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LE MÉNESTREL

S francs; deuxièmes loges: 4 francs; troisièmes loges: 3 francs; quatrièmes loges : 2 francs; amphithéâtre de face: 2 francs; amphithéâtre de côté : 1 franc.

— Il a été dit, il y a quelques semaines, que la Société des grandes auditions musicales, ferait représenter cette année, comme elle le fit l'année dernière, pour les Troyens, avec l'éclat et le succès que l'on sait, l'Iphigénie en Tauride. C'est encore M. Carvalho qui serait chargé de mettre à la scène l'oeuvre de Gluck, qui fut représentée à Paris pour la première fois en 1779 et qui assura la victoire définitive de son art si noble et si élevé. IjiMgénie en Tauride sera jouée à l'Opéra-Comique le 25 mai. Nous savons, en outre, que la même Société a l'intention de faire représenter cette année aussi Tristan et Yseult, de Richard Wagner. Cette oeuvre serait donnée à l'Opéra, vers la fin de décembre, avec le concours de M. Van Dyck;

— Voici de nouveau M. Van Dyck fortement indisposé, ce qui a empêché la suite de ses représentations dans Lohengrin, cette semaine, et pourrait bien retarder la venue de la Walkyrie. Espérons que l'éminent artiste se remettra rapidement.

— Une reprise d'Obéron est décidée à l'Opéra-Comique pour la saison prochaine. MM. Jules Barbier et Philippe Gille ont été chargés par M. Carvalho d'arranger le livret allemand pour la scène française. Le principal rôle sera interprété par Mlle Emma Calvé.

— Le bas-relief du monument de Félicien David, par Chapu, n'a pu comme on l'espérait, figurer au Salon de cette année. Le règlement, en effet, est formel et n'admet l'exposition des oeuvres des artistes décédés que dans l'année qui suit celle de leur mort. Nous regrettons d'être forcés de remettre au mois de juillet le plaisir de convier nos lecteurs à visiter aux Beaux-Arts, cette oeuvre intéressante.

— La conférence des avocats a discuté récemment la question suivante : « Lorsque deux auteurs dramatiques ont collaboré à une même pièce de théâtre, et que l'un décède, le survivant a-t-il le droit de faire représenter l'oeuvre commune sans l'autorisation des héritiers de son collaborateur?» La conférence a été de l'avis de MM. Raymond-Malandrin et Henri Pensa, ministère public, qui soutenait l'affirmative contre M. Roux. C'est, d'ailleurs, la théorie admise depuis longtemps par le comité de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.

— Le sultan vient d'envoyer à l'Alboni une superbe décoration toute entourée de diamants. Les insignes et le brevet lui en ont été remis par l'ambassadeur d'Italie, M. Ressman.

— Après le brillant succès de son dernier concert à la salle Erard, avec les Poèmes sylvestres de M. Théodore Dubois, MUe Clotilde Kleeberg est partie pour Londres, où elle a dû se faire entendre dès hier samedi au Crystal Palace, dans le grand concert donné au bénéfice de M. Manns, le célèbre chef d'orchestre. Le 8 mai, M,le Kleeberg se produira au quatrième concert de la Philharmonie Society, et enfin, le 16, elle donnera son propre concert.

— La Société des compositeurs de musique a donné jeudi, salle Pleyel, un concert avec orchestre destiné surtout à faire connaître les- oeuvres couronnées à ses derniers concours. On y a entendu d'abord l'allégro d'une symphonie en si b, de M. Léon Honnoré (mention honorable en 1892), page estimable au point de vue de l'orchestre, mais manquant de plan et d'idée première; puis un concerto pour piano de Mme Renaud-Maury (premier prix en 1892), dont l'admirable exécution de Mme Roger-Miclos, pleine d'élégance et de vigueur, a fait ressortir toutes les qualités; c'est une oeuvre fort intéressante, dans laquelle l'orchestrejoùe un rôle important, et dont les deux dernières parties sont remarquables, la dernière surtout, avec son rythme plein de franchise et d'originalité. Très gros succès. Une composition exquise, c'est la suite en sextuor pour piano, flûte, hautbois, clarinette cor et basson, de M. Anselme Vinée (premier prix au concours de 1892); il ne se peut rien de plus charmant, de plus distingué, de plus délicat, de mieux approprié aux instruments que cette composition pleine de grâce, où la pureté de la forme s'allie à l'élégance de? idées ; les exécutants, excellents, étaient MM. Santiago Riera, Bertram, Dorel, Mimart, Reine et Hamburg. Le public a fait bon accueil aussi à la scène lyrique de M. Henri Busser, Jane Grey, paroles de M. Ed. Guinand (couronnée en 1891), qui était fort bien chantée par Mlle Anna Nathan, MM. Villa et Dubulle. Il y a là d'heureuses qualités dramatiques, un bon sentiment de l'orchestre et un certain souffle de passion qui promettent pour l'avenir du jeune compositeur qui, l'an dernier, a obtenu le second grand prix à l'Institut. Le programme était complété par une mélodie dramatique de M. G. Canoby, que Mme Duwast-Duprez a dite avec une rare ampleur et un sentiment dramatique très intense, par une ballade de Barberine, opéra de M. de Saint-Quentin, qui a fait ressortir la belle voix de Mme ElsnerLitta, et par une mélodie de M. Pénavaire : A une rêveuse, gentiment chantée par Mlle Madeleine de Roskilde. L'orchestre était habilement dirigé par M. Gabriel Marie. A. P.

— On télégraphie de Lyon: M1Ie Julie Wymann, un mezzo-soprano qui fait grand honneur à l'école de Mme Marchesi, a débuté avant-hier soir à Lyon, avec succès, dans le rôle de Dalila de l'opéra de M. Camille SaintSaëns.

— Nous avons donné dimanche dernier une dépêche de Tours relatant le très grand succès de Werther au théâtre de cette ville. A la mênie heure, l'oeuvre si. attachante de M. Massenet triomphait également àu Mans. Très bonne interprétation, mise en scène des mieux réussies et exécution musicale tout particulièrement soignée par l'excellent chef M. Cavaillé.

— CONCERTS ANNONCÉS. —Le mercredi 3 mai, salle Pleyel, à huit heures et demie audiiion d'élèves de Mme Roger-Miclos, avec la concours de MM. Seguy de Ohara, Kerrion et Pennequia. — Le ténor Rondeau, qui vient de remporter de b rillants succès à Nice et à Caiines, dans les morceaux du répertoire moderne tels que Sigurd, Hérodiade, le Cid, Manon, etc., donnera, le 5 mai prochain, uD grand concert, à la salle d'horticulture, avec le concours de M"" Morlon, Mar. guérite Lavigne, Mme du Vivier du Gat-t, Marais, Lefort, MM Pecquery et Lefort, Au programme des oeuvres de M"" 1 de Grandval, MM. Maréchal, Albert Cahen Alexandre Georges, Kah'n, etc., exécutées sous la direction des auteurs. — Vendredi également, à huit heures et demie, salle Erard, deuxième concert donné par M"e Marie Panthès. — Les concerts d'orgue et orchestre du Trocadéro, quj comptent déjà quinze années d'existence, recommenceront le jeucii 25 raai. M. Alexandre Guilmant, directeur-fondateur de ces concerts, s'est assuré le concours d'artistes célèbres pour la partie vocale et instrumentale, et M. Gabriel Marie conduira l'orohestre.

NÉCROLOGIE

GUSTAVE NADAUD

A la dernière heure nous arrive la triste nouvelle de la mort de Gustave Nadaud, le célèbre chansonnier. Il meurt à l'âge de soixante-treize ans, des suites d'un refroidissement, qui tourna vite en pneumonie. On sait quelle vogue extraordinaire fut celle des chansons de Nadaud, et longtemps on a fredonné d'un bout de la France à l'autre le Quartier Latin, les Dieux, Bonhomme, Monsieur Bourgeois, le Docteur Grégoire, Je grelotte, le Message, Pandore, l'Histoire du mendiant, la Valse des adieux, le Voyage aérien, Insomnie, h Deux Notaires, Cheval et Cavalier, Père capucin, le Vieux Télégraphe, la Lettre à l'étudiant, l'Aimable Voleur, les Pêcheuses du Loiret, le Sultan, le Nid abandonné, M'aimez-vous, Lorsque j'aimais, Carcassonne, tes. Chaussettes, le Boulanger de Gonesse, le Petit Roi, la Garonne, et tant d'autres fantaisies charmantes. Nadaud composait à la fois les paroles et la musique de ses petites productions. C'était le temps où on se plaigait à un peu de finesse, d'esprit et même de philosophie dans la chanson. On n'en était pas arrivé aux grossièretés, aux insanités qu'on débite aujourd'hui dans nos cafés-concerts. Nadaud était très attristé de cet état de choses ; il était trop fier pour se plaindre, mais on sentait bien qu'il ne comprenait guère qu'on l'eût abandonnépour de telles idioties. Son vers était charmant et la forme en restait toujours | purement littéraire. Il était le successeur et l'héritier direct de Béranger, pour lequel il avait une grande admiration. On lui eût fait une place à : l'Académie que personne, parmi les lettrés, ne s'en fût étonné. Il y a plus de littérature, d'art et d'émotion dans bien des chansons de Nadaud, que dans de gros volumes et de vides discours, auxquels la vieille Institution a fait bon accueil. Au reste, cela n'eût rien ajouté à la gloire de Nadaud. C'était un simple et un homme de bien. Son souvenir demeurera longtemps encore, alors que bien des académiciens seront justement oubliés, sinon même bafoués. Nadaud fut quelqu'un: un maître dans le petit genrequ'il avait adopté. Nous lui rendons ici un dernier hommage ému. H. M,

— Récemment est mort à Londres le chef d'une des plus grandes maisons d'édition musicale de cette ville, John Boosey, dont le père, Thomas B oosey, était, dit-on, un émigré français, de son vrai nom Boosée, qui s'était réfugié à Londres à l'époque de la Révolution. Thomas Boosey avait d'abord ouvert en cette ville, en 1795, un petit magasin ae librairie, C'est seulement en 1818 qu'il commença à s'occuper d'éditions musicales, qu'il ouvrit un magasin de vente et se mit à publier les oeuvres de Rossini, de Vaccaj, puis de Hummel, Romberg, Bellini, Donizetti, Mercadante, Ch. de Bériot, etc. En 1853, ses fils Charles et John lui succédèrent, et celui-ci resta seul plus tard. En 1854, un décret de la Chambre des lords ayant fait tomber dans le domaine public la Sonnambula, le Trovalon, la Traviala et Rigolello. qui jusqu'alors avaient été considérées comme propriété delà maison Boosey, cette maison vit tarir une source importante ; de ses bénéfices. John Boosey ne se découragea pas; il entreprit alors, avec une prodigieuse activité, la publication de ballades et romances de salon à des prix populaires, et y trouva la source de nouvelles opérations fructueuses. En 1866, il fonda des concerts populaires d'un genre particulier qu'il appela Ballad Concerts, dans lesquels il faisait surtout chanter ces p ublicalions et dont le succès se prolongea pendant plusieurs années. M 1868 il devint, par traités réguliers, l'unique éditeur en Angleterre, des oeuvres d'Offenbach, de MM. Arthur Sullivan et Frédéric Cowen. Enfin, John Boosey était aussi propriétaire du journal le Musical World, qu' 1 avait-fondé en 1854 et qui disparut en 1890.

HENRI HEUGEL, directeur-gérant.

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