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Titre : Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences. Vie académique

Auteur : Académie des sciences (France). Auteur du texte

Éditeur : Gauthier-Villars (Paris)

Date d'édition : 1982-07

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 1596

Description : juillet 1982

Description : 1982/07 (T295)-1982/12.

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k5663202j

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2009-2217

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34368082s

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 06/12/2010

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COMPTES RENDUS

DES SÉANCES

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES


GAUTHIER-VILLARS IMPRIMEUR-LIBRAIRE DES COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

198439-82 Imprimé en France


COMPTES RENDUS

DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

TOME DEUX CENT QUATRE-VINGT-QUINZIÈME

VIE ACADÉMIQUE

JUILLET 1982

PARIS GAUTHIE-VILLARS IMPRIMEUR

1982



ACADÉMIE DES SCIENCES

SÉANCE DU LUNDI 5 JUILLET 1982 PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

ACADÉMIE

L'Académie est informée que la cérémonie à la mémoire des Déportés, organisée par le Consistoire de Paris, aura lieu à Paris, le 12 septembre 1982.

DÉCÈS DE MEMBRES ET DE CORRESPONDANTS

M. le Président annonce le décès, survenu à Binningen/Bâle, le 28 juin 1982, de M. Adolphe Portmann, correspondant pour la Section de Biologie animale et végétale. Il invite l'Académie à se recueillir quelques instants en signe de deuil.

La Notice nécrologique d'usage sera déposée en l'une des prochaines séances.

DÉLÉGATIONS AUX ASSEMBLÉES

La délégation française à la XVIIe Réunion du SCAR, qui se tient à Leningrad, du 28 juin au 11 juillet 1982, est ainsi composée :

M. G. Laclavère, Chef de la délégation, M. C. Lorius, adjoint au chef de la délégation, MM. R. Gendrin, J. C. Hureau, B. Morlet, C. Piéri, Mlle G. Pillet et M. J. Vaugelade.

La délégation française à la XIe Assemblée générale de l'Union Internationale pour l'Étude du Quaternaire (INQUA), qui aura lieu à Moscou, du 2 au 9 août 1982, est ainsi composée :

MM. André Guilcher et Jean-Claude Miskovsky, Chefs de la délégation, M. Eugène Bonifay, Mme Marie-Françoise Bonifay, MM. André Cailleux, Jean Chaline, Yves Coppens, Hugues Faure, Pierre Giresse, Claude Guérln, Mme Ariette Leroi-Gourhan, M. Henry Lumley et Mme Josette Renault-Miskovsky.

La délégation française à l'Assemblée Générale du SCOR (Scientific-Committee on Oceanic Research) qui se tiendra à Halifax (Canada), les 7 et 8 août 1982 est ainsi composée :

Mlle Claude Lalou, MM. Xavier Le Pichon, Bernard Saint-Guily et J. Soyer.


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Sur la proposition du Comité National Français des Mathématiciens, la délégation française à l'Assemblée générale de l'Union Mathématique Internationale, qui se tiendra à Varsovie les 8 et 9 août, est ainsi composée : MM. Jean-Pierre Bourguignon, Jean Cea, Claude Godbillon, Christian Houzel et Jean-Louis Verdier.

Sur la proposition du Comité National de Biochimie, la délégation française pour le Congrès de l'Union Internationale de Biochimie, qui aura lieu à Perth, du 14 au 18 août 1982 est ainsi composée :

Titulaires : Mme Marianne Grunberg-Manago, Membre de l'Académie, MM. Jean Emile Courtois et Giorgio Bernardi; suppléants MM. Roland Perles et Michel Lazdunski.

Sur la proposition du Comité National Français d'Astronomie, la délégation française à l'Assemblée générale de l'Union astronomique internationale qui aura lieu à Patras, en août 1982 est ainsi composée :

Délégués munis de pouvoirs spéciaux : MM. Charles Fehrenbach, Président de la délégation, Jacques Btamont, Jean-Claude Pecker, Gérard Wlérick, Membres de l'Académie, Jean Delhaye, Jean Kovalevsky, Correspondants de l'Académie, Mmes Andrillat, Duflot et Spite.

Délégués techniques : M. J. Audouze, Mme Barbier, MM. G. Billaud, A. Brahic, Mmes O. Calame, G. Cayrel, S. Debarbat, MM. A. Doilfus, R. Dumont, M. Festou, Mme Gerbaldi, M. B. Guinot, Mme L. Gougenheim, MM. J. Heidman, J. L. Heudier, C. Jaschek, Mme Jaschek, M. P. Lantos, Mmes Leblanc, Levasseur-Regourd, MM. B. Morando, Paturel, Mme Pick, MM. Y. Requieme, J. Rôsch, MmeS. Sahal, MM. Sibille, P. Simon, J. P. Zahn.

La délégation française à l'Assemblée générale I.U.T.A.M. qui aura lieu à Cambridge (Grande-Bretagne) en septembre 1982 est ainsi composée :

MM. Paul Germain, Robert Legendre, Maurice Roy, Membres de l'Académie et M. J. P. Guiraud.

Sur proposition de l'Institut Océanographique, la délégation française au prochain Congrès des Sciences du Pacifique, qui se tiendra à Dunedin en février 1983 est ainsi composée :

M. Maurice Fontaine, Membre de l'Académie, MM. Salvat, de Boissezon, Thomassin, Ricard et Fage.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

M. Edouard Boureau dépose en hommage sur le bureau de l'Académie, de la part de « l'Association pour la diffusion de la Pensée française », l'ouvrage suivant :

Les forêts de « Pinus cembroides » du Mexique, par MARIE-FRANÇOISE PASSINI. Éditions Recherche sur les civilisations, Cahier n° 9, Paris, 1982.

Mission archéologique et ethnologique française au Mexique. Études mésoaméricaines 11-5; 373 pages, 34 figures, 26 pl., 12 phot.

Il s'exprime en ces termes :

« Cet excellent ouvrage retrace le cadre géographique, géologique et climatique de la région du Mexique où se développent les forêts à Pinus cembroides. Ces forêts s'étendent sur 38 millions d'hectares et contiennent un certain nombre d'espèces ligneuses dont l'intérêt économique est énorme en raison de la production de bois, de résines, de même que pour leurs graines très recherchées dans l'alimentation. Le Pinus cembroides, très


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résistant, joue un rôle fondamental dans le reboisement des zones très érodées. Un mémoire aussi essentiel devra nécessairement être consulté par ceux qui étudient les mêmes problèmes ».

Monsieur Edouard Boureau présente également l'ouvrage suivant : Recensement des végétaux vasculaires des Monts Loma (Sierra-Leone) et des pays de Piedmont(2 volumes, Boissiera, Genève, 1980, vol. 32, 301 p., 38 fig.; 1981, vol. 33, 397 p., 54 fig.), par PAUL JAEGER et JACQUES-GEORGES ADAM.

Il s'exprime ainsi : « Ce très bel ouvrage est l'aboutissement de prospections réalisées depuis 1944 dans le massif montagneux du Loma, en Sierra Leone. Les séjours sur le terrain, totalisant plus de 12 mois, en plusieurs missions, ont été effectués en toutes les saisons de l'année. Ils ont abouti à la constitution d'un herbier de plus de 10000 numéros, se répartissant en 1576 espèces, 757 genres et 135 familles de plantes supérieures. C'est dire qu'il s'agit d'un inventaire remarquablement complet, qui fera date dans la connaissance botanique de l'Ouest africain et de ses montagnes. Pour chaque espèce sont indiquées les synonymies, la répartition biogéographique, la morphologie, la biologie.

D'altitude moyenne (comme les autres massifs ouest-africains), les Monts Loma n'en ont pas moins une originalité phytogéographique, en raison de la présence d'orophytes et de l'existence de reliques forestières plus ou moins hygrophiles, qui témoignent d'épisodes climatiques anciens. On y trouve notamment, dans des vallées à sol argileux du versant ouest, exposées aux vents chargés d'humidité, des forêts qui, par plusieurs espèces caractéristiques, se rattachent aux types forestiers les plus humides de la basse Côte d'Ivoire, pourtant fort éloignés. Ce fait est d'autant plus remarquable que les Monts Loma se trouvent dans une région dont la végétation dominante est surtout constituée par des savanes.

L'ouvrage est magnifiquement illustré de dessins, de photographies et de cartes. Il constitue un document de haute valeur à tous égards ».

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance :

Catalogue raisonné des Lépidoptères du Maroc. Inventaire faunistique et observations écologiques (tomes I et II), par CHARLES E. E. RUNGS.

A 15 h 30 mn, l'Académie se forme en Comité secret.

La séance est levée à 16 h 05 mn.

R. C



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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

DES PUBLICATIONS PÉRIODIQUES REÇUES PENDANT L'ANNÉE 1981

L'Académie des Sciences exprime ses remerciements aux Établissements qui lui ont envoyé leurs Publications. On trouve l'indication des bibliothèques françaises où l'on peut consulter ces périodiques dans les Ouvrages suivants :

— Inventaire des périodiques scientifiques des bibliothèques de Paris (1);

— Répertoire de la presse et des publications périodiques françaises 1973 (2 vol.) par H. F. RAUX(2);

— Inventaire permanent des périodiques étrangers en cours (I. P. P. E. C.) : Inventaire des périodiques étrangers

reçus en France par les bibliothèques et les Organismes de documentation en 1974 (3). Le titre des périodiques nouvellement créés est inscrit en caractères gras.

Publications des Institutions internationales

Agence internationale de l'énergie atomique (Wien) : Bulletin; Catalogue 1981-1982; Revue d'énergie

atomique- [Publications]. Bureau international de l'heure (Paris) : Annual Report ; Circular. Bureau international des Poids et Mesures .(Sèvres) : Comité consultatif pour la définition de la seconde ;

Comité consultatif de thermométrie; Le Système International d'Unités; Procès-verbaux des séances;

[Publications]. Centre d'études et de recherches de biologie et d'océanographie médicale (Nice) : Revue internationale

d'océanographie médicale. Centre international de synthèse (Paris) : Revue d'histoire des sciences. Commission des communautés européennes (Luxembourg) : Bulletin; Bulletin de renseignements

documentaires ; Newsletter ; Rapport général d'activité; [Publications]. Conseil International des Unions scientifiques : Proceedings; Report; Year Book 1981 ; [Publications]. Institut international du froid (Paris) : Bulletin ; Commissions (Science et technique du Froid). International Monetary Fund : Bulletin.

International Nickel Company (Mond) (Londres) : Nickel Topics. International Union of Biochemistry : Trends in Biochemical Sciences. National Park service : Parcs. Office international des Epizooties (Paris) : Bulletin.

Organisation européenne pour la recherche nucléaire (C.E.R.N.) (Genève) : Courrier. Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (Bruxelles) : Revue de l'O.T.A.N. Union astronomique internationale (Londres) : Information Bulletin; Quartely Bulletin on solar activity;

[Publications]. Union internationale contre le cancer : Bulletin. Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (Morges) : Bulletin U.I.C.N. ;

[Publications]. U.N.E.S.C.O. (Paris) : Bulletin de l'Unisist; Nature et ressources; [Publications]. Archives internationales de pharmacodynamie et de thérapie (Gand). Foundations of Physics. Journal of Radioanalytical Chemistry. International Journal of Theoretical Physics.

(1) Paris, Masson, 1924-1925; 4 fasc. et 2 suppléments (1929-1939).

( 2) Paris, Édition de la documentation française, 1973.

( 3) Direction des Bibliothèques de France, Paris, Bibliothèque Nationale, 1974.


6 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

EUROPE

France

AMIENS. — U.E.R. de Mathématiques : Cahiers de topologie et géométrie différentielle.

AUTUN. — Société d'Histoire naturelle : Bulletin.

AUXERRE. — Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne : Bulletin.

BANYULS-SUR-MER. — Université de Paris. Laboratoire Arago : Vie et Milieu (Série A : Biologie Marine ;

Série C : Biologie Terrestre). BESANÇON. — Université : Annales scientifiques : Biologie végétale. BIARRITZ. — Centre d'études et de recherches scientifiques : Bulletin. BONDY. — Office de la Recherche scientifique et technique Outre-mer (O.R.S.T.O.M.) : Cahiers (Série

Pédologie). BREST. — Service hydrographique et océanographique de la Marine : Annales hydrographiques. CLERMONT-FERRAND. — Université. Institut et Observatoire de physique du globe du Puy-de-Dôme : Journal

de recherches atmosphériques.

— Id. Laboratoire de Biologie végétale de la Faculté des sciences : Bulletin du groupe d'étude des rythmes

biologiques ; [Publications]. DIJON. — Alauda. GRENOBLE. — Commissariat à l'Énergie atomique. Centre d'études nucléaires de Grenoble : Bulletin semestriel.

— Université : Annales de l'Institut Fourier ; Documents de cartographie écologique.

— Id. Faculté des sciences : Géologie alpine.

LYON. — Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts : Mémoires.

— Muséum d'Histoire naturelle : Nouvelles archives.

MARSEILLE. — Université de Provence : Annales ; Biologie, écologie méditerranéenne.

MULHOUSE. — Société industrielle : Bulletin.

NANCY. — Académie et Société lorraines des Sciences : Bulletin trimestriel.

— Annales médicales de Nancy.

NANTES. — Institut des Pêches maritimes : Revue des Travaux.

— Université. Institut des Sciences de la nature : Thèse.

NICE. — Centre d'études et de recherches de Biologie et d'Océanographie médicale : Revue internationale

d'Océanographie médicale; [Publications]. ORLÉANS. — Bureau de Recherches géologiques et minières : Bulletin du Bureau de Recherches géologiques et

minières; Carte géologique de la France; Rapport annuel ; [Publications]. PARIS. — Académie d'agriculture de France : Comptes rendus hebdomadaires des séances.

— Académie nationale de Médecine : Bulletin.

— Académie de Pharmacie : Annales pharmaceutiques françaises.

— Académie des Sciences : Annuaire ; Comptes rendus hebdomadaires des séances.

— Académie vétérinaire de France : Bulletin.

— Association amicale des anciens élèves de l'École centrale des Arts et Manufactures : Arts et Manufactures.

— Bureau national de Métrologie : Bulletin d'information.

— Centre national de la Recherche scientifique : Acta Oecologica; Annales de géophysique ; Annals of nutrition

and metabolism; Archives de zoologie expérimentale et générale; Économie de l'Énergie; Le courrier du C.N.R.S. ; Protistologica ; [Publications].

— Collège de France : Annuaire.

— Comité central d'Océanographie et d'Études des côtes : Voir Service hydrographique de la Marine.

— Comité électrotechnique français et Union technique de l'électricité et Société française des électriciens : Voir

Société française des électriciens.

— Comité national français des Recherches antarctiques : C.N.F.R.A.

— Commissariat à l'Énergie atomique : Direction des relations extérieures et des programmes : Voir Centre

d'Études nucléaires de Saclay.

— Compagnie française des Pétroles : Notes et Mémoires.

— Délégation générale à la Recherche scientifique et technique : Le progrès scientifique.

— École nationale supérieure de Techniques avancées : Activités, recherche; Rapport de recherche.

— École normale supérieure : Annales scientifiques.


C. R. Acad.Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982) Vie Académique — 7

— Fondation Singer-Polignac : [Publications].

— Institut national d'Études démographiques : Population; Population et Sociétés.

— Institut national de la Recherche agronomique : Agronomie; Annales agronomiques; Annales de l'amélioration

des plantes ; Annales de phytopathologie ; Annales des sciences forestières ; Annales de technologie agricole ; Annales de zootechnie ; Annales de génétique et de sélection animale ; Annales de recherches vétérinaires ; Apidologie ; Catalogue des publications.

— Institut national de la Santé et de la Recherche médicale : Rapport d'activité.

— Institut Pasteur : Annales d'immunologie ; Annales de microbiologie.

— Institut de Recherches agronomiques tropicales et des Cultures vivrières : L'agronomie tropicale; Cahiers

(Pédologie).

— Institut de Recherches du coton et des textiles exotiques : Coton et fibres tropicales.

— Ministère d'État chargé de la Défense nationale : Armées d'aujourd'hui ; Dossier d'information ; Travaux

scientifiques 80 ; [Publications].

— Id. Service de santé des armées. Centre de recherches : Médecine et Armées.

— Ministère de l'Environnement : Recherche, Environnement.

— Ministère de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat : Activité de l'Industrie pétrolière.

— Muséum-national d'Histoire naturelle : Mémoires (A : Zoologie ; B : Botanique ; C : Sciences de la Terre).

— Observatoire du Bureau international de l'heure : Voir Publications des Institutions internationales.

— Office de la Recherche scientifique et technique outre-mer : Voir Institut de Recherches agronomiques

tropicales et des cultures vivrières.

— Préfecture de Police : Liaisons.

— Service hydrographique et océanographique de la marine : Annales hydrographiques.

— Société amicale des Anciens élèves de l'École polytechnique : La Jaune et la Rouge.

— Société de biologie et de ses filiales : Comptes rendus des séances.

— Société chimique de France : L'actualité chimique; Bulletin.

— Société de chimie physique : Journal de chimie physique et de physico-chimie biologique.

— Société française des électriciens : Revue générale de l'électricité.

— Société française d'Énergie nucléaire : Revue générale nucléaire.

— Société géologique de France : Bulletin.

— Société de géographie : Acta geographica.

— Société des ingénieurs civils de France : Sciences et Techniques.

— Société mathématique de France : Circulaire d'information.

— Société de pathologie exotique et de ses filiales : Bulletin.

— Société zoologique de France : Bulletin.

— Université Pierre-et-Marie-Curie : [Publications].

— Aciers spéciaux.

— Annales d'endocrinologie.

— Annuaire des fournisseurs de laboratoires de Recherches.

— (Archives d'ophtalmologie) Journal français d'Ophtalmologie.

— Arts et Métiers.

— Énergies.

— Informations chimie.

— La gazette apicole.

— La Médecine praticienne.

— La Recherche.

— La revue de Médecine.

— Pétrole progrès.

— La Semaine des Hôpitaux de Paris.

— Télécommunications : Revue française des télécommunications.

— SACLAY. — Commissariat à l'Énergie atomique. Centre d'études nucléaires de Saclay. Service de

documentation : Échos du CE.A.; Science et Recherche; [Publications]. STRASBOURG. — Université. Service de la carte géologique d'Alsace et de Lorraine : Sciences géologiques.

— Université Louis Pasteur : Cahiers Fondamenta Scientiae. TALENCE. — Institut de géologie du bassin d'Aquitaine : Bulletin. TOULOUSE. — Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres : Mémoires.

— Association d'étude des moyens de lutte contre les fléaux atmosphériques : [Publications],

— Société d'Histoire Naturelle : Bulletin.


8 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

Albanie

TIRANE. — Universiteti Shtetëror Tiranës : Bibliografià Kombëtare; Buletin i shkencave të Tiranës : Séria : Shkencat mjekesore; Buletin i Shkencave Teknike ; .Përmbledhje Studimesh; [Publications].

Allemagne

BERLIN. — Akademie Verlag : Ankundigungen ; [Publications].

— Deutsche Akademie der Wissenschaften. Zentralinstitut fur Mathematik und Mechanik: Mathematische

Nachrichten ; Jahrbuch 79.

— Humboldt-Universitât : Wissenschaftliche Zeitschrift (Gesellschaft und sprachwissenschaftliche Reihe).

— Mathematische Annalen. BONN. — Decheniana.

DRESDEN. — Akademie der Wissenschaften der DDR : Zentralinstitut fur Kernforschuhg Rossendorf;

[Publications]. DUSSELDORF. — Rheinisch-Westfâlische Akademie der Wissenschaften : Abhandlungen ; Vortrâge. FRANKFURT AM MAIN. — Institut fur angewandte Geodâsie : Nachrichten aus dem Karten und Vermessungswesen

(Reihe I : Originalbeitràge ; Reihe B : Angewandte Geodâsie).

— Senckenbergische Naturforschende Gesselschaft : Abhandlungen ; Senckenbergiana Biologica. GOTTINGEN. — Akademie der Wissenschaften : Gottingifche gelehrte Unzeigen ; Nachrichten (I. PhilologischHistorisch

PhilologischHistorisch ; II. Mathematisch-Physikalische Klasse) ; Yahrbuch. HALLE AM SAALE. — Deutschen Akademie der Naturforscher Leopoldina : Informationen.

— Martin-Luther-Universitàt Halle-Wittenberg : Wissenschaftliche Zeitschrift (Math.-naturwissenschaftliche

Reihe). HAMBOURG. — Astronomische Gesellschaft : Mitteilungen. HANNOVER. — Bundesanstalt fur Bodenforschung und geologische Landesâmfern der Bundesrepublik

Deutschland : Geologisches Jahrbuch : [Publications].

— Stiftung Volkswagenwerk : Bericht. (80/81); [Publications].

HEIDELBERG. — Astronomisches Reichen-Institut : Astronomy and astrophysics abstracts.

IÉNA. — Friedrich-Schiller-Universitât : Wissenschaftliche Beilràge ; Wissenschaftliche Zeitschrift

(Mathematisch-naturwissenschaftliche Reihe). LEIPZIG. — Karl-Marx : Universitàt : Beitrage zur tropischen Landuirlschaft und Veterinârmedizin ;

Wissenschaftliche Zeitschrift.

— Leipziger Messejournal ; [Publications].

MAGDEBOURG. — Technische Hochschule Otto-von-Guericke : Wissenschaftliche Zeitschrift.

MAINZ. — Akademie der Wissenschaften und der Literatur : [Publications].

MUNCHEN. — Bayerische Akademie der Wissenschaften. Deutsche Geodâtische Kommission : Abhandlungen. ( Philosophisch-historische Klasse) ; Jahres-Programm ; Verlag : Reihe A : Theoretische Geodâsie ; Reihe B : Angewandte Geodâsie ; Reihe C : Dissertationen ; Jahrbuch 81 ; Sitzungsberichte ; Vortrâge ; [Publications].

— Id. Mathematisch-Naturwissenschaftliche Klasse : Abhandlungen. POSTDAM. — Astrophysikaliscb.es Observatorium : Mitteilungen. ROSTOCK. — Universitàt : Wissenschaftliche Zeitschrift.

Autriche

WIEN. — Osterreichische Akademie der Wissenschaften : Almanach 80 ; Monatshefle fiir Chemie ; Verlag.

— Id. Mathematisch-naturwissenschaftliche Klasse : Anzeiger ; Denkschriften ; Sitzungsberichte.

Belgique

ANVERS. — Société royale de Zoologie : Acta Zoologica et Pathologica. BRUXELLES. — Académie royale de Belgique : Annuaire.

— Académie royale de Médecine de Belgique : Bulletin et Mémoires.

— Institut royal météorologique : Annuaire climatologique; Annuaire; Bulletin mensuel; [Publications].

— Id. : Commission interministérielle de l'eau : Annuaire hydrologique de Belgique.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982) Vie Académique — 9

— Institut royal des Sciences naturelles de Belgique : Bulletin (Biologie ; Entomologie) ; Mémoires.

— Observatoire royal de Belgique : Annuaire; Bulletin astronomique; Communications; [Publications].

— Société belge de Géologie : Bulletin.

— Société scientifique de Bruxelles : Annales (Série I : Sciences mathématiques, astronomiques et physiques). GAND. — Rijksuniversiteit te Gent : Academisch jaar ; Studiegids.

LIÈGE. — Société géologique de Belgique : Annales.

— Société royale des Sciences : Bulletin.

NAMUR. — Société Scientifique de Bruxelles : Annales ; Revue des Questions scientifiques.

Bulgarie

SOFIA. — Académie bulgare des sciences. Center for scientific information and documentation : Abstracts of Bulgarian scientific literature (économies and law ; mathematical andphysical sciences ; mathematics, physics, astronomy, geophysics, geodesy) ; Bulgarian Journal of Physics ; Doklady (Comptes rendus) ; Jadrena energija; Serdica bulgaricae mathematicae publicaciones.

— Université. Faculté de Biologie : Annuaire.

— Id. Faculté de Droit : Annuaire.

— Id. Faculté de Géologie et Géographie : Annuaire.

— Id. Faculté de Physique : Annuaire; Bulgarian Journal of Physics.

— Nouvelles de Sofia.

Danemark

AARHUS. — Societates mathematics daniae, fennioe, islandias, norvegioe, svegioe : Mathematica Scandinavica.

— Université : Acta jutlandica ; krsberetning 80 ; [Publications]. COPENHAGUE. — Det Danske Meteorologiske Institut : Climatological Papers.

— Det Kongelige Danske Videnskabernes Selskab (Académie royale des sciences et des lettres) : Biologiske

Skrifter; Matematisk-fysiske meddelelser ; Oversigt over Selskabets Virksomhed; [Publications].

— Geodsetisk Institut : Meddelelse.

— Institut danois des échanges : Acta jutlandica; Bibliografi over Danmarks offentlige; Dania Polyglotta;

[Publications].

— University. Mathematics Institute : Preprint.

Espagne

BARCELONE. — Real Academia de ciencias y artes : Annuaire 80/81 ; Memorias.

GRENADE. — Consejo Superior de Investigaciones Cientificas. Patronato « Alonso de Herrera ». Instituto « Lopez Neyra » de Parasitologia : Revista Iberica de Parasitologia.

— Facultad de farmacia : Revista (Ars Pharmaceutica).

MADRID. — Centro nacional de investigaciones metalurgicas : Revista de metalurgia.

— Consejo superior de investigaciones cientificas. Instituto Botanico A. J. Cavânilles : Anales del Jardin

Botanico de Madrid.

— Id. Instituto de edafologia y agrobiologja : Anales e edafôlogia y agrobiologia.

— Id. Instituto espanol de Entomologia : Eos ; Graellsia.

— Id. Instituto de investigaciones geologicas « Lucas Mallada » : Estudios geologicos.

— Id. Instituto « Jaime Ferrân » de Microbiologia : Microbiologia Espanola.

— Id. Instituto «Jorge Juan» de matematicas y Real Sociedad matematica espanola : Gacela matematica;

Revista matematica hispano-americana.

— Id. Instituto « Juan Sébastian Elcano » : Estudios geograficos.


10 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

— Id. Patronata « Juan de la Cierva ». Instituto « Eduardo Torroja » de la construccion y del cemento :

Informes de la construccion.

— Id. Patronata « Santiago Ramon y Cajal ». Instituto Cajal de Investigaciones biologicas : Trabajos.

— Id. Instituto de Genetica y Antropologia : Genetica iberica.

— Instituto nacional de racionalizacion y normalizacion : Boletin de la normalizacion espanola; Une;

[Publications],

— Observatorio astronomico : Anuario.

— Real Academia de ciencias exactas, fisicas y naturales : Memorias; Revista.

— Real Sociedad espanola de historia natural : Actas; Boletin (Seccion biologica; Seccion Geologica).

— Real Sociedad espanola de fisica y quimica : Anales de Fisica; Anales de Quimica; [Publications]. SAN FERNANDO. — Instituto y Observatorio de marina : Efemerides Astronomicas.

Finlande

HELSINKI. — Finnish Geodetic Institute : Reports; [Publications].

— Finnish meteorological office : [Publications].

— Geofysiikan Seira. Geophysical Society of Finland : Geophysica.

— Societas geographica fennioe : Fennia.

— Societas scientiarum fennica (Finska Vetenskaps Societeten. Suomen Tiedeseura) : Commentationes

Humanarum Litterarum.

— Suomalainen Tiedeakatemia (Academia scientiarum fennica) : FF Communications ; Toimituksia (Annales)

(Séries A, I. Mathematica; II. Chemica; Séries A, VI : Physica; V : Medica); Vuosikirja Year Book.

— University of Helsinki. Department of Météorologie : Report; [Publications].

Grande-Bretagne

ALDERMASTON. — United Kingdom atomic energy authority. Atomic weapons research establishment: Annual

Report; A.E.R.E. Report; [Publications]. CAMBRIDGE. — British Antarctic Survey: Annual Report ; Bulletin.

— Philosophical Society : Biological reviews; Mathematical Proceedings.

EDINBURGH. — Royal Society : Communications : (Physical Sciences). Proceedings (Section A : Mathematics ;

Section B : Biological Sciences) ; Transactions ; Year Book 81. GLASGOW. — University : Calendar 1981/82.

HARPENDEN. — Rothamsted expérimental station : Report for 1980. LONDON. — Chemical Society : Chemistry in Britain; Journal (Dalton Transactions; Faraday Transactions I;

Perkin Transactions I et II ; Faraday Transactions II).

— British antarctic survey (Falkland Islands dependencies survey) : Scientific Reports.

— Ciba Foundation : Annual report; Symposiums 81; [Publications].

— Geological Society : Journal.

— Her Majesty's stationery office : Monthly weather report ; The astronomical Almanach 82.

— Institute of geological Sciences : Geomagnetic Bulletin.

— London Mathematical Society : Proceedings.

— Meteorological Office : Monthly weather report.

— Royal astronomical Society : Monthly Notices ; The Quarterly Journal.

— Royal Society : Biographical memoirs of fellows of the Royal Society ; Notes and records; Philosophical

transactions (Séries A : Mathematical and Physical Sciences ; Série B : Biological Sciences) ; Proceedings (Séries A et B) ; Year book 81.

— Royal Society of médecine : Journal.

— Science Muséum library : List of accessions to the library.

— U. K. Atomic Energy Authority. Isotope research division : voir Harwell.

— Zoological Society of London : Journal of zoology; Zoo Newsletter.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295(5 juillet 1982) Vie Académique — 11

— Plénum (Quarterly New Book Bulletin).

— Platinum metals review. . OXFORD..— Royal Astronomical Society : Voir London. WORMLEY. — Institute of océanographie sciences : Annual Report. '

Grèce

ATHÈNES. — Institute of océanographie and fisheries research : Thalassographica.

— Institut Pasteur Hellénique : Archives.

SALONIQUE. — Société d'Ophtalmologie de la Grèce du Nord : Archives.

Hongrie

BUDAPEST. — Chambre de commerce de Hongrie : Hungarian Machinery ; Marketing en Hongrie ; Répertoire d'adresses des Sociétés hongroises de Commerce extérieur 81 ; [Publications].

— Institut de recherches de ressources hydrauliques : Vizùgyi kôzlemények (Revue d'hydraulique) ; [Publications].

— Magyar Tudomanyos Akademia (Academia scientiarum hungaricoe) : Acta agronomica ; Acta biologica; Acta

biochimica et biophysica; Acta botanica; Acta chimica; Acta chirurgica; Acta gedaetica, geophysica et montanistica ; Acta geologica; Acta mathematica; Acta medica; Acta microbiologica ; Acta morphologica ; Acta paediatrica ; Acta physica; Acta physiologica ; Acta et studia; Acta technica; Acta veterinaria; Acta zoologica; Haematologia ; Magyar tudomany ; [Publications].

— Id. Jànos Bolyai Mathematical Society : Periodica Mathematica Hungarica.

— Le livre Hongrois.

SZEGED. — Université. Institut Bolyai : Acta Scientiarum Mathematicarum.

Mande

DUBLIN. — Royal Dublin Society : Journal of Earth Sciences; Journal of Life Sciences; Scientific Proceedings

(Séries A). — Royal Irish Academy : Proceedings (Sections A, B, C); [Publications].

Italie

CATANIA. — Osservatorio Astrofisico : [Publicazioni].

FIRENZE. — Istituto geografico militare : Bollettino di geodesia e science affini; L'Universo.

MILAN. — Accademia Medica Lombarda : Atti.

— Centro Auxologico italiano di piancavallo : Acta medica auxologica.

— Istituto lombardo. Accademia di scienze e lettere : Memorie : Classe di scienze matematiche e naturale ;

Rendiconti : (A : Scienze matematiche, fisiche, chimiche e geologiche; B : Scienze biologiche e mediche).

— La chimica e l'Industria.

MODÈNE. — Accademia di scienze lettere e arti : Memorie.

NAPOLI. — Società nazionale di scienze, lettere ed arti : Rendiconto dell' Accademia délie Scienze fisiche e

matematiche.- PADOVA. — Accademia patavina Scienze lettere ed arti : Atti; Memorie. PALERMO. — Circolo matematico : Rendiconti. PARME. — Université. Institut de Mathématiques : Rivista.


12 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

PlSE. — Université di Pisa. Facoltà di Ingegneria : [Publicazioni].

— Id. Scuola Normale Superiore : Annali.

ROME. — Accademia nazionale dei Lincei : Annuario 81 ; Atti; Contribua ; Memorie; Rendiconti; (Classe di scienze fisiche, matematiche e naturali). Contributi; [Publications].

— Accademia nazionale dei XL : Rendiconti.

— Informazione scientifica.

— Istituto Superiore di Sanità : Annali.

SAN FERNANDO. — Instituto y Observatorio de Marina : Boletin astronomico ; Efémérides Astronômicas. TORINO. — Accademia délie scienze : Atti; Memorie (Classe di Scienze fisiche, matematiche e naturali) ; (Classe di Scienze Morali, Storiche e Filologiche) ; [Publications].

— Osservatorio astronomico di Torino : Annuario 1981 ; Bulletin; Contributi; [Publicazioni]. VENISE. — Istituto veneto di scienze Lettere ed Arti : Atti; Memorie.

Citta dei Vaticano

CASTEL GANDOLFO. — Specola astronomica Vaticana : Ricerche astronomiche ; Vatican observatory publications.

Monaco

MONACO. — Institut océanographique : Mémoires.

— Musée océanographique : Liste des publications reçues par la bibliothèque ; [Publications].

Norvège

BERGEN. — Université : Arsmelding.

— Id. Geofysisk Institutt : [Publications].

OSLO. — Der Norske Videnskaps Akademi : Geophysica Norvegica.

— Norske ingeniorforening og den polytekniske forening : Teknisk ukeblad.

— Norske Meteorologiske Institutt : Arbok.

— Research in Norway 1980.

Pays-Bas

AMSTERDAM. — Excerpta medica Foundation : [Publications].

— Fondation Physica : Physica {A; Theoretical and slatistical Physics; B + C; D). B : Physics of Condensed

Malter; Atomic, Molecular and Plasma Physics Optics.

— Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen : Indagationes mathematica ; Mededelingen ;

Proceedings (Séries A : Mathematical sciences; B : Paleonlology, geology, physics and chemistry; C : Biological and médical sciences) ; Verhandelingen (Afd. Natuurkunde) (Afd. Lellerkunde) ; [Publications].

— Verzorgd door stichting mathematisch Centrum : Niew Archief woor wiskunde. BAARN. — Phytopathologisch Laboratorium « Willie Commelin-Scholten » : Mededeling.

LA HAYE. — Netherlands organization for the Advancement of Pure Research (Z.W.O.) : Current research in

the Netherlands (Technological Sciences 79-80) ; (Humanities 1978) ; (Physical Sciences 79-80). LEIDEN. — Société néerlandaise de zoologie : Archives néerlandaises de zoologie. ROTTERDAM. — Nieuwe Verhandelingen.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982) Vie Académique — 13

Pologne

BIALYSTOK. — Akademia medyczna im Juliana Marchlewkiego : Roczniki; Sklad osobowy iprogram wykladôw ;

[Publications]. KRAKOW. — Polish histochemical and cytochemical Society : Folia histochemica et cytochemica.

— Polska Akademia Nauk : Prace mineralogiczne.

— Id. Instytut Botanici : Fragmenta floristica et geobotanica ; [Publications].

— Id. Komisja nauk geologicznych : Folia quaternaria.

— Id. Prace Komisji gorniczo-geodezyjnej : Gornistwo. ■— Société géologique de Pologne : Annales.

— Uniwersytetu Jagiellonskiego : Prace Fizyczne ; Prace Matematyczne ; Prace zoologiczne.

LUBLIN. — Université Marie-Curie-Skolodowska : Annales (Sectio A : Mathematica; Sectio B : Geographia, Geologia, Mineralogia et Petrographia; Sectio D : Medicina ; Sectio DD : Medicina Veterinaria ; Sectio E : Agricultura).

TORUN. — Uniwersytet Nikola Kopernika : Acta Universitatis Nicolai Copernici : (biologia; geografia; Prace Limnologczne) ; [Publications].

WARSZAWA. — Biblioteka pan w Warszawie : Books on the Science of Science.

— Centralny Instytut informeacji naukowo-technicznej i ekonomicznej (Institut central de documentation

technique et scientifique) : Aktualne Problemy informacj i documenlacji ; Bulletin Analytique des publications techniques et économiques polonaises.

— Polska Akademia nauk (Académie polonaise des sciences) : Acta hydrobiologica ; Bulletin de l'Académie

polonaise des sciences (Série des sciences biologiques ; des sciences chimiques ; des sciences mathématiques ; physiques et astronomiques; des sciences de la Terre) ; Nauka Polska; Revue; [Publications].

— Id. Instytut biologii doswiadczalnej im. M. Nenckiego : Acta neurobiologie! experimentalis; Acta.

protozoologica ; Polskie archiwum hydrobiologii.

— Id. Instytut botaniki : Acta palaeobotanica.

— Id. Instytut fizyki : Acta physica polonica (A, B).

— Id. Instytut zoologiczny : Annales zoologici; [Publications].

— Id. Laboratoire de parasitologie : Acta parasitologica polonica.

— Id. Zaklad Paleozoologji : Acta paloeontologica polonica ; Paleontologia polonica.

— Acta agraria et silvestria.

— Perspectives polonaises.

■— Zapowskedzi wydawnicze.

WROCLAW. — Archivum Societatis Zoologorum Polonioe : Zoologica Polonioe.

— Instytut matematyczny : Colloquium mathematicum ; Fundamenta mathematica:; Studia mathematica;

Zastosowania matematyki.

— Polskie Towarzaystwo Zoologiczne : Przeglad Zoologiczny.

Portugal

COIMBRA. — Sociedade Broteriana : Anuârio ; Boletim.

— Universidad. Museu e Laboratôrio mineralôgico e geologico : Publiçoes.

LISBOA. — Academia das Ciências : Annuario academico 75-77 ; 77-78 ; Bolelim; Memorias ; [Publications].

— Serviços geologicos de Portugal : Caria geolôgica de Portugal; Comunicaçôes; Memoria. PORTO. — Instituto de Zoologia « Dr Augusto Nobre ». Faculdade de Ciências : Publicaçàes.

— Universidade. Faculdade de Ciências : Anais.

Roumanie

BUCURESTI. — Academia Republicii socialiste România : Revue roumaine de biochimie; Revue roumaine de biologie ; (Animale-végétale) ; Revue roumaine de chimie ; Revue roumaine d'endocrinologie ; Revue roumaine de Mathématiques pures et appliquées ; Revue roumaine de médecine ; Revue roumaine de morphologie et de physiologie; Revue roumaine de neurologie et de psychiatrie; Revue roumaine de morphologie et d'embryologie ; Revue roumaine de physique ; Revue roumaine des sciences techniques (série éleclrotekhnique et énergétique) ; Revue roumaine de virologie ; Studii si cerceiàri de anthropologie ; Studii si cercetari de biochimie ; Studii si cercetari de biologie (séria botanica) ; Studii si cercetari malematice ; Studii si cercetari de mecanicà applicatà.


14 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

— Id. Institutul de fizicà atomicà si Institutul de fizicà : Studii si cercetari defizicâ.

— Id. Institutul de géologie, si geografie : Studii si cercetari de géologie, geofizica, geografie.

— Institutul Agronomie « N. Bâlcescu ». Facultatea de Medicina veterinarà : Lucràri stiintifloe : Revista de

cresterea animalelor.

— Institutul politehnic : Buletinul.

— Societatea de stiinte matematice si fizice din R.S.R. : Bulletin mathématique.

— Université : Analele : (fizicà; matematica).

CLUJ. — Académie de la République Socialiste : [Publications].

ÏASI. — Universitatii Al. I. Cuza : Analele Stiintifice (Série nova : Sectiunea I. a. Matematica ; b. Fizicà;

Sectiunea II : a. Biologie ; b. Geologie-Geografie). SUCEAVA. — Muzeul : Anuarul Muzeului Judetean.

Suède

DJURSHOLM. — Institut Mittag Leffler : Acta mathematica; Arkivfôr matematik.

GOTEBORG. — Kungl. Vetenskaps-och vitterhets-samhâllet : Arsbok.

STOCKHOLM. — Kungk. Vetenskaps-Societeten (Royal Society of Sciences) : Arsbok; [Publications].

— Royal swedish Academy of Sciences : Ambio ; Arkiv for Matematik ; Chemica scripla ; Physica scripta ;

Zoologica scripta.

— Sveriges geologiska Undersôkning : Arsbok ; Cartes ; Geologiska Kartblatet ; [Publications]. UPSALA. — Academia Regia Scientiarum Upsaliensis : Acta zoologica; [Publications].

— Kungl. Universitetet. Meteorologiska Institutionen : Reports; Upsala Journal of Médical Sciences.

— Universitas Upsaliensis : Acta zoologica; [Publications].

Suisse

BÂLE. — Société de chimie helvétique : Helvetia chimica acta.

BERNE. — Société helvétique des sciences naturelles : Bibliographia Scientiae Naturalis Helvetica ; Mémoires.

— Mitteilungen der Naturforschenden Gesellschaft.

GENÈVE. — Conservatoire et Jardin botaniques : Boissiera ; Candollea ; Saussurea.

— Observatoire : [Publications].

— Société de physique et d'histoire naturelle : Archives des sciences ; Compte rendu des séances. LAUSANNE. — Société vaudoise des sciences naturelles : Bulletin ; Mémoires. NEUCHÂTEL. — Centre de Recherches en mathématiques pures : [Publications].

ZURICH. — Institut suisse de météorologie : Annalen ; [Publications].

Tchécoslovaquie

BRATISLAVA. — Slovenska Akademie vied (Academia scientiarum et artum slovaca) : Acta physica slovaca;

Biologia; Bratislavské lekârske listy ; Chemické zvesti; Elecktrotechnicky casopis ; Geograficky casopis;

Geologicky sbornik ; Mathematica Slovaca ; Neoplasma ; Pol'nohospodarstvo ; Strojnicky casopis ;

Vodohospodarsky casopis. BRNO. — Academiae Scientiarum bohemoscovacae : Acta scientiarum Naturalium.

— Id. Institute of Vertebrate Zoology : Vertebratologické zprâvy.

— Université Purkyn. Faculté des sciences naturelles : Folia (Biologia; Chemia; Geographia; Physica).

— University of Agriculture. Department of scientific and technical Information : Zpravodaj.

— Id. Facultas agroeconomica : Acta.

— Id. Facultas silviculturoe : Acta.

— Id. Faculté de Médecine : Scripta medica.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982) Vie Académique — 15

— Id. Faculté des sciences : Scripta (Biologia; Chemia; Geographia ; Geologia; Mathematica ; Physica).

— University of veterinary médecine : Acta veterinaria.

OLOMOUC. — Universitatîs Palackianae Olomucensis. Facultas rerum naturalium : Acta (Biologica; Chemica; Geographica-geological ; Mathematica ; Physica).

— Universitatis Palackianae Olomucensis. Facultatis medicae : Acta (Geographica-Geologica) ; (monograph

séries). PARDUBICE. — University of chemical technology : Sbornik vedeckych praci (Scientific papers). PRAHA. — Académie des sciences de Bohème (Academia scientiarum bohemoslovaca). The Astronomical

Institute of Czechoslovakia : Bulletin; Physiologia bohemoslovaca; [Publications].

— Académie Tchèque des Sciences : Collection of czechoslovak chemical communications ; Czechoslovak journal

of physics ; Czechoslovak mathematical journal ; Rospravy (Rada matematickych a prirodnich vëd; Rada spolecenskych véd; Rada technickych vèd).

— Institute of chemical technology : Sbornik ; (Chemické inzenyrstir; Potraviny; Technologie paliv);

[Publications].

— University Karlovy V. Praze. Matematicko-Fysikalni Fakulta : Acta Universitatis Caroline (Mathematica et -

Physica; Medica; Monographia) ; [Publications]. PRAHA-BRATISLAVA. — Tesla electronics.

— Usines pharmaceutiques réunies (SPOFA) : Veterinaria.

Turquie

ANKARA. — The Scientific and Technical Research Council of Turkey : Curreni Tilles in Turkish Science. — Université. Faculté des Sciences : Communications : Ci Géologie ; d Botanique ; C3 Zoologie ; Série B Chimie; Série AB : Astronomie ; A2 : Physique; A1 : Mathématiques.

Union des Républiques Socialistes Soviétiques

ALMA-ATA. — Académie des sciences du Kazakstan : Izvestija Akademii nauk Kazakhskoj S.S.R. (serija : fiziko-matematiceskaja ; geologiceskaja ; khimiceskaja ; Vestnik ; [Publications].

— Id. Institut d'astrophysique : Trudy ; [Publications].

— Id. Institut de botanique : [Publications].

— Id. Institut de catalyse organique et d'électrochimie ; [Publications].

— Id. Institut gornogo dela : [Publications].

— Id. Sektor geografii : [Publications].

— Ministère de l'énergie : [Publications].

BAKOU. — Académie des sciences de l'Azerbaïdjan : Azerbajdzanskij khimiceskikij zurnal, Doklady ; Izvestija

(serija ekonomika ; fizika, tekhnika, matematika ; biologiceskie nauki ; nauk o zemle). DNEPROPETROVSK. — Ministerstvo êernoj metallurgii U.S.S.R. : Metallurgiceskaja igornorudnaja promyslennost'. DUCHANBE. — Académie des sciences du Tadjikistan : Doklady ; Eïegodnik ; Izvestija (Otdelenie biologiceskikh nauk; Otdelenie fiziko-matematiceskikh igeologo-khimiceskikh nauk) ; [Publications]. — Id. Institut Astrofiziki : Bjulleten; [Publications].

— Id. Institut fiziko-tekhniceskij nauk : [Publications].

— Id. Institut zoologii i parazitologii im E. N. Pavlovskogo : [Publications].

EREVAN. — Académie arménienne des sciences : Astrofizika; Armjanskij khimiceskij zurnal ; Biologîceskij zurnal Armenii ; Doklady ; Izvestija (matematika ; mekhanika ; fizika ; nauk o zemle ; serija tekhniceskikh nauk) ; Vestnik Obscestvennykh nauk; [Publications].

— Id. Observatoire de Burakan : Astrofizika ; Soobscenija Bjurakanskoj Observatorii ; [Publications]. FRUNZE. — Académie des sciences du Kirghizistan : [Publications].

— Id. Botaniceskij sad : [Publications].

— Id. Institut biokhimii î fiziologii : [Publications].

— Id. Institut biologii : [Publications].

— Id. Institut fiziki i matematiki : [Publications].

KAZAN. — Ministerstvo vyssego i srednego special'nogo obrazovanija S.S.S.R. (Ministère de l'instruction supérieure, moyenne et spéciale) : Izvestija vyssikh ucebnykh zavedenij (matematika).


16 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 296 (5 juillet 1982)

KHARKHOV. — Dnepropetrovskij khimiko-tekhnologiceskij Institut : Voprosy Khimii i khimiceskoj tekhnologii.

KIEV. — Académie des Sciences de l'Ukraine : Eksperimentalnaja Onkologija ; Doklady (serija A : fizikomatematiceskie i tekhniceskie nauki; Serija B : geologiceskie, khimiceskie i biologiceskie Nauki; Dopovidi (serija A :- fiziko-matematïcni la tekhniini nauki; Serija B : geologicni, khimiïni ta biologieni nauki; Fiziologija i biokhimija kulturnykh rastenij ; Fizika nizkykh temperatur ; Zurnal usnykh nosovykh i gorlovykh boleznej ; Kibernelika ; Lisove gospodarstvo, lisova, paperova i derevoobrobna promislovist ; Metallurgiceskaja i gornorudnaja promyslennost'; Mineralogiceskij Ëurnal; Neftanaja i gazovaja promyslennost; Nejrofiziologija ; Problemy proïnosti ; Sverkh-tverdye materialy ; Ugol ukrajny ; Ukrajnskij biokhimiceskij zurnal; Ukrajn'skij fizïceskij zurnal ; Ukrajn'skij khimiceskij zurnal ; Visnik ; [Publications].

— Id. Glavnaja astronomiceskaja observatorija : Astrometrija i Astrofizika; Bibliograficeskij Ukazatel.

— Id. Gosudarstvennyj planovyj Komitet : Tekhnologija i organizacija proizvodstva.

— Id. Institut botaniki : Introdukcija ta aklimatizacija roslin na Ukrajni; Ukrajn'skij botanienyj zurnal.

— Id. Institut elektrosvarki E. O. Patona : Avtomaticeskaja svarka.

— Id. Institut derjavni i prava : Radjanske pravo.

— Id. Institut fiziologji im. O. O. Bogomol'cja : Fiziologiceskij zurnal.

— Id. Institut gidrobiologii : Gidrobiologiceskij zurnal (Hydrobiological journal).

— Id. Institut kibernetiki : Avtomatika.

— Id. Institut matematiki : Ukrajnskij malematîceskij zurnal.

— Id. Institut de Mécanique : Prikladnaja mekhanika.

— Id. Institut mikrobiologii i virusologji im. Akad. D. K. Zabolotnogo : Mikrobiologiceskij zurnal.

— Id. Institut problemi proenosti : [Publications].

— Id. Institut ukrainien de Recherche scientifique, d'Information scientifico-technique et de recherche

technico-économique : Mekhanizacija i avtomatizacija upravlenija.

— Id. Otdelenie biokhimii, fiziologii i teoreticeskoj mediciny : Eksperimental'naja onkologija.

— Id. Otdelenie fizïko-tekhmceskikh problem materialovedenija : Fiziko-khimiceskaja mekhanika materialov.

— Id. Otdelenie khimii i khimiceskoj tekhnologii : Teoreticeskaja i eksperimental'naja khimija.

— Ministerstvo energetiki i elektrifikacii U.S.S.R. : Energetika i elektrifikacija.

— Ministerstvo geologii : Geologiceskij zurnal.

— Ministerstvo legkoj promislovosti U.S.S.R. : Legkapromislovist'.

— Ministerstvo okhoroni zdorov'ja U.S.S.R. : Farmacevticnyj zurnal.

— Ministerstvo silskogo gospodarstva Ukrajnskoj R.S.R. : Mekhanizacija silskogo gospodarstvo; Visnik

sil'skogospodarskoj nauki.

— Ministerstvo zdravookhranenija Ukrajnskoj S.S.R. : Klinïceskaja khirurgija; Vrdcebnoe delo. LENINGRAD. — Académie des sciences de l'U.R.S.S. : Voir Moscou.

— Id. Institut teoreticeskoj astronomii : Astronomïceskij Ezegodnik S.S.S.R. ; [Publications].

— Id. Ordena trudovogo krasnogo znameni : Svodnyj katalog; Tdcnoe vremija i kvantovaja elektronika;

[Publications].

— Id. Vserojuznoe entomologiceskoe obscestvo : Entomologiceskoe obozrenie.

— Ministerstvo geologii S.S.S.R. Institut de la recherche scientifique et géologique de l'ordre pammioniste de

Lénine (VSEGEI) : [Publications].

— Université : Vestnik fserija : biologija; fizika, khimija ;' geologija, geografija; matematika, mekhanika,

astronomija).

— Vsesojuznoe geografifieskoe obSôestvo (Société panunioniste de géographie) : Izvestija.

— Vsesojuznaja geologiceskaja biblioteka : Geologïceskaja literatura S.S.S.R.

— Vsesojuznyj orden Lenina. Akademija sel'skokhozjajtvennykh nauk imeni V. I. Lenina. Vsesojuznyj

orden'Lenina naucno-issledovatel'skii institut rastenievodstva im. N. I. Vavilova : Trudy po prikladnoj

botanike, genetike i selekcii (Bulletin of applied botany, genetics and plant breeding). Lvov. — L'vovskij ordena Lenina gosudarstvennyj universitet im. Ivana Franko : Mineralogiceskij sbornik;

Paleontologîceskij sbornik; Visnik (serija : Khimîcna) ; [Publications]. MINSK. — Académie des sciences de Biélorussie : Doklady ; Vesci Akademii navuk B.S.S.R. (serija : bijalagicnykh

navuk ; fizika-energetycnykh navuk ; fizika-matematicnykh navuk ; fizika-tekhniinykh navuk ; gramadskikh

navuk ; khimïcnykh navuk).

Moscou. — Académie d'agriculture V. I. Lénine : Agrokhimija; Visnik sel'skokhozjajstvennoj nauki.

— Académie des sciences de l'U.R.S.S. : Akusticeskij zurnal; Astr'onomiceskij Kalendar; Astronomïceskij zurnal;

Biofizika; Biokhimija; Bioorganiceskaja khimija; Botaniceskij zurnal; Citologija; Doklady; Elektrokhimija ; Fizika atmosfery i okeana ; Fizika plazmy ; Fizika tverdogo tela ; Fizika zemli ; Fizika i tekhnika poluprovodnikov; Fiziologija celoveka; Fiziologija rastenij; Fiziologiceskij zurnal S.S.S.R.; Funkcional'nyi


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982) Vie Académique — 17

analiz; Genetika; Geokhimija; Geologija rudnykh mestorozdenij ; Geomagnetizm i aeronomija; Geomorfologija; Geotektonika; Izvestija (Ekologija; Energetika i transport; Fizika i khimija obrabotki materialov ; Fizika i khimija stekla ; Mekhanika tverdogo tela ; Metally ; Neorganïceskie materialy ; Serija : biologïceskaja ; ekonomiceskaja ; fizïceskaja; geograficeskaja ; geologïceskaja; khimiceskaja ; matematïceskaja); Zurnal analïceskoj khimii; Zurnal eksperimentalnoj i teoreticeskoj fiziki; Zurnal evoljucionnoj biokhimii i fiziologii; Zurnal fizïceskoj khimii; Zurnal nauenoj i prikladnoj fotografii i kinematografii; Zurnal neorganïceskoj khimii; Zurnal obscej biologii; Zurnal obscej khimii; Zurnal organïceskoj khimii ; Zurnal prikladnoj khimii ; Zurnal strukturnoj khimii ; Zurnal tekhnïceskoj fiziki ; Zurnal vyssej nervnoj dejatel'nosti ; Zurnal vycislitel'noj matematiki i matematiceskoj fiziki ; Issledovanie Zemli iz Kosmosa; Nauka v S.S.S.R.; Novye Knigi; Khimija i zizn'; Khimija tverdogo topliva; Khimija vysokikh energij; Kinelika i kataliz; Kollojdnyj zurnal; Koordinacija khimija; Kosmïceskie issledovanija; Kristallografija ; Kvantovaja elektronika; Lesovedenie ; Masinovedenie ; Matematïceskij sbornik; Matematïceskie zametki; Mekhanika zidkosti i gaza; Meteorologija i gïdrologija; Mikrobiologija; Mikroelektronika ; Mikologija i fitopatologija ; Molekuljarnaja biologija; Neftekhimija ; Onlogenez ; Obstestvennye Nauki; Optika i spektroskopija; Paleontologïceskij zurnal; Parazitologija; Pocvovedenie; Pribory i tekhnika eksperimenta ; Prikladnaja biokhimija i mikrobiologija ; Prikladnaja matematika i mekhanika ; Priroda ; Problemy Dalnego Vostoka ; Problemy kibernetiki ; Problemy peredaci informacii ; Programmirovanie; Radiobiologija; Radiokhimija; Radiotekhnika i elektronika; Rastitelnye resursy; Russkaja réc ; Tekhnïceskaja kibernetika ; Teoreticeskie osnovy khimiceskoj tekhnologii; Teorija verojatnostei i ejo primenenija ; Teoreticeskaja i matematïceskaja fizika; Teplofizika vysokikh temperatur ; Uspekhi fiziologiceskikh nauk ; Uspekhi fiziceskikh nauk ; Uspekhi khimii ; Uspekhi sovremennoj biologii ; Vestnik ; Vodnye resursy; Voprosy ikhtiologii; Vysokomolekuljarnye soedinenija; Zemlja i vselennqja; Zoologiceskij zurnal; [Publications].

— Id. Central'nyj ekonomiko-matematiceskij institut : Ekonomika i matematïceskie metody ; Voprosy ekonomiki.

— Id. Gosudarstvennyj komitet po ispol'zovanju atomnoj energii : Atomnaja energija; Jadernaja fizika.

— Id. Gosudarstvennyj komitet soveta Ministrov S.S.R. po nauke i tekhnite. Ministerstvo khimiceskoj

promyslennosti S.S.S.R. : Teplo-energetika; Zdscita metallov (Metal'sprotection).

l— Id. Institut d'Amérique latine : America latina (Latinskaja Amerika).

— Id. Institut of Asian peoples and Institute of Africa (Institut narodnov Azii i Institut Afriki : Azija i Afrika ;

Narody Azii i Afriki.

— Id. Institut d'astronomie théorique : Astronomiceskij ezegodnik.

— Id. Institut d'automatique et télémécanique : Avtomatika i telemekhanika.

— Id. Institut ekonomiki : S.S.A.; Voprosy ekonomiki.

— Id. Institut gosudarstva i prava : Sovetckoe gosudarstvo ipravo.

— Id. Institut mirovoj ekonomiki i mezdunarodnykh otnosenij : Mirovaja ekonomika i mezdunarodnye otnosenija.

— Id. Institut panunioniste d'informations scientifiques et techniques : Bjulleten'; Referativnyj zurnal

( astronomija ; fizika ; geodezija; geodezija i aerosemka ; geogrqfija; geologija; matematika) ; [Publications].

— Id. Institut Slayjanovedenija i Balkanstiki : Soveckoe Slavjanovedenie.

— Id. Ministerstvo geologii S.S.S.R. : Litologija i poleznye iskopaemye.

— Id. Moskovskoe matematiceskoe obscestvo : Uspekhi malematïceskikh nauk ; Trudy.

— Id. Okeanograficeskaja komissija : Okeanologija.

— Id. Paleontoloficeskij institut : Trudy.

— Id. Section sibérienne. Institut gornogo delà : [Publications].

— Id. Id. Institut Kliniceskoj i eksperimentalnoj mediciny : [Publications].

— Id. Id. Institut lésa i drevesiny Im. V. I. Sukaceva : [Publications].

— Id. Id. Institut limnologii : [Publications].

— Id. Id. Institut de Mathématiques : Trudy; [Publications].

— Id. Id. Institut merzlotovedenija : [Publications].

— Id. Vsesojuznoe entomologiÈesnoe ob§cestvo : Entomologiceskoe obozrenie.

— Id. Vsesojuznoe geografiôeskoe obscestvo : Izvestija.

— Id. Vsesojuznoe mineralogiceskoe obscestvo : Zapiski.

— Académie des sciences pédagogiques : Kvant.

— Académie des sciences médicales : Vestnik akademii medicinskikh nauk S.S.S.R.

— Ministerstvo zdravookhranenija S.S.S.R. (Ministère de la santé publique) : Khirurgija, zurnal im.

II. Pirogova; Khirurgija; Soveckaja medicina; Soveckoe zdravookhranenie; Vestnik khirurgii m. I.I. Grekova.

— Moskovskoe obscestvo ispytatelej prirody : Biulleten ' (otdel biologïceskij. geologïceskij) ; Trudy ; [Publications].


18 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

— Université : Vestnik Moskovskogo universiteta (Biologija; serija I : Matematika, mekhanika; serija II :

Khimija; serija III : Fizika, astronomija; serija IV : Geologija; serija V : Geografija; serija VI : Pocvovedenie ; Vycislitel'naja matematika i kibernetika : Trudy seminara ; [Publications].

— Université Lomonosof : Merzlotnye issledovanija ; Trudy gosudarstvennogo astronomïceskogo Instituto

P.K. Cernberga; Voprosy antropologii ; [Publications]. NOVOSIBIRSK. — Académie des sciences de l'U.R.S.S. Section sibérienne : Algebra i logika; Avlometrija; Geologija i geofizika ; Geografija i prirodnye resursy ; Izvestija (serija : biologïceskikh nauk ; khimïceskikh nauk; obscestvennykh nauk; tekhnïceskikh nauk) ; Zurnal strukturnoj khimii ; [Publications].

— Id. Id. Centralnyj sibirskij botaniceskij sad : [Publications].

— Id. Id. Filiale Bouriate Institut de géologie : Trudy.

— Id. Id. Filiale de Jakuck : [Publications].

— Id. Id. Institut de biologie : Trudy ; [Publications].

— Id. Id. Id. Institut de géologie : [Publications].

— Id. Id. Filiale orientale : Fizika gorenija i vzryva; Fiziko-tekhniceskie problemy razrabotki poleznykh

iskopaemykh; Zurnal prikladnoj mekhaniki i tekhnïceskoj fiziki; Sibirskij matematïceskij zurnal; [Publications].

— Id. Id. Id. Institut de catalyse : [Publications].

— Id. Id. Id. Institut citologii i genetiki : [Publications].

— Id. Id. Id. Institut geologii i geofiziki : [Publications].

— Id. Id. Id. Institut matematiki : Diskretnogo analiz ; Optimizacija ; [Publications].

— Id. Id. Institut fisiki poluprovodnikov : [Publications].

— Id. Id. Institut ekonomiki i organizacii promyslennogo proizvodstva : Ekonomika i organizacija promyslennogo

proizvodstva.

— Id. Id. Institut geografii sibiri i dalnego vostoka : [Publications].

— Id. Id. Institut geokhimii im Akad, A. P. Vinogradova : [Publications].

— Id. Id. Institut geologii i geofiziki : [Publications].

— Id. Id. Naucno-issledovatel'skij kliniÈeskij otdel : [Publications].

— Id. Id. Institut neorganiceskoj khimii : [Publications].

— Id. Id. Institut organiceskoj khimii : [Publications].

— Id. Id. Institut optiki atmosfery : [Publications].

— Id. Id. Institut poevovedenija i agrokhimii : [Publications].

— Id. Id. Institut teplofiziki : [Publications].

— Id. Id. Institut zemnoj kory : [Publications].

— Id. Id. Ministerstvo zdravookhranenija : [Publications].

— Id. Id. Ordena trudovogo krasnogo znameni. Institut merzlotovedenija : [Publications].

— Id. Id. Sibirskij energeticeskij Institut : [Publications].

— Id. Id. Sibirskij Institut fiziologii i biokhimii rastenij : [Publications].

— Id. Id. Vycilitel'nyj Centr : [Publications].

RIGA. — Académie des sciences de Lettonie : Latvijas PSR zinatnu akademijas vestis (Izvestija) (serija fizïceskikh i tekhnïceskikh nauk; khimiceskaja).

— SVERDLOVSK. — Académie des sciences de l'U.R.S.S. Filiale de l'Oural : Defektoskopija ; Fizika metallov i

metallovedenie.

— Id. Id. Institut ekologii rastenii i zivotnykh : Ekologija.

SYKTYVAR. — Académie des sciences de l'U.R.S.S. Komi filjala : Trudy; [Publications].

TAÏKENT. — Académie des sciences de l'Uzbekistan : Doklady; Izvestija (serija : fiziko-matematiceskikh nauk;

tekhnïceskikh nauk) ; Khimija prirodnykh soedinenij ; Uzbekskij biologïceskij zurnal ; Uzbekskij geologïceskij

zurnal; usbekskij khimiceskij zurnal ; [Publications].

— Gosudarstvennyj proizvodstennyj geologiceskij komitet Uzbekskoj S.S.S.R. : Uzbekskij geologïceskij zurnal.

— Université d'État V. I. Lénine : [Publications].

TALLINN. — Académie des sciences de l'Estonie : Eesti loodus; Izvestija: (Biologija; Fizika-matematika; Khimija; Geologija; Obscestvennye nauki) ; Sovetskoe finno-ugrovedenie; Symposium 81 ; [Publications].

— Id. Institut de géologie : [Publications].

— Id. Institut kibernetiki : [Publications].

— Id. Institut zoologii i botaniki : [Publications].

TARTU. — Académie des sciences de l'Estonie : [Publications].

— Id. Institut de physique et astronomie : Trudy; [Publications].

— Id. Observatoire W. Struve : [Publications].


C. R. Acad. Sc. Paris, t 295 (5 juillet 1982) Vie Académique — 19

TBILISI (TIFLIS). — Académie des sciences de Géorgie : Izvestija (serija biologïceskaja ; serija khimiceskaja) ; Soobscenija (Bulletin) ; [Publications].

— Id. Institut de botanique : [Publications].

— Id. Institut geofiziki : [Publications].

— Id. Institut de mathématiques A. M. Razmadze : Trudy Tbilissogo ordena trudovogo krasnogo znameni

matematïceskogo instituta im. A. M. Razmadze.

— Id. Institut neorganiceskoj khimii i elektrokhimii : [Publications].

— Université : Seminar of Institute of applied Mathematics : [Publications].

VILNIUS. — Académie des sciences de Lituanie : Lietuvos TSR moksluakademijos darbei (Trudy) (serija : A; B; C) ; [Publications].

— Id. Astronomical Observatory : Bulletin.

VLADIVOSTOK. — Académie des sciences de l'U.R.S.S. Section sibérienne. Filiale orientale V. L. Komarov. Dal'nevostocnyj nauenyj centr : Biologija morja. ; [Publications].

Yougoslavie

BEOGRAD. — MatematitSki Institut : Matematïski Vesnik; Recueil de travaux; [Publications].

— Observatoire astronomique : Bulletin; [Publications].

— Université : Publikacije ; [Publications].

— Sprska Akademija Nauka i Oumetnosti : Bulletin; Godïsak; [Publications].

LJUBUANA. — Academia Scientiarum et Artium Slovenica : (Slovenska Akademija znanosti i umetnosti) : Acta

Carsologica ; Geografski Zbornik ; Lelopis 81 ; [Publications], SKOPJE. — Académie Macédonienne des Sciences et des Arts : Contributions ; [Publications].

— Université : Faculté de Physique : Annuaire.

ZAGREB. — Conseil des académies de la R.S.F. de Yougoslavie : Bulletin scientifique (Section A : Sciences naturelles, techniques et médicales) ; (Section B : Sciences humaines).

— Hrvatsko kemijsko drutvo (Croatian chemical Society) : Croatica chemica acta.

— Jugoslavenske Akademije znanosti i umjetnosti : Ljetopis; Rad.-[Publications].

— Societas mathematicorum et physicorum croatiae : Glasnik matematicki.

ASIE

Chine

PÉKIN. — Academia Sinica : Kexue Tongbao ; Scientia Sinica.

— Institute of scientific and technical information of China : Chinese médical journal ; Vertebrata Palasiatica;

Acta botanica sinica; Acta chimica, sinica; Acta Entomologica Sinica; Acta mathematica sinica; Acta microbiologica sinica; Acta pedologica sinica ;Acta physica sinica; Acta zoologica sinica; [Publications].

— China magazine.

Corée du Nord PYONGYANG. — La Corée d'aujourd'hui; La jeunesse et les étudiants de Corée.

Corée du Sud

SÉOUL. — National Academy of sciences : Bulletin ; Journal (Natural Sciences Séries) (Humanities and Social

Sciences Séries) ; [Publications]. — Vantage point.


20 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

Inde

AGRA. — Agra University : Journal of Research.

ALLAHABAD. — Hindi Science Academy : The Research Journal (Vijnana Parishad Anusandhan Patrika).

BANGALORE. — Indian Academy of Sciences : Proceedings (Animal Sciences ; Chemical Sciences ; Earth and

Planetary Sciences ; Plant Sciences) ; Year Book 81. CHANDIGARH. — Panjab University : Research Bulletin.

NEW-DELHI. — Department of History of Medicine : Studies in History of Medicine. — Indian National Science Academy : Indian journal ofpure and applied mathematics ; Proceedings : (Biological

Sciences ; Physical Sciences) ; Symposium ; The Year Book ; [Publications].

Israël

JÉRUSALEM. — Jérusalem Académie press : The Israël annals of psychiatry and related Sciences.

— National council for research and development : Israël journal ofbotany; Israël journal of chemistry ; Israël

journal ofzoology ; Israël journal of technology ; Israël journal of earth-sciences ; Israël journal ofmatematics.

— Id. Israël médical association : Israël journal of médical sciences.

Japon

ABUYAMA. — Kyoto University. Abuyama seismological Observatory : Seismological bulletin. FUKUOKA. — Kyushu University. Collège of gênerai éducation : Mathematical Reports.

— Id. Faculty of engineering : Memoirs.

— Id. Faculty of science : Memoirs (Séries A : Mathematics ; Séries D : Geology) ; Science Reports.

— Id. Research Association of statistical sciences : Bulletin of mathematical statistics.

— Id. Research Institute for applied mechanics : Reports.

— Id. Research Institute of Fundamental Information Science : Research Report.

HIROSHIMA. — University. Faculty of science. Department of mathematics : Journal of science of the Hiroshima University (Séries A : Physics and Chemistry); Hiroshima Mathematical Journal.

— Id. Laboratory for Amphibian biology : Scientific Report. IBARAKI. — Geological Survey : Bulletin.

— University of Tsukuba. Institute of Geoscience : Annual report ; Tsukuba Journal of Mathematics ; Science

Reports. KANAZAWA. — University. Faculty of science : Science Reports of Kanazawa University. KAWASAKI. — Kawasaki Médical School : Kawasaki Médical Journal.

— Fujitsu, scientific and technical journal.

KOBÉ. — University. Faculty of engineering : Memoirs. KOCHI. — University. Faculty of Science : Memoirs. KUMAMOTO. — University : Memoirs of the Faculty of engineering.

— Id. Faculty of Science : Journal (Biology ; Geology, Mathematics) ; Physics Reports. KYOTO. — Kyoto Technical University, Faculty of industrial arts : Memoirs.

— Research Institute for fundamental physics. Physical Society of Jaman : Progress of Theoretical Physics.

— University. Abuyama seismological Observatory : Voir ABUYAMA.

— Id. Disaster prévention research Institute : Bulletin ; Natural Disaster science.

— Id. Faculty of engineering : Memoirs.

— Id. Faculty of science : Memoirs (Série A : Mathematics ; Séries B : Geology and Mineralogy).

— Id. Institute for chemical research : Bulletin.

— Id. Research Reactor Institute : Annual Report.

— Id. The Physico-Chemical Society : Review ; [Publications]. MATSUE. — Shimane University. Faculty of Science : Memoirs.

MORIOKA. — Iwate University. Faculty of engineering : The technology reports. NAGOYA. — University. Collège of gênerai éducation : Research Bulletin.

— Id. Faculty of engineering : Memoirs; [Publications].

— Id. Faculty of science. Mathematical Institute : Nagoya mathematical journal.

— Id. Médical School : Nagoya médical journal.


C. R. Acad..Sc. Paris, t 295{5 juillet 1982) Vie Académique — 21

OKAYAMA. — Médical School : Acta medica Okayama.

— University. Department of mathematics : Mathematical Journal.

OSAKA. — The light Métal Educational Foundation : Metallurgical Abstracts on light metals and Alloys.

— University. Collège of gênerai éducation : Science Reports.

— Id. Department of mathematics : Osaka journal of mathematics.

— Id. Id. Faculty of engineering : Progress of theoretical Physics ; Technology reports of the Osaka University ;

Technology reports of Kansai University.

— Id. Institute for protein research : Memoirs.

SAPPORO. — Hokkaidô University. Faculty of engineering : Memoirs.

— Id; Faculty of Science : Hokkaidô Mathematical journal.

SENDAl. - Research Institute for iron, steel and other metals : List of papers; Science reports ; (Séries A : Physics and Astronomy) ; [Publications].

— Tôhôku University. Science reports of the Tôhôku University (lst séries : Physics, Chemistry and Metallurgy ;

3rd séries ; Mineralogy, Petrology and Economie Geology).

— Id. Institute of high speed mechanics : Reports; [Publications].

— Id. Institute for strength and fracture of materials : Reports.

TOKYO. — Astronomical Observatory : Annals; Tokyo Astronomical Bulletin.

— Bureau of statistics. Office of the Prime Minister : Monthly statistics of Japon.

— Hitotsubashi University : Hitotsubashi Journal.

— Institute of Electrical Engineers of Japan : Transactions.

— Japan Academy : Proceedings. (Série A : Mathematical Sciences; Série B : Physical and Biological Sciences).

— Japan Atomic Energy Research Institute : Annual Report and Accounts.

— Japan Society of civil engineers : Civil engineering in Japan.

"— Japan Society of mechanical engineers : Bulletin ofthe J.S.M.E.

— Mathematical Society of Japan : Journal.

— Musashino Electrical Communication Laboratory. Nippon Telegraph and Téléphone Public Corporation :

Review ofthe Electrical Communication Laboratories.

— National Institute of health of Japan : Japanese journal of médical science and biology.

— National Institute of animal health (Norinsho kachikueisei shikenjo) ; Quarterly.

— National Institute of hygjenic sciences : Bulletin.

— National science Muséum. National Institute of Polar research : Bulletin of the national science Muséum

(Séries A ; zoology) ; Memoirs.

— Ochanomizu University : Natural science report.

— Office of statistical standards : Statistical notes of Japan; Montly Statistics of Japan.

— Tokyo Shibaura electric : Toshiba review.

— Science Council of Japan : Récent progress of Natural Sciences in Japan; [Publications].

— Union of Japanese scientists and engineers : Reports of statistical application research.

— University. Collège of gênerai éducation : Catalogue for 1980-81 ; Scientific papers.

— Id. Earthquake Research Institute : Bulletin.

— Id. Facultyof engineering : Journal (Séries A, B).

— Id. Faculty of science : Journal (Section I : Mathematics ; Section II : Geology, Mineralogy, Geography,

Geophysics ; Section IV : Zoology).

— Id. Institute for solid state physics : Technical report ofISSP. Id. Institute of industrial science : Report.

— Id. Institute of médical science : The Japanese Journal of Expérimental Medicine. -— Id. Océan Research Institute : Bulletin ; Preliminary Report.

— Id. The Zoological Institute : Annual Report.

— Keidanren Review.

— Waseda University. The Castings Research Laboratory : Report.

— Id. Science and engineering research laboratory : Bulletin.

— Tokyo journal of Mathematics.

MIE. — Mie University. Faculty of Fisheries : Bulletin ; Report.

— School of médecine : Mie Médical Journal.

— Saitama University : Science reports (Séries A : Mathematics, Physics, Chemistry and Biochemistry). YOKOHAMA. —: Department of Mathematics : The Yokohama Mathematical Journal.

— Kanagawa Préfectoral Muséum : Bulletin.

— University School of Medicine : Yokohama Médical Bulletin. YOKOSUKA. .—. National Défense Academy : Memoirs.


22 — Vie Académique C. R. Acad. Se. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

Pakistan

KARACHI. — Hamdard Foundation Pakistan : Hamdard.

Philippines

MANILA. — National Research Council of the Philippines : Research Bulletin.

Thaïlande

BANGKOK. — National Research Council : Journal.

AFRIQUE

Algérie

ALGER. — Institut Pasteur : Archives.

Madagascar

TANANARIVE. — Institut Pasteur : Archives; [Publications].

Maroc

RABAT. — Ministère de l'Énergie et des mines. Service géologique : Notes et mémoires.

— Université Mohammed V, Institut scientifique : Bulletin; Documents; [Publications].

Ile Maurice PORT LOUIS. — Mauritius Institute : Bulletin ; [Publications].

Rhodésie du Sud

SALISBURY. — The Central African Journal of Medicine.

Sénégal

DAKAR. — Direction de l'exploitation météorologique : Annexe pluviométrique ; Résumé mensuel d'Observations météorologiques au sol.

— Institut fondamental d'Afrique Noire : Bulletin (Série A : Sciences naturelles) ; [Publications].


C. R. Acad. Se. Paris, t. 295 (5 juillet 1982) Vie Académique — 23

Tunisie

TUNIS. — Direction des Mines et de l'Énergie : Annales. — Institut Pasteur : Archives.

République de l'Afrique du Sud

BLOEMFONTEIN. — Nasionale Muséum : Memoirs; [Publications].

JOHANNESBURG. — Chamber of mines of South Africa. Research Organization : Gold Bulletin.

— South African Association for Advancement of Science : South african journal of science.

— University ofthe Witwatersrand : African studies; English studies in Africa. LE CAP. — Panorama. La Revue Sud-Africaine.

AMÉRIQUE

Argentine

BUENOS-AIRES. — Academia nacional de ciências exactas, fisicas y naturales : Anales.

— Academia nacional de medicina : Boletin.

CORDOBA. — Academia Nacional de Ciências : Boletin.

ROSARIO. — Universidad nacional. Facultad de ciências exactas e ingenieria : Publicaciones.

Brésil

BELO HORIZONTE. — Universidade fédéral de Minas Gérais. Escola de veterinaria da U.F.M.G. : Arquivos.

— Id. Museu de Histôria natural : Bolelim.

CAMPINAS. — Universidade catolica. Faculdade de filosofia, ciências e letras. Departemento de geografia :

Noticià geomorfolôgica. PORTO ALEGRE. — Fundaçâo zoobotànica do Rio Grande do Sul : Natureza em Revista.

— Universidade fédéral do Rio Grande do Sul : Gondwana Newsletter.

RIO DE JANEIRO. — Academia Brasileira de Ciências : Anais ; Revista Brasileira de Biologia.

— Biblioteca nacional : Anais.

SAO PAULO. — Instituto de medicina tropical de Sâo Paulo : Revista.

— Universidade. Museu de zoologja : Aïquivos de zoologia ; Papéis Avulsos de Zoologia ; [Publications].

— Id. Sociedade brasileira de geologia : Revista Brasileira de Geociências.

Canada

OTTAWA. — Geological Survey of Canada : Bulletin; Index to publications ; Maps; Paper ; [Publications].

— Department of energy, mines and resources : Annual Report; Bulletin; Liste des publications; Memoir;

[Publications].

— Musée national des Sciences Naturelles : Publications in Zoology.

— National Research Council : Publications.

VICTORIA. — Dominion Astrophysical Observatory : Publications.

Chili

SANTIAGO. — Instituto de Neurocirurgia e investigaciones cérébrale : Neurocirugia. — Museo Nacional de Histôria Natural : Boletin ; Noticiario mensual; [Publications]. VALPARAISO. — Universidad Técnica Federico Santa Maria : Scientia.


24 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (5 juillet 1982)

Costa Rica SAN JOSÉ. — Museo nacional de Costa Rica. Division de histôria natural : Brenesia.

Cuba

LA HAVANE. — Academia de ciências de Cuba : Ciências y naturaleza ; Informes cientifico-técnico.

— Id. Instituto de geologia y paleontologia : Informe cientifico-técnico ; [Publications].

— Ministerio de Mineria y geologia : La Minerià en Cuba.

— Ministerio de Relaciones exteridres. Direcciôn de Informaciôn : Gramma.

— Revista OCLAE.

Mexique

MEXICO. — Escuela Nacional de ciências biologicas : Anales.

— Secretaria de Comunicaciones y transportes : Informaciôn ; [Publications].

— Universidad nacional autonôma de Mexico. Instituto de geologia : Boletin; Paleontologia mexicana; Revista.

Pérou

LIMA. — Institut français d'Études andines : Bulletin.

— Ministerio de Energia y Minas. Servicio de geologia y Mineria : Boletin.

Porto Rico

RIO-PIEDRAS. — Institute of tropical forestry : Annual Letter; [Publications].

États-Unis

ALBANY. — University of the State of New York. N. Y. State muséum and science service : Bulletin ; Maps ;

Preliminary lists; [Publications]. BALTIMORE. — Johns Hopkins University : American journal of mathematics ; American Journal of philology. BERKELEY. — University of California : Bulletin ofthe seismographic stations; California Management Review ;

Publications : (in Entomology ; in Geography ; in Geological'Sciences ; in Zoology) ; [Publications]. BOSTON. — American Academy of arts and sciences : Bulletin ; Daedalus (Journal) ; Records. CAMBRIDGE. — Muséum of comparative zoology : Breviora ; Bulletin.

CHICAGO. — Natural history muséum : Fieldiana (Anthropology; Botany; Geology; Zoology) ; [Publications]. COLUMBUS. — Ohio State University : Voir EASTON.

EASTON. — American Society of mechanical engineers : Applied méchantes reviews ; Journal of engineering for

industry; Journal of applied mechanics; Journal of engineering materials and technology; Journal of

engineering for power ; Journal offluids engineering; Journal ofheat transfer ; Transactions ofthe A.S.M.E. GAINESVILLE. — University of Florida state muséum : Bulletin. — American mathematical Society : Voir PROVIDENCE.

LAJOLLA. — Scripps Institution of Oceanography : Bulletin; Initial Reports of Deep Sea Drilling Project. LINCOLN. — Nebraska Academy of Sciences : Transactions. MADISON. — Wisconsin Academy of sciences, arts and letters : Transactions. METALS-PARK. — American Society for metals : Metallurgical Transactions "

MORGANTOWN. — West Virginia University. Southern Appalachian botanical club : Castanea (Journal). NEW HAVEN. — American journal of Science.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295(5 juillet 1982) Vie Académique — 25

NEW ORLÉANS. — Tulane University of Louisiana : Tulane studies in zoology and bolany. NEW YORK. — American Institute of mining, metallurgical and petroleum engineers : Transactions of the society of petroleum engineers.

— American mathematical Society : Voir PROVIDENCE.

— American physical Society : Voir LANCASTER.

— American Society of mechanical engineers : Voir EASTON.

— Arabian American Oil Company : Aramco world. PHILADELPHIA. — Academy of natural sciences : Proceedings.

— American Philosophical Society : Proceedings ; Transactions. PRINCETON. — The Institute for Advanced Study : Annual Report.

PROVIDENCE. — American mathematical Society : Bulletin; Mathematicalreviews (AnnualIndex) ; Transactions.

SANTA CRUZ. — University of California : Lick Observatory Bulletin ; [Publications].

SAN FRANCISCO. — California Academy of sciences : Proceedings.

WASHINGTON. — American association for the advancement of science : AAAS Workshop report ; Science.

— American chemical Society : Voir EASTON.

— Department of agriculture. Soil conservation service : Agricultural Research Results ; Agricultural Reviews and

Manuals; Farmline; Miscellaneous Publication; Soi! and Water Conservation News; Technical Bulletin.

— National Academy of sciences : News Report; Proceedings ; [Publications].

— Department of the interior. Geological Survey : Bulletin; Earthquake Information Bulletin; Map Data

Catalog; Professional paper ; Water supply paper ; Yearbook; [Publications].

— National Aeronautics and space Administration : [Publications].

— National Park Service : Parcs.

— Smithsonian Institution : Contributions to Paleobiology; Contributions to Zoology; Smithsonian Year 1980.

— U. S. Naval Observatory : Almanachfor computers. Circular ; [Publications].

Venezuela

CARACAS. — Academia de ciências fisicas, matematicas y naturales : Boletin.

— Universidad Central de Venezuela. Facultad de ciências escuela de Biologia : Acta Biologia Venezuelica.

OCÉANIE

Australie

ADÉLAÏDE. — Institute of médical and veterinary science : Annual Report of the Council.

— University : The australian journal of expérimental biology and médical science.

BRISBANE. — University of Queensland. Department of Geology : Papers.

CANBERRA. — Australian Academy of Science : Records; Reports; Year Book (1981).

SAINT LUCIA. — University of Queensland. Department of Geology : Papers.

SYDNEY. — Royal Society of New South Wales : Journal andproceeding; Sydney observatory papers.

Hawaii

HONOLULU. — Pacific Science Association : Information bulletin.

Nouvelle-Calédonie

NOUMÉA. — Centre : Rapports scientifiques et techniques 80 ; 81 ; Recueil de Travaux.



ACADÉMIE DES SCIENCES

SÉANCE DU LUNDI 20 SEPTEMBRE 1982

PRESIDENCE DE M. JEAN BERNARD

ACADÉMIE

M. Marcel Boiteux, Président de l'Électricité de France invite l'Académie à une visite du chantier de la centrale surgénératrice de Creys-MaMIle.

ANNONCES DE COURS, DE CONFÉRENCES

L'Académie est informée du programme des cours du Collège de France en Sciences mathématiques pour l'année 1982-1983.

CHAIRES

M. le Ministre de l'Éducation nationale invite l'Académie à lui présenter une liste de deux candidats à la chaire de Neuropharmacologie du Collège de France, déclarée vacante par arrêté du 6 mai 1982 (Renvoi à une commission formée spécialement).

CONGRÈS

L'Académie est informée :

1° par The Royal Society of Chemistry, du 1982 autumn meeting, qui aura lieu à Edimbourg, du 21 au 23 septembre 1982;

2° de la seconde EC Conférence sur Energy from biomass,qui se tiendra à Berlin, du 20 au 23 septembre 1982 ;

3° du XVIe Congrès international du froid. Le froid au service de l'homme, qui se tiendra à Paris, du 31 août au 7 septembre 1983 ;

4° du HP Congrès international pour la métrologie historique, qui aura lieu à Linz (Autriche); à la fin du mois de septembre 1983 ;


28 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (20 septembre 1982)

5° de la Seventh IUPAC Conférence on Physical organic Chemistry, qui se tiendra à Auckland (Nouvelle Zélande), du 20 au 24 août 1984.

DECES DE MEMBRES ET DE CORRESPONDANTS

M. le Président annonce le décès, survenu à Paris, le 11 août 1982, de M. André Aubréville, Membre de la Section de biologie animale et végétale.

Il invite l'Académie à se recueillir pendant quelques instants, en signe de deuil. La Notice nécrologique d'usage sera lue en l'une des prochaines séances.

DESIGNATIONS

M. Alain Horeau est désigné pour représenter l'Académie à une des réunions du Comité de coordination de la MIDIST (Mission Interministérielle de l'Information Scientifique et Technique) qui aura lieu à Paris, le 28 septembre 1982 ;

M. René Truhaut est désigné pour représenter l'Académie au sein du jury pour l'attribution des Prix du « Conseil supérieur des Installations classées » et « Raymond Delaby ».

PLIS CACHETÉS

A la demande de l'auteur, le pli cacheté accepté en la séance du 22 février 1982 et enregistré sous le n° 16308 est ouvert par M. le Président. Le document qui en est retiré sera soumis à la Section des Sciences mécaniques.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

Les Ouvrages suivants sont offerts en hommage à l'Académie :

— par M. Jean-Claude Pecker : B stars with and without émission lines, monographie éditée par le C.N.R.S. et Histoire de l'Astronomie classique, par PAUL COUDERC. AvantPropos de Jean-Claude Pecker.

— par M. Maurice Roy : Le corps des Ponts et Chaussées, par MM. ANDRÉ BRUNOT et ROGER COQUAND. Il s'exprime en ces termes :

MONSIEUR LE PRÉSIDENT, MES CHERS CONFRÈRES,

C'est pour moi un honneur — dont je sais gré à ceux qui me le proposèrent et à notre Président qui me l'a accordé — que de présenter aujourd'hui un important ouvrage que le Centre National de la Recherche Scientifique vient de faire paraître dans sa collection intitulée : « Histoire de l'Administration française ».

A ce sujet on doit louer le C.N.R.S. d'avoir fondé une telle collection qui contribue, de façon notable, à l'histoire même de notre nation et de sa civilisation.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (20 septembre 1982) Vie Académique — 29

L'ouvrage en question s'intitule : « Le Corps des Ponts et Chaussées ». Il est l'oeuvre de Messieurs André Brunot et Roger Coquand, tous deux Ingénieurs Généraux de ce Corps, actuellement en retraite, celle-ci apparemment très studieuse à en juger par l'importance et la qualité de leur travail en commun. A l'invitation que je me suis permis de leur adresser pour avoir l'occasion de vous les présenter en personne, ces auteurs ont répondu favorablement.

Il serait impossible de résumer ici, en cette présentation, l'ouvrage dont il s'agit, magnifique volume de 915 pages, bourré de références selon les exigences d'une contribution extrêmement sérieuse à l'histoire d'un sujet dont ils ont vécu une modeste partie au cours, notamment, de hautes fonctions de leurs carrières respectives, connaissances énormément élargies et approfondies pour la rédaction de cet ouvrage avec un souci prédominant d'exactitude et d'objectivité.

Le lecteur reconnaîtra lui-même ce souci en constatant la sérénité et la mesure des appréciations exprimées occasionnellement sur les hommes en cause ou sur le fonctionnement de leurs services, et en constatant aussi que sont rapportées, à côté d'opinions favorables, des opinions défavorables émises sur les Ingénieurs de ce Corps, par Balzac notamment, ou présentées devant des Assemblées ou émises dans la presse. Je dois donc souligner que, selon l'exigence de l'honnêteté historique, les auteurs se sont tenus à la recherche d'une objectivité aussi complète que possible.

Il ressort d'un résumé assez bref des ouvrages antérieurs et remontant jusqu'à un passé lointain que la véritable origine du Corps des Ponts et Chaussées, dont l'institution fut progressive et assez lente, peut être trouvée dans l'action en ce sens du très grand Organisateur et Administrateur que fut Colbert, de même qu'il fut l'efficace instigateur de la création, en 1666, de notre Académie par le roi Louis XIV.

Cette institution progressive en France d'un premier Corps d'ingénieurs de l'État est relatée avec précision par les Auteurs. Deux dates se distinguent : en 1716 parut l'Arrêt conférant un statut à ces ingénieurs ; vingt-deux ans après, en 1738, le Contrôleur Général Orry produisit un « Mémoire instructif » précisant les buts à atteindre et les moyens à mettre en oeuvre pour constituer la nouvelle Administration des Ponts et Chaussées, dont la réalisation incomba à Trudaine, plus tard élu Membre de notre Académie.

En 1747, Trudaine fonda l'École des Ponts et Chaussées et en confia la direction à Perronet, ultérieurement appelé lui aussi à être Membre de notre Compagnie.

La conception de cette École d'Ingénieurs de l'État, première de la sorte en notre pays et sans précédent étranger, fut très originale en ce sens qu'elle associait étroitement, pour et dans la formation professionnelle, d'une part la « théorie » et la « pratique d'application » et, d'autre part, les « élèves », les « débutants » dans le métier et les « enseignants ».

Et quel plus bel éloge faire de Perronet que de constater qu'il sut inspirer, pendant un demi-siècle de direction de cette École, aux élèves qu'il forma « le désir de bien faire, d'être à la fois des techniciens de valeur et des administrateurs impartiaux et intègres ».

Notons, en passant, le grand rôle qu'un très grand ingénieur de ce Corps, Lamblardie, devenu Directeur de l'École des Ponts et Chaussées, en 1774, joua dans la fondation — 20. ans plus tard — de l'École Centrale des Travaux Publics, avec Monge et Carnot notamment, laquelle devint, en 1795 l'École Polytechnique tandis que l'École des Ponts et Chaussées en devenait École d'application, et modèle en quelque sorte pour des Écoles analogues à créer.


30 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (20 septembre 1982)

L'ouvrage abonde en précisions, avec toutes références utiles, sur l'évolution jusqu'à ce jour de la formation professionnelle des ingénieurs du Corps des Ponts et Chaussées, de la réglementation de leurs services, de leurs relations avec les autres services de l'Administration nationale, enfin des travaux marquants auxquels ces ingénieurs ont pris part dans leur service ou, par une évolution de leur carrière, dans une activité extérieure.

Ce qu'il me paraît souhaitable de souligner ici, c'est le lien permanent et étroit que les Ingénieurs dont l'histoire nous est détaillée ont entretenu avec les Sciences concernant leur métier, ou même d'autres Sciences.

A titre seulement d'exemples et en ne citant que quelques noms, dont beaucoup sont inscrits dans l'Annuaire de notre Compagnie, permettez-moi de mentionner :

— parmi les « Géomètres », au sens historique du terme : Cauchy, Liouville, Ossian Bonnet, Ribaucourt, d'Ocagne ;

— parmi les « Physiciens » : Biot, Gay-Lussac, Fresnel, Jean Becquerel ;

— parmi les « Mécaniciens » : Poinsot, Coriolis, Bresse, Barré de Saint-Venant, Nizery, Mesnager ;

— parmi les « Hydrauliciens » : Chezy, Darcy, Belgrand, Bazin ;

— parmi les « Électriciens » : Maurice Levy, Blondel, Ailleret ;

— parmi les créateurs d'industries nouvelles : Vicat pour les ciments, de Chardonnet pour la soie artificielle, Bienvenue pour le Métro, Freyssinet pour le béton précontraint ;

— parmi les constructeurs d'ouvrages très remarquables sur terre ou en mer, en France et à l'étranger : Freyssinet, Caquot, Séjourné, Considère, Pigeaud, Coyne, Rumpler, Bonnenfant.

Nul n'ignore le rôle si capital joué dans l'Aéronautique française en 1914-1918 et entre les deux guerres mondiales par Albert Caquot, non plus que le rôle important et souvent majeur que de nombreux ingénieurs du Corps des Ponts et Chaussées ont joué ou jouent, notamment, dans les Chemins de fer, l'Industrie électrique, le Transport d'énergie, les Ports maritimes et les Aéroports, pour ne citer que quelques domaines auxquels leur formation les approprie particulièrement.

La fidélité du Corps des Ponts et Chaussées à ses liens avec la Science a favorisé le développement, au cours des dernières décennies, des nombreux laboratoires de recherche et services d'étude devenus indispensables. Aujourd'hui, un effectif total de 144 Ingénieurs du Corps et de tous niveaux consacrent leur activité professionnelle à ces Services officiels d'études et recherches.

Au total, l'ouvrage que je viens de présenter et dont je vais faire hommage à notre Académie au nom de ses Auteurs me paraît leur mériter des louanges reconnaissantes que leur présence m'interdit de détailler pour ne pas offenser leur personnelle discrétion.

Je vous remercie pour votre attention.

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance :

1° Albert Einstein. Historical and cultural perspectives (Symposium en l'honneur du centenaire de la naissance d'Albert Einstein; Jérusalem, 14 au 23 mars 1979);

2° Augustin-Louis Cauchy et la pratique des Sciences exactes en France au XIXe siècle, par BRUNO BELHOSTE (Thèse, Paris) ;

3° Commissariat à l'Énergie Atomique. Rapport annuel 1981 ;

4° Musée national des Sciences, des Techniques et des Industries (Paris). Actes des Journées 1982 (9 et 10-février);


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (20 septembre 1982) _ Vie Académique — 31

5° Innovation et Société. Actes du Premier colloque : L engrenage des innovations (Paris, les 19, 20 et 21 novembre 1981);

6° Ministère des Transports. Direction de la météorologie. Rapport d'activité 1981 ;

7° Centre National d'Études des Télécommunications, CNET. Rapport d'activité 1981 ;

8° Universita degli studi di Lecce. Note di matematica, Volume 1, Numéro 1 ;

9° The Berkeley hilac heaviesl élément research program, par ALBERT GHIORSO ;

10° The new élément Hahnium, atomic number 105, par ALBERT GHIORSO, MATTI NURMIA, KARI ESKOLA, JAMES HARRIS et PIRKKO ESKOLA; Positive identification of two alpha-particle-emitting isotopes of élément 104, par les mêmes auteurs ;

11° Recherche et Technologie. Actes du Colloque national (Paris, 13 au 16 janvier 1982). Préface de JEAN-PIERRE CHEVÈNEMENT. Avant-Propos de FRANÇOIS GROS ;

12° Plantés mellifères, plantes apicoles. Rapports entre les plantes et l'abeille domestique, par EMILE RABIET ;

13° Faune de Madagascar. Crustacés Copépodes des eaux intérieures, par BERNARD H. DUSSART;

_ 14° Énergie et Société. Le choix des énergies et ses implications socio-économiques (Colloque organisé par le groupe Bellerive, Paris, 16 au 18 septembre 1981), publié sous la direction de MICHEL DE PERROT ;

15° Institut Français du pétrole. Diagraphies dans les sondages, par ROBERT DESBRANDES ;

16° Centre d'études et de recherches géodynamiques et astronomiques. Rapport d'activité 1981 ; 17° Académie des Sciences d'Autriche. Almanach pour l'année 1981 ;

18° Indian Academy of Sciences (Bangalore). Year book 1982;

19° Indian National Science Academy (New Delhi). The Year book 1982 ;

20° Evoluzione biologica e i grandi problemi délia biologia. Aspetti biologici e sociali : parassitïsmo e simbiosi (Séminaire Rome, 25 au 27 février 1981);

21° Classics in radio astronomy, édité par WOODRUFF TURNER SULLIVAN III;

22° Ontogenesis of the brain. Vol. 3. The Biochemical functional and structural Development of the nervous system (Proceedings du Symposium neuroontogeneticum tertium, Prague 1979);

23e Ciba Foundation. Symposium 89. Temperamental différences in infants and young children ;

24° Id. Symposium 90. Receptors, antibodies and disease;

25° Pollution, Politics and International Law. Tankers at Sea, par R. MICHAEL M'GONIGLE and MARK W. ZACHER ;

26e Energy in transition. A report on Energy policy and future Options, par MÂNS LONNROTH, PETER STEEN et THOMAS B. JOHANSSON ;

27° Developmental Biology. Patterns, problems, principles, par JOHN W. SAUNDERS, JR ;

28° Geomagnitnaja aktivnost i ustoicivost korpusculjarnogo polja solntsa (L'activité géomagnétique et la stabilité des plans corpusculaires solaires), par IRINAL ZOSIMOVIC;

29° Fluktuacionnaja teorija fazovykh perekhodov (Théorie de la fluctuation des phases de transition), par ALEXANDRE Z. PATASINSKU et VALERIJ L. POKROVSKIJ ;

30° Nekotorye obscie metody postroenuja razlicnykh variantof teorii obolocek (Qulelques méthodes générales de construction de différentes variantes de la théorie des gaines), par ILJA N. VEKUA;

31° Osnovy odnoelektronnoj teorii tverdogotela (Les fondements de la théorie monoélectronique des solides), par LEONID I. JASTREBOF et ALBERT A. KACNELSON;


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32° Optimizacija formy uprugikh tel (Optimisation des formes des corps élastiques), par VLADIMIR A. TROICKIJ et LEONID V. PETUKHOF ;

33° Elektriceskie effektt v radiospektroskopii (Les effets électriques en radiospectroscopie), par MAJJA D. GLINCUK, VALENTINE G. GRACEV, MIKHAÏL F. DEJGEN, ALEXANDRE B. ROSCIN et LEONIDA SUSLIN ;

34° Kromodynamika i zestkie processy pri vysokikh energijak (La cromodynamique et les processus rigides concernant les hautes énergies), par IGOR V. ANDREEV;

35° Akusticeskie kristally (Les cristaux acoustiques) publié sous la direction de M. P. CHASKOLSKOJ ;

36° Vvedenie teoriju mezmolekularjarnikh vzaimodejstvij (Introduction à la théorie des interactions intermoléculaires), par ILJA G. KAPLAN;

37° Filtr Kalmana-Boci (Les filtres de Kalman-Biouci), par K. BRAMMER et G. ZIFFLING ;

38° Khimiceskie lazery (Les lasers chimiques), par ANATOLE S. BASKIN, VALÉRY I. IGOCHIN, ANATOLE N. ORAEVSKII et VLADIMIR A. SCEGLOF;

39° Tikookeanskaja geologija, n° 1 ;

40° Poberknost. Fizika, kimija, Mekanika (Surfaces, Physique, Chimie, Mécanique) n°l;

41° Kliimiceskaja fisika n° 1.

La séance est levée à 15 h 50 mn.

P. G.


C. R. Acad. Se. Paris, t. 295 (20 septembre 1982) Vie Académique — 33

HISTOIRE DES SCIENCES

HISTOIRE DES SCIENCES. — A propos d'un pli cacheté déposé à l'Académie des Sciences par Paul Gorini le 18 novembre 1846, et ouvert le 12 février 1982. Note de André Lérissel, présentée par Edouard Boureau.

Le pli cacheté n° 687, dont on trouvera ci-joint le fac-similé partiel, est intitulé « Nouvelle méthode de conservation des substances animales ». Il a été rédigé le 1er novembre 1846, par Paul Gorini, alors Professeur de physique et d'histoire naturelle au lycée de Lodi (Lombardie).

Ces travaux justifient la publication de ce pli cacheté, pour des raisons historiques et scientifiques.

Raisons historiques : nous lisons en effet, dans le Traité des embaumements, écrit en 1853 par M. Boitard, page 478, « que le Docteur Gorini fit à Paris, il y a environ 2 ans, devant quelques médecins, et même nous croyons devant des membres de l'Institut, l'exhibition de pièces anatomiques dans un état de conservation qu'on n'avait encore jamais vu aussi parfait. Les corps entiers, ainsi que tous les organes détachés présentaient au plus haut degré leurs couleurs et leurs formes naturelles. Tout y était conservé, jusqu'au réseau veineux et aux callosités de la peau... Monsieur Gorini, en outre, assure qu'il obtient ces résultats en 3 jours, que les pièces se consolident en se séchant, et que pour préparer un cadavre entier, il ne retire aucun organe intérieur, ne fait aucune injection, et ri a conséquemment nullement besoin d'entamer la peau. Quel peut donc être un procédé si admirable? Jusqu'à présent l'auteur l'a tenu secret. Espérons qu'il le dévoilera un jour; c'est seulement alors qu'on saura si réellement il tient tout ce qu'il fait espérer ».

Nous pouvons donc, aujourd'hui, espérer lever le voile sur ce procédé, et le situer dans l'histoire des techniques de l'embaumement; nous pourrons, en outre juger l'originalité des travaux de Gorini, puisque le but primordial des plis cachetés est de réserver la priorité de l'auteur.

Raisons scientifiques : depuis l'époque des Pharaons qui utilisaient, ainsi que le rapportent Hérodote et Diodore de Sicile, de savants mélanges d'essences végétales qui retardaient la putréfaction des entrailles en attendant que l'action du natron (ou carbonate de sodium) les atteignit, jusqu'à nos jours où la Thanatopraxie connaît un succès extraordinaire, les Hommes ont désiré perpétuer, après la mort, le visage de l'être disparu, ou glorifier le souvenir des personnages célèbres de leur Histoire.

La concurrence était parfois âpre parmi les embaumeurs, qui préféraient souvent garder leur procédé secret, ce qui en rend très difficile la critique.

Le seul critère objectif qui permettrait d'éprouver le degré de conservation des cadavres consisterait à comparer les techniques utilisées sous le contrôle des spécialistes (médecins, chimistes, etc.) et, après un certain nombre d'années, à procéder à l'exhumation des cadavres afin de juger leur état de conservation, ce qui n'a pu être réalisé que très rarement.


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Cette expérience a pu être faite cependant comme va nous le montrer l'anecdote suivante, qui nous permettra également de situer le climat du milieu des embaumeurs qui vivaient en France à l'époque de Gorini.

L'Académie royale de Médecine convoqua les 21 et 23 mai 1845, Dupré, Gannal et Sucquet, dont les techniques d'embaumement étaient alors les plus en vue, et leur demanda de préparer chacun un cadavre selon leur propre méthode, et sous le contrôle de médecins et chimistes qualifiés. L'exhumation fut ordonnée un peu plus d'un an après. On constata alors que les sujets embaumés par Dupré et Gannal étaient putréfiés, et que le sujet embaumé par Sucquet n'avait aucune odeur de putréfaction : l'intégrité de la peau était parfaite, et les poils tenaient bien.

Pour être tout à fait objectif, il faut souligner que cette expérience n'était basée que sur une année de conservation.

TECHNIQUE UTILISÉE PAR P. GORINI. — Les premiers essais furent réalisés le 20 août 1842, sur des Lézards, dans le gosier desquels Gorini enfonçait des petits tubes de verre qui étaient remplis « les uns de sulfate de cuivre, les autres d'acétate de la même base ». Lorsque le liquide ne descendait plus les tubes étaient démontés et les petits cadavres exposés à l'air et au soleil dans le but de les faire dessécher.

Il semble que la pénétration des liquides ait été totale, mais les savants auxquels Gorini présenta les queues des Lézards traités, ne montrèrent pas le moindre étonnement (sic).

Loin d'être rebuté par ces premiers essais, Gorini généralisa sa technique et l'appliqua au corps humain ou à des parties détachées : la peau supérieure de la pièce permettait de confectionner une enveloppe autour d'un tube de verre par lequel étaient ensuite versés des liquides conservateurs. La conservation « était toujours obtenue, mais les pièces en se desséchant se contractaient énormément ; la peau se pliait, se vidait et la couleur primitive était perdue ». Selon l'auteur les résultats ne furent pas meilleurs en changeant les liquides : solution incolore à base de potasse, de soude, de zinc, alun, acide tartrique, etc.

Avec l'esprit de vin, c'est-à-dire l'alcool éthylique, les résultats paraissaient meilleurs, mais « à la longue, les pièces se couvraient de moisissures et étaient rongées par les teignes ».

Cette première série d'essais, au dire de l'auteur, ne donne donc pas des résultats concluants.

C'est alors que Gorini utilisa le bichlorure de mercure ou sublimé corrosif. Le premier

essai, daté du 21 avril 1843, explique-t-il «concerne une main de femme morte phtisique

— qui est l'une des meilleures de ma collection dans laquelle elle porte le n° 133 — la peau

est blanche et souple, les formes sont parfaitement conservées ».

Pour faciliter la pénétration des liquides, la technique se perfectionna peu à peu, puisque

le nombre de tubes fut ramené à un seul, long d'environ 2 m appliqué à l'anus, le cadavre

étant couché sur le dos.

Le liquide conservateur, qui a donné les meilleurs résultats était un mélange de : « solution alcoolique de bichlorure de mercure à 10° ou 12° sous le zéro de l'aréomètre auquel on mêle à peu près un vingtième de chlorure de calcium. Après 2 ou 3 jours le cadavre est entièrement pénétré ; alors il n'y a plus qu'à le faire dessécher... L'opération peut durer de 4 à6 mois... Les parties se conservent molles et flexibles, mais elles finissent par se raidir et acquérir une dureté supérieure à celle du bois ».

Le manuscrit de Gorini mentionne aussi les essais qu'il fit pour conserver des substances animales comestibles; mais ces essais, dit-il, ont été jusqu'à présent tout à fait incomplets.


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ÉTUDE CRITIQUE DU PROCÉDÉ D'EMBAUMEMENT DE GORINI. — Il est évidemment très difficile d'apprécier la qualité et l'originalité de ce procédé d'embaumement vieux maintenant de 136 ans.

Afin de porter un jugement aussi objectif que possible, nous avons essayé de cerner notre sujet en tenant compte :

(a) des témoignages des milieux scientifiques contemporains ;

(b) de l'efficacité et de l'originalité des produits utilisés;

(c) de l'existence possible de spécimens conservés par Gorini.

(a) Témoignages des milieux scientifiques contemporains. — Un article du Docteur Giuseppe Canziani, paru dans la « Gazetta medica di Milano (n° 32, TOMIV) », fait état effectivement « de corps entiers de quelques enfants préparés suivant la méthode de Gorini, avec toutes lles viscères, sans incision ou coupure, revêtus de leur peau d'aspect naturel et si bien conservés qu'ils avaient pris l'aspect de petits anges endormis, plutôt que de cadavres ».

Le succès de la méthode Gorini fut tel « qu'elle fit oublier la disparition de Segato, dont la réputation Vavait fait proclamer le dominateur de la putréfaction... ».

Ces jugements flatteurs, quelque peu dithyrambiques, précédèrent l'annonce d'une réunion de Professeurs de la Faculté de Médecine de Pavie, chargés d'établir un rapport sur les travaux de Gorini, le 28 juillet 1846.

Les spécimens embaumés furent classés en quatre catégories par les membres de la Commission.

Ceux de la première catégorie sont comparés aux momies égyptiennes qui sont, disentils, plus fragiles, alors que les cadavres de Gorini acquièrent avec le temps, une dureté semblable à celle du bois ou de la pierre.

Dans le deuxième lot, où l'on trouve notamment des pénis avec le scrotum, on peut observer aussi bien une dureté comme l'ivoire, ou une élasticité comme la gomme du commerce.

Dans un troisième lot, où se trouvent notamment un pied et un corps de femme, la méthode de P. Gorini atteint une grande perfection : le volume, les contours, la couleur, les rides, l'aspect moelleux ou velouté du visage sont respectés.

Enfin une quatrième catégorie notamment pour le spécimen n° 17, l'élasticité et la transparence de la peau permettent de voir les vaisseaux et les muscles ; Gorini reconnaît que la transparence de la peau se perd peu à peu, mais qu'il est capable de la restituer autant de fois qu'il veut ; par contre il peut conserver pendant plusieurs mois de suite la fraîcheur et la souplesse du corps humain.

Conclusion de la Commission :

Le rapport technique donna son avis sur deux points importants :

1° la durabilité des embaumements de Gorini : on ne peut faire que des conjonctures; il est toutefois très probable que tout ce qui a une consistance dure (ligneuse ou éburnénne), a une durée indéfinie ; en outre ces spécimens ne semblent pas hygrométriques.

Gorini soutient que toutes ses préparations sont à l'épreuve de l'air, du soleil, de la pluie et de l'eau bouillante.

2° l'utilité scientifique : elle semble très réduite du point de vue médical, mais pourrait peut-être servir aux collections zoologiques. Du point de vue social, une telle découverte peut être un inestimable réconfort sur le plan affectif, ou aider à perpétuer le souvenir de personnages qui ont eu une vie exemplaire.


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Les membres de la Commission ajoutent que la technique de Gorini semble constituer un pas en avant sur celle de Sucquet; ils ne peuvent rien conclure, si ce n'est à formuler des voeux de succès pour le Professeur Gorini, qui a su améliorer les techniques d'embaumement; ils espèrent que d'autres améliorations les feront progresser. En conséquence, la Commission décide :

— d'envoyer au Professeur P. Gorini une lettre d'éloge et de remerciements pour s'être rendu à la Faculté de Pavie avec, complaisance, et d'avoir montré ses travaux ;

— d'accorder des crédits en rapport avec la notoriété du Professeur P. Gorini, et celle de la Faculté : un prix de 1200 Lires lui fut attribué (il s'agit évidemment de lires autrichiennes puisque le Congrès de Vienne, par son acte final du 9 juin 1815, avait consacré la prépondérance de l'Autriche sur le Royaume lombardo-vénitien), en faveur de l'empereur héréditaire d'Autriche François 1er.

Comme nous le voyons, la Commission émit un jugement très prudent en disant que les préparations de Gorini représentaient un réel progrès sur celles de Sucquet considéré à cette époque (1845-1846) comme un embaumeur très sérieux, ainsi que le prouve l'anecdote rapportée ci-dessus.

La comparaison des travaux de Gorini avec ceux de Sucquet était certes élogieuse, mais elle est, à notre avis, très relative, car ce dernier avait eu Uidée de substituer le chlorure de zinc au sublimé corrosif utilisé par Chaussier et à l'acétate d'alumine de Gannal.

Or, l'humidité précipite le chlorure de zinc en séparant le chlore du métal; celui-ci devenu inerte ne joue plus son rôle actif. Comme nous le voyons, le vieillissement devient un paramètre essentiel dont il faut tenir compte, si l'on veut juger la qualité de conservation dès cadavres.

(b) De l'efficacité et de l'originalité des produits utilisés par Gorini. —Nous sommes en droit de nous demander quelle est l'originalité de sa technique.

Si nous écartons les sels de cuivre, qui selon son propre aveu, ne lui permettaient pas d'éviter la contraction des téguments et la perte de la couleur primitive, il apparaît que les meilleurs résultats furent obtenus par l'injection «d'un mélange composé d'une solution alcoolique de bichlorure de mercure et d'un vingtième en volume d'une solution alcoolique saturée de chlorure de calcium ».

Or, d'après l'« Etude historique et comparative sur les embaumements de P. Conil, parue en 1856 », Chaussier constata que le sublimé corrosif connu à l'époque sous le nom de deutochlorure de mercure, avait la propriété de conserver les matières médicales et qu'il produisait cet effet en se combinant intimement avec elles; ce produit présente malheureusement des inconvénients de plusieurs sortes, car les corps deviennent méconnaissables, la peau brunit et se tanne, le tissu cellulaire disparaît ainsi que les formes du corps.

Quant au chlorure de calcium, nous savons que c'est un très bon déshydratant qui conservera d'autant plus cette propriété qu'il est utilisé par Gorini en solution alcoolique qui a la propriété, dit-il, de rendre les tissus aussi souples que le caoutchouc, tandis que le vinaigre leur donne la transparence.

Les corps gras fondus (spermaceti, cire, stéarine) qui en se solidifiant promptement évitent que le corps ne se contracte, ji'ont pas d'action conservatrice, ils ont essentiellement un rôle plastique.

On ne peut évidemment pas mettre en doute les témoignages des personnes qui ont yu les travaux de Gorini et lui ont accordé leur confiance.


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F aut-il admettre que sa technique différait de celle de ses prédécesseurs, ou qu il se servait de produits alors interdits en France comme l'arsenic, qui fut retiré de la vente en 1846, par un décret de Louis-Philippe?

(c) De l'existence possible de spécimens conservés par Gorini. — Afin de dissiper ces doutes, il aurait été précieux de retrouver des échantillons traités selon cette technique; j'ai donc essayé de savoir si le Musée Dupuytren ou le Musée Orfila et Rouvière en posséderaient : les réponses des deux Conservateurs, auxquels je me suis adressé, ont été négatives.

CONCLUSION. — La comparaison des techniques utilisées par Gorini avec celles des anatomistes de son époque permet de conclure que le bichlorure de mercure avait déjà été employé par Chaussier, Chirurgien et Professeur d'Anatomie, mort à Paris en 1828, et que la priorité de son emploi ne peut donc être attribuée à Gorini; ce sera ma première conclusion.

Nous avons vu aussi que les avis divergent au sujet de l'efficacité de certains produits, en particulier pour le bichlorure de mercure; l'habileté du praticien et son « modus operandi », peuvent être un facteur de réussite, au même titre d'ailleurs que les conditions extérieures de travail (température, hygrométrie).

Il ne nous est donc pas possible, en l'absence d'échantillons témoins, de nous prononcer sur l'originalité des résultats obtenus; seule la possibilité de reproduire ces préparations en utilisant les mêmes produits et le même mode opératoire pourrait nous éclairer.

En se référant aux témoignages de son époque, on peut dire que les travaux de Paul Gorini, s'insèrent dans cette recherche passionnée des anatomistes célèbres qui poussèrent leurs préparations jusqu'au raffinement artistique, à l'image des écorchés célèbres d'Honoré Fragonard, le Maître Anatomiste de l'École Nationale vétérinaire d'Alfort.

Enfin, ce pli cacheté offre, à mon avis, un autre intérêt. Il souligne le rayonnement incomparable de l'Institut de France auprès des savants italiens qui le considéraient comme le dépositaire naturel de leurs découvertes, non seulement dans le domaine des sciences, mais encore dans celui de leurs applications, puisque l'Académie Nationale des Lincei, fondée en 1603, n'acquit tout son prestige qu'après la réalisation de l'Unité Italienne en 1860.

BIBLIOGRAPHIE

D. C. BAYLE, L'embaumement dans les temps anciens et modernes, 154 p., Paris, 1873.

M. BOITARD, Nouveau manuel complet du naturaliste préparateur, suivi du traité des embaumements, 504 p., Paris,

1853 (Librairie encyclopédique de Roret). G. CANZIANI Dr, Sul nuovo metodo per la conservazione dei cadaveri dei Professore Paolo Gorini (Gazetta medica

di Milano, n° 32, IV), 13 p., Milan, 1846). A. COLIEZ, La conservation artificielle des corps; historique, technique moderne des embaumements, 85 p., Paris,

1929. P. CONIL, Étude historique et comparative sur les embaumements, 58 p., Paris, 1856. DIODORE DE.SICILE, Histoire, Livre I, p. 81. M. ELLENBERGER, L'autre Fragonard, Son oeuvre à VÉcole Vétérinaire d'Alfort, 48 p., Paris, 1981, Éditions

Jupille. J. N. GANNAL, Histoire des embaumements et de la préparation des pièces d'anatomie suivie de procédés nouveaux,

349 p., Paris, 1838.


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HÉRODOTE, Texte établi et traduit par Ph. E. Legrand. Histoires II et Index analytique, 184 p. et 247 p., Paris,

1966, Société d'éditions « Les Belles Lettres ». M. L. HIRSCHFELD, Des injections capillaires (Thèse pour le doctorat en médecine du 31 août 1848, n° 223, 30 p.,

Paris).

Rapport sur divers modes d'embaumement, présentés par MM. Dupré, Gannal et Sucquet, Bulletin de

l'Académie royale de Médecine, p. 463-491, Paris, 1846-1847, (12). SUCQUET, De l'embaumement, 224 p., Aurillac, 1872.

Inspection générale des Musées d'Histoire naturelle de province, Muséum national d'Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 7523 Paris Cedex 05.



C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (27 septembre 1982) Vie Académique — 41

SÉANCE DU LUNDI 27 SEPTEMBRE 1982

PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

ANNONCES DE COURS, DE CONFERENCES

L'Académie est informée :

1° Du Programme des Cours du Collège de France pour l'année 1982-1983 en :

I,-Sciences mathématiques, Physiques et Naturelles;

II, Sciences philosophiques et sociologiques ;

III, Sciences historiques, Philologiques et archéologiques ;

2° De la Conférence qui sera faite au Palais de la Découverte par M. Jean-Claude Pecker, le 9 octobre 1982 sur L'Année géophysique internationale, le soleil et la haute atmosphère.

COMPTES RENDUS

M. Pierre Jacquinot rend compte de la réunion internationale qui a eu heu à Rome, les 23 et 24 septembre 1982 pour examiner la question de la prévention de la guerre nucléaire, il donne lecture du communiqué de presse suivant.

Les Présidents des principales Académies des Sciences, et d'autres savants venus du monde entier se sont réunis au Vatican à l'appel de l'Académie Pontificale des Sciences les 23 et 24 septembre, pour examiner la question de la prévention de la guerre nucléaire. Cette assemblée comptait 64 savants venus de l'Est et de l'Ouest, de pays développés ou en voie de développement, et beaucoup d'entre eux ont une expérience de la technologie des armes nucléaires, ainsi que des conséquences médicales et écologiques de la guerre nucléaire. Ce rassemblement de savants éminents dans l'atmosphère du Vatican pour considérer le problème de la guerre nucléaire est un événement sans précédent.


42 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (27 septembre 1982)

Dans une déclaration présentée lors d'une rencontre avec le Pape, les savants déclarent que la Science ne peut offrir au monde aucun moyen sûr de défense contre la guerre nucléaire et ses conséquences, qui incluraient la mort de centaines de millions de personnes, pourrait déclencher des changements écologiques et génétiques majeurs et irréversibles, et causer des dommages à une échelle catastrophique allant jusqu'à la disparition d'une grande partie de la civilisation et à la mise en danger de sa survivance même.

En raison de ces menaces d'une catastrophe nucléaire mondiale, les savants en appellent à toutes les nations pour qu'elles prennent un certain nombre de mesures, parmi lesquelles :

— se conformer au principe que la force ne sera pas utilisée contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un pays ;

— résoudre tous les différends ou contestations territoriales par des moyens pacifiques ;

— renoncer aux forces conventionnelles excessives, qui accroissent la défiance et pourraient conduire à une guerre nucléaire ;

— accroître les efforts pour parvenir à des accords tendant à freiner la course aux armements, en utilisant les méthodes scientifiques les plus avancées de contrôle et de vérification ;

— ne jamais être le premier à utiliser les armes nucléaires ;

— prendre toutes mesures utiles pour réduire la possibilité d'une guerre nucléaire par accident, erreur de calcul ou action irrationnelle ;

— prévenir toute nouvelle prolifération des armes nucléaires ;

— mettre fin aux hostilités immédiatement dans l'éventualité tragique de l'utilisation d'une arme nucléaire.

En raison du fait que des hommes de science ont participé à la création des armes nucléaires les savants ont jugé qu'il était de leur devoir moral d'en appeler aux dirigeants nationaux, aux dirigeants religieux, et aux gens du monde entier, pour réduire le risque d'une guerre nucléaire en évitant de recourir aux conflits militaires pour résoudre leurs différends.

Les savants lancent aussi un appel à leurs collègues scientifiques pour qu'ils s'ingénient à explorer les moyens d'éviter la guerre nucléaire, ainsi qu'à développer des méthodes pratiques de contrôle des armements.

A la suite de ce compte rendu interviennent MM. Alfred Kastler et Jean-Claude Pecker.

CONGRÈS

L'Académie est informée :

1° de l'International convention on QC circles, qui aura lieu à Séoul (Corée), du 22 au 24 novembre 1982;

2° par l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, de la Conférence internationale sur la gestion des déchets radioactifs, qui aura lieu à Seattle, du 16 au 30 mai 1983.

EXPOSÉS ET COMMUNICATIONS

Présentation par M. Jean Dausset de la Note : Polymorphisme des gènes HLA (I) : Mise en évidence d'une étroite corrélation entre des fragments d'ADN déterminés par l'enzyme de


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (27 septembre 1982) Vie Académique — 43

restriction Bgll et des antigènes HLA de classe I, par Luis Ascanio, Pascale Paul, Agnes Marcadet, Guy Mahouy, Didier Fradelizi, Daniel Cohen et Jean Dausset, Membre de l'Académie.

PRÉSENTATION DE SAVANTS

M. Bernard Pullman signale la présence de M. Youri Ovchinnikov. Il s'exprime en ces termes :

MONSIEUR LE PRÉSIDENT, MES CHERS CONFRÈRES,

J'ai le grand plaisir et honneur de vous présenter aujourd'hui le Professeur Youri Ovchinnikov, Vice-Président de l'Académie des Sciences de l'Union Soviétique.

Le Professeur Ovchinnikov est né le 2 août 1934 à Moscou, où il a fait des études extrêmement brillantes à l'Université Lomonosov. Ses exceptionnelles qualités de chercheur s'avèrent si remarquables et remarquées qu'il devient en 1963 à l'âge de 29 ans, et en cours de préparation du Doctorat-ès-Sciences, Directeur-Adjoint du célèbre Institut Shemyakin des Substances Naturelles.(qui groupe environ 700 chercheurs). Il en devient le Directeur en 1970. Il est élu membre correspondant à l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S. en 1968, Membre titulaire en 1970 et Vice-Président en 1975 à l'âge de 41 ans. En plus de ses fonctions académiques et celles de Professeur de Chimie Bioorganique à l'Université Lomonosov, le Professeur Ovchinnikov préside un nombre imposant de Comités Scientifiques et Culturels de l'U.R.S.S., tels par exemple le Conseil sur les problèmes Scientifiques et techniques de Biologie Moléculaire et de Génétique Moléculaire, le Conseil Scientifique sur les Membranes Biologiques, etc.

L'oeuvre scientifique du Professeur Ovchinnikov était et est orientée dans trois directions principales :

1° Le Professeur Ovchinnikov a joué un rôle très important dans le développement des méthodologies nouvelles, permettant d'établir les séquences des acides aminés dans les polypeptides et les protéines à l'aide de la spectrométrie de masse. Il a pu déterminer ainsi la structure primaire d'un grand nombre de substances biologiques.

2° Il a joué un rôle déterminant de pionnier dans l'établissement de conformations et l'étude de la dynamique des transformations conformationnelles d'un nombre imposant d'oligo- et polypeptides biologiquement actifs, parmi lesquels il faut citer en premier lieu le groupe si important de peptides et depsipeptides cycliques des séries des enniatines, valinomycines, antamanides, etc. On doit au Professeur Ovchinnikov d'innombrables synthèses nouvelles dans ces familles de substances et une exploration magistrale de leur dynamique conformationnelle.

3° Toutefois les travaux les plus importants du Professeur Ovchinnikov concernent l'activité inophore de ces peptides et depsipeptides cycliques en relation avec leur pouvoir antibiotique. C'est un énorme champ nouveau de recherché scientifique dans la découverte duquel il a joué un rôle décisif et dans lequel il assume le Tôle d'un des leaders mondiaux. Il a étudié à fond l'aptitude de ces différents ionophores à capter sélectivement différents types d'ions et a pu préciser l'effet de la capture sur les propriétés conformationnelles des


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substrats. Des recherches biophysiques connexes sur les membranes naturelles et artificielles lui ont permis de préciser les mécanismes possibles pour le transfert des ions à l'aide de tels ionophores à travers ces entités. Elles ont culminé par la prédiction et la préparation effective d'ionophores nouveaux à propriétés antibiotiques accrues. Dans un domaine apparenté il a effectué une magistrale exploration sur l'exemple de la gramicidine, de la structure et du mode de fonctionnement de transporteurs d'ions agissant sous formes de canaux.

4° Finalement, il a brillamment inauguré récemment ce qui pourrait être une quatrième direction dans ses travaux de pionnier, à savoir l'exploration de la structure et du mécanisme de fonctionnement de la bactério hodopsine en tant que « pompe à protons », dont elle favorise le transfert à travers les membranes. Il a en particulier réussi à localiser la position du chromophore par rapport aux chaînes polypeptidiques.

L'ensemble des travaux du Professeur Ovchinnikov a ouvert des voies nouvelles dans lesquelles travaillent aujourd'hui des équipes nombreuses de chercheurs dans différents pays du monde. Leur répercussion a donc débordé très nettement le cadre de son pays. Au sein de ses activités internationales, le Professeur Ovchinnikov a réservé une place de choix à la collaboration avec notre pays. Il est le principal coorganisateur du côté soviétique des colloques Franco-Soviétiques sur les bases physico-chimiques de la vie, qui se tiennent à intervalles réguliers alternativement en Union Soviétique et en France et qui contribuent d'une façon extrêmement efficace non seulement aux progrès scientifiques dans cet important domaine de recherche mais également à l'approfondissement des relations amicales entre les biophysiciens et les biologistes moléculaires de nos deux pays. Je suis heureux de dire que notre pays a reconnu la valeur de cet effort en le nommant, il y a quelques années, Docteur Honoris Causa de l'Université Pierre-et-Marie-Curie de Paris.

M. le Président lui souhaite la bienvenue et l'invite à prendre part à la séance.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

Les Ouvrages suivants sont offerts en hommage à l'Académie :

par M. Pierre Karli : Neurobiologie des comportements d'agression, dont il est l'auteur; il s'exprime en ces termes :

Publié dans la collection « Psychiatrie Ouverte » des Presses Universitaires de France, cet ouvrage s'adresse avant tout aux psychiatres.

Le cerveau est l'outil premier de notre liberté individuelle, l'outil grâce auquel nous forgeons et nous exprimons notre personnalité, le médiateur obligé de toute interaction sociale. Dès lors que le psychiatre se propose d'aider ses patients à mieux se servir de cet outil, il importe qu'il en connaisse les modalités de fonctionnement. Je me suis donc efforcé d'exposer à son intention l'état actuel de nos connaissances en ce qui concerne les mécanismes cérébraux qui déterminent la probabilité de déclenchement d'une réponse agressive, face à une situation donnée.

Mais je m'adresse aussi, dans la première partie de l'ouvrage, à mes collègues et amis neurobiologistes qui analysent, comme je le fais moi-même, telle ou telle modalité du fonctionnement cérébral.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (27 septembre 1982) Vie Académique — 45

Notre démarche est nécessairement une démarche analytique. Mais elle n'a vraiment d'intérêt — c'est-à-dire que les questions posées et les résulats obtenus ne sont vraiment pertinents — que si cette démarche s'inscrit dans une vision plus globale des fonctions du cerveau, et dans une appréhension plus globale des interactions entre l'organisme et son environnement.

Le cerveau a pour fonction-essentielle de « donner du sens » aux informations qu'il reçoit et qu'il traite, et d'élaborer une réponse qui corresponde au sens ainsi donné. Si le cerveau est désinséré (comme il l'est souvent dans nos démarches expérimentales, et comme il l'est trop souvent dans nos démarches conceptuelles) à la fois de son environnement habituel, de ses interactions avec lui, et de sa propre histoire, il ne peut plus fonctionner comme un organe « donneur de sens », et son fonctionnement lui-même perd beaucoup de son sens.

Enfin, je m'adresse — dans mes conclusions — à tout le monde. J'ai parlé du cerveau comme d'un organe « donneur de sens ». Mais alors se pose immédiatement la question : donner un sens

— par référence à quoi?

— aux fins de quoi ?

Parmi les références, il convient de distinguer :

— celles qui « balisent » la poursuite d'un ensemble de fins d'ordre biologique et psychobiologique élémentaires (et qui font partie intégrante de notre héritage biologique) ;

—et puis nos systèmes de valeurs et nos mythes, à la fois reflet et moteur d'une dynamique socio-culturelle.

Dans le déterminisme des conduites agressives — individuelles ou collectives — de l'Homme, ce sont ces dernières références qui jouent un rôle largement prééminent. C'est pourquoi, je ne puis être d'accord avec Roger Ikor, lorsqu'il écrit, dans le Matin de Paris de lundi dernier (20 septembre 1982) :

« Cet animal en voie d'émergence vers l'humain qu'on appelle Homme, plonge encore profondément ses racines dans la bestialité ».

Et je lui ai répondu, en quelque sorte par avance, dans la dernière phrase de ce petit livre :

« Qu'on permette à un biologiste de dire qu'à ses yeux, aucune fatalité d'ordre biologique ne saurait jamais être tenue pour responsable de ce que des Hommes se servent de certaines idées pour asservir et avilir d'autres Hommes, et de ce que des idées, potentiellement génératrices de promotion individuelle et de progrès collectif, deviennent des dogmes défendus avec intolérance et fanatisme, devenant par là même potentiellement — ou même effectivement — génératrices des pires déferlements de violence ».

par M. André Lichnerowicz : Calendar of the correspondence of Pierre Simon Laplace, par ROGER HAHN. Il s'exprime en ces termes :

A la demande de l'Office for History of Science de Berkeley et de son directeur le professeur Roger Hahn, d'origine française, j'ai l'honneur de faire hommage à l'Académie d'un catalogue-calendrier de la correspondance de Pierre-Simon Laplace, paru dans la collection des papiers d'Histoire des Sciences de Berkeley.

On sait l'importance de l'oeuvre de Laplace en mathématiques, mécanique céleste et physique puisqu'on lui doit les premières lois élémentaires de l'électricité. Ce catalogue


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recense de 1771 à 1827 toutes les lettres actuellement connues écrites par Laplace ou adressées à Laplace, à l'exception d'un fond situé à Palerme, de lettres de Laplace à Giuseppe Piazzi auquel Roger Hahn n'a pu avoir accès.

Parmi les correspondants figurent les premiers savants de l'époque, Condorcet, Euler, Buffon, d'Alembert, Lagrange certes, Lavoisier, Delambre, Biot, Herschel, Gauss, Bessel, Humbolt, Fourier, mais aussi notre confrère le Général Bonaparte, devenu Napoléon. En dehors des lettres d'intérêt directement scientifique, le catalogue a retenu toute la correspondance administrative et aussi la correspondance privée d'un grand intérêt en ce qui concerne le milieu que Laplace a fréquenté au cours de sa vie et ses réactions vis-à-vis de ce milieu familial ou mondain.

L'établissement de ce catalogue a demandé presque 20 années et sur les sep-centquatre-vingt-dix pièces énumérées, les deux tiers étaient inconnues et restent non publiées. Le travail fait permettrait la publication rapide de la correspondance de Laplace. Il serait hautement souhaitable que notre Compagnie apporte son soutien moral à une telle entreprise à laquelle le C.N.R.S. devrait participer par une subvention.

par M. Jean-Claude Pecker : L'Astronomie a cent ans, numéro spécial de la revue fondée par CAMILLE FLAMMARION en mars 1882.

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance :

1° International council of scientific unions, I.C.S.U., 1982, Year book;

2° Bottled Energy. Electrical engineering and the évolution of chemical energy storage, par RICHARD H. SCHALLENBERG.

La séance est levée à 16 h.

R. C.


ACADÉMIE DES SCIENCES .

SÉANCE DU LUNDI 4 OCTOBRE 1982

PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

DÉCÈS DE MEMBRES ET DE CORRESPONDANTS

M. le Président annonce le décès, survenu à Montpellier le 5 septembre 1982, de M. Pierre Châtelain, Correspondant pour la Section des Sciences de l'Univers. Il invite l'Académie à se recueillir en silence pendant quelques instants. La notice nécrologique d'usage sera déposée en l'une des prochaines séances.

NOTICES NÉCROLOGIQUES

sur Charles Guillaud,

Correspondant pour la Section de Physique,

par M. Louis Néel

L'Académie des Sciences vient de déplorer la disparition, le 31 décembre 1981, après une longue maladie, de Charles Guillaud, élu correspondant le 17 mars 1975.

Charles Guillaud naquit le 8 mai 1900 à Champier, dans l'Isère. Sorti en 1919 de l'École Normale d'Instituteurs de Grenoble, il entre en novembre 1922, après son service militaire, à l'Institut électrotechnique de Grenoble et en sort avec le Diplôme d'Ingénieur Électricien. Nommé professeur en 1925 au Collège Moderne de Strasbourg, il y enseigne jusqu'en 1939 tout en acquérant, comme ingénieur-conseil de la société ELCOSA, des connaissances de première main sur les problèmes industriels du secteur de la T.S.F. et de l'électronique.

C'est en 1932, qu'après avoir acquis une licence ès-sciences, il aborde la préparation d'un thèse dans le célèbre laboratoire de magnétisme que dirigeait Pierre Weiss, à la


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Faculté des Sciences de Strasbourg. D'abord boursier de la Caisse Nationale des Sciences, bientôt devenue Centre National de la Recherche Scientifique (C.N.R.S.), il ne cesse plus désormais d'appartenir à cet organisme au sein duquel il devient Directeur de Recherches en 1951, après avoir soutenu en 1943 une thèse de doctorat.

Le laboratoire de P. Weiss constituait un centre de recherches extrêmement vivant qui entretenait, chose assez rare à l'époque, des relations internationales aussi développées que fécondes. Appuyé sur le prestige de son directeur et la mise en oeuvre de techniques expérimentales originales et précises, il constitua le foyer d'un développement qui permit à l'École Française de Magnétisme de prendre une part importante aux découvertes spectaculaires qui, dès 1930, jalonnèrent pendant deux décennies l'histoire du magnétisme.

Arrêté dans ses activités en 1939 par la déclaration de guerre, Guillaud, affecté spécial aux laboratoires du C.N.R.S. de Meudon-Bellevue, mit au point des détecteurs de mines terrestres et aida André Lallemand à réaliser un barrage infrarouge à longue portée utilisé avec succès quelques années plus tard. Quelques mois après l'armistice et grâce en partie à du matériel récupéré à Strasbourg, notamment un gros électro-aimant, il put reconstituer ses installations et reprendre à Bellevue les recherches commencées à Strasbourg.

L'activité scientifique de Charles Guillaud comporte trois volets distincts et importants : des travaux originaux de recherche fondamentale relatifs à de nouveaux composés ferromagnétiques et aux ferrites spinelles; la création, la direction et l'animation d'un des plus importants laboratoires du C.N.R.S. et enfin une fructueuse collaboration avec l'industrie dans la fabrication et la mise au point de nouveaux matériaux utilisables aux hautes et hyperfréquences. Examinons-les successivement.

Vers 1935, les seuls ferromagnétiques connus se limitaient au fer, au nickel et au cobalt et à leurs composés, auxquels venait tout juste de se joindre le gadolinium. Les voisins du fer dans le système périodique des éléments, chrome et manganèse, ne sont en effet que de simples paramagnétiques, dont la susceptibilité magnétique est indépendante de la température, bien que leurs sels possèdent un fort paramagnétisme obéissant à la loi de Curie-Weiss. Charles Guillaud, auquel Pierre Weiss avait confié l'étude des composés de manganèse, ne tarda pas à montrer que la plupart des composés binaires de cet élément, avec As, Sb, Bi, N ou Sn,..., étaient ferromagnétiques. Cette découverte apportait une confirmation décisive à l'hypothèse selon laquelle les actions entre deux atomes porteurs d'un moment magnétique tendent à aligner antiparallèlement ces derniers lorsque les atomes sont trop près l'un de l'autre, il y alors antiferromagnétisme et c'est le cas du manganèse métallique. En écartant suffisamment les atomes, comme cela se passe dans les composés du manganèse, les interactions tendent à aligner parallèlement les moments atomiques et donnent naissance à un ferromagnétisme.

Parmi ces composés, MnBi, MnAs et MnSb présentent un grand.intérêt : ils sont en effet hexagonaux, avec la structure cristalline de NiAs, et possèdent une très grande anisotropie magnétique qu'on peut étudier avec précision sur des monocristaux. C'est ainsi que Guillaud put enrichir la littérature des premières données détaillées et précises sur" l'anisotropie des ferromagnétiques non cubiques et sa variation thermique qui est considérable jusqu'à présenter des changements de signe. Il compléta cette étude par celle du cristal de cobalt qui est aussi hexagonal.

En réduisant en poudre le composé MnBi. dont l'anisotropie est dix fois plus grande que celle du cobalt, Guillaud montra que le champ coercitif devenait d'autant plus grand que les grains étaient plus fins. Il fabriqua ainsi des aimants permanents aux caractéristiques


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exceptionnelles, mais malheureusement beaucoup trop sensibles aux variations de température. Mais ces résultats restent extrêmement intéressants du point de vue de l'histoire de l'hystérésis ferromagnétique et de son interprétation. En effet, lorsque les grains sont devenus suffisamment petits pour ne contenir qu'un seul domaine élémentaire et ne plus renfermer de parois de Bloch, lorsqu'il n'y a pas de tensions internes et que l'anisotropie magnétocristalline du corps étudié est suffisamment élevée pour que l'anisotropie de forme du grain ait des effets comparativement négligeables, les variations de l'aimantation macroscopique ne proviennent plus que de la rotation de l'aimantation spontanée sous l'action de forces connues. Les travaux de Guillaud ont ainsi apporté une contribution importante à l'étude de l'aimantation par rotation ainsi isolée de celle qui provient des déplacements de parois.

L'étude du cristal de Mn2Sb a fourni également des résultats originaux : les deux atomes de manganèse que contient la maille cristalline présentent des environnements et des moments magnétiques différents. Leurs interactions sont telles qu'ils se disposent antiparallèlement aux basses températures. Ce composé a ainsi fourni le premier exemple d'une substance métallique ferrimagnétique. L'oeuvre de Guillaud est riche d'autresrésultats nouveaux. Citons par exemple MnNi3 qui, de ferromagnétique dans l'état ordonné, devient paramagnétique lorsque le désordre s'établit, la transition ferroantiferromagnétique de MnAs au voisinage de 45°C, le ferromagnétisme de Cr02 et de CrTe, et bien d'autres.

En 1948, dès que la théorie du ferrimagnétisme permit de comprendre les propriétés magnétiques des ferrites spinelles, Guillaud aborda l'étude de ce type de composés. Ses premiers résultats sur les ferrites mixtes de nickel et de zinc apportèrent une frappante confirmation de la nouvelle théorie tout en apportant la preuve de son intérêt pratique.

Ces trop brèves indications suffisent cependant à montrer la place importante que les trayaux de l'auteur tiennent parmi l'ample moisson de résultats expérimentaux et théoriques qui ont renouvelé de 1930 à 1950 nos connaissances fondamentales sur le magnétisme des solides.

C'est en 1945 que Charles Guillaud créa le laboratoire de Magnétisme de Bellevue, transformé l'année suivante en Laboratoire de Magnétisme et de Physique des Solides (L.M.P.S.), « laboratoire propre » du C.N.R.S., dont il assura la direction jusqu'à sa retraite en 1970. Avec deux ou trois personnes au départ, ce Laboratoire atteignait un effectif de 150 personnes en 1970, dont 30 Docteurs d'État ou-Docteurs-Ingénieurs, et avait à son actif plus de 500 publications ainsi que la préparation et la soutenance de 45 thèses de dénominations variées.

Sous l'impulsion et avec la participation soutenue de son directeur, des secteurs variés du magnétisme s'y développèrent successivement : magnétostriction des ferrites et des oxydes de fer et de cobalt, résonance et rapport gyrômagnétique, relaxation et. désaccomodation des ferrites, ordre directionnel, traînage magnétique, effets Hall et Faraday... Mais, en dehors de cette activité centrée sur le magnétisme, Guillaud dès 1954 eut l'intuition de la richesse des propriétés et des applications des semi-conducteurs, notamment pour l'utilisation de l'énergie solaire, et constitua un deuxième groupe de chercheurs qui se développa ensuite avec une grande autonomie et dont l'activité était axée sur les propriété électriques du silicium, du germanium, sur les antimoniures et tellurures, et sur leurs applications : photopiles et thermopiles. De grands succès furent atteints : en 1960 par exemple des photopiles françaises de 14 % de rendement.


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Disons maintenant un mot des activités du L.M.P.S. et de son directeur dans les applications des ferrites. Diverses raisons concourent à leur donner une importance privilégiée dans la technique des hautes et surtout hyper-fréquences : leur caractère d'isolants électriques, les prix généralement très bas des matériaux utilisés dans leur fabrication et enfin la bonne connaissance théorique de la gamme très variée de leurs propriétés électriques et magnétiques, modulable à volonté, liée à la richesse des compositions possibles des ferrites mixtes, grâce notamment à la substitution aux ions ferriques d'autres ions trivalents, comme ceux d'aluminium ou de chrome. La formation initiale de Charles Guillaud, son expérience et celle de ses collaborateurs sur l'élaboration des matériaux magnétiques et sur l'étude et l'interprétation de leurs propriétés les conduisirent naturellement à s'intéresser à leurs applications. C'est ainsi qu'une collaboration s'instaura entre le L.M.P.S. et l'industrie, notamment la Société des Lignes Télégraphiques et Téléphoniques (L.T.T.) dans le domaine de la pupinisation où des réductions considérables de poids et de volume furent obtenues. Ce furent ensuite les ferrites pour hyperfréquences, radars, lignes à sens unique, mémoires d'ordinateurs,... donnant ainsi à la France une avance certaine dans l'utilisation de ces matériaux. Dans cette technologie, le rôle du L.M.P.S. consistait essentiellement à préciser les microstructures reproductibles et bien définies nécessaires pour obtenir les qualités désirées : taille des microcristaux, porosité, tensions mécaniques, degré d'oxydation,... jusqu'à par exemple la précipitation dans les joints de grains d'éléments tels que le calcium pour isoler électriquement les grains les uns des autres, tout en conservant macroscopiquement une grande perméabilité magnétique.

Les résultats de ces recherches firent l'objet d'une trentaine de brevets et additions, pris par le C.N.R.S. qui en concéda ensuite des licences d'exploitation, en particulier à L.T.T., mais des accords furent aussi conclus sur le plan international avec I.T.T. et ses filiales. La responsabilité de la transposition industrielle était-entièrement laissée aux sociétés exploitantes, le L.M.P.S. n'intervenant plus à ce stade que comme conseil. Cette forme de collaboration entre le C.N.R.S. et l'industrie, si heureusement mise en oeuvre par Charles Guillaud, est assez exemplaire. Elle est certainement préférable quand elle est possible à une politique de contrats de recherche sur des objectifs déterminés, trop étroitement limités, confiés à des laboratoires publics et financés par l'industrie.

Cependant, cette politique n'a pas été toujours bien comprise au sein même du C.N.R.S. et a donné naissance à de regrettables malentendus. Les choses sont heureusement en train de changer.

Telle fut l'oeuvre scientifique de Charles Guillaud. Si elle traduit bien les qualités de l'homme, elle montre aussi l'utilité et l'adéquation à son objet de l'organisme au sein duquel elle a été intégralement accomplie : le C.N.R.S. Cette réussite fut couronnée en 1961 par la Médaille d'Or de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale et par le Grand Prix de la Technique de la Ville de Paris. Il était en outre Officier de la Légion d'Honneur et Commandeur de l'Ordre National du Mérite.

Mais Guillaud reçut aussi la Médaille d'Or de la Ville de Meudon, car, loin de s'enfermer dans la tour d'ivoire de son laboratoire, il prit aussi une part active à la vie publique : venu en 1945 résider à Meudon avec sa famille, il fonda en 1965, avec quelques amis, le Comité de Sauvegarde des Sites de Meudon. Cette association qu'il présida et anima jusqu'à la veille de sa mort joua un rôle extrêmement bénéfique dans la vie de la cité : rénovation de l'avenue du Château et de la Grande Perspective, établissement d'un plan raisonnable d'occupation des sols, minutieusement étudié et concerté, protection de


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la forêt de Meudon et des étangs de Villebon et de Meudon contre la pollution, en collaboration avec l'Office National des Forêts. Il s'opposa aussi, comme membre de la Commission Départementale des Sites, au projet de la rocade intercommunale des Hauts-de-Seine qui aurait coupé Meudon en deux.

A côté des scientifiques, ses amis ainsi que les meudonnais conserveront le souvenir de Charles Guillaud.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

Les Ouvrages suivants sont offerts en hommage à l'Académie :

— par M. Jean-Jacques Trillat : Principles of quantitative X-Ray Fluorescence Analysis, par ROBERT TERTIAN et FERNAND CLAISSE. Il s'exprime en ces termes :

J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie des Sciences un Ouvrage intitulé « Principes de l'Analyse quantitative par fluorescence des Rayons X ».

Cet Ouvrage a été écrit en anglais en collaboration entre M. Robert Tertian, Docteur es Sciences, Ingénieur de Recherches chez Pechiney et Rhône Poulenc, et par M. Fernand Claisse, Professeur au Dept. of Mining and Metallurgy à l'Université Laval à Québec. Tous deux sont des spécialistes éminents de l'analyse quantitative par fluorescence des rayons X.

M. Tertian, en particulier, est le type même du Chercheur industriel, travaillant dans un Laboratoire industriel à des problèmes de recherches fondamentales, appliquées immédiatement à la solution de problèmes techniques. Le Professeur Claisse est un Universitaire orienté vers la recherche appliquée et technologique.

Cet important Ouvrage fait la somme de nos connaissances sur l'analyse par fluorescence X. Il comporte plusieurs parties : 1. Physique des Rayons X. 2. Théorie de rémission de fluorescence des Rayons X. 3. Analyse quantitative de spécimens homogènes. 4. Spécimens hétérogènes. 5. Préparation des spécimens et techniques de mesures.

Le tout admirablement présenté et d'une lecture très claire.

Ce livre marque, je pense, une date dans la théorie et les applications d'une des plus importantes méthodes d'analyse des matériaux par les rayons X.

— par M. Jean-Claude Pecker : L'Univers, par PAUL COUDERC, avant-propos de JEANCLAUDE PECKER.

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance : 1° Charles Ehresmann. OEuvres complètes et commentées. Supplément II au volume XXII (1981), Des cahiers de topologie et géométrie différentielle;

2° Contribution aux réseaux d'automates, par MAURICE MILGRAM (Thèse, Compiègne). A 15 h 15 mn, l'Académie se forme en Comité secret.



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COMITE SECRET

Adresse de l'Académie des Sciences

à

Monsieur le Ministre

de l'Éducation Nationale

sur

La loi d'orientation des enseignements supérieurs

Introduction. I. Les missions des universités et des enseignements supérieurs. II. L'enseignement et les diplômes.

III. La recherche scientifique.

IV. Les moyens de travail.

V. Les personnels des universités et des enseignements supérieurs. VI. La formation des maîtres. VII. Les universités et les écoles d'ingénieurs. VIII. Quelques remarques sur les structures universitaires. IX. Les grands établissements scientifiques. Conclusion.


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INTRODUCTION

Les enseignements supérieurs en France sont dispensés principalement par les universités, les grands établissements et les écoles d'ingénieurs dépendant de plusieurs ministères ou ayant un statut semi-public ou privé.

Examiner la variété des situations héritées du passé, les qualités et dangers de l'état présent et formuler la totalité des souhaits raisonnables pour l'avenir est hors du propos, des possibilités et même de la compétence de l'Académie des Sciences. C'est pourquoi, nous ne présentons nullement une étude d'ensemble.

En revanche, l'Académie des Sciences réunit des hommes de science qui, tous, se sont nourris des enseignements supérieurs français et les ont, à leur tour, nourris, soit comme professeurs dans les universités, les établissements ou les écoles, soit par leurs travaux scientifiques, soit au sein des laboratoires ou instituts publics, semi-publics, privés, scientifiques ou industriels qu'ils ont dirigés.

Ceci constitue une expérience vécue et une connaissance des méthodes et des moeurs indispensables à la réussite de ce redoutable devoir naturel : « assurer pour la France des enseignements supérieurs fondés sur le progrès de la science et des techniques, respectueux de tous et utiles aux hommes ».

C'est pourquoi, l'Académie des Sciences vous adresse, Monsieur le Ministre de l'Éducation Nationale, non pas une étude exhaustive, mais un petit nombre de recommandations sur des points qui lui paraissent devoir être pris en compte dans les textes en préparation.

Puisque notre Compagnie est une Académie des Sciences, notre propos s'attachera surtout aux enseignements supérieurs scientifiques. Ce terme « enseignements supérieurs scientifiques » est pris dans son sens large et englobe les enseignements scientifiques, médicaux et techniques.

Puisque nous nous adressons à vous, Monsieur le Ministre, notre propos s'attachera surtout aux établissements supérieurs qui relèvent de votre département ministériel et principalement aux universités.


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I. LES MISSIONS DES UNIVERSITES ET DES ENSEIGNEMENTS SUPÉRIEURS

Les missions des universités sont multiples : enseignement, formation générale, recherche scientifique, formation à la vie active, formation permanente, participation à la vie culturelle, régionale et nationale, rôle international... Nombre de documents les ont répertoriées et analysées.

Dans le concert des avis, chaque corps, chaque famille d'esprit, chaque groupe social, souligne, comme le plus urgent, l'aspect qui lui paraît le plus négligé. Et nous parvient aujourd'hui l'écho d'un souci dominant : « il est urgent _ de professionnaliser les enseignements supérieurs ». Même si ce néologisme est peu élégant, ce souci est légitime et tout au long de cette adresse, nous indiquerons les voies qui nous paraissent les plus sérieuses pour mieux préparer la jeunesse universitaire à la vie active et professionnelle.

Mais formulée de cette façon, avec ce caractère de priorité logique, cette manière de regarder le problème nous paraît excessive. Rien ne serait plus déraisonnable que d'opposer comme antagonistes ces deux rôles de l'université : initier à la connaissance scientifique, à la rigueur et à la culture d'une part, et préparer à la vie professionnelle d'autre part.

Nous voudrions saisir l'occasion de ce débat pour donner clairement notre opinion à ce sujet, le long des quatre points suivants.

— La mission fondamentale, originelle et originale, des enseignements supérieurs, et tout le reste en dépend, y compris la professionnalisation, est de toute autre nature. Cette mission fondamentale présente deux faces inséparables :

transmettre un savoir et une réflexion mûris au jour le jour : c'est la formation générale des cadres scientifiques ;

faire reculer la limite du connu et de l'inconnu : c'est la recherche scientifique.

Ces deux faces sont inséparables parce que chacun sait que la seconde nourrit directement la première. Et chacun sait, ou doit savoir, que la réflexion de l'enseignant, lui-même chercheur, pour comprendre, enchaîner et expliquer clairement, irrigue la seconde, c'est-à-dire la recherche elle-même. Telle est la double démarche que les professeurs des enseignements supérieurs accomplissent quotidiennement au service des étudiants, des chercheurs et des lecteurs de leurs ouvrages. Et qui le ferait dans ce pays, . sinon ce corps universitaire de haute qualité?

La capacité à préparer les étudiants à la vie active ne doit être nullement négligée. Mais elle se déduit et doit se déduire de plus en plus de la vitalité créatrice de cette double mission fondamentale : la formation générale et la recherche scientifique.

De fait, il serait injuste de prétendre que les enseignements supérieurs ne mènent pas à la vie professionnelle. C'est inexact évidemment pour les écoles, mais même pour les universités et les grands établissements. 'Il est clair que nous pouvons compter par


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centaines de milliers les cadres et animateurs de ce pays qui doivent leur situation et leur compétence à leur passage dans les universités : médecins, pharmaciens, psychologues, juristes, avocats, magistrats, administrateurs, banquiers, économistes, journalistes, éditeurs, traducteurs, fonctionnaires internationaux, diplomates, experts, ingénieurs, inventeurs, représentants scientifico-commerciaux, industriels, gérants des coopératives et des communautés, animateurs culturels, artistiques et éducatifs, fonctionnaires de tous les ministères, professeurs de tous les degrés...

Si de surcroît, nous évoquons, en les honorant, les milliers de personnes qui se sont hissées par leur énergie et l'équilibre de leur caractère dans de telles professions, sans être passées ni par les écoles, ni par les universités, nous dirons encore qu'elles ont bénéficié, volontairement ou insensiblement, de tous les enseignements supérieurs animés et proposés dans ce pays par les articles, les conférences, les livres, les colloques, les réunions, l'action culturelle qui en sont issus.

Évoquons enfin les nombreux étrangers qui sont venus au Collège de France, au Muséum National d'Histoire Naturelle, au Conservatoire National des Arts et Métiers et dans nos universités. Ils appliquent dans leur pays, parfois dans la peine, toujours avec respect et reconnaissance, ce qu'ils ont appris chez nous. Même si, sur ce sujet, un effort constant de développement est indispensable, prendre comme prémices que les enseignements supérieurs ne mènent pas à des professions est tout simplement inexact.

— Il reste que l'ambition, de voir nos universités toujours mieux adaptées à d'heureux développements dans la vie professionnelle, est noble et utile. De constants efforts d'invention et de création sont à faire. Mais il est stérile et suicidaire d'en faire le but premier. Une réglementation trop stricte, instaurant systématiquement la « professionnalisation » des filières de l'enseignement supérieur, provoquerait l'asphyxie et le dépérissement de ce qui reste encore aujourd'hui notre meilleure ressource nationale pour faire face aux difficultés actuelles.

En effet, nous le répétons, c'est cette mission première de formation scientifique générale et de recherche scientifique, qui garantit la vitalité, l'actualité, l'à-propos, la créativité et la faculté d'adaptation de nos enseignements supérieurs. La préparation à la vie active doit, certes, en découler comme les eaux d'irrigation proviennent de la source. Des milhers d'efforts, accomplis par des milliers de volontaires adaptés aux professions, aux usages, aux besoins, aux nouveautés, s'organisent à partir de cette source féconde. Et ceci nous a déjà donné toutes nos filières à finalité professionnelle : DESS, IUT, maîtrises de sciences appliquées, maîtrises de sciences et techniques, instituts d'université, écoles d'ingénieurs, ENSI, écoles d'application, cycles de spécialisation, préparation aux concours de recrutement des professeurs de l'enseignement secondaire et technique, préparation aux concours sur titres des écoles, diplômes d'ingénieur-docteur, nombre de doctorats de spécialité (3e cycle) et de doctorats ès-sciences.

— Pour multiplier ces efforts, ces inventions spontanées et ces diversifications des filières, longues ou courtes, greffées sur l'arbre universitaire et tournées vers la vie professionnelle, il faut surtout qu'ils soient encouragés et reconnus. Ceci veut dire, et ce serait nouveau et- important, que chaque invention ne soit pas suspecte, mais accueillie, respectée et étudiée. Et, si le projet est cohérent et comporte des débouchés, il doit être habilité au niveau judicieux et aussitôt financé. Les structures disponibles sont légion :


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elles pourront empiriquement se diversifier. Ce ne sont pas tant les structures qui font souvent défaut que l'accueil compréhensif, le respect, l'habilitation et le financement.

La solution moderne aux problèmes d'une société complexe n'est pas dans une organisation venue du sommet. L'invention et l'adaptation aux besoins sont filles de la créativité des universitaires et, par conséquent, sont locales. L'habilitation et l'aide financière sont nationales.

RECOMMANDATION

L'Académie des Sciences recommande que les universités et les autres établissements d'enseignement supérieur en France, comme dans les pays où l'université est créative, soient définis et soignés comme les lieux où s'opèrent au premier chef et à un haut niveau d'excellence :

la formation générale des cadres scientifiques

la recherche scientifique.

L'Académie des Sciences recommande que jamais ne soient opposées cette vitalité scientifique de nos universités et la redoutable mission qui lui est confiée de mener la jeunesse à la vie active. Tout au contraire, c'est de la vitalité scientifique que naît la créativité en tous domaines, y compris dans la multiplication des débouchés, spécialisations et filières les mieux adaptés aux besoins de la Nation.



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H. L'ENSEIGNEMENT ET LES DIPLÔMES

1. Obtenir les grades et diplômes de l'enseignement supérieur est difficile

Le premier point qu'il ne faut jamais craindre de souligner franchement est le suivant : « il est difficile d'obtenir les diplômes de l'enseignement supérieur. Cette difficulté est croissante de grade en grade universitaire ».

Il y a démocratisation, quandles études sont ouvertes sans considération de fortune ou de famille. Il y a démagogie, quand on dit que tout le monde peut réussir à l'université. Il y faut beaucoup de travail et de réflexion. Ce serait une grave injustice envers la Nation de décerner des diplômes qui ne consacreraient pas l'acquisition d'une compétence et d'un savoir-faire authentiques.

L'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur doivent discerner, de degré en degré, les étudiants les plus aptes à obtenir des diplômes de plus en plus élevés. L'effort croissant entrepris depuis des années pour que cette sélection ne soit pas faite sur les seules facultés d'abstraction est à poursuivre fermement. Il. doit être tenu grand compte, notamment du travail pratique, de la méthode, du savoir-faire, de la clarté, de l'esprit d'entreprise... toutes aptitudes précieuses dans la vie active.

Mais il faut être clair. L'université n'est pas une garderie en attendant le service militaire pour les uns, et la vie professionnelle pour tous. Les enseignements, examens et concours sont difficiles. Y réussir est une entreprise sérieuse qui nécessite de se construire d'année en année par le travail, la réflexion, l'adaptation à la vie concrète des scientifiques. Ce labeur est sérieux, de la même façon qu'est considérée comme sérieuse la formation des joueurs de tennis, des virtuoses, des comédiens, des pilotes de ligne et des cosmonautes.

Dire que l'université est ouverte à tous ceux qui ont les capacités de suivre ses enseignements, quelle que soit leur origine sociale est une proposition exacte en droit et qu'il faut rendre exacteen pratique. Dire qu'on peut s'y cultiver, s'y instruire et y acquérir une qualification, est juste. Mais dire que tout le monde doit « passer » par l'université, c'est-à-dire y réussir, est une proposition illusoire et démagogique qui ne peut engendrer que déception et révolte.

2. Sélection et orientation

Ceci pose le problème de la sélection avec lequel il ne faut pas ruser, car il est généralement mal posé.

En premier point, il faut voir clairement qu'il y a dans tout système une sélection. Devant un nombre limité de situations, il y a obligatoirement sélection. Si le diplôme est donné à tous, c'est-à-dire si on supprime pratiquement les examens, le choix se fera sur recommandations ou relations ; on favorisera l'intrigue ou le bavardage. Si l'examen est trop abstrait, l'esprit concret sera éliminé. S'il est fait appel abusivement à la mémoire, alors la logique, la rigueur, l'imagination ne seront que fortuitement sélectionnées... Toute


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action, tout système, toute vie comporte une sélection : c'est pourquoi il faut être attentif à la nature des diplômes et à la nature de la sélection.

Sur la nature des diplômes, tout a été dit : contrôle continu des travaux pratiques et théoriques, des stages, des capacités de rigueur, de clarté, d'imagination.

Sur la nature de la sélection, ce qu'il faut pourchasser c'est la sélection par l'échec. Or, nous la constatons trop souvent dans les premiers cycles et les premières années de nos universités. Une foule, non orientée, est engagée dans une voie unique, souvent sans aptitude. Une fois le cycle parcouru, le couperet tombe et désigne une minorité d'élus en rejetant la majorité sans issue de secours.

Nous proposons de remplacer, systématiquement et à tous les niveaux, la sélection par l'échec, par l' orientation sélective pratiquée au cours de chaque cycle d'enseignement, en vue du choix personnel d'une filière avant le cycle suivant.

L'orientation sélective est une orientation vers une diversité de voies adaptées à chacun. Elle repose sur les quatre pratiques suivantes.

— Le développement considérable de l'information sur les filières ouvertes. Chaque lycéen, chaque étudiant, chaque enseignant doit disposer d'un inventaire des multiples filières ouvertes à la sortie du cycle en cours, inventaire assorti d'indications chiffrées sur les débouchés.

— L'incorporation de l'orientation dans le cycle même, avant l'échéance. Nous recommandons de renoncer à la notion de cycle d'orientation à tous les niveaux. C'est une pratique qui prépare à la sélection par l'échec. Au contraire, chaque cycle secondaire ou supérieur doit intégrer dans son propre déroulement l'étude réfléchie de l'orientation future. Le travail a, dans ce cas, un but, non pas de « sortir en aveugle », mais de préparer une orientation de façon responsable.

— L'orientation sélective qui est l'affaire commune des élèves et des étudiants d'une part, des enseignants d'autre part, dans les cycles secondaires et supérieurs. Cette entreprise fait partie de la fonction des enseignants au lycée, à l'université, de même que dans les laboratoires. Telle est la raison pour laquelle des séries de propédeutique de 200 étudiants sont absurdes. Conversations, séances de travail, étude de la documentation en commun sont nécessaires. Au terme d'une filière, chacun doit être aidé à trouver une situation. Il existe un grand nombre d'universitaires chevronnés dont tous les élèves, diplômés ou docteurs, ont trouvé d'emblée une situation. C'est l'honneur de leur état.

— Enfin, nous proposons d'une manière ferme de cesser de considérer que le diplôme de sortie d'un cycle (baccalauréat, DEUG, licence, maîtrise) est automatiquement le droit d'entrée dans le cycle suivant. Nous proposons de disjoindre les deux fonctions d'une manière claire. Compte tenu de tout le travail et de toutes les aptitudes révélées au cours d'un cycle, sont délivrés :

le diplôme de sortie, utilisable dans la fonction publique et reconnu par les conventions collectives ;

un certificat d'accès à telle ou telle filière suivante. L'instauration de cette double pratique oblige maîtres et élèves à étudier à l'avance les filières possibles, y compris les multiples filières courtes. On ne choisit pas le but de son voyage après, mais avant la sortie de l'autoroute. Elle fait cesser une ambiguité séculaire sur la signification du travail et des examens. Elle introduit la clarté dans l'acquisition successive des diplômes universitaires.


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RECOMMANDATION

Avec toutes les modalités possibles selon les disciplines, l'Académie des Sciences recommande ;

que le souci de l'orientation dans chaque cycle ne soit pas reporté au cycle suivant, ce qui mène à la sélection par l'échec : maîtres et élèves doivent traiter ce souci eux-mêmes pendant le cycle lui-même ;

qu'un énorme effort soit fait pour la diffusion de l'information sur la variété des filières courtes ou longues, avec appréciation de leurs difficultés et de leurs débouchés ;

que le nombre des filières courtes, appréciées par les employeurs et demandées par les étudiants, se diversifie en une grande variété à l'initiative des établissements, avec habilitation du ministère ;

que chaque élève ou étudiant reçoive en fin de cycle un diplôme de sortie, distinct d'un certificat d'accès à telles ou telles filières aval. Dans les deux cas, l'étudiant doit être apprécié sur l'ensemble du cycle pour l'ensemble de ses capacités : travail, méthode, clarté, imagination, facultés concrètes et abstraites, travaux pratiques, stages, examens, etc.

3. Le premier cycle

Le premier cycle qui donc doit accueillir des étudiants aptes à poursuivre des études supérieures est, par définition, un cycle d'adaptation, d'initiation, d'orientation. C'est tout au long de la scolarité qu'étudiants et enseignants doivent ensemble calculer l'orientation de chacun. Si l'enseignement scientifique de premier cycle doit, pour une bonne part, être confié a des professeurs expérimentés qui ont beaucoup réfléchi et peuvent tirer, au sens noble, « la leçon des choses », l'enseignement pratique doit de préférence être donné aux plus jeunes, parce qu'ils sont au courant des filières, passerelles, perspectives et difficultés qu'ils viennent de vivre.

Pour faire face à cette double mission d'initiation scientifique et d'orientation, l'Académie recommande que chaque université organise un « collège d'enseignement du premier cycle » avec un directeur, un responsable pour chaque DEUG, un responsable par discipline et des équipes pédagogiques.

4. Diplômes nationaux et diplômes d'université

Il est clair que le niveau des principaux diplômes traditionnels doit être garanti à l'échelle nationale. Pour ce faire, un canevas national est proposé et l'université présente son propre projet. Ensuite, il y a habilitation pour une période de quelques années. Ce système est bon, car la faculté d'invention et de proposition est laissée à l'université et l'Éducation Nationale habilite et finance. C'est le contraire d'un système centrifuge.

Parallèlement, il est légitime et souhaitable que les universités puissent inventer et mettre en oeuvre de nouveaux diplômes : filières particulières, spécialités originales, ingéniosités diverses. Ici, c'est l'université qui habilite. Et sur une réussite confirmée par l'expérience, elle demande une habilitation nationale à délivrer un diplôme d'université, ce qui entraîne un financement et la prise en charge nationale des enseignements correspondants.

Nous proposons de maintenir les diplômes nationaux avec leur canevas commun et leur marge d'initiative et les diplômes d'université avec leur liberté d'invention. Ainsi, une fois encore, l'initiative et l'invention sont confiées à ceux qui sont aux prises avec les réalités,


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la reconnaissance éventuelle de l'effort entrepris étant assuré par habilitation et financement nationaux.

Cependant, il faut noter que les diplômes nationaux délivrés dans nos universités ne sont pas décernés après des examens nationaux par des examinateurs différents des professeurs qui ont distribué l'enseignement. Ceci les distingue des autres diplômes et concours nationaux. Il nous paraît donc important de les « personnaliser », chaque diplôme national décerné étant assorti de l'indication de l'université qui l'a accordé. Par exemple, « diplôme national de maître es sciences de physique, décerné par l'université de Grenoble ».

5. Les maîtrises es sciences

Les maîtrises es sciences sont actuellement des diplômes nationaux, qu'elles soient de sciences fondamentales ou de sciences appliquées. Les universités proposent. L'Éducation Nationale habilite ou non pour un temps. Le système est bon.

Ce sont ces maîtrises es sciences qui assurent la mission fondamentale scientifique générale qui est là première face de la mission fondamentale des universités. Leur découpage date de 1968. L'expérience acquise permettrait sans doute de réviser quelque peu ce découpage en fonction de cette mission première : la formation générale. En effet, les maîtrises de mathématiques, physique et chimie sont peut-être trop peu différenciées, tandis que les maîtrises des sciences de la vie sont trop précises et trop nombreuses. Il est clair que la voie est étroite entre le souci d'une bonne formation et celui d'une initiation à toute une discipline.

Il est important que dans les maîtrises es sciences soient introduites des options d'adaptation à la vie active (langue, économie, informatique, dessin scientifique, etc.). Ici, à nouveau, l'ingéniosité et les possibilités concrètes de chaque université peuvent jouer.

6. Les doctorats

— Il existe actuellement quatre doctorats. Le doctorat d'université et les trois doctorats délivrés par l'État.

Le doctorat d'université

Soyons brefs sur le doctorat d'université qui est une formule ancienne, libérale et très précieuse. L'autorisation de s'inscrire et de soutenir, qui ne dépend que de l'université, peut être accordée à une personne n'ayant aucun diplôme. Nombre d'amateurs, d'érudits, de personnes autodidactes, d'étrangers, ont pu ainsi accéder à un doctorat en présentant de bons mémoires. Ce doctorat ne donne aucun droit, mais c'est un honneur pour l'auteur et un honneur pour l'université qui le décerne. Nous recommandons de ne pas céder à une tentation jacobine et de respecter ce vieil usage qui, libéral, n'a que des avantages et aucun inconvénient. Nous pourrions citer d'illustres travaux qui furent reçus comme doctorats d'université.

Les doctorats délivrés par l'État

Ils sont actuellement de trois natures : le doctorat de spécialité (3e cycle), le diplôme de docteur-ingénieur et le doctorat es sciences.

En fait, le doctorat de spécialité .(3e cycle) et le diplôme de docteur-ingénieur sont de niveaux analogues et peuvent être ici considérés simultanément. En effet, le premier


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nécessite le DEA et justifie l'obtention d'une bourse de deux ans. Le second nécessite un diplôme d'ingénieur habilité et deux ans d'inscription.

Notre système actuel revient donc à un système à deux niveaux : le doctorat court et le doctorat es sciences. Cette dualité convient bien à nos institutions universitaires, mais elle se présente différemment vis à vis des employeurs privés et des équivalences étrangères.

Du côté des employeurs privés, nous remarquons que la plupart d'entre eux préfèrent le doctorat court, attestant d'un entraînement sérieux à là recherche et au travail scientifique et permettant le recrutement d'éléments jeunes.

Du côté de l'étranger, la situation est mauvaise. Notre doctorat du 3e cycle n'est considéré comme l'équivalent ni des divers doctorats étrangers, ni du Ph. D. anglo-saxon, même à qualification égale. Notre doctorat es sciences est considéré comme trop long et d'un niveau trop élevé. Si bien que trop d'étrangers désertent nos universités pour la préparation de leur doctorat, nos deux niveaux ne correspondant pas à la qualification qui leur serait nécessaire.

— Après de longues réflexions, l'Académie propose de retenir un doctorat unique et une habilitation.

Le doctorat unique

Nous approuvons la formule figurant dans la loi de programmation de la recherche d'un doctorat unique dont la préparation durerait de 3 à 5 ans, y compris le DEA(1). Cette durée pourrait varier à l'intérieur de ces limites selon les disciplines. En mathématique, physique, chimie, sciences de l'ingénieur, la thèse en deux ans paraît un bon choix. Les sciences de la terre et les sciences de la vie demandent sans doute une durée plus longue. Dans certains domaines au moins, le rôle de formation et de sélection par le DEA devrait être renforcé.

Le doctorat unique devrait être exigé pour le recrutement à partir du grade de maîtreassistant dans les universités, à partir du niveau chargé de recherche au CNRS et dans tout poste d'ingénieur de recherche.

L'habilitation

Il est d'usage en France, pour le recrutement des professeurs, des maîtres et directeurs. de recherche, et des chercheurs de haut rang, d'ouvrir une compétition. Il est normal dans de telles compétitions, de tenir compte de tout un ensemble de critères scientifiques et humains. Des délibérations soigneuses, souvent longues, aboutissent à des élections, dans -les conditions que nous examinerons plus loin.

Mais dans tous les cas, la valeur et la qualité des travaux personnels et originaux sont des éléments fondamentaux d'appréciation, qui doivent être pris en compte.

A cet effet, il nous paraît indispensable de créer une « habilitation » un peu à l'image de ce qui est pratiqué dans certains pays étrangers et qui consacre une oeuvre scientifique personnelle et originale. Elle serait acquise après une présentation à un jury de tirés à part

(1) Nous estimons que les candidats ingénieurs peuvent obtenir leur DEA au cours de leur troisième année d'études. Par contre, il ne nous paraît pas souhaitable qu'une équivalence soit accordée automatiquement à tout étudiant ayant un titre d'ingénieur diplômé, et ceci quelle que soit l'école dans laquelle il a obtenu ce diplôme.


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ou d'un mémoire exposant la recherche et au terme d'une soutenance. Le jury, qui doit comprendre une très forte majorité de spécialistes et une majorité de personnalités étrangères à l'université, appelé à décerner l'habilitation, fait connaître ses appréciations sur le travail qui lui a été soumis et sur l'habilitation prononcée par deux rapports explicites, susceptibles de faire référence.

Il importe de souligner que la formule doit être très souple et qu'elle peut revêtir des formes les plus diverses selon les situations des intéressés et les traditions des disciplines. En particulier, elle doit laisser le candidat libre de conduire ses recherches et de les publier comme il l'entend. C'est le seul résultat des travaux et la maîtrise scientifique qu'ils attestent, qui sont jugés sans qu'interviennent d'autres contraintes ou d'autres considérations.

Lors des concours et compétitions, cette habilitation, non juridiquement nécessaire, constituerait cependant un élément d'appréciation très important lors d'une élection dans un des emplois ci-dessus mentionnés ou plus généralement lors du recrutement de tout animateur de recherche dans une entreprise publique ou privée.

Si le système, ici préconisé, est retenu, les doctorats de 3e cycle et les doctorats-ingénieur devront donner l'équivalence au nouveau doctorat et les doctorats es sciences l'équivalence à l'habilitation.

7. Les filières spécialisées dans les sciences appliquées

Nous rappelons, ici, que la majorité des diplômes à caractère fondamental mènent à la vie professionnelle et bien au-delà de l'enseignement et de la recherche qui, d'ailleurs, sont des activités tout à fait professionnelles. Nombre de maîtres es sciences, de docteurs de spécialité, de docteurs es sciences entrent dans l'économie et l'industrie qui se chargent de leur adaptation. En bref, nous considérons comme une erreur sémantique et logique d'opposer, par blanc et noir, deux enseignements distingués par le sort de leur bénéficiaire. C'est l'homme qui fait sa carrière : nombre de docteurs sont devenus de grands ingénieurs et nombre d'ingénieurs sont devenus de grands professeurs. Ce qui est vrai des hommes illustres, l'est aussi de chacun.

Il n'empêche que se sont, à juste titre, multipliées dans les universités et les grands établissements, des filières dont le but, clairement défini, est le débouché dans les sciences appliquées, l'économie et l'industrie.

Il existe une grande variété de formules et une très grande variété de niveaux. Et cette double variété est souhaitable et doit être suivie et développée empiriquement au long des années.

Les principales formules sont les suivantes :

Instituts universitaires de technologie (IUT).

Maîtrises es sciences appliquées. Maîtrises de sciences et techniques.

Diplômes d'études supérieures spécialisées (DESS).

Troisièmes cycles à caractère appliqué. Cycles et diplômes de spécialisation.

Recyclages de sciences appliquées.

Préparations aux concours administratifs.

Préparations aux concours des écoles et grandes écoles.

Instituts d'université.


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Écoles d'ingénieurs et en particulier écoles nationales supérieures d'ingénieurs (ENSI).

Tout ceci représenté une ingéniosité séculaire.

Les premiers instituts de faculté ont été créés au début du siècle par des professeurs qui, dans leurs régions, rencontraient les besoins et l'appui des industries.

Les instituts universitaires de technologie (1) créés en 1966 représentent une formule originale, bien appréciée par les industriels, qui offre aux étudiants un débouché direct sur la vie active, tout en permettant à ceux qui s'en montrent capables de poursuivre leurs études dans des voies variées. Ce type de filière courte, dotée au sein d'une université de l'autonomie et de la liberté d'initiative nécessaires, a fait ses preuves. L'existence des IUT ne saurait donc être remise en cause. S'il apparaissait souhaitable de développer des formations universitaires courtes à vocation professionnelle, il conviendrait de le faire en utilisant la formule des IUT ou, tout au moins, en s'inspirant de très près des principes qui ont fait leur succès. Il est en particulier important de maintenir dans tout cycle court conduisant à la vie professionnelle la possibilité, pour les étudiants qui en ont à la fois le goût et les capacités, de poursuivre et d'approfondir leur formation scientifique et technique.

La création, plus récente, de nos trois instituts polytechniques nationaux regroupant des écoles d'ingénieurs, constitue elle aussi une heureuse initiative qui mérite-d'être mentionnée.

Il est clair que, si l'Éducation Nationale elle-même perçoit des besoins, son devoir est d'en signaler l'urgence, de donner son appui et d'offrir si nécessaire une structure appropriée. Mais le travail se fera par l'ingéniosité, le savoir-faire et l'énergie des universitaires eux-mêmes. Le rôle principal de l'Éducation Nationale est d'accueillir et de reconnaître les projets, c'est-à-dire de les étudier et, dans le cas favorable, de les habiliter pour un temps et de les financer.

RECOMMANDATION

Nous vivons une période où, à juste raison, sont évoqués les efforts de décentralisation, déconcentration, régionalisation, autogestion et augmentation des responsabilités de chacun.

C'est pourquoi nous recommandons que l'organisation des enseignements et des diplômes soit le résultat d'un double mouvement centripète et centrifuge. Dans un premier mouvement, sur des canevas nationaux clairs et avec des possibilités aussi variées que possible, les initiatives sont prises par les universitaires au sein des universités et des grands établissements; leurs projets sont présentés au ministère. Dans un second mouvement, l'Éducation Nationale étudie les projets, leur accorde ou non une habilitation sérieuse et assuré un financement correct.

L'initiative des universitaires s'adapte au terrain, aux difficultés, aux chances et aux nouveautés. Et l'autorité du ministère, avec le conseil de ses commissions de spécialistes, officialise les entreprises. A l'opposé de la méthode centralisatrice et bureaucratique, cette procédure représente une gestion de l'enseignement supérieur par une double confiance.

(') On pourra pour plus de détails,se reporter au rapport de l'Académie « Les Sciences Mécaniques et l'Avenir Industriel de la France », p. 124-132. La Documentation Française, décembre 1980.



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III. LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

La recherche scientifique est, comme on l'a vu, l'une des deux faces de la mission fondamentale des enseignements supérieurs. Que ceci soit souvent mal perçu par le grand public, par analogie avec les enseignements primaires et secondaires, incline à toujours le souligner. De fait, le corps universitaire des grands établissements et des universités est le corps le plus important des chercheurs de ce pays. Dans certaines disciplines, il représente une forte majorité, comme en mathématique (90 % des chercheurs).

L'Académie des Sciences a rédigé, voici moins d'un an, un « Message au Colloque national sur la Recherche et la Technologie ». Ce message (1) a été largement diffusé. Il traite le problème d'ensemble de la recherche scientifique qui s'exerce dans de multiples organismes publics, privés ou mixtes. Aujourd'hui, il est ici seulement question de la recherche dans les universités et les grands établissements qui dépendent du Ministère de l'Éducation Nationale.

La recherche scientifique, dans les universités et les grands établissements, est séculaire et les découvertes qui lui sont dues sont si nombreuses qu'on rougirait de citer des noms qui sont ceux de nos avenues, de nos rues et de nos places. Depuis un demi-siècle, la recherche universitaire est intimement mêlée à celle du CNRS dont la fondation et le développement sont, pour une très large part, oeuvres d'universitaires. Depuis un quart de siècle, toutes sortes de liens se sont tissés avec les organismes spécialisés de recherche, anciens ou récents, créés dans d'autres ministères : INSERM, ORSTOM, INRA, CEA, BRGM, ONERA, CNET, CNES, CNEXO, INRIA..., ainsi qu'avec les centres de recherche privés. Il reste que la recherche universitaire reste la plus nombreuse par le nombre des chercheurs, comme par le nombre des laboratoires.

Cette vocation des universités et des grands établissements est capitale et l'Éducation Nationale ne doit l'aliéner pour aucune raison. Non pas parce qu'il s'agit d'un trésor exclusif, tout au contraire. Les recherches qui s'épanouissent hors de « l'Aima Mater » doivent être aidées et l'ont toujours été par les universitaires. La raison de fond est qu'il n'y a pas d'enseignement supérieur vivant s'il n'est appuyé sur une recherche scientifique vivante. C'est au jour le jour que les connaissances s'acquièrent et que la réflexion se poursuit. Sans cette vitalité scientifique, l'enseignement des cadres scientifiques et des futurs chercheurs qui sont confiés à l'Éducation Nationale serait ruiné.

Il est commun d'entendre dire que c'est la recherche fondamentale qui est la mission propre des universités et des grands établissements. Et ceci ne va pas sans le soupçon que cette recherche « ne sert à rien » et que le gros de l'effort doit aller aux recherches finalisées et appliquées. Ce type de discours est une énormité. Nous avons à nouveau souligné, dans

(1) Message de l'Académie des Sciences au Colloque National Recherche et Technologie : Comptes Rendus de l'Académie'des Sciences, supplément de la Vie Académique de décembre 1981, tome 293, p. 1 à 30, chez Gauthier-Villars,-11, rue Gossin, 92543 Montrouge Cedex.


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le « message » de décembre 1981, que les recherches fondamentales, finalisées, appliquées, et le développement, ont une structure en réseau avec des influences réciproques immédiates et constantes. Nul ne peut prévoir ce qui sera utile. Les universitaires qui ont découvert la folliculine, la pénicilline, le pompage optique, la radioactivité, le radar, la microsonde électronique, la culture des tissus, n'ont-ils pas irrigué la science appliquée? Réciproquement, nombre de découvertes de science fondamentale se sont produites dans des centres ou instituts de recherche appliquée. Dans cet immense réseau en intercommunication qu'est la recherche scientifique, tout sert à tout. Et, puisqu'il s'agit des universités et des grands établissements de l'Éducation Nationale, la rigueur du langage exige qu'une unique locution soit utilisée : celle de recherche scientifique, en sachant que les conséquences directes ou indirectes, attendues ou inattendues, proches ou lointaines, sont quotidiennes et innombrables.

Faut-il encore souligner que la recherche est un terrain privilégié où se sont développées, surtout ces dernières années, des relations et des coopérations fécondes entre les laboratoires universitaires et les laboratoires extérieurs et que, par suite, cette recherche constitue un élément essentiel de la collaboration universités-industries qui doit encore s'affirmer.

Résumons ces trois traits de la recherche scientifique confiée à l'Éducation Nationale. D'abord, elle représente le corps le plus puissant parmi les corps scientifiques du pays. Ensuite, elle est indispensable, par définition et sous peine de mort, à un enseignement méritant le nom à'enseignement supérieur. Enfin, si elle accroît nos connaissances et la rigueur de la pensée, elle est aussi « utile », au sens habituel du mot, par l'infinie variété de ses conséquences sur la santé, l'agriculture, l'industrie, le progrès technique et la vie des hommes.

C'est pourquoi la recherche scientifique de l'Éducation Nationale doit être soignée et non délaissée et aliénée, comme c'est le cas depuis 12 ans pour des raisons incompréhensibles. Nous y reviendrons au chapitre suivant, mais nous soulignons dès maintenant que les sommes mises par les enseignements supérieurs à la disposition des laboratoires eux-mêmes pour la recherche ont depuis 12 ans un. pouvoir d'achat divisé par un facteur au moins égal à 3, dans les cas les plus favorables.

Mais il faut bien le reconnaître, la recherche universitaire ne souffre pas seulement d'un manque de crédits, mais aussi de certaines faiblesses structurelles que l'Académie a maintes fois signalées.

Une première faiblesse tient au grand nombre d'enseignants-chercheurs ayant tous le droit et le devoir de faire de la recherche, alors que les Pouvoirs Publics n'ont pas les moyens de leur permettre d'en faire dans de bonnes conditions. Voici ce qu'écrivait notre Compagnie dans un rapport destiné au Ministre des Universités il y a cinq ans ('), après avoir analysé ce déséquilibre :

«Allons au fond, car personne n'a voulu jusqu'ici regarder en face l'ensemble du problème : l'expansion à outrance de l'enseignement supérieur, destinée à répondre à l'afflux des étudiants et à se rapprocher d'eux, a entraîné une mutation de fait dans la situation des enseignants. Ceux-ci ont toujours été recrutés sur une estimation de leur aptitude à la

C) Rapport de l'Académie sur les difficultés actuelles de la recherche scientifique française, 4 juillet 1977.


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recherche, leur aptitude pédagogique étant rarement considérée. Le niveau de recrutement a été abaissé au moment des grands besoins sans que le principe ait été modifié. Le nombre d'heures de service est toujours calculé de façon à permettre uniformément à tous les enseignants d'exercer la fonction de recherche dont on leur répète, avec raison, qu'elle est essentielle au maintien du caractère original de leur enseignement. Or, l'ordre de grandeur des crédits disponibles est peut-être le tiers de celui qui serait nécessaire pour donner à tous les moyens nécessaires à une recherche fructueuse.

Selon toute probabilité, les crédits supplémentaires qui pourraient être accordés à la recherche fondamentale au cours des prochaines années seront faibles, quel que soit le régime politique de la France. Actuellement, l'octroi de crédits massifs aboutirait d'ailleurs à un gaspillage. Tout ce que l'on peut demander aux Pouvoirs Publics, en dehors des mesures ponctuelles qui seront précisées dans les voeux de l'Académie et dont on peut espérer des améliorations immédiates, c'est un examen approfondi de la condition des enseignantschercheurs en vue d'une planification à long terme ».

L'Académie revenait sur cette difficulté (1) dans son rapport de 1980 déjà cité et concluait :

« C'est une situation à laquelle on ne voit aucune issue et dont la gravité n'est pas à ignorer ».

Aujourd'hui où sont reconsidérées les vocations des universités et les conditions d'emploi et les missions des personnels universitaires, sans doute le moment est-il venu de mettre en chantier cet « examen approfondi » qui devrait permettre, progressivement et sans précipitation,, d'assainir une situation si grave qui grève, au départ, toute politique de renouveau de la recherche universitaire.

Une deuxième difficulté porte sur l'animation, l'évaluation et les modalités de financement de la recherche universitaire. En ce qui concerne l'animation, l'Académie ( 2) a salué l'heureuse création de la Mission de la Recherche il y a quelques années, tout en regrettant que, vis-à-vis des grandes directions du ministère, son rôle reste relativement mineur. Notre Compagnie a donc apprécié, Monsieur le Ministre, votre décision de créer une Direction de la Recherche au sein de votre ministère.

En ce qui concerne l'évaluation, nous rappellerons, en premier heu, l'avis que nous exprimions il y a deux ans ( 3) : « Il faut écarter, en particulier, tout projet de constituer auprès de la Mission de la Recherche, une structure d'évaluation analogue à celle du comité national ». Mais ceci ne doit pas conduire à remettre à chaque université la totalité de la responsabilité de cette évaluation et, par suite, de la répartition des crédits. Car les structures actuelles d'une université ne permettent ni à son président, ni à son conseil scientifique d'éviter pratiquement une distribution quasi uniforme de ces crédits.

Sur les modalités de financement de la recherche universitaire, nous estimons que les propositions ( 4) faites par l'Académie il y a deux ans sont toujours valables. Sans en reprendre ici l'exposé détaillé, nous rappelons qu'il était demandé d'éviter un saupoudrage uniforme ; et pour y parvenir, la procédure suivante était recommandée : une fois assuré

(1) « Les Sciences Mécaniques et l'Avenir Industriel de la France », pages 332-335.

( 2) Rapport cité page 334.

( 3) Rapport cité page 524.

( 4) Rapport cité pages 524-525.


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le minimum de ressources nécessaire à l'existence de chaque équipe, distribuer les crédits supplémentaires de la recherche universitaire au moyen de contrats pluriannuels accordés sur dossier comportant un exposé des motifs et un projet de recherche.

L'évaluation pourrait se faire grâce à une structure très légère, placée auprès de la Direction de la Recherche, qui piloterait l'examen du dossier en recueillant l'avis de deux ou trois experts.

RECOMMANDATION

L'Académie des Sciences recommande que l'Éducation Nationale inscrive la recherche scientifique, au même titre que l'enseignement, comme essentielle à la mission, à la qualité et à l'efficacité des universités et lui rende en quelques années ses moyens de travail devenus dérisoires.

Elle souhaite que soit entrepris un examen approfondi de l'emploi des personnels enseignants, en vue de donner aux chercheurs de l'université des conditions de travail satisfaisantes.

Elle propose que l'augmentation substantielle des crédits de la Direction de la Recherche au ministère serve à valoriser le potentiel d'enseignants-chercheurs de l'enseignement supérieur en donnant à cette direction la possibilité de développer une politique de contrats pluriannuels au bénéfice de projets précis de recherche (1).

(1) Rapport cité page 542.


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TV. LES MOYENS DE TRAVAIL

Si les missions d'enseignement supérieur et de recherche scientifique sont considérées comme précieuses par la Nation, on est obligé de constater que les moyens qui parviennent aux laboratoires des universités n'ont cessé de décroître depuis 12 ans.

Non pas que le budget des universités n'ait pas été augmenté chaque année, en fonction des possibilités du budget national, mais ceci n'a pas empêché une grave décroissance pour les laboratoires eux-mêmes. Nous en signalons deux raisons : la première fut la création de nouvelles universités, ce qui augmentait le nombre des « bénéficiaires ». Ceci eut d'heureux effets pour mettre l'université à la disposition des moins favorisés. Toutefois, on a mal résisté, dans beaucoup de ces universités neuves, non dans toutes certes, à la tentation de développer la palette des possibilités des anciennes, alors qu'il fallait se spécialiser dans des vocations scientifiques originales. La seconde est que le coût de la vie n'est pas du tout le même pour les laboratoires scientifiques que pour la ménagère française.

Les conséquences sont désastreuses. Nous en présentons quelques-unes en une sèche énumération.

— Les crédits de fonctionnement des universités n'ont pas suivi les coûts. Les présidents ont du mal à payer le chauffage, l'électricité, les frais généraux. Le nettoyage est réduit, l'entretien des bâtiments exsangue ; même les bâtiments neufs se dégradent. Les présidents sont obligés de prélever une part croissante du budget « recherche » pour faire face à des dépenses incompressibles : c'est très grave.

— Les crédits d'enseignement et de travaux pratiques sont devenus minimes : quelques centaines de francs par étudiant. Comment assurer les enseignements à l'amphithéâtre, en salle de travaux pratiques ou de travaux dirigés, pendant les stages? Il y faut de la documentation, des livres, des appareillages, des produits chimiques, des frais de transports. Ces dotations sont misérables et le budget « recherche » est sollicité à nouveau.

— Les crédits de recherche affectés réellement aux laboratoires voient leur pouvoir d'achat s'affaiblir d'année en année par l'addition d'effets défavorables : à peine augmentés chaque année, sévèrement rognés par les chapitres précédents et utilisés à l'achat de fournitures scientifiques aux prix galopants, leur pouvoir d'achat est 3 ou 4 fois moins grand, selon les cas, qu'il y a 12 ans. Qui supporterait de telles contraintes sans périr ? Il est impossible de supposer que l'essor considérable de la recherche scientifique universitaire, tel qu'il s'est produit entre 1950 et 1970, puisse se poursuivre dans ces conditions. L'essentiel du temps des chefs de laboratoires et des chefs d'équipes scientifiques est consacré à freiner les dépenses et à chercher des voies latérales de financement.

— Les crédits d'équipements lourds sont ventilés entre les universités qui les ventilent, à leur tour, entre les disciplines. C'est la pulvérisation. On réussit ici et là à dégager des financements pour des 1/4 ou 1/5 d'appareils qui se complètent en plusieurs années. Ou


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bien, par des processus diplomatiques, on coalise les financements de plusieurs organismes pour une réalisation. Ceci est excessif. Il est vrai qu'aucun appareil lourd ne peut être obtenu, si l'université ne l'a pas fermement demandé avec l'appui d'un dossier bien étudié. Mais ensuite, c'est au ministère de donner, à tour de rôle, chaque année, des machines complètes aux urgences premières et l'année suivante aux urgences nouvelles. L'État ne finance pas un vingtième d'aérodrome dans 20 localités pendant 20 ans.

— Les crédits « bibliothèque » : le XIXe siècle a créé les bibliothèques des institutions scientifiques et la fin du xxe siècle va procéder à leur fermeture. Ceci veut dire qu'on néglige le prix de la lecture et de la culture, qu'on suppose qu'un chercheur ou un enseignant n'a pas besoin de lire et que les traités, ouvrages et revues étrangères sont inutiles. Nombre de grands établissements, d'universités, d'écoles, d'instituts scientifiques ont des bibliothèques nourries en un siècle et qui se meurent. Une ligne « bibliothèque scientifique » est à ouvrir au budget de l'enseignement supérieur. Encore convient-il que chaque université ait le souci de bien organiser et de rationaliser l'emploi des sommes dépensées par ses laboratoires dans l'achat de livres ou dans des abonnements.

— Les crédits « publications » : il existe « encore » de grands établissements de l'enseignement supérieur à l'échelle nationale, ou des universités, ou des instituts scientifiques qui publient des revues scientifiques renommées. Ces publications de mathématiques, de lettres, d'archéologie, de sciences expérimentales, naturelles ou médicales se meurent. Certaines ne survivent que par un prélèvement sur les crédits « recherche ». Pendant 30, 50 ou 100 ans, ces revues ont garni les rayons des bibliothèques du monde, en publiant les thèses et les découvertes françaises. Devons-nous les éteindre une par une? Une ligne « publication » est à ouvrir au budget de l'enseignement supérieur pour que puissent être sauvées les revues dont la qualité et le rayonnement auront été indiscutablement reconnus.

RECOMMANDATION

Si les universités et les enseignements supérieurs sont reconnus comme une préoccupation nationale majeure, il faut que leurs moyens de travail soient restaurés après 12 années de dégradation constante. Aucun autre corps de l'État n'accepterait de voir les siens divisés par quatre ; tel est pourtant le sort actuel des universités. Pour garder le trésor vivant, pour lui redonner le dynamisme que nous avons connu et pour garantir l'indépendance du travail, nous recommandons que soit établi, en dépit des difficultés actuelles que traverse notre pays, un plan de redressement étalé sur cinq ans, prévoyant à la fois l'augmentation des crédits et les garanties d'un judicieux emploi par les universités.


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V. LES PERSONNELS DES UNIVERSITES ET DES ENSEIGNEMENTS SUPÉRIEURS

Les personnels enseignants des universités ont double mission : l'enseignement et la recherche. Chacune de ces missions, irrigue l'autre. Et chacune de ces missions est lourde en elle-même. Quel que soit le poids de ces deux tâches, elles sont indispensables et doivent être menées de front.

Ces deux missions sont accomplies par deux corps universitaires : celui des maîtresassistants et celui des professeurs où l'on distingue les professeurs de 2e classe, de lre classe et de classe exceptionnelle. Personne ne peut garantir à l'avance, sans démagogie, que l'énergie, les compétences et l'efficacité s'amplifieront automatiquement sur ce trajet. C'est pourquoi les nominations dans un corps et les promotions de grade doivent être maintenues et faites exclusivement au choix, en fonction du talent, et du talent seul.

1. Les critères du choix

Les nominations dans un corps, le passage d'un corps à l'autre et les promotions de grade doivent être faites en fonction de critères qui doivent être respectés aussi bien par les instances consultatives que par l'autorité qui nomme. Ces critères peuvent être rassemblés sous quatre rubriques :

qualités scientifiques de chercheur, reconnues notamment par l'habilitation

qualités pédagogiques (enseignement — diffusion des connaissances) ;

qualités de gestionnaire d'un service d'enseignement

qualités d'animateur d'un service de recherches.

2. Commissions ou conseils consultés

Les nominations et changements de grade sont des opérations de grande importance. Leur sérieux et leur indépendance garantissent, au long des lustres, la tenue et le niveau du corps enseignant. Or, les enseignants, comme les chercheurs, bénéficient du privilège d'être gérés, grâce à des commissions scientifiques dont la majorité des membres est élue et dont les avis sont très fréquemment suivis. Ces commissions peuvent être locales (commissions de spécialistes) ou nationales (successivement CCU et CSCU). Cette marque de respect vis-à-vis des corps enseignants comporte des obligations. Nous en relevons trois.

— Les élections des membres des commissions et conseils doivent être effectuées sur des noms propres et non sur des listes, de quelque appartenance que ce soit. C'est à des personnes choisies par leurs pairs, en raison de leur compétence et de leur équité, que les électeurs confient leur sort et celui de leurs collègues. Nous reviendrons plus loin sur cette question d'une importance décisive.


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— Du jour où la commission est constituée, les membres délibèrent et votent sans considération d'aucune famille d'origine. Leur seul devoir est de servir en conscience l'enseignement supérieur.

— Quand il s'agit de nominations ou d'avancements de grade, la loi sur la fonction publique en France impose que ne siègent et ne votent que les commissaires de grade égal ou supérieur. Si cette pratique séculaire n'est pas respectée, la procédure peut être cassée en Conseil d'État. Et cette pratique séculaire est pleine de sagesse.

3. Procédures

Grâce à ces commissions ou conseils élus et rigoureusement indépendants, la procédure peut se dérouler. Et cette procédure doit tenir compte à la fois de l'avis de l'établissement, par exemple l'université, et de l'avis de la discipline scientifique nationale. Ensuite, l'autorité du Ministre prononce la nomination ou la promotion. Il y a donc deux avis et une décision : examinons ces trois étapes.

L'université locale a d'abord un rôle à jouer. Par sa commission de spécialistes, elle est la mieux placée pour apprécier l'orientation souhaitée, la tâche à remplir, l'héritage éventuel à recueillir. Sur candidatures, il y a délibération, classement et vote. Autrement dit, l'université ou l'établissement propose.

La communauté scientifique nationale entre en jeu. Elle joue son rôle, discipline par discipline, à l'échelle nationale. Et c'est à cette seule échelle nationale (ancien CCU, ancien CSCU ou autre), que la qualité et la diversité des compétences peuvent être réunies et une politique nationale suivie. Sur les propositions de l'université, il y a délibération, classement et vote, exceptionnellement refus de la proposition pour un nouvel appel de candidatures.

Aussi, deux avis sont émis. Pour une affaire aussi grave, ce concert entre l'université et la discipline est important. Chaque tentative faite, dans le passé, pour échapper à cette double procédure a abouti à un déséquilibre regrettable. Nous rappelons que, pour les grands établissements, c'est l'Académie des Sciences qui joue le rôle de conseil national dans cette double procédure indispensable. Notre Compagnie souhaite conserver cette mission pour les raisons qui seront explicitée plus loin.

Une fois les deux votes acquis, le Ministre tranche. Il est normal que le Ministre, responsable des universités, soit l'arbitre des avis recueillis et nomme ses hauts fonctionnaires. Le maître-assistant sera nommé par arrêté et le professeur par décret.

4. Compétence élargie des conseils consultatifs nationaux

Il est suggéré que ce soient les mêmes comités, commissions ou conseils de spécialistes d'une discipline nationale qui soient consultés pour la gestion des personnels, pour les habilitations et pour les choix scientifiques. Ce sont les professeurs qui organisent les enseignements et dirigent la recherche, ce qui constitue un ensemble unique. Il est naturel que le conseil consultatif national soit invité, grâce à ses avis, à une cogestion de l'ensemble.

5. Personnels techniques et administratifs

La vie des laboratoires et des services d'enseignement est, en cette fin de siècle, fortement dépendante des personnels techniques et administratifs. Nous ne sommes plus au XIIIe siècle où des disciples assis au pied d'une cathédre n'avaient qu'à recueillir les paroles du Maître.


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Appareillages, expériences, élevages, maintien et jouvence des équipements, documentation et courrier scientifique, tout ceci nécessite un personnel actif et heureux. Or, si les débuts des années 60 voient un effort considérable de recrutement, cet effort s'est considérablement ralenti depuis, et ceci malgré l'augmentation des effectifs de chercheurs, le raffinement des techniques, l'augmentation des tâches administratives. La situation est mauvaise et de deux façons. D'abord, il n'y a pratiquement plus de création de postes et ceci revient à créer un service d'hôpital sans infirmiers. Ensuite, les conditions de déroulement de carrière, après des décisions contradictoires, sont lentes, aléatoires et souvent désespérantes pour les meilleurs. Le respect et la reconnaissance que les universitaires doivent à leurs collaborateurs quotidiens, sans lesquels viendrait le silence, nécessitent que cette question soit reprise par la plus haute autorité. Que le statut soit celui de fonctionnaire ou celui de contractuel, ce qui est une décision politique, il est nécessaire et urgent de faire cesser le désenchantement. D'abord, par l'affectation progressive, proportionnellement aux effectifs, de techniciens et de secrétaires scientifiques; ensuite, par la reprise immédiate du jeu normal des progressions de carrière, soit sur titre, soit par dérogation, soit en commission paritaire. Il est recommandé que les commissions consultées sur ces sujets soient locales, même si les arbitrages définitifs appartiennent aux organisations paritaires nationales et aux autorités ministérielles. Personne ne peut mieux classer les agents d'une région que ceux qui les voient travailler tous les jours. Ainsi, sont respectés le choix des meilleurs et l'échelle humaine.

RECOMMANDATION

L'Académie des Sciences, ayant étudié la question des personnels des enseignements supérieurs, présente deux recommandations.

— Il est recommandé que les nominations et changements de grade des corps universitaires soient effectués, selon la tradition démocratique de notre pays et de nos universités, par une procédure à double confiance. Confiance de l'autorité dans les avis des spécialistes locaux d'abord, nationaux ensuite, spécialistes réunis dans des commissions élues nominalement et indépendantes. Confiance dans l'arbitrage du Ministre, grand maître des universités et responsable de leur destin.

— Il est recommandé qu'une nouvelle politique soit entreprise vis-à-vis des personnels techniques et administratifs, qu'il s'agisse de leur répartition et de leur nombre ou des modalités du déroulement de leurs carrières.



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VI. LA FORMATION DES MAITRES

Nous savons, Monsieur le Ministre, toute l'importance que vous accordez, ajuste titre, à la formation des personnels de l'Éducation Nationale. La commission, présidée par André de PERETTI, que vous avez mise en place il y a un an, la déclaration que vous avez faite le 19 mars dernier à la suite de la publication du rapport de cette commission en font témoignage. Après avoir pris connaissance de ces documents et avant que ne soient arrêtées vos décisions, nous souhaitons attirer votre attention, Monsieur le Ministre, sur quelques points qui méritent, nous le croyons, d'être pris en considération. Nous n'hésitons pas à le faire dans cette adresse pour affirmer que la formation des maîtres des divers ordres d'enseignement doit constituer une mission privilégiée des universités.

1. Formation scientifique initiale

La formation des maîtres nécessite aujourd'hui, dans un monde changeant et changé, une formation continue et une formation didactique, mais elle nécessite, d'abord et avant tout, une compétence scientifique indiscutable.

La formation scientifique de base s'acquiert normalement quand on est jeune, libre de son temps, libre d'esprit. Il ne s'agit pas seulement d'apprendre et de s'informer pour pouvoir devenir un répétiteur. Il s'agit de réfléchir, de travailler personnellement, de dominer une matière au niveau convenable pour devenir un maître.

C'est dans l'université que sont réunis les professeurs les plus qualifiés et les plus compétents au point de vue scientifique. C'est donc au sein des universités, grâce à une organisation appropriée, que les futurs maîtres doivent recevoir leur formation scientifique initiale. Inventer de toute pièce des structures étrangères aux universités qui sont constamment visitées par le progrès des sciences, des techniques et des idées, serait déraisonnable. Bien plus, au moment où le projet de tous est de faire communiquer les corps sociaux entre eux, ce serait restaurer les séminaires cloisonnés de l'ancien temps, aggravés par le risque de sclérose, à l'heure où les sciences et les techniques sont en pleine évolution.

L'Académie tient donc à affirmer résolument que la formation des maîtres doit comporter une formation scientifique initiale exigeante et sérieuse, prolongée sur plusieurs années, acquise au sein des universités avec le concours des scientifiques compétents dont celles-ci disposent.

2. Formation scientifique et formation didactique

Parallèlement à la formation scientifique, une formation humaine est aujourd'hui nécessaire. Il ne s'agit pas seulement de pédagogie au sens traditionnel. Il faut y ajouter les connaissances de psychologie qui permettent de comprendre l'enfance, l'adolescence et cette période critique qu'est la vie étudiante. Il faut être informé des expériences et progrès effectués sur la communication, la dynamique de groupe et sur la connaissance des sociétés


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urbaines et rurales. Bref, il est nécessaire que le maître ne soit pas seulement une personne qui sait, mais qui sait comprendre, accompagner et éduquer la jeunesse, telle qu'elle lui est confiée.

C'est pourquoi les universités doivent dans leurs instituts de formation des maîtres accueillir des personnes expérimentées, enseignantes ou non, et des spécialistes de toute cette éducation humaine nécessaire qui viendront y travailler et collaborer avec les autres enseignants.

S'il est donc heureux de voir ces préoccupations largement reconnues aujourd'hui, il serait désastreux, par contre, qu'elles viennent éclipser l'importance première de la compétence scientifique dans la formation des maîtres, dans la formation initiale d'abord et dans la formation continue ensuite.

Il est pour nous nécessaire d'être clair :

— Pendant un siècle et demi, la Nation a recruté ses maîtres en privilégiant les critères et les compétitions à caractère scientifique. Les capacités pédagogiques, calquées sur les relations familiales et sociales, peu variables au long des décennies, étaient, certes, très soignées, mais considérées comme allant de soi et ne nécessitant pas de longs discours. Elles reposaient essentiellement sur la haute conscience de la mission de l'enseignant ; et nos instituteurs du début du siècle, en dépit de l'absence des sciences de l'éducation à l'époque, ont été de merveilleux pédagogues.

— Il serait paradoxal que, sous l'influence des sciences humaines et sociales où les écoles et hypothèses se heurtent encore, la formation des maîtres soit presque exclusivement préoccupée de didactique et de communication, la compétence scientifique allant de soi.

— Ajoutons que ces capacités pédagogiques au sens large ne sont pas les seules à cultiver, mais aussi l'ouverture à l'imagination, aux complexités des équilibres de la nature et de la vie, aux disciplines artistiques. Le respect de la variété des caractères dépasse, en effet, la rigueur de la grammaire et des mathématiques, même si cette initiation à la rigueur est un bienfait.

— Aucune discipline, ni le latin, ni les mathématiques, ni aujourd'hui les sciences sociales, ne doit servir de critère dominant dans la formation des maîtres et, plus généralement, dans l'éducation nationale. L'éducation de la jeunesse d'un pays n'est pas une joute entre les disciplines.

3. Formation initiale et formation continue

Si l'Académie souligne avec force l'absolue nécessité d'une formation scientifique initiale, mûrie par un labeur et une réflexion prolongés, elle recommande aussi l'organisation de la formation continue.

Nous ne sommes plus dans un monde pratiquement fixe où un maître bien formé pouvait enseigner toute sa carrière, en tenant à jour sa documentation, ses dossiers, ses illustrations et ses plans, grâce à un travail quotidien et estival. Aujourd'hui, nos enseignants doivent y être aidés par la formation continue. Nous nous en tiendrons à quelques traits significatifs.

— La formation continue doit être; prise en compte dans le service normal des enseignants. Périodiquement;- ils seront dégagés de leur service, sans nuire à celui-ci, c'est-à-dire aux jeunes, pour reprendre i'étude. L'idéal serait d'être disponible une année, de façon à ne pas couper l'année scolaire.


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— La formation continue des maîtres doit être incluse dans la mission normale des universités et dans le service des enseignants qui l'assurent.

— La formation continue doit comporter et en même temps, d'une part, une réflexion sur les disciplines scientifiques et l'acquisition de nouvelles connaissances et de nouveaux points de vue et, d'autre part, une réflexion sur la pratique pédagogique et l'acquisition de nouvelles techniques pédagogiques. Les instituts chargés de dispenser ou d'animer cette formation doivent être des lieux privilégiés de recherche sur l'enseignement des disciplines scientifiques. Dans la définition des missions et des modalités de fonctionnement de ces instituts, il y a heu de tenir grand compte de l'heureuse et fort intéressante expérience des IREM (Instituts de Recherche sur l'Enseignement Mathématique).

En conclusion, la formation continue est un complément souhaitable, et aujourd'hui indispensable, de la formation initiale. Elle doit donner à nos maîtres la possibilité de renouveler leur réflexion et de découvrir des perspectives nouvelles, et à certains d'entre eux, d'acquérir un nouveau diplôme ouvrant une nouvelle étape de leur carrière. Elle doit donc donner un souffle nouveau à tout notre enseignement et ceci pour le plus grand bien de nos élèves et de nos étudiants.

4. Recrutement interne et recrutement externe

Nous sommes dans une période où s'accentue, à juste titre, le souhait pour chaque citoyen de pouvoir progresser dans sa carrière, par formation continue, recyclage, mise en valeur de l'expérience acquise, promotion interne... Ceci est un bienfait.

Nous sommes aussi dans une période où l'on souhaite, à juste titre, faire communiquer les corps sociaux, assurer des passerelles, perforer des cloisons et permettre à chaque profession d'essaimer aussi bien que de s'enrichir par l'appoint de sang neuf. Ceci est un bienfait.

Mais, si on pousse les deux souhaits à l'extrême, ils deviennent contradictoires. Si les différents grades de la fonction universitaire sont parcourus par promotion interne, il n'est plus de place pour l'apport extérieur des talents.

La contradiction n'est en fait qu'apparente, car elle repose sur un oubli : l'exigence préalable et première de la compétence.

Cette exigence de compétence est valable pour tous les ordres d'enseignement. La compétence scientifique nécessaire pour l'école, le collège, le lycée, les classes préparatoires aux écoles et l'université n'est certes pas la même. Mais l'expérience pédagogique et l'ancienneté ne garantissent pas la compétence scientifique.

C'est pour garantir cette compétence et pour que celle-ci ne puisse jamais être mise en doute, qu'il est nécessaire de garder le principe de l'accès à un niveau de fonction enseignante par un concours de recrutement.

Dans la définition de ces concours, il nous paraît utile de tenir compte des remarques suivantes.

— Ces concours comportent des épreuves à caractère scientifique et des épreuves concrètes à caractère pédagogique, sans que les unes puissent compenser les autres.

— Des facilités sont données aux enseignants d'un cycle pour préparer le concours de recrutement du cycle suivant. Ceci pour garantir une promotion interne efficace et juste,


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grâce à un système de congé, de détachement à l'université, dans le cadre de la formation continue.

— Le recrutement des professeurs des collèges et des lycées se fait par un concours de type CAPES, aménagé de façon à vérifier pleinement la signification de son sigle : « aptitude à l'enseignement secondaire ».

— L'Académie estime également nécessaire de conserver les concours du type agrégation, en y apportant éventuellement les adaptations nécessaires, compte-tenu de l'évolution des sciences et des programmes d'enseignement. Elle estime notamment l'agrégation nécessaire pour les enseignements qui suivent l'obtention du baccalauréat (classes préparatoires aux grandes écoles). Cette agrégation représente une haute qualification qui est également appréciée dans les enseignements supérieurs où elle est toujours prise en compte parmi les titres des candidats. Elle est particulièrement utile au sein des universités pour la préparation aux concours de recrutement de l'enseignement secondaire, préparation généralement assurée par des agrégés.

— La préparation à ces concours de recrutement doit se dérouler dans le cadre des universités avec la participation des professeurs et enseignants de l'enseignement supérieur. Les jurys des concours de recrutement doivent compter une majorité d'enseignants du supérieur.

Ajoutons ici que si, fort heureusement, de nombreux agrégés enseignent dans les universités, il serait également souhaitable que nombre d'agrégés, chargés des classes préparatoires aux grandes écoles, dans les lycées, soient docteurs. Ceci aurait un double avantage : introduire l'esprit de la recherche dans les préparations et rendre plus étroits les liens entre professeurs des classes préparatoires et professeurs des universités.

5. La formation des maîtres de l'enseignement technique

Notre pays a entrepris, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une profonde réforme de son système éducatif dont l'un des objectifs est de fusionner les deux voies de formation offertes aux jeunes Français avant la guerre : la voie classique par le lycée qui, après le baccalauréat, conduisait, pour les sciences, aux écoles d'ingénieurs et aux facultés des sciences, la voie de l'enseignement primaire supérieur qui menait aux brevets élémentaire et supérieur, puis éventuellement aux écoles normales et aux écoles des Arts et Métiers. La réforme n'aura atteint le but que l'on s'était proposé que lorsque le niveau culturel des enseignants des matières, .techniques et, par suite, les modalités et les exigences de qualité de leur recrutement, seront en tout point comparables à ceux en vigueur pour l'enseignement classique. Cette condition doit être nécessairement réalisée pour que prenne fin une inacceptable, ségrégation de fait qui conduit les élèves les moins doués, et surtout la majorité de ceux qui sont issus des milieux les plus modestes, vers les filières de caractère technique. Oh ne parviendra à « intégrer les valeurs techniques dans notre culture » (1) et à offrir à nos industries les ouvriers hautement qualifiés et les techniciens compétents dont elles ont besoin pour faire face aux défis technologiques, que lorsqu'on sera en mesure d'offrir à nos jeunes concitoyens un enseignement technique de qualité, attractif et hautement culturel, méritant et ayant la même réputation que l'enseignement classique.

(1) Voir le rapport de l'Académie « Les Sciences Mécaniques et l'Avenir Industriel de la France », 3e partie, chap. 1 et 3 et « Recommandations générales ».


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Ceci demande une excellente coopération entre le monde de l'industrie et le monde de l'éducation nationale qu'il faut encourager et développer avec doigté pour définir et conduire des enseignements techniques appropriés. Ceci demande aussi, et c'est le point qui retient particulièrement notre attention ici, un effort considérable pour que soit assurée la formation des maîtres du technique dans des conditions comparables et aussi favorables que celles en vigueur dans les disciplines classiques.

Actuellement, il n'existe de CAPET que dans une proportion relativement petite de disciplines techniques. Des agrégations techniques ont, certes, été créées récemment. Mais le nombre d'universités, offrant des maîtrises aptes à préparer à l'enseignement technique, est très limité. Il existe encore moins de préparations aux CAPET et encore moins de préparations aux agrégations de caractère technique (parfois une seule dans toute la France).

Il convient donc de reconnaître et de mesurer l'oeuvre de longue haleine qui reste à accomplir et d'afficher, comme l'un des objectifs majeurs de l'enseignement supérieur pour les deux décennies à venir, la volonté de mettre en place, progressivement mais résolument, dans certaines universités, des unités de formation de maîtres de l'enseignement technique. Sont particulièrement bien placées pour cette entreprise les universités qui bénéficient d'un environnement favorable, grâce à la présence de l'ENSET, d'un centre régional de l'ENSAM, d'une INSA, d'une ENSI, d'une ENI et plus généralement de tout établissement capable d'apporter, au départ principalement, un concours précieux et indispensable.

En remplissant cette tâche, les universités, non seulement assureront une mission d'un intérêt national indiscutable, mais encore elles acquerront un supplément tout à fait appréciable de compétence et d'expérience techniques qui leur permettra d'être mieux en mesure, ultérieurement, de répondre aux besoins de la Nation.

En conclusion de ce paragraphe, nous ne pouvons cacher l'inquiétude qui serait la nôtre s'il était procédé à une mise en application rapide de l'ensemble des propositions du rapport de la commission André de PERETTI. Le système préconisé dans ce rapport peut paraître séduisant, mais il méconnaît certaines exigences que nous avons voulu rappeler et dont certaines ne vous ont pas échappé, Monsieur le Ministre. Dans une question aussi complexe et aussi délicate que la formation des maîtres, les innovations sont nécessaires ; mais une révolution trop systématique, même opérée avec des intentions et dans des perspectives intéressantes et généreuses, risque d'être onéreuse pour le pays et funeste dans ses résultats quant à la qualité et à l'efficacité de notre système éducatif.



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VII. LES UNIVERSITÉS ET LES ÉCOLES D'INGÉNIEURS

La préparation de décisions législatives sur les enseignements supérieurs appelle une réflexion d'ensemble sur la situation française. Or, les écoles d'ingénieurs en France jouent un rôle trop important dans notre enseignement supérieur scientifique, pour que, même si les plus prestigieuses de ces écoles sont statutairement extérieures à toute instance universitaire, l'occasion offerte d'un examen des relations entre universités et écoles d'ingénieurs ne soit pas saisie et mise à profit.

L'Académie des Sciences a récemment exprimé ses appréciations et ses recommandations (l) sur l'enseignement et la recherche au sein des écoles d'ingénieurs. Sans revenir ici sur cette étude d'ensemble, il peut être utile de préciser comment s'exerce ou devrait s'exercer la complémentarité de vocation et d'action entre l'enseignement supérieur et les écoles d'ingénieurs.

1. Recrutement des élèves des écoles d'ingénieurs

Ce recrutement s'opère principalement de deux manières, par un concours d'entrée ou par un recrutement sur titres en cours d'études.

La préparation des concours

Ce sont les classes préparatoires des lycées qui donnent aux élèves la formation leur permettant de se présenter aux concours dans de bonnes conditions. Ces classes se sont acquis, ajuste titre, une bonne réputation. Elles exigent des élèves un travail soutenu ; elles éduquent leur rapidité de réaction et leur capacité d'expression. Par l'entraînement auquel sont soumis'les élèves, ceux-ci acquièrent de précieuses techniques de calcul et d'étude et, plus généralement, une solide formation de base dans les disciplines scientifiques fondamentales.

A l'heure où ces vertus d'une bonne formation scientifique se font plus rares, il serait insensé de « casser » un système qui a fait ses preuves. On peut toutefois l'améliorer de diverses façons, notamment en resserrant les liaisons entre les enseignants de ces classes préparatoires et ceux des universités. Les universités devraient offrir aux professeurs des classes préparatoires des possibilités de stage, de participation à des séminaires, de participation à des enseignements de premier cycle. C'est dans cette intention que nous

( 1) « Les Sciences Mécaniques et l'Avenir Industriel de la France », 2e partie, chapitres 1 et 3.


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avons préconisé plus haut, que pour être habilité à enseigner dans une classe préparatoire, un professeur du second degré devrait être titulaire, non seulement d'une agrégation, mais aussi d'un doctorat.

Il peut être néanmoins utile de diversifier les lieux et les styles des préparations aux concours des écoles. A cet égard, il serait très souhaitable que quelques universités saisissent la capacité d'initiative que leur donne leur autonomie, pour tenter l'aventure d'organiser elles-mêmes, au niveau du premier cycle, une préparation à ces concours.

Le recrutement sur titres

Les écoles ont mis en oeuvre des modes divers de recrutement sur titres; c'est une excellente initiative qui apporte quelque souplesse dans le système éducatif français souvent très rigide. Nous voudrions évoquer ici, pour en préconiser l'extension prudente et contrôlée, le recrutement de maîtres es sciences en deuxième année d'une école d'ingénieurs. Nous souhaitons que soit mieux connue cette faculté qu'ont les universités et qui pourrait être l'une des missions reconnues de leurs deuxième cycles : fournir aux écoles d'ingénieurs des élèves ayant acquis dans de bonnes conditions une solide formation scientifique.

Une extension des possibilités actuelles n'est concevable que si, comme c'est actuellement le cas, les élèves ainsi recrutés ont des résultats, dans l'ensemble, aussi satisfaisants que ceux reçus au concours traditionnel. On pourrait alors envisager que, dans un certain avenir, le nombre des élèves ingénieurs de seconde année ayant reçu, soit une formation scientifique courte de deux années au lycée complétée par une année d'école, soit une formation scientifique longue de quatre années acquise à l'université, soit à peu près le même.

2. Les formations de préparation au doctorat

Il est souhaitable que les écoles aient des laboratoires de recherche, capables d'effectuer un travail de qualité et tout spécialement dans les disciplines relevant des sciences pour l'ingénieur. Des progrès à cet égard ont été réalisés ces dernières années et doivent encore se poursuivre. Il est donc logique d'habiliter les formations de recherche compétentes de ces écoles à organiser un cycle de préparation au doctorat et à délivrer un titre de docteur.

L'Académie propose que l'équipe responsable habilitée à décerner un titre de doctorat dans les sciences de l'ingénieur, et par suite à organiser un DEA, quel que soit l'établissement d'enseignement dont elle dépend, comprenne nécessairement des professeurs et chercheurs des écoles et des professeurs et chercheurs d'une université.

Elle demande que l'on encourage les formations constituées avec le concours de deux (ou éventuellement plusieurs) institutions, une école et un département d'université. La formation par la recherche, la préparation des thèses dans le domaine des sciences pour l'ingénieur, représentent un terrain de choix pour la coopération entre universités et écoles d'ingénieurs.

RECOMMANDATION

L'Académie se réjouit de l'amélioration très sensible du climat entre universités et écoles d'ingénieurs qui, trop longtemps, a été marqué par la méfiance, l'incompréhension, parfois


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l'opposition. Face aux défis que posent l'évolution scientifique et technique et la nécessité de maintenir une meilleure continuité entre l'activité de recherche et la production industrielle, il importe que les liaisons et la coopération soient encore sensiblement renforcées. Sans toucher aux tutelles et aux vocations des divers types d'établissement, il est possible, par des mesures appropriées, de resserrer progressivement les liens déjà existants sur deux points essentiels, le recrutement des élèves ingénieurs et la formation par la recherche dans le domaine des sciences de l'ingénieur.



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VIII. QUELQUES REMARQUES SUR LES STRUCTURES UNIVERSITAIRES

L'Académie aurait préféré s'en tenir aux missions des universités et aux principes qui doivent présider à leur mise en oeuvre. Mais elle ne peut éviter de dire quelques mots sur les structures que vous aurez à définir, Monsieur le Ministre, car celles-ci déterminent les conditions de la vie quotidienne de ceux qui sont appelés à y travailler, affectent directement la qualité de leur travail et contribuent à façonner le visage des universités françaises.

La loi d'orientation des enseignements supérieurs de 1968 répondait à certaines nécessités. Il fallait accorder aux universités l'autonomie, sollicitant leur imagination et leur esprit d'initiative et leur permettant de mener une politique scientifique originale, aussi bien régionale et internationale que nationale. Il fallait donner à tous ceux qui travaillent dans une université et contribuent à son rayonnement le droit à l'information, le droit de proposition. On a voulu également leur donner une participation directe aux prises de décisions et ceci à tous les échelons de la vie universitaire.

Les heureux effets attendus n'ont pas été tous atteints. La vie à l'intérieur de l'université, l'image que donne l'université ne sont pas toujours ce qu'elles devraient être.

Les structures de gestion et de fonctionnement sont, dans de nombreux cas, d'une effrayante complexité. De multiples commissions ou conseils se trouvent concernés par la moindre question et les discussions y sont souvent interminables. La situation est telle qu'il arrive parfois que des enseignants soient déchargés de toute activité d'enseignement et de recherche pour pouvoir prendre une part active à ces instances. Corrélativement, on doit déplorer que ceux dont la présence serait particulièrement souhaitable, en fonction de leur compétence et de leur expérience, sont très souvent conduits à se désintéresser totalement de toute la gestion universitaire. Ils veulent éviter l'énervement et la lassitude qu'engendrent les multiples réunions souvent peu efficaces, où se dépensent et s'usent les réserves d'énergie des participants au détriment du calme et de la paix nécessaires à la réflexion et au travail scientifique, afin de consacrer la majeure partie de leur temps et de leurs forces à leurs tâches prioritaires, aux étudiants et aux chercheurs qu'ils doivent former en particulier. Ce qui vient d'être dit pour les enseignants s'applique également, avec les adaptations nécessaires, aux étudiants. Ainsi faut-il constater que ce fonctionnement a trop souvent conduit à un état de fait fort éloigné des intentions qui étaient celles du législateur.

L'Académie ne souhaite pas, dans cette adresse, s'engager dans l'étude et la discussion de propositions précises concernant les structures. Mais elle voulait attirer votre attention sur ces déficiences du système actuel, pour que les dispositions que vous arrêterez, loin de les aggraver, les corrigent. Il nous semble que l'erreur principale fut d'oublier que la participation aux prises de décision des différentes catégories de personnes vivant dans une université devait être clairement déterminée et limitée, en tenant compte de la mesure dans - laquelle ces décisions relèvent de leur compétence et où elles affectent la qualité et


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l'efficacité de leur travail et de leur contribution à la vie universitaire. Il convient donc de définir précisément les prérogatives et les responsabilités de chaque instance

celles du Président qui, une fois élu et reconnu par vous, doit jouir de la liberté d'action suffisante et de la liberté de choix de ses collaborateurs immédiats, le contrôle de son action s'opérant a posteriori ;

celles du Conseil d'université qui se doit de traiter les questions majeures affectant la politique universitaire avec le sérieux qu'elles réclament et qui doit éviter de se transformer en conseil d'établissement ou en assemblée générale;

celles du Conseil scientifique qui doit avoir les moyens de faire valoir ses recommandations dans les domaines où son autorité ne doit pas être contestée.

L'autonomie, si souhaitable, de chaque université doit elle aussi être précisée en fonction des contraintes et des traditions françaises et en tenant compte de l'expérience de ces dix dernières années. Par rapport à la pratique actuelle, il nous semble qu'elle devrait être accentuée dans de nombreux cas — par exemple la définition de diplômes propres à l'université — et contrôlée par une instance nationale dans d'autres — par exemple dans les nominations d'enseignants afin d'éviter les abus, trop souvent constatés, d'un recrutement local.

Notre dernière remarque sur les structures concerne les élections aux différents conseils. Notre pays a toujours accordé aux corps universitaires le privilège exceptionnel de déterminer eux-mêmes dans une très large mesure les recrutements, les nominations et les promotions ainsi que le choix de leurs responsables, présidents d'université et directeurs d'unités d'enseignement et de recherche par exemple. Les modalités d'élection ont donc une importance considérable; elles doivent permettre, comme nous l'avons dit, de confier les responsabilités aux personnes les plus aptes à les exercer. Ceci est particulièrement important dans le cas des instances nationales qui régissent les recrutements et les nominations. Les collègues qui y siègent doivent être impartiaux et capables de juger, et donc d'abord de comprendre, les travaux des candidats. Ils doivent, au moins pour les professeurs, être choisis personnellement et en toute liberté par leurs pairs, en raison de leurs capacités et de leur qualité de jugement. Si leur indépendance par rapport à quelque influence politique ou syndicale pouvait être l'objet de doutes, la confiance que la Nation fait à ses universitaires en leur remettant le soin de se gérer eux-mêmes serait trahie et le système actuel pourrait, hélas, être remis en question.

Or, depuis une vingtaine d'années, on doit malheureusement constater une certaine dégradation dans la crédibilité de l'impartialité de certaines sections de l'ancien comité consultatif. Les syndicats ont voulu faire jouer leur influence dans les élections ; l'autorité qui procède aux nominations complémentaires a voulu « équilibrer » les compositions, là où le résultat des élections lui paraissait mériter correction. Le résultat de telles pratiques est à notre avis désastreux.

Nous nous permettons d'insister sur ce point, Monsieur le Ministre, car les décisions que vous avez prises cet été pour créer l'instance provisoire qui va jouer le rôle du Comité consultatif nous paraissent méconnaître des impératifs qui doivent présider à la composition d'une telle instance, faute desquels le système ne peut plus raisonnablement se justifier. Le tirage au sort que vous avez institué n'est pas de nature à dégager les personnalités les plus aptes à remplir la mission qui leur est confiée. Cette pratique, espérons-le, sera très provisoire. Il serait de même dangereux de retenir le scrutin de liste


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pour la constitution de l'instance définitive que vous allez définir, car ce mode de scrutin ne peut qu'accentuer l'intervention de facteurs idéologiques qui, vous en conviendrez certainement Monsieur le Ministre, n'ont pas leur place dans la composition de ces conseils. Il est très probable que de nombreux collègues qui pensent, comme la majorité d'entre nous, que leur participation à ces conseils n'a aucun sens si leur indépendance n'est pas totale, s'ils peuvent être suspectés de ne pas avoir pris leur décision devant leur seule conscience, refuseraient la charge qu'ils auraient peut-être acceptée dans d'autres conditions. Et parmi ceux qui laisseraient ainsi leur place à d'autres se trouvent, très vraisemblablement, ceux qui auraient été les plus dignes de se voir confier une responsabilité de cette nature.

RECOMMANDATION

La réforme des structures de l'ensemble universitaire français est une tâche nécessaire certes, mais périlleuse. Notre système est tel que l'expérimentation s'avère difficile. Le Gouvernement qui va proposer les textes, le Parlement qui va les amender et les adopter disposeront-ils de tous les éléments leur permettant de bien apprécier les conséquences de leurs décisions? Nous avons cherché, Monsieur le Ministre, à vous éclairer sur quelques points qui nous paraissent essentiels et que nous résumerons comme suit :

Le fonctionnement et les structures des universités doivent être notablement allégés.

Les personnes appelées à participer aux prises de décision doivent l'être dans la mesure où la décision en cause relève de leur compétence ou affecte la qualité et l'efficacité de leur travail.

Les modalités de scrutin doivent être définies en fonction des missions de l'instance à mettre en place. En particulier pour la constitution des commissions ou des conseils qui ont a juger les enseignants, le scrutin uninominal doit être la règle.



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IX. LES GRANDS ETABLISSEMENTS

Quelques institutions ayant chacune leur vocation, leurs traditions, leurs structures ont réussi jusqu'ici à garder, à travers les remous de notre histoire, leur personnalité et des modalités, de fonctionnement souples leur permettant de s'adapter aux évolutions des connaissances scientifiques et culturelles, et ceci en dépit des tendances à l'uniformisation de nos dirigeants politiques et de nos administrations. Le législateur, en votant en 1968 la loi d'orientation, eut la sagesse de ne pas imposer à ces établissements les structures et les règles qu'il avait définies pour l'ensemble des universités.

L'Académie, Monsieur le Ministre, approuve pleinement l'intérêt que vous portez à ces institutions prestigieuses qui relèvent de votre département. Chacune d'elles, en effet, a besoin de votre bienveillante attention pour pouvoir résoudre ses problèmes et pour maintenir, dans une conjoncture scientifique et culturelle toujours nouvelle, le haut niveau d'efficacité et de rayonnement qui lui est encore aujourd'hui universellement reconnu. Mais l'Académie vous demande instamment, Monsieur le Ministre, de ne pas céder aux incitations qui vous convieraient, sous prétexte d'égalitarisme et d'anti-élitisme, à appliquer à ces établissements des structures et des règlements qui les étoufferaient et leur feraient perdre leur raison et la possibilité de vivre, mais de laisser largement à chacun le soin de maintenir les modalités de fonctionnement qui sont pour lui essentielles et de vous proposer les modifications qui s'avéreraient souhaitables, pour satisfaire aux orientations générales que vous leur aurez données.

Pour préciser ces recommandations générales, quelques-unes de ces institutions, choisies parmi celles que l'Académie connaît le mieux, méritent d'être rapidement évoquées.

1. Le Collège de France

Le Collège de France offre l'originalité d'associer 52 spécialistes de disciplines très diverses — mathématique, physique, chimie, biologie, sciences sociales et humaines, création artistique —, à charge pour eux de dispenser librement et sans préoccupation de diplômes, en liaison étroite avec leurs activités de recherche de pointe, un enseignement du plus haut niveau, chaque année renouvelé.

Deux dispositions essentielles ont permis de maintenir et de développer sans discontinuité la valeur créatrice de cette communauté savante :

la mutabilité des chaires en fonction des derniers développements de la science ;

le libre choix, par leurs pairs réunis en Assemblée, des professeurs appelés à occuper ces chaires, suivant la seule considération de leurs travaux antérieurs, et non de leurs titres.

Une structure souple et légère a permis un fonctionnement efficace dont l'originalité doit être préservée.

- L'Assemblée des professeurs doit rester le seul conseil scientifique de l'établissement.


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Le président de cette assemblée — appelé Administrateur depuis 1800 — doit garantir l'unité du Collège de France en restant de droit : et le directeur de l'établissement et le président du conseil d'administration.

La chaire, qui ne devrait jamais s'alourdir de gros laboratoires, doit rester l'unité de base; mais une coordination entre chaires, au sein d'instituts spécialisés, pourrait être utilement envisagée.

Ainsi restera possible une adaptation continue à l'évolution générale des connaissances, de la recherche et de sa communication dans un enseignement.

Le Collège est un irremplaçable animateur de la communauté scientifique française et bien souvent une instance de référence internationale. Les savants étrangers les plus éminents ressentent comme un honneur d'être invités à venir y donner un enseignement. Chaque année, une quarantaine de professeurs étrangers viennent ainsi contribuer au progrès et au rayonnement de la science française.

2. Le Muséum National d'Histoire Naturelle

Depuis le début du XVIIe siècle, le Muséum a pour mission de mieux connaître notre environnement terrestre et biologique, d'en conserver le souvenir, la trace et les manifestations dans le passé, de découvrir les mécanismes des interactions entre le milieu physique et la vie, enfin de faire connaître à tous les niveaux de curiosité ce qu'est « notre histoire naturelle ».

Pour remplir cette mission générale, le Muséum regroupe en un ensemble, des laboratoires couvrant la plupart des disciplines des sciences de la nature et dont les recherches sont fondées :

sur des collections scientifiques qu'il faut enrichir, conserver, exploiter et qui constituent une référence internationale et un patrimoine d'une immense valeur ;

sur des études de terrain et au laboratoire, portant sur les manifestations et les mécanismes de la vie, sur les milieux physiques où se déroule celle-ci, sur leur évolution, sur leur modélisation, sur leurs interactions avec les êtres vivants.

Cette activité de recherche, mission première de l'établissement, est complétée par une activité de diffusion des connaissances qui s'opère :

d'une part, par des enseignements, dispensés comme au Collège en dehors de tout cursus universitaire, au bénéfice des étudiants et des chercheurs ;

d'autre part, grâce à des expositions permanentes ou temporaires, mortes ou vivantes, et à des activités très variées de muséologie qui atteignent un très large public.

Le statut du Muséum doit être déterminé en fonction de cette mission, si manifestement originale. La responsabilité du patrimoine qui lui est confié implique une structure nécessairement hiérarchisée. Le directeur doit disposer, dans le cadre de directives générales qui lui sont données, d'une suffisante liberté de manoeuvre et d'un réel pouvoir de décision. La compétence des différents conseils doit être clairement précisée et leur composition définie en vertu et dans les limites de cette compétence. Il est encore une fois souhaitable que l'ensemble soit assez souple, assez léger et suffisamment efficace pour que puisse être acquis le concours de ceux dont la participation est essentielle en raison de leurs fonctions et de leur expérience.


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L'unité de structure opérationnelle est le laboratoire, structure à la fois stable et évoluant continûment, comme il se doit nécessairement lorsque la charge d'une collection relève du laboratoire, placée sous la responsabilité d'un directeur nommé pour une durée suffisante et jouissant de l'autorité nécessaire pour remplir sa mission. C'est au sein de cette unité que peuvent se constituer des équipes, au gré de la conjoncture scientifique ou des affinités, pouvant plus aisément se faire et se défaire et jouissant d'une autonomie dans la conduite de la recherche. Des laboratoires devraient pouvoir s'associer dans un département, structure légère, qui peut se révéler fort utile, sinon indispensable, dans le cas de laboratoires utilisant en commun des équipements lourds.

Jusqu'à aujourd'hui, le Muséum a réussi à attirer comme professeurs des personnalités scientifiques de tout premier plan. Si des dispositions nouvelles doivent être introduites, elles doivent sauvegarder les conditions qui permettent ce recrutement de qualité, faute duquel l'institution perdrait vite son efficacité et sa réputation, et la Nation, l'un des points forts de sa vitalité scientifique.

3. Le Conservatoire National des Arts et Métiers

Le Conservatoire offre aux hommes et aux femmes entrés dans la vie professionnelle un centre de formation supérieure adaptée aux besoins et aux contraintes de leurs activités professionnelles présentes et futures. Ses enseignements doivent constamment évoluer en restant au contact des réalités économiques et industrielles; ils intègrent ainsi, dans un ensemble approprié et original, les acquis, non seulement des sciences et des techniques, mais aussi du droit, de l'économie et des études sur l'homme dans son milieu de travail. Les activités de recherche des instituts du CNAM s'attachent particulièrement au développement des applications des sciences.

Le développement de la formation continue dans les universités et les écoles d'ingénieurs ne retire rien à la spécificité, à l'importance et à l'intérêt de ce grand établissement qui, avec le réseau des centres régionaux qui lui sont associés, permet d'accomplir sur tout le territoire national divers cursus conduisant à ses diplômes bien appréciés des professionnels et notamment au diplôme d'ingénieur. En sont prioritairement bénéficiaires des personnes ayant de grandes capacités intellectuelles, morales et humaines qui pour diverses raisons, et notamment sociales, n'ont pas eu la possibilité de leur donner leur plein épanouissement dans le cadre des formations premières offertes par la Nation.

A un moment où, comme il est dit plus haut, il convient de consentir un effort très particulier pour développer dans notre pays des formations techniques de haute tenue et pour intégrer davantage les valeurs techniques dans notre culture, il importe donc que rien dans les textes statutaires régissant le Conservatoire National ne l'empêche de répondre pleinement à ses missions et à sa vocation. Il est en particulier essentiel de conserver, dans les procédures de recrutement, le brassage actuel des enseignants qui proviennent de l'université, des organismes de recherche et des milieux industriels et économiques. Il faut aussi lui donner les moyens de développer son éminent rôle culturel qui s'exprime déjà dans l'élaboration et la diffusion de l'histoire des sciences et des techniques et la mise en valeur des collections du Musée National des Techniques, héritières de celles de l'Hôtel de Mortagne et de celles de notre Académie.


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4. Les Écoles Normales Supérieures

Avec les grands établissements, sont regroupées dans les textes récents les écoles normales supérieures dont vous avez souligné (1) vous-même, Monsieur le Ministre, le « rôle important et original ». Elles représentent, en effet, dans l'ensemble de notre système éducatif, une institution capitale, mais qui n'est pas toujours facile à cerner, car cette institution a su et doit évoluer avec le développement des connaissances et des changements pédagogiques, sociaux et culturels. Ses caractéristiques qui lui confèrent un prix inestimable sont souvent méconnues ou oubliées. Les écoles normales supérieures sont restées étrangères à la querelle qui a su opposer en France les universités et les écoles d'ingénieurs. Elles recrutent sur le flot sortant des classes préparatoires et ramènent dans le giron universitaire, pour le plus grand bien de l'enseignement et de la recherche, des étudiants de grande valeur tentés de s'en écarter. Leurs élèves suivant les enseignements universitaires n'ont pas à subir d'autres examens ou d'autres concours que ceux de l'université ; ces écoles jouent donc auprès des universités un rôle un peu analogue à celui des « collèges » d'Oxford ou de Cambridge.

Ainsi, rue d'Ulm par exemple, la liberté d'esprit qui règne à l'école normale est celle de l'université, mais les facilités offertes sont celles d'une grande école. A l'inverse de certaines écoles qui cherchent à former un type d'homme, l'école normale offre à chacun de ses élèves la possibilité de forger sa propre personnalité. Elle y réussit grâce à ses laboratoires et à sa bibliothèque générale, véritable fleuron du patrimoine national. Plus que dans tout autre établissement, en effet, les élèves y ont continuellement accès et sont ainsi très proches des maîtres prestigieux qui y conduisent des recherches dont la valeur est universellement reconnue et qui font de l'école normale l'un des hauts lieux de la science française.

Il serait faux de croire que les normaliens s'orientent tous vers l'enseignement et la recherche. Ceux qui vont dans l'industrie ou dans l'administration — les grands corps de l'État notamment — sont plus nombreux qu'on ne le croit généralement. L'avantage d'être passé par l'école apparaît moins dans le premier emploi que dans le développement ultérieur des carrières. L'école, parce qu'elle permet à chacun de ses élèves de développer sa personnalité, forme des individualités fortes qui, lorsque leur nature s'y prête, accèdent aux postes les plus prestigieux.

Toutes ces caractéristiques montrent que les écoles normales supérieures, celle de la rue d'Ulm notamment, sont des institutions très particulières, mais extrêmement précieuses dont on sous-estime très souvent l'importance, peut-être en raison de la relative faiblesse des effectifs concernés, dans l'effort continu que doit faire la Nation pour s'assurer, au sein de ses organismes de recherche et au sein de l'université, la présence de personnalités de très haute envergure. L'attrait de ces écoles pour les jeunes est un indicateur très sensible de l'opinion de ces derniers sur l'enseignement et la recherche qui s'évalue chaque année, notamment par la balance des démissions entre la rue d'Ulm et l'école polytechnique. Le fait que les deux dernières promotions scientifiques soient incomplètes est un signal d'alarme. Votre attention, Monsieur le Ministre, est ainsi appelée sur la nécessité de redonner à ces établissements les moyens de redresser cette situation qui serait périlleuse pour la Nation toute entière, si elle devait se prolonger.

(1) Déclaration du Ministre de l'Éducation Nationale déjà citée (19 mars 1982).


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Mais une institution aussi précieuse, et donc par nature aussi fragile, justifie une prudence extrême dans les réformes à promouvoir, celles-ci devant prendre en compte toutes les heureuses particularités que nous avons rappelées. Si notamment, il n'y a aucunement lieu de remettre en cause la liaison étroite des écoles normales avec les universités, il importe de bien méditer, avant toute décision, l'incidence qu'aurait sur ces écoles., une éventuelle transposition, dans leurs statuts, de réformes retenues pour les universités.

RECOMMANDATION

L'Académie tenait, Monsieur le Ministre, à attirer particulièrement votre attention sur nos grands établissements pour que, dans la préparation des textes de la réforme générale des enseignements supérieurs que vous devez mettre au point dans des délais très limités, la personnalité de chacun d'eux soit prioritairement prise en compte et préservée. S'il était jugé souhaitable de favoriser une plus grande ouverture tant vers l'intérieur par une association plus étroite des personnels à la vie de l'établissement que vers l'extérieur en intéressant aux travaux de celui-ci d'autres organismes, les dispositions envisagées ne devraient en rien affaiblir la capacité première de chacun à remplir sa mission propre et irremplaçable.

Si d'aventure, la singularité de l'un d'entre eux était entamée, ce n'est pas seulement son avenir qui serait compromis, mais c'est une des plus heureuses créations du génie de notre peuple qui disparaîtrait; la communauté scientifique française toute entière s'en trouverait affaiblie.

C'est pourquoi, nous estimons même qu'il y aurait grand intérêt à réserver pour le moment leur cas, afin de vous donner le temps d'étudier les dispositions adaptées à la vocation de chacun, en dehors de toute précipitation. Il nous semble que le Parlement ne devrait faire aucune difficulté à vous en donner la possibilité si vous le lui demandez. Car chacun de ces établissements a ses problèmes, chacun réclame un effort particulier d'imagination et de vigilance et une aide spécifique des Pouvoirs publics. L'Académie est prête, à cet égard, à vous apporter son concours pour ceux qu'elle connaît particulièrement bien. Vous savez qu'elle est associée depuis des décennies au recrutement des professeurs du Collège de France, du Muséum National d'Histoire Naturelle et du Conservatoire National des Arts et Métiers, puisque vous lui demandez, pour chaque chaire qui les concerne, de vous faire connaître ses propositions de classement des candidats, à la suite de celles présentées par l'établissement. Voici l'exemple d'une particularité qu'il nous paraît utile de conserver, non pour maintenir un privilège à notre Compagnie, mais parce qu'il est du plus haut intérêt que l'information mise à votre disposition provienne d'une instance connaissant bien la spécificité de chaque établissement et non d'un comité ou d'un conseil déjà lourdement chargé par les recrutements des universités et qui, de ce fait, aura tendance à traiter l'affaire rapidement et selon des critères et des modalités qui risquent d'être mal adaptés au cas des grands établissements.


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CONCLUSION

L'Académie des Sciences, au terme de cette adresse trop brève pour envisager tous les problèmes, mais assez précise pour souligner les points qui méritent le plus d'attention, souhaite, Monsieur le Ministre, en guise de conclusion :

rappeler brièvement les recommandations principales ;

présenter un tableau vivant de la variété des tâches universitaires ;

évoquer le délicat équilibre entre les autonomies nécessaires et la tutelle légitime de votre département ministériel.

L'essentiel de nos recommandations sera résumé dans les formules brèves suivantes. Tenir fermement sur la double mission d'enseignement et de recherche des universités. Accueillir, habiliter et aider la multiplication des filières professionnelles convenables, en particulier des filières courtes, mais refuser le slogan de la « professionalisation des universités » qui entraînerait le tarissement de leur sève. Mettre carrément en route l'orientation sélective à pratiquer en cours de scolarité, à la place de l'actuelle sélection par l'échec. Définir clairement un doctorat unique, héritier de celui des siècles passés, directement utilisable dans l'économie et l'industrie et équivalent des doctorats étrangers. Instaurer une « habilitation », fondée sur la rédaction d'un mémoire ou sur un ensemble de travaux acquis pour témoigner publiquement d'une oeuvre originale créatrice et personnelle. Relancer la recherche scientifique universitaire, devenue exsangue, alors qu'elle est à la source de toutes les autres. Garantir par les textes le recrutement des professeurs en fonction des seuls talents de scientifiques et d'animateurs. Séparer, dans les structures universitaires, la gestion de « la maison » d'enseignement et de recherche et l'animation de centre culturel ouvert aux courants d'idées, aux débats, aux recherches prospectives. Assurer par les textes une formation des maîtres où la compétence scientifique initiale soit garantie, l'appoint des méthodes d'éducation et de communication modernes assuré, et la formation continue dans ces deux domaines organisée. Favoriser par des entreprises mixtes la collaboration entre les écoles d'ingénieurs et les universités. Alléger les structures universitaires, les rendre plus efficaces et renforcer la compétence et l'indépendance de jugement des conseils et des commissions, particulièrement lorsque la carrière des enseignants est en jeu. Enfin respecter, dans les grands établissements, des originalités exceptionnelles façonnées par les siècles et leur renom considérable à travers le monde. Ce sont les siècles qui leur ont donné leur originalité : le doigté est indispensable, pour améliorer en les épanouissant les fruits de telles évolutions.

En deuxième point, nous voudrions brosser un tableau non plus analytique mais vivant


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de la. complexité des universités et de la tâche de leurs présidents et de leurs conseils. Voici des établissements qui accueillent des lycéens et qui.ont pour mission d'aider des jeunes gens à devenir des hommes et des femmes et de transformer des bacheliers en étudiants, puis en scientifiques. Et ceci nécessite la variété des travaux pratiques, stages, interrogations, examens, délibérations et orientations évoqués. Parallèlement, voici des établissements où, curieux, érudits, amateurs, chercheurs, ingénieurs, membres des autres corps de l'état peuvent conduire à leur gré le travail scientifique de leur choix. Parallèlement, si l'université en reçoit les moyens de votre ministère, ses laboratoires traitent avec les autres organismes scientifiques, signent des conventions ou des contrats, échangent avec l'étranger, organisent des colloques ou des séminaires. Parallèlement, les universités sont des lieux ouverts à toute culture et à tous, les milieux, où la jeunesse et ses enseignants peuvent organiser des débats, monter des associations ou des voyages, s'affronter sur les thèmes les plus divers.

Et tout ceci doit vivre dans la concorde. La variété des entreprises universitaires est si grande qu'elle est difficile à saisir dans son ensemble. La critique toujours aisée ne vise toujours qu'un aspect alors que le spectacle d'une vitalité aussi variée devrait mériter plutôt l'attention et le respect. Ainsi, les missions et les conditions de fonctionnement que le législateur va être appelé à définir, les dispositions que le gouvernement va prendre, devront donner aux universités la possibilité effective d'exprimer et de développer cette vitalité dans la concorde et de mériter la considération, le respect et la reconnaissance de notre peuple.

Enfin, nous voudrions souligner l'importance de réaliser un judicieux équilibre entre l'autonomie des universités et les prérogatives de votre département ministériel. Dans notre tradition française, l'autonomie ne peut s'entendre et se vivre que dans un contexte délimité par les grandes décisions prises par l'autorité centrale telles l'octroi des crédits principaux, la définition des statuts des personnels, la réglementation de la délivrance des diplômes nationaux. Nous avons cependant plusieurs fois insisté au cours de cette adresse, Monsieur le Ministre, sur l'intérêt majeur de voir les universités jouer à fond les cartes de l'autonomie qui lui a été donnée ou tout au moins promise. Elles doivent savoir, et nos collègues doivent savoir, que leurs initiatives sont attendues et leurs capacités d'invention sollicitées. L'autonomie des universités ne doit pas se réduire à une autonomie de gestion dans un cadre réglementaire qu'elles contribuent parfois elles-mêmes à alourdir. C'est dans chacune des multiples tâches qui s'offrent à elles et que nous venons d'évoquer, et en priorité dans leur mission première d'enseignement et de recherche, que la liberté de concevoir, d'entreprendre, de réaliser doit pouvoir s'exercer. Il est un peu paradoxal de constater souvent le découragement de collègues, pourtant compétents, enthousiastes et dynamiques, devant les difficultés rencontrées pour faire aboutir aujourd'hui des suggestions ou des initiatives prometteuses, alors que la loi a reconnu récemment l'autonomie des universités françaises.

Des progrès considérables sont à faire dans l'intelligence et la pratique de l'autonomie des universités. Ces progrès dépendent d'abord, et pour une très large part certes, des dispositions législatives qui vont être soumises au Parlement, mais aussi, Monsieur le Ministre, du souffle que vous ferez passer sur nos universités en les appelant à se


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renouveler, de la confiance que vous leur témoignerez, des directives que vous donnerez à vos collaborateurs.

Car notre appel ne doit pas être entendu comme une invitation à diminuer l'importance des instances nationales et des directions de votre ministère, importance que nous avons soulignée en plusieurs occasions. Ces directions ont à tracer des voies, elles ont à accueillir les initiatives des universités qui doivent être écoutées, considérées, aidées ; elles doivent animer la recherche ; elles doivent habiliter et éventuellement financer ; elles doivent être le garant du respect des missions essentielles des universités, de la qualité de l'enseignement qui y est dispensé et des recherches qui y sont conduites; elles doivent soutenir particulièrement les travaux les plus féconds, les réalisations les plus utiles ; elles doivent s'opposer, si nécessaire, à des errements préjudiciables au bon accomplissement des missions de l'université. Et tout ceci, elles doivent le faire dans le souci premier de promouvoir l'essor de notre enseignement supérieur et de notre recherche universitaire, et ■ non, comme on l'a déploré parfois dans le passé, dans le souci premier d'une rigueur administrative et réglementaire entendue au sens étroit.

Ce que nous souhaitons, ce que nous préconisons, ce que nous attendons de vous, Monsieur le Ministre, c'est que s'instaure ce que nous avons déjà appelé la double confiance et le double respect : pour le ministère, confiance dans les universités et respect de leurs initiatives ; pour les universitaires, confiance dans l'autorité ministérielle et respect des avis de vos conseils et de vos décisions.

La Séance est levée à 17h45mn

P. G.


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SÉANCE DU LUNDI 11 OCTOBRE 1982

PRESIDENCE DE M. PIERRE JAÇQUINOT

NOTICES NÉCROLOGIQUES

sur Eugène Wegmann (1896-1982), par.M. Georges Millot

Le 7 janvier 1982, nous parvenait la nouvelle de la disparition de notre confrère Eugène Wegmann.

M, E. Wegmann avait été élu notre correspondant, le 23 novembre 1970. Il avait reçu, en 1971, la plus haute distinction de la Société géologique de France : le Prix Gaudry.

Le 12 juin 1978, il devenait Membre associé de l'Académie des Sciences. Il était Chevalier de la Légion d'Honneur.

Je vais essayer de vous présenter les étapes principales de la vie d'un géologue qui fut un grand voyageur et un grand novateur, ainsi que les thèmes principaux de son oeuvre.

M. Eugène Wegmann naquit en 1896 à Schaffhouse. Amoureux du détail cocasse et des situations insolites, il me raconta la stricte éducation qu'il reçut, dans une famille aisée et fort courtoise de la bourgeoisie du début du siècle. Mais, avec son frère, il allait se cacher dans les écuries pour écouter la conversation du cocher et des domestiques. En ce temps-là, les employés des familles de ces cantons frontières étaient souvent des alsaciens. Et, me disait-il : « nous étions ravis des jurons merveilleux que se lançaient vos compatriotes ».

M. Wegmann vint étudier en 1915 en Suisse Romande, à Neuchâtel, attiré par l'enseignement du grand géologue alpin que fut Emile Argand, dont il devint l'Assistant. Il soutint sa thèse de Docteur es Sciences en 1922, sur la nappe du Grand Saint-Bernard, thèséoù déjà sont conjuguées stratigraphie, tectonique, et pétrographie. Et, comme les étudiants du Moyen Age, afin de se perfectionner dans ces disciplines, il entreprit pendant deux ans, des séjours chez les plus grands maîtres de l'Europe : M. E. Niggli, le pétrographe, à Zurich; M. W. Killian, le géologue alpin, à Grenoble; M. E. Haug, le tectonicien-stratigraphe, à Paris; M. V. M. Goldschmidt, à Gôttingen, le fondateur de la


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Géochimie. Ainsi se confrontaient, chez notre jeune Suisse, des approches différentes de la Géologie, enseignées par des esprits de cultures différentes.

Élève d'E. Argand, lui-même disciple de M. Lugeon, E. Wegmann était à la source de la Géologie alpine, qui marque à cette époque d'immenses progrès. Mais une question visitait sans cesse l'esprit du jeune docteur, question qu'il résuma souvent lui-même : « Que se passe-t-il plus bas, dans les zones cachées sous les Alpes » ? Personne ne se posait à l'époque cette innocente question, car les messieurs qui étudiaient les chaînes alpines et les vieux socles anciens formaient deux ethnies aux langages et aux rites différents. Mais, c'est cette question qui orienta toute une vie, animée par une curiosité inlassable et une pénétration saisissante.

Commença, en effet, pendant près de 20 ans, un périple très original, à la découverte des zones de plus en plus profondes de l'écorce terrestre. Au temps où Jules Verne façonnait l'imaginaire de la jeunesse, ce fut presque littéralement un « Voyage au Centre de la Terre ». En effet, parti des Alpes, dont on peut dire que les nappes de charriage ont glissé « sous le Soleil », M. Wegmann pénétra par la Norvège, puis la Finlande et le Groenland, jusqu'à des terrains cristallins qui sont nés à 20 ou 25 km de profondeur.

La première étape fut la Norvège (1924-1927), où E. Wegmann fut l'assistant de J. H. Vogt. Par ses études, sur la chaîne calédonienne, prise dans le vieux socle de la péninsule Scandinave, il accède aux relations d'une chaîne et de son socle. La deuxième étape fut la Finlande (1927-1934), où il devint le collaborateur et l'ami de J. J. Sederholm, responsable du lever de la carte géologique finlandaise et l'un des fondateurs de l'analyse structurale et historique des vieux socles qu'il appelait les « usines à granités ». Enfin, la troisième étape fut celle du Groenland. De 1934 à 1940, plusieurs missions étonnantes furent accomplies pour le Service géologique du Danemark. L'une d'elles comportait le passage du long hiver polaire sur la calotte glaciaire, avec la seule compagnie d'un esquimau dans un igloo. En dehors d'études originales sur la glace, « la seule roche monominérale », l'étude du socle fut fertile. En effet, la calotte de glace respecte d'immenses affleurements de roches. Nues et lissées par les anciens glaciers, de hautes falaises et de vastes surfaces polies offrent au géologue l'album des figures géométriques des mises en place successives des roches de la profondeur.

Et le périple se clôt sur lui-même en 1940, par le retour à Neuchâtel. En effet, la célèbre Université de ce canton appelle E. Wegmann à succéder à son maître Emile Argand, luimême successeur de H. Schardt et de L. Agassiz, trois noms considérables dans l'histoire de la Géologie. Au pied de cette chaire illustre, pendant 24 ans, des étudiants du monde entier vinrent apprendre les techniques de la tectonique analytique et s'initier à une géologie cohérente, depuis les profondeurs jusqu'aux superstructures. De plus, grâce à l'expérience du Jura, des Alpes, des chaînes calédoniennes et hercyniennes et des vieilles chaînes des socles précambriens, furent mûries les clefs de la Tectonique comparée, des étages tectoniques et de leurs styles propres, ainsi que des relations entre la tectonique des socles et celle des couvertures.

L'ANALYSE GÉOMÉTRIQUE ET CINÉMATIQUE DES DÉFORMATIONS TECTONIQUES DANS LES GRANDES CHAINES PLISSÉES

Lorsque E. Wegmann commença dans les Alpes, la méthode commune était, après avoir daté les terrains et levé la carte géologique, ce qui est toujours indispensable, d'apprécier


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la forme enveloppe des plis et des nappes. De là, on déduisait les forces qui avaient présidé â ces déformations et à la construction de ces édifices. On se trouvait devant une reconstitution dynamique.

La méthode de E. Wegmann est différente : elle est une reconstitution cinématique. On renonce à imaginer des forces, on cherche à mesurer les traces des mouvements euxmêmes, avec leurs directions et leur sens. Commence ainsi, à toutes les échelles, un énorme travail de mesures, orientées dans l'espace, de toutes les traces laissées par les déformations : cassures, pendages, axes des plis, stries de frottement, cannelures, etc. Il faut ensuite construire la représentation géométrique de ces traces, en les classant, puis il faut les ordonner, grâce aux observations de terrain, en suites chronologiques. Ainsi, sont mesurés les directions et le sens des déformations successives subies par les formations géologiques. On voit venir des styles différents, selon la nature et le mode d'empilement des roches, mais aussi selon la profondeur à laquelle ils se sont produits : ce sont les styles tectoniques. Nous est démontrée l'opposition entre les plis déroulables, qui correspondent au ploiement cylindrique ou conique d'une couche autour d'un axe, et les faux plis ou plis non déroulables, qui donnent l'illusion d'un pli, alors qu'il s'agit de l'intégrale des glissements par translation de feuillets les uns sur les autres. Nous voyons venir l'importance des mouvements obliques et horizontaux et non pas seulement verticaux, ainsi que les mouvements successifs qu'un même matériau a pu subir au long d'histoires successives. Nous voyons venir les tectoniques superposées dans une même roche : superposition de styles identiques acquis dans une même zone, mais d'orientations différentes; superpositions de styles différents acquis dans des zones différentes. Nous voyons venir dès 1925, dans la chaîne calédonienne, des nappes dont le glissement se produit dans l'axe de la chaîne, alors que nous étaient seulement connues les nappes à déversement latéral.

E. Wegmann est le fondateur de la cinématique des déformations en Géologie, sur laquelle chaque auteur pourra, selon son inspiration ou selon les cas, invoquer les forces disparues qui ont elles-mêmes causé ces déformations. Et la variété des solutions choisies, sur une unique réalité, montre à quel point il est préférable de partir des mesures pour reconstituer une histoire, plutôt que de partir de forces supposées pour les appliquer à des objets considérés dans leur enveloppe.

TECTONIQUE ET PÉTROGENÈSE DANS LES SOCLES CRISTALLINS Sous les pays sédimentaires, plissés ou non, que les Européens habitent dans leur majorité, se trouvent d'énormes épaisseurs de terrains cristallins. Une manière simple est de les désigner sous le nom de « socles cristallins ». Quand la couverture sédimentaire, plissée ou non, est enlevée par l'érosion, ces socles affleurent en d'immenses paysages composés de roches métamorphiques et cristallines, directement accessibles à l'observation. C'est dans le socle de la Finlande, qu'il revint à E. Wegmann, dès 1927, d'introduire, dans l'étude des socles cristallins, les méthodes d'analyse tectonique moderne élaborées dans les Alpes. Auparavant, les savants étaient, à juste titre, occupés à une typologie des roches cristallophylliennes et cristallines, grâce à leur analyse minéralogique et chimique. Et ces compositions étaient mises en relation avec la situation finale des massifs métamorphiques et cristallins. On déduisait de ces compositions et de ces situations des hypothèses génétiques.

C'est ici que l'analyse géométrique et cinématique des corps rocheux des zones profondes fut entreprise. Il fallait d'abord reconstituer, même en pays aplani comme en Finlande,


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leurs formes et leurs déformations internes. Il fallait ensuite examiner leurs relations les uns avec les autres, leurs mouvements relatifs. Ainsi, nous sont venues les cartes structurales des massifs métamorphiques, les analyses géométriques des massifs cristallins, et l'étude des relations de ces massifs entre eux. Sur le problème si controversé de la mise en place des granités, cet outil d'analyse fut pertinent. Certains granités mobilisés sont des intrus hors de leur lieu d'origine, jusqu'à devenir des diapirs : la notion de granités diapirs date de 1930. D'autres, restés sur place, se déduisent par transformation de certains gneiss. En situation intermédiaire, les roches de mélanges ou « migmatites » peuvent présenter des structures identiques aux roches dont elles sont issues, ou seulement leur souvenir, ou encore un souvenir déformé ou enfin une structure totalement discordante. Elles peuvent présenter d'anciennes structures reprises dans une nouvelle déformation. Et chacune de ces situations entraîne une signification différente. C'est ce qui nous fut présenté dans un ouvrage fondamental en 1935 : « Zur Deutung der Migmatite ».

TECTONIQUE COMPARÉE. ÉTAGES TECTONIQUES ET LEURS RELATIONS.

Je cite l'introduction d'un article célèbre d'E. Wegmann : « La chronique rapporte que de nombreux mystères du Moyen Age étaient joués sur une scène à trois étages superposés, qui représentaient les événements sur la terre, au ciel et sous la terre. Tout ce qui se passait dans l'un des étages influençait le déroulement des événements dans les autres... Une telle représentation des faits géologiques, dans laquelle on pourrait voir simultanément, en images, le déroulement des événements dans les étages inférieur,.moyen et supérieur est le but d'une part importante de la Tectonique cinématique.,»

Cette comparaison nous fournit, en langage simple, la leçon principale que nous a donnée le Professeur Wegmann, capable d'intégrer dans une vue unique l'expérience qu'il avait recueillie depuis les nappés-alpines qui ont migré en surface, jusqu'à la catazone située à 20 ou 25 km sous terre. C'est ainsi que nous fut proposée la distinction entre superstructure et infrastructure, distinction affinée par la notion d'étages tectoniques. Chaque étage tectonique a son style et son histoire. Mais il est des événements qui traversent tous les étages, comme la venue verticale de filons basiques. Quasiment instantanés, à l'échelle des temps géologiques, ils permettent une synchronisation verticale, avec des images cinématiques qui sont simultanées, mais différentes dans les différents étages.

C'est de cette vue cavalière à travers l'écorce que nous sont venues des perspectives nouvelles sur le rôle de la tectonique des socles dans le plissement des couvertures sédimentaires. Les socles sont découpés en lanières, en damiers, ou plus généralement en longues amygdales séparées par des zones broyées. Ces amygdales jouent en glissant les unes par rapport aux autres dans des mouvements obliques, à composantes verticale et horizontale. La couverture sédimentaire est soumise à cette tectonique de son soubassement et y répond de multiples façons : horsts et fossés pour obéir aux dénivelées des lanières du socle; plis comme dans le Jura pour s'adapter à un socle étiré qui a perdu en largeur; chevauchement et charriages qui répondent au jeu vertical de compartiments du socle sous-jacent. La lecture des oeuvres d'E. Wegmann est saisissante, car on y trouve la description géométrique et cinématique du comportement des socles continentaux et de leurs couvertures, avant que la tectonique des plaques ne nous ait fourni le moteur et expliqué la cause de ces déformations. Ceci nous montre que, pour E. Wegmann, l'analyse cinématique des objets géologiques fut une analyse objective.

E. Wegmann est le responsable principal de l'entrée de la géologie structurale, ou géologie des géométries, et de la cinématique, dans les socles cristallins. Il nous a initié à


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la distinction de zones où le style tectonique est rigide et cassant et d'autres où il est mobile et visqueux. Il a donné les preuves géométriques des transformations sans fusion, des digestions avec fusion au moins partielle, et de nombreux cas intermédiaires dans les fronts de migmatisation. Bien plus, il a maintes fois figuré, dans les vieux socles, des exemples d'histoires successives dont les styles se superposent en un point donné et de styles différents d'un étage tectonique à l'autre. Comme dans les Alpes, est venue à notre connaissance la variété des tectoniques superposées dans les socles cristallins. Elle nourrit aujourd'hui le travail quotidien des géologues de la profondeur.

Tels sont les faits principaux de l'oeuvre de notre confrère Eugène Wegmann, qui fut mon maître et mon ami, bien que je ne sois aucunement tectonicien. Mais, depuis 35 ans que je lui fis visiter les grandes carrières des granités des Vosges, je suis resté familier de ses.écrits et fasciné par sa manière de raisonner. Relisant ses principaux travaux et la volumineuse correspondance dont j'ai bénéficié, j'admire cet extraordinaire entraînement à regarder les objets de la nature sous leurs diverses facettes et dans leur développement historique. Et son irritation devant les théories non fondées sur des observations et des mesures reste une discipline exigeante et féconde.

Ne sollicitant rien, il ne dépendait de personne. Les visiteurs qui venaient à Neuchâtel étaient attirés par sa Science, par l'humour de ses représentations, imagées mais non simplifiées : c'est la supériorité de la parabole sur le schéma. Dans lès séances de travail, comme dans les réunions internationales, nous trouvions chez cet Homme, à la fois explorateur et érudit, polyglotte et réservé, la connaissance vécue de tous les grands géologues de ce siècle et de tous les mouvements d'idées de notre discipline.

« En Sciences, « disait-il », il n'y a pas de savants, il n'y a que des autorités. Et quand les autorités meurent, on les remplace ». Le Professeur Wegmann illustre le contraire de sa proposition, amère et cocasse. Il ne disposait d'aucun pouvoir matériel ou institutionnel. Il témoignait de ses observations et mesures, de ses lectures dans toutes les langues, de ses méditations, par le pittoresque de ses souvenirs et de ses images. Il poursuivait une création scientifique dont les finesses et les conséquences se dévoilent, au fur et à mesure que les connaissances communes progressent. Il ne disposait donc que de sa seule autorité' scientifique originale; c'est pourquoi, nous ne pourrons pas la remplacer.

Aujourd'hui, cette voix s'est tue et Mme Wegmann reste seule sur le rivage de ce Lac de Neuchâtel où ils s'étaient connus, voici longtemps. Je vous invite à la remercier des attentions et des soins qu'elle a donnés à un grand esprit de ce temps. Nous lui souhaitons une meilleure santé, pour bénéficier longtemps du souvenir de celui qui fut son mari pendant près d'un demi-siècle.

PRÉSENTATION DE SAVANTS

M. Henri Cartan signale la présence de M. Halperin, de l'Université de Toronto. M. le Président lui souhaite la bienvenue et l'invite apprendre part à la séance.

PRIX

L'Académie est informée que le Prix Nobel de Médecine 1982 a été attribué conjointement à MM. Sune K. Bergstroem et Bengt I. Samuelsson (Suède) et à M. John


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R. Vane (Grande-Bretagne) pour leurs travaux sur les prostaglandines et substances biologiques actives apparentées.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

L'Ouvrage suivant est offert en hommage à l'Académie par M. Edouard Bourreau : Les Pucerons des cultures (Journées d'études et d'informations sur ce thème, Paris, mars 1981).

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance :

1e Compte-rendu des journées d'études de l'O.R.S.T.O.M., Paris, 6 au 10 juillet 1982;

2° l'Industrie pharmaceutique, ses réalités. Édition 1982;

3° l'École Centrale des Arts et Manufactures. Annuaire 1982;

4° Redistribution des sédiments consécutive à des travaux d'aménagement : dépôt de dragage sur le banc du Bilho dans l'estuaire de la Loire, .par BERNARD MOUGANI (Thèse, Nantes);

5° Université Royale de Gand : Année académique 1982-1983.

A 15 h 30 mn, l'Académie se forme en Comité secret.

La séance est levée à 16 h 30 mn.

R. C.


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SÉANCE DU LUNDI 18 OCTOBRE 1982 PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUTNOT

ACADEMIE

L'Académie est informée d'une Exposition de reliures anciennes actuellement présentée à la Bibliothèque Mazarine (Paris). Cette exposition durera jusqu'au mois de décembre 1982.

EXPOSÉS, COMMUNICATIONS

Présentation par M. Roger Gautheret d'une Note de MM. Claude Martin, Roland Vernoy et Michel Paynot, intitulée : Photopériodisme, tubérisation, floraison et phénolamides. A la fin de cette présentation interviennent MM. Henri Duranton et Alfred Jost.

NOTICES NÉCROLOGIQUES

sur Pierre-Edouard Martens,

Associé étranger (1895-1981),

par M. Edouard Boureau

Le 21 juin 1895, nait à Kerkom, en Belgique, dans le Brabant, Pierre Edouard Martens, qui plus tard, exerce ses fonctions pendant plus d'un demi-siècle à l'Université catholique voisine de Louvain où toute sa carrière s'est déroulée jusqu'à son décès, le 23 mai 1981.

A l'occasion de son accession à Péméritat le 14 octobre 1965, a lieu à l'Université catholique de Louvain, une cérémonie émouvante au cours de laquelle sont fêtés, le professeur, le botaniste, le savant et l'homme. Son compatriote, le Professeur Jean Lebrun y évoque le milieu universitaire profondément chrétien et humaniste où il a été élevé. Sa vocation de naturaliste s'éveille très tôt. Martens a rappelé que sa toute première leçon de Cytologie chromosomique lui fut donnée par son père, philologue et musicologue, mais qui avait en outre fréquenté, après des études de philosophie et de droit, le laboratoire de Biologie cellulaire que le Chanoine J. B. Carnoy venait.de créer à Louvain; A cette époque, on parlait de la découverte par les cytologistes du « spirème » dans le noyau cellulaire, c'est-à-dire cette curieuse pelote nucléaire qui semblait continue.


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Sa vocation s'affirme à l'occasion d'une rencontre décisive qui l'a orienté de façon définitive, celle d'un Maître qui a sur ses élèves une inoubliable et profonde influence, le Professeur Victor Grégoire, qui sera plus tard, en 1936, correspondant de notre Académie.

En 1913, il est étudiant en Candidature.

1914, l'année suivante : l'Allemagne déclare la guerre à la France et la frontière belge est violée le 4 août. C'est alors que le jeune Martens, âgé de 19 ans, s'engage dans le 4e corps de Volontaires belges et combat dans l'infanterie où il est rapidement souslieutenant. Il est blessé et, en 1918, à quelques jours de l'armistice, une troisième blessure l'ampute du bras droit, accident particulièrement grave pour un intellectuel qui se destine à l'expérimentation. Sa conduite lui vaut des distinctions peu courantes à titre militaire : croix de guerre avec trois palmes et toujours à titre militaire, officier de l'Ordre de Léopold.

Toute sa carrière se déroule à l'Université de Louvain. Assistant en 1921, chargé de cours en 1923, Professeur en 1925, il est Doyen de la Faculté des Sciences en 1946.

L'Académie Royale de Belgique l'élit d'abord Correspondant dans la Classe des Sciences le 15 décembre 1939 et, en qualité de Membre, le 13 décembre 1947. Il préside l'Académie Royale en 1954. Il devient plus tard Membre honoraire.

A l'Académie des Sciences de l'Institut de France, il est élu Correspondant pour la Section de Botanique le 18 juin 1956, puis associé étranger le 28 novembre 1966.

Il obtint quatre prix de l'Académie Royale de Belgique. Il est Lauréat de l'Institut de France, ainsi que Docteur honoris causa de l'Université de Paris.

Excellent Professeur et orateur pénétrant, il enseigne en Candidature, puis en Licence, une partie de la Systématique et de la Paléontologie végétale. Ses fonctions sont encore alourdies en 1938, année du décès de son Maître Grégoire.

Au Laboratoire, son influence formatrice prodigieuse et ses grandes qualités humaines ont profondément imprégné pendant un demi-siècle, des générations d'étudiants et de chercheurs. Son activité redoublée alimente une magnifique revue de Biologie cellulaire, « La Cellule » qui, pendant de nombreuses années, a eu des dirigeants réputés comme Carnoy, Gilson, Grégoire.

Les recherches de Martens forment un magnifique ensemble où fleurissent avec bonheur des travaux très variés de Cytologie et de Morphogenèse, mais encore de Mycologie et de Paléobotanique, sans oublier la Systématique, la Biologie florale et la Phytogéographie. Bien que couvrant un champ très étendu, elles apportent toujours des vues nouvelles sur de nombreux problèmes. Martens était un botaniste complet qui, pour reprendre les termes de Jean Lebrun lorsqu'il fit son éloge, « s'éloignait du portrait que l'on peut faire du chercheur moderne qui se limite dans un étroit domaine en creusant toujours davantage le puits où il s'enfonce ».

Parlant d'un tel spécialiste si différent de Martens, Jean Lebrun ajoutait que « la lumière du jour ne lui parvient plus que par un orifice qui va en se rétrécissant à mesure que croît la connaissance du sujet ». Et, ce qui est plus grave, c'est que « la poursuite du but l'éloigné des autres tâcherons dont il est peut-être proche, mais dont il ignore l'acquis à défaut de les voir ou de les rejoindre ».

Comme son Maître Grégoire, Martens était d'abord Cytologiste. Grégoire lui conseille d'abord de travailler sur les chromosomes.

Les faits nouveaux qu'il met en évidence dans ses nombreuses Notes et Mémoires sont devenus classiques. Au début de ses recherches, dans la cytologie de 1930 qui nous


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paraissent aujourd'hui lointaines et largement dépassées par la microscopie électronique, il suit la pénétration du fixateur dans la cellule vivante et sépare les structures colorées de la coupe, des artefacts résultant des techniques. Mais l'oeuvre doit être surtout jugée en se reportant à son temps et les travaux de Martens de cette époque, particulièrement remarqués, figurent par exemple dans le grand Traité de cytologie de Guilliermond.

On connaît l'appareil très utile, inventé par Chambers, qui permet de faire des microdissections. On sait combien il a jadis été fécond dans l'étude de la cellule. Or, tout naturellement, venant en Europe en 1931, Chambers rejoint le Laboratoire de notre confrère Fauré-Fremiet, puis va travailler à Louvain avec Martens.

Le début de la vie scientifique de Pierre Martens est marqué par un premier apport à l'étude du cycle sexuel des Champignons Ascomycètes et Basidiomycètes. Il signale chez les Ascomycètes l'importance du « crochet », élément d'où dérive l'asque et qui a été rapproché des « anses d'anastomose » que l'on trouve dans le mycélium diploïde des Basidiomycètes. Martens considère que le crochet résulte nécessairement dans le filament ascogène, de la disposition superposée de deux noyaux terminaux au cours de la dernière division cellulaire et d'une croissance unilatérale de la membrane de la cellule sous-apicale issue de cette division. Alors que dans un asque mûr, on trouve le plus souvent huit ascospores, Martens relève un grand nombre de cas où les ascospores sont plus nombreux. Il pense que ces asques polysporés sont dus, soit à de nouvelles mitoses, soit à un bourgeonnement en conidies dans l'asque, soit encore à des spores multicellulaires dont les éléments peuvent se développer.

L'esprit de synthèse de Martens s'est manifesté à l'occasion de problèmes très controversés en Cryptogamie.

Trois théories permettaient d'expliquer le cycle des Ascomycètes : Pour Dangeard, le seul processus existant chez les Champignons consiste en la fusion des noyaux suivie de deux divisions réductrices. C'est la. fusion dangeardienne qui fait penser que l'asque est un oeuf évoluant ensuite en sporange. On ne conteste guère cette fusion.

Toutefois, la fusion dangeardienne aboutit à un noyau tétraploïde qui implique un recours à trois divisions réductrices, à trois « brachymeioses » pour obtenir des cellules haploïdes.

Pour Harper, le mycélium différencie des organes sexuels, oogone et anthéridies qui viennent en contact et à la suite d'une perforation entre les deux, le noyau passe de l'anthéridie dans l'oogone et fusionne avec l'autre noyau. C'est la fusion harpérienne.

Pour Martens, les observations ne permettent pas d'appuyer les caryogamies sexuelles, pas plus qu'elles ne confirment l'existence générale d'espèces « brachymeiotiques ».

La troisième théorie est celle de Claussen qui ne pense pas qu'il y ait une fusion des noyaux mâles et femelle, mais que les deux noyaux coexistent en formant des dicaryons comme ce que l'on connaît chez les Urédinées.

C'est alors que les dicaryons pénètrent dans les filaments ascogènes et s'y divisent par mitoses conjuguées, la caryogamie, étant retardée dans l'asque jusqu'à la fusion dangeardienne des deux noyaux du dicaryon.

Autrement dit, une dicaryophase s'intercale entre la cytogamie à la base du périthèce et la caryogamie qui a lieu dans l'asque.

La théorie de Claussen réalise la synthèse-de celles de Dangeard et de Harper et semble rallier la majorité des suffrages.


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Martens n'est cependant pas absolument convaincu. Pour lui, il est impossible d'admettre l'existence de dicaryons dans l'ascogone ou à la base des filaments ascogènes et encore moins le caractère dicaryophasique de ces filaments. Dans les cas observés par Martens, les dicaryons authentiques qui se divisent par mitoses conjuguées ne sont démontrés qu'au sommet seulement des filaments ascogènes et pas avant la cellule-mère de l'asque.

Pour Martens, le schéma claussénien est un « cas limite » et la Théorie dangeardienne qui nie toute fécondation à la base du périthèce lui parait trop intransigeante et inadmissible. Il considère qu'en réalité les cycles évolutifs sont des intermédiaires entre la Théorie dangeardienne et la Théorie claussénienne, certainement plus proches de la première que de la seconde.

Étudiant en collaboration avec Yun-Chang Wang, les Basidiomycètes, il précise l'origine de la dicaryophase chez les Urédinées. On sait que les Urédinées sont des Champignons parasites responsables de la rouille des plantes. Dans leur développement, elles présentent cinq types différents de spores. Certaines spores, dont l'origine est bien connue, sont uninucléées (sporidies ou basidiospores, spermaties ou pyenospores) et d'autres, dont l'origine était plus obscure, sont binucléées (écidiospores, urédospores, téleutospores).

C'est ainsi que Martens et Wang ont apporté des conceptions nouvelles en ce qui concerne les dicaryons.

Si Martens a parfaitement fait la synthèse de nos connaissances sur des notions qui divisaient les Cryptogamistes, son activité ne s'arrête pas là. En ce qui concerne les Algues Diatomées, il a consacré un intéressant travail à leur mode de locomotion. Parlant du déplacement des Diatomées, notre Confrère Joseph Magrou faisait remarquer en 1948 qu'il s'agissait de l'« un des plus curieux spectacles offerts au Naturaliste » et rappelait que « le problème de la navigation sous-marine soulevé a donné lieu à une multitude d'observations, à de véhémentes polémiques à un nombre impressionnant de théories et d'hypothèses ». Pour Martens, le déplacement s'explique par les courants du protoplasme qui agit à travers les fentes du raphé en provoquant la propulsion par frottement sur le milieu liquide.

Au cours de judicieuses interventions qu'il fait en 1952 lors d'un colloque sur l'évolution des Plantes, Martens fait preuve d'un esprit critique remarquable. Il souligne notamment l'importance d'un problème particulièrement « explosif », aux yeux des morphologistes, celui de la dichotomie des axes végétaux qui, selon les auteurs est soit primitif, soit au contraire évolué, voire même surévolué. C'est ainsi que, prenant ses exemples dans les Thallophytes comme chez les Cormophytes, il vient avec des yeux de cytologiste et d'histologiste appuyer les défenseurs de la deuxième solution. Pour Martens, la dichotomie apparaît comme le résultat de phénomènes cellulaires déjà fort différenciés et relativement complexes. La solution de ce problème rejoint celle du caractère primitif ou évolué des Rhynia du Dévonien. Pour Martens, l'aphyllie du Rhynia serait dérivée et non primitive.

Il apporte également d'intéressantes précisions sur le relief et la fructification d'une Lycophyte arborescente du Paléozoïque, le Pinakodendron ohmanni, en particulier sur le mégasporange.

Un autre problème important préoccupe Martens, celui des relations entre les Conifères et les Angiospermes. Très rapidement, il est alors conduit à examiner un groupe intermédiaire, sorte de Pro-Angiospermes, celui des Gnétales encore appelés Chlamydos-


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pennes. Les représentants de ce groupe sont peu nombreux, mais éloignés morphologiquement et assez différents les uns des autres, ce qui justifie les études détaillées séparées qui furent faites. C'est ainsi que Martens étudie avec un soin extrême, l'une des espèces les plus curieuses qui soient, le Welwitschia mirabilis.

Cette plante énigmatique des déserts du Sud-Ouest africain, sorte de plantule adulte, possède un tronc en forme de cône renversé, trapu, d'un diamètre atteignant 1 m parfois 1,5 m, haut d'une vingtaine de centimètres seulement, porteur toute sa vie de deux seules feuilles larges de 50 cm et longues de plusieurs mètres. Les quelques plants qui sont connus dans le Sud-Ouest africain sont vieux de plusieurs siècles et plongent leurs très longues racines dans les sables du désert.

Le Welwitschia mirabilis a été longuement étudié par Martens avec une extrême minutie, sous tous les aspects de son développement.

Ainsi, pour les seules inflorescences femelles, il a donné plus de 800 dessins et plus de 150 photographies. Dans un rapport qu'il fait à notre Compagnie sur Martens, notre confrère Plantefol fait remarquer que depuis les travaux de Martens, le Welvntschia est maintenant aussi connu que le Caelacanthe en zoologie, malgré une extrême rareté comparable.

Il en résulte qu'un organisme comme le Welwitschia que l'on croyait pourtant bien décrit, avait laissé dans l'ombre une foule de détails que Martens a pu mettre en lumière en dévoilant les traits les plus cachés de son ontogénie.

Reprenant une idée de Goethe, Martens souhaite que la Morphologie ne reste pas une « science des formes », mais devienne une « science des transformations ». Selon lui, elle ne doit pas rester statique et descriptive, mais devenir dynamique et interprétative. On ne doit pas se contenter de structures « toutes faites », mais il faut rechercher les structures qui « se font » en suivant les diverses étapes de leur développement. C'était le fameux « Dis-moi d'où tu viens, je te dirai qui tu es ».

On ne peut évoquer tous les points particuliers analysés par Martens et toujours de façon très claire, Signalons cependant ses recherches sur le relief cuticulaire et la différenciation des organes floraux, sur l'origine et la signification des espaces intercellulaires, sur la structure, l'origine et le rôle des organes glanduleux du Polypodium virginianum.

Un mémoire résoud le problème des paraphyses chez Polypodium nigrescens. Pour Martens, il ne s'agit nullement de sporanges « transformés », appelés parfois « sporangiastres ». Dans le Polypodium nigrescens, il s'agit de paraphyses glanduleuses issues du futur réceptacle comme un simple poil épidermique et dont l'ébauche ne possède aucun caractère rappelant un sporange.

D'intéressantes remarques ont été faites par lui sur l'aire de dispersion du Polypodium vulgare, divisée par la présence ou l'absence de paraphyses.

Au 8e Congrès international de Botanique de Paris (1954), il publie une Note remarquée sur les divisions cambiales et procambiales.

Rappelons également ce Marronnier centenaire qu'il étudie en détail et qui vivait depuis un demi-siècle complètement dépouillé de son écorce, de sa base jusqu'à 1,70 m au-dessus du sol et sans rameaux inférieurs.

Un tel arbre bouleversait nos conceptions classiques sur la migration descendante de la sève élaborée. Martens constate que le xylème supplée l'absence d'écorce et contient une abondante quantité de glucides solubles, fait inhabituel qui mérite largement d'être signalé.


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L'apport très fécond de Martens dans toutes les branches de la Botanique est considérable. L'importance des résultats obtenus est le fruit de remarquables dons d'observation, d'un esprit critique aigu et d'une tendance naturelle aux vastes synthèses.

Comme il l'a dit, il lui a suffi « d'écouter la grande Nature, mais sans oublier qu'elle parle souvent à voix basse ».

Ceux qui l'ont connu, gardent de lui le souvenir d'un savant éminent, d'un homme honnête droit, discret, d'une constante gentillesse.

PRESENTATION DE SAVANTS

M. René Thom signale la présence de M. Mauricio Peixoto Président de l'Académie des Sciences du Brésil.

M. le Président lui souhaite la bienvenue et l'invite à prendre part à la séance.

SOLENNITÉS SCIENTIFIQUES

L'Académie est informée :

1° des Conférences organisées à l'occasion de la commémoration du centenaire de la mort de Sainte-Claire Devffle, qui auront heu à Paris, le 22 octobre 1982;

2° de la cérémonie commémorative du 150e anniversaire de la mort d'Evariste Galois, qui se déroulera à Bourg-la-Reine le 23 octobre 1982;

3° des manifestations commémoratives qui auront lieu à l'occasion du bi-centenaire du premier vol humain par Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes, au mois de février ou mars 1983. L'Académie décide d'accorder son haut patronage à ces cérémonies où elle sera représentée par M. Pierre Contensou.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

Les Ouvrages suivants sont offerts en hommage à l'Académie :

1° par M. Pierre-Paul Grasse : Termitologia. Tome l.Anatomie-Physiologie-reproduction des Termites, dont il est l'auteur. Il s'exprime en ces termes :

Le livre que j'ai l'honneur de présenter et d'offrir à l'Académie dés Sciences, et dont je suis l'auteur est le premier tome d'un Traité de la Biologie des Termites. Il concerne l'anatomie, la physiologie, la reproduction et le polymorphisme de ces Insectes.

On peut s'interroger sur la finalité et l'ampleur de cet ouvrage qui se composera de trois tomes dont le second est en cours d'impression et le troisième en fin de rédaction.

Le but poursuivi est de donner une information aussi complète que possible sur la biologie très complexe des Termites.

En vérité, ces Insectes sociaux constituent un univers fermé, où les sociétés forment des unités cohérentes et parfaitement ordonnées. L'automatisme des actes et des réponses données aux stimulations périphériques est la règle quasiment absolue dans ce monde. Toutefois, des mécanismes régulateurs, telle la stigmergie, tempèrent l'automatisme et facilitent l'adaptation aux circonstances.


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La formation de sexués de remplacement garantit la,pérennité de la société et, dans certains cas, son extension indéfinie. Les Termites sont des constructeurs d'une extrême habileté. Certains bâtissent des termitières géantes dont la partie épigée est un tumulus conique; haut de 4 m, ayant à la base un diamètre de 15 à 60 m et une partie hypogée allant jusqu'à 2,80 m de profondeur. De telles termitières couvrent de vastes surfaces au Cameroun sud oriental, le sud de la République centrafricaine et le Uellé au Zaïre. Il s'agit là d'un phénomène de dimension planétaire. D'autres espèces construisent des nids souterrains faits de plusieurs unités unies par des réseaux de galeries maçonnées, et d'une extraordinaire complexité. Leur genèse suit un plan rigoureux qui s'accomplit selon un ordre temporel invariable.

Les Termites isolés meurent et n'ont aucune activité. De tous les animaux, ils sont de beaucoup les plus fortement socialisés. Leurs sociétés sont extrêmement cohérentes et leur statut ne varie pas; elles connaissent une grande stabilité.

Des biologistes étudiant la sociologie, arguant de son équilibre et de sa longue histoire (25 à 50 millions d'années) estiment que la termitière a atteint un statut social quasiment, parfait. Escherich, entomologiste et fidèle compagnon d'Hitler, l'a donnée en modèle au national-socialisme.

En Amérique du Nord, un autre entomologiste E. O. Wilson, agit à la manière d'Escherich et propose en modèle social non plus la termitière mais la fourmilière, ce qui ne vaut pas mieux. Il extrapôle de l'Insecte à l'Homme et fait de cette opération la clef de voûte de son système social en l'assaisonnant de considérations génétiques et darwiniennes.

On .sait à quels abus ont aboutit ces élucubrations qui, Outre-atlantique, et dans certains milieux anglais et français, reçoivent un accueil chaleureux.

Assimiler un univers que régit un automatisme rigoureux, où l'individu n'est qu'un moellon de l'édifice social et rien de plus, à la société humaine où règne la liberté individuelle et où une révolution peut à tout moment modifier la structure sociale, est une erreur grave qui méconnaît les enseignements de la zoologie et du passé paléontologique.

La publication de ce Traité a été possible grâce à la générosité de la Fondation Singer-Polignac que préside notre Confrère Etienne Wolff.

PIERRE-P. GRASSE, Termitologia, Tome I, Anatomie, physiologie, reproduction des Termites, Éditions de la FONDATION SINGER-POLIGNAC, Masson, Paris, distributeurs, 1 vol. in-4°, 676 p., 411 fig.

2° par M. Edouard Boureau : (a) Ultrastructure de la paroi cellulaire des Desmidiacées au microscope électronique à balayage, par ALAIN COÛTÉ et GUILLERMO TELL. Il s'exprime en ces termes :

« Je dépose en hommage sur le bureau de l'Académie, un ouvrage résultant de la collaboration de M. Alain Coûté, du Laboratoire de Cryptogamie du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, et de M. Guillermo Tell, du Département des Sciences biologiques de la Faculté des Sciences exactes et naturelles de l'Université de BuenosAires».

Il a pour titre : « Ultrastructure de la paroi cellulaire des Desmidiées au microscope électronique à balayage ». Beih. Nov. Hedwigia 68, 228 p., 102 pl., 621 fig.

Dans cet Atlas, les auteurs figurent 182 taxons de Desmidiées provenant du monde entier. L'extrême diversité des très belles espèces figurées, montre l'importance considérable du microscope électronique qui, une fois de plus, vient confirmer les résultats en microscopie photonique. La systématique du groupe de ces Algues unicellulaires


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précisément fondée sur l'ornementation superficielle de la membrane reçoit avec cet Atlas une confirmation remarquable de son importance en Biologie. Le travail est excellent.

(b) Les termes pétroliers. Dictionnaire Anglais-Français, par MICHEL ARNOULD et FABIO ZUBINI. Il s'exprime en ces termes :

L'ouvrage présenté résulte de la collaboration de Michel Arnould, géologue et de Fabio Zubini, avec la participation de J. J. Chartrou, J. Bordan et G. Terrier. L'ouvrage a été publié sous la direction d'André Combaz, Directeur de la Communication à la Compagnie française des Pétroles (C.F.P.) et préfacé par François de Wissocq, Ingénieur général des Mines, Directeur général de l'Énergie et des Matières premières du Ministère de l'Industrie.

Il s'agit d'un « Dictionnaire anglais-français » concernant les termes pétroliers. Éditions Total-Dunod, 267 pages, 1982.

Cet ouvrage rendra les plus grands services aux spécialistes en définissant en français les termes techniques de langue anglaise utilisés dans l'industrie pétrolière. Dans ce domaine en particulier, les habitudes ont introduit inutilement des termes étrangers souvent ambigus et mal compris. En définissant les termes anglais utilisés par les pétroliers et en leur substituant un équivalent en français, cet ouvrage réalise une étape importante dans la défense du notre langue.

3° par M. Anatole Âbragam : The principles of nuclear magnetism, par lui-même; Nuclear magnetism: order and disorder, dont il est l'auteur avec MAURICE GOLDMAN; Spin température and nuclear magnetic résonance in solids, par MAURICE GOLDMAN.

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance :

1° Edition critique d'un projet de seconde édition de l'Essai de statique chimique de Claude-Louis Berthollet, par MICHELLE SADOUN-GOUPIL,.

2° Actes du Colloque Gay-Lussac, Palaiseau, 11 au 13 décembre 1978 : Gay-Lussac : la carrière et l'oeuvre d'un chimiste français durant la première moitié du xixe siècle;

3° Électricité de France. Direction des études et recherches. Rapport d'activité 1981;

4° Ciba Foundation. Symposium 91 : Substance P in the nervous System.

A 16 h 10 mn, l'Académie se forme en Comité secret.

COMITÉ SECRET

A la majorité absolue des suffrages exprimés, le Prix Charles-Léopold Mayer a été attribué conjointement à Mme Barbara McCMntock et M. Armin Braun pour leurs Travaux de Botanique.

Dans la formation d'une liste de candidats aux deux postes d'Astronome titulaire : Premier poste

Pour la première ligne, M. André Mangenay obtient 46 suffrages, contre 5 suffrages à M. Philippe Delache, il y a 1 bulletin blanc;

Pour la deuxième ligne, M. Philippe Delache obtient 45 suffrages, il y a 4 bulletins blancs.

Second poste

Pour la première ligne, M. François Spite obtient 49 suffrages contre 2 suffrages à M. Bruno Morando, il y a 1 bulletin blanc;


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Pour la deuxième ligne, M. Bruno Morando obtient 47 suffrages, il y a 1 bulletin blanc. En conséquence les listes présentées à M. le Ministre de l'Éducation nationale comprendront :

Premier Poste

En première ligne M. André Mangenay

En deuxième ligne M. Philippe Delache

Deuxième poste

En première ligne M. François Spite

En deuxième ligne M. Bruno Morando

La séance est levée à 18 h.

P. G.



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SÉANCE DU LUNDI 25 OCTOBRE 1982

PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

ANNONCES DE COURS, DE CONFÉRENCES

L'Académie est informée :

1° par la Royal Microscopical Society, des Cours et Conférences qu'elle organise pour 1983;

2° par le Palais de la Découverte, du programme de ses Conférences, Exposés, Expositions et Films pour le mois de novembre 1982;

3° Id. du programme de ses Conférences d'initiation à la Science moderne prévues pour les mois de novembre et décembre 1982 et janvier, février et mars 1983;

4° Id. de l'Exposition : Aujourd'hui l'énergie solaire, Paris, Juillet 1982 à septembre 1983, en collaboration avec l'Agence Française pour la maîtrise de l'énergie.

CONGRÈS

L'Académie est informée :

1° par le Groupe d'Étude des rythmes biologiques, de sa réunion générale annuelle, qui aura lieu à Paris les 27 et 28 janvier 1983;

_ 2° Id. de différents colloques ou congrès de Biologie animale ou végétale qui auront lieu de novembre 1982 à mai 1983;

3° par la Royal Society of Chemistry, de l'International Conférence: The détection and Measurement of Hazardous Substances in the Atmosphère, qui aura lieu à Londres, du 20 au 22 décembre 1982; - 4° Id. de l'Annual chemical Congress, qui se tiendra à Lancaster, du 11 au 13 avril 1983;

5° Id. de l'International Symposium: Models of Enzyme action, qui aura lieu à Brighton, du 12 au 15 septembre 1983;

6° de la Eucbem conférence on reactions and intermediates in nitrogen fixation processes, qui se tiendra à Brighton du 14 au 18 mars 1983.


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ELECTIONS DE CORRESPONDANTS

A la majorité absolue des suffrages exprimés, sont élus correspondants pour la discipline de Physique MM. Emile Durand, Georges Slodzian, Albert Libchaber et René Pellat.

NOTICES NÉCROLOGIQUES

sur Waclaw OIszak,

Associé étranger (1902-1980),

par Paul Germain

Le professeur Waciaw OIszak a été élu correspondant de notre Académie de la section de Mécanique le 24 février 1969 et associé étranger en 1978 lors de la première session d'élections suivant la réforme qui nous permettait d'accueillir au sein de l'Académie en leur donnant la plénitude de droits et l'honneur convenable un nombre raisonnable, quoiqu'encore très restreint, de savants étrangers particulièrement prestigieux.

Il était venu le 2 avril 1979 participer à la cérémonie solennelle que nous avions organisée pour marquer cette date de l'histoire de notre Compagnie. Il était là avec Mme OIszak et sa fille Marie, rayonnant d'amabilité, de gentillesse et de joie. Il attachait en effet un prix tout particulier à cette consécration de son oeuvre scientifique, de son action très féconde pour le renouveau de la science polonaise, mais surtout des liens privilégiés qui l'attachaient depuis plus d'un demi-siècle au moins à notre pays et à toutes les dimensions de notre culture.

Au terme de ces journées de 1979, il prit l'initiative, avec cette délicatesse naturelle qu'il avait en toutes circonstances et dans un français qu'il maniait avec la plus parfaite élégance, d'improviser, au nom de tous les nouveaux confrères que nous avions reçus et honorés, un remerciement qui révéla à ceux d'entre-nous qui étaient présents et ne le connaissaient pas une sensibilité, une distinction et une capacité d'intelligence, d'enthousiasme, de bienveillance et de bonté peu communes. C'est ce confrère, mort à Udine le 8 décembre 1980, dont je vais évoquer la mémoire.

Né le 24 octobre 1902 à Karwina en Silésie du sud qui, à l'époque, faisait partie de l'Empire Austro-Hongrois, le jeune Waciaw dont le père était médecin, reçut au sein de sa famille, dans une ambiance studieuse, une excellente éducation, favorable à l'épanouissement de ses dons intellectuels et culturels et marquée par l'attachement et le dévouement à sa patrie polonaise. En 1920, il rentre à la Technische Hochschule de Vienne dont il sortira brillamment en 1925 avec le diplôme d'ingénieur des Ponts et Chaussées. Il complète simultanément sa formation musicale; il avait été déjà en effet chef d'orchestre de son lycée et premier violon d'un quartette. Au conservatoire de Vienne si justement réputé, il suit et termine avec succès la classe de violon. Ses talents si variés le portèrent à prendre une part très active aux manifestations culturelles du milieu polonais et le désignèrent tout naturellement comme président de l'Association des étudiants polonais de Vienne.


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Il vint ensuite parfaire sa formation scientifique en Mathématiques et en Mécanique théorique et appliquée à la Faculté des Sciences de Paris de 1925 à 1927; car Waciaw OIszak avait déjà une idée assez précise de ce qu'il voulait faire : accomplir sa vocation et son métier d'ingénieur en perfectionnant les connaissances et les méthodes de travail grâce au développement des disciplines scientifiques qui leur permettent de progresser. Dès 1922, il avait publié son premier mémoire en polonais dans le bulletin technique de Katowice sur une méthode de calcul simplifiée des voies de chemin de fer et son second en allemand en 1925 dans le bulletin technique de la Technische Hochschule de Vienne. Rentré en Pologne en 1928, il y commence sa carrière dans l'industrie et s'attaque avec succès à divers problèmes techniques. Une longue maladie interrompt alors cette activité bien engagée. Durant l'année qu'il passe en sanatorium, sa vocation de chercheur s'affirme; il saisit l'occasion de ce repos involondaire pour jeter les bases de deux thèses. La première, soutenue à la Technische Hochschule de Vienne en, 1933, porte sur la théorie et la pratique du béton armé et des constructions en béton armé; la seconde, conduite sous la direction du professeur Maximilian Tytus Huber et soutenue à l'École polytechnique de Varsovie en 1934, traite de certaines questions de la théorie mathématique de l'élasticité. En 1937, il reçoit son titre d'habilitation à l'Académie des Mines de Cracovie pour un travail sur la statique et la dynamique des constructions anti-aériennes et il y est nommé professeur de Mécanique.

La seconde guerre mondiale interrompt à nouveau cette activité scientifique et technique. C'est pour Waciaw OIszak, comme pour tant de ses compatriotes, une lourde suite d'épreuves douloureuses : mort de ses parents, destruction de sa maison, ruine matérielle. Il est contraint au travail forcé comme ouvrier, puis comme chauffeur. Il est libéré en Allemagne, passe quelque temps en France et presque une année entière à Liège où il donne des cours à la faculté des Sciences appliquées. Plusieurs chaires lui sont proposées, à Munich et à Vienne notamment. Mais fidèle à sa patrie, animé par la volonté de prendre part à sa reconstruction et de servir son peuple, il retourne à Cracovie comme professeur de résistance des matériaux à l'Académie des Mines et à l'École polytechnique de Cracovie. En six ans, il va publier une trentaine d'articles, en polonais certes, mais aussi en français, en anglais, en hongrois, sur le béton précontraint, le béton armé, les différentes méthodes de renforcer les constructions, mais aussi sur la théorie de l'élasticité classique, la torsion non linéaire des barres, les milieux élastiques anisotiropes. Il analyse le rôle de la recherche scientifique dans le développement du génie civil et dégage les nouveaux concepts qui vont très prochainement s'imposer à l'ingénieur spécialiste des structures.

En 1952, il est appelé à prendre la chaire de Résistance des matériaux de l'École polytechnique de Varsovie, chaire qui, sur sa demande, va bientôt être dénommée : Théorie de l'Élasticité et de la Plasticité. Toute l'action de premier plan' que va mener à Varsovie Waclaw OIszak est déjà préfigurée par ce changement de titre. En 1953, OIszak est l'un des principaux animateurs de l'Institut des Problèmes fondamentaux de la technique créé au sein de l'Académie polonaise des sciences; il dirige le département de Mécanique des milieux continus dont la réputation allait rapidement s'affirmer, non seulement en Pologne, mais aussi à l'étranger; il est vice-président de cet Institut en 1958, président en 1964. Il le restera jusqu'en 1969. Il est en effet à cette date chargé de la création et du lancement du Centre International des Sciences Mécaniques (CISM) ce qui le conduit à passer à Udine, capitale de la province du Frioul en Italie, une bonne partie de l'année. Il continuera ses travaux au cours des années 70, en collaboration avec ses élèves restés à Varsovie et qui poursuivaient son oeuvre en Pologne, tout en assurant


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jusqu'à sa mort, et en dépit de nombreuses difficultés, le bon déroulement et le développement des activités du C.I.S.M. C'est là, comme je l'ai dit, qu'à la suite d'une très courte maladie, la mort viendra mettre un terme à une vie professionnelle encore très intense pour un homme de son âge, vie dont la fécondité apparaîtra encore mieux si l'on essaye d'évoquer quelques unes de ses manifestations : l'oeuvre personnelle, le service de la science polonaise, l'action internationale. On ne manquera pas de constater, chemin faisant, les qualités d'une personnalité très riche et très attachante qui a su, au cours d'une existence qui fut loin d'être toujours facile, développer, épanouir et mettre en oeuvre des dons, à bien des égards,assez exceptionnels.

Tout d'abord, son oeuvre scientifique écrite : elle se compose d'une dizaine de monographies et d'ouvrages dont cinq furent traduits en plusieurs langues et de près de 350 articles. La majeure partie de ces publications, surtout parmi les plus récentes, ont été écrites en collaboration avec ses élèves. Il n'en reste pas moins que l'ensemble est très important et révèle non seulement une grande puissance de travail, mais aussi une remarquable perception des idées essentielles, une grande clarté d'esprit, un don pour l'expression écrite. Comme le soulignait son collègue et ami le professeur Zienkiewicz lors d'une cérémonie organisée pour célébrer son jubilé scientifique en 1972, OIszak formé comme ingénieur est toujours resté fidèle à sa vocation et n'a jamais, en fait, cessé d'être un ingénieur; car l'art de la construction est toujours présent à l'horizon de tous ses travaux scientifiques. Il fut le premier à aborder en Pologne les problèmes des constructions précontraintes et à étudier leurs capacités portantes en tenant compte de l'anisotropie et des phénomènes irréversibles dus aux propriétés rhéologiques du matériau. Il fut un grand spécialiste des structures de béton armé, tubes ou colonnes, et étudia, en particulier, leur comportement vibratoire. Il a dessiné et conçu de nombreux ouvrages et, encore après la deuxième guerre mondiale, alors que l'orientation de ses travaux s'affirmait de plus en plus scientifique, il a été plusieurs fois appelé à prendre part à la conception de grands ouvrages de la reconstruction polonaise, au moins à titre d'ingénieur conseil.

Mais il restera surtout célèbre dans les cercles de Mécanique internationaux pour sa participation active et très souvent originale aux progrès marqués de la Mécanique des milieux continus à partir du milieu de notre siècle. Son oeuvre écrite en porte témoignage. Il s'était intéressé déjà avant la guerre à des questions de Mécanique des sols, de Mécanique des milieux granulaires. Après sa nomination à Varsovie, commence une longue période où dominent ses recherches sur la plasticité. Il saisit très rapidement la portée et l'intérêt des résultats relatifs aux milieux élastiques parfaitement plastiques et le parti que peut en tirer l'ingénieur dans son travail. Non seulement il y apporte des perfectionnements, des compléments, des modes d'exposition appropriés, mais il étend considérablement avec ses élèves le champ des études de structures plastiques, poussé par un souci de réalisme, en prenant compte les effets d'anisotropie, de non homogénéité, de non normalité, les effets de visco-plasticité, les effets thermiques, le vieillissement des matériaux avec le temps.

Le service de la science polonaise : on aura reconnu dans la rapide évocation qui précède les terrains privilégiés où l'école polonaise de plasticité s'est acquis une solide et réelle réputation. Il en est indiscutablement le fondateur et l'animateur infatigable. OIszak fut un maître, on peut dire un grand patron au sens le plus élevé du terme. Il a formé de


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nombreux élevés qui sont aujourd nui, a leur tour, des maîtres, leur proposant oes sujets intéressants, les guidant dans leurs premiers travaux, les soutenant de son dynamisme et usant de son crédit et de sa réputation pour faire connaître leurs résultats.

Oui, Waciaw OIszak, rentré en Pologne en 1946 pour servir son pays, a magnifiquement réalisé cette intention. Car ce fut non seulement un grand directeur de laboratoire, mais aussi un grand organisateur. Que ce soit à l'Académie polonaise des Sciences, que ce soit à l'Institut des Problèmes fondamentaux de la technique, il conçoit, propose, fait adopter et réalise les projets les plus judicieux pour le développement et le rayonnement de la science mécanique polonaise dont il restera l'une des grandes figures. II a organisé en Pologne de nombreux séminaires et conférences auxquels participaient des savants étrangers et fut co-fondateur de plusieurs revues polonaises dont les Archives of Applied Mechanics, revue bien connue et bien estimée au plan international et qui reçoit et publie des manuscrits en provenance de nombreux pays.

L'action internationale de Waciaw OIszak : c'est d'abord et tout naturellement le rayonnement de ses travaux et de ceux de son école. Ce rayonnement est favorisé par la connaissance parfaite de plusieurs langues; mieux, par une perception très fine des différentes cultures. OIszak est un conférencier recherché, très souvent invité en France bien-sûr, aux États-Unis, en U.R.S.S. et dans presque tous les pays d'Europe. Partout où il passe, il fait naître l'estime, mais aussi l'amitié. Il est membre de plusieurs Académies des Sciences, Docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères, membre de plusieurs comités de rédaction de journaux scientifiques internationaux. Mais l'action d'Olszak, au plan international, dépasse beaucoup ce rayonnement naturel d'une oeuvre scientifique de qualité. Elle répond à un dessein mûrement réfléchi : celui d'ancrer la science polonaise et les savants polonais, très fortement, sur la science universelle et les savants de tous les pays pour leur permettre de trouver les sources, les inspirations, les solidarités, les aides, les terrains d'expression qui leur sont nécessaires. Service éminent rendu à la science et aux savants polonais? On peut dire également service exemplaire rendu à la Pologne toute entière. Et ce dessein est une fois encore servi par des qualités remarquables qu'il faut une fois encore évoquer : tact, délicatesse, respect des autres, sens des nuances, finesse de perception et d'expression, naturelle bonté alliée à une rigoureuse honnêteté, imagination pour trouver des solutions acceptables, et par dessus tout un sourire qui désarmait les méfiances, un charme qui engendrait la confiance. Waciaw OIszak fut nn merveilleux ambassadeur de son pays qu'il a très souvent officiellement représenté; il est aussi un. mécanicien que l'on sollicite dans les cercles internationaux : co-fondateur et président de la RILEM (Réunion Internationale des Laboratoires d'Essais et de Recherches sur les Matériaux et les constructions), membre du comité permanent de l'« International Association for Bridge and Structural Engineering » (I.A.B.S.E.), de la « Fédération Internationale, de la Précontrainte » (F.I.P.), de l'Association Internationale des Ponts et Charpentes » (A.I.P.C.).

Pendant 16 ans, il est l'un des huit membres du bureau de l'Union Internationale de Mécanique Théorique et Appliquée, quatre fois élu ou réélu, preuve manifeste de la place qui est la sienne dans la Mécanique contemporaine. Enfin, lorsque la décision est prise de fonder et de faire vivre un Centre International des Sciences Mécaniques, c'est à lui qu'il est fait appel. Il est l'un des trois recteurs du Centre, mais le seul à titre résident; c'est dire que c'est sur lui que repose, en ces années 70 qui furent partout financièrement difficiles, le souci d'assurer la vie du centre, de le diriger, d'animer et de coordonner l'action des conseils chargés d'organiser les cours et les séminaires. Toutes ses qualités déjà citées et


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notamment son doigté diplomatique furent requises pour soutenir une entreprise qui, sans elles aurait été vraisemblablement submergée par les difficultés, mais qui, aujourd'hui, a fait la preuve de son utilité et doit pouvoir, espérons-le, lorsque le vide causé par la mort d'Olszak aura été définitivement comblé, rendre les plus grands services à la communauté internationale des mécaniciens.

Waclaw Olszak fut un savant, un homme qui a traversé notre siècle en incarnant en lui, mais aussi pour ses collègues et amis du monde entier, les plus nobles caractéristiques de l'âme polonaise. Né dans une patrie écartelée dont l'existence n'était pas reconnue, il a constamment vécu ses épreuves, travaillé à sa résurrection, servi son peuple à la place qui était la sienne pour que, loin de se laisser abattre par les contraintes et par l'adversité, son peuple puisse jouer dans le concert mondial, et spécialement au plan scientifique, le rôle irremplaçable qui est le sien, y faire entendre sa voix et les accents de son génie propre. Les événements l'atteignaient au plus profond de lui-même, mais n'entamaient jamais son calme et sa sérénité, ne perturbaient jamais la pertinence de son jugement, n'avaient pas raison de son courage et de sa volonté d'agir. C'était un humaniste doué d'une grande culture et d'une grande érudition; mais celles-ci, loin d'être un refuge, étaient mises au service d'une action toujours guidée par de solides principes éthiques reposant sur une foi profonde qui éclairait toute son existence.

Plusieurs d'entre-nous se trouvaient avec lui à Toronto lorsqu'il apprit, avec espoir certes, mais aussi avec crainte et tremblement, les événements polonais d'août 1980. H est mort quelques mois plus tard. Un de ses disciples, le professeur Antoni Sawczuk prononça lors de ses obsèques à Udine, au nom de l'Académie polonaise des Sciences, au nom du Comité de Mécanique de l'Académie fondé par Olszak, au nom de tous les anciens élèves d'Olszak, quelques mots d'adieu chargés d'une émotion poignante où éclataient l'estime, la vénération, l'affection.

Voici quelques passages de la fin de cette brève allocution :

« La Pologne vient de subir une grande perte. Dans notre vie intellectuelle, on peut maintenant voir un vide énorme car la place tenue par M. Olszak était si importante. Il a laissé ses disciples qui essaieront de continuer son oeuvre, mais ce ne sera plus la même chose. Nous vivons chez nous une période difficile et compliquée; l'expérience, les avis de M. Olszak vont nous manquer.

Mais ce qui fait plaisir à constater c'est que... comme des milliers de Polonais, hors de nos frontières, donc dans le monde, il a contribué à faire connaître et à former l'image juste de notre nation, de notre culture nationale, de notre formation spirituelle, de notre indépendance d'esprit et de nos relations intellectuelles. »

Ce cri de joie au coeur de la tristesse la plus profonde est un cri d'espoir. Il s'adresse à nous très particulièrement. Nous ne pouvons être plus sûrement fidèles à la mémoire de Waclaw Olszak qu'en resserrant, aujourd'hui plus que jamais, les liens avec nos collègues et amis polonais, en leur disant notre sollicitude, notre estime, notre admiration, en maintenant avec eux, aujourd'hui plus que jamais, les liens privilégiés qui ont toujours marqué les relations scientifiques de nos deux pays, en les accueillant, en les soutenant, en empêchant que leur voix soit un jour étouffée.

Que Mme Olszak, que Mlle Marie Olszak qui n'ont pu malgré leur désir quitter Udine pour être présentes aujourd'hui, acceptent nos bien sincères condoléances et qu'elles soient


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assurées que l'Académie des Sciences est fière d'avoir compté Waclaw Olszak comme l'un de ses associés étrangers. Dans la situation difficile qui est la leur aujourd'hui, dans les circonstances si lourdes d'incertitudes qu'elles auront peut-être à affronter demain, qu'elles sachent qu'elles trouveront toujours au sein de notre Compagnie des amis fidèles du grand savant qui les a si tendrement aimées et qu'elles n'hésitent pas, le moment venu, à faire appel à eux.

SUPPRESSION OU DÉPLACEMENT DE SÉANCE

En raison des fêtes de la Toussaint, la séance du lundi 1er novembre 1982 sera supprimée et ne sera pas reportée.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance : 1° Joseph, Jérôme, François Lalande (1732-1807), par GALINA E. PAVLOVA; 2° La société royale du Canada 1882-1982 : Annuaire. A 16 h, l'Académie se forme en Comité secret.

COMITÉ SECRET

Dans la formation d'une liste de candidats à la Chaire de Neuropharmacologie vacante au Collège de France.

Pour la première ligne M. Jacques Glowinski obtient 58 suffrages; il y a 2 bulletins blancs.

Pour la seconde ligne, M. Hersch Gerschenfeld obtient 54 suffrages, il y a 4 bulletins blancs et 2 nuls.

En conséquence, la liste présentée à M. le Ministre de l'Éducation nationale comprendra :

En première ligne M. Jacques Glowinski

En-deuxième ligne M. Hersch Gerschenfeld

M. André Guinier est désigné pour présider le Comité des Relations Internationales (CORI) avec le titre de délégué aux relations internationales de l'Académie des Sciences. La séance est levée à 17.h 30 mn.

R. C.



ACADÉMIE DES SCIENCES

SÉANCE DU LUNDI 8 NOVEMBRE 1982 PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

CONGRÈS

L'Académie est informée :

par la Royal Society of Chemistry :

1° de l'International Conférence on the Chemistry of Chromium, Molybdenum aad tungsten, qui aura lieu à Brighton, du, 5 au 8 juillet 1983;

2° Id. du Sixth international meeting on Nucîear Magnetic Résonance Spectroscopy, qui se tiendra à Edinburgh (Ecosse), du 10 au 15 juillet 1983;

3° Id. du Eighth international symposium: Syoethesis in organic chemistry, qui aura lieu à Cambridge (Grande-Bretagne), du 19 au 21 juillet 1983;

4° Id. du Third european symposium on organic chemistry, ESOC III, qui se tiendra à Canterbury (Grande-Bretagne), du 5 au 9 septembre 1983;

5e de la Conférence on Water chemistry of nuclear reactor Systems, qui aura lieu à Bournemouth (Grande-Bretagne), du 17 au 21 octobre 1983.

NOTICES SUR LES MEMBRES OU CORRESPONDANTS DÉCÉDÉS

Notice nécrologique sur Alfred Fessard (1900-1982),

Membre de la Section Biologie animale et végétale,

par M. PIERRE KARLI

Le 20 février 1982, la communauté scientifique perdait celui qui, tant par son action personnelle que par toutes celles qu'il aura inspirées, a très largement contribué à porter la neurophysiologie française au niveau où elle se situe aujourd'hui. Car c'est ce jour-là que nous quittait définitivement la personne physique — mais non certes la pensée — d'Alfred Fessard, Professeur honoraire au Collège de France et Membre de notre Compagnie.

Alfred Fessard ne manquait pas de souligner que la compréhension des comportements, dont les formes les plus élevées apparaissent dans les conduites humaines et les formes subtiles


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et variées de la pensée, exigeait une appréhension d'ensemble des relations entre l'individu et son milieu. Il se trouve que sa propre carrière scientifique illustre parfaitement cette notion fondamentale. En effet, la dynamique de son cheminement a résulté d'interactions fécondes entre ses aspirations et tendances personnelles et les influences exercées par ceux qu'il aura eu la chance de rencontrer sur sa route.

Alfred Fessard est né à Paris, le 28 avril 1900. Son père, imprimeur, souhaite qu'il prenne un jour en mains les destinées de l'entreprise familiale. Aussi n'abordera-t-il une formation scientifique — et la carrière de chercheur dont il aura rêvé dans sa jeunesse — qu'après quelques détours, pour reprendre ses propres termes. Un détour assez long — et, à ses yeux, stérile — aura été constitué par les quatre années passées, sans aucun enseignement portant sur les sciences expérimentales et naturelles, à l'École de la Chambre de Commerce de Paris. Entré à l'École normale d'Instituteurs, l'influence exercée par l'un de ses professeurs, de même que ses lectures personnelles, le confirment dans sa détermination à s'orienter vers les sciences expérimentales. Pendant ses études de licence, il montre un goût prononcé pour les sciences physiques et il est séduit par l'esprit rigoureux qui préside à la mise en oeuvre des méthodes de cette discipline. Mais les enseignements de Louis Lapicque et de Paul Portier qu'il suit à la Sorbonne, vont susciter chez lui un vif intérêt pour les phénomènes de la vie et pour les mécanismes qui les sous-tendent. D'autant plus que l'occasion lui est donnée de fréquenter, dès cette période, un laboratoire de l'École pratique des Hautes Études que dirige, à l'Hôpital HenriRousselle, le Docteur Edouard Toulouse. Guidé par Henri Laugier, Alfred Fessard effectue ses premières recherches sur la fatigabilité musculaire et sur la forme de Félectromyogramme de la contraction volontaire, thèmes qui feront l'objet de ses deux premières Notes présentées — en 1928 et en 1929 — à l'Académie des Sciences. La pratique des examens biométriques de même que celle des tests psycho-moteurs et mentaux le conduisent à acquérir une bonne connaissance des méthodes de l'analyse statistique qu'il aura plaisir à enseigner plus tard, pendant 14 ans, à l'Institut de Psychologie de l'Université de Paris. Parallèlement à ces recherches sur des phénomènes complexes mettant en jeu des systèmes hautement intégrés, il comprend tout l'intérêt que présentent l'amplification électronique et l'oscillographie comme techniques de base pour l'étude des propriétés élémentaires des éléments constitutifs du système nerveux. Il aura d'ailleurs été le premier en France (en 1926) à enregistrer, avec son collaborateur et ami Daniel Auger, un potentiel d'action nerveux.

D'être accueilli dès 1927 dans le laboratoire de Henri Piéron, fondateur de la Psychologie physiologique française, ne pouvait que favoriser l'épanouissement de la personnalité d'Alfred Fessard et la progression de ses travaux. Car le maître et l'élève avaient en commun la double exigence d'une analyse rigoureuse au niveau élémentaire et d'une démarche plus synthétique qui est seule à même d'appréhender les propriétés nouvelles qui naissent de l'organisation complexe des systèmes intégrés. Alfred Fessard eut ainsi le privilège de pouvoir embrasser, dans son cheminement personnel, les deux pôles extrêmes représentés par les processus biophysiques élémentaires et les manifestations psychophysiologiques globales.

Pendant la décennie précédant la deuxième guerre mondiale, plusieurs thèmes de recherche vont retenir son attention. Mais tous ces thèmes se rapportent à la bioélectrogenèse au sein du système nerveux, à différents niveaux d'intégration et


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d'organisation. D'une part, en raison même de son attirance pour la biophysique, Alfred Fessard va s'intéresser aux problèmes et aux techniques de la mierophysiologie nerveuse dont l'ère venait d'être ouverte grâce à la démonstration, par l'École de Cambridge (E. D. Adrian et ses collaborateurs), de la nature discontinue — en impulsions rythmiques — des messages nerveux. Étudiant tout d'abord l'activité électrique de nerfs ou de muscles isolés, prélevés sur des Vertébrés comme sur des Invertébrés, il est frappé par les activités auto-rythmiques qu'il met en évidence. Sa Thèse de Sciences sera consacrée à l'analyse des propriétés rythmiques des nerfs isolés, analyse qui souligne à la fois l'extrême généralité de ces automatismes rythmiques et les analogies qu'ils présententavec les oscillations de relaxation observées en physique. Plus directement dans la ligne des travaux de l'École de Cambridge, et à Cambridge même pendant le semestre qu'il va y passer en 1937, il étudie les messages sensitifs émis par les récepteurs de la sensibilité musculaire et il fait, par ailleurs, une observation d'une portée très-générale. Travaillant sur la moelle de Grenouille en collaboration avec B. Matthews, il réussit à faire apparaître, en réponse aux impulsions provenant d'un seul récepteur tactile, une onde lente au niveau de la racine dorsale. Cette variation locale de potentiel, baptisée « potentiel synaptiqùe », constitue un maillon essentiel dans l'enchaînement des mécanismes assurant la transmission synaptiqùe. Dès 1928, d'autres aspects encore de la bioélectrogenèse sont étudiés sur les organes électriques de divers Poissons, qui vont faire l'objet d'une longue série de travaux, réalisés d'abord par Alfred Fessard lui-même et, plus tard, par certains de ses élèves. Les premiers de ces travaux devaient montrer notamment le rôle joué par des modifications de la perméabilité membranaire dans l'apparition de la force électromotrîce et celui joué par l'acétylcholine dans la transmission de l'excitation du nerf à l'organe électrique.

Pour ce qui est de l'étude des manifestations plus globales de l'électrogenèse au sein du système nerveux, Alfred Fessard fut le premier en France à saisir tout l'intérêt de l'éleçtroencéphalographie humaine. Considérant plus particulièrement les variations induites dans les rythmes électroencéphalographiques par les changements affectant l'attitude mentale du sujet, il découvre — en 1935 — que la réaction d'arrêt du rythme alpha est une variation conditionnable, observation qui a suscité par la suite de nombreux travaux. Et c'est surtout le rôle de conseiller joué ensuite auprès des pionniers français de l'électroencéphalographie clinique qui lui vaudra d'être élu, en 1959, membre de l'Académie Nationale de Médecine.

Pendant les années sombres de la guerre, Alfred Fessard a au moins la satisfaction de pouvoir aider le neurologue Auguste Tournay à fonder un laboratoire d'électrophysiologie appliquée dans une institution destinée surtout à la rééducation des poliomyélitiques, et il revient à cette occasion à des recherches mettant en oeuvre des enregistrements électromyographiques. Envoyé en mission aux États-Unis au lendemain de la guerre, il constate le grand retard pris par la France dans le domaine de la neurophysiologie, et cette constatation le conforte dans son projet — déjà conçu à la veille de la guerre — de créer et d'animer un centre de recherches neurophysiologiques. Grâce à l'appui du physiologiste Emile Terroine, la décision fut prise par le C.N.R.S., en 1947, d'implanter dans les locaux inoccupés de l'Institut Marey un Centre de Physiologie nerveuse et d'Électrophysiologie. Et 2 ans plus tard, Alfred Fessard accède à la Chaire de Neurophysiologie générale dû Collège de France.


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S'appuyant sur les moyens d'action fournis par cette double position et sur l'aide efficace de sa femme, Denise Albe-Fessard, qui professera par la suite à la Faculté des Sciences de Paris, il est désormais en mesure de développer ce qui allait rapidement devenir, pour la neurophysiologie française, un haut-lieu de la pensée, de l'action et du rayonnement. Tout en restant attaché aux « deux pôles extrêmes » évoqués plus haut, Alfred Fessard oriente résolument les recherches du Centre vers une étude systématique des problèmes posés par le fonctionnement du cerveau. On ne saurait mieux définir cette orientation générale donnée aux recherches qu'en reprenant les termes qu'il aura utilisés lui-même à l'occasion de sa candidature à l'Académie des Sciences : C'est entre ces deux pôles extrêmes où le neurophysiologiste se rencontre d'un côté avec le biologiste de la cellule et le biophysicien, de l'autre avec le psychologue et le médecin, que pouvaient et que devaient se concentrer désormais nos efforts. Mais en nous mettant à cultiver ce champ intermédiaire qu'est l'organisation anatomo-fonctionnelle du cerveau, il était fort heureux que nous puissions encore recevoir des lumières des disciplines extrêmes. Il est clair en effet que les propriétés d'une organisation dynamique comme celle du cerveau prennent leurs racines dans certains processus moléculaires; que d'autre part elles transparaissent dans ces manifestations extérieures des organismes que nous nommons comportement. Quel beau programme, et quelle vision pénétrante du vaste champ d'investigation qui s'offrait alors au neurophysiologiste de talent !

Il ne peut être question de retracer dans le détail la façon dont s'effectua, pendant plus de 20 ans, la réalisation concrète de ce programme. Il suffira de dégager quelques lignes directrices pour faire ressortir l'exceptionnelle fécondité de la pensée de celui qui a inspiré et coordonné des recherches qui, en dépit de leur apparente diversité, constituent des pièces maîtresses d'une construction parfaitement cohérente. Cette cohérence découle de la conviction profonde qu'il avait de ce que l'étude analytique du système nerveux devait nécessairement se compléter à la lumière de ses fonctions et, en conséquence, s'inscrire dans une appréhension d'ensemble des relations animal-milieu.

Pour ce qui est de l'analyse des mécanismes élémentaires, il convient de souligner l'importance que prendra — pour l'étude microphysiologique du système nerveux — une nouvelle méthode d'investigation que le groupe d'Alfred Fessard aura été l'un des premiers à mettre en oeuvre : il s'agit de l'exploration intra-cellulaire des neurones, à l'aide de microélectrodes ultra-fines. Dès 1952, l'enregistrement intra-cellulaire des variations de la polarisation membranaire fut réalisé sur un matériel qui s'y prête plus spécialement, à savoir les cellules des lobes électriques de la Torpille et celles du ganglion viscéral d'un Mollusque, l'Aplysie. Et dès l'année suivante, ces investigations furent étendues à des neurones d'un abord plus difficile : ceux de l'écorce cérébrale et ceux des noyaux gris centraux des Mammifères. L'utilisation de cette méthode devait révéler l'existence de phénomènes fondamentaux et très généraux, en particulier le rôle joué par l'hyperpolarisation de la membrane neuronale dans des processus d'inhibition. Et de nombreuses données — d'un intérêt tout aussi fondamental — furent mises au jour ultérieurement grâce à la mise en oeuvre de l'exploration intra-cellulaire chez divers Invertébrés. Mais Alfred Fessard ne s'intéressait pas seulement à ces mécanismes élémentaires en tant que tels, ainsi qu'à leur signification fonctionnelle immédiate. Il s'interrogeait tout autant sur le rôle qui était susceptible d'être le leur dans des aspects beaucoup plus intégrés du fonctionnement cérébral. Or, il savait que ce fonctionnement ne pouvait sous-tendre un comportement adapté et adaptable que. dans la mesure où il était doué d'une certaine « plasticité », c'est-à-dire doué de la faculté d'intégrer l'expérience.


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C'est pourquoi il s est attache, comme il le dit lui-même, a la recherche systématique des signes électriques capables de révéler les traces laissées dans les neurones par une activité préalable, et la découverte d'un ensemble de faits relatifs à de tels processus l'a conduit à une conception théorique des événements élémentaires qui peuvent sous-tendre la formation de nouvelles liaisons à l'intérieur du cerveau. De 1955 à 1960, il a participé activement à six colloques dans le cadre desquels il a présenté, sous une forme de plus en plus élaborée, une théorie personnelle des mécanismes du conditionnement qui met essentiellement en jeu les propriétés des chaînes et des réseaux neuroniques, et l'autorythmicité latente ou réelle des cellules nerveuses qui les édifient.

Mais un comportement adapté aux conditions du dialogue avec l'environnement présuppose également la faculté d'appréhender la réalité extra-corporelle dans toute sa complexité, ce qui implique que cette réalité ne soit pas seulement « décomposée » et analysée par les différents systèmes sensitivo-sensoriels, mais qu'elle soit ensuite « recomposée » grâce à une série de processus associatifs. Or, l'enregistrement des activités neuronales unitaires dans de nombreuses régions du cerveau, chez le Chat, a révélé l'existence d'importantes populations de neurones polyvalents, susceptibles d'être activés par des messages provenant des récepteurs les plus divers : tactiles, visuels, auditifs, olfactifs. Toujours dans le domaine des convergences polysensorielles, mais à une autre échelle anatomo-fonctionnelle, le groupe d'Alfred Fessard a découvert et étudié un vaste système de projections non-primaires à riches potentialités associatives. Étant donné que ce système relaie dans le diencéphale et qu'il est donc susceptible de participer à ce niveau à des intégrations sensori-motrices complexes, les faits ainsi établis devaient tout naturellement conduire à s'interroger sur l'intervention éventuelle de certains noyaux fhalamiques dans la détermination de comportements élémentaires d'approche ou d'éyitement.

Si l'organisme vivant doit pouvoir mener un dialogue harmonieux avec son environnement, il faut encore que le fonctionnement du système nerveux puisse s'adapter aux circonstances qui — dans ce dialogue — prévalent à un moment donné. Les niveaux de vigilance et d'attention d'un individu varient dans le temps, et le traitement des messages émis par les récepteurs sensoriels comme l'élaboration des réponses motrices ne sauraient rester toujours identiques à eux-mêmes. Le Centre créé par Alfred Fessard a apporté, là encore, des contributions du plus haut intérêt, en montrant l'existence de facilitations et surtout d'inhibitions descendantes par lesquelles les étages fonctionnels supérieurs modulent les « entrées »-et les « sorties » du système jusqu'aux niveaux les plus périphériques. De façon plus concrète, des analyses électrophysiologiques poussées ont fait apparaître, d'une part, que le niveau de vigilance exerçait effectivement une influence modulatrice sur la transmission et le traitement des messages sensoriels. Et cette ligne de recherche sera, largement développée par Mme D. Albe-Fessard en ce qui concerne les contrôles s'exerçant sur la transmission des messages de la douleur. D'autre part, ces investigations d'ordre électrophysiologique ont analysé le retentissement du niveau et du type de vigilance (attention, indifférence, sommeil) sur l'amplitude des réponses motrices élémentaires que sont les réflexes tendineux. Et les données ainsi obtenues vont permettre que se développent, dans de nombreux laboratoires, les travaux visant à élucider l'ensemble des mécanismes grâce auxquels le système nerveux peut passer — en fonction du degré de vigilance — du « pilotage automatique » au « pilotage volontaire » et vice-versa.


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Même s'il est entendu que la personnalité d'un homme ne saurait être appréhendée de façon adéquate en dressant la liste des prix, titres, fonctions et distinctions qu'il a accumulés tout au long de sa vie, une semblable liste permet de mieux mesurer la place qu'il s'était acquise — et la perte ressentie — au sein de la communauté scientifique, française et internationale.

Lauréat de la Société de Biologie (Prix Laborde, 1930), de l'Académie des Sciences (Prix Lallemand, 1938) et de l'Institut Océanographique (Prix Georges Kohn, 1948), Alfred Fessard fut à nouveau honoré — mais cette fois, conjointement avec son épouse, Mme Denise Albe-Fessard — par l'Académie des Sciences qui leur attribua le Prix RoyVaucouloux en 1954, et il reçut en 1957 le Prix Prince Albert Ier de Monaco, décerné par l'Académie nationale de Médecine.

Membre correspondant de l'Académie brésilienne des Sciences (1951) et de l'Académie des Sciences de Bologne (1960), Alfred Fessard fut élu Membre de l'American Academy of Arts and Sciences (1963) et de la New York Academy of Sciences (1966). En 1959, l'Académie nationale de Médecine le reçut dans sa Section des Membres libres, en reconnaissance des éminents services rendus aux sciences neurologiques.

Tant en France qu'à l'étranger, il fit bénéficier de ses compétences de nombreuses sociétés savantes ainsi que les comités de rédaction d'une dizaine de périodiques scientifiques. Et il a participé activement à la fondation de l'I.B.R.O. (International Brain Research Organization), organisation internationale qui, créée en 1960 sous l'égide de l'UNESCO, assure la promotion des échanges entre neurobiologistes du monde entier.

Dans le domaine — aussi important qu'ingrat — de la gestion des activités de recherche, Alfred Fessard n'a jamais hésité à donner son temps et ses conseils éclairés, fruits d'une vaste et riche expérience. C'est ainsi qu'il a été longtemps membre de la Commission de Physiologie du C.N.R.S. et qu'il est entré au Comité directeur de l'Institut de Psychologie de l'Université de Paris. A partir de 1952, il a assumé les fonctions de Président de la 3e Section de l'École Pratique des Hautes-Études (Sciences Naturelles). A la Délégation générale à la Recherche Scientifique et Technique, il a joué un rôle important en sa qualité de Vice-Président du Comité d'Études de Neurophysiologie et Psychopharmacologie (ensuite dénommé « Fonctions et Maladies du Cerveau »). Dans toutes ces fonctions scientifiques et administratives, il a oeuvré sans relâche pour porter la neurophysiologie française à un rang plus qu'honorable. Les Pouvoirs Publics l'ont reconnu qui l'ont nommé Chevalier (1954) puis Officier (1963) de la Légion d'Honneur, Commandeur dans l'Ordre des Palmes Académiques (1964), et Commandeur dans l'Ordre National du Mérite (1966).

C'est le 25 mars 1963 qu'Alfred Fessard fut élu à l'Académie des Sciences, dans la Section de Biologie animale et végétale. Pendant près de 20 ans, il aura présenté — après les avoir corrigées avec un soin extrême — toutes les notes soumises à l'Académie — et acceptées par elle — dans le domaine de la Neurophysiologie. Tant dans ses interventions à la tribune que dans ses relations plus personnelles et plus directes avec ses Confrères, Alfred Fessard a toujours fait preuve d'éminentes qualités qui lui valurent l'estime de tous : une honnêteté intellectuelle sans faille, une rigueur exigeante alliée à une profonde sensibilité — qui s'exprimait par ailleurs dans son attirance pour le piano qu'il jouait avec talent, et une rare ouverture d'esprit, à la fois source et reflet de sa passion pour la Philosophie des Sciences.


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Telles furent l'originalité et la solidité de l'oeuvre d'Alfred Fessard qu'elle constitue désormais l'une des pierres angulaires définitivement scellées dans les fondations de l'édifice que la Neurophysiologie s'efforce d'élever, en France et dans le monde. Est-il façon plus belle et plus sûre de préserver, par-delà l'inéluctable destin de l'enveloppe mortelle, la vigueur d'une pensée humaine que d'influer durablement sur les démarches de ceux qui ont eu —- ou qui auront — le privilège de la recueillir, d'en bénéficier et de la faire fructifier !

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

Les Ouvrages suivants sont offerts en hommage à l'Académie :

— les incertitudes d'Heisenberg et l'interprétation probabiliste de la mécanique ondulatoire, par M.. Louis de Broglie. Préface et notes complémentaires de GEORGES LOCHAK;

— par M. Pierre-Paul Grasse :

1° Les Coccinelles, Coléoptères-Coccinellidae, tribu Coccinellini des régions paléarctique et orientale, par S. M. IABLOKOFF-KHNZORIAN. Préface de PIERRE-PAUL GRASSE. Il s'exprime en ces termes :

M. lablokoff qui enseigne à l'Université d'Erivan, en Arménie soviétique, a voulu que sa révision des Coccinellides soit publiée en français, langue qu'il possède à la perfection. Ce qui veut dire aussi que le français n'a pas totalement perdu son prestige et son audience internationale.

Le livre de notre collègue soviétique concerne les Coccinelles du globe et montre à quel point ce groupe s'est diversifié dans certaines parties de sa structure et dans ses moeurs.

Il est de bon ton, parmi les biologistes, de dénigrer la systématique et de la présenter comme une discipline ancienne, dénuée d'importance.

Opinion erronée. Comment parler pertinemment de l'évolution sans posséder un minimum de pratique de l'espèce, vue dans sa réalité et non à travers les interprétations livresques. La génétique, l'écologie, l'éthologie ne peuvent se passer de la systématique, qui leur fournit l'objet même de leurs études.

Le livre de M. Iablokoff, très clairement rédigé, très érudit, servira de base aux travaux futurs relatifs aux Coccinellides et au rôle important qu'ils jouent dans les équilibres naturels. C'est le meilleur compliment qu'on puisse lui faire.

2° Jean-Baptiste Lamarck et son époque, par LÉON SZYFMAN. Préface de PIERRE-PAUL GRASSE. Il s'exprime en ces termes :

L'auteur de ce livre est M. Léon Szyfman, Professeur d'Histoire des Sciences à l'Université de Varsovie; réfugié politique, il vit actuellement à Paris.

Son livre, d'abord rédigé en polonais, a été traduit en français et l'auteur s'en félicite.

Les études sur Lamarck sont peu nombreuses. La plus étendue est celle de Landrieu, qui, publiée en 1909, restait jusqu'à ce jour, la meilleure source d'information sur le grand naturaliste.

Le livre de Szyfman nous apporte infiniment plus. Il est, bien entendu, une oeuvre de haute érudition; mais surtout une histoire des idées évolutionnistes et de leur genèse. L'historien des Sciences est à l'affût des nouveaux concepts et, comme un détective, les suit dans leur cheminement. L'écheveau se dénoue et à chacun revient sa part dans la découverte de la vérité, ou de ce qu'on croît l'être.


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Ainsi au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture du livre de Szyfman, on voit éclore et rayonner le génie de Lamarck.

Dans ses écrits, de la mise en oeuvre d'une technique de classification des plantes à la découverte de la loi évolutive qui domine le monde vivant, à travers l'adaptation aux circonstances, s'échelonne une séquence ininterrompue de nouveautés. L'Hydrogéologie annonce les fondements de la géologie moderne, Lyell après l'avoir lue et méditée abandonne le catastrophisme de Cuvier et, suivant les idées lamarckiennes, adopte la thèse actualiste. Lyell l'a formellement reconnu et cela explique la résistance qu'il a opposée à Darwin lorsque celui-ci s'appliquait à dénigrer l'oeuvre de Lamarck.

L'interprétation de la nature et la place qu'y tient l'homme, telles qu'elles sont exposées dans le Système des connaissances positives, sont d'une actualité brûlante.

Pour tout dire en systématique, en philosophie de la nature, Lamarck fut un étonnant visionnaire. Quant à la découverte de l'évolution, elle lui revient sans partage. Seul, celui qui n'a pas lu Lamarck, peut en douter.

Le fait de l'évolution ne se discute plus, mais il n'en va pas de même du mécanisme par lequel plantes et animaux ont changé au cours des âges.

L'hérédité des caractères acquis n'a pu être démontrée par la voie expérimentale. On en a conclu à l'incapacité de la thèse lamarckienne à expliquer l'évolution. Mais l'objectivité exige que l'on reconnaisse que l'interprétation darwinienne du mouvement évolutif fondée sur des variations aléatoires que trie une sélection naturelle pour le plus grand bien de l'espèce, relève entièrement de l'hypothèse. Jusqu'à aujourd'hui aucune évolution indiscutable n'a été obtenue par ce procédé. L'expérience millénaire de la sélection artificielle le confirme. Les animaux domestiques et les plantes cultivées restent obstinément enfermés dans le cadre de l'espèce. Remis à l'état de nature, nos variants ne résistent pas à l'influence du milieu et recouvrent la forme sauvage, soulignant que nos races, nos variétés n'expriment pas une tendance évolutive.

Tout ou presque tout du mécanisme moléculaire de l'évolution biologique reste à découvrir.

Les oeuvres du grand naturaliste, la Philosophie zoologique exceptée, sont introuvables. On compte sur les doigts de la main ceux qui les ont lues. Les conséquences de cette carence sont graves. On attribue à Lamarck des idées qui n'ont jamais été les siennes; on travestit sa théorie, au point de la rendre caricaturale.

Le livre de Léon Szyfman restitue dans sa réalité, la noble figure de Lamarck, le malaimé de la science et des Français.

En tant que contribution à l'histoire des sciences, le Lamarck et son époque est une belle réussite; il a aussi l'inestimable mérite de rendre justice à l'un des penseurs dont la France est en droit de s'enorgueillir.

M. le Secrétaire perpétue! signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance : 1° Neuro-physiologie des instincts et de la pensée, par PIERRE NELSON. Préface de JEAN BERNARD;

2° La poussière et la cendre. Paysages, dynamique des formations végétales et stratégies des sociétés en Afrique de l'Ouest, par YVES MONNIER;

3° Aspects appliqués de Géographie (Actes du Symposium on Applied Geography, Yokohama, 1980).

A 16 h l'Académie se forme en Comité secret.


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COMITÉ SECRET

M. Li Yanxian sera présenté à M. le Ministre de l'Éducation nationale pour l'emploi de Professeur de Biogéographie au Muséum national d'Histoire naturelle.

Rapport de l'Académie des Sciences sur

la langue française

et le rayonnement

de la science française (1)

PLAN

INTRODUCTION

1. LE PROBLÈME

(a) NÉCESSITÉ DE LA COMMUNICATION SCIENTIFIQUE.

(b) L'ANGLAIS, LANGUE VÉHICULAIRE DES SAVANTS.

(c) L'AVENIR DU FRANÇAIS MENACÉ.

2.LES GRANDES OPTIONS

(a) L'INTRANSIGEANCE.

(b) LA RÉSIGNATION.

(c) L'OPTION RÉALISTE.

3. PROPOSITIONS

DEUX REMARQUES PRÉLIMINAIRES

(à) JOUER TOUS LES ATOUTS DE LA SCIENCE FRANÇAISE EN FAVEUR DU RAYONNEMENT DE LA CULTURE ET DE LA

LANGUE FRANÇAISE

— accueil des scientifiques étrangers :

étudiants,

professeurs et chercheurs;

— organisation en France de manifestations internationales de haut niveau

écoles d'été,

congrès et colloques; — place de la France dans les institutions internationales;

— séjours de professeurs et de chercheurs français à l'étranger;

— développement et renforcement des services scientifiques dans nos ambassades.

(b) DÉVELOPPER LES EXPRESSIONS DELÀ SCIENCE ET DE LA TECHNIQUE FRANÇAISE AU SERVICE DE LA FORMATION

ET DE L'INFORMATION SCIENTIFIQUE DANS LES PAYS FRANCOPHONES :

— ouvrages et revues d'enseignement;

— revues et ouvrages techniques spécialisés;

— actions de vulgarisation;

— manifestations scientifiques nationales;

— documents audiovisuels;

— valorisation de ce fonds scientifique national par la traduction.

(c) ASSURER LA PRÉSENCE FRANÇAISE DANS LES RÉUNIONS ET LES PUBLICATIONS SCIENTIFIQUES TRÈS SPÉCIALISÉES

— textes et-actes officiels;

— réunions scientifiques spécialisées internationales; — monographies spécialisées;

— revues scientifiques spécialisées;

— publications techniques.

CONCLUSION

(1) Rapport adopté au Comité secret du 19 avril 1982.


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INTRODUCTION

La langue française, qui fut jadis par excellence le mode universel d'expression culturelle, a perdu peu à peu ce privilège. Bien plus, lorsqu'on imagine les prolongements probables des évolutions récentes, compte tenu des conséquences prévisibles des données politiques, économiques et techniques actuelles, on peut craindre que l'avenir de la langue française ne soit très sérieusement compromis d'ici quelques décennies et sur les lieux mêmes où elle est, aujourd'hui encore, langue nationale.

La prise de conscience de cette périlleuse situation n'est certes pas récente. Mais l'actuel Gouvernement de la France a semble-t-il bien perçu les dimensions du danger et la nécessité d'une action vigoureuse pour l'éviter. Or l'un des signes les plus visibles de l'évolution qui vient d'être évoquée est donné par la pratique de la communauté scientifique française. Rien d'étonnant alors si la première action que le Gouvernement soit tenté de décider concerne cette communauté (1).

L'Académie des Sciences sait depuis longtemps que l'emploi de la langue française dans les communications scientifiques est un problème délicat sur lequel ses membres et ses correspondants professent des opinions variées, parfois divergentes, ceci en raison des exigences contradictoires qu'il comporte. Mais, devant l'importance nationale de l'enjeu et l'imminence des décisions qui se préparent, l'Académie a décidé de conduire une réflexion sur le sujet et d'en faire connaître les conclusions.

Cette note comprend trois parties consacrées successivement à l'analyse du problème, à l'énoncé des grandes options et à la formulation de propositions.

1. LE PROBLEME

Il faut en premier lieu saisir les contradictions qui éclatent dès que l'on rapproche :

— une nécessité : celle de la communication scientifique;

— un fait : l'usage dé l'anglais comme langue véhiculaire de la science;

— un impératif : la défense du français menacé.

(a) NÉCESSITÉ DE LA COMMUNICATION SCIENTIFIQUE

Il n'y a pas de science sans communication : n'est pas scientifique ce qui n'est pas communicable et communiqué à autrui. Pour faire la science, chacun de nous doit savoir ce que font les autres, chez nous et hors de chez nous, surtout hors de chez nous, non parce que c'est mieux, mais parce que c'est beaucoup plus grand, dix à vingt fois sans doute. Il faut donc comprendre ce que nous communique, ce que dit et ce qu'écrit l'Étranger.

(l) Par exemple, note de Monsieur Jean-Pierre Chevènement, Ministre d'État, Ministre de la Recherche et de la Technologie, en date du 22 septembre 1981. Ce n'est pas la seule occasion où se soient manifestées les intentions du Gouvernement depuis quelques mois.


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Il faut aussi communiquer à l'Étranger nos propres résultats. Il faut bien comprendre pourquoi cela est une nécessité tout aussi impérieuse. Pour payer notre dette à l'Étranger ? oui sans doute. Pour contribuer au rayonnement français à l'Étranger ? oui certes ! Mais la vraie nécessité est ailleurs. Notre science a besoin d'être examinée, critiquée, testée à l'Étranger, confrontée aux. résultats parfois contradictoires, parfois complémentaires, obtenus ailleurs. Faute; de ces comparaisons, de ces confrontations, de ces mises à l'épreuve continuelles, faute aussi de collaborations internationales qu'elles suscitent, notre science s'isolerait, se rétrécirait, parfois s'égarerait et en fin de compte dépérirait à plus ou moins bref délai. L'indépendance nationale, qui nous est chère, n'est dans le domaine de la science pure ni possible, ni souhaitable.

Quelles que soient donc les motivations individuelles, nombreuses et variées qui poussent les savants à publier, s'ils ne peuvent se passer de publier vers l'Étranger, ce n'est ni par altruisme, ni pour servir le prestige de la France aussi nobles que soient ces deux causes, mais c'est parce que la vitalité de la science française est à ce prix. Une Science nationale qui ne participe pas à la Science qui se fait dans lé monde est condamnée à bref délai.

(b) L'ANGLAIS, LANGUE VÉHICULAIRE DES SAVANTS

Les savants ont, à chaque époque, utilisé pour communiquer une langue qu'ils ont privilégiée. Pendant plusieurs siècles, ce fut le latin ou le français. Depuis quarante ans, l'anglais est le langage principal de la science, l'anglais tel que le parlent et l'écrivent non seulement les anglophones, britanniques ou américains, mais aussi avec des bonheurs divers, les représentants de tous les pays développés, japonais et Scandinaves, allemands et néerlandais, français, italiens et espagnols, belges et israéliens, soviétiques et européens de l'est. La grande majorité des publications nationales (1), revues scientifiques et monographies spécialisées, tendent de plus en plus à adopter l'anglais ou tout au moins à lui réserver une très large place. L'anglais est aussi la langue scientifique de grands pays en voie de développement, l'Inde, le Pakistan, l'Amérique latine et de nombreux pays arabes.

Bien que le français soit encore la langue de travail des scientifiques en Afrique occidentale, dans les pays du Maghreb, au Québec et dans certains pays européens francophones, l'anglais est dès aujourd'hui la langue internationale de la science; elle pourrait devenir très prochainement sa langue unique.

Conscients de cette évolution, des pays de vieille et grande civilisation comme l'Allemagne et l'Italie, dont la langue est parfaitement apte à exprimer toutes les nuances de la pensée scientifique, ont déjà accepté, sans réserves particulières, l'anglais comme moyen de communication scientifique.

Oh s'est souvent interrogé sur les raisons du déclin du français comme langage scientifique au bénéfice de l'anglais. On a évoqué la complexité et la rigidité de la grammaire française, les évolutions historiques. La principale qui mérite d'être soulignée ici est la très haute qualité de la recherche scientifique dans les pays anglophones durant les dernières décennies. A contrario, on constate par exemple que, en raison de la place éminente occupée par l'école mathématique française, nombreux sont encore les

(1) Il faut excepter les publications des pays de, l'est et de l'Union soviétique.


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mathématiciens du monde entier qui Usent le français et qui sont même souvent capables de s'exprimer en français.

Il faut enfin noter que l'anglais des hommes de science est un anglais ou plutôt un américain simplifié, doté d'un vocabulaire limité et d'une grammaire rudimentaire, très différent de la langue de Shakespeare et des grands auteurs anglo-saxons. Acquérir les éléments de cet anglais scientifique permettant une expression orale et écrite suffisante est assez facile; car, dans un exposé ou une discussion scientifique, ce n'est pas l'éloquence ou l'élégance qui importe, mais des raisons de fond.

(c) L'AVENIR DU FRANÇAIS MENACÉ

Tous ceux qui sont attachés à l'avenir de notre langue, et en particulier tous les membres et les correspondants de notre Académie, sont aujourd'hui fort inquiets d'une triple menace qui pèse en ce moment sur le destin de la langue française et considèrent que sa défense est un impératif prioritaire. Ils sont résolus à participer à une action pour la survie du français comme langue nationale des pays actuellement francophones et comme expression privilégiée de leur rayonnement culturel.

La première menace, externe, résulte de l'influence exercée par tout ce qui nous vient des États-Unis en raison de leur puissance scientifique industrielle et commerciale certes, mais aussi de leur vitalité culturelle. Notre expression scientifique n'est pas la seule affectée, tant s'en faut. Les produits américains, les modes, les films, les oeuvres littéraires et artistiques, les chansons de l'Amérique imprègnent notre vie quotidienne. Notre langage courant, celui de la publicité et celui des grands moyens d'expression, journaux, radio, télévision en particulier, intègrent de plus en plus dans un « franglais » ajuste titre souvent dénoncé, cet apport brut de l'extérieur, révélant ainsi un certain affaiblissement de notre originalité culturelle.

La deuxième menace, interne, résulte de l'incapacité dont fait preuve notre peuple de maintenir sa langue dans sa pureté et sa correction traditionnelles. Même les privilégiés qui ont subi avec succès les examens et les concours ne savent pas toujours s'exprimer oralement ou par écrit sans écorcher notre langue. La maîtrise de cette dernière, dans le respect de ses règles d'orthographe ou de syntaxe, qui était une exigence requise des titulaires du certificat d'études, n'est plus un objectif majeur de notre éducation nationale qui semble s'être aisément résignée au laxisme ambiant de notre société.

La menace future est encore plus grave. Demain, avec le développement de la télédiffusion, chaque francophone, non seulement en France, mais aussi en Afrique, pourra recevoir directement en langue anglaise un ensemble extraordinaire d'informations, de biens culturels, de spectacles. Le développement des moyens audiovisuels permettra d'offrir de véritables cours, de niveau varié et sur tous les sujets, combinant tout un jeu de diapositives et de séquences de films pédagogiquement commentées qui seront pour tous, mais surtout pour les pays en voie de développement, des moyens d'éducation fort précieux et très efficaces. L'entreprise est déjà en route aux États-Unis. Comment résister à de telles facilités, à de tels attraits, surtout chez ceux pour qui la langue française ne s'enracine pas au plus profond d'une tradition plus que millénaire !

Mais pour nous qui savons que notre langue française est constitutive de notre identité culturelle et que sa vitalité est la condition nécessaire pour que le génie de notre peuple


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puisse continuer à s'exprimer dans le concert des nations, la défense de notre langue menacée s'inscrit au premier rang de nos exigences.

Or la communauté scientifique française, soumise à la nécessité de la communication qui s'impose à la communauté scientifique internationale, a déjà dans une large mesure accepté le fait de l'anglais comme langue scientifique internationale privilégiée. A qui prend-conscience de l'impératif prioritaire de défendre la langue française, n'apparaît-elle pas comme le secteur de notre pays qui pratiquement s'est déjà résigné à un certain abandon ? Quelle attitude, quelles directives convient-il que la nation prenne à l'égard de cette communauté scientifique française ?

2. LES GRANDES OPTIONS

L'objectif majeur est la défense, et de la science française et de la culture française et de la langue française. Il y a accord sur cette proposition, mais dans la hiérarchie des impératifs, dans les conséquences qu'il faut en tirer, des opinions très variées sont émises. Elles peuvent être classées sous trois chefs.

(a) L'INTRANSIGEANCE .

Une première famille d'esprits considère la défense de la langue française comme la priorité absolue devant laquelle doivent céder même les intérêts de la science française. Les partisans de cette conception stigmatisent l'abandon de la langue française comme preuve de défaitisme. Ils affirment qu'un travail de haute qualité est toujours lu et apprécié même s'il est rédigé en français II existe de cette famille d'esprit une variante dure qui voudrait interdire aux chercheurs français l'emploi de la langue anglaise en toute circonstance.

Il convient de mesurer les conséquences d'une telle résolution. Si nous adoptions exclusivement le français pour nous adresser aux savants étrangers, qu'arriverait-il ? Il est exclu que tous les pays adoptent à la suite de notre décision le français comme langue véhiculaire de la science et encore plus exclu que les nations non anglophones,, convaincues par notre exemple, décident de s'exprimer chacune dans sa propre langue. Nous devrons donc toujours maîtriser l'anglais simplifié utilisé par les autres pour pouvoir les comprendre en nous résignant à n'être compris que de quelques uns. La science française aurait vite fait de perdre sa vitalité. Qu'adviendrait-il alors du rayonnement de la culture française au-delà des cercles restreints de la francophonie ?

(b) LA RÉSIGNATION

Une deuxième famille d'esprit place au premier rang l'expression de la science française. Les partisans de cette conception considèrent qu'il est essentiel que les chercheurs français puissent avant tout être lus, étudiés, compris et qu'en conséquence la situation actuelle peut être regrettée mais qu'elle doit être acceptée. Dans cette conception il convient de se résigner à la prépondérance de la langue anglaise. Bien plus, il faut, recommander aux chercheurs français de s'exprimer en anglais et prendre les mesures nécessaires pour qu'ils puissent le faire dans de bonnes conditions. Une variante laxiste de cette conception est


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prêle à abandonner dès maintenant toute expression, toute publication scientifique en français.

Accepter de laisser évoluer naturellement la situation actuelle sans intervenir, c'est admettre que la science française pourrait être dissociée de la culture française, puisque l'une et l'autre useraient de deux langues différentes pour s'exprimer. Que peut être aujourd'hui une culture qui n'intègre pas l'activité scientifique comme l'un de ses constituants les plus vivants ? Le coup porté à notre peuple, et encore plus à ceux qui par le monde ont choisi ou accepté de modeler leur avenir culturel en usant de notre langue pour enraciner cet avenir dans tout le terreau culturel que cette langue a façonné, risque d'être mortel à plus ou moins long terme.

(c) L'OPTION RÉALISTE

Une troisième option réunit les savants et les chercheurs qui veulent éviter les inconvénients des deux attitudes extrêmes. C'est cette option, non systématique certes, mais réaliste, qui a été choisie à l'unanimité par l'Académie des Sciences. Ses partisans reconnaissent comme un fait l'usage prépondérant de la langue anglaise dans les échanges scientifiques d'aujourd'hui, fait intimement lié à l'impératif de communication de la communauté scientifique qui plus que jamais est internationale. Mais ils considèrent que langue et culture ne peuvent être totalement dissociées. Ils estiment que la situation présente n'est pas satisfaisante, que l'on a manqué de vigilance en ignorant les conséquences d'une évolution qui pourtant ne date pas d'aujourd'hui, qu'une politique plus lucide et plus volontariste pour assurer simultanément le rayonnement de la science française et de la culture française aurait pu être mise en oeuvre, qu'il est encore temps aujourd'hui, mais urgent de le faire. Ce sont les éléments de cette politique qui font l'objet de la dernière partie de ce rapport.

3. PROPOSITIONS

DEUX REMARQUES PRÉLIMINAIRES

Les propositions qui seront faites concernent seulement la diffusion de la science française et ses relations avec le rayonnement de la culture française et par suite celui de la langue française. Mais il faut bien noter que l'action préconisée n'a aucun sens si elle ne s'intègre pas au niveau national dans une politique générale de défense du français qui, comme il a été dit, doit se développer sur tous les fronts où notre langue est menacée. Ce n'est pas à nous d'en tracer les grandes lignes. Mais qu'il s'agisse de favoriser le développement des enseignements du français à l'étranger et les manifestations où puisse s'exprimer la culture française ou de veiller à la pureté et à la vitalité de notre langue pour qu'elle garde ses vertus tout en restant adaptée aux exigences d'aujourd'hui, il y a là tout un champ d'action dont nous n'avons ici qu'à souligner l'ampleur.

On ne doit jamais oublier que le développement, les progrès de la recherche scientifique française sont assurément à moyen ou long terme la méthode la plus capable d'améliorer la situation de la langue française. Une recherche scientifique française qui aurait regagné


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le premier rang dans de nombreux domaines (l'exemple des mathématiques en témoigne) serait le meilleur instrument de progression et de diffusion de la langue française. Les mesures récemment annoncées, l'augmentation substantielle des crédits accordés à la recherche scientifique permettent ici de concevoir quelque espoir. Encore faut-il que soient assurées les conditions nécessaires pour promouvoir avec ces moyens accrus une recherche de très haut niveau. Notre Académie les a rappelées dans le « Message » qu'elle a adressé au Colloque National Recherche et Technologie.

Ces remarques faites, les propositions seront présentées en trois volets, correspondant à trois secteurs où doit être engagée l'action.

(a) JOUER TOUS LES ATOUTS DE LA SCIENCE FRANÇAISE EN FAVEUR DU RAYONNEMENT DE LA CULTURE ET DE LA LANGUE FRANÇAISES

On sous-estime trop souvent les bénéfices culturels que l'on peut tirer de mesures dont l'objectif premier ne semble concerner que notre développement scientifique. Ce premier volet de propositions mérite d'autant plus d'attention que leurs effets sont à la fois cumulatifs et multiplicatifs pour le plus grand bien de la science française, de la culture française et de la langue française.

- Accueil des scientifiques étrangers

Etudiants

Il est clair que nous n'utilisons pas, aussi bien dans nos universités que dans nos écoles d'ingénieurs, toutes les capacités de formation dont nous pourrions disposer pour accueillir des étudiants étrangers. Les bouses offertes sont d'un montant trop bas, spécialement pour les étudiants ayant déjà reçu dans leur pays une première formation universitaire. Des modalités de recrutement plus efficaces, comme celles qui ont été déjà mises en oeuvre par exemple pour le choix d'étudiants japonais en mathématiques ou pour la sélection d'élèves ingénieurs en génie civil dans certains pays d'Amérique latine devraient être généralisées.

Professeurs et chercheurs

Nos centres universitaires et nos laboratoires qui jouissent d'une bonne réputation pourraient aussi attirer pour des séjours de durée assez longue, incontestablement les plus profitables à tous points de vue, des professeurs et des chercheurs étrangers de grande qualité. Ceux-ci, bien souvent, apprennent le français s'ils ne le savent pas déjà et font apprendre le français à leurs enfants.

Il conviendrait d'augmenter le nombre des postes disponibles, de simplifier les formalités et de réduire les délais. On pourrait songer à affecter à certains départements universitaires ou laboratoires de très haut niveau un ou deux postes permanents, l'utilisation de ces postes étant contrôlée a posteriori. L'Académie elle-même est prête à prendre en charge un petit nombre de postes dont elle assurerait le recrutement; nul doute que le prestige attaché au titre de « Professeur de l'Académie des Sciences » permettrait de recruter des candidats exceptionnels.

— Organisation en France de manifestations internationales de haut niveau Écoles d'été

L'expérience déjà longue de l'École de Physique des Houches prouve tout l'intérêt scientifique et culturel d'une telle entreprise. Même si l'anglais est la langue principale


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utilisée dans les cours et les séminaires, les chercheurs qui suivent une session vivent dans un environnement français, apprennent à connaître notre pays, commencent à s'initier à notre langue.

Congrès et Colloques

C'est un honneur pour un pays d'être choisi par des institutions internationales pour organiser des rencontres scientifiques qui attirent dans la discipline intéressée les savants les plus prestigieux. C'est aussi une occasion de plus de faire connaître à ceux-ci des ressources artistiques et culturelles et des valeurs souvent méconnues et de leur donner une idée plus juste de la culture française.

— Place de la France dans les Institutions internationales

Il est heureux que notre pays se soit porté candidat pour obtenir que le siège de l'UNESCO soit fixé à Paris et on sait l'avantage qu'il en retire pour notre culture et notre langue. Il faut de même se féliciter de l'heureuse initiative, encouragée à l'époque par les plus hautes autorités de l'État, qui a conduit le Secrétariat du Conseil International des Unions Scientifiques (C.I.U.S.-I.C.S.U.) à s'installer à Paris.

Nous pensons que la présence française au sein des Unions Scientifiques internationales et des institutions scientifiques internationales non gouvernementales pourrait encore être accrue si ceux qui sont invités à y prendre des responsabilités, comme président ou comme secrétaire général par exemple, étaient mieux aidés et soutenus et ainsi plus enclins à les accepter. L'Académie est prête à faire des propositions et disposée à apporter son concours pour leur mise en oeuvre.

— Séjours de professeurs et de chercheurs français à l'étranger

Une politique de large ouverture comme celle préconisée plus haut requiert que les échanges se développent dans les deux sens. Si depuis la dernière guerre, notre pays a réussi à retrouver une place honorable au sein des nations scientifiques, c'est dû en partie à la possibilité qu'ont eue les chercheurs de travailler dans les meilleurs laboratoires étrangers et de faire bénéficier la recherche scientifique française des progrès les plus récents. L'effort fait doit être non seulement maintenu mais développé en adoptant les formules qui peuvent les faciliter. Un français qui passe plusieurs mois à l'étranger est en quelque sorte un ambassadeur de la culture française.

— Développement et renforcement des services scientifiques dans nos ambassades

Il faut poursuivre une action, bien engagée certes, quoique à une date trop récente. On est frappé de la multiplicité des tâches utiles que ces services ont à remplir ou pourraient remplir. Une politique comme celle que nous proposons ici de développer ne peut donner tous les résultats attendus que si sont mis en place en France et à l'Étranger les moyens de bien l'organiser, de la faciliter et de l'exploiter.

(b) DÉVELOPPER LES EXPRESSIONS DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNIQUE FRANÇAISES AU SERVICE DE

LA FORMATION ET DE L'INFORMATION SCIENTIFIQUES DANS LES PAYS FRANCOPHONES

Ce deuxième volet de propositions est essentiel. De même que l'industrie française ne peut augmenter ses exportations que si elle prouve en même temps sa capacité à reconquérir le marché intérieur, de même une politique de rayonnement international de


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la science et de la technique d'expression française doit nécessairement s'appuyer sur un potentiel très riche de diffusion et de publications au service des communautés francophones.

Il faut, dans les domaines si variés de la formation et de l'information scientifiques et techniques, assurer et promouvoir une expression en langue française chaque fois qu'existe un public assez large pour l'accueillir et en tirer profit. Offrir en langue française tous les moyens raisonnablement possibles et utiles de formation, d'information et d'expression est la condition première à satisfaire pour que le français s'affirme comme langue scientifique et technique et puisse ensuite espérer accroître son rayonnement au-delà des cercles de la francophonie. Cette évidence est trop souvent méconnue, même, par nos institutions nationales. La situation actuelle est si médiocre que des initiatives et des soutiens des pouvoirs publics sont, pour un temps au moins, nécessaires.

— Ouvrages et revues d'enseignement

Les livrés de science de renseignement secondaire classique et technique peuvent être déterminants pour l'orientation des vocations. Ils doivent être non seulement exacts et clairs, mais aussi attrayants et adaptés aux publics visés. Sans doute une meilleure coordination entre les pays francophones leur permettrait de mieux tirer parti de l'énorme effort consenti par les auteurs.

Au niveau des deux premiers cycles de l'enseignement supérieur, des écoles de techniciens et des écoles d'ingénieurs, la situation actuelle est franchement médiocre. Nous possédons un corps exceptionnel de professeurs; ils sont capables et expérimentés, ont le goût de perfectionner leurs cours et y consacrent un temps considérable. Il est alors paradoxal de constater le faible nombre d'ouvrages publiés et facilement accessibles pour conserver et diffuser très largement le résultat de leur travail.

Un enchaînement de causes contrarie cet aboutissement normal et souhaitable de l'effort consenti : les tirages sont limités, les prix trop élevés pour nos étudiants et a fortiori pour ceux des pays d'Afrique ou d'Amérique latine qui seraient désireux de se porter acquéreurs, les éditeurs français n'ont pas atteint la taille, et la solidité des grands éditeurs scientifiques étrangers. Les auteurs éventuels sont alors conduits à renoncer, parfois contre leur gré, et à se tourner vers d'autres moyens d'atteindre un public plus large lorsqu'ils leur sont offerts. Mais cet enchaînement peut être lui-même renversé par une action intelligente, résolue et continue, animée par la conviction de l'intérêt de l'objectif et soutenue par quelques moyens financiers appropriés, par exemple pour permettre aux pays en développement d'acheter à des prix raisonnables les ouvrages de formation dont ils ont besoin. Il est en effet fort grave que leurs jeunes universités achètent les livres de langue anglaise pour de simples raisons budgétaires.

— Revues et ouvrages techniques spécialisés

Des efforts importants ont déjà été consentis par les centres de recherche technique, les associations techniques et par les industriels, car la diffusion des résultats de la technique française est un facteur décisif pour l'élévation du niveau technique de la nation et pour le développement des exportations. Mais ils doivent être accrus. Il existe en effet un très grand nombre de publications techniques en langue française, — monographies, bulletins, revues —, destinées aux besoins des professions. Mais certaines, faute de moyens souvent, ne sont pas à même d'exercer la politique de qualité et de rigueur souhaitable, ni


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d'atteindre un public suffisant. En outre, les ingénieurs et les chercheurs ne sont pas assez convaincus de l'intérêt de rédiger et de publier des articles destinés à une large audience, éventuellement exigeante et critique, et les responsables des établissements dont ils relèvent ne les encouragent pas à le faire. C'est l'une des raisons, non la seule certes, pour laquelle nous ne disposons pas d'un nombre suffisant de revues techniques de haut niveau en langue française, en dépit du grand nombre de lecteurs francophones pouvant être intéressés. Une action des Pouvoirs publics est donc nécessaire et, souhaitable pour encourager le développement de publications techniques de qualité.

— Actions de vulgarisation

Leur intérêt semble bien reconnu aujourd'hui. Les initiatives sont déjà nombreuses et on doit s'en féliciter. Certains projets ambitieux comme celui du centre des sciences et des industries de La Vilette montrent que les Pouvoirs publics sont décidés à agir.

Mais un exemple montrera les progrès qui doivent encore être faits. Une collection d'ouvrages vient d'être lancée en direction d'un public, averti certes, mais cependant très large, en particulier celui des professeurs de sciences de l'enseignement secondaire. Les trois premiers livres sont excellents, écrits par des grands savants, en tenant le plus grand compte des lecteurs attendus. Or le tirage reste inférieur à 4 000 ! Les prix sont encore trop élevés et le but recherché est donc loin d'être complètement atteint.

— Manifestations scientifiques nationales

Sous l'impulsion de sociétés savantes ou d'institutions nationales, des rencontres scientifiques sont organisées en France à l'intention de la communauté scientifique française. Il faut favoriser ces initiatives; des concours particuliers devraient leur être accordés pour leur permettre d'inviter très largement des scientifiques de pays francophones.

— Documents audiovisuels

Nous avons reconnu dans le développement en cours des techniques audiovisuelles une menace future très grave pour la survie à long terme du français dans certains pays, ceux d'Afrique notamment. C'est donc un secteur d'action des Pouvoirs publics qui nous paraît prioritaire. Il faudrait d'abord certes encourager et soutenir les quelques initiatives très heureuses qui ont été prises; mais il faut aussi aller beaucoup plus loin, faire prendre conscience aux pays francophones de l'importance de l'enjeu, inventorier les actions les plus urgentes, mettre en place quelques structures souples mais bien dotées, capables de susciter des projets, d'aider les réalisations, d'assurer la diffusion.

— Valorisation de ce fonds scientifique national par la traduction

Au terme de ce paragraphe consacré à l'ensemble des actions de formation et d'information au service des pays francophones et qui par suite font appel à la langue française comme moyen d'expression, il convient de souligner que c'est à partir de ce fonds très riche de livres et de documents largement diffusés dans les pays de langue française, et par suite éprouvés, que l'on peut mener des actions de traduction promises au succès, en anglais certes, mais aussi en espagnol et peut-être dans d'autres langues. Les meilleurs éditeurs scientifiques français ont déjà une certaine expérience; mais en la matière une politique beaucoup plus dynamique est nécessaire et possible.


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Le succès de cet ensemble de projets qui viennent d'être évoqués réside pour une large part dans la qualité des hommes de science qui accepteront d'y collaborer ; or les meilleurs seront intéressés, et ils seront de plus en plus nombreux à l'être, si on assure aux oeuvres qu'ils produiront une diffusion à la hauteur de leur qualité. Ceci malheureusement n'est pas souvent le cas aujourd'hui.

(c) ASSURER LA PRÉSENCE FRANÇAISE DANS LES RÉUNIONS ET LES PUBLICATIONS SCIENTIFIQUES SPÉCIALISÉES

Ce troisième secteur d'action concerne la communauté scientifique française dans ses échanges avec les milieux scientifiques internationaux sur l'objet spécifique de ses travaux les plus spécialisés. Le terrain d'impact des actions à entreprendre est, en comparaison avec ceux sur lesquels jouent les mesures préconisées antérieurement, beaucoup plus réduit. Les avantages éventuellement escomptés ne peuvent avoir une portée comparable avec ceux que l'on est en droit d'attendre aussi bien d'une politique tirant parti de notre potentiel scientifique pour augmenter notre rayonnement culturel que d'une politique développant toutes les expressions de notre science au service dé la formation et de l'information dans les pays francophones.

Néanmoins c'est le terrain qui polarise immédiatement l'attention dès que l'on parle des scientifiques et de la défense de la langue française. L'usage que font de l'anglais un grand nombre de chercheurs, dans des relations pourtant extrêmement étroites et touchant un petit nombre de personnes, paraît à certains scandaleux et blâmable. L'affaire prend valeur de symbole. Sur les questions ainsi soulevées, les opinions au sein de la communauté scientifique et au sein de l'Académie sont variées et parfois opposées.

Dans ces débats parfois passionnés, on ne devrait jamais oublier que leur enjeu ne porte que sur une partie relativement très réduite de l'ensemble des questions soulevées par la défense de la langue française menacée.

Il ne faut donc pas majorer l'importance des oppositions qui peuvent se faire jour, ni engager ici des efforts qui ne seraient pas proportionnés aux avantages que l'on peut escompter au détriment d'actions autrement plus fructueuses comme celles proposées plus haut.

Les partisans de l'intransigeance et ceux de la résignation pencheraient naturellement pour le monolinguisme, le français pour les premiers, l'anglais pour les seconds. Nous avons exclu ces attitudes systématiques au bénéfice d'une position plus nuancée selon laquelle le français et l'anglais doivent pouvoir être utilisés par les hommes de science dans leurs relations scientifiques spécialisées. Mais il y a également une infinité de manières de traduire cette position dans les faits, l'une d'entre elles consistant à préconiser le bilinguisme selon lequel l'anglais et le français devraient être simultanément employés dans des situations privilégiées, plus ou moins nombreuses. Pour aller au-delà de ces généralités, il faut distinguer les différentes situations.

— Textes et actes officiels

Il faut exiger l'usage du français (en parallèle éventuellement avec d'autres langues) dans tous les textes officiels de la communauté scientifique, par exemple dans ceux qui définissent les statuts du Conseil International des Unions Scientifiques (I.C.S.U.) et des Unions Scientifiques. Le privilège du français à être l'une des langues officielles des Institutions internationales et des, Congrès internationaux doit être maintenu et si


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nécessaire défendu. Les scientifiques français doivent en outre s'exprimer en français chaque fois qu'ils sont appelés à représenter officiellement leur pays.

Mis à part ces cas importants mais limités, l'Académie estime qu'il n'est pas souhaitable d'imposer aux chercheurs des règles contraignantes. Il est préférable de laisser à la communauté scientifique et à chacun de ses membres la liberté du choix de ses moyens d'expression. Mais il faut en contre-partie que ce choix soit effectivement possible et libre ; ce qui implique la mise en oeuvre d'une certaine politique.

— Réunions scientifiques spécialisées internationales (Congrès, conférences, colloques, etc.)

Contrairement à une idée souvent émise, l'Académie estime déraisonnable de vouloir recommander aux chercheurs français de réclamer ou d'imposer en toute circonstance la traduction simultanée.

La traduction de communications scientifiques spécialisées est une opération extrêmement délicate qui donne rarement des résultats satisfaisants; c'est de plus une entreprise très chère, qui nécessite soit des subventions particulières au détriment d'actions plus rentables, soit une augmentation substantielle des frais d'inscription, ce qui décourage la participation de jeunes chercheurs.

Par contre, on peut recommander aux participants d'éviter tout snobisme. S'il est normal qu'un français s'exprime en anglais lors d'une réunion où la majorité des participants ne comprend pas notre langue, même si cette réunion se tient en France, il serait déraisonnable qu'il n'expose pas sa communication en français dans le cas où la majorité de l'auditoire parle français. On doit aussi recommander aux organisateurs de réunions se tenant en France de rédiger les circulaires annonçant la réunion en français et en anglais, et les inviter à prendre des mesures pour que les quelques participants francophones comprenant mal l'anglais, s'il y en a, puissent néanmoins participer avec profit aux travaux (1).

Les réserves émises plus haut sur la mise en oeuvre généralisée de la traduction simultanée ne doivent pas être entendues comme une condamnation visant toutes les réunions à caractère scientifique et technique. Elles ne s'appliquent pas, par exemple, au cas de conférences ou de congrès où le public est constitué en grande partie d'ingénieurs de l'industrie moins entraînés que les scientifiques à la pratique de l'anglais, plus habitués à un style de rencontres « plus luxueuses ».

— Monographies spécialisées

La multiplication des articles et des communications rend actuellement particulièrement utiles les monographies spécialisées paraissant dans des collections, régulières ou non, et les articles de synthèse. Leur qualité dépend de la hauteur de vues et de la compétence de l'auteur. Presque toujours ce dernier agit sur invitation. Le public intéressé, toujours relativement limité, est disséminé sur toute la planète. La langue permettant la plus grande diffusion est très généralement l'anglais.

(1) Par exemple, ils doivent demander aux conférenciers d'apporter un texte écrit de leur intervention ou tout au moins un résumé substantiel et prévoir des moyens de reproduction pour distribuer ce texte séance tenante aux participants. Ces derniers, en effet, peuvent éprouver des difficultés à suivre un exposé oral en anglais, pour des raisons de phonétique et d'acoustique, alors qu'ils comprennent plus aisément un texte écrit.


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L'influence que peut avoir l'auteur d'une monographie réussie est considérable. Il faut donc se féliciter si des professeurs et chercheurs français sont choisis par un éditeur ou un directeur de collection, et aucun reproche ne doit leur être fait d'écrire en anglais.

Il serait intéressant certes de trouver en France davantage de centres de décision ayant la stature scientifique et commerciale voulue pour prendre des initiatives semblables. Malgré des progrès incontestables, l'édition scientifique française n'a pas encore atteint la puissance et le dynamisme des grands éditeurs scientifiques étrangers ; mais il serait sans doute possible d'améliorer sensiblement la situation. Les monographies lancées après une étude préalable, car un niveau d'excellence s'impose, devraient être publiées en français et en anglais, la traduction et l'édition anglaise étant assurées soit par entente avec un éditeur étranger, soit par l'éditeur français lui-même.

Pour encourager les enseignants et les chercheurs capables de rédiger des ouvrages d'intérêt reconnu, il conviendrait de les dispenser pour un temps de tout ou partie de leurs obligations professionnelles.

— Revues scientifiques spécialisées

La production scientifique se concrétise normalement dans des articles et des communications. L'objectif premier est de faire connaître et reconnaître l'originalité et la qualité des résultats par le plus grand nombre de personnes potentiellement intéressées. Aussi les auteurs sont-ils tentés de publier dans les journaux les plus réputés, les plus répandus, les plus lus ; même si ceux-ci n'imposent pas la langue anglaise, l'auteur pour atteindre le but cherché sera enclin à écrire en anglais.

Les responsables scientifiques des grandes publications internationales, leurs comités de rédaction et l'ensemble des experts appelés à examiner et critiquer les manuscrits constituent aujourd'hui les centres d'évaluation scientifique les plus puissants de la communauté internationale. Il est donc important que des savants français y soient associés et si possible étroitement. Ceux qui sont appelés doivent être encouragés à répondre favorablement.

Il faut se montrer plus ambitieux et encourager les initiatives des scientifiques français qui ont créé et qui font vivre des revues scientifiques de qualité ayant leur centre de décision en France et dont le rayonnement est international. L'importance de cet enjeu scientifique et culturel a été jusqu'ici largement méconnu. Les aides et concours qui ont été apportés à ces revues sont souyent restés dérisoires. On comprend difficilement pourquoi les responsables de la science française n'ont pas attaché à cette composante de notre rayonnement scientifique l'attention qu'elle mérite.

Certaines de ces revues sont multilingues, en fait pratiquement bilingues, en ce sens qu'une fraction variable des articles est publiée emanglais ; selon les revues et les disciplines cette fraction peut varier de 40 à 85%. Contrairement à une opinion parfois avancée, il est normal et même souhaitable que ces revues soient encouragées et soutenues et mieux qu'aujourd!hui,- pourvu que la possibilité de publication en français soit réellement garantie. Le fait que le centre de décision soit en France, répétons-le, est d'importance capitale.

D'autres journaux publient uniquement des articles et des communications en français. C'est le cas notamment de nos Comptes rendus' qui, comme on le sait, sont réservés à de courtes Notes, chacune d'elles étant la première annonce d'un résultat nouveau et significatif. Pour des raisons évidentes, il est important de disposer de revues scientifiques


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françaises et il convient de les aider vigoureusement à condition toutefois que leur niveau scientifique soit indiscutable et que les articles soient accompagnés de résumés en anglais décrivant assez précisément l'objet du travail et les principaux résultats.

L'éventualité de favoriser les plus intéressantes de ces revues en leur donnant les moyens de faire paraître une édition anglaise ou de paraître sous forme bilingue est actuellement envisagée. Les premières études faites montrent que l'entreprise pose des problèmes considérables, non seulement matériels et financiers, mais aussi pour l'établissement des textes en anglais. Les résultats que l'on peut attendre sur l'accroissement du nombre des abonnements sont actuellement assez incertains. Il se pourrait même que l'initiative risque de diminuer la diffusion de la science française en langue française contrairement à l'objectif visé. Quelle serait, en outre, la réaction des auteurs qui auraient en définitive la responsabilité de deux textes ?

La question peut se poser pour nos Comptes rendus. Certains auteurs étrangers seraient certes tentés, en plus grand nombre qu'aujourd'hui, de confier aux Comptes rendus l'annonce de leurs résultats originaux. Mais la lourdeur de l'opération et ses aléas rendent, pour l'instant du moins, notre Compagnie assez réticente à donner un avis favorable. La majorité d'entre nous estime que, si un effort doit être fait pour rendre notre publication plus accessible aux chercheurs ne lisant pas le français, il vaudrait mieux s'orienter vers l'introduction de résumés anglais plus longs. Une décision de cette nature ne peut être arrêtée si le service des Comptes rendus ne reçoit pas le concours nécessaire pour vérifier la correction et l'exactitude du texte anglais.

— Publications techniques

La recherche technique et industrielle pose des problèmes d'un autre ordre et appelle donc des actions, différentes. Destinée en premier lieu aux entreprises françaises et se développant en étroite liaison avec leurs besoins et leurs possibilités de marché, elle éprouve moins que la recherche fondamentale la nécessité de se manifester d'emblée au niveau international le plus large. Ses publications font donc normalement usage de la langue française.

Nous avons déjà recommandé plus haut une action vigoureuse pour accroître leur qualité et leur rayonnement. Nous voulons simplement ici ajouter que c'est pour des articles, des monographies, des numéros spéciaux, ou pour certaines revues de très haut niveau et aptes à faire connaître les ressources et les résultats de la technique française, que des opérations de traduction, plus ou moins systématiques, pourraient être en priorité envisagées.

En conclusion de ce troisième volet de propositions, l'Académie estime qu'il ne serait pas raisonnable'd'engager des actions lourdes et très coûteuses dont le résultat ne serait pas en rapport avec les bénéfices que l'on pourrait retirer des crédits engagés si on les avait affectés à des opérations servant mieux la science française et le rayonnement de la culture française.

Mais la liberté de choix qu'il est recommandé de laisser aux scientifiques doit trouver les conditions qui lui permettent de réellement s'exercer. Cette liberté demande d'abord que soient offertes les possibilités de publier en français dans des collections ou des revuesde haut niveau et de diffusion suffisante, ce qui exige une énergique politique de soutien aux - initiatives des équipes scientifiques compétentes qui veulent bien en prendre la


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responsabilité. Cette liberté doit ensuite exclure tout sectarisme et tout conformisme, notamment de la part des instances ayant à évaluer l'activité des laboratoires et des chercheurs. Ces instances doivent juger les travaux sur pièces sans tenir compte de la langue dans laquelle ils ont été présentés ou de la popularité de la revue qui les a publiés, sans se décharger de leur responsabilité en faisant appel aux indices de citations souvent trompeurs. Notre communauté scientifique ne manque pas de personnalités ayant la culture, l'expérience et le jugement nécessaires pour émettre des avis autorisés ; c'est parmi elles qu'il faut choisir les membres des commissions ayant à juger la valeur scientifique des hommes et des formations.

CONCLUSION .

L'Académie des Sciences mesure les menaces qui pèsent sur le destin de notre langue. Ces menaces appellent une prise de conscience nationale et une résolution politique qui intéressent toute notre vie culturelle, son expression et son rayonnement, dans tous les domaines où elle s'exerce, et qui débordent largement le champ restreint de la pratique des scientifiques français.

Sur l'ensemble des questions que pose cette pratique, notre Compagnie, après avoir recueilli et étudié les avis disponibles, adopte une attitude concrète. L'Académie se tient à distance à la fois de l'intransigeance qui voudrait interdire l'usage de l'anglais à nos scientifiques et de la résignation qui accepterait sans réagir le déclin continu du français comme langue de travail scientifique.

L'Académie préconise une action réaliste et vigoureuse qui doit non seulement arrêter ce déclin, mais encore permettre d'amorcer un renouveau de l'usage du français au sein de la vie scientifique internationale.

En premier lieu, il faut faire jouer au bénéfice de notre culture et de notre langue tous les atouts que nous donnent le bon niveau de notre science et de notre technique et la réputation qu'il nous mérite :

— pour accueillir des étudiants, des professeurs et des chercheurs étrangers ;

— pour attirer sur notre sol des institutions et des hommes de science en organisant des congrès, des colloques, des écoles d'été;

— pour maintenir et développer une présence de la pensée scientifique et technique française, grâce notamment à l'action de services scientifiques au sein de nos ambassades, services qui devraient voir l'importance de leur rôle mieux reconnue, leurs missions étendues et leurs moyens accrus.

En second lieu, il faut promouvoir les expressions de la science et de la technique en langue française dans tous les cas justifiés, c'est-à-dire tous ceux où il existe un public francophone assez large : ouvrages scientifiques d'enseignement secondaire et supérieur, publications techniques, colloques nationaux, livres de vulgarisation et, dès aujourd'hui, édition de documents audiovisuels. On ne peut espérer faire du français une grande langue scientifique internationale si l'on n'est pas capable d'abord de répondre en langue française aux besoins légitimes de la francophonie. L'effort à consentir pour y parvenir est considérable et le concours des Pouvoirs publics est indispensable.


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Enfin, en ce qui concerne la communication scientifique spécialisée, l'Académie formule deux recommandations. Il faut d'une part encourager et soutenir vigoureusement ceux qui veulent bien organiser des réunions internationales, lancer une collection de monographies, assurer la publication d'une revue de classe internationale, sans faire peser sur eux systématiquement des contraintes de langue. Ce qui est capital ici, c'est d'avoir en France un nombre important de centres de décision au plus haut niveau. Il convient d'autre part de laisser au chercheur la liberté de s'exprimer à chaque occasion dans la langue qui lui paraît appropriée et de lui faire confiance, en veillant toutefois- qu'en aucun cas il ne soit abusivement pénalisé s'il choisît de le faire en français.

L'Académie considère que les scientifiques français, comme ceux du monde entier, doivent nécessairement aujourd'hui connaître et maîtriser au moins cet anglais simplifié qui est devenu le langage international de la science. Loin de les en empêcher, il faut les y aider.

L'Académie dans ce rapport a voulu tracer des lignes d'objectifs ; elle n'a pas cherché à préciser les décisions que devront prendre les Pouvoirs publics pour réaliser l'ambitieuse politique qu'elle préconise. Il est certain, par exemple, que des initiatives sont indispensables pour doter notre pays de maisons d'éditions scientifiques et techniques capables de rivaliser un jour avec les plus puissants éditeurs étrangers ; et sans doute faut-il pour commencer mettre en place un organe chargé de la diffusion et de la distribution du livre scientifique français dans les pays francophones et à l'étranger.

L'Académie toutefois met en garde contre la tentation de créer trop rapidement des institutions qui peuvent très vite se révéler trop onéreuses en comparaison des services rendus. Il faut, par exemple, pouvoir aider les auteurs qui ont à écrire en anglais des ouvrages, des monographies, des articles ou des résumés substantiels en offrant notamment les moyens de contrôler la correction et la qualité de leur texte ; il faut aussi développer la traduction en langue étrangère d'ouvrages scientifiques ou de publications techniques. Faut-il alors, comme l'ont préconisé certains, créer un Institut National de la Traduction? La majorité des membres de l'Académie estiment qu'actuellement cette initiative est prématurée. Il vaut mieux procéder plus progressivement, plus expérimentalement; par exemple, en prévoyant que des chercheurs connaissant bien l'anglais et acceptant, momentanément peut-être, de prendre une certaine distance vis-à-vis de la recherche active, puissent être appelés à remplir des fonctions de « scientifiques traducteurs » auprès des institutions qui en auraient besoin.

L'Académie souhaite que, sur ce thème de l'usage de l'anglais par les hommes de science, cessent les suspicions, les mises en accusation et les combats qui risquent de diviser la communauté scientifique française. Les énergies qui s'y dépensent, ainsi libérées, peuvent être avantageusement mobilisées sur les objectifs concrets que nous avons signalés et qui sont beaucoup plus prometteurs pour la défense de notre langue et pour le rayonnement de la culture française. Les hommes de science peuvent y apporter un concours irremplaçable, même s'ils utilisent l'anglais oral ou écrit dans leur communication avec les savants de leurs spécialités. Il suffit de les y inviter et de les aider. Ils sont prêts à le faire.


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REUNIONS ET ENQUETES SUR LES COMPTES RENDUS ENSEIGNEMENTS ET PERSPECTIVES

Les échanges de vues auxquels procède périodiquement l'Académie ont été à l'origine de décisions qui ont assez profondément renouvelé, depuis quelques années, nos Comptes rendus : nouvelle affirmation de ce qu'est une note aux Comptes rendus, nouvelles modalités pour la remise des notes, pour l'examen et le contrôle de leur originalité, de leur intérêt et de la qualité de leur rédaction, expérimentation et perfectionnement progressif du système.qui met en jeu une double responsabilité, celle du présentateur et celle des Secrétaires Perpétuels assistés du Comité de Lecture. La présentation de nos numéros a elle aussi très sensiblement évolué : nouvelles définitions des séries et des rubriques, nouvelles couvertures... Gâuthier-Villars procédait simultanément à une modernisation très remarquable de ses installations et mettait en oeuvre de nouvelles méthodes d'impression et de diffusion. Les résultats de cette gestion plus rigoureuse de la rédaction, de la publication et de la diffusion, ont diminué considérablement la portée des critiques les plus sévères, formulées il y a encore peu de temps, à l'encontre de nos Comptes rendus. Encore fallait-il en convaincre la communauté scientifique: De plus, effacer les causes des critiques.était nécessaire, mais ce n'est pas suffisant; il faut encore créer les conditions attirant les meilleurs auteurs et le plus grand nombre de lecteurs. Pour aller plus loin, ceux qui ont la responsabilité des Comptes rendus, l'Académie au premier chef, mais aussi Gauthier-Villars, devaient d'abord se mettre à l'écoute de ceux auxquels ils ont l'ambition de s'adresser pour accueillir leurs observations, leurs critiques, leurs suggestions.

Certaines initiatives dans ce sens ont été effectivement prises. Gauthier-Villars a commandé à la société « Pageant Publishing » des enquêtes auprès de scientifiques et de bibliothécaires sur l'audience des Comptes rendus, enquêtes concernant en 1980 la Grande-Bretagne et, en 1982, les États-Unis. Au printemps 1982, l'Académie a organisé des réunions groupant des personnalités étrangères à l'Académie, des membres et des correspondants, au cours desquelles furent abordées de façon très ouverte les questions que pose la publication des Comptés rendus. La présente communication se propose d'examiner brièvement les résultats dé ces entreprises, les enseignements que l'on peut en tirer, les perspectives qu'elles peuvent dessiner pour l'action future.

Les.enquêtes de Pageant Publishing furent conduites par questionnaires adressés à des bibliothécaires et à des scientifiques choisis individuellement. Le rapport entre le nombre de réponses reçues et le nombre de questionnaires envoyés est jugé par les enquêteurs très satisfaisant. Ces derniers ont disposé, en définitive, pour l'enquête en Grande-Bretagne de 40 réponses (16 de bibliothécaires, 24 de scientifiques) et pour l'enquête aux États-Unis de 74 réponses (49 de bibliothécaires et 25 de scientifiques). Les questions posées, groupées sous une dizaine de rubriques, portaient sur l'organisation de la publication par séries, la fréquence de publication, la présentation des numéros, des textes, des figures, des


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références, les modalités d'abonnement et de diffusion... Sur toutes ces questions, dont il ne faut pas sous-estimer l'importance, ont été recueillies des informations et des suggestions intéressantes qui méritent d'être examinées et exploitées. Une question concernait l'anglais dans les Comptes rendus, question longuement évoquée dans les réunions du printemps dernier et sur laquelle nous reviendrons plus loin. Une autre, dans l'enquête américaine, portait sur le niveau scientifique des Comptes rendus et offrait, pour une réponse globale, le choix entre : excellent, good, acceptable, poor, very poor. On ne relève aucun poor ou very poor, les trois quart des réponses choisissent good et on compte un excellent. Dans l'enquête britannique la.question n'était pas formulée de façon aussi nette. Les personnes ayant donné un avis représentent seulement la moitié de celles ayant répondu. Ces avis comportent un poor, une majorité de good, aucun excellent.

Ces résultats sont relativement satisfaisants, mais ils ne sont peut-être pas très significatifs; d'abord le nombre des avis recueillis est faible; de plus, il faut souligner que les scientifiques qui ont répondu furent choisis parmi ceux ayant une certaine connaissance de la langue française et, par suite, sans doute mieux disposés vis-à-vis de notre publication que la moyenne de leurs collègues. Les bibliothécaires indiquent que, dans l'ensemble, les Comptes rendus ne figurent pas parmi les revues les plus consultées par leurs lecteurs; plusieurs mentionnent toutefois que la série mathématique est l'objet d'une « utilisation fréquente » (fréquent use).

Les réponses contiennent souvent des commentaires très instructifs, tel celui, encourageant, qui décèle récemment une amélioration de la qualité scientifique ou tel celui, fort réaliste, qui constate que « les chercheurs français ne confient pas aux Comptes rendus leurs travaux les meilleurs et les plus originaux; dans le domaine des sciences de la vie, ils les adressent plutôt à Nature, à Science ou aux PNAS (Proceedings of National Academy of Sciences) ». Cette réflexion nous renvoie à l'objet même des réunions sur les Comptes rendus que nous allons maintenant évoquer.

Cinq réunions se sont tenues à l'Académie du 10 mai au 7 juin 1982; elles ont concerné les Sciences chimiques, la Physique, les Sciences physiques pour l'ingénieur, les Sciences de l'Univers et les Sciences de la Vie. Les invitations ont été lancées après une concertation avec les directions générales du C.N.R.S. et de l'I.N.S.E.R.M., la Direction de la Recherche au Ministère de l'Education Nationale et les responsables de grands établissements scientifiques, comme le C.E.A. et l'O.N.E.R.A. Cette première expérience d'ouverture sur la communauté scientifique se proposait d'atteindre ceux qui ont une responsabilité majeure dans l'évaluation des travaux, des laboratoires et des chercheurs : directeurs scientifiques et présidents de sections du C.N.R.S., présidents des commissions scientifiques de i'LN.S.E.R.M., présidents des sections du C.S.C.U. Il s'agissait de faire connaître à ces personnalités les conditions dans lesquelles sont actuellement publiées les notes aux Comptes rendus pour mettre définitivement un terme à la pratique qui fut parfois en vigueur dans quelques commissions de ne pas affecter à priori à un travail ou à un résultat annoncé dans les Comptes rendus le crédit que celui-ci aurait eu s'il avait été publié dans l'un des Journaux jouissant, dans la discipline, d'une très bonne réputation. Ces invitations ont été bien accueillies. Au total 104 personnes ont participé à ces réunions,, 64 personnalités extérieures à l'Académie, 40 membres ou correspondants de notre Compagnie. Ont également assisté à la plupart de ces réunions un représentant de la


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Mission Interministérielle de l'Information Scientifique et Technique (M.I.D.I.S.T.) — M. Morizur — et le directeur des revues scientifiques de Gauthier-Villars, M. J. Lissarrague.

L'ordre du jour comprenait essentiellement, en premieu lieu, une partie « informations » consistant en une présentation commentée des documents figurant au dossier remis à chaque participant — règlement des Comptes rendus; fonctionnement et rôle du Comité de Lecture; statistiques sur 4 ans donnant par section le nombre des notes remises, des notes acceptées directement après avis du présentateur, des notes acceptées après examen par un ou plusieurs spécialistes et éventuellement après modification de la rédaction et des notes refusées; évolution des abonnements — Il était ensuite procédé à un large échange de vues au cours duquel les participants faisaient part de leurs observations, de leurs critiques et de leurs suggestions. Puis étaient envisagés les problèmes plus spécifiques à chaque discipline, car la situation des Comptes rendus est fort différente d'une discipline à l'autre. Enfin, la discussion sur l'introduction de l'anglais dans les Comptes rendus constituait le dernier point de l'ordre du jour, l'un des plus délicats certes, mais aussi l'un des plus importants.

Ces réunions ont été pour les responsables de la rédaction des Comptes rendus, extrêmement utiles; les échanges de vues furent très ouverts et très francs; l'ambiance générale fut certainement très bonne. Les efforts déployés par l'Académie ont été ainsi mieux connus et appréciés par tous, même par ceux qui restent encore un peu sceptiques sur les chances de voir, fut-ce à long terme, les Comptes rendus redevenir la publication où soient annoncés dans l'ensemble des disciplines la très grande majorité des. résultats nouveaux significatifs obtenus par les chercheurs français. Il n'est pas possible ici de faire écho à toutes les questions intéressantes qui ont été soulevées et dont la portée parfois dépassait le cadre des Comptes rendus — telle par exemple, la difficulté pour les commissions d'évaluation, devant le nombre de dossiers qui leur sont soumis, de procéder à une étude sérieuse des travaux — Il n'est même pas possible de relever toutes les remarques formulées sur les Comptes rendus. A titre d'exemples, on en signalera donc seulement quelques unes qui firent l'objet de plusieurs interventions avant d'aborder la question de l'anglais.

Il fut souvent noté d'abord qu'en effet « l'image de marque » des Comptes rendus dans la communauté scientifique n'est pas encore assez bonne. Ceci doit inciter l'Académie à développer considérablement l'information en utilisant toutes les voies susceptibles d'atteindre les chercheurs et très spécialement les plus jeunes d'entre-eux. Certains estiment trop faibles, par comparaison à la pratique des revues de très haute qualité, les taux de rejection des notes remises qui, variables d'une discipline à l'autre, s'établissent en moyenne à 10 %. Cette critique peut effectivement nous faire tort; elle demande donc qu'il soit clairement fait état de la sélection souvent très sévère excercée par les présentateurs — les chiffres donnés par les membres et correspondants présents lors de ces réunions dépassaient en général 50 % —

Certaines suggestions judicieuses s'adressent directement aux membres et aux correspondants. Il est souhaité qu'eux-mêmes publient davantage aux Comptes rendus; ainsi seront-ils mieux en mesure d'inciter leurs collègues et leurs collaborateurs à réserver aux Comptes rendus la première annonce d'une partie au moins de leurs plus beaux résultats. La présentation orale en séance publique qui met en relief les notes les plus intéressantes et les fait connaître à un public plus large que celui des spécialistes serait de nature à attirer l'attention des auteurs, surtout si la presse en faisait mention dans ses


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chroniques d'actualités scientifiques. Dans le même esprit, il fut proposé de créer un prix pour la meilleure ou pour les meilleures notes de l'année.

De nombreuses suggestions portèrent sur le rythme de publication, la longueur des notes, la présentation matérielle de la page (une ou deux colonnes), la création de nouvelles rubriques (génie chimique, robotique...), les bibliographies, les résumés.

Certains participants ont estimé qu'il serait utile de mieux faire connaître la liste des présentateurs auxquels les chercheurs peuvent s'adresser, c'est-à-dire la liste des membres, des associés étrangers et des correspondants, et surtout de faire connaître la liste des membres du Comité de Lecture.

L'Académie a aussi été invitée à mieux exploiter le caractère pluridisciplinaire des Comptes rendus qui pourrait constituer un de ses bons atouts, à éventuellement faire évoluer le style de sa publication en tirant bénéfice des expériences de revues comme Nature ou Science. Un participant a émis l'idée que, convenablement adaptée aux conditions modernes du travail scientifique, l'institution des plis cachetés pourrait offrir aux chercheurs d'intéressantes possibilités.

Les quelques indications qui viennent d'être données, si incomplètes soient-elles, suffisent à montrer que nos invités se montrèrent très coopératifs; les idées avancées doivent être soigneusement étudiées, car elles peuvent conduire l'Académie à des décisions ayant d'heureux effets.

Mais parmi toutes les questions abordées, celle de l'usage de l'anglais dans les Comptes rendus est sans doute la plus importante; elle fut l'objet de très nombreuses interventions. Outre le statu-quo, éventuellement amélioré — car quelques uns de nos résumés sont jugés, à juste titre, « abominables » par nos collègues anglo-saxons —, deux solutions ont été envisagées par l'Académie, au moins dans leur principe, et par suite présentées lors de ces réunions. La première, suggérée depuis fort longtemps par notre confrère Anatole Abragam, serait de donner la possibilité aux auteurs de réserver dans une note une fraction importante de la longueur dont ils disposent, par exemple 1/4, à un exposé en langue anglaise. Compte tenu de ce que les figures, les tables et les équations n'ont pas à être reprises, et qu'un texte anglais est plus court que sa traduction en français, l'information accessible à un lecteur anglophone pourrait être pratiquement équivalente à celle donnée par le texte français. La seconde, préconisée par la M.I.D.I.S.T. qui envisage de donner à l'Académie son aide si elle était retenue, est de publier pour chaque note sa traduction littérale. Des maquettes correspondant à diverses formules possibles furent réalisées par Gauthier-Villars.

II fut observé que la traduction intégrale, indépendamment des contraintes qu'elle impose aux auteurs et aux responsables de la rédaction, risque d'avoir pour effet un dépérissement progressif de l'édition en langue française ou, si les deux versions sont publiées en même temps, un accroissement des délais et une augmentation des coûts et donc des abonnements.

Les participants, comme d'ailleurs l'avaient fait les scientifiques consultés par Pageant Publishing, incitent vivement l'Académie à prendre une nouvelle initiative pour mieux atteindre le public anglophone. Chacune des solutions exposées a été considérée comme la meilleure par certains participants. Sans qu'un décompte précis et rigoureux ait été effectué, il apparaît que la majorité de nos invités ont préféré la première. Cette position


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rejoint celle de notre Compagnie qui a déjà manifesté ses réserves et ses réticences vis-àvis d'une traduction intégrale des notes publiés (1).

Cette brève relation des enquêtes et des réunions portant sur la situation des Comptes rendus et leur développement montre donc que les personnalités qui ont bien voulu apporter leur concours à ces premières consultations, tout en appréciant le travail déjà fait, sont bien conscientes de l'importance des efforts nouveaux à entreprendre pour atteindre un jour le but ambitieux que nous poursuivons. Mais il est fort encourageant de constater que ces personnalités attendent de notre part la poursuite de l'oeuvre déjà accomplie et qu'elles sont prêtes à accueillir favorablement les progrès que nous saurons réaliser. Il semble bien acquis maintenant que les Comptes rendus ont pratiquement éliminé la publication de notes faibles ou médiocres. Nos interlocuteurs l'ont reconnu; certains avaient même constaté une amélioration de la qualité avant les réunions. Le moment est venu à partir de cette situation relativement saine de franchir de nouveaux pas. Quelques perspectives peuvent déjà être ouvertes aujourd'hui.

Il conviendra d'abord de poursuivre le travail d'information par la diffusion de documents appropriés, par de nouvelles réunions, conçues peut-être différemment, pour atteindre d'autres chercheurs.

Il faudra ensuite, en liaison avec Gauthier-Villars, examiner toutes les suggestions concernant l'impression, la présentation, la diffusion.

Il faudra préciser ou compléter certains points de notre règlement, revoir la liste de nos rubriques; sans doute être plus exigeants avec nos auteurs sur la forme et peut-être aussi, dans certaines disciplines, sur le fond.

Il faudra surtout, dans les mois qui viennent, que l'Académie définisse sa position sur l'introduction éventuelle de l'anglais dans nos Comptes rendus. Toute initiative dans ce sens réclame de toute évidence des moyens nouveaux pour garantir une correction satisfaisante des textes anglais.

Il faudra encore étudier comment faire évoluer prudemment la formule des Comptes rendus. Le remplacement du fascicule actuel « Vie Académique » par une nouvelle série, générale et pluridisciplinaire, permettant de concrétiser certaines recommandations mentionnées plus haut, mériterait une prise en considération et pourrait concourir à augmenter l'audience des Comptes rendus.

Ces suggestions sont ici données à titre d'exemple et dans le but de montrer à l'Académie qu'un travail important l'attend. et que le moment pour l'entreprendre nous paraît favorable. Si nous parvenons à faire partager notre conviction, l'Académie devrait, selon nous, constituer une commission comprenant quelques confrères intéressés par les problèmes des Comptes rendus qui accepteraient de nous apporter leur concours pour préparer des propositions précises pouvant être représentées lors d'un Comité Secret pour que les décisions soient prises avant la fin du mois de juin 1983.

La bataille des Comptes rendus que l'Académie a commencé à livrer sera longue; elle ne peut être définitivement gagnée que par des initiatives tendant à améliorer petit à petit les

( 1) « La langue française et le Rayonnement de la Science. » Rapport-adopté par l'Académie au Comité secret du 19 avril 1982.


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positions et l'audience de notre revue. Mais au fil du travail quotidien qu'il faut accomplir, on ne doit pas perdre de vue l'objectif qui se profile à l'horizon de nos efforts. Déjà pour un très petit nombre de disciplines ou de sujets, si on demande « comment suivre au jour le jour les progrès de la recherche française », on peut légitimement répondre « en lisant les Comptes rendus ». Dès qu'un certain seuil est atteint, se produit de fait un effet d'entraînement qui décide les chercheurs autrefois réticents. Le but est d'arriver à ce que cette réponse, qui ne peut être donnée aujourd'hui que dans des cas très limités, se généralise à la très grande majorité des disciplines. Ce voeu qui peut paraître aujourd'hui irréaliste doit être porté sans illusion, mais aussi sans découragement. Une chose est sûre; l'Académie ne pourra progresser vers un objectif aussi ambitieux que si elle sait intéresser et associer à ses efforts la communauté scientifique nationale toute entière.

Création d'un Comité

des Relations Internationales (CORI)

(Voir Vie Académique du 25 octobre 1982)

1. Il est créé au sein de l'Académie des Sciences un Comité des Relations Internationales (CORI). Ce comité est composé :

(a) de six membres élus, trois par division;

(b) de membres de droit qui sont d'une part les quatre membres du bureau et d'autre part les membres ayant appartenu au moins 4 ans au bureau exécutif du Conseil International des Unions Scientifiques (I.C.S.U.) ou à son Comité général.

2. Chacun des six membres de la catégorie; a, est élu par l'Académie, sur proposition du Bureau, pour un mandat de 4 ans. Nul ne peut recevoir plus de deux mandats consécutifs.

3. Le comité est présidé par l'un des membres de la catégorie a, qui reçoit le titre de Délégué aux Relations internationales de l'Académie des Sciences. Le délégué est désigné par l'Académie, sur proposition du Bureau.

4. Le comité se réunit au moins deux fois par an, sur convocation du délégué. Il rend compte à l'Académie de son action au moins une fois par an.

5. La compétence du comité concerne :

— les relations internationales entre l'Académie des Sciences et les autres académies ou institutions nationales analogues;

— le contact permanent avec le COFUSI et les propositions à présenter à l'Académie sur les initiatives et les directives propres à faire valoir au sein des Unions ou au sein du Conseil International des Unions Scientifiques (I.C.S.U.) les points de vue de la communauté scientifique française et à assurer une bonne coordination entre les Comités nationaux français;

— les relations avec toute institution scientifique internationale ou étrangère.

— l'étude de toute disposition susceptible d'accroître le rayonnement international de l'Académie et de notre pays, en particulier auprès des pays francophones et des pays en voie de développement.

6. Le Délégué aux Relations internationales assure le suivi des relations internationales, en liaison directe avec le Bureau. En particulier :

— il peut recevoir délégation du Président de l'Académie des Sciences pour représenter officiellement l'Académie à une réunion portant sur les relations internationales;


C. R. Acad. Sc. Paris, t 295 (8 novembre 1982) Vie Académique — 153

— il est régulièrement tenu au courant par les Secrétaires Perpétuels de toute question touchant aux relations internationales; il a notamment communication du courrier qui s'y rapporte;

— il peut être habilité par le Bureau à traiter une affaire au nom de l'Académie.

7. Dans le cadre des moyens de fonctionnement mis à la disposition de l'Académie et sous le contrôle de la Commission Administrative, les Secrétaires Perpétuels doivent donner au comité et au délégué l'appui nécessaire pour remplir leur mission.

La séance est levée à 17 h 25 mn.

P. G.



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HISTOIRE DES SCIENCES

HISTOIRE DES SCIENCES. — Sur l'image d'une remarquable fasciation de Bette, gravée au XVIe siècle. Note de Lucien Plantefol, Membre de l'Académie.

L'étude Mstorique du genre Beta, très importante, conduit à la Betterave, et fait connaître un exemplaire unique de Beta platicaulos, remarquable forme fasciée,-présentée en gravure par Dalechamps (1586).

Après avoir étudié, dans, une précédente Note [1], les caractères d'une tige fasciée produite par un individu de Betterave (Beta vulgaris L.), j'ai cru pouvoir conclure du mélange de ces caractères avec ceux d'une tige normale, que je n'étais pas en présence d'une véritable fasciation, mais d'une sorte de compromis entre tige normale et tige fasciée. Cette constatation rend plus nécessaire encore de rechercher s'il est possible, chez une forme herbacée comme une Betterave, de mettre en évidence la réalisation d'une fasciation indiscutable.

L'origine des Beta. — Il faudrait évidemment pour cela, connaître d'une manière parfaite l'histoire du petit groupe des Chénopodiacées auquel appartient la Betterave. Cet ensemble est couvert par le nom de genre latin Beta qu'on a traduit tour à tour en français par les deux noms Bete et Bette. Les diverses Beta dériveraient toutes de.la Beta maritima L., forme à racines maigres, localisée dans les terrains sablonneux surtout au bord de la mer, en Europe et en Asie. « Elle n'a pas de nom sanscrit, d'où l'on infère que les Aryens ne l'avaient pas apportée de l'Asie tempérée occidentale où elle existe » écrit Alphonse de Candolle [2].

Leur rôle alimentaire au cours des temps. Consommée par l'homme dès l'origine, pour ses feuilles tendres, ses pétioles charnus et plus tard ses racines comestibles, cette plante a évolué sous les yeux des hommes, dans leurs jardins et leurs cultures : aussi est-il naturel que Pline consacre un article, assez long, à la culture des Bettes et à leur utilisation. « On la mange avec la lentille et la fève. On l'apprête comme le chou et surtout avec la moutarde qui, piquante, en corrige la fadeur [3]. » Ce rôle ancien est confirmé à une date récente par Jacques André écrivant L'alimentation et la Cuisine à Rome (1961), puis commentant le De re coquinaria dû à Apicius, célèbre gastronome du Ier siècle, qui allie fréquemment le miel aux légumes fournis par les Bettes [4].

L'importance alimentaire de la Beta est exprimée à nouveau plus tard : Jean Bauhin écrit : « Tragus est témoin que. rien dans les cuisines n'est plus fréquent que la Bette des jardins; car elle est utilisée dans l'alimentation... La Bette préparée en aliment comme l'épinard, est d'une cuisson très rapide; elle est utile avant tout à ceux qui souffrent d'une faiblesse de l'estomac ». Il rappelle aussi le fait qu'elle soit « après une ébullition légère, assaisonnée au vinaigre qui en relève le goût » [5].

Les variétés de Beta. On ne saurait douter que, avec les cultures intensives des jardins depuis le passé le plus ancien jusqu'au siècle actuel, l'espèce Beta maritima ait eu l'occasion de manifester ses diverses tendances et en particulier si, bien qu'herbacée, elle a eu, ici ou là, tendance à la fasciation, d'en témoigner au moins dans quelques réalisations d'une de ses variétés.


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Et nous notons, au cours des temps, diverses variétés de cette Bette. Pline parle de Bette blanche et de Bette foncée, déjà reconnues par les Grecs. Au xvie siècle, nous devrons enregistrer Bette blanche, Bette noire et plusieurs variétés de Bette rouge que différencient surtout les caractères de leurs racines, plus ou moins développées; mais un problème nouveau est né : une Bette particulière va donner la Betterave. D'où vient-elle au juste? Quelle est son origine?

Tournefort et le genre Beta. C'est donc, comme il est naturel, du côté des Botanistes que nous devons nous tourner pour proposer des solutions vraisemblables. Tournefort s'est beaucoup intéressé au genre Beta. Il s'est aperçu de la difficulté que comportait le passage à graine. Il voit les fleurs groupées par trois par exemple à l'aisselle d'une petite feuille. La floraison amène les ovaires des trois fleurs à entrer en rapport et à se fusionner en un seul fruit aplati, contenant plusieurs graines. Ce processus semble constituer pour Tournefort le caractère le plus net du genre Beta [6].

Dans la liste qu'il donne des espèces proposées, Tournefort suit surtout Gaspar Bauhin et son Pinax, il énumère 10 espèces dont les 8 premières sont d'abord marquées C. B. Pinax 118.

Béte rouge de Mattbiol.

Bete platicaulos, ou à la tige large, de Dalecbamp.

Voici les deux dernières des figures qui dans le Dalechamps illustrent l'article sur les Bettes. A gauche une variété de Bette rouge normale, à racine charnue, pour laquelle il propose le nom de Bete rouge de Matthiol; à droite la fasciation ou Bete platicaulos, exemplaire dessiné d'après nature, en vue de la gravure, et dont nous ignorons quelle fut la fréquence.


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La troisième espèce proposée est Beta rubra, radiée Rapae C. B. Pinax 118, Beta radice rubra, crassa J. B. 2.961. Beta rubra romana Dod. Pempt. 620 Bette rave.

Nous voici donc amenés par Tournefort tout près de la solution concernant la Betterave. Même s'il les écrit en italique, « Bette » avec deux -t, et « rave » sont deux mots français et leur ensemble est presque notre mot Betterave, déjà utilisé d'ailleurs il y a alors. près d'un siècle par Olivier de Serres. —

La Beta de Dalechamps. A la ligne suivante une surprise nous attend.

Beta lato caule C. B. Pinax 118. Beta laticaulis,, monstrosa J.B. 2.363. Beta 7r.A.af6K0CUA.oç Dalechampii Lugd. 533.

Gaspar Bauhin et Jean Bauhin ne sont ici que des présentateurs qui ont répété un nom en le changeant un peu. L'auteur est Dalechamps Jacques; (1513-1588) dont l'Historia generalis plantarum fut publiée à Lyon en 1586. Sa traduction française par des Moulins (De l'histoire générale des plantes) parut à Lyon en 1615 [7].

Dans l'édition française (tome I, page 446), l'article « De la Bete ou Poeree » occupe presque quatre pages du grand in-fôlio, mais plus d'une page est employée à présenter des figures : Bete blanche, Bete noire, trois Betes rouges de caractère un peu différent, racine grêle, racine moyenne, racine grosse comme une racine de Betterave, feuillage et floraison de taille un peu variable; mais plus surprenant encore, la sixième figure est consacrée à la « Beta platicaulos, ou à tige large de Dalechamp ». Mieux aurait valu d'ailleurs traduire exactement « à la tige plate », qui exprime le caractère le plus saillant des fasciations. Le texte qui accompagne cette figure comprend quelques points intéressants pour nous :

« Quant à l'espèce de Bete que Dalechamp appelle nkaxûnavXoç elle mérite d'estre mise au nombre des plantes monstrueuses : car il ne faut pas douter qu'il ne se treuve quelquefois des choses monstrueuses ou bien prodigieuses aussi bien aux plantes comme aux autres choses, qui méritent d'estre rédigées par escrit, pour en faire part à la postérité. » Et plus loin : « Or cette espèce de Bete de laquelle nous avons mis ici le pourtrait, n'est pas moins esmerveillable : car elle a la tige large de quatre doigts, garnie à l'entour de petites feuilles, et toute couverte de graine, qui est si espesse à la cime, qu'on ne saurait voir la tige. » Cette dernière remarque se rapproche parfaitement de ce qui a été vu sur la fasciation de Betterave. Mais par ailleurs quelles différences : la tige dont la largeur ici augmente progressivement; la garniture de nombreuses petites feuilles est bien visible sur la figure; « La tige large de quatre doigts » écrit des Moulins. Puisque la tige est visiblement en croissance progressivement depuis sa base, il est évident que cette grandeur doit exprimer la largeur finale de la tige, suivant la ligne végétative qui termine la fasciation. L'unité choisie est le doigt. Tout porte à croire que ce soit la mesure classique de l'antiquité, celle que l'humanité a utilisée depuis les Égyptiens et les Grecs : on la traduit dans le système métrique par 18 millimètres; et 70 à 80 mm, c'est bien la largeur d'une belle fasciation réalisée sur une plante herbacée et qui termine remarquablement une tige fasciée développée suivant l'image donnée par Dalechamps. La tige n'est pas loin d'atteindre 1 m de longueur. Mais il est évident que, dès les premiers symptômes anormaux qu'elle a présentés, cette plante a été reconnue pour une Beta; elle a été suivie avec intérêt soit par Dalechamps lui-même, soit par un de ses collaborateurs. C'est donc à partir d'une Beta très reconnaissable qu'on a vu se développer la plante étonnante dont un dessinateur a fait une copie pour en préparer la gravure.

Remarquons enfin combien la réalité étudiée dans la Note [1] sur une tige de Betterave est profondément différente de la fasciation parfaite de Beta et concluons que se trouve


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vérifiée l'idée que l'objet analysé dans la Note précédente est plutôt qu'une fasciation une sorte de compromis entre tige normale et fasciation.

Reste un dernier point auquel il serait important de répondre : cette remarquable tératologie végétale est sans doute une des premières qui ont été reproduites. Il fallait d'abord vérifier que dans les deux éditions, latine et française, du Dalechamps, les figures sont les mêmes. C'est ce qu'a confirmé la consultation de l'édition latine à la bibliothèque de l'Institut.

Les six figures de l'article Beta sont exactement les mêmes dans les deux ouvrages et se suivent dans le même ordre, bien que placées un peu différemment dans leur page. La « Bete rouge de Matthiol » accompagne la « Bete à la tige large de Dalechamps » et montre toute l'opposition qui existe entre plante normale et plante fasciée.

On doit rappeler la date (1482) à laquelle Corbichon a, d'après Àdanson [8], réalisé les premières illustrations concernant la Botanique. l'Historia generalis plantarum de Dalechamps paraît à peine un siècle plus tard (1586); elle est illustrée de 2731 figures qu' Adanson considère comme « médiocres gravures sur bois ». Jugement un peu dur, certes, pour la Beta rubra de Matthiol, mais qui ne convient pas à la gravure plus fine de la platicaulos. Il serait intéressant de savoir si à côté des figures qui enseignent les plantes normales, d'autres figures représentant des plantes tératologiques ont précédé la remarquable fasciation de Beta présentée à nouveau ici.

BIBLIOGRAPHIE

[1] L. PLANTEFOL, Comptes rendus, 294, série III, 1982, p. 985. [2] A. DE CANDOLLE, L'origine des plantes cultivées, Paris, 1883. [3] PLINE l'Ancien, Historiae naturales L. XIX; art. 40. [4] A. JACQUES, L'alimentation et la cuisine à Rome, 1961.

A. JACQUES, Apicius. De re coquinaria, Paris, 1965. [5] Jean BAUHIN, Historia plantarum universalis t. II, p. 960 Beta 1651. [6] TOURNEFORT, Institutiones Rei Herbariae, 3 vol., Paris, 1700, p. 501 et pi. 286. [7] J. DALECHAMPS, Historia generalis Plantarum Lugd. 1586.

J. DALECHAMPS, traduit par des Moulins. Histoire générale des Plantes Lugd. 1615. [8] ADANSON, Familles de Plantes, 2 vol., 1763, Paris, p. 4 et 8.

Laboratoire de Botanique de la Sorbonne, Université Paris-VI, 24, rue Lhomond, 75231 Paris Cedex 05.


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SÉANCE DU LUNDI 15 NOVEMBRE 1982

PRESIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

COMPTES RENDUS, RAPPORTS

M. Roger Gautheret rend compte du 5e congrès international de culture de cellules et de tissus végétaux, qui s'est tenu à Tokyo, du 11 au 16 juillet 1982.

M. Pierre Grivet rend compte de la 19e Assemblée générale du Conseil International des Unions Scientifiques C.I.U.S., qui s'est tenu à Cambridge (Grande-Bretagne), du 13 au 17 septembre 1982.

La 19e Assemblée Générale du C.I.U.S. (I.C.S.U.) s'est tenue à Cambridge dans le cadre moderne et un peu sévère du tout récent Robinson Collège.

Le Secrétaire Exécutif de l'Union, le Dr F. W. G. Baker, avait préparé les participants à l'importance du travail à accomplir, en éditant une brochure fort intéressante qui retracé les origines et Phistoire du C.I.U.S. durant ses cinquante et une premières années. Les diverses fonctions de l'Union y sont décrites, ainsi que quelques-uns des plus marquants résultats acquis. Mais le Dr Bekoe, Président du C.I.U.S., et son Bureau, ont pensé que ce n'était pas encore suffisant pour faire connaître pleinement les entreprises et les problèmes du présent et de l'avenir immédiat, ainsi que la qualité des réponses qui ont pu être apportées déjà à des grandes questions d'actualité. Ainsi, l'Assemblée Générale a-t-elle ratifié leur désir en acceptant de mettre à l'étude la publication d'une collection de livres (I.C.S.U. Press) pour mieux exposer les apports scientifiques des programmes très variés patronnes par le C.I.U.S. auprès des Unions. Cette collection se développera probablement -en symbiose avec FUNESCO.

L'activité à Cambridge a été considérable et fructueuse; elle a porté sur le domaine administratif, sur la politique aussi avec la solution des problèmes de la Chine, autant que sur l'évaluation des grandes réalisations et projets interdisciplinaires. Les discussions ont été très vivantes comme on pourra en juger par quelques exemples significatifs, bien qu'ils ne rendent pas justice au travail accompli au cours des 25 alinéas de l'agenda prévu.

1. DÉCISIONS D'ORDRE ADMINISTRATIF. — (a) Un Comité des Structures avait été institué lors de la 18e Assemblée Générale d'Amsterdam, pour étudier d'éventuelles améliorations à apporter aux statuts, en particulier au mode de vote des décisions. Le Comité, après un travail sérieux, a présenté différentes propositions qui restent assez compliquées étant donné que l'Assemblée comporte deux catégories de votants : d'une part les représentants des 18 Unions Scientifiques, d'autre part les représentants d'une soixantaine d'États. Finalement, l'Assemblée n'a retenu que la procédure très simple suivante : chaque État Membre dispose-d'un bulletin et chaque Union Scientifique dispose de trois bulletins, excepté lorsque les votes concernent le niveau des cotisations des États Membres : dans ce cas, chaque État comme chaque Union, ne dispose que d'un vote.


160 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (15 novembre 1982)

Enfin, il faut remarquer que le C.I.U.S. choisit aussi des Associés Scientifiques, qui n'ont pas de droit de vote mais qui collaborent éventuellement avec lui sur des actions spécifiques, quelquefois encouragées par des contrats. L'intérêt de ce mode associatif est d'inclure des organisations non gouvernementales (O.N.G.) très spécialisées, comme l'Association Scientifique pour le Pacifique (P.S.A.), ou très appliquées comme l'Union de Science et de Technologie de l'Alimentation, ou fort importantes comme l'Union contre le Gancer (U.I.C.C.), ou la Fédération internationale des sociétés pour la microscopie électronique (I.F.S.E.M.).

Ce mode complexe d'organisation est florissant et le C.I.U.S. a bonne presse et constitue une autorité morale et scientifique respectée si bien que les demandes d'adhésion sont nombreuses. Elles ne sont acceptées qu'en petit nombre car le Conseil Exécutif se doit de limiter la croissance pour l'adapter à un taux d'augmentation raisonnable des ressources. Aujourd'hui la gestion est très prudente de manière à ne pas trop solliciter les États Membres dans une période économique difficile pour tous.

En 1982, deux Unions Scientifiques Internationales seulement ont été admises : ce sont l'U.I. de Microbiologie (I.U.M.S.) issue d'une scission de l'U.I. de Biologie, et une Union indépendante, celle de Psychologie (lUPsyS). Par ailleurs, on n'a retenu qu'une seule demande d'association, celle de l'Organisation internationale pour la physique et l'ingénierie en médecine (I.U.P.E.S.M.).

(b) Problème de la Chine. — En 1972, la Chine entrait aux Nations-Unies et 2 ans plus tard, en 74, lors de la 15e Assemblée Générale à Istanbul, se posait de manière aiguë, le problème de son admission au C.I.U.S., car le siège accordé à l'Academia Sinica de Pékin dès 1937, avait été occupé depuis 1942 par l'Académie siégeant à Taipeh dans l'île de Taiwan. Ainsi naquit un grave problème politique qui fut l'objet de nombreuses discussions depuis cette date ; on en trouvera un résumé précis dans le mémorandum consacré à la Chine par le Conseil de 1982. Ici, on soulignera seulement que de longues tractations diplomatiques ont finalement atteint leur but cette année. En effet, l'Association chinoise pour la Science et la Technologie (C.A.S.T.) a renouvelé sa demande d'adhésion en 1982, sous la forme réglementaire et dans les délais requis avant la 19e Assemblée Générale; cette candidature reçut un accueil très favorable. L'accord est basé sur la reconnaissance simultanée par les deux parties, Pékin et Taipeh, de deux principes, celui de l'universalité de la Science et celui de l'unité de la Chine. La formulation de la décision finale (Appendice 1) reconnaît que l'Académie de Taipeh doit conserver sa participation au CI.U.S. et son droit de vote.

2. FINANCES. — (a) Introduction. — Le C.I.U.S. est un grand organisme international dont les entreprises se déroulent souvent sur des années, voire des décennies, c'est-à-dire sur plusieurs exercices en termes de finance; en conséquence, il possède et gère d'importants dépôts bancaires qui, entre autres, permettent d'assouplir la gestion scientifique à moyen terme en fournissant des mécanismes d'avance ou de prêt, fort utiles pour le lancement de projets ou durant leur période de démarrage. Par ailleurs, les sources de crédits sont multiples. Par exemple, en 1981 et en milliers de dollars (kilodollar : k$) :

— les États par leurs contributions permanentes et des subventions particulières pour les programmes qui tombent dans les créneaux de leur politique scientifique («553 k$);

— PUNESCO par sa subvention permanente («410 k$) ou ses contrats («30 k$);

— les Unions Scientifiques Internationales («35 k$);

— intérêts bancaires («79 k$);

— sources diverses («86,5 k$).


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (15 novembre 1982) Vie Académique — 161

Les dépenses sont également variées :

— frais administratifs et bancaires («388 k$);

— ventilation de la subvention globale permanente de l'UNESCO aux Unions (410 kS) et de ses contrats (30 k$) ;

— subventions incitatives aux Unions pour divers programmes interdisciplinaires (238 kl).

Au total, les crédits s'élèvent à L389 kl et les dépenses à 1 366 k$, ce qui laisse un léger excédent de («23 kl) comme fonds de roulement reportable sur l'exercice suivant. Toutes ces données étant évaluées ici en ordre de grandeur seulement, et en milliers de dollars; le dollar est l'unité courante pour les paiements internationaux, ce qui voile de nombreuses difficultés de change traitées en détail dans le rapport complet du Trésorier, le Pr T. F. Malone. Il expose fort clairement la ventilation des dépenses scientifiques, et fournit une comparaison globale des bilans 1980 et 1981 dans leurs grandes options. Il n'a pas fallu moins de 60 pages pour donner"un tableau aussi complet des finances du C.I.U.S., sous une forme accessible" à tous les membres des Unions.

C'était nécessaire car les discussions sur la prospective financière ont été serrées, les États Membres étant devenus pleinement conscients des contraintes que la dépression économique mondiale impose aujourd'hui à la croissance du C.I.U.S. A vrai dire, cette tendance limitative était déjà sensible à la 18e Assemblée Générale d'Amsterdam; le Bureau Exécutif pensa alors que le Comité Permanent des Finances qui normalement suffit à assister le Trésorier dans sa tâche, devait être aidé par un organisme nouveau, le Comité sur les Ressources Financières (C.R.F.). Ses premières réflexions ont été présentées à Cambridge par son Président, le Pr R. D. Keynes (G.-B.). Quelques méthodes ont été proposées pour augmenter les ressources plutôt que de rechercher des économies possibles dans la gestion. L'Assemblée n'en a retenu qu'une : la création d'une collection de livres scientifiques « I.C.S.U. Press », que l'on essaiera de lancer d'ici 1984; par ailleurs, elle a maintenu le C.R.F. en activité, jusqu'à la 20e Assemblée Générale.

Le plus intéressant pour notre Académie est peut être d'extraire du rapport financier, les contributions effectives de la France aux diverses actions du C.I.U.S. en 1981.

Voici un essai en ce sens : Contribution française au C.I.U.S. en 1981 (crédits de fonctionnement en dollars) :

Cotisation annuelle 46 757

Contribution spéciale fin 81. 33 629

80386 80386

Contributions spécialisées :

I.B.N. (Biologie) 13401

I.G.N. (Géophysique) , 24019

C.O.D.A.T.A. (Données) 12200

C.O.G.E.N.E. (Génétique) 0

C.O.S.P.A.R. (8222), (3434) ' 11656

S.C.A.R. (Antarctique) 6000

S.C.O.P.E. (environnement) 6000

S.C.O.R. (Océanographie) 3 000

S.C.O.S.T.E.P. (Terre-Soleil) 3000

79276 79276

159662 (soit 160 kS)


162 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (15 novembre 1982)

La contribution directe française (160 k$) représente donc au total environ 11,6% des ressources du C.I.U.S. (1 389 k$>). Par ailleurs, on remarquera que la France s'honore de mettre à la disposition de l'Institution, l'immeuble du boulevard de Montmorency qui abrite son Siège et son Secrétariat Général.

Finalement, on soulignera que trois facteurs rendent actuellement la situation financière difficile : (a) le succès même du C.I.U.S. qui encourage à élargir ses activités, donc à solliciter davantage ses sources de crédit ; (b) la crise internationale qui tend à tarir ces sources; (c) enfin la diversité des taux d'inflation qui frappent les États Membres. La résolution n° 4 de l'A.G. a heureusement écarté une proposition artificielle pour éliminer en apparence cette dernière difficulté (Proposition du Trésorier du 8 février 1982). Elle a ensuite sagement proposé de limiter le taux annuel d'augmentation des demandes de crédit à 15% jusqu'en 1985 inclus.

3. ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES RELEVANT DU C.I.U.S. — Comme il est naturel pour un organisme d'ouverture mondiale, ces activités sont nombreuses, variées, souvent interdisciplinaires et elles font appel à de multiples collaborations avec d'autres organismes, au premier rang desquels bien sûr, l'UNESCO, qui aujourd'hui apporte des problèmes forts délicats. Ce fascinant état de choses résulte à l'évidence de 50 ans d'activité, de 60 ans même si, légitimement l'on inclut dans le bilan, la décennie d'activité de 1919 à 1931, du Conseil International de Recherches, germe de l'actuel C.I.U.S. (1).

Aujourd'hui, par souci de clarté et bien que ce soit un peu artificiel, on peut classer les rapports scientifiques à l'Assemblée Générale, en trois groupes :

1er Groupe. — Rapport scientifique général du Président du C.I.U.S., le Pr D. A. Bekoe (Ghana).

Le rapport du Président du C.I.U.S. est toujours un document intéressant étant donné la qualité du milieu scientifique international constitué par les représentants des Unions, dont il est issu et avec lequel il est en interaction constante. Mais cette année, le Président a pris soin de marquer ce caractère international de son inspiration : il a donc envoyé à quelques dizaines de collègues profondément engagés dans les actions du C.I.U.S., un questionnaire en neuf points dont on trouvera le texte à l'Appendice 3. Puis il a nourri la première moitié de son rapport d'une présentation synthétique des réponses reçues avec ses commentaires. Ces réponses sont souvent très nettes comme celles à la question 2 (non) ou 3 (encore non, aucune inquiétude manifestée) ( 2) ou au contraire très nuancées, comme pour les questions 4 et 5 ; d'autres éclaircissent des mécanismes de fonctionnement de manière très intéressante.

La deuxième partie du rapport du Pr Bekoe passe en revue les succès les plus notables et les plus unanimement reconnus, enregistrés récemment. Là encore, le Président peut s'appuyer — partiellement du moins — sur les travaux d'un sous-comité ad hoc, celui des « Priorités Scientifiques » présidé par le Pr G. K. Skryabin, qui par ailleurs, rédige et présente à l'A.G. un rapport spécifique. Dans cet ensemble, on signalera d'abord comme particulièrement remarquable l'effort de prospective visant :

— soit à développer des actions qui viennent de commencer effectivement comme le C.A.S.A.F.A., la Commission interunions sur les applications de la science à l'agriculture,

( ) Sur ces points on se reportera à la brochure convaincante du Secrétaire exécutif du C.I.U.S., F. W. G. Baker, intitulée « Le Conseil International des Unions Scientifiques », publiée par le Secrétariat Général, 51, boulevard de Montmorency, 75016 Paris.

( 2) C'est là en fait une réponse à une question voisine de (3) posée au C.O.F.U.S.I. par la Société Européenne de Physique, par la voix de son Président, notre Confrère, le Pr Friedel.


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les cultures forestières et l'aquaculture, ou SCIRAWN, c'est-à-dire « Commission pour la recherche scientifique orientée vers les besoins mondiaux » (Scientifïc Research Applied to World Needs);

- — soit des actions anciennes, au prix d'une modification de leur programme ; c'est le cas pour les recherches sur le climat mondial (W.C.R.P.) vieux de 12 ans, où l'on renforcerait l'étude des interactions suivantes : climat et nutrition, climat et hydrologie, climat et énergie, prévision du temps et climat, interaction entre climat et activité humaine ;

— soit encore, pour l'avenir à moyen terme, qu'on étudie des options nouvelles : interface homme-machine et intelligence artificielle, animation de centres régionaux en les dotant d'équipements scientifiques importants et/ou coûteux, création d'un grand centre de cristallographie, projet d'un télescope équatorial géant et enfin étude de l'habitabilité du globe terrestre.

2e Groupe. — (a) Comités et Commissions du C.I.U.S.

On a déjà évoqué l'intérêt de deux jeunes Comités, C.A.S.A.F.A. et SCIRAWN. On notera ici l'importance d'un Comité ancien, qui a fourni un grand rapport (50 pages) et une remarquable bibliographie, sous la signature du Dr J. M. Harrison. Son objet est l'étude du stockage des déchets nucléaires. Ce texte apporte une conclusion très claire à une phase classique de ce travail. Le Comité a été prolongé mais à l'« état de veille » ; une raison en est la découverte récente d'un procédé sûr à très long terme, l'enfouissement des déchets les plus nocifs dans le bord d'une plaque tectonique en période de passage sous sa voisine immédiate.

D'autres Comités vivent en régime de croisière ; tels par exemple ceux sur :

— Information scientifique et Documentation ;

— Enseignement de la Science.

Mention particulière doit être faite du C.O.S.T.E.D., Comité pour la Science et la Technologie, dans les Pays en voie de Développement, dont l'activité a été très grande et très favorablement appréciée ces. 2 dernières années pendant lesquelles l'UNESCO a préparé son plan à moyen terme ; la Science et la Technologie y jouent un rôle nouveau depuis la tenue de l'A.C.A.S.T. ( 5) à Vienne. A Cambridge le C.O.S.T.E.D. a fait l'objet d'une réunion spéciale rajoutée in extremis à l'agenda et tenue le dimanche 12 septembre. L'Inde a offert l'hospitalité au quartier général de C.O.S.T.E.D. Le Pr S. Radhakrishna, Secrétaire Général ( 2) a brossé un tableau encourageant de l'activité de C.O.S.T.E.D., qui, centrée d'abord sur l'Inde, s'est étendue considérablement dans le Sud-Èst Asiatique, avec par exemple le Centre pour la Communication de la Science à Singapour, puis en Afrique avec des secrétariats.dans les pays de langue anglaise (Nigeria, Kenya) et maintenant à Trinité et en Amérique Latine. Dans toutes ces régions, ont été organisées de nombreuses réunions et ateliers, les bourses de voyage ont été multipliées, enfin, une littérature scientifique adaptée aux besoins a été distribuée, touchant la technologie moderne (semiconducteurs, calculatrices, écologie et environnement). Ainsi C.O.S.T.E.D. devient un, Comité, non pour la Science ET la Technologie, mais plutôt pour la « Science POUR la Technologie » et vise à construire une infrastructure solide et vivante au moyen d'un ensemble de centres régionalement appropriés. Ce premier réseau actif sera dans un proche avenir complété par deux réseaux spécialisés l'un pour la Biologie (I.B.N., International

( 1) Advisory Committee on the Application of Science and Technology to Development.

( 2) Department of Physics, Indian Instirute of Technology, Madras 600036, Inde.


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Biosciences Network) déjà lance en Amérique Latine et en Afrique, et pour les sciences de la Terre (I.G.N., Int. Geosciences Network).

Enfin, naturellement les deux Comités permanents, l'un sur la Sauvegarde de la poursuite de la science, l'autre sur la Libre circulation des savants, ont poursuivi très conciencieusement une action de longue haleine. Le dernier nommé a eu à connaître d'un incident récent en Australie lors de l'A.G. de l'Union de Biochimie : deux académiciens soviétiques de renommée mondiale, n'ont pu obtenir de visa australien, apparemment par mesure de représailles contre l'invasion de l'Afghanistan et n'ont pu assister à l'A.G. malgré les protestations rapides et énergiques du Bureau de l'I.U.B.

3e Groupe. — Il est constitué par les rapports des membres de huit Unions choisies en 1980 pour exposer les résultats marquants obtenus dans les années 80-82. Il s'agit là de missions difficiles et pour des raisons variées, Mathématiques, Mécanique, Radioscientifique, ont été finalement groupées (Rapporteur commun, Pr G. Smets, chimiste) ; seuls, Sciences de la Terre (Pr W. Manshard, géographe), Sciences de l'Espace (Dr R. M. West, astronome), Chimie (Pr G. Smets), Sciences biologiques (Pr A. G. B. Kovach et Pr P. Waser) ont opéré suivant le schéma initialement prévu et ont fourni des rapports de texture variée mais tous bien fournis. L'impression du présent rapporteur est que la méthode qui consiste à séparer nettement rapport écrit et exposé oral, en s'appuyant sur un exemple brillant, a particulièrement réussi à intéresser l'auditoire et tend pour cette raison à prévaloir. On en donnera donc trois exemples typiques :

Astronomie : le Dr R. M. West a montré que pendant les deux dernières décennies, l'étude du rayonnement radioélectrique des « pulsars » avait débouché sur une découverte spectaculaire : certains « pulsars » tournent autour d'une étoile plus normale qui occulte donc périodiquement leur rayonnement radioélectrique. Les forces de gravitation jouent un rôle essentiel dans la dynamique de cette paire, car le pulsar est une étoile neutronique de densité énorme et la théorie de la relativité généralisée rend compte très précisément des observations. Dans des cas plus rares encore, le « quasar » élémentaire paraît dédoublé de manière angulairement mesurable, mais cette apparence est un « mirage » car le rayonnement qui nous parvient est, en fait, passé au voisinage d'une galaxie dense dont le champ de gravitation agit comme un prisme : le dédoublement angulaire est donc artificiel : on espère que cette mesure fournira bientôt une confirmation nouvelle et très précise de la relativité généralisée d'A. Einstein.

Chimie : le Pr G. Smets a décrit des progrès remarquables en électrochimie concernant les piles et accumulateurs électriques solides ; les ions (lithium en général) cheminent dans des « canaux » de plusieurs angstrôms de diamètre dans des sels solides du type non stoechiométrique, tandis que les électrons utilisent le réseau cristallin ordinaire pour progresser en sens inverse. Enfin, les électrodes sont faites de polymères à haute conductivité (polyacétylène, polypyrrol, polyphénylènes). Les applications de ces nouveaux accumulateurs aux véhicules électriques ou aux panneaux pour la conversion directe du rayonnement solaire sont assez prometteuses pour susciter un financement satisfaisant de ces recherches pluridisciplinaires (chimie, physique, cristallographie et ingénierie).

Sciences biologiques : le Pr P. Waser (Suisse), dans un exposé équilibré a d'abord fait l'éloge, puis analysé les raison du succès, puis les limites actuelles de l'extension du réseau international des Centres de Biologie. Il a loué tout particulièrement le style humaniste et régional de cette stratégie nouvelle qui fait appel au concours de plusieurs spécialités de la Biologie.


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Ce même facteur interdisciplinaire intervient au profit de récentes avances thérapeutiques dans la recherche fondamentale et le Pr Waser en a donné deux exemples suggestifs, l'un en pharmacologie moléculaire, l'autre en chimiothérapie.

En pharmacologie, l'avance apparaît si l'on considère comme modèle de la guérison un mécanisme du type serrure et clé, où les cellules malades sont symbolisées par la serrure, le médicament par la clé. Jusqu'à présent, on cherchait essentiellement de nouvelles clés en synthétisant des molécules variées, jusqu'à en trouver une qui fut active. Aujourd'hui on commence à pouvoir isoler parmi les biopolymères qui constituent les cellules malades, ceux qui sont potentiellement sensibles aux actions chimiques, les complexes récepteurs pharmacologiques. Dans cette recherche, où s'est illustré le Professeur Changeux du Collège de France, un matériel expérimental de choix a été trouvé d'une part dans les récepteurs des organes électriques de grande taille du poisson « Torpille marbrée » comme relativement faciles à isoler, tandis que le venin de Cobra ou d'autres Serpents exotiques fournissaient une sonde de forte activité pour repérer ces centres récepteurs.

En chimiothérapie, une nouvelle arme stratégique a été imaginée récemment contre de graves maladies tropicales et aussi le cancer. Elle est basée sur l'observation nouvelle au niveau cellulaire d'une synergie finaliste, banale par ailleurs par exemple en agriculture. Là, pour les désherbants de nos champs et de nos jardins, il est bien connu qu'il existe des périodes d'applications particulièrement favorables lorsque, au rythme des saisons, les plantés dites nuisibles traversent leur période de jeune et forte croissance. Elles sont alors particulièrement vulnérables. Il en va de même pour les cellules élémentaires lorsqu'elles se divisent et fabriquent de nouvelles protéines et du matériel génétique. Or, il existe des substances qui permettent de modifier le rythme de leur cycle vital et l'on est ainsi parvenu à synchroniser les moments de fragilité des cellules malignes ou malades avec les époques d'attaque chimiothérapique massive. En conjuguant cette stratégie nouvelle avec toutes les ressources antérieures de la chimiothérapie, on a pu obtenir des. guérisons à longue persistance de quelques types de cancers (lymphomes, leucémies, corioépitheliomes).

4. RELATIONS EXTÉRIEURES. — Le C.I.U.S. collabore avec six grandes organisations internationales dont les Secrétaires Généraux sont venus témoigner du grand intérêt de cette activité mixte. Les deux plus connus sont :

— l'UNESCO qui a fourni un rapport élogieux sur l'intérêt de ses projets menés à bien en commun avec le C.I.U.S. L'UNESCO a aussi témoigné sa reconnaissance pour l'aide apportée par le C.I.U.S. dans la préparation et la rédaction de son programme scientifique et technologique, à moyen terme ;

— l'O.N.U. dont le Centre pour la Science et la Technologie au profit des Nations en voie de développement a demandé au C.I.U.S. de préparer un rapport sur l'amalgame des technologies traditionnelles et nouvelles.

D'autres organisations gouvernementales sont aussi très importantes comme : W.M.O. (Météorologie), W.H.O. (Santé), F.A.O. (Nutrition), I.A.E.A. (Energie nucléaire), et d'autres plus petites, mais en nombre important, en particulier de multiples Organisations Non Gouvernementales (O.N.G.).

Le C.I.U.S. par l'indépendance d'esprit qu'il a constamment manifesté et la grande autorité morale qu'il a acquise, se considère lui-même comme la plus grande O.N.G. Cette indépendance apparaît dans les difficiles problèmes qu'il a maîtrisés ou attaqués comme dernièrement celui de fournir un rapport objectif et clair sur le détail des dangers qu'une guerre nucléaire ferait courir à l'humanité; sa réputation d'O.N.G. paraît donc solide.


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Le C.I.U.S. reconnaît d'ailleurs à tout propos que son assurance et son indépendance tiennent en grande partie à ses.collaborations avec les organismes extérieurs dont on a donné ici quelques exemples.

Le C.I.U.S. se trouve ainsi au centre d'une galaxie d'organismes mondiaux ou nationaux ou dus à l'initiative privée : l'importance de cette constellation est bien évaluée par le budget total que le Secrétaire Exécutif, F. W. G. Baker, a estimé à 4 millions de dollars dans son ouvrage antérieurement cité, alors que les crédits propres du C.I.U.S. n'atteignent que 1,4 million de dollars.

CONCLUSION. — Cette Assemblée Générale a été organisée de manière remarquable par la Royal Society. En groupant dans Robinson Collège, à la fois un habitat agréable et les salles de réunion nécessaires, elle assurait une grande efficacité dans l'emploi du temps et le traitement convenable de l'imposant ordre du jour. Enfin, de Londres à Cambridge, elle a eu la gracieuse attention de proposer aux visiteurs étrangers un itinéraire historique passant par St John's Collège, Oxford, puis par Ragley Hall, un château du XVIIIe siècle construit sur les plans du célèbre physicien Robert Hooke, enfin par un village qui mériterait d'être plus connu : Milton Keynes. Il abrite le nouveau centre universitaire opérant essentiellement par les procédés modernes de communication, radio et télévision, sur un programme souple, mais très efficace et très populaire. C'est l'Open University ( 1) qui offre à la fois des cursus normaux et de grandes possibilités pour la formation continue. Pendant la dernière décennie, cette institution récente s'est considérablement développée (60000 étudiants), comme une oeuvre puissante d'intérêt national, soutenue aussi bien par les Travaillistes que par les Conservateurs.

APPENDICE 1. — Extrait de l'accord de participation de l'Association chinoise pour la Science et la Technologie (C.A.S.T.) au C.I.U.S., 19e Assemblée Générale, Cambridge (G.-B.), 13-17 septembre 1982 (Document G.A./45/82).

La résolution réaffirme le principe d'universalité des sciences qui a été la base des décisions des Assemblées Générales successives depuis 1974 et en particulier de la 16e Assemblée Générale.

Déjà les résolutions de la 15e, de la 16e, de la 17e et de la 18e Assemblées Générales, tendaient à promouvoir la représentation au sein du C.I.U.S. de tous les scientifiques chinois.

On reconnaît ici qu'il y a seulement UNE Chine et que Taiwan est une partie de la Chine. On accepte la demande de participation de l'Association chinoise pour la Science et la Technologie (C.A.S.T.) en tant que membre national.

On demande au Comité sur les Structures et les Statuts de. consulter les membres du C.I.U.S. en y incluant l'Association chinoise pour la Science et la Technologie et l'Académie située à Taipeh, Chine, sur les points suivants :

(a) sur la possibilité de remplacer le terme « membre national » par une autre expression qui pourrait éviter les difficultés relatives au terme « membre national » ;

(b) la forme appropriée de participation pour l'Académie située à Taipeh en Chine, si cela devient nécessaire ;

(c) tout autre amendement aux statuts qui pourrait aider à promouvoir l'universalité de la Science.

( 1) The Open University, Walton Hall, Milton Keynes, MK7 6AA.


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On affirme que l'Académie située à Taipeh en Chine, retiendra son état de membre du C.I.U.S. y compris son droit de vote, jusqu'à la révision envisagée des statuts.

En adoptant cette décision, l'Assemblée Générale se réjouit de l'accord auquel le Conseil Exécutif est parvenu en ce qui concerne la participation chinoise au C.I.U.S. et désire clarifier les deux points suivants :

1° L'affirmation « reconnaissant qu'il n'y a qu'une seule Chine et que Taiwan est une partie de la Chine », n'est pas de nature politique et reconnaît simplement le fait que dans le cas de la Chine, plusieurs Unions du C.I.U. S. ont déjà accepté la participation de deux organismes scientifiques chinois.

2° La référence à « la forme appropriée de participation pour l'Académie située à Taipeh en Chine » dans le sous-paragraphe (b) précédent, veut dire que toute révision des statuts proposée à l'avenir devra conserver la qualité de membre du C.I.U.S. et les droits de vote de l'Académie localisée à Taipeh.

APPENDICE 2. — Extrait de l'exposé du représentant dé l'Association chinoise pour la Science et la Technologie, le Professeur Chou Pei-yuan.

« Pendant les trois dernières décennies, de grands changements se sont produits dans la science et la technologie en Chine. Actuellement, dans notre contrée la recherche et le développement scientifiques sont orientés dans cinq directions principales. Cette activité est conduite dans les Instituts de recherche de l'Académie chinoise des Sciences, des universités et des écoles, des institutions de recherche dés divers ministères industriels du Gouvernement Central ou du Gouvernement Provincial, ou des Municipalités et enfin de la Défense Nationale. Nous considérons le progrès de la science et de la technologie comme la clé des quatre modernisations fondamentales, à savoir celle de l'Industrie, de l'Agriculture, de la Défense Nationale et de la Science et de la Technologie. Maintenant, nous, savants chinois, disposons de la merveilleuse opportunité de travailler pour le progrès et le bien être de notre Peuple.

« L'Association chinoise pour la Science et la Technologie est une organisation scientifique nationale qui comprend des sayants, des ingénieurs, des agriculteurs et des docteurs en médecine, appartenant aux cinq orientations de la recherche et du développement scientifique qui viennent d'être mentionnées. Notre Association aujourd'hui compte plus d'une centaine de Sociétés savantes nationales qui sont engagées dans la promotion dû développement des sciences de base, de l'ingénierie, de l'agriculture et de la médecine. Le but principal de cet effort est d'organiser les sociétés membres de manière à développer les échanges scientifiques et à promouvoir la collaboration avec les Unions scientifiques internationales des savants tout autour du monde.

« Nous comprenons que le C.I.U.S. est une importante organisation scientifique internationale de caractère non gouvernemental ; elle a fait beaucoup pour promouvoir les échanges scientifiques internationaux, l'amitié et la compréhension mutuelle au sein de la communauté scientifique internationale; ce faisant, elle a élevé notablement le niveau, scientifique mondial.

« L'Association chinoise pour la Science et la Technologie (C.A.S.T.) est très heureuse de prendre place au sein de la famille du C.I.U.S. et de participer à la coopération scientifique internationale et aux activités des Unions Scientifiques, de leurs Comités et de leurs Commissions, dans les domaines interdisciplinaires et transdisciplinaires sous les auspices du C.I.U.S. Jusqu'à présent les sociétés chinoises, membres de C.A.S.T. sont déjà devenues membres de neuf Unions Scientifiques internationales, savoir I.A.U., I.U.G.G.,


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I.U.P.A.G., I.U.T.A.M., I.U.G.S., I.U.P.A.B., I.U.B., I.U.P.S. et lUCr. Nous espérons aussi prendre part, dans un proche futur, aux neuf autres Unions Scientifiques du C.I.U.S. »

APPENDICE 3. - Les questions du Pr Bekoe, Président du C.I.U.S.

1. Aujourd'hui, étant donné l'amenuisement des fonds, quel doit être l'équilibre entre les activités des Unions et celles du C.I.U.S. et de ses Comités scientifiques?

2. Est-ce que le C.I.U.S. doit élargir l'éventail de ses compétences, en s'efforçant de s'associer avec des scientifiques «appliqués» (médecins,. ingénieurs, etc.), qui. jusqu'à présent ne faisaient pas partie de la « famille » du C.I.U.S. ?

3. Pensez-vous que la présente accentuation des activités sur 1a science et la technologie pour le développement ait trop distrait le C.I.U.S. de ses soins traditipnnels pour les sciences fondamentales et avez-vous des suggestions à formuler sur ce sujet ?

4. Dans quelle mesure le C.I.U.S. doit-il encourager des activités multi-disciphnaires? Pouvez-vous suggérer de nouveaux domaines interdisciplinaires qui devraient être soutenus ou au contraire faudrait-il mettre une fin à d'anciens programmes multidisciplinaires ?

5. Y a-t-il des problèmes globaux d'intérêt vital dont le C.I.U.S. ne s'occuperait pas actuellement et à la solution desquels cependant le C.I.U.S. pourrait apporter une contribution importante ?

6. A cette époque d'austérité financière, y a-t-il d'autres mesures que pourrait prendre le C.I.U.S. pour inciter davantage à la collaboration scientifique les diverses communautés de chercheurs qui appartiennent au C.I.U.S., et cela plus particulièrement entre les savants des pays développés et ceux des pays en voie de développement, de même qu'entre pays en développement et pays développés ?

7. Comment la notoriété du C.I.U.S. pourrait-elle être accrue surtout auprès des savants en pleine activité ?

8. Y a-t-il d'autres sujets que vous désireriez que je discute dans mon exposé d'introduction ?

A la fin de ce compte rendu intervient M. Jean Coulomb.

PRÉSENTATION DE SAVANTS

M. Alfred Jost présente M. Haruo Kanatani, élu Associé étranger en 1981. B s'exprime en ces termes :

MONSIEUR LE PRÉSIDENT, MES CHERS CONFRÈRES,

Le Professeur Haruo Kanatani, Membre associé de notre Compagnie depuis l'an passé, a pu assister aujourd'hui et pour la première fois, à notre séance. C'est un vrai plaisir pour moi que de l'introduire rapidement ici et de lui adresser un mot de bienvenue.

Le Professeur Kanatani est un de nos jeunes confrères. Très rapidement en effet, dans sa vie de chercheur, il a fait des découvertes importantes qui lui ont valu une grande réputation parmi les biologistes du monde entier. Dès 1970, il recevait la Médaille d'Or de l'Académie Pontificale des Sciences. La qualité de ses travaux lui ont également assuré une carrière rapide dans son pays, le Japon. Sans entrer dans le détail, je rappellerai que


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M. Kanatani a fait toute sa carrière dans son pays et que Docteur es Sciences de l'Université de Tokyo, il est depuis 1977, à la tête du Département de Biologie du Développement de l'Institut National de Biologie fondamentale à Okazaki. Cet Institut est devenu un haut lieu de la recherche au Japon, en particulier parce qu'il abrite l'équipe du Professeur Kanatani.

L'oeuvre scientifique de M. Kanatani comporte deux périodes. Le déterminisme de la polarité au cours de la régénération des planaires, étudié entre 1957 et 1961, a donné lieu à des observations pénétrantes et à une Thèse de Sciences en 1961. Le sujet abordé à partir de cette époque, le déterminisme de la maturation de l'ovocyte des Étoiles de mer, est celui qui a fait et continue de faire l'objet de découvertes fondamentales. Certaines seront évoquées dans l'exposé que le Professeur Kanatani a accepté de faire tout à l'heure.

Ces découvertes ont été possibles parce que le Professeur Kanatani est à la fois un biologiste et un expérimentateur travaillant sur l'animal vivant, et un chimiste capable d'isoler et d'identifier les hormones mises en évidence dans l'expérimentation biologique. Son premier succès dans ce domaine a été la mise en évidence du rôle de la 1-méthyladénine dans la maturation de l'ovocyte d'étoile de mer et son isolement.

J'ajouterai enfin que le Professeur Kanatani connaît et cite régulièrement les travaux des chercheurs français, et qu'il entretient des relations suivies avec plusieurs d'entre eux. Je me réjouis de l'écouter évoquer certaines de ses recherches devant nous.

M. le Président remet à M. Haruo Kanatani le diplôme et la médaille de Membre de l'Académie des Sciences.

EXPOSÉS ET COMMUNICATIONS

Hormonal mechanism of star fish ovocyte maturation, par M. Haruo Kanatani.

Mécanisme hormonal de la maturation de l'ovocyte de l'étoile de mer (résumé de l'exposé)

Chez les étoiles de mer, la maturation de l'ovocyte est déclenchée par une substance gonadostimulante (Gonad-Stimulating-Substance, GSS) présente dans les granules que contiennent les cellules de soutien du système nerveux. La GSS â'Astérias amurensis est un polypeptide, d'un poids moléculaire d'environ 2100, comprenant 22 résidus acides aminés. Cette hormone peptidique est sécrétée par le système nerveux et agit sur les cellules folliculaires qui entourent l'ovocyte; elle stimule la production par ces cellules d'une seconde hormone, la substance induisant la maturation (Maturation Inducing Substance, MIS). Cette substance a été identifiée comme étant la 1-méthyladénine. Cette 1méthyladénine agit sur la surface de l'ovocyte, probablement au niveau d'un facteur de surface de l'ovocyte, le récepteur de la 1-méthyladénine; elle induit la production dans l'ovoplasme d'un facteur cytoplasmique, facteur provoquant la maturation (Maturation Promoting Factor, MPF). Ce troisième médiateur induit la rupture de la vésicule germinative et la suite des processus de la maturation de l'ovocyte jusqu'à la formation du pronucléus femelle, ceci chez l'étoile de mer. MPF est connu chez d'autres animaux. Quelle qu'en soit la source, le MPF semble réaliser la rupture de la membrane nucléaire aussi bien lors de la méiose que de la mitose, et la nature du MPF est très semblable chez les Vertébrés et les Invertébrés. Récemment nous avons découvert qu'un agent tumorigène,


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le 12-0-tetradécanoyl-phorbol-13 acétate (T.P.A.), inhibe fortement l'induction par la 1méthyladénine de la maturation de l'ovocyte d'étoile de mer. TPA n'inhibe la maturation de l'ovocyte que s'il est appliqué pendant une période d'hormono-dépendance pour la 1méthyladénine. Quand TPA est injecté dans l'ovocyte, et qu'ensuite les ovocytes sont transférés dans de l'eau de mer contenant de la 1-méthyladénine l'inhibition n'est pas observée. Le site d'action de TPA pour l'inhibition de la maturation doit donc se trouver à la surface de l'ovocyte. Cet agent tumorigène semble inhiber la transduction du message de la 1-méthyladénine qui est transmis de la surface de l'ovocyte à son cytoplasme. L'intensité de l'activité tumorigène de divers phorbols varie en parallèle avec leur capacité d'inhibition de la maturation de l'ovocyte.

A la fin de cet exposé interviennent MM. Etienne Wolff, Étienne-Émile Baulîen, François Gros, Henri Buranton et Alfred Jost

A 16 h 20 mn, l'Académie se forme en Comité secret. La séance est levée à 17 h 30 mn.

R. C.


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ÉVARISTE GALOIS SON OEUVRE, SA VIE SES RAPPORTS AVEC L'ACADÉMIE (1)

PAR

M. JACQUES TITS

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

MES CHERS CONFRÈRES,

CHERS COLLÈGUES MATHÉMATICIENS,

MESDAMES ET MESSIEURS,

Évariste Galois, né à Bourg-la-Reine le 25 octobre 1811, est mort des suites d'un duel dans sa vingt et unième année, exactement le 31 mai 1832. Si un hasard défavorable n'avait fait que lundi dernier, 31 mai, tombe le lendemain de la Pentecôte, l'Académie aurait pu, cette fois, être exacte au rendez-vous. Vous l'avez compris, je fais ici allusion aux rapports malheureux de l'Académie des Sciences avec Galois, rapports qui seraient déjà une raison de nous souvenir de lui s'il n'y en avait une autre bien plus essentielle, l'importance de son oeuvre scientifique.

Ayant décidé de commémorer cette date, le Bureau de l'Académie m'a confié la tâche, d'évoquer devant vous son oeuvre et sa vie. A vrai dire, le seul titre qui me désigne pour cette tâché est celui de ma chaire au Collège de France : la Théorie des Groupes est dans une large mesure une création de Galois et son oeuvre majeure. Mais en préparant cet exposé, j'ai vite réalisé combien je suis démuni, n'étant ni historien des sciences ni historien tout court. La simple lecture des sources écrites prendrait vingt fois plus de temps que je n'ai pu y consacrer. Et, pour situer correctement l'oeuvre de Galois, il faudrait avoir une connaissance des mathématiques du XIXe siècle qui me fait cruellement défaut, surtout en comparaison de certains confrères et amis dont la présence ici m'intimide particulièrement. Mais il est trop tard pour leur demander de prendre ma place, et vous devrez donc vous contenter aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, d'un exposé d'amateur pour lequel je vous demande toute votre indulgence. ,

C) Exposé fait en la séance du 7 juin.1982 à l'occasion du 150e anniversaire de la mort d'Évariste Galois.


172 — Vie Académiqae C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (15 novembre 1982)

Selon le plan annoncé par le titre, je commencerai par un bref aperçu — nécessairement simpliste, les mathématiciens présents voudront bien m'en excuser — des travaux de Galois. Le problème qui a motivé ses recherches les plus achevées est la résolution des équations algébriques. Chacun d'entre vous se souvient d'avoir, dans son enfance, résolu avec délices des équations du premier degré, puis du second degré grâce à la formule

magique (—b± /b2—4ac)/2a. Vous savez peut-être aussi, que la solution de ce problème date de l'Antiquité, et que des formules analogues mais plus compliquées, permettant en principe de résoudre les équations de degrés 3 et 4 ont été obtenues dans la première moitié du xvie siècle par Scipion del Ferro et Ferrari. Après une éclipse assez longue, le problème de la résolution des équations d'ordre supérieur était à nouveau à l'ordre du jour en ce début du xixe siècle, notamment à la suite des travaux de Lagrange, ceux qui ont le plus influencé Galois. Galois s'est efforcé de résoudre l'équation du cinquième degré, a cru un moment y être parvenu, pour reconnaître ensuite son erreur et finalement arriver à la conclusion inverse qui peut s'énoncer grosso modo ainsi : on ne peut pas exprimer les solutions des équations du cinquième degré (ou de tout degré supérieur) à l'aide d'une formule générale — valable pour toutes les équations — et ne faisant intervenir que les coefficients de l'équation, les quatre opérations usuelles de l'algèbre et des extractions de racines. Galois devait apprendre par la suite que le même chemin avait été suivi, peu avant lui, par Abel. Nous avons tous éprouvé que ce genre de découverte n'est pas agréable, pas plus pour Galois que pour un autre ; cela transparaît dans sa « Note sur Abel » dont je vous lis les premières et les dernières lignes (toutes les citations de Galois que je ferai proviennent de l'excellente édition de ses Écrits et Mémoires, due à MM. Bourgne et fAzra [1]) :

Abel paraît être l'auteur qui s'est le plus occupé de cette théorie. On sait qu'après avoir cru trouver la résolution des équations (générales) du cinquième degré ce géomètre a démontré l'impossibilité de cette résolution [2].

[... Dans tous les cas il me serait aisé de prouver que j' ignorais même le nom d'Abel, quand j'ai présenté à l'Institut mes premières recherches sur la théorie des équations, et que la solution d'Abel n'aurait pu paraître avant la mienne} [3].

En fait, sur le problème envisagé, les résultats de Galois vont sensiblement plus loin que ceux d'Abel, et c'est ce qu'explique d'ailleurs le reste de cette « Note sur Abel ». Non seulement il prouve l'impossibilité de la solution par radicaux d'une équation générale mais il développe un algorithme permettant de reconnaître la résolubilité pour toute équation particulière. Cependant, ce que les mathématiques ont retenu de tout cela, c'est beaucoup moins la contribution, d'ailleurs décisive, de Galois au vieux problème de la résolubilité des équations par radicaux que sa méthode et sa façon de penser. Après 150 ans, il est devenu pour nous un peu surprenant que pour convaincre ses lecteurs rétifs de l'intérêt de cette théorie des groupes naissante, Galois ait cru bon de mettre à plusieurs reprises l'accent sur un résultat tel que le suivant :

Pour qu'une équation irréductible de degré premier soit soluble par radicaux, il faut et il suffit que toutes les racines soient fonctions rationnelles de deux d'entre elles [4].

Aujourd'hui, tout étudiant traduit aussitôt : « Un groupe de permutations transitif de degré premier est résoluble si et seulement si tout élément du groupe distinct de l'identité a au plus un point fixe ». Un joli théorème parmi bien d'autres !


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Évariste GALOIS à l'âge de quinze ou seize ans

(pour l'origine de ce portrait, voir Paul Dupuy, La vie d'Évariste Galois, Annales de l'École Normale Supérieure, 13 (1896), p. 199).


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Cette remarque n'est qu'une illustration du fait que l'instrument inventé par Galois pour résoudre un vieux problème a vite pris le pas sur le problème lui-même. Ce phénomène est courant, bien entendu, mais dans le cas présent, l'instrument en question, la notion de groupe, a eu une fortune particulièrement brillante. Non seulement la théorie des groupes et ses divers avatars constituent une branche considérable et très vivace des mathématiques, mais il est peu de domaines où la notion de groupe n'intervienne pas directement ou indirectement. Dans beaucoup de cas, la filiation avec l'oeuvre de Galois est plus directe qu'on ne l'imaginerait à première vue, notamment à travers l'oeuvre de Lie dont l'un des objectifs était le développement d'une « théorie de Galois des équations différentielles ». On connaît d'ailleurs l'opinion de Sophus Lie sur Galois : permettez-moi de citer à ce propos un passage des Éloges Académiques de Joseph Bertrand, datant du début de ce siècle [5].

Sophus Lie a pu, sans étonner personne, déclarer la découverte de Galois une des plus profondes qu'on ait jamais faites. On doit retenir comme un témoignage précieux l'honneur qu'il lui fait en l'associant à Gauss, à Abel et à Cauchy, dans le groupe glorieux des quatre premiers savants du siècle [6].

Je ne résiste pas à l'envie de vous lire encore les quelques lignes qui suivent, bien qu'elles débordent quelque peu de notre propos.

Son enthousiasme l'entraîne trop loin, quand il ajoute : « Et s'il est juste de nommer immédiatement après ces génies créateurs, Jacobi, dont le talent brillant s'est attaqué à tant de branches des mathématiques, à mon avis, pour l'originalité, la puissance et la profondeur, il ne saurait toutefois être comparé aux quatre mathématiciens cités plus haut ».

Jacobi est, suivant de bons juges, le plus illustre géomètre du siècle ; pour quelques-uns même, le plus grand qui ait jamais existé...

La page que j'ai sous les yeux m'est l'occasion d'évoquer une autre question. Il n'arrive pour ainsi dire jamais qu'une notion aussi importante que celle de groupe sorte toute armée d'un seul cerveau. Quelle part de cette notion revient à Lagrange, à Cauchy, à Abel? Qu'aurait dit Gauss s'il avait parlé? Je suis trop ignorant pour répondre à ces questions, mais voici au moins un témoignage de Camille Jordan :

« La théorie des substitutions, qui devient le fondement de toutes les questions relatives aux équations, n'est encore que peu avancée. Lagrange n'avait fait que l'effleurer, Cauchy Ta abordée à plusieurs reprises... » Il ajoute pour se résumer : « Mais la question est si vaste et si difficile qu'elle reste encore presque entière... »

« Trois notions fondamentales commencent cependant à se dégager : celle de la primitivité, qui se trouvait déjà indiquée dans les ouvrages de Gauss et Abel; celle de la transitivité, qui appartient à Cauchy; enfin la distinction des groupes simples et composés. C'est à Galois qu'est due cette dernière notion, la plus importante des trois [7] ».

Je quitte les jugements pour revenir à l'oeuvre elle-même et vous parler d'un mémoire, moins directement lié à la théorie des groupes, mais dont le contenu fait lui aussi partie de la vie courante du mathématicien. Je laisse Galois vous dire de quoi il s'agit, en vous demandant, à vous tous qui avez eu à juger de travaux de D.E.A., de songer que c'est un étudiant de 19 ans qui parle :

Quand on convient de regarder comme nulles toutes les quantités qui, dans les calculs algébriques, se trouvent multipliées par un nombre premier donné p, et qu'on cherche dans cette convention les solutions d'une équation algébrique Fx = 0, ce que M. Gauss désigne par


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la notation Fx=0, on n'a coutume de considérer que les solutions entières de ces sortes de questions. Ayant été conduit par des recherches particulières à considérer les solutions incommensurables, je suis parvenu à quelques résultats que je crois nouveaux.

Soit une pareille équation ou congruence, Fx = 0, et p le module. Supposons d'abord, pour plus de simplicité, que la congruence en question n'admette aucun facteur commensurable, c'est-à-dire qu'on ne puisse pas trouver 3 fonctions (px, \|/x, %x telles que :

9 x. \|f x=F x + p x x.

Dans ce cas, la congruence n'admettra donc aucune racine entière, ni même aucune racine incommensurable du degré inférieur. Il faut donc regarder les racines de cette congruence comme des espèces de symboles imaginaires, puisqu'elles ne satisfont pas aux questions des nombres entiers, symboles dont l'emploi dans le calcul sera souvent aussi utile que celui de

l'imaginaire v — 1 dans l'analyse ordinaire.

Cest la classification de ces imaginaires et leur réduction au plus petit nombre possible, qui va nous occuper [8].

Les mathématiciens ont reconnu les prémices de la théorie des corps finis, ou « champs de Galois ». Pour ma part, je trouve « étrangement moderne », pour reprendre une expression de Jean Dieudonné, l'emploi délibéré de la notation Fx = 0 au lieu de la notation reçue des congruences.

Je me suis borné ici à parler des travaux de Galois qui ont eu une influence réelle sur le développement ultérieur des mathématiques, mais j'ajoute pour conclure cette première partie de mon exposé, que des fragments épars indiquent qu'il était sur la voie d'autres découvertes importantes qui ont dû attendre des mathématiciens de la stature de Riemann notamment pour voir le jour.

H me faut à présent vous parler de la vie de Galois. A vrai dire, cette vie parle d'ellemême et la simple énumération, toute sèche, des événements les plus saillants qui l'ont marquée fait l'effet d'un roman [9].

Mars-1827 (à 15 ans), premier prix de mathématiques au Concours général.

1828. Échec à l'École Polytechnique.

Juillet 1829. Suicide de son père, maire de Bourg-la-Reine, à la suite d'une scandaleuse campagne de dénigrement. Cet événement a profondément affecté Galois et sans doute influencé la suite de sa vie de façon décisive.

Peu après, deuxième échec à l'École Polytechnique. On a beaucoup écrit sur cet examen au cours duquel Galois aurait lancé un torchon à la tête de l'examinateur. Il s'agit sans doute d'une légende. Bertrand rapporte que cet examinateur, très réputé, avait mis au point un procédé d'interrogation subtil, consistant à poser des questions toujours très faciles et à juger le candidat sur les nuances de ses réactions. Celles de Galois se sont assurément révélées sans nuances.

Entré à l'École Normale en octobre 1829, il en est expulsé pour des. raisons fallacieuses en janvier 1831.

En mai 1831, il est arrêté pour avoir, dans un banquet, porté un toast à Louis-Philippe un couteau à la main. Acquitté un mois après, il est à nouveau arrêté le 14 juillet 1831 avec d'autres étudiants, pour port d'arme et de l'uniforme d'une unité interdite. Il allait cette


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fois rester six mois en prison. Il devait en sortir le 29 avril 1832. Quelques semaines avant, il avait été transféré à une maison de santé en raison du choléra qui s'était déclaré à Paris.

Après sa libération, il n'a plus vécu qu'un mois. La nuit précédant son duel, dont il savait qu'il lui serait fatal, il a rapidement annoté ses papiers et écrit la célèbre lettre à son ami Auguste Chevalier, où il esquisse ses toutes dernières recherches et qui se termine ainsi :

Tu sais, mon cher Auguste, que ces sujets ne sont pas les seuls que j'ai explorés. Mes principales méditations depuis quelque temps étaient dirigées sur l'application à l'analyse transcendante de la théorie de l'ambiguïté. Il s'agissait de voir a priori dans une relation entre des quantités ou fonctions transcendantes quels échanges on pouvait faire, quelles quantités on pouvait substituer aux quantités données sans que la relation pût cesser d'avoir lieu. Cela fait reconnaître tout de suite l'impossibilité de beaucoup d'expressions que l'on pourrait chercher. Mais je n'ai pas le temps et mes idées ne sont pas encore bien développées sur ce terrain qui est immense.

Tu feras imprimer cette lettre dans la revue Encyclopédique.

Je me suis souvent hasardé dans ma vie à avancer des propositions dont je n'étais pas sûr. Mais tout ce que j'ai écrit là est depuis bientôt un an dans ma tête, et il est trop de mon intérêt de ne pas me tromper pour qu'on me soupçonne d'avoir énoncé des théorèmes dont je n'aurais pas la démonstration complète.

Tu prieras publiquement Jacobi ou Gauss de donner leur avis non sur la vérité, mais sur l'importance des théorèmes.

Après cela il se trouvera, j' espère, des gens qui trouveront leur profit à déchiffrer tout ce gâchis.

Je t'embrasse avec effusion.

E. GALOIS Le 29 mai 1832 [10]

Comme on peut s'y attendre, une telle vie a inspiré bien des biographes, amateurs ou professionnels. En particulier, les circonstances et les causes du duel ont excité leur imagination. On y a vu une provocation policière, ou au contraire le complot d'amis politiques devenus soupçonneux de la fidélité de Galois. Dans un article récent, paru à Y American Mathematical Monthly [11], Tony Rothman a fait une analyse critique de ces biographies (à ne pas confondre avec l'article — plus populaire et moins convaincant — du même auteur, paru ces jours derniers dans Pour la Science) [12]. Sans être définitive, et ne se présentant d'ailleurs pas comme telle, cette analyse me paraît être une intéressante leçon de critique historique. A titre anecdotique, je relève le détail amusant et significatif que voici. A propos du banquet où Galois avait porté le toast que l'on sait, Dupuy — son premier biographe — avait écrit, sur la base des mémoires d'Alexandre Dumas :

Dumas et quelques autres passaient par la fenêtre dans le jardin pour ne pas se compromettre.

Ce qui est devenu, dans l'une des biographies analysées par Rothmann,

A friend of Galois, seeing the great Alexandre Dumas passing by the open Windows, implored Galois to sit down, ... [13].

La personnalité de Galois transparaît déjà dans cette rapide esquisse de sa vie. Les écrits qu'il nous a laissés permettent de la cerner de plus près. Le temps me manque pour entrer


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dans les détails mais la lecture de quelques passages de la fameuse « Préface » à son dernier mémoire me serviront de transition pour la dernière partie de mon exposé.

Premièrement, le second feuillet de cet ouvrage n'est pas encombré par les noms, prénoms, qualités, dignités et éloges de quelque prince avare dont la bourse se serait ouverte à la fumée de l'encens avec menace de se refermer quand l'encensoir serait vide. On n'y voit pas non plus, en caractères trois fois gros comme le texte, un hommage respectueux à quelque haute position dans les sciences, à un savant protecteur, chose pourtant indispensable (j'allais dire inévitable) pour quiconque à vingt ans veut écrire. Je ne dis à personne que je doive à ses conseils ou à ses encouragements tout ce qu'il y a de bon dans mon ouvrage. Je ne le dis pas : car ce serait mentir. Si j'avais à adresser quelque chose aux grands du monde ou aux grands de la science (et au temps qui court la distinction est imperceptible entre ces deux classes de personnes), je jure que ce ne seraient point des remerciements. Je dois aux uns de faire paraître si tard le premier des deux mémoires, aux autres d'avoir écrit le tout en prison, séjour que l'on a tort de considérer comme un lieu de recueillement, et où je me suis souvent trouvé stupéfait de mon insouciance à fermer la bouche à mes stupides Zoîles : et je crois pouvoir me servir de ce mot de Zoile en toute sûreté pour ma modestie^ tant mes adversaires sont bas dans mon esprit. Il n'est pas de mon sujet de dire comment et pourquoi l'on me retient en prison : mais je dois dire comment les manuscrits s'égarent le plus souvent dans les cartons de MM. les membres de l'Institut quoiqu'en vérité je ne conçoive pas une pareille insouciance de la part des hommes qui ont sur la conscience la mort d'Abel. A moi qui ne veux pas me comparer à cet illustre géomètre, il suffira de dire que mon mémoire sur la théorie des équations a été déposé en substance à l'académie des sciences au mois de février 1830, que des extraits en avaient été envoyés en 1829, qu'aucun rapport ne s'en est suivi et qu'il m'a été impossible de revoir les manuscrits. Il y a dans ce genre des anecdotes fort curieuses : mais j'aurais mauvaise grâce à les raconter, parce qu'aucun accident semblable, sauf la perte de mes manuscrits, ne m'est arrivé. Heureux voyageur, ma mauvaise mine m'a sauvé de la gueule des loups. J'en ai déjà trop dit pour faire comprendre au lecteur pourquoi, quelle que fût d'ailleurs ma bonne volonté, il m'eût été absolument impossible de parer ou de déparer, comme on voudra mon oeuvre d'une dédicace [14].

Plus loin...

En troisième lieu, le premier mémoire n'est pas vierge de Voeil du maître; un extrait envoyé en 1831 à l'académie des sciences, a été soumis à l'inspection de M. Poisson, qui est venu dire en séance ne point l'avoir compris. Ce qui, à mes yeux fascinés par l'amour-propre d'auteur, prouve simplement que M. Poisson n'a pas voulu ou n'a pas pu comprendre, mais prouvera certainement aux yeux du public que mon livre ne signifie rien [15].

— Suit un passage beaucoup plus impertinent encore, que je ne lirai pas de peur que les murs de cette maison ne s'écroulent.

Viennent alors des réflexions du plus grand intérêt sur la nature de l'algèbre. Puis cet appel que je vous lis.

On doit prévoir que, traitant des sujets aussi nouveaux, hasardé dans une voie aussi insolite, bien souvent des difficultés se sont présentées que je n'ai pu vaincre. Aussi dans ces deux mémoires et surtout dans le second qui est plus récent, trouvera-t-on souvent la formule « je ne sais pas ». La classe des lecteurs dont j'ai parlé au commencement ne manquera pas d'y trouver à rire. C'est que malheureusement on ne se doute pas que le livre le plus précieux du plus savant serait celui où il dirait tout ce qu'il ne sait pas, c'est qu'on ne se doute pas qu'un auteur ne nuit jamais tant à ses lecteurs que quand il dissimule une difficulté. Quand la


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concurrence c'est-à-dire l'égoïsme ne régnera plus dans les sciences, quand on s'associera pour étudier, au lieu d'envoyer aux académies des paquets cachetés, on s'empressera de publier ses moindres observations pour peu qu'elles soient nouvelles, et on ajoutera : « je ne sais pas le reste » [16].

Mes chers confrères, vous avez été, j'imagine, quelque peu interloqués par cette brusque agression. Il est vrai que, pour l'ordonnance de mon exposé, je n'avais pas inclus dans la vie de Galois ces événements particulièrement importants et pénibles pour lui, deux manuscrits restes,sans'réponse, un manuscrit présenté pour le grand prix et perdu, un quatrième rejeté après examen.

Mon rôle ici n'est évidemment pas de mettre en jugement nos prédécesseurs ni d'ailleurs de les défendre, mais je voudrais me permettre seulement quelques observations.

La remarque essentielle est que nous voyons tous ces événements à travers un prisme terriblement déformant, à savoir, la mort prématurée de Galois. Pour moi, il ne fait pas de doute que si Galois avait vécu, son oeuvre eût été rapidement reconnue à sa juste valeur et les péripéties dont nous parlons auraient été pour lui sujets d'amusement.

Permettez-moi une comparaison quelque peu outrecuidante. Lorsque j'avais 24 ans, un mémoire de quelque 300 pages que j'avais soumis pour publication à une Académie, autre que celle-ci, a été égaré par son Secrétaire Perpétuel. Trois choses essentielles distinguent mon cas de celui de Galois. Mon mémoire était beaucoup plus gros et beaucoup moins important que le sien. J'en possédais une copie au carbone (le Xerox n'existait pas encore) de sorte que la publication n'a été que retardée d'un an environ. Et surtout, je ne suis pas mort peu après. Mais je vous assure que mon déplaisir, aujourd'hui oublié, n'était pas moindre que celui de Galois !

Deux mots encore sur les faits eux-mêmes.

Le cas des deux mémoires restés sans rapport ni réponse, dans lequel certains biographes ont vu de la négligence, voire de sombres machinations, de Cauchy, a été étudié par M. René Taton dans un article paru en 1971 dans la Revue d'Histoire des Sciences; la conclusion de M. Taton est trop nuancée pour que je puisse la résumer sans la trahir, mais il en ressort en tout cas que les soupçons portés sur Cauchy sont très probablement infondés et que, au contraire, Cauchy a reconnu ouvertement l'importance des recherches de Galois.

La perte du mémoire soumis pour le grand prix est peu pardonnable, même si elle s'explique par la mort de Fourier, dans les papiers duquel le mémoire devait se trouver.

Quant au rejet du dernier mémoire, voici l'essentiel de la lettre qui l'accompagnait :

Nous avons fait tous nos efforts, dit Poisson, pour comprendre la démonstration de M. Galois. Ses raisonnements ne sont ni assez clairs ni assez développés pour que nous ayons pu juger de leur exactitude, et nous ne serions pas même en état d'en donner une idée dans ce rapport [18].

Ce n'est sans doute pas un titre de gloire pour Poisson de n'avoir pas reconnu directement le mérite de Galois, mais je ne vois pas dans cette lettre matière à scandale. J'irai plus loin. Le rapport détaillé de Poisson [19] contient aussi le jugement suivant :

Toutefois on doit remarquer qu'il ne renferme pas, comme le titre du Mémoire le promettait, la condition de résolubilité des équations par radicaux ; car en admettant comme vraie la proposition de M. Galois, on n'en serait guère plus avancé pour savoir si une équation ldonnée dont le degré est un nombre premier est résolue ou non par radicaux, puisqu'il


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faudrait d'abord s'assurer si cette équation est irréductible, et ensuite si l'une de ces racines peut s'exprimer en fonction rationnelle des deux autres. La condition de résolubilité, si elle existe^ devrait avoir un caractère extérieur que l'on pût vérifier à l'inspection des coefficients d'une équation donnée, ou, tout au plus, en résolvant d'autres équations d'un degré moins élevé que celui de la proposée.

Nous savons que Galois possédait un tel critère mais il n'était sans doute pas inclus dans le mémoire. Enfin le rapport de Poisson conclut ;.

Quoi qu'il en soit, nous.avons fait tous nos efforts pour comprendre la démonstration de M. Galois. Ses raisonnements ne sont ni assez clairs, ni assez développés pour que nous ayons pu juger de leur exactitude et nous ne serions pas en état d'en donner une idée dans ce Rapport. L'auteur annonce que la proposition qui fait l' objet spécial de son Mémoire est une partie d'une théorie générale susceptible dé beaucoup d'autres applications. Souvent il arrive que les différentes parties d'une théorie, en s'éclairant mutuellement, sont plus faciles à saisir dans leur ensemble qu'isolément. On peut donc attendre que l'auteur ait publié en entier son travail pour se former une opinion définitive ; mais dans l'état où est maintenant la partie qu'il a soumise à l'Académie, nous ne pouvons pas vous proposer d'y donner votre approbation.

Est-il honteux d'avouer qu'aujourd'hui encore, devant juger du mémoire présenté sous la forme que lui avait donnée Galois, je serais bien près de me rallier.à.l'opinion exprimée par Poisson?

Au chapitré des rapports de Galois avec l'Académie, il faut ajouter le fait que les papiers de Galois recueillis par son frère et par A. Chevalier ont été confiés, quelques années plus tard, à Liouville qui a fait l'effort, considérable à l'époque, de les comprendre et de les éditer. Voici en quels termes Liouville s'adressait à l'Académie le 4 septembre 1843 :

A la suite d'une discussion où l'on a tant parlé d'équations algébriques, j' espère intéresser l'Académie en lui annonçant que dans les papiers d'Évariste Galois, j'ai trouvé une solution aussi exacte que profonde de ce beau problème : « Étant donnée une équation irréductible de degré premier, décider si elle est ou non résoluble avec l'aide de radicaux. » Le Mémoire de Galois est rédigé peut-être d'une manière un peu trop concise. Je me propose de le compléter par un commentaire qui ne laissera, je crois, aucun doute sur la réalité de la belle découverte de notre ingénieux et infortuné compatriote [20].

Un mot pour terminer :

On a trouvé dans les papiers de Galois, une liste de mathématiciens contemporains auxquels il comptait sans doute envoyer son travail, une fois celui-ci publié. De nos jours, il leur aurait adressé un « preprint » sans même attendre de le soumettre à l'Académie, et le monde mathématique n'aurait pas tardé à lui rendre justice. Cette pensée devrait rassurer ceux qui craignent la récurrence d'un aussi funeste concours de circonstances, d'ailleurs, rendue bien moins probable depuis que les duels sont passés de mode.

BIBLIOGRAPHIE

[1] R. BOURGNE et J.-P. AZRA, Ecrits et mémoires mathématiques d'Évariste Galois, Gauthier-Villars, Paris,

1962. [2] BOURGNE et AZRA, op. cit., p. 35. [3] Ibid. Ce passage est biffé dans le manuscrit de Galois. [4] Voir par exemple BOURGNE et AZRA, op. cit., p. 43. [5] J. BERTRAND, La vie d'Évariste Galois7par P. Dupuy, in Eloges Académiques, nouvelle série, Hachette,

Paris, 1902, p. 331-345.


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[6] BERTRAND, op. cit., p. 344.

[7] Cité par BERTRAND, loc. cit.

[8] BOURGNE et AZRA, op. cit., p. 113.

[9] Voir notamment BOURGNE et AZRA, op. cit., p. XXVTI à XXXI et aussi les articles cités de J. BERTRAND

(Note [5]) et T. ROTHMAN (Note [11]). [10] BOURGNE et AZRA, op. cit., p. 185. [11] T. ROTHMAN, Genius and Biographers: the Fictionalization of Evariste Galois, Amer. Math. Monthly, 89,

1982, p. 84-106. [12] T. ROTHMAN, Un météore des mathématiques, Evariste Galois. Pour la Science, 56, 1982, p. 80-90. [13] Citations de DUPUY et BELL, d'après ROTHMAN, Genius . . ., p. 92. [14] BOURGNE et AZRA, op. cit., p. 3 et 5. [15] BOURGNE et AZRA, op. cit., p. 7. [16] BOURGNE et AZRA, op. cit., p. 11. [17] R. TATON, Sur les relations scientifiques d'Augustin Cauchy et d'Évariste Galois, Rev. Hist. Se, 24, 1971,

p. 123-148. [18] D'après BERTRAND, loc. cit., p. 340-341. [19] Cité ici d'après R. TATON, Les relations d'Évariste Galois avec les mathématiciens de son temps, Rev. Hist.

Se, 1, 1948, p. 114-130 (cf. p. 121 et 122). [20] Comptes rendus, 17, 1843, p. 448-449; citation reprise à TATON, Sur les relations . . ., p. 146, Note (62).


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SÉANCE DU LUNDI 22 NOVEMBRE 1982

PRESIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

ACADEMIE

L'Académie, accorde son patronage à l'Exposition rétrospective de l'histoire de la Photographie, organisée par la Société française de Photographie, qui aura lieu à Tokyo, en septembre et octobre 1983. M. Jean-Jacqnes Trillat, Président de cette Société, est désigné pour représenter l'Académie des Sciences.

DÉCÈS DE MEMBRES ET DE CORRESPONDANTS

M. le Président annonce le décès, survenu à Paris, le 21 novembre 1982, de M. AndréRomain Prévôt, membre de la section de Biologie humaine et Sciences médicales. Il invite l'Académie à se recueillir en silence pendant quelques instants. La Notice nécrologique d'usage sera lue en l'une des prochaines séances.

DESIGNATIONS

M. Jean-Jacques Trillat est désigné pour représenter l'Académie à l'Exposition rétrospective de l'histoire de la Photographie, qui aura lieu à Tokyo, en septembre et octobre 1983.

ÉLECTIONS DE CORRESPONDANTS

A la majorité absolue des suffrages exprimés, sont élus correspondants pour la discipline de Mathématique : MM. Jean-Pierre Kahane, Marcel Berger et Pierre Cartier.

EXPOSÉS ET COMMUNICATIONS

Premier exposé sur les Planètes : La formation de l'environnement planétaire des étoiles, par M. Jean-Claude Pecker.


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A la suite de cet exposé interviennent : MM. Francis Perrin, Jacques Tits, Raimond Castaing, Jean-Jacques Trillat et Pierre Lépîne.

NOTICES SUR LES MEMBRES OU CORRESPONDANTS DÉCÉDÉS

La vie et l'oeuvre de John Kashrouck Van Vleck (1899-1980),

Associé étranger,

par ANATOLE ABRAGAM

Le grand physicien américain John Hasbrouck Van Vleck s'est éteint à Cambridge (États-Unis) le 27 octobre 1980 à l'âge de 81 ans. Il était Associé étranger de notre Compagnie depuis le 11 février 1974 après avoir été élu correspondant pour la section de Physique le 16 mai 1960.

Van Vleck a été appelé à juste titre le père du Magnétisme Moderne. Il est l'auteur du mariage combien fécond de la Mécanique Quantique et du Magnétisme. Il a été aussi un des pères fondateurs de la Physique Théorique Américaine. Devant sa floraison extraordinaire d'aujourd'hui on oublie parfois qu'entre la mort du grand Willard Gibbs au début du siècle et la thèse de doctorat de Van Vleck soutenue en 1922 devant la Faculté des Sciences de l'Université de Harvard, la Physique Américaine, illustrée sur le plan expérimental par des hommes comme Rowland, Michelson, Wood, Pupin, Millikan et d'autres, n'a compté sur le plan théorique que bien peu de publications dignes de passer à la postérité.

Pendant plus de 50 ans après sa thèse Van Vleck n'a cessé d'apporter des contributions capitales à tous les aspects du magnétisme, mais aussi à la physique des molécules, à la chimie théorique, à la radiospectroscopie, à la propagation des ondes électromagnétiques dans l'atmosphère et à l'interaction des vibrations cristallines ou phonons avec les centres paramagnétiques. Il a été le maître à penser de plusieurs générations de physiciens parmi lesquels le signataire de cette notice a eu le bonheur et la fierté de pouvoir se compter.

Professeur à l'Université du Minnesota de 1923 à 1928 puis à celle du Wisconsin de 1928 à 1934, Van Vleck rejoint en 1934 Son Alma Mater, la plus prestigieuse Université Américaine, Harvard où s'écoulera le restant de sa longue carrière jusqu'en 1969 date de sa retraite de Professeur titulaire de la Chaire Hollis, mais non de sa retraite de savant. Parmi les nombreux enseignements qu'il donnera en tant que visiteur dans d'autres Universités, on citera deux Chaires prestigieuses, la Chaire Lorentz à l'Université de Leyde en 1960 et la Chaire Eastman à l'Université d'Oxford en 1961.

De 1943 à 1945 il participe à l'effort de guerre américain en dirigeant le groupe théorique du Laboratoire de Recherche Radio-électrique de Harvard créé pour assister la Défense Nationale pour tous les problèmes concernant le radar et en particulier le brouillage des radars ennemis.

De 1945 à 1949 Van Vleck préside le Département de Physique de Harvard. Il y attire des hommes qui illustreront la Physique Américaine comme Purcell, Schwinger, Ramsey, Pound et Bloembergen.

En 1951 il accepte les fonctions de Doyen de la Division d'Ingénierie et de Physique Appliquée, nouvellement créée. Il établit entre cette Division et le Département de


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Physique une symbiose féconde, symbolisée par la construction à son initiative, d'un pont couvert entre les bâtiments abritant ces deux unités. En fin psychologue il avait su prévoir que rien ne contribuerait davantage à resserrer les liens entre ces deux unités de recherche que la proximité physique et la possibilité d'aller et venir d'un laboratoire ou d'un bureau à l'autre sans se mouiller les pieds pendant les longs et rudes hivers de Cambridge.

La carrière de Van Vleck a été jalonnée de grands honneurs, hommages de la communauté des savants de tous les pays. A part ceux décernés dans son propre pays, on retiendra l'appartenance à titre de Membre étranger aux Académies Royales de Suède et de Hollande et à la Société Royale de Londres, ainsi qu'un Doctorat Honoris Causa de l'Université d'Oxford. Notre Compagnie l'a honoré par les titres successifs de Correspondant en 1960 et d'Associé étranger en 1974, l'Université Française par les Doctorats Honoris Causa de Grenoble, Paris et Nancy, la Société Française de Physique par le titre dé Membre d'Honneur et le Gouvernement Français par la nomination au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur.

En 1974 il devenait, après, entre autres, Planck, Pauliet Debye, le onzième titulaire de la Médaille Lorentz décernée tous les 4 ans depuis 1927 à un physicien théoricien par l'Académie Royale de Hollande. Enfin en 1977 le Prix Nobel, partagé avec son plus brillant élève Philippe Anderson et avec le physicien britannique Nevil Mott, venait couronner sa prestigieuse carrière, un couronnement bien tardif, au gré de tous ses admirateurs et amis. Nous avons eu la joie de l'accueillir ici même à son retour de Stockholm et en signalant sa présence parmi nous j'ai eu l'occasion de prononcer ces quelques paroles que je vous demande la permission de rappeler maintenant :

« Il y a deux sortes de lauréats Nobel :ceux qui doivent beaucoup au prix Nobel qui transforme soudain leur notoriété en célébrité et puis ceux à qui le prix Nobel doit beaucoup, beaucoup plus que ce qu'il leur apporte. Si aujourd'hui malgré l'existence d'autres prix d'un montant comparable ou même supérieur, le Nobel demeure la couronne suprême dont rêvent les savants c'est à des lauréats tels que John Van Vleck qu'il le doit ».

Il est temps maintenant de passer en revue les points saillants de l'oeuvre scientifique de Van Vleck.

Après sa thèse, consacrée au calcul par l'ancienne théorie des quanta de Bohr et Sommerfeld de l'énergie de l'atome d'hélium, et quelques études sur le rayonnement électromagnétique basées sur le Principe de Correspondance, de Bohr, Van Vleck se passionne pour la nouvelle mécanique quantique dans la présentation de Dirac et Heisénberg.

Sa décision d'aborder; et cela dès 1926, par ces méthodes, révolutionnaires à l'époque, la théorie des susceptibilités magnétiques marque la naissance du magnétisme ou du moins du paramaghétisme moderne.

Trois importantes publications en 1927 et 1928 établissent la théorie du paramagnétisme des gaz. Les prédictions de la première application détaillée de ce formalisme au paramagnétisme de NO et 02 sont rapidement confirmées par des mesures faites à Leyde, M.I.T. et Zurich. Van Vleck montre l'importance des états excités qui conduisent à un magnétisme indépendant de la température qui reçoit dans la littérature le nom de magnétisme de Van Vleck.

Van Vleck applique ensuite la mécanique quantique à l'étude des spectres de rotation et de vibration des molécules diatomiques et polyatomiques dans plusieurs publications importantes qui s'échelonnent de 1928 à 1934. Mais dès 1929 il aborde le problème qu'il


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ne devait plus abondonner tout au long de sa carrière, les propriétés magnétiques des éléments de transition dans les solides, groupe du fer et groupe des terres rares.

Une étape importante de la carrière de Van Vleck est le Congrès Solvay de 1930 où, seul représentant américain, il reconnaît l'importance pour la théorie du magnétisme de l'effet Stark cristallin dans les solides et à travers un article classique de Bethe se familiarise avec l'outil incomparable que constitue la théorie des groupes de symétrie pour l'étude du champ cristallin.

En 1932 paraît un livre, « La théorie des susceptibilités électriques et magnétiques », qui assure définitivement la renommée de Van Vleck. Pendant quarante ans ce livre est resté un outil de travail pour tous les chercheurs en magnétisme, et ceci en dépit du fait qu'il avait paru trop tôt pour incorporer, sauf de façon qualitative, toutes les applications du concept de champ cristallin qui, entre les mains de Van Vleck et de ses élèves, devait jouer un tel rôle dans la théorie du magnétisme moderne.

Toutes les propriétés statiques des isolants paramagnétiques sont décrites quantitativement en accord avec l'expérience à partir de quelques hypothèses simples et naturelles sur la symétrie du champ cristallin et sur la valeur relative de ses différentes composantes par rapport à la force du couplage spin-orbite dans les ions magnétiques. C'est ainsi que le comportement magnétique si différent des ions du groupe du fer et du groupe des terres rares s'explique tout naturellement par le fait que le champ cristallin est plus fort que le couplage spin-orbite dans le groupe du fer et plus faible dans le groupe des terres rares.

Van Vleck est du reste parfaitement conscient de tout ce que la description de l'environnement d'un ion paramagnétique par un champ cristallin électrostatique peut avoir de schématique alors que des liens covalents existent entre l'ion et ses voisins. Il montre, en utilisant le langage plus réaliste des orbites moléculaires, que ce qui détermine avant tout le comportement magnétique d'un ion est la symétrie de l'environnement plus que sa nature et que les liaisons covalentes peuvent être simulées par l'image d'un champ cristallin fort de même symétrie.

Parallèlement aux propriétés magnétiques statiques Van Vleck étudie les propriétés dynamiques correspondant à un échange d'énergie entre les moments magnétiques et le réseau cristallin dont les vibrations modulent le champ cristallin. Il est le père de la théorie moderne de la relaxation paramagnétique, étudiée tout d'abord expérimentalement à Leyde par l'école de Gorter. A propos du processus de relaxation direct, c'est-à-dire de celui où l'énergie entre le moment magnétique et le réseau s'échange par l'intermédiaire d'un seul phonon, il évoque pour la première fois le concept de goulet d'étranglement des phonons (phonon bottleneck en anglais), et ceci 15 ans avant l'observation de ce phénomène.

La découverte après la guerre des méthodes de résonance électronique et nucléaire donne un champ d'application nouveau et élargi aux théories de Van Vleck.

Dans un article fondamental paru en 1948 il introduit une méthode rigoureuse pour calculer à partir des premiers principes les différents moments des raies de résonance magnétique; méthode qui encore aujourd'hui constitue le seul guide sûr pour prévoir la largeur de ces raies. Il applique également la méthode des moments à l'explication quantitative d'un phénomène remarquable, le rétrécissement considérable des raies de résonance de moments magnétiques lorsque des interactions du type échange quantique, c'est-à-dire scalaires, existent entre ces moments.


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En 1939 Van Vleck prend part au Congrès de Magnétisme de Strasbourg et donne huit conférences en français dont les comptes rendus ne devaient à cause de la guerre paraître dans les Annales de l'Institut Henri-Poincaré que 8 ans plus tard, en 1947. Ces leçons malheureusement trop peu connues dans le monde anglophone constituent une mise au point rigoureuse et pénétrante de la théorie du magnétisme.

Pendant la guerre, dans le cadre de ses fonctions au Laboratoire de Radioélectricité de Harvard, il se préoccupe de l'absorption des ondes électromagnétiques radar par la vapeur d'eau ce qui l'amène à donner une théorie rigoureuse de l'élargissement par collision des raies d'absorption dans un gaz.

Bien d'autres problèmes créés par le développement de la spectroscopie de radiofréquence suscitent son intérêt : en 1952 il donne, en collaboration avec l'auteur de cette notice, la théorie de l'effet Zeeman dans l'oxygène atomique, où compte est tenu des corrections dues à la relativité et à la masse finie du noyau.

L'immensité de l'oeuvre de Van Vleck dans le domaine du paramagnétisme ne saurait faire oublier l'importance de sa contribution à la compréhension des états collectifs des moments magnétiques atomiques et moléculaires, le ferromagnétisme, l'antiferromagnétisme et le ferrimagnétisme, où notre confrère Néel s'était depuis longtemps taillé la part du lion.

On retiendra en particulier une explication pénétrante de Panisotropie dans les cristaux cubiques par l'introduction d'interactions d'échange anisotropes ainsi que plusieurs articles de revue écrits dans les années 50, merveilles de clarté et de pédagogie sur la théorie des ondes de spin et sur le couplage des moments angulaires dans les molécules polyatomiques.

Depuis de nombreuses années Van Vleck songeait à une nouvelle édition de son chefd'oeuvre de 1932 La théorie des susceptibilités électriques et magnétiques. Ce projet resté inachevé ne pouvait plus me semble-t-îl être mené à bien par un seul homme, fût-il Van Vleck, tant, grâce avant tout à ses propres travaux, le sujet avait pris d'importance et d'extension.

Il reste pour conclure à brosser un portrait rapide de l'homme.

Pour comprendre la personnalité si attachante de Van Vlëck il faut d'abord le replacer dans le cadre de son pays natal, l'Amérique. Comme il l'avouait parfois, non sans quelque fierté tempérée d'une pointe d'ironie, il était cet oiseau rare, un américain de la dixième génération, son ancêtre Tielman Van Vleeck (avec deux e) étant arrivé dans la ville que l'on appelait encore à l'époque la Nouvelle Amsterdam en 1658. La mère de John Van Vleck, née Hester Laurence Raymond appartenait à la famille des Raymond qui avaient quitté l'Angleterre pour les États-Unis à la fin du XVIIe siècle et qui selon une tradition familiale descendaient du Comte Raymond-VI de Toulouse, que sa défaite par Simon de Monfort avait conduit à chercher refuge auprès du roi d'Angleterre. Est-ce à cette glorieuse et lointaine ascendance que l'on doit l'affection que John Van Vleck manifesta toujours pour notre pays, notre civilisation et notre langue dont il apprit les premiers rudiments à l'École Alsacienne où il fut élève pendant un congé sabbatique de son père auprès de l'Université de Paris au début de ce siècle?

Les liens de la famille Van Vleck avec l'Université et les sciences exactes datent du grand père de John Van Vleck, John Monroë Van Vleck qui fut Astronome et Professeur de Mathématiques à l'Université Wesleyenne de Middletowm John Monroë eut trois filles et un fils Edward Burr Van Vleck. Tous les quatre enseignèrent les mathématiques. Edward Burr, père de John Van Vleck eut une carrière de Mathématicien particulièrement


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distinguée puisqu'il fut membre de l'Académie des Sciences des États-Unis, où de 1935 à 1943 il eut le plaisir de siéger en même temps que son fils. Par son ascendance comme par son environnement Van Vleck appartenait à ce qu'en d'autres temps on appelait l'aristocratie : aristocratie de naissance dans un pays d'immigrants comme les États-Unis, aristocratie intellectuelle et sociale par son milieu familial et plus encore par sa réussite individuelle, précoce et éclatante. Et pourtant, je puis l'attester, nul homme ne fut plus simple, plus accessible à tous, plus dépourvu de morgue et de vanité. Il parlait avec la même courtoisie et sur le même ton à tous, Président d'Université ou chercheur débutant, il s'effaçait toujours en tenant la porte pour laisser passer une femme fût elle celle d'un collègue ou celle qui balayait son bureau. Peut-être est-ce là la vraie aristocratie après tout.

En Amérique, ce pays où il n'est pas impoli, ou du moins il n'était pas impoli il y a 30 ans, de demander à son interlocuteur combien il gagne et pour qui il vote, Van Vleck n'a jamais fait mystère de sa préférence pour le parti le plus conservateur des deux grands partis américains, le parti républicain. Cela ne l'a pas empêché, au rebours d'un certain nombre de ses collègues qui affichaient des opinions bien plus avancées, de prendre courageusement la défense d'un de ses collègues d'Harvard, Wendell Furry, victime de la chasse aux sorcières organisée par le sénateur républicain MacCarthy dans les années 50.

Dans sa vie professionnelle il a toujours fait preuve d'une grande bonté et d'une grande modestie. Je ne l'ai jamais entendu exprimer une opinion défavorable même sur ceux de ses collègues dont je savais pertinemment qu'il n'appréciait pas les travaux. D'autre part dans le domaine de la physique théorique où les idées circulent et où il n'est pas toujours facile de discerner qui le premier a pensé à quoi, conscient du proverbe « on ne prête qu'aux riches », il était extrêmement méticuleux dans son souci de repousser tout crédit, comme on dit dans le jargon des savants, qui pourrait au moins partiellement être dû à autrui. Il avait été sincèrement contrarié lorsqu'en sa présence j'avais parlé de ce que, comme tout le monde, j'appelais le modèle vectoriel de Van Vleck et dont la paternité selon lui était entièrement due à Dirac. Sa bonté et sa gentillesse se manifestaient particulièrement à l'égard des jeunes chercheurs. Il n'était jamais trop occupé pour une démarche destinée à leur procurer un poste, une bourse, un logement, ou même un billet pour un match de football américain, un sport dont il était un fin connaisseur et un fervent enthousiaste surtout lorsque sa chère Université se trouvait dans l'un des camps. Comme tant d'autres, j'ai été à de nombreuses reprises le bénéficiaire reconnaissant de sa bienveillance active.

Qu'on me permette pour finir de répéter ici quelques unes des paroles prononcées lors de sa visite en 1977.

Une présentation de John Van Vleck n'est pas complète sans le rappel d'une passion innocente et charmante, son amour des chemins de fer. Sa compétence en ce domaine incluait non seulement une connaissance encyclopédique des horaires et des itinéraires des principaux trains du monde entier mais encore celle, beaucoup plus approfondie et acquise sur le terrain, de leurs qualités respectives : vitesse, confort, entretien de la voie, qualité de la nourriture du wagon-restaurant ou de la literie des wagons-lit. D'innombrables histoires circulent sur ce sujet parmi les amis et les admirateurs de Van Vleck.

Il y a 30 ans M. Van Vleck avait organisé pour ma femme et moi avec sa compétence habituelle un voyage transcontinental en chemin de fer à travers les États-Unis dont j'ai gardé un merveilleux souvenir. Il avait beaucoup insisté pour que pour l'une des correspondances je prenne un certain train. Comme je lui demandais si ce train était vraiment bon, il me répondit : je voudrais bien le savoir et je compte sur vous pour me le dire.


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Je voudrais dire pour terminer que John Van Vleck incarnait à mes yeux les principales vertus (et peut-être quelques-uns des défauts) de la grande nation américaine : amour de la liberté, goût de l'entreprise, ardeur au travail, bonté, générosité, courage et aussi simplicité et ce sens de l'humour qui fait qu'on ne.se prend jamais tout à'.fait au sérieux. On pourrait peut-être dire de Van Vleck, utilisant une expression familière américaine : « american like apple-pie » : américain comme la tarte aux pommes. Je préfère dire : Américain comme Abraham Lincoln.

On pourra discuter sur la question de savoir s'il y a eu des savants plus admirés de ceux qui les ont approchés; il n'y en a pas eu qui aient été davantage aimés.

PLIS CACHETÉS

A la demande de l'auteur, le pli cacheté accepté en la séance du 13 juin 1973 et enregistré sous le numéro 15511, est ouvert par M. le Président. Le document qui en est retiré sera soumis à l'examen de la section de Biologie humaine et Sciences médicales.

PRÉSENTATIONS DE SAVANTS

M. Roger Gautheret signale la présence de M. Ricardo Tizio, Professeur titulaire de Physiologie végétale à l'Université nationale de Rio-Cuarto. Il s'exprime en ces termes :

J'ai le plaisir de vous présenter un savant argentin, le professeur Ricardo Tizio qui est titulaire de la chaire de Physiologie végétale de l'Université Nationale de Rio Cuarto.

Le professeur Tizio parle et écrit couramment notre langue. Il a manifesté son attachement à notre pays en plusieurs circonstances en travaillant notamment pendant 2 ans à 1T.N.R.A. à Versailles, puis pendant 1 an, à deux reprises, dans mon laboratoire.

En 1979, il a tenu a acquérir le grade de docteur es sciences de notre Université. Présentement, il enseigne à Lille comme professeur associé à l'Université des Sciences et Techniques, et c'est à cette occasion que je lui ai demandé de venir aujourd'hui parmi nous.

Son oeuvre scientifique couvre trois chapitres de la Physiologie végétale. On sait que les températures élevées peuvent dans certains cas extirper les virus des plantes, notamment de la Pomme de terre. Or, M. Tizio a montré que ce traitement présente, l'inconvénient de réduire pendant plusieurs générations la productivité de cette plante.

En second heu, il a étudié le bouturage de la Vigne et constaté qu'en ce qui concerne les facteurs de croissance, la formation des racines n'est pas conditionnée seulement par les auxines mais aussi par certaines vitamines dont la Biotine.

Mais son effort principal a porté sur la Physiologie de la tubérisation de la Pomme de terre; ce phénomène dont je vous ai parlé récemment en vous présentant une Note de M. CÏaude Martin, consiste dans le fait qu'une tige aérienne ou souterraine, cesse de s'allonger et s'épaissit tout en accumulant des produits de réserve.

M. Tizio a mis en évidence les facteurs de la tubérisation et constaté leur multiplicité. Je ne pénétrerai pas dans le détail de ses travaux, je dois dire simplement pour conclure qu'il sont mondialement connus et qu'ils font autorité.


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La physiologie de la tubérisation est d'ailleurs le sujet du cours que M. Tizio professe actuellement à Lille.

M. Louis Michel signale la présence de M. L. Radicati, Professeur à l'École normale supérieure de Pise, Membre de l'Accademia Nazionale dei Lincei. M. le Président leur souhaite la bienvenue et les invite à prendre part à la séance.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance : 1° Ministère d'État. Ministère de la Recherche et de l'Industrie. La Recherche universitaire, 1982. Tome I : Sciences de la Matière, Tome II : Sciences de la Vie; 2° Ciba Foundation. Symposium 92 : Membrane recycling; 3° Accademia Nazionale dei Lincei. Annuaire 1982. A 17 h l'Académie se forme en Comité secret. La séance est levée à 18h5mn.

P. G.


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SÉANCE DU LUNDI 29 NOVEMBRE 1982

PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

ÉLECTIONS DE CORRESPONDANTS

A la majorité absolue des suffrages exprimés, sont élus Correspondants pour la discipline de Biologie humaine et Sciences médicales : MM. Maurice Tubiana, Jean-Paul Binet et Philippe Meyer.

EXPOSÉS ET COMMUNICATIONS

Présentation par M. Étienne-Emile Batdieu d'une Note intitulée : Inhibition par les somatomédines de la sécrétion de l'hormone de croissance stimulée par le facteur hypothalamique somatocrine (GRF) ou le peptide de synthèse hpGRF, par Paul Brazeau, Roger Guillemin, Nicholas Ling, Judson van Wyk et René Humbel.

Après cette présentation interviennent MM. Alfred Jost et Ivan Assenmacher.

Deuxième exposé sur les planètes : La formation du système solaire, par M. Evry Schatzman.

A la suite de cet exposé, MM. Jean-Jacques Trillat, Jean-Claude Pecker, Gustave Choquet, Jacques Tits prennent la parole.

PRÉSENTATIONS DE SAVANTS

M. Henri Cartan signale la présence de M. Spiing-Shen Chern, Professeur à l'Université de Berkeley (Californie). M. le Président lui souhaite la bienvenue et l'invite à prendre part à la séance.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS .

L'ouvrage suivant est offert en hommage à l'Académie par M. Jean Leray : The fractal geometry of nature, par Benoit B. Mandelbrot.

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la Correspondance : 1° Sakharov, Préface de Louis Michel et Jean-Claude Pecker; 2° Les Prix Nobel 1981;


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3° Astrophysical Cosmology (Comptes rendus de la semaine sur Cosmologie et Physique fondamentale, Rome, 28 septembre au 2 octobre 1981). A 16 h 15 mn, l'Académie se forme en Comité secret.

COMITÉ SECRET

A la majorité absolue des suffrages exprimés, sont élus pour l'année 1983 : Président, M. Jean Bernard; vice-Président M. André Blanc-Lapierre; Membres des Commissions administratives : MM. Alain Horeau et Georges Millot.

La composition du Comité Académique des Applications de la Science (C.A.D.A.S.) est adoptée comme suit :

— M. Jean-Paul Aubert, Professeur à Paris-VII, chef de l'Unité de Physiologie cellulaire à l'Institut Pasteur;

— M. André Blanc-Lapierre, Membre de l'Académie des Sciences;

— M. Jacques Blamont, Membre de l'Académie des Sciences;

— M. Pierre Bouvard, Chef du Département des recherches forestières à l'Institut National de la Recherche Agronomique;

— M. André Cauderon, Membre de l'Académie des Sciences;

— M. Pierre Charlotte, Correspondant de l'Académie des Sciences;

— M. Hubert Curien, Président du Centre National d'Études Spatiales;

— M. Robert Dautray, Membre de l'Académie des Sciences;

— M. Alexis Dejou, délégué général à l'Électricité de France;

— M. Claude Guillenrà, Correspondant de l'Académie des Sciences;

— M. Jean Krautter, Directeur de l'Informatique, des Télécommunications et des Automatismes du groupe Peugeot-Citroën-Talbot;

— M. Pierre Londe, Ingénieur-conseil et expert en Génie civil, Géotechnique, Mécanique des roches;

— M. André Maréchal, Membre de l'Académie des Sciences;

— M. Pierre Potier, Correspondant de l'Académie des Sciences;

— M. Éric Spitz, Directeur technique et de la recherche THOMSON-CSF;

— M. Michel Winttenberger, Directeur scientifique du groupe Pechiney-Ugine Kuhlmann.

A la majorité absolue des suffrages exprimés, les Membres du Comité des Relations Internationales (CORI), sont ainsi désignés :

MM. Marcel Bessis, Gustave Choquet, Maurice Fontaine, André Guimier, Henri Lacombe et Bernard Pullman, auxquels sont adjoints deux Membres de droit : MM. Jean Coulomb et Jacques Bénard.

L'Académie adopte à l'unanimité la création du Prix Léon Lutaud, Grand Prix de Géologie dont l'intitulé est le suivant :

« Prix biennal, fondé à l'occasion de l'élection de Jean Aubouin à l'Académie des Sciences par une souscription et une dotation du Comité National Français de Géologie, et destiné à récompenser des travaux qui font progresser l'une ou l'autre discipline de la Géologie. »

La séance est levée à 18 h 35 mn.

R. C.


ACADÉMIE DES SCIENCES

SÉANCE SOLENNELLE DU 6 DÉCEMBRE 1982

PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

M. Pierre Jacquinot prononce l'allocution suivante :

Ceux d'entre vous qui sont familiers de cette séance solennelle savent que nous la commençons toujours en évoquant la mémoire de ceux qui nous ont quittés au cours de l'année écoulée. Quinze fois je me suis levé au début d'une de nos séances hebdomadaires pour annoncer à mes confrères attristés le décès d'un des nôtres et observer ensemble une minute de silence. En outre un nouveau décès, celui d'un de nos membres est intervenu depuis notre dernière séance hebdomadaire. Ainsi six membres, deux associés étrangers, et huit correspondants ont disparu depuis décembre 1981. Seize hommes aux personnalités très diverses, qui tous ont apporté à la connaissance et à l'action scientifiques des contributions importantes.

Paul Laffitte, décédé à Paris le 24 décembre 1981, est né à Marseille en 1898. Mobilisé pendant la première guerre mondiale, il fit preuve d'un grand courage et fut gravement atteint, par l'ypérite : il en conserva des difficultés respiratoires, surtout pendant ses dernières années et nous nous rappelons encore les longues crises de toux qui l'affectaient souvent. Après sa thèse, il fut nommé Maitre de conférences à la Faculté des Sciences de Nancy': c'est là que, jeune étudiant, j'ai connu ce jeune Professeur débutant dans l'enseignement de la chimie. En 1941, il fut nommé Maître de Conférences à la Faculté des Sciences de, Paris, puis en 1950 Professeur dans la chaire où, trente ans plus tôt, avait débuté, sous la direction du grand chimiste Le Chatelier, sa carrière scientifique. C'est en 1969 qu'il fut élu dans notre Compagnie à laquelle il était extrêmement attaché.

Les travaux scientifiques de Paul Laffitte furent presque tous consacrés, dans une oeuvre d'une remarquable continuité, aux diverses formes de combustion dans différents milieux explosifs gazeux ou solides. Il introduisit des méthodes expérimentales originales permettant d'étudier les différents stades du processus réactionnel et d'en explorer les


194 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (6 décembre 1982)

mécanismes moléculaires à la lumière de la théorie des réactions en chaîne. Pendant plusieurs décennies, il a fait oeuvre de pionnier dans cette voie, animant une équipe de jeunes collaborateurs auxquels il a su communiquer sa passion pour la recherche et son exceptionnelle discipline de travail.

Alfred Fessard, décédé à Paris le 20 février 1982, est né à Paris en 1900. Il était Professeur Honoraire au Collège de France et était Membre de l'Académie des Sciences depuis 1963. Il fut, en 1947, le créateur d'un Centre de Physiologie Nerveuse et d'Electrophysiologie qui devait par la suite devenir un des plus grands et des plus fameux laboratoires du C.N.R.S. implantés à Gif-sur-Yvette. Son rayonnement dans le domaine de la physiologie nerveuse fut considérable. Il fut le premier en France, en 1926, à enregistrer un potentiel électrique d'action nerveux et toute son oeuvre expérimentale devait reposer par la suite sur le développement des méthodes d'amplification et d'enregistrement. Il fut ainsi l'un des premiers à mettre en oeuvre une méthode d'exploration intracellulaire des neurones au moyen de microélectrodes ultrafines. Son oeuvre se situe, comme il l'a écrit lui-même, entre les deux pôles représentés l'un par les processus biophysiques élémentaires, l'autre par les manifestations psychophysiologiques globales, dans une région ou le neurophysiologiste se rencontre d'un côté avec le biologiste cellulaire, et de l'autre avec le médecin et le psychologue. C'est dans ce domaine que se situe son étude systématique des problèmes posés par le fonctionnement du cerveau. Par exemple, les faits observés grâce à l'exploration intracellulaire des neurones l'ont conduit à une conception théorique des événements élémentaires qui peuvent sous-tendre la formation de nouvelles liaisons à l'intérieur du cerveau.

C'est un grand physiologiste, et un confrère d'une rare distinction, que l'Académie a perdu en Alfred Fessard.

Paul Bastien est décédé à Paris le 26 avril à l'âge de 75 ans. Il avait été élu Membre de l'Académie en 1967 dans ce qui était alors la Division des Applications des Sciences. Sa triple carrière d'enseignant, de chercheur et d'industriel fut consacrée à la métallurgie. Ses principales responsabilités d'enseignement étaient à l'École Centrale des Arts et Manufactures dont il était sorti premier en 1929. Mais il enseigna aussi dans plusieurs autres écoles d'ingénieurs. Ses recherches ont été menées d'une part à l'École Centrale dont il était Directeur du Centre de Recherches Physiques depuis 1953, et d'autre part dans les laboratoires de la Société des Forges et Ateliers du Creusot, devenue ultérieurement Creusot-Loire. Il fit des études sur des métaux divers, leur corrosion et leurs déformations. Il obtint des résultats importants dans l'étude de la fragilisation du fer et de ses alliages par l'hydrogène et d'autres gaz. En particulier, il découvrit de nouvelles nuances d'acier résistant à l'action de l'hydrogène sulfuré gazeux contenu dans le gaz de Lacq. Il n'est pas exagéré de dire que sans cette découverte, le gisement de Lacq aurait dû être abandonné, privant ainsi notre pays d'une source d'énergie dont nous profitons encore. En tant qu'industriel, il était Directeur Scientifique de Creusot-Loire et contribua puissamment au développement de laboratoires où furent menées de nombreuses études de grand intérêt en métallurgie. Paul Bastien, homme de science et d'action, fut le digne successeur des grands métallurgistes français Le Chatelier, Guillet, Portevin, Chevenard et Chaudron, qui furent tous Membres de l'Académie.

André Aubrévffle, né le 30 novembre 1897 à Pont-Saint-Vincent (Meurthe-et-Moselle) est décédé à Paris le 11 août. Il était entré à l'Académie en 1968 dans la section d'Économie Rurale d'alors. Il était ancien élève de l'École Polytechnique et de l'École


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (6 décembre 1982) Vie Académique — 195

Nationale des Eaux et Forêts de Nancy. Sa carrière s'est déroulée ensuite presque entièrement dans le corps forestier d'Outre-Mer dont il a été successivement Inspecteur, puis Inspecteur Principal en 1931, Conservateur en 1938 et enfin Inspecteur Général en 1946. Il fut ensuite, en 1958, nommé Professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle et Directeur du Laboratoire de Phanérogamie, fonctions qu'il a occupées jusqu'à sa retraite en 1968.

Son oeuvre scientifique comprend de nombreux mémoires et livres sur la systématique et la phytogéographie des flores tropicales, sur l'écologie et la biologie des forêts des pays chauds, en particulier un important ouvrage sur les climats, les forêts et la désertification de l'Afrique tropicale paru en 1949. Son nom est resté lié à une méthode de sylviculture qu'il avait imaginée. Cette oeuvre scientifique a été intimement liée aux fonctions administratives qu'il a occupées.

André Romain Prévôt, né en 1894, et qui s'est éteint à Clamart le 21 novembre, était Membre de l'Académie depuis 1963 où il avait été élu, comme beaucoup de pastoriens à cette époque, dans la Section d'Économie Rurale. Ce spécialiste, mondialement connu, des microbes anaérobies, avait fait, avant la première guerre mondiale, des études de minéralogie. Mais la guerre attira son attention vers les souffrances humaines et il fit ensuite ses études de médecine. Ce qui ne l'empêcha pas de poursuivre des études purement scientifiques, et d'entrer en 1922 à l'Institut Pasteur, où il fit ensuite une longue et très productive carrière scientifique. Là il accomplit un labeur de toute une vie, isolant des espèces nouvelles, les caractérisant, précisant les modes de détermination et donnant les clés d'identification. Dès 1940 il publie un manuel de classification des anaérobies devenu un grand classique, puis en 1961 un traité de systématique bactériologique, des anaérobies en particulier. André Romain Prévôt fut un Membre très assidu de notre Académie. En témoignage d'attachement à notre Compagnie et d'admiration pour Pasteur, qui avait ouvert le domaine auquel il s'était consacré, il avait fait récemment une donation à l'Académie pour que soit créée une Médaille Pasteur, en or, à attribuer chaque année à un chercheur en bactériologie.

André Romain Prévôt, homme modeste et profondément humain, aura eu pendant ses dernières années, encore très actives, la satisfaction de voir attribuer cette médaille quatre années de suite.

Jacques Benoit, né à Nancy en 1896 est décédé à Paris le 1er décembre. Il avait été élu membre de l'Académie en 1977. Il fut à Strasbourg l'un des plus brillants élèves de Pol Boin, fondateur d'une des plus prestigieuses écoles d'endocrinologie de l'époque, école qu'illustrèrent aussi plusieurs de nos confrères, dont notre Secrétaire Perpétuel Robert Courrier. De 1952 jusqu'à sa retraite il occupa une chaire d'Histophysiologie au Collège de France. On lui doit des découvertes fondamentales dans trois disciplines différentes de la biologie. D'abord, dans la démonstration, chez l'oiseau, du concept, aujourd'hui classique, de la bisexualité potentielle. Ensuite sur le rôle du tissu intersticiel testiculaire dans la production de l'hormone mâle. Enfin, dans le domaine de la photobiologie, qu'il illustra d'expériences célèbres, enseignées aujourd'hui dans toutes les universités, sur le rôle de la durée des jours et de l'éclairement dans les mécanismes de la reproduction. Il découvrit en particulier qu'il existe des photorecepteurs non rétiniens localisés dans les structures cérébrales, et aussi qu'il existe un couplage entre Phypotholamus et l'hypophyse par l'intermédiaire de fonctions neurohormonales. Jacques Benoit est considéré comme l'un des fondateurs de la neuroendocrinologie moderne.


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Eugène Wegmann, Né en 1896 à Schaffhouse, en Suisse, est décédé à Neuchâtel le 7 janvier. Il était Membre Associé de notre Compagnie depuis 1978, alors qu'il était correspondant depuis 1970. De 1924 à 1940, il fut géologue, en Norvège, en Finlande, puis au Groenland, avant de venir occuper pendant 24 ans la célèbre chaire de Géologie de Neuchâtel. Par cet itinéraire à travers le monde, Eugène Wegmann avait exploré les chaînes de montagne en profondeur, depuis les plis et les nappes superficielles du Jura et des Alpes, jusqu'aux vieux socles cristallins, nés à 25 Ion de profondeur. De cette expérience comparative unique jaillit une moisson de méthodes et d'interprétations nouvelles en Géologie : l'analyse géométrique et cinématique des déformations, la notion d'étages tectoniques aux styles tectoniques caractéristiques, celle de tectoniques superposées, le rôle des déformations du socle dans la tectonique de couverture, la tectonique comparée. Pendant un demi-siècle, la voix pertinente et les paraboles imagées mais non schématiques de Eugène Wegmann ont renouvelé la Géologie des chaînes de montagne.

Roger Stanier, décédé à Bullion le 29 janvier, naquit au Canada en 1916; il était Associé Étranger de l'Académie depuis un an seulement. Il a d'abord été. Professeur de Biologie à l'Université d'Indiana puis à l'Université de Californie, de 1947 à 1971. En 1971, il est venu s'installer à l'Institut Pasteur où il a dirigé le service de Physiologie Microbienne jusqu'à sa mort. Son premier travail fut déjà un coup de maître puisqu'il parvint à isoler en culture pure des bactéries cellulolytiques, ce qui n'avait jamais été réalisé. Grâce à ce résultat, il fut en mesure d'étudier la décomposition des polysaccharides par ces organismes. Roger Stanier a étudié des microorganismes très variés, en essayant toujours de lier leurs propriétés et leur classification avec leur biochimie. De ces études sont sorties de nombreuses découvertes de première importance; notamment : l'élucidation de nombreuses voies biochimiques, le principe de l'induction séquentielle dans les synthèses protéiques, les propriétés des ribosomes et leur rôle dans la synthèse protéique, le rôle des caroténoïdes et de la chlorophyle chez les procaryotes, une interprétation nouvelle de la photosynthèse bactérienne et de ses relations avec la photosynthèse des plantes. Plus que tout autre, il a défini les différences principales entre cellules procaryotes et eucaryotes pour en tirer des conclusions fondamentales au point de vue évolutif.

Charles Guillaud, né en 1900, décédé à Meudon le 31 décembre 1981, était correspondant dans la Section de Physique depuis 1975. Il était Directeur de Recherche honoraire au C.N.R.S. et Directeur honoraire du laboratoire de Magnétisme et de Physique du Solide, important laboratoire du C.N.R.S. à Bellevue, qu'il avait fondé. Son oeuvre porte sur les propriétés des substances magnétiques et notamment sur des composés remarquables appelés ferrites, qui ont reçu des applications industrielles considérables. Sa recherche fut abordée avec une véritable doctrine qui n'était autre que le concept fondamental de ce qu'on a appelé par la suite la « Science des Matériaux ». Il fut ainsi un véritable précurseur dans le développement de cette science en France.

René Morquer, Correspondant dans la Section de Biologie Animale et Végétale depuis 1968, né à Paris en 1893, est décédé à Toulouse le 12 février. Il a été Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, puis, depuis 1952, Directeur de Recherche au C.N.R.S. Son oeuvre scientifique a été consacrée à la mycologie, dans un esprit essentiellement physiologique. Il a apporté de nombreuses contributions à la connaissance de l'action pathogène de différents champignons sur l'homme, l'animal et la plante. Certaines de ses études très subtiles et originales, ont eu des applications notables dans la culture de la


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vigne, l'alimentation du bétail, ou la conservation des forêts de pins de Cerdagne, attaquées par un cryptogame appelé Armillaria « Couleur de Miel ».

Jean Chevé, né en 1908 et décédé le 12 mars à Saint-Astier avait été élu Correspondant en 1966 dans ce qui était alors la Section d'Economie Rurale. Il était ancien Directeur de l'annexe de l'Institut Pasteur à la Roche-Beaulieu, et Membre Fondateur du Centre de Transfusion Sanguine de la Dordogne. Ses études in vitro et in vivo de différents germes de maladies animales, notamment la tularémie, les vibrioses et les brucelloses ont eu des applications pratiques fort utiles à l'art vétérinaire.

Joseph Kampé de Fériet, né en 1893, était correspondant de l'Académie depuis 1954; il s'est éteint à Lille le 6 avril. Il fut Maître de Conférences de Mécanique à Lille dès 1919, puis Professeur et Directeur de l'Institut de Mécanique des Fluides depuis sa création en 1930. Sous son impulsion, cet Institut acquit rapidement une importance considérable, tant par l'originalité des installations que par l'orientation des recherches, nouvelles à l'époque, sur la turbulence. Son oeuvre en mécanique couvrit un vaste domaine, et par exemple, s'étendit à de nouvelles conceptions et recherches sur la théorie de l'Information. Il resta actif jusqu'à une période très avancée de sa vie.

Frédéric Bremer, Correspondant dans la Section de Biologie Humaine et Sciences . Médicales depuis 1959, né à Arlon en 1892 est décédé à Bruxelles le 7 avril. Sa carrière s'est déroulée à l'Université de Bruxelles, et ses travaux sur la physiologie du système nerveux lui avaient acquis une renommée internationale. Il a fait oeuvre de pionnier dans ce domaine, puisque certains de ses travaux datent de l'époque.où l'électroencéphalographie venait de naître. Il est émouvant de retrouver dans son dossier de très élogieuses « Réflexions sur l'oeuvre de Frédéric Bremer » rédigées par cet autre grand maître de la physiologie nerveuse que fut Alfred Fessard, dont j'ai évoqué la mémoire il y a quelques instants.

Pierre Wertheimer, né en 1892, et décédé à Lyon le 24 mai, avait été élu correspondant en 1971 dans ce qui était alors la Section de Médecine et de Chirurgie. Il était Professeur Honoraire de clinique chirurgicale à l'Université de Lyon. Son oeuvre concerne la neurochirurgie et la chirurgie vasculaire. Il était spécialiste de la pathologie des tumeurs cérébrales, s'attachant surtout à la chirurgie fonctionnelle, moins mutilante que la chirurgie d'exérèse. C'est Pierre Wertheimer qui a créé le premier service français de neurochirurgie. C'est un très grand chirurgien qui a disparu avec lui.

Adolphe Portmann, correspondant dans la Section de Biologie Animale et Végétale depuis 1974, est décédé à l'âge de 85 ans à Binningen-Bâle le 28 juin. Il était Professeur Emérite à l'Université de Bâle. Il a travaillé pendant longtemps dans nos laboratoires maritimes en France et ses premiers travaux ont porté sur l'Ontologie et l'Ecologie des Mollusques Céphalopodes. L'oeuvre de Portmann sur la cérébralisation des mammifères est d'une grande importance et est citée dans tous les traités relatifs à la croissance du cerveau. Il a aussi écrit des ouvrages généraux qui en font un des meilleurs représentants de la biologie à tendance philosophique.

Pierre Châtelain, Professeur Honoraire de l'Université de Montpellier après avoir dirigé la Chaire de Minéralogie-Cristallographie, est décédé le 5 septembre à l'âge de 75 ans. Il était correspondant depuis 1970. Son oeuvre scientifique se rapporte à l'Optique, à la Cristallographie et surtout à l'étude de ces états de la matière qu'on appelle cristaux


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liquides. Il a publié sur ces composés, soit seul, soit avec ses élèves, des résultats d'importance capitale; et l'École- de Montpellier de Pierre Chatelain est universellement connue de ceux, scientifiques et industriels, qui portent un intérêt à cet état si curieux de la matière dont les applications se sont largement développées ces dernières années.

Permettez-moi maintenant de vous faire part de quelques réflexions au sujet de notre Académie, ou plus généralement des académies des sciences dans leur ensemble. Certes, ce genre de préoccupation n'est pas nouveau. Mais il est du devoir de tous ceux qui participent à la vie d'une académie, et plus spécialement de ceux qui ont accepté d'y exercer des responsabilités, de garder constamment à l'esprit, au-delà de la vie quotidienne de leur compagnie, le problème fondamental qui est celui de sa mission elle-même. On peut, évidemment, m'objecter que tout a été dit et redit sur la question depuis le XVIIe siècle qui a vu la naissance des grandes académies en Europe, et que, si « les temps changent », comme on dit, les académies. savent bien s'adapter insensiblement à l'évolution des sociétés. Mais, après tout, ce qui a déjà été dit peut toujours être redit, surtout si cela n'a pas toujours été bien entendu. Quant à l'adaptation insensible et progressive — adiabatique, diraient les physiciens — il n'est pas évident qu'elle se produise toujours parfaitement et, en réalité, elle se fait plutôt par à-coups. La préoccupation dont je parle n'est peut-être pas bien originale, mais elle n'est certainement pas stérile. Et si j'avais voulu ne pas y céder, deux faits m'y auraient ramené. Le premier s'est produit à l'occasion de la célébration du centenaire de l'Académie Italienne Nationale des Sciences dite des 40, en septembre dernier à Rome. Cette académie est fort prestigieuse; elle compta, par exemple Ampère et Arago parmi ses associés étrangers, et trois de nos confrères en sont membres actuellement. Elle avait invité à cette célébration les présidents ou représentants de toutes les académies des sciences dans le monde et beaucoup d'entre eux étaient effectivement venus. A la suite des cérémonies officielles l'Académie italienne avait organisé un colloque de deux jours dont le sujet était « Les académies des sciences vers les années 2000 ». Sujet bien vaste il est vrai, et il ne fallait certes pas attendre du colloque qu'il tint complètement les promesses de ce titre ambitieux. Mais plusieurs exposés et quelques discussions furent intéressants. En tout cas ils montrèrent la réalité et l'actualité de la question. Mais, rassurez-vous, je ne veux ni faire un compte rendu de ce qui s'est dit pendant ce colloque de Rome, ni traiter du problème général des missions d'une académie. Parmi les différentes missions je me bornerai à en analyser une seule qui, peut-être, résume une partie des autres, si ce n'est toutes les autres. Un point particulier est essentiel pour l'analyse de cette mission. Le voici. Il est apparu, lors de ce colloque, encore plus clairement qu'on ne le savait déjà, qu'il existe une très grande diversité dans les fonctions et les missions des académies des sciences dans les différents pays. Dans certains pays, en effet, l'académie des sciences cumule toutes les fonctions qui sont, en France par exemple, celles de notre Académie, et celles des grands organismes de recherche comme le C.N.R.S., l'I.N.S.E.R.M., l'I.N.R.A., etc. Tel est le cas, par exemple, de l'Union Soviétique. C'est aussi le cas, avec quelques nuances, dans la plupart des pays de l'Est. Dans d'autres pays il n'y a que les fonctions purement « académiques » — sans donner à ce mot une connotation plaisante — ou déplaisante — sur lesquelles nous allons revenir dans un instant. Des solutions intermédiaires existent entre ces deux cas limites. Par exemple, en Suède, l'Académie Royale crée et gère un petit nombre d'instituts de recherche dans des domaines nouveaux,


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puis en remet la gestion a d'autres organismes lorsque ces instituts ont prouvé leur raison d'être et ont atteint un régime permanent. En plus, cette académie décerne, comme vous le savez, le Prix Nobel. En Grande-Bretagne, la Royal Society, qui est l'Académie des Sciences, a d'importantes responsabilités en matière d'échanges de chercheurs avec l'étranger. Aux Etats-Unis, l'Académie procède — en toute indépendance — à des études sur un grand nombre de questions scientifiques ou techniques et publie des rapports à la suite de ces études (de l'ordre de 400 par an); elle possède une puissante organisation pour lui permettre d'effectuer — ne serait-ce que matériellement — cet énorme travail. Un point commun à toutes les académies, c'est de comprendre des... académiciens, lesquels académiciens sont recrutés partout à peu près suivant les mêmes règles et, en tout cas, suivant les mêmes principes. Et ces académiciens, à cause de cela, ont à peu près partout les mêmes caractéristiques, parmi lesquelles il faut bien reconnaître quelque expérience, quelque sagesse et, le plus souvent, une réelle indépendance de situation et d'esprit. C'est grâce à ces caractéristiques qu'ils sont capables de se saisir — de leur propre initiative, ou en réponse à certaines demandes — de plusieurs questions importantes pour la vie de la science ou même de la société dans la mesure où la science y intervient. Ils émettent alors des avis sur ces questions soit seuls, soit avec l'aide d'experts choisis par eux et travaillant sous leur responsabilité. Et ils peuvent alors se permettre de dire des choses qu'eux seuls peuvent dire sans être suspectés d'une quelconque obédience. Parmi tous ces avis et ces prises de positions, certains relèvent d'une compétence purement scientifique ou technique. D'autres feront intervenir, en plus de cette compétence spécialisée, des jugements d'une nature plus générale ou plus humaine, par exemple déontologique ou même morale. Alors on peut dire que l'Académie agit comme une conscience, une conscience du monde scientifique et, pourquoi pas, dans certains cas une conscience scientifique du monde. Nombreux sont les cas, dans le travail d'une académie, où c'est véritablement cette notion de conscience qui joue le rôle le plus important. Il est facile d'en donner plusieurs exemples, même en se limitant aux actes que notre Académie a accomplis depuis notre dernière séance annuelle.

Il y a un peu moins d'un an, l'Académie a adressé un « Message » au grand Colloque National Recherche et Technologie qui s'est tenu en janvier 1982. On sait que ce Colloque National, organisé sous l'impulsion du Ministre de la Recherche et de la Technologie, avait été précédé d'une très large consultation auprès des milieux intéressés, à quelque titre que ce soit, par la recherche scientifique. Le Ministre, Monsieur Jean-Pierre Chevènement, avait demandé à notre Académie d'apporter sa contribution à ce colloque. C'est donc à sa demande qu'a été entreprise une étude qui s'est traduite par ce Message. Ce document de 25 pages traite notamment de l'unité de la Recherche, « une et diverse », des problèmes d'hommes et des instances d'évaluation, de l'information scientifique et ses rapports avec la culture collective. Il comporte un certain nombre de recommandations qu'il n'est pas question de rappeler ici, d'autant plus que certaines d'entre elles, qui tenaient pourtant fort à coeur à l'Académie, n'ont pas été vraiment suivies d'effet. Mais tel n'est-il pas, bien souvent, le sort des avis donnés par la conscience ? L'Académie ne s'attendait évidemment pas à ce que toutes ses recommandations fussent suivies. Elle tenait cependant à ce que son point de vue fût exprimé clairement et de façon durable. Aussi ce message a-t-il été imprimé et diffusé très largement.

Une autre étude a été entreprise par l'Académie, cette.fois encore à la demande du Ministère de la Recherche et de la Technologie, et porte sur le problème, assez brûlant, de l'usage de la langue anglaise par bon nombre de chercheurs français dans certaines de


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leurs publications ou dans leurs exposés dans des réunions internationales. En répondant à la demande du Ministre, l'Académie a tenu à montrer que ce point particulier n'était qu'une partie, relativement réduite, de l'ensemble des questions soulevées par la défense de la langue française menacée. Aussi a-t-elle intitulé le document de 19 pages qui exprime ses réflexions et ses recommandations : « La langue française et le rayonnement de la science française ».

L'Académie a attaché une grande importance à l'étude de ce délicat problème, dont ses membres sont particulièrement qualifiés pour apprécier les enjeux, tant pour l'avenir de la langue que pour la vitalité de la science française. Et on ne s'étonnera pas qu'elle ait, à l'issue de ses débats, choisi une option réaliste, aussi éloignée des deux options extrémistes que sont l'intransigeance et la résignation, options dont elle a souligné les dangers. Le rapport, publié en avril 1982, ne se borne pas à analyser ces dangers; il propose une série de mesures constructives. Dans ce problème, auquel la communauté scientifique française est très sensible, il me semble que l'Académie a bien joué le rôle de conscience de cette communauté.

Depuis quelques mois l'Académie a été très attentive à l'avenir de l'Université française, et elle a pris l'initiative de conduire une réflexion sur ce sujet et d'en exprimer les résultats sous forme d'une « Adresse à Monsieur le Ministre de l'Education Nationale sur la loi d'orientation des Enseignements Supérieurs », adresse dont le texte a été voté à la séance du 4 octobre 1982. Dans l'introduction de cette adresse il est précisé que cette étude ne constitue nullement un examen d'ensemble du problème mais que : « ...L'Académie des Sciences réunit des hommes de science qui, tous, se sont nourris des enseignements supérieurs français et les ont, à leur tour, nourris soit comme professeurs dans les universités, les établissements et les écoles, soit par leurs travaux scientifiques, soit au sein des laboratoires publics ou instituts semi-publics, privés, scientifiques ou industriels qu'ils ont dirigés. Ceci constitue une expérience vécue et une connaissance des méthodes et des moeurs indispensables à la réussite de ce redoutable devoir naturel : assurer pour la France des enseignements supérieurs fondés sur le progrès de la science et des techniques, respectueux de tous, et utiles aux hommes ». J'ai fait cette longue citation afin de bien montrer ce qui qualifie l'Académie pour jouer, au moment où vont être prises des décisions qui engageront l'avenir scientifique et culturel de notre pays pour des décennies, le rôle d'une conscience du monde universitaire et scientifique. Le document comporte 48 pages imprimées et il a été non seulement adressé aux autorités gouvernementales, mais aussi publié et largement diffusé. Cette « Adresse » n'est nullement polémique et elle a d'ailleurs été rédigée sans que l'Académie ait eu connaissance de projets précis ou de textes en préparation. Elle contient beaucoup de propositions positives, mais elle signale fermement un certain nombre de dangers qui devraient être évités. Il n'est pas dans la nature de cet exposé de les citer ici, et j'ai seulement voulu signaler l'action de l'Académie. Il n'est pas non plus dans les intentions de l'Académie de s'engager ensuite dans des polémiques, ou d'agir à la manière d'un groupe de pression. Elle a voulu faire connaître ses réflexions sur le sujet, dans une indépendance complète, et un complet désintéressement de tous ses membres. Le texte existe et il subsistera, quelles que soient les suites qui seront données à ses propositions ou à ses mises en garde. Il est bien vrai que quand la conscience parle elle n'est pas toujours écoutée, et elle le sait bien...

Il est d'autres domaines où une académie a la possibilité et même le devoir de faire entendre sa voix, avec des accents qui sont bien ceux d'une conscience morale. Je veux en citer deux. Il existe au sein de notre Académie un comité composé d'une dizaine de


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.membres élus et qui a pour mission de signaler et d'étudier les atteintes aux droits de l'homme dont sont victimes des hommes de science, dans quelque pays que ce soit. Ce comité CODHOS, c'est-à-dire Comité de Défense des Hommes de Science, a été présidé successivement par nos confrères A. Guinier et J. Dausset, puis maintenant F. Jacob. Trop nombreux sont, hélas, les cas douloureux qui relèvent de la compétence d'un tel comité. Certains sont bien connus, d'autres le sont moins, mais ne sont pas moins douloureux. Si le CODHOS estime qu'une action de l'Académie puisse être utile, celle-ci peut revêtir diverses formes telles que des lettres, des télégrammes ou même des visites à des responsables d'académies étrangères. Ces démarches sont faites soit directement par le CODHOS en la personne de son président ou de ses membres, soit par un Secrétaire Perpétuel ou le Président de l'Académie. Nous avons eu l'impression que ces démarches avaient pu être utiles dans quelques cas, et même une fois, nous en avons eu la certitude.

Il est un autre domaine où notre Académie a eu l'occasion de participer, au cours de l'année écoulée, à une action de type moral : c'est celui de la menace que fait peser sur l'humanité le danger d'une guerre nucléaire. Une quinzaine d'hommes de science représentant différentes académies se sont réunis, d'abord à Vienne en février 1982, puis à Londres en mars, puis à Rome en juin pour élaborer un document rappelant les estimations les plus vraisemblables des résultats de l'emploi des armes nucléaires et l'impuissance de la science à en pallier les effets, et lançant un appel solennel à toutes les nations pour que tout soit mis en oeuvre pour éviter un tel désastre. Evidemment de très nombreux appels de ce genre ont déjà été-lancés de toutes parts, mais cette fois les scientifiques qui ont participé à ces réunions ont pensé qu'il était nécessaire qu'une voix se fit entendre, représentant la conscience de la communauté scientifique mondiale. Il a été estimé en outre qu'il serait bon qu'à cette voix se joignit celle des principaux leaders moraux et religieux du monde entier. C'est pourquoi une réunion finale se tint à Rome en septembre dernier, sous les auspices de l'Académie Pontificale des Sciences, réunion qui groupait, cette fois, une soixantaine d'hommes de science, dont les présidents de presque toutes les académies des sciences, venues de l'Est et de l'Ouest, des pays développés ou en voie de développement. Je tiens à préciser, en passant, que l'Académie Pontificale des Sciences n'a aucun caractère confessionnel et qu'elle groupe environ 70 savants de toutes nations choisis de façon absolument indépendante de toute considération confessionnelle. Plusieurs français membres de notre Académie en sont membres. Au cours de deux jours de réunion, une version finale du document fut élaborée et adoptée — à titre personnel, car ils n'avaient pas pu consulter leurs académies sur le texte final — par tous les présents. Cette déclaration fut remise au pape Jean Paul II à l'issue de la réunion, le 24 septembre. Ici encore, il n'est pas de mon propos d'analyser le texte. Je veux seulement en extraire une phrase car elle me semble très en accord avec le thème que je développe aujourd'hui : « C'est le devoir des scientifiques d'empêcher l'usage pervers de leurs découvertes et d'affirmer que l'avenir de l'humanité dépend de l'acceptation, par toutes les nations de principes moraux transcendant toutes les autres considérations ». Certes le contenu de ce texte est important, mais ce qui est le plus important, je crois, c'est le fait que les présidents ou représentants des principales académies des sciences du monde entier se soient réunis pour lancer cet appel. Ici, je crois qu'on peut dire que ces académiciens ont joué, plus encore que le rôle de conscience du monde scientifique, celui de conscience scientifique du monde. C'est cette réunion à l'Académie Pontificale des Sciences qui a constitué le deuxième fait m'ayant amené à choisir comme thème de mon discours d'aujourd'hui ce rôle de conscience que jouent les académies des sciences.


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Bien entendu ce rôle de notre Académie est seulement l'un de ses rôles. De même elle ne prétend nullement être la seule à pouvoir le jouer. Nous savons tous qu'il existe des associations ou groupements qui se sont donné pour tâche, pour certains de défendre les hommes de science, pour d'autres d'étudier les problèmes liés à la responsabilité de la Science. L'un d'eux, le Mouvement Universel pour la Responsabilité Scientifique a été créé par le Recteur Mallet et sera probablement présidé bientôt par notre confrère Jean. Dausset. D'autre part, ceux qu'on appelle les Sociétés Savantes ont aussi, parmi leurs missions, des responsabilités du même ordre.

Il est aussi nécessaire de prévoir qu'une académie puisse jouer, dans certaines occasions, un rôle ressortissant beaucoup plus à une conscience proprement scientifique. L'histoire nous a montré au cours des âges, et même sans qu'il soit nécessaire de remonter beaucoup le cours du temps, des exemples d'aberrations scientifiques, quelquefois plus ou moins collectives, le plus souvent dues à l'immixtion d'éléments idéologiques dans des problèmes de nature purement scientifique. Et nul n'oserait prétendre que cela ne se reproduira jamais. Ici, l'intervention d'une académie pourrait être déterminante pour éviter de telles aberrations ou, au moins, pour empêcher qu'elles ne fassent trop de ravages. Dans de pareils cas, comme d'ailleurs dans ceux que j'ai cités précédemment, l'indépendance totale de l'Académie est une condition essentielle. C'est pourquoi le système que nous avons en France me semble bien préférable aux systèmes dans lesquels l'Académie des Sciences exerce aussi les fonctions de nos grands organismes de recherche. L'aspect « conscience » du rôle d'une académie ne peut être pleinement assumé que s'il y a, si je puis dire, « séparation des pouvoirs ». Cette image semble d'ailleurs impliquer la notion d'un « pouvoir académique », si toutefois on peut rapprocher ainsi deux mots qui semblent si peu faits pour être associés : bien entendu, ce « pouvoir » est de nature essentiellement morale, en ce qui concerne les problèmes que j'ai évoqués aujourd'hui.

De nombreuses objections peuvent être faites à la thèse que j'ai tenté de vous présenter. La première consisterait à accuser l'Académie de se croire infaillible. Cette objection s'appliquerait à tous les cas, mais particulièrement au cas de ce que j'ai appelé, il y a quelques instants, des « aberrations scientifiques ». Il me semble que cette objection est parfaitement recevable. Nulle personne physique ou personne morale ne peut prétendre à l'infaillibilité. Il ne saurait y avoir de certitude absolue qu'une académie ne se trompe pas, mais seulement une probabilité. Mais, étant donné le contenu de compétence et d'indépendance — j'insiste encore sur ce mot — d'une académie, la probabilité en question doit être élevée. Telle est ma réponse à la première objection.

La deuxième objection concernerait le caractère conservateur et — pourquoi pas — rétrograde de l'Académie; on a même pu lire « voire élitiste », comme si cela était le plus grave des péchés. Et, bien entendu, ce caractère ne pourrait que se perpétuer puisque les académiciens sont cooptés. Cette objection est facile et, de plus, elle est à la portée de n'importe qui. Certes toute institution de ce genre doit être attentive à ne pas mériter certains de ces reproches, en se gardant bien toutefois de perdre sa sagesse, qui est l'essentiel de sa force. Notre académie a donné assez de preuves ces dernières années de son souci d'innovation pour pouvoir repousser toute critique d'immobilisme. Et les différents documents qu'elle a élaborés et auxquels j'ai fait allusion comportent, pour qui sait les lire, suffisamment de propositions constructives pour qu'elle' ne puisse être suspectée d'aucun négativisme. J'ai pu paraître, à l'instant, prendre une attitude quelque peu défensive; mais il eut été puéril de ma part d'ignorer ces objections ou hypocrite de feindre de les ignorer.


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Avant de terminer cet exposé, et en marge de son sujet principal, j'aimerais revenir sur l'une des dernières innovations de l'Académie. Il s'agit de la création du Comité Académique des Applications de la Science. On peut dire que l'acte de naissance de ce Comité est daté de la semaine dernière, 29 novembre 1982. C'est en effet à cette dernière séance de l'Académie qu'ont été élues les huit personalités du monde de la Technologie qui vont constituer, avec huit personnalités appartenant à l'Académie et désignées par elle en juillet dernier, le premier noyau du Comité. Ces seize pionniers vont pouvoir se mettre immédiatement au travail pour définir leurs modalités de fonctionnement et faire des propositions pour un élargissement du Comité au double de l'effectif actuel, élargissement devant intervenir dans quelques mois. Ensuite le Comité sera prêt à jouer le rôle pour lequel il a été créé, dans le domaine qui est le sien, et dans un esprit très proche de celui qui anime l'Académie dans ses actions. C'est avec un très grand plaisir que je salue la présence aujourd'hui sous cette coupole de la plupart des huit personnalités extérieures qui ont été élues dans le nouveau Comité.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention. Nous allons entendre maintenant la lecture du palmarès des prix, grands et moins grands, que l'Académie a décernés cette année. Il y a, dans cette liste, environ 80 prix. Le choix des lauréats est aussi, pour nous, un peu un rôle de conscience; mais, cette fois, les débats de conscience sont purement internes et c'est l'Académie qui a le dernier mot.



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LISTE DES PRIX ET SUBVENTIONS ATTRIBUÉS EN 1982

GRANDS PRIX

PRIX CHARLES-LÉ0POLD MAYER (220000 F). — Le prix est également partagé entre Mme Barbara McClintock, sur le rapport de M. FRANÇOIS JACOB et M. Armin Braun, Professeur honoraire de l'Université Rockefeller, sur le rapport de M. ROGER GAUTHERET.

Barbara McClintock est l'une des plus célèbres généticiennes des États-Unis. Née en 1902, elle travaille depuis plusieurs dizaines d'années au laboratoire de Cold Spring Harbor près de New York. Toutes ses recherches ont porté sur l'étude de l'hérédité du maïs. Elle ne s'est pas contentée de travaux fondamentaux en génétique. Elle a longtemps travaillé, dans divers pays en voie de développement d'Amérique du Sud pour y sélectionner des lignées de maïs adaptées à chaque région. Elle est membre de l'Académie des Sciences des États-Unis depuis 1944.

En 1950, elle a découvert l'existence d'éléments génétiques nouveaux, capables de sauter d'une place à une autre sur un chromosome ou même d'un chromosome à un autre. Longtemps restée un phénomène isolé, cette situation a maintenant été retrouvée dans tous les organismes, y compris chez l'homme. On considère aujourd'hui que les éléments découverts par Barbara McClintock, et appelés éléments transposables, sont à l'origine de la plupart des mutations survenant chez tous les organismes. C'est sur ces éléments et les remaniements qu'ils entraînent dans les gènes que se fonde principalement l'évolution.

L'oeuvre scientifique d'Armin Braun a été entièrement consacrée à l'étude de la transformation tumorale de la cellule végétale. Travaillant sur une tumeur d'origine bactérienne, il a constaté que la bactérie spécifique provoque eh quelques heures une transformation tumorale qui se maintient ensuite en l'absence de cette bactérie. Il a démontré que cette dernière inocule dans la plante, à l'occasion de blessures, une macromolécule qui est le véritable agent transformant. Il a enfin établi d'une manière irréfutable, en travaillant sur des cellules isolées, que la transformation tumorale n'est pas définitive mais peut régresser lorqu'une cellule redonne une plante.

Les travaux récents sur la transformation tumorale de la cellule végétale, particulièrement ceux qui mettent en oeuvre les méthodes de la Biologie moléculaire sont inspirés des travaux d'Armin Braun et n'ont fait que confirmer ses conceptions.

PRIX AMPÈRE DE L'ÉLECTRICITÉ DE FRANCE (200000 F). - Le prix est décerné à M. Paul-André Meyer, Directeur de Recherche au C.N.R.S., sur le rapport de M. GUSTAVE CHOQUET.

La thèse de Paul-André Meyer, le place d'emblée en 1961 au plan international dans le peloton de tête des probabilistes, et le désigne comme l'un des principaux successeurs en France du grand probabiliste Paul Levy. Il y introduit ou reprend sous des formes nouvelles, des notions qui vont aussitôt devenir des outils-clefs :


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Théorie des fonctionnelles multiplicatives et additives de Markov, théorie générale des processus stochastiques, intégration stochastique. A l'exemple des Américains J. L. Doob et G. Hunt, et du Soviétique E. B. Dynkdin, il y développe des liens fructueux entre Théorie du Potentiel et probabilités.

C'est à Strasbourg en 1967, que Paul-André Meyer crée son Séminaire de Probabilités, pépinière de jeunes chercheurs Français et l'un des meilleurs centres mondiaux de recherche probabiliste. Son sens aigu du « beau, simple et profond » joint à une grande capacité de travail et à une grande clarté d'exposition, permet à Paul-André Meyer d'élaborer, de mettre en oeuvre et d'exposer de façon convaincante, des notions fondamentales et des concepts de toute première importance.

PRIX DU COMMISSARIAT A L'ÉNERGIE ATOMIQUE (180 000 F). - Le prix est décerné à M. Yves Laporte, Professeur au Collège de France, sur le rapport de M. ALFRED JOST.

Yves Laporte est un expérimentateur de grand talent. Son oeuvre scientifique porte sur divers problèmes de Neurophysiologie; mais sa contribution la plus marquante concerne la physiologie des fuseaux neuro-musculaires. Il s'agit de structures extrêmement complexes situées dans les muscles striés et qui servent à la fois de détecteurs et d'éléments d'information essentiels dans la régulation de la contraction musculaire. La voix, les mouvements de la main ou la posture, par exemple, sont en effet contrôlés par des servo-mécanismes que l'oeuvre d'Yves Laporte a grandement contribué à élucider.

PRIX JAFFÉ (50000 F). - Le prix est également partagé entre M. Henri Jammet, Chef du service de radiopathologie à l'Institut Curie, sur le rapport de M. RAYMOND LATARJET et M. Jean Montrerai, professeur à l'Université de Lille, sur le rapport de M. PIERRE DESNUELLE.

Le Docteur Henri Jammet dirige depuis 25 ans une équipe remarquable qui a pour mission les recherches sur les maladies causées par les rayonnements ionisants et les substances radioactives. Il s'agit d'un ensemble d'activités (dosimétrie radiologique, analyses radio-toxicologiques, investigations cliniques, dermatologiques, hématologiques, biophysiques et biochimiques, méthodes thérapeutiques médicales et chirurgicales) qui concourent à l'amélioration du diagnostic, du pronostic et du traitement des affections produites par les radiations. Ce service a assumé la prise en charge de plus de la moitié des grandes irradiations accidentelles survenues dans le monde (yougoslaves, belges, italiennes, algériennes) et d'un très grand nombre de brûlures radiologiques. La notoriété de ce service au plan international a été sanctionnée officiellement par l'Office Mondial de la Santé qui l'a reconnu comme Centre International de Radiopathologie pour l'Europe, l'Afrique et l'Asie.

Jean Montreuil a créé à la Faculté des Sciences et Techniques de Lille un grand laboratoire où l'on étudie par des techniques chimiques, physico-chimiques et physiques, la structure dans l'espace des chaînes glycanes complètes qui dans la Nature sont généralement liées à des protéines ou des lipides. Ces composés, appelés glycoconjugués jouent un rôle considérable dans divers processus de la vie cellulaire, notamment dans l'édification de motifs antigéniques et de récepteurs d'hormones et de toxines. Jean Montreuil poursuit également des travaux de Biochimie Appliquée sur la maternisation des laits, les glycoprotéines bactériennes à propriétés immunostimulantes et certains états


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pathologiques, les glycoprotéinoses, dont l'une des conséquences est une excrétion anormalement élevées de glycoprotéine dans l'urine. C'est enfin un pionnier de la chimie des sucres, domaine difficile en pleine expansion.

PRIX FONDÉ PAR L'ÉTAT : GRAND PRIX DES SCIENCES MATHÉMATIQUES ET PHYSIQUES (40000 F). - Le prix est décerné à M. Evry Schatzman, Directeur de Recherche au C.N.R.S., sur le rapport de M. JEAN-CLAUDE PECKER.

Toute l'oeuvre très vaste d'Evry Schatzman peut être caractérisée par le souci constant d'exploiter les apports de la physique pour acquérir une compréhension nouvelle ou renouvelée des grandes questions de l'astrophysique. L'étude des réactions thermonucléaires au sein des étoiles et de leur instabilité qui sont à l'origine du rayonnement stellaire, l'étude des atmosphères stellaires et particulièrement de celle du soleil avec la prise en compte des phénomènes de convection de diffusion et des divers types d'ondes qui s'y propagent, l'étude de la dynamique et de la stabilité des grands nuages absorbants qui permettent d'expliquer la formation des étoiles à partir de la matière diffuse, l'étude sur les relations entre rotation, magnétisme et degré d'évolution des étoiles qui a permis la prévision avant leur observation de phénomènes aujourd'hui confirmés,... la liste des sujets de recherche difficiles et décisifs auxquels s'est attaqué Evry Schatzman pourrait être aisément prolongée. Sur des domaines très variés de l'astrophysique; il a apporté des contributions fondamentales.

PRIX JOANNIDÈS (40000 F). — Le prix est également partagé entre MM. Guy Laval, et René Peliat, Directeurs de Recherche au C.N.R.S., sur le rapport de M. ROBERT DAUTRAY.

Guy Laval et René Peliat ont étudié ensemble, depuis le début de leurs recherches, la physique des plasmas. Dans leur oeuvre, on compte notamment des contributions essentielles à la théorie générale de la stabilité des plasmas et aux études concernant la stabilité magnétohydrodynamique, les instabilités macroscopiques non-hydrodynamiques, le confinement, les microinstabilités, le transport anormal, les effets, non-linéaires et la turbulence dans les plasmas, le confinement inertiel.

Théoriciens liés de très près aux expériences, Guy Laval et René Peliat ont contribué d'une manière substantielle à la place importante que la France tient dans le domaine des plasmas..

PRIX LAMB (30 000 F). — Le prix est décerné à M. Jacques Boileau, Directeur Scientifique de la Société Nationale des Poudres et Explosifs, sur le rapport de M. Louis MICHEL;

Jacques Boileau a joué un rôle majeur dans l'amélioration des performances des propergols solides utilisés dans les applications militaires et spatiales. Ses principales contributions portent sur les propergols dits « double base » où ses talents de chimiste l'on conduit à la synthèse de nouveaux produits nitrés constituant les poudres modernes, sur les propergols composites, mélange de perchlorate d'ammonium et d'une matière plastique, pour lesquels des progrès significatifs ont été réalisés dans le choix et la mise en oeuvre des polymères et notamment des polymères chargés. Jacques Boileau a également défini des formules nouvelles d'explosifs à forte densité et à grande vitesse de détonation. Éminent spécialiste et animateur dynamique ayant largement contribué depuis trente ans aux


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progrès des propergols solides français, actuellement très compétitifs avec les propergols étrangers, Jacques Boileau est également aujourd'hui un expert consulté et écouté sur les problèmes techniques et industriels que pose la transformation des matières plastiques.

RAPPEL :

PRIX RICHARD LOUNSBERY. - Le prix a été décerné conjointement à M. Pierre Chambon, Professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg et M. Jean-Pierre Changeux, Professeur au Collège de France.

Pierre Chambon a apporté une contribution capitale à notre connaissance du génome des eucaryotes.

1° par la première description, la première classification des enzymes de transcription, des enzymes catalysant la synthèse des ARN messagers des organismes supérieurs.

2° par la première analyse rigoureuse de la relation ADN Histone avec l'identification d'une unité structurale fondamentale appelée nucléosome.

3° par la découverte enfin de l'organisation discontinue du gène des eucaryotes.

On doit à Jean-Pierre Changeux, deux grandes découvertes :

1° Ses recherches expérimentales, dans le laboratoire de Jacques Monod, ont inspiré, fortifié, les concepts de transition allostérique, de protéine allostérique, des interactions allostériques, en somme de l'organisation moléculaire des circuits de régulation cellulaire.

2° Ses études plus récentes lui ont permis de découvrir, d'isoler, de purifier le récepteur de l'acétylcholine, de comprendre le mode d'action des venins de serpent, d'ouvrir à la neurobiologie des voies neuves.

Les pionniers de la biologie moléculaire étudiaient des bactéries, les colibacilles. Formés par eux; leurs disciples que nous honorons aujourd'hui se consacrent aux organismes supérieurs. Leurs découvertes vont avoir, en biologie et en médecine, de très grandes conséquences.

PRIX DE COMMISSIONS

MATHÉMATIQUES

PRIX FRANCOEUR (4000F). - Le prix est décerné à M.François Laudenbach, Professeur à l'Université Paris-Sud, pour ses travaux sur la topologie des variétés de dimensions 3.

PRIX CARRIÈRE (4 500 F). - Le prix est décerné à M. Gilles Pisier, Professeur à l'Université Pierre-et-Marie-Curie, pour ses travaux sur les espaces de Banach et la théorie des probabilités.

FONDATION SERVANT (10000 F). - Le prix est décerné à M. Thierry Aubin, Professeur à l'Université Pierre-et-Marie-Curie, pour ses travaux d'analyse non linéaire et leurs applications géométriques.


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MÉCANIQUE

PRIX MONTYON (6 000 F). - Le prix est décerné à M. Jean Delery, Chef de Division Adjoint à l'Office National d'Études et de Recherches Aérospatiales, pour ses travaux expérimentaux et théoriques sur l'interaction entre « onde de choc » et « couche limite turbulente ».

PRIX HENRI DE PAR VILLE (4000 F). - Le prix est décerné à M. Pierre Suquet, Attaché de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur l'élastoplasticité et sur la formulation des lois de comportement avec variables internes locales et globales.

PRIX EDMOND BRUN (10000 F). - Le prix est décerné à M. Thoai Sum Luu, Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux d'analyse et de modélisation numériques des écoulements en hydrodynamique navale et en aérodynamique des turbomachines.

ASTRONOMIE ET PHYSIQUE DU GLOBE

PRIX DAMOISEAU (4000 F). — Le prix est décerné à M. Christian Magnan, SousDirecteur de laboratoire au Collège de France, pour ses Recherches théoriques sur la solution précise des problèmes de transfert de rayonnement dans des enveloppes circumstellaires.

PRTX JANSSEN (médaille). — La médaille est décernée à M. Georges Michaud, Professeur à l'Université de Montréal, pour ses contributions essentielles à l'étude physique de la diffusion et de la séparation des éléments dans les atmosphères stellaires.

PRIX ANTOINE D'ABBADIE (10000 F). — Le prix est décerné à Mme Giusa Cayrel' de Strobel, Directeur de la Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur l'abondance des éléments dans les étoiles et dans la galaxie.

PRIX DESLANDRES (25 000 F). — Le prix est décerné à M. J. Loup Bertaux, Maître de la Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux de spectroscopie atomique qui ont renouvelé la physique de l'exosphèrè des planètes et du milieu interplanétaire.

GÉOGRAPHIE-NAVIGATION

PRIX AIMÉ LAUSSEDAT (4000 F). - Le prix est décerné à M. Georges de Masson d'Autume, Ingénieur Général géographe, pour ses travaux de stéréophotogrammétrie analytique.

FONDATION JACQUES BOURCART (4000 F). - Le prix est décerné à Mlle Chantai Andrié, Allocataire de la Délégation générale à la Recherche Scientifique et Technique, pour la poursuite de ses travaux sur la sédimentation organique,en mer.


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PRIX PLUMEY (5 000 F). - Le prix est décerné à M. Francis Hirsinger, Ingénieur de Recherche à l'Office National d'Études et de Recherches Aérospatiales, pour ses travaux sur la modélisation de la combustion en régime non permanent.

PHYSIQUE

PRIX L. LA CAZE (5 000 F). - Le prix est décerné à M. Neil Sullivan, Physicien au Commissariat à l'Énergie Atomique de Saclay, pour la découverte de la phase « verre de spin quadrupolaire » dans l'hydrogène solide.

PRIX HUGHES (4000 F). - Le prix est décerné à M. Louis Lacoume, Professeur à l'Institut Polytechnique de Grenoble, pour ses travaux théoriques et expérimentaux sur l'analyse spectrale multidimentionnelle des signaux aléatoires.

PRIX EN HOMMAGE AUX SAVANTS FRANÇAIS ASSASSINÉS PAR LES ALLEMANDS EN 1940-1945 : Henri Abraham, Eugène Bloch, Georges Bruhat, Louis Cartan, Fernand Holweck (6 000 F). — Le prix est décerné à M. Gilbert Grynberg, Maître de Recherche au Centre National de Recherche Scientifique, pour ses travaux sur la spectrocopie à deux photons sans effet Doppler et sur l'optique non linéaire.

PRIX LANDUCCI-KODAK-PATHE (4 500 F). - Le prix est décerné à M. Alain Bourret, Ingénieur au Commissariat à l'Énergie Atomique, pour la mise en évidence directe des atomes dans un cristal mince de germanium.

CHIMIE

PRIX MONTYON DES ARTS INSALUBRES (6000 F). — Le prix est décerné à M. Pierre Bourbon, Professeur à l'Université Paul-Sabatier à Toulouse, pour ses travaux sur la pollution et le dosage de substances toxiques dans l'atmosphère.

PRIX PAUL MARGUERITE DE LA CHASLONIE (5000 F). - Le prix est décerné à M. J. Claude Marchon, Maître de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur les hémoprotéines, leur structure et le mécanisme de leur action.

PRIX PAUL PASCAL (10000 F). - Le prix est décerné à M. Paul Rigny, Maître de Conférence à l'École Polytechnique, pour ses travaux sur la dynamique des cristaux moléculaires et sur l'excitation photochimique sélective.

MÉDAILLE BERTHELOT. - La médaille, en vermeil, est décernée à M. Paul Rigny, Lauréat du prix Paul Pascal.

PRIX DU DOCTEUR ET DE MADAME HENRI LABBÉ (6000 F). - Le prix est décerné à M. Rhida Kassab, Maître de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur la structure des protéines contractiles du muscle.


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MINÉRALOGIE ET GÉOLOGIE

PRIX CUVIER (4000 F). - Le prix est décerné à M. Léonard Ginsburg, Sous-Directeur du laboratoire de Paléontologie au Muséum National d'Histoire Naturelle, pour ses travaux sur les Reptiles et les Mammifères fossiles.

FONDATION PAUL FALLOT-JÉRÉMINE (6000 F). - Le prix est décerné à M. Claude Rangin, Attaché de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour la poursuite de ses travaux de Tectonique sur la façade pacifique du Continent américain.

PRIX JEAN CUVrLLIER (7000 F). - Le prix est décerné à Mme Josette Taugourdeau, Maître Assistante à l'Université Pierre-et-Marie-Curie et M. Philippe Taugourdeau, Directeur du laboratoire de Micropaléontologie de l'École Pratique des Hautes Études, pour leurs travaux sur la micro-paléontologie des terrains paléozoïques.

BOTANIQUE-ZOOLOGIE-ÉCONOMIE RURALE

PRIX FOULON (botanique) (5000 F). - Le prix est décerné à M. Armand Mouras, Maître Assistant à l'Université de Bordeaux-II, pour ses travaux sur l'étude des relations qui peuvent exister entre mutation chromosomique et pouvoir tumoral chez les clones issus d'une souche tumorale de Tabac.

PRIX SAVIGNY (4000 F). - Le prix est décerné à M. Bernard Salvat, Directeur à l'École Pratique des Hautes Études, pour ses travaux sur les récifs coralliens de la Polynésie française.

PRIX FOULON (zoologie) 6000 F). — Le prix est décerné à M. Pierre de Puytorac, Professeur à l'Université de Clermont-Ferrand, pour ses travaux de protistologie, spécialement pour ceux portant sur les adaptations de l'infraciliature à la formation des organites buccaux.

PRIX TREGOUBOFF (5000 F). - Le prix est décerné à Mme Catherine Thiriot, Chargée de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique et à M. Alain Thiriot, à titre posthume, pour leurs travaux sur le plancton méditerranéen.

PRIX FOULON (économie rurale) (5000 F). - Le prix est décerné à M. Marcel Robelin, Directeur de Recherche à l'Institut National de la Recherche Agronomique, pour ses travaux sur les relations entre l'alimentation en eau, les échanges gazeux et la production chez les végétaux.

MÉDECINE ET CHIRURGIE

PRIX MONTYON (6000 F). - Le prix est décerné à M. Jacques Hors, Professeur à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, pour ses travaux sur la relation entre HLA et cancers.


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PRIX BRÉANT (7000 F). - Le prix est décerné à Mme Catherine Fournier, Chargée de Recherche à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, pour ses travaux sur l'autoimmunité.

PRIX GODARD (4000 F). - Le prix est décerné à M. Georges David, Professeur-à l'Université Paris-Sud, pour ses travaux sur la physiologie des spermatozoïdes.

PRIX JEAN DAGNAN-BOUVERET (7000 F). - Le prix est décerné à M. Christian Théodore, Chef de Service à l'hôpital Beaujon, pour ses travaux de gastroentérologie clinique et expérimentale et d'endoscopie.

PRIX DU DOCTEUR ET DE MADAME HENRI LABBÉ (diététique) (4 000 F). - Le prix est décerné à M. Pascal Haberey, Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur le comportement alimentaire.

PRIX DU DOCTEUR ET DE MADAME HENRI LABBÉ (enseignement ménager) (4000 F). — Le prix est décerné Mme Henriette Sauvage, Directrice de l'École de Paris des Métiers de la Table, pour son enseignement et son particulier dévouement.

PRIX CARRÉ-BESSAULT (4000 F). - Lé prix est décerné à MmeLise Bankir, Chargée de Recherche à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, pour ses travaux sur la physiologie du glomérule rénal.

CANCER ET TUBERCULOSE

PRIX ROBERGE (4000 F). - Le prix est décerné à M. Philippe Richard, Professeur à l'Université Louis-Pasteur de Strasbourg, pour ses travaux de physiologie.

FONDATION ROY-VAUCOULOUX (5000 F). - Le prix est décerné à M. J. Marie Luciani, Maître de Conférence à l'Université de Médecine de Marseille, pour ses recherches sur la méiose et les chromosomes humains.

PRIX MARIE LÉON HOURY (4000 F). - Le prix est décerné à M. Claude Stora, Maître de Recherche à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, pour ses travaux sur les hormones et le cancer.

PRIX LÉON ALEXANDRE ETANCELM (25000 F). - Le prix est décerné à M. Bernard Dutrillaux, Maître de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux de radiogénétique, en particulier sur les effets des radiations ionisantes sur les chromosomes des grands Mammifères.

PRIX GUSTAVE ROUSSY (10000 F). - Le prix est décerné à M. Georges Rudali, Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur le cancer.

PRIX GASTON ROUSSEAU (5 000 F). - Le prix est décerné à Mlle Jeannette Soria, Biologiste Adjoint à l'Hôpital de Paris Chargée de Recherche à l'Institut National de la


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Santé et de la Recherche Médicale et Claudine Soria, Biologiste Adjointe des Hôpitaux de Paris, Professeur à la Faculté de Médecine et Pharmacie de Rouen, pour leurs travaux sur la physiologie du Fibrinogène.

PHYSIOLOGIE -

PRIX MONTYON (6000 F). - Le prix est décerné à M. Michel Imbert, Professeur à l'Université Paris-Sud, pour ses travaux sur le développement de la voie visuelle.

PRLX POURAT (4000 F). - Le prix est décerné à M. Yvon Le Maho, Chargé de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses recherches sur la physiologie de Manchot Empereur et notamment sa résistance au jeûne.

FONDATION EN HOMMAGE AUX SAVANTS FRANÇAIS ASSASSINÉS PAR LES ALLEMANDS EN 1940-1945 : Raymond Croland, Paul Reiss, Fred Vlès, Eugène Wollman (6000 F). — Le prix est décerné à M. Jean Mariani, Chargé de Recherche à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, pour ses recherches sur le développement du cervelet.

APPLICATIONS DE LA SCIENCE A L'INDUSTRIE

PRIX TRÉMONT (4000 F). - Le prix est décerné à M. André Zaoui, Professeur à l'Université Paris-Nord, pour ses travaux prenant en compte les analyses de la physique des solides au niveau microscopique et aboutissant à une description réaliste de nombreux effets importants, au plan industriel, dans le comportement des matériaux.

PRIX YVAN PEYCHES (20000 F). - Le prix est décerné à M. Jacques Oudar, Professeur à l'École Nationale Supérieure de Chimie de Paris, pour ses travaux sur la thermodynamique et la structure des couches monoatomiques adsorbées sur les métaux.

STATISTIQUE-INFORMATIQUE

PRIX MONTYON (6000 F)..- Le prix est décerné à M. Michel Metivier, Professeur à l'École Polytechnique, pour ses travaux de probabilité et de statistiques et leurs nombreuses applications.

PRIX MICHEL MONPETIT (20000 F). - Le prix est décerné à M. Jean Vignes, Professeur à l'Université Pierre-et-Marie-Curie, pour ses travaux sur la précision des grands calculs sur ordinateurs.

OUVRAGES DE SCIENCES

PRLX HENRI DE PARVILLE (4000 F). - Le prix est décerné à Mme Christine Kurstak, Chef du service de Virologie, et M. Edouard Kurstak, Directeur des Services de Microbiologie et Virologie à l'Université de Montréal, pour leurs ouvrages sur la virologie comparée.


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PRIX GÉNÉRAUX DU RESSORT DE COMMISSIONS INDIVIDUELLES

PRIX LAURA MOUNIER DE SARIDAKIS (4000 F). - Le prix est décerné à M. Thierry Heidmann, Chargé de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour l'analyse des transitions conformationnelles du récepteur de l'acétylcholine par une méthode cinétique rapide.

PRIX GÉNÉRAUX GROUPÉS PAR DIVISION

Première division

PRIX PAUL GALLET (4000 F). - Le prix est décerné à M. Léon Motchane, Fondateur et Premier Directeur de l'Institut des Hautes Études Scientifiques, pour les services rendus à la Science par la création de cet Institut.

Deuxième division

PRIX BORDIN (4000 F). - Le Prix est décerné à M. Gaston Berthier, Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour sa contribution au développement de la théorie du champ self-consistant et ses travaux sur la structure électronique des systèmes radicalaires.

PRIX PETIT D'ORMOY (8 000 F). - Le prix est décerné conjointement à M. Evanghelos Bricas, Directeur de Recherche honoraire au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur la synthèse des peptides biologiquement actifs, et M. Robert Olivier Prudhomme, Professeur à l'Université Pierre-et-Marie-Curie, pour ses travaux sur les applications biologiques des ultra-sons et en particulier pour ceux obtenus mettant en oeuvre la technique de magnétostriction.

PRIX MILLET RONSSEN (4000 F). - Le prix est décerné à M. Francis Dabosi, Professeur à l'Institut National Polytechnique de Toulouse, pour l'ensemble de ses travaux sur les matériaux nouveaux utilisés en métallurgie et en prothèse médicale.

COMMISSION ADMINISTRATIVE

PRIX CHARLES LOUIS SAULSES DE FREYCINET (10000 F). - Le prix est décerné conjointement à M. André Baranne, Astronome à l'Observatoire de Marseille, et à M. Michel Mayor, Astronome à l'Observatoire de Genève, pour la mise au point d'un spectrographe photoélectrique à corrélation perfectionné avec lequel ont été effectués des milliers de mesures de vitesses radiales d'étoiles froides dans les hémisphères Nord et Sud.

FONDATION RICHARD (8 000 F). - Le prix est décerné à M. Gabriel Gorsky, Docteur 3e cycle, pour la poursuite de ses travaux sur l'optimisation des cultures d'Appendiculaires et certains aspects de leur métabolisme.

PRIX GEGNER (4000 F). - Le prix est décerné à M. Richard Gelier, Ingénieur au Centre d'Études Nucléaires de Grenoble, pour la conception originale et le développement


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d'un nouveau type de source d'ions aux performances uniques qui rendent possible toute une nouvelle gamme de processus. Micromafios : version miniaturisée de la machine à faisceau d'ions strippés (épluchés).

PRIX THORLET (4000 F). — Le prix est décerné à M. Pierre Bedard, pour le dévouement exceptionnel dont il a fait preuve durant sa longue collaboration au Secrétariat de l'Académie.

FONDS PAUL DOISTAU-ÉMILE BLUTEL :

— Un prix de 8 000 F est décerné à M. François Spite, Astronome et Mme Monique Spite, Chargée de recherche, pour leurs travaux sur la composition chimique des étoiles et leur importante découverte du lithium dans les astres les plus anciens, mesure de l'abondance de cet élément au moment de la formation de la Galaxie.

— Un prix de 4000 F est décerné à M. Pierre Jouventin, Chargé de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur le comportement social des Manchots et les adaptations éthologiques au milieu polaire.

— Un prix de 4 000 F est décerné à M. Radyadour Zeytounian, Professeur à l'Université de Lille-I, pour ses travaux sur la théorie asymptotique des écoulements fluides et ses applications aux écoulements atmosphériques et aux écoulements tourbillonnaires.

— Un prix de 4 000 F est décerné à Mme Liliane Pellegrini, Professeur à l'Université des Sciences de Marseille Luminy, pour ses travaux sur la cytologie ultrastructurale et la différenciation des cellules somatiques des Algues brunes.

— Un prix de 4 000 F est décerné à M. Adolphe Youschkevitch, Professeur à l'Institut d'Histoire des Sciences et Techniques de Moscou, pour ses travaux sur l'histoire des sciences et notamment l'histoire des mathématiques arabes et des mathématiques du XVIIIe siècle.

— Un prix de 4000 F est décerné à M. Yannick d'Escatha, Directeur Technique à Technicatome, pour ses travaux sur les grandes déformations des structures, la fatigue olégocyclique et leurs applications à l'étude thermo-mécanique des cuves des réacteurs du programme électronucléaire.

— Un prix de 4 000 F est décerné à M. André Gervat, Ingénieur au Commissariat à l'Énergie Atomique pour ses travaux sur les équations d'état de corps denses à des températures de plusieurs millions de degrés et sur la détermination du transfert radiatif dans les plasmas denses hors équilibre.

— Un prix de 4000 F est décerné à M. Denis Feyel, Maître-Assistant à l'Université Pierre-et-Marie-Curie, pour ses travaux sur la théorie du potentiel et les capacités.

— Un prix de 4000 F est décerné à M. Gérard Maugin, Maître de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses études sur les milieux continus doués de


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propriétés électromagnétiques et notamment sur la propagation et le couplage des ondes dans les ferroélectriques et les milieux magnétiques ordonnés.

MS Un prix de 4000 F est décerné à M. Jean-Pierre Ramis, Professeur à l'Université de Strasbourg, pour ses travaux dans des domaines variés de l'analyse, notamment, la géométrie analytique complète et l'étude des singularités des équations différentielles.

PRIX DE L'INSTITUT SUR PROPOSITION DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

PRIX VERDAGUER (6000 F). - Le prix est décerné à M. Joseph Portier, Directeur de Recherches au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses travaux sur les structures et les propriétés des matériaux fluorés et leurs multiples applications.

PRIX D'AUMALE (3 000 F). — Le prix est décerné à M. Michel Gross, Chargé de Recherche au Centre National de la Recherche scientifique, pour ses recherches sur l'étude des propriétés radiatives d'états atomiques excités, en particulier les états de Rydberg (états voisins de la limite d'ionisation) et de l'émission super radiante à laquelle ils donnent lieu.

PRIX Mme CLAUDE BERTHAULT (3 000 F). - Le prix est décerné à M. Alain Bernard, Ingénieur de Recherches à l'Office National d'Étude et de Recherches Aérospatiales, pour la conception, la réalisation et l'exploitation de systèmes de mesure et de navigation à partir de composants inertiels ultra-sensibles qui permettent notamment des mesures de bilan radiatif de la terre, de gradient de gravité et qui ont été mis en oeuvre avec succès dans divers programmes du Comité National d'Études spatiales et de l'Agence spatiale européenne.

PRIX DES GRANDES ÉCOLES ET UNIVERSITÉS

PRIX LAPLACE. — La médaille en vermeil est décernée à M. André Thiaville, né le 19 mai 1960 à Paris 14e, classé premier de la promotion 1982 à l'École Polytechnique.

PRIX L. E. RIVOT. - Les quatre élèves dont les noms suivent, sortis en 1982 de l'École Polytechnique et, entrés avec les numéros 1 et 2 dans le Corps des Mines et des Ponts et Chaussées reçoivent :

— 2000 F à M. André Thiaville, entré premier à l'École Nationale Supérieure des Mines;

— 1 500 F à M. Antoine Blanc, entré second à l'École Nationale Supérieure des Mines;

— 2000 F à M. Henri Piganeau, entré premier à l'École Supérieure des Ponts et Chaussées;

— 1 500 F à M. Bernard Scherrer, entré second à l'École Supérieure des Ponts et Chaussées.

PRIX DE L'ÉCOLE CENTRALE. - Le prix est décerné à M. Chidiac Chidiac, classé premier de la promotion 1982 à l'École Centrale des Arts et Manufactures.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (6 décembre 1982) Vie Académique — 217

LECTURE M. Robert Courrier, Secrétaire perpétuel fait une lecture sur :

Robert Debré

Ceux qui vous ont connu, Cher Robert Debré, perçoivent mieux la valeur de certains termes : la grandeur, la générosité, l'amitié.

Or, je vous ai bien connu.

Nous nous rencontrions chaque semaine, le lundi à l'Académie des Sciences, le mardi à l'Académie de Médecine. A l'Académie de médecine, nous étions assis côte-à-côte, etvers la fin de votre vie, votre vue faiblissant, vous me demandiez d'écrire vos bulletins de vote. Je dois confesser que le plus souvent, nos bulletins coïncidaient; j'en éprouvais de l'assurance.

Vous ressentiez sans doute pour moi une certaine sympathie. Vous avez voulu connaître notre ménage. Vous nous avez conviés un soir ma femme et moi, rue de l'Université.

Et nous voilà à table tous les trois devant un énorme poisson. Vous saviez que ma femme avait fait des sciences naturelles et aimablement vous avez abordé très tôt ce. domaine.

Vous qui êtes un spécialiste, m'avez-vous dit, connaissez-vous la reproduction des poissons ? Je m'étais intéressé autrefois à l'épinoche car, à la saison des amours, la peau du mâle devient très rouge, c'est une belle livrée nuptiale.

Mais la conversation sur les Mammifères était beaucoup plus attrayante et j'affirmai que, sur ce sujet, la physiologie de la femme n'était pas la plus judicieuse. Mon épouse se mit à sourire, elle savait ce que j'allais dire.

Vous fûtes fort amusé, Cher Robert Debré, quand j'ai soutenu que les femelles les plus rationnelles étaient la chatte, la lapine et la femelle du furet. Les ovaires de ces trois espèces ne libèrent pas leurs oeufs sans se soucier de leur devenir. Elles sont à ponte provoquée par l'accouplement, en sorte que les oeufs ne se détachent des ovaires que si des spermatozoïdes sont là pour les accueillir au passage. C'est de la belle physiologie !

Vous avez alors voulu, Cher Robert Debré, rétablir la femme en un rang plus honorable et vous avez posé des questions sur l'École de Sèvres. Vous fûtes agréablement surpris en apprenant qu'on choisissait d'excellents professeurs pour instruire les Sèvriennes. Vous avez su que pendant la guerre, ces jeunes filles se privaient de sucre afin que Jean Perrin, Langevin, Montel en aient suffisamment dans leur café quand ils venaient faire leur cours à Sèvres.

Nous avons ainsi passé une soirée fort agréable chez vous, rue de l'Université et j'ai voulu commencer par cet excellent souvenir.


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Robert Debré naquit à Sedan le 7 décembre 1882. Demain son centenaire sera célébré à l'Académie nationale de Médecine. Son père, Simon Debré, était né en Alsace dans le Bas-Rhin. Mais après le traité de Francfort, il vint à Paris, épousa la fille du directeur de l'École rabbinique et fut désigné pour occuper le poste de rabbin à Sedan.

En 1888, il fut nommé grand rabbin et affecté à la communauté israélite de Neuilly. Ses enfants, escortés d'une jeune allemande qu'ils appelaient « leur fraûlein », allaient jouer au bois de Boulogne. La religion juive faisait partie intégrante de leur vie; la famille obéissait aux prescriptions du repos sabbatique, il était défendu de cueillir des fleurs le jour du sabbat. La prière était dite au début de chaque repas. L'interdit rigoureux était celui du mariage hors des familles juives.

Dans son ouvrage si captivant : « L'honneur de vivre », Robert Debré dessine un vivant portrait du « petit monde » d'autrefois. On s'y sentait, dit-il, dans la stabilité et la sécurité fondées sur des gains modestes, mais réguliers. L'idée que l'argent pouvait changer de nature n'effleurait personne. « Mes parents estimaient qu'ils avaient eu bien de la chance d'appartenir à une classe également éloignée de l'éclat de la richesse et des misères des pauvres gens. »

Les dames avaient leur jour, on se félicitait quand beaucoup d'amis avaient « rendu leur visite ». « Chez une de mes tantes, un peu avare, dit Robert Debré, quant arrivait l'heure des rafraîchissements, on servait des verres d'eau avec un morceau de sucre et quelques gouttes d'alcool de menthe; l'un de mes oncles, qui était là, se moquait du verre d'eau en imitant en sourdine les deux notes des voitures de pompiers. »

Les jeunes filles jouaient au volant. Les fiançailles, préparées parfois par les parents, étaient l'occasion de fêtes familiales, on se réjouissait quand le mariage était d'inclination et non de raison.

Une morale rigide était bien supportée : pudeur, respect des parents et des maîtres, obéissance aux règles sociales et religieuses, aux devoirs patriotiques. On allait au théâtre, à la Comédie française ou à l'Opéra. C'était un véritable événement, on faisait toilette longtemps à l'avance et le dîner était pris à la hâte.

Les vacances se passaient en Alsace chez la tante Pauline qui confectionnait de savoureux kouglofs.

Simon Debré parcourut avec son fils Robert les champs de bataille, lui décrivant les combats de Wissembourg, de Reichshoffen; il le conduisit à Bazeilles, non loin de Sedan, et lui fit visiter la Maison des dernières cartouches, conservée telle qu'elle était après le combat de septembre 1870.

Plus tard le fils aîné de Robert Debré, au nom du Gouvernement de la République, devait accomplir ce pèlerinage douloureux et porter certains jugements sévères, car il est sans complaisance, Monsieur le premier ministre du Général de Gaulle.

Quand arriva l'âge du Lycée, comme il habitait Neuilly, Robert Debré fut inscrit au lycée Janson de Sailly; il devait pour y aller traverser le service de l'octroi à la porte Maillot où des employés en uniforme surveillaient l'entrée des denrées dans Paris.

C'est avec reconnaissance que Robert Debré parle de ses maîtres qui lui inculquaient,- dit-il, le sens de la patrie, de l'honneur, de la dignité, de l'amour de la Vérité. Le résultat


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des compositions était proclamé par le Proviseur, revêtu de sa redingote et portant son chapeau haut-de-forme. Nous n'en sommes plus là.

Robert Debré était reçu chez les Villepigue comme un enfant de la famille. Monsieur Villepigue était le chef de Cabinet du Préfet de la Seine : Monsieur Poubelle, dont le nom est resté. Parfois le jeune Robert se montrait turbulent, Madame Villepigue lui donnait alors un soufflet en lui disant : « de la part de ta mère ».

Un jour, il était alors élève de seconde et âgé de quatorze ans, sa soeur cadette lui demanda : « Et toi, quelle religion as-tu? »; sans hésiter, il répondit : « je suis païen ». Peu à peu et sans éclat, il put s'écarter totalement de toute pratique religieuse; il ne ressentait nul besoin d'une Foi. La tolérance familiale le laissa libre.

Une tourmente devait secouer son adolescence : l'affaire Dreyfus. Un officier juif alsacien était accusé de trahir la France, il y eut condamnation, dégradation, relégation à l'île du Diable. Un Conseil de Guerre s'était prononcé formellement et une campagne antisémite se développa. Les français étaient d'ailleurs soumis à des impulsions contradictoires. Emile Zola défendit Dreyfus, il dut être protégé de la foule. Une émotion grandissante soulevait le peuple à l'annonce qu'un officier d'état-major avait livré des secrets de défense nationale à l'Allemagne et que cet officier était juif. Mais ce grand drame de la trahison ne fut qu'une erreur judiciaire, aucune pièce valable ne permettait de conclure à la culpabilité. Alfred Dreyfus était innocent et les antisémites durent battre en retraite dans leur honte.

Grave et brûlante fut, à cette époque, la passion sociale. Des étudiants, entraînés par les idées socialistes rédigeaient des journaux et des revues. En 1899, Robert Debré était lycéen, en classe de Philosophie. La vue des quartiers populaires lui causa l'une des émotions les plus fortes de ses jeunes années. Les quartiers de Grenelle, de Javel, donnaient une impression pénible de pauvreté, de malpropreté. Des liens de camaraderie l'unirent alors avec quelques ouvriers. Seize ouvriers typographes voulurent créer une imprimerie dont ils seraient les seuls propriétaires. Robert Debré rédigea un programme, il fut prié d'inviter Anatole France à l'inauguration de l'« Emancipatrice ». Anatole France vint et fit un discours où il rappela que Rabelais avait qualifié l'imprimerie d'invention céleste et la poudre à canon d'invention diabolique.

Robert Debré était enchanté, il avait l'âge des crises juvéniles où l'adolescent est à la fois contestataire, enthousiaste et généreux. Mais arriva très vite le temps où il fallait choisir.

« Serais-je un bourgeois ou un révolutionnaire? » Il se rendit compte qu'il n'avait ni le courage ni la fermeté suffisante pour sortir de la classe à laquelle il appartenait. Il fut attiré d'une façon irrésistible par les études et se dirigea vers la Montagne Sainte-Geneviève.

Il n'était d'ailleurs pas abandonné. Son oncle le grand mathématicien Jacques Hadamard l'avait fait réfléchir; il lui fit connaître Lucien Herr qui avait voué son existence entière à la bibliothèque de l'École Normale de la rue d'Ulm. Celui-ci le dirigea vers Charles Péguy qui avait un tempérament de chef, les justes causes étaient toujours les siennes. Robert Debré aida Péguy à installer la petite boutique au n° 8 rue de la Sorbonne, c'est là où furent créés les « Cahiers de la quinzaine ». Robert Debré venait de terminer en Sorbonne une licence de philosophie. Il éprouva alors le besoin de quitter les livres pour les hommes, et songea à faire des études médicales. Il en fit part à Péguy qui fut outré de le voir abandonner la philosophie. « Tu vas employer ta jeunesse à passer des examens, et quand tu auras terminé, tu les feras passer aux autres. »


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« Après un bref combat intérieur dont j'ai gardé le souvenir écrit », dit Robert Debré, « je me suis élancé vers la médecine ». Il avait le goût d'une entreprise qui allait le mêler au monde des vivants. Avant même de commencer les études médicales, sa décision était prise : il ne pouvait être que médecin d'enfants. Ce fut pour ceux-ci une heureuse décision.

Mais il fallait d'abord accomplir l'année préparatoire du P.C.N. En travaillant à cet examen, Robert Debré fit la connaissance d'une étudiante, Jeanne Debat-Ponson, la fille du peintre bien connu. Une vive sympathie se développa entre eux, ils travaillèrent ensemble les concours d'externat et d'internat des Hôpitaux. Jeanne fut l'une des premières femmes à être interne. Robert Debré était bien accueilli dans la famille de son amie et pendant la seconde année d'internat, ils se marièrent. C'était en 1908.

Cette union déchaîna dans la famille Debré l'ouragan que l'on imagine : Jeanne n'était pas juive. Pour son père et pour toute la communauté, Robert était coupable de reniement. Mais les parents durent franchir cette épreuve. Ce fut d'ailleurs une union fort heureuse, de beaux enfants naquirent, l'émotion s'apaisa.

Edouard Debat-Ponson faisait partie du groupe réputé des peintres officiels. Sa famille était toulousaine, il vint s'installer en Touraine. Robert Debré et sa femme quittaient Paris aux vacances et venaient les passer en Touraine. Qui eût imaginé que cinquante ans plus tard, leur fils aîné serait le maire d'Amboise !

La carrière de Robert Debré est une suite de succès. Après l'internat, il est chef de laboratoire à l'hôpital Trousseau en 1911, puis chef de clinique à la Faculté de Médecine de Paris en 1912.

Mais voici qu'approche l'épreuve suprême : la guerre. Le vendredi 31 juillet 1914, Robert Debré est à Paris avec sa femme. Les deux enfants, tout petits, sont chez la grand'mère. Le dimanche 2 août c'est la mobilisation. « Celui qui n'a pas vu Paris le 2 août 1914, n'a rien vu » a dit Charles Péguy.

Robert Debré est médecin-lieutenant dans un régiment d'artillerie. Il rejoint son unité et le voilà sur le front. Bientôt il est cité à l'ordre du Régiment à Verdun, puis à l'ordre de la Brigade en Champagne. Hélas, il apprend que Charles Péguy fut tué le premier jour de la bataille de la Marne.

Après de cruelles épreuves, la guerre est finie, c'est la victoire, l'Alsace est retrouvée. Robert Debré est affecté à la mission militaire administrative d'Alsace, il est chargé de la direction de l'Institut d'hygiène et a l'honneur de prononcer, dans l'Université de Strasbourg, la première leçon en français, il est en uniforme et rappelle la page d'Alphonse Daudet sur la « dernière classe » de l'instituteur français quittant l'Alsace en 1871. Il expose comment sera conduit l'enseignement de la Bactériologie.

Le doyen Weiss, qui est alsacien, a quitté sa chaire de Physique de Paris pour prendre la direction de la Faculté de Médecine de Strasbourg. Il demande à Robert Debré de rester, à la tête de l'Institut d'Hygiène et d'occuper définitivement la chaire de Bactériologie. Monsieur Roux engage vivement Robert Debré à accepter ces fonctions. Mais celui-ci considère que son métier est d'être médecin d'enfants. Il refuse et retourne à Paris, « le coeur un peu gros » écrit-il.

C'est à cette époque que j'ai entendu exalter pour la première fois les qualités de Robert Debré; c'était en mai 1919, je revenais de Salonique, j'avais terminé la guerre à l'Armée d'Orient en qualité de médecin auxiliaire. J'avais deux inscriptions de médecine depuis


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quatre ans, mais je connaissais bien le typhus. Mon père venait d'être nommé directeur de l'École de l'Académie à Strasbourg. Je devais recommencer mes études médicales.

Je n'aurai pas Robert Debré comme professeur car il préfère revenir à Paris en qualité de simple chef de clinique. Il aime soigner les enfants, disait-on. Mais on eut besoin de lui pour une autre tâche, il s'agissait de l'organisation d'Hygiène à la Société des Nations. Ce fut le début de son travail dans la coopération internationale et de ses nombreux séjours à Genève.

Cependant il devait construire sa vie personnelle. Il écrivait lui-même : « je suis une bonne bête à concours et je n'éprouve aucun déplaisir à les préparer ». Le voilà donc après l'internat, et le clinicat, agrégé, médecin des Hôpitaux, professeur de Bactériologie, Professeur de clinique médicale des enfants et médecin de l'Hôpital des Enfants malades.

Le fait d'être à la tête d'un des plus importants services de l'hôpital des Enfants-malades fut, dit-il, le grand bonheur de sa carrière et il commença à fonder son École.

La pédiatrie est prise « à bras-le-corps ». Robert Debré plonge avec passion dans son métier. Des externes, des internes viennent des services voisins pour suivre sa visite. Des maîtres étrangers de passage à Paris ne manquent pas de venir le voir dans son service.

Dès ce moment, Robert Debré sentit le poids des responsabilités qui pèsent sur les épaules d'un chef d'équipe. Il était très exigeant, demandait des dosages répétés, il voulait la clarté, la simplicité d'une bonne langue française.

Le patron enseignait à ses élèves le respect des enfants. Il avait pris l'habitude de les vouvoyer; il existe, une caricature de Robert Debré, un abaisse-langue à la main, disant à un nouveau-né : « ouvrez la bouche s'il vous plait ».

Il était appelé en consultation hors des frontières. Il s'agissait le plus souvent des maladies graves, parfois de cas très particuliers, c'est ainsi qu'il fut demandé à Rome, une petite princesse paraissait perdue, aucun traitement n'était efficace. En l'examinant, Robert Debré constata qu'un de ses doigts portait un petit pansement, les ganglions de l'aisselle étaient volumineux, la fièvre très élevée, la formule sanguine très particulière. Robert Debré songea à la maladie des morsures de Rat que les japonais appellent le Sodoku. Il demanda brusquement : « Y a-t-il des rats dans votre palais? ». Cette phrase traduite provoqua un émoi dans l'entourage. Or il y avait des Rats, l'enfant avait été mordu au doigt. Dans un tel cas, les arsénobenzènes en intraveineuse sont efficaces. La guérison survint et le médecin de Paris fut admiré comme il convenait.

Cet enthousiasme ne pouvait que s'étendre quand, avec Ramon, Robert Debré put traiter efficacement, puis prévenir la diphtérie, et quand après la découverte de Waksman, il vainquit la méningite-tuberculeuse, jusqu'alors fatale.

Lorsqu'on lit la liste chronologique des travaux publiés par Robert Debré, on est frappé par son intense activité. Cette liste commence en 1906, ce sont des notes en collaboration avec Thiroloix sur la fièvre jaune nostras et le coma diabétique. Dans son dernier exposé de titres publié en 1960, la liste des publications atteint le numéro 809; il s'agit de la prophylaxie et de la prévention du rhumatisme articulaire aigu avec Mozziconacci. Il faut ajouter une vingtaine de monographies sur diverses maladies et cinq traités importants dont le Traité de Pédiatrie, publié avec Lelong, traité qui représente deux volumes de 2180 pages et qui date de 1952.

Tel est le résultat des efforts d'un grand travailleur qui savait observer et qui avait retenu tant de faits importants dans sa vie féconde de médecin.d'enfants.


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Je lui dois, dit son fils ainé, une dévotion à la Science, celle qui arrache à la nature ses secrets. Il avait voulu que la France aménageât de beaux laboratoires et protégeât ses chercheurs. Il anima d'autre part les grandes institutions internationales comme le Fonds d'aide à l'Enfance et fut chargé, à ce titre, de recevoir le Prix Nobel destiné à cette organisation.

Esprit libéral, il avait établi une échelle de valeurs. Au sommet de celle-ci, il plaçait l'amour de la patrie, le devoir civique, le respect d'autrui, la force de caractère, le désir de se battre pour de justes causes, la fermeté dans le malheur et par dessus tout : le sens de l'honneur.

Ses qualités furent reconnues. Un jour de 1965, le Général de Gaulle invita Robert Debré dans son bureau et lui remit la Grand-croix de la Légion d'Honneur en présence de toute sa famille et de Madame de Gaulle.

J'ai été saluer Robert Debré sur son lit de mort; ses bras étaient étendus le long du corps dans l'attitude du Garde-à-vous.

Robert Debré, grand protecteur de l'enfance, c'est un lorrain, né au pied de la Colline inspirée, qui joint sa voix à tant de louanges et qui vous remercie d'avoir si noblement honoré la Patrie.


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (20 décembre 1982) Vie Académique — 223

SÉANCE DU LUNDI 20 DÉCEMBRE 1982

PRÉSIDENCE DE M. PIERRE JACQUINOT

ANNONCES DE COURS, DE CONFÉRENCES

L'Académie est informée d'un Séminaire sur Pattern récognition and analysis of seismicity, qui aura lieu à Miramare, Trieste, du 5 au 16 décembre 1983.

CHAIRE

M. le Ministre de l'Éducation nationale invite l'Académie à lui présenter une liste de deux candidats au poste de Professeur de « Rayonnements, isotopes et applications » déclaré ■ vacant au Conservatoire National des Arts et Métiers (renvoi à une Commission spéciale).

CONGRÈS

L'Académie est informée :

1° de l'International Symposium on food toxicology : Food Toxicology-Real or imaginary problems?, qui aura lieu à Guildford (Grande-Bretagne), du 11 au 15 juillet 1983;

2° du Third scientific instrument symposium, qui aura lieu à Munich, du 26 au 30 septembre 1983.

DÉCÈS DE MEMBRES ET DE CORRESPONDANTS

M. le Président annonce le décès, survenu à Neuilly, le 1er décembre 1982 de M. Jacques Benoît, Membre de la section de biologie animale et végétale. Il invite l'Académie à se recueillir en silence pendant quelques instants. La Notice nécrologique d'usage sera lue en l'une des prochaines séances.

DÉSIGNATIONS

M. Jean Hamburger représentera l'Académie à la première réunion de rencontre entre cinéastes et scientifiques, historiens et écrivains, organisée par la Mission Interministérielle de l'Information Scientifique et Technique, MIDIST, qui se tiendra à Paris, le 6 janvier 1983;

M. Jean Bernard est désigné pour représenter l'Académie au XIe Congrès de l'Association Guillaume Budé, qui aura lieu à Pont-à-Mousson, du 29 août au 2 septembre 1983.


224 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (20 décembre 1982)

NOTICES SUR LES MEMBRES OU LES CORRESPONDANTS DÉCÉDÉS

Sur Georges Morin,

Correspondant pour la section de biologie humaine et sciences médicales (1903-1979),

par MICHEL JOUVET

Né à Lyon, le 25 juillet 1903, Georges Morin fit des études remarquables au Lycée Ampère, à Lyon, dans les sections latin-grec, philosophie. Cependant, son baccalauréat passé en 1919-1920, Georges Morin, suivant en cela l'exemple de son père, opte pour la carrière médicale. Le PCN enlevé avec brio à la Faculté des Sciences — major de sa promotion — il s'inscrivit en octobre 1921 à la Faculté de Médecine. Son premier stage chirurgical dans le service du Professeur Patel fut une révélation, et l'orienta vers la chirurgie. Malheureusement, dans le courant de la 2e année d'externat, Georges Morin fut frappé par une poliomyélite grave qui le laissa pratiquement quadriplégique ; le déplacement ne devint possible, mais difficile, que plusieurs mois après et nécessita depuis un appareillage spécial et l'emploi simultané de deux cannes.

Il eut alors la bonne fortune d'être accueilli par le Professeur Policard à l'Institut d'histologie et des recherches microscopiques lui firent prendre conscience des possibilités auxquelles il avait cru devoir renoncer. Et sans doute pour la première fois comprit-il l'importance des études fonctionnelles car le laboratoire de Policard était essentiellement centré sur l'histo-physiologie.

Mais, dans le même temps, Georges Morin suit à la Faculté des Sciences les cours de licence de physiologie générale et de botanique, et en 1935 il est reçu docteur es-sciences naturelles avec une thèse sur « l'automatisme intestinal des Vertébrés et sa régulation ».

C'est son maître Henri Cardot qui eut sur sa carrière une influence décisive. Il l'orienta vers la chaire de Physiologie de la Faculté de Médecine de Lyon à laquelle venait d'accéder le Professeur H. Hermann. Agrégé de physiologie en 1936, il enseigne dans sa ville natale jusqu'en 1943. Sous la haute autorité du Doyen Hermann, Georges Morin fut associé à de nombreux travaux, dont les plus remarquables furent les suivants :

(1) La motricité gastro-intestinale des Mammifères. Les recherches qui avaient déjà fait l'objet de sa thèse de sciences naturelles, furent reprises et complétées, et l'ensemble présenté sous forme de rapport à l'association des physiologistes de langue française.

(2) « La vie sans moelle épinière », titre d'une monographie qui fit date, parue dans la « biologie médicale » dans laquelle Hermann, Morin, Jourdan et Vial résumaient les résultats de leurs recherches chez les Chiens à moelle détruite. On sait que cette technique avait été imaginée pour étudier le rôle de la « périphérie » dans les régulations vasomotrices et le devenir de Phomeostasie végétative.

(3) L'hypertension artérielle neurogène consécutive à la section des quatre nerfs frénateurs. Les physiologistes de cette génération ont bien connu l'histoire du Chien « freno » qui, opéré à l'âge de 6 mois, vécut 13 ans dans le laboratoire en état d'hypertension permanente.

(4) L'adrénalino sécrétion.

Les résultats de ces dernières recherches furent publiés dans une monographie intitulée « l'adrénaline hormone du froid ».


C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (20 décembre 1982) Vie Académique — 225

En 1943, la chaire de Physiologie de la Faculté de Marseille devient vacante par suite du transfert à Alger de J. Malmejac. Georges Morin quitte alors Lyon pour Marseille. Dès qu'il prit ses fonctions à la Faculté il exerce ses activités dans deux directions :

(1) l'enseignement. Chacun sait que Georges Morin fut un professeur prestigieux, un modèle de luminosité et de simplicité, il avait suivant une expression bien connue « l'auditoire qu'il méritait » c'est-à-dire un amphithéâtre plein, attentif. Car les étudiants ne s'étaient nullement mépris sur les qualités pédagogiques de leur Enseignant : ils le plébiscitèrent un jour au cours d'un référendum qu'ils avaient organisé.

Cet enseignement était destiné aux élèves de lre et 2e année de médecine, mais Georges Morin avait en outre, conservé un cours de psychophysiologie et de neuro-physiologie à la Faculté des Sciences.

Mais à ces deux activités, vint bientôt s'en ajouter une troisième : le décanat, Poste qu'il occupa penant 15 ans. Dès sa nomination, il entreprit la construction de la Faculté de la Timone; fit l'acquisition du terrain sur lequel est bâtie la nouvelle Faculté de Pharmacie devenue autonome ; édifia le bâtiment de propédeutique, etc.

Les charges administratives furent de plus en plus lourdes et nombreuses nécessitant de fréquents déplacements à Paris dans les grands Comités et Conseils nationaux...

Il fut en effet membre du comité consultatif des Universités représentant les physiologistes; il siégea au Conseil de l'enseignement supérieur où il avait succédé au Doyen Hermann; à la commission de Physiologie du C.N.R.S., celle de neurophysiologie, à la commission nationale d'intégration, etc. Enfin, en 1960, la direction du C.N.R.S. lui confie la création à Marseille des laboratoires de neurophysiologie et de psychophysiologie.

(2) La période marseillaise de la vie scientifique de Georges Morin fut pratiquement toute orientée vers la neuro-physiologie :

(a) Étude des mécanismes de la régulation du tonus musculaire après résection des cordons médullaires postérieurs; ablation du Gyrus Sigmoïde, section de la pyramide bulbaire, destruction du cervelet (en collaboration avec Donnet).

(b) Modification du tonus au cours de l'évolution de l'électrochoc ou des diverses crises épileptiques (en collaboration avec Gastaut, Corriol, Naquet,...).

(c) avec Jouve, Georges Morin s'intéressa au champ électrique cardiaque tandis qu'une autre équipe comprenant entre autre Corriol et Zwirn étudiait la répercussion de la stimulation du Girus Sigmoïde sur la pression artérielle et la vaso-motricité. Ainsi fut mise en évidence l'existence d'une vaso dilatation musculaire précédant la contraction du muscle et la favorisant.

Le Doyen Morin laisse une oeuvre scientifique importante : plus de 400 publications consacrées surtout à la Neurophysiologie végétative. Il mit tout son talent pédagogique dans son livre « Physiologie du système nerveux central ». Ce livre dont la 6e édition parut en 1974, traduit en plusieurs langues, eut un succès considérable. Chaque édition fut rapidement épuisée et l'évolution accélérée de la neuro-physiologie nécessita, à chaque réimpression une refonte ou une mise au point de certains chapitres.

La notoriété du Scientifique et du Doyen valut à Georges Morin de nombreux titres et distinctions honorifiques.

L'Académie des Sciences avait déjà couronné ses premiers travaux en leur décernant les prix Pourrat (1937) ; Montyon (1947) et Lallemand (1949).

L'Académie de Médecine le reçut comme correspondant national et l'Académie des Siences comme correspondant en 1953. Il était, naturellement, membre autorisé et écouté


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des Sociétés Savantes de sa discipline : Société de Biologie, Association des Physiologistes de Langue Française, etc.

Les honneurs, à leur tour, vinrent récompenser une carrière hors série : Chevalier de la Légion d'Honneur (1950), Officier en 1958, Commandeur de l'Ordre des Palmes Académiques en 1960, Officier de l'Ordre de la Santé publique en 1963, etc.

Depuis, le 14 décembre 1979, Georges Morin repose dans le petit village de Morancé en terre beaujolaise.

PRIX

L'Académie a été informée par la Fondation internationale Premio E. Balzan que M. Eenneth Vivian Thimann a été désigné comme destinataire du prix Balzan 1982 pour la botanique pure et appliquée.

OUVRAGES PRÉSENTÉS OU REÇUS

Les Ouvrages suivants sont offerts en hommage à l'Académie :

— par M. Etienne Wolff : La vie du cancer. Le connaître, le dépister, le soigner, le combattre, par JACQUES BRÉHANT et CLAUDE ROMIEU. Préface de MAURICE TUBIANA .

Je vous présente aujourd'hui un livre des professeurs Jacques Bréhant et Claude Romieu, intitulé « La Vie du Cancer ».

M. J. Bréhant est membre de l'Académie de Médecine et Correspondant de l'Académie des Sciences Morales et Politiques. Il a fondé et dirigé à Alger, avant et pendant la première période de l'indépendance, un institut ultra-moderne de cancérologie pourvu des derniers perfectionnements de la technique d'alors. Le Professeur Romieu dont on déplore le décès a dirigé un institut de même spécialité à Montpellier. C'est dire leur compétence pour écrire ce livre. « La Vie du Cancer » ? Je pourrais justifier ce titre en faisant appel à notre expérience personnelle. Nous avons cultivé in vitro dans mon laboratoire des nodules de cancers humains qui ont survécu et se sont multipliés en dehors de l'organisme pendant 20 ans, c'est-à-dire 20 ans après la mort de leur victime. Eux-mêmes sont morts accidentellement. C'est dire l'indépendance éventuelle de la vie du cancer par rapport à son hôte.

Pour Jacques Bréhant et Claude Romieu, la vie du cancer, c'est d'abord le temps que met un cancer pour passer de l'état latent à l'état de nodule visible, puis de tumeur caractérisée. Ce temps est souvent fort long. Le cheminement sournois d'une tumeur maligne peut durer de 2 à 18 ans, en moyenne 8 ans.

Mais ce n'est pas de cela seulement que nous entretiennent MM. Bréhant et Romieu. Leur intention est de présenter l'état actuel de nos connaissances sur le cancer, à l'usage des lecteurs non spécialisés, de « l'honnête homme ». Ils essaient même, dans leur introduction, de dissuader l'homme du métier de lire ce livre. Je pense qu'ils ont tort, car même les cancérologues pourront beaucoup apprendre, bien que les auteurs aient presque toujours évité les termes techniques et ésotériques, ou les aient expliqués, quand c'était nécessaire.

Il s'ensuit que l'ouvrage, tout en étant très documenté, est d'une grande clarté. Ce sont les réflexions de cancérologues de haute qualité sur leur expérience et celle des autres. Le livre est constitué de quatre parties : la tumeur, les mécanismes, le malade, le combat.


C. R. Acad. Sc. Paris, t 295 (20 décembre 1982) Vie Académique — 227

Disons quelques mots d'une des grandes divisions du livre : les mécanismes, c'est-à-dire la carcinogenèse. Les auteurs passent en revue la plupart des facteurs — et ils sont nombreux — que l'on peut considérer comme carcinogènes, à commencer par la suie et les goudrons, d'où furent extraits les carbures cancérigènes — tels le 3-4 benzopyrène. Viennent ensuite les colorants azoïques — tel le « jaune de beurre » ; certains métaux ; certains régimes ou pratiques alimentaires ; l'alcool ; enfin et en première ligne les radiations ionisantes. Tous ces facteurs, toutes ces actions, aujourd'hui connus par leurs effets, sont analysés par les auteurs avec beaucoup de finesse et de circonspection. Ces substances, ces agents agissent-ils directement ou d'une manière médiate ? Une place à part est faite aux hormones et aux virus. La découverte de notre regretté confrère Antoine Lacassagne est évoquée avec respect et admiration : les oestrogènes peuvent provoquer ou pour le moins favoriser le développement de cancers dans de fortes proportions chez les animaux d'expérience, on peut le retarder ou l'empêcher par l'injection d'hormones mâles antagonistes. D'où est née une modalité de traitement de ces tumeurs, et, inversement, le traitement des tumeurs des organes mâles par des hormones oestrogènes.

Quant au rôle des virus, il est de plus en plus en faveur, bien que ceux-ci n'aient été observés chez l'Homme que dans très peu de cas (dont le sarcome de Burkitt est le plus remarquable) — alors qu'ils sont courants dans les tumeurs animales. Les auteurs nous montrent qu'on peut imaginer qu'ils passent à l'état latent en s'intégrant au capital génétique ou en modifiant les ADN d'une manière définitive.

Des nombreux mécanismes possibles d'induction des tumeurs, les auteurs concluent que plusieurs facteurs entrent en synergie pour provoquer certains cancers.

L'ouvrage est d'une lecture passionnante pour tous, pour les malades comme pour les bien-portants, pour les inquiets, pour les menacés, pour les ignorants comme pour les savants. Il constitue un ensemble de connaissances précieuses pour démythifier le cancer, pour informer le public des derniers développements de la science et de la clinique, pour suggérer à tous, sans aucune prétention dogmatique, une hygiène, une éthique.

Un des grands intérêts de ce livre est de montrer qu'il existe de nouveaux moyens de diagnostiquer, de traiter les cancers, qu'ils représentent une maladie comme une autre, et qu'on en guérit.

— par M. Renaud Paulian : Faune des Coléoptères de France : II. Lucanoidea et Scarabaeoidea, par lui-même et M. JACQUES BARAUD .

M. le Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces imprimées de la correspondance : 1° Croissance et développement. Physiologie végétale, II, publié sous la direction de PAUL MAZLIAK ;

2° Philosophie pragmatique et morale professionnelle, par PANOS GRAMMATICAKIS ;

3° Préfecture de Police. Laboratoire central : Études de pollution atmosphérique à Paris et dans les départements périphériques en 1981. I. Étude de la pollution des Voies Urbaines due aux véhicules automobiles; II. Contrôles des installations thermiques; III. Etudes de pollution due à des activités industrielles et à des installations classées; IV. Études de pollution à l'intérieur de locaux. Annexe. Etude de la pollution de l'atmosphère par le cadmium et le zinc.

4° Éditions du C.N.R.S. : Hygiène et technologie de la viande fraîche. Avant-propos de ANDRÉ FRANÇOIS.

A 15 h 30 mn, l'Académie se forme en Comité secret.


228 — Vie Académique C. R. Acad. Sc. Paris, t. 295 (20 décembre 1982)

COMITÉ SECRET

La composition du CODER pour 1983 est la suivante :

Délégué : M. Jacques Blamont, Membres : Le Bureau de l'Académie et MM. Jacques Blamont, Henri Cartan, André Cauderon, Gustave Choquet, Pierre Contensou, Jean Dorst, Jean-Pierre Ebel, Fernand Gallais, Pierre Jacquinot, Henri Lacombe, Raymond Latarjet, Guy Lazorthes, Robert Legendre, Philippe Nozières, René Truhaut et René Wurmser.

La séance est levée à 16 h 50 mn.

P. G.


FIN DU TOME DEUX CENT QUATRE-VINGT-QUINZIÈME



COMPTES RENDUS

DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES

TABLES DU TOME 295

JUILLET-DÉCEMBRE 1982

VIE ACADÉMIQUE

Pages

Académie

— M. Marcel Boiteux, Président de l'Électricité de France, invite l'Académie à une visite du chantier de la centrale surgénératrice de Creys-Malville 27

— Adresse de l'Académie à M. le Ministre de l'Éducation Nationale sur La Réforme de l' Enseignement supérieur 53

— Exposition de reliures anciennes, présentées à la

Bibliothèque Mazarine, au cours du 2e trimestre 1982 105

— Réunions et enquêtes sur les Comptes Rendus. Enseignements et perspectives 147

-— L'Académie accorde son patronage à l'Exposition rétrospective de THistoire de la Photographie, qui aura lieu à Tokyo en septembre et octobre 1983. M. JeanJacques Trillat représentera l'Académie 181

— Sont élus pour 1983 : M. Jean Bernard, Président, M. André Blanc-Lapierre, Vice-Président de l'Académie des Sciences et MM. André Guinier et Georges Millot, Membre de la Commission administrative 190

Allocution

- De M. Pierre Jacquinot à la séance annuelle des ■ Prix . . 193

Annonces de cours, de conférences

-- Collège de France. Programme.des cours en Sciences mathématiques pour l'année 1982-1983 ........ 27, 41

-— Conférence par M. Jean-Claude Pecker au Palais de la Découverte le 9 octobre 1982, sur : L'année géophysique internationale, le soleil et la haute atmosphère' 41

— La Royal Microscopical Society organisé des Cours et Conférences en 1983 115

Palais de la Découverte :

— Programme des Conférences, Exposés, Expositions et

films pour le mois de novembre. 1982 115

Pages

— Programme des Conférences d'initiation à la Science moderne en novembre et décembre 1982 et pour le

1er trimestre 1983 115

— Exposition : Aujourd'hui l'énergie solaire, de juillet

1982 à septembre 1983 115

— Séminaire sur Pattern récognition and analysis of seismicity, Miramare, Trieste, 5 au 16 décembre 1983 .. 223

Bufletio bibliographique

— Bulletin bibliographique des publications périodiques reçues pendant l'année 1981 5

Chaires

— Collège de France. L'Académie est invitée à présenter une liste de deux candidats à la chaire de Neuropharmacologie, déclarée vacante . . . 27

— 1° M. Jacques Glowinski; 2° M. Hersch Gerschenfeld, seront présentés 121

— Postes d'Astronomie titulaire :

— Pour le premier poste: 1° M. André Mangenay;

2° M. Philippe Delache, seront présentés 112

— Pour le second poste : 1° M. François Spite;

2° M. Bruno Morando, seront présentés 112

— M. Li Yanxian sera présenté à M. le Ministre de l'Éducation nationale pour l'emploi de Professeur de Biogéographie au Muséum national d'Histoire naturelle : 131

— Conservatoire national des Arts et Métiers. L'Académie est invitée à présenter une liste de deux candidats au poste de Professeur de « Rayonnements, isotopes et applications », déclaré vacant 223

Comités

— Création d'un Comité des Relations internationales (CORI) 152

— Formation du Comité 190


Vie Académique

Pages

— Formation du Comité Académique des Applications de

la Science (CADAS) 190

— Composition du CODER pour 1983 228

Comptes rendus, rapports

— Compte rendu par M. Pierre Jacquinot de la Réunion internationale sur la prévention de la guerre nucléaire, Rome, les 23 et 24 septembre 1982 41

— Rapport de l'Académie des Sciences sur la langue française et le rayonnement de la science française. . . 131

— Rapport de M. Roger Gaulheret sur le 5e Congrès international de Culture de cellules et de tissus végétaux,

qui a eu lieu à Tokyo, du 11 au 16 juillet 1982 159

— M. Pierre Grivet rend compte de la 19e Assemblée générale du Conseil International des Unions Scientifiques, C.I.U.S., qui s'est tenu à Cambridge, du 13 au

17 septembre 1982 159

Congrès

— La Royal Society of Chemistry organise à Edimbourg,

du 21 au 23 septembre 1982, VAutumn Meeting 27

— Second EC Conférence on Energy from biomass, Berlin,

20 au 23 septembre 1982 27

— 16e Congrès international du froid : Le froid au service

de l'Homme, Paris, 31 août au 7 septembre 1983 .... 27

— 3° Congrès international pour la métrologie historique,

Linz, en septembre 1983 - 27

— Seventh IUPAC Conférence on Physical organic Chemistry, Auckland (Nouvelle Zélande), 20 au 24 août

1984 28

— International Convention on QC Circles, Séoul, 22 au

24 novembre 1982 42

— Conférence internationale sur la gestion des déchets radioactifs, organisée par l' Agence internationale de l'Énergie Atomique, Seattle, 16 au 30 mai 1983 42

— Réunion générale annuelle, Paris les 27 et 28 janvier 1983 et Colloques et Congrès de Biologie animale ou végétale de novembre 1982 à mai 1983, organisés par

le Groupe d'Étude des rythmes biologiques 115

La Royal Society of Chemistry organise :

— 1° l'International Conférence : The détection and Measurement of Hazardous Substances in the Atmosphère, Londres, 20 au 22 septembre 1982 115

— 2° l'Annual Chemical Congress, Lancaster, 11 au

13 avril 1983 115

— 3° l'International Symposium: Modelsof Enzyme action, Brighton, 12 au 15 septembre 1983 115

— 4° la Euchem Conférence on reactions and intermediates in nitrogen fixation processes, Brighton, 14 au 18 mars

1983 115

— 5° International Conférence on the Chemistry of Chromium, Molybdenum and Tungsten, Brighton, 5 au

8 juillet 1983 123

— 6° Sixth International Meeting on Nuclear Magnetic Résonance Spectroscopy, Edinburgh, 10 au 15 juillet

1983 123

— 7° Eighth International Symposium Synthesis in organic Chemistry, Cambridge, 19 au 21 juillet 1983 123

— 8° Third European Symposium on organic Chemistry, ESOC III, Canterbury, 5 au 9 septembre 1983 123

— 9° Conférence on Water Chemistry of Nuclear Reactor Systems, Bournemouth, 17 au 21 octobre 1983 123

Pages

— International Symposium on food toxicology: Food Toxicology-Real or imaginary problems?, Guilford, 11

au 15 juillet 1983 223

— Third scientific instrument symposium, Munich, 26 au

30 septembre 1983 223

Décès

— De M. Adolphe Portmann, Correspondant pour la Section de Biologie animale et végétale 1

— De M. André Aubréville, Membre de la section de biologie animale et végétale 28

— De M. Pierre Châtelain, Correspondant pour la section

des Sciences de l'Univers 47

— De M. André-Romain Prévôt, membre de la section de biologie humaine et sciences médicales 181

— De M. Jacques Benoit, Membre de la section de biologie animale et végétale 223

Délégations

Formations des délégations françaises :

— à la 17e Réunion du SCAR, Leningrad, 28 juin au

11 juillet 1982 1

— à la 11e Assemblée générale de l'Union internationale pour l'étude du Quaternaire (INQUA), Moscou, 2 au

9 août 1982 1

— à l'Assemblée générale du SCOR, Halifax, 7 et 8 août

1982 1

— à l'Assemblée générale de l'Union Mathématique internationale, Varsovie, 8 et 9 août 1982 2

— au Congrès de l'Union internationale de Biochimie, à Perth, 14 au 18 août 1982 2

— à l'Assemblée générale de l'Union Astronomique internationale, Patras, août 1982 2

— à l'Assemblée générale de l'IUTAM, Cambridge, en septembre 1982 2

— au Congrès des Sciences du Pacifique, Dunedin, février

1983 2

Désignations

— M. Alain H or eau représentera l'Académie à la 1re Réunion du Comité de coordination de la MIDIST (Mission interministérielle de l'Information scientifique et Technique), qui aura lieu à Paris, le 28 septembre

1982 28

— M. René Truhaut, est désigné pour représenter l'Académie au sein du jury pour l'attribution des Prix du Conseil supérieur des installations classées et Raymond Delaby 28

— M. André Guinier est désigné pour présider le Comité des Relations internationales (CORI), avec le titre de délégué aux relations internationales de l'Académie des Sciences 121

— M. Jean-Jacques Trillat est désigné pour représenter l'Académie à l'Exposition rétrospective de Vhistoire de la photographie, qui aura lieu à Tokyo, en septembre et octobre 1983 181

— M. Jean Hamburger représentera l'Académie à la première réunion de rencontre entre cinéastes et scientifiques, historiens et écrivains, organisée par la Mission Interministérielle de l'lnformation Scientifique

et Technique, MIDIST, à Paris, le 6 janvier 1983 .... 223


Vie Académique

Pages

M. Jean Bernard, est délégué: au XIe Congrès de - l'Association Guillaume Budé, à Pont-à-Mousson, du 29 août au 2 septembre 1983 223

Élections

- MM. Emile Dwand, Georges Slodzian, Albert Libchaber et René Peliat, sont élus correspondants pour la discipline de Physique 116

- MM. Jean-Pierre Kahane, Marcel Berger et Pierre Cartier, sont élus correspondants pour la discipline de Mathématique . 181

- MM. Maurice Tubiana, Jean-Paul Binet et Philippe Méyer, sont élus correspondants pour la discipliné de Biologie humaine et sciences médicales 189

Exposes et communications

- Présentation par M. Jean Dausset, d'une Note de luimême et de Luis Ascanio, Pascale Paul, Agnès Marcadet, Guy Mahouy, Didier Fradelizi et Daniel Cohen : Polymorphisme des gènes HLA (I). Mise en évidence d'une étroite corrélation entre des fragments d'ADN déterminés par l'enzyme de restriction Bg ll et des antigènes HLA de classe I 42

- Id. par M. Roger Gautheret d'une Note de Claude Martin, Roland Vernoy et Michel Paynot : Photopériodisme, tubérisation, floraison et phénolamides 105

- Id. par M. Étienne-Émile Baulieu d'une Note de Paul Brazeau, Roger Guillemin, Nicholas Ling, Judson Van Wyk et René Humbcl : Inhibition par les somatomédines de la sécrétion de l'hormone de croissance stimulée par le facteur hypothalamique somatocrine (GRF) ou le peptide de synthèse hpGRF 189

- Rapport de l'Académie des Sciences sur la langue française, et le rayonnement de la science française . .. 131

- M. Haruo Kanatani, fait un exposé sur : Hormonal Mechanism of star fish ovocyte maturation 169

- Evariste Galois, son oeuvre, sa vie, ses rapports avec . l'Académie, par Jacques Tits 171

Histoire des sciences

- A propos d'un pli cacheté déposé à l'Académie des Sciences par Paul Gorini, le 18 novembre 1846 et ouvert

le 12 février 1982; Note de André Lérissel. ....... 33

- Plantefol (Lucien). Sur l'image d'une remarquable fasciation de Bette, gravée au XVIe siècle 155

Lecture

- Sur Robert Debré, par M. Robert Courrier 217

Notices nécrologiques

- Sur Charles Guillaud, par M. Louis Nèel 47

- Sur Eugène Wegmann, par M. Georges Millot..... 99

- Sur Piérre-Édouard Martens, par M. Edouard Boureau 105

- Sur Waclaw Olszak, par M. Paul Germain 116

- Sur Alfred Fessard, par M. Pierre Karli. 123

- Sur John Hasbrouck Van Vleck, par M. Anatole

. Abragami. 182

- Sûr Georges Morin, par M. Michel Jouvet 224

Pages

Plis cachetés

— Ouverture du pli cacheté n° 16.308 -T 28

— Id. du n° 15.511 . . . . 187

Présentations de savants Assistent à une séance :

— M. Youri Ovchinnikov 43

— M. Halperin 103

— M. Mauricio Peixoto 110

— M. Haruo Kanatani 168

— MM. Ricardo Tizio et L. Radicati 188, 189

— M. Spling-Shen Chern 189

Prix

— Le Prix Nobel de Médecine pour 1982 est attribué à MM. Sune K Bergstroem, Bengt I. Samuelsson et John

R. Vane 103

— Le prix Charles-Léopold Mayer a été décerné à.

Mme Barbara McClintock et à M. Armin Braun 112

— Création du Prix Léon Lutaud 190

— Prix et subventions attribués en 1982 205

— M. Kenneth Vivian Thimann, reçoit le Prix Balzan 1982

pour la botanique pure et appliquée 226

Séances

— En raison des Fêtes de la Toussaint, la séance du lundi 1er novembre 1982 est supprimée et ne sera pas reportée 121

Solennités scientifiques

— Conférences organisées à l'occasion de la commémoration du Centenaire de la mort de Sainte-Claire Deville,

à Paris, le 22 octobre 1982 110

— Cérémonie commémorative organisée à l'occasion du 150e anniversaire de la mort d'Evariste Galois, à Bourg-la-Reine, le 23 octobre 1982 110

— Manifestations organisées à l'occasion du Bi-centenaire du premier vol humain par Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes, en février et mars 1983 110

Ouvrages

— Abragam (Anatole). The principles of Nuclear Magne--

tism - 112

— Abragam (Anatole) et Maurice Goldman. Nuclear Magnetism: order and disorder 112

— Académie des Sciences d'Autriche. Almanach pour l'année 1981 31

— Académie Pontificale des Sciences. Comptes rendus de la Semaine sur : Cosmology and Fundamental Physics, Rome, 28 septembre, 2 octobre 1981. Proceedings... 190

— Accademia nazionale dei Lincei. VIII Seminario sulla Evoluzione Biologica e i grandi problemi délia Biologia. Aspetti biologici e sociàli : parassitismo e simbioso, Rome, 25-27 février 1981. 31

— Id. Annuaire 1982 .... 188

— Andrew (Igor V.). Kromodynamika i zestkie processy pri vysokikh energijak (La cromodynamique et les processus rigides concernant les hautes énergies) .... 32

— Arnould (Michel) et Fabio Zubini. Les termes pétroliers. Dictionnaire anglais-français . - 112


Vie Académique

Pages

— Baskin (Anatole S.), Valéry I. Igochin, Anatole N. Oraevskii et Vladimir A. Sceglof. Khimiceskie lazery (Les lasers chimiques) 32

— Belhoste (Bruno). Augustin-Louis Cauchy et la pratique des Sciences exactes en France au XIXe siècle (Thèse, Paris) 30

— Berthollet (Claude-Louis). Revue de l'essai de statique chimique. Édition critique par Michelle SadounGoupil 112

— Brammer (K) et G. Ziffling. Filtr Kalmaha-Boci (Les filtres de Kalman-Biouci) 32

— Bréhant (Jacques) et Claude Romieu. La vie du cancer. Le reconnaître, le dépister, le soigner, le combattre. Préface de Maurice Tubiana 226

— Broglie (Louis de). Les incertitudes d'Heisenberg et l'interprétation probabiliste de la mécanique ondulatoire. Préface et notes complémentaires de Georges Lochak 129

— Brunot (André) et Roger Coquand. Le corps des Ponts

et Chaussées 28

— Cauchy (Augustin-Louis). Augustin-Louis Cauchy et la pratique des Sciences exactes en France au XIXe siècle,

par Bruno Belhoste (Thèse, Paris) 30

— Centre d'Études et de Recherches Géodynamiques et Astronomiques. Rapport d'activité 1981 31

— Centre national de la Recherche Scientifique. B Stars

with and without émission lines 28

— Id. Hygiène et technologie de la viande fraîche. Avant-propos de André François 227

— Centre national d'Etudes des Télécommunications, CNET. Rapport d'activité 1981 31

— Chaskolskoj (M. P.). Akusticeskie kristally (Les cristaux acoustiques) 32

— Ciba Foundation. Symposium 89 : Temperamental différences in infants and young children 31

— Id. Symposium 90 : Receptors, antibodies and disease 31

— Id. Symposium 91 : Substance P in the nervous System 112

— Id. Symposium 92 : Membrane recycling 188

— Colloque Énergie et Société. Actes du Colloque organisé par le Groupe Bellerive, à Paris, 16 au 18 septembre 1981, sur : Le choix des énergies et ses implications socio-économiques 31

— Colloque Gay-Lussac. Actes du Colloque sur GayLussac : la carrière et l'oeuvre d'un chimiste français durant la première moitié du XIXe siècle, Palaiseau, 11

au 13 décembre 1978 112

— Colloque national sur : Recherche et Technologie, Paris, 13 au 16 janvier 1982. Actes. Préface de Jean-Pierre Chevènement. Avant-propos de François Gros 31

— Commissariat à l'Énergie Atomique. Rapport annuel

1981 30

— Couderc (Paul). Histoire de l'astronomie classique. Avant-propos de Jean-Claude Pecker 28

— Id. L'Univers. Avant-propos de Jean-Claude Pecker . 51

— Coûté (Alain) et Guillermo Tell. Ultrastructure de la paroi cellulaire des Desmidiacées au microscope électronique à balayage 111

— Desbrandes (Robert). Diagraphies dans les sondages . 31

Pages

— Dussart (Bernard'H.). Faune de Madagascar. Crustacés Copépodes des eaux intérieures 31

— Ecole Centrale des Arts et Manufactures. Annuaire

1982 104

— Ehresmann (Charles). OEuvres complètes et commentées. Supplément 2 au volume XXII (1981) des Cahiers

de Topologie et géométrie différentielle. Partie II-l . . 51

— Einstein (Albert). (Albert Einstein. Historical and cultural perspectives (Symposium en l'honneur du centenaire de sa naissance, Jérusalem, 14 au 23 mars 1979) 30

— Électricité de France. Rapport d'activité 1981 112

— Flammarion (Camille). L'Astronomie a cent ans (numéro spécial de la revue fondée par Flammarion) . 46

— Fondation Nobel. Les prix Nobel 1981 189

— Ghiorso (Albert). The Berkeley hilac heaviest élément research program 31

— Ghiorso (Albert), Matti Nurmia, Kari Eskola, James Harris et Pirkko Eskola. Positive identification of two alpha-particle-emitting isotopes of élément 104 31

— Id. The new élément Hafnium, atomic number 105 . . 31

— Glincuk (Majja D.), Valentine G. Gracev, Mikhail F. Dejgen, Alexandre B. Roscin et Leonida Suslin. Elektriceskie effektt v radiospektroskopii (Les effets électriques en radiospectroscopie) 32

— Goldman (Maurice). Spin température and nuclear magnetic résonance in solids 112

— Grammaticakis (Panos). Philosophie pragmatique et morale professionnelle 227

— Grasse (Pierre-Paul). Termitologia. Tome I : Anatomie-Physiologie-Reproduction des Termites ... 110

— Hab.n (Roger). Calendar of the correspondance of Pierre Simon de Laplace 45

— Iablokoff-Khnzorian (S. M.). Les Coccinelles, Coléoptères Coccinellidae. Tribu Coccinellini des régions Paléarctique et Orientale. Préface de Pierre-Paul Grasse 129

— Indian Academy of Sciences, Bengalor. Year Book

1982 31

— Indian National Science Academy, New Delhi. Year Book 1982 31

— Industrie Pharmaceutique. L'Industrie Pharmaceutique,

ses réalités, édition 1982 104

— Innovation et Société. Actes du 1er Colloque : L'engrenage des innovations (Paris, 19, 20 et 21 novembre 1981) 31

— Institut Français du Pétrole. Diagraphies dans les sondages, par Robert Desbrandes 31

— International Council of Scientific Unions, ICSU. 1982

Year Book 46

— Jaeger (Paul) et Jacques-Georges Adam. Recensement des végétaux vasculaires des Monts Loma (Sierra Leone) et des Pays de Piedmont 3

— Jastrebof (Leonid I.) et Albert A. Kacnelson. Osnovy odnoelektronnoj teorii tverdogotela (Les fondements de

la théorie monoélectronique des solides) 31

— Journées d'étude et d'information sur les pucerons des cultures, Paris, mars 1981. Actes 104

— Kaplan (Ilja G.). Vvedenie teoriju mezmolekularjarnikh vzaimodejstvij (Introduction à la théorie des interactions intermoléculaires) 32


Vie Académique

Pages

- Karli (Pierre). Neurobiologie des comportements d'agression 44

- Lalande (Joseph-Jérôme Lefrançois de). JosephJérôme, François Lalande (1732-1807), par Galina

E. Pavlova 121

- Lamarck (Jean-Baptiste). Jean-Baptiste Lamarck et son époque, par Léon Szyfman. Préface de Pierre-Paul Grasse. .'. 129

- Laplace (Pierre Simon de). Calendar of the correspondance of Pierre Simon de Laplace, par Roger Hahn . . 45

- Lônnroth (Mans), Peter Steen et Thomas B. Johansson. Energy and transition. A report on Energy policy and future options 31

- Mandelbrot (Benoit B.). The fractal geometry of nature 189

- Mazliak (Paul). Croissance et développement. Physiologie végétale, H - 227

- M'Gonigle (R. Michaét) et Mark W. Zacher. Pollution, Politics and international Law. Tankers at Sea 31

- Milgram (Maurice). Contribution aux réseaux d'automates (Thèse) 51

- Ministère des Transports. Direction de la Météorologie. Rapport d'activité 1981 31

- Ministère d'État, Ministère de la Recherche et de l'Industrie. La Recherche universitaire. Tome I : Sciences de la Matière; Tome II : Sciences de la Vie 188

- Monnier (Yves). La poussière et la cendre. Paysages, dynamique des formations végétales et stratégies.des sociétés en Afrique de l'Ouest 130

- Mougani (Bernard). Redistribution des sédiments consécutive à des travaux d'aménagement : dépôt de dragage sur le banc du Bilho dans l'estuaire de la Loire 104

- Musée national des Sciences et Techniques et des. Industries, Paris. Actes des Journées 1982 30

- Nelson (Pierre). Neuro-physiologie des instincts et de

la pensée. Préface de Jean Bernard 130

- Office de la Recherche scientifique et technique OutreMer. Compte rendu des Journées d'études de L'O.R.S. T.O.M., Paris, 6-10 juillet 1982 104

- Passini (Marie-Françoise). Les forêts de « Pinus cembroides » du Mexique 2

- Patasinskij (Alexandre Z.) et Valerij L. Pokrovskij. Fluktuacionnaja teorija fazovykh perekhodov (Théorie

de la fluctuation des phases de transition) 31

- Paulian (Renaud) et Jacques Baraud. Faune des Coléoptères de France. II : Lucanoidea et Scarabaeoidea 227

- Pavlova (Galina E.). Joseph-Jérôme, François Lalande (1732-1807) 121

Pages

— Préfecture de Police. Laboratoire central. Étude de pollution atmosphérique à Paris et dans les départements périphériques en 1981 227

— Rabiet (Emile). Plantes mellifères, plantes apicoles. Rapports entre les plantes et l'abeille domestique .... 31

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