' .'.■_''■"' y

Elève d'Abel de Pujol ,|l'auteur des grisailles de la Bourse et des fresques de St-Sulpice, élève encore plus de lui-même, Decampsest bientôt maître. Plus tard:il regrettera les fortes et patientes études : « Oh! s'écriera-ttilun jour, si je savais « peindre un prix de Rome, quel grand artiste je serais! » c'est qu'il a en lui la conscience de son infériorité comme dessinateur. Lé succès n'est rien à ses yeux car il ne lui a rien coûté. Ce qu'on loue en lui ne fait que M rappeler ce qu'il se reproche; il est sincère siles autres sontindulgents.

'Il arrive d'Orient avec des études plein ■': ses cartons, de"la lumière plein les yeux. Ses premières toiles étonnent, elles ont un succès d'ébîouissement. La couleuryen est si éclatante qu'on ne peut les fixeivpour y voiries négligences dé dessin qui fourmillent. Tout est peint àl'effet, nulle: trace d'étude. Les extrémités des personnages sont lâchées, lps têtes elles-mêmes n'ont aucun modelé, elles viennent péniblement, comme celle du Pacha dans « la Patrouille turque,» lorsqu'elles viennent. Aussi Decamps, si défiant de lui-même, semble^t-il craindre la comparaison avec le modèle : il place-les scènes au loin, sous un autre ciel ; il lui faut les costumes de l'Orient. Ses personnages sontle plus souvent des animaux : dés bassets dans « les Chiens savants, etTOpital des Galeus, » des singes surtout. Il leur prête les vices, les ridicules de l'humanité; il semble ainsi se venger sur elle de son impuissance à la reproduire et se Consoler de ne pas être habile à représenter l'homme en peignant ranimai qui lui ressemble le plus.

Dans ses- principales toiles, ce qu'il fautToUer avant tout, ce n'est pas le sujet, c'est le paysage : dans « Joseph vendu par ses frères » ce sont les tons si éclatants, si lumineux de la terre et du ciel; dans « la Pêche miraculeuse, » les splendeurs du couchant voilées par les brumes du lac, les montagnes qui fuient à l'horizon, le calme, on pourrait dire- le silence dé la


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terre el des eaux ; ce sont les scènes de la nature, non de l'histoire. Les hommes y tiennent peu de place, il semblent petits sur la toile ainsi que dans les oeuvres de Dieu.- ; Deeamps est le premier peintre qui nous ait révélé l'Orient. Après lui sont venus : Marilhat qui l'eût dépassé peut-être, et 51. Eugène Fromentin qui marche de pair avec lui. Leurs toiles, moins éclatantes dans la lumière, mais plus transparentes dans les ombres, sont plus harmonieusement vraies que les tableaux signés par Deeamps et l'on peut placer au même rang que « la Patrouille turque » les « Syriens en voyage » aussi bien que « la rue d'El-Aghouat, à l'heure de midi. »

:.. Nous avons dit que Deeamps avait rejeté plus d'une fois l'homme au second plan de ses- tableaux ; M. Meissonnier lui donne toujours la première place. Il ne sacrifie jamais le personnage au décor ; c'est qu'il représente autant la perfection dans la forme et la vérité dans l'expression que la patience dans l'art. Ses lignes sont harmonieuses, elles ont en même temps la correction el la grâce. Chaque personnage est à son plan suivant son importance, dans le mouvement ou le repos, suivant qu'il est acteur ou témoin. Aucun d'eux ne pose, ils jouent leur rôle, regardent, parlent ou écoulent, prenant à l'action la part qui leur revient. Le décor est en harmonie parfaite avec la scène ; le peintre a pris la mesure exacte du cadre qu'il fallait au tableau.

C'est bien à tort qu'un éminent critique reproche à M. Meissonnier de n'avoir pas retracé les scènes contemporaines et substitué l'habit au pourpoint, le drap au velours, de ne s'élre pas fait, en un mot, le peintre des modes passées de notre temps. Pour connaître la valeur de l'habit noir en peinture, il suffit de jeter, au Luxembourg, les yeux sur le tableau de M. Heim. qui représente « le Roi Charles X distribuant des c récompenses aux artistes à la fin de l'cxpositiou de \ 824 ; » ;6t mieux encore, de se figurer le médecin-de « la Femme • •■€ hydropique » en frac, dans une chambre tapissée de papier peint.

M. Meissonnier est un artiste qui n'a point de défaillances, qu'il peigne « le Liseur, la Rixe, le petit homme à la fenêtre c ou les Encyclopédistes, les'Joueurs d'échecs ou la Lecture G chez Diderot, » il esl toujours lui-même, et, dans son genre, il n'a d'égal que lui.

Nous n'avons dit qu'un mot des paysagistes. Ingres, plus préoccupé de l'art que de la nature, amoureux de la ligne et de la forme arrêtée, devait éprouver quelque répugnance pour la ligne souvent indécise et la forme toujours un peu vague qui font le charme du paysage. Il n'a jamais peint un arbre ni une


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feuille ; c'est volontairement, et n'ayant rien pour les rattacher à lui, que nous nous sommes contenté de nommer, en passant, les maîtres qui ontïohdé la; nouvelle école de paysage, cette grande école dont oniadmiré les chéfs-d'oeuvrè aujourd'hui.

Si nous avons parlé dé:'.M, Meissonnier, c'est qu'il est le peintre d'histoire de la miniature. Tl se rattaché à Ingres par sa foien lui-même, par les labeurs delà, composition,ypar le; choix- dans là formé, là patience infatigable dans le travail, par l'amour de la perfection: qui ferait de lui le premier petit-; maître de la peinture en: France si nous n'avions pas Wàtteâu.;

Notre tâche est terminée, nous n'osons dire accomplie.; Pardonnez-nous, Messieurs, ces nombreuses pages; Vous n'avez pas demandé un éloge froidement académique, mais une: « Etude sur Ingres et lés peintres de sùntemps. ;» Nous avons dû faire passer devant vous les individualités puissantes qui. représentent, dans leurs .qualités et leurs défauts, tous lés peintres de notre siècle.. Plus Tétude a été longue, patienté, et mieux elle a dû faire passer dans votre esprit cette conviction du nôtre : Ingres a été le premier maître de son temps. ;

Pour trouver, un peintre auquel on puisse comparer-votre glorieux compatriote, il ne faut, pas chercher parmi ses contemporains, mais faire comme M, remonter jùsqtfà Raphaël.. ■:. ;. "

DEIPHIS DE £A;C0UB..,'■;.


^_Èerea_.o__ tttêt_©i°©l©gt __en faite© à feuffs.

Par M. de TASTES MOIS D'OCTOBRE 1868


— 3.57 —

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX

Séance du \2 décembre ^86S. PuÉsmiiNCE DE M, HOUSSARD, PHÉSIDENT.

Le procès-vërbal de la précédente séance est lu et adopté.

Lecture est laite du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, le secrétariat a reçu les ouvrages suivants :

Rapport à son Excellence le ministre de.XAgriculture sur la mission confiée à M. Pasteur, en 1868, relativement à la maladie des vers à- soie. — Envoi du ministre de l'Agriculture.

Les Grandes Usines, études industrielles en France et à l'étranger, 8e série, par M. Turgan, membre titulaire. Don de l'auteur. (Ce volume contient une étude sur la fabrique de machines agricoles de M. Pinet, à Abilly).

M. Brame dépose sur le bureau, au nom de trois de ses élèves, les thèses suivantes soutenues à l'École préparatoire de médecine et de pharmacie de Tours, pour obtenir le titre de pharmacien. :

Des empoisonnements par l'arsenic cl par l'antimoine, et de la recherche médico-légale de ces deux corps, par Ed. Malard.

Thèse et synthèse de pharmacie et de chimie, par 3. Goubeau.

Etudes sur les préparations ferrugineuses en général, et particulièrement sur celle du fer réduit par l'hydrogène, par A. Pavy.

Des rcmerciemenls sont votés à MM. Turgan et Brame pour le don de ces diverses publications.

Correspondance. — 5ï. Boimoy informe la Société que le Comité de patronage pour l'expédition au Pôle-Nord entend se dissoudre, et ofiïe de rembourser les souscripteurs qui le demanderaient, M. G. Lambert devant agir désormais sous sa seule responsabilité et sans aucun contrôle. — Après l'échange d'observations en sens divers, la Compagnie maintient sa souscription de 50 francs.

Communication est ensuite donnée par les secrétaires respectifs des travaux des sections d'agriculture et d'horticulture. M. Viel annonce à la première que-25,000 oeufs du grand Lavaret des Alpes ont été distribués par les soins de M. Barnsby, 1868 22


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entre plusieurs propriétaires de Sohzay et de Larcay, et;qu'il se propose d'étudier les moeurs de ce poisson.

L'ordre du jour appelle les communications relatives à la séance publique académique. Sur les propositions-de MM. Fennebresque, Belle, de Tastes et Rouillé-Courbe, on adopte les prix destinés au Concours départemental, à l'Horticulture et à la Sériciculture. Puis, après la lecture d'une pièce de vers de M. G. Dupuy, on fixe le programme de la séance publique.

M. Duclaud obtient la parole pour lire un mémoire sur le provignsge et le marcottage. L'honorable membre expose d'abord les idées de ceux qui combattent le proyignage, à cause de l'infériorité des ceps provignés sous le rapport de la vigueur et de la durée, et ilfait connaître à ce sujet le sentiment défavorable de MM. Trouillet, Guyot, Dubreuil et de laLoyère, sentiment combattu par M; Lenoir au nom du comité central de viticulture de la Côte-d'Or. Abordant ensuite l'examen des divers procédés de morccttage, M. Duclaud établit que ce mode de plantation'influe heureusement sur la vigueur et la longévité de la vigne, et ne présente guère qu'un inconvénient, la difficulté d'apprécier sainement l'instant précis où il faut opérer le sevrage. Il termine son intéressante communication en faisant connaître un procédé nouveau inventé par le docteur Esquot, de Bressuire, et connu aux environs d'Epinal sous le nom de.procédé 'Chapelier.. Cette méthode, sur le mérite de laquelle M. Duclaud ne peut porter un jugement définitif, semble promettre de bons résultats. :—Ge mémoire qui a été écouté avec un vif intérêt est renvoyé au comité de rédaction, et la discussion qu'il soulève est ajournée à la prochaine séance.

M. le docteur Brame lit une note sur le volume de la Terre. Après avoir rappelé, d'après les mesures et les calculs des astronomes français et étrangers, que la longueur du rayon moyen de la terre, exprimée en lieues de quatre kilomètres, équivaut à 1,391 1_>2 lieues, le savant professeur établit en cinq formules quel est le volume de la terre, en prenant pour éléments de son calcul le ra3'on du soleil, la distance delà terre au soleil, et la distance de la terre à la lune. Ce mémoire est renvoyé au comité de rédaction.

A la un de la séance on procède au scrutin secret et individuel, à la réception de six nouveaux membres présentés dans la séance précédente. Alasuite du dépouillemeiit des scrutins, sont proclamés membres titulaires, MM. :

FADATE DE SAINT-GEOBGES (Edmond de), -conseiller.'d'arrim? dissement, propriétaire au château de la" Brèche, à Parçay-surYienne, présenté par MM. Bourassé et Chevalier : '


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SCHNEIDER, propriétaire au château de Chanceaux, près de Loches, présenté par MM. Houssard et Fennebresque ;

MÉDINE (comte de), propriétaire à Youvray, présenté par M„. Houssard et Roche ;

MULLEB îils, avocat, propriétaire à Reignac , présenté par MM. Houssard et Pasquier;

COBKELY, propriétaire au châtec-u de Beaujardin, près de Tours, présenté par MM. Belle et Barnsby;

El BELIK, instituteur à la Ghapelie-Blanche-sur-Loire, présenté par MM. Gripouiileau et Chevalier.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures et demie.

Le secrétaire perpétuel,

C-CHEVALIER.

Séance publique académique du id décembre -1868.

PRÉSIDENCE DE M. HOUSSARD, PRESIDENT.

Le samedi 19 décembre, à huit heures du soir, la Société d'agriculture a tenu sa séance publique annuelle sous la présidence de M. Houssard, dans la salle des Concerts de la rue Traversière. L'assemblée était nombreuse et choisie. Sur l'estrade, outre les membres du bureau et un grand nombre de membres de la Société, on remarquait M. le général de Malroy, chef d'état-major du 3e commandement ; M. Marne, député; M. de Sourdeval, président honoraire; M. le colonel du 26 de ligne, et plusieurs autres personnes notables. La salle était remplie, ainsi que les tribunes, d'un public d'élite. Le buste de l'Empereur dominait l'estrade, au milieu d'un trophée-de verdure et de fleurs, dressé avec beaucoup de goût par les membres adhérents de la section d'horticulture.

Après quelques mots d'ouverture, M. le président a donné la parole au secrétaire perpétuel, pour présenter son rapport annuel. M. l'abbé Chevalier a d'abord rendu un juste hommage à deux membres décédés , M. Placide Pcltereau et M. Hainguerlot, puis il a énuméré les trente membres nouveaux , en caractérisant par un mot d'éloge chacun de ces nouveaux collègues. Il a analysé ensuite les travaux de l'année, dont il a signalé les côtés les plus intéressants. Deux passages, relatifs, l'un à la haute distinction obtenue par M. de Tastes, et l'autre


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au bras agricole de M. Gripouiileau, ont été particulièrement applaudis.

Ce dernier point n'avait été qu'effleuré par M. Chevalier. M. le docteur Bôdin, reprenant le même sujet, a fait connaître par, une description rapide tous les appareils prothétiques inventés'.'.depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, puis iladéerit l'appareil nouveau imaginé par M. Gripouiileau pour rendre un tiras artificiel aux malheureux amputés de la campagne et leur permettre de continuer les durs travaux de la terre. Ce mémoire à été chaleureusement applaudi, non-seulement à cause des services que M. Gripouiileau rend à l'humanité par son invention, mais aussi à cause du véritable talent d'exposition de l'écrivain. :

M. Belle, prenant ensuite la parole, a; analysé les travaux de la section d'horticulture, qu'il a organisée et dont il est le président. Chacun des membres adhérents a vu ses efforts dignement appréciés par un homme compétent, et tous ont compris l'intérêt, que la Société attache à leurs communia cations. Les applaudissements de l'assemblée ont salué tout à la fois et Téléganir rapporteur, et l'es hommes modestes dont il racontait les travaux.

Ingres et les peintres de son temps, tel est le titre d'une étude lue par M. Delphis de la Cour, étude qui a obtenu une médaillé d'or au concours de Montauban. Dans les précédentes communications, M. Delphis de la Cour .s'était fait connaître comme un véritable poëtë;' ici il s'est montré artiste, appréciateur, plein dé goût des choses de la peinture. L'auteur n'a pu douter de tout le plaisir qu'il avait fait à l'auditoire, .y

Abordant un sujet plus grave, M. Fennebresque & rendu compte du rapport de la commission du Concours 'dép'arte~ri entai.'.lia'-fait connaître les .exploitations visitées par la commission, a distribué équitablement l'éloge et parfois le conseil ou la critique, et a terminé en faisant connaître les lauréats des concours d'horticulture et de sériciculuire.

Trois délicieuses pièces de vers ont heureusement coupé ces lectures- sérieuses : La Solitude, par M. Papion du Château, morceau d'un charme et d'une simplicité pénétrante; la Fiancée, par M. G. Dupuy, poème irês-court, mais débordant d'uné'grâce et d'une sensibilité exquises ; et enfin le* Enfants, par M., Delphis de la Cour, oû.rauteur a su faiie vibrer les cordés les plus délicates: du co?ur. Chacun de ces morceaux a été Salué; par les applaudisseroëiits les plus vifs, et l'auditoire, suspendu aux lèvres des poètes, exprimait par son attitude la '- part qu'il prenait à ces beaux sentiments exprimés en si beaux vers.


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Laséance à été '.couronnée par la distribution des prix aux lauréats des divers concours. Les brillantes fanfares déjà musique du 2^ de ligne ont salué les noms dés vainqueurs] qiiëlès auditeurs acclamaient de leur côté, y

Là solennité s'est terminée â dix heures. En sortant de salle,;tous les auditeurs se félicitaient de la charniâiltesôi^ réè àcâdéhiiquequé la Société d'agric_ture venait de leur

Ôffriï.:: ■.--','■'■ ':■:..;.;

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»ÏS BECOMPEKSES BiCEBNÉES DANS %'k SÉANCE DU ."'■;■ 19; DÉCEMBRE 1868. y

AGRICULTURE. — 1° A l'exploitation la mieux dirigée.

■i" prix, médaille d'or : M. Goussard de Mayolle, au château du Haut-Brizay ;

2eprix, médaillé de vermeil, grand module, à M. Teysson, propriétaire aux Hermites.

2° Améliorations forestières :

Prix : Médaille de vermeil, M. Paul Schneider5 au château de Chanceaux ;

3° A l'exploitai ion ayant la plus forte proportion de cultures fourragères :

Prix : Médaille d'argent, grand module, à M. Hennessier,- fermier à Chavigny.

SÉRICICULTURE. — 1er prix ex-oequo, SO fr., à M. Guy-Crosnier, d'Artannes, pour 20 kilogrammes de cocons blancs, sina, de Bourges, et milauais jaunes, graine envoyée par S. Exe. le maréchal Vaillant;—'50 fr. à Mme Milchel, de Bourgueil, pour cocons, ancienne race petit Turin.

GRAINAGE. — 1er prix ex-oequo, SO fr. à M" 18 Delalande, d'Artannes : 30 fr. à Mmc Poirier, d'Artannes.— 2e prix ex-oequo, 25 fr. à Mme veuve Samson, de Bourgueil ; 25 fr. à M™ Desgoutlières, de Savonnières.

Encouragements à la production de la graine. — 1 ". prix ex-xqv.o, médaille d'argent, à M-. Mandement, chef de gare à Sainte-Maure-, — à Mmo Detière, de la Membrolle ; — à Mms Sergent-Baillet, de Saint-Avertin.


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HORTICULTURE. — Médaille d'or offerte "par la Société à M. Ch.Paquereau, jardinier-chef des Touches, comme récompense des soins intelligents et assidus qu'il donne aux 'belles collections horticoles de M. Alfred Maine.

ARBORICULTURE. —■ Médailles offertes par M. le maire de Tours.. Médaille de vermeil, à M. Dubourg, arboriculteur à Portillon ;

Médaille d'argent, moyeu module, à M. Guépiii-Bouchard, arboriculteur à Saint-Cj'r.

Médaillé d'argent, a M. Guépin-Avril, arboriculteur à SaintCyr. 'e;

SCIEKCES. — Observations méléréologiques. — Aux -observateurs qui ont fourni les renseignements météorologiques les plus importants dans la campagne de 1867-1868 :

Prix: Un baromètre anéroïde, donné par la Société, à M. Huret, instituteur à Saint-Martin-le-Beau; à M.:-Plateau , instituteur à Saint-Ouen ; à M. Barré, instituteur à fflôsnes _ à M, Roux, propriétaire à Bléré.

Mentions très-honorables : A M. Bridel, pharmacien à Chinon, -et à M. Pentecôte, juge de paix à Montrésor. -y

Rappel de récompenses : A M. Beliu, instituteur à la Chapelle-BIançhe ; à M, Froger , instituteur à Manthëlaû ; à M. Viau, instituteur àRouziers, lauréats de l'an dernier:

Mention hpiiOtable, donnant droit à un -abonnement gratuit pour une année au Bulletin, hebdomadaire de l'Association scientifique, accordé parla Société, d'agriculture, l'Association scientifique et le Conseil général d'Indre-et-Loirë aux ihstituteursyqui, par ordre de mérite, sont classés après les lauréats présentes:

MM. Vigneau, d'Amboise; — Larnier, de Neuilly-lèTLierre ; •—Billard, deFondettes; — Gouïn, de Larcay ;— Bàdiller, de Civray-sur-Cher ; — Croullebois, de Dame-Marie; -^Belleau, de Vôuyray; ~ Crosnier, du Louroux; --"Delalay,; d'Avoii ; — Bâillet, de Cussay ; —Bonvalet, de Tauxigny • .--: Testu, de Kouziliy j — Granger, de Bléré; -—Benoît, de Tliilôuze ; «~- Eorfin;fils,4e Betz;. — Billon, deïtigûeii; :'--y.FayartJ;.de Beauligu; : — ; Lehaie, de Neuilly-lë-Brigribn ; — y;Bànçher, d'AzayrSur-Cher ; — Vaudor, de ChanÇay; -—Dupont,' de Vernou ; —- Fortier père, de Marïay ; —•' Villars, de SàïnteMaure;>»,Gb.auyeau, de Barrou. y

:.:-. Le secrétaire perpétuel^ .

C. CHEVALIER.;- ■


COMBTE- RENDU ANKDEL

DU

S-B'âiTàiRE PMPlTIIlk

MESSIEURS,

Il y a quelques jours, en réunissant les éléments de mon rapport annuel, je me félicitais d'une bonne fortune trop rare parmi nous, et je me disais avec joie ; que ^'accroissement de notre Compagnie n'avait été payé cette année par aucun deuil. Cette joie, hélas ! devait être bientôt troublée par une fatale nouvelle, et la mort prématurée de M. Placide Peltereau devait nous rappeler à tous cruellement combien nos espérantes sont fragiles. La perte de M. Peltereau est grande, non-seulement pour nous, qui nous honorions de le compter dans nos rangs, mais encore pour tout le département et pour la ville de Châteaurenault en particulier, qui voyaient en lui un dés négociants les plus honorables, un des industriels les plus éminents de notre pays. Je dirai plus, Messieurs, cette perte est grande aussi pour l'industrie elle-même, àlaquelle M. Peltereau a fait faire d'immenses progrès, et dont il était en Europe un des représentants les plus autorisés, comme il Ta bien prouvé aux expositions universelles de Paris et de Londres, où les produits de sa maison défiaient toute concurrence. Mais notre collègue n'était pas seulement un habile industriel d'une supériorité incontestée dans son genre ; il mettait au-dessus de tout l'honneur d'être un.bon citoyen et un homme de bien. La ville de Châteaurenault, qui le pleurera longtemps, vous dirait mieux que moi, Messieurs, toutes les rares qualités de son esprit et de son coeur. En lui, ses émules ont perdu un chef expérimenté, les ouvriers ont perdu un père, et sa mort a été un deuil public pour toutes les familles, pour tous les ateliers de cette industrieuse cité. Aussi les funérailles de M, Pelte-


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reau ont-elles fait éclater tous les sentiments que son grand coeur avait su inspirer, et les regrets unanimes de toute une population. Hommage bien légitime, mais, hélas ! trop prématuré."

Depuis notre dernière, séance, un second deuil est venu nous attrister. M. Hainguerlot, ancien conseiller général d'Indre-etLoire, a longtemps rendu de grands services au département, et ses collègues n'ont point oublié la maturité de son jugement et la sagesse de ses vues. Dans ces dernières années, retiré de la vie active et militante, il s'était occupé à améliorer son beau domaine de Villandry, et ses vignes , traitées par la méthode du docteur J. Guyot, étaient devenues pour toute cette région un exemple digne d'être imité.

■ Je n'essaierai point, Messieurs, d'atténuer vos justes regrets en vous disant que nous avons recruté cette année trente collègues nouveaux. Ne sommes-nous pas comme une famille, où les nouveaux membres, quelque chers qu'ils soient, ney sauraient faire oublier ceux qui sont disparus? Et cependant, si quelque chose pouvait nous consoler, ce serait le mérite des hommes qui sont venus prendre part à nos travaux.

En première ligne, Messieurs, je nommerai M. Pastoureau, préfet d'Indre-et-Loire, à qui vous avez décerné par acclamation le titre de membre honoraire. La bienveillance de ce magistrat est acquise à vos travaux et à vosefforts.

L'agriculture et la viticulture comptent parmi nous dix-neuf représentants de plus, dont quelques-uns ont rendu d'émïnents services au progrès agricole. Je vous citerai surtout M. le vicomte Emmanuel de Flavigny qui, de concert avec son père, s'applique à transformer la terre de Monnaie;; — MM. Dralie del Castillo, dont les vignobles, à Candé, près de Monts j sont dépeints par le célèbre viticulteur, le docteur J. Guyot, comme un modèle du genre; — Edmond de Fadate de SaintGeorges;, conseiller d'arrondissement, qui comprend avec une grande hauteur de vues les devoirs qu'impose une grande situation •, -—Schneider, nom illustre dans l'industrie , et qui ne restera pas en arrière pour l'agriculture, si nous en croyions les essais tentés sur la terre de Chanceaux, près de Loches; — le comte deMëdine, qui applique avec tant de sagacité, les méthodes progressives dans son vignoble de Vouvray ; -r-MulIer fils, avocat, propriétaire à Reignac ;— et Gornely, qui sepropose de faire des tentatives d'acclimatation à son château de Beaujardin, près de Tours. Tous ces grands propriétaires sont appelés, parleurs exemples et leurs leçons, à exercer autour d'eux la plus-heureuse influence.

Après eux, je vous citerai plusieurs autres membres non moins méritants : MM. Rabault, propriétaire-agriculteur à


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Preuilly ; — Ott, propriétaire à Mettray. en qui nous aimons à retrouver l'arrière-petil-fils de notre premier secrétaire perpétuel, M. Yeau-Delaunas'; — Gill el et Pardonneau, habiles viticulteurs de Ballan; — Gilbert et Sautcreau, qui ont dirigé avec tant d'intelligence les grandes cultures de l'Orfrasière, à Kouzilly;— Grassot. propriétaire-agriculteur à Chàteau-ia-Vallière; — Géran, conducteur retraité des ponts-et-ehaussés ; — Belin, instituteur à la Chapelle-sur-Loire, qui s'occupe avec tant de zèle de l'enseignement agricole; — et le docteur Bergot, médecin et agronome en Algérie, membre correspondant. Je ne saurais entreprendre de faire l'éloge de chacun de ces nouveaux collègues en particulier. Leurs noms , d'ailleurs, vous sont bien connus pour la plupart, et je me bornerai à vous dire que tous nous apportent le fruit d'une expérience éclairée, comme vous avez pu vous en convaincre par leurs communications.

Aux titres de l'homme pratique, deux de nos collègues joignent un mérite que nous apprécions à une haute valeur, celui d'être d'habiles littérateurs des choses agricoles ; leur main, tout en dirigeant Je charrue du laboureur et du vigneron , est demeurée assez légère pour manier avec dextérité une plume finement taillée. J'ai nommé MM. Goussard de Mayolles et Georges Dupuy. Le premier ne se contente pas de faire, sur le domaine du Haut-Brizay, près de l'Ile-Bouehard, une culture véritablement progressive, et, en ingénieur qu'il est, d'en apprécier les résultats par la méthode scientifique, c'est-à-dire par la balance et par la cornue du chimiste; de temps en temps il saisit une plume vive, alerte, incisive, mordante à ses heures, et il fait une critique pénétrante de tel concours régional, dont il met à nu les lacunes et les côtés faibles ; en d'autres moments sa plume s'assouplit, et détaille tous les avantages du blé hybride de Galland et de l'avoine de Sibérie, avec une telle netteté et une telle précision, que l'homme le plus routinier, convaincu du mérite de ces espèces, s'empresse d'écrire à M. Goussard de Mayolles pour lui demander les précieuses semences qu'il met si libéralement à la disposition de ses collègues. — M. Georges Dupuy est un écrivain agricole de la même école, clair, limpide, nerveux, et même plein d'une chaleur communicative quand il décrit les heureux résultats obtenus par lui dans son vignoble de la Bretèehe , à Orbigny. On peut différer d'opinion avec M. Dupuy sur les graves problèmes, économiques qu'il soulève dans son Iiyre ; mais comment ne pas se rendre à la netteté mathématique de l'exposé, à la bonne foi et à l'autorité de l'écrivain-vigneron, et, disonsle, au charme entraînant du style, quand l'auteur décrit son Projet de colonage viticole comme l'unique moyen d'arracher


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à leur-misère séculaire certaines conirées déshéritées? Selon M. Dupuy, la vigne doit-.être introduite sur une large échelle, dans' les ; pays maigres, et: dévenir le principal élément de revenu d'un nouveau système:de colonage, où les céréales, à causé delà mauvaise qualité du sol, se trouveraient reléguées au second plan. Si ces conseils sont suivis, et si l'expérience en grand justifie les caleuls;de M. Dupuy, le canton de Montrésor sera bientôt transformé de la manière la plus heureuse, et le 4bmaine ; de la Bretèche aura été le berceau de cette rénovation. .

Les autres genres littéraires ne sont pas moins brillamment représentés dans notre sein: que la littérature agricole. M. Beurtheret est un écrivain élégant, rompu aux luttes de la presse. — En nommant M. Carré,yj'ai nommé un avocat disert, à la doctrine profonde et sûre, a la parole athénienne, expert à toutes les joutes oratoires. —M. Georges Houssard, jeune docteur; en droit, marche d'un pas alerte sur les traces de son brillant confrère, et honore déjà le barreau ci e Tours. — .M, Derouet, avocat à Blois, qui a sollicité le titre de membre correspondant, a-justifié sa demande par des écrits où se révèle un espritun^ sagace et élevé.

La science à député près de nous deux de ses adeptes les plus fervents, M. le docteur Deniau, digue enfant de celle grande école médicale de Tours, qui continue l'illustration des maîtres qui Tout fondée, et M. Mouchot, professeur de mathématiques au Lycée impérial.: Rival heureux du célèbre ingénieur-suédoisEricssôn, MyMoûêhot est parvenu à construire des machines à vapeur et à.air ehaud, mues parla chaleur solaire^; Permettez-moi quelques mots, Messieurs, sur ces appareils réservés à un grand avenir.

©'après les expériences:de Bouille!, le soleil, à la latitude de Paris, lance chaque jour pendant neuf à dix heures, hiver comme.été, un flux de chaleur: équivalant, par minute el par mètre carré, à la force théorique d'un cheval-vapeur. Cette force;est malheureusement dispersée eu tous sens par le rayonnement du calorique etpar le contact; mais, eu combattant les causes diverses de refroidissement, on peut construire à peu de ifrais des récepteurs où:s'accumule la chaleur solaire comme l'éau:d'un courant dans un-barrage, et créer ainsi un moteur d'une certaine énergie,; puisque toute chaleur est susceptible de se convertir en travailmécanique.

Tel estlé principe qui a guidé M. Mouehot. Notre savant confrère s'estappliquésahs relâche, depuis huit ans, à la construction d'une chaudière,solaire assez simple pour pouvoir entrer dans le domaine de l'industrie , el dès, l'année 1864, grâce ;ày d'ingénieuses combinaisons, il était déjà parvenu à


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résoudre ce problème d'une manière satisfaisanie. Enfin, le 2 septembre 1866, il eut l'honneur de présenter à l'Empereur, sous les auspices duquel se faisaient ces belles recherches, une petite machine à vapeur munie d'une chaudière solaire. et fonctionnant à merveille par la seule force de l'insolation. Depuis, M. Mouchol s'est occupé avec le même succès de la cuisson au soleil de la viande, des légumes et du pain, de la distillation de l'eau-de-vie, et surtout des machines à vapeur et à air chaud. N'y a-i-il pas là, Messieurs, Je germe de toute une révolution économique? El ne devons-nous pas nous applaudir de voir dans nos rangs le nouveau Prométhée assez avisé pour dérober au soleil une partie de la force immense dont il est le dispensateur dans l'univers?

Les graves spéculations de la science ne nous font point négliger les beaux-arts. Comment pourrai-je l'oublier au milieu de cette solennité académique, où la musique s'unit si harmonieusement à la littérature et à la poésie ? M. l'abbé Rastier, qui dirige avec le talent d'un véritable maestro la chapelle de In cathédrale, et qui sait préparer à la ville de Tours des fêtes musicales si charmantes, a voulu faire partie de notre Société. Sa venue parmi nous a fortifié une section de notre Compagnie, qui comptait déjà plusieurs membres distingués.

L'industrie, quoiqu'elle n'entre point directement dans notre programme, ne nous est point indifférente, lorsqu'elle se rattache par quelque côlé à l'art ou» l'agriculture. C'est à ce titre que nous avons admis M. Mazereau , imprimeur , et MM. Iluault et Perrault, négociants à Tours. Nous avions recruté l'an dernier M. Chollet-Champion, constructeur-mécanicien à Bléré, lauréat tant de fois heureux dans les concours régionaux: nous venons de lui adjoindre avec joie ses dignes émules d'Amboise, MM. Ma'bille. frères, dont les pressoirs, honorés de vingt médailles, sont en train de faire leur tour de France. Espérons que nous aurons bientôt groupé autour de nous tous les constructeurs-mécaniciens de Touraine, dont les ingénieux instruments portent si loin la réputation de nos ateliers.

Tous ces nouveaux collègues ont payé leur bienvenue parmi nous par quelque communication verbale ou écrite , et ont ainsi donné une plus grande animation et une plus grande variété à nos séances, déjà; si remplies et si intéressantes. Comment analyser ces discussions simples et familières, ces causeries vives et spirituelles, où chacun apportait un mot judicieux, une observation neuve, un apcrçufécond? Qu'il me soit permis du moins de signaler rapidement à votre attention les travaux les plus importants de l'année.

Eu première ligne je placerai une remarquable étude de


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M. le président Diard sur les papiers laissés par M. Guerry, et mis libéralement à la disposition de notre Compagnie par MM. Poisson frères, de . Neuillé-Pont-Pierre. Le savant magistrat, si capable d'interpréter l'éminent statisticien moraliste, vous a rendu compte, dans une analyse fine et pénétrante, de l'intérêt majeur qu'offrent ces précieux papiers, explication et complément du magnifique atlas de M.. Guerry. Vous en avez jugé de même, et, sur la proposition de l'honorable rapporteur, vous avez voté l'impression de ce travail qui ajoutera un nouveau lustre à la réputation du célèbre moraliste. En confiant à M. Diard le soin d'en préparer la publication, vons ne pouviez, Messieurs, faire un choix plus digne do M. Guerry.

M. de Tastes, qui poursuit avec une rare sagacité l'étude de la marche des orages dans noire département, a exposé devant vous les divers incidents d'une période orageuse,- ei vous a montré l'immense parti qu'on peut tirer d'observations multipliées faites sur tous les points du territoire. Ainsi comprise, la météorologie est appelée à rendre d'inappréciables services. Notre collègue, vous le savez, Messieurs, s'est placé à la tête des observateurs les plus habiles et les plus zélés, ci. a déjà entrevu quelques-unes des lois qui président aux grandes perturbations atmosphériques. Aussi l'Association scientifique de France a-t-elle récompensé d'une médaille d'or les travaux exceptionnels de M. de Tastes. El quand, il y a peu de jours, une distinction plus haute est venue trouver le savant professeur qui honore sa chaire, et dans l'enceinte du Lycée et au dehors, tous, Messieurs, vous avez applaudi de grond coeur.

Des travaux d'un autre ordre ont occupé vos séances. M. de Sourdeval, dont le flexible talent se prête à tous les genreset à tous les tons, vous a présenté un résume brillant des documents relatifs à la grande Compagnie de Madagascar, documents recueillis cl publiés par M. le sénateur baron P. de Richemont, gouverneur de la Compagnie, et ii vous a montré tout l'avenir réservé à cette entreprise, malheureusement arrêtée à sa naissance. Le même membre, qui sait utiliser à notre profit ses promenades et ses excursions, vous a raconté sa visite aux rigoles du canal du Midi, travail colossal où éclate tout le génie de Riquet. — M. Duclaud, dont la plume élégante est bien connue des journaux de viticulture, vous a lu deux mémoires, l'un sur la comparaison des boutures cl des plants chevelus, l'autre relatif à l'influence du fumier sur la qualité du vin; ces mémoires, dont vous avez voté l'impression, portent l'empreinte des qualités ordinaires de l'auteur.— M. Belle vous a communiqué une note sérieuse, substantielle, assaisonnée d'un grain de bonne humeur, où il a exposé les


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graves inconvénients du faucardement et du curage -des petits cours d'eau, en demandant que des mesures soient prises pour prévenir les dévastations périodiques qui s'accomplissent dans nos ruisseaux. — M. le docteur Pasquier vous a dit quelques mots sur la maladie des vers à soie, et vous a indiqué un traitement préservatif employé avec succès parMlle Miquel, à Larcay. ■— Enfin M. Barnsby, qui poursuit avec persévérance l'essai des engrais eî des marnes, vous a entretenus du résultat de ses analyses, en exprimant le voeu qu'une organisation nouvelle donne au bureau d'essai tout le développement dont il est susceptible.

J'en ai fini avec les choses graves , mais je n'ai rien dit des choses charmantes. El ici, Messieurs, je vous confesse que je me trouve singulièrement empêché. Quand on n'est qu'un profane comme moi, comment analyser la cadence harmonieuse des vers, l'éclat des images, la richesse du coloris, la hardiesse du mouvement, l'enthousiasme de l'inspiration , en un mot tontes ces qualités éthérèes qui constituent la poésie? Aussi je n'hésite point à me tirer de ce mauvais pas, en vous . disant simplement que M. Papion du Château et M.Delphis de la Cour, deux nobles émules dans l'art difficile des vers, ont lutté plus d'une fois de grâce et de sentiment, et nous ont donné, comme à l'cnvi le spectacle toujours envié d'un tournoi littéraire.

Aux choses charmantes joignons toujours les choses utiles, suivant notre vieille devise : Utile dulci. Cette transition m'amène tout naturellement à vous parler de M. Gripouiileau, médecin à Monllouis. et de l'ingénieux appareil qu'il a imaginé pour remplacer les bras des malheureux amputés. Jusqu'ici nous avions bien des bras artificiels, véritables chefs-d'oeuvre de mécanisme, mais, nous devons l'avouer, c'étaient des bras seigneuriaux, auxquels il ne fallait demander aucun travail en dehors du salut et.de la bonne tenue. Notre digne collègue a pensé qu'il y avait mieux à faire dans cette voie, et repoussant avec raison les systèmes savants, compliqués et fragiles, il s'est attaché à produire un organe simple, solide et peu coûteux, qui pût se prêter sans effort aux divers mouvements exigés par les travaux do la terre. Cette tentative a réussi au delà de toute espérance. Il y a peu de jours, le Comice de St-Avertin a vu avec le plus profond étonnement une petite escouade.de manchots bêcher, labourer, faucher, battre le blé, en un mot exécuter avec précision les travaux les plus pénibles de la culture, grâce à un bras agricole dont la simplicité est le triomphe, de l'art et de l'observation. L'appareil de M. Gripouiileau sort donc du domaine de la prothèse ordinaire; c'est un véritable service rendu à l'humanité.


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Je terminerai v Messieurs, ce compte-rendu déjà trop long par un mot rapide sur nos sections. 11 n'entre point dans mon programme d'énumérer les communications variées dont l'analyse nous a été présentée par leurs secrétaires respectifs, mais je ne saurais taire le mouvement, l'animation, l'intelligence qui ont marqué les premiers pas delà section d'horticulture. ■""Organisée par M. Belle, celle section n'a pas tardé àgrouper en faisceau les principaux horticulteurs de la banlieue de Tours,au nombre de plus d'une centaine, et chaque jour de nouveaux adhérents viennent s'adjoindre à ce premier noyau. Les séances ont été laborieusement remplies, comme vous avez pu en juger par les procès-verbaux étendus de M. Barnsby. Tous les membres se réunissent une fois par mois dans une salle devenue insuffisante, et, mettant de côté les petites rivalités du métier, s'empressent d'apporter, comme à un trésor commun, leurs expériences et leurs observations. Les membres titulaires de notre Compagnie se sont associés avec .joie à cette communauté d'efforts et d'études. Bien des travaux intéressants se sont ainsi produits. Toutefois, je n'en indiquerai qu'unseul, le rapport de M. O. Lesèble sur les jardins des TouchéSj appartenant à M. Alfred Marne. Dans un style coloré et chatoyant, M. Lesèble a fait passer sous nos yeux les merveilles de ces jardins spîendides , créations ravissantes qui feraient envie aux princes de notre époque. Notre honoré'collègue ; nous l'a dit avec raison : c'est le sentiment artistique qui engendre et développe la passion des végétaux. Aussi son travail porte-t-"il l'empreinte manifeste de ce sens artistique et poétique, qui est inséparable du goût délicat de l'horticulture. Lanouvclle section ne pouvait inaugurer ses débuts d'une manière plus brillante, en nous envoj'ant par la main de M, Lesèble, comme un bouquet des fleurs les plus exquises.

..'■-.: L'abbé C. CHEVALIER.


Ô.bsë-^affoii- _tétéor-Io_t ____ faites & |OEosi__« Par M. de TASTES MOIS DE NOVEMBRE -1868

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