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DIMANCHE, 31 JUILLET 1836. ( Jjfo 439 \ TROISIÈME ANNÉE, BT° 35.

Conditions d'abonnement : Paris, 10 fr. par an. — Départemens, 12 fr.—Etranger, i3 fr. — On souscrit à Paris, rue Neuve-des-Petits- ™ Champs,N° 61. En province, cher tous les libraires et directeurs de postes. — Les lettres et envois doivent être affranchis. — On traite de J gré à gré pour*les insertions. m

Les journaux américains parlent d'une cure merveilleuse opérée à New-York par l'influence de la musique sur une jeune dame affectée de la poitrine. Le docteur qui a accompli ce miracle se nomme Sidney. et le cor de chasse aurait été le remède conseillé et employé avec succès contre l'organisation phtysique de la malade ; non le suave cor à piston tel que nous l'ont fait Dufrêne, Messemer et Forestier, mais bien cet antique et patriarchal cor de chasse, légué aux laquais, et travesti par le vocabulaire moderne de l'ignoble nom de trompe. Plusieurs fanfares réitérées devant le lit de la jeune patiente auraient suffi pour la rendre à la santé, à son époux, à ses amis.

Nous n'avions jamais douté du pouvoir magique de la mélodie sur l'organisation humaine. Nous avons publié divers traits à l'appui de cette prodigieuse influence, qui s'étend même sur les êtres privés de raison. Nos lecteurs savent que c'est au Ménestrel que le public parisien doit la découverte de l'araignée dilettante dont l'initiative fut si méchamment attribnée au vénérable Constitutionnel.

Mais nous avions cru jusqu'à présent, avec tous les Béotiens de la vieille Europe, que la musique n'exerçait son empire que sur tes affections morales telles que l'hypocondrie, la nostalgie, le spleen de nos voisins et les vapeurs du siècle dernier.

Les Américains nous ont dépassés. Le docteur Sidney mérite mie statue dont le monde musical ne peut s'empêcher de payer les frais. Tout ce qui joue du violon, sonne de la trompe. touche du piano ou pince de la guitare, concourra à l'érection de ce monument. On souscrit dans les bureaux du Ménestrel. C'est que, voyez-vous , il y a là pour le monde musical tout un avenir dont nul ne s'était douté jusqu'à présent. Guérir la phthisie par l'application d'une fanfare, c'est un progrès bien autrement important que'les chaises brisées dans le galop et la mousqueterie dans le quadrille ! Vraiment c'est à faire frissonner toute la docte Faculté et soulever toutes les écoles de médecine contre le corps des musiciens. Jugez donc des immenses résultats de cette cure américaine, pour peu qu'elle

vînt traverser l'Atlantique. Adieu le Paraguay-Roux ! adieu la pâte Regnault ! adien toute cette légion de spécifiques officiels et patentés qui se prélassent dans les bas fonds de notre presse périodique. Nous aurons des sonates à quatre mains contre les rhumatismes, des symphonies contre la coqueluche, des rondos brillans contre les maux de dents, des trios pour guérir les catharres les plus invétérés , des quadrilles contre la goutte. des romances contre la gastrite et des variations pour la guérison radicale des incurables. Puissances du ciel ! -quelle révolution dans la thérapeutique ! Nos étudians en médecine apprendront la gamme et le solfège, et ne recevront leur diplôme de docteurs-que lorsqu'ils seront musiciens consommés. On mandera devant le lit d'un malade, MM. LisU, Tulou, Batta, Bériot, Musard, Haumann, Mengal, Nourrit, Levasseur et madame Damoreau. On appliquera au patient un concerto en ut mineur, ou un nocturne à deux voix. Et le malade sera guéri, ou il succombera, comme par le passé ! Dans les cas désespérés, on appliquera une symphonie fantastique en guise de glace sur la tête. Je vous le dis en vérité, incalculables seront les résultats de la cure américaine ! Déjà la terreur est au camp de nos médecins. M. Orfila seul reste calme en présence de ces graves événemens. Cela se conçoit. M. Orfila était reconnu par la Faculté comme un parfait musicien. 11 renoncera à la médecine et n'en soignera que mieux ses malades.

GRAND CONCOURS D'HARMONIE MILITAIRE,

OFFERT PAU LA YTXLE DE CALAIS

A tout les Corps de Musique de Fra?ice et de l'Etranger. LE DIMANCHE 7 AOUT 1856.

PROGRAMME.

Art. i". Les corps de musique, tant de France que de l'étrnager, sont admis à concourir.