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Titre : Revue d'histoire littéraire de la France

Auteur : Société d'histoire littéraire de la France. Auteur du texte

Éditeur : Armand Colin (Paris)

Éditeur : PUF (Paris)

Éditeur : Classiques Garnier (Paris)

Date d'édition : 1985-11

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 69781

Description : novembre 1985

Description : 1985/11 (A85,N6)-1985/12.

Description : Collection numérique : Arts de la marionnette

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k5656675g

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2009-33934

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb343491539

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 01/12/2010

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novembre / décembre 1985

85e année, n° 6

HERBERT DIECKMANN L'épopée du Fonds Vandeul

JEROOM VERCRUYSSE

Histoire et théâtre chez Isabelle de Charrière

SIMON JEUNE

« Gamiani » poème érotique et funèbre d'Alfred de Musset ?

GRAHAM M. ROBB

« Les Chats » de Baudelaire : une nouvelle lecture

BERNARD CHOCHON

Mauriac, sourcier tragique de l'enfance dans le « Bloc-Notes »

Revue publiée avec le concours du CNRS et du CNL

ARMAND COLIN


Revue d'Histoire littéraire de la France

Publiée par la Société d'Histoire littéraire de la France avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique et du Centre National des Lettres

DIRECTION

René Pomeau

Adjoint à la Direction : Sylvain Menant

COMITE DE DIRECTION

MM. René Pintard, Pierre Clarac, Pierre-Georges Castex, Claude Pichois, Mme Madeleine Ambrière-Fargeaud, MM. Michel Autrand, Claude Duchet, Robert Jouanny, Jean-Louis Lecercle, René Rancoeur, Jean Roussel, Roger Zuber.

Secrétaires de Rédaction Roland Virolle, Christiane Mervaud, Catherine Bonfils

REDACTION

Les manuscrits et toute correspondance concernant la rédaction sont à adresser à :

M. René Pomeau, 37, avenue Lulli, 92330 Sceaux.

Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.

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ADMINISTRATION

Pour tout ce qui concerne l'Administration de la Revue (abonnements, commandes de numéros ou d'années, changements d'adresse, etc.), s'adresser à ARMAND COLIN EDITEUR, 103, boulevard Saint-Michel, 75240 Paris Cedex 05 (Compte de Chèques postaux, Paris 21 335 25 E).

ABONNEMENT-ANNUEL

1986 (six fascicules) : France, 230 F — Etranger, 300 F Le numéro de l'année courante (et des années parues) : 75 F Les numéros spéciaux doubles et bibliographie : 135 F


REVUE NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1985

EVUE 85e ANNÉE - N° 6

D'HISTOIRE

LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

sommaire

ARTICLES

H. DIECKMANN : L'épopée du Fonds Vandeul 963

J. VERCRUYSSE : Histoire et théâtre chez Isabelle de Charrière .. .. 978 S. JEUNE : « Gamiani » poème érotique et funèbre d'Alfred

de Musset ? 988

GR. M. ROBB : « Les Chats » de Baudelaire : une nouvelle lecture 1002 B. CHOCHON : Mauriac, sourcier tragique de l'enfance dans le

« Bloc-Notes » 1011

NOTES ET DOCUMENTS

R. GRANDEROUTE : Montesquieu à travers la presse bordelaise de la

: deuxième moitié du XVIIIe siècle 1027

D. A. GRIFFITHS : Alfred de Vigny et Constantin Pecqueur : affinités

intellectuelles à propos de « La Maison du Berger » 1044 P. S. HAMBLY : Notes sur un sonnet de Mallarmé : « Mes bouquins

refermés » .. 1050

COMPTES RENDUS

E. DE LA BOÉTIE : Mémoire sur la pacification des troubles, éd. M. SMITH (G. SCHRENCK), 1057. - CH. DE BOVELLES : Le Livre du Sage, texte et trad. P.

MAGNARD (J. CHOMARAT), 1057. - F. GARAVINI : Itinerari a Montaigne (Y. BELLENGER). 1059. - N. RAPIN : OEuvres, t III, éd. J. BRUNEL (R. ZUBER), 1061, - CARDINAL DE RETZ : OEuvres, éd. M.-TH. HIPP et M. PERNOT (R. ZUBER), 1063. - W. D. HOWARTH : Molière. A playwright and his audience (M. CUÉNIN), 1064. - Tableaux de Paris et de la cour de France. Lettres inédites de Cari Gustaf, comte de Tessin, 1739-1742 (Y. COIRAULT), 1066 - H. NAKAGAWA : Félicité et salut chez Jean-Jacques Rousseau : une lecture de l'inconscient du texte (A. SUWA), 1069. - J. MILLER : Rousseau, Dreamer of democracy (J.-L. LECERCLE), 1069. - SENANCOUR : Obermann, éd. J.-M. MONNOYER (P. LECOQ), 1073. - R. BOLSTER : Documents littéraires de l'époque romantique (J.-M. BAILBÉ), 1074. - J.-B. BARRÈRE : Victor Hugo. L'homme et l'oeuvre (M.-FR. GUYARD), 1075. - ÉTIEMBLE : Rimbaud, système solaire ou trou noir? (M. EIGELDINGER), 1075. - Actes du Colloque Louise Michel, Marseille, juin 1980 (ST. MICHAUD), 1076. - N. TAKEUCHI et M. KANEKO :

REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE (85e Ann.) LXXXV 61


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Crise de vers de Stéphane Mallarmé. Essai d'une édition critique (H. P. LUND), 1077. - M. C. OLDS : Desire Seeking Expression : Mallarmé's « Prose pour des Esseintes » (H. P. LUND), 1078. - J. CHENIEUX-GENDRON : Le Surréalisme et le roman, 1922-1950 (M.-CL. DUMAS), 1079. - FR. WOLFZETTEL : Einführung in die französische Literaturgeschichtsschreibung (J. VON STACKELBERG), 1081. - Ariane, n° 2 (G. CESBRON), 1082. - M. SPADA : Erotiques du merveilleux ; fictions brèves de langue française au XXe siècle (D. COSTE), 1083. - Iconographie et littérature (N. BOULESTREAU), 1085. - D. MADALÉNAT : La Biographie (J.-CL. BONNET), 1086. - Actes du colloque international de Nantes, 1983 : « Les Correspondances » (A. SCHWEIGER), 1087. - Theorie der Metaphor, p.p. A. HAVERKAMP (D. MOUTOTE), 1089.

IN MEMORIAM : René Jasinski (J. ROBICHEZ), 1091.

INFORMATIONS, 1093.

BIBLIOGRAPHIE, par RENÉ RANCOEUR, 1095.

RÉSUMÉS, 1143.

TABLE DES MATIÈRES 1985, 1145.


L'ÉPOPÉE DU FONDS VANDEUL 1

A sa mort, Diderot laissa à sa fille, Madame de Vandeul, une grande quantité de manuscrits ainsi que des copies manuscrites dont la majorité avait été faite par des copistes professionnels, en particulier ceux de la Correspondance littéraire de Grimm.

Certaines copies de la collection des manuscrits de Diderot furent envoyées en Russie en même temps que sa bibliothèque que Catherine avait achetée du vivant de l'auteur afin de procurer à celui-ci une dot convenable pour sa fille. Ces copies, qui furent conservées à Saint-Pétersbourg et qui étaient censées rester interdites au public, furent consultées à de nombreuses reprises et copiées clandestinement au cours du XIXe siècle. La première édition complète des oeuvres de Diderot publiée par Assézat et Tourneux, fut en partie réalisée à partir de copies tirées de copies de la collection de Leningrad.

La plus grande partie de la collection, en particulier les manuscrits autographes de Diderot, resta la propriété de Madame de Vandeul qui la mit à jour et la classa avec son mari. Et surtout, elle y ajouta un grand nombre de lettres écrites par son père, que ses correspondants lui avaient fendues. Cette collection forme ce qu'on appelle le Fonds Vandeul. Pendant plusieurs années Madame de Vandeul et son mari songèrent à une édition des oeuvres de Diderot A cette fin, ils revirent un grand nombre de copies (je désigne par ce terme de « copies » un manuscrit qui n'est pas autographe, mais a été transcrit par un copiste) retouchant le texte dans certains cas, supprimant certains passages préjudiciables selon eux à la mémoire de Diderot.

Autant que nous pouvons en juger, M. et Mme de Vandeul ne transformèrent, ni ne retouchèrent jamais aucun manuscrit

1. Nous publions ici le texte d'une conférence prononcée aux États-Unis par Monsieur Herbert Dieckmann. Nous le dédions en hommage à cet éminent savant, aujourd'hui gravement malade. Nous exprimons notre vive gratitude à Madame Jane Marsh Dieckmann, qui a bien voulu en autoriser la publication. (N.D.L.R.).

R.H.L.F., 1985, n° 6, p. 963-977.


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autographe. Pour plusieurs raisons qu'il serait trop long d'énumérer ici, l'édition que la fille de Diderot voulait réaliser ne vit jamais le jour. Madame de Vandeul légua la collection (« son petit trésor » comme elle disait) à son fils, espérant que lui ou ses enfants éditeraient enfin un jour les manuscrits. Malheureusement ce voeu ne fut jamais exaucé. Les descendants de Diderot ne réussirent jamais à réaliser le projet de Madame de Vandeul ; pire, ils se désintéressèrent de la collection de manuscrits.

Les papiers furent conservés dans des locaux humides à certaines périodes, si bien que des autographes ou des copies tombèrent en pourriture. Le Fonds Vandeul tel qu'il est aujourd'hui n'est pas aussi complet qu'autrefois. Il nous permet cependant d'établir une édition plus complète et plus critique des oeuvres de Diderot que celles qui ont été données à ce jour. Cette publication est actuellement en cours.

Il reste à aborder le chapitre que l'on pourrait intituler : « Les pérégrinations des manuscrits de Diderot ». Au cours du XIXe siècle, les papiers de Diderot restèrent en la possession de ses descendants. Cependant, certains textes ont dû être consultés de temps à autre, et il y a eu aussi ce que l'on appelle des « fuites ». Quelques documents disparurent

En 1911, à la mort d'Albert de Vandeul (le dernier descendant direct de Diderot), les papiers devinrent la propriété de la famille Le Vavasseur. Les Vandeul et les Le Vavasseur avaient été unis par le mariage de Charles Le Vavasseur et d'Angélique Wilhelmine Caroillon de Vandeul, en 1834. Le baron Léon de Vandeul « remit » ou « laissa en dépôt » les documents aux Archives de la HauteMarne. Au plan légal, c'est un point controversé, car il est difficile de dire quel verbe doit être employé ici. Léon de Vandeul ajouta un nombre important de papiers et de lettres, concernant les deux familles, à la collection des manuscrits.

Apparemment le directeur des Archives, Pierre Gautier, fut chargé de l'administration et de l'édition des manuscrits. Comme je devais le découvrir lors d'un séjour à Chaumont, ville où se trouvent les Archives de la Haute-Marne, Pierre Gautier enregistra les papiers de famille dans le rapport officiel, mais non les manuscrits. Ce fait devait s'avérer d'une grande importance dans la « liaison » qui unit votre narrateur aux manuscrits de Diderot Nous ne savons pas jusqu'où Pierre Gautier s'engagea dans la réalisation de l'édition des oeuvres complètes de Diderot ; il fut mobilisé dès le début de la première guerre mondiale et fut tué sur le front. Son fils qu'il avait chargé de poursuivre son oeuvre ne mit jamais le projet à exécution.

Nous ne savons pas si, au cours des années qui suivirent, les manuscrits de Diderot restèrent aux Archives ou entre les mains de la famille Gautier. Néanmoins, nous sommes certains qu'une partie


L'ÉPOPÉE DU FONDS VANDEUL 965

des documents fut prêtée à un moment ou à un autre : un jeune chercheur, Pierre Hermand, consulta un chapitre intitulé Sur la Morale, qui n'était en fait qu'une partie d'une copie manuscrite plus importante. Cet universitaire l'utilisa dans son excellent travail original : Les Idées morales de Diderot.

Fortunat Strowski, professeur à la Sorbonne, servit apparemment d'intermédiaire entre Pierre Hermand et Pierre Gautier. Strowski connaissait le Fonds Vandeul et y eut lui-même recours en une occasion. Le « prêt » fait à Hermand eut forcément lieu avant août 1914 puisque c'est Pierre Gautier qui lui fournit le manuscrit ou une copie qu'il en avait tirée. Il semble que Pierre Hermand ait profité de l'occasion pour consulter d'autres documents. Pour moi, il ne fait aucun doute que ce jeune et brillant universitaire en aurait conclu que les manuscrits de Diderot étaient devenus tout à fait accessibles, s'il n'était mort à la guerre, tout comme Gautier. Hermand devint aviateur en 1915 et mourut au combat en 1916.

En 1925, Paul Ledieu publia un ouvrage intitulé Diderot et Sophie Volland, dans lequel il utilisa des fragments inédits de lettres de Diderot à Sophie. Il inséra ces extraits dans une espèce de récit romanesque de la relation qui existait entre Diderot et son amie. Cependant, dans son livre, Ledieu ne donnait aucune indication quant à l'origine de ces fragments.

J'ai mentionné ces détails, auxquels j'aurais pu en ajouter bien d'autres, pour souligner le fait que plusieurs personnalités éminentes du monde universitaire français étaient tout à fait au courant de l'existence des manuscrits de Diderot, les avaient consultés à l'occasion, mais n'attirèrent jamais l'attention du public sur l'existence du Fonds Vandeul, et ce qui est plus grave, ne mirent jamais leur influence au service de ces documents en les faisant déposer à la Bibliothèque Nationale ou aux Archives Nationales de Paris.

Il semble qu'on ait trouvé une solution au problème du Fonds Vandeul en 1929, année où tel un éclair dans un ciel bleu parut un article d'André Babelon dans la Revue des deux Mondes (3 mars 1929) qui faisait état de l'ouverture des Archives du château d'Orquevaux (Haute-Marne) par suite d'une décision du propriétaire, le baron Le Vavasseur ; cette décision permettait à Babelon de disposer des manuscrits de Diderot. Quelques lettres de Diderot à Sophie Volland, reproduites à partir d'originaux, apparurent également dans l'article. La correspondance complète de Diderot avec Sophie Volland fut éditée par Babelon en 1930 et publiée en trois volumes.

En mai 1929, une exposition de quelques manuscrits de Diderot fut organisée à la Bibliothèque de la Chambre des Députés. Babelon


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évoqua cette présentation dans le numéro du 15 février 1931 de la Revue des deux Mondes et annonça la publication de deux volumes de la Correspondance de Diderot, en collaboration avec différentes personnes. L'exposition fut de courte durée. Je ne l'ai pas vue, car je travaillais à l'époque à une thèse sur Paul Claudel. Je ne portais alors aucun intérêt particulier aux manuscrits de Diderot ; Diderot n'était pour moi qu'un auteur inscrit au programme de mes études et à l'examen terminal.

Tout devait changer lorsque je me préparai à une carrière universitaire, après avoir obtenu mon doctorat de philosophie. En effet pour faire acte de candidature au poste d'agrégé (privat docent) il fallait présenter une seconde thèse, non seulement plus consistante et plus approfondie que la thèse de doctorat, mais qui traitât d'un auteur d'un autre siècle. Je choisis le philosophe Diderot, un des auteurs les plus caractéristiques du siècle des Lumières, et qui n'avait décidément rien à voir avec le poète catholique Claudel. Il me fallut étudier d'abord toute la littérature qui existait sur ce sujet nouveau pour moi et c'est ainsi que je me familiarisai rapidement avec les problèmes de textes de l'oeuvre de Diderot, avec les dernières publications d'une partie de sa correspondance, et que je découvris la nécessité de réaliser une édition plus rigoureuse de ses ouvrages majeurs. Je décidai alors de me rendre à Paris et de m'entretenir avec André Babelon.

Grâce à la gentillesse et sur les recommandations insistantes d'amis français, André Babelon accepta de me rencontrer. Il m'apprit que ses projets à court terme étaient de poursuivre la publication de la correspondance de Diderot, de faire un fichier de la collection de ses manuscrits et d'éditer son roman La Religieuse à partir du manuscrit autographe. Il m'apparut vite évident qu'il ne voulait parler ni de la collection complète des manuscrits, ni de ses caractéristiques. Chaque fois que je l'évoquais, il se contentait de répondre qu'il la publierait Il me confirma cependant qu'il existait un manuscrit autographe du Rêve de d'Alembert, ouvrage auquel je m'intéressais plus particulièrement J'eus beaucoup de chance que Babelon me donnât cette information importante et je l'attribuai au fait qu'il s'intéressait à la littérature allemande : il avait achevé la traduction de l'une des oeuvres principales d'Hölderlin ; il aimait à parler de ce poète et désirait que je lui donne quelques informations à ce sujet.

Je dois évoquer ici un chercheur qui était alors un jeune universitaire français, spécialiste de Diderot, extrêmement brillant : Jean Thomas, auteur d'un travail original d'une valeur exceptionnelle intitulé L'Humanisme de Diderot ; il avait entrepris une thèse de doctorat sur l'esthétique chez Diderot.


L'ÉPOPÉE DU FONDS VANDEUL 967

Je fis sa connaissance lorsque j'ai passé une année comme étudiant à Paris (1926-1927), tandis qu'il était agrégé répétiteur à l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm. Il était très gentil ; nous avons souvent discuté ensemble tout en visitant les musées et les. monuments. A l'époque, il s'intéressait déjà beaucoup à Diderot et me demanda même de rechercher des lettres autographes en Allemagne.

Un jour que Babelon était en train de travailler à son édition de la correspondance de Diderot dans la salle de lecture de la Bibliothèque Nationale (cela devait se passer en 1929 ou 1930), il aperçut Thomas et le pria de venir le rejoindre pour lui donner quelques conseils sur l'écriture de Diderot Lorsque Thomas s'approcha pour regarder le manuscrit, Babelon devint nerveux, l'écarta du bras et retira ses documents en lui faisant remarquer qu'il voulait simplement s'assurer que l'écriture était bien celle de Diderot Thomas en fut révolté et retourna à sa place.

Par la suite, il renonça à ses recherches sur Diderot quand il se rendit compte que les manuscrits ne lui seraient jamais accessibles. Histoire ridicule, mais aussi très triste ; les recherches sur Diderot auraient progressé plus rapidement sous la conduite avisée et compétente de Jean Thomas. Il me raconta l'anecdote que je viens de rapporter lorsque nous nous sommes revus en 1956 ou 1957. Il n'avait jamais oublié l'incident

Le projet de Babelon étant de publier les principales oeuvres de Diderot d'après le texte des manuscrits autographes - projet qu'il n'a jamais mené à bien - non seulement je dus retarder mes propres recherches, mais il me fallut également en revoir le plan. Je reviendrai un peu plus loin sur la question de l'accès aux manuscrits de Diderot dont Babelon bénéficiait.

A cause de mon opposition aux changements politiques survenus en Allemagne, j'avais dû quitter mon pays d'origine à l'automne 1933. Je me mis en quête d'un poste d'enseignant et, après des recherches longues et difficiles, je fus nommé lecteur à l'Université d'Istamboul où j'enseignai trois ans. En 1939, je décidais de quitter l'Europe et d'émigrer aux États-Unis. Il me fallut affronter des situations nouvelles et satisfaire à de nouvelles exigences.

Cependant, il faut préciser qu'au cours d'un bref séjour à Paris, en 1937, j'avais fait une nouvelle tentative pour consulter au moins le manuscrit autographe du Rêve de d'Alembert ; mes recherches m'avaient permis de découvrir des contradictions ahurissantes dans ce qu'on disait de la composition de cette oeuvre. Je réussis à obtenir l'adresse du conservateur des manuscrits de Diderot et je reçus même une réponse de sa part. Dans une lettre brève, il disait ne posséder aucun manuscrit correspondant à ce titre. Quant à la


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collection complète des manuscrits de Diderot, personne n'était en mesure de me dire où elle se trouvait. Les lettres que j'adressai à André Babelon restèrent sans réponse.

J'ai dû patienter jusqu'en 1948 pour reprendre mes recherches. Je projetais de finir une étude sur Diderot, un livre que j'avais commencé plusieurs années plus tôt. Je venais d'obtenir une bourse de la Fondation Gougenheim, ce qui me permit de me rendre en France pour la première fois depuis onze ans. Je n'espérais pas trouver la collection complète des manuscrits de Diderot, mais j'étais décidé à mettre enfin la main sur le manuscrit du Rêve de d'Alembert. Je devais tirer au clair l'histoire de ce texte avant de continuer mes recherches. J'avais établi un plan qui envisageait toutes les éventualités, y compris celle de localiser le Fonds Vandeul.

Je commençai mes recherches à la Bibliothèque de la Chambre des Députés où s'était tenue l'exposition des manuscrits de Diderot en 1929. J'avais toujours trouvé surprenant le fait qu'André Babelon ait choisi cette bibliothèque-là, alors que la Bibliothèque Nationale constituait le lieu naturel pour une telle présentation. Par le plus grand des hasards, il se trouvait qu'un des bibliothécaires de la Chambre des Députés avait collaboré à cette exposition sans toutefois s'en rappeler les détails.

Une chose était sûre pourtant : le personnel actuel de cette bibliothèque n'avait joué aucun rôle dans cette exposition qui avait été relativement modeste. Il s'avérait, par ailleurs, qu'elle avait été organisée par l'un des anciens membres du personnel par amitié pour Babelon. Le bibliothécaire qui me donna ces informations me parla ensuite de ses propres recherches de manuscrits et devint très loquace, tout comme Babelon à propos de l'oeuvre d'Hölderlin. Par bonheur, je possédais quelques renseignements sur La Rochefoucauld, le sujet de sa thèse, et nous pûmes ainsi échanger quelques propos sur l'auteur des Maximes.

Je m'interromps ici quelques instants dans mon récit, pour donner un conseil à ceux de mes lecteurs qui entreprendraient des recherches difficiles et comportant notamment de nombreux impondérables ; il s'agit moins de parler de son propre sujet de recherche que d'être attentif aux intérêts particuliers de son interlocuteur. On obtient inévitablement et indirectement les informations dont on a grand besoin dans le cours de la conversation.

Je passai un moment agréable avec le bibliothécaire et, lorsque je pris congé de lui, il me demanda à mon grand étonnement de revenir le voir quelque temps après ; il pensait qu'il serait en mesure d'ici là de dénicher quelques renseignements pour moi. Quand je le revis, il


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avait obtenu le nom et l'adresse d'un ancien collègue qui, se rappelait-il, avait aidé Babelon à organiser l'exposition de 1929. J'appris aussi que Babelon lui-même vivait toujours, mais qu'il avait quitté la France depuis quelques années pour une destination inconnue.

J'appris que le collègue se trouvait en Suède. J'écrivis une lettre le soir même et je précisai que j'étais prêt à me rendre sur le champ à Stockholm. Je reçus une réponse de M. Desfeuilles au bout de quelque temps ; il y confirmait son rôle dans cette exposition et me donnait l'adresse de Babelon : ce dernier était devenu Consul en Angola (alors colonie portugaise). Enfin M. Desfeuilles me disait son espoir de me rencontrer un jour prochain à Paris. Je le remerciai et écrivis aussitôt à Babelon. A ma grande, très grande surprise, une lettre plutôt amicale me parvint peu de temps après de l'Angola; Babelon me donnait les nom et adresse du propriétaire des manuscrits et promettait même d'envoyer un petit mot à ce dernier, le baron Le Vavasseur.

Les choses commençaient enfin à bouger après avoir piétiné pendant près de vingt ans. Il devait y avoir cependant, comme il est de rigueur dans les intrigues de théâtre, un arrêt brutal et un certain retard dans la progression de l'action. La lettre que j'envoyai au baron resta sans réponse. Quand je lui téléphonais, on me répondait qu'il était absent et qu'on ignorait l'heure de son retour. Je lui écrivis une nouvelle lettre sans plus de succès. Je le rappelai : il venait de partir.

Je décidai alors de tenter le tout pour le tout : je dis à la personne que j'avais au bout du fil que l'on n'avait pas le droit de me traiter ainsi, que j'avais fait tout ce voyage des États-Unis en France, spécialement pour mener à bien mon travail de recherche et que j'attendais fermement un rendez-vous. Le ton de ma voix était impressionnant, pourtant je craignais bien de voir mon enquête tourner court Bien au contraire, on m'appela le lendemain pour me proposer un rendez-vous.

Avant d'affronter le Destin, je me rendis devant la statue de Diderot, boulevard Saint-Germain, une des rares statues de bronze de Paris qui n'aient pas été enlevées et fondues pendant l'occupation allemande, et j'adressai une ardente prière à Denis Diderot. Je lui dis aussi tout net que c'était de ses manuscrits qu'il s'agissait et qu'il ferait bien de m'aider à les retrouver enfin.

J'eus de nombreuses conversations avec le baron et nous nous sommes vite bien entendus. Je dois admettre cependant qu'une ambiguïté sémantique joua un certain rôle à un moment crucial. Le baron était en train de me dire qu'il ne voyait pas en quoi ces documents pouvaient être d'un quelconque intérêt, et qu'après tout


970 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

c'étaient des papiers qui appartenaient à la famille. Sur un ton emphatique je lui répondis qu'ils étaient d'intérêt public et avaient par conséquent une très grande valeur. En prononçant l'expression « grande valeur », je vis l'oeil du baron s'allumer tout à coup. Il était évident qu'il n'entendait pas l'expression de la même façon que moi. La chance tournait en ma faveur et je remerciai Diderot de m'avoir soufflé ce mot

Finalement, après une nouvelle rencontre et une discussion très acharnée, le baron Le Vavasseur m'apprit que les manuscrits étaient dans son château de Normandie et il ajouta qu'il allait donner des instructions pour ma visite. Quant à la remarque qu'il avait faite sur les documents de famille, je découvris très vite qu'il avait dit cela en toute bonne foi. Lés papiers de Diderot étaient effectivement mélangés à une bonne quantité de documents familiaux et le baron n'avait pas la moindre idée de ce qu'il possédait. Personne ne lui avait dit jusqu'alors ce dont il s'agissait ou, si l'on préfère, la vérité. J'ai eu de nombreuses conversations avec lui et je dois dire que j'admire encore sa confiance et sa générosité. Il fit preuve d'une grande gentillesse à mon égard.

Je n'ai jamais réussi à établir avec certitude si les manuscrits de Diderot s'étaient trouvés vraiment au château d'Orquevaux, comme Babelon l'avait révélé dans son article à sensation. Il est possible que cette indication ait été une de ces fausses pistes dont il se servait pour écarter certains chercheurs dont j'étais.

Avant mon départ pour les Ifs (le château normand du baron) et ma première prise de contact avec les documents de Diderot, j'ai eu une conversation avec M. Desfeuilles que j'avais rencontré à Paris à son retour de Suède, et que j'aimerais rapporter ici. J'appris qu'il avait en effet organisé l'exposition des manuscrits de Diderot à la Bibliothèque de la Chambre des Députés à l'époque où il y travaillait encore. Il avait même accompagné André Babelon à Chaumont où ils avaient pris possession des manuscrits pour les rapporter à Paris.

J'ignore si les documents furent remis au baron Le Vavasseur à ce moment-là, mais il ne fait aucun doute que Babelon les a eus en sa possession pendant une certaine période. J'ai découvert ce détail grâce au cachet de la poste figurant sur des enveloppes trouvées parmi les manuscrits des Ifs. Les enveloppes étaient encore fermées. Il m'apparut clairement au cours de mes conversations avec Desfeuilles que des personnes ayant des liens avec les milieux de Langres et de Chaumont avaient eu plusieurs fois accès au Fonds Vandeul. Langres, ville natale de Diderot, et Chaumont se trouvent dans le département de la Haute-Marne et sont à environ quarantecinq minutes de voiture l'une de l'autre. Je découvris aussi que le


L'ÉPOPÉE DU FONDS VANDEUL 971

père de Babelon, qui fut autrefois le conservateur du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale, avait confié à l'un de ses fils, André, la mission de publier les manuscrits de Diderot. Un autre de ses fils fut désigné pour lui succéder au Cabinet des Médailles.

Il ne fait aucun doute que des personnes occupant de hautes fonctions à la Bibliothèque Nationale et à la Sorbonne étaient tout à fait au courant de l'existence de ces manuscrits et de l'endroit où ils étaient conservés. Pourtant le secret fut bien gardé. Quant au choix d'André Babelon, il est intéressant de remarquer que, par deux fois dans l'histoire des documents de Diderot, un père confia à son fils les renseignements qu'il avait en sa possession avant de le charger de les publier. Mais dans le cas de Pierre Gautier, son fils n'entreprit pas grand-chose.

J'ai des raisons de penser qu'André Babelon ne s'intéressait pas non plus à la critique des textes et aux problèmes épineux posés par l'édition critique d'un texte. Son édition de la correspondance de Diderot n'est pas critique au sens où on l'entend de nos jours. De plus, il était fasciné par les inedita, les manuscrits qui n'ont jamais été publiés. Cette fascination qui peut facilement devenir une manie a provoqué de nombreux ravages dans la publication des manuscrits.

Lorsque j'examinai les documents du Fonds Vandeul, je trouvai le mot « inédit » écrit au crayon par Babelon sur certains manuscrits et, sur d'autres, était indiqué l'endroit où ils avaient déjà été publiés. Babelon m'avait dit qu'il était en train de préparer un catalogue des documents et qu'il projetait d'éditer les oeuvres principales de Diderot. Il ne le fit pourtant pas et le secret des manuscrits de Diderot resta intact

Les Ifs, le château où étaient conservés les manuscrits de Diderot, se trouvent à environ huit kilomètres de Fécamp. Lorsque j'arrivai, le château n'était habité que par quelques domestiques parmi lesquels se trouvaient une cuisinière extraordinaire et la vieille gouvernante de la baronne Le Vavasseur. La gouvernante s'appelait Mme Henriette (je n'ai jamais su son véritable nom). C'était elle qui régissait tout dans le château en l'absence des propriétaires. C'est également Mme Henriette qui me montra ma chambre, une fort belle pièce en vérité. Après le déjeuner, elle me conduisit à l'endroit où étaient entassés les papiers de Diderot : une pièce plutôt lugubre, sous le toit, à l'étage réservé aux domestiques.

Quand elle ouvrit la porte du cabinet, j'aperçus une pile énorme de papiers en désordre et toute une série de volumes reliés et peu attirants posés sur une étagère. J'avais promis au baron de ne consulter aucun document personnel ni des lettres privées, mais de me limiter strictement à Diderot. Cela voulait dire qu'il me fallait


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étudier la moindre feuille et le moindre petit bout de papier afin de les identifier et les classer.

Je ne donnerai qu'un seul exemple pour illustrer les risques que pouvait comporter ma recherche. Après avoir passé quelque temps à ranger et classer les documents, je vis par terre un petit morceau de papier plutôt sali, qui semblait avoir été piétiné. J'aurais normalement dû le jeter, mais je l'examinai attentivement et découvris en le présentant à la lumière quelques traces pâles d'écriture. Il était en fait rédigé de la main de Diderot, et ce bout de papier sans importance me permit de résoudre l'un des problèmes les plus déroutants se rapportant à la composition de La Religieuse. On peut trouver un fac-similé de ce fragment dans un article que j'ai écrit dans le tome II des Diderot Studies.

Le temps que je devais passer au château était limité et il me fallait travailler tard le soir. Cela créait un certain conflit avec les mesures d'économie imposées alors par la pénurie : on éteignait le corridor vers dix heures, je me servais d'une bougie pour me guider jusqu'à la petite chambre où se trouvaient les manuscrits, une pièce qui n'était pas éclairée non plus. Ce procédé ne me semblait pas très prudent, aussi je convins d'un arrangement spécial avec Mme Henriette qui me permit de laisser la lumière, à condition d'éteindre lorsque j'avais fini de travailler.

Nous en vînmes à parler des manuscrits et de mon travail. Elle était intéressée par ce que je faisais et nous commençâmes à parler de sujets très divers. Son extrême réserve initiale faisait place à la confidence et à une certaine bienveillance. Je peux même dire que nous avons plutôt sympathisé. Je précise ces détails pour deux raisons : tout d'abord je suis fermement convaincu que c'est Mme Henriette qui a sauvé les manuscrits de Diderot d'une destruction certaine ; et deuxièmement, c'est elle qui m'a fait changer d'avis quant à la destination finale de ces papiers.

Le couloir qui conduisait au cabinet où étaient conservés les documents m'obligeait à passer par le bureau dans lequel elle travaillait Au bout de quelque temps, il m'arrivait d'y entrer pour bavarder avec elle. Elle me signalait des endroits à visiter ou à voir dans les environs et me recommandait certaines promenades à faire. J'ai toujours aimé marcher, mais j'en avais encore plus besoin à ce moment-là à cause de la grande tension provoquée par mon travail et de la responsabilité que j'étais en train d'assumer.

Un soir, tandis que Mme Henriette faisait de la couture, je me permis de lui demander pourquoi les documents se trouvaient aux Ifs. Elle me répondit qu'ils étaient conservés autrefois dans l'appartement parisien du baron ; mais quand ce dernier se rendit compte, en 1940, que l'armée allemande marchait sur Paris, il fit


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emporter les manuscrits au château, où on les éparpilla sur le parquet du salon. Cependant, Mme Henriette prit peur lorsqu'elle vit les Allemands se diriger vers la Normandie. Les communications étaient coupées et nul ne savait où les troupes se trouvaient, ni dans quelle direction elles avançaient Mais les Français avaient mis au point un bon système de signalisation et de renseignements sur les mouvements des troupes allemandes. Ils postaient de jeunes écoliers au bord des routes et ceux-ci transmettaient des signaux discrètement

Un jour, on fut prévenu qu'un détachement d'Allemands se dirigeait vers les Ifs et arrivait rapidement Mme Henriette et les domestiques rassemblèrent les manuscrits et les transportèrent du salon dans la petite pièce retirée et peu accueillante de l'étage où ils logeaient, les recouvrant de vieux papiers. Ce fut là une décision très sage, car le château des Ifs fut choisi pour abriter un état-major de l'armée allemande. Il resta occupé pendant un certain temps, mais personne ne décida d'utiliser la petite pièce au grenier, et si par hasard quelqu'un s'était aventuré jusqu'à en ouvrir la porte, il l'aurait sûrement refermée aussitôt Est-ce que personne dans l'armée d'occupation ne se serait intéressé aux manuscrits de Diderot ? Ce serait largement sous-estimer la curiosité et la culture de certains officiers.

En 1944, après le départ de l'armée allemande, le château des Ifs fut occupé par un détachement américain. Un soir qu'il faisait froid, un groupe de soldats rassembla des papiers ramassés un peu partout ; ils les mirent dans une cheminée, les imbibèrent d'essence et craquèrent une allumette. Les cheminées françaises en ont vu d'autres, mais elles ne sont pas habituées à de telles pratiques. Une aile du château et en particulier sa partie supérieure, le grenier prirent feu. Heureusement le petit cabinet qui renfermait les documents ne se trouvait pas dans l'aile où les soldats essayaient de se chauffer « à l'américaine ». Mme Henriette avait fait un bon choix.

Cet incident ne fut pas le dernier à me donner des frissons rétrospectifs. Un jour que je flânais dans un coin retiré du parc, je remarquai une drôle de construction inachevée. Je me renseignai auprès de Mme Henriette et elle m'apprit qu'il s'agissait d'une aire de lancement que des ingénieurs allemands avaient commencée pour le tir de V2. Heureusement cette plate-forme ne fut pas détectée par la Royal Air Force, car si cela avait été le cas, ou si des V2 avaient été lancés et le site localisé, c'eût été la fin du château des Ifs et de tout ce qu'il abritait J'appris cette information et bien d'autres au cours de mes conversations avec Mme Henriette.

Un après-midi ou un soir, tandis que nous parlions, elle me regarda fixement et me demanda : « Est-ce que vous avez l'intention


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d'emporter les manuscrits aux États-Unis ? » Je répondis : « Oui, je ne peux pas finir mon travail ici. Il va me falloir une année ou deux pour classer et répertorier les documents, et pour constituer ce qui fait le plus défaut : un inventaire du Fonds Vandeul, afin que les universitaires sachent enfin quels sont les manuscrits encore existants. Je suis décidé à mettre fin à ce satané secret qui a fait tant de mal aux études sur Diderot et qui a failli causer la perte ou la destruction de ses manuscrits. Pour réaliser mon inventaire, j'ai besoin d'une grande bibliothèque et de toutes les notes que j'ai rassemblées depuis tant d'années ». Mme Henriette m'écouta, puis me regarda avec une expression que je n'oublierai jamais ; elle dit : « Vous ne croyez pas que les manuscrits devraient aller à la Bibliothèque Nationale ? » J'avalai difficilement ma salive, car j'étais furieux du secret qui avait été gardé si longtemps par des personnes bien placées à la Bibliothèque Nationale et à la Sorbonne. Au bout d'un moment, je lui dis : « Oui, vous avez raison ». Il fallut deux années de lutte pour réussir à remettre enfin les documents à la Bibliothèque Nationale.

De tous les manuscrits autographes que je retrouvai dans la collection du château, je n'en évoquerai qu'un : celui du Rêve de d'Alembert, qui m'avait amené à entreprendre ces recherches. Je mis la main sur lui à mon quatrième ou cinquième jour de travail, et après l'avoir découvert je sortis précipitamment pour une longue promenade.

Il me parut plus sage de ne pas rester trop longtemps aux Ifs ; aussi je rassemblai les manuscrits et les copies et je les rapportai dans un premier temps dans ma chambre d'hôtel à Paris. Cet hôtel s'appelait et s'appelle toujours l'Hôtel des Grands Hommes. C'était l'endroit où j'avais pris l'habitude de descendre à l'occasion de mes séjours dans la capitale. Qu'on ne voie là aucun signe de mégalomanie, il tient son nom de sa proximité du Panthéon. On y a une vue magnifique sur Paris depuis ses étages supérieurs et de plus l'air y est bon. Il faut remarquer au passage que Diderot ne s'est jamais trouvé aussi près du Panthéon qu'à cette occasion. J'emportai ensuite les manuscrits et les copies aux États-Unis ; la seule chose que le baron exigea fut que je lui fisse parvenir une liste des manuscrits emportés dès mon arrivée en Amérique.

Je pourrais très bien arrêter ici l'histoire des manuscrits de Diderot, mais j'aimerais ajouter quelques mots sur mon voyage de retour aux États-Unis, car ce voyage fait tout à fait partie de l'épopée du Fonds Vandeul.

J'avais réservé mon passage sur le Queen Elizabeth, le paquebot qui m'avait amené en France lors de mon année « Fulbright »


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(échange culturel subventionné par une bourse). Quand le train arriva à Cherbourg on nous informa que le bateau avait quitté Southampton avec du retard, mais l'on devait embarquer sur le transbordeur qui devait nous transporter jusqu'au Queen Elizabeth, le paquebot étant trop important pour accoster à quai. Les copies des manuscrits voyageaient dans une malle solide, tandis que les manuscrits autographes se trouvaient dans une serviette qui était déformée par son contenu. La malle était déjà à bord et se trouvait en principe à l'abri ; quant au porte-documents, je le gardais constamment avec moi. Comme je l'avais espéré, il n'y eut aucun problème de passage en douane.

Nous dûmes attendre des heures l'arrivée du bateau ; on nous servit un repas dans le hall immense qui était sur le quai, puis on nous ramena à bord du transbordeur. Et l'attente reprit ; en fin d'après-midi on nous rassembla de nouveau dans le grand hall pour nous annoncer que le Queen Elizabeth n'avait toujours pas quitté Southampton à cause de certaines difficultés. Les passagers de première allaient être logés pour la nuit dans des hôtels de Cherbourg, les autres devant dormir dans les compartiments du train. Le matin nous reprîmes le transbordeur et ce fut de nouveau l'attente.

L'eau qui baigne le port n'est jamais très agréable à contempler ; à présent, elle était recouverte de nombreux bouquets de fleurs, le cadeau que l'on offre toujours à des dames qui embarquent, et dont elles s'étaient débarrassées entre temps. La vue de ces fleurs à la surface de l'eau me rappelait le souvenir douloureux d'un film tiré de Hamlet, que j'avais vu, et dans lequel l'on pouvait voir le corps d'Ophélie flottant entre deux eaux au milieu de fleurs.

Il n'y avait presque pas de sièges et ils étaient tous occupés par des dames. J'emportais partout avec moi mon porte-documents et je commençais à entendre des commentaires ça et là (je transportais peut-être les bijoux de la Reine...). Il nous fallait montrer nos cartes d'embarquement à chaque fois que nous montions à bord ou que nous quittions le transbordeur, et j'avais régulièrement droit à des questions sur ma serviette.

Et l'attente se prolongeait Je commençais à me faire beaucoup de souci pour les manuscrits et je cherchai de quoi m'occuper l'esprit Il y avait un grand nombre de caisses en bois sur le quai ; elles étaient assez longues et relativement étroites ; elles étaient chargées sur une plate-forme par une grue, à raison de quatre ou cinq à la fois. J'observais pendant un long moment ce spectacle qui me faisait une drôle d'impression. Je me décidai enfin à demander ce qu'elles contenaient à quelqu'un sur le bateau. On me répondit que c'étaient les corps de soldats américains tués et enterrés en France, qui étaient rapatriés aux États-Unis. L'atmosphère devenait insupportable.


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Le soir, on nous dit que le bateau était retenu par une grève et qu'on allait nous ramener à Paris. Je demandais ce qu'allaient devenir les malles déjà embarquées : je ne reçus aucune réponse.

Je choisis un hôtel proche de la gare Saint-Lazare ; je le trouvai plutôt lugubre. Nous devions nous tenir prêts à retourner à Cherbourg à tout moment et on nous demanda de venir régulièrement aux nouvelles aux bureaux de la Cunard. Je laissai à l'hôtel la serviette contenant les manuscrits autographes durant ces quelques jours, mais je n'avais pas l'esprit tranquille. Je passais mon temps à m'inquiéter de ma malle, les trois-quarts des passagers posaient les mêmes questions et les employés en perdaient la tête. Personne ne pouvait nous renseigner.

Un jour on vint nous avertir qu'il fallait monter dans le train : on pensait que la grève était finie. Nous restâmes dans le train (non chauffé) pendant des heures, puis on nous ordonna de retourner à l'hôtel. Enfin on nous prévint que le train nous attendrait le lendemain matin et que nous devions embarquer au début de l'aprèsmidi. La femme de chambre de l'hôtel qui m'avait témoigné beaucoup de sympathie durant cette épreuve, me dit qu'elle avait lu dans le journal qu'il y avait de violentes tempêtes sur l'Atlantique. Elle me demanda si je craignais le naufrage. Je lui répondis que le Queen Elizabeth était un grand bateau. Elle me dit que les paquebots, c'était pire que les petits bateaux (« Rappelez-vous le Titanic ! »). Je n'étais pas en état de discuter à propos d'icebergs, mais l'angoisse que je n'avais cessé d'avoir pour les manuscrits de Diderot ne fit qu'augmenter. La responsabilité que j'avais prise m'écrasait littéralement.

Arrivés à Cherbourg, nous dûmes satisfaire aux formalités douanières, puis attendre des heures sur le transbordeur. Enfin le Queen Elizabeth arriva ; il faisait nuit. Une fois à bord, je m'inquiétai de ma malle ; d'autres passagers demandèrent des nouvelles de leurs bagages ; personne ne put nous répondre. Je décidai alors d'informer le responsable des soutes du contenu de ma malle et je lui fis part de mes soucis. A ma grande surprise il me comprit parfaitement. Je devais avoir l'air vraiment inquiet. Deux ou trois heures plus tard, il me dit que nous pouvions descendre, mais que c'était à mes risques et périls. Il soufflait une sale tempête sur la Manche et il fallait bien se tenir. Enfin, il me trouva ma malle qui était intacte. J'en pleurais de joie.

La traversée fut plutôt rude et même parfois difficile. Mais les Anglais sont de bons navigateurs et ils ne s'en laissèrent pas conter.

A l'arrivée à New York, il nous fallut attendre des heures pour passer la douane, comme d'habitude ; les douaniers étaient très stricts et souvent très désagréables à l'époque. J'eus la chance de


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tomber sur quelqu'un de strict, mais jovial. La première question qu'il me posa fut : « Qu'avez-vous dans cette malle ? » Je répondis : « Des manuscrits ». « Comment ? Ouvrez ! ». Il se saisit d'un volume relié de copies manuscrites, le regarda et commença à lire. Il avait appris le français au lycée. « Qu'est-ce que cela veut dire ? », me demanda-t-il. Je lui traduisis la phrase en question. Il avait l'air plutôt satisfait Puis il me demanda : « Vous n'avez pas de matériel pornographique, n'est-ce pas ? ». Je lui dis « non ». Heureusement le volume qu'il avait choisi ne contenait pas Les Bijoux Indiscrets.

Puis il me posa des questions sur Diderot Je répondis de mon mieux, compte tenu des circonstances. Il s'écria alors « Eh bien! Tout ça a de la valeur ! Fermez vite cette malle et allez-vous en. Cela pourrait donner des idées à quelqu'un ».

Il fit une marque sur le reste de mes bagages sans me poser de nouvelles questions et sans me les faire ouvrir. Puis il appela un porteur. Je le remerciai en lui serrant la main. Il me dit alors : « Vous savez ce qu'on nous faisait lire au lycée ? Madame Bovary. Vous voulez que je vous dise comment on l'appelait ? Madame Ovary » (ovaires en Anglais), et il s'éloigna.

J'étais bien en Amérique.

HERBERT DIECKMANN. (Traduction française par ALAIN HACCOUN )

REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE (85e Ann.) LXXXV


HISTOIRE ET THEATRE CHEZ ISABELLE DE CHARRIÈRE

Isabelle de Charrière, faut-il le dire, est l'un des écrivains du XVIIIe siècle les plus ouverts sur son époque. Elle vit, comme Voltaire, l'événement intensivement, même si elle n'y est guère mêlée. Ses réflexions y prennent racine. Elle a peu fréquenté les acteurs de l'Histoire. Sa préhension des faits repose sur des témoins. Elle évoque par exemple avec Isabelle L'Hardy la Cour et le gouvernement de Frédéric Guillaume II par l'intermédiaire de la comtesse de Dônhoff. La conquête de la Corse, où opère Constant d'Hermenches, la pousse à écrire une lettre publique à la Gazette d'Utrecht ; le rôle de sa famille dans la guerre civile hollandaise de 1787 la guide dans la rédaction des Observations et conjectures politiques '. Plus tard, c'est son frère Vincent, officier, puis Benjamin Constant, son mari, les journaux, les récits des voyageurs et des émigrés, hôtes du Pontet, qui lui feront vivre les événements de la Révolution et en particulier de la Terreur. Sa réflexion sur l'événement donne lieu souvent à une traduction littéraire. Le précieux « ego-document » qu'offre sa correspondance agit en ce sens comme un relais dynamique et non pas comme un aboutissement Ses lettres ne sont pas un produit achevé, un ensemble clos.

Les écrits les plus directement liés aux événements sont les essais « politiques» : les dix-sept Observations et conjectures (1787), les Lettres d'un évêque français à la nation (1789), les Lettres trouvées dans la neige (1793) et plus tard la Réponse à l'écrit du colonel de Laharpe (1797). Très proche des événements sont également les

1. Toutes nos références vont aux OEuvres complètes, Amsterdam, G. van Oorschot, Genève, Slatkine, 1979-1984, 10 volumes.

Mes Souvenirs sur Berlin, Potsdam et Sans-Souci, X.295-308 ; Lettre sur les opérations militaires en Corse, X.47-50 ; Observations et conjectures politiques, X.57-110.

R.H.L.F., 1985, n° 6, p. 978-987.


HISTOIRE ET THÉÂTRE CHEZ ISABELLE DE CHARRIERE 979

fameuses épingles, la feuille d'épigrammes de 1789 et quelques poèmes de circonstance, mais qui ne représentent qu'une part limitée des oeuvres en vers 2. Les oeuvres romanesques présentent dans cette perspective un côté fort intéressant. Les romans et contes de l'Ancien Régime, depuis Le Noble (1762), les Lettres neuchâteloises (1784) et les Lettres de mrs Henley (1784), les Lettres écrites de Lausanne. (1785) jusqu'à Caliste (1787) sont 3 déjà entés sur la réalité d'un quotidien au demeurant pauvre en incidents marquants. Le choc de 1789 aggravé en 1792 active par contre l'intégration d'une actualité riche en événements dans l'oeuvre littéraire. Après les allégories initiales, Aiglonette et Insinuante (1791), L'Évasion du perroquet, Les Deux familles, la réalité revient en force avec Henriette et Richard4, arrêté en 1792. Il y a incontestablement « révolution », retournement, mutatioa. Le Tiers a vaincu une Aristocratie alliée au Clergé, un monde est mort et ne ressucitera jamais. L'événement romanesque étudié dans la tranche des années 1789-1791 fait l'homme nouveau, ou mieux, le révèle à lui-même. Henriette et Richard, un roman historique ? Sans aucun doute. Ce monde où se conjuguent l'Histoire et la Fiction et que l'écrivain a clairement défini dans ses lettres (entre autres à Suard, 12 juillet 1792) et qui fait songer au propos de Marguerite Yourcenar dans Le Temps ce grand sculpteur (« la reconstitution passionnée, à la fois minutieuse et libre, d'un moment ou d'un homme du passé ») est plus historique que fictif. Les Lettres trouvées dans des portefeuilles d'émigrés (1793), écrites peut-être à l'instigation d'un émigré, Camille Malarmey de Roussillon, grand familier du Pontet (lettre du 15-16 janvier 1794), vont dans le même sens. Le récit oppose des personnages foncièrement antithétiques : Des Fossés, l'abbé, Alphonse (et Germaine) contre le père, le Marquis, Fonbrune. A l'émigré qui analyse et comprend l'événement, qui fait preuve d'une intelligence réelle des réalités, s'oppose l'émigré buté, orgueilleux, utopiste, et tous deux sont mis en présence du républicain réfléchi, sans préjugés, sur le fond d'une des pages les plus sombres de l'Histoire : la Vendée. Petit à petit, quasi imperceptiblement, les deux partis s'avanceront à la rencontre l'un de l'autre. Certes, ce n'est pas encore la réconciliation, mais l'amorce d'un consensus des bonnes volontés qui pourrait construire une nouvelle société. Il faut

2. Pour les Observations, voir ci-dessus ; Lettres d'un évêque français à la nation, X. 127-162 ; Lettres trouvées dans la neige, X.223-254 ; Réponse à l'écrit du colonel de Laharpe, X.273-286 ; pour les vers, X.331-442, en particulier les textes 27-37, 44,46, 64.

3. Le Noble, VIII. 13-34 ; Lettres neuchâteloises, VIII.35-90 ; Lettres de Mistriss Henley, VIII.91-122 ; Lettres écrites de Lausanne, VIII.123-248.

4. Aiglonette et Insinuante, ou la souplesse, VIII.249-260 ; L'Évasion du perroquet, VIII.261-268 ; Les Deux familles, IX.611-620 ; Henriette et Richard, VIII.269-408.


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cependant souligner que malgré la présence symbolique de Pauline, les lettres d'Alphonse et de Fonbrune démarquent les essais politiques et ne sont guère romanesques.

Il est tentant de joindre à ces deux romans Trois femmes (17941795). Nous ne le ferons pas. Le lien avec L'Abbé de La Tour (1798) ouvre d'autres perspectives. Nous pénétrons dans l'univers d'un mentor d'inspiration rousseauiste et dont les annonces se laissaient déjà entendre en 1789. Emilie, Joséphine et Constance, ou selon Camille de Roussillon (lettre du 10-14 février 1795)5 « une catin, une friponne et une bégueule » se sont installées dans l'exil et s'y trouvent bien, pour ouvrir, avant Germaine de Staël, les portes de l'Allemagne au lecteur français. Le roman n'est plus dans l'événement ou n'est plus suscité par lui : il quitte la dimension historique, le temps a fait son oeuvre. Par la suite d'ailleurs, l'Histoire restera absente des romans d'Isabelle de Charrière, même si le Sabacco d'Asychis peut évoquer Bonaparte. Les Lettres au marquis de ***, Mère et fille partent en émigration, les Aventures de Frenet 6 sont restés à l'état d'esquisses. Tracées à chaud, elles offraient une potentialité très riche : elles furent laissées à l'abandon.

Le théâtre d'Isabelle de Charrière offre bien des ressemblances et des différences avec le reste des oeuvres littéraires, mais semble exercer des fonctions plus importantes à plus d'un titre.

A part la mystérieuse Justine, comédie contemporaine du Noble, notre auteur aborde la scène en même temps que le roman. Les Lettres neuchâteloises sont écrites en même temps que L'Incognito : leur art du tableau social, également perceptible dans les Lettres écrites de Lausanne se révèle également dans l'amusante comédie La Famille d'Ornac de 1785. Mais si la voix romanesque se tait pour quelque temps après Caliste, la dramatique se fait entendre sur deux plans parallèles. D'un côté, on notera l'obstination, inexpliquée encore, d'écrire des opéras, dont le texte est évidemment subalterne 7. D'autre part, l'inspiration sociale guide mieux, semblet-il, l'écrivain qui donnera successivement avant 1789, Monsieur Darget, Attendez ! Revenez !, Comment la nommera-t-on ?, La Comtesse de Murville.

5. Lettre 1535, à Henriette L'Hardy, v. 44.

6. Asychis ou le prince d'Egypte, IX.357-402 ; Lettres du marquis de *** et de la comtesse de **, IX.679-686 ; Mère et fille partent en émigration, IX.695-702 ; Aventures de Frenet, IX.717-722.

7. Le théâtre d'Isabelle de Charrière occupe en entier le tome VII des OEuvres complètes et a été publié par nos soins. On trouvera dans ce volume les opéras : Pénélope (1787), Les Phéniciennes (1788), Polyphème ou le cyclope (1790), Les Femmes (1790), Zadig (1791), Junon (1793). Seul le deuxième, qualifié de « Tragédie lyrique », fut publié à l'époque.


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Dans notre introduction au Théâtre dans les OEuvres complètes (VII. 9) nous avions distingué trois tranches chronologiques, regroupant les années 1785-1791, 1793-1796, 1800. C'est incontestablement la deuxième qui est la plus orientée vers les événements. Isabelle de Charrière dispose de bonnes informations : les journaux et les lettres de Paris, les récits des émigrés de passage au Pontet, le voyage d'information de son mari à Paris d'avril à mai 1792. Tout cela a stimulé un besoin fondamental de savoir toute la vérité : nous sommes loin d'une curiosité indiscrète, au contraire. C'est le sentiment qui la poussera à sonder Henriette Monachon sa femme de chambre, la malheureuse comtesse de Dônhoff, Benjamin Constant, sa famille, ses amis, elle-même en fin de compte. Après 1794 Isabelle de Charrière s'intéressera à d'autres sujets : la vague révolutionnaire est passée. Élise ou l'université, Lord Hatewit, L'Extravagant, L'Enfant gâté et Le Mariage rompu sont à mettre en parallèle du moins dans cette perspective, avec Trois femmes, L'Abbé de La Tour.

Pour notre propos, sept comédies, écrites ou esquissées en l'espace d'un an, précieuse indication de l'impact subi, doivent retenir l'attention. Deux comédies se déroulent en France : L'Auteur embarrassé, La Parfaite liberté ou les vous et les tu ; les autres abordent le problème de l'émigration : L'Émigré, L'Inconsolable, François, Marianne d'Erbac et Les Modernes caquets. Ce sont, en fait, les deux faces d'un seul et même événement majeur de l'Histoire d'un peuple, d'une nation chers à Isabelle de Charrière.

Vu du dedans, l'Auteur embarrassé, vraisemblablement écrit vers 1793-1794, se situe dans une France imprégnée de l'esprit révolutionnaire. Il est souvent question de municipalités, de la république ; les biens nationaux mis en vente, le cours des assignats, l'égalitarisme outré, la guerre contre l'Angleterre servent de toile de fond. Ce n'est pas Marianne, la jeune lingère qui retiendra l'attention, pas plus que son père, sa famille ou l'ami Després. C'est le jeune écrivain Lavor qui parle pour Isabelle de Charrière en discutant le rôle de la presse (1,3), en réclamant l'impartialité du jugement (11,1), la liberté de penser et d'écrire (1,3), en dénonçant le danger social qu'un égalitarisme de mauvais aloi peut entraîner (1,4), ou la futilité des divorces (1,5) ; en demandant enfin justice pour certains émigrés et religieux (11,4). Toutes ces revendications sont nuancées et témoignent fort bien pour le sens des relativités si cher à Isabelle de Charrière. Loin de mettre en cause le bien-fondé de certaines mesures et réalisations révolutionnaires, elle dénonce le danger d'une application systématique et arbitraire.

La Parfaite liberté (1794) renforce ce point de vue mais selon un schéma différent Dans cette réponse à La Parfaite égalité de


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Dorvigny applaudie à Paris par la presse partisane, Isabelle de Charrière s'attaque avec vigueur à ce qu'elle déteste le plus au monde, l'hypocrisie. Diogène Brusquet, un Tartuffe sans-culotte, tient sous sa coupe la maisonnée du citoyen Francoeur ; la sourde résistance des femmes aura finalement raison de ce personnage grossier, intrigant, brutal, fanfaron, menteur, lâche et odieux (1.1 ; 11.3,6,7 ; 111.2,8,12). Une caricature du révolutionnaire» enragé » ou « terroriste » ? L'auteur a chargé à la limite du supportable, et même au-delà, les fidèles de Marat, d'Hébert, de Robespierre. Le contraste ajoute encore à ce caractère, car dans le camp révolutionnaire on verra aussi évoluer Francoeur, citoyen trop bon et quelque peu naïf, honnête, franc, loyal, tolérant, bon père et bon citoyen (1.3,5 ; II.2,4,6,7 ; III. 4-7,12,14) et dans son sillage, son épouse, sa fille, son gendre et sa pupille Victorine, tous honnêtes, délicats, sensibles, humains (1.1,2; II.6,7; III.1,3-5). En face de Brusquet, Charles Ferrier, l'homme nouveau selon le coeur d'Isabelle de Charrière. Né aristocrate, honnête et franc, patriote, il veut être reconnu comme citoyen aimant son pays, pour lequel il a d'ailleurs versé son sang (II. 7 ; III.4,5,7). La clairvoyante intelligence et la franchise de son domestique et ami Bertrand (I.3-5) fera le reste, que l'on aura déjà deviné : Charles Ferrier réduira Brusquet à l'impuissance et épousera Victorine, enfin libérée de l'aveuglement de Francoeur, luimême enfin guéri. Tout comme Lavor, Charles Ferrier distille le message humaniste de l'écrivain. La vraie liberté, symbolisée par le libre choix des tu et des vous, l'emportera sur la « parfaite » égalité arbitrairement imposée (1.5 ; II.4,6). Le vrai citoyen place l'intérêt général au-dessus des siens et rejette les préjugés (II.7 ; 111.5,7).

Arrêtons-nous encore un instant au fragment des Modernes caquets. « La scène est partout », écrit Isabelle de Charrière à Huber le 15 août 1794. Sommes-nous encore à Paris où les commères de la Révolution alimentent dangereusement l'ère du soupçon ? Peu importe. C'est le caquet pseudo-vertueux de Madame Le Sage (1), sot ou méchant de Madame Michau (1-3), faussement réservé de Madame Rafin (2) qui crée inconsciemment un délire imbécile et grégaire dont les jeunes héros triompheront

La Révolution aurait-elle donc échoué ? Isabelle de Charrière le croit et le dit sur tous les tons. Ses jugements politiques condamnent non le principe d'un changement juste et nécessaire mais l'application arbitraire de ce principe. « Terreur » n'est pas synonyme de « Révolution » et encore moins de « Liberté ». On ne s'étonnera donc pas de l'émigration de ceux qui redoutent la tournure des événements. Cela ne signifie pas non plus qu'Isabelle de Charrière envisage l'Émigration avec compassion et avec un préjugé favorable.


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L'Émigré, L'Inconsolable, François, Marianne d'Erbac se déroulent « en Suisse », et l'on pourrait ajouter sans risque, « à Colombier, à Neuchâtel ». Deux groupes se font face : les émigrés, leurs hôtes et au sein de chacun de ces groupes apparaissent les indispensables nuances.

La marquise de Valcourt et le chevalier d'Estourdillac dont le nom est suffisamment éloquent, dans L'Émigré, d'Envers dans L'Inconsolable, les jeunes gens dans Marianne d'Erbac et peut-être Julie dans François appartiennent, à quelques détails près, au même type. Pour la marquise, femme étourdie, injuste et autoritaire, gonflée de préjugés, la Révolution n'est qu'éphémère : l'Ancien Régime n'est pas aboli (11.1-3,6; III.8) et son manque de clairvoyance n'a d'égal que celui de l'extravagant et aventureux chevalier (11.5,7; III. 1,2,5,7,8) et des jeunes Français qui importunent les Erbac (2). Ces irréfléchis, déchus, cultivent leur nostalgie quelquefois jusqu'à la morbidité comme un d'Envers (1.3,5,7). Cependant un autre personnage de L'Inconsolable permet de passer à un deuxième type d'émigré. L'inconditionnel Alexandre d'Ange finit par entendre raison (I.9) et sans doute Julie, dans François, devait-elle suivre le même chemin. De même la comtesse de Murville dans L'Émigré : excédée par le délire de la marquise son amie, elle finira par la quitter (11.1,3,5 ; III.8). Un pas plus loin, Madame d'Ange et sa fille Sophie dans L'Inconsolable se révèlent être des émigrées réalistes, généreuses, même ironiques (1.7-9). A l'autre bout de la chaîne deux figures exemplaires passent au premier plan. Vieuxmanoir dans L'Émigré, sensible, humain, altruiste, honnête, scrupuleux même, bon fils et bon patriote (I.2,5 ; II.4 ; III.2,4,8) n'a pas franchi le pas décisif comme Xavier d'Allègre dans L'Inconsolable, qui le transformerait en nouveau citoyen helvétique. Leurs qualités sont identiques (I.3-5) à cette seule exception près que Xavier affiche un peu plus de maturité que Vieuxmanoir dont la mère est en prison.

Cette « galerie des émigrés » souvent parcourue au cours des années 1792-1795, offre un fidèle reflet de la réalité historique. L'Émigration est loin d'être un tout homogène et elle connaît ses fanatiques tout comme la Révolution. Les inconditionnels, les sectaires se rencontrent partout. Déjà dans L'Auteur embarrassé Lavor avait plaidé pour une plus juste appréciation de l'Émigration (II.4). En la jugeant avec finesse, en multipliant les nuances, Isabelle de Charrière affiche ses préférences et ses mépris. Tous comptes faits, on retrouve dans les deux partis les mêmes types d'hommes et de femmes. Dès lors faut-il condamner ou approuver sans rémission ? N'est-il point possible de trouver un terrain d'entente ? Tout comme Charles Ferrier, François, aristocrate d'origine, a combattu dans les armées de la République pour défendre sa patrie


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en danger. François tient tête aux émigrés nostalgiques, Charles aux enragés. A ceux-ci se joindra le républicain qui dans L'Émigré sait se montrer juste, délicat, humain, philosophe : l'ambassadeur de la République en Suisse (1.5,6 ; III. 1). Sans doute ne cède-t-il pas comme un Philippe d'Ange, le Constituant repenti de L'Inconsolable (I.8,9), qui tombera dans les bras de son frère Alexandre, le royaliste revenu à la réalité. Certes, la réconciliation a lieu au sein d'une famille : un personnage officiel reste en deçà. Mais on sent bien, dans L'Émigré que les distances s'effacent et que tôt ou tard... C'est, on l'aura remarqué, aux jeunes gens qu'Isabelle de Charrière confie la mission de réconcilier les partis et de construire en même temps que l'avenir, une France nouvelle. Mais ce faisant, l'écrivain quitte le domaine de l'actualité pourra-t-on objecter, et l'Histoire le cède à l'anticipation. Notons que les réconciliations ont lieu en terre helvétique. Xavier d'Allègre est devenu un époux et père aimé, un propriétaire respecté ; Vieuxmanoir adopte lui aussi « les moeurs et sentiments des Suisses » (III. 9). On peut s'interroger sur les raisons qui ont poussé Isabelle de Charrière à donner à sa propre patrie d'adoption cette vertu réconciliatrice. La fin de L'Émigré est on ne peut plus symbolique : les Treize-Cantons offrent une fête à l'ambassadeur de la République qui a respecté leur neutralité. Et les hôtes suisses des émigrés ? Dans L'Inconsolable, De L'Orme, Des Étangs, Louise sont confinés dans des rôles d'encadrement (I.1-7). Chez les Erbac, on retrouvera les mêmes vertus d'humanité, de délicatesse et d'honnêteté. Mais on sent que Marianne et Cécile divergent lorsqu'il est question des émigrés. Dans L'Émigré les différences deviennent symboliques. M. Jager reste neutre (1.2,5,6 ; III.3). Sa soeur, Madame Vogel (encore un nom parlant ?) donne au contraire dans le jacobinisme (1.1,5,6 ; III.7). Julie écoutera son coeur qui la pousse vers Vieuxmanoir et les avis de son père paraissent plus sensés que ceux de sa tante. Trois attitudes possibles. Isabelle opte pour la première, mais laissant tout de même ses préférences aller vers les personnes de coeur et de bon sens, républicains ou émigrés. Terre prussienne mais ouverte sur la France, Neuchâtel occupait une position délicate. Les autorités furent soumises à de fortes pressions françaises et on expulsa les émigrés que la population jugeait avec plus de discernement. La principauté ne fut pas intégrée à l'appareil de la République helvétique mais subit le contre-coup des événements. Isabelle de Charrière elle-même mourut le 26 décembre 1805, quelques semaines avant le traité de Paris du 14 février 1806 qui donnait Neuchâtel à la France 8.

8. Charly Guyot, Neuchâtel, histoire d'une cité, Genève 1978, p. 179-200.


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Ne faudrait-il pas dès lors considérer ses éloges des vertus helvétiques non pas comme l'expression d'une servile flatterie mais comme l'expression d'une possibilité exemplaire ? L'entente entre Français des deux partis, réalisée en territoire helvétique comme dans L'Inconsolable, voire dans L'Émigré et sans doute prévue pour François et Marianne d'Erbac, déjà entrevue en France même dans La Parfaite liberté, ne relèverait plus de la seule imagination, mais appartiendrait au domaine des instigations à l'action, timide et fragmentaire au départ, et destinée ensuite par la force de l'exemple à une généralisation salutaire. Ce n'est point là un rêve : la correspondance qu'Isabelle de Charrière entretient avec des émigrés, Le Gualès, les Roussillon, les Tremauville, Huber et tant d'autres montre qu'autour d'elle l'entente était possible.

Dans toutes les situations évoquées, le juge, le mentor l'emportent sur l'écrivain. Toutes ces comédies (pas un seul drame...) bâties sur les aventures sentimentales des jeunes gens, flanqués de parents, amis et domestiques, menacés par des intrigants nous mènent tout droit à la comédie classique, et plus particulièrement à Molière, on l'aura deviné sans peine. Le respect des règles, des conventions littéraires lui paraissait indiscutable, et même le garant de la qualité du produit littéraire. On aura tôt fait de souligner la répétition des situations, des procédés, voire des caractères et d'en tirer les attendus d'un jugement négatif. Mais sans doute en portant à la scène l'événement historique Isabelle de Charrière entendait-elle faire encore autre chose que de la littérature. Le théâtre offrait, plus que le roman, le lieu privilégié de la communication dite « de masse». Pour un public moins ouvert aux finesses et subtilités psychologiques cette fonction du théâtre déjà entrevue au XVIIe siècle 9, a joué à plein à l'époque de la Révolution. La censure en écartant tout ce qui ne glorifiait pas le nouvel ordre des choses, relayée par une presse homogène et une tentative de politique culturelle organisée, a transformé la scène en salle d'école, en tribune, en prétoire. Le Moniteur du 18 nivôse II (7 janvier 1794) avait célébré à l'envi les mérites quasi pédagogiques de La Parfaite égalité de Dorvigny. La réponse ne se fit pas attendre. Reprocherat-on à Isabelle de Charrière d'avoir répliqué du tac au tac avec La Parfaite liberté ? Et cet exemple ne vaut-il pas pour l'ensemble de son oeuvre dramatique de cette époque, surtout si on la compare à ce qu'offraient les scènes françaises ? Mais à la dichotomie classique

9. Isabelle de Charrière participa au concours de l'Académie de Besançon en 1788 en traitant la question Si le génie est au-dessus des règles ? Voir sa réponse, X. 111-122. Pour la politique culturelle au XVIIe siècle, voir Jean-Marie Apostolidès, Le Roi-Machine, Paris, 1981, Le Prince sacrifié, Paris, 1985.


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du « pour » et « contre », Isabelle de Charrière oppose une vision plus dialectique en soulignant les excès des deux partis et en proposant une entente au-dessus des partis entre les bonnes volontés. Si le théâtre révolutionnaire servait en grande partie de véhicule aux idées et contribuait par la démesure à l'échauffement des esprits, ne pouvait-on lui opposer avec les mêmes moyens une réplique qui ne serait cependant point celle du parti adverse ? Le théâtre d'Isabelle de Charrière est celui de son temps : il décrit les situations, analyse des comportements, bref il est enté sur l'événement historique mais il sert également à proclamer un jugement et à formuler un espoir. Le monde a changé, et par conséquent les sujets littéraires changent aussi, écrit Isabelle de Charrière en substance à sa fidèle amie Caroline de Sandoz-Rollin le 13 février 1799 10 : « Je ne puis souffrir une imitation qui n'imite rien de ce qui existe, une satire qui porte complètement à faux, et n'a pas même l'air de vouloir corriger rien - Il y a plus. Là où l'on voit tant de crimes & de malheurs on n'est plus que faiblement frappé des ridicules » 10.

Avec les pièces que nous venons d'analyser, l'on est loin des comédies de l'Ancien Régime, même de celles qu'elle avait ellemême écrites. Elle a vu et saisi la métamorphose de la société ; elle ne l'a pas entièrement acceptée. L'Histoire la porte à s'informer, à réfléchir, à juger. Ses lettres, ses essais, ses contes et romans, ses vers en portent la marque. Entre ses comédies et elle, il existe un lien privilégié : « Gardez Brusquet comme votre propriété, écrit-elle à Benjamin Constant le 4 octobre 179411 Je suis fâchée qu'il ne vaille pas mieux qu'il ne vaut. Demandez aussi quelque jour à M. de Saïgas l'Inconsolable et gardez-le. Ce seront quelque jour de petites reliques que vous aimerez un peu. Shakespeare avait mis une partie de l'histoire d'Angleterre en tragédies, moi j'ai mis en manière de comédies moi-même, presque toutes mes idées sur les rangs de la société, les besoins des hommes et sur la pitié, les égards, l'impartialité, que je demande pour les autres, ainsi que sur le courage, l'industrie & l'impartialité que je veux qu'on ait pour soi et relativement à soi. Quiconque lirait L'Émigré, L'Inconsolable, Brusquet et Élise, me lirait à peu de choses près sur tous ces points ».

On ne saurait être plus clair. Le théâtre « historique » d'Isabelle de Charrière est le lieu d'une conjoncture exceptionnelle entre l'événement et la personnalité de l'écrivain. L'Histoire n'est plus seulement la relation des événements, elle devient terrain d'essai et prétexte, chez la plupart des écrivains de l'époque. Isabelle de

10. Lettre 2001, V.541.

11. Lettre 1455, IV.593.


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Charrière ajoute le sens d'un engagement, d'une leçon. Ces comédies ne sont pas seulement de « petites reliques» confiées au seul Benjamin Constant. Les leçons s'adressent désormais à tous ses lecteurs. Si les Brusquet et les Vieuxmanoir, les Estourdillac et les Charles Ferrier ne sont plus, il se dégage de ces comédies une leçon beaucoup plus générale qui incite le lecteur à l'humanité, à la fraternité, à la liberté.

JEROOM VERCRUYSSE.


« GAMIANI »

POÈME EROTIQUE ET FUNÈBRE

D'ALFRED DE MUSSET ?

La comtesse Gamiani et ses tristes exploits méritent-ils qu'une revue sérieuse, sinon austère, arrête sur eux l'attention de ses lecteurs ? Nous osons le croire dans la mesure où ce récit, d'un érotisme violent, nous paraît, à la lecture, livrer le nom de son auteur, ou plutôt confirmer une attribution déjà ancienne, mais jamais tout à fait admise, et préciser de façon intéressante certains traits de la personnalité, de la psychologie et de l'art de Musset, puisque c'est de lui qu'il s'agit

Moïse Le Yaouanc résume bien la question dans un stimulant article de L'Année balzacienne.

L'auteur même de Gamiani est-il bien Musset ? Ceux qui le pensent ou l'admettent peuvent être nombreux, l'on ne trouve chez personne d'argument décisif 1.

Nous n'apportons ici ni contrat d'éditeur (et pour cause !), ni aveu explicite de l'auteur, ni confidence de quelque ami officieux, un Tattet ou un Sainte-Beuve. Et de ce fait peut-être trouvera-t-on aventuré le titre du présent article. Mais à défaut d'un « argument décisif », nous voudrions proposer un faisceau d'indices convergents dont certains nous paraissent importants.

Gamiani ou deux nuits d'excès parut en 1833, « à Bruxelles », et dans l'anonymat. Le texte n'était pas imprimé mais lithographié à partir d'un manuscrit calligraphié. Il était accompagné de douze gravures qu'on attribue tantôt à Devéria, tantôt à Grevédon 2. En

1. « Échanges romantiques: Balzac et Gamiani, Balzac et Fortunio », L'Année balzacienne, 1976, p. 71-86 ; citation p. 74.

2. Cf. Louis Perceau, Bibliographie du roman érotique au XIXe siècle, 1930, et de même pour les renseignements qui suivent.

R.H.L.F., 1985, n° 6, p. 988-1001.


« GAMIANI » POÈME EROTIQUE ET FUNÈBRE D'ALFRED DE MUSSET ? 989

1835 le même ouvrage parut « à Venise» (en fait, certainement à Paris) dans une typographie peu soignée, mais avec une indication concernant l'auteur : « Par Alcide, baron de M *** », ce qui semble bien vouloir suggérer Alfred de Musset En 1864, ce sont trois éditions qui paraissent : l'une, « à Amsterdam », comporte une préface qui explique que Musset, « peu après 1830 », avait parié d'écrire en trois jours une composition érotique et que Gamiani était le fruit de ce pari. Une autre édition due à Jules Gay, tout en présentant l'hypothèse « Musset », précise que la police du temps « [...] attribuait l'ouvrage à un auteur déjà célèbre et dont le style brillant et fougueux pouvait alors donner quelque poids a cette attribution » 3. Avec raison, Moïse Le Yaouanc pense que cette périphrase pourrait désigner Jules Janin, auteur au style abondant et verveux que trois romans à sensation : L'Ane mort et la Femme guillotinée (1829), La Confession (1830) et Barnave (1831) venaient de lancer. Nous verrons plus loin pourquoi Gamiani, selon nous, ne saurait avoir Janin pour auteur 4.

Publié en 1833 avec ou sans l'accord de son auteur, l'ouvrage avait été écrit dans le sillage même de La Peau de chagrin de Balzac qui avait paru en août 1831. La comtesse d'origine italienne Gamiani est présentée explicitement comme « une Foedpra, une femme sans coeur et sans tempérament »5 jusqu'à ce qu'on découvre très rapidement que c'est « une tribade »6 douée d'un tempérament de braise. Comme Foedora elle a pour femme de chambre « une jeune fille au teint brun, aux formes accusées » 7. Et Alcide qui épie la comtesse Gamiani à son coucher tout comme Raphaël épiait la comtesse Foedora, découvre ce que Raphaël supposait à tort : les relations homosexuelles des deux femmes.

Gamiani, conclut M. Le Yaouanc, peut être considéré comme un livre licencieux écrit en marge du grand roman philosophique et fantastique 8.

On peut même déceler au moins un autre rappel du roman de Balzac en constatant que le finale de la première des deux parties de Gamiani nous offre le spectacle rapide et désolé du réveil après une

3. L. Perceau, op. cit., p. 68.

4. La troisième édition de Gamiani parue en 1864 était due à Poulet-Malassis qui, à la suite d'une faillite, s'installait alors à Bruxelles.

5. Nos références renvoient à l'édition de poche largement diffusée : Alfred de Musset, Gamiani suivi de Lettre à la Présidente de Théophile Gautier, (« Aphrodite classique», 1) Eurédif, 1975. Ici, p. 13 (l'édition écrit fautivement « Foedera »).

6. Op. cit., p. 13.

7. Op. cit., p. 14. Chez Balzac, Justine « était une fille brune, grande et bien faite » (Le Livre de poche, texte de l'édition de 1831, p. 198). La Justine de Gamiani s'appelle Julie.

8. Art. cit., p. 73.


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nuit de débauche, tout comme Balzac en avait présenté un tableau plus développé, et également ignoble :

Nous nous levâmes enfin. Je voulus voir encore la comtesse. Elle était ignoblement renversée, la figuré défaite, le corps sali, taché, comme une femme ivre jetée nue près d'une borne. Elle semblait cuver sa luxure.

- Oh, sortons ! m'écriai-je, sortons Fanny ! Quittons cet ignoble séjour 9.

Cette filiation ainsi soulignée par la mention de Foedora et par celle, dans une note, (dont, à vrai dire on ignore l'origine : auteur ou éditeur) du roman même de Balzac, donne à penser que la composition de Gamiani est sans doute d'assez peu postérieure à la publication de La Peau de chagrin : fin de 1831 ou début de 1832.

Si nombre de critiques répugnent fortement à attribuer ce récit à Musset, ils ne présentent pas, pour autant, des arguments convaincants. C'est qu'ils restent prisonniers d'une certaine image du grand poète de la passion malheureuse et de la souffrance rédemptrice ou même du chantre infiniment délicat de la vierge innocente. Certes ! mais rien n'est simple avec Musset et l'on ne peut oublier qu'il a été le très réaliste poète de l'amour physique, qu'il s'est proclamé à travers ses héros (Frank, Lorenzo, les deux Octave, des Caprices de Marianne et de la Confession), mais aussi directement, dans ses lettres et certains poèmes, le héros fanfaron ou meurtri de la débauche la plus triviale 10. Et si l'on estime que Musset, par forfanterie ou sentiment de culpabilité, exagère son vice, interrogeons Sainte-Beuve dont on perçoit les accusations à travers telle réponse consternée de son correspondant, Ulric Guttinguer 11. Si l'on récuse Sainte-Beuve, le bon apôtre à la vertu vite effarouchée (Sainte-Beuve qui, en 1829, cherchait en compagnie de Musset l'aventure facile en sortant de chez Nodier), que l'on s'adresse au plus fidèle ami de Musset, et sans doute au plus compréhensif puisqu'il était lui-même un viveur confirmé : Alfred Tattet. Celui-ci écrit à .Arvers le 21 octobre 1831 :

Que devient Musset ? Le rencontres-tu ? Travaille-t-il ou joue-t-il ? Est-il enfin décidé à se perdre et ne devons-nous plus compter sur son avenir qui promettait d'être si beau ? C'est vraiment un bien grand malheur !

9. Gamiani, p. 62. Cf. La Peau de chagrin, chap. XXXV, p. 234 : « Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage d'une procession ». Quelques lignes plus loin Balzac mentionne les « ignobles débris » du « réveil de la Débauche ». Fanny est la jeune fille innocente mais souillée par la comtesse ; Alcide tente de la sauver, non sans s'être mêlé cette nuit aux jeux ardents des deux femmes...

10. Cf. ces vers du Songe du reviewer (1833) dont le ton ironique ne doit pas faire prendre le change : « Dans les filles de joie / Musset s'est abruti ».

11. « Rien de plus triste que ce que vous me dites d'Alfred [...] les passions égarent, les vices exterminent » (18 novembre 1834). Même si les déchirements de la liaison avec Sand doivent être pris en compte alors, la dernière phrase est sans équivoque.


« GAMIANI » POÈME EROTIQUE ET FUNÈBRE D'ALFRED DE MUSSET ? 991

Et treize ans plus tard le même Tattet écrivait à Guttinguer :

Alfred continue à être plongé dans les filles ; il y laissera son génie et sa santé. Quel affreux suicide ! 12

On pourrait également recueillir le témoignage de telle de ces filles dont il était le client assidu, mais difficile et agressif 13. Si nous rappelons ces faits trop connus, ce n'est nullement pour rabaisser un grand poète (nous verrons qu'il le demeure en évoquant les scènes les. plus scabreuses), mais pour montrer comment ce poète mis au défi par quelques-uns de ses compagnons de parties fines a très bien pu écrire une sorte de bréviaire animé et dialogué des divers modes de la jouissance sexuelle, le récit se structurant en deux nuits peuplées essentiellement de trois personnages : une lesbienne et sa jeune victime devenue sa partenaire, et un homme (le narrateur), témoin fasciné ou horrifié, mais souvent aussi acteur frénétique. Les scènes vécues, rendues avec réalisme, sont coupées d'intermèdes : récits rétrospectifs, chacun contant ses expériences de jeunesse ; et la sexualité prend alors une allure fantasmatique, avec de telles amplifications qu'à la limite les scènes prennent un tour comique, voire grotesque 14. Les références artistiques et littéraires n'y manquent pas : pastiche priapique de la « Tentation de Saint Antoine » (Bosch et Callot), transposition de l'estampe grivoise du XVIIIe siècle si répandue, « Un rêve » (une jeune femme endormie tient serré dans ses bras un traversin !), imitation de La Religieuse de Diderot, « saturnales monastiques délirantes », issues du roman gothique 15.

Rappelons aussi que Musset était grand amateur et grand connaisseur des conteurs galants ou érotiques du XVIIIe siècle, qu'il cultivait un anticléricalisme assez acerbe. Ne perdons pas de vue que c'est précisément en 1831 et 1832 qu'il a écrit et publié les plus risqués de ses poèmes où se donne à voir une sexualité vécue dans des manifestations paroxystiques chez la femme (en particulier A Julie et A Laure, datés de « mars 1832 » et de « 1832 ») 16 et chez

12. Léon Séché, La Jeunesse dorée sous Louis-Philippe, 1910, p. 43 et 296.

13. Voyez par exemple les Mémoires (1854) de Céleste Mogador, pensionnaire en 1840 d'une maison close où Musset avait ses habitudes. Ses relations avec le poète se résumaient en une « suite rapide de violences, de querelles et de tours ». Et même, s'agissant de la digne Brigitte, Octave reconnaît qu'elle « eut à essuyer de [s] a part tous les dédains et toutes les injures qu'un libertin colère et cruel peut prodiguer à la fille qu'il paye » (Confession, IVe partie, chap. VI).

14. Par l'entremise du narrateur, l'auteur montre qu'il a pris alors ses distances avec le réel : « Gamiani. - Vous brodez à merveille, Alcide, votre rêve ferait bien dans un livre... Moi. - Que voulez-vous ! Il faut passer la nuit » (p. 48).

15. Respectivement p. 44-46, 39, 77-82 et 87-100. L'expression citée est p. 87.

16. « A Laure » ne paraîtra que dans les Poésies nouvelles de 1850. « A Julie » d'abord programmé dans les Poésies complètes de 1840 en est retiré au dernier moment et est remplacé par deux brefs poèmes anodins. Le poème ne sera admis que dans l'édition des Premières Poésies de 1852.


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l'homme (Hassan dans Namouna, inclus dans le premier Spectacle dans un fauteuil paru en décembre 1832 avec la date de 1833). Notons enfin que la juxtaposition de la violence réaliste et d'un détachement qui admet le comique, voire le burlesque est un procédé qui peut s'apparenter au mélange de passion et d'ironie qui caractérise l'ensemble des Contes d'Espagne et d'Italie. Voilà quelques indices. Mais ils ne suffisent pas pour garantir l'attribution de Gamiani à Musset : entrons plus avant dans l'oeuvre.

Le thème central du récit est la séduction et la corruption d'une ingénue de quinze ans par une lesbienne inassouvie. D'étreintes en délires Gamiani, lors d'une séance particulièrement mouvementée, empoisonne sa partenaire et s'empoisonne elle-même sans qu'Alcide, pourtant aux aguets, ait le temps d'intervenir. L'action progresse donc sous le signe du paroxysme, de l'exaspération croissante, de la mort inévitable. Il nous semble que ce rythme précipité n'est pas étranger au Musset des années trente. Une objection toutefois : le thème de l'homosexualité féminine n'apparaît pas dans la poésie de Musset. Il n'aurait pu à cette époque être abordé que de façon discrète et allusive. Qu'on se rappelle la condamnation des Fleurs du mal intervenue vingt-cinq ans plus tard ! Mais à y regarder de plus près ce thème existe bien chez Musset, sous une forme insidieuse. Le poème Octave (Revue de Paris, 24 avril 1831)17 repose sur la vengeance d'une jeune femme dont le fiancé s'est tué pour l'amour « redoutable » d'une courtisane. Celle-ci à son tour se meurt littéralement d'amour pour « un chétif enfant » aux « beaux yeux bleus » qui la dédaigne. Or ce jeune garçon, Octave, n'est autre que la fiancée déguisée. Tout le poème repose donc sur l'ambiguïté du désir et sur une homosexualité latente. Faut-il ajouter que Gamiani est également hétérosexuelle, et avec gloutonnerie ?

Quant à l'étroite union de la volupté et de la mort violente, c'est un thème qui hante Musset Le conte en vers Don Paez 18 est construit sur l'étrange donnée suivante : un jeune officier trompé par son amante boit un philtre par lequel il s'assure une dernière nuit de volupté exceptionnelle au cours de laquelle il n'en poignarde pas moins l'infidèle. Puis il meurt lui-même sous l'effet du philtre. Encore ici le meurtre de l'amante s'explique-t-il, au moins en apparence, par la jalousie de l'amant Mais cette justification psychologique n'est là, sans doute, que pour cacher une inquiétante pulsion, beaucoup plus profonde. C'est précisément ce que nous

17. Recueilli dans les Poésies complètes en 1840.

18. Dans les Contes d'Espagne et d'Italie.


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découvrons dans le poème Suzon (Revue de Paris, 2 octobre 1831) qui reprend pour thème, sur un ton persifleur assez déplaisant, la mort infligée dans l'instant même de l'extase amoureuse 19. Mais aucune trace de vengeance, maintenant. Une première fois, l'abbé Cassius, à l'aide d'un philtre, réveille si bien les sens endormis de sa mûre maîtresse qu'elle en meurt. La seconde fois il s'en prend à une toute jeune fille, la séduit par le magnétisme et la suggestion et la tue au cours de l'étreinte. Il reste fou, « mort pour avoir aimé / A casser une pipe après avoir fumé» : Je veux, avait-il dit, un fruit

Fermé pour tous ; pour moi (moi seul !) épanoui, Après moi refermé. Je veux toute une vie, Et j'ajoute la mienne au marché.

C'est exactement le projet que Gamiani met à exécution. Et l'on peut se demander si la note de Maurice Clouard indiquant qu'on lui a « signalé une édition érotique de Suzon », sans autres précisions (Fonds Lovenjoul, F 3176) ne renverrait pas, en fait, à Gamiani. Faut-il ajouter que Musset, dans sa vie, n'était pas indemne de ce genre de pulsion? C'est ce qu'il confie à George Sandaprès la rupture de Venise et avant les éphémères retrouvailles. Même si on fait la part des circonstances et de l'amplification qui en résulte, l'aveu est saisissant :

Aujourd'hui si mes sens me conduisaient chez une fille, je ne sais pas ce que je ferais ; il me semble qu'au moment de la crise je l'étranglerais en hurlant 20.

Cette « crise », Musset semble en avoir perçu les manifestations (faut-il dire « les symptômes»?) chez ses partenaires avec une stupeur mêlée de plus d'angoissé que de contentement 21. C'est un des thèmes récurrents de ses poésies de jeunesse. Que la volupté soit douloureuse en sa profondeur, que la « petite mort » ne soit pas sans évoquer la mort - tout court -, ce ne sont certes pas des découvertes

19. Vu son caractère scabreux, Suzon ne fut recueilli en volume qu'en 1852, dans les Premières Poésies. Yves Lainey évoquant ce conte et son « érotisme dévoyé» dans un chapitre de son Musset ou la Difficulté d'aimer (1978) y voit non « à proprement parler une dissonance, mais [...] une note insolite » dans l'oeuvre de Musset (p. 199). Et il ajoute en note : « Nous ne voyons de rapprochement possible qu'avec la fin de Gamiani, mais outre que l'attribution de ce conte à Musset est très contestée, il s'agit ici d'un récit sans intérêt proprement littéraire ». Ce dernier jugement paraît sévère à moins que l'on ne pose en principe que l'évocation de tableaux très crus ou obscènes échappe de ce seul fait et en toute circonstance à la littérature. Ce serait d'ailleurs accorder à la catégorie de l'obscène une valeur absolue que conteste l'évolution des sensibilités et des moeurs. Pour Le Yaouanc (article cité, p. 71), Gamiani « ne manque pas de qualités littéraires ».

20. Lettre du 10 mai 1834, George Sand - Alfred de Musset, Correspondance, éd. Evrard, p. 101.

21. Cf. cette phrase de Gamiani, parenthèse d'auteur, bien plus que réflexion du narrateur : « Cette jouissance doit être bien forte, car rien n'est pareil à son expression chez une femme » (p. 56).

REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE (85e Ann.) LXXXV 63


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imputables à Musset Mais ces associations s'imposent à lui avec violence, comme de constantes obsessions 22. Et nous retrouvons ces traits en abondance dans Gamiani. Le narrateur, Alcide, insiste sur les formes extrêmes de la volupté physique dans ce qu'elles ont de torturant, d'effrayant ou de répugnant si bien que l'on peut soutenir sans trop de paradoxe le caractère moral de telles évocations... La maîtresse du jeu est bien éloignée de ces héros ou héroïnes sadiens qui se sont retranchés dans la forteresse dogmatique de leur antimorale et pour qui la jouissance est expansion heureuse de l'être, surtout si c'est aux cruels dépens de la tourbe des imbéciles vertueux et pieux, leurs victimes désignées. Elle apparaît comme une tragique quêteuse d'absolu, perpétuellement insatisfaite et déçue :

J'ai la triste condition d'avoir divorcé avec là nature. Je ne rêve, je ne sens plus que l'horrible, l'extravagant Je poursuis l'impossible. Oh, c'est affreux ! Se consumer, s'abrutir dans des déceptions ! Désirer toujours, n'être jamais satisfaite. Mon imagination me tue. C'est être bien malheureuse ! (p, 26).

Elle va donc, comme Don Paëz et comme Cassius, rechercher un absolu de la sensation en tentant de faire coïncider le spasme de l'agonie avec celui du plaisir :

J'ai connu tous les excès des sens. Comprends donc, fou ! Il me restait à savoir si, dans la torture du poison, si, dans l'agonie d'une femme mêlée à ma propre agonie il y avait une sensualité possible ! Elle est atroce, entends-tu ! Je meurs dans la rage du plaisir, dans la rage de la douleur ! Je n'en puis plus ! Ah ! ... (p. 112).

Et tout le récit nous fait glisser graduellement de la mort par métaphore, très fréquemment évoquée (« on me tue » ou « vous me tuez » ou « cela me tue », etc., « je crus rendre toute ma vie... pâmées... expirantes... pareil à un cadavre... sublime d'anéantissement.. je suis rompue... on la dirait morte », etc.), à la mort vraie. Celle-ci est toujours signifiée par Gamiani avec, d'abord, cet étrange voeu ambigu : « J'en veux [du plaisir] jusqu'à rester morte » (p. 52). Suit une impériale proclamation :

Luxurieuse, implacable, je donne un plaisir sans fin, je suis l'amour qui tue ! 23.

Ce sont ensuite de nouvelles promesses ambiguës :

[...] jusqu'au moment suprême où toutes deux nous lutterons ensemble pour

22. Les textes où l'étreinte est présentée comme une. torture et son dénouement comme une pamoison ou une mort (la femme étant de surcroît « tombeau » ou « bûcher » de l'homme), sont fort nombreux. Voyez dans les Contes d'Espagne, Don Paez (vers la fin), L'Andalouse, Madrid, A Juana, Venise, A Julie, A Laure, Octave ; puis La Coupe et les Lèvres (acte II, scène 3, acte v, scène 2), Rolla (section IV).

23. C'est dans le contexte immédiat une allusion au statut privilégié de la femme, infatigable en amour, à la différence des hommes qu'elle épuise. Mais l'expression prend valeur de prophétie par rapport au dénouement


« GAMIANI » POÈME EROTIQUE ET FUNÈBRE D'ALFRED DE MUSSET ? 995

mourir à la fois [...] Tu retomberas morte encore, mais morte de plaisir et d'excès (p. 107 et 108);

et enfin l'atroce dénouement :

A ce cri prolongé venu du creux de la poitrine, l'horrible furie retomba morte sur le cadavre de Fanny (p. 112, derniers mots du récit).

Nous voilà loin de la poésie de l'idéal et des tendres ingénues. Et pourtant, en contrepoint discret de ces violences hystériques, quelques pages nous font songer à l'autre Musset Cette Fanny si vite souillée et dépravée, Alcide la prend en pitié ; au désir fou a succédé une honte mêlée de tendresse :

Fraîcheur, grâce, jeunesse, la main de l'orgie avait tout sali, tout souillé, tout plongé dans l'ordure et la fange.

Cette âme, si naïve et si tendre, cette âme jusque là si doucement bercée par la main des anges, livrée désormais aux démons impurs ! Plus d'illusions, plus de rêves ; point de premier amour, point de douces surprises...

Tout une vie poétique de jeune fille à jamais perdue !

Elle s'éveilla, la pauvre enfant, presque riante. Elle croyait retrouver son matin accoutumé, ses doux pensers, son innocence. Hélas ! Elle me vit. Ce n'était plus son lit, ce n'était plus sa chambre. Oh ! Sa douleur faisait mal. Les pleurs l'étouffaient. Je là contemplais ému, honteux de moi-même (p. 60-61) 24.

Ainsi le personnage sacrifié de Fanny permet, malgré tout, qu'apparaissent des sentiments délicats ou épurés. Écoutons-la évoquer ses rêveries d'adolescente en attente de l'amour, mélange de sensualité sans objet et de naïfs élans mystiques :

A travers les vitraux on découvrait au loin des arbres, les gazons, et j'étais tentée d'aller me rouler à terre 25 ou dé me perdre, aérienne, dans les feuilles. Je contemplais le ciel, et j'aurais voulu voler dans l'air, me fondre dans l'azur, me mêler aux vapeurs, au ciel, aux anges ! (p. 38-39).

Reste ce qui nous paraît l'essentiel : la qualité de l'écriture. Nous sommes en présence d'un écrivain de race : un style précis, vigoureux, suggestif, sans trop de vulgarité (vu le sujet..) : une écriture rapide, souvent elliptique, souvent violente aussi, mais sans déclamation ni rhétorique excessives. C'est bien l'écriture de Musset jeune, celle du Spectacle dans un fauteuil en prose notamment

24. On comparera ces sentiments avec ceux de Valmont dans une situation analogue. Cet homme qui « aime de passion les mines du lendemain » trouve que « rien n'était si plaisant » que l'embarras, la honte et la souffrance de la petite Volanges qu'il a déflorée la nuit précédente (Les Liaisons dangereuses, lettre XCVI ).

25. A comparer à ces paroles de Cordiani qui vient de passer une première nuit d'amour auprès de Lucrèce, femme d'André, et qui se confie à son ami Damien : « Regarde-moi, elle m'aime. Je cours dans ce jardin depuis hier, je me suis jeté dans les herbes humides ; j'ai frappé les statues et les arbres, et j'ai couvert de baisers terribles les gazons qu'elle avait foulés " (André del Sarto, acte I, scène 1.).


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D'ailleurs une grande partie des scènes sont dialoguées, les répliques étant même marquées typographiquement comme dans une pièce. On pense au mot de Sainte-Beuve : « le style net et nerveux de Musset » 26. Nous sommes loin des facilités et de l'entraînement verbal d'un Jules Jania Rien à voir non plus avec la rondeur ample et un peu molle, le fameux « style coulant » (Baudelaire) de George Sand.

Et pourtant certains ont voulu faire de celle-ci la collaboratrice de Musset à cette occasion 27. Cela ne résiste guère à l'examen. Si le récit a été écrit en 1831 ou 1832, comme nous le pensons, la question ne se pose même pas... L'ouvrage ayant paru en 1833 (date précise inconnue) et la cohabitation-collaboration des amants ayant commencé en août, on ne voit guère le jeune couple se livrer par priorité à ce genre de littérature alors que Musset cherche à montrer à George qu'il n'est pas ou qu'il n'est plus le vilain garçon qu'on prétend, l'Octave des Caprices, mais qu'il est en train de devenir un Coelio. Enfin si Sand n'était sans doute pas femme à reculer, dans la vie, devant les audaces sexuelles, sa révulsion devant les excès d'un langage cru ou obscène est connue et semble sincère. Et on ne voit pas pourquoi elle aurait pris le risque de compromettre gravement sa réputation, qui aurait été bien plus exposée que celle de Musset lui-même dans une telle entreprise. L'auteur d'une récente étude sur Gamiani, Mme Marcella Di Maio, a très bien marqué l'impossibilité de cette collaboration 28.

Mais cette écriture rapide, acérée, brutale parfois a aussi une autre vertu qui manque à George Sand et plus encore à Janin : la poésie en tant que royauté du rythme et de la musique. Cette prose est semée de vers blancs de douze, huit et six pieds principalement qui tissent la trame lyrique du récit au point de constituer parfois de véritables ensembles strophiques. Nous nous trouvons ici devant un texte qui présente les mêmes caractères que le théâtre en prose des

26. Lettre à Buloz [juillet 1834], Correspondance générale, t. I, p. 477.

27. C'est le fait de Vital-Puissant et du comte d'Ideville au XIXe siècle (voir Domenico Fusco, Bibliografia ragionata del « Gamiani» di de Musset, Turin, 1953). De même en écrivant : « Nous persistons à penser que la première partie, au moins, doit être attribuée à Alfred de Musset », Guillaume Apollinaire, Fernand Fleuret et Louis Perceau semblent admettre qu'une collaboration de George Sand à la deuxième partie reste possible (L'Enfer de la Bibliothèque Nationale, 1919, p. 59).

28. « Una clandestina, Gamiani », Lectures, n° 7-8, août 1981, Université de Bari, p. 173-188, et plus précisément p. 186-187. Mme Di Maio s'attache à situer Gamiani dans le courant de la littérature érotique, du XVIIIe au début du XXe siècle, notamment en ce qui concerne le statut moral, culturel et social de l'homosexualité et de la bisexualité féminines. Nulle part elle ne pose expressément le problème de l'attribution à Musset, tout en signalant que celle-ci a été contestée. Il semble bien qu'elle l'admette comme allant de soi, ainsi qu'en témoigne le rapprochement insistant qu'elle opère entre Alcide, « voyeur jaloux », et plusieurs personnages de Musset (p. 182-183). L'article a été repris par l'auteur dans Oltre il Viaggio, Biblioteca di Cultura 235, Bulzoni Editore, Rome, 1983, p. 15-38.


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années trente : ce théâtre est porté, nourri par les vers blancs. Pierre Moreau propose une subtile étude de ces vers dans la prose. Il montre que lorsqu'il veut « déversifier » la première scène de On ne badine pas avec l'amour, écrite d'abord en alexandrins, Musset «dérime » mais ne parvient pas vraiment à « dérythmer » ces vers 29. Il n'y parvient pas, ou plutôt quelque chose en lui s'y refuse. Aussi trouve-t-on bien des tirades et des répliques mêlées de vers dans ce théâtre, par exemple dans André del Sarto des tirades de Cordiani, à la première scène, dans Les Caprices de Marianne, une bonne partie de la première scène avec, notamment, les portraits emblématiques parallèles de Coelio (la barque à la dérive) et d'Octave (le danseur decorde) 30.

Le même phénomène, exactement, se produit dans Gamiani. Nous avons dénombré dans cette centaine de pages de petit format imprimées en gros caractères au moins soixante-quinze alexandrins réguliers, parfois groupés par deux, souvent associés à un hémistiche qui précède ou qui suit, sans compter des alexandrins irréguliers en poésie (à cause de certains e muets réprouvés par la prosodie traditionnelle) mais phonétiquement très acceptables (exemple : « Colorées, animées par le feu du plaisir », p. 72). Nous avons relevé la plupart de ces alexandrins réguliers, précédés ou suivis le cas échéant de membres formant des hémistiches. Il est à noter qu'ils occupent assez souvent la fin d'un paragraphe ou d'une réplique, tout comme dans les textes dramatiques 31.

Alexandrins descriptifs ou narratifs

Jeune fille au teint brun, aux formes accusées (p. 14)

Toutes deux se tenaient, s'étreignaient avec force. (p. 19)

Nos langues se croisaient, brûlantes, acérées (p. 20)

L'un sur l'autre étendus, raides, sans mouvement / Nos bouches entrouvertes (p. 22)

Mon corps brisé, rompu, gisait sur les coussins, / Pareil à un cadavre.

(p. 34)

allaient, / Venaient, suçant, pinçant, mordant, dansant en rond (p. 46)

Un grand diable mitré, crossé tout à l'envers. (p. 46)

Un pêle-mêle affreux d'enlacements grotesques, / D'accouplements

hideux (p. 47)

29. Pierre Moreau, « L'Ironie de Musset », Revue des Sciences humaines, octobredécembre 1962, p. 501-513.

30. P. Moreau, dans l'article cité, donne des exemples tirés des Caprices de Marianne et de On ne badine pas avec l'amour.

31. Nous ne reprenons pas ceux que nous avons incidemment donnés dans les citations antérieures ; nous introduisons des majuscules pour marquer le début des « vers » reconstitués et nous n'indiquons la ponctuation en fin de vers que lorsque c'est une ponctuation forte, marquant la fin d'une phrase.


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Je jette loin de moi ce qui me couvre encore, / Je m'étends sur mon lit (P. 49)

Je dévore des yeux cette scène animée, / Ces mouvements lascifs, ces poses insensées. (p. 50)

Mes trois belles / Perdirent à la fois l'équilibre et leurs sens. (p. 51)

Pour retomber ensuite avec un rire affreux, (p. 54)

sautait comme une folle, / S'excitait au plaisir, se renversait pâmée

(p. 54)

Pleurer sur son divan, se tordre, se rouler (p. 66)

L'attire sur son sein, l'entoure de ses bras. (p. 72)

Un jour elle aperçut deux chiens qui s'accouplaient, (p. 84)

Ses yeux le dévoraient.. Le singe s'approcha, / Se pendit aux barreaux et s'agita si bien (p. 85)

Enfin je terminai par une danse obscène (p. 87)

Au milieu des chansons, des rires, des éclats (p. 91)

Les couples se formaient, s'enlaçaient, se tordaient (p. 91)

On entendait le bruit des lèvres s'appliquant / Sur la chair, ou s'entremêlant avec fureur, (p. 91)

Des soupirs étouffés, des paroles mourantes (p. 91)

D'où s'échappait un râle sourd de volupté (p. 92)

On la plongeait d'abord dans un bain de sang chaud (p. 94)

L'animal trop fêté fut bientôt épuisé, (p. 98)

La pendaison produit son effet ordinaire. (p. 99)

Les transports de Fanny redoublent, plus violents, (p. 110)

Alexandrins marquant une sensation ou un sentiment

... pantelante, abattue. / Et que tourmente encore un plaisir avorté. / Mon sang était de feu (p. 14)

... sur le corps de Fanny. Interdite, tremblante, / Fanny laissait tout faire et ne comprenait pas. (p. 17)

Le plaisir la tuait et ne l'achevait pas. (p. 19)

En un instant nous fûmes / Tous les trois confondus, abîmés de plaisir.

(p. 25)

Je m'écriai que j'étais prête à tout souffrir. (p. 31)

J'étais sans mouvement, je ne sentais plus rien. (p. 31)

Comme pour satisfaire un désir insatiable, (p. 32)

Un frôlement volupteux par tout le corps, (p. 37)

J'oubliais que j'avais des parents, des amis : (p. 38)

Elles semblaient mourir de langueur et d'attente ; / Elles m'ouvraient leurs bras et me fuyaient toujours, (p. 44)

J'ai le feu dans l'esprit, j'ai le feu dans le corps. / Je ne sais qu'inventer. (p. 52)

C'était horrible à voir. / Fanny se releva, saisie, épouvantée, (p. 52)

Ces transports furibonds, ces voluptés brutales / Me donnaient le vertige. (p. 57)


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Ce réveil enchanteur, coloré, poétique (p. 59)

Suave et pur, comme un dessin de Raphaël. (p. 60)

mon amour se peignait, / Vif et brûlant, dans mon langage et dans mes

yeux. (p. 61)

Si je te presse ainsi sur moi, c'est par amour, (p. 68)

C'était l'âme et les sens réunis sur tes lèvres... (p. 78)

Se mêle ensuite au sang, s'infiltre dans les os (p. 73)

Ma tête se perdit Je devins fou furieux (p. 73)

Je m'abîmais les yeux à contempler la scène / Qui me jetait dans un si horrible désordre. (p. 74)

... Plus aussi la jouissance est vive est prolongée ! (p. 75)

Au point de voir en elle un Satan incarné. (p. 83)

Mieux eût valu l'abandonner à tous les singes ! (p. 87)

Je fus trois fois au ciel, Edward fut trois fois dieu, / Mais quand il fut tombé, je le pris en horreur, (p. 102)

Oh ! Prolongeons encor(e) cette attente irritée : (p. 107)

Vers-répliques (éléments de dialogue)

Lascive... ! Tu jouis, tu es heureuse.../! Oh Dieu ! (p. 19)

Vous serez éprouvée. Allez en paix, ma fille. (p. 28)

Chut ! Alcide, écoutez... Quels cris ! Elle se tue ! / Dieu ! la porte est fermée ! (p. 53)

J'ai trompé, éloigné vos gens, et me voici ! (p. 67)

Sens comme mon coeur bat. C'est pour toi, pour toi seule ! / Je ne veux que ta joie, / Ton ivresse en mes bras. (p. 68)

Je m'écorche, je crois. Ah ! Je sens, je coule... Ah ! (p. 75)

Tu veux donc me connaître? Eh bien enlace-moi (p. 76)

Oui, oui ! Je te comprends, Gamiani. Allons! / Je suis comme endormie, / Je te rêve à présent (p. 107)

Les hexasyllabes autonomes, outre ceux qui sont ressentis (nous venons de le voir) comme des hémistiches d'alexandrins, sont également très nombreux et présentent parfois des groupements fort expressifs, comme celui-ci, par exemple :

Ce double contact de deux corps suant le plaisir, / tout brûlants de luxure, / me ravivait encore, / redoublait mes désirs. (p. 21)

Un peu moins nombreux, les octosyllabes peuvent se grouper aussi de façon très musicale :

(ces plaisirs) que nous avons goûtés ensemble, que nous pouvons goûter encore. (p. 24)

Voici qu'ils forment une véritable strophe avec deux heptasyllàbes :

Horrible ? Horrible ! Qu'ai-je en moi / Qui puisse inspirer tant d'horreur ? / Ne suis-je pas jeune encore? / Ne suis-je pas belle ainsi ?


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Et toute la suite de cette longue tirade serait à citer, qui se poursuit haletante avec un entrelacs de membres de six, huit, dix et douze syllabes (p. 69).

On peut ainsi isoler dans le texte de Gamiani un certain nombre de strophes hétérométriques de vers libres, chacun des membres qui la composent ayant sa propre valeur rythmique et le tout formant un ensemble homogène et harmonieux. Tel cet exemple à la musicalité particulièrement prenante :

Comme elle avait livré son corps, / Crédule, innocente, / Elle livrait aussi son âme, / Confiante, enivrée. / Je crus dans un baiser la prendre sur ses lèvres : / Je lui donnai toute la mienne. - / Ce fut le ciel et ce fut tout (p. 61-62).

Nous aurions aimé présenter un autre exemple, plus complexe (neuf « vers » de 6, 8 et 12 syllabes), au rythme vigoureux, aux éclats de fanfare : une pleine réussite technique ! mais, vraiment, ce n'est pas possible ! Que les lecteurs intrépides en prennent eux-mêmes le risque ! 32. Restons, pour nous, sur l'impression de cette suave strophe où, pour une fois, l'âme et le corps réconciliés se trouvent plongés dans une même béatitude, d'autant plus précieuse qu'elle est fragile 33.

Au terme de cette analyse nous ne proposons donc ni une « découverte », ni même une « restitution », puisque l'attribution à Musset, apparue anciennement, n'a jamais été sérieusement contestée. C'est une simple « confirmation » que nous pensons apporter. Mais nous aimerions qu'elle soit prise en compte et que cesse cette conspiration des hésitations et des timidités de la part de ceux qui sont amenés à citer l'ouvrage et à en évoquer l'auteur. Il ne s'agit pas de prononcer un jugement moral sur un ouvrage qui est effectivement d'un érotisme exaspéré. Mais nous pensons que la réputation littéraire et poétique de Musset ne serait nullement ternie par une attribution moins parcimonieusement reconnue. Il nous semble que ce récit, admis dans le corpus des oeuvres de Musset, offrirait un précieux champ d'étude à qui souhaiterait approfondir, chez le poète, le difficile et cardinal problème de la débauche et de son origine. Les explications de nature politico-sociale (le désarroi

32. Gamiani, toujours elle, se fait attaquer simultanément par trois compagnons de lit et elle analyse ses sensations avec autant de précision que d'enthousiasme (p. 104). C'est évidemment un « morceau de bravoure » dans le genre !

33. En ce qui concerne la poésie des images, il est à remarquer que la métaphore de la fleur avec ses satellites : coupe, calice, rosée, poussière, si fréquente dans la poésie et le théâtre de Musset pour évoquer une atmosphère érotique à la fois gracieuse et un peu équivoque se retrouve dans Gamiani. Mais les termes employés : « calice, rosée céleste, rosée de feu » (p. 109, 40, 74) n'ont plus rien d'équivoque et désignent des réalités anatomiques précises.


« GAMIANI " POÈME EROTIQUE ET FUNÈBRE D'ALFRED DE MUSSET ? 1001

de la jeunesse au lendemain de la chute de l'Empire) et biographique (le contrecoup d'une « trahison » féminine) que le poète propose luimême au début de la Confession d'un enfant du siècle et qui ont l'avantage d'être faciles à cerner sont sans doute insuffisantes. Il y a là des fantasmes et des obsessions dont la source se trouve dans la petite enfance ou même dès la naissance 34. Pour cette tentative d'élucidation de la conscience obscure de Musset, ne serait-il pas bon qu'outre les textes avoués on scrute aussi le poème écheyelé, tragique et funèbre de Gamiani..1

SIMON JEUNE.

34. L'ouvrage de Pierre Odoul, Le Drame iritime de Musset, étude psychanalytique de l'oeuvre et de la vie d'Alfred de Musset, 1976, présente à cet égard, à côté de détails intéressants, un système d'explication qui nous paraît peu convaincant.


«LES CHATS» DE BAUDELAIRE UNE NOUVELLE LECTURE

L'exégèse des « Chats » est devenue un sous-genre de la critique baudelairienne, très riche en ce qu'il résume plusieurs tendances de l'analyse littéraire des vingt dernières années, inutilement complexe pour le lecteur qui s'intéresse à Baudelaire 1.

Il est surprenant que ce " quasi-sonnet » 2, plus fragile que par exemple les massives constructions de Mallarmé, ait pu supporter aussi longtemps le poids d'une critique très sérieuse, qui, justement, doit beaucoup à une conception mallarméenne et difficile du sonnet - conception qui n'était pas celle de Baudelaire.

La perspicacité peut quelquefois découvrir des ambiguïtés qui ne sont que l'effet de chevilles ou de vers faibles, que justifie d'ailleurs cet art de la « gradation » selon Baudelaire 3. D'autre part, la gravité peut étouffer l'ironie plutôt frivole d'un jeune poète des années 1840, héritier, comme Samuel Cramer, de l'esprit des Jeune-France.

C'est par cette ironie et par l'ambiguïté voulue du sonnet, plus subtiles, semble-t-il, que ne le pensait Baudelaire, que nous voulons en extraire une signification en somme assez banale. Et en l'absence

1. Voir le livre de Maurice Delcroix et Walter Geerts, " Les Chats » de Baudelaire. Une confrontation de méthodes (Paris, PUF, 1980), qui contient vingt études sur « Les Chats », dont l'intéressant article de Michael Riffatefre, « Describing Poetic Structure : Two Approaches to Baudelaire's « Les Chats » ». Les références à Baudelaire renvoient à l'édition des OEuvres complètes en deux volumes de Claude Pichois (Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1975-1976). Nous utilisons le sigle CP1 pour désigner les deux volumes de la correspondance dans la même collection.

2. C'est le terme d'Ed. Wacken qui publia « Les Chats » sous le pseudonyme de Retchezken en 1848 dans la Revue de Belgique. (Cité par Claude Pichois, 1,951).

3. Voir l'anecdote que raconte Asselineau dans la préface de La Double Vie (reproduite dans les OEuvres complètes, II, 92-102). Il s'agit sans doute, selon J. Crépet, de Baudelaire et d'Alphonse Calonne, directeur de la Revue contemporaine : « - Ne trouvezvous pas, monsieur, que ce vers est un peu faible ? - Oui, monsieur, répondait le poète en se mordant la lèvre ; et le vers suivant aussi est faible, mais ils sont là pour amener celui d'après, qui n'est pas faible du tout - Je ne dis pas non, monsieur ; mais il vaudrait bien mieux qu'ils fussent tous les trois d'égale force. - Non, monsieur, répondait le poète, en colère cette fois, car alors où serait la gradation ? C'est un art, monsieur, un art que j'ai mis vingt ans à apprendre » (II, 94).

R.H.L.F., 1985, n° 6, p. 1002-1010.


« LES CHATS » DE BAUDELAIRE : UNE NOUVELLE LECTURE 1003

d'un diagnostic satisfaisant, ces chats, que de sévères études ont ingénieusement disséqués, bénéficieront d'un retour à leurs sources, telles que l'histoire littéraire les révèle - cure, après tout, homéopathique 4.

Répondons d'abord à la suggestion de J. P. Plottel, dans son article récent sur la critique des « Chats » : « What may now be needed is an analysis of why « Les Chats » continues to fascinate critics and scholars» 5. D'un côté, les complexités de la critique s'attirent et se perpétuent, surtout quand les entrailles qu'on examine tardent à livrer leur énigme ; mais attirante aussi est cette image tripartite des « amoureux », des « savants » et des chats qui confère au poème son caractère subtil et indéterminé. Par ce faisceau de figures, chaque épithète se fractionne pour s'appliquer à trois substantifs, et nous rend conscients de ce flottement de sens qui est une des préoccupations de la critique structuraliste et sémiotique.

Pour Baudelaire, cette image joue un rôle précis, ou plutôt deux rôles, car, à partir de 1857, elle justifie la position du sonnet dans Les Fleurs du Mal, assurant un lien entre les poèmes d'amour et ceux qui traitent de l'artiste ennuyé : l'« amoureux fervent» se joint au « savant austère » par l'intermédiaire des chats. Ce qui est plus important, elle dissimule le but du sonnet Baudelaire, comme poète, ne s'est livré tout entier au public qu'en 1857 et s'en gardait soigneusement auparavant, masqué par le pseudonyme ou par l'anonymat Rien d'étonnant, alors, si le poème qui lui a valu sa première célébrité est un sonnet ambigu et narquois, qui ne s'adresse, comme l'indique le début, qu'aux initiés, et qui préserve son exclusivité par une image assez complexe pour multiplier les équivoques, et les méprises.

Quel en est donc le sens pour les initiés ? Une source probable du sonnet, indiquée brièvement par Jean Pommier il y a presque quarante ans, est révélatrice : il s'agit des Contemplations du chat Murr de E.T.A. Hoffmann, auteur très admiré du jeune Baudelaire 6.

4. Pour reprendre la terminologie de Claude Pichois dans l'article qui clôt le volume de Delcroix et Geerts : " Simples remarques d'histoire littéraire ». Constatons tout de suite que Ce sonnet se distingue par son titre de deux autres Fleurs du Mal qui s'intitulent « Le Chat».

5. « The Battle of Baudelaire's « Les Chats » », Romanic Review, LXXIV, n° 1 (janvier 1983), p. 91-103. Voir p. 103.

6. Rosemary Lloyd a consacré une longue étude aux deux auteurs : Baudelaire et Hoffmann. Affinités et influences (Cambridge Univ. Press, 1979). Voir aussi Ingeborg Köhler, Baudelaire et Hoffmann (Uppsala, Almqvist & Wiksell, 1979). Signalons en passant cette anecdote de chantage politique qu'ont pu lire en 1845 les « initiés » du Corsaire-Satan, journal où parut, deux ans plus tard, « Les Chats », dans un feuilleton de Champfleury (Le Corsaire, 14 novembre 1847) : « Le Chat amoureux. [...] il existe sur un des bancs des centres un représentant provisoire, un peu mûr par l'âge, mais jeune encore de coeur, et fort original dans ses goûts ; l'honorable se rendait tous les soirs dans un appartement de la rue de Provence où une dame seule l'attendait. Une fois entré dans le


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Comme le dit J. Pommier, « le chat ne tiendrait pas une aussi grande place dans l'oeuvre de Baudelaire sans cette fiction prolongée de la Collection Renduel, où Murr et ses amis figurent à leur manière la comédie humaine ». En effet, « Murr s'étend volontiers sur ses « doctes travaux », sur ses « études solitaires » : les quatrains qui célèbrent les « amis de la science » sont, dirait-on, faits pour lui » 7.

Le rapprochement mérite d'être souligné, car, autant que de la « science », Murr est ami de la « volupté », et ce sont les plaisirs de l'amour qui le dotent d'une grande part de son « génie ». Le voici, par exemple, qui vient de « chanter » sur le toit de sa maison une « romance langoureuse » pour sa jolie Misemise :

Vous voyez, cher lecteur, qu'un poète n'a pas besoin d'être dans une forêt verdoyante, auprès d'une fontaine, pour parler d'amour avec élégance. Si l'on s'étonnait de la sublimité du chant qu'on vient de lire, je répondrais que j'étais alors dans une extase amoureuse, et que, dans de pareils moments, les esprits les moins poétiques et qui, dans une assiette tranquille, trouveraient à peine ardeur et bonheur, délire et martyre, sont capables d'enfanter le poème le plus élevé, et font des vers avec autant de facilité que s'ils éternuaient [...] Si l'amour change en poètes de vils prosateurs, on doit attendre bien d'autres merveilles, lorsque de vrais poètes sont livrés à cette passion (p. 201).

Comme dans « Les Chats », préoccupations amoureuses et poétiques se confondent, si bien que, dans la traduction de LoèveVeimars, le maître de Murr se trompe en interprétant l'extase visible de son chat :

Murr, dit maître Abraham, non seulement rêve avec beaucoup de vivacité, mais il lui arrive aussi, comme il est facile de l'observer, de tomber quelquefois dans ces douces rêveries, dans ces sages méditations, dans ce délire du somnambulisme, en un mot, dans ce singulier état qui tient le milieu entre la veille et le sommeil, et qui est, pour les âmes poétiques, le véritable moment de la conception des idées sublimes. Il est dans cet état depuis quelques jours, il gémit, il soupire tellement que je suis tenté de croire qu'il travaille à une tragédie 8.

boudoir, le galant visiteur se mettait à genoux sur le tapis, faisait gros dos comme un chat, et se traînait ainsi jusqu'aux pieds de sa belle, en miaulant par gentillesse et plaisir. - C'est toi mon minet ? - Miaoû ! miaoû !... répondait le faux animal. - Tiens ! mon bon chat ! disait encore celle-ci, en lui jetant quelques morceaux mordus par la bouche aimée, et en lui caressant la nuque de sa main blanche et complaisante. L'amoureux répliquait de son mieux par de, volupteux ronrons. - Ceci paraîtra incroyable, mais c'est pourtant de l'histoire [...] » (« Nouvelles à la main », Le Corsaire-Satan, 31 mai 1845).

7. Dans les chemins de Baudelaire (José Corti, 1945), p. 315-316. Nous utilisons, comme J. Pommier, la traduction de Loève-Veimars, qui est sans doute celle que connaissait Baudelaire : Les Contemplations du chat Murr, entremêlées accidentellement de la biographie du maître de chapelle, Jean Kreisler (vols. 9-13 des OEuvres complètes d'E.-T.-A. Hoffmann [Paris, Eugène Renduel, 1830]). Les références renvoient à l'édition de José Lambert - 3e vol. des Contes fantastiques, publiés par Garnier-Flammarion (1982) - qui reproduit le texte de Loève-Veimars.

8. P. 73. L'original est plus explicite : « In diesem Zustande stöhnt und ächzt er seit kurzer Zeit ganz ungemein, so, dass ich glauben muss, dass er entweder in Liebe ist, oder an einer Tragödie arbeitet » (c'est nous qui soulignons). Loève-Veimars trouvait-il que « gémit » et « soupire » rendaient assez ce sens ?


« LES CHATS » DE BAUDELAIRE : UNE NOUVELLE LECTURE 1005

Ainsi coïncident dans l'oeuvre de Hoffmann les trois éléments qui constituent l'image tripartite des « Chats » ; et il serait facile, ainsi que l'indique J. Pommier, de multiplier les liens de parenté entre Murr et ses cousins français.

D'ailleurs, l'histoire angoissante de Kreisler laisse deviner quelle a dû être la sympathie de Baudelaire pour ce livre étrange. Dans les feuilles intercalées « accidentellement » parmi le Bildungsroman de Murr, le maître de chapelle raconte comment son «inquiétude vague », son « désir effréné pour un objet qu'[il] ignore » lui gâtent tout plaisir. L'art seul procure ce bonheur « dont l'idée confuse [lui] offre l'aspect d'un océan de délices » : « Ange de lumière et de bonté, le génie de la musique pouvait seul m'arracher quelquefois au pouvoir du démon, dont je semblais être le jouet » (p. 108-109). Mais ce musicien, qui fait succéder « sans transition » « les sarcasmes les plus sanglants, l'ironie la plus mordante » à l'extase et à la mélancolie (p. 109), n'arrive à sortir de sa belle guitare antique que des discordances : « Serais-tu, par hasard », lui dit-il, « assez hardie et assez présomptueuse pour croire que les esprits qui résident en toi, n'obéissent qu'aux puissantes évocations des magiciens qui ont déserté la terre, et qu'entre les mains d'un histrion... » (p. 93).

Baudelaire fera souvent écho à cette exaspération : « Ne suis-je pas un faux accord/ Dans la divine symphonie, / Grâce à la vorace Ironie / Qui me secoue et qui me mord ? » (« L'Héautontimorouménos ».).

Il est donc vraisemblable qu'il ait gardé de Murr une image plus que pittoresque. Impossible, en tout cas, de concevoir un Murr dégagé de l'intention satirique d'Hoffmann, car, tout au long du livre, ses miaulements musicaux et ses déclamations ampoulées parodient la recherche vaine de l'harmonie. C'est un autobiographe prétentieusement olympien à l'image de Goethe, se voulant « romantique », mais irrémédiablement bourgeois et « sédentaire », passant toute sa journée sous le poêle, rêvant autant à ses travaux qu'à un plat de lait, plagiaire effronté qui se verrait volontiers comme un « grand sphinx » 9.

La valeur de cette source pour le lecteur de Baudelaire, c'est d'inspirer une méfiance critique à l'égard de ces « nobles attitudes » : ce petit chat n'est-il pas entré à pas de loup dans le sonnet de Baudelaire, avec son inséparable cortège d'auteurs contemporains établis et orgueilleux? Et le « surnaturalisme » des chats aux « prunelles mystiques », que l'Erèbe « eût pris pour ses coursiers funèbres », n'est-il pas complété par l'ironie hoffmannesque 10 ?

9. Il porte du moins sur son front des lignes noires et grises qui y forment « comme des hiéroglyphes d'une extrême délicatesse» (p. 71).

10. « Deux qualités littéraires fondamentales : surnaturalisme et ironie» (1,658). Un article de Kurt Reichehberger - « Macht und Ohnmacht der Poeten : Baudelaires « Les


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Armés de cette méfiance, cherchons donc à regarder bien en face ces chats fantomatiques.

Les amoureux fervents et les savants austères Aiment également, dans leur mûre saison, Les chats puissants et doux, orgueil de la maison, Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

La comparaison initiale d'être humains et de chats, rejetée à la fin du quatrain dans une proposition relative, et suivant une simple affirmation, cause une légère surprise. Elle constitue presque une négation des qualités attribuées d'abord aux amoureux et aux savants : les « fervents » sont en réalité « frileux », et de l'austérité on passe au sédentarisme des chats domestiques. Si, dans le poème voisin, « Les Hiboux », le sage craint « Le tumulte et le mouvement », son immobilité semble impliquer ici autre chose que le stoïcisme. Le quatrième vers révèle donc les deux premières épithètes comme de purs clichés.

Amis de la science et de la volupté, Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ; L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres, S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

La même transformation ironique gouverne le second quatrain. Si le silence est nécessaire à la science, quelle sorte de volupté s'assouvit dans « l'horreur des ténèbres »11 ? Baudelaire n'établit pas une simple comparaison : les attributs félins contrastent avec une image traditionnelle du savant respectable. On y reconnaît, d'ailleurs, le jeune Baudelaire, qui fait côtoyer la science et une volupté obscure pour déprécier le prestige de celle-là. Pensons surtout aux lectures de Samuel Cramer : un livre mystique et un livre obscène 12.

Mais à qui cette ironie s'adresse-t-elle ? Eugène Delacroix est souvent évoqué à ce propos, et l'on retrouve en effet, dans les descriptions que fait Baudelaire du « peintre qui court sur les toits » (Salon de 1846, II, 429), ces animaux voluptueux. Baudelaire l'avait déjà rencontré en 1846. Il était de vingt-trois ans le cadet de Delacroix, qui fut donc pour lui dans sa « mûre saison » : « digne

Chats » als inkarnierte Metapher dichterischer Existenz », Literaturwissenschaftliches Jahrbuch, XXIV (1983), 149-174 - énumère les ressemblances entre poètes et chats, pour trouver dans le sonnet le thème de la puissance du poème et de l'impuissance politique du poète, sans pourtant faire la part de la jeunesse et de l'ironie de Baudelaire envers ses semblables.

11. Comme le dit d'ailleurs Claude Pichois, « La diérèse de « sci/ence » accentue ce nom d'une emphase particulière, d'où l'ironie n'est peut-être pas exclue » (1,957).

12. « Un volume de Swedenborg» et «un de ces livres honteux dont la lecture n'est profitable qu'aux esprits possédés d'un goût immodéré de là vérité » (I, 555).


« LES CHATS » DE BAUDELAIRE : UNE NOUVELLE LECTURE 1007

successeur des vieux maîtres, il a de plus qu'eux la maîtrise de la douleur, la passion, le geste » (ibid., II, 441).

L'admiration « professionnelle » de Baudelaire, pourtant, est toujours à compléter par son jugement personnel. Or, dans les années 1860, il se souviendra d'« un grand égoïste » (CP1, II, 627) ; ce « tigre, attentif à sa proie » (II, 759) est aussi un « monstre » (CP1, 1,685). D'ailleurs, le sans-gêne des images félines qu'emploie Baudelaire les teinte de la même ironie qu'on trouve dans « Les Chats » : « Comme d'autres cherchent le secret pour la débauche, il cherche le secret pour l'inspiration, et il s'y livrait à de véritables ribotes de travail » (II, 761) 13 - car ce goût du secret est bien celui d'un animal : « il est mort à la manière des chats ou des bêtes sauvages qui cherchent une tanière secrète pour abriter les dernières convulsions de leur vie » (II, 773).

Cet anthropomorphisme caricatural s'associe dans d'autres cas à ces évocations familières de grands hommes. Ainsi dans l'article de 1859 sur Théophile Gautier, Baudelaire s'excuse d'avoir « pris [ses] aises » avec « un homme célèbre », en faisant appel à cette image populaire du personnage : « Presque tout le monde connaît ses cheveux longs et souples, son port noble et lent et son regard plein d'une rêverie féline » (II, 109)14.

Notons finalement que dans le premier « Spleen », cette analogie a été réalisée par la transmigration, et que le poète est parodié par sa propre voix : « L'âme d'un vieux poète erre dans la gouttière / Avec la triste voix d'un fantôme frileux ».

Ils prennent en songeant les nobles attitudes Des grands sphinx allongés au fond des solitudes, Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ; ...

Les tercets aussi font le portrait satirique d'un grand artiste qui, tout en se laissant aller à des rêve[s] sans fin », n'oublie point de « prendre » de « nobles attitudes ». Le savant-« sphinx » pourrait évoquer Hugo - contrepartie française des écrivains olympiens que raille le chat Murr - ce que tendrait à confirmer le terme pompeux de « solitudes ». En 1846, Baudelaire parle de la « noblesse » et de la « majesté » de Hugo, qu'il prétend ne pas vouloir « diminuer » (II, 431) ; il continue pourtant en suggérant l'ennui que lui causent ses oeuvres 15 - sentiment exprimé ici par le tercet entier qui tend

13. Cité par L. Somville (voir la note de Claude Pichois, 1,958). C'est un des nombreux endroits où Baudelaire apparente le travail artistique à un vice. Le mot « ribote » revient dans le poème en prose, «Les Foules» (I,291).

14. Notons aussi qu'en 1845 Baudelaire parle des « amours de matou» de Gérard de Nerval (11,8).

15. « M. Victor Hugo laisse voir dans tous ses tableaux, lyriques et dramatiques, un système d'alignement et de contrastes uniformes. L'excentricité elle-même prend chez lui des formes symétriques» (II,431).


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lentement, semble-t-il, vers le sommeil, les deux monosyllabes qui tombent à la fin formant une chute paradoxalement abrupte.

Pour revenir brièvement aux quatrains, on verra maintenant se dessiner une image caricaturale du grand poète, paisible dans sa gloire, comme Hugo, «très doux, très puissant» 16, comme lui - ainsi que l'avait montré au public en 1845 l'affaire de Mme Biard - ami de la volupté autant que de la science, et trahissant déjà peut-être d'autres préoccupations plus ténébreuses encore, qui s'accordent mal avec la respectabilité : « dans leur pleine maturité », dira Baudelaire dans son article de 1862 sur Les Misérables, « les poètes sentent leur cerveau s'éprendre de certains problèmes d'une nature sinistre et obscure, gouffres bizarres qui les attirent » (II, 219) 17.

Les ressemblances avec le sonnet sur « La Beauté » soulignent Cet élément de parodie : les « nobles » ou « grandes attitudes » empruntées « aux plus fiers monuments », le sphinx, la haine du « mouvement » et les « clartés » des yeux représentent ici, non une statue, siégeant sur son piédestal, mais des chats domestiques et sédentaires.

Cette lecture dépend, évidemment, de l'application continue des attributs des chats aux amoureux et aux savants. Or, cette unité semble faire défaut, et c'est ce qui agace une critique impatientée par toute incertitude - incertitude d'ailleurs inévitable dans un poème à forme fixe qui n'atteindra jamais (Boileau l'avait dit) la perfection que sa forme suggère. Dans les deux derniers vers du second quatrain, l'image tripartite se désintègre. Ce sont pourtant les vers les plus faibles : ils compliquent inutilement le poème d'une allusion mythologique et n'y apportent rien d'essentiel, la mort et la fierté étant déjà présentes. Comme l'a dit Claude Pichois, ces vers attestent plutôt « une difficulté rencontrée dans la création » 18. Les chats s'associent aisément au Diable, et, s'il faut chercher là de l'ironie, on pourrait penser que si quelques poètes ont leur place réservée « Dans les rangs bienheureux des saintes Légions » (« Bénédiction »), il en est d'autres qui seront tout aussi bien accueillis en enfer.

Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques, Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin, Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Les chats-sphinx « semblent s'endormir », mais leurs reins

16. II, 129. Cité par L. Cellier (p. 184 dans Delcroix et Geerts).

17. Ici encore, on trouve un élément de pastiche. (Voir, à ce propos, le chapitre sur Hugo dans le livre de Rosemary Lloyd, Baudelaire's Literary Criticism, Cambridge Univ. Press, 1981).

18. P. 332 dans Delcroix et Geerts.


« LES CHATS » DE BAUDELAIRE : UNE NOUVELLE LECTURE

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veillent Roman Jakobson est « tenté de croire qu'il s'agit de la force procréatrice » 19. Bien sûr, dans un sens métaphorique, les «étincelles magiques » peuvent être des « étincelles » de génie, provenant d'un cerveau poétique « fécond » 20. Et point n'est besoin de recourir ici à Mina - la mère de Murr - qui, sans pouvoir se vanter d'avoir « un esprit aussi cultivé » que celui de son fils, possède néanmoins « quelques talents innés » : « Je puis, par exemple, faire jaillir de ma fourrure des étincelles pétillantes quand on me passe la main sur le dos » (p. 88) 21. Baudelaire, amateur de chats, aurait pu observer ce phénomène lui-même. Indiquons toutefois la vraisemblance d'une telle comparaison.

Dans Les Mémoires du Diable de Wilhelm Hauff, parus en 1825, le narrateur raconte, dans un passage qui fut l' " un des plus remarqués du volume, lors de son apparition» 22, une visite à Goethe :

Mais combien sont fausses souvent les idées qu'on se fait de la conversation d'un homme célèbre ! S'agit-il d'un critique renommé pour la finesse de son esprit et le piquant de ses observations, on s'imagine, lorsqu'on l'approche pour la première fois, être en présence d'une espèce de machine électrique : on lui fait toutes sortes d'agaceries pour l'engager à parler ; on croit qu'il va jaillir de lui des milliers d'étincelles, ainsi qu'il arrive aux chats noirs lorsqu'on leur frotte le dos dans l'obscurité.

Finalement, les deux derniers vers résument l'ironie de Baudelaire envers les grands hommes. Le « sable » qu'ils ont dans l'oeil, c'est de l'or. « La science », après tout, « est une jouissance non moins grande que la propriété» (Salon de 1846, 11,415), et dans les « prunelles mystiques » des savants amoureux et félins s'aperçoit un vague scintillement d'or, et donc d'argent

Il y a là un élément de la description physiognomonique balzacienne, telle que Baudelaire l'avait parodiée dans « Comment on paie ses dettes quand on a du génie» (1845), avec ses synecdoques comiques, qui rattachent une qualité morale à une partie du corps. L'oeil des artistes établis, dont l'art est « avant tout un remplissage de colonnes » (« Conseils aux jeunes littérateurs »,

19. Ibid., p. 180.

20. Comme exemple, voici Sainte-Beuve qui parle de Pascal : « On n'a pas d'emblée ce solitaire austère et contrit qu'on se figure ; la première fois qu'il nous apparaît au sentier du désert, il est brillant, presque à la mode encore, et un vrai bel-esprit en regard de M. de Saci qui en tire mille étincelles » (Port-Royal, éd. M. Leroy, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade», 1953-1955, I, 811). Ce passage montre de plus qu'un esprit étincelant fait contraste avec l'austérité et la solitude.

21. Cité par J. Pommier, p. 315.

22. Selon Amédée Talion, qui en a donné la traduction dans la Revue française en 1858 (XIV, 472-483), sous le titre, « Visite de Satan à M. de Goethe ». Pour le passage cité, voir p. 480-481.

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II, 15), acquiert avec l'âge, à l'instar de M. Grandet, les teintes du « métal jaune » 23.

Encore une fois, c'est l'irrévérence du jeune Baudelaire : Balzac, « le grand poète » (II, 8), apparaît dans « Comment on paie ses dettes... » préoccupé d'« une affaire d'or » (II, 7). Notons aussi que Samuel Cramer met comme épigraphe à son livre « plein de verve » et malhonnête : « Auri sacra fames » (1,580). Plus tard, en 1857, Baudelaire s'exprimera sans ambages : « Comme tous les hommes de lettres, homme de lettres lui-même, [Gavarni] est légèrement teinté de corruption », et le poète des « Chats » a pu reconnaître dans le caricaturiste un frère par « l'hypocrisie charmante de sa pensée » et « la puissante tactique des demi-mots » (II, 559).

Comme l'avait dit Jean Rousseau en 1858, « le sieur Baudelaire traiterait Victor Hugo comme Daniel Jovard traitait Racine » 24. Il aurait donc fallu, en l'entendant réciter le sonnet, se méfier de sa voix de prêtre 25 pour y distinguer ce rire qu'une étude minutieuse a tendance à cacher. Si « ce foisonnement des possibles, des choix, des jeux, ne facilite pas la tâche de la critique littéraire » 26, les difficultés se résolvent en partie si la critique prend d'abord son ton dans les lectures, dans le milieu et dans les autres écrits du poète.

Paralyser « Les Chats » par l'analyse est un remède insuffisant contre l'ambiguïté ; y chercher cependant le regard qui l'explique le mieux est une cure plus efficace, qui ne prend pas l'hypocondrie critique pour une maladie du texte.

Ironie ultime, l'esprit parodique d'Hoffmann, tel qu'il reparaît dans le sonnet de Baudelaire, se serait repu de ce « sottisier » que constitue, selon Claude Pichois, la critique des « Chats » 27 ; car en 1819 déjà, un chat érudit, en démontrant la racine commune de l'idiome des chats et celui des chiens, avait ridiculisé les premières tentatives d'une nouvelle science (la philologie comparée des frères Grimm) qui se prenait trop au sérieux : « Bau-Bau-Mau-Miau-Blafblaf-Auvau-Korr-Kurr-Ptsi-Pschrzi, etc. » 28.

GRAHAM M. ROBB.

23. Vers le début d'Eugénie Grandet, Balzac parle des « yeux du bonhomme, auxquels le métal jaune semblait avoir communiqué ses teintes » (La Comédie humaine, éd. P.-G. Castex, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1976-1981, m, 1032).

24. Dans Le Figaro, 6 juin 1858. (Cité par W. T. Bandy dans Baudelaire Judged by His Contemporaries, New York, Columbia Univ., 1933, p. 40).

25. Le marquis de Villemer (Ch. Yriarte), dans Les Portraits cosmopolites (E. Lachaud, 1870), p. 124 : « Il lisait comme on officie, un peu pompeusement, mais avec une rare perfection, et c'était une fête de l'entendre lire ses sonnets [...] il y avait en lui du prêtre et de l'artiste ».

26. Ida-Marie Frandon, « Le Structuralisme et les caractères de l'oeuvre littéraire à propos des « Chats » de Baudelaire », Revue d'Histoire littéraire de la France, LXXII, n° 1 (janvier-février 1972), 101-116. Repris dans Delcroix et Geerts (voir p. 205).

27. 1,956.

28. Nous citons l'original. (Cf. Loève-Veimars : « Baoü, miaou, blaff, kurr » p. 103).


MAURIAC,

SOURCIER TRAGIQUE DE L'ENFANCE

DANS LE «BLOC-NOTES»

Quelles images les détracteurs de Mauriac vieillissant n'auront-ils pas laissées de l'autobiographe et plus particulièrement de l'auteur du Bloc-Notes 1, un peu hâtivement accusé, dans sa rubrique hebdomadaire de L'Express puis du Figaro littéraire, de réécrire pour notre temps un nouveau De Senectute ! A côté du Mauriac morbide des romans et du Mauriac polémiste, plus souvent préoccupé, par souci de briller, d'enfoncer le clou dans l'adversaire que de pratiquer la charité chrétienne, surgissait peu à peu, dans les années 50, l'image d'un Mauriac attendri, gardant jalousement dans ses mains «l'eau glacée de [son] enfance» 2, ou encore, les ayant jointes, lançant dans son coeur, de bloc-notes en bloc-notes, un éternel adieu à l'adolescence, adieu éternellement recommencé. Image, aussi, d'un Mauriac presque octogénaire lisant en Hetzel L'Ile mystérieuse par complaisance (?) pour la télévision ou les besoins du cinéaste, au pays dès Frontenac et de la Lande ancestrale, adossé - couleur locale oblige ! - au gros chêne du parc de Saint-Symphoriea

Ici le critique, soucieux d'objectivité envers l'oeuvre et envers l'homme, s'interroge : chantre passionné et sincère de l'enfance, Mauriac n'aura-t-il pas trop souvent abusé de cette image de lui1.

lui1. Flammarion. Bloc-notes (1952-1957). 1958.

Le Nouveau Bloc-notes (1958-1960). 1961.

Le Nouveau Bloc-notes (1961-1964). 1968.

Le Nouveau Bloc-notes (1965-1967). 1970.

Le Dernier Bloc-notes (1968-1970). 1971.

Les sigles adoptés seront respectivement BN1 pour le premier Bloc-notes, BN2 pour le second, ... etc., suivis de la page citée.

L'édition de référence pour les romans est celle de Jacques Petit (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, tomes I, II, III, respectivement parus en 1978, 1979 et 1981). Le sigle adopté sera : I (pour le tome I), etc., suivi de la page correspondante.

2. Selon les propres termes du Journal, t. III, Grasset, Paris, 1940, p. 57.

R.H.L.F., 1985, n°6, p. 1011-1026.


1012 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

même la plus capable à ses yeux, plus ou moins consciemment, de lui assurer la gloire littéraire ? Ne l'aura-t-il pas finalement usée, par ce souci de pose devant l'éternel ? Créateur de son propre mythe, le mythe de l'enfance perdue et retrouvée, le poète de Malagar n'en aura-t-il pas été partiellement victime, peu à peu dévoré par lui ? Plus complexe, sans aucun doute, est la réalité de l'oeuvre, plus profonde sa portée et donc plus nuancée l'interprétation à proposer de ce mythe fécond de l'oeuvre mauriacienne. Deux raisons majeures incitent en effet à dépasser de trop rassurantes images d'Épinal. La première tient à la sensibilité de l'écrivain et à sa formation intellectuelle : on ne dira jamais assez que Mauriac est fondamentalement, par nature et par tempérament, un romantique. Du romantisme éternel lui viennent une obsession presque viscérale de pureté et une soif insatiable d'Absolu. Dès lors on voit bien, en raison même de cette prédisposition native de son être, à quelles sources littéraires le jeune - et même l'adulte - Mauriac va demander l'étanchement de cette soif. Le collège lui avait surtout ouvert, avec Racine et Pascal, les chemins de Port-Royal. Loin de renier ces maîtres, l'adolescent éprouvera le désir et le besoin d'aller, de lui-même, au-delà des terres arides du jansénisme. Sur sa route : Baudelaire, à qui il empruntera notamment le titre 3 du Noeud de vipères, et Rimbaud qui lui fournira celui d'un de ses plus beaux romans : Le Désert de l'amour. Mais au-delà de ces larcins d'auteur, c'est bien davantage l'élan profond de son être qu'il retrouve chez l'un comme chez l'autre. Même aspiration à l'Absolu, même fraternité dans la soif, même béance dans l'être. Héritier, lointain sans doute, mais néanmoins direct du Romantisme et de sa pointe extrême, le Symbolisme, Mauriac subira plus tard la fascination de cet autre pèlerin de l'Absolu : Proust.

Une autre raison nous incite ici à faire mentir une trop prompte caricature de Mauriac, peintre de l'enfance perdue : l'enfance même de l'écrivain qui, ne l'oublions pas, perdit son père à l'âge de vingt mois. On sait assez le poids affectif, énorme, que revêtit alors au sein de la famille la présence de la veuve, Claire Mauriac, et surtout l'influence déterminante exercée par elle sur l'écrivain, son dernier enfant. Cette seconde explication surtout, d'ailleurs étroitement solidaire de la première, suffirait à montrer, s'il en était encore besoin, que le mythe de l'enfance perdue chez Mauriac n'est en réalité qu'une composante de la mythologie personnelle de l'écrivain, et que, loin d'être détaché de son existence, extérieur à elle et en quelque sorte artificiel, ce mythe trouve au contraire lumière

3. On pourra se reporter à ce sujet au commentaire que nous en avons fait dans notre « Structures du Noeud de vipères : une haine à entendre » (Archives des Lettres modernes, 216, Minard, Paris, 1984, note 1, p. 85).


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et justification par et à travers cette existence. Nul doute enfin que l'enfant Mauriac, déjà puissamment marqué par l'unique présence de sa mère au sein de sa famille, trouva auprès d'elle le fervent climat de dévotion catholique qui devait, si fortement par la suite, gouverner son impatiente sensibilité au point d'orienter le reste de son existence. Ainsi, rien d'étonnant de voir Mauriac, le Mauriac des commencements comme celui de l'extrême soir de la vie, celui des Mains jointes comme celui du Bloc-Notes, unir dans le même frémissement le culte de Dieu et le culte de l'enfance. D'ailleurs, à culte unique, vibration unique de la voix, lyrisme unique du timbre : « La communion pour nous, c'est l'esprit d'enfance retrouvé 4, [...]. Ce qui nous est rendu, c'est une certaine pureté du regard intérieur en dépit de tout ce qu'une longue vie nous a révélé de ce sombre monde et de nous-même, hélas ! - de sorte que nous contemplons l'Eucharistie et que nous l'adorons sans plus d'étonnement que ce petit garçon de 1896, [...] ». (BN4, 196). Lyrisme autobiographique qui fait écho à maintes pages romanesques, notamment du Mystère Frontenac où se manifeste avec le plus d'éclat, comme en cette page célèbre de la fin du roman, cette étroite osmose des deux cultes: « O filiation divine ! ressemblance avec Dieu! Le mystère Frontenac échappait à la destruction, car il était un rayon de l'éternel amour réfracté à travers une race. [...] (E) t les derniers pins de Bourideys verraient passer - non plus à leurs pieds, [...] mais très haut et très loin au-dessus de leurs cimes, le groupe éternellement serré de la mère et de ses cinq enfants. » (II, 673). Perte de l'esprit d'enfance : perte sans nom aux yeux de Mauriac, parce qu'elle équivaut pour lui à une perte de soimême. Retrouver cet esprit : joie sans nom parce que ces retrouvailles ne sont autres que les retrouvailles avec soi-même. Le moi perdu a été retrouvé, mais au terme de quels efforts, de quelle quête ? Car c'est bien de quête qu'il faut parler quand on évoque le paradis de l'enfance si cher à Mauriac. Une quête : c'est-à-dire une recherche intense, passionnée, mobilisatrice de toutes les forces vives de l'être, mais aussi une longue marche et parfois un épuisant itinéraire souvent jonché d'épreuves purificatrices avant d'atteindre l'Idéal, avant de saisir... l'insaisissable et de tenter, en pleine lumière, de faire corps avec son ombre, avec son double, et, en définitive, avec soi-même. Dans son dynamisme et dans son élan, la quête mauriacienne ne le cède en rien à celle d'un Perceval, pas plus qu'en des temps plus modernes mais non moins assoiffés d'Absolu, dans sa tension et son insatiable besoin de purification et de dépassement personnel, à celle d'un Baudelaire. Enfance et Paradis Perdu : mêmes réalités pour Mauriac et mêmes univers. Même espace et

4. Dans cette citation et certaines qui suivront c'est nous qui soulignons.


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même temps de bonheur parfait, de béatitude totale où la créature vit en relation directe avec Dieu, sa seule fin, son unique but L'Enfance : l'Eden mauriacien n'a pas d'autre nom.

Une remontée jusqu'à la source : tel est le mouvement logique, naturel de cette quête du Paradis Perdu, de cet itinéraire du moi vers le moi. Commencé en 1952 et donc contemporain de son Prix Nobel, laissé inachevé en 1970 à la mort de l'écrivain, le Bloc-Notes suit en effet une double démarche : il veut être pour Mauriac à la fois l'écho de son temps et l'écho de son moi. Écho de son temps, le Bloc-Notes sera l'écho de l'histoire - la petite - vécue, au fil des jours, par les contemporains et retracée, au fil des jours, par le journaliste politique, et l'écho de l'Histoire - la grande - inscrite sur le mur des siècles pour la postérité. Dans les deux cas, même part prépondérante, accordée par Mauriac aux événements politiques en tant que tels mais surtout à leur retentissement dans sa conscience de moraliste. Importance, aussi, quantitative de ces premiers « blocnotes » politiques, d'ordinaire assez brefs, ressemblant même parfois à des flashes d'information 5. Écho de son moi, le Bloc-Notes sera surtout l'écho d'une plongée dans les eaux les plus souterraines de la conscience, plongée bientôt suivie d'une soif : celle, précisément, de remonter jusqu'aux origines de ce moi, jusqu'à la source de l'être. Moins importante quantitativement dans les premiers « bloc-notes », cette part de l'autobiographie pure, déjà sensible dans le Nouveau bloc-notes (1961-1964), l'est encore davantage dans le tome IV (1965-1967), pour devenir capitale dans Le Dernier bloc-notes (1968-1970). Le chroniqueur cédant de plus en plus le pas à l'autobiographe et au mémorialiste, les articles de Mauriac se font naturellement plus longs. Le centre d'intérêt du Bloc-Notes s'est insensiblement déplacé au fil des années et le souci d'objectivité du journaliste s'est peu à peu effacé devant l'attention prêtée par l'écrivain à sa vie intérieure, à son moi. Ainsi le Bloc-Notes, dans cette seconde approche, pourrait-il se définir, dans l'esprit même de l'écrivain, comme l'histoire de sa propre histoire, recoupant l'histoire de son temps, elle-même nourrie au grand souffle de l'Histoire. Démarche, ou mieux : boitement du Bloc-Notes. D'un côté, le vertige de l'Histoire, de l'autre, le goût et la soif du bonheur.

L'histoire d'un homme, c'est d'abord son passé et, surtout quand on s'appelle François Mauriac, l'importance affective du passé en tant que passé, pour la seule délectation du souvenir et le charme du rappel : « Les saisons bien-aimées ne sont belles qu'à travers un brouillard de souvenirs, confondues avec notre enfance, avec les premières amours, - comme si les morts avaient transféré aux saisons la lumière de leur regard, leur chaleur et cette tendresse que

5. A titre d'exemples, citons les « bloc-notes » des 13, 14 et 15 août 1953. (BN1, 14).


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nous ne cherchons plus auprès des vivants » (BN3, 321-2). Mais la remontée aux sources du souvenir n'est pas que remontée, ni l'embellissement pur embellissement affectif et souci d'esthète. Les saisons de la nature auraient-elles un lien étroit, vivant et comme nécessaire avec les saisons de l'homme ? Bien sûr, répond Mauriac, tout pétri de lectures romantiques. Mais où est donc son originalité ? Elle consiste, en dépassant cet antique lieu commun, à ressentir - et à nous faire ressentir - de l'intérieur la vie intime d'une saison, et comme sa chair, liée par un accord quasi naturel, par une correspondance, à la saison, correspondante, de l'homme. Dans le concert universel, le coeur de la créature n'a pas d'autres battements que le coeur de la nature. Il n'en faut pas davantage à Mauriac, peintre poignant de l'enfance perdue, pour tenter de nous rendre contagieuse cette douloureuse consubstantialité : « Jusqu'à la fin, nous nous obstinerons à attendre les saisons, à guetter leur retour, comme si chacune avait un secret pour nous consoler, comme si elles devaient nous rapporter dans l'odeur du vent, dans un chant d'oiseau, dans l'agitation des feuillages sous la lune, le bonheur que c'était d'être un jeune vivant ». (Ibid.).

Au-delà du « secret » perdu et bientôt, nous le verrons, retrouvé parce que recréé, au-delà de ce secret, c'est à une vivante surimpression de la temporalité humaine que nous assistons ici, comme si Mauriac, dans le temps même de l'écriture, ne désirait se retremper dans son passé que pour mieux se retrouver dans son futur. Un secret : l'accent baudelairien se précise. Au-delà du « vert paradis des amours enfantines » de « Moesta et errabunda », discrètement perceptible dans les lignes précédentes, point un autre monde, surgit un autre regard porté sur « la vie antérieure » et « le secret douloureux » qu'elle ancre au coeur de l'homme. Secret qui porte en soi la plaie amère du regret ou celle, plus lancinante, du remords. « L'autobiographe, observe Georges Gusdorf, fait un effort pour remonter la pente de la dégradation des énergies personnelles ; il tente de regrouper [...] (d)es indications contradictoires qui se dispersent au fil de la durée » 6. Ainsi s'explique « [...] le recours aux commencements, à l'enfance et à l'adolescence, parce que ces époques sont marquées par une spontanéité plus grande où s'affirment les lignes directrices, à l'état naissant, d'une vie qui se cherche, mais se dérobera peut-être elle-même dans les replis des circonstances» 6. L'attitude de Mauriac autobiographe se caractérise bien, quant à elle, par cette attention particulière portée aux années de jeunesse, attention presque toujours teintée de

6. « De l'autobiographie initiatique au genre littéraire », article du Numéro spécial de la Revue d'Histoire littéraire de la France consacré à l'autobiographie, Colin, 1975, n° 6, p. 973.


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nostalgie, c'est-à-dire de souffrance. Soif impérieuse d'un retour aux sources de l'être, soif d'un temps hors du temps où la créature pourrait enfin, en retrouvant sa patrie antérieure, étancher sa soif d'Absolu, la nostalgie mauriacienne n'a rien à voir, on le sent bien, avec une quelconque imagerie larmoyante - à moins qu'il ne s'agisse de larmes rentrées. N'est-ce pas plutôt cette « postulation des nerfs » dont parle encore le poète des Fleurs du Mal - postulation que déclenche le plus souvent en nous, par la fréquentation des chefs-d'oeuvre, l'écoute intérieure des voix du silence ? Ainsi, « (p)ourquoi cette ruée quotidienne ? » s'interroge Mauriac après sa visite de l'exposition Vermeer à l'Orangerie. « Ces pauvres gens ne sont pas venus pour être vus, mais pour voir. Pour voir quoi ? [...] Que cherchent-ils. [...] ils sont à leur insu à la recherche du temps qu'il faut retrouver : ce temps de Vermeer, [...] fixé par miracle sur un peu de toile et qui a résisté aux siècles ; un temps à la mesure de l'être humain, dont chacun de nous garde la nostalgie [...] » (BN4, 278). Et plus loin : « [...] par-delà la lumière matérielle, quelque chose d'autre vous fascine, qui est dans le temps et qui n'est pas le temps, qui vous enchante à la fois et vous laisse sur votre faim [...]. Dans ce monde d'après Picasso [...], les foules se presseront, j'imagine, avec une nostalgie accrue, d'année en année, autour du dernier Giorgione, du dernier Manet, du dernier Cézanne cherchant à leur dérober le mot d'un secret ineffable et perdu. » (Ibid., et 280). Fascination est peut-être en effet le mot le plus adéquat à caractériser l'essence de cette quête et son support douloureux : la nostalgie. Cette fascination, qui peut devenir chez l'autobiographe complaisance à soi et, cas-limite, autofascination, n'est pas dépourvue, Mauriac l'a bien remarqué, d'une profonde ambiguïté qui tient à notre nature même : la contemplation du chefd'oeuvre assouvit notre faim dans le temps même où, par un mouvement inverse, elle la suscite. Ambiguïté non moins remarquable celle que recèle, pour la même raison, « [...] notre incessante nostalgie de l'enfance (qui) nous apparaît dans le souvenir », observe Georges Poulet, « comme un état authentiquement paradisiaque où, naturellement, l'action était la soeur du rêve. Nous en rêvons comme Adam rêvait de l'Eden perdu : comme d'un état de perfection qui aurait été nôtre, et dont nous aurions joui dans le temps, sur terre [...] » 7. Rêve, trop beau rêve que celui qui se mire dans l'édénique perfection de l'enfance révolue : « Le souvenir magique de l'enfance nous masque et nous fait oublier le péché originel. Nous ne savons plus qu'il n'y a jamais eu un temps où nous n'étions ni déchus ni déshérités» 7. Oubli et ignorance du passé font

7. Études sur le temps humain, éd. du Rocher, Pion, 1952,11, p. 366.


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de nous d'éternels fabricants de rêve, tandis que notre avenir luimême est la proie du même mirage. Le versant de notre enfance, versant rassurant mais combien illusoire de notre native et secrète nostalgie, ne rencontrerait-il pas, sur la crête du Temps, par la même cécité mentale qui affecte notre Condition présente, le versant de notre futur ? Oui, « (n)ous rêvons de retrouver un état et un temps où, comme l'enfant, nous serions toujours ivres, sans songer que déjà chez l'enfant cette ivresse n'était qu'une victoire précaire, momentanée, qu'il fallait sans cesse remporter de nouveau, sur la hideur des choses, sur les défaillances et la perversion de la créature, pat la magie de l'imagination » 7.

Fréquente 8 dans le Bloc-Notes est l'image de la remontée à la source comme symbole de ce voyage vers l'amont de soi-même, image à laquelle Mauriac associe tout naturellement des images fluviales ou simplement aquatiques : « [...] je me sers de tout ce qui m'aide à remonter le cours du fleuve dont j'ai atteint l'estuaire, et à retrouver cette lande sauvage d'où je le regardais sourdre, il y a soixante ans. Oui, tout m'est bon qui me permet de tremper une dernière fois mes mains dans cette source glacée de mes commencements, entre les racines des aulnes. » (BN2, 89). Miracle d'une prose poétique qui ne sombre jamais dans le cliché alors que tout semblait l'y prédisposer. Grâce à un vocabulaire épousant étroitement la réalité virginale de l'enfance, l'Eden mauriacien sort intact de cette évocation globale d'un destin, saisi à sa source et suivi jusqu'à son estuaire. Vocabulaire au service d'un culte frémissant de la sensation et en rapport étroit avec la mythologie personnelle de l'écrivain. « Le 15 août, écrit-il encore, a gardé pour moi une odeur de menthe et de marécage, & cause de la nuit devant le perron où nous chantions en choeur les cantiques entendus le matin à la messe, - [...]. Rengaines médiocres, [...]. Pourtant, quand je les écoute au-dedans de moi, elles demeurent chargées de toute la mystérieuse joie de cet enfant d'il y a soixante ans, sous les pins du parc de Saint-Symphorien [...] » (Ibid.). Vocabulaire du frémissement et de l'instinct, vocabulaire de la détente sensuelle : Mauriac, poète de l'enfance, est tout entier dans ces lignes qui associent dans un même élan le culte de Dieu et le culte de Cybèle. Remontée jusqu'à un univers hors de l'univers et à un temps hors du

,8. On notera en particulier en BN3,414,BN4,100,BN5,24,... .Même récurrence dans l'univers romanesque. Par exemple dans Thérèse Desqueyroux (II, 28) et Le Mystère Frontenac (Ibid., 665). Intéressant aussi le commentaire fait par l'essayiste, dans Le Romancier et ses personnages, de la trajectoire spirituelle suivie par Louis, le héros du Noeud de vipères, et retracée par le romancier (Ibid., 851). Nous renvoyons enfin lé lecteur à cette page d'anthologie que constitue, dans le Journal, t. III, p. 57, l'article déjà cité, intitulé « La Source ».


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temps, la pente autobiographique de Mauriac le porte naturellement, vers Pan et, surnaturellement, vers Dieu. Même élan, même émotion, même vibration interne dans cette évocation jumelle du Ciel et de la voûte constellée : « Ce soirée cherche et je retrouve au fond de moi cet air du vieux cantique et ses paroles que je suis peut-être l'un des derniers à avoir retenues : « Dieu de paix et d'amour, Lumière de lumière... » et qui m'ouvraient les portes du ciel nocturne et fourmillant. » (Ibid.). Vision et expression d'un monde antérieur à la Chute, l'Eden mauriacien scelle les noces de l'enfance avec Dieu. « Éternelle enfance de Dieu ! »9 aime plutôt à proclamer Mauriac, comme en cette page superbe des Mémoires intérieur à où le poète, retrouvant d'instinct les expressions et la cadence baudelairiennes du premier quatrain de « Élévation », montre, audelà de la permanence de l'enfance, le terme - et la « cause » - de toute vraie quête du bonheur : Dieu, l'alpha et l'oméga : « [...] cette enfance [...] nous accompagne jusqu'à la fin, jusqu'au jour, jusqu'au soir où nous lui dirons : « Adieu, mon enfance, je vais mourir ». Mais même alors il n'y aura pas encore d'adieu. [...] (E)lle sera là au bord des ténèbres, je la retrouverai, je monterai dans la barque en serrant dans mes bras un poète de sept ans.

Nous partirons ensemble pour retrouver la source. Nous l'atteindrons par-delà les pauvres devantures, l'odeur du trottoir mouillé, l'estuaire immense, par-delà l'océan qui ronge les dunes. Nous remonterons jusqu'à la cause de notre joie » 9.

On comprend, dès lors, que le langage poétique de l'enfance chez Mauriac - langage, avant tout, de création ou mieux de recréation de l'enfance perdue - avant d'être celui de la recréation du bonheur, soit celui de l'absence de bonheur. Sur fond tragique et à coloration nettement négative se déroule un temps du vide, un temps du creux, un temps de la chute, comme si ce vide et ce creux ne figuraient rien d'autre que le vide et le creux existentiels et cette chute, la Chute : « [...] l'enfance et la première jeunesse ne m'apparaissent plus que dans un éloignement d'étoiles. Et encore ne les découvrons-nous que comme ces étoiles réfléchies dans l'eau d'un puits très profond. Ainsi c'est au-dedans de nous que notre enfance souffrante et pensive brille de son doux feux éteint depuis tant d'années. Et il est là pourtant, qui luit à la fois au-dedans de nous et à une distance incommensurable. » (BN3, 400). Mystère du temps enfantin réfléchi dans une mémoire adulte : loin d'être définitivement englouti, le temps mauriacien, fortement intériorisé, tire tout son éclat des mille paillettes du souvenir. Mais plus large et plus profond est souvent l'espace séparant l'enfance ou la jeunesse de l'âge mûr : « [...] le

9. Mémoires intérieurs, Flammarion, Paris, 1959, p. 13-14.


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jeune homme que je fus, il est englouti dans le même abîme de temps que le petit garçon. Ah ! lui aussi qu'il me paraît loin! Et j'en suis comme séparé par une foule qui les presse, l'enfant et le jeune homme, - une foule où je ne reconnais les visages que dans le cercle le plus proche qui les entoure, oncles ou cousins, maîtres, camarades. [...] ». (Ibid.). Séparation est sans doute le mot qui résume le mieux l'écart, la fissure et comme le cataclysme temporels cruellement ressentis par le moi mauriacien et tragiquement exprimés par l'autobiographe. Séparation vérifiable matériellement mais psychologiquement illusoire : « [...] ce qui nous remet sans cesse le nez sur la mort, c'est cette jauge qui nous sert à mesurer le peu qui nous reste : si les tranches de passé d'une longue vie nous paraissent à la fois si proches et si courtes, [...] si ce qui nous en sépare, et qui est pourtant un gouffre d'années, ne nous semble plus être que ce fossé qu'un enfant sauterait d'un bond, alors ce qui me sépare de ma dernière pensée, [...] qu'est-ce donc, sinon ce que recouvre une expression telle que « un peu de temps encore» ?» (Ibid., 399). La pensée de la mort naît ici d'une confrontation du moi entre le temps déjà vécu et celui qui reste à vivre, entre l'écoulement rapide du premier et celui, non moins rapide, du second. Distance temporelle et pourtant, en même temps, proximité temporelle, tant est subjective l'idée que nous nous faisons de la durée vécue et réversible le temps dans lequel nous sommes plongés. Grâce au souvenir, proximité d'un passé, même lointain, qui transmet, comme par contagion, sa propre proximité au futur : déclin, mort, éternité.

Nul ne s'étonnera donc de voir se dessiner, sur l'écran tragique du Temps - héritage à la fois pascalien et baudelairien - l'image, déjà observée mais de plus en plus obsédante, du « gouffre ». « Aujourd'huiI 0, émergeant de ce gouffre d'années 11, je n'ai pas le sentiment que tout s'écoule et se détruit de minute eh minute, de seconde en seconde, plus que je ne l'éprouvais au collège quand je souffrais de ne plus avoir quinze ans. » (BN4, 383).

Remonter à son être le plus profond, tenter d'y retrouver ses secrètes racines, faire le voyage qui mène de soi à soi, c'est assez dire combien cette quête de la source est tout mouvement et son résultat logique un perpétuel ressourcement Mais, « [...] refaire le passé de son coeur [...], remonter le courant de toute cette marée volontaire qui nous entraîne, rééprouver ses anciennes passions, vouloir ce que l'on ne veut plus n [...] », là n'est pas la quête ultime de l'autobiographe : à la remontée consciente vers soi-même succède

10. Bloc-notes du 14 juillet 1967.

11. Expressions identiques ou voisines, notamment en BN4, 314, 318, 379, 444 et en BN5, 32....

12. Georges Poulet, op. cit., p. 103.


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la quête inconsciente de soi-même. Thérapeutique parfois ambiguë, exutoire le plus souvent efficace à l'angoisse naturelle de l'écrivain, l'écriture autobiographique de Mauriac à travers le Bloc-Notes reste fondamentalement animée, dans son mouvement et son essence, par une constante recherche de soi. Recherche de ses commencements, devrait-on dire, et, en ce sens, initiatique, mais aussi expérience spirituelle dans la mesure où cette recherche apparaît « [...] comme moyen de salut et tout à la fois enjeu de l'existence » 13. Clair à ce sujet est le dessein autobiographique de Mauriac dans le BlocNotes : « [...] ce que j'ai souhaité faire [...], (c)e que je cherche à exprimer, il arrive certes qu'une lecture m'y aide ; cette remontée à mes sources qui est mon amer plaisir, je m'embarque souvent, pour la tenter, à bord du journal ou des souvenirs d'un autre - mais c'est toujours de moi, de mon «intérieur» qu'il s'agit, et le rappel à l'ordre que je subis si souvent : « Vous n'avez pas parlé de mon livre ! » me consterne. » (BN5, 24). Élucidation et déchiffrement intérieurs pour une meilleure connaissance de soi fournissent donc, selon Mauriac, l'explication de son dessein. Conquêtes remportées grâce à un support extérieur - ici le livre - et, à ce titre, très significatives de l'attitude de Mauriac critique littéraire - attitude le plus souvent marquée par un manque de distanciation par rapport à l'oeuvre jugée. Quête, conquête, reconquête : trois termes qui disent bien l'effort de la tension, la joie de la victoire ou, l'échec survenant, les nouveaux efforts entrepris pour l'atteindre : trois termes qui appartiennent bien à la même famille de l'élan, créateur ou recréateur de soi-même. Redécouverte et reconquête intérieures expliquent dès lors naturellement l'écriture à la première personne de nombreuses pages du Bloc-Notes : « [...] une existence singulière tente de se ressaisir en son ensemble pour mieux se connaître elle-même et se présenter aux autres. L'objet du récit est ensemble l'auteur du récit; le sujet est son propre objet» 14. Tentative de Mauriac pour entrer - ou rentrer - en possession de lui-même, le Bloc-Notes, qui vise avant tout, en dépit - ou à cause - d'éléments extérieurs, sa vérité personnelle, individuelle et intime, nourrit le noble et secret dessein d'édification de soi, dans l'incessant et « complexe travail de remembrement de la personnalité » 15.

A ce point de notre réflexion rien ne distingue vraiment, dans son élan instinctif vers la source et sa soif insatiable de l'essence, cette quête naturelle des hommes de celle d'un homme, précisément choisi

13. Georges Gusdorf, art. cit., p. 966.

14. Ibid., p. 958.

15. Ibid., p. 975.


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et appelé à la traduire auprès des hommes : l'artiste. S'il est vrai que tout art est appel, vocation, il est en même temps réponse à cet appel, à cette vocation. Face aux hommes généralement impuissants à définir, dans un langage clair et accessible à tous, la nature et l'essence profondes de leur quête du paradis perdu, l'artiste, lui, dresse le pouvoir des mots et la force de son verbe pour tenter de donner une définition, fût-elle tâtonnante, de cette quête. Faute de pouvoir toujours en expliquer le pourquoi, il s'attachera du moins à en fournir le comment. Oui, comment l'autobiographe du BlocNotes, tendu vers la recherche de lui-même, va-t-il pouvoir, à ses lecteurs comme à lui-même, rendre tangible cette tension? La réponse de Mauriac est simple : il sera cet homme, cet artiste qui, par un acte de foi dans le souvenir et dans l'Art, tentera de donner forme et vie à ce qui semblait voué par nature à l'oubli et à la mort. Vivre ne serait donc pas seulement vivre mais, avant tout, se souvenir, mieux : céder à une sorte de mystique du souvenir. Écrire ne serait pas seulement écrire mais, grâce à la religion de l'art, reconnaître à l'écriture et au Verbe un pouvoir mystique. Ainsi la quête du paradis perdu se confond-elle dans sa fin avec les moyens utilisés pour l'atteindre : perdu, le moi ne sera vraiment retrouvé que si le souvenir et l'art lui permettent ces retrouvailles. La véritable conquête de soi est une conquête du souvenir et une conquête de l'art Et c'est ici qu'apparaît en pleine lumière, comme chez Proust, le rôle déterminant de la mémoire dans l'écriture autobiographique du Bloc-Notes. Rôle actif certes mais surtout rôle surnaturel et mystique dans la quête du moi profond vers ses origines. Chance de salut pour l'homme et pour l'artiste, la mémoire peut aussi exercer une action spirituelle et constituer pour eux, en faisant revivre un état d'âme oublié, une sorte de grâce. Oui, « [...] le souvenir profond n'est [...] quelque chose d'involontairement subi qu'en son point d'arrivée en nous [...]. Il est une invite, un appel, qui s'adresse à tout notre être et auquel tout notre être doit répondre. Il nous ouvre un chemin en profondeur, mais c'est à nous d'y avancer. Le paradis perdu nous est rendu si nous le voulons, mais non pas sans que nous le veuillions » 16. Là encore, un appel est lancé, une réponse demandée. Appel qui, pour être fécond, doit être suivi du lent et obscur travail de l'inconscient : le travail mystérieux de l'alchimie créatrice, « cette transfiguration au-dedans d'un être de la vie révolue » (BN5, 47). Vivre, pour l'autobiographe, c'est avant tout laisser parler en soi la voix du souvenir et souhaiter ouvrir toutes grandes les vannes de ce souvenir.

16. Georges Poulet, op. cit., p. 409-410.


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Dès lors, qu'importe la ronde des saisons ! Désormais, plus de printemps, sinon de printemps « [...] comme ceux d'autrefois [...], qui parais(sent) avoir subi déjà cette transfiguration du souvenir. » (BN5, 54). Plus de saisons qu'intérieures. Peu de rencontres, vécues dans la chaleur affective d'un présent, qui ne soient aussitôt départ vers un lointain passé. « Samedi dernier, j'étais au Cap-Ferret l'hôte des fils de mon frère. [...] (N)ous parlions tous à la fois, des souvenirs nous bousculaient dont la substance eût été impalpable pour tout autre que l'un de nous, et nos rires, comme étouffés par la distance et le temps, nous délivraient, l'espace de quelques heures, du chagrin de survivre. » (BN5, 55). Magique, pour ainsi dire, la vertu d'un tel passé qui, transfiguré, permet sans doute la résurgence du moi profond mais lui assure aussi permanence et continuité. « (C)es neveux étaient autour de moi, cet après-midi-là, comme des arbres déracinés avec leurs mottes. Ils ne se situaient pas dans ma vie d'aujourd'hui et participaient d'un mystère dont je m'étais cru le dernier acteur et le dernier témoin. Tout continuait. Mon frère Pierre était vivant » (Ibid.). Transfiguration du souvenir, recréation du moi par le souvenir : l'alchimiste Mauriac est aussi intensément présent dans ces lignes qu'il l'était dans la fiction romanesque trente-cinq années plus tôt : « le mystère Mauriac » et « le mystère Frontenac » participent de la même magie et s'élucident à la même clarté purificatrice du souvenir. « [...] (S)ouvenirs qui n'ont aucune valeur propre sauf (d)'être communs, d'être comme des mots de passe que nous nous donnons pour nous reconnaître dans le brouillard de l'extrême soir [...] » (Ibid.) et sur la crédibilité desquels l'autobiographe lui-même n'hésite pas à poser un regard interrogateur. Lucide, n'aurait-il pas été pourtant la proie d'un beau rêve ? Si la transfiguration du souvenir n'était, après tout, que mensonge, et mensonge, la transfiguration créatrice, c'est-à-dire l'Art ? Si la magie n'était, finalement, comme toute magie, que tromperie, pur travestissement du réel ? « (L)e souvenir est artiste, constate Mauriac, il arrange, il met au point, il cherche à faire tableau. » (BN3, 410). Le plus souvent embellissement du réel et son apparent vainqueur, le souvenir en est finalement la victime. Au départ, le même mirage : « [...] l'enfance qui nous enchante dans les livres [...] n'existe pas, [...] elle est une utilisation, un arrangement des données du souvenir dont l'adulte dispose en maître. » (BN4, 204). Et la même illusion de retrouver son enfance : « D'ailleurs c'était elle en effet, comme les aulnes reflétés dans l'eau du ruisseau et déformés par le courant sont les arbres eux-mêmes... » (Ibid.). Lourd, on le voit, le prix de ce travail secret, de cette lente et longue maturation du souvenir dans le moi créateur nommé alchimie. Lourd tribut versé au réel par l'Art, ce divin mensonge.


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Plus que quiconque, l'autobiographe, fût-il le plus sincère (et pourquoi suspecter Mauriac de ne pas l'être ?), encourt le reproche de déformer le réel. Qu'importe ! Urgent est l'appel, impérieux le désir de sertir dans les mots le pan privilégié d'un passé plus ou moins lointain. Écrire à la première personne ne serait-ce pas, d'abord, chercher à se souvenir ? L'histoire du moi pour Mauriac : toujours la même histoire : « celle de l'enfant qui devient un homme et qui a conscience d'être chassé d'un paradis qu'il ne retrouvera plus jamais [...] ». (BN2, 180), à moins que, appartenant à une certaine race, celle des créateurs, il ne s'efforce de le redécouvrir : « [...] les sons, les couleurs, les mots les plus ordinaires l'aideront à poursuivre cette quête, durant toute sa vie : la recherche du temps perdu, la recherche du paradis de l'enfance perdue. » (Ibid.). Dure épreuve que cet exil de l'Eden. Plus dure encore la conscience de l'exil. Un seul remède, qui est aussi tension et effort incessants : ce long chemin vers la quête de soi. Transparent une fois de plus le double héritage de Baudelaire - « les sons » et « les couleurs » de « Correspondances » - et de Proust S'il ne peut éviter le premier exil, du moins l'écrivain pourra-t-il retrouver le paradis de l'enfance par l'ascèse de l'exil intérieur, nécessaire à toute création authentique. Oui, comment le moi, tout au long de cette quête douloureuse, pourrait-il espérer coïncider avec lui-même si, d'abord, l'art n'est pas au coeur de cette volonté de coïncidence ? Tenter de restituer à partir des mots, de l'écriture, la fraîcheur du paradis enfantin, c'est sans doute croire un peu trop présomptueusement à la mystique des mots et de l'écriture mais c'est aussi leur reconnaître, pour l'homme et pour l'artiste, l'enivrant et précaire pouvoir de rédemption et de salut «(Savoir) l'art d'évoquer les minutes heureuses», c'est sans doute recréer par le souvenir, comme le fait l'auteur du « Balcon », des instants privilégiés provisoirement ensevelis mais, plus encore, à travers cette recréation même, se recréer soi-même en retrouvant son identité profonde. « Une minute affranchie de l'ordre du temps a recréé en nous, pour la sentir, l'homme affranchi de l'ordre du temps» 17. L'artiste ferait donc en quelque sorte coup double, « la conquête de soi permettant) à celui qui se cherche de regagner sa vie perdue, non pas seulement aux yeux d'un public présent ou à venir, mais dans le moment même où l'écriture accomplit son oeuvre d'élucidation » ". Double valeur de récréation qui ne peut exister que si l'art lui-même est porteur d'un tel pouvoir.

Mauriac autobiographe sait toujours trouver, sans le forcer, le ton juste quand il s'agit de ressusciter par les mots le royaume enchanté

17. Proust, A La Recherche du Temps perdu, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Clarac, t m, p. 873.


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de l'enfance et célébrer la poésie du passé. Dans cette création, ou mieux : dans cette recréation du passé, bonheur d'écriture et écriture du bonheur se fondent en une même jubilation et un même tressaillement de la vie et du style pour chanter les noces de l'enfance perdue avec la terre ressuscitée. « Les cigales ne chantent plus que dans mon souvenir. On m'écrit qu'elles se sont tues en Gironde, alors que du temps des anciennes vacances, il y en avait une sur chaque pin Les prairies d'autrefois vibraient sous un dur azur et la nuit ne les apaisait pas. » (BN2, 86). Et plus loin, tenace, malgré la distance temporelle, cette chaude palpitation de la terre, cette « [...] stridence des insectes, cette vibration inhumaine sous les étoiles indifférentes. Et debout, sur la dernière marche du perron, l'enfant se tenait immobile, la figure levée, les narines ouvertes à toutes les odeurs de l'ombre. [...] Seules les saisons torrides demeurent en nous, confondues avec la passion naissante, et la soif, et l'attente d'un bonheur qui n'avait pas de nom. » (Ibid.). Permanence du souvenir sans doute, à travers un hymne passionné à l'enfance et intériorisation de ce souvenir, mais aussi, grâce à un étonnant pouvoir de recréation du passé, expression concrète et sensuelle de ce souvenir. Permanence surtout du moi, grâce à l'union mystérieuse et au subtil dosage de la sensation et du souvenir. Poète de la sensation, Mauriac l'est tout autant que poète du passé, dans la mesure où chez lui le souvenir est presque toujours lié à la très forte sensation de l'enfance. Aux antipodes de l'univers de Giraudoux et de Colette à bien des égards, celui de Mauriac les rejoint néanmoins dans ce désir et ce souci de garder à la sensation sa virginité première. Comme eux, il s'attache à fixer sur la toile la lueur, encore indécise, d'un des premiers matins du monde et à restituer, pour cela, dans sa fraîcheur virginale la sensation du passé - fraîcheur merveilleusement accordée chez lui à sa célébration de l'enfance. Monde de l'enfance, monde de l'instinct, à la recréation duquel Mauriac s'est livré, comme on sait, à travers Le Mystère Frontenac, en entrecroisant savamment les fils de la sensation et de la mémoire. Tel est peut-être le secret espoir - ou désespoir - de l'artiste écrivant à la première personne : nous replonger « [...] dans cet univers d'avant toute transposition, d'avant toute orchestration, dans cet univers de sensations brutes venues de choses qui ne sont que ce qu'elles ont l'air d'être - un univers de jouissance intense, de jouissance animale mais non de beauté déchiffrée et exprimée. » (BN4, 205-6). Fascination d'artiste mais aussi rêve et illusion. Enfance et poésie ne recoupent pas toujours leurs chemins dans le rude et mystérieux labeur de la création artistique, si grande est la distance entre la virginité d'un regard posé sur le monde et sa fidèle retranscription.


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Remonter à la source de son moi est sans doute le voeu secret de la plupart des hommes mais plus encore, par cette attention profonde portée à lui-même, celui de l'autobiographe. Si le but à atteindre paraît simple dans sa conception, plus complexes sont les moyens à mettre en oeuvre pour sa réalisation. Exaltante dans sa visée, la quête du paradis perdu mauriacien peut néanmoins, comme toute quête, rencontrer bien des obstacles. Son domaine est l'épreuve et, chez Mauriac, épreuve de soi-même, épreuve de purification intérieure grâce au pouvoir lustral de l'Art De l'estuaire à la source, innombrables sont les méandres dessinés par le fleuve mauriacien. Méandres du coeur mais aussi méandres de l'écriture et, dans les deux cas, épreuves du moi. Le parcours n'est pas rectiligne qui mène de soi à soi et l'homme, comme l'artiste, pourrait bien porter les mêmes stigmates : ceux d'un perpétuel besoin d'approfondissement intérieur. Une quête d'être : n'est-ce pas, en définitive, la finalité profonde de cette recherche à multiples facettes du paradis perdu chez Mauriac ? Quête de connaissance ou mieux : de re-connaissance de soi par soi, quête de vérité et d'élucidation intérieures, voilà peut-être l'ultime itinéraire discrètement suggéré à notre attention par Mauriac, qui n'eût pas renié pour lui-même ce mot de Novalis : «C'est vers l'intérieur que mène le chemin mystérieux. Nulle part qu'en nous-mêmes ne repose l'éternité et ses mondes, le passé et l'avenir » 18. On croit entendre les accents d'un autre mystique, mystique de l'art celui-là, Proust, écrivant au terme de son douloureux calvaire d'artiste: «[...] les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus» 19. Le paradis perdu mauriacien pourrait bien être le paradis - jamais perdu, toujours retrouvé - de l'intériorité mauriacienne. Au fur et à mesure qu'il rédige son BlocNotes, Mauriac n'aspire à retrouver son passé que pour mieux se rejoindre dans son futur. « Si l'avenir est notre fin, c'est que le passé n'est pas seulement notre moyen, mais notre cause. Si la vue de leur «faiblesse présente » entraîne les hommes à imaginer leur puissance future » 20, c'est en raison de l'« instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature » 21. Dès lors, le présent n'est rien d'autre qu'un trait d'union éphémère - un in-stant - entre deux temps, passé et futur, qui se complètent, s'appellent, s'aimantent Dès lors, seul le regard du coeur, qui embrasse la totalité de la temporalité humaine peut effectuer sans discontinuité, avec la rapidité de l'éclair, la trajectoire qui relie, en un même point du temps et de l'espace, passé, présent et futur. Tenter de retrouver son enfance,

18. Georges Gusdorf, art. cit., p. 975.

19. Op. cit., t. III, p. 870.

20. Georges Poulet, op. cit., p. 110.

21. Pascal, Pensées, éd. Lafuma, coll. « L'Intégrale », Seuil, Paris, 1963, fr. 136, p. 517.

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tenter de se retrouver jusque... dans son futur, qui pourrait reprocher à Mauriac ce voyage intérieur ? Explorateur infatigable de la durée humaine à travers cette lente ascension du moi vers lui-même que constitue son Bloc-Notes, il n'hésite pas, quant à lui, à faire le voyage. A son début comme à son terme, la même opération de recentrage du moi sur lui-même, comme en témoigne cette page du 20 juillet 1960 : « [...] la villa que j'habite ouvre sur la forêt de l'Estérel intacte, parfumée, où je ne rencontre personne [...] Les pins n'appartiennent pas à la famille landaise, à ma famille, mais leur haleine est la même. La nuit quand je la respire, elle remonte d'un abîme d'années. Les cigales de l'après-midi, elles aussi, se confondent avec celles qui se sont tues il y a soixante ans. [...]

Les enfants qui jouent autour de moi, ne savent pas que ce présent où ils vivent, inconscients du bonheur dont ils débordent, alimente une nappe secrète où ils ne cesseront de puiser jusqu'à la mort, ceux d'entre eux du moins qui sont de ma race. » (BN2, 357).

Comment pourrait être perdu un paradis qui, défiant la pesanteur temporelle, ne cesse d'habiter les profondeurs du moi ? Un lien vital scelle le moi de l'enfant au moi de l'adulte - « une nappe secrète » alimentant ces deux points de notre espace intérieur. Artificiellement séparés dans le déroulement progressif de la durée humaine, passé, présent et futur convergent naturellement vers cet espace, au point de s'y superposer, de s'y confondre. Paradis toujours retrouvé et toujours reperdu, le paradis de l'enfance mauriacienne pourrait bien n'être cependant, et pour cette raison même, que l'ombre très approximative, du Paradis. Face aux précaires et évanescentes recréations de l'enfance perdue, l'horizon de l'Eden mauriacien dresse des limites de plus en plus floues, incertaines, illusoires. Éterniser l'enfance? Un leurre aux yeux de l'adulte toujours en quête du point fixe. Tenter, grâce à l'écriture, de lui donner forme et consistance ? Un luxe inutile et d'ailleurs sans cesse menacé, en raison même de la précarité de l'Art Non, l'Eden mauriacien ne saurait exister, vraiment : Mauriac ne le sait, ne le sent que trop en lui-même. Et sans doute est-ce ce sens intime de la fragilité inhérente au monde de l'enfance qui confère à tant de pages autobiographiques de Mauriac leur authentique et tragique frémissement Non, l'Eden ne saurait exister, vraiment - sinon dans l'Au-delà - aux yeux de celui qui, comme Mauriac, fonde sa Foi sur le dogme de la chute originelle. C'est là sans doute qu'il faut chercher la source profonde du tragique mauriaciea Poète de l'enfance, Mauriac sait, mieux que quiconque, que seul un regard vierge sur le monde - regard de l'enfant ou regard de l'artiste - peut encore permettre à l'homme de fouler les terres vierges de l'Eden... pourtant à jamais perdu.

BERNARD CHOCHON.


NOTES ET DOCUMENTS

MONTESQUIEU A TRAVERS LA PRESSE BORDELAISE DE LA DEUXIÈME MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE

Montesquieu meurt le 10 février 1755. Trois ans et demi plus tard, le 1er août 1758, les Frères Labottière, Jacques et Antoine, imprimeurs-libraires à Bordeaux, Place du Palais, lancent les Annonces, Affiches et Avis divers pour la ville de Bordeaux. Hebdomadaire, le périodique, devenu, en 1783, bi-hebdomadaire, paraît jusqu'à la fin de juillet 1784. Le 1er septembre de la même année, un quotidien, le Journal de Guienne, prend la relève - qui, sous des noms divers, est publié jusqu'en 1797]. Parallèlement, un ancien officier d'infanterie retiré à Bordeaux, Louis-Claude Leclerc, tente une imitation du Mercure de France : L'Iris de Guienne paraît chaque mois de janvier à décembre 1763. Une société de gens de lettres le fait revivre en novembre 1773, mais pour une seule livraison 2.

Ces trois périodiques, qui marquent les débuts de la presse en Guyenne, ont avant tout pour objet de transmettre aux lecteurs de la ville et de la province des informations concrètes relatives à la vie quotidienne : nouvelles commerciales et maritimes, demandes et offres d'emploi, découvertes pratiques, mercuriales... Mais cet aspect utilitaire n'est pas exclusif. Un regard est aussi jeté sur la vie culturelle : livres annoncés et analysés, chronique dramatique, relations des travaux des Sociétés savantes... Or, en ce domaine, et comme le veut un système de communication conçu pour les

1. Le Journal de Guienne (1-9-1784 - 16-9-1790) est continué par le Journal patriotique et de commerce (17-9-1790 - 8-2-1792), lui-même continué par le Journal de commerce, de politique et de littérature (9-2-1792 - 1797).

2. L'Iris de Guienne, ouvrage périodique, dédié à Monseigneur le Maréchal duc de Richelieu, Bordeaux, Jean Chappuis, 2 vol. in-12° ; L'Iris de Guienne, ouvrage périodique, dédié aux Dames, novembre 1773, Bordeaux, Antoine Pallandre, in- 12. Pour plus de précision sur l'ensemble de ces journaux : voir J. Sgard (sous la direction de) : Dictionnaire des Journaux (1600-1789), en préparation.


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« concitoyens » dont il s'agit de satisfaire les aspirations et l'amourpropre, une place privilégiée est accordée aux écrivains liés à Bordeaux et à la Guyenne - que ces écrivains soient vivants ou qu'ils appartiennent à, un passé déjà lointain (Montaigne) ou plus proche (Montesquieu). Il nous a semblé intéressant de rechercher et d'apprécier, à travers cette presse, la présence du châtelain de La Brède, d'en dégager la signification et d'en mesurer la portée.

Les journaux assurent d'abord leur rôle d'information en ce qui concerne les diverses publications de l'oeuvre qui ont suivi la disparition de l'écrivain. C'est ainsi que les Labottière signalent en 1758, et par deux fois (A.B. 10-8 et 21-12-1758) 3, la «nouvelle édition » en 4 volumes in-12 de L'Esprit des Lois, « revue, corrigée, & considérablement augmentée par l'auteur ». Nouvelle édition qui remonte à l'année précédente (Londres, 1757) et qui, effectivement, tient compte des modifications importantes que Montesquieu a apportées au cours de son travail de relecture entrepris dès 1750 et poursuivi jusqu'à sa mort Aux mêmes dates, les Affiches mentionnent également la nouvelle édition des OEuvres en 3 volumes in-4° (Amsterdam et Leipsick), elle aussi « revue, corrigée & considérablement augmentée par l'auteur ». Il s'agit là de la première édition regroupant les écrits de Montesquieu, préparée, comme sans doute l'édition de 1757 - à laquelle elle est tout à fait conforme pour ce qui est du texte de L'Esprit des Lois -, par François Richer et l'imprimeur Moreau en accord avec JeanBaptiste de Secondat et sous sa surveillance. Ainsi les Bordelais sont invités à prendre connaissance de ces publications (ils les trouvent au Bureau d'Avis du Journal) qui reflètent l'ultime pensée de Montesquieu et vont devenir la base de toutes les éditions postérieures 4.

Quelques années plus tard, ils apprennent - toujours dans les Affiches (3-9-1767) - la parution des Lettres familières de M. le Président de Montesquieu, embryon d'une Correspondance qu'enrichiront les découvertes ultérieures. « Nouvelle édition augmentée de plusieurs lettres et autres ouvrages du même auteur qui ne se trouvent point dans les éditions précédentes » (Florence et Paris, 1767, in-12) : la formule de présentation, précisément retranscrite, indique que, de l'édition, ont été retranchées les trois lettres falsifiées et injurieuses à rencontre de Madame Geoffrin (Lettres LIV, LV, LVII) qu'avait introduites l'abbé O. de Guasco, initiateur de l'entreprise.

Une nouvelle marque d'intérêt porté au sort de l'oeuvre de Montesquieu est donnée, en 1784, par le Journal de Guienne, dès ses

3. Pour désigner les Annonces, Affiches et Avis divers pour la ville de Bordeaux et le Journal de Guienne, nous utilisons les abréviations respectives A-B. et J.G.

4. Le tome I des OEuvres complètes de Montesquieu, publiées sous la direction d'André Masson (Paris, Nagel, t I-III, 1950-1955), est le fac-similé de cette édition de 1758.


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premiers numéros, et mérité d'autant plus d'être relevée que l'annonce publicitaire (J.G. 3-9-1784) est suivie d'un compte rendu critique. Deux articles, en effet, sont consacrés à l'analyse des OEuvres Posthumes qui ont paru l'année précédente (LondresParis) 5. On sait combien le fils de Montesquieu a hésité à poursuivre le travail de publication amorcé en 1757-1758 et à exploiter les papiers de La Brède. On sait aussi combien Latapie redoutait que ce travail ne. fût plus nuisible qu'utile à la gloire de l'écrivain. Finalement, ce n'est qu'en 1783 que paraissent deux volumes in-12 intitulés OEuvres Posthumes - encore que le second ne contienne aucun écrit inédit

Le «Premier Extrait» du Journal de Guienne (11-9-1784) concerne exclusivement Arsace et Isménie dont l'édition repose, comme l'érudition l'a montré, sur un manuscrit incomplet et aujourd'hui perdu 6. Face à cette «Histoire orientale», dont Montesquieu parle dès 1742 dans sa correspondance, mais qu'il ne s'est pas déterminé à livrer à l'imprimeur, pour reprendre les termes de sa lettre du 8 décembre 17547, le rédacteur adopte une attitude assez mêlée. Comme s'il voulait répondre aux craintes et aux scrupules de Jean-Baptiste de Secondat et de Latapie, il commence par observer qu'un auteur est responsable des seules oeuvres qu'il publie de son vivant Insensible aux qualités du conte (inventions du merveilleux, art du récit..) comme au chant du «triomphe de l'amour conjugal»8, il relève l'inadéquation de la fiction à la moralité qu'il suppose - montrer « un peuple gouverné despotiquement, mais avec justice », « esclave, mais heureux ». Loin, en effet, de se dégager de l'action même, la morale n'apparaît que dans les pages finales 9 qui semblent traduire un sursaut de la « conscience » de l'écrivain « un peu honteuse d'avoir fait un ouvrage frivole » et qui renferment des « tableaux et des maximes » où se retrouve « l'empreinte du génie créateur de L'Esprit des Lois ». Un tel jugement paraît bien caractéristique du temps, à la fois par rapport au roman (le mépris traditionnel pour un genre futile subsiste jusqu'en cette fin de siècle) et par rapport à Montesquieu dont l'image ne se dissocie pas du livre grave des Lois. Cependant, multipliant les précautions, le journaliste, qui, dès le début, a rappelé que, « même en se jouant », « un grand homme [...] a toujours des traits qui décèlent son génie », et a cité le vers de Le Mierre :

Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes finit par « applaudir » à l'impression d'un ouvrage où, malgré tout, il

5. Le journal précise « seconde édition ».

6. Cf. OEuvres complètes de Montesquieu, éd. citée, t II. Introduction, p. xrv et t III, Introduction, p. 12 et p. 477-480.

7. Correspondance in OEuvres complètes de Montesquieu, éd. citée, L III, p. 1527.

8. Ibid.

9. C'est-à-dire les p. 512-518 du LIII des OEuvres complètes de Montesquieu, éd. citée (le manuscrit révélé par X. Védère comprend une suite de 39 pages).


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est impossible de « méconnaître la manière » de l'auteur. Tant il semble indécent qu'un journal de Guyenne ne fasse pas de Montesquieu « une mention honorable »...

Consacré au deuxième volume, le « Second Extrait » (J.G., 20-91784) est, lui, uniformément élogieux, qu'il s'agisse du Discours sur l'équité qui doit régler les jugemens et l'exécution des Loix - un discours que Montesquieu, président à mortier, a prononcé le 11 novembre 1725 à la rentrée du Parlement et dont on n'ignore pas la fortune à Bordeaux 10 (le Journal vante « la solidité de raison » alliée à la « chaleur ») -, des Réflexions sur les causes du plaisir qu'excitent en nous les ouvrages d'esprit et les productions des beaux-arts - réédition, sous un nouveau titre, de l'Essai sur le goût paru dans le tome VII de l'Encyclopédie (1757) et repris dans les OEuvres de 1758 (« c'est un recueil de pensées fines rendues avec agrément ») -, ou encore de l'Éloge historique du Maréchal de Berwick, cette simple « ébauche » qui pourtant présente « le double mérite » d'une « bonne peinture » et d'une « ressemblance parfaite » 11.

En même temps qu'elle marque ainsi les trois étapes importantes de l'histoire bibliographique de Montesquieu (1757-1758, 1767, 1783), la presse de Guyenne signale certains des titres de la littérature qui se développe autour de Montesquieu et notamment de L'Esprit des Lois dans un but explicatif ou... critique. En 1758, le choix d'extraits, établi par Alexandre Deleyre, Le Génie de Montesquieu (Amsterdam, 1758), est annoncé par les Affiches (248-1758) et l'est de nouveau en 1761 (18-6-1761). En 1763, ce sont les Observations sur le livre de l'Esprit des Loix de Crevier (Iris, novembre 1763). La même année, la parution de L'Esprit des maximes politiques pour servir de suite à l'Esprit des Loix du Président de Montesquieu (1757) d'A. Pecquet est rappelée à la fois par L'Iris (août 1763) et par les Affiches (21-7-1763) - lesquelles mentionnent encore, du même auteur, en 1768, le commentaire, plutôt superficiel, qu'est l'Analyse raisonnée de l'Esprit des Loix (1758) (A B. 21-4-1768). Quand le Journal de Guienne (12-8-1786) consacre une courte notice à Léonard, il ne manque pas d'indiquer que le poète a mis en vers Le Temple de Gnide (1772).

On le voit, les journaux bordelais sont loin de rester indifférents à la fortune de l'oeuvre de Montesquieu. Ils vont même participer à la publication de quelques pages inédites. En 1787, deux articles successifs du Journal de Guienne (10-11 et 13-11-1787) présentent, sous une rubrique intitulée « Variétés », des « Idées familières de Montesquieu, extraites de ses manuscrits » - c'est-à-dire des archives de La Brède que Jean-Baptiste de Secondât ne s'est pas décidé à mettre au jour. Or, en cette même année, paraissent à

10. Il est « vendu tous les ans à la porte du Palais, le jour de Pouverture des audiences » (OEuvres complètes de Montesquieu, t III, p. 210). Il a été imprimé en 1771 et 1772.

11. Cet Éloge a été publié en tête des Mémoires du Maréchal de Berwick (1778).


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Bordeaux, sans nom de libraire, trente-huit Pensées du célèbre Montesquieu, extraites de ses manuscrits. Selon l'adresse au lecteur, ces Pensées, imprimées à Paris et approuvées par M. de Sauvigni, censeur royal, « sont dues aux soins de M. le Baron de Secondat et à l'infidélité, ou si l'on aime mieux, à la sagacité de M. l'abbé Cerutti ». Mais, parce qu'il ne les tient ni de celui-ci ni de celui-là et qu'il redoute que «l'anàthème dont elles sont frappées ne dure encore quelque temps », l'éditeur croit bon d'aller au-devant de l'attente du public. Dans sa livraison du 10 novembre, le Journal de Guienne reproduit neuf de ces Pensées qui, pour la plupart, relèvent de l'autoportrait (on ne compte que deux réflexions générales, l'une d'ordre moral, l'autre d'ordre historique). La livraison du 13 novembre contient huit autres Pensées, de portée essentiellement morale (deux seulement ressortissent à la peinture du moi), mais qui, elles, ne se trouvent pas dans la plaquette imprimée 12. Par quelle « infidélité » le journal en a-t-il eu connaissance ? Avait-il l'intention de poursuivre la publication ? Toujours est-il que, le 30 novembre, sur la demande du Baron de Montesquieu, une lettre est insérée où le petit-fils du philosophe nie l'authenticité de ce qu'a imprimé le journal et rappelle que son père garde « sous clef » les manuscrits de son grand-père. En fait, une étude comparative prouve qu'à quelques infimes variantes près, le texte publié par le Journal de Guienne - comme par la plaquette - est bien celui de Montesquieu. Et la lettre de Charles-Louis de Secondat n'est qu'une nouvelle manifestation du refus opposé par la famille à l'édition et à la diffusion des papiers de l'écrivain. Si partielle et fragmentaire soit-elle, la publication du Journal de Guienne montre, du moins, quel prix la presse locale attache à tout ce qui est sorti de la plume de l'auteur de L'Esprit des Lois.

Cependant la présence de Montesquieu ne se limite pas à ce réseau d'informations relatives aux éditions de l'oeuvre. Elle se manifeste encore dans bien d'autres articles. Les comptes rendus des Sociétés savantes - Acamédies, Musée - font souvent état de l'écrivain, de sa pensée et de ses livres. Les analyses d'ouvrages de droit ou de politique appellent inévitablement son souvenir : annonçant la traduction française de l'oeuvre italienne de Gaetano Filangieri, La Science de la Législation (1780-1785), le journaliste (J.G. 26-6-1787) remarque d'emblée combien l'auteur est« plein » de Montesquieu dont il développe ou même combat les idées 13.

12. Ce que ne précise pas dans son Introduction (O.C. de Montesquieu, t II, p. xv) A. Masson qui ne parle que du numéro du 10 novembre. Les neuf premières Pensées retenues par le journal correspondent aux Pensées n° 38, 37, 22, 27, 29, 30, 33, 25, 32 de la plaquette. Les huit autres Pensées correspondent, elles, si l'on se reporte aux O.C. éd. R. Caillois, La Pléiade, 1956, aux Pensées n° 1221, 1047, 1759, 1187, 1011, 887, 13, 1078. Le Journal Encyclopédique (L IV, mai 1788, p. 128-133) publie à la fois les pensées de la plaquette (sauf quatre ; n° 31, 32, 33, 36) et celles du Journal de Guienne du 13 novembre.

13. Le Célibat et le Mariage de Jean-François Bouthier est également présenté par rapport à Montesquieu qui a « judicieusement établi les. principes qui démontrent le


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Est-il question d'un écrivain qui a été personnellement lié au philosophe ? Aussitôt l'image de celui-ci surgit et la relation privilégiée est rappelée. Ainsile Journal de Guienne (31-3-1787) profite de l'analyse des OEuvres de Madame de Tencin (Amsterdam et Paris, 1786, 7 vol.) pour exalter la solide et sûre amitié qu'elle eut pour Montesquieu et le rôle efficace qu'elle joua à l'occasion de la parution de L'Esprit des Lois : ce fut elle « qui rendit le premier hommage à L'Esprit des Lois. Dès que cet ouvrage parut, elle en prit un grand nombre d'exemplaires qu'elle distribua à ses amis. On recueillait ses décisions... » 14. Lorsqu'il veut faire connaître, à travers quelques extraits, le Tableau de la Gironde de l'historien Bernadau, le même Journal (12-9-1792) choisit non sans dessein la notice de J.J. Bel qui souligne la place de conseiller et de confident que le Bordelais occupa auprès de Montesquieu (« ... ami de l'auteur de L'Esprit des Lois, (il) sentit le premier combien cet ouvrage pouvait hâter le développement des connaissances philosophiques... ») et qu'il partagea avec le Président Barbot, cet autre fidèle Bordelais qui eut « la gloire d'encourager Montesquieu dans l'achèvement de ses travaux ».

Mais, alors même que le sujet de l'article ne semble pas l'imposer de prime abord, voici néanmoins Montesquieu mentionné, cité ou invoqué. Signe d'une présence plus profonde et plus insistante.

Pour cela, il suffit que l'ouvrage dont il est rendu compte se réfère à Montesquieu : le rédacteur s'empresse alors de relever l'allusion - sûr que ses lecteurs lui sauront gré (la formule revient comme un refrain) de ce morceau choisi. Quand Leclerc (Iris, septembre 1763, p. 35-45) examine le Discours sur le bonheur des gens de lettres (1763) de S. Mercier, il rapporte l'exemple avancé de Montesquieu : « quelque pressé que je sois dans ma marche », avoue-t-il, « je ne puis passer le portrait de notre illustre concitoyen ». De même, le Journal de Guienne (3-8-1785) croit bon, lorsqu'il présente le n° 8 des Variétés littéraires, historiques..., de donner « la préférence » à un extrait qui met en scène Montesquieu. Des différentes pièces que regroupent les Loisirs d'une jeune personne raisonnable et sensible, il retient plutôt « le commencement d'une lettre d'un Persan » adressée à l'auteur de L'Esprit des Lois 15. Ce regard sélectif explique que soient fidèlement reproduites les citations de Montesquieu que renferme l'ouvrage commenté, qu'elles servent d'épigraphe 16 ou fleurissent au sein d'un développement 17.

préjudice que le célibat apporte à la société » (à l'appui est donnée une citation de L'Esprit des Lois, XXIII, 21 in fine), mais qui « n'a point convaincu le célibataire des inconvénients de son état» - ce que fait précisément Bouthier (J.G. 13-10-1787).

14. Sur cette attitude de Mme de Tencin : cf. R. Shackleton : Montesquieu. Biographie critique, version française, P.U. Grenoble, 1977, p. 279.

15. J.G. 28-11-1786. Le volume contient des pièces de Voltaire, J.-B. Rousseau, Voisenon...

16. Ibid. 1-9-1788 : épigraphe de l'Éloge d'A. Gontaut de Biron de Vigneron (« Les places que la postérité donne sont, comme les autres, sujettes aux caprices de la


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Cependant il arrive aussi que ce soit le journaliste qui, de luimême, se reporte à Montesquieu : il lui emprunte une comparaison pittoresque (J.G. 4-10-1784), une formule caractéristique 18, un détail historique 19, une réflexion propre à conclure l'article d'une manière frappante 20. Il relate une anecdote qui le concerne (A.B. 11-1783), justifie l'authenticité d'un trait de moeurs rapporté dans les Lettres Persanes 21 ou encore fait état de telle position qu'adopte le philosophe : abordant, dans une série d'articles, la question si agitée au XVIIIe siècle de la dépopulation, un correspondant des Affiches de Bordeaux (26-4, 3-5, 10-5-1764), partisan de l'interprétation de Hume, oppose au traité du philosophe anglais, traduit en français et imprimé dans ses Discours politiques en 1754, les développements des Lettres Persanes (CXII-CXXII) et de L'Esprit des Lois (Livre XXIII) qui, d'ailleurs, comme il le remarque, doivent beaucoup au Variarum observationum liber d'Isaac Vossius 22. En tout cela, nul doute que le journaliste ne traduise, en même temps que sa connaissance de l'oeuvre, son plaisir à s'y référer.

Devant une présence aussi remarquée, on est évidemment tenté de se demander comment les Bordelais - rédacteurs et lecteurs - se sont représentés Montesquieu. A travers le discours rédactionnel comme à travers les extraits choisis à dessein, quelle image se dégage de l'homme, de l'écrivain, du philosophe ?

Un portrait moral se dessine qui n'échappe pas aux séductions de l'embellissement Montesquieu est peint comme l'homme « modeste» (4.5. 8-5-1760), « désintéressé» (J.G. 3-8-1785), qui a fait preuve « d'un noble détachement de l'ambition » (Iris, septembre 1763). Loin que soient rappelés ses espoirs - et ses déceptions sinon ses amertumes - de candidat diplomate confiant en ses aptitudes, on insiste sur son indifférence à l'égard des charges et des honneurs publics. Placé aux côtés d'un Horace, d'un Corneille, il est celui qui

fortune... »), tirée du chap. 1 des Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, O.C. de Montesquieu, éd. cit, 11, p. 354-355.

17. Ibid. 3-9-1785 : citation extraite des Observations philosophiques sur l'usage d'exposer les ouvrages de peinture et de sculpture: «Montesquieu observe qu'un peintre avec un écu de couleurs peut faire un tableau qu'il vendra 3.000 liv. » Cf. Lettres Persanes, cvi, O.C. de Montesquieu, L I, p. 213 (la citation n'est pas littérale). Dans une des rares notices relatives aux Tribunaux, le J.G. (3-6-1787) donne, à propos d'un arrêt du Parlement de Guienne, un extrait du réquisitoire du Procureur Général qui cite l'essentiel du chap. 21 du Livre XXVI de L'Esprit des Lois.

18. La bienfaisance, « vertu qui comporte toutes les vertus » (Ibid., 15-8-1785).

19. Ibid., 15-3-1787 : sur César et le célibat Cf. De l'Esprit des Lois, O.C. de Montesquieu, L I, p. 60.

20. Ibid., 10-5-1785 : fin reprise du Livre XX du chap. 22 de L'Esprit des Lois, O.C. de Montesquieu, 11, p. 464.

21. Ibid., 9-12-1786 : le trait de moeurs conté dans la Lettre Persane CXXV est confirmé par un article des papiers anglais qui reproduit une lettre de Calcutta du 17 mars 1786 envoyée par un témoin oculaire d'une de ces cérémonies en Inde.

22. Tandis qu'il est précisé que Bayle (Nouvelles de la République des Lettres, janvier 1685, art 11) et R. Wallace (A Dissertation on the numbers of mankind...) ont rendu compte du livre de Vossius, un jeu de.citations met en parallèle les assertions de Montesquieu et les réponses de Hume.


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n'a point postulé « ces places où ses vastes connaissances devaient l'appeler » (Iris, septembre 1763) et devient le modèle de l'homme de lettres dépourvu d'ambition politique. D'autre part, on souligne sa grande simplicité d'allures, de manières et de ton. De cette simplicité, Montesquieu eut effectivement le goût, ses contemporains en témoignent Et la figure du « gentilhomme rural », ami et familier du paysan, du « berger », selon le mot de Mercier rapporté par L'Iris (septembre 1763), s'impose, occultant l'aspect - complémentaire - du grand seigneur non exempt de réserve et de hauteur. Plus généralement, l'accent est mis sur ses « qualités sociales » (J.G. 28-81787). Montesquieu est « l'homme aimable » (Ibid.) qui sait et veut plaire et qui, dans les rapports privés ou mondains, montre de la cordialité, de la complaisance et de la compréhension. Aucune allusion, il va sans dire, à la gaucherie et à la gêne - nées de la timidité - que le philosophe a pu ressentir dans certaines compagnies. Ce qu'on retient et exalte, c'est son affabilité, l'agrément, la sûreté et la franchise de son commerce, bref sa faculté de sympathie et son sens chaleureux des autres - même lorsque ces autres sont ses inférieurs 23. Attachant, bienveillant, bon, « toujours humain » (Iris, septembre 1763), tel apparaît Montesquieu, impatient de témoigner son amicale sollicitude et son inlassable bienfaisance. Cette générosité active, le Journal de Guienne (29-11785) la célèbre notamment à l'occasion de son analyse du drame de Joseph Pilhes : Le Bienfait anonyme (1785), dédié à la ville de Bordeaux et joué sur son théâtre (J.G. 27-2-1785). « Ne prenant que la sensibilité de son âme pour guide », l'auteur a cru pouvoir transposer sur la scène « une action sublime » de Montesquieu. Allusion à l'anecdote (à allure de fiction) - Montesquieu rachetant, sans vouloir se faire connaître et sans chercher d'autre récompense que la satisfaction intérieure, le père - esclave à Tétouan - du batelier Robert. Certes, c'est « une grande entreprise » que de « faire revivre l'auteur de L'Esprit des Lois », le Journal en convient. Mais il se réjouit - d'autant plus - du succès de la pièce où « l'estime » pour le dramaturge se confond avec la « juste admiration pour le héros ». Et il s'attache à relever les détails qui « peignent heureusement » le caractère de M. de Saint-Esquieu (c'est Montesquieu) - « vertu aimable », « noblesse », « sorte de dignité philosophique » - tandis qu'il se plaît à retranscrire l'invocation lyrique placée dans la bouche du héros : « O bienfaisance ! vertu naturelle et paisible ! toi seule nourris dans le coeur de l'homme une source secrète et pure de bonheur ! ... ».

Ces qualités de coeur n'excluent pas d'ailleurs chez l'être éminemment sociable qu'est Montesquieu la légèreté de l'ironie ou le

23. Le Journal de Guienne (5-1-1786) tire de l'Almanach historique ou Etrennes d'Apollon l'anecdote suivante : « Montesquieu était de la plus grande douceur à l'égard des domestiques. Il lui arriva pourtant un jour de les gronder avec assez de vivacité. Mais se tournant aussitôt en souriant vers un ami, témoin de cette scène, ce sont, dit-il, des horloges qu'il est bon quelquefois de remonter » (Cf. R. Shackleton, op. cit., p. 157).


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piquant de la raillerie - mais hors de toute méchanceté. Ce que semble vouloir souligner le compte rendu du tome V des Pièces intéressantes et peu connues pour servir à l'Histoire et à la Littérature : le journaliste ne rapporte deux anecdotes « assez plaisantes » illustrant, de Montesquieu, l'art de la réplique prompte et moqueuse qu'après avoir rappelé que d'autres anecdotes du recueil mettent en valeur sa réelle bonté 24.

Ainsi la presse de Guyenne compose un portrait qui tend à prendre les couleurs de la légende, en même temps qu'il paraît répondre aux aspirations et aux exigences les plus profondes de l'époque : on y retrouve les traits majeurs de simplicité, de sociabilité, d'indulgence naturelle, de « bon coeur » (J.G., 8-7-1787), de sensibilité et d'« amour de l'humanité » (4.5. 8-5-1760).

Cependant, à côté de l'homme, voici le magistrat que le « Sénat » de la ville a eu l'« honneur » de compter en son sein (Iris, août 1763). Conseiller, puis président à mortier, Montesquieu, on le sait, exerça sa charge sans goût véritable ni zèle particulier, et lui-même n'a pas caché (qu'on relise l'une des Pensées publiées par le Journal de Guienne) sa vive répulsion pour tout ce qui concerne la procédure. Il n'empêche : le profil idéal s'esquisse du juge droit, bon et consciencieux, actif, voire expert en science procédurière : « magistrat intègre, profond, il descend avec scrupule dans le détail minutieux des procédures ; il porte la lumière dans les ténèbres de la chicane... » (J.G. 26-3-1789). Faut-il ajouter que l'évocation du parlementaire ne se dissocie pas du rappel du fameux Discours de 1725 qui fut sans doute son acte le plus marquant ? De ce Discours, un extrait est cité que semble tout naturellement imposer la relation d'un trait de bienfaisance par lequel les membres d'une Chambre du Parlement de Guyenne viennent de se signaler : « Ils pensent donc, ces respectables successeurs de Montesquieu, ils pensent comme ce grand homme que « cette affection générale pour le genre humain, qui est la vertu de l'individu considéré en lui-même, est une vertu qui ne doit point être étrangère au coeur d'un juge »... »25.

Mais, on le devine, c'est moins le parlementaire que l'écrivain et le penseur qui retiennent l'attention. De par son souci de correction, de pureté, Montesquieu rejoint les maîtres de la langue française, les Pascal, Corneille, Bossuet, Racine, Fénelon et Buffon (J.G. 2-61785). Son style se distingue à la fois par son «énergie» (Iris, septembre 1763) et par son « élégance » (J.G. 3-8-1785), sa précision et son brillant (J.G. 11-9-1784). Montesquieu a le « talent de peindre

24. Citons l'une des deux anecdotes amusantes empruntées à La Place : « Une demoiselle un peu galante et encore plus bavarde lui (Montesquieu) faisait un jour mille questions sans qu'il répondît à aucune. Montesquieu, enfin, impatienté, saisit le moment où elle lui demandait ce que c'était que le bonheur. - Le bonheur, lui dit-il, c'est la fécondité pour les Reines, la stérilité pour les filles, et la surdité pour ceux qui sont auprès de vous » (J.G. 8-71787).

25. J.G. 1-9-1784. Cf. Discours sur l'équité..., O.C. de Montesquieu, éd. cit. t III, p. 213 (Montesquieu écrit :«... vertu étrangère au caractère de juge »).


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avec deux mots » (Ibid.), il n'a pas « besoin de grandes phrases pour exprimer de grandes choses » et il en dit plus « en quelques pages » que la plupart « en un volume » (J.G. 20-9-1784). Sans doute sa «manière» est-elle «saccadée» (J.G. 11-9-1784), heurtée: les raccourcis, les ellipses, l'omission des liens « intermédiaires » dérobent le sens immédiat ; mais ils ont aussi l'avantage d'inviter l'esprit à s'arrêter et réfléchir. D'ailleurs, cette force, cette concision, cette nervosité, qui conduisent souvent à la forme de la sentence, n'excluent ni les «grâces» (J.G. 28-11-1786) ni la «chaleur du poète » (J.G. 3-8-1785). Sensible aux deux qualités fondamentales de la prose de Montesquieu, la presse en perçoit toute l'originalité. Dans Le Bienfait anonyme, le héros ne saurait évidemment parler comme Montesquieu écrivait : la remarque est du journaliste qui ajoute : « mais c'est qu'il n'est pas facile aussi d'écrire comme Montesquieu» (J.G. 29-1-1785).

Cet écrivain au verbe inimitable, c'est l'historien rapproché par les Affiches de Bordeaux (8-5-1760) de Polybe, de Tacite et de Bossuet, « ces maîtres illustres nés pour dicter des leçons à ceux qui donnent des lois aux autres mortels ». C'est le moraliste qui « ne parle de la vertu et de l'honnêteté qu'avec chaleur » et « gagne notre coeur par la force de la sympathie morale» (J.G. 3-8-1785). C'est enfin le philosophe au savoir si étendu, aux idées si élevées, à l'ouvrage si « profond » (J.G. 27-7-1787), et dont la démarche est rappelée à la faveur de l'extrait que le Journal de Guienne (3-81785) donne du numéro 8 des Variétés littéraires. Ce morceau, « traduit de l'anglais par un Anglais », est un parallèle entre Montesquieu et Machiavel. L'auteur montre comment celui-ci « a pris les premiers principes de sa politique dans ce qu'il a vu », tandis que celui-là « s'est formé et instruit dans les livres ». Non que l'un ait totalement négligé la lecture ni que l'autre n'ait pas eu soin d'observer. Mais les « premières habitudes » ont prévalu, et, si Machiavel fonde « ses raisonnements » sur les faits, Montesquieu, lui, les puise « dans la Philosophie » : « ami de la spéculation », il « établit un beau système et, pour le soutenir, a souvent recours à des arguments que les faits contrarient ». Par-delà l'excès souligné d'une certaine systématisation à laquelle a pu tendre effectivement Montesquieu, poussé par son goût de la généralisation et de la synthèse, un tel parallèle a le mérite de marquer avec netteté la différence entre le livre de Machiavel, sorte de « manuel pratique » de politique, et l'ouvrage de méthode que veut être celui de Montesquieu, création ambitieuse et proprement philosophique, logiquement ordonnée autour de la notion de loi et qui entend dégager en un mouvement d'ensemble l'enchaînement des causes et l'explication des faits 26.

26. Sur Montesquieu et Machiavel (Montesquieu aborde tôt - dès 1716 - l'oeuvre du Florentin) : cf. R. Shackleton, op. rit., p. 24, 109, 119, 205 et la note 21 de la page 131 où l'auteur, après avoir rappelé l'ouvrage d'E. Levi-Malvano : Montesquieu e Machiavelli,


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De la pensée même du philosophe, deux thèmes semblent privilégiés : l'amour du vrai et la défense de la liberté. Montesquieu est représenté comme l'esprit passionné de vérité, qui n'a cessé de la chercher « au flambeau de la saine philosophie » et qui l'a «montrée aux peuples» et « fait entendre aux Rois» (J.G. 11-91784). Il se pose aussi en véritable « ami de la liberté» (J.G. 3-81785), ainsi que le soulignent des formules reprises de L'Esprit des Lois. Rendant compte d'un Discours sur les moyens les plus conformes à la Religion, à l'Humanité et à la Politique défaire cesser la mendicité, le Journal de Guienne observe, à la suite de l'auteur, qu'il ne s'agit pas seulement de faire travailler ceux qui préfèrent mendier plutôt que de gagner leur vie, mais qu'il faut encore leur « faire aimer le travail ». Et de retranscrire la réflexion de Montesquieu où la voix de l'humanitarisme l'emporte sur les conclusions du théoricien : « Je ne sais si c'est l'esprit ou le coeur qui me dicte cet article ; mais il n'y a peut-être pas de climat sur la terre où l'on ne pût engager au travail les hommes libres »27. En 1789, ce thème de la liberté se fait de plus en plus insistant et l'appel à Montesquieu de plus en plus fréquent En octobre, le Journal de Guienne (11-10-1789) propose à la méditation de ses lecteurs, sous le simple titre Fragments et sans mention explicite de l'auteur ni du livre, quatre paragraphes du chapitre 27 du Livre XIX de L'Esprit des Lois : « Cette nation aimerait prodigieusement sa liberté... » 28. Choix significatif des préoccupations et des aspirations du temps. Mais la France n'est pas seule concernée. Le 30 mars 1789, le même Journal signale que le gouvernement, « en demandant à toutes les classes de citoyens des instructions propres à contribuer au bonheur de la Nation », a aussi visé « les moyens qui assureraient la liberté aux esclaves dans les colonies ». C'est pourquoi le rédacteur revient sur un ouvrage dont il a déjà parlé (J.G. 6-11-1788) : leDiscours sur la nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies (1788) de Ladebat Ce « plaidoyer de la philosophie en faveur de l'humanité » est d'autant plus favorablement commenté qu'il est placé sous l'inspiration et le patronage de Montesquieu auquel est empruntée, à titre d'épigraphe, l'énergique addition du chapitre 9 du Livre XV : « Le cri pour l'esclavage est le cri du luxe et de la volupté, et non pas celui de la félicité publique » 29. Quelques mois plus tard, est publiée une Lettre de Granié « adressée à un Ami des Noirs » (J.G. 6-12-1789). Tout en refusant de se déclarer un partisan du système esclavagiste, Granié est forcé de reconnaître que l'esclavage

Paris, 1912, et la communication d'A. Bertière au Congrès de 1955 : « Montesquieu lecteur de Machiavel » (Actes du Congrès Montesquieu, Bordeaux, 1956), renvoie à son propre article « Montesquieu et Machiavel » in Comparative Literature Studies, 1964.

27. J.G. 4-7-1786. Cf. De l'Esprit des Lois, O.C. de Montesquieu, éd. cit., 1.1, Livre xv, chap. 8, p. 334.

28. Éd. cit p. 436 (le 3e paragraphe est réduit à la première phrase).

29. De l'Esprit des Lois, éd. cit, p. 334 (Montesquieu écrit : «... et non pas celui de l'amour de la félicité publique »).


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est, en Amérique, « un de ces maux nécessaires dont l'homme sensible gémit en secret». Et il n'hésite pas à se réclamer du témoignage et de l'autorité de Montesquieu qui « a écrit contre l'esclavage » : « cette cause », souligne;t-il, « n'a jamais eu de plus sage et de plus éloquent défenseur. Écoutez : « Comme tous les hommes naissent égaux, il faut dire que l'esclavage est contre la nature ; quoique dans certains pays il soit fondé sur une raison naturelle... » » 30. Ainsi, de l'aveu même de l'auteur de L'Esprit des Lois, il est « des climats destinés par des causes naturelles à être sans cesse flétris par cet humiliant fléau ». Rappel de l'équivoque de la position de Montesquieu : la condamnation de principe peut s'accommoder, par-delà le cri de révolte humanitaire, d'une acceptation (déclarée ou tacite) de l'esclavage colonial et de la traite - où il faut sans doute voir plus l'influence du milieu bordelais (si lié au commerce avec les îles) ou même l'entraînement de la théorie que le strict souci de préserver des intérêts personnels 31.

Qu'il s'agisse de l'homme, de l'écrivain, du philosophe, l'évocation relève assurément du panégyrique. « Illustre » (J.G. 10-51785), «célèbre» (J.G. 11-9-1784), «vraiment grand» (J.G. 3-81785), « sublime » (AB. 23-2-1769), Montesquieu est salué comme l'« un des plus beaux génies de la France » (J.G. 27-7-1787), compté au nombre des « plus sages humains » (Iris, janvier 1763). Il est jugé supérieur aux « écrivains les plus fameux de son siècle » (Iris, septembre 1763). Son nom s'égale à celui des Rois. Une simple ligne de lui fournit aux auteurs modernes « la moitié d'un volume » (A .B. 13-3-1760). Le citer, c'est le louer (J.G. 20-9-1784).

Quoi de surprenant qu'ainsi exalté et glorifié, Montesquieu, sans cesse qualifié d'« immortel » (J.G. 11-9-1784, 28-11-1786...), devienne l'objet d'« une sorte de culte » (J.G. 26-3-1789), même si l'on prétend se défendre d'une « adoration aveugle » et ne lui « offrir que des hommages raisonnes» (J.G., 11-9-1784)? Cela est notamment sensible à travers les comptes rendus des activités et des séances des Sociétés savantes bordelaises dont les journaux ont à coeur de se faire l'écho précis et fidèle. Comment l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux n'entretiendrait-elle pas le souvenir du « plus grand philosophe de ce siècle » (J.G. 29-81786) qui fut l'un de ses membres ? Il est vrai que, plutôt réservée du vivant de l'écrivain, elle s'en enorgueillit surtout depuis sa morts 2. Quoi qu'il en soit, l'usage institué pour tout nouveau récipiendaire de composer l'éloge de Montesquieu (et de Montaigne) nous vaut, entre autres, cet article des Affiches de Bordeaux (21-9-1769) où

30. Cf. De l'Esprit des Lois, éd. cit., Livre XV, chap. 7, p. 332.

31. Sur cette question, voir : Jameson : Montesquieu et l'esclavage, Paris, Hachette, 1911 ; J. Ehrard : Politique de Montesquieu, Colin, 1965 ; J.J. Lafontant : Montesquieu et le problème de l'esclavage dans l'Esprit des Lois, Naaman, Québec, 1979.

32. Voir: P. Barrière: L'Académie de Bordeaux, éd. Bière, Bordeaux-Paris, 1951, p. 51-64.


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nous apprenons que M. Lafargue, receveur des tailles à Dax, a su, dans son Discours, peindre le philosophe de « couleurs » « propres » et caractériser ses ouvrages « d'une manière ingénieuse », tandis que le Directeur, M. Loret, a tenu, dans sa réponse, à jeter encore « quelques fleurs sur le tombeau de l'illustre Montesquieu dont la mémoire sera toujours, à tant de titres, si chère...». Rappelons, d'autre part, que l'Éloge de Montesquieu est sujet de concours en 1782 et qu'il le reste jusqu'en 1789, faute de productions jugées dignes d'être couronnées. D'année en année 33, les journaux reviennent sur ce prix pour souligner les hautes exigences des Académiciens qui trouvent « dans la nature même du sujet l'excuse de (leur) sévérité » 34. Au fond, comme le remarque l'un des candidats malchanceux de 1782, le jeune abbé Trigant de Brau, « il faudrait peut-être un nouveau Montesquieu pour peindre le génie créateur d'un droit public qui embrasse toutes les nations, pour saisir ce que Montesquieu a dit et ce qu'il a voulu dire. Il faudrait que ce nouvel Apelle, nourri toute sa vie des écrits et des expressions de Montesquieu, se fût identifié avec ses pensées » 35 .-

De son côté et à sa manière, l'Académie de Peinture, Sculpture et Architecture de la ville participe au « culte » du « grand homme ». S'intéressant au lieu où il a vécu, elle fait dessiner en 1783 lé château de La Brède - c'est «Tusculum» par opposition à «Utique», le château de Montaigne (Journal de commerce, de politique et de littérature, 22-8-1792) -, et expose le dessin, de la composition de M. Gonzalès, dans la salle des séances 36. Un de ses membres et professeurs, M. Cessy, exécute un buste de l'écrivain d'après la médaille de J. A. Dassier et les conseils de François Risteau, ce négociant bordelais, ami de Montesquieu et qui précisément obtint de la «modestie» du philosophe de « laisser frapper sa médaille » : F. Risteau a fait retoucher l'ouvrage « au point qu'on peut dire que Montesquieu respire dans son buste »37... Témoignage de « vénération respectueuse » auquel, dix ans plus tôt, a songé l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts, comme le signale l'Iris de Guienne en octobre 1763 : relatant la séance dû 25 août, Leclerc rapporte que les Académiciens ont décidé de

33. Cf. A.B. 7-1-1783, J.G. 16-1 et 29-8-1785, 28 et 29-8-1786, 28-8-1787, 1-9-1788.

34. J.G. 28-8-1787. L'importance particulière du concours est d'ailleurs marquée par le montant même du prix : prix double d'abord, puis, à partir de 1786, prix triple (une médaille d'or, 300 livres de la fondation de M. de La Force et 600 livres des fonds de l'Académie).

35. AS. 7-1-1783. Peut-être aussi le précédent de d'Alembert (Éloge de Montesquieu placé en tête du 5e volume de l'Encyclopédie, 1755) a-t-il joué : car quel homme de lettres aurait la « folle présomption » de prétendre «faire mieux»? (J.G. 29-8-1786).

36. Le 6 mars 1786, Latapie consacre un Discours à la description du château de La Brède (et de Montaigne) (J.G. 15-3-1786).

37. A.B. 18-3-1773. Ce buste est exposé dans la salle de l'Académie. En 1784, Cessy refait les moules, lés place sur des piédestaux « d'une forme plus agréable » et propre à «fixer l'attention des amateurs éclairés » (J.G. 12-9-1784).


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s'adresser à « Mr. Pigal » « pour le prier de sculpter en marbre, à leurs frais communs, le buste de Mr. de Montesquieu », et, après avoir noté dans le public « les plus vifs transports d'une joie unanime », il propose cette « inscription bien simple » :

De Montesquieu Guienne est la patrie ; Il honora son siècle et cette Académie 38.

Que le philosophe ne reçoive pas l'hommage d'une statue au milieu même de la ville, le Journal de Guienne (27-7-1787) s'en étonne et y voit comme un « reproche » adressé aux concitoyens. Lorsqu'au début de la Révolution, il est question d'élever à Bordeaux une statue à l'« illustre Necker », il ne peut s'empêcher d'observer que, depuis longtemps, « les vertus » n'ont pas été « consacrées dans cette ville par des monuments publics » puisque les « mânes » de Montesquieu (et de Montaigne) « attendent encore qu'on leur érige des statues» (J.G. 8-8-1789).

Pourtant les inscriptions ne manquent pas, qu'elles soient extraites d'un ouvrage commenté :

En écrivant l'histoire et de Rome et des Lois Pour le bonheur du monde, il instruisit les Rois 39.

ou qu'elles figurent sous la rubrique des Pièces Fugitives :

Révérez ce mortel, dont la plume féconde,

Des peuples opprimés fit respecter les droits ;

De leur chaos antique osa tirer les lois :

C'est le grand Montesquieu, Législateur du monde.

(J.G. 20-10-1785)

Et encore :

Il débrouilla le chaos de nos lois ;

Il respecta les moeurs, même au Temple de Gnide,

Et de la France il fut tout à la fois

Le Lucien, le Lycurgue et l'Ovide 40.

De ces hommages versifiés, qui évoquent l'oeuvre dans sa diversité, même si L'Esprit des Lois reste le maître-livre, on est tenté de rapprocher cette autre pièce fugitive proposée en réponse à Voltaire qui, dans l' A.B.C., «traite purement et simplement Montesquieu de bel esprit » cependant qu'il dénigre Fénelon :

Laisse au Grand Montesquieu son immortalité ; Ton coeur de les 4I aimer pourrait-il se défendre ? Du genre humain tous deux ont si bien mérité ;

38. Cf. P. Barrière, op. cit. p. 61 et s. (il s'agit de Lemoyne, non de Pigalle).

39. J.G. 22-2-1787. Ces vers sont extraits des Opuscules poétiques de Cubières - un poète connu des Bordelais puisque certaines de ses pièces sont publiées par le Journal.

40. J.G. 28-12-1787. Cf. ibid. 3-3-1786. Ajoutons que les vers de Piron sur la mort de Montesquieu sont reproduits dans le numéro du 8-7-1787.

41. A Montesquieu est associé Fénelon. AB. 23-2-1769.


NOTES ET DOCUMENTS

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Ils ont pu se tromper, mais ils aimaient les hommes. Eh ! combien par l'amour des péchés sont couverts ? Lé sublime écrivain que bel esprit tu nommes, A même en se trompant éclairé l'univers, Nous lui devons ce que nous sommes.

Ainsi court de feuille en feuille une sorte de chant grave et ému, soutenu par une éloquence et un lyrisme qui n'échappent pas toujours à l'expression conventionnelle. Pour avoir pénétré « les ressorts les plus cachés des gouvernements » 04.5. 7-1-1783), Montesquieu apparaît comme le «précepteur de l'Europe» (Iris, janvier 1763), le « législateur des nations » (J.G. 26-3-1789) auprès de qui les puissances politiques établies apprennent à « prévenir les causes de leur décadence » (A3. 7-1-1783). Lui qui a jeté « sur l'immense dédale des Lois une lumière nouvelle, éclatante et sublime », il est, selon le titre métaphorique du morceau de Variétés que publie le Journal de Guienne,\e 16 mai 1788, l'une des quatre «lampes» qui ont illuminé le siècle: «Les hommes virent leurs droits, retrouvèrent leurs titres, distinguèrent le faux génie de la législation de son génie véritable, purent souffrir encore du vice des mauvaises institutions, mais cessèrent de pouvoir être abusés » 42.

Un tel mouvement de glorification défie toute analyse de l'exercice réel d'une influence politique à laquelle pourtant semble vouloir s'attacher l'Académie des Sciences de Bordeaux quand elle affirme que cette influence, « il faut la démêler au milieu du choc des opinions» (J.G. 1-9-1788). En ces décennies qui précèdent la Révolution, l'autorité de Montesquieu tend plutôt à s'effacer devant de nouvelles conceptions et notamment les conceptions physiocratiques. Mais nous sommes ici en plein coeur d'une légende cultivée semaine après semaine, jour après jour, et l'on ne s'étonne pas que le portrait du bienfaiteur de l'humanité, instituteur des Rois et des peuples, finisse par prendre les dimensions d'un véritable mythe.

Cependant, n'oublions pas la portée « patriotique » du culte ainsi rendu. « Notre grand Montesquieu », écrit, en janvier 1763, Leçlerc qui commente et justifie le recours au possessif : « Notre, à bon titre, puisque cette province a l'honneur de le compter parmi ses enfants ». Si l'auteur de L'Esprit des Lois est reconnu dans son rayonnement international (« Il n'est pas un Européen balbutiant notre langue » qui ne sache que Montesquieu est « le père de L'Esprit des Lois », J.G. 24-11-1784), s'il est salué comme «l'honneur éternel de la nation » (Iris, août 1763), il incarne aussi « l'honneur immortel de sa patrie » (Iris, septembre 1763) - sa petite patrie à laquelle son nom est désormais lié 43. Journalistes et correspondants ne cessent de

42. Les autres « lampes » sont Voltaire, Rousseau et Buffon.

43. Bordeaux ou la Guyenne, « la patrie de Montesquieu » : l'expression (qui associe souvent Montaigne à Montesquieu) revient constamment - de la rubrique « Demande d'emploi» (J.G. 28-7-1787) à l'article de critique littéraire (J.G. 7-9vI787).

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faire valoir «ce titre de concitoyen» (J.G. 11-9-1784) qu'ils partagent avec lui, et, dans les sentiments d'estime, d'admiration et de pieux respect qu'ils lui portent, ils n'oublient pas celui « dont le génie honore plus (la) ville que la magnificence de ses édifices et la richesse de son commerce » 44. Ce lien personnel et en quelque sorte charnel est assurément pour eux source de fierté et d'orgueil. Mais il est aussi la raison d'une ferme confiance dans l'avenir culturel de la province.

On sait le préjugé qui pèse à l'époque et selon lequel, seule, la capitale peut prétendre à la littérature et aux choses de l'esprit. Lorsqu'elle s'institue, la presse, qui, nous l'avons dit, n'est pas exempte de toute visée culturelle et entend soutenir en ce domaine les efforts des Sociétés savantes locales, entreprend de réagir contre ce préjugé qui décourage les talents et détruit le génie 45. Avec insistance, elle montre que rien, ni dans la nature du climat, ni dans la qualité du sol, ni dans le caractère des habitants, ne s'oppose à ce que se développent en Guyenne les sciences, les lettres et les arts. Et pour appuyer et illustrer sa démonstration, elle invoque l'exemple de Montesquieu - associé à celui de Montaigne - que les gens de la province sont invités à suivre. C'est L'Iris de Guienne46 qui remarque qu'il ne suffit pas d'honorer et de célébrer les deux écrivains compatriotes (« Nous les vantons sans cesse, nous les mêlons dans tous nos discours, nous tremblons qu'on ignore qu'ils nous appartiennent »), encore faut-il essayer de marcher sur leurs traces : « Eh ! ne les citons pas si souvent, et imitons-les un peu plus ». Avec Montaigne, Montesquieu est appelé à aider les provinciaux à se ressaisir, à « se priser ce qu'ils valent » (Iris, août 1763). Avec lui, il devient le symbole des aptitudes intellectuelles de la Guyenne, le modèle de gloire littéraire (une gloire d'ailleurs consacrée par Paris...) proposé à l'émulation de la ville et de la région. Un article du Journal de Guienne (14-9-1784), intitulé Le quine ou mon rêve, est, à cet égard, très significatif. L'auteur rapporte un rêve qu'il est censé avoir fait « En bon citoyen », il a rêvé au « bonheur de (son) pays ». Bordeaux se transforme, s'embellit ; la Place Dauphine s'appelle désormais Place des Grands Hommes : en son milieu, s'élève la statue de Louis XVI en marbre blanc ; sur les côtés, « à distance respectueuse », quatre piédestaux : on reconnaît, outre les statues d'Ausone et de Montaigne, celle du « Président de Montesquieu », qui fixe « seul les regards du jeune Prince en lui montrant l'ouvrage de L'Esprit des Lois ». Le

44. J.G. 5-1-1786. Une formule à peu près identique est utilisée dans un article où Montesquieu est rapproché de Montaigne (J.G. 22-6-1786).

45. Dans son Discours prononcé à la rentrée de l'Académie de Bordeaux le 15 novembre 1717, Montesquieu s'élevait déjà contre le même préjugé : « Qu'on se défasse [...] de ce préjugé que la province n'est point en état de perfectionner les sciences, et que ce n'est que dans les capitales que les Académies peuvent fleurir... » (O.C. de Montesquieu, t. III, p. 54).

46. Novembre 1773, p. 21-24.


NOTES ET DOCUMENTS 1043

quatrième, piédestal, lui, reste vide, car il est destiné au « citoyen qui, ayant marché sur les traces de ces grands hommes [...], mériterait qu'on lui décernât les honneurs de l'apothéose ». Fiction suggestive qui symbolise à la fois la reconnaissance publique de la cité et le pouvoir d'émulation conféré à ses trois illustres fils. «Un jeune Bordelais», poursuit l'auteur, «après s'être longtemps prosterné devant la statue de Montesquieu, s'est écrié en se relevant : O grand homme ! le pendant de ton ouvrage est encore à faire... Je renonce à l'espoir d'acquérir une grande fortune ; et je m'enferme pour vingt ans dans mon cabinet ».

Parce qu'elle exprime et reflète fidèlement les mentalités et les sensibilités du temps et du lieu, la presse bordelaise de la seconde moitié du XVIIIe siècle nous permet de voir de façon privilégiée comment le souvenir de Montesquieu s'est imposé et répandu parmi ses compatriotes au cours des quarante années qui ont suivi sa mort. Si, selon l'observation du Journal de Guienne (26-10-1784), l'homme de mérite est généralement moins honoré dans sa patrie que partout ailleurs, Montesquieu constitue une belle exception. De cette presse, attentive au sort de l'oeuvre jusque dans ses inédits, toujours prête à nommer l'écrivain, le citer, avancer son témoignage ou se réclamer de son autorité, s'élève une sorte d'hymne à la gloire de l'homme et de ses productions. Montesquieu est entré tôt dans sa légende - une légende cultivée avec vénération et dévotion. Mais ce Français, ce citoyen du monde, qui a «jugé les lois d'un oeil philosophique » et « tracé d'une main sage et hardie le plan du bonheur politique » (Iris, septembre 1763), c'est aussi le provincial « né dans ces climats » (J.G. 26-10-1784) : à ce titre, il devient l'un des plus convaincants témoignages des possibilités d'éveil - ou de réveil 47 - du génie de la province. L'hommage de reconnaissance patriotique rendu à celui dont l'oeuvre a obtenu « le suffrage unanime du monde littéraire» (J.G. 26-10-1784) a également, comme Montesquieu l'aurait lui-même souhaité 48, valeur d'appel à la Guyenne - afin que celle-ci retrouve ses forces vives et créatrices et conquière une place dans la « France littéraire » 49.

ROBERT GRANDEROUTE.

47. La Guyenne n'est-elle pas, ainsi que le rappelle Montesquieu dans son Discours de réception à l'Académie des sciences de Bordeaux prononcé le 18 avril 1716, « la patrie des Paulin et des Ausone » ? (O.C. de Montesquieu, t III, p. 34).

48. Qu'on relise son Discours de réception à l'Académie de Bordeaux.

49. Iris de Guienne, novembre 1773, p. 25.


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ALFRED DE VIGNY ET CONSTANTIN PECQUEUR :

AFFINITÉS INTELLECTUELLES

À PROPOS DE «LA MAISON DU BERGER»

Le ton condescendant sur lequel Alfred de Vigny parle, devant ses nouveaux confrères de l'Académie, de l'« Improvisateur », qui « tient moins à la perfection et à la durée de son oeuvre qu'à son action immédiate » 1, lui opposant le « Penseur », qui « ne songe qu'à l'avenir, à la durée de sa construction, à ce que les siècles diront d'elle » 2, pourrait nous inciter à chercher dans les strophes de La Maison du Berger consacrées aux chemins de fer (composées, en grande partie, le 11 juin 1842) autre chose que des vers de circonstance, inspirés par la catastrophe ferroviaire de Bellevue (survenue le 8 mai 1842) et par les débats sur le nouveau moyen de locomotion qui se déroulèrent, en ce printemps de 1842, à la Chambre des pairs ainsi qu'à la Chambre des députés. Comme le fait remarquer Bertrand de La Salle 3, nombre de lettrés n'ont voulu y voir qu'une invective, une « lente et laborieuse diatribe [...] contre les chemins de fer » 4.

Les saint-simoniens, on le sait, même du temps où Vigny les fréquentait - c'est-à-dire vers la fin de 1829 - donnaient la priorité absolue à l'implantation en France d'un système de voies ferrées. En 1839 encore, on trouve le poète en train de recommander à l'attention du prince royal de Bavière les « germes féconds » et les « principes utiles » qu'avaient jetés et répandus les « écoles socialistes »5 françaises.

Autre esprit curieux des années vingt du siècle dernier, Constantin Pecqueur (1801-1887) s'était également initié aux questions sociales sous l'égide des saint-simoniens. Comme Vigny, le futur père du « collectivisme » se sépara de ses mentors parisiens le jour où ceux-ci se constituèrent en Eglise. Son Économie sociale : Des intérêts du commerce, de l'industrie, de l'agriculture et de la civilisation en général, sous l'influence des applications de la vapeur, publié en 18396 et couronné par l'Institut de France, porte des traces de son passage auprès du saint-simonisme. On peut se demander si Vigny, lecteur de Lamennais, de Leroux et d'autres

1. « Discours de réception à l'Académie française » (29 janvier 1846). Alfred de Vigny, OEuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1948, I, p. 948.

2. Ibid.

3. Voir Bertrand de La Salle, Alfred de Vigny, Paris, Fayard, 1963, p. 210.

4. Emile Lauvrière, Alfred de Vigny : sa vie et son oeuvre, Paris, Éditions Bernard Grasset, 1945, II, p. 214.

5. La missive de Vigny porte la date du 17 septembre 1839. Vigny, op. cit., I, p. 586.

6. Ouvrage en deux tomes (de 510 et 528 p.) enregistré le 2 février 1839 à la Bibliographie de la France sous le numéro 528.


NOTES ET DOCUMENTS . 1045

réformateurs sociaux - n'écrit-il pas dans son Journal à la date du 31 mai 1848: «Examiner Saint-Simon, Bazard ; (à faire) Communistes : Enfantin, Buchez, etc. Socialistes : Fourier, Comte, Considérant et finir par Proudhon »7 ? - prit connaissance du traité de Pecqueur.

Économie sociale forme la réponse de Pecqueur à une question mise au concours de 1837 par l'Académie des sciences morales et politiques, à savoir : « Quelle peut être sur l'économie matérielle, sur la vie civile, sur l'état social et la puissance des nations, l'influence des forces motrices et des moyens de transport qui se propagent actuellement dans les deux mondes ? » Dès l'entrée en matière, l'auteur déplore l'absence en France de principes directeurs, d'une foi agissante. « Nous vivons, observe-t-il, dans un temps où l'on se laisse flotter au gré des circonstances [...] Les gouvernants aujourd'hui confessent tout haut qu'ils marchent entre les ténèbres de la veille et celles du lendemain» 8. D'où le rôle tout particulier que Pécqueur assigne aux penseurs. Les penseurs, prétend-il, « ne sont que les éclaireurs de l'humanité à travers les routes inconnues de l'avenir » 9. Paroles auxquelles Vigny va faire écho dans son discours de réception à l'Académie : « Les hommes éminents d'une génération ne sont rien que les éclaireurs de la génération qui les suit» 10. Déjà, dans La Maison du Berger, le poète avait peint l'humanité enchaînée « cherchant dans les flots une route inconnue » (vers 12).

Les conceptions que l'« éclaireur. » Pecqueur expose dans son Économie sociale lui vaudront d'être considéré comme l'un des plus remarquables précurseurs français du marxisme, en particulier de la doctrine du matérialisme historique 11. En effet, notre publiciste attribue à la nouvelle machine locomotive qui « se réveille, respire en hennissant, et part comme un coursier » 12, en tant que composante des forces productives de l'Homme, une influence déterminante sur révolution spirituelle des sociétés. « Otez à la civilisation son matériel, raisonne-t-il, c'est-à-dire toute cette série de découvertes, d'inventions, de procédés techniques, que lui restera-t-il pour assurer son spirituel ? » 13. Non moins grande est l'importance que Vigny attache, dans La Maison du Berger, au chemin de fer, au « taureau de fer qui fume, souffle et beugle » (vers 78). Comme le note un de ses commentateurs, Vigny « est le seul grand écrivain de son temps

7. Op. cit., II, p. 1266.

8. Pecqueur, Économie sociale..., I, p. X-XI

9. Op. cit., II, p. 402.

10. Vigny, op. cit., I, p. 947.

11. Voir Jean-Pierre Ferrier, La Pensée politique de Constantin Pecqueur, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1969, p. 177 et suiv.

12. Pecqueur, op. cit., I, p. 300.

13. Op. cit., I, p. 9. Cf. K. Marx, Morceaux choisis, Paris, Gallimard, 1934, p. 120 : « Que prouve l'histoire des idées, sinon que la production spirituelle se transforme avec la production matérielle ?»


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qui ait eu conscience de la révolution industrielle au point de vouloir l'incorporer à sa poétique » 14.

De l'avis de Pecqueur, les chemins de fer - comme c'est manifestement le cas pour certaines découvertes scientifiques - présentent de lourdes menaces, en même temps que des promesses de bien-être, pour la masse des humains. « L'influence des innovations matérielles modernes, prévoit-il, ne saurait être médiocre, soit en bien, soit en mal. Pas de milieu : les chemins de fer causeront de grands maux ou de grands biens» 15. Cette dualité, caractéristique du nouveau mode de transport, amène Vigny à déclarer, au vers 91 de La Maison du Berger : « Nous nous sommes joués à plus fort que nous tous. » Une des ombres au tableau qui préoccupent et le publiciste et le poète, émane de l'esprit mercantile du régime de Juillet ; « industriels cupides », « banquiers rapaces », « capacités dirigeantes livrées aux hallucinations de leur cupidité »u, ne rêvent que fortunes bâties avec les voies de communicatioa Pécqueur déplore « la nouvelle idolâtrie du veau d'or » 17 tout comme Vigny le culte exclusif voué au « Dieu de l'or » (vers 84 de La Maison du Berger). Celui-ci précise : « Les marchands sont jaloux. L'or pleut sous les charbons de la vapeur qui passe » (vers 86-87). Nul doute, non plus, que l'avènement des chemins de fer n'alimente les penchants hédonistes des populations. Le machinisme envahissant inspire à Pécqueur le commentaire suivant : « Il est à craindre que les préoccupations matérielles dominent assez exclusivement, et que la poursuite de la richesse, la recherche des jouissances sensuelles, que l'appétit de la matière enfin, ne prennent une trop grande part dans la vie des individus » 18. Même souci chez Vigny, qui répète, après Lamennais, dans son Journal en 1843 : " Produire pour jouir est la seule des pensées des peuples » 19. La production matérielle, de moyen d'émancipation de l'humanité, est devenue, dirait-on, une fin en soi. D'où la critique que Pécqueur formule à l'égard des producteurs qui « oublient le but pour le moyen : au lieu de créer des richesses pour satisfaire les besoins et pour accomplir le but humain, ils semblent ne se donner des besoins que pour créer des richesses » 20. Dans le même ordre d'idées, l'auteur de La Maison du Berger ironise : « Mais il faut

14. Bertrand de La Salle, op. cit., p. 211.

15. Pécqueur, op. cit., II, p. 468.

16. Pécqueur, op. cit., I, p. VIII-X.

17. Op. cit., II, p. 229. Vigny note dans le Journal d'un Poète à la date du 26 novembre 1846 : « Le mal n'a rien de plus bas que [...] la cupidité industrielle avare, qui se joue de la vie humaine ». Vigny, op. cit., II, p. 1249.

A la suite des saint-simoniens, Pécqueur demande : « Par les forces motrices nouvelles, par les chemins de fer, ou à leur aide, allons-nous à une féodalité industrielle ? » Op. cit., I, p. 396. Cf. Vigny, Chatterton, I, 2 (le Quaker s'adresse à John Bell) : « Tu es le baron absolu de ta fabrique féodale ».

18. Pécqueur, op. cit., II, p. 458.

19. Vigny, op. cit., II, p. 1200.

20. Pécqueur, op. cit., II, p. 459.


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triompher du temps et de l'espace [...] Le moment et le but sont l'univers pour nous » (vers 85 et 88). De tout ceci faut-il pourtant déduire que, face aux réalisations technologiques, le publiciste et le poète sont d'inflexibles « raisonneurs retardataires » 21?

Constantin Pecqueur et Alfred de Vigny ont le mérite de discerner, au-delà de certains inconvénients réels, les immenses possibilités d'humanisation du globe qu'offrent les forces motrices à vapeur. A propos de celles-ci, et après avoir constaté qu'on « cherche à avilir, aujourd'hui et hier, les intérêts matériels », Lamartine ne tranche-t-il pas : « Je dis que ces vils instruments matériels ne sont au fond que des instruments dont vous dotez les idées dans le monde » 22 ? Pecqueur ne dit pas autre chose, qui y voit de « merveilleux auxiliaires de l'intelligence et de la force humaines » 23. Il n'hésite pas à assimiler l'invention des chemins de fer à la découverte de l'imprimerie. De l'une comme de l'autre il doit résulter une diffusion, un enrichissement spectaculaires de nos connaissances, avant-coureurs d'« une encyclopédisation universelle » 24. Désormais, grâce aux nouveaux et puissants « véhicules de la locomobilité » 25, la Pensée va couler tel un fluide électrique de ville en ville, d'un pays à l'autre. « Lumières, et développement intellectuel inévitable [...], récapitule le publiciste, par l'effet des voyages nombreux qui suscitent forcément la comparaison, la réflexion, l'imagination ; en un mot, l'exercice de toutes les facultés » 26. Le mensonge n'a pas d'antidote plus efficace que la publicité ; les préjugés, la méfiance et l'intolérance de dissolvant plus radical que le commerce des hommes. Et Pécqueur de conclure : « L'industrie, la science, les beaux-arts, voilà donc, grâce à toutes ces influences économiques, les trois grandes colonnes de l'édifice social affermies et prêtes à se développer jusqu'à la compréhension européenne » 27.

Pour l'auteur de La Maison du Berger, qui estime que l'« on ne peut trop attaquer et censurer les sociétés pour tâcher de les moraliser, de les arracher aux intérêts matériels, de les spiri21.

spiri21. op. cit., I, p. 10.

22. Discours prononcé à la Chambre des députés et rapporté dans le Moniteur du 31 mai 1842. Cité par Pierre Flottes, La Pensée politique et sociale d'Alfred de Vigny, Paris, Les Belles Lettres, 1927, p. 225.

23. Pecqueur, op. cit., I, 2.

24. Op. cit., II, p. 307. Jusqu'ici, affirme Pecqueur, «la tête est illuminée, et les pieds sont dans les ténèbres. La tête marche, et le corps traîne» (Op. cit., I, p. 321). Cf. La Maison du Berger (vers 215-218) :

La barbarie encor tient nos pieds dans sa gaine. Le marbre des vieux temps jusqu'aux reins nous enchaîne Et tout homme énergique au dieu Terme est pareil. Mais notre esprit rapide en mouvements abonde...

25. Pecqueur, op. cit., I, p. 294.

26. Op. cit., I, p. 298.

27. Op. cit., II, p. 414.


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tualiser [...] » 28, les chemins de fer bien entendu représenteraient un vigoureux promoteur de « généreuses choses » (vers 94) 29, le serviteur des nobles « passions » (vers 95) et des « grandes causes » (vers 92). Vigny cite en exemple les rencontres internationales, les conférences scientifiques, ces « luttes du savoir » (vers 102), auxquelles il se peut « qu'avec son clairon la France nous convie » (vers 101). « Ce que les Muses veulent célébrer [...], lit-on dans De la paix, de son principe et de sa réalisation (1842) de Pecqueur, ce sontles combats du génie, des vertus et des talents ; ce sont les triomphes pacifiques qui s'obtenaient autrefois aux Jeux olympiques, devant un immense auditoire de peuples libres • ce sont les rivalités qui naissent du concours du bien, les luttes qui ne se dénouent pas dans le sang et le carnage » 30. Ce qui n'empêche ni le publiciste ni le poète de reconnaître l'éventuelle importance stratégique des chemins de fer pour la défense nationale 31. Mais Vigny appelle plutôt l'attention sur la place que doit occuper le nouveau moyen de transport dans le domaine des affections privées. Grâce au chemin de fer, « l'Amour que tourmente une sombre pensée / Peut franchir en un jour deux grandes nations » (vers 97-98) ; on pourra aussi répondre à « un ami menacé dans sa vie » (vers 99), qui « jette, en appelant, le cri du désespoir » (vers 100), ou venir contempler « au lit de mort une mère éplorée : (vers 103), qui veut « encor poser sur sa race adorée / Ces yeux tristes et doux qu'on ne doit plus revoir » (vers 104-105) 32. Ces

28. Journal d'un Poète, à la date du 16 janvier 1837. Vigny, op. cit., II, p. 1054. Cf. Pecqueur, op. cit., I, p. 214 : « La moralité, voilà donc la pierre angulaire, le soutien essentiel de l'édifice, le comment de toutes les relations ».

29. Cf. Pecqueur, op. cit., I, p, 330 : « Il apparaît donc que les voyages rendront la masse des hommes [...] plus accessibles aux sentiments généreux ».

30. P. 41 de De la paix, de son principe et de sa réalisation, volume de xv-456p. annoncé dans la Bibliographie de la France, fascicule du 19 novembre 1842.

31. Cf. l'allusion aux «fêtes du combat» (vers 102) dans La Maison du Berger, et Pecqueur, Économie sociale..., II, p. 361 : « Les chemins de fer vont être pour la conduite de la guerre un véhicule merveilleusement efficace ». ... Surprenante est l'actualité d'une autre considération du publiciste - consignée, celle-là, en 1842 ! - sur la question militaire : « Des armées toujours en sentinelle et des préparatifs de guerre incessants conduisent fatalement à la violence. Ils devraient être un préservatif contre la guerre ; ils en sont l'occasion : le remède devient le mal. Il n'y a donc de refuge ou de sécurité que dans le désarmement simultané ». Pecqueur, De la paix, de son principe et de sa réalisation, p. 218219.

32. C'est donc pour les seules promenades d'agrément - comme le fait remarquer P. Flottes (Op. cit., p. 226) - que le poète recourrait à la voiture hippomobile.

Les sentiments contradictoires qu'éprouvent certains des premiers excursionnistes en chemin de fer sont bien décrits par le philosophe Jean Reynaud dans une lettre expédiée des environs de Zurich en juillet 1862 : « Avoir dîné la veille à Paris ! Moi qui jadis prenais tant de fatigue et d'ennui avec la diligence pour arriver à cette région des lacs : soixantedouze heures mettait-on alors ! Mais pourquoi les chemins de fer ne se sont-ils pas arrêtés à l'entrée ? Ils ont tué la Suisse. J'avais le coeur navré de revoir ces lacs et ces montagnes qui ne me plaisaient peut-être tant que parce qu'il me semblait que j'avais la satisfaction de les découvrir et que la solitude y régnait comme à l'origine des choses. J'ai dévoré en trois heures trois de mes anciennes journées de marche et en compagnie de cinq à six cents


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derniers bienfaits n'échappent pas à Pecqueur, qui note dans sa Théorie nouvelle d'économie sociale et politique (1842) : « Les chemins de fer, en abrégeant miraculeusement les distances, permettront aux familles les plus dispersées de se revoir et de se visiter comme si elles étaient aux extrémités d'un même village ou d'un même canton» 33. En somme, conclut notre publiciste, «les rails seront le conducteur puissant de l'association universelle » 34 : du rapprochement des individus, de l'effacement progressif des distinctions de classe, de l'alliance des peuples, et de la fusion des races. Association : n'est-ce pas là, comme l'a suggéré D. O. Evans 35, le « grand mot » que forment « les soupirs de tourmentes civiles, / S'unissant au-dessus du charbon noir des villes » (vers 264266)?

Ce sont de telles considérations qui, par leur prépondérance même, motivent l'exhortation de Vigny : « Eh bien ! que tout circule [...] Béni soit le Commerce au hardi caducée » (vers 92 et 96) en même temps que la profession optimiste de Pecqueur : « Marchons donc avec foi ! La vapeur et les chemins de fer feront le tour du monde !» 36.

Serait-ce donc par pur hasard que Vigny fait suivre l'indication de son Journal relative à la date de composition des vers sur les chemins de fer par la réflexion que voici : « Rien n'est plus rare qu'un poète écrivant en vers le fond de sa pensée la plus intime sur quelque chose. Quand on y arrive [...], on éprouve une secrète satisfaction à la rencontre du vrai dans le beau » 37 ?

DAVID A. GRIFFITHS.

personnes [...] Ah ! me disais-je, ce n'est pas ça ! » David A. Griffiths, Jean Reynaud, encyclopédiste de l'époque romantique, Paris, Marcel Rivière, 1965, p. 421.

Sur la transcription littéraire de la corrélation « vélocité-aperception de la réalité », on peut consulter l'essai important de Claude Pichois : Littérature et progrès : Vitesse et vision du monde, Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1973.

33. P. 329. Ouvrage de XXVI-898 p. enregistré le 31 décembre 1842 à la Bibliographie de la France sous le n° 6415.

34. Pecqueur, Économie sociale..., II, p. 303.

35. Voir D. O. Evans, « Alfred de Vigny and positivism », The Romanic Review, December 1944, p. 297 et note.

36. Économie sociale..., I, p. 11. Le traité de Pecqueur, rédigé en 1837, se lit par endroits comme un roman d'anticipation. P. vu, tome I : « Ces chemins de fer seraient tout à l'heure supplantés par quelques véhicules supérieurs, par des rails mobiles, par des mongolfières [sic] transformées en voitures aériennes, ou par quelque incroyable combinaison des mystérieuses puissances de l'électricité, que les influences sociales reconnues aux moyens qui viennent abréger les distancés, accélérer les voyages et les transports [...], n'en seraient pas moins solides et persistantes. » P. 453 du même tome : nouvelle mention de ce « mécanisme aérien que la folle du logis se figure comme possible ».

37. Vigny, op. cit., II, p. 1180.


1050 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

NOTES SUR UN SONNET DE MALLARME «MES BOUQUINS REFERMÉS»

Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos,

Il m'amuse d'élire avec le seul génie

Une ruine, par mille écumes bénie

Sous l'hyacinthe, au loin, de ses jours triomphaux.

Coure le froid avec ses silences de faux, Je n'y hululerai pas de vide nénie Si ce très blanc ébat au ras du sol dénie A tout site l'honneur du paysage faux.

Ma faim qui d'aucuns fruits ici ne se régale Trouve en leur docte manque une saveur égale : Qu'un éclate de chair humain et parfumant !

Le pied sur quelque guivre où notre amour tisonné, Je pense plus longtemps peut-être éperdument A l'autre, au sein brûlé d'une antique amazone.

Aucun commentateur de la pièce finale des Poésies de Mallarmé ne semble mettre en doute le bien-fondé de la note suivante qu'on lit dans l'édition de la Bibliothèque de la Pléiade :

Le nom de Paphos, au premier vers de ce sonnet, nom d'une ville, dont on attribua la fondation aux Amazones, implique l'image et l'allusion du dernier vers '.

Charles Chassé, Mme Noulet, R. G. Cohn et d'autres reprennent cette indication 2. Malgré l'immense autorité de Henri Mondor, il faut ne plus accepter, croyons-nous, l'idée que Mallarmé trouve prestigieux le nom de Paphos parce que des Amazones avaient fondé cette ville. Le Grand Larousse du XIXe siècle qui consacre plusieurs paragraphes à Paphos, et où la fondation de la ville ancienne et de la ville nouvelle est évoquée, ne fait aucune mention d'un lien quelconque entre cette ville et les Amazones. Cet ouvrage encyclopédique ne définit-il pas les limites que Mallarmé assigne aux connaissances de son public ?

L'autre idée préconçue qui domine la lecture de ce poème provient de l'étude souvent citée d'Albert Thibaudet. Ce sonnet, affirme-t-il, est un de ceux où Mallarmé tente de « faire passer à

1. Mallarmé, OEuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1945, p. 1502 (Désormais : OC).

2. Charles Chassé, Les Clefs de Mallarmé, Aubier, 1954, p. 204. E. Noulet, Vingt poèmes de Stéphane Mallarmé, Droz, 1967, p. 169 (Désormais : Noulet). R. G. Cohn, Toward the poems of Mallarmé, University of California Press, 1980, p. 238 ; voir aussi M. Schaeffel, « Lecture d'un sonnet de Mallarmé, « Mes bouquins refermés » », Revue dés Sciences humaines, janvier-mars 1973, p. 141-149, Nous n'avons pu consulter S. Huston « Aphrodite et le système de significations dans « Mes bouquins refermés » », Degré second, juillet 1980, p. 53-68.


NOTES ET DOCUMENTS 1051

l'être, un défaut d'être » 3. La conclusion que certains tirent dé cette phrase, c'est que Mallarmé préfère l'immatériel au matériel, au point de songer à un sein « qui n'a jamais existé », le sein brûlé d'une Amazone, de préférence au sein parfumé de Méry ou d'une autre 4. Ne peut-on pas tout aussi bien penser que le sein brûlé d'une figure légendaire n'est pas l'image d'un sein inexistant, mais qu'il désigne, horribile dictu, l'image d'un sein brûlé par opposition à l'image d'un sein intact et bien formé ?

Si Paphos n'a aucun rapport clair avec les Amazones, pour le lecteur cultivé, et s'il n'est pas nécessaire de croire que dans ce sonnet on assiste à «l'élaboration volontaire du vide» 5, il est d'autant plus important de s'interroger sur le caractère des livres que lé poète vient de fermer. Le terme familier, « bouquins », suggère que ce ne sont pas des ouvrages d'érudition mais des ouvrages qu'il se plaisait à relire. On n'a pas manqué de suggérer qu'un de ces « bouquins » était Les Fleurs du Mal et que Mallarmé venait peutêtre de lire « Voyage à Cythère » ou le poème « Lesbos » où se trouve justement le nom de lieu, Paphos 6. Mme Noulet n'attache aucun prix à ces possibilités. Cependant, il semble qu'on ne doive pas oublier une pièce des Fleurs qui éclaire un détail du texte autrement qu'elle ne le fait Pour elle, l'hyacinthe du quatrième vers renvoie à une étoffe d'apparat de cette couleur 7. A notre avis, « l'hyacinthe » des «jours triomphaux» sous lesquels Paphos apparaît ne se distingue guère de « l'hyacinthe et l'or » qui baignent le monde de «L'Invitation au voyage» d'une « chaude lumière».

Quoi qu'il en soit, l'oeuvre d'un poète contemporain de Baudelaire, et que Mallarmé tenait en très grande estime, apporte des éléments fort utiles à la compréhension de notre sonnet II s'agit de Théodore de Banville. Dans une de ses pièces, celui-ci énumère divers noms des représentations de la déesse de l'Amour, depuis Vénus Hélicopis et Vénus Coliade jusqu'à Vénus Victrix et Vénus Anadyomène, ajoutant :

Et celle dont Paphos a connu les douceurs 8.

Il existe un autre poème, paru dans le recueil de Banville que Mallarmé avait devant lui en écrivant son triptyque de 1865, « Symphonie littéraire », et qui renferme des indications qui sont bien plus précieuses. Le poète y oppose « Paphos », en tant qu'île

3. Noulet, p. 167.

4. Ch. Chadwick, Mallarmé, sa pensée dans sa poésie, J. Corti, 1962, p. 99. R. G. Cohn semble être du même avis, op. cit., p. 237-238.

5. Noulet, p. 167-168.

6. Ibid., p. 168-169.

7. Ibid., p. 110.

8. Théodore de Banville, OEuvres, Slatkine Reprints, vol. V, p. 134. (Désormais : TBO suivi du chiffre romain pour indiquer le volume). Mallarmé lit d'abord les Poésies 18411854 publiées chez Poulet-Malassis en 1857,


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joyeuse, à la dureté de coeur de l'Amazone. Vénus s'adresse à Paris, la capitale française, ainsi :

Toi que j'aime au-dessus des Cyclades humides Et de Paphos riant où, sous mon pied nacré, Naissent à chaque pas les boutons d'or splendides, L'églantine sanglante et le myrte sacré !

J'ai fait fleurir pour toi mille jardins confus

Cythères et Paphos pleins d'oeillets et de lierres, De rivières d'argent et d'ombrages touffus !

Amazone qui prends la guerre pour un jeu Et qui, penchée au bord du fleuve qui te baise, Chaque jour dans son onde émiettes quelque dieu !

Toi, pour l'amour choisie. entre toutes les villes, O ville de Vénus, qu'as-tu fait de l'Amour 9 ?

Dans un autre texte, du même auteur, nous avons une impression analogue de Paphos : c'est un lieu merveilleux, voué au culte du Désir. Vénus demande à Mercure dont elle veut s'assurer la bienveillance :

Veux-tu Ma Cypre bien-aimée, et ces villes d'où monte Vers moi l'encens ? Paphos, Idalié, Amathonte 10 ?

Mercure répond :

Je voudrais, je l'avoue, un bien plus précieux Que Paphos, Amathonte, et même Salamine n !

Mallarmé connaissait bien chacun de ces textes. Il cite le début de «La Malédiction de Cypris » dans un hommage à Banville 12, il emprunte un détail au « Songe d'hiver » 13, poème où il est question des « douceurs » de Paphos, et il connaissait bien le théâtre de Banville au moment où il envisageait une représentation scénique de son « Monologue d'un Faune » 14.

Depuis Thibaudet, on a pris l'habitude de citer le poème « Paysage » de Baudelaire pour rendre compte du contraste entre le rêve d'un lieu de délices et un paysage hivernal « aux neiges monotones »I 5. Cependant, on n'a pas besoin de quitter les Poésies de Banville pour rencontrer l'antithèse précise dont Mallarmé se sert, le contraste entre la neige, « ce très blanc ébat au ras du sol », et une île « par mille écumes bénie ». Paphos, rappelons-le après le

9. TBO, VI, p. 14-15, 21.

10. TBO, IX, p. 254.

11. Ibid.

12. OC, p.519-520.

13. Voir notre article, « Mallarmé, Banville, le jardin et la femme », Bulletin des études parnassiennes, VI, juin 1984, p. 14.

14. OC, p. 1449.

15. Noulet, p. 169.


NOTES ET DOCUMENTS

1053

Larousse du XIXe siècle, est la ville où aborde Vénus, née de l'écume. Si Mallarmé, dans son sonnet, imagine d'abord l'île de la déesse et prend conscience ensuite du spectacle de la neigé, un poème de Banville est bâti sur le mouvement inverse. C'est la neige qui descend « à gros flocons », créant un «glorieux tapis [...] éblouissant», qui fait naître pour lui « les blancheurs des rêves anciens » 16. C'est alors qu'il se figure « les filles de la Grèce » et des « palais » dont l'escalier cherche « le repos dans les flots diaphanes » 17. Près de là, « s'agite une légère écume » comme celle où « Aphrodite jaillit des flots rassérénés » 18. Ce sont ces vers qui renforcent notre conviction que c'est Banville qui impose à l'attention de Mallarmé la vision de la ville de Paphos, « par mille écumes bénie».

Le Parnassien lui fournit sans doute d'autres mots qu'il exploite dans son sonnet Une strophe d'un recueil peu connu de Banville met en contraste, par exemple, la neige et l'écume qui sont d'après le poète d'une blancheur inégale. Les vers suivants sont utiles à qui veut comprendre pourquoi Mallarmé insiste sur l'éclat de la neige « au ras du sol » :

. La neige, près de qui l'écume De la mer qui vogue indécise, Et le lys sont gris, et la plume Du cygne éclatant paraît griseI 9.

Un tel quatrain justifie amplement le « très blanc » ébat de la neige. C'est chez Banville aussi qu'on trouve l'emploi du terme «site» comme synonyme de lieu 20, et des allusions à la « guivre » 2! (il ne s'agit pas d'un chenet sculpté mais d'autres représentations plastiques de la bête mythologique). Finalement, on rencontre dans l'oeuvre qui nous intéresse certaines rimes plutôt rares «génie/ bénie»225 et «triomphaux/faux»23, (substantif et adjectif) qui seront celles du sonnet de Mallarmé. Il n'est pas inutile de savoir d'ailleurs que ces « faux» sont métaphoriques : elles moissonnent « des cadavres pâles ».

Si nous, avons repéré des textes où Mallarmé trouve le nom de Paphos, il est possible que ces mêmes « bouquins » puissent nous aider à hasarder une réponse à la question de savoir pourquoi le poète pense « peut-être éperdument » « au sein brûlé d'une antique amazone ». On n'ignore pas que Mallarmé a loué la suite de sonnets de Banville intitulée Les Princesses24. C'est là que se trouve non

16. TBO, II, p. 75.

17. Ibid., p. 76.

18. Ibid.

19. TBO, IV, p. 126.

20. TBO, IX, p. 250.

21. TBO, I, p. 183 ; IV, p. 102 ; V, p. 252.

22. TBO, III, p. 55 ; V, p. 232.

23. TBO, III, p.118; IV, p. 95.

24. OC, p. 802.


1054 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

seulement « Hérodiade » mais aussi une pièce qui fait le portrait d'un personnage bien oublié, « Thalestris » 25. Or, elle est la reine des Amazones, qui règne en Cappadoce. On la voit, chez Banville, serrant son bel arc géant « sur son sein de guerrière indocile et féroce », mais ce qui doit retenir notre attention, c'est le contraste entre l'image qui orne le casque que portent ses compagnes et la décoration de celui de Thalestris.

Les Amazones sur leurs casques aux clous d'or Ont une hydre de fer ouvrant sa gueule atroce,

[mais] son casque hideux, sur l'invincible airain Pour exciter l'horreur porte un visage d'homme 26.

Il sera nécessaire de revenir brièvement sur cette « hydre de fer ». Auparavant, il faut comparer l'attitude des deux poètes envers les guerrières de l'antiquité. Il semble que pour Banville l'Amazone ressemble à son Hérodiade, en ce qu'elle s'avère hostile envers l'homme, qu'elle a en horreur. Dans Les Princesses, en effet, la fille d'Hérode porte sur un plat d'or la tête de Jean-Baptiste 27. Par contre, aucun aspect de l'Amazone de Mallarmé n'incite le lecteur à croire qu'elle nourrit une haine d'une intensité extraordinaire contre l'homme. Elle s'est mutilée pour pouvoir mieux combattre, c'est l'impression qu'on garde de cette figure féminine telle que la dépeint l'auteur de « Mes bouquins refermés ». N'est-ce donc pas, chez Mallarmé, une personnification de l'esprit guerrier qui met l'héroïsme des armes au-dessus des arts de la paix ?

A ce point, il est instructif de relire une autre strophe du poème où Banville fait prononcer par Vénus le nom de Paphos. La déesse qui déplore la corruption qui sévit dans la grande ville moderne insiste sur l'indifférence qu'elle y observe envers tout idéal et, surtout, envers l'amour vrai Elle prédit que celui qui n'aura pas connu ce sentiment exaltant maudira, vers la fin de sa vie, le jour où il est né, comme « les guerriers aux cuirasses de fer » au plus fort des batailles 28. Elle adresse pourtant des éloges à cette ville à laquelle font honneur de grands artistes et de grands poètes :

Je t'ai donné Ronsard et le tendre Racine

Qui savaient tous les deux la langue des amants,

Coysevox et Coustou, dont le caprice incline Des marbres blancs et purs comme des diamants 29.

Il reste un dernier texte à faire connaître avant d'aborder la lecture

25. TBO, VII, p. 229-230.

26. Ibid.

27. Ibid., p. 242.

28. TBO, VI, p. 17. Banville a une attitude ambiguë envers les militaires. Il loue dans le même poème la belle prestance des régiments qui défilent dans les rues de Paris ; il reconnaît l'oeuvre libératrice des armées à l'époque de la grande révolution. Ibid., p. 20-21.

29. Ibid., p. 16.


NOTES ET DOCUMENTS 1055

du sonnet. Il s'agit de quelques phrases de la notice du Larousse du XIXe siècle sur Paphos. Voici la description du temple, « dont on voit encore les vestiges », et qui n'est autre que la « ruine » que le poète prenait plaisir à contempler en esprit :

L'encens, les parfums brûlaient continuellement sur de nombreux autels ; [...] on n'y entendait que des hymnes de volupté et de tendresse. Aucune victime n'y . était immolée, la déesse ayant horreur du sang, on ne lui offrait que des animaux vivants.

Les contrastes qui sont évidents dans le poème de Banville et l'article du grand dictionnaire, contrastes entre le culte du plaisir et la coutume du sacrifice de sang qu'on proscrit, entre la vraie gloire de ceux qui célèbrent la beauté humaine et la gloire douteuse des gens de guerre, qui souffrent, au demeurant, du sort à eux dévolu, ne sont-ils pas du même ordre que ceux qui structurent le sonnet de Mallarmé ? Personne ne semble avoir relevé l'opposition totale qui s'établit entre le premier et le dernier substantif du poème, « bouquins » et « amazone ». La jouissance de la lecture est tout le contraire de la préparation brutale du corps des guerrières pour des combats à venir 30. Cette antithèse contribue à fixer notre regard sur deux autres antithèses, inaperçues mais capitales elles aussi, et que réunit le premier vers du tercet final :

Le pied sur quelque guivre où notre amour tisonne 31.

Les termes des deux hémistiches constituent, au niveau sémantique, un chiasme hautement significatif. Au monstre destructeur, pareil à « l'hydre de fer » des Amazones de Banville, (ou ce qui représente au foyer ce monstre) s'oppose, autour du point médian du vers, la passion amoureuse (ou les souvenirs qui s'y rapportent). Au début et à la fin du vers, s'indiquent deux gestes, l'un suggérant le triomphe dans un combat singulier (le vainqueur mettant son pied sur le vaincu), l'autre représentant le feu de l'amour (ou ce qui en reste). A ce propos il faut citer un vers de la première version de « L'Aprèsmidi d'un faune », vers qui paraît bien oublié, et où il s'agit de « roses tisonnant d'impudeur au soleil » 32.

En guise de conclusion, rappelons que le lecteur retrouve dans le magnifique sonnet final du recueil de Mallarmé deux noms propres qui sont contrastés dans «La Malédiction de Cypris» : le riant Paphos et l'Amazone destructrice. Si le poète, devant son Être paisible, songe d'abord à Paphos et à un fruit « humain et parfumant » pour finir par penser « peut-être éperdument » à un sein brûlé, n'est-ce pas parce qu'il médite, saisi de désespoir, sur le

30. Banville fait dire à un de ses personnages, dans un texte de 1884, que le livre apporte « le vin de l'idéal ». TBO, IV, p. 253.

31. Il n'est pas sans intérêt de savoir que Banville commence un vers octosyllabique : «Les pieds sur mes chenets » (TBO, III, p. 177), ni qu'il fait dire à l'Amour par un personnage : « Et tu mets sur mon front ton pied victorieux ». TBO, LX, p. 162.

32. OC, p. 1452. C'est nous qui soulignons.


1056 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

problème du mal ? Lui, qui est un amant de la Muse, n'éprouve qu'une vive répugnance pour la monstruosité des emblèmes de la destruction II n'a que du mépris pour les symboles de l'agressivité animale. Il en va autrement pour une immense partie du genre humain L'Amazone « au sein brûlé » lui rappelle que, depuis les temps immémoriaux, des mortels s'aguerrissent, au prix de mutilations atroces, afin de s'entretuer dans des combats dévastateurs qu'ils jugent sacrés. Ils ne cherchent pas le Bien et le Beau dans la vision du temple de Paphos, qui n'est plus qu'une ruine. Assourdis par leur folie inhumaine, ils ne veulent pas écouter les poètes qui sont, selon Vénus, de

Célestes messagers amoureux de l'amour 33.

Mallarmé sait bien que c'est avec ironie qu'un Banville fait allusion à l'époque où « la flûte prendra la place des tambours » 34.

P. S, HAMBLY .

33. TBO, VI, p. 16.

34. TBO, III, p. 138.


COMPTES RENDUS

ESTIENNE DE LA BOËTIE, Mémoire sur la pacification des troubles.

Édité avec introduction et notes par MALCOLM SMITH. Genève, Droz, (Textes Littéraires Français, 317), 1983. Un vol. 11,5 x 18 de 123 p.

L'édition du Mémoire sur la pacification des troubles, procurée aujourd'hui par M. Smith, constitue un apport précieux à la pensée d'E. de La Boëtie. Après l'édition très fautive de P. Bonnefon au début de ce siècle et au moment même où l'on s'intéresse beaucoup au Discours de la servitude volontaire, nous disposons, enfin, d'un texte du Mémoire scrupuleusement établi d'après le manuscrit de la Bibliothèque Méjanes. Comme l'exigeait cette « première » publication critique, M. Smith a entouré le texte d'une savante annotation, réservant à l'introduction une présentation particulièrement précise et pénétrante. Selon une méthode qui pousse l'analyse vers des perspectives de plus en plus larges et nécessaires, tant l'opuscule s'enracine dans l'actualité politique et religieuse de son temps, l'éditeur situe la genèse de l'oeuvre entre le voyage de pacification du Seigneur de Burie en Agenais (sept 1561 ; La Boëtie est du voyage) et l'Édit de Janvier 1562. Avec une grande minutie M. Smith expose ensuite la position de La Boëtie sur la tolérance en replaçant la question au coeur des débats qui agitent alors les esprits (Colloque de Poissy, l'intérim, le Concile de Trente, les Ordonnances Royales opportunément reproduites en Appendice). En concluant son étude sur la réception du Mémoire par Montaigne, l'éditeur élargit la portée du document et souligne la singulière richesse du dialogue qui s'ouvre dans les Essais avec l'ami trop tôt disparu. Telle qu'elle est, d'une information sûre au service d'Une interprétation stimulante, l'édition de M. Smith comble une lacune d'importance. Elle contribue, sans aucun doute, à une redécouverte de la personnalité d'E. de la Boëtie et ne manquera pas, on peut l'espérer, de faire voir autrement les liens complexes qui se tissent entre le Discours de la servitude et le Mémoire sur la pacification.

G. SCHRENCK.

CHARLES DE BOVELLES, Le Livre du Sage, texte et traduction par PIERRE MAGNARD, précédé d'un essai, L'Homme délivré de son ombre. Paris, Librairie Vrin, Coll. « De Pétrarque à Descartes », 1982. Un vol. in-8° de 348 p.

Théologien et, plus encore, philosophe, Bovelles (1478-1556) fut le disciple de Lefèvre dlStaples, l'ami de Clichtove ; s'étant brouillé avec eux il quitta Paris en

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1058 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

1515 et vécut dès lors dans la retraite comme chanoine à Noyon. Auteur prolifique, il ne fut vraiment découvert qu'en notre siècle lorsque Raymond Klibansky publia en 1927 le Liber de Sapiente que Pierre Magnard traduit aujourd'hui en français quarante ans après la traduction italienne d'Eugenio Garin (1943). Un essai brillant présente d'abord les points essentiels du système de Bovelles qui est « une ontologie scalaire, hiérarchisant niveaux d'intelligibilité et degrés d'être correspondants » ; « l'homme n'est pas ici plutôt que là en tel point de l'échelle ; plus qu'un être il est une fonction » ; en effet « dans et par l'homme le monde se connaît et s'accomplit » ; « l'homme ne récapitule l'univers que pour permettre à là Création de faire retour à son Créateur » ; comme « l'homme en Dieu s'achève et s'accomplit », « l'homme en la personne du sage, est devenu l'axe et la flèche de la démarche unitive acheminant l'univers à la plénitude du sens dans et par l'identification de la pensée et de la réalité ». Par des formules denses et souvent imagées la réflexion philosophique, dans cet essai, s'élève quelquefois jusqu'à la poésie. Vient ensuite sous le titre de Projet pour une bibliographie bovillienne une présentation de la vie, des oeuvres et des sources de la pensée de Bovelles, avant tout Nicolas de Cues, Ficin, Lulle, Denys l'Aéropagite.

Le texte latin, est, à quelques retouches près, celui de l'édition princeps (Henri Estienne, 1511); les corrections proposées par Klibansky sont signalées; on aurait pu en ajouter une autre, exigée par le sens : p. 52 on lira admoueat au lieu de admoneat ; ailleurs on aurait souhaité une note explicative : p. 68 dans id uite paroemii célébratur il faut sans doute considérer uite comme une graphie de uice et comprendre : « cette formule est répandue à la manière d'un proverbe » ; p. 92 pene doit se comprendre comme poenae probablement.

Le traité de Bovelles n'inspirera peut-être pas à tous ses lecteurs une admiration aussi vive qu'à son traducteur. La pensée y procède par analogies : la Nature est la mère de quatre filles, l'essence (Magnard préfère dire : l'être), la vie, la sensibilité (Bovelles emploie le masculin sensum), la raison auxquelles, correspondent les quatre éléments dont le Ciel est le père : terre, eau, air, feu ; les fonctions de trois organes du corps, bouche, estomac, coeur (où se fait la digestion) sont analogues à celles de l'esprit : intellect, mémoire, contemplation ; la trinité humaine Adam-Eve-Abel a même structure que la Trinité divine ; la conception de la lumière émanée de Dieu et s'en éloignant par degrés donne lieu à une symbolique assez pauvre des couleurs, réduites à : blanc (l'ange), noir (l'animal) et entre les deux : rouge (l'homme) ; le Soleil, la Lune et la Terre servent à d'autres analogies concernant la hiérarchie des êtres ou celle de la connaissance. M. Magnard a très heureusement fait reproduire les schémas, tableaux et dessins dont Bovelles illustre ses analyses abstraites ; on y voit Dieu (p. 245) sous les espèces d'un Christ barbu à la couronne fermée et sommée d'une croix et à l'auréole ornée de fleurs de lis. Les anges jouent un rôle capital dans cette doctrine car l'âme n'arrive à Dieu qu'en passant par eux (p. 238-240, 258, 266) ; le Christ apparaît comme personne de la Trinité ; mais de l'Incarnation et de la Rédemption il n'est à peu près pas question, pas davantage de la foi ni de la charité ; le salut se fait par la Sagesse qui est une connaissance ; si la Création est un mouvement de sortie hors de Dieu, cette connaissance est le mouvement de retour ; certaines formules de Bovelles font penser à Hegel : à la fin en effet l'homme sage est devenu en acte (pour soi) par la Sagesse ce qu'il était au début en puissance (en soi) par sa nature ; ces similitudes ne sont pas pour étonner, car il s'agit toujours au fond du même schéma néo-platonicien ; mais le système de Bovelles est si lié dans le détail à une astronomie, une cosmologie, une physiologie à la fois précises et périmées que cela donne à sa pensée une sorte de naïveté minutieuse qui fait de lui le douanier Rousseau du néo-platonisme renaissant.


COMPTES RENDUS 1059

Le latin de Bovelles ne doit rien à l'esprit humaniste ; il va chercher dans les lexicographes de la fin de l'Antiquité des mots rarissimes, il crée des néologismes qui viennent s'ajouter au vocabulaire scolastique ; s'il a des formules heureuses, brèves et frappantes, il est souvent lourd, embarrassé, diffus, redondant Le traducteur avait le choix : aider à lire le latin par un équivalent aussi littéral que possible ou bien fournir un texte lisible par lui-même, quitte à prendre quelques légères libertés avec l'original ; c'est ce second parti qu'a préféré M. Magnard ; le plus souvent il rend par un seul mot les couples ou les trios de synonymes : famulabus ancillisque (p. 112), « les servantes », gnaritudo, scientia, cognitio (p. 226), « connaissance » ; il s'ingénie à éviter les répétitions : quand on lit successivement « les substances », « être », « réel », (p. 153), on ne soupçonnerait pas que le latin dit : substantiarum, substantia, substantialis. M. Magnard semble même avoir une aversion contre les mots français calqués sur l'original latin : pour traduire scientia, lux il préfère « manifestation, brillance » (p. 153), à « science, lumière ». La langue de la traduction est concise, ferme, aussi élégante qu'il se peut L'entreprise était courageuse, elle a réussi de façon éclatante. Elle n'est pas parfaite cependant ; quelques imprécisions sont difficiles à justifier : ethnico (p. 52) est un doublet de gentili, « païen », juge, jugiter (p. 96, 102) signifient « sans fin » ; mutuum (p. 166, 224), plutôt qu'un « échange » ou une « action réciproque », est sans doute « un prêt » fait par la nature à l'homme et que celui-ci devra lui restituer ; rendre terreno amore par « l'amour de la terre », peut donner lieu à une équivoque, il s'agit en fait du désir sexuel purement animal auquel s'oppose un amour spirituel, céleste. Antichtonam (p. 118) est-ce bien les Antipodes ? ne serait-ce pas plutôt l'« anti-terre » invisible que les Pythagoriciens se représentaient comme symétrique de notre terre par rapport au feu central de l'univers (Aristote, De Caelo, II, XIII, 293 ab ; Metaph. A 986 a) ; ce pythagorisme, même s'il ne s'agit ici chez Bovelles que d'une image, n'aurait rien d'étonnant chez un auteur si féru de numérologie. Dire (p. 125) que « la fin de l'âme est de passer à l'acte et à l'oeuvre » risque de paraître énigmatique ; dans eius actus et' operatio le mot eius représente « le corps » précédemment nommé et la formule latine pourrait se traduire : « la fin de l'âme est de faire fonctionner et agir le corps», elle dérive de la définition qu'Aristote donne de l'âme comme « entéléchie d'un corps organisé » (De Anima, u,412 a et la suite) ; donc dans la même phrase de Bovelles praeter naturam signifierait qu'à la mort l'âme s'en va hors du corps non pas « loin de la nature », mais « contrairement à sa nature » qui est d'être dans un corps. Rares cependant sont les imprécisions de ce genre dans le très beau travail de M. Magnard qui rendra Bovelles accessible à un nouveau public, on peut l'espérer et s'en féliciter pour le chanoine de Noyon auquel un colloque a été consacré dans sa ville natale pour le demi-millénaire de sa naissance (les Actes sont sur le point de paraître).

JACQUES CHOMARAT.

FAUSTA GARAVINI, Itinerarl a Montaigne. Firenze, Sansoni Editore, 1983, Un vol. 14,5 x 20,5 de 157 p.

Mme F austa Garavini est une éminente spécialiste de Montaigne ; sa traduction italienne des Essais fait autorité ; elle est l'auteur de nombreux articles sur l'ami de La Boétie et elle a récemment donné du Journal de voyage une édition généralement considérée comme la plus satisfaisante qui soit aujourd'hui sur le marché 1.

1. Journal de voyage, Paris, Gallimard, Coll. Folio, n° 1473, 1983.


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Les Itinerari a Montaigne constituent son dernier volume paru sur Montaigne 2. Ils réunissent sept chapitres précédés d'une préface (« Per fare il punto »), dont cinq portent sur les Essais (I. La « formula » di Montaigne ; II. Linga al trivio ; m. Le strutture della prudenza distruttrice ; IV. L'architettura della fabbrica ; v. Per un'edizione critica degli Essais) et deux sur le Journal (VI. Montaigne e il suo biografo : doppia esposizione ; VII. Sull'italiano del Journal de voyage) ; l'ensemble se termine sur une note bio-bibliographique. Toutes ces études se rapportent à la forme : la spécificité, la nouveauté de Montaigne sont là, postule Mme Garavini, et elle le prouve magistralement Les cinq études consacrées aux Essais, en particulier, « centrées sur le texte, tracent un parcours dés micro- aux macrostructures » (p. vu), en montrant comment la plume de Montaigne explore dans le langage les contradictions que laisse de côté la pensée systématique : « l'espace textuel est espace de recherche, espace expérimental dans lequel peut et doit s'opérer, au niveau de la phrase, du chapitre, du livre, la démolition des codes présupposés, des significations préconçues »(p. VIII).

Autant de considérations devenues aujourd'hui évidentes, concède Mme Garavini dans sa préface (p. VI). Elles l'étaient moins il y a dix ou vingt ans : or, tous ces textes ont déjà été publiés il y a une quinzaine d'années, entre 1967 et 1969 - mis à jour, certes, en particulier dans les notes qui renvoient aux travaux les plus récents (Brody, Starobinski, Tournon...) et qui les discutent éventuellement, - mais sans une ride grâce à la méthode et à la vigueur de la pensée, grâce à la sûreté de la réflexion, grâce à l'absence de complaisance devant les modes et les tabous aussi éphémères que péremptoires. Le plus frappant dans ces Itinerari est l'accord profond avec la recherché la plus actuelle. Disons-le sans ambages : Mme Garavini avait tout simplement quinze ans d'avance, ce qui est en la matière une rareté insigne.

Cinq chapitres, donc. Leur richesse est telle qu'on ne peut que les trahir en en parlant rapidement J'en retiendrai essentiellement - et subjectivement - ce qui est dit sur l'écriture maniériste de Montaigne, non point négligent mais au contraire « fils d'un siècle riche d'exécutants raffinés » (« figlio d'un secolo di raffinatissimi esecutori », p. 28) ; sur Montaigne entre le latin, le français et le gascon : le chapitre intitulé « Lingua al trivio » comporte quelques pages absolument nouvelles sur Poccitanisme de Montaigne, dues à la spécialiste du provençal qu'est aussi Fausta Garavini, grâce à qui nous est révélé un Montaigne « forgeant » sa langue, visant à faire du français un outil « nerveux, puissant et pertinent » comme le latin et comme le gascon bien parlé, tel qu'« au-dessus de nous, vers les montaignes » (p. 45) ; sur la réfutation des points de vue d'Étiemble à propos de la « prudence » de Montaigne (chap. III) : Mme Garavini montre que cette prudence est, comme la raison, « un pot à deux anses » (p. 61) qui sert à tout et au contraire de tout, à s'abriter et à attaquer (« le livre entier est parcouru par une force destructrice ; et la nature spécifique de l'oeuvre de Montaigne ne se borne pas à suggérer des infractions prudemment endiguées, mais à recommander l'infraction et la démolition des digues elles-mêmes », p. 62) ; sur la lecture critique du livre de Butor (Essais sur les Essais, chap. IV), lecture empreinte de sympathie : c'est là l'un des traits les plus agréables de ce livre où une critique solide et vigoureuse s'exprime sans jamais verser dans la fadeur complaisante ni l'excommunication fulminée, selon des usages trop répandus sur les bords de la Seine ; Mme Garavini pose quelques questions clés : les Essais ont-il été conçus pour fournir un cadre de « grotesques » à la présentation et à la défense du Contr'un, ou bien est-ce le contraire ? Tout cela argumenté, fourni de références et

2. Mais non point le dernier publié, qui est une édition-des Maccharonee provençales, éditée en collaboration avec Robert Lafont


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de citations imparables. En vérité, le point de vue de Mme Garavini me paraît difficile à contester : s'il n'y a point dans les Essais d'architecture systématique, il n'empêche que la présence d'idées' directrices s'impose de bout en bout dans ce livre qui est bien autre chose qu'un simple « cadre» ; ces idées « font des Essais une relation sur la vie et la mort, ou plutôt un projet culturel qui transforme l'expérience d'un homme isolé en un patrimoine universel » (p. 80) - en somme, une méditation sur l'incertitude et la piperie de la condition humaine.

Le dernier chapitre consacré aux Essais porte sur les problèmes posés par l'établissement d'une édition critique de l'oeuvre. Depuis la première parution de l'article en 1969, aucun des problèmes en question n'a d'ailleurs reçu le moindre commencement de solutioa Amère satisfaction: l'article reste absolument d'actualité. Mme Garavini rappelle qu'il n'existe de ce livre aucune édition scientifiquement satisfaisante. Examinant les données du problème, elle réfute le bien-fondé d'une édition synoptique qui ne permettrait jamais de recomposer le texte antérieur ou postérieur à celui qui serait publié. Cela est incontestable. Mais je ne suis pas sûre que la solution qu'elle propose, si intéressante qu'elle soit, puisse être réalisée tant pour des raisons pratiques que pour des raisons commerciales. Les trois grands états du texte se valent sûrement, et il est vrai qu'aucune hiérarchie légitime ne justifie la prééminence généralement accordée à l'exemplaire de Bordeaux ; à partir de cette observation, Mme Garavini propose une édition en trois volumes distincts : non point les trois livres, mais les trois grands états du texte (1580, 1588 et l'exemplaire de Bordeaux), à lire éventuellement les trois volumes ouverts à la même page (p. 95). Cela paraît difficile à imaginer, mais il est vrai que toute autre solution n'est pas plus satisfaisante. Peut-être faudra-t-il se résigner à considérer qu'éditer Montaigne est chose aussi difficile que de jouer Racine ?

Les deux derniers chapitres sont consacrés au Journal. Tous deux ont été traduits en français. Le premier (chap. VI) comme introduction à l'édition du Journal dont je parlais en commençant, dans la collection Folio : Mme Garavini analyse l'écriture du Journal comme une écriture à deux voix où Montaigne apparaît, dans les passages écrits par le secrétaire, comme l'objet du discours. Vision nouvelle qui transforme la lecture du texte. Le dernier chapitre, repris en français dans les Mélanges Pierre Michel parus à la fin de 1984, démontre que l'italien de Montaigne, s'il n'est pas parfait, est très correct et même soigné, contrairement à ce qu'on avait coutume d'affirmer : nouvelle richesse linguistique d'un Montaigne maître de quatre langues avec le latin, le gascon, le français, mais aussi l'italien

Une note bio-bibliographique mise à jour constitue la dernière partie de ce livre

remarquable, où l'originalité d'esprit et la solidité de la pensée s'allient à .

l'élégance de la langue et à l'agrément des démonstrations dans une présentation

soignée. Un seul regret, étant donné la répugnance notoire du public français à lire

autre chose que son idiome propre ou à la rigueur l'anglais : que ces Itinerari ne

soient pas traduits afin de trouver, de ce côté-ci dés Alpes, l'audience qu'ils

méritent

YVONNE BELLENGER.

NICOLAS RAPIN, OEuvres. Tome III : Les OEuvres Latines & Françoîses (1610). Correspondance. Testament. Édition critique par JEAN BRUNEL à partir des travaux d'ÊMlLE BRETHÉ. Paris-Genève, Librairie Droz, « Textes littéraires français », 321, 1984. Un vol. 11 x 18 de XX778 p.

Voici le troisième et dernier volume : on connaît les mérites de cette édition (R.H.L.F., 1983, p. 626, et 1984, p. 951). Ce tome est indispensable au


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maniement de la collection : il consacre plus de 200 pages au Glossaire, au double Index (des personnes et des lieux), à la double Table (titres et incipit). On se réjouira également de l'insertion des « Additions et corrections aux tomes I et II » ; ainsi le lecteur peut-il profiter sans retard de quelques découvertes bibliographiques, et surtout d'une minutieuse recension des pièces latines du second tome par le grand spécialiste qu'est M. Ijsewijn. En Appendice figurent les oeuvres d'attribution douteuse et les opuscules des deux fils de Ràpin.

Dans sa matière propre, ce tome III réunit les Sections III et IV de l'édition prise dans son ensemble. La « Section III », ce sont les OEuvres imprimées en 1610 : un volume majestueux, et qui maintint longtemps chez les robins le renom de Rapin, mais un recueil de constitution complexe (et bien débrouillée, p. 3-14) et de classement arbitraire. Combien plus vivante apparaît cette poésie, quand elle est rétablie, comme elle l'est par M. Brunel, dans sa suite chronologique ! Mais il n'est pas inutile d'avoir sous les yeux la structure de cette édition princeps « puisque dans celle-ci il y a quelque chose qui vient du poète lui-même » (p. 14). Le lecteur ne découvrira pas ici de genre poétique nouveau, et voudra bien se reporter à ce sujet aux comptes rendus des deux volumes précédents. Une exception pourtant : la suite des sonnets adressés à « Sainte » (p. 74 s.), qui permettent de découvrir un Rapin pétrarquiste et galant, moins didactique que le poète de l'Amour Philosophe. On a dit qu'il participait aux Tumulus des autres ; voici le sien, à la suite de son Elogium par Scévole de Sainte-Marthe (qui est accompagné ici de sa traduction par G. Colletet). Ce Tumulus est composé d'une vingtaine de pièces courtes, dont une grecque (par G. Critton) : les noms de leurs auteurs (M. Régnier, S. Certon, N. Bourbon sont les plus notables) auraient avantageusement figuré à la Table des matières.

Ces OEuvres sont des oeuvres complètes. A part la contribution de Rapin à la Satyre ménippée (p. 355 : confirmation de l'attribution à Rapin dés railleries visant le « sieur d'Angoulvent »), elles recueillent tout son travail de prosateur. Ce tome III insère donc deux traductions, celle de l'Épure de de Thou au roi (c'est le texte fameux qui ouvre l'Historia de 1604 et qui eut de sérieuses répercussions politiques) et celle du Pro Marcello de Cicéron, et, inédites pour l'essentiel, les lettres de l'auteur. Dans ces débris d'une correspondance, le lecteur trouve un vivant portrait du poète et de l'humaniste, du magistrat et du gallican : il lève les impôts par la force (p. 359), mais plaint la misère des peuples (p. 352). Poètesoldat comme d'Aubigné (p. 383), il est un guerrier qui sait mal farder la vérité ; et cependant, parlant au grand de Thou - et même de sa gravelle - il n'ignore pas qu'il existe une rhétorique épistolaire (p. 351, 377). Devenu (p. 381) ce « gentilhomme champêtre » qu'il exaltait dès 1575, il garde jusqu'à la fin vis-à-vis de lui-même l'humour du robin :

Je remetz tout, je deviens immeuble comme grandes cuves à grenier, & bancs dossiers attachés à fer, comme dit la Coutume dé Paris (1607 : p. 395).

L'annotation de ces lettres, comme celle du reste, est excellente. On ajoutera, p. 385, que « Monsieur de Mons » est Pierre Du Gua de Monts, fondateur de l'Acadie française : indication intéressante sur la relative popularité, en 1606, des entreprises américaines encouragées par Henri IV.

Sur ce roi, sur ses fidèles « Politiques », sur ses prédécesseurs, sur ses amis et ses ennemis, sur l'histoire de la poésie et, plus généralement, celle du goût français la copieuse édition de Jean Brunel jette de vives clartés. On ne saurait trop le remercier de sa persévérance et de son érudition.

ROGER ZUBER.


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CARDINAL DE RETZ, OEuvres. Édition établie par MARIE-THÉRÈSE HLPP et MICHEL PERNOT. Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1984. Un vol. 11 x 17,5 de LXI-1808 p.

Cette nouvelle édition est précieuse à plusieurs titres. Elle ne prétend pas remplacer les oeuvres complètes de la collection des « Grands Écrivains de la France» (11vol., 1870-1920), car son contenu se limite, comme dans «La Pléiade » précédente, à la Conjuration du comte de Fiesque, aux Pamphlets (ceux d'attribution certaine) et aux Mémoires. Mais elle témoigne, dans l'établissement du texte, d'un soin si méticuleux, et, dans la révision des variantes, de tant d'acribie et d'un sens si fin de la création littéraire, que, pour les Mémoires en particulier, dont le manuscrit autographe (p. 1225-1230) est admirablement présenté, le travail de Mlle Hipp constitue un progrès remarquable. Pour la Conjuration, les solides conclusions de D. A. Watts (1967) ont été retenues, et c'est donc l'imprimé de 1665, éclairé par de nombreuses variantes des copies manuscrites anciennes, qui fournit le texte de base. Cependant, l'édition de 1682 est réproduite en appendice, de même que (à la suggestion pressante d'H. Carrier) l'Avis désintéressé... de 1651.

La lecture historique des Mémoires est facilitée par un riche appareil de consultation, dû, pour l'essentiel, à M. Pernot une chronologie de Retz et une (un peu difficile à dénicher : p.T 164-1175) de la Fronde ; des cartes et plans ; un index établi sur le modèle (indépassable) de celui compilé, dans la même collection, pour la Correspondance de Mme de Sévigné ; des notices éclairantes et savantes (celle des Mémoires, qui tient grand compte de Bertière, donne des observations équilibrées sur l'« utilisation historique » de ce grand livre). A tout cela s'ajoute un fort contingent de notes explicatives. J'aurais tendance à les juger surabondantes, les rappels historiques, même pour les périodes éloignées, allant jusqu'à la minutie. Mais il est indéniable que la complexité des faits invoqués à tout moment appelle bien des développements. L'annotateur connaît bien le xvn< siècle, ses rouages politiques et son éthique aristocratique, mais moins bien, semble-t-il, la tradition historique : le fameux prologue de Retz (ici : p. 127) renvoie, quoi qu'en dise la note (p. 1224), aux Commentarii de de Thou et non à son Historia. On se demande si, se substituant à cette foule de notes, un lexique des personnages et institutions n'aurait pas rendu davantage de services au lecteur de bonne volonté.

Brillamment rédigée par MIle Hipp, l'Introduction générale estompe peut-être un peu la portée satirique des Mémoires, au profit de la méditation existentielle, de l'image romanesque du conspirateur, et même des qualités du « politologue » : autant de traits qui sont les bienvenus. Mais l'éditrice rend toute sa place au comique au gré de son annotation littéraire, dispersée en fin de volume. Cette prise de position est remarquable, parce qu'elle a commandé l'établissement du texte, particulièrement dans cette Seconde (et, on le sait, très longue) partie dont nous possédons - bonne fortune rare pour un chef-d'oeuvre du XVIIe siècle - l'autographe. Avec un sens aiguisé de la saveur de la langue française, MarieThérèse Hipp n'a pu se résoudre à imprimer avec banalité un texte aussi typé que celui-ci. Grâces lui en soient rendues. Plus que dans l'édition « G.E.F. », l'utilisateur dispose désormais ici de leçons (cheux, chiffler, provôt, bienfaicteur, etc.) qui respectent là singularité et la désinvolture (dans les accords grammaticaux surtout) du manuscrit Cette méticuleuse et jolie toilette donne un mémorialiste plus pimpant, et nous le rend mieux qu'en mondain: en joueur, souvent proche des écrivains de style burlesque.

Il y a donc une amélioration considérable et de nombreux progrès notables dans cette nouvelle « Pléiade ». On a du plaisir à les signaler et à en remercier les responsables. ROGER ZUBER_


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W.D. HOWARTH, Molière. A playwright and mis audience, Cambridge University Press, 1982. Un vol. 13,5 x 21,5 de XIII-325 p., 8 ill.

En un temps où l'oeuvre de Molière se trouve sans cesse réinvestie, sur les scènes et à l'écran, d'un intérêt trop polymorphe pour n'être pas souvent dissipateur, une étude signée de W.D. Howarth ne peut manquer d'apparaître comme un événement considérable et bienfaisant. Nous manquons, écrit l'auteur dans sa préface, d'une étude solide sur les rapports entre « l'univers imaginaire » de Molière et la sensibilité de son public, étude qui fournirait le repère indispensable à partir duquel nous pouvons nous situer par rapport à son oeuvre, et mieux entrer dans l'imagination comique (« the comic vision ») de cet homme immense, que chaque nouvel arrivant juge à son aune. Pareil dessein ne pouvait être valablement tenté que par un esprit ayant assimilé, pratiqué tous les acquis de la critique moliéresque, française et anglo-saxonne notamment, et ayant fait son miel, par une réflexion toujours plus pénétrante, des textes critiques du XVIIe siècle. Voici donc le livre d'une vie, synthèse tranquille et magistrale, marquée au coin d'une autorité humoristique qui fait de sa lecture un plaisir intellectuel d'une rare qualité. De plus, nous sortons ici des études qui font un sort à chaque pièce. La méthode de M. Howarth est de cerner les contours d'une cellule explicative de base, à partir de laquelle il recomposera, dans leur individualité les tableaux de l'immortelle galerie comique qui ne cesse de nous solliciter.

Les deux pôles entre lesquels jaillira l'étincelle du rire sont d'abord clairement implantés, dans leur espace restreint, la salle du Palais-Royal, avec son plan détaillé et la distribution de ses places. Puis paraît le Molière de 1660, saisi dans son jeu particulier de farceur et de mime, en même temps qu'en ses premiers essais parisiens d'auteur dramatique, qui présente déjà dans Sgànarelle les traits marquants des créations futures : l'homme moyen bien implanté dans son milieu, mais habité par une « idée fixe », synthèse vivante entre les dons particuliers de l'acteur et les talents de l'écrivain.

Face à lui, un condensé de la Cour et de la Ville, où toutes les classes sociales sont échantillonnées, mais qui se trouve dominé par les signes naissants d'une civilisation éclatante s'organisant autour d'un jeune Monarque drainant tout à lui. Rarement, écrit M. Howarth, vit-on, durant cette courte période où produisit Molière, une société si dédaigneuse du dehors, « so metropolitan, so insular, so self sufficient ». D'où la possibilité de voir naître, dans un climat dé serre, une plante étonnante, « l'honnête homme », idéal propre à la coUr, mais qui rayonne sur toute une noblesse citadine, et une bourgeoisie qui aspire à lui ressembler. Voilà les gens qu'il faut faire rire, et il faut savoir gré à M. Howarth de nous les peindre dans leur dignité de maintien et de mentalité. C'est dire que l'évolution du génie créateur de Molière, lorsqu'il leur présentera Arnolphe, les frappera de plein fouet Après avoir étudié leurs habitudes mentales à la comédie, d'après les travaux de M. Guichemerre, l'auteur n'a pas de peine à expliquer le désarroi du spectateur de l'École des Femmes. D'abord, il doit se familiariser avec un personnage qui n'entre dans aucune des catégories divertissantes où se reposait son esprit (types moraux abstraits, tradition italienne, « tableaux des passions galamment touchées »). Cette fois, le héros comique est bien l'un d'eux, pris sur le vif dans sa vie privée, ses moeurs ordinaires de bourgeois de Paris. Mais surtout il ne prête pas constamment à rire : son idée fixe laisse intacts bien des réflexes de bonne compagnie. Molière doit donc expliquer dans sa Critique qu'on peut être « ridicule en de certaines choses et honnête homme en d'autres ». C'est là que réside la clé du comique nouveau, qui éclatera, suivant des dosages variés de raison et de chimère, dans toutes les grandes créations postérieures (voir les pages capitales 120-126). Pareille genèse du rire inclut toutes les formes de comique,


COMPTES RENDUS 1065

impossibles à isoler : l'héritage de la farce (chapitre IV) se déploie dans des personnages spécifiques où se distingue le très français Sganarelle, mais on le retrouve jusque dans le Misanthrope, où la parodie du Cid, que connaît toute la salle, vient souligner, comme chez Arnolphe, le ridicule d'une situation que l'on ressentira plus tard comme pathétique, quand le modèle dé l'honnête homme ne servira plus de critère absolu de jugement Même remarque pour George Dandin, apothéose du thème ancien du « mal marié » : il n'a finalement que ce qu'il mérite, ayant voulu sortir de sa condition : consensus de l'auteur et de son public. Les provocations de Molière se situeront sur un terrain différent : exploiter tous les incidents de parcours d'une société jeune qui se construit : préciosité, snobisme, fascination de la qualité, folie de singularité. C'est à cette étape de son étude que M. Howarth pose la question si discutée du «raisonneur». Son point de vue découle logiquement de tout ce qu'il vient d'établir : ce personnage joue essentiellement le rôle de relais entre ces honnêtes gens mal disposés à se compromettre par un rire qui leur est difficile, et la complexité humaine d'un héros comique dont il est salutaire de dégager souvent, avec une franche vigueur, les absurdités de comportement

Cet « imaginaire » su demeurant ne guérit jamais : les dénouements le prouvent assez. Mais précisément, la finalité du comique de Molière, remarque judicieusement M. Howarth, n'est pas de guérir personnage ou spectateur. Pour des raisons différentes de celles qui déterminent la catharsis tragique, la comédie de Molière, par ses attaches organiques avec son public, lui permet d'user des « imaginaires » et de la dupe qu'ils entretiennent, comme de boucs émissaires, qui les purgeront de ce qu'ils nourrissent en eux d'inavouable ou seulement d'inconscient Toutefois si l'auteur dramatique s'était contenté de sélectionner trop rigidement certains travers de son temps, comme l'ont fait des écrivains contemporains, ses oeuvres ne seraient plus que des pièces de musées. La référence constante à l'honnêteté, encore qu'elle semble bien s'être faite presque obsédante dans les premières années du règne personnel de Louis XIV, monte des profondeurs de l'humanisme d'Érasme et de Montaigne, dont l'ensemble de la société se trouvait imprégné : aspiration à l'équilibre des passions, et au repos de l'esprit par l'adhésion à une sagesse vigilante et toujours en éveil, dont le rire débusque sans complaisance les plus redoutables comme les plus anodines contrefaçons.

Tel est le repère que M. Howarth met sous les yeux des metteurs en scène d'aujourd'hui, en les faisant bénéficier de sa familiarité et de sa connaissance intime d'une langue dont aucune composante notionnelle ne lui échappe. S'il fallait émettre un regret au sujet d'une étude de cette ampleur, et pourtant condensée avec tant de limpidité, il porterait sur l'absence des apports décisifs de Pierre Mélèse et de M. Vanuxem sur la scénographie des scènes de Louis XIV (XVIIe siècle, n° 98-99, Molière et Lully) qui n'auraient d'ailleurs que servi l'auteur dans l'analyse si précise qu'il pratique pour souligner l'interaction du texte dramatique et des autres arts dans la composition des comédies-ballets. De même, l'étude des Femmes Savantes (p. 157 et sq.) aurait-elle pu être renouvelée par les vues, apparemment définitives, de Jean Molino sur la satire du cartésianisme dans cette comédie, jusqu'ici d'interprétation si délicate : le n° spécial de la revue XVIIe siècle où figure cet article né paraît pas non plus en bibliographie («Recherches sur Molière», n° 113, 1976). Qu'il me soit permis enfin de déplorer l'absence de référence à l'oeuvre de Mme Sylvie Chevalley, à ses divers articles d'une science toujours neuve!, et notamment à l'album Molière et son temps paru chez Minkoff l'année du tricentenaire. Précisément, il offre au

1. Voir notammenti? R.H.L.F., n° spécial sur Molière, 5-6, de 1972.


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lecteur les mêmes tableaux récapitulatifs que M. Howarth a pris soin de faire imprimer en annexe de son étude pour en faire un bon instrument de travail : le répertoire de Molière et de sa troupe, classé par lieux, dates, nombre de représentations, avec les rôles qu'a choisis, quand on les connaît, le chef de la troupe : tableaux d'où il ressort à l'évidence que le génie comique du grand homme lui fut en quelque sorte, malgré lui, arraché par son public.

Notons enfin l'un des apports les plus originaux de cette profonde réflexion : le beau chapitre sur le style poétique de Molière, bien inspiré par l'étude de M. Fortassier, mais qui doit surtout ses lumières à la façon dont M. Howarth sait nous montrer à l'oeuvre l'art de la parodie tragique : l'arsenal rhétorique du genre, si familier aux spectateurs, introduit une qualité de comique intellectuel des plus fins (« le rire dans l'âme »), et traduit, par les dissonances entre le langage et la situation de fait, le désarroi pitoyable, mais réjouissant alors, des « imaginaires ».

MICHELINE CUÉNIN .

Tableaux de Paris et de la cour de France, 1739-1742. Lettres inédites de Carl Gustaf, comte de Tessin, éd. par GUNNAR VON PROSCHWITZ. Acta Universitatis Gothoburgensis, Jean Touzot, libraire éditeur, Paris, 1982. Un vol. 18 x 23 de 385 p. et 31 M. en noir et en couleurs.

Gendre du comte de Sparre qui fut ambassadeur à la cour de Louis XIV et tenait à honneur d'être « plus français que suédois » (lettre de 1721), Cari Gustaf, comte de Tessin (1695-1770), a lui-même sa place parmi cette élite intellectuelle et mondaine, aristocratie cosmopolite, « Internationale de l'honnête homme » (René Pomeau, L'Europe des Lumières, Stock, 1966, ch. VIII), grâce à laquelle se constitua, au XVIIIe siècle, une Europe de la bonne compagnie. Étant d'abord l'Europe des arts, elle ne pouvait être, au moins pour le comte de Tessin dans ces années 1740, qu'une Europe française. Et, s'il est permis de le pasticher (voir p. 88 du livre), ce noble Suédois, amateur de musique et d'estampes, se montra, sans cesser de rêver de la « cara patria », plus Français qu'un tiers de la France. Pour nous - et peut-être déjà pour lui ? - sa vocation culturelle compte infiniment plus que sa mission politiquel : le précepteur du futur Gustave III, lequel sera le roi très éclairé de la Suède des Lumières, apparaît beaucoup moins sous l'aspect d'un ministre plénipotentiaire et décoratif en notre cour, que d'un ambassadeur... et exportateur in partes infidelium de la Civilisation. « Plus Suédois qu'un tiers de la Suède », il eut le beau souci de diffuser la culture et répandre les Arts en ce royaume du Nord, sinon de métamorphoser en colonie des Lumières, autant dire en pays de Cocagne, la lointaine et cimmérienne Laponie (voir p. 321).

Après les Lettres de Mme du Deffand [...] au baron Scheffer et Alexis Piron épistolier, cette publication, à tous égards savante, séduisante, magnifiquement illustrée, nous fournit un parfait exemple des multiples intérêts qu'offre, pour l'histoire des arts et des idées, une correspondance familière entre personnes d'esprit ayant mêmes goûts et même idéal. M. de Tessin écrit en notre langue, et la plus pure. On le croirait né, de même que son introducteur, dans le Marais ou le faubourg Saint-Germain. Les quelque quatre-vingts lettres ici présentées (une cinquantaine à la « divine Ulla », son épouse ; une trentaine à l'architecte Cari

1. Le roi Frédéric l'avait chargé de conforter l'alliance franco-suédoise contre les appétits de la Russie, et d'obtenir des subsides ; cf. Correspondance du cardinal de Tencin [...] avec le duc de Richelieu, s.l., 1790, lettre du cardinal au maréchal de Noailles, 19 juillet 1743 : la Suède demande cinq cent mille livres « sur un million, reste des six qui lui ont été promis pour trois ans ».


COMPTES RENDUS 1067

Harleman, son ami ; une lettre à Alexis Piron et un mémoire à M. de Gyllenborg) ont été, qui oserait en douter ? très exactement reproduites, jusqu'aux singularités d'ordre graphique, mais non sans coupures (partout signalées), d'après les originaux et les minutes olographes conservés à Stockholm.

Dans les notes, d'une extrême richesse, on trouvera - outre des informations d'ordre généalogique ou linguistique, des citations des Mémoires du duc de Luynes, des extraits de l'Almanach royal, etc. - d'amples fragments des réponses de la comtesse à son « cher coeur ». Cette « adorable » Ulrika avait elle-même une jolie plume de portraitiste, comme l'atteste un volume de « Portraits des hommes illustres » (manuscrit, Musée national de Stockholm ; voir ill., p. 253). Fidèle au canon des convenances épistolaires et au code des amours conjugales - un peu trop à la laponne, en toute gentillesse, pour les couples de la France galante ? -, son mari dispose d'un trésor de rocamboles et de compliments, le seul inépuisable (« [mes maîtres] souffrent de la meilleure grâce du monde que je me ruine » ; p. 309), qu'il partage équitablement entre « la Moglie » et leur délicieuse nièce Charlotte, ou Latta, surnommée la Naine, dite aussi « la petite Embrionne », ou « la petite nymphe de Diane », ou « le petit Bijou », ou « la petite Rose », « notre petite adoptée ». L'une et l'autre ont servi quelque temps d'escorte de Son Excellence à la Cour et à la Ville, avant de rejoindre l'hyperboréen domaine de Sundby, hanté de fées et de lutins, si l'on en croit le bon seigneur, auteur du conte Faùnillane ou l'Infante jaune (A Badinopolis, 1741). « La Naine » fut peinte par Nattier; elle est devenue, sans se hausser d'un pouce, la confidente et, à ses heures, la correspondante de « Nestor Fontenelle », comme sa tante une favorite de « Madame Marie » : Majesté première, Marie Leszczynska précède naturellement la reine de Suède dont nul ne fait plus grand cas que de Louis XV, et qui meurt bientôt, et « l'infiniment adorable Ulla ».

En ce commerce à distance - et quelle distance alors ! - de l'époux avec l'épouse, la règle des règles est de badiner honnêtement, sans fuir toutefois les demi-gaillardises ni les aimables « polissonneries » (le ton n'est guère plus libre avec l'ami Harleman) ; de débiter les nouvelles de la semaine, colportées, s'il s'en trouve, de Versailles au Pont-Neuf ; de ravauder les « rapsodies », en inlassable Caquet bon bec ; de parler pantoufles et chiffons, palatines et tabatières, colifichets, beaux-arts, peinture...

Est-il en effet rien de plus merveilleux, Ulla mise à part, que la Peinture ? On se ruine, mais pour un « Rhimbrand », pour Oudry, Nattier, Boucher, Van Loo, Chardin... Car on a du goût Et l'on est ami des deux Bouchardon. C'est à la générosité, au patriotisme, et, disons-le, au talent du comte de Tessin que le Musée national de Stockholm doit une bonne part de ses plus magnifiques pièces et de ses plus rares collections :

Tessin, dont le nom seul peut munir un ouvrage Du sacre de l'immortalité.

Ces vers de Pesselier (auteur d'Esope au Parnasse) ornent Le Négligé, ou la Toilette du matin, qu'à la barbe de ses créanciers le mécène expédia par retour du « gallion ».

« Et pourquoi rougirai-je donc de mon amour pour les Arts ? » (p. 279). L'expression d'un tel amour constitue en effet l'intérêt majeur de sa Correspondance, pourvu que l'on fasse entrer dans les Arts la littérature elle-même (elle peint « quand il le faut.. »), laquelle y introduit à son tour ■- ou réintroduit - l'Histoire, puisque l'écrivain est un témoin.

Ce monument épistolaire fourmille de portraits, d'anecdotes, de bons mots : l'auteur n'est pas seulement le contemporain de Saint-Simon et de d'Argenson, de Marivaux et de Hénault, de Duclos et de Crébillon ; à ses heures de loisir, en


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congé de représentation, il est leur rival sans le savoir. Et la plume court la poste, fixant pour l'immortalité, grâce au plus éclairant des éditeurs, des profils « à la Vintimille » (p. 244), enregistrant les cris de Paris, dardant des traits quelquefois sanglants : sur les toilettes et autres « vaisselles », les bariolages d'un teint à la confiture et les tristes agréments de la poudre couleur de rose (p. 274), la perruque au menton de « Monsieur le Turc », P« éternel Turc », envoyé du Grand Turc (et, au dire de la comtesse, « ambassadeur de Carnaval »), les danseuses de l'Opéra (la Le Duc, la Carton...), les « plaisirs de Compiègne » qui rendent notre Suédois « quasi-fol » (p. 104), les processions de Sainte Geneviève, dont s'égaie notre hérétique, les longueurs des sermons (un bon Père jésuite « prêche comme Luther » ; p. 142) et les plaisanteries à la romaine (le bon mot de l'ancien nonce Massei, ce gourmet, consommant en extase des « ailerons d'Ange » ! p. 147), le cru et le cuit, le ballet des maladies (les poumons « vont devant »...), la Mort... La Camarde suit de près la Camargo. Et Goya s'annonce, avec Mérimée et Balzac dans le lointain. Qu'on lise certains propos sur la mort de Mme la Duchesse (p. 147, 151 : « on ira l'odorer... »), ou de la reine douairière d'Espagne - « si jamais elle est canonisée, je ne pense pas qu'elle devienne la patronne des danseuses » (p. 342) -, dont, pour l'amour des pauvres, on pille la lingerie !

A Francfort, pour le couronnement de l'Empereur Charles VII, M. de Tessin croque une princesse du Saint-Empire, « avec sa mine, sa gueuserie et sa réputation » (p. 292). L'épouse de l'ambassadeur d'Espagne, prince de CampoFlorido (« Fru Blomsfeldt ») s'est « masquée en chienlit » (p. 285) ; on voit passer le comte de Rieux allant chez sa maîtresse, « le corps en rut, l'esprit en oraison » (p. 237). Tout cela sur un air de Lulli ou de Campra, on dirait même d'Offenbach ; avec quelque chose, parfois, de trop assené, sinon de plombé à la Calotte. Il n'est évidemment pas Voltaire - « le Barbouilleur de notre Héros », p. 93 - ni notre divine marquise. Mais il griffe bien, et sait trousser une nouvelle à se froisser les doigts, et plus hardiment qu'homme de France.

Plus Français que les Welches, « il a frondé, il fronde et il frondera » ; car « nous sommes tretous un peu canailles » (p. 303), et le quai des Théatins ni la rue Taranne ne sont loin du Cheval de bronze. Côté rue et côté Cour, l'on doit aussi à sa « tableaumanie » (p. 97), un peu perdus parmi la masse des extraits, de petits chefs-d'oeuvre de réalisme et de rosserie. Il n'y eut guère, croyons-nous, en ce milieu du siècle, de bonhomme à la fois plus tendre et plus virulent. Ulla, Harleman, Latta, ubi sunt ? ... Mais les écrits, ainsi que les gravures, sculptures, tableaux, demeurent Le lecteur d'aujourd'hui ne sera point « réduit aux moules, aux colimaçons, aux grenouilles et aux Marion[n]ettes » (p. 81). Ce témoignage, que Messieurs les historiens nous pardonnent ! est plus que de l'Histoire. C'est de la vie. Autant dire que l'Art est ici doublement présent.

L'Introduction (p. 15-47), le relevé des sources manuscrites et imprimées, les Index, les Tables heureusement complètent les gloses d'accompagnement Si, malgré l'abondance et la précision du commentaire, subsistent quelques obscurités (p. 111, les « Dixip Cailles » ; la n. 4 de la p. 211 ; le « Pantalon » de la p. 216, la « seigneresse » de la p. 222 ; p. 269 : la nonchalance de M. dé SaintCosme appellerait un mot d'explication), on s'étonnera qu'il n'y en ait pas davantage : nul n'ignore quelles difficultés, insurmontables souvent, attendent le chercheur quand il s'agit d'éclairer des correspondances anciennes et familières (et plus ou moins contrôlées par le cabinet noir). Aussi une telle publication doit-elle être saluée par tous les « dix-huitiémistes », et quelques autres milliers de Français, et Messieurs les Suédois, et Messieurs les Lapons « suédoises », sans préjudice du beau sexe, comme un hommage tardif, mais d'autant plus nécessaire, à un esprit de qualité, mécène et artiste, « panier percé », exquisement bienfaisant, et comme un nouveau chef-d'oeuvre de l'édition critique.


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« Ce sont ici des lettres de conviction et de bonne foi » (Avant-propos, p. 13). Et inédites ; et charmantes comme des causeries au coin du feu. L'Europe des esprits palpite encore. Lettres suivent

YVES COIRAULT.

HlSAYASU NAKAGAWA, Félicité et salut chez Jean-Jacques Rousseau : une lecture de l'inconscient du texte, (en langue japonaise). Tokyo, 1983. Un vol. in-8° de 333 p.

Ce livre rassemble des articles parus en 1978 et 1979 dans des revues japonaises (Shiso, Gendaishiso). L'auteur, Hisayasu Nakagawa, est professeur de lettres à l'Université de Kyoto. Il s'est intéressé à Diderot et à l'autobiographie chez Rousseau et Stendhal.

A partir du traditionnel parallèle entre Rousseau et Voltaire, l'auteur dégage l'importance du nirvana chez Rousseau : degré zéro de la conscience, réduite au sentiment de la seule existence. Ce thème, tout comme le désir d'un anneau de Gygès, gage d'omniscience et de toute-puissance, se retrouve chez Diderot comme chez Stendhal, et annonce le romantisme. Rousseau cherche moins à raconter des faits qu'à trouver son identité en retraçant l'histoire de sa conscience.

La lecture des Dialogues est, à ce titre, éclairante. Rousseau accepte passivement son bonheur, puis il tente de faire lui-même le bonheur de tous. Cependant, victime d'une persécution générale, incompris de ses lecteurs, il se réfugie dans le nirvana Son seul espoir, désormais, repose en Dieu. De même qu'il tente d'exprimer le degré zéro de la conscience, Rousseau cherche à rendre éternel le fugitif, en l'occurrence son amour pour Madame de Warens.

Plus qu'une exploration d'horizons nouveaux, l'étude de Monsieur Hisayasu Nakagawa est une mise au point sérieuse et claire de la question. Un de ses mérites, et non des moindres, et de présenter au lecteur japonais les principaux textes de Rousseau dans d'abondantes citations traduites avec précision.

AKIKO SUWA.

JAMES MILLER, Rousseau, Dreamer of democracy. Yale University Press, New Haven and London, 1984. Un vol. 15,5 x 23,5 de xii-272 p.

La critique américaine nous avait habitués à présenter des Rousseau totalitaires. Voici un livre qui tranche fortement avec cette tradition. Le Rousseau de James Miller est un prophète de la liberté et de la démocratie.

L'ordonnance en est curieuse : les cinq premiers chapitres font alterner les analyses conceptuelles avec des éléments biographiques pour brosser l'histoire du rêvé de démocratie, à la fois dans la vie et dans la pensée de Rousseau. Le sixième chapitre est purement historique : dans quelle mesure ce rêve est-il entré dans la vie pendant la Révolution française ? Le dernier revient à l'analyse philosophique et dissèque le concept de liberté avec la cohérence et les contradictions qu'il comporte dans la pensée de Rousseau.

Que Jean-Jacques ait été un rêveur, tant d'excellents critiqués l'ont abondamment expliqué qu'on pouvait redouter le déjà vu. Le premier chapitre, qui montre le rôle moteur de l'image et du rêve dans la pensée de Rousseau, ne manque pourtant pas d'intérêt L'auteur souligne fort bien qu'avec Jean-Jacques s'opère un renversement des valeurs. Toute une tradition issue de Platon subordonnait l'image à l'idée ; c'est pourquoi Platon bannissait les poètes de la


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cité. La faculté de rêver devient maintenant une vertu productive, et l'idée essentielle du livre est de rechercher dans la rêverie l'origine des idées politiques de Rousseau.

Les premiers rêves de Jean-Jacques, ce sont Genève et la Suisse qui les ont alimentés. James Miller se fonde principalement sur la dédicace du Discours sur l'inégalité, la Lettre à d'Alembert, certains textes de la Nouvelle Héloïse, le Contrat social et les Lettres de la Montagne. Mais la Genève rêvée n'est pas la Genève réelle. Il est significatif que dans les épîtres à Bordes et à Parisot, JeanJacques ne nomme jamais explicitement Genève et parle seulement de sa « muse helvétique », ce qui est une inexactitude, Genève ne figurant pas dans la Confédération à l'époque. C'est que son rêve est surtout rustique et se fixe difficilement sur une ville industrielle et commerçante, qui n'était pas du tout autosuffisante. Miller, plus que de rêve genevois, parle de rêve alpestre (alpine Dream). Les Montagnons avec leur vie rustique et patriarcale, pacifique et innocente, s'y mêlent à la cité républicaine qui fait revivre à l'époque moderne, ou qui le pourrait, les vertus civiques de Sparte et de Rome. Bien entendu, chacun de ces éléments transcende la réalité : la plupart des cantons suisses étaient des oligarchies, tout comme Genève. Mais l'important est que dans l'imagination de Jean-Jacques ces sociétés démocratiques fassent revivre l'âge d'or, tout en intégrant les vertus patriotiques de l'Antiquité, et en laissant à chaque individu la pleine autonomie de sa pensée et de ses croyances. Le début d'Emile oppose fortement deux types d'éducations : il faut élever, ou bien des hommes, ou bien des citoyens. Mais dans la Genève rêvée on trouve des hommes qui sont aussi des citoyens, et la démocratie alpestre est le lieu où la pensée de Rousseau opère son unité.

Mais cette démocratie rêvée, elle n'est belle que de loin. Si Jean-Jacques en 1755, après avoir hésité, renonce à retourner dans son ancienne patrie, là principale raison est qu'il a finalement préféré le rêve au rôle actif de citoyen. Même vivant à Genève, et peut-être surtout, il eût été en exil par rapport à la Genève de ses rêves. Le voyage de 1754 avait fait naître trop de doutes. Ils vont apparaître, sous une forme détournée, dans le Contrat social, dont James Miller fait une analyse intéressante. Cet ouvrage, selon lui, s'adresse à un éventail de publics très divers : un petit nombre de savants spécialistes et un large public lettré, le peuple de Genève, mais aussi la postérité. Il s'agit de les séduire tous à la fois, tout en évitant la censure. D'où l'abstraction, le style dépouillé qui s'attache à convaincre par la seule logique, le détachement apparent à l'égard des réalités contemporaines. Mais c'est un masque. James Miller compte une dizaine de références à Genève, présentée comme un rare spécimen d'État libre. Mais il s'applique à déceler les critiques derrière les éloges. La note sur Machiavel (III, 6) qui serait un républicain masqué lui paraît révéler que Machiavel a inspiré à JeanJacques une méthode de camouflage. La comparaison entre le gouvernement de Genève et celui de Venise, lequel est accusé de corruption dans un autre passage, laisse transparaître la critique, et c'est un exemple de la « manière indirecte » dont Rousseau donne des leçons (Confessions IV, Pléiade, p. 405). Ce camouflage explique bien des ambiguïtés, voire des contradictions du Contrat : il est dit à plusieurs reprises qu'il n'a jamais existé de vraie démocratie, et pourtant la république romaine en a été une. Les obscurités de ce type ne manquent pas, parce que Rousseau ne peut dire clairement ce qu'il pense, au fond, de Genève. Seule parmi les États modernes, sa patrie peut encore mettre en pratique les vrais principes du droit politique. Les dirigeants actuels, qui ont confisqué la démocratie à leur profit ont d'autant moins d'excuses, Rousseau fait sienne la politique du parti démocrate, mais il ne le dit pas. Il le dira dans les Lettres de la Montagne, qui lèvent les obscurités du Contrat où il a voulu, il le dit clairement,


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défendre la vieille constitution contre les patriciens. Mais qu'en est-il de cette vieille constitution? En fait Rousseau lit le passé de Genève à travers les principes du Contrat. Il imagine un âgé d'or où le Conseil Général se réunissait librement pour exprimer la volonté populaire. Peu importe qu'aucun document historique ne prouve ce fait Genève jouissait de là liberté parce qu'il était naturel qu'elle l'eût Des gouvernants injustes en ont effacé toutes les traces. C'est à eux de justifier l'origine de leur pouvoir ; le droit de liberté n'a pas à être'prouvé. Ainsi, chez Rousseau, l'histoire devient fable. Dans les Lettres de la Montagne l'image de la perfection alpestre devient un mythe ; non pas une utopie puisque Genève existe. Une telle ville pourrait être la patrie idéale d'Emile, à condition qu'elle renaisse.

Après avoir passé en revue les grands textes politiques, James Miller analyse le concept de démocratie chez Rousseau. Il note un renversement des valeurs. Traditionnellement, depuis Platon, les penseurs politiques jettent l'opprobre sur le mot démocratie. C'est la tyrannie de la populace, le règne des passions déchaînées, le désordre et l'inconstance. La démocratie dégénère inévitablement en ochlocratie. Certes Montesquieu a lié la démocratie à la vertu, mais après lui on continue à voir en elle un régime instable, et impossible dans les grands États. Avec Rousseau tout change. Les textes présentent certaines difficultés car dans le Contrat la démocratie est présentée seulement comme une forme de gouvernement, qui est loin d'être la meilleure. Mais ailleurs (Lettre à d'Alembert, Lettres de la Montagne) Rousseau n'hésite pas à lier la démocratie avec la définition de la souveraineté, et le mot a tendance à devenir synonyme de république légitime. C'est le régime dans lequel le peuple est protégé contre les abus de pouvoir, celui qui assure à tous l'éducation civique et qui réalise; l'harmonie sociale dans l'égalité. Traditionnellement les théoriciens décrivaient l'évolution des gouvernements comme lé glissement de la monarchie vers la démocratie puis l'anarchie. Ce cycle, Rousseau l'inverse. C'est la démocratie qui est à l'origine, comme étant plus proche de la nature. C'est elle qui dégénère, sous l'effet de l'inégalité, du commerce et du luxe. Parallèlement le mot souveraineté change de sens ; il désignait un pouvoir assuré sur les autres (imperium), il devient l'exercice de la volonté de tous, qui vivent dans la liberté et le respect mutuel. La démocratie, c'est la cité des rêves de Rousseau, c'est le chef-d'oeuvre de l'art politique.

Après 1764 le rêve alpestre régresse. Jean-Jacques renonce à s'occuper des affaires de Genève ; il prend peur devant les menaces de guerre civile ; il refuse de prendre la responsabilité des conséquences de ses écrits ; chez lui le rêve ne peut passer à l'acte. Néanmoins les écrits sur la Corse, puis sur la Pologne, attestent qu'il ne cesse de chercher comment, par quelles réformes on peut rapprocher les États constitués de l'idéal démocratique.

Le passage à l'acte, ce sont les révolutionnaires de 89 qui vont le tenter. James Miller consacre tout un chapitre au rôle exercé par l'oeuvre de Rousseau pendant la Révolution. C'est peut-être celui qui est le moins satisfaisant car la documentation date. Il s'appuie sur le livre de Mme MacDonald (Rousseau et la révolution). Mais les conclusions en sont périmées. En France le travail a avancé depuis. James Miller ne pouvait connaître la thèse fondamentale de Roger Barny, malheureusement non encore publiée, mais il aurait pu lire un excellent résumé de cet ouvrage dans le n° six de Dix-huitième siècle. Néanmoins le contenu de son chapitre n'est pas négligeable ; il dépasse très largement les conclusions négatives de Mme MacDonald. Il a de fort bonnes formules pour expliquer le rôle majeur des concepts du Contrat dans la révolution. II n'ignore pas qu'il y a eu des Rousseau aristocrates, aussi bien que jacobins. Il lui manque peut-être d'avoir clairement


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discerné que la polysémie du Contrat ne pouvait manquer de conduire aux interprétations les plus contradictoires.

On pourra discuter le plan du livre, puisque, après un chapitre sur la Révolution, on s'attendrait à trouver une histoire de la réception des idées politiques de Rousseau. Or il faudra attendre l'épilogue. Dans l'intervalle, le septième et dernier chapitre, d'ailleurs fort intéressant, s'attache à démonter le concept de liberté.

Il en ressort que la grande nouveauté de l'oeuvre politique de Rousseau, c'est l'accent mis sur la liberté. C'est là ce que Hegel avait déjà vu. Deux courants se réunissent en lui : un courant antique, qui s'intéresse aux institutions permettant de perfectionner l'homme ; un courant moderne, qui recherche celles qui sollicitent l'assentiment d'hommes libres. Il y a tout d'abord Une profonde cohérence dans sa conception de la liberté. A la base, elle est la liberté de vouloir, liberté attestée par le sentiment intérieur de n'être déterminé par rien d'extérieur à soi-même. Cette volonté, pense Rousseau, ne peut être que bonne, car je ne peux vouloir autre chose que mon propre bien : faire le mal, c'est s'abandonner à des causes extérieures. Cette liberté s'exerce à trois niveaux : 1) Dans la nature la liberté est limitée seulement par les forces individuelles, mais les besoins n'excèdent pas les forces. L'homme bien éduqué, Emile, garde cette liberté-là parce qu'il sait se limiter. 2) La liberté morale, qui soustrait l'homme à l'esclavage des passions et qui, pour se réaliser, a besoin de la vertu, 3) La liberté civile, qui est garantie par la loi, expression de la volonté générale. Elle n'est réelle que si j'ai le sentiment que la loi émane de moi-même, si je m'identifie à la volonté générale. Elle ne peut donc exister que dans un régime démocratique. Ces trois niveaux font apparaître des points communs, a) La liberté est toujours Pexêrçiçe de la volonté individuelle, b) Elle s'accompagne d'un sentiment agréable, c) Elle est définie par des limites, naturelles, ou morales, ou légales. Donc profonde cohérence. La liberté n'a rien à voir avec l'indépendance absolue, elle s'exerce à l'intérieur d'un monde que nous sentons être nôtre. Cette cohérence, pourtant, ne va pas sans contradictions ; et James Miller énumère un certain nombre de difficultés. D'abord, dire que la volonté est toujours bonne est une thèse pour le moins risquée. Le mal aussi, disait Aristote, est volontaire. Et Rousseau doit bien admettre que pour faire le bien, dans la société, l'homme a besoin d'être aidé, par une bonne éducation, par de bonnes institutions. A la fin, à l'époque des Rêveries, il en viendra à prêcher l'abstinence, par peur de mal faire, étant donné les conséquences imprévues des actes. D'autre part le sentiment intérieur n'est pas le garant de la liberté, car l'homme peut être manipulé, aussi bien Emile, objet des machinations de son maître, que le peuple dupé par le législateur qui fait parler le ciel. Comment donc distinguer liberté apparente et liberté réelle ? Les trois points énumérés plus haut ne sont pas pour cela suffisants. Là liberté réelle suppose en plus la capacité de délibération personnelle et de choix conscient ; elle suppose aussi la capacité de persévérer et de prendre la responsabilité de ses actes. Le vrai garant de la liberté est donc la vertu, qui seule surmonte les pulsions naturelles. Ainsi conçue la liberté peut devenir un terrible fardeau. Si bien qu'on peut trouver dans l'oeuvre de Rousseau deux peintures de la liberté, qui représentent les deux versants de sa pensée. D'un côté il y a le tableau idyllique de la vie de l'homme naturel, dans le Discours sur l'inégalité, de l'autre il y a l'effrayante mise en garde qui s'adresse aux peuples avides de liberté, dans le Gouvernement de Pologne (Pléiade p. 974).

Jean-Jacques lui-même n'était pas vertueux, il l'a dit maintes fois. Le sort du citoyen libre dans la cité idéale où la loi doit être aussi inflexible que la loi de nature n'était pas toujours tellement enviable aux yeux du Promeneur Solitaire. La liberté est incompatible avec le repos, et il n'y a pas de liberté parfaitement


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heureuse. Il n'en faudrait pas beaucoup pour que la cité idéale devînt une cité de cauchemar, celle où chaque citoyen est sans cesse sous les yeux de tous les autres. Le rêve alpestre finit par se détraire lui-même. Il reste que Rousseau a lié fortement les notions de liberté et de démocratie et qu'il a joué un rôle décisif dans la promotion historique des valeurs démocratiques.

L'épilogue, en quelques pages, signale les multiples formes qu'a prises dans le monde moderne la démocratie, et soutient que chacune d'elles doit quelque chose à Rousseau. Mais ce survol de presque deux siècles ne peut aller sans beaucoup d'à peu près, et il y aurait trop à dire. C'est la partie la moins intéressante du livre.

Pour le reste, il s'agit d'un travail fort important James Miller connaît bien les textes et les étudie avec beaucoup de clairvoyance et de finesse. Il apporte bien des interprétations personnelles et neuves. Son Rousseau est crédible. Est-il le vrai Rousseau ? Nous n'irons pas jusque-là Les replis de la pensée du Genevois sont tels qu'avec lui on n'a jamais fini de découvrir.

JEAN-LOUIS LECERCLE.

SENANCOUR, Obermann. Préface, dossier et notes de JEAN-MAURICE MONNOYER. Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1984. Un vol. in-12° de 530 p.

En 1965 et quelques années après, c'est dans le texte de 1804 qu'Oberman put conquérir de nouveaux lecteurs grâce à la collection « 10/18 ». Dans l'excellente édition qu'elle vient de procurer au Livre de poche, Mme Didier (Le Gall) adopte le même parti. La graphie retenue pour le titre dans la collection « Folio » indique un autre choix, celui de l'édition de 1840, dernier état du texte et qui fut reproduit à cinq réprises au cours du XIXe siècle. Il reste que, malgré la thèse magistrale de Béatrice Le Gall sur L'Imaginaire chez Senancour, il aura fallu attendre presque vingt ans pour que ce chef-d'oeuvre soit à nouveau accessible à tous.

En apportant sa caution à l'idée ancienne d'une « causalité pathologique » (p. 27) pour rendre compte de la mélancolie de l'auteur et de son héros, JeanMaurice Monnoyer prend le risque de réduire la portée d'Obermann. Encore que la mise au point soit un peu tardive (p. 33-34), il signale fort heureusement les limites de cette explication. Mais peut-être n'accorde-t-il pas assez d'intérêt à l'une des formules les plus heureuses (il en a d'excellentes, mêlées à quelques bizarreries grammaticales); car il est permis de présumer que Senancour eût volontiers reconnu son héros dans un « anachorète sans évangile » (p. 33), lui qui protesta contre « l'athéisme mélancolique» que lui avait attribué Sainte-Beuve. Chez le lecteur de Malebrànche, mais aussi d'Helvétius qu'était Senancour, chez ce fils du siècle de Voltaire non moins que de Rousseau, le douté métaphysique n'a-t-il pu aggraver jusqu'à la névrose le conflit que définit Béatrice Le Gall entre «une raison exigeante » et « une imagination extrêmement vive»? L'étiologie d'une oeuvre (s'il faut parler pathologie) est toujours matière délicate. Quand il aborde sa réflexion sur le « genre » d'un ouvrage qui se dérobe à tout classement, Jean-Maurice Monnoyer est visiblement plus à l'aise. Là où George Sand entendait une « monodie» romanesque, là où André Monglond reconstituait un journal intime, il observe « une dissolution des formes expressives de l'énoncé » (p. 20). Les pages qui conduisent à cette vue féconde ou qui en découlent sont les meilleures d'une étude informée, subtile, mais qui sacrifie trop souvent à un métaphorisme un peu risqué.

Le texte est suivi d'un substantiel dossier : outre une chronologie et la justification dé la préférence accordée à l'édition de-1840, l'ensemble comprend une bibliographie sommaire, la notice de Boisjolin, un article de Senancour (Du style dans les descriptions), un extrait de la préface de Sainte-Beuve (1833),

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l'index thématique de 1804 et des notes qui ne pouvaient être que succinctes. Même s'il est indispensable de recourir à l'édition de Béatrice Didier, les nouveaux lecteurs qu'on souhaite à Senancour trouveront donc dans celle-ci d'utiles instruments pour entreprendre l'étude d'une oeuvre qui n'a pas encore reçu sa juste place. La grande ombre de René, un « guignon » d'abord subi, puis cultivé ou peu s'en faut, une discrétion native, le vacarme d'un autre romantisme, ont nui à la fortune littéraire de Senancour, A quoi il convient d'ajouter la disgrâce d'être situé à la charnière de deux siècles. Les spécialistes savent la vraie valeur d'Obermann (ou d'Oberman). Ils ont désormais le moyen de la faire connaître.

PAUL LECOQ.

RICHARD BOLSTER, Documents littéraires de l'époque romantique.

Paris, Lettres modernes, « Situation » n°43, 1983. Un vol. 13,5 x 19 de 226 p.

L'intérêt du livre de R. Bolster est de faire connaître, pour la période 18301840, particulièrement riche pour la production littéraire, la réaction de quelques critiques contemporains sur les principaux ouvrages qui viennent de paraître, et sur les tendances de la création romanesque. Un certain nombre de questions se posent à l'écrivain de la Monarchie de Juillet, dont on ressent tout particulièrement l'acuité : le roman et la morale, esthétique et évolution du genre romanesque, littérature dite facile, relations avec le journalisme et la critique. Les textes réunis par Richard Bolster ne sont pas très connus, pour la plupart ; il est opportun de les remettre en mémoire. Si les uns sont assez superficiels et les autres prolixes, si la qualité du jugement appelle bien des réserves, il est sûr qu'ils nous éclairent sur les moeurs de l'époque, les conditions de publication, et ce que Latouche appelait la « camaraderie littéraire ».

Il n'est pas rare que les auteurs mineurs, dont la postérité n'a pas reconnu les mérites pour diverses raisons, révèlent leur perspicacité et leur indépendance d'esprit, en formulant des jugements qui aujourd'hui nous déconcertent, mais qu'il faut avec soin recevoir comme un témoignage d'époque. En guise de préambule un texte de Jules Chopin met en évidence l'attrait qu'exerce le genre romanesque sur toutes les classes de lecteurs. On peut retenir les réflexions de Ch. de Bernard sur La Peau de chagrin : « Comme dans Hoffmann une trame surnaturelle et fantastique s'y déroule au milieu des événements de la vie positive » ; celles d'Arnould Frémy sur La Chartreuse de Parme : « livre d'anecdotes et de galerie », alors que l'on attendait « un livre de coeur et d'observation » ; celles d'Amédée Pichot sur Le Rouge et le Noir : « peinture gracieuse et quelquefois profonde de la société de la Restauration ». La grande querelle sur la littérature facile, qui oppose, un peu longuement, Nisard et Janin, révèle l'opposition irréductible des tempéraments, et une force de conviction peu commune : Nisard n'hésitant pas à faire le procès des conteurs très nombreux et peu scrupuleux : « Le conte c'est quelque chose qui n'a pas la force d'être un roman » ; Janin prenant la défense de la nouvelle littérature avec fougue : « Les poètes et les prosateurs de nos jours ont deviné l'art ; ils l'ont fait ce qu'il est ». On expliquera par un mouvement d'humeur le sévère compte rendu par le « prince de la critique » d'Un grand homme de province à Paris. Il était de notoriété publique que certaines allusions et certains personnages du roman ne pouvaient que provoquer une brutale réaction de Janin.

Quoi qu'il en soit on soulignera une fois de plus l'importance des oeuvres mineures, des journaux et des revues de la Monarchie de Juillet qui nous permettent de mieux saisir le courant littéraire et artistique d'une période véhémente et diverse, et de nuancer nos jugements. Je pense qu'il serait possible de


COMPTES RENDUS 1075

réaliser une anthologie plus complète de textes critiques, sans oublier les préfaces

des romans, pour mener plus loin ce genre d'enquête. Dès maintenant par son

choix fort judicieux, l'importance de son commentaire à la fois vigoureux et

prudent, la richesse et l'exactitude minutieuse de ses notes, Richard Bolster nous

donne un petit ouvrage dont on peut mesurer l'utilité et l'agrément pour l'histoire

littéraire du XIXe siècle.

JOSEPH-MARC BAILBÉ.

JEAN-BERTRAND BARRÈRE, Victor Hugo. L'homme et l'oeuvre. Paris, C.D.U.-S.E.D.E.S, 1984. Un vol. 16 X 24 de 180 p.

Depuis 1952 tous les hugoliens connaissent le livre de Jean-Bertrand Barrère. Tous regrettaient que la dernière édition datât de 1976. Tous se réjouiront de voir cette étude si dense et si riche mise à la disposition de lecteurs nouveaux.

De 1952 à 1976 l'auteur avait patiemment retouché, complété son texte initial. Cette fois, à quelques détails de rédaction près, il reproduit la version de 1976, à laquelle il n'y avait guère à ajouter. Il signale cependant tel apport de la critique récente, comme l'article d'Anne Ubersfeld sur L'Homme qui rit (R.H.L.F., janvier-février 1984), lui prêtant au passage un solécisme dont elle n'est pas plus coupable que... Sénèque ; on rétablira, p. 151, note 6 : Victum est Chaos. Ailleurs perdure une inexactitude ancienne : p. 76, il faut, malgré Péguy, lire : vicomte Hugo.

La bibliographie a été très soigneusement mise à jour : l'essentiel est là, qu'il faudra, lors d'une réédition souhaitable, compléter par ce qu'apporte l'année du centenaire, prodigue en colloques et ouvrages sur Hugo.

Trente-trois ans après son apparition, le livre de Jean-Bertrand Barrère

demeure l'indispensable introduction qu'il était. Fortune trop rare pour ne pas

être soulignée par tous les débiteurs de ce maître des études hugoliennes, ce que

fait ici avec joie l'un d'entre eux ., _ '

MARIUS -FRANÇOIS GUYARD.

ÉTIEMBLE, Rimbaud, système solaire ou trou noir ? Paris, P.U.F., coll. « Écrivains », 1984. Un voL 12,5 x 21,5 de 160 p.

Bien qu'il soit d'une composition plus hétérogène, cet ouvrage se situe dans la ligne du Mythe de Rimbaud et du Sonnet des voyelles ; il repose sur la même conjonction de deux pôles : celui de l'exigence philologique et celui de l'intention polémique. Étiemble accorde la 'priorité absolue au texte et à son établissement comme étant l'étape préalable à tout travail pertinent d'explication. A propos de « Génie » dans les Illuminations, il démontre que la traduction est le meilleur moyen de s'interroger sur la valeur spécifique des mots dans leur contexte et d'éclairer le sens du texte. « On ne lit vraiment que les textes que l'on traduit » (p. 64). Mais l'étude la plus pénétrante du recueil est celle consacrée aux « Chansons spirituelles » de mai 1872, qui sont inspirées, dans leur thématique et leur rythme, par la tradition du « cantique spirituel », tel que l'ont pratiqué Marguerite de Navarre et Mme Guyon. On peut pourtant se demander s'il ne conviendrait pas plutôt de se référer aux quatre Cantiques spirituels de Racine, dont la forme s'apparente dans une certaine mesure aux Derniers Vers. Quoi qu'il en soit, Étiemble précise que « Les Chansons spirituelles » reprennent le thème de l'adieu au monde, en s'affrançhissant de l'inspiration religieuse : la chanson spirituelle est convertie en chanson profane, célébrant l'éternité sous la forme de la communion de l'eau et du feu solaire. L'étude se distingue également par l'attention prêtée aux questions prosodiques et phoniques, à l'utilisation des rimes.


1076 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

consonantiques, des allitérations et des assonances, contribuant à opérer la destruction de la rime traditionnelle.

Dans la deuxième partie de l'ouvrage, Étiemble dénonce « les élucubrations astrologiques et psychiatriques », qui ont gravement défiguré l'oeuvre de Rimbaud. En prétendant résoudre le « cas » du poète, les psychiatres n'ont fait que promouvoir le mythe, que multiplier les complexes, issus de l'analyse freudienne : l'analité, l'OEdipe, la castration, la « paranoïa ambulatoire », la culpabilité, la « névrose de l'échec », etc. On sait gré à Étiemble d'avoir tenté de nettoyer les écuries d'Augias, puis d'avoir ridiculisé le délire des interprétations astrologiques, qui ne s'embarrassent pas de leurs contradictions et contribuent à perpétuer la légende. C'est à bon droit qu'il se refuse à « hypostasier Rimbaud en héros de barricades » (p. 140), en rappelant que le poète n'a pas participé à l'insurrection de la Commune durant la semaine sanglante et en montrant que c'est « au prix dé coupures et de mutilations » que l'on est parvenu à faire de lui un prophète de mai 68. En résulte-t-il que Rimbaud est un « trou noir », au sens astronomique du terme, c'est-à-dire un espace privé de tout rayonnement ? C'est un pas que j'hésite à franchir, il n'est pas un « trou noir » en lui-même et, s'il l'est devenu, c'est par là faute des impostures de là critique 1.

MARC EIGELDINGER.

Actes du Colloque Louise Michel, organisé par le Centre d'Études Féminines de l'Université de Provence (Marseille, 11-12 juin 1980). Aixen-Provence/Marseille, Publications de l'Université de Provence/Diffusion Jeanne Lafitte, 1982; Un vol. 13 x 18 de 187 p.

Qui lit encore Louise Michel aujourd'hui ? On réservera naturellement le cas des Mémoires : écrit ardent, ils brillent de la fierté et de la fermeté de conviction d'une femme qui, selon sa propre expression, a jeté sa vie à la Révolution. On exceptera aussi La Commune. Histoire et Souvenirs, témoignage de première main sur les événements de 1871. Mais il faut bien convenir que l'essentiel de l'oeuvre littéraire (poésie, romans, contes) a péri. S'agirait-il d'une injustice de l'histoire ? C'est ce parti qu'a voulu tenir le colloque, opportunément organisé par le Centre d'Études Féminines de l'Université de Provence, à l'occasion du centcinquantième anniversaire de la naissance de Louise Michel. Oserons-nous, pourtant, mettre en doute les résultats acquis, et nous interroger, par exemple, sûr la valeur littéraire de ces textes que Daniel Armogathe réédite maintenant aux éditions La Découverte/Maspero (A travers la vie et la mort, oeuvre poétique, 1982 ; Souvenirs et aventures de ma vie, 1983), après les avoir remis à l'honneur au cours du colloque ? Il eût été par trop désespérant de s'en tenir au constat des évidentes faiblesses de l'écrivain : celui-ci ne se relit pas, tandis que le poète, en dépit du célèbre hommage que lui rend Victor Hugo, se range modestement dans la ligne des auteurs de chants populaires, dont les vers retentissent de la féroce grandeur des événements qu'ils ont vécus ; la romancière, enfin, n'échappe pas aux servitudes du feuilleton. L'étude, pourtant, ne peut guère dépasser l'analyse des menues modifications que Louise Michel introduit dans le fonctionnement du roman populaire, qu'elle teinte de pessimisme et d'anarchisme, ni la reconnaissance des diverses étapes que traverse l'inspiration poétique d'une femme qui inscrit d'abord ses pas dans ceux du romantisme, avant de résumer ses

1. Que M. Étiemble me permette une petite rectification : mon étude s'intitule Rimbaud et le mythe solaire, non Rimbaud et le système solaire (p. 5), Elle rie tend qu'à montrer la prédominance de la mythologie solaire, en demeurant étrangère à toute préoccupation astrologique.


COMPTES RENDUS 1077

espoirs et ceux du siècle dans le mythe grandiose et farouche d'« Un Germinal de liberté ». Soumise aux mêmes contraintes, Anne Roche s'essaie, pour sa part, à déchiffrer sur l'exemple d'un roman (Le Claque-dents) les images et les structures du texte, tandis que Martine de Gaudemar tente de cerner le mythe personnel d'une femme dont l'écriture valorise le héros qui meurt, et dont le regard excelle à transformer les scènes en autant de tableaux héroïques fortement contrastés. L'historien relaie alors de façon féconde l'observation du critique. Violemment critiquée par certains au cours du colloque, la contribution d'Eugène S çhulkind (« Louise Michel, rebelle ou révolutionnaire ? ») pose en effet une question de fond aussi brutale que stimulante, lorsqu'elle s'interroge sur la part d'exigence intérieure et de rectitude morale qui entre dans l'action de la militante, et sur la part reconnue des nécessités tactiques que suppose le combat collectif, A la suite d'Edith Thomas, biographe de Louise Michel, l'auteur rappelle l'historien à la prudence dans l'utilisation des sources : Louise Michel a plus d'une fois couvert ses complices devant ses juges, et revendiqué des actes auxquels elle n'avait pas pris part

Les dictes du colloque de Marseille apportent une contribution utile et modeste à la connaissance de Louise Michel. N'aurait-il pas, toutefois été préférable d'avouer d'emblée ces demi-teintes, plutôt que de chercher à ériger la littérature en instance" nouvelle, susceptible d'introduire à une réévaluation de l'oeuvre et de l'action de Louise Michel ? On regrette qu'une plume plus ferme n'ait pas mieux mesuré l'enjeu des débats. Et l'on se prend à rêver à la riche matière, à peine explorée, qui attend le chercheur dans l'immense fonds d'archives jadis rassemblé par Lucien Descaves, et qui se trouve aujourd'hui déposé à l'Institut International

d'Histoire Sociale, à Amsterdam. _ .,

STÉPHANE MICHAUD .

NOBUO TAKEUCHI et MASAKATSU KANEKO, Crise de vers de Stéphane Mallarmé. Essai d'une édition critique. Publié dans la Revue des Sciences humaines, n° 8, 1982, Tokyo Institute of Technology, p. 29-84. Un vol. 18 x 25,5 de 55 p.

Tout travail concernant l'établissement critique des textes de Mallarmé doit susciter l'intérêt des mallarméens soucieux de l'élucidation du langage de leur auteur. L'édition présente de « Crise de vers » a l'avantage de donner, ligne par ligne, les corrections apportées aux textes différents dont est constitué l'essai en question, et de préciser, dans une table de concordance, l'emplacement des six textes utilisés par Mallarmé à cet effet L'édition de la Bibliothèque de la Pléiade avait donné des indications dans ce sens, brèves et insuffisantes, mais sa présentation même de « Crise de vers » rendait le texte inutilisable, par endroits presque incompréhensible, parce qu'on avait laissé partout une seule ligne blanche entre les paragraphes, alors que Mallarmé, dans l'édition « ne varietur » des Divagations de 1897, différenciait soigneusement les espacements selon le degré de continuité de son propos. Un effet secondaire de l'édition présente est de restituer, pour ainsi dire à rebours, les textes utilisés, et l'on constate par exemple que Mallarmé avait cité des textes de Régnier, de Laforgue, de Moréas et de ViéléGriffin pour appuyer ses propos sur le vers libre. Notons également, dans « Averses ou critique », un passage sur la transposition, d'un intérêt certain, mais non repris dans « Crise de vers ». Par ailleurs, les éditeurs ont manifestement pris grand soin d'être partout très clairs dans leurs indications (ils ont pourtant oublié un ajout de deux virgules à la page 60 dernière ligne, et d'un point-virgule à la page 71 dernière ligne), et on aimerait voir continuer leur travail critique.

HANS PETER LUND.


1078 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

MARSHALL C. OLDS , Désire Seeking Expression s Mallarmé's « Prose pour des Esseintes ». Lexington, Kentucky, French Forum, Publishers, French Forum Monographs 42, 1983. Un vol. 14,5 x 23 de 129 p.

Tout en puisant dans les études déjà consacrées à « Prose », poème difficile mais crucial, l'auteur de ce petit livre apporte du nouveau. Éliminant les interprétations biographiques et existentialistes, il explique le texte à la lumière de la poétique de Mallarmé et le laisse illustrer cette poétique, telle qu'elle se constitue autour de 1867 (lettre à Cazalis) et évolue jusqu'à l'« Avant-dire » au Traité du verbe de René Ghil (1886) et aux réflexions rassemblées dans « Crise de vers ». Quoique donnant au poème un titre qu'il n'a pas (de fait, le titre exact, « Prose (pour des Esseintes) », indique que le rapport avec A rebours est faible et comme surajouté), M. Olds a soin de préciser, après la découverte des versions anciennes par Mondor et Barbier, que le poème date des années 70, très probablement environ de 1873 (datation confirmée par la page manuscrite recopiée dans la nouvelle édition des OEuvres complètes, 11, Flammarion, 1983, p. 334), et qu'il ne s'inspire aucunement du livre de Huysmans. Bien au contraire, on est convaincu, après avoir lu le second chapitre de M. Olds, que « Prose » marque la fin provisoire d'une série de poèmes (« Les Fenêtres », « Don du poème », « Le vierge, le vivace... ») et de réflexions (« Igitur »...), où Mallarmé passe d'un univers catholique-mystique à un monde où la question de l'existence et de l'essence se pose, telle qu'elle est formulée explicitement dans les « Notes » de 1869 : «comment notre monde peut se rattacher à l'Absolu». Cependant, je trouve que M. Olds néglige trop, dans ses explications, par ailleurs intéressantes, qui situent Mallarmé dans un cadre philosophique avec Aristote et saint Anselme, ce que le poète a gagné avec « Toast funèbre » (les vers 32-47), si proche de « Prose ».

En effet, « Prose » semble bien, selon la lecture de M. Olds, reprendre la poétique incluse dans « Toast funèbre » en rétablissant le rapport étroit qu'on y trouve entre vue et paroles, entrefleurs et idéal ou idées, mais il est vrai - M. Olds insiste judicieusement sur ce point - que « Prose » accentue l'impersonnel. Le poème n'évoque pas des choses vécues, mais discute (p. 27) des relations entre langage et pensée et entre désir et pensée (p. 12-13). Si, autrefois, le désir fondamental de Mallarmé visait une régénération spirituelle du moi (« Les Fenêtres », c'est ici une résurrection (c'est le sens de « Anastase ») du monde entier qui est en jeu, ce qui rapproche évidemment le poème des théories mallarméennes de la transposition et de l'explication orphique. M. Olds nous guide alors, d'une façon qui montre sa connaissance profonde de Mallarmé, à travers ce débat de la poésie, figurée dès le début du poème par l'hyperbole, reprise vers la fin dans le mot « Anastase » qui marque l'inauguration du langage poétique après l'opposition entre d'une part l'expérience rationnelle de « l'oeuvre de... patience » et d'autre part la poétisation tacite du paysage de fleurs, germe de l'expérience poétique (p. 25).

Dans ce livre sympathique, il nous faut cependant relever le manque d'une définition claire du « désir », ainsi que, à un autre niveau, une coquille à la page 63 où a sauté la ligne qui évoque Dieu dans la lettre à Cazalis. Signalons enfin que l'ouvrage se termine par des résumés très instructifs des travaux consacrés à « Prose » depuis 1954. Les deux versions dites « anciennes », ainsi que le poème « Dans le jardin » et une lettre à Lefébure contenant d'étonnantes ressemblances avec « Prose » sont reproduits en appendice.

HANS PETER LUND.


COMPTES RENDUS 1079

JACQUELINE CHENIEUX-GENDRON, Le' Surréalisme et le roman, 1922-1950. Lausanne, L'Age d'homme, 1983. Un vol. 15,5 x 23 de 385 p.

Le livre de Jacqueline Chénieux-Gendron, Le Surréalisme et le roman, se consacre à l'un des problèmes épineux que le mouvement surréaliste a rencontrés : quel intérêt un surréaliste peut-il porter au roman ? A vrai dire la réponse est vite donnée dans Le Manifeste du Surréalisme, en 1924 : l'inanité du roman et de ses suites obligées - réalisme, psychologie, description - est proclamée et le roman condamné. Cependant nombre de textes - qu'ils portent ou non le titre générique de « roman » - s'écrivent dans le groupe surréaliste et semblent relever, si l'on cherche une catégorie, du genre romanesque. Le surréalisme renie-t-il alors ses principes et ses objectifs ? Ou bien propose-t-il des formes narratives neuves, compatibles avec l'éthique surréaliste ?

Le problème est complexe et Jacqueline Chénieux-Gendron, par un travail approfondi, inspiré de la philosophie, de l'esthétique et de la psychanalyse, réussit à en éclairer les enjeux fondamentaux Elle nous propose le premier livre qui ose aborder cette question, éthique et esthétique à la fois, du bien-fondé du récit romanesque dans l'écriture surréaliste.

Le champ historique envisagé est large : 1922-1950, soit vingt-huit aimées du mouvement ; cependant l'accent est mis plus particulièrement sur deux noms : ceux de Louis Aragon et d'André Breton, dans la mesure où ils profilent de façon décisive les deux options narratives essentielles qui peuvent faire figure de modèle pour les autres productions romanesques du groupe.

Modestement mais sans ambages, Jacqueline Chénieux-Gendron indique dès l'avant-propos que « [sa] méthode est résolument expérimentale, même si elle n'en est pas moins passionnée par l'établissement de modèles ». S'inspirant des travaux de Guy Rosolato, elle forme l'hypothèse que le clivage dans l'écriture surréaliste est moins entre automatisme et culture qu'« entre les textes à fonctionnement d'abord métonymique et ceux dont le fonctionnement est d'abord métaphorique » (p. 7). On pourrait penser qu'une telle distinction, empruntée à la psychanalyse, elle-même empruntant à la linguistique ou à la vieille rhétorique, est un détour sophistiqué. Or ce que montre admirablement le livre de Jacqueline ChénieuxGendron, c'est que les modèles ainsi produits permettent de découvrir des « versions » du surréalisme, et d'établir des fraternités ou des dissemblances sur lesquelles on ne s'était pas jusque-là interrogé. Le premier chapitre, « 1920-1940 : une incompatibilité d'humeur », met en évidence la façon dont André Breton et Louis Aragon exercent, avec des arguments différents, une critique de la description, de la narration, de la conception du temps, telles qu'elles ont cours dans le roman réaliste, pour proposer de simples points d'ancrage qui fixent dans l'espace une réalité d'ordre imaginaire et lyrique, pour valoriser l'« occasionnel » et l'« éventuel » contre la continuité et la causalité. Enfin si la « problématique de l'arbitraire est à la lisière des préoccupations de Breton » (p. 93); elle est « au centre de la réflexion sur l'invention » chez Aragon avec la pratique de l'incipit, du collage et du pastiche. Ainsi, pour écrire des romans surréalistes, Breton propose différentes formes de décalage narratif (d'ordre métonymique), « mais toute sa recherche est tendue vers la métaphore » (p. 100) ; Aragon, partant des incipit (d'ordre métaphorique), les développe de façon métonymique.

Avant d'analyser les oeuvres romanesques d'André Breton et de Louis Aragon, Jacqueline Chénieux-Gendron consacre un chapitre à leurs lectures romanesques et aux moyens qu'ils en tirent Rappelant leur intérêt pour les moralistes tel Nietzsche et leur aversion pour des écrivains comme France, Mauriac ou Montherlant, elle met en valeur certains traits spécifiques du récit surréaliste qui s'en dégagent: revendication de la liberté contre la causalité historique;


1080 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

revendication de l'érotisme et de sa confusion avec l'amour ; « ainsi le récit de fiction se présente-t-il comme le support d'une théorie surréaliste » (p. 132).

Descriptions et narrations ne sont pas absentes des récits d'André Breton, mais elles sont réassumées par une autre fonction - « la relation entre le vécu et l'écrit » (p. 151), Ce qui importe à Breton, c'est d'abord l'influence qu'une oeuvre exerce sur une vie ; c'est aussi de « se connaître dans la relation à autrui » (p. 153). « Cette auto-analyse entreprise par un homme de pensée aboutit à une véritable théorie de l'événement individuel, perçu comme le point où entrent en contact l'individu et son milieu » (p. 154). L'événement individuel suppose une inscription dans l'histoire collective. Et Jacqueline Chénieux-Gendron relève avec justesse qu'André Breton est soucieux de la distinction des divers plans : « L'inscription historique et la traduction métaphorique de la charge émotive liée à l'événement sont toujours juxtaposées chez Breton sans que les deux plans soient mêlés » (p. 156). Le récit retient les « faits-glissades », les « faits-précipices », les hasards objectifs qui donnent une directive, un signal où l'homme peut saisir son propre désir. Enfin c'est « l'écriture comme événement » qui caractérise le récit bretonien ; ainsi, dans Nadja, la rencontre avec X. est-elle amenée par « le temps de l'écrit ». Ces pages 151 à 177 éclairent admirablement le récit surréaliste selon André Breton. L'hypothèse métaphorique y joue moins qu'un regard aigu et passionné sur les textes.

La position d'Aragon est également l'objet d'une analyse très perspicace (« Jusqu'où ne pas aller ? » p. 178-194). Rappelant la réserve du groupe surréaliste à l'égard de l'aisance d'Aragon à écrire des fictions, Jacqueline ChénieuxGendron montre l'importance pour lui de la notion d'invention ainsi que les moyens propres qu'Aragon développe pour la susciter (incipit, collage, pastiche). Ainsi, si André Breton valorise l'écrit comme producteur d'événement, Aragon, dans l'écriture romanesque, vise la production de plaisir : « En donnant à ses textes de fiction, et, par l'incipit, un ancrage subsconscient, et un développement, Aragon ne tente pas de faire éclater lé discours, comme on le dit trop, mais plutôt de le mener à bien, c'est-à-dire au plaisir de l'écrivain et du lecteur, sans compromission réaliste» (p. 193). Jacqueline Chénieux-Gendron choisit deux récits dans Le Libertinage, « Paris la nuit » et « Le grand Tore », dont elle fait une analyse subtile et parfaitement convaincante. Ce qui conduit ces récits, c'est le goût du plaisir esthétique ; « ce qui sous-tend cette esthétique, c'est un certain pessimisme à la Zenon » (p. 194) : le récit ne peut saisir, à l'échelle de l'individu, que « les morceaux épars d'un temps humain » (p. 194).

Si André Breton et Louis Aragon sont l'un et l'autre à la recherche d'un mode neuf d'écriture, par sa nature et sa fonction auprès du scripteur comme du lecteur, ils prennent des chemins sensiblement différents ; le récit bretonien relève du pacte autobiographique, repose sur « un mode humain de l'histoire » (p. 198), et vise une production de sens ; du côté d'Aragon s'élabore un « merveilleux surréaliste qui se donne pour réel » (p. 196), et qui est dispensateur de plaisir.

Ainsi les récits d'Aragon et de Breton se situent-ils loin du roman, mais leurs pages « prennent tout à coup une couleur romanesque sauvage. Une couleur romanesque, non le statut de roman [...] Il n'y a pas de roman surréaliste, mais il y a un romanesque épars et fort, qui a les couleurs du merveilleux moderne... » (p. 196).

Inventeur d'un nouveau romanesque, le récit surréaliste module ses inventions selon les scripteurs. Pour marquer cette diversité, Jacqueline Chénieux-Gendron parle de « Surréalismes » au pluriel et distingue deux familles : du côté d'André Breton, les « surréalismes de la continuité », avec René Crevel, Georges Limbour, Leonora Carrington, Benjamin Péret ; du côté d'Aragon, les « surréalismes de la discontinuité », où figurent Michel Leiris, Robert Desnos, Gisèle Prassinos,


COMPTES RENDUS 1.08.1

Giorgio de Chirico. Les chapitres quatre et cinq proposent des analyses pénétrantes qui mettent en valeur parentés et différences ; par exemple, dans la famille Breton, les pages sur les textes de détours de René Crevel, sur son écriture risquée sont d'une grande force (p. 223 à 241) ; ou, dans la famille Aragon, l'analyse des oeuvres de Desnos (p. 293 à 304), de sa «rêverie fortement visualisée » - avec cette remarquable formule : « chez Desnos, la métaphore prend le temps de faire image » (p. 296) - est particulièrement riche.

Richesse : c'est sans doute le terme auquel on pense d'abord, quand on a lu Le Surréalisme et le roman, qui se termine sur un sixième chapitre, embrassant les années 1940-1950, avec les noms de Maurice Fourré, Julien Gracq et Jean Ferry. Richesse d'une analyse subtile, qui réussit à rendre compte d'un corpus vaste et difficile ; richesse et efficacité des hypothèses qui d'une part mettent en valeur les manières différentes de Breton et d'Aragon, et d'autre part proposent, loin du roman, un romanesque surréaliste. La bi-partition des surréalismes que le livre nous propose pourrait paraître simplificatrice si elle n'était maniée avec la clairvoyance et le sens de la mesure dont Le Surréalisme et le roman fait toujours preuve. La méthode expérimentale, revendiquée au début par Jacqueline Chénieux-Gendron pour établir des modèles de lecture, paraît entièrement justifiée par la qualité des résultats. Même si les hypothèses de Guy Rosolato sur l'oscillation entre métaphore et métonymie ne me paraissent pas absolument nécessaires ici, je reconnais volontiers qu'elles ont été pour Jacqueline ChénieuxGendron un stimulant pour aborder les récits surréalistes autrement que par une analyse de contenu, et un instrument pour opérer des distinctions entre divers types de textes. Une connaissance très sûre des textes et de leur histoire, un goût qui se marque souvent pour la philosophie permettent à l'auteur de jouer sur plusieurs registres qui se complètent et font du Surréalisme et le roman un livre absolument neuf, audacieux mais jamais aventureux Doit-on dire qu'il se lit passionnément, comme il a été écrit, et presque comme un roman ?

MARIE-CLAIRE DUMAS.

FRIEDRICH WOLFZETTEL, Einfuhrung in die franzosische Literaturgeschlchtsschreibung. Wissenschaftliche Buchgesellschaft (Die Romanistik), Darmstadt, 1982. Un vol. 13,5x21,5 de 326 p.

Il existe, en italien, une Histoire des histoires littéraires, rééditée à Milan, en 1946, par Giovanni Getto, de l'Université de Turin ; il existe, en français, une Histoire de l'histoire de la littérature, publiée par Robert Escarpit en 1958, dans le troisième volume de l'Histoire des littératures de l'Encyclopédie de la Pléiade ; et enfin il existe, en allemand, un livre de 287 p. publié en 1963 à Berlin-Est par Peter Brockmeier, relatant l'histoire de l'historiographie littéraire en France, de Claude Fauchet jusqu'à La Harpe. Pendant les vingt années suivant la parution de ce dernier livre, une réflexion intense et continue a tourné, en Allemagne peut-être plus qu'ailleurs, autour des problèmes de l'historiographie littéraire. Il suffit de rappeler qu'à l'origine de la théorie de la réception, dont Hans Robert Jauss est le principal responsable, se trouve justement la question de savoir comment serait possible une nouvelle histoire de la littérature. Avec l'exigence théoriquement plausible, mais pratiquement très difficile à réaliser, d'intégrer le rôle du lecteur dans l'histoire littéraire (sans renoncer au rôle toujours constitutif de l'auteur) écrire une histoire de la littérature, quelle qu'elle soit, est devenu une véritable utopie. Cependant, ces histoires existent et continuent à paraître.

Le moment était venu de présenter une nouvelle histoire des histoires littéraires, écrite en connaissance des causes de la « crise de conscience » de l'historiographie


1082 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

littéraire actuelle, Friedrich Wolfzettel a trop modestement intitulé son livre

« introduction » ; en réalité il s'agit d'une réalisation très savante et presque

complète de l'histoire dont nous parlons. Commençant par les débuts humanistes

à l'époque de la Renaissance et passant par la « doctrine classique » (peu encline,

celle-là, à s'intéger dans une évolution historique), Fr. Wolfzettel dédie un grand

chapitre de son livre à l'histoire littéraire française du Siècle des Lumières, et un

plus grand encore à celle du XIXe siècle. Le dernier chapitre passe en revue, un peu

plus rapidement, le développement plus récent : de Lanson jusqu'à Lucien

Goldmann, Roland Barthes, Gérard Genette et caetera. Le savoir de l'auteur est

vraiment impressionnant, son érudition est aussi sûre que le niveau de sa réflexion

théorique est élevé. Qui veut s'informer, disons, sur la genèse de l'Histoire

littéraire de la France de Dom Rivet de la Grange et de ses confrères bénédictins y

trouvera aussi bien son compte que celui qui voudrait voir situés Brunetière,

Brémont ou Thibaudet dans l'historiographie littéraire de la France.

Pour les lecteurs français, les pages dédiées à Gustave Lanson (et au

« Lansonisme ») seront peut-être du plus grand intérêt Car on trouve rarement un

jugement aussi pénétrant et impartial concernant cet auteur sur lequel pèse trop,

en France, le poids d'un enseignement universitaire subi par plusieurs générations.

F. Wolfzettel fait très bien voir combien il est erroné de qualifier Lanson de

positiviste, lui qui s'opposait justement à l'attitude doctrinaire d'un Brunetière et

de qui toute l'exactitude dans la présentation des faits était motivée, au contraire,

par un scepticisme libéral. Ceci pour indiquer que cette Einfuhrung in die

französische Literaturgeschichtsschreibung ne devrait pas rester inconnue en

France : bien qu'écrit en allemand, et dans un style pas toujours très facile à lire,

voilà en résumé un ouvrage qu'on ne peut que recommander aux lecteurs de la

Revue d'Histoire littéraire de la France.

J. VON STACKELBERG.

Ariane, n° 2, 1983. Revue d'études littéraires françaises publiée par le G.U.E.L.F. (Faculté des Lettres, Cidade Universitaria 1699, Lisboa Codex). Un vol. 14,5 x 21 de 289 p.

Avec la publication de cette revue, nos collègues portugais prennent une courageuse initiative. Ce numéro est essentiellement consacré aux parcours narratifs et aux modifications du sujet qui en résultent Chaque article est suivi d'un substantiel état de là question susceptible de rendre de grands services aux jeunes chercheurs portugais.

La première partie recueille sept articles qui vont de Montaigne à Proust On appréciera ainsi qu'en un champ critique aussi retourné que celui des Essais soient avancées des remarques nouvelles sur la fonction du « je » et la représentation d'autrui : l'hypothèse d'une mise en scène, maniériste, de la vacuité et de la frustration n'est pas sans incidence sur le jeu du questionnement chez Montaigne (p. 9 à 28). Le dilemme baroque (être/paraître, c'est-à-dire vérité/mensonge) est réexaminé à la lumière de la satire dans Les Aventures du Baron de Faeneste d'A. d'Aubigné (p. 29-42). Autour de La Princesse de Clèves s'élabore une réflexion vigoureuse sur l'organisation de la fiction et sur la théorie baroque de l'éclat (p. 43 à 68). Deux études concernent le XVIIF siècle : « Les jeux narratifs dans Candide » sont certes référés au registre de l'invention, mais ils participent aussi d'une liberté entendue comme conscience du hasard et de la nécessité. Les connivences multiples de Jacques le Fataliste avec des dizaines d'autres textes sont données comme le lieu d'un programme narratif pluridimensionnel dont la configuration incite, naturellement, et une fois de plus, à une lecture intertextuelle de cette oeuvre notoire dans l'histoire de la production romanesque (p. 93 à 130). Passons au XIXe


COMPTES RENDUS 1083

siècle avec une proposition de lecture de Ce cochon de Morin (p. 131-220) de G. de Maupassant, sans doute un peu pléthorique dans ses renvois théoriques à la psychanalyse freudienne, mais ingénieuse dans sa formalisation et très au fait des pratiques structuralo-linguistiques d'anagrammatisation et de syntagmatisation ; puis, au XXe siècle, avec l'analyse d'une nouvelle conception de la représentation - qui postule un nouveau rapport au réel - dans une oeuvre de jeunesse de Proust, Mélancolique villégiature : Proust fait jouer à l'écrivain le rôle que Platon destinait au philosophe, l'un et l'autre imitant non l'apparence mais la réalité (p. 221-230).

Les cinq articles qui restent s'apparenteraient plutôt à la note d'étude : mise en face de deux itinéraires complémentaires à travers «Marine» de Rimbaud et « Soupir » de Mallarmé ; sobriété symbolique de la poétique d'A. Jarry dans le Linteau ; reflets des Liaisons dangereuses dans l'oeuvre de Roger Vailland ; particularisme portugais dans l'intertextualité romantique d'A. Voz do Projeta de Herculano reconsidéré à la lumière des Paroles d'un Croyant de Lamennais ; réactivation d'un mythe littéraire - la perte d'identité - par la relecture de la toujours énigmatique Métamorphose de Kafka à travers le roman de Clarice Lispector, La Passion selon G M.

Sept poèmes concluent la livraison : ils constituent une expérience d'écriture en langue française. Ils datent de 1970 et sont inédits.

Les objectifs de cette jeune revue sont exigeants. Ils donnent une mesure de

l'enracinement culturel et linguistique du français au Portugal. L'enjeu est de

taille: les destins de cette Ariane lusitanienne ne sauraient nous laisser

indifférents.

GEORGES CESBRON.

MARCEL SPADA, Erotiques du merveilleux ; Fictions brèves de langue française au XXe siècle. Paris, José Corti, 1983. Un vol. 14 x 22 de 280 p.

« Simple amateur d'évasion, on pourrait se contenter de rêver sur ces huit syllabes dont la musique et la magie sont perceptibles à toute oreille attentive » : ainsi M. Spada commente-t-il lui-même (p. 193) le titre de son ouvrage qui est aussi celui de la IIIe partie, après des « Avatars du merveilleux » et une série d'« Exemples » allant de Benjamin Péret à Noël Devaulx en passant par Desnos, Mandiargues et Ghelderode. On est tenté en effet de se demander si l'auteur ne s'est pas borné à rêver une étude possible sur ce beau « sujet », jusqu'au moment où l'on peut enfin totaliser les 1024 citations et références qui truffent lé texte sans former anthologie, et l'on se prend alors à craindre que la rêverie du commentaire ne soit aussi clichée dans son ensemble que « la musique et la magie [des mots] » dont il est question plus haut.

M. Spada annonce bravement les couleurs dans son « Introduction » : « en matière de critique littéraire, la compétence est du ressort des écrivains » (p. 11). Il s'agirait surtout de laisser la parole à leurs marginalia, le critique en général partant, nous dit-on, de l'idée fausse que l'écrivain est inconscient, ne sait pas ce qu'il fait. Soit, cette idée est fausse, elle l'est même de plus en plus au xx 1 siècle, mais la confusion des personnes n'entraîne nullement celle des pratiques; l'écriture narrative fictionnelle reste synthétique et sympathique, la démarche critique est dissociante et distanciante par définition. En fait, M. Spada affuble d'une romantique audace sa peur panique des « idées », des idéologies, des méthodes et de toute rationalité scientifique, sa paranoïde résistance à la psychanalyse - volontiers prise pour synonyme de psychiatrie -, ce qui ne l'empêche pas d'emprunter une terminologie vidée de sa systématique : sado-


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masochisme, narcissisme, bisexualité psychique, complexe d'OEdipê, principe de Nirvana, et j'en passe. Les allusions anti-freudiennes (aussi bien qu'anti-marxistes, anti-structuralistes, etc.) prolifèrent obsessionnellement, sans la finesse d'un Nabokov ni la verve pamphlétaire d'un Gracq, au fur et à mesure que nous sont assénées des pétitions de principes et des professions de foi fumeuses : « le fléau des idées générales » (p. 193), « ces êtres linguistiques que sont les mots » (p. 195)* « les critères [de l'obscénité] n'ont rien de commun avec la morale sociale d'une époque, d'un pays ou d'une classe » (p. 203), ou encore : « La littérature se situé dans le temps primordial de la création... » (p. 214).

La Iere partie nous promène d'Hérodote à la SF pour prouver que merveilleux et fantastique sont impossibles à distinguer - ce qui est acquis d'avance si le critique refuse toute conceptualisation et ne donne à ces termes aucun contenu définitionnel, même provisoire, qui puisse en faire des instruments d'analyse. Une telle attitude étant intenable dans un discours secondaire, les distinctions chassées par la porte reviennent au galop par la fenêtre, plus ou moins travesties. La notion de merveilleux qui renvoie d'abord à l'esthétique surréaliste par le corpus choisi et sa valorisation, laisse bientôt transparaître une continuité avec le merveilleux ésotérique et celui des contes de fées, dont le surréalisme prendrait la relève, tandis que le fantastique serait « moins accordé à [la] présence constante de l'irrationnel dans la voie quotidienne. » (p. 38).

Dans la IIe partie, des prix sont distribués et Péret est le principal lauréat. Nous apprenons que les écrivains recensés sont différents entre eux et que leur oeuvre est diverse malgré certaines constantes : le texte littéraire est inclassable, insécable, indiscernable. La sorcière et la femme-enfant surnagent donc ici du « flux d'images » sans autre garantie, tandis que, plus loin, Diane et Vénus se partagent malaisément le spectre de l'illumination erotique chez Mandiargues, et que le vague diabolisme nécrophile de Ghelderode le rattache in extremis au thème commun.

Dans la ni' partie, d'une discursivité effrénée et incohérente, où flânent comme chez eux Eros et Thanatos, Lewis Carroll et le sexe des anges, Cazotte, Klossowski, Claudel, Cocteau et Gomberville, la spécificité de l'erotique est à son tour perdue de vue, ainsi que celle du merveilleux. Il y a un Eros non sexuel qui « n'a pas pour fonction de déclencher quelque instinct génésique » (p. 219) ; il y a du merveilleux ainsi que des poètes partout - sauf sans doute chez les rhétoriciens, linguistes, stylisticiens, sémioticiens, sociologues, psychologues, historiens et autres ennemis publics que sont les chercheurs en sciences humaines. Au détour du bavardage, à propos de Georges Bataille, une importante question se présente : « les erotiques du merveilleux sont-elles réductibles aux erotiques sadienne et masochienne ? » (p. 208). Malheureusement, aucune tentative n'est faite pour y répondre. Dans ces conditions, le lecteur aurait tort de regretter que l'auteur - par réticence anti-féministe ou pour toute autre cause ? - se soit abstenu d'aborder le vaste domaine contemporain de la fiction erotique féminine, de Duras à Hyvrard et de Cixous à Wittig, l'un des seuls précisément où le « merveilleux » (dans un sens lâche), loin de ressasser des mythologies appauvries, répète la future grande première de rapports humains et langagiers différents, parce que la symbolique libidinale n'y est plus fixée et fétichisée comme elle l'était encore chez la plupart des surréalistes. De même, l'isolement artificiel de la littérature française de ce siècle - Kafka n'est mentionné qu'incidemment, Musil, Nabokov et Nin sont tout à fait absents - nous dispense-t-il de développements fastidieux.

Que conclure, sinon que de nombreuses fiches et des affirmations péremptoires dans un style emphatique (« il y a une vérité qui n'a besoin ni de gloses ni dé clés », tels sont les derniers mots du livre ne suffisent pas à construire la moindre page convaincante d'« écrivain-critique » ? DIDIER COSTE


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Iconographie et littérature. Centre de recherche d'Histoire des Idées et de la Sensibilité, Université de Rouen, P.U.F., 1983. Un vol. broché de 216 p. -

La troisième publication du Centre de Recherche d'Histoire des Idées et de la Sensibilité (Université de Rouen) regroupe une quinzaine de monographies consacrées, selon les termes du présentateur Alain Niderst, « aux problèmes de l'iconographie ou plus exactement aux interférences des arts plastiqués et de la littérature». Le champ ouvert est immense puisqu'il va du Moyen Age au XXe siècle et comprend, outre l'espace du livre illustré, celui de l'architecture, du théâtre, de la peinture. Le sous-titre : « d'un art à l'autre » laisse entrevoir la multiplicité des interférences envisagées.

L'abondance de la matière ne permet pas de rendre compte de toutes les contributions, mais la question centrale soulevée par le titre : « Iconographie et littérature » peut nous guider pour dégager ce qui relie entre elles la plupart des réflexions. Rappelons que l'iconographie selon L. Réau (Dictionnaire d'Art) « étudie les sujets représentés dans les oeuvres d'art, leurs sources, leur signification historique ou symbolique». Quelque peu tenue à l'écart depuis la percée du structuralisme, cette branche essentielle de l'histoire de l'art retrouve ici toute son importance, dans une confrontation systématique entre littérature et arts visuels.

La simple enquête iconographique permet toujours d'identifier des représentations figurées dans des domaines encore peu explorés. Ainsi J.M. Bienvenu suggère de reconnaître dans la crosse sculptée d'Ulger, évêque d'Angers, le rameau bourgeonnant d'Aaron, soit un signe de pouvoir et d'élection pour celui qui la porte.

Au delà du très minutieux recensement des illustrations d'un roman de la fin du XIIP siècle « l'Apollonius von Tyrlant », Jean-Marc Pastré est amené à se poser la question de la nature et de la fonction des 126 enluminures du manuscrit. Leur nombre impressionnant et leur densité nous font penser que l'artiste a entrepris de transposer en images la totalité du récit verbal. Ainsi se trouve ouverte la question de la narration visuelle. L'auteur dégage des sortes de lois concernant la double fonction de l'image ainsi que du texte, dans leur rôle d'interprétation réciproque.

De son côté Claude Noisette de Crauzat, étudiant les reliefs de l'hôtel d'Escoville (Caen) ou les médaillons du manoir des Gens d'Armes, en précise les allusions mythologiques et bibliques. Montrant avec raison que la référence de ces figures visuelles est textuelle, il parle fort justement « d'iconographie littéraire ». L'accentuation de la matière verbale (devises, inscriptions qui sont autant de citations du livre) lui permet de conclure à une transformation de l'habitation, qui se donne à lire autant qu'à voir et s'approprie ce que possédait l'Église. Dans le même esprit que le Victor Hugo de Notre-Dame de Paris (« Le livre architectural n'appartient plus au sacerdoce, à la religion, à Rome ; il est à l'imagination, à la poésie, au peuple ») il associe l'architecture de la Renaissance et la diffusion du livre et y voit l'assurance d'une « nouvelle liberté » pour le profane.

Est-ce réduire les calligrammes que de les aborder dans une optique iconographique ? Dominique Bastard rappelle que cette forme d'écriture « face à l'abstraction de l'alphabet latin » a « eu du mal à s'imposer dans notre civilisation européenne ». Cependant, étudiant ensemble le discours, le rythme des vers et la figure dans les cinq calligrammes de Robert Angot de l'Êpéronnière, il privilégie le sens de la figure (« le bercail des formes » selon Jérôme Peignot) et conclut à une pratique « ludique » chez ce prédécesseur lointain d'Apollinaire.

La prise en considération des lois de la figuration visuelle permet à Odile Biyidi de montrer que, nourri du même texte biblique que la pièce de Racine, Athalie, un


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tableau d'Antoine Coypel, faisant la synthèse de moments antithétiques de la tragédie, éclaire admirablement la structure de cette dernière. Il pourra donc servir ultérieurement de modèle à la mise en scène du texte racinien.

L'intérêt de l'étude d'Alain Niderst concernant le Don Quichotte du peintre Natoire XVIIIe siècle) réside dans le fait que, à la confrontation des tableaux de la tradition (Véronèse, les Carrache, Poussin, Le Brun) dont se nourrit la peinture de Natoire, il allie la confrontation des « manières ». Ainsi transparaît l'humour du peintre qui, démythifiant la peinture académique, sut retrouver l'esprit même du roman de Cervantes. Dans ce type d'approche l'analyse stylistique complète l'analyse iconographique, comme le souhaitait L. Réau, et redonne à la peinture sa dimension d'acte. Le « faire » n'y est plus mis à l'écart au profit du « représenté ».

Ce n'est pas une mince question que celle qu'on pourrait nommer « l'iconographie invisible » mais si insistante et quasi incorporée dans le roman français du XIXe siècle. Guy Nondier soulève là un problème de culture et de lecture qu'il fait retentir jusqu'à nous, bénéficiaires au XXe siècle du « Musée imaginaire ».

Pour la période tout à fait contemporaine, évoquons enfin l'article excitant d'A.M. Bassy : « Enquête en jaquettes ». A ses nombreuses et toujours rigoureuses études sur l'illustration du livre il ajoute ici un propos sur « quelques couvertures de romans policiers contemporains ». On y voit que par le double jeu de l'implication-désimplication du lecteur, de telles couvertures ne permettent pas le cheminement d'une signification. L'image désarticulée sollicite mais n'informe pas. L'illustrateur de la jaquette du livre d'espionnage ou policier est passé, c'est la loi du genre, de la pratique iconographique à une pratique que nous pourrions nommer « iconotomique ».

Pour conclure sur ces quelques exemples, on redira l'intérêt de l'enquête iconographique quand elle ne se trouve pas - comme c'est le cas ici - séparée d'une réflexion sur la situation culturelle qui a présidé à la figuration.

NICOLE BOULESTREAU.

DANIEL MADELÉNAT, La Biographie. P.U.F., Coll. «Littératures modernes», 1984. Un vol. 13,5 x 21 de 222p.

L'ouvrage de Daniel Madelénat paraît en même temps que d'autres travaux sur la biographie, comme par exemple deux numéros de la Revue des Sciences humaines (printemps 1984) ou Les Récits de vie par J. Poirier, S. ClapierValladon, P. Raybaut (P.U.F., Coll. «Le sociologue», 1983), preuves qu'un champ de recherches s'ouvre et devient soudain actuel. Après plusieurs années dé réflexion sur l'autobiographie (avec entre autres les ouvrages de Philippe Lejeune), il semble que ce domaine s'élargisse maintenant à un espace biographique. Fidèle à l'esprit de sa discipline (il est professeur de littérature générale et comparée), l'auteur ne limite pas son enquête à une aire ou une période particulières. De même, il souhaite que sa « démarche d'un amateur critique » échappe « au dogmatisme du traité et au dilettantisme de l'essai pour être une critique modeste et constructive de la raison biographique » (p. 12). Ce programme mesuré dans son ambition, est tout à fait approprié à la présentation d'un genre littéraire immense, difficile à définir et très peu étudié jusqu'à présent

Dans son Pacte autobiographique (1975, p. 198), P. Lejeune proposait comme définition de la biographie : « Le récit de la vie de quelqu'un qui a existé, fait par un narrateur qui se pose en historien ». Daniel Madelénat retient lui aussi comme critère l'aspect référentiel et centré sur un personnage : « Récit écrit ou oral, en


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prose, qu'un narrateur fait de la vie d'un personnage historique (en mettant

l'accent sur la singularité d'une existence individuelle et la continuité d'une

personnalité) » (p. 20). Après avoir indiqué les hésitations du genre entre

l'érudition et la vulgarisation, entre le document et la fiction, l'auteur fait un

panorama historique des « mutations qualitatives » de la biographie. Le

« paradigme classique » jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, est caractérisé par la

sérialisation et son « carcan générique », que ce soit dans les éloges ou les vies de

saints. Dans le paradigme romantique s'impose le goût anglais des valeurs

domestiques, et le modèle s'individualise. Avec le paradigme moderne s'accomplit

la fragmentation, du genre sous l'influence et le choc des sciences humaines. Sont

évoqués ensuite des problèmes plus épistémologiques sur la « connaissance

biographique », sur cette relation ambivalente entre l'auteur et son sujet, qui peut

être de piété, de ressentiment, d'imitation. Compose-t-on un personnage à force

d'empathie ou avec le secours de la caractérologie, de la psychologie, de la

psychanalyse ? A trop flirter avec la science, déclare l'auteur, la biographie

risquerait de perdre son charmé et son âme (p. 102). Qu'est-ce qu'un individu ?

Quels liens entretient-il avec son époque ? Autant de questions dont les réponses

sont infiniment variables, pour le biographe qui doit opérer des choix dans le

montage et l'organisation des matériaux. D'où l'extraordinaire « mutabilité »

éclectique de la biographie épuisant à mesure les systèmes et les perspectives

nouvelles. Daniel Madelénat inventorie la gamme des solutions offertes pour le

récit biographique : problèmes du point de vue, de la périodisation, de la

chronologie. « Écartelé entre l'interventionnisme et la soumission », entre le

montage et l'illusion du panorama linéaire, entre la distance critique et

l'identification, le narrateur hésite mais est fatalement contraint de faire d'Une vie

un système. Qu'il opte pour la « fluidité du roman » ou la « discontinuité de

l'essai » (p. 177), il doit s'accommoder du jeu et de l'aléatoire biographiques, et ne

saurait jamais atteindre qu'une « version plausible » des faits, selon l'expression de

Lucien Febvre à propos de son Martin Luther.

A première lecture, on pourrait critiquer ce survol pointilliste, parfois répétitif,

qui procède par accumulation, L'auteur semble s'abriter derrière les notions

approximatives de ceux qui l'ont précédé, comme André Maurois ou P. M.

Kendall, plutôt que de proposer lui-même des catégorisations claires, de même

qu'il ne traite pas véritablement certains aspects qui s'imposent, comme le débat

sur la biographie chez les historiens ou dans la période structuraliste des vingt

dernières années. Ce serait lui faire un bien mauvais procès, car il a su très

exactement choisir un style critique et une approche de son sujet qui lui ont

permis, en seulement un peu plus de deux cents pages, de fournir une masse

d'informations et de perspectives extrêmement riches et stimulantes (avec une très

utile bibliographie sélective), par quoi cet ouvrage est un guide et un répertoire

absolument nécessaire pour initier le lecteur au domaine si foisonnant et

passionnant de la biographie.

JEAN-CLAUDE BONNET.

Les Correspondances, Actes du Colloque International : « Les Correspondances ». Publication de l'Université de Nantes, novembre 1983. Un vol. 16,5 x 24 de 474 p.

C'est le « genre » (épistolaire) qui est avant tout convoqué comme tel, d'où ce sous-titre qui comporte d'ailleurs un déplacement notable : « Problématique et économie d'un «genre littéraire»». A défaut de fixer une fois pour toutes les contours stricts d'une telle problématique (ce qui n'est pas forcément un mal et n'était sans doute pas exactement la visée de ce colloque), la plupart des


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interventions se sont bien chargées de montrer qu'il s'agit en tout cas d'un genre fort problématique. Nombre d'entre elles proposent en effet des éléments de définition du « genre épistolaire » et si les voies empruntées pour y parvenir sont différentes, l'horizon des préoccupations reste cependant le même : « Toute correspondance [...] obéit à des règles de fonctionnement interne d'où [...] devrait se définir le genre » suggère par exemple S, Lecointre (p. 195). Au-delà, la question de l'écart radical ou de la possible assimilation entre « genre épistolaire » et « genre littéraire » restera ouverte et constamment relancée au fil des diverses interventions : « la question se pose avec acuité de la « littérarité » d'une correspondance » (p. 196). En outre, une utilisation très large et souple des différents textes épistolaires examinés a pu contribuer à rendre ce problème plus complexe encore. En effet, alors que certains participants ont volontairement traité sur un même plan correspondances fictives et correspondances réelles pour dégager les « lois » du genre (ainsi J. Brengues qui étudie « la correspondance amoureuse et le sacré » et pour qui : « « vraies ou inventées » - réalité ou fiction - les lettres d'amour sont toutes pareilles », p. 71), d'autres ont au contraire proposé une analyse serrée de leurs différences afin de dégager la spécificité du genre purement et vraiment épistolaire par rapport à celle du genre littéraire : « Il nous semble cependant possible de distinguer structuralement non seulement la vraie lettre de la lettre fictive, mais aussi la correspondance du roman par lettres » (p. 165 ; dans cet exposé, K. Wingard montre justement à propos de Sand les différences et les rapports qui se nouent entre trois strates distinctes de l'épistolaire : les « vraies » lettres privées, les Lettres d'un voyageur destinées à la publication et le roman par lettres, Jacques en l'occurrence). Citons enfin le titre de ce colloque dans son intégralité : « Écrire, publier, lire Les Correspondances ». On pourrait même ajouter « mettre en scène » pour saluer la participation à ces journées de D. Dupont venu parler d'un travail théâtral effectué « d'après la Correspondance de Heinrich von Kleist ». Autrement dit, c'est l'approche même du matériau épistolaire qui se veut plurielle. Il ne s'agit pas seulement de considérer le texte comme un écrit (même si c'est là, bien sûr, l'approche dominante) ; il faut également ne pas oublier que c'est un texte écrit à : d'où des propositions d'analyse sur l'épistolaire comme échange, sur une dimension d'extériorité pour ainsi dire interne à ces textes qui se constituent dans et par de constants envois et renvois, écritures et lectures de lettres. De plus, s'il est adressé à un destinataire unique, précis et privé, ce type de texte n'est pas a priori destiné à « notre » lecture, anonyme et publique : d'où des interrogations sur notre droit à la lecture, sur l'engouement actuel pour de tels écrits qui sont de plus en plus largement publiés et sur les problèmes de l'édition (mentionnons à ce propos l'intervention de M. de Saint-Laurent venue présenter son édition d'une correspondance tirée d'archives familiales).

A tous égards, ce colloque se caractérise par son foisonnement et sa multiplicité. Cette multiplicité concerne tout d'abord le corpus épistolaire qui a été étudié. Ainsi, roman par lettres et/ou correspondances authentiques, via diverses formes intermédiaires : tous les cas de figure ont été envisagés. Grande diversité, d'autre part, quant aux épistoliers : des écrivains surtout (on s'est beaucoup intéressé à G. Sand mais on a également parlé de Kafka, Balzac, Montaigne, Mérimée, Sade, Flaubert, etc.), un « théoricien » (Freud), des artistes situés hors du champ de la littérature (Delacroix ou Tchaikowski par exemple), enfin des épistoliers non plus individuels mais considérés comme formant un groupe épistolaire significatif (« correspondances diplomatiques », « correspondances intimes de la noblesse française » entre 1700 et 1850). Signalons aussi que les limites mêmes à assigner au corpus ont fait l'objet de diverses mises en question : comparaison de la lettre et de l'article critique (A. Pages),


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interrogations récurrentes sur la spécificité de la parole épistolaire par rapport à celle de la conversation « en présence » ou même téléphonique - jusqu'à l'examen d'une « lettre en vidéo ». Une seule conférence a été consacrée au problème de la possibilité d'attribuer au genre un acte de naissance : P. Dumonceaux s'est intéressé aux «origines de la lettre intime et du genre épistolaire». Et dans beaucoup de cas, on appliquait au « genre » une problématique bien plus qu'on ne cherchait à dégager une « problématique du genre ». M. Bossis a tout de même souligné que « La correspondance est à étudier comme zone frontière entre l'individuel et le socio-historique et non plus comme « document intime véridique » » (p. 232).

Ce colloque se voulait fondamentalement « interdisciplinaire » : on a fait appel à l'analyse structurale, à la psychologie, à la psychanalyse (très largement représentée et utilisée de façons et à des fins de démonstration variées), à la sociologie, à l'histoire. Le champ d'application des lectures proposées est très souple : depuis des propositions de traits pertinents pour toute correspondance jusqu'à une sorte de focalisation pointilliste qui vise par exemple à dépister et à décrypter un fantasme particulier de Pépistolier étudié, ainsi A. Clancier et A. Fonyi pour Mérimée et J.-J. Spector pour Delacroix. Une idée-force semble malgré tout s'être dégagée sous cette diversité des approches, celle de considérer la lettre d'amour comme la lettre par excellence.

Certains participants ont cherché à forger un discours critique à partir strictement du corpus qu'ils examinaient et non pas à l'aborder à travers une grille préconçue et apportée de l'extérieur. Ainsi J.-L. Cornille qui épouse et tisse un parcours entre les espaces épistolaire et romanesque balzaciens ; J. Delabroy qui propose de lire la correspondance Flaubert-Sand comme un « échange « philosophant », sinon philosophique » (p. 400), comme « une pratique philosophique au . quotidien » et « en essai » (p. 375 et 391).

En fin de compte, le problème que ce colloque a traité le plus en profondeur est sans doute celui relatif à la lettre d'écrivain. En fait, il s'agit peut-être moins de dégager en quoi la correspondance est un texte littéraire (un genre porteur d'une certaine « littérarité ») que de chercher à comprendre et à montrer comment, dans le cas de l'écrivain, elle est bien le texte d'une littérature.

AMÉLIE SCHWEIGER.

Théorie der Metaphor (publié par ANSELM HAVERKAMP). Wege der Forschung, vol. 389. Wissertschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 1983. Un vol. 12,5 x 19,5 de 502 p., avec bibliographie et index des noms cités.

Cet excellent petit livre répond bien au titre de la collection dans laquelle il paraît : il suit les voies de cent ans de recherches contemporaines sur la métaphore. La bibliographie critique va de 1873 à 1981, dans les domaines allemand, français, anglo-américain et russe. Il est composé des articles les plus représentatifs consacrés à la théorie de la métaphore.

Ces études débutent par la critique de la rhétorique (Richards, « The Philosophy of Rhetoric », 1936), se développent en trois grandes parties. Le « paradigme » linguistique : Sémantique de la métaphore, groupe cinq articles de Black (1954), Henle (1958), Wheelwright (1960), Beardsley (1962) et Aldrich (1968). Le «paradigme» structuraliste: Sémiotique de la métaphore, réunit Jakobson (1956), Lacan (1957), Sojcher (1969), Genette (1970) et Ruwet (1975). Le « paradigme » herméneutique : Herméneutique de la métaphore compte quatre

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articles de Blumenberg (1960), Weinrich (1963), Lieb (1967) et Paul Ricoeur (1972). Une dernière partie, Transitions et Perspectives, après un second article de Black (1977), conduit à une « Épistémologie de la métaphore » (1978) et à « Perspectives sur une théorie de l'inconcevable » (1979), respectivement de Paul de Man et de Hans Blumenberg.

Introduction à la théorie de la métaphore, de A. Haverkamp (p. 1-27), relie par un discours cohérent et précis (malgré l'approximation qu'impose inévitablement la traduction délicate des mots désignant les concepts) tous ces apports, référés en notes, sur une des questions les plus difficiles et les plus importantes qui se pose à la pensée : celle de sa formulation et de la connaissance qu'elle prend d'elle-même dans son acte.

Quiconque pratique ou critique le langage littéraire ne peut se dispenser de suivre cet itinéraire passionnant vers la position, en notre temps, des problèmes de la recherche du sens. Cette lecture raconte l'aventure, désormais internationale, de l'esprit aux limites de sa puissance et de ses moyens.

D. MOUTOTE.


IN MEMORIAM

René Jasinski (1898-1985)

René Jasinski est mort à Cambridge (Massachusetts), le 16 mars 1985. Il était né à Montcy-Saint-Pierre, près de Charleyille, le 28 juillet 1898. Son grand-père paternel patriote polonais, héros de la résistance à l'oppression russe, s'était, en 1848, réfugié en France, à Boulogne-sur-Mer, et s'y était établi opticien. Le fils de cet exilé, Max-Emmanuel Jasinski, docteur ès lettres (Histoire du sonnet en France et De re meretrica in Vergilianis Bucolicis), fut d'abord professeur agrégé dans différents lycées de province, puis inspecteur d'académie. Il avait épousé une Française de vieille souche lorraine, Marguerite Daltrophe, et il était professeur au Lycée Chanzy, de Charleville, quand naquirent leurs.deux enfants, Cécile, puis René;

René Jasinski, licencié ès lettres à dix-huit ans, s'engage en 1917. Dès la fin de la guerre; il reprend la préparation au concours de l'École normale supérieure^ où il est admis en 1919, dans la « promotion spéciale des mobilisés ». Il est reçu à l'agrégation en 1922, entre à la Fondation Thiers et soutient en 1929 ses thèses de doctorat (Les Années romantiques de Théophile Gautier - L'« EspaHa » de Théophile Gautier, édition critique). Professeur à la Faculté des Lettres de l'Université de Lille de 1929 à 1942, mobilisé à nouveau en 1939-1940, il est élu àlaSorbonne en 1942, y enseigne jusqu'en 1953. C'est l'année où il épouse MIIe Béatrice Watson dont nos lecteurs connaissent l'oeuvre scientifique '. Il est alors appelé à Harvard, où il achèvera sa carrière (1953-1965).

Mais l'année de sa retraite ne marque pas le terme de son activité. Bien au contraire. Son oeuvre s'étend sur soixante années. Dès le temps de la Fondation Thiers, il avait publié le Journal intime d'Antoine Fontaney (1925) et Une amitié amoureuse, Marie Nodier et Fontaney (1926). Au moment de mourir, il venait de corriger les épreuves de son dernier livre : Autour de J'Esther raciniennei

Ces titres marquent l'étendue du champ où René Jasinski a conduit ses recherches, A trente ans, il est un jeune maître des études romantiques, abordées par le salon de Nodier à l'Arsenal et par la bohème du Doyenné. Il s'efforce, à partir d'une documentation surtout puisée dans la collection Lovenjoul, de nuancer les jugements hâtifs et de rectifier les légendes. Ce sera l'ambition de toute sa vie : retrouver, sous les préjugés et les ignorances, l'authenticité des oeuvres et des hommes. C'est déjà le mérite de sa thèse, construite selon sa propre expression « dans un domaine à peu près entièrement neuf», où il lui faut « faire hécatombe de légendes ». Ce livre n'a pas vieilli. Il a dégagé Gautier de l'imagerie banale, où

1. Voir, entre autres numéros de là Revue d'Histoire littéraire de la France 1982-4 ; 1983-5-6; 1984-6.


1092 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

il s'était laissé enfermer. Il demeure la base de notre connaissance du poète, caractérisé, contrairement aux idées reçues, par une intelligence aiguë, une sensibilité délicate, la profondeur d'une inspiration injustement méconnue. Les Années romantiques sont, en un certain sens, une réhabilitation, recourant à une érudition, à une finesse, dont l'auteur a donné la preuve dans ses éditions : outre Espana, les Poésies complètes (Firmin-Didot, 1932 et Nizet, 1970), et, plus tard, Les Jeune-France (Flammarion, 1974).

En 1932, René Jasinski conçoit le projet de tracer seul, en deux volumes, un vaste tableau d'ensemble de la littérature française : « Je suis sans doute, écrira-til, le dernier qui ait risqué l'aventure. » L'ouvrage, visant à dégager le mouvement des idées, les influences, les affinités, les divergences, obéit à un principe d'exposition dont on ne pouvait imaginer qu'au mépris de toute pédagogie il serait un jour contesté : le respect de la chronologie. En grande partie rédigée à la veille de la guerre, cette Histoire de la littérature française ne paraîtra qu'en 1947 (Boivin). Elle est rééditée en 1965 (Nizet), augmentée de quelques pages que l'auteur a demandées à son collègue Robert Bossuat ainsi qu'à ses anciens élèves, René Fromilhague, René Pomeau et le signataire de ces lignes. René Jasinski est déjà engagé à cette époque dans la composition de ses grands livres consacrés à la littérature classique : Molière et« Le Misanthrope » (Colin, 1951 et Nizet, 1963), Vers le vrai Racine (Colin, 1958), La Fontaine et le premier recueil des «Fables s (Nizet, 1965), Molière (Hatier, 1969), Deux accès à La Bruyère (Minard, 1971), A travers le XVIIe siècle (Nizet, 1981). Ici encore, il est guidé par le souci scrupuleux de restituer aux textes toute la signification qu'ils pouvaient présenter à leurs premiers lecteurs. Souci de philologue, averti d'un état de la langue qui nous tend les pièges de multiples contresens. Souci d'historien aussi, nourri d'une connaissance exceptionnelle de toutes les manifestations de la littérature du temps. L'entreprise est parfaitement - et modestement - définie à la première page d'A travers le XVIIe siècle : « Nos recherches s'orientent en des sens variés. Mais toutes procèdent du même esprit A la lumière des circonstances qui ont plus ou moins suscité les grandes oeuvres, dans l'ambiance autant qu'il se peut retrouvée où elles ont été conçues, élaborées, souvent infléchies, nous nous efforçons d'en pénétrer plus intimement les complexités. Nous n'avons pas craint les conjectures. Mais ne fallait-il pas entrer dans les voies où nous étions conduit par une littérature qui fait si large part à l'allégorie ? Chercher comment se synthétisent et se transcendent les divers ordres de vérité en des textes inépuisables n'allait pas sans péril : même si l'on ne nous suit pas sans réticences, puissions-nous du moins faire mieux ressortir quelques-unes de leurs multiples richesses, inséparables de leur beauté. »

René Jasinski a assumé de nombreuses responsabilités : à la Revue d'histoire de la philosophie et d'Histoire générale de la civilisation, de Lille ; à la Revue d'Histoire littéraire de la France.

Après Paul Hazard, il a dirigé la collection Le Livre de l'étudiant, devenue ensuite Connaissance des lettres. Ceux qu'il a invités à y publier un volume n'ont pas oublié l'efficacité de ses conseils. Il faut avoir eu la chance d'être préparé par lui à l'agrégation, dirigé dans les recherches d'une thèse de doctorat, pour savoir avec quelle fermeté et quel dévouement il exerçait notre métier. Pour beaucoup d'entre nous, ce maître restera un modèle de science et de conscience. Et plusieurs se rappellent, dans les regrets qu'il nous laisse, que ce noble esprit était aussi un ami loyal et sûr, sensible à la fidélité de ses étudiants, attentif à leurs travaux. Par la voix de la Revue d'Histoire littéraire de la France, ils saluent sa mémoire et s'inclinent respectueusement devant le deuil de Mme Béatrice Jasinski.

JACQUES ROBICHEZ.


INFORMATIONS

- A l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la mort de Louis-Ferdinand Céline, la Société des Études céliniennes organisera à Paris dans la deuxième quinzaine du mois de juin 1986 un colloque international sur le thème : « Céline en 1986 ». Toute personne intéressée ou désireuse de proposer une communication est priée d'écrire au secrétariat de la Société : 5, rue Sébastien-Bottin, 75007 Paris.

- La Faculté des Lettres de l'Université libre d'Amsterdam, le Musée d'Art contemporain d'Utrecht et la revue Word & Image organisent un congrès international sur: «Texte et image», à l'Université libre d'Amsterdam, du 21 au 25 avril 1987. Les propositions de communications sont à adresser à : M. A. Kibédi Varga, Département de Français, Vrije Universiteit, Amsterdam, Pays-Bas.


CORRESPONDANCE

OU P. MARIN MERSENNE

religieux minime

tome XV - 1647

Cornelis de WAARD, Armand BEAULIEU

© informations les plus variées sur tous les aspects de l'histoire scientifique, religieuse, politique, sociale et philosophique de l'époque o année de publication du tomus III, conclusion des Cogitata présentation des lettres par ordre chronologique.

18 x 23, 696 p., broché 490 F

4 pl. fig. ou phot. h.t. I.S.B.N. : 2-222-03175-3


BIBLIOGRAPHIE

Dans ce numéro, sauf indication contraire, les ouvrages et articles ont été publiés en 1984.

Les livres sont distingués des articles par un astérisque; la pagination des articles est toujours indiquée.

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RESUMES

L'épopée du Fonds Vandeul

Cette conférence évoque le destin tumultueux de la collection de manuscrits autographes de Diderot et copies de ses oeuvres restée, à sa mort, propriété de sa fille Mme de Vandeul, puis longtemps gardée secrète par les héritiers et propriétaires successifs de ces papiers. Sont narrés ici les épisodes successifs des apparitions et disparitions de cette collection, le désintérêt des descendants directs de Diderot au XIXe siècle, l'exploitation au début du XXe siècle par Pierre Gautier, Pierre Hermand, André Babelon, Jean Thomas, enfin les propres recherches de l'auteur de cette conférence, et les difficultés multiples auxquelles elles se sont heurtées avant la découverte finale de ce qui reste de cette collection, dans un château de Normandie, et l'inventaire précis qui en a été établi de 1948 à 1951.

(Diderot, manuscrits). pour HERBERT DIECKMANN

(La Rédaction)

Histoire et théâtre chez Isabelle de Charrière

Intensément attentive aux événements, Isabelle de Charrière leur donne souvent une traduction littéraire : pamphlets, romans, vers reflètent souvent ses préoccupations face à la guerre civile en Hollande (1787), à la Révolution de 1789, à la Terreur, à la campagne des Coalisés. Son théâtre, peu connu, participe de ce mouvement, particulièrement avec les pièces écrites à partir de 1793. L'Auteur embarrassé, La Parfaite Liberté se situent dans la France révolutionnaire. L'Émigré, L'Inconsolable, François, Marianne d'Erbac, Les Modernes Caquets parcourent la galerie de l'Émigration. Ce sont, en fait, les deux faces d'un seul et même événement En jugeant souvent avec finesse et non sans ironie, Isabelle de Charrière affiche ses préférences et ses mépris. Son théâtre est celui d'une exceptionnelle conjoncture entre événements et personnalité. L'Histoire devient prétexté, terrain d'essais, le Théâtre se mue en leçon personnelle, en espoir humain et fraternel.

JEROOM VERCRUYSSE.

(Charrière (I. de), théâtre).


1144 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

« Gamian! »

poème erotique et funèbre

d'Alfred de Musset ?

Une tradition constante, mais refusée par ceux qui n'admettent pas qu'un grand

écrivain puisse se complaire dans l'obscénité, attribue à Alfred de Musset le récit

très libre de Gamiani ou deux nuits d'excès (1833). La lecture de ce texte révèle de

remarquables convergences avec le tempérament du poète ainsi qu'avec

l'inspiration de son oeuvre avouée : une sexualité à la fois exaspérée et perturbée

aboutissant à une conception tragique de l' amour, une pitié attendrie et inquiète

pour la fragilité de la jeune fille et surtout une prose à la fois réaliste et poétique,

riche en élans lyriques et semée de nombreux vers blancs, proche en définitive de

celle des premières comédies.

„ ... . . SIMON JEUNE.

(Musset, Gamiani, littérature erotique).

« Les Chats » de Baudelaire : une nouvelle lecture

Depuis vingt-trois ans, la critique structuraliste et sémiotique érige en chefd'oeuvre et en énigme « Les Chats », poème narquois de la jeunesse de Baudelaire ; mais on n'en est pas plus sûr de connaître le sens que ce sonnet eut pour Baudelaire lui-même. Guidé par une influence possible, signalée par Jean Pommier en 1945 - celle d'Hoffmann et du Chat Murr - celui qui étudie naïvement l'histoire littéraire en se reportant à des textes contemporains et à d'autres écrits de Baudelaire, débrouillera un mystère assez banal : avec une « hypocrisie charmante », Baudelaire dessine la caricature admirative et railleuse de poètes établis et respectables.

(Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Les Chats »). '

Mauriac, sourcier tragique de l'enfance dans le « Bloc-Notes »

Parler de Mauriac, poète de l'enfance et donc du passé dans le Bloc-Notes, pourra surprendre dans une oeuvre tournée, par sa nature et son objet mêmes, vers le présent Mais Mauriac journaliste sait aussi, autobiographe, jouer du contrepoint Au-delà du Mauriac frileusement replié sur son enfance, il faut voir le créateur du mythe de l'enfance perdue et retrouvée. Ainsi s'impose, à travers une quête du paradis perdu, l'image d'un Mauriac romantique. Remonter jusqu'à la source de son être n'est pas alors sans provoquer en lui l'inéluctable douleur du retour : la nostalgie. Dès lors, rien d'étonnant que Mauriac utilise, pour parler de son enfance, un langage qui soit celui de l'absence de bonheur avant d'être celui de la recréation du bonheur. Ainsi se déroule, sur fond tragique, un temps du vide, du « gouffre ». Mais cette quête de la source mène aussi l'autobiographe à un ressourcement de l'être. La quête peut alors devenir conquête et même reconquête de soi.

BERNARD CHOCHON. (Mauriac, Bloc-Notes, autobiographie, enfance).


TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LA QUATRE-VINGT-CINQUffiME ANNÉE

DELA

REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

Articles

BAGULEY (D.), « Germinal », une moisson de texte 389

BAILBÉ (J.-M.), « Polyeucte », de Donizetti à Gounod ..............; 799

BECKER (C), « Le siècle prochain garde son secret »... Temps de l'histoire

et temps du mythe dans « Germinal » 464

CAZENOBE (C), De Lenclos à Laclos : une étape vers « Les Liaisons

dangereuses »■■..-.. ^ 217

CHEVREL (Y.), De «Germinal» aux «Tisserands»: Histoire, mythe,

littérature ...,,,... 447

CHOCHON (B.), Mauriac, sourcier tragique de l'enfance dans le « BlocNotes» 1011

COULET (H.), Le style imitatif dans le roman épistolaire français des

siècles classiques . 3

DEFAUX (G.), D'un problème l'autre : herméneutique de l'« altior sensus »

et « captatio léctoris » dans le Prologue de « Gargantua » ..<>....,. 195 DEZALAY (A.), Lecture du génie, génie de la lecture: « Germinal » et

« Les Misérables » ^ ..... 435

DIECKMANN (H.), L'épopée du Fonds Vandeul 963

FORESTIER (G.), Une dramaturgie de la gageure . 811

GOBLOT (J.-J.), Un « mystérieux rédacteur » du « Globe » : Marcelin

Desloges 234

HussoN (CL.), Adolescence et création littéraire chez Alain-Fournier ... 637

JARRETY (M.), Liberté de l'Homme qui Rit 41

JAUGIN (E.), « La Nouvelle Fabrique » refabriquée, ou : Les avatars d'un

recueil de facéties du XVIe siècle 579

JEUNE (S.), « Gamiani » poème erotique et funèbre d'Alfred de Musset ? 988

LAFORGE (FR.), « Salammbô » : les mythes et la révolution 26

LEAL (R. B.), Aspects du moi dans la fiction de Drieu la Rochelle ..... 248

MAREL (H.), Onomastique et création dans « Germinal » 401

MERVAUD (CHR .), « Jeannot et Colin » : illustration et subversion du conte

moral 596

MITTERAND (H.), Le roman et ses «territoires»: l'espace privé dans

« Germinal » • • • 412

MORISOT (J.-CL.), Hugo et la Révolution américaine 621

NIDERST (A.), L'année Corneille 820

OUVRARD (P.), A propos de « Germinal » (1885) : Zola et le « socialisme

catholique » 427

PHOLIEN (G.), « Adolphe » et son public 18

POMEAU (R.), Avant-propos du numéro spécial « Zola » 387

ROBB (GR . M.)* « Les Chats » de Baudelaire : une nouvelle lecture .. \., 1002

TRIBOULET (R.), Corneille et l'aspiration au martyre ................ 771

VERCRUYSSE (J.), Histoire et théâtre chez Isabelle de Charrière ........ 978

WHITAKER (M.-J.), « L'Illusion comique » ou l'école des pères 785


1146 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

Notes et Documents

ADAM (M.), Katherine Philips, traductrice du théâtre de Pierre Corneille 841

DÉJEUX (J.), Le Grand Prix littéraire de l'Algérie (1921-1961) 60

DELAPORTE (J.), Corneille aux champs 831

GRANDEROUTE (R.), Montesquieu à travers la presse bordelaise de la

seconde moitié du XVIIIe siècle 1027

GRIFFITHS (D. A.), Alfred de Vigny et Constantin Pecqueur : affinités

intellectuelles à propos de « La Maison du Berger » 1044

HAMBLY (P. S.), Notes sur un sonnet de Mallarmé : « Mes bouquins

refermés » , 1050

HOFFMANN (L.-FR.), Lamartine, Michelet et les Haïtiens 669

PICHOIS (CL.), Nouvelles hypothèses sur l'origine du titre « Les Filles

du Feu » 675

PLAISANCE (D.), Corbinelli traducteur et l'Académie d'Arles 266

PLUSQUELLEC (C.), Qui était Catherine Bernard ? 667

ROSA (G.) et DEBRAY -GENETTE (R.), Problèmes de l'édition critique des

manuscrits : Hugo, Flaubert 275

SCHWARZBACH (B. E.), Sur l'attribution de deux textes « clandestins » à

Jean Lévesque de Burigny , 54

Comptes rendus

Actes de la journée d'étude du 10 mai 1980 : « L'Emblème à la Renaissance » (CH. LAUVERGNAT-GAGNIERE) 854

Actes du colloque de la Sorbonne, novembre 1981 -.«Patrice de La Tour

du Pin » (G. CESBRON) 895

Actes du colloque du bicentenaire de la naissance de Stendhal, Grenoble, janvier 1983 : «Stendhal: l'écrivain, la société et le pouvoir» (L. LE GUILLOU) 883

Actes du colloque international de Genève, 1978 : « Cinq siècles d'imprimerie genevoise » (J.-L. GAUTIER) 333

Actes du colloque international de Montpellier, 1982 : " Théophile

Gautier, l'art et l'artiste » (H. P. LUND) 312

Actes du colloque international de Nantes, 1983 : «Les Correspondances»

(A. SCHWEIGER) 1087

Actes du colloque « Lamennais », 1982 (J. GAULMIER) 494

Actes du colloque «Louise Michel», Marseille, juin 1980 (ST. MICHAUD) 1076

Actes du colloque de Manchester : « Flaubert - la dimension du texte »

(J. BEM) 688

Actes du colloque de Milan, juin 1980 : «Il romanzo in discussione »

(Ê. SMYTH) 699

Actes du colloque d'Orléans, 1981 : «Les écrivains et l'Affaire Dreyfus »

(C. BECKER) 515

Actes du colloque de Tihany, octobre 1977 : «Objets et méthodes de

l'histoire de la culture » (É. MARTONYI-HORVATH) 700

Actes du congrès de Bordeaux, juin 1980 : «Montaigne et les Essais

(1580-1980) » (J. BAILBÉ) 73

Actes du quinzième congrès international stendhalien, Mayence, 1982 :

« Stendhal et le romantisme » (L. LE GUILLOU) 881

Album Voltaire, comm. p. J. VAN DEN HEUVEL (CHR. MERVAUD) 487

ANDREWS (W.), Voltaire (U. VAN RUNSET) 300

ANTOINE (G.), Vis-à-vis ou le double regard critique 135

ARDOUIN (P.), Maurice Scève, Remette du Guillet, Louise Labé. L'amour à Lyon au temps de la Renaissance (D. GABE COLEMAN) 678

Ariane, n° 2 (G. CESBRON) 1082

Atti del X Convegno della Société Universitaria, Bari, 1981 -.«Letteratura popolare di espressione francese dall' «Ancien Régime» ail' Ottocento » ; « Roland Barthes e il suo metodo critico » (J. GEFFRIAUD - ROSSO) 891


TABLE DES MATIÈRES 1147

ÀVIGDOR (E.), Coquettes et Précieuses : textes inédits (Z. YOUSSEF) .... 93 BALESTRAZZI (A. M.), Jules Renard. Il mito personale e l'avventura letteraria

letteraria AUTRAND) 894

BALZAC, Annette et le criminel, éd A. LORANT (CH. MASSOL-BEDOIN) 307

BANGE (E.),An den Grenzen der Sprache (G. ERNST) 900

BANNISTER (M.), The French Heroic Novel, 1630-1660 (J.-P. COLLINET) 681 BARDLEY (A.), Barr-Adjam. Souvenirs d'Afrique Orientale, 1880-1887

(J. ONIMUS) 323

BARNWELL (H. T.), The Tragic Drama of Corneille and Racine

(L.PICCIOLA) 90

BARRÈRE (J.-B.), Victor Hugo. L'homme et l'oeuvre (M.-FR. GUYARD) 1075

BARTLED (F.),Albert Camus ou le mythe et le mime (G. CESBRON) 132

BECKER (C.), Emile Zola : « Germinal » (Y. CHEVREL ) 510

BELL (S.M.), Nathalie Sarraute : a bibliography (E. SMYTH) 520

BENREKASSA (G.), La Politique et sa mémoire : le politique et l'historique

dans la pensée des Lumières (M. WADDICOR) 300

BERGEZ (D.), Éluard ou le rayonnement de l'être (M.-CL. DUMAS) ..... 697

BERNHEIMER (CH.), Flaubert and Kafka (J. BEM) 893

BERSANI (L.), The Death of Stéphane Mallarmé (L E. JACKSON) ....... 121

BÉZIAU (R.), Les Débuts littéraires de Gobineau à Paris, 1835-1846

(J. BOISSEL) -. 315

BIRKETT (M. E.), Lamartine and the poetics of landscape (C. MÉNAGE) 686 BLANCHE (J.-É.), Nouvelles lettres à André Gide, 1891-1925 (CHR.

ANGELET) 697

BOLSTER (R.), Documents littéraires de l'époque romantique (J.-M. BAILBÉ) 1074 BONNET (H.) et BRUN (B.), Matinée chez la princesse de Guermantes

(E. DEZON-JONES) 127

BOVELLES (CH. DE), Le Livre du Sage, trad. P. MAGNARD (J. CHOMARAT) 1057

BRODEAU (W.), Poésies, éd. H. M. TOMLINSON (E. BALMAS) 289

BRODY (J.), Lectures de Montaigne (FR. LESTRINGANT) 80

BROSSE, Les Songes des hommes esveillez, éd. G. FORESTIER (CH.

MAZOUER) i. 867

BRUNEL (P.), Arthur Rimbaud oul'éclatant désastre (M. MATUCCI) .... 502

BRUNET (É.), Le Vocabulaire de Proust (B. BRUN) 125

BUCHANAN (G.), Tragédies, éd. SHARRATT-WALSH (G. SCHRENCK) 858

BURNS (C. À..), Henry Céard et le Naturalisme (P. COGNY) 115

Cahiers Marcel Proust, 11 : «Proust et la critique anglo-saxonne»

(E. DEZON-JONES) 124

CARRARD (PH.), Malraux ou le récit hybride, essai sur les techniques

narratives dans « L'Espoir » (CHR. MOATTI) 326

CHAMPIGNY (R.), Sartre and drama (M. AUTRAND) ,.. 520

CHAPPUZEAU (S.), Le Cercle des Femmes, L'Académie des Femmes,

éd. J. CROW (R. HORVILLE) 868

CHARRIÈRE (I. DE), OEuvres complètes, IV ; Correspondance, TV ; éd. J.-D.

CANDAUX et al. (M. MAT-HASQUIN) 306

CHÉNIEUX-GENDRON (J.), Le Surréalisme et le roman, 1922-1950 (M.-CL.

DUMAS) 1079

CHEVREL (Y.), Le Naturalisme (R. RIPOLL) 112

CLERICI -BALMAS (N.), Un poète du XVIe siècle : Marc Papillon de

Lasphrise (Y. BELLENGER) 290

Commedie e comicità nel cinquecento francese (R. AULOTTE) ........ 852

COMPAGNON (A.), La Troisième République des lettres. De Flaubert à

Proust (A. ROCHE) . 517

COMPARÛT (A.), Amour et Vérité. Sebon, Vives et Michel de Montaigne

(G. NAKAM) 484

COMTE (A.), Correspondance générale et confessions, éd. P.E. DE BERREDO

CARNEIRO et al., IV et V (A. PETIT) 318

CONESA (G.), Le Dialogue moliéresque, étude stylistique et dramaturgique

(A. BLANC) 486


1148 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

CONLON (P. M.), Le Siècle des Lumières, bibliographie chronologique,

11,1716-1722 (P. JANSEN) 876

CORNEILLE (TH.), Ariane, éd. O. MANDEL (D. A. WATTS) 89

Correspondance littéraire du Président Bouhier, éd. H. DURANTON, III

(P. RÉTAT) 299

CORVIN (M.) et al., Théâtres du XIXe siècle. Scribe, Labiche, DumasSartre (J. EMELINA ) 106

CRUCITTI ULLRICH (FR. E.),Apollo tra le dune. Amicizie belghe di Paul

Valéry (P. JOURDAN ) 324

DEZALAY (A.), L'Opéra des «Rougon-Macquart ». Essai de rythmologie

romanesque (D. BAGULEY) 511

DEZON-JONES (E.),Proust et l'Amérique (J.-Y. TADIÉ) 128

DIDEROT : Lettres à Sophie Volland, préf. J. VARLOOT (S. BAUDIFFIER) 877 Discours viatiques de Paris à Rome et de Naples à Naples et Sicile (CH .

LAUVERGNAT-GAGNIÈRE) 857

DORAT (CL.-J.), Les Malheurs de l'inconstance, préf. A. CLERVAL

(C. BONFILS) 490

DUMAS (A.), Lettres d'Alexandre Dumas à Mélanie Waldor, éd. CL.

SCHOPP (F. BASSAN) 314

EIGELDINGER (M.), Lumières du mythe (L. FORESTIER) 521

Eighteenth Century (The). A Current Bibliography for 1979, éd. P. J.

KORSHIN (L. VERSINI ) 305

Époque (L) symboliste et le mondeproustien à travers la correspondance

de Paul Adam, 1884-1920, éd. J. A. DUNCAN (T. MOYA P. LIMA) 129

Equilibrium of Wit (Thé), essaysfor O. de Mourgues (A. BLANC) 83

ERULI (BR.), Jarry, i mostri dell'immagine (H. BORDILLON) 897

ÉTIEMBLE, Rimbaud, système solaire ou trou noir ? (M. EIGELDINGER) 1075

Études nervaliennes et romantiques, n°s 4 et 5 (G. MALANDAIN) 888

FÉNELON, OEuvres, 11, éd. J. LE BRUN (J. LAFOND) 873

FENOALTEA (D.), « Si haulte Architecture ». The design ofScève's « Délie »

(FR. LECERCLE) 482

Figures féminines et Roman, p. p. J. BESSIÊRE (L. CZYBA) 906

FIORENTINO (F.), Dalla geografia all'autobiografia : viaggiatori francesi

in Levante (E. BALMAS) 302

FITCH (BR. T.), The Narcissistic Text. A reading of Camus' fiction

(D. MOUTOTE) 133

FITCH (BR. T.), Monde à l'envers, texte réversible : la fiction de Georges

Bataille (FR. MARMANDE) 901

FRANCE (P.),Diderot (S. BAUDIFFIER) 877

Franzôsische Literatur im Zeitalter der Aufklärung. Gedachtnisschrift

fur Fritz Schalk (M. DELON) 303

French Review (The), vol. 55 : « Sartre and biography » (G. IDT) 899

FROMENTIN (E.) et BATAILLARD (P.), Étude sur l'« Ahasvérus » d'Edgar

Quinet, éd. WRIGHT -MELLORS (E. KNECHT) 104

GARAVINI (F.), Itinerari a Montaigne (Y. BELLENGER) 1058

GATEAU (J.-CH.), Paul Éluard et la peinture surréaliste (M.-CL. DUMAS) 324

GLEIZE (J.-M.), Poésie et figuration (G. CESBRON) 908

GOLDSCHLÄGER (A.), Simone Weïl et Spinoza. Essai d'interprétation

(A. ROCHE) 898

GOBINEAU, OEuvres, 11, éd. Gaulmier-Boissel (P.-L. REY) ,. 495

GOBINEAU, OEuvres, t II, éd. Gaulmier-Lesétieux-Monteil (P.-L. REY) .. 497

GOULET (A.), Giovanni Papini juge d'André Gide (CHR. ANGELET) .... 696

GREENE (TH. M.), TheLight in Troy (G. GUEUDET) 285

GRIMM (J.), Das avantgardistische Theater Frankreichs, 1895-1930

(W. ASHOLT) 505

GUEZ DE BALZAC (J.-L.), Épîtres latines, éd. Jehasse-Yon (R. TEBIB ) . ... 863 GUILLERAGUES , Histoire d'Ali, prince de Tunis, éd. G. TURBET-DELOF

(Z. YOUSSEF) 95

HALL (H. G.), A Critical Bibliography of French Literature (R. RANCOEUR) 296


TABLE DES MATIÈRES 1149

HAMON (PH .), Le Système des personnages dans «Les Rougon-Macquart»

(Y. CHEVREL) . 513

HARDY (A.), La Belle Égyptienne, éd. B. BÉAREZ CARAVAGGI

(J. DESCRAINS) 860

HARDY (A.),Panthée, éd. PH. FORD (J. DESCRAINS) .......... 861

HELVÉTIUS, Correspondance générale, vol. I, éd. D. SMITH et al. (J.-L.

LECERCLE) 488

HERZEL (R.), The Original Casting of Molière's Plays (C. E. J. CALDICOTT) 294 HOTMAN (FR.),Antitribonian, ou Discours d'un grand et renommé Jurisconsulte de nostre temps, éd.H.DURANTON (M.SOULIÉ) 677

HOWARTH (W. D.), Molière. A playwright and his audience (M. CUÉNIN) 1064

HUCHON QA-XRabelaisgrammairien (FR. CHARPENTIER) 286

HUGHES (E. J.), Marcel Proust, A Study in the Quality of Awareness

(J.-Y. TADIÉ) ... 126

Iconographie et littérature (N. BOULESTREAU) .. 1085

JACKSON (J. E.), La Mort Baudelaire. Essai sur «Les Fleurs du Mal»

(P. PELCKMANS) ...... 690

JALLAT (3.), Introduction aux figures Valéry ennes (R. PIETRA) 693

JOST (W.), Raüme der Einsamkeit bei Marcel Proust (E. EELLS-OGEE) 122 KARATSON (A.) et BESSIÈRE (J.), Déracinement et littérature (R. ROBIN) 705 KLEINBAUER (M.), Montaigne. Materialen und Kommentare zu èiner

Poetik (L. VAN DELFT) . 79

KOGAN (V.), Time and Space in Raymond Queneau's « Les Fleurs bleues »

(E. SMYTH) .... 519

KOPPISCH (M. S.), Changing perspectives in La Bruyère's «Caractères»

(L. VAN DELFT) 295

KÜSTER (B.), Die Literatur des 19. Jahrhunderts im Urteil von Emile

MontégutJPH. BERTIER) 499

LA BOÉTIE (É. DE), Mémoire sur la pacification des troubles, éd. M. SMITH

(G. SCHRENCK) ..... 1057

LAFAYETTE (Mme DE), Zaïde, histoire espagnole, éd. J. ASEAUME KREITER

(J. CHUPEAU) 94

LA ROQUE (S.-G. DE), Poésies, éd. G. MATHIEU CASTELLANI (N. CLERICI

BALMAS) ..-. 678

LAURICH (CL.), Derfranzôsische Malerroman (H. P. LUND) .••>■•' 890

LE GUERN (M.), L'Image dans l'oeuvre de Pascal (G. MOLINIÉ ) ....... 871

LEROY (P.), Le Dernier Voyage à Paris et en Bourgogne du réformé

Claude Somaise (B. BEUGNOT) , 679

Lettres portugaises, Lettres d'une Péruvienne, et autres romans d'amour

par lettres, éd. BRAY-LANDY HOUILLON (CL. HABIB) 93

LIOURE (M.),Le Théâtre religieux en France (A. VIALA) ............. 331

LÛSEBRINK (H.-J.), Kriminalitât und Literatur im Frankreich des 18.

Jahrhunderts (M. DELON) ■ 880

LYONS (J. D.), An Essay on the Rhetoric of Saint-Amant (Z. YOUSSEF) 85 MCFARLANE (I. D.) et MACLEAN (I.) éd., Montaigne. Essays in memory

of Richard Say ce (FR. RIGOLOT) 78

MACHO (J.), Ésope (G. DEMERSON) 483

MC KINLEY (M. B.), Studies in Montaigne's Latin Quotations (A.

COMPAGNON) 291

MADALÉNAT (D.), La Biographie (J.-Ch. BONNET) . 1086

MALLARMÉ (ST.), Correspondance, éd. J. AUSTIN, vol. VI et VII

(A. FONGARO) 116

MALLARMÉ (ST.),Igitur, éd. R. G. COHN (Y.-A. FAVRE) 691

MALLINSON (G. J.), The Comédies of Corneille (M.-O. SWEETSER) ...... 865

MÀREL (H.) et CADET (A.), Cent ans après « Germinal». En suivant les

traces de Zola dans le Valenciennois (C. BECKER) 510

MATZAT (W.), Dramenstruktur und Zuschasserrolle. Theater in den

franzôsischen Klassik (FR. MOUREAU) 91


1150 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

MIANNEY (R.), Maurice Rollinat. Poète et musicien du fantastique

(G. CESBRON) 507

MICHEL (A.), Rhétorique et esthétique dans la tradition occidentale

(G. DECLERCQ) 702

MICHEL (J.), Liturgie de la lumière nocturne dans les récits de Henri Bosco

(J. ONIMUS) 698

MIGUET-OLLAGNIER (M.), La Mythologie de Marcel Proust (A. HENRY) 123 MILEHAN (J. W.), The Conspiracy Novel ; Structure and métaphore in

Balzac's Comédie humaine (CH. MASSOL-BEDOIN) 687

MILLER Q.), Rousseau, Dreamer of Democracy (J.-L. LECERCLE) 1069

Miscellanea di studi in memoria di Dante Ughetti : « Lo scrittore e la

città » (R. CAROCCI) 902

MOLINIÉ (G.), Du roman grec au roman baroque (F. HALLYN) 85

Montaigne. Essays in Reading, éd. G. DEFAUX (FL. GRAY) 76

MONTAIGNE, Journal de Voyage, éd. F. GARAVINI (FR. MOUREAU) 77

MOREAU (FR.),L'Image littéraire (M. LE GUERN) 327

MOREAU (TH.), Le sang de l'histoire. Michelet, l'histoire et l'idée de la

femme au XIXe siècle (H. LAFON) 107

MORTIER (R.), L'Originalité (A. BECQ) 102

MOSS (A.), Ovid in Renaissance France (H. LAMARQUE) 478

MOUREAU (FR.) et BERNOUILLI (R.), Autour du «Journal de Voyage» de

Montaigne, 1580-1980 (CH. DÉDÉYAN) 82

MOUREAU (FR.), Le Mercure galant de Dufresny, 1710-1714 (P. RÉTAT) 97

NAKAGAWA (H.), Félicité et salut chez Jean-Jacques Rousseau (A. SUWA) 1069

NELSON (BR.), Emile Zola: a sélective analytical bibliography (C. BECKER) 114

NELSON (BR.), Zola and the Bourgeoisie (D. BAGULEY) 510

NERVAL (G. DE), OEuvres complètes, t. II, éd. Guillaume-Pichois (J.-L.

STEINMETZ) 886

NISBET (A.-M.), Le Personnage féminin dans le roman maghrébin de

langue française, des indépendances à 1980 (B. CHLKHI) 704

NOIRAY (J.), Le Romancier et la machine. L'image de la machine dans le

roman français, 1850-1900, t. II (Y. CHEVREL) 504

NOWAK (M.), Die Romane Alain Robbe-Grillets (A. GOULET) 134

OLDS (M. C.), Désire Seeking Expression : Mallarmé's « Prose pour des

Esseintes» (H. P. LUND) 1078

O'NEILL (J.), Essaying Montaigne. A Study of the Renaissance Institution

of Writing and Reading (FR. RIGOLOT) 292

OUELLET (R.), Sur Lahontan : comptes rendus et critiques, 1702-1711

(P. BERTHIAUME) 875

PARATORE (E.), Studi SU Corneille (CH. DÉDÉYAN) 866

PASCAL,Les Pensées, éd. FR. KAPLAN (D. DESCOTES) 870

PEIRESC , Lettres à Naudé, 1629-1637, éd. PH . WOLFE (R. ZUBER) 293

PELCKMANS (P.), Le Sacre du père. Fictions des Lumières et historicité

d'OEdipe (J.-P. SERMAIN) 491

PIZZORUSSO (A.),Analisi e Variazioni (CH. DÉDÉYAN) 332

RAPIN (N.), OEuvres, t II, éd. J. BRUNEL (R. ZUBER) 1061

RAYMOND (M.), Romantisme et rêverie (Y. VADÉ) 329

Recueil de travaux scientifiques, n° 2, Leningrad (CHR. et M. MERVAUD) 685

RETZ (CARDINAL DE), OEuvres, éd. M.-TH. HIPP et M. PERNOT (R. ZUBER) 1063 Revue de métaphysique et de morale, 1984, n° 2 : « Diderot »

(S. BAUDIFFIER) , 878

Revue des Lettres modernes : Albert Camus, 10 (J. SAROCCHI) 130

Revue des Lettres modernes : Albert Camus, 11 (G. CESBRON ) 131

Revue des Lettres modernes : « C. F. Ramuz. Études ramuziennes »

(G. CESBRON) 896

RICCOBONI (Mme), Lettres de Milady Juliette Catesby, préf. S. MENANT

(C. BONFILS) _. 489

RICHMAN (M. H.), Reading Georges Bataille. Beyond the Gift (É. MOROTSIR)

MOROTSIR)


TABLE DES MATIÈRES 1151

RIÉDEL (E,), Strukturwandel in der Lyrik Rimbauds (A. GUYAUX) 110

RIEGER (D.), Diogenes als Lumpensammler. Materialien zu einer Gestalt

derfranzôsischen Literatur des 19. Jahrhunderts (H. STENZEL) ...... 500

Romantisme, n° 38 : « Le Spectacle romantique » (M-,CORVIN) ....... 103

ROSENBERG (A.),Nicolds Gueudevilleandhis work(É. LABROUSSE) .... 684

RYER (P:ov),Arétaphile, éd. R. G. ZARDINI LANA (R. GUICHEMERRE) ... 862 SAINTE-BEUVE, Correspondance générale, éd. BONNEROT, t. XLX

(J. GAULMIER) 492

SAINTE-BEUVE, Volupté, éd. M. REGARD (L. LE GUILLOU) 884

SAINT-SIMON, Mémoires, éd. Y. COIRAULT, t II, 1701-1707 (D. VAN DER

CRUYSSE) . 298

SAND (G.), Correspondance, éd. G. LUBIN , t XVII (J. GAULMIER) 322

SCARRON, Il Romanzo dei Comici di Campagna, trad. A. FRASSINETI

(CH. DÉDÉYAN) 88

SCARRON, L'Héritier ridicule ou la Dame intéressée, éd. R. GUICHEMERRE

(FR. MOUREAU) 868

SCHERER (C.), Comédie et société sous Louis XIII (P. PICCIOLA) ...... 864

SCHEUERMANN (B.), Titel und Text. Das Beispiel Rimbaud (L. H. HOEK) 109 SCHMITZ DU MOULIN (H.), Biaise Pascal. Une biographie spirituelle

(D. DESCOTES) 869

SCREECH (M- A), Montaigne and Melancholy. The Wisdom of the

«Essays » (R. ZUBER) 72

SCUDÉRY (G. DE), Poésies diverses, éd. R. GALLI PELLEGRINI, t. I

(A. NIDERST) 680

SEIFËRT (H.-U.),Sade ; léser undAutor (M. DELON) 879

SENANCOUR, Obermann, éd. J.-M. MONNOYER (P. LECOQ) 1073

SIEGEL (P. L), Alfred de Musset, a référence guide (P. BERTHIER) 498

SPADA (M.), Erotiques du merveilleux ; Fictions brèves de langue française

auXXe siècle(D. COSTE) 1083

SPITZER (L.), Essays on Seventeenth-Cenfury French Literature, éd. by

D. BELLOS (G. FORESTIER) 682

STACKELBERG (J. VON), Französische Moralistik im europaïschen Kontext

(L. VAN DELFT) 92

STENDHAL, OEuvres intimes, éd. V. DEL LITTO, t I et II (A. CHANTREAU) 308

STONE (D.), Mellin de Saint-Gelais and literary history (Y. BELLENGER) 853 STREET (J. S.), French sacred drama from Bèze to Corneille (G.

FORESTIER) , 859

STRUMINGER (L. S.), Primary Education in rural France, 1830-1880

(L. CZYBA) 892

Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, vol. 201 (M. E. DIÉVAL) 100

Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, vol. 202 (J. MARCHAND) 101

Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, vol. 213 (R. NIKLAUS) 99

Suozzo (A. G.), The Comic Novels of Charles Sorel (J. DEJEAN) ...... 87

Tqbleau de Paris et de la cour de France, 1739-1742. Lettres inédites de

Cari Gustaf, comte de Tessin (Y. COIRAULT) 1066

TAKEUCHI (N.) et KANEKO (M.), Crise de vers de Stéphane Mallarmé (H. P.

LUND) 1077

TARRAUBE (J.), Montesquieu auteur dramatique (J. GEFFRIAUD Rosso) 98 Textes et intertextes : étude sur le XVF siècle par Alfred Glauser, éd. p.

FL. GRAY etM. TETEL (E. KUSHNER) 475

Théorie der Metaphor, p.p. A. HAVERKAMP (D. MOUTOTE) 1089

TISON-BRAUN (M.),L'Introuvable Origine (P. JOURDAN) 328

TÔMLINSON (Pu.), Jean Mairet et ses protecteurs (G. DOTOLI) . 862

TROUSSON (R.), Balzac disciple et juge de Jean-Jacques Rousseau

(J. ROUSSEL) 686

TYTLER (GR.), Physiognomy in the European Novel (L. FRAPPIER-MAZUR) 903 UNWIN (T. A:), Flaubert et Baudelaire. Affinités spirituelles et esthétiques

(R. BISMUT) 690


1152 REVUE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE DE LA FRANCE

VAUCHER GRAVILI (A. DE), Les Histoires tragiques au XVIIe siècle

(R. GALLI PELLEGRINI) 89

VERGINE (P. L), Studi su Charles Péguy. Bibliografia critica ed analitica,

1893-1978 (S. FRAISSE) 695

VERLAINE (P.), Les Poètes maudits, éd. M. DÉCAUDIN (M. BERTRAND) 111

VIARD (3.), Pierre Leroux et les socialistes européens (J.-J. GOBLOT) .... 321

VIGNY (A. DE), Les Destinées, éd. P. VIALLANEDC (J.-PH. SAINT-GÉRAND) 313

WAIS (K.),Europäische Literatur im Vergleich (M. DELON) 523

WOLFZETTEL (FR.), Einführung in die franzôsische Literaturgeschichtsschreibung

Literaturgeschichtsschreibung VON STACKELBERG) 1081

ZOLA (É.),L'OEuvre, éd. H. MITTERAND (A. EHRARD) 515

In mémoriam 713,1091

Informations , 140, 334, 573, 717,1093

Procès-verbaux de l'Assemblée générale de la Société d'Histoire littéraire

de la France, le 7 décembre 1984 707

Résumés des articles 191, 383, 573, 768,959,1143

Bibliographie, par RENÉ RANCOEUR 143,335,525,713,911,1095

Le Directeur de la publication : GUY DESGRANGES.

Acneve a imprimer pour ARMAND UOLIN KDITEUR enaecemore iynD

par l'Imprimerie R. BELLANGER ET FILS à La Ferté-Bernard (Sarthe)

Dépôt légal effectué le 4e trimestre 1985 - N° Imprimeur : 1182 - N° Editeur : 8830

Publication inscrite à la Commission paritaire sous le n° 52557


Société d'Histoire littéraire de la France

reconnue d'utilité publique 14, Rue de l'Industrie, 75013 Paris

Président d'honneur

Pierre Clarac, de l'Académie des Sciences morales et politiques

Membres d'honneur

Mmes L. L. Albina, Th. Marix-Spire, A. Rouart-Valéry, M. Mergier-Bourdeix, MM. J. Auba, L. J. Austin, W. H. Barber, Y. Belaval, J. Chouillet, L. G. Cracker, H. Dieckmann, B. Gagnebin, R. Jasinski +, Y. Kobayashi, J.-L. Lecercle, R. Leigh, G. Lubin, J. Mistler, J. Monfrin, R. Mortier, M. Nadeau, R. Niklaus, M. Paquor, A. Perrod, R. Pintard, R. Shackleton, J. Vier.

Bureau

Président : René POMEAU, professeur à la Sorbonne.

Vice-Présidents : Pierre-Georges CASTEX, de l'Académie des Sciences morales et politiques, professeur émérite à la Sorbonne ; Claude PICHOIS, professeur à la Sorbonne et à l'Université Vanderbilt.

Secrétaires généraux : Madeleine AMBRIÈRE-FARGEAUD, professeur à la Sorbonne ; Sylvain MENANT, professeur à l'Université de Paris-X.

Secrétaires : Claude DUCHET, professeur à l'Université de Paris-VHI ; Robert JOUANNY, professeur à l'Université de Paris - Val-de-Marne.

Trésorier : Jean ROUSSEL, professeur à l'Université d'Angers.

Trésorier adjoint : Mireille HUCHON, professeur à la Sorbonne.

Conseil d'administration

MM. J. Bailbé, P. Bénichou, G. Blin, P. Citron, H. Coulet, F. Letessier, J. Lethève, Mme A.-M. Meininger, MM. M. Milner, R. Pierrot, R. Rancoeur, P. Vernière, R. Virolle, R. Zuber.

Correspondants à l'étranger

Autriche : M. S. Himmelsbach. Belgique : MM. R. Pouilliart, A. Vandegans, J. Vercruysse. Brésil : Mme C. Berrettini. Bulgarie : M. N. Dontchev, Mme L. Stefanova. Canada : MM. B. Beugnot, D. A. Griffiths, J. S. Wood. Chine (République populaire de) : M. Zenghou Cheng. Corée du Sud : Mme Young Hai Park. Danemark : M. H. P. Lund, Egypte : Mme A. L. Enan, Espagne : M. J. Del Prado. Etats-Unis : MM. D. Alden, L. Fr. Hoffmann, E. Morot-Sir, J. Patty, Mme R. York. Grande-Bretagne : MM. G. Chesters, D. A. Watts. Hongrie : M. T. Gorilovics, Mlle Nemeth. Ile Maurice : M. J. G. Prosper. Iran : Mme Chaybany. Irlande : M1Ie K. O'Flaherty. Israël : M. M. Bilen. Italie : MM. E. Balmas, M. Colesanti, L. Sozzi. Japon : MM. Y. Fukui, H. Nakagawa, Mlle E. Nakamura, M. T. Tobari. Liban : M. R. Tahhan. Pays-Bas : M. K. Varga. Pologne : Mlle Kasprzyk. Portugal : Mlle M.-A. Seixo. République démocratique allemande : MM. W. Bahner, U. Ricken, Mme R. Schober. République fédérale allemande : MM. B. Bray, H. Hofer, W. Leiner, J. von Stackelberg. Roumanie : Mme Mureçanu Ionescu. Sénégal : M. Mohamadou Kane. Suède : M. G. von Proschwitz. Suisse : MM. M. Eigeldinger, R. Francillon, Y. Giraud, P.O. Walzer. Tchécoslovaquie : MM. V. Brett, A. Zatloukal. Tunisie : M. A. Karoui. Union soviétique : M. P. Zaborov. Yougoslavie : Mme G. Vidan. Zaïre : M. R. Baudry.