bpt6k5729986n/f123


LA LIGUE ITALIENNE ET LA LIGUE FRANÇAISE DES DROITS DE L'HOMME

pagne pour les prisonniers politiques russes (6). Ce soutien aux victimes de régimes autoritaires s'affirme pendant la guerre, avec une première ébauche de Fédération internationale des Ligues, même si celle-ci, fondée le 27 septembre 1915, entend surtout organiser la propagande en faveur des Alliés (7). Si après 1918 le salon Ménard-Dorian, ancien haut lieu dreyfusard et modèle du salon Verdurin, a perdu de son éclat, on y croise toujours de grands noms de la politique et de la culture, de Basch à Jouhaux, de Blum à Painlevé et d'Anatole France à Seignobos. Ils y rencontraient des exilés comme Kerenski ou Unamuno, et Campolonghi dont l'épouse, Ernesta Cassola, mazzinienne et féministe, devient la secrétaire bénévole de la maîtresse des lieux (8). Cette dernière encourageant ses hôtes étrangers à créer de nouvelles Ligues, Ernesta est la première présidente de la L.I.D.U. (9), qui ne fait cependant alors guère parler d'elle : lorsque, le 22 mai 1922, se tient le congrès constitutif de la Ligue internationale des droits de l'homme, elle en est absente, et ce n'est qu'au congrès de 1923 qu'elle fait son entrée, aux côtés de treize autres ligues (10). Beaucoup de ces dernières sont éphémères, sans contact avec le pays qu'elles représentent. La L.I.D.U. ne s'en distingue guère, aucune implantation n'est réellement tentée dans la péninsule, alors que cela aurait pu être pensable jusqu'aux lois « fascistissimes » de 1926 : si le discours officiel concerne l'Italie (11), la pratique se limite à l'émigration en France. Il est vrai que cette dernière est nombreuse - entre travailleurs immigrés et réfugiés -, qu'elle apporte dès 1924 quelques premières dizaines d'adhérents, et qu'elle a besoin de l'aide de la L.D.H., que ce soit pour protester contre l'expulsion de communistes (12) ou pour aider un réfugié menacé d'extradition (13). Reste que sous la houlette de son secrétaire, Ubaldo Triaca, notable modéré, antifasciste monarchiste, la L.I.D.U. est un bureau d'aide juridique et un

(6) Cf. L. GESTRI, « Luigi Campolonghi e il "caso Ferrer" : due inediti», Annuario 1980 (Biblioteca civica di Massa).

(7) Cf. H. SÉE, Histoire de la Ligue des droits de l'homme, Paris, Ligue des droits de l'homme, 1927, p. 160-161. Il y est indiqué que participent à cette réunion les Ligues belge, française et italienne, mais c'est la seule mention de cette dernière pour la période antérieure à 1922. Peut-être y a-t-il eu confusion, du fait de l'intense activité de Campolonghi d'abord en faveur de l'intervention italienne dans la guerre, puis comme représentant officieux de son beau-frère, Leonida Bissolati, socialiste réformiste exclu du P.S.I. en 1911, devenu ministre de 1916 à 1919 (cf. U.A. GRIMALDI et G. BOZZETTI, Bissolati, Milan, Rizzoli, 1983).

(8) L. CAMPOLONGHI, La vie..., op. cit. C.D.H, 1923, p. 84.

(9) L. CAMPOLONGHI, Ernesta Campolonghi mia madre, manuscrit, 1979-1981.

(10) Ligues française, anglaise, allemande, arménienne, autrichienne, belge, bulgare, chinoise, espagnole, géorgienne, hongroise, luxembourgeoise et russe (C.D.H, 1923, p. 507). Cela dit, malgré cette première manifestation publique, la L.I.D.U. ne semble encore guère active et, par exemple, ne proteste pas avec la L.D.H. contre le bombardement de Corfou par l'armée italienne, ni contre les fasci italiens en France (C.D.H, 1923, p. 403, 424-429, 472474).

(11) Ibid., p. 507-518, etc.

(12) C.D.H, 1925, p. 41. Archivio Centrale di Stato, Rome (A.C.S.) G1 233,1 II 1925. Cela n'est d'ailleurs pas contradictoire avec la position du socialiste réformiste Giuseppe Emanuele Modigliani, frère aîné du peintre, qui, intervenant l'année suivante au nom de la L.I.D.U. au congrès de Metz de la L.D.H., proclame qu'on ne peut combattre le fascisme que par les voies démocratiques, et qu'en Italie, « l'état d'esprit bolchevisant a empêché la démocratie de former le bloc des forces qui auraient pu résister au fascisme» (Congrès de la L.D.H, 1926, p. 355-360). (13) C.D.H, 1924, p. 359 ; 1925, p. 91.

121