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2769 - 50me ANNÉE - .18. PARAIT TOU^ LES DIMANCHES Dimanche 30 Mars 1884.

(Les Bureaux; S bis; nie Vivienne) (Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.)

MUSIQUE ET THÉÂTRES

HENRI HEUGEL, Directeur

COLLABORATEURS DU JOURNAL

H. BARBEDETTE, BOURGAULT-DUCOUDRAY, F. CLÉMENT, OSCAR COMETTANT, J. CARLEZ

G. CHOUQUET, MAURICE CRISTAL, PAUL COLLIN, E. DAVID, V. DOLMETSCH, G. DUPREZ, A. GALLI

F. GEVAERT, E. GIGOUT, N. GUILLE, HÉRZOG, B. JOUVIN, TH. JOURET, P. LACOME

TH. DE LAJARTE, DE LAUZIÈRES, E. LEGOUVÉ, DE LYDEN, MARMONTEL, H. MORENO

CH. NUITTER, A. PENA Y GONI, CH. POISOT, A. DE PONTMARTIN, ARTHUR POUGIN, DE RETZ

M. RAPPAPORT, A. ROSTAND, J.-B. WEKERLIN & VICTOR WILDER

Adresser FRANCO à M. HENRI HEUGEL, directeur du MÉNESTREL, 2 M», rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement.

Un an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20ïr.VPariset Province^

Abonnement complet d'un an, Texte, musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais dé poste en sus.

SOMMAIRE-TEXTE

I. MÉHUL, sa vie, son génie, son caractère (16e article), ARTHUR POUGIN. — II. Semaine théâtrale, H. MORENO. — III. Un mot sur les théories "Wagnériennes, II. BARBEDETTE. — IV. A propos de Tristan, E. DE BRICQUEVILLE. — V. Conférence de M. LAURENT DE RILLÉ à la Sorbonne: la musique russe. — VI. Nouvelles diverses.

MUSIQUE DE CHANT

Nos abonnés à la musique de CHANT recevront, avec le numéro de ce jour une

BERCEUSE

de Mme PAULINE VIARDOT, sur une poésie de A. DE CASTILLON. — Suivra immédiatement une Idylle de Louis LACOMBE, poésie de VICTOR HUGO.

PIANO

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de riANO: l'es Minstrels, quadrille de PHILIPPE FAHRBACH. — Suivra immédiatement: Paris-Carnaval, polka de MASSHERONI.

MÉHUL

SA VIE, SON GENIE, SON CARACTÈRE

VI

Le Jugement de Paris, ballet, à l'Opéra. — Le Jeune Sage et le Vieux Fou au théâtre Favart. — Méhul s'occupe, avec Arnault, d'un nouvel ouvrage, Mélidore et Phrosine, dont la représentation soulève de nombreuses difficultés. — Ils doivent écrire et faire jouer d'abord, à l'Opéra, Horatius Goclès. — Le Congrès des Rois. Douze compositeurs attachés à une oeuvre inepte. — Méhul est pensionné par la Comédie-Italienne. — Mélidore et Phrosine est enfin représenté. Dangers courus par les auteurs. Méhul, Arnault, Barcre et la guillotine.

(Suite) Le premier ouvrage scénique dont il s'occupa après le Jeune Sage et le Vieux Fou fut un drame lyrique en trois actes, Phrosine et Mélidore, écrit en vue du théâtre Favart, et dont il tenait le livret d'Arnault, l'auteur alors fameux de Marins à Minturnes, tragédie qui avait eu un énorme retentissement (1).

(1). Arnault, qui d'ailleurs ne.manquait point de.talent, eut une destinée assez étrange. Royaliste ardent, au point qu'il se vantait d'écrire avec

A propos de cet opéra, dont; il faut l'avouer, le'sujet horrible et sombre était singulièrement choisi, surtout pour le théâtre auquel on le destinait, Arnault lui-même a donné, trente ans plus tard, dans ses Souvenirs d'un èëxagehaifë,' 'des détails précieux et que l'on chercherait vainement ailleurs, touchant le caractère de Méhul, ses habitudes; et l'existence, : qu'il menait alors ; ces détails appartiennent tout naturellement à la biographie du grand homme, et l'on ne saurait, en raison surtout de leur précision, les lire sans un véritable intérêt :

... Je m'étais amusé, dit Arnault, à composer non pas un opéra comique, mais un drame lyrique, drama per musica. comme disent les Italiens; et ce drame avait été reçu à la Comédie-Italienne, nom que portait alors notre second théâtre lyrique. Les; acteurs m'ayant prié de mettre en vers le dialogue, qui dans l'origine était en prose, et que depuis on m'a prié dé remettre en prose (1), je m'imposai ce travail dont le sujet n'a guère d'analogie avec le caractère de l'époque où il fut achevé. L'admiration que m'inspirait le génie de Méhul, à :pii ce sujet avait plu, me donna le courage de le remanier. Si affreuse que soit l'époque que me rappelle ce travail, je ne le revois pas sans plaisir quand je songe qu'il fut l'occasion de ma liaison avec un des hommes que j'ai le plus aimés, avec un des hommes les plus aimables que j'aie connus.

Méhul n'avait guère alors que trente ans. Il était doué de l'imagination la plus ardente et de la sensibilité la plus vive, facultés qu'il dépensait presque exclusivement dans la culture de son art, et qui, réunies à un jugement exquis et à un esprit supérieur, composaient son génie. Ambitieux de gloire au delà de toute idée, il sacrifiait à cette ambition l'intérêt même, auquel a son âge on saerifie tous les autres ; il réservait, pour exprimer les passions, toute l'énergie avec laquelle il les eût senties s'il s'y fût abandonné.

Hors du monde, au milieu du monde même, il était tout à son art. Des amis chez lesquels il s'était mis en pension pourvoyant à ses besoins, il ne sortait guère de la réclusion à laquelle il s'était condamné pour vivre dans la postérité, comme un cénobite pour gâte

gâte main toujours revêtue de fleurs de lys », il s'attacha cependant à la fortune de Napoléon, qu'il accompagna en Egypte, et se vit exiler par les Bourbons en 1816, après avoir été exclu de l'Institut dès les premiers jours de la Restauration. Il rentra pourtant en France en 1819, et dix ans plus tard retrouva son fauteuil à l'Académie française, dont il devint même le secrétaire perpétuel. •

(I) Il faut remarquer pourtant que Mélidore et'Phrosine fut joué en vers.