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Titre : Revue africaine : journal des travaux de la Société historique algérienne

Auteur : Société historique algérienne. Auteur du texte

Éditeur : Bastide (Alger)

Éditeur : Adolphe Jourdan (Alger)

Éditeur : Jules Carbonel (Alger)

Date d'édition : 1864-03

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 31921

Description : mars 1864

Description : 1864/03 (A8,N44).

Description : Collection numérique : Bibliothèque Francophone Numérique

Description : Collection numérique : Zone géographique : Afrique du Nord et Moyen-Orient

Description : Collection numérique : Thème : Les échanges

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k56892768

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-LC19-53

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328562033

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 01/12/2010

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8e Année. M. MARS 1864.

NOTICE

SUR

ILES OIGNITES ttOSIAINES EX AFRIQUE.

CINQUIÈME SIÈCLE DE J.-CH.

(11* articte. T'OÎV les »"• 32, 33, 35, 36, 37-38, 39, 40, 41, 42 e* 43).

. V. — COMTE DES AFFAIRES PRIVÉES. Cornes rerum privatarum.

Nous avons vu que le Cornes rerum privatarum avait l'intendance du domaine impérial et du fisc ou trésor particulier de l'Empereur. C'était, à proprement parler, le ministre de la cassette du Prince.

Sous les Empereurs, on appelait Proeuratores, avons-nous dit encore, les fonctionnaires chargés de la perception des revenus du Trésor public (aerarium). Mais Septime Sévère ayant confisqué les biens des partisans d'Albin et de Pescennius Niger, ses compétiteurs à l'Empire, partisans parmi lesquels se trouvaient de très-opulents personnages des deux sexes dans les Gaules et en Espagne, il fallut nommer un officier particulier pour l'administration d'une fortune si mal acquise : cetr "officier eut d'abord le litre de Procurator rerum privatarum, procurateur du domaine privé. Du temps de Dioclétien, on le nommait Magister rei privatoe, Logista (receveur, percepteur), ou Rationalis sumttioe rei, titre dont nous connaissons la signification. Plus tard, ce même officier eut le rang de comte de 1" classe ou d'Illustre, Rcvut Afr. S' aiint-e, n° 44. 6


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et reçut lo nom de Cornes rerum privatarum : la Notice le place parmi les treize premiers ministres ou grands dignitaires de l'Empire.

Par le fait, et au point do vue de la plus rigoureuse hiérarchie, il n'existait pas de différence entre le Cornes rerum privatarum et le Cornes sacrarum largitionum; il suffirait, pour s'en convaincre, de comparer la formule [formula comUivoe) de chacune de ces dignités. Comme le comte des Largesses impériales, le comte des Largesses privées est appelé, par les Empereurs, vir perfectissimus et amicus- noster. Mais il n'en était pas de môme des attributions de chacun de ces grands officiers, qui, sans cependant différer essentiellement entre elles, n'avaient ni le môme caractère ni la môme portée. Il serait difficile de faire mieux comprendre cette distinction, et de donner de meilleures définitions à ce sujet, que ne l'a fait un jurisconsulte célèbre, Cujas, dans l'intéressant passage que voici :

« Cornes, qui thesauros gubernat opesque fiscales, Cornes est sacrarum Largitionum ; ille qui propriam substantiam sive patrimonium principis sive dominicain et divinam domum, Cornes rer. Privatarum, quae honestantur etiam Largitionum nomine... Bona igitur principis aut fiscalia sunt aut patrimonialia, et utraque pioprïa aut quasi propria et privata principis.... Quae privati possident, sunt in imperio principis ; propria bona quae princeps possidet, in patrimonio et dominio principis; fiscalia quasi in patrimonio, proprie in patrimonio principis non sunt : haïe enim in beredem principis non transeunt, patrimonialia transeunt in heredem vel B. P., etiam si non successerit in imperio ; fiscalium rerum est commercium, patrimonialium non item. Denique ex hac bonorum diversilate facli sunt duo Comités, unus qui praeesset fiscali substantiae, alter qui propriae :. hic Cornes rerum privatarum dicitur frequentius, ille Cornes sacrarum Largitionum. »

Le Cornes rerum privatarum avait donc l'intendance de tous les biens-fonds (urbains et ruraux) que possédait le Prince. Les troupeaux de bestiaux que l'Empereur entretenait étaient également du ressort administratif de ce ministre. On voit aussi, sans pouvoir rendre compte de cette double circonstance, qu'il était juge dans le3 causes d'inceste, et que la police des sépultures lui appartenait : « ïibi commissa sunt castitas viven« tium et securitas mortuorum....» porte la formula Comitiva; pri-


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vatarum. C'était lui qui payait les ouvriers que la Cour employait, ainsi que les dépenses de la maison de l'Empereur, celles des écuries, etc., etc. Pour compléter la peinture des fonctions et attributions de ce grand dignitaire, nous ferons encore la citation explicative suivante : « Patrimonium seu res principis sub ejus erat dispositione, domus principis, fundi perpetui juris, quin et palatia et luci. Bonorum etiam seu rerum fisco delatarum patrimonio principis vindicatio, incorporatio ad ejus sollicitudinern spectabat; proscriptorum, vacantium, Iocandorum ita cura. »

Quant à la juridiction de ce ministre, elle paraît avoir été assez étendue ; car, dit encore le commentateur auquel nous faisons ces curieux emprunts : « Alienari de rébus privatis principis inscio eo nil potuit, ne quidem a Pf. TJ. Rescripta donationis a principe bonorum quae fisco delata, impetrata apud eum allegabantur et delatores simul inducebantur. Instructam prius petitionem ab officio Comitis R. P. oportebat, quam quid utiliter a principe impetraretur, i. e. descriptionen omnium bonorum principi insinuari. Ad eum appellabatur a rationalibus, quo casu, si mediocritas negotii aut longinquitas regionis litigatores ad Comitem R. P. venire non pateretur, poterat appellationis causam cognoscendam Rectori provincial delegare (1). »

Faisons remarquer, en vue de l'épigrapbie, que le Cornes rerum privatarum est parfois appelé Cornes Rei privatce. — Cornes privati aerarii. — Cornes privatarum remunerationum. — Cornes privatarum largitionum — Cornes sacrarum rerum privatarum — Cornes et procurator divinoe domus — Cornes patrimonii ou Sacri patrimonii. — On trouvera l'explication de cette dernière qualification dans la formula Comitivce patrimonii, conservée par Cassiodore, et reproduite par Bocking (t. n, p. 259) ; nous n'avons plus à nous en occuper, d'après ce qu'a si bien dit Cujas.

Les insignes (insignia) de la dignité du Cornes rerum privatarum étaient exactement les mêmes que ceux de son collègue du Trésor public. Les emblèmes remplissant le cartouche de l'un et de l'autre, étaient et devaient être également les mêmes, avec cette seule différence que le Comte des largesses

(1) Voir, en ce qui concerne le Cornes sacrarum Largitionum et le Cornes rerum privatarum, le commentaire Bocking (t. I", chap. 12 el 13, pp. 251 il 261, et 1. U, chap. 10 et 11, pp. 330 à 393 — pas.iim).


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impériales avait pour devise lu mot LAUGIÏ'IORKS , tandis que l'autre portail ('elle de TIIESAL'UI I'KIVATAIUJM.

Les fonctionnaires qui, placés sous les ordres du Cornes rerum privatarum, se trouvaient détachés et exerçaient en Afrique, étaient les suivants, d'après l'Index de la Notice, qu'en l'espèce nous copions toujours textuellement :

Sub dispositione viri illustris Comitis rerum privaiarum :

A. — Des deux Comtes :

1. Le Cornes Gildoniaci patrimonii ;

B. — Des onze nationales :

2. Le Rationalis Rei privatae [ter Africani.

3. Le Rationalis Roi privatae l'iindorum domus divii ae per

Al'rieam.

C. — Des onze Procurateurs :

4. Le Procurator Rei privatae per Mauritaniam Silifensem. A. — Ce serait une bonne fortune de rencontrer, au milieu

d'un sujet aussi sérieux que celui que nous traitons, le récit d'un événement, ayant tout l'attrait d'un drame historique. C'est qu'en effet la révolte de Gildon, comme celle de Tacfarinas, comme celle de Firanis, n'est pas un des épisodes les moins intéressants de l'occupation romaine d'Afrique. Mais si, d'une part, nous nous sommes imposé le devoir d'éviter toutes digressions antres que celles indispensables à l'intelligence dn sujet même, d'une autre part, que pourrions-nous, en l'espèce, dire après Ammien-Marccllin, Symmaque, Paul Orose, Zozime et autres historiens? Que dire après Claudien, auquel la rébellion et la guerre de Gildon, ainsi que la reprise de l'Afrique, ont fourni la matière d'un poème (de Bello Gildoniaeo ou Gildonicum Bellum), dont il ne reste que le premier chant, et qui, tout en ne rapportant que le sujet et les préparatifs de la guerre, n'en contient pas moins les plus curieux détails? Que dire, enfin, après ce que M. A. Berbrugger a écrit de si remarquable, sur le môme sujet, dans un petit ouvrage (1) auquel nou3 serons

(1) Les Epoques militaires de la Grande Kabilic, par A. ISERBnUGGEn, 1 vol. petit in-18, 1857, Alger, Bastide édit. (chap IV, période romaine, pp. 233 à 2G0). — 11 y a, dans ce chapitre, outre le mérite de l'ensemble de l'ouvrage, quelques citations de Claudien, qui sont du plus haut intérêt pour l'histoire dn pays, notamment pour la partie E. de l'Alaéi-ie moderne.


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heureux de faire quelques emprunts, en vue de résumer l'ensemble des faits ?

Gildon avait pour père Nubel, chef de la grande Kabilie, et pour frère Firmus, qui lutta avec tant d'acharnement et si longtemps contre Théodose, général de l'empereur Valentinien; placé à la tête des armées africaines, Gildon avait été admis dans la famille impériale par Théodose le GrandJ, qui avait donné son neveu Nebridius pour époux à Salvina, fille de Gildon. Ce puissant chef berbère n'était pas seulement Comte (de 1'" classe) de l'Empire et Grand-Maître des deux milices (infanterie et cavalerie — « Théod. Arc. et Hon. AAA. (Imperatores) Gildoni COMITI et MAGISTRO UTBIUSQUE MILITIAE , a. 393. scripserunt »); il était, de fait, dit M. Berbrugger, Gouverneur-Général de toute l'Afrique romaine, puisqu'il gouvernait la Cyrénaïque, la Tripolitaine, la Proconsulaire, la Numidie et les Mauritanies;.... le proconsul romain Probinus, dont l'autorité était purement nominale, ne siégeait à Carthage que pour la forme.. En l'an 398 de J.-C, Gildon, qui ne tendait à rien moins qu'à se faire proclamer roi de l'Afrique, peut-être même à usurper la pourpre impériale, leva ouvertement l'étendard de la révolte contre Honorius, empereur d'Occident; et, pour appuyer ses prétentions, le rebelle réunit une armée de 70,000 hommes. Cette audacieuse tentative d'indépendance dut alarmer le Sénat romain, qui s'empressa de déclarer Gildon ennemi public. La perte de l'Afrique, un des greniers de l'Empire, devenait d'autant plus sensible à l'Italie affamée, que l'Egypte, qui anciennement lui fournissait une partie de ses subsistances, avait été attribuée à l'Empire d'Orient, par suite du partage que le grand Théodose avait fait entre ses enfants. La politique romaine opposa à l'usurpateur son propre frère, Mascezel. Gildon fut vaincu, fait prisonnier, abreuvé d'outrages, et s'étrangla de ses propres mains dans son cachot.

L'Afrique était reconquise. L'empereur confisqua les biens du gouverneur rebelle, ainsi que ceux de tous ses adhérents. «La mort de Gildon fut le signal d'une persécution contre ceux qui avaient été ses partisans. L'évôqae donatiste Optatus — que le peuple surnommait souvent Gildonianus, à cause de son dévouement saus bornes au tyran, — fut jeté en prison, châtiment qu'il avait amplement mérité. Mais la persécution ne s'arrêta pas aux coupables, et s'étendit sur beaucoup d'innocents.


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Avoir de la richesse ou des ennemis particuliers, désignait suffisamment aux rancunes et à la cupidité des dénonciateurs. Sous le voile de la politique, on augmentait ainsi son bien sans travail, ou l'on vengeait ses querellés personnelles sans péril.. .......Les Romains ne voulurent pas préparer les voies à ûn'e

nouvelle usurpation, en donnant à quelques chefs befbers tout ou partie des domaines particuliers, nombreux et considérables, que Gildon laissait" après lui, et qu'on avait jadis accordés à ce prince après lés avoir confisqués sur Firmùs, qui les tenait de son père Nuhel. On les réunit au fisc impérial ; et leur importance était si grande, comme nombre et comme valeur, que ''on créa pour les gérer, ainsi que lés immeubles des partisans de Gildon, un fonctionnaire spécial sous le titre de Comte du patrimoine Gildonien. Cette création n'était pas sans utilité, car ceux qui avaient de ces propriétés, avec ou sans titre, ne s'en dessaisissaient pas facilement. On le voit par une loi de 401, adressée au comte Bathanarius, chef des armées d'Afrique, loi portée contre Ceux qui détenaient les biens de Macharides, un des partisans de Gildon, et refusaient d'en opérer la remise au fisc. On fit aussi rendre gorge aux Berbers qui, à la faveur des derniers troubles, s'étaient emparés des fermes des côlons romains. » [A. Berbrugger, ouvrage cité.)

L'administration des biens de Gildon fut donc confiée à un fonctionnaire particulier, placé nécessairement sous les ordres du Comes rerum privatarum, et c'est lui que la Notice désigne sous le titre de Cornes Gildoniaci patrimonii; ce lieutenant du Comte illustre avait rang de Comte de 3° classe.

Voici là date des principales lois rendues contre le comte Gildon et ses partisans, lois en vertu desquelles les biens de ceux-ci, tous confisqués, servirent à constituer le patrimoine gildonien :

Année 399 (décembre),

— 400 (juin),

— 405 (avril),

— 408 (novembre),

— 409 (août).

Bocking estime que, passé l'an 405, là charge de Cornes Gildoniaci patrimonii n'existait plus, et il s'explique ainsi à ce sujet : « Data est constitutio (mai 405) ad Ursicinum Comitem sacrarum Largitionum per Occidentem, jubentque impcratores bona


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Gildonis, quarum pars jam an te quitique fere annos, « ad nostrum aerarium » devoluta erat, aut satellitum ejus, postca custodiis mancipatorum ac proscriptione damnatorum « Nostro patrimonio )) aggregari, id. est sub dispositione Comilis rerum privatarum esse. Utrum vero sub proprio Comité Gild. Pair., an sub Comité Privatarum largitionum aut rationali Rei Priv, per Africam, rationalisve Rei Privatae fundorum domus divinae per Africam esse debeant, ejus nihil illa constitutione definitur. Yeri mihi similiuS esse videtur hos Rationales bona Gildoniaca administravisse. »

B. — Les Rationales rei privatoe étaient les caissiers provinciaux des revenus du fisc, et, en même temps, les juges en matières fiscales purement civiles : les causes criminelles étaient du ressort des gouverneurs de province.

Quant au rational privé des biens-fonds de la maison de l'Empereur en Afrique, agent qu'il ne faut pas confondre avec le Pruefectus fundorum patrimonialium, adjoint du Cornes Gildoniaci Patrimonii, voici ce qui en était à propos du mot fundus. Le municipe, municipium, était une ville de pays conquis par les anciens Romains, et qu'ils avaient gratifiée du droit de cité romaine, ordinairement sans les droits de suffrage et d'honneurs, quelquefois avec ces droits. La cité romaine était pour les individus ; mais la ville ou l'état pouvait garder sa constitution indigène, que la république reconnaissait. Si le municipe y renonçait pour adopter la constitution romaine, il devenait peuple fundus (bien-fouds, propriété, domaine, immeuble), sans cesser d'être municipe, et organisait son gouvernement à l'instar de celui de Rome : il avait ' ses trois ordres : le sénat, les chevaliers et le peuple ; ses consuls, appelés duumvirs ou qualuorvirs, suivant leur nombre, ou bien édiles, dictateurs ou questeurs; enfin, ses comices pour l'élection des magistrats ou la sanction des lois.

Le Rationalis rei privatae fundorum domus divinae per Africam avait, en outre, l'administration de certains biens qu'on nommait praedia tamiaca (domaine impérial), dont les revenus étaient employés à l'entretien de la maison du prince : « alius Magister rei privatae per Africam dictus praedia principis administrabat. » Ce Rationalis devait être chargé de pourvoir aux dépenses que faisaient les économes de la maison impériale ( « tamiaca praedia, lameiaka, i. e. adtameicmpertinentia. s. cellararia »),


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à en juger par ce que dit Pancirole : « Haec erant praedia tamiaca nuncupata ad impensas in domo principis faciendas destinata, quoe latifundia ob amplitudinem proprium habuere Rationalem et proprium administratorem qui cornes ac procurator divinae domus vocabatur. »

C. — i.ien que le commentaire de la Notice ne fournisse aucune espèce de renseignement sur le compte du Procurator rei privatae per Mauritaniam Sitifensem, il fallait bien que cette province eût, au point de vue des intérêts de l'Empereur, une importance réelle, puisqu'on y avait institué un officier chargé du soin de surveiller ces intérêts, d'y administrer les biens du prince, etc.

L'officium ou administration du cornes rerum Privatarum se composait des mêmes agents que celui du Cornes sacrarum largitionum. Il y avait un primicerius totius offwii, un secundicerius qui s'occupait de toutes les écritures du service (qui tractât chartas officii). une foule de scriniarii, et tous les autres palatini ou employés du palais. Ces derniers officiales sont aussi appelés, dans les lois, privatiani et primates homines hujus officii, palatini rer. privatar., privatiani dicti... Primates vocantur). Il y avait cependant, dans cet officium, trois bureaux qui n'existaient point dans celui du cornes sacrarum largitionum ; ces trois bureaux étaient :

1. SCRINIUM BKNEFICIOROM,

2. SCRINIUM RATIONUM,

3. SCRINIUM SECURITATUM.

1. Le bureau des bénéfices, faveurs, grâces, droits, privilèges, etc., dont les employés prenaient le titre de Beneficiarii, n'avait pas seulement dans ses attributions « de donis et muneribus ab Augusto Augustave in alios collatis, aut de principalibus rescriptis, aut de immunitatibus, quoe omnia beneiiciorum nomine venire constat; » il paraît, aux termes mêmes des lois de l'époque, s'être occupé d'intérêts publics, au moins autant que d'intérêts privés, à en juger par ce texte : « Pro bénéfices enim principalibus sive donatis aut canone relevatis possessionibus urgente necessitate aerariique inopia nonnumquam auri argentive collatio sive praestationes functionesve indicebantur. »

2. Bocking pense que le scrinium rationum, dont il est ici question, est le même que le scrinium canonum, dépendant du ministère des sacrées largesses. 11 y a sans doute peu de diffé-


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rence entre ces deux bureaux: le scrinium rationum devait être plus spécialement un bureau d'ordre en matière de comptabilité, etc.

3. Le scrinium securitalum. dont le nom, au premier abord, ne ressemble pas mal à celui d'un bureau d'assurances, avait un peu ce caractère, puisque c'était le bureau des reçus ou quittances : « testimonium solutionis securilas dicitur » (Cassiodorej. « Apochas solutarum praestationum, quae rei privatae principis debitae fuerant, tractabat hoc scrinium ejusque primicerius >> (Bocking). « Securitatibus quae publicarum functionum gratia sive in solidum sive ex parte solutae esse conscribunlur. » ( Code Justinien). a .... Ita débet.... consignari, ut securitatibus nomen inferentis, dies, consul, mensis, causa et summa comprehendantur » (idem). C'est la formule, le libellé complet d'une quittance à délivrer en matière de recouvrement d'impôts publics.

Comme son collègue, le cornes sacrarum largitionum, le cornes rerum privatarum jouissait du droit d'évection « quotiens usus exegerit. » — Les attributions de ce ministre, ainsi que celles dn précédent, s'étendant jusqu'en Afrique par leurs délégués, il y a lieu d'y prêter attention en matière d'épigraphie.

VI. — A. COMTE DES GARDES (DU CORPS) A CHEVAL. Cornes Domeslicorum Equitum.

B. COMTE DES GARDES (DU CORPS) A PIED. Cornes Domesticorum peditum.

Le mot domesticus n'exprimait pas, chez les Latins, l'idée que nous croyons rendre aujourd'hui par le mot domestique. Le domesticus était quelqu'un de la maison, une personne de la famille. Domestiei, les membres d'une famille, tous ceux qui tiennent à une maison (amis, clients, affranchis), disent Tite-Live, Cicéron, etc.; ce sont aussi les personnes de la suite (code théodosien), domestiei milites, gardes du corps (Vopiscus Flavius, un des auteurs de l'histoire Auguste). C'est évidemment dans ce dernier sens que doivent être prises, ici, les qualifications de domestiei équités et domestiei pedites.

Outre les légions palatines et les vexillationes palatinae qu* avaient remplacé les anciennes gardes prétoriennes, et dont nous


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avons fait mention, il y avait, à la cour des Empereurs, un corps de cavalerie et un corps d'infanterie, formant une espèce de garde (impériale) privilégiée et d'un rang plus élevé. On les nommait aussi parfois protectores domestiei, pareequ'ils gardaient la personne du prince et ne se mettaient pas en campagne. On attribue leur institution à Gordien le jeune.

Ces gardes du corps étaient commandés par les deux comtes, grands dignitaires, que nous Venons de nommer, et à dessein ; car, s'ils ne faisaient pas partie du personnel administratif fonctionnant directement en Afrique, nous allons voir que, néanmoins, ils pouvaient être employés dans cette contrée, eux-mêmes, où par leurs délégués.

Voici ce que dit Bocking quant à l'origine de cette charge importante : « Hi comités domesticorum ab initio, postquam pràefecti praetorio summam civilem dignitatem administrationemqué adepti erant, locum praefectorum praetorianorum obtinuerant, quorum Commodus interemplo Perenni primum duos, deinde très constituerai, ita postea eosdem muneribus Praefectorum praetorianorum fungi sensim desiisse ao coepisse pro aulicis cubiculariisque hâberi, apertissime videmus, etc. »

Quoi qu'il en soit, les fonctions que remplissaient ces comtes, déjà convenablement définies par ces mots: o ad juvandas nécessitâtes publicas » semblent avoir eu, par la suite, plus d'extension encore. En effet, d'après un commentateur, « domestiei vel principis obsequiis inhaerebant (in praesenti scil. s. praesentales), vel ad certa officia deputabantur, mittebantur, publicis jussionibus principis exequendis, veïuti ad CapienJos et exhibendos reos; itemque magistris militum quandoque adjungebantur, eôrum mandata impleturi.,.. .. »

Il ne fallait rien moins que cetle réunion d'attributions élevées, toujours de confiance, pour faire de cette charge une des premières, une des plus hautes positions dans l'État. Aussi, la formule conférant cette dignité (formula domeslicatus) ne tarit-elle point d'éloges à l'adresse de ceux qui en sont revêtus, comme aussi, et surtout, de recommandations de bien faire.

Les insignes (insignia) des deux comités domesticorum, commandants en chef des gardes de l'Empereur, quoiqu'un peu moins ornés que ceux des grands dignitaires précédents, étaient cependant presque semblables : la table richement drapée, et, dessus, le brevet de la nomination portant en son milieu un écusson,


— 91 - Vide en Occident, avec des têtes (impériales) en Orient (1).

Une particularité, que nous appellerons armoriate, distinguait Chacun des deux corps places sous le commandement des comtes. En ce qui concerné l'Occident, lés Cavaliers portaient un grand bouclier rond, au milieu de l'azur duquel figurait un globe de fer entouré d'une corde et d'un premier anneau; un second anneau servait de support cerclé à une couronne à dix pointes, dans l'intervalle de chacune desquelles brillaient dix coeurs en or. Le bouclier de la garde à pied était toutà-fâit pareil quant au fond, et ne différait que par quelques menus détails de forme, qu'il serait impossible de décrire. 11 suffit d'avoir fait comprendre l'allégorie transparente que révélaient, d'une part, la couronne, et, d'autre part, les coeurs.

Ces grands officiers n'avaient pas d'officium; mais l'index de la Notice place

SUB DISPOSITIONS VIRORÙM iLLusTnlùsi GôMiTtiM

DOBIESTICORUM EQDitUM sive PÊDITUM :

1. Domestiei équités,

2. Domestiei pedites,

3. Deputaii eorum.

Nous venons de voir ce qu'étaient les domestiei à pied et à cheval ; il nous reste à dire ce qu'étaient les deputati.-

Les Deputati étaient des hommes d'élite parmi l'élite ; ordinairement chargés de missions importantes par leur chef: « cerlis quibusque offîciis deputati, publicas exsecuti jussiones. » — « deputabantur autem ex schola agentium in rébus in aliorum magistratuum officiis et ad pervaria per provincias negotia gerenda curasque agendas.... » (Bocking). Ce mot avait encore un autre sens, et qu'il est utile d'indiquer, surtout au point de vue de l'épigraphie. « Deputati autem, quae vox in re militari propria fuit, seu locati positique milites erant, vel ad provisionem et curam,

(1) Il est digne de remarque qu'en reproduisant les emblèmes de cette double dignité, l'index de la Notice se tait complètement sur le mot (insignia) propre à les désigner, et dont elle ne manque jamais de se servir en ce qui concerne tous les autres dignitaires dé cette première catégorie. Peutêtre est-ce en raison de celte circonstance qu'on a cru devoir placer les comités domesticorum parmi les dignitaires de second ordie, dont les emblèmes ne sont appelés que symbole,,


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quae vos et ipsa propria est, tuitionomque et munitionem limitis et fossati, ad timoris suspicionem amoliendam. ... In liniitibus

liniitibus unde limitanei milites et limitanea militia....

Stationesque certae horum militum erant seu per stationes locati milites, in locis quibusdam praetendebant. Aliis fiuminum noninatim limitaneorum custodia commissa erat.., . in ripa per cuneos et auxilia constituti, unde et riparienses seu ripenses dicti. »

Bien que ces soldats modèles ne fussent pas tirés du corps même de la garde impériale (matriculis Domesticorum non eximebantur), et peut-être à cause de cela, ils n'en recueillaient pas moins, comme ceux de la garde, le fruit de leurs services, par un avancement spécial, des récompenses, titres et honneurs particuliers. C'est ce que fait connaître Cassiodore (de Primicerio Deputatorum et de Primicerio Âugustalium) en disant : Dignum est ut sequatur vota fidelium fructus laborum, et superior gradus excipiat quos gestarum rerum integritas affecta commendat. Hinc est quod Ursum Primicerium Deputatorum, atque Beatum Augustalium esse censemus, ut qui ad majora provecti tenduntur officia, praedicanda conscientiae sequantur exempla. »

Quant à la qualification de Protectores, dont nous avons dit un mot, elle ne paraît pas avoir été appliquée au corps entier des Domestiei, mais avoir été accordée à quelques-uns d'entre ces gardes, à titre de récompense d'anciens services : « Protectornm dignitatem tanquam pretium longi laboris veteranis pro praerogativa dari solitam fuisse testatur. ...»

Les deux Comités Domesticorum, que Cassiodore appelle Domestiei patres, et Cujas Protectores Equitum et Peditum, avaient. le jus evectionis; mais les commentateurs, Bocking lui-même, ne sont pas d'accord sur la question de savoir combien de fois ce droit leur était accordé, annuellement. On est allé plus loin et on leur a contesté le nom d'Illustres, en les rejetant parmi les dignitaires du second ordre (Speciables) ; mais ce déclassement n'est pas conforme aux indications de Vindex de la Notice.

^ §11. — SPECTACLES.

Les deux premiers diguitaires de cette catégorie, savoir :

i . PRIMICBRIUS SACRI CUDICULI, 2. CASTRENSIS SACRI PALATH,


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dépendaient du Praepositus Sacri Cubiculi ou Grand Chambellan (1). Comme ces deux dignitaires n'exerçaient point en Afrique, nous ne dirons que quelques mots sur chacun d'eux, afin de faire comprendre seulement en quoi consistaient leurs fonctions et. attributions.

Le Primicerius (Primicier) Sacri Cubiculi était le premier Chambellan de (la Chambre sacrée de) l'Empereur, en sous ordre sous le Grand Chambellan. Le tableau synoptique que nous avons précédemment donné des agents placés sous la dépendance de ce dernier grand dignitaire, a fait connaîlre quels étaient ceux de ces agents (les Decani) qui assistaient le Primicerius Sacri Cu-, biouli dans l'exercice de son emploi, d'ailleurs important.

La Notice ne fournit que très-peu de détails sur le compte de ce dignitaire, absorbé ou éclipsé par le Grand Chambellan. Il en est de môme, ou à peu près, en ce qui concerne le Castrensis- Sacri Palatii.

On appelait Castra la Cour du Prince (2), et Castrenses ministri, ou simplement Castrenses, les officiers de la maison de l'Empereur, du palais, etc. Le Castrensis Sacri Palatii était le chef suprême de ces officiers, divisés en plusieurs classes sous le titre de Ministeriales Domini ou Dominici, Regii, Ministri, Ministeriani> Ministeriales Imperatorum, etc. Il ne faut cependant pas confondre les

(1) On se souvient que le Grand-Chambellan, appelé aussi quelquefois Praefectus Sacri Cubiculi, Tréfet de la Chambre Sacrée, Grand-Maître de la chambre de l'Empereur, etc., était l'intendant général du prince, tant pour le service du palais que pour l'administration des domaines impériaux dans la Cappadoce (Empire d'Orient). Ce haut dignitaire avait rang de Sénateur. On a voulu faire remonter la création de cette charge à Adrien; il faut plutôt la rapporter à Constantin, qui peut-être ne fit que changer les attributions et le nom, puisque, sous le Bas-Empire, on appela désormais ce dignitaire Praepositus Sacri Cubiculi ou Grand-Maître du Palais. Il était également Comte (Cornes) de 1" classe.

(2) Le mot castra, que nous traduisons ici par cour, doit s'entendre dans le sens de campement, maison de l'Empereur en voyage, en campagne, etc. Par suite, la classification de castrensis se rapprocherait assez de celle de fourrier impérial ; car il ne faut jamais perdre de vue, dans l'étude des dignités romaines dont nous nous occupons, que tous les emplois, organisés sur le pied militaire (in re militari), sont énoncés, existent même, par assimilation avec les emplois civils. N'en fut-il pas de même en France, aux premiers temps de la monarchie, puis sous le premier Empire, et enfin, à l'heure où nous écrivons, dans toute l'étendue administrative de l'Algérie moderne?


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Castrenses avec les Paiatini, dont nous avons précédemment parlé. Le Castrensis (il portait ce titre unique dans l'Empire d'Orient) était-il Comte (en supposant qu'il le fût, il ne pouvait l'être que de deuxième classe, au plus)? Les commentateurs sont loin de s'entendre à ce sujet, pas plus, d'ailleurs, que sur la véritable signification du mot castrensis lui-même; car, se fondant sans doute sur une partie des attributions de ce dignitaire , ainsi définies par l'index de la Notice : Curae Palatiorum : on a voulu voir en lui un Maître des bâtiments (impériaux), c'est-à-dire une espèce d'architecte en chef, Architectus Augustorum, ce qui nous semble hors de raison.

Quoi qu'il en soit, et si le cartouche aux attributs (symbola) du Primicerius Sacri Cubiculi était complètement vide, il n'en était pas de même de celui du Castrensis Sacri Palatii. Le diplôme de la nomination de ce dernier reposait sur la table drapée que nous connaissons et placée à l'angle gauche du cartouche; la couverture de ce diplôme portait l'inscription suivante, que nous connaissons encore, mais que nous n'essaierons pas d'expliquer, plus que la première fois ; FL | intali | comord | PR. Le reste du cartouche est rempli par des vases précieux, des trépieds et autres riches objets d'ameublement, dont la forme, et l'usage méritent d'être étudiés.

Enfin, le Castrensis avait xin'officium, composé de divers agents, parmi lesquels un Tabularius Dominae Augustoe ou Dominarum Augustarum (1).

I. — PROTONOTAIRB.

Primicerius Notariorum. Si déjà notre hésitation s'est plusieurs fois trahie à propos du sens à donner aux dénominations romaines, elle se révèle ici tout entière; car nous savons très-bien que le mot protonotaire n'est pas du tout l'équivalent des mots primicerius notariorum, et que la signification de celui-là, telle du moins qu'on l'entend aujourd'hui, n'est nullement la même que celle de ces derniers. Les explications qui vont suivre nous feront mieux comprendre sans doute.

(1) On donnait le titre à'Avgusla aux impératrices, quelquefois à la mère, aux filles ou aux soeurs de l'Empereur.


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Répétons-le: primicerius veut dire le premier d'un ordre, d'un corps, chef. Les glossateurs, Du Gange, entre autres, fournissent cette définition très-explicite : « qui primus notabatur in tabula 4 cerata (in cera, sur la cire), sive in albo vel catalogo munere aljquo fungentium, ideoque fuit magister vel princeps cujuscunque publici officii, »

Quant au mot nolarius, venant de nota, note, remarque, anno.» lation, il doit s'entendre, on va le voir, dans le sens de Notae in Libris Mandatoium, que lui donnent les commentateurs.

II a été question du Laterculum minus ou petit laterçulum à l'article du Questeur du Sacré Palais (ministre de la justice) ; disons ce que c'était que le Laterçulum majus ou grand laterculum (1).

Sous les. premiers Empereurs, la liste de tous les fonctionnaires publics (civils et militaires) et des personnes qui servaient l'État, était tenue par un des affranchis, qu'on nommait Caesaris Provurator ab Ephemeriàe (2) et Mandatis : procurateur du Prince, chargé de tenir le journal des charges. Le même secrétaire expédiait les brevets à ceux qui étaient nommés à une place, à un emploi; plus tard, cette fonction fut confiée à des secrétaires ou notaires ayant le titre de Tribuns. On appelait Laterculum majus le registre ou le tableau sur lequel ils inscrivaient tous les fonctionnaires civils et militaires qui servaient dans les armées, avec le montant de la solde que ceux-ci recevaient. Les jurisconsultes citent ce livre, ce rôle des charges , offices et grades, sous le titre de Comruentarius Principis, mémorial du Prince, journal, recueil de notes, etc., exactement dans le même sens que a commeniariis, celui qui tient le registre d'une compagnie de soldats (inscriptions). La dénomination de laterculum lui venait de sa forme oblongue, qui ressemblait à celle d'une brique (laterculus) (3). Ce livre ou registre était tenu par le

(1) Le registre appelé Laterculum mimis était proprement l'état de la maison du Prince, comme Laterculum majus était celui de l'Empire {Lamprld. Aur. Vict.).

(2) Ephemeris, journal tenu par une personne, et dans lequel elle notait les événements, les actions, les dépenses de chaque jour, ete. (Cicéron, Quint. 18; C. Nepos, Attic. 13.)

(3) Later. brique; diminutif laterculus ou laterçulum; par suite, toute espèce d'objet de forme rectangulaire et l'ait en figure de petite brique.


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Primicerius Notariorum et ses commis, les Notarii (1), qu'on appelait Candidats. Nous savons que les corps de troupes stationnés aux frontières n'étaient pas portés sur le Laterculum majus, mais sur le Laterculum minus, tenu par le Questeur du Sacré Palais. « Minus Laterculum nunquam neque in orientis neque in occidentis pariibus ad Primicerium notariorum pertinebat. » Le Primicerius notariorum expédiait les brevets aux fonctionnaires, qui lui payaient, pour cela, une taxe considérable. Il partageait avec le Questeur du Sacré Palais la prérogative de donner lecture au Sénat des constitutions des Empereurs. En sortant de fonctions, il devenait sénateur, avec rang de proconsul.

Cette charge était donc considérable, car, dit le commentaire de la Notice, « in legibus de_ Notariorum nobili militia, praeclaro collegio, familiaritate principis similibusque ornationibus frequens sermo est. » La formula (Primiceriatus) Notariorum, conservée par Cassiodore, servirait seule à prouver l'importance de cette fonction, si, d'autre part, un poète latin du temps de Théodose, Claudien, déjà cité, n'avait pris soin d'en faire une pompeuse peinture dans les vers suivants :

Paulatim vectus ad altum

Princeps militiae, qua non illustrior exstat Altéra : cunctorum tabulas assignat honorum, Regnorum tractât numéros, constringit in unum Sparsas imperii vires, cuneosque recenset Dispositos, quae Sarmaticis custodia ripis, Quae saevis objecta Getis, quae Saxona frenat Vel Scotum legio, quantae cinxere cohortes Oceanum, quanto pacatur milite Rhenus.

(1) Notarii, secrétaires, appartenant à la classe des esclaves appelés librarii, parmi lesquels ils formaient une catégorie à part, étant chargés 6pécialement de mettre par écrit ce que leur dictait leur maître. Ces librarii, qu'il ne faut pas confondre avec les librarii, libraires ou bibliopolae, tenant boutique (Ubraria ), étaient une classe d'esclaves instruits, employés par leurs maîtres à différents travaux exigeant une cerlaine somme de connaissances et d'habileté littéraire, par exemple, à copier et à relier des livres, à faire des extraits, à écrire des lettres, à remplir l'office de bibliothécaires. Aussi étaient-ils distingués par des titres indiquant le genre particulier de service dont, chacun d'eux avait à s'acquitter. Ainsi, tcriplor librarius, le copiste ; a studiis, celui qui faisait des extraits ou remplissait les fonctions de secrétaire, et qui aidait son maître dans ses études ou ses affaires; ab epistolis, celui qui était chargé de la correspondance et rédigeait les lettres de son maître.


— 97 — Les insignes (symbola) de la dignité de Primicerius notariorum ou Notariorum omnium Primus, consistaient en un cartouche contenant les trois attributs que voici : à gauche, un faisceau de rouleaux de parchemin (pergamena Gonvoluta) attaché par le milieu; à droite, un livre fermé, sur la couverture duquel on lisait l'inscription si souvent commentée : FL. (inlali) Comord, PR; en dessous, un grand appareil, ne ressemblant guère à nos registres modernes, mais bien plutôt à une table de bureau bizarement échancrée dans une partie de son pourtour, avec ces mots nécessairement explicatifs : LATERCULUM MAIUS. « Hic autem non codex, qui ab aliquo ipsi detur primicerio, sed liber est mandatorum, quem ipse magistratibus tradit, et ob id pro ejus insigni ponitur, ut quid ad ipsum praecipue spectat, indicetur » (Pancirole). Les gardiens de ce registre (des chargés), qu'il ne faut pas confondre avec les Notarii, portaient le nom de Laterculenses. En un mot, les deux Laterculum (minus et majus) étaient les registres dans lesquels « Principis Mandata, Leges et Constitutiones Imperii continebantur. »

Les attributions du Primicerius notariorum sont, à notre avis, complètement définies par ces mots de Yinfiex de la Notice :

Sub cura (vel disposition) Viri Spectabilis Primicerii Notariorum :

NOTITIA OMNIVM DIGNITATVM ET ADMINISTRATIONVM TAM C1VILIVM QVAM MtLITARIVM. Il est assez remarquable que, chacun des deux Empires étant organisé sur le pied militaire,, les fonctions civiles fussent placées avant les fonctions militaires, et que le cédant àrmà' togae de Cicéron eût persisté jusqu'à cette époque.

Le Primiecrius notariorum n'avait pas d'officium particulier, mais des adjuteurs, aides, etc. (Officium non habet sed àdjutores) ; quand il avait besoin d'agents en certain nombre pour ses écritures, on les lui fournissait des bureaux du Magister officiorum ou Maître des Offices, sur le compte duquel nous avons passé légèrement et à dessein dans le § 1", et dont nous allons maintenant nous occuper.

E. BàCHB.

(La suite au prochain numéro)

Rtvue Afric. 8e année, n« 4*


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OUICHAH ICI, K AT % 11»

Sous le titre qu'on vient de lire, l'émir Abd el-Kader avait réuni les règlements relatifs à son armée, et c'est ce livre qu'il semble désigner dans 'le passage ^suivant d'un mémoire adressé par lui à M. le général Daumas et que M.- Bellemare réproduit (page 219, etc.) dans sa très-intéressante biographie de ce personnage illustre :

« Les instructeurs de mon. infanterie régulière étaient des sol» dats du Nizam, venus de Tunis, de Tripoli ou des déserteurs » de votre propre armée, indigènes ou étrangers. J'avais com» posé pour elle un règlement qui traitait de la hiérarchie, de » l'habillement, de la solde, de l'avancement et de la nour» riture. »

Le texte arabe du Ouichah el-kataïb a été publié jadis à Constantine, par M. le colonel «l'artillerie Boissonnet, à ce qu'on nous assure; mais il n'est pas à notre connaissance qu'aucune traduction l'ait jamais fait connaître au public français. La version que la Bibliothèque d'Alger possède, en notre langue, et que nous allons publier, paraît être l'oeuvre d'un interprète officiel, à en juger par cette formule qui la termine -r- pour traduction ppnforme — et qui malheureusement n'est accom-r pagnée d'aucune signature qui en désigne l'auteur.

Avant de placer sous les yeux des lecteurs de la Revue Africaine celte traduction anonyme d'un curieux^ document historique, nous devons, expliquer succinctement l'organisation de l'armée d'Àbd ej-Kader. Il faut cette exposition préalable: pour faire bien comprendre et apprécier le Ouichah. Enfin, dans le: but,de compléter l'étude, de la matière, nous donnerons, à la suite, l'analyse du contrôle d'un bataillon] arabe'i; celui de Milianà. Ce dernier manuscrit, qui est également inédit, appartient aussi à la Bibliothèque d'Alger.

Pour composer notre tableau de l'organisation de l'armée d'Abd el-Rader, nous avons; suivi le document cité en tête de cet article -et émané de l'Emir lui-même; ainsi que de précieux renseignements recueillis par M. Léon Roches, pendant un assez;


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long séjour auprès du Sultan arabe, à l'époque de là paix. Avec d'aussi bons guides, on a quelque chance d'être exact.

Les troupes régulières do l'Émir se composaient d'infanterie, cavalerie et artillerie. L'arme du génie ne s'y trouvait pas représentée et les travaux particuliers qui chez nous lui incombent étaient exécutés par les canonniers-soldats,

L'infanterie, commandée par l'aga el-kebir, comprenait huit bataillons ou askar, chacun de huit compagnies ou centuries (mïa). La compagnie se subdivisait en trois saf, ou sections.

Le vrai sens grammatical du mot saf est rang; mais il est évident, d'après les nécessités du passage si fréquent dans lés marches et manoeuvres de l'ordre en bataille à l'ordre en colortne, et vice versa, qu'il fallait traduire saf par section, ainsi que nous l'avons fait.

Les bataillons ne se désignaient point, comme chez nous, par des numéros, mais par le nom du lieu où on les avait formés et où ils tenaient habituellement garnison. On disait donc askar Miliana, askar Medea, etc. Le bataillon de Mascara, qui avait été créé le premier et par les soins directs d'Abd elKader, recevait, en raison de cette circonstance, la désignation particulière de bataillon du Sultan. Les commandants ou chefs de bataillon prenaient le titre d'ados et étaient assistés des employés suivants :

Khodjat el-aga, secrétaire de l'aga, chef de tous les khodja ou sergents majors des compagnies- il faisait la solde, les distributions d'armes, d'effets d'habillement et d'équipement. En outre, il dirigeait la prière publique conjointement avec l'aga.

Chaouche el-askar. C'était l'exécuteur des punitions militaires. Chaque bataillon avait encore :

Un bâche tobdji, ou chef des canonhiers, qui, indépendamment de son service spécial, était chargé de la eohfeetïoii des munitions, des affûts, etc., et ses hommes exécutaient) à l'occasion, ainsi qu'on l'a déjà dit, les travaux afférents au génie militaire, tels que retranchements, routes, etc.

Le bâche tobdji du bataillon de Mascara avait le titre de bâche tobdji du Sultan ; il commandait toute l'artillerie et ne recevait d'ordre que de l'Émir.

Un ou deux tebib cumulaient dans chaque bataillon les foiu> tiens relevées de la médecine et de la chirurgie avec les humbles opérations de barbier. Us étaient sotis les ordres d'un


iOO -

tebib el-kebir. Ce n'était pas le service le mieux organisé de l'armée de l'Émir, mais le tempérament vigoureux et la sobriété des soldats suppléaient à l'ignorance et à l'inexpérience de ces pauvres docteurs.

On a vu que chaque compagnie d'askar ou bataillon se subdivisait en trois saf ou sections. Voici la composition de leur cadre :

Sïef el-kebir, grand porte-sabre. C'était le capitaine de la compagnie. Son nom vient des deux petits sabres brodés ou estampillés sur son uniforme et qui étaient les insignes de son grade.

La compagnie qu'il commandait devait se composer de cent hommes, ainsi que son nom de mïa l'exprime. Mais ce chiffre réglementaire variait nécessairement, selon les besoins et les facilités de recrutement ou les chances de la guerre.

Après le capitaine, venait le s'ief es-serir, ou petit porte-sabre. C'était le lieutenant. 11 ne portait le sabre-insigne que d'un côté.

Les rais es-saf, au nombre de trois, étaient des espèces de sergents que l'on appelait aussi kebir el-kheba, chefs de tente, parce qu'il y avait une tente par section.

Les khalifa raïs es-saf répondaient à nos caporaux et étaient au nombre de trois, ce qui impliquait la division de chaque section en trois escouades.

Khodjat el-mïa, secrétaire de la centurie ou compagnie. C'était notre sergent-major.

Tambourdji, tambour. Il y en avait un par compagnie. Un bâche tambourdji ou tambour-maître, avait sous ses ordres les tambours d'un même bataillon.

Tebbakh, cuisinier. Ses fonctions étaient permanentes comme dans l'ancien odjak des Turcs d'Alger. Mais il n'avait pas à beaucoup près , l'importance du ahtchi parmi les janissaires.

Askri, soldat. Ils se recrutaient, en général, dans les classes infimes de la société, et surtout parmi les bergers, la plus méprisée de toutes. Les pauvres, les repris de justice, les paresseux et ceux que l'inimitié des chefs obligeait d'abandonner leur tribu, y figuraient en grand nombre. Leur nourriture réglementaire ne devait pas être fort abondante, car ils étaient presque toujours affamés. De là, ce proverbe arabe : « Dieu


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» préserve ta tente d'un askeri qui vient du camp et d'un tahb » qui prétend n'avoir pas faim. »

Les moyens de transport affectés à chaque compagnie se composaient d'un chameau pour porter les trois tentes de section, d'un autre pour les effets des officiers et soldats, et d'un mulet pour le tebbakh et sa batterie de cuisine.

La cavalerie était commandée par un aga assisté d'un khodja. Cet aga cédait le pas à l'aga de bataillon comme son arme le cédait à l'infanterie. Chaque escadron comptait réglementairement 50 cavaliers et était commandé par un se'ief, capitaine. Le reste du cadre comprenait deux kebir el-kheba, chefs de tente faisant fonctions de maréchaux-des-logis ; d'un khodja, fourrier et d'un tebbakh, cuisinier.

L'artillerie était sous les ordres d'un \bache-tobdji assisté d'un khalifa ou lieutenant. Il y avait ensuite les kebir el-medfa, chefs de pièces; un khodja, sergent-major; un tebbakh, cuisinier; un trompette et un chaouche.

Les tobdji ou simples canonniers étaient en nombre illimité. On saisit, dans cette organisation, la pensée de constituer le bataillon de telle sorte qu'il fût par lui-même une petite armée complète, où toutes les armes fussent représentées. C'était, sur une faible échelle, quelque chose d'analogue à la légion romaine ou à une de nos brigades opérant isolément. Il en devait être ainsi, puisque chaque bataillon était affecté, en permanence, à une espèce de subdivision militaire qu'il pouvait quitter momentanément, quand une grande concentration de troupes devenait nécessaire, mais à laquelle il revenait toujours une fois les opérations terminées, et qui était, après tout, la véritable sphère d'activité dans laquelle il était appelé à se mouvoir le plus ordinairement.

L'armée d'Abd el-Kader était régie par un code spécial, d'après

lequel les crimes et délits militaires étaient punis, et chaque ba.taillon

ba.taillon son conseil de guerre composé comme en France.

Les officiers ne pouvaient être jugés que par un des huit

khalifa investis de commandements provinciaux répondant à

peu près à nos subdivisions militaires.

Le recrutement se faisait par engagement volontaire contracté pour la vie.

Le môme règlement qui déterminait les conditions d'avancement, fixait les distinctions et récompenses.


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Pour toute cette organisation militaire, l'Émir n'avait pu rien demander à sa nation, qui ne connaissait rien au-delà des combats de tirailleurs; il lui fallut donc en emprunter les éléments aux Français, contre lesquels, — en paix comme en guerre, — il entretenait un duel à mort; et, même, un peu aux Turcs, qu'il méprisait et détestait plus encore que les chrétiens, sans doute parce que, dans sa jeunesse, il avait eu à souffrir personnellement de leur despotisme brutal. Sa situation, comme organisateur, a quelque analogie avec celle de Mahomet, qui composa un code religieux pour ses arabes, en mettant largement à contribution les livres sacrés des Juifs et des Chrétiens. Dans les deux cas, les armes de l'islamisme étaient empruntées à ceux qu'il allait combattre.

Si l'on n'avait fourni que ces armes-là à Abd el-Kader, il n'y aurait rien à dire, car le cadeau était fort involontaire de notre part ; mais, par malheur, on y joignit des fusils, de la poudre, du plomb, d<?s obus, etc ! Ces libéralités impolitiques,, qui devaient nous coûter si cher, furent le résultat d'une méprise : on crut que l'armée régulière de l'Emir était destinée contre nous; et l'on s'en réjouit par la pensée qu'ainsi nous aurions désormais des adversaires abordables et saisissahles sur l.e champ de bataille. Mais Abd el-Kader entendait si peu les choses de cette façon, qu'il enjoignit expressément à ses chefs de ne jamais engager ses bataillons réguliers contre nos troupes, si ce n'est quand ils. auraient pour eux une très-grande supériorité de nombre, et presque à coup sûr.

Mais, alors, à quoi les destinait-il ?. dira-t-on. Il nous l'a dit lui-même, un peu plus tard :. à soumettre tous les indigènes pour avoir dans la main toutes les ressources de l'impôt et du recrutement ; ce qui était double bénéfice, car, à mesure qu'il gagnait de ce côté, nous perdions par cela-même. Or, ses réguliers, qui ne pouvaient tenir devant nous, étaient, invincibles et irrésistibles pour les Arabes et les Kabiles indiscir plinés. Les troupes d'Abd el-Kader atteignaient facilement les insoumis, parce qu'elles n'avaient pas cessé d'être aussi mobiles qu'eux, en acquérant les avantages de la discipline qui leur manquait. L'Émir augmentait ainsi indéfiniment le nombre des bandes irrégulières à lancer contre nous, celles qui nous, incommodaient précisément le plus: et. que nous pouvions le aïoins atteindre.


- 103 - Mais ce sont là des vérités devenues tellement vulgaires, qu'il faut se borner à les rappeler sommairement comme on vient de faire et comme il fallait le faire pour compléter je préambule que nous avons cru devoir donner au Ouichah elEalaib, dont la traduction sera insérée dans le prochain n° de la Revue.

A. BERBRUGGRB.

P. S. — Au moment où nous lisons la dernière épreuve de cet article, des renseignements, dont voici la substance, nous sont adressés par M. le colonel Boissonnet:

Cet honorable officier supérieur a édité,.en effet, le Ouichah elKataïb en mars 1848; il l'avait fait autograpbjer sous ses yeux, d'après un manuscrit écrit de la main de Ben Rouila, secrétaire d'Abd el-Kader. Le Ouichah parut à la maison Hachette, avec une préface française et sous le litre français de : Quelques poésies d'Abd el-Kader ; ses règlements militaires.

En donnant ce titre, l'éditeur savait bien qu'il subordonnait le principal à l'accessoire; mais il avait voulu, avant tout, faire naître l'occasion d'écrire quelques lignes en faveur de l'illustre Emir, alors injustement détenu; et les Yers semés par celui-ci dans, ses règlements lui en fournissaient une opportunité naturelle qu'il ne pouvait laisser échapper. Il espérait ainsi augmenter le n'ombre, alors très-restreint, des. personnes sympathiques à la cause d'Abd el-Kader, et amener la fin d'une captivité illégale, qu'il regardait comme une tache au drapeau du pays.

Avant la publication du texte arabe du Ouichah, une traduction française, due à M. l'interprète militaire Rosetti, avait été insérée, par les soins de M. le général Marey, dans le Spectateur militaire, du 15 février 1844.

Nous conférerons cette traduction avec le texte arabe et avec celle dont nous possédons une copie, avant de reproduire cettedernière dans la Revue Africaine.


NOTICE

suit Les Sahai'l, les Oulnd ben AHya, les Oulad 1%'aïl

ET SU1Î L'ORIGINE DES TRIBUS CHEURFA.

L'histoire des peuplades du Sud de l'Algérie est encore plus confusément enfouie dans les ténèbres de la tradition que celle des tribus du Nord. Au-delà du Tel, en effet, et en dehors des grands centres de population, il n'y a plus de Taleb ou savants qui puissent appliquer sûrement la critique à l'étude des faits. D'ailleurs, ces clans de nomades méridionaux n'apparaissent, chaque année, dans le Tel qu'un instant pour ainsi dire; et, rentrant aussitôt dans les immenses solitudes qui sont leur véritable patrie, ils échappent, par cela même, a toute investigation sérieuse et suivie. Dans cet isolement scientifique immémorial, leurs annales naquirent et se sont développées eu l'absence de tout contrôle rationnel et sous les seules influences de l'orgueil aristocratique uni à un insatiable besoin, de merveilleux ; s'enrichissaut de fables ou s'appauvrissant de vérités, selon l'occasion et toujours à la faveur des connivences du penchant national.

On ne doit donc aborder qu'avec une circonspection extrême les récits légendaires de ces enfants du Sud; aussi, tout en les livrant au lecteur tels qu'ils sont aujourd'hui racontés, nous faisons soigneusement nos réserves, et nous appelons de tous nos voeux le moment où la découverte de documents authentiques et positifs permettra de démêler avec quelque certitude les vérités qui se cachent sous la multitude des ornements romanesques.

NEn attendant, reproduisons ce que nos Sahariens racontent sur eux-mêmes et comme ils le racontent.

Si l'on examine attentivement les Sahari, si l'on étudie minutieusement leur visage, on s'aperçoit que l'ensemble général des traits n'appartient pas à la race arabe. Seraient-ils des autochtones aussi


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bien que les Habiles? Aucune preuve matérielle ne vient, je l'avoue, étayer celle réllexion, qui est le résultat de remarques particulières fondées sur de simples apparences pbysiognomiques.

Le manque de temps et de ressources intellectuelles dans la localité où j'écris ne m'ont pas permis de rechercher les faits qui pouvaient ôter à mes assertions le caractère d'une hypothèse prématurée. Quant aux lettrés du pays, ils affirment, sans en pouvoir donner aucune preuve, que les Sahari sont aborigènes; ou bien ils produisent une légende mytérieuses d'après laquelle ils seraient venus dans la contrée pour se mettre à l'abri des Pharaons de l'Egypte. Ne pourrait-on pas voir dans celte fable un souvenir des conquêtes de Sésostris?

Le Djebel Sahari, situé au Sud de Tileri, faisait autrefois partie de l'ancienne Gélulie et était habité par les Isaflenses (1 ), chez lesquels se réfugia Firmus après sa défaite par Théodose qui, toujours chassant devant lui cet ennemi de l'empire romain, porta ses armes victorieuses jusqu'au pays'des palmiers.

Les Sahari n'ayant pas pour les protéger dans leurs luttes la configuration physique du sol, c'est-à-dire, l'épais rideau des montagnes de la Kabilie, furent facilement absorbés par la race arabe conquérante. De nombreux mariages politiques, des rapports forcés de chaque moment, avec les tribus qui les englobaient, leur firent probablement perdre leur caractère original, en même temps que leur langage primitif. Depuis une époque que leur mémoire ne peut se rappeler, ils vivent sous la tente; et il en faut sans doute voir la cause dans celte crainte incessante qui, jusqu'à notre arrivée daus le pays, a constamment tenu en éveil les tribus du Sud et les a forcées d'être toujours prêtes à livrer le terrain à un ennemi se renouvelant sans cesse. Ce n'est aujourd'hui qu'une race abâtardie, ne se rapprochant des Berbères que par les noms de quelques localités (noms laissés, peut-être, par des peuples demeurés inconnus aux historiens), par son amour pour la culture et la vie sédentaire, amour qui pourrait n'être dû qu'à la nature montagneuse du pays. Les grands vices ou les grandes qualités inhérents à un peuple pur de tout alliage se sont usés par ce frottement journalier avec leurs limitrophes. Tout est mixte chez le Sahari, tout est énigmaliquc;

(1) M. Arnaud avance ceci, d'après un manuscrit non signé, déposé dans les archives de Laghouat. Mais l'assertion i:sl ti-ès-conleslablc.— Ar. de la R.


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il est mollement bon, il est faiblement mauvais. Parfois cependant-, se rappelant toul-à-coup une antique indépendance, une brusque étincelle de vieille énergie jaillit de son oeil éteint. Mais si la lueur est vive, elle ne dure qu'un instant. Une soumission obséquieuse, de plusieurs siècles a noyé sa sauvagerie native dans une apathie indicible. Toutefois, le temps et le despotisme ont vainement essayé d'étouffer sous leur rude étreinte son antipathie instinctive contre l'Arabe, avec lequel il ne veut pas être confondu : il veut rester Sahari, ;

Près d'eux ont dû vivre d'autres peuples, ainsi que semblent le. prouver des ruines dont on ne connaît pas l'origine. Telles sont celles situées dans le Senn el-Lebba; à Bou Aïchaouiya, A>jli~E ji\t

H'àci el-'oud, ïjsâ\ <c^-> 'Euguila, -ALÂC, 'AÏII Rah'la, jdb=J ^^e,

Ardjam, À^\\; sur l'oued Noumcen, ^j^y VJJ-'IJJ l'oued Medjdel,

J4=s^ ±C^j-, à Makhoukh, -^a^, Ourrou, JJ_J, etc. Ces dernièressur

dernièressur route de Djelfa au Rocher-de-Sel auraient été, dit-on, le repaire redoutable d'une bande de coupeurs de route, dont le chef se nommait Ourrou. A S kilomètres Nord de Djelfa, à gauche de la grande route. près du moulin Randon, on voit des tombeaux que leur forme a fait supposer celtiques. Quelques fouilles n'ont amené que la rencontre d'ossements humains. Au-dessus, mais à la droite de la route, sont les ruines de Makhoukh, ks'ar bâti autrefois par un chef berbère. Les murs en pierres sèches et dont une partie subsiste encore, en s'écroulanl, ont couvert de leurs débris les flancs, du mamelon, sur la corniche ouest duquel se trouvent deux ou trois tombeaux de la même forme que les premiers et que les Arabesdisent être des embuscades dressées jadis par des chasseurs de lion.. Des postes romains assuraient le parcours des trois vallées principales du Djebel Sahari servant encore aujourd'hui de passage pour déboucher dans les plaines : celle de l'Oued Hadjya on Bab 'ain Messe'ouda; de l'oued Djelfa, où (entre le moulin et Djelfa) le Dr. Reboud découvrit une pierre portant cette inscription : Zdresis, et un chapiteau de colonne, qui soutient maintenant un cadran solaire dans la pépinière de Djelfa ; de Ga'iga' ^~*i fermée au Nord

par le poste de Rorireïn (^J PJ^"), au pied du K'oundjaiya L^jUsr 3 chaîne de collines entre les deux Sebkha du Zar'ez (Zaresis) à l'Est de Mesran). Les Arabes parlent d'un fossé ou saguia entre- Mcsrait et Korireïn, creusé par les Djouhala, aliu d'amener sur leurs cul-


turcs les eaux de l'oued Melcli. L'année dernière, les Sahari, eu construisant leur barrage de l'oued Bestama, découvrirent dans le lit de celte rivière, à peu de profondeur, deux urnes à col allongé et a fond ombilical, parfaitement conservées. Je regrette qu'elles n'aient pu parvenir au' Musée où elles étaient d'abord destinées.

Les ruines de Korireïn, quoique, moins étendues, présentent le même aspect que celles de l'oued Hadjya. Au milieu de l'enceinte rectangulaire, dont les murs, au niveau du sol, n'ont pas moins de quatre-vingt centimètres d'épaisseur, sont éparses quatre ou cinq énormes pierres carrées h moitié ensevelies dans la terre. Pas de vestiges d'inscriptions.

Le djebel Sahari de l'annexe de Djelfa, pendant très-longtemps s'appela Mechenlel (^HJ£J> boisé).

A une époque reculée, un peuple que l'on nommait Sahari (^ÇjLs—), vivait dans ces montagnes sous la direction de son chef,

Aliya ben 'Ali ben 'Otman, lequel, par la suite, devait donner son nom à une fraction de cette importante tribu. Aucun renseignement n'a pu jeter la moindre lueur sur son origine. Bien plus tard, quelques Bouazid ou descendants de Sidi bou Zid se fixèrent, à leur tour, dans les gorges de la vallée de Ga'iga' (ï^xs). Les anciens propriétaires abandonnèrent généreusement aux nouveaux immigrants, du reste peu redoutables dès le principe, cette belle portion de leurs montagnes, furent pour eux des frères et leur vinrent en aide chaque fois qu'un secours fut nécessaire. Mais bientôt, les ravins de Ga'iga' se trouvèrent trop étroits pour contenir les Bouazid, dont les villages se multipliaient chaque jour. En effet, de broussailles en broussailles, de rochers en rochers, ils s'étaient approprié une large part du territoire de leurs bienfaiteurs. Ils occupèrent successivement les collines de Bou Trifis, de Tis el-Ouïn, Tast'ara, ifjLkJj, Il'àci el-'Oud, ^_jJl ^~>=>-> D'aya, «L-s, K'ot'aya,

ïjLks, et s'étendirent jusqu'à l'oued Hadjya, près de Charef. Partout où ils réussissaient à s'établir, ils élevaient des maisons pour consacrer leur prise de possession. Alors, devant ces rapides envahissements, l'inquiétude entra dans le coeur des Sahari, qui, déjà, n'avaient pas vu, sans une secrète jalousie, celte petite tribu prospérer et s'enrichir à leurs côtés. Des disputes, des querelles journalières, présages de sanglants conflits, firent naître une haine qui grandit avec la puissance des Bouazid. Un long cri de guerre partit de tous les rochers à la fois. Le- premier combat se livra à liaci eu-


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Neguib (w*^J| v;~°0 puits du pic, du inallure de Numidie), à l'entrée sud de la vallée de Ga'iga'. De part et d'antre, l'acharnement fut extrême, car il fallait que l'une des deux tribus quittât le pays. Soixantesix Sahari furent lues ; mais, bien que la perle fût moindre chez les Bouazid, puisqu'elle n'atteignait pas le chiffre de 40, les Sahari restaient cependant maîtres du terrain. A la suite d'autres rencontres non moins terribles, les Bouazid, toujours défaits, toujours vaincus, se retirèrent vers les contrées de l'Est, en pleurant ces riches montagnes, où ils laissaient de nombreuses traces de leur résidence, telles que débris de constructions, ruines de villages et la Coupole (goubba) de leur ancêtre Sidi bou Zid. Ils n'habitèrent que pendant cinq ou six ans le djebel Mechentel et y furent connus sous le nom de Oulad Sidi Soliman ben Youb, petil-fils de Sidi bou Zid. Les Merazig, seulement, devenus Khoddam (serviteurs) de Sidi Soliman, obtinrent grâce devant les vainqueurs, malgré leur défection et en raison de leur presque confraternité d'origine avec les Sahari. Cette tribu, qui descend de Merzoug, nègre de Aliya ben Ali, est aujourd'hui disséminée dans le Tel. Les autres membres qui n'ont pas voulu abandonner le djebel Mechentel, où ils possèdent leurs terrains de labour, se réunirent sous le nom de Traîfa, aux Oulad Abd-el-Rader, lorsque les Oulad Naïl s'abattirent sur le pays. La tombe de Alerzoug est à côté de la Goubba de Sidi Soliman Moul el-Trifiya, au N. E. de Aïn Ourrou et tout près de la grande route.

Les Oulad Sidi bou-Zid, dont les tribus se sont répandues sur toute la surface de la terre, ont pour souche Sidi bou Zid ech - Cherif. Cet homme illustre qui jouit à si juste titre, chez tous les musulmans, d'une haute renommée comme taleb et comme marabout allié à la famille de Sidi Abd-el-Kader el-Djilani, avait le teint vivement coloré de rouge ; ses deux sourcils ne formaient qu'une seule ligne épaisse à la base du front ; une barbe noire bien fournie encadrait son visage d'une beauté resplendissante. Au-dessus des yeux, il avait une large cicatrice provenant d'un coup de pied de cheval reçu pendant sa jeunesse.

11 naquit dans le Djebel Amour, à Aïn el-Biod'. Dieu commençait à peine à répandre sur lui ses grâces, que déjà quelques habitants de celte contrée, méconnaissant ses rapports avec la Divinité, se révoltèrent un jour contre lui, pareequ'il voulait les faire rentrer dans le sentier de la vertu, et résolurent de le mettre à mon. Le saint n'eut qu'à souffler sur ces hommes pervers pour les réduire tous en poussière au nombre de quarante cavaliers. Sidi Bouzid,


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prenant ensuite la forme d'un aigle, quitta ce pays et se rendit à el-Hamel (J^L»), où il laissa une descendance, puis à Madjen (^a.U). Il créa dans cette plaine les Oulad Mor'ran ( Jjà»). Le gouvernement algérien, que le pouvoir de cet homme inquètait, le fit jeter dans un hûcher ardent. Du milieu des flammes, le marabout leur cria : « Votre feu est bien froid ! Augmentez-en donc la chaleur ! » El il sortit sans aucune blessure de la fournaise, ce qui devait suffire pour convaincre tout le monde de sa sainteté ; mais ses ennemis, aveuglés par la colère, essayèrent d'un autre élément et le précipitèrent dans la mer. Celte nouvelle épreuve fut une nouvelle victoire! En disparaissant aux yeux étonnés de ses bourreaux, il leur lança celle malédiction : « Malheur à vous! je vois la honte et le mépris des nations s'avancer de votre côté pour vous couvrir de leurs sombres voiles. »

Afin de ne pas allonger celle digression sur Sidi bou Zid, je donnerai, en parlant des Cheurfa, la nomenclature des tribus fondées par ce grand marabout.

Après la fuite des Bouazid, les Sahari purent librement s'étendre dans le Djebel Mechentel, depuis Ain Hali'Ia à l'Est et l'oued H'adjya à l'Ouest, jusque dans le pâté de montagnes appelé Djebel béni Yagoub et situe entre Charef, Zenina, Ta'd'mit et Amar. L'oued Hadjya fut toujours la ligne de démarcation qui les sépara des inoffensifs Oulad Sidi Ahd-el-Aziz ech-Charef ou A'baziz Charef.

Les Oulad hou Aïcha ou Bouaïehe, qui campaient alors à el-Àlgan ( ,Xs£z) à l'est de l'oued Medjdel, sentant que leur séjour près des Sah'ari deviendrait bientôt impossible, songèrent à les déloger de leurs montagnes, d'où ils menaçaient tous leurs voisins. Dès qu'ils connurent celle intention, les Sahari, enorgueillis par leurs précédentes victoires, allèrent chercher ces nouveaux ennemis sur leur propre territoire. Les deux tribus se rencontrèrent sur les bords de l'oued Medjdel . Dès le premier choc, 71 Bouaïehe furent tués ; les Saha'ri eurent à déplorer la mort de 67 de leurs meilleurs combattants, tant cavaliers que fantassins. Les Bouaïehe se réfugièrent dans leurs leiries, d'où les Sah'ari n'osèrent entreprendre de les chasser, car leur victoire leur avait presque autant coûté qu'une défaite.

Cette sanglante affaire n'enleva pas aux Bouaïehe l'espoir d'éloigner du pays leurs terribles adversaires. Ils rentrèrent même à l'improviste en possession d'une partie des terres conquises sur eux précédemment, et se glissèrent le long de la vallée Ga'iga'. Les Sahari se réunirent aussitôt pour s'opposer h cette nouvelle inva-


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sion. La mêlée fut épouvantable, les guums engagés étant pleins de valeur et d'audace. Déjà, des deux côtés, le nombre des morts était égal ; mais la victoire, par suite de meilleures dispositions, penchait plutôt vers les Bouaïehe.

En ce temps-là vivait parmi les Sahari, un marabout, un de: ces Ouaii (ssint) qui, semblables à la reine des astres, notre flambeau nocturne, sont parfois envoyés par Dieu sur la terre pour diriger les hommes dans le chemin de la vérité que d'épaisses ténèbres dérobaient jusque là à leurs regards. Le nom de ce saint, si célèbre dans le Sud, était Mohammed ben Aliya. Son apparition subite au sommet d'un rocher, devait changer le résultai du combat, dont l'issue cependant ne semblait plus douteuse. A sa vue, les deux partis s'arrêtent saisis d'un saint respect; les armes s'échappent des mains tremblantes : les prières, les invocations, succèdent spontanément au bruit des armes; chacun lui demande, prosterné la face contre terre, de décider la victoire en sa faveur. Le Marabout, qui appartenait aux Sahari par sa mère Mariem bent Rah'âl et aux Bouaïehe par sa nourrice Aliya, fut un instant très-embarrassé ; car chaque soldai des deux armées, oubliant l'acharnement de la lutte, implorait son secours avec une foi égale. Mais, saisissant l'occasion avec infiniment d'à-propos et de bon sens, un nieddah (chantre) inspiré, se mit à chanter dans les rangs des Sahari un hymne en son honneur. Cet hommage le flatta et fixa ses irrésolutions. S'adrcssant alors aux Sahari, il leur cria eu levant son doigt dans la direction du Sud : Amenez-moi ces créatures de Dieu qui passent là-bas, ces sept enfants de Sidi Naïl, de la tribu des Ouled Fereudj, de la fraction des Oulad Zer'iliche, et vous sortirez vainqueurs du combat par la permission de Dieu. Il n'avait pas fini de parler que déjà l'on voyait sept hommes, sept géants s'élancer à la tète des Sahari.

Les Bouaïehe, dont le centre était à Beshassa ( J^.L^o ), s'étendaient jusqu'à la D'aiat el-A'd'ed' (^LOSSJ! MU) et à el-A'nater ( Jj'bc); les Sahari, rangés le long des berges de l'Oued Motiilah', s'appuyaient à Khaldjan ( .LxrU.) et Gandouza (ïj_jjji ), au sud du Téniet Ga'iga'. Les deux armées se mesurant de l'oeil, s'examinent un instant avec une rage silencieuse ; l'envie et la haine furieuse gonflent tous les coeurs. Alors, les deux troupes se ruent l'une sur l'autre, chacun cherchant à surprendre son adversaire, à l'attaquer corps à corps. Les sept guerriers des Oulad


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Zer'ïlïch' marchaient en avant des Sahari et les rangs opposés s'ouvrent sous leurs coups, qui sèment la mort partout où ils atteignent, et laissent après eux le désordre et l'épouvante.

Les ennemis de la tribu du Marabout semblaient un champ de blé fauché par de vigoureux moissonneurs ; leurs cadavres entassés témoignaient de l'immense carnage. A l'aspect des ravages faits dans leur gouin, voyant la victoire échapper de leurs mains, mais espérant encore la ressaisir, les Bouaïehe, d'un commun accord, se ramassèrent et accablèrent sous leurs efforts les auteurs de celte désolation. Les Sahari profilant du répit qu'ils leur accordaient ainsi, les enveloppèrent rapidement et les eurent bientôt mis en fuite. Mais les sept héros avaient succombé sous les efforts réunis des Bouaïehe; ils tombèrent et la terre les engloutit d'ellemême dès l'instant de leur mort. L'endroit où ils ont ainsi disparu prit le nom de el-Amouâgueuf. Leurs tombeaux rappelleront toujours à la postérité ce combat acharne et la victoire des Sahari due à leur valeur et aux mérites de Sidi Mohammed ben Aliya. Les Bouaïehe perdirent dans cette bataille cent hommes parmi lesquels il faut compter un chien noir, et les Sahari 63 combattants.

Les Bouaïehe, pour éviter un plus grand désastre, se retirèrent précipitamment sur l'Oued es-S'ouf (^jycj\ v_£-^j)> Pr6s mi Djebel Drouiya. Les Sahari se lancèrent à leur poursuite par petits pelotons; puis, la nuit étant arrivée, ils se rassemblèrent dans les ravins de l'Oued er-Rou' ( ç-jy\ VJJ-'IS)' a^in de mieux les surprendre dès les premières lueurs du jour, et de les anéantir jusqu'au dernier. Les Bouaïehe, qui avaient quitté imprudemment la forte position qu'ils avaient prise sur les crêtes des montagnes, furent rejoints à Reguiguissa ( JL^Ls, ), entre les bancs de sable du Zar'ez et la montagne. De nouveau vaincus, ils reprirent la route des montagnes et ne se reposèrent qu'à Fort'assa (A-LLJ),

à l'ouest de l'Oued Meleh'. Leurs implacables ennemis établirent leur camp à A'în Ma'bed ( J-JO» .^e), près de Zemila, (aujourd'hui poste), à l'est de l'Oued Meleh'. Les berges élevées de celte rivière rendirent toute nouvelle lutte impossible pour ce jour-là. Les Bouaïehe, toujours courant, se dirigèrent le lendemain malin, sur le. Djebel bou Zer'ba (Lij y\ ), à l'ouest du Ks'ar Charef-. Les Sahari, pour faire croire à toute cessation de poursuite de leur part, les laissèrent prendre une avance considérable ; puis,


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à la tombée, de la nuit, ils se mirent de nouveau.cri marche et, au lever de l'aurore, surprirent les Bouaïehe dans le désordre d'un lever de camp et leur tuèrent un nombre d'hommes si considérable que les traditions n'ont jamais pu le préciser. Mais parmi les morts se trouvaient leurs deux plus intrépides chefs, Deur'man et Bou Ziza (ÏVJJJU (-.L^ci ). Toutefois, la victoire fut chèrement achetée par les Sahari, dont beaucoup ne devaient plus revoir leurs tentes. Le butin fut immense. Le sang avait arrosé une étendue considérable de terrain; les morts se pressaient les uns contre les autres : à chaque rocher, à chaque buisson, était accroché un lambeau sanglant. Les Bouaïehe, altérés, abandonnèrent pour jamais le pays et s'enfuirent dans le cercle de Bou R'ar (Boghar). -

Avant que le sort des armes ou plutôt la volonté de Sidi Mohammed ben Aliya, secondée par le Très-Haut, eût forcé les Bouaïehe à s'exiler du Zar'ez, celte tribu venait parfois camper dans les

environs de Aïn Tiss el-Ouin (^^ ir^' vjf) -^ kilomètres est de Djelfa), pour s'y donner les émotions de la chasse au faucon. Un jour, plusieurs jeunes gens de leurs plus grandes tentes, après avoir inutilement cherché quelque gibier dans la plaine de Ma'lba, revenaien t fatigués, le visage plein de tristesse et de dépit, lorsqu'ils rencontrèrent sur leur route une pauvre femme des Sahari, dont le petit enfant dormait paisiblement sur ses genoux. Une idée affreuse s'empara de l'esprit de l'un des chasseurs : puisque, dit-il à ses compagnons, la chasse ne nous a pas été favorable, donnons cet enfant de nos ennemis en pâture à nos faucons. Aussitôt, les chaperons furent arrachés des yeux des oiseaux sanguinaires, qui, poussés par la faim, excités par la voix de leurs maîtres, se précipitèrent avec férocité sur l'enfant, lui crevèrent les yeux d'abord et le mangèrent ensuite avidement, malgré les cris de désespoir de sa mère retenue par les jeunes gens. Dès que le père, appelé Ben Meleh', apprit la douloureuse nouvelle, il courut en pleurant, en se déchirant le visage, chez Sidi ben Aliya se prosterna à ses genoux, lui détailla le crime et demanda vengeance. Le marabout se rendit en toute hâte chez les Bouaïehe, leur fit de violents reproches : « Ne redoutez-vous donc pas la colère de Dieu, leur dit-il? Ne çraignez-vo.us donc pas les châtiments de cette vie et ceux de l'autre aussi ? Sqnt-çe des créatures humaines ou bien des bêtes féroces qui se rendent coupables de pareils crimes? « Les Bouaïehe, après l'avoir écouté en silence, lui répondirent en le


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raillant : * As-tu quelque chose de plus intéressant à nous raconter ? » Et ils se détournèrent de lui en riant avec mépris et en l'insultant. * Puisque, leur cria le saint, vous êtes des impies qui ne pouveii rester en paix dans ce pays, par la volonté de Dieu vous vous retirerez à Teguenssa (JU«x£)' cercle de Boghar), et votre postérité ne se coni- ' posera plus que de femmes. » Celle malédiction, digne récompense de leur outrage, ne tarda pas à s'accomplir. Nous avons vu les guerriers les plus renommés des Bouaïehe perdre peu à peu la Vie dans de sanglants combats : ils furent chassés du pays, et leur orgueilleuse tribu, encore aujourd'hui représentée seulement par des femmes, n'osa plus de longtemps se montrer dans le Zar'ez et lui découvrir sa honte et sa jactance abattue.

Les Sahari demeurèrent enfin seuls propriétaires du Djebel Mechentel qu'ils avaient définitivement conquis par de nombreuses et cruelles victoires. Ces montagnes prirent dès-lors le nom de Djebel Sahari.

Franchissant, sans hésiter, les époques antédiluviennes, ils font orgueilleusement remonter leur arbre généalogique jusqu'à Adam, ne se doutant pas que beaucoup d'autres peuples réclament la même origine. Leurs pères, dans la suite des âges, alliés aux Pharaons d'Egypte, jouissaient, en celle qualité, d'une haute influence à la cour de ces princes. La magie, l'art divinatoire, les sciences hermétiques, cabalistiques et auires, n'avaient aucun secret pour eux ; aussi, cette famille, déjà puissante de la force qu'ont tous les grands de la terre, s'élait-elle, en outre, rendue célèbre et redoutable dans tout l'univers, par le pouvoir occulte dont elle disposait. Un jour, on ne sait pour quel motif, elle voulut essayer sa puissance surnaturelle sur la personne auguste d'un Pharaon: le roi, effectivement, fut ensorcelé (sah'ar jsr") ; mais cette race malfaisante fut contrainte de sortir du pays et de chercher un asile dans le Magreb, où ils furent désignés sous le nom de Sah'ari ou sorciers.

Leurs quatorze tribus, dont chacune est assez populeuse pour se faire respecter d'un voisin trop entreprenant, ont pris naissance dans je Djebel Mechentel. Ce sont d'abord les Oulad Rhelif (dans le cercle de Tiaret) séparés de leurs autres frères, bien longtemps avant les guerres dont j'ai ébauché le récit. Sept de ces tribus descendent du même ancêtre, Aliya ben Ali ben Olman ; ce sont : les. 0. Sidi Younès, les 0. Rached, les 0. Yahya, les 0. Yagoub, les 0. Saad, les 0. Younes, les Reddada. La réunion de ces fractions forme la tribu appelée Sahari el-Ataïa c'est-à-dire, les Ataïa ou enfants de A'thaHtiuc Jfr. 8* annde, n» M. 8


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Quelques personnes iuspirées d'un esprit de calomnié prétendent que la dénomination de Ataia est toute dérisoire et leur aurait été appliquée lorsque, réduits aux abois par les Oulad Naïl, ils en Mirent réduits à ne pas pouvoir donner le plus faible impôt aux Turcs. C'est alors qu'on les appela donneurs par antiphrase.

Les sept autres tribus ont pour père, Ali : Ce sont les 0. Ma'iycn, les 0. Ibrahim, les 0. Bedran, les 0. Khamk'an, les 0. Bou Aziz, les 0. Eumara et les 0. Khelif cités plus haut.

Les Sahari depuis longtemps voyaient paisiblement pâturer et s'accroître leurs troupeaux, grandir leurs enfants, lorsque la destinée leur décréta de nouveaux combats qui devaient les désorganiser entièrement.

Quatre tribus du Sahara, envieuses de leur bien-être, acheté par tant de sang répandu, prirent les armes pour leur disputer la possession de ces montagnes aux luxuriants pâturages. C'étaient les elArba', les Selmya, les Haouamed et les Oulad Mad'i. Ces tribus pillardes profitèrent^de l'absence de Sidi Mohammed ben Aliya, alors en voyage chez les béni Mzab, pour venir les attaquer. Un Goual (chantre), épouvanté du bruit des armes, s'écria : « Alors qu'était parmi nous, ô Sahari, un homme, le seigneur de notre temps, le Dieu très-haut remplissait votre territoire de ses biens abondants ; une plantureuse culture verdissait la terre et la jaunissait au temps de la moisson, 6 Béni Yagoub. Après toi, ô Sidi ben Aliya, les hommes de nos tentes se sont regardés tout irrésolus, car les grands chefs qui noas menaient à la victoire n'étaient plus ; après toi, la nezla (fraction nomade) n'a plus osé quitter la colline où elle campait. Nos ennemis se sont.rassemblés de tous les points du monde. Les el-Arba réunis aux Oulad Mad'i, les H'aouamed aux Selmya, nous ont entourés avec un goum plus nombreux que les grains de sable de la Nebka (dunes) du Zar'ez. Les alliés dépéchèrent aux Sahari un mia'd ou députation, portant comme première condition de la paix, qu'il leur fallait quitter les montagnes s'ils ne voulaient y être exterminés. Les A'laïa refusèrent de prêter l'oreille aux insolentes paroles des envoyés. Leurs frères, que l'aspect des forces innombrables qui les enveloppaient rendait plus prudents, conseillèrent vainement de se soumettre en payant aux quatre tribus la R'efara ou Djezia, impôt par tente (-^sj^j\ ijUi). Mais voyant que leur obstination ne pouvait plier devant les circonstances, ils les engagèrent, en dernier lieu, à se prêter à des pourparlers pour gagner du temps et dans l'espoir qu'un événement' fortuit ne tarderait pas h désunir un si grand assemblage de troupes. Tout fut inutile,


llBles Sahari ben. Aliya ne pouvaient se résoudre à entendre prononcer le mot de soumission. « Nous préférons, dirent-ils, émigrer et aller dans d'autres contrées chercher le bonheur et la tranquillité. Quant à vous, puisque vous êtes sans courage, laissez-nous ou joignez-vous à nos ennemis. » Cependant, comme résister à cet amas de forces, était une chose impossible, les Ataïa abandonnèrent les montagnes* Les el-Arba et leurs auxiliaires les poursuivirent, les atteignirent près de l'endroit appelé depuis lors Faïdjat el-Merahil (chemin de crête des fuyards), au Nord du Senn el-Lebba. Les Sahari, cernés de toutes parts, essayèrent, par une vigoureuse défense, de retarder une défaite que leur petit nombre rendait évidente : ils garnirent toutes les hauteurs environnantes ; s'assurèrent que tous les passages étaient fermés, et attendirent avec fermeté l'attaque de leurs ennemis. Ce combat devait surpasser par sa fureur opiniâtre tous ceux qui avaient été livrés jusqu'à ce jour. La bataille s'engagea. Les Sahari, selon leur habitude, combattirent vaillamment ; chacun d'eux avait choisi plusieurs adversaires. Qu'allait devenir cette poignée de héros qui avait encore à proléger ses femmes, ses enfants, ses troupeaux ? Ils furent vaincus, malgré tous les prodiges de valeur qu'accomplirent en ce jour là, Mahdi, Abra, Messa'oud, R'erbi, Djenna ; ils furent mis en complète déroule. Ce combal, livré un jour d'hiver, jour de pluie et de neige, est resté tristement célèbre chez les Sahari qui, aujourd'hui encore, ne passent jamais en cet endroit sans se rappeler la sanglante destruction de leurs meilleurs guerriers, et ces paroles du poëte : « Les el-Arba, les Selmya, les H'aouamed et les Oulad Mad'i, aux effroyables bataillons, sont venus nous porter un défi, défi que leur nombre rendait lâche, ô ben Yagoub; nous avons voulu leur donner la R'efara, mais les Ataïâ ont pleuré de colère devant cet affront; alors un Combat eut lieu, combat terrible, acharné, dans lequel, votre postérité s'en souviendra, ô Sahari, nos jeunes gens, pleins d'effroi, devinrent subitement des hommes à barbe blanche, combat qui devait effacer votre nom d'entre les noms des tri-*- bus de Dieu, Les Sahari franchirent le Bou D'ehir (j^h> y), à l'ouest de l'oued Meleh', suivirent cette rivière dans la direction du nord, et parvinrent à la nuit tombante dans les sables du Zar'ez, près de Mesran. Lorsque Dieu eut permis au matin de se lever, ils aperçurent les alliés qui se précipitaient sur eux avec furie. Les Sahari, évitant ce nouveau choc avec adresse, s'enfuirent rapidement et ne furent en sécurité que sur les roches abruptes du Djebel Khider (Guelt es-Set'el). Mais, la joie de ces victoires si promptes


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et si faciles fit oublier toute circonspection aux tribus, et leur inspira une confiance funeste. Arrivées au pied du Djebel Khider, ne pouvant croire à un. retour offensif de la part des Sahari, elles se séparèrent; chacune d'elles choisit un campement ; elles ne formèrent plus ainsi une masse aussi lourde. Les Sahari devinèrent cette faute aux feux? allumés à de grandes distances lesuns des autres. Ils attendirent patiemment le milieu de la nuit et alors, avec de grands cris, tombèrent-comme un ouragan de. poussière sur leurs ennemis, attaquèrent chaque tribu séparément et, sans leur donner le temps de se Secourir, les.eurent écrasés en un.instant. Les el-Arba, frappés de stupeur, essayèrent vainement de résister ; ils rencontrèrent partout les Sahari : l'épouvante bientôt fut si grande, que ces quatre armées, la-veille si formidables, ne songèrent plus qu'à échapper le moins périlleusement possible à la vengeance des vainqueurs. Les el-Arba se réfugièrent dans le Sahara, les Selmya dans les Ziban, les H'aouamed et les Oulad Madi dans la Hodna, après avoir occupé le Meh'aguen (au Sud de Bouçada), où les Oulad Naïl s'étaient établis pendant leur absence. Cette victoire inespérée ne coûta que 30 hommes aux Sahari. Ils firent un butin si considérable que Dieu seul en connut la valeur.

Sidi Mohammed ben Aliya vivait au milieu des Sahari, dans la pauvreté, mais, riche des bénédictions du ciel et des bienfaits qu'il répandait autour de lui. 11 rechercha en mariage la fille de ben H'arag des Oulad Rached, homme aux goûts somptueux, puissant, plein de fierté et l'un des principaux chefs de la tribu. Ben H'arag, étonné de sa demande, le regarda dédaigneusement, en disant : « Entendezvous, ô Sahari, l'outrage que me fait cet homme ? n'a-t-il pas l'audace de vouloir épouser ma fille?. Il oublie, sans doute, la distance du Seigneur à l'esclave ! J'aimerais cent fois mieux la jeter aux pieds de mon nègre Farah', plus digne que lui de la posséder ! » Et il se détourna de lui, en riant avec les Sahari des prétentions ridicu" les de l'homme de Dieu.

A ce refus offensant, Sidi ben Aliya leva son doigt menaçant contre les Sahari et leur cria d'une voix entendue de tout le Guebla (sud): « Malheur à vous ! les Oulad Naïl m'achèteront la faveur que vous * tfavezipas voulu m'accorder. Que la malédiction du ciel s'appesan" tisse de tout son poids sur vous ! » L'un des Oulad Naïl, nommé Kord el-O.uad (caillou, de la rivière), qui donne son nom à une faction des Oulad Saad ben Salem, apprit I'anathème et vint de la part de ses frères lui offrir vingt brebis tachées de noir, un taureau


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blanc, sa fille, plus belle qu'une houri portée dans un magnifique Djah'fa (£&==■='' palanquin), et divers autres présents, qui pouvaient être agréables au marabout. Celui-ci, plein de reconnaissance, s'écria : « A vous, enfant de Sidi Naïl, à vous les richesses et les biens de » ce monde, à vous les nombreux troupeaux, les chameaux, les récoltes » et le succès des armes : vous pèserez sur le cou des Sahari plus » lourdement que le joug ne pèse sur le cou des taureaux. Quant » à vous, Sahari, la pauvreté, les humiliations, les défaites, la sou« mission, seront votre partage. »

En effet, le jour ne devait pas tarder à se lever où les Sahari ne cesseraient d'être abreuvés de vexations, d'exactions journalières par les Oulad Naïl qui ne laissèrent jamais passer l'occasion de les manger, pour nous servir de l'énergique et significative métaphore arabe.

ARNAUD

Interprète militaire.


ÉPIGItAPHIE NUIHIIHQUE.

Nous devons à notre nouveau secrétaire, M. Cherbonneau, directeur du collège impérial arabe-français, la connaissance d'une grande quantité d'inscriptions romaines inédites, provenant de l'ancienne Numidie, et dues à ses recherches personnelles ou aux nombreuses communications qui, dans la province de Constantine, convergeaient naturellement vers lui, comme vers le représentant le plus actif et le plus compétent de la science archéologique dans l'Algérie Orientale.

Nous avons déjà inséré quelques-unes de ces inscriptions; les autres continueront de paraître, dans ce numéro et les suivants, avec les noms des auteurs des copies. Quant aux traductions et commentaires dont nous avons cru devoir accompagner certaines d'entre-elles, ils sont notre oeuvre particulière et nous en assumons l'entière responsabilité.

A. BBRBBUGGBR.

1* Inscriptions du cercle d'Aïn-Beida, copiées par M. Darras, capitaine du génie.

N'1.

A Oum el-Bougui : D.M. S. SALVSTIVS C AIVS VIXIT ANIS LX TVRANIA FORTVN VIXIT ANIS LXX

IVLIVS AN ESTIVS VIX ANIS

Rien n'indique dans la copie si l'âge du défunt a été effacé par le temps ou s'il n'avait pas encore été gravé sur l'épitaphe, comrne


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il y en a des exemples fréquents chez les anciens, qui 9e faisaient des tombeaux de leur vivant.

N° 3. M. -VLPIVS SÀTVRNIN VSVIXHNIS LXV

Il faut lire ANNIS à la fin de la 3" ligne : la forme particulière du sigle représentant les lettres A.,N aura induit le copiste en erreur.

N° 4. CANINILA NV ARI VI XIT ANO

S LXXV

On remarque un coeur en tête delà première ligne et un autre à la fin de la dernière. Au-dessous de i'épitaphe, palme placée horizontalement et retombant en manière de guirlande.

5. A Mrigueb-Tala : D. M. S. Q. S. PRIMVS VA XX

Si, comme on pourrait le croire, Q et S sont ici les abréviations de Quintus et de Sextus, cela semble contredire la règle suivie ordinairement par les anciens dans l'emploi des noms de nombre ordinaux comme noms propres. L'ordre chronologique de naissance des frères en était la base : ainsi, un premier né s'appelait primus, le puinè^ sccundus, et ainsi de suite. Mais, ici, comment s'expliquer ce primus, qui serait en même temps quintus et sextus? On ne peut s'en tirer qu'en admettant que seoetus était devenu le nom de la famille et primus le cognomen ou surnom d'une de ses branches. Dèslors, il ne reste plus que le prénom Quintus qui exprime, selon la règle ci-dessus, que le défunt était le cinquième des enfants mâles de son père.

N» 6. INNOCËNTIAE i Q. PETICNVMI DI


— 1-20 —

Nous appelons l'attention du lecteur sur cette dédicace : « à l'innocence de Quintus Peticus Numidius. »

N-7. Trouvé dans le jardin de la cure d'Aïn-Beida, en 1861.

DI M. S EVOCATATLA MATRI VLX1I L PIVS VMPP

P C T

Au-dessus de cette épitaphe—dont les deux dernières lignes sont d'une lecture incertaine—on remarque un grand croissant placé horizontalement, les pointes en l'air.

La forme des lettres T et R est remarquable en ce que leur verticale ou montant se prolonge au-dessous de la ligne d'écriture en se recourbant vers la gauche.

N' 8.

Trouvé en octobre 1862, dans le jardin de la cure d'Aïn-Beida.

OISMMEVSoV QENI V. M. LIX PIVS V... .

Nous proposons — sous toutes réserves —de lire ici : Diis manibus Oaqeni viw. an. LIX Pius V. ...

Au-dessus de cette épitaphe problématique, est un cadre dans lequel se trouve le tableau que voici :

Personnage debout sur une construction qui ressemble fort à une tombe. 11 a les jambes écartées, la tête nue et au bout de ses bras, étendus horizontalement dans l'attitude de la prière, sont, à droite, un objet rond qui pourrait être un pain, par exemple ; à gauche, un chapeau à larges bords et à forme pointue, plus un long bâton sur lequel s'appuie la main de ce côté.

Ce n'est pas trop abuser de la symbolique, il nous semble, que de voir ici une allusion au grand voyage de l'homme dans l'éternité. En tous cas, c'était bien un sujet propre à figurer au-dessus d'une épitaphe.


— 1-21 -

N» 9.

A Enchir (1) Taoura (l'ancienne Thagura), près d'un temple

crénelé.

PRO BEATITVDINE FELICIVM TEMPORVM DN FL IOV1ANI CLODIO OCTAVIANO VC PROCONSVLE PN VLPIVS FAVENTINVS P

Très-belle dédicace gravée dans un cadre sur une pierre longue de 1 m. 60 c. Elle est d'autant plus précieuse que les monuments épigraphiques de Jovien sont fort rares, ce prince n'ayant régné que sept mois et vingt jours. En voici le texte développé : « Pro beatitudine felicium temporum domini nostri Flavii Joviani, Clpdio Octaviano, viro clarissimo, proconsule; praeses Numidiae,Ulpius Faventinus, posuit, » —soit : A cause du bonheur des tempsprospères de notre seigneur Flavius Jovianus, et sous Clodius Octavianus,. personnage clarissime, proconsul, le gouverneur de la Numidie, Ùlpius Faventinns, a posé (cette pierre dédicatoire).

Jovien, à qui cette épigraphe est adressée, avait été proclamé empereur par les troupes, le lendemain de la mort de Julien, arrivée le 26 juin S63. Il mourut le 16 ou 17 du mois de février de «l'année suivante.

Octavianus, dont notre épigraphe nous donne le prénom Clodius, demeuré inconnu à Morcelli, Lebeau, etc., avait été fait proconsul d'Afrique en 363 par l'Empereur Julien. Il vivait encore en 371, époque où il encourut la disgrâce du farouche Valentinien. L'histoire ne nous apprend pas ce qui en advint, quant à lui ; mais elle raconte qu'un prêtre chrétien, chez qui il se tenait caché, n'ayant pas voulu le déceler, eut la tête tranchée à Sirmium (V. LEBEÀU, Hist. du BasEmp. 3, 419).

Des données chronologiques qui précédent, il résulte que notre épigraphe remonte très-probablement à l'année 363 et ne peut point, en tous cas, descendre plus bas que 364.

N°to. Près d'Aïn-Guettar (smala de Souk-Ahras).

NVMINI

(1) Ce mot Enchir est appliqué dans l'Est de l'Algérie el en Tunisie aux ruines romaines. Il équivaut àù nïot, Kkerbà qui est généralement employé dans le centre et dans l'Ouest de notre Colonie.


— 122 —

Ce mot Numini, gravé en caractères de très-grandes dimensions, est placé entre deux chrismes, ou monogrammes du Christ, flanqués de l'alpha et de l'oméga, le tout formant une inscription complète. Cette dédicace à la Divinité de Jésus-Christ n'a pas besoin de commentaire.

N° 11. Nous ne mentionnerons que pour mémoire l'épigraphe Ociae Spiculae Caecilianus Maritus fecit, placée sous ce numéro, attendu qu'elle a déjà été publiée dans notre Revue, numéro d'avril 1857 (v. tome 1", p. 260).

N" 12. Stèle funéraire, sans épigraphe. Dans un cadre surmonté d'un fronton triangulaire, lit placé en avant d'Un rideau et sur lequel une femme — à en juger par la coiffure— est couchée, là têfe appuyée sur le bras gauche, sous Une couverture assez rabattue pour que le torse, entièrement nu, soit visible jusqu'au dessous des seins. Entre le lit et le rideau, dans l'angle de gauche, un jeune homme, qui n'est pas plus vêtu que l'autre personnage, semble contempler les nudités dont nous venons de parler. Sur le haut du rideau^déux oiseaux sont perchés. Si la forme de cette stèle n'annonçait pas une destination funéraire, le sujet que nous venons d'expliquer semblerait plutôt une scène erotique. Au reste, nous nous sommes servi à dessein d'expressions dubitatives dans nos explications, car le croquis d'après lequel nous les hasardons n'est pas assez précis et arrêté pour que l'on puisse parler plus affirmativement. Ajoutons, qne ce défaut vient probablement de l'original lui-même.

' N* 43. A Timphas :

IVNONI .. .ADIAB PARTH MAXI... . ..ADRIANl ABNEP DIV.. . .. .PTI MAX BRIT MAX... RESPVBLT... N* 14MINERVAE .. ITI MAX EU D.IVI M.. .


- 1-23 —

Ces fragments de dédicaces à Junon et à Minerve paraissent désigner Septime Sévère ou ses fils Caracalla et Gela.

N' 15.

À Khenchela: FL. AVIDIA

VIXIT ANNIS XXXX

VSSVIS AMNIBVS HIC S1TVS EST TTL

11 semble que l'on-doive lire ici: «; Flavia Avidia vixit «unis » quadraginta. Viva sibi suis omnibus (fecit). Hic situs (pourst'(o) » est, (sit) tibi terra levis. »

Quoi qu'il en soit de notre conjecture, il subsiste toujours un désaccord grammatical entre le nom féminin de la défunte et le participe masculin situs.

N* 16.

...AVG

TVIBIV

MITIS

V'L

Ce fragment d'une inscription votive ne nous donne pas le nom de la divinité à laquelle elle était adressée. Mais les lettres finales V L (votum libens ou libenter...-...)■ caractérisent suffisamment un ex-voto:

N" <7.

D M S

GEMINIL

QVINTA VIXIT

ANNIS LV FLAVIVS

. ...TVS M PËCIT

Epigraphe faite par Flavius ... tus à sa femme, Geminita Quinta, qui a vécu 55 ans;


W 18.

CLA FOR

VNA TA V

L S ANIS XXXII

Epitaphe de Claudia Fortunata qui a vécu 32 ans

N° 19.

CLAVDIA ETPIS

VIXIT ANNI 5 LXXV

Epitaphe de Claudia Etpis qui a vécu 75 an»;

N°20.

D M S

VALERIA SA

TVRNINA VIXIT

ANNIS LX

Epitaphe de Valeria Saturnina qui a vécu 60 ans. II y a un coeur entre le mot annis et le chiffre de l'âge de la léfunte.

N'21.

MOLIMEN TVM SAPIDI FECIT VXOR IL LIVS VIXIT ANN 1S LI

Cette épitaphe parait devoir se rétablir ainsi :

« Monumentum Sapidi. Fecit uxor illius. Vixit annis quin* quaginta uno. s Monument fait à Sapidus par son épouse; il a vécu 51 ans.

Sapidus est un nom d'esclave. L'infime position sociale du mari explique l'incorrection de l'épitaphe où le nom même de la femme qui élève le monument se trouve omis. Elle n'avait sans doute pas beaucoup d'argent à donner au lapicide, et celui-ci a été aussi avare de lettres et de grammaire qu'elle de deniers.


- 125 —

N- 22. PRO SPLENDORE FELICIVM SAECVLO.......

LENTINI ET VALENTIS SEM.... AV...

NATA VE MVI MASCVL A...

NDAMENTIS CONSTRVXIT CEIONIVS CEC1NA ALBINVS ...EXFASCALIS PROVINCIE N....

Cette dédicace est faite « à l'occasion de la splendeur des siècles » heureux de nos Seigneurs Valentinien et Valens toujours au» gustes: » Les souverains régnants sont invariablement augustes dans le style dédicatoire, et leur époque est toujours pleine de splendeur ! Ce n'est donc pas là ce qui rend notre épigraphe remarquable, mais bien la mention du municipe de Mascula qui a élevé le monument dont il s'agit ici ; c'est aussi la mention de Ceionins Cecina Albinus et son titre de sexfascalis, qui, pour la quatrième ou cinquième fois, apparaît dansl'épigraphie romaine. Voir le tome 6 de cette Revue, à la page 319, et, surtout, VAnnuaire de la Société archéologique de Constantine, volume de 1858-1859, à la page 177. La mention de Mascula sur cette dédicace, confirme une synonymie déjà acquise et d'après laquelle les ruines de Khenchela sont celles de ce municipe.

On a découvert, jadis, à Timgad (Thamugas), situé également au pied de l'Aurès, mais plus à l'Ouest, une dédicace faite par le même Ceionius Cecina Albinus, aux mêmes empereurs Valentinien et Valens, et qui peut aider à combler les lacunes de celle-ci. Voir le n" 1520 de M. Léon Renier.

N° 23.

VC. CONSP. N

QVINQVENN

Ceci n'est, sans doute, qu'un fragment. Le mot Quinquennalie qu'on y remarque s'appliquait à une fonction municipale.

N" 24. 1VLIA REDI A V1C IVLIV MESSIVS PATE LAE CARISSIME DVICVNEV


Epitaphe de Julia Redia qui a vécu.... son père, Julius Messius, a élevé ce monument à sa très-chèfe fille. ..

On voit qu'à la fin de la 3' ligne et au commencement de la 4* nous lisons PAT. FILIAE. Quant à la dernière ligne, qui paraît également altérée, nous avouons ne pas deviner la véritable leçon.

Serait-ce Dulcedini ejus ?

'' 25. Route delaMeskiàna àKbenchela. près du moulin du caïd d'AïnBeida. ' f i ■

DM S

AE ROMANA

VIXIT ANNIS

' LXX ■.■■--■

(Copie de M. Cherbonneau)

Épitaphe d'Aélïa Romana qui a vécu 70 ans.

Cercle âeTebessa. — Inscriptions relevées par MM. le commandant Delettre et le capitaine Darras.

N«26. A Enchir-Bou-Saïd, chez les Nememcha ; Oued Richaicha, Bôrdj Tazougart :

RATESDBLIM

(Copie du commandant Delettre) On n'a pu recueillir que cette ligne ; l'inscription est gravée sur une pierre énorme plantée en terre.

N" 27.

A Enchir-Bou-Saïd :

D M S.

CCONSIDI

DÏXTER

VIXIT ANNIS

C1V BON

OPITMO

En rectifiant la copie, on obtient cette épitaphe « Aux Dieux » mânes 1 Caius Considius Dèxter a vécu 104 ans. Au bon, au trèsbon; »

Sur un des côtés de la pierre en forme d'autel où cette inscription est gravée, on a sculpté une de ces palères à manche qui servaient >aux libations.


— 127 —

Cette épigrapjie grossit la liste des centenaires dont les épitaphes ont été retrouvées en Numidie.

28. A Enchir-bel-Khefif, près de la montagne de ce nom, chez le» Oolad Sidi Yahya ben Taleb:

D M S

HOSTILIVS

QVINTVS VI

X ANN XXVIII

H SS II B

(Copie du commandant Delettre)

Epitaphe d'Hostilius Quintus qui a vécu 28 ans.

Les deux XX du chiffre de l'âge sont liés. Le V qui arrive ensuite a la forme de l'aïn des Arabes p ; c'est-à-dire celle de deux courbes superposées, dont la supérieure est plus petite que l'autre et toutes deux ayant leur partie convexe à gauche. Ces particularités graphiques dénotent une basse époque.

D'après une copie due à M. le capitaine Darras, le second S de la dernière ligne n'est point barré comme dans la copie précédente.

Les abréviations de la dernière ligne semblent devoir se lire Hic situs.est. Hères (ou heredes) bosuit (ou bosueré). Le lapicide s'étant aperçu de l'erreur qu'il avait commise en mettant IL S. S., c'est-àdire Hic siti sunt, à propos d'un seul défunt, a barré le dernier S pour en faire un E ou pour le supprimer. Quant au B employé pour P, c'est une permutation suffisamment connue en épigraphie afri-r caine.

N- 29. C'est la 2' copie de l'inscription précédente.

N° 30. Sous ce n" est un croquis fait par M. le commandant Delettre et représentant le tombeau de Troubia. Ce monument se compose d'un piédestal surmonté de trois assises, le tout en pierres de taille; il est à remarquer qu'il a tout-à-fait perdu son à-plomb et est aussi penché que la tour de Pise. On distingue au-dessus de l'entrée une tête sculptée entre deux fleurons, d'autres fleurons sur le pied-droit de droite, le seul qui subsiste.


— |28 —

■ . NV31.

A Bir-ben-Mohammed.

DM S

L AMMTVN

VIXIT ANIS

LXXX

Epitaphe de Lucius Animtnn qui a vécu 80 ans. Ce nom paraît être indigène.

Subdivision de Bône.. — Copies de M. Borély, inspecteur des domaines à Constantine.

N°32.- A Enchir Bouzioun :

D M S T. FLAVI

VS PVD

ENS V: AN XXV Épilapbe de Titus Flavius Pudens, mort à 25 ans. Les deux dernières lettres de la 4* ligne sont liées.

N" 33. O DOMITIO P F OV1R HISPANO TR1B....L LEGAVI FLAVIA FIRMAE QV^ESTORJ VRB D, D, P. P. Nous,lisons: « Quinto Domitio, Publii filio, Quirina, Hispano, .». Tribuno militum legionis AugustaeXVI Flaviae, Firmae, Quaes^- » tori urbano. Decreto Decurionum, pecnnia publica. » — Et nous traduisons: A Quintus Domitius, fils de Publius, delà tribu Quirina, surnommé Hispanus, tribun des soldats de la 16° légion Auguste, Flavienne, Ferme ; questeur urbain. Par décret des décurions et aux frais publics.

Cette épigraphe est gravée dans un cadre. Elle n'a de remarquable, au point de vue graphique, que le I en forme de J qui termine le mot quâestori,.h\a 4' ligne, et les grosses virgules qui séparent 'es D, D, au commencement de la dernière ligne.

La partie supérieure du X, dans le numéro de la légion, est effacée, mais les épithètes Flavia et Firma aident suffisamment à rétablir le signe initial du chiffre XVI.


- Î29 -

. N- 34, - . P M S FLAV1VS QV INTILIANVS FIL VA XXX ET FILF0NT1VSF VA XIX LITE AEMILIA FIL VA XLIX Dans cette triple épitaphe, il y a remarquer trois coeurs employés comme signes séparatifs après chaque indication d'âge.

N° 35. NVMINI. DIVOR. AVGVSTORVM.

SACR. ET. IMP. CAES.DIVi.iRA IANI. PARTHIC. F. DIVI. NER. NEP. TRA IANI. HADRTAN. AVG. PONT. MAX. TRIB. POT. V. COS. IIIS. PP. DD. PP. Les points que nous avons placés dans Cette inscription indiquent autant de coeurs employés dans l'original comme signes séparatifs

Nous lisons ainsi : « Numini divorum Augustorum sacrum et t imperatoris Caesaris divi Trajani Parthici filii, divi Nervae Ne» potis, Trajani Hadriani Augùsli, pontificis-maximi, tribunitiaë potestatis V, COS III S, patris patriae. — Decreto decurionum, pecunia publica. »

Et nous traduisons : Monument à la divinité des divins Augustes et de l'empereur César, fils du divin Trajan le Parthique et petitfils du divin Nerva; Trajan Hadrien, Auguste, grand-pontife, investi de la 5* puissance tribunitienne, consul pour la 3" fois, père de la patrie, par décret des décurions, aux frais publics.

L'indication du 3* consulat de l'empereur Hadrien fournit une première limite chronologique. Cette fois, il ne garda les faisceaux que pendant quatre mois et ne Jes reprit jamais plus ensuite. Ces circonstances rapportent donc, sans aucune espèce de dout;e, cette limite au premier tiers de l'année 119.

Revue Jfric. 8° année, n U. 9


— 230 —

Llindication du 5' Iribunal nous en donne une deuxième qui nous amène à l'année 121, én; .admettant,, selon..- l'a commune opinion, q^,Hadnen.:fut;raàpÈ|é.,p^r...Tr'pja.n quelques.jours avant ia niqrt de ce dernier empereur, arrivée au commencement d'août 117. Ceci nous fournit l'occasion de rappeler qu'il y a eu jadis une assez vive polémique sur la durée du règne d'Hadrien et .lesépoques'véritables de son- adoption par Trajan, ainsi que de sa mort, laquelle se place d'ordinaire au 10 juillet 138.

La dédicace qu'on vient de lire peut être un nouvel élément dans la question et nous la livrons, sans plus de commentaires, aux savants d'Europe, qui sont plus en position de la discuter que nous autres Africains, qui faisons, ici, de l'archéologie presque sans livres.

On aura remarqué que l'auteur ou les auteurs de cette dédicace n'y sont point nommés ni indiqués, contrairement à l'usage. Seraitce l'espagnol (Hispanus) Domitius, du n" 33, qui aurait offert cet hommage à l'espagnol Hadrien ?

Le document épigraphique qu'on vient de lire figure dans l'assise inférieure d'une reconstruction byzantine dont les autres pierres offrent les quatre fragments suivants, qui paraissent provenir d'une même inscription,

N" 36. 1". BEATISS1MIS l...(1) PETVVS CVRAT.. .(2)

•-. ?■ DD. NN.;CONSTANT ET CON .,.

BICAE M.(3)...1P11 ZAT

NTIS MA.. •■'. ORTICV. ...

,:;:;,. ,Lc\ id ,i^:,V, *ï> '■■■■^- :;-. ■ ■■£•< i-^ ■—;: '-' ■ •;<;.- : ■.- .jL,;v;:'. ,,:, ;^F:=-, SEMPER;AVGGORPVS;(5)EO..,

,^;;,.: ?.:;i;..ïqET.'ROSTRIS::: :.^:. i-> . ...,:.--;.. :-^:r,:

Mï-MULetourrieùx, conséîllër'à^la'iebur irnpérialeV qui à visité le Kèf Bouzïoun; il'y à*»]uèlqùês%hhéesi'-noûsvav

(1) M. Letourneux lit AE après beatissimls;;2i' '■■'-■ -^

(2) Ligne fournie par M. Letourneux.

" "(3)"Lettre fournie par la copie de M. Letourneux.

! (4i) Fr.igmeiiti fourrti ^pàr^Mv Letourneux.' " - ■■:'■■■: \ '.-.

: (S) M. fïplourueiïx'a lu' 0-PY5 Y.P). ?■■-.'■ T*-'i -v:i,..■,-■ :■;,,:::,,;:. .^,. ...


—. 231 -

quelques temps, les copies d'inscriptions qu'il y avait prises. C'est lui qui nous fournit le fragment 3" qui manque à la copie de M.'Bôrély, ainsi que la 2' ligne du fragment 1°. Il nous a aussi donné quelques bonnes variantes qui nous ont servi à rectifier le texte, que nous lisons ainsi :

« Beatissimis temporibus (ou aetatibus, selon la copie Letour» neux) dominorum nostrorum Constantin! et Constantis maximo» rum semper augustorum opus foro... perpetuus curator... res» publicae municipii Zat (1)... porticu... etrostris. »

Il résulte de cette épigraphe qu'un personnage, dont le nom manque ici, avait orné le forum du municipe de Zat — dont il était le curateur perpétuel—d'un portique et de rostres, sous le règne des empereurs Constantin le Jeune et Constant. Ceci place notre inscription entre les années 337 et 340, le premier dé ces princes ayant été défait et tué à cette dernière date par lés troupes de son frère.

Les ruines du Kef Bonzïoun, où ces inscriptions ont été rélevées, se trouvent dans la partie méridionale du Djebel Nador, à environ 65 kilomètres au sud de Bône, sur la route qui conduit de cette ville à Khemissa, le Thubursicum Numidarum.

Outre les épitaphes recueillies par M. Borély, les suivantes avaient été copiées par M. Letourneux :

N" H". D M S SP1S IANVARI UXOR HA VA

ZAACCIQA I.4NARI FIL. PIA V. A. XXV H S E

Nous lisons à la 3" ligne PIA V. A. au lieu de Hava, et nous rétablissons ainsi la double épitaphe de Spis, épouse pieuse de Januarius,

Januarius, a vécu , et de Zaacciqa, fille pieuse du même

Januarius, laquelle a vécu 25 ans. L'abréviation H. S. E. (elle glt ici) prouve que;la..'fille seulement était morte à.l'époque.où l'on a gravé l'épitaphe; c'est pour cela qu'il n'y a pas de chiffre après le vixit annis de la femme...........

(t) Après le mot ZAT, il y a un fleuron figurant une tige qui supporte trois lobes surmontés d'une aigrette. Le point qui est entre Zat et ledit fleuron fait penser que ce mot est abrégé.


-^32 - Les noms propres Spis et surtout Zaacciqa semblent appartenir à la race indigène. On en peut dire autant du troisième des noms qui figurent dans l'épigraphe suivante, copiée également au même endroit par M. Letourneux :

N° 38. D M S L CORNELI VS CVDVLIVS VIXIT AN. LXV H S. E: « Aux Dieux mânes ! Luciiis Cornélius Cudnlius a vécu 65 ans et « gît ici.» ■■:•■-.

N» 39. D M S T FLAV1VS IN ' GENUDS MU MEXHCVIVI BPBFIDELIS l ROUINO LIRR

INIER ORIS VIXIT A NNOS LX IVLIA OVINIA VIXIT AN LX Nous donnons, d'après M. Letourneux, cette double épitaphe qui clôt la série épigraphique des ruines de Bouzïoun. D'après l'état du texte, surtout dans sa partie moyenne, précisément la plus intéressante, elle paraît avoir présenté dé grandes difficultés de lecture au copiste. En supposant que, par très-grande licence, on lise, après le surnom: MIL. LEG. XI CLAVDIAE PIAE FIDELIS, et ÏNFERIORIS, avant le vixit, il restera toujours la ligne 6 qui ne donne pas de sens, outre la lacune du commencement de la ligne 7.

Tout ce que nous tirons avec certitude de "ce document, c'est qu'il est la doublé épitaphe de Titus Flavius Ingenùus, qui a vécu 60 ans, et de Julia Ovinia, qui est morte au même âge.

Les U que nous figurons dans cette inscription y ont en effet la forme moderne..

(La suite au prochain numéro) A. BKUBRUGGER.


CHARTE! DES HOPITAUX CHRÉTIENS D'ALGER

EN 1694.

Avant de publier ce document inédit, nous le ferons précéder de quelques mots d'introduction qui en seront le commentaire anticipé.

Nous avons eu occasion, dans une publication récente (Esclave et patronne, Akhbar des 11 et 13 mars dernier), de faire remarquer que les Algériens ne se mettaient guère en peine de nourrir leurs captifs chrétiens ; nous ajouterons, aujourd'hui, qu'ils se préoccupaient beaucoup moins encore de les soigner pendant leurs maladies et de pourvoir à leur inhumation après la mort. Dans ce dernier cas, ces malheureux n'eurent pour cimetière, pendant bien longtemps, que le dépôt des immondices, à Bab el-Oued, où l'on voyait les chiens errants et les oiseaux de proie se disputer leurs tristes restes, ainsi odieusement profanés !

Quant aux cas de maladie, les Algériens avaient des recettes particulières et que nos médecins, malgré leur grande expérience et leur savoir incontestable, n'ont certainement jamais soupçonnées. Ainsi, un chrétien attaché à une chiourme venait-t-il à tomber malade pendant une course maritime, on allumait un bûcher dans le premier endroit où l'on pouvait prendre terre et l'on y jetait le patient, à qui l'on avait préalablement attaché les mains, mais non les pieds et pour Cause. Menacé de périr par cet affreux supplice, le pauvre diable, puisant des forces dans l'imminence même dû, danger, s'échappait presque toujours d'entre les flammes, avec une prestesse d'autant plus vive que sa terreur était plus grande.

Alors, d'un ton goguenard, le turc ordonnateur de la cérémonie lui criait en langue franque, et en se tenant les côtes :

« Acosi, acosi ! rnirar como mi estar barbero bono, y sabir curar : » Ti estar malato, y ora correr bono. T.i, cane, dezir doter cabeza, » tener la febre, no poder trabadjiar. Mi sabir comp curar : a fe « de Dio, abrusar vivo ! Trabadjiar, no parlar que estar malato. » (Haedo, Topografia, 121, verso.)

C'est-dire : — « Ah ! c'est ainsi Vois comme je suis bon médecin et comme je m'entends à guérir : Tu étais malade, tout-à-1'héure et voici que maintenant tu cours très-bien. Ah, chien,.tu te plaignais


— 234 —

du mal de tête, tu disais avoir la fièvre et que tu ne pouvais travailler. Je sais bien, moi, comment te guérir -.-parla foi en Dieu, je te brûlerai vif! Travaille donc et ne te dis plus malade. »

Le 21" Relation d'Aranda nous montre qu'un système de médication presqu'aussi brutal se pratiquait encore au siècle suivant. Il en cite cet exemple :

Un capf if espagnol, Juan Motoza, prétextant certaine maladie qui lui rendait le travail impossible, priait l'amiral Bitchenin de le dispenser de prendre la mer. L'amiral refusa, assurant que dans l'intérêt même de sa santé, il devait s'empresser j d'aller ramer sur les galères. L'autre prit cela pour une mauvaise plaisanterie, mais l'événement prouva bien le contraire.

Car, — toujours d'après Aranda (p. 202) — e. Juan Motoza s'ern» barque, on l'enchaîne par le pied comme les autres esclaves vo» gueurs ; et, à coups de nerf de boeuf, on le fait travailler comme » les autres. Sa viande (nourriture) journalière était un biscuit » vieil et sec, sa boisson de l'eau claire. Au bout de quarante jours » (j'en suis témoiu oculaire), Juan Motaza fut entièrement guéri. x> La raison en est qu'il avait tous les jours sué extrêmement et, » outre cela, mangé de la viande sèche. »

Aranda, s'adressant à la même catégorie de malades, ajoute que, s'ils veulent guérir, « (ils) se serviront du même remède; s'il leur est agréable. »

La grande majorité des hommes n'ayant pas le tempérament de fer qui permet de supporter un traitement pareil, on comprit de bonne heure la nécessité d'un hôpital à Alger ; et il y en eut un, eu effet, dès l'année 1551. C'est au Père Sébastien Duport qu'où en fut redevable, comme on lui devait déjà la première rédemption de captifs, opérée ici, par ses soins, en 1546.

Aucun auteur ne précise en quel endroit de la ville cet hôpital fut établi ; cependant, nous pensons qu'il était derrière l'ancien bagne appelé Tabernat et- Temmakin (la Taverne des bottiers), sur l'emplacement duquel est aujourd'hui la Direction des mines. Si notre conjecture est juste, la première école de médecine fondée en Algérie se trouverait donc précisément à l'endroit où a été le premier hôpital chrétien. Voici les bases de notre assertion :

Sur un vieux plan d'Alger, sans date expresse, mais qui prend celle de 1569, par voie indirecte, on lit à la légende et nous citons textuellement :


— 235 —

« 30. Saraglio de Ghristiani; ,-.-,-,-.!..i,o

« 31. Saraglio obagno deMàlatL;» '<-- ..-'-'^ : ^ ;'"■•-'- Eu examinant avec attention leslieuxauxquels ces numéros ren* voient surlé plan, on rec^rinàît facilement que -ce Bagnede chrétiens est celui qui fut appelé plus tard Tàberndt ét-ïWma/cM»,-puis Direction des mines ; et que le Bagne des malades, situé derrière;'correspond tout-à-fait à l'école'de médecine; actuelles ainsi; que nous l'avons dit déjà. -: •'-Ï '.-'■=•~i <"■;;-■«■."--fi'.i-i.'--".:rr--.- h~?:-:-v .-<;; ■•i::.i-:..\ .-:ï Quant à la date du plan,- si nous là fixons-à 1569 J~ dix-huit années seulement après la Tondatiort du premier ?hôpital — c'est parce que nous lisons au h°-16 dé Sa -légende-: 'Pdldzzôdi 'Lûchiali che e al présente re d'Algier, palais d'Euldj AK qui est présentement roi d'Alger. : Car Lûchiali -est- une des altérations italiennes connues du surnom et du nom (Euldj, renégat, ^K)de ce pacha, dont l'administration est comprise entre le commencement dé mars 1568 et le mois d'octobre 1569; > ■'-'■■' ■'- "'■■

D'un autre côté, nous trouvons, au même plan, cet intitulé "latinà côté du dessin du fort des Vingt-Quatre heures : « Gastrùm novum anno 1569 perfectum, » château neuf achevé en 1569. Lé lecteur n'a pas besoin, sans doute, que, de ces éléments divers, nous construisions un raisonnement en règle, pour admettre avec nous que le plan dcnt-il s'agit est bien.de l'année 1569.-

On a vu que l'hôpital primitif dont nous nous occupons se rattachait à un bagne de chrétiens ; il en fut de même des autres hôpitaux créés successivement. Ajoutons que tous étaient en môme lemps pourvus d'une chapelle : de sorte que, au grand soulagement des captifs, la médecine de l'âme et Celle du corps se trouvaient

ainsi réunies dansles lieux où on les emprisonnait

Une lettre du Père Bernard de Monroy, du 16 mai 1612, annonce qu'à cette époque il fondait ici l'hôpital de la Très-Sainte Trinité daus une chambre restée jusque-là sans emploi, près de la chapelle. C'était dans le Tabernat el-Bty'ik, Taverne du bagne du Beylik, sur l'emplacement delamaisou Hertz et Catala, rue BabAzzoun.;

Un demUsiècle après, Pedro Garrido (en religion, Pedro delà Concepcion) réédifia les cinq anciens hôpitaux d^Alger.et leur assura une existence permanente par des constitutions de rentes ; car il avait vendu ce quirestait de son patrimoine pour acheter des juros ou pensions annuelles sur les revenus du roi, pensions ave< lesquelles il constitua sa dotation. : .-


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A peine arrivé ici (1662), il s'était oéclipé de rétablir lMiôpital du bagne dé Santa Catalina ; puis; suCcefcsiyérnent, il fit restaurer les autres, plaçant dans Chacun d'eux Udcbapélâihpoiif administrer lés sacrements aux niâladès,ûhmédecin et ùh chirurgien pour les traiter, outre dés infirmiers et dès Cuisiniers. Il créa, e.nfii); une très-bOhnepharniàCièêentfale dârtSlebagnedU Pâchà (à la Jéninà), ofi les autres hôpitaux Se fournissaient de médicament, ainsi que les esclaves qui se traitaient en dehors de ces établissements.

Il laissa à l'ordrede là Trinité, spécialement :àu provincial de Castille et au ministre du couvent de cet ordre à Madrid, l'administration des revenus qui] venait de constituer, afin qu'après sa mort et celle du marquis d'Aytonà, Don Guillen Ramon de Moncadà, dont la' férveùr': et;lé zèlel'avaierit beaucoup aidé à perfectionner cette oeuvre pieuse, ils continuassent à ses chers hôpitaux lés soins qu'il leur donnait de son vivant.

Hélas! elle rie devait pas farder beaucoup à venir la mort de Cet homme dé bien : le vendredi 17 juin 1667, poussé par un accès d'exàltâtibn religieuse, il entra dans une des principales mosquées "d'Alger,'-fixa sur la muraille une image de Nôtre-Dame de la Conception et monta dans lé monbar, où il se mit à prêcher contre l'islamisme.

Le dimanche suivant, on lui élevait un bûcher en dehors de la porte Bàb eï> Oued et il périssait dans les flammes ! : Ainsi môurutfrère Pedro delà Concepcion (dans le siècle, PedfO Garrido). Il faudrait être dans le secret de ses dernières pensées pour prononcer, avec connaissance de cause, sur l'acte qui amena son-martyre.

Les cinq hôpitaux qu'il avait réédifiés étaient : le premier et le deuxième; dans le bagne du Pacha ; le troisième, dans celui de la Douane ; le quatrième était dans le bagne de Chilevi (Tchalabi?) ; et le derrtièrV dans celui qui s'appelait de Santa Catalina;

Nous ne pousserons pas plus loin cette notice, dont l'unique but était dé mieux faire comprendre là charte que nous allons produire et d'augmenter ainsi l'intérêt quelle présente en elle-même. Ceux de nos lecteurs qui voudraient étudier la matière à fond, devront consulter l'ouvrage espagnol qui nous a fourni la plupart des détails qu'on vient de lire et qui est intitulé :

« Fuhdacion historica de los hospitales que la santisima Trinidad

». rédemption de caûtivos, de Calzados, tiéne en la ciudad de

Argel ; porkel maestro Fray Francisco Antonio Silveslre, ad-


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» ministradbr général de dichôs hbspitalès. Madrid; 1690. 8". » Lés divers récits des rédemptions faites; ici, après cette date,. PHistoire du Royaume d'Alger, par Lâugier de Tassy:, etc., donneront des détails supplémentaires utiles â étudier : ayârit beaucoup mis à Contribution l'ouvrage du Père Silvestre, ■£* qu'on ne rencontre que très-difficilement en Espagne et dont il n'y a probablement pas un exemplaire en Algérie — ils peuvent, jusqu'à un certain point, le suppléer.

Voici maintenantle document relatif aux plus anciens hôpitaux chrétiens d'Alger; " .-,■-, ' -.-.: ,:

Hàdji Chabàfi, Dey et Gouverneur dans cette ville et royaume d'Alger, avec le consentement Unanime de l'Agâ, dû Divan et dé toute l'armée de ladite ville et royaume, j'accorde et confirme, à là prière du réVérettd pëfe maître Joseph Quèralt, religieux prOfès de l'ordre de la Trinité dés Chaux et actuellement administrateur des hôpitaux que sadite feligiott et province de Castillé entretient dans cette notre ville depuis l'an mil cihq cent cinquante-un, pour le secours et guérison de tous les pauvres chrétiens, les capitulations, grâces et privilèges en la forme suivante :

1° Nous approuvons et confirmons tous les privilèges accordés par nos ancêtres, lesquels par quelque accident auraient pu tomber en oubli et hors de mémoire.

2° Nous accordons et ordonnons que toute embarcation, de quelque nation qu'elle soit, qui viendra danâ Ce notre port, amenant ou apportant cargaison, soit obligée à payer au père administrateur et à l'hôpital quatre pâtaques, monnaie d'aspre du pays ; et qu'aussi chaque matelot desdits bâtiments donne deux réaux; et que chaque chrétien qui s'en ira libre donne deux réaux d'aspre; et que chaque Chrétien qui s'en, ira libre avec une rédemption ou aumône, donne deux réàux d'argent. Quiconque contreviendra à cet ordre et disposition émanée de nous, sera sévèrement puni de notre indignation.

3° Accordons et donnons licence audit père administrateur actuel et à ses successeurs, ainsi qu'audit hôpital, de faire faire six outres de vin pour le service de l'hôpital, sans payer garante (R'arama, contribution) aucune et franc de tous droits, sans qu'aucun employé ni personne autre y puisse prétendre aucun inté-


- 23» - rêt si minime qu'il soit. Dans le cas où ils auraient besoin de faire faire une plus grande quantité de vin, ils devront payer la garame et les droits accoutumés. Ledit administrateur, suivant l'ancienne usance, sera obligé de payer chaque.année au Teurdjeman et au gardien de notre douane, six piastres fortes à chacun, et à faire toutes les autres dépenses qui se présenteront pour l'entretien dudit hôpital.

4" Nous ordonnons, dans le cas où ledit père administrateur actuel ou ses successeurs auraient quelque différend ou procès avec quelque personne, turc, maure ou chrétien, qu'ils ne puissent reconnaître pour supérieur et tribunal que le Gouvernement et le Divan-, et que, dans quelque matière, affaire, ou procès que ce soit, dùdit hôpital, ne puissent s'entremettre ni l'ambassadeur, ni commissaire, ni consul français, non plus que le vicaire apostolique ni aucune autre personne de quelque nature qu'elle soit; et que ledit père administrateur, seulement, ait qualité et soit maître de faire ce qu'il voudra, selon ce qui lui paraîtra le plus convenable pour la conservation et le bien dudit hôpital; et qu'il n'ait à reconnaître que lé Gouvernement et le Divan d'Alger.

5° Nous ordonnons et voulons que le père administrateur actuel, ou ses successeurs, ne soit obligé de payer aucune dette, si ce n'est celle qu'on prouvera par témoins avoir été contractée pour le service, la conservation et l'entretien dudit hôpital; et que toute autre dette, de quelque personne, de quelque nation, condition ou qualité qu'elle soit,—quand même ce serait une dette contractée par le vicaire apostolique, — le père administrateur et l'hôpital ne pourront être obligés de la payer; ne pouvant les susdits être poursuivis pour aucune dette de cette nature, mais seulement pour celle qu'ils auraient contractée pour le service, secours et conservation de l'hôpital.

6° Accordons audit père administrateur actuel et à ses successeurs et audit hôpital, — que tout l'argent, de quelque espèce qu'il soit, et toute autre espèce de chose, vêtements, remèdes et toute espèce de provisions nécessaires à l'entretien, secours et conservation dudit hôpital, puissent entrer dans cette ville librement et en franchise de tout droit, sans payer aucun droit à la maison du roi, ni à l'entrée des portes ni en aucun autre endroit.

7° Accordons que le père administrateur actuel et ses successeurs et tous les religieux et autres personnes libres de l'hô-


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pital, puissent sortir et aller en Espagne et revenir librement dans notre ville, sans préjudice ni empêchement quelconque. 8° Ordonnons à tous les bagnes qu'il y a dans cette ville, aussi bien ceux du Beylik que ceux des galères, que chacun d'eux donne pour le -. service de l'hôpital, un chrétien, sans que le père administrateur de l'hôpital ait à payer pour lesdits chrétiens, qui serviront dans l'hôpital, aucune lune (1) et sans qu'il en résulte aucune responsabilité pour lui.

Enfin, déclarons que plusieurs de ces articles ayant déjà été accordés par no9 prédécesseurs et principalement pour Sanson,

capitan, dans l'année (2). lesquels articles, nous, Hadji

Chaban, Dey et Gouverneur, avec le consentement de l'Aga et de tout le Divan et l'armée, confirmons conjointement avec tous ceux exprimés ci-dessus et les accordons à la Religion de la Trinité des Pères Chaux de la province de Castille et non à autres ni à autre religion, de quelque grade et condition qu'elle soit, parce que nous savons et qu'il est à notre connaissance que par lesdits pères lesdits hôpitaux sont bien administrés et particulièrement à cette époque par ledit père administrateur actuel, qui les a arrangés et mis en bon état; et aussi promettons et donnons notre parole sans faute et voulons et ordonnons qu'aucune autre personne de notre part, de quelque condition ou qualité qu'elle soit, quand ce serait un consul ou autre ministre royal ou le vicaire apostolique, ne puisse s'opposer à cette disposition suprême et à ces ordres émanés de nous, sous les peines arbitraires à fixer par nous et sous peine d'encourir notre indignation.

Donné à Alger dans la lune de Djemadi 1", dans l'année de l'hégire mil cinq cent cinq.

Hadji Chaban Khodja, Dey et Gouverneur de la ville et royaumo d'Alger en Barbarie. — Nous, le maître frère Joseph Queralt, docteur et prefesseur de

(t) C'est-à-dire, payement mensuel; les mois de musulmans étant lunaires.

(2) La date est en blanc dans l'original et le nom du capitaine Sanson, cité ensuite, .n'aide pas à la retrouver, car il y a eu ici, à six années de distance-, deux négociateurs français de ce nom : Sanson Napollon en 1628 et Sanson Le l'âge en 1634. Il est cependant pl»s probable qu'il s'ayit du premier.


- 2iO

l'Université de Barcelone et administrateur actuel des hôpitaux rôyaUx que nôtre sainte religion de la très-sainte trinité des rédempteurs de la province de CaStille a dans cette ville d'Alger, et notaire apostolique, certifions et donnons foi et témoignage que ce qui est contenu dans Cet écrit, en langue turque et traduit eh espagnol contient les grâces et privilèges confirmés et accordés par le très-excellent seigneur Hadji Chaban, Déy et Gouverneur de cette ville et royaume d'Alger en faveur de notre hôpital et dudit administrateur. ■ ,- ■ -

Lé neuf janvier mil six Cent quàtrevingt-quatorze. En témoignage + de vérité, Frère Joseph Queralt, administrateur et notaire apostolique.

Par ordre de sa piété très-révérende, frère Pablo Garriga, secrétaire.

Le document original dont nous venons de donner la traduction est en turc avec une version espagnole en regard. Il a pour titre :

« Ceci est un acte de protection pour les hôpitaux actuels. » . Entre ce titre et le premier article de l'acte, est un petit cachet où les lettres, gravées sur un champ semé d'arabesques, se confondent facilement avec les traits du dessin. Cependant, la première ligne, composée du mot »JL*O (son serviteur), et la dernière, où on lit : ..jLjti. (Chaban, le nom du pacha), sont assez distinctes. Quant à la date, qui doit être 1104 (1693), on ne lit clairement que les deux derniers chiffres. Mais ceux-ci suffisent pour déterminer l'époque, qui est celle où Chaban abandonna son cachet particulier, lequel était en caractères Maugrebins, pour prendre ce nouveau qui appartient au type oriental.

Au-dessus du titre, il y a une tougra ou paraphe monogrammatique, flanquée d'un autre petit cachet sur lequel on lit :

à la dernière ligne : j^J ~ç^Ls^! (El-Hadji Ahmed), nom

qui se trouve répété à la tougra, selon l'usage. Ce jiom est celui du dey Ahmed qui succéda à Chaban, en juillet 1695. Cette apposition d'un nouveau cachet indique la confirmation de


- 2-it —

l'acte par lé successeur de celui qui l'avait accordé originairement,

Au-dessus de la traduction espagnole, if y a un. cachet portant une croix pâtée dans un écusson surmonté d'une couronne. On a appliqué sur la cire un papier qui a reçu l'empreinte et qui est découpé à quatre pointes entre chacune desquelles sont deux lobes. Ce cachet est répété à la fin, avant le certifié.

A la fin du texte turc, trois cachets se remarquent sous trois tougras : le premier, placé au-dessus des deux autres, est celui du dey Chaban, déjà décrit; le second porte le nom de l'aga Mohammed ben Saïd ; et le troisième n'offre que le nom de Maustafa, au centre d'un champ semé d'arabesques. Tous ces cachets sont de petite dimension, selon l'usage ancien.

Le père Silvestre, historien des hôpitaux d'Alger, écrit en 1690 (v. p. 7 de son prologue), que ces établissements n'ont que depuis peu d'années |a ressource des droits énumérés dans l'acte de 1694. Sans doute, la perception de ces droits, déjà autorisée par la charte primitive de 1551, avait été interrompue par suite de quelque circonstance qui ne nous est pas connue. Nous reproduirons ce passage utile à consulter comme terme de comparaison.

« Les hôpitaux chrétiens d'Alger perçoivent aussi des droits » particuliers depuis peu d'années : ainsi, chaque navire de » chrétiens — fussent-ce des hérétiques — pourvu qu'il n'ap» partienne pas à des Mores, paye quatre pesos (1) s'il est » grand, et deux s'il est petit, Chaque chrétien qui s'en va » libre paye deux réaux d'argent. Pour les six botas de vin » qu'on nous passe et qui se--vendent à raison de six pesos » chacune, les tav.erniers chrétiens payent trente-sjx pesos. » Les années où ces droits ont bien rendu, leur produit a été » de cent trente pesos ; mais dans d'autres ils ne se sont pas » élevés à cinquante, parce qu'il n'y avait pas eu d'arrivages de ». navires ni de départs de captifs ^Prologue, page 7). »

Les évaluations monétaires de cet extrait, comparées à celles que nous avons vues sur le même objet dans notre Charte des hôpitaux, en diffèrent au moins par les termes : car l'un dit

(1) Peso ou douro, piastre forte, monnaie valant aujourd'hui environ 5 fr.. 40.


— "2 a -z

n quatre pesos » là où l'autre met « quatre pataquès, monnaie d'aspre du pays. » S'il s'agissait de pataquès gordes ou patacons d'Espagne, ce serait au fond la même chose sous d'autres noms, puisque le peso et le patacon devaient peser tous deux une once d'argent; mais la qualification « monnaie d'aspre dû pays » ramène forcément à l'ancien bôudjou d'Alger, dont la valeur maximum, connue jusqu'ici, n'a point dépasse 3 fr. 37 c. 1|2; tandis que la pataque (gorde) de notre acte devrait valoir 5 fr. 40 c. pour équivaloir au peso ou piastre 1 forte. Il faut donc de deux choses l'une : ou que les droits dont il s'agit aient été diminués de 1690 à 1694 ou que le boudjou de l'époque eût une valeur bien supérieure à celle qu'on lui a jamais connue. Mais cette délicate question des monnaies.algériennes ne peut pas se traiter ainsi d'une manière incidente Elle exige un travail spécial que nous espérons pouvoir publier bientôt dans cette Revue.

Revenons à notre extrait. Le mot Bota qui s'y rencontre est le nôiti d'une mesure liquide espagnole valant 30 arrobes, dont chacun contient 12,63 litres, ce qui donne un total de 378 litres et une fraction pour la bota. Donc, quand les taverniers esclaves achetaient le vin des bons pères à raison de six pesos (32 fr. 40) la bota. le litre leur revenait à environ 8 centimes. Ils devaient le revendre à un prix bien supérieur aux turcs, renégats, maures et même aux chrétiens captifs, s'il est vrai, comme plusieurs écrivains l'affirment, notamment Aranda, qui, esclave lui-môme, a pu vérifier le fait directement, que ce commerce donnait en peu de temps à ceux qui s'y livraient le moyen de se racheter et même de quitter le pays avec un pécule.

Cela concorde, du reste, avec l'anecdote suivante dont l'authenticité nous est garantie par des vieillards indigènes qui en ont connu le héros :

Quelque temps avant 1830, il y avait dans la rue Duquesne une taverne, dite d'Arabadji, à cause du voisinage d'une maison ainsi nommée. Elle était tenue par un certain Antonio, que l'on désignait ordinairement par l'abréviation familière Tom'pv Cet individu avait obtenu du ouardian-bachi, ou gardien en chef du bagne, l'autorisation de vendre du vin dans cette taverne moyennant une redevance mensuelle de deux douros d'Espagne (10 fr. 80 c.). La spéculation était bonne, car Tonio n'avait absolument que eette faible somme à payer ; du reste, pas de loyer, nulle taxe pour


- 2.1.3 - chiens, logement, chemins, etc. C'était avant que la civilisation naturalisât ici ses inventions fiscales.

Aussi.,, achetant .'à. très-bon marché et revendant très-cher, sans presqu'aucuns frais d'ailleurs, Tonio amassa une cinquantaine de mille francs en trois ans. Désireux alors de revoir sa patrie, il se racheta, et, avant de parfir,. il laissa spontanément entre les mains du ouardjan-bachi une sommé de cent douros, comme un souvenir de reconnaissance.

Les articles 4 et 8 insistent beaucoup sur l'indépendance administrative des trinitaires chargés des hôpitaux d'Alger : n' ambassadeur, commissaire ou consul français, non plus que le vicaire apostolique lui-même ne doivent s'en mêler. Le rédacteur du traité— le père administrateur sans doute — revient à deux réprises sur cette clause, et y appuie fortement. Pour faire comprendre son insistance, il faut rappeler que parmi toutes les puissances chrétiennes, la France, par l'antériorité et la permanence de ses bons rapports diplomatiques avec la Porte Ottomane et la Régence d'Alger sa vassale, avait spécialement ici une influence prépondérante qui la faisait en quelque sorte la protectrice naturelle des catholiques, quelle que fût d'ailleurs leur nationalité. Nous avons fait remarquer la dernière trace de ce noble patronage dans le traité de 1689 (V. tome 7 de la Revue, p. 439). Tout en ne dédaignant pas de profiter en fait, au besoin, de ce patronage, les trinitaires espagnols s'attachaient, on le voit, à le décliner en principe.

D'un autre côté, ils repoussaient, avec non moins d'énergie, l'immixtion des autres ordres religieux, môme espagnols, dans les affaires des hôpitaux d'Alger. Aussi, leur historien, le trinitaire Silvestre, qui fut quelque temps père,administrateur, ne voit-il pas avec plaisir la cédule royale du 22 juin 1672, par laquelle le non triniiaire Don Cristoval Francisco de Castillo, demi-rationnaire de la sainte église cathédrale de la Puebla de los Angeles (le fameux Puebla du Mexique), était autorisé à recueillir des aumônes pendant trois ans dans lé diocèse dudit Puebla, au profit des hôpitaux d'Àlgér et de Tunis, qui demeuraient abandonnés depuis lé martyre de Pedro de la Conception en 1667.

C'est ainsi que l'ïnflUencé dès passions humaines se montre jusque dans l'exercice des plus nobles vertus. Pour revenir aux bons pères administrateurs des hôpitaux


—"-244. —' d'Alger : si, ayant vu les grands mairx et péchés que l'ivrognerie causait ici parmi les captifs chrétiens, on s'étonnait de les voir alimenter les tavernes de la liqueur pernicieuse, il faut réfléchir qu'à défaut d'eux il n'aurait pas manqué d'autres pour vendre du vin. Le scandale n'aurait donc diminué en rien par leur abstensiou; tandis qu'en en vendant aussi ils obtenaient un bénéfice qui profitait aqx hôpitaux. C'était bien là un des cas dans lesquels la fin justifie les moyens !

A. BERBRUGGER.


— 145

UN TIERS".IVI.IKSCHIPTIOI*. ROMAINS* (I).

Victor Hugo a oublié d'inscrire parmi ses Misérables l'infortuné qui passe sa vie à déchiffrer, reconstruire et expliquer des lambeaux d'inscriptions antiques que les siècles et le vandalisme se sont accordés à étendre tour à tour sur leur double lit de Procuste. Et, cependant, quel labeur plus digne de compassion que celui-là ! Loin du monument original, qu'on ne verra jamais, peut-être, il faut opérer sur des copies dues, en général, à des personnes fort zélées pour l'archéologie, mais étrangères, le plus souvent, à la science épigraphique, cette spécialité si ardue qui exige de nombreuses connaissances accessoires et surtout une perspicacité qui touche presque à la divination. Aussi, pour un Léon Renier et quelques autres rarinantes qui semblent se jouer des difficultés de ce genre d'études, que d'obscurs travailleurs, parmi lesquels nous devons nous ranger, luttent contre elles avec plus d'ardeur que de succès !

Afin que le lecteur ne prenne point ceci pour un paradoxe, nous allons lui soumettre un exemple du travail auquel un épigraphiste doit se livrer sur les inscriptions antiques, quand il opère sur un texte mutilé et seulement d'après une copie, ce qui est précisément le cas pour celle que nous donnons ci-dessous :

1PRAENOMENNOME

SCFILOVIRROGATVS

MMANDAVIQVIDGESSE

AEAEMIIIOKVMPOSVI

RTENSISVIRORNATVSQ

TEXSVPERANSFAMIL1A

.... .SIGVSFVIPAGPOVEMA.......

Ce fragment provient de ruines situées à l'Est du campduSrah

(1) L'article ci-dessus, qui a été inséré dans l'Akhbar du 1er avril sous nos initiales (L. A. E.), ne devait pas être reproduit dans cette Revue, au moins dans sa forme actuelle. Mais un oubli de typographe ayant été cause qu'il a paru sans qu'aucune des corrections indiquées sur l'épreuve par l'auteur ait été faite, celui-ci ne veut pas rester sous le coup de rnuHevue

rnuHevue 8' anni'e, n° 44. 10


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de Mehris, non loin des restes de l'antique Sigus, à 42 kilomètres environ au Sud Sud-Est de Constantine. La copie, due à M. le général Desvaux, paraît exacte dans son ensemble; et si nous y hasardons deux rectifications, ce n'est pas une raison pour que l'honorable transcripteur se soit trompé, car c'est peut-être nous qui errons dans nos conjectures. Afin que le lecteur soit promptement à même d'en décider, entrons sur-le-champ en matière.

Enumérons, d'abord, les difficultés contre lesquelles il sagit de lutter: i

Dans le texte qu'on vient de lire, il manque les commencements et les fins des lignes; ce n'est donc, en définitive, qu'un tronçon épigraphique. Il faut s'efforcer d'en faire un corps complet. Les lettres s'y présentent à rangs serrés, sans aucun des intervalles ou signes séparatifs qui, d'ordinaire, distinguent les motsentre-eux. Il faut arriver à isoler régulièrement ces mots les uns des autres. S'il y a des erreurs de copie, il faut les prouver et les rectifier. On devra s'efforcer surtout de combler les lacunes du texte, sinon en restituant tous les mots qui manquent, au moins en rétablissant le sens général.

Enfin, toutes ces opérations préalables étant accomplies plus ou moins heureusement, il faut aborder le commentaire proprement dit. Ou avouera que tout cela n'est pas une petite besogne. En l'essayant sur le fragment épigraphique que nous venons de donner, nous obtenons ce premier résultat :

i praenomon nome

Sc.HI.Quir. Rogatus

....m mandavi quid gesse...

se Aemiliorum posui....

... . ..rtensis vir ornatusq

t exsuperans familia

Sigus fui pàgique ma..

tilations et d'altérations qui dénaturent sa pensée, si elles ne la rendent inintelligible, dans une matière qui par elle-même est déjà suffisamment obscure.

Que ceci nous serve de circonstance atténuante auprès des hommes graves qui trouveraient notre ton un peu léger. Nous nous adressions au public en général nt non pas au groupe restreint des'archéologues proprement dils. .


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Sans dépasser les limites du champ-des-conjectures légitimes, on peut hasarder l'extension suivante :

« .. .i praenonem nomen.. . Se. filius, Quirina, Rogatus... » m mandavi quid gesse... familiaè Aerhiliorum po'sui. .. cirtensis

» vir ornatusque t exsUperans familia. .. Sigus fui pagique

» magister... »

On voit que pour obtenir ce texte nous avons substitué QVIR à OVIR de la deuxième ligne de la copie et AEMILIORVM à JEMIIIORVM de la quatrième.

Ces corrections, qui s'indiquaient pour ainsi dire d'elles-mêmes, ne nous paraissent pas avoir besoin d'être autrement justifiées.

Il semble qu'il n'y ait plus maintenant qu'à donner une traduction ; et, cependant, nous ne nous y hasarderons pas avant d'avoir exposé quelques remarques préliminaires.

Appelons d'abord l'attention du lecteur sur les formes verbales mandavi, posui, fui; elles indiquent un individu — mort ou vif — qui parle ou que l'on fait parler sur lui-même, à la première per- . sonne. Il règne dans sa phraséologie une certaine emphase vaniteuse, qui rappelle un peu le ton de la fameuse épitaphe laudative et autobiographique de l'orfèvre cirtéen Proecilius, dont le style a tant torturé quelques doctes cervelles de France, d'Allemagne et d'Algérie. Mais elle était complète, au moins, cette épitaphe ! tandis que la nôtre — si c'est une épitaphe toutefois — n'est plus qu'un tronc informe; et que, pour entreprendre la recherche de ses membres disparus, il faut s'armer de la patience infatigable que mettait Isis à rassembler les débris du corps de son époux. Essayons, cependant.

D'abord, la liaison évidente des deux premières lignes entre elles et avec la quatrième conduit à cette interprétation dont les parties douteuses seront justifiées un peu plus loin :

« .. . j'ai eu pour prénom, nom et surnom... » « .. Se. Aemilius, fils de Se. (de la tribu) Quirina (de la branche)

Rogatus...» Ainsi, ce que la première ligne annonce, la deuxième et laqua^ trième le donnent. On n'en doutera pas, si l'on veutbien.se rappeler qu'en épigraphie romaine, un ordre fixe s'observe dans la formule que nous appellerons « d'état civil » et qui comprend, pour les patriciens, le prénom et le nom, la filiation, l'indication de la tribu et du surnom de branche. ...

Le tableau ci-après, sous lequel nous plaçons, comme contrôle,


— 148 —

les éléments de ce genre exprimés dans notre fragment épigraphique, rendra ceci plus clair encore:

Prénom nom filiation tribu branche.

..,..., Se. filius Quirina Rogatus.

Sur les cinq éléments de la formule complète, nous possédons - déjà les trois derniers : la filiation, la tribu et la branche.

La filiation nous apprend que Rogatus était fils de Se. abréviation d'un prénom qui paraît insolite ; ' \

La tribu s'appelait Quirina, une des tribus rustiques de Rome; La branche était celle des Rogatus, rameau probable des Aemilius, d'après la mention faite de ceux-ci à la quatrième ligne et.les circonstances de cette mention.

Nous avons déjà désigné et nous continuerons de désigner l'auteur ou le héros de notre dédicace par ce surnom de Rogatus, parce que celui-ci, étant exprimé en toutes lettres à la deuxième . ligne du fragment, se trouve, par cela même, à l'abri de toute controverse.

Il reste donc à trouver le prénom de Rogatus et à prouver son nom Aemilius, que nous avons présumé déjà, d'après la quatrième ligne du fragment. Pour ce dernier nom, nous "nous en tiendrons à la dite présomption, étant bien forcé de nous contenter d'une probabilité à défaut de certitude.

Le prénom du père nous aidera peut-être à découvrir celui du fils. 11est représenté, on l'a vu, par le sigle Se, qui ne correspond à aucun des prénoms romains, lesquels sont très-peu nombreux, d'ailleurs. Varron n'en compte guère que trente, dix-huit desquels seulement étaient usités à son époque. Parmi ceux de l'une ou de l'autre catégorie commençant par un S, comme notre sigle inexpliqué, nous ne trouvons que les quatre suivants :

Servius, prénom que l'on donnait à l'enfant né dans l'esclavage, de servus, esclave ;

Sextus, que l'on appliquait à celui des frères qui venait au monde le sixième ; Spurtus, qui indiquait une naissance illégitime; Statius, qui était plutôt employé oomme nom que comme prénom. On n'arriverait à l'un de ces quatreprénoms qu'en supposant une erreur de copie très-peu probable, leurs abréviations respectives, S.— SEX. — SP. — ST., ne pouvant guère se confondre avec le Se de notre dédicace.


— 149 4I! est important de faire remarquer ici qu'en épigraphie romaine la règle invariable était de n'abréger que les mots d'un emploi usuel et assez généralement connus pour que l'on pût toujours les deviner au seul aspect de leurs initiales. Comment se fait-il donc que dans notre inscription, contrairement à cette règle dictée par le bon sens, le prénom essentiellement insolite du père de Rogatus figure cependant en abréviation ? Nous ne voyons qu'un moyen de se l'expliquer, c'est d'admettre que ce prénom était exprimé en toutes lettres un peu auparavant, sur la pierre qui nous manque, et comme prénom du fils. On conçoit dès-lors que la deuxième mention, suivant l'autre de si près, ait pu être abrégée sans inconvénient.

Ce fait très-probable nous en indique un autre, et c'est que notre Rogatus était un fils aîné ; car, dans la famille romaine, le premier né seul pouvait recevoir le prénom du père ; de même que le puîné prenait celui du grand-père ou de l'oncle paternel.

Résumons ce qu'on vient de lire en reprenant nos deux premières lignes désormais complètes, au moins comme sens général :

« .... J'ai eu pour prénom, nom, surnom »

« .... Se. Aemilius, fils de Se, de la tribu Quirina et de la branche des Rogatus. .. »

Ne laissons point passer inaperçue cette pompeuse annonce de prénom, nom et surnom de la première ligne, car c'est le gros bout d'oreille de la vanité nobiliaire. Celui qui porte ici la parole a voulu constater, dès le début de l'épigraphe, qu'il possédait les tria nomina nobiliorum dont parle Ausone et qui étaient l'apanage de l'aristocratie romaine. Il est certain que si les Aemilius de notre épigraphe sont de même race que ceux de Rome, illustrés par le consul Paul Emile et tant d'autres hommes distingués, il y avait bien lieu de s'enorgueillir. Mais un patricien de bon, aloi n'aurait pas eu de ces petites vanités exprimées aussi puérilement; et c'est ce qui nous fait douter de 1 identité d'origine.

Parmi les Aemilius de la région où l'on a trouvé noire épigraphe, notons ceux de Sigus dont l'un ajoute à ce nom le surnom de Rogatulus qui semblé indiquer une sous-branche des Rogatus. Le même monument (n° 2476 du recueil de M. Léon Renier) mentionne une Cassia Rogatina, une Luria Rogutuia, outre un ^emtfws Cassianus et une Aemilia Sabina. . Après avoir complété, par voie de conjectures, i'élatrûvil de


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Rogatus et pénétré même un peu dans sa biographie^ continuons de le: suivre sur ce terrain où il y a bien encore quelque Chose à glaner. Ceci amène à discuter la troisième ligne : dans ce qui en subsiste, nous trouvons le prétérit mandavi qui indique une disposition prise par celui qui porte la parole, et le mot mutilé qui suit, relatif sans doute aux faits ou aux actes qui motivaient cette disposition: C'étaient, fort probablement, dés services rendus ou des distinctions méritées par les membres de la famille des Aemilius, nommée à la ligne suivante, et qui ont valu à celle-ci le monument dont nous étudions la dédicace et qu'indique assez clairement, du reste, le mot posui.

Les tiois dernières lignes, fragment du Cursus honorum, ou état . des services et honneurs d'Aemilius Rogatus, ne peuvent se séparer dans le commentaire, leur connexité étant évidente.

On y entrevoit qu'il a dû exercer à Cirta quelque fonction probablement municipale ; et comme l'épigraphe qui le constate était érigée loin de celte ville, on a dû ajouter au titre l'ethnique cirtensis qui seul subsiste aujourd'hui, mais décapité.

Il se dit lui-même un homme distingué, vir ornatus, expression qui a pris un sens absolu et est devenue, en épigraphie, un titre honorifique qui s'accordait aussi aux femmes, ornata femina.

Aemilius Rogatus, revenant sur sa noblesse, se dit d'une famille élevée, exsuper ans familia.

11 veut que l'on sache qu'il fut quelque chose à Sigus et n'entend pas qu'on ignore qu'il était ou avait été Maître du bourg dans les

ruines duquel on a déterré notre fragment Sigus fui pagique

magister. Notez que magister ici ne signifie nullement maître d'école; c'est quelque chose comme bourgmestre, au double point de vue étymologique et administratif.

Mais voyez comme les petits calculs de la vanité humaine sont souvent déçus! Malgré les précautions de Rogatus. la postérité ignore comme s'appelait celte fameuse bourgade qui a eu l'honneur d'être administrée par lui; qui sait si, malgré nos efforts, elle ne refusera même pas de lui reconnaître des droits au beau nom des jEmilius?

Aux tâtonnements et aux incertitudes de notre commentaire, le lecteur peut juger maintenant quel rude et ingrat métier c'est, que celui d'épigraphiste. En effet, le lot de celui-ci n'est-il pas de marcher sans cesse à la recherche de l'inconnu avec des éléments


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insuffisants pour l'atteindre? Ajoutez-y la perspective de voir sow oeuvre la plus étudiée, démentie et inutilisée par quelque découverte ultérieure qui livre de nouveaux matériaux d'appréciation, qu'il n'a pu connaître, à l'heureux rival qui suit sa piste.

Il est vrai qu'il peut espérer la compensation de voir son vainqueur terrassé à son tour par un nouvel athlète, lequel plus tard pourra bien succomber aussi, On connaît telles guerres archéologiques pendantes depuis bien des années (celle d'Alésia, par exemple),, qui ont ainsi donné lieu à une foule de pugilats successifs. De sorte que le jour delà victoire définitive,— si jamais; il doit luire—ne laissera qu'un vainqueur sur pied, au milieu d'innom^ brable vaincus, ensevelis dans la poussière du champ de bataille. ......

N'est-ce pas là, en effet, toute une nouvelle catégorie de Misésêrables aussi dignes de pitié, que ceux qu'a chantés Victor Hugo?

L. A. BERBHUGGER.


152

CHRONIQUE.

MASCARA. — M. Monin, chef du bureau arabe civil de Mascara, à fait hommage à la bibliothèque d'Alger, d'Un commentaire des Makamnt 'ou séances de Hariri, par le cheikh Bou Has.

Lés Makamat sont trop connues pour que nous nous arrêtions ici à en expliquer la nature et l'importance. Quant à Bou Ras, qui s'en est fait le commentateur, c'est un érûdit indigène de îa province "dé l'Ouest ;. après la reddition d'Oran par les Espagnols, en 1791, il composa une cacida ou petit poème en l'honneur du bey de Mascara, Mohammed el-Kebir, que cette reddition faisait désormais bey d'Oran. Bou Ras, qui avait le goût et le sens de l'exégèse, ne voulut pas laisser à d'autres le soin de commenter son oeuvre poétique ; et comme au fond il était plus savant que poète, il en résulta que, si les vers étaient médiocres, les explications et développements dont ils furent l'objet de la part de l'auteur présentent un intérêt historique assez grand, surtout lorsqu'ils portent sur des faits postérieurs au grand historien de l'Afrique septentrionale, fibnRhaldoun.

Nous devons dire que Bou Ras, n'est qu'un surnom et que les vrais noms de notre auteur sont : Mohammed ben Ahmed ben Abd el-Kader. Mais la longueur et le vague de ces sortes de désignations nominales chez les Musulmans font presque toujours prévaloir les surnoms qui ont l'avantage de préciser immédiatement l'individu dont on veut parler ; aussi Bou Ras, ou Papa-la-tête, comme nous dirions familièrement d'un homme à grosse tête, l'a emporté et il n'est guère connu que par ce sobriquet. Le commentaire donné récemment par M. Monin, est en deux volumes in-4°, d'une jolie reliure indigène; l'écriture, qui appartient au type maugrebin, est fort nette et assez élégante. En somme, cette copie, qui est toute moderne, témoigne qu'il y a dans l'ouest de l'Algérie des calligraphes qui ont conservé les anciennes et bonnes traditions.


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C'est donc un cadeau fort appréciable que M. Monin a fait à la Bibliothèque d'Alger ; et, quoique parlant ici comme directeur de la Revue africaine, le Conservateur de cet établissement ne laissera pas échapper l'occasion de lui en témoigner de la reconnaissance, au nom du public studieux et des arabisants en particulier.

ANCIENNE VILLE ROMAINE ENTUB ORLÊANSVILLE ET AMMI MOUSSA. — M. E. Gués nous annonce qu'il va visiter prochainement les restes d'une cité romaine que l'on signale à 40 kilomètres d'Orléansville, sur la route d'Ammi Moussa. Toute étude est-intéressante sur ces lignes, peu observées jusqu'ici, qui conduisent de la vallée du Chélif aux hauts plateaux. Nous désirons que notre honorable correspondant puisse séjourner assez longtemps de ce côté pour rapporter une moisson de faits qui fassent avancer la géographie comparée de ces Contrées que l'on connaît à peine, archéologiquement parlant. A en juger par la distance et la direction indiquées, les ruines dont parle M. Gués seraient celles que les cartes signalent sur la rive gauche de l'oued Bou Taka, entre le Djebel Fortien et le pic de Zarden.

LE MONUMENT DES LOLLIDS.— Un des plus beaux restes de l'antiquité romaine, sinon le plus beau, que l'on puisse voir aux environs Constantine, est le monument des Lollius. Il y a quelques jours à peine qu'un heureux hasard nous le fit rencontrer sur notre route, dans une excursion chez les Mouya, et nous consacrâmes à son examen tous les moments dont nous pûmes disposer.

Ce n'est pas une découverte que nous venons annoncer, puisque ce monument a été vu et représenté il y a une dizaine d'années; seulement, nous croyons qu'il vaut mieux qu'une sorte d'oubli, que les mentions par trop sommaires que lui ont consacrées deux ou trois archéologues.

M. Creully le vit en 1852, et le premier annuaire de la Société archéologique de Constantine en donna, d'après lui, un dessin, sans texte à l'appui,- mais reproduisant assez exactement l'ensemble et les proportions du monument restauré.

Avec M. Creully se trouvait M. Renier, qui dans son Recueil des Inscriptions de l'Algérie, n'a vu le monument qu'au point de vue épigraphique. Reste notre regrettable ami, M Delamare, qui l'a >(ail entrer dans


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son Archéologie. Malheureusement, cet ouvrage de luxe, nous n'avons- pu nous le procurer complet à la bibliothèque de Constantine. De plus, M; Deiamare se serait aidé, sinon pour le monument, tout au moins pour les inscriptions, d'un dessin de M. Boissonnet, ainsi que le rapporte M. Rénier. Or, les transcriptions de M. Boissonnet, relatées par M. Rénier, nous les avons reconnues inexactes. Raison nouvelle pour en rétablir la lecture. D'un autre côté, les rapports étroits qui rattachent ce beau morceau d'archilecture aune inscription du Kheneg, rapports vaguement indiqués par M. Creully, n'ont pas été suffisamment établis. Enfin, nous croyons qu'il est temps d'appeler l'attention et la sollicitude de l'autorité sur un monument qui intéresse sous tous les rapports. Voilà pourquoi nous en parlons sous l'expression toute récente que sa vue nous a suscitée.

Le monument des Lollius est situé à 4 lieues N.-O. de Constantine, à une lieue à l'est du Kheneg et à une égale distance du confluent de l'Oued-Smendou et de l'Oued-el-Kebir, au lieu dit Elhéri par les indigènes.

En suivant la route qui y conduit du Hamtua. on rencontre sur la droite deux ou trois groupes de ruines, d'une superficie peu étendue, accusant plutôt des villas ou des fermes que des centres de population. Nous n'y avons pas trouvé de pierres inscrites, mais, dans la plus rapprochée du monument, des fragments de colonnes, et un peu plus loin un chapiteau perdu au milieu des terres labourées (ou futures).

Le monument couronne le sommet d'un massif dont les pentes descendent à l'Oued-Smendou, distant environ d'une demi-lieue. Près de la rivière se voit une autre petite ruine. Comme nous aurons bientôt occasion de le redire, la famille des Lollius avait sans doute des propriétés considérables dans ce canton.

La forme du monument est celle d'un tambour ou d'un cylindre creux, relevé par un soubassement et une corniche surmontée d'une assise formant attique.

On est frappé tout d'abord par l'harmonie de ses proportions dont les détails rappellent d'une façon curieuse notre système métrique. C'est une observation que nous avons déjà faite, il y a bientôt quinze ans, en étudiant le Médracen. Ses gradins ont juste un mètre de largeur; c'était aussi la mesure de l'assise supérieure, aujourd'hui déplacée; enfin la hauteur des gradins est de six décimètres. ^


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Notre monument, construit en très-grand appareil, se compose de onze assises superposées. Chacune d'elles ayant cinq décimètres de hauteur, l'élévation totale du monument est de 5 mètres lr2. Le diamètre est de dix.

L'épaisseur des parois, à la partie moyenne du fût, est de 1 mètre 1«2.

Le soubassement et la corniche sont eu saillie sur le fût de 50 centimètres, ce qui leur donne 2 mètres de profondeur.

Des onze assises, trois appartiennent au soubassement, six au fût, une à la corniche et une à l'attique.

Le soubassement comprenant, ainsi que nous l'avons dit, trois assises, mesure un mètre 1/2 de hauteur. L'assise supérieure se raccorde au fût par une série de moulures. En raison d'une inclination légère du sol, on n'aperçoit le soubassement que du côté du Nord, et encore l'assise inférieure est-elle à demi-enterrée. Au sud, le sol est au niveau du fût.

La partie moyenne du monument, avons-nous dit, se compose de six assises: elle mesure en conséquence trois mètres de hauteur. Chacune d'elles est constituée par cinquante pierres larges de six décimètres hors d'oenvre. Nous avons déjà dit que'la profondeur de ces pierres était, d'un mètre 1)2. Tous ces blocs sont creusés à leurs faces inférieure et supérieure, d'une cavité de cinq centimètres de largeur sur dix de longueur et autant de profondeur.

La sixième assise ou autrement l'assise supérieure, porte quatre inscriptions occupant chacune une pierre d'une largeur double, c'est-à-dire 1 m. 2 d. Chacune de ces inscriptions, est orientée. Leur encadremenl est côtoyé à droite et à gauche d'un relief en queue d'aronde. De ces quatre inscriptions, celle du sud es.t la mieux conservée. Celle de l'est l'est un peu moins. Celle de l'ouest est presque illisible. Celle du nord a complètement disparu. Toutes ces inscriptions sont identiques, et comprennent six lignes d'écriture. Nous y reviendrons tout-à-l'heure.

La surface de ce cylindre n'est pas unie. A leur point de jonction, les pierres sont creusées d'un retrait, de cinq centimètres de largeur et d'autant de profondeur, ce qui rompt merveilleusement la monotonie d'une surface plane.

Nous avons déjà dit que la corniche était d'un demi-mètre en saillie sur.le fût, ce qui donne à ses blocs une profondeur de deux mètres. Comme ceux du fût, ils sont creusés d'une cavité à leur


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partie moyenne. Ils ont de plus, sur chacun de leurs côtés, une double cavité eu queue d'aronde se raccordant avec une cavité pareille du bloc voisin.

Quant à l'attique, ses éléments sont pareils à ceux du fût comme forme, comme dimensions, comme position et comme nombre.

D'après l'épaisseur des parois, que nous avons dite d'un mètre et demi, le diamètre dans oeuvre serait de sept mètres.

Voilà notre monument complet. Nous devons dire les dégradations que dix-sept siècles lui ont infligées.

Le soubassement et le fût sont à peu près intégralement conservés. C'est à peine s'il y a ça et là quelques écaillures.

A gauche de l'inscription du sud, la sixième et dernière assise a une lacune de quatre pierres ou de 2 m. Ij2, lacune qui existe naturellement aux parties superposées, c'est-à-dire à l'attique et à la corniche.

Deux autres lacunes existent à la corniche, de deux et de quatre pierres. Nous n'avons compté que trente-cinq pierres à l'attique. La partie saillante de la corniche est fréquemment ébréchée. En somme, le monument est peu dégradé, mais une végétation parasite le menace.

Au nord, un térébinthe s'est implanté entre deux pierres de l'attique, légèrement éearJées. Cet arbre, qui compte peut-être plus d'un siècle d'existence, a le tronc de la grosseur d'un homme, et étend au nord et au sud deux branches vigoureuses, issues d'une souche à demi rongée. Sur la brèche faite à la dernière assise pousse une aubépine.

Quanta l'intérieur du monumentale fond en est à peu près de niveau avec le sol extérieur. 11 est envahi par dés arums, des asperges et des pariétaires. Deux ou trois blocs peu volumi - neux percent à travers ce tapis de verdure. Au sud, sur les parois, sont implantés un petit figuier et un petit térébinthe. Ça et là, se voient aussi des asperges.

Le reste de la surface est légèrement inégal, quelques blocs ayant été rongés.

A l'extérieur se voient une quinzaine de blocs,détachés du monument ou appuyés contre lui. Comme nous l'avons déjà dit, le sol environnant s'incline du sud, au nord, de telle sorte que le soubassement, à fleur de terre au sud apparaît à peu près complètement au nord.


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Parlons maintenant des inscriptions, qui ont aussi leur intérêt.

De la collation des trois qui restent, nous avons établi la restitution suivante :

M. LOLLIO" SENECIONI- PATRI GRAN1AE- HONORATAE. MATRI L. LOLLIO- SENECIONI- FRATRI M. LOLLIO- HONORATO- FRATRI P. GRANIO- PAVLO- AVONCVLO Q. LOLLIVS- VRBICVS- PRAËF- VRBIS

Ces lettres sont d'un beau style, en rapport avec celui du monument. Aucune n'est liée. Elles remplissent complètement l'espace compris dans leur encadrement.

Telles sont les variantes que M. Boissonnet a données à M. Renier :

COELIO au lieu de LOLLIO

PAVIO — PAVLO

AVVNCVLO — AVONÇULO

STRAEF —. PRAEF

Ces variantes doivent être écartées comme erronées: Notre transcription diffère de celle de M. Renier en un seul point, à la troisième ligne.

Nous lisons SENECIONI, là où M. Rénier lit SENI.

C'est effectivement à cet endroit que les pierres inscrites sont le plus frustes et que la lecture est le plus difficile. La position respective des lettres lisibles nous paraît autoriser notre lecture.

Tel est en français le sens de l'inscription :

A Marcus Loilius Senecio, mon père A Grania.Honorata, manière A Lucius Lollius Senecio, mon frère A Marcus Lollius Honoratus, mon frère A Publius Granius Paulus, mon oncle : Quintus Lollius Urbicus, préfet de la-ville.

Voilà donc un monument, sans doute un cénotaphe, un tombeau honoraire, une sorte de mausolée élevé par un Lollius à cinq membres de sa famille. Mais qu'était-ce donc que cette fa-


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mille, à laquelle un de ses membres, le dernier inscrit, élève un monument de cette importance et d'un appareil princier?

Les inscriptions recueillies non loin de là au Kheneg, et même à Constantine, vont répondre à cette question.

Trois inscriptions funéraires, trouvées à Constantine, ont trait à des Lollius; elles font reproduites par M. Renier sous les n°« 2033, 2034, et 2035. La première nous donne un surnom qui nous est déjà connu, celui d'Honoralus. La seconde nous donne la tribu du défunt, la tribu Quirina, celle précisément de Lollius Drbicus. Nous voilà donc en pleine parenté.

Deux autres inscriptions funéraires de Lollius ont été découvertes au-Kheneg (1) par M. Renier. La première est relative à Lollia Saturnina, femme de Lucius, peut-être le frère d'Urbicus. La seconde est celle de Lollius Pinna. Enfin M. Cherbonneau a découvert trois nouvelles inscriptions relatives à des Lollius, dont deux lumulaires et une dédicatoire.

Voilà donc des Lollius ayant vécu non loin de notre monument. Mais il est une troisième inscription découverte également au Kheneg par MM. Relier et Creully, d'une bien plus grande importance, et qui va nous donner sommairement la biographie du fondateur.

La voici telle que l'a reproduite M. Renier :

Q LOLLIO- M- FILIO

QVIR- VRBICO- COS

LEG- AVG PROVINC- GERM INFERIORIS- FET1AL1- LEGATO IMP.HADRIANI-IN-EXPEDITION 1VDAICA- QVA- DONATVS. EST HASTA- PVRA- CORONA- AVREA- LEG. LEG- X- GEMINAE- PRAET- CANDIDAT CAES- TRIB- PLEB- CANDIDAT- CAES- LEG PROCOS. AS1AE-QVEST-VRBIS-TRIB LATICLAVIO- LEG- XXII PRIMIGENIAE 1IHV1RO • VIARVM-CVRAND PATRONO

DD P P

,.(0 L'ancienne Tiddit.


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Telle en est la traduction :

A Quintus Lollius, fils de Marcus, (de la tribu) Quirina (surnommé) Urbicus, consul; Légat de l'empereur dans la province de Germanie inférieure; fétial (1) légat (2) de l'empereur Hadrien dans l'expédition de Judée où il fut gratifié d'une lance pure (31, d'une couronne d'or ; légat de la X° légion Gémina ; préteur candidat (4) de César ; tribun du peuple candidat de César ; légat du proconsul d'Asie; questeur de la ville ; tribun latielave (5) de la XXII" légion Primigenia; un des quatre inspecteurs de la voirie;

Patron (6) Par décret des décurions et aux frais publics.

Nous savons maintenant quel est l'homme qui a élevé le monumentdes Lollius. L'importance de ce personnage, Lollius Urbicus, est attestée par l'énoncé de sa carrière honorifique. La mention de l'empereur Adrien nous fait en même temps connaître l'époque où le monument fut édifié, c'est-à-dire Yers le milieu du second siècle de l'ère chrétienne. Certes, à voir sa noble simplicité, la beauté de ses lignes, l'importance et la perfection de son appareil, on se douterait qu'il appartient au beau temps de l'architecture romaine, et particulièrement au règne de cet empereur, qui se piquait d'être un artiste, au point que l'histoire lui impute la mort d'un architecte victime de sa jalousie. Un personnage tel que Lollius, un protégé de l'empereur Adrien, ne pouvait élever un monument vulgaire.

Parmi les édifices de cette importance et d'un genre analogue, nous ne connaissons en Algérie que le Soumâ, qui n'était probablement qu'une reproduction grossière du tombeau de Saint

(1, 1, î, 4, 5,6). Les notes de M, Leclercq ne se trouvant pas avec l'article coupé dans l'Indépendant, de Constantine, que nous avons reçu pour insertion, nous sommes obligé d'y suppléer par d'autres, sous notre responsabilité particulière, bien entendu: — (1) Fétial, membre du collège des prêtres qui déclaraient la guerre, concluaient les alliances, etc. — (2) Lieutenant du souverain. — (3) Celle qui n'a pas de fer au bout. — (4) Celui qui briguait un emploi se disait candidat de César, quand sa candidature était appuyée par l'Empereur. D'où le proverbe : Petis ianquam candidatus Coisaris, tu demandes en homme sûr d'obtenir.— (51 Tribun latielave, celui qui portait la large bande de pourpre sur fond blanc, qui, dans l'origine, était.le privilège exclusif des Sénaieurs. —(6) Patron de Tiddis.


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Rémi, car c'est à peine si nous osons parler ici du Medraceu et du Kobeur er-Roumya, consacrés à des dynasties. A Rome, à PompéifOn rencontre des constructions funéraires dont la forme rappelle celle de notre monument.

Tel qu'il est, par son importance architecturale, sa conservation l'intérêt qui s'attache au nom de son fondateur, le monument des Lollius nous paraît devoir prendre place en Algérie après les deux colosses que nous avons cités.

Nous pensons aussi qu'il mériterait d'être protégé contre les causes de détérioration qui le menacent, et même d'être complété, ce qui n'exigerait pas des frais bien considérables.

Quoi qu'il en soit, nous le recommandons aux photographes.

Ce serait une belle page que le monument des Lollius, dominant, de son plateau, la vallée de l'Oued-Smendou "et 6e détachant sur les montagnes abruptes des Mouya.- (Mépendant, 25 décembre 1863)

L. LECLERC, A. Ct, delà Société des Antiq. de France.

NOMINATIONS. — Dans sa séance du 25 janvier dernier la Société Royale géographique de Londres a conféré le titre de Membre correspondant honoraire à plusieurs étrangers. Nous reproduisons, d'après son procès-verbal imprimé, les trois nominations suivantes qui intéressent l'Algérie.

« M. Berbrugger (Alger), auteur de l'Algérie historique et monu» mentale et directeur de la Revue africaine.

» M. Henri Duveyrier (Paris), connu par ses explorations éten» dues du Sahara dont des notes ont paru à différentes époques » dans les transactions de la Société française de géographie.

» M. le général Faidherbe, gouverneur du Sénégal (Afrique oc» cidentale), qui s'est distingué par les heureux encouragements » qu'il a donnés aux entreprises géographiques dans la Colonie » française du Sénégal. »

Erratum. Depuis la page 128 jusqu'à la page 144 inclusivement, corrigez le chiffre initial 2 qui a été mis par erreur à la place du chiffre 1:

Pour tous les articles non signés, Le^Président, A. BERBRUGGER.

Alger. — fyp. Bastide.