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Title : Annales des Basses-Alpes : bulletin de la Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes

Author : Société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence. Auteur du texte

Publisher : (Digne)

Publication date : 1897-01

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 14721

Description : janvier 1897

Description : 1897/01 (A18,T8,N64)-1897/03.

Description : Collection numérique : Fonds régional : Provence-Alpes-Côte d'Azur

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k56816691

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-2535

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32694207g

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 27/12/2010

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ANNALES DES BASSES-ALPES

NOUVELLE SÉRIE

BULLETIN

DE LA

SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE ET LITTÉRAIRE

DES BASSES-ALPES

TOME VIII

1897-1898

DIGNE

IMPRIMERIE CHASPOUL ET V° BARBAROUX 20, Place de l'Évéché, 20



BULLETIN

DE LA

SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE ET LITTÉRAIRE

DES BASSES-ALPES

TOME VIII

1897-1898



ANNALES DES BASSES-ALPES

NOUVELLE SÉRIE

BULLETIN

DE LA

SOCIETE SCIENTIFIQUE ET LITTERAIRE

DES BASSES-ALPES

TOME VIII

1897-1898

DIGNE

IMPRIMERIE CHASPOUL ET Ve BARBAROUX 20, Place de l'Évéché, 20



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LES POETES PROVENCAUX VIVANTS

ET

LE FELIBRIGE (1)

A la Provence et à son Homère, Frédéric Mistral.

Cette pittoresque et poétique terre, qui semble découpée dans un paysage de notre Italie, au ciel toujours azuré, éternellement; baisée du soleil, couronnée de vignes et d'oliviers,.terre que l'on peut appeler.un anneau d'alliance, — splendide, étincelant de perles ! — entre notre .belle Italie et la chevaleresque .Espagne, fut toujours, depuis les premiers.vagissements des parlers néo-latins jusqu'à nos jours, Je siège de la poésie, : le Cerceau du chant.le jardin des Amours..On dirait que les chansons qui naissent incessamment au pied du Vésuve en,feu et retentissent le long des voies de.la douce Parthénope. portées par les flots tyrrhéniens et par les tièdes haleines méridionales, ont un écho dans le golfe du Lion et sur les riants coteaux avignonais, où résonne encore la mélodie, du chantre de Laure.

De Foulquet de Marseille, « Jeune page,, hardi et habile

(1) Cette modeste étude fut aimablement lue à Turin, au Cercle philologique, le 18 février 1895, en présence de l'élite turinoise, par l'illustre professeur Emile Rambaldi, gui la fit valoir par sa diction sympathique et par les paroles pleines d'à-propos dont il la fit précéder, au milieu des chauds applaudissements de l'assistance. L. Z.

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troubadour, qui excella à rimer des lais (1) », à Roumanille, le Nestor de la renaissance provençale, — de Guillaume VII, comte de Poitiers, de Rudel, de Ventadour, au tendre Aubanel, que nous avons perdu depuis peu d'années, au vivant et grand Mistral, le vrai Dante, l'Homère de la Provence actuelle, la muse des troubadours eut, il est vrai, de trop longs silences, parce que le langage limousin fut étouffé, dès le XlIIe siècle, dans le sang des Albigeois ; mais, aujourd'hui, nous la voyons reprendre une vie nouvelle et briller d'une beauté éclatante.

Grâce à Roumanille, Aubanel, Mistral et à une pléiade de vaillants esprits, les de Berluc-Perussis, les Gras, les Roux, les Paul Arène, les Louis Moutier, les Mariéton et autres célèbres, la moderne Provence est plus que jamais la terre du gai savoir, de l'amour, du chant.

Et si l'affreuse politique, pour employer une expression de notre grand Mistral, n'avait élevé une sorte de barrière entre nous et nos frères de par delà les Alpes, ce réveil des lettres provençales aurait eu un plus grand écho en terre italienne, où la poésie de Foulquet et de Sordello eut tant d'admirateurs, et le courant de fortes sympathies qui s'était formé à Avignon, lors des fêtes du V<= centenaire de Pétrarque (1874), et dont Ubaldino Peruzzi et l'ambassadeur Nigra furent les principaux initiateurs, se serait autrement élargi et répandu.

La nouvelle école provençale est connue sous le nom de Félibrige, terme qu'en plus d'une revue italienne nous voyons traduit en Felibrigio. J'emprunterai, pour l'expliquer, les paroles mêmes d'un éminent littérateur et homme d'Etat espagnol, l'ancien ministre Balaguer, qui, durant

(1) . . . . Giovin paggio, ardito e destro

Trovator di lai maëstro. . . .

(Tomaso Grossi. — Marco Visconti.)


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son exil, dans les dernières années du règne d'Isabelle, fut l'hôte apprécié de notre Turin :

. « Je vous parlerai, — dit-il, — des fêtes lyriques du Félibrige, célébrées sur les rives du Rhône et sous les séculaires oliviers de Maillane (1) ; des enchanteresses et allègres farandoles de Beaucaire et de Font-Ségugne ; des agapes littéraires qui, en Avignon, la cité des Papes, et à Vaucluse, la fontaine de Pétrarque, réunissent les frères de la « Cigale d'or »... Je vous parlerai de cette solennelle renaissance lyrique, — j'allais dire troubadouresque, — à laquelle j'ai assisté, à laquelle j'ai pris part, avec ses enthousiasmes juvéniles, avec ses résurrections d'idiomes oubliés, ses sympathiques et fraternelles expansions, qui établissent entre les poètes une espèce de franc-maçonnerie intellectuelle, à laquelle il suffit, pour être initié, d'un seul titre : l'amour de la poésie, de l'idéal et de l'art. — Dans l'antique Provence, on nommait Félïbres les docteurs chargés de commenter la loi et de l'expliquer au peuple. Telle est la signification de ce mot. — Les Félibres modernes formèrent, dès leurs débuts, une académie composée de cinquante membres, divisée en sections et dénommée du gai savoir. Le président de cette académie fut Frédéric Mistral, le secrétaire Joseph Roumanille, le trésorier Théodore Aubanel. — Le siège de l'académie est à Avignon. »

Ainsi le grand poète hispano-catalan explique la signification et le but du Félibrige ; mais nous ajouterons que Mistral, interrogé un jour par un journaliste sur le sens de ce vocable, répondit : « Que voulez-vous ? Il nous fallait un nom : troubadour était bien pendule ; trouvère était bien opéra. Un jour, j'entendis une vieille femme qui chantait une vieille romance en patois, dans laquelle le

(1) Gracieux bourg situé non loin d'Avignon, patrie du souverain poète provençal, Frédéric Mistral, et son habituelle résidence.


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mot Félibre venait comme un refrain. Félibre, traduisez : homme de foi libre, ou faiseur de livres; toujours est-il que Félibres nous sommes. »

A présent que j'ai expliqué ce qu'on doit entendre par le Félibrige et quelles sont ses visées, j'essaierai de faire en peu de paroles l'histoire de la renaissance littéraire provençale, dont le Félibrige est l'expression.

Le 21 mai 1854, sept poètes de Provence, pleins d'un ardent amour pour leur langue et pour leur terre, se réunirent au vieux château de Font-Ségugne, près d'Avignon, — la Sienne provençale, la ville sainte des Félibres, — en vue de restaurer et de rendre à la lumière un idiome que beaucoup considéraient comme mort, mais qui, en réalité, subissait une simple éclipse. C'étaient Roumanille, l'initiateur du mouvement littéraire de la Provence depuis 1847, Anselme Mathieu, Théodore Aubanel, Tavan, Giera, Brunet et Mistral ; ce dernier était alors un jeune homme d'à peine 34 ans, et depuis trois années licencié en droit. Là, fut décidée la publication de l'Almanach Provençal, de ce fameux Armana Prouvençau, qui compte actuellement quarante-deux ans d'une vie gaie et glorieuse.

« Roumanille, — dit Mistral dans la préface de ses Iles d'or,— fat le premier qui, sur les rives du Rhône, chanta dignement, en une forme simple et fraîche, toutes les choses du coeur (1). »

Anselme Mathieu, Joseph Roumanille et Frédéric Mistral, voilà la triade qui fit surgir le Félibrige. Il eut pour berceau un petit pensionnat d'Avignon. Quelques années plus tard, s'unissait à eux le Pétrarque provençal, Théodore Aubanel, qui, depuis peu d'années, a été ravi aux lettres, le célèbre auteur de la Miougrano entrer duberto

(1) Roumaniho, lou proumié, aux lou ribeiréi dôu Rose, cantavo dignamen, dins uno formo simplo et freseco touti li sentimen dôu cor.


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(la Grenade entr'ouverte) et du Pan dou pecat (le Pain du péché).

Aujourd'hui, les Félibres et leurs admirateurs se sont merveilleusement multipliés ; ils ont plusieurs journaux et revues importants, parmi lesquels la Revue Félibréenne., dirigée par le jeune et vaillant écrivain franco-provençal, Paul Mariéton, et, parmi les oeuvres d'apparence modeste, mais d'un fond riche et splendide, il faut compter l'Almanaçh Provençal, que déjà nous avons cité. Le Félibrige a diverses écoles, et le gouvernement français a déjà, depuis plusieurs années, fondé deux chaires de littérature provençale, excellemment occupées par Camille Chabaneau à l'Université de Montpellier et par Constans à l'Université d'Aix.

Parmi les Félibres, nous en comptons un certain nombre qui adorent notre Italie, comme leur seconde patrie, hommes qui y conservent des sympathies et une amitié constantes. Parmi eux, émergent, après Mistral, de BerlucPerussis, le baron Charles de Tourtoulon, Louis Astruc.

Les grandes fêtes du centenaire de Pétrarque, célébrées le 18 juillet 1874, à Avignon, sont dues à de Berlue, et leur écho, aujourd'hui encore, se répercute dans toutes les cités d'Italie, spécialement à Florence; où le Félibrige compte bon nombre d'amis et de Sèci (associés) et où vivait Ubaldin Peruzzi, grand ami de la France, qu'enthousiasmait la résurrection des lettres provençales. — Curieuse coïncidence ! Des Peruzzi de Florence descend la noble famille des Berluc-Perussis, — dite Berlue parce qu'elle est issue aussi des Berluechi du Milanais, — à laquelle illustre famille appartient notre célèbre Léon de Berluc-Perussis, gentilhomme provençal, élégant poète qui, dans les fêtes avignonaises du centenaire pêtrarques que, fut l'écho des sentiments d'affection fraternelle des Peruzzi florentins..

A cette date, Ubaldin Peruzzi était syndic de Florence et surintendant de l'Institut des Etudes supérieures. — Ne pouvant se rendre lui-même, comme il l'eût désiré., en


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Provence, en cette occasion si séduisante, il y envoya le célèbre écrivain Auguste Gonti, archiconsul (président) de l'académie de la Crusca et député au parlement italien. Peruzzi obtint aussi que notre gouvernement y déléguât le comte Nigra, non en costume d'ambassadeur, mais en qualité de lettré et de bon ami de la cause du Félibrige. Notre ministère d'alors offrit, en outre, au Comité français de splendides médailles commémoratives à l'effigie de Pétrarque.

" La participation de Peruzzi à la solennité de Vaucluse et son influence sur le mouvement latin appartiennent à l'histoire de notre renaissance félibresque, et peut-être encore à la future histoire des Etats-Unis d'Europe ", a dit G. Hipp, dans ses Souvenirs du Centenaire de Pétrarque.

Et le Peruzzi de Florence écrivait, le 28 août 1874, au Perussis de Provence : « En mon particulier, je suis heureux et fier qu'un membre de la famille qui a tenu en honneur en France le nom que je porte ait eu une si noble part dans l'organisation de cette fête franco-italienne, qui resserre les liens entre les deux branches de notre famille. »

Le centenaire de Pétrarque, — disons-le, nous aussi, avec Hipp, que nous citions tout à l'heure, — rapprocha sincèrement les deux nations soeurs, et nul doute qu'un pacte fédératif eût été signé à brève échéance, si, peu d'années après, la France, orientant sa politique intérieure beaucoup plus à gauche, n'eût refroidi et inquiété un royaume jeune et encore mal affermi. L'Italie, qui, sous le septennat, s'était franchement rapprochée de la France, s'en éloigna par peur de la contagion radicale et fut ainsi jetée, à son coeur défendant, dans les bras des deux empereurs. Mais la famille latine est appelée, quoi qu'il en soit, à se retrouver tôt ou tard et à se rejoindre. C'est la conviction de tous ceux qui, en Italie et en France, voient les choses sous leur aspect vrai, sans préjugés, sans préventions.


Et voici ce que, il y a peu de temps, de Berluc m'écrivait, — à moi, le dernier des Félibres, — en retour de l'envoi de mon étude sur les colonies provençales de l'époque angevine (de Faëto et de Celle, en Capitanate) :

« Merci d'avoir rappelé mon zèle pour la cause latine, et mon indéfectible attachement pour l'Italie. C'est surtout quand une pensée généreuse est combattue et mise en péril, que ses tenants doivent l'affirmer plus que jamais. Les courants populaires sont changeants comme les flots, et il ne faut jamais désespérer d'une idée juste. Les politiciens passent, et la logique reste, quand surtout elle s'appuie sur les traditions historiques et les affinités de race.

» Donc, cher confrère, poursuivons notre tâche, sans souci des difficultés de l'heure présente, et continuons, la main dans la main, le loyal combat pour la paix latine... »

Les soci, ou membres honoraires du Félibrige, peuvent être pris même parmi les étrangers. On compte parmi eux des personnages illustres, voire puissants : la reine de Roumanie, si connue sous le pseudonyme de Carmen Sylva, l'ancien ministre espagnol Victor Balaguer ,Nunez de Arce, Bartsch, Verdàguer, l'auteur de l'épopée l'Atlantide, Constantin Nigra, notre ambassadeur à Vienne, Ascoli, Inama, Rajna, le comte Gabardi, le comte de Gubernatis, Spera (du mont Cassin), Crescini, Villari, Portai, etc., et, parmi les défunts, " l'empereur don Pedro du Brésil, le prince Bonaparte-Wyse, Alecsandri, ministre de Roumanie, et autres célèbres, parmi lesquels je ne puis taire le Vénitien Ganini et Caderas, de l'Engadine (défunts depuis peu).

En Italie, ont surtout écrit sur la renaissance provençale, Restori et Portal, de Palerme. Un Piémontais, le capitaine Rôvere, a proposé d'adopter le Provençal comme langue internationale, et, dans un intéressant opuscule, il a exposé de bonnes raisons à l'appui de cette idée.

Parmi les Félibres franco-provençaux, nous citerons


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les plus éminents : Mistral, Félix Gras, Joseph Roux, Paul Arène, de Berluc-Perussis, CLovis Hugues, Alphonse Daudet,Monné, Sayinian, Paul Mariéton, de Baronce.lli-Javon, Tavan, Plauchud, Gaston Jourdanne, Girard, les abbés A..Richaud et F. Pascal, Marius André.

Les deux grands Félibres Aubanel et Roumanille, qui, avec Mistral, formaient la trinité glorieuse à laquelle est due cette palingénésie littéraire, ont été enlevés par la mort en ces dernières années.

Cette littérature, qui prend le nom de Félibrige, bien qu'elle n'ait guère que huit lustres d'existence, est déjà singulièrement riche en oeuvres de tous genres : nouvelles, contes, fables, esquisses, vers, lyriques, comédies, drames, poèmes épiques, sans parler des revues et des journaux.

Le.chef suprême de ce mouvement a donné, il y a peu d'années, une.oeuvre didactique vraiment colossale, lou Trésor dou Félibrige,. grand dictionnaire provençal-français, comprenant tous les mots des divers idiomes de la France méridionale.

Quelques-uns des meilleurs orateurs sacrés du midi ne dédaignent pas de prêcher en provençal, dans les villages et même dans les villes. Les journaux en cette langue sont, depuis quelque temps, fort, nombreux. La Revue Félibréenne,qui paraît à Paris, sous la direction de Mariéton, est leur organe majeur.

Ces poètes méridionaux remplissent la terre, natale de leurs chants allègres, des gaies harmonies de. leurs tambourins, de leurs pittoresques farandoles, dansées avec ces Provençales, qui, par leur beauté et par leur costume pleins de grâce, sont les plus remarquées d'Europe. Par leurs agapes fraternelles, qui, plusieurs fois par an, les réunissent,,., tantôt ici, tantôt là, dans les diverses régions, de la Provence,, du Languedoc, de la Catalogne et parfois dans les îles Baléares, ils réjouissent, avec leurs bruyantes et géniales fêtes, la lointaine Algérie et le Canada plus lointain encore. Si Clémence Isaure, la magnifique et docte


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trouveresse de Toulouse, retournait en ce monde, elle verrait l'éclat de ses jeux floraux grandement éclipsé.

Ils possèdent aussi un théâtre assez riche en productions comiques ou tragiques. Le Pain du péché, dé feu Àubanel, etla Reine Jeanne, de Mistral, dominent parmi ces dernières. Le grandiose drame de la Reine Jeanne est d'une éblouissante beauté ; ses tableaux pittoresques rappellent les scènes du théâtre espagnol du XVIIme siècle et la maîtrise souveraine de Shakespeare jointe à celle de Victor Hugo. Il fut publié il y a six ans. C'est une oeuvré en cinq actes, en alexandrins rimes deux à deux, avec quelques chants semés çà et là au milieu de scènes merveilleuses. L'auteur a voulu rétablir la reine Jeanne Première de Naples dans la bonne renommée qu'elle a conservée chez quelques écrivains et surtout dans le souvenir de ses anciens sujets de Provence. Boccace, qui vécut à sa cour, la proclama l'orgueil singulier de l'Italie, si gracieuse, si douce, si bonne qu'elle semblait être la compagne de ses sujets plutôt que leur reine,

Mistral, avec Boccace, avec Giannone et quelques autres, veut entourer d'estime et presque d'enthousiasme la mémoire de Jeanne, la souveraine de Naples, de Provence et de Piémont : il la fait absoudre par le pape Clément VI, à Avignon, des crimes dont elle est accusée. L'auteur a voulu, dans cet important drame historique, restituer dans son intégrité le prototype royal et populaire, suivant la tradition provençale et les données exactes de l'histoire. De toute façon, cette tragédie brille de telles beautés qu'elle nous transporte tout droit dans les pays enchantés, dans un Eden où chevaliers, dames, pages, troubadours, papes, Pétrarque et d'autres personnages historiques défilent en une fantasmagorie qui nous fait oublier les laids, monotones et prosaïques temps de cette fin de siècle.

Les scènes se passent tantôt à Naples, tantôt en mer, tantôt à Marseille ou à Avigno.— Les principaux personnages sont Jeanne 1re, le prince André de Hongrie, Frère


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Robert, Louis, prince de Tarente, Charles, prince de Duras, le troubadour Albert de Sisteron, Galéas de Mantoue, Pétrarque, Jacques d'Aragon, le pape Clément VI, le page Dragonetti et autres.

Mistral, l'auteur du poème épique populaire Mireille, d'une renommée désormais mondiale, auquel a été emprunté le libretto de l'opéra de Gounod, poème dont tout bon Provençal sait par coeur les pages immortelles, a donné deux autres poèmes, Nerto et Calendal, beaucoup de poésies lyriques, des esquisses en prose et le colossal Trésor du Félibrige, que j'ai cité plus haut.

Fils de paysans, il est un de ces robustes et heureux hommes qui descendent de quinze générations d'agriculteurs. Lui-même s'en glorifie et nous dit : « Je fus nourri, moi, du suc de la terre. — Un beau jour, comme une fleur qui tout à coup s'épanouit, je devins poète. » Il naquit à Maillane, non loin d'Avignon, il y a une soixantaine d'années. Sa langue n'est autre que l'idiome rhodanien. A l'apparition de sa Mireille, en 1859, Lamartine, enthousiasmé, avec la voix inspirée d'un véritable prophète, s'écria : « Un grand poète nous est né ! Un poète de 25 ans a, du premier jet, laissé couler de sa veine une épopée agreste, où les scènes descriptives de l'Odyssée et les scènes innocemment passionnées de Daphnis et Chloé sont mêlées aux saintetés et aux tristesses du christianisme— Le parfum de ce livre ne s'évaporera pas en mille ans. »

D'un tempérament vigoureux, équilibré comme sa tête, d'une voix musicale, d'une souplesse d'acier, d'un regard fascinateur, Mistral représente tout ce grand mouvement littéraire qui s'ouvrit en 1854 à Font-Ségugne, près d'Avignon, grâce à l'initiative de sept poètes, Roumanille, Mathieu, Aubanel, Tavan, Giera (le propriétaire du château de Font-Ségugne), Brunet et Mistral.

Mistral fut toujours un sincère ami de l'Italie. Et, à dire vrai, quel est le poète français qui ne l'a été ou qui ne l'est ? Aucun, parmi les illustres ! Lamartine ne fut pas


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compris ; il fut une victime de la chance, comme nous avons essayé de le démontrer dans un récent petit travail (1). De Victor Hugo à Mistral, d'Alfred de Musset à Coppée, de Madame de Staël à Paul Bourget, nous n'avons vu qu'enthousiasme pour cette seconde patrie des grands littérateurs et artistes français.

Aujourd'hui encore, résonnent à mon oreille les beaux vers que Mistral adressait à notre Dall' Ongaro, à propos des idiomes de Provence, du Piémont et de l'Italie.

Ami, nosti parla soun tôuti dous rouman ; Pouden nous dire fraire e nous touca la man. Toun Po, la miéu Durénço, Na tôuti dous d'un même mount, Van abéura, l'un lou Piémount E l'autro la Prouvènço (2).

A ces paroles Dall' Ongaro répondit par la traduction suivante :

Ambo i nostro parlar sono romani ; Fratelli siam ; tocchiamoci le mani. Scende il mi Po, scende la tua Durenza

Da un solo monte ; Il primo, ad irrigar il mio Piemonte, L'altro la tua Provenza.

Quand Mistral eut atteint, au sein de la vie champêtre la plus gaie et la plus libre, l'âge de neuf ans, son vieux, mais ferme et sage père l'envoya étudier à Avignon, dans

(1) L'Italie dans les poésies française et provençale contemporaines (Milan), E. Sonzogno. Bibl. del Popolo, vol. n° 251.

(2) « Ami, nos parlefs sont tous deux romans ; — Nous pouvons nous dire frères et nous tendre la main; — Ton Pô, ma Durance, — Nés tous doux d'un même mont, — Vont abreuver l'un le Piémont — Et l'autre la Provence, »


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un bon pensionnat de cette Sienne provençale. L'enfant, pendant les premiers mois, ne s'en accommoda que d'assez mauvaise grâce, rêvant sans cesse à ses champs regrettés, à là pleine liberté dont il jouissait dans son mas (domaine) ; mais il dut enfin se résigner et demeurer. Toutefois, le doux langage des compagnons de sa première enfance, de sa mère, de son père, resta trop profondément dans son oreille et dans son coeur pour qu'il pût aisément l'abanner pour le Français, la langue nationale.

Non, il n'était pas destiné à devenir un franchimand. Il eut bientôt la bonne fortune de voir entrer, comme pro fesseur dans sa pension, son compatriote Roumanille, ce doux poète que la Provence pleure depuis peu (1), l'auteur des Margarideto et des Prouvençalo, et qui alors était tout jeune ; Mistral fut le premier à s'énamourer de la mélodieuse poésie du Maître, le premier à le suivre et bientôt à le surpasser. Enthousiaste aussi de Théocrite et de Virgile, admirant les choses qu'ils avaient décrites, il se mit à les chanter lui aussi, mais en une langue plus simple, celle des paysans, la première qui lui fût venue aux lèvres.

A vingt ans, nous le Voyons licencié en droit, mais ce n'est pas cette carrière qui le séduisait. Son père l'ayant laissé libre de choisir l'occupation qui lui agréerait le plus, il jeta bien vite la toge aux orties et se Voua pleinement à sa chère poésie provençale, dont il devait devenir le poète suprême. (Ainsi firent Horace, Marino, Molière, Giusti, etc.) Il apparaît Comme un géant au milieu des plus fameux poètes de tous les idiomes néo-latins, parmi les Balaguer, les Verdaguer, les Cerlogne, les Meli, les Belli, les Caderas, les Alecsandri et tous ceux qui, de Lis(1)

Lis(1) biographie a été donnée, l'année dernière, par son ami intime, Jules de Terris.


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bonne à Bucharest, de Palerme à Calais, d'Aoste à Samaden, s'inspirèrent de la muse dialectale.

Lucien Paté a dit, du grand poère de Maillane, ces vers heureux :

Mistral, à ton nom seul, apparaît la Provence, Avec ses oliviers, son Rhône, son soleil, Son lac bleu, dont le flot à peine se balance, Son vent du Nord, qui porte un nom au tien pareil.

Louis ZUCCARO. (A suivre.)

A la Mémoire

de Paul Arène

Nous irons près des flots bercés de vagues claires, Où chante l'âme antique en rythmes de beauté, Vers les pins frémissants des rêves de l'été Et les chênes pensifs exhalant des prières ;

Puis nous dirons ta mort, là-haut, parmi les pierres Où la ruche est en deuil et le rire arrêté : Et Pan au bon regard, un moment attristé, Interrompra le choeur de ses flûtes légères :

Cependant que le jour qui décline et s'éteint Laisse l'Alpe grandir à, l'horizon lointain, Rose encore sous le ciel d'hyacinthe ou d'opale

Et que l'ombre et le vent échangeant des adieux, Le soir descend vers nous mélancolique et pâle Et passe en effeuillant des lis silencieux...

PAUL ROUGIER.


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LES COMMANDEURS

DE PUIMOISSON

Cette nomenclature ayant été dressée d'après les registres de délibérations du Chapitre provincial de Saint-Gilles, les procès-verbaux de visites, les actes de reconnaissance, chartes et papiers de diverse nature présentant de nombreuses solutions de continuité, il n'a pas été possible de donner toutes les dates de succession des commandeurs. A défaut d'indications plus précises, les dates que nous donnons sont celles des documents renfermant les mentions les plus anciennes et les plus récentes du nom de chaque titulaire.

GUILLAUME DE BEAUDINARD, commandeur probable, assista, comme représentant de l'Ordre, à la confirmation que fit Pierre Géraud, évêque de Riez, des donations précédemment faites aux Hospitaliers de Puimoisson par l'évêque Augier, XIII des kalendes de février 1155 (1).

ALBERT DE GRIMALDI, de la famille des princes de Mourgues, fut le troisième commandeur de Puimoisson (1168) (2).

Armes : Fuselé d'argent et de gueules.

SANGHE DE LOMBERS reçut dans l'Ordre Cordel, seigneur de Brunet, qui fit donation du domaine de Telle (décembre 1194) (3).

(1) Archiv. de Saint-Jean d'Arles, manuscrit Chaix.

(2) Bouche, Histoire de Provence.

(3) Archiv. des B.-du-Eh., H, 861.


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GUILLAUME DE LA CLUE, portant le titre de Magister, reçut simultanément avec Bermond Artaud, portant celui de Preceptor, la donation de la terre de Mauroue faite par Spade et Guillaume Augier (avril 1198) (1).

ISNARD DE SAINT-VINCENT reçut dans l'Ordre Gordel de Brunet, fils d'autre Cordel déjà reçu, qui confirme la donation faite par son père et y ajoute le Défens des Gilberts (1230) (2). Armes : De gueules fretté d'argent, (alias) d'azur à un sautoir accompagné de quatre molettes, le tout d'or.

GUILLAUME VERRE (1231-1239) agrandit considérablement les domaines de la commanderie, au moyen de donations et d'acquisitions successives. Blacas, d'Aups, et Laure, sa femme, lui donnent leurs domaines situés à Puimoisson (1231) (3); Cordel lui donne le Défens de la Séouve(1232) (4) ; Guillaume, de Moustiers, ses censés et terres à Puimoisson (1232) (5) ; assiste au Chapitre tenu à Saint-Gilles en 1233 (6) ; il échange avec Artaud, abbé de Saou, l'église de la Répara, que l'Ordre possédait, pour l'église de SaintApollinaire, tenue jusqu'alors par les Augustins de l'abbaye de Saou (8 des kalendes de juillet 1233) (7); Franc de Moustiers lui donne un affar situé au quartier de SaintApollinaire (1239) (8).

Armes : De gueules à trois voiles enflées d'argent.

GUILLAUME DE BEORZET paraît dans un instrument daté du 8 des kalendes d'avril 1239.

(1) Archiv. des B.-du-Rh., H, 853.

(2) Archiv. des B.-du-Rh., H, 861.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., H, 825.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., H, 861.

(5) Archiv. des B.-du-Rh., H, 825.

(6) Guichard, Ordre de Malte, p. 28.

(7) Archiv. des B.-du-Rh., H, 850.

(8) Archiv. des B.-du-Rh., H, 852.


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RAYMOND DE VENTABREN, commandeur probable (1240).

GUILLAUME DE CABRIS, qui figure comme simple chevalier dans l'acte de donation fait, en 1232, par Guillaume de Moustiers à Guillaume Verre (1), fut commandeur en 1242-1243.

Armes : De gueules à une chèvre saillante d'argent, surmontée d'une fleur de lis d'or.

JACQUES DE PORTALÈS assista, en qualité de commandeur de Puimoisson, au Chapitre tenu à Saint-Gilles, le 15 juillet 1246 (2).

FERAUD DE BARRAS (1246-1264) s'engagea à payer la quarte épiscopale à l'évêque de Riez, lui désempara dix séterées de condamine à Mauroue (9 des kalendes de septembre 1246) (3) : devint grand prieur de Saint-Gilles, tout en gardant la commanderie; achète d'Isnard de Moustiers, pour la somme de 14,000 sous tournois et de 50 livres provençales, tout ce que ce seigneur possédait à Puimoisson sous la directe de l'Ordre (18 des kalendes de septembre 1260) (4); se fit confirmer dans la possession du mère et mixte impère à Puimoisson, par Charles d'Anvers; vend Sainte-Madeleine (1262) (5).

Armes : Fascé d'or et d'azur de six pièces, (alias) d'or à trois fasces d'azur ou d'azur à trois fasces d'or.

FOULQUE DE THOARD achète, au profit de la commanderie, une terre appartenant à Barthélémy Salvage, au quartier de Saint-Apollinaire (1264) (6).

(1) Archiv. des B.-du-Rh., H, 825.

(2) J. Eeybaud, Histoire des Grands Prieurs et du Prieuré de Saint-Gilles. Manuscrit de la Bibliothèque Méjanes, Aix.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., 832.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., 827.

(5) Bibliothèque de Carpentras, manuscrit Peiresc, XLVIII.

(6) Archiv. des B.-du-Rh., H, 851.


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GEOFFROY DE. REILLANNE apparaît dans un acte de 1271.

Armes : D'azur à un soc de charrue d'argent posé en pal, (nouveau) le soc posé en bande.

GUILLAUME MATHERON fit, avec Bérard de Grasse, recteur de Moustiers, la délimitation des dîmeries de Moustiers et de Saint-Apollinaire (1276) (1).

Armes : D'azur à une voile en poupe d'argent attachée à une antenne posée en fasce d'or, liée de gueules et accompagnée en pointe d'un rocher d'or sur une mer de pourpre.

GUILLAUME DE BARRAS assiste, en qualité de commandeur de Puimoisson, au Chapitre tenu à Trinquetaille, le 18 juillet 1283,, et à celui tenu en 1284 (2).

RAYMOND DE GRASSE conclut un arrangement avec le prévôt de l'église de Riez, pour désigner sur quelles terres le prévôt et le commandeur doivent prélever la dîme séparément ou de moitié (14 des kalendes de février 1286) (3). C'est sous lui que le grand maître de l'Ordre, Jean de Villiers, vint à Puimoisson et y donna la charte de confirmation des libertés et privilèges^ de la ville de Manosque (12 des kalendes de septembre 1286.

Armes : D'azur à un lion de sable, couronné, lampassé et armé de gueules,

R. D'AGOULT donna investiture à Pierre Castel d'une terre achetée par lui, loco ad nostram dominant,, acte par Guillaume Jacob, notaire de Puimoisson (1292) (4).

ISNARD DE FLAYOSG (1292-1301) se fit maintenir dans la faculté de pâturage et lignerage dans le terroir de Brunet,

(1) Archiv. des B.-du-Rh., H, 850.

(2) J. Eeybaud, loc. cit.

(3) Archiv. du B.-du-Rh., H, 832.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., H, 844.


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faculté que le seigneur de ce lieu lui contestait (1292) (1) ; conclut un accord avec Réforciat de Castellane, seigneur de Salernes, au sujet de la haute juridiction et droit de ban aux lieux de Fos et Saint-Jean-de-Bresc (22 septembre

1297) (2) ; fut nommé commandeur de Manosque (octobre

1298) ; protesta contre les empiétements de juridiction de la cour de Moustiers (1300) (3).

Armes : De gueules fretté d'argent.

GUILLAUME D'AMPHOUX, vice-commandeur depuis la translation d'Isnard de Flayosc à Manosque, eut à se défendre contre les empiétements de juridiction du juge de Moustiers (1301) (4).

BERTRAND BONAS paraît dans un acte de 1308.

ELION DE VILLENEUVE, une des grandes figures qui honorent le moyen âge, né en 1270, fut nommé commandeur de Puimoisson par lettres de Foulque de Villaret, le 3 des nones de novembre 1314 ; devint lieutenant du grand maître, prieur du prieuré de Provence (5) ; fut élu grand maître de l'Ordre, à Avignon, à la recommandation de Jean XXII, en 1319 ; accorda à Puimoisson une foire de trois jours (huit jours avant la Pentecôte) et un marché tous les mardis (6) ; prit une part glorieuse à la bataille de Cassel (1328) ; rentra à Rhodes en 1332; prit Smyrne aux Turcs (1344) ; battit sur mer le roi du Maroc ; mourut en 1346.

Sa sévérité le fit surnommer Manlius. Il était frère de

(1) Archiv. des B.-du-Rh., H, 856.

(2) Archiv. des B.-du-Rh., H, 864.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., 837.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., 838.

(5) Le prieuré de Provence fut créé en 1317. Puimoisson relevait de la métropole d'Aix. (Baybaud.)

(6) Bulle du 11 mars 1321. (Inventaire Combes.) — Archiv. des B.-du-Rh.


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sainte Roseline et parent de saint Elzéar et de sainte Delphine.

Armes : De gueules fretté de six lances d'or, accompagnées de petits écussons semés dans les claires-voies de même, et sur le tout un écusson d'azur chargé d'une fleur de lis d'or.

FRANÇOIS DE PUY-AGUT passa avec les habitants une importante transaction réglementant la perception du droit de tournage (19 avril 1327) (1) ; fut pourvu de la commanderie de Manosque par bulle du 27 septembre 1330 (2) ; mourut en 1345.

BERTRAND DE SAINT-MAXIME figure dans un acte de 1333 ; le 18 août 1338, reçut la première visite priorale dont les archives des Bouches-du-Rhône fassent mention ; les commissaires délégués à cet effet par Guillaume de Reillanne, grand prieur de Saint-Gilles, furent Pierre Furon et Isnard de Villemus-Claret, commandeurs (3).

RAYMOND DU MAS donna investiture à Pierre Giraud de diverses terres acquises par lui (17 mars 1361) (4).

BONIFACE DE BLACAS assista, en qualité de commandeur de Puimoisson, au Chapitre tenu à Avignon en 1366 (5).

Armes : D'argent, à la comète à seize rais de gueules.

GUILLAUME DE LAUREÏS paraît en 1379. Il donna à la communauté la permission de nommer un ou plusieurs défenseurs pour agir en justice (10 novembre 1380); fit publier les lettrés de permission sur tout le territoire mouvant de sa directe (22 juin 1381) (6) ; reçut d'Hugues

(1) Archiv. des B.-du-Rh., H, 348.

(2) J. Raybaud, loc. cit.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., registre non inventorié. (4) Archiv. des B.-du-Rh., H, 866.

(5) J. Raybaud, loc. cit.

(6) Archiv. des B.-du-Rh., H, 841.


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Terpol une maison et un moulin à paroir sis à Riez (3 janvier 1381) (1).

Armes : D'argent à trois bandes, celle du milieu de sinople, les deux autres de gueules.

RÉFORCIAT D'AGOULT, commandeur d'Aix.et de PuiinpisSon, fils de Raymond, seigneur de Sault, vicomte de Reillanne et grand sénéchal de Provence, et d'Éléonore des Baux, des seigneurs de Meyrargues, capitaine pour le roi Louis II, auquel il prêta hommage pour ses deux commanderies, le 26 mars 1385 et le 24 juillet 1386 (2). Il fit fortifier Puimoisson et construire des redoutes à Moustiers, pour se prémunir contre les invasions de Raymond de Turenne ; assista aux États de Provence ; fut délégué auprès du Pape, avec Francisquet d'Arcussia, pour lui représenter l'état de la province et faire agréer la taxe imposée ; sollicita le Pape Benoît XIII de lui conférer le grand prieuré de Saint-Gilles (mars 1402) ; fit son désappropriement, par lequel il déclare qu'il a vingt-quatre plats d'argent et deux mille setiers de blé à Puimoisson, etc., etc. ; choisit sa sépulture dans l'église de Saint-Jean d'Aix ; nomma pour exécuteurs testamentaires Thomas de Puppio, archev. d'Aix, Guillaume Fabry, évêque de Riez, Guillaume Guirand et Raymond Filleul, syndics d'Aix (6 avril l402) (3).

Armes : D'or au loup ravissant d'azur, lampassé, armé et vilaine de gueules.

(1) Archiv. des B.-du Rh., H, 854.

(2) Journal de Jean Lefèvre, évêque de Chartres, chancelier de Louis II.

(3) J. Eaybaud. Manuscrit de la bibliothèque Méjanes, Aix, t. I, f° 329, et t. II, f° 242. — Vid. et. : Les Eues d'Aix, par Roux-Alphéran, t. I, f° 318, note ; Bouche, t. II. — L'acte de désappropriement était un écrit par lequel un chevalier renonçait à la propriété de son bien. Quoique les dispositions à cause de mort leur fussent prohibées, ils pouvaient disposer, entre vifs, de leur pécule et des revenus de leur commanderie. On connaît le vieux dicton : Vivunt ut liberi, moriuntur ut servi.


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RÉFORCIAT DE PONTEVËS donna occasion aux habitants de se plaindre de l'élévation des droits de mortalage, qui furent réglés par Pierre de Gaubert, commissaire délégué par le Chapitre (7 août 1407) (1).

Armes : De gueules à un pont à deux arches d'or.

Louis RAYNAUD (1415-1427) fit défendre l'exportation du bois, charbon,-chaux (1415) (2) ; se départit de cette défense en faveur des habitant de Puimoisson (1416) (3), qui néanmoins adressèrent. plainte au Chapitre pour accuser le commandeur de négliger le service divin, l'aumône, l'entretien des fours et moulins, etc. ; deux commissaires, délégués par le Chapitre, vinrent sur les lieux et régie - mentèrent les obligations du commandeur (1416) (4); assista au Chapitre tenu a Montpellier (1422) (5); obtint du jugé des secondes appellations de Provence la restitution de trente-cinq juments à lui saisies par Pierre de Blâcas d'Aups, et la confirmation du droit de pâturage dans cette seigneurie (28 avril 1425) (6).

JEAN DE CLARET paraît dans un acte de 1429.

JACQUES DE LA PAULTE, atias DE PÀNTÀ, assista, eh qualité de commandeur de Puimoisson, à l'assemblée générale tenue à Montpellier en 1448 (7) ; fut Chargé dé l'administration de la commanderiè de Manosque, rendue vacante par le décès de Pierre d'Utès (1451) (8); figure encore dans un acte dé 1454. A partir de cette époque, il y a, à Puimoisson, un vice-commandeur, bien que Jacques

(1) Archiv. des B.-du-Rh., H, 842.

(2) Archiv. des B.-du-Rh., H, 828.

(3) J. Raybaud, loc. cit.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., H, 384

(5) Guichard, Ordre de Malte à Puimoisson, p. 28.

(6) Archiv des B.-du-Rh., H, 856.

(7) J. Raybaud, loc. cit.

(8) Archiv. de Manosque, A, a, 29.


de la Paulte ne soit pas mort et assiste à l'assemblée tenue à Manosque, le 27 février 1461 (1).

JACQUES DE PANTA, receveur général de l'Ordre en la province de Provence, reçoit procuration de Jean Romey, grand précepteur de Rhodes, pour régir en son nom les préceptoreries de Gap et d'Embrun (10 janvier 1448) (2).

JEAN DU PONT reçut d'Antoine Pralier et à titre de vicecommandeur la donation de tous ses biens, sis aux terroirs de Courbons et de Thoard (18 décembre 1455) (3).

Armes : De gueules à un pont de deux arches d'argent sur une rivière de même.

JEAN DE CASTELLANE (1460-1471) fut pourvu de Manosque en 1467 (4) et conserva quand même la commanderie de Puimoisson.

Armes : De gueules à un château ouvert, crénelé et sommé de trois tours d'or, maçonné de sable.

SEILHON OU CELLION DE DEMANDOLX (1474-1480) (5) paraît dans les comptes de Jean de Vaulx, trésorier du roi René, comme ayant payé une amende de 150 florins au roi, dont il avait fait emprisonner un officier nommé Sicolle, qui exécutait les ordonnances de Sa Majesté (1477) (6). Arnaud

(1) J. Eaybaud, loc. cit.

(2) Biblioth. d'Avignon, mss. 2,149. — Recueil de pièces orig., f° 9. (Note communiquée par M. de Berluc-Pérussis.)

(3) Archiv. des B.-du-Rh., H, 862.

(4) J. Raybaud, loc. cit.

(5) Les documents que nous possédons, allant de 1474 à 1491, indiquent tantôt Sélion, tantôt Cellion, tantôt Elion de Demandolx. Avons-nous eu deux titulaires du nom de Demandolx se succédant à Puimoisson, l'un portant le prénom de Sellion ou Ceilhon, l'autre, celui d'Elion? La chose nous parait probable, bien que La Eoque (Catalogue des Chevaliers de Malte) ne mentionne, au XVe siècle, qu'un Sélion de Demandolx, car, après que Cellion eut été nommé grand prieur de Saint-Gilles, en 1480, nous voyons un Demandolx à Puimoisson jusqu'où 1491. Il ne nous parait guère possible d'identifier les deux titulaires homonymes.

(6) Archiv. des B.-du-Rh., B, 216.


— 23Paul

23Paul désempara un moulin à paroir qu'il avait fait bâtir au Pas d'Allés. Il fut nommé bailli de Manosque par le Conseil de l'Ordre, en opposition contre Philippe de Maneyrolles, nommé par le Pape ; intenta un procès à son compétiteur ; fut élu grand prieur de Saint-Gilles (1480) (1).

Armes : D'or à trois fasces de sable au chef de gueules, chargé d'une main apaumée d'argent.

JEAN VENGIUS (1480-1481) figure en qualité de commandeur de Puimesson (Puimoisson) dans le catalogue des Chevaliers du prieuré de Saint-Gilles, qui, en 1480, se trouvèrent à la défense de Rhodes, sous le grand maître d'Aubusson (2).

ELION DE DEMANDOLX (1481-1491) afferma les droits et dépendances de la commanderie à Honoré de Brinione, le 16 novembre 1481 ; se porta, vis-à-vis des syndics et des habitants qui construisaient un four communal, à des violences qui amenèrent la saisie de son temporel et la perte de sa juridiction (1488) ; le sénéchal lui donna permission de nommer les notaires lieutenants de juge, pour exercer la justice à sa place; il obtint main-levée de la saisie (20 février 1489) et restitution de la juridiction de la part d'Aymar de Poitiers, sénéchal de Provence (16 février

1490) (3); passa avec la communauté une transaction importante au sujet de la banalité des fours et moulins, du droit de cabestrage, du droit d'arrosage, etc. (3 octobre

1491) (4).

TRISTAN DE LA BORME paraît dans un acte de 1491. MICHEL D'ARCUSSIA (1502) transige avec noble Antoine de Piozin au sujet de la dîme due par lui pour ses terres

(t) J. Eaybaud, loc. cit.

(2) Vertot, Histoire des Chevaliers de Malte, édition de M.DCC.XXVI, t. II, f° 617. Preuves. — Vide et. La Roque, Catalogue des Chevaliers de Malte, f° 250.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., H, 843.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., H, 848.


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de Saint- Apollinaire (4 novembre 1505) (1); vend à Louis Comte deux cents setiers de sel, mesure de Puimoisson, pour 83 florins.

Armes : D'or à la fasce d'azur, accompagnée de trois arcs à tirer des flèches de gueules, cordées de même et posées en pal, deux et un.

FRANÇOIS DE BLACAS se fit autoriser par le Parlement de Provence (siégeant à Brignoles à ce moment) à faire incarcérer dans les prisons de Puimoisson les délinquants pris au territoire de Labaud, membre de la commanderie (17 septembre 1506) (2), et obtint, du même Parlement, un arrêt le maintenant dans l'exercice des droits seigneuriaux sur le territoire de Saint-Êtienne de la Brègue. que le seigneur de Puimichel lui contestait (29 août 1508 (3).

PIERRE DE GRASSE fut condamné, par sentence du Parlement, à contribuer aux réparations de l'église et du clocher (21 avril 1512) (4).

JACQUES DE MONTLAUR, dit DE MAUBEC (1513 1541), fils dé François-Louis de Maubec de Montlaur, seigneur et baron de Maubec et d'Anne de la Fayette, fille du maréchal de France de ce nom, obtint des lettres patentes de François Ier portant confirmation des privilèges précédemment concédés à la commanderie par les comtes de Provence (juin 1522) (5); transigea avec le prévôt de Riez, au sujet de la dîme que ce dernier prélevait d'une façon abusive (14 janvier 1529) (6); prêta hommage le 18 avril 1536; fit dénombrement le 15 mai 1540 (7).

(1) Archiv. des B.-du-Rh., H, 850. (2; Archiv. des B.-du-Rh., H, 861.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., H, 865.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., H, 833.

(5) Archiv. des B.-du-Rh., H, 829.

(6) Archiv. des B.-du-Rh., H, 833.

(7) Archiv. des B.-du-Rh., B, 3308.


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Armes : D'or à deux léopards d'azur, posés l'un sur l'autre.

JEAN DE BONIFACE présenta requête au lieutenant du siège de Digne, pour être déchargé de la saisie de là terre de Puimoisson ; cette terre, n'ayant jamais appartenu à la couronne de France, ne pouvait y faire rétour (154l) (1) ; obtint la démolition d'un moulin construit par François d'Agoult (2) ; mourut à Manosque, où il était bailli (1545).

JEAN-CLAUDE DE GLANDEVÊS (1548-1570) accorda à la communauté de Bras la permission de construire un four et un moulin (1550) (3) ; eut avec la communauté de longs démêlés, qui se terminèrent par une transaction concernant l'obligation de donner le dénombrement individuel, dé recevoir l'investiture, payer les lods et trézains; il se démit de son droit dé cabéstrage (février 1558) (4).

Armes : Fascé d'or et de gueules de six pièces.

ANTOINE DE FLOTTE, dit DE LA ROCHE (1570-1584) eut de longs démêlés et un procès, par-devant lé sénéchal de Digne et le Parlement de Provence, avec le prieur de Moustiers, Guillaume Abeille, ad sujet des dîmes prélevées à Saint-Apollinaire (1573). Une sentence interlocutoire, puis définitive, confirmée par un arrêt en 1583, donna gain de causé au commandeur.

Armes : Losange d'or et de gueules au chef d'or.

FRANÇOIS D'ASTORG DE SEGRËVILLE, prieur d'Angleterre, paraît en qualité de commandeur dans un instrument de 1592.

Armes : D'azur à un aigle d'argent.

FRANÇOIS D'ASTROS LUNÉVILLE, sénéchal de Malte, bailli de l'Aigle, dressa un état des biens de la commanderie

(1) Archiv. dés B,-du-Rh., H, 829.

(2) Archiv. des B.-du-Rh., H, 848.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., H, 858.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., H, 847,


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(3 novembre 1597) (1); eut quelques démêlés avec la commu nauté, au sujet de l'aumône.

Armes : D'azur à trois étoiles d'or.

CHARLES DE GRASSE-BRIANÇON, bailli de Manosque depuis 1585, fut nommé commandeur de Puimoisson, le 8 novembre 1598, et mourut à Manosque, le 24 août 1603.

JOACHIM DE MONTAIGUT-FROMIGIÈRES. Ses lettres de provision sont du 20 juillet 1609 ; fut installé dans la commanderie le 15 août de la même année; s'était fait dispenser de la résidence et demeurait à Paris, maison du Lion Noir, paroisse Saint-Eustache (2).

Armes : De gueules à la tour d'argent, donjonnée d'une autre tour girouétée de même.

HORACE DE CASTELLANE fut nommé le 2 mai 1612, installé le 9 septembre 1613, par Joseph d'Amalric d'Esclangon ; dut mourir bientôt après (3).

HERCULE DE VINTIMILLE DU REVEST (1613-1616), nommé bailli de Manosque en 1616; mourut en 1618.

Armes : De gueules au chef d'or, écartelé de Lascaris, qui est de gueules à un aigle à deux têtes d'or.

FRANÇOIS DE BONIFACE LA MOLE (1616-1631). Les consuls font saisir tous les grains lui appartenant, parce que les fermiers refusaient l'aumône de la vingt-quatrième ; il obtint main-levée le 10 mai 1619 (4); mais un arrêt du Parlement lui enjoignit la continuation de l'aumône annuelle de cent quarante setiers de seigle (17 juin 1619 (5) ; il se fit passer reconnaissance par tous les habi(1)

habi(1) des B.-du-Rh., H, 830.

(2) Étude de Me Cassarin, Riez. Minutes Audibert, V, 1608-1609, f° 552.

(3) Étude de Me Cassarin, Riez. Minutes Audibert, V, 1612-1613, f° 751 verso et seq.

(4) Archiv. des B.-du-Rh., H, 831.

(5) Archiv. des B.-du-Rh., H, 835.


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tants (1619-1620) ; fit procès d'améliorissement en 1622 (1); autorisa les protestants de Puimoisson à acquérir un cimetière à Saint-Roch (1623) (2).

Armes : De gueules à trois fasces d'argent.

LÉON DE GRASSE DU BAR, capitaine de galère, fut nommé le 1er novembre 1630 ; occupa jusqu'en 1637.

Armes : D'or à un lion de sable, couronné, lampassé et armé de gueules,

PTERRE DE MERLES BEAUCHANS, nommé par bulle du grand maître du 11 août 1637 ; prit possession, par procuration d'Edouard de Berre, qui visita en son nom les dépendances, dressa les inventaires, etc. (3).

Armes : D'azur à la bande d'argent, chargée de trois merles de sable, membres et becqués d'or.

HENRI DE LATIL-ENTRAIGUES (1647-1655) était bailli de Manosque depuis 1644; se fit passer reconnaissance par les habitants, en 1647, entre les mains du sieur cadet d'Entraigues, qu'il avait nommé son procureur ; était procureur du commandeur du prieuré de Saint Gilles, au Chapitre du 11 mai 1631, présidé par Antoine de Paule, grand maître de l'Ordre ; mourut en 1655.

Armes : D'azur à six losanges d'or, posés trois, deux, un.

GASPARD DE CÀSTELLANE-MONTMEYAN (1656-1660) nomma pour son procureur M. de Montmeyan, son neveu ; obtint du Chapitre de l'Ordre la permission d'agrandir l'église et fit procès d'améliorissement en 1660.

BALTHAZAR DE DEMANDOLX (1661-1683), neveu du bailli

(1) J. Eaybaud, loc. cit.

(2) Archiv. municip., passim.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., H, 831. — En 1647, 4 février, un chevalier de Malte, Magdalon de Terrier, tient un baptême, à Puimoisson, avec Jeanne de Forbin, dame de Gémenos, Mais co chevalier ne fut pas commandeur de Puimoisson. — Archiv. municip., E. 1,


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de Demandolx et frère du commandeur de Pézenas, qui, sur le crédit de son frère, emprunta 6,000 livres à la communauté (1661) ; tomba gravement malade à Marseille et reçut, à l'occasion de son rétablissement, des félicitations et de beaux présents de la communauté (1662). En 1669, le 8 juin, il reçut la visite des commissaires de l'Ordre, présidés par François Laugeiret, religieux de Malte et visiteur général; fit passer reconnaissance, en 1670, le 14 décembre, aux frais des emphythéotes ; reçut la visite priorale faite par Frédéric de Biron Collongue et Jean Dou, accompagnés de Jean Raybaud, secrétaire, qui descendirent, non pas au château, mais à l'auberge des « Trois Rois ». Avant d'être nommé officier de galère, il résidait à Puimoisson, et depuis il vint toujours passer dans sa commanderie le temps libre que lui laissaient ses fonctions. Il mourut à Marseille, le 25 février 1683, et fut enterré dans l'église de Puimoisson, « pour y avoir choisy sa sépulture » (ler mars) (1).

PIERRE DE BLACAS-CARROS (1684-1691) reçut la visite priorale faite par Frère Joseph de LeydetCallissane et Frère François Rebuffat, prêtre conventuel, visiteurs généraux, qui logèrent « aux Trois Rois » (28 août 1686),

(1) C'est à tort que E. de Brianson (État de la Provence, I, 572) fait mourir Balthazar de Demandolx, « bailli do Manosque, en 1675 ». Voici la transcription textuelle de l'acte de décès et d'inhumation de ce commandeur :

« L'an susdit (1683) et le vingt-cinq février, est décédé, à Marseille, Monsieur Frère Balthazard de Demandols, commandeur de Pymoysson et capitaine pour le roy sur une de ses galères, et, le premier mars de la mesme année, a esté ensevely dans l'église de sa commanderie dudit Pymoysson, pour y avoir choisi sa sépulture. Presens : Me Gaspard Bonardy, juge dudit lieu, et Balthazard Chardousse, maître chirurgien, Louis Isoard, maître arpenteur, et Jean Boulegon chapelier, consuls modernes de la susdite communauté, témoins qui ont signé avec moy, recteur. — Bonardy, Chardousse, Isouard, Boullegon, F. Nicolas, recteur. » — Archiv. municip., E, 2, f° 571.


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et fit procès d'améliorissement en 1689 (1) ; fut élu bailli de Manosque en 1691 ; mourut en 1695.

RICHARD DE SADE-MAZAN (1696-1704), colonel d'une des galères du Pape, colonel des chevaux-légers du GomtatVenaissin, eut successivement les commanderies de Montfrin,Jalès, Puimoisson; fut fait bailli de l'Aigle; se fit passer reconnaissance lé 15 juin 1696; reçut la visite priorale faite par le chevalier Jean de Guérin Castelet et Frère Jacques Grossi, prêtre, religieux conventuel, commissaires généraux (2 octobre 1696); fut pourvu, plus tard, du grand prieuré de Saint-Gilles (16 octobre 1716).

Armes : De gueules à une étoile à huit rais d'or, chargée d'un aigle impérial à deux têtes de sable, couronnées et becquées de gueules.

ANNIBAL DE SÉGUTRAN (1712-1718), chef d'escadre des galères du roi, résidait à Marseille ; fit procès d'améliorissement en 1717 (2); transigea avec le sieur Gaufridy, baron de Fos-Amphoux, puis avec le sieur du Chaîne, président au Parlement de Provence, au sujet de la haute juridiction au lieu de Saint-Jean de Bresc ; lé commandeur fit enlever le carcan à ses armes et à celles de l'Ordre, placé à la porte du château, et le président lui reconnut les droits de pêche, censé, dîme, etc. (4 juillet 1718) (3) ; fut nommé lieutenant du grand prieur.

Armes ; D'azur à un cerf élancé d'or.

J.-M. MAUREL.

(A, suivre.),

(1) Archiv. des B.-du-Rh., Visites priorales, et J. Eaybaud.

(2) J. Eaybaud, loc. cit.

(3) Archiv. des B.-du-Rh., papiers non inventoriés.


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Me rapèlou pa bèn s'èro enca dou mei d'abriéu ou s'erian déjà dou mei de mai; tout ço que sabou es que li avié de flour partout; les champ n'èron cubert e se vehié rèn aurre dins les prat. Sabou 'nca, peréu, qu'èro fièro à Sisteroun, e qu'à l'oustau chascun s'alestissié par li ana. Moun paire amé lou varlet cargavon de blad sus la carreto; ma maire rejougnié la poulaio dins de panié, e lou pastre amourounavo les agnéu qu'avié marca de rouge amé de bôri, e lei moutoun qu'avié marca de nègre amé de pégo. — E iéu ? — Ah ! iéu, pecaire, aviéu pas besoun de m'alesti : m'avien di que me li menarien pa. Erou dins mei nôuv' an, e mei gens m'avien pa 'nca mena à la vilo ; aviéu enca gi vist de fièro t coumprenès acô ? Ei verai que lei bastidan d'alor èron pa tant courrantiho qu'aquelei d'encuei.

Li sariéu, pamens, ana tant vourountié à la vilo e à la fièro ! Toutei les cop que n'en revenien, lou pastre e lou varlet me countavon de causo que me garavon lou durmi ou que me fahien pantahia 'no semano : de braguetian de touto meno, d'orne que dansavon en l'èr sus de couerdo, de nègre que manjavon d'estoupo aluma, d'arculo que tenien un eissiéu de brancan à bras tendu e 'na grosso rodo sus lou mentoun, de tigre coumo d'ase, de lioun coumo de chivau, de serpatas coumo de fusto, e enca fouoço autre oubràgi, tout que pu curiéu,tout que pu bèu. Tambèn faguerou uno moio de malur e plourerou coumo uno Madaleno quand me digueron d'ista.

« Que vouos veni faire à Sisteroun, paure pichot ? Li


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LES NARCISSES

Je ne me rappelle pas bien si nous étions encore en avril ou si nous étions déjà au mois de mai ; tout ce que je sais, c'est qu'il y avait des fleurs partout; les champs en étaient couverts et l'on ne voyait pas autre chose dans les prés. Je sais encore, aussi, que c'était foire à Sisteron et qu'à la maison chacun se préparait pour y aller. Mon père et le valet chargeaient du blé sur la charrette; ma mère enfermait poules et poulets dans des paniers, et le berger réunissait en troupeau les agneaux qu'il avait marqués en rouge avec de l'ocre, et les moutons qu'il avait marqués en noir avec de la poix. Et moi ? Ah moi ! pécaire, je n'avais pas besoin de faire mes préparatifs : on m'avait dit qu'on ne me mènerait pas. J'étais dans mes neuf ans, et mes gens ne m'avaient pas encore conduit à la ville; je n'avais point encore vu de foire ! Comprenez-vous cela ? Il est vrai que les campagnards d'alors étaient moins souvent hors dé chez eux que ceux d'aujourd'hui.

J'y serais, pourtant, allé si volontiers à la ville et à la foire ! Chaque fois qu'ils en revenaient, le berger et le valet me contaient des choses qui m'ôtaient le sommeil ou qui me faisaient rêver une semaine durant: des saltimbanques et des charlatans de toute espèce, des hommes qui dansaient en l'air sur des cordes, des nègres qui mangeaient de l'étoupe enflammée, des hercules qui tenaient un essieu de chariot à bras tendu et une roue énorme sur le menton, des tigres comme des ânes, des lions comme des chevaux, des serpents comme des poutres, et bien d'autres choses encore toutes que plus curieuses et que plus belles. Aussi fis-je un tapage de malheur et pleurai-je comme une Madeleine lorsqu'on m'ordonna de rester. « Que veux-tu venir faire à Sisteron, pauvre petit ? Il y


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oura tant de pople et de bestiàri par carriero que, de segur, te pardriés, e lei bôumian t'agantarien,... Sabes pas, peréu, qu'en passent su lou pouont de la Baumo, te fourrié beisa la Vièho ? une vièho salo coumo une panoucho è laido que fai pou ; bàvo coumo un escaragot ; a lou nas croucu coumo lou bè d'uno machouoto, de barbo coumo nouoste chin loubet, e les uei bourda d'anchoio ? E pièi, vai, t'adurren quaucaren... T'adurrai un libre amé d'eimàgi, un pourit couteu, me dihié moun paire... Te croumparai uno belouso, uno boudufo amé de biho, me dihié ma maire... Té, vaqui toun gousta ; te li ai mes uno trancho de sôucissot, de froumagi em' uno pougna d'amendo. T'en anaras à la Rebièro (ei lou noum d'uno terro qu'avian à l'àrrousagi), et diras ou mouinié de vira l'aigo ou prat, que toutaro vouren ana sega lou fen, E, senco sies ou mpurin, vai d'aise, ou mens, t'aproches pa trop de la resclauso, et vèn-te n'en de bouon' ouro, que iéu sarai lèu de retour-. »

E me vaqui parti. Tout en m'en anant vei la Rebièro lfasard fagué que rescountrerou lou Tistet, un pichot vesin qu'avié un paréu d'an de mai que iéu. Varié pa 'n peu, aqueu Tistet ; toujou par orto, n-i-avié gis coumo eu, river, par trouba lei resquiheto ; ou printèms, par destrouca lei; nis, et l'estiéu, par sache m'ounté li avié les proumié meloun e les proumié rasin madur. Ero pu fouort par tout acô, lou capoun, que par ana à l'escoro.

— E m'ounté vas ansin ?

— Vau à la Rebièro.

— Vouos qu'âne amé tu ?

— Bè ! t'a vo !

— Alor espero-me, vau lèu çarca moun gousta... Oh ( puèi, t.è, mpuonto amé ieur-. »

En furnant dins, l'arniàri, vaj-ti pa pica sus un poulet de nose counfié, que sa maire avié escoundu darrié la


— 33aura

33aura de gens et tant de bêtes dans les rues que, assurément, tu té perdrais, et les bohémiens t'enlèveraient... Ne sais-tu. pas, aussi, qu'en passant sur le pont de la Baume il te faudrait baiser la Vieille ? une vieille sale comme l'écouvillon d'un boulanger et laide à faire peur ; elle bave comme un escargot ; elle a le nez crochu comme le bec d'une chouette, de la barbe comme notre chien loubet, et les yeux bordés d'anchois. Et puis, va ! nous t'apporterons quelque chose... Je t'apporterai un livre avec des images, un joli, couteau, me disait mon père. —Je t'achèterai une blouse, une toupie avec des billes, me disait ma mère... Tiens ! voilà ton goûter ; je t'y ai mis une tranche de saucisson, du fromage et une poignée d'amandes. Tu t'en iras à la Rebièro (c'est le nom d'une terre que nous avions à l'arrosage), et tu diras au meunier de tourner l'eau au pré, car nous voulons bientôt aller faucher le foin. Et lorsque tu seras au moulin,, prends gardé, au moins, ne t'approche pas trop de l'écluse ;...... et reviens

de bonne heure, car je serai vite de retour. » Et me voilà parti. Tout en m'en allant vers la Rebièro, le hasard fit que je rencontrai Tistet, un petit voisin qui avait deux ou trois ans de plus que moi. Il ne valait pas un liard, ce Tistet ; toujours vagabondant, il n'avait pas son pareil pour trouver les glissoires, pendant l'hiver ; au printemps, pour découvrir les nids; et l'été, pour savoir où étaient les premiers melons et les premiers raisins mûrs. Il était plus fort pour tout cela, le mauvais sujet, que pour aller à l'école.

— Et où vas-tu ainsi ?

— Je vais à la Rebièro.

— Vêux-tu que j'aille avec toi?

— Eh bien, oui !

— Alors, attends-moi; je vais chercher mon goûter... Oh ! puis, tiens, monte avec moi...

En fouillant dans l'armoire, ne va-t-il pas mettre la main sur un pot de noix confites, que sa mère avait caché 3


- 34toupino

34toupino mèu e uno grosso bouteiho pleno d'agruoto que trempavon dins l'aigo-ardènt ?

— Oi ! que ! me fagué, se les tastahian un brisoun ? » E, zôu ! de faire péta lou fiéu, e de gara lou papié que

sarvié de curbaceu. Dou tèms que la bravo Fino vendié ses chapoun e ses uou sur la Plaço ou de long la GrandCharriero, sounjavo pa, segur, en ço que se passavo à soun oustau.

SiegUé 'n tasta, que n'en veguerian lei grano ; tè t tu, tè ! iéu ; enca uno, enca 'n autro : acaberian lou poutet I Après agué feni aquelo bello obro, parterian coumo de voulur, en laissant l'armari eibardana.

— S'anahian à la Fouont de la Piano ? me digue mai lou Tistet ; acô, vo I es un brave endré par s'amusa.

E de fila toutei dous vei la Fouont de la Piano.

Quand aguerian proun fa regounfla l'aigo en tapant les canoun, prou patouia, proun pastassia, se meterian à faire la casso ei lagrâmuso. En virouriant autour dou barquieu, anan arremarca uno grosso caviho qu'avien tança dins la muraio ; e vague de la gangassa, de la tira. Li gamacherian tant que, vai te querre ! la caviho se derrabo e un giscle d'aigo coumo la cambo nous espousco à la figuro amé un brut d'espectacle : dins un vira d'uei, sieguerian toutei brouit. Sènso nous inquiéta de ço que dirié l'Arnaud en veient que li avian bandi soun barquieu, s'énanerian seca lei braio en fâsènt de courcoucèlo dins l'herbo, en secutant les parpaioun, e quand aguerian proun gampatia, l'envejo nous prengué de remassa de flour. Les prat èron clafi de margarido, de belôri e de boutoun d'or. Lou mai que nous fagueron gau sieguê lei belôri, ; es eles qu'agueron les ounour ; lei belôri, sabès, aqueles pouriei flour blanco, que clinon un pau la tèstô sus soun pecout e qu'an, ou mitan, un pichounet cèucle jaune e rouge coumo les parpelo d'uno pouleto; li a 'n abord de pais mounté li dien de flour de mai.


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derrière le pot du miel et une grosse bouteille remplie de cerises qui trempaient dans l'eau-de-vie ?

— Holà ! s'écria-t-il, si nous les goûtions un peu ?

— Et, zou ! de briser le fil et d'enlever le papier qui servait de couvercle. Pendant que la Fine vendait ses oeufs et ses chapons sur la Plaço ou le long de la GrandChar riero, elle était loin de penser, assurément, à ce qui se passait à sa maison.

Nous goûtâmes si bien les noix, que nous en vîmes là fin; tiens, toi ; tiens, moi'; encore une, encore une autre : nous achevâmes le pot. Après cette bonne action, nous partîmes comme des voleurs, laissant l'armoire grande ouverte.

— Si nous allions à la fontaine de la Piano ? me dit encore Tistet ; sais-tu que c'est là un charmant endroit pour s'amuser ? »

Et de filer tous les deux vers la fontaine de la Piano.

Lorsque nous eûmes assez fait refluer la source en bouchant les tuyaux, assez joué avec l'eau, assez pétri la boue, nous fîmes la chasse aux lézards gris. En tournant autour du réservoir, nous remarquons une grosse chevillé que l'on avait enfoncée dans la muraille ; et de l'ébranler, et de la tirer. Nous nous y escrimâmes si bien que la cheville vint et un jet d'eau comme la jambe nous jaillit à la figure avec un bruit épouvantable. Eh un clin d'oeil, nous fûmes trempés jusque aux os. Sans nous préoccuper de ce que dirait Arnaud, lorsqu'il s'apercevrait que. le bassin avait été vidé, nous allâmes sécher nos culottes, en faisant des cabrioles dans l'herbe et en poursuivant les papillons. Quand nous eûmes bien galopé, l'envié nous prit de ramasser des fleurs. Les prés étaient émaillés de marguerites, de narcisses et de boutons d'or. Les narcisses, surtout, nous enchantèrent, eurent nos préférences ; les narcisses, vous savez, ces jolies fleurs blanches qui penchent un peu la tête sur leur tige et ont, au centre, un petit cercle jaune et rouge comme les paupières d'une poulette. Dans beaucoup de pays, on les appelle des fleurs de mai.


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N'aguerian lèu de pougna, lèu de brassa ; n'en faguerian de montéu. Que chaple ! bèlei gens de Dieu ! E de n'en cuhi, e de n'amourouha toujou. Lou souréu avié manqua partout que n'en, ramassahian encaro ; te n'i-avié 'n estampéu ! E la Rebièro ? e lou mourin ? e l'aigo que fouhié vira ou prat ? Li aviéu pâmai pensa que lei mouort.

Subran, vaqui ma maire : « Es coumo acô, drôle que tu sies, que fas lou garoupin tout lou franc dieu dou jou ? » M'aganto, me tiro les oureiho, et me fai fila d'avans, en tenènt de me douna quauques testoun. « Li siei mai ana am' aquéu gusardas de Tistet ? Te vou aviéu pa défendu, marrias ? que? Oh! ve, me faras mouri dès ans avans ouro... Estou sero, bouto, s'encô toun paire saup aco, t'assegurou, d'uno que veiras quôucaren : te touorse proun lou couol !»

Iéu marchavou en boudenflant e'n eissamenaiit de belôri tout de long dou camin, aquelei belôri qu'aviéu acampa amé tant de joio. N'es-tipas toujou 'nsin dei bouonur d'aqueimounde, surtout quand lo 's pa brave ?

A l'oustau, ma maire que, s'avié 'n pau de lagno dins la vouas, èro es àngi dins soun couor de me pa 'gué trouba nega dins lou barquieu, me fagué leu soupa, e, cregnènço de la mauparado au retour de moun paire, m'anerou coucha ;senso n'en bouf a uno.

Avans de m'endurmi, faguerou fouoço reflessien sus lei dangié que li a de treva lei rèn que vaihe; e m'aviserou, ailas .!. — e m'en siéu bèn mai avisa despuei, — qu'ériah pa su la terro que par courre aprei lés parpaioun e par cuhi de flour.

A. RICHAUD.


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Nous en eûmes bientôt des poignées, des brassées,, nous en fîmes des tas. Quel abattis ! mes bons amis ! Et d'en cueillir, et d'en entasser toujours. Le soleil avait entièrement disparu que nous en ramassions encore ; la terre en était jonchée par endroits ! Et la Rebièro? et le moulin ? et l'eau qu'il fallait aller tourner au pré ? Je n'y avais pas plus songé que les morts.

Tout à coup, voilà ma mère : « C'est ainsi, drôle que tu es, que tu fais le galopin toute la grande journée ? » Elle me prend, me tire les oreilles et me fait marcher devant elle, en me donnant de temps en temps quelque taloche. « Tu es donc allé de nouveau avec ce grand gueux de Tistet ? Ne te l'avais-je pas défendu, mauvaise tète ? réponds ! Oh ! voistu, tu me feras mourir dix ans avant l'heure... Ce soir, va ! lorsque ton père saura tout cela, je t'assure que tu verras quelque chose : il te tord au moins le cou !...»

Moi, je marchais en poussant des soupirs et en laissant tomber des narcisses tout le long du chemin, ces narcisses que j'avais cueillies avec tant de plaisir. N'en est-il pas toujours ainsi des bonheurs de ce monde, surtout quand on n'est pas sage ?

A la maison, ma mère, qui, si elle avait un peu de colère dans la voix, était aux anges dans son coeur de ne m'avoir pas trouvé noyé dans le bassin, me fit souper à la hâte, et, redoutant le châtiment qui m'attendait au retour de mon père, j'allai me coucher sans souffler mot.

Avant de m'endormir, je fis de nombreuses réflexions sur les dangers qu'entraine la fréquentation des vauriens, et je m'aperçus, hélas ! — et je m'en suis bien plus aperçu depuis,— que nous n'étions pas uniquement sur la terre pour courir après les papillons et pour cueillir des fleurs.

A. RICHAUD.


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ESSAI HISTORIQUE

SUR LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE

DE LA CEAU ET DE LA CAMARGUE

LA CRAU

Lorsqu'on descend la vallée du Rhône, on voit, à partir de Valence, la végétation et le climat se modifier d'une façon complète. Les calcaires décharnés que l'on aperçoit à droite, autrement dit calcaires de Crussol, sont un présage certain de la nature des roches caractéristiques d'une contrée nouvelle.

Cette transformation se révèle peu à peu, mais ce n'est qu'après le défilé de Donzère que la Provence apparaît.

C'est toujours un pays calcaire, avec escarpements dénudés et cimes chauves, dont les surfaces anguleuses attestent l'aridité. A la base de ces escarpements, se trouvent des plaines unies, dont les terres plus ou moins mélangées de calcaires fragmentaires sont couvertes de cultures et d'oliviers, présentant un contraste heurté avec leurs encaissements ; on voit les eaux superficielles partout aménagées et l'on comprend que, sous la double influence d'une température élevée et de la nature meuble des terres, la fertilité des plaines peut, dans une certaine mesure, compenser l'aridité des montagnes.

Ces contrastes prennent un caractère grandiose autour du Ventoux, dans les paluns et les plaines d'Avignon. Les montagnes calcaires et rocailleuses semblent placées là pour faire ressortir la splendeur des coteaux et des plai-


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nes ; ce sont les réservoirs des eaux qui vont y exalter l'énergie de la végétation.

On regarde cependant avec une certaine préoccupation le Léberon, les Alpines et les horizons montagneux qui se succèdent,' et l'on pressent que la grande vallée du Rhône est une région exceptionnelle. Bientôt, en effet, les Alpes annoncent leur voisinage par la Crau, vaste contrée inondée de cailloux quartzeux et qu'il faut traverser avant d'entrer dans la Provence du littoral ou de la Côte d'azur, comme il est convenu de l'appeler aujourd'hui.

C'est sur la formation de la Grau et sa constitution géologique que nous allons nous arrêter un moment. Nous parlerons-après de la Camargue.

Le nom de cette plaine caillouteuse dérive, selon toute apparence, du mot celte Craigh (amas de pierres). Strabon, au livre IV de sa' Géographie, donne à ce champ le nom d'admirable, admirabilem, et, voulant expliquer la raison et l'origine de la formidable quantité de galets qui se trouvent en ce terroir, émet les trois opinions suivantes :

La première est d'Aristote, qui prétendait que, par un tremblement de terre, ces pierres étaient descendues de quelques lieux montagneux en cette plaine.

La deuxième est de Possidonius, qui estimait que ce champ pierreux était autrefois un lac congelé avec le limon de la terre, « la congélation ou coagulation ayant été faite par les mêmes principes dont, sont formés les cailloux et les gravois que l'on voit au bord'des rivières ».

Enfin la troisième opinion, citée par le premier géographe de l'antiquité, est du poète AEschyle. Voyant qu'il lui était impossible de donner une explication satisfaisante de l'assemblage de ces cailloux, le grand tragique grec a recours à une fable.

Hercule, se rendant du Caucase au Jardin des Hespérides,veut traverser le Rhône. Arrêté par les sauvages Liguriens, il les perce de ses flèches. Néanmoins, le héros allait succomber sous le nombre, lorsque Jupiter, venant au


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secours de son fils, fait tomber une pluie de pierres qui lui fournissent des armes pour écraser ses ennemis. De là, le nom de Campus lapideus sive Herculeus, que portait la Crau dans l'antiquité. Toujours généreux avec ses ennemis, Hercule rend le bien pour le mal, et, de ses amours avec Galatée, naquit Galate, souche des Gaulois, nos ancêtres.

Plus près de nous et avec un esprit scientifique réellement merveilleux pour son siècle, Soléry « estime que la rivière de Durance, ou tout entièrement, ou en partie, passait autrefois, à un temps dont on n'a point de Mémoires, vers le lieu d'Allamanon (Lamanon), près de Salon, et que, se dilatant puis après par toute l'étendue de la Crau, avant que d'entrer dans la mer, elle y laissa toutes ces pierres qu'elle entraînait en son cours (1) ».

Les géologues modernes ne pouvaient trouver mieux, puisque l'opinion de Soléry était l'expression même de la vérité, avec cette différence cependant que le Rhône a contribué lui aussi à la formation de la Crau, mais dans une mesure infiniment moindre que ne l'affirmait M. de Saussure. D'après ce savant, le Rhône aurait charrié les six septièmes des cailloux, et la Durance un septième ou même un seizième seulement. Cette affirmation est absolument erronée, et nous y reviendrons. Disons seulement qu'à l'époque où de Saussure émettait, sans contrôle aucun, cette étrange opinion, on ne connaissait rien encore de l'ancienne extension des glaciers et de la période glaciaire. Aujourd'hui qu'aux preuves géologiques sont venues se joindre les preuves tirées de la physique du globe, de la zoologie, de la botanique, de l'anthropologie, l'époque glaciaire est une des vérités les mieux établies de la géologie positive. Mais il fallu longtemps pour qu'elle remplaçât l'ancienne théorie diluvienne, qui régnait en

(1) H. Bouche, Chorographie de la Provence, tome I , page 19.


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souveraine dans là science et avait aveuglé même les yeux si clairvoyants de de Saussure, « qui, pendant trente ans, vécut sur des moraines, sans les reconnaître (1) ».

Quant aux poudirigues, qui forment le sol profond de la Crau, le noyau est formé lui aussi de galets charriés par les torrents des montagnes, où des couches de calcaires coquillier, fluvatile et marin sont venus se superposer, ainsi que les carbonates de chaux que Contiennent en grande quantité bon nombre de sources des Alpes. Quoi qu'on en ait dit et écrit, les traces de la mer sont indéniables dans les poudingues.

Le poudingue ou nagelflue passe sous là masse tertiaire qui constitue les collines de Saint-Chamas. De gros cailloux de quartzite sont encore enchâssés à la base de cette mollasse. Là superposition de ces terrains se reconnaît très bien sur la route d'Istres à Miramas, à quelques kilométrés de ce dernier village.

La Crau est une plaine triangulaire, dont la base est formée par la ligné des terrains marécageux et des étangs qui terminent la Camargue sur la rive gauche du Rhône. Cette base bordé, par conséquent, le canal d'Arles à Fos et à Bouc, sur une longueur de 40 kilomètres environ. Le sommet dû triangle se trouve vers Salon, situé à 25 kilomètres de l'Etang de Landres.

La Crau n'est pas une plaine unie, comme on le croit communément ; elle offre, au contraire, une surface très inégale, dans laquelle On rencontre tantôt des creux remplis d'eau croupissante, tantôt de petites vallées d'une sécheresse désolante.Près de Salon, son altitude est de 40 mètres, de telle sorte que sa base, vers l'étang de Landres, étant à 1 mètre environ au-dessus du niveau de la mer, la pente générale est de 39 mètres sur 25 kilomètres, soit 0m,00156 par mètre. Ainsi le plan incliné de la Crau

1) Ch. Martins, Introduction à l'Histoire de la Création, par Haeckel.


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coupe le plan horizontal des eaux de la Camargue sous un angle de 5' 25", et, si l'on creuse un puits dans les alluvions limoneuses de cette dernière plaine, on peut calculer à l'avance la profondeur à laquelle on rencontrera les cailloux sous-jacents de la Crau.

Ces dépôts de cailloux, moins gros, il est vrai, mais composés presque exclusivement de quartzites, se retrouvent sur la rive droite du Rhône et revêtent toutes les saillies de terrain depuis Beaucaire jusqu'aux environs de Nîmes et de Montpellier. Ils sont encore visibles sur le cordon littoral et se prolongent probablement dans la mer. Toutefois, la Durance est étrangère à cette formation, ainsi qu'on va le voir ci-après.

Nous avons dit que les cailloux de la Crau avaient été amenés dans cette plaine par deux grands cours d'eau, le Rhône et la Durance. Avec un peu d'observation, il est facile de se rendre compte que cette dernière rivière y a contribué pour la meilleure part. Le Rhône, dont la plus grande-partie allait se déverser jusque dans l'étang de Maughio et qui, en passant, a semé de ses cailloux les plaines de Bellegarde et de Saint-Gilles, n'a pu contribuer qu'à former, dans de bonnes proportions, il est vrai, la haute Crau d'Arles. Et la preuve en est que, dans cette région, on ne retrouve plus que fort rarement les serpentines et les variolites du Mont Genèvre, assez communes cependant entre Istres, Éntressen et Salon. Donc, quoi qu'en aient pu penser et affirmer certains géologues, d'ailleurs très distingués, le tribut du Rhône dans la formation du Campus lapideus ne saurait être mis en doute. On trouve, en effet, à Montpellier, à Saint-Gilles, à Arles et à Saint-Martin-de-Crau, des marnes que couronne un poudingue à éléments surtout calcaires. Dans ces marnes, il existe la faune pliocène d'Hauterives, dans la Drôme, ce qui indique qu'elles ont été apportées de cette localité, dans ces endroits, par le même courant torrentiel d'un fleuve qui ne peut être que le Rhône.


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Gomment le Rhône et la Durance, qui ne charrient plus maintenant que de légers graviers (le Rhône ne charrie plus que du sable à partir de Beaucaire), ont-ils pu former les vastes plaines caillouteuses dont nous venons de parler ?

La question serait embarrassante, si on ne se reportait à cette période géologique où d'épaisses couches de glace, entretenues par les névés des hautes montagnes, arrivaient, d'une part, jusqu'à Lyon, pour ce qui concerne le .Rhône, et, d'autre part, jusqu'à Château-Arnoux, pour ce qui regarde la Durance. En aval de ce village, on se trouve en présence d'une moraine bien caractérisée : cailloux anguleux et rayés de diverses grosseurs, confusément entassés pêle-mêle,, avec de la boue glaciaire et au-dessus de véritables blocs erratiques. Il en est de même jusqu'à Sisteron. Sans doute, on reconnaît quelquefois les effets d'une action aqueuse : des couches de sable ou de cailloux plus ou moins roulés et stratifiés, comme on le voit sur les moraines actuelles, dans le voisinage des lacs contigus aux glaciers ou des torrents qui s'en écoulent. Mais, dans les 16 kilomètres qui séparent Château-Arnoux de Sisteron, la route longe la moraine droite de l'ancien glacier de la Durance. La moraine latérale gauche est de l'autre côté du torrent et se termine supérieurement par une de ces arêtes rectilignes si caractéristiques dé ce genre de dépôt. Pour achever la démonstration, on remarque sur la route des roches.polies et striées en place, que'les travaux de rectification ont mises à découvert. Là ville de Sisteron ellemême est entourée de moraines ; la plus remarquable, par le nombre et le volume des blocs qui la couronnent, est située au nord de la ville, sur la route de Gap, avant de traverser la rivière du Buëch, qui coule elle-même dans une vallée coupée par une grande moraine terminale, située entre les villages de Veynes et de Montmaur (l).

(1) Ch. Lory, Descriptions géologiques du Dauphiné.


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Ces explications sont nécessaires pour donner une idée de l'immense quantité d'eau que devait rouler la Durance au temps de la période glaciaire. Elle avait alors 6 kilomètres de largeur vis-à-vis de Pertuis, et il ne faut pas s'étonner si elle déposait, dans la Crau, des cailloux roulés comme les quartzites de la Vallouise, qui, après un trajet de 240 kilomètres, ont encore Om, 40 de grand axe (1 ).

Ainsi, qu'il a été déjà dit plus haut, la Durance, pendant toute la période glaciaire, traversait le pertuis de Lamanon, pour s'étendre dans la plaine qui s'étend entre les Alpines et les collines de Saint-Chamas. Son immense nappe d'eau était sillonnée par un thalweg dont il serait possible de déterminer, la situation et la profondeur au-dessous des alluvions limoneuses qui, dans le plan du Bourg et la Camargue, ont couvert le diluvium caillouteux. La Crau présente, vers le thalweg en question, une pente d'environ 2m,50 par kilomètre, ce qui indiquerait, vers le milieu, de l'étang du Valcarès, au moins 60 mètres de dépôt. C'est à ce thalweg qu'est due, sans conteste, la formation du banc de poudingue qui traverse le fond du Rhône à 10 kilomètres environ en aval d'Arles et qui est si préjudiciable à la navigation, lorsque ce fleuve est à son étiage.

C'est pour tourner cette difficulté, plus encore que pour éviter les atterrages des embouchures du Rhône, que Marius, cent trois ans avant notre ère, fit creuser par son armée les Fossoe Marianae. C'était un canal de navigation partant d'Arles et débouchant à Fos. Il fut, pendant plusieurs siècles, une des voies commerciales les plus fréquentées des Gaules, et la décadence de la ville d'Arles date, du jour où cette voie n'a plus pu être suivie, par suite de son envasement.

Quel admirable et puissant argument ne trouve-t-on pas, dans le fait que nous venons de relater, contre ceux qui,

(1) De Sporta (Revue des Deux-Monde du 15 septembre 1881).


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dans un but aussi intéressé qu'odieux, veulent faire arrê ter à Bras-Mort la voie navigable qu'il est actuellement question de construire entre Marseille et le Rhône. Si ce canal, dont la nécessité se fait de plus en plus sentir, afin de lutter avec quelque avantage contre l'étranger pour la rapidité du transport des marchandises, si ce canal n'arrive pas a Arles, lé but qu'on se propose sera totalement manqué. L'affaire aura été bonne, cela va sans dire, pour quelques spéculateurs éhontés, mais le résultat utilitaire se traduira par une négative absolue et d'immenses déceptions. Soyons pratiques : imitons les anciens, lorsque nous nous apercevons que leurs idées dépassent les'nôtres, et souvenons-nous que nous avons encore beaucoup à apprendre en regardant derrière nous.

La Grau, sauf dans les endroits assez rares où le poudingue remonte jusqu'à la surface du sol, est susceptible, avec l'irrigation, de toutes lès cultures. On peut s'en rendre compte en visitant les alentours de Salon, Lamanon, Eyguiéres, Moulés, Raphèle, Saint-Martin-de-Crau et Istres. Ce sont de véritables oasis ou, mieux encore, de véritables coins de Normandie transportés dans la Provence.

Tous les produits de cette plaine sont dé qualité supérieure : les fruits, les fourrages et surtout la .chair des animaux tant sauvages que domestiqués. Par animaux sauvages, nous voulons parler des gibiers tels que lièvre, lapin de champ, perdreaux, etc. Par animaux domestiques, il n'y a guère à citer que le mouton, dont plus de cent mille hivernent encore dans la Crau non exploitée et vont, pendant l'été, pacager sur les hautes montagnes des Alpes. C'est ce qu'on appelle les troupeaux transhumans. Le grand poète Frédéric Mistral a décrit, dans la langue provençale, qu'il a rajeunie, le départ des troupeaux et des conducteurs dont le chef prend le nom de baïle. Les tableaux du poète rappellent ceux de la Bible et d'Homère. Chaque année, des scènes semblables se passent en


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Afrique, sur les limites du Sahara et de l'Aillas. Comme le berger provençal, l'Arabe nomade transhume du désert vers les montagnes, et cette analogie entre la Grau et le Sahara n'est pas la seule.

De ce qui précède, il ressort clairement que toute la surface de la vaste plaine caillouteuse pourrait être convertie en prairies ou en .vignes, comme les environs des localités citées ci-dessus. Mais, pour cela, il faut de l'eau, beaucoup d'eau, et la Durance, avec les saignées nombreuses dont elle est victime jusque dans ses .affluents, ne peut plus en. fournir. Ah ! si l'on avait donné suite aux projets de M. Dumont, la branche gauche élargie de son canal projeté, après avoir fourni aux hauts plateaux de Vaucluse, pouvait, en traversant la Durance, ou même en se jetant dans la. Durance, en aval de Cadenet, donner un contingent nécessaire pour arroser toute la Crau. Mais la toute-puissante Compagnie de navigation, qui, de Saint-Louis du Rhône à Lyon, ne fait pas circuler six bateaux par mois, s'y est opposée de toutes ses forces, aidée en cela par la sainte routine administrative. Et elle a triomphé

Pendant ce temps, une Compagnie intitulée « du colmatage » exploite, avec garantie de l'Etat, une partie de la Crau, depuis bientôt vingt ans, et ne colmate rien du tout. Elle est arrivée à produire quelques hectolitres de vin qu'elle cède aux prix de 30 à 35 francs et qui revient aux contribuables à 3,500 francs l'hectolitre au moins. Des vingtaines de millions se sont déjà engouffrés dans cette entreprise, qui jusqu'ici n'a été profitable qu'aux aigrefins de la finance et à quelques fonctionnaires déclassés.

Résumons ce travail : aujourd'hui* il n'est plus besoin d'avoir recours à des hypothèses pour expliquer la formation de la Crau ; les faits seuls en rendent raison, et il suffit pour cela de les ranger dans l'ordre convenable.


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Cette vaste plaine a été formée en grande partie par la Durance, à laquelle venait se joindre, du côté d'Arles, une branche du Rhône. La Durance débouchait par la vallée de Lamanon, et son débit moyen était vingt fois supérieur à ce qu'il est de nos jours, lors des grandes crues. Il en était ainsi pour le Rhône et pour toutes les rivières de France. Ainsi, la Somme; aujourd'hui le type des cours d'eau stables et presque exempts de crue, avait alors un lit de plus de 1 kilomètre. La Seine, dont les grandes crues actuelles n'atteignent pas un débit de 2,500 mètres cubes par seconde, roulait parfois, d'après Belgrand, de 27,000 à 60,000 mètres cubes.

La Crau était un golfe de mer, dans lequel la Durance se jetait, puisque les couches les plus basses de poudingue sont au niveau actuel de la mer et même au-dessous. Ce golfe recevait aussi le Rhône, mais en faible partie. Les neuf dixièmes au moins des eaux de ce fleuve suivaient la direction de l'ouest et arrivaient jusqu'à Montpellier.

Sur les couches de galets profonds que le temps a depuis convertis en poudingue, par leur agglutination, la mer a déposé différentes couches de calcaire coquillier. Cette formation coquillière s'étend très foin. Elle existe au pied du Léberon, dans tout le contour des Alpines, de la Trévaresse, et beaucoup plus haut, sur les bords de la Durance. Mais qui ne sait, ainsi que l'a si justement et si scientifiquement fait remarquer le savant géologue anglais, sir Charles Lyell, que la mer, à plusieurs reprises, a recouvert autrefois tous les continents, non pas tous en même temps, mais par étapes successives (1).

Une autre petite Crau, située entre Cavaillon et SaintRemy, a été formée par le Calavon ou Coulon. Ce joli petit cours d'eau, dont la source est à Banon, dans les Basses(1)

Basses(1) Charles Lyell, Principes de Géologie.


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Alpes, qui, avant de baigner Apt, forme de si charmantes cascades dans la sauvage et profonde vallée d'Opedette et se jette dans la Durance à 4 kilomètres en aval de Gavaillon, ne se déversait pas alors dans cette rivière.

Les galets et cailloux arrondis qui ont formé la Crau ont été l'objet d'observations nombreuses, et leur composition indique, d'une façon certaine, les Alpes comme point de départ. Les quartzites constituent, en effet, les neuf dixièmes et les plus volumineux de ces galets ; le reste comprend des quartz translucides de fiions, des amphibolites et des variolites, surtout du côté de Salon, des granites et porphyres, quelques petits galets de grès rouge et de calcaire noir. Les terres rougeâtres qui entourent les interstices des galets sont empruntés aux fissures des calcaires crétacés, néocomiens et jurassiques.

En un mot, la Crau est un immense cône de déjection formé par la Durance et le Rhône, lequel cône a couvert 980 kilomètres carrés. C'est un delta incliné, comme en ont formé et en forment encore tous les petits ruisseaux des Alpes, avant de se jeter dans le cours d'eau principal dont ils deviennent les affluents.

PHILIPPE ARNAUD. (A suivre.)


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LES ALLIER Seigneurs de

L'ARRIÈRE-FIEF DE CHATEAUNEUF DE ROUE

Là famille Allier, de Forcalquier. — Les cinq fils de François Allier et d'Honorade de Bot de Cardebat. — Melchior, prieur de Mane, aumônier du duc d'Orléans, et Pierre, sieur de Châteauneuf, capitaine et duelliste ; sa vie militaire. — Notes pour l'histoire du prieuré de Mane. — Particularités et documents inédits sur les guerres de la Fronde en Provence.

La famille Allier, d'Allier, Dallier, était originaire de Forcalquier, où, dès le milieu du XVIe siècle, on la trouve dans une situation assez marquante pour que son chef ait été revêtu des fonctions de lieutenant du viguier de cette ville.

I.

Louis Allier, bourgeois, gratifié même quelquefois du titre d'écuyer, est le plus ancien que nous connaissions de cette famille. L'énumération de ses biens au soleil, biens dont il fit le partage entre ses deux fils aînés, dans un testament, en 1593, indique un homme riche, vivant more nobilium, comme on disait aux siècles passés. De son mariage avec Françoise Pluyme, alias Pluine (1), il eut'

(1) M. de Berlue nous assure que cette famille, sous le nom de Pluina, Ploina, se retrouvait dès le XIIe siècle à Forcalquier; que plusieurs de ses. membres, aux siècles suivants, jouèrent un rôle important dans l'histoire de cette ville : Raymond Pluyna, chevalier, était, en 1297, syndic de Forcalquier; à la fin du XVe siècle, les Pluyme étaient les plus fort imposés du pays.

3


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50six qu'il nomme dans ce testament du 8 août de la susdite année, fait devant Jean Lieutaud, notaire dudit Forcalquier (1), à savoir trois fils et trois filles.

Ces trois filles furent :

1° Louise, qui était morte au moment du testament de son père, mais qui, de son mariage contracté le 18 janvier 1587 (2) avec Barthélémy Decorio, avait laissé une fille, Catherine, qui la représentait, laquelle avait été élevée par

(1) Par cet acte, Louis Allier veut être enterré au bas des degrés du maîtreautel de l'église paroissiale de Forcalquier, au tombeau où reposaient déjà plusieurs de ses enfants. Il lègue à l'hôpital de cette ville une pension perpétuelle de 8 florins, qui sera servie au moyen du capital que lui devait le capitaine Gaspard Clerici et que lui payait annuellement le receveur du roi. Il laisse 25 écus à l'oeuvre des pauvres filles à marier; sa femme les distribuera aux plus dignes. Il donne à sa d. femme, tant qu'elle portera son nom, une pension de cent écus, cinquante coupes de vin « pris au ras de la tine », et la jouissance de la maison qu'il possède à la Rue Droite, aujourd'hui Grande-Rue, ayant pour confronts les murailles de la ville et Gabriel de Berluc, avec tout ce qu'elle contient en blé et denrées. Il partage ses terres entre ses deux fils aînés : à François, qui est âgé de 21 ans, il donne diverses parcelles isolées et sa bastide au quartier de Charmeil ; à son cadet, Joseph, dans ses 19 ans, diverses pièces aussi au terroir de Forcalquier, notamment un jardin à la place du Bourguet, qui touche celui du capitaine Jean Tribollet, et en sus la bastide qu'il a acquise d'Arnoux Guillemin, au quartier du » Collet de Lusanne ». Il nomme pour ses exécuteurs testamentaires « ses bons amis », Me Balthazard Villeneuve, viguier de Forcalquier, et le sire Claude Astier, présentement consul de ladite ville. L'acte est passé dans sa grange du Charmeil ; et, parmi les témoins, nous relevons les noms de noble Dioclétien de Godin (qui fut en 1590-91 premier consul de la ville et procureur joint du pays de Provence) et de Pierre Traverseri, ancien procureur.

(2) Ecrivant Rampalle, notaire de Forcalquier. Barthélémy Decorio était fils de Mathieu, sieur du Rochas, et de Catherine Rampalle. Les Decorio furent continués par Antoine, sieur du Rochas, frère de Barthélémy, et formèrent deux branches, les Decorio de Cabanes et de Sainte-Catherine, éteints, et les Decorio de Saint-Clair, qui subsistent encore, mais ont quitté la Provence. (Note de M. de Berluc.)


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son aïeul paternel et épousa, en 1603, noble Guilhaume Allayer, écuyer, de Digne ; veuve, elle se remaria, en 1612, à Me Balthazard Giraud, avocat au siège de cette ville.

2° Claire, mariée à noble Antoine Auberge (1), dont le fils André succédera à son oncle, Jean Dallier, au prieuré de Mane, qu'il occupa jusqu'en 1608 et qu'il remit alors à son cousin germain, autre Jean Dallier, dont nous parlerons. André Auberge fut ensuite avocat à la cour et, de son mariage avec Melchionne Amoureux, laissa plusieurs enfants.

3° Anne, dont nous ignorons la situation.

A chacune de ses trois filles, Louis Allier avait légué 900 écus, en indiquant que les capitaux qui seraient employés à payer ces legs seraient pris tant sur ceux qu'il possédait sur les communes d'Ongles, de Châteauneuf-leCharbonnier et de Volx, que sur divers habitants de ces villages auxquels il avait, dans le temps, vendu du blé et du seigle. A sa fille il donnait en sus, comme il l'avait fait précédemment pour ses soeurs, deux coffres de bahut garnis de linge et d'effets pour une somme de cinquante écus. Les trois fils étaient :

1° François, dont nous allons parler.

2° Joseph, que nous voyons qualifié tantôt bourgeois, tantôt écuyer de Forcalquier, et qui, de son mariage avec Isabeau de Giraud, avec laquelle d'ailleurs il ne vivait pas en bonne intelligence, n'eut, croyons-nous, qu'un fils unique, Gaspard, bourgeois et marchand. Ledit Gaspard eut plusieurs filles, dont une était, en 1660, mariée, à Aix, au sieur César Gaudin. 3° Jean, qui n'avait que huit ans au moment du testa(1)

testa(1) famille remonte à Marcelin Auberge, originaire de Molines, diocèse d'Embrun, qui s'établit, au XVe siècle, à Forcalquier et était mort avant 1497. Ses descendants s'allièrent aux Berluc, Gueidan, Ermitanis. Un frère d'Antoine ut capitaine protestant, lors des guerres de la fin du XVIe siècle.


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ment de son père et à qui celui-ci laissa un patrimoine de 1,200 écus. Il fut prieur du prieuré régulier de Mane (1), tenu en commande par concession apostolique et qui relevait des Bénédictins de Saint-André-les-Avignon. Plus tard, il résilia son bénéfice en faveur de son neveu André Auberge, fils de sa soeur, comme nous venons de le dire.

II.

François d'Allier, plus communément Dallier, né, avonsnous vu, en 1572, était capitaine pour le roy et viguier de la ville de Forcalquier quand il se maria, en 1592, le 5 avril, avec Honorade de Bot de Cardebat, fille de messire Jean (2), gouverneur de cette ville et de sa citadelle, et de dame Lucrèce de Pontevès ; 800 écus lui furent constitués en dot, écrivant Gassaud, notaire dudit Forcalquier.

François Dallier mangea tout son avoir « en mauvaise conduite, procès et querelle », et sa femme fut obligée de se colloquer sur son bien, écrit son fils Melchior, dans son livre de raison, auquel nous emprunterons tous les renseignements qui vont suivre (3). Il mourut à Marseille en

(1) Le prieuré de Mane, affermé environ 600 livres par an, était appelé Notre-Dame de Salagon, Saint-André, Châteauneuf, Saint-Laurent et dépendances. Le prieur entretenait un vicaire qui avait seul charge d'âmes.

(2) La famille de Bot de Cardebat représentait deux maisons fondues ensemble : les Bot, d'une antique chevalerie d'Apt, qui avaient donné quatre évêques à cette ville, do 1275 à 1382, et qui descendaient, croit-on, des anciens comtes de cette ville, s'étaient éteints, au XVIe siècle, dans les Cardebat, qui avaient relevé leur nom. Ceux-ci avaient pour auteur Pierre de Cardebat, qui, en 1475, avait été nommé par le comte de Provence gouverneur de Pertuis et de sa vallée.

(3) Ce manuscrit fort intéressant faisait partie des archives du château des Cornarel, héritiers des Roquesante, à Grambois ; il appartient à l'érudit M, Garcin, d'Apt, qui l'a gracieusement mis à notre disposition, pour y puiser les notes qui nous seraient nécessaires.


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1639, âgé de 63 ans, et fut enterré aux Accoules. Sa femme mourut à Mane, âgée de 78 ans, et son corps mis au caveau devant le maître-autel de l'église du prieuré.

François Dallier et Honorade de Cardebat de Bot eurent huit enfants, cinq garçons et trois filles, sans compter ceux qui moururent jeunes.

Les trois filles furent :

1° Suzanne, qui fut mariée à André Lieutaud, écuyer, de Mane (1) ;

2° Françon, qui, le 30 juillet 1622, épousait Marc-Antoine Arnaud, du lieu de Dauphin, d'une vieille famille dont la monographie a été publiée, en deux volumes, par un de ses membres, sous le titre : Histoire d'une famille provençale.

3° Lucrèce, mariée, le 30 décembre 1627, écrivant Louis Gaffarel, notaire de Mane, à Jean Barthélémy, docteur en médecine,

Voici les notes biographiques que le manuscrit donne sur les cinq fils.

1. — Jean, aîné de tous, baptisé à Saignon, le 17 juillet 1596, fut fait prieur commandataire de Mane, à l'âge de 12 ans, sur la démission de son cousin germain, André Auberge, et moyennant cession à celui-ci d'une somme de 1,200 écus payable en six termes.

Prêtre, plus tard il fut chanoine des Accoules, à Marseille ; en 1628, il devint doyen de ce chapitre et, en 1634, il résigna sa stalle en faveur d'Henri de Sacco, dudit Marseille, sous une pension de 25 écus. Mais, en 1638, Jean Pierre Amoureux, prieur du prieuré rural de SaintPromace de Forcalquier, n'ayant pas cure d'âmes, ayant sollicité et obtenu de Rome une collation en sa faveur

(1) Le prieur Melchior d'Allier attribue bien souvent la qualité d'écuyer à dès membres de sa famille qui, croyons-nous, n'avaient qu'un droit douteux à cette qualification nobiliaire.


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du titre de prieur de Mane, au mépris de la possession qu'en avait depuis de longues années le titulaire et qu'il tenait de la légation d'Avignon, Jean d'Allier, ennuyé des difficultés qui lui étaient faites et ayant été déjà antérieurement condamné dans un cas presque semblable à servir une pension de 80 écus à frère Barthélémy de Crochard, aumônier du Roi. qui se disait brevetaire, puis dévolutaire du prieuré, fit, en 1641, abandon gratuit de son prieuré à son frère cadet Melchior, plus entreprenant et processif que lui. Nous verrons plus tard dans quelles difficultés se trouva, en effet, le nouveau possesseur. En 1649, le Parlement condamna ledit Melchior d'Allier à servir à son frère Jean une pension de 200 livres, à titre de compensation pour cette cession bénévole.

2.— « Louis, second fils de François, a passé sa jeunesse, dit le livre de famille de la maison, fort inutilement, en débauches et sans profit, à faire quelques campagnes sur terre et sur mer. » Nous le retrouvons, en effet, même après son mariage, faisant partie des gendarmes de la compagnie d'ordonnance du comte d'Alais, gouverneur de Provence; plus tard, ayant voulu renouveler aussi ses excursions en mer, il fut fait prisonnier par les Turcs et gardé deux ans en captivité à Tunis.

Il mourut à Antibes, âgé de 58 ans, en 1660, « après avoir donné de grands ennuis à sa famille, à cause de son humeur de brouille ».

De son mariage, contracté le 17 février 1631, devant Jacques Barnier, notaire de Marseille, avec demoiselle Anne de Ghomeil, fille de Gabriel, écuyer, et de Catherine d'André, il avait eu trois enfants :

Un fils, Jean, entré au service du roi, qui fut tué à Pertuis par trahison d'un soldat italien, n'étant âgé que de quinze ans, et deux filles : Honorade, qui, en janvier 1651, dotée par son oncle Melchior, épousait Pierre d'Isnard, sieur de la Riaille, écuyer d'Apt, et Françon, qui, en 1663, vivait avec sa soeur, sans être encore mariée.


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3. — Antoine d'Allier, troisième fils. Voici, en quelques lignes, ce que dit de lui le livre de famille :

« A passé sa jeunesse aux estudes et, en 1630, prit les armes sous le commandement de son oncle, messire Jean de Bot de Cardebat, chevalier de Malte, frère de sa mère, pour lors capitaine dans le régiment de M. le marquis de Janson; il commença par le mousquet et finit par icelui, car, dans sa première campagne en Italie, étant âgé à peine de 18 ans, il fut tué et est enterré à Salusse. »

4.— Nous arrivons au quatrième fils, Melchior, docteur en théologie, protonotaire apostolique, seigneur de Châteauneuf de Roue, prieur de Mane, etc.. ensuite aumônier et confesseur du duc d'Orléans et pourvu de plusieurs bénéfices aux environs de Paris.

« ... Avant-dernier fils de la dame de Bot de Cardebat, Melchior d'Allier a passé sa jeunesse aux estudes, qu'il a faites chez les Pères de l'Oratoire d'abord, à Marseille, au collège de la Marche ensuite et en Sorbonne enfin. Ses occupations ont été la prédication de l'évangile, où il à toujours réussi avec aplaudissements, soit à Paris, soit à Aix, et partout où il a prêché. Il s'est beaucoup occupé des affaires de sa maison, jusqu'en 1663, époque où il fut à Paris et où il a fini ses jours. »

Nous avons vu qu'en 1641 son frère aîné, doyen des Accoules, lui avait fait cession de son prieuré de Mane, que lui disputait le prieur de Saint-Promace, pour en avoir obtenu une collation nouvelle à Rome. En présence des prétentions de son concurrent, Melchior d'Allier demanda, de son côté, et obtint de la légation d'Avignon, sans que nous sachions sur quelles raisons il se fondait, la cession en sa faveur dudit prieuré de saint Promace. Le lieutenant du siège de Forcalquier recevait en même temps opposition tant de Melchior d'Allier à la mise en jouissance du prieuré de Mane qu'avait demandée son adversaire, que du prieur Amoureux, pour la remise de celui de Saint Promace à son habile concurrent. La lutte, portée devant les


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juridictions ecclésiastique et civile, aurait pu ne jamais se terminer, si les parties, sagement conseillées, n'étaient convenues de s'en remettre à la décision amiable d'un ami commun, le célèbre avocat Mourgues, d'Aix. L'arbitre décida que chacun des concurrents resterait dans son prieuré respectif, mais que néanmoins, comme le prieur d'Allier avait envenimé la querelle en soulevant la question de Saint-Promace, qui avait occasionné de nombreux frais à son adversaire, il payerait, pendant' quatre ans, à Mre Amoureux, une pension de 200 livres.

Après ces incidents détaillés, le livre de famille, continuant l'histoire du protonotaire, raconte que :

« — Le 28 février 1643, il transigea avec le marquis de Janson, seigneur temporel de Mane, pour les directes, droits de tasques et quartonières qu'il avait dans l'étendue du pays, sous la pension annuelle de 47 écus, écrivant Louis Gaffarel, notaire dudit Mane.

» ... Le 8 mars 1643, il fit voyage à Paris, avec son frère le capitaine, pour les affaires de son bénéfice, et séjourna dans cette ville jusqu'à la fin de juin ; il conféra avec le R. P. Firmond, jésuite et confesseur du Roy, au sujet d'un prétendu droit royal sur le prieuré de Mane, et le père Firmond, malgré ses recherches, ne trouva aucune trace de ce droit, et cependant c'était lui qui avait la direction de confiance de la collation des bénéfices. Il vit aussi d'abord l'abbé de Loyac, à propos de la même question, qui lui désavoua les menées et pro cédure de Jacques Gaffarel (1), de Mane, qui s'était servi de son nom lors de ses prétentions sur le prieuré ; ensuite le comte de Brienne, secrétaire d'Etat, touchant encore ce prétendu droit royal, et ce seigneur lui dit aussi qu'il n'en existait aucun.

(1) Le Bulletin de notre Société a publié sur Gaffarel un intéressant travail de M. T. de Larroque.


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» ... En 1649, lors des différents entré Mgr le comte d'Alais, gouverneur de la Provence, et le Parlement, et peu après le combat du Val (1), le protonotaire, qui était à Mane, fut prié par son cousin (2), le conseiller de Roquesante, et par le président de Régusse, chefs des parlementaires, de les rejoindre à Riez, où lé président levait des troupes (3) et où se trouvait déjà son frère, M. dé Châteauneuf, à qui le commandement desdites troupes avait été donné. Le protonotaire, partit, emmenant, avec lui deux hommes de Mane, à qui il fit donner des chevaux et des armes pour servir dans lés troupes de son frère. "... — Or, cette levée d'hommes dans les terres du marquis de Janson donna si grande jalousie à ce seigneur, qu'après avoir mis sa maison au service du prieur et de sa famille il les en chassa, mit des gardes pour que personne n'y rentrât plus, avec promesse de tout brûler si on enfreignait ses ordres.

» Durant le séjour que le protonotaire fit à Riez, avec l'armée du Parlement, il fut un jour accompagner son frère et quelques soldats, qui allaient reconnaître le châ(1)

châ(1) petit combat, qui eut lieu le 14 juin de cette année, est resté célèbre dans l'histoire de Provence. Les troupes peu disciplinées du Parlement y furent battues par celles du gouverneur.

(2) Les frères d'Allier, fils d'Honorade de Bot de Cardebat, étaient cousins germains des trois demoiselles d'Auribeau, dont l'aînée, dame de Grambois, avait, en 1647, épousé Pierre de Raffélis de Roquesante, conseiller au Parlement. Ces demoiselles étaient filles d'Esprit de Cardebat de Bot, seigneur d'Auribeau, frère d'Honorade, et de Marguerite de Gautier, damé de Grambois.

(3) L'histoire de Provence raconte qu'après le combat du Val les chefs du parti qu'on appelait les parlementaires mirent sur pied des compagnies; les plus riches levèrent même des régiments; le président de Régusse

entretint à ses frais un de ces régiments, ainsi qu'une compagnie de cavalerie; MM. d'Oppède, de Bras, en firent autant sur d'autres points de la Provence.


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teau d'Espinouse (1), surpris quelques jours d'avant par les troupes de M. le comte d'Alais, et les sommer de se rendre; pendant qu'on parlementait, il leva le plan dn château ; mais, ayant été aperçu, on tira sur lui une volée de fauconneau qui vint fondre à ses pieds et qu'il fut très heureux d'éviter. Ils emmenèrent de cette expédition un gentilhomme nommé Beaudina (2), qu'on avait pris prisonnier et que l'on gardait aux prisons du château de Chénerilles (3).

De Riez, le prieur d'Allier descendit à Aix, avec

les troupes de M. le président de Régusse, que commandait son frère; après être demeuré jusqu'au 10 août dans cette ville, il partit avec le président, escortés de quelques soldats et de son frère, pour la Ciotat, où ils demeurèrent jusqu'au 18 (4).

(1) Piton, dans son Histoire d'Aix et des troubles de Provence à l'époque de la Fronde, raconte que le comte d'Alais fit venir du Dauphiné, à son aide, le régiment de Saint-André-Montbrun, commandé par le sieur de Villefranche et composé de quatre-vingts maîtres qui s'emparèrent du château d'Espinouse et le mirent en état de défense.

(2) Nous ne connaissons pas ce gentilhomme, que l'on ne saurait identifier avec le baron de Beaudinar, de la maison do Sabran, parce que son importance aurait attiré sur lui une plus grande attention.

(3) Ce château et la seigneurie de ce village appartenaient pour lors à JeanBaptiste de Salvan, d'Avignon, époux de Lucrèce de Galiffet et petit-fils de Catherine d'Isoard, dame du lieu, mariée en premières noces, en 1570, à Antoine de Salvan. C'est par ce mariage que cette terre, qui était depuis 1424 dans la maison d'Isoard, en sortit. La famille continua néanmoins à porter le nom de son antienne seigneurie.

(4) Le marquis de Régusse dit, en effet, dans ses mémoires (a) (pages 39 et suivantes) :

(a) Imprimés à Aix, chez Malcaire, en 1870, par les soins de la Société historique de Provence.


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» Ledit jour 18, le prieur partit en poste pour la cour, à cause de la paix de la Provence, pour instruire de ce qui s'y passait la Reine et le cardinal Mazarin et leur demander leur détermination dernière pour le fait ou de la paix ou de la guerre. Il arriva à la Cour, qui estait alors à Paris, dans quatre jours (1). Il fut présenté à Sa Majesté, à M. le cardinal, par le sieur de Saignon (2), son cousin, et

« M. le comte de Carcès me dépêcha à diverses fois à Riez, pour me convier de revenir à Aix avec les troupes que j'avais levées ; cela ne se pouvait faire avec tant de diligence qu'il ne se passât quelques jours. Enfin je partis avec mes troupes et me rendis le lendemain en la ville d'Aix. Ce ne fut pas une médiocre joie du peuple, déjà abattu par les fâcheux événements arrivés à ceux de ce parti. Mais le peu de troupes mal aguerries qui estaient dans la ville manquaient de subsistances et de munitions, et M. d'Angoulesme blocquait la ville de divers endroits. Dans un conseil tenu chez M. le comte do Carces, on résolut qu'une partie des troupes vuiderait la ville pour en soulager les habitants. Suivant cette résolution, MM. de Bras, de Glandevès et moi sortîmes, la nuit, de la ville; M. de Bras fut à Pertuis, M. de Glandevès, vers Hyères, et j'allai à la Ciotat, d'où je fis tenir des poudres dont ceux d'Air avaient la plus grande nécessité.

» L'attachement que j'avais envers M. le cardinal de Sainte-Cécile (Michel Mazarin, archevêque d'Aix), les conditions que j'avais tenu, en observant toujours quelque conduite avec la cour, m'occasionnèrent, à mon départ d'Aix à la Ciotat, de dépêcher un courrier à la cour, pour savoir les intentions de Son Excellence touchant nos affaires. En ce temps, M. le cardinal Mazarin fit partir M. d'Etampes et, peu après, M. de Saint-Aignan, pour pacifier la province. Le retour de mon courrier m'apporta quelques lettres de civilité de la part de M. le cardinal, qui s'en remit à ce que le Roi avait déjà résolu pour le différent entre le Parlement et M. d'Angoulesme. »

(1) Aller de la Ciotat à Paris en quatre jours, c'est faire 160 kilomètres par jour.

(2) Hector de Bot de Cardebat, seigneur de Saignon et d'Auribeau, qui avait épousé Melchionne de Bonne, de la branche cadette de la maison du Connétable de Lesdiguières, et qui était fille de Roland, seigneur de Lazer, et de Françoise d'Agoult. Hector était cousin germain d'Honorade et fils de Michel et de Gilette de Tertulle, nom que ses descendants relevèrent, comme leurs pères avaient relevé celui de Bot


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s'acquitta de sa commission. La paix fut faite par M. de Saint-Aignan. On le retint à la Cour jusques aux nouvelles de ladite paix, et après il fut renvoyé et revint encore de Paris à la Ciotat en quatre jours. Il fit ce voyage aux despans de M. le président de Régusse, qui, en partant, lui donna 60 pistoles d'Italie pour sa course, et il en espargna 20.

» A son retour, il trouva son frère, M. de Ghâteauneuf, malade encore d'une blessure qu'il s'était faite lui-même, en se battant en duel contre M. d'Allons (1), capitaine de chevaux légers, et il se retirèrent ensemble, le 10 septembre, à leur maison, emportant 150 pistoles d'Espagne en espèces, 60 pistoles en chevaux ou nippes, 15 pistoles en une promesse qui leur fut plus tard payée, et en plus une tenture de tapisserie de haute lice, de six pièces, vieille, mais belle et bonne encore.

» Quelques jours après, ils vinrent, avec leur mère, de Forcalquier, habiter Apt, où ils demeurèrent deux ans, logés à la maison de Mme de la Touche, à la rente de 25 écus l'an (2).

(1) Probablement Scipion d'Autane, seigneur d'Allons, marié à Eléonore de Galice, ou peut-être son fils Charles.

(2) Il est dit dans le livre de raison qu'au mois de mars 16521e protonotaire vint à Aix et logea à la rue Villeverte, chez M. Simon, médecin, à 3 écris

par mois, mais qu'il n'y demeura que jusqu'à la Saint-Michel.

LE PEINTRE DARET. — Notons un détail qui, bien que d'un minime intérêt, peut donner une ligne de plus à la biographie peu connue de cet excellent peintre provençal, dont les travaux sont encore, et avec raison, très recherchés. (On peut consulter sur Daret l'intéressante notice que M. Porte donna, en 1845, dans les Mémoires de l'Académie d'Aix.) Voici la note telle que nous la trouvons dans le livre de raison des d'Allier :

« .... Le sieur Daret, peintre, de la ville d'Aix, avait vendu, en 1649, au protonotaire d'Allier, deux tableaux, pour lesquels il lui avait fait deux promesses, en suite desquelles il luy avait fait divers paiements, et par compte final les deux promesses furent déchirées et ledit protonotaire lui en fit une dernière de dix écus. En paiement de cette nouvelle promesse, il paya, le 27 novembre 1650, au sieur Daret, un demi-quintal de chanvre femelle qu'il


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« Le 19 novembre 1653) le protonotaire échangea son prieuré de Notre-Dame de Salagon et ses annexes de Mane contre celui de Villeneuve-les-Voix, sous le titre de Saint-Saturnin, régi aussi par un vicaire perpétuel et que possédait messire Toussaint de Forbin (1), docteur en théologie, coadjuteur, avec future succession, de l'évêque de Digne, moyennant le retour en sa faveur d'une pension annuelle et perpétuelle de cent écus. »

Mgr de Forbin, devenu cardinal, abandonnera plus tard le prieuré de Mane à son neveu Jacques de Forbin Janson, qui fut archevêque d'Arles, lequel, à son tour, fera donation pure et simple au couvent des Minimes du bénéfice fondé par un de ses aïeux, en 1609 (2).

Dix ans plus tard, le prieur d'Allier résignait son nouveau prieuré en faveur d'un fils du conseiller de Laurens.

avait apporté de son prieuré de Villeneuve et que le fils dudit Daret vint prendre, dans la salle basse de la maison de la demoiselle Anne du Moulin, dame de Châteauneuf, à la rue Courteyssade, lequel demi-quintal de chanvre fut pesé audit petit Daret, qui avait amené un autre garçon pour lui ayder à le porter, et estimé à raison de 6 sols la livre, comme ledit prieur le. vendait communément. Du depuis, en l'absence dudit sieur Daret, en son voyage à Paris, au mois d'octobre 1660, le protonotaire, à la porte des frères de l'Oratoire d'Aix, où il s'était retiré pour quelques jours, paya à la demoiselle de Cabassol, femme dudit sieur Daret, 9 écus et 3 piastres ; il n'en prit pas de reçu. L'un des tableaux, une Assomption, a servi d'autel à la chapelle de Châteauneuf; l'autre était une Danaë rapportée de Rome, excellement belle ; le doyen des Accoules, frère du protonotaire, l'a depuis égarée. »

Il est dit ailleurs que Daret avait vendu au protonotaire un portrait du cardinal (Mazarin) et qu'une autre fois Melchior d'Allier, bailla au sire Reybaud, apothicaire, contre des médicaments fournis, douze tableaux des douze Apôtres à demi-buste, peints à l'huile et valant au moins un escu pièce.

(1) Toussaint de Forbin Janson, (fils de Gaspard et de Claire de Libertat), d'abord chevalier de Malte, puis évêqne de Digne, de Marseille, ambassadeur en Pologne, grand aumônier du roi, mort à Paris le 24 mars 1713, cardinal, évêque de Beauvais.

(2) Les lettres royales de cette cession furent enregistrées le 6 juin 1726.


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Voici à quelle occasion et en quels termes s'exprime le livre de la famille, sans qu'il nous ait été possible de retrouver la clef du curieux événement qui avait amené cette cession :

« Résignation du prieuré de Villeneuve. — Le sieur protonotaire, dans l'apréhension de la calomnie à lui faussement imposée pour un crime capital, pour lui faire perdre son bénéfice et sa pension de cent écus, secrètement instigué et poursuivi par trois évêques et deux marquis, qui faisaient pour un scélérat nommé Antoine Coquillat, avocat à Manosque, s'était jeté en refuge dans la maison de M. le conseiller de Laurens, à Aix, le 28 juillet 1663. Le 30 du même mois, il fit résignation de son bénéfice à messire François Reynaud de Laurens (1), fils dudit conseiller, sous la réserve d'une pension annuelle de cent écus, acte pris par Trouillas, notaire d'Aix. »

Quelques semaines après, Melchior d'Allier alla à Paris rejoindre son cousin Pierre de Raffelis de Roquesante, dont nous avons parlé plus haut et qui était, à cette époque, l'un des commissaire de la Chambre de justice chargé de juger le procès du célèbre surintendant des finances Fouquet, procès dans lequel Roquesante se rendit célèbre. Sur sa recommandation, l'ancien prieur de Mane entra dans la maison du duc d'Orléans, frère du Roi, comme confesseur et aumônier, Quelques années après (1676), nous le retrouvons pourvu de plusieurs bénéfices, notamment des prieurés de Montfaucon, de Soussirac, de Vaillac, ces deux derniers dans le Quercy.

PAUL DE FAUCHER. (A suivre.)

(1) Il s'agit de François Reynaud de Laurens, fils de Pierre, marquis de Saint-Martin des Paillères, et de Jeanne de Seguiran, né le 29 mars 1639, qui fut plus tard, en 1691, prévôt du chapitre de Barjols, fonctions qu'il résigna, en 1708, en faveur d'un de ses neveux.


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BIBLIOGRAPHIE

Bossuet, directeur de conscience, par l'abbé E. Bellon, docteur es lettres, licencié en théologie. — In 8°. Paris, Bloud et Barral, éditeurs.

Nous ne voulons pas faire ici l'analyse de ce travail, auquel la presse religieuse a pleinement rendu hommage, c'est-à-dire justice. Il porte d'ailleurs lui-même son éloge dans son sous-titre, puisque c'est une thèse de doctorat soutenue par notre compatriote devant la Faculté des Lettres de Paris. Cette oeuvre a donc subi avec avantage l'examen et la critique des maîtres les plus compétents et les plus éclairés. Que pourrions-nous ajouter à ce jugement ?

Contentons-nous de dire que le travail de M. l'abbé Bellon, outre la connaissance approfondie des oeuvres de Bossuet et de Fénelon, suppose de vastes lectures : un grand nombre de Mémoires du temps, la plupart des Etudes publiées sur Bossuet, sur Fénelon, sur le Quiétisme, etc. Ajoutons que la lecture de ce livre, — car cette thèse est un vrai livre, — est des plus attrayantes, grâce au style élégant de l'auteur et aux réflexions personnelles qu'il a su habilement entremêler à la trame des citations et des faits.

Et puis, cette lecture nous met à l'école de Bossuet, et l'on gagne toujours au contact de ce maître écrivain et de ce maître homme, la plus pure et la plus parfaite personnification du génie français.

Du même auteur :

De Sannazarii vitâ et operibus Facultati Iittterarum parisiensi thesim proponebat, E. Bellon, licenciatus in litteris et S. Theologia. In 8°. Parisiis, Typis Joannes Mersch.


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Les Tribulations d'an notaire de Barcelonnette sous la Terreur, par F. Arnaud, notaire à Barcelonnette. — Barcelonnette, imprimerie typographique A. Astoin, 1897.

Curieuse plaquette, mélange original d'érudition et d'humour, dont la conclusion morale, pleine de sens, est « qu'il ne faut jamais changer ni retourner le nom de son père », fût-ce pour arriver à s'appeler Riant, lorsqu'on s'appelle Tyran.

Une Famille au XVIIIe siècle, par le baron Joseph du Teil. — Fort in 8°. Alphonse Picard et fils, éditeurs, Paris, 1896.

Le baron du Teil n'est pas un inconnu pour nous ; il a publié, en effet, dans le Bulletin de la Société, un article intéressant sur Napoléon 1er et le général Gassendi (tome V). Il ne nous est pas davantage étranger, puisque les du Teil sont d'origine bas-alpine. « L'auteur commun de tous les officiers dont les services seront détaillés ici naquit à Manosque (p. 4). » — Cette famille a fourni de nombreux consuls à Manosque et à Forcalquier, et plusieurs juges royaux au tribunal de cette dernière ville. — Nous avons fréquemment rencontré, au cours de l'ouvrage, des noms bas-alpins : de Boniface-Fombeton, d'Aymar, de Gassaud, de Tirany, de Gassendi, de Laugier-Porchères, Rhodes de Barras, de Sébastianne, etc.

Nous appartenons à cette catégorie de lecteurs, « amis de tous ces vieux souvenirs », qui ne trouvent pas « ce travail trop indigeste », et nous pardonnons de grand coeur « le soin méticuleux avec lequel on a recueilli toutes ces miettes de notre histoire ».

A. R.