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Title : Revue savoisienne : journal publié par l'Association florimontane d'Annecy : histoire, sciences, arts, industrie, littérature / Jules Philippe, directeur-gérant

Author : Académie florimontane (Annecy). Auteur du texte

Publisher : Imprimerie de Louis Thésio (Annecy)

Publisher : Imprimerie d'Aimé Perrissin (Annecy)

Publisher : Imprimerie Abry (Annecy)

Publication date : 1917

Contributor : Philippe, Jules (1827-1888). Directeur de publication

Contributor : Revon, Louis (1833-1884). Directeur de publication

Contributor : Constantin, Aimé (1831-1900). Directeur de publication

Contributor : Maillard, Gustave (1860-1891). Directeur de publication

Contributor : Miquet, François. Directeur de publication

Contributor : Le Roux, Marc (1854-1933). Directeur de publication

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 16485

Description : 1917

Description : 1917 (A58,N1).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Rhône-Alpes

Description : Collection numérique : Bibliothèque Francophone Numérique

Description : Collection numérique : Zone géographique : Europe

Description : Collection numérique : Thème : Les échanges

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5720532x

Source : Académie florimontane

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34399189b

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 17/01/2011

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La Revue

Savoisienne


L'Académie Florimontane laisse à chaque auteur la responsabilité entière des opinions qu'il èmet


Omnes omnium cantates patria una xa est.

(CICERON : De Officiis, lib. I.)

La Revue

Savoisienne

PUBLICATION PERIODIQUE

de

L'ACADEMIE FLORIMONTANE D'ANNECY

Reconnue d'utilité publique par décret du 17 décembre 1806

1917

Cinquante-Huitième Année

ANNECY imprimerie J. ABRY, Editeur

1917



ACADÉMIE FLORIMONTANE

Fondée à Annecy en 1606

par saint François de Sales et le Président Antoine Favre.

Réorganisée en 1851

par

Louis BOUVIER ( I 8 I g -J- 1908). Etienne MACHARD (1824-f 1887).

Jules PHILIPPE (1827 f 1888). Eloi SERAND (I826 -J- 1891).

BIENFAITEURS :

LÉON MARES (1854f 1916)

Donateur du château, des collections et du domaine de Montrottier

D'C. ANDREVETAN ( 1802 + 1879) D' F. DAGAND (1815 f 1886)

I MELVILLE-GLOVER (1834f 1897) D'THONION (1830+ 1917)

MEMBRES DE L'ACADÉMIE FLORIMONTANE Morts pour la France.

Joseph DINGEON, capitaine commandant le 51e bataillon de chasseurs alpins, tué le 14 novembre 1914, aux environs d'Ypres (Belgique), cité à l'ordre de l'armée.

Alfred-Joseph BARD DE COUTANCE, avocat à Bonneville, soldat faisant fonctions de sergent au 109e régiment d'infanterie, mortellement frappé le 1er décembre 1914 à l'assaut de Vermelles (Pas-de-Calais), décoré de la médaille militaire.

Pétrus ROLLIER, notaire à Annecy, capitaine au 416e régiment d'infanterie, tué le 26 septembre 1916 en Champagne (cité à l'ordre de l'armée).

LISTE DES MEMBRES.

Présidents honoraires : MM. Ch. MARTEAUX fjs I, professeur agrégé au Lycée Berthollet; Max BRUCHET IJII+, archiviste départemental du Nord, et Charles BUTTIN, archéologue, 3, villa Mozart, à Paris.

Trésorier honoraire : M. Jean RITZ # C + ff I, compositeur de musique.

CONSEIL D'ADMINISTRATION ET BUREAU.

Président: M. F. MIQUET|| A, receveur honoraire des finances.

Vice-Présidents: MM. Albert CROLARD, député, ingénieur; Isidore NANCHEIJI. chirurgien-dentiste, et J. DÉsoRMAUXfjH, professeur agrégé au Lycée Berthollet.

Secrétaire perpétuel : M. Marc LE Roux fjll. docteurès sciences, conservateur du Musée.

Secrétaire-adjoint : M. G. LETONNELIER |jl A, archiviste départemental de la Haute-Savoie.

Archiviste : M. Joseph SERAND, archiviste-adjoint de la HauteSavoie.

Bibliothécaire et trésorier : M. François GARDIER <§.

Membres du conseil d'administration: MM. CARRON, GRIVAZ, LAVOREL. GaI MAILLOT et MARTIN.

Revue savoisienne : Directeur de la Revue: M. LE ROUX.

Comité de rédaction : Section historique et archéologique : MM. CARRON, LAVOREL, LETONNELIER et MIQUET. Section scientifique : MM. FLAMARY et LE ROUX. Section philologique et littéraire : MM. DÉSORMAUX et G. MARTIN.


VI

MEMBRES HONORAIRES.

d'admission MM.

1887 ALLART Achille, ingénieur des Arts et Manufactures, à Genève.

1906 D'ARCOLLIÈRES *£I, secrétaire perpétuel de l'Académie de Savoie, à

Chambéry. 1915 BORDEAUX Joseph-Paul-Emile (ie général) O >$£, commandant une

division d'infanterie.

1913 BORDEAUX Henry ^, homme de lettres, 44, rue du Ranelagh, à Paris. 1906 BORSON (le général) G O $ G 0 ii l, ancien président de l'Académie de Savoie, à Chambéry.

1892 BRUCHET Max ^ I 4s archiviste départemental, à Lille (Nord).

1872 CHANTRE Ernest ^ *fH, ancien sous-directeur du Muséum des sciences

naturelles de Lyon, 37, cours Morand, à Lyon. 1882 DEMOLE Eugène, conservateur du médaillier de Genève.

1915 DONNET Fernand. administrateur de l'Académie royale des BeauxArts

BeauxArts secrétaire de l'Académie royale d'Archéologie de Belgique, à Anvers. 1 878 DUFOUR Th., directeur honoraire de la Bibliothèque de Genève.

1910 FRUTTAz(le chanoine), président de la Société académique d'Aoste. 1881 HOLLANDE g I |, directeur honoraire de l'Ecole préparatoire à l'enseignement supérieur, à Chambéry.

1900 MANNO Antonio (le baron) G C f G C *J<, membre de l'Académie des sciences, 19, via Ospedale, à Turin.

1916 MARTIN Paul-Edmond, archiviste d'Etat, docteur ès-lettres, à Genève. 1916 MONTET (de) Albert, à Corseaux (Vaud).

1911 MURET Ernest.professeur de philologie romane à l'Université de Genève. 1916 PÉROUSE Gabriel f^I, archiviste départemental de la Savoie, docteur

ès-lettres, à Chambéry. 1916 PETIT (Mgr) Louis, archevêque d'Athènes. 1915 PLOCQ Ernest ^, ingénieur, inspecteur honoraire de l'exploitation

aux chemins de fer du Nord, 15, rue Vavin, à Paris. 1881 REVIL |f I, docteur ès-sciences, géologue, ancien président de

l'Académie de Savoie, à Chambéry.

1888 REVON Michel ^, professeur de littérature orientale à la Sorbonne. 1885 RITTER Eugène, professeur honoraire à l'Université de Genève, 3, chemin des Cottages, à Genève.

1914 SONNAZ (le comte Gerbaix de) G C ^1 G C tji. ancien ministre plénipotentiaire,

plénipotentiaire, du royaume d'Italie, via San Francesco da Paolo, à Turin.

1911 VAN GENNEP, directeur de la Repue d'Ethnographie et de Sociologie,

professeur, 1 1 6, Grande Rue, Bourg-la-Reine (Seine).

MEMBRES EFFECTIFS.

1910 ABRY Joseph, imprimeur-éditeur, à Annecy. 1910 ADÉ Henri, architecte, à Annecy.

1914 AIX-SOMMARIVA (marquis d') Claude, capitaine au régiment de Savoiecavalerie, 17, rue Olmetto, à Milan.

1910 ANTHONIOZ Charles ff A, sculpteur, à Genève.

1912 ANTHONIOZ Alfred *J< g A), sculpteur, à Genève.

1903 AUSSEDAT Louis, ingénieur des Arts et Manufactures, à Annecy.

1911 BADIN Charles, négociant, à Annecy.


VII

1900 BALLEYDIER Louis $£ I, doyen de la Faculté de Droit de Grenoble.

1906 BARUT Jules $f, directeur de l'usine du Giffre. à Annecy.

1916 BLANC Henri, étudiant en droit, lieutenant d'infanterie, à Chambéry.

1907 BLANDIN Henri, receveur des Domaines,à Annecy.

1912 BOUCHET Claudius, négociant, à Annecy.

1908 BOUGIER,Edm.,sous-ingénieur des Ponts et Chaussées, à Annecy.

1913 BRIFFAZ François, docteur en médecine, à Bonneville.

1912 BROCADET A.-P., pharmacien, à Paris.

1896 BUTTIN Charles, ancien président de l'Académie Florimontane, membre

membre Comité de perfectionnement du Musée de l'Armée, 3, villa

Mozart, à Paris. 1911 CALLIES Henri, industriel, à Annecy. 1903 CARLE, capitaine d'infanterie, 29, avenue Jules Ferry, à Montluçon.

1895 CARNOT François ^ gj, député, ingénieur des Arts et Manufactures,

8, avenue Montespan, à Paris.

1909 CARRIER Maurice, avoué, à Bonneville. 1874 CARRON Jacques, avocat, à Annecy.

1905 CATTIN Benoît, notaire, à Annecy.

1913 CAVARD ^, chef de bataillon au 3o' de ligne, à Annecy.

1913 CHOLLEY André, professeur agrégé au Lycée Berthollet, Annecy.

1909 COCHON Jules ^ 9 O I |, conservateur honoraire des Eaux et

Forêts, 5, avenue de Savoie, à Chambéry.

1903 COSTA DE BEAUPEGARD (Cte Olivier), à Sainte-Foy, par Longueville

(Seine-Inférieure). 1911 COSTAZ Gabriel ff A, directeur du Syndicat agricole de la Hte-Savoie,

à Annecy. 1890 CROLARD Albert, député, ingénieur des Arts et Manufactures, à Paris.

1897 CROLARD Francis fj£ A, directeur de l'exploitation du tramway

Annecy-Thônes, à Annecy. 1897 CROSET François ||, ancien économe de l'Hôpital d'Annecy.

1906 CROYN A. ^ Il I, directeur honoraire des Contributions indirectes, à

Pipriac (Ille-et-Vilaine). 1916 CURRAL, avocat, à Bonneville.

1907 DENARIÉ Jean, notaire, à Annecy.

1906 DÉPOLLIER Louis ^jjfc A, imprimeur, à Annecy.

1906 DESCHAMPS j§,sous-ingénieur des Ponts et Chaussées, à Bonneville.

1896 DÉSORMAUX J. ^| $ I, professeur agrégé au Lycée Berthollet, à Annecy. 1892 DESPINE Antoine, à Annecy.

1910 DESSERVÉTAZ Alfred, comptable, à Annecy.

1892 DOMENJOUD Henri, percepteur en retraite, à Annecy. 1910 DUBETTIER Ernest, préposé en chef de l'octroi d'Annecy.

1912 DUFOUPNET A. (abbé) tJÉ A, ancien professeur, 109, Grand'Rue, à

Nogent-sur-Marne.

1913 DUGIT Maurice, ingénieur aux Forces du Fier, à Annecy. 1909 DUNAND Alexis, rentier, à Annecy.

1913 DUSSAUGEY, ingénieur civil, à Annecy-le-Vieux.

1915 FALLETTI Eugène, entrepreneur de travaux publics, à Cran-Gevrier.

1914 FAUCIGNY-LUCINGE (le prince de), 19, rue de Lubeck, à Paris.

1904 FAVRE Asghil, propriétaire, à Faverges.

1906 FAVRE-LORRAINE, maire de Saint-Jean de Sixt.

1901 FERRERO Marius, conseiller général, à Annecy.

1913 FLAMARY $j I, entomologiste, au Pont-Neuf, près Annecy,

1916 FONTAINE Antoine, architecte, à Albigny.


VIII

1911 FOURNIER Jacques, ingénieur agronome, à Annecy-le-Vieux. 1901 FREY Charles g I, entrepreneur de transports, à Annecy. 1892 FRÉZAT Simon, à Bonneville.

1908 GAILLARD Claudius, sous-ingénieur des Ponts et Chaussées,à Annecy. 1906 GALLET Claudius ^ f$ A, docteur en médecine, à Annecy.

1883 GALLIARD Louis, docteur en médecine, à Annecy.

1906 GARDIER François jj§, à Annecy.

1913 GAVARD Adrien (le chanoine), supérieur de l'Ecole de Théologie, à

Tessy, par Metz (Haute-Savoie). 1897 GELEY Gustave f| A, docteur en médecine, à Annecy.

1904 GENEVOIS Ferréol, docteur en pharmacie, à Annecy. 1910 GOURGUET Paul, rentier, à Annecy.

1913 GOY (le Dr) ^ g A, maire de Reignier, sénateur de la Hte-Savoie.

1886 GRIVAZ Louis ^ f| A, notaire, à Annecy.

1916 GUÉRIN, notaire, à Ugines.

1906 GUINIER Philibert ij§, inspecteur des Eaux et Forêts, chargé de cours

à l'Ecole forestière, à Nancy. 1906 HÉRISSON Jean g A, imprimeur, à Annecy.

1910 LACHENAL Arthur $}, docteur en droit, 121, rue de Wagram à Paris. 1.907 LAEUFFER Eugène ►$<, directeur de la Manufacture d'Annecy.

1909 LAEUFFER Jean C>jr, rentier, à Annecy.

1916 LANGLOIS Pierre, compositeur de musique, à La Puya, à Annecy.

1905 LAVOREL J.-M. (le chanoine), à Annecy.

1901 LAYDERNIER Léon g A j, banquier, à Annecy. 1891 LE Roux Marc §1: docteur ès-sciences, bibliothécaire et conservateur du Musée d'Annecy. 1916 LETESTU André, directeur des Haras, à Annecy. 1908 LETONNELIER Gaston ff A, archiviste départemental, à Annecy.

1911 MAILLOT C <jfe S I O g, général de brigade du cadre de réserve, à

Annecy. 1911 MARCHAND Francis, avoué à Annecy. 1916 MARQUET Fernand, vétérinaire, à Annecy. 1891 MARTEAUX Charles g I, professeur agrégé au Lycée Berthollet, à

Annecy.

1910 MARTIN Georges |f I, professeur agrégé au Lycée Berthollet, à Annecy.

1913 MARTIN Paul (l'abbé), curé de Moye (Haute-Savoie).

1911 MARULLAZ F. (l'abbé), professeur au Pensionnat Bon-Rivage, à La

Tour de Peilz (Vaud).. 1911 MENTHON ^ (le comte Antoine de), à Charbonnière, Menthon.

1914 MERCIER Lucien, inspecteur primaire, à Annecy. 1916 MICHAUD François, avenue du Petit-Brogny, Annecy.

1906 MICHEL Amédée, ancien conseiller général, à Thônes.

1893 MILLET François g A j§, ingénieur honoraire des Ponts et Chaussées, à Annecy.

1885 MIQUET François ^$ A, receveur honoraire des finances, à Annecy.

1899 MONNET ( Mlle), à Annecy.

1906 MONNIER Jean-Jacques, professeur d'histoire à l'Ecole supérieure des jeunes filles, à Genève.

1903 MURGIER Jules, chirurgien-dentiste, à Annecy.

1874 NANCHE Isidore ^ I, chirurgien-dentiste, à Annecy.

1913 NEYROUD Albert, notaire, à Sallanches.

1901 OGIER J.-M. (Mgr), à Annecy.

1906 ORLYÉ Philibert(d') g|,propriétaire, maire de Menthon-St-Bernard.


IX

1906 ORLYÉ Jean (d'), licencié ès-sciences, à Paris.

1912 ORMOND Marguerite (Mme), au château de Crevins-Bossey. 1916 PANNETIER François, géomètre-expert, Annecy.

1913 PASSORIO PEYSSARD (Ch. de), au château de Montaigu (Chalonnes-surLoire),

(Chalonnes-surLoire), à Nantes. 1916 PATURLE Camille, industriel, à Saint-Laurent-du-Pont. 1311 PAUL-DUBOIS, conseiller référendaire honoraire à la Cour des Comptes,

à Paris et à Menthon-St-Bernard.

1902 PÉRILLAT, ancien administrateur du Bon Marché, 18, avenue de la

Bourdonnais, à Paris.

1913 PERKINS Nevil, professeur à l'Université de Bristol (Angleterre). 1912 PERNOUD Louis, curé de Bossey-sous-Salève.

1914 PERNOUD Louis, inspecteur-voyer, à Annecy.

1907 PERRAVEX François ^ A, inspecteur des postes et télégraphes, à

Annecy. 1909 PERRET Henri, avocat, à Bonneville.

1912 PERRIER DE LA BATHIE, ingénieur-agronome, à Ugine (Savoie). 1916 PERRILLIAT (le général Arsène), New-Orléans, Louisiana. U. S. A. 1911 PÉRIN Louis $ç, commandant en retraite, à Annecy.

1915 PFISTER Hubert, agent d'assurances, à Annecy.

1915 PFISTER Louis, organiste de la cathédrale, à Annecy.

1894 PICCARD L.-E. (Mgr) || I O i$t, proton, ap., chan. non., àThonon. 1911 PISSARD Louis, notaire, à Saint-Julien-en-Genevois. 1897 RAILLON Fleury f| H, architecte départemental, à Annecy. 1909 RANNAUD Marie (le chanoine), à Annecy.

1913 REBORD Charles (le chanoine), prévôt de la Cathédrale, à Annecy. 1911 REPLAT Georges, procureur de la République, à Albertville.

1911 REPLAT Jacques, directeur de la Société d'assurances « L'Union »,

à Annecy.

1912 REVIL Jean, licencié en droit, à Annecy.

1903 REY Emile J| A (N-I), procureur de la République, à Grenoble. 1901 RICHARD Jean |j, géomètre en chef du Cadastre, à Annecy.

1874 RITZ Jean i|Cif f|| I, compositeur de musique, Annecy.

1894 ROBERT Victor î| , à Annecy.

1912 ROBERT Louis, employé à la Société générale, à Annecy.

1916 ROUSSY DE SALES (comte de), à Thorens.

1909 ROSSET g I, instituteur honoraire, à Groisy-le-Plot.

1908 RUFFIER Ernest |f I, professeur au Lycée Berthollet, à Annecy. 1906 RUPHY Charles, industriel, à Annecy.

1912 RUPHY Louis, architecte, à Annecy.

1897 SAUTIER-THYRION, propriétaire, à Veyrier-du-Lac.

1908 SERAND François, chef de bureau à la Préfecture, à Annecy.

1891 SERAND Joseph, archiviste-adjoint, à Annecy.

1908 SERVETTAZ Claudius ^Ë A, professeurà l'Ecole supérieure d'Annecy.

1901 SEYSSEL-CRESSIEU (le cte Marc de) I$H, château de Musin, par Belley.

1902 TERRIER Auguste O ^ fjfc A, secrétaire général du Comité de l'Afrique

française et du Comité du Maroc, 1 7, avenue de Tourville, à Paris. 1874 TISSOT (l'abbé), curé de Cluses. 1916 TISSOT-DUPONT André, industriel, à Paris.

1914 TRÉSAL (l'abbé), diplômé d'études supérieures d'histoire, à Conflans

(Charenton-le-Pont-Seine).

1904 VARAY François &, docteur en médecine, à Annecy.


MEMBRES CORRESPONDANTS.

MM. 1916 BOLLIOT (l'abbé), curé de Liesle (Doubs). 1900 BOSSON François, pharmacien, à Saint-Jeoire.

1915 COUTIL Léon, archéologue.

1916 DUNOYER Norbert, à Juvigny.

1916 EMPRIN (l'abbé), curé de Valezan (Savoie).

1915 MANECY Jules, receveur des douanes en retraite, à Bayonne.

1916 MORET Léon, étudiant en médecine, à Lyon.

1916 POCHAT-BARON François (l'abbé), supérieur du collège de Thônes. 1914 TERRIER Jean, imprimeur, à Etampes.


LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES

QUI ÉCHANGENT LEURS PUBLICATIONS AVEC LA REVUE SAVOISIENNE

FRANCE.

AMIENS. Société des antiquaires de Picardie.

ANNECY. Académie Salésienne.

AUTUN. Société éduenne.

AVIGNON. Académie de Vaucluse.

BEAUNE. Société d'histoire et d'archéologie.

BELLEY. Le Bugey.

BESANÇON. Société d'émulation du Doubs.

BOURG. Société d'émulation de l'Ain.

— Société des sciences naturelles et d'archéologie de l'Ain.

— Société Gorini.

CHAMBÉRY. Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie.

— Société savoisienne d'histoire et d'archéologie.

— Société centrale d'agriculture.

— Société d'histoire naturelle. CHERBOURG. Société des sciences naturelles. DIJON. Académie des sciences, arts et belles-lettres. GAP. Société d'études des Hautes-Alpes. GRENOBLE. Académie delphinale.

— Annales de l'Université de Grenoble.

— Société de statistique de l'Isère.

— Société des Touristes du Dauphiné. LONS-LE-SAULNIER. Société d'émulation du Jura. LYON. Société de botanique de Lyon.

— Académie des sciences et belles-lettres.

— Société d'agriculture.

— Annales de l'Université. (Bibliothèque universitaire).

— Revue d'histoire de Lyon.

— Revue alpine (don). MAÇON. Académie des sciences. MONTPELLIER. Académie des sciences et lettres. MOUTIERS. Académie de la Val-d'Isère. NANTES. Société des sciences naturelles. NICE. Société des lettres des Alpes-Maritimes. NÎMES. Académie du Gard.

PARIS. Polybiblion. (Revue bibliographique universelle.)

— Comité des travaux historiques et scientifiques.

— Société nationale des antiquaires de France.

— « Pro Alesia », revue des fouilles d'Alise.

— Revue mensuelle de l'Ecole d'anthropologie.

— Société nationale d'agriculture (don du Ministère).


XII

PARIS. Bulletin du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc (don).

— L'Homme préhistorique.

— Le Mercure de France.

— La Grande Revue (don).

— Revue archéologique (souscription).

SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE. Société d'histoire et d'archéologie. SEMUR. Société des sciences historiques. THONON. Académie chablaisienne.

ÉTRANGER.

AOSTE. Société académique du duché d'Aoste.

BERNE. Mittheilungen der Naturforschenden Gesellschaft.

BRUXELLES. Société royale de botanique.

— Société d'archéologie.

CINCINNATI (U. S. A.). The Lloyd Library. GENÈVE. Institut national genevois.

— Société d'histoire et d'archéologie.

— Société suisse de numismatique.

— Société de géographie (le Globe). —- Bulletin de la Société Zoologique. LAUSANNE. Société vaudoise des sciences naturelles.

— Société d'histoire de la Suisse romande.

— Revue historique vaudoise.

MILAN. Atti délla Società italiana di scienze naturah. Moscou. Société impériale des naturalistes. NËUFCHATEL. Société des sciences naturelles.

— Société neuchâteloise de géographie.

PADOUE. Atti dell. Acad. scient. Veneto-Trentino-Istriana.

SAINT-LOUIS. (U. S. A.). The Missouri botanical garden.

SION (Valais). La Murithienne.

TURIN. Miscellanea di storia italiana (Regia deputazione di storia patria).

— Société d'archéologie et Beaux-Arts.

— Associazione fra oriundi savoiardi e nizzardi italiani.

— Bolletino storico bibliografico subalpine,

URBANA. (U. S. A.). Illinois state laboratory of natur. history. VÉRONE. Madona Verona (Museo Civico). WASHINGTON. (U. S. A.). Smithsonian Institution. WISCONSIN (U. S. A.). Academy of sciences, arts and letters. ZURICH. Anzeiger fur schweizerische Geschichte alterthumskunde (Indicateur d'antiquités suisses).

— Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft (Soc. des Antiquaires).

JOURNAUX.

ANNECY. Les Alpes. — Industriel savoisien. PARIS. Le Savoyard de Paris.


N° I. 1er TRIMESTRE.

ACADÉMIE FLORIMONTANE - ANNECY

Assemblée générale du 10 janvier 1917

PRESIDENCE DE M. MIQUET, PRESIDENT

La séance est ouverte à 5 heures I.

Après avoir souhaité la bienvenue à MM. GOURGUET et MARQUET, nouveaux membres, le PRÉSIDENT prononce l'allocution suivante :

Messieurs,

Au seuil de la nouvelle année, qui trouve encore nos héros sous les armes, je ne saurais mieux inaugurer la reprise de nos travaux qu'en proclamant, une fois de plus, notre confiance inébranlable dans le triomphe de notre cause, qui sera celui de la justice et du bon droit.

Si la France, attaquée traîtreusement, n'a pu éviter la souillure de l'étranger, promptement elle s'est ressaisie, opposant aux hordes allemandes, avec un héroïsme indéfectible, une barrière qu'elles n'ont pu franchir, et prenant à son tour l'initiative d'opérations dont il est permis de tout attendre.

Après vingt-neuf mois d'une guerre sans merci, malgré les pertes les plus cruelles, notre pays n'est pas le vaincu désemparé dont la famélique Allemagne aurait le droit d'escompter la soumission : toujours indompté, toujours confiant dans son étoile, enfin pourvu d'un matériel sur l'efficacité duquel il base son espérance et ses résolutions, il repousse du pied les hypocrites propositions d'un ennemi qui invoque l'humanité dans le moment même où il déporte par milliers des êtres inoffensifs, et qui prend des allures magnanimes pour masquer l'impuissance où il est d'aller plus loin dans ses entreprises criminelles.

1. Sont présents : MM. Adé, Fr. Crolard, Désormaux, Despine, Domenjoud, Falletti, Ferrero, Flamary, Fontaine, Gardier, Gourguet, Lavorel, Le Roux, Letonnelier, Général Maillot, Marquet, Marteaux, Martin, Michel, Miquet, Nanche, Périn, H. Pfister, Rebord, Robert, F. Serand, J. Serand.

Excusés : MM. A. Crolard, C. Ruphy, Sautier-Thyrion.


— 2 —

Celui qui demande, avec accompagnement de menaces, la paix, sans avoir les moyens de l'imposer, n'est qu'un vaincu honteux qui cherche à faire illusion sur sa situation. Nous ne serons pas dupes de cette manoeuvre, pas plus que nos soldats ne se laissent aujourd'hui tromper par le fourbe appel des « Kamerades » !

Sans attendre les communications diplomatiques des Alliés, nos Poilus, devant Verdun, ont fait à leurs adversaires la réponse qu'ils méritaient. Ils iront jusqu'au bout, car ils sont prêts à tous les sacrifices et, comme l'a dit le général Joffre. « la nation française unanimement les pousse » !

En témoignage de cette unanimité, Messieurs, envoyons. leur, avec nos meilleurs voeux, l'hommage de notre reconnaissance et de notre admiration. Qu'en particulier, tous nos collègues mobilisés reçoivent les souhaits ardents que nous formons pour l'heureux accomplissement de leur lourde tâche et pour leur retour triomphal ! Que notre pensée s'envole jusqu'à nos prisonniers de guerre !... Franchissant les lignes de l'envahisseur, qu'elle aille réconforter ceux qui, comme M. Bruchet, subissent depuis deux ans toutes les horreurs de l'invasion ! Et qu'en l'année 1917 une paix victorieuse apporte enfin le terme de ces horreurs !

En attendant, ne laissons échapper aucune occasion de témoigner notre gratitude à nos défenseurs et de signaler leurs belles actions.

M. le général Bordeaux a mérité une troisième citation à l'ordre de l'armée, se rapportant à la période pendant laquelle il commandait, comme colonel, une brigade d'infanterie.

M. le colonel italien Joannès Gotelli (né à Faverges le 17 février 1861), parent de MM. Pfister, vient de recevoir la médaille d'argent à la valeur militaire avec une mention des plus élogieuses.

M. le médecin-major Gallet, conseiller municipal! d'Annecy, membre de la Florimontane, déjà cité deux fois, s'est vu nommer chevalier de la Légion d'honneur.

M. le capitaine Jacques Maillot, fils du général, et M. le médecin auxiliaire Charles Cattin, fils de notre sympathique collègue, ont été cités à l'ordre de la division.

M. Joseph Sautier, lieutenant d'état-major, a été l'objet d'une citation fort belle à l'ordre de la brigade. M. Edmond Domenjoud a été mis à l'ordre du 45e bataillon de chasseurs et nommé sergent.


Un des derniers numéros de l'Illustration (planche 309) présente le cas, plutôt rare, de trois frères cités presque en même temps à l'ordre du jour, et ces trois frères sont MM. Antoine, Henri et René de Menthon.

Enfin, je relève avec plaisir que notre concitoyen, M. Louis Carron, qui, depuis le début des hostilités, avait été nommé chef de bataillon le 10 août 1914, et chevalier de la Légion d'honneur le 28 décembre suivant, vient d'être promu lieutenant-colonel par décret du 12 décembre 1 916 et choisi comme sous-chef du cabinet du Ministre de la Guerre. C'est le troisième Annécien devenu lieutenant-colonel pendant la guerre actuelle : les deux autres sont MM. Bétrix et Guillermin qui commandent respectivement les 42e et 43e régiments d'infanterie coloniale.

A tous ces braves, ainsi qu'à leurs familles, nos plus cha. leureuses félicitations !

M. MIQUET adresse les condoléances de la Florimontane à la Société d'histoire et d'archéologie de Maurienne, qui vient de perdre son président, M. Florimond Truchet, pharmacien, ancien maire de Saint-Jean de Maurienne, vice-président du Conseil général de la Savoie, décédé le 4 décembre 1916.

Le regretté défunt, qui était né le 31 août 1842, avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 29 juillet 1897. On lui doit de nombreux ouvrages, parmi lesquels nous citerons ; Les Noëls de Bessans (1867) ; Documents pour servir à l'histoire de la domination des évêques de Maurienne (1869) ; Le théâtre en Maurienne (1 883) ; Histoire de la vie du glorieulx saint Martin, soit Mystère en deux journées, en patois et en français (1882).

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Le PRÉSIDENT donne la parole à M. Gardier pour l'exposé du compte-rendu financier de 1916 et du projet de budget pour 1917, qui sont approuvés à l'unanimité.

Avoir de l'Académie :

2 Obligations chemins de fer Ouest-Etat 1. 015 40

Numéraire , 1.160 42

RECETTES :

Rente 4 0/0 Ouest-Etat 38 3o

Intérêts de la somme déposée à la Caisse d'Epargne 46 47

Cotisations 1915 36 3o

A reporter.... 1 2 1 07


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Report .. . 121 07

Cotisations 1916 1 320 23

Abonnements à la Revue 191 5 5 »

— — 1916 240 5o

Annonces dans la Revue 3o »

Ventes de publications :

Diverses 3 60 »

Exemplaires de Boutae 44 55

404 55

Rabais sur factures , 920

Produit sur change de monnaie 3 02

Port de livres. Remboursement 1 5o

TOTAL GÉNÉRAL DES RECETTES 2.1 35 07

DÉPENSES:

Service de la Revue : Solde facture Abry 1915 272 25

Factures des trois premiers trimestres 1916..... 941 y5 Clichés 146 »

1.087 75

Bibliothèque. — Assurance .. 1 5 90

Reliure 83 »

98 90

Archives 2 20

Correspondance du Bureau pour la Revue et la Bibliothèque 14 80

Frais de recouvrements 35 85

Imprimés 38 70

Fournitures diverses et frais de bureau, étrennes du facteur.

envois de fonds, salle de réunion, etc 18 75

Souscription au monument Déchelette 10 »

Entretien des tombes des Membres du Bureau, décédés 41 5o

Course automobile à Lovagny pour l'enterrement de M. Mares 27 »

TOTAL GÉNÉRAL DES DÉPENSES 1 647 70

TOTAUX : Recettes 2,135 07

Dépenses .. 1.647 70

Excédent des recettes 487 37

qui, ajouté à notre avoir au 12 janvier 1916.. 1.160 42

porte à 1.647 79

notre avoir au 10 janvier 1917. =

Cet avoir est représenté par :

A la Caisse d'épargne 1 642 35

En mains du Trésorier 5 44

SOMME ÉGALE 1.647 79

M. GARDIER expose ensuite le projet du budget pour 1917,

tel qu'il a été établi par le Conseil d'administration dans sa séance du 4 janvier 1917.


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PROJET DE BUDGET POUR 1917.

RECETTES :

A prélever sur les fonds déposés à la Caisse

d'Epargne, pour solder les frais d'impression

de la Replie du 4e trimestre 191 6 396 » » »

Cotisations 1 .500 » » »

Abonnements 240 » » »

Publicité : Annonces dans la Revue 3o » » »

Vente de publications 15o » » »

Intérêts de fonds placés 80 » » »

Cotisations restant à recouvrer sur les exercices

1914, 1915, 1916 mémoire

TOTAL DES RECETTES 2.396 » » »

DÉPENSES : Frais généraux :

Recouvrements 40 »

Correspondance 2 5 »

Fournitures de bureau et divers .. 3o »

» » 95 »

Revue Savoisienne : Impression et clichés » » 1.5oo »

Solde de la facture Abry, 4e trimestre 1916.... » » 396 »

Bibliothèque et Archives :

Assurance 14 »

Archives 20 »

Abonnements à périodique 1916-17 64 »

Reliure 170 »

Achat de livres 5o »

» » 318 »

Dépenses diverses et imprévues » » 37 »

Entretien des tombes des membres du bureau,

décédés » » 2 5 »

Fonds de réserve prélevé sur les bénéfices de

l'année 1916. 1/10e des bénéfices » » 25 »

RECETTES ET DÉPENSES .... 2. 3 96 » 2. 3 96 »

Balance

MM. DOMENJOUD, PERNOUD et D'ORLYÉ sont réélus vérificateurs des comptes pour l'année en cours.

M. GARDIER donne lecture d'une note détaillée sur l'état de la bibliothèque florimontane pour laquelle il a rédigé un nombre considérable de fiches. Il se met à la disposition des membres pour le prêt des livres, sur simple avis qui lui sera transmis.

Le PRÉSIDENT félicite M. Gardier pour son zèle et son inlassable activité dans toutes les fonctions qui lui sont confiées.

Rev. sav., 1917I 2


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Il est procédé au renouvellement des membres sortants du Conseil d'administration pour 1917. MM. GARDIER, LETONNELIER, J. SERAND, sont réélus, et M. le Général MAILLOT nommé en remplacement de M. Dumont, démissionnaire.

Le PRÉSIDENT transmet les vifs remerciements de l'Académie à M.Croset qui a bien voulu offrir à la Florimontame 34 volumes de la Revue Savoisienne dont plusieurs sont devenus rares.

M. LE ROUX fait circuler une jolie poupée vêtue du pittoresque costume de Bessans, qui a été dernièrement acquise pour augmenter la collection déjà remarquable des poupées régionales du Musée.

M. FLAMARY lit une note biologique sur la mouche Pollenia rudis (Voir dans le présent fascicule).

M. MIQUET signale une famille d'origine savoisienne qui, pendant la guerre actuelle, s'est distinguée d'une manière particulière.

Il s'agit de la famille Goybet, représentée par : I° MarianoFrancisco-Julio, né le 17 août 1861, à Saragosse ; 2° VictorLouis, né le Ier juin 1865 à Lyon ; 3° Henri-Jules, né le 25 mai 1868 à Lyon.

Quand éclata la guerre, le premier était lieutenant-colonel commandant le 3oe bataillon de chasseurs alpins. Chargé du commandement d'une brigade, il a été cité deux fois à l'ordre de l'armée (17 septembre 1914 et 3o octobre 1915), nommé officier de !a Légion d'honneur le 28 octobre 1915 et promu colonel le 28 avril 1916.

Le second, qui commandait le 81e, puis le 95e comme lieutenant-colonel, a été cité le 7 décembre 1914, et le 8 septembre 191 5, nommé officier de la Légion d'honneur le 3o mars 1916 et promu colonel le 24 juin suivant.

Le troisième, qui était lieutenant de vaisseau depuis le 11 décembre 1909, a été nommé officier de la Légion d'honneur le 17 juillet 1915, et promu capitaine de frégate le 8 décembre 1915, avec cette citation : « Officier remarquable; s'est acquis une belle réputation auprès de son corps d'armée par son initiative intelligente, à laquelle ont été dus de nombreux succès militaires. »

Ces trois brillants officiers supérieurs sont les fils de M. Pierre-Jules Goybet, ancien principal de l'Ecole de la Martinière, né à Lyon le 28 septembre 1823, mort à Yenne le 26 janvier 1912, et les petits-fils d'Alexis-Sébastien Goybet, négociant à Lyon, né à Yenne le 17 septembre 1786.


M. MARTEAUX fait passer sous les yeux de ses collègues, de la part de M. le député A. Crolard, des objets gallo-romains trouvés dans son champ des Fins lors du creusement des tranchées par les chasseurs alpins et qui seront ultérieurement décrits ; ce sont : une lampe en argile grise à deux trous et sans anse, une clef à anneau forée, une plaque de serrure, une rondelle trouée et une épingle en bronze, diverses monnaies de Victorinus, de Constantin, etc., sans parler d'un denier de Lausanne du moyen âge.

M. MIQUET attire l'attention sur le rapport de M. Lavisse relatif aux prix de vertu décernés par l'Académie Française en 1916. Il cite un Savoyard, lauréat de cette Académie, M. Boccacio, conseiller à la Cour de Grenoble et président de la Société dauphinoise de Sauvetage de l'enfance, qui, avec un dévouement inlassable, recherche les petits misérables pour les relever moralement. M. Miquet fait appel aux personnes charitables qui voudraient aider cette oeuvre profondément humanitaire.

L'ordre du jour étant épuisé, le Conseil d'administration reste en séance pour procéder à l'élection du bureau. Tous les membres sortants sont réélus pour l'année 1917.

En ce qui concerne le comité de rédaction M. FLAMARY est nommé en remplacement de M. DUMONT, démissionnaire.

La séance est levée à 7 heures.

Le Secrétaire : Marc LE Roux.

Séance du 7 février 1917.

PRÉSIDENCE DE M. MIQUET, PRÉSIDENT

La séance est ouverte à 5 heures 1.

Le PRÉSIDENT adresse des félicitations à M. Buttin, dont le quatrième fils, Jean Buttin, vétérinaire aide-major de 2e classe au 2e régiment d'artillerie, vient d'être promu à la 1re classe, après avoir obtenu une citation.

Il rappelle que notre confrère a sous les drapeaux six fils, dont deux ont été blessés et deux sont prisonniers en Allemagne.

1. Sont présents : MM. Désormaux, Despine, Flamary, Fontaine, Gardier. Le Roux, Letonnelier. Général Maillot, Martin, Marteaux, Miquet, Nanche, Périn, H. Pfister, L. Pfister, Robert, F. Serand, J. Serand.


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Il exprime les regrets de l'Académie pour la mort, aussi déplorable que glorieuse, de M. Robert ANDRÉ-MICHEL, archiviste aux Archives Nationales, qui avait épousé depuis peu la petitefille dé Mme Ormond. Sorti le premier de l'Ecole des Chartes, avec le prix de thèse, et ancien membre de l'Ecole française de Rome, ce jeune savant s'était déjà signalé par d'importantes publications qui lui avaient valu le prix Gobert.

C'est à la bataille de l'Aisne, à Crouy, qu'il tomba, le 13 octobre 1914. En souvenir de lui, une bourse ANDRÉ-MICHEL d'une valeur de 900 fr., a été fondée pour rendre plus faciles aux élèves de l'Ecole des Chartes, immédiatement après leur sortie de l'Ecole, les voyages nécessaires au complément de leurs études. Parmi les donateurs, on remarque Mme Louis Ormond, que nous prions de vouloir bien agréer nos respectueuses condoléances.

M. LETONNELIER dépose un lot de brochures sur des oeuvres de guerre offertes par un de nos confrères florimontans qui désire garder l'anonyme.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

Le BIBLIOTHÉCAIRE présente les ouvrages suivants dons de l'auteur :

F. MIQUET : Jean Bonier, peintre et F. Dépollier aîné, graveur en taille douce, Annecy, 1890. — L'OEuvre historique et littéraire de M. le chanoine Gonthier, Annecy, 191 3. — L'Homme rouge de J -P. Veyrrat, Annecy, 1915. — Savoyards décorés de l'ordre de la Légion d'honneur de 1848 à 1914, Annecy, 1917.

Ch.JANET: L'Alternance sporophyto-gametophytique de génération chez les Algues, Limoges, 1914.

ID. : Note préliminaire sur l'oeuf du Volvox, s. d.

Lecture est donnée de la correspondance : Lettre du général Bordeaux qui est accueillie avec un vif plaisir et qui sera déposée aux archives de l'Académie. Lettre au sujet du portail de la maison Favre, de la restauration duquel M. l'architecte Fontaine a bien voulu se charger. Il résulte des propositions de M. Berger, tailleur de pierres, que la réfection de cette partie du monument coûtera 25o francs. La question sera de nouveau étudiée. M. DÉSORMAUX fait la communication suivante : Nombreux sont en français, comme dans toutes les langues cultivées, sans doute, les noms communs d'origine historique ou géographique. Notre lexique s'est enrichi, soit de noms de ville ou de province, soit d'adjectifs dérivés pris substantivement. Plusieurs même ont fait souche de familles de mots.


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Le plus beau est celui de France (franc), « dont le nom dit : « Franchise » et l'histoire : « Espérance ! » (Eugène MANUEL : France ! En Voyage ; 1878.)

Les vocables d'origine géographique peuvent nous venir de l'étranger (angora, astrakan, curaçao, cachemire, dinde, suisse, bolduc [Bois-le-Duc], madras, guinée, turquie, etc.) Parmi les noms de pays ou de provinces françaises, citons : bourgogne, brie, Champagne, armagnac, médoc, basques, sans parler d'adjectifs tels que flandrin, limousine, ou de dérivés comme gasconnade, gauloiserie. Parmi les noms de villes : beaune, bordeaux, cognac, bougie, tulle, sèvres, valenciennes, etc.

J'ai étudié jadis quelques-uns de ces mots I, notamment le substantif savoyarde 2, né sur notre sol. Rappelons qu'on désigne ainsi une barque bien connue des bateliers du Rhône. La ville de Seyssel à donné son nom à une autre sorte de barques : la sisselande ou sisselane.

Outre l'ethnique allobroge, qui doit faire l'objet d'une communication plus étendue, accordons un souvenir aux localités où se fabriquent des fromages renommés, tel le beaufort. Mais il est un autre toponymique savoyards introduit dans le vocabulaire des noms communs, du moins dans le vocabulaire anglais. Il s'agit du nom même de Savoie. Ce nom a franchi la Manche sous la forme Savoy, conservant ainsi l'ancienne prononciation. Savoy figure en effet, comme nom commun, dans les dictionnaires anglais usuels, (Skeat, Webster, Elwall, etc.) Il désigne une espèce de chou originaire de la Savoie. Le Dictionnaire étymologique de la langue anglaise de Skeat (Oxford, 1888) nous donne à ce sujet un intéressant renseignement : SAVOY, a kind of cabbage. Suit une phrase extraite de Phillips (éd. de 1706) : « Savoys, a sort of fine cabbage, first brought from the territories of the dukedom of Savoy» [sorte de beau chou, importé des territoires du duché de Savoie].

Je laisse aux naturalistes le soin de déterminer plus exactement cette espèce de chou, en précisant la date de son introduction en Angleterre. Le « chou de Savoie » ne pourrait sans doute rivaliser avec ces raves fabuleuses dont un commentateur de Dioscoride admirait la splendeur : « On trouve en

1. Cf. Revue Savoisienne, 1912. p. 273, Bulgarum en Savoie.

2. Ibid., 1897, p. 275, Savoyarde.

3 Pour gavotte, l'étymologie savoisienne n'est ordinairement pas admise,


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Savoie, disait-il, raves poisant plus de cent livres I » ; il ne laisse pas cependant de faire honneur à son pays d'origine, puisqu'on le qualifie de fine, beau. N'est-ce pas au chou que Jacques Peletier, dans son poème de la Savoie, accordait la prééminence 2?

Je chanterai de l'eureus jardinage Le grand plaisir et l'utile ménage. Tout le premier ici seroit nommé Le chou feuillu et ancor' le pommé

Notre langue a reçu des Anglais certains vocables géographiques bristol,derby, dundee irlande [dentelle],jersey, anciennement peut-être limestre [de Lincester]. Il convenait de rappeler que nous lui avons donné en échange, entre autres toponyiniques, le nom même de l'ancienne province que nous habitons.

M. DÉSORMAUX étudie ensuite le mot Allobroge (Voir dans le présent fascicule).

M. MIQUET fait une communication sur deux prêtres savoyards, éducateurs et philanthropes, les chanoines Antoine et Joseph Caille, natifs de Puygros, qui fondèrent à Lyon, sous le Consulat, une maison d'éducation longtemps célèbre. Cette communication fera l'objet d'un article à part.

Le MÊME donne lecture d'une communication de M. l'abbé Boillot sur des émigrants Savoyards. (Voir article séparé.)

M. MARTEAUX énumère, d'après le cadastre de 1730, un certain nombre de locutions humoristiques employées par les habitants pour désigner un terrain peu productif. C'est ainsi qu'à Aviernoz le nom de Pleuredeniers nous suggère que l'acheteur n'a pas fait une brillante affaire ; à Thônes, la valeur de la terre est crûment indiquée, Quatredeniers, ce qui n'est pas cher. A Arbusigny, où l'on use de l'ironie, un champ cultivé sans profit est appelé Passetemps. Dans les prés marais de Gevrier et d'Epagny, non seulement le bénéfice est inconnu, mais le sol ne nourrit même pas son homme ; aussi les dénomme-t-on Chassepain ou Pleurepain, en patois Plorapan. Dans les terres appelées Tranchepied, à Contamine-sur-Arve et à Messery, autre mécompte, vu la difficulté qu'ont bêtes et gens à s'y mouvoir, à cause des débris des dures et épaisses tuiles romaines que la charrue déterre. Assez fréquents sont les parages infertiles appelés Bramafan, où les animaux sem1.

sem1. annoté par MATHIOLE : Lyon, 1 680. Cité par Brassard, édition du poème Rapina. de Bigothier, p. 125. 2. La Savoie (1 572), éd. Pages, p. 107; Ducloz, Moûtiers, 1897,


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blent crier la faim ; à Chilly, Brametourte, du patois tortâ, sorte de gâteau, est un mot analogue ; quant à Bramefarine, de La Thuile, il conviendrait bien à un moulin qui tourne mal.

Le SECRÉTAIRE donne lecture d'une note de M. Léon MORET, aide-major au front, relative aux blessures des arbres par balles ou éclats d'obus et à leurs réactions cicatricielles. (V. dans le présent fascicule).

Reprenant une proposition faite antérieurement par M. Marteaux, M. LETONNELIER demande qu'une plaque indicatrice soit apposée par les soins de la Florimontane, sur cette curieuse moraine de la période glaciaire, étudiée par M. Le Roux, sur le chemin de la Visitation. Il serait utile de signaler au public ces intéressantes roches polies et striées, ainsi que le charriage de roches apportées de fort loin par le glacier quaternaire d'Annecy.

Sur la proposition du PRÉSIDENT, M. l'abbé BOILLOT, curé de Liesle (Doubs), et M. Léon MORET, aide-major aux armées, sont élus membres correspondants de l'Académie Florimontane.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 7 heures.

Le Secrétaire : Marc LE ROUX.

Séance du 7 mars 1917

PRESIDENCE DE M. MIQUET, PRESIDENT

La séance est ouverte à 5 heures r.

Après lecture du procès-verbal de la dernière séance qui est adopté, le PRÉSIDENT s'exprime en ces termes :

« J'adresse les condoléances de l'Académie à M. le capitaine Antoine de Menthon, qui vient de perdre son père. Né le i3 juillet 1833, M. le comte de Menthon, malgré son âge, était resté très vert et fort actif: il tenait bien son rang, et sa mort laisse un grand vide.

1. Sont présents : MM. Désormaux, Despine, Flamary, Gardier, Lavorel, Le Roux, Letonnelier, Général Maillot, Marteaux, Miquet. Martin, Périn, H. Pfister, L. Pfister, Nanche, Rebord, Robert, F. Serand, J. Serand.

Excusés : MM. A. Crolard, Fontaine.


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Non moins douloureuse est l'épreuve infligée à M. Raillon par le décès inopiné de son beau-père, M. Napoléon Artus : nous prenons une vive part à sa peine.

J'apprends également la disparition regrettable de l'un des plus éminents parmi nos membres honoraires, M. le professeur Jules Camus, de Turin, qui a succombé le 24 janvier dernier à une maladie longue et pénible. M. Camus, qui était de nationalité française, faisait partie de notre Académie depuis le 23 décembre 1901.»

M. LE ROUX ajoute, d'après ses souvenirs, les renseignements suivants :

« C'était un historien très informé, doublé d'un excellent botaniste. Ses publications, rédigées dans un style élégant et concis, ont été hautement appréciées dans le monde de l'érudition.

Il était venu un jour en Savoie, attiré par la beauté de ses paysages et le charme de sa flore. C'est à Annecy que plusieurs de nos confrères l'ont connu, consacrant encore au travail les loisirs de ses vacances universitaires.

Les sympathies allaient tout droit à cette loyale et martiale figure qui s'éclairait d'un fin sourire lorsque ce savant donnait une explication insoupçonnée aux questions de ses interlocuteurs tout étonnés de son savoir si étendu.

Il connaissait notre pays pour l'avoir parcouru non seulement en touriste, mais surtout en observateur épris de science. Très versé en botanique, il avait un coup d'oeil très sûr pour discerner sous bois ou en prairie la plante rare dont il racontait l'histoire du vieux temps, faisant ressortir tout son intérêt et sa raison d'être dans l'association végétale dont elle faisait partie.

Celte curiosité des choses de la nature avait entraîné le professeur Camus à rechercher dans les documents historiques tout ce qui pouvait se rapporter aux animaux et aux plantes dans leurs relations avec l'histoire.

C'est ainsi qu'il fut conduit à publier quelques notes fort intéressantes sur les animaux extraordinaires que les grands seigneurs du moyen âge aimaient à conserver en captivité comme objets rares et de luxe, tels: les félins de chasse, les guépards.

Il savait découvrir et identifier, dans la prédelle d'un Primitif, dans une tapisserie décolorée, une estampe fripée, dans l'enluminure d'un manuscrit, les animaux symboliques ou


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les plantes ormentales dont il déchiffrait la stylisation. Il put également, dans les comptes de châtellenie, d'apothicaires et autres documents anciens, reconnaître les substances mystérieuses employées par l'obscure pharmacopée du moyen âge.

Le professeur Camus a publié dans la « Revue Savoisienne»: Les épées de Bordeaux en Guyenne et en Savoie. — La cour du duc de Savoie Amédée VIII à Rumilly en Albanais. — L'Impératrice Joséphine et le botaniste savoyard Bonjean.

La Florimontane offre l'hommage de ses sympathiques regrets à la mémoire du savant disparu.»

Enfin, ajoute le PRÉSIDENT, je salue la mémoire d'une sommité du monde médical, le professeur DÉJERINE, membre de l'Académie de médecine, qui vient de mourir à Paris, le 26 février. « Déjerine, dit le Journal de Genève, pouvait être considéré comme le premier neurologiste de son pays, et était connu dans le monde entier par ses travaux, désormais classiques, et qui ont marqué un progrès sensible dans nos connaissances des lésions des nerfs ou du système nerveux central. » Né le 3 août 1849 à Plainpalais (Genève), il appartenait à la Savoie par son père, Jean Dégerine, qui était de Scientrier.

Il est donné lecture de la correspondance: lettres de M. l'abbé Boillot et de M. L. Moret remerciant l'Académie de leur élection en qualité de membre correspondant. M. LAVOREL offre son ouvrage : Relation des fêles d'Annecy le 2 août 1911, à l'occasion de la translation des reliques de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantal au nouveau monastère de la Visitation, Annecy 1911.

M. MIQUET dépose une brochure intitulée Guide industriel de la Haute-Savoie, qui lui a été adressée par M. Victor Laydernier, et qui donne un aperçu clair et précis des ressources économiques de notre département, des industries existantes et de celles qu'on pourrait y créer. C'est une oeuvre d'initiative qui fait honneur à son auteur et qui devrait stimuler l'apathie des capitalistes.

Le MÊME dépose également deux fascicules de la Revue de Savoie 1916 et deux brochures : Pierre II de Savoie, le petit Charlemagne, symbole de la victoire, et Droits de la Maison de Savoie sur Genève, par M. Joseph Orsier. M. Miquet, qui ne connaît pas personnellement l'auteur, estime que ces publications lui ont été adressées en sa qualité de président et il en fait hommage à l'Académie.

Complétant une communication faite à la séance de février


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dernier, M. MIQUET fournit de nouveaux détails sur la Providence, maison d'éducation gratuite, fondée à Lyon sous le Consulat par deux prêtres savoyards, les frères Joseph et Antoine Caille, de Puygros. Cette maison avait eu l'heureux privilège de donner l'hospitalité au Pape Pie VII, lors de son passage à Lyon, le 19 avril 1805. Elle s'appelle aujourd'hui La Providence Caille et abrite encore actuellement une quarantaine d'élèves pauvres, qui doivent les bienfaits de l'instruction aux libéralités de nos compatriotes.

Le PRÉSIDENT signale que, parmi les rares fonctionnaires décorés dernièrement pour leur courage civique, figure un de nos compatriotes, M. de Lavenay, sous-préfet de Dunkerque, dont le grand-père, Jacques de Lavenay, percepteur à Moûtiers sous le régime sarde, était né le 15 mars 1794, à Chilly, où il mourut le 25 mai 1872. Le père du nouveau décoré, M. Jean-Antoine de Lavenay, né à Moûtiers le 16 septembre 1840, fut lui-même sous-préfet et mourut à Alger, accidentellement, le 28 juin 1876.

M. MARTEAUX fait la communication suivante: Il y a quelques années, le Musée s'est rendu acquéreur d'un beau mortier en bronze de cloche, haut de o m. 18. Il porte sous le bord, en relief, une croix de Savoie et, en lettres capitales, l'inscription circulaire CARTVSIAE REPOSATORII avec la date 1707; le corps est décoré de deux zones de palmettes opposées et les poignées en massue ornées d'une tête d'ange ailée; le tout est revêtu d'une balle patine vert clair. Or, nous lisons dans l'ouvrage de l'abbé J. Falconnet, Histoire de la Chartreuse du Reposoir (Mém. de l'Académie Salésienne, XVIII, p. 352) qu'un « mortier de métail », faisant partie du mobilier chartreux de La Crête (paroisse de Thiez) fut vendu aux enchères publiques à Cluses en 1796 ; estimé de dix livres, il fut vendu 74 livres et dix sols. Il est fort probable que ces deux mortiers ne font qu'un seul et même objet. »

Le MÊME offre, de la part de M. Terrier, imprimeur à Etampes, le livre de Léon Terrier: Nouvelles et contes de l'arrière. Remerciements au donateur.

M. GARDIER donne lecture de son compte-rendu du récent ouvrage de M. Van Gennep: En Savoie.

M. LETONNELIER signale à l'attention des Florimontans le travail qui vient de paraître de M. R. Blanchard, Essai de géographie urbaine : Annecy.

Le SECRÉTAIRE donne lecture d'une « note de Géologie de


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guerre» due à M. Léon MORET, aide-major aux armées, sur sa découverte d'importants niveaux phosphatés en Argonne, au cours de la construction de tranchées et d'abris de bombardement. Le professeur Velain, de la Sorbonne, a déjà consacré aux recherches de notre jeune compatriote un long article dans le numéro du Bulletin des Armées du 17 janvier 1917, en insistant sur l'importance de cette découverte de nouveaux gisements phosphatés.

Ces phosphates sont constitués par des nodules noirâtres (appelées coquins dans le pays), en cordons continus et alignés dans les sables de Gault. Ces sables ont été l'objet autrefois d'exploitations pour la verrerie. Cette industrie est abandonnée aujourd'hui et il n'en reste plus comme vestiges que les lieux dits : Four de Paris, Four des Moines, héroïquement célèbres. Mais la principale richesse de ces sables réside dans les nodules phosphatés. Ces coquins broyés par des malaxeurs actionnés par les rivières Aire, Aisne, puis arrosés d'acide sulfurique se transforment en superphosphates solubles dans l'eau, facilement absorbables par les végétaux et constituant par là-même un engrais excellent. Ces phosphates ont leurs analogues dans les gisements savoyards de la Perte du Rhône à Bellegarde.

Puisqu'ainsi que M. L. Moret l'a montré, les faits semblent donner un démenti aux prévisions sur l'épuisement des gisements phosphatés de I'Argonne il y aurait lieu de profiter du sectionnement de la région par les tranchées pour se livrer à des recherches minutieuses et scientifiquement conduites. Les populations ruinées de ces régions trouveraient là, en revenant au foyer, une ressource précieuse.

Sous ce titre : Langue maternelle, M. DÉSORMAUX continue ses Etudes philologiques.

Comme conclusion de son étude, dont les derniers mots étaient: « Puisse la langue française, après la victoire de l'esprit français, du courage français, devenir de nouveau et de plus en plus, la «seconde langue maternelle chez tous les peuples régénérés », M. DÉSORMAUX propose la motion suivante:

Que sera « l'après-guerre » ? Toute la nation s'en préoccupe avec raison. Après la victoire, la lutte économique ne tardera pas à reprendre. Elle sera très âpre. Dès maintenant nos sociétés savantes seraient utiles à la patrie en favorisant l'expansion nouvelle de la langue française hors de nos frontières.


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Elles pourraient s'unir pour exprimer le voeu que j'ai l'honneur de soumettre à l'Académie Florimontane (voeu adopté à l'unanimité par le Conseil d'administration). — Notre Société semble désignée par son ancienneté pour prendre semblable initiative:

« L'Académie Florimontane émet le voeu que la langue française, langue traditionnelle des relations diplomatiques, soit adoptée comme langue seconde par toutes les nations alliées et par tous les pays neutres qui ont des sympathies pour la France.

« Ce voeu sera transmis au gouvernement, à l'Institut, ainsi qu'à toutes les Sociétés savantes. » — Adopté à l'unanimité.

M. Désormaux donne ensuite lecture d'une pièce de vers humoristique, due à M. Charles BUTTIN, président honoraire de l'Académie. Cette pièce est intitulée Le Râteau ou Le Patois retrouvé.

Livre d'or des Savoyards à la guerre. M. MIQUET fait connaître qu'à ce jour la situation peut se résumer comme suit:

Légion d'honneur: commandeur I ; officiers 27 ; chevaliers 218. Médaille militaire 1.553; médaille des épidémies 3o ; citations 3.570. Officiers tués à l'ennemi 2o5; sous-officiers 52 1.

La séance est levée à 7 heures.

Le Secrétaire : Marc LE ROUX.

Invasion périodique de mouches

La POLLENIA RUDIS F. dans la Bibliothèque florimontane.

Au commencement de novembre 1916, mon attention fut attirée par notre savant collègue M. Le Roux et par notre aimable bibliothécaire, M. Gardier, sur une espèce de mouche qui, chaque année, à l'automne, pénétre en nombre dans la salle de la Bibliothèque.

Ce jour-là les larges appuis des fenêtres du Nord et le plancher, sur une surface de plusieurs mètres carrés, étaient littéralement couverts de plusieurs milliers d'insectes. La plupart étaient morts et desséchés, cependant quelques-uns vivaient


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encore et erraient sans force, cherchant à peine à fuir notre main. Je reconnus la Pollenia rudis FAB. I.

Les Pollénies ont le thorax couvert, dans les individus frais, d'un duvet laineux couleur de bure 2 ; grâce à cette toison elles résistent assez bien au froid. On les voit paraître aux premiers beaux jours et on en aperçoit encore en octobre, sur les murs ou les troncs d'arbres exposés au soleil. Lorsque le froid devient plus rigoureux l'insecte cherche un abri dans une fente de rocher moussu, dans une anfractuosité de muraille, dans le terreau léger des vieux arbres creux, ou sous des débris organiques en fermentation, mais un grand nombre de Pollénies périssent avant la fin de l'hiver et la perpétuité de l'espèce est, d'après l'opinion commune, assurée par la larve.

Les Pollénies, dans la classification, sont remarquables par le peu de fixité de quelques caractères qui, chez la plupart des diptères, sont de premier ordre. Non seulement la couleur des téguments varie, mais aussi la forme et la position des 3me et 4me nervures alaires qui limitent la première cellule postérieure. Robineau-Desvoidy s 'étant basé sur ces caractères partagea ces diptères en deux sous-genres, les Pollenia qui ont la ire cellule postérieure ouverte et les Nitellia qui ont cette même cellule fermée. Entrés dans la même voie, Macquart donne 18 espèces européennes et Schiner en cite 27 réparties dans les deux groupes! Les auteurs les plus récents en réduisent le nombre à trois ou quatre 3.

1. La grande majorité des insectes était formée de Pollenia rudis. Je n'ai pas vu une seule Pollenia Vespillo. Je dois signaler cependant la présence de quelques Dasyphora versicolor MEIG, de quelques Musca corvina F. et d'une dizaine de Polistes gallicus L.

2. Ce sont les Muscce tomentosce de Rob.-Desv.

3. Ce sont P. vespillo, FaiR., P. rudis, FABR. et P. bicolor. ROB.-D. Pandellé a décrit P. bisulca : je ne connais pas cette mouche. (Etudes, 2e part. p. 152).

Quatre formes de la Ire cellule post A observées chez Pollenia rudis.


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j'ai examiné au moins trois cents Pollenia, mâles et femelles : j'ai trouvé tous les termes de passage entre les deux sousgenres de Robineau, depuis la cellule largement ouverte jusqu'à la cellule pétiolée, avec cette circonstance aggravante que tous les échantillons appartenaient évidemment à la même espèce I. La forme de la première cellule postérieure n'a donc qu'une faible valeur dans ces mouches. La couleur des joues, de l'épistome et des premiers articles des antennes est également variable. Au lieu d'attribuer à ces organes une couleur spéciale, il serait plus exact de dire qu'ils sont généralement obscurs mais sujets à se décolorer sur une surface plus ou moins étendue. Par contre la présence du rasé gris, à reflets changeants, sur la face supérieure de l'abdomen, est constante sur tous les échantillons examinés : c'est surtout sur ce caractère qu'est basée la séparation de P. rudis et P. vespillo.

La Pollenia rudis FAB. est commune dans nos campagnes et dans nos jardins ; elle s'aventure parfois dans nos habitations mais jamais en nombre. Je me suis demandé ce qui pouvait l'attirer à la Florimontane. J'ai cherché s'il y avait dans les boiseries des traces de champignons, M. Le Roux a examiné les livres entassés au-dessus des fenêtres : nous n'avons aperçu aucune substance organique dont l'état pût faire supposer que les mouches soient nées chez nous. Elles sont donc venues du dehors, probablement du Jardin public. Une inspection minutieuse des fenêtres du nord nous a fait constater qu'elles sont mal fermées: on peut aisément introduire la main, vers le haut, entre les battants et le châssis fixe ; c'est par là que nos visiteuses ont passé. Malheureusement elles sont entrées chez nous comme le poisson dans la nasse. La grande salle étant inhabitée, mal fermée, exposée au nord et, par conséquent, très froide, les pauvres mouches ont fini par succomber. Elles cherchaient un abri contre le froid, elles ont trouvé un tombeau.

Quatre mois après., le 14 mars 1 917, une visite à la Bibliothèque a fourni des indications nouvelles. — Ainsi qu'il fallait s'y attendre, tous les insectes gisant sur le plancher et les appuis des fenêtres étaient morts, un grand nombre avaient disparu totalement ou n'étaient représentés que par des débris informes ; mais, sur aucun d'eux nous n'avons trouvé trace de champignons entomophthorés. Nous eûmes l'idée

1. Il est utile d'ajouter, pour poser exactement la question, que les l'ollenia rudis à cellule fermée sont l'exception: sur un lot d'environ 3oo insectes pris au hasard, je n'en ai trouvé que 15 qui fussent ainsi conformés.


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d'ouvrir des paquets de brochures entassés sur les rayons les plus élevés. Sur le dernier rayon gisent des séries d'Annales de notre Société remontant aux premières années de sa renaissance; elles sont protégées par des chemises en papier fort. Les paquets ayant été ouverts, nous eûmes la surprise de trouver à l'intérieur, entre la chemise et les brochures, de nombreux débris, ailes, pattes, fragments de thorax et d'abdomens dévorés par les anthrènes dont les nombreuses dépouilles larvaires attestent l'abondance en ce lieu; enfin, au milieu de ce charnier, quelques Pollenia rudis, mâles et femelles, paresseuses, engourdies, mais bien vivantes. Sous la chemise d'un lot de brochures provenant de Sociétés savantes suédoises, nous avons capturé une magnifique Dasyphora versicolor MEIG., mâle, d'une fraîcheur parfaite. Nous n'avons vu aucune trace de pupe : les insectes vivants ne provenaient donc pas d'une éclosion récente. Cet hivernage, bien que se reproduisant tous les ans, a quelque chose d'artificiel: nos insectes, en somme, hivernent dans un piège; les variations atmosphériques se font moins bien sentir dans la salle que sous la mousse ou sous les détritus végétaux de la campagne, enfin le soleil tentateur qui brille derrière les grandes vitres, dans les journées claires de l'hiver, attire les mouches qui s'épuisent en vains efforts contre le verre glacé, où elles se heurtent, s'affolent et meurent de fatigue et de froid. N'échappent à la destruction que celles, bien inspirées par l'instinct, qui ont trouvé un coin obscur, abrité, où elles attendront le printemps; c'est le petit nombre.

De l'ensemble deces faits, il semble résulter: 1° que Pollenia rudis, à l'approche de l'hiver cherche un abri contre le froid ; 2° qu'un certain nombre de Pollénies des deux sexes hivernent d'autant plus facilement que leur abri est mieux protégé; 3° que pendant l'hivernage l'existence est réduite à la vie végétative : les fonctions de relation et de reproduction paraissent, dans leur ensemble, suspendues; 4° que la Pollénie qui hiverne ne prend pendant ce temps aucune nourriture et qu'elle se borne à digérer les réserves dont le tube digestif a dû être copieusement garni si l'on en juge par l'abondance des déjections ; 5° que les Pollénies qui périssent au commencement de la mauvaise saison meurent, non de faim, mais de froid.

Je vous prie d'excuser la longueur de cette note: il m'a paru intéressant de vous signaler un fait remarquable dans les moeurs des Pollenia et de vous donner le nom scientifique de la mouche de... la Florimontane. Ant. FLAMARY.


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EMIGRANTS DE LA SAVOIE

signalés dans les Registres de la Paroisse de Quingey, avec l'indication des lieux qu'ils vinrent habiter au territoire de cette paroisse.

1650 Michaël AMODRU, de Taninge.

1656 Joannes CLERGET et Jacquelina TISSOT ejus uxor (Lombard).

1658 Franciscus BRENET et Francisca BROCARD, conjuges (Chouzelot).

1659 Alexander CHARRIÈRE et Claudina Roy, conjuges.

1661 Ludovicus GOFON (Guffon), de Megève.

1665 Franciscus GRIVET et Clauda BARME, conjuges de Mosenâ (Morzine), (Lombard).

— Joannes Claudius GAILLARD, de Minzier (Chouzelot).

— Michaël GAUMARD et Nicolaa BRUN, conjug. (Quingey). 1667 Joannes DURAND et Philiberta ROZEY (Quingey).

1669 Stephanus LAVIGNE, de la paroisse de Saint-Ferréol, et

Anna JACQUIER, conjuges (Quingey).

1670 Bernard RAVIER et Nicolaa PACCARD : Item Donatus

PIFFET.

1672 Joannes-Franciscus GOUFFRE et Joanna BARNARD, conj. (Quingey).

1073 Philibertus PETHOZ et Ludovica LOMBART, conj. (Chouzelot).

1675 Franciscus DEVILLE et Jacquelina LA MOLLIE (Lamouille), de Chinfon (?) (Lombard).

1677 Joannes GENEVOIS, de Annecy, cum Stephanetâ GIROD

uxore (Lombard).

1678 Jacobus GAILLARD (Cessey).

1679 Ludovicus GENS de parochia Dione (?) et Pierreta GENIEUX ,

conjuges (Lavans).

1680 Claudius GRIBOT, de Crousile (Cruseilles), (Cessey).

— Joannes Claudius ROLIER (Quingey).

1684 Antonius ROLIER (non dictus sabaudus) mediomatricis

coactilitii opéris art if ex. 1685 Claude GUERRE et Claude CONSTANTIN, sa femme (Lavans).

— Jean CARON, de Bémont (Beaumont), époux de Anne

RENDU, aliàs Roddy (Lombard).


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1685 Jean-Jacques AMAUDRU, tailleur de pierre, et Etienne AMAUDRU, cordonnier (Quingey).

1686 Claude PRIÈRE, de Tagny (Desingy), (Lavans).

1687 Clauda RAUx, native de St-Donat, paroisse de Grobon (?),

femme de Jean BARME (Lombard.)

— Claude GARD (le même que Guerre cité plus haut) de la

paroisse de Bresilv (Présilly), proche de Pomier.

— Claude THEVANT (aujourd'hui Thivant) de Saint-Julien

(Lombard).

— Jean LÉVESQUE, forgeron aux forges de Quingey, natif

de Chambéry.

1688 François SAGE, de Planaise, paroisse de Chely ou Chyly

(Chilly), (Lavans).

— Jean-François PRIÈRE (Lavans) était de Chanet, paroisse

de Megeste (Megève).

— Jeanne TAPOUNIE (Taponier), gardeuse de menues bestes

(Lavans), était de Sernay (Cernex), en Savoye.

1689 Pierre MAULET, de La Roche, en Savoye (Quingey).

1690 Etienne LAVIGNE, de Faverge, quatre lieues de Nesy

(Annecy), (Quingey).

1693 Pierre CARON, marchand (Quingey).

— Claude MOGENET, de Laufaucheny (l'Haut-Faucigny),

paroisse de Notre-Dame (?) et sa femme Claude DAVIOT (Cessey).

— Jean GRIVET, de Morzena (Morzine) (Lombard).

1694 Jean BOUCHER, de la Compote, et Jacques PETIT (bois de

Quingey).

1695 Paul ROBERT et Claudine CLOLRET OU CLOSERET, de St

Jean de Morienne, frontière du Piedmont (Quingey).

— Philiberte GIRARD, de Salneuve (Sallenôve) (Lavans).

1696 Laurent PRIÈRE et Bernard VINCENT (bois de Quingey). 1698 Claude ROGUET, du village de Pers, et sa femme GUYET

JACQUET, des Bauges, paroisse de la Compotte (bois de Cessey).

— Jacques JACQUIER, de Taninge (Chouzelot).

— Jean MAGNIN, de Taninge, paroisse de Fleurie (Flérier)

(Quingey). 1701 Antoine CHATTON (Suatton). de la Chapelle-Rambô

proche La Roche (Pessans). -— François DUNAN, de la Barme (Chouzelot). 1705 Claudine CHEVALIER, d'Estargny (Epagny ?) (bois des Hayes, Quingey)-

[Rev. sav., 1917 3


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1708 Pierre PITET, de Thanèse (Taninge) en Faucigny

(Quingey), 1710 Geneviève REGARD (Cessey). 1715 François VAUTHIER, de Megève (Quingey).

1717 François GRANGE, Granger ou la Grange, de Taney,

Tanange et Tennenge (Taninge).

— Pierre CHAPPUIS, de Choisey (Choisy), proche d'Annécy,

époux d'Eléonore PIDON (Lavans).

— Jean DESCRÉ, paître (Chouzelot), est du village de Grosyen-bosne

Grosyen-bosne

— Jeanne BUTTET, de St-Jeandot (sic) (Saint-Jean d'Aulph).

femme de François JANNIN, de la paroisse de Cecillin (?) (bois de Cessey).

1718 Le sieur Jean AMODRU, curé à Pourlan, est parrain de

Jean-Claude AMODRU fils de Jacques (Quingey). 1720 Jean-François VAUTHIER, de Savoye (Cersey). 1724 Jeanne-Françoise GALLET (Quingey). 1730 Augustin GALLET, savoyard de nation (paroisse de

Quingey). 1738 Joseph PELOUX, de Longefoy (Quingey). 1740 Mathieu SAUGEON, marchand de baromètres, de Petit

Boige (?) (meurt à Quingey, n'y étant peut-être que de

passage). 1756 Antoine VEROT, originaire de Savoye. 1766 Jean-Claude BOZON et Marie-Joseph LAMBERSIN, de Manigod,

Manigod, Savoye, diocèse d'Annecy.

Un descendant des Grivet fixés dans la paroisse de Quingey, fut secrétaire du cardinal de Rohan archevêque de Besançon, puis curé de Baume-les-Dames, enfin de Notre Dame, à Besançon.

Pierre Carron a pour arrière petit-fils au quatrième ou cinme degré sinon plus, M. René Caron, industriel et agronome distingué. Il habite le château de Roche, à Arc-et-Senans, tout près de Liesle, et c'est un de nos hommes d'oeuvres les plus actifs. La famille Caron a acquis une grande fortune dans les forges. Elle serait à citer à la suite des émigrants dont M. Miquet a recueilli les noms. Un fils de Pierre Caron nommé Claude François, devint prêtre et vécut à Quingey à titre de familier de la paroisse.

Abbé BOILLOT, Curé de Liesle (Doubs).


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ETUDE

SUR LES

vici et les villae de la vallée du Giffre

(Suite et fin.)

Les paroisses les plus anciennes de la vallée du Giffre sont Mieussy, Flérier (Taninge) et Samoëns que nous étudierons successivement.

Mieussy-Onnion. — La paroisse de Mieussy (la commune a 4445 hectares) comprenait autrefois le territoire d'Onnion (1475 hectares) et, bien que les documents anciens fassent défaut, il est probable que la partie habitée de la vallée de Mégevette qui du reste était comprise dans le mandement de Châtillon, lui était rattachée aussi au spirituel avant son érection en paroisse. Quoique les limites extrêmes de la paroisse de Mieussy en soient naturellement tracées, cependant son étendue dépasse de beaucoup, même dans un pays de montagnes, la superficie que pouvait avoir une villa des premiers siècles. En effet, si l'on jette les yeux sur la carte, on est frappé par le nombre des localités en y = i-acus, qui y sont concentrées. Ce sont, à n'en pas douter, des villas antiques qui, en vertu d'un défrichement progressif vers le nord-ouest, ont été successivement créées dans des parages boisés, peu accessibles, loca déserta, qui bornaient indivis et sans limites précises la villa de Mieussy et le vicus de Saint-Jeoire et dont le propriétaire nominal était la cité de Vienne elle-même qui en vendait des parcelles à ceux qui voulaient s'y installer à demeure. Le sol cultivable y étant mesuré, il ne pouvait être que divisé et devait faire naître dans les sites les plus favorables de petits domaines indépendants I. Si donc la villa de Mieussy finit par les englober entre ses larges limites paroissiales, c'est qu'elle eut probablement le bonheur de posséder la première église, étant parmi ces domaines le plus étendu, et de se trouver en outre au carrefour des chemins qui desservaient la vallée.

1. H. TAVERNIER : Mieussy. o, c. p. 5o : « Ici. comme dans toute la vallée, règne la petite propriété... point de jachères ; la totalité de la terre est toujours en travail. » Il en a été de même dans presque toute la Haute-Savoie, ces propriétés se rencontrant surtout aux abords des vici, des voies et dans les plaines fertiles.


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Avant d'aller plus loin, une digression est encore nécessaire. A côté des noms en i-acus existaient d'autres noms de lieux anciens simples ou terminés en acus, anus, incus, iscus, icus et io. On peut se demander quel rapport unissait ces localités à celles dont le nom rappelle un gentilice. On a l'habitude de voir en elles de petites propriétés secondaires écloses au sein du grand domaine et qui lui étaient géographiquement rattachées. On peut y voir, à l'origine, quelque chose de plus. Si l'on remarque que leur nom est un cognomen ou le dérivé d'un surnom et si l'on reconnaît d'autre part que le nom vrai et officiel du domaine ne pouvait être qu'un gentilice, on sera amené à admettre que ces surnoms pourraient bien être ceux des membres de la famille qui possédait le grand domaine et que les propriétés qui les portent doivent être dès lors considérées comme des portions du patrimoine familial léguées aux descendants indirects ou collatéraux. On comprendrait alors qu'il ait pu exister, par exemple, tout près de la villa Aniciacus (Annecy-le-Vieux) chef-lieu du domaine de ce nom, un petit domaine appelé Frontinacus (Frontenex) si l'on s'explique que Frontinus, qui l'avait fondé, était lui-même un Anicius, son gentilice n'ayant pas besoin d'être exprimé, puisqu'il était suffisamment connu par la villa ancestrale du domaine dont il avait eu par héritage une portion.

Voici les propriétés gallo-romaines, avec leurs portions familiales que l'on peut reconnaître dans la paroisse de Mieussy I.

1° Dessiacus 2, fondé par Dessius, sur la rive gauche du Giffre, Dessy. Lieux dits, peut-être antérieurs au VIe siècle : betullarium, la forêt de bouleaux, que traversait un sentier descendant sur Marignier, aujourd'hui Bieulys : eburetum, le bois d'ifs4, Ivoray ; monticellus, Mussel(ard).

I. Nous éliminons les lieux dits qui paraissent provisoirement avoir été dépourvus de substructions et n'être que des noms de terres possédées autrefois par des familles féodales étrangères, bien qu'ils dérivent d'un gentilice : Loysier de Lausius ou de Lotius : Morsier. de Mursius : cp. Morsier (Peillonnex) Mursiaco 13o8. Rev. Sav. 1869. 54; Mursier, 1303, SHAG (Soc. d'hist. de Genève) XlV, p. 324, mal lu vuorsier, 1309, p. 347; et à Savigny, Brenthonne, Thonon : Pringy. cad. 3964, en 1730, de Primius et commune près d'Annecy (TAVERNIER : Mieussy, p. 40, au XV S. l, Censy, Chansy. 1730, n° 6326, etc.

2. Dessy n'est presque jamais cité dans les chartes conjointement avec Mieussy et les localités environnantes; il eut donc longtemps une vie indépendante avant la construction du pont par lequel on allait de Mieussy à Marignier et à Cluses (TAV,. 64).

3. Celtiq. betulla. bouleau TAV., 65). Ces dénominations ont pu exister anciennement pour désigner quelque particularité du sol domanial, sans avoir été pour cela des localités habités.

4. Celtiq. eburos ; en 1 730. Ivoiray, Ivoray; en 141 7 Yvorey (TAV.: DOC, VI).


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2° Crius? Certaines propriétés pouvaient être aussi désignées par le gentilice simple du possesseur I. Plus tard, après le IVe siècle, les habitants le firent suivre du suffixe ligure incus 2, d'où Créan, en 1730 Criand, Criand, cad. n° 383o. A côté de cette propriété en existait une plus petite, Crianicum, fondée par un membre de la famille, Crianus,d'où le mas de Crainge 1730 n° 3834 = Cringe ?.

3° Sur la droite du torrent, s'élevait la grande villa Melciacus4, Mieussy, fondée par Melcius antérieurement à Antonin (a. 152 ap.) dans un site d'une altitude moyenne (église, 678m) et bien exposé ; avec, en remontant le Giffre, Mastrianicum, Matringe5, fondé par Melcius Mâstrianus. De ce côté, la limite en amont, était naturellement indiquée par le solium, petit plateau boisé ou suet ne laissant entre lui et la montagne qu'une place au chemin qui, par le défilé appelé internum, Antart 6, qui est en dedans, qui est situé au milieu des hauteurs, gagnait la villa voisine.

Au-dessus de Melciacus s'élevait le petit domaine appelé Berbey, nom dans lequel le suffixe peut être iscus qui jouerait ici un rôle locatif, étant ajouté à un nom simple d'origine celtique 7.

1. Attesté par le nom 'de potier Crio Holder). V. d'A. DE JUBAINVILLE : o. c, p. 344.

2. M. Philipon Romania, XXXV. 1-181 a montré que ce suffixe locatif, s'était adjoint à des noms d'hommes, même à des gentilices, tombés en désuétude. II désignait donc aussi d'anciennes propriétés ; mais, dans ce cas, d'origine romaine. Voir d'autres exemples dans Rev. Savois., 1910. 197.

3. Sur l'existence d'un Crius Crianus.cp Terentius Terentianus (REVON : Insc, 5a, C1LXII, 2562). Sur les noms en i-an(us) + icus= inge, v. RS, 1906, 336; 1910, 69. Au-dessus de Créan s'élève le mont May. en 1730 Mey, cad. n° 4378 ; même nom à Cluses, le May. L'origine paraît être la même que pour les May vaudois ou Maye, de meta, par allusion à la forme d'une meule de foin (H. JACCARD : Essai de Toponymie, p. 267). Un mas voisin porte le nom de à Gessy, cad. n° 3579-371 2; si l'on veut y voir un Gessiacus, alors il faudrait supposer Créan, dérivé d'un surnom.

4. Cp. Melcianus pagus (Holder) : corrig. RS. 1896, 328. Formes médiévales : Melciaci 1204 SHAG. XV, doc. p. 5o ; Meucie 121 7 id.. IV. doc. p. 25; Miusiaco 1 234. id .XV. 5 + : Mioutie 1 279, XIV. 16 1 ; Miouciez 1 386 (TAV. doc. IV); patois Miofi. Sur la diphtongaison de la voyelle initiale, cp. filicaria, RS, 1915. 76. Sur les antiquités, Ducis : Questions archéol. et RS. 1867. 91, 101.

5. Sur ce nom, v. MURET : Romania. XXXVII, 405 RS, 1910, 69.

6. En 1306 in monte d'Antart la dautart, SHAG. XV, p. 38 ; en r 32 1 a fonte videlicel de Àntar (TAVERNIER : 0. c.,doc. III, p. 791. Il est probable qu'à ce nom se rapporte la limite d'enterth ap. 1 160 (Acad. de Savoie, sér. 2, p. 274.

7. Ce nom était peut-être * Vervus, attesté par Vervius et de nombreux dérivés (Holder) Verviscus aurait abouti dès l'époque romaine (par le même changement qui a modifié le classique vervecem en un populaire berbicem. à la forme médiévale Berbeysio (TAVERNIER : 0. c, 20) : de là les armes parlantes du seigneur: mais brebis n'existe pas en patois qui ne connaît que l'équivalent fia ; — ou encore Berbus ; cp. Berbera et Berbiriaco (H.). Sur le suffixe, cp. Vibiscus, Vevey (Vaud) et les noms similaires Andiscus, Andey (Pontchy), Calliscus, alpe de Calescis 1224. SHAG, XIV, 387; fém. Bardonisca. Bardonnèche (La Tour). Le cadastre cite aussi, n° 936, le mas de Berbend ou Berbens.


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4° Areliacus d'Arel(l)ius ou de préférence Herliacus, n'est plus aujourd'hui qu'un petit hameau, Arly ou Arlier I.

5° Au nord de Melciacus furent très anciennement fondées d'autres petites propriétés indépendantes séparées de lui par le Furo 2, Foron, comme Messiacus. de Messius, « assis sur une belle esplanade entre le Foron et un ruisseau 3 » avec Messianicum, Messinge 4, à proximité et, au pied de la montagne, Andilliscus, Andilley s, d'Andillus.

6° Ladiacus ? Ley 6 a laissé des restes intéressants et une voie pavée, privée, qui le reliait à Quintiacus et probablement jusqu'à la vallée du Risse. C'est là qu'un des successeurs du fondateur *Ladius, au neou au débutdu IIIe siècle au plus, Servilia Terentia, éleva un autel votif à la déesse Athubodua Augusta. Il est difficile de préciser à quoi celle-ci pouvait bien présider; c'était sans doute la divinité locale d'une source ou de la colline, podium, puy, qui avoisinait la villa et sur laquelle s'élevait son sanctuaire 7. A cette villa on peut rattacher Antunnus, Anthon 8.

7° Plus au nord Quintiacus, de Quintius, Quinsy s, limité par le cours de l'Ericia 10, le Risse, affluent du Giffre.

i. De Jubainville cite o. c., p. 586. Areliacus; cp. l'Arly, affluent de l'Isère, au nom venu d'un ancien domaine (Boutae, 383).

2. Nom patois donné souvent à de petits torrents encaissés et rongeurs, RS, 19 1 3, 1 02.

3. TAVERNIER : o. c. p 30: en 1279, Missie (SHAG, XIV, p. 161 ; en 1305, Missier, id., n° 298 : en 1 386, Missier (Tav., doc, IV): en 1416, Missiaco (doci, V) pat. Méchi. Fut longtemps indépendant de Mieussy au point de vue spirituel; tradition d'une ancienne église paroissiale (Tav. 109) située près du jardin Pitet où était le cimetière.

4 En 1730, Meissinge, cad. n° 3401 (Tav., p. 30).

5. lin 1730 Andelay, Andellia, Andeliey, n° 10352; en 1 386 Andillieys (T.. doc, IV): Andeliey 1421 (doc, VII).

6. Au moyen âge Laye 1279 (SHAG, XIV, p. (61) : Leyer 1386 (Tav., doc, IV 1. Sur les antiquités, v. RS, 1867, 75, 91 : REVON : Insc., 1869. n° 17 et Boutae, 378, 392. Selon Tavernier (p. 47, la villa existait au n° 7219 de la mappe, champ Ruphy. Ducis en a aussi parlé dans ses Questions archéologiques, 1871.

7. D'après la symétrie des lignes de cette inscription, dont la pierre est au musée d'Annecy la restitution d'un C initial devrait être abandonnée. Le deuxième terme paraît être un celtique bodua corneille ; v. G. DOTTIN : Manuel pour servir à l'étude de l'Antiquité celtique. 1906 et Holder.

8. Il y a un autre Anthon dominant le confluent du Giffre et de l'Erice. de la c. de Saint-Jeoire. Cela fait supposer que, lors de la délimitation des paroisses, des familles quittèrent un village pour en fonder au delà un autre du même nom. Il est probable que le plus ancien est Anthon dessous, à cause de sa situation celtique. Sur Antunnus, v. DE JUBAINVILLE : 0. c., \ 72 et Boutae, 392, n° 2.

q. Quinsie 1279 SHAG. XIV, p. 1611 Quinsier 1416 (Tav., doc, V).

10. La forme Ressia 1 103 (Acad. de Savoie, sér. 2. II. p. 297), suppose en effet le latin erïcia, fém. de erïcius hérisson: cp. pellicia, devenu pelisse, comme s'il venait de pellîcia ; en outre l'initiale est tombée. Peu explicable est la forme Richieria en 1113 (id., p. 299); pat. le Rechô (Fenouillet). Sur des cours d'eau aux noms d'animaux. RS, 1900. 72.


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8° Au delà existait une autre propriété indépendante dont le nom n'est pas sûrement connu 1. Peut-être était-ce Antiacus, dont Aprincus, Avrens, Onio, Onion, et Servilio, Sevillion, auraient été des portions familiales 2.

D'A. de Jubainville voyait dans les noms de lieux i-o des gentilices suivis d'un suffixe locatif o. On devrait plutôt y voir des surnoms créés par l'emploi du suffixe familier o (n). Chez les Gaulois, il affectait des radicaux terminés par une consonne (Matisco) ou par la voyelle i (Gobannitio, Vesontio) ; chez les Gallo Romains, il en fut de même(Fronto,Naso,Capito,Primio, Rutilio, Urso) mais le changement du gentilice en surnom fut plutôt d'un usage vulgaire. Servilio était ainsi un propriétaire apparenté aux Servilius, déjà connus à Ley.

Tout ce territoire ainsi divisé autrefois au moins en huit propriétés indépendantes et réparti aujourd'hui en trois paroisses ou communes était délimité par des montagnes. Il est difficile de dire jusqu'à quel point celles-ci furent défrichées ou utilisées comme pâturages. Il est probable que, plus boisées et plus difficiles d'accès qu'au moyen âge, elles formaient sous l'Empire un sol indivis, quoiqu'ayant des appellations spéciales, dont plus tard les puissants seigneurs féodaux disposeront largement, en bloc ou par alpages, en faveur des communautés religieuses qui avaient pour tâche de les coloniser et de les faire valoir. Toutefois il est fort possible que l'utilisation pour l'exploitation des bois et la pâture en ait commencé bien avant l'arrivée des Burgundes, puisque les sentes gauloises en remontaient et en redescendaient déjà les versants. Les noms des hauteurs qui délimitaient aux XIIe et XIIIe siècles les possessions de la chartreuse de Vallon, qualifiées dans la charte de fondation de heremus, renferment à cet égard d'utiles indications 3.

Parmi ces noms, les uns, incompris, sont des noms indiI

indiI Le livre des parcelles du cadastre de 1 730 ne donne qu'une partie de la commune d'Onnion.

2. Antiacus, de Antius. en 1416 ( Petro filio Martini de) Ansier TAVERNIER : 0. c.,doc, V. Avrens, au-dessus des moulins d'Onnion, 1416, Averens 1421 (id., doc, V, VI). d'Aper. Onnion : Ognuns 1288 SHAG. VIII. 231) ; Ognions 1416 ; —Sevillion, v. RS. 1914, 74; Syvillion 1279, Inv. de St-Jean d'Aulps. nos 462, 465 ; en 1730, Chevillion. Noter que cette propriété est seulement qualifiée de mansum en 1113. On pourrait joindre à ces localités Dorjon (Megevette) locum quem indigenae vacant Dorjonem av. 103 (Acad. de Savoie, sér. 2, II, p. 297) en 1730, en Dorjon. Quant à Tigny. il est douteux que ce village soit un ancien Tiniacus ; il viendrait plutôt de Tinarium. lieu où il y a des cuves dans le terrain.

3. MENABRÉA : Chartes de Vallon ; Acad. de Savoie, 2° s., Il, p. 270 et suiv.


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gènes, d'origine celtique ou latine ; ils sont transcrits tels quels, avec leur prononciation populaire; les autres, précédés de l'expression, qui latine vocatur, paraissent être la traduction d'un vocable dont on saisissait encore le sens ; d'autres, de création récente, dus peut-être aux moines mêmes ou aux scribes, sont transcrits sans commentaires. Ce sont :

Ab oriente alpis que vocatur Oel 1138 ; a borea in monte Oel 1358 ; la situation de cette hauteur à l'est ou au nord-est de l'abbaye, ne peut que correspondre à la pointe actuelle de Velard (Etat-major); du lat. aculeus, aiguillon, pointe 1, nom commun qui était également en 1730 celui des deux pointes du roc d'Enfer actuel. — Ruppem Radiorum 1174, roche des Rais, terme descriptif auj. disparu, qui conviendrait au roc d'Enfer ou même encore à la montagne de Chalune dont les contreforts s'irradient comme autour du moyeu d'une roue. Le premier est, en 1730, les pointes d'OEil et d'Eil, continuées à l'est par la chaîne de Gredon 2 ; la seconde était aux confins des Gets, de Bellevaux et de Saint-Jean d'Aulps ; — montent oblarum ; b. lat. obela, pointe; cp. le grec obelos, obeliskos, création savante comme le précédent ; c'est la corne d'Oubles ; cette dernière forme apparaît en 1358, mais on n'en comprenait plus le sens; — locum nomine Mornes 1174; Mones 1358: plus tard Monnes et Munes ; cp. les mêmes changements phonétiques du celtiq, * bodina, borne, bonne, bune ;— Vallon que vocatur Froes 1174, 1358 ; alpem que vocatur Roeis 1208; c'est-à-dire la partie nord de l'alpage de Roy terminée par un vallon par lequel on descendait à Somens (TAVERNIER : Mieussy, p. 100). La partie méridionale, plus vaste, en 1292 Ruex, traduite par Rupe, fut donnée par Béatrix de Faucigny aux moniales de Mélan (FEIGE : Mélan, O. c., doc. II, p. 422 ; Ruois, doc. VII, 433, en 1328). Cette montagne paraît être la même que la sia du Rouay de 1317 (TAVERNIER : Mieussy, doc. II, p. 76); — monticulos de quibus unus Acus vocatur latine 1174 : subtus Crass; 1358. Crauz 1410 ; ne peut être Haute Pointe (RS, 1 913, 107); la pointe de Craz étant énumérée par Tavernier après celles de Haut Fleuri et de Veran, acus désignerait l'aiguille qui domine le Pré de l'Evêque, au-dessus du même sentier de Somens; — in locum qui Bollum vocatur 1174; alpem que vocatur Somenes 1 160 ; bollum de Somens 1358 ;

1. RS, 19 1 3, 107.

2. Grepdon 1428 (TAVERNIER: Monogr. des Gets, etc., doc, 11. 264) de crepde, crepidinem, rocher en saillie, + on.


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cp. pat. bûlo, tertre, du germ. boll, enflure 1, — Somens, en 1730 Sauman; carte de l'Etat-Major de 1888, Sous Manse, dans la c. de Mieussy (RS, 1911, 66) de summincus, dérivé de summus le plus élevé, avec suffixe ligure ; — ruppem nomine Rovianni 1174; nomine Rovagny 1358; en 1730 Rovagne; de rupania 2, mot qui semble formé sur rupes, d'après campania et montanea, peut-être dès le IVe siècle; —per collum qui dicitur Cordum 1174, 1358 ; le col de Cordons, du nom d'homme Cordo; c'est le pertuis de 1317 (Mieussy, p. 76); — verticem cujusdam montis qui latine Gabiosus vocatur 1174, Scabiosus 1358 ; traduction d'un mot peut-être celtique; dérivé de scabies — rugueux, raboteux; ital. scabbioso; n'a pas laissé de trace dans la topographie du pays ; c'est Haute Pointe, en 1730 Grande Pointe ou l'un de ses contreforts 4 ; — ruppem nomine Erneruni 1174, mal lu ou mal transcrit ; Erlina 1358 ; Erlyena 1410 ; eh 1730 Arlionnaz cad. n° 4274. Paraît un dérivé féminin en ana, alpis Herliana, d'un propriétaire galloromain Herlius (Holder), cité plus haut, qui l'aurait le premier découverte et utilisée. Le cadastre de 1730 mentionne aussi, à Bellevaux, le col d'Arlionnaz, au nord du roc des Tournallettes, limite de Bellevaux, Mégevette et Onnion haut de 1754m ; — usque es molar super Demuam 1174; Dyumam 1358 ; de Diuma 1103 (appendice) ; alpem que vocatur Dietma, 301 ; en Dyeuma 1730, nos 1913-1916 (Mégevette); ce nom est peut-être d'origine germanique (RS, 1912, 9) ; — ruppem que appellatur Brey 1174; la Bray 1730, n° 1627; auj. granges de Labrey (Mégevette) ; grec, peut-être celtique, bragos boue, endroit marécageux 5 (RS, 1915, 12).

En même temps que l'alpe de Roy, Aymon de Faucigny donna à la chartreuse l'alpe que dicitur Visienna 1208, auj. Vesine (Bellevaux), ancienne alpis Vitiana, de Vitius 6.

Enfin, dans le mas de Somens existait une montagne ou forêt appelée Hiema en 1317, en 1730 Ima, ou Yèmaz, ou Hima 7.

1. Au fém. pat. bola, tumeur, enflure , Glossaire de Bridel et D.S.) ; la Boilaz, les Biolles à La Balme de Sillingy. Bogève, Marnaz.

2. Cp. un dérivé en acus : Rovagny (Scionzier) Rivaniaco 1214 (SHAG, IV, p. 22, doc.) et à Giez, Saint-Jorioz, Talloire, Rivagnye 1324; RS, 1904, 140.

3. C'est aussi un nom de commune de la vallée de l'Arve. 4 Mon explication dans RS, 1912, 93, est donc inutile.

5. Ce mot apparaît aussi dans le mas d'Hima à Mieussy (TAVERNIER : o. c., doc. II, p. 771 ; c'est le roc de Labrai en 1 3 17.

6. RS, 1909. 166 Herlius et Vitius peuvent avoir été aussi des magistrats de pagus ou de vicus qui aménagèrent l'accès à ces alpes ; cp. Cottianae, Atrectianae alpes (Holder).

7. TAVERNIER : Mieussy. doc. II, 75 ; la charte en expose les limites. Le même


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On peut conclure de cette énumération que, si quelquesuns de ces mots datent du haut moyen âge, plusieurs en revanche ont été utilisés sous l'Empire et qu'ils marquent ainsi l'extension de la vie foncière gallo-romaine dans les alpages les plus élevés de la région.

Flerier-Taninge. — Après avoir franchi le défilé du Suet, on longeait deux petites villas : Marcelliacus, Marcelly, fondée antérieurement au 111e siècle, et ravagée depuis par un éboulement 1, et Pomponiacus, Pompagny 2. Puis se présentait la villa Floriacus, Flerier , qui s'étendait dans la plaine fertile bornée au sud par le Giffre et séparée par son affluent, le Foron, du vicus de Mediolanum. Elle semble avoir été la propriété principale et la plus étendue, car elle fut occupée par des familles burgundes et sa chapelle devint l'église paroissiale 4. Si l'on admet comme vrai ce que nous disons plus loin de Chessin, elle aurait eu comme limite à l'est, et bien queVerchaix dépendît autrefois spirituellement de Samoëns, le torrent de Valentine.

Dans ce cas, Tannianicum, Gallianicum et Justinianicum, aujourd'hui Taninge, Gelinge et Jutteninge auraient été des parts familiales fondées par les Florii Tannianus, Gallianus et Justini anus, cette dernière non avant le deuxième siècle.

Quant à Chessin, propriété certainement ancienne, il ne peut guère représenter une part fondée par un Florius Cassianus, car on l'aurait dénommée par un procédé semblable

nom existe à Lathuile. Diemaz. cad. nos 1 937-58. Parmi les expressions alpines, noter encore en 1317 l'expression paqueier et chautagner les animaux (TAVERNIER : o. c., p. 76), ce dernier verbe dérivé de caustania, (d'où la Chautagne, pays chaud de Savoie; v. RS, 1910. 6). Le simple caustus, paraît être l'origine du territoire de Chantaz, 1506 (BRUCUET, Arch. dép. : Inv. E, 66). — Veret est encore un nom que l'on rencontre ailleurs (lou verets 1317, Mieussy, p. 76) ; c'est un diminutif verittum, verellum qui paraît dérivé de verus, class. veru, broche, puis sommet; de là Verel (Talloire) in Verello 1051, Mém. de la Soc. savoisienne, V, p. 85; usque veret de Talueres 1271 remplacé dans une copie du XVIe s par crestum lArch. dép. Inv. En ; même lieu dit à Messery et à Villyle-Bouveret.

1. TAVERNIER : Taninges et ses environs, Mém. de la Soc. savois., 1888, p. 65 (il s'agit de la trouvaille d'une monnaie de Julia Aquilia Severa). L'éboulement porte encore le nom de Perray, petretum. En patois Machili (BEAUMONT : 0. c., p 126) Sur les cimetières burgundes des v-VIIIe siècles (V. TAVERNIER et RS, 1898. 33).

2. En 1730, Pompany : en 1445 Pompagnier (TAVERNIER : o. c., doc. II).

3. Florie 1262 (FEIGE : Mélan. doc. I. p. 419), en 1730, Flairy.

4. TAVERNIER : 0. c., p. 63. L'église est citée seulement en 1227. Noter cependant la tradition d'une église paroissiale de Taninge antérieure, fait peu probable, s'élevant sur la montagne au hameau de Nales, cité en 1545 (id., p. 60 et 11 3) où l'on a découvert un cimetière (RS. 1909. 266).

5. RS, 1909, 337 et suiv. D'après le C. XII, Justus, Justius, Justinus étaient usités au 1er siècle: Justinius, Justinianus au 11e.


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Cassianicus. S'il représentait un fundus Cassianus, créé par Cassius, gentilice connu dans la vallée de l'Arve et ailleurs, la formation en serait peut-être un peu insolite à l'égard de l'habituelle dérivation en acus; de plus Chessin n'a pas livré de restes archéologiques prouvant son importance foncière. Il ne reste donc que la supposition qu'il doit son nom à un colon libre nommé Cassianus, qui aurait acquis et délimité son petit domaine après le IVe s. 1. Cependant, vu le morcellement du sol dans l'étroite vallée, il n'est pas impossible que le Foron ait séparé deux grandes propriétés primitives, Floriacus et Cassianum, où les Cassii aurait nommé de leur surnom les propriétés secondaires ci-dessus.

En remontant le Foron, Avonacus, sur sa rive gauche, paraît avoir été la dernière propriété fondée, si Avo au nom celtique ou latin en a été le fondateur 2 ; elle est dominée par la montagne de Loy 3. Au delà existait encore le vicus de Minnodunum, Moudon, d'où l'on gagnait par un val long et boisé, peuplé d'animaux sauvages, la vallée de la Dranse.

Parmi les lieux dits qui, après le vV s. ont pu devenir de petits centres habités, on peut citer : les noms terminés soit en arias : Lignières, Millières, Perrières 4, soit en etum : Caretum 5, roc de Cheray, Vernetum, Verney, etc. 6. Quanta Verchaix, petite communauté de 316 habitants détachée de Samoëns au siècle dernier, il est possible qu'il ait été d'abord un petit domaine antique borné par les nants de Graveruel et de Valentine. Mais alors c'est Cossin, qu'on pourrait expliquer par Cossianum, de Cossius ou de Cottius, qui en aurait été la villa capitale à laquelle aurait succédé un château dont il restait, à ce que dit

1. Chissins 1262 (FEIGE : Mélan, doc I, p. 419); Chissim 1292 (id., doc. II, p. 421) v. RS, 1909, 69 (IXe s. est une faute d'impression).

2. Avo (HOLDER) ; pat. awné (TAVERNIER).

3. Formes anciennes : Luez 1320, Lueys (TAVERNIER: Taninge, p. 84, 82; Luex 1317 (FEIGE : O. c., p. 81); cp. JACCARD : Toponymie, p. 231.

4. RS. 1915, p. 25 et suiv.

5. D'A. DE JUBAINVILLE : Origine de la propriété, p. 615. Il semble qu'il faille admettre, à côté du celtiq. caros. cher, une racine ligure car, rocher; cp. le roc de Chère, du lac d'Annecy et le torrent encaissé, le Chéran, autrefois Cara (Boutae. p. 347, 379, 389 .

6. Restent à expliquer les noms de montagnes : Grons 1328 (FEIGE : Mélan, doc. VII, p. 433) Rons ; celui du pra de Lys, 1292, Lyex (FEIGE : doc, II, 422) Lieys TAVERNIER : Taninge, p. 96) qui suppose un dérivé en esium ; Burbancyn xve s. (FEIGE. p 117) de la racine borm-borb ; Fry, Fryes 1328 (FEIGE, doc, VII) Fryer 1512 TAVERNIER : Monogr. des Gets et de la Côte-d'Arbrox. Mém. de l'Acad. Salésienne. IX. 18861 peut être de Fridharius (cp. HPM, I, 417, xi s.)Le hameau Les Montants paraît devoir son nom aux Montingi, ceux qui viennent de Mont ou qui habitent le mont, Montain. Montens 1445 (TAVERNIER : Taninge, p. 61 et doc, II).. Les autres lieux dits de Taninge ou des Gets marquent le défrichement progressif de ces alpages autrefois boisés.


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Alb. Beaumont. un tour féodale. Le chef-lieu actuel, Verchaix, qui eut aussi un seigneur comme Graveruel, paraît être un mot d'origine germanique'. D'une situation peu favorable, il s'élève sur un sol aqueux qui descend lentement vers la vallée. En somme, il n'est pas prouvé que ces localités soient antérieures au ve siècle.

Samoëns-Morillon, — Après avoir franchi l'eau de Valentine 2 on pénétrait sur le territoire de la villa Sammonius, gentilice dérivé du nom celtique Sammo, auj. Samoëns 3.

Une autre propriété fondée vers la même époque que Samoëns et d'une situation moins accessible, c'est Secconius, gentilice dérivé de Secco, Secoën 4. On ne sait s'il faut y rattacher deux petits domaines, Mathonex, avec sa source ferrugineuse, appelé aussi Menthonex s, de Matto ou de Mento, et Sessonnex 6.

Plus haut, une villa alpestre, toute en pâturages et en bois, Vinniacus, Vigny 7, d'où l'on gagnait par l'alpis Erniana,

I. Verchaix, Verchey (même nom à Rivière-Enverse), en 1305 Warchays, SHAG, IX, p. 203 peut-être, de l'anc frank welc., a. fr. welke. coquillage, conque (Koerting, Latein roman. W. n° 10056) ; puis mare, par une image topographique, d'où velk, puis verk-etum, endroit où il y a un étang; cp. verkittum, pat. ouarché, petit étang (Fenouillet) et le nom d'homme Vuarchex, Varchex — Graveruel rappelle un tardif gravariolum (id., 1915, 172); au contraire Etry, Estry 1730, qui paraît n'être pas le même mot qu'Estrels 1292 = les Etroits, pourrait avec Etriac (Charente) s'expliquer par un domaine Histriacus ; mais tout cela est douteux.

2. C'est ou un nom de propriété venu d'un nom d'homme, puis aqua Valentina (RS, 1909, 68) ou le nom même du torrent, Valent + ina, d'origine celtique = la puissante.

3. Sur la question de savoir si le premier propriétaire a été un germain Samowinus, ou la famille des Samutingi (pas de restes antiques dans cette commune; mais le sol a bien pu fortement s'exhausser par le glissement du terrain, les éboulements, les crues torrentielles) ou un gallo-romain Sammonius, v. RS, 1910, 196 : c'est cette dernière explication qui me paraît à la fin plus plausible, les noms en onius offrant plusieurs exemples dans la région. Outre .Secoëns, il y a en effet, Gemoëns (Comblouxi en 1188 Gemuens (SHAG, XIV. n° 17) de *Gimmonius: cp. aussi le gentilice Bonius qui apparaît dans Bonio d'une charte du XIIe (GAVARD : Prieuré de Peillonnex, p 19 n.) aujourd'hui Bouan (Passy), qui ne viendrait alors pas de Bodincus ou de Bodingus (RS, 1910, 198); Boan est aussi un ancien hameau de Mieussy (TAVERNIER : o. c., p. 28), de là le nom de famille Duboin. —Sur les noms de lieux formés d'un gentilice simple, v. d'A.

DE JUBAINVILLE : O. c., p. 344.

4. RS, 1910, 196; tombes anciennes. RS. 1870, 8 et 1909. 266.

5. Abbé A. GAVARD; Inv. des archives de Sixt, Acad. Salés., XXXIV. 46. La source est mentionnée dans A. BEAUMONT : Descript. des Alpes, II, 140. Sur les noms en ex. RS. 1911, 199.

6. Sarsonnex 1578 GAVARD : id., 19) Sersonnay 1418 (Abbé Marie RANNAUD : Histoire de Sixt, 1916, 86). Sessenex (TAVERNIER : Samoëns. p. I5I) au XVIIe. Il est possible qu'il y ait un rapport de nom entre cette localité et Mont-Saxonnex, l'abbaye de Sixt possédant des propriétés dans l'un et dans l'autre; sur l'origine de Saxonnex, RS. 1912, 203.

7. En 1204, Vignins avec changement de suffixe (SHAG, XV, p. 50) Vingnis ou Vingins 1234 (id., 531. Il est impossible, vu l'attitude, d'expliquer ce mot par vinearium.


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d'Ernius 1, Noviodunum, Nions, avec descente sur Morziné.

Un autre sentier, remontant le torrent appelé aujourd'hui Clévieux, allait franchir par un col collum, Couz, les alpes d'Acaunum, aux sources de la Druentiola 2.

Parmi les lieux dits, il n'est pas sûr que la propriété appelée arborosa, pleine d'arbres, remonte à la période romaine >. Au-delà du Clévieux, Vallo, propriété indépendante peut être. d'origine romaine ou germanique; mais aucune trouvaille archéologique ne peut le confirmer. Au-delà du détroit de Balme, le pays qui devint plus tard la commune de Sixt était couvert de bois et de fourrés inextricables où vivaient toutes sortes de bêtes fauves, disparues depuis, il est peu probable qu'il ait été habité du temps des Romains 4.

La rive gauche du Giffre, plus boisée, avons-nous dit, que la droite et moins bien exposée, vit cependant se créer quelques propriétés placées le long de la pente qui domine le torrent et réunies par un chemin. La plus importante paraît avoir été Maurilio dérivé d'un gentilice Maurilius auj. Morillon s qu'on pourrait rattacher à la villa Viciniacus 6, si cette localité ne vient pas d'un tardif vicinarium. Près du pont de Mediolanum, Artianacus 7, par Artianus, d'Artius, plus usité qu'Arcius, Arsenex (Rivière-Enverse), dépendait d'une propriété située dans la paroisse de Châtillon et dont le nom ne s'est pas conservé.

Comme lieux dits on peut citer mortuarium, l'étang d'eau morte, le Morty et secalarias, Cellières (Rivière-Enverse) s.

Charles MARTEAUX.

I. Patois Ernienna (TAVERNIER : o. c., 79); c'est au bas du col de Jourplaine, fora plana

2. Voir chartes de donation à l'abbaye d'Aulps, SHAG, XV, 3-5 : montis qui dicitur Col, 1188 ; Cul. 1209.

3. Arberrosa 1296 (SHAG. XIV, 256) Albarosa XVe s. (Mém. de l'Acad. Salés.. XXII, 112, doc) Berrousaz 1575 (TAVERNIER : Samoëns, p. 243), auj. le Bérouse.

4. C'était un lieu de chasse pour les seigneurs du Faucigny. En 1234 Aimon s'y était réservé une sorte de parc au lieu dit Terrauz (SHAG, XV, p. 53, doc.) de terrale, levée de terre, fossé, v. DU CANGE.

5. RS. 1914, 73.

6. Visignie (Samoëns) 1317 (FEIGE : Mélan. doc. 4. 427, Visignier 1369 ( TAVERNIER : Samoëns, p. 44) situé près de Certons, dérivé d'exsartum autre nom de lieu appliqué ensuite à la vallée (id., p. 261. Cp. Vesignin (Ain) d'un ancien * Vicinianum.

7. Au XVe s. en Arsonnay (FEIGE : O. c., p. 116); mais en 1202 Arsenal (SHAG, VIII, 292, n° 3) en 1730, l'Arcenaix.

8. RS. 1916, p. 173 et 1915, 97. Seslères 1259 est écrit fautivement Sesteres dans Wurstemberger, Peter II, n° 5 20. Quant au nom de la Rivière-Enverse, il signifie le bord du cours d'eau exposé au nord, riparia inversa.


-34Les

-34Les blessés par balles ou éclats d'obus et leur réaction cicatricielle

La guerre a porté un coup mortel à nos forêts, ainsi qu'ont pu s'en rendre compte tous ceux qui ont parcouru les régions désolées du front. Certaines forêts de l'Argonne, de Verdun ou de la Woëvre ont été complètement anéanties, pulvérisées par les obus.

C'est là un fait brutal, navrant, et le problème posé, celui du reboisement et des soins à apporter dans la reconstitution de notre domaine forestier national, demande une solution urgente sitôt la fin des hostilités.

Certains arbres survivent à leurs blessures, mais hélas, le plus grand nombre, frappés profondément et ayant dépassé l'âge où la vitalité des tissus permet une cicatrisation rapide, dépérissent lentement et s'acheminent vers la mort en subissant une véritable infection. L'expérience douloureuse de deux années de guerre nous a permis de faire au sujet des arbres, victimes eux aussi des obus et des balles, quelques observations sur leurs blessures, sur le processus mis en oeuvre pour la cicatrisation de la plaie et sur l'évolution, bonne ou fatale de celle-ci.

Un projectile (une balle par exemple) traversant un tissu mou, élastique, comme le corps humain, y fait un trou net. Mais s'il rencontre sur son trajet un corps dur, un os dans la circonstance, il se fraye un chemin en brisant, en faisant éclater ce qui lui oppose une résistance.

C'est ce qui arrive chez les végétaux, chez l'arbre en particulier où le projectile, éclat d'obus ou balle, se heurtant aux fibres dures et peu élastiques du bois, les rompt, les disjoint en formant une sorte de pinceau divergent. (Voir fig. I, p. 35.)

Nous avons toujours constaté cette forme de blessure, d'autant plus grave chez le végétal, qu'elle est une porte ouverte à l'infection microbienne, en laissant à nu les sections béantes des vaisseaux ligneux et libériens, véritable appareil circulatoire de l'individu I.

I. Une souche sciée pourrit beaucoup plus rapidement qu'une souche taillée à la cognée, laquelle en lissant les entailles ferme en quelque sorte l'ouverture


Fig. I. — Jeune tige de charme de 7 ans environ blessée par une balle l'ayant effleurée. Le bourrelet cicatriciel est en plein travail et date de deux ans environ .

Fig. 2. — Tige de chêne de 10 ans environ, blessée par éclat d'obus de 150 en 1914. On voit très bien Je bourrelet cicatriciel b et au centre la trace de la blessure + avec fibres éclatées.

Fig. 3. — Branches d'érable de 12 ans. Blessée par éclat d'obus l'ayant complètement traversée en produisant l'éclatement des fibres sur une longueur de 50 cent. La tige a survécu. Le bourrelet cicatriciel est également en plein travail et donne à la tige l'aspect renflé caractéristique.

Fig. 4. — Petite branche de chêne présentant deux blessures par éclat d'obus. L'une A presque cicatrisée, l'autre B en voie de cicatrisation Biessée en 1914, bourrelet cicatriciel de 2 ans environ.

Fig. 5. — Tige (branche) de chêne de 14 ans, blessée par un éclat d'obus qui a traversé les fibres sans les rompre complètement. La branche s'est inclinée dans le sens de la blessure, et s'est consolidée dans cette attitude. Le bourrelet cicatriciel est formé. (1/8 grand. nat.)


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Dans le cas de blessures peu nombreures et superficielles, un arbre jeune résiste par un processus de cicatrisation dont nous reparlerons plus loin.

Mais si l'arbre est vieux 1, donc ne pouvant réparer que difficilement ses plaies, l'infection s'établit. L'eau de pluie s'infiltre dans les nombreux interstices de la blessure (blessure toujours en pinceau), se mêle à la sève et aux divers produits accumulés dans les tissus. Les uns sont dissous, les autres décomposés, comme les tanins par exemple. Les corps hydro carbonés et azotés dissous ne tardent pas à entrer en fermentation. Dès lors, un liquide rougeâtre, véritable pus végétal suinte continuellement des plaies qui sont autant de foyers d'infection.

Ce mélange complexe d'eau pluviale, de sèves et de corps divers en fermentation sert de véhicule à une foule de bactéries 2 et de champignons qui achèvent l'oeuvre commencée par l'obus. Les insectes xylophages accourent creuser leurs galeries mortelles dans ce terrain tout préparé. L'arbre dépérit et meurt sous le coup d'une véritable infection qui se propage lentement mais sûrement en suivant la direction des fibres du bois. Celui-ci brunit puis noircit peu à peu. L'arbre pourrit surplace et doit être abattu pendant qu'il peut encore être utilisé. C'est là, hélas, le sort réservé à la plus grande majorité des arbres blessés par éclats d'obus !

Avant d'aborder le cas des arbres vigoureux, jeunes et blessés légèrement, il est nécessaire de donner quelques explications sur la façon dont s'accroît le végétal. La tige, la brandes

brandes conducteurs de la sève et permet à l'eau de pluie de glisser à la surface sans pénétrer à l'intérieur. L'inverse se produit pour un arbre coupé à la scie. Les mâchures produites laissent séjourner puis entrer l'eau pluviale. C'est le phénomène qui se produit avec les blessures par projectiles.

i. Chez les arbres très vieux, d'un siècle et plus, la cicatrisation des blessures, même les plus petites, ne peut plus s'effectuer parce que la couche génératrice a perdu de sa vitalité. L'arbre ne peut plus donner régulièrement ses couches annuelles, à fortiori sera-t-il impuissant à combler ses trous par le processus du bourelet cicatriciel. Le lieutenant Jean Daniel, mort sur le front de Champagne en 1915, a magistralement montré dans sa thèse posthume ces phénomènes de sénilité de l'arbre. Voir à ce sujet: Gaston Bonnier. En marge de la grande guerre, p. 211 , le chapitre intitulé: « Une thèse de doctorat achevée devant l'ennemi. »

2. Ces microbes pathogènes des végétaux ne sont pas très nombreux comme genres et espèces et n'ont pas encore été très étudiés. Ils peuvent pénétrer dans l'arbre sain par les racines, mais ils séjournent surtout sur l'écorce qui constitue le véritable bouclier du végétal contre l'invasion microbienne. Ces bactéries peuvent déterminer chez l'arbre une sorte de tuberculose, un état maladif continu. Ex.: chancre des arbres déterminé par un bactérium. Il faut également signaler les microbes produisant la pourriture des végétaux. On comprend, dès lors, qu'à la moindre blessure, l'armée microbienne s'y précipite.


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che, le tronc s'accroissent en diamètre mais non en longueur. L'accroissement en longueur ne se produit qu'à l'extrémité des rameaux seulement. Quant à l'accroissement en épaisseur, il s'effectue par l'intermédiaire d'une couche génératrice située à proximité de l'écorce. (Fig. VII.)

La multiplication des cellules du bois et du liber 1 se produit dans un sens parallèle à la surface de l'arbre. Il existe en outre, très près de la surface de l'arbre une autre assise génératrice chargée, elle, de la fabrication du liège de l'écorce. Celle-ci protège l'arbre contre les différences brusques de température et de plus elle est inattaquable par les microbes. Ce sont là des faits connus de tous, mais qu'il était indispensable de rappeler.

La cicatrisation de la plaie va donc s'opérer par le jeu de ces deux couches génératrices et par un processus très simple. Mais la cicatrisation ne sera complète que chez les tiges jeunes et si la plaie n'est pas trop large 2.

Si la blessure est superficielle, l'assise génératrice du liège va seule entrer en jeu et boucher le trou par la multiplication de ses cellules toutes semblables. Si la blessure intéresse la deuxième couche génératrice, et même pénètre plus à l'intérieur de la branche le jeu des deux couches va produire tout autour de la plaie un bourrelet cicatriciel (voir fig. I, 2, 3 et 4 b) dont les bords vont s'affronter puis se réunir pour enkyster en quelque sorte le bois noir, infecté et meurtri par l'éclat d'obus. (Voir fig. I, II, IV et V.) Ce travail fait, la couche génératrice reprend son jeu normal comme si rien n'était survenu 5.

Nous avons même observé sur une branche d'érable de 12 ans, traversée de part en part par un éclat, et fendue sur une longueur de plus de 5 centimètres, un bourrelet cicatriciel continu donnant à la tige un aspect renflé en massue, caractéristique La cicatrisation était en plein travail, et vers les extrémités de la blessure, les bords du bourrelet se rejoignaient déjà deux par deux. Voir fig. III et fig. 3.)

Il faut noter que cette réaction du végétal sous la forme

1. On sait que les vaisseaux du bois conduisent la sève brute ou montante jusqu'aux feuilles où elle est transformée (respiration, transpiration, fonction, chlorophylienne) en sève descendante ou élaborée (nutritive) qui suit alors les canaux du liber.

2. Dans ce cas. la plaie reste béante, et n'est protégée que par le bourrelet cicatriciel qui s'épaissit tout autour.

3. La cicatrisation de la plaie est plus ou moins active suivant le genre du sujet. Rapide chez le saule ou l'érabe. elle est plus lente chez le chêne.

\Rev. sav., 1917) 4


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d'une production d'un bourrelet est générale et se rencontre dans tous les cas de blessure quelqu'en soit l'origine. Un fil de fer enroulé autour d'une branche y détermine un renflement spirale qui peu à peu l'enveloppe complètement 1. Le végétal lutte contre le corps étranger qui le gêne tout comme l'animal en cherchant à l'isoler dans un kyste.

Dans les blessures superficielles, ayant dépassé de beaucoup l'écorce, les esquilles du bois directement meurtri par l'obus et formant pinceau, pourrissent rapidement et tombent. Puis le bois foncé, infecté par infiltration (l'infection se propageant de proche en proche) et qui joue ici le rôle de corps étranger est promptement recouvert par le bourrelet cicatriciel et englobé à l'intérieur de la branche où il durcit. Il est peu à peu envahi par des digitations de tissus vert tendre de néoformation qui comblent les interstices et cimentent en quelque sorte les fibres primitivement séparées par le traumatisme.

L'éclat d'obus lui-même, qui reste quelquefois enchassé dans le bois peut arriver lorsqu'il n'est pas trop volumineux, à être enkysté. (Voir fig. VI.)

Quel peut être le pronostic à porter devant de telles plaies? Nous n'avons pas encore le recul de temps suffisant pour juger des résultats. Dans le cas des blessures trop larges pour se refermer complètement, l'arbre est à la merci des microbes, et dépérit.

Quant aux blessures cicatrisées, on peut se demander si elles n'évolueront pas comme certaines plaies des tissus animaux fermées trop rapidement et qui tôt ou tard se rouvrent sous forme d'abcès qui fusent vers l'extérieur. Ne seront-elles pas des points d'infection qui seront comme une menace perpétuelle pour le végétal? Le tissu infecté sera-t-il résorbé ou plutôt neutralisé peu à peu ? On ne peut se prononcer dans l'état actuel des choses.

Il est cependant permis de constater dès à présent que les arbres blessés, même légèrement, et qui réagissent par la formation du bourrelet cicatriciel (véritable tissu conjonctif), et par l'enkystement des fibres mortes, dépérissent. Des nodosités se forment aux points blessés, les branches se tordent 2, l'arbre devient souffreteux.

I. Autre exemple: Lhie tige de chèvre-feuille entourant une autre tige vivante qui lui sert de support, finit par s'y souder.

2. La blessure déforme la tige, d'abord par un renflement en massue, puis par un changement de direction. Elle s'incline peu à peu du côté blessé: cela se comprend facilement, les tissus non blessés, situés de l'autre côté de la plaie par rapport à un même diamètre, continuant à croître.


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Fig. I. — Coupe d'une tige de sept ans blessée par un éclat d'obus en 1914 Le bourrelet cicatriciel est en plein travail et la plaie se refermera par jonction des deux lèvres.

Fig IL — Coupe d'une branche de chêne blessée par éclat d'obus, il y a deux ans. et dont la plaie est presque complètement fermée par le jeu du bourrelet cicatriciel b. (Voir fig. 4. Vue d'ensemble de la branche.)

Fig. III. — Coupe dans une branche d'érable de : 2 ans environ. L'éclat a traversé complètement la tige et a produit une fente de plus de 50 cent, de long. Le bourrelet cicatriciel est en plein travail et la fente est en partie comblée. (Voir fig. 3. Vue d'ensemble de la branche.)

Fig. IV. — Coupe dans une branche de noisetier blessée par un éclat qui l'a fendue sur une longueur de 10 cent. Un côté de la fente est déjà cicatrisée; l'autre est en bonne voie. Bourrelet d'un* année décroissance.

Fig. V. — Branche d'un jeune charme blessé, les deux lèvres du bourrelet b se sont soudées. En a tissus morts complètement enkystés et pénétrés de tissu ligneux plus jeune. Dans ce cas la blessure a été légère et presque complètement guérie.

Fig. VI. — Coupe dans une branche de charme montrant un éclat d'obus enkysté.

Fig. VII.— Coupe schématique d'une branche de 7 ans montrant les assises génératrices.


-40De

-40De une blessure par éclat d'obus ou balle est beaucoup plus dangereuse pour l'arbre qu'une blessure quelconque ne provenant pas d'une explosion. Elle est du reste beaucoup plus longue à se cicatriser. Tous les cultivateurs savent que les grains de plomb des chasseurs sont néfastes à leurs arbres fruitiers.

L'éclat d'obus ou la balle entraînent toujours avec eux des parcelles de corps toxiques provenant des décompositions chimiques qui s'effectuent au moment de l'explosion et introduisent par conséquent ces poisons dans le végétal qui y est peut-être très sensible.

N'a-t-on pas prouvé en effet que des quantités infimes de certains corps sont nécessaires au bon développement du végétal, et que d'autre part des mêmes parcelles d'autres corps lui sont mortelles.

Mais la grande cause, à notre avis, doit être recherchée dans la forme de la blessure elle-même. Ainsi que nous l'avons montré au début de cette note, l'éclat d'obus, comme la balle, occasionnent l'éclatement des tissus et leur déchirement en fines et nombreuses esquilles.

Les tissus libériens et ligneux se trouvent rompus, et leur contenu mélangé est entraîné par les eaux de pluie. Les corps de réserve de tissus sont dissous ou décomposés. Certains comme les hydrocarbones fermentent. Les bactéries et les champignons pénètrent dans la plaie et commencent leur oeuvre de mort. C'est le processus de l'infection que nous avons indiqué plus haut : l'arbre est perdu.

Peut-on limiter le mal? Il semble, ainsi que nous avons pu nous en rendre compte nous-même par expérience pour les plaies légères où le bourrelet cicatriciel est en travail, que quelque chose puisse être tenté. Il faut d'abord curetter la plaie, absolument comme on fouille la plaie d'un tissu animal, puis ébarber et resséquer les esquilles, les fibres mortes provenant du choc du projectile.

L'antisepsie et la protection de la région sont ensuite faites par l'application d'un corps approprié, le goudron par exemple. Après ce traitement, la plaie semble se fermer plus rapidement. Mais d'une façon générale, les blessures par obus ou balles sont fatales aux arbres. Que de forêts ne faudra-t-il pas reconstituer entièrement après la guerre!

Léon MORET, médecin aide-major au front.


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NOUVELLES ETUDES PHILOLOGIQUES

I. ALLOBROGE

En souvenir des Elèves Allobroges du Lycée Berthollet morts au champ d'honneur.

Juvénal et Cicéron. Vaugelas et Ménage. Voltaire et Rousseau. Les Historiens. Les Dictionnaires.

Le mot Allobroge peut donner lieu à de multiples recherches. Comme l'origine de ce peuple gaulois, l'étymologie de l'ethnique a fait l'objet de nombreuses discussions. Pour l'expliquer, les érudits de la Renaissance ont découvert un émule de Francus et de Lugdus. Allobrox, «roi des Celtes», le héros éponyme, comme Sabaudus, comme Delphinus, est sorti tout armé de leur cerveau 1. « Mais cela se passait en des temps très anciens», «au temps qu'Ascatade régnoit en Assyrie2.» Chorier traitait déjà de «choses fabuleuses » Allobrox, Ascatade, et ce que l'on dit d'eux 3. Il se demandait si le problème n'était pas insoluble 4. De nos jours, les celtisants ont essayé de le résoudre. «Venus d'un autre pays», telle serait la signification d'Allobroges.

On peut également étudier la diffusion de ce mot, ou son extension géographique aux diverses époques. Tantôt Allobroge rayonne hors des limites de l'antique Allobrogie? ; il est parfois employé comme synonyme de Burgonde ou BourguiI.

BourguiI. Aymar de RIVAIL (De Allobrogibus libri IX), c'est un des fils de Japhet, Samothès, qui fonda le royaume des Allobroges! (Voyez l'introduction d'Antonin Macé à sa traduction : Description du Dauphiné, p.XX, Grenoble, 1852).

2. Suivant un dominicain nommé Lavinius, cité par Chorier.

3. Les Recherches du Sieur CHORIER sur les Antiquités de la Ville de Vienne, Métropole des Allobroges, p. 5, Lyon, 1659.

4. «Je ne suis pas dans le sentiment de ceux qui jugent de la vérité des choses absolument par l'étymologie de leurs noms [doctrine provenant sans doute du Cratyle, de Platon], et je suis d'ailleurs persuadé que l'on n'en sçauroit jamais trouver de certaine à celuy des Allobroges ». (N. CHORIER, Histoire générale de Dauphiné, Grenoble, 1661 ; I, livre 11, p. 91 de la réimpression Cuenevier et Pessieux. Valence, 1881). Diverses hypothèses concernant l'origine du mot Allobroge sont rappelées p. 90.

Voyez l'Histoire de la Gaule, de M. Jullian, II, 543, n. 1 ; (sur Annius de Viterbe et le pseudo-Bérose). On trouvera également de nombreuses références dans les ouvrages cités plus loin de Garofalo et de M. l'abbé Burlet. — Sur le celtique broga en roman, cf. A. THOMAS : Essais de Philologie fr., 98.

5. CHORIER. op. cit., t. I, p. 91, et surtout 65 (avec indication des sources).


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gnon. Tantôt l'aire en a été restreinte: on l'appliqua souvent aux seuls habitants de la Savoie, oubliant ceux du Dauphiné septentrional.

Nous pouvons enfin passer en revue les diverses significations données à ce mot, relever et critiquer l'emploi qu'en ont fait soit tels de nos écrivains, célèbres ou peu connus, soit la langue usuelle. C'est ce petit chapitre de lexicologie et d'histoire littéraire que je me propose d'esquisser aujourd'hui.

§ I.

Il est un passage de Juvénal très souvent cité, rarement approfondi, dont l'interprétation exacte ne saurait manquer d'intérêt, surtout pour un lecteur savoyard ou dauphinois. Il s'agit des vers 213 et 214 de la satire vu.

Dans cette satire, Juvénal insiste sur la misérable condition des «gens de lettres», poètes, historiens, avocats, jurisconsultes, rhéteurs, grammairiens. La plupart, même ceux que le public admire, vivent dans la misère. S'ils ne tendent pas la main, ils en sont réduits bien souvent à exercer les plus vils métiers.

Les anciens voulaient qu'on respectât dans ceux qui élevaient leurs enfants l'autorité d'un père. Aussi les enfants honoraient-ils leurs maîtres. Maintenant ils les injurient ou les maltraitent grossièrement:

Sed Rufum atque alios caedit sua quemque juventus,

Rufum, — loties Ciceronem Allobroga dixit. qui

Tel est le texte dont nous allons examiner les multiples interprétations.

I° Le relatif est au nominatif: qui.

Ecartons tout d'abord l'hypothèse qui fait à Allobroga une apposition au relatif sujet. Outre qu'on ne saisit pas nettement le sens du verbe dixit 1, le nominatif Aliobroga est d'une latinité plus que contestable. Aussi M. Garofalo 2 a-t-il raison de critiquer l'opinion de Baethche 3, pour qui ce nom serait ici de la Ire déclinaison.

1. Expliquer? Commenter ? Dicere Ciceronem pourrait-il signifier : parler (à la manière de, ou aussi bien quel Cicéron. comme on a dit : « parler Vaugelas » ? Ciceronem. en ce cas, serait un accusatif de qualification: dicere dictionem (orationem) Ciceronis = dicere Ciceronianam orationem. Mais toties ?

2. GAROFALO, Gli Allobroges, p. 23, note; Parigi; Welter, 1895.

3. Bellum Helvetiorum; Lübeck, 1892 ; p. 43,


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Ainsi le sens est clair : Les jeunes gens outragent leurs maîtres, le rhéteur Rufus 1 comme les autres, « Rufus qui traita si souvent Cicéron à'Allobroges.

D'Allobroge? Pour quels motifs ? Est-ce une critique? Estce un éloge? Quelle qualité pouvait exalter le rhéteur Rufus, quel défaut blâmer sous cette expression ?

Un éloge. Telle est l'opinion de M. l'abbé Burlet, l'érudit historien de La Savoie avant le Christianisme. « Les aptitudes militaires de nos ancêtres, écrit-il, avec leur inévitable cortège de désordres, s'alliaient chez eux à une rare vivacité d'intelligence. L'Allobroge était avide d'apprendre, passionné pour la poésie et surtout pour l'éloquence. L'esprit froid et tout pratique des Romains admirait l'exubérante richesse de ses discours: Cicéron lui-même n'a-t-il pas été surnommé l'Allobroge z ? »

Ces lignes sont une paraphrase enthousiaste du jugement célèbre d'un ancien sur les Gaulois: «rem militarem et argute loqui», spécialement appliqué aux Allobroges. Elles ne font d'ailleurs que renouveler l'appréciation d'un vieil historien du Dauphiné. Le passage de Chorier est trop important pour ne pas être transcrit ici :

« Entre les Gaulois, les Allobroges avoient la réputation d'exceller en l'éloquence, et il faut bien qu'ils debitassent leurs pensées plus agréablement et plus fortement que les autres, puisque Ciceron, ce prince des orateurs, se proposa leur imitation, comme le moven le plus facile de se rendre luymesme inimitable. Le rhetoricien Ruffus avoit coutume de l'appeler Allobroge par cette raison, et non qu'il se raillât de l'éloquence des Allobroges, comme quelques grammairiens, qui ont travaillé sur les satyres de Juvénal, se le sont imaginé, par la malignité presque naturelle à ces petits écrivains et inséparable de cette sorte d'estude.

Sed Ruffum. atque alios coedit sua quoeque juventus, Ruffuin. qui toties Ciceronem Aliobroga dixit,

dit Juvénal, qui, proposant ce Ruffus comme un exemple du peu de respect de la jeunesse envers ceux qui se chargent des soins de son instruction, quelque merite qu'ils ayent, n'a pas eu sans doute l'intention de le des-honorer par le blâme de

I. Le prénom de ce rhéteur est inconnu. J. de Salisbury l'appelle Scaurus Rufus ; hypothèse gratuite. Vers la fin du Ier siècle, on trouve un Q. Curtius Rufus (Quinte-Curce ?), cité par Suétone. Sur un autre Rufus, cf. PLINE, Epist. IX, 38.

2. La Savoie avant le Christianisme, p. 123.


- 44 — n'avoir pas jugé sainement des oeuvres de Ciceron. C'est néantmoins ce qu'il auroit fait s'il eût voulu dire que Ruffus croyoit que Ciceron n'estoit pas un si grand orateur qu'il avoit la réputation de l'estre, et que son eloquence estoit barbare 1. »

Toutefois, malgré l'opinion de Chorier et de M. l'abbé Burlet, il nous faut bien le constater, presque tous ceux qui ont rappelé le vers de Juvénal, y découvrent non plus un éloge, mais une injure 2, ou tout au moins une critiques. Quelle critique?

Cicéron aurait-il été traité d'Allobroge pour avoir témoigné des sentiments trop favorables à cette peuplade gauloise? On sait le rôle que jouèrent les députés allobroges lors de la conjuration de Catilina. Cicéron le rappelait brièvement dans les deux vers suivants de son poème De Consulatu suo:

At clades patriae, flamma ferroque parafa, Vocibus Allobrogum. patribus populoque patebat 4.

Sans doute Cicéron savait gré aux Allobroges d'avoir révélé les projets des conspirateurs. Mais ne venait-il pas d'accabler de son mépris ces sagati, ces bracati, en soutenant contre les revendications d'Indutiomar le préteur Fontéius, cet autre Verres, qui eut la chance d'être défendu par Cicéron, au lieu de l'avoir comme accusateur ?

Aussi écartons-nous cette explication. Elle nous paraît absolument controuvée s.

I. N CHORIER, Histoire de Dauphiné, réimpression citée, tome I, p. 83.

2. L'auteur d'une savante édition critique de la Satire VII, M. Hild. rapporte le passage suivant de J. de SALISBURY [Metal. 1, 8, p. 836) : « Obtusioris ingenii tradunt fuisse Scaurum Rufum sed sedulitate exercitii in id virium evasisse ut Ciceronem ipsum Aliobroga nominarel. » « Singulière façon, ajoute le commentateur, de prouver sa valeur en traitant Cicéron d'Allobroge. c. à d. de Savoyard. » Dans la suite. M. Hild croit utile de répéter ce dernier ethnique: «Ce sont les élèves, dit-il, qui appellent dédaigneusement leur maître un Cicé- . ron savoyard. » Savoyard est ici inexact: c'est de plus un anachronisme.

3. Beaucoup de commentateurs se bornent d'ailleurs à indiquer le sens, en transcrivant une scolie, sans préciser davantage. Telle est cette note de l'édition de Juvénal publiée en 1 630. à Amsterdam, chez Jean Blaeu. par Th. Farnabius : « Satrium Ruffum, Ciceronis amulum, qui Ciceronem Gallicae cujusdam eloquentiae esse dixit ». Page 79, note 13.

4. Vers conservés dans le De Divinatione. 1.

5. En traitant Cicéron d'Allobroge, le rhéteur Rufus aurait-il voulu faire sa cour aux fils ou petits-fils de quelques sénateurs romains hostiles à la nouvelle noblesse venue des Gaules? On sait que l'empereur Claude avait prononcé devant le Sénat un discours favorable aux Gaulois, réclamant pour eux le droit de devenir sénateurs. (Voir Tacite et les Tables claudiennes. Rappelons une phrase du discours de Claude: « Ornatissima ecce colonia valentissimaque Viennensium quam longo jam tempore senatores huiccuriae confert», etc. Cf. Gallia. de M. C. JULLIAN, p. 172, gravure reproduisant le fragment ci-dessus du discours de Claude). La prospérité de Vienne et l'heureuse carrière de certains Allobroges avaient déplu à l'aristocratie romaine, « qui chargea volontiers


-45Cette

-45Cette exubérante richesse» dont parle M. l'abbé Burlet, les Romains ne furent pas toujours unanimes à l'admirer dans l'éloquence de Cicéron. Ce n'est pas seulement au xvie siècle, surtout par réaction contre l'enthousiasme parfois excessif de certains humanistes, que «l'orateur romain» fut accusé de manquer de concision. Il « languit autour du pot», disait Montaigne. Mais déjà Asinius Pollion lui avait adressé semblable reproche. On connaît d'ailleurs les discussions qui avaient lieu, à l'époque même de Cicéron, entre les partisans de l'éloquence attique et ceux du genre asiatique. Trop grandiloquent Cicéron. De là à «bavard», il n'y a qu'un pas 1. Plus tard, Sidoine Apollinaire, dans une lettre au gouverneur romain Svagrius 2, qualifie de loquacilas l'éloquence du « citoyen d'Arpinum ». Ne serait ce pas le défaut que le rhéteur Rufus reprochait à l'auteur des Catilinaires 3?

Tel était le sentiment de l'érudit Graevius : «Rufus, qui Gallus erat, Ciceronem dixit Allobrogem, quasi ejus dictio esset inflata, qualis erat Allobrogum 4. »

C'est également en ce sens que le vers de Juvénal est commenté par M. Garofalo : « E notevole, benchè meno dei Provenzali, la loro (= des Allobroges) inclinazione all' eloquenza e alla rettorica. in una maniera che per i Romani divenne tipica 5. »

Ce tipica n'a rien de très précis. L'auteur ajoute en note,

d'outrages ces empereurs amis des provinciaux. » (Ibid. p 43). Elle appelait Claude «un vrai Gaulois », germanus Gallus, (dans l'Apokolokyntose), ainsi qu'elle avait autrefois nommé César. César, gaulois, Cicéron, allobroge : ces qualificatifs, s'ils sont dus à des causes différentes, n'en sont pas moins curieux.

1. Sur la réputation de Cicéron à l'époque de Tacite, voyez le Dialogue des Orateurs, notamment XXII : « Nam priores ejus orationes non carent vitiis antiquitatis », etc.

Cf. Edit. GOELZER, Hachette, 1887, p. 49. Au § XXVI (ibid., p. 60), je relève cette phrase, qui en dit long sur la modestie des rhéteurs contemporains de Rufus: « Quotus enim quisque scholasticorum non hac sua persuasione fruitur, ut se ante Ciceronem numeret, sed plane post Gabinianum ?»

2. SIDOINE APOLLINAIRE. Lettres, V, 5 : « post desudatam Arpinatis opulentiam loquacitatemque...»

3. Au témoignage de D. NISARD (Etudes de moeurs et de critique sur les Poètes latins de la décadence. t. II, p 19 . Cicéron lui-même aurait préparé le déclin de l'art oratoire. Voyez notamment les vives critiques adressées à son traité l'Orator. « L'habitude du succès, trop d'estime pour toutes les petites ressources de métier que lui avait suggérées la longue pratique de son art l'amenèrent à discuter gravement, dans son Orateur, s'il convient que l'orateur se frappe le front et dérange ses cheveux en l'essuvant. Il préparait ainsi les théories oratoires de l'âge suivant, et la dernière transformation de l'éloquence en un procédé dont les rhéteurs débitaient les recettes ». — Critique juste, en somme, malgré sa sévérité. Mais je doute qu'un rhéteur comme Rufus se fût élevé pour semblables raisons contre les « recettes » mêmes de son art.

4. Voyez le Glossaire de DUCANGE, V° Adlobrius.

5. F. GAROFALO, Gli Allobroges; Paris, Welter, 1895, p. 101.


-46après

-46après cité le vers de Juvénal: «C'est à peu près le même reproche que les Français modernes ont adressé aux descendants des Allobroges 1. »

Autre interprétation, voisine de la précédente. Le rhéteur Rufus, se piquant de purisme ou d'« urbanité», aurait employé allobrox comme le premier terme venu pour dire : étranger à la ville de Rome, provincial. Cicéron manquerait d'élégance, de «politesse», ou son vocabulaire ne serait pas assez choisi. Tel grammairien méticuleux ne reprochait-il pas à Tite-Live sa « patavinité », sans qu'on sache exactement ce qu'il convient d'entendre sous une telle accusation. Cicéron parlait mal 2, suivant ces délicats 3. Voilà le sens qu'admettent la plupart des dictionnaires.

Par exemple, le Dictionnaire de la Langue latine de Freund, relevant le vers de Juvénal, l'explique ainsi: « Rufum qui..., id est barbare loquentem 4. »

Cicéron traité d' « allophyle» s, de métèque, si vous préférez, ou de barbare, soit pour être né à Arpinum, soit plutôt pour avoir employé quelque «locution vicieuse», analogue peutêtre à ces mots provinciaux que la femme savante, d'après Juvénal lui-même, blâmait dans le langage de son amie osque 6, voilà bien un reproche qui ne manque pas d'une certaine saveur.

Ce sens péjoratif ressort nettement dans une traduction en

I. «Quasi lo stesso rimprovero Francesi moderni han mosso contro i descendent! degli Allobroges. » Cf. BLAVIGNAC, Etudes sur Genève, I, 100, sqq.

2. Virgile lui-même ne fut-il pas repris par les Bavius et les Mévius ? On connaît le vers suivant :

Hordea qui dixit superest ut tritica dicat. Au début de la 3e Eglogue, Virgile prête à l'un de ses bergers cette interrogation: Die mini, Damoeta, cujum pecus ? An Meliboei ? Non, verum Aegonis. Suivant l'auteur d'une vie de Virgile attribuée à Donat, ces deux vers auraient été ainsi parodiés :

Die mihi, Damoeta, cujum pecus ? Anne latinum ? Non. verum AEgonis; nostri sic rure loquuntur. Voyez la note de l'édition Benoist. Bucoliques, III, p. 23. Virgile ne parlait pas latin, puisque ses bergers employaient des locutions «rustiques»! Il se pourrait que notre « Allobroga » fût une critique aussi peu sensée, en tous cas encore moins justifiée, puisque Cicéron lui même s'était plaint à diverses reprises de l'invasion de la rusticitas. Cf. notamment Brutus. LXXIV, 258 ; Ad familiares, IX, 15, 2 .

3. Quintilien louait au contraire Cicéron « pour avoir eu un soin extraordinaire de la pureté du langage, et pour n'avoir cessé de crier après son fils, qu'il estudiast sur tout à parler et à escrire purement». (VAUGELAS, éd. Chassang, 1, P. 31 ).

4. Cette explication est reproduite textuellement dans le Dictionnaire latinallemand de Karl Ernst GEORGES, éd. de 1879, Leipzig.

5. Ou d'alienigena. ce qui nous ramènerait, constatation bizarre, au sens même que nos celtisants attribuent à l'ethnique Allobroge.

6. Nec curanda viris opicae castigat amicae Verba. (JUVÉNAL, Sat. VI, 455).


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vers due à Vidalin 1, qui a suivi, déclare-t-il, le texte latin

adopté par le Père Tarleron, de la Compagnie de Jésus:

... L'enfant rit tant et plus

Aujourd'hui de son maître; et le fameux Rufus

Ne traitait Cicéron que du nom d'Allobroge 2.

II° Le relatif est à l'accusatif:

Rufum, quem toties Ciceronem Aliobroga dixit.

C'est la leçon que nous lisons, entre autres éditions, dans celle que publia C.-F. Hermann pour la collection Teubner (Leipzig, 1888). C'est aussi le texte de l'édition savante due à M. Hild. Le sens est totalement différent. Ce n'est plus Rufus qui traite Cicéron d'Allobroge, mais les élèves du rhéteur qui donnent à leur maître cette qualification. Ici le sens ironique ou péjoratif serait encore plus manifeste. Si les jeunes gens avaient eu l'intention d'honorer Rufus en le comparant à Cicéron, Juvénal n'aurait pas dit au vers précédent qu'ils se plaisaient à l'outrager (caedit juventus). On pourrait toutefois soutenir que le second vers est l'antithèse du premier: la jeunesse maltraite Rufus; pourtant c'est ce même Rufus qu'elle a tant de fois comparé à Cicéron, bien qu'il fût d'origine allobroge. Dans ce cas, Allobroga n'est plus une sorte de qualificatif du mot Ciceronem, tenant lieu de l'adjectif Allobrogicum ; c'est une apposition au relatif quem = quem, cum esset Allobrox, Ciceronem dixit:

La leçon quem est aussi suivie par Holder 3, comme par Teuffel, dans son Histoire de la Littérature romaine 4. Adoptant la glose d'un scoliaste, plusieurs critiques font de ce Rufus un rhéteur gaulois, né sur le territoire de l'Allobrogie. (Cf. Teuffel: « Rufus (Cicero Allobrox; Juv. vu, 214).» Rufus serait ainsi le premier en date de nos professeurs régionaux. Voilà comment de simples gloses peuvent enrichir la liste des Savoyards ou Dauphinois ayant eu certaine notoriété ! Pourquoi s'en étonner? Le Glossaire attribué à Isidore de Séville, faisant un adjectif du nom propre Rufus, ne donne-t-il pas cette explication vraiment extraordinaire: Aliobroga, Gallus rufus ? Allobroge= Gaulois roux.

1. Moulins; Crépin-Leblond. 1888.

2. Ainsi Rufus lui-même donnerait l'exemple. Formé par Cicéron, il traite son maître de haut, avant d'être persécuté par ses élèves. Tels ces enfants drus et forts du bon lait qu'ils ont sucé et qui battent leur nourrice, comme disait La Bruyère. Mais le contexte ne permet pas d'aller jusque-là.

3. HOLDER. Alt celtischer Sprachschalz, 1, 102. avec la glose du scoliaste : « Rufum, qui Gallus fuit et valde disertus. » Note due à l'obligeance de M. Marteaux, qui nous a également communiqué l'édition de Farnabius.

4. Cf. tome II, p. 284, de la traduction BONNARD et PIERSON.

5. Voyez la correction de Graevius, dans le Glossaire de DUCANGE,V° Adlobrius.


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Devons-nous lire qui ou quem? C'est une question de manuscrits. La bonne famille donne quem, suivant M. Hild 1. « La leçon qui tolies pour quem, écrit-il, dut être celle de quelques mauvais manuscrits. » Nous constatons pourtant avec lui que cette leçon « a été suivie par un certain nombre [même un bon nombre] de modernes».

Le vers est ainsi-transcrit dans cette édition :

Rufum, quem totiens Ciceronem Aliobroga dixit.

Pour expliquer la nuance injurieuse de l'ethnique Allobroge, M. Hild prétend que la peuplade de ce nom « resta longtemps rebelle aux bienfaits de la civilisation romaine — les vainqueurs ne s'y fiaient que tout juste, même au temps de Néron (SÉNÈQUE, Ben., 5, 16). » Les Allobroges sont-ils vraiment restés plus longtemps que telle autre peuplade rebelles à la civilisation romaine? Je laisse aux historiens le soin de discuter cette assertion. Elle ne me semble nullement établie.

§. II.

Quel qu'ait été le texte original, l'acception indiquée par Freund et les lexicographes latins a prévalu. Pour la plupart des érudits qui citent les vers de Juvénal (au XVIIe siècle, Chorier paraît être une exception), ce n'est point Rufus qui est un Allobroge; c'est le rhéteur qui s'est permis de traiter Cicéron avec irrévérence. Or cette irrévérence eut de lointaines et de fâcheuses conséquences.

En effet, le vers du satirique est, à notre avis, la cause essentielle du sens péjoratif attribué, de nos jours encore, à l'ethnique Allobroge dans la plupart des Dictionnaires, avec aussi peu d'exactitude que de judicieuse critique. Pareille signification, fût-elle antérieure et due au motif indiqué par M. Hild (ce qui est douteux), la citation de Juvénal l'a vulgarisée.

Suivons le mot à travers les siècles.

Au Moyen Age, je n'ai rien trouvé. Si la nuance péjorative est Surtout d'origine scolaire ou livresque, elle a dû, sinon prendre naissance, du moins se développer, à l'époque où le texte de Juvénal et des scoliastes a donné lieu à de multiples commentaires, plus spécialement au cours du XVIe siècle. La rudesse des sons Allobrox a contribué pour une part, j'imagine, à généraliser parmi les «escholiers» le sens de «barbare».

I. J.-A. HILD, Juvenalis Satira septima, texte latin publié avec un commentaire critique (Klincksieck, 1890). Voir p. 81.


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Pour découvrir une allusion, j'ai relu divers ouvrages du

XVIe siècle où les épigrammes caustiques ne manquent pas,

entre autres le factum de Barthélémy Aneau, ainsi qu'un

poème latin, Rapina, « seu Raporum encomium », dû au

bressan Claude Bigothier, « poeta rapicius » (1540). Bigothier

se borne à qualifier de « graves» les Savoyards : « Praesertim

gravibus fato largita Sabaudis... 1 » Quant à B. Aneau, on sait

qu'il félicita François I et Henri II d'avoir ordonné à la Savoie

de « françoiser », pour rendre les Savoyards « de sauvages

humains, de barbares civilz, de rudes politiez, et de fiers et

mauvais, doux et bons, chassans avec la ferité des meurs la

rudesse de la parolle 2 ». La « Royale Justice » avait exterminé

à Chambéry

En Parlement de Françoise eloquence Barbare langue et les barbares meurs 3.

S'il y a là quelque allusion au vers de Juvénal, que le fameux régent du Collège de la Trinité avait certainement lu, et sans doute commenté, fort souvent, elle est bien indirecte. La virulente réponse du poète savoyard Marc-Claude de Buttet ne parle pas non plus du satirique latin 4. Mais, de ce que B. Aneau ne l'a pas cité, pour se couvrir de son autorité, on aurait tort de conclure qu'il n'attribuait pas au vers de Juvénal un sens péjoratif. En s'adressant aux magistrats établis à Chambéry par Henri II, il les qualifie d'« Allobroges ». L'épitreau conseiller Philippe de Monthelon commence ainsi : « Allobrogum egregii...5 " » B. Aneau pouvait-il décemment donner au même mot dans son factum une signification péjorative?

Cette signification, dont les érudits nous fourniraient sans doute quelques exemples tirés des contemporains de Barthéle1.

Barthéle1. 1, vers 3. Voyez la belle édition publiée par J. BROSSARD, p. 82; Bourg, 1891. — En dépit du passage extrait de Les Etats, empires et principautés du monde, Genève, 1634. et cité dans la note 2, p. 125 de l'édition Brossard, je considère l'épithète de graves comme un éloge et non comme un trait satirique.

2. Cf. F. MUGNIER. Marc-Claude de Buttet, p. 131 ; Paris, 1896. Cette citation est extraite de la Préface écrite par B. Aneau pour le Stile et Reiglement sur le Faict de la Justice, Lyon. 1 553, sous ce titre: « De l'Institution de la Royale Cour de Parlement, à Chambéry, en Savoie, sur le Style d'icelle Cour. »

3. Vers qui terminent le dizain faisant suite à la Préface. Ibid., p. 132.

4. Si, vers le milieu du XVIe siècle, l'appellation de Cicéron allobroge avait prêté à une malicieuse ironie, Marot aurait sans doute hésité à dédier les vers Suivants « à M. Pelisson. président de Savoye » :

C'est loy qui es le chef et capitaine De tous espritz (la chose est bien certaine) ; Un Ciceron quant a l'art d'éloquence... (MAROT, Epître 64; 1543.)

5. F. MUGNIER, Ibid., p. 100.


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my Aneau et de M.-C. de Buttet, ne ressort pourtant nettement qu'au XVIIe siècle 1. Les Dictionnaires vont en effet l'enregistrer. Par suite de quelles influences?

Qu'on me permette ici une hypothèse au sujet de Vaugelas. Comme je n'ai pu consulter toutes les oeuvres de Ménage et celles de son groupe, je ne puis la confirmer par un texte décisif. Telle qu'elle est, cette hypothèse me paraît cependant assez plausible.

Au XVIe siècle, la langue est loin d'être unifiée. Locutions vendômoises chez Ronsard, lyonnaisismes chez Maurice Scève, gasconnismes chez Montaigne et du Bartas, etc. Que les vocables provinciaux y arrivent, « si le français n'y peut aller», telle est la doctrine, comme l'usage, de la Pléiade jusqu'à saint François de Sales. Pourtant le besoin d'unité s'est déjà fait sentir. Vauquelin de la Fresnaye 2, par exemple, avait demandé aux poètes de ne plus introduire à l'étourdie les termes de province. Malherbe insiste. La réaction s'accentue avec Balzac et l'Académie, avec les Précieuses, avec Vaugelas.

L'Académie à ses débuts propose au Cardinal de Richelieu de « nettoyer la langue des ordures qu'elle avait contractées». «Il semble, dira son historien, qu'il ne manque plus rien à la félicité du royaume que de tirer du nombre des langues barbares cette langue que nous'parlons. »

A cette tâche Vaugelas consacrera sa vie.

Or, comme Malherbe, comme Balzac, Vaugelas est un provincial. Passe encore pour Balzac: sur chaque mot douteux, il consultera l'oreille d'un parisien. Mais Vaugelas? Ses adversaires, et l'on sait qu'ils furent nombreux, auront beau jeu. De quel droit reprocherait-il à «quelques Parisiens d'avoir corrompu leur langage naturel par la contagion des Provinciaux» ? Voilà ce que demandait Ménage. Celui-ci a bien accusé Malherbe de «normanisme» : Malherbe est de Caen. Vaugelas arrive de plus loin. Et Ménage insinue que l'auteur des Remarques sur la Langue françoise, en dépit de son purisme, fait place parmi les mots du «bel usage» à des locutions qui viennent de Savoie. N'est-il pas, disait-il, d'une haute impertinence

I. En vertu d'une bulle datée du 24 juillet 1624, le prieuré de Talloires fut soustrait à la juridiction du monastère de Savigny. Il devint le siège d'un nouvel ordre, celui des « Bénédictins Allobroges ». Si le mot avait impliqué une signification péjorative, on peut croire qu'il n'eût pas été choisi.

2. Cf. Art poétique : « Il faut.. . ne recevoir plus la jeunesse hardie A faire ainsi des mots nouveaux à l'estourdie, Amenant de Gasconghe ou de Languedouy, D'Albigeois, de Provence, un langage inouy. » (11, 907).


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Qu'un estranger et Savoyard Fasse le procès à Ronsard 1 ?

Au lieu de «Savoyard» les adversaires de Vaugelas pouvaient dire «Allobroge 2 ». C'est ce dernier terme qu'emploiera Boisrobert dans l'une de ses Epîtres :

« Il parle françois comme un Allobroge. »

Cette citation est le premier exemple certain que nous ayons trouvé chez les auteurs. De l'épître de Boisrobert la locution va passer dans les dictionnaires, sans interruption, depuis le XVIIe siècle jusqu'aux plus récents. Elle s'enrichira même de nouvelles acceptions. De langage incorrect on aboutit à grossièreté du langage, grossièreté des moeurs, grossièreté tout court, ou sottise. Ainsi Richelet a l'article suivant:

ALLOBROGE, S. m. Grossier, dont on fait peu de cas. [Ah ! tu me traites d'Allobroge!] — Suit la citation de Boisrobert, ainsi commentée: «Il parle le françois comme un Allobroge. C'est mal parler François 3. »

Le Dictionnaire de Rimes, du même auteur, enregistre :

ALLOBROGE, au fig., sot, fatuus 4.

Au XVIIIe siècle, les Dictionnaires recueilleront d'autant plus volontiers l'acception péjorative que Voltaire en aura fait un usage vraiment excessif. Allobroge, gaulois, velche et barbare 5 sont pour lui quatre synonymes 6. Il en accable les mauvais écrivains, ceux-là surtout qui sont des adversaires. N'est-il pas curieux de constater que, sous la plume de Voltaire, le terme générique signifiant gaulois et celui de l'une des plus renommées parmi les «cités» gauloises aient le même sens péjoratif?

Transcrivons d'abord quelques textes.

1. Requeste des Dictionnaires (1646).

2. «Toutes les époques ont connu de semblables manières de dire. Dans la bouche de Malherbe, presque tout ce qui était mal écrit était gascon. Ce que ses contemporains n'entendaient pas et que nous baptisons chinois était pour eux du bas-breton ou du haut-allemand, de même que ce qu'ils n'admiraient pas était gothique. Parler chrétien, qu'on trouve dans Pathelin et ailleurs, n'est guère plus précis ». (F. BRUNOT. Histoire de la Langue française, I, p. 20).

3. Dictionnaire François ; 2e éd., chez Benoist Bailly : Lyon, 1681.

4. Dictionnaire de Rimes ; Paris : éd. de 1760, p. 536.

5. Cf. édit. FALLEX des Lettres choisies, p. 287, note: « Welches, nom germanisé des anciens Gaulois. Voltaire en fait le synonyme de Barbares et en qualifie sans cesse ses contemporains sans goût, sans lumières, ou sans humanité. »

Sur velche et la « nuance méprisante » de ce mot. cf. Gaston PARIS, Romani, Romania (in Mélanges Linguistiques. 1. 91. Romanui se traduisait en allemand par Walah, d'où valaque (blaque) et velche. Ibid., p. : X. et Romania. 1 (1872 ).

Voyez ce curieux passage, à propos de la corruption de la langue française: « Le plus insupportable reste de la barbarie velche et gauloise est dans nos terminaisons en oin. »

6. Ailleurs velche et gothique ont le même sens!


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A l'article Goût du Dictionnaire philosophique, Voltaire écrit, en faisant allusion aux tragédies de Crébillon : « D'où vient qu'en musique des sons aigres et discordants n'ont flatté l'oreille de personne et que cependant, de très mauvaises tragédies barbares, écrites dans un style d'Allobroge, ont réussi, même après les scènes sublimes qu'on trouve dans Corneille? »

On lit de même, dans une lettre datée du 25 février 1772 : «En style allobroge et inintelligible.»

Nous relevons encore la phrase suivante (article intitulé: De la Corruption de la langue française) : «Quelques auteurs, qui ont parlé allobroge en français, ont dit élogier au lieu de louer, ou faire un éloge; par contre, au lieu d'au contraire ; éduquer, pour élever, ou donner de l'éducation ; égaliser les fortunes, pour égaler. »

Ce dernier passage me paraît être la clef de beaucoup d'autres. Allobroge Crébillon ; allobroges l'abbé Trublet, et Labaumelle, et Fréron; allobroges Maupertuis, toujours, et Frédéric II, après la rupture. Mais le véritable Allobroge, ne serait-ce pas le citoyen de Genève? Quel plaisir pour Voltaire de décocher à Jean-Jacques (et peut-être à tous les Genevois, qu'il n'aime guère), même en paraissant viser d'autres adversaires, un mot qui vaudrait toute une épigramme!

« L'auteur des perfides Lettres sur la Nouvelle Héloïse, dit avec raison M. A. François 1, était passé maître dans l'art d'envelopper ses traits, d'en déguiser au besoin l'origine et l'exacte destination. » Assurément, comme le constate l'érudit professeur genevois, « il est malaisé d'établir jusqu'à quel point ces reproches atteignent Jean-Jacques Rousseau ». M. François pense bien que Rousseau est visé par les allusions du Dictionnaire philosophique ; mais il ne saurait le prouver. C'est également ma conviction. J.-Jacques doit figurer en bonne place parmi ces « beaux esprits des pays étrangers qui ne connaissent pas l'usage 2»; il est au premier rang de ces « auteurs qui ont parlé allobroge en français 3 ».

1 . Alexis FRANÇOIS, Les Provincialismes suisses-romands et savoyards de J.-J. Rousseau, p. 1 et 2. (Extrait du tome III des Annales de la Société JeanJacques Rousseau.)

2. Dictionnaire Philosophique.

3. On peut rapprocher de ce passage la boutade sur les mots en isme. qui termine une lettre à Lejeune de La Croix, datée de Ferney. 26 juin 1 773 : « Le vieillard n'a pas le fatuisme de croire avoir raison, il s'en faut beaucoup: mais, comme il a embrassé depuis longtemps le tolérantisme, il espère qu'en faveur de l'analogisme, M. de la Croix voudra bien, malgré son atticisme, permettre à un homme qui est depuis vingt ans en Suisse un solécisme ou un barbarisme. » Vivre en Suisse, c'est altérer la pureté de son langage: à plus forte raison un écrivain d'origine helvétique ne saurait-il, suivant Voltaire, parler français correctement.


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N'est-il pas curieux de rapprocher des boutades de Voltaire le passage suivant d'un critique italien qui rend hommage à la Savoie? Il oublie, il est vrai, saint François de Sales; mais il met au nombre de ses grands écrivains « le quasi Allobroge J.-J. Rousseau ». « Ella non è cosa indegna di considerazione, il notare che Savojardo fu uno dei primi legislatori de! Francese idioma, che un altro Savojardo, cioè l'Abate di S. Real v'introdusse, nel modo di trattare la Storia, e nuvo spirito, maggior dignità e vaghezza, e che finalmente, ai tempi a noi piû vicini, il quasi Allobrogo G. G. Rousseau adornô la Francese litteratura di nuovo carattere di fervida et concettosa eloquenza r.» C'est ainsi que le sénateur « velche » di Barrollo devait venger Allobroges, et même demi-Allobroges. des lardons de M. de Voltaire.

Après les passages que nous avons cités, faut-il nous étonner de lire dans un Dictionnaire portatif, « comprenant la Géographie et l'Histoire universelle», publié à Avignon en 1760, l'article suivant :

«Le nom d' Allobroge a été assez longtemps une injure; et l'on dit encore de celui qui écorche la langue françoise qu'il parle comme un Allobroge. On entend cependant aujourd'hui communément par ce mot les Savoyards.»

Ce texte est doublement intéressant. Il nous apprend qu'en 1760, alors que Voltaire jugeait à propos de faire du mot l'usage qu'on a vu, l'auteur de ce dictionnaire de vulgarisation constatait que le sens injurieux avait disparu. En second lieu, comme le fait le 'Dictionnaire de Trévoux, il enregistre la restriction du sens : le mot ne désigne plus communément qu'une partie des fils de l'antique Allobrogie 2.

Nous voici parvenus au XIXe siècle. Pour critiquer quelquesuns des innombrables dictionnaires parus depuis cent ans, il conviendra de les distinguer: il y a les dictionnaires qui contiennent des articles historiques, et ceux qui se bornent à constater l'usage contemporain.

1. Mem. sull' Abate S. Real, cité par GRILLET, Dict. historique, 1, 206.

2. L'article du Dictionnaire de Trévoux est absolument contradictoire :

« Aujourd'hui par Allobroge nous n'entendons que les Savoyards, et de là est venu que dans le style comique et burlesque, il est pris pour grossier. Il parle François comme un Allobroge. Cette manière de parler n'est pas nouvelle, et nous trouvons dans Juvénal. Sat. VII, v. 214, qu'un certain rhéteu Gaulois, nommé Rufus. et qui eut de la réputation, traitait Cicéron d'Allobroge par mépris. » L'auteur de ces lignes croit, avec un scoliaste de Juvénal, que Rufus était un rhéteur gaulois. On n'est pas gaulois pour «traiter Cicéron d'Allobroge». Si le sens péjoratif a l'origine indiquée au début du passage que nous citons, peuton dire que « cette manière de parler n'est pas nouvelle » et remonter jusqu'à Juvénal ?

[Rev. sav., 1917] 5


- 54Qu'un

54Qu'un 1 enregistre, sous le mot Allobroge, avec une ou plusieurs citations, le sens péjoratif, qui pourrait s'en formaliser? Ainsi feront les auteurs du Dictionnaire général 2, MM. Darmesteter, Hatzfeld et Thomas. Mais, quand on vient nous dire qu'Allobroge, de nos jours, dans le langage usuel, désigne un mauvais écrivain ou un sot, nous avons bien le droit de protester contre cette « sottise ». Qui d'entre nous, à Paris, à Lyon ou ailleurs, a jamais entendu, dans une conversation, le mot allobroge employé avec semblable acception? Tous ces dictionnaires dits usuels sont trop souvent copiés sans critique. Le Nouveau Larousse illustré a trouvé selon nous une formule plus exacte et plus équitable: «On l'a aussi employé quelquefois, comme nom commun, pour désigner un homme lourd, d'un esprit inculte. » Mais noter simplement, comme l'ont fait Larive et Fleury (Dictionnaire français illustré des Mois et des Choses (1891): Allobroge, homme grossier, c'est pis qu'une injure gratuite, c'est une assertion fausses. Des vocabulaires français usuels, la glose précédente passe dans certains Dictionnaires français-latin. Tel celui de M. Edon4. Elle y est encore plus déplacée. Voilà où nous a conduits le rhéteur Rufus, contemporain des doctes grammairiens Encelade et Palémon.

Il est temps sans doute de résumer et de conclure, après avoir recouru à l'obligeance des lecteurs qui auront la faculté de compléter ces indications en consultant les textes que nous n'avons pas sous la main (par exemple les factums des adversaires de Vaugelas, les oeuvres des Scaliger et des Scioppius, etc.) Le mot allobroge a reçu une valeur péjorative. C'est un fait. Il ne l'a plus dans la langue parlée à notre époque : c'est un autre fait. Sont à rectifier tous les dictionnaires de l'usage actuel qui continuent à transcrire la même remarque devenue inexacte. Les dictionnaires enregistrent l'usage ; ils peuvent parfois le créer, ne fût-ce qu'auprès des étrangers. Nous avons jugé utile d'intervenir, avant qu'il y eût prescription.

Au reste le péjoratif a-t-il été employé couramment dans la

I. Cf. ALLOBROGE 2. Familièrement: un homme grossier qui manque de sens. Exemples choisis: « C'est un franc Allobroge.» « A-t-on jamais vu un pareil Allobroge ? »

2. « Allobroges, peuplade des Alpes, dont le nom chez les Romains était déjà une injure. » Avec citation de Richelet et de Voltaire

3. Cf. LAURENT et RICHARDOT: Petit Dictionnaire étymologique de la Langue française, article Allobroge ; Paris. 1893.

4. Allobroge, « 2° Fig. : un sot, un rustre. (Voyez ces mots) ». Ce sens n'est pas relevé dans le Dictionnaire français-latin de GOELZER, non plus que dans celui de QUICHERAT et CHATELAIN.


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conversation, sauf peut-être dans celle des écoliers, limousins ou autres? Nous en doutons. Quelle en est l'origine? Probablement un vers de Juvénal, qui peut s'interpréter de diverses façons. Je ne sache pas d'écrivain grec qui ait donné cette valeur au nom de la peuplade gauloise, ni même un autre auteur latin classique. Le provençal, comme l'italien, l'ignore, ainsi que les parlers dialectaux.

Singulière fortune (ou infortune) que celle de ce mot. Mais songeons qu'une foule d'ethniques 1 ont subi un sort analogue 2. Allobroge, d'ailleurs, n'aurait pas besoin d'être réhabilité. «Gens jam inde nulla gallica gente opibusaut fama inferior», écrivait déjà Tite Lives, en rappelant comment, il y a vingt et un siècles, ceux qui portaient ce nom apparurent pour la première fois dans l'histoire. Au XVIIe siècle, Chorier fait de ces mots un commentaire enthousiaste 4. Ténacité, fermeté, prudence, pénétration, amour de la patrie et de l'indépendance, telles sont les qualités qu'évoque le nom de l'ancien peuple gaulois, suivant un historien qui l'a beaucoup aimé, pour avoir connu de très près ses descendants dauphinois».

Aussi bien, depuis longtemps, Allobroge n'a plus d'autre synonyme (et ce n'est pas un Allobroge qui se plaît à le constater) que l'épithète dont ce mot est suivi dans l'hymne connu de tous : Allobroge, c'est-à-dire vaillant 6.

J. DÉSORMAUX. Annecy, 3 janvier 1917.

1. Sur les railleries que se renvoyaient différents peuples Français, Italiens. Espagnols, Savoyards) vers le commencement du XVIIe siècle, on trouvera de curieux témoignages dans La Moquerie Savoyarde, pièce de 1604 en patois savoyard. Voyez page 23 de l'éd. CONSTANTIN (Annecy, Abry, 1884), ou p. 9 de l'éd. ORSIER (Paris, Champion, 1910). Même texte, Revue de la Renaissance, t. X (1909), p. 121. Citons ces quelques vers:

Parlin poi de lo lingagio Un Fransey en son usagio Se moquera dou Savoyar,... etc. Ceux qui se piquaient d'une plus grande érudition remplaceront simplement ce dernier mot par Allobroge.

2. Cf. béotien (Pindare était de Thèbes!). qui est adopté par nos romantiques comme synonyme de philistin ; opicus, osque, chez les Latins ; chez nous auvergnat. Pour les humanistes italiens du XVI° siècle, le parler lombard, etc.

3. TITE-LIVE, XXI, 31.

Voyez toutefois au chapitre suivant la description des montant, mot qui paraît désigner un peuple différent, XXI, 32. Cf. MICHELET, Hist. romaine, tout le récit, adapté de Tite-Live.

4. Cf. CHORIER, Histoire de Dauphiné, livre 11.

5. M. de CROZALS : Le Caractère Dauphinois (cité par Garofalo).

6. Les glorieuses listes dressées par M. Miquet ne seraient-elles pas le plus éloquent des commentaires ?


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Bibliothèque publique d'Annecy

1744-19,00

(Suite.)

Règlements de la Bibliothèque.

La Municipalité annécienne, en 1838, était en possession d'un choix de livres assez varié, d'un local suffisamment spacieux et de rayons pour les recevoir; en un mot de tout ce qui constitue une bibliothèque privée. Pour l'ouvrir au public, l'autorité compétente avait à donner une autorisation, qu'elle subordonnera à l'approbation préalable d'un règlement, d'un catalogue et d'un bibliothécaire. Telles sont les trois étapes à franchir pour arriver à la réalisation du désir exprimé en ces termes, dès le 20 janvier 1828 (fol. 218), par la Municipalité annécienne :

Le Conseil croit devoir réitérer à cet égard les instances déjà faites par le Conseil double lors de la formation du budget de 1828, et manifester le vif désir qu'il éprouve de faire jouir les habitants de cette ville des avantages de l'ouverture régulière de la Bibliothèque publique, qui offre à toutes les classes de la société, et principalement à la jeunesse studieuse, un délassement à la fois utile et agréable.

Toutes les délibérations relatives à la Bibliothèque portent l'empreinte de la même préoccupation, l'expression du même désir, notamment celles du 14 mai 1836 (fol. 200), 14 août 1837 (fol. 29), 7 déc. 1837 (fol. 42), etc.

Dans la séance où il rendit compte du succès de ses démarches auprès de l'Intendant 1, le syndic observe qu' « il conviendrait aussi de s'occuper déjà à présent de la rédaction d'un règlement pour le service de la Bibliothèque, et pour prescrire les obligations de la personne qui serait chargée de sa conservation ».

Il ne se trouva pas un membre pour faire observer au Syndic qu'on ne pouvait avoir que l'embarras du choix entre les règlements de 1765, de 1808 et de 1812 2. D'une voix unanime,

1. 13 déc. 1837, fol. 45.

2. La plupart des dispositions du nouveau règlement sont empruntées aux anciens.


-57le

-57le « délègue MM. Levet, Philippe et Chaumontel, trois de ses membres, pour dresser le projet d'un règlement pour la Bibliothèque, à devoir être soumis au Conseil de ville».

Les Commissaires ne paraissent pas avoir accepté le mandat que leur confiaient tous leurs collègues. En effet, à la séance du Ier décembre 1838 (fol. 482), « M. le Syndic fait donner lecture du projet de règlement dressé par M. Curtat, l'un de ses membres».

Le Bureau, d'une voix unanime, est d'avis d'en adopter toutes les dispositions, sauf en ce qui concerne les jours et heures d'ouverture, qu'il pense devoir fixer comme suit:

Le jeudi, dès 9 h. du matin à midi, et dès 2 h. à 5 h., et les lundi et samedi, dès 1 h. à 5 h. du soir.

De son côté, le Bureau d'administration de la Bibliothèque avait élaboré un projet de règlement, dont il fut donné lecture à la séance du 6 décembre. A la suite de cette lecture, « le Conseil délègue M. le chevalier de Juge, et MM. Dunant, Anthonioz et Levet, conseillers, aux fins d'examiner ce projet, et lui soumettre leurs observations et propositions».

Le travail des délégués fut poussé avec assez d'activité pour qu'il fût possible au Syndic d'en rendre compte à la séance du 13 décembre (fol. 76).

Après en avoir ouï la lecture et en suite de discussion sur chaque article du projet présenté, chacun des Membres du Conseil a été appelé à donner son vote sur l'ensemble des propositions de sa Commission — et les voix ayant été recueillies, il en résulte que l'unanimité s'est prononcée pour l'adoption, sauf quant au second paragraphe de l'art. 1 1, qui a été rejeté par deux voix, et sur lequel S. E. M. le comte de Sales a déclaré s'abstenir de voter.

En conséquence, le Conseil, à la majorité de 8 voix, arrête comme suit le projet de règlement adopté pour la Bibliothèque publique de cette ville.

SERVICE D'ADMINISTRATION ET DE SURVEILLANCE

Art. 1. Une Commission de cinq Membres, désignée par le Conseil de ville, et dont deux au moins seront pris dans le sein de ce Conseil, sera chargée spécialement de veiller à la conservation et à l'ouverture de la Bibliothèque de cette ville. Cette Commission, qui sera présidée par le plus âgé de ses Membres, se réunira aux époques qui seront par elle déterminées.

Art. 2. Cette Bibliothèque sera en outre confiée aux soins et à la vigilance d'un Bibliothécaire, qui sera aussi nommé par le Conseil de ville.


- 58 —

Art. 3.

La Commission directrice, lors de l'entrée en fonctions du Bibliothécaire, remettra à celui-ci un double du catalogue des divers livres existants dans la Bibliothèque, ainsi que de l'état de l'ameublement qui s'y trouve, et après avoir vérifié le tout et en avoir reconnu la sincérité, le sus dit Bibliothécaire en fera son chargé et en deviendra responsable. Ce chargé sera remis à l'Administration de la ville, et joint au catalogue original qui y est, et doit y rester déposé.

Art. 4.

La Commission pourra faire le revêtissement du catalogue ou inventaire, chaque fois qu'elle le jugera nécessaire. Il sera toujours fait en l'as sistance et en contradiction du Bibliothécaire.

Art. 5. Les acquisitions de livres et d'ameublement, et les échanges seront faits sur la proposition de la Commission, approuvée par le Conseil de ville.

Art. 6.

Le Bibliothécaire sera chargé exclusivement de la tenue des divers registres et livres de compte de la Bibliothèque.

Art. 7. Les acquisitions seront consignées et constatées au fur et à mesure qu'elles auront lieu, au bas de l'inventaire général Il en sera de même des dons qui pourraient être faits. En ce dernier cas, on indiquera les noms des donateurs. Ces additions à l'inventaire général seront portées à la connaissance de l'Administration de la ville, par les soins de la Commission directive.

Art. 8. Le traitement du Bibliothécaire sera fixé par le Conseil.

Art. 9. Le Bureau d'administration de la ville mettra à la disposition du Bibliothécaire l'un des valets de la ville pour le service de la Bibliothèque.

Art. 10.

Le bois de chauffage, l'encre, les plumes, le papier, les règles, les crayons, les compas, et autres objets nécessaires à l'usage de la Bibliothèque, seront fournis par le Bureau d'administration de la ville, sur mandement du Bibliothécaire, visé par la Commission directrice.

SERVICE INTÉRIEUR DE LA BIBLIOTHÈQUE

Art. 11.

La Bibliothèque sera ouverte au public trois jours chaque semaine, savoir: le jeudi dès 9 h. du matin à midi, et dès 2 h. à 5 h. du soir, et les lundi et samedi dès 1 h. à 5 h. du soir.

Elle sera cependant ouverte tous les autres jours de la semaine pour les personnes qui se chargeront, au moyen d'un abonnement, de faire un


-59supplément

-59supplément traitement du Bibliothécaire, et de pourvoir au surcroît de frais d'éclairage et de chauffage.

Art. 12.

Les personnes admises pourront demander et lire, selon leur volonté, tout ouvrage qui sera dans la Bibliothèque, toutefois, sans pouvoir se servir elles-mêmes pour déterminer leur choix. Le Bibliothécaire leur communiquera, si elles le demandent, l'inventaire qui est à sa disposition.

Les ouvrages qui ne peuvent être lus qu'avec autorisation seront fermés sous clef.

Art. 13.

Chaque personne, avant de sortir, remettra au Bibliothécaire les livres qui auront été mis à sa disposition.

Art. 14.

Les lecteurs devront se munir du papier, des plumes et des crayons dont ils auront besoin.

Art. 15.

11 est expressément défendu au Bibliothécaire de laisser sortir les livres de la salle, sous quelque prétexte que ce soit.

Art. 16.

Tout lecteur sera responsable du volume qui lui aura été confié. 11 sera obligé de le représenter dans le même état, ou d'en procurer un autre semblable, s'il le détériore.

Art. 17.

La conservation de toutes les machines de physique, et de tous les instruments de Mathématiques, sera aussi confiée à M. le Bibliothécaire, sous sa responsabilité personnelle. Il sera dressé de ces instruments et machines un inventaire séparé, et à double minute, dont l'une restera à l'usage du Bibliothécaire et l'autre servira à l'usage de l'Administration de la ville. Celui-ci devra être revêtu d'un chargé, de la part du Bibliothécaire.

Si quelques Elèves du Collège royal, ou tous autres, avaient besoin de ces instruments et machines pour faire quelques expériences, ils devront s'adresser à la Commission directrice pour obtenir l'autorisation nécessaire, aux conditions qu'elle prescrira.

Art. 18.

Tous les lecteurs devront garder le silence, et conserver l'ordre et la décence convenables.

Art. 19.

Lorsque le présent aura été revêtu de l'approbation de l'autorité compétente, il sera imprimé et affiché dans l'endroit le plus apparent de la Bibliothèque. Il sera de même affiché aux lieux accoutumés de la ville d'Annecy, afin que tous les habitants puissent en prendre connaissance, et profiter, à leur volonté, des avantages de cette institution,


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Sur ces entrefaites fut publiée l'ordonnance des 22 février23 mars 1839. L'article 42e, titre 3, de cette ordonnance veut que « tous règlements de l'autorité locale sur le service public, l'établissement du service de nuit, et les fonds affectés aux dépenses du personnel, du matériel et des acquisitions soient adressés au Ministère de l'Instruction publique, et y restent déposés ».

Le règlement de notre Bibliothèque demeura si bien déposé au Ministère que, par délibération du 16 décembre 1839 (fol. 110), le Conseil charge M. le Syndic et le Bureau d'Administration de solliciter vivement l'approbation du Règlement. Ses mandataires eurent beau presser et solliciter; le Conseil dut attendre jusqu'au 3 juin 1840 la lettre de l'Intendant transmettant au Syndic l'autorisation ministérielle 1.

A teneur du dernier article, le règlement devait être imprimé et affiché. Mais on n'a pas oublié que l'accord était loin d'être fait en ce qui concernait les jours et les heures d'ouverture de la Bibliothèque au public; c'est pourquoi, « il parut convenable, pour ne pas retarder l'impression du règlement, de laisser en blanc, dans le tirage qui en sera fait, les jours et les heures de l'ouverture, qui pourront ensuite y être ajoutés à la main ».

A la même séance, qui se tint le 27 février 1841 (fol. 16), «le Bureau charge M. le Syndic de donner les dispositions convenables pour l'impression, à 120 exemplaires, du règlement dont il s'agit ». Le travail fut exécuté par M. Aimé Burdet, imprimeur.

Cependant, par lettre en date du 10 mai 1841, Rnd Favre avait demandé l'ouverture de la Bibliothèque les lundi, mercredi et vendredi, dès quatre heures du soir jusqu'à huit. La pensée du bibliothécaire était évidemment de favoriser les employés de bureau et les ouvriers, en leur permettant de se délasser dans la lecture des travaux de la journée. Par délibération du 4 juin, la Commission directrice de la Bibliothèque émit un avis négatif sur l'objet de la dite demande. Le 11 décembre suivant (fol. 14), le Conseil déclare à son tour qu'il n'y a pas lieu de modifier l'article 11 du règlement.

La première difficulté est vaincue; venons maintenant à la seconde.

I. Séance du 25 juillet 1840, fol. 127.


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Catalogues de la Bibliothèque.

Le catalogue Babin, dressé en 1796, avait été reconnu incomplet 1 ; le catalogue Saillet, dressé en 1802-1803, n'était plus au point; la nécessité d'un nouveau catalogue se faisait vivement sentir.

On songea d'abord à confier ce travail au Bibliothécaire 2. Une année se passa, et la nomination du Bibliothécaire n'ayant pas chance d'aboutir dans un avenir prochain, par délibération du 13 décembre 1838 (fol. 78),

Le Conseil charge spécialement le Bureau d'administration de faire dresser incessamment le catalogue général des livres de la Bibliothèque publique, en employant pour cette dépense partie des fonds disponibles au budget de l'année courante, pour réparations à la Bibliothèque,

Ainsi mis en demeure, le Bureau ne perdit pas de temps. Le 22 décembre suivant, fol. 388, d'une voix unanime, il fut d'avis d'accepter les propositions du libraire Prévôt, demandant à se charger du travail.

Le Sr Prévot, négociant libraire en cette ville, se charge de dresser, à deux exemplaires, outre le brouillon original, le catalogue général des livres de la Bibliothèque publique de cette ville, par lettre alphabétique et par ordre de matières, avec indication du nom des auteurs, du nombre des volumes, du format et de la date de l'édition de chaque ouvrage, et de livrer son travail achevé pour le 1 mars prochain, moyennant la somme de deux cents livres, qui lui seront payées après l'exécution du travail, et la vérification qui en sera faite par l'Administration.

Il n'était que temps de se hâter, car, par lettre du 17 janvier 1839 3, l'Intendant du Genevois avise le Syndic d'Annecy que le Ministre de l'Intérieur désire avoir communication du catalogue de la Bibliothèque, « et qu'au moyen d'un signe conventionnel on y fasse connaître ceux qu'il convient de tenir sous clef, pour n'être livrés à la lecture qu'aux personnes qui seraient munies d'autorisation ».

D'autre part, l'article 37 du titre 3 de l'ordonnance des 22 fév.-23 mars porte que :

Les catalogues de toutes les Bibliothèques appelées à participer aux distributions de livres, pour lesquelles sont et demeurent affectés les ouvrages provenant soit du dépôt légal, soit des souscriptions, devront être adressés au Ministère de l'Instruction publique et y constituer le grand livre des Bibliothèques de France, lequel sera tenu à la disposition de tout bibliographe, littérateur ou savant.

1. 9 mars 1800.

.2. 13 déc. 1837, fol. 45.

3. Arch. munic. n° 16.


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Lettres et ordonnances marchaient plus vite que le catalogue. Au 1er mars, le travail n'était guère avancé. Le 10 août, (fol. 69)

Le Bureau :

Considérant qu'il résulte des observations contenues dans la demande du Sr Prévôt que ce dernier serait lésé dans le prix du travail dont il s'est chargé si l'Administration exigeait impérieusement, ainsi qu'elle en a le droit, aux termes des conventions, la remise d'un second exemplaire du catalogue, eu égard que ce travail a été long et pénible, et a nécessité l'emploi d'un aide pendant près de trois mois que le travail a duré;

Arrête qu'il sera fait mandat de 200 1. pour solde du travail exécuté par le dit Sr Prévôt... (un deuxième exemplaire sera fait aux frais de l'Administration).

Le catalogue de Prévôt se divise en 22 sections, savoir :

1. Théologie. 83 in folio, 35 in-4°, 61 in-8°, 149 in-12.

2. Saints Pères. 100 in-folio, 3 in-4° 4 in-8°, 1 in-12.

3. Controverses. 17 in-folio, 93 in-4°, 53 in-8°, 87 in-12.

4. Traités divers. Mélanges théologiques. 20 in-folio, 46 in-4°, 71 in-8°,

76 in-12.

5. Bibles. Interprètes et Commentateurs. 74 in-folio, 79 in-4°, 17 in-8°.

53 in-12.

6. Sermons. Prônes Homélies. Livres de Piété et de Morale. 5 in-folio, 24

in-4°, 123 in-8°, 312 in-12.

7. Droit canonique. 76 in-folio. 26 in-4°, 13 in-8°, 18 in-12.

8. Droit civil. 61 in-folio, 44 in-4°, 33 in-8°, 46 in-12. 9 Médecine. 4 in-folio, 13 in 4°, 46 in-8°, 41 in-12.

10. Histoire sacrée et ecclésiastique. 65 in-folio, 177 in-4°, 21 in-12.

11. Histoire et Vies. 4 in-folio, 12 in-4°, 71 in-8°, 22 in-12.

12. Histoire profane. Voyages et Géographie. 25 in-folio, 101 in-4°, 88 in-8°,

1 58 in-12.

13. Histoire naturelle. 2 in-folio, 43 in-4°, 68 in-8°.

14. Deux manuscrits sur parchemin.

15. Beaux-Arts et Métiers. 8 in-folio, 132 in-4°, 45 in-8°, 29 in-12.

16. OEuvres complètes, entre autres, celles d'Helvétius, de Rousseau et de

Voltaire. 147 in-8°.

17. Dictionnaires. 63 in-folio, 49 in-4°, 50 in 8°, 1 in-12.

18. Mélanges. 1 in-folio, 32 in-4°, 147 in-8°, 166 in-12.

19. Politique. 4 in-folio, 20 in-8°, 29 in-12.

20. Mélanges latins, scriptores latini. 3 in-folio, 19 in-4°, 92 in-8°, 93 in-12. 21. Livres divers, hébreux, svriaques, grecs et latins. 22 in-8°, 93 in-12. 22. Livres en langue anglaise. 8 in 8°, I in-12.

Le Sr Prévôt avait donc inscrit 616 in-folio, 948 in-4°, 1174 in-8° et 1366 in-12, soit au total 4104 volumes. A ce chiffre, il faudrait ajouter 198 volumes in-18, in-24, in-32, et un certain nombre d'ouvrages dont le format ou le nombre de volumes ne sont pas indiqués; on arriverait ainsi à cette conclusion qu'en 1839 la Bibliothèque d'Annecy se composait d'environ


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4400 volumes. On rencontre des ouvrages incomplets, mais en assez petit nombre. Le nom de la plupart de ces ouvrages trahit leur origine; lorsqu'ils furent catalogués, ne portaientils point encore la signature ou le sceau des Corps religieux auxquels la Révolution les arracha ?

On n'a pas oublié que le catalogue ci-dessus devait être envoyé au Ministère de l'Instruction publique. L'Intendant du Genevois par les mains duquel la filière hiérarchique le faisait passer, le laissa plus de six mois dormir dans ses cartons. Il lui avait été expédié le 17 septembre 1839, et ce ne fut que par lettre du 7 avril 1840 que l'Intendant s'excusa auprès du Syndic d'Annecy de son oubli.

Mon désir, dit-il, serait d'envoyer immédiatement votre catalogue à S. E. M. le Ministre de l'Intérieur, afin que cette ville pût être autorisée d'ouvrir sa Bibliothèque au public ; mais j'ai dû remarquer qu'on a négligé de désigner les oeuvres qu'on aurait intention et qu'il serait convenable de tenir fermées à clef

Cela étant prescrit par la dépêche ministérielle du 14 janvier 1839, je me trouve obligé de vous le renvoyer avec prière d'y faire ajouter ces annotations 1.

Les annotations furent rédigées avec un si louable empressement que, le 3 juin 2, l'Intendant du Genevois communique au Syndic une lettre du Ministre de l'Intérieur, en date du 29 mai. S. E. «non seulement approuve la délibération prise par cette Administration de tenir fermés à clef les livres dont la lecture pourrait être nuisible à toute sorte de personnes, mais elle en a témoigné beaucoup de satisfaction.

« Cependant à ceux déjà marqués dans le catalogue, S. E. veut qu'on ajoute encore dans les livres indiqués dans la note A, et ceux de la note B, s'ils appartiennent aux auteurs désignés dans la même note. »

Toutes les formalités étant faites du côté du catalogue, il ne restait plus maintenant, pour obtenir l'autorisation d'ouvrir la bibliothèque, qu'à procéder à la nomination d'un bibliothécaire.

Avant d'aller plus loin, il ne sera pas inutile d'observer que, dès le début, le catalogue Prévôt ne fut pas regardé comme un chef-d'oeuvre; il portait trop l'empreinte de la hâte avec laquelle il avait été confectionné.

Aussi, à la séance du 5 décembre 1849 (fol, 45), n'avons1.

n'avons1. munie. n° 36.

2. Ibid. n° 1 7.


-64nous

-64nous lieu d'être étonnés d'entendre « lecture du rapport de la Commission nommée pour la surveillance de la Bibliothèque.

« La Commission, en réservant le vote de ses membres sur « le choix à faire, émet le voeu, en ce qui concerne la place de « bibliothécaire, que, quel que soit le candidat sur lequel le « choix du Conseil s'arrêtera, avant de recevoir sa nomination « il soit astreint, par des conventions formelles, à faire le « catalogue et le classement complet de tous les ouvrages « dont se compose la Bibliothèque publique, suivant un ordre « méthodique qui sera ultérieurement déterminé, et dans le « délai que le Conseil jugera convenable de fixer. »

Bibliothécaires.

Dès le 20 juin 1828, le Conseil municipal inscrivait «à son budget la somme de 400 1. pour servir à former le traitement annuel d'un bibliothécaire, et pour frais de chauffage de la Bibliothèque publique » (fol. 218.).

Il était sage, de la part du Conseil, de préparer le traitement d'un homme spécialement chargé de tirer les livres de la poussière et de l'entassement dans lequel ils se détérioraient. Malheureusement, il ne fut pas donné suite à cette délibération. Pourquoi cela? Parce que la nomination du bibliothécaire était subordonnée à la confection d'un règlement de la Bibliothèque, et à l'approbation de ce règlement, ainsi que du catalogue des livres, par l'autorité supérieure 1.

Afin de témoigner de sa bonne volonté et de ne pas perdre de vue l'objet de sa délibération du 20 juin, la Municipalité continua à inscrire à son budget une somme d'environ 200 1. pour le traitement d'un bibliothécaire. Enfin, le 25 juillet 1840 (fol. 127), « elle arrête, à la majorité de huit voix contre trois, qui ont proposé un chiffre plus élevé, d'assigner au bibliothécaire... le traitement de 400 1. n., payable par trimestre échu...

« Le Conseil se réserve de pourvoir ultérieurement à la nomination du bibliothécaire, en suite de l'approbation de la présente délibération et après notification de la vacance de cette place par l'insertion d'un avis dans le Journal de Savoie, afin que les personnes qui désirent l'obtenir puissent présenter leur demande à l'Administration en temps utile. »

Le temps utile fixé par le Syndic, dans l'avis par lui inséré

1. 16 décembre 1839, fol. 110.


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au n°48 du Journal de Savoie, publié le 28 novembre, prenait fin le 15 décembre. Le lendemain (fol. 145), le Conseil apprit que six candidats briguaient la place de bibliothécaire :

Rd Favre Hector, professeur au collège de Bonneville, natif d'Annecy ;

Rd Monasson, curé de la Chapelle-Blanche;

M. Conversi Vincent, professeur de langue italienne au collège royal de cette ville;

M. le docteur Calligé, médecin, demeurant à Annecy;

M. Louis Démaison, sindic de Saint-Eusèbe;

Et Sr Jeandin Pierre, rentier, demeurant à Annecy.

M, le Sindic invile le Conseil à s'occuper de cette nomination, pour que la Bibliothèque de la Ville puisse être ouverte au public le 1 janvier prochain.

Procédant par la voie du scrutin secret au choix à faire..., il a été reconnu que la majorité de dix voix s'est réunie en faveur de M. l'abbé Favre et de M. le docteur Calligé.

Un premier scrutin de ballottage entre ces deux derniers candidats a donné une égalité de suffrages pour chacun, et dans un second scrutin M. l'abbé Favre a obtenu la majorité de dix voix, et M. le docteur Calligé seulement six.

En conséquence, le Conseil a nommé, comme par le présent acte il nomme Bibliothécaire de cette ville M. l'abbé Favre Hector, en lui assignant le traitement annuel de 400 l.r voté par sa délibération du 25 juillet dernier, et à la charge, pour cet employé, de se conformer, dans l'exercice de sa charge, aux dispositions du Règlement adopté par délibération du Conseil de ville du 13 déc. 1838, approuvé par le Ministre.

Le nouveau bibliothécaire, l'abbé Hector Favre, né à Annecy le 11 juillet 1808, ordonné prêtre le 11 juin 1833, avait été nommé Directeur spirituel au collège de Thonon, puis professeur de mathématiques, et ensuite de philosophie, au collège de Thonon. Après environ cinq ans d'exercice, il renonça à ses fonctions de bibliothécaire pour devenir professeur de philosophie au collège d'Annecy, et principal du même établissement. Depuis moins d'une année il était chanoine titulaire lorsque la mort l'enleva, à l'âge de 56 ans, le 13 août 1865.

La Revue Savoisienne 2 nous apprend que, conjointement avec M. Serand, Rd Favre «conçut l'excellente idée de joindre à la Bibliothèque un musée, principalement destiné à contenir les produits de la Savoie. Pour en former un noyau, ils offrirent toutes les collections qu'ils possédaient ».

La générosité des donateurs est digne de toute reconnaissance.

1. A la séance du 1 décembre 1838, fol. 382, ce traitement avait été fixé à la somme de 300 1. seulement. 2. 1856, p. 259.


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Quant à l'idée, elle n'était pas neuve. Qu'on veuille bien se reporter aux inventaires de la bibliothèque, à toutes les stations de sa vie errante ; partout on rencontrera, à côté des livres, des objets d'art — le nom de « musée » s'y trouve écrit en toutes lettres.

Quels furent, avec la Municipalité, les rapports de M. l'abbé Favre ?

Celle-ci lui témoigna assez peu de sympathie. Elle trouva le moyen de diminuer de 50 livres une misérable note de 144 liv., ayant pour objet l'ameublement de la bibliothèque, note dressée, sur les instances du bibliothécaire, par l'architecte de ville1. Elle ne crut pas devoir déférer au désir de Rd Favre, que nous verrons prendre en considération plus tard, d'ouvrir la bibliothèque aux heures de liberté des ouvriers. Est-ce ironie? A celui dont elle rejette la demande, la Municipalité vote des remerciements 2. Ces petits coups d'épingle furent douloureux au bibliothécaire, qui ne tarda pas à comprendre le devoir que lui imposait une fausse situation ; aussi, dut-il se montrer enchanté lorsque s'offrit à lui une belle occasion de se retirer. La délibération du 17 déc. 1845, nous fait connaître son successeur, M. Coppier.

M. le Sindic soumet au Conseil quelques observations sur la position toute spéciale de M. Coppier, récemment nommé bibliothécaire et conservateur du musée de cette ville, par délibération du 10 mai dernier, qui a reçu l'approbation supérieure.

Il expose que cet employé, qui occupait la place de professeur au collège de Bonneville, est venu à Annecy, dès le mois d'août dernier, et s'est de suite occupé de l'arrangement et de la classification des diverses collections d'objets dont il a fait don à la ville, pour la formation de son musée.

Que ce travail, utile et nécessaire sous tous les rapports, ne se trouve pas rétribué par le traitement de 100 1. alloué à M. Coppier, et que ce dernier ne pourra percevoir que dès le 1 janvier 1846. Seulement, par suite de l'obligation que M. l'abbé Favre Hector a eue de céder son poste de Bibliothécaire, dès le dernier trimestre de l'année courante, M. Coppier aura droit de percevoir, en cette dernière qualité, la portion de traitement de 400 1. correspondante à ce trimestre ;

Que de plus, M. Coppier a fait plusieurs avances pour le transport et le déplacement des objets dont il a fait don au musée, et ne paraît pas devoir supporter ces frais ;

Qu'en l'état, il paraîtrait juste et raisonnable d'allouer une gratification quelconque à cet employé, pour l'indemniser de son travail, et des avances qu'il a faites.

Que, d'autre part, il serait convenable de témoigner à M. l'abbé Favre

1. 6 février 1841. fol. 1 1.

2. 1 1 déc. 1841, fol. 14.


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la satisfaction du Conseil, pour la manière obligeante avec laquelle il s'est prêté, pour l'abandon de sa place de bibliothécaire, aux arrangements avantageux qui ont été pris avec M. Coppier, et de lui conférer, à cet effet, le titre de bibliothécaire honoraire de la ville; Le Conseil Arrête, à l'unanimité, de conférer à M. l'abbé Favre Hector, comme témoignage de sa satisfaction, le titre de bibliothécaire honoraire de cette ville, et d'allouer à M. Coppier, bibliothécaire actuel et conservateur du musée, une indemnité de 150 1., outre les avances qu'il justifiera avoir fait...

Avec M. Coppier 1, le jeune musée va commencer à grandir aux dépens de la vieille bibliothèque ; désormais, la dernière se verra plus ou moins délaissée au profit du premier.

On se montra aimable, c'était justice, envers le grand bienfaiteur du musée. De 400, son traitement est porté à 10001.; la ville paye la somme de 20 l. exigée de lui pour son entrée dans la Société géologique de France 2. On fait placer dans la salle de lecture, « par le Sr Anselmi, maître gypseur, un fourneau en faïence avec accessoires, moyennant le loyer annuel de 20 1. 3 » ; on solde régulièrement, et sans observation, les frais de la bibliothèque et du musée, tous les trimestres, jusqu'en 1849, et ensuite tous les deux mois. Enfin, la Municipalité s'honora en acquittant, après le décès de M. Coppier, une dette de justice et de reconnaissance envers sa veuve et ses orphelins. Puis elle se mit en peine de lui trouver un successeur, cumulant comme lui les fonctions de bibliothécaire et de conservateur du musée, mais avec un traitement augmenté d'un tiers. Pour cela, craignant de ne pas trouver d'homme capable dans le pays, la Mairie résolut d'ouvrir aux étrangers le concours de la place vacante.

M. le Vice Sindic expose que. par suite du décès de M. Coppier Louis, bibliothécaire et conservateur du Musée, arrivé dans le mois de septembre dernier, il devient indispensable et urgent de pourvoir à la nomination d'un nouveau titulaire, si l'on ne veut voir péricliter, dans peu de temps, les collections qui se trouvent déjà dans ces établissements, notamment en ce qui concerne les objets d'histoire naturelle, qui ont besoin d'une surveillance presque journalière ;

Que, dans la nécessité d'appeler à cet emploi un sujet capable, qu'il serait bien difficile de trouver dans le pays, et vu l'importance de l'un et l'autre de ces établissements, qui possèdent des objets d'une valeur assez élevée, il serait convenable de mettre cette place au concours, ou peut-être de s'adresser à l'étranger, pour obtenir un sujet réunissant les qualités

1. Né à Genève, de parents savoisiens, le 21 juin 1814, décédé le 10 septembre 1849.

2. 11 juillet 1846, fol. 102. 3. 28 nov. 1846, fol. 161.


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que l'on peut désirer, mais que, dans cette hypothèse, le traitement de 400 1. affecté au bibliothécaire, et celui de 600 1. attribué au conservateur du musée, emplois que cumulait défunt M. Coppier ne paraîtraient pas suffisantes pour déterminer une personne capable et étrangère à la ville à accepter ces emplois, qu'il convient cependant de maintenir réunis pour plus d'économie dans la dépense, qu'il semblerait donc opportun d'augmenter le traitement qui y serait attribué, et qui serait réuni en une seule allocation ;

Que, d'autre part, lors du traité qui fut fait avec M. Coppier pour la création du musée de cette ville, à forme de délibération du bureau du 26 avril 1845, sanctionnée par délibération du Conseil de ville du 10 mai suivant, M. Coppier, en acceptant la charge de bibliothécaire et de conservateur du musée, au moyen d'un traitement annuel de 1000 1. pour les deux emplois, a abandonné à la ville, pour former le noyau de ce musée, diverses collections complètes et nombreuses d'objets d'histoire naturelle, d'une valeur de plus de 12000 1., sous la seule condition d'en être nommé conservateur, avec un traitement proportionné à la valeur de cet abandon et en manifestant toutefois, par sa lettre du 30 avril 1845. l'espérance que, dans le cas où il viendrait à être enlevé par une mort prématurée, en lais sant survivant, ou des enfants incapables de se suffire à eux-mêmes, ou ses parents vieux et infirmes, qui vivent du produit" de son travail, ceuxci auraient quelque droit à l'appui et à l'intérêt de l'Administration ;

Que la légimité de cette espérance a été reconnue d'une manière explicite par le rapport de la Commission qui fut chargée d'examiner les propositions de dépenses du budget de 1846, dans lequel furent bilancées les sommes nécessaires pour fournir à M. Coppier un traitement de 1000 1.;

Que le moment est venu de répondre à la juste confiance de M Coppier, qui a consacré tous ses soins et son travail, dès le moment où il est entré en charge, à améliorer et augmenter les collections dont il avait fait l'abandon gratuit, et qui lui avaient été confiées, aujourd'hui que sa mort laisse, sans ressources pour exister une mère âgée et une soeur infirme qui demeuraient avec lui;

Le Conseil délégué...

Reconnaît à l'unanimité... qu'il est le cas de proposer au Conseil communal d'allouer aux budgets successifs de la ville, à commencer par celui de 1850, l'allocation d'une somme annuelle de 500 1., à titre de pension viagère, en faveur de Mme veuve Coppier, laquelle pension sera réversible, après la mort de celle-ci, sur la tête de sa fille, jusqu'à concurrence de la moitié, soit de 250 1.

Relativement à l'augmentation proposée par M le Vice-Sindic dans le traitement annuel du bibliothécaire et du conservateur du musée;

Le Conseil délégué... est aussi d'avis, à l'unanimité, de porter le traitement à 1500 I., afin de pouvoir faciliter le choix d'un sujet réunissant les qualités et connaissances nécessaires, pour exercer utilement la surveillance attachée à ces emplois, et provoquer les améliorations et extension dont ces établissements sont susceptibles.

La Commission de surveillance.

La Commission de surveillance de la Bibliothèque appuya fortement les idées du vice-syndic touchant la nécessité de


-69pourvoir

-69pourvoir délai au remplacement de M. Coppier. On n'a pas perdu de vue que celte Commission tenait son existence de l'article i du Règlement de 1838.

Sur la proposition de M. le Sindic, et en exécution de l'art, du Règle-, ment adopté par délibération du 13 déc. 1838, pour l'administration de la Bibliothèque publique de cette ville, le Conseil s'est occupé de la composition de la Commission de cinq membres, dont deux doivent être choisis dans le sein du Conseil,...

A cet effet, chacun des membres de l'assemblée ayant donné son vote au scrutin secret, pour le choix des membres de cette commission ; dans un premier tour M. l'avocat Levet Aimé, conseiller, a obtenu la majorité absolue de onze voix, et M. Replat Jacques, avocat, la majorité de dix voix. Dans un second tour de scrutin, et après avoir préalablement déterminé que la majorité relative suffirait pour être nommé, M. le docteur Anthonioz Félix, conseiller, a obtenu la majorité absolue de onze voix, et MM. le docteur Calligé, médecin, et spble Philippe Alexandre, avocat, chacun la majorité relative de sept voix.

D'après le résultat de la votation, le Conseil arrête de nommer, comme par le présent il nomme membres de la Commission dont il s'agit : MM. Levet Aimé, conseiller;

Anthonioz Félix, conseiller; Replat Jacques, avocat; Calligé François, médecin; Philippe Alexandre, avocat.

16 déc. 1840, fol. 145.

Le 18 déc. 1841 (fol. 23), M. Dunand Prosper, architecte, succéda à M. Calligé, qui est allé fixer sa résidence à Faverges ; le 20 déc. 1843, M. Berger Eugène, substitut-procureur, succéda à spble Philippe, décédé; puis la Commission semble avoir cessé de fonctionner. Elle avait cessé, au plus tard, le 19 mai 1849, puisque ce jour-là le Syndic invite le Conseil à procéder à la formation d'une Commission de 5 membres, etc. Trois des anciens commissaires furent réélus, savoir : Levet, Replat et Berger (ou Bergier). On leur adjoignit Guillet Alexandre et Bachet François, neveu (fol. 21). Deux ans plus tard, Mauris Jean-Jacques prit la place de Guillet, « qui a quitté la ville d'Annecy pour aller habiter à Saint-Jean de Maurienne, où il est président du Tribunal de première instance ». Comme les cinq précédents, ce dernier siégeait au Conseil municipal.

Nous connaissons maintenant les hommes qui rédigèrent un rapport lu à la séance du 5 décembre 1849 (fol. 45), concluant à la nécessité de pourvoir d'une manière provisoire à la conservation de la bibliothèque et du musée, et d'aviser sans délai à établir le concours pour la nomination définitive du successeur de M. Coppier.

[Rev. sav., 1917) 6


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3° Que M. le Sindic soit chargé de choisir immédiatement une personne capable, pour remplir provisoirement les fonctions de conservateur de la Bibliothèque et du Musée en remplacement du titulaire décédé, et de traiter avec elle pour le traitement également provisoire qui lui serait alloué. Ce remplacement doit être opéré d'urgence, sous peine de voir nos livres, et surtout nos collections d'histoire naturelle, succomber sous une rapide détérioration.

4° Qu'après avoir ainsi paré à l'urgence, la ville ouvre immédiatement un concours, par la voie d'une large publicité, pour trouver à faire occuper convenablement la place de bibliothécaire et celle de conservateur du musée. Les publications faites à ce sujet enjoindraient aux postulants d'adresser leur demande au Syndic; celui-ci en ferait part au Conseil, qui statuerait sur les admissions. La Commission est d'avis que les fonctions de bibliothécaire et celles de conservateur du Musée soient distinctes, et occupées par deux titulaires différents ;

5° Enfin, que la somme de 1500 1., proposée au budget de 1830 par le Conseil délégué, pour appointements annuels des susdits fonctionnaires, ne soit point réduite par le Conseil général, lors de l'examen du budget, mais plutôt augmentée, dans la proportion que permettent « les rigoureuses limites des ressources de notre Municipalité ". Cette lecture entendue, Le Conseil arrête :

3° A l'unanimité, de charger M. le Syndic et la Commission de la bibliothèque d aviser aux moyens de faire exercer provisoirement la surveillance nécessaire à la Bibliothèque et au Musée, en se servant, à cet effet, des allocations spéciales qui seront bilancées au budget de 1850, pour les traiments du bibliothécaire et du conservateur du Mutée;

4° Arrête, à la majorité de dix-neuf voix, que la place de bibliothécaire et celle de conservateur du Musée seront remplies, comme par le passé, par un seul titulaire, auquel il sera payé le traitement annuel de 1500 1., proposé par le Conseil délégué dans les dépenses ordinaires de 1850, et charge le Conseil délégué de pourvoir au plus tôt à la mise au concours de la dite place, avec le plus de publicité possible.

On fit donc insérer dans l'Echo du Mont Blanc, journal d'Annecy, le Courrier des Alpes et le Patriote, journaux de Chambéry, le Salut Public, de Lyon, et les Affiches, de Genève, notification de la vacance de l'emploi de bibliothécaire et de conservateur du Musée de la ville d'Annecy 1. Les frais d'insertion s'élevaient à la somme de 36 1. 55 c. 2.

Invitée à prendre des informations et à donner son avis sur chacun des postulants qui firent parvenir leur demande au secrétariat de la mairie, « en suite des avis publiés par les journaux de la Savoie et de l'étranger pour faire connaître la vacance de l'emploi de bibliothécaire et de conservateur du Musée de la ville d'Annecy 3», la Commission présenta un rapport qui fut examiné dans la séance municipale du 8 juin

1. 21 janvier 1850, fol. 7.

2. 13 juillet 1850, fol. 48.

3. 10 mai 1850, fol. 87.


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1850 (fol. 113). Il se trouva un membre pour faire comprendre aux autres la nécessité de séparer la Bibliothèque du Musée; la sagesse parlait vraiment par sa bouche. Pourquoi le règne de la sagesse fut-il de trop courte durée.

Un membre observe que l'examen des dites demandes n'ayant signalé aucun des postulants comme réunissant toutes les qualités voulues pour remplir convenablement les deux emplois puisque, sur les neuf pétitions qui ont été présentées, la Commission n'en a reconnu que quatre méritant d'être prises en considération en énonçant encore que chaque candidat laisse quelque chose à désirer, selon qu'on le considère comme bibliothécaire ou comme conservateur du Musée, il apparaîtrait convenable de revenir sur la décision prise par la délibération du 5 décembre dernier de réunir les deux emplois sur la même tête, et d'adopter la proposition qui fut faite lors de la dite délibération, par la Commission de la bibliothèque, de rendre ces deux fonctions distinctes, et occupées par deux titulaires différents...

Le Conseil arrête :

1° A l'unanimité moins neuf voix, de diviser les fonctions de bibliothécaire et de conservateur du Musée, de manière à en faire deux emplois distincts ;

2° A l'unanimité moins trois voix, d'allouer le traitement de 1000 1. au conservateur du Musée et 500 1. au bibliothécaire ;

3° A l'unanimité moins six voix, de renvoyer la nomination des dits employés à la session d'automne prochain, en chargeant le Conseil délégué de pourvoir au concours à ouvrir pour les dites nominations;

4° A l'unanimité de charger M. le Syndic de pourvoir provisoirement à la conservation de la Bibliothèque et du Musée, en employant à cet effet les fonds affectés à cet objet par le budget de l'exercice courant.

Restait toujours en suspens la question principale.

Sur nouvelle invitation du Conseil 1 à examiner les demandes des candidats au double emploi de bibliothécaire et de conservateur du Musée, on nomma au second M. Bouvier Louis, né à Saint-Félix, le 15 février 1820, décédé au mois de janvier 1908, à Buénos-Ayres, et au premier, M. le docteur Truchet, demeurant à Annecy 2.

Les postulants à l'emploi de bibliothécaire sont au nombre de trois, savoir : M. Berger Ambroise, de Morzine, M. Rey Joseph, demeurant à Annecy, et M. Philippe Jules, de la même ville — et que les postulants pour la place de conservateur du Musée sont aussi au nombre de trois, savoir : M. Payot Venance, de Chamonix, M. Mortillet Gabriel, demeurant à Genève, et M. Bouvier Louis, docteur en médecine, demeurant à SaintFélix. La nomination de M. Bouvier se fit au second tour de scrutin, par 18 voix sur 35 votants.

Ensuite « le Conseil s'est occupé de la nomination du bibliothécaire, en considérant comme candidats pour cette place MM. Berger Antoine (précé1.

(précé1. nov. 1850, fol. 126.

2. 7 déc. 1850, fol. 1 30.


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demment Ambroise), Rey Joseph, Philippe Jules et Truchet, docteur-médecin de cette ville (candidat aux places réunies de bibliothécaire et conservateur, ce dernier n'avait pas retiré sa candidature).

Toutefois, avant de procéder à votation sur le choix à faire parmi ces candidats, le Conseil, d'une voix unanime, arrête que le titulaire du dit emploi sera nommé pour le terme de trois ans, sauf renouvellement. Qu'il - souscrira un engagement pour le dit terme.

... Le dépouillement des votes ayant été fait, il en résulle que, sur 32 votants, dans un premier tour de scrutin, M. le docteur Truchet a obtenu la majorité absolue de 21 voix.

D'après ce résultat, le Conseil nomme bibliothécaire AI. le docteur Truchet Victor, de cette ville...

Cela fait, «d'une voix unanime, en exprimant à M. Eloi Serand sa gratitude pour les soins qu'il a bien voulu donnera la Bibliothèque et au Musée, durant la vacance de la place de conservateur», le Conseil arrête de lui accorder une gratification de 200 1., comme indemnité de la perte de temps que ces soins lui ont occasionné, et de lui conférer le titre honorifique de conservateur et de bibliothécaire-adjoint..., sous la réserve expresse de pouvoir conférer le même titre à toutes autres personnes méritantes, suivant les convenances du Conseil.

Né à Annecy, le 21 avril 1826, et décédé le 3 novembre 1891, M. Eloi Serand fut bibliothécaire et conservateur intérimaire du Musée, non seulement du 10 septembre 1849 au 7 décembre 1850, mais encore du 1 juin au 1 novembre 1884, et du mois de mars 1886 au 1 août 1887.

Le droit qu'il se réservait, le Conseil pouvait-il supposer, qu'un demi-siècle plus tard il en userait envers le fils de M. Eloi Serand. Le 3 juin 1892, M. Joseph Serand fut nommé conservateur-adjoint de la Bibliothèque et du Musée, d'abord à titre gratuit. Cette situation fut appointée de 200 fr. par an, le 13 juin 1902 (fol. 104), pour la surveillance à exercer sur nos collections et sur la bibliothèque de la ville pendant les absences et les vacances du conservateur.

III. — LA BIBLIOTHÈQUE AU NOUVEL HÔTEL DE VILLE.

Bibliothèque au deuxième étage. — Dons et achats. — Bibliothèque unie au Musée. Comité d'inspection. — Ouverture de la Bibliothèque le soir. — Catalogue et estampillage.

Aux côtés de notre Voyageuse, atteignant sa septième et dernière étape, un demi-siècle nous reste à parcourir; hâtons le pas.

N'avait-il pas été expressément stipulé que le bibliothécaire


-73 -

et le conservateur nommés le 7 décembre 1850 ne demeureraient en fonctions que l'espace de trois ans ?

La pensée du Conseil était évidemment de faire coïncider la nouvelle installation de ses livres et collections avec le choix de nouveaux employés, les plus capables de donner toute satisfaction.

A M. Bouvier, succéda M. Gabriel de Mortillet. Ce jeune savant, dont le nom devait être appelé aux honneurs d'une éphémère célébrité, était alors âgé de 33 ans 1. Il avait vu le jour à Mevlan (Isère), le 29 avril 1821, et décéda à Saint-Germain-en-Laye, le 25 septembre 1898.

Le 19 mai 1857, il céda la place à M. Joseph Ducret, qui ne prit possession que le 28 novembre suivant. Le 5 octobre 1860, il allait occuper au collège de Porrentruy la chaire d'histoire naturelle.

M. Louis Revon, né à Genève, de parents français, mort le 28 mai 1884, fut plutôt le successeur de M. Coppier que celui de M. Ducret. Il ne tarda guère, en effet, à cumuler les fonctions de bibliothécaire et de conservateur qui, depuis l'annexion, n'ont jamais plus été séparées (28 février 1862).

Pendant que les conservateurs, leur triennat accompli, quittaient le Musée, M. Truchet demeurait fidèle à sa Bibliothèque. C'est en 1854 qu'il la transporta de l'ancien au nouvel hôtel de ville, transport peu coûteux, pour lequel on lui remboursa, le 28 nov. 1854 (fol. 145), la somme de 22 1. 40 c.

La veille de ce jour 3 le Conseil : « Vu une note de travaux exécutés par le Sr Gianoli, plâtrier, pour la salle de la Bibliothèque dans les dépendances de l'hôtel de ville.

« Résultant que les travaux et fournitures énoncés dans la note se rapportent au placement des clefs en fer, dont la pose a été nécessitée pour la consolidation de la voûte de la Bibliothèque....

« Considérant que la reconstruction de la voûte de la Bibliothèque a dû être opérée par le sieur Désarnod, entrepreneur des constructions de l'hôtel de ville, par suite des vices de construction que présentait la voûte primitive. »

Le 14 mai 1857 (fol. 376) « Le Conseil vote la somme de 300 l. montant de l'évaluation portée par M. l'Agent Voyer

1. Sa nomination est datée du 5 août 1853.

2. Truchet Victor, né à Annecy, le 26 septembre 1799, décédé le 22 septembre 1874.

3. Fol. 142.


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communal, pour agrandissement des salles du Musée et de la Bibliothèque au 2e étage de l'hôtel de ville. »

Le devis de l'Agent Voyer fut largement dépassé, car, le 22 octobre 1859 (fol. 214), on alloua « aux frères Gibelli, entrepreneurs, pour travaux d'agrandissement du Musée et de la Bibliothèque, exécutés en 1858-1859, la somme de 788 l. 34 c.

Si les salles du deuxième étage n'étaient pas suffisamment spacieuses, ce n'est assurément pas la Bibliothèque qui les encombrait. A peine quelques nouveaux venus s'étaient-ils adjoints aux 4.400 volumes du catalogue Prévôt.

Dons et achats.

A cet article, on trouve le don « d'une cinquantaine de volumes, parmi lesquels les neuf premiers volumes du Journal de Magnétisme, sous condition que l'Administration voudra bien continuer l'abonnement suspendu dès 1851, à raison de 12 l. par an 1. M. Bétemps, libraire, fit aussi quelques petits cadeaux 2. On lui versa la somme de 233 1. pour achats de livres et reliures — à Didier-Monet, la somme de 118 1. 50 c. pour fourniture de livres en 1854.

Au Sr Joly, libraire à Chambéry, la somme de 15 l. pour fourniture de la Flore générale.

Le même libraire avait aussi vendu à M. Coppier 33 volumes de classiques latins, 2e série, de Panckouke. Mais le bibliothécaire n'ayant pas été préalablement autorisé à faire cet achat, Joly fut invité ou à reprendre ses ouvrages ou à les céder à 4 l. le volume, au lieu de 7 l. 35 c.; c'est ce dernier parti qu'il embrassa.

D'autres livres ayant encore été fournis par le négociant chambérien dans les mêmes conditions irrégulières, il fut obligé de faire une triple réclamation pour obtenir la somme de 28 1. sur une note de 38 l.3. Aussi, lorsque le 20 août 1860, le Préfet demanda au Maire d'Annecy des renseignements sur la Bibliothèque, ainsi qu'un catalogue qu'il devait transmettre au Ministre de l'Intérieur 4, n'eut-il pas lieu de témoigner beaucoup de satisfaction.

A partir de cette date, la Bibliothèque s'enrichissait des dons du Ministre de l'Instruction publique en documents inédits

1. 23 nov. 1854, fol. 145.

2. 10 nov. 1855, fol. 313.

3. 8 août et 3 octobre 1857, fol. 221 « 240 ; 17 Juil. et 30 oct. 1858, fol. 63 et 65.

4. Arch. mun. n° 19.


-75de

-75de de France, au nombre de dix 1 ; du don de M. Auguste Bonzanigo, propriétaire à Monnetier-Mornex.

Ce cadeau consiste dans l'envoi de 516 volumes, dont la plupart sont des classiques italiens, qui faisaient défaut sur nos catalogues. Il s'y trouve aussi des livres et albums relatifs à l'histoire, à l'archéologie, aux beauxarts, etc. Choisie par le donateur, pendant ses séjours en Italie, cette collection n'est pas seulement précieuse par le nombre des volumes ; elle se compose de belles éditions dans les grands formats, et des series entières de riches reliures. Beaucoup d'ouvrages sont des chefs-d'oeuvre typographiques, portant les noms des plus célèbres imprimeurs italiens, depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours 2.

Du legs de M. Maurice Naville, originaire de cette ville, en son vivant géomètre, décédé à Lyon le 6 mai dernier. Par son testament, en date du 1 juin 1878, il lègue 2° à la Bibliothèque de la ville d'Annecy, tous les livres de sa bibliothèque qui conviendront.

Il termine en annonçant que l'estimation faite par M. Revon, conservateur, des livres de la bibliothèque Naville porte à 1815 l. la valeur de ceux-ci, dont la plus grande partie va combler une lacune qui existait dans nos collections 3.

La Bibliothèque s'enrichissait encore des achats de livres faits sur les sommes budgetées annuellement, par le Conseil municipal, à cet effet :

A la séance du 12 juin 1878 (fol. 23), M. le conseiller Marchand propose au Conseil d'arrêter qu'il sera fait, chaque année, des achats de livres, de manière à tenir la Bibliothèque, autant que possible, au courant des productions nouvelles, tant scientifiques que littéraires. La somme de 1000 1. sera consacrée à cet objet.

Dons et achats amènent à la Bibliothèque, pendant les quinze premières années après l'annexion, plus de 300 volumes annuellement 3 .

Quant au catalogue, aux termes du rapport dont nous allons nous occuper, M. Truchet aurait mené ce travail à bonne fin.

Bibliothèque unie au Musée.

Avant d'en venir au rapport, essayons d'en faire connaître la genèse. A la séance du 15 mars 1856 (fol. 23), on lut une « pétition des ouvriers de la ville, pour faire fixer les jours et heures d'ouverture de la Bibliothèque et du Musée de cette ville, de manière à ce qu'ils puissent y rechercher l'instruction,

1. 17 août 1861. fol. 60.

2. 7 fév. 1879, fol. 89.

3. 16 août 1876 et 3 mai 1880, fol. 102 et 32.


-76en

-76en le désir que ces établissements soient ouverts le dimanche » ;

Le Conseil délégué arrête que cette pétition sera communi quée au Comité de la Bibliothèque et du musée pour son avis, et successivement au Conseil communal pour ses déterminations.

A cette pétition, le Comité, s'inspirant des procédés du Conseil à l'égard de Rd Favre qui, le premier, fit entendre les doléances des ouvriers, le Comité, dis-je, répondit par une fin de non-recevoir Faisant siennes les revendications de la classe laborieuse, la Commission des finances rend M. Truchet responsable de leur échec. C'est pourquoi, à la séance du 14 décembre 1856 (fol. 255), elle ne parle de rien moins que de remercier M. Truchet de ses services, et obtient du Conseil que des informations soient prises pour appuyer sa motion.

M. le rapporteur de cette Commission, au nom de cette dernière, émet la proposition au Conseil de mettre le dit emploi au concours, pour être pourvu au remplacement du bibliothécaire en titre.

Le Conseil renvoie la proposition de la Commission des finances, concernant le remplacement du Bibliothécaire, à la Commission de la Bibliothèque, pour ses informations et son avis sur cet objet.

Les informations ne se firent pas attendre. Dès le 17 décembre (fol. 26), sur le rapport favorable du conseiller Mauris, on réhabilite le bibliothécaire incriminé.

Par suite du déplacement obligé et réitéré qui a été fait des livres de la bibliothèque, d'abord pour leur transfèrement du local où cet établissement se trouvait dans le bâtiment de l'ancien hôtel de ville, et successivement à cause de la reconstruction de la voûte du local actuel, M. le bibliothécaire a été entravé dans son travail qui a dû, par des circonstances indépendantes de sa volonté, et que l'on peut considérer de force majeure, éprouver de grands retards — que ces mêmes circonstances ont bien pu aussi empêcher l'ouverture régulière de la bibliothèque en conformité du règlement, fait sur l'exactitude duquel la Commission n'a pu se prononcer... Le Conseil arrête qu'il n'y a pas lieu à retenir les plaintes formulées contre le Bibliothécaire.

Le triomphe de M. Truchet fut de courte durée. Le procèsverbal de la séance du 26 juillet 1861 nous a conservé le récit de la nouvelle escarmouche dans laquelle il mordit la poussière.

Vu la réclamation formulée par M. Revon, conservateur du Musée de cette ville, dans la lettre adressée à M. le Maire, en date du 28 juin proche échu, au sujet de la modicité de son traitement, et l'impossibilité où il serait de continuer à occuper cet emploi s'il n'est pas mieux rétribué à l'avenir.

Sur l'initiative de M. le Maire, le Conseil municipal, délibérant au sujet de cette réclamation, à l'occasion de la formation du budget de 1862 ;


— 77 —

Ouï l'avis de la Commission des finances :

Prenant en considération le zèle et les connaissances scientifiques dont M. Revon a fait preuve depuis qu'il occupe l'emploi de Conservateur du Musée, et la sollicitude qu'il a mise à augmenter et enrichir les collections de cet établissement ;

Considérant que M. le docteur Truchet. qui occupe depuis plusieurs années l'emploi de Bibliothécaire, se trouvant presque continuellement indisposé, ne peut pas apporter à la surveillance de la Bibliothèque publique les soins que cet établissement peut exiger ;

Considérant que le Musée et la Bibliothèque publique se trouvant réunis dans le même local, un seul employé peut facilement surveiller les deux établissements, au moyen d'un traitement fixe qui lui permette d'y employer tout son temps ;

Considérant qu'en adoptant cette combinaison, et ayant égard aux services rendus par M. Truchet, actuellement bibliothécaire, la ville pourrait l'indemniser au moyen d'une pension de retraite ;

D'une voix unanime, le Conseil est d'avis de réunir dans la personne de M. Revon l'emploi de Conservateur du Musée et de Bibliothécaire, en lui accordant le traitement annuel de 1800 francs à partir du 1er janvier 1862, à la charge de donner tout son temps aux obligations des dits emplois.

A la majorité des voix, est d'avis d'accorder, sur les fonds de la ville, à M. Truchet, la pension de retraite annuelle et viagère de 250 francs à partir de l'année 1862, en tant qu'il cessera les fonctions de Bibliothécaire.

Le nouveau conservateur bibliothécaire n'eut pas longtemps à attendre, par une augmentation de traitement, la preuve de la faveur municipale. Il est à noter que les considérants de la délibération du 1er février 1872 (fol. 10), à laquelle nous venons de faire allusion, visent uniquement le Musée; de la bibliothèque, pas un mot.

Considérant que M. Revon a consacré tout son temps et donné tous ses soins an développement du Musée, jusqu'au point de s'imposer des sacrifices personnels ;

Que grâce à son intelligence et à son activité, il a su lui donner une extension considérable en obtenant soit du Ministère des Beaux-Arts, soit de divers particuliers, des dons marquants, qui sont venus enrichir ses diverses collections, au point qu'il peut, aujourd'hui, rivaliser avec des établissements du même genre appartenant à des villes beaucoup plus populeuses que la ville d'Annecy ;

Considérant que M. Revon mérite d'autant plus la faveur qu'il sollicite (augmentation de traitement) que, pour rester attaché au Musée de la ville, il a refusé des positions plus avantageuses ;

Considérant, d'autre part, que le public ayant manifesté le désir de voir ouvert le Musée, le dimanche, il importe, en faisant droit à cette réclamation, de tenir compte de ce surcroît de travail dans l'augmentation de son traitement.

Arrête à l'unanimité de porter son traitement à la somme annuelle de 2400 francs à partir du Ier janvier 1872 La dite augmentation sera personnelle à M. Revon, et non attachée à son-emploi.


-78Comité

-78Comité

Le 16 juin 1875 1, la Préfecture écrivait à la Mairie d'Annecy :

« M. Duparc, Député de la Haute-Savoie, a sollicité de M. le Ministre de l'Instruction publique une concession d'ouvrages provenant du dépôt des souscriptions, en faveur de la Bibliothèque d'Annecy.

« M. le Ministre m'informe que votre Bibliothèque, n'étant pas encore pourvu d'un Comité d'inspection et d'achat de livres, conformément aux instructions de la circulaire ministérielle du 4 mai 1874, il s'est vu forcé d'ajourner toute concession en faveur de cet établissement, jusqu'à ce qu'il ait été satisfait aux prescriptions de la dite circulaire. »

Par sa circulaire précitée du 4 mai, le ministre portait à la connaissance des intéressés l'arrêté du 6 janvier, en sept articles :

Art. 1er. — Il est souscrit tous les ans, sur le vu de la loi de Finances, à un certain nombre d'ouvrages destinés aux bibliothèques populaires, et désignés au choix du Ministre par une Commission compétente

Art. 2. Sur l'avis de la Commission, il peut être accordé aux bibliothèques populaires des ouvrages provenant du dépôt légal.

Art. 3. — Il n'est jamais accordé deux concessions dans la même année, à la même bibliothèque.

Art. 4. — Il n'est accordé de concessions de livres que sur la proposition du Préfet.

Art. 5. — Il n'est accordé de concessions de livres qu'aux bibliothèques qui s'engagent à se soumettre à l'inspection de l'Etat, et en cas de dissolution de la Société ou de fermeture de la bibliothèque, à reverser à une bibliothèque publique du département les ouvrages accordés par f'Etat.

Art. 6. - L'inspection des bibliothèques populaires est confiée :

1° A l'Inspecteur général des bibliothèques, dans la circonscription de sa tournée annuelle ;

20 A MM. les Inspecteurs d'Académie, dans l'étendue de leur circonscription ;

3° En cas d'empêchement de leur part, à un Membre de l'Université, ou à un ancien élève de l'Ecole des Chartres, désignés au choix du Ministre par le Préfet et le Recteur ;

Les rapports des personnes désignées par les § 2 et 3, et par l'art. 7, sont adressés annuellement, par l'intermédiaire du Préfet, au Ministre de l'Instruction publique.

Ces bibliothèques sont toujours accessibles à tous les Délégués du Ministère.

Art. 7. — Les Administrateurs, Bibliothécaires ou Commissions de bibliothèques qui ont obtenu une concession du Ministère, adressent tous les ans au Ministère un rapport sur l'état de la bibliothèque, son accroissement, ses services, ses ressources et les progrès réalisés.

1. Arch. mun., n° 2 3.


— 79 — Ces rapports sont visés par les Préfets, qui les adressent au Ministre, en les accompagnant de leurs observations. Fait à Paris, le 6 janvier 1874.

Signé : DE FOURTOU.

Sur la proposition du Préfet, le Ministre nommait, le 9 juillet, le premier Comité d'inspection, aux personnes de M. Dunand, vice-président du Conseil de Préfecture; de M. l'abbé Ducis, archiviste; de M. Jules Philippe, journaliste, et de M. Tissot, ingénieur, vice-président de la Société Florimontane.

Il y a cela de remarquable dans la pièce ci-dessus, qu'elle s'appuie, non pas sur la circulaire du 4 mai, mais sur l'article 38 de l'ordonnance royale du 22 février 1839.

M.Aimé Constantin prit, le 27 novembre 1888, la place de M. Jules Philippe, décédé ; M. Marteaux, le 8 février 1884, la place de M. Tissot; M. Thonion, le 28 septembre 1903, la place de M. Constantin ; M. Bruchet, le 6 décembre 1897, la place de M. Ducis.

Nous relevons encore les noms de MM. Martin et Boucon, professeurs au lycée; de MM. Sabatier, Hunstedt, Chamoux, Petit, Ferrero et de Mlle Gas.

Ouverture de la Bibliothèque le soir.

M. Revon ne pouvait manquer de rencontrer sur son chemin l'obstacle contre lequel se brisa son prédécesseur.

A la séance du 12 juin (fol. 23), M. le Conseiller Machard propose au Conseil d'arrêter :

« Qu'à partir de l'année 1879, la Bibliothèque sera ouverte tous les jours, à partir de 8 h. à 11 h. du soir, sans préjudice des heures où elle est ouverte actuellement. »

Expliquant sa proposition, M. Machard dit qu'elle serait d'une grande utilité à une quantité de jeunes gens qui désirent obtenir de l'instruction, mais qui ne peuvent profiter de la Bibliothèque, celle-ci étant fermée aux heures où ils sont libres.

Il ajoute que s'il demande une allocation de 600 fr. pour le traitement d'un employé auxiliaire, c'est afin de ne pas astreindre M. le Conservateur à faire un service supplémentaire très pénible.

M. le Maire dit qu'à son avis la question est beaucoup trop grave pour qu'elle puisse être résolue sans un examen approfondi, et il demande qu'elle soit renvoyée à une Commission spéciale. Le Conseil Municipal,

Arrête de renvoyer l'examen de la proposition de M. Machard à une Commission de quatre membres nommés au scrutin secret à la majorité relative, en décidant que M. Revon, conservateur de la Bibliothèque et du Musée, en fera partie de droit.


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Procédant de suite au vote, il est résulté que MM. Thabuis, Machard, Duparc et Carron ont obtenu le plus grand nombre de voix.

Renvoyée à une Commission de quatre membres, la proposition Machard revint au Conseil le 16 août 1878 (fol. 31). Celui-ci décide qu'à titre d'essai on ferait trois jours par semaine l'ouverture de la Bibliothèque de 7 à 10 h. du soir.

M. le Conseiller Machard, au nom de la Commission nommée par délibération du 12 juin dernier, donne connaissance des propositions auxquelles elle s'est arrêtée, relativement au projet d'ouverture de la Bibliothèque pendant la soirée.

La Commission a pensé qu'une expérience suffirait, et elle a décidé de proposer au Conseil :

1° L'ouverture de la Bibliothèque les mardi, mercredi et jeudi, de 7 à 10 h. du soir, du 1 novembre prochain jusqu'à Pâques ; les enfants de 14 ans ne seraient pas reçus ;

20 La nomination d'un employé suppléant chargé de la surveillance de la Bibliothèque pendant les dites heures d'ouverture. Cet employé, auquel on allouerait un traitement de 50 francs par mois, serait adjoint dès le mois de septembre, afin de se préparer et aussi pour aider M. Revon dans la refonte du catalogue de la Bibliothèque ;

3° L'élévation au chiffre de 2.000 fr. de l'allocation annuelle accordée pour l'entretien du Musée et de la Bibliothèque, sous la condition de partager cette somme par égale part entre les deux établissements;

4° Le vote d'un crédit de 400 fr. pour frais d'éclairage et de chauffage des salles de lecture.

Ces propositions ayant été mises aux voix par M. le Maire,

Le Conseil municipal, après quelques explications, arrête:

i° D'ouvrir la Bibliothèque aux époques, jours et heures proposés;

2° De nommer, à ces fins, un employé auxiliaire, au traitement de 50 fr. par mois, à dater du 1 septembre prochain ;

3° De porter à 2.200 fr. l'allocation annuelle accordée pour l'entretien du Musée et de la Bibliothèque, en décidant que les frais de chauffage et d'éclairage seront prélevés sur cette somme, et que le surplus sera partagé, autant que possible, par moitié entre les deux établissements...

Il reste bien entendu que l'ouverture de la Bibliothèque n'aura lieu qu'à titre d'essai pendant cet hiver.

A la même séance, M. Revon proposa d'étendre au musée les décisions prises relativement à la bibliothèque ; sa motion fut ajournée.

M. Revon fait connaître que, d'accord avec la Commission de la bibliothèque, il offre d'ajouter le mercredi aux jours d'ouverture de cet établissement et du musée; qu'il pourrait aussi prolonger les séances du mardi, du mercredi et du jeudi, jusqu'à 5 heures en hiver, et jusqu'à 7 h. en été, que l'horaire des dimanches ne serait pas modifié, et que les trois autres jours resteraient libres pour les classements, les écritures et les voyages pour fouilles et acquisitions. Le Conseil :

Considérant que cette demande a été présentée trop tard pour pouvoir


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être instruite régulièrement, décide d'en renvoyer l'examen à sa session de novembre prochain.

Quels furent les résultats de l'essai tenté pendant l'hiver 1878-1879?

Le Conseil municipal étant réuni, le 5 mai 1879 (fol. 55), « M. le Maire expose que, sur sa demande, M. le Conservateur de la bibliothèque vient de lui adresser un rapport sur les résultats de l'ouverture de cet établissement public, pendant les soirées de l'hiver dernier ».

Ce rapport, en faisant ressortir les quelques inconvénients qui ont pu résulter de cette ouverture, est assez satisfaisant pour qu'on décide de tenter une nouvelle expérience ; la Commission des Finances avisera aux moyens de favoriser l'entreprise.

L'on peut compter sur une moyenne de quinze lecteurs, tout à fait dignes d'encouragements, et sur un certain nombre d'autres qui trouvent là une agréable distraction. Il conclut, en conséquence, qu'il y a lieu de tenter un nouvel essai l'hiver prochain. Toutefois, en raison de l'insuffisance de l'éclairage à l'huile et des inconvénients qui en sont la suite, il demande l'établissement de l'éclairage au gaz, qui existe déjà dans l'escalier.

Un membre dit que le résultat a été merveilleux, et que, s'il y a eu des inconvénients, il faut les attribuer à la mauvaise disposition de la Bibliothèque. Il propose de renvoyer l'examen de la question à la Commission des objets divers, qui entendrait M. le Conservateur.

M. le Maire réplique que la chose présente beaucoup de dangers, et qu'ailleurs les bibliothèques, surtout les grandes, ne sont jamais ouvertes pendant la nuit. Il est cependant d'avis de tenter encore une expérience l'hiver prochain.

Le Conseil décide que, conformément à la proposition de M. le Maire, la Bibliothèque publique sera ouverte, du 1er novembre prochain jusqu'à Pâques, les mardi, mercredi et jeudi, de 7 à 10 heures du soir, et renvoie l'examen des voies d'exécution à la Commission des finances.

(A suivre.) Chne Ch. REBORD.

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE SAVOISIENNE

Marie Leprince de Beaumont. — Mme Leprince de Beaumont a été au XVIII° siècle un auteur fécond d'ouvrages d'éducation, de contes et de romans : elle a publié 70 volumes. Ses livres ont eu un succès qui s'est longtemps prolongé : son Magasin des enfants, qui date de 1757, a été réédité en 1859 et 1865 ; ses Contés de fées ont eu de nouvelles éditions encore tout récemment, en 1902 et 1911.

La Revue d'histoire littéraire de la France, en 1906, a publié d'elle une lettre intéressante, qui paraît avoir été écrite en Savoie, et qui est


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malheureusement sans date et sans adresse : « Arrachée, y dit-elle, du milieu du monde avant quatorze ans, j'ai vécu pendant dix ans avec des saints, dans une communauté fervente. Je déchirai le coeur de mes supérieurs par une fuite scandaleuse... Pendant vingt ans j'ai vécu en païenne... Les Lettres de Mme du Montier 1, et plusieurs autres ouvrages où j'ai si bien peint les beautés de la vertu, sont éclos du sein du vice. »

Marie Leprince était née le 26 avril 1711, à Rouen. Son entrée au couvent se place dans les derniers mois de 1724, ou les premières semaines de 1725 : sa fuite eut lieu dix ans après ; son mariage avec M. de Beaumont, célébré en 1745, fut annulé bientôt après, sous prétexte d'un vice de forme. Elle se remaria, elle eut plusieurs enfants; elle se trouve être une des quatre arrière-grands-mères de Prosper Mérimée, l'auteur de Colomba.

Un des paragraphes de la lettre que nous avons citée, établit que Mme Leprince connaissait l'évêque de Genève : il s'agit sans doute de Mgr Biord puisque cette dame demeurait en Angleterre, quand Mgr Deschamps de Chaumont vivait encore. — Voici ce passage : « Le saint ecclésiastique qui me dirige, eût été évêque, si la voix du peuple eût influé. Ami de Mgr de Genève, il a ses vertus; mais l'écorce en est plus douce; il allie l'austérité des moeurs avec une aménité qui fait aimer ce qu'ils ont d'amer. En un mot, il rappelle saint François de Sales, qu'il a pris pour son modèle. »

D'après la notice de la Biographie universelle, Mme Leprince s'était établie en Savoie en 1764; elle avait acheté en 1768 une terre à Chavanod ; elle y est morte en 1780. Les dictionnaires biographiques ne donnent pas le jour de sa mort : pourrait-on en retrouver la date dans les registres paroissiaux? Mme Leprince de Beaumont a-t-elle laissé quelques traces de son séjour en Savoie, quelques souvenirs ? Eugène RITTER.

Chanoine Charles REBORD: Le divin Voyageur, Annecy, J. Abry, 1900, gr. in-8°, XV-304 p., fig., couvert, illustr., 3 cartes dont 2 en couleurs, Accompagné de 3 autres cartes murales, en couleurs, représentant Jérusalem et la Palestine (pour faciliter l'intelligence du texte).

« Le Divin Voyageur est né du désir de rendre facile et expéditive, autant que sérieuse, la connaissance de la Vie de notre Sauveur. » C'est en ces mots que l'auteur définit l'objet de son ouvrage qu'il faut placer entre les livres de méditation pure et les dissertations critiques dues aux exègétes. Voici quelle a été sa méthode :

1°) Les renseignements que les quatre Evangiles canoniques nous fournissent sur la Vie de Jésus-Christ, ses miracles, sa prédication forment une série de 458 épisodes qui sont exposés très brièvement et précédés chacun d'un numéro (Ex. : 247. Marthe et Marie), dans un ordre chronologique rigoureusement établi. — 2°) A la suite de chacun de ces 458 épisodes se trouve la référence exacte à l'Evangéliste ou aux Evangélistes qui nous le font connaître. — 3°) Au milieu de la page on lit dans la traduction française (de Bossuet, la plupart du temps), le texte de ces Evangélistes auquel renvoie la référence. — 4°) Enfin, si ce texte a lui-même donné lieu à un développement intéressant dû à saint François de Sales ou bien à un auteur connu, il est imprimé en petits caractères au bas de cette même page.

1. Les Lettres de Mme du Montier à la marquise de ***, sa fille, ont été publiées en 1756.


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Il est facile de montrer le côté pratique de cette méthode. Supposons par exemple que nous désirions savoir par qui nous est rapporté l'un des épisodes les plus connus de la Vie du Christ : les noces de Cana. Personne n'ignore qu'il fut l'occasion de son premier miracle, et comme les faits sont exposés (nous venons de le dire) dans l'ordre chronologique, nous le chercherons au début du livre. Nous trouvons en effet au n° 65 la mention : « Noces de Cana », et nous constatons qu'aucun des trois synoptiques n'y fait allusion: seul l'Evangile de St-Jean le mentionne au chapitre II, versets I à 11. Mais comme le lecteur n'a pas, dans bien des cas, l'Evangile de Saint-Jean à sa portée, l'auteur lui en donne aussitôt une excellente traduction qu'il place sous ses yeux à la page même où l'on a déjà trouvé la référence. — Ce n'est pas tout : ce texte lui-même a été commenté et paraphrasé, et il est utile au lecteur de le connaître, surtout si lui-même est prédicateur. Aussi, M. le chanoine Rebord accompagne-t-il ce chapitre de saint Jean dénotes en petits caractères empruntées soit à V. Guérin, soit à trois des Sermons de saint François de Sales.

On peut se rendre compte par ce simple exemple des services que doit rendre l'ouvrage conçu sur un plan nouveau, et qui occupe une place des plus honorables dans l'abondante bibliographie des Vies de Jésus-Christ. Les concordances du Cardinal Hugues de St-Cher ont, depuis le moyenâge, économisé un temps précieux aux Canonistes et aux Exégètes. Mais, il y avait place à côté d'elles pour un travail tel que celui qui fait l'objet de la présente notice.

Il se termine par deux appendices dont le premier est un Compendium de la vie de Jésus-Christ divisée en 26 leçons, et dont le second se compose de tableaux destinés à faciliter les recherches. On y trouve: a) la concordance entre les Evangiles et les numéros du livre; b) une statistique relative aux Evangiles en latin et en français; c) un tableau établissant une concordance entre les fêtes liturgiques et les numéros du Divin Voyageur ; d) enfin un tableau qui donne un résumé succinct et très pratique du livre.

Il convient aussi de mentionner l'illustration qui est abondante et des plus artistiques, reproduisant au moyen des modèles de la Chalcographie du Louvre les plus célèbres tableaux des maîtres de la Renaissance. Bien qu'un tel ouvrage soit un peu différent de ceux qu'elle a coutume d'analyser, la Revue Savoisienne se devait de le signaler à l'attention de ses lecteurs. Il est dû à l'un de ses meilleurs collaborateurs, et déjà Mgr Isoard l'avait qualifié d' « oeuvre maîtresse ». G. L.

VAN GENNEP (Arnold). — En Savoie, tome I. Du Berceau à la Tombe. Chambéry Librairie Perrin, Dardel successeur. 1916, in-12, velin 328 pages. Illustré de quatre phototypies hors texte : 3 fr. 50.

L'ethnographie savoyarde vient de s'enrichir d'un nouvel ouvrage, dû à M. Van Gennep depuis longtemps connu, pour de très nombreux travaux folkloristes antérieurs, notamment : « Religions, moeurs et légendes » Essais d'ethnographie et de linguistique en cinq séries, dont la deuxième renferme bon nombre de légendes « La Savoie vue par les écrivains et les artistes savoisiens. »

En Savoie. Du Berceau à la Tombe, traite un sujet en grande partie nouveau et fort curieux : des coutumes, cérémonies et légendes perpétuées


-84dans

-84dans différentes localités de la Savoie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, variant souvent dans la même vallée de village à village. L'auteur décrit le costume et les usages de nos compatriotes. De nos jours l'uniformité tend à tout niveler,

On trouve, dans chaque cérémonie décrite par l'auteur des vestiges de croyances et d'usages préromains, romains, burgondes, chrétiens. En résumé, la description des sites de tout ordre accompagnant les diverses étapes de la vie humaine. Citons : les rites de passage du néant à la vie, de l'enfance à l'adolescence et à l'âge viril, de l'état de célibataire à l'état d'individu marié, de l'état d'épouse à celui de mère, enfin le passage de la vieis à la mort, autant de cérémonies populaires dérivant des croyances d'autrefois, cérémonies telles qu'on les pratiquait du XVIIe au XIXe siècles ; telles qu'elles existent encore aujourd'hui; un arrangement plus ou moins systématique de croyances et d'actes qui se sont juxtaposés et fondus au cours des siècles, depuis les temps les plus lointains jusqu'à nos jours.

Nous avons lu encore avec plus de plaisir que les autres chapitres : Le Baptême. Distinction du sexe : Les cloches ; Parrains et marraines : Repas de baptême, etc. Les Relevailles.— L'Enfance et l'Adolescence. Le passage de l'enfance à l'adolescence: La cérémonie de l'ébo ; Les basoches; Les abbayes ; Les enfants de ville, etc. Les fiançailles. — Relations des sexes en général; Relations pendant l'inalpage: Visite du garçon aux chalets; Les étages des fiançailles; Gages et arrhes; Courir la trosse ; Interdiction de coucher sous le même toit ; Vue de lieu ; Enterrement de la vie de garçon ; Ferrer l'épouse, etc. Le Mariage. —Le costume de noces et le fian ; Rite d'enlèvement; Barrage; Le rite du saut; coups de fusil, bruit; Le menu du dîner ; Place à table; La jarretière; Le crochon ; Rite d'enlèvement ; Le lendemain de noces, etc. Les repétailles. — Les funérailles. — Les confréries ; Sort de l'âme ; Lamentations collectives ; Pleureuses; Dépôt sur ou dans le cercueil; Attitude des voisins; Jet d'objets sur la tombe ; Les anniversaires et la chandelle ; Deuil des animaux, etc.

Nous relevons entre autres l'expression pittoresque « Ferrer l'épouse », qui paraît bizarre au premier abord et qui est pourtant fort usitée de nos jours encore. Sur cette locution et celle qui en est synonyme «harnacher» voyez : « Le Français parlé en Savoie » de M. Désormaux, in 17me Congrès des sociétés savantes savoisiennes, page 222.

M. Van Gennep rappelle environ 250 noms de lieux auxquels se rapportent les traditions qu'il étudie. Dans cette nomenclature, Annecy occupe une large place, de même que les localités environnantes, où ces traditions ont été recueillies soit par l'auteur lui-même soit par ses obligeants collaborateurs savoyards.

Ce livre, illustré de quatre dessins, dont trois reproductions de Bâcler d'Albe, décrits dans une note explicative par notre érudit confrère M. J. Cochon, conservateur honoraire des Eaux et Forêts, témoigne des vastes connaissances de l'auteur.

Rappelons qu'à ce volume, renfermant un questionnaire raisonné, un index des termes locaux ou dialectaux et un index géographique, viendra prochainement s'ajouter un second tome, auquel on peut également prédire de nombreux lecteurs. F. GARDIER.

Le Directeur-Gérant : Marc LE ROUX.

23. 114. — Annecy. Imprimerie J. ABRY


ACADÉMIE FLORIMONTANE

(Reconnue d'utilité publique par décret du 1 7 décembre 1896)

L'Académie Florimontane a été fondée à Annecy le 15 janvier 1851. par LouisBouvier, Etienne Machard. Jules Philippe et Eloi Serand. pour faire revivre l'Académie Florimontane, créée dans cette ville, en 1606 (29 ans avant la fondation de l'Académie française) par saint François de Sales et le président Favre.

Son but est d'encourager les lettres, les sciences et les arts; de recueillir les manuscrits, chartes et documents qui peuvent intéresser l'histoire locale: d'exciter à tout ce qui est bien, à tout ce qui est utile et réalisable : enfin de multiplier les encouragements partout où sera besoin pour concourir à la gloire et au bien-être de la patrie, suivant sa devise qui résume bien son esprit : « Omnes omnium carilates patria un a complexa est. »

L'Académie se compose de membres effectifs, de__membres correspondants et de membre" honoraires en nombre illimité Les premiers sont admis sur leur demande et sur la présentation de deux membres: ils paient une cotisation annuelle de 12 francs, reçoivent la Revue savoisienne, ont le droit d'avoir en communication les ouvrages de la bibliothèque de l'Académie et d'assister à ses séances qui ont lieu à l'hôtel-de-ville d'Annecy, le premier mercredi de chaque mois, sauf pendant les vacances : août et septembre.

Les membres correspondants sont choisis parmi les personnes qui collaborent à la Revue : ils ne payent que l'abonnement de cette dernière.

Les membres honoraires sont choisis parmi les personnages de distinction qui font honneur à la Savoie ou qui ont rendu des services à l'Académie. Ils reçoivent la Revue et ne paient aucune cotisation.

LA REVUE SAVOISIENNE.

Comme moyens d'action, l'Académie Florimontane publie depuis 1860 la

Revue Savoisienne qui paraît trimestriellement par livraisons brochées de 64 a

88 pages illustrées. Son but est de vulgariser les études qui se rattachent de près

ou de loin à la Savoie et de tenir ses lecteurs au courant de tous les travaux qui

s'y rapportent

Un comité de rédaction examine, accepte ou refuse les manuscrits présentés à l'impression et l'Académie laisse à chaque auteur, la responsabilité entière des opinions qu'il émet.

L'Académie Florimontane échange ses publications aviec les principales Sociétés savantes de France et de l'étranger, et rend compte, s'il y a lieu, des ouvrages qui lui sont envoyés.

Le prix d'abonnement à la Revue Savoisienne est de 6 fr. pour la France et de 7 fr. pour lès pays de l'Union postale.

Le tarif des annonces industrielles et commerciales intercalées au commencement et à la fin est ainsi fixé : la page, 40 fr. ; la demi-page, 30 fr. ; le quart de page, 20 fr. (Renseignements sur demande.)

MM. les Collaborateurs qui désireraient faire des tirages à part sont priés d'en prévenir à temps M. Abry, imprimeur de la Société.

TARIF DES TIRAGES A PART 25 50 100 CHAQUE CENT

exemplaires exemplaires exemplaires

Prix de la feuille de 16 pages, papier de la Revue :

A. — Avec nouvelle mise en pages. ... » 10 » 15 » 10 »

B. — Tirage sur les formes de la Revue. 3 » 6 » 10 » 10 » Prix de la couverture imprimée (1 page

de titre) » 6 » 8 » 6 "

Prix de la couverture non imprimée. . . 1 50 2 » 2 50 2 50

CONCOURS

Chaque année, l'Académie Florimontane organise et distribue les prix des concours fondés en 1873 par le docteur Andrevetan et la ville d'Annecy, qui ont lieu dans l'ordre suivant :

1re année. — Concours de poésie, 600 fr.

2e année. — Concours simultané de poésie et de beaux-arts; 200 fr. sont affectés à la poésie et 400 aux beaux-arts: 3e année. —Concours de poésie, 200 fr.

Concours de 1re année dont le programme est envoyé sur demande.)

Adresser tout ce qui concerne l'Académie Florimontane, au Secrétaire (Hôtel de Ville, Annecy, Hte-Savoie).


Prix des Ouvrages de fonds de l'Académie Florimontane

Désireuse de faciliter les recherches historiques sur la Savoie, eu mettant à la portée des travailleurs les documents déjà publiés dans la REVUE SAVOISIENNE, l'Académie Florimontane a décidé, dans sa séance du 8 mars 1911, de céder ses ouvrages de fonds aux prix ci dessous :

Bulletin de l'Association Florimontane, de 1851 à 1859 inclusivement, quatre volumes in-8°. — Il ne reste que des volumes dépareillés. — Un volume, 2 francs ; un numéro séparé, o fr. 50.

REVUE SAVOISIENNE, de 1860 à 1884 inclusivement sauf les volumes des années 1860, 1862, 1865, 1870 et 1875 ; volumes in-4°, de 100 à 144 pages, composés de 12 numéros dont quelques-uns sont illustrés. — Un Volume broché, 2 fr.; un numéro séparé, o fr. 25.

REVUE SAVOISIENNE, de 1885 à 1889 inclusivement ; volumes grand in-8° de 300 à 400 pages. — Un volume broché, 4 fr. ; un numéro séparé, 1 franc.

REVUE SAVOISIENNE, de 1890 à 1916 et aimées suivantes, saufles années 1893, 1897 et 1808 ; volumes grand in-8° de 300 à 400 pages avec illustrations. — Un volume broché, 6 francs ; un numéro séparé, 2 francs.

L'Académie Florimontane ne possédant plus que quelques numéros séparés de diverses années de la Revue Savoisienne, serait reconnaissante aux personnes qui voudraient bien lui céder, au prix coûtant, ceux de mai 1800 ; janvier 1861, 1802 ; janvier 1805 ; février 1870 ; janvier 1875; novembre-décembre 1890 ; janvier— février, mai-juin, juillet-août 1893 ; avril-mai-juin, juillet-août-septembre, octobrenovembre-décembre 1897 ; avril-mai-juin, juillet-août-septembre, octobre-novembredécembre 1898.

Collection complète de la REVUE SAVOISIENNE de 1860 à 1916 inclusivement, composée de 57 volumes: brochés dont 25 in-4° et 38 gr. in-°, avec illustrations, plus la table des matières de 1851 à 1900 : 272 francs.

Les volumes de 1800, 1862,1805, 1870, 1875, 1893, 1897 et 1898, dont il ne reste que quelques exemplaires, ne sont vendus qu'avec des collections complètes.

Les poils sont à la charge du destinataire.

Ch. MARTFAUX et M. LE ROUX : Boutae (les Fins d'Annecy) vicus gallo-romain du 1er au ve siècle. 518 pp ; 110 planches, 9 cartes : 15 francs.

Charles MARTEAUX : Table des matières des Bulletins de l'Association Florimontane et de la REVUE SAVOISIENNE, de 1851 à 1900 ; vol. gr. in-8° de 88 pages, 2 fr. ; franco 2 fr. 50.

Charles MARTEAUX et Max BRUCHET : Catalogue raisonné des ouvrages concernant la Savoie, conservés à la Bibliothèque dé la Société Florimontane. Un volume grand in-8° de, 134 pages, 2 fr ; franco, 2 fr. 50.

E.-G. CAMUS : Notes floristiques sur la chaîne des Aravis et les environs de La Clusaz (Haute-Savoie). Brochure in-8'° avec carte et gravures hors texte, 1 fr.; franco, 1 fr 25.

Congrès des Sociétés savantes savoisiennes tenu à Annecy en 1901

(XVIe session), 1 vol in-8° de XLIII-448 pages avec gravures et planches hors texte, 10 francs ; franco, 11 francs.

Jacques REPLAT : Voyage au long cours sur le lac d'Annecy précédé d'une ascension au Semnoz. 2e édit. accompagnée d'une notice sur l'auteur et de notes par Jules Philippe. Annecy, 1867. Brochure in-8° de 180 pages, 1 franc ; franco 1 fr. 25.

La plaisante ville et chasteau d'Anissy en Savoie, lithographie

de 33/ 25 représentant une très curieuse vue de la ville d'Annecy, en 1598, extraite de la « Topographie françoise de Claude Chastillon".

Une légende des monuments représentés complète ce précieux document.

Prix de l'exemplaire : 1 fr. ; franco 1 fr 25.

Le prix de l'abonnement à la REVUE SAVOISIENNE est de 6 fr. par an pour la France et de 7 fr. pour les pays de l'Union postale.

Adresser tout ce qui concerne les demandes d'achats et d'abonnements au Secrétaire l'Académie Florimontane, Hôtel de Ville d'Annecy ( Haute-Savoie).