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LE MENESTREL

.. services à l'histoire des origines de l'art moderne, et mérite les plus grands comme les plus sincères encouragements. A. P.

— Sous ce titre un peu compliqué: Nomocheliurgografia, M. le comte . L.-F. Valdrighi vient de publier à Modène un beau volume in-quarto de 327 pages, sur lequel nous appelons l'attention des musiciens érudits et des collectionneurs d'instruments de musique. Cet ouvrage comprend une liste de 3,618 luthiers, facteurs et possesseurs d'instruments précieux; des notes explicatives sur un grand nombre de ces luthiers et de ces facteurs d'orgues ou de clavecins ; des documents inédits, extraits des archives lu duché de Modène; enfin, la reproduction de quelques études intéressantes de l'auteur, qu'on chercherait vainement à se procurer chez les libraires, parce qu'elles sont depuis longtemps épuisées. — On le voit, ce livre de recherches, si riche en faits curieux, en noms injustement oubliés ou dédaignés, rendra de grands services à tous ceux qui s'occupent de la facture instrumentale, cette branche de l'histoire générale de la musique encore si peu cultivée.

— Cette semaine a paru, à la librairie Dentu, la 103 année des Soirées parisiennes, par « un Monsieur de l'orchestre » (alias : Arnold Mortier). Ce nouveau volume, dont la couverture, dessinée par Paul Avril, est d'un effet charmant, est précédé d'une préface signée d'un nom cher à Euterpe, comme on eût dit sous le Directoire, du nom de Charles Gounod. L'auteur de Faust et de Mireille, dans cette préface, qui n'est autre chose qu'un morceau fort intéressant d'esthétique musicale, a traité ce double sujet : la Recherche de l'effet et l'esprit de système.

— Sous ce titre: Paroles sans Musique, M. Georges Boyer vient de réunir les poésies que Gounod, Massenet, Théodore Ritter, Faure, Goedès, Georges Piter, etc., ont mises en musique: Les Enfants, Polichinelle et Bébé. Un Mariage d'Oiseauoe, Les Projets de Georgette, Le Bal des Pâquerettes, etc. Il y a joint plusieurs pièces à dire, et Hérode, le poème auquel l'Institut a décerné le prix Rossini. Ce volume, qui paraît chez Paul Ollendorff, est précédé d'une très intéressante lettre à l'auteur par M. Auguste Vitu.

— La librairie Calmann Lévy vient de faire paraître le drame de M. Pierre Barbier : Indigne, qui fut joué tout dernièrement avec succès au théâtre des Menus-Plaisirs.

— Cette semaine a eu lieu, au ministère des finances, une brillante soirée musicale et dramatique, dont le programme fait honneur à M. Tirard, qui est un passionné de musique. On a entendu l'air des Noces de Figaro, chanté par Mlle Isaac; l'arioso du Roi de Lahore, par M. Lassalle ; une sérénade de Léo Delibes, par M. Maurel et accompagnée par l'auteur; le duo à'Hamlet, par M. Lassalle et MUe Isaac; l'Extase, de, Victor Hugo, musique d'Hector Salomon, par M. Giraudet ; l'arioso i'Hérodiaie, par M. Maurel, etc., etc. MUes Reichemberg et Bartet ont joué A quoi rêvent les jeunes filles, d'Alfred de Musset, et MUe Bartet, déjà nommée, a joué encore, en compagnie de MM. Coquelin et Boucher, Livre III, Chapitre 1er. Mais le « clou » de la soirée était la première représentation d'un opéracomique inédit, l'Amphore, paroles de MM. Gustave Toudouze et Armand Silvestre, musique de M. Eugène Chavagnat, chanté par MM. Laurent et Morlet, MUe Janvier et Mme Morlet. A propos de ce pelit ouvrage, dont le succès n'a pas été douteux un instant, M. J. Claretie donne les intéressants détails que voici : « Le frère de M. Gustave Toudouze avait brossé pour décor un paysage pompéien qui valait vraiment la très aimable et galante donnée de l'auteur. Un ciel bleu, des ruines pittoresques. Làdedans une intrigue amoureuse et les fumées du Cécube se mêlant aux cendres du Vésuve. Auteurs et acteurs, on a tout applaudi et la musique par-dessus tout, à la fois alerte et archaïque, et qui fait honneur à l'élève de M. Victor Massé. Car M. Chavagnat a eu pour professeur l'auteur des Noces de Jeannette. C'est un compositeur d'un vrai talent, d'autant plus sympathique qu'il est aveugle, comme Beethoven était sourd. Nous nous le-rappelons encore, chez M. Tirard, boulevard de Sébastopol, guidé au piano par la jeune femme qu'il venait d'épouser, et jouant là ses premières mélodies. Son père, M. Chavagnat, était alors un des plus chauds politiciens de son arrondissement. Il avait pour teneur de livres, dans son établissement de chaudronnerie, M. Tolain, je crois, aujourd'hui sénateur. Le bon Chavagnat négligeait même un peu son commerce, tout à fait important, et, en politique, travaillait vaillamment pour les autres. Il ne me paraît pas qu'il ait voulu rien être, le jour où ses amis ont triomphé. Il n'avait, je pense, d'ambition que pour son garçon. Le jour où M. Tirard a donné à un auditoire d'élite une représentation musicale, il s'est souvenu d'Eugène Chavagnat, et il a fait représenter admirablement

.l'oeuvre inconnue du fils de son vieux compagnon. C'est un trait qui n'est pas commun et qui fait plaisir. Voilà désormais le musicien aveugle connu, écouté, applaudi, et cela grâce à son ami devenu ministre. »

— Dans trois mois, le 1er octobre 1884, il y aura juste deux cents ans qu'est mort l'illustre auteur du Cid et du Menteur. Il appartenait à la ville de Rouen, qui a donné le jour au grand Corneille, de célébrer avec solennité ce glorieux anniversaire. M. Ricard, maire de Rouen, auprès duquel les promoteurs de cette idée firent une démarche, l'accueillit avec faveur. Le conseil municipal en fut saisi, de même que le conseil général

qui, dans sa session d'avril, nomma une commission chargée de s'entendre avec M. le préfet pour l'organisation du bi-centenaire. Jusqu'à présent il a été décidé par le comité que la fôte aurait lieu le 11 et le 12 octobre prochain et qu'il serait créé à Rouen un musée Corneille.

— M. Colonne est parti pour Aix-les-Bains avec son orchestre du Châtelet, soixante musiciens qui vont faire là-bas les beaux jours et les beaux soirs du Casino du Cercle, concurrence redoutable à la Villa des Fleurs.

— Nous avons assisté dernièrement à une audition des élèves des cours de Mme Moreau-Sainti, et nous avons pu constater une fois de plus les qualités de premier ordre qui distinguent la méthode de l'éminent professeur. La séance a été extrêmement intéressante, et l'on a beaucoup remarqué les progrès des élèves les plus assidus à ce cours.

— Clôture des cours de l'Ecole préparatoire au professorat du piano et réouverture le 17 octobre. Pour faire apprécier les résultats de son enseignement pédagogique, Mlle Hortense Parent, à sa dernière matinée, a produit toutes les élèves qui, sous sa haute direction, reçoivent les leçons des jeunes professeurs formés à son école professionnelle. L'expérience a été concluante. La seconde partie de cette matinée était consacrée aux élèves directes de MUe Parent qui ont fait entendre des oeuvres nouvelles de MM. Théodore Dubois, Benjamin Godard, Widor, Pfeiffer, Faure, Philipot,Lenormand, Mu tel et Malherbe. Tous ces compositeurs étaient présents. On a particulièrement applaudi le scherzo-choral de Dubois, la suite polonaise de M. Widor, Inquiétude de M. Pfeiffer et la 3e mazurka de M. Godard, etc.

— Le Conseil municipal de Lyon vient d'adopter sans discussion une proposition qui augmente notablement les ressources du Conservatoire de cette ville, et qui permet à cet établissement l'acquisition d'instruments de musique dont il avait grand besoin. L'mspecteur du gouvernement, M. Ernest Guiraud, s'est montré on ne peut plus satisfait de la récente visite qu'il a faite au Conservatoire, qui ne cesse de progresser chaque jour sous l'excellente direction de M. Aimé Gros.

— La belle et antique cathédrale de Meaux vient d'être dotée d'un grand orgue de choeur, construit par la maison Merklin. Ce magnifique instrument a été inauguré solennellement, sous la présidence de monseigneur l'évêque de Meaux, le 24 courant. MM. A. Joly, organiste de Saint-Epvre à Nancy, L. Husson, compositeur, et Proust, organiste du Notre-Dame-deMelun, ont fait admirablement ressortir les qualités de sonorité du nouvel orgue, qui fait le plus grand honneur à la maison qui l'a construit.

— Dans le très beau concours orphéonique qui a eu lieu récemment à Orléans, l'excellente société chorale des Orphéonistes d'Arras, qui s'est trouvée deux fois en concurrence avec les Enfants de Paris, a remporté une éclatante victoire en se faisant décerner le premier prix de lecture à vue, le premier prix d'excellence et le prix d'honneur unique. Le rapport du jury, rédigé et signé par son président, M. Bourgault-Ducoudray, constate la haute valeur de la société des Orphéonistes d'Arras, et lui adresse les félicitations et les éloges les plus complets.

— Aujourd'hui dimanche doit avoir lieu à Sèvres, la messe annuelle en musique, au profit de l'hôpital avec le concours de MUe Dufrane et de MM. Duchesnes, Garcin et Boussagol. L'orgue sera tenu par M. R. Solla.

NÉCROLOGIE

Un artiste d'une très réelle valeur, quoique son nom fût peu connu du public, Jean-Marie Josse, s'est tué il y a quelques jours, en se tirant un coup de pistolet dans la région du coeur, à Asnières, où il vivait très retiré. Né en 1815 à Toulouse, Josse avait fait de très bonnes études musicales, à Toulouse et à Bordeaux d'abord, puis au Conservatoire, où il avait été élève de Reicha et de Lesueur. Devenu second chef d'orchestre à l'Opéra-Comique, il avait passé ensuite dix années à Saint-Pétersbourg, comme chef d'orchestre du théâtre Michel, après quoi il était revenu en France. Josse fit exécuter à Paris, en 1848, la Tentation, oratorio en trois parties; l'année suivante il donnait à l'Opéra-Comique un petit ouvrage en un acte, le Talisman, et enfin, en 1876, il faisait représenter avec succès à Milan, à la Scala, un grand drame lyrique, la Lega.

— On annonce la mort, à Ghristiana, du chef d'orchestre Paolo Sperati, né à Turin en 1821, ; à Westerwick (Scandinavie), de M. Cari-Johann Froeberg, compositeur, professeur et critique musical, âgé de 72 ans ; à Rome, à l'âge de 80 ans, de M. Gaetano Gattinelli, acteur et auteur dramatique passionné pour son art, à qui l'on doit plusieurs drames et comédies, ainsi que deux ou trois ouvrages didactiques relatifs au théâtre.

HENRI HEUGEL, directeur-gérant.

— REVUE BRITANNIQUE. — Sommaire de la livraison de juin 1884 : — I. La conquête d'une belle-mère. — II. Trois cours républicaines. — III. L'armée chinoise. — IV. Un romancier australien. — V. L'archipel malais. — VI. A qui la tante? — VIL Gottfried Mind, le peintre des chats. — VIII. Condition d'une constitution démocratique. — IX. Politique étrangère de l'Angleterre. — X. Correspondance d'Orient, d'Espagne, d'Italie, de Londres et d'Allemagne. — XL Chronique et bulletin bibliographique. s

IMI'BIBERIE <B\TRAIB BES CBEJ1IXS DE IKK. — IMPBIMEBIE CHAIX. — BUE BEBGEBE, 20, PABIS.