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3203 - S8-'ANNÉE - fr 33. PARAIT T0US LES DIMMCHES Dimanehe u Août 1891

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne)' -

(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.)

MUSIQUE ET THÉÂTRES

HENRI HEUGBL, Directeur

Adresser FRANCO à M. HENRI HEUGEL, directeur du MÉNESTREL, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement.

Du an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr Paris et Province

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, l'es frais de poste en sus.

SOMMAIRE-TEXTE

I, Histoire de la seconde salle Pavart, 3» partie (4° article), ALBERT SOUBIES et ■ CHARLES MALHERBE. — II. Semaine théâtrale: La première distribution des prix au Conservatoire de musique, ARTHUR POUGIN. — III. Musique de table (23° article): Le Caveau moderne, EDMOND NEUKOMH et PAUL D'ESTRÉE.— IV. Nouvelles '■ diverses.

MUSIQUE DE PIANO Nos abonnés à la musique de PIANO recevront, avec le numéro de ce jour: ALLA PICCIOLA

de ED. CHAVAGNAT. — Suivra immédiatement:- Tambourin et Musette, de ED. BROUSTET.

CHANT Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de CHANT : Où vivre ? nouvelle mélodie de CÉSAR GUI, poésie de JEAN BICHEPIN. — Suivra immédiatement : Ce doit être un céleste amour, lied nouveau de ROBERT FISCHHOF, traduction française de PIERRE BARBIER.

TROISIEME PARTIE

CHAPITRE I

DERNIÈRE CRISE. — Carmen.

1875-1877

(Suite)

Cette reprise, assez fructueuse par le nombre des représentations et le chiffre des recettes, était comme un hommage rendu à la mémoire du compositeur. Trois mois auparavant, le 29 août, Félicien David était mort à Saint-Germain, succombant aux suites d'une maladie de poitrine, à l'âge de soixante-six ans, et le lendemain de la représentation, ce fut Mme Tastet, légataire universelle du maître, qui eut la délicate attention de féliciter la principale interprète en lui envoyant un superbe bouquet de roses, accompagné du billet suivant : « Madame, je suis heureuse, en vous complimentant de votre succès, de pouvoir vous offrir ces roses, qui ont poussé sur les rosiers que Félicien David cultivait encore cet été. Puissent-elles vous porter bonheur I »

La perte de ce musicien,' assez personnel et assez grand Pour mériter le monument que l'indifférence du public et de l'Etat lui a refusé jusqu'ici, ne fut pas la seule que subit alors l'Opéra-Comique. Les années 1875 et 1876 avaient été marquées par une véritable série de deuils. C'est un bilan nécrologique à dresser où se retrouvent bien des noms de seiviteurs illustres ou modestes qui avait contribué à la prospérité

prospérité la maison. C'étaient, par ordre de dates, en 1875 : outre Georges Bizet, le 4 mars, Lemonnier qui avait créé le rôle de Comminges dans le Pré aux Clercs et qui s'était retiré du théâtre après vingt ans de service à l'Opéra-Comique ; le

16 avril, Couderc, l'un des comédiens les plus accomplis qu'ait connus la salle Favart, à laquelle il avait appartenu, sauf une petite interruption de quelques années, de 1842 à 1870, mourant à Paris, âgé de soixante ans, après avoir compté dans sa carrière presque autant de succès que de rôles ; le

17 avril, Mme Van den Heuvel, née Caroline Duprez, la première Catherine, de l'Étoile du Nord, décédée à Paris à l'âge de quarante-trois ans; le 11 septembre, Marie Cico, la première Lalla-Roukh, décédée à Neuilly, à l'âge de trente-deux ans; le 5 novembre, Palianti, qui, tout ensemble artiste et régisseur, appartenait, depuis 1S35, à l'Opéra-Comique ; le 23 décembre, Saint-Georges (Jules-Henry, Vernoy de), l'un des librettistes attitrés de l'Opéra-Comique, et le plus fécond après Scribe; — En 1876, outre Félicien David, le 8 janvier, Deloffre, chef d'orchestre de l'Opéra-Comique depuis 1860; le 23 août, à Bruxelles, Inchindi (de son vrai .nom Hennekindt) le créateur de Max dans le Chalet, né à Bruges le 4 mars 1798, et entré à l'Opéra-Comique en 1834; le 27 octobre, à peine âgée de vingt-six ans, Marguerite Priola (de son vrai nom Polliart), morte à Marseille dans les conditions les plus tristes, victime de la rigueur et de la grossièreté du public; en novembre, Mme Félicia More Pradher (ou plutôt Pradère), née à Carcassonne le 6 janvier 1800, et morte à Gray, après avoir été pendant vingt ans l'une des étoiles de l'Opéra-Comique, où elle créa le principal rôle de l'Eclair, de Lestocq, du Chalet, et de maint autre ouvrage applaudi; enfin, le 31 décembre, Gustave Lafargue qui, pendant plusieurs années, avait été le secrétaire général du théâtre et s'y était concilié d'unanimes sympathies.

Dix jours avant cette fin prématurée, le 21 décembre, la charité parisienne avait organisé à la salle Favart une matinée à laquelle avaient pris part le Théâtre-Français avec La joie fait peur, l'Odéon avec la Demoiselle à marier et une foule d'artistes : MM. Dumaine, Laferrière, Bouffé, Gailhard, Capoul, Puget, Caron, Mounet, Berthelier, Max Simon, Dengrémont, Mmes Marie Laurent, Céline Montaland, Théo, Thérésa, Judic,. Zulma Bouffar. Tous et toutes étaient venus apporter l'obole de leur talent à cet excellent comique de la Porte-SaintMartin, qu'on appelait familièrement « le gros Laurent » et que le triste état de sa santé contraignait à quitter pour jamais la scène. La recette, ce jour-là, s'éleva au chiffre de 16.756 francs; l'Opéra-Comique n'en pouvait, pour , son compte, encaisser de pareilles. Il était condamné à subir encore les suites de la malchance, et ce n'est guère qu'à la fin de l'année suivante, après la Surprime de l'Amour et aux