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Title : Revue agricole, industrielle et littéraire du Nord / publ. sous le patronage de la Société d'agriculture, sciences et arts de l'arrondissement de Valenciennes

Author : Société d'agriculture, des sciences et des arts (Valenciennes). Auteur du texte

Publisher : (Valenciennes)

Publication date : 1860-03

Contributor : Feytaud, Urbain. Directeur de publication

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 15863

Description : mars 1860

Description : 1860/03 (T11,A11,N9).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Nord-Pas-de-Calais

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5675938g

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2008-214183

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328562707

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 17/01/2011

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Société impériale d'Agriculture, Sciences et Arts

de l'arrondissement de Valenciennes (Nord).

REVUE

AGRICOLE, INDUSTRIELLE ET LITTÉRAIRE

A Messieurs les membres de la Société impériale d'Agriculture, Sciences et Arts de l'arrondissement de Valenciennes.

Messieurs et chers collègues,

La Société désirerait doter sa bibliothèque de la collection des journaux qui paraissent ou ont paru à Valenciennes. Elle possède déjà une partie notable de l'Echo de la Frontière que nos collègues MM. Boulan ont bien voulu nous offrir. D'autres membres de la Société nous ont également donné un grand nombre d'armées du Courrier du Nord et de la Feuille de Valenciennes qui l'a précédé. Nous avons recours à l'obligeance de chacun de vous pour compléter ces collections et nous procurer celle de l'Impartial. Ne craignez pas de nous envoyer même quelques numéros isolés, ils peuvent parfois servir à compléter une année.

Comptant que vous voudrez bien répondre à notre appel, nous vous prions d'agréer,

Messieurs et chers collègues,

avec nos remercîments anticipés, l'assurance de nos meilleurs sentiments. .

Le Secrétaire général, Le président,

A. MARTIN. E. GRAR.

Valenciennes, 11 avril 1860.

ONZIÈME ANNÉE. N° 9. (Mars 1860.) 18.


260 —

RAPPORT

SUR LES CONCOURS DE SAINT-SAULVE, 1859,

(Instruments aratoires et drainage)

lu à la Section des sciences et manufactures, dans sa séance du 27 janvier 1860.

Messieurs,

Comme rapporteur de la commission des instruments aratoires présentes au concours de Saint-Saulve, et des travaux de drainage exécutés à ce même concours, je viens vous rendre compte de nos appréciations.

La commission était composée de MM. Lewille, président, Grebel, Victor Dombret, Taza, Prignet, Pisson, Guyot, Penez, Alglave et Tardieu, rapporteur.

Le nombre des instruments présentés a été moins considérable qu'au concours de l'année dernière à Denain. Cela tient sans doute à ce que le cqncours départemental, qui a eu lieu à Hazebrouck en même temps que le nôtre, a mis quelques exposants dans l'impossibilité d'arriver à temps.

M. Nicolas (Victor), de Notre-Dame-au-Bois, a exposé une machine à nettoyer les grains ou auxiliaire de tarare. Cette machine, destinée à la grande culture et disposée pour recevoir son mouvement d'un manège ou d'une machine à vapeur, nous a paru dépenser beaucoup trop de force pour le travail utile qu' elle produit ; son prix de 300 fr. nous a semblé aussi assez élevé. — Pour ces raisons, nous n'avons pas jugé l'exposant digne d'une récompense.

— M. Champenois (Aug.) a exposé des roues en fer à double cornière, pour brouettes et instruments aratoires. Le moyeu de cette roue est en fonte. A la coulée on prend dans la fonte six bras carrés en fer et autour de ces bras on enroule une double cornière ou fer en U. Sur la partie plate de ce fer on rive un bandage en fer plat. Pour que la partie creuse du fer en U qui occupe l'intérieur de la roue ne s'emplisse pas de boue, on la garnit de bois. Enfin la roue tourne sur un essieu fixe qui traverse le moyeu : ce moyeu est évidé à l'intérieur de sorte qu'il ne frotte sur l'essieu que par des parties alésées ayant à peine 2 centimètres de longueur.

La roue de 50 centimètres de diamètre pèse 10 kil. Son prix est de 10 fr.

Cette roue n'a paru se recommander à la commission ni par son prix, ni par ses avantages. Il faut noter que le fer en U est de la tôle repliée et non du fer en U laminé qui permettrait peut-être de réduire le prix.

— M. Storet (Auguste) a exposé des ouvrants dits aérateurs hygiéniques pour écuries, étables, etc. Ces ouvrages, quoique


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bien établis, ont paru trop délicats pour l'usage auquel on les destine.

— M. Joseph Gourdin a exposé une charrue en fer recommandable par sa bonne construction. L'exposant a été récompensé d'une médaille de bronze.

— Les rouleaux en fonte et en bois de MM. Auguste Plouchart et consorts, de Vertain, ont valu à leurs auteurs une médaille d'argent.

Les instruments à trois rouleaux indépendants sont parfaitement entendus. Ils sont munis d'un frein énergique à la portée du conducteur monté sur le train. Ils tournent bien et ont fait sous nos yeux un travail remarquable. Il est seulement à désirer que les inventeurs parviennent à livrer leur rouleau en fonte au prix de 600 et même de 500 fr. C'est possible, selon nous.

— M. Desmons, de Lecelles, a exposé encore cette année, mais avec quelques modifications, son semoir-brouette dont nous avons déjà parlé dans notre rapport de l'année dernière. Nous nous étions trompés dans la critique que nous en avions faite ; des certificats authentiques nous ont prouvé en effet que ce semoir rendait de véritables services aux petits cultivateurs du pays. — Nous avons récompensé cette utilité par une médaille de bronze.

— M. Brison, maréchal-ferrant à Valenciennes , a exposé un petit travail ou plutôt un projet de travail à ferrer les chevaux et les boeufs. Le but de l'exposant était de rendre l'entrée des animaux dans le travail plus facile, de s'opposer à leurs mouvements sans toutefois les mettre au carcan. Le but n'était pas encore tout à fait atteint, ou au moins des modifications étaient nécessaires pour approprier le travail à la taille de tous les animaux. — Pour encourager M. Brison à poursuivre et mettre à exécution son projet, il lui a été décerné une prime de 25 fr.

— M. Debaisieux, mécanicien à Saint-Amand, qui s'était fait inscrire pour un hache-paille, n'a pu se présenter au concours par une circonstance fortuite indépendante de sa volonté. Plusieurs membres de la commission de Saint-Saulve ont bien voulu se réunir après coup et l'instrument a été expérimenté dans la cour de l'hôtel de ville. C'est un instrument à lame plate inclinée, recevant le mouvement d'une bielle par une de ses extrémités ; l'autre extrémité est articulée par une bride ou bâti de la machine. Dans son oscillation la lame rencontre la paille et la coupe. On peut faire varier la longueur de la paille en changeant de place une simple goupille rattachant le mouvement de la roue à rochet réglant l'avancement des rouleaux presseurs à celui de la lame. Ce hache-paille a bien fonctionné ; il demande peu de force par suite de son mode de coupage et fait beaucoup de besogne.


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Nous avons coupé 3 kil. de paille de longueur ordinaire en trois minutes. Le remplacement de la lame et surtout son affûtage sont très-faciles. Nous avons seulement insisté auprès de l'inventeur sur la nécessité d'envelopper d'un tambour en bois le champ d'oscillation de la lame. Nous avons voté à M. Debaisieux une médaille d'argent.

— Enfin M. Bouchez, de Notre-Dame-au-Bois, est venu nous montrer son habilité dans l'exécution des travaux de drainage. Un contre-maître et six ouvriers, savoir : quatre bêcheurs, un dresseur et un poseur de tuyaux ont fait en une heure 34 mètres 30 centimètres de drainage. Le drainage avait 1 mètre de profondeur et 35 centimètres de largeur au sommet.

M. Bouchez a eu un rappel de médaille d'or. Une médaille de bronze et 10 fr. ont été accordés à son contre-maître Leplat et une prime de 30 fr. aux six ouvriers draineurs.

H. TARDIEU.

RAPPORT

SUR LES TRAVAUX DE DESSÈCHEMENT ET DE DRAINAGE

exécutés par M. François Courtin, agriculteur à Lourches.

Messieurs, Au mois de septembre dernier, j'ai eu l'honneur de vous exposer succinctement l'ensemble des travaux de dessèchement et de drainage entrepris et exécutés de 1856 à 1858 par notre collègue M. François Courtin, agriculteur à Lourches, et membre du Comice de Denain. L'importance de ces travaux vous a paru telle que vous avez demandé la nomination d'une commission spéciale composée de membres du Comice et de la Section des sciences, à l'effet de visiter les travaux en question et de vous en rendre compte. — Conformément à votre désir, MM. Lewille, Bouton, Tardieu et moi, avons été invités par la Section centrale à nous adjoindre MM. les délégués

délégués Comice de Denain, et avons pris jour pour nous rendre sur l'exploitation de M. Courtin.

Le 20 novembre suivant, jour déterminé pour cette visite, M. Tardieu et moi nous nous sommes rendus à Denain (MM. Lewille et Bouton ayant été empêchés) où nous avons rencontré MM. Gouvion, fils aîné, et Jenart, tous deux membres du Comice de Denain, choisis pour procéder avec nous à l'examen des travaux et de leurs résultats.

Avant de vous rendre compte de notre mission, je dois déclarer,. Messieurs, que ce rapport m'a été d'autant plus facile à rédiger que M. Courtin avait eu l'obligeance de nous confier les plans d'étude et d'exécution du défrichement et du drainage, ainsi qu'un résumé du travail en lui-même et de la


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dépense qu'il avait occasionnée. D'un autre côté, MM. Tardieu et Gouvion se sont empressés de me communiquer leurs observations personnelles.

La superficie des terres soumises aux travaux de dessèchement est de 20 hectares, dont 15 hectares seulement ont été drainés. Avant l'opération, cette étendue de terrain composait un vaste marécage situé sur la rive droite de l'Escaut, appelé les prés d'Hainaut, lesquels ne semblaient pas susceptibles de donner des récoltes en foin supérieures à celles qu'ils produisaient et qui se vendaient rarement au-dessus de 100 fr. l'hectare ; quelques portions même n'avaient jamais été vendues plus de 15 fr. — Les fuiles, les aulnelles, les joncs et les roseaux, ainsi que la prêle des marais envahissaient la majeure partie de ces prés. L'eau y était stagnante et ne trouvait aucun écoulement. Quarante-cinq fossés avaient été établis, il y a quelques années, dans le but d'absorber le trop plein des eaux, et ils ne leur servaient, en réalité, que de réceptacle. Ces nombreux fossés divisaient donc la propriété en autant de parcelles inexploitables, et contribuaient par leur constant débordement à la propagation des plantes aquatiques, plus tard à leur décomposition, et par suite à des exhalaisons méphitiques répandant l'insalubrité dans tout le voisinage, heureux encore lorsque les foins récoltés n'engendraient pas quelque maladie parmi le bétail de la ferme.

Il faut noter qu'une portion de 3 hectares n'avait jamais produit autre chose que du bois, et quand je dis du bois, j'entends simplement par là de méchantes bourrées d'aulnelles.

Une autre portion de 7 à 8 hectares était tellement recouverte de mousse terrestre, de prêle et de joncs que le foin récolté était tout au plus bon à servir de litière. En un mot, la valeur foncière des prés d'Hainaut ne pouvait pas être évaluée à plus de 2,000 fr. l'hectare.

C'est dans cet état des choses que M. Courtin prit cette propriété comme dépendance de la ferme qu'il venait de louer, et qu'il eut l'heureuse pensée de rechercher les moyens d'en changer la nature en créant un écoulement factice des eaux après un défrichement complet ; mais pour arriver à ce résultat il fallait nécessairement ne pas reculer devant le travail et la dépense, tout en se pénétrant bien, à l'avance, de l'ensemble de l'exécution.

M. Courtin, en homme intelligent et éclairé, se mit donc à l'oeuvre aussitôt que les propriétaires de son exploitation y eurent consenti, et que l'ingénieur-draineur du département, qu'il avait consulté, lui eut dressé un projet de dessèchement basé sur le nivellement actuel de la propriété. Ce projet dut être modifié dans plusieurs de ses dispositions au fur et à mesure de l'exécution des travaux.

Ainsi qu'on doit le supposer, la tâche était difficile, et cependant il fallait l'entreprendre. Donc, on procéda d'abord à l'arrachage dés souches d'aulnes bordant les fossés existant


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dirigés en tous sens à travers la propriété. Les quarante-cinq fossés dont je viens de parler furent comblés, en partie, avec ces culées et toutes les branches furent échouées en fascines. On enleva ensuite sur les parties élevées des terres avec lesquelles on acheva de combler ces fossés ; en un mot, on nivela complètement le terrain. On creusa cinq fossés plus larges et plus profonds, divisant la superficie en cinq parcelles distinctes. Ces nouveaux fossés furent établis de manière à être compris dans le système d'écoulement des eaux produites plus tard

par le drainage en tuyaux. Quarante ouvriers furent occupés cette première partie des travaux dont la dépense s'est élevée à 7,189 fr. Ce travail fait, restait la difficulté non moins grande de labourer cette terre composée en grande partie d'argile compacte et plastique, dans laquelle, en plein mois de juillet, l'homme s'enfonçait jusqu'au jarret. Des brabants attelés de trois chevaux furent mis en oeuvre et bientôt brisés. On en fit construire de plus forts ; le labour s'effectua, mais il fut souvent interrompu par suite des réparations à faire aux instruments. Il fallut aussi trouver un mode d'attelage qui fit disparaître l'inconvénient de voir à chaque pas le cheval de long tour s'enfoncer jusqu'au poitrail et atteler quatre chevaux au lieu de trois à chacune des charrues, de manière à faire marcher les chevaux sur chaque côté du sillon. Enfin, on parvint à retourner cette terre à une profondeur de 35 à 40 centimètres, et afin d'obtenir un travail partait, deux hommes suivaient la charrue et tassaient avec les pieds le ruban de terre moussue soulevé par le soc et, par ce moyen, l'empêchaient,

l'empêchaient, fur et à mesure qu'il était détaché, de retomber ans le sillon.

Au mois de février 1857, c'est-à-dire après cinq mois de peines infinies, le terrain était défriché et labouré, et cette seconde partie du travail avait occasionné une dépense de 1347 francs. (Nous n'évaluons pas ici les frais de labourage proprement dit, tels que : travail des chevaux, leur nourriture, etc. Nous ne comptons que les frais de journées des hommes, l'achat d'instruments neufs et leurs réparations.)

Les froids se firent sentir, la terre se congela, les herbes périrent en partie, mais la mousse était demeurée presque intacte dans le fond du sillon ou sous la croùte de terre labourée ; on obtint néanmoins 15 à 20 centimètres de terre pulvérulente, facile à travailler, mais avant de la remanier pour son ensemencement il fallut encore procéder à un second nivellement de la surface des fossés dans lesquels un affaissement considérable s'était opéré, et ce renivellement coûta 1142 fr.

La dépense totale de l'appropriation du sol, avant l'ensemencement, avait donc déjà coûté :

Défrichement et nivellement 7,189 fr.

Labourage 1,347

Renivellement 1,142

Total 9,678


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Soit 484 fr. environ par hectare.

Avant le hersage, une quantité de 30 hectolitres de chaux délitée fut répandue sur le sol. Cette quantité, minime, il est vrai, ne fut incorporée à la terre que dans le but d'achever la disparition des mauvaises herbes que les gelées n'avaient pu complètement détruire.

La question de l'ensemencement était assez épineuse, il fallut la raisonner. Semer de l'orge ou des blés de mars, il n'y fallait pas songer ; de l'avoine on pouvait s'attendre à la voir verser avant la floraison où à récolter autant de joncs que de paille. Cependant M. Courtin en fit l'essai, et, sur une des meilleures parties il ensemença 150 ares d'avoine. Il obtint assez de paille mais peu de grain, et encore ce grain ne fut-il que de mauvaise qualité. Il était préférable de cultiver des plantes racines qui, par les sarclages répétés qu'elles réclament, contribueraient à l'achèvement du nettoyage du sol. C'est ce que comprit M. Courtin. Onze hectares furent donc avètis en betterave à sucre, et la récolte, en poids, dépassa son attente. Le rendement fut de 460,000 kilogrammes, soit 42,000 kilogrammes à l'hectare., ayant produit 9,240 francs. Mais, il faut l'avouer, ces betteraves n'ont donné qu'un rendement inférieur en sucre : 2 à 3 0/0 seulement.

La totalité de la récolte, pour la première année de mise en culture, sans adjonction de fumier, s'est élevée à :

Avoine 400 fr.

Betterave 9,240

Foin 1,200

Total 10,840

Soit 542 fr. par hectare.

La somme d'argent dépensée pour l'appropriation du sol

ayant été de 484 fr. par hectare

et le produit étant de. 542 »

Il restait un bénéfice de 58 fr. par hectare.

En présence d'un tel résultat, M. Courtin se trouva naturellement fort encouragé, et il oublia, pour ainsi dire, ses peines et ses dépenses premières qui auraient certainement effrayé les propriétaires eux-mêmes. En effet, les résultats ne peuvent être contestés et parlent assez en faveur de l'entreprise. La terre est défrichée ; la propriété, accessible partout, présente une surface nivelée et débarrassée pour toujours des eaux stagnantes qui l'envahissaient. Le terrain, complètement assaini, est transformé en une terre labourable du meilleur aspect, et les parties en prairies présentent une verdure uniforme. Enfin, la récolte était plus que satisfaisante.

Fier à bon droit d'une telle métamorphose, M. Courtin demanda à ses propriétaires l'autorisation de compléter le succès de son entreprise par un drainage exécuté à leurs frais, sauf à leur payer l'intérêt de la somme dépensée. Cette autorisation


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lui fut accordée, et M. Courtin se mit de nouveau à l'oeuvre au printemps de 1858.

Ce drainage présentait d'assez nombreuses difficultés à cause du peu de pente naturelle qu'offrait la surface presque partout entièrement plate. Notre collègue eut donc recours aux moyens usités en pareil cas, en établissant les drains généraux aux courts, et en les groupant en petit nombre pour profiter de toutes les pentes offertes par le terrain, puis en donnant aux drains , outre les pentes naturelles, des pentes factices, et par ces combinaisons qui ne sont pas sans demander des soins minutieux pour être bien appliquées, il est parvenu au but qu'il s'était proposé.

Sans parler du drain avec culées et fascines qui, comme je l'ai dit plus haut, avait été établi lors du défrichement, plusieurs sortes de drains en terre cuite furent employés : Les drains généraux sont sans manchon et ont 0m 5 de diamètre dans la portion de terrain argileux et plastique. Dans le sol léger et tourbeux ces mêmes drains généraux n'ont que 0m 3 de diamètre et sont munis de manchons. Tous les drains collecteurs ont 0m 8 de diamètre intérieur, et l'espacement compris entre les lignes parallèles des drains généraux est de 9m 00 environ. Enfin, sur différents points, des cheminées ou regards ont été établies à des profondeurs diverses suivant celles auxquelles on a pu poser les drains par rapport aux pentes créées ou conservées.

L'achat des tuyaux, leur transport et leur pose ont coûté 261 fr. par hectare de terrain drainé, soit pour 15 hectares, la somme de 3,915 fr.

Cette dépense qui peut paraître un peu élevée, ne doit point surprendre à cause de la difficulté de main-d'oeuvre que ce travail a nécessitée.

Si donc au chiffre de dépenses déjà connu ... 9,678 nous ajoutons l'intérêt du capital dépensé pour ce drainage , 13-05 par hectare, soit pour 15 hectares 195 75

nous trouvons que le chiffre de 9,873 75

représente la dépense totale entièrement supportée par M. Courtin.

A la fin de la campagne de 1858, c'est-à-dire à la suite du drainage , les produits obtenus se sont élevés à la somme

de 13,000

ainsi qu'on l'a vu plus haut, la récolte de la première année (1857) n'avait produit que 10,840

Différence en plus (un cinquième/ sur 1857. 2,160 L'efficacité du drainage a donc été incontestable, et je noterai d'une part : qu'au lieu de 42,000 kilog. de betteraves à l'hectare, qui avaient été obtenus en 1857, ce poids s'est élevé à 54,000 kilog. en 1858, soit pour 4 hectares seulement


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216,000 kil. ; et d'autre part, que 8 hectares ensemencés eu chanvre ont donné un rendement supérieur et inattendu. Il en a été de même pour tous les autres produits consistant en sorgho, foin, avoine et froment. L'avoine rendit 50 hectolitres de bon grain à l'hectare, tandis que l'année précédente, vous le savez, elle n'avait produit que peu de grain de mauvaise qualité.

En 1859, une portion de 6 hectares fut ensemencée en froment , après betteraves, sans fumure, et produisit 124 hectolitres de beau et bon grain et une quantité considérable de paille (1).

Lors de sa visite, la Commission n'a pu s'empêcher d'admirer un plant de 3 hectares fait en choux caulet de Flandre, comme récolte dérobée, qui, sans fumure, a atteint un volume fabuleux : la hauteur moyenne des plantes était telle qu'un homme de haute taille parcourant la plantation ne pouvait être aperçu, c'est-à-dire que chaque chou avait au moins deux mètres d'élévation La végétation avait été tellement vigoureuse que les feuilles de ces choux avaient atteint une ampleur jusqu'ici inconnue, et depuis trois mois que journellement on émondait la plante pour la consommation de tout Je bétail de la ferme, y compris les moutons, la terre était encore couverte de feuilles desséchées que l'on n'avait pu ramasser à cause de l'abondance du produit.

Les heureux résultats des travaux que je viens de vous énumérer, Messieurs, sont complétés par la disparition totale des mauvaises herbes croissant autrefois sur ces terres. Ce n'est qu'à de rares intervalles qu'on rencontre encore sur le bord des fossés seulement quelques rejets de roseaux et de joncs qui ont résisté à la destruction générale et échappé à la vigilance de M. Courtin.

Les parties en pré qui, comme nous l'avons vu, étaient il y a trois ans d'une qualité tout à fait inférieure, ont donné des foins dignes de rivaliser avec les plus estimés du pays.

Enfin, de l'aveu de tous les hommes compétents qui ont suivi avec intérêt les phases qui ont marqué la transformation des marais d'Hainaut, ces terres seront, dans un avenir prochain, de première qualité. Déjà leur valeur qui n'était que de 2,000 francs à peine avant le défrichement, peut être portée aujourd'hui, sans exagération, à 4,500 fr. l'hectare.

Il serait bien difficile en présence de semblables résultats, vous en conviendrez, Messieurs, de ne pas proclamer hautement l'importance et l'utilité du drainage. Ces résultats portent avec eux un enseignement qui ne sera pas perdu. Nous en avons déjà la preuve. Des cultivateurs voisins de M. Courtin, possédant des portions plus ou moins grandes de terrain

(1) Les blés ayant peu produit partout, celte année-là, la quantité de 124 hectolitres pour 6 hectares a donc été égale à celle obtenue sur les meilleures terres du pays.


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attenantes et dans les conditions premières des prés d'Hainaut, ont dû se rendre à l'évidence et se disposent à imiter les travaux qu'ils avaient peut-être taxés de folle entreprise.

Notre tâche serait terminée, Messieurs, s'il ne nous restait un devoir à remplir, devoir bien doux puisqu'il concerne un de vos estimables collègues. Votre Commission répond à un sentiment unanime en adressant ici à M. Courtin les éloges qu'il mérite à si juste titre, d'abord pour la louable initiative qu'il a su prendre, ensuite pour l'intelligence avec laquelle il a dirigé ses travaux et les a menés à bonne fin, malgré les sérieuses difficultés de l'entreprise. Vous vous associerez, Messieurs, à ces éloges et les consacrerez, nous aimons à le croire, en sanctionnant la proposition que votre Commission vous fait à l'unanimité de décerner à M. Courtin une médaille d'or.

Anzin, le 14 mars 1860.

Le Rapporteur de la commission,

Alf. MÉDARD.

ENQUETE OUVERTE PAR LA SOCIETE CENTRALE D 'AGRICULTURE DE BELGIQUE

sur

LA PLEUROPNEUHONIE EPIZOOTIQUE DU GROS BÉTAIL

RÉPONSES DE M. HUART aux questions posées par cette Société (1).

A Monsieur le Président de la Société centrale d'agriculture de Belgique.

Monsieur le Président,

J'ai reçu la circulaire en date du 20 janvier dernier, par laquelle la Société centrale d'agriculture de Belgique demande des renseignements sur l'épizootie désastreuse qui, depuis plusieurs années, sévit sur l'espèce bovine.

J'ai l'honneur de vous adresser ci-après mes réponses aux questions posées par la Société.

PREMIÈRE QUESTION.

Depuis quand avez-vous constaté des cas de pleuropneumonie dans vos étables, dans vos prairies ou dans celles de vos voisins ?

RÉPONSE. — Des documents scientifiques font remonter aux années 1822 à 1827 la première apparition de la péripneumonie dans les arrondissements de Valenciennes, Douai, Cambrai et Avesnes, mais c'est principalement en 1827 que le fléau

(1) Ce travail a été communiqué au Comice de Valenciennes et approuvé par lui dans sa séance du 28 mars 1860.


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a sévi avec le plus d'intensité dans les étables des nourrisseurs de ces arrondissements. Depuis ce temps il continue ses ravages, mais avec une intensité très-variable sur l'ensemble du territoire départemental.

DEUXIÈME QUESTION.

A quels remèdes préservatifs et curatifs avez-vous eu recours ?

RÉPONSE. — Les moyens préservatifs que j'ai employés reposent sur l'hygiène tout entière. Ils ont pour but d'éviter : 1° la stabulalion forcée et par trop prolongée ; 2° les défauts de construction des étables, qui nuisent considérablement à l'acte de la respiration des animaux par la viciation de l'air et son insuffisance ; 3° un régime par trop abondant composé en partie de nourritures fortement échauffantes et substantielles. II est notoire que ce dernier fait se remarque principalement chez les nourrisseurs des villes, les fabricants de genièvre et de sucre qui nourrissent ainsi leurs bestiaux avec des substances fermentées, dont les principes, agissant constamment sur le sang, prédisposent les animaux à contracter la maladie. On ne saurait recommander trop de précautions à l'égard de l'acclimatation, qui est quelquefois pénible chez certaines bêtes provenant de pays où les pâturages sont gras et humides. Ces bêtes, comme il est facile de le comprendre, placées brusquement dans des conditions de stabulation permanente et soumises à un régime dont les principes nutritifs sont d'une toute autre nature, ne trouvent plus, dans ces conditions, la même qualité de sucs qui ont présidé à la formation et au développement de leurs organes ; nouvellement installées dans ces étables, elles sont plus facilement frappées de la pleuropneumonie. L'invasion se manifeste souvent dans les premières semaines, mais le plus ordinairement dans le cours de six semaines à deux mois. Il est donc de la plus haute importance d'observer toutes les règles qui peuvent combattre les causes de prédisposition ci-dessus énoncées.

Quant aux moyens tout à la fois préservatifs et curatifs, j'ai souvent eu recours à ceux que l'expérience m'indiquait comme devant m'inspirer le plus de confiance. En voici le sommaire : Quand un animal ou un troupeau de bêtes bovines présente quelques signes précurseurs de la maladie, avec apparence de pléthore sanguine, aussitôt j'ai recours à la saignée et à l'emploi du sel marin dans la nourriture ou les boissons, à la dose de 60 grammes chaque jour et par chaque animal. Si ces moyens ne font pas disparaître toute inquiétude, si, au contraire, les animaux donnent les premiers symptômes de la pleuropneumonie, j'emploie immédiatement le traitement curatif suivant : un paquet chaque jour dans un litre d'infusion de fleurs de camomille composé d'émétique 3 et quelquefois 6 grammes, crocus 30 grammes, azotate potasse 30 grammes et soufre sublimé 10 grammes ; j'en continue généralement l'usage pendant quatre à cinq jours de suite.


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La saignée qui peut être d'un grand secours dans ce premier cas, sera toujours contre-indiquée quand il y aura pléthore séreuse, il est donc essentiellement utile d'observer cette différence d'altération du sang ; dans cette dernière condition j'ai employé avec avantage le vinaigre sternutatoire de Mathieu, une cuillerée à bouche dans chaque narine et quelquefois deux dans la journée ; ces opérations sont répétées pendant quatre à cinq jours de suite, et s'il arrive que par suite de l'usage de ce médicament par les naseaux les animaux paraissent en éprouver un léger mal de gorge, ce qui est toujours très-facile à reconnaître, j'en cesse l'usage et je les remplace alors par des breuvages mucilagineux miellés (1).

TROISIÈME QUESTION.

Quels ont été les résultats de l'application de ces divers remèdes ?

RÉPONSE. — Les moyens curatifs que j'ai employés et que je propose, exercent une influence très - marquée sur la marche et la durée de la maladie épizootique. Sur la marche, en ce sens que lorsqu'un troupeau de bêtes bovines a été atteint de la pleuropneumonie épizootique et qu'aucun moyen curatif n'a été employé ou bien qu'il n'y a eu que des moyens simples ou ordinaires mis en usage, celle-ci débute alors avec violence et parcourt ses périodes avec intensité sur toute la masse des animaux ; douze à quinze jours suffisent le plus ordinairement pour que les animaux succombent, tandis que si l'on met en usage les moyens que j'ai indiqués ci-dessus, la maladie paraît être entravée dans sa marche et souvent elle parcourt ses périodes avec moins de rapidité et aussi avec moins d'intensité : les animaux semblent supporter le mal avec moins de souffrances ; la fièvre de réaction est moins forte, toutes les fonctions en général paraissent se faire avec plus de facilité ; les fonctions digestives puissamment aidées par l'action médicamenteuse interne s'opèrent de la manière la plus satisfaisante, et les défécations alvines se font aisément ; celles-ci répandent une odeur infecte sulfureuse.

(1) Si l'on admet que l'air contient dans les localités privilégiées une certaine quantité d'ozone odoriférant, produit par l'électricité, et et si l'on admettait que les vapeurs de coaltar ozonisent l'air, il ne faudrait pas chercher ailleurs que dans la combustion prompte des miasmes odorants produits par cet oxigêne ozonisé, la cause de la destruction des matières animales en décomposition.

Burdel, à l'Académie de médecine, aurait tout récemment démontré que dans un milieu où étaient accumulées des matières animales en putréfaction et d'où l'ozone avait complètement disparu, l'ozonomètre marquait zéro, l'addition d'une certaine quantité de poudre désinfectante avait fait monter l'ozonomètre à 7 ou 8 degrés.

En raison de cette idée dont l'expérience seule peut confirmer les faits, ne serait-on pas naturellement appelé à en étendre l'expérience aux étables infectés ou menacés par la pleuropneumonie épizootique en imprégnant de goudron végétal le bas des mangeoires.

Nous en suivrons les résultats avec la plus minutieuse attention.


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Si mon traitement atténue singulièrement la marche de l'épizootie, il n'exerce pas son influence au même degré quant à sa durée, surtout à l'égard des animaux qui en ont été fortement attaqués ; mais quand il ne faut qu'agir préventivement sur un troupeau plus ou moins nombreux, présentant déjà quelques symptômes précurseurs de la maladie, ses effets thérapeutiques influent d'une manière très-évidente sur l'état de prédisposition ou développement du mal ; les symptômes, au lieu de continuer, disparaissent sensiblement et les traces de l'épizootie sont ordinairement effacées au bout du quinzième jour. Dans ce dernier cas, il n'est besoin de recourir qu'au traitement préventif indiqué plus haut.

L'application générale des procédés ou moyens que j'ai indiqués soit pour la préservation, soit pour le traitement de la pleuropneumonie, est des plus faciles, et l'efficacité des moyens n' est point douteuse. En effet, les substances médicamenteuses nécessaires coûtant peu sont à la portée de tout le monde ; et toutes les fois que j'ai été appelé à les appliquer en temps utile, la guérison s'en est presque toujours suivie. Il est donc du plus haut intérêt pour les nourrisseurs et les éleveurs d'employer ces moyens aussitôt qu'ils s'aperçoivent de la moindre perturbation dans l'état sanitaire de leurs bestiaux. Car si la maladie est facile à prévenir et à guérir par les moyens que j'indique lorsqu'elle est prise à temps, elle devient plus tard difficile à combattre et même souvent incurable.

QUATRIÈME QUESTION.

Croyez-vous que la pleuropneumonie soit contagieuse?

RÉPONSE.—La contagion de la pleuropneumonie épizootique ne peut plus être révoquée en doute. Je la considère, pour ma part, comme éminemment contagieuse, contrairement à l'opinion de quelques grands cultivateurs qui se fondent sur ce que les causes qui produisent la maladie agissent d'une manière générale sur toutes les bêtes d'une même écurie, et sur ce que la maladie d'ailleurs ne se propage pas à la manière des autres affections contagieuses,

Tout le monde sait que les maladies contagieuses présentent dans leur mode de transmission des différences essentielles suivant que les principes morbifiques sont des virus (variole, rage, etc.,), ou des miasmes répandus dans l'atmosphère. Les premiers n'ont d'action qu'autant qu'ils sont mis, pour ainsi dire, en contact avec les organes ; les seconds n'ont besoin que d'être en contact avec la membrane muqueuse de l'appareil respiratoire ou cutané. La maladie qui nous occupe peut être rangée dans cette seconde catégorie, et une fois produite par une cause toute locale, spontanée, n'aplusbesoin,pourse propager, de l'intervention des causes qui lui ont donné naissance; elle se transmet d'individu à individu d'une même étable, avec la plus grande facilité, et indépendamment, jusqu'à un cer-


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tain point, des conditions atmosphériques. Cette transmission par infection morbifique, suppose un principe pathogénique mêlé à l'air dégagé par les voies respiratoires d'animaux malades, et n'ayant d'action qu'à une certaine distance sur les individus placés dans leur sphère d'activité, et chez lesquels surtout existe une prédisposition à recevoir l'influence morbifique.

CINQUIÈME QUESTION.

Avez-vous fait usage de l'inoculation de la maladie d'après le procédé du docteur Willems ?

RÉPONSE. — Comprenant l'importance des recherches ayant pour but de prévenir les atteintes d'une affection morbide, dès que j'eus entendu vanter les effets préservatifs de l'inoculation annoncée par le docteur Willems, je n'hésitai point à expérimenter par moi-même cette précieuse découverte.

Mes premières observations commencées de 1852 à 1855, reposent sur une première série de 1,500 inoculations dont l'exposé impartial et exact des faits, a été publié dans un mémoire adressé à MM. les Professeurs d'Alfort pour aider à élucider la question au double point de vue de l'agriculture et de la science vétérinaire.

SIXIÈME QUESTION.

Combien d'animaux ont été inoculés ?

RÉPONSE. — De l'année 1852 à ce jour 10 mars 1860, j'estime le nombre de mes inoculations à 5,000 têtes bovines.

A. Avec succès? — 1/3 environ ont présenté des phénomènes locaux de l'inoculation exempts d'influence épizootique.

B. Sans succès ? — Les 2/3.

SEPTIÈME QUESTION.

Ces animaux n'ont-ils pas été en contact avec des sujets malades avant d'avoir subi l'opération ?

RÉPONSE. — Lorsque j'ai pratiqué l'inoculation sur des sujets fortement soumis à l'influence épizootique, c'est-à-dire ayant été mis en contact avec des animaux malades, l'opération n'a généralement été suivie d'effets locaux jugés préventivement devoir être efficaces que sur 1/5 environ ; sur les autres animaux, l'action ne m'en a paru que douteuse ou insuffisante. En ce cas, je conseille d'avoir recours à une seconde inoculation, et d'agir sur les bêles douteuses par des moyens internes.

HUITIÈME QUESTION.

Quel était l'âge des animaux inoculés ?

RÉPONSE. — L'inoculation a été pratiquée sur des sujets depuis l'âge de huit mois jusqu'à huit ans et au-dessus.


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NEUVIÈME QUESTION.

Combien d'animaux (par cent) sont morts ou ont été mutilés à la suite de l'opération ?

RÉPONSE. — La mortalité résultant de mes 5,000 inoculations pratiquées dans diverses circonstances, n'a été que de 1 p. 1,000 et encore l'a-t-elle été sur des sujets dont les phénomènes inflammatoires ont malheureusement été observes trop tard, et quand l'inflammation avait gagné la croupe et le rectum ; mais lorsque les phénomènes locaux ont été observés à temps, et qu'ils se sont bornés à l'appendice caudal, ils ont été facilement combattus par les incisions larges et profondes aux côtés de la queue et les applications continues et réitérées d'argile et de vinaigre.

Je dois ajouter que le traitement ci-dessus, que j'avais d'abord considéré comme certain et aussi simple que facile, lorsque les phénomènes inflammatoires se bornaient à l'appendice caudal, devenait insuffisant, surtout incertain lorsque ces phénomènes gagnaient la base de la queue, la croupe et le rectum. C'est alors que j'avisai des moyens beaucoup plus puissants, tels que la cautérisation des tissus par le fer chauffé à blanc et promené plusieurs fois dans les incisions pratiquées largement dans l'épaisseur de l'engorgement gangreneux, soit de la queue, soit de la croupe ; ce moyen aidé par l'application réitérée d'onguent vésicatoire fondant a complètement réussi dernièrement sur sept bêtes que je considérais comme tout-à-fait perdues.

Je ne pourrais, dans tous les cas, trop recommander l'emploi de la cautérisation pour cette circonstance comme étant le plus puissant moyen thérapeutique, jouissant tout à la fois de la double propriété de détruire et celle de modifier la nature de l'inflammation.

Nous devons ajouter toutefois 1° que sur les 5,000 bêtes inoculées nous avons constaté un certain nombre de chûtes de queue à partir du point inoculé, nombre qu'on peut évaluer à 5 pour cent ; 2° que la gangrène ayant fait des ravages plus considérables sur dix autres bêtes, la queue de celles-ci s'est détachée presqu'au niveau de la base.

DIXIÈME QUESTION.

Combien d'animaux (par cent) ont contracté la maladie après avoir été inoculés avec succès ?

RÉPONSE. — Nous n'avons pas de statistique exacte sur cette question, mais je pense pouvoir affirmer que le nombre des malades n'a pas dépassé 3 à 4 0/0.

ONZIÈME QUESTION.

Dans quelle proportion sont devenus malades les animaux non inoculés placés dans les mêmes conditions que les inoculés ?

RÉPONSE. — Je ne pourrai encore répondre à cette question que d'après ma propre appréciation à défaut de documents


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précis. Selon moi, la maladie chez les animaux non inoculés a été plus considérable que chez ceux inoculés, dans la proportion de 12 0/0 (dans les étables où les animaux sont le plus fortement soumis à l'influence épizootique).

DOUZIÈME QUESTION.

Avez-vous fait usage du sel pour combattre la pleuropneumonie ?

RÉPONSE. — En raison des effets salutaires du sel marin chez les ruminants, j'en ai conseillé fréquemment l'usage ; il contribue puissamment à prévenir surtout chez eux l'influence des saisons pluvieuses, des pâturages par trop humides, des fourrages avariés, et neutralise les effets échauffants produits par les nourritures fermentées.

Considéré au point de vue thérapeutique, le sel marin étant indiqué dans les affections adynamiques, je l'ai fréquemment recommandé en raison de l'activité qu'il communique au système lymphatique général.

TREIZIÈME QUESTION.

Quels en ont été les résultats ?

RÉPONSE. — Quelle que soit sa manière d'agir, le fait est que les animaux prédisposés à la pleuropneumonie qui font usage du sel paraissent plus gais, plus vigoureux, et moins sujets à succomber à la maladie avec les tristes caractères de la pléthore séreuse.

QUATORZIÈME QUESTION.

Quelle est, d'après vos expériences propres et d'après les faits qui sont parvenus à votre connaissance, votre opinion relativement :

A. A la valeur prophylactique de l'inoculation ?

RÉPONSE. — Il résulte pour moi des faits et de l'étude que j'ai faite de l'inoculation sur plus de cinq mille sujets :

1° Que l'inoculation doit être pratiquée chaque fois que la maladie est menaçante dans un établissement, pour en arrêter le développement. Il serait même préférable de la pratiquer avant ;

2° Qu'elle doit être faite de préférence avec du virus au deuxième et même au troisième degré de maladie, puisé depuis deux jours au plus tôt et trois jours au plus tard, selon la température et le degré de conservation d'un poumon malade encore chaud et autant que possible au centre des divisions bronchiques ;

3° Que cette opération, pour plus de succès et de promptitude, doit être pratiquée au moyen d'une aiguille que j'ai fait confectionner plate, légèrement recourbée et cannelée, de manière à contenir et à introduire facilement le virus, que sa pointe à grain d'orge très-déliée dépose aisément dans les tissus sans les déchirer ;

4° Que les phénomènes inflammatoires si souvent redoutés


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n'ont amené la perte que de cinq bêtes, malheureusement observées trop tard, quand l'inflammation avait gagné la croupe et le rectum (la cautérisation n'ayant point encore été employée) ;

5° Que lorsque les phénomènes locaux ont été observés à temps, ils ont été facilement combattus par les incisions aux côtés de la queue, la cautérisation et les applications réitérées d'argile et de vinaigre.

La Société centrale d'agriculture concevra facilement que dans une question aussi grave, qui divise encore les praticiens les plus érudits sur la valeur prophylactique de l'inoculation, je ne me permette pas d'émettre une opinion définitivement tranchée, quoique l'expérience m'ait de plus en plus rangé parmi les propagateurs de l'inoculation. Il se peut que dans certaines circonstances défavorables, les procédés d'inoculation n'aient pas été appliqués avec toute la perfection désirable (condition essentielle de succès) et par suite n'aient point donné de résultats satisfaisants; mais l'idée de M. Willems ne mérite pas moins de fixer l'attention de tous les cultivateurs et éleveurs, et particulièrement des vétérinaires qui devraient consacrer de sérieuses études à l'expérimentation de ses procédés.

B. Aux autres moyens employés comme remèdes contre la pleuropneumonie des bêtes bovines ?

RÉPONSE. — Nous renvoyons pour cette question à la réponse n° 2.

Tel est, Monsieur le président, le résumé sommaire des expériences auxquelles je me suis livré, et des moyens que j'ai employés pour combattre la pleuropneumonie du gros bétail. Heureux si j'ai pu, pour ma faible part, contribuer à éclairer cette immense question dont se préoccupent, à si juste titre, tous ceux qui ont à coeur les intérêts de l'agriculture.

Je recevrai avec intérêt le rapport de la commission centrale, à ce sujet.

Veuillez agréer, etc.

J. HUART,

Médecin vétérinaire, vice-président du Comice agricole de la Société impériale de Valenciennes.

Valenciennes, le 10 mars 1860.

19.


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HORTICULTURE.

4» Les meilleures conditions d'ensemencement des graines ; 2° Proposition de concours pour les jardiniers.

La Belgique horticole, journal des jardins, publie, dans son numéro de décembre 1859, un article éminemment utile à consulter, sur les graines et les semis. L'auteur de cette savante note, M. Cari Appelins, d'Erfurt, passe en revue les procédés en usage pour s'assurer de la qualité germinative des graines et des moyens les plus certains de ne pas se tromper dans leur choix, en établissant un tableau comparatif du temps et des conditions de température propres à la germination de chacune d'elles. Ainsi, nous voyons d'après ce tableau, qu'à une profondeur déterminée la quantité relative de graines d'une même espèce lève dans les proportions suivantes :

A 27 millimètres les 7/8 en deux jours ; à 54 millimètres de profondeur, également les 7/8 ; à 81 millimètres les 6/8 en vingt jours : à 108 millimètres les 4/8 des graines germent en vingt-un jours ; à 135 millimètres les 3/8 en vingt-deux jours, et à 6 pouces de profondeur ou 162 millimètres, la proportion n'est plus que de 1/8 de la quantité de graine confiée à fa terre qui ne lève qu'en vingt-trois jours. La graine, prise ici pour comparaison des diverses profondeurs et du temps qu'elle met à germer, a été le ray-grass, et l'on voit que plus la graine est enterrée profondément, plus elle met de temps à germer, et moins il y a de graine levée.

II n'est donc pas sans importance de connaître à l'avance le degré convenable de profondeur à laquelle une graine doit être enfoncée et conséquemment la quantité de semence qu'il faudra employer pour amener à bien l'ensemencement. Le mémoire de M. Cari renferme aussi, sous forme de tableau, l'indication du temps qu'exigent pour germer les graines de beaucoup de plantes cultivées sous l'influence d'une température de 11 à 12° centigrades, dans le sol, de 12° 5'à 17° 5' dans l'air. Nous reproduisons ces utiles indications sans les disposer sous forme de tableau : Germant en 2 jours : Cresson alendis.

» 3 » Epinard, arroche ou belle dame.

» 4 » Choux, turneps, navette, laitue, sarrasin.

sarrasin. 5 » Caméline, pois, chicorée-endive, millet

millet grappe et à panicule, lin, pavot, melons et courges, navet, colza, raygrass, moutarde. » 6 » Lupin, lentille, spargoutte, raifort,

radis, ognon (souvent aussi en quinze jours), porreau. » 7 » Seigle, orge, avoine, maïs, sorgho,

phléole, brocoli, carthame, fève, betterave, achillée, julienne.


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Germant en 8 jours : Froment, cumin, mayslaine, thym, haricot-princesse, choux à vaches, chicorée. » 9 » Pois-moelle.

" 10 » Senadelle, vesse, haricot-sabre, haricot-beurre,

haricot-beurre, à sucre, chanvre, tabac, cerfeuil. » 12 » Fromental, brome des prés, carotte

(assez souvent en vingt jours), tomate, crambé, scorsonère, céleri ordinaire et céleri rare (ce dernier fréquemment en vingt jours), sariette, basilic, giroflée. » 13 » Anis, fenouil, paturins des prés.

» 14 » Pimprenelle, soleil, artichaut.

» 15 » Trèfle (blanc et rouge), mélisse, citronelle.

citronelle. 16 » Vulpin, houque laineuse, lavande,

pourpier, oseille. » 17 » Canche.

» 18 » Cardère. » 19 » Aira flexuosa.

» 20 » Ognon de Madère, mûrier, sauge officinale, piment. » 21 » Flouve, panais, bexe, persil, gaude,

asperge. » 27 » Pommes de terre. Ce tableau montre clairement, dit l'éditeur allemand, que la plupart des graines dont la densité est moindre que celle de l'eau ont besoin de plus de temps pour germer que celles qui sont plus denses.

Un assez grand nombre de graines ne lèvent que lentement et même difficilement ; telles sont, en général, celles qui ont un tégument épais et dur. Dans ce cas, on se trouve ordinairement très-bien de faire tremper la semence, pendant vingtquatre heures, dans de l'eau chaude dont la température soit de 75 à 85 degrés centigrades, et de ne les mettre en terre qu'après cette préparation.

Pour les plantes de pleine terre, M. Appelins recommande comme le plus avantageux sous tous les rapports les semis en lignes. Selon lui, ce qui fait très-souvent échouer les semis dans les jardins, c'est qu'on les fait dans une terre sèche et que l'on enterre souvent la graine trop profondément. En outre, si, avant le semis, on n'a pas le soin de plomber légèrement la terre, il suffit qu'il survienne de fortes pluies pour que beaucoup de graines soient entraînés profondément et qu'il y ait dès lors une grande inégalité dans la germination. Pour les plantes annuelles qui ne sont pas sensibles au froid (delphinium, collinsia, nemophila, collomia, etc.), le mieux est de semer à l'automne, ou tout au moins de bonne heure


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au printemps ; si l'on ne peut confier ces graines à la terre avant le mois d'avril, on est exposé à voir ces végétaux fleurir trop tard et mal.

Les semis qn'on est forcé de faire sur couche et sous châssis donnent lieu à beaucoup de mécomptes et, par suite, on accuse la qualité des semences et la loyauté du marchand. M. Appelins n'hésite pas à dire que, dans ce cas, les insuccès tiennent plus souvent à la marche défectueuse qu'on a suivie, qu'au mauvais état des graines. Il est d'avis qu'on a tort de semer sur couche chaude beaucoup d'espèces de fleurs, telles que giroflées, reines-marguerites, phlox, pensées, pétunias, etc., qui lèveraient beaucoup mieux et donneraient du plant plus vigoureux et moins sujet à fondre, si l'on semait sur une simple couche tiède. D'un autre côté, il ne faut pas oublier que le fumier avec lequel on monte les couches, après avoir jeté son premier feu, absorbe l'humidité de la terre dont on l'a recouvert ; que la surface de cette terre, sous le châssis, est ordinairement en pente vers le sud, et que l'eau des arrosements suit cette pente en majeure partie ; il résulte de là que la terre des coffres à semis est souvent trop sèche dans la partie la plus élevée et trop humide dans celle qui est la plus basse. Dans ce cas, si l'on sème vers le bas, c'est-à-dire sur le devant du coffre, des graines qui lèvent lentement et qui ont besoin d'une humidité constante, comme les phlox, les pensées, etc., et dans le haut celles qui germent promptement, on obtient de bons résultats ; mais il en serait autrement si l'on faisait l'inverse. Au total, c'est à la manière dont on règle l'humidité que tient le succès des semis sous châssis. Une autre précaution de la plus haute importance, dans les semis sur couches et sous châssis, consiste à ne pas semer dru ; le plant qui provient de semis trop serrés est très-sujet à pourrir au pied avant d'avoir sa quatrième feuille. Cet accident est rare si l'on sème clair, et si l'on mélange à la terre un peu de poussière de charbon de bois.

— Le nouveau journal le Messager agricole du midi de la France (n° 2), fait remarquer avec raison que pour que l'horticulture fasse réellement des progrès (ce qui est applicable également au nord) il faut s'attacher avant tout à former des jardiniers réellement capables ; c'est ce qu'a très-bien compris la Société d'horticulture de la Gironde, lorsqu'elle a eu l'heureuse idée d'établir des concours de jardiniers.

Notre Société de Valenciennes a déjà été saisie, à plusieurs reprises, de propositions tendant à établir de semblables concours dont l'utilité est incontestable. Je proposerai donc que, lors de notre prochaine exposition horticole, il soit nommé une commission qui, comme à Bordeaux, soit chargée des examens à la suite desquels il serait délivré des diplômes de capacité aux candidats qui auraient répondu d'une manière satisfaisante aux diverses questions d'un programme copié sut celui que reproduit le Messager agricole.


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Les concurrents seraient interrogés :

1o Sur la connaissance des semis et les moyens de les distinguer ;

2° Sur la culture maraîchère ou potagère en général ;

3° Sur la culture des arbres, la taille et la connaissance des fruits ;

4° Sur quelques notions de culture des primeurs ;

5° Sur la culture des plantes d'ornement et la désignation de certaines par leurs noms scientifiques ;

6° Sur la direction des serres, et le nom des plantes que l'on peut y cultiver ;

7° Sur la tenue des jardins et l'arrangement des parterres.

Le but de la Société, en créant ce concours, serait, ainsi que la Société de Bordeaux a eu en vue de le faire, de détruire les vieilles routines, en introduisant les meilleurs procédés théoriques et pratiques, et nous espérons, avec le Messager, que les personnes qui emploiront les jardiniers diplômés par la Société reconnaîtront bientôt tous les avantages de cette institution. C'est, à notre avis, un moyen facile d'augmenter le nombre des jardiniers réellement instruits, les seuls qui soient dignes d'être appelés jardiniers.

Anzin, 16 mars 1860. Alf. MÉDARD.

L'INDUSTRIE HOUILLERE EN FRANCE

SA SITUATION EN 1859 (1) PAR M. DORMOY, INGÉNIEUR DES MINES A VALENCIENNES.

(Revue contemporaine, n° du 15 janvier 1860.)

GROUPE OU NORD.

Le groupe du Nord se compose presque exclusivement des houillères du Nord et du Pas-de-Calais. Son extraction, qui n'était, en 1852, que de 10 millions et demi de quintaux, a atteint 21 millions en 1858, ce qui est dû à une augmentation de 5 millions et demi sur la production du Nord, et à la découverte du bassin du Pas-de-Calais, qui ne date que de cette époque, et qui a fourni les 5 autres millions. En laissant de côté ce dernier bassin, on voit que l'augmentation réelle de production, obtenue dans le bassin de Valenciennes, a été, en cinq ans, de 5 millions et demi de quintaux sur 10 et demi, c'est-à-dire de moitié. Cette augmentation est énorme. Les adversaires du régime de la protection pourraient facilement l'opposer au Comité des houillères, et prétendre que les mines

(1) Ce travail de M. Dormoy est un examen du compte rendu (1859) que publie annuellement le Comité des Houillères françaises. Nous en extrayons la partie du n° IV (Richesse houillère de la France) qui

concerne spécialement le bassin du Nord.


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de Valenciennes ne se sont ainsi développées que parce qu'elles y ont été stimulées par la concurrence belge, que rien de semblable ne s'est produit dans les mines du Centre de la France, qui ne sont pas soumises au même aiguillon ; qu'en conséquence, c'est un double bienfait que nous rendent les houillères étrangères, d'abord en nous donnant leur charbon, ensuite en nous forçant d'extraire le nôtre. Mais là n'est pas, suivant nous, la cause de cette rapide augmentation de production ; il faut en chercher une autre raison, qu'il en aurait peut-être coûté au Comité de reconnaître lui-même ; c'est que les houillères de Valenciennes étaient, en 1852, et sont encore en décembre 1859, fort loin de produire tout ce qu'elles peuvent donner; longtemps encore, il leur sera facile d'augmenter dans une proportion considérable leur extraction, sans pour cela subir d'autre pression que celle de la demande. Pour une surface houillère de 517 kilomètres carrés, (dans laquelle nous ne comptons pas 195 kilomètres qui sont également concédés, mais qui paraissent réellement trop pauvres pour pouvoir être exploités), l'extraction n'y était, en 1852, que de 207 quintaux par hectare; il était donc bien facile de produire davantage. En 1858, on n'a encore atteint que 310 quintaux, tandis que le bassin de Mons en produisait 870, et celui de la Loire 1,200 par hectare; il y a donc une bien grande marge à parcourir. Le bassin de Valenciennes n'étant pas, du reste, dans les mêmes conditions que ceux de la Loire et de Mons, nous ne prétendons pas que son extraction doive s'élever à 870 quintaux par hectare ; mais il serait facile de la porter à 600, au double de ce qu'elle est actuellement. Cette augmentation de production pourrait être obtenue en 8 ans : elle porterait l'extraction du bassin de Valenciennes à 28 millions, et celle du Pas-de-Calais à 20 millions, en tout environ 50 millions de quintaux.

Que manque-t-il donc pour que ce développement, que tout le monde considère comme normal, se produise effectivement ? Pourquoi les compagnies du bassin de Valenciennes ne commencent-elles pas à prendre les mesures qui leur permettraient de doubler l'extraction totale d'ici à un temps que nous évaluons à huit ou dix ans ? Qu'est-ce qui leur fait défaut ? Ce ne sont pas les débouchés, puisque nos industries sont obligées d'aller puiser dans les bassins belges. Ce ne sont pas les voies de transport; le Comité déclare lui-même que, dans le Nord, canaux et chemins de fer sont abondants et ont des tarifs moins élevés que partout ailleurs. Des ouvriers? On en trouverait si on le voulait bien. Des capitaux? On n'en manque pas, et tous les riches départements du Nord en donneraient autant qu'il en faudrait pour développer les grandes exploitations qui existent. A-t-on réellement à se plaindre, comme on le fait dans plusieurs endroits du compte rendu, de la manière dont le gouvernement exerce son action, sa surveillance sur les compagnies? Mais jamais l'administration


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des mines n'a cherché qu'une chose : développer la production; tous ses efforts, dans le bassin de Valenciennes, ont constamment tendu à pousser les compagnies dans la voie d'une exploitation plus abondante. Est-ce un droit protecteur plus élevé que l'on réclame? Cela ne pourrait avoir pour résultat que d'augmenter les débouchés, et nous venons de dire qu'ils sont déjà surabondants ; ou de permettre d'élever d'autant le prix de vente ? or, les prix actuels sont, pour les houillères du Nord, suffisamment rémunérateurs. Elles auraient d'ailleurs, en produisant beaucoup, l'avantage qu'elles envient tant aux houillères du Hainaut belge. En exportant leur gros charbon hors des limites du bassin houiller, elles garderaient sur les lieux de production, et pourraient livrer à bas prix aux usines nombreuses qui y sont établies, les charbons menus, dont le pouvoir calorifique est aussi grand. Supplions donc le Comité des houillères de nous dire, l'an prochain, pourquoi les grandes compagnies ne se mettent pas en mesure de porter à 600 quintaux par hectare, à 28 millions de quintaux en tout, la production du bassin de Valenciennes. Peut-être faut-il en chercher l'explication dans l'insuffisance de la concurrence intérieure. En effet, sur les sept compagnies qui se partagent les 517 kilomètres carrés de terrain houiller du bassin, il en est une, beaucoup plus puissante que les autres, qui en possède à elle seule 278, et qui extrait 7 millions de quintaux, les 3/5 de l'extraction totale du bassin. Si la propriété houillère eût été plus divisée, il est permis de croire que la production s'y serait développée plus rapidement. On a même fait à ce sujet une remarque assez curieuse. Tandis que cette compagnie, sur 27,800 hectares n'extrait que 9,617,000 quintaux, soit 346 quintaux par hectare, une autre compagnie, du même bassin, qui ne possède dans sa concession que 500 hectares de terrain houiller, extrait annuellement 1,832.000 quintaux, soit 3,665 quintaux par hectare, c'est-à-dire dix à onze fois

S lus que la première. Si celle-ci, sur toute sa superficie, développait proportionnellement son extraction autant que l'a fait la petite compagnie sur la sienne, sa production annuelle s'élèverait à 100 millions de quintaux, ce qui suffirait pour porter l'extraction annuelle de toute la France à 156 millions de quintaux au lieu de 65, et par conséquent pour lui faire dépasser de près de moitié sa propre consommation, qui n'est, comme nous l'avons dit, que de 119 millions. Nous ne prétendons pas qu'une extraction annuelle aussi colossale soit possible ; nous ne citons ces chiffres que pour montrer quelle vaste marge il reste encore à la production, et pour faire voir que la France n'aurait pas besoin de faire des miracles pour mettre sa production houillère au niveau de sa consommation.


FROISSART

COULETIER DE TOILETTES A VALENCIENNES.

Il serait difficile de nombrer les auteurs de toutes les nations qui, depuis cinq siècles, ont consacré leurs veilles à l'examen des oeuvres de notre immortel chroniqueur. Après le beau travail de M. Kervyn de Lettenhove dans lequel se résument tous les autres on pouvait croire qu'il était impossible de rien ajouter à cette étude si complète; voici pourtant que dans un article inséré au Bulletin du Bibliophile (n° de janvier 1860) un écrivain a su intéresser encore après ses devanciers et trouver quelque chose de neuf à dire sur un sujet si souvent exploité. On ne s'en étonnera pas quand nous aurons nommé M. Paulin Paris, de l'Institut.

Notre intention n'est pas d'examiner en détail cette notice où l'auteur s'attache à relever quelques erreurs échappées à M. Buchon et à d'autres écrivains; nous nous bornerons à signaler un passage qui nous a frappé par ce qu'il intéresse plus particulièrement notre cité. Ce passage est relatif à l'état de gêne momentanée où se trouva l'insouciant ditteur à la mort de sa bienfaitrice, la bonne reine Philippa.

« Cet événement, dit M. P. Paris, rendait la position de

Froissart très-critique Il ne restait à notre clerc d'autre

ressource que de revenir en Hainaut, y rassembler ce qui pouvait lui rester de patrimoine et chercher à reprendre dans sa ville une profession qui lui donnât rang dans la bourgeoisie. Il se fit inscrire dans le corps des marchands. Dans les grandes villes de Flandre (1) comme dans les républiques italiennes, les professions mercantiles n'étaient guère moins honorables

qu'en France l'exercice des armes. On sait que l'auteur de la divine comédie, Dante, était inscrit à Florence dans la corporation des apothicaires ; Froissart à Valenciennes se fit admettre dans celle des couletiers. »

« Le fait, ajoute plus loin notre écrivain, a paru si surprenant qu'aucun des précédents biographes de Froissart n'a osé l'approfondir ; cependant on ne peut refuser de l'en croire luimême quand il le confesse avec un véritable sentiment de regret. »

Relisons en effet ce charmant récit intitulé le buisson de Jonece, où

Des aventures lui souvient Dou temps passé.

Après la mort de la bonne reine, Froissart était rentré dans sa patrie, où l'attendait un cruel désappointement. Ces récits

(1) On voit que M. Paulin Paris est dans l'erreur comme les écrivains de lu capitale qui considèrent Valenciennes comme étant de la Flandre.


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amoureux sur lesquels il fondait son espoir, on les écoute à peine; bien plus, dit-il, plusieurs gens

.. me comptoient pour honte Ce qui m'a fait et envay Et dont je vail.

Qui croirait que ces vers ont cinq cents ans d'âge ! Ne reconnaît-on pas là tout-à-fait le langage que tiennent encore aujourd'hui les hommes sérieux aux jeunes gens, quand ils se laissent séduire par l'attrait des lettres ou des beaux arts? Le pauvre Jehans se dépite, mais il faut céder.

Or me cuidai trop bien parfaire Pour prendre ailleurs ma calandise. Si me mis en la marchandise Où je suis aussi bien de taille Que d'entrer ens une bataille Où je me trouveroie envis.

Et en effet, ce dut être un piètre commerçant que ce merencolieux poète, à qui Philosophie venait à chaque instant rappeler les honneurs de son autre carrière.

Neis ! que diront li Seigneur Dont tu as tant eu dou leur, Les roix, les dus et li bon conte Des quels tu ne scès pas le compte, Les dames et li chevalier ?

Quant tu es nouris et parfais Et si as discrétion d'homme Et la science qui se nomme Entre les amoureuses gens Et les nobles, li Mesliers gens ; Car tous coers amoureus esgaie Tant en est li oye gaie ! Et tu le voes mettre hors voie.

Se Diex vosist, il t'euist fait Un laboureur grant et parfait A une contenance estrange Ou un bateur en une grange, Un maçon ou un aultre ouvrier, Je n'ai cure quel manouvrier Mais il t'a donné la science De quoi tu poes par conscience Loer Dieu et servir le monde

Que répondre à ces

Parolles qui le font debatre Pour lui en argumens embatre ?

En vain sa conscience lui représente l'état précaire des trouvères, hôtes faméliques et besogneux des châteaux, où bien souvent on ne prend pas la peine de cacher qu'ils importunent, tandis que les gens de commerce sont accueillis avec faveur :


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Jà ne s'en ira escondis

Ne marchéans ne couletiers.

Ces raisons trop légères ne pouvaient emporter la balance, et il arrive un jour où Philosophie met tant d' instance dans ses sollicitations que, las enfin

de colyer Qui le fait mérencolier,

Jehans brave résolument l'opinion publique et revient tout entier aux belles lettres :

J'ai repris à mes despens

Ce de quoi je me hontioie Dont grandement m'abestioie, Car mieuls vault science qu'argens

La morale de ceci, Froissart lui-même a pris soin de l'écrire, c'est qu'il ne faut pas contrecarrer sa nature :

Diex par sa grasce me deffende Que nature jamais n'offende. Ja fu un temps que l'offendi Mes le guerredon m'en rendi.

« Colyer, dit le savant écrivain que nous avons nommé, c'est je pense exercer le métier de couletier. Mais qu'était-ce que les couletiers? Des drapiers, je suppose, bien que le nom désignât plus exactement des tailleurs de jupes et de hauts-de-chausses. » M. P. Paris nous permettra de ne pas partager son avis. Ce qu'étaient les couletiers de Bruges dont il fait mention quelques lignes plus haut, nous l'ignorons comme lui, mais en notre qualité de Valenciennois il ne nous sera pas difficile de lui donner les renseignements qui lui manquent en ce qui concerne chez nous cette profession.

Rappelons d'abord que l'industrie qui de temps immémorial a rendu notre ville si florissante est celle des tissus de tout

genre, draps, toiles, etc. C'est à elle que de simples bourgeois evaient cette opulence à laquelle les princes portaient envie. La première loi écrite de Valenciennes est celle qui réglementait la Halle-basse, c'est-à-dire l'industrie de la draperie. Le cartre et les ordenanches de le frairie de le halle des dras, tel est le titre de ce monument curieux et inédit de la langue romane dont par parenthèse M. Dinaux a nié à tort l'existence et qui nous est connu par une copie du XIVe siècle, conservée dans notre bibliothèque. (1)

Si la toile de batiste rappelle le nom du Cambraisien son inventeur; si les linons et autres tissus analogues étaient connus à l'étranger sous la dénomination générique de Cambrai, il n'en est pas moins vrai que le grand centre de fabri(1)

fabri(1) original en langue latine n'est pas venu jusqu'à nous; la translation en roumanch ne porte pas de date mais elle paraît appartenir aux premières années du XIII» siècle. C'est, dit Jehan Coquiau: le plus anchien liltre qui se troeuve au coffre des privilèges.


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cation de ces marchandises était à Valenciennes et qu'à certaine époque on y a compté jusqu'à 1200 maîtres mulquiniers à la fois.

Nous n'apprendrons rien à personne en disant que cette qualification de mulquiniers est prise par les fabricants de batiste pour se distinguer des autres tisserands. Ce mot a pour radical molequin, moloquin, mulekin, en basse latinité molochinus, molocina, ou melocinia, sorte de vêtement fait de toile blanche, vestis quoi albo staminé fit (Ducange). Avant que cette distinction ne fut en usage, les différentes branches du stil étaient désignées par le nom générique de teliers (telarii).

Les mulquiniers tissaient mais n'ourdissaient pas; cette partie du travail concernait les artisans au nombre desquels Froissart aurait été inscrit, les couletiers. On les appelait ainsi collectores, parce que leur office consistait à recueillir les produits du travail des fileuses pour les assortir, les disposer en chaînes de longueur déterminée et les livrer en cet état aux mulquiniers. De nos jours on a corrompu le mot et l'on appelle ces commerçants courtiers (1) ; mais si l'on parcourt les registres des choses communes de Valenciennes jusqu'aux dernières années du XVIIIe siècle, on n'y trouvera jamais que des couletiers ou coultiers de toilettes.

Avant Froissait on disait kieutilliers (2) et ce mot, malgré son apparence hétérogène, a certainement une origine commune avec l'autre ; il dérive également de colligere par le verbe keillir, ramasser, à l'indicatif je kieus, il kieut (Roquefort).

L'expression recueiller du filet, colyer, paraît si naturelle à Valenciennes que Hécart n'a pus cru devoir en donner l'explication dans son Dictionnaire rouchi.

Donc il paraît établi que Froissart a tenu un ourdissoir à Valenciennes vers 1370 ; on conviendra que le fait valait une mention. Ce serait de quoi relever leur profession aux yeux des braves gens qui recueillent encore du fil malgré la décadence de ce genre d'industrie parmi nous, s'ils connaissaient le chroniqueur autrement que par le marbre de notre Henri Lemaire. Qu'ils n'aillent pas toutefois se persuader, si ces lignes leur tombent par hasard sous les yeux, que c'est au couletier de toilettes que sa ville natale a consacré un monument.

Le même article de M. Paulin Paris nous fait connaître une nouvelle qui sera bien reçue de tous les hommes tant soit peu préoccupés d'études historiques ; c'est que la nouvelle édition de Froissart « préparée avec tant de soin par M. Léon Lacabane, directeur et professeur de l'école des Chartes, doit être

(1) C'est aussi l'explication que donne Roquefort du mot couletier, mais il se trompe ; courtier vient de currere, c'est l'ancien mot couratier.

(2) Voir à la bibliothèque publique la charte des teliers et kieutiliers.


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mise sous presse avant la fin de ce mois (janvier) ; et que le travail du savant éditeur est en ce moment à la disposition de la Société de l'histoire de France. »

CELLIER.

LA FORÊT

I.

EFFET DE LUMIÈRE

Dans le grand bois où sur la mousse

Humide et douce Luit et frétille un rayon clair, L'ombre au rayon qui la repousse S'unit à la moindre secousse, Se mêle au moindre souffle d'air.

C'est assez que dans la feuillée

Des pleurs de l'aube encore mouillée.

Mais égayée De mille doux concerts flottants, — Comme le chant lointain des Fées, Passent en rumeurs étouffées

Quelques bouffées Des tièdes brises du printemps :

Ombre et Rayon aussitôt vivent

Et se poursuivent, Légers, fuyants, charmants à voir, — Pareils au réseau de lumière Qu'à midi l'eau de la rivière Jette aux pilastres du lavoir.

H.

LES FLEURS

Dans le grand bois splendide et sombre

Des fleurs sans nombre Ouvrent leur calice embaumé. Aux rayons que l'arbre tamise Leur tissu délicat s'irise.

Et dans la brise Leur àme au ciel s'exhale, — et c'est l'encens de mai.

Comme au coeur vierge et solitaire Eclot l'amour, germe divin, — Tel peut-être undivin mystère Cache une vertu salutaire Aux chastes replis de leur sein.

Mais leur miel en vain s'élabore. L'abeille ignore


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Leurs sucs savoureux et si doux ; Et sans qu'un regard la profane, Leur beauté frêle et diaphane Brille et se fane... Eclat, parfums perdus ! Où vous envolez-vous ?

III.

LA CHAUMIERE

Au fond du bois dans la clairière,

Une chaumière S'élève au détour d'un sentier. Là rit sous l'ombre hospitalière, Heureuse et pauvre, libre et fiére, La famille du forestier.

Depuis l'enclos ceint d'une haie Jusqu'aux abords de la futaie,

Le coeur s'égaie Aux cris, aux ébats des enfants, — Et la mère blonde et vermeille, En berçant leur soeur qui sommeille,

Suit et surveille Leurs jeux et leurs bonds triomphants.

Sur le soir — le foyer s'allume,

L'humble toit fume, Et le forestier rentre enfin, Sifflant gaiment au vent qui passe Un air de complainte ou de chasse, Ayant grand amour et grand'faim.

Toi qui répands sur la chaumière

Vie et lumière, Et la gaîlé, rayon du coeur, Hôte béni, lutin folâtre,

Grillon de l'âtre. Ton nom n'est-il pas le Bonheur !

PAUL BLIER, membre correspondant.

CHRONIQUE AGRICOLE.

Concours d'animaux de boucherie, à Lille.—Les récompense? obtenues à ce concours par des cultivateurs de l'arrondissement de Valenciennes ont été les suivantes :

Catégorie de boeufs comtois et leurs analogues. — Mention honorable par M. Vaillant-Laby, à St-Amand.

Boeufs de races diverses.— 1er prix, médaille d'or et 400 fr., par M. Alfred Brabant, à Onnaing.

Bandes de boeufs de môme provenance et de même race et n'ayant pas concouru pour les prix des autres classes. —


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Prix unique, médaille d'or et 500 fr., par M. François Leduc, d'Artres. ( Ces six magnifiques boeufs ont été achetés par M. Romain Carpentier, boucher à Valenciennes.)

Race ovine, 1 re classe. — Jeunes moutons nés depuis le 1er octobre 1858. — 2e prix, médaille d'argent et 300 fr., par M. Benoît Décaudin, à Marly.

2e classe. — Race à laine longue. — 1er prix, médaille d'or et 300 fr., par le même.

Concours d'animaux de boucherie, à Poissy. — Les récompenses obtenues à ce concours par les cultivateurs de l'arrondissement de Valenciennes ont été les suivantes :

Race ovine. — 1 re classe. — Jeunes moutons nés depuis le l re octobre 1858. — 4e prix, n° 303, par MM. Duquesnes et C°, à Valenciennes, pour un lot d'anglo-mérinos.

2e classe. — Moutons divisés d'après leur race. — 2e catégorie, grosse race à laine longue. — 1er prix, n° 312 , par les mêmes.

CHRONIQUE ARTISTIQUE.

La ville de la Bassée possédait il y a quelques années, au dire de M. E. Mannier, son historien, une église fort remarquable au point de vue archéologique ; elle fut, l'on s'en souvient, malheureusement consumée par un incendie lors de la promulgation du dogme de l'Immaculée-Conception, à la suite des réjouissances organisées pour célébrer cette fête. La perte fut grande sans doute, mais elle sera bientôt réparée, autant du moins qu'elle peut l'être, car à la place du monument détruit s'élève avec rapidité un temple d'un caractère sévère, dans le style ogival du XIII° siècle.

On a trouvé ingénieux de rappeler et dater pour ainsi dire à la fois la ruine de l'ancien édifice et la construction du nouveau en donnant pour motif du bas-relief qui doit décorer le portail principal, le dogme même dont nous venons de parler. C'est l'habile professeur de notre académie qui a eu cette heureuse idée et c'est à lui qu'a été confiée l'exécution de cette partie de l'édifice.

Ces sortes de sujets qu'affectionnaient les sculpteurs du moyen âge et ceux du XVIe siècle, ne sont pas facilement abordables ; ils exigent de la part de l'artiste qui les traite presque autant de connaissances en théologie que de science pratique; aussi éprouve-t-on en général certaine répugnance à les entreprendre, d'autant plus qu'ils prêtent fort peu à la partie purement plastique de l'art. Cependant après avoir vu dans l'atelier de M. Fache son projet de bas-relief, à mi-grandeur de l'exécution, nous pouvons dire qu'il a su se tirer avec le plus grand bonheur des difficultés de son thème.

Deux grandes divisions forment l'ensemble de ce travail qu'encadre une arcade ogivale. Dans le bas, c'est le concile ; le Pape, debout devant le trône de saint Pierre, lève la main


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pour proclamer le nouveau dogme au milieu des dignitaires de la chrétienté. Cette partie est d'une exécution remarquable et l'on doit admirer l'art avec lequel l'habile artiste a su éviter la monotonie dans une série de personnages tous debout et dans des poses presque identiques.

Plus haut, le ciel est ouvert et les trois personnes divines ratifient la décision du Pontife. Au point central de cette deuxième division, la Vierge sans tache portée sur des nuages qui forment autour d'elle un nimbe, est environnée de groupes d'anges adorateurs. Le Père éternel, coiffé de la tiare, occupe l'angle supérieur et aux extrémités latérales on voit le Christ et l'Esprit-Saint, représenté sous les attributs royaux, symbolisme adopté par la théologie scolastique.

Telle est cette vaste composition qui doit occuper un espace de plus de trois mètres de hauteur sur une largeur proportionnée. L'artiste a adopté, pour l'exécuter, le style de la dernière période de l'art gothique, celle que personnifient Giotto, Cimabué et leurs contemporains ; il a cru, avec beaucoup de raison, que leur manière naïve et simple était la plus susceptible de s'allier aux formes sévères de l'architecture du XIIIe au XIVe siècle. L. CELLIER.

BIOGRAPHIE VALENCIENNOISE.

JEAN DE VALENCIENNES

PEINTRE ET TAILLEUR D'IMAGES 13.. — 13..

« Valenciennes, dit M. Kervyn de Lettenhove dans sa remarquable étude sur Froissart, possédait une école de peinture dont les plus célèbres furent Jean et Colin de Valencienciennes, peintres et tailleurs d'images , qui furent appelés à Bruges, l'un pour orner l'hôtel-de-ville, l'autre pour préparer les somptueux intermèdes des fêtes du mariage de Charles le Hardi avec Marguerite d'Yorck... » — Qu'était-ce que ce Jean de Valenciennes, dont nos historiens ne parlent pas ? A notre demande, M. de Lettenhove a bien voulu compléter, autant que possible, le renseignement qui précède en nous écrivant ce qui suit :

« Je trouve dans le compte de la ville de Bruges de 1378 la mention qu'on paya cette année un salaire de 121. et 8 sols par jour à un sculpteur nommé Jean de Valenciennes, qui avait sept ouvriers avec lui. Cependant la place qu'il occupe dans le compte et les travaux qu'on lui confia, donnent lieu de croire que c'était un artiste renommé et habile. »

E. G.

Kervyn de Lettenhove. Froissart, étude litt. sur le XIVe siècle, t.1, p.11. — Idem. Lettre du 11 juin 1858-


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OBSERVATIONS METEOROLOGIQUE

FAITES A VALENCIENNES, PAR M. HONNIS, EN MARS 1860.

BAROMÊTRE THERMOM.

CENTIGRADE

Hauteur Températre

moyenne moyenne

1 10e 766.mis 7 + 4°5 ».min S B T

2 11e 766. + 5°7 » S Nx

3 12° 767.7 +6°3 » S 0 V

4 13° 758.7 +7° » S 0 P 5 14e 767. + 5° 6.5 N 0 V

6 15e 772.7 + 4°8 » NO Nx

7 P.L. 763.3 + 1°3 31.7 NE V 8 17e 703.3 0°7 » N V 9 18e 765. — 1°2 „ N IS E V

10 19e 750.3 6° „ N Nx

\\ 20» 751. +1° » S Neige.

\2 21e 751. +2) » S B T

13 22e 749. + 2°7 46. NO V

14 D.Q. 750. +4° „ S V

15 24e 758.3 + 3°8 50. N Nx

16 23e 76l.7 + 4°2 „ N V

17 26e 767. +7° 57. S C

18 27e 765.7 + 8°3 „ SO P

19 28e 709. + 7°8 » O Nx

20 29e 705.3 +8°7 „ SO Nx

21 30e 756.3 +8° » S O V 22N.L. 759. +6° » NO V

23 2e 755.3 + 7°7 66. S Nx

24 3e 742. + 4°8 70.1 O V

25 4e 745.7 +6° 76. O V

26 5e 754. +5°7 " NO V

27 6e 756. + 6°2 78.5 O C

28 7e 757 +10°3 » O V

29 8e 753. + 9°7 » O P

30 P. Q. 757. +9° 89.1 S C

31 10e 744.7 +I0°3 92.6 S V

lmp. de B. HENRY.