Reminder of your request:


Downloading format: : Text

View 1 to 397 on 397

Number of pages: 397

Full notice

Title : Le Cabinet historique : revue... contenant, avec un texte et des pièces inédites, intéressantes ou peu connues, le catalogue général des manuscrits que renferment les bibliothèques publiques de Paris et des départements touchant l'histoire de l'ancienne France et de ses diverses localités, avec les indications de sources, et des notices sur les bibliothèques et les archives départementales / sous la direction de Louis Paris,...

Publisher : (Paris)

Publisher : H. Menu (Paris)

Publisher : A. Picard (Paris)

Publisher : H. Champion (Paris)

Publication date : 1865

Contributor : Paris, Louis (1802-1887). Directeur de publication

Contributor : Robert, Ulysse (1845-1903). Directeur de publication

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 16205

Description : 1865

Description : 1865 (T11,PART1)-1865.

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5613812m

Source : Bibliothèque nationale de France, 8-Lc7-3

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327349138

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 30/11/2010

The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition (OCR) program. The estimated recognition rate for this document is 97 %.
For more information on OCR



LE

CABINET HISTORIQUE


PARIS. — IMPRIMERIE PILLET FILS AINE 5, RUE t)ES GIUNDS-AUGUSTWS


Il CABIET

mon

REVUE MENSUELLE

Contenant, avec un texte et des pièces inédites, intéressantes ou peu connues LE CATALOGUE GÉNÉRAL DES MANUSCRITS

QUE RENFERMENT LES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES DE PARIS ET DES DÉPARTEMENTS

TOUCHANT L'HISTOIRE DE L'ANCIENNE FRANCE

DE SES DIVERSES LOCALITÉS ET DES ILLUSTRATIONS HÉRALDIQUES

SOUS LA DIRECTION DE LOUIS PARIS

Ancien bibliothécaire de Reims, chevalier de la légion d'honneur.

TOME ONZIEME

PREMIÈRE PARTIE. — DOCUMENTS

PARIS

AU BUREAU DU CABINET HISTORIQUE

HUE DES GRANDS-AUGUSTINS, 5.

1865



MIT

HISTORIE

BEVUE MENSUELLE.

I. — CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME.

(Suite. — Voir les numéros juin, juillet, novembre et décembre 1863 ; janvier, février, avril et mai 1866.)

| HT. — Amendes pécuniaires simples, amendes avec destination obligatoire.

I

Les amendes pécuniaires infligées par le juge inquisiteur étaient de deux sortes : les amendes simples et-ceiles avec destination obligatoire. Le saint office fut prodigue de ces sortes de condamnations. L'amende simple n'étoit relative qu'à une taxe pécuniaire, qui étoit perçue une fois seulement ou temporairement. L'amende avec destination obligatoire avoit trait à une aumône forcée, à la livraison d'objets matériels pour édification de chapelles ou de construction de nouvelles prisons, à la restitution d'usures exercées, etc., etc., etc. L'amende simple, comme celle à destination obligatoire, n'atteignit d'habitude que les hérétiques notoirement aisés. Il étoit rare que le sectaire manouvrier eût à subir

lie année. Janvier 1865. — Dot. 1


2 LE CABINET HISTORIQUE.

d'autres condamnations que celles emportant des peines corporelles.

Nous avons vu que la condamnation intervenue contre le chevalier toulousain, Raymond-Arnaud de Villeneuve, par le tribunal de l'inquisition, l'oblige à livrer trois mille briques, dix muids de chaux et cent charges de sable, à l'effet de construire des prisons pour enfermer des hérétiques. La sentence portée contre Pons Grimoard, que nous avons également mentionnée, porte que, durant la vie de celui-ci, il fournira à la nourriture d'un pauvre, dans sa propre maison, et pour la sûreté de cette prescription on le force à livrer en espèces dix livres morlanes.

La plus grande variété règne dans les condamnations émanées du saint office, quant aux amendes infligées. Ajoutons quelques traits louchant diverses quotités afférantes à ces sortes de pénalités.

II

Certains sectaires convertis se sont approchés du tribunal ecclésiastique, ont fait abjuration de leurs fautes et ont réclamé une pénitence en absolution de leurs erreurs passées. Le tribunal, après les investigations les plus sévères, prononce une exonération, et fixe pour l'un d'eux une contribution de 20 livres tournois, pour la fondation d'une chapelle. Qu'on lise ce que dit le juge inquisiteur à ce sujet :

« L'an du Seigneur 1328, jour de la fête de Saint-Brice, confesseur, frère Henri de Chamayou, de l'ordre des frères prêcheurs, inquisiteur de la dépravation hérétique à Carcassonne, et Germain de Alanhan, archiprêtre de Narbonne et recteur de l'église de Capestang, commissaire dans la cité et diocèse de Narbonne, pour révérend père en Dieu, Bernard, par la grâce de Dieu, archevêque de Narbonne, député aux fins de l'affaire de la foi, étant dans la maison de Carcas-


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 3

•sonne; attendu que Biaise Boyer, tailleur à Narbonne, a entrepris diverses courses laborieuses et fait de grandes dépenses, dans l'intérêt de l'office de l'inquisition et de l'affaire de la foi, en allant a la recherche et perquisition des hérétiques, croyants, fauteurs et défenseurs d'iceux, tant en Sicile que dans l'île de Chypre, à Rome, et dans les pays d'outre-mer, pour lesquelles destinations spéciales il est parti muni d'un mandat et sauf-conduit, du père Jean Deprat, de l'ordre des frères prêcheurs, docteur en théologie, alors inquisiteur de la dépravation hérétique à Carcassonne, sur la confession faite par ledit Biaise Boyer, touchant le fait •d'hérésie, les fauteurs des croyants, l'association des hérétiques de la secte des béguins, et la soi-disant confrérie des apôtres de l'ordre des Mineurs, et sur les croyances des condamnés à Marseille et dans la province de Narbonne; qu'il avoit été promis audit Biaise Boyer qu'il lui seroil fait grâce, ■et qu'on lui épargnerait une peine infamante, que ses biens ne seraient point confisqués s'il remplissoit fidèlement les pénitences à lui infligées; considérant que des lettres d'attestation des divers inquisiteurs de ces contrées d'outre-mer que ledit Biaise Boyer a apportées, il conste qu'il s'est ac. quitté avec autant de diligence que de fidélité du mandat à lui imposé, et que le témoignage le plus élogieux a été . fourni ; qu'en outre, ledit Biaise Boyer, dans les susdites parties d'outre-mer, a poursuivi avec persévérance un apostat de l'ordre des Mineurs, invoquant le démon, homme de la plus haute perversité, d'une moralité abominable, et est parvenu à s'emparer du susdit personnage, non sans grand risque, et qu'il est aussi parvenu à ses frais et dépens à le «onduire dans les prisons de Carcassonne ; qu'à raison de tous ces faits, le susdit Boyer s'est rendu digne de grâce <t de faveur; attendu, par similitude, que le nommé Mathieu, recteur de l'église de Bellevue, du diocèse de Narbonne, a


4 LE CABINET HISTORIQUE.

confessé que jadis, lorsqu'il étoit encore clerc et nouvellement promu aux ordres, il a entendu prêcher beaucoup d'erreurs en public par le frère Jean Raymond, alors de l'ordre des frères Mineurs, aujourd'hui apostat du susdit ordre et de la foi ; qu'en outre, et en dehors du public, il avoit entendu professer d'autres erreurs contre le sacrement de l'autel et contre la foi; que, quoi qu'il eût écouté ce langage impie, il l'avoit tenu caché pendant longtemps, et que, poussé par le remords, il étoit venu de son propre mouvement pour révéler les choses susdites, et qu'à raison de ce dessus il s'est rendu digne d'une certaine grâce; les susdits Biaise Boyer et Mathieu de Bellevue, en présence du susdit inquisiteur et du susdit commissaire, chacun séparément, ayant été constitués en jugement, après abjuration faite par eux de toute hérésie, croyance, participation, association de toute secte damnable, audiiion d'erreurs et non révélation, et à raison de la susdite abjuration nous les avons délivrés solennellement de toute sentence d'excommunication qui avoit été jadis prononcée à Narbonne contre ledit Boyer, par ledit Germain, et à Carcassonne par ledit inquisiteur Jean Deprat, contre ledit Mathieu, et par le frère Jean de Belvar inquisiteur;

« Tenant les confessions faites par les susnommés, et l'absolution préalable susdite, après avoir pris l'avis de plusieurs hommes de loi, tant religieux que séculiers; à raison des fautes susdites, avons appliqué à titre de pénitence les pérégrinations ci-dessous mentionnées et autres injonctions judiciaires, savoir :

t Ledit Biaise Boyer, vers la fête prochaine de Pâques, visitera le sanctuaire de la bienheureuse vierge Marie de Yauvert;

« Ledit Mathieu visitera, à sa comodité, les sanctuaires de Notre-Dame du Puy et de Vauvert, et en outre il sera tenu


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. O

de payer vingt livres tournois, destinées à la construction d'une chapelle, dans tel lieu qui sera plus tard indiqué par Germain Alanhan, commissaire susnommé;

« Les présentes ont été faites dans ladite maison de l'inquisition, les jour et an susdits, en présence du vénérable religieux frère Pierre Brun, de l'ordre des frères prêcheurs, inquisiteur de Toulouse, de vénérable et discret homme riche Ricoman, docteur ez-lois, des frères religieux Guilhaume Ripard, Pierre Sicard, et Guilhaume Clément de l'ordre susdit, appelles comme témoins à raison de tout ce dessus, et de maître Mennet de Cour-Robert, du diocèse de Tulle, et Bernard de Narbonne, notaires apostoliques publics, qui sont intervenus aux présentes, pour en garder minute ; maître Mennet a transcrit ce dessus dans ses notes, et sous sa volonté, et sur l'ordre du susdit inquisiteur, moi Jean de Ongione, clerc du diocèse de Traies, ai exlroit des susdites notes le présent et l'ai transcrit fidèlement. » (Traduction du texte latin, Fonds Doat, vol. 27, p. 110. Bibl. imp. Inédit.)

Biaise Boyer, dans le cours de ses pérégrinations, pour justifier de la sincérité de son repentir, fit preuve de zèle; il s'occupa de la poursuite des sectaires; il s'empara d'un hérétique qu'il amena à ses frais devant le juge de Carcassonne. Cette conduite reçut l'assentiment du juge inquisiteur, et Biaise Boyer fut délié de la sentence d'excommunication qui le frappoit. Un dernier pèlerinage complémentaire lui fut prescrit.

Lorsque les pénitences dévotieuses étaient ordonnées, le pénitent fesoit serment de dénoncer les faits d'hérésie, et c'est cette prescription que Biaise Boyer avait accomplie à la lettre. Les registres de l'inquisition font foi que beaucoup de repentants avoient capturé beaucoup d'hérétiques, et que leur conduite à cet égard leur avoit attiré la bienveillance


6 LE CABINET HISTORIQUE.

du juge inquisiteur. Quant au recteur de l'église de Bellevue, il n'était coupable que de non-révélation. Le juge inquisiteur se montra facile dans ses appréciations et cumula l'indemnité pécuniaire avec la pénitence dévotieuse.

III

Après avoir été pendant plusieurs années au service du tribunal de l'inquisition, un clerc apostolique avoit commis des exactions dans sa charge, exigé des salaires exorbitants et favorisé les doctrines hérétiques, en atténuant, dans une rédaction mensongère, les dépositions des témoins. Aux yeux de l'inquisition, celte conduite étoit des plus répréhensibles. Le délinquant fut emprisonné, une information eut lieu, le fait incriminé fut prouvé, des aveux intervinrent, et comme pendant sa délention préventive l'inculpé avoit contracté une grave maladie, et que d'ailleurs ses antécédents avoient été honorables, une sentence rendue par l'inquisiteur Chamayou condamna le notaire Adalbert à une amende pécuniaire, l'astreignit de temps à autre à un jeûne forcé, l'obligea à faire l'aumône aux pauvres et des pèlerinages majeurs, dent il eut la liberté de s'exonérer moyennant une amende pécuniaire de six deniers d'or. (F. Boat. Vol. 27, p. 112, texte latin et inédit.)

IV

Jean de Corrozello de Narbonne fut absous du crime d'hérésie, parce qu'il avoit procuré la capture de trois hérétiques; mais on lui infligea certains pèlerinages, et on lui prescrivit de restituer les usures par lui faites. Rapportons aussi celte sentence :

« 6 des kalendes de mars 1324. — Par la teneur des présentes qu'il soit évident pour tous, que nous, frère Jean de


CODE PBNAL DE L'ALBIGÉISME. 7

Prat, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, inquisiteur de la dépravation hérétique, député de l'autorité apostolique, résidant à Carcassonne, et germain deAlanhan, archiprêlre du Narbonnais, et recteur de l'église de Capestang, inquisiteur de l'hérésie, dans la cité et le diocèse de Narbonne, poulie révérend père en Dieu, par la grâce de Dieu, archevêque de Narbonne, député par l'autorité ordinaire par notre père en Dieu, évêque de Carcassonne, aux fins de rendre sentence à raison de l'hérésie, à son lieu et place dans son diocèse touchant les personnes de la cité et du diocèse de Narbonne. « Attendu que Jean de Corrozello. hôtellier de Narbonne, frappé par sentence d'excommunication, a confessé devant nous, inquisiteur de Carcassonne, qu'il avoit commis le crime d'hérésie professée par les Béguins, et qu'il a fait abjuration de toute espèce d'hérésie, croyance, appui et recel hérétiques, après avoir pris l'avis de plusieurs hommes de bien et discrets, tant séculiers que religieux, nous avons été par miséricorde portés à lui donner l'absolution; et comme ledit Corrozello après la confession par lui faite devant nous, et qu'au sujet du crime d'hérésie, il a agi avec autant de diligence que de fidélité, au sujet des affaires de la foi et de l'office de l'inquisition, et a travaillé avec sollicitude à la poursuite des hérétiques, qu'il a procuré la capture de trois personnes suspectas d'hérésie, et les a conduites devant nous, lesquelles personnes ont avoué le susdit crime d'hérésie ; qu'à raison de ces faits, le susdit Jean Corrozello a bien mérité de l'opinion des susdits conseillers, et nous avons été amenés à l'exonérer de toute peine et pénitence infamante, et d'user à son égard de la plus grande indulgence; nous enjoignons cependant au susnommé à titre de pénitence, qu'il visite les sanctuaires une fois seulement de SainteMarie Dupuy, de Vauvert, de Notre-Dame des Tables de Montpellier, de Sérignan, de Saint-Gilles en Provence, de


8 LE CABINET HISTORIQUE.

Saint-Guilhem du Désert, de Saint-Maximin et de la bienheureuse Marie-Madeleine de Labaume, en reportant des attestations de chacune de ses visites, et pèlerinages susdits, qu'il n'exerce plus aucune espèce d'usure, et qu'il restitue toutes celles qu'il pourra avoir commises, qu'il n'observe point les sortilèges augures; que les jours de dimanches et fêtes, il s'abstienne de tout travail servile ; qu'il aille à la poursuite des hérétiques sous quelle dénomination qu'ils se soient produits; qu'il conserve la foi catholique de tous ses efforts; qu'il aille à confesse au chapelain de sa paroisse les quatre festivités solennelles, et qu'il communie au moins une fois l'an, à moins d'abstention prononcée par le prêtre, sous la réserve par nous faite tant pour nous que pour nos successeurs de pouvoir mitiger la susdite sentence, d'en opérer la mutation, ou la remise entière, si nous le trouvons expédient, d'après l'avis de plusieurs hommes de bien. En foi de quoi, nous avons fait apposer notre scel aux présentes. Donné à Carcassonne le premier dimanche de la quadragésime intitulée le six des calendes de mars, lequel jour, il y avoit eu lieu audience de grâces; l'an de l'incarnation de 1324. » (Fonds Doat. Bibl. Imp. Vol. 28, p. 162, trad. du texte latin inédit.)

Le registre inquisitorial de Toulouse rapporte une sentence rendue contre Alaman de Roais, membre d'une famille illustre de la capitale de la Langue d'oc. Ce seigneur toulousain fut l'un des plus ardents propagateurs du manichéisme. On le retrouve dans une grande partie du Lauraguais, suivant les ministres dans leurs courses aventureuses. Nu! ne devoit paraître plus coupable aux yeux des inquisiteurs, on le condamne à une prison perpétuelle; mais en outre on l'oblige à fournir à la nourriture et à l'entretien


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 9

d'un nommé Pons, qui était le confident de Raymond, l'écrivain inquisiteur, qui fut tué avec plusieurs de ses collègues à Avinionet. Une rente de cinquante sous toulousains doit être fournie par le condamné, durant la vie de Pons, et par annuité. La sentence oblige encore Roais à indemniser les frères hospitaliers de Saint-Jean, au sujet des déprédations et rapines commises à leur préjudice par les hérétiques, et pour dommages dus à beaucoup d'autres et provenant de son fait.

Voici la sentence d'Alaman Roais :

t L'an cidessus (1247) le quatorze du mois de février, Alaman de Roais, qui avoit été condamné déjà pour hérésie, qui a vu et adoré à maintes reprises, et dans beaucoup d'endroits, les hérétiques qui les a protégés et reçus chez lui, qui a très-souvent mangé avec eux et goûté à leur pain bénit, qui a assisté aux cérémonies de l'hérétication de plusieurs personnes, qui avait adopté toutes leurs erreurs, et notament que tout ce qui était visible, aux yeux de tous, n'était point l'oeuvre du créateur, que l'on ne pouvoit point faire son salut dans le baptême, ni dans le mariage, que la résurrection des morts ne pouvoit avoir lieu; qu'il y avoit deux principes l'un bon et l'autre méchant; que le même Alaman Roais avait ajouté foi à toutes ces erreurs, comme les hérétiques eux-mêmes, et que l'on pouvait se sauver avec la doctrine de ces derniers; que pendant trente années consécutives, il a cru que les hérétiques étaient de bons hommes, et qu'il n'a cessé de s'abstenir de cette croyance, que le dernier jour après la fête passée de Saint-Hilaire; que ledit Alaman Roais abjura ses erreurs, et qu'il reconnut que tout ce que le frère Etienne de l'ordre des Frères Mineurs, de bonne mémoire, et le frère Arnaud de l'ordre des Frères Prêcheurs de pareille mémoire, avoient entrepris contre la dépravation de l'hérésie, était vrai ; que plus tard il a renié


10 LE CABINET HISTORIQUE.

tout ce qui avait été entrepris avant sa conversion, et que depuis il a persisté dans ses anciens dérèglements; ledit Alaman Roais a subi une condamnation de dix ans, pour cause d'hérésie, mais après avoir reçu l'avis de plusieurs hommes de bien, nous enjoignons en vertu des pouvoirs sous serment à nous confiés, qu'il entre dans la prison de Saint-Etienne, où il subira à perpétuité l'incarcération, afin d'accomplir la pénitence qu'il a encourue, à raison des faits qui précèdent. Nous ordonnons seulement que le condamné ait à pourvoir à une rente viagère et annuelle de cinquante sous toulousains, pour nourriture et vêtements, en faveur de Pons, qui était le suivant de Raymond l'écrivain; enfin nous ordonnons aussi qu'il pourvoira à l'indemnité due aux frères hospitaliers de Saint-Jean, à raison des déprédations subies par ces derniers, et pour tous autres dommages qui auraient été occasionnés par son fait à beaucoup d'autres. Donné à Toulouse dans la maison commune, en présence du seigneur évêque, du seigneur comte de Toulouse, du préposé de Saint-Etienne, de Wilhaume Izarn, de Raymond, prieur des Frères Prêcheurs, et des frères Raymond de Paonac, Jean de Saint-Gaudens, et Pierre Arribert. » (Voir le texte latin, registre de l'inquisition de Toulouse, fonds Boat, Bibl. Imp.)

Le comte de Toulouse assista en personne à cette condamnation. On mit de la solennité dans la prononciation de la sentence. Les amendes pécuniaires, le service d'une pension annuelle et viagère, furent le corollaire indispensable de la condamnation. Dix ans de détention antérieure ne suffirent point pour amener l'inquisition à des sentiments plus humains. Roais était un haut personnage, il était l'un des membres de cette illustre famille qui avait donné naguère son manoir pour asile aux comtes de Toulouse, lorsqu'ils furent chassés du château narbonnais, antique demeure des hauts


PROCÈS DE FOUQUET. H

princes de la cité; on punissait en lui les erreurs des grands de l'époque; on voulait à tout prix frapper un rude coup, en atteignant les classes élevées de la société toulousaine.

Nous pourrions multiplier les citations relatives aux sentences ayant trait aux amendes simples, et aux amendes ayant une destination obligatoire; dans un appendice spécial, nous ferons le relevé des condamnations intervenues à cet égard. Nous mentionnons provisoirement la sentence rendue en 1255, contre douze habitants de Lavaur, condamnés pour fait d'hérésie, qui furent astreints à une forte amende pécuniaire, applicable au bâtiment de l'église locale; et celle rendue contre Antoine de Montesquieu de Toulouse, et Anloine De Cuq, qui, à part certaines pénitences dévolieuses, furent astreints l'un à livrer six mesures dites quartes de blé, et l'autre quatre quartes de la même denrée.

Louis DOMAIRON,

Membre de plusieurs Sociétés savantes.

(Sera continué.)

II. — PROCÈS DE FOUQUET.

On a tant écrit sur le procès Fouquet, et l'histoire en est si bien dans la mémoire de tout le monde, qu'il y a témérité aujourd'hui à prétendre hasarder des documents nouveaux sur ce sujet. Toutefois, voici une série de lettres que nous fournit cette collection Bréquigny, si peu exploitée jusqu'à ce jour et dont M. Champollion-Figeac a dit : « Pour désigner tout ce qu'elle renferme encore d'inédit il faudrait citer les trois quarts des pièces contenues dans les cent sept volumes dont elle est composée. » Nous avons feuilleté bien des livres publiés sur cette affaire pour y retrouver au moins mentionnées les lettres en question. Mais elles nous paraissent avoir échappé jusqu'à ce jour aux recherches des éditeurs. Ni M. Cheruel qui vient de réunir tant de faits


12 LE CABINET HISTORIQUE.

et de curieux documents dans sa belle publication des Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, ni le spirituel auteur des Causeries d'un curieux, qui sait et dit tant de choses rares que personne n'a jamais sues ni dites ; ni l'inépuisable auteur des Causeries du lundi, qui sait si habilement exploiter les mines ouvertes par les ouvriers de la première heure; ni le consciencieux académicien M. Pierre Clément, dans sa judicieuse analyse du procès Fouquet, en tête du tome II des Lettres et instructions de Colbert,— ne nous semblent en avoir eu le soupçon. Nous les donnons donc ici avec l'espoir qu'elles sont inédites. Elles nous paraissent curieuses et de nature à faire apprécier de quels ennemis le surintendant fut accablé, dès le moment, de sa disgrâce. Ce qui surprend surtout en ces lettres, c'est l'aveugle servilisme de tous les agents de haut et bas f'tage recrutés par Colbert et Séguier pour assurer la perte de leur ennemi. Séguier, grand maître en fait de courlisannerie, se trouve à son tour dépassé par la basse adulation des instruments qu'il emploie. M. Pierre Clément qui, dans sa précieuse publication des Lettres de Colbert, a si bien résumé les phases diverses de ce célèbre procès ne met guère en doute la culpabilité de Fouquet. — « La condamnation de Fouquet à la peine de mort eût été une condamnation sévère et cruelle, si l'on veut, mais légale, tant sur le fait de péculat que sur ce projet de révolte qui devint à la fin un des principaux chefs de l'accusation. Par bonheur pour lui, on ne vouloit pas seulement lui infliger un châtiment exemplaire, on vouloit aussi dégager du procès le cardinal Mazarin, compromis dans un grand nombre d'opérations financières... De là, ces commissaires désignés par Colbert pour vérifier les papiers de l'accusé, lui absent, afin d'en distraire ceux qui auraient pu nuire à la mémoire du cardinal; de là ces manoeuvres qui indisposent les juges,—des longueurs interminables, des difficultés de toute nature, l'intervention directe des ministres et du roi pour obtenir une condamnation capitale, et enfin, après quatre ans d'intrigues dans tons les sens, un arrêt qui donna lieu, fait unique peut-être dans un Etat civilisé, à une aggravation de peine qui n'eut de terme que la mort de Fouquet, après dix-neuf ans de la plus dure prison ! »

Ce sont les préliminaires de ce long procès que nous donnent ces lettres : les originaux qui devroient faire partie des papiers Séguier que possède la Bibliothèque impériale ont été découverts par Bréquigny à la Tour de Londres, où certes on ne les auroit pas été deviner: elles sont toutes relatives à l'instruction du procès et aux perquisitions faites dans les divers domiciles de Fouquet, perquisitions qui amenèrent la découverte de papiers compromettant pour beaucoup de personnages considérables et de réputations bien établies. Elles sont toutes à l'adresse du chancelier Séguier, qui, nous le répétons, faisoit cause commune avec Colbert pour assurer la perte du malheureux surintendant.


PROCÈS DE FOUQUET. 13

f-'i. LETTRE DE M. DE VILLERAY, PROCUREUR DU ROI DU

CHASTELET AU CHANCELLIER, SUR LES AFFAIRES DE M. FOUQUET.

Scellez chez luy et ses commis.

F" 223. Bibl. Harl. 4442.

9 septembre 1661.

Monseigneur,

Quoyque je ne double pas que vous n'ayes esté informé de ce qui s'est faict en exécution des ordres du roy et des vostres, je croy néantmoins qu'il est de mon devoir de vous en rendre compte et de vous dire, Monseigneur, que suivant ces ordres, M. le lieutenant civil a scellé chez M. Fouquet et envoie les commissaires Laboureur et L'Espine sceller chez les sieurs Bruant et Pelisson, où l'on a laissé en garnison les archers de M. le chevalier du Guet et faict apposer plusieurs bandes de fer, de manière que les choses sont dans une très grande seureté. Le commissaire L'Espine trouva d'abort un peu de résistance ches le sieur Pelisson, l'un de ses domestiques, qui a esté pour cet effet emprisonné, lui ayant quelque temps contesté la porte, dont la mère du sieur Pelisson tesmoigna estre fort fâchée : il trouva dans la cour un cheval couvert d'une housse qui n'est réclamé de personne, ce qui faict croire que celui qui s'en estait servy put s'estre évadé par une petite porte qui se trouva ouverte qui a son issue dans une autre rue. Par le procès-verbal que M. le lieutenant civil se donnera l'honneur de vous envoier, vous trouvères, Monseigneur, qu'il a exécuté les ordres du Roy avec la dernière exactitude, s'il m'eut faict la grâce de m'appeler avec luy, comme il a faict des commissaires, j'aurois tasché de seconder son zèle et de donner des marques en ce ranconlre de ma fidélité au service du Roy : j'ose me flatter,


14 LE CABINET HISTORIQUE.

Monseigneur, que vous aurez la bonté d'être persuadé de cette vérité et que vous me ferez l'honneur de croire que je suis avec le dernier respect, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant et très obligé serviteur,

DE RlANTZ VlLLERAY. Ce 9 septembre 1661

Je prendray la liberté de vous dire, Monseigneur, que M. le lieutenant civil et moy, poursuivons sans aucune relasche le libraire qui a imprimé le Bictionnaire des Pretieuses (1) : il s'est pourveu au Parlement, mais sur ma plainte l'on m'a promis de le renvoier au Chaslelet. Je vous supplie d'agréer deux almanachs qui peuvent s'adopter sur ce qui s'est passé.

JV. B. Cette lettre est transcrite sur l'original en entier de la main de M. le procureur du roy du Chastelet, dont nous avons imité la signature.

2. LETTRE DE M. BOUCIIERAT AU CHANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Saisie des papiers en sa maison et chez M. Pelisson.

F» 227. N° 4442.

9 septembre 1661.

Monseigneur,

Je ne me suis point donné l'honneur de vous informer de ce qui s'est passé en cette ville, lors de la détention de M. le Surintendant, parce que le courrier qui en portait la nouvelle partit, lorsque j'estais allé par ordre de Sa Majesté

(1) On sait que le Dictionnaire des Précieuses est de Saumaize. Quand on ouvre ce livre, d'une assez grande fadeur, on se demande ce qui put motiver l'ardeur des poursuites dont il fut l'objet.


PROCÈS DE FOUQUET. 13

en la maison où il logeoit pour saisir ses papiers et les luy apporter, elle m'ordonna enfui te de les mettre en ordre, ce que j'ay fait le plus exactement et le plus promptement qu'il m'a esté possible. Je les ay remis depuis, scavoir ceux qui regardoienl les affaires d'Ëstat es mains de M. Le Tellier, et ceux qui estaient de finances es mains de M. Colbert.

M. Pelot, intendant de justice en Poictou, qui se trouva en cette ville, alla chez le sieur Pelisson saisir ses papiers que nous avons aussi depuis remis à ces messieurs.

J'espère, Monseigneur, avoir l'honneur d'estre auprès de vous dans douze jours, où je vous diray tout le particulier qui est fort considérable et vous faire ressouvenir de ce que j'ay eu le bien de vous dire avant de partir. Ayes s'il vous plaist la bonté de me conserver la bienveillance dont vous m'avez toujours honoré, et d'estre persuadé qu'il ni a personne qui soit avec plus de respect et de vénération.

Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur,

BOUCHERAT.

A Nantes, ce ix septembre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original. Nous avons imité la signature. L'adresse est conçue en ces termes : A Monseigneur, Monseigneur le Chancellier.

3. LETTRE DE M. LE LIEUTENANT CIVIL AU CHANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Papiers divertis.

11 septembre 1661.

Monseigneur, Après avoir eu l'honneur de vous escrire touchant l'apposition des scellés tant en l'hostel de M. Fouquet que ches


16 LE CABINET HISTORIQUE.

les sieurs Bruant et Pelisson, comme cette procédure avoit esté faite après que la nouvelle du succès de Nantes eut esté apportée à M. de Narbonne, à cause du peu de diligence faicte par le sieur Sainct-Maury, qui m'apporta les ordres du Roy, il m'est toujours demeuré en l'esprit que l'on avoit peu divertir quelques papiers des logis de Bruant et Pelisson : cela m'a obligé d'user de toutes diligences pour en apprendre des nouvelles et après avoir entendu tous les chartiers, crocheleurs et autres personnes de ce mestier, enfin les porteurs de chaise m'ont appris ce qui s'était passé et que Tafa, commis de Bruant, était sorti du logis de son maistre le jour de la Nativité de Nostre-Dame,en chaise, sur les dix heures du mâtin, et avoit esté en une maison proche la porte Saint-Michel où il avoit donné un sac rouge à une servante, et ensuite avoit passé en la rue de la Parcheminerie, ou il avoit mis entre les mains d'un jeune clerc un sac de velours. Sur ces advis, je suis allé des le matin en ces deux maisons ainsi désignées, avec M. le chevalier Du Guet. La maison de la rue de La Harpe s'est trouvée estre celle de Martis, greffier de la première Chambre des Enquesles, dont Bruant a espousé la veuve; et après l'avoir entretenu du subject qui me menoit chez luy, pressé de la vérité, comme j'interrogeois la servante qui avoit receu le sac rouge, il m'a tout confessé, et que les papiers avoient esté transportés au Palais, ches le buvetier de la première chambre des Enquestes, où en ce moment je suis allé, et ayant trouvé ce que je souhaitais, les papiers ont été scellés et mis en si bonne garde que j'en puis respondre, j'estime qu'ils (sic), que ces papiers à ce que j'en ai peu cognoistre sont de conséquence. Nous n'avons pas eu si bon succès en la rue de la Parcheminerie occupée par Germiguois Procureur, dont le clerc nommé Gugouise, parent de Tafa, s'est trouvé hors la maison, et après avoir faict perquisition en toutes chambres,


PROCÈS DE FOUQUET. 17

caves, greniers, coffres et cabinets, il ne s'est trouvé aulcuns

papiers ni sac de velours : il peut estre que depuis le huit de

ce mois les papiers ayent été transférés ailleurs : mais en

tout cas, ce ne sont que papiers concernant le commis, que

les porteurs de chaise m'ont assuré avoir été pris au bureau

de Tafa. Voilà mon occupation depuis trois jours, qui a été

toute sincère et pleine de fidélité et animé du désir de vous

tesmoigner que je suis, Monseigneur, vostre très humble,

très obéissant serviteur,

DAUBRAY (1).

A Paris, le xi septembre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original, tout entier de la main de M. le lieutenant civil, dont nous avons imité la signature.

4. LETTRE DE M. D'ESTEMPES, A M. LE CHANCELIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Reconnaissances des scellés.

13 septembre 1661.

Monseigneur,

Nous vous dirons tout ce que nous avons pu faire cejourd'huy : sa esté de recognoislre le scellé que nous avons trouvé en si bon estât, par le soin du sieur d'Angeville, exempt des gardes du corps de la reyne, qu'il ne se pouvoit mieux ; de(1)

de(1) lieutenant civil qui met les scellés chez le surintendant et prend de si bonnes mesures pour s'assurer des papiers, devoit sa position à Fouquet. Du moins, est-il permis de le supposer. En effet, les Portraits des membres du Parlement, publiés par M. A. Duleau, et qui, suivant cet érudit numismate, furent écrits pour Fouquet, quelques années" avant sa disgrâce, « par un de ses plus familiers domestiques, par Pelisson peutêtre, et sans doute par son ordre, » parlent ainsi de ce personnage :

« Le Daubray (ou d'Aubray) est un fort honneste homme et de mérite, auquel on ne peut honnestement refuser la charge de lieutenant civil de M. son père à laquelle il aspire : à l'air du monde, est estimé dans sa chambre, ayant la galanterie, et, de ce chef, peut estre intéressé. »

lie année. Janvier 1869. — Doc. 2


18 LE CABINET HISTORIQUE.

main nous ferons fere l'ouverture du grand coffre et nous ne manquerons pas à l'heure mesme de vous donner advis de ce que nous y aurons veu dedans. Le dict sieur d'Angeville, Monseigneur, est une personne qui a esté à M. le cardinal de Richelieu, qui est serviteur de la maison de Coaslin, et tel qu'il mérite d'estre conservé en la commission qu'on luy a donnée, vous le pouvez fere auprès du roy, et lareyne en sera bien aise.

Monseigneur, vostre très-humble et très-obéissant et trèsobligé serviteur,

D'ESTEMPES.

De Vaux, le mardy au soir, 13 septembre 1661.

N. B. Cette lettre est transcrite sur l'original tout entier de la main de M. D'Estempes, ainsi que l'adresse suivante : A Monseigneur, Monseigneur de Séguier, chancelier de France. Nous avons imité la signature.

5. LETTRE DE M. D'ESTEIUT-ES ET VERTHAMON, A M. LE

CHANCELIER SUR L'AFFAIRE DE M. FûUQUET.

Inventaire des meitbles tirés de Vaux et de dépenses domestiques.

Monseigneur,

Nous avons travaillé cette après dinée au recollement de la vaisselle d'argent et de vermeil doré, avons séparé les papiers qui regarde (sic) les titres de Vaux et les dépenses de cette maison, et commencé à faire l'inventaire des meubles, entre lesquels nous en voyons de fort grand prix; mais comme nous serions bien aise, Monseigneur, de les pouvoir mieux descrire et donner quelque exacte cognoissance de ce que la vaisselle d'argent, pierreries et meubles de prix peuvent valoir, nous avons cru devoir vous proposer si vous


PROCÈS DE FOUQUET. 19

auries aggréable de commander qu'un orfèvre ou joaillier de la cour, et un tapissier se rendit auprès de nous, que nous ne garderions au plus qu'un jour ou deux. Et pour les papiers que nous avons mis à part, concernant les dépenses faictes en cette maison, il vous plaira, Monseigneur, de nous ordonner si nous les laisserons soubs le mesme scellé de la vaisselle d'argent, ou si nous prendrons l'occasion de nostre retour pour les remettre par devers vous, ou à qui il vous plaira de nous ordonner, qui est ce que nous vous dirons à présent et que nous sommes,

Monseigneur, vos très-humbles et très-obéissans serviteurs,

D'ESTEMPES. — VERTHAMON.

De Vaux, 14 septembre au soir 1661.

JV. B. Transcrit sur l'original, que nous croyons être tout entier de la main de M. Destempes, ainsi que l'adresse suivante : A Monseigneur, Monseigneur de Séguier, chancelier de France. Nous avons imité les signatures.

6. LETTRE DU SIEUR LALLEMENT, AU CHANCELIER Sur les affaires de M. Fouquet. — Reconnaissance de scellés.

Monseigneur, C'est pour vous rendre compte de ce dont il vous a plust nous charger de la pari du roy. J'eus l'honneur, en prenant congé de luy, de luy parler; il me recômanda d'estre fort exact; je luy fis réponse que je ne manquerois jamais de zèle et d'affection pour son service, mais que, dans l'affaire en question, je n'y allois travailler que pour lever et recognoistre nos scélés ; je trouvé Sa Majesté surprise de ma response; mais comme il sortait pour aller à la messe, je ne pus m'expliquer d'avantage, cela me console voyant que mon maislre


20 LE CABINET HISTORIQUE.

n'a point d'adversion pour moy. A l'esgard de ceux qui ne m'ont pas crust ou asses habil ou asses vigilant, je veux croire qu'ils ne me cognoissent pas, ce n'est pas que je n'aye joie d'en estre relire, mais je suis fasché que m'ayant faict l'honneur de me nommer l'on m'ait recellô; il faut prendre cela en patience; aussy bien loing d'en rien temogner, conformément a une lettre de cachet signée Louys, et plus bas LeTellier, nous avons été du matin, M. Bernard de Vezé et moy, à Saint-Mandé; nous avons, en présence de ces messieurs commis et du brave M. Frucavet, advocat au conseil et secrétaire du roy, nommé pour greffier, recognus nos scelez; ils estaient en grand nombre, ayant fait le tout avec grande exactitude; après les avoir recognus sains et entiers, nous les avons levés, laissé le tout en possession libre de ces messieurs; comme nous avions achevé de signer nostre proces-verbal de recognoissance, M. Colbert est arrivé sur les dix heures, qui venoit de Vincennes, ou avoit esté avec le roy depuis neuf heures; et ces messieurs luy ayant dit que nous avions tous recognus et levé les scelez, il a dit : « Allons donc! messieurs, travaillez. » Je souhaite que l'on trouve ce que l'on cherche à la satisfaction du roy, nostre maistre, que je souhaite pleine et entière; s'il y a quelque chose de considérable, ce sera dans deux coffres qui sont dans le cabinet hault de mondict M. Fouquet; nous nous sommes ensuite rettirés. Voilà l'exécution entière et ponctuelle de ce dont vous m'avies chargé, bien mary de n'avoir eue plus d'occasion de tesmoigner à Sa Majesté l'affection censere et cordialle que j'ay pour son service ; ce dont je vous prie, c'est de luy faire entendre que je puis servir, et si en cela vous ne m'aydes, je suis peu ou point du tout cognu de MM. Le Tellier et Colbert, j'espère que vous aurez cette bonté pour moy. Je croy que messieurs des gabelles me veulent presser pour aller à Jogny exécuter un arrest donné


PROCÈS DE FOUQUET. 24

faire le procès a quelques pilleurs de sel sur les rivières. Je pourray, a cest effect, aller a Fontainebleau sur la fin de la sepmaine, et vous assurer que je seray toute ma vie,

Monseigneur, vostre tres-humble et tres-obeissant serviteur,

LALLEMENT.

A Paris, le 19 septembre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original tout entier de la main de M. Lallement, dont nous avons imité la signature.

7. LETTRE DE M. LE LIEUTENANT CIVIL AU CHANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Papiers saisis chez Bruant.

27 septembre 1661. Monseigneur,

Après huict jours de travail continuel, j'ay achevé la description des papiers du sieur Bruant, et je puis dire par advance que la plus grande partie d'iceux n'estoient pas à luy et qu'il en estoit dépositaire. Le reste de cette semaine, je l'emploierai à reveoir mon ouvrage, en faire un fidel extrait et y remarquer les choses nécessaires pour en suite vous en aller rendre compte, s'il vous plaist me le permettre, certainement il est impossible de le pouvoir faire qu'en personne, à cause de la variété des matières, des inductions qui doivent estres tirées des pièces et des choses qui sont à faire en exécution. Suivant les ordres du Roy, pour tirer toutes les preuves et lumières de l'affaire, ce qui est bien plus facile en ce lemps cy, auquel les esprists ne se sont point encore recogneus en quoy une petite procédure du juge ordinaire qui se fait presque sans y prendre garde, establira des vérités constantes en l'affaire, comme les dogmes dans les


22 LE CABINET HISTORIQUE.

(un mot en blanc) cela n'empêchera pas d'avoir l'honneur de vous dire par advance que j'ay trouvé des promesses des fermier; au porteur de pensions notables pendant leurs baux, quantités de promesses de l'espargne pour sommes notables, des Iraictés et paiemenls faicts en exécution d'iceux avec des déclarations, le tout en blanc; quantité de billets de l'espargne qui ne sont cottes de personne, des aliénations du domaine du Roy soubs le nom de personnes affidées, ou mises soubs noms interposés, des obligations de traiclants : je ne vous puis expliquer en si peu de temps tant de choses qui méritent une bonne audience, et je m'asseure, Monseigneur, que vous ne trouverez pas mon travail inutil. Et avant que finir la présente, je vous diray que La Grange, avocat au conseil et cy-devant clerc de M. le Prévost, maistre des requestes, étant décédé, on a trouvé sous son scellé trente blancs scellés du petit sceau et un nombre de contre-sceaux que j'ay faict mettre à part en attendant vos commandements, et suis, Monseigneur, vostre très humble, très obéissant serviteur,

DAUBRAY.

A Paris, ce 27 septembre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original tout entier de la main du lieutenant civil, dont nous avons imité la signature; il y a un mot que nous n'avons pu lire, son écriture étant trèsmal formée.

8. LETTRE DU SIEUR FERRAND A M. LE CHANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Papiers saisis sur Pelisson.

29 septembre 1661.

Monseigneur,

Suivant l'ordre du Roy, dont il vous a pieu m'honorer, je travaille à la levée des scélés du sieur Pelisson, et ay fait


PROCÈS DE FOUQUET. 23

la description et inventaire de toutes les choses généralement quelconques trouvées dans la maison conformément au dict ordre.

Et pour vous en rendre compte, Monseigneur, j'auray l'honneur de vous dire que les effects se monte a quinze ou seize mil livres de rente sur les cinq grosses fermes, sa maison de Paris, quelques promesses et obligacions de peu de conséquence, des meubles; et seize à dix-sept mil livres d'argent comtant.

Je trouvay, Monseigneur, quantité de petits mémoires escris de la main de M. Fouquet, les responses qu'il fuisoit aux advis que le sieur Pelisson luy donnoit, escrits aussi de la main dudict sieur Fouquet : des lettres adressantes audict sieur Pelisson, qui parlent de quelques marchés de bleds et autres munitions pour B. Je croy que cela veult dire Belisle. Les dictes lettres signées par Charuille, La Lane et Du Gripon, de Bordeaux et d'Amsterdam : je mis toutes les dictes lettres, mémoires et papiers, en une casette à part, laquelle je transporteré ches moy, et lesquels papiers et autres choses cy-dessus spécifiées, je mettray entre les mains de M. Golbert, suivant l'ordre que je receu de M. Le Tellier.

Pour mon procès-verbal, Monseigneur, et le procès-verbal d'apposition du scellé du commissaire d'Espinay, par lequel vous recognoistres le temps qu'il fust pour entrer dans la maison pour apposer son scellé, je vous les envoyé, avec le respect et l'obéissance que je vousdoibs. J'ay laissé un seul scelé dans la maison, qui esta la porte du bureau, dans lequel j'ay faict mettre les autres papiers descrits et non descrits dans des coffres et malles que je fais sceler de mon cachet, lequel scélé est gardé par la garnison d'un exemt et six archers du chevalier du Guet.

En attendant, Monseigneur, ce qu'il vous plaira m'ordonner en toutes choses, je finiray avec les prières que moy et


24 LE CABINET HISTORIQUE.

ma famille faisons tous les jours à Dieu qu'il vous maintienne en prospérité et santé, et par celle que je prends la liberté de vous faire de nous continuer l'honneur de vostre protection et me croire éternellement, Monseigneur, vostre très humble, très obéissant et très affectionné serviteur,

FERRAND.

A Paris, ce xxix septembre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original tout entier de la main de M. Ferrand, dont nous avons imité la signature, cette lettre est adressée à Monseigneur, Monseigneur le Chancellier et munie de deux cachets en cire rouge, appliqués sur des sacs de soye cramoisi, l'un est placé sur l'adresse même, entre les deux Monseigneur, et l'autre se trouve à côté de la même feuille sur le même niveau.

(la suite au prochain numéro.)

III. — LES J'AI VU.

Il existe dans la collection Gaignières, de la Bibliothèque impériale, sous le nom de Rasse des Noeuds. n° 485, un recueil en 5 vol. in-fol. sur les affaires du protestantisme, très-peu consulté et pourtant d'un vif intérêt : on y trouve, au milieu d'un certain nombre de documents déjà publiés, une foule de pièces inédites, en prose et en vers, sur les faits et les hommes du temps, et dont l'impression seroit d'une haute curiosité; nous en extrayons aujourd'hui les rimes qui suivent. En vérifiant, sur une chronologie rigoureuse, les faits qu'elles contiennent, on s'aperçoit bientôt que l'auteur, contemporain du règne des Valois de la deuxième branche ne s'est pas piqué d'une scrupuleuse exactitude dans le récit des événements qui précèdent l'époque à laquelle il appartient. Plusieurs auachronismes notables y seraient à signaler. Nous laissons au lecteur le plaisir de les relever lui-même. Une fois arrivé au règne de Henri II, le gazetier est plus Adèle, et ses rimes, sans avoir le piquant des feuilles de Loret, sont écrites d'un style et d'une façon qui ont pu servir de type à la Muse historique. Nous compléterons, dans un de nos prochains numéros, cette oeuvre, à laquelle, pour le moment, nous ne saurions attacher un nom d'auteur.


LES J'AY vu. 25

LES J'AY VEU ou NOUVELLES DEPUIS L'AN 1480.

Pour racompter histoires bien nouvelles, Lisez ici les verrez non pareilles, Mil quatre cents avecques quatre vingts, Lors es celliers gelèrent moult de vins.

Mil quatre cents quatre vingts, et puis un, Gros et menus, moururent en commun.

Triomfamment régnoit un ronnestable, Mais son péché l'a fait trop variable, Dont fut puny, décapité en grève En soustenant la mort qui luy fut grève. J'ay beu du vin la pinte à troys beaux sols, Et puis après, pour un dernier assouls, Ce qui est vil, j'ay veu bien cher tenir, Et le cher temps à vilté revenir.

J'ay veu le moult renommé des Cordes Qui cordeloit en tout temps les discordes, Qui, les Flamens, bien sçavoit accorder, Et tout pays pour le roy concorder.

Pour ramener à notre théze,

Mil quatre cens quatre vingts treize,

Vendredy, septième de juin,

Mené, fut devant le commun,

Et bruslé vif à la voyrie

Jan Langlois, prestre qui varie

Eu la foy, luy natif d'Ivry ;

Estant réputé sans appuy

De bon lignage, fils de prestre,

Et hérétique contre l'Estre

De la sainte foy véritable,

De Jésus-Christ et proufltable :

Car il avoit, par hérésie,

Osté la très sacrée hostie

Des mains du prestre célébrant,

Comme chacun est remembrant,

En l'église de Nostre Dame,

Dont il est réputé infâme.


26 LE CABINET HISTORIQUE.

J'ay veu enfant, lequel avoit deux testes, Et fut monstre jours ouvriers que festes; Mais, comme sceu cognoistre par mon esme, Il fut porté devant le corps saint Edme.

Charles j'ay veu, huictiéme de ce nom, De France roy, partout avoir renom : De là les monts, armes, lances porta Et vaillamment tout Naples conquesta.

— 1496 —

L'an vérole, que l'argent fut pery Et que le vin se vendit à vil pris Lorsque larrons ont le bois enchéry Et Naples fut des ennemis repris, Et que grands eaux, eurent Paris compris, Le jour devant que Messias fut né, Claude Cnauvreux, de faulscté surpris, Fut, par arrest, au pyllory mené,

L'an mil cinq cens moins double deux, Pour vous le faire bref et court, Ce conseiller, nommé Chauvreux, Fut expulsé hors de la court.

— 1498 —

Mil quatre cens quatre vingts deux et seize, Mirandola, prins de bonne affaire, Grand clerc régnoit, comte par excellence, Nul ne pourrait estimer sa science. J'ay veu Paris avoir prédicateur, Un Tysserant, frère et bon orateur; Premier tourna les filles pénitentes, Lesquelles ont à Dieu servir ententes.

— 1499 —

Mille quatre cens quatre vingts dix neuf Tomba le pont Nostre Dame de neuf. Ce cas advint en octobre, treizième Jour, du matin, viron heure neufléme, J'ay veu Paris crier le rouge et vert Sans bon moyen et raison en appert,


LES J'AY VU. 27

Ce gros abus par trop a il esté Tant soit hyver, automne, ver, esté. J'ay veu le pain à un denier pour vendre, Longtemps après l'ay veu à six revendre, Encore pas n'en pouvoit on trouver; Cela est vray, sans point le controuver.

J'ay veu Standon qui les pauvres fonda Amont âge (sic) et les recommanda Qui, chacun jour, prient pour les trespassez Et pour nous tous quand nous serons passez.

J'ay veu plusieurs de. mauvais esperits Moult tourmentez de dangereux périls; Dont vint cela et ce piteux malheur? On n'en sçait rien, Dieu l'envoyé meilleur !

Durant mon temps, on a trouvé des isles Dedans les mers qui sont beaucoup fertilles, Dont habitans sont d'estranges manières, Sauvages gens, de trésors ont minières.

— 1503 —

D'un eschollier, logicien, nommé Edmond de la Fosse, natif d'Abbeville.

Edmond de la Fosse, eschollier,

Hérétique particulier,

Avoit pris et cierge et chasuble

Fainetement, en pensée nuble;

Comme le diable le menoit

Et à son voulloir proumenoit,

Des mains d'un prestre il osta

La sainte hostie et la brisa,

Dont l'une des parties cheut

Près Pbostel dont trop luy m'escheut;

L'endroit fut où il cheut à terre

Près l'hostel Saint-Paul et Saint-Pierre,

En la Sainte-Chapelle, au lieu

De Paris dédié à Dieu.

Et l'autre part, comme on revelle,

Près les dégrés de la chapelle,

Tumba, dont par celluy meffait

Et parolles de grand effect,

Par trop villes et détestables,


LE CABINET HISTORIQUE.

Qu'il disoit trop déraisonnables

Contre Dieu, fut jugé avoir

Le poing couppé pour son debvoir :

Ce qu'il eut devant les degrez

De celle chapelle, et au grez

Du juge eut la langue couppée,

Et à sa très malle journée

Fut tout vif, os, chair, cuyr et peaux,

Brûlé au marché des pourceaux;

Ce cas advint un vendredy,

Vingt et cinquième jour en novembre,

L'an mil cinq cens trois, je dy,

Qui fut pour luy piteux encombre.

— 1505 —

J'ay veu l'an mil cinq cens et cinq,

Es caves moult gelez de vins; Par plusieurs fois l'eaue a fait grand déluge Où maintes gens n'avoient aucun refuge, Tant à Paris qu'à la cité de Romme, Pour noz peschez a souffert chacun homme.

J'ay veu Tournay aux Anglois retourner, Laissans François sans plus à eux tourner; Auparavant Thérouénne rasée, Mais puis après a esté réparée. Rhodes, aussy la clef des chrestiens, Prise a esté des Turcs et des payens ; Dieu sçait bien tout dont est venue la faulte Par trop souvent avons volunté haulte.

J'ay veu Luther en la foy varier, Et puis après follement marier, Dont dire fault : souffre dedans salpêtre Ont bataillé; car c'est un sale prestre.

Les bouttefeuz, j'ay veu régner longtemps, Dont viateurs avoyent par tout contens, Les accusans de ce merveilleux cas Lors on crioit, tant fut hault, comme bas. J'ay veu par feu beaucoup de bonnes villes, Aussi des bourgs qu'après ont esté viles; On dit bien vray, qu'après feu rien demeure ! Pensons en Dieu qui en brief temps labeure.


LES J'AY VU. 29

J'ay veu régner gens d'armes misérables, Lesquels estoient nommez six mil diables, Soudain après ont esté confondus, Les ungs bruslez et les aultres pendus. J'ay veu au ciel planettes et dragons Aiant des queues flammans comme charbons; Pour nos péchez nous avons grand presaige Qui bien vivra se trouvera moult saige.

L'an mil cinq cens vingt et puis trois

Les bleds gelèrent en novembre;

Il est fort à noter ce mois,

Car il a causé grand esclandre :

L'an que Lhermite fut bruslé

Et Martin Luther réprouvé,

Et que aventuriers enchérirent

Les cordes, esquelles pendirent,

Et que le grand clou fut rivé;

Et Mont-Didier eurent gaigné

Anglois, et la Somme passèrent

Dont ceulx de Paris travaillèrent,

Car par la nuict de la Toussaincts

On ne sonna cloches ne saim-ts,

De peur des Anglois et gens d'armes

Qui, près Paris, estoient en armes,

Et pionniers marests rompirent,

Que Alemand en Langres (sic) tendirent,

Et francs archers les monts passèrent

Et maints aultres cas se traictèrent,

Et pape Adrian trespassa.

Bourbon oultre France passa;

Le roy François a esté pris

En grands dangiers et grands périls ;

Beaucoup de maux pour nos péchez

Avons soufferts et grands meschefs.

En l'an mil cinq cens vingt huit,

Un conseiller trop mal séduit,

Nommé Ledet, je m'en remembre,

Des vingts nouveaux premier en chambre,

Fut, par ses faussetez et vices,

Privé de ses dons et offices,

Et luy fut faict spoliature

Des habits de judicature,

En faisant amende honnorable


30 LE CABINET HISTORIQUE.

Sur pierre de marbre notable, Et pour parfaire son procès Fut renvoyé à son excès Devant monsieur l'offlcial, Comme clère et espécial.

IV. — BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, rédigé par M. MOUYNÈS, archiviste du département de l'Aude. Archives civiles, série B. — Paris, imprimerie et librairie administratrive de Paul Dupont. 1864, gr. in-4.

Le siècle présent se distingue par une singulière ardeur pour les oeuvres de vulgarisation. Les esprits les plus élevés y apportent un effort d'initiative individuelle vraiment méritoire. Les lexiques se multiplient; les monographies surgissent de toutes parts; le moindre bourg trouve son historien; des conférences gratuites excitent, d'un bout de la France à l'autre, le goût de l'instruction. Tous ces travaux de propagande savante méritent d'être signalés; c'est un véritable symptôme du mouvement intellectuel des temps modernes. Une'haute;pensée ministérielle a prescrit la publication de l'inventaire-sommaire des archives départementales avant 1790. La science historique va gagner en profondeur et en surface, lorsque ce labeur immense sera complet. Obscurités éclaircies, doutes levés, notions inexactes rectifiées, fausses appréciations combattues, connoissances superficielles rendues plus profondes, tels seront les fruits qu'apportera au monde lettré l'examen consciencieux de toutes ces richesses inconnues.

Comme le disoit si spirituellement Charles Nodier en s'extasiant devant le moindre catalogue bibliographique qu'il alloit chercher dans ses pérégrinations quotidiennes, auprès des modestes étalagistes des quais, le catalogue doit être le fidèle ami des travailleurs, soit que l'érudit se tourne vers les recherches patientes, soit qu'il demande à l'appréciation d'une oeuvre particulière les jouissances de l'homme de goût. Le catalogue porte la science dans ses flancs, sans se prodiguer ni se dérober, et surtout sans affectation de pédantisme, et sans la vaine recherche d'ornements qui doivent lui rester étrangers.


BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 31

Parmi les publications déjà faites de plusieurs inventaires d'archives départementales, nous nous faisons un devoir de signaler aux lecteurs du Cabinet historique le premier volume des archives civiles du département de l'Aude, dû aux soins si intelligents de M. Mouynès Ce travail est vraiment hors ligne, par l'ordre, la méthode et la précision des notices. Le moindre travailleur trouvera là des matériaux jusqu'ici livrés à l'oubli, et dont la mise au jour ne peut qu'être remplie d'intérêt.

Dans le premier volume de son inventaire, l'archiviste départemental de l'Aude ne s'occupe que de la série B. Dans une introduction, dont nous ne saurions trop recommander la lecture, M. Mouynès fait l'historique de la translation des documents confiés à sa garde; sur l'intérêt de l'inventaire par lui rédigé, il s'exprime ainsi :

» Des procédures, des constestations sur des sujets et pour des « motifs quelquefois de la plus mince importance, et qui n'en ac« quéroient que par l'animosité, la passion des parties adverses, le « zèle des gens de patrocine; des procès en matière criminelle « pour des cancans de rue, des rixes où toutes les parties, provo« quées ou provocantes apportent les laideurs et les brutalités « d'une éducation politique dont notre génération auroit le dé» goût; des criminels mis à la question pour en avoir ce que l'on « appeloit le testament de la mort, c'est-à-dire l'aveu de leur cul« pabilité et la dénonciation de leurs complices ; une pénalité qui « approche de la barbarie; des informations pour des faits sans « motifs comme sans but, bris de chapelets, crucifix, profanation « de saintes hosties, oeuvres de folie que l'exaltation née des luttes « religieuses peut seule expliquer, et que l'ordonnance poursuivoit « rigoureusement; chants de psaumes par des réformés, en fa« mille, dans leurs propres maisons, que les recteurs des paroisses i catholiques font interdire; au premier aspect, telle paraîtrait « devoir être la nature des enseignements que peuvent donner les « papiers inventoriés. Mais qui ne sait ce que peut contenir d'in« dications utiles, même au point de vue purement pratique, une « requête à propos de mitoyenneté, de voirie, de bornage de pro« priétés, de servitudes, des droits d'arrosage, d'usage, de par« cours, etc.. Et dans les enquêtes et informations que les pro« cédures font naître, combien de traits de moeurs, d'usages « complètement éteints, sont là décrits naïvement, mais avec « toutes les couleurs locales de la plus exacte vérité I Que de per« sonnages dont le nom, la position élevée, la dignité, saignent « au frottement d'intérêts matériels, de basses passions, infirmités « de la vie privée, dont la vie publique subit fortement l'atteinte ! « Dans les situations les plus diverses, chacune des pages de ces


32 LE CABINET HISTORIQUE.

« collections, dont plusieurs, entre autres celles des sénéchausséesi de Carcassonne et de Lauragais, sont considérables, est un tête moin vivant et souvent loquace qui reproduit sciemment et « avec impartialité l'histoire, les moeurs, les habitudes de son « époque; donne unnom inconnu; rappelle un événement ignoré; « cite des faits qui solliciteraient le doute, s'ils ne se prouvoient « et ne s'afflrmoient eux-mêmes. »

Nous devons savoir gré à M. Mouynès d'avoir, dans le courant de son inventaire, donné la signification d'anciens mots employés dans les documents conservés au chef-lieu de l'Aude, tels que : bodules, condomine, rusques, paraconage, béai, agrier, marjades, lauzime, devois, sivadage, saigne, rascas, coup, rentrayeur, cèdes, ratouble, drap pages, fréchussures, seroudes,herm, bourras, broutiêre, boscarel, manjadouire, breil, masade,pigité, cue,jasse, etc., etc., il n'y a qu'un mot sur lequel nous sommes en dissidence avec l'archiviste de Carcassonne. Il traduit le mot beverlé par celui de manteau. Nous lui ferons observer que lors de la représentation du drame de Beverley, le costume scénique de l'acteur interprète étoit une longue redingote dessinant la taille et le buste, suivant la mode angloise de l'époque, qui n'avoit rien de commun avec la coupe ni le port du manteau traditionnel. Le drame de Beverley fut joué avec succès sur tous les théâtres de province, et les tailleurs d'habits se livrèrent dans tout le royaume à la confection du nouveau vêtement importé de Londres sur la scène françoise, et qui, en province, fut appelé Biverlé, par corruption du mot anglais Beverley. Cette simple observation donnera à M. Mouynès la mesure de l'attention que nous avons apportée à la lecture de la première partie de son excellente publication.

Lorsque la deuxième partie de l'inventaire des archives civiles de l'Aude aura paru, nous faisons toutes réserves pour jeter un coup d'oeil plus approfondi sur l'ensemble de l'oeuvre susdite. Ce sera pour nous un plaisir aussi bien qu'un devoir de relever le mérite de ce beau travail, sous le rapport onomastique, nobiliaire, statistique, clérical, judiciaire, moral, politique et administratif. Cet ajournement de notre compte rendu ne sera pas de longue durée, car, si nos instructions sont exactes, les presses de M. Paul Dupont sont à l'oeuvre pour l'impression du surplus de l'inventaire de l'archiviste de Carcassonne.

MAXIME VALÈRE.


Mlï

REVUE MENSUELLE.

V. — L'IMPOT DU SANG

OU LA NOBLESSE DE FRANCE SUR LES CHAMBS DE BATAILLE.

État des officiers de tout grade tués ou blessés, depuis les croisades jusques et y compris le règne de Louis XVI, dressé d'après les documents les plus authentiques.

(Suite). — Voyez t. VII, p. 25, 49, 73, 97, 133, 171, 192, 257, 281, 321 ; t. VIII, p. 36, 65, 118, 129, 208, 271, 293, 321; t. IX, p. 34, 89, 121, 153, 185 et 217; t. X, p. 2, 65, 97 et 185.

1554. BILOUART DE KERLEREC (Louis), chevalier de SaintLouis, capitaine de vaisseau et gouverneur de la Louisiane : blessé à la cheville du pied dans le célèbre combat de M. de l'Etendaeré du 27 octobre 17-47 contre les Anglois, dans le moment où il rendit son vaisseau, le Neptune, qu'il avoit défendu avec tant de valeur : le fut encore à la cuisse dans le combat que le chevalier de l'Epinay, commandant trois vaisseaux, livra à une escadre angloise de six vaisseaux qu'il battit.

1555. BILOUART DE KERVASEGAN-DES-SÂLLES (N.), son neveu, commandant le détachement des gardes du Pavillon, eut

lie année. Février-Mars 1865. — Doc. 3


34 LE CABINET HISTORIQUE.

le bras emporté dans le même combat de M. de FEtendaeré : les chirurgiens s'étant hâtés de le panser, il leur échappa et tout sanglant, sans habit, s'élança sur le pont, voulant encore sacrifier à la nation le bras qui lui restoit, mais il tomba mort aux pieds de M. de Kerlerec, son oncle.

1556. BILOIIART-DES-SALLES (N.), chevalier de Saint-Louis, commandant l'artillerie à la Louisiane, puis colonel d'infanterie à la suite des troupes de Saint-Domingue, obtint en 1772 une pension de 500 fr. en considération de plusieurs blessures qu'il avoit reçues.

1557. BILTHENER (le sieur), capitaine au régiment de Reding-Suisse, blessé d'un coup de feu à travers la cuisse à la bataille d'Hastembeck, an 1757.

1558. BIMAR (Frédéric-Henri de), lieutenant au régiment du Roy-Infanterie, tué à la bataille d'Oudenarde.

1559. BINANVILLE (le sieur de), sous-lieutenant aux gardes françoises, tué au combat de Valcourt, en 1689, où le maréchal d'Humières fut battu par le prince de Waleck, de l'armée de Marlborough.

1560. BINNA (le sieur), capitaine, lieutenant et ayde-major au régiment de Diebbach-Suisse, tué à la bataille de Laufeldt, en 1747.

1561. BIHOS (le sieur de), capitaine au régiment royal des Vaisseaux, blessé au combat de Senef, en 1674.

1562. BINOT (Antoine), seigneur de Villiers, lieutenant de

cavalerie, puis commissaire ordinaire des guerres, tué au siège

de Tournay, en 1745.

D'une bonne famille originaire de Bretagne, passée dans le Poitou, établie à Paris au commencement du xvme siècle, maintenue par juge-


L'IMPÔT DU SANG. 35

ment des commissaires du Roi, du 21 avril 1701. — Armes : D'azur à la bisse d'argent, languée de gueules, tortillée en 8 de chiffre, et posée en pal.

1563. BINTH (le sieur), chevalier de Saint-Louis et lieutenant-colonel, tué devant Goudelour le 13 juin 1783.

1564. BINTINATE (le chevalier de la), chevalier de SaintLouis, major des vaisseaux, obtint en 1779 une pension du roy en considération de ce qu'il avoit eu le bras droit emporté dans le combat de la Surveillante, à la hauteur d'Ouëssant, contre une frégate angloise le 7 octobre de la même année : il étoit alors enseigne de vaisseau et commandant en second de M. du Couëdic.

1565. BIOLÈS (Antoine de), mort au service du roy en 1572, dans les guerres contre les religionnaires.

1566. BIORD (Honoré de), chevalier de Malte en 1635, reçut

plusieurs blessures au service du roy.

Famille de Provence, établie à Arles à la fin du xve siècle, originaire d'Italie, maintenue en 1667. — Porte : D'azur à trois pals d'or, à la fasce de gueules, brochante sur le tout et chargée de trois molettes d'éperon d'or.

1567. BIOTIÈRE (Charles de), marquis de Chassincourt et de Tilly, chevalier de Saint-Louis : d'abord cornette de carabiniers, puis officier aux gardes françoises, et colonel du régiment de Médoc; blessé à la bataille d'Ettingen en 1743.

1568. BIOTIÈRE (Claude de), de Chassincourt, chevalier de

Malte, lieutenant de grenadiers au régiment du Perche, tué au

siège de Fribourg, en 1744.

Famille du Bourbonnois, dont la généalogie a été dressée en décembre 1754, sur l'expédition de titres extraits de la chambre d'élection de Moulins. — Porte : D'azur à une rose d'or, feuillée de Sinople, posée au milieu de Vécu, accompagnée en pointe d'une croix ancrée d'argent, au . chef de même chargé d'un lion d'azur, armé et lampassé de gueules.


36 LE CABINET HISTORIQUE.

1569. BIRABIN (le sieur de), capitaine au régiment de Leuville, depuis Béarn, tué au siège de Vérua, prise en 1705 par le duc de Vendôme.

1570. BIRAGUE (Jean-Jacques, dit le marquis de), baron d'Entrames, lieutenant d'artillerie, tué au siège de Dunkerque, en 1658.

1571. BIRAGUE (le sieur de), lieutenant au régiment de Navarre, blessé au siège de Prague, en 1742.

De l'ancienne maison du Milanois, d'oii est sorti le célèbre René de Birague, chancelier de France après Lhospital, et, dit-on, l'un des promoteurs de la Saint-Barthélémy. — Armes : D'or à trois fasces, bretessées et contrebrelessées de gueules, de cinq pièces, chargées chacune d'un trèfle d'or.

1572. BIRAN (Jean de), comte de Gobas, chevalier de l'ordre du roy, l'un de ses chambellans, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances et capitaine aux gardes françoises, fut massacré, en 1569, par le comte de Montgommery, chef des protestants, contre la foi de la capitulation d'Orthès.

1573. BIRAN (Antoine de), seigneur de Gobas, chevalier de Tordre du roy, capitaine de cinquante hommes d'armes, de ses ordonnances, mestre de camp d'un régiment d'infanterie, maréchal de camp et chambellan du duc d'Anjou, fut tué au siège de la Rochelle, en 1573, d'un coup d'arquebuse qu'il reçut à une jambe.

1574. BIRAN (Jean-Bernard de), de Gohas, capitaine aux Gardes françoises, mestre de camp d'un régiment entretenu, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roy, et gouverneur d'Antibes, eut l'épaule percée d'un coup de mousquet au siège de Montauban, en 1621.

1575. BIRAN (Biaise de), comte de Gohas, chevalier de SaintLouis, maréchal de camp et gouverneur de Vôrûa, eut plusieurs


L'IMPÔT DU SANG. 37

chevaux tués sous lui à Santa-Vittoria et à Luzara en 1702, puis au combat de Castelnovo de Bormé, et mourut en 1705, le lendemain de la bataille de Cassano de la blessure qu'il y avoit reçue.

1576. BIRAN (Louis de), comte de Gohas, chevalier de SaintLouis, brigadier des armées du roy et colonel du régiment de Berry, puis de celui de Bourbonnois, tué à l'affaire de l'Assieta, en 1747.

■ L'ancienne baronie de Biran, dans le bas Armagnac, étoit sortie de la maison de ce nom pour entrer dans celle de MM. de Roquelaure, puis dans celle de MM. de Rohan Chabot, qui la revendirent, en 1756, à JeanAntoine de Iliquetty, marquis de Mirabeau.

1577. BIRCHER (le capitaine d'Ost), de Lucerne, capitaine suisse au service du roy, fut blessé à la bataille de Dreux, en 1562.

1578. BIRENGUEVTLLE (Robert de), chevalier, blessé à l'entreprise du château de Mercq, près Calais, en 1405, en montant à l'assaut, mourut de cette blessure peu de temps après.

1579. BmoN (le sieur de), mousquetaire de la garde du roy, fut tué au siège de Mons, en 1691. (Voy. GONTAUT.)

1580. BISCARAS (le sieur de), officier de distinction, blessé au siège de Saint-Omer, en 1638. (Mercure de l'année.)

1581. BISE (le sieur de la), lieutenant de la compagnie des gendarmes de M. le Prince, fut tué commandant la gendarmerie à la bataille de Rocroy, en 1643, dès le commencement de l'action.

1582. Biss (le sieur), de Soleure, enseigne au régiment de Wictmer, mort de la blessure qu'il reçut à l'attaque du village de Perwis, en 1746. (Voy. BIZE, qui paroit être le même nom différemment orthographié).

1583. BISTON (le sieur), capitaine au régiment d'Aquitaine,


38 LE CABINET HISTORIQUE.

eut l'index de la main droite emporté d'un coup de feu à la bataille de sous Louis XV.

1584. BITESSON (le sieur), écuyer du grand prieur de France, tué à la bataille de Dreux, en 1562.

1585. BITREMONT (le sieur), lieutenant au régiment de Saint-Germain, blessé à la bataille de Rosback, en 1757.

1586. BIZANNES (le capitaine), dangereusement blessé dans une affaire en 1562, se fit transporter à Narbonne, où il mourut de sa blessure. (De Thou.)

1587. BIZE (le sieur), capitaine au régiment de Wictmer, blessé à la bataille de Rosback, en 1757. (Voy. Biss qui paroit être le même nom différemment orthographié.)

1588. BIZOUARD DE VERREY (Claude), porte-étendard des gendarmes de Bourgogne, tué à la bataille d'Hochstet, en 1704.

1589. BIZOUARD DE VERREY (Denis), chevalier de SaintLouis, capitaine au régiment du Médoc, blessé au siège de Landau, sous Louis XIV.

-1590. BIZOUARD DE VERREY (Bénigne), gendarme des chevau-légers d'Anjou, tué à la bataille deFontenoy, en 1745.

1591. BIZOUARD DE VERREY (Jean-Baptiste), frère du précédent, chevalier de Saint-Louis, premier sous-aide-major de la gendarmerie et mestre de camp de cavalerie, grièvement blessé à la bataille de Fontenoy, en 1745, le fut encore considérablement aux lignes du village des Picards. Il mourut à Lunéville, le 12 avril 1790, âgé d'environ 72 ans.

1592. BLACHÉRES (Jean-Luc de), chevalier de Saint-Louis, capitaine de grenadiers au régiment de Talart, depuis Flandres, avec rang de lieutenant-colonel, blessé en 1746 à la bataille


PROCÈS DE FOUQUET. . 39

de Raucoux, puis d'un boulet de canon aux jambes à celle de Minden, en 1759, le fut encore à celle de Filliug-Hausen, en 1761. (Sera continué.)

VI. — PROCÈS DE FOUQUET

Nous continuons d'extraire du fonds de Bréquigny, qui luimême les a tirées du fonds Harléien (Musée britannique), les pièces relatives au procès Fouquet. C'est toujours la même entente entre Colbert et le chancelier Séguier d'une part, et les agents préposés à la recherche, à la saisie de tous les papiers du malheureux surintendant. Mais dans cette énorme quantité de liasses, de registres, de cartons enlevés aux diverses habitations de Fouquet, nous ne voyons pas qu'il soit question de la fameuse cassette dont on fit tant de bruit, et qui, dit-on, contenoit tant de choses compromettantes pour de belles et grandes dames. — « Les premières découvertes qui se firent à Saint-Mandé dans les papiers de Fouquet, dit M. Sainte-Beuve (Causeries du lundi, t. v, p. 241), n'étoient nullement propres à lui concilier l'indulgence du monde. Je ne sais au juste ce que renfermoit cette précieuse cassette dont on a tant parlé : elle existe, je crois, à la Bibliothèque nationale, dans quelque recoin ignoré : le jour où elle eu sortira, on en pourra faire à tête reposée l'inventaire. » — Il n'est pas probable que cet espoir puisse jamais se réaliser, du moins pour la partie si eurieuse des prétendus poulets à madame de Maintenon, à madame de Sévigné et autres. M. Feuillet de Conches nous semble avoir dit le dernier mot sur cette cassette mystérieuse, dans les lignes suivantes : « Le conseiller d'État,jLa Fosse, avoit été chargé de la saisie, et l'on peut voir à la Bibliothèque impériale les lettres par lesquelles il rend compte de sa mission à Pierre Séguier, l'ennemi le plus implacable du surintendant. Le roi avoit voulu faire luimême le dépouillement de ces papiers, et d'un coup il avoit connu les ennemis de son gouvernement, les secrets de la fortune financière des plus puissantes familles et toutes les intrigues qui s'ourdissoient autour de son trône. Quand ce vint aux papiers privés, à cette fameuse cassette aux poulets, tant cités, il brûla, ou laissa brûler par la reine, sa mère, à mesure que la lecture étoit faite, tout ce qu'il y avoit de compromettant pour de grands person-


40 LE CABINET HISTORIQUE.

nages dignes de ménagements. Cependant un résidu demeura, qui des mains royales passa dans celles de Le Tellier, et enfin dans celles de Colbert, fort avant en toutes ces délicates confidences. Ce résidu a formé deux forts volumes, longtemps négligés et perdus dans le fonds Baluze (Arm. v, p. iv), où ni Mommerqué, ni "Walckenaer, ne les ont connus, et où la sagacité heureuse de M. Cheruel a su les découvrir et en discerner l'intérêt. » (Causeries d'un curieux, t. n, p. 533.)

9. LETTRE DU SIEUR PONCET AU CHANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Comptes rendus au sieur Fouquet d'une recepte de billets de V Espar gne.

k octobre 1661.

Monseigneur,

Comme nous estions prêts d'achever nostre travail nous avons faict une découverte de quarante-deux comptes rendus par Bernard à Mr Fouquet, dont la recette composée de billets de l'Espargne et d'autres natures de deniers, et la consomption de laquelle recette par la dépense qui suit, donnent lumière entière de la conduite dud. sieur Fouquet : par les mesmes comptes nous voyons encor que Bruant a compté pareillement. Outre tous lesdits comptes nous avons encore connoissance d'autres comptes qui regardent le domestique : ainsy joignant touts lesdits comptes, on verra tout ce qui a esté par luy receu et despensé jusques à seul denier.

Dans le mesme garde-meuble nous avons encore trouvé un portefeuille dans lequel sont les quittances des arrérages de plusieurs rentes qu'il devoit, du temps qu'il estait Maistre des Requestes. La quantité nous a surpris et en pourroit surprendre d'autres : nous les avons, le tout, paraphé et inventorié : ainsy nous n'attendons plus qu'un ordre pour la remise des papiers en lieu seur, dont j'ay donné advis à M.t Colbert, ce que j'attends d'autant plus impatiemment


PROCÈS DE FOUQUET. 41

que c'est ce qui me retient, Monseigneur, de retourner auprès de vous pour vous renouveler mes obéissances, côme estant avec le dernier respect, Monseigneur, vostre trèshumble et très obéissant et très obligé serviteur,

PONCET.

A Paris, ce 4 octobre 1661.

N. B. Xranscrit sur l'original tout entier de la main de M. Poncet, dont nous avons ligure la signature.

(F. Bréq., t. 102, 241.)

10. LETTRE DU SIEUR DE MACHAULT AU CHANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Examen des minutes des secrétaires du Conseil des Finances.

9 octobre 1661.

Monseigneur,

Comme j'estois prest de monter en carosse pour me rendre auprès de vous, suivant que M. Baltazart, avec lequel il vous avoit pieu me commettre pour travailler à l'inventaire des •choses qui estoient sous le scellé, en la maison du sieur Boilesve, me l'avoit escrit de vostre part, M. Baltazart m'a apporté un cbangement d'ordre pour ledit inventaire et m'a dit que le voïage près vostre personne n'estoit pas pressé : et à l'instant j'ay receu une lettre de M. Colbert qui m'ordonne, de la part du Roy, de travailler en diligence aux minultes des papiers des secrétaires du conseil de finances, en exequution d'un arrest qu'il m'escrit m'avoir envoyé et lequel je luy ay escrits n'avoir pas encores receu ; et aussi de l'advertir touls les deux jours de ma procédure pour en donner compte au Roy, ce qui m'oblige a commencer à travailler a ceste commission bien qu'il vous ayt pieu, Monsei-


42 LE CABINET HISTORIQUE.

gneur, m'y commettre avec M. De La Fosse, lequel est encores empeschê a Saint-Mandé; et, dès demain matin, Dieu aydant, aller commencer mon proces-verbal chés le sieur Catelan, chés lequel j'ay ordre de travailler le premier^ Et continueray chés les autres en attendant que l'arrest que je dois exequter soit arrivé. C'est de quoy j'ay creu, Monseigneur, vous devoir rendre compte pour le faire scavoir au Roy s'il est besoin pour ma descharge.

Et en mesme temps vous assure côme j'espère que vous me ferés ceste justice par vostre bonté de me croire que je feray toutjours les choses qui me seront commandées avec toule la sincérité et la fidélité possible, et que je me donneray l'honneur de vous aller trouver, toutes et quantes fois qu'il vous plaira me faire scavoir que ce sera a vostre volonté, ma plus grande passion estant de vous obéir avec le respect que je dois, qui suis de coeur et d'affection, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur,

DE MACHAULT. A Paris, le ix octobre 1661.

N. B. Transcrit sur l'origine tout entier de la main de M. Machault, dont nous avons imité la signature.

il. LETTRE DU SIEUR LAUSON AU CHANCELLIER, SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Papiers de Saint-Mandé transportés à Vincennes.

10 octobre 1661.

Monseigneur, Hier à neuf heures du soir, MM. Poncet et De La Fosse et moy achëvasmes l'inventaire des papiers de Saint-Mandé et furent en même temps portez au château de Vincennes dans deux coffres cachetez chacun du cachet de nos armes de touts trois, et déposez dans le donjon suyvant l'ordre du


PROCÈS DE FOUQUET. 43

Roy, la porte de la chambre scellée, la clef mise en mains du sieur Foucault, greffier, et du tout le sieur de Monfort qui y commande chargé, dont proces-verbal de luy signé.

M. Poncet part pour rendre compte à Sa Majesté de nostre procédure, et côme il a esté l'âme de nostre conduite, a mesure que nous avons inventorié quelque chose et paiement de conséquence il a pris la peine d'en dresser un petit plumitif, de sorte qu'il a in numerato de quoy satisfaire, attendant un plus ample esclaircissement.

Je n'ay pas creu nécessaire de l'accompagner, je suis pourtant prest de me rendre partout ou je seray cômandé.

Comme vousscavez, Monseigneur, les grâces que j'ay toujours receues de voslre bonté, de là il vous plaira, mesurer quelle doit estre ma recoynoissance et avec quel exceds de respect je voudrais vous faire paroistre combien je suis, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur,

DE LAUSON.

Paris, ce lundy 10 octobre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original tout entier de la main de M. De Lauson, dont nous avons imité la signature, il a écrit aussi au dos de sa lettre pour toute adresse : A Monseigneur.

i2. LETTRE DU SIEUR BALTAZAR A M. LE CIIANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Papiers saisis chez Boilesve.

11 octobre 1661.

Monseigneur, J'ay différé d'avoir l'honneur de vous escrire jusque a ce que j'eusse achevé de lever le scellé et la garnison, et (de)

faire inventaire des papiers du logis de M. Boilesve avec MM. de Beljambe et de Caumartin. Tout s'est réduit aux papiers de ses maisons et de ses pro-


44 LE CABINET HISTORIQUE.

cez, que nous luy avons rendus, aux inutiles que nous avons laissez dans son cabinet, et à ceux qui peuvent regarder les finances du Roy, comme billets de l'Espargne, ordonnances de comptant, arrest du conseil pour prest, que nous avons descrits dans nostre procès verbal, et mis dans une cassette bien fermée et cachetée, laquelle je feray porter à Fontainebleau comme je fis par vostre ordre, Monseigneur, de celle des papiers du sieur de Gourville.

Nous avons donné acte des oppositions; nous n'avons trouvé ny journal ni aucun mémoire des affaires de finances dudit sieur de Boilesve, tant il y avoit donné bon ordre.

J'espère achever demain l'évaluation de la maison du Tailleur qui est nécessaire aux Jésuites pour le portail de leur église du costé de Saint-Paul, en exécution de l'arresi par lequel il vous a pieu me commettre pour aller à Fontainebleau, et vous rendre compte plus particulier de tout.

C'est, Monseigneur, vostre très humble, très obéissant et

très obligé serviteur,

BALTAZAR. A Paris, ce 11 octobre 1661, au soir.

N.B. Cette lettre est transcrite sur l'original tout entier de la main de M. Baltazar, dont nous avons imité la signature.

13. LETTRE DE M. DE BRETEUIL AU CHANCELLIER, SUR LES

AFFAIRES DE M. FOUQUET.

lsle de Sainte-Lucie. Scellés à Saint-Mandé, minutes de Catelan.

13 octobre 1661.

Monseigneur,

J'ay attendu que j'eusse entièrement exécuté les ordres de Sa Majesté touchant l'argent des déposts de MM. Chaun


PROCÈS DE FOUQUET. 45

et Clément à me donner l'honneur de vous en informer et côme, Monseigneur, j'ay receu ce matin l'arrest que vous avez signé touchant la cassation du contract de l'Isle SainteLucie, M. Clément a aussitost payé ce qu'il avoit de reste des deniers dudit dépost entre les mains du comis de l'Espargne, et demain, Monseigneur, je feray mettre soubs scellé à Saint-Mandé l'obligation de LX livres (incertain) de M. le comte de Brancas.

Je commenceray demain matin avec M. de Machault et les autres commissaires aus minutes qui sont au greffe de M. Calelan, et quand j'y auray assisté quelques jours, je retourneray à Fontainebleau pour vous en rendre compte et vous témoigner toujours le respect avec lequel j'ay l'honneur d'estre, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant

serviteur,

BRETEUIL.

A Paris, ce 13 octobre 16G1.

N. B. Cette lettre est transcrite sur l'original tout entier de la main de M. Breteuil, dont nous avons imité la signature.

14. LETTRE DE M. DE BRETEUIL A M. LE CHANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Examen des minuttes chez le sieur Catelan.

15 octobre 1661.

Monseigneur,

Quoique M. De La Fosse se soit donné l'honneur de vous informer de ce que nous avons commencé de faire pour les minuties qui sont entre les mains de M. Catelan, qui concernent les affaires du Roy, si est-ce, Monseigneur, que j'ay creu estre de mon devoir de vous dire que nous y avoiis travaillé depuis hier au matin sans discontinùation, et nous


46 LE CABINET HISTORIQUE.

advançons beaucoup parce que nous y trouvons toutes les expéditions en très-bon ordre et grande exactitude, je puis, Monseigneur, vous asseurer que ce travail estoit tout-à-fait important au service de Sa Majesté, et qu'on en cognoistra l'adventage par les suites : J'espère, Monseigneur, que dans un ou deux jours, nous aurons achevé avec M. Catelan, et aussitost après je me rendray à Fontainebleau pour y recevoir les ordres de Sa Majesté et les vostres, pour ce qui regarde les autres secrétaires, et pour vous présenter nostre commencement d'ouvrage et voir si vous l'approuverés de la manière que nous y procédons, et en mon particulier pour vous protester touljours l'honneur que j'ay d'estre avec tout respect, Monseigneur, vostre 1res humble et très obéissant

serviteur,

BRETEUIL.

A Paris, ce 15 octobre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original tout entier de la main de M. Breteuil, dont nous avons imité la signature.

15. LETTRE DE M. MACHAULT AU CHANCELLIER SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Inventaire des papiers de Catelan; proposition de traiter l'affaire civilement.

18 octobre 1661.

Monseigneur,

Nous achevâmes hier ches M. Catelan nostre inventaire pour les expéditions extraordinaires et affaires qui regardent le Roy, telles qu'il nous les a représenté et néantmoins affirmé n'en avoir point d'autres, avec toutes les formalités requises et concertées entre MM. de Breteuil et Lafosse et moy ; de la copie duquel inventaire, Monseigneur, nous avons


PROCÈS DE FOUQUET. 47

chargé M. de Breteuil pour vous la présenter pour en recevoir sur cela vos ordres.

Certainement il y a beaucoup de soubson de mauvais mesnage en plusieurs choses, lequel a commencé il y a long-temps : mais en ces derniers temps, il y a eu moins d'ordre et beaucoup de confusion accompagnée d'une autorité plus plainière. La suite de ce qui se poura faire ches les autres secrétaires du conseil nous donera une intelligence plus complette, Dieu aydant, Monseigneur, de ce que nous ne voyons gueres qu'avec obscurité : c'est a quoy nous travaillerons côme il nous sera ordonné aussitost qu'ils seront de retour en cette ville.

Demain dès le matin M. De La Fosse et moy nous continuerons à voir les minuttes des arrests qu'a reçu ledit sieur Catelan, et nous mettrons à part et ferons inventaire et description sommaire de cens qui regarderont les impositions des charges et qui concerneront l'exéqution des traités desquels nous n'avons pas les minuttes ; principalement affin d'en avoir quelque cognoissance par la suite et exeqution d'iceux, et pour apprandre les noms s'il se peut des parties intéressées.

Nostre opinion commune, Monseigneur, est que si nostre travail est suivy, qu'il en poura revenir de très grands fonds au Roy en traitant les affaires civilement et dans l'ordre de la justice et non criminellement : mais bien entendu pourveu que le Roy le veuille bien, et que la chose soit apuiée de vostre autorité, pour fortifier la vigueur qui sera nécessaire à ceux qui y seront employés.

Puisqu'on me mande que le roy nous fait l'honneur de vouloir estre instruit de nostre procédure, je vous supplie, Monseigneur, au nom de MM. nos confrères, appuïer nos bonnes intentions de vostre faveur, vous asseurant que nous y agissons avec fidélité, sincérité et affection comme je feray


48 LE CABINET HISTORIQUE.

toute ma vye en l'exéqution des commandements que je recevray,

recevray, vos ordres auxquels j'obéiray avec le respect que

je dois, qui suis, Monseigneur, vostre très humble et très

obéissant serviteur,

DE MACHAULT.

A Paris, 18 octobre 1661.

JV. B. Transcrit sur l'original tout entier de la main de M. de Machault, dont nous avons imité la signature; au dos est écrite la note suivante : Lettre de M. Machault, conseiller d'Estât, du xvm octobre 1661.

16. LETTRE DE M. MACHAULT AU CHANCELIER, SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Examen des minuttes des secrétaires du Conseil de

finances.

28 octobre 1661. Monseigneur,

L'employ qu'il vous a pieu me faire l'honneur de me donner par deçà, m'esloignant quant à présent du bonheur que je souhaite le plus en ce monde de servir près de vostre personne, je vous supplie, Monseigneur, me permettre par ces lignes me faire grâce de me tenir come celuy de vos créatures qui s'estime avoir plus de passion pour vostre service en vostre souvenir. Et pour vous rendre compte, Monseigneur, de ce que je fais soir et matin en la comission des minuttes des secrétaires du conseil, je vous diray que j'y vois quantité de choses lesquelles peuvent exciter à faire autant de jugemens véritables et profitables, come à donner scrupule a faire des jugemens téméraires ; et come les inventions de ceus qui ont agy en ces affaires sont très-ingénieuses,— j'avois prié, Monseigneur, M. Colbert qu'il vous proposa de m'adjoindre quelques personne qui eût plus de


PROCÈS DE FOUQUET. 49

cognoissance en ces affaires-là que moy pour pénétrer les choses pour lesquelles je recognois qu'une forte expérience de lumières, pour les pénétrer, seroit plus utile pour les descouvertes requises el nécessaires.

Pendant l'absence de M. de La Fosse, ce matin, M. de Breteuil nous a amené avec lui M. Constantin, maître des requêtes, pour travailler avec nous en cette comission, m'adjoustant qr il avoit été choisy come une personne qui no pouvoit pas avoir parlicipé a aucune des choses que nous pourions rechercher, en quoy j'ay reparty que je le renvierois encore par dessus luy du chef de l'innocence en toutes choses, come j'aurais eu a souhaiter quelqu'un qui me surpasse en cognoissance et capacité. Mais come il vient de vostre part, aova serons Dieu aydant, ensemble le mieux qu'il nous sera possible.

Ce travail est long et pénible. Les minuttes de beaucoup des arrests dans les sens des auteurs estant difficiles a en discerner véritablement les suiltes et les applications des choses qui ne s'y traitent pas ouvertement. Si ce qui est ches les autres secrétaires du conseil est semblable à ce que nous voyons ches M. Catelan, je croy avec justice bien faicte et les choses traitées civilement es parties ouzes que le Roy en poura tirer de quoy rembourser une partie des rentes constituées sur les fermes et autres droit? avec remerciements.

Tout y est propice. Les possesseurs es tels biens ne les considérants pas come entièrement a eus appartenant et peut être honteus d'en avoir une si grande quantité ches eus, lesquels quant ils en auroit employé une partie à marier leurs filles, achetés des offices à leurs enfans, et contracté de grandes alliances, le reste sera plus difficile à desvuiner (sic) et l'autorité du roy bien conduite par toutes les grandes qualités requises pour les actions de la justice que vous possédés avec éminence, feroient des effets non pareils, sauf à

lie urinée. Février-Mars 1SCB. — Doc. 4


50 LE CABINET HISTORIQUE.

servir de l'extraordinaire par après, s'il y a faute, crime ou démérite qui le requièrent : autrement, si on traite ces gens là criminellement, selon les bruits qui viennent de la Cour, et l'appréhension que ces gens-là en ont, et que ceus en un besoin auxquels ils donnent leurs trésors et effets à guarder leur donnent à entendre, on ne trouvera que des maisons vuides et une difficulté très grande a recouvrer après ce qui se présente en miséricorde qu'on demanderoit. Pardonnezmoy, Monseigneur, s'il vous plaist, si j'ecrits plus que je ne devois. Au moins c'est ce que je vois et entend de vostre bonté, est en possession d'excuser mes deffauts, me persuadant come je vous honore avec respect et une passion 1res entière que vous me continuerez en la créance par la grâce que j'implore de vostre bienveillance et me pouvoir dire come je suis véritablement, Monseigneur, vostre très humble et obéissant serviteur,

DE MACHAULT. A Paris, le xv novembre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original tout entier de la main de M. de Machault, dont nous avons imité la signature.

17. LETTRE DE M. DAUBRAY, LIEUTENANT CIVIL, A M. LE CHANCELLIER

1° Sur les affaires de M. Fouquet. — 2° Sur la demande que le procureur du Boy du Chatelet avait fait au Boy de la VALLÉE DE MISÈRE pour y faire des boutiques à son profit.

28 octobre 1661.

Monseigneur,

J'ai eu ordre du Roy estant à Fontainebleau d'interroger îe nommé Girard, prisonnier à la Bastille, sur un mémoire dont il s'est trouvé saisi des effets de M. Fouquet, lequel


PROCÈS DU FOUQUET. SI

mémoire est entre vos mains, sans lequel je ne puis exécuter les ordres du Roy, et ainsi, Monseigneur, je vous supplie de me l'envoïer et d'agrëer une très-humble prière de tous les officiers du Chastelet touchant une nouvelle surprise de M. le procureur du Roy, lequel au dernier voiage par lui faict à Fontainebleau a demandé au roy le don de la Vallée de Misère pour y faire des boutiques et autres logemens a son proffit, or comme cette place est destinée a l'usage du public, et dont une petite partie peut servir a quelques bastimens nécessaires au Chastelet, vous jugés, Monseigneur, si l'opposition d'une compagnie qui se glorifie d'avoir été présidée par vos illustres ancestres, est plaine de justice et digne de vostre protection auprès du Roy pour empescher une viollence si préjudiciable au public, je l'attends de vostre bonté et suis, Monseigneur, vostre très humble et

très obéissant serviteur,

DAUBRAY.

Paris, le 28 octobre 1661.

N. B. Transcrit sur l'original, nous avons imité la signature de M. le lieutenant civil.

18. LETTRE DE M. DAUBRAY, A M. LE CHANCELLIER SEGUIER, SUR L'AFFAIRE DE M. FOUQUET.

Interrogatoire à la Bastille du sieur Girard, l'un de ses comis.

30 octobre 1661.

Monseigneur,

Je reçus hier la despeche du Roy qui me fut envoïéc par M. Le Tellier, avec la lettre qu'il vous a pieu de m'escrire touchant l'affaire de Girard, ensemble le procès-verbal du bailli d'Autheuil et les mémoires mis en ses mains par Jousset. Je fus en mesme temps à la Bastille l'interroger a quoy


52 LE CABINET HISTORIQUE.

j'employay hier six heures de temps, et ce matin j'ai achevé le surplus, en ce que je puis comprendre tant par la lecture des mémoires que des responces de Girard, c'est un clerc qui a suivi le palais où il a demeuré ches Bonvalet Procureur et ayant passé au conseil, il a servy Chariot Desforges, advocat et secrétaire du Roy, et Jarnay, agent des affaires domestiques de M. Fouquet, le prist pour escrire sous lui et solliciter les affaires à quoy il a travaillé pendant trois ans,et a quitté Jarnay au mois de may dernier, à cause qu'il ne l'avoit pas mis auprès de M. Fouquet, ainsi qu'il le lui avoit fait espérer, et sortit n'estant pas paie de ses gages, pour raison de quoy il y a eu quelques procès au Chastelet. Dans le premier interrogatoire il reconnoist que tous les mémoires à lui représentés ont esté par lui escrits sous Jarnay et desnie avoir aucune connoissance de toutes les affaires y contenues : il allègue le long temps que les mémoires sont escripts qui est environ depuis un an : —et au second interrogatoire, il rend raison de quelque chose dont on peut avoir plus de lumière par quelques personnes qui sont nommées dans le mémoire, qu'on peut entendre ; mais il desnie sur toutes choses que ces mémoires aient esté trouvés entre la coeffe et le feulre de son chapeau, par le nommé Josset. Il est bien vrai que Girard un jour du mois de septembre dernier estant à Auteuil, il rencontra en un petit sentier Josset et sa femme, qui ne s'esloient jamais veus et l'incômodité du chemin les aiant pressé au passage, ils se prirent de parolles et vindrenl aux mains, et par la fin du conflit, ils se prirent respectivement leurs chapeaux, dont il y a eu depuis de gros procès tant à Auteuil qu'au Chastelet : si bien que Gérard soutient que cette querelle a donné lieu à l'animosité de Josset, et lui a fait dire qu'il avait trouvé ces mémoires dans son chapeau, ce qui n'est pas à mon jugement, une défense suffisante, car les mémoires estant représentés par Josset,


PROCÈS DE FOUQUET. 53

qui sont escrits de la main dudict Gérard, ce ne peut pas estre une calomnie: —il est vray que Gérard aiant quitté Jarnay, il n'avoit pas besoin de mettre ces papiers dans la coeffe de son chapeau'; et d'ailleurs les intérests de M. Fouquet et de Jarnay ne lui estoient pas si considérables pour garder soigneusement les papiers. Enfin ces mémoires pour la plupart, sont touchant les affaires domestiques de M. Fouquet, et tous les actes qu'il a pusses ont été receus par Cousinet, notaire, chez lequel on peut veoir toutes les acquisitions, principalement des terres et maisons dont les grosses sont en la possession de Jarnay. En quelque lieu qu'il soit, Gérard promet de faire arrester Jarnay si on lui donne la liberté : il m'a dit que Taffu, commis de Buant, qui a cent mille escus a lui suivant ses récépissés qui sont dans les papiers que j'ai envoies à Fontainebleau, est a présent au Mans, d'où il est natif avec ses parens : on l'y pouroit faire arrester par M. lieutenant général du Mans ou autres personnes. M. le prévostdel'Isle travaille pour prendre Jarnay, auquel j'ai enseigné les maisons où il a esté veu depuis la détention de M. Fouquet. J'ai retenu copie du procès-verbal du bailli d'Auteuil et faict faire une copie figurée des mémoires dont vous trouvères ci joints les originaux, affin que s'il vous plaict me commander quelque chose en exécuiion de ce que j'ay faict soit pour interroger ceux qui sont desnommés dans mon procès-verbal ou pour faire perquisition ches Cousinet, notaire, des effects de M. Fouquet, je puisse exécuter ponctuellement vos ordres que j'atlendré avec impatience, pour vous témoigner que je suis, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur,

DAUBRAY.

A Paris, 30 octobre 1661.

N. B. Cette lettre est transcrite sur l'original; nous avons


§4 LE CABINET HISTORIQUE.

imité : l'adresse est A Monseigneur, Monseigneur le Chancelier.

Vit. — LETTRES DE MARIGNY.

Voici de nouvelles lettres de Marigny que nous trouvous dans un recueil du Supplément français de la Bibliothèque impériale. Elles ne font pas suite à celles que nous avons publiées, adressées à Lenet, et relatives aux affaires de la Fronde. Postérieures de douze années, on n'y retrouve plus cette verve sarcastique, cette ardeur juvéuile et séditieuse que le confident du cardinal de Retz et l'ami de Lenet portoit partout avec lui. Ce n'est plus le

Marigny, rond en toute sorte,

Qui parmi les brocs se transporte

On a peu de détails sur sa vie, après les scènes tumultueuses de la deuxième Fronde. On sait qu'après tant de courses, d'agitations, il s'étoit retiré chez le cardinal de Retz, l'un de ses puissants auxiliaires et patrons, durant les mazarinades, et que c'est là, croit-on, qu'il mourut d'apoplexie, en 1670. —Toutes ces lettres, sauf deux à Franc. Duchesue (prises à un autre recueil), sont à l'adresse de Gaignières, le célèbre curieux, qui, comme tous les collectionneurs, étoit en relation épistolaire avec toutes les notabilités, et recrutoit et prenoit de toutes mains. On ignoroit qu'il eût été en correspondance avec le vieux Marigny. Ces lettres ont donc un double intérêt, bien qu'elles ne portent plus, autant que les précédentes, sur les choses politiques.

MARIGNY, A M. DE GAIGNIÈRES.

(F. fr. 15209, suppl. fr. 275. )

A Paris, le 30 de décembre 1664. Je viens de recevoir dans ce moment vostre lettre du 20 ; si j'avois sceu une voye pour vous escrire, je vous asseure, Mon-


LETTRES DE MARIGNY. 35

•sieur, que depuis que je suis de retour en cette ville je n'aurois pas manqué de vous remercier du billet que je trouvay chez moi en y arrivant, vous aviez oublié de me donner une adresse et vous ne devez vous prendre qu'à vous mesme si vous n'avez pas reçeu de mes lettres. Je vous aurais tesmoigné le déplaisir que j'ay de vostre départ, et vous aurais fait un petit reproche de ne vous estre pas servi de mon logis pour y mettre en depost vos meubles ; vous scavez que vos livres auroient esté en seureté avec les miens, et que j'aurais eu soing de tout ce qui vous appartient, comme de ce qui est à moy. J'espère que vostre absence ne sera pas longue et que vous retournerés icy devant que l'hyver se passe, je le souhaite de tout mon coeur. Si vous voulez scavoir des nouvelles de M. le comte de Saint-Pol, il est à Trie, où Madame sa mère l'a confiné pour apprendre ses exercices, craignant qu'il se débauchast dans l'académie; il a peu de train, et je croy moins de plaisir. M. son frère est à Meru, à quattre lieues de là, où il estudie. Ainsi Madame de Longueville va tantost d'un lieu à l'autr pour observer les actions de MM. ses fils, ne se mettant guère en peine de la vie qu'on meine à Paris, où l'on a pris le deuil pour la mort de la petite Madame. —Quand je vous auray dict que M. Foucquet continue son voyage vers Piguerol, et qu'on luy a accordé trois personnes pour demeurer avec luy dans sa prison, et que l'on recommencera d'ouvrir la chambre de justice après les Roys, je vous auray dit tout ce qu'il y a de nouveau. J'oubliois à vous dire que M. de Vardes, au sortir de la Bastille, a reçu ordre d'aller à son gouvernement, et qu'il a demandé permission au roy d'aller servir S. M. sur les vaisseaux.

Je suis à vous de tout mon coeur,

MARIGNY.

Suscrïp. A Monsieur, Monsieur Bredet, maistre de la Groixd'Or, pour faire tenir à M. de Gaignières, estant à Mussigny chez M. le comte de Mussigny, à Dijon.


56 LE CABINET HISTORIQUE.

flf° 48

A Paris, le 27 de jan. 1665.

J'ay reçeu depuis deux jours votre lettre du 11 de ce mois, elle est si pleine de marques de vostre amitié qu'en vérité, Monsieur, elle m'a donné bien de la joie, car vous scavez combien j'ay d'estime pour vous et le plaisir que j'aurais de vous le témoigner par mes services; je vous suis fort obligé et à M. de Menesserre de vous estre souvenu de moi lorsque vous aviez le verre à la main. Quand vous serez de retour, nous lui ferons raison ensemble, ce ne sera jamais sitost que je le souhaite.

Ceux qui vous ont dit que le duc Mazarin avoit eu des révélations et qu'il en avoit entretenu le Roy, vous ont dit vray ; mais elles ont été receues de Sa Majesté avec le respect et l'estime qui leur estoit deue. On a fort rarement à la cour et dans les grands palais de semblables révélations ; elles sont beaucoup plus fréquentes dans les petites Maisons. Je ne scay pas ce qu'on vous dit de la guerre de Flandres, mais icy l'on n'i songe pas. M", les Flamands se fortifient dans leurs places, mais cela ne nous donne pas la moindre allarme du monde. L'on a receu la nouvelle de la mort de M. le comte de Richelieu, qui, désespéré de n'estre arrivé en Hongrie qu'après la paix faite, estoit allé offrir ses services aux Vénitiens contre le Turc, à qui il en vouloit cruellement, ayant quitté le repos de la vie ecclésiastique pour faire la guerre aux infidèles et porter de grandes plumes sur son chapeau ; il voulut servir en passant les dames vénitiennes, il s'y échauffa si furieusement qu'en trois jours il en fut pour un homme de son pays. Il s'étoit déjà défiait de son prieuré de Saint-Martin entre les mains d'un nommé Boisenont, honnête homme. Il sera bien heureux si on lui laisse en paix jouir du prieuré.

M. de Lyonne a eu l'abbaye de Marmoustier qui ne vaut que


LETTRES DE MARIGNY. 57

16 ou 17 mille livres de rente, mais qui donne pour cinq cent mille livres de bénéfices. L'abbaye de Saint-Ouin, qui vacque aussi par la mort de Lecomte, vaut 50 m. livres; elle n'est pas encore donnée; vous jugez bien que ce n'est pas faute de prétendants et de demandeurs.

L'on donna hier, pour la première fois, le ballet de Madame. Voilà, Monsieur, tout ce que je puis vous dire de nouvelles. Aimez-moi toujours et croïez que personne n'est plus à vous

que

MARIGNY.

Suscrip. A Monsieur, Monsieur Budet, maistre de la Croixd'Or, pour faire tenir à Mussigny, à Monsieur de Gaignières, à Dijon.

sro 43

A Paris, le 20 de février 1665. L'on m'apporta hier votre lettre du 8 de ce mois, elle me fait en quelque façon espérer que nous aurons l'honneur de vous revoir bientost ; il me semble que vous avez été assez honnêtement longtemps à la campagne, vous en trouverez Paris plus beau, mais vous avez perdu l'occasion de veoir les plus superbes mascarades du monde, et les diverses trouppes de dames dont les unes avoient à leur teste la Reine, et les autres, Madame; afin que vous en puissiez juger par un échantillon, vous scaurez que les moindres habits estoient de deux cents louis d'or, et Gaultier seul, a vendu en six jours pour cinquante mille livres de brocard : jamais on ne fit plus belle dépence ; nous avons eu le ballet de Madame et une petite mascarade du Roi très-galante. Le Lundi gras, mademoiselle de Pons (c'està-dire Ponsneuf, car pour Vieuxpons l'on n'i songe pas)


58 LE CABINET HISTORIQUE.

espousa le fils aîné de M. d'Eudicour, qui est fort riche; le festin des noces se fit à l'hostel d'Albret, où nous vîmes des bandes de masques de qualité, et entre autres Monsieur, qui fit l'honneur à la mariée de la mener au lit et de lui donner sa chemise. La fille aînée de M. Daurat, conseiller de la troisième, qui est, comme vous scavez, de mes intimes amis, a espousé M. de Turgot, conseiller au grand conseil, qui a plus de quatre cent mille escus de bien; je voudrais bien que vous trouvassiez une Maistresse qui vous en apportast autant, à peine de vous marier le caresme sans dispense, l'on raccommoderait bien cela quand l'affaire seroit plus difficile. Je pense que vous voulez me persuader que vous êtes devenu grand chasseur en me demandant si je fais le caresme, ou si je ne le feray point ; vous savez si j'ay coutume de ne le pas faire, mais comme je ne scaypas si vous êtes si grand chasseur que vous dites, j'ay des amis incommodes à qui je feray veoir les oeuvres de vos mains, de sorte que vous n'avez qu'à bien tirer. Au reste, monsieur, je suis infiniment obligé à madame la comtesse de Roussillon de l'honneur de son souvenir. Je ne mérite pas qu'une si belle et si spirituelle dame pense à moi, mais je voudrais bien l'avoir obligée par quelques services à avoir un peu d'estime pour moy. Elle est soeur d'un des meilleurs amis que j'aye jamais eu ; je veux croire que c'est cette seule considération qui lui inspire les bons sentiments qu'elle témoigne pour un homme qui, d'ailleurs, luy est fort inconnu ; faites en sorte qu'elle m'honore de ses commandements, afin que par mes obéissances elle puisse connestre le respect que j'ay pour elle, qui ne m'est pas inconnue, car je scay les beautés de son esprit et de sa personne, et j'ay veu plusieurs fois son portrait à Veninges et de ses lettres entre les mains de madame de Cusy. Obligez-moi de faire scavoir que j'ai fait raison de toutes les santés que l'on a beues en votre présence, et qu'à votre retour je vous prendray encore pour témoin, cependant faites-moi


LETTRES DE MARIGNY. 59

l'honneur de m'aimer toujours et de me croire tout à vous,

MARIGNY. A Monsieur de Gaignières.

af° 44

A Paris, le 31 de mars 1605. Je vous écrivis la semaine passée une assez grande lettre et vous manday ce que je savois du détail de l'affaire de M. de Vardes, qui fait présentement toute la nouvelle de la cour. Depuis ce temps-là, Mad. la Comtesse a eu ordre de se retirer de la cour, et elle partit hier avec M. son mari pour aller dans son gouvernement de Champagne. M. le comte de Guiche partira de son côté après les festes, et l'on dit présentement qu'il ira à Monaco au lieu de la Hollande dont l'on avoit parlé. M. le duc de Verneuil, avec qui j'ay eu l'honneur de dîner ce matin, m'a dit qu'il partirait jeudi pour son ambassade d'Angleterre. Voilà tout ce que je puis vous mander présentement, et j'ay si peu de loisir d'écrire qu'en vérité je m'en serais peutestre dispensé si ce n'estoit pour vous remercier du beau présent que l'on m'a ce matin apporté de votre part : nous saurons ce que c'est dans peu de jours. J'ai veu quelques testes qui m'en font bien juger, et Grandpré m'a assuré qu'il y avoit diversité d'espèces renfermées. Je ne suis point estonné de cela, car il y a longtemps que je sais que vous estes au poil et à la plume. Revenez à Paris, s'il vous plaît, et croïez que personne ne sera plus aise de vous y voir et de vous y embrasser que moy, qui suis tout à vous.

A Monsieur de Gaignières.

Suscrip. A Monsieur, Monsieur Budet, maistre de la Croix-


60 LE CABINET HISTORIQUE.

d'Or, pour faire tenir à Monsieur de Gaignières, à Mussigny, chez M. le comte de Mussigny, à Dijon.

TU" 45

A Paris, le 24 d'avril 1665.

J'ai reçu ce matin une de vos lettres dattée à Mussigny,

le , le reste est demeuré au bout de votre plume, de sorte

que je ne scay pas si elle a été longtemps en chemin. Il est vray que l'on peut juger qu'elle ne peut être plus vieille que ; celle que j'ai trouvée dans votre paquet, qui est du 6 de ce mois. Je vous confesse sincèrement que la civilité de madame la comtesse de Roussillon m'a surpris. Je ne me fusse jamais attendu à recevoir une semblable faveur d'une dame si bien faite, qui a tant d'esprit et dont je suis si peu connu, peutestre que si je l'estois davantage elle ne m'auroit pas accordé cette grâce, et j'en suis entièrement redevable aux personnes j qui lui ont dit plus de bien de moi que je n'en connois moymesme ; il m'est trop avantageux de tromper de loin les gents pour les vouloir désabuser, et je vous prie, en faisant tenir ma response à madame de Roussillon, d'y joindre encore quelques compliments pour m'aider à la remercier de l'honneur qu'elle m'a fait.

Au reste, monsieur, je vous écrivis le 31 de mars pour vous remercier du pasté que Grandpré m'apporta de votre part. Je ne doute point qu'il n'ait esté trouvé parfaitement bon par un de mes amis à qui je l'envoyay tout aussitost qu'on me l'eût donné ; il fallait que vous eussiez fait un grand dégât de gibier pour en envoyer comme vous fîtes en ce temps-là à tant de ! personnes qui ont beu à votre santé, avec toutes les cérémonies!


LETTRES DE MARIGNY. 61

requises à la défroque de si bons pâtés, vous ferez raison quand vous aurez soif, car il ne faut point s'inccommoder en ce mois cy pour ses amis.

La Cour partit lundi dernier pour Saint-Germain, mais le Roy reviendra lundi prochain au parlement ; l'on dit que c'est pour quelque chose qui regarde les Jansénistes et les gents d'affaires; nous scaurons cela dans peu de jours; il y en aaujourd'huy huict que le comte de Bussy fut mis à la Bastille pour avoir fait des histoires et des vers qui font un estrange bruit ; il a déjà esté interrogé deux fois par le lieutenant criminel ; il est fort estroitement gardé à veue par un soldat et n'a point d'autre valet ; il s'est attiré presque toute la Cour par ces escrits ; s'il se vérifioit qu'il eust fait ce qui a paru dans quelques copies, il courrait grand risque. Il prétend que l'on a adjouté ce qui s'y veoit contre la maison royale et particulièrement contre M. le prince et Madame de Longueville, et qu'il a donné au roi le véritable original écrit de sa main pour justifier à Sa Majesté qu'on l'accuse d'avoir mis des choses qu'il n'a pas faites; mais, par malheur pour luy, depuis cette justification prétendue, il a esté emprisonné et interrogé, et l'on parle fort mal de son affaire ; on croit qu'on luy fera grâce, s'il en est quitte pour sa charge et pour une longue prison. Il est à plaindre, car il a beaucoup de qualité et d'esprit; mais il faut, outre cela, estre sage en ce monde, et quiconque ne le sera pas de ce règne aura tout loisir de s'en repentir. L'on verra dans peu de temps si ce dont on l'accuse est vray ou non, et si les bruits qui courent de lui sont bien fondés. Je vous mande sincèrement ce qui s'en dit; Madame sa femme n'a pas eu encore la permission de le veoir.

Voilà la grande nouvelle de la saison. L'affaire de M. de Vardes embarrasse bien des gents; les amis de Corbinelli ont peur pour luy; ma foi, monsieur, il fait bon de ne se mêler point de tant d'affaires et vivre doucement en ce monde, on y


62 LE CABINET HISTORIQUE.

est moins connu, mais l'on y est en récompense moins inquiété. Mandez-moi quand vous reviendrez ici; Mons. Dur. de Monchenin me demanda hier de vos nouvelles ; il est marié depuis deux ou trois jours avec madame Hébert, la cadette, qui est fort spirituelle et fort belle. Aimez-moi toujours et me croïez tout à vous. A Monsieur de Gaignières.

JS° 46

A Paris, le 27 de novembre 1665. J'estois en peine de scavoir où vous estiez lorsque l'on m'a apporté votre lettre du 10 de ce mois, qui est la seule que j'ay receue depuis votre départ. M. l'abbé de Blanchefort, à qui je demanday de vos nouvelles il y a quelque temps, me dit qu'il croyoit que vous pourriez passer par Anoy, et qu'il ne manquerait pas de vous faire mes compliments lorsqu'il apprendrait que vous y seriez arrivé. Maintenant que je scay le lieu où vous estes, et que sans avoir obligation à d'autre qu'au courrier, l'on peut vous assurer de ses services ; je vous renouvelleray souvent les offres que je vous ay faits des miens et vous feray part des nouvelles qui viendront à ma connessance; je ne scay jamais que celles qui sont fort publiques, car vous scavez que je ne suis pas d'humeur à m'empresser pour apprendre les autres. L'on ne doute plus ici que nous n'ayons la guerre avec les Anglois; l'on a donné, comme vous avez peu scavoir, des commissions pour trois cent compagnies d'infanterie. Depuis ce temps-là, le Roi a donné trois régiments de cuirassiers de cinq cent maistres chacun : l'un à M. le comte d'Armaignac, l'autre à M. le Bouillon, et le troisième à M. de Villequier;


LETTRES DE MARIGNY. (J3

l'on délivre aussi des commissions pour quarante cornetes de cavalerie et apparemment on n'en demeurera pas là, le Roi voulant être en état, et sur mer et sur terre, de faire craindre ses ennemis.

L'on m'écrit, par le dernier courrier de Hollande, que nos trouppes passèrent au travers de Maestrichtle 10 de ce mois et allèrent se reposer deux jours dans des villages circonvoisins qui sont du pays de Liège ; le 20 de ce mois elles dévoient passer le Wal à Nimmegue, puis le Rhin à Arnhem, et ensuite l'Issel à Zutphen, dès qu'elles auront passé cette dernière rivière. Mess, les États prétendent y joindre cinq ou six mille hommes de leurs troupes qui sont en ces cartiers-là, afin d'attaquer celles de l'évesque de Munster, qui ont pris leurs cartiers dans de petites places de la comté de Zutphen ; celles qui sont entrées dans la province de Groninghe sont toujours à Winschoten, d'où le général Georgas en a retiré mille chevaux et mis en leur place sept à huit cents hommes de pied, qui est une marque qu'il veut garder ce poste-là.

Je ne doute point que M. l'abbé de Blanchefort ne vous ait mandé que M. le comte de Saint-Paul est parti pour l'Italie avec peu de train. S'il y a de la guerre, son voyage ne sera pas long.

Les partisans et gens d'affaires au grand collier ayant esté taxés, l'on va travailler à la taxe des provinciaux; pour moi, je plains les uns et les autres, comme ils me plaindraient s'il m'arrivoit quelque disgrâce. Je vous prie de faire mes compliments à M. et madame de Mussigny, bien que je n'aye pas l'honneur d'estre connu d'eux, et à madame de Roussillon. C'est du plus loing qu'il me souvienne d'avoir entendu parler d'elle ; vous m'en ferez scavoir des nouvelles, s'il vous plaît, et me

croirez tout à fait à vous,

{Non signée mais autogr.)

A Monsieur de Gaignières.


64 LE CABINET HISTORIQUE.

W 4*

LESTÉE BE L'ABBÉ DE MARIGNY A DUCHESNE, AVOCAT (1).

Bïbl. imp. 104143, fr. 6046, 272.

A Commercy, le 16 d'octobre 1667.

Vous ne scauries croire de quelle manière obligeante M. le cardinal de Retz a receu vos compliments et combien il eust esté aise de vous veoir. Je luy ay dit que s'il n'i avoit eu qorone journée de Paris, je vous aurais amené avec moy ; mais que vostre profession et vos emplois vous obligeoient de resider plus exactement à Paris que la plus part de nos Prélats ne résident à leurs Eveschés. Nous parlasmes encore hier au soir plus d'une demie heure de vous, et il se mit sur les louanges de feu M. vostre père, avec tant de plaisir et de joye, que je vous advoûe que je luy en scavois bon gré, et de luy entendre dire le zèle qu'il eut pour la Maison Royale de France, lorsqu'il fit, a ses dépens, le voïage d'Allemagne pour découvrir que la Maison d'Austriche ne venoit pas des antiens comtes i'âbsporg, et que par le litre qui luy tomba entre les mains, par sa recherche et son addresse, il fit tomber la plume des mains à Chifflet. S. Em. m'a chargé de vous faire bien des complimeots de sa part et de vous assurer de son amitié et de son estime,

II. de Ratilly m'a mandé qu'il vous avoit écrit, dans l'inquiétude où il est pendant mon absence, et que le Trabot ne s'en prévaille; mais je luy ay repondu qu'il falloit s'en reposer sur vous et sur la parole que M. de Sainte-Croix avoit donnée, que jusques à la Saint-Martin l'on ferait aucunes poursuittes.

(1) François Duchesne, fils d'André Ducliesne, le célèbre historien, éditeur loi-même de quelques-uns des grands ouvrages d'André. — François DOCIK. jie était avocat au Conseil.


LETTTES DE MARIGNY. 65

M. Le Camus, Maistre des Requestes, m'a promis aussi de veiller à cela. Obligez-moy de me faire scavoir si l'on bransle. J'ay laissé chez M. Le Camus le sac et les titres pour faire la seconde production avec un mémoire. J'espère que je seray assez à temps à Paris pour cela; et que lorsque M. le Rapporteur considérera qu'une personne de la qualité de M. le Cardinal m'e retient auprès de luy, il ne me refusera pas le temps qu'on luy a demandé. Faites, s'il vous plaist, mes compliments fr madame Duchesne et me croïez mais inviolablement tout autant à vous que du temps de M. le Diable. Si vous m'en croyez, vous écrirez à Son Eminence. Si vous voulez m'écrire, envoyez chez moy vostre response le mardi au soir ou le vendredi.

Adresse : A Monsieur, Monsieur Duchesne, advocat au Conseil dans la rue de la Harpe, près le collège deHarcour. A Paris.

Au dos, d'une autre main : Lettre de M. l'abbé de Marigny appelé Jacques Carpentier. — Avec cachet en cire rouge bien conservé.

A M. DE GAIGNIÈRES.

HT" 48

Ce 31 juillet 1671.

Je vous assure, monsieur, que la part que je prens à ce qui vous touche me fit d'abord songer à vous lorsque j'appris la mort de M. de Guise, et j'aurais esté vous le témoigner en personne s'il n'étoit point mort d'une maladie qui interdit le commerce avec des personnes qui ont peur de tout, ce qui approche les maisons qui peuvent être infectées d'un mauvais air. Faites-moi la grâce de croire que personne ne s'intéressera

lie année. Férrier-Mars 1868. — Doc. 5


66 LE CABINET HISTORIQUE.

jamais tant que ferai dans tout ce qui peut regarder votre fortune. Vous en méritez une bonne, et Dieu veut qu'elle soit un peu traversée; il faut se résigner à sa volonté et vouloir ce qu'il veut. Soïez (sûr), s'il vous plaît, que je suis tout à vous,

MARIGNY.

Pour Monsieur de Gaignières, gentilhomme de M. le Duc de Guise, à l'hostel de Guise.

Sf° 49

Ce dimanche 2 d'août 1671. Vous êtes trop bon ami pour ne prendre pas de part à tout ce qui vous touche, et je vous proteste que votre affliction ne peut être plus sensible à personne du monde qu'à moi, qui voies, qui juge, et qui pénètre toutes les circonstances d'une semblable désolation. Il faut se résigner au pied du crucifix et espérer du ciel ce que la terre ne peut faire pour nous. Je vous assure que j'aurais déjà esté chez vous si je n'avois craint de m'interdire par là le commerce avec le reste du monde, avec qui de nécessité il faut vivre. Croïez que cela ne m'empêche pas d'estre tout à vous et de tout mon coeur,

MARIGNY. A Monsieur de Gaignières.


RECUEIL DE RASSE-DES-NOEUDS. 67

VIII. — RECUEIL DE RASSE-DES-NOEUDS

RONSARD, PRINCE DES POÈTES ET CURÉ D'ÉVAILLES.

Nous continuerons nos extraits du Recueil de Rasse-des-Nceuds du fonds Gaignières. — Il y a, comme nous l'avons dit, dans ces mélanges, des pièces en vers et en prose, de tous les styles et de tous les genres, mais surtout une mine abondante de pamphlets et de satires contre les catholiques. Voici d'abord quelques vers inédits sur Ronsard.

On sait que Ronsard, ferme dans la croyance catholique qu'il tenoit de ses pères, se mit un jour à la tête de quelques soldats vendomois, 1562, et tailla en pièces une troupe de huguenots qui dévastoient les églises et ruinoient le pays : ce qui donna lieu à ceux de la Réforme de publier contre lui plusieurs pièces sanglantes, dans lesquelles on le disoit prêtre et même curé. Ce qu'il y avoit de vrai dans cette qualification, c'est qu'en vertu des li - cences du concordat, Ronsard possédoit en commande quelques bénéfices, et notamment le prieuré de Saint-Cosme, proche de Tours. Théodore de Bèze a surtout contribué à accréditer cette opinion contre Ronsard. Voici comme Fauteur des Juvenilia et de YSistoire ecclésiastique, liv. vu, p. 537, parle, à propos des dégâts commis par ses coreligionnaires, de cet épisode de la vie de Ronsard : « Le plus grand mal fut que, parmi les images, le commun rompit quelques sépultures de la maison de Vendosme, chef aujourd'hui de la maison de Bourbon, ce qui fut trouvé très-mauvais, et à bon Idroit. Adonc ceux de la religion romaine voyans ces choses et que quant à la noblesse du pays, les uns étoient allés trouver le prince à Orléans, les autres s'étoient jetés dans la ville du Mans, commencèrent à tenir ceux de la religion en merveilleuse sujétion. Entr'autres Pierre Ronsard, gentilhomme, doué de grandes grâces à la poésie françoise entre tous ceux de nostre temps ; mais, au reste, ayant loué sa langue pour non-seulement souiller sa veine de toutes ordures, mais aussi mesdire de la religion et de tous ceux qui en font profession, s'estant fait prestre, se voulut mesler en ces combats avec ses compagnons. Et pour cet effet, ayant assemblé quelques soldats en un village nommé d'Évaille, dont il étoit curé, fit plusieurs courses avec pilleries et meurtres. »


88 LE CABINET HISTORIQUE.

Ronsard se défendit en prose et en vers d'avoir été jamais revêtu du caractère de prêtre.

Or, sus mon frère en Christ, tu dis que je suis prestre, J'atteste l'Eternel que je le voudrais estre Et avoir tout le chef et le dos empesché Dessous la pesanteur d'une bonne évesché ; Lors j'auroy la couronne a bon droit sur la teste, Qu'un rasoir blanchirait le jour d'une grand feste, Cuverte, large, longue, allant jusques au front En forme d'un croissant qui tout se courbe en rond...

Ces vers si négatifs sont en réponse aux pièces publiées à Orléans contre lui par le ministre Chaudieu. Voici ceux que nous fournit le Recueil de Rasse des-Noeuds et qui confirment cette singularité de la vie de Ronsard, d'avoir été dans les ordres et d'avoir dit la messe comme curé d'Évailles, village des environs de la ville du Mans.

A RONSARD.

Nous le veismes, Ronsard, et chacun le confesse Que voulant enrichir le langage françois D'un vol audacieux, parmi l'air t'eslançois, Rapportant maints trésors d'Italie et de Grèce.

Peu après t'appelloit, mon Monsard, la jeunesse, lit fusmes e.sbahiz que ne t'en offençoys; Mais nous ne sçavons pas où, ne que tu pensois, Lorsque devins curé et que chantas la messe ! L'avarice ne doit uu poète enchanter : La messe on ne veid onc aux neuf muses chanter. Ton oppinion n'est encor de tous blasmée. On pense qu'à la messe (ouvraige d'ignorans) Tu feras plus d'honneur que non tous ses parens, En faisant de sa prose une farce rimée.

DE RONSARD.

Ronsard, cogneu pour un bon athéiste, Tesmoins ses dits, ses escrits et ses faits, Fuyant ce bruit, se rend prestre, papiste, Pour faire Dieux de paste contrefaits.


RECUEIL DE RASSE-DES-NOEUDS. 69

Et puis au lieu des beaux vers qu'il a faits, Chante aujourd'hui le grand : Per omnia; Voire plus hault qu'onc asne ne cria. Pauvre prestrot qui desguises nature Pour feindre en toy plus de bien qu'il n'y a, Tu fais des Dieux, et de Dieu tu n'as cure.

1562.

Voici d'autres vers du même recueil; sous la forme assez vulgaire de coq à l'asne et d'amphigouri fort à la mode à cette époque, se glissent des traits mordants de satire et des hardiesses comme s'en permettoient les protestants, déjà même sous le règneombrageux de Henri II.

COQ A L'ASNE. — 1550 —

Tu veux scavoir des nouvelles De par deçà, j'en sçay de belles : Car nous voyons des cas nouveaux, Et je t'asseure que noz veaux Sont bien plus grands qu'en ton pays.

Mon Dieu que sommes esbays Quand nous oyons la mélodie De ces grands asnes d'Arcadie Qui ont escorché l'Evangile, Non pas ainsi qu'on fait l'anguille, Car ils y vont à contre poil. On nous monstre au doigt et à l'oeil Si ne sçavons babouyner; Que je vouldroy sagoyner Pour à Marot faire la guerre : Car en sa muse y a tonnerre Qui me rend tout espouvantable.

Il faict beau voir assis à table Un cordelier bien en bon point, Pourveu que jeûne il ne fit point, Car il en ferait conscience.


70 LE CABINET HISTORIQUE.

De femme à qui le coeur varie, Bon serait d'aller en Surie, S'on n'y frottoit si fort les reins.

Ces jours, au départir de Rheims, Je rencontray un vieil bon homme Qui se disoit venir de Romme, Et y avoit bien proufnté Car il en avoit apporté, Pour menger chair, une dispense Lorsque le caresme commence; C'étoit pour luy bon privilège, Car le vieillard, mémoire en ay je, Estoit phlegmatique et débile. C'est un plaisant jeu que la bille Quand bien l'on regarde à biller, Chacun ne se peult habiller De velourx, l'habit est trop grave. Aujourd'huy qui ne faict le brave, Ores, des dames, n'est bien venu, Car on ne prise un homme nud. Amy, l'a-t-on point récité, La mort de dame charité, Par faulte de bon entretien, Il fait bon avoir grand soustien Et ne commettre point d'excès; Ce sont serpens que ces procès, Qui ne font que bourses miner. Il vaut mieux à pied cheminer Seurement par mont par val, Qu'en péril aller à cheval.

Il y a cas dedans Tholose Que je diroye bien, mais je n'ose Je te le laisse à deviner. Quand je trouve bien à disner, Tu ne viz onccomme j'avalle : Qui trop tost un degré dévalle, Aucunes foys le col se casse, C'est bon menger qu'une bécasse, Qui pourrait en avoir souvent. Ce n'est plus rien de Taillèrent, En son temps si bon cuisinier ; Car je vey en cuysine hyer,


BECUEIL DE RASSErDES-NOEUDS. 71

Un maistre ès-aris qui faisoit rage. Il faict bon parler tout langage, Au naturel, sans l'eseorcher; Mais non pas pour aller presoher Froidement l'Escripture saincte, Quand l'espée au costé, j'ay çaincte, Je tûrois caresme prenant, On ne me va point reprenant.

Quand je veux escripre une fable, C'est un langage bien affable Que le latin bien entendu, Toutesfois il est deffendu A ceux qui n'y entendent goutte. Quant à moy, je ne feray point doubte De ce qu'on dit communément, Venir la fin du jugement; Car les bestes parlent latin.

Si je ne suys saoul le matin, Je ne puis estre prompt en rythme Et le plus souvent je m'enryme Par faute d'estre bien couvert. Un malfaicteur escarteler, Car il osa despuceller La femme qui estoit enceinte; Je te dy vray ce n'est pas feinte A ton advis n'est-ce pas vice, Troubler le lait d'une nourrice? Je n'en dy rien car je congnois. Que tu as ja laissé les noix, Pour avoir bonne cognoissance. Escry-moy si tu cognois en ce Que praticque une macquerelle. Je soutien toujours ma querelle : Que j'ayme trop mieux sans butin, La brunette au ferme tetin Qu'Alix ou la blanche Nicolle, Qui ressemblent à paste molle.

Voici d'autres vers, moins impertinents, à l'adresse de Charles IX, également de plume protestante : ils sont remarquables à plus d'un titre.


72 LE CABINET HISTORIQUE.

AD ROI CHABLES IX.

Le jeune Hercule au berceau combattit Les deux serpens qui le voulioient occire. Quand il fut grand il combattit Busire Et le lyon, duquel il se vestit.

Il fust si fort que le vii-e sentit, En tous endroits, combien pouvoit son ire Monstres grandes il chassa de son empire Et la malice en bienfait convertit.

Toutes vertus marrtioient devant sa face; Pour ce fut dict de Jupiter la race, Et de la terre il vola dans les cieulx.

Sire, imitez les faicts de ce grand prince De toute erreur purgez vostre province, Puis comme luy serez entre les dieux.

AU BOlf.

•Sire, puisque de Dieu vous avez la puissance De commander cy bas sur ce peuple gaulois, Faites ouyr partout ses édicts et ses loix Ainsy qu'il est porté par sa saincte alliance.

Punissez le mutin qui y faict résistance Et tout contraire effort, car c'est à ceste fois Que ce tyran l'omain qui gourmande les roys Semblera confondu avecq son arrogance.

Cest an lui est fatal, ainsy; comme je voy

Et toute idolâtrie à ce coup sera morte,

"Sire, praticquez donc ce que vostre nom porte,

Et de cest antechrist chassez la dure loy, Alors en union vos subjects seront mys Et de Dieu le service en pureté remys.


RECUEIL DE RASSE-DES-NOEUDS. 73

AU ROY ENCOR.

Tous ces caffards mitrez, ceste race liipocrite De rasez, trop longtemps ont vos subjects tenu En erreur, dont ils ont leur souppe entretenu Pour toujours maintenir leur panse et leur marmite.

Pas un de son debvoir nullement ne s'acquicte, Sinon que d'an en an, au jour du revenu, Sans s'informer d'où est un si grand bien venu, Mes que la portion n'en soit point plus petite.

Entendre ils vous faisoient que la division Qu'en France nous voyons pour la religion, Pourrait enfin troubler vostre estât et couronne.

Mais IÎUIX mesmes se sont comme mal advisez, Et font tout aultrement que Jésus-Christ n'ordonne.

AU MEME.

Le Roy est combattu de divers ennemys,

Les. ungs tenant les champs luy font la guerre ouverte,

Les attitrés la luy font par trahison couverte

Et luy ostent le coeur, sa force et ses amys.

Les ungs en la campaigne en armes se sont mys, Et pour le bien public font nuict et jour alerte, Les aultres plus rusez luy remonstrent la perte Qu'il faict de ses sujects et le rendent remys.

Les ungs veullent par force à leur desseing prétendre, Les aultres par conseil à ce môme but tendre Par armes et amys et par induction.

Or, nostre liberté n'a esté combattue

Par force d'ennemys, mais par conseil vaincue,

Plus a faict le renard que n'a faict le lyon.


74 LE CABIXET HISTORIQUE.

IX. — LE CARDINAL D'ALSACE.

MAISON HENNIN LIÉTARD, COMTES DE BOSSUT, PRINCES DE CHIMAY.

Les d'Hennin prétendoient tirer leur origine de la maison d'Alsace par un Simon d'Alsace, que l'on dit frère puîné de Thierry, comte de Flandre, mort en 1168, lequel étoit fils de Thierry d'Alsace Ier du nom, due de Lorraine, et deGertrude de Flandres. Ce Simon épousa, dit-on, Marguerite, héritière de Hennin Liétard, et en eut Baudouin, dit de Flandre, qui quitta le surnom d'Alsace pour prendre celui de Hennin; on ajoute qu'il retint les armes d'Alsace, qui étoient de gueules à une bande fleurdelisée d'argent; mais Jean Lecarpentier, parlant de cette maison dans son Histoire du Cambrésis, volume deuxième, p. 479, dit qu'il prit les armes de sa mère, qui étoient de gueules à une bande d'or, et qu'il est certain que les premiers seigneurs de la maison de Hennin Liétard n'ont jamais porté d'autres armes. Quoi quïl en soit de cette origine, ce n'est que vers la fin du xvne siècle que lus comtes de Bossut, devenus princes de. Chimay, ont pris le surnom d'Alsace. L'Annuaire • de la Noblesse, de M. Borel d'Hauterive, année 1846, p. 92, contient une très-intéressante notice sur la maison Alsace-Hennin Liétard.

Le cardinal d'Alsace, Thomas-Philippe de Hennin-Bossut de Chimay (deuxième fils de Philippe-Antoine de Hennin, comte de Bossut, prince de Chimay), étoit né à Bruxelles le 22 novembre 1680 et avoit porté dans sa jeunesse le titre de comte de Beaumont. Il étudia la théologie à Rome et prit le bonnet de docteur dans l'Académie grégorienne. L'archevêché de Malines étant venu à vaquer, l'empereur l'y nomma le 3 mars 1714. Cinq ans après, le pape Clément XI le créa cardinal. Le prince de Chimay, son frère aîné, étant mort sans postérité, en 1740, il renonça à ce riche héritage, en faveur d'Alexandre-Gabriel, son puîné lui laissant la principauté, la grandesse, tous les biens, et ne conservant que quelque portion de revenus pour en augmenter ses aumônes. Le cardinal d'Alsace est mort doyen des cardinaux le 6 févr. 1759.

Le recueil d'où nous tirons la lettre qu'on va lire en contient quelques autres du même personnage, toutes empreintes d'un grand sentiment de bonté et de pieuse charité. Celle-ci est munie d'un cachet noir, précisément aux armes ci-dessus, de gueules à la bande d'or.


LE CARDINAL D ALSACE. 75

LE CARDINAL D'ALSACE

AM R. P. Don Vincent Thuillier, bénédictin à l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

A Matines, le h may 1729.

J'ay receu, mon Révérend Père, votre lettre du 2S mars pendant que j'estois occupé à la première lecture de votre livre, que j'ai fait avec beaucoup d'attention : mais à peine je l'avois finie par-dessus mes autres occupations et fonctions de la fin de carême il m'est survenu celle d'assister ma mère qui alloit à sa fin, le Seigneur l'ayant pris à soy le 22 du passé : voilà la raison pourquoy je ne vous ay pas répondu plustôt.

J'ay fait parler au père Boyer qu'on n'a pas pu joindre pendant le carême et depuis je n'ay pas eu de réponse. Je réponds du père du Pré à qui je n'ay pas escrit ce qu'on a supposé ainsi il ne le pouvoit pas dire, et de plus il m'a assuré de ne faire aucun usage de mes lettres. Si je puis être éclairci, je vous en donneray connoissance.

Pour revenir à votre livre (1), je vous avoue, mon Révérend Père, que je'l'ay lu avec beaucoup de plaisir, mais j'ay trouvé quelques points qui m'empêchent de donner une approbation à pouvoir publier. Je vais vous expliquer mes sentiments avec toute la plus franche sincérité. Vous parlez dans toute votre lettre en très-bon catholique et en héros chrétien, par rapport à votre conduite, vous soutenez partout la bonne doctrine avec force et clarté, et vous mettez la constitution à l'abri de toute calomnie. Enfin c'est quasi ce que j'ay veu de plus convaincant pour détromper ceux qui, par de fausses préventions, se sont engagés dans le parti.

(1) 11 s'agit ici, nous pensons, des Lettres d'un ancien professeur de théologie de la congrégation Je Suint-Maur gui a révoqué son appel à un autre professeur qui persiste dans le sien, qui parurent de 1727 à 1728. Nous reviendrons sur les travaux de dom Thuillier à propos de sa correspondance, dont nous donnerons le dépouillement.


76 LE CABINET ÏIISTORIQUE.

Voicy les points qui m'ont fait de la peine et qui m'empêchent d'approuver tout le livre.

1° A la page 209, 210 et ailleurs, et je. ne puis convenir, dans une approbation des louanges qui me paroissent en quelque façon outrées que vous donnez à feu M. Bossuet, à cause que tout le monde scait quelle part ce prélat a eu aux deux assemblées du clergé de France de 1681 et 1682, et quel fut le sermon qu'il prononça le 9 novembre 1681 devant l'assemblée, dans lequel il fit paroître, d'un côté, beaucoup de déférence pour le Saint-Siège, pendant que de l'autre côté, i disposa insensiblement les esprits à ce qui arriva peu de mois après par les quatre fameuses propositions qui auraient pu donner naissance à un schisme sous un prince aussi ferme, mais moins religieux que Louis XIV. C'est le jugement même des auteurs françois et le plus doux qu'on peut porter de la démarche de M. Bossuet.

2° Je remarque à la page 301 et en d'autres endroits cette proposition : c'est au corps des pasteurs unis à leur chef que l'infaillibilité a été promise. Cette proposition paroit capable d'allarmer bien des gens qui ne sont pas du sentiment nouveau de quelques auteurs françois sur l'infaillibilité. Quoyque je soutiens avec toute l'Eglise d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne et autres, et avec l'Université de Louvain qui, depuis le concile de Constance, en fait un point essentiel de sa doctrine, que je soutiens, dis-je, l'infaillibité du pape; je n'entre point à présent dans le fond de la dispute : mais cette proposition est sujette à bien des critiques. Prétendrait-on que le Pape, quoique le premier des évèques et selon les François même ayant, la primauté d'honneur de juridiction et de droit d'enseigner, n'auroit d'autre part à l'infaillibilité de l'Eglise qu'une union passive? et que Pierre n'auroit qu'à applaudir à la décision du corps des Pasteurs pour qu'elle fût infaillible? A quoy sert donc : Ego pro te rogavi ut non deficiat fides tua, et tant


LE CARDINAL D ALSACE. 77

d'autres passages de l'Ecriture ? Confirma fratres tuos ne sera donc pas dit à Pierre, mais au corps des Apôtres? Ce qui est contraire au texte de l'Evangile, où Jésus-Christ après avoir parlé aux Apôtres : Et sedeatis super thronos judicantes, etc., il dit à Pierre seul : Confirma fratres tuos, cela doit faire même de la peine aux François qui, jusqu'icy, ont voulu que quand Pierre a parlé et que le corps des Pasteurs s'est uni à sa voix, alors sa décision est infaillible.

Ce n'est pas un article de foy décidé que l'infaillibité réside dans le Pape et il est encore moins décidé qu'elle réside dans le corps des Pasteurs hors de l'assemblée d'un concile général approuvé par le Pape. Mais pour le mettre ou faire consister dans l'union du corps à son chef, on ne dit rien qui satisfasse les théologiens catholiques partisans de différentes opinions sur l'infaillibilité.

3° J'ay fait aussi réflexion sur le sentiment que la grâce efficace donne des plus grandes forces; j'aimerois mieux que sur cela ou s'expliquât comme a fait M. de Fénelon dans son instruclion en forme des dialogues pour nous éloigner autant qu'il se peut des expressions des Jansénistes quoy qu'il ne me soit pas inconnu que plusieurs des plus zélés catholiques même dans ce païs icy aient les mêmes sentiments.

(Ipsâ manu.) La quantité d'affaires m'a empesché de fane cette lettre de ma main et estant fatigué hier, je l'ay dicté sur mes réflexions, une approbation avec des réserves né vous convient pas, et je ne doute pas que me considérant dans mon estât de cardinal et d'évesque dans un pays où on n'a pas les sentiments françois, vous trouverez mes raisons bonnes, et je vous honore, mon Révérend Père, plus que personne.

Le Cardinal D'ALSACE.

Au Révérend Père, le Père Vincent Thuillier, bénédictin à l'Abbaye de Saint-Germain, à Paris.


78 LE CABINET HISTORIQUE.

X. — MAISON.DE MONTAGNAC

LIMOUSIN — MARCHE AUVERGNE — LANGUEDOC — LORRAINE

Marquis de Lignières et d'Estançannes, — comte de Chauvance, de Cluys, de la Rochebriant, — barons de Montagnac, de l'Arfeuillère, de Bord et d'Aubières,—seigneurs de : Anteyrat, Beaulieu, Boignac, la Couture, la Moncelle, Audun, le Contaunois, Hubervilliers, la Farge, Lesparre, Ludais, Margarine, Marceillac, Montmoirat, Peuchant, le Plaix, Puy-la-Mole, Roche-Neuve, Saint-Etienne, Saint-Sandoux, Saint-Yrieix, etc., etc.

ARMES : De sable au sautoir d'argent, accompagné de 4 molettes de même (1). Supports: Deux sauvages armés de flèches. — Devises : Pro fide et patrià. — Virtus mihi numen et ensis. — Loyaulté n'a honte.

La maison de Montagnac est de la plus ancienne noblesse de France (2). Déjà illustre au Xe siècle, elle n'a cessé de se distinguer par ses services militaires. En 1040, Aïna, fille de Gérard de Montagnac,, épousa Audebert, comte de la Marche et de Périgord. (P. Anselme-Marie, Hist. gén. de la maison de France, t. III.)

En 1096, Pierre-Bernard de Montagnac accompagna le comte de Toulouse à la première croisade avec Adhémar de Monteil, évêque du Puy, légat apostolique. — Chronique de Raymond d'Agiles; — Histoire de la Marche, t. II, p. 30;

(1) Quelques membres de cette famille ont adopté des molettes d'or au lieu de molettes d'argent. Tous les généalogistes qui ont parlé de la maison de Montagnac ne lui ont jamais attribué autre chose que : De sable au sautoir d'argent, accompagné de 4 molettes de même.

(2) 11 est inutile de noter ici que Montaignac, Montagnac ou Montahnac et qui se trouvent alternativement dans les anciens litres ne s'appliquent invariablement à la même famille. — De Montaniaco, de Montanhaco vel Montagnaco.


MAISON DE MONTAGNAC. 79

— Michaud, Histoire des Croisades; — Esprit des Croisades, etc., etc.).

Guillaume de Montagnac assista, en 1174, avec Guillaume de Prades, Raymond de Montfemer, Pierre de Montaul, à la charte d'une donation faite à l'abbaye de Valmagne par Gui, surnommé Guerrejat, seigneur de Montpellier. {Histoire générale du Languedoc, t. III ; Preuves, col. 133.)

Au mois de juin 1250, Renaud de Montagnac, chevalier croisé, contracta, par un acte latin daté, d'Acre, avec Hardouin de Pérusse des Cars, Armand du Bois et Thibault de Chasteignier, un emprunt de 200 livres tournois envers des marchands génois, sous la garantie d'Alphonse, comte de Poitiers. Cet acte rapporté page 44 de Y Armoriai des Croisades, est entre les mains du duc des Cars.

En 1272, Hugues de Montagnac, damoiseau, et son épouse changent divers fiefs seigneuriaux avec Guigon, chevalier.

En 1290, Guichard de Montagnac, chevalier, transige avec Artaud, seigneur de Rossillon et d'Anonay, sur diverses contestations qui existoient enlre eux,

En 1291, Guillerm de Montagnac est témoin dans une charte de la comtesse de Rhodez. (Baluze, Hist. de la maison d'Auvergne; Preuves.)

Son fils Guillaume, frère de Raymond et de Bérenger de Montagnac, lègue, en 1311,50 livres à la comtesse deRhodez, à laquelle il recommande ses trois enfants, Pierre, Raymond et Astorg de Montagnac. (Bureau des finances de Montauban, Registre des testaments, n° 250, fol. 24.)

Un autre Guillaume de Montagnac, seigneur de Montagnac, au diocèse de Bêziers, vivant en 1492, fut le trisaïeul de Pierre de Montagnac, maintenu dans sa noblesse le 8 juillet 1669. (D'Aubais, t. II, p. 213) (1).

(1) Le Trésor généalogique, vol. 59 (Cabinet des Titres, Bibliothèque imp.), cite différentes pièces, actes notariés, transactions, etc., concernant


80 LE CABINET HISTORIQUE.

Enfin, on trouve encore parmi les illustrations de la maison de Montagnac : Deux capitaines de 500 hommes d'armes au moyen âge, un maréchal général des logis, un mestre de camp, trois colonels et un grand nombre d'officiers supérieurs de toutes les armes, un gouverneur de Milan, un lieutenant au gouvernement de Languedoc, un ambassadeur en Portugal, un chambellan et plusieurs gentilshommes de la maison du roi, -des officiers de la marine royale et un grand nombre de chevaliers de Saint-Louis.

Peu de familles ont fourni autant de dignitaires à l'ordre de Malte; on y compte, en effet, un grand maréchal, gouverneur de Malle, grand prieur d'Auvergne, qui fut élu grand-maître et refusa cette suprême dignité (Gazette de France du 5 février 1776); un aulre maréchal de l'ordre, neuf commandeurs et un grand nombre de chevaliers. (Archives de Malte; — de Goussancourl, Martyrologe; — Abbé de Vertot, Histoire de Malte, etc.).

La maison de Montagnac compte aussi un chevalier des ordres du roi, et, à la fin du siècle dernier, elle fut admise aux honneurs de cour sur preuves faites devant Chérin et conservées au Cabinet des titres de la Bibliothèque impériale.

Nous donnons une liste des principales alliances contractées par la famille de Montagnac, et dont plusieurs l'ont apparentée avec la maison royale de France :

D'Arnoux.

De Bar.

De Barathon.

Bazin de Puyfoucauld.

De Beaucaire.

De Banne.

De Beinac.

De Bernet.

De Bernon.

De Bigot de Gastine.

De Broglie.

De la Bnxière.

Du Buisson du Vernet.

Cadier de Veauce.

la famille de Montagnac. Ces pièces datent de 1269,1305,1306,1309,1311, 1330, 1342, 1343, 1347, 1356, 1368, 1398, 1424, 1425, 1451, 1458, 1463, 1473,1491,1499, 1500 et sont, pour la plupart, extraites des archives des châteaux de Montagnac et d'Estançannes.


MAISON DE MONTAGNAC

81

De Cazamajor de Montclarel.

De Chabannes.

Du Champ.

De Chassagne.

De Chapt de Rastignac.

De Chateauvieux.

Chaton des Morandais.

De Codertz.

De Coudenhou.

Du Couffour.

De ConziéDe

ConziéDe

Des Coûts.

De Damoiseau.

De Donnos.

Durand de Villers.

De Duras.

De l'Ecluse.

De Fougères.

De Fougières de Vaseille

De Fournoulx.

De Fricon.

De Gain.

Gaillard de Ferré d'Auberville.

De Gallier de Saint-Sauveur.

De Gaucourt.

De Golbéry.

De Gontaut.

De Lagrange.

Hugon du Prat.

De Jounac.

De Kergaradec.

De Laferté-Meun.

De Lamailles.

De Lastic.

De l'Espinasse.

De Lestrange.

De Liège.

De Lordaz.

De Mâcon.

De Malheret.

De Mandagourt.

Comtes de la Marche et de Périgord.

Périgord. de Bord. De Montagu. De Montluc. De la Mousse. De Noailles. Perrot d'Estivareilles. Du Peschin. De Préval. De Raffln. Du Rotois. De La Rochebriant. De Rouillae. De Saint-Julien. De Sédières. De Sereys. De Thianges. De Thonnet. De Valicourt. De Vichy. De Viry, etc., etc.

De nombreux généalogistes anciens et modernes se sont occupés de la maison de Monlagnac et ont établi sa généalogie sans interruption depuis le xive siècle jusqu'à nos jours. Nous citerons entre autres : Chérin, d'Hozier, La Chesnaye des Bois, d'Aubais, Laine, de Saint-Allais, Bouillet, etc.

C'est d'après ces auteurs que nous avons dressé l'extrait qu'on va lire :

Jean de Monlagnac, baron de l'Arfeuillère, seigneur de divers lieux en Limousin, dans la Marche et dans le Poitou,

lie année. Février-Mars t865 , — Doc. 6


82 LE CAHINET HISTORIQUE.

dont on a plusieurs actes, un entre autres, de l'année 1398, étoit frère de Sibille de Montagnac, mariée à Gaston de Gontaut, auquel elle avoit apporté la terre de Lesparre.

Il épousa Marguerite de Chassagne, dame d'Estançannes, dont il eut :

1» GUY, baron de PArfeuillère, seigneur d'Estançannes, appelé « JSobilis et potens dominus, Guido, miles, » dans des lettres de Charles VII, du 26 avril 1446, et qui eut entre autres enfants :

A. Jean, baron de PArfeuillère, etc., auteur de la branche

des Montagnac de Chauvance et des Montagnac de Lignières;

B. François, seigneur d'Estançannes, auteur de la branche

branche Montagnac d'Estançannes, des Montagnac de Cluys et des de Gain-Montagnac. François de Montagnac fut l'ami et le compagnon de son suzerain le connétable de Bourbon, dont il congédia l'armée en 1523. (Chronique latine de François de Beaucaire, Rerum Gall. Comm. ab anno Chr. 1462 ad annum 1566).

C. Jean de Montagnac, marié à Claude de l'Ecluse;

D. Marie de Montagnac, mariée à Jean de Beaucaire,

chevalier de l'ordre du roi, sénéchal de Poitou (1).

(1) Marie de Beaucaire, leur fille, ayant épousé en secondes noces Sébastien de Luxembourg, duc de Penthièvre, vicomte de Martigue, gouverneur de Bretagne, etc., eut la postérité suivante :

1° Marie de Luxembourg, mariée à Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur;

2° Françoise de Lorraine, duchesse de Mercoeur et d'Étampes, princesse de Martigue, qui épousa César de Vendôme, fils légitimé de Henri IV;

3° Elisabeth de Vendôme, qui épousa Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours ;

4» Marie-Jeanne de Savoie-Nemours, qui épousa Charles-Emmanuel, duc de Savoie;

5° Yictor-Amédée de Savoie, roi de Sardaigne;

6° Marie-Adélaïde de Savoie, mariée à Louis, duc de Bourgogne;


MAISON DE MONTAGNAC. 83

2° Guillaume de Montagnac, marié à demoiselle de Las Lèses, auteur de la branche établie en Languedoc et en Lorraine. Cette branche, qui subsiste encore aujourd'hui dans les Ardennes, a donné un ambassadeur en Portugal sous Louis XIV;

3°, 4°, 5° Jean, Louis, Jacques, entrés dans les ordres ;

6° Marguerite, mariée à Etienne de Broglie ;

7°, 8° et 9° Louise, mariée à Antoine de Codertz; Dauphine, mariée à J. de Mala de l'Espinasse; Catherine, mariée à Guillaume de Sédières.

La famille de Montagnac se divise donc en trois branches principales :

1° Les Montagnac de Chauvance, représentés aujourd'hui par le comte Emmanuel de Montagnac de Chauvance, chef de la branche aînée des Montagnac de Chauvance, marié à mademoiselle de Laferté-Meun, de laquelle il a plusieurs enfants; et par le marquis Louis-Raymond de Montagnac de Chauvance, chef de la branche cadette des Montagnac de Chauvance, qui a succédé au titre de marquis porté par la branche des Montagnac de Lignières éteinte, en 1824, dans la personne du marquis Antoine-Etienne de Montagnac.

Le marquis Louis-Raymond de Montagnac, capitaine de vaisseau, commandeur de la Légion d'honneur et du Medjidié, a épousé Sabine Gaillard de Ferré d'Auberville, de laquelle il a plusieurs enfants.

2° Les Montagnac d'Estançannes, branche éteinte de laquelle sont issues : 1° celle des Montagnac de Cluys, représentée aujourd'hui par les comtes Henri et Charles de Montagnac

7° Charles-Emmannel, roi de Sardaigne ; 8° Louis XV, roi do Fiance.

Bibliothèque impériale (manuscrits) : Note généalogique publiée à Paris en 1772, par Le Breton, imprimeur ordinaire du roi.


84 LE CABINET HISTORIQUE.

qui, tous deux, ont postérité; 2° celle des de Gain-Montagnac éteinte dans la personne du marquis de Gain-Montagnac, écuyer de Louis XVIII. La marquise de Gain-Montagnac éloit sous-gouvernante des enfants de France, en 1830; sa fille a épousé, en 1845, le baron de Montbel, ministre de Charles X.

3° Les Monlagnac, du Languedoc et de la Lorraine, qui, jusqu'en 1793, ont possédé la seigneurie de Lamoncelle, terre de haute et basse justice, près de Sedan, et porté le titre de barons. —Le chef actuel de celte branche est AndréJoseph-Elizê de Montagnac, chevalier de la Légion d'honneur, membre du Conseil général des Ardennes et député au Corps législatif.

Du mariage d'André-Joseph-Elizé de Montagnac, avec Clémence Huet du Rotois sont issus :

1° Elizé-Louis de Montagnac, chevalier des ordres de SaintJean-de-Jérusalem, de Saint-Grégoire-le-Grand, de Charles III et du Christ de Portugal;

2» Jeanne-Joséphine de Montagnac, mariée au comte CharlesAlbert de Viry ;

3° Lucien de Montagnac.

C'est à cette dernière branche qu'appartenoit le colonel de Montagnac, tué à Sidi-Brahitn en 1845.


BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 85

XI. — BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

BOSSUET, précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV et évêque à la cour (1670-1682), par A. FLOQUET, correspondant de l'Institut. Paris, Firmin Didot, 1864, pp. 629-xiv.

Nous sommes bien embarrassé pour parler si tard du volume que M. Floquet vient d'ajouter à sa belle étude sur Bossuet. Il est vrai que le docte et consciencieux écrivain s'est fait désirer et qu'il y avoit des craintes assez fondées que la palme académique, juste récompense de ses trois premiers volumes, n'eût quelque peu engourdi sa plume. Dix années, ou peu s'en faut, se sont, en effet, écoulées depuis l'apparition des Etudes sur la vie de Bossuet (Paris, Didot, 1855, 3 vol. in-8°). Mais, grâce à Dieu, il n'en est rien, ou tout du moins Epiménides est réveillé. Voici le quatrième volume de ce précieux et savant travail, dans lequel nous retrouvons l'auteur avec toutes les qualités et la science qu'on lui connoît, et un style, cette fois, un peu moins archaïque, un peu plus à la portée du commun des lecteurs, ce dont nous ne lui ferons point reproche. M. Floquet procède encore par analyse, c'est-àdire par une observation lente, patiente et minutieuse des faits, qui ne se lasse de rien et qui va toujours au fond de chaque chose. Cette nouvelle phase des recherches de l'auteur embrasse un espace de douze années, de 1670 à 1682, et cette dernière date, incluse dans la période étudiée, indique dès l'abord toute l'importance du travail.

Trois grands faits dominent dans cette partie de l'oeuvre :

1° L'éducation du Dauphin, avec tout ce qu'elle prend de place dans la vie du prélat, et avec l'appréciation de tout ce qu'elle a coûté au digne professeur, d'étude, de soins et de sollicitude ;

2° La publication de l'Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique, livre célèbre entre tous, destiné à venger la religion de bien des calomnies, qui opéra la conversion de Turenne et celle non moins remarquable des deux frères Dangeau, petits-fils du fameux du Plessis Mornay, de son vivant le pape des huguenots ;

3° Enfin le récit et en quelque sorte l'histoire de l'assemblée du clergé de 1682, dont les actes sont encore aujourd'hui l'objet de tant de controverses et d'opinions contradictoires. — On a vu, par la lettre du cardinal d'Alsace que nous publions dans ce numéro, que ce n'est pas de nos jours seulement que les catholiques romains ont fait reproche à Bossuet de la part qu'il prit à la rédaction des quatre fameux articles. Si nous en devions croire non


86 LE CABINET HISTORIQUE.

point ceux-ci, mais les ennemis de la papauté, Bossuet, dont ils se font un auxiliaire, aurait été le principal agent des idées gallicanes et l'auteur avoué de la célèbre déclaration, et il faut voir, à ce sujet, comme les moins soucieux des intérêts catholiques, et même de l'autorité civile, aiment à abriter la haine qu'ils portent au Saint-Siège derrière le grand nom de Bossuet ! Il y a évidemment là une préoccupation extrême, sinon mauvaise foi insigne.

Nous reconnoissons volontiers qu'un grand nombre des députés qui composoient cette assemblée, imbus des principes du gallicanisme, redoutoient, à tort ou à raison, la politique pontificale, et nous ne nierons même pas que Bossuet n'ait en ces matières, et à un moment donné, quelque peu subi l'influence de la cour. Mais il faut lire le livre de M. Floquet pour bien apprécier la conduite du prélat et pour voir s'il est allé dans cette voie jusqu'où prétendent le pousser nos modernes docteurs. Il semble, à ce propos, que, pour cette partie de son travail, M. Floquet ait intentionnellement attendu les circonstances actuelles, car ce grand combat, qui se livre depuis si longtemps au nom des deux principes, est loin d'être terminé et se continue sous nos yeux avec la même passion des deux côtés, sinon avec la même bonne foi.

Quoi qu'il en soit, les hommes consciencieux et de bonne volonté, et il en est, peuvent puiser dans le volume que nous annonçons de grandes lumières sur ces points que de nos jours on s'efforce de remettre en litige. Toute l'affaire de la Régale, ou plutôt, comme nous l'avons dit, l'histoire des fameux articles, se trouve implicitement et compendieusement déduite et narrée dans ce quatrième volume des Etudes sur la vie de Bossuet. L'auteur y montre le prélat tel qu'il fut, la tâche qu'il accomplit et la place éminente qu'il occupa dans cette célèbre assemblée. M. Floquet suit Bossuet pas .à pas dans cette lutte d'intérêts si opposés, et l'on peut se fier à ses soins minutieux pour ne rien omettre et placer au grand jour tous les actes, toutes les paroles, et jusqu'aux moindres impressions du grand évêque.

Quant au fameux sermon prêché, le 18 novembre 1681, OM* Grands-Augustins, et dont le cardinal d'Alsace fait un reproche à Bossuet, il faut se hâter de dire qu'il est resté comme un monument impérissable de l'éloquence chrétienne. L'unité catholique n'a jamais été affirmée avec plus d'autorité. Si la part du pouvoir civil y semble trop largement faite, il ne faut point oublier en quelle position se trouvoit l'assemblée; quelle aigreur animoit les esprits, et tout ce que le souvenir des troubles du xvie siècle, des guerres de religion avoit légué à la génération d'idées d'indépendance, de fantaisies de schisme et de propension à la révolte contre la papauté. Les protestants étoient vaincus, mais non satisfaits, il falloit les ramener, compter avec eux, tout en restant dans d'honorables limites de concessions. Les plus modérés vouloient une transaction, et le moment étoit d'autant plus périlleux que plusieurs évêques, et l'archevêque de Paris à leur tête (Bossuet le savoit), étoient résolus à pousser les choses à l'extrême. C'est à


BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 87

prévenir, à conjurer les effets de cette hostilité, à mettre en équilibre l'autorité spirituelle et le pouvoir civil que Bossuet dut s'appliquer.

« Toujours, dit M. Floquet, on l'avoit vu s'opposer à ceux qui exagéraient outre mesure les prérogatives de la puissance pontificale, mais attentif plus encore à contenir ces gallicans outrés, appliqués persévéramment, sous ombre de ce qu'ils appeloient nos libertés, à discuter, à amoindrir, s'il se pouvoit, la soumission due à la suprématie divine du siège de saint Pierre, entêtés qu'ils étoient de fâcheuses idées d'indépendance, acheminement périlleux à une lamentable rupture. Les maximes de Pépiscopat, sur les limites des deux puissances, différant fondamentalement de la doctrine professée sur cela, par les parlements, par les publicistes, par les hommes de gouvernement et de palais, est-il besoin de dire quels principes Bossuet dès l'école avoit embrassés, soutenus en toutes rencontres, et que constamment il enseigna toujours? «

11 nous semble, avec M. Floquet, que cet esprit de sage conciliation se rencontre surtout dans le sermon auquel nous venons de faire allusion, et dont les quatre articles n'auraient été que la loyale et raisonnable expression, si les passions n'en eussent à l'envi exploité le texte. En effet, la déclaration du clergé fut acclamée par le parlement avec une joie si bruyante, paraphrasée avec une malveillance si injurieuse, que le Saint-Siège trouva plus d'une raison de plainte dans cet acte d'une église particulière qui déûnissoit la puissance de la chaire de saint Pierre, en dehors de toute sanction oecuménique. — Le livre de M. Floquet a donc un intérêt d'actualité, et, outre toutes les autres bonnes raisons que nous aurions à donner pour le louer, nous ne saurions trop le recommander à tous ceux qui veulent enfin la vérité sur la participation de Bossuet à toutes ces grandes questions de liberté de l'Église gallicane.

Armoriai de la ville de Marseille, recueil officiel dressé par les ordres de Louis XIV, publié pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale par le comte GODEPROY DE MONTGRAND, gentilhomme provençal. Marseille, Al. Guédon, — Paris, Aubry, 1864. Gr. iu-8 de pp.445-xxi, prix 25 fr.

Disons tout de suite que ce livre se distingue des autres de ce genre par une exécution typographique hors ligne. Le nombre des armoiries enregistrées pour la ville de Marseille et dont M. de Mont,urand donne la fidèle description est de 1700. Quatre-vingts blasons sont dessinés gravés et intercalés dans le texte tels et de la dimension que le manuscrit de la Bibliothèque impériale les a donnés : quelques-uns, ceux des principales familles, sont avec lambrequins et cimier. Voici l'ordre dans lequel sont classées les matières : 1° Les armoiries envoyées par les personnes et communautés et admises sans délai dans les bureaux établis pour l'exécution de VArmorial général; — 2° les armoiries dont la réception


88 LE CABINET HISTORIQUE.

fut sursise parce qu'elles avoient des fleurs de lis d'or sur champ d'azur; — 3° les armoiries dont la réception fut sursise, soit parce qu'elles avoient été mal figurées ou expliquées ; — 4° Les armoiries données par d'Hozier, parce qu'on avoit négligé d'en fournir la figure ou explication, quoiqu'on eût payé les droits d'enregistrement. — Telle est la division de cet Armoriai que M. de Montgrand a fait précéder d'une introduction importante dans laquelle il fait l'histoire de l'Armoriai général, et reproduit avec commentaire les vingt-cinq articles de l'édit du roi du mois de novembre 1696. — C'est là, en un mot, un beau et utile travail et qui peut servir de type et de modèle aux Editeurs pour les provinces qui n'ont pas encore publié leur armoriai.

M. de Montgrand, après avoir payé sa dette à la ville de Marseille, son berceau, nous a pareillement donné une notice généalogique de la maison de Montgrand. Cette notice est, comme exécution typographique, un véritable bijou et fait le plus grand honneur aux presses de Marseille. En voici le titre : Généalogie de la maison de Montgrand dressée sur les titres de famille vers la pi du XVIIe siècle et continuée jusqu'à ce jour d'après les titres et documents authentiques. — Marseille, impr. Armand et Ce, MDCCCLXIV, gr. in-8, de 31 p.

Annuaire de la Noblesse de France et des Maisons souveraines de l'Europe, publié par M. BOREL D'HAUTERIVE, 1865 (22e année). Paris, au Bureau, rue Richer, 50. In-12 de 456 p.

Nous arrivons bien tardivement aussi pour annoncer ce nouveau volume de l'intéressante collection à laquelle M. Borel d'Hauterive a attaché son nom. On sait le succès mérité de cette publication qui contient sur la noblesse tant de notions qu'il faudroit chercher éparses dans une infinité de recueils de journaux et de publications coûteuses. L'Annuaire de 1865 n'est ni moins fourni ni moins curieux que ses aînés. On y trouve avec les notions essentielles sur l'état des Maisons souveraines, ducales et princières, les tablettes généalogiques des Maisons nobles et leurs principales alliances. — Puis des notices sur la noblesse aux armées et dans les Ecoles militaires en 1864, — sur les changements et additions de noms, — sur les concessions et confirmations de titres insérées au [Bulletin des Lois. — Les additions de noms, — le conseil du sceau des titres — et la particule nobiliaire — les concessions d'armoiries — les créations, confirmations et transmissions de titres en 1863-1864. — La jurisprudence nobiliaire de l'année. — Les ordres militaire et chapitres nobles, une revue nobiliaire du Sénat et du Corps législatif. — Le Nobiliaire de Franche-Comté, — une Revue nécrologique et diverses autres matières qui font de ce recueil une véritable encyclopédie nobiliaire.


MIIÏ

rail

REVUE MENSUELLE.

XII. —BIRON, DUC DE COURLANDE.

Il y a peu d'hommes (si ce n'est en Russie, le pays par excellence de ces contrastes) dont la vie présente autant de haut et de bas, autant de curieuses vicissitudes, que celle du personnage qui fait le sujet de la pièce que nous publions ici.

Ernest-Jean Biren, ou de BIRON, pour lui donner le nom qu'il prit lui-même, naquit en 1690. On a dit que son aïeul étoit palfrenier du duc de Courlande. Peut-être ces humbles fonctions n'excluoient-elles par la noblesse, en ce pays, car on voit le père de Jean passer dans l'armée, sans conteste, du grade de lieutenant à celui de major-commandant.

Pour ce qui le concerne, si l'on en croit les conteurs d'anecdotes, Ernest-Jean débuta comme expéditionnaire et copiste dans l'étude d'un notaire, où il prit la passion des vieux parchemins : passion malheureuse qui pouvoit le perdre, et qui, en résumé, servit à son avancement. Il poussoit si loin cet étrange goût, que tout en copiant une charte, il lui en falloit toujours une autre entre les dents qu'il suçoit, suçoit comme les macheurs de tabac, jusqu'à ce qu'il en eût exprimé toute la saveur, si rancie qu'elle pût être. A ce métier, il lui arriva plus d'une fois d'absorber et de détruire des titres importants. Etant en Suède, au service du baron de Goertz, ministre du roi Charles XII, dans une de ces distractions bizarres il eut le malheur de broyer si fort et si bien

He année. Avril 1865. — Doc. "


90 LE CABINET HISTORIQUE.

on parchemin enfumé qui se trouvoif parmi les actes qu'il avoit à transcrire, qu'il le rendit entièrement illisible. Or, ce parchemin avoit une extrême importance : il contenoit, au sujet de la possession de la Livonie, des questions litigieuses entre le Roi de Suède et le Czar de Russie. Le baron de Goertz, à la vue de ce titre à moitié dévoré, se prit de colère, cria à la trahison et livra le malheureux paléophage aux tribunaux criminels, comme prévenu de félonie et de connivence avec la Russie. Durant l'instruction du procès, l'un des juges qui étudioit la contenance de l'accusé, remarqua que quoiqu'en proie au trouble que faisoit naître en lui l'interrogatoire, Biren ne pouvoit se défendre de sucer des petits morceaux de parchemin qu'il avoit en réserve dans ses poches, et qu'à un certain moment de la plaidoierie il avoit fini par attirer à lui un des parchemins composant le dossier des pièces à conviction, et par en arracher subtilement un lambeau qu'il avoit mis aussitôt sous sa dent. Cette observation sauva l'accusé qui, sur la demande même de Goeriz, fut mis en liberté : avec cette clause qu'il quitteroit la Suède, ce qu'il fut contraint de faire, non toutefois sans lettres de recommandation et de saufconduit.

De retour en Courlande, Biren, à quelque temps de là, entra au service du Receveur général de la province, dont il gagna le crédit et les meilleures dispositions' : celui-cy le présenta au Prince régnant Frédéric-Guillaume, le dernier des Kettler, époux d'Anne Iwanowna, nièce de Pierre le Grand.

Biren devint, dit-on, le favori du duc avant d'être celui de M duchesse, et l'on peut croire que sa bonne mine, ses manières insinuantes et une certaine hardiesse qui n'étoit pas- sans habileté, achevèrent bientôt de le mettre dans la meilleure position près de la duchesse. L'histoire ne le Suit- point pas à pas dans sa carrière de faveurs' et de distinctions- p^res' de la duchesse, bientôt" veuve. On sait seulement que son crédit alla croissant) et que cette princesse ne larda point à le marier à1 une de ses dames d'hon-' neur, issue d'une des meilleures familles de Courlande, laquelle d'abord parut assez peu flattée de cette alliance forcée. Fier dé sa position à la cour et dé son mariage, Biréh voulut se'faire inscrire sur les'registres de la noblesse courlandoise : niais il paraît qu'il n'étoit point encore en passe de se faire trop craindre, carie corps féodal, jaloux- de la dignité dé son ordre'et'de ses prérogatives, repoussa le petit-fils du palefrenier. Biren devoit bientôt- avoir raison de ces dédains. Elevé à la dignité de chambellan^ il exerça 1 les fonctions de premier ministre et administra, durant plusieurs 1 années, le duché de Gourlaiide avec un despotisme sans exemple 1 jusques-là dans le 1 pays. — En 1730, à la mort' de Pierre H Alexië-


BIRON, DUC DE COURLANDE. 91

witch, les députés de la haute noblesse russe vinrent à Mïttau offrir à là duchesse douairière le trône que la jeune 1 Elisabeth Pfetrownai n^osoit éircore revendiquer. Anne n'hésita point à> souscrire aux conditions 1 qu?avoienl mission de lui soumettre les députés russes, lesquelles tendoientà restreindre le pouvoir impérial et à favoriser le développement de l'oligarchie. L'éloignehïertt dé Biren 1, dont ori connoissoit les tendances despotiques, étoit une des plus expresses conditions. --- Anne, nous le répétons, souscrivit à tout, et Biren n'accompagna point la; nouvelle impératrice : mais if la suivit de près; et l'acte restrictif des droits du trône n'ëfdit point encore déchiré qùé l'on apprit l'arrivée à Moscou du ministre courlandois. C'est alors que grandit la faveur et la renommée de Biren, qui, dès ce moment, afficha les plus hautes prétentions qu'il chercha à étayer par tous les moyens, sans négliger l'éclat emprunté d'une origine illustre, se faisant, dès lors, appeler DE BIRON, et se disant issu de l'antique et illustre maison des Gontaut de Biron de France. Dès son couronnement, l'impératrice l'avoit investi, à nouveau, du titre de grand chambellan, et avec des" terres considérables lui avoit conféré le cordon de Saint-André et le titre de comte de l'Empire russe.-C'est à cette seconde phase de la singulière existence de Biren que la cour de France fit prendre sur lui les renseignements biographiques que contiennent les lettres qui suivent.

1. EXTRAIT D'ÏÏNE LETTRE DE M. VILLARDEAU, CONSUL DE FRANCE A MOSKOTJ, A> Mr LËV COMTÉ DE MAUREPAS, LE 26 JUIN 1730.

(Coll. Cl'ér. pap. dû Saint-Esprit, t. x, f° 72.)

M. Biron, gentilhomme curlandois,- soit disant d'extraction ou origine françoise, et grand chambellan de S. M. Czàriehne, a esté fait et déclaré comte de l'empire romaï'rf, en' vertu de lettres expédiées de Vienne et remyses icy* fé' 22: de ce mois par M. le comte de Wrastisaw, avec un portrait de S. M. I., enrichy de diamants,: estimé 20,000 roubles ou 100,000 livres monnoye de France; on ne sçaït pas encore si ces marques de la magnificence de Sa Majesté' Impérîâlle envers M. de Biron sont en récompense de qîuelqvies services importants et secrets qu'il lui a déjà rendus-, ou en espé

Origine.


§2 LE CABINET HISTORIQUE.

rance de ceux qu'il est en estât de luy rendre. Car vous n'ignorez pas, Monseigneur, que ce gentilhomme a la réputation d'estre auprès de la Czarine dans le plus haut degré de faveur où l'on puisse estre auprès d'une princesse. Quoy qu'il en soit, on ne peut s'empêcher d'admirer, dans cette manoeuvre, la politique de la cour de Vienne, par rapport à celle-cy et son attention extraordinaire à y acheter par des dons considérables le crédit de toute personne qui commence à en acquérir sur l'esprit du souverain.

Quel est son pays!

Sa famille.

S'il est Tray qu'il soit de celle de Gontaut?

2. DU MÊME AU MÊME. .;.-•' " Moscou, 31 juillet 1730.

Monseigneur, J'ay reçu la despêche dont vous m'avez honoré le 17 juin, par laquelle vous me demandez des éclaircissements touchant la personne de M. de Biron, à qui la Czarine a accordé la charge de grand chambellan de Russie. Je ne puis mieux m'acquitter de ce devoir qu'en répondant, article par article, aux questions qu'il vous plaist de me faire sur ce sujet, lesquelles je raporteray pour cet effet à la marge de cette lettre. M. de Biron est né à Mittau, en Curlande, de père et mère allemands, nobles, dit-on, sans illustration et sans biens. Son père est mort au service du roy Auguste, en qualité de major ou de lieutenant-colonel dans les troupes saxones.

M. de Biron, en parlant de sa famille, dit qu'elle est originaire de France; toutes les preuves qu'il en donnne consistent en un etradilion verbale qu'il dit avoir passée depuis très-longtemps dans la famille.

Il a voulu faire entendre à quelques personnes qu'il se croyoit sorti de la mesme tige que nos ducs de Biron, mais il n'y a nulle apparence que cela puisse estre : en premier


BIRON, DUC DE COURLANDE. 93

lieu parce que les armes de M. de Biron en question n'ont nul rapport avec celles de Gontaut; secondement, parce que quelques personnes l'ayant interrogé avec intention, pour sçavoir s'il estoit de la famille de Gontaut, il a répondu en homme qui n'ayoit pas la moindre connoissance qu'il y eut dans le monde une maison de ce nom.

Malgré toutes les instances qu'il a faites pour estre inscrit dans le Catalogue des nobles en Curlande, la noblesse de ce pays-là n'a jamais voulu y consentir : j'en ignore les raisons, mais il y a toute aparence que c'est par ce qu'il luy a esté impossible de prouver les 16 quartiers de noblesse qu'on m'a assuré estre nécessaires pour estre porté dans ce catalogue. Néantmoins, cette même noblesse, quoy quelle fit difficulté de l'admettre dans le nombre des gentilshommes, ne laissoit pas, dans le particulier, de le considérer comme tel.

M. de Biron paroist avoir environ 36 ans; quoyque né sans biens, il a resté dans sa province sans occupations jusqu'en l'année 1724, que, tourmenté et honteux de sa misère, il vint à Petersbourg pour y chercher du service, en cette année 1724. M. de Bestucheff, alors grand-maître de la maison de madame la duchesse de Curlande, touché de l'état malheureux de M. de Biron, le fit entrer au service de cette duchesse en qualité de son escuyer ou de gentilhomme ; de cet employ il a passé, peu de temps après, à celui de M. de Bestucheff, son bienfaiteur, qui fut dépossédé de la charge, en 1728, sous des prétextes assez légers et pour des raisons qui subsistent encore. Sans entrer dans ces raisons, il me suffit de dire que le maniement que M. de Biron a eu des affaires de cette duchesse pendant qu'elle étoit en Curlande, luy a mérité la charge de grand chambellan de cette princesse en Russie, lorsqu'elle y est venue prendre possession dutrosne, auquel elle a esté appelée.—De tout temps, cette

Quels emplois il a eus?


S'il a un grand crédit sur l'esprit de la Czarine?

Par quelle raison elle lui a donné cette charge.

34 LE CABINET HISTORIQUE.

îhange de grand chambellan a esté briguée et enviée avec justice par tous les seigneurs de Russie, à cause des privilèges,qui y sont attachés, dont le principal est que cet offiùer estant maîtiîe de la chambre du souverain, dans laquelle il a droit de coucher, il a plus qu'aucun autre des occasions de se concilier les bonnes grâces de Sa Majesté Czarine, par la facilité qu'il a de l'entretenir tous les jours librement, sans témoin, et aux heures où tout le monde est retiré ; voilà tous les employs que M. de Biron a possédés.

Je ne puis donner une idée plus juste du crédit que M. de Biron et sa femme ont, l'un, sur le coeur et,•l'autre, sur l'esprit de la Czarine, qu'en disant qu'ils sont à la cour de Russie ce que Conciny et Marie (sic) Galigay ont esté à celle de France pendant la minorité de Louis XIII. La comparaison est juste en tout, par raport au crédit et à la manière d'en user, et mesme à l'envie qu'on luy porte. Il ne reste plus qu'à sçavoir si la haine que les seigneurs et les peuples de Russie ont pour M. de Biron et sa femme, leur attirera une fin aussi funeste que celle que ceux à qui je les compare ont eue; ils la doivent craindre s'ils survivent à la Czarine ou viennent à luy déplaire.

Comme on ne connoist à M. de Biron d'autre mérite que celuy d'avoir eu le don de plaire depuis cinq ans à la Czarine, on juge qu'il a mérité par ce seul endroit la charge de son grand chambellan, qui a toujours esté regardé en Russie comme la première place de faveur (1), en ce que cet officier, outre ce qui concerne l'inspection de tout ce qui a quelque raport à la chambre de Sa Majesté Czarienne, a de plus l'administration de la cassetle. C'est aussi en considération de la faveur où M. de Biron

(1) Le prince Yvan Dolgorouty ppssédoit cette charge avant M. de Biron et couchoit toujours dans la chambre du Czar, conformément aui usages de cette cour-ci.


BIRON, DUC DE COURLANDE. 95

est auprès de la Czarine que la cour de Vienne, attentive à se servir de tous les moïens qui peuvent entretenir une étroite union entre elle et celle de Russie, a donné tout nouvellement à ce M. de Biron le titre de comte de l'empire, avec un portrait de l'Empereur, enrichy de diamants.

Les revenus attachés à cette charge sont de 4,000 roubles ou 20,000 livres de notre monnoye, et elle a des profits pro- î portionnés à l'avarice et à l'avidité de celuy qui la possède, lequel n'est tenu à aucune dépense, attendu que sa table, ses meubles, ses équipages et ses domestiques, sont les mesmes que ceux de Sa Majesté, desquels sa charge lui donne droit de disposer, comme et quand il luy plaît.

M. de Biron est marié depuis environ six ans avec une ' demoiselle dont la famille est d'une des meilleures noblesses de Curlande, dont le nom est Treden; elle n'avoit, non plus que M. Biron, aucun bien quand ils se sont mariés ensemble; ils ont, ou sont reputez avoir de leur mariage, un petit garçon d'environ cinq ans, que la Czarine aime beaucoup, qu'elle appelle son fils; la tendresse de la Czarine pour cet enfant, et le nom adoplif qu'elle luy donne, inspirent au peuple de violens soubçons sur la vertu de cette princesse, car la médisance ou la calomnie en prennent occasion de dire que cet enfant est effectivement le fils de Sa Majesté; et cette opinion trouve d'autant plus aisément créance parmy les grands et le peuple crédule et malin, qu'on a dit, il y a plus de quatre ans, que madame la Duchesse de Curlande l'avoit fait... (sic). Si cela estvray, ils n'ont pas esté assez discrets pour qu'on l'ayt ignoré à la cour de Russie. Il a fallu que malgré moy je me sois écarté en cet endroit de mon sujet; je reviens donc à madame de Biron, et je diray, en un mot, que si elle n'a pas la réputation d'estre jalouse, elle a celle d'estre commode et intéressée au delà de toute expression. Elle a le titre et les apointemens de dame d'honneur

Quels revenu 'sont attachas

S'il est marié et avec qui:


o.sl en étroiliaifonavec . Ustc-raian.

96 LE CABINET HISTORIQUE.

de la Czarine, et elle a dans le palais un apartement de communication avec la garde-robe de la Czarine.

M. de Biron et M. Osterman, par le besoin qu'ils ont l'un de l'autre pour se soutenir contre les efforts des envieux auxquels leurs places sont exposées, sont dans des liaisons aussi étroites qu'elles peuvent l'estre entre un favory et un premier ministre; avec celle différence que M. Osterman a le secret de M. de Biron, et que M. de Biron n'a pas celui de M. Osterman. Si j'avois à corrompre ce ministre, ce ne seroit pas à M. de Biron que je m'adresserais, mais à un ouvrier bien plus adroit, dont M. Osterman a toujours employé le sçavoir lorsqu'il a voulu faire un coup de partie; je veux parler du comte de Levenvolden, homme expert dans l'art de conduire cette cour-cy, un homme d'importance, et qui, content de posséder sans éclat la faveur de la Czarine et de son premier ministre, est ravy que M. de Biron serve de plastron à la haine publique. Cet homme n'est pas incorruptible mais fort capable de corrompre les autres : il vend chc:" ses services et veut avoir affaire à des gens sur le secret de ijui il puisse compter. Je suis assez instruit de ce que ce comte a fait jusques à présent, et je le connois assez particulièrement pour parler comme je fais sur son sujet. Il a un parent en France qu'il ne connoist que de nom, dont il m'a entretenu quelquefois, et avec qui, autant que j'ay pu entrevoir, il m'a paru qu'il n'auroit pas été fâché d'estre en correspondance de lettres et en liaison d'amitié; ce parent est M. le comte de Rotemboarg.

Yoilà, Monseigneur, tout ce que mes recherches et lumières, touchant ce qui concerne M. de Biron, me permettent de dire sur son sujet; j'ay fait tirer une copie de ses armes, telles qu'il les a portées jusques à ce jour, je la joins icy afin que vous puissiez connoistre la différence qu'il y a entre elles et celle de Gonlaut; cette copie m'a esté donnée


BIfiON, DUC DE COURLANDE. 97

par un homme à qui il s'est adressé pour lui en faire de nouvelles plus magnifiques, pour les envoyer et les faire confirmer à la cour de Vienne, affin de les ajouter aux patentes de comte de l'empire qu'il a reçu il n'y a pas longtemps de cette même cour. Cette lettre est signée VILLAB.DEAU.

3. AUTRE, DU MÊME AU MÊME.

16 octobre 1730.

Le 12 du présent mois, Sa Majesté Czarine donna à

M. de Biron l'ordre de Saint-André, et à M. de Iagossenski la charge de procureur général du sénat.

On prétend que l'un n'y l'autre n'auroient obtenu ces grâces si M. Osterman, qui s'est toujours opposé secrètement à leurs prétentions à ces égards, avoit esté consulté, ou pour mieux dire, s'il avoit la môme autorité quecy-devant

4. AUTRE, DU MÊME AU MÊME.

30 octobre 1730.

M. de Biron, frère du grand chambellan, fut un des quatre gentilshommes députés par les États de Curlande vers Sa Majesté Czarienne, pour implorer sa protection contre les entreprises de la diette de Pologne, en cas qu'elle prenne la résolution de confirmer le décret rendu par la commission établie par la présente diette, pour réduire la Curlande en palatinat et la réunir à la couronne.

5. AUTRE, DU MÊME AU MÊME.

'"ci'l'i [30 novembre 1730. .."}

La faveur de M. de Biron auprès de Sa Maj esté Czarine


a$ m CABINET .HISTORIQUE.

lui a mérité, de la part du roy de Pologne, d'estre fait chevalier de l'ordre de l'Aigle-Blanche

6. AUTRE, DU MÊME AU MÊME.

4 septembre 1730.

M. de Chernisoff, gouverneur de Biga, ayant esté, aussi bien que madame sa femme, convaincu de plusieurs concussions et malversations, a esté arresté et dépouillé de son gouvernement, qui a esté donné à M. le colonel de Biron, frère du grand chambellan de Sa Majesté Czarienne. Comme il-y a très-peu de temps que cet officier est rentré au service de Russie, la grâce qu'il vient d'obtenir excite quelque murmure parmy les militaires, gens difficiles à contenter en toutes sortes de pays

7. AUTRE, DU MÊME AU MÊME.

30 décembre 1730.

M. de Biron a esté indisposé pendant trois ou quatre jours; quelques personnes ont dit alors que la Czarine l'estoit aussi, parce qu'elle n'a presque pas paru en public pendant tout ce temps-là, et qu'elle s'est fait apporter à manger dans la chambre du malade.

Extraits sur les originaux qui sont au dépôt général des papiers de la marine, ce 22 janvier mil sept cent trente-six.

Signé : CLAIRAMBAULT.

Il nous reste à compléter en quelques lignes la biographie du héros. L'élévation au trône de Courlande (13 juin 1737) par l'élection de cette même noblesse qui, naguère, lui avoit refusé l'indigénat, ne pouvoit suffire à l'ambition de Biron. On prétend qu'il conçut l'idée ,.de marier la princesse de Mecklembourg, nièce de


BIRON, DUC DE COURLANDE. 99

l'impératrice, à l'aîné de ses fils. Ce qui est constant, c'est que tout en administrant, par commissaires, le duché de Conxlande, il se garda de quitter la Russie qu'il continua à gouverner despotiquement. La haine profonde des grands de l'empire ne put empêcher qu'avant de mourir Anne Ivanowna ne le fit reconnoître et déclarer régent pendant la minorité d'Yvan Antonowiclh. Biron, investi de ees fonctions, régna quelques jours en maître absolu, sous le nom d'un enfant., qu'il étoit soupçonné de vouloir déshériter en faveur de son propre fils; mais c'étoit ce que n'entendoit pas le feld maréchal Munich, qui d'abord partisan, créature de Biron, avoit vu ses services méconnus. Dans la nuit du 20 novembre 1740, un mois après la mort de l'impératrice Anne, Munich, aidé de quelques grands, proclame régente la mère d'Yvan, fait surprendre et garrotter dans son lit Biron. et le fait conduire à la forteresse de Schlusselbourg, avec son frère cadet, Gustave Biron et sa famille. Accusé de complot tendant à changer l'ordre de successibilité au trône, le duc de Courlande, dépouillé de tous ses titres et dignités, est condamné à more (mai 1741); toutefois, sa peine est commuée en détention perpétuelle. Cependant par un de ces coups de main si ordinaires en Russie, coup de main dirigé par Lestocq, autre officier de fortune, se préparoit une nouvelle révolution de palais qui devoit être fatale à Munich et rendre son rival à la liberté. Elisabeth Petrowna monte au trône, rappelle Biron de Sibérie et y envoyé Munich à sa place. Les deux rivaux se rencontrent sur la route à Khazan, l'un gagnant, l'autre quittant la triste Sibérie : bizarre jeu de la fortune, tout à fait du ressort des romanciers et dramaturges 1

Biron, quelque temps encore tenu en exil, à Jaroslaw, ne recouvra son duché de Courlande qu'en 1763, sous le règne de Catherine II. Instruit par l'adversité, on le vit alors régner avec douceur et justice jusqu'à sa mort, arrivée le 28 décembre 1772. Il laissoit deux fils, Pierre et Charles-Ernest, qui l'un et l'autre avoient partagé son sort.

L'aîné, Pierre, en faveur de qui il avoit résigné !e trône ducal quelques années avant de mourir, étoit né à Mittau en 1742. Nous n'avons point à retracer les circonstances orageuses de son règne; nous nous bornerons à dire que, marié en 1779 à Anne-CharlotteDorothée de Medem, il en eut un fils, mort en 1790, et quatre filles, dont l'une desquelles, Dorothée, princesse de Courlande et de Sagan, épousa, le 22 avril 1809, M. U> duc de Talleyrand-Périgord, duc de Dino, neveu du prince de Talleyrand; de la succession .duquel est éohu à M. Cnarles-Guillauine-Frédéric-Mario de Roson de Talleyrand-Périgord, son petit-fils, le titre de de prince


100 LE CABINET HISTORIQUE.

de Sagan, — dernier vestige des dignités et grandeurs de l'héroïque et aventureux duc de Courlande.

XIII. — CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME

(Suite. — Voir les numéros de juin, juillet, novembre et décembre 1863, janvier, février, avril et mai 1864, et janvier 1865.)

§ IV. — Les relaps.

L'inquisition se montra sévère contre ceux qui, après l'abjuration publique de leurs erreurs, avaient eu de nouvelles relations avec les sectaires. La récidive ne trouva pas grâce devant le juge inquisiteur. Le saint office appliqua contre les relaps la pénalité la plus grande de son code ecclésiastique, la prison à perpétuité, lorsqu'elle ne les livra point au bras séculier. De nombreuses sentences furent rendues contre les relaps, par les deux juridictions inquisitoriales de Toulouse et de Carcassonne. L'emprisonnement temporaire fut peu pratiqué, mais en revanche, la détention à perpétuité figure à chaque page du registre de l'inquisition.

Une sentence nous a été conservée par laquelle plusieurs relaps furent atteints par les rigueurs du saint office. Le libellé de ce monument judiciaire est si important, que nous bornerons à ce document la production de l'application pénale inlervenue contre ceux qui eurent le malheur de tomber en récidive.

« Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la sainte et indivisible Trinité, qu'il soit manifeste et non douteux, à


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 101

tous présents et à venir, que nous, frère Guilhaume Arnaud, de l'ordre des frères Prêcheurs, et frère Etienne, de l'ordre des Mineurs, inquisiteurs établis par vénérable Jean, par la grâce de Dieu, archevêque de la sainte église de Vienne, légat du Siège apostolique, à l'effet de faire la recherche des hérétiques qui se trouvent dans Toulouse, et non au delà de son diocèse, à raison du mandat à nous confié, touchant les inquisitions a faire dans la cité et dans ledit bourg de Toulouse, après certaines diligences, nous avons reconnu qu'il était, manifeste que Jordain de Villeneuve, chevalier, Bertrand de Rouaix, Bernard Signarius, Baymond Carabordes, Pons d'Arzènes, Vital Sicre, Etienne Massa, Raymond-Etienne Mercier, Arnaud-Guilhaume Petrarius, Arnaud deMontels, RaymondBernard Dumaître, Guilhaume Jean, Coutellier, son neveu, et Olive, soeur de Vincent Roger, étaient vraiment hérétiques;

< Qu'Armengarde, épouse de Raymond Centulli, hérétique, Laurence, épouse autrefois de Géraud-Peytavie, d'Arnaud, épouse autrefois de Bernard Mestre, Grésate, soeur dudit Jean Centulli, Anceline, épouse du susdit Vital Sicre, Anglésie, épouse autrefois d'Etienne d'Espagne, Esclarmonde de Laréole, épouse de Bernard Tornier, ont été notoirement infectées du vice hérétique; qu'à ce sujet, ils ont été cités et reconnus comme tels après témoignage légitime et convaincus ;

«Qu'en outre, Jourdain de Villeneuve, Bernard Signarius, Raymond Carabordes, Arnaud-Guilhaume Petrarius, susnommés, après serment prêté à l'église, après avoir prêté à l'église le serment prescrit, après avoir porté la croix, et subi la pénitence à eux infligée, à raison de leur susdite hérésie, sont devenus relaps;

« Qu'il nous a paru également que tous les susnommés à l'exception de Raymond Carabordes, Jourdan de Villeneuve,


10Î LE CABINET HISTORIQUE.

Olive, soeur de Raymond Roger, Anglêsie, autrefois épouse d'Etienne d'Espagne, et Fais de Gameville, en cachant la vérité sur leur compte et sur celui de plusieurs autres devantes inquisiteurs, ont changé de résidence;

« Qu'également Vital Sicre et Anceline son épouse, Etienne Massa et Raymond-Etienne Mercier, Arnaud-Guilhaume Petrarius, Esclarmonde Torhier, Philippine et Raymond-Bernard Mestre, et Guilhelmette son épouse, après avoir abjuré l'hérésie, et avoir fait leurs dépositions devant lés inquisiteurs, sont devenus relaps;

<a Que ledit Jordan de Villeneuve, après pénitence faite et porté la'croix, n'a plus voulu porter ce signe, après instances itératives, et est retombé de plus fort dans l'hérésie.

« Nous avons trouvé encore, qu'il était manifeste, après inquisition faite, que Bernard Rosehdus, son épouse Mabilé, que Thomas-Guilhaume Roer, son épouse Béatrix, ArnaudGuilhaume Petrarius, Dominique, épouse Julien, après avoir été reconnus notoirement hérétiques, àpiès avoir caché la- vérité devant les: inquisiteurs et changé de résidence, après avoir fait l'abjuration et la confession, sont rétombés dans l'hérésie ;

« Nous avons trouvé encore que Géfalde Mêdici, Lau'rè, autrefois épouse de Raymond P'élissier, Aiceline de Roaix et Bernarde, autrefois épouse' de Guilhaume Vital Campori, après avoir été reconnus hérétiques devant les inquisiteurs, à l'exception de Aiceline Roaix et de Bernarde qui', après avoir tu; là vérité, ont 1 changé de résidence, que ladite Bernarde nous â fait l'aveu que, pendant plus de quinze années, elle a été hérétique, et qu'après avoir confessé son erreur devant monseigneur Foulques, jadis évoque de Toulouse, elle était devenue relapse.

« Et comme il est démontré plus clair que le jour, que les susnommés, tant dans leurs propres maisons que dans celles


CODE PÉNAL DE L'ÀLBIGÉISME. f 03

d'autrur, ont adoré les hérétiques, qu'ils leur ont fourni conseil, aide et protection, et ont ajouté foi à leurs erreurs et les ont commises à plusieurs reprises, et après serment prêté devant nous, ont fait l'aveu de leurs fautes;

« Sur l'affirmation faite par tous les susnommés qu'ils étaient prêts à faire et à remplir la pénitence que nous leur infligerions, d'après notre mandat et volonté, ils se sont livrés à nous, après serment préalable, pour être enfermés à perpétuité ou exilés, et à faire et accomplir toutes les injonc*- tions émanées de nous, comme hérétiques et excommuniés, et même que leurs biens fussent entièrement confisqués ;

« Nous, voulant prescrire une pénitence salutaire à tous les susnommés, tant hommes que femmes, après avoir pris en considération les attestations et confessions susdites, et; après avoir procédé avec diligence à l'examen de tout ce qui - a trait aux choses de l'inquisition;

« Attendu que tous les susnommés peuvent, sans contredrl corrompre les autres et chercher à abattre là foi de l'église romaine, après conseil diligent et mûr examen,-sous l'assistance du vénérable père en Dieu, Raymond, par la grâce de Dieu, évoque de Toulouse, de Pierre préposé de l'église de; Saint-Etienne, de Pierre prieur de la bienheureuse vierge Marie d'Auray, de Pierre prieur de l'hospice de Saint-Jean, et de Pierre frère des Prêcheurs de Toulouse, nous avons, sous le titre d'une pénitence salutaire et de sentence définitive, condamné tous les susnommés, tant hommes que femmes, à la prison perpétuelle, leur enjoignant, en verte du serment prêté et sous réserve de plus forte peine, qu'ils exécutent la susdite sentence, sans le moindre retard, et en l'exécutant de se conformer à tout ce qui vient d'être prescrit 1 sans restriction, qu'ils ne quittent point la susdite maison,= dans laquelle ils demeureront détenus, comme en prison murée, et qu'ils y résident jusqu'à ce que l'édifice, dans le-s


104 LE CABINET HISTORIQUE.

quel ils doivent accomplir leur pénitence, soit entièrement construit; demeurant excommuniés et anathètnatisés tant hommes que femmes, comme fauteurs et défenseurs des hérétiques, tous ceux qui s'opposeraient contre notre susdite sentence et les prescriptions d'icelle, par eux-mêmes d'une manière manifeste ou occulte, qui porteraient aide ou conseil afin que notre sentence ne reçoive pas commencement d'exécution ou que l'exécution commencée, ils la fassent réduire à néant;

« Cette sentence a été donnée dans le palais de monseigneur l'évêque, en présence du peuple et du clergé, le onze des calendes de mars, l'an du Seigneur mille deux cent trente-sept, régnant Louis, roi des Français, et Raymond étant comte de Toulouse et ledit Raymond étant évêque de Toulouse; l'an du Seigneur 1237, en présence des susnommés, savoir : de Raymond, évêque de Toulouse, de Pierre, préposé de Saint-Etienne, de Pierre, prieur de la Bienheureuse Vierge Marie d'Auray, de Pierre, prieur de l'hôpital de Saint-Jean, de frère prieur des frères Prêcheurs de Toulouse, de Raymond de Château-Neuf, chevalier, de Hugon de Roaix aîné, de Pierre de Roaix, prénommé Grimes, d'Arnaud Barra, de Guilhaume de Lens et de plusieurs autres et de moi Raymond Carbonnier, notaire public de l'ordre des frères prêcheurs, qui, sur l'injonction desdits inquisiteurs, ai écrit la présente charte. »

La sentence de condamnation que nous venons de rapporter atteignit trente-deux accusés, tant hommes que femmes. Elle fut rendue devant un public nombreux et en présence du haut clergé et de plusieurs notables. On caractérise d'une manière précise la récidive des condamnés. La prison dans laquelle les hérétiques dévoient être enfermés, n'étant pas encore achevée, on les mit provisoirement dans celle de Saint-Etienne à Toulouse. Cette condamnation en masse


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. 105

prouve que, lorsque les enquêtes étoient parachevées et l'aveu des prévenus une fois receuilli, on purgeoit l'arriéré du rôle d'audience, en prononçant une sentence collective.

Louis DOMAIRON, Membre de plusieurs Sociétés savantes,

(Sera continué.)

XIV. — NOTICE GÉNÉALOGIQUE

SUR LA FAMILLE DU FRESNE.

La famille du Fresne est originaire de Calais, où elle occupoit un rang considérable dès les premières années du xive siècle. Quelques généalogistes (1) lui donnent pour auteur présumé Hugues du Fresne, bailli d'Aire en 1214,1215 et 1218, suivant le cartulaire de Saint-André près d'Aire. Mais la filiation n'est établie sur titres que depuis Jean du Fresne, sergent d'armes du Roi, qui vivoit à la fin du xia" siècle. La qualité de sergent d'armes étoit alors fort relevée : les sergents d'armes, créés par Philippe-Auguste, formoient la garde du Roi et étoient souvent appelés à la garde des châteaux sur les frontières; leur nombre s'élevoit à cent cinquante, tous nobles ; un de leurs privilèges étoit de ne pouvoir être jugés que par le connétable.

On trouve dans les documents des xive et xv° siècles la mention d'un grand nombre de personnages du nom de du Fresne : Bourgoing du Fresne, écuyer, donne à Arras, le S septembre 1302, une quittance scellée de son sceau, où

(1) La Cuesnaye des Bois et Moréri,

11" année. Avril 1865. — Duc. *


■106 LE CABINST HISTORIQUE.

est figurée une branche de frêne; Nicolas du Fresne, écuyer, donne quittance de ses gages à Arras le 11 septembre 1315 ; Mathoeus ou Mahaïus du Fresne, qui vivoit en 1348, porte un frêne en son sceau ; Geoffroy du Fresne, écuyer, paraît de 1368 à 1376 dans les revues de Guillaume Paisnel, seigneur de Hambuie, de Robert d'Alençon, comte du Perche, et de Guillaume du Melle ; Maurice du Fresne, chevalier bachelier, figure dans une montre du connétabledu Guesclin (1371), où Jean du Fresne, petit-fils de Jean du Fresne, sergent d'arn es, est nommé parmi les écuyers; Pierre du Fresne figure comme écuyer dans sept montres de Bertrand du Guesclin de la même année, et dans une montre de 1380; Alain du Fresne, écuyer, paraît en 1370, 1380 et 1381 ; Gauthier du Fresne, chevalier bachelier, servoit en 1372 dans la compagnie dont le comte d'Eu fit montre à Cliinon le 26 août; Thomas du Fresne, écuyer, figure en 1380 dans la compagnie de Testart de Homecourl (1).

Au xve siècle, on trouve encore le bâtard du Fresne, écuyer (1405); Pierre du Fresne, écuyer (1415 et 1438); André du Fresne, écuyer (1420); Jean du Fresne, maître des requêtes de l'hôtel du Roi dès 1424, dont les armes (i'ot au frêne de sinôple) étoient figurées dans les vitraux de la salle des grandes écoles de Paris, rue Saint-Jean de Beauvais; Huguenin du Fresne, archer des ordonnances du roi (1451 et 1461); Guillaume du Fresne, archer de la petite ordonnance (1451 et 1453); Pierre du Fresne, dit Picard, archer dans des compagnies d'ordonnances (1451 et 1460); Jean

(1) Extraits Ses titres de Clairàmbault. — Dom Villevieille, Trésor généalogique, t. XLI, f. 87 et suiv. — Clairàmbault, Titres scellés, vol. LVI, p. 4255 et 57 ; LX, p. 4624 ; Lxxxm, p. 6508 et suiv. — Gaignières, 7912, p. 22. — Archives de la'Chambre des comptés de Bourgogne (extr. dans dpm Villevieille). — Arrêt du parlement de Besançon du 23 mars 1722.— Vistoire de Bertrand du Guesclin, par Paul Hay, seigneur du Chaslelet, •ffaris, 1666, in-fol., p. 349 et suiv.


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. 107

du Fresne, faisant partie de la garnison de Tombekiae en 1475; Antoine du Fresne, archer de la compagnie de Gilbert de Chabannesen 1475 (1).

De nombreux documents permettent de dresser sur titres la généalogie de la famille du Fresne : du xive au xvr 3 siècle, des pièces originales établissent la filiation. Ces pièces se trouvent elles-mêmes visées par des arrêts du Parlement de Besançon du 23 mars 1722 et du Parlement de Paris des 14 juillet 1759 et 23 décembre 1761. Les branches de Champagne, de Bretagne et de Frédeval en Picardie ont fait vérifier leur noblesse en 1667, 1669 et 1717. Des preuves ont été faites par les branches de la Tour-de-Chevillon, de Fontaine et de Beaucourt pour le service militaire; par les branches de Valmont et de la Tour-de-Chevillon en Champagne pour l'ordre de saint Lazare, pour l'admission dans la, maison du Roi et pour l'entrée dans la maison royale de Saint-Cyr; un arrêt du Parlement du 9 janvier 1762 a confirmé la filiation de la branche de Fontaine ; enfin un arrêt du Conseil du 7 mai 1785 a établi la généalogie de la branche de Beaucourt et l'a maintenue dans sa noblesse d'extraction.

Les principales alliances contractées par la famille du Fresne sont avec les maisons suivantes : de Bailleul, de Béry d'Esserteaux, de Biencourt, de Bonnaire, du Bos, de Broc, de Bruyères, de Buissy, le Caron, Cornet, des Essars, de Famechon, de Gallwey, de Lagrené, Langlois de Septenville, de Lastre, de Lestocq, de Linage, de Louvencourt, de Mareuil, Morel, Le Noir, Pingre, de Rély, de Ribéra, de Sachy, de Torcy, de Villers.

(1) Clairàmbault, titres scellés,yo\. LIX, p. 4562 ; Lxxrx,p. 6190; LXXXIX, P-7018; ccxxxiv, p. 25, 59, 63 et 97; CCXXXV, p. 163 ; OOXXXVI, p. 191 et 253. — Dom Villevieille^ Trésor généalogique, t. -LU. — Généalogie des mnistres des réqwstesx par Fr. Blanchard. Paris, 1670, in-fol. p. 150.


iOS ÎLE CABINET HISTORIQUE.

La famille du Fresne a produit : Un sergent d'armes du roi ; deux prévôts de Montreuil (1350 et 1515); un châtelain de Montreuil (1351); un bailli de Saint-Omer (1383); de nombreux officiers, entre autres des capitaines au régiment de Vaubecourt (1640-1680), au régiment de Moulins (1689), au régiment du Roi (vers 1692), aux régiments de Varennes, de Navarre, de Touraine, de Mailly, etc. (17041750); plusieurs gouverneurs du fort de Bouc en Provence (1515-1575) ; un lieutenant de la meslre de camp du régiment de Piémont (1595) ; un major au régiment de Guise (vers 1650); trois mousquetaires de la garde du Roi, dont un taé à Fontenoy ; un aide-major aux gardes-françaises (1766); un général de brigade sous Napoléon ; deux lieutenants dans la garde royale sous la Restauration; deux gentilshommes de la Chambre (1515 et 1569) ; un gentilhomme ordinaire de la maison du Roi (1732) ; un écuyer de main du Roi (1770) ; un maître des requêtes de l'hôtel du Roi (1434); neuf trésoriers généraux de France; six conseillers au bailliage et siège présidial d'Amiens; un lieutenant criminel et un lieutenant général au même bailliage; quatre prévôts royaux de Beauquesne; quatre maires d'Amiens (1581, 1707-1716, 1727-1728, 1749); plusieurs chevaliers de Saint-Louis et un chevalier de Saint-Lazare. Les titres de famille mentionnent aussi deux chevaliers de Malte que nous n'avons pas retrouvés dans les listes imprimées (1).

La plus grande illustration de la famille du Fresne est due au savant dont la prodigieuse érudition faisoit déjà l'admiration de ses contemporains et dont la renommée est deve(1)

deve(1) d'eux, Adrien du Fresne, figure parmi les signataires d'une pièce, en date du 29 juillet 1645, portant consentement des commandeurs et chevaliers de la langue de France, à ce que Roger de Lorraine, bailli de Guise, obtienne l'ancienneté de justice ou droit acquis sur la dignité et revenus du prieuré deFrance. Original, Clairàmbault, Mélanges, vol. cccxx,

fol. 129-133.


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE 1)U" FRESNE. 109

nue universelle, à ce DU CANGE justement appelé le père de l'érudition moderne. A côté de ce nom illustre, n'oublions pas un nom plus humble, mais désormais inséparable do celui de du Cange, le nom de Jean-Charles du Fresne d'Aubigny, qui a mérité la reconnoissance du monde savant par les soins intelligents et les persévérants efforts au moyen desquels les immenses travaux manuscrils de l'auteur du Glossaire ont été l'assemblés et légués à la France.

Armes : D'or au frêne arraché de sinople. Couronne de marquis (1). Supports : deux lévriers (et aussi deux licornes). Cimier : un lévrier naissant. Devise : Fraxinus in silvis arbor dignissima surget. — Plusieurs branches adoptèrent d'autres armes et, chose singulière, ce furent des branches aînées. Ainsi les seigneurs de Saint-Evrugc et de Chevillon en Champagne portaient : d'argent au lion de sable à la bordure componnée de même (2), et les seigneurs d'Haudrimont et de Fontaine : d'argent au lion de gueules, couronné de même. La branche des seigneurs de Frétigny en Franche-Comté, séparée au xvir 3 siècle de celle de la Brosse, portait : de gueules au lion d'argent.

I. JEAN DU FRESNE, sergent d'armes du Roi, vivoit à la fin du xui 0 siècle.

II. JEAN DU FRESNE, écuyer, bourgeois de Calais, fut, en

(1) C'est un usage établi depuis longtemps pour les familles nobles d". race de placer sur leur écu une couronne de marquis. Nous avons retrouvé dans la collection de dom Grenier une lettre de du Fresne d'Aubigny. Le cachet porte une couronne de marquis et deux lévriers pour supports.

(2) Jean Louis de Fresne de Valmont, chevalier de Saint-Lazare en 1725, portoit : d'argent à diux pals et doux fasces de sable, à l'écusson d'argent brochant sur le tout, chargé d'un lion de sable. — Armoriai des chevaliers de Saint-Lazare, Cabinet des titres, vol. Df.xxf.ii, p. 508.


110 LE CABINET HISTORIQUE.

1347, chassé de cette ville par les Anglois avec ses deux fils Guillebert et Jean. Le Roi lui accorda alors la prévôté de Montreuil, en laquelle il fut maintenu par lettres du 3 novembre 1351, «en considération des bons services qu'il a faits et rendus au Roi loyaument et diligemment tant en ses guerres comme ailleurs (1). » La prévôté de Montreuil lui ayant été disputée par Thomas de Renti, il obtint, à ce propos, des lettres de Charles, duc de Normandie et régent du royaume, par lesquelles, en considération des services rendus tant à Calais que depuis, en la compagnie du maréchal d'Audenehem, et des pertes par lui subies à plusieurs reprises, il lui est fait remise d'une somme due au Roi à cause de ladite prévôté. Jean du Fresne étoit encore prévôt en 1361 (2). Un compte du trésor de 1386 désigne sa femme sous le nom de Marie (3).

Jean du Fresne eut pour fils : 1° Guillebert, qui suit; 2° Jean ; et, peut-être, 3° Geoffroy.

Jean du Fresne, le jeune, exerçoit les fonctions de bailli de Bapaume en 1359 (4). Il paroît en 1369 comme écuyer sous les ordres de Gibaut de Merlo, chevalier, seigneur d'Epoisses; en 1370 et 1371 dans la compagnie de Bertrand du Guesclin, connétable de France; en 1380 sous Geoffroy Jourdain; en 1383 sous Jean de Bourbon, comte de Vendôme ; en 1389 sous le sire de Thorigny, et en 1392 sous Olivier du Guesclin.

Geoffroy, que nous avons nommé plus haut, et que l'on ne peut rattacher par une filiation certaine au tronc principal, paroît être l'auteur d'une branche établie en Bretagne,

(1) Pièces justificatives, ci-dessous, n° VI.

(2) Ibid., no XVIII.

(3) Joannes de Fraxino, armiger, filius defuncti Joannis de Fraxino, armigeri, et Marias ejus uxoris.

(4) Pièces justificatives, n° XVI.


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. 111

et dont les derniers descendants s'éteignent présentement en la personne de MM. du Fresne de Kerlan, dont l'un, né en mars 1782, n'a que deux filles, et dont l'autre, colonel en retraite, n'a pas contracté d'alliance. La branche de Bretagne a été reconnue par Adrien du Fresne, seigneur de Frédeval, pour appartenir à sa famille, lors de la recherche de sa noblesse faite en 1717 devant M. de Bernage.

III. GUILLEBERT DU FRESNE, écuyer, fils aîné de Jean du Fresne, fut châtelain de Montreuil. Il figure dans un grand nombre de montres passées, pour la plupart en son nom, de 1351 à 1370. Il étoit, en 1383, bailli de Saint-Omer, et exer? çoit encore cette charge lors de sa mort, en 1385 (1), Sa femme, demoiselle Maroye, paraît avec lui dans des titres d'acquisition de biens à Bus des années 1365 et 13tj8.

Guillebert du Fresne eut pour fils : 1° Jean, qui suit, et, selon toute vraisemblance, 2° Guérard, et 3° Guillaume.

Guérard du Fresne figure comme écuyer dans des montres de I3S0, de 1385 (passées à Edimbourg en Ecosse) et de 1387. Il obtint, en juin 1385, des lettres de rémission où il est dit « filz d'un bon escuyer, né de la ville de Calais, dont lui et son aïeul, qui esloient des plus notables gens de ladicte ville, ont esté déboulez par les Anglois (2). »

Guillaume du Fresne paraît comme écuyer dans une montre passée à Edimbourg, en Ecosse, le 3 août 1385, le même jour que celle où figure Guérard; il paroît encore en 1411 avec Jean du Fresne dans la montre de Jean, seigneur d'Ynay. Ce double rapprochement nous semble indiquer que Jean, Guérard et Guillaume étoient frères. La présence de ce dernier en Ecosse, où Guérard avoit cherché un refuge

(1) Le seigneur de Saveuses fut nommé, le 1er janvier 1386, gouverneur du baillage. (Arch. de la chambre des comptes de Lille, dans dom Villevieille, t. xu, fol. 90.)

(2) Archives, JJ. cxxvn, p. 44. — Pièces justificatives, n° XXVII.


112 LE CABINET HISTORIQUE.

avant l'obtention des lettres de rémission, vient à l'appui de cette conjecture.

IV. JEAN DU FRESNE, écuyer, fils aîné de Guillebert, fut bourgeois de Montreuil. Il paroît dans des actes de 1398, 1399 et 1409. Le duc de Bourgogne lui donna, en 1386, une somme de 40 livres à prendre sur la recette du baillage de Saint-Omer. Il figure, en 1411, comme écuyer, dans la montre de Jean, seigneur d'Ynay, et faisoit partie en 1422 de la garnison de Monlargis.

V. SIMON DU FRESNE, écuyer. On voit par un compte de 1440 que la terre d'Esquenetlcs, possédée en partie par Jean du Fresne et sa femme, avoit été confisquée par les Anglois et donnée à Edward Bronfils. Dans des lettres de rémission du 17 mai 1440, Simon est qualifié de < povre escuyer, auquel il ne restoit que son cheval et son harnaz qu'il employoit au service du Roy. » Simon du Fresne paroît encore dans des titres de 1461 et de 1487.

VI. JEAN DU FRESNE, dit Maurenault, écuyer, seigneur d'Authie, Hauthieulle, Bus, Nolant, Boisbergues, Louvancourt et Saint-Hubert, ligure comme archer dans la compagnie de cent lances de Jean d'Estuer, seigneur de la Barde, sénéchal de Limousin, suivant montres passées à Avesnes, les 30 août 1461 et 12 janvier 1462. Il étoit licencié es lois, et devint auditeur de la prévôté de Corbie en 1472, et échevin de cette ville en 1476 (1).

Jean du Fresne épousa :

1° Marie Bécot, dont il n'eut pas d'enfants; 2° N... Le Maistre, dont il eut : Jean, religieux profès en l'abbaye d'Arras; Pierre, religieux aux Cordeliers d'Elam(1)

d'Elam(1) Dom Grenier, vol. LU, fol, 743».


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. H3

pes; Antoine, qui servit de 1515 à 1525 sous MM. de Humières et de Vendôme; Priam, gouverneur du château de Bouc, en Provence, gentilhomme de la chambre du Roi. Priam est l'auteur d'une branche établie en Champagne sous le nom de de Fresne, et dont la noblesse a été vérifiée en 1667 par M. de Caumartin. Cette branche subsistoit encore à la fin du dernier siècle en la personne de Jean-Louis-JacquesMarie, ehevalier de Fresne, capitaine au régiment d'artillerie de Toul, chevalier de Saint-Louis en 1787 et lieutenantcolonel en 1792; de François-Claude-Nicolas, marquis de Fresne, écuyer de main des Rois Louis XV et Louis XVI, et d'Alexandre de Fresne, né en 1768, et qui fit, le 26 mai 1778, ses preuves pour entrer à l'Ecole militaire. Elle est présentement éteinte;

3° N... Le Bon, dont vinrent Marie, mariée à Nicolas de Biencourt, et Jeanne, mariée à Simon Rohault ;

4° Jeanne Rohault, dame de Saint-Hubert, de laquelle il eut Louis, qui suit, et plusieurs filles.

Jean du Fresne mourut à Doullens, vers 1503.

VII. Louis DU FRESNE, écuyer, seigneur d'Authie, Hauthieulle, Corniamont, Haudrimont, Rus, la Motte, Boisbergucs, Hulleu, Saint-Hubert, Acheu et Notant, homme d'armes à la grande paie en 15'i6, et depuis commandant d'une compagnie pour le service du Roi, épousa, par contrat du 25 juin 1515, —où figurent ses cousins germains, Priam du Fresne, gentilhomme de la chambre, et Philibert du Fresne, prévôt de Montreuil, Marie de Mailly, dame des Essars, Charles de Créquy, baron d'Hémont, etc., — Marie Castelet, fille de Nicolas Castelet, seigneur de Thérouanne, et de Jeanne Viseu, dont il eut dix-sept enfants. Trois de leurs fils furent les auteurs des nombreuses branches fixées en Picardie.

1° Nicolas du Fresne, né le 27 octobre 1516, seigneur de


114 LE CABINET HISTORIQUE.

Gorniamont, Haudrimont, Hulleu, Gêzaincourt et Saint-Hubert, forma les branches de Corniamont, éteinte en 1625; d'Haudrimont, éteinte au xvin* siècle; de Fontaine, éteinte de nos jours en la personne de Jean-Baptiste-Joseph-HonoréPierre du Fresne, né en 1765, officier d'infanterie; de Hulleu, éteinte à la fin du xvin° siècle.

2° Laurent du Fresne, seigneur d'Homecourt, né le 22 octobre 1524, forma une branche qui s'éteignit, en 1668, avec Jacques du Fresne, seigneur d'Homecourt, sans enfants de Marie de Louvencourt.

3° Michel du Fresne, seigneur de Frédeval, qui suit, fut à son tour l'auteur de trois branches importantes, rapportées plus loin.

Louis du Fresne, lors de la guerre des Pays-Bas, quitta Doullens, et, après la prise de Hesdin par François Ier, vint, en décembre 1521, se fixer à Amiens. Il mourut à 72 ans, en janvier 1568.

VIII. MICHEL DU FRESNE, écuyer, né le 8 mai lo3i), seigneur de Frédeval, Authie, Bus, Nolant, Acheu et Boisbcrgues, licencié es lois, avocat au Parlement, conseiller du Roi et son prévôt royal de Beauquesne (1575), épousa, par contrat du 2 mai 1535, Marie des Essars, fille de Jean des Essars, avocat au bailliage d'Amiens, et de Claire Pécoul, dont il eut :

1° Louis, seigneur de Frédeval, auteur des branches de Frédeval, éteinte en 1736; de Nolant, éteinte à la fin du xviie siècle; du Cange, qui prit fin en la personne de Jacques du Fresne, chanoine régulier de Saint-Victor de Paris, petitfils de Charles, seigneur du Cange (1) ;

2° Simon, seigneur de la Brosse, qui suit;

(1) Du Cange était fils de Louis du Fresne, seigneur de Frédeval, et de sa seconde femme Hélène de Rély.


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. 115

3" Michel, seigneur d'Aubigny, auteur d'une branche qui s'éteignit avant la révolution en la personne de CharlesMarin du Fresne, aide-major au régiment des gardes-françaises, chevalier de Saint-Louis.

Michel du Fresne fut mayeur d'Amiens en 1581 ; il mourut le 4 novembre 1594.

IX. SIMON DU FRESNE, écuyer, seigneur de la Brosse, de Fontaine et de Bus, né le 19 janvier 1571, épousa, par contrat du 4 février 1601, Marie Boullenger, dont il eut, entre autres enfants, Michel, qui suit. Il mourut le 14 juin 1652.

X. MICHEL DU FRESNE, écuyer, seigneur de la Brosse, né le 30 décembre 1611, épousa par contrat du 7 novembre 1641, Cécile de Suyn, dont il eut, entre autres enfants : Jean-Baptiste, seigneur de Frétigny et Mailly en FrancheComté, où il s'établit en 1688, lieutenant d'une compagnie de chevau-légers au régiment d'Usez, mort sans enfants en 1710; Pierre, qui suit; François, seigneur de Frétigny et Mailly, après son frère, auteur d'une branche dont nous n'avons pu retrouver la trace. Michel du Fresne mourut en 1657.

XI. PIERRE DU FRESNE, écuyer, seigneur de la Brosse, la Motte en Santerre, Saint-Martin-d'Herville et Marcel-Cave, épousa, par contrat du 28 janvier 1679, Catherine Fournier, dont il eut : Alexandre, qui suit ; Jean-Joseph, docteur de Sorbonne, curé de Saint-Michel d'Amiens; Louis-Nicolas, seigneur de la Brosse, lieutenant au régiment de la vieille marine; Pierre-Antoine, seigneur d'Herville, lieutenant au régiment de Boufflers.

XII. ALEXANDRE DU FRESNE, écuyer, seigneur de la Motte en Santerre, Marcel-Cave, Beaucourt et Ebars, conseiller au baillage et siège présidial d'Amiens en 1709, conseiller se-


116 LE CABINET HISTORIQUE.

crétaire du roi, maison et couronne de France en 1741, maire d'Amiens en 1749, épousa, par contrat du 17 janvier 1718, Marie-Françoise-Thérèse-Ursule Morel, dont il eut : 1° Pierre-François, chevalier, seigneur de la Motte en Santerre, Marcel-Cave, Villers-Bretonneux, Aubigny, Fouilloy et Saint-Martin d'Herville, lieutenant général au bailliage et siège présidial d'Amiens, marié à Françoise-Rosalie Palyart d'Aubigny, mort sans postérité le 16 mars 1794 ; 2° Charles, qui suit; 3° Marie-Henriette, religieuse ursuline; 4° Elisabeth, morte sans alliance.

XIII. CHARLES DU FRESNE, chevalier, seigneur de Beaucourt, Ebars, Bigaudelle, etc., épousa, par contrat du 1" octobre 1758, Marie-Jeanne du Fresne, sa cousine, fille d'Antoine-François du Fresne, chevalier, seigneur de Fontaine, et de Marie-Jeanne Pincepré, dont il eut: 1° Marie-CharlesFirmin-Alexandre, qui suit; 2° Charles-François-Marie, né le 7 mars 1765, officier au régiment du Maine, général de brigade sous l'Empire, chevalier de Saint-Louis, officier de la Légion d'honneur, marié, par contrat du 18 octobre 1817, à Marie-Adélaïde de Béry d'Esserteaux, dont deux filles : Laurence, mariée à Léon Thiéron de Monclin, et Clémentine, mariée en premières noces à Edouard-Gabriel, comte de Gallwey, et en secondes noces à Léon, marquis de Broc; 3° Marie-Charlotte-Alexandrine, mariée, par contrat du 23 juin 1781, à Marie-Jean-Joseph-Charles-François-LêonorAugustin le Fort, seigneur du Quesnel, dont la fille épousa le vicomte Blin de Bourdon, député sous le gouvernement de Juillet et l'un des flétris de 1843; 4° Marie-FrançoiseAdélaïde, morte sans alliance.

XIV. MARIE-CHARLES-FIRMIN-ALEXANDRE DU FRESNE DE BEAUCOURT, né à Amiens le 15 mars 1761, conseiller au bailliage et siège présidial d'Amiens, épousa, par contrat du


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. 117

2 thermidor an III (20 juillet 1795), Bonne-Louise Briois, fille de Bon-Albert Briois, chevalier, seigneur de Beaumetz, premier président du conseil provincial d'Artois, député aux étals généraux et un moment président de l'Assemblée constituante, et de Bonne-Louise-Josèphe de Crény. De ce mariage naquirent : 1° Charles-François-^lmJ, qui suit; 2° Marie-Lou\s-Edmond, mentionné plus loin. M. de Beaucourt est mort à Paris le 29 juillet 1846, et sa veuve au château de Sahurs, près Rouen, le 16 novembre 1848.

XV. CHARLES-FRANÇOIS-AMÉ DU FRESNE DE BEAUMETZ, né à Marcel-Cave le 30 avril 1797, lieutenant au 4e régiment de la garde royale, épousa, le 19 juin 1826, Marie-Stéphanie de la Houssaye, fille d'Alexandre de la Houssaye de SaintVictor, et de N. de Villebrun, dont :

1° Marie-Louis-i?a!/mon«!, né le 20 mai 1845 ;

2° Marie-Alexandrine-BerJ/ie, néele2 février 1831,mariée, le 16 février 1854, à Casimir de Girod de Resnes;

3° Marie-Charlotte, née le 9 avril 1834, mariée, le 14 janvier 1856, à Fortuné-Octave le Ricque, vicomte de Rocourt de Ruilz.

XV. MARIE-Louis-EDMOND DU FRESNE DE BEAUCOURT, second fils, né à Marcel-Cave le 14 janvier 1799, lieutenant en premier aux lanciers de la garde, chevalier de la Légion d'honneur à Rambouillet, le 1" août 1830, sur la présentation de M. le Dauphin, démissionnaire pour refus de serment le 14 août 1830, épousa à Paris, le 23 avril 1831, LouiseEmma Estièvre de Trémauville, fille de Claude-Pierre-Joseph-Emmanuel Estièvre, marquis de Trémauville, maréchal de camp honoraire, chevalier de Saint-Louis, et de LouiseAimée de Thellusson de Sorcy, dont il eut :


118 LE CABINET HISTORIQUE.

1° éfasîon-Louis-Emmanuel, qui suit;

2° Louise-Alexandrine-.Etoie, née à Paris le 8 juin 1832, mariée le 16 novembre 1848 à Charles-François-Oscar Asselin, baron de Villequier, dont deux fils.

M. de Reaucourt est mort à Berne le 17 août 1837, et sa veuve au château de Morainville le 22 juillet 1847.

XVI. GASTON-LOUIS-EMMANUEL DU FRESNE DE BEAUCOURT, né à Paris le 7 juin 1833, marié le 31 août 1854 à EdithMarie-Charlotte Cardon de Montigny, fille d'Évariste-JulesJoseph Cardon, baron de Montigny, conseiller à la cour royale de Paris, puis membre de l'Assemblée législative, et de Marie-Françoise-Stéphanie Asselin de Villequier, dont :

1° Marie-Louis-Joseph-Edmond, né le 17 septembre 1855 ; 2° Charles-Henri-Marie-Xoms, né le 6 octobre 1856 ; 3° Marie-François-Charles-iTenn, né le 29 juillet 1858; 4° Albert-Bruno-Marie-Jean, né le 27 janvier 1860 ; 5° Marie-Xaverine-Adélaïde-Louise-.Emma, née le 15 mars 1862;

6° Louise-Marie-Charlotte-Elisabeth, née le 13 janvier 1864.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

I. 13S0, 20 septembre. Jean du Fresne, prévôt de Montreuil, déclare que les maire et échevins de Montreuil ont tout droit de haute, moyenne et basse justice en ladite ville et banlieue d'icelle. (D. VILLEVIEILLE, Trésor généalogique, vol. XLI, fol. 87 v°, d'après le Cartulaire de la ville de Montreuil-sur-Mer.)

II. 1351, 25 avril. Montre de Guillebert du Fresne, écuyer, et de dix hommes de pied en sa compagnie, entre lesquels figure Jacquemin du Fresne; ladite montre passée à Montreuil. (Original, CLAIRÀMBAULT, Titres scellés, vol. L, p. 3773.)


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. 119

III. 1351, 20 mai. Quittance de Guillebert du Fresne, de 100 sous tournois reçus du prévôt de Montreuil, pour deux voyages faits de Montreuil à Arras vers Monseigneur de Bourbon. (Original avec sceau, CLAIRÀMBAULT, ibid., p. 3771.)

IV. 1351, juillet. Confirmation par le Roi des lettres par lesquelles Jean de Boulogne, comte de Montfort, lieutenant en Picardie, donne à Jean du Fresne, fils de Jean Dufresne, prévôt de Montreuil, autrefois bourgeois de Calais, les terres et revenus de Guillebert d'Aire à Bouvines et Colvède, en la comté de Guines, en dédommagement des biens perdus par lesdits du Fresne quand ils furent chassés de Calais, et conformément au don à eux fait par feu le Roi Philippe. (Archives, JJ, LXXX, pièce 686.)

V. 1351,13 octobre. Ordre de paiement à Jean du Fresne.

« Notre sire le Roy est tenu à Jean du Fresne, escuyer, prevost de Monstreuil sur la Mer, de la somme de cent dix huit livres dix soulz tournoiz pour le demourant des gaiges de li et de deux autres escuyers de sa compaignie desservis en ces derraines guerres es parties de Picardie soux le gouvernement de Monseigneur Jehan de Bouloiugne, comte de Montfort, nagaires lieutenant du Roy esdites parties, et du xxve jour de juing derrain passé jusques au vuie jour de septembre ensuivant, etc. »

(Copie notariée, Archives de famille; Autrfl copie, Collection de Bourgogne, vol. xxxv, fol. 111.)

VI. 1351, 3 novembre. Le Roi Jean, en considération des services rendus par Jean du Fresne, jadis bourgeois et habitant de Calais et présentement prévôt de Montreuil, tant dans ses guerres qu'ailleurs et audit office, et. des grandes pertes par lui subies à cause desdites guerres, tant en la prise de Calais, où il perdit tous ses biens, comme autrement, ordonne qu'il lui soit fait remise chaque année de la somme de 220 livres parisis sur les 720 livres qu'il doit pour la ferme de sa prévôté. (L'original était au dernier siècle dans les Archives de M; du Fresne de Fontaine. Copie collationnée par deux notaires à Paris, le 3 juillet 1750, Collection de Bourgogne, vol. xxxv, fol. 112.)

VII. 1352, 27 janvier. Jean du Fresne, prévôt de Montreuil, est commis avec Charles du Drach, receveur du bailliage d'Amiens, pour faire les provisions de vivres pour les villes et châteaux de Guines, Boulogne et Eu. (Rouleau en parchemin contenant le compte de Gallerand de Lescloce, dans CLAIRÀMBAULT, vol. CLXXXI


120 LE CABINET HISTORIQUE.

des Mélanges, fol. 76. Extrait collationné sur l'original par deux notaires, Archives de famille; indiqué dans D. VILLEVIEILLE, l. c.)

VIII. 1352,18 mai. Quittance de Guillebert du Fresne.

c Sachent tuit que je, Gillebert du Fresne, escuier, chaslelain du chastel de Monstrel, cognoiz avoir eu et receu de Jehan de l'Ospital, clerc des arbaleslriers du Roy uostre sire, emprest pour les gagez de moy et des gens de ma compaignye estans en la garde et de'ffense dudit lieu, dix livres tournois; de laquelle somme je me tieng à bien paiez.

« Donné à soubz mon scel, le xvme jour de may l'an mil L

et deux. »

(Original parchemin. Le sceau presque entièrement enlevé. Cabinet des titres, 2e série des titres originaux, DU FRESNE.)

IX. 1352, 28 septembre. Le Roi Jean donne à Jean du Fresne, prévôt de Montreuil, la somme de cent livres parisis. Quittance de Jean du Fresne du 8 octobre. (Copies notariées, Archives de famille.)

X. 1353, II janvier. Ordre de paiement à Jean du Fresne.

« Notre sire le Roy est tenu à Jehan du Fresne, escuyer, pour le demourant de ses gaiges et d'un autre escuyer de sa compaignie, desservis es parties de Picardie soubs le gouvernement de Monseigneur Geoffroy de Charny, estant pour ledit seigneur èsdites parties, depuis le quatorziesme jour de mars trois cent cinquante et'un jusques au derrain jour de septembre ensuivant, en la somme de quatre-vint livres quinze soulz tournois, etc. »

(Copie, Collection de Bourgogne, vol. xxxv, fol. 113.)

XI. 1353,13 janvier. Ordre de paiement à Guillebert du Fresne. « Notre sire le Roy est tenu à Guillebert du Fresne, escuyer,

chastelain de Monstroel sur la mer, pour le demourant de ses gaiges, d'un autre escuyer et de dix sergens de pié de sa compaignie..., en la somme de deux cent vingt et une livres cinq soulz tournois, etc. »

(Copie, Collection de Bourgogne, L c.)

XII. 1353,10 mars. Le roi Jean ordonne de déduire sur ce dont Jean du Fresne, prévôt de Montreuil, lui est redevable pour sa prévôté les sommes dues audit Jean et à Guillebert son fils, châtelain <- e Montreuil, pour leurs gages et ceux des gens de leur compagnie.


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUB LA FAMILLE DU FRESNE. 12d

(Copie collationnée, Archives de famille. Mandement en conséquence du 1" mai, Copie collationnée, Collection de Bourgogne, vol. xxxv, fol. Ho.)

XIII. 1355,14 novembre. Montre de Jean du Presne, écuyer, et de neuf écuyers de sa compagnie. Montre de Guillebert du Fresne, écuyer, et de trois écuyers de sa compagnie. (Extraits du troisième compte de Jehan de l'Ospital, clerc des arbalétriers, du paiement des gens d'armes et de trait étant sous les ordres du maréchal d'Audenehem, du 1er janvier 1355 au 8 février 1356, dans CLAIRAMBAULT, Mélanges, vol. CGCCLXXIX, p. 371.)

XIV. 1357, 13 février. Lettres du Dauphin en faveur de Jean du Fresne :

« Charles, aîné filz et lieutenant du Roy de France, duc de Normandie et Dalphin de Viennois, au receveur d'Amiens ou à son lieutenant, salut : Comme Jehan du Fresne, prevost de Monsterei.i sur la mer, fils de notre amé Jehan du Fresne, sergent d'armes de nostre très cher seigneur et père et le notre, eust prins à ferme de toi ladite prevosté jusques à trois ans lors à venir, et ycelle n'ait encore tenue que an et demy ou environ, et nous avons ouroié par nos autres lettres à notre amé Thomas de Renti, escuier, frère de notre amé et féal Oudart de Renli, chevalier, que ou cas qu'il li plaira tenir ladite prevosté comme le plus offrant, il la tiengne et ait, non obstant bail ou ottroi qui en ait esté fait par toi audit Jehan du Fresne, ja soit ce que li dis Jelians l'eust encore à tenir an et demy, et par ycelui Jehan nous ait esté supplié commu il ait bien et lealment servi nostre dit seigneur et nous ou fait des guerres, tant en la ville de Calais, ou temps que elle l'ut derrenenent assegiée par nos ennemis, en laquelle il estoit et y avoit sa chevance et son estât, comme depuis en la compagnie de notre amé et féal le mareschal d'Audenehem; et aussi ait esté moult dommagié en la ferme de ladite prevosté, pour le fait des guerres, ou temps que le Roy d'Angleterre et nos autres ennemis coururent ou pais de Picardie jusques à Hesdin, car en faisant ladiin course, il arduent la gregneur partie de ladite prevosté et y perdi ledit suppliant grant partie de ses biens, donc que il nous pleust, pour consideracion des choses dessus dites, à lui quitter et remettre la somme de deux cenz seze livres treze soulz quatre deniers parisis, en laquelle il est tenuz à notre dit seigneur et à nous à cause de ladite prevosté pour le terme de la Chandeleur derrain passée, savoir te faisons que, pour considération desdis services lais par ledit suppliant à nostre dit seigneur et à nous, et aussi desdites pertes et domages qu'il a eus et soustenus pour le fait des guerres,

Il année! Avril <S63. — Doc. 9


122 LE CABINET HISTORIQUE.

comme dit est, de grâce especial li avons quitté, remis, donnons, quittons et remettons par la teneur de ces présentes ladite somme de deux ceiz seze livres treze soulz quatre deniers parisis en quiilestoit teneu à notre dit seigneur et à nous pour la cause dessus dite. Si te mandons, etc.

«Donné à Paris le vne jour de février l'an de grâce mil trois cenz . cinquante six, soulz le scel du chastelet de Paris en l'absence du graut scel de notre dit seigneur.

« Plus bas est écrit.- t Par le conseil, ouquel estoientMesseigneurs le duc de Brelaingne, le comte de Roucy, le prieur d'Acquitaine, Amaulry de Meulîent, les seigneurs de Revel et de Louppy.

« Et plus bas :

« Signé : PERNON.

« Collationné par les notaires à Paris, soussignés, à l'original en parchemin représenté et à l'instant rendu, c* jonr d'huy deux juillet mil sept cent cinquante.

« Signé : BERVILLE; DEHAYES. » (Archives de famille; Collect. de Bourgogne, vol. xxxv, fol. 117.)

XV. 1357, 20 février. Quittance de 216 livres 13 sous 4 deniers parisis donnée par Jean du Fresne, prévôt de Montreuil. (Copie notariée d'après l'original, Archives de famille.)

XVI. 1359. Louis, comte de Flandre, commet ses amés Jean du Fresne, bailli de Bapaume, et Philippe Le Fevre, pour recevoir les subsides imposés en la cliâtellenie de Bapaume, pour les réparations et la garde du château de Bapaume. (D. VILLEVIEILLE, vol. XLI, fol. 88 v°, d'après les Arch. de la Chambre des Comptes de Lille.)

XVII. 1361, 27 février. Coûts et frais faits par Jean du Fresne, prévôt de Montreuil, pour l'arrestation et l'exécution d'Isaac d'Olehain. (Original, CLAIRAMBAULT, Titres scellés, vol. cxvi, p. 9081.)

XVIII. 1361, 13 mai. Jean du Fresne, prévôt de Montreuil, est mentionné dans un titre de Denis Chiertemps, bailli d'Amiens. (D. VILLEVIEILLE, vol. XLI, fol. 88 V, d'après Clairambault, vol. XVII des Généalogies.)

XIX. 1365,15 août. Vente par Pierre du Bus, écuyer, à Guillebert du Fresne et à demoiselle Maroye, sa femme, de diverses

*■


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. 123

rentes sur des biens situés au bas de Marie. (Copie notariée, Archives de famille.)

XX. 1369, 15 septembre. Montre de Gibot de Merlo, seigneur d'Espoisse, où figure Jean du Fresne parmi les écuyers. (Copie notariée, Archives de famille; Copie, Collection de Bourgogne, vol. xxxv, fol. 125.)

XXI. 1370, 8 janvier et 8 février. Montres de Guillebert du Fresne, écuyer, et des écuyers .de sa compagnie. (Copies notariées, Archives de famille, et Collection de Bourgogne, vol. xxxv, fol. 119 et 122.)

XXII. 1371, 1er avril, 1" mai, 1er juin, 1er juillet, 1er août, i" octobre, 1er novembre. Montres de Bertrand du Guesclin, connétable de France, où figurent Maurice du Fresne, chevalier bachelier, Jean du Fresne, écuyer, Pierre du Fresne, écuyer. (CLAIRAMBAULT, Mélanges, vol. xvr, fol. 491, et Titres scellés, vol. LVI, fol. 4255 et 4257; Histoire de Bertrand du Guesclin, par Paul Hay du Chastelet, Preuves, p. 349, 3S1, 356,360, 362, 370, 374.)

XXIII. 1380, 6 juillet et 1er août. Montres où paraît Guérardin du Fresne, écuyer. (CLAIRAMBAULT, Titres scellés, vol. XLI, p. 3046 et vol. LIX, p. 4570.)

XXIV. 1381, ior mars; 1383,10 août; 1389, l" janvier; 1392, 26 juillet. Montres où figure Jean du Fresne comme écuyer; (CLAIRAMBAULT, Titres scellés, vol. LXI, p. 4728; xvm, p. 1224, LXXII, p. 5621; LVI, p. 4260.)

XXV. 1382, 21 mai. Bail par Guillebert du Fresne, écuyer, à Jean Lescot, des terres, maisons, manoirs, justice, seigneurie, etc., de Bus près Marie, mouvant en fief noble d'Aleaume de Bournonville. (Copies collationnées, archives de famille, et Collection de Bourgogne, vol. xxxv, f. 126, d'après l'original tiré des archives deFrançois-Pantaléon Gorguette, seigneur de Bus.)

XXVI. 1383, i" novembre. Guillebert du Fresne, bailli de Saint-Omer, aux gages de 601. par an, suivant le compte d'Albert Dane. (D. VILLEVIEILLE, vol. XLI, f. 90, d'après les archives de la chambre des comptes de Lille.)

XXVII. 1385, juin. Extrait des lettres de rémission octroyées par Charles V à Guérard du Fresne.


124^ LS CABINET IllSÏOKlQnï.

«;Cliai'les, etc., savoir faisons Nous avoir rcceue l'uiuble supplicacion

supplicacion amis charnelz de Guerart du Fresne, de nostre ville de Monstereuil sur la nier, contenant, etc., et attendu : que ledit Guerart a bien esté pour ce absent duclit lieu deux ans ou plus, et depuis a esté es parties de Flandres, ou chastel de Dunquérque, en garnison, là où il a servi bien et loyaument, et de présent soit es parties d'Escoce monté et armé souffisamnent soubz nostre admirai; et qu'il est jeune personne de bon estât, et s'est tousjours bien et loyaument portez sans aucun autre villain reprouche; et qu'il a souffert depuis ledit fait plusieurs duriez qu'il a paciemment portez ; et qu'il est filz d'un bon escuier né de la ville dé fcrlaysv dont lui et son ayeul, qui estoient des plus notables gens de ladicte ville, ont esté déboutez par noz ennemis et tontes leurs chevances perdues; et qu'ilz ont tousjours bien et loyaument servy noz prédécesseurs Roys de France, dont Dieu ait les

âmes ; Nous, ces choses considérées, audit Guerart avons

quitté, remis et pardonné, etc. Donné au chemin en chevauchant entre Villeneuve-Saint-Georges et le pont de Charenton, ou moys de juing, l'an de grâce mil ecc mi**!et cinq, et de nostre règne le quint. »

(Archives, JJ, cxxvn, pièce 44.)

XXVIII. 1385, 31 août. Montre de Guillaume de Cauroy, passée à Edimbourg, où figure Guérardin du Fresne, écuyer. (CLAIRAMBAULT, Titres scellés, vol. xxiv, p. 1786.)

XXIX. 1386. Le duc de Bourgogne donne à Jean du Fresne, fils de Guillebert du Fresne, bailli de Saint-Omer, 40 livres à prendre sur la recette dudit bailliage. (D. VILLEVIEILLE, Z. 1 C, d'après les Arch. de la chambre des comptes de Lille.)

XXX. 1386, 1er août; 1387, 28 décembre. Montres où figure Guérardin du Fresne, écuyer. (CLAIRAMBAULT, Titres scellés, vol. XLvi, p. 3440, et LXXIV, p. 5864.)

XXXI. 1398, 6 juillet. Vente par Jean du Fresne, bourgeois de Montreuil, fils et héritier de feu Guillebert du Fresne, de la rente qu'il avait sur la terre de Bus près Marie. (Copies collationnées, Archives de famille et Collection de Bourgogne, l. c, p. 120, d'après l'original dans les archives de François-Pamaléon Gorguette, seigneur de Bus.)

XXXII. 1411, 22 novembre. Montre de Jean, seigneur d'Ynay,


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FUESNE. ITÔ

où ligmvnt parmi les écuyers Jean u Guillaume du Fresne. (CLAIRAMBAULT, Titres scellés, vol. XLI, p. 3034.)

XXXIII. 1422, décembre. Jean du Fresne fait partie do la garnison de Montargis, suivant le troisième compte dû Guillaume Charrier. (D. VILLEVIEILLE, l. c, f. 90 v°, d'après le vol. xxxix de CLAIRAMBAULT, f. 376.)

XXXIV. 1440 (?), 17 mai. Lettres de rémission octroyées par Charles VII à Simon du Fresne, fils de Jean. (Copies, d'après l'original, avec de nombreuses lacunes, Archives de famille et Collection de Bourgogne, vol. xxxv, f. 131.)

XXXV. 1440, 30 juillet. Lettres d'Henri VI, desquelle.* il appert que Jean du Fresne et sa femme avoient possédé la terre d'Esquenettes, qui fut confisquée sur eux et donnée à Edward Bronlils, écuyer. (Copie notariée d'un extrait du compte d'Eustaclie Lombard, Archives de famille.)

XXXVI. 1461, 1er janvier. Quittance donnée par Simon du Fresne de 150 francs d'or, dont il lui a été tenu compte conformément aux lettres de rémission à lui accordées. (Copies, Archives de famille et Collection de Bourgogne, l. c, f. 132.)

XXXVII. 1461, 30 août. Montre d'une compagnie de cent lances, commandée par Jean d'Estuer, chevalier, seigneur de la Barde, sénéchal de Limousin, où figure Jean du Fresne parmi les archers. (D. VILLEVIEILLE, l. c, d'après Clairambault.)

XXXVIII. 1487, 30 avril. Amende encourue par Simon du Fresne et Jean dil Mauresnault, son lils. (D. VILLEVIEILLE, l. c, f. 91, v°, d'après acte de M. d'Amiens de Gomicourt.)

XXXIX. 1785, 9 mai. Certificat de Chérin, délivré à M. de Beaucourt, pour son entrée au régiment du Maine :

« Nous, Bernard Chérin, écuyer, généalogiste et historiographe, etc., etc.,

« Certifions au Roi que Charles-François-Marie du Fresne de Beaucourt, né le sept mars mil sept cent soixante-cinq, et baptisé le môme jour dans l'église paroissiale de Sainl-Remy, de la ville et diocèse d'Amiens, est fils de Charles Dufresne, chevalier, seigneur de Beaucourt, Ebard, Bigaudele, Aubigny, Pierregot, Festonval, etc., maintenu dans sa noblesse d'extraction, par arrêt du conseil du sept du présent mois, et de dame Marie-Jeanne Du-


126 LE CABINET HISTORIQUE.

fresne de Fontaine, son épouse. En foy de quoy nous avons délivré le présent certificat, l'avons signé et fait contresigner par notre secrétaire.

« A Paris, ce neufvième jour du mois de may de l'année mil sept cent quatre-vingt-cinq.

« Signé CHÉRIN, et contresigné BERTHIER.

« Pour duplicata, ce 18 juillet 1785.

« BERTHIER, « Commissaire du Roy à l'exercice de la charge de généalogiste de ses ordres, etc.

« Par Monsieur le commissaire,

« DUVAL. »

(Original, archives de famille.)

XL. Extrait de l'arrêt du conseil du 7 mai 1785.

« £ur la requête présentée au Roy, étant en son conseil, par Pierre-François Dufresne, chevalier, seigneur de Marchelecave, conseiller d'État, lieutenant général au baillage d'Amiens, et par Charles Dufrêne, écuyer, seigneur de Beaucourt, son frère, demeurant à Amiens, contenant que Charles-François-Marie Dufrêne, né le sept mars 1765, fils du second suppliant et neveu du premier, étant en âge d'entrer dans le service militaire, auquel sa naissance lui donne droit d'aspirer, les supplians ont demandé pour lui au commissaire du conseil le certificat de quatre degrés de noblesse nécessaire pour pouvoir obtenir l'agrément, et être pourvu d'une place de sous-lieutenant. Mais quoique leurs titres, dont ils ont fait la représentation, fassent remonter leurs preuves bien au delà de ce qui est requis et exigé, comme il n'a point été rendu de jugement de maintenue en faveur de ceux dont ils descendent en ligne directe, parce que lors des recherches qui ont été faites, ils n'ont point été inquiétés dans la possession et jouissance de leur noblesse, quoi qu'il en ait été cbtenu par des collatéraux de leur famille, ils sont obligés d'y suppléer et d'avoir recours à Sa Majesté pour qu'il y soit pourvu. A cette fin, ils vont faire la preuve de leur filiation noble et en rapporter les pièces justificatives sur chaque degré ; c'est l'objet de la présente requête. Un arrêt du parlement de Paris du 14 juillet 1759 et les pièces qui y sont relatées et énoncées, font remonter la preuve de la possession de noblesse de la famille des supplians jusqu'à Guillebert Dufresne, rappelé avec la qualité d'écuyer dans un acte de l'année 1398; on y voit par une continuation d'actes successifs que


NOTICE GÉNÉALOGIQUE SUR LA FAMILLE DU FRESNE. 127

Guillebert étoit père de Jean Dufresne, qui avoit été dépouillé de la terre de Quenettes par les Anglois en 1440; que Jean a eu pour fils Simon Dufresne, qualifié pauvre écuyer dans des actes du règne de Charles sept, de l'année 1440 et autres années antérieures; que Simon a été père d'autre Jean Dufresne, surnommé Maureneault, dont il est parlé avec Simon, son père, dans un acte du dernier avril 1487, et dans le testament de Jeanne Rohault, sa femme, du 28 novembre 1527; que du maringe de Jean avec Jeanne Rohault il est né un fils nommé Louis, qui a épousé, par contrat de mariage du 25 juin 1515, Marie Castelet, et que de ce dernier mariage est issu Michel Dufresne, qui a épousé en 157(i

Marie Dessessaits C'est de ce Michel Dufresne, seigneur de

Froideval et du Cange et prévôt de Beauquesne, que descendent en ligne directe les supplians. Il eut trois enfans; l'alné se noinmoit Louis, et fut, après son père, seigneur de Froideval et du Cange et prévôt de Beauquesne; il fut père du savant Charles Dufresne, seigneur du Cange, si recommandable dans la république des lettres parles excelens ouvrages qu'il a composés; Simon Dufresne, dont descendent les supplians, qui est leur troisième ayeul, et le quatrième du sieur de Beaucourt, étoit le second fils, et Michel, sieur de la Moue, qui épousa Marie Meausergent,

fut le troisième Simon Dufresne fut docteur en médecine et se

décoroit, dans les actes qu'il passoit ou dans lesquels il comparaissoit, du titre et qualité de noble homme, qui, dans le temps et le pays où il vivoit, caractérisoit incontestablement la noblesse

comme celle d'écuyer Michel Dufresne, sieur de la Brosse, fils

de Simon Dufresne et de Marie Boulanger, est le bisayeul des supplians et le trisayeul ries enfans. Il a épousé, suivant son contrat de mariage du 7 novembre 1641, demoiselle Cécile de Suyn, fille de delîunt noble homme Michel de Suyn, vivant conseiller du roi, juge magistrat au baillagcet siège présidial d'Amiens, et dans

cet acte il a pris la qualité d'écuyer Pierre Dufresne, sieur de

la Brosse, fils de Michel, est ayeul des supplians et bisayeul des enfans. Il a épousé, par contrat de mariage du 23 janvier 1679, demoiselle Catherine Fournier, et a pris dans cet acte la qualité d'écuyer, sieur de la Brosse.... Alexandre Dufresne, conseiller magistrat au baillage d'Amiens, fils de Pierre Dufresne, écuyer, seigneur de la Motte, et de demoiselle Catherine Fournier, ses père et mère, a épousé, par contrat de mariage du 17 janvier 1718, demoiselle Marie-Françoise-Thérèze-Ursule Morel ; c'est le père des supplians et l'ayenl des enfans Du mariage d'Alexandre Dufresne avec demoiselle Marie-Françoise-Thérèze-Ursule Morel sont nés deux enfans : l'aîné est Pierre-François Dufresne, écuyer, seigneur de Marchelecave, conseiller d'État, lieutenant général au


128 LE CABINET HISTORIQUE.

baillage et siège présidial d'Amiens, qui a épousé demoiselle Françoise-Rosalie Palyart d'Aubigni; le second est Charles Dufresne, écuyer, seigneur de Beaucourt, qui, par contrat de mariage du 1er octobre 1758, a épousé demoiselle Marie-Jeanne Dufresne, sa parente, fille de François Dufresne, écuyer, seigneur de Fontaine et de la Motte du Frayel, et de dame Marie-Jeanne Pincepré. Ce

sont les supplians Du mariage de Charles Dufresne, écuyer,

seigneur de Beaucourt, avec la demoiselle Dufresne Desfontaines, est issu, entre autres, un fils qui, suivant son extrait baptistairedu 7 mars 1765, étoit né le même jour, et qui a reçu au baptême les noms de Charles-François-Marie ; c'est celui pour lequel le suppliant demande le certificat de quatre degrés de noblesse. Après le détail dans lequel les supplians viennent d'entrer, des titres qui justifient leur ancienne noblesse de race et d'extraction et la possession continuelle et non interrompue qu'en a leur famille depuis près de deux siècles, joins aux autres notions et renseignemens qui sont donnés d'une possession beaucoup plus ancienne, les supplians espèrent qu'il ne restera aucune difficulté à leur accorder la maintenue qu'ils se proposent de demander

« Requéraient à ces causes les supplians qu'il plût à Sa Majesté les maintenir et conserver dans leur ancienne noblesse de race et d'extraction; en conséquence, ordonner qu'eux et leurs enfans nés ou à naître en légitime mariage continueront de jouir de tous les honneurs, privilèges, franchises et exemptions dont jouissent les anciens nobles du royaume, faire deffenses à toutes personnes de quelque état et conditions qu'elles soyent, de les y troubler en quelque sorte et manière que ce puisse être, tant qu'ils vivront noblement et ne feront acte dérogeant à noblesse, à l'effet de quoi ordonner qu'ils seront inscrits, si fait n'a été, dans le catalogue des gentilshommes du royaume, et que, s'il est besoin, toutes lettres seront expédiées sur l'arrêt qui interviendra. Vu ladite requête signée Jardin, avocat des supplians, ensembles les pièces qui y sont énoncées et jointes, et l'avis du sieur Chérin, généalogiste des ordres du Roi; ouï le rapport, le Roi étant en son conseil, ayant égard à ladite requête, a maintenu et gardé, maintient et garde lesdits sieurs Pierre-François et Charles Dufresne dans leur noblesse d'extraction, ordonne, en conséquence, Sa Majesté, qu'eux et leurs enfans nés et à naître eu légitime mariage, continueront de jouir de tous les honneurs, privilèges, franchises et exemptions dont jouissent les anciens nobles du royaume, fait deffenses Sa Majesté à toutes personnes de les y troubler tant qu'ils vivront noblement et ne feront acte de dérogeance, à l'effet de quoi ordonne qu'ils seront inscrits, si fait n'a été, dans le catalogue des nobles


BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 129

du royaume, et seront sur le présent arrêt toutes lettres nécessaires expédiées.

« Fait au conseil d'État du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles, le sept mai mil sept cent quatre-vingt-cinq.

« Signé : le baron DE BRETEUIL. » {Original, archives de famille.)

XV. — BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

MANUSCRITS ET INCUNABLES Exposés à Evreux en 1864.

A l'occasion du concours régional agricole, une exposition d'objets d'art et de curiosités, comprenant près de deux mille objets, a été organisée à Évreux en mai 1864. Diverses revues ont publié des comptes rendus de cette exhibition, dont le catalogue analytique s'est vendu d'ailleurs à plus de mille exemplaires {i). Nous avons nous-même consacré aux objets particulièrement intéressants par leur provenance normande un article inséré dans l'Annuaire de la Normandie pour 1865; mais personne n'a pris à part les manuscrits, la plupart à miniatures éclatantes, qui remplissoient de longues vitrines. La céramique, qui est si fort à la mode aujourd'hui, avant tout a préoccupé l'attention : cependant nous avons pensé qu'une revue des richesses bibliographiques de cette exposition rentrerait tout à fait dans le cadre du Cabinet historique.

L'exposition étoit ouverte depuis plusieurs jours, lorsque la ville de Paris a bien voulu y envoyer un manuscrit incomparable, qui pendant plus de trois cents ans fit partie de la précieuse bibliothèque de la cathédrale d'Évreux, et qui a été perdu pour cette

(1) Quelques exemplaires d'un tirage à part, fait à 60 exemplaires numérotés sur divers papiers de choix, avec corrections, se trouvent à Paris à la librairie Aug. Aubry, 16, rue Dauphine.


130 LE CABINET HISTORIQUE,

ville à l'époque du premier empire. Naturellement ce manuscrit a occupé une place d'honneur, mais les habitants d'Évreux en ont peu joui, parce que pendant les quinze jours qu'il a été exposé, il est resié perpétuellement ouvert au même feuillet, malgré les justes réclamations des amateurs, qui eussent voulu voir chaque jour une nouvelle page exposée. En présence de cette immobilité, personne n'a pu prendre de notes sur l'état actuel de cet incomparable missel, et nous renvoyons à la description qui en a été donnée par son acquéreur, M. Ambroise Firmin Didot, dans une publication spéciale, ainsi qu'au savant volume écrit en 1847 par M. Jules Labarte sur la collection Debruge-Dumenil.

Au lieu d'esquisser une nouvelle étude sur ce manuscrit fameux, nous préférons raconter ici les diverses phases de son histoire, et indiquer dans quelles circonstances il a été perdu pour la ville d'Évreux.

Lorsque ce missel in-folio magno, haut de 50 cent, et large de 34, appartenoit à la cathédrale d'Évreux, une main aujourd'hui inconnue écrivit à une époque déjà fort ancienne cette mention sur le premier des deux feuillets de garde qui précèdent le texte :

« Ce liure appartenoit à laque Iuuenal des Vrsins, frère du chancelier de France, euesqs. de Poitiers, depuis archeuesque de Reims, qu'il fit fait exprès, et la eu Raoul du Fou euesque qui a faict peindre ses armes sur celles du dict archeuesque, lequel Raoul du Fou l'a donné à ceste église en l'année 1480. »

On sait que Juvenal des Ursins étoit d'une famille de Paris, et cette origine explique pourquoi un bon nombre de vignettes de ce manuscrit « qu'il fit faire exprès i représentent des monuments parisiens. Quoi qu'il en soit, lorsque Juvenal des Ursins passa à l'archevêché de Reims, comment arriva-t-il à la cathédrale d'Évreux? C'est ce que l'on peut expliquer de deux manières. On peut supposer que Raoul du Fou, qui tenoit à la fois à Poitiers et à Évreux, s'en sera directement re:idu acquéreur; on peut croire aussi qu'il aura été apporté à Évreux par le cardinal la Balue, fondateur de la bibliothèque de la cathédrale.

L'histoire raconte, en effet, que Jean Balue, sprli d'une pauvre famille de l'Anjou, commença son étonnante fortune au seryiee de Pévêque de Poitiers, Jacques Juvenal des Ursins, dont il gagna si bien les bonnes grâces, que cet évêque lui laissa la gestion de toutes ses affaires domestiques. Le Brasseur, dans son Histoire du


BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 131

comté d'Evreux et les auteurs de la Gallia christiana, accusent même Jean Balue, exécuteur testamentaire de Juvenal des Ursins, d'avoir détourné à son profit plusieurs choses de la fortune du prélat. Le manuscrit qui nous occupe entra-t-il ainsi en la possession du futur ministre de Louis XI ? C'est possible. Il faut remarquer comme une coïncidence notable, que conseiller clerc au parlemrot de Paris, La Balue s'inscrivit avec le roi Louis XI dans la grande confrérie des bourgeois de Paris, confrérie à laquelle des vignettes du manuscrit ont rapport. Évêque d'Évreux en 1465, il bâtit contre la nef de la cathédrale d'Évreux une bibliothèque dont le vaisseau existe encore, et qu'il avoit enrichie d'une collection de manuscrits, où se trouvoit notamment un pontifical du vin" ou ix" siècle, examiné depuis par Mabillon.

Si Balue a pu devoir le chef-d'oeuvre de la calligraphie du xv° siècle à la faveur du prélat, on peut également admettre que Raoul du Fou l'aura directement acquis à Poitiers. Évêque de Périgueux en 1468, d'Angoulême en 1470, et d'Évreux en 1479, Raoul du Fou avoit à Poitiers des relations suivies, car, ayant acheté les arènes romaines (que le conseil municipal de Poitiers a si malheureusement fait démolir, il y a peu d'années), il fit bâtir dans le voisinage un palais gothique qui a porté jusqu'à nos jours le nom d'Hôtel d'Évreux (1).

Ce qui est certain, c'est quo lUoul du Fou, devenu évêque d'Évreux douze ans seulement après le cardinal La Balue, fit couvrir de ses armes, qui sont d'azur à la grande fleur de lys d'argent, avec deux éperviers aussi d'argent, affrontés, perchés et arrêtés sur les deux branches recourbées de la fleur des lys, les armoiries des Ursins, primitivement répandues à profusion dans les vignettes de ce beau volume : mais les armoiries de Raoul du Fou ont été presque effacées en quelques endroits où l'on voit reparaître au-dessous l'écu des Ursins, qui est bandé d'argent et de gueules de six pièces, au chef d'argent chargé d'une rose de gueules, soutenu d'or.

Précieusement conservé dans la bibliothèque des chapitres d'Évreux, le pontifical de Juvenal des Ursins et de Raoul du Fou traversa trois siècles sans encombre jusqu'aux jours néfastes des grandes dilapidations. Le 13 novembre 1792, des commissaires nationaux arrivèrent à la cathédrale d'Évreux en exécution de

(1) Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Outst, 1840, p. 79.


132 LE CABINET HISTORIQUE.

l'odieux décret du 13 novembre 1792, et dressèrent un inventaire qui existe encore aux archives de l'Eure. Dans le trésor ils trouvèrent : « 2 livres d'Évangiles couverts d'argent doré, » et dans la bibliothèque, maints volumes, « plus un ancien manuscrit in-folio en vélin, à vignettes et figures en tête duquel est écr.t : Ce livre appartient à Jacques Juvenal des Ursins,.., » suit, sauf quelques fautes de lecture, le reste de la mention que nous avons transcrite plus haut (1).

Les manuscrits du chapitre furent accumulés par monceaux avec les autres livres confisqués dans les monastères et chez les émigrés, et ils gisèrent plusieurs années dans le dépôt central, ancienne église du séminaire des Eudistes, aujourd'hui la cour d'assises de l'Eure. Plus tard, ils furent jetés dans les greniers du couvent des capucins, où l'on avoit installé l'école secondaire de l'Eure.

Mais la constitution de l'an VIII avoit établi des préfets pour remplacer les directoires de départements. Le premier préfet envoyé à Evreux fut le citoyen Masson-Saint-Amand, maître des requêtes au conseil du roi avant 1790. Il paraît que cet administrateur, qui fit démolir à Evreux plusieurs monuments du moyen âge, avoit cependant parfois le goût des antiquités, car il a écrit sur Evreux deux volumes à'Essais historiques, à l'imitation des frivoles Essais sur Paris, de Poullain de Sainte-Foix. Il sut aussi apprécier le mérite du joyau bibliographique légué par Raoul du Fou à l'église d'Evreux, car les derniers feuillets du pauvre missel, relié à neuf en maroquin rouge, dans le goût de la fin de l'Empire, servirent à constater les événements principaux de la vie de Masson-Saint-Amand, et notamment ses promotions dans la Légion d'honneur! — Par quel concours de circonstances ce beau manuscrit entra-t-il en la possession du citoyen Saint-Amand ? c'est ce qu'il est impossible de déterminer. Se l'est-il fait donner par quelque agent de la municipalité d'alors; l'a-t-il acheté dans certaines ventes de livres qui furent fréquentes à cette époque; l'arracha-t-il à quelque lot de parchemins destinés à faire desgargousses ou à relier des livres d'école? Nous ne savons quelle hypothèse préférer. Ce qui est positif, c'est que le préfet Saint(l)

Saint(l) sur un ancien Missel de la cathédrale d'Evreux, par Alph. Chassant, dans YAlmanach de l'Eure pour 18G0.


i;ui.i.:iTi.N BIULIOIUUWUQUIS. L').' 1,

Amand fut remplacé à Evreux en 1804, et qu'il emporta le merveilleux volume.

.A sa mort, ses héritiers le vendirent à M. Debruge-Duménil par l'entremise de M. Dusommerard, et le souvenir en étoit tout à faii perdu à Evreux, lorsque son exisience et son mérite furent révélés en 1847 par la Description des objets d'art qui composent la collection Debruge-Duménil, livre d'un haut intérêt dû à la plume érudite de M. Jules Labarte.

Quand la collection Debruge fut mise en vente en 1850, quelques amateurs d'Evreux averlirent l'administration municipale, afin de faire examiner si la ville ne pourrait revendiquer la propriété du mistel, qui alloit être livré aux enchères et peut-être passera l'étranger. La ville d'Evreux étoit alors administrée par un agent d'affaires, qui jugea la chose de peu d'intérêt, si ce n'est pour les amateurs de bouquins. Cependant la crainte d'une revendication arrêta un peu les enchères et le manuscrit fut adjugé au prince Soltykoff pour uu prix qui ne dépassa point 9,500 fr. • Lorsque le prince Soltykoff vendit à son tour sa collection en 1861, les enchérisseurs n'avoient plus d'inquiétudes sur les droits de la ville d'Evreux, et le manuscrit monta à un bien autre prix. Il fut adjugé à 34,250 fr., plus les frais, à M. Ambroise-Firmin Didot, qui depuis l'a cédé à la ville de Paris, à qui il coûte la somme totale de 35,962 fr. 50 c.

Tel a été le destin de ce missel, l'un des plus somptueux et des plus intéressants, au point de vue historique, qui existent au monde. Si la ville d'Evreux doit regretter la perte d'un chef-d'oeuvre de cette valeur, il faut applaudir à l'acquisition qu'en a faite la ville de Paris. Nulle part ce manuscrit ne pouvoit être mieux placé que dans sa bibliothèque municipale, puisque ses marges sont illustrées de peintures les plus précieuses pour l'histoire du vieux Paris. C'est là que sont figurées l'intérieur de la Sainte-Chapelle et la maison aux piliers, miniature qui a été gravée pour servir de frontispice' à l'ouvrage de M. Leroux de Lincy sur l'hôtel de ville.

Si M. Didot et la ville de Paris ne l'avoient pas définitivement sauvé, on^pouvoit craindre que le missel de Juvenal des Ursins, parti de Poitiers, resté trois siècles dans la cathédrale d'Evreux. ne passât à l'étranger avec tant d'autres belles choses qui s'en vont en Angleterre ou en Russie, ou ne fût dépecé par des spéculateurs dans le but d'en vendre en détail les précieuses miniatures. On


134 LE CABINET HISTORIQUE.

évalue, en effet, certaines pages, telle que celle où est représentée la fête de la Toussaint, de 150 à 200 louis, telles que le tableau de la Pentecôte. l'Assomption de la Vierge, la Procession de la place de Grève et l'Intérieur de la Sainte-Chapelle seraient achetées au prix de 2 à 3,000 fr. (1). Or, le manuscrit est orné de 140 miniatures, de 3,223 lettres tournures et de nombreux encadrements à rinceaux, fleurs et figures en or et couleurs de la plus riche axétion (2).

Lorsque Raoul du Fou fit peindre ses armoiries par-dessus celles de Juvenal des Ursins, il avoit probablement pour but de mettre ce pontifical en harmonie avec un missel qu'il fit exécuter luimême et qui existe heureusement encore dans la bibliothèque d'Evreux. Cet autre missel de Raoul du Fou figuroit sous le numéro 1061, à côté de celui de la ville de Paris, avec lequel on a pu le comparer. Quoique infiniment moins riche, quoique endommagé par suite de l'abandon où la ville d'Evreux l'a longtemps laissé, il contient encore de si belles miniatures et de si riches encadrements qu'on peut l'apprécier à une valeur de 15 à 20,000 fr.

La ville d'Evreux avoit encore exposé sous les numéros 1060 et 1062 du Catalogue imprimé, deux autres pontificaux. Le premier, manuscrit sur vélin du xvie siècle, est orné de miniatures aux armes de Le Veneur, évêque d'Evreux, sous l'épiscopat duquel fut élevé le plus riche portail de la cathédrale. Le second, également à vignettes et à miniatures du xvie siècle, est d'un art trèsinférieur.

Parmi les vingt manuscrits qui figuraient dans la principale vitrine, il faut encore citer le numéro 1460, in-folio sur vélin avec vignettes et aux armes du cardinal d'Amboise, archevêque de Rouen. Il commence ainsi :

IVSTINI HISTOBJCI CLARISSIMI IN TROGI POMPEII HIST0RIA9.

M. Bigot, docteur en médecine, auquel il appartient, l'a sauvé de la destruction en le payant quelques francs dans une vente à l'encan. C'est une épave de la bibliothèque archiépiscopale de Gaillon.

(1) Missel de Jacques-Juvénal des Ursins, par Ambr.-Finnin Didot, p. SI.

(S) Catalogue de la collection Soltikoff, numéro A.


BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 135

Sous le numéro 1724, un habitant de Rouen avoit exposé des Heures du xvr= siècle, manuscrites sur vélin, remarquables par un nombre considérable de miniatures admirablement conservées.

M. le comte de Titaire de Glatigny avoit pour sa part trois volumes précieux, des Heures avec miniatures, sur vélin, du xvi" siècle, d'autres Heures manuscrites du xvc siècle, et enfin des Heures imprimées sur peau de vélin, par Thielman Kerver, en 1503.

La riche bibliothèque de Mgr Devoucoux, évêque d'Evreux, avoit fourni un charmant petit livre d'Heures manuscrit sur vélin, avec vignettes du xvi" siècle; un autre manuscrit liturgique in-4, du xv° siècle, abondamment miniature, et un troisième in-4, plein de miniatures sur vélin, du XIII" siècle, dans une splendide reliure du xvie siècle (numéros 1543, 1544 et 1545).

Un petit livre d'Heures, appartenant à M. G. Barbe d'Evreux, étoit remarquable par la ténuité de ses caractères autant que par ses peintures (numéro 1072).

Madame la comtesse des Mazès avoit exposé un pseautier du xvi" siècle, qui n'a été décoré de miniatures que sur ses premiers feuillets, et que nous supposons d'origine italienne, à cause de la forme de ses caractères. Il a appartenu à la famille de LittolfyMarony, seigneurs de Gauville-lès-Evreux, et il fournit des détails sur ses possesseurs.

Notons encore, pour les amateurs de miniatures, le numéro 889, manuscrit du xvie siècle, exposé par M. Loisel, qui a formé à la Rivière-Thibouville une collection splendide d'objets d'art et de céramique; et le numéro 1616, Heures du xv° siècle, envoyé par un habitant de Louviers.

On avoit classé sous les numéros 1242,1243,1244 et 1245, quatre manuscrits plus anciens, appartenant à la bibliothèque de Conches et précédemment à l'abbaye de la même ville. L'un du xine siècle contient divers traités des saints Pères; deux autres sont des livres d'offices également du xme siècle, et le quatrième est un curieux dictionnaire latin-françois du xive siècle. Je transcris ici quelques lignes de ce dictionnaire, comme échantillon philologique.

Pelta, bouglier. Peltear', bougleour. Pelvis, bassin. Pelùca (spelunca), fosse.


136 LE CABINET HISTORIQUE.

Penna, penne. Pena, peine. Penalis, pénible. Penalitas, pénibilité. Penitere, repentir. Penitet, il repent.

L'art du miniaturiste étoit complètement mort lorsque furent exécutées les grossières mais curieuses enluminures d'un in-folio sur papier, exposé par un amateur de Rouen, M. Constant Jourdain. Ce précieux volume contient des noëls normands datés de 1566 à 1608, par des ecclésiastiques du diocèse d'Evreux, notamment de Verneuil. Voici un échantillon de ces poésies inédites :

Par ta grande clémence, Seigneur qui viens des cieux, Donnes-nous cognoissance De ton nom précieux, Afin de te louer De coeur ferme et entier.

Sans toy, la hardiesse, Nous ne pourrions avoir D'entendre la Haultesse De ton divin pouvoir; Tes faicts hautz et puissants Outrepassent nos sens.

Deux martyrologes intéressants pour l'histoire de la ville de Gisors mériteraient une analyse complète.

(La suite prochainement.)


[| Mil

I1I0I

REVUE MENSUELLE.

XVI. — LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE EN FRANCE (1).

17 août 1792 — 12 prairial an III. — Gc article. —

Les Commissions militaires et révolutionnaires de Nantes ayant aussi siégé à Guérande et à Paimboeuf.

Comme à Angers (2), l'histoire de la justice révolutionnaire, à Nantes, étoit à faire. Dans mon Essai de 1861 (3), ayant suivi les historiens de la contrée (4), qui sont demeurés trop étrangers aux documents originaux, j'avois parlé surtout de la commission militaire de Nantes et d'une autre semblable de Savenay; je n'avois qu'indiqué les noyades de

(1) Voy. t. ix, p. 244; t. x, p. 22, 118, 197, 398.

(2) Voir t. x, p. 398.

(3) La Justice révolutionnaire à Paris, Nantes, etc., 1861, in-18; auparavant inséré en grande partie dans la Gazette des Tribunaux.

(4) M. Lescadieu, Histoire de la ville de Nantes, in-8,1.1 ; M. Mellinet, la Commune et.la Milice de Nantes, in-8, t. vm.

Ile année. Mai-Juin 180b. — Doc. 10


138 LE CABINET HISTORIQUE.

Carrier ; autant d'erreurs ou de lacunes que de mots. La vérité m'est apparue sur les commissions de Nantes lorsque (1) j'ai pu examiner les précieux registres conservés au greffe du tribunal de cette ville, et j'ai compris les exécutions, sans jugement, ordonnées par Carrier, quand j'ai disséqué le procès de ce monstre, jugé et imprimé à Paris.

En effet, à Nantes, depuis les premiers soulèvements de la Vendée jusqu'après le 9 thermidor, il y eut cinq commissions qui y furent établies ou y vinrent juger révolulionnairement; les trois plus importantes, durant plusieurs mois, y fonctionnèrent en même temps.

Il y eut, d'abord, le tribunal criminel extraordinaire, institué, le 13 mars 1793, par les trois corps administratifs réunis de la ville; il tint, en octobre, une assise à Guérande; Marion étoit son président.

Puis, la deuxième section du tribunal criminel de la LoireInférieure, présidée successivement par Gandon Phelippes de Tronjolly et Lepeley; formée, de môme, le 16 mars; dès le 18 avril, confirmée révolutionnairemeut par les représentants Vi 11ers et Fouché.

En outre, la commission militaire dite de la maison Pépin, présidée par Lenoir; établie, le 9 brumaire an II, par Carrier et Francastel; elle tint une assise à Paimboeuf.

De plus, la commission militaire de Bignon, capitaine de volontaires parisiens, venue du Mans à Nantes, après avoir siégé à Laval, Chateaubriand, Blain et Savenay : celle dont j'ai raconté (2) une assise au château d'Aux; la plus remarquable de toutes les commissions.

Enfin, la deuxième commission de l'Ile de Noirmoutiers, dirigée par Félix, l'ex-président de la grande commission

(1) Au mois d'octobre 1864.

(2) Cabinet historique, 1864, p. 207.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 139

d'Angers; elle ne vint siéger à Nantes qu'à partir du 27 thermidor an II.

Plusieurs de ces tribunaux eurent Carrier pour auxiliaire, nou comme juge, mais comme bourreau.

Dès le mois de brumaire, le tribunal de Phelippes et la commission Pépin fonctionnoient à la fois. Carrier, trouvant lente et mesquine leur action, même stimulée par ses injures et ses menaces, y joignit ses exécutions personnelles au moyen des bateaux à soupape, de la fusillade et de la guillotine.

Ici, poursuivant mes recherches dans le même esprit; évitant les exagérations, les réticences, les erreurs, j'arrive à montrer qu'à Nantes le nombre des victimes a été moins grand qu'on ne l'a cru jusqu'à présent, mais que l'horreur des actes de Carrier avoit très-imparfaitement été mise en lumière. Et pourtant, une partie de ces atrocités doit nous échapper; celles de Fouquet et de Lamberty, les principaux sicaires de Carrier, furent rappelées lors de la condamnation à Nantes de ces deux botes fauves ; or, les pièces de ce procès n'existent plus, et les représentants, qui étoient venus remplacer Carrier avoient défendu d'ébruiter les affreuses révélations qui eurent lieu aux débats.

Voici, maintenant, ce que furent, dans l'ordre des temps, les commissions que je viens d'indiquer.

La constitution civile du clergé (1), et les mesures violentes qui en furent la suite (2), avoient blessé profondément les populations religieuses de la Vendée et de la Bretagne ; la levée des 300,000 hommes ordonnée, à la fin de février 1793 (3), devint la cause d'un soulèvement général dans ces

(1) Décret du 24 août 1790.

(2) Décret du 26 août 1792 sur les ecclésiastiques à déporter à la Guyane.

(3) Décret du 24 février 1793.


140 LE CABINET HISTORIQUE.

•provinces. C'est le dimanche, 10 mars suivant, jour indiqué pour les premières opérations du recrutement, que la révolte se manifesta.jusqu'aux portes de Nantes. Le 12 mars, un rassemblement armé s'empara de la petite ville de Savenay; là, quatre gendarmes sur cinq, un membre du district et le curé constitutionnel furent massacrés (1).

L'administration municipale de Nantes ne crut pas devoir attendre les ordres de la Convention pour faire juger les révoltés pris les armes à la main qui lui étoient incessamment amenés. Dès le 13 mars, les trois corps constitués de la ville se réunirent et prirent l'arrêté suivant (2) :

L'assemblée arrête que, conformément à la loi du 9 mars courant, connue par les papiers publics, il sera composé un tribunal extraordinaire, formé des citoyens nommés ci-après pour juger, sans appel et recours en cassation, les conspirateurs et rebelles détenus au château de cette ville, et autres qui pourront y être amenés.

Ces citoyens, au nombre de dix, ayant Giraud pour accusateur public, et Coiquaud pour greffier, se réunirent, le jour môme, au Palais-de-Justice, place du Bouffay, et procédèrent au jugement de Gabriel Musset, laboureur à SaintMarne, qui avoit été arrêté parmi les révoltés en armes de Machecoul. On entendit huit témoins, l'accusateur public, le citoyen Yillenave (3), défenseur officieux, et, à sept heures du soir, Musset fut condamné à mort.

Ces dix juges siègent encore le 14, le 15 et le 16 mars; trois accusés sont condamnés à deux ans, six à trois mois de prison pour outrages; un quatrième, Jean Menoret, à la peine de mort pour avoir fait partie d'un attroupement séditieux.

(1) Savenay au 12 mars 1793, par M. Ledoux, juge de paix à SaintGildas-des-Bois, in-8.

(2) Greffe du tribunal de Nantes, un cahier de 19 feuil., 13-23 mars 1793. • (3) C'est le même qui, devenu homme de lettres, a traduit les Métamorphoses d'Ovide ; il fut un des 132 Nantais envoyés à Paris.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 141

Le 16, les trois corps administratifs se réunissent de nouveau, et, en vertu de leur arrêlé, le tribunal est divisé en deux sections; la première, présidée par le citoyen Marion, siégera avec un jury de jugement (1) et connaîtra des crimes ordinaires (2); la deuxième, présidée par le citoyen Gandon, et plus tard par le célèbre Pkelippes, dit de Tronjolly, siégera comme tribunal extraordinaire.

A partir de ce moment, la section de Marion siège les 18, 19, 20,21, 22 et 23 mars ; elle condamne (le 19) Pierre Hauquier, charpentier, à la peine de mort pour révolte armée ; une huitaine d'accusés aux fers; un, entre autres (le 20 mars), pour vol à main armée ; deux à la prison ; onze sont acquittés.

Après le 23 mars, cetle première section dut s'occuper des crimes ordinaires. Mais on la retrouve, au moins quelquesuns de ses membres, jugeant révolulionnairement à Guérande (3), du k octobre au 4 novembre 1793. Il y eut là vingt-quatre séances; quinze accusés furent ajournés; vingt acquittés; quatre (des révoltés) condamnés à mort; cinq à la déportation; deux, à la prison; cette assise fut asiez clémente. Il est vrai que, le 8 octobre, neuf accusés avoient eu le bonheur de s'évader de la prison. La guillotine et l'exécuteur de Nantes étoient venus fonctionner à Guérande. Cette petite campagne fut terminée, le 4 novembre, en vertu d'un arrêté de Francastel et Carrier du 9 brumaire, et qui investissoit la section présidée par Phelippes des affaires de Guérande et des environs (4).

Composée d'un président, de quatre juges et d'un gref(1)

gref(1) de Nantes déjà cité.

' (2) Arrêté des représentants du 20 mai 1793, 2e registre du Tribunal de Phelippes, déjà cité.

(3-4) Greffe de Nantes, registre du Tribunal criminel en mission à Guérande, 32 feuillets remplis.


142 LE CABINET HISTORIQUE.

fier (1), cette section, d'abord présidée par Gandon, eut une durée et une importance bien différentes. Du 20 mars 1793, jour de sa première séance, jusqu'au 9 floréal an II, qui fut la dernière, elle jugea plus de 7S0 personnes; 207 furent condamnées à mort; SI à la dépoitation; 7 aux fers; 8 à la prison ; 503 furent acquittées (2) dont 158 faute de dénonciation ou de témoins (3). Cette proportion exagérée d'acquittements ne dut pas satisfaire Carrier, et, très-probablement, elle contribua à l'arrestation de Phelippes et à son envoi à Paris, dans le commencement de pluviôse. C'est ce qui étoit arrivé à Maillet et à Giraud ; le premier président, le second accusateur public à Marseille ; ayant acquitté 2o4 accusés, lorsqu'ils n'en condamnoient à mort que 157, ils furent, comme contre-révolutionnaires, emprisonnés, puis envoyés à Paris par Fréron et Barras. Ces aménités de la Terreur ne sont point rares.

Cependant, dès le 18 avril 1793, le tribunal extraordinaire de Gandon et Phelippes avoit été institué comme tribunal révolutionnaire par un arrêté de Villers et Fouché; puis, le 20 mai, maintenu comme tel par un autre arrêté de cinq représentants; enfin par un troisième, du 9 brumiaire, de Francastel et Carrier, déjà cité.

Tout en cédant à la pression de la Terreur, ce tribunal eut des velléités de justice. Phelippes essaya à plusieurs reprises (4) de faire élargir les nombreux prisonniers retenus sans aucune espèce de mandat. Il invita (5) les sociétés po(1)

po(1) cahier de 19 feuillets, déjà cité.

(2) Greffe de Nantes; un petit cahier de 4 feuillets; quatre registres : le premier du 23 mars au 23 mai 1793; le deuxième de mai au 24 août; le troisième du 29 août 1793 au 16 nivôse an II; le quatrième du 17 nivôse au 12 prairial an II.

(3) Lettre de M. Lallié, avocat à Nantes, du 22 juin 1865. (u) 23, 27 juillet 1793, 2e registre.

(5) 31 juillet 1793. ihift.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 143

pulaires à lui adjoindre, chacune, un de leurs membres pour l'assister dans la visite des prisons et la mise en liberté des prévenus ; il sollicita (1) les représentants dans le même but. Son tribunal essaya aussi (2) de supprimer la permanence de la guillotine établie sur la place du Bouffai.

Ses condamnations ne portèreit pas toutes sur des innocents : entre autres révoltés armés, Gendron étoit condamné (1" juin) pour avoir pris part à des assassinats à l'étang du Premerier, qui fut nommé le Petit Machecoul; Pierre Cran, prêtre (6 juin), pour avoir contribué à la révolté et aux massacres de Savenay, dont j'ai parlé; Lefèvre, laboureur (7 pluviôse), après un combat avec les bleus, avoit, au bout d'une pique, la main d'un patriote, qu'il fit baiser à un citoyen.

Mais les 5 et 8 nivôse, le tribunal condamnoit à mort deux femmes de quatre-vingts ans, madame Real Despérières, née Troishenry, et mademoiselle Poulain de la Vincendière.

Sur le troisième registre du tribunal sont transcrits à leur date les fameux ordres de Carrier, des 27 et 29 frimaire, de guillotiner, sans jugement, 51 Vendéens dont 4 enfants et 7 femmes.

Phelippes, dans le courant de pluviôse, fut remplacé comme président par Lepeley, l'un des juges.

Cependant les Vendéens, amenés ou reçus, se multiplioient à Nantes. Pour les juger, Francastel et Carrier établirent, le 9 brumaire, un nouveau tribunal révolutionnaire ou commission militaire formée de cinq juges, y compris Lenoir, président, et d'un greffier. Dans les premiers temps, il y eut aussi un accusateur militaire (3). Cette commission

(1) 8 août 1793, ibid.

(2) 8 septembre 1793, 3° registre.

(3) Même greffe : 1er registre de la commission Pépin (gr. in-fol. de 31 pages), du 13 brumaire au 23 floréal an II.


144 LE CABINET HISTORIQUE.

siégea le plus souvent place de la Liberté dans la maison Pépin, qui lui a donné son nom; elle tint à Paimbceuf une assise dont il sera question plus bas, et quelques séances dans les prisons de l'Éperonnière, des Récollets, du BonPasteur, du Bouffay et des Saintes-Claires.

D'après l'arrêté de Carrier et Francastel, la commission devoit juger militairement tous les individus, soupçonnés d'avoir porté les armes, pris les armes à la main, attachés aux brigands, nantis de signes de rébellion, courriers ou espions des rebelles; toutes les personnes dénoncées par les citoyens et les autorités, amenées par la force publique. Les considérants de l'arrêté sont curieux :

Voulant infliger promptement aux grands coupables détenus dans les prisons de Nantes ou qui se réfugient dans cette cité, etc.

La commission Pépin tint sa première séance le 15 brumaire ; la dernière le 11 floréal an II. Dans cet intervalle, elle jugea plus de huit cents personnes; 230 (2) furent condamnées à mort; 60 aux fers, 46 à la prison ; 321 furent ac_ quittées et 167 renvoyées à plus ample information ; dans ces chiffres sont compris les accusés de Paimboeuf.

Les condamnations à mort étoient exécutées par la fusillade.

La commission ne siégea souvent qu'au nombre de trois membres; ses jugements d'abord assez détaillés devinrent bientôt succincts; la présence de l'accusateur militaire cessa d'y être mentionnée.

Le 16 pluviôse, Lenoir se rend avec la commission à la prison de l'Éperonnière pour y juger publiquement 35 brigands envoyés d'Ancenis ; 24, condamnés à mort, sont fusillés, le jour même, à cinq heures.

(2) 241, suivant M. Lallié; lettre déjà citée.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 145

Le 4 venlôse, la commission siège aux Récollets.

Le 6, sur la réquisition du comité républicain, qui n'avoit trouvé aucune charge contre nombre de femmes détenues au Bon-Pasteur, elle se transporte dans cette prison; là elle fait comparaître, par diverses catégories, 106 femmes, qui, après soit « une vigoureuse remontrance sur leur fanatisme « incivique, » soit «un chaud discours républicain » du président, sont renvoyées d'accusation.

Le 12 venlôse, séance au tribunal révolutionnaire, place du Bouffay, par les commissions réunies des armées de l'Ouest et des Côles-du-Nord; elles jugent Ripault de la Cathelinière, qui est condamné à mort pour avoir commandé une division de 10,000 hommes, et signé une proclamation du & septembre 1793, avec nombre d'autres généraux vendéens.

Le 2 germinal, la commission Pépin siège aux SaintesClaires : six accusés y sont condamnés à mort pour un complot de prison.

Deux jours après, sur les réquisitions du représentant, elle se transporte à Paimboeuf : du 7 au 22 germinal, elle y tient 14 séances, et, sur 162 accusés, y prononce 103 condamnations à mort; le 24, elle rentrait à Nantes (1).

A la proportion des acquittemenls et des plus amples informés, on voit que la commission Pépin n'étoit pas aussi impitoyable que la commission Bignon, dont je vais bientôt parler. Au commencement de floréal, il restoit à la prison de l'Éperonnière plus de 300 femmes ou enfants. Pour les interroger sommairement, la commission s'y transporta les 8, 9, 11 floréal. Le 22 arriva, à Nantes, le décret du 19 qui supprimait les commissions el tribunaux établis par les reprè(1)

reprè(1) greffe : 2° registre de la commission Pépin (in-fol. do 51 pages), du 7 au 22 germinal an II.


146 LE CABINET HISTORIQUE.

sentants ; la commission arrêta qu'elle cesserait seo fonctions; tous ces malheureux durent être mis en liberté.

La commission Bignon (1), que je crois être le premier à faire bien connaître, avoit été établie au Mans; je l'ai, néanmoins, classée avec celles de Nantes, ses nombreuses condamnations, hors 21, ayant été prononcées dans cette ville, à Savenay et au château d'Aux, qui est de la banlieue de Nantes.

C'est le 24 prairial an II, que cette commission fut établie

à la suite des armées réunies au Mans contre les rebelles,

par un arrêté de Bourbotte, Prieur (de la Marne) et Turreau,

Turreau, près de ces armées. Elle étoit attachée au

quartier-général ; les municipalités dévoient lui fournir un

local commode pour ses séances; elle connaissoit de tous les

délits tendant au renversement de la discipline militaire, à

l'empêchement du progrès de l'esprit public et du maintien

de la liberté. Six membres la composoient :

Quatre juges : Bignon (François), capitaine au 2e bataillon de Paris; Chantrelle, lieutenant au même bataillon; Reuillon, gendarme; Gonchon;

Un accusateur militaire : Vaugeois (David);

Un grenier : Collet Valdampierre, caporal.

Chaque membre recevoit 12 fr. d'indemnité par jour. Les frais de bureau étoient de 1,000 fr. Bignûn présida habituellement la commission ; c'est en cette qualité que nous le retrouverons à Nantes.

(1) Même greffe : registre de la commission du Mans (in-fol. de 261 p.). Ce registre, après les cahiers des jugements par F d'Angers, est le monument le plus remarquable de la Terreur que j'aie étudié jusqu'à présent.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 147

Le jour même de l'arrêté, le 24 frimaire, la commission tint une séance au Mans; elle condamna à mort douze personnes de condition obscure; elle prononça un sursis à l'égard d'une treizième, et ordonna que quinze enfants de l'âge de quatre ans jusqu'à quinze (ceux probablement des condamnés) seroient élevés au Mans, dans une maison d'arrêt, aux frais de la République.

Le 26 frimaire, à Laval, êtoient condamnés à mort un militaire et un marchand de toiles.

Le 29, à Chdteaubriant, un tisserand, un menuisier, un maçon et un perruquier; le 30, un noble, à la même peine. Le citoyen Gervais, fournisseur de la viande, en retard, n'eut que six mois de prison.

Le 2 nivôse, à Blain, un domestique et un noble, même peine : la mort.

Ainsi, depuis et y compris le Mans, en cinq séances, la commission n'avoit encore prononcé que 21 condamnations capitales. La déroute des Vendéens à Savenay alloil lui fournir une occasion éclatante de se distinguer.

La bataille de Savenay dura pendant presque toute la journée du 3 nivôse. L'armée républicaine, qui arrivoit de Blain et que commandoient Kléber, Marceau et Westermann, n'était pas nombreuse (1). Les Vendéens lui opposèrent la plus énergique résistance, d'abord dans les bois qui, du côté de Blain, couvrent Savenay, ensuite dans les rues de cette dernière ville; ils avoient du canon et combattoient avec le courage du désespoir. Ce n'est que sur le soir que Bignon et ses juges purent entrer en séance et juger militairement les prisonniers faits pendant et après l'action, et qui avoient été enfermés dans l'église (1). Parmi eux se trouvoient deux

(1) Bataille de Savenay, par M. Ledoux, maire de cette ville; Revue des provinces de l'Ouest, 1858, Nantes.

(2) Ibid.


148 LE CAMNi-T HISTORIQUE.

ecclésiastiques; ils furent fusillés en masse, en dehors de la ville, et longtemps après on pouvoit voir, sur un mur longeant la route de Guérande, la trace sanglante de ces exécutions (1).

Le 3 nivôse donc, à Savenay, la commission condamne à mort Joseph Bernard et 287 autres accusés, parmi lesquels quinze n'étaient âgés que de dix-sept ans. Voici le jugement copié à Nantes sur le registre déjà cité :

A Savenay, le 3 nivôse, etc.,

Ont été amenés devant la commission :

1° Joseph Bernard, âgé de

2° à 288; siuvent les noms et âges des 287 autres accusés (je devrais dire condamnés).

Le Tribunal, d'après les interrogatoires subis et les réponses par eux faites, l'accusateur militaire ouï en ses conclusions, les de'clare atteints et convaincus d'avoir porté les armes contre la République, par conséquent les condamne à la peine de mort, conformément à la loi du 19 mars dernier, etc.

Signé : BIGNON, etc.

Le 5 nivôse, semblable jugement concernant Boucherons et 187 autres, dont onze de dix-sept ans.

Le 6 nivôse, même jugement à l'égard de Louis Châlon et 183 autres, dont neuf de dix-sept ans. Total, 660 condamnations à mort, à Savenay, en trois séances; pas un seul acqui ttement.

La première décade de nivôse an II est une époque pour la justice révolutionnaire. En même temps que la commission Bignon fonctionnoit si bien à Savenay, la commission Félix, d'Angers, en assise à Saumur, les 3, 4 et 6 nivôse, envoyait 387 prisonniers à la fusillade ; à Lyon, la commission Parein n'étoit pas si remarquable; les 1, 2, 4, S et 6 nivôse, elle expédioit seulement 170 prisonniers; il est

(1) Lettre de M. Ledoux, du 6 décembre 1862.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 149

vrai qu'elle procédoit avec le rasoir national, instrument moins prompt et plus solennel.

Les femmes et les enfants qui, à la bataille de Savenay, comme ailleurs, accompagnoient l'armée vendéenne, furent amenés à Nantes et déposés à YÉperonnière. Nous retrouverons bientôt une partie au moins des femmes devant Bignon et aux carrières de Gigan; en nous occupant de Carrier, nous verrons ce que devinrent la plupart des enfants, qui étaient bien plus nombreux.

Après avoir glorieusement fonctionné à Savenay, la commission Bignon entra à Nantes, où elle devoit compléter ses titres à la renommée, et elle s'établit, d'abord, quai de l'Hôpital, puis à l'Entrepôt, vaste édifice où étoient surtout entassés les prisonniers vendéens. Depuis huit heures du matin jusqu'à dix heures du soir (1), pendant un mois, presque tous les jours, elle fut à la besogne. Ses premières séances méritent une attention particulière. Par des jugements littéralement semblables à ceux de Savenay, la commission condamna à mort (2) :

Le 9 nivôse, Michel Gaufretot et 99 autres prisonniers;

Le 10, Louis Hortion et 96 autres;

Le 11, Pierre Poutièreet 119 autres;

Le 12, Joseph Chollet et 117 autres;

Le 13, Joseph Yvon et 288 autres (en tout deux cent quatre-vingt-neuf) ;

Le 14, Pierre Ledé et 98 autres ;

Le 15, Pierre Blanchard et 198 autres (cent quatre-vingtdix-neuf) ;

(1) Pièces remises à la commission des 21 (chargée du rapport sur la mise en accusation de Carrier), imprimées par ordre de la Convention, an III, p. 109; Lettre de Bignon, du 25 ventôse, an II; Bibliothèque du Louvre, Pièces sur la Révolution, t. 524-25.

(2) Id., registre de Nantes.


150 LE CABINET HISTORIQUE.

Le 16, Jean Beuetau et 249 autres (deux cent cinquante) ;

Le 17, Pierre Chailliot et 201 autres (deux cent deux) ;

Le 18, la fille Marie Duchêne et 61 autres femmes ou filles ayant suivi les brigands ;

Le 19, la fille Rose Benetau et 44 autres femmes ou filles, même position. Dans cette séance il fut sursis au jugement des femmes enceintes ;

Du 20 au 23, relâche.

Le 24, un seul, Jandonnet de Langrenière, chef des révoltés ;

Les 25, 26, 27, relâche;

Ce mot de relâche ne m'appartient pas ; on le doit au citoyen Duhaut-Pas, un des jurés, b... à poil, de Joseph Lebon, qui écrivoit'aux frères et amis de Béthune,leur rendant compte des opérations du Tribunal révolutionnaire d'Arras : « Demain (décade), relâche au théâtre rouge (1) 1

Le 28, Louis Cochart et 96 autres sont condamnés à mort;

Le 29, Jean Sacher et 56 autres. Ce jour, Pierre Turpin, âgé de seize ans, est mis en liberté; c'est le premier depuis le Mans;

Le 30, Pierre Barbotin et 206 autres (deux cent sept) ;

Le 6 pluviôse, Louis Garnier et 25 autres.

Total, en 16 séances, 1969 condamnations à mort et trois acquittements (outre le jeune Turpin, le 29 nivôse, il y eut Camus (Jacques) et Joly (Joseph), le 6 pluviôse).

C'est hors de Nantes, au lieu dit les Carrières ou les Rochers de Gigant, que ces malheureux étoient fusillés. On employoit surtout des hommes ad hoc, des déserteurs allemands, qui, ne sachant pas le françois, étoient sourds aux plaintes (2).

(1) Histoire de Joseph Le Bon, par A. J. Paris, 1864, in-8, p. 433.

(2) M. Michelet, Histoire de la Révolution française, t. vu, p. 112.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 151

Après l'exécution, on dêpouilloit jusqu'aux femmes, et quelquefois la sépulture de ces nombreux cadavres se faisoit attendre. Ainsi il fut établi au procès de Carrier, par plusieurs témoignages, qu'à Gigant, pendant deux ou trois jours, étoient restés entassés les corps de 75 à 80 très-jeune" femmes, nus, le dos en l'air (1).

Quels hommes étoient donc les membres de cette commission ? Le chiffre de leurs victimes suffit pour classer ces exécuteurs montagnards. A Savenay ils n'avoientpu, le premier jour, commencer de siéger que dans l'après-midi; le soir, dans la nuit, si l'on veut, ils avoient déjà condamné à la fusillade 288 prisonniers, expédiés probablement le lendemain. C'étoit après un combat meurtrier, sous l'impression de la lutte ; soit ; voyons la suite. La grande armée vendéenne est détruite; la résistance n'existe plus que sur la rive gauche de la Loire ; Bignon et les siens se rendent à Nantes ; que se passe-t-il? Là, en 13 jours, ils envoient à la fusillade 1573 hommes et 106 femmes, sans un seul acquittement, un seuil Pour ces commissaires, je ne l'oublie pas, il ne s'agissoit que de constater l'identité d'individus signalés comme rebelles; mais d'où leur amenoit-on ces rebelles? Etait-ce d'un champ de bataille encore poudreux, venant d'être désarmés? Non. Les hommes étaient tirés de l'Entrepôt, les femmes et les filles de YEperonnière, prisons où ils étoient entassés quelle que fût leur provenance'; c'est là que le comité révolutionnaire de Nantes, ou Carrier, parmi des milliers de prisonniers, sans erreur possible, marquoit ceux que la commission devoit irrémissiblement frapper !

Quant au président Bignon, je n'ai pas encore découvert les antécédents de ce grand juge jusqu'à sa nomination au

(1) Procès de Carrier; Bulletin du Tribunal révolutionnaire de Paris; Bibliothèque impériale: Dépositions de Bourdin, n°81, p. 2; — de Deiourges, n° 96, p. 1.


152 LE CABINET HISTOIUQUE.

Mans; mais un document non suspect, une lettre de luimême, révèle son caractère. Le 25 ventôse, s'a dressant à un de ses amis (membre d'un tribunal révolutionnaire), à propos du procès de Fouquet et Lamberty, dont l'instruction étoit alors commencée, il lui ôcrivoit : « Deux patriotes en appa« rence (Fouquet et Lamberty) (1), avoient de Carrier une « mission, moitié écrite, moitié verbale, pour faire des ex« péditions tant de jour que de nuit. Celte mission étoit d'a« bord de couler bas un bateau charge de prêtres. CELA ÉTOIT « A MERVEILL.E, mais ces messieurs prenoient à l'entrepôt « ou dans les prisons des individus non jugés et les noyoient « impitoyablement, etc. » L'on comprend maintenant que des fusillades en masse dévoient peu coûter à un homme animé de tels sentiments.

Ainsi fouctionnoit la commission Bignon. Croira-t-on que ses exécutions ne satisfaisoient pas Carrier? Un jour il menaça Gonchon « de la fusillade, s'il ne vidoit pas, en quelques heures, l'Entrepôt par ses jugements. » Gonchon en mourut, dit-on, de saisissement. — Revenons aux opérations de la Commission.

Le 8 pluviôse, Jean Barbin, jugé seul, est acquitté; Bignon dut regretter sa journée.

Le 9, Michel Allard et cinq autres sont condamnés à mort.

Le 22, Giroud de Marcilly, chef de rebelles, a le même sort. Dans son jugement figure, c'est le premier, une espèce d'acte d'accusation dressé parVaugeois.

Le 25, la veuve de Marcilly, même peine. Elle obtint un sursis, étant enceinte. Nous verrons, tout à l'heure, le véritable motif qui fit épargner cette dame.

Le 26, trois acquittements.

Le 27, trois condamnés à la déportation.

(1) Lettre de Bignon, déjà citée, note 1, p. 149.


LA jUS.ICE RÉVOLUTIONNAIRE. 153

Le 1er ventôse, Claude-Alexandre Dailly, noble, peine de mort.

Du 2 ventôse au 11 germinal, relâche. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, Carrier avoit délivré Nantes de sa présence.

Le 12 germinal, trois acquittements.

Les 13 et 14, la commission siège au château û'Aux, au delà de Bouguenais, sur la rive gauche de la Loire, et en trois séances elle condamne à mort 209 habitants de Bouguenais, parmi lesquels étaient trois enfants de dix-sept ans, et un de QUINZE ANS, Jean Hervot. Jean Loirent, âgé de treize ans fut le seul acquitté. — Le 14, la Commission revient à Nantes, laissant à juger 22 jeunes filles. Une Commission improvisée ad hoc parmi les officiers du camp, et présidée par le capitaine, plus tard général, Hugo (le père du poêle), acquitta, à l'unanimité, ces malheureuses orphelines. J'ai déjà raconté, dans le Cabinet historique (1), cet épisode de la guerre de la Vendée et l'admirable conduite du jeune capitaine Hugo.

Le 17 ventôse, Mme de Bonchamp, Marie-Renée-Marguerite de Scépeaux, est condamnée à mort.

A partir de ce jour, jusqu'au 24 germinal, la Commission Bignon ne fit plus que glaner; en six séances, onze condamnations à mort, vingt-trois acquittements. — Le 22, elle jugeoil 7 gardes nationaux et 9 charretiers qui avoient laissé surprendre un convoi par les Vendéens : tous étoient renvoyés.

Le 25 germinal, Fouquet et Lamberty, tous les deux adjudants généraux d'artillerie, tous les deux sicaires et

(1) En 1864, p. 207, d'après M. Dugast-Matifaux. Il existe au greffe du tribunal de Nantes diverses pièces de nature à jeter un nouveau jour sur l'assise du château d'Aux st sur l'officier Muscar qni commandoit ce poste en 1794. Lettre, déjà citée, de M. Lallié.

U année. Mai-Juin "!65. — .TJoc. 11


154 LE CABINET HISTORIQUE.

noyeurs de Carrier, étoient condamnés à mort. Lorsque Nantes eut été délivré du féroce proconsul, ces deux hommes, signalés au comité révolutionnaire par la publique horreur, durent être arrêtés et livrés à Bignon, qui s'en trouva assez embarrassé. Envoyer à la fusillade des centaines d'hommes, femmes ou enfants brigands, pour ce juge révolutionnaire, c'était à merveille, mais juger des sans-culottes noyeurs de prêtres, c'étoit bien différent ; aussi, dans la lettre que j'ai déjà citée, Bignon écrivoit sur ce procès : « Nous avons, en ce moment, une affaire très-délicate, etc. « Au cours de l'instruction, Vaugeois, l'accusateur militaire, et un autre commissaire furent envoyés à Paris, auprès de Carrier, qui leur dit qu'il les ferait fusiller s'ils condamnoient Lamberty, le seul patriote qu'il y eût à Nantes (1).

Nonobstant, les débats finirent par s'ouvrir, et d'horribles révélations les remplirent, sur lesnoyades, cela est certain; Fouquet et Lamberty, qui avouoient, durent être condamnés; mais les représentants, successeurs de Carrier, défendirent d'ébruiter ces atrocités (2), et le jugement de Fouquet ne fit pas même allusion aux causes véritables d'une punition si juste; en voici les motifs (3) : l'on n'en saurait trouver de plus curieux :

Condamnés pour avoir soustrait à la vengeance nationale madame de Marsilly, sa femme de chambre, la femme de chambre de madame de Lescure, les deux soeurs Dubois; Fouquet et Lamberty s'étoient partagé la femme Marsilly et sa femme de chambre, etc.

Ce jugement et ses énonciations confirment cette tradition, recueillie à Nantes, que des marquises, des comtesses et leurs femmes de chambre y avoient été, au même prix, tirées

(1-2) Procès de Carrier déjà cité, déposition de Vaugeois, n° 6, p. 3; Bulletin, 7e partie.

(3) Voir le registre de la commission du Mans.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 155

des prisons par les sans-culottes qui entouraient Carrier et. qui étoient très-friands de robes de soie.

La commission Bignon touchait à sa fin. Après le procès de Fouquet elle ne tint plus que onze séances et ne prononça que trente-trois condamnations à mort; les trois dernières (18 floréal) furent celles des capitaines Desvaux et Bonnot et du lieutenant David, arrêtés, dès le 24 germinal, pour avoir faussement dénoncé leur chef de bataillon Lecourbe, qui, le jour même, avait été hautement acquitté. A la dernière séance, le 19 floréal, 5 militaires sont condamnés aux fers pour désertion.

Telle fut celte commission, qui non-seulement n'avoit encore figuré dans aucune histoire générale de la révolution, mais que les historiens de Nantes n'ont pas fait connaître : du 24 frimaire au 19 floréal an ,11, en un peu moins de cinq mois, 2919 condamnations à mort; 8 à la déportation ; 9 aux fers ; 1 à la prison ; 40 acquittements.

Le dernier Tribunal révolutionnaire qui fonctionna à Nantes fut la 2° commission de l'île de Noirmoutiers, dite île de la Montagne (1). Ainsi que deux ou trois Tribunaux semblables, elle survécut au 9 thermidor. Un arrêté des représentant Bourbotte et Bô, du 22 prairial au 2 floréal, J'avoit formée en ordonnant le renouvellement des membres de la 1™ commission de Noirmoutiers pour « imprimer à ses jugements une nouvelle activité. » La plupart des juges de la grande commission d'Angers, dont j'ai fait l'histoire, y trouvèrent place : Félix, président; Laporte, vice-président ; Obrumier, Goupil fils, juges; Hudoux, accusateur public.

Du 29 prairial au 17 thermidor ils siégèrent dans l'île, où

(1) Greffe de Nantes : registre de la commission de l'île de la Montagne, , gr. in-fol. de 73 feuillets (non cotés), du 28 prairial an II au 17 frimaire an III.


150 LE CABINET HISTORIQUE.

ils prononcèrent seulement 25 condamnations à mort et 18 à la déportation, avec plus de 600 acquittements; il est vrai que, près d'eux, ils n'avaient ni un Carrier, ni un Francastel et que les prisons de l'île étoient infestées par le typhus. La commission vint ensuite à Nantes, où, du 27 thermidor au 27 fructidor, elle prononça douze condamnations capitales et 78 acquittements. Après, du 8 vendémiaire au 17 frimaire, dernière séance, il n'y eut de condamné qu'un cavalier (11 frimaire) aux fers, pourvoi; tous les autres accusés furent ou acquittés ou ajournés à plus ample information. Robespierre n'était plus de ce monde. Pourtant la commission n'avait pas apporté de Noirmoutiers des habitudes parfaitement judiciaires ; on le voit à une correspondance échangée, le 8 fructidor, entre elle et la société deVincentla-Montagne, de Nantes. Cette société reprochait à laCommission Félix de siéger sans jurés et sans défenseurs, malgré la loi du 14 thermidor (celle qui avoit aboli la loi du 22 prairial) et de se faire escorter par des dragons, le sabre nu. Les Félix répondoient qu'on ne leur avoit pas notifié la loi invoquée ; qu'ils donnoient pour défenseur le peuple aux accusés ; que tous les deux jours ils rendoient compte de leurs opérations au Comité du Salut public; que sur l'escorte, ils consulteraient les représentants, etc. (1).

CH. BERRIAT SAINT PRK,

■ Conseiller à la Cour impériale de Paris.

(1) Extraits des archives de la Cour impériale d'Angers, communiqués par M. le premier président Métivier, p. 87.


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 157

XVII. — CODE PÉNAL DE L'ALBIGËISME

(Suite. — Voir les numéros de juin, juillet, novembre et décembre 1863, janvier, février, avril et mai 1864, janvier et avril 1865.)

§ V. — Renvoi au bras séculier.

La peine de mort étant dans le xnr 3 et le xive siècle, bannie du code ecclésiastique de l'inquisition, lorsqu'un accusé se présentoit avec des éléments de culpabililéextrôme; lorsqu'il étoit plusieurs fois tombé en récidive, et que ses tendances vers les doctrines hérétiques étoient permanentes, le juge inquisiteur opéroit le renvoi à la justice séculière.

Le motif de la décision du Tribunal ecclésiastique est intéressant à recueillir : et cum ecclesia non habeat quid de faciat de talibus impenitentis et relapsis, id circo vos... Tanquam taies relinquimus bracchio et judicio curice secularis eamdem affectuosè rogantes prout suadent canonicoe sanctiones quod citra mortem et membrorum Mutilalionem circa vos judicium et suam sententiam moderetur. La culpabilité étant démontrée, l'application des peines du code ecclésiastique étant insuffisante, le renvoi au bras séculier étoit prononcé. Ce renvoi appelle la modération pour la sentence future. Voici ce monument judiciaire:

« Au nom du Seigneur, ainsi-soit-il, parce que Nous, Inquiteurs de Carcassonne et de Toulouse, susdits, et Bernard de Auriac aussi inquisiteur dans la cité et diocèse de Carcassonne, et Hugues de Fontanilles, officiai d'Alby, comissaires à ce députés, avons recueilli les dépositions faites en notre présence après serment, et admises suivant les règles habi-


158 LE CABINET HISTORIQUE.

tuelles et légitimes, et comme il conste d'icelles que vous Guilhaume Serres de Carcassonne, et vous Isarnes Raymond d'Alby, et suivant votre confession, vous Raymonde Arrieusette éspouse de Pierre Arrusat, de son vivant hérétique à Narbonne, d'après la relation à nous faite de la quelle il résulte que vous deux Guilhaume et Raymonde, après avoir reconnu vos erreurs hérétiques, et les avoir abjurées publiquement, vous aviez été condamnées à la prison perpétuelle: et comme votre repentir envers Dieu et envers les hommes avoit amené votre délivrance, et que cependant vous êtes retombés dans le même crime d'hérésie, et comme un chien qui revient à la viande corrompue, vous êtes revenus malheureusement avec une ténacité plus grande à l'hérésie que vous aviez pourtant abjurée, et vous Isarne, en voyant et adorant plus que jamais les hérétiques, comme le tout vous a été lu et récité d'une manière intelligible en langue vulgaire ;

« Que de tout ce qui précède, il résulte évidemment que votre conversion a été aussi fausse que fictive, que votre parjure et voire impénitence sont d'une évidence extrême, qu'il est manifeste que vous êtes entièrement incorrigibles, et que vous ne méritez ni grâce, ni miséricorde, et que vous Guilhaumète et Raymonde, vous vous êtes rendues indignes, comme relaps, en hérésie ;

« C'est pourquoi aucune foi ne doit être ajoutée ni à vos promesses, ni à vos serments, et Nous, Inquisiteurs et Comissaires, savoir à vous deux, Guilhemette Serre et Yzarne Raymonde, après avoir dans votre procès obtenu l'avis de beaucoup d'hommes de bien, experts dans l'un et l'autre droit, et de plusieurs religieux, ayant sous les yeux Dieu seul, dans l'intérêt de la foi orthodoxe, après avoir touché les saints évangiles, afin que notre jugement se produise en la présence de Dieu, et que notre regard ait l'équité en pers-


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 159

pective, siégeant en tribunal, aux lieux et jour susdits, après vous avoir appelés pour entendre la sentence définitive, — en conséquence par la présente sentence, nous prononçons et déclarons que vous Guilhelmette et Raymonde êtes relaps en hérésie, que vous auriez abjurée en jugement; et vous Isarne comme hérétique impénitente, et comme l'église n'a que faire d'impénitents relaps de votre espèce; — nous vous abandonnons au bras et à la cour séculiers, avec prière affectueuse, comme le veulent les sanctions canoniques, qu'on ne vous livre point à la mort, dans la nouvelle sentence à rendre, vous laissant intacts, les membres de votre corps. Cette sentence a été rendue les jour, mois et lieux susdits (1328) en présence des témoins y mentionnés. » (Bibl. Imp. fonds Doat, vol. XXVII, p. 232, trad. du texte latin; inédit.)

Les sentences portant renvoi au bras séculier, dans les registres de l'inquisition, sont assez nombreuses. Leurs prescriptions sont de deux sortes, celles qui recommandent à la justice séculière, de n'avoir pas à attenter contre l'accusé à la mutilation de ses membres ; et celles qui laissoient toute liberté d'action au juge chargé de la nouvelle solution à rendre, si avant tout oeuvre l'accusé ne faisoit pas abjuration ■de ses fautes, et ne témoignoit pas le plus sincère repentir. Donnons un spécimen de cette seconde manière d'opérer le renvoi.

Guilherme Torneria, qui après abjuration étoil retombée dans l'hérésie et avoit proféré de sales propos contre la papauté, fut livrée au bras séculier, avec recommandation qu'on ne lui accordât la vie, que tout autant qu'elle renoncerait à ses erreurs passées, et qu'elle montrerait le plus sincère repentir.

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-


160 LE CAiiiMUt' HisTuiuyi:;-..

il : nous Frère Jacques, par permission divine, évoque de Pamiers, ayant licence spéciale du révérend père en Dieu, Pierre, par la grâce de Dieu, évoque de Carcassonne, et son remplaçant à ces lieu, jour et heure, dans son diocèse, et Nous frère Jean de Prat, de l'ordre des Frères Prêcheurs, Inquisiteur de la dépravation hérétique dans le royaume de France, député .de l'autorité apostolique résident à Carcassonne pour la recherche contre tous les infectés et suspects du venin hérétique, nous avons trouvé et il nous est démontré que Guilhelmette Tornier épouse de Bernard Tornier, autrefois de Tarascon, diocèse de Pamiers, à raison de la confession par vous faite touchant le crime d'hérésie, vous avez été condamnée par sentence à la prison perpétuelle, et cependant avant tout, vous avez fait abjuration solennelle en jugement, de toute hérésie, croyance, recel et participation, sous peine de vous voir infliger les peines réservées aux relaps ;

« Que cependant malgré ces précédens, et votre serinent prononcé sur les saints Evangiles, que vous avez touché de vos mains, de poursuivre les hérétiques, croyans, fauteurs, récélateurs et défenseur d'iceux ; revêler leurs méfaits, de les prendre ou faire prendre, par tous les moyens en votre pouvoir, et par dessus tout, de tenir et conserver la foi catholique, que notre mère l'église romaine professe et enseigne; que vous avez promis et juré toutes les choses cidessus énoncées en jugement, tel que cela se trouve plus amplement expliqué dans la sentence portée contre vous, sentence en vertu de la quelle vous avez été détenue étroitement en prison, et ce pendant plusieurs années ; qu'à maintes reprises, vous êtes tombée dans la dépravation hérétique, comme un chien qui revient à vomir, après s'être gorgé de chair corrompue, pour avoir suivi et écouté Pierre et Guilhaume Antérieu, condamnés à raison de leur déprava-


CODE PÉNAL DE L'ALBIGEISME. loi

tion hérétique, en recommandant plusieurs fois, vous-même, leur bonté, leur sainteté, leur bonne vk', leur foi et leur croyance : en disant que la secte des susnommés étoit salutaire, et que tout être humain pouvoit se sauver dans icelle; en faisant remarquer que notre Saint Père le Pape, et les prélats de la sainte église étoient infidèles ; en réprouvant notre foi catholique, et tous ceux qui la conservoient en voulant donner secours et faveur à la secte hérétique et en la protégeant par toute sortes de moyens;

« Ainsi que le tout est attesté légitimement par deux témoins requis en jugement; que pour prévenir les faits cidessus mentionnés, vous avez été avertie, priée, suppliée et exhortée, à plusieurs jours d'intervalle, d'abord, par le susdit inquisiteur et notre lieutenant, et ensuite par Nous Évoque de Pamiers, en présence de beaucoup de prélats et de plusieurs hommes de bien, tant séculiers que religieux; de prêter serment de vérité, sur la foi et le fait de l'hérésie; que vous avez refusé de prêter ledit serment, et que vous refusez encore de prêter ledit serment, avec opiniâtreté comme impénitente et hérétique, et soutien des hérétiques; que malgré qu'il soit manifeste que les choses susdites vous ont été intimées par nous avec protestation réitérée, et qu'en refus ou défaut, vous devriez et pourriez être considérée comme relaps, impénitente hérétique, désobéissante et contumace sur le fait de la foi, et condamnée par sentence; qu'au sujet de toutes admonitions vous aviez faussement, et d'une manière fictive, fait serinent que vous vous repentiriez de vos fautes;

« C'est pourquoi, Nous, Évêque et Inquisiteur susdits, après avoir pris l'avis de beaucoup d'hommes de bien, tant religieux que séculiers, versés dans l'un et l'autre droit, ayant Dieu seul devant nos yeux, afin que notre jugement se produise en sa présence, et que nos yeux aient en perspective


162 LE CABINET HISTORIQUE.

l'équité, siégeant en tribunal, le jour et l'heure susdits, pour entendre la sentence définitive, par les présentes, nous prononçons et nous déclarons Guilhaumette Tornier, relapse, en crime et protection d'hérésie, comme hérétique impénitente, et comme l'église n'a que faire d'une hérétique comme vous, nous vous abandonnons à la cour séculière, en priant néanmoins cette cour, d'une manière instante, comme le recommandent les sanctions canoniques, que Ton vous conserve la vie et les membres, sans péril de mort, si vous dite Guilhelmette Tornier, vous avouez pleinement les faits d'hérésie qui vous sont reprochés, si le repentir touche votre coeur, et si vous ne persistez pas à dénier le sacrement de la pénitence et de l'eucharistie.

« Cette sentence a été rendue, l'an, le jour, l'indiction, le lieu et le pontificat, sus énoncés, présens les témoins et les notaires sus dénommés, qui ont reçu l'instrument; et néanmoins ledit Mennet a pris note des présentes, et à son lieu et place, moi Pierre Heuset, clerc de Houen, ai tiré le présent extrait et je l'ai fidèlement transcrit sur la volonté dudit Me Menuet, et sur l'ordre du vénérable père en Dieu frère JeandePrat, de l'ordre des Prêcheurs, docteur en théologie, inquisiteur de la déprava lion hérétique à Carcassonne. » (Bibl. Imp. F. Doat, vol. XXVIII, p. 158, traduction du texte latin, inédit).

§ VI. — Démolition de Maisons.

Nous avons déjà mentionné une lettre pastorale de l'archevêque de Narbonne, de l'année 1234, lancée contre les hérétiques albigeois. Toute maison qui aurait servi de repaire à des hérétiques devait être démolie : item, mandamus quod domus in quibus de cetera heretici vel Valdenses, fuerint deprehensi, juxtà statutum concilii tolosani, funditus


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. ■ 163

diruantur. Le prélat narbonnais invoque le concile de Toulouse, quant à cette prescription. L'inquisition dans ses verdict, fit également usage de cette espèce de pénalité. Mais nous devons à la vérité de dire qu'elle fut sobre dans l'application de cet acte de vandalisme, puisque nous n'avons trouvé qu'un seul monument judiciaire à ce sujet. D'après le juge ecclésiastique le marteau et le feu dévoient amener la démolition et la destruction de certaines maisons, où certains accusés s'étoient rendus hérétiques, avec défenses à peine d'excommunication de les faire relever. Ces énoncialions doivent être recueillies, et nous donnons le texte de cette sentence entièrement unique dans les registres inquisitoriaux.

« Au nom du Seigneur ainsi soit-il. Comme par la recherche faite, et les dépositions des témoins appelles en justice, et assermentés, nous avons trouvé qu'il étoit évident que dans les maisons de Guilhaume Adémar, jurisconsulte, de Raymond Fauret, de Raymond Aaron, et dans la bourgade de M° Pierre de Medens, située près de Réalmont, que pendant les maladies, dont ils étoient atteints, et qui ont amené leur décès, les susnommés ont été reçus hérétiques dans les dites maisons, suivant le rit exécrable de cette damnée secte;

« Nous, Inquisiteurs, et Vicaires délégués, de l'évêque d'Alby, attendu que, suivant les constitutions apostoliques sur ce édictées, et la loi impériale promulguée, confirmées par l'autorité du siège apostolique, le fait susdit est déclaré énorme, après avoir pris l'avis d'hommes sages et experts, usant de l'autorité apostolique à nous confiée, nous disons et prononçons, par sentence définitive, que les maisons susdites, et la susdite bourgade, avec toutes leurs appartenances et dépendances seront démolies de fond en comble, et nous ordonnons qu'elles seront détruites; nousordonnons


164 LE CABINET HISTORIQUE.

en outre que les matériaux desdites maisons soient livrés aux flammes, à moins qu'il nous paroisse expédient, suivant notre volonté, d'employer lesdits matériaux à des usages pieux ;

« Nous ordonnons encore qu'il soit interdit dans les susdits lieux de se livrer à aucune cérémonie hérétique, à aucune reconstruction, à aucune clôture; que les susdits lieux seront inhabités, sans clôture, et sans culture, à jamais, par cela seul qu'ils ont été le receptable des hérétiques, et qu'ils doivent devenir par cela seul un lieu de proscription;

« Et à raison de tout ce dessus, nous avertissons tous et chacuns, une fois, deux fois, trois fois, canoniquemeht et péremptoirement de n'avoir à pratiquer aucune réédification, aucune culture, aucune clôture, dans les lieux susdits, par suite de l'interdiction prémentionnée, à raison de la quelle il ne poura intervenir ni conseil, ni faveur; considérant comme rebelle toute infraction au présent monitoire, sous peine d'excommunication d'hors et déjà prononcée par la dite sentence;

« Et comme dans une audience publique récemment faite à Carcassonne par le vénérable père en Dieu, frère Jean de Prat, inquisiteur de la dépravation hérétique, dans le royaume de France, et le vénérable M< Guilhaume Albusach, officiai de Carcassonne, députés de l'autorité ordinaire, il avait été porté une sentence contre une maison, dans laquelle Raymond-Guilhaume et Matha décédés, s'étoient déclarés hérétiques, nous révoquons l'exécution de la dite sentence, et nous voulons qu'il soit remis à néant les dispositions de la dite sentence.

« Cette sentence a été portée l'an du Seigneur mil trois cent vingt neuf, le jour du dimanche, après l'octave de la Nativité de la bienheureuse vierge Marie, sur la place du


GUILLAUME MARCEL, DE TOULOUSE. 165

Marché du bourg de Carcassonne». (Bibl.. Imp. Fonds Doat, vol. XXVII, p. 240, trad. du texte latin, inédit.)

La démolition des maisons ayant appartenu à des hérétiques fut approuvée par une bulle du pape Innocent IV. Le Saint Père interprétant ses constitutions, déclara que les tours et maisons où l'on aurait trouvé des hérétiques seraient démolies, et les matériaux distribués, comme les autres choses que l'on trouverait dans lesdites maisons. Il n'est pas étonnant dès lors que l'inquisition fît usage d'une prescription, toute rigoureuse qu'elle pouvoitêtre, qui avoit l'assentiment du Saint-Siège.

(Sera continué.)

VIII. - GUILLAUME MARCEL, DE TOULOUSE, Inventeur du télégraphe.

Le plus grand plaisir que puisse éprouver le chercheur d'autographes et de curiosités est, sans contredit, celui de découvrir et de mettre au jour un témoignage qui permette de rendre justice à la mémoire d'un homme dont les contemporains ont ignoré les travaux, ou méconnu le génie. Mais pareille fortune arrive rarement sans porter avec elle certain préjudice à d'autres réputations jusqu'alors accréditées. Nous venons de mettre la main sur un document qui nous semble de nature à modifier quelque peu l'opinion qui attribue au physicien Chappe la découverte du télégraphe. On sait que Claude Chappe, né en 1763, fut admis, le 12 juillet 1793, à faire, devant le Comité d'instruction publique de la Convention nationale, la première expérience d'un procédé dont il étoit réputé l'inventeur; expérience qui, de prime-sault, eut un tel succès, qu'elle valut à l'auteur l'honneur d'être nommé administrateur de notre premier établissement des lignes télégraphiques.

Mais il est certain que des essais pratiques de la télégraphie moderne avoient été faits antérieurement à cette époque. Les biographes de Cl. Chappe ont dit que les contestations dont l'origine


166 LE CABINET HISTORIQUE.

de cette découverte devint l'objet, troublèrent tellement Chappe, qu'elles affectèrent sa santé, et que « dès lors il devint la proie d'une mélancolie profonde qui le conduisit au tombeau le 25 janvier 1805. » Voilà certes une grande susceptibilité! Ces contestations étoient-elles sérieuses ? Nous ne savons trop sur quelles bases elles reposoient. Mais si ce que dit Fontenelle, parlant d'Amontons, fut connu des contradicteurs, il ne restoit plus guère à Chappe que l'honneur d'avoir mis en lumière la découverte d'un autre. Et ce rôle, quand on en dissimule le caractère, fait toujours penser à la fable :

Ne gloriari libeat alienis bonis,..

Voici ce passage qui s'applique si bien à l'inventeur du télégraphe : « Peut-être, dit Fontenelle, ne prendra-t-on que pour un jeu d'esprit, mais du moins très-ingénieux, un moyen qu'il (Amontons) inventa, de faire savoir tout ce qu'on voudroit à une trèsgrande distance; par exemple, de Paris à Rome, en très-peu de temps, comme en trois ou quatre heures, et même sans que la nouvelle fut sçue dans tout l'espace d'entre-deux. Cette proposition si paradoxe et si chimérique, en apparence, fut exécutée dans une petite étendue de pays, une fois en présence de Monseigneur, et une autre en présence de Madame; car quoique M. Amontons n'entendit nullement l'art de se produire dans le monde, il étoit déjà connu des plus grands princes, à force de mérite. Le secret consistoit à disposer dans plusieurs postes consécutifs des gens qui, par des lunettes de longue vue, ayant aperçu certains signaux du poste précédent, les transmissent aux suivants, et toujours ainsi de suite, et ces différents signaux étoient autant de lettres d'un alphabet, dont on n'avoit le chiffre qu'à Paris et à Rome. La grande portée des lunettes faisoit la distance des postes, dont le nombre devoit être le moindre qu'il fut possible, et comme le second poste faisoit les signaux au troisième, à mesure qu'il les voyoit faire au premier, la nouvelle se trouvoit portée de Paris à Rome, presqu'en aussi peu de temps qu'il en falloit pour faire les signaux à Paris. » (Éloge de M. Amontons, FONTENELLE, t. I, p. 183,)

Rien de plus explicite et de plus formel. D'après ce curieux récit de Fontenelle, il faut évidemment restituer à Guillaume Amontons la meilleure part de la découverte en question. — Maintenant n'est-il point possible de contester à Amontons lui-même le bénéfice de cette découverte ? Nous trouvons dans MORERI, à l'article de Guillaume Marcel quelques lignes qui n'ont point été assez remarquées, selon nous. Voici ce qu'il est dit de GUILLAUME MARCEL, de Toulouse, avocat au conseil, auteur de quelques ou-


GUILLAUME MARCEL, DE TOULOUSE. 167

vrages historiques assez estimés : « Outre ses tablettes chronologiques et ce qu'il a fait sur l'histoire de France, on a de lui des conjectures sur quelques monuments d'Arles : In tabellam Marmoream arelatensem divinationes, in-4, à Arles, 1693. — Quand il est mort, il avoit, dit-on, prêt à mettre sous presse, un dictionnaire pour apprendre plusieurs langues, et un livre de signaux dont sa femme et un de ses amis avoient la clef. — Les PP. DD. Martenne et Durand parlent avec éloge de M. Marcel, dans le premier tome de leur Voyage littéraire, p. 280-281. >

Un livre de signaux dont sa femme et un de ses amis avoient la clef! Que pouvoit être ce livre de signaux? La lettre qu'on va lire prouve que c'étoit un traité de chiffres ou de lettres propres à transmettre au loin la pensée.

Dès lors le débat n'est plus entre Amontons et Chappe, — mais entre Amontons et Marcel. Ils étoient contemporains; Marcel, l'aîné d'Amontons, de seize ans : Guillaume Marcel, né à Toulouse en 1647; Amontons, à Paris, en 1663; ce dernier est mort en 1705, à l'âge de quarante-deux ans; Marcel, en 1708, à l'âge de soixante et un ans. — Amontons, même en dehors de la question, il faut le reconnoître, a laissé la réputation d'un grand et habile physicien. Marcel, qui vivoit en province, a eu moins d'éclat; mais notons que, en 1699, date du document que nous produisons, Marcel avoit cinquante-deux ans, et qu'il y est dit que sa découverte l'occupoit depuis douze ans. Ajoutons que, en marge de ce document, M. de Pontchartrain écrit de sa main : Examiner la proposition de Marcel. Elle avoit donc à cette époque un certain intérêt pour le ministre : ce qui fait supposer que les expériences d'Amontons, devant Monseigneur et Madame, n'avoient point encore eu lieu.

Marcel, de son vivant, adressa-t-il au ministre de Louis XIV un mémoire qui resta oublié dans les cartons administratifs — jusqu'au jour où les ouvriers de la deuxième heure vinrent à l'en exhumer? Amontons eut-il communication du livre de Marcel? c'est ce qu'il seroit téméraire d'affirmer,—mais ce que pourtant l'on peut admettre. — Quoiqu'il en soit, voici une pièce qui, tout en laissant à Chappe l'honneur d'avoir été le vulgarisateur d'un procédé déjà connu, nous semble prouver la large part que Guillaume Marcel eut à la découverte du télégraphe. — Nous en laissons juge le lecteur. — Le style de cette lettre est assez mauvais — mais le plus ou moins de mérite du signataire s'efface devant l'importance de son témoignage; — au surplus nous donnons la lettre en entier, bien que la dernière partie soit étrangère au fait principal.


168 LE CABINET HISTORIQUE.

LE SIEUR ARNOUL A M. BE PONTCHARTRAIN. (F. Clairemb. Saint-Espr. 109, f° 05.)

Monseigneur,

Comme vous m'ordonnez toujours de vous faire sçavoir ce que j'aprendray d'extraordinaire ou de curieux dans ma route, j'auray l'honneur de vous dire qu'en finissant avec M. Marcel, qui s'en est retourné à Arles, il m'a fait voir un eschantillon d'une nouvelle découverte qu'il a fait (après un •travail à ce qu'il prétend de plus de 12 ans), qui ne serait guère moins belle que l'escriture, dans son origine, s'il peut aller, comme il me l'asseure, jusqu'au bout des branches qu'il prétend tirer de ses principes.

Il dit qu'estant dans une place assiégée, et se promenant mesme, si l'on veut, avec le gouverneur, il fera connoître au dehors, sans qu'il s'en aperçoive, tout ce que Iuy dira ce gouverneur, bien qu'il soit veu de si loin qu'on voudra. — Et pour m'en donner un exemple, il a fait entendre, en se promenant avec moy, à un homme qui estoit à 100 pas de luy, un des signaux de M. de Tourville,—telquejel'avois choisy dans un nombre de deux ou trois cents, — sans que j'aye pu m'a percevoir d'aucun signe : me disant que cela se faisoit par le moyen d'une combinaison de chifres dont il a inventé l'art et la méthode, qui, toute entière, est renfermée dans une boete de la grandeur d'une (boëte) à tabac, dont il garde le fonds, et dont il donna devant moy le dessus à l'homme dont il se sert pour ses opérations, — avant que je luy eusse dit ce qu'il devoit luy faire entendre.

Que ce soit, Monseigneur, un jeu de gobelets ou quelque autre chose semblable, je ne puis vous en rien dire; mais il prétend, quant à luy, que cela est fort sérieux; qu'il ne s'est rien trouvé jusqu'à présent de plus utile ny de plus extra-


DEUX LETTRES DE MONS. DE BELSUNCE. 169

ordinaire, et qu'entr'autres opérations, qu'il se vante de pouvoir faire par sa science, le Roy, par luy-mesme, ou par tele autre personne qu'il plairait à Sa Majesté de nommer à sa cour, pourrait en moins d'un jour, par des signaux trèsfaciles à faire, de hauteur en hauteur, sçavoir à Versailles tout ce qui se ferait à Rome et dans toutes les extrémitez de son royaume, sans que de Marseille à Paris, par exemple, il y eut plus de 8 à 10 stations pour les signaux, et sans que ceux qui seraient à ces stations pour donner ou rendre les signaux y pussent rien comprendre eux-mesmes. Je dois recevoir incessamment, suivant ce qu'il m'a promis, le mémoire de toutes les autres choses qu'il prétend faire par la mesme science, pour vous l'envoyer.

Voici, Monseigneur, une autre curiosité que je prends la liberté de vous envoyer, c'est un mémoire sur la principauté d'Orange. Quand je fus trouver, il y a trois mois, M. Boucher à Montélimar, il me fit voir une lettre de M. votre père, par laquelle il avoit ordre de chercher des mémoires pour contester à la principauté son titre de souveraineté. Comme j'étois alors sur les lieux, cela me donna la pensée de chercher de mon costé, et j'employay, pour cet effet, le sieur Amphrossy, mon secrétaire, et celui de M. le comte de Grignan, qui est son frère. Ce dernier s'y est particulièrement appliqué; en sorte que, depuis deux ou trois jours, il m'a envoyé le mémoire ci-joint, qui peut-être ne sera pas des moindres dans les vues que l'on a. Quoi qu'il en soit, si vous voulez bien le faire voir à M. votre père, il jugera du moins par là que je ne néglige rien de ce qui peut estre util ou luy plaire.

J'apprends, Monseigneur, qu'on me fait un procès dont M. l'abbé de Berulles est rapporteur. Je vous serais trèsobligé si vous vouliez bien luy escrire un mot pour qu'il ne

llo année. Mai-Juin 1865. — Doc. 12


170 LE CABINET HISTORIQUE.

le raportast point que je ne fusse de retour. — Trouvez bon, s'il vous plaît, que je vous recommande encore ce que j'ay eu l'honneur de vous escrire dernièrement sur mes plans de Toulon. Je suis, avec tout le zèle et le respect possibles,

Monseigneur,

Votre très-humble, très-obéissant et trèsobligé serviteur,

ARNOUL.

A Villeneuve-lez-Avignon, le 12 mars 1699.

XIX. — DEUX LETTRES DE MONS. DE BELSUNCE,

ÉVÊQUE DE MARSEILLE.

BELSUNCE DE CASTEL-MORON (Henri-François-Xavier de), don la peste de Marseille, en 1720, fit éclater l'héroïque dévouement, ■ étoit né au château de la Force, en Périgord, le 4 décembre 1671. Elevé chez les Jésuites, et quelque temps jésuite lui-même, il ne cessa, avant comme après les événements qui le rendirent célèbre, d'être favorable à leur cause, et de soutenir les doctrines de l'ordre, dans toutes ses luttes avec le Jansénisme : ce qui, malgré ses vertus, ne manqua pas de lui susciter de puissants ennemis. Promu à l'évêché de Marseille le 5 avril 1709, il occupa ce siège jusqu'à sa mort, arrivée le 4 juin 1755. — C'est en,1720 qu'éclata ce redoutable fléau connu sous le nom de Peste de Marseille, et qui fournit à M. de Belsunce l'occasion de faire éclater son zèle et son immense charité. En effet, disent les mémoires du temps, il rappela les vertus dont Charles Boromée, lors de la peste de Milan, avoit donné le si touchant exemple. Comme ce saint évêque, on le voyoit au plus fort de la contagion, et quand la mort avoit fait le vide autour de lui, parmi les siens, aller de rue en rue, porter les secours spirituels et temporels et encourager par sa présence et ses exemples ceux des magistrats ou de son


DEUX LETTRES DE MONS. DE BELSUNCE. 171

clergé que l'épouvante et la maladie avoient épargnés, cherchant à les exhorter à se consacrer comme lui à cette oeuvre héroïque, — mais pou eurent la force de l'imiter. — Tous étoient frappés d'épouvante, — sinon du fléau; et vint Je jour où Belsunce se vit seul au milieu des morts et des mourants. — Mais l'abandon de ceux que leur état obligeoit le plus ne le décourageoit point, et chaque heure le voyoit renouveler le sacrifice de sa propre vie : c'est ainsi qu'il sauva les tristes restes de ses diocésains, sans avoir été jamais atteint lui-même du cruel fléau qui les précipitoit par centaines au tombeau : « Eh bien, qui le croiroit, dit un de ses biographes, lorsque les ravages de la maladie eurent entièrement cessé l'héroïsme du saint évoque ne recueillit qu'une froide indifférence! » La cour, cependant, se souvint de ses services et voulut le récompenser en lui offrant, dans l'évêché de Laon, la dignité de premier pair ecclésiastique. Eu 1729, on lui proposa l'archevêché de Bordeaux, mais humble et fidèle, Belsunce refusa tout pour ne pas abandonner une ville que le sacrifice de ses biens et de sa vie lui avoit rendue chère. C'est alors que le Pape l'honora du pallium. Douze ans après la cessation de la peste, îe poëte anglois, Pope, se souvint de Belsunce et lui consacra deux vers dans son Essai sur l'Homme que Fontaues a traduits ainsi :

Pourquoi près des mourants qui lui tendoient les bras,

Belsunce respiroit-il, entouré du trépas,

Un air pur, à travers la vapeur empestée,

Que les vents secouoient sur Marseille empestée ?

Dès lors les Muses françoises se réveillèrent, et le nom de l'évêque de Marseilefut mis à côté de ceux de saint Vincent-dePaul et de Fenélon. M. de Belsunce est auteur d'un assez grand nombre d'ouvrages, la plupart de polémique religieuse, — on lui doit cependant : De l'Antiquité de la ville de Marseille et de la succession de ses Evoques, et un Abrégé de la vie de Suzanne de Foix de Caudale (sa tante); Agen, 1709, in-12. — Dans le recueil de ses OEuvres choisies (2 vol. in-8, 1826),. publié par l'abbé Jauffrel, on trouve avec un Précis de la peste de Marseille, en 1720, — plusieurs mandements et ordonnances, donnés à l'occasion de ce fléau, et divers écrits en son honneur, tels que YEloge de Belsunce, par M. Grange fils ; un autre Eloge de M. Paul Barbet; le Poème de Belsunce, par Milievoye; et avec d'autres pièces, le Récit de la fête célébrée le 14 juillet 1821 à l'occasion de l'année séculaire de la peste, suivi du discours prononcé à celte occasion, par M. le marquis de Montgrand, maire de Marseille.

Mais de tous ces écrits, rien qui le peigne mieux que sa


172 LE CABINET HISTORIQUE.

propre lettre du 16 octobre 1720 à M. l'abbé Plomet, chanoine de Montpellier, durant les ravages de l'affreux fléau. — On ne connoissbit sur ce sujet que cette pièce du pieux évêque.

Nous avons été assez heureux pour trouver dans le même recueil qui nous a fourni la lettre sur Claude Marcel, — deux nouvelles lettres de Belsunce : la première est antérieure au fléau, — elle est de 1712, et met au courant des luttes que le pieux prélat avoit déjà à soutenir dans l'exercice de son ministère. — La seconde, du 27 septembre 1720, est écrite dans un moment de trêve apparente du redoutable fléau, et donne une idée des fatigues et de l'héroïsme du saint homme. On y voit poindre, toutefois, l'esprit qui l'a dominé toute sa vie, son attachement filial à l'ordre dont il étoit sorti, et sa haine vigoureuse contre le Jansénisme et les Appelants.

1. HENRI DE BELSUNCE, ÉVÊQUE DE MARSEILLE, A MONS. DE PONTCHARTRAIN.

20 avril 1712.

Monsieur,

Les bontés dont vous voulés bien m'honorer me font espérer que vous ne trouvères pas mauvais que je prenne la liberté de m'adresser à vous et d'avoir recours à votre protection. Voicy une occasion douloureuse pour moy, puisque je sçay que l'on veut persuader à Sa Majesté que je suis inquiet et remuant. Je vous avoue que l'avis que j'en ay reçu a bien troublé la fin d'une retraitte que je viens de faire avec tous les curés de mon diocèse.

Les Religieux de Saint-Victor ont un procès avec moy, commencé avant que je fusse nommé. Dès que je fus sacré, quoiqu'ils ne m'eussent fait aucune honesteté sur ma nomination, je leur écrivis pour demander la paix. J'ay tout mis en usage : j'ay tout offert, et tous mes expédients et mes offres ont esté rejettes avec une espèce de hauteur qui ne leur conviendrait pas, s'ils n'avoient trouvé le moyen d'estre protégés par des personnes d'un grand crédit. Ils


DEUX LETTRES DE MONS. DE BELSUNCE. 173

affectent de s'opposer à tout ce qui est ordonné : ils pous. sèrent cet esprit de division pendant la vacance du siège jusques à deffendre, dans leur prétendu district, de manger des oeufs, lorsque les grands vicaires en permirent l'usage; et l'année d'après, ils les permirent parce que les grands vicaires les avoient deffendus. Ce mesme esprit, Monsieur, règne encore parmi eux. — Il y a icy une ordonnance faite avant que je fusse ôvesque, par laquelle il est deffendu de se servir des musiciens de l'Opéra dans les églises. Les scandales causés par ces musiciens m'ont obligé à tenir la main à l'exécution de cette ordonnance. Messieurs de Saint-Victor, l'an passé, firent chanter leurs Ténèbres par ces musiciens deffendus, en blâmant fort la deffence et le soin que je prenois quelle ne fut pas violée. Je me contentay de leur en faire mes plaintes et de leur dire que je croiois qu'ils dévoient avoir assez d'esgards pour moy pour en user autrement. Cela n'a servi qu'à leur faire faire la mesme chose cette année, et avec plus d'éclat, invilant leurs amis à leur musique, disant qu'ils se moquoient des ordonnances et que je n'interdirois pas leur église comme je venois d'en interdire une autre pour le mesme sujet. Il se passa des choses peu édifiantes dans leur église, ce qui m'obligea à leur faire signifier une admonition sur cela, le vendredy saint. Cela ne servit de rien. Ils dirent que cela ne les arresteroit pas et que le jour de Pasques, il y auroit encore une plus belle musique. Ce qui fut exécuté. Il y eut des scandales sans fin dont j'ay des témoignages que j'ay fait signer : précaution fâcheuse pour un évesque, mais nécessaire avec gens capables de tout, et qui ont osé nier tous les faits. Les portes de leur monastère furent ouvertes à toutes les femmes de la ville, à l'ordinaire; ces Messieurs leur assurant avoir des bulles des Papes qui leur donnent le droit de les faire entrer quand ils le jugent à propos. Les canons, les arrests du con-


174 LE CABINET HISTORIQUE.

seil et les ordonnances de Mgr l'Archevesque d'Aix le leur deffendent : mais ils s'en mocquent et disent que ce prélat n'estant que coinissaire du Roy et non du Pape, ils ne sont point obligés a garder les ordonnances qu'il a fait; et effectivement ils n'en observent aucune. Je me crus obligé d'avertir les femmes quelles ne peuvent entrer dans ce monastère, et j'en fis un cas réservé. Sur cela, Monsieur, eux et leurs amis publient que j'avance faux, ignorant sans doute que tous mes faits sont attestés et signés par témoins, et ils me font passer pour un esprit inquiet et remuant. Il est à craindre pour moy que l'on n'ait déjà parlé au Roy sur ce ton là. Le Père Le Tellier peut vous rendre compte de loutle ma conduitte sur cette affaire et vous faire voir combien je su^s éloigné de ce caractère. — Je vous supplie, Monsieur, par les anciennes bontés dont vous m'avez honoré de vouloir bien prendre ma deffense, dire un mot pour ma justification, enfin m'accorder voire protection avec laquelle je serai très-fort. Tout Marseille a été indigné de la conduite de ces Messieurs, et M. le comte de Grignan, par esgard pour moy, résista à toutes les sollicitations et ne voulut point assister à leurs Ténèbres. Je n'en veux nullement à leurs exemptions ils me seroient trop à charge : je les vois exempts avec un plaisir infini, je ne demande que la paix et l'uniformité. Je vous supplie, Monsieur, de ne pas dire que j'aye eu l'honneur de vous écrire sur cela; cela augmenterait l'envie que l'on a de faire plaisir à ces religieux et pourroit me faire tort dans la suitte. Vous concevés assez de quoy il est question.

Je suis avec bien du respect, Monsieur, votre tres-humble et tres-obéissant serviteur,

f HENRY, év. de Marseille.


DEUX LETTRES DE MONS. DE BELSUNCE. 175

2. Msr L'EVÊQUE DE MARSEILLE, AU REV. P. X..., SON ANCIEN RÉGENT.

27 septembre 1720.

Monsieur,

Enfin, mon Révérend Père, je vois de votre écriture et je reçois des marques de votre amitié dans ces jours de calamité. C'est pour moy une véritable consolation dans la plus affreuse de toutes les situations. Oh, mon très-cher Régent, quels spectacles ne se sont pas offerts à mes yeux depuis plus de deux grands mois, et ne s'y offrent pas tous les jours i Qu'il est pour moy de moments de douleur, d'amertume, de désolation et qu'il en est peu où je puisse ressentir quelque consolation ! Je ne vois plus à la vérité depuis quelques . jours, les rues jonchées de cadavres à demi pourris, rongés par les chiens et rendant une odeur insupportable et cela généralement partout : de sorte que j'ay eu pendant huit jours entiers au inoins deux cents morts sous mes fenestres : Nous ne sommes plus obligés de franchir ces morts et toutes leurs horreurs, pour aller joindre les moribonds jetés hors de leurs maisons et placés sur des paillasses dans les rues parmi les morts : Nous pouvons à présent aller jusqu'à eux, les confesser et les soulager clans leur misère, sans autre inconvénient que celuy de l'odeur affreuse que le séjour des morts a laissé partout. Nous ne voyons plus tant de tombereaux chargés de cadavres pestiférés. Le moyen? .1 y a à présent trente à trente-cinq mille morts, quelques-uns disent quarante I mais je crois que cela ne va pas là. Mais nous voyons encore les rues pleines de malades, de matelas, de bardes mesmes précieuses, dont on n'ose approcher. Il y en a pour plus de cent mille écus jettées dans les rues et que l'on brûle tous les jours, ce qui fait un parfum détestable. J'ay perdu plus de soixante et dix confesseurs, pas un de la,


176 LE CABINET HISTORIQUE.

Morale sévère. Ils ont tous, quoiqu'obligés par leurs bénéfices, refusé de confesser. Ils ont cherché la sûreté dans la fuite, et ont laissé aux Corrupteurs de la morale à donner leurs vies pour leurs frères. Tous les Jésuites des deux maisons sont morts ou malades, à la réserve du P. Le Vert qui, à soixante quatorze ans, court jour et nuit toute la ville pour confesser : Il ne craint rien, il dit que, comme les vipères, il se nourrit de venin. C'est un homme infatigable. J'ay perdu vingt-quatre de mes Capucins, il y en a encore quatorze malades, on m'en promet de nouveaux. Il y a dix-sept ou dixhuit Récolets, autant de Cordeliers morts, plusieurs Minimes, quelques Carmes déchaussez. J'eus, il y a peu de jours, la consolation de voir arriver un Jésuite venant de Lyon exprès pour se sacrifier au service des pestiférés et courir à la mort comme au triomphe : Aujourd'huy un autre Jésuite jeune et bien fait arrivant d'Aix s'est jette à mes pieds pour me demander à avoir part à la peine et au danger, en confessant les pestiférés: je n'ay pu m'empescher de verser des larmes et j'ay béni Dieu de voir quels sont les effets de la prétendue morale relaschée. Ce secours est venu bien à propos, car je n'ay plus de confesseurs : mandements, monitions, menaces de privations de bénéfices, rien ne peut faire revenir mes fugitifs. La peste n'a pas laissé de frapper et d'emporter quelques-uns de MM. les Apellants, malgré leurs précautions étonnantes, dont je leur sais bon gré, car ils doivent plus craindre la mort que d'autres. Cette mesme peste, sans craindre le crédit oratorien, a forcé la porte du Collège, et y a enlevé le fameux P. Gautier et quelques autres. Il est vray que c'est sa faute : car après la mort de son confrère Estays, dont il reçut le testament, faute de notaire, estant l'héritier, dès qu'il fut mort, il fit transporter ses coffres à l'Oratoire, et la peste entra avec eux.—Monseigneur l'Archevesque d'Aix me fait l'honneur de me mander que


DEUX LETTRES DE MONS. DE BELSUNCE. 177

l'on fait sonner bien haut à Paris que les Pères de l'Oratoire se sont offerts à moy pour confesser les pestiférés, et qu'ils ont fait de grandes charités en pain et en viande. Il est trèsfaux, et je vous prie de le dire, qu'aucun Père de l'Oratoire se soit ainsy offert ny par luy, ny par autrui, ny par écrit, ny directement, ny indirectement, et je n'ay entendu parler d'aucun. J'ay parcouru toute la ville à pied et sans suitte, jamais je n'en ay apperceu un dans les rues pendant la peste, et ils les remplissoient auparavant. A l'esgard des charitez, occupé d'autres soins que de celuy de m'informer de ce que faisoient ces Pères, je ne sçais pas ce qu'ils ont fait, je sçais seulement que je n'ay rien ouy dire et qu'il leur estoitimpossible de faire bien des charités en viande, nous n'en avions pas, ni pour tous les sains, ni pour tous les malades. J'ay demandé ce malin à M. Estelle, notre premier échevin, ce qu'il en est, et il m'a asseuré qu'il n'en est rien. Nous croyons que la main gauche, en fait de charité, devrait ignorer ce que fait la droite; mais avec un peu de morale sévère, on apprend à faire sonner bien haut, môme ce que l'on n'a pas fait. Il est vray qu'il aurait esté bien inutile à ces Pères de demander mon approbation, sans rétracter leur appel ; en mesme temps que je ne la leur donnerais, principalement à présent que je suis environné des ombres de la mort. La peste est entrée chez moy : en sept jours j'ay perdu six personnes; j'en viens de perdre une septième, et j'ay encore quatre malades dans ma triste maison. On m'en a arraché parce que le mal ne sort guères d'une maison où il est entré sans enlever tous ceux qui l'habitent. Jamais peste ne fut si maligne. Je suis chez M. le Premier Président qui a ici une maison qu'il m'a prestée. La peste m'y est encore venu trou" ver et a attaqué le P. de la Fère, jésuite, que vous avés vu à Paris avec moy. C'estoit le seul qui me restoit de tous les confesseurs qui m'accompagnoient. Dimanche nous confes-


178 LE CABINET HISTORIQUE.

sâmes l'un et l'autre plusieurs malades ; pour se faire entendre d'un moribond il fut obligé de l'approcher un peu trop, et je crois que c'est la source de son mal. Il va aussi bien qu'il peut aller et, malgré son âge, nous avons tout lieu d'espérer. Il est à l'Evesché, el moy seul icy avec l'unique chanoine qui a eu le courage et l'amitié de rester avec moy. Luy, mon aumônier et moy nous allons seuls dans les rues où nous trouvons du bien à faire. On me crie un peu, parce qu'à présent, gens à demi-guéris se promènent et que les bubons qui fluent donnent aisément le mal. Mais je n'écoute pas toujours, estant opiniastre de mon naturel. Il est sûr que le mal diminue quoiqu'il soit encore affreux. Nous avons moins de morts, moins de malades. Les maladies durent beaucoup plus longtemps et plusieurs en guérissent, ce qui estoit quasy sans exemple auparavant. Ainsy j'espère que Dieu nous regardera en pitié. Demandez-luy, je vous en prie, priez-le et le faites prier qu'il fortifie ma foiblesse, qu'il me fasse miséricorde. Je vous demande bien des amitiez pour mes anciens amis, sans oublier le cher P. Porée. Je vous prie mes compliments au P. Le Clerc, et mes excuses si je n'ay pas eu l'honneur de luy répondre, mais, en vérité, je n'en ay pas eu le temps, et je ne puis exprimer que les sentiments de ma douleur.

J'ay l'honneur d'estre, avec tous les sentiments que vous me connoissez depuis longtemps, mon très-cher Régent, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

f HENRY, év. de Marseille.

P. S. Aujourd'huy, trentiesme septembre, le chanoine qui estoit avec moy vient d'estre attaqué de manière à tout craindre, et me voilà seul, sans force, sans courage, livré à toutes les horreurs de la désolation I Priez Dieu pour moy.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLEUVAUX. 179

XX. — CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX,

EN POITOU,

ET L'ABBAYE DE CLAIRVAUX, EN CHAMPAGNE.

« Un savant qui se trompe, a dit un écrivain, recule la science de plusieurs siècles. »

Cet axiome n'est malheureusement que trop justifié de nos jours par les immenses travaux occasionnés par une erreur, et nous trouvons l'occasion de l'appliquer à propos de ce qu'on a dit de l'abbaye de Clairvaux.

Suivant un auteur déjà ancien « ce monastère fut construit clans une vallée claire ou claire vallée, par suite du déboisement opéré en ce lieu. » Un autre [Dictionnaire de Trévoux] croit que ce lieu fut ainsi appelé « parce qu'il est difficile de trouver ailleurs une vallée mieux éclairée du soleil par sa situation. »

Un grand nombre d'historiens et de savants ont répété cette opinion sans examen, et lui ont donné par cela même, une sorte de consécration, si bien qu'aujourd'hui il est difficile de croire qu'il puisse en avoir été autrement. Ce fait est donc acquis à l'histoire et classé parmi les traditions acceptées que chacun répète sans aucune vérification ; d'autres encore disent qu'elle fut fondée dans la vallée d'absinthe, parce que cette plante y croissoit en abondance.

Un historien moderne estimé, i\i. Henri Martin, dont


180 LE CABINET HISTORIQUE.

l'ouvrage a remporté le prix Gobert, est allé plus loin dans ses hypothèses (Histoire de France, t. m, p. 325). Il croit que ce nom de Clairvaux lui vient de la célébrité qui commençoit à rejaillir sur saint Bernard, la lumière de son siècle. « Bernard, dit-il, valut à ce triste lieu le nom de Clairvaux ou l'illustre vallée (Claravallis) ». — On disoit donc Claravallis (claire vallée), comme l'on diroit, par exemple, claire lumière, ou tout autre mot équivalent, ce qui n'est guère admissible.

Nous n'admettons point davantage l'opinion d'Aristide Guibert, qui, dans ses Villes de France, t. m, p. 39, s'exprime ainsi : « Bernard obtint de Hugues VIII, comte de Champagne, la donation pleine et entière de cette vallée, que, par antiphrase sans doute, ou bien après en avoir commencé le défrichement, on appela Clara-vallis (vallée claire). »

Telle fut, suivant ces auteurs, l'origine de la célèbre abbaye de Clairvaux, l'un des quatre chefs d'ordre de la filiation de Citeaux.

Notre opinion est contraire à cette origine, et nous avons entrepris ce travail, espérant ainsi appeler l'attention des érudits sur ce sujet, selon nous insuffisamment étudié jusqu'à ce jour.

. En considérant le peu de documents qui nous restent aujourd'hui de l'époque dont nous allons nous occuper, l'on comprendra aisément combien nous avons eu de difficultés à vaincre pour l'exécution de ce travail. Beaucoup de documents importants n'existent plus; les incendies des mairies dans nos provinces, les guerres civiles, de religion (Weis), le passage des commissaires du gouverne-


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 181

ment sous la Terreur (Gachard) ont enlevé nombre de documents qui auroient pour nous un puissant intérêt. Nous communiquons au public ces documents qui nous ont demandé plusieurs années de recherches ; nous avons voulu réunir ici le plus de preuves possibles tirées de manuscrits, de chartes inédites ou d'auteurs connus, le tout tendant à prouver que le nom de Clairvaux ou Clervaux existait déjà en l'an 1118, et qu'il appartenoit, aux xie et xii° siècles, au comte de Champagne et de Troyes (1), qui vers cette époque a donné à saint Bernard, ou pour mieux dire, à l'abbé de Citeaux, le terrain sur lequel fut édifié cette célèbre abbaye; qu'il étoit donc en même temps comte de Troyes, de Champagne et seigneur de Clervaux. On sait du reste qu'il étoit d'usage anciennement en beaucoup de provinces, et particulièrement dans le Maine, le Poitou et la Guyenne, que la plupart des seigneurs prissent le nom des terres qu'ils avoient en partage. Cet usage existant dans la maison de Champagne, où les comtes de Sancerre en offrent

(1) Les seigneurs de la maison de Champagne, d'Anjou, de Poitou et Touraine, se qualifioient également seigneurs de Troyes, de Mathefélon et de Clervaux.

Voir au sujet de cette famille de Champagne une dissertation de Michel Castelnau dans ses Mémoires, t. n, p. 518 et suiv., sur les seigneurs de ce nom, qui, selon lui, n'étoient que comte de Troyes et n'avoient point le droit de porter le nom de Champagne, quoi qu'ils en eussent plus de droits que tout autre, étant plus rapprochés de la source.

(1152). PAÏEN DE CHAMPAGNE, seigneur de Clervaux et de Mathefélon, appelé aussi Payen de Clervaux dans beaucoup de chartes, donne, en 1152, selon une bulle du pape Eugène IV, à l'abbaye de Chalocé, sous le nom de Payen de Troyes {Pagani de Troja) toute sa terre de Mathefélon (ex dono Hugonis de Mathefélon et filiorum terram de virgulto et pratum ; ex dono Pagani de Troja, totam terram suaru de Mathefélone).

Voir Gallia christiana d'Hauréau, t. xv, fol. 156, instrum.; — Bulle du pape Eugène IV en faveur de l'abbaye de Chalocé; — voir aussi les folios 474, 010, 615, 648, 059, 660, 720, 721, 731.


182 LE CABINET HISTORIQUE.

un exemple, il n'est pas étonnant que le seigneur de .Clervaux ait choisi ce nom, provenant de l'une de ses seigneuries, pour le donner au nouvel édifice. Peut-être même celui-ci en avoit-il fait à saint Bernard une obligation spéciale.

En résumé, nous croyons que la famille de Clervaux et l'abbaye de ce nom ont même origine, qu'elles tirent également leur nom du vieux château de Clervaux, situé dans le département de la Vienne, arrondissement de Châtellerault.

Ayant pour contradicteurs nombre d'hommes justement célèbres, nous devons rappeler que notre unique but est, nous le répétons, d'attirer les savants et les hommes spéciaux sur l'étude de ce point historique. C'est là ce qui nous a entraîné au delà des limites d'une généalogie ordinaire.

GÉNÉALOGIE DES MAISONS DE CHAMPAGNE, D'ARNAY, DE MATHEFELON, DE CLERVAUX (1). Barons de Duretal, seigneurs de Troyes, de la Ferlé, etc.

(9Si). THIBAUT, comte de Blois, de Chaumont et de Tours, épousa Letgarde, fille d'Herbert, comte de Vermandois et de Troyes, issue de race royale, et dont il eut plusieurs enfants.

(956). HERBERT, comte de Beauvais, épousa Malhilde de Ponthieu, issue de race royale. Il signe une charte de l'an m du règne de Lotliaire.

Eudes DE CHAMPAGNE représente la branche aînée ,

celle des comtes de Meaux et de Brie.

(967). ODON, comte de Chartres, surnommé le Combat(1)

Combat(1) en latin, Claris vallibus ou Clara valle.


r CHATEAU ET SEIGNEUUIE DE CLERVAUX. 183

tant, tint droit de cité dans le comté d'Arnay (Arnaitto), dans le comté de Troyes, en Champagne, en 967. 11 épousa Avilie de Ponthieu.

ETIENNE, comte de ***, de Beauvais?

(997-1007). HERBERT D'ARNAY fut héritier de Raoul de Ponthieu, son oncle, mort sans enfant en l'an 997; il étoit parent de Foulques Néra, qui lui donna sa terre de Bassigny (Bassiaco in pago Andegavense) (2). Il reçut aussi, lors de son mariage avec Aremburge, fille d'Albéric de Vibraye (Viberus), cousine germaine {consanguineus) dudil Foulques, pour moitié de sa dot, une partie de la Champagne (Campiniaci), située entre la Sarthe et la Mayenne, probablement celle appelée la Champagne de Parce? Aremburge épousa en secondes noces Hervé de Sablé, surnommé Rasorms.

(1016-1030). HERBERT (OU HUBERT), surnommé Basorius par le second mari de sa mère, Hervé de Sablé, appelé aussi Rasorius, épousa Hildeburge (ou Ildebruge), fille d'Isambard de Beauvoir-Mayenne (d'autres auteurs la disent issue des Beaufort-Pluviers). Il fut tué à la bataille de Pontlevoy, sur le Cher, laissant sa femme enceinte. Il fut enterré dans l'église de Nantilly (2).

I

(1030-1107). HUBERT-POSTHUME, appelé HERBERT par Lucas, fut surnommé de Champagne par son parent Thibaut, comte de Blois et de Chartres. C'est cet Hubert de Champagne d'Arnet qui, en l'an 1053, reçut, en don de Foulques Néra, le château de Duretal, fut seigneur de La Suse et chevalier vassal de Geofîroi-Martel, comte d'Anjou. D'Hozier

(1) Nous ne connoissons point en Anjou de terre de ce nom.

(2) Quelques auteurs pensent que la bataille de Pontlevoy n'eut lieu qu'en l'an 1030.


184 LE CABINET HISTORIQUE.

croit qu'il descendoit des anciens comtes du Maine. Il se croisa, et à son retour, qui eut lieu entre 1060 et 1080, il épousa Agnès, dame en partie de Mathefélon et de Clervaux, fille de Hugues, surnommé Mange-Breton {Manducans Britonum), baron de Mathefélon, et de Hersende de Vendôme. Il fut établi dans leur contrat de mariage que les fils aînés qui sortiroient de cette alliance prendraient le nom de Mathefélon, et que les cadets retiendroient celui de Champagne. Ménage, Du Paz et la Chesnaye-des-Bois prétendent que cette particularité repose sur des titres anciens de fondations de prieurés.

Dès l'an 1030, le nom d'Hubert dé Champagne figure dans les chartes de l'Anjou, le plus souvent comme signataire. Entre 1046 et 1060, il confirme, sous le nom d'Hubert de Duretal, un don fait aux moines de l'abbaye .de Saint-Aubin d'Angers, par Béranger et son fils. Entre 1036 et 1045, il donne son approbation à une charte de Foulques V, comte d'Anjou. Vers 1047, il assiste à la fondation de la collégiale de Saint-Laud, faite dans la chapelle de Sainte-Geneviève d'Angers, par Geoffroi-Martel, comte d'Anjou ; il donna aussi lui-même, en cette occasion, quelques terres qui lui appartenoient, situées dans la môme châtellenie, désignées sous les noms de angularis, trio et virleya. — Sous le règne de Philippe Ier, roi de France, en 1070, Hubert de Champagne, de Clervaux "et de Mathefélon, vend (selon Lucas) à son parent, Garnier de Ponthieu, pour 1,000 livres parisis, tout ce qu'il possédoit dans la seigneurie de Ponthieu. Il vend aussi, avec le consentement dudit Garnier, aux religieux de SaintGermain de Ponthieu, 25 arpents de terres labourables; et, en 1090, il donne encore sous le nom d'Hubert de la Suse, aux moines de Saint-Martin de Tours, une écluse et un moulin situés sur la Sarthe. — Il fit avec sa femme, Agnès de Clervaux, dame de Mathefélon, plusieurs autres donations;


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 185'

fut présent, entre autres, à la fondation du prieuré de Gouis (ou Gouy), dépendant de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers.

Hubert de Champagne est nommé à la ratification des franchises de Parce. La Chesnaye-des-Bois prétend qu'il fonda le prieuré de Saint-Léonard, près Duretal, comme cela se voit par le titre de cette abbaye de l'an 1050, et qu'il quitta le surnom d'Arnay pour prendre celui de Champagne, que sa postérité a conservé depuis. Selon cet auteur, sa femme se nommoit Elisabeth de Mathefélon.

On remarquera que c'est à partir du mariage d'Hubert avec Agnès de Clervaux, dame de Mathefélon ou d'Elisabeth de Mathefélon, selon la Chesnaye-des-Bois, que le nom de Clervaux (de Claris vallibus, de Clara valle) se transmet de génération en génération dans la famille de Champagne.

Selon Lucas, Hubert de Champagne mourut en l'an 1107; suivant d'autres, il ne dut pas dépasser l'an 1081.

Agnès lui survécut. Quoiqu'elle ait été ensevelie plus tard près de lui dans l'église de Saint-Aubin d'Angers, elle épousa un chevalier angevin, nommé Renaud de Maulévrier (Rai-. naldum-Mala-Lepario de Duristallo), auquel elle porta la seigneurie de Duretal, qui lui fut enlevée entre 1060 et 1081 par Foulques V, comte d'Anjou, neveu de Geoffroi-Martel, pour être rendue à Hubert II de Champagne, fils aîné d'Hubert et d'Agnès, qui probablement étoit fort jeune. Renaud n'eut point d'enfants de celte alliance (A).

Hubert de Champagne et Agnès de Clervaux eurent de leur mariage plusieurs enfants. Lucas leur donne ceux qui suivent : 1° Hubert II de Champagne de Clervaux, baron de Mathefélon et de Duretal, sire de Champagne, Vihers, etc., qui épousa Agnès Avitie de Bretagne, fille d'Etienne de Guingamp (Guinguemnippo) ; 2° Etienne de Champagne de Clervaux (de Clarovallibus), qui épousa Mathilde, fille d'Archambaud de Sully; 3° Gervais de Champagne (Gervasius

11 o année. Mai-Juin 1865. — Doc. 1S


186 LE CABINET HISTORIQUE.

de Campania, frater Stephani), appelé aussi Gervais de Duretal, qui épousa Aremburge de Sablé; 4° Hersende ou Gersende, qui épousa Guillaume de Montsoreau, fut première prieure de Fontevrault ; et 5° Agnès, femme de Geoffroy de Château-Gontier.

La Chesnaye-des-Bois ne leur en accorde qu'un seul, Hubert IV du nom, baron de Mathefélon, sire de Champagne, Vihers, Arnay, Clervaux, etc., qui épousa Agnès de Bretagne.

Ménage croit qu'ils en eurent cinq : 1° Hubert IV de Champagne, seigneur de Duretal; 2° Geoffroy; 3° Thibaut de Mathefélon ; 4° Hugues de Mathefélon, qui épousa Jeanne de Sablé; 5° et Hersende de Champagne, dite aussi Hersende de la Suse, et Hersende de Mathefélon, qui épousa Guillaume de Montsoreau, et fut première prieure de l'abbaye de Fontevrault. Hubert, selon lui, étant mort sans postérité, les seigneurs de Champagne et de Mathefélon qui suivent descendent de son frère cadet Geoffroy de Clervaux, qui hérita de sa terre de Duretal (1).

D'Hozier pense aussi qu'ils eurent cinq enfants, mais les noms diffèrent un peu : 1° Hubert II, seigneur de Duretal, qu'il fait mourir en 1116, sans descendance, et qui avoit épousé : — 1° Amicie de Mathefélon; 2° Hersende de Château-Gontier ; — 2° Geoffroy, seigneur de Clervaux, auquel il donne pour femme Mahaut de Mathefélon, d'où descendent tous les seigneurs de Mathefélon qui suivent; 3° Gervais, seigneur de Mathefélon ; 4° Hersende, femme de Guillaume, seigneur de Montsoreau, et 5° Agnès, qui fut alliée à Geoffroy de Château-Gontier.

Le tableau généalogique imprimé des comtes de Champagne qui se trouve à la Bibliothèque impériale, section des

(1) Histoire de Sablé, p. 224-225.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 187

manuscrits (imp. par la Pointe en deux grandes feuilles infolio), qui fait partie du dossier des comtes de Champagnela-Suse, leur en accorde sept : 1° Herbert V, baron de Duretal, mari d'Hersende de Bretagne; 2° Geoffroy, seigneur de Clervaux, et Saint-Léonard, qui épousa Mathilde N...; 3° Gervais de Champagne, qui prit pour femme Arembruge; 4° Hersende, dame de Courlion, épouse de Guillaume de Montsoreau; 5° Agnès, femme de Geoffroy de Château-Gontier; 6° et 7° Geoffroy de Clervaux et Hubert, morts sans enfants. Nous croyons, contrairement à ces auteurs, qu'ils eurent:

1° Hubert II de Champagne, de Clervaux, de Mathefélon, qui suit :

2° Geoffroy de Champagne, dit de Clervaux, baron de Mathefélon, seigneur de Saint-Léonard, etc., devoit vivre dans la seconde moitié du xi° siècle; suivant Ménage et Pierre Loyer, il hérita de la baronnie de Duretal, son frère Hubert n'ayant point d'enfants. Il est qualifié à'illustre homme par déclarations faites en 1518 et 1540, devant les élus du Maus, lorsque tous les nobles du pays furent obligés de faire preuve de leur noblesse par ordre de François Ier.

Il devoit posséder la seigneurie de Clervaux, car dans un grand nombre de chartes il est désigné sous ce nom. D'Hozier prétend qu'il épousa Mahaut ou Mathilde de Mathefélon, que d'autres nomment Elisabeth de Mathefélon. Cette Elisabeth, qui étoit dame de Duretal, eut, disent-ils, en partage les seigneuries de Parce, de Beauçay et de Mirebeau, qui dépendoient de la baronnie de Mathefélon.

D'Hozier pense que ce Geoffroy descendoit de Eudes II, comte de Champagne et de Blois.

Lucas, dans son manuscrit de 1660, ne parle point de ce Geoffroy; il donne à Hubert Ior de Champagne trois garçons et deux filles : 1» Hubert II, de Champagne; 2° Etienne de ;, Champagne de Clervaux (nous pensons que cet Etienne, qui * épousa Mahaut ou Mathilde de Sully, fille d'Archambaud et de Mathilde de Beauvais, pourrait bien être le même seigneur que ce Geoffroy de Champagne de Clervaux).


188 LE CABINET HISTORIQUE.

3° Etienne de Champagne, de Clairvaux (de Clarovallibus), que nous croyons être le même que Geoffroy, épousa Mathilde de Sully, fille d'Archambaud de Sully et de Mathilde de Beauvais... Il décéda en 1123, et fut enseveli avec su femme Mathilde dans l'église du grand monastère de Tours.

4° Gervais de Champagne, appelé aussi Gervais de Duretal et Gervais de Troyes (de Troeia), épousa Aremburge de Sablé. Il figure sous le nom de Gervasius de Troeia dans deux chartes d'Anjou. L'une de l'abbaye de Saint-Aubin, l'autre de l'abbaye de Fontevrault, du temps de Pétronille de Chemillé.

5° Thibaut de Champagne, appelé aussi Thibaut de Mathefélon. Il est question de lui dans un titre de Marmoutier et dans l'Histoire de Sablé de Ménage, p, 224, 325, 226, 352.

6° Hersende ou Gersende de Champagne, appelée aussi Hersende de La Suse et Hersende de Mathefélon. Elle épousa, suivant un titre de Marmoutier, en premières noces, Robert de Sablé, troisième fils de Robert, le Bourguignon surnommé Vestral, seigneur de Craon et de Sablé. La chronique d'Anjou ne parle point de cette alliance; elle dit qu'Hersende de Champagne épousa en premières noces un Foulques, dont le nom de famille est ignoré, et en secondes, Guillaume de Montsoreau, fils de Guillaume de Montsoreau et de Gibergane.

Elle fut première prieure de l'abbaye de Fontevrault, à laquelle elle donna sa terre de Courléon ICursis leone). Une , charte tirée du Gall. Christ., t. n, p. 1313, l'a dite fille de Payen de Champagne et soeur d'Hubert de Champagne.

0 Agnès de Champagne, dite soeur d'Hersende, épousa en 1107 Geoffroy de Château-Gontier. Elle vivoit entre 1090 et l'an 1107.

II

Hubert II de Champagne, de Clervaux, baron de Mathefélon et de Duretal, sire de Champagne, Vihers, Arnay, Parce, Bailleul, Saint-Léonard, etc., premier baron d'Anjou et du Maine, vivoit entre 1060 et 1121. Il hérita de son oncle Thibaut de Clervaux, mort sans enfants.

Cet Hubert jouit pendant sa vie d'une grande illustration; il fut célèbre par la piété et par les armes, et donna beaucoup de biens aux églises. Ce fut lui qui échangea ses armes, avec


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 189

le consentement de son parent le comte Etienne de Blois, après la victoire qu'il remporta sur un roi Sarrazin. Il rendit le nom de Mathefélon tellement illustre que ses descendants se glorifièrent de le porter.

Entre 1057 et 1090, il ratifia avec son frère Gervais de Duretal le don fait par son père et sa mère, des églises de Gouis et de Châtelais, aux moines de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. Vers 1090, il donna au grand monastère de Tours quelques arpents de terre situés dans la forêt de Maulévrier. Cette donation est approuvée par ce même Gervais.

En 1095, il eut une discussion avec Bernard, prieur de l'abbaye de Saint-Serge, au sujet du prieuré de Saint-Léonard, et de quelques droits qui lui étoient contestés dans sa forêt d'Ambrière.

L'année suivante, en 1096, sous l'administration du comte d'Anjou Foulques IV et le gouvernement de Philippe Ier, roi de France, il fait sous le nom de Hubert de Duretal (vulgariter Duristallum) plusieurs donations à l'abbaye de SaintSerge d'Angers, l'une entre autres sur sa terre d'Ambrière ou Chambière. Ces dons sont ratifiés par sa femme Avilie et son frère Gervais.

En 1098, il figure encore comme signataire d'une charte passée à Sablé par Robert l'AUobroge.

Entre 1081 et 1106, il accorde sons le nom d'Hubert de Duretal, à Girard, abbé de Saint-Aubin, pour le repos de son âme et celles de ses parents, une dirne dans la forêt de Maulévrier (mala parit) ; il rectifie à cette occasion, vers la même époque, toutes les autres dîmes accordées par ses ancêtres dans cette même forêt. Les noms de sa soeur Hersende de Champagne et de son frère Gervais figurent presque toujours dans ces donations.

Vers la fin du xr 5 siècle, Hubert II de Champagne fut présent avec sa femme Avitie et son frère Geoffroy de Clervaux. à un accord fait entre les moines de l'abbaye de Saint-Aubin, par Guillaume d'YUe (Ulliaco) et ses frères, touchant quelques droits relatifs aux paroissiens de Duretal, qui ne sont sujets ni du seigneur d'Ille ni de son église.

Hubert de Duretal donne encore, en 1104, à l'abbaye de Saint-Aubin, pour le repos de son âme et celles de son père et de sa mère, une métairie située près de Gouis, appelée la terre d'Hugolin, avec toutes ses dépendances, laquelle appartenoit dans le temps à sa femme Avitie. Il cède aussi, avec l'approbation de Geoffroy de Clervaux,


190 LE CABINET HISTORIQUE.

entre l'an 1100 et 1120, un paccage à l'abbaye de Saint-Serge d'Angers.

Entre 1100 et 1109, il accorda encore quelques terres et redevances aux moines de Fontevrault, et ratifia, en leur faveur, le don d'une église fait dans le temps auxdits religieux par sa soeur Hersende, dans un lieu appelé Courléon (cursis leone).

Vers la même époque, il fut présent avtc son neveu Etienne de Montsoreau à une cession faite à l'abbaye, de Fontevrault par Gontier de Montsoreau et Hersende de Champagne, bellemère de ce dernier.

C'est probablement cet Hubert qui fut témoin, en l'an 1112, d'une donation faite à l'abbaye de Fontevrault par Pierre de Chemillé, ce qui est confirmé par un titre de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, où il est qualifié de trèsillustre Hubert de Champagne, seigneur de Parce, baron de Duretal. Sa femme est nommée Agnès de Bretagne.

Au commencement du xne siècle, Hubert de Champagne donna encore aux moines de l'abbaye de Saint-Serge la redevance d'un sextier de froment qu'il avoit à prendre annuellement sur la maison de Juignè (Juigniaci); et en 1116, il cède au chapitre de Saint-Aubin d'Angers la dixième partie des deniers du péage de Duretal, à charge par les moines de dire, après sa mort, une messe chaque semaine pour le repos de son âme et celles de ses parents ; ses neveux Etienne de Montsoreau, Geoffroy de Clervaux et Payen de Clervaux approuvent cette donation dans le courant de la même année.

Suivant Louis Lucas et les chartes déjà citées, Hubert II de Champagne avoit épousé Agnès-Avitie de Bretagne, fille d'Etienne de Guingamp (Guinguemnippo), nommée Hersende de Bretagne dans le tableau imprimé des comtes de Champagne. Quelques auteurs la nomment aussi Avoise, d'autres simplement Hersende. Nous avons déjà dit que, suivant d'Hozier, il épousa : 1° Amicie de Mathefélon ; 2° Hersende de Château-Gontier.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 191

Hubert II mourut entre 1116 et 1121, et fut enseveli dans l'église de Duretal, dépendant de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. La Chronique d'Anjou le fait mourir en 1116; Lucas en 1121.

Les historiens ne sont point d'accord sur le nombre de ses enfants. Suivant Ménage (Hist. de Sablé, p. 224 à 226), il n'en eut point, et à sa mort, a qui eut lieu, dit-il, en 1116, son frère puisné, Geoffroy de Clervaux, hérita de sa seigneurie de* Duretal. s Si cela est vrai, ce seroit de ce Geoffroy de Cljlrvaux que sont issus tous les seigneurs de Champagnelkt qBpyiathefélon qui suivent. —La Chesnaye-des-Bois ne luwflonne que deux enfants, Hugues et Avoine de Champagne. — Le tableau généalogique imprimé des comtes de Champagne (Bibl. imp., sect. des mss., liasse des Champagne-la-Suse) lui en accorde six : 1° Hugues, baron de Duretal; 2° Thibaut de Champagne ; 3° Geoffroy de Champagne; 4° Maurice de Champagne; 5° Jean de Champagne, qui se maria en 1198 et procréa Gilles, né en 1200 ; 6° et une fille nommée Avoise de Champagne, dont on ignore la destinée.

Louis Lucas prétend, au contraire, que Hubert II de Champagne n'eut que quatre enfants : Hugues; 2° Geoffroy de Champagne; 3° Maurice de Champagne; 4° et Haouisi de Champagne, désigné comme étant le jeune des enfants d'Hubert.

Dans cette incertitude, nous croyons devoir donner ici les noms de tous les enfants qui lui sont attribués, ainsi qu'à son frère Geoffroy de Clervaux.

1° Hugues de Champagne, premier du nom(B), de la branche de Duretal, baron de Mathefélon, qui suit :

2° Thibaut de Champagne, qui vivoit au xie et xn" siècles, se trouve nommé dans le tableau généalogique imprimé des comtes de Campagne. Les auteurs le confondent avec son neveu Thibaut de Mathefélon. C'est peut-être ce Thibaut de


192 LE CABINET HISTORIQUE.

Champagne qui figure parmi les bienfaiteurs de l'abbaye de Clervaux, en Champagne. C'est peut-être aussi ce Thibaut qui devoit vivre en 1151, qui soutint le parti de Lisiard de Sablé, compétiteur de Geoffroy Plantagenet entre H44etll46, avec son frère Hugues de Mathefélon. Enfin on le confond souvent avec son neveu Thibaut de Mathefélon, époux de la marquise de Vitré.

3° Geoffroy de Clervaux, deuxième du nom, seigneur de Duretal, (Goffridus de Claravalle, de Claris vallibus), fut un chevalier qui s'acquit une grande illustration; il étoit estimé des comtes d'Anjou.

Son nom se retrouve souvent dans les chartes du Poitou et de l'Anjou du commencement du xne siècle. Il y figure toujours avec les plus puissants seigneurs de l'époque, même avec des membres de la maison de France. Dans plusieurs de ces chartes il est qualifié d'illustre homme (viri illustris), titre qui ne s'accordoit alors qu'aux seigneurs les plus renommés. Depuis l'an 1105, on trouve souvent des traces de son existence. Suivant MM. Laine et Beauchetfilleau, « ce Geoffroy épousa une riche héritière, Avoise de Champagne, dame de Champagne et de Mathefélon, fille d'Hubert, sire desdits lieux, de laquelle il eut, entre antres enfants, Hubert de Champagne, qualifié fils d'illustre homme Geoffroy de Clervaux, dans une charte de donation faite par lui au prieuré de Gouis, dépendant de l'abbaye de Saint-Aubin, d'Angers, au mois d'août 1190. (Cartul. du prieuré de Gouis, fol. 39. — Ms latin, n° 5447.) — C'est de cet Hubert de Champagne que sont sorties les illustres maisons de Mathefélon, de Champagne-LaSuze et Villaines. »

Vers l'an 1108, Geoffroy de Clervaux (Geoffroï Clerebaus) cède à perpétuité aux maisons de l'Aumônerie de Beauchamp, de Niort, une rente de 5 sols de taille qu'il possédoit dans le lieu appelé Puy-des-Longes (in Podio de Longis). Il fut présent, peu de temps après, avec plusieurs seigneurs angevins à un acte d'approbation donné par Foulques le Jeune au sujet d'une donation faite antérieurement à l'église de SaintMaurice, d'Angers, par le comte d'Anjou, Foulques Réchin, son père, neveu de Geoffroy Martel. Ce don fut fait à l'instigation de la princesse Ermengarde, comtesse de Bretagne, femme d'Alain Fergent, fille dudit Foulques Réchin. Ce jour-là Foulques le Jeune avoit été investi de la dignité de comte d'Anjou; il mit le don sur l'autel de Saint-Maurice .avec le couteau de Monestier, et confirma, à Angers, ledi


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 193

acte le 12 avril 1109, dans l'hôtel et dans la chambre dudit Foulques Réchin.

Geoffroy de Clervaux, figure encore comme signataire dans plusieurs chartes du Cartulaire du prieuré de Gouis. La plus ancienne est datée du mois de décembre 1105 ; la seconde de l'an 1116 et 1117. Dans cette dernière, il confirme avec son frère Payen de Clervaux et son cousin Etienne de Montsoreau un don fait par leur oncle Hubert de Champagne en faveur des Religieux de ce prieuré. En l'an 1147, Geoffroy accorde de nouveaux droits à ces mêmes moines près de sa terre de Duretal. Il figure aussi dans deux chartes du Cartulaire de Saint-Maurice, d'Angers, l'une de l'an 1109, l'autre de 1130 environ. Il assista encore, en l'an 1115, avec son frère Payen, à la cession d'un pré, consentie par le comte Foulques V aux mains de l'abbaye de Fontevrault.

Il fut aussi présent à la cession faite par Aimeric de la Haye, au sujet du moulin de Ponchai, consentie aux mêmes moines avec le consentement dudit Foulques V. Il fut encore témoin avec ce même Foulques, la comtesse Ermengarde, sa femme, la reine Bertrade, mère du comte d'Anjou, le comte Arnulfe (de Montgomery), Geoffroy de Ramefort, etc., d'une cession consentie vers la même époque par Giroir (Girorius) Escharbot. Ce Geoffroy de Clairvaux est encore présent avec ce même Giroir à une confirmation et à une cession de 300 sous faite par Gautier Escharbot, aux Religieux de Frontevrault, en l'an 1115. En l'an 1126, Geoffroy fut encore témoin avec Belot de Clairvaux (à la marge Clairerraux), son autre frère, la reine Berthe et Philippe, son fils, à la cession d'un hébergement accordé à l'abbaye de Fontevrault, par Araud Achard, avec le consentement de sa mère Renfrède et de Texeline, sa femme.

Nous pensons que c'est aussi ce Geoffroy qui, sous la seule désignation de Clairvaux de Doué, figure dans une charte d'amortissement, de l'an 1129, donnée par Geoffroy V, comte d'Anjou, aux habitants de Saumur, relativement à un droit de 4 sous de rente qu'il avoit à percevoir annuellement sur toutes les vignes du pays saumurois, par chaque arpent de terre. Ce comte renonce à ce droit moyennant une somme de 3,000 sous, une fois donnée (environ 2,635 fr. de notre monnoie). Cet acte, dont l'original est en latin, figuroit autrefois dans le chartrier de Saint-Florent, de Saumur. Dachéry, dans son Spècilége, t. x, p. 503, parle d'un Geoffroy de Doé qui vivoit en 1096. Il est question de ce Geoffroy de Clervaux dans le grand


194 LE CABINET HISTORIQUE.

tableau généalogique, imprimé, des comtes de Champagne, qui se trouve dans la Bibliothèque impériale (section des manuscrits), ainsi que dans celui d'Hozier, contenant la généalogie de Champagne au Mayne. Dans le premier tableau le nom de Geoffroy de Clervaux est seul indiqué; dans le second, il est dit que Geoffroy de Clervaux, mari de Mathilde de Mathefélon, eut un fils nommé Geoffroy II, de Clervaux, qui fut seigneur de Duretal, et épousa Elisabeth de Châteaugontier, dont il eut un fils nommé Hubert de Champagne, troisième du nom, seigneur de Duretal, qui épousa Havoise de Bretagne ou Agnès de Mathefélon, ce qui n'est point possible à cause de la parenté. Les auteurs le confondent souvent avec son oncle Hubert II, de Champagne, qui épousa Agnès Avitie de Bretagne.

! 4° Payen de Clervaux (Paganus de Clarisvallibus ou de Claravaldoj, frère de Geoffroy, dont il est beaucoup parlé dans les manuscrits du comte de Sainte-Maure, au sujet de sa discussion avec les moines de l'abbaye de Bourgueil, fut dans son temps un personnage illustre; il est désigné sous le nom de Péan ou de Paganus dans la charte qu'il donne en l'an 1112 en faveur de cette abbaye. 11 devoit vivre entre l'an 1100 et 1165.

D'Hozier, dans son tableau généalogique de la maison des comtes de Champagne-la-Suze, le nomme Payen, dit de Mathefélon, seigneur de Clervaux, et le dit fils de Geoffroy I", de Champagne, seigneur de Clervaux, mari de Mahaut ou d'Elisabeth de Mathefélon, dame de Parce (Parçay) et de Mirebeau. C'est peut-être ce Payen qui, sous le nom de Payen de Mirebeau, figure dans quatre chartes de dom Fonteneau (t. iv-, fol. 1153, 1247-50; t. xn, fol. 5583-86. D'Hozier, s'appuyant sur un titre de Fontevrault de l'an 1116, confirmé par Geoffroy, seigneur de Clervaux, dit qu'il eut un fils nommé Hubert; d'autres auteurs pensent qu'il fut père d'Hersende de Champagne, seconde femme de Guillaume de Montsoreau, première prieure de Fontevrault : ils s'en rapportent pour cela à un titre cité dans le Gallia christiana, t. n, fol. 1313. Il est souvent question de ce seigneur de Clervaux dans un grand nombre de chartes du Poitou, de l'Anjou et de la Touraine. Nous devons croire qu'il étoit aussi connu sous le nom de Payen de Troyes (Troja), car, en 1129, suivant Hauréau (Gallia christiana, t. xv, fol. 156, instr., fol. 720T721), il donne sous cette qualification toute sa terre de Mathefélon à l'abbaye de Chalocé : « Ex dono Pagani de Troja totam terram suam de Mathefelone. » Ce qui est relaté dans une bulle du pape Eugène III, de 1152.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 195

Hugues de'Mathefélon et ses enfants donnent aussi, à cette occasion, un pré et la terre de Virgulto : « Ex dono Eugonis de Mathefelone et filiorum terram de Virgulto et pratum. » Le titre primitif de ces deux donations doit remonter à 1129.

Il signe entre 1100 et 1109 une sentence rendue par Geoffroy Martel, dit le Jeune, en faveur des moines de l'abbaye de Marmoutiers, de Tours, contre Jean de Montbason. Il assiste encore, en l'an 1100, au don d'une dîme de 10 liv. sterling, consentie par Eustache, entre les mains de Pétronille de Chemillé, abbesse de Fontevrault. Cette donation, qui est ratifiée par les deux fils de ce dernier, porte l'approbation du roi d'Angleterre, Henri pr, cette dîme étant située dans ses Etats. Il fut aussi présent, entre 1109 et 1129, avec Guillaume de Montsoreau, etc., à la ratification d'une cession donnée à Baugé par Foulques le Jeune, comte d'Anjou, consentie par Adam de Rochefort à la même Pétronille, des biens mouvants du fief du comte. Entre 1110 et 1115, il assiste avec Geoffroy de Clervaux, son frère, à la cession d'un pré consentie par ce même Foulques à ladite abbesse. 11 fut encore témoin avec Arnould de Montgomméry, Robert de Blois, Giroir de Loudun, etc., d'une autre ratification faite vers 1115 par ce même comte d'Anjou, au sujet de la donation de la terre de Poizayle-Joly, consentie à l'abbaye de Noyers, par Ganelon de Châtillon. 11 figure de nouveau avec Foulques V, en 1115, à la cession du moulin de Ponchai (Ponchaio) donné à Robert d'Arbrissel par Aiméric de Lahaye et un chevalier nommé Gauthier de Chinon. La même année il signe une charte par laquelle Ganelon de Châtillon obtient la protection du comte d'Anjou, Foulques V, pour le don, fait aniérieuremeut à l'abbaye de Noyers, de la terre de Poizay-le-Joly, d'une dîme et d'une église.

Ce Payen de Clervaux est encore témoin, en 1115 et 1116, de plusieurs autres donations faites par ce même Foulques V à l'abbaye de Saint-Serge. L'une de ces donations porte l'approbation de la comtesse Aremburge, femme de ce dernier, et de Geoffroy, son fils. Le 6 mai 1116 ou 1117, il donne son approbation avec son frère Geoffroy de Clervaux et son cousin Etienne de Montsoreau, à une donation faite, peu de temps avant, par leur oncle Hubert de Champagne aux moines du prieuré de Gouis, dépendant de l'abbaye de Saint-Aubin, d'Angers. Ce don étoit relatif au péage de Duretal. Cette approbation fut donnée en présence de Gervais de Troyes qui pourroît bien être le même que Gervais de Champagne, appelé aussi Gervais de Duretal, frère d'Hubert II, de Champagne.


196 LE CABINET HISTORIQUE.

Dans ce cas, Gervais serait oncle de Payen, de Geoffroy et d'Etienne.

En 1115, Payen de Clervaux assiste encore à une donation faite par Robert d'Arbrissel à Gérard des Salles (Geraldis de Salis), son ami, près de la forêt de Cadouin. Entre 1115 et 1162, il se trouve avec Gervais de Chemillé, témoin de la cession d'une rente de 28 sous accordée par l'abbesse Pétronille de Chemillé à Odon, dit fils de Mancelle, et à ses héritiers. Ce don est consenti en présence de Geoffroy, comte d'Anjou, et de Foulques, son fils, roi de Jérusalem.

Il figure aussi, comme témoin, avec Gautier de Montsoreau, Payen de Pons, ce même Gervais de Troyes, etc., entre 1122 et 1146, à la donation d'une charte accordée à Baugé par Foulques le Jeune, comte d'Anjou, au sujet d'une donation plus ancienne accordée par Adam de Rochefort à l'abbesse Pétronille.

En l'an 1127, Payen de Clervaux accompagna à Rouen, avec Jacquelin de Maillé, Robert de Semblançay, Hardouin de Saint-Maars (ou de Saint-Médard) et Robert de Rlois (Blo, Bloio, Bueil), Geoffroy le Rel, comte d'Anjou, dit Plantagenet, fils de Foulques V, lors de son mariage avec Mathilde, veuve de l'empereur Henri V, fille et héritière de Henri Ier, roi d'Angleterre, duc de Normandie. Ce mariage se fit, disent les historiens, avec une solennité digne de l'un des plus grands princes de l'Europe. La politique ayant eu une grand part dans cette union, on y étala de part et d'autre un grand luxe. Geoffroy, qui fut nommé chevalier en cette circonstance, réunit près de lui tous ses principaux barons et l'élite de la noblesse tourangelle et angevine.

Payen avoit un second frère, nommé Bélot de Clervaux. Ils assistent ensemble, en 1135, à la part d'un prolaling que Geoffroy, comte d'Anjou, avoit donné à l'abbaye de Fontevrault. (Collect. d'Hozier, p. 541-544.)

La même année, ce prince fit une autre donation à l'abbesse Pétronille, à laquelle assistèrent Payen et Belot. (Elle eut lieu à Angers). Il l'investit : « Juxta principalem Andegavis aulam in camara que appellatur estura octava. »

En 1143, il signe avec son frère, Geoffroy de Clervaux, les lettres patentes données par le roi Louis le Jeune aux bourgeois de Châteauneuf.

Un an plus tard, en 1144, il resta fidèle avec Hugues de Clers {de Cleriis), les deux frères de ce dernier, Geoffroy et Foulques et Hardouin de Saint-Médard, au pani de GeoffroyPlantagenet dans la guerre que le comte d'Anjou fut obligé


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 197

de soutenir contre son compétiteur Lisiard de Sablé, riche et puissant seigneur du Maine, qui fut défait près de Châteaneuf, sur la Sarthe, et que Geoffroy força à demander la paix.

Du temps de l'abbesse Audeburge, vers l'an 1164, Payen de Clervaux donna à l'abbaye de Fonievrault une rente de 4 sous à prélever sur le four de Sauraur (Salmur), cession qui fut confirmée par son frère Geoffroy de Clervaux. Dans cette charte, Hubert de Champagne est dit fils de ce même Payen. Ce dernier fut encore témoin, avec Gui de Sablé, d'un don fait à l'abbaye de Cluni, entre 1120 et 1139, par Richard, duc de Normandie, comte d'Anjou. Ce titre, qui figure dans l'histoire de Sablé, de Ménage, p. 152, a été reproduit par André Duchesne dans ses notes sur la Bibliothèque de Cluni, p. 143.

Ce payen de Clervaux, qui paroît avoir eu des relations intimes avec les plus grands seigneurs de France et d'Angleterre, ne seroit-il point le même baron que Payen, Pains, Paien ou Paganus, qui eut, en l'an 1109, la garde du château de Gisors, situé sur les frontières de la Normandie, mis sous séquestre entre ses mains par Henri Ier, roi d'Angleterre, et Louis VI, dit le Gros, roi de France? — Peut-être est-ce ce Payen qui fut aussi fondateur de l'ordre des Templiers, celui-ci, suivant quelques auteurs, étant issu de la maison de Champagne.

5° Belot de Clervaux (BeZoJ de Clarisvallibus), frère, selon d'Hozier, de Geoffroy et de Payen de Clairvaux, vécut entre 1100 et 1164. Il figure avec eux dans plusieurs chartes de cette époque. Ce fut aussi un personnage important qui paroît souvent, comme témoin ou donataire, avec les plus puissants seigneurs de son temps.

Entre 1090 et 1100, il assiste à une donation faite par Aimeri de Ccpesduna à l'abbaye de Saint-Cyprien, de Poitiers, au sujet de quelques dîmes et héritages situés à Surin, dans le fonds de Saint-Philibert. Vers la même époque ou quelque temps avant, sous le gouvernement de Guillaume VII ou VIII, comte de Poitiers, il accorde avec Payen de Vaux, sa mère Pétronille et Jean de La Touche, à Renaud, abbé de Saint-Cyprien, de Poitiers, un droit de paccage dans la forêt de Bellefonds, près Vonneuil-sur-Vienne. Entre 1103 et 1164, il fut présent à plusieurs donations faites à l'abbaye de Fontevrault. Vers l'an 1112, ou entre 1103 et 1117, il paroît être avec Pétronille de Montoiron (Muntoranto), Payen de Vaux, Thibaut Forescher ei Jean de La Touche, l'un des donataires de


198 LE CABINET HISTORIQUE.

la terre de La Puye (Fodia), située près de Châlellerault, et de la dîme de Lucars (Lucariis), cédée par lesdits seigneurs au célèbre Robert d'Arbrissel, fondateur de l'ordre de Fontevrault.

Vers l'an 1115, il assiste encore avec Herbert de Born et plusieurs autres seigneurs au don d'un moulin et d'un pré consenti par Alfred {Aufredus) de Born aux moines de la même abbaye.

Il figure de nouveau, en 1115, avec Jean de La Touche, Josbert Bertrand, Renaud de Puellent (ou Buellent), comme signataire d'une donation faite par Aimeric, vicomte de Châtellerault, et ses frères Boso et Pierre, à ladite abbaye, pour un autre moulin. La même année, il fut encore témoin de la cession d'une terre et d'un autre moulin accordé à Robertd'Arbrissel. — Sous le règne de Louis VI, roi de France, et le gouvernement de Guillaume, duc d'Aquu'aine, on voit encore figurer ce Belot avec ce même Aiméric de Châtellerault, Boso, son frère, Pierre de Villerey, Longe de Cursay, Guillaume de Saers (Sacriis), Rudel de Lahaye, Jean de Montbason, Assalit de la Guerche, Gosbèrt de Luisgue, etc., dans une cession faite entre 1115 et 1126 par Araud Achard à ce même Robert. Ce don est fait avec l'approbation de sa mère Renfrède et de sa femme Texeline; il est fait au sujet d'un hébergement, d'un pré et de quelques terres labourables.

Vers l'an 1126, il fut présent avec son frère Geoffroy de Clervaux, la reine Berihe et son fils Philippe, ce même Bosco, frère du vicomte de Châlellerault, Guillaume de Maigre, Robert de Saint-Julien, Normand de Chinon, Gui de Chauvigny, Pierre de Villerey, Longe de Cursay, etc., à une autre donation de ce même Araud Achard, toujours à ladite abbaye, avec le consentement ds sa mère Renfrède et de sa femme Texeline. Rudel de Lahaye, sa femme Quasimodo et Hugues, leur fils, signent celte donation. Il assiste avec Mathieu, abbé de Saint-Florent, d'Angers, à une charte de l'an 1152, consentie par Guillaume de Monlsoreau, au sujet d'un cours d'eau, situé près de l'île du Combat {Pugilis), dont la cession est faite entre les mains de la princesse Mathilde, abbesse de Fontevrault; Hélie donne aussi, par ce même acte, la dîme de Noce (Noceio).

Le nom de ce Belot de Clervaux se trouve encore rapporté avec ceux de Renfrède Airaud, de Rudel (ou Ribotelle), de Lahaye et son frère, dans une bulle du pape Alexandre III, de l'an 1164 : « Donnant pouvoir aux religieux de (Fontevrault), chapelains et confesseurs des religieuses, de confesser


BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 199

et d'absoudre les serviteurs et domestiques qui les servent. » Ces seigneurs y sont mentionnés relativement à la cession du lieu d'Aschaii, donné par eux, plusieurs années avant cette époque. Dom Fonteneau, dans le 7e volume de ses manuscrits (p. 201, notes;, paroît croire que ce Belot de Clervaux étoit allié à la maison de Montoiron (Muntoranto).

6° Maurice de Champagne, selon Lucas, vivoit avant 1121; c'est ' peut-être lui qui, sous le nom de Maurice de Clervaux (fflauricio Glarabaudo), assiste, en 1172, à une donation faite à l'abbaye de Fontevrault par Renaud Agneau, donnée pour le repos de son âme et celles de son père, de sa mère et de ses frères.

7° Jean de Champagne se maria en 1198; il eut un fils, nommé Gilles, qui naquit vers 1200.

Ce Jean est peut-être le même que Jean de Clairvaux (Johannem Claravallis) qui se croisa sous Thibaut Chabot, et qui, en 1190, emprunte avec Hugues des Angles, Hugues d'Allemagne, à des marchands génois une somme de 200 marcs d'argent. Cet acte, qui porte la garantie dudit Chabot, est daté de Messine, du mois de décembre 1190.

8° Haouisi de Champagne, dit le plus jeune des enfants d'Hubert.

9° Avoise de Champagne. xue siècle.

(La suite au prochain numéro.)

XXI. — BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, petite publication remplie d'intérêt et de piquants articles, est une heureuse imitation d'un recueil anglais, Notes and Queries, qui rend les plus grands services aux gens de lettres par les rapides communications qu'il établit entre eux. L'Intermédiaire, qui en est à son 18e mois d'existence, est appelé à un véritable succès et ne sera pas moins utile au public lettré de notre pays. Voici le sommaire de son dernier numéro, 10 juillet :


200 LE CABINET HISTORIQUE.

Nos DIX-HUIT MOIS. — LES PRÉCURSEURS DE L'Intermédiaire.

QUESTIONS. Louis XVIII, Montesquieu et M. Thiers. — Bataclan.

— Le pressoir mystique : vitrail disparu. — Saint Fiacre. — Les lithographies de L. Francia. — Un préconisateur au xme siècle. — Le siège de Pontoise en 1441. — Deux jetons à expliquer. — Maisons de Descartes, de Rollin, de Philippe de Champaigne. — La Maison royale de la Charité chrétienne. — Toussaint-Louverture.

— Le gendarme du 9 thermidor. — Mémoire sur les monastères doubles, parVarin. — Manuscrit des mémoires de H. de Campion.

— Lettres de l'abbé Lebsuf. — Un ouvrage du baron de Bssenval.

— Isid. S. de Gosse. — Les enfants de la vallée d'Andlau. — Deux allusions obscures. — De Dromigola.

RÉPONSES. Le peintre Corneille Molenaer, d'Anvers. — Une bulle d'Albéron, évêque de Metz. — Un portrait de jeune fille, par Greuze. — Pontoise ridicule. — Jeanne d'Arc. — Deux portraits.

— Mentons, il en restera toujours quelque chose. — Que signifie le mot Cherche-Midi? — Le navigateur dieppois J. Cousin, et la découverte de l'Amérique. — Un recueil, etc. — Relation de l'île de Bornéo. — Le Bussolante. — Claude de devant, maréchale de Fabert. — Le rôle de la Mère coupable. — La papesse Jeanne. — Roxanè Basilèsa. — Origine du mot Vaudeville. — Théophile de Fernig. — Quidàn nom de Saint-Quentin? — Un anonyme à chercher. — Du baiser donné à Alain Chartier. — Chocolat des jésuites. — Chercher une querelle d'Allemand. — Fabrique. — Noms des habitants de quelques villes. — Les immortels principes de 89. — Une citation erronée. — Un ridicule. — Branscaté. — Un portrait gravé de Baron. — La cage de fer du sultan Bajazet.

— Natoire, etc. Monot et Clérisseau. — •anouBjç — Littérature misogyne. — Lettres à une artiste. — Une allusion à Molière. — L'onomatopée Dodo. — Une losange. — Les armes de Law. — Palpitant d'actualité. — Souvenirs mortuaires d'Agnès Sorel. — Fr. Bleyswick, graveur. — Est-il vrai que Voltaire en soit l'auteur?

— Les Trois Siècles. — Portraits d'H. de La Touche. — La Napoléone, la fameuse ode de Ch. Nodier.

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS. Nécrologies de personnages encore vivants ! — Tohu-Bohu.


Il Clffl

HISTORIE

REVUE MENSUELLE.

XXII. — MONTMORENCY-FOSSEUX.

Dans notre article sur le duché de Montmorency, en parlant de la querelle qui divisa cette grande maison au xve siècle, nous avons dit avec tous les historiens que l'exhérédation qui frappa les deux fils de Jean II de Montmorency avoit eu pour cause le parti que prirent les deux frères dans la guerre du Bien public. Les curieuses pièces que nous venons de retrouver jettent un grand jour sur ce point de l'histoire de la maison de Montmorency. L'aîné des fils de Jean, sire de Montmorency, prit, en effet, parti pour le duc de Bourgogne; mais le fait, si grave qu'il fût, portoit avec lui ses circonstances atténuantes, même aux yeux de l'implacable Louis XI.

La mère de Jean de Nivelle et de Louis de Fosseux étoit fille de Jean de Fosseux, capitaine général du comté d'Artois, conseiller, chambellan, et l'un des favoris de Jean, duc de Bourgogne, ancien allié du Dauphin de France, depuis Louis XI. A sa mort, arrivée en septembre 1431, Jeanne de Fosseux laissoit à Jean II de Montmorency de riches seigneuries, enclavées dans les domaines de la maison de Bourgogne, qui dévoient naturellement, à leur majorité, échoir à ses deux fils; l'aîné, Jean, eut les seigneuries de Nivelle et de "Wimes; Louis, les terres de Fosseux, d'Auteuil et de Barly. André Duchesne, le savant historien de l'illustre maison de Montmorency, remarque que dès qu'il fut en âge de porter les

lie année. Juillet-Août 1865. - Doc. 14


202 LE CABINET HISTORIQUE.

armes, Louis de Fosseux les employa premièrement au service du roi Charles Vil contre les Anglois, ennemis de la France, et qu'on trouve des lettres expédiées de Tours, le 5° d'avril 1450, par lesquelles ce roi déclare, entre autres choses, que Louis de Montmorency, « jeune homme extrait de noble génération, l'avoit secouru au fait de ses guerres pour le recouvrement du duché de Normandie par grand espace de temps, comme avoient fait tousjours ses devanciers, sans avoir tenu party contraire : — qu'ensuite il accompagna Jean de Bourgogne, comte d'Estampes, en l'armée qu'il mena contre les Gantois pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne, son cousin, l'an 1452, et assista à la bataille du pont d'Espierre, où les Gantois furent vaincus. »

Au panégyrique un peu partial il est bon d'ajouter un correctif. Né avec un tempérament irritable, le sire de Fosseux avoit, dès sa jeunesse, donné la mesure de ses penchants et de son emportement : des provocations, des rixes, des meurtres et surtout des procès avec ceux qu'il fréquentoit, même avec ses parents les plus proches, avoient été souvent la suite de ses violences.

Nous avons eu la curiosité de rechercher les lettres datées de Tours, que cite Duehesne sans en indiquer l'objet; nous les avons, en effet, retrouvées au Trésor des chartes, II, 185, n° 69. Ces lettres, dont l'historien courtisan ne dit pas le caractère, sont des lettres de rémission accordées par le roi Charles VII au jeune de Fosseux, alors âgé seulement de vingt ans, et coupable d'avoir fait daguer et homicider un prêtre de mauvaise vie de ses domaines.

On sait que l'histoire du moyen âge est pleine de faits de ce genre, et les procès dans l'illustre famille des Montmorency, à propos d'hérédité, de droit d'aînesse, et même de propriété de nom et d'armoiries, ne datent pas seulement d'aujourd'hui.—C'est la peinture de ces divisions intestines que nous reproduisent lés pièces que nous donnons ici, et qui, dans la crudité naïve de leur expression, jettent un grand jour sur l'histoire des moeurs de l'aristocratie françoise au xve siècle.

Cette lettre de rémission, délivrée au jeune de Fosseux, est inédite; nous la donnons ici comme document historique qui a son intérêt. Nous ferons toutefois une réserve et dirons qu'en ces sortes d'actes émanés de la clémence royale, il est assez d'usage, pour expliquer le pardon et l'impunité dont on couvre un coupable, d'exagérer les torts de la personne lésée ou victimée. Dans l'espèce, quelles que fussent les fautes du malheureux prêtre immolé, ce meurtre avoit causé grande rumeur dans le pays, et malgré la haute position du principal auteur, la justice étoit saisie. Il fallut l'intervention près du souverain de toute la maison Montmorency.


MONTMORENCY-FOSSEUX. 203

Réunis en conseil de famille, les parents adressèrent de vives remontrances au jeune étourdi, qui les prit fort mal. Dans son irritation, l'imprudent tira son épée et, chose difficile à expliquer, en frappa son père, le baron de Montmorency, qui tomba baigné dans son sang. Bien que vingt ans plus tard, dans un procès dont il sera question plus loin, cet acte ait été reproché au sire de Fosseux, il paroît certain que le coup dont fut atteint le sire de Montmorency fut porté par imprudence et sans la moindre intention : ce que l'on croira facilement. Et la meilleure preuve, nous la trouvons dans les lettres de rémission qu'on va lire, lesquelles furent sollicitées du souverain par Jehan de Montmorency luimême, à qui le roi n'avoit rien à refuser.

1. LETTRES DE RÉMISSION POUR LOUIS DE MONTMORENCY, SEIGNEUR DE FOSSEUX.

Charles, par la grâce de Dieu, savoir faisons à tous présens et avenir, Nous avoir esté humblement exposé de la partie des parens et amis charnelz de nostre amé Loys de Montmorency, jeune homme aagé de vingt ans ou environ, contenant; comme environ a ung an, ou autre temps, ledit suppliant se soit retrait en sa maison et seigneurie de Fosseux, pendant lequel il soit venu à sa congnoissance, à ladoléance d'aucuns de ses subgetz, que Mahieu de Luchen, Prestre qui desservoit la cure dudit lieu de Fosseux, pour la cure et le secours d'icelle, qui se dessert en la ville de Barly, se gouvernoit estrangement : qu'il requérait plusieurs femmes mariées, subgectes dudit suppliant, de leur déshonneur : que pour à ce parvenir, et autrement, pour sa voulenté desraison'- nable, il les citoit et faisoit citer et traicter au dehors de la court et seigneurie: dudit suppliant, où Ion ne povoit recour vrer de raison et justice chacun jour, et pour les plus fraitier et dommaiger.—Icellui suppliant voulant entretenir ses subgetz en paix, les relever des fraiz et despens et les entretenir en amour avec luy, lui fist remonstrer, à icellui'


204 LE CABINET HISTORIQUE.

prestre, par aucunes notables personnes de ladite ville, que de ces choses se voulsist cesser et depporler, ou aler demourer en autre lieu.—A quoy il i espondit qu'il n'en ferait riens, ou qu'il ne savoit donner response : et sans soy abstenir ne obtempérer à ladite requesle, ala depuis parmy ladite ville pardevant et en la présence dudit suppliant, comme par manière de dérision. — Et à ceste cause et que de rechief lui avoit fait dire que se voulsist partir de ladite ville ou abstenir de travailler les subgetz dudit suppliant : dont riens ne faisoil : — ledit suppliant dist à ung sien barbier et serviteur qu'il alast dire ce que dit est à ung nommé Jehan Maupetit, dit Lionnel, qui estoit de ses serviteurs : que se il voulsist remonstrer encore audit prestre et lui monstrer de fait que en tant qu'il faisoit le contraire, que ce nestoit pas son plaisir.—Lequel Lionnel ce oy, acompaigna aucun temps avec ledit barbier et trois autres compaignons : lesquelz, auparavant le jour Nostre-Dame de Chandeleur dernier passé, se transportèrent en ladite ville de Barly, là où ilz trouvèrent à heure de neuf heures du soir ou environ icellui prestre, lequel ilz bâtirent et navrèrent de dagues en ses cuisses et ailleurs, tellement que l'un desditz cops adressa à son petit ventre; à cause desquels, aucun temps après, il ala de vie à trespas.

A l'occasion duquel cas ledit suppliant, doubtant rigueur de justice, s'est absenté du pais, auquel ne ailleurs en nostre royaume il n'oserait bonnement séjourner, demourer ne conserver, se, sur ce, nostre grâce et miséricordre ne lui est impartie, si comme il dit; en nous humblement requérant que, actendu qu'il ne charga oncques que ledit deffunct fust mutilé, afollé ne bléciê, tellement que mort ne mahaing (mutilation) sen peust ensuir : quil est extraict de noble extraction et de jeune aaige, quil nous a secouru au fait de noz guerres pour le recouvrement de nostre duchié de Norman-


MONTMORENCY-POSSEUX. 205

die, par grant espace de temps, comme ont fait tousjours ses devanciers, sans avoir tenu party contraire; —que il a fait paix et satisfaction avecques les mère et frères dudit deffunct, pour lui et lesditz serviteurs, nous lui veuillons sur ce nostre dite grâce impartir.

Pourquoy, Nous ces choses considérées, voulant en ceste partie miséricorde préférer à rigueur de justice, audit suppliant avons quictié, remis et pardonné, et par ces présentes, de nostre grâce espéciale, plaine puissance et auctorité royale, quictons, remectons et pardonnons le fait et cas dessusdit : ensemble tous appeaulx et ban, et tout ce que ensuy s'en est, avecques toute peine, offense et amende corporelle, criminelle et civille : en quoy il porroit pour ledit cas estre encouru envers Nous et Justice. Et le remectons et restituons à sa bonne famé et renommée, au païs, et à ses biens non confisquez, satisfaction faicte à partie civillement, se faicte n'est; et sur ce imposons silence à nostre procureur.—Si donnons en mandement par ces présentes au bailli d'Amiens et à tous noz autres justiciers ou à leurs lieutenants, et à chacun d'eulx, si comme à Juy appartiendra, que de nostre présente grâce, quictance, rémission et pardon ils fassent, souffrent et laissent ledit suppliant joir

"et user paisiblement, elc Et afin que, etc , sauf en

autres choses, etc Donné à Tours le V jour d'avril, l'an

de grâce mil cccc cinquante, et de nostre règne le xxixe. Ainsi signé, par le roy, à la relacion du conseil : RIPPE.

On voit par les lettres qu'on vient de lire et les faits qui précèdent, quels étoient les antécédents de Louis de Montmorency, sieur de Fosseux, quand éclatèrent, au sein de la famille, de nouvelles discordes qui amenèrent enfin ce que l'on a appelé le schisme de la maison dé Montmorency. Ces discordes, quoi qu'on en ait dit, sont quelque peu antérieures à la guerre du Bien public.


206 LE CABINET HISTORIQUE.

Jean de Montmorency, père de Jean de Nivelle et de Louis de Fosseux, après douze années de veuvage, et précisément l'année même des lettres de rémission que nous avons reproduites, convoloit en secondes noces et épousoit Marguerite d'Orgemont, veuve elle-même du sieur de Badouville. Jean de Montmorency étoit dans sa cinquante et unième année ; ses fils, en âge d'apprécier le préjudice qu'alloit leur causer ce nouveau lien de leur père, firent des représentations qui furent mal reçues : de là des scènes d'intérieur qui aboutirent à une éclatante rupture entre le père et les enfants. Les deux frères quittèrent la maison paternelle et se retirèrent l'un en Flandre, l'autre en Artois, où, mis en jouissance des domaines qu'ils tenoient de leur mère, ils contractèrent eux-mêmes alliance; l'aîné avec Gondelle Villain, dame de Huisse; le cadet avec Marguerite de Wastines. Cette dernière, quoique de bonne maison, fut repoussée par la famille Montmorency, qui traita le mariage de Fosseux de mésalliance. — Les domaines des maisons de Huisse et de Wastines se trouvant désormais unis à ceux de Nivelle et de Fosseux, la nécessité de conserver les uns et les autres obligea les deux frères à donner des gages de soumission au duc de Bourgogne. On sait quelles étoient les exigences du gouvernement féodal : tout vassal qui refnsoit de marcher sous les drapeaux de son seigneur voyoit son fief confisqué. On peut donc supposer que la crainte de perdre leur héritage dut les ranger naturellement dans le parti du duc de Bourgogne. — Quoi qu'il en soit, brouillés avec leur père, les deux frères, de leur côté, vivoient assez mal entre eux; des intérêts contraires, dans le partage des biens de leur mère, les avoient divisés dès le principe. Depuis, un intérêt commun, leur haine pour leur belle-mère, les avoit rapprochés; et dans une de leurs réunions, comprenant le danger pour eux de vivre dans la disgrâce de leur père et de le laisser, vieux et affoibli, par l'âge à l'influence ennemie de leur marâtre, ils avoient résolu de faire leurs soumissions, tout en se promettant mutuellement d'agir de concert, toujours ensemble et jamais l'un sans l'autre.

Les choses en étoient là quand éclatèrent les mécontentements des grands vassaux qui amenèrent la ligue du Bien public (1463). Avant de prendre parti, le sieur de Nivelle voulut tenter une réconciliation pour son propre compte; en conséquence, sans en avoir prévenu son frère, accompagné seulement de quelques serviteurs, il se rendit à Eeouen, et demanda la permission d'y saluer le sire de Montmorency. — De son côté, Louis de Fosseux, sans doute instruit secrètement de la démarche de son frère, se hâta de suivre le même chemin et de gagner Eeouen, où il arriva accompagné de plusieurs des siens, presque en même temps que


MONTMORENCY-FOSSEUX. 207

Nivelle. Il accouroit tout ému, dit-il aux gens du château, ayant appris que son père étoit gravement malade, et il venoit solliciter la faveur de le voir et de lui offrir ses très-humbles soumissions. — C'est l'histoire de cette rencontre que nous trouvons toute entière dans les nouvelles lettres de rémission que voici : celles-ci sont du roi Louis XI.

2. RÉMISSION POUR LOUIS DE MONTMORENCY SEIGNEUR DE FOSSEUX , JACQTIES DE VASTINES, JEHAN DE BEAUFORT, GIRARD MORDAIGNE, JEHAN LE CONTE, PITOIS DE TREHOÛRT ET GILLE PINÇON.

Loys, pour la grâce de Dieu, roy de France, savoir faisons à tous présens et avenir, Nous avoir receue humble supplication de Loys de Montmorancy, chevalier seigneur de Fosseux, agio de trente-quatre ans ou environ, et de Jacques de Vastines, Jehan de Beaufort, dit Jenin Friou, Girard Mordaigne, Jehan le Conte, Pitois de Tréhourt et Gille Pinçon, serviteurs dudit Loys de Montmorancy : contenant que le xxin 0 jour de juing dernier passé mil nu 0 LXII, fut dit audit Loys de Montmorancy suppliant, — que le seigneur de Montmorancy son père estoit fort malade et en péril de mort, dont ledit Loys fut bien desplaisant; et se partit le lendemain de son hostel de Wastines, assis au pais de Picardie, acompagaié des susdits serviteurs, supplians pour aller veoir son dit père : et arriva à Escouen où il estoit le xxvne jour dudit moys de juing après-disner, auquel lieu il trouva icellui son père qui faisoit bonne chère et estoit en bon point, dont il fut très-joyeux. Et pareillement y trouva Jehan de Montmorancy, chevalier, seigneur de Nyvelle, son frère; et incontinent que ledit Loys lesapperceut il descendit de dessus son cheval et se mist à genoulz devant sondit père et le salua : et icellui son père le print par la main et luy fist


208 LE CABINET HISTORIQUE.

très-bonne chère. — Et après icellui Loys alla saluer sondit frère, lequel luy fist très-mauvays semblant, dont ledit Loys fut très-fort esbay, parce qu'il cuidoit estre très-bien en sa grâce.

Et ledit jour, après sopper, icellui Loys oyt que sondit père se courroçoit en montant en sa chambre; et après luy montèrent la dame de Montmorency, et ledit Jehan de Montmorency : auquel Jehan de Montmorency ledit seigneur de Montmorency dist telles parolles : « Cuide tu estre seigneur de Montmorency? par mafoy, encores nel'es-tu pas! » —Et lors la dite dame de Montmorency respondit disant : » Par ma foy, mon seigneur, il n'y vise pas. » — Et illec récitèrent aucunes parolles, lesquelles ledit Jehan de Montmorency torna en autre propos, et puis preint congé de sondit père et s'en alla en sa chambre, en laquelle ledit Loys, son frère, le convoya : et après s'en alla coucher.

Et le lendemain, ledit Loys suppliant, alla avec son dit père à la messe; et puis retornèrent à l'ostel, auquel icellui Loys trouva ungnommé PerrinetleRoulié,serviteurduditseigneur de Montmorency : auquel Perrinet ledit Loys demanda se l'on avoit mandé ledit Jehan de Montmorency son frère? — lequel Perrinet luy dist que ladite dame de Montmorency l'avoit fait venir pour le testament dudit seigneur de Montmorency qui avoit esté malade.—De laquelle venue, veue la cause d'icelle, ledit Loys fut fort desplaisant et courrocé, attendu que luy et sondit frère, certain temps avant, avoient appoinctè et promis qu'ils n'yroient point devers leur dit père, sans le faire savoir l'un à l'autre.—Et lors ledit Loys demanda audit Perrinet se ledit testament avoit esté fait?—lequel luy répondit que oy, seurement. — Oye laquelle responce, icellui Loys fut plus courrocé que devant, parce que son dit frère ne luy en avoit riens dit, et qui pis est, ne daignoit parler à luy : — parquoy ledit Loys tout esmeu s'en alla devers son dit frère


MONTMORENCY-FOSSEUX. 209

qu'il trouva en la court dudit hostel d'Escouen, et luy demanda pourquoy il estoit là venu? — et il luy respondit par grand orgueil en meclant ces deulx mains aux costés, et se dréçant sur les pieds, telles parolles : o Que je y suis venu faireî qu'en avez-vous affaire?»—De laquelle responce icellui Loys se troubla plus fort que devant, disant à sondit frère telle parolle : « Que j'en ay affaire?...» Et icellui son frère luy respondit : c Voyre, qu'en avez-vous affaire? » Et lors ledit Loys tira sa dague, et sondit frère se laissa cheoir à terre, sans ce que icellui Loys luy touchast oneques. — Et incontinent s'approcha vers ledit Loys l'un des serviteurs dudit Jehan de Montmorency nommé Haquinet; et quant icellui Loys le vit ainsi aprocher, il se escria sur luy; et lors l'un de sesdits serviteurs cy-devant nommez tira ung bracquemart qu'il avoit, et en frappa ung coup ledit Hacquinet par la jambe, de paour qu'il ne tuast ledit Loys. Et incontinent icellui Loys et sesdits serviteurs, supplians, se départirent d'illec pour aller quérir leurs chevaulx et pour eulx en aler.—Et ainsi qu'ils s'en aloient, et ledit Loys estant troublé par la manière que dit est, il trouva ung nommé Joussequin, pallefrenier dudil Jehan de Montmorency, et lors il dit : « Il sera batu ! »—Et adonc l'un de ses ditz serviteurs, supplians, tira ung bracquemart et le navra, et puis montèrent tout hastivementà cheval et s'en allèrent. — Ung mois après ou environ, icellui Jossequin, par lafaulte de bon gouvernement, ou autrement, alla de vie à trespassement, et ledit Hacquinet fut tantost après gary. —Et au regard dudit Jehan de Montmorancy, combien que lesdits supplians se esforçassent de le frapper, toutesvoyesil ne fut point frappé, ne navré. — Et atant, lesdits supplians s'en retornèrent audit pais de Picardie, desplaisans du cas qui estoit ainsi soudainement advenu. Et depuis nostre procureur au chastellet de Paris, soubz son donné à entendre, et par partie de certaines noz autres lettres,


210 LE CABINET HISTORIQUE.

a, de lui seul, fait appeler lesdits supplians, ou les aucuns d'eulx, à ban, et tellement contre eulx procédé que par deffault il a obtenu sentence de notre prevost de Paris ou son lieutenant, par laquelle, entre autres choses, ledit Loys de Montmorency, suppliant, a esté condampné envers nous en la somme de ium liv. parisis d'amende, et à faire certaines fondations pour l'âme dudit deffunct, à ce en amende de LX liv. envers ledit Hacquinet, et au surplus les susdits serviteurs, supplians, déclarés bannis de nostre royaume et leurs biens confisquez.

De laquelle sentence icellui Loys de Montmorency et son procureur, pour luy a appelé à nostre court de Parlement, à l'occasion dequel cas, appeaulx et deffaulx, lesdits supplians, doubtans rigueur de justice, se sont absentez dupais, ouquel ne ailleurs en nostre royaume ils ne oseraient jamais demourer, si, sur ce, nostre grâce et miséricorde ne leur estoit sur ce imparties : en nous humblement requérant que attendu les services à nous et à nos prédécesseurs faitz par ledit Loys, au fait de la guerre, et aussi la charge qu'il a de femme et de six petiz enfans : et qu'il a toujours esté de bonne vye, renommée, et honneste conversation, sans avoir esté actaint ou convaincu dans autre villain cas, blasme ou reprouche,—sauf de la mort par lui ou ses serviteurs commise en la personne de Mahieu de Lincheul, dont il a obtenu rémission de feu nostre trèscher seigneur et père, que Dieu pardoint, laquelle luy a esté entérinée; et aussi de certain débat fait par luy ou sesdits serviteurs avec sondit père ou ses gens, où l'on dit que icellui son père fut navré, —dont il le a satisfait, tellement que en a esté très-bien content de luy ; Nous, sur ce, vueillons ausdils supplians Nostre dicte grâce et miséricorde impartir, pourquoy etc. Voulans etc. à iceulx supplians avons quicté, remis et pardonné, quictons, remestons et pardonnons le fait et cas dessus dicts etc. Et les avons


M0NTM0RENCY-F0SSEUX. 211

restituez etc., et les avons rappelez et rappelions en nostre royaume, nonobstant lesdits appeaulx, bannissement et deffaulx, confiscation, sentence et arrest etc. — Donné à Dampierre-lèz-Hesdin, au mois de juing, l'an de grâce mil un, LXIII, et de nostre règne le troisiesme.

La pièce qu'on vient de lire est tirée du Trésor des chartes. II, reg. 199, n° 398, p 243.—Celle qui suit, et qui en est le corollaire, se trouve en original au volume XIV de la Collection du SaintEsprit, à laquelle nous avons déjà fait quelques emprunts.

3. RÉMISSION ACCORDÉE A Louis DE MONTMORENCI ET A SIX

DE SES SERVITEURS, POUR UN MEURTRE COMMIS SUR LA PERSONNE D'UN DES SERVITEURS DE JEAN DE MONTMORENCI,

FRÈRE DE Louis.

De par le Roy,

Chancellier, Nous avons donné, à nostre amé et féal Loys de Montmorency, et à six de ses serviteurs, rémission de certain murtre par eulx commis, en la personne d'un des serviteurs de Jehan de Montmorency, chevalier, frère dudit Loys. — Si gardez que incontinent vous faistes sceller les lestres de ladicte remission, et que en ce n'ait faulte. Donné

à Dampierre le xxixe jour de juing.

LOYS. BOURT.

Au dos, d'une autre main : Louys XI, reçue à Abbeville le 29 juin 1464.

Après ces scènes de violence, si peu faites pour amener une réconciliation entre le père et les enfants, Louis de Fosseux, auteur ou fauteur de plusieurs' meurtres, dut encore recourir à la clémence royale : et il en obtint les lettres de rémission qu'on vient de lire. Il est naturel de supposer que Louis XI se voyant.à la veille d'une formidable attaque de la part des grands vassaux,


212 LE CABINET HISTORIQUE.

qui déjà s'armoient pour la guerre du Bien public, ne se montra point très-rigoureux envers un Montmorency, qu'une trop stricte justice eût poussé au duc de Bourgogne et qu'une grâce à propos octroyée pouvoit retenir dans le devoir. Nous ne savons, en effet, quel parti prit Louis de Fosseux après ces lettres. Quant à ce qui regarde Nivelle, il est certain qu'irrité du mauvais succès de son entrevue d'Ecouen, il se jeta dès lors dans le parti des princes ligués et prit fait et cause dans la guerre du Bien public. On sait le succès de cette prise d'armes, qui, après la bataille de Montlhéry, aboutit au traité de Conflans. Mais entre le Téméraire et Louis XI, cette paix ne pouvoit être qu'une trêve. La guerre éclata de nouveau. Le baron de Montmorency, dit Désormeaux, somma à son de trompe Jean de Nivelle et Louis de Fosseux de servir le roi : ni l'un ni l'autre n'ayant comparu, il les traita de chiens, et les deshérita. Il fit donation entre-vifs de la baronie de Montmorency, et généralement de tous ses biens, à son troisième fils, Guillaume, qui combattoit alors en faveur du roi. On conçoit combien la sévérité de Jean II dut plaire à un prince du caractère de Louis XI; il autorisa la donation et reçut, le 28 octobre 1472, Guillaume à foi et hommage lige. Jean II ne survécut pas longtemps à cette fatale disposition qui intervertissoit l'ordre de succession dans son illustre maison : il mourut à l'âge de soixante-seize ans, le 6 juillet 1477. Il avoit été précédé dans la tombe par son fils aîné, Jean de Nivelle, deshérité, aussi bien que Fosseux, au profit de leur frère puîné et utérin, Guillaume de Montmorency.

Mais nonobstant le testament de 1472 et ses divers codicilles confirmatifs, Louis de Fosseux, incontinent la mort de son père, ne laissa point de prétendre à sa succession, se disant et portant principal héritier par suite du trépas de Jehan de Montmorency, sieur de Nivelle, son frère, mort onze jours avant le sire baron de Montmorency.

Mais Nivelle, chargé de la malédiction de son père, avait laissé des enfants dont la postérité devoit prendre place dans l'histoire. Nous n'avons pas à nous occuper ici de leur destinée, nous emprunterons seulement à l'historien principal de la famille, André Duchesne, les détails suivants, qui serviront de préambule à la pièce que nous publions plus loin. Il s'agit ici du jeune fils de Jean Nivelle, neveu de Louis de Fosseux.

* Jean II de Montmorency, sieur de Nivelle, né en 1461, ayant atteint l'âge de quinze ans ou environ, commit quelques violences pour lesquelles il se retira en franchise à l'abbaye de Laval-leRoy, au diocèse de Reims, et y demeura trois ans sans oser en sortir. Cependant Jean de Montmorency, sieur de Nivelle, son père, mourut, et peu après Jean, sieur de Montmorency, son


MONTMORENCY-FOSSEUX. 213

ayeul. D'où vint que Guillaume de Montmorency, troisième fils de Jean II, s'étant mis en possession de la baronie de Montmorency et de ses appartenances, en vertu du don qui lui avoit été fait, Louis de Montmorency, sieur de Fosseux, s'y opposa, prétendant les mêmes terres, comme devenu fils aîné du défunt, par la mort de Jean de Montmorency, son frère; et pour ce sujet intenta procès contre Guillaume de Montmorency. — Ce qu'estant venu à la cognoissance de Jean de Montmorency, fils du seigneur de Nivelle, lors réfugié au monastère de Laval-le-Roy, il envoya promptement charge à Me Pierre Chacerat, son procureur, pour s'opposer aussi, de sa part, à ce qu'aucune délivrance ou adjudication de biens contentieux ne fust faicte à ses oncles, sans ouyr les causes et moyens qu'il avoit intention de déduire en xemps et lieu. — Quoy fait, il pensa au recouvrement de sa liberté, et à cette fin rechercha lettres de rémission qui luy furent octroyées par le roy Louis XI, l'an 1479, au temps auquel il prenoit seulement le tiltre de seigneur de Saint-Leu-lès-Taverny, ayant eu cette terre avec celle de du Plessys-Bouchard, de l'hérédité du seigneur de Montmorency, son ayeul. »

La pièce qu'on va lire est un curieux résumé des plaidoiries des avocats qui prirent la parole dans le procès auquel donna lieu le testament d'exhérédation de 1472. Tout s'y trouve indiqué, moins l'arrêt. D'un côté, Guillaume de Montmorency, demandeur, en exécution du testament au mépris duquel Fosseux s'étoit mis en possession des domaines contentieux, est représenté par l'avocat Michon, qui, dans son exposé, met un soin perfide à réunir en faisceau tous les méfaits reprochés à Fosseux. — L'avocat Le Coq répond à tous ses griefs pour son client par des fins de non-recevoir, que le lecteur appréciera. — Il y a aussi l'intervention de Marguerite d'Orgemont par l'avocat Vendetur, et celle de Jean de Montmorency, le réfugié de Laval-le-Roy, par l'avocat Chacerat. Cette pièce est donc infiniment curieuse comme spécimen de plaidoirie et de procédure au xve siècle.

4. PIÈCE D'UN PROCÈS EXISTANT ENTRE PLUSIEURS MEMBRES DE LA FAMILLE DE MONTMORENCY.

Au plaidoyer entre Guillaume et Louis de Montmorency, 20 novembre 1477,

Michon, pour Guillaume, dit qu'il n'entend point injurier Louis, mais qu'en sa jeunesse fut plein de sa volonté, causant


214 LE CABINET HISTORIQUE.

at?ec gravité, mauvais gouvernement (sic); qu'à l'occasion de certain meurdre, l'an 1453, ledit Louis vint devers son père le prier qu'il rescrivist au roy, pour luy faire avoir rémission de la mort d'un prestre : ce qu'il accorda après plusieurs paroles et remonstrances; en haine de quoy ilissit hors la chambre de son père, où il tenoit une espée traitte en sa main, et incontinent en frappa son père par le ventre jusques à grande effusion de sang et l'eut tué, si n'eut esté le mantel dudit messire Louis qui empescha le coup, et la ceinture du père qui en partie empescha le coup ; mais non portant l'espée entra dans le corps du père bien 3 doigs, dont ledit père cheut pasmé ; et après fut relevé par son chapelain et par un gentilhomme. — Dit que dix ans après, c'est asçavoir, l'an 1463, le seigneur de Nivelle, fils aisné dudit seigneur de Montmorency vint par devers son père à Escouen, et le lendemain, qui fut le 28e jour de juin, y vint pareillement ledit M» Louis, et eux estant illec, M0 Louis tira sa dague sur luy pour le cuidertuer, et de peur, ledict seigneur de Nivelle, lequel ne se doutait de rien, cheut à terre, et cuida on qu'il fût mort : Et tantost survint ledict père qui tenoit sa dagu», laquelle ledict M° Louis luy osta violemment et luy incisa la main et en frappoit.—Ledict père voyant le mauvais courage dudictM 0 Louis, et ayant en mémoire ce qu'il luy avoit voulu faire l'an 1453, s'enfuit; mais ledit M'Louis le chassa et le suivit jusques en l'église : Dit que, ce nonobstant, les serviteurs dudit Me Louis bâtirent le serviteur dudit seigneur de Nivelle si énormément qu'il en est et sera à tousjours impotent; et non content en frapa l'autre qui ne sça voit rien dudit débat, tellement que du coup il mourut. Pour lequel cas ledit M" Louis fut, par sentence du prévost de Paris, banni de ce royaume, et encore à faire fondation et obits et en grandes amendes.—Et outre, que pour scandaller son lignage, il a espousé contre le vouloir de ses pères, une jeune


MONTM0RENCY-F0SSEUX. 215

femme dont il avoit eu plusieurs enfans; et que le seigneur de Croiseilles, frère dudit seigneur de Montmorency, voyant la persévérance de incorrigibilitô dudit M° Louis, rescrivit une lettre audit feu seigneur de Montmorency, par laquelle il luy rescrivit que, pour l'honneur du lignage, il le devoit exhéréder et l'envoyer, luy et sa femme,— et faire ses enfans moines.—Dit que pour ces causes, au mois de juillet, audit an 1453, le père par devant deux notaires exhéréd a ledit Louis. Dit qu'encore de rechef, un an après, il a confirmé par devant autres notaires ladite exhêrédation. Et encore, l'an 1472 par son testament l'a exérédé, en tant que mestier serait, et, en cette volonté est trépassé.—Et que certain temps après, ledit père considérant que son fils aisnê esloit en Flandres et tenoit le party du duc de Bourgogne contre le roy, et pareillement ledit Me Louis, et qu'il n'avoit autres enfans masles que ledit Appellant, en l'obéissance du roy, donna audit Appellant ladite terre, seigneurie et baronnie de Montmorency et la seigneurie d'Escouen.—Dit que ledit Appellant en a esté receu à foy et hommage du roy, et a jouy par quatre ou cinq ans; commis les officiers, et receu les hommages des vassaux.

LE COCQ, pour l'Intimé, dit que le père jouit de leurs biens de luy et son frère, qu'après la mort de leur mère s'estoit remarié avec Marie d'Orgemont, qui incontinant après prit le gouvernement de la personne et des biens du père, qui ne s'enstremettoitde rien; qu'elle a tasché à mettre la dissension; et avoit un serviteur nommé Linroulle, qui faisoit les mauvais rapports. — Que voulant oster un serviteur au seigneur de Nivelle, son frère, ledit seigneur le voulut frapper; qu'en soy deffendant tira l'espée; que le père survint qui en fut touché, à son grand regret, mais sans playe—à cause, de quoy ladictedame l'auroit voulu faire exhéréder. — Que depuis il se vint mestre à genoux devant son père qui luy pardonna


216 LE CABINET HISTORIQUE.

librement, l'embrassa et baisa; et depuis a plusieurs fois beu et mangé avec luy; dont ladicte dame malcontente poursuivit ladicte exérédation, nonobstant laquelle il se reconcilia. — Que depuis ledit seigneur de Nivelle décédé, et son père onze jours après, il demande la succession ; — que le roy l'a receu à homage; nonobstant quoy l'Appellant, avec 80 hommes, a vendangé. — A cause de quoy il a obtenu commission, et M" Nicole Tuleu, examinateur au Chastelet, s'estant transporté sur les lieux, dont l'Appellant aurait pour la 2e fois appelé, demande à la cour examen à futur par devant M. Amé le Viste et Guillaume Aymeret, conseiller, etc.

SABREVOIRS pour Coluc de Touques (1) et Margueritte de Montmorency, sa femme, fille dudit feu sieur demandeur, s'oppose.

MICHON, contre, dit : Qu'il a mis les mains sur son père, tué un homme; n'a point de rapel de ban; que le père a mis son fils Guillaume en possession de ses seigneuries de Montmorency et d'Escouen; que à tort il accusa la dame de Montmorency : — que devant le Bien public ledit Louis estoit avec le duc de Bourgogne; menaçoit de détruire la terre de Montmorency et obligea les habitans d'aller supplier son père de luy pardonner, qu'il refusa.

VANDETUR, pour Marguerite de Montmorency demande son douaire. (C'est Marg. d'Orgemont).

LE COQ réplique qu'elle gouvernoit son mary descrépit et débilité de sens; que Baronie ne se divise point et mêmement ladite Baronie de Montmorency qui est la première du royaume ; qu'au Bien public ledit Louis garda les terres de

(1) Il y a certainement ici une faute du copiste, et il semble qu'il faille lire, au lieu de Colac de Touques, Arnoul, comte de Houtquerque (de la maison de Hornes), qui épousa Marguerite de Montmorency, fille, en effet, du demandeur, Jean II de Hornes.


M'.JNTMORENCY-FOSSEUX. 217

son père et y eut un poulet (sic) : — qu'il estoit marié avec une femme de grande et bonne maison et de Waurains, et meilleure que celle d'Orgemont; et n'y a aucun reproche; et estoit sadicte femme fort en la grâce dudit seigneur de Montmorency. — Pour l'homicide, qu'il ne le fit pas faire; qu'en cas de besoin, il y a remission et rupture de ban.

MICHON dit que le père n'est mort saisy de Montmorency, mais est mort à Thorigny : juge apointê.

Mardy 17 février Pierre Cnacerat intervint et demanda comme procureur de Jean de Montmorency, seigneur de Nivelle (... coetera desideraniur).

Nous clorons en quelques mots cette série de documents sur le sire de Fosseux. — Après longs débats sur cette matière, ajoute André Duchesne (1), les parties, considérant la proximité de lignage qui étoit entre elles pour garder et entretenir paix et amour fraternel, traitèrent finalement ensemble et pacifièrent de leur bon gré toutes choses. Cet accord est du 27 octobre 1483. « Louis se désista de ses prétentions. La baronie de Montmorency resta à Guillaume, qui, de son côté, a;da la terre de La Tour-au-Bègue avec d'autres avantages considérables. »

André Duchesne nous apprend enfin que Louis de Montmorency, sieur de Fosseux, sur ses vieux jours, entreprit de faire un voyage pieux à Saint-Jacques de Compostelle, auquel lieu s'étant acheminé il mourut, avant son retour, en 1490, et Marguerite de Wastines, sa veuve, le dernier février de la même année, ayant voulu sa sépulture en l'église de Fosseux. — Ils laissoient de leur union quatre enfants : — 1° Roland de Montmorency, baron de Fosseux, qui continua la postérité; — 2" Oger de Montmorency, sieur de Wastines, auteur de la branche des comtes d'Esierre, princes de Robeque et de Morbeque, grands d'Espagne, etc.; — 3° Jean de Montmorency, seigneur de Roupy et de Nomain, dont la branche s'éteignit en son fils Nicolas de Montmorency, seigneur de Roupy;

(1) Nous n'avons pas besoin de dire qu'aucun des documents que nous publions ici ne se trouve ni dans Duchesne, qui a pu les connoître et les omettre à dessein, comme n'étant point utiles à l'honneur de la maison dont il dressoit le panégyrique et la généalogie, ni dans DésorineauS, qui les a certainement ignorés.

lie année. Juillet-Août 1865.— Doc. 15


218 LE CABINET HISTORIQUE.

— 4° et Cyprien de Montmorency, seigneur de Marly, mort sans postérité.

Après l'histoire du premier des Fosseux, il convient de dire quelques mots de la terre même de Fosseux, dont la branche aînée continua à porter le nom longtemps même après l'aliénation du domaine. Ce fut Pierre de Montmorency, premier du nom (arrièrepetit-fils de Louis de Fosseux), qui la vendit, en 1574, à Jean de Hennin, seigneur de Cuvilliers, de la maison de Chimay. — Ce Montmorency ne fut point inférieur en bravoure, en honneur et en dignités à ceux de sa race. Chevalier de l'ordre du roy, capitaine de 50 hommes d'armes, de ses ordonnances, il se signala au siège de Metz, et dans toutes les guerres de Henri II, de Charles IX et de Henri III. C'est à lui que passa l'aînesse de la maison de Montmorency par l'extinction des comtes de Hornes, en 1570, et ce fut en sa laveur que Henri III érigea la baronie de Thury en marquisat. Ce prince, dans les lettres d'érection, comble d'éloges la maison de Montmorency, et reconnoît qu'elle est issue, par femmes, des maisons de Bourgogne, de Bourbon, etc., et que Pierre de Montmorency en est le chef.

En vendant au sire de Hennin, qui, du reste, se prétendoit parent du vendeur, de l'estoc et famille de Montmorency, Louis de Montmorency, pour ne pas perdre un titre sous lequel son bisaïeul, son aïeul, son père et lui étoient connus, obtint du roi l'érection de la terre de Baillet-sur-Esche en baronie, sous le nom de Fosseux.

Les actes suivants sur l'aliénation de la baronie de Fosseux, que nous avons cru devoir donner ici pour complément à nos recherches, sont extraits du volume xxv de la collection de Flandres, dites les 182 Colbert.

S. Accord fait à PIERRE DE MONTMORENCY, comte de ChasteauVilain, seigneur de Fosseux, etc., chevalier des ordres du Roy très-chrestien, de pouvoir vendre, charger et aliéner ses terres et seigneuries de Fosseux et Lenval, et leurs appartenances, moyennant la somme de 2,400 livres de 40 gros. A Anvers. 1575.—Extrait d'un registre des Chartes de la Chambre des comptes de Lille en Flandre; cotté 32, depuis 1574 jusques en 1576. Folio 160 v.

Sur la remonstrance faile au Roy, nostre Sire, de la part de Messire Pierre de Montmorency, comte de Chasteau-Vi-


MONTMORENCY-FOSSEUX. 219

lain, sieur de Fosseux, etc., chevalier de l'ordre du Roy très-chrestien de France, contenant comme s'estant, durant les troubles de France, continuellement employé au service dudit seigneur Roy, son prince naturel, contre et au reboutement des rebelles hérétiques et communs ennemis de la saincte foy catholique; et luy auroit convenu, en ce, frayer et dépendre diverses grosses sommes de deniers ; à raison de quoy il se trouve présentement endebté et redevable vers plusieurs créditeurs, pour ausquels satisfaire et se décharger de ses dites debtes, il n'aurait autre ny meilleur moyen, que par la vente et aliénation de ses terres et seigneuries de Fosseux et Lenval, leurs appartenances et dépendances, situées lez-Avesnes, aux frontières du pais et comté d'Artois ; y ayant seulement justice vis-comlière, à sçavoir, moyenne et basse ; estans icelles chargées de plus de quatre cens livres de vieilles rentes, faute du payement desquelles elles seraient apparentes d'estre fourgaignées et distraites à vil prix ; estant par ainsi le restant et surcroist par dessus les dites charges de petite importance : — toutesfois, il n'ozeroit et ne voudrait procéder à la dite vente et aliénation, obstans certaines ordonnances et défenses qu'il entend par Sa Majesté avoir esté faites, endroit la vente des terres que les sujets dudit Roy de France ont ez pais de pardeçà, sans le congé et licence de sadite Majesté. Requérant partant ledit sieur Remonstrant, qu'en considération de ce que dessus, mesmes que les dites (terres) et seigneuries sont si frontières et prochaines du pais de France, qu'en temps de guerre, l'on n'en peut tirer aucun ou bien petit profit : le bon plaisir de sadite Majesté soit accorder et autorizer le dit Remonstrant de pouvoir vendre, charger et aliéner ses dites terres et seigneuries de Fosseux et Lenval, leurs appartenances et dépendances, ainsi qu'elles se comprennent el eslendent, à celuy ou ceulx, et ainsi que bon luy semblera. Offrant en contemplation du-


220 LE CABINET HISTORIQUE.

dit accord, payer et avancer au profit de Sa Majesté, la somme de deux mil quatre cens livres du prix de quarante gros, monnoye de Flandres. Une fois, Monseigneur le grand commandeur de Castille, lieutenant, gouverneur et capitaine général, etc. Ce que dessus considéré et sur ce euz les avis, tant du receveur du domaine du Roy au quartier d'Arras, Louis le Cambier, et de ceux des comptes à Lille, que des président et gens du conseil provincial d'Artois; a pour les raisons et considérations y alléguées, a consenty et accordé, consent et accorde, par cestes, au nom et de la part de Sa di'e Majesté audit sieur Remonstrant, par l'avis de ceulx du Conseil d'Eslat et des finances, estanslez Son Excellence, de pouvoir vendre, charger et aliéner ses dites terres et seigneuries de Fosseux et Lenval, ensemble leurs appartenances et dépendances, selon qu'elles se comprennent et cstendent, à celuy ou ceux et ainsi que bon luy semblera ; nonobstant quelconques ordonnances, prohibitions ou défenses à ce contraires, moyenuant et en fournissant par ledit sieur Remonstrant, selon son dit offre et par dessus les droiz seigneuriaux ordinaires, la dite somme de deux mil quatre cens livres, du prix de quarante gros, monnoye de Flandres, la livre ; et ce ez mains du trésorier de l'Espargne d'icelleSa Majesté, Reingont. Ordonnant Son Excellence à tous juges et officiers qu'il appartiendra, de, suyvant ce, passer et recevoir les dessaisines et deshéritances, et en bailler les saisines et adhéritances aux acheteur ou acheteurs, en la manière accoustumée, sans aucune difficulté. Fait en Anvers, souz le nom de sa dite Excellence, le 13e jour de may 1575. Ainsi souscrit : Dom Louis de Requesens. Et plus bas : Par ordonnance de Son Excellence, et signé : Stercke. — Et encores : Le conîenu en l'acte cy-dessus, la lettre absolute de receple dudit trésorier de l'Espargne de Sa Majesté, Jacques lîeingont, des deux mil quatre cens livres de quarante gros,


MONTMORENCY-FOSSEUX. 221

monnoye de Flandres, la livre ; en date du second d'aoust dernier 1575 : — ensemble certaines lettres des chef, trésorier général et commis des finances, escrites à Messieurs les président et gens des comptes du Roy, notre Sire, à Lille, le pénultième de juillet aussi dernier, afin de faire registrer le dit acte, sont regislrées en la Chambre des diz comptes, à Lille, au registre des Chartes y tenu, commençant au premier de juillet 1574. Foliis 160 v° et 161, du consentement de mesdits seigneurs des comptes, le 1er de mars 1576, selon l'édit, par moy, et signé : P. de Monchaux.

Lettre de recepte du trésorier de l'Espargne, des diz deux mil quatre cens livres.

Je, Jacques Reingont, conseiller et commis des domaines et finances du Roy, et trésorier de son espargne, confesse avoir receu de Messire Pierre de Montmorency, comte de Chasteau-Yilain, sieur de Fosseux et chevalier de l'ordre du roy de France, la somme de 2,400 livres du prix de quarante gros, monnoye de Flandres, la livre ; et ce, à cause de semblable somme, par ledit seigneur offerte à Sa Majesté, pour et en considération delà licence par luy prétendue et à luy accordée de pouvoir vendre, charger et aliéner ses dites terres et seigneuries des Fosseux et Lenval, leurs appartenances et appendances, selon que plus amplement appert par acte de ladite licence en despesché, en datte du mois de may dernier passé, en deniers à moy payez, pour estre convertis et employez au fait et conduite de mon office, avec les autres deniers de mon entremise. De laquelle somme de 2,400 livres dudit prix je suis content, et en quitte ledit seigneur de Forseux, témoin mon seing manuel cy mis, le 2e d'aoust 1575.

Souz-signé : REINGONT.


222 MONTMORKNCV-EOSSEUX.

Lettres des chefs, trésorier général et commis des finances de Sa Majesté, afin de procéder à la registrature desdites lettres d'accord.

Très-chers seigneurs et spéciaux amis, comme Son Excellence ait n'aguères, après avoir ouy le rapport de la rescription et avis donnez, tant par le receveur du domaine d'Arras, Louis le Cambier, que vous; ensemble les président et gens du conseil provincial d'Artois, sur la requête présentée à Sa Majesté de la part de Messire Pierre de Montmorency, comte de Château-Vilain, sieur de Fosseux, etc., chevalier de l'ordre du roy de France, tendant par icelle, pour les raisons y alléguées, avoir octroy de pouvoir vendre, charger et aliéner ses terres et seigneuries de Fosseux et Lenval, leurs appendances et dépendances, situées lez Avesnes, païs d'Artois ; accordé à iceluy ladite vente et aliénation, sur les charges et conditions amplement déclarées au despesché qui sur ce vous sera exhibé, à cette cause, et que desirons qu'en soit semblablement tenu note en vostre chambre, comme il appartiendra, sans y faire faute. A tant, nos très chers sieurs et spéciaux amis, Nostre Seigneur YOUS ait en garde. D'Anvers, au bureau des finances, le pénultième de juillet 1575. Ainsi souscrit : Les chefs, trésorier général et commis des finances du Roy, et signé : Stercke.

Et sur le dos est escrit : A nos très-chers seigneurs et spéciaux amis les président et gens de la Chambre des comptes du Roy, à Lille.

Collationné sur le registre original par moy souz-signé, le vint-deuxiesme mars 1670.

DENYS GODEFROY.


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 223

XXII. — CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME

(Suite. — Voir les numéros de juin, juillet, novembre et décembre 1863 ; janvier, février, avril et mai 1864; janvier, avril, mai et juin 1865.)

§ VII. — Supplice du feu.

Dans les sentences conservées aux registres de l'inquisition de Carcassonne et de Toulouse, l'on ne voit le supplice du feu prescrit que contre les morts. L'hérétique vivant n'étoit plus soumis, par sentence inquisitoriale, à cet acte de barbarie, comme au commencement du xnie siècle. Lorsque certains hérétiques furent livrés aux flammes du bûcher, à l'époque de la croisade des Albigeois, ce ne fut que par des décisions émanées des légats, et sans qu'une sentence judiciaire fût venue consacrer ce genre de supplice.

Lorsque le Tribunal ecclésiastique de l'inquisition fut établi, les ministres du Saint-Office se montrèrent plus tolérants, quoique ardents à poursuivre l'hérésie, et nous ne trouvons dans leurs sentences aucun hérétique vivant, condamné à être brûlé vif.

Cette proscription du supplice du feu contre les vivants, étoit un progrès réalisé ; et celte circonstance est digne de remarque. La passion des chefs de la croisade de 1209, touchant l'extermination des hérétiques, avoit cédé à des sentiments plus humains, et dès qu'une Cour de justice fut établie dans la Langue d'oc, pour statuer sur le fait de l'hérésie, les magistrats ecclésiastiques, chargés du prononcé de la sentence, s'inspirèrent des devoirs du juge et ne voulurent,


224 LE CABINET HISTORIQUE.

en aucune manière, perpétuer la continuation des excès et des écarts, dont le commencement du xme siècle avoit été témoin.

Le décès de l'individu accusé d'un crime ou d'un délit, dans la justice ordinaire, met fin à toute poursuite. Quelle peine correctionnelle, affliclive, infamante ou capitale infliger à un cadavre ? Rayé du nombre des vivants par une mort naturelle ou violente, l'accusé ou le prévenu a le bénéfice de la paix du tombeau.

Comment la justice de l'inquisition s'est-elle complue à prescrire le supplice du feu contre les ossements de certains individus morts hérétiques? Les sentences du Saint-Office à cet égard sont nombreuses ; et elles ne trouvent une espèce de raison d'être, que dans Ja confiscation des biens du condamné, qui suivoit toujours la peine afflictive, infamante ou capitale.

La confiscation n'a jamais profité au Saint-Office; elle amenoit dans les mains des évoques diocésains et de la royauté, tout l'avoir mobilier et immobilier des condamnés, et afin d'atteindre à l'héritage d'un hérétique décédé, il falloit rendre sentence contre la mémoire du défunt, pour avoir la saisine de tout ce qu'il possédoit au moment de sa mort.

C'est le seul motif plausible que l'on puisse donner à toute cette série de sentences rendues par l'inquisition contre des cadavres. Cette observation va ressortir avec clarté de certaines condamnations émanées du Saint-Office.

I

Manenta, femme de Bernard Sabatier, de Lodève, étoit morte hérétique, après abjuration. Ce cas de récidive fut prouvé par une enquête juridique, et le Tribunal de l'Inqui-


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 225

sition ordonna que les ossements de Manenta seroient désenterrés et brûlés. Voici cette sentence :

« Au nom du Seigneur, ainsi -soit-il, parce que Nous, Frère Henri de Chamayou, par suite de l'autorité de notre office et délégué du Révérend Père en Dieu, Bernard, par la grâce de Dieu, évêque de Lodève, et nous, Pierre Brun, par suite également de notre autorité, Inquisiteurs susdénommés, à suite de la recherche légitime par nous faite, et de la confession qui a été r lacée sous nos yeux, nous avons trouvé et il est notoire que défunte Rose Manenta, autrefois épouse de Bernard Sabatier, de Lodève, qui dans la prison de Carcassonne est décédée, a vécu dans le crime d'hérésie à tant de reprises et d'une manière si grave, savoir : en retombant dans le susdit crime, et après avoir obtenu sa réconciliation et fait son abjuration, est tombée en rechute, en ajoutant môme à ses erreurs passées de nouveaux griefs, sans respect et sans crainte pour le jugement de Dieu, semblable au chien qui revient à la chair corrompue avec acharnement, en faisant une conversion aussi mensongère que fictive, en vivant dans une impénitence finale, en se montrant incorrigible touchant un crime aussi abominable, et indigne de grâce et de miséricorde ; qu'avant sa mort elle n'a fait preuve d'aucun repentir, quoique relapse dans le susdit crime d'hérésie et dans ses erreurs; qu'elle est décédée sans avoir reçu la punition de ses nombreuses récidives, comme le tout a été ormulé avec intelligence en langue vulgaire ; qu'un crime aussi néfaste exige, par suite de son énormité, d'après le roit établi, la vindicte publique tant contre les vivants que contre les morts;

« C'est pourquoi Nous, Inquisiteurs susdits, ayant Dieu seul devant nos yeux, siégeant en tribunal, ayant placé devant nous les Saints Évangiles, afin que notre jugement se rende en la présence de Dieu et que nos yeux aient pour, guide


226 LE CABINET HISTORIQUE.

l'équité, après avoir donné ajournement aux héritiers, successeurs et bien-tenants de la défunte, afin d'entendre notre sentence définitive, à ces lieu, jour et heure, et d'une manière péremptoire, après avoir pris l'avis d'hommes experts, nous disons et par la présente sentence,nous prononçons que la susdite défunte, après avoir abjuré l'hérésie, est devenue relapse, avec prescription que ses ossements seront exhumés de l'endroit où ils ont été ensevelis, et livrés aux flammes, en haine du crime si abominable de l'hérésie, tout autant que ses susdits ossements pourront être séparés et discernés des ossements des autres fidèles. Cette sentence a été portée, etc., etc. » (Bibl. Imp. fonds Doat, vol. XXVII, p. 97, trad. du texte latin ; inédit.)

II

Maza, femme de Mazuc, avoit, de son vivant, participé à toutes les erreurs des sectaires, mais dans l'intérêt de sa mémoire, ses ossements et les restes de son cadavre ne furent point livrés aux flammes. Ayant égard à certaines circonstances atténuantes, le Tribunal de l'Inquisition déclara que si l'accusée défunte vivoit, elle seroit condamnée à la prison perpétuelle. Ecoutons le Juge inquisiteur, dans le libellé de sa sentence :

« Au nom du Seigneur, ainsi-soit-il, parce que Nous, Frère Henri de Chamayou, de Carcassonne, Pierre Brun, de Toulouse, Inquisiteurs de la dépravation hérétique, et Pierre Donadieu, officiai de Castres, commissaire du Révérend Père en Jésus-Christ, Antoine, par la grâce de Dieu, èvêque de Castres.

« Suivant la confession de Guilhelmette Maza, autrefois de Calvayrac, diocèse de Castres, aujourd'hui défunte, ladite


CODE PENAL DE L'ALBIGÉISME. 227

confession faite durant sa vie, il nous a été démontré que la susdite défunte s'était abandonnée durant sa vie, d'une manière aussi grave que multipliée, au crime d'hérésie, tel que cela a été lu et récité en langue vulgaire, et qu'à raison de ce, pendant son existence, ladite défunte s'est peu préoccupée de remplir la pénitence à elle infligée.

« C'est pourquoi Nous, dits Inquisiteurs et commissaires, nous déclarons que si ladite défunte vivoit encore,elle seroit passible de l'emprisonnement, et qu'à raison de ses fautes, elle devroit être recluse à perpétuité, et qu'à raison de ses démérites et de ses fautes, ses héritiers ne peuvent être reçus à prendre possession des biens délaissés par elle, et enfin nous avons ajourné les susdits héritiers présumés à ces lieu, jour et heure, afin d'entendre notre sentence définitive et péremptoire, leur déclarant que si la susdite défunte vivait, elle aurait à demeurer enfermée, pour subir une prison perpétuelle, etc., etc. » (Bibl. Imp. fonds Doat, vol, XXVII, p. 98, trad. du texte latin; inédit.)

III

Le supplice du feu fut encore appliqué contre plusieurs morts, dans les circonstances que nous allons mentionner:

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ainsi-soitil, parce que Nous, Frère Henri de Chamayou, de Carcassonne, Brun, de Toulouse, Inquisiteurs, Bertrand de Auriac, Germain de Alanhano, commissaires susnommés pour la recherche légitime qui a été faite contre tous les hérétiques croyants, fauteurs et défenseurs d'iceux;

« Nous avons trouvé et il a été par nous reconnu que les personnes ci-dessus dénommées, du temps qu'elles vivaient parmi les humains, ont commis le crime d'hérésie, tant


228 LE CAMNET HISTORIQUE.

contre Dieu que contre la Sainte Église, notre mère, et la foi catholique y persistant, et semblable au chien qui retourne contre la chair corrompue, et suivant le détail des fautes cyaprès mentionnées et récitées en langue vulgaire :

« Savoir : de ce que Pierre Abbal, prêtre, de Carcassonne, autrefois chapelain, Conducher de Salelles, diocèse de Carcassonne, a été convaincu du susdit crime, par six témoins unanimes ;

i De ce que défunte dame Ermessinde, autrefois épouse de Jean Alaman, seigneur de Salelles, a été reçue hérétique par ledit Abbal, qu'elle a fléchi le genou devant les susdits hérétiques, d'après le rit de ces derniers, qu'elles les avoit adorés, et qu'elle est morte dans la château de Salelles, dans cet état d'infirmité morale ;

« Que ledit Pierre Abbal, a rendu également hérétique Guilhaume Pabafine de Salelles, et que celui-ci a adoré les hérétiques; que Vhérétication a été pratiquée par ledit Abbal, suivant l'attestation de sept témoins, et d'un huitième qui étoit présent à la cérémonie hétérodoxe ;

« Que ledit Abbal, d'après un témoin unique est accusé d'avoir donné l'hérétication à une certaine personne de Carcassonne, qui avoit adoré des hérétiques;

« De ce que maître Raymond, de Villemoustier,dudiocèse de Carcassonne, a vu des héritiques dans la maison de Sans, dans le village de Galieu, qu'il a mangé avec eux elles a adorés, et qu'il est convaincu de ce fait par six témoins unanimes ;

« Que le même maître Raymond, a conduit des hérétiques, et les a adorés, et qu'il est convaincu de ce fait par deux témoins séparés;

« Que le même homme a assisté à l'hérétication d'une certaine femme, et que, d'après deux témoins, il a adoré les hérétiques ;


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 229

« Que le même jour, il a assisté à l'hérétication d'une certaine personne de Villemoustier, et, d'après deux témoins, il a adoré les hérétiques ;

« Que le même Raymond assista à l'hérétication de CastelFabre, et, d'après deux témoins, il a adoré les hérétiques ;

« Qu'à raison de tous ces faits hérétiques, il n'a pu être trouvé dans les archives de l'inquisition que ledit Raymond ait été traduit en jugement, ni qu'il ait avoué ses fautes, ni qu'il ait reçu absolution, ni punition ;

« Que maître Guilhaume-Elienne, de Laurano, diocèse de Narbonne, a assisté à l'hérétication de Guilhaume Palame de Salelles, et là qu'il a adoré les hérétiques; qu'à cet égard quatre témoins attestent sa présence, trois seulement ne mentionnent que l'adoration et la présence, et le quatrième n'a pas été interrogé sur l'adoration ;

« Que Pierre de Mirepoix, autrefois châtelain de Surdespine au puy de Cabaret, a voulu mourir hérétique sur sa demande, suivant l'attestation de sept témoins unanimes, et qu'il est décédé dans cet état d'infirmité morale;

« Que Pierre Théobal de Mirepoix a assisté à l'hérétication de son père, qu'il a adoré les hérétiques, après avoir fléchi les genoux, d'après le témoignage unanime de sept témoins.

« Que Mirach, autrefois épouse de Pierre de Brouille, châtelain autrefois de Cabaret, a assisté à l'hérétication de son mari, qui reçut l'absolution de ces derniers, qu'elle a adoré les hérétiques en fléchissant les genoux devant eux, suivant le rit de cette secte, que la présence de la susnommée à ces cérémonies perverses est attestée par dix témoins, dont la déclaration est suffisamment libellée, savoir : huit sur le chapitre de l'adoration et présence, le septième et le huitième précisant seulement l'adoration, n'ayant pas été interrogés sur la gravité d'autres faits; le second, letroi-


230 LE CABINET HISTORIQUE.

sième, le quatrième et le cinquième ne parlant que du fait survenu en leur présence ;

« Que Comitisse, autrefois épouse de Robert de Sans, de Villalier, diocèse de Carcassonne, a assisté à l'hérétication de maître Guilhaume de Puisano, qu'elle a adoré les hérétiques, suivant le rit de la secte, en fléchissant le genou, ce qui résulte de l'attestation de six témoins dont la déclaration est suffisante ;

« Que la même Comitisse a assisté à l'hérétication de Gilles de Bures, châtelain de Queriothines au puy de Cabaret, et a adoré les hérétiques, suivant la déclaration unanime de quatre témoins;

« Que la même Comitisse a assisté à l'hérétication d'Edelme, épouse autrefois de Gilles de Bures, suivant l'attestation presque unanime de cinq témoins ;

a Que la même Comitisse a assisté à l'héritication d'une certaine femme, et a adoré les hérétiques, d'après trois témoins ;

c Que la même Comitisse a vu et fréquenté Guilhaume Pages et ses compagnons hérétiques, a assisté à leur repas, a mangé de leur pain bénit, les a reçus dans la maison de son mari, d'après l'attestation unanime de cinq témoins ;

« Que ladite Comitisse a reçu chez elle, à maintes reprises, des hérétiques dans son domicile, suivant six témoins;

a Que Blanche, autrefois épouse de Guilhaume Seras, de Carcassonne, a assisté à l'hérétication de son mari, qu'elle a adoré les hérétiques en fléchissant le genou, qu'elle a vu l'absolution donnée à son mari par les hérétiques, d'après la déclaration de cinq témoins attestant l'adoration et la présence, et trois certifiant l'absolution donnée au mari ;

« Qu'Arnaud Izarn, de Carcassonne, a assisté à l'héréticationde Castel-Fabre, de Carcassonne, et a adoré les hérétiques,


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 231

en fléchissant les genoux, d'après la déclaration de sept témoins ;

« Que ledit Arnaud Izarn a assisté à l'hérétication de Raymond-Guilhaume Matha, de Carcassonne, a adoré les hérétiques en fléchissant les genoux, d'après trois témoins unanimes ;

« Que le dit Izarn avait été entraîné d'acheter les livres de l'inquisition où se trouvaient les confessions et dépositions des hérétiques et des partisans de leurs croyances dans plusieurs localités ; quatre témoins attestent le traité et l'achat des livres, et trois l'adoration;

c Qu'Arnaud Pelet, de Carcassonne, a sur sa demande et sur sa volonté expresse, reçu l'hérétication dans sa maison au moment de son décès, suivant la déclaration de quatre témoins unanimes sur le fait;

« Que Bernarde de Lacombe, mère de Pons de Lacombe, et de Raymond Gontier, des Isles, diocèse de Carcassonne, avait reçu l'hérétication dans la maison de Bernard Delfau de Caunes, son gendre, sur la demande et sa volonté expresse, sur la déclaration de quatre témoins unanimes, attestant qu'elle est décédée dans les sentiments d'hérésie ;

« Que Bernarde, épouse autrefois de Bernard Delfau, de Caunes, diocèse de Narbonne, a assisté à l'hérétication de Bernarde de Lacombe sa mère, qu'elle a adoré les hérétiques en fléchissant les genoux, suivant l'attestation de quatre témoins affirmant la présence, de trois certifiant l'adoration, un quatrième n'ayant pas été suffisamment interrogé;

« Qu'Arnaud Guibert, de Mireval, diocèse de Carcassonne, a assisté à l'hérétication de Raymonde sa fille, épouse de maître Thorin, notaire, qu'elle a adoré en fléchissant les genoux, suivant cinq témoins unanimes ;

« Que le même Arnaud assista à l'hérétication de la dame


232 LE CABINET HISTORIQUE.

Condors, son épouse, et qu'elle a adoré les hérétiques, suivant deux témoins ;

« Que le même Arnaud fut reçu hérétique au moment de sa mort, à Mireval, sur sa demande et son entière volonté, et qu'il est mort dans cette infirmité morale, d'après deux témoins unanimes ;

t Que la dame Condors, épouse d'Arnaud Guibert, de Mireval, assista à l'hérétication de Raymonde sa fille, épouse de maître Thorin, notaire, qu'il a adoré les hérétiques en fléchissant les genoux, d'après l'attestation suffisante de cinq témoins ;

<c Que la dite dame Condors reçut l'hérétication, à l'époque de son décès, sur sa propre demande, dans sa maison à Mireval, d'après trois témoins, et qu'elle est morte dans ses sentiments d'hérésie;

« Que Motho, d'Arzins, diocèse de Carcassonne, a assistée l'hérétication de plusieurs personnes d'Arzins, et qu'elle a adoré !?s hérétiques en fléchissant le genou devant eux, d'après l'attestation de deux témoins invariables dans leurs déclarations ;

« Que le même Motho assista encore à l'hérétication d'une autre personne d'Arzins, et qu'il a adoré les hérétiques, d'après deux témoins unanimes;

« Que le même Motho a assisté à l'hérétication de Géraud Arquier, seigneur de Cuxac, d'après la déclaration de cinq témoins, tous unanimes;

« C'est pourquoi tenant les défenses autorisées par nos prédécesseurs à l'égard des enfants, héritiers ou proches parents des biens ou possessions, de Bernarde épouse de Delfau, de Mirach épouse de Pierre de Brouille, d'Arnaud Izarn, d'Arnaud Pelel, du bourg de Carcassonne, de Bernarde Lacombe, mère de Raymond Gontier, des Isles de Rochefère, diocèse de Carcassonne, d'Arnaud Gibert, de


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 233

Condors, son épouse, de Mireval, diocèse de Carcassonne; une fois, deux fois, trois fois et quatre fois des moniloires ayant été prononcés solennellement, à intervalles suffisants, d'une manière péremptoire et précise, par les recteurs des églises des lieux susdésignés tant au-devant les domiciles dénommés que dans l'intérieur des églises, les jours de dimanche et de grandes fêtes, ainsi que cela résulte des attestations dûment scellées, fournies par les recteurs, au bas des ajournements judiciaires et que de tout cela il résulte, qu'à des jour et heure fixés, dont les délais sont expirés, les enfants, successeurs et proches des défunts susdésignés, ont été cités devant nos prédécesseurs pour entendre les publications susdites, et voir produire les charges contre les susdits défunts, à raison du crime d'hérésie, proposer leurs moyens de défense et d'excuse à l'égard des défunts, d'une manière raisonnable, avec administration de témoins, s'ils le jugent convenable, avec toutes autres preuves qu'ils aviseront bon être, avec déclaration et intimation qu'en refus ou défaut de déférer aux avertissements susdits, il serait procédé suivant le droit, la raison et les privilèges du Saint-Office, malgré leur défaut de présence, et suivant les règles de la procédure habituelles, à l'égard des personnes citées, qui n'ont pris aucun soin de produire leurs excuses, leur absence ayant été manifestée par les formalités des contumaces, ayant reçu par préalable les dépositions des témoins contre lesdits défunts, et qu'à cet égard les conclusions ont été faites touchant Nègre, de Laurano, maître Raymond de Villemontessous, Comitisse, épouse de Robert de Sans, Pierre de Mirepoix, autrefois châtelain de Subrespine, Thêobald, fil? de Pierre Abbal, de Carcassonne, Blanche, épouse de Guilhaume Serremote, d'Arzins, défunts; que de ces conclusions, il résulte que les comparants ont fait les renonciations de droit, que des protestations ont été reçues

lie année. Juillet-Août 1865. — Doc. 16


234 LK CABINET HISTORIQUE.

et contredites par nos prédécesseurs, ou leurs lieutenants, et tenant les défenses produites;

« Et attendu qu'après avoir pris l'avis de plusieurs hommes probes, versés dans la science de l'un et l'autre droit, et de plusieurs religieux, et examiné avec maturité les procédures faites, suivant les formes de droit, après avoir écouté les défenseurs dans leurs propositions ;

•« Et comme il n'a été rien prouvé contre les dépositions des témoins produits par le Saint-Office, que ces dépositions sont fondées et suffisamment probantes, sans s'arrêter aux articles donnés par les défenseurs, et proposés par eux, comme vains et frivoles; que dès lors il y a lieu de procéder à la sentence définitive d'après l'opinion des hommes experts qui ont été consultés ;

« Qu'il est évident qu'un crime pareil est exécrable, et qu'à cause de son énormité, la vindicte publique exige que l'on sévisse tant contre les vivants que contre les morts, ayant sous les yeux Dieu seul, siégeant en tribunal, ayant placé devant nous les Saints Évangiles de J.-C, afin que notre jugement soit produit à la vue de Dieu, et que nos yeux voient l'équité; après avoir appelé à ces lieu, jour et heure, les enfants, successeurs ou bien-tenants et proches des personnes défuntes susdites, pour assister à l'audition de notre définitive et péremptoire sentence, après avoir invoqué le saint nom de Dieu, et partagé l'opinion des hommes probes à ce consultés, nous disons, prononçons et déclarons, que les susnommés Pierre Abbal, maître Raymond, Pierre de Mirepoix, Théobald, son fils, Comitisse, épouse de Robert de Sans, Blanche, épouse de Guilhaume Serre, Mirach, épouse de Pierre Brouille, Arnaud Izarn, Arnaud Pelet, de Carcassonne, Bernarde de Lacombe, mère de Raymond Gontier, des Isles, Bernarde, épouse de Bernard Delfau, de Caunes, Guilhaume-Elienne Nègre, de Laurano, Arnaud Gibert, de Mi-


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 235

raval, et Condors son épouse, ont été, de leur vivant, hérétiques.

Louis DOMAIRON,

Membre de plusieurs Sociétés savantes. (Sera continué.)

XXIV. — CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX,

EN POITOU, ET L'ABBAYE DE CLAIRVAUX, EN CHAMPAGNE.

{Suite. — Voir le numéro de Mai-Juin 1865.)

III

Hugues de Champagne, premier du nom, de la branche de Duretal, baron de Mathefélon et dft Duretal, sire de Champagne, Clervaux, Parce, Pescheseul, Avoise, du Bailleul, Champigny, Baissé, La Ferté, Lésigné, Saint-Léonard, Bazoges, Ravadum, etc., devoit vivre entre l'an 1050 et 1182, il fut premier baron d'Anjou et du Maine.

Lucas le croit fils d'Hubert II de Champagne de Clervaux. Ménage, au contraire, comme nous l'avons déjà dit, le croit fils de Geoffroy de Clervaux, frère puisné d'Hubert, mort sans enfants vers l'an 1121.

Dans une charte de donation faite à l'abbaye de Saint-Serge d'Angers, en l'an 1239, par Thibaut de Mathefélon, son fils ou son petit-ûls, dans laquelle se trouvent relatées des donations antérieures, Hugues de Mathefélon est dit fils d'Hubert de Champagne. Lucas dit qu'il vainquit à Séez, avec son fils Thibaut, Henri I", roi d'Angleterre et de Normandie. La Chesnaye-des-Bois attribue le succès de cette journée non à Hugues de Mathefélon et à son fils Thibaut, mais à Hubert II de Champagne de Clervaux et à Thibaut, frère de notre Hugues. C'est de ce seigneur de Mathefélon et de son fils Thibaut que


236 LE CABINET HISTORIQUE.

parle le moine Jean de Marmoutiers, dans le récit qu'il fait de la bataille qui eut lieu près de Châteuneuf sur la Sarthe, entre 1144 et 1146, où les troupes de Lisiard de Sablé furent défaites par Geoffroi Plantagenet.

Hugues de Mathefélon fut probablement comte de Troyes, son frère Payen de Clervaux (ou son cousin Germain, si on adopte l'opinion de Lucas), portant ce nom, ce qui est constaté par une bulle du pape Eugène III, de l'an 1152, citée par Hauréau {Gall. Christ., t. xv, fol. 1S6, Insir., fol. 720-721), dans laquelle Hugues de Mathefélon donne à l'abbaye de Chalocé (ainsi que ses fils) la terre de Virgulto et un pré; et son frère Payen de Troyes (Pagani de Troea) toute sa terre de Mathefélon (ex donc- Hugonis de Mathefelone et filiorum terram de virgulto et praium; ex dono Pagani de Troea, totam terram suam de Mathefelone), le titre primitif de ces chartes, qui n'est que relaté dans cette bulle, doit remonter à l'an 1129. Nous retrouvons le nom d'un Hugues de Troyes (Hugo de Troea) qui figure comme signataire d'une charte de l'an 1057, comme ami et parent des donataires. Celte charie, qui fait partie de la collection de dom Housseau, a été donnée, ainsi que celle qui suit (nos 375 et 575 bis), par Hubert et Gervais de Dnretal, lils d'Hubert de Uuretal et d'Agnès, tille de Hugues, Mange-Breton, dans le but de ratifier la donation faite par leurs père et mère des églises de Gouis (Guiellei) et de Châtelais (Chastellicit) à l'abbaye de Saint-Aubin. Plusieurs autres seigneurs de Troyes (Troea) assistèrent à cette ratification, ce sont : Rainaldus de Troea, Tetgrinus de Troea, Jsembardus de Troea et Frotmundus de Troea. Quelques-uns de ces mêmes seigneurs as-istèrent encore â une cession faite par cette même Agnès, fille de Hugues Mange-Breton, mère de Hubert de Duretal, à Hildebert, prêtre de Gouis, à charge par lui de dire une messe annuelle pour le repos de l'âme de son mari Hubert Rasorius. Les noms de ces derniers se retrouvent encore plusieurs fois, ainsi que celui d'un Gervasius de Troea (ou Troeia), qui pourrait bien être frère d'Hubert de Duretal, dans plusieurs chartes de l'abbaye de Saint-Aubin, rapportées aux numéros 255, 371, 575, 578, 324, etc. Cette dernière, qui se termine par cotte phrase: < Multa fit muntis de dominis de Troea in omnibus curtis de Guileio, » feroit supposer qu'ils pourroient être alliés aux anciens seigneurs de Gouis ou aux abbés de ce prieuré.

Dans le Gallia christiana, t. I, fol. 1195, nous retrouvons encore le no.n d'un Hugone Trecensis. On en trouve aussi un autre dans le Spécilége d'Achéri, vivant en l'an 1104. Ce


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 237

dernier, qui étoit en même temps comte de Troyes et de Champagne, pourroit bien être le môme que le seigneur de Duretal et de Mathefélon. Nous croyons que c'est ce baron de Mathefélon (ou celui qui signe sous le nom de Eugo Troea une charte de 1057), qui, la même année, figure comme témoin d'une autre charte d'Agnès, fille de Hugue Mange-Breton, sous la qualification de Hugo de Ballolio.

A cette époque, Hugues de Champagne, de la branche de Duretal, étoit seigneur du Bailleul. Pourquoi ce Hugues, qui descendoit anciennement des comtes de Champagne et des comtes de Vermandois, portant le nom d'Arnay, n'auroit-il point eu le droit de se qualifier comte de Troyes, son frère Payen donnant à l'abbaye de Chalocé toute sa terre de Mathefélon, sous le nom de Pagani de Troea. Eût-il été impossible aussi qu'il ait conservé dans le comté de Champagne quelquesuns des droits dont ses ancêtres avoient joui précédemment(l) ? Hugues de Champagne, baron de Mathefélon et de Duretal, fut marié deux fois : 1° Avec Jeanne de Sablé, fille de Robert de Sablé, surnommée Vestrol, premier seigneur de Sablé; soeur de Lisiard de Sablé, compétiteur de Geoffroy Plantagenet; c'est avec elle qu'il fonda, en 1119, l'abbaye de Chalocé, en Anjou. Thibaut son fils fut présent à cette fondation. La Martiniùre ne partage point cette opinion, il dit que cette abbaye fut fon lée par Hamelin d'Ingrandes, en 1119, et augmentée par Hugues de Mathefélon, Jeanne de Sablé, sa femme, et son fils Thibaut en 1127. André Du Chesne pense au contraire qu'elle fut fondée par lui. Voici ses paroles : « L'abbaye de Chaloché ont fondé les barons de Mathefélon et en recognoissance, il fault sçavoir, quand le comte de Durestal, baron de Mathefélon, fait sa première entrée en la ditte abbaye de Chaloché, que l'abbé et- les religieux doivent venir au devant de luy, lui présenter les clefs, puis le disné et à toutte sa maison.» En secondes noces, il épousa Elisabeth Goeth {ou Goreth), nommée Marguerite par Casteluau, fille de Guillaume Goeth, quatrième du nom, seigneur de Perche Goeth et de Montmirail, et d'Elisabeth de Champagne sa femme, veuve de Roger, comte de Pouille.— Par sa mère, Elisabeth étoit donc parente (neptis) d'Adélaïde de Champagne, reine de France, femme de Louis le Gros; d'Henri, comte de Champagne; de Marie de

(1) Voyez Hist. des ducs et comtes de Champagne, de M. d'Arbois de la Jubainville, 1.1, p. 187, relativement à la maison de Blois, et l'article des comtes de Troyes, dans l'ouvrage de Michel Castelnau, t. II, p. 518, article Nicolas de Champagne, comte de La Suze.


238 LE CABINET HISTORIQUE.

Champagne, femme d'Odon II, duc de Bourgogne; et de Mathilde de Champagne, femme de Rotrou, comte du Perche.

Selon Lucas, il gît avec sa femme Elisabeth dans l'église du grand monastère de Tours (Marmoutier). Suivant un titre de l'abbaye de Saint-Serge, il seroit enseveli, au contraire, avec Hubert II de Champagne, près de cette abbaye. Lucas le fait mourir en 1182; nous ne pensons point qu'il vécût au delà de la seconde moitié du xne siècle.

On est peu d'accord sur la descendance d'Hugues de Champagne, baron de Mathefélon. La généalogie imprimée des comtes de Champagne lui donne cinq enfants : 1° Hugues II de Champagne, seigneur de Ravadun, Clervaux, Laferté, du Bailleul, etc.; 2° Etienne, seigneur de Laferté, au Maine; 3° Fromentin de Champagne; 4° Thibaut, dit Hugues, baron de Mathefélon et de Duretal; et un autre Thibaut, mort jeune.

La Chesnaye-des-Bois dit qu'il eut: 1° Thibaut, premier du nom, baron de Mathefélon et de Duretal, seigneur de Chaumont; 2° Brandelis, auteur de la branche de Parce, au Maine; 3° Etienne; 4° et Lisiarde, dont l'alliance est ignorée. Ménage, dans l'Histoire de Sablé, p. 152 à 134, s'appuyant sur Dupas et sur le titre de Saint-Serge, dont nous avons parlé, croit qu'il fut père de Geoffroi et de Foulques de Mathefélon, lequel Foulques fut moine de cette abbaye. Nous pensons avec Lucas qu'il n'eut de son mariage avec Jeanne de Sablé qu'un seul fils, Thibaut, dit fils premier-né d'Hugues de Champagne et de Jeanne de Sablé, qui prit le nom de Mathefélon, que ses exploits militaires avoient illustré. De sa seconde femme, Elisabeth GoeLh, ou Goreth, il eut encore deux enfants : 1° Hugues de Champagne de Clervaux; 2° et Etienne de Champagne de Laferté.

Hugues de Champagne, baron de Mathefélon et de Clervaux, eut : 1° de Jeanne de Sablé, Thibaut, baron de Mathefélon; 2° d'Elisabeth Goeth, Hugues de Champagne, de


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 239

Clervaux, de Parce, et Etienne de Champagne, seigneur de Laferté, au Maine.

1° (xn° et xme siècles.) Thibaut, premier du nom, baron de Maihefélon, seigneur de Chaumont, fils premier-né de Hugues Ier de Champagne et de Jeanne de Sablé, premier baron d'Anjou, vivoit au xn° siècle; il fut dans son temps un guerrier renommé. Ses exploits furent nombreux; il illustra tellement le nom de Mathefélon que ses descendants se glorifièrent de le porter.

D'Achéry dit, dans sa Chronique des comtes d'Anjou, qu'il combattit, entre 1106 et 1109, avec les barons d'Anjou, Henri Ier, roi d'Angleterre et de Normandie, qui fut défait à la bataille de Séez.

Nous avons déjàditquelaChesnaye-des-Bois lui conteste ce succès et l'attribue à son oncle Thibaut.

C'est ce Thibaut qui, en 1127, fit avec son père et sa mère, Jeanne de Sablé, plusieurs donations à l'abbaye de Chalocé.

C'est lui aussi qui, entre 1144 et 1146, soutint avec son père, Hugues de Mathefélon, le parti de Lisiard de Sablé, dans la guerre qu'il soutint contre Geoffroi Plantagenet, son redoutable compétiteur. C'est ce que disent d'Achéry et le moine Jean de Marmoutier.

Nous ne savons point à qu'elle époque il mourut.

Thibaut avoit épousé Marquise, fille de Robert de Vitré et d'Emelte de la Guerche, dont il eut : 1° Thibaut, deuxième du nom, baron de Mathefélon; 2° et 3°, nous le croyons aussi père de Geoffroi et de Foulques de Mathefélon, dont il est parlé dans l'histoire de Sablé de Ménage, d'après un titre de l'abbaye de Saint-Serge d'Angers.

NOTA. C'est de ce Thibaut que descendent tous les barons de Mathefélon, qui depuis ont acquis une certaine célébrité.

2° Hugues II de Champagne, de Clervaux, qui suit :

3° Etienne de Champagne, seigneur de Laferté, au Maine, second fils d'Hugues I de Champagne et d'Elisabeth Goeth, fut prisonnier de Richard Coeur de Lion, en 1198, à la bataille de Courcelles.

C'est probablement cet Etienne qui est nommé Fromentin dans le tableau généalogique des comtes de Champagne. Celui-ci fut également prisonnier à la même bataille.


240 LE CABINET HISTORIQUE.

IV

(xii° et xme siècles.) Hugues II de Champagne, de Clervaux, de Parce, deuxième du nom, seigneur de Parce et de Ravadun, dit fils aîné du second mariage d'Hugues Ier de Champagne et d'Elisabeth Goreth, fut un chevalier renommé; il eut le prépositurat et la prévôté de Clervaux et de Mathefélon, comme Alleu, avec les seigneuries de Lésigné, de Saint-Léonard, de Bazoges, du Bailleul, le château, la ville et la châtellenie de Parce, ainsi que la seigneurie de Ravadun.

L'an 1210, il rendit hommage à son demi-frère, ou à son neveu Thibaut de Mathefélon (Patruelem), pour une partie des biens et seigneuries qu'il possédoit en Alleu, dépendant des baronnies de Mathefélon et de Duretal. Il eut aussi le commandement de Laferté, du Perche et du Mans.

Hugues II de Champagne de Clervaux épousa, dit Lucas, Marguerite de Bfaujen, tille d'Hubert de Beanjen et de Béatrix de Chàlons, sa femme, fille d'Hugues de Cliâl.ms. Il eut de cette alliance : 1° Guischard de Champagne; 2* Braudelis de Champagne; 3° Guillaume de Champagne; 4" et Marguerite de Champagne.

Hugues II n'existoit plus en 1219. Peu de temps après sa mort, sa femme Marguerite de Beaujeu fonda la chapellenie de Parce en l'honneur de la vierge Marie et de tous les saints. Elle survécut peu à son mari; car, en la même année 1219, elle fut ensevelie près de lui dans l'église de Parce, en face le maître autel.

Cet Hugues est nommé Brandelis par Lachenaye des Bois, article. Champagne, t. iv, p. 182 et suivantes; il le dit auteur de la branche de Champagne de Parce.

C'est probablement de Brandelis, fils de ce dernier, mort le 5 octobre 1249, qu'il veut parler.

Hugues II fut probablement seigneur de Nogent, son fils Guillaume possédant cette seigneurie. Il fut père de :

1° Guischard de Champagne, de Parce, seigneur de Ravadun, mourut sans enfants en l'an de grâce 1241; il gît dans l'église de Saint-Aubin d'Angers.

2° Brandelis de Champagne, de Parce, seigneur de Ravadun, épousa Louise de Rohau, fille d'Alain II, vicomte de Rohan, en Bretagne; il eut d'elle : 1° Alain de Champagne; 2° Foulques de Champagne ; 3° Thibaut de Champagne; 4° et Geoffroy


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 241

de Champagne. — Brandelis mourut le 5 octobre 1249; il gît dans l'église de Saint-Pierre de Parce, seigneurie de Ravadun. Son tombeau est placé très-près du maître autel, en face. — Louise de Rohan, sa femme, qui lui survécut, décéda le 29 janvier 1257. Elle fut ensevelie sous le même tombeau avec son mari. —C'est ce Brandelis qui est auteur de la branche des seigneurs de Champagne de Parce. C'est aussi de lui que descendent tous les seigneurs de Champagne de Lasuse, qui habitent Paris.

3° Guillaume de Champagne qui suit;

4° Marguerite de Champagne, soeur de Brandelis et de Guillaume de Champagne, épousa Robert de Sainte-Césaire, fils de Lodoïs, comte de Sainte-Césaire. Elle mourut le 3 novembre 1217 et fut ensevelie dans le grand monastère de Marmoutiers de Tours.

V

5° Guillaume de Champagne, de Laferté et de Nogent (probablement Nogent-sur-Loire, qui appartenoit à la maison de Champagne-Lasuse, père Anselme, t. v, fol. 397), épousa, dit Louis Lucas, Mathilde de Mayenne, dont il eut une fille, Mathilde, morte en l'an de grâce 1207. Elle gît dans l'église du monastère de Sainte-Colombe.

Ce Guillaume de Champagne devoit être seigneur de Clervaux et en porter le nom, son père Hugues II de Champagne de Clervaux ayant possédé cette seigneurie.

C'est probablement lui qui, vers 1156, eut, sous le nom de Guillaume de Clervaux, une discussion avec Gaudin, abbé de Maillezais, au sujet de quelques droits temporels sur le port de Maillé, en Aunis. L'abbé prétendoit que les fils de Guillaume y avoient exercé des ravages, enlevé et tué quelques hommes, et pour comble d'insultes ils avoient, disoiton, refusé de se présenter devant sa justice. Alors Guillaume et ses fils furent frappés d'anathème par l'archevêque de Bordeaux, légal du pape. Chalo, évêque de Poitiers, ayant été nommé juge dans cette affaire, Guillaume refusa sa jus-


242 LE CABINET HISTORIQUE.

tice; il déclara qu'il avoit des droits et sauroit les défendre, qu'il ne sauroit mettre sitôt fin au différend commencé. L'évêque de Poiliers s'étant rendu à Niort, parvint à calmer les esprits, mais la convention fut digne de ces temps orageux. L'abbé de Maillezais, tout en levant l'excommunication lancée contre son ennemi, et en lui accordant la paix d'une année, fut libre de reprendre la dispute. Guillaume, de son côté, fut libre aussi de reprendre l'anathème qui pesoit sur sa tête et de recommencer la lutte. En attendant le jugement du chef de l'église de Saint-Pierre, Guillaume de Clervaux et ses enfants, Pierre et Guillaume, mirent leurs mains dans celles de l'abbé Gaudin, et promirent, jusqu'à ce que la trêve fût expirée, de ne rien faire contre lui et son église.

Nous croyons que c'est ce même Guillaume qui figure encore sous le nom de Guillaume de Clervaux, en l'an 1164, dans une donation passée au prieuré de Saint-Martin de Jousselin (ou Josselin), par Eudon, comte de Bretagne, et Alain deRohan, son cousin. Cet acte est relatif a un droit de bouteillage consenti dans le port de Vannes par lesdits seigneurs. Cela paraît d'autant plus probable que Alain II de Rohan, qui, suivant Moreri, vivoit en 1168, devoit être frère de Louise de Rohan, femme de Brandelis de Champagne, frère de Guillaume de Clervaux.

C'est peut-être ce Guillaume, ou son fils Guillaume, qui, sous le nom de Guillaume de Laferté, servit en l'an 1214, sous les ordres du roi Philippe-Auguste, à la bataille de Bouvines.

Le P. Anselme (Gr. off. de la cour, t. H, p. 495) parle d'un Guillaume de Champagne, sire de Sully, qui épousa Agnès, dame et héritière de Sully. Ils eurent de cette alliance une fille nommée Marguerite, qui épousa Henri Ier, comte d'Eu, laquelle consentit à la fondation de l'abbaye de


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 243

Foucarmont, faite par son mari l'an 1130, et y fut enterrée, après sa mort, en 1145. Nous ignorons quel lien de parenté peut exister entre ces deux Guillaume de Champagne.

NOTA. — C'est à ce Guillaume de Champagne de Clervaux que se rattache le point de soudure qui unit la maison de Clervaux, du Poitou, aux Champagne, barons de Mathefélon et de Duretal. C'est de lui qu'ils doivent descendre :

1° (1156.) Pierre de Clervaux figure, avec son frère Guillaume, dans la discussion de son père avec l'abbé Gaudin ; tous deux sont accusés d'avoir tué quelques hommes dans le port de Maillé, près Maillezais.

2° (1156.) Guillaume de Clervaux figure en l'an 1156, avec son frère Pierre de Clervaux, dans la discussion qu'eut son père avec Gaudin, abbé de Maillezais.

Son père étant seigneur de Laferté. C'est peut-être ce même Guillaume qui assiste, en 1214, sous le nom de Guillaume de Laferté à la bataille de Bouvines.

3° (1207.) Mathilde de Champagne, dame de Clervaux, morte en 1207 ; elle est ensevelie dans l'église du monastère de l'abbaye de Sainte-Colombe. (Lucas, p. 7.)

D'Hozier la dit dame de Laferté et de Nogent, et la nomme Mahaut.

NOTA. — Pierre et Guillaume de Clervaux dévoient avoir au moins vingt ans, en 1156, lorsqu'ils assistèrent à la discussion de leur père avec l'abbé de Maillezais. La bataille de Bouvines ayant eu lieu en 1214, c'est-à-dire cinquante-huit ans après, ces derniers dévoient avoir près de quatre-vingts ans. Nous pensons que Guillaume fut père de :

(xmB siècle.) Guillaume de Clervaux, probablement fils de Guillaume ou de Pierre de Clervaux, et frère de Jean, de Geoffroi de Gui et de Simon, rend, entre 1200 et 1250, un hommage au comte de Poitou des biens dont il jouit près de Niort, Margnec, Poivandre, le Grand-Mauduit, etc.

(XIII" siècle.) Jean de Clervaux (miles) rend, le même jour que Guillaume, un hommage au comte de Poitou, dans la châtel.lenie de Niort. Ce Jean et ce Guillaume doivent être frères; ils doivent être issus de Guillaume de Champagne de Cler-


244 LE CABINET HISTORIQUE.

vaux ci-dessus ou de Jean de Clervaux, qui se croise, en 1190, sous Thibaut Chabot.

3° 1228-1239.) Geoffroi de Clervaux (G. Clarebaudi Clerebaut), seigneur de Saint-Pompain, donne à l'abbaye del'Absie Pierre Sauzea et l'hébergement qu'il habite. Il est qualifié de miles.

4° et 5° (XIII 8 siècle.) Gui et Simon Clarebaudi, mites.

Ces deux frères tenoient dans la seigneurie de Saint-Savin quelques terres dépendantes des comtes de Poitou. Ils figurent dans un hommage rendu (au xme siècle) au comte de Poitou.

Suit la généalogie directe des Clervaux du Poitou. Nous pourrions continuer ces notes, mais il est temps de borner ici ce travail. Voir, du reste, le tableau ci-contre, dont les noms sont simplement indiqués,

GÉNÉALOGIE

DES MAISONS DE CHAMPAGNE, D'ARNAY, DE MATHEFÉLON, DE CLERVAUX, BARONS DE DURETAL, SEIGNEURS DE TROYES, DE LA FERTÉ, etc.

I

(954.) Thibaut, comte de Blois, Chaumont et de Tours, épousa Letgarde de Vermandois.

II

1° (956.) Herbert, comte de Beauvais, épousa Mathilde de Ponthieu.

2° Eudes de Champagne représente la brauehe aînée d'où sont sorties celles des comtes de Meaux et de Brie.

III 1° (967.) Odon, comte de Chartres, épousa Avitie de Ponthieu. 2° Etienne, comte de Beauvais.

IV

(997-1007.) Herbert d'Arnay, épousa Aremburge de Vibraye, nièce de Foulques Nera, reçoit en dot la terre de Bassigny, etc.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 245

V

(1016-1030.) Herbert (ou Hubert), surnommé Rasorius, épousa Hildeburge de Beauvoir-Mayenne.

VI

(1030-1107.) Hubert Posthume, surnommé de Champagne, baron de Duretal, épousa Agnès, dame de Mathefélon et de Clervaux, dont il eut :

VII

1° (1060-1121.) Hubert II de Champagne de Clervaux épousa Agnès-Avitie de Bretagne-Guingamp, mort sans enfant.

2°Geoffroy de Champagne, dit de Clervaux, épousa Mathilde, ou Elisabeth de Mathefélon.

3° Etienne de Champagne de Clervaux épousa Mathilde de Sully.

4° Gervais de Champagne, seigneur de Duretal, épousa Aremburge de Sablé.

5° Thibaut de Champagne et de Mathefélon.

6° Hersende de Champagne épousa : 1° Foulques; 2° Guillaume de Montsoreau; première prieure de l'abbaye de Fontevrauld.

7° Agnès de Champagne épousa Geoffroi de Châteaugontier.

VIII

1° (1090-1182.) Hugues de Champagne, baron de Mathefélon e de Duretal, seigneur de Clervaux et de Troyes, épousa : 1° Jeanne de Sablé; 2° Elisabeth Goeth.

2° Thibaut de Champagne, seigneur de Mathefélon. 3° Geoffroi de Clervaux, deuxième du nom, épousa Elisabeth de Châteaugontier.

4° Payen de Champagne, dit de Clervaux, appelé aussi Payen de Troyes.

5° Belot de Clervaux.

6° Maurice de Champagne, appelé Maurice de Clervaux.

7° Jean de Champagne, marié en 1198, père de Gilles.

8° Haouisi de Champagne, dit le plus jeune.

9° Avoise de Champagne (xue siècle).


246 LE CABINET HISTOBIQUE.

IX

i. (xiie siècle.) Thibaut de Mathefélon, baron de Mathefélon et de Duretal, fils de Jeanne de Sablé, épousa Marquise de Vitré.

(XIII 0 siècle.) Thibaut, deuxième du nom, baron de Mathefélon et de Duretal.

(xnic et xive siècles.) Thibaut, troisième du nom, baron de Mathefélon et de Duretal, épousa Béatrix de Dreux. C'est de lui que sont issus tous les seigneurs de Mathefélon.

X

II. (xne siècle.) Hugues de Champagne de Clervaux, de Parce, deuxième du nom, fils aîné d'Elisabeth Goeth, fut seigneur deRavadun, eut le prépositurat et la prévôté de Clervaux et Mathefélon, comme Alleu, épousa Marguerite de Beaujeu.

m. (1198.) Etienne de Champagne, prisonnier de Richard Coeur de Lion, à la bataille de Corcelles.

1° (1241.) Guichard de Champagne de Parce, seigneur de Ravadun, mort sans enfants en 1241, enterré dans l'église de Saint-Aubin d'Angers.

XI

2° Filiation de Champagne. — (1249.) Brandelis de Champagne, fils de Hugues II, seigneur de Ravadun et de Parce, épousa Louise de Rohan, fille d'Alain II, vicomte de Rohan.

XI

3° Filiation de cléricaux. — (Avant 1207.) Guillaume de Champagne de Clervaux, troisième fils de Hugues II, seigneur de Laferté et de Nogent, épousa Mathilde de Mayenne, morte en 1207. Nommé Guillaume de Clervaux.

4° (1217.) Marguerite de Champagne, épousa Robert, comte de Sainte-Césaire, morte en 1217.

XII

1° Alain de Champagne, mort jeune sans postérité. 2° (1249.) Foulques de Champagne, seigneur de Parce et de Ravadun, épousa Jeanne de Sully. 3° Thibaut de Champagne épousa Jeanne de Beaumont. 4° Geoffroi de Champagne.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 247

XII

(1270-1303.) Foulques de Champagne, dit le Jeune, épousa Jeanne d'Harcourt. Il mourut en 1303.

XIV

(1303-1364.) Jehan de Champagne, sire de Ravadun, épousa, en 1315, Isabeau de Basseilles.

NOTA. — C'est de ce Jean de Champagne que descendent tous les comtes de Champagne-Lasuse de Paris, qui vivent actuellement.

(1303.) Alix de Champagne, fille de Thibaut et de Jeanne de Beaumont, épousa Galeran d'Espinay, en 1303.

1° Charles d'Espinay ; 2° Jean d'Espinay.

XII

1° (1136.) Pierre de Clervaux figure dans la discussion de son père, Guillaume de Clervaux, avec Gaudin, abbé de Maillezais.

2° (1156.) Guillaume assiste à la discussion de son père avec Gaudin, abbé de Maillezais; est accusé d'avoir tué quelques hommes dans le port de Maillé. Appelé Guillaume de Clervaux.

3° (1207.) Mathilde, morte en 1207.

XIII

(XIII 0 siècle.) Guillaume de Clervaux rend hommage au

comte de Poitou. 2° (1200-1250.) Jean de Clervaux rend hommage au comte de

Poitou. 3e (1228-1239.) Geoffroi de Clairvaux.

XIV

(1265.) Mathieu de Clervaux, probablement fils de Guillaume ou de Jean de Clervaux, vend une maison, située à Poitiers (en 1265), à Pierre, abbé de Verneuil-sous-Biard, dans un lieu peu fréquenté.

XV

1° (1302.) Pierre de Clervaux donna quittance de 30 livres tournois pour le service qu'il faisoit au roi en son ost de Flandres


248 LE CABINET HISTORIQUE.

à Guillaume, chantre de Milly, trésorier des guerres, le lundi avant la Sainte-Croix, en l'an 1302.

2° (1297.) Jeanne de Clervaux, religieuse au couvent de la Sainte-Trinité de Poitiers.

XVI

1° (1338.) Thibaut de Clervaux, varlet, fait partie de l'armée réunie en Poitou, pour combattre les entreprises d'Edouard, roi d'Angleterre. Fit les guerres de Saintonge. Donna quittance le 27 septembre 1338 à Renaud Crouilleb is, receveur en Poitou et en Saintonge pour ses appointements militaires. — Sur son sceau figure une croix pattée de vair.

2° (1339.) Henri de Clervaux figure avec Aymer de Beauvoir, le le bâtard de Beaufort, Antoine de Vavey, Jean de Saint-Julien, le bâtard de Livron, etc., dans un compte rendu, le 1er août 1339, à François de L'Hospital.

3° (19 mai 1339.) Pierre de Clervaux, selon Duchesne, abbé de Saint-Maixent, transige, en 1339-, avec Guillemette de Mans, damoiselle femme d'Aimery de Sazay, écuyer.

XVII

1° (1364.) Hélie de Clervaux, probablement issu de Thibaut ou d'Henri de Clervaux, épousa, vers l'an 1364, N... Saveneau, fille unique de Jean Saveneau. seigneur du Vigean.

C'est à cet Hélie que remonte la filiation suivie de la famille de Clervaux du Poitou.

2° (1366-1391.) Alias Clereveaux, chevalier, assiste, entre 1364 et 1391, comme signataire de l'acte qui confirme les privilèges accordés par le roi Charles VI, aux habitants de la ville de Vienne. Cet acte est signé dans le château de la Bastide sur la Vienne.

XVIII

1° (1425-1461.) Héliot de Clervaux, chevalier, seigneur du Vigean, de Lâge-Saveneau, du Grand-Mauduit, etc., qualifié du titre de noble homme, épousa damoiselle Pélardie ou Palardit, dame de La Bussière, dont il étoit veuf en 1444.

2° (1404-1442.) Aimeric de Clervaux, seigneur du Grand-Mauduit, rend hommage de cette terre, le 1er mai 1404, au château de Chizé. Ses héritiers rendent, en 1442, un aveu de tous les biens qu'il possédoit situés dans la châtellenie de Lezay.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. • 249

3° (1406-1421.) Jean de Clervaux, varlet, écuyer, neveu de Guillaume Bonnin, rendit, le 23 février 1406, un aveu dans la paroisse de Lusseraye, au château de Melle, comme représentant de ce même Guillaume Bonnin, mort avant cette époque^

4° (1412-1450.) Pierre de Clervaux, soixante-deuxième abbé de Saint-Maixenl. Il défendit celte abbaye contre lesAnglois; fut admis, en 1440, dans le conseil du roi Charles VII, obtint de grands privilèges pour l'abbaye de Saint-Maixent.

XIX

i. (1455-1498.) Pierre de Clervaux, chevalier, seigneur de Roire, de Lâge, Saveneau, du Grand-Mauduit, du Vigean, etc., rendit hommage de cette dernière terre à Pierre Combarel, seigneur de l'Ile-Jourdain. Dans plusieurs actes il est qualifié de noble homme, d'illustre homme, de noble et puissant seigneur, d'honorable homme, etc. Il servit, au ban du Poitou, en 1467, sous les ordres de son parent, le sieur de Montreuil-Bonnin, avec deux archers. Il épousa Catherine de Vivonne, dont il eut :

(xvB siècle.) N... de Clervaux, dame du Vigean, fille unique, épousa Yvon du Fou, seigneur dudit lieu, chambellan des rois Charles Vil et Louis XI, sénéchal du Poitou, dans la famille duquel elle porta la terre du Vigean.

1° (1498.) Jacques du Fou, seigneur du Fou et du Préau en Quercy, maître particulier des eaux et forêts en Poitou, épousa Jeanne d'Archiac. Vivoit en 1516.

2» (1518.) François du Fou, seigneur du Vigean et de Chantolière, transige, en 1518, avec François de la Béraudière, seigneur de l'Ile-Jourdain, épousa Louise de Polignac, dame de Fléac.

XX

n. (1461.) Mérigot de Clervaux, chevalier, seigneur du Pin, consent, le 7 mai 1461, une rente de 21 écus d'or à Thomas Suyreau, dit Guisserme, conseiller et médecin du duc du Maine, seigneur de Saint-Maixent, par acte reçu Poitier et Fournier, notaires à Saint-Maixent. Il avoit épousé Simonne de L'Espinay, appelée Jeanne par Laine.

XXI

1° (1480.) Jean de Clervaux, chevalier, seigneur du Pin, acheta

H année. Juillet-Août 1865. — Doc. 17


250 LE CAUINET HISTORIQUE.

de son frère, le 14 novembre 1480, la terre de la Brosse. Il épousa Catherine Gratien.

XXII

(1353.) Léon de Clrevanx, chevalier, seigneur du Pin, habitant la Mothe-Suinte-Héraye, servit au ban de 1553; épousa Marie de la Chapellerie.

XXIII

Branche éteinte : 1° François n'eut que des filles; 2° Olive épousa Gabriel Cossin.

XXII

2° (1491-1492.) Louis de Clervaux, chevalier, seigneur de L'hommelière, habitoit Lusignan; il servit aux bans de 1491 et 1492, épousa Marie Gaudin de La Peyze.

XXII

François de Clervaux, chevalier, seigneur de Lhommelière, épousa Jeanne de Frondeboeuf.

XXII

1° Claude épousa Catherine d'Orfeuille ; 2° Antoinette. Filiation suivie.

GÉNÉALOGIE DE Là MAISON DE MATHEFÉLON, SORTIE DE LA MAISON DE LOUDUN.

(1000-1030.) Gilbert ou Foulcrade de Loudun, seigneur de Loudun.

i. (1030-1060.) Foulcrade de Loudun.

n. (1030-1060.) Hugues, surnommé Mange-Breton, baron de Mathefélon et de Clervaux, seigneur de Loudun, de Clervaux, de Champchévrier, premier seigneur de Beauçay. Mort vers 1060. Epousa 1° Hersende de Vendôme, fille d'Hubert, vicomte de Vendôme, soeur d'Hubert, évoque d'Angers; 2° Sénégonde (Senegundis), nommée Cunégonde par d'Hozier.

m. (1020-1060.) Gautier de Langeais.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 251

1° (1030-1060.) Hamelin de Langeais; 2° Gautier de Langeais; 3° Hugues de Langeais; 4° Geoffroi de Langeais.

i. (10G0-1080.) Thibaut, baron de Mathefélon et de Clervaux, mort sans enfants, laisse tous ses biens à son neveu Hubert II de Champagne, fils aîné de sa soeur Agnès de Clervaux.

n. (1050-1080.) Agnès de Mathefélon, dame en partie de Clervaux et de Mathefélon, de Parce, de Mirebeau, Beauçay, etc., épousa 1° Hubert Ier de Champagne d'Arnet, seigneur de Lasuse, baron de Duretal. surnommé Posthume, descendant des anciens comtes de Champagne et du Maine, cousin de Thibaut le Tricheur; 2° Renaud de Maulévrier.— Voir les généalogies qui précèdent.

m. Foulques de Mathefélon.

iv. Yves ou Yon de Mathefélon.

v. (1060.) Hugues de Beauçay, deuxième du nom de Beauçay,

doit avoir possédé une partie de la seigneurie de Clervaux. vi. Guillaume de Beauçay. vu. Pierre de Beauçay.

A. NOTA.— Celle Agnès de Clervaux, qui vivoit entre 1050 et 1110, fut héritière de Clervaux ea partie, el en môme temps de Malhefélon, en Anjou. Par celle seigneurie, elle étoit dame de Parce, Beauçay et Mirabeau, qui en relevoient. Elle fut fondatrice du prieuré de Gouis, dépendant de l'abbaye de Sainl-Àubin d'Angers. Vers l'an 1050, elle donna aux moines de ladite abbaye, pour l'établissement de ce prieuré, l'église de Gouis, celles de Notre-Dame de Duretal, de la Cliapelle-d'Alignê, de Cliatelais; et en I0o7 ou 1060, celles de Saint-Gervais de Gouis (Gutilii) et Sainte-Marie de Duretal, qu'elle avoit eu en douaire.

Comme nous l'avons déjà dit, Agnès étoit fille de Hugues de Clervaux, baron de Mathefélon, surnommé Mange-Breton (Andegavenses Manduca-Britonum) ou Y Angevin-Mange-Breton, probablement parce qu'il étoit dans son temps la terreur des Bretons.

Cél Hugues, qui vivoit entre l'an 1030 et 1060, étoit issu, suivant M. le comte de Sainte-Maure, de Gilbert ou de Foui


252 LE CAU1NET HISTORIQUE.

crade Loudun (miles castrum Lausduni). Il éloit frère de Gautier de Langeais et de Foulcrade de Loudun.

Dès l'an 1032, il est souvent parlé de ce Hugues MangeBreton dans les anciennes chartes du Poitou, de l'Anjou et de laTouraine; le plus souvent comme signataire sous ce dernier nom. Entre 1050 et 1060, il figure parmi les principaux barons d'Anjou, et au nombre des officiers de GeoiïroiMartel. Dans une charte qu'il donne vers l'an 1036, à l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, il nous fournit de précieux renseignemenls sur le surnom de Martel, que porte ce comte d'Anjou. Selon Bodin et Ménage, ce seigneur éloit de Saumur et gouverneur du pays saumurais, au profit des coniles d'Anjou, comme Geldouin l'avoit élô pour les comtes de Blois. Dans une charte donnée, en 1062, par Geoffroy le Jeune, portant ratification des dons faits par ce comte à l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, rapportée dans les manuscrits de dom Housseau, numéro 660, il est qualifié Hugues Mangeur de Breton (Hugone manducalore Britonum).

Ce fut vers cette époque « qu'étant dangereusement malade il restitua aux moines de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur tous les droits de justice qui lui avoient été donnés par Geoffroy-Martel sur toulesles terres de l'abbaye; il ne fit réserve que de ces quatre : assassinat, incendie, rapt et vol (1). Pour la confirmation de ce don, il envoya par deux moines un couteau (cutello) à manche noir, qui fut placé sur l'autel de Saint-Florent; et il reçut en échange des religieux dix livres (environ 300 francs de notre monnoie), qu'ils donnèrent en signe de reconnoissance. Le comte d'Anjou, Foulques Réchin, ayant approuvé ce don, reçut cent sous; la comtesse Ermengarde, son épouse, cinquante, et Gauslin, procureur du comte, vingt-cinq. »

Hugues étoit seigneur de Clervaux (in Pictonibus qnod erat de feodo Andegavensi inquit Roberlus de monte) et en môme temps baron de Mathefélon, dont il prend indistinctement les noms. On le retrouve souvent sous la qualification de Mange-Breton, et quelquefois sous la désignation de

(1) Bodin dit vol, nous pensons qu'il se trompe, il doit y avoir viol au lieu de vol; ce dernier rentre dans la justice ordinaire. Le viol, au contraire, est le complément de rapt.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 253

Hugues de Clervaux et de Hugues de Mathefélon (Hugo Mathefelonio).

M. le comte de Sainte-Maure, dans son Mémoire historique sur la maison de Loudun, qui se trouve dans le quaranteseptième volume des manuscrits de dom Fonteneau (Bibl. de Poitiers), croit que cet Hugues Mange-Breton est issu des vicomtes de Lohdunois (en Poitou, Anjou et Touraine); qu'il fut lui-môme seigneur de Loudun et de Champchévrier, et le premier de cette maison qui ait porté le nom de BeauçayIl appuie son opinion sur des preuves généalogiques fournies sur la maison de Loudun par M. de Clérambault (1). Foulcrade de Loudun y est dit frère de Hugues, dit MangeBreton, seigneur de Champchévrier et de Gautier de Langeais, seigneur de cette terre; et sur une charte d'Evrard de Loudun, fils de Foulcrade, passée entre l'an 1060 et 1080, tirée des cartulaires de l'abbaye de Bourgueil, qui établit cette fraternité.

D'après Ménage, comme cela a été dit, Hugues de Clervaux (ou de Clairvaux, de Claris-vallibus) ou Hugues de Mathefélon, surnommé Mange-Breton, épousa Hersende (Arsendis) de Vendôme, fille d'Hubert, vicomte de Vendôme, soeur d'Hubert, évoque d'Angers, dont il eut : 1° Thibaut, qui porta vraisemblablement, comme son père, le nom de Clervaux, fut baron de Mathefélon, et qui, mort sans enfants, légua tous ses biens à son neveu Hubert II de Champagne, seigneur de Duretal, qui lui succéda dans ses titres; 2° Agnès, qui fut héritière en partie de Clervaux et de Mathefélon, laquelle épousa, enlre 1060 et 1080, Hubert (ou Herbert) de Champagne d'Arnet, dont il a été déjà question.

Outre Thibaut et Agnès, Hugues de Clervaux paroît avoir eu encore d'autres enfants; d'abord Hugues (Hugo de Mathefélon, Hugo filius ejus) qui, en 1060, ôtoii enseveli près de sa mère Arsendis, dans l'église de Guesne de Cunault, près Loudun. Il est question de lui au sujet d'une donation faite par son père aux moines de Tournus, relativement à trois églises situées dans l'enceinte du château de Loudun. Foulques de Mathefélon, frère de Thibaut et d'Yves (Yvo), est dit

(1) Cab. Clérambault, 88e vol. des Chevaliers du Saint-Esprit, fol. 1535.


254 LE CABINET HISTORIQUE.

aussi fils de cet Hugues de Mathefélon, seulement il eut ce fils d'une femme nommée Sénégonde (Senegundis). D'Hozier la nomme Cunégonde.

On retrouve ce Foulques dans deux chartes du temps de l'abbé Daibert; elles sont relatives à des donations faites à l'abbaye de Saint-Serge d'Angers, entre l'an 1055 et 1082. Ce seigneur accorde ces donations pour le repos de l'âme de ses frères Thibaut et Yves, morts avant cette époque. Vers le môme temps, il accorde encore à ladite abbaye une dîme située dans la paroisse de Saint-Pierre de Chaumont. Cette donation porte l'approbation de sa mère Sénégonde. Besly parle encore de ce Foulques qui figure dans une charte du xie siècle, qu'il cite dans son histoire des comtes de Poitou.

B. La baronnie de Clervaux existe encore. Cette terre, qui, plus tard, fut érigée en comté et en marquisat, en faveur de René de Villequier et de César d'Aumont, est située dans les environs de Châtellerault, dont elle n'est éloignée que de

10 ou 12 kilomèlres, sur la route qui va de celte ville à Mirebeau. Anciennement cette terre était considérable; pour le temporel, elle relevoit du comté d'Anjou, et pour le spirituel, de l'évoque de Poitiers. — En l'an 1182, le châleau de Clervaux faillit ôtre un sujet de guerre entre les enfanls d'Henri II, roi d'Angleterre et de Normandie, Richard Coeur de Lion et Henri III, dit au Court-Mantel. Ce dernier reprochoit à son frère d'avoir fait fortifier ce châleau à son détriment; leur père, pour faire cesser ce différend, fut obligé de s'emparer dudit château de Clervaux, qui étoit à cette époque un «contencieuxdu chasteau de Monstreuil-Bonin. »

11 en est aussi fait mention dans une sirvente du célèbre troubadour Bertrand de Born, citée par Augustin Thierry, dans son Histoire de la conquête des Normands, t. n, p. 242, au sujet de la ligue formée par les seigneurs de Ventadour, de Combor, de Ségur, de Gordon et le comte de Périgord, contre ce même Richard Coeur de Lion, comte de Poiliers. Il en est aussi parlé dans l'ouvrage de Dreux du Radier, ainsi que dans le célèbre roman de Mélusine, de Jean d'Arras, dans lequel il est question d'un seigneur de Clervaux. — Vers le commencement du xin° siècL:, Clervaux se divisa.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 255

Le nom resta définitivement aux descendants de Geoffroy, fils puîné d'Hubert de Champagne et d'Agnès de Clervaux, nommé Geoffroy de Clervaux, et la terre demeura le patrimoine des deux filles de Hugues IV de Beauçay, et d'Alix de Châtillon, Eustache et Jeanne. En 1285, Hardouin de Maillé, qui avoit épousé cette dernière, dispose par testament d'une portion de sa terre de Clervaux (Clerevaus) en faveur de l'abbaye du Loroux.

De la maison de Maillé elle passa dans celle de Rougé. — Entre 1330 et 1334, elle appartenoit au célèbre chevalier de Latour-Landry, auteur du livre des Enseignements (intitulé le Livre du chevalier Latour-Landry), qui la tenoit de sa femme Jeanne de Rougé. — Le 15 février 1383, elle échut à Briand de Labaye-Jouslain, seigneur de Montcontour. Le trésor des chartes de Châtellerault signale, au dire du sieur de Cande, un hommage rendu, en 1391, au vicomte de Châtellerault, par un Jean de Lahaye, seigneur de Clervaux., « pour l'hostel et la châtellenie dudit lieu de Clervaux, son appartenance et dépendance, avec justice haulte, moyenne et basse, qu'il reconnoît tenir à foi et hommage-lige. » — Le 6 juin 1393, ce môme Jean de Lahaye, écuyer, seigneur de Clervaux, Guillaume Desprez et Jean d'Ausseure (ces derniers héritiers par leurs femmes Jeanne et Marguerite de Beauçay) se partagent la succession de Jean et d'Eustache de Maillé, possesseurs de cette terre, tués en l'an 1390 ou 1391, en Afrique, au siège de Tunis ou de Carthage. — Catherine de Lahaye, 1423, dame de Clervaux, qualifiée de haute et puissante dame, prit part à l'enlèvement du jeune Gilles de Clérambault, alors âgé de sept ans, ravi à sa mère Jeanne Sauvage par ses oncles Ponthus, Louis, Charles et Marguerite de Latour-Landry. Le 21 décembre 1428, elle fut poursuivie comme complice de ce rapt, et pour se soustraire au préjudice que lui occasionnoient ces poursuites elle fut obligée de faire de grands sacrifices d'argent.

Quelques années plus tard, vers 1470, le château de Clervaux et tout ce qui s'y ratlachoit passa dans la maison de Chabot. Par sa femme lsabeau de Rochechouart, fille et héritière de Jean de Rochechouart, seigneur d'Aspremont, etc., Renaud Chabot, seigneur de Jarnac-Charente, devint seigneur de Clervaux. Ce Renaud, qui fut conseiller et cham-


. 256 LE CABINET HISTORIQUE.

bellan du roi, et qui commanda les troupes envoyées en Saintonge contre les Anglois, eut un long différend avec les seigneurs de Latour-Landry, au sujet de la justice de la terre de Clervaux, et obtint, ainsi que son fils aîné, des lettres de rémission pour un meurtre commis à cette occasion, lettres qui furent entérinées le 14 août 1475.

Sortie de la maison de Maillé en 1390, par la mort de Jean de Maillé, la baronnie de Clervaux y rentra de nouveau par le mariage d'Hardouin X (le 30 juillet 1494) avec Jeanne de Latour-Landry, fille de Louis de Latour-Landry.

A l'époque de la bataille de Montcoutour, le château de Clervaux fut occupé, le 5 octobre 1569, par le capitaine Teil, qui soulenoit le parti de l'amiral Coligny.

Ce furent les héritiers de François de Maillé de LatourLandry, comte de Châteauroux, et de Diane de Rohan qui vendirent, le 22 mars 1580, leur portion dans la terre de Clervaux à René de Villequier, baron de la Guerche, favori d'Henri III. Le 15 juin suivant, ce seigneur acquit l'autre portion de Charles et de Renée de Vivonne, héritiers d'Isabeau de Lalour, de Crissé, dame de Montoiron. C'est ce même René de Villequier qui fit ériger en sa faveur cette terre en comté, et fonda le nouveau château de Clervaux (à 2 kilomètres de l'ancien), qui fut construit avec les libéralités de son souverain. C'est aussi ce dernier qui, en 1577, tua à Poitiers sa femme Françoise de Lamarck (1). Les uns disent par jalousie, les autres parce qu'elle ne voulut point condescendre aux désirs du roi, ainsi que son mari le lui ordonnoit.

Quelques années plus tard, en 1693, Gilles Fouquet, premier écuyer de la grande écurie du roi, frère du surintendant des finances, qui avoit épousé Anne d'Aumont, fille de César, marquis de Clervaux, vendit la terre de Clervaux à Etienne Chérade, lieutenant général et maire perpétuel d'Angoulôme, dont les descendants, connus sous le nom de comte de Montbron, la possèdent encore (1864).

(1) Françoise de Lamarck étoit fille naturelle de Guillaume le Bâtard de Lamarck, seigneur de Montbason.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 257 '

G. Entre 1055 et 1070, on retrouve souvent le nom de ce Geoffroy de Champagne. Il figure, vers cette époque, avec son frère Hubert II de Champagne et son beau-frère Guillaume de Montsoreau (mari d'Hersende de Champagne), dans la donation faite aux moines de Saint-Aubin, par sa mère Agnès de Clervaux, des églises de Saint-Gervais de Gouis et de Sainte-Marie de Duretal. Cette cession, qui est faite avec le consentement de Renaud de Maulévrier, second mari d'Agnès, porle aussi l'approbation de Geoffroy, comte d'Anjou, et d'Eusèbe Brunon, évoque d'Angers.

Entre 1100 et 1120, il assiste à une cession faite par ledit Hubert II de Duretal, son frère, à l'abbaye de Saint-Serge d'Angers, au sujet d'un droit de paccage.

C'est peut-ôlre le même Geoffroy de Clervaux qui, sous le nom de Gauffridi Clarebaudi, Goffridi Clarebaut, figure comme témoin dans cinq chartes de donations faites à l'abbaye de Saint-Cyprien de Poiliers.

Si on s'en rapporte à Ménage et à d'ITozier, Hubert II de Champagne, de Duretal, baron de Mathefélon, étant mort sans enfants, ce seroit de ce Geoffroy de Clervaux que descendent tous les enfants attribués à cet Hubert, selon Lucas.

Geoffroy de Champagne, dit de Clervaux, eut plusieurs enfants de son alliance avec Mahaut, ou Elisabeth de Mathefélon. Trois entre autres s'acquirent une grande illustration. Ce sont : 1° Geoffroy de Clervaux, qui, selon d'Hozier, fut seigneur de Duretal; 2° Payen de Clervaux; 3° et Belot de Clervaux, qui vivoient entre l'an 1100 et 1164.

Ces trois seigneurs, plus spécialement attribués à Geoffroy, sont assez marquant pour que nous croyons devoir faire pour eux un article particulier dans lequel chacun sera traité séparément pour ce qui le concerne. On trouvera ces articles plus bas.

Quant aux enfants qui suivent, attribués par Lucas à Hubert, et par d'autres à son frère Geoffroy, peu se sont acquis assez de célébrité pour arriver jusqu'à nous. Hugues est le seul qui ait marqué et dont nous retrouvons la trace dans les chartes du Poitou et de l'Anjou. C'est à lui que nous attribuons la cession du terrain sur lequel a été édifiée l'abbaye de Clairvaux.


258 LE CABINET HISTORIQUE,

D. C'est peut-être de cet Etienne de Champagne dont il est parlé dans la vraie et parfaite science des armoiries de Louvain Géliot, avocat au Parlement de Bourgogne. Ouvrage publié en 1660 par Pierre Paillot, p. 242. Voici ce qu'il dit :

« Un manuscrit qui m'a esté preste par M. Bailly, conseiller au Parlement de Bourgogne, contenant les noms, surnoms et armes, etc., quelques mémoires généalogiques des seigneurs et gentilshommes qui suivirent à la conquête du royaume d'Angleterre, Guillaume, duc de Normandie, surnommé le Conquérant, donne pour armoiries à Estienne, fils du comte de Champagne auquel fut donné par ce Conquérant le comté d'Aumarle ou Aumale, de gueules à une croix de vair fleur de lissée. »

NOTA. Dans les curieuses listes des conquérants de l'Angleterre reproduites par M. Augustin Thierry, dans son ouvrage sur la conquête d'Angleterre, t. i, p. 452 à 457 des pièces justificatives, se trouvent plusieurs noms qui se rapprochent de celui de Clervaux, qui peut avoir été altéré par le temps.

Liste d'André Duchesne : Claremaus, Clarvade, Clanvays. Liste de Le Laud : Clerevalx et Clarel. Chronique de Bromton : Claraus, Clarel.

NOTA. Les armes de la Maison de Clervaux, du Poitou, qui existe encore de nos jours dans cette province et en Saintonge, sont : De gueules à la croix pattée alaisée de vair.

Comme on le voit, elles se rapprochent beaucoup de celles ci-dessus.

E. NOTA, — Les auteurs confondent souvent Hugues Ier de Champagne, baron de Mathefélon, seigneur de Clervaux, avec son homonyme contemporain, Hugues Ier de Champagne, chef de la maison de Champlitte, qui accompagna, en 1102, l'empereur Henri IV, dans son expédition de Flandres, et fit trois voyages en Palestine. (Suivant le P. Anselme, gr. off. de la cour. t. n, p. 867, Hugues de Champagne, comte de Troyes, chef de la maison de Champlilte, fut seulement l'un des premiers bienfaiteurs de l'abbaye de Clairvaux.) (Saint Bernard, ép. 31.) Tous deux vivant au commencement du xne siècle, s'étant croisés tous deux, cette confusion est facile. Cet Hugues, auquel on accorde aussi plusieurs fondations d'abbayes, fut aussi marié deux fois. En premières noces avec Constance, fille de Philippe I", roi


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 259

de France, dont il fut séparé peu de temps après pour cause de parenté, en 1104; et, en secondes, comme le seigneur de Clervaux, avec une Elisabeth. Celle-ci se nommoit Elisabeth de Bourgogne. Elle étoit fille d'Etienne, comte de Bourgogne; les historiens sont peu d'accord sur l'époque de sa mort. Tous disent qu'il mourut en Palestine, où il se fit recevoir chevalier du Temple (il est certain qu'un seigneur de ce nom figure comme chevalier de cet ordre); mais à une époque différente, après avoir institué Thibaut, comte de Chartres, son neveu, héritier de ses comtés au détriment de son fils légitime, Eudes Ier de Champagne. Suivant Pithou, il les lui aurait vendus en 1125. Selon M.Anatole de Barthélémy (Bibl. de l'Ecole des chartes, 5e série, t. ier, p. 537), la véritable cause qui fit perdre à Eudes ses comtés, entre autres celui de Champagne, ce fut pour avoir tué un personnage considérable de l'époque. C'est lui, dit-on, qui concéda à saint Bernard, ou aux moines de Citeaux, le territoire de Clervaux.

Nous avons d'autant plus de raisons de revendiquer cette fondation pour notre Hugues Ier de Champagne, baron de Mathefélon et de Duretal, qu'il est, suivant Lucas, seigneur de Clervaux, et qu'il transmet ce nom à l'aîné des fils qu'il eut de son second mariage. Ce doit être lui qui, selon nous, fournît, l'an 1115, le terrain sur lequel a été établie celte célèbre abbaye que saint Bernard illustra, et dont il fut le premier abbé.

Avant cette époque, ce lieu étoit nommé, par quelques auteurs, la vallée d'Absinthe, parce que cette plante y croissoit en abondance. C'étoit un lieu désert; un refuge de voleurs. C'est dans ce triste lieu que ce monastère fut bâti ; « sur un fonds que Hugues, comte de Champagne, pour seconder le zèle de l'abbé de Citeaux, lui avoit offert et donné. » Suivant la charte de fondation, « Hugues, comte de Troyes, donna le lieu même appelé Clervaux. (Hugo trecensis cornes do et beatoe marioe et fratribus Claroevallis locum ipsum qui vocatur Claroevallis cum pertinentiis, agris, pratis, sylvis, vineis et aquis, nihil omnino mihi aut hereditibus retinens. — Locum ipsum Claroevallis cum suis appendicibus.) Là, Bernard jetta les premiers fondements de la fameuse abbaye de Clervaux, où il forma tant de saints, et dans un lieu


260 LE CARINET HISTORIQUE.

connu depuis sous le nom de Clervaux. » (Gallia christ., t. iv, p. 155; Vie de saint Bernard, par Mabillon; Hist. généal. et particul. de Bourgogne, par un relig. bénédictin.)

Le terrain cédé portant antérieurement à la fondation de l'abbaye le nom de Clervaux, peut-on trouver surprenant que le comle de Champagne, qui a contribué à son érection, ait aussi porté ce nom. C'est aussi le moment de rappeler ici ce nom de Troea, porté par son frère ou son cousin germain Payen de Clervaux, et de citer l'article de Michel Castelnau sur les comtes de Troyes. Ces derniers ne se qualifiant point encore comtes de Champagne, malgré qu'ils en eussent plus de droits que tout autre, étant plus rapprochés de la source.

Celte version nous parait bien plus facile à adopter que celle admise par le célèbre historien Henri Martin, dans le troisième volume de son Histoire de France, p. 325; car nous avons peine à comprendre que Clervaux ail tiré son nom de l'illustration qui commençoit à rejaillir sur le nom de saint Bernard. Ce qui fit que, selon lui, « Bernard valut à ce triste lieu le nom de Clairvaux, ou l'illustre vallée Claravallis. » Nous n'admettons pas davantage l'opinion de M..Aristide Guibert, dans les Villes de France, t. ni, p. 39, qui dit que « Bernard obtint de Hugues VIIIe, comte de Champagne, la donation pleine et entière de cette vallée, que, par antiphrase, sans doute, ou bien après en avoir commencé le défrichement, on appela Clara-vallis, vallée claire. » Telle fut, suivant ces auteurs, l'origine de la célèbre abbaye de Clervaux, l'un des quatre chefs d'ordre de la filiation de Citeaux, qui fut, dit Henri Martin, une réforme de ce monastère, comme Citeaux étoit lui-môme une réforme de Cluni.

Nous avons donc la certitude que le monastère de Clervaux a été construit sur un terrain donné par un comte de la maison de Champagne. Il est également certain, si on s'en rapporte à Lucas, d'Hozier, Lachenaye des Bois, Ménage, etc., qu'en 1115 vivoit en Poitou ou en Anjou un comte de Champagne, de la branche de Duretal-d'Arnay (Arnaitto in comitatu trecassensi), baron de Mathefélon, qui étoit seigneur de Clervaux, et qui pouvoit aussi porter le nom de Troyes (Troea), descendant également des Vermandois. D'après ce fait, qui nous paroît concluant, nous aurions tout lieu de


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 261

penser que le nom donné à l'abbaye et à la famille de Clervaux a la môme origine, et qu'ils tirent l'une et l'autre leur nom du vieux château de Clervaux, situé en Poitou, arrondissement de Cliâtellerault.

Du reste, que peut-il y avoir d'invraisemblable dans le fait que nous avançons? est-il étonnant que saint Bernard (ou l'abbé de Citeaux) ait choisi le nom de l'une des seigneuries du donataire pour le transmettre au nouvel établissement religieux? pourquoi celui-ci, comme cela se pratiquoit alors quelquefois, n'en auroit-il point fait une condition expresse? pareil exemple n'a-t-il point déjà eu lieu dans le Maine, où Foulques Riboule, seigneur de Lavardin, probablement parent ou ami des Champagne de celte province, donne, en 1151, le nom de Campania à une abbaye d'hommes de l'ordre de Citeaux, filiation de Souvigny, peut-être parce qu'elle devoit être établie sur un terrain donné par un comte de Champagne? Du reste nous ne voyons point pourquoi le seigneur de Champagne de Clervaux n'auroit point joui dans l'abbaye de Clervaux des mêmes droits et privilèges que ceux qui lui sont attribués, par André du Cliesne, dans l'abbaye de Chalocé.

Nous devons dire aussi qu'il existe encore de nos jours, parmi les diverses branches de la maison de Clervaux, du Poitou, une ancienne tradition reposant autrefois sur un ancien titre qui leur accordoit le droit de suzeraineté dans l'abbaye. D'après ce titre, le chef de la maison de Clervaux avoit droit de séjourner, chaque année, dans l'abbaye pendant un temps déterminé, lui et les gens de sa suile (8 ou 15 jours). Pendant lout le temps de leur séjour, le supérieur de Clervaux étoit tenu de les recevoir, de les nourrir et de les loger convenablement, cela aux frais de la communauté.

Nous terminerons ces réflexions en rappelant qu'on ne doit point oublier que le comté d'Arnay, qui appartenoit anciennement à cette branche de Champagne, est situé près de Troyes, en Champagne (tenuit civitatem de Arnaitto, in comitatu trecassensï), et que notre Hugues de Champagne descendoit", par son aïeul, de Letgarde, femme de Thibaut de Champagne, comte de Blois, de Chaumont et de Tours, laquelle étoit fille du comte de Vermandois et de Troyes ; et que, suivant Lucas, le comle Foulques Néra, en mariant


262 LE CABINET HISTORIQUE.

Aremburge avec Hubert, ou Herbert d'Arnay, donna à sa cousine toutes les terres de Bassigny, en Anjou (terram omnem Bassiaco, in pago Andegavense). Nous ne connoissons point en cette province de lieu appelé Bassac ou Bassigny, ni aucune partie de territoire se rapprochant de ce nom. Ce Bassiaco ne peut donc ôtre évidemment que le Pagus Baciniacensis qui se trouve situé en Champagne et qui dépend du diocèse de Langres. —Aremburge reçut également en dot, de son parent, la moitié du territoire de Champagne, situé entre la Sarthe et la Mayenne.

En l'an 1239, la viguerie de Chaumont (vicaria Caldimonte) appartenoit à Thibaut de Mathefélon-Junior, fils ou petit-fils de Hugues. Ce Thibaut fit don de l'église de SaintPierre de Chaumont à l'abbaye de Saint-Seige d'Angers. — Nous ne savons de quel Chaumont il est ici question. Seroitce de celui du diocèse de Langres ?

Suivant Chalmel, Histoire de Touraine, t. m, p. 381-382, les comles de Champagne la Suse se qualifioient encore, entre 1542 et 1576, du titre de sire de Clervaux et de premier baron du Maine; cependant il est certain que depuis longtemps la seigneurie de Clervaux avoit cessé de leur appartenir.

(La fin au prochain numéro.)

XXV. — BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

Catalogue des gentilshommes qui ont pris part aux assemblées de la noblesse en 1789, publié d'après les documents officiels par MM. Louis DE LA ROQUE et de BARTHÉLÉMY.

Les procès-verbaux sur lesquels ce catalogue a été dressé existent en originaux aux archives de l'empire. On y trouve l'état nominatif des familles nobles existant en France à la dernière heure de l'ancienne monarchie. C'est sans doute une étude digne de eu-


BULLETIN RIBLIOGRAPHIQUE. 263

riosité que le rapprochement de cet état de celui de notre société actuelle. Combien de vides, combien d'extinctions, après les déchirements, les guerres et les révolutions de nos soixante-dix dernières années 1 Mais ce n'est pas le seul intérêt que présente cette importante publication. On peut surtout l'envisager au point de vue pratique. Les documents authentiques qui servent de base aux listes dont elle se compose, peuvent certainement être d'un grand secours aux familles qui auroient des justifications à faire devant les tribunaux ou devant le conseil du sceau des titres, en vertu de la loi du 28 mai 1858. Les auteurs annoncent que leur travail sera complété par la liste des familles anoblies ou titrées depuis le premier empire, et formera de cette façon le répertoire complet et authentique de la noblesse françoise.

Voici la liste des provinces dont le catalogue est déjà publié : Anjou et pays Saumurois : — Armagnac et Quercy : — Artois, Flandre et Hainaut : — Auvergne et Rouergue : —Bourbonnois et. Nivernois : — Bourgogne : — Champagne : — Dauphiné : — Franche-Comté : — Guienne : — Isle de France (2 livraisons) : — Languedoc (2 livraisons) : — Lorraine et duché de Bar (2 livraisons) : — Lyonnois, Forez et Beaujolois : — Maine, Perche et Thimerais : — Marche et Limousin : — Normandie (2 livraisons) :

— Orléanois : — Périgord et Aunis : —Saintonge et Angoumois :

— Picardie : — Poitou : — Provence et principauté d'Orange: — Roussillon, Foix, Comminges et Couseran : — Tourraine et Berry.

Chaque livraison, prise séparément, se vend 2 fr. A Paris, chez Aubry, 16, rue Dauphiné.

Questions historiqiws, Problèmes, Erreurs, Préjugés, Mensonges. Recueil trimestriel paraissant par demi-volume et formant chaque année 2 volumes in-8 de 500 à 600 pages.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'histoire, selon le mot de M. de Maistre, n'a été qu'une conspiration contre la vérité. Que de fois, dans l'étude approfondie d'une époque ou d'un personnage, en touchant du doigt les lacunes, les réticences, les faussetés, l'on a pu se dire : l'histoire est à refaire! Oui l'histoire calme, impartiale, sincère, complète; l'histoire écrite d'après les sources, basée sur des témoignages soigneusement contrôlés, cette histoire-là est à faire et le sera encore longtemps. C'est l'honneur de notre époque d'avoir fait un premier pas dans la voie de la vérité et triomphé de bien des erreurs et des préjugés. Mais combien de points restés douteux, obscurs! Que de faits dénaturés par l'esprit


264 LE CABINET HISTORIQUE.

de secte ou de parti! Que de figures étrangement noircies ou défigurées! Il n'est personne qui, dans le cours de ses recherches ou de ses lectures n'ait rencontré le mensonge prémédité ou ignorant, sans trouver la réfutation péremptoire qui pourrait le réduire à néant. Et quand cette réfutation existe, elle est perdue dans de gros livres qu'on ne lit guère, dans des recueils connus des seuls érudits, dans des brochures ignorées ou introuvables.

Un tel recueil mérite d'avoir les sympathies de tous les amis de la vérité historique. Il faut que chacun apporte sa pierre à l'édifice. C'est aux spécialistes à fournir sur l'objet favori de leurs études les résultats de leurs longues explorations. Par là seulement on arrivera à des résultats sérieux et définitifs.

Un comité est constitué pour présider à la direction du recueil, à l'examen des travaux, et pour veiller à ce qu'on ne s'écarte ni de l'esprit ni du plan qui constituent l'essence même de l'oeuvre.

A chaque cahier trimestriel sera joint un bulletin bibliographique où seront résumées les principales publications historiques et les travaux publiés dans les revues françoises et étrangères qui rentreraient dans le cadre du recueil. Les communications relatives à la rédaction du recueil devront être adressées à M. DE BEAUCOURT, 44, rue de Bellechasse, à Paris. Les souscriptions seront reçues à la librairie de M. VRAYET DE SURCY, rue de Sèvres, 19, à Paris. Les Questions historiques paraîtront tous les trois mois, à partir du 1er janvier 1866; le prix de l'abonnement est fixé à 15 fr. par an.


f! MIT

ISTuffil

REVUE] MENSUELLE.

XXVI. —LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE EN FRANCE (1).

17 août 1792 — 12 prairial an III. — 7e article. —

Dans l'ordre de mes communications au Cabinet historique, cette partie de mon labeur ne devoit venir que plus tard; les audacieux ouvrages contemporains où l'on ne craint pas de glorifier SaintJust, Robespierre, Marat, les Jacobins, me font devancer la publication de ma statistique de la justice révolutionnaire. Ce document devra paroître concluant aux hommes qui ne veulent pas aosolument fermer les yeux à la lumière.

Statistique de la justice révolutionnaire.

Le début de mon premier article sur la justice révolutionnaire et ses fastes ignorés, a rencontré quelque incrédulité dans le public ; on a semblé craindre, de ma part, l'exagération ou l'erreur; mes cent trente commissions ont surpris, rapprochées surtout des onze ou douze tribunaux

(1) Voy. t. IX, p. 214; t. X, p. 22,118,197, 398; t. XI, p. 137 Ue année. Septembre-Octobre 1865. —Doc. 18


266 LE CABINET HISTORIQUE.

semblables dont s'est contenté M. Louis Blanc, dans son Histoire de la révolution, la plus développée que nous possédions encore; on s'est également étonné du nombre de ces tournées judiciaires qu'accompagnoient la guillotine ou la fusillade.

Je viens donc me justifier au besoin, en présentant la nomenclature des commissions ou tribunaux révolutionnaires dont l'existence est pour moi certaine, avec l'itinéraire de ceux qui étoient ambulants ; mais leur nombre total n'est plus cent trente, c'est au delà de cent cinquante, ayant siégé dans cent quatre-vingts villes ou lieux différents, et ce n'est pas vingt-deux tribunaux ambulants, c'est plus de quarante. A ces notions je joins le nom des villes, l'époque des fonctions, le chiffre des condamnations à mort connues, pendant la vie et après la mort de Robespierre, jusqu'au 12 prairial an III, limite de mon ouvrage ; j'indique mes principales sources et autorités, et je classe cette revue sanglante dans l'ordre alphabétique des départements, presque tous visités par la faux de la Terreur.

L'importance des résultats aidera, je l'espère, à supporter la sécheresse des détails; que l'on me permette d'ajouter que ce travail, bien plus considérable qu'il ne le paraît au premier aspect, est entièrement neuf. Prudhomme, en tête de son fameux dictionnaire des victimes (1), a mis en quelques lignes les villes où furent établies des commissions révolutionnaires: cette liste est incomplète et erronée. Léger dans ses investigations et son examen, imparfaitement servi par ses correspondants, Prudhomme a attribué des commissions à des villes seulement visitées par des tribunaux ambulants; il n'a pas connu certaines commissions, non plus que les tournées de beaucoup d'autres; le caractère et les chiffres vrais des condamnations lui ont souvent échappé ; de là dans

(1) Dictionnaire des individus condamnés pendant la révolution ; 1797, 2 vol. in-8, à 2 colonnes.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 267

son dictionnaire, précieux néanmoins, des inexactitudes sur les juges et sur les victimes. J'aurais, à mon tour, reproduit beaucoup d'erreurs, sans mes persévérantes recherches personnelles (1), sans le concours si bienveillant et si utile de tant de dignes magistrats et de personnes obligeantes nommés plus loin, et qui, depuis plusieurs années, secondent ma trop grande entreprise.

Commissions et Tribunaux institués ou ayant jugé révolutionnairement du 17 août 1792 au 12 prairial an III.

AIN. — Bourg. — Tribunal criminel (2) ayant jugé révolutionnairement, du 6 frimaire au 22 messidor an n, 6 condamnations à mort.

Greffe du tribunal de Bourg. — Lettre de M. Jeandet, procureur impérial.

AISNE. —Laon. — Semblable tribunal. Du 9 brumaire an n au 2 vendémiaire an ni, 9 condamnations.

Greffe du tribunal de Laon. — Lettre de M. Coquilliette, procureur impérial.

ALLIER. — Moulins. — Semblable tribunal.

A reporter

Condamnations

capitales ROBESPIERRE Vrvant | Mort

6 »

3 6 9 6

(lj Que l'on me permette aussi d'indiquer les voyages déjà accomplis pour examiner les documents originaux dans les archives, les greffes, les collections particulières :

En octobre 1863, à Angers, Nantes, Rennes, Le Mans ;

En septembre 1864, à Poitiers, Angoulême, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Nîmes, Marseille, Toulon, Carpentras, Bédoin, Orange, Lyon ;

Accueilli, assisté partout et par tous avec le plus extrême empressement!

(2) Il est entendu que tous les tribunaux criminels de départements que je cite avoient été institués ou avoieut jugé révolutionnairement.


268 LE CABINET HISTORIQUE.

Report 9 6

Du 22 brumaire au 17 messidor an u, 6 condamnations. 6 »

Note de M. l'Archiviste de l'Allier; registre du tribunal criminel.

Lettre de M. Foulhoux, procureur impérial à Moulins.

ALPES (RASSES-). — Digne. — Semblable tribunal. 2 fructidor an n, 1 condamnation. » 1

Prudhomme. Dictionnaire, etc.

ALPES (HAUTES-).

ALPES-MARITIMES. — Nice. — Semblable tribunal. Du 26 vendémiaire au9messidor an n, 10 condamnations. 10 »

Greffe du tribunal de Nice. — Lettre de M. Pensa, procureur impérial.

ARDÈCHE. — Privas. — Semblable tribunal. Du 16 avril 1793 au 17 fructidor an n, 28 condamnations. 26 2 Prudhomme. Dictionnaire, etc.

ARDENNES. — Charleville. — Semblable tribunal. Du 26 septembre 1793 au 6 fructidor an II, 13 condamnations. 12 1

Prudhomme, ibid.

ARRIÈGE.— Foix.— Semblable tribunal. Dn 17 juillet 1793 au 23 germinal ann, 11 condamnations. 11 » Prudhomme, ibid.

AUBE. —Troyes. — Semblable tribunal.

A reporter 74 10


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 269

Report 74 10

Du 19 mars 1793 au 9 messidor an n, 3 condamnations. 3 »

Greffe du tribunal de Troyes. — Lettre de M- Bergognié, procureur impérial.

AUDE. — Carcassonne. — Semblable tribunal. Du 23 nivôse au 19 floréal an u, 4 condamnations. 4 »

Greffe du tribunal de Carcassonne. — Lettre de M. Armengaud, procureur impérial.

AVEYRON. — Rodez. — Semblable tribunal. Du 30 mars 1793 au 28 messidor an n, 44 condamnations. 44 »

Idem. Commission militaire. 14 brumaire, 7 frimaire an n, 2 condamnations. 2 »

Prudhomme, Dictionnaire, etc.

B

BOUCHES-DU-RHÔNE. — Marseille. — Tribunal populaire; avant le 26 août 1793. 14 condamnations, ik »

Histoire de Marseille, par Augustin Fabre, 1829, 2 vol. in-8. — Histoire de la Révolution à Marseille, par Lourde. 1839, in-8, t. III. — Marseille depuis 1789 jusqu'en 1815, par un vieux Marseil- . lais (Lautard), 1841, 2 vol. in-8. — Collections particulières de MM. Augustin Fabre, de Crozet, Bouillon-Landais, à Marseille; les deux premières compulsées en septembre 1864.

Ibid. Commission révolutionnaire. Président, Maillet, lre époque. Du 28 août 1793 au 26 nivôse an n, 172 condamnations. 172 »

A reporter.... 313 10


270 LE CABINET HISTORIQUE.

Report.... 313 10 ttid. Commission militaire. Président, Leroy, dit Brutus. Du pluviôse au germinal an II, 123 condamnations. 123 »

Ibid. Commission révolutionnaire. Président, Maillet, 2e époque. Du germinal an prairial 'an n, 117 condamnations. 117 »

Mémoire... sur les massacres du Midi, par Fréron. Collection Baudoin. 1824, in-8. — Catalogue de la Bibliothèque impériale. Histoire de France, t. III. Convention. — Archives de l'Empire. Tribunaux criminels, BB. 72, carton 1. — Tribunal révolutionnaire de Paris, carton 329. — Collections particulières de Marseille, plus haut citées.

G

CALVADOS. — Caen. — Tribunal criminel révolutionnaire. Du 12 mars 1793 au 9 fructidor -an n, 7 condamnations. 7 »

Prudhomme, Dictionnaire, etc., en rapporte 14. — Greffe de la Cour impériale de Caen. — Lettre de M. Rabou, procureur général.

CANTAL. — Aurillac. —Semblable tribunal, ayant siégé aussi à Saint-Flour. Du 14 juin 1797 au 4 thermidor an n, 10 condamnations. 10 »

Greffe du tribunal de Saint-Flour. — Lettre de M. Auzolle, procureur impérial.

CHARENTE. — Angouléme. Semblable tribunal. Du 17 au 27 brumaire an n, 2 condamnations. 2 >

Greffe du tribunal d'Angoulême. — Registre compulsé en septembre 1864.

Areporter 572 10


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 271

Report.... 872 10

CHARENTE-INFÉRIEURE. — La Rochelle. —

Commission militaire. Du 28 avril 1793 au 12

germinal an n, 60 condamnations. 60 »

{Cabinet historique, 1864, p. 205.)

Histoire de La Rochelle, par M. Dupont. 1830, in-8. — Correspondance de M. Chaudreau, procureur impérial en cette ville.

Ibid. — Rochefort. — Tribunal révolutionnaire. Président, André. Du let frimaire au 26 pluviôse an H, 31 condamnations. 31 ■>

{Cabinet historique, 1864, p. 31.)

Histoire de la Saintonge, par M. Massiou. 1846, 6 vol. in-8°. — Histoire du port de Rochefort, par MM. Viaud et Fleury. 1845, in-8°. — Lettre de M. Chopy, procureur impérial en cette ville.— Moniteur. — Archives de l'empire; tribunaux criminels. BB. 72-2.

CHER.

CORRÈZE.—Tulle.—Tribunal criminel ayant siégé aussi à Brives. Du 14 juin 1793 au 16 germinal an H, S condamnations. 5 »

Prudhomme. Dictionnaire.

CORSE.

CÔTE-D'OR. — Dijon. — Semblable tribunal. Du 6 ventôse au 21 germinal an n, 16 condamnations. 16 » Frudhomme.

Ibid. —Auoconne. — Commission-militaire. Du 28 brumaire an n au 29 vendémiaire an in, 17 condamnations. 16 1

A reporter 700 11


272 LE CABINET HISTORIQUE.

Report 700 11

Prudhomme.—Archives de la mairie d'Auxonne. —Lettres de M. Merle, juge de paix de cette ville.

CÔTES-DU-NORD. — Saint-Brieuc.—Tribunal criminel ayant siégé aussi à Lannion. Du 12 avril 1793 au 11 thermidor an n, 47 condamnations. 47 » Prudhomme.

Ibid. — Lamballe. — Commission militaire. Avril 1793, 7 condamnations. 7 »

Archives de l'empire. — Tribunaux des départements. B. B. 72, 2.

CREUSE. — Guéret. — Tribunal criminel. Du 3 brumaire au 15 germinal an H, 4 condamnations. 4 >

Greffe du tribunal de Guéret. — Lettre de M. Dartige, procureur impérial.

D

DORDOGNE. — Périgueux. — Semblable tribunal. Du 11 avril 1793 au 17 thermidor an n, 36 condamnations. 34 2

Prudhomme.

DODBS. — Besançon. — Semblable tribunal, ayant siégé aussi à Ornans, Maiche, Belvoir et Pontarlier. Du 7 mars 1793 au 27 frimaire an m, 77 condamnations. 6b 12

Greffe du tribunal de Besançon. — Mémoire de M. Sauzay, avocat en cette ville.

DRÔME. — Valence.—Semblable tribunal. Du

A reporter.... 857 25


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 273

Report.... 857 25 29 germinal au 24 ventôse an n, 3 condamnalions. 3 »

Prudhomme.

E

EURE.— Evreux.—Semblable tribunal, ayant siégé aussi à Pont-Audemer. Du 17 mai 1793 au 25 messidor an n, 4 condamnations. 4 »

{Cabinet historique, 1864, p. 199.)

Greffe du tribunal d'Evreux. — Mémoire de M. Boivin-Ghampeaux, procureur impérial.

EURE-ET-LOIR. — Chartres. — Semblable tribunal. Du 5 fructidor an n, 2 condamnations. » 2

Greffe du tribunal de Chartres. — Lettre de M. Séguier, procureur impérial.

F

FINISTÈRE. — Quimper. — Semblable tribunal. Du 9 avril 1793 au 23 germinal an n, 6 condamnations. 6 »

Prudhomme.

Ibid. — Brest. — Tribunal révolutionnaire, Président, Ragmey. Du 21 pluviôse au 24 thermidor an n, 71 condamnations. 62 9

Du Châtelier. Brest et le Finistère sous la Terreur. 1858, in-8". — Archives de l'empire. Tribunaux révolutionnaires, cartons S42 à 544. — Registre du tribunal révolutionnaire de Brest, communiqué par M. Gouïn, président du tribunal civil. — Tribunal inconnu à Prudhomme.

A reporter 932 36


274 LE CABINET HISTORIQUE.

Report.... 932 36

G

GARD. — Nîmes. — Tribunal criminel. Du 16 nivôse au 14 thermidor an n, 134 condamnations. 134 »

Greffe de la Cour impériale de Nîmes. — Registres compulsés en septembre 1864.

GARONNE (HAUTE-).—Toulouse.— Semblable tribunal, converti, en nivôse, en tribunal révolutionnaire. Du 11 avril 1793 au 2 thermidor an n, 47 condamnations. 47 »

Greffe de la Cour impériale de Toulouse.— Mémoires communiqués par M. Escudié, conseiller. — Registres compulsés en septembre 1864.

GERS. — Auch. — Semblable tribunal. Du 16 pluviôse au 13 thermidor an n, 2 condamnations. Voy. aussi Bayonne (Pyrénées-Basses). 2 » Prudhomme.

GIRONDE.—Bordeaux.—Semblable tribunal. Du 14 ventôse au 1er thermidor an n, 2 condamnations. 2 » Prudhomme.

Rîid. — Première commission militaire. Président, Lacombe, ayant siégé aussi à Libourne. Du 23 octobre 1793 au 9 thermidor an n, 293 condamnations. 293 »

Histoire de Rordeaux, par M. Rernadau. 1838, in-8°. — Examen critique de l'histoire de Rordeaux. 1838, in-8°. — Histoire de Libourne, par M. Guinodie, 1845, in-8°. — Bibliothèque impéAreporter....

impéAreporter.... 36


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 275

Report 1,410 36

riale. Placards de la commission de Rordeaux; 1 vol. très-gr. in-f°. — Id. Catalogue de l'Histoire de France, t. m; Convention.—Comptes de l'exécuteur de la Commission, communiqués par M. Rrunet, président de l'académie de Rordeaux. — Greffe de la Cour impériale de Rordeaux; Registres et cartons de la commission Lacombe, compulsés en septembre 1864.

Ibid.—Deuxième commission militaire. Président, Lalaste, établie pour juger Lacombe et ses complices. 27 thermidor an n, 3 brumaire an m, 2 condamnations. » 2

Ribliothèque impériale. Même catalogue. Ibid.

H

HÉRAULT. — Montpellier. — Tribunal criminel. Président, Salsifis Gas, ayant siégé aussi à Béziers. Du 12 frimaire au 22 prairial an n, 32 condamnations. 32 »

Greffe de la Cour impériale de Montpellier; Registres compulsés en septembre 1864.—(Prudhomme ne mentionne que six de ces condamnations).

I

ILLE-ET-VILAINE. —Rennes.—Semblable tribunal. Du 26 mars au 28 octobre 1793,22 condamnations. 22 » Prudhomme.

Ibid. — Première commission militaire. Président, Gabriel Vaugeois, ayant siégé aussi à

A reporter 1,464 38


276 LE CABINET HISTORIQUE.

Report.... 1,464 38

Vitré. Du 19 brumaire au germinal an m,

85 condamnations. 83 »

Greffe de la Cour impériale de Rennes; Registres compulsés en octobre 1863.

Ibid.—Deuxième commission militaire. Président, Brutus Magnier, ayant aussi siégé à Laval. Du au 14 prairial

an n, 51 condamnations. 51 »

(Le nombre véritable doit être décuple.)

Même greffe. — 2" registre de la commission Rrutus (le premier, qui devoit comprendre 294 jugements, a été égaré), compulsé en octobre 1863.

Ibid.—Saint-Malo. — Commission militaire, président O'brien. Du 12 frimaire au 24 floréal an n, 87 condamnations. 87 »

(Cabinet historique, 1864, p. 38, 118.)

Prudhomme. — Précis historique sur SaintMalo, par Ch. Cunat. — Précis du proconsulat de Lecarpentier à Port-Malo, par F. N. C. Duault, in-8. — Correspondance de M. Gagon, procureur impérial. — Copie de deux jugements de la commission.

INDRE. — Châteauroux. — Tribunal criminel. 23 avril 1793, 4 condamnations. 4 »

Greffe du tribunal de Châteauroux. — Lettre de M. Ragon, procureur impérial.

INDRE-ET-LOIRE. — Tours. — Semblable tribunal, ayant siégé aussi à Chinon. 24 prairial, 22 thermidor an n, 2 condamnations. 1 1

Prudhomme.

Ibid. Première commission militaire. PréA

PréA 1,690 41


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 277

Report.... 1,690 41 sident, Senard. Du 24 juin au 26 juillet 1793, 8 condamnations. 8 »

Greffe de la cour impériale d'Angers. — Registre de la commission Senard, compulsé en octobre 1863.

Ibid. 2e commission militaire établie par Guimberteau, et ayant aussi siégé à La HayeDescartes. Du 4 frimaire au 7 floréal an n, 11 condamnations. 11 »

Souvenirs de la révolution dans le département d'Indre-et-Loire, par Carré de Russerole, 1864, in-18.

ISÈRE. — Grenoble. — Tribunal criminel. 25 floréal, 8 messidor an n, 3 condamnations. 3 »

Prudhomme. — Archives de l'empire. Tribunaux des départements, RB, 72-3.

J

JURA. — Lons-le-Saunier. — Semblable tribunal ayant aussi siégé à Dôle. 14 octobre 1793, 13 nivôse an n, 2 condamnations. 2 »

Greffe du tribunal de Lons-le-Saunier. — Mémoire de M. Rachod, procureur impérial.

L

LANDES. — Mont-de-Marsan. — Semblable tribunal ayant siégé aussi à Tartas. Du 3 juin 1793 au 12 germinal an n, 11 condamnations. 11 »

Greffe du tribunal de Mont-de-Marsan.—Lettre de M. Dutour, procureur impérial.

A reporter.... 1,725 41


278 LE CABINET HISTORIQUE.

Report 1,725 41

LOIR-ET-CHER. — Blois. — Semblable tribunal ayant aussi siégea Mondoubleau. 17brumaire, 20 germinal an n, 7 condamnations. 7 »

Prudhomme. — Archives de l'empire, Tribunaux des départements, RR, 72-3.

LOIRE. — Montbrison. — Semblable tribunal. Du 26 floréal au 4° complémentaire an n, 4 condamnations. 3 1

Prudhomme.

Ibid. — Feurs. — Commission de justice populaire. Président, Bonarme. Du 26 brumaire au 19 frimaire ami, 15 condamnations. 15 »

Ibid. — Commission militaire. Président, Bardet. Du 6 frimaire au 23 pluviôse an n, 48 condamnations. 48 »

{Cabinet historique, 1864, p. 23).

Correspondance de M. Cuaz, conseiller à la cour impériale de Lyon. — Archives du Rhône. Registres des commissions de Feurs, compulsés en septembre 1864.

LOIRE (HAUTE-). — Le Puy. — Tribunal criminel. Du 31 mars 1793 au 13 thermidor an n, 51 condamnations. 51 »

Prudhomme.

LOIRE-INFÉRIEURE. — Machecoul. — Commission militaire du Château. Président, Petit. Du 24 au 27 avril 1793, 8 condamnations. 8 »

Ibid.—Idem de l'Hôpital. Président, Si onnet. Du 25 au 26 avril 1793,7 condamnations. 7 »

A reporter.... 1,864 42


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 279

Report 1,864 42

Greffe du tribunal de Nantes. — Extraits de M. Lallié, avocat.

Ibid. — Nantes. — Tribunal extraordinaire. lr 0 section. Président, Marion, ayant siégé aussi à Guérande. Du 13 au 23 mars, du 4 octobre au 4 novembre 1793, 7 condamnations. 7 »

Ibid.—Même tribunal, 2e section. Présidents, Gandon, Phelippes, Lepeley. Du 23 mars 1793 au 9 floréal an n, 207 condamnations. 207 »

Ibid. — Commission militaire, dite de la maison Pépin. Président, Lenoir, ayant siégé aussi à Paimboeuf. Du 15 brumaire au 11 floréal an n, 230 (1) condamnations. 230 »

{Cabinet historique, 1865, p. 137).

Greffe du tribunal de Nantes. — Registres compulsés en octobre 1863.

Le Château-d'Aux. (Cabinet historique, 1864, p. 207.)

Pour la commission Bignon, voy. Sarthe, Le Mans.

Pour la commission Félix, voy. Vendée, Noirmoutier.

Ibid. — Carrier. — Ordres des 27 et 29 frimaire an n, d'exécuter sans jugement 51 Vendéens prisonniers, parmi lesquels se trouvoient deux enfants de 13 ans, deux de 14 ans et sept femmes (les 4 soeurs La Métairie) ; 51 condamnations. 51 »

A reporter.... 2,359 42

(1) 241, suivant M. Lallié, avocat à Nantes.


280 LE CABINET HISTORIQUE.

Report.... 2,359 42

Archives de l'empire. Tribunal révolutionnaire de Paris, 493e carton; procès de Carrier, pièces 64 et 65. — Ces ordres célèbres existent encore en original; je les ai vus et touchés, pour la pi'emière fois, le 18 juin 1861.—A cette époque, je ne connoissois ni Vacheron et consorts, d'Angers, ni les jugements par F. — Voyez MAINE-ET-LOIRE.

Ibid. — Savenay. — Voy. Sarthe, Le Mans.

LOIRET. — Orléans. — Tribunal criminel. 27 floréal, 14 thermidor an n, 2 condamnations. 1 1

Greffe de la cour impériale d'Orléans. — Mémoire de M. Rimbenet, greffier en chef.

LOT. — Cahors. — Semblable tribunal ayant aussi siégé à Figeac. Du 21 avril 1793 au 15 thermidor an n, 15 condamnations. 15 B

Greffe du tribunal de Cahors. — Note de M. Dufour, avocat; lettre de M. de Calmèles, procureur impérial.—Archives de l'empire. Tribunaux criminels des départements, RB, 72-2.

LOT-ET-GARONNE. — Agen. — Semblable tribunal. Du 21 frimaire au 27 germinal an n, 4 condamnations. 4 »

Greffe de la cour impériale d'Agen. — Lettre de M. Sigaudy, procureur général.

LOZÈRE. — Mende. — Semblable tribunal, ayant siégé aussi à Florac et à Marvejols. Du 18 mars 1793 au 8 fructidor an 2,141 condamnations. 136 5

Greffe du tribunal de Mende; Mémoire du greffier. — Correspondance de M. Deleveau, procureur impérial.

A reporter 2,515 48


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 281

Report 2,515 48

M

MAINE-ET-LOIRE. — Angers. — Semblable tribunal, ayant siégé avant la commission Parein, nombre de condamnations inconnu. Mémoire.

Ib. Id. — Première commission militaire. Présidents, Parein, puis Félix, ayant aussi siégé à Chinon, Saumur, Doué, Laval, Ponts-de-Cé. Du 13 juillet 1793 au20 floréal an n, 1158 condamnations. 1,158 »

{Cabinet historique, 1864, p. 311.)

Greffe de la cour impériale d'Angers. — Registres de la commission Félix, compulsés en octobre 1863. — Extraits manuscrits de M. le premier président Métivier. — Correspondance de MM. Sclopis et Millois, juges de paix à Doué et aux Ponts-de-Cé ; Richard, procureur impérial à Saurnur. — Le Champ des Martyrs, par GodardFaultrier, 2° édit., 1855, in-18.

Ibid. — Deuxième commission militaire.

.if

Président, Proust, ayant aussi siégé au Mans, Laval, Sablé. Du 19 frimaire au 23 nivôse an n, 49 condamnations. 49 »

{Cabinet historique, ibid.)

Môme greffe. — Registre de la commission Proust, compulsé en octobre 1863.

Ibid. — Les commissaires recenseurs. Vacheron et autres. Jugements par F. Du 30 nivôse au 29 germinal an n, 766 condamnations. 766 »

{Cabinet historique, 1864, p. 324.)

Condamnations inconnues à Prudhomme. — Même greffe. — Cahiers originaux (19) du recenseA

recenseA 4,488 48

lie année. Septembre-Octobre 1863. — Doc. 19


282 . LE CABINET HISTORIQUE.

Report.... 4,488 48

ment des prisons d'Angers. — Le Champ des Martyrs, etc.

Ibid. — Chemillé. — Commission militaire. Président, Babaud. Avril 1793, 2 condamnations. 2 »

Ibid. — Châleauneuf. — Conseil militaire. Frimaire an n, 19 condamnations. 19 »

Ibid. — Saint-Lambert. — Commission militaire. Mars 1793; nombre de condamnations, inconnu. i Mémoire.

Extraits manuscrits de M. le P.-P.-T. Métivier.

MANCHE. — Cherbourg. — Tribunal révolutionnaire. 23 messidor an n, 1 condamnation. 1 » Prudhomme.

Ibid. — Coutances. — Tribunal criminel. Du 1" mai 1793 au 7 thermidor an n, 12 condamnations. 12 »

Greffe du tribunal de Coutances. — Mémoire de M. Quénault, sous-préfet de l'arrondissement.

Ibid. — Granville. — Commission militaire. Du 29 brumaire au 22 floréal an n, 43 condamnations. 43 » Prudhomme. •

MARNE. — Reims. Tribunal criminel. Du 15 septembre 1793 au 16 prairial an n, 8 condamnations. 8 »

Prudhomme.

A reporter. . . 4,573 48


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 283

Report.... 4,573 48 MARNE (HAUTE-).— Chaumont. — Semblable tribunal, ayant aussi siégé à Langres. Du 12 juin 1793 au 23 floréal an n, 7 condamnations. 7 »

Prudhomme.

MAYENNE. — Laval. — Commission militaire, ayant aussi siégé à Mayenne, Ernée, Lassay, Craon el Chdteau-Gontier. Du 3 nivôse au 18 fructidor an n, 337 condamnations. 307 30

Les martyrs du Maine, par Théodore Perrin. 1830, in-12. — Mémoire et correspondance de M. Moulard, archiviste-adjoint de la Sarthe.

MEURTHE. — Nancy. — Tribunal criminel. Du 20 avril 1793 au 21 frimaire an m, 13 condamnations. 11 2

Greffe de la Cour impériale rie Nancy. — Placards de jugements tirés d'une collection privée. —Lettre de M. Neveu-Lemaire, procureur général.

MEUSE. —' Saint-Mihiel. — Semblable tribunal. Du 26 vendémiaire au 14 thermidor an n, 13 condamnations. 13 »

Prudhomme.

MORRIHAN.— Vannes.— Semblable tribunal, ayant aussi siégé à La Roche-Bernard et Auray. Du 23 mars 1793 au brumaire an n, 7 condamnations. 7 »

Ibid. — Tribunal révolutionnaire, président Raoul, ayant siégé aussi à Lorient, Auray et Josselin. Du 18 brumaire au 16 thermidor an n, 30 condamnations. 30 »

{Cabinet historique, 1864, p. 212.) __LA

__LA 4,948 80


284 LE CABINET HISTORIQUE.

Report 4,948 80

Greffe du tribunal de Vannes. — Mémoire de M. Caradec, procureur impérial.

MOSELLE. — Metz. — Tribunal criminel, ayant aussi siégé à Longwy. Du 10 juin 1793 au 18 fructidor an n, 39 condamnations. 32 7

Greffe de la Cour impériale de Metz. — Mémoire de M. Royet, greffier en chef.

N

NIÈVRE.

NORD. —Avesnes. — Commission militaire. Du 24 prairial au 22 thermidor an n, 16 condamnations. 15 1 Prudhomme.

Ibid. — Cambrai. — Commission militaire. Président, le colonel du 4e fédérés de Paris. Du 15 vendémiaire au 7 floréal an n, 9 condamnations. 9 »

Histoire de Joseph le Ron et des tribunaux révolutionnaires d'Arras et de Cambrai, par M. A.-J. Paris. 2e édit., 1864, 2 vol. in-8», t. 2, p. 66.

Ibid. — Ibid. — Tribunal révolutionnaire de Le Bon. Du 21 floréal au 8 messidor an n, 149 condamnations. 149 »

(Cabinet historique, 1864, p. 129.)

Prudhomme a connu la moitié à peine des victimes de ce tribunal. — Quelques souvenirs du règne de la Terreur, à Cambrai, par M. P.-J. Thénard. 1860, in-8°. — Histoire de Joseph le Bon, etc., par M. Paris.

i

A reporter.... 5,153 88


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 285

Report.... 5,153 88 Ibid. — Douai. — Tribunal criminel du Nord, érigé par la Convention en tribunal révolutionnaire ambulant. Président Béthune, ayant siégé aussi à Valenciennes, Lille, Le Quesnoy, Avesnes et Cambrai. Du 30 avril 1793 au 13 fructidor an n, 8 condamnations. 8 »

Histoire de Joseph le Bon, etc., t. II, p. 390-94.

Ibid. — Valenciennes. — Commission militaire. Président Cathol. Du 2 vendémiaire au 26 nivôse an m, 69 condamnations. » 69

Prudhomme n'a pas connu le tiers des victimes de cette commission. — Greffe de la Cour impériale de Douai; Registre de la commission de Valenciennes, communiqué par M. Pinart, procureur général.

O

OISE. — Beauvais. — Tribunal criminel. Du 18 avril 1793 au 7 thermidor an u, 12 condamnations. 12 »

Greffe du tribunal de Reauvais. — Mémoire de M. Paringault, procureur impérial.

ORNE. — Alençon. — Semblable tribunal. Du 5 mai 1793 au 21 brumaire an n, 5 condamnations. 5 »

Greffe du tribunal d'Alençon. — Mémoire de M. de Beaurepaire, substitut du procureur impérial.

' Ibid. — Commission militaire. Frimaire an n, au moins 60 condamnations. , 60 »

A reporter.... 5,238 157


286 XE CABINET HISTORIQUE.

. . Report.... 5,238 157

Je n'ai encore trouvé, sur la commission militaire d'Alençon, qu'une lettre du représentant Garnier, à mes yeux suffisante pour admettre l'existence de cette commission et le chiffre minimum de 60 condamnations.

Le 29 frimaire ah n, d'Alençon, Garnier adressait à la Convention une lettre- lue à la séance du 2 nivôse (Moniteur du 3, p. 375) et où se trouve le passage suivant :

« On nous amène ici (après la victoire du Mans sur les Vendéens) des prisonniers par trentaine ; dans trois heures on les juge, la quatrième on les fusille, dans la crainte que ces pestiférés, trop accumulés dans cette ville, n'y laissent le germe de leur maladie épidémique. *

P

PAS-DE-CALAIS. — Arras. — Tribunal criminel. Président Herman, ayant aussi siégé à Saint-Pol, Bapaume, Boulogne-sur-Mer, Saint' Orner, Béthune et Calais. Du 24 juin 1793 au 17 ventôse an u, 49 condamnations. 49 »

Ibid. — Tribunal révolutionnaire de Le Bon. Du 19 ventôse au 24 messidor an n, 343 condamnations. 343 »

{Cabinet historique, 1864, p. 120.)

Prudhomme n'a pas connu la septième partie des victimes de ce trop célèbre tribunal. — Histoire de Joseph le Bon, etc., par M. Paris.— Procès de Joseph le Bon, à Amiens. 2 vol. in-8°.

PUY-DE-DÔME.— Riom.—Tribunal criminel. Du 19 mai 1793 au 21 thermidor an n, 32 condamnations. 31 1 Prudhomme.

.... A reporter.... 5,661 158


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 287

• • • Report.... 5,661 158

PYRÉNÉES (BASSES-).—Bayonne. — Commission extraordinaire. Président, Cossaune, ayant aussi siégé à Saint-Sever, Dax et Auch. Du 21 ventôse au 10 floréal an n, 62 condamnations. 62 » (Cabinet historique, 1863, p. 251.)

Prudhomme n'a pas connu le quart des victimes de cette commission. — Histoire du diocèse de Bayonne, par M. l'abbé Duvoisin; Courrier de Bayonne du 4 février 1863. — Registre de la commission de Bayonne en séance à Saint-Sever, communiqué par M. l'abbé Lugat, curé à Villeneuve de Marsan (Landes). — Correspondance de MM. de Larralde. Lacrampe, de Monclar, Bataille, procureurs impériaux à Bayonne, Dax, SaintSever, Auch.

Md. — Pau. — Tribunal criminel. Du 22 septembre 1793 au 19 prairial an n, 5 condamnations. 5 »

Prudhomme.

Ibid. — Saint-Jean-de-Luz. —. (ChauvinDragon.) Commission militaire et révolutionnaire. Fructidor au n, 2 condamnations. » 2

Histoire du diocèse de Bayonne, déjà citée. — Prudhomme.

PYRÉNÉES (HAUTES-). — Tarbes. — Tribunal criminel. 8 pluviôse, 21 floréal, 19 prairial an il, 4 condamnations. 4 »

Greffe du tribunal de Tarbes. — Mémoire de M. Adnet, procureur impérial. ," ;

PYRÉNÉES-ORIENTALES.—Perpignan.—SemA

PYRÉNÉES-ORIENTALES.—Perpignan.—SemA 5,732 160


288 LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE.

Report.... 5,732 160 blable tribunal. Du 2 mai 1793 au 3 thermidor an n, 13 condamnations. 13 »

Archives de l'Rmpire. — Tribunaux des départements, BB., 72-3.

RHIN (BAS-). — Haguenau. — Commission militaire. Du 23, 26 brumaire an n, 2 condamnations. 2

Prudhomme.

Ibid.—Strasbourg. — Tribunal criminel. Du 30 août 1793 au 19 pluviôse an n, 22 condamnations. , 22

Prudhomme. — Greffe du tribunal de Strasbourg. — Lettre de M. Jalenques, procureur impérial.

Ibid. — Idem. — Tribunal révolutionnaire. Président, Taffin; accusateur public, Schneider, ayant aussi siégé à Barr, Oberehnheim, Epfig et Schlestadt. Du 2 brumaire au 23 frimaire an n, 33 condamnations. 33

Archives de l'Empire. Tribunal révolutionnaire de Paris, 343° carton. Procès d'Euloge Schneider. — Recueil de pièces authentiques servant à l'histoire de la Révolution, à Strasbourg (sans date), 2 vol. in-8. — Pièces inédites trouvées chez Robespierre, 1828, 3 vol. in-8.

Ibid. — Wasslenheim. — Commission militaire. 24 septembre 1793,1 condamnation. 1

Prudhomme donne le nom de Wasslacheim qui

A reporter.... 5,803160


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 289

Report.... 5,803 160

n'existe pas dans les dictionnaires; ce doit être une faute d'impression.

RHIN (HAUT-). — Colmar. — Tribunal criminel. Président, Rapinat. Du 21 septembre 1793 au 9 messidor an n, 11 condamnations. 11 »

Ibid. — Commission extraordinaire. Président, Delâtre. 7 ventôse an n, 1 condamnation. 1 »

Greffe de la cour impériale de Colmar. — Lettre de M. de Bigorie de Laschamps, procureur général. — Histoire de la révolution française dans le Haut-Rhin, par M. Véron-Réville, conseiller à Colmar, 1865, in-8.

RHÔNE.—Lyon. — Commission militaire des assiégés, établie par le général de Précy. Août, septembre 1793, 4 condamnations. * »

Mémoires pour servir à l'histoire de Lyon, etc., par l'abbé Guillon; 1824, 2 vol. in-8, t. II, p. 13.

Ibid. — Idem. — Commission militaire des assiégeants. Présidents, Masset et Grandmaison. 12 octobre 1793 au 3 frimaire an n, 106 condamnations. 106 »

Ibid. — Commission de justice populaire. Président, Dorfeuille. Du 10 brumaire au 9 frimaire an il, 114 condamnations. 114 »

Ibid. — Commission révolutionnaire. Président, Parein. Du 14 frimaire au 17 germinal an il, 1,682 condamnations. 1,682 »

Archives du Rhône. — Registres et jugements '■ de ces trois commissions tant manuscrits qu'imprimés (une partie des jugements de Parein

A reporter 7,717 160


290 ■ LE CABINET HISTORIQUE.

Report..... 7,717 ICO

étaient imprimés d'avance; on y ajoutait les noms des accusés an moment de l'interrogatoire) compulsés p:ir M. Cnaz, conseiller à la cour impériale, en avril 1861 ; vus par moi-même, en septembre 1864.

S

SAÔNE (HAUTE-). — Vesoul. — Tribunal criminel. 16 mai 1793, 21 floréal an n. 2 condamnations à la déportation seulement.

Greffe du tribunal de Vesoul. — Lettre de M. Maistre, procureur impérial.

SAÔNE-ET-LOIRE.— Chalon. — Semblable tribunal. Du 4 nivôse au 12 prairial an n, 4 condamnations. 4 »

Prudhomme. — Greffe du tribunal de Chalon. — Pièces communiquées par M. Floues t, procureur impérial.

SARTHE. — Le Mans.— Semblable tribunal. Président, Isambart, ayant aussi siégé à Sablé. Du 22 septembre 1793 au 9 prairial an n, 138 condamnations. 138 •>

Correspondance de M. Moulard, archivisteadjoint de la Sarthe. — Greffe du tribunal du Mans. — Registre compulsé en octobre 1863.

Ibid. — Commission militaire. Président, Bignon, ayant aussi siégé à Laval, Chateaubriand, Blain, Savenay, Nantes et au Châteaud'Aux. Du 24 frimaire au 24 floréal an n, 2,919 condamnations. 2,919 »

(Cabinet historique, 1865, p. 146.)

A reporter.... 10,778 160


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 291

. . Report.... 10,778 160

Greffe du tribunal de Nantes. — Registre de la commission du Mans, compulsé en oct. 1863; c'est un monument. — Le château d'Aux, par M. Dugast-Matifeux, 1857, in-8. — Bataille de Savenay, par M. Ledoux, maire de cette ville, 1858, in-8.

— Savenay, au 12 mars 1793, par le même, in-8.

— Correspondance de M. Lallié, avocat à Nantes.

Ibid.— Sablé. — Commission militaire dite centrale, ayant aussi siégé au Mans. Du 30 vendémiaire au 12 nivôse an n, -21 condamnations. 21 »

Archives de l'empire. — Tribunal révolutionnaire de Paris, carton 198.

SAVOIE et HAUTE-SAVOIE. — Chambéry. — Tribunal criminel ayant aussi siégé à Annecy et Sallanches. Du 17 mai 1-793 au 18 ventôse an n. 12 condamnations. 12 »

Prudhomme. — Archives de l'empire. — Tribunaux des départements. BB. 75-8.

SEINE. — Paris.—Commission dite des émigrés. Président, général Berruyer. 22 octobre 1792, 9 condamnations. 9 »

Bulletin du tribunal criminel du 17 août. n 08 35 à 39.

La Convention nationale. Président, Vergniaud. 17 janvier 1793, 1 condamnation. 1' »

Que l'on ne s'étonne, pas de trouver ici la Convention; cette assemblée, jugeant l'infortuné Louis XVI, fut un tribunal révolutionnaire au premier chef. — Le Moniteur.

Tribunal extraordinaire, dit des crimes du

A reporter.... 10,821 100


292 LE CABINET HISTORIQUE.

Report.... 10,821 160 10 août. Président, Lavau. Du 25 août au 30 novembre 1792, 20 condamnations. 20 »

Tribunal extraordinaire, puis révolutionnaire. Présidents, Montané, Dobsent, Herman, Dumas. Du 6 avril 1793 au 22 prairial an n, 1,256 condamnations. 1,256 »

Tribunal révolutionnaire, dit du 22 prairial. Présidents, Dumas, Coffinhal. Du 24 prairial au 12 thermidor an n, 1,456 condamnations (y compris les 105 robespierristes mis hors la loi les 9 et 10 thermidor). 1,456 »

Tribunal criminel de la Seine jugeant révolutionnairement. 18 thermidor. C'est le jugement d'identité concernant Coffinhal. Le tribunal du 22 prairial ayant été dissous, celui du 23 thermidor n'existant pas encore, le tribunal criminel dut être saisi. 1 condamnation. » 1

Tribunal révolutionnaire du 23 thermidor. Du 27 thermidor an n au 12 prairial an m. Présidents, Dobsent, Agier, Liger. 71 condamnations. ■> 71

Les tribunaux révolutionnaires de Paris sont les seuls dont le Moniteur ait quotidiennement enregistré les actes, en rapportant les noms de la plupart des accusés.

Plusieurs ouvrages, y compris mon Essai de 1861, leur ont été consacrés; aucun n'est complet, plusieurs sont inexacts; j'y reviendrai sous peu, avec l'étude (1) nouvelle et considérable, cette fois, que j'ai faite des dossiers de ces triA

triA 13,553 232

(1) Cette étude m'a occupé une année entière, de 1862 à 1863.


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 293

Report.... 13,553 232 bunaux conservés aux Archives de l'empire; vaste et terrible collection, où presque rien ne manque. Fouquier-Tinville fut arrêté à ('improviste au milieu de ces richesses, au moment où il instrumentait les robespierristes avec un zèle égal à celui qu'il avoit déployé envers les thermidoriens.

Les affaires, registres, pièces, remplissent 541 cartons.

Les nos 1 à 241 forment ce qu'on appelle le cabinet de Fouquier. Les cartons 94 à 195 sont occupés par des correspondances privées ; on ne les communique pas, et, d'ailleurs, ces documents n'ont trait ni aux affaires ni aux tribunaux.

Les cartons 242 à 267 bis sont relatifs au tribunal du 17 août 1792.

Les nos 268 à 434 comprennent le tribunal extraordinaire du 10 mars 1793, nommé plus tard tribunal révolutionnaire, perfectionné, même transformé par la loi du 22 prairial an n. Cette série se termine au 12 thermidor, par le 4e jugement d'identité des robespierristes mis "hors la loi. C'est dans cette série, la principale, la plus intéressante que, entre autres incidents inouïs, j'ai trouvé le procès du chien, publié dans le Cabinet historique (1863, page 249).

Les cartons 435 à 501 sont relatifs au tribunal du 23 thermidor, y compris le procès de Fouquier et de ses complices.

Le coeur est comme soulagé dès l'ouverture du 435e carton; sur 12 dossiers, il y en a 10 de liberté, tandis que les 40 dossiers des 26 cartons précédents concernent tous des condamnés à mort.

Les cartons 502 à 542 renferment des pièces, diverses : les registres du tribunal, des exploits d'huissiers, des listes d'objets ayant appartenu aux accusés, etc.

Prochainement, je le répète, je ferai connaître sous leur véritable jour, dégagés à la fois des déclamations royalistes et des restrictions montagnardes, les tribunaux révolutionnaires de Paris.

SEINE-INFÉRIEURE. — Rouen. — Tribunal criminel ayant aussi siégé à Neufchâtel. Du

A reporter 13,553 232


294 LE CABINET HISTOBIQUE.

Report.... 13,553 232 11 mai 1793 au 21 fruclidor an n, 26 condamnations. 25 1 Prudhomme.

SEINE-ET-MARNE. — Melun. — Semblable tribunal. Du o juin 1793, 1 condamnation. 1 » Prudhomme.

SEINE-ET-OISE. — Versailles. — Semblable tribunal. Du 15 septembre 1793 au 13 prairial an n, 10 condamnations. 10 »

Greffe du tribunal de Versailles. — Lettre de M. Guillemain, procureur impérial.

SÈVRES (DEUX-). — Niort. — Semblable tribunal. Du 1er avril 1793 au 25 prairial an u, 86 condamnations. 86 »

Prudhomme.

SOMME. — Amiens. — Semblable tribunal. 1er thermidor an u, 1 condamnation. 1 »

Greffe de la cour impériale d'Amiens. —Lettre de M. Saudbreuil, procureur général.

T

TARN. — Alby. — Semblable tribunal, ayant aussi siégé à Lacaune et Castres. 30 septembre 1793, 5 germinal an n, 2 condamnations. 2 »

Archives de l'empire. — Tribunaux des départements, BB. 72-3.

R)id. — Gaillac. — Tribunal de district érigé

A reporter.... 13,678 233


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 295

Report.... 13,678 233

en tribunal révolutionnaire. Du 26 ventôse au

5 germinal an n, 2 condamnations. 2 »

(Cabinet historique, 1864, p. 29.)

Mémoire mss de M. de Combettes. — Registre du tribunal de Gaillac. — Correspondance de M. Bastié, procureur impérial.

TARN-ET-GARONNE. — Montauban. — Tribunal criminel. Du an n, 4 condamnations. 4 » Prudhomme.

V

VAR. — Draguignan. — Semblable tribunal, ayant aussi siégé à Grasse. Du 16 frimaire au 9 thermidor an n, 28 condamnations. 28 »

Greffe du tribunal de Draguignan. — Mémoire de M. Perrotin, procureur impérial.

Ibid. — Toulon. — Commission militaire suivie d'un tribunal révolutionnaire. Du 19 nivôse au 29 ventôse an n, au moins 50 condamnations. 50 »

Je n'ai pas d'autres détails sur le fonctionnement de la justice révolutionnaire à Toulon, après la reprise de cette ville (29 frimaire an n), et les fusillades sans jugement ordonnées par Fréron et Barras. Suivant Henry (Histoire de Toulon depuis 1789 jusqu'au Consulat, d'après les documents de ses archives, 1855, 2 vol. in-8), une commission militaire d'abord, plus tard un tribunal révolutionnaire, envoyèrent â la mort nombre de Toulonais; la guillotine fut,au bout de quelques mois, substituée à la fusillade, et son activité alla une fois jusqu'à faire tomber dix-neuf têtes en

A reporter.... 13,762 233


296 LE CABINET HISTOHIQUE.

Report.... 13,762 233

vingt minutes. — Henry a publié (t. II, p. 299) deux lettres originales du citoyen Durand, commandant en chef de Port-la-Montagne (Toulon), sur l'exécution des jugements de la Commission révolutionnaire. Dans la première, du 19 nivôse, il est question d'une trentaine de suppliciés à couvrir de chaux vive; dans la seconde, du 29 venventôse, d'une vingtai ne de condamnés à mort, etc. —C'est là que j'ai puisé mes dates et mes chiffres. A Toulon, où j'ai séjourné, en septembre 1864, l'existence de cette Commission n'est un doute pour personne; on espère retrouver quelque jour ses jugements.

VAUCLUSE. — Carpentras. — Tribunal criminel, ayant aussi siégea Bédoin. Du 9 octobre 1797 au 18 prairial an u, 103 condamnations, y compris 2 prêtres condamnés à Bédoin, le A prairial; 63 personnes condamnées le 9, au môme Heu sur la promenade. 103 »

Bibliothèque impériale. — Catalogues, Histoire de France. — Convention, n° 1097. Jugement rendu (à Bédoin) par le tribunal révolutionnaire de Vaucluse, le 9 prairial, an n.

Mémoire de M. l'abbé Sauve, vicaire à Bédoin. Archives de la commune de Bédoin et du tribunal de Carpentras, compulsées en septembre 1864.

Ibid. — Orange. — Commission populaire Président, Fauvety. Du 1er messidorau 17 thermidor an u, 327 condamnations. 327 »

Archives du tribunal de Carpentras. — Registres, dossiers, correspondance de la Commission d'Orange, compulsés en septembre 1864. — Cabinet de M. de Crozet, à Marseille.

Ce que j'ai dit des acquittements de cette Commission célèbre, dans mon Essai de 1861, sur la foi d'un correspondant du pays, très-digne, mais légèrement servi lui-même, sera modifié d'après mon examen personne).

A reporter 14,192 233


LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE. 297

Report 14,192 233

VENDÉE. — Fontenay. — Tribunal criminel. De janvier 1793 à frimaire an n, 48 condamnations. 48 » Prudhomme.

Ibid. — Idem. — Commission militaire. Président Boussay. Du 22 frimaire au 26 germinal an u, 192 condamnations. ' 192 »

{Cabinet historique, 1864, p. 202).

Recherches historiques sur Fontenay, par M. Benjamin Fillon, 1846, 2 vol. in-8.

Mémoire de M. Filaudeau, archiviste delà Vendée, sur les Commissions militaires de Fontenay et des Sables-d'Olonne.

Ibid. — Les Sables-d'Olonne. — Semblable ommission. Président, Ducourneau. Du 2 avril 1793 au 24 germinal an n, 127 condamnations. 127 »

(Cabinet historique, 1864, p. 201). Mémoire de M. Filaudeau.

Ibid. — Noirmoutier (Ile de), dite en l'an n : Ile de la Montagne. — Première commission militaire. Pluviôse à prairial an u, au moins 20 condamnations. 20 J

Recherches topographiques... historiques sur l'île de Noirmoutier, par François Piet, 2e édition, publiée par son fils.' 1863, 1 vol. in-8. — Fr. Piet, qui fut, pendant quelque temps, accusateur public de cette Commission, ne donne pas le nombre des condamnés ; je crois, d'après les récits de ce contemporain, que le chiffre de 20, que je porte, est au-dessous de la vérité.

Ibid. — Idem. — Deuxième commission miA

miA 14,579 233

il» année. Septembre-Octobre 1863. — Doc. 50


298 LE CABINET HISTORIQUE.

Report. .. 14,579 233 litaire. Président, Félix, venue à la fin siéger à Na7ites. Du 27 prairial an u au 17 frimaire an m, 37 condamnations. 3 34

Greffe du tribunal de Nantes.

Registre de la Commission de l'île de la Montagne, compulsé en octobre 1863.

VIENNE. — Poitiers. — Tribunal criminel. Du 28 mars 1793 au 24 thermidor an u, 36 condamnations. 35 1

Greffe de la Cour impériale de Poitiers. — Registres compulsés en septembre 1864. — Prudhomme, mal renseigné, compte 66 autres victimes qui ne furent condamnées qu'à la déportation ou à la réclusion.

VIENNE (HAUTE-). — Limoges. — Semblable tribunal. Du 28 mars 1793 au 14 thermidor an II, 22 condamnations. 22 »

Prudhomme.

VOSGES. — Epinal. — Semblable tribunal, ayant siégé aussi à Mirecourt. Du 23 brumaire au 22 prairial an n, 10 condamnations. 10 »

Greffe du tribunal d'Ëpinal. — Mémoire de M. Hennequin, procureur impérial.

Y

YONNE. — Auxerre. — Semblable tribunal. Du 7 au 17 juin 1793, 2 condamnations. 2 »

Greffe du tribunal d'Auxerre. — Lettre de M. Courant, procureur impérial.

A reporter 14,651 268


LA JUSTIGE REVOLUTIONNAIRE. 299

■ • Report 14,651 268

(COMMISSIONS RÉVOLUTIONNAIRES AUX ARMÉES).

Armée d'Italie. — Commission militaire. Nivôse an H, 2 condamnations. 2

Prudhomme.

Armée du Nord. — Semblable commission, ayant aussi siégé à Cassel et à Ypres. Du 3 nivôse an II au 27 vendémiaire an m, 29 condamnations. 23 6

Prudhomme. — Lettre de M. Smagghe, juge de paix à Cassel.

Armée de l'Ouest. — Idem. Du 29 frimaire au 17 nivôse an n, 5 condamnations. 5 »

Armée des Pyrénées-Occidentales. — Idem. Du 27 octobre 1793 au 27 thermidor an n, 47 condamnations. 43 4

Armée des Pyrénées-Orientales-. — Idem. Du 42 nivôse au 9 fructidor an n, 30 condamnations. 27 3

Armée du Rhin. — Idem. Du 13 nivôse au 6 floréal an H, 7 condamnations. 7 »

Armée de Sambre-et-Meuse. — Idem. Du l,r thermidor an n, 2 condamnations. 2 »

Prudhomme.

(COMMISSIONS DANS LES PAYS CONQUIS). DYLE. — Bruxelles. — Commission militaire.

A reporter 14,760 281


300 LE CABINET HISTORIQUE.

Report.... 14,760 281 Du 26 vendémiaire an n au 14 ventôse an m, 29 condamnations. 18 11

Prudhomme.

MONT-TERRIBLE. — Delémont. — Tribunal criminel, ayant aussi siégé à Seignelégier et à Porrentruy. Du 26 brumaire au 28 ventôse an n, 4 condamnations. 4 »

Archives de l'Empire. — Tribunaux des départements, BB. 72.

OURTE. — Liège. — Semblable tribunal. Du 24 brumaire au 21 nivôse an n, 4 condamnations. 3 1

LA ROËR. — Bois-le-Duc. — Commission militaire. Du26vendémiaire an n au 25 ventôse an m, 55 condamnations. 22 33

Prudhomme:

(COLONIES).

LA GUADELOUPE. — Trois commissions militaires, établies par Victor Hugues à La Guadeloupe, après la reprise de cette île sur les Anglais, en l'an n; condamnations, nombre inconnu.

Eisloire de la Guadeloupe, par M. A. Lacour, conseiller à la Cour impériale de la Basse-Terre, 18a7, 3 vol. in-8.

Total.,

Mémoire

Condamnations

capitales ROBESPIERRE Vivant. | Mort14,807

Mort14,807


LA JUSTICE REVOLUTIONNAIRE.

301

Table alphabétique

DES VILLES ET LIEUX OU S'EST EXERCÉE LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE.

Agen.

Alby.

Alençon.

Amiens.

Angers.

Angoulème.

Annecy.

Arras.

Auch.

Auray.

AuriUac.

Aux (Château d').

Auxerre.

Auxonne.

Avesnes.

B

Bapaume.

Barr.

Bayonne.

Beauvais.

Bédoin.

Belvoir.

Besançon.

Béthune.

Béziers.

Blain.

Blois.

Bois-le-Duc.

Bordeaux.

Boulogne-sur-Mer.

Bourg.

Brest.

Brives.

Bruxelles.

C

Caen.

Cahors.

Calais.

Cambrai.

Caroassonne.

Carpentras.

Cassel.

Castres.

Chalon.

Chambéry.

Charlevilïe.

Chartres. ,._:;

Chateaubriand.

Chàteau-Gontier.

Chàteauneuf.

Chàteauroux.

Chaumont.

Chemillé.

Cherbourg.

Chinon.

Colmar.

Coutances.

Craon.

D

Dax.

Delémont.

Digne.

Dijon.

Dole.

Douai.

Doué.

Draguignan.

E

Epfig. Epinal. Ernée. Evreux.

Feurs.

Figeac.

Florac.

Foix.

Fontenay.

G

Gaillae.

Granville.

Grasse.

Grenoble.

Guadeloupe (la).

Guérande.

Guéret.

H

Haguenau.

J

Josselin.

I.

Laoaune.

La Haye Descartes.

Lamballe.

Langres.

Lannion.

Laon.

La Roche-Bernard.

La Rochelle.

Lassay.

Laval.

Le Puy.

Libourne.

Liège.

Lille.

Limoges.

Longwy.

Lons-!e-Saunier.

Lorient.

Lyon.

ai

Machecoul.

Maiche.

Mans (le).

Marseille.

Marvejols.

Mayenne.

Melun.

Mende;

Metz.

Mirecourt.

Mondoubleau.

Montauban.

Montbrison.

Mont-de-Marsan.

Montpellier.

Moulins.

S

Nancy.

Nantes.

Neufcliatel.

Nice.

Nimes.

Niort.

Noirmoutier.

o

| Oberehuheim.


302

Orange. Orléans. Ornans.

V

Paimboeuf.

Paris.

Pau.

Périgueux.

Perpignan.

Poitiers.

Pontarlier.

Pont-Audemer.

Ponts-de-Cé.

Porrentruy.

Privas.

Quesnoy (le). Quimper.

n

Reims. Rennes.

LE CABINET .HISTORIQUE.

Riom. Rochefort. Rodez. Rouen.

S

Sablé.

Sables-d'Olonne.

Saint-Brieuc.

Saint-Etienne.

Saint-Flour.

Saint-Jean-de-Luz.

Saint-Lambert.

Saint-Malo.

Saint-Mihiel.

Saint-Omer.

Saint-Pol.

Saint-Sever.

Sallancbes.

Sauimir.

Savenay.

Schlestadt.

Seignelégier.

Strasbourg.

T

Tarbes.

Tartas.

Toulon.

Toulouse.

Tours.

Troyes.

Tulle.

V

Valence.

Valencis'.me;.

Vannes.

Versailles.

Vesoul.

Vitré.

XV

Wasslenheim.

Y

Ypres.

Tel est le tableau lamentable des organes et des actes de la justice révolutionnaire; je crois pouvoir le présenter comme un résumé saisissant et fidèle de l'histoire de la Terreur, et, partant, de la domination de Robespierre.

Des inexactitudes ont pu m'échapper dans cette vaste revue; elles doivent être légères et peu nombreuses; on voit mes soins pour m'éclairer et les auxiliaires que j'ai eu le bonheur d'avoir.

Sur les 88 départements qui, en 1793 et 1794, divisoient le territoire de l'ancienne France, la Savoie et Nice comprises, quatre seulement, les Haules-Alpes, le Cher, la Corse, la Nièvre, échappèrent à la justice révolutionnaire. Sur plus de cent cinquante commissions ou tribunaux qui, à ma connaissance, la rendirent et dont plus de quarante, ambulants, menoienl avec eux la guillotine, bien peu furent assistés de jurés, fanatiques, d'ailleurs, à l'égal des juges (Paris, Arras, Brest, Cambrai, Rochefort) : bien peu daignèrent accorder aux accusés des défenseurs.


LA PRINCESSE DES URSINS. 303

Aussi la précipitation des jugements, le Dombre des condamnations quotidiennes dépassent-ils toute créance.

En sept séances, de quelques heures, les commissions Félix, d'Angers, Parein, de Lyon, Bignon, du Mans, firent mettre à mort jusqu'à 202, 207, 209,233, 250, 288, 290 personnes ; je néglige les chiffres inférieurs à 200.

En seize jours, 1972 Vendéens, parmi lesquels 106 femmes, furent condamnés à la fusillade par la commission Bignon, alors en séance à Nantes; TROIS seulement furent acquittés.

Enfin, jusqu'au 9 thermidor, dans l'espace d'un peu plus de seize mois, sous la domination de Robespierre, plus de quatorze mille huit cent sept (1) personnes furent condamnées à mort; Robespierre disparu, jusqu'au 12 prairial an ni, jour de la suppression du tribunal révolutionnaire de Paris, en 10 mois, il n'y eut que trois cent vingt-six condamnations capitales; on y ajoutera, si l'on veut, les 10o robespierristes mis hors la loi par la Convention les 9 et 10 thermidor an n.

Ch. BERRIAT SAINT PRIX,

Conseiller à la Cour impériale dé Puris.

XXVII. — LA PRINCESSE DES URSINS.

On sait le rôle important qu'a joué la princesse des Ursins d'ails les premières années du XVIII 0 siècle à la cour d'Espagne. Fille de Louis de laTrémouille, duc de Noirmoitiers, Anne-Marie étoitnée vers l'an 1642 (2), et avoit épousé à 17 ans, en 16S9, ce prince de

(1) Le chiffre vrai dépassera certainement quinze mille, en tenant seulement compte des 294 jugements du premier registre de Brutus Magnier, à Rennes, non encore découvert.

(2) M. Geffroy, adoptant l'hypothèse de Saint-Simon, la fait naître en 1635. Nous reviendrons sur ce point tout en maintenant pour aujourd'hui l'opinion la plus générale qui fixe sa naissance en 1642,


304 LE CABINET HISTORIQUE.

Chalais de la maison de Talleyrand, qui soutint, on 1663, ce fameux duel avec son beau-frère Noirmoustiers, d'Antin et Flamorens, contre les deux La Frette, Saint-Aignan et d'Argenlieu. Forcé de s'expatrier pour se soustraire au courroux du roy, le prince de Chalais emmena sa femme d'abord à Madrid, puis à Rome, où il la laissa veuve, sans enfants et sans fortune, en 1670. On a peu de détails sur cette époque de la vie de notre héroïne : On sait que sa beauté, le charme de son esprit, la grâce de ses manières attiroient autour d'elle tout ce que la capitale du monde chrétien renfermoit de noble et de distingué. Parmi les François qui la virent le plus intimement figuroient alors le cardinal de Bouillon et le cardinal d'Estrées qui, l'un et l'autre, devinrent plus tard ses ennemis. Ce fut toutefois à leur crédit principalement qu'elle dut d'épouser, en 1675, le duc de Bracciano, chef de la puissante famille Orsini (des Ursins), déjà vieux, mais possesseur d'une si grande fortune, que Louis XIV lui-même mit une véritable importance à ce mariage qui pouvoit rattacher aux intérêts françois une grande partie de la noblesse romaine. Nous renvoyons à l'important travail que M. Gelïroy a mis en tête de son édition des Lettres médites de la princesse des Ursins, pour l'appréciation de tous les avantages et de la haute position que celte alliance assuroit à la veuve du prince de Chalais. La duchesse de Brachane, au dire de Saint-Simon, nourrissoit une de ces ambitions vastes fort au-dessus de son sexe et de l'ambition ordinaire des hommes. Bien qu'on devine le haut crédit dont elle jouît dès ce moment à Rome, et même à Paris, où elle fit de fréquents séjours, nous ne lui voyons prendre un véritable rôle politique qu'après la mort de son second mari, arrivée seulement en 1698. — A part les quinze lettres de la duchesse de Brachane, à sa soeur la duchesse de Lanti, lettres retrouvées et publiées par M. Gelïroy (1685 à 1693, on possède assez peu de renseignements sur la princesse des Ursins durant cette seconde phase de sa vie, malgré les agréables Causeries de M. de Sainte-Beuve, le curieux livre de M. Combes, De la Princesse des Ursins (Didier, 1858), et malgré le dernier travail que nous venons de rappeler de M. Gelïroy.

Les lettres que l'on va lire sont précisément de cette époque. — Nous en possédons quelques autres d'un genre d'intérêt tout différent et se rattachant à la catastrophe étrange qui mit fin à son rôle politique. —. Nous les publierons pareillement. Celles-ci sont toutes du temps de son second mariage. Nous nous persuadons qu'on les lira volontiers.


LA PRINCESSE DES URSINS. 305

1. LA DUCHESSE DE BRACHANE (BRACCIANO),

A M. LE COMTE DE MAUREPAS ET DE PONTCHARTRAI\ ,

SECRÉTAIRE D'ETAT.

A Paris, le 28 janvier 1693.

Mademoiselle de Royan (1), ma niepce, ayant esté laissée au Pont-aux-Dames, après la mort de M. de Royan, entre les mains de sa tante (2) qui en est abbesse, par l'advis de ses tuteurs et de sa famille, nous persévérons à croire qu'elle ne peut estre mieux en attendant qu'on ait trouvé à l'establir convenablement. Cependant comme elle est assez bon parti pour donner des idées sur son sujet à des personnes qui pourroient ne luy pas convenir, et que nous avons lieu d'appréhender qu'on ne prenne pour un mariage des voyes malhonnestes et mesme violentes, nous avons recours à Sa Majesté pour nous mestre à couvert et nous vous supplions, Monsieur, de vouloir luy représenter nos justes inquiétudes afin qu'elle ait la bonté de nous accorder une lettre de cachet qui ordonne à madame du Pont-aux-Dames de ne se point deffaire de mademoiselle de Royan, sa niepce, sans un , ordre exprès de M. de Lavardin et de M. de Noirmoustier, mon frère, ses tuteurs, auxquels les lois ont attribué le soin de tout ce qui regarde sa personne. Je vous seray sensiblement obligée, Monsieur, de vouloir nous faire expédier cette lettre aussitôt qu'il aura pieu au roy de nous l'accorder, et comme nous exigeons de madame du Pont-aux-Dames en la luy envoyant qu'elle ne s'en serve que dans le besoin, j'ose supplier Sa Majesté de vouloir bien que la chose soit secrette.

(1) Marie-Anne de la Trémoille, marquise de Royan, née le 10 novembre 1676. Mariée le 6 mars 1696 à Paul-Sigismond de Montmorency-Luxembourg, duc de Chatillon, comte de Luxembourg, morte le 2 juillet 1708, âgée de 31 ans.

(2) Callioppe de la Trémoille, abbesse après sa soeur Magdeleine de la Trémoille-Royan.


306 LE CABINET HISTORIQUE.

J'attends cela de la bonté avec laquelle elle entre dans ce qui peut contribuer au repos des familles, et de celle qu'elle a pour nioy en particulier que je tascheray de mériter toute ma vie par la plus .parfaitte reconnoissance et le plus profond respect dont puisse estre capable une sujette qu'Elle a comblé de ses grâces.

Je suis, Monsieur, vostre très-humble et très-affectionnée servante,

La duchesse DE BRACHANE.

M. de Lavardin vous escrit sur le mesme sujet, Monsieur, et joint ses prières aux miennes.

2. LA MÊME A M. LE COMTE DE MAUREPAS.

Le 7 may 1695.

Présentement, Monsieur, que je vous crois arrivé à Toulon, je me donne l'honneur de vous écrire et de vous dire que j'ay receu vostre lettre où vous me marquiez le desplaisir que vous aviés eu de ne m'avoir point dit adieu. Je sais qu'il n'avoit pas tenu à vous et que vous aviez pris la peine de me chercher chez moy inutilement, dont je suis très-faschée. Je serais bien surprise si vous estiez capable de manquer jamais à remplir à mon esgard tous les grands et petits devoirs que la véritable amitié exige, car je conte fort là-dessus et je me sans si incapable de mon costé de manquer à rien de tout ce qui a raport à vous que vous ne sériés bon qu'à noyer si vous ne me regardiés comme la plus véritable de vos très-humbles servantes et la plus solide amie que vous puissiez jamais avoir.

La duchesse DE BRACHANE. Le médecin dont je me sers m'a trouvée me donnant


LA PRINCESSE DES URSINS. 307

l'honneur de vous écrire. Il m'en a fortement, grondé parce qu'il dit que cela ne s'accommode pas avec les eaux de Vichy que je prens. C'est pour cela, Monsieur, que je me sers d'une autre main que de la mienne pour vous dire que, je vis hier madame vostre mère (1) dans un estât qui me fit tout à fait plaisir, et puis vous assurer qu'à vostre retour vous la trouverez en parfaite santé. Après vous avoir appris une aussi bonne nouvelle, vous voulez bien que je vous prie d'avoir quelque bonté pour le mary d'Henriette.

3. LA MÊME AU MÊME.

A Rome, ce 20 décembre 1695.

Vous avez peu sçavoir par M. vostre père, Monsieur, que je souhaillois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Il me sembloit que vous estiez trop paresseux à me donner de vos nouvelles, et trop indifférent aussy à me demander des miennes. Puisque vous m'asseurez que vous prenez tousjours la mesme part à ce qui me touche. Je vais vous dire la situation de mes affaires. J'ay esté receue de tout Rome avec une grande démonstration de joye. J'ay trouvé M. le duc de Brachane et M. le prince de Vicouare (2), son frère, en assez mauvaise santé, mais tous les deux fort aigris l'un contre l'autre, et d'opinion fort différente sur les moyens de donner quelqu'ordre aux affaires de leur maison. Don Livio est protégé par M. de Brachane, et le duc de Gravine par M. de Vicouare. Chacun désire de m'avoir dans ses intérests : jusqu'à présent j'ay gardé une neutralité que j'ay creu néceessaire pour connoistre mieux le véritable estât des

(1) Marie de Maupeou, fille de Pierre de Maupeou, président aux enquêtes, et de Marie Qnentiu de Richebourg, morte le"12 avril 1714.

(2) Lelio des Ursins, prince de Nerola et de Viconaro, mort sans alliance le 30 avril 1696.


308 LE CABINET HISTORIQUE.

choses et sçavoir prendre mon parti. Quand il y aura quelque nouveauté je ne manqueray pas, Monsieur, de vous en faire part. Je n'agis que par les conseils de M. le cardinal de Janson, qui a pour moy toutes les honnestetés possibles. Il viendra demain avec plusieurs autres cardinaux entendre une répétition que je fais faire chez moy de ce qui se doit chanter la veille de Noël chez le Pape. Tous les musiciens et les joueurs d'instruments de Sa Sainteté y seront. M. de Laloubère, je m'asseure, voudrait bien estre ce soir-là à Rome et se retrouver le lendemain à Paris.— Faites-moy sçavoir, je vous supplie, Monsieur, si la santé de madame vostre mère est aussi bonne que je la désire. Assurez-la de mes très-humbles services et faites ressouvenir souvent M. vostre père qu'il n'a pas une meilleure amie que moy : vous sçavez à quel point je suis la vôtre. Je vous conjure de ne vous servir d'aucun compliment quand vous me ferez l'honneur de m'escrire et de suivre l'exemple que vous donne

La duchesse DE BRACHANE.

4. LA MÊME AU MÊME.

A Rome, le 2 octobre, 1696. Il ne tiendrait qu'à moy, Monsieur, de croire que vous m'avez toufafait oubliée, puisqu'il y a des temps infinis que je n'ay reçeu de vos lettres; mais je me garderay bien de croire une chose qui me ferait de la peine et qui marquerait trop votre ingratitude. le penseray bien plustost que vous songez très-souvent à moy, et que vous avez tant de choses à me dire, que vous ne scavez par où commencer. Je me resiouis auec vous de la nouuelle cour, que vous allez auoir, cela fera renaislre des plaisirs pour laieunesse et sans doute, monsieur, vous en sçaurez profiter. le m'imagine qu'il y a


LA PRINCESSE DES URSINS. 309

eu un beau mouuement parmis les dames, pour auoir des charges chez madame la princesse de Sauoye (1). Le roy ne pouvoit, pas par toutes sortes de raisons, choisir mieux que madame la duchesse du Lude (2) pour dame d'honneur Je ne doute pas que madame vostre mère n'ait esté aussy aise que moy de luy voir remplir cette place. Je vous suplie, Monsieur, de luy en faire mes complimens eu l'asseurant que je l'honnore touiours beaucoup. Vous ne scaurez rien de mes affaires par moy mesme; vous ne me paraissez point vous en mettre assez en peine, pour que ie m'amuse à vous en entretenir ; ie ne veux pourtant pas vous les cacher absolument et ie laisse la liberté à Monsieur le cardinal d'Estrées de vous en informer, s'il le juge à propos. Faites-moy l'honneur cependant, monsieur, de croire que vous n'auez point de meilleure amie que moy.

La princesse DES URSINS.

le croy que l'on n'ignore plus en France que monsieur de Brachane, a pris le nom de sa maison depuis que don Livi • a acheté Brachane (3). — Je vous demande toujours vostt: protection pour le sieur Pâté, il n'y a pas moyen de finir ma lettre sans uous supplier de faire des amitiés de ma part à M. de la Loubère. Je voudrais bien scauoir, s'il est toujours aussy indifférend pour les dames que je l'ay veu autrefois.

(S.-Espr., 101; fol. 243.)

(1) Marie-Adélaïde de Savoie qui épousa, le 7 décembre, Louis de France, duc de Bourgogne et dauphin.

(2) Marguerite-Louise de Béthune, duchesse du Lude, veuve en premières noces du comte de Guiche.

(3) Tous les biographes, à l'envi, répètent que la duchesse des Ursins ne prit le titre de princesse des Ursins qu'à la mort de son mari. Voici qui dément positivement cette assertion. Un an avant de mourir, le duc s'étoit défait de la terre de Bracciano en faveur de son neveu don Livio Orsino, et dès ce moment se qualifia prince des Ursins.


310 LE CABINET HISTORIQUE.

5. LA MÊME AU MÊME.

Rome, le 19 mars 1697.

Grâces à Dieu, monsieur, vous n'auez pas perdu pour attendre puisque tout ce qu'on peut souhaitter d'agréable se rencontre dans la personne que vous uenez d'espouser (1); tout le monde mescrit qu'elle est également aimable par sa figure, par son humeur et par son esprit; la sincère amitié que j'ay toujours eu pour uous, me fait espérer, monsieur, qu'elle voudra bien me faire l'honneur de m'accorder quelque part dans la sienne, je vous supplie de l'assurer qu'elle ne peut faire cette grâce à qui que ce soit qui vous honnore aussy parfaitement que je fais.

La princesse DES URSINS.

6. LA MÊME AU MÊME.

Rome, ce 23 juin 1698.

Je m'aperçois avec plaisir, monsieur, que vous me faites toujours l'honneur de vous intéresser également à ce qui me touche, quoyque nostre commerce ne soit plus n'y si vif n'y si régulier. Je connois par là que vous êtes un amy solide sur lequelje puis conter très-seurement et vous scavez, monsieur, combien cela me doit estre agréable, ayant toujours eu pour vous une véritable eslime et une amitié trèsparfaite. Il m'est bien difficile de pouvoir vous dire combien de temps mes affaires me retiendront encore icy. J'ay tant de procès et tant d'autres choses a terminer avant que de penser a mon retour, que je ne puis mesme permettre a mon

(1) Christine-Eléonore de la Rochefoucaud de Roye, fille de FrédéricCharles de la Rochefoucaud, comte de Roye, et d'Isabelle de Durfort-Duras, morte le 23 juin 1708, âgée de 27 ans.


LA PRINCESSE DES URSINS. 311

imagination de s'y arrester. Je vous avoue,monsieur, que ce serait une grande satisfaction pour moy d'aller retrouver des amis qui m'aiment sincèrement, et qui me verraient jouir, sans envie, de tous les grands avantages, que j'espère de tirer de, la succession de feu monsieur le prince des Ursins. Je vous dois rendre mille très-humbles actions de grâces de la bonté que vous avez eue de remercier monsieur le cardinal de Bouillon par raport à mes intérests. Plust à Dieu que cela pust servir à le disposer à eslre un peu mieux intentionné qu'il n'est pour moy. Vous seriez bien surpris, monsieur, si je vous aprenois les manières qu'il a à mon égard : mais ce serait des pleintes inutiles, et je ne dois pas espérer que quelque chose le puisse faire changer, puisque ma conduitte n'a pu jusques à présent détruire la résolution avec laquelle il est aparemment parti de France, de me faire tout le mal qu'il pourrait. Dans un éclaircissement que j'ay voulu une fois avoir avec luy, il m'a avoué qu'il n'avoit d'autre plainte a faire de moy, si ce n'est que je me trouvois avoir des amis quin'estoient pas des siens. Ne vousparoit-t-il pas, Monsieur, que ce procédé est très-injuste, quand je ne fais rien de mon costé qui puisse luy causer la moindre défiance. Je vous supplie que cela reste entre nous. Je ne me serais pas mesme si fort expliquée, si M. le cardinal de Bouillon ayant voulu me rendre de mauvais offices à la cour, ne m'avoit forcée par là a écrire pour me justifier. Quoiqu'il soit à Rome, il y a de (sic) mois et demy qui n'a pas mis les pieds dans ma maison et qu'il ne m'a pas fait dire la moindre honnesleté sur le suject de ma soeur, dont Testât me donne des inquiétudes mortelles. Je vous parle comme vous voyez, monsieur, avec la mesme liberté que je fesois à Paris, et je ne puis faire autrement, vous honnorant, monsieur, plus que personne du monde.

La princesse DES URSINS.


312 LE CARINET HISTORIQUE.

Permettez-moy d'assurer madame vostre mère et madame vostre femme de mes très-humbles services.

7. LA MÊME AU MÊME.

Je suis très persuadée, monsieur, qu'il ne peut jamais rien m'arriver a quoy uous ne uous intéressiez uérilablement ; je le mérite trop par l'estime et l'amitié sincère que j'ay toutoujours eu pour uous. Je sens bien uiuement la perte que j'ay faite de ma soeur (1) ; sy elle auoit eu l'honneur d'eslre connue de vous, monsieur, uous auriez été tout a fait de ses amis, car elle auoit le meilleur coeur du monde, et son commerce étoit aussy seur qu'agréable. Me uoila priuée d'une grande satisfaction pour le reste de ma vie. Continuez-moy, ie uous supplie, ce m'est une consolation dans mon malheur, et je la mérite par les sentiments auec lesquels je uous lion

nore.

La Princesse DES URSINS.

Quoyque Monsieur uostre père ne met (sic) point fait l'honneur de m'ecrire en cette occasion, je suis très persuadée qu'il n'en a pas été moins sensible à mon déplaisir.

J'honnore trop madame uostre mère et madame uostre femme, pour ne vous pas prier, Monsieur, de les assurer de mes services.

Au bas: M. de Maurepas. (S.-Espr., 101; fol. 257.)

O. LA MEME AU MEME.

A Rome, ce 2 juin 1699. Il y a bien longtemps, Monsieur, que uous ne maués fait l'honneur de m'ecrire. Je suis très faschée que la mort de

(1) Louise-Angélique de la Trémoille, mariée en novembre 16S2 à Antoine Lanti de la Rouere, prince de Belmont, morte à Paris le 25 novembre 1698, âgée de 43 ans.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 313

Monsieur vostre fils me donne occasion de uous faire ce petit reproche Le déplaisir que cette perte m'a causé, ma fait sentir encore d'auanlage combien uous estes obligé de m'aimer, puisque ie suis si viue sur tout ce qui uous touche. Nous altendons à tous moments monsieur le prince de Monaco. Lorsqu'il sera icy et que ie n'aurai plus que des choses agréables a vous écire, il faudra, sil uous plaist, monsieur, que nous reprenions nostre ancien commerce. Quelque afaffaire que uous ayés, uous devez toujours sacrifier quelques moments a une amie sincère qui uous honnore plus que personne du monde.

La Princesse DES URSINS.

le uous ay souuent prié, Monsieur, de me ménager quelque part dans l'honneur des bonnes grâces de madame uotre femme. Je uous laisseray encore le soin de luy faire mon compliment et de l'assurer de mon très humble service.

(S.-Espr., 101; fol. 471.)

XXIV. — CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX,

EN POITOU,

ET L'ABBAYE DE CLAIRVAUX, EN CHAMPAGNE.

[Suite. — Voir les numéros de Mai-Juin et Juillet-Août 1865.).

COPIE D'UN MANUSCRIT FAIT PAR LUCAS, EN 1660.

(Orig. en ma possession.)

Note 1.

Generatio nobilium procerum de Campania Dinastanim de Clarovallibus, ae Arnaitto de Burestallo, de Mat hefelonio, de Parciaco, d'one Ravaldi ac feritate.

(954). Régnante Lothario Francorum rege anno salutis nongentesimo quinquagesimo quarto.

lie année. Septembre-Octobre 1865. — Doc. 21


314 LE CABINET HISTORIQUE.

I

TIIEOBAI.DUS fuit Blesensium et Carnotensium cornes ac etiam turonem. Suscepit fllios plurimos ex comitissa Letgarde sua coniuge, cuius Letgardis pater fuit Herbertus cornes viromandorum et trecassinorum Stirpis régie...

II

(9o6). HERBERTUS cornes de Belvaco unns ex filiis comitis Theobaldi, et comitisse Letgardis anno salutis nongentesimo quinquagesimo sexto suscepit Stephanum comitem et Odonem dictum Carnotensem ac preliatorum ex uxore sua Mathilde Stirpis régie nam erat filia comitis Pontivorum.

III

(367). ODO CARNOTENSIS, dictus prelia'.or, tenuit civitatem de Arnaitto, in comitatu trecassensi, anno Domini nongentesimo sexagesimo septirno, et suscepit Herbertum filium et successorem suuni ex Avitiâ eius uxore Stirpis régie Francioe, nam erat ex familia procerum Pontisisare.

IV

(997). HERBERTUS DE ARNAITTO, Odonis filius et Avitie fuit hères Radulphi Pontisisare dicte Avitie fratris sine liberis defuncti, anno salutis nongentesimo septirno. Cum autem Fulconera cornes Audegavensis successet patri suo comiti Gauffrido Grisagonella dicto dédit Herherto terram omnem de Bassiaco, in pago Andegavense et Aremburgem consanguineam suam in uxorem : cum esset ipsemet consanguineus dicti comitis Fulconis que Aremburgis erat filia Alberici de Viberus a quo recepit causa dotis medietatem Curtis Campiniaci, inter Sartam et Meduanam, sed Herbertus suscepit tantum filium suum unicum etiam nomine Herberti ex ipsa Aremburge, quia parum vixit, et esset vidua Aremburgis iterum voluit Fulco cornes ut nuberet Herveo de Sablulio cognominato Rasorio fratris sui Gauffridi filio propler quem Herbertus adolescens fuit etiam cognominatus Rasorius in vita sua...

V

(1016 ou 1030). HERBERTUS RASORIUS filius Herberti supra dicti et Aremburgis junctus fuit matrimonio cum Hildeburge, erat filia Isambardi de Bellovidere ac de Lusdio cujus pater fuit Juhel de


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 315

Meduana, et mater dicte Hildeburgis filia Hamelini de Castrolidio. Herbertus Rasorius occisus fuit in prelio Pontilevense et fuit sepultus apud ecclesiam Nautullioci relicta Hildeburge uxore pregnante que postea peperit filium nominatum Herbertum...

VI

(1030-U07). HERBERTUS POSTHUMUS eognominatus fuit de Campania a comité Theobaudo de Campania Blesensium et Carnotensium quia erat eius Agnatus, tenuit Castrum et civitatem de Durestallo et se signavit signo Sanctîe Crucis Hierosolimitane cumnobile Andegavensium comité, et post reditum nupsit Agnete cuius pater fuit unus ex baronibus dicti comitis nuncupatus de Mathefelonio nomen erat Hugo et illum dicebant Andegavenses Manducabntonum (1). Suscepit ex ipsa Agnete sua uxore Herbertum de Campania de Clarovallibus, Gervasium de Campania, Gersendum de Campania, Agnetem de Campania. Jacet cum dicta Agnete apud ecclesiam Sancti Albani, in civitate Andegavense, ubi decessit anno Domini millesimo centesimo septirno et natus erat millesimo trigesimo post prelium Pontilevense.

VII

(1121). HERBERTUS SECUNDUS eognominatus de Campania successif ïeobaldo barroni de Mathefelonio Agnetis matris sue fratri sine liberis defuncto. Herbertus pietate et armis fuit nobilis nam vicit regem saracennm in Siria et multum largitus est ex suis opibus sancte ecclesie Dei, ac etiam pauperibus dum vixit. Nupsit Agnete Avilie de Britania cuius pater fuit nobilis cornes Stephanus de Britania et de Guemguenippo ex qua suscepit multam prolem et nobilem. Sepultus fuit in ecclesia sua monacorum Sancti Albini apud Durestallumanno Domini millesimo centesimo vigesimo uno, et supervixit ejus uxor Agnes Avitia ex qua habuit Hugonem de Campania, Gauffridum de Campania, Mauricium de Campania, Houisi de Campania. Mutavit scutum in bello contra Saracenos in Siria post victoriam suam régis Saraceni, et signavit libertate comitis Stephani Blesensis eius Consanguinei nam antea captivus fuerat ejusdem régis infidelis cum multis nobilibus militibus Christianorum exercitus magno vite sue periculo...

(1) Voir Recherches historiques sur Saumur, par J. Félix Bodin, p. T37138; Recherches historiques sur Angers, par J. F. Bodin, p. 130;• Histoire de Sa!y!c, de Ménage, p. 8-152.


316 LE CABINET HISTORIQUE.

(1100). GERSENDIS vel HERSENDIS DE CAMPANIA fuit uxor Guillelmi de Montesorelliorum et suscepit ex eo Robertum sed cum esset vidua assumpsit vélum religionis cum monialibus de FonteEbraldi quibus dédit omnem terram suam de Courleone, et fuit earum abbatissa instituendo illis regulam authoritate Sancte Sedis apostolice. .

(1107). AGNES DE CAMPANIA, soror dicte Hersendis virum habuit Gauiïriduni de Castrogonterii anno Domini millesimo centesimo septirno.

(1070). Copia. Notum sit tam presentibus quam futuris quoniam Vuarnerius (Garnier) unus ex proceribus de Pontisara émit a consanguineo sno Huberto de Campania de Clarovallibus de Durestallo et de Mathefelonio, in pago Andegavense quicquid habebat in dominicata de Pontisara mille libras Parisiensis, vendidit dictus Hubertus de Campania viris religiosis monasterii Beati Germani de Pontisara vigenti quinque arpentes terre arrabilis ex terra dicti Huberti de Campania in perpetuum tenendos libère et quiète quittos a viatura et omni alia consuetudine et servitio et dictus Varnerius qui tenebat castrum de Pontisara in cujus feodo movebat, voluit et laudavit anno salutis millesimo septuagesimo régnante rege Philippe

VIII

HUGO DE CAMPANIA dinasta de Durestallo barro de Mathefelonio. Vicit cum baronibus nobilis comitis Andegavensis Henricum regem Anglie-Normanie ducem in prelio Saiensi et suscepit filium suum et successorem Theobaldum de Mathefelonio cognominatum ex sua uxore Joanna de Sablulio (Eist. de Sablé) que defuncta nupsit iterum Elisabethe Gorete ex qua suscepit filium suum Hugonem de Campania de Clarovallibus de Parciaco domine Ravaldi, et Ste phanum de Campania de feritate. Elisabetha vero erat filia Guillelmi Goretz nobilis militis in pago perticensi et Elisabetha de Campania eius coniugis, Elisabetha neptis erat Adelaidis de Campania regine Francioe, neptis Henrici comitis de Campania, neptis Marie de Campania Odonis ducis Burgondie coniugis, neptis Mathildis de Campania coniugis Rotroci comitis perlic.ensis, et dictus Hugo de Campania vir eius mortem obiit in Domino anno salutis millesimo centesimo octagesimo secundo régnante rege Philippo, jacet et Elisabetha eius uxor in Maiore monasterio turonum.


CHATEAC ET SEIGNEURIE DE CLEl'.VAUX. 317

IX

TIIEOBALDUS filius .primogenitus Hugonis de Campania et de Joanne de Sablulio, ob prelia Multa-Multum fuit nobilis et quia nomien de Mathefelonio (1) fuit Clarus et insignis filii eius et successores eorum eodem solum cognomine se subscripserunt et desideraverunt gloriari : cum scuto etiam quod dictus Tbeobaldus gessit in bello fuit ruticoloris cum tribus scuticulis auri in superiori parte scuti duobus in média unum intima. Clamore bellico : « Passavant Maths félon. » Barro fuit Teobaldus de Mathefelonio ac DuresLillo et suscepit filium et successorem suum Teobaldum ex marquisa eius uxore filia Roberti barronis de Vitreio et émette de Guirchia...

X

Ex Teobaldo secundo orti sunt alii barrones de Mathefelonio ac Dnrestallo.

H; GO DE CAMPANIA secundus nomine filius Hugonis de Campania barronis de Mathefelonio et Elisabette Gorete eius coniugis habuit preposituram de Clarovallibus et in Allodio baronie de Mathefelonio dominicatam de Lesignaco, de sancto Leonardo, de Basiligiis, de Ballolio, et castellaniam, civitatem et castrum de Parciaco, dominatione Ravaldi, tenuit etiam castrum, civitatem et dominicatam de Feritate in pago Cenomanense et perticense. Dictus Hugo de Campania nupsit Margareîe filie nobilissimi militis Humberti de Belloioco et Beatricis eius coniugis cujus pater fuit nobilis miles Hugo de Cabilonum ex qua Margaretta de Belloioco suscepit Guischardum de Campania, Brandeli dem de Campania, Guillelmum de Campania Margaretam de Campania.

(1210). Copia. — TEOBALDUS DE MATHEFELONIO miles universis présentes litterasinspeeturis salutem in Domino noveritis quod ego recepi in feodum in homagium ligium meum patruelem Hugonem de Campania militem propter castellaniam castrum et civitatem de Parciaco dominatione Ravaldi dominicatam de Lesignaco, de sancto Leonardo, de Basiligiis, de Ballolio et ea omnia que habet in Allodio civitatis mee et castri de Durestallo ac baronie mee et castri de Mathefelonio et ut hoc firmum permaneat présentes literas dedi dicto meo patrueli sigilli mei impressione munitas. Datum apud Durestallum mense maio anno salutis millesimo ducentesimo decimo.

(1) Changemont d'armes des Maihefelou.


318 LE CABINET HISTORIQUE.

(1207). GUILLELMUS DE CAMPANIA de Feritate et Novigenti Castro suscepit filiam suam Mathildem ex Mathilde de Meduana eius coniuge vita functus est anno salutis millesimo ducentesimo septirno et jacet in ecclesia monasterii Colombensis.

(1217). MARGARETA DE CAMPANIA soror Brandelis et Guillelmi fuit coniux Roberti filii Lodoici comitis sacri Cesaris et obiit tertio idus novembris anno millesimo ducentesimo decimo septirno. Jacet in ecclesia Maioris monasterii Turonum.

(1219). MARGARETA DE BELLOIOCO, relicta defuncti domini Hugonis de Campania, militis domini de Parciaco Domine Ravaldi fundavit Capellaniam castri domine Ravaldi, de Parciaco mense junio anno salutis millesimo ducentesimo decimo nono in honorem Dei omnipotentis, Béate Marie Virginis, omnium Sanctorum et sancte Margarete virginis et martiris celebratione Sancte Hisse singufis diebus in dicti castri Sacello, cum Antiphona dicte sancte martiris in fine cuius libet misse, et cum dicte Margaretta obiisset in Domino eodem anno sepulta est apud ecclesiam Beatri Pétri apostoli apud Parciacum, juxta altare beati apostoli ubi jacet dominus Hugo de Campania vir ejus...

(1241). GUISCHADUS DE CAMPANIA, de Parciaco domine Ravaldi decessit sine liberis anno salutis millesimo ducentesimo quadragesimo primo et jacet in ecclesia monachorum Sancti Albini in civitate Andegavense.

(1249). BRANDELIS DE CAMPANIA, de Parciaco domine Ravaldi, nupsit Lodoice filie Alani vicecomitis de Rohanno in Britannia et ex ea suscepit Alanum de Campania, Fulconem de Campania, Theobaldum de Campania, Gauffridum de Campania, decessit Brandelis de Campania anno salutis millesimo ducentesimo quadragesimo nono, quinto octobri, et jacet in ecclesia Beati Pétri de Parciaco domine Ravaldi coram altare majore sub tumulo. Super vixit Lodoica de Rohanno eius conjux et decessit vigesimo nono januari anno salutis millesimo ducentesimo quinquagesimo septirno et jacet sub eodem tumulo.

XI

ALANUS DE CAMPANIA decessit cum adhuc esset juvenis.

FULCO DE CAMPANIA filium suum Fulconem suscepit ex Johanna de Sulliaco.

THEOBALDUS DE CAMPANIA junctus fuit matrimonio cum Johanna


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 319

filia vicecomitis de Bellomente dictus Gauffridus suscepit filiam suam unicam cui nomen fuit Alix de Campania.

(1308). ALIX DE CAMPANIA nupsit Galerano d'Espineto anno salutis millesimo trigentesimo hoctavo eoque suscepit Johannem d'Espineto et Charolum d'Espineto.

FULCO DE CAMPANIA de Parciaco domine Ravaldi, junetus fait matrimonio cum Johanna de Sulliaco cui pater fuit nobilis miles Henricus de Sulliaco Francioe Buticalarius et mater nobilis Johanna de Vindocino, a quo Henrico habuit in dotem partem prepositure ac domanii Belgentiacensis supra Ligerim.

Fulco de Campania suscepit ex dicta Johanna de Sulliaco suum filium unicum etiam Fulcouis nomine.

(1249). Signavit se signo crucis hierosolimittanecum pio et sancto rege Francorum Lodoico, et cum illum concominatus esset in bello contra Saracenos transmare occisus fuit cum multis militibus, in illo prelio ubi nobilissimus Robertus Francie cornes Arthesie et régis frater occubuit anno salutis millesimo ducentesimo quadragesimo nono cuius anima requiescat in pace.

(1270). JOHANNA DE SULLIACO super vixit Fulconi de Campania de Parciaco domine Ravaldi viro suo et vitam pio et sancte in viduitate sua finivit décima quinta die decembris in civitate Turonum anno millesimo ducentesimo septuagesimo sepulta est apud ecclesiam Maioris monasterii et Fulco de Campania eius filius testamentum suum ad implevit.

(1267). Anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo septirno, cum mense maio ad modum nobilis Johanna de Sulliaco relicta Fulconis de Campania domini de Parciaco et dominatione Ravaldi, emisset a mauricio Gilberdo scuti fero domum suam cum appendiciis suis et feodum suum apud Parciacum mille librarum pretio intègre illi per solutarum; dicta Johanna de Sulliaco, deinceps illam domum cum Hortie dédit ecclesioe Beati Martini de Parciaco ut esset in perpetuum domus presbiteralis venerabilis Parrochi ejusdem ecclesie ut amplius literis dicte Johanne munitis sigilli impressione continetur quam donationem laudavit et approbavit Fulco de Campania miles filius dicte Johanne post obitum matris sue, et voluit imposterum, ut omnes Parrochi dicte ecclesise Beati Martini, ubi non erat antea domus presbiteralis, dictam illam domum simper habeant et teneant in feodum et homagium novem denariorum servitio singulis annis a domino qui semper tenebit castellum et principatum de piscina solitarii comitis, ut de illa donatione perpétua sit memoria et nunquam deleatur oblivione.


320 LE CABINET HISTORIQUE.

Auctoritate litterarum sigillatarum dicti militis Fulconis de Campania anni Domini millesimi ducentesimi septuagesimi secundi mensejunio apud Parciacum civitate publiée signaturum.

XII

FULCO DE CAMPANIA dictus Junior movit querelam adversus Giischardum de Belloioco propter ea omnia que allegabat ad se pcrtinere iure hereditatis llarguarete de Belloioco avie sue, et contra Guischardus contenlebat sed ilia questio non fuit decisa.

Fulco Junior junctus fuit matrimonio cum Johanna de Haricuria ex qua suscepit filium suum et successorem Johanuem de Campania.

(1297). GUILLELMUS DE HARICURIA miles frater dicte Johanne dominus de Feritate Imbaudi, cum esset apud Parciacum domine Ravaldi junio mense anno millesimo ducentesimo nonagesimo septirno, dédit illi jure hereditatis per literas suas sigilli sui impressione munitas tertiam partem terre sue et dominicate de Mon tel'ortirotroci.

(1303). Fulco Junior decessit anno millesimo trecentesimo tertio, mense decembri apud Parciacum in castro et habuit sepulturam in ecclesia sua Beati Pétri apostoli sub testiludine sacelli sui ubi lapis monument! huius se extollit duabus columais et pariete juxta mains altare beati apostoli.

(1317). JOHANNA DE HARICURIA eius vidua obiit mense febvario die penultimo anno salutis millesimo tricentesimo decimo septirno et jacet sub eodem tumnlo.

Copia. — In Dei nomine, ego Herbertus cornes Belvaco notum esse volo tam presentibus quam futuris cum Coeperim perquirere consuetudines quas ante me régnantes exigerunt predecessores mei et cognoverim quas accepturus eram et in quibusquibus terris inter cetera in villa Sancti Lupi ecclesie Belvacensis episcopalis reclamantibus episcopo et canonicis suis quod in consuete et injuste hoc facerem amore Dei et ecclesie Belvacensis omnium que viroram eius presuli commissornm Malam guerpini consuetudinem scilicet canum meorum hospitalitatem et pabulum et caballorum meorum receptum atque vini caplioneiu in super omnes consuetudines quas acquivit domino potentum ex quo liane cartam fieri jussi et est ut firma sit et in concussa in posterum signavi. Datum apud Belvacum civitate publiée anno tertio regni Lotharii régis Francorum.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 321

(1099). Copia. — Ego Herbertus de Arnaitto notum facio omnibus tam presentibus quam futuris quod Helemosinarn sexaginta arpentorum nemoris apud Arnaittum quam Odo bone memorie, pater meus et Harusia mater mea legaverint pro anime sue salute abbati et monachis eeclesie Sancti Pétri Senoneusis, et pro anime requie avi moi comitis Herberti et avie mee coiiiitisse Mathildis. Ego dicte eeclesie monaciiis assignavi et feci mensurari et limitari illos sexaginta arpentos memoria mei et promisi conservare et delïendere et alia que habent in dominio civilatis mee de Arnaitto ut non solum ex beneficio collato, sed etiam ex canservato accrescat mihi fructus retributionis eterne. Actum anno salutis millesimo nonagesimo nono.

(1400). Ilec omnia et alia multa scripto conservata fuerant codicibus autiquis et cartis eeclesie nostre Beati Pétri de Parciaco, et Xii'olaus presbiter et parrochus compilaverat in registro dum vireret. Joannis successor Nicolai et Christophorus successor Joannis Slartinus adhuc successor Christophori scedulo scribi euraverant suis temporibus; sed vetustate corrompebantur charte ideo nobilis et venerabilis Johannes deBelleio presbiier et parrochus Beati Pétri de Parciaco eeclesie nostro ita voluit transcribi marginibus huiusce libri dnm amplius usui nostro non esset ad celebrandum officium nostrum ut super remaneat archivis eeclesie nostre factum est hoc anno salutis millesimo quadringesimo et venerabilis et nobilis Johannes de Bellavalle, presbiter et parrochus eeclesie nostre Beati Martini de Parciaco etiam ita voluit.

Ici s'arrête la généalogie latine. Celle qui suit, qui concerne les seigneurs de Champagne, sires de Ravadum et de Pescheseul et les seigneur de Crenon ou Craon, est en français de l'époque. Elle commence ainsi :

(1303). Régnant le très-chrestien roy Philippe le Bel nommé l'an que l'on comptoit mil trois cent-trois. Monseigneur Jehan de Champaigne, sire de Ravadum, fut seigneur de cette cité, amprès monseigneur Foulques de Champaigne, son géniteur, le Jeune nommé.

Celte généalogie se termine à Jean de Champagne, fils aîné du maréchal de Sicile et d'Anjou, et d'Ambroise de Craon son épouse; qui épousa, en 1426, Marie de Sillé, dont il eut Pierre de Champaigne, chevalier, mareschal et


322 LE CABINET HISTORIQUE.

vice-roi de Sicile, comte d'Aquila, sire de Pescheseul, de Parce et de maintes grandes seigneuries en Anjou, Maine, Touraine et Provience. Pierre de Champagne épousa à Angers, en 1441, Marie de Laval, soeur de Guy de Laval, sénéchal d'Anjou, seigneur de Loué, chambellan de Charles VII.

NOTES DIVERSES (EXTRAITS DE DIVERS OUVRAGES)

Note 2.

(1060). Geoffroy-Martel, en donnant ses États à ses neveux, leur avoit recommandé de faire restituer 5 l'abbaye de Saint-Florent (d'Angers) les biens et les privilèges dont il 1 avoit en partie dépouillée pour récompenser les services de plusieurs de ses officiers. Quelque temps avant d'abdiquer, il avoit fait la même recommandation à ceux qui possédoient ces biens. La plupart, croyant les avoir légitimement acquis en servant leur prince, les gardèrent; d'autres, entourés au lit de mort par les moines, les rendirent; Hugues de Clairvaux fut du nombre de ces derniers.

Les manuscrits de l'abbaye de Saint-Florent nous apprennent que ce seigneur étoit de Saumur, mais ils ne lui donnent pas d'autre qualification que celle de Mange-Breton, ce qui semble indiquer qu'il étoit dans son temps la terreur des Bretons.

Je présume que cet Hugues de Clairvaux étoit seigneur de Saumur et gouverneur du pays Saumurais pour les comtes d'Anjou, comme Geldouin l'avoit été pour les comtes de Blois. Etant dangereusement malade, il voulut satisfaire en partie aux dernières volontés de son ancien maître, il remit à l'abbaye les droits de justice qui lui avoient été donnés par Geoffroy-Martel sur toutes les terres de Saint-Florent; il ne fit réserve que de ces quatre : assassinat, incendie, rapt et vol. Pour la confirmation de ce don il envoya, par deux moines, un couteau à manche noir, qui fut placé sur l'autel de Saint-Florent, et il reçut des religieux 10 livres (environ 300 francs de notre monnoie), qu'ils donnèrent en signe de reconnoissance. Le comle d'Anjou, Foulques Réchin, ayant approuvé ce don, reçut cent sous; la comtesse Ermengarde, son épouse, en reçut cinquante, et Gauslin, procureur du comte, vingt-cinq. (Eist. inédite de l'abbaye de Saintelouent.)

(Recherches historiques sur la ville de Saumur, ses monuments et ceux de son arrondissement, par .1. F. Bodin, receveur particulier de cet arrondissement, par 137-138,1.1, édit. de 1845.)


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 323

(1050). On rapporte aux premières années du pontificat d'Eûsèbe Brunon (évêque d'Angers) la fondation du prieuré de Gouy, dépendant de l'abbaye de Saint-Aubin (d'Angers). Agnès, femme en premières noces d'Hubert de Champagne, et, en secondes, d'un seigneur nommé Rainard (Renaud de Maulevrier), et fille d'Hugues, seigneur de Clairvaux, surnommé Mange-Breton, donna pour l'établissement de ce prieuré, aux moines de Saint-Aubin, l'église de Gouy, celles de Notre-Dame de Durtal, de la Chapelle-d'Aligné et de Chatelais. Sans doute qu'elle légua seulement le temporel de cette dernière église, dont on forma depuis deux prieurés dépendant de la même abbaye, puisque le patronage de la cure appartenoit, en 1789, à l'église d"Angers.

{Recherches historiques sur la ville d'Angers, ses monuments et ceux du bas Anjou, par J. F. Bodin, t. n, p. 130, édit. de 1846.)

Note 3.

(1036). Je reviens à notre Hubert de Champagne, surnommé Rasorius. Il fut père d'Hubert de Champagne, troisième du nom, lequel épousa Agnès, dame de Clairvaux, en Anjou, et dame en partie de Mathefélon, nommée Agnès de Bretagne par Dupas, dans sa Généalogie de Mathefélon, p. 323, ou plutôt par Richard Beaujouan; car c'est Richard Beaujoiïan qui est l'auteur de cette généalogie, mais qui a été revue, et corrigée et augmentée par Dupas. Cette Agnès de Clairvaux étoit soeur de Thibaut, et fille de Hugues, seigneur de Clairvaux, surnommée Mange-Breton, et d'Hersende de Vandôme, fille d'Hubert, vicomte de Vendôme et soeur d'Hubert, évêque d'Angers. Il est fait mention de ce IIugue-MangeBreton dans une charte de Grecia, seconde femme de GeoffroyMartel, comte d'Anjou, imprimée dans le Recueil des titres de l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, à la page 18, et dans une charte d'Hubert de Vendôme, évêque d'Angers, qui est de 1036, et qui se trouve dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Maur des Fossez. Il en est aussi mention dans le Martyrologe du prieuré de Fonteine, en France, qui est un prieuré qui dépend de Frontevaux, et dans plusieurs titres de Saint-Aubin d'Angers. J'apprends, au reste, de l'histoire manuscrite de Saint-Florent de dom Jean-Hugues, que ce Eugue-Mange-Breton étoit de Saumur. Ce nom de Mange-Breton me fait souvenir de remarquer ici, en passant, qu'il y a une tour dans le château d'Angers qui s'appelle EcacheBreton.

(Hist. de Sablé de Ménage, i" partie, p. 8; voir aussi les pages 152, 224-225.)


324 LE CABIXET "ISTORIQUE.

Note 4.

(1060). Hubert, surnommé de Champagne et Raseur, et de Champagne, auquel Geoffroy-Martel fit don de la seigneurie de Durtal, après l'an 1060; sa femme Agnez, fille de Hugues, surnommé Mange-Breton, chevalier, et soeur de Thibaut. Il était mort avant 1067; elle se remaria à Renaud de Maulevrier, qui voulut embellir le château de Durtal, dont il fut expulsé par Foulques, comte d'Anjou, qui le donna à Robert le Bourguignon et à Marcoard de d'Almanay, époux d'Aremburge.

(Titres mss. concernant les comtes de Champagne, Collection d'Hozier, p. 120, Bibl. imp.; voir aussi les pages 541-544, et la Généal. impr. en 2 feuilles, Champagne, la Suze.)

Note S.

(PROCÈS-VERBAL, 5 JUILLET 1585.)

Nous, Jean de Launay l'aisné, seigneur de Lonmortys, gentilhomme d'honneur de la reine régnante, commissaire du roi nôtre seigneur souverain, en vertu de ses lettres de commission données à Paris le 22 mars dernier, signées par le roi, chef et souverain grand-maître, séant en l'assemblée générale des commandeurs de l'ordre de Saint-Esprit, de l'Aubépine, et scellées en simple queue du grand s<-el dudit ordre de cire blanche, sçavoir faisons, que le jour état des présentes, à la requeste du haut et puissant maître Louis de Champagne, seigneur comte de La Suze, capitaine de cinquante hommes d'armes, des ordonnances de Sa Majesté, comparant par M. Jean Guichard, son procureur, restant en la ville d'Angers, sommes, avec maître René Louet, conseiller de Sa Majesté, lieutenant particulier es sénéchaussées d'Anjou, et siège présidial dudit Angers, et Maturin C^chulin, procureur dudit seigneur, transportés en l'abbaye de Saint-Aubin dudit lieu, pour-exéculaut notre commission, vidimer et collationner en bonne et autantique forme les fondations, dotations et augmentations faites par les prédécesseurs dudit seigneur comte du prieuré de Gouys, dépendant de ladite abbaye, en laquelle, en présence desdits lieutenant particulier et procureur du roy, par nous appelé, suivant ladite commission, avons fait entendre à nobles et discrets frères Urbain de Clairambauld, prieur, François de Brussac, armoyer, et à M'Jacques Maingon, sénéchal de ladite abbaye, la forme et teneur d'icelle. Obéissant à laquelle, ils nous ont menés et conduits à la porte du trésor, qu'ils ont ouverte chacun d'eux d'une clef, et entrés avec


CHATEAU ET SEIGNEUIUE DE CI.ERVAUX. 325

les dessus dits en jceluy trésor, ont lesdits d'Argué?ac, de firussac et Maingon, aussi ouvert l'une des armoires, et d'icelle tiré une boëste de bois sur laquelle soni inscrits les mots : (Prieuré de Gouis), que ledit prieur nous a dit estre les fondations, dotations et augmentations concernant ledit prieuré, lesquels ledit Guichard a veu et leu, et lui se requérant pour ledit seigneur comte, avons, en présence desdits lieutenant, procureur du roi, religieux, et dudit Mingon, fait insérer de mot à autre, au présent, noire procès-verbal, les copies que avons collaùonnées à quatre originaux trouvés en ladite bouëste, et dont la teneur en suit :

I

o. (1116). Anno Incarnationis Dominicoe millesimo cenlesimo decimo sexto indictionenona tertio idus maii venit Evbertus de Campagnia, solus in capitulum Sancti-Albini, ut commandaret se orationibus fralrum, qui ibi serviunt deo nocle ac die cui concessif dotninus Archamboudus, abbas, cum assensu totius capituli ut quo ad viveret per singulas septimanas unam missam inconvenlu pro eo ca:itarent; post mortem vero ipsius, tantum facerent pro eo quantum pro uno de monachis suis et aniversarium ejus simper in monasterio solemniter agerent. Quod ille cum magna gratiarum actione suscepit, atque in eodem loco donavit Deo et sancto Albiuo ac monachis ejus pro anima sua ac parentum suorum quorum ipse hereditatern, decimam denariorum de pedagio Durestalli, et de mercato similiier nam antea monachi decimam de molandinis et de aliis redditibus ejusdem caslelli habebaut. Ex hoc dono protinus investivit dominum reverendum abattem cum cutello Harduini eleemosinarii. Ac deinde super altare dominicum Beati Albini pro majori autoritate manu sua posuit. Huic dono inter fuerunt : Ricardus de Lavallo, de famulis monacorum, Adelardus, cellararius, Samazollus, famulus prions, Guarinus Parvus, cum que idem.

Hubertus egrederetur de capitulo invenit ad hostium claustri in locutorio homines suos qui prestolabantur cum Hamelinum de Troata, Gillebertus deChingeio, Mauricium Coerium, Guidonem Falteri, Guarinum, presbiterum. Cognomento de Malaparia, quibus statum donum quod fecerat per ordinem narravit hujus doni testes sunt isti cui licet in capitulo non fuerunt tamen ex ore ipsius omnem rem protinus omnes paiïter audierunt.

6. — Elapsis postea paucis admodum diebus eodem mense vu calend. aprilis venit Stephanus de Montesorello, in capitulum Sancti-Albini ibique predictum donum avunculi sui Huberti libenti animis et bona .voluntalo conccssit hoc ridèrent et audierunt:


326 LE CABINET HISTORIQUE.

Bernerius, canonicus Sancti-Maurici, Lisonis de Podio, Rainaldus, filius, Theclini de Ludo, de nostris, Robertus, prepositus, Adelardus, cellerarius, Guarinus Parvus (ou parinus), Rainaldus Vitulus, Morellus Cocus, Arrabith, nepos, Haltonis, magister, Guillelmus, infirmarius.

a. Sequenti in proximo mense indictione tertia non aprilis venit Gofridus de Claris-vallibus, nepos ejusdem Euberti, in capitulum Sancti-Albini, ibique concessit nobis ex integro. Donum et eleemosinam avunculi sui et quidquid de beneficio ejus in ipsa die babebamus atque ex ipsa concessione, dominum Archambaldnm, abattem cum virga quadam investivit ac deinde; super altare dominium ejusdem sancti pro majori firmitate manu sua misit. Huius rei testes : Mamerius de Sanclo-Laudo, Girardus, prepositus, Americus Chamalliart, Gervasius de Mousteriolo, progo redo et de nostris Robertus, prepositus, Gilbertus Aquila, Guillelmus, cementarius, Samazolus, famulus prioris, Guarinus, modicus, Vielinus Bulchet.

b. Quarta iterum, ab hoc die videlicet oclava idus ejusdem mensis venit Paganus de Claris-vallibus, frater Gofridi, nepos et ipsius dominum Euberti, in capitulum Sancti-Albini, ibique concessit et ipse supra dictum donum cum omni integritate, atque.exipsa concessione dominum Archambaldum, abbatem cum virga quadam investivit ac deinde super attare dominicum ejusdem sancti pro majori firmitate manu sua misit. Hoc viderunt et audierunt isti : Gervasius de Troata, drogo redo et de nostris Guarinus, frater Adulpbi, Adelardus Cornu, Guarinus Pulsatus, Guarinus Modicus, Sarracenus, frater ejus, Paisant, hospitarius, Guatlerinus hospitarius, Herbertus Bicola, Bernardus, elemosinarius, Guatterius Roclem.

II

c. (1147). Posteriorum notilioe presentibus litteris tradere statuimus, ne quod a nobis in proesentiarum agitur successioni nossroe per oblivionem occultetur temporibus igitur Gaufridi, comitis Fulconis, régis hierosolimorum filii et Ulgerii Andegavensis pra> sulis facta est concordia inter monachos Sancti-Albini Gauffridum de Claris-vallibus, de quibusdam rébus quas apud Durestallum ipse prefactis monachis injuste auferebat concessit itsque Gauffridus ipse et filius ejus Eubertus, ut per totum Durestallum pagum de quibus cumque rébus dominus'Durestalli habei consuetudinem décima die sine ulla contradictione consuetudinem suam monachi quieie in perpetuum possideant, scilicet pedagium per terram et


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 327

aquam decimi mercati omnes costumas hominum dominicorum ubicumque omnibus diebus vendentium et vel ementium extraneorum autem tantummodo apud Guiltium vel apud capellam vendentium vel ementium omnes consuetudines omnino habeant; permissif et jussit etiam molendinos et stagno Durestalli, tam estate quam hyeme nullo résistante mollere quas causa accepit a monachis centium solidos-in charitate filius ejus ïïubertus, vigenti solidos hoc viderunt et audierunt isli : Gervasius de Lavallo, Helias Lagrisée, Paganus deLibonis, Seguinus Déaseja, Gaufridus de Rora, Peloquinus de Marrigne, Matbeus Golion, Hamericus Collon, Paganus Trenchant, Fulco de Siliaco. Harduinus de Dalmeriaco, Gaufridus, filius alterius, Hamelinus Babin, Hugo de Libonis, Garinus de Partella, Stephanus de Lavaze, Hubertus de Lavallo, Chalopinus de Crozila, Grossinus Bosius. Ex parte nostra : Brientius, prior, Eudo Redonensis, Andréas, presbiter, magister Philippus, Durandus Degott, GosbertusFolechat, Hamericus et Stephiir nus, frater ejus, Chalopinus, etc. Actumapud Durestallum iu .%ufè domini Gaufridi, anno M.CXLVII. (1147).

III

a. (1190), In nomine sanctoe et individuaî Trinitatis unde omne bonum procedit ego Eubertus de Campania, filius viri illustris Gauffridi de Claris-Vallibus, ad memoriam successorum meorum ea que continentur in presenti carta. — Principi commendari ne per ignorantiam traderenlur oblivioni. Igitur presentibus et futuris invotescat quod Grandavus et scuto defatigatus, cernens vitoe meoe terminum propinquara recordans, etiam quia omnia pretereunt prêter amore Deum insuper dominici illius prscepti memor date eleemosinam et ipsa orat pro vobis pro salute anima3 mes meorum pro ammabus patris et matris mea3 et filiorum dono in eleemosinam deo et sancto albino et ejus monachis in obedientia Guilen habitantibus, Calfagium in foresta mea de Chambrières, videlicet singnlis diebus duas summas de branchiis quantum unus asinus poterit portare.' Hoc autem donum ac de causa maxime fario ut tam in vita quam in morte particeps oûlciar omnium beneficiorum abbatie et cum ad patres meas ad positus fuero, nomen ineum cum hominibus aliorum benefactorum ascribatur in martirologio, verum ne domationem istam bénigne ac simpliciter et pro dei amore a me factum aliquis de hereditibus meis vel de mea progenie cupidilate terrena vel aviditate pecunia per seipsum aut per suos suis per extraneos. Audeat infringeri aut aliquo ingenio presumpserit auferre vel cartam istam ad majorera confirmationem communi' sigilli niei autoritate. Quicumque autem contra hujus


328 LE CABINET HISTORIQUE.

donationis mea? autoritatem inique agere presumpserit aut aliquo modo eam attentaverit in primis iram dei omnipotentis incurrat et eum Juda traditore damnationem accipiat et ab hereditate mea alienus existât. Actum est hoc anno ab incarnatione domini millesimo centesimo nonagesimo. Indictione octava mensis augusti testibus istis quorum nomina subscripta sunt Rainaldo Domino Castrigonterii, Guillelmo frater ejus Philippo de Chiner, Gaufrido de Rameforti, Guillelmo de Laval, Guillelmo Billon, . . . .

Bocard Bibens vinum ex parte monachorum, Jaquelino abbate tune temporis Odone de Thuce, magister primus de abbatia et predicta obedientia scilicet Gon Gaufrido sacrista de famulis

Joanne d'Argene, Hameria Borrau, Radulfo famulis prioris, insuper ut donum isti est eleemosina, majoris autoritatis et robore fuleiretur et in sua stabilitate posset in perpetuum permanere Radulfus tune Andegavorum venerabilis episcopus preliunï nostram instantiam donalionem islam ratam haberi voluit sigilli sui confirmavit, et est scellé de deux sceaux

en cire pendant en lacs de soye (J190).

IV

a. (Vers 1200). In dei nomine ego Eugo de Mathefclonio fiiius Euberti de Campania presentibus et futuris notum fieri volo quod quidam contentio acta est inter me et Odonem prieurem Guilleii pro quibusdam fossatis quaî circa prata sua et per prata fecerat quod dicebam pro Garenna mea et patris mei fieri non debere, contra ipso asserente quod bene licebat et prata sua claudere et per ea aquam Lidi derivare, tandem in hujus modum pacem fecimus benevola compositione concessi in eleemosinam supra dicto priori et obedientia! de Gnileio, quatinus fossata illa quaî facta fueram et signa alia facere circa prata sua monachi de lotero in pace et quiète perpetualiter, possiderent pro hac concessione dédit magister Odo de Luceio qui tune temporis erat prior obedientia^ duos ciphos argenteos in charitate, et patri meo Euberto, qui et ipse banc eleemosinam concessit, quinquagenta solidos Audegavensis moneta huic concessioni a me et a pâtre meo facta inter fuerunt isti, Simon de Chemans, Gaufridus filius ejus, Paganus Babin, et plures alii. Ut autem hase eleemosina mea, et patris mei in futurum firma sit et stabilis et a successoribus meis irrevocabilis scriptum istud sigilli mei autoritate commune feci.

Après laquelle collation faite, lesdits origineaux rendus et remis en lad. boueste et armoire, sommes partis dud. Trésor après deux. heures de l'après-dîner, sonnées et passées.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 329

Fait à Angers, par nous, commissaire susd. assistants les susnommés, le jeudi vingt-cinquiesme julliet, mil cinq cent quatrevingt-cinq.

Signé : DE LAUNAY, GIRARD, greffier; COCHELIN, LOIRET, etc.

(D'Hozier, Copie de chartes.)

I

(Traduction faite par M. d'Eozier.)

(1116). L'an 1116, indiction neuvième le 3e de mai, a comparu seul Eubert de Champagne au chapitre de Saint-Aubin pour se recommander aux prières des frères qui en ce lieu-là prient nuit et jour, auquel M. Archambaud, abbé, avec le consentement de tout le chapitre, afin que pendant sa vie toutes les semaines, à son intention, l'on chanteroit une messe dans le couvent, et qu'après son décès dans le monastère, tous les ans, l'on feroit solennellement pour lui le même service qu'on a coutume de faire pour un de ses moines, attendu que l'abbé a reçu favorablement en le même lien, a donné à Dieu, à Saint-Aubin, et à ses moines, la dixième partie des deniers reçus pour le péage de Durtal, et aussi pour la marchandise vendue, afin de prier Dieu pour lui et ses parents, desquels il avait succédé; car ces moines auparavant recevoient la dixième partie des moulins et des autres revenus dudit château. De cela seul il enrichit pour lors le seigneur abbé, et, en outre, pour une plus grande assurance, il toucha de sa propre main le grand autel de Saint-Aubin avec le coutellet de Hardouin, aumônier; furent présents : Richard de Laval, serviteur des moines, Adélard, économe, Samazolle, serviteur du prieur, et Garin Petit, avec lui.

Ledit Hubert, sortant du chapitre, trouva à la porte du cloître, proche le parloir, ses gens qui l'attendoient avec Hamelin de Troyes, Gilbert de Chingei, Maurice, prêtre,

, prêtre, surnommé de Mauleprier, auxquels il rapporta par article le don qu'il avoit fait, ceux-là ont été témoins dudit don; lesquels encore, bien qu'ils fussent absents du chapitre, ils ont de sa bouche appris la chose comme elle était.

— Quelque temps après, ce même mois 26° avril, Etienne de Montsoreau, se transporta au chapitre de Saint-Aubin, et là accorda volontiers et de bon gré le don ci-dessus, qu'avait fait son oncle Hubert, en présence de Bernier, chanoine de Saint-Maurice, Lizon

11 année. Septembre-Octonre 1865. — Doc. 22


330 LE CABINET HISTORIQUE.

du Puy, Renauld, fils de Théclin de Lude, prévôt de notre Robert, Adelard Cellérier, Guérin Petit, Rainaud Petitveau, Morel Locus, Arabith, neveu de Halton, maître Guillaume, infirmier.

— Le mois suivant, Geoffroy de Clairvaux, neveu dudit Eubert, vint au chapitre de Saint-Aubin, et là nous accorda de rechef le don et aumône que nous avoit faits son oncle, et tout ce que pour lors nous retirions de son bénéfice de cette concession. Il investit le seigneur Archambaud, abbé, et encore avec une bague qu'il mit de sa main propre, pour une plus grande assurance, ce don sur le grand autel de Saint-Aubin. Ont été présents tels,

de Saint-Lo, Girard, prévôt, Americ Ghamaillard, Gervais de Montreuil.

— En outre, depuis ce quatrième jour, c'est à savoir, le sixième du même mois, Payen de Clairvaux, frère de Geoffroi, neveu dudit seigneur Eubert, vint au chapitre de Saint-Aubin, où lui-même accorda pleinement le don ci-dessus, qu'il présenta au seigneur Archambaud, abbé, avec une certaine baguette, et de rechef toucha de sa main le grand autel de Saint-Aubin pour une plus grande marque. Ce qu'ils ont vu et entendu : Gervais de Troyes,

, Guérin, frère d'Adolphe, Adelard Cornu, Guérin, , Guérin Sarrazin, son frère, Paisant.

II

(1147). Nous avons résolu d'accorder par ces présentes ce que nos successeurs ont accordé. Il est question maintenant de notre hérédité, afin qu'elle ne soit point mise en oubli du temps de Geoffroi (comte d'Anjou), fils de Foulques, roi de Jérusalem, et Ulger, évêque d'Angers, fut fait un accord entre les moines de Saint-Aubin et Geoffroi de Clairvaux, touchant certaines choses que lui-même sans sujet prenait près de Durtal, appartenant auxdits moines. C'est pourquoi Geoffroi même accorda, et son fils Eubert, que sur toute l'étendue de Durtal, sur quoi ledit seigneur avait droit, ces moines en jouissent toujours sans aucune recherche, c'est à savoir : qu'ils prennent le droit de toutes les marchandises vendues ou achetées tant sur terre que sur l'eau, seulement de celles qui sont vendues ou achetées auprès du gué de la chapelle. A encore accordé ledit Geoffroi que les moulins proches de î'estang de Durtal moulissent sans aucun empêchement tant en hiver qu'en été. Pour ce sujet Geoffroi a reçu des moines en reconnaissance 50 écus, et son fils Hubert 10 écus. Fait et arrêté en présence de Gervais de Laval, Hélie de La Grisée, Payen de Libon, Seguin de Aséja, Geoffroi de Rore, Peloquin de Marrigné, Mathieu


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 331

Collon, Hémeric Collon, Payen Tranchant, Foulque de Sillé, Hardouin de Dalmériac, Geoffroi, fils de celui-ci, Hamelin Babin, Hugue de Libon, Garin de Partel, Etienne de Lavaze, Hubert de Laval, Chalopin de Crozil, Grossin Bosius; de la part de notre

, Eude, , André, prêtre, maître Philippe Durand

de Gott, Gosbat Folechat, Hémeric et Etienne, son frère, etc. Fait à Durtal dans la cour du seigneur Geoffroi, en l'an M.C.XLVII. (1147.

III

(1190) Au nom de la Très-Sainte-Trinité, dont tout bien procède, moi, Eubert de Champagne, fils de illustre homme Geoffroi de Clairvaux, ai voulu que les présentes demeurassent en leur plein effet, en mémoire de mes successeurs, pour se souvenir de moi, et être en mémoire des présentes et avenir; d'autant que, étant fort âgé et accablé de vieillesse, je connoissois que je devois bientôt mourir, et qu'il me falloit oublier toutes choses, excepté Dieu. En outre, me ressouvenant de cet écrit du Seigneur : Donnez l'aumône pour prier pour vous, et pour le repos de mon âme, et pour celles de mes pères et mères, et mes enfants, je donne pour aumône à Dieu et à saint Aubin, et à tous les moines demeurant en obéissance à Gouis le chauffage de ma forêt d'Ambrière, c'est à savoir, tous les jours deux sommes de branches autant qu'un âne en pourra porter. C'est pourquoi je donne cela, afin que pendant ma vie et après ma mort, je sois participant de toutes les prières de l'abbaye, et après mon décès, qu'on écrive sur le registre mon nom au nombre des autres bienfaiteurs, crainte que quelqu'un de mes héritiers ou de ma famille, poussé d'envie d'avoir de l'argent, de rompre lui-même, ou les siens, ou la justice, cette donation que j'ai faite libéralement et simplement; pour une plus grande preuve, je la signe de mon seing. Quiconque injustement s'opposera à ma donation, ou en quelque façon cherchera à l'amoindrir, qu'il soit puni de Dieu, qu'il soit damné comme Judas, qu'il ne soit point mon héritier. Fait et passé en l'an 1190, indiction huitième du mois d'août, en présence des témoins ci-dessous : Rainaud, seigneur de Châteaugontier, Guillaume, son frère, Philippe de Chiner, Geoffroi de Ramefort, Guillaume de Laval, Guillaume Billon

Bocard, . De la part des moines : Jaquelin, abbé

en ce temps-là, Odon de Thucé, maître prieur de l'abbaye,

Geoffroi, attaché au service de la sacristie, Jeanne d'Argène, Hameric Borrean,Radulfe, attaché au service du prince. En outre, pour fortifier ce don, et qu'il puisse toujours être ob-


332 LE CABINET HISTORIQUE.

serve, Radulfe, évêque d'Angers, a bien voulu y poser son seing, et est scellé de deux sceaux en cire pendant en lacs de soie.

IV

(Vers 1200). Au nom de Dieu, moi, Hugues de Mathefélon, fils de Eubert de Champagne, je déclare au présent et aveuir, que le prieur de Gouis et moi avons eu dispute à cause des fossés qu'il avoit faits tout à l'entour le long de ses prés, et par lesquels j'ailois dans ma garenne, j'ai jugé que c'étoit sans sujet, et réassurant qu'il pouvoit les enclore justement et faire couler l'eau du Loir tout du long. Enfin, nous nous sommes accordés de la façon qui en suit, qui est, que j'ai donné pour aumône au prieur de Gouis que tous les fossés qui avoient été faits depuis quelque temps, et si ces moines en veulent encore faire, qu'ils en jouissent paisiblement à toute éternité. Pour cette concession le prieur de Gouis a donné à Mathefélon pour témoignage d'amitié deux coupes d'argent, et à mon père Hubert, qui a fait le même don 50 écus monnaie d'Angers, ce qui a été accordé par mon père et moi, en présence de Simon de Chemans, Geoffroi, son fils, Payen Babin, et plusieurs autres... Mais afin que cette aumône de moi et de mon père soit bien répandue à l'avenir, et soit stable et irrévocable pour mes successeurs, j'ai écrit et fait cela sous l'autorité de mon seing.

Note 6.

LITTER/E EUGENII, PAPJE, PRO CHALOCHEII, MONASTEBIO.

(1152). Eugenius, episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis benedicto abbati monasterii de Chalocheio ejus que fratribus, tam prassentibus quam futuris, regulam vitam professis, in perpetuum. Piae postulatio voluntatis effectu débet pro sequente compleri, quatenus et devotionis sinceritas laudabiliter enitescat et utilitas postulata vires indubitanter assumât. Id circo, dilecti in domino filii, vestris justis, postulationibus benigno concurrentes assensu, proefatam ecclesiam, in qua divino mancipati estis obsequio, sub beati pétri et-nostra protectione suscipimus, et proesentis scripti patrocinio communimus. Statuentes ut quascumque possessiones, qusecumque bona eodem ecclesia in praisentiarum juste et canonice possidet, aut in futurum concessione pontificum, largitione regulum vel principium, oblatione fidelium seu justis modis, praestante Domino, poterit adipisci, firma vobis vestris que successoribus et illibata permaneant : in quibus hoec propriis duximus vocabulis annotanda; ex dono hamelini de Ingranda, locum in quo


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 333

abbatia ipsa sita est cum appendiciis suis; ex dono Joannis de tilazon totum dominium suum de Baldreio; ex dono Brune ac Mainardi, filius ejus, totam terram suam et prato de Baldreio; ex dono popinelloeet gauffridi filii ejus, campum popinelloe in Baldreio; ex dono Gervasii de Baucen, sainiacum et medietatem insulae suoe cum appendicibus suis et unum Pratum in longa insula; ex dono Eugonis de Mathefelone et filiorum terram de virgulto et pratum; ex dono Pagani de Troea totam terram suam de Mathefelone (1); ex dono Haligon presbyteri, terram de zueth; ex dono Hugonis de Pratellis et Theobaldi, nepotis sui consentiente sorore aliisque hseredibus, dimidium stagnum de Jumellis et quinque arpenta terra?; ex dono Ernaldi Lieger et filiorum ejus, totam terram suam de Genreseio et prata; ex dono Gaufridi de Leschinei et uxoris ejus, connivente. Garino, filio eorum, dimidium stagnum de Jumellis et quinque arpenta terroe; ex dono Balduini et Eremburgis, filioe ejus, terram suam de Brueria cum appendiciis suis; ex dono Huberti terram suam de Brueria de Plaisseiz; ex dono Guillelmi de Passavant quamdam partem laudarum de Chemenz; ex dono Almarici Crispini et Theobaldi filii ejus, quamdam partem de Jarzeio; ex dono Hugonis de Nsezeles et Thomae filii ejus, dimidium arpentum vineoe; ex dono Salomonis de Briunduo arpenta terroe; ex dono Jocé de Belford terram de La Trembleie et duo arpenta prati; ex dono Gaufridi Andegavorum comitis, quator arpenta prata in longa insula, et ex dono Herberti Belot, uxore ac nepotibus suis consentientibus, terram de Mazeio et tria arpenta prati.

Sane laborum vestrorum, quas propriis manibus aut sumptibus colitis, sive de nutrimentis vestrorum animallium, nullus a vobis décimas praesumat exigere. Decerniraus ergo ut nulli omnino hominum liceat proefatam ecclesiam temere perturbare aut ejus possessimus auferre, vel oblatas retinere, minuere, seu quibus libet vexationibus fatigare, sed inconcussa omnia et intégra conserventur, eorum, pro quorum gubernatione ac sustentatione concessa sunt, usibus omni modis pro futura. Si qua igitur in futurum ecclesiastica soecularis se persona hanc nostree constitutionis paginam sciens, contra earn temere venire temptaverit, secundo tertio se commonita, nisi proesumptionem suam congrua satisfactione correxerit, potestatis honorisque sui dignitate coreat, ream que se divino judicio existere de perpetrata iniquitate cognoscat, et ea sacristissima corpore ac sanguine Dei et Domini redemptoris nostri Jhesu Christi aliéna fiât, atque in extremo examine dis(1)

dis(1) Payen de Troyes (Troea), qui donne a l'abbaye de Chalocé toute sa terre de Mathefélon, est le même que Payen de Champagne,' dit aussi Payen deCltrvaux, baron de do Mathefélon et de Ctervaux.


334 LE CABINET HISTORIQUE,

Irictoe ultioni subjaceat cunctis autem eidem loco sua jura servantibus sit pax Domini nostri Jesu Christi, quatenus et hic fructum bonse actionis percipant et apud districtum judicem proemia oeternoe pacis inveniant. Amen, amen, amen.

Ego Eugenius, catholicoe ecclesioe episcopus, subscripti.

Ego Imarus, tusculanensis episcopus, subs.

Ego Hugo, hostiensis episcopus, subs.

Ego Hnbaldus, presbyter cardinalis titulo, S. Paxedis, subs.

Ego Otto, decanus cardinalis, S. Gorgii, ad volum aureum, subs.

Ego Radulfus, diaconus cardinalis, S. Lucioe, subs.

Ego Bernardus, presbyter, cardinalis, S. démentis, subs.

Ego Octavianus, presbyter, cardinalis tituli, S. Coecilioe, subs.

Ego Cencius, presbyter, cardinalis titulo, S. Lucinoe, subs.

Ego Henricus, presbyter, cardinalis tituli, SS. Nerei et Achilley, subs.

Ego Guido, diaconus cardinalis, S. Maria in portica, subs.

Ego Johannus, diaconus cardinalis, SS. Sergii et Bachi.

Data signoe, per manum Bosonis, sanctoe roraanae ecclesioe scriptoris, ii° idus Aprilis, in dictione xv°, incarnationis Dominicoe anno M.C.LH°, pontificatus, vero domini Eugenii, papoe tertii, anno vm.

(Gallia Christiana d'Hauréau, t. xv, p. 156, instrum.

NOTA. — Cette charte a de l'importance en ce qu'elle prouve que Payen de Clervaux portoit également le nom de Payen de Troyes, et qu'il possédoit la terre de Mathefélon.

Note 7.

CARTA FUNDATIONIS CLARVEVALLIS.

(1115). In nomine sanctoe et individuoe trinitatis, nolum. Sit omnibus proesentibus et futuris, quod, ego Hugo (1) trecensis cornes do et Beatoe marioe et fratribus Claroevallis locum ipsum, qui vocatur Claroevallis cum pertinentiis, agris, pratis, sylvis, vineis etaquis nihil omnino mihi aut hereditibus meis retinens, unde testes Achardus Remensis et Petrus, Robertus Aurelianensis militis mei. Et sciendum, quod Gaufridus felonia dat pasturas suas in finagio de Juvencart tam in Bosco quam in piano omni tempore et, si aliquod domnum intulerint animalia dictorum fratrum, solum capitale restituetur sine amenda. Hoec autem omnia dédit in

(1) Hugues, comte de Troyes, donne à la bienheureuse Marie et aux frères de Clairvaux le lieux même gui est appelé Clairvaux.


CHATEAU ET SEIGNEURIE DE CLERVAUX. 335

proesentia supra dietorum testium. Sciendum quoque et quia dominus Jobertus de Firmitate Cognomine Rufus, et Dominus Rainaudiis de Preci dederunt eisdem fratribus pasturam et usuarium per totam suam, et proecipue in aquis, sylvis, pratis, in finagio de Preci. Hujus rei testis sunt Achardus Remensis, et Robertus milites mei. item sciendum quoque est, quod ego Hugo cornes trecensis laudo et concedo fratribus eisdem libère et quiète possidere terras et sylvas de Aretela : has donationes confirmamus, ego joceranus Ligonensis episcopus, et ego Hugo cornes trecensis de sigillo et annulo meo anno 1115.

(Gallia christiana, vol. iv, p. 155, gr. édit., 12 vol. in-4.)

Note 8.

(1115-MCXV). Fundantur hoc anno Claravallis et Morimondus, tertia et quarta cistercii filioe Claravallis quidem, Clairvaux, ad fluvium albam in comitatu Campanioe et Disec. Lingonensi, 7. Col. Julii. no a Theobaldo (ut quidam opinantur, Coenobii Claroevallensis translationem, de qua anno 1035. Cum fundatione cunfundantes), sed ab. Hugone trecensi comité, ut probaliter in natis ad epistol. 31 Claroevallensi monasterio proeficetur Bernardus, et a Guillelmo de Campellis catalaunensi episcopo, absente scilicet Josceranno episcopo Ligonensi, consecratur, quator, et vigenti agens annos, vitoe, lib. 1, cap. 7.

(Saint-Bernard, premier abbé de Clairvaux, 1er vol., p. ij de la Chronologie, édit. de Jean Mabillou, publ. Paris, 1690.)

Note 9.

ABBAYE DE CLAIRVAUX.

(1115). Bernard ne demeura que deux ans à Citeaux; Etienne, alors abbé de cette sainte maison, l'envoya, dès l'an 1115, avec douze autres religieux, sur lesquels il l'établit abbé au lieu connu depuis sous le nom de Clairvaux, pour y bâtir un monastère sur un fonds que Hugues, comte de Champagne, pour seconder le zèle de l'abbé de Citeaux, lui avoit offert et donné. Là, Bernard jetta les premiers fondements de la fameuse abbaye de Clairvaux, où il forma tant de saints, etc.

(Eist. générale et particulière de Bourgogne, par un religieux

bénédictin de la congrég. de Saint-Maur, 1er vol., p. 304.)


336 LE CABINET HISTORIQUE.

Note 10.

(1115,). Possumus ne oblivisci antiqui amoris et beneficiorum, etc. Nimirum ipse Hugo Bernardo fratribus que concesserat locum ipsum Claroevallis, cum suis appendicibus, ut merito fundatoris nomine censeri debeat. Quod cum hactenus paucis innotuerit, Lubel hic ipsam describere chartam donationis, quam soepe Laudato p. Chiffletio, qui eam primus in sua diatriba evulgavit, ex autographo Claroevallensi acceptam referre debemus. (Ici se trouve la charte de fondation citée au commencement de la note 7.)

Quod spectat ad unum fundationis qui non exprimilur in his tabulis; idem auctoris sancti mariani autissiodorensis chronographum secutus, refert ad annum Christi 1114, mense junio, et quidem de mense conveniunt omnes : quo ad annum vero cum tam eterna, quam domestica instrumenta refragari videantur, inter alia vero exodium cisterc. dist. 2, cap. 1, tabella sancti Bernardi lumulo appensa, quoe disertis verbis annum 1115, exprimunt, receptoe jam dudum sententiae adhoerere fatius videtur; cum alioqui vir Bernardus professionem emisset mense junio anno 1114, et Hugo ipse, qui locum concessit, ad hue in oriente versaretur. Claravallis itaque primo quidem ab Hugone Campanioe comité fundata, postea vero anno 1135. In ampliorum locum translata, opulante Theobaldo ipsius successore, nova fabrica donata est; unde primi fundatoris nomen obtinuit apud aliquos, translationem cum fundatione confundentes, ut bene manet mauricus in annelibus ad annum 1115, cap. 1.

(Sancti Bernardi, abbatis primi Claroevallensis, vol. 1, par Johannis Mabillon. Edit. Paris, 1690, p. 18-19.)

Note 11.

CHALOCHEIUM (CHALOCÉ).

(1129-1152). Cisteriensis abhatia Chalocheium, Savigneii filia, in agro piano et exili, quator leucis andegavo distante, conditur anno 1129, ab hamelino de Jngrando. Eam mox opimis auxerunt proedictiis (ou Proediis) Joannes de Blasone, popinellus, Gervasius Baucen, Hugo de Mathefelone, Paganus de Troea, Guillelmus de Passavanto, et alii Andegavensis agri proceres, opulentos jam Chalocheii possessiones confirmavit Eug°nius, papa III, 12 aprilis 1152, amplioribus easdem litteris III, id. januarii 1205, Innocentius, papa III, stabilivit; e codice de Gaiguières, 650.

(Gallia Christiana, d'Hauréau, t. xv, fol. 720-721, abbaye de Ghalocé.)


Il MIT

raii

REVUE MENSUELLE.

XXIX. - LES PRINCES FRANÇOIS.

Le titre de prince a toujours été affecté aux têtes couronnées. A Rome môme, au temps de l'empire, il étoit exclusivement attribué au chef de l'Etat et à ceux de sa lignée.

Il en fut de môme chez nous. Au moyen âge on voit les hauts barons prendre la qualification de SIRE, mais ne point user du titre de PRINCE, réservé aux rois et aux plus proches du sang des rois. On connoît la devise si souvent rappelée de Raoul de Coucy :

Roi je ne suis, ne prince aussy : Je suis le sire de Coucy.

Quelques rares exceptions cependant se remarquent dès lès premiers temps de la féodalité. On trouve des actes des x° et xie siècles, attribuant ce titre envié de Prince à des seigneurs d'autant plus fiers de cette distinction,, qu'ils pensoient ne la tenir que d'eux-mêmes, c'est-à-dire de la nature de leur domaine, resté à l'état de franc-alleu, et comme tel,

lin année. Iv'oTCmbre-Décembre 1865, —Doc. 23


338 LE CABINET HISTORIQUE.

jouissant d'une indépendance absolue. Plus lard, les érections de Principautés devinrent fréquentes, mais à la faveur de concessions royales. Tout en laissant subsister, bu même tout en restaurant ces vestiges de l'ancienne féodalité, la royauté en restreignit l'importance et leur imposa les stygmales de la vassalité. On sait le rôle que joua la principauté d'Yvetot, à laquelle, par une sorte de tolérance moqueuse, fut longtemps laissé le glorieux titre de ROYAUME D'YVETOT.

Quoi qu'il en soit, les feudistes prétendent que cette coutume d'ériger des terres en Principautés nous est venue d'Italie. Il est constant que les rois d'Espagne créèrent en ce pays un grand nombre de princes dont quelques-uns eussent été embarrassés de faire cautionner leur noblesse. L'Allemagne vit, de son côté, naître et multiplier des souverains dont les descendants continuent aujourd'hui à se qualifier Princes bien que leurs principautés aient depuis longtemps déjà cessé d'exister. Il en fut de même dans les Flandres, en Hollande, où les souverainetés surgirent à l'envi.

En France, des nombreuses maisons princières qui s'y comptoient avant 1789, à peine reste-t-il en ce moment quatre ou cinq qui, nonobstant la révolution, les expropriations et le morcellement des terres, aient conservé et continuent à prendre la qualification de Prince. Puis, il faut bien le reconnoître, si grand, <i noble que soit encore ce titre, ce n'est plus aujourd'hui qu'une sorte de légende historique, un souvenir de famille, glorieux, il est vrai, mais un titre purement, honorifique.

Voici, en dehors des princes du Saint-Empire, qui tirent leur litre de l'étranger, et dont pour l'instant nous n'avons point à nous occuper, quelles étoienl, avant la révolution, les terres érigées ou maintenues en principautés, et conférant le titre de prince à l'aîné des familles qui les possé-


LES PRINGES FRANÇOIS. 339

doient. Nous mettons une * aux maisons qui, seules, à notre connoissance, retiennent encore aujourd'hui ce titre.

Terres ayant le titre de Principautés.

AIGREMONT (basse Navarre,) à la maison de Luxembourg-Montmorency., AMBLIZE (Ardennes), à la maison d'Anglure. BÉDEILLES (Béarn), au prince de Pons, de la maison de Lorraine.

* BIDACHE (Basses-Pyrénées), au due de Gramont. BOURNONVILLE (Artois), à la maison de ce nom. CARENCY (Artois), à MM. de Quélen-la-Vauguyon.

CAZERTE (au royaume de Naples), revendiquée par MM. de Brissac. CHABANOIS (en Angoumois), à MM. de Chabanois-Colbert-SaintPouange.

* CHALAIS (en Périgord), à MM. de Taleyrand. CHATEAU-PORCIEN (Ardennes), à MM. de Dufort-Duras (héritage

Mazarin). CIIATEAU-REGNAULT (Ardennes), à la maison d'Orléans (héritage de

Guise). CHATEL-AILLON (Saintonge), à la maison La Bochefoucault. *CHIMAY (Flandres), à la maison Hénin-Liétard. DELAIN (Franche-Comté), à la maison de Clermont-d'Amboise. DÉOLS (Berry), à la maison de Condé. DOMBES (Beaujollois), à la maison d'Orléans. EPINOY (Flandres), à la maison de Melun. FOUCARMOND (Normandie), à la maison de Brezé. GAVRES (Flandres), à la maison d'Egmont. GUÉMENÉE (Bretagne), à la maison de Rouan. HENRICHEMONT (Berry), à la maison de Béthune-SuIIy. *JOINVILLE (Champagne), à la maison d'Orléans (héritage de Guise).

* LÉON (Bretagne), à la maison de Rohan-Chabot. LINCHAMPS (Ardennes), à la maison de Guise.

LUXR (basse Navarre), à la maison de Luxembourg-Montmorency.

* MARCILLAC (Poitou), à la maison de La Bochefoucault. MARTIGUES (Provence), à M. le duc de Villars. MORTAGNE (Guyenne), à la maison de Richelieu.


340 LE CABINET HISTORIQUE.

*POIX (Picardie), à la maison de Noailles-Mouchy. ROCHE-SUR-YON (Bretagne), à la maison de Bourbon-Orléans. SOUBIZE (Saintonge), à la maison de Rohan-Soubize. SOYONS (Vivarais), à la maison d'Uzès.

* TALMONT (Poitou), à la maison de la Trémoille. TONNAY-CHARENTE (Saintonge), à la maison de Mortemart.

* TINGRY (Artois), à la maison de Luxembourg-Montmorency. YVETOT (Seine-Inférieure), à la maison d'Albon.

Nous nous proposons de donner une notice historique sur chacune de ces anciennes principautés. Nous commencerons par celles dont le titre est encore porté de nos jours par les héritiers ou descendants des anciens propriétaires

XXX. — CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME

(Suite. — Voir les numéros de juin, juillet, novembre et décembre 1863; janvier, février, avril et mai 1804; janvier, avril, mai et juin 1865.)

§ VIII. — Faux témoignage.

La répression du faux témoignage excita au plus haut degré la sollicitude du juge inquisiteur. Il se montra sévère, au dernier point, contre ceux qui avaient trahi la vérité, et appelé les rigueurs du saint-office contre une foule d'infortunés.

Les sentences contre les faux témoins fourmillent dans les registres de l'inquisition. La détention perpétuelle, la basse fosse, l'exposition sur l'échelle, et le port sur les vêlements


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÈISME. 341

àe-langues en étoffe rouge sont les principales pénalités qui furent décernées par le juge ecclésiastique contre les faux témoins.

Nous avons donné la première sentence contre le faux témoignage, appliquée contre Salvator de Capestang et consorts. Le libellé de celte sentence est hors ligne, et fait honneur à la conscience du juge ecclésiastique.

Une sentence tout aussi importante eut lieu contreExpugne du môme lieu de Capestang et consorts ; nous la rapportons, par suite de quelques variantes dans la rédaction, et pour une plus grande explication des faits.

« Au nom du Seigneur, ainsi soit-il. Parce que nous inquisiteurs susdits, après recherche faite suivant le rit usuel, et les confessions par vous faites en jugement et recueillies par nous, nous avons trouvé, et il est évident pour nous, que vous, Aigline, épouse de Guilhaume Nouel, autrefois de Capestang, Ermessinde, fille de Raymond Monier de Cessenon, Arnaud Salvador et Raymond Gaubert de Capestang, séduils par l'instinct du démon et induits malicieusement par l'impulsion de la haine d'une certaine personne, sans crainte du futur jugement de Dieu, et sans respect pour celui qui, dans ses préceptes, recommande que l'on chérisse la vérité ;

« Et attendu que vous avez porté en jugement un faux témoignage, et que vous avez fait comprendre certaines personnes dans la déclaration du crime d'hérésie, que vous avez mis tous vos soins à ce qu'on exerçât des poursuites contre elles, et ce, à maintes reprises, ainsi que du tout lecture vous a été faite, en langue vulgaire, pour que cela fût mieux compris et enlendu par vous ;

« C'est pourquoi nous inquisiteurs susnommés, attendu que, sous le rapport de l'intention, un crime de cette nature est éminemment détestable, et qu'aux termes du droit il ne


342 LE CABINET HISTORIQUE.

doit être l'objet d'aucune transaction, et qu'il est passible d'une juste et digne condamnation, étant en la présence de Dieu, dans l'intérêt de la pureté de la foi orthodoxe, siégeant en cour judiciaire, ayant placé devant nous les saints évangiles de J.-C, afin que notre jugement se produise sous les yeux de Dieu et que noire regard envisage l'équité, après avoir pris l'avis d'hommes tant religieux que séculiers, probes et experts dans l'un et l'autre droit, après vous avoir cités à comparaître à ces lieu, jour et heure, pour entendre notre semence définitive et péremptoire, nous vous déclarons faux témoins et délateurs pervers sur le fait de l'hérésie, et par les présentes nous vous condamnons à porter des langues d'étoffe rouge cousues sur vos habits, devant et derrière, après avoir été attachés sur l'échelle, un jour de dimanche ou de fête, devant l'église de Saint-Just de Narbonne, et un autre jour devant l'église de Capeslaag, et ce pendant la durée des offices divins, et par ces présentes nous vous condamnons encore à subir la prison perpétuelle à l'étroit; et nous ordonnons qu'il ne vous soit accordé que le pain de douleur pour nourriture, et l'eau de tribulation

pour boisson, avec les fers aux pieds etc. « (Bibl. imp.

F. Doat; volume 27, page 134. Traduction du texte latin, inédit. )

Quant aux autres monuments judiciaires afférents au même objet, dans notre appendice nous en analyserons sommairement le contenu avec indication des sources. L'ordonnance de Louis IX relative aux Albigeois fut la cause de cette multiplicité de faux témoignages. La prime accordée, pendant cinq ans, de deux marcs d'argent à celui qui dénoncerait un hérétique, fut le mobile de bien des parjures, de bien des délations. Le tribunal de l'inquisition chercha à mettre un terme à un état de choses aussi répréhensible; la sévérité dont il s'arma honore ses actes et ses décisions.


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 343

§ IX. — Remise de peines.

L'inquisition se monfra souvent tolérante et bienveillante pour la remise de peines prononcées. Elle fut facile dans sa condescendance pour l'abandon des croix jaunes et la cessation de l'incarcération. Nous avons déjà fait connaître une permission donnée de quitter les croix imposées.

Tantôt la captivité cessoit moyennant le port de deux croix, et la pratique de certains pèlerinages ; tanlôt l'abandon du port des croix s'opérait sur simple demande, après certaines précautions.

La bonne conduite des condamnés, durant leur captivité, amenait le juge inquisiteur à prononcer la mise en liberté des détenus. Rapportons une sentence à ce sujet.

« Au nom de Dieu, ainsi soit-il. Parce que vous Amélius de Rives, prêtre, et vous Raymond de Quério, clerc, et vous Raymonde Arsen et Adélaïs de Vermaux, du diocèse de Pamiers, détenus dans la prison des Alamans, détention à laquelle vous aviez été condamnés, tant par moi, évêque de Pamiers, que par le frère Jean de Belna, de bonne mémoire, alors inquisiteur, sur la confession par vous faite, à raison du crime d'hérésie ; que vous avez supporté votre captivité avec autant de patience que de résignation ; que la bénignité et la mansuétude ont été votre soutien dans l'accomplissement de la peine infligée; qu'à raison d'une conduite aussi exemplaire, vous avez mérité avec juste raison que l'on vous fît grâce du surplus de votre peine;

« C'est pourquoi nous susdit évêque et susdit inquisiteur, voulant vous faire grâce de la prison pour commutation de pénitence, nous vous délivrons libéralement et par sentence, de ladite prison ; et, par commutation de peine, nous vous imposons les pénitences suivantes :


344 LE CABINET HISTORIQUE.

« A savoir, vous Amélius de Rives, vous jeûnerez à chaque fête, à la 4° et à la 6° heure, pendant deux ans, au pain et a l'eau ;

« Vous Raymond de Quério, clerc, et Raymonde Arsen, Adelaïs de Vermaux, nous vous imposons le port de deux croix de feutre jaune sur vos habits, extérieurement, de la longueur de deux palmes et demi pour le bras de longueur, de deux palmes pour le bras transversal, et chaque bras aura trois doigts de largeur ; ces croix seront en permanence tant à l'extérieur qu'à l'intérieur des maisons ; et vous ferez et remplirez les pèlerinages ci-après : vous visiterez une fois seulement les sanctuaires de Notre-Dame-de-Rocamadour, du Puy, de Vauvert, de Notre-Dame-des-Tables de Montpellier, de Pérignan, de Saint-Guilhem du désert, de Saint-Gilles en Provence, de Saint-Pierre de Montmajour, de SainteMarine de Tarascon, de Sainte-Marie-Magdeleine, auprès de Saint-Maximin, et à la baume de Saint-Antoine du diocèse de Vienne, de Saint-Martial et de Saint-Léonard de Limoges, de Sainte-Marie de Chartres, de Saint-Denis et de SaintLouis en France, de Saint-Séverin de Bordeaux, de SainteMarie de Souilhac, de Sainte-Foi de Conches, diocèse de Rodez, de Saint-Paul de Narbonne, et de Saint-Vincent de Castres, sous la réserve, tant pour nous que pour nos successeurs dans le saint-office, de pouvoir ordonner la réintégration de la prison sans nouvelle cause, d'aggraver, mitiger, changer et faire remise des susdites pénitences, suivant que cela nous paraîtra expédient;

« Cette sentence a été portée l'an, l'indiction, le jour, le lieu, pontificat et règne susdits, en présence des témoins d'usage et d'une multitude de peuple, et de Me Mennet, notaire, qui en a retenu note et minute, etc., etc. J (Bibl. imp. F. Doat. Vol. 28, page 63. Traduction du texte latin, inédit.)


CODE PÉNAL DE L'ALBIGÉISME. 345

II.

L'abandon des croix se formulait de la manière suivante :

« Au nom du Seigneur, ainsi soit-il. Nous évêque et inquisiteur, susnommés, nous faisons grâce aux personnes suivantes du port des croix, qui à titre de pénitence leur avoient été imposées, au sujet de leur fait d'hérésie, sous la réserve de pouvoir en prescrire de nouveau la pénitence, si nous et nos successeurs le trouvons convenable.

« Suivent les noms des personnes que nous exonérons du port des croix : Honorine, épouse de Guilhaume Adhémar ; Bérenger Scolari; Pierre Vital de Foix; Raymonde, épouse de Fabre d'Ax ; Guilhaume de Caramat et son épouse, de Tarascon.

« Cette grâce fut faite de libération de croix, aux six personnes sus-dénommées, les jour, mois et an susdits (1324), en présence des témoins et d'un concours de peuple, Me âiennet, notaire apostolique, ayant retenu l'instrument. (Bibl. imp. F. Doat. Vol. 28, page 62. Traduction du texte latin, inédit.)

III.

Plusieurs cas se présentèrent où le juge inquisiteur se montra d'une bienveillance extrême. Citons-les.

Un inculpé d'hérésie avoit été condamné à porter des croix jaunes sur ses habits. Cette pénitence nuisait à sa famille. Durant l'accomplissement de cette formalité, on avait éprouvé de graves difficultés pour l'établissement des filles du condamné. Celles-ci se pourvurent auprès du sainl-ofiîce, pour obtenir l'exonération du port des croix, infligé à leur père. Le juge inquisiteur, afin de venir en aide à l'union en


346 LE CABINET HISTORIQUE.

mariage des enfants du pénitent, prononça la libération définitive du port des croix. (F. Doat. "Vol. 29, page 80.)

Un autre hérétique avoit des enfants en bas âge; il ne pouvoit trouver du travail, à cause du port des croix. Dans cette conjoncture de réprobation, il étoit hors d'état de pourvoir à la subsistance et à l'éducation de sa progéniture. Sur une simple supplique, le juge inquisiteur mit un terme à la pénitence, dans l'intérêt'des enfants du condamné. (F. Doat. Vol. 29, page 80, v°.)

Un hérétique, soumis à une détention temporaire, avoit laissé sa famille livrée à la mendicité. La femme du condamné réclama auprès du saint-office, et fit part de toutes ses misères. Le juge inquisiteur n'hésita point, sur le récit de celte inforlune, de rendre à la liberté, sans restriction, le malheureux condamné. (F. Doat. Vol. 29, page 81.)

Ces exemples de tolérance sainement entendue furent fréquents; et l'inquisition se montra toujours facile à accorder la grâce sollicitée.

Louis DOMAIRON,

Membre de plusieurs Sociétés savante».

(Sera continué.)

XXXI. — LA PRINCESSE DES URSI1NS.

PIÈCES DIVERSES.

Antoine, duc de Gramont, petit-fils du maréchal de Gramont (le héros dont Hamilton a si agréablement raconté les aventures de jeunesse), étoit né vers 1671. Il avoit épousé en 1687, MarieChristine de Noailles, fille du maréchal de Noailles et de MarieFrançoise de Bournonville. Bien qu'il fût de nom et de naissance


LA PRINCESSE DES URSINS. 347

à n'avoir pas besoin d'appui, ce fut surtout à la recommandation de cette famille, alors en grande faveur, qu'il obtint l'ambassade d'Espagne, après le rappel de MM. d'Estrées, et la première disgrâce de madame des Ursins.

Gramont avoit le caractère ferme, l'esprit délié, joint à une certaine outrecuidance, toute françoise d'ailleurs. Il savoit en arrivant a Madrid qu'il alloit près d'un souverain timide, sans initiative et tout subjugué par sa femme, jeune princesse de seize ans, d'un esprit et d'une intelligence hors ligne, mais qui, malgré ses grandes qua lités, s'étoit entièrement livrée à sa camarera mayor, la princesse des Ursins. Or, madame des Ursins, dont on peut louer ou blâmer les actes, étoit tombée en discrédit et venoit d'être enlevée à l'affection de la Reine et au rôle politique qu'elle s'étoit attribué. Il s'agissoit de la faire oublier.

La tâche n'étoit point si légère qu'avoit pu l'espérer le duc de Gramont. Dès son arrivée à Madrid, il comprit, aux résistances de la Reine, au caractère indécis du Roi, aux nombreuses intrigues de cour, toutes les difficultés de sa mission. La Reine se plaignoit du départ de sa camerera mayor, demandoit, imploroit, exigeoit son prompt retour; tandis que sous main, dans la correspondance avec la France, les efforts du duc de Gramont tendoient à rendre ce retour impossible, et à perdre la princesse dans l'esprit de Louis XIV et de madame de Maintenon. Il faut voir dans les récits de MM. Combes et Geoffroy les influences diverses qui combattoient pour ou contre la camerera disgraciée.

Madame des Ursins avoit de puissants amis à la cour de France. La duchesse de Bourgogne étoit soeur de Marie-Louise de Savoie, et toute acquise à ses intérêts. Il falloit dune, au gré du duc de Gramont, que, suivant l'itinéraire que lui avoit tracé la lettre qui la rappeloit, Madame des Ursins regagnât Rome, et que Paris lui fut interdit. Car ses ennemis, parmi lesquels s'étoit rangé le duc de Gramont, comprenoient que si elle obtenoit l'autorisation de paroître à Versailles, elle seroit promptement disculpée et que son renvoy en Espagne suivroit de près sa justification. C'est en effet ce qui eut lieu.

Toutefois madame des Ursins, assurée de son retour, ne parut plus si pressée de reprendre sa brillante, mais lourde chaîne, et ne se remit en chemin pour l'Espagne que vers la fin de Juin, quelques mois après le renouvellement de sa faveur. C'étoit laisser du champ à ses ennemis, qui ne se firent pas faute de la desservir, et de chercher à rendre impossible sinon son retour, au moins la reprise de son crédit. Les lettres qu'on va lire de l'ambassadeur françois sont toutes inspirées par ce sentiment de malveillance et d'appréhension. Mais qu'on ne s'y trompe pas : le duc de Gramont


348 LE CABINET HISTORIQUE.

exagère les dangers dont devoit être pour la couronne d'Espagne le retour de madame des Ursins, et comme le dit judicieusement M. F. Combes, « C'étoit de lui plutôt, de sa personnalité en Espagne qu'il se préoccupoit. Il auroit voulu gouverner et il ne pouvoit espérer de le faire avec madame des Ursins. Là étoit l'unique mobile de ses jugements, de sa conduite. »

Les lettres qui suivent, écrites dans les circonstances que nous venons de préciser, lettres que les biographes de madame des Ursins ont ignorées ou négligées, sont extraites des papiers de Noailles, conservés à la bibliothèque du Louvre. La première est à l'adresse du maréchal de Noailles, beau-frère du duc de Gramont, époux de Françoise d'Aubigné, cousine germaine de madame de Maintenon. C'est indiquer la portée qu'aux yeux du duc de Gramont pouvoient avoir ses insinuations.

1. M. LE DUC DE GRAMONT A M. DE NOAILLES.

Madrid, le 15 janvier 1705.

Je répondrai, Monsieur, a toutes les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire par cet ordinaire du 27 décembre chacune en particulier. Je commence par celle qui étoit de votre main. Le présent que vous a porté le courier du Roy d'Espagne est de tanpoco valor y una tal porqueria que no merece elmenor agradecimiento départe de V. E.venia solamente del coracon, y no mas.

Quant à ce que vous me faites l'honneur de me mander de M. de Maulevrier, je ne suis pas a portée de pouvoir lui rendre de grands services, mais au moins puis-je vous assurer, Monsieur, que par raporl à vous, j'ay eu, à son arrivée icy, toute l'attention qu'il me convenoit d'avoir pour un homme qui a l'honneur de vous appartenir; et que j'en userai toujours de môme, quoiqu'il arrive, pour tout ce qui se renommera de vous.

Vous me demandez, Monsieur, de la franchise et un dé-


LA PRINCESSE DES URSINS. 349

veloppement de coeur au sujet de Made des Ursins : je vais vous satisfaire, car je vous honore et vous aime trop pour y manquer. Je commencerai par vous détailler quelle est ma situation à cet égard.

Le Roy me mande par sa lettre du 30 novembre dernier qu'il a permis à Made des Ursins de venir à la Cour, mais que son retour icy seroit très-contraire à son service. M. de Maulevrier qui vient de quitter le maréchal de Tessé sort de me dire qu'il est vrai que M. de Tessé a donné des espérances à la Reine du retour de Made des Ursins auprès d'elle ; mais tout ce qu'il a fait à cet égard il l'a fait par ordre. Si j'ajoutois une foy entière à ce qu'il m'a fait dire, la chose seroit décidée. Mais comme mon ordre est contraire et que vous voulez que je vous dise précisément ce que je pense sur ce retour, je vais le faire avec toute la vérité dont je suis capable.

S'il étoit dans la nature de Mad° des Ursins de pouvoir revenir icy avec un esprit d'abandon el de dévouement entiers auxvolontez et aux intentions du Roy, et que l'Ambassadeur de S. M.—je ne dis pas moy, mais qui que ce put être, et elle, ne fussent qu'un, et que tous deux agissent de concert sur toutes choses, sans bricoles quelconques, et que par ce moyen la Reine d'Espagne ne se mêlant plus de rien que de ce que l'on voudroit, et qu'il put. paraître par là aux Espagnols que ce n'est plus la Reine et sa satisfaction qui gouvernent l'Espagne, qui est la chose du monde qu'ils ont le plus en horreur, et la plus capable de leur faire prendre un parti extrême, rien alors, selon moi, ne pourrait être meilleur que défaire revenir Madame des Ursins; mais comme ce que je dis là n'est pas la chose du monde la plus certaine, et qu'il y a à parier gros pour le contraire; que le Roy d'Espagne me l'a dit, et qu'il craint de retomber où il s'est trouvé ; le tout bien compensé, je crois que c'est coucher gros et risquer


330 LE CABINET HISTORIQUE.

beaucoup que de s'y commettre; et je dois vous dire que les trois quarts de l'Espagne seront au désespoir, que les factions renouvelleront de jambes et que de tous les Espagnols celui qui sera le plus fâché inlérieurement sera le roy d'Espagne, de se revoir tomber dans le temps passé, qui est sa beste. — La Reine d'Espagne le force d'écrire sur un autre ton, et il ne peut lui refuser parce qu'il est doux et qu'il ne veut point de désordre, mais en même temps il me charge, par la voye secrète, d'écrire au roy naturellement ce qu'il pense, et il le luy confirme par la lettre cy-jointe de sa main que je vous envoyé. En un mot, Monsieur, le Roy ne sera jamais le maître de ce pays-cy qu'en décidant surtout par luy-même, qui est tout ce que le Roy son petit-fils désire pour se tirer de l'esclavage ou il est d'avoir une espèce Salve l'honor à l'égard de la Reine, et les Espagnols ne demandent autre chose que d'être gouvernés par leur Roy, guidé par les sages conseils del Aguelo qu'ils regardent comme un Dieu qui ne peut errer. Je vous parlerais cent ans que je ne vous dirais pas autre chose : c'est ce que vous pouvez dire au Roy, tête à tête, sans que cela aille au conseil par les raisons que je vous ay déjà dites. Je vous mande la vérité toute nue et comme si j'étois prêt à paraître devant mon Dieu. C'est ensuite au Roy qui a meilleur esprit que tous tant que nous sommes de prendre sur cela le parti qui lui conviendra.

Vous verres, Monsieur, que vous avez été servi à souhait et promptement au sujet des mémoires que vous m'avez envoyés concernant M. le comte de Roeux et M. le comte d'Autel. Le premier a été fait Grand d'Espagne et le second a eu la Toison, ainsi que vous le fera connoître l'apostille cyjointe du roy d'Espagne que je vous envoyé. — Homme peut-être dans le monde n'a si bien parlé et avec tant de force que le duc de Montellano fit à la Reine, en présence du Roy avant-hier. Voicy mot pour mot ce qu'il luy a dit : « Je


LA PRINCESSE DES URSINS. 351

sçais que je me perds peut-être et que je hazarde tout, Madame, en me commettant de vous parler comme je vais faire : mais ce que je dois au Roy, à l'Etat et à V. M. m'oblige à rompre le silence et à ne plus vous laisser ignorer ce qu'on dit de vous. Vous avez perdu l'amitié de toute l'Espagne par la conduite que vous tenez. Tout le palais est scandalisé de ce que vous faites, et Madrid est à la veille de se révolter contre vous. Ainsi, Madame, il n'y a point de temps à perdre, il faut que vous songiez à changer de conduite. J>

Sçavez-vous, Monsieur, qui fut bien ébaubi? Ce fut la Senora qui demanda au duc de Montellano : « Qui est-ce qu>i t'a dit cela? » — a Tout le monde, Madame, il n'y a pas deux avis la-dessus, songez à vous (1). »

Je pense, Monsieur, que vous trouverez la conversation un tantinet forte, mais il n'y a pas une syllabe changée. Le duc de Montellano me l'a redile et le Roy luy-même l'a contée à son confesseur qui me l'a confiée dans le moment. Tout ceci, Monsieur, passe la raillerie et ne se peut plus soutenir. Il faut que le Roy porte par une autorité absolue le correctif nécessaire, toute l'Espagne pense comme moi, et est à la

(1) «A côté du parti des libres penseurs que représentoit le légiste Macanaz s'en étoit élevé un autre, celui du comte Montellano, parti nombreux, puissant, riche, considéré et dont le chef habile et fin passoit pour un sincère ami de Philippe V. On n'y voyoit pas beaucoup de François comme dans le précédent, il s'étoit même formé pour combattre leur trop grande fortune, et les Espagnols attachaient à «on triomphe l'espérance de leur réhabilitation politique.»—Montellano devoit presque tout ce qu'il étoit, ses titres de duc, de grand d'Espagne et de président du conseil à la princesse dts Ursins. — Cependant, classé parmi les Grandesses, Montellano ne tarda point à partager les animosités de ceux de son ordre. « D'ami ïélé et de partisan de la princesse des Ursins, il devint son adversaire ardent, haineux même. Il ne fit rien pour empêcher sa disgrâce, et quand il fut question de la possibilité de son retour en Espagne, il osa, devant le roi, mais plus modestement sans contredit que ne l'affirme à dessein le duc de Gramont, menacer la reine d'un soulèvement général, si elle la faisoit revenir et si elle travailloit ainsi à consolider l'absolutisme dans 1 Etat. » (F. Combes, p. 106-126).


352 LE CABINET HISTORIQUE.

veille de débonder si le gouvernement despotique de la Reine subsiste, et il n'est ni petit ni grand qui n'en ait par-dessus la tête : et le roy d'Espagne et tout ce que vous connoissez icy d'honnêtes gens ne respirent que les ordres absolus du Roy pour s'y soumettre aveuglément. Mon honneur, ma conscience mon zèle et ma fidélité intègre et incorruptible pour le service de mon maître m'obligent à luy parler de la sorte et quiconque sera capable de luy parler autrement le trompera avec indignité. L'Espagne est perdue sans ressource si le gouvernement reste comme il est, et que le Roy notre maître n'en prenne pas seul le timon. Le cardinal Porto-Carrero, Mancera, Montalte,P. Estevan, Monterey, Montellano, et généralement tout ce qu'il y a de meilleur et de véritablement attaché à la monarchie concertent tous les moyens d'en parler au Roy et de lui en parler clairement. Que le Roy ne se laisse donc point abuser par les discours et qu'il s'en tienne à la vérité que j'ay l'honneur de luy mander par vous. Le marquis de Monteléon, qui est un homme plein d'honneur et d'esprit, part incessamment pour vous aller confirmer de bouche ce que j'ay l'honneur de mander au Roy. De l'argent nous en allons avoir considérablement et l'on vient de faire une affaire de quatorze millions de livres qu'on n'imngineroit pas qui l'osa jamais tenter, et que depuis Charles-Quint nul homme n'avoit eu la hardiesse de proposer. Nous aurons la plus belle cavalerie qu'on puisse avoir. Quantàl'infanlerie on ne perd pas un instant à songer aux moyens de la remettre, ïl y aura des fonds fixes et affectés pour la guerre qui seront inaltérables, et si nous pouvons reprendre Gibraltar on sera en état de faire une campagne heureuse. J'espère pareillement venir à bout du commerce des Indes : après cela, si le Roy imagine que quelqu'un fasse mieux à ma place, je m'estimerais très-heureux de me retirer et je ne luy demande pour toute récompense que de me rapprocher de sa


LA PRINCESSE DES URSINS. 353

personne ; d'avoir encore le plaisir, avant de mourir, de luy embrasser les genoux et de songer ensuite a finir comme un galant homme le doit faire. Tout ce que je vous mande là, Monsieur, est d'une si terrible conséquence pour le Roy d'Espagne, et pour moy, que je vous supplie qu'il n'y ait que les Roy et vous et Madame de Maintenon qui le sçachent. J'ay raison,Monsieur, de vous parler de la sorte. Tout ce qui regarde la Reine d'Espagne luy revient dans l'instant, je n'en puis douter, ainsi les précautions doivent renouveler de jambes. Depuis le retour (à Paris) de Madame des Ursins vous ne sauriez avoir trop d'attention et trop de secret sur ce que j'ay l'honneur de vous dire.

Voicy, Monsieur, la lettre secrette que le roy d'Espagne m'envoye pour le Roy. Vous n'en trouverez ni le dessus ni le dedans ordinaires. Vous la rendrez s'il vous plaît à S. M. en luy lisant cette lettre, afin que cela ne passe pas ailleurs. Le Roy d'Espagne me charge de vous le recommander. Il me paraît aussi que la chose le mérite : d'imaginer de le pouvoir mettre sur le pied où il est, ou de prendre la lune avec les dents, j'aurois cru que c'eut été la même chose. Cependant je m'aperçois qu'avec de la patience, de la vérité et de l'insinuation on vient a bout de tout ce qui semble impossible. J'aurois réussi clans le resle, sans l'enfer déchaîné qui s'est mêlé dçja partie et qui a trouvé habilement le secret de me mettre à la cave ce que j'avois mis au grenier. Aussi en voyons-nous de bons effets dans toute l'Espagne. Montéléon qui part vous mettra bien nettement au fait de toutes ces petites bagatelles.

Si le Roy sçavoit bien à fonds la manière fidèle et pleine d'esprit dont le père Daubenton (1) le sert et de laquelle j'ay

(1) Le dominicain Diaz, ancien confesseur du roi Charles II, avoit été remplacé par un jésuite, le P. Daubenton. Il y a (dit M. Combes, p. 151) deux lettres autographes de ce confesseur du roi à Chamillard au comte 11 année. NoYembre-D6cembre '865. — Doc. 24


354 LE CABINET HISTORIQUE.

toujours été témoin oculaire, il ne se peut que S. M. ne luy en sçut un gré infini : je dois ce témoignage à la vérité et au zèle d'un sujet bien attaché par le coeur à son maître.

Je suis, etc.

2. LE ROY A M. LE DUC DE GRAMONT.

Versailles, le 13 janvier 1705.

Mon cousin, depuis que j'ai parlé à la princesse des Ursins, il m'a paru nécessaire de la renvoyer en Espagne, et d'accorder enfin cette grâce aux instances pressantes du Roy mon petit-fils, et de la Reine. J'ai jugé en même temps qu'il convenoit au bien de mon service, de vous charger de donner à la Reine une nouvelle qu'elle désire avec tant d'empressement : ainsi je fais partir le courrier qui sera chargé de cette dépesche avant même que d'annoncer à la Princesse des Ursins ce que je veux faire pour elle. Je ne vous prescris point ce que vous avez à dire sur ce sujet. Il vous donne assez de moyens par luy-même de faire connoitre au Roi et à la Reine d'Espagne la tendresse que j'ai pour eux, et combien je désire de contribuer à leur satisfaction.

de Marsin. Il annonce que la cour est toujours divisée en deux camps, d'un côté Leurs Majestés et madame des Ursins, de l'autre, le cardinal d'Estrées et Louville : mais pour lui, dit-il, il tâche de bien vivre avec tout la monde, parce que la neutralité convient à son caractère. — Mais, dit M. Combes, sait-on comment ce bon Père entendoit le bien-vivre avec tout le monde ? Il agissoit auprès du père Lachaise, confesseur de Louis XIV, pour madame des Ursins, et dans une de ses lettres il aflirnioit que le grand crédit de cette dame étoit nécessaire au service des deux rais. A Madrid, au contraire, par condescendance pour le cardinal d'Estrées, il disuit secrètement le diable de la princesse, et de la reine et du rmj et d'Orry et de tout le monde. Chacun le croyoit de son côté ; en réalité, personne en Espagne ne connoissoit sa véritable manière de voir. On découvrit sa duplicité, et le roi de France, sur les instances de Philippe V et, en général, de tout le monde, ne tarda pas à lui ôter le confessionnal du roi.


LA PRINCESSE DES URSINS. 355

Je dirai encore à la Princesse des Ursins que vous m'avez toujours écrit en sa faveur. Je suis persuadé qu'elle connoît l'importance dont il est pour le bien des affaires et pour ellemême de bien vivre avec vous et qu'elle n'oubliera rien pour maintenir cette bonne intelligence. Si vous en jugez autrement, je serai bien aise que vous me mandiez avec toute la vérité que je sçais que vous ne déguisez jamais, ce que vous en pensez, et même si vous croyez qu'il ne vous convienne pas de demeurer en Espagne après son retour.

Cette sincérité de votre part confirmera ce que j'ai vu en toutes occasions de votre zèle pour mon service et de votre attachement particulier à ma personne. Vous devez croire aussi que ces sentiments me sont toujours présents et que je serai bien aise de vous faire connoîtreen toutes occasions combien ils me sont agréables.

Je renverrai incessamment le courrier par qui j'ai reçu votre lettre du 1er de ce mois et je vous ferai sçavoir par son retour mes intentions sur ce qui regarde le siège do Gibraltar.

Sur ce, etc. (1).

(Biblioth. du Louvre, F. Noailles, 21.)

(1) Cette lettre est citée, mais seulement citée dans le tome iv des Mémoires de Saint-Simon, par Ed. Chéruel, 1S5C, in-S, p. M5; puis encore dans le livre de M. Combes, qui ne la reproduit pas non plus. Nous la plaçons ici, bien que postérieure en date à celle qu'on vient de lire : elle n'arriva en effet à sa destination que huit jours après celle qui précède. Il semble que, venant d'un monarque aussi absolu, l'ambassadeur d'Espagne eût dû faire comme l'escargot touché, rentrer ses cornes et changer ses batteries. Mais le duc de Gramout n'étoit point l'homme aux capitulations de conscience, — et malgré la décision bien formulée du roi, il n'en continue pas moins sa campagne, et cette fois-ci, c'est au grand roi lui-même qu'il s'adresse.


356 LE CABINET HISTORIQUE.

3. M. LE Duc DE GRAMONT AU ROY.

Madrid, 22 janvier 1705.

Sire,

Je receus hier au soir à neuf heures la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'écrire le 13 de ce mois par un courrier exprès. Aussitôt que j'en eus fait la lecture j'allai au palais porter au Roy et à la Reine d'Espagne celles qui étoient dans mon paquet pour eux de la part de Votre Majesté. Il est bon, Sire, de vous faire un récit succint de la manière dont la scène se passa et comme je maniai la parole.

Il y avoit bien quinze jours que la Reine ne me regardoit pas et qu'à peine me faisoit-elle la révérence. J'entray dans le quarto secret, après en avoir fait demander la permission, j'eus l'honneur de luy dire, comme au Roy, que je venois sçavoir comme s'estoit passé le jour de l'ordinaire,s'ils n'avoient point de lettre à me donner pour Votre Majesté. Ils me répondirent qu'ouy, et qu'ils me les alloient chercher. Comme la Reine me donna un instant après celle de Votre Majesté, je luy dis que j'en avois déjà la réponse dans ma poche, et que vous aviez le don de répondre d'avance à ce qu'on vous escrivoit; et moi votre chétif ambassadeur celuy d'avoir toujours cherché avec empressement les moyens de luy plaire, chose à laquelle j'avais eu le malheur de ne pas réussir, bien que ce ne fut pas ma faute. Ensuile je luy présentay la lettre de Votre Majesté qu'elle lut avec beaucoup d'empressement, puis resta ce qui s'appelle en extase et pasmée, et peu s'en fallut qu'elle ne me sautât au collet en présence du Roy. La parole revenue, et versant un torrent de larmes, de larmes de joie, que ne me dit-elle point pour Votre Majesté et que n'ajouta-t-elle point ensuite d'obligeant pour moy et quelles assurances ne me donna-t-elle pas de sa


LA PRINCESSE DES URS^S. 357

parfaite réconciliation : à quoi je répondis, Sire, dans les termes respectueux et soumis que je devois. Voilà ce qui regarde les mouvemens de la Reine (1).— Ceux du Roy furenf différens. Il fut frappé comme d'un coup de foudre, devinl pâle comme un mort, et il luy fut impossible d'empêcher de marquer sa surprise et sa peine. Aussi pensoit-il bien différemment de la Reine, sur le retour de madame des Ursins. Vous savez, Sire, ce que j'ay eu l'honneur de vous mander à ce sujet. Je supplie Votre Majesté à genoux qu'il n'y ait QU'ELLE et madame de Mainlenon qui ayent connoissance de ce particulier-là (sic) : Le Roy votre petit-fils m'en avoit fait la confidence, et il mourrait de douleur si la Reine en pouvoit jamais avoir la moindre connoissance (2).

(1) Après un récit aussi circonstancié et '.qui prouve si évidemment la joie de la reine dès les premières paroles du duc de Gramont, on rie comprend pas le commentaire qu'en donne M. F. Combes. Il faut que M. Combes ait lu cette lettre du duc de Gramont sur une copie bien fautive, ou qu'il l'ait lue bien précipitamment. Nous en faisons juge le lecteur : « Dans cette lettre, dit M. Combes, où il (Gramont) raconte son entrevue avec eux (le roi et la reine), tout ce qu'il dit est arrangé de manière à faire revenir, si c'est possible Louis XIV, sur sa décision. On pourroit même douter qu'il soit très-véridique. Que dit-il en effet? — Il prétend que d'abord en le voyant entrer, la reine suffoquoit de rage et étoit sur le point de lui sauter au collet, — mais qu'ensuite, apprenant le contraire de ce à quoi elle s'attendoit, elle s'étoit fondue en compliments pour lui, en louanges, en assurances d'affection ou de dévouement. »

Mais il nous semble que le duc de Gramont dit précisément le contraire de ce que lui fait dire ici M. Combes. Ce n'est point un saisissement de rage, mais un saisissement de joie qui transporta la reine aux premières paroles de l'ambassadeur, — et si elle fut réellement sur le point de sauter au collet du duc, ce fut pour l'embrasser — et non pour l'étrangler : ce qu i est quelque peu différent.

Au surplus, on comprend le dépit du duc de Gramont, l'ennemi passionné de la reine et de madame des Ursins, en se voyant obligé, par sa position, d'annoncer lui-même sa propre défaite et de féliciter la reine du succès qu'elle obtenoit en ce moment sur lui.

(2) Ici encore, nous le disons à regret, la copie sur laquelle M. Combes fait ses extraits est bien fautive : voici le texte reproduit dans son ch. XV, p. 191 : « Du reste le roy, votre petit-fils m'en avoit fait déjà confidence, mais je supplie Votre Majesté à genoux qu'il n'y ait que MADAME DES URSINS et madame de Maintenon qui aient connoissance de cette particula-


358 LE CABINET HISTORIQUE.

Vous m'ordonnez, Sire, de vous mander ce que je pense, avec une vérité pure, et sans nul déguisement : je vais le faire et vous parler en galant homme, uniquement attaché à votre personne par le coeur, et sans aucun intérest. Le retour de Madame des Ursins est admirable pour la Reine : le Roy l'appréhendoit, et la plus saine partie de l'Espagne le verra avec douleur et en murmurera fortement. J'en appréhende même les suites fâcheuses et désagréables: mais comme à une chose faite il n'y a point de remède et qu'il est de l'honneur et de la gloire de Votre Majesté de la soutenir, il n'est plus question que de chercher les expédients de la rendre bonne et utile, s'il se peut, au bien de votre service, en ramenant petit à petit par douceur les esprits déjà gangrenez et qui vont le devenir bien davantage par la connoissance de cette nouvelle. Veraguas, de qui je vous ai tant de fois fait le portrait si juste, va triompher, les gens de sa cabale qui ne valent pas mieux que luy feront de même, et il ne faut pas au moins que Votre Majesté se persuade que celte affaire icy soit indifférente.

Dix personnes de fraiche date, ce matin, m'ont dit au Palais qu'ils voyent avec une extrême douleur qu'il falloit que l'intention de Votre Majesté fût d'abandonner l'Espagne en renvoyant icy Madame des Ursins, qui quoiqu'elle vous ait pu promettre retomberoit dans les anciennes erreurs, estant absolument subordonnée aux volontés de Veraguas qui la gouverne, lequel étoit le plus méchant de tous les hommes et connu de tout le monde pour tel et pour le brouillon de la Cour : que cela seul l'en avoit fait chasser pendant deux ans sous le règne passé, et qu'il ne falloit plus pour rendre

rjté-Ià. » Evidemment, l'expression de notre texte qu'il n'y ait QU'ELLE, est pour qu'il n'y ait que VOTHE MAJESTÉ — et non point MADAME DES URSINS, à laquelle le duc de Gramont eût été bien fâché de communiquer de pareils récits.


LA PRINCESSE DES URSINS. 359

la mesure comble qu'on renvoyât encore le sieur Orry, qui achèverait de mettre tout en combustion.

Voilà les discours, Sire, qui commencent à se tenir hautement et auxquels j'ai cru devoir répondre que Votre Majesté n'avoit à coeur que le bien de cette monarchie : Qu'elle s'étoit cru obligée pour satisfaire la Reine de lui donner la satisfaction de revoir Madame des Ursins, mais qu'ils pouvoient compter que ce ne seroit plus l'ancienne et qu'elle reviendrait entièrement soumise à vos volontés, et n'agissant que de concert sur toutes choses avec son ambassadeur. Dieu veuille, Sire, que ce que j'ay répondu s'exécute : Que quant à l'article du sieur Orry, que c'étoit une pure fiction de leur part et que j'étais persuadé que Votre Majesté ne songeoit en façon du monde de le renvoyer. Voilà, Sire, quelle a été ma réponse. Après cela je ne sçais ce qu'il en sera, mais je dois vous dire, puisque vous m'ordonnez de vous parler avec pleine franchise que je crois que si cet homme-là comparaît jamais icy qu'il en arrivera des inconvénients bien fâcheux. Vous voyez si ce que le Roy votre petit-fils vous en mande,, pour moy je n'y prends, n'y mets que le bien de votre service, étant exempt de haine et de passion.

Quant à ce qui concerne Madame des Ursins, si Votre Majesté juge à propos devoir me laisser icy, j'agirai avec elle avec toute l'ouverture de coeur qu'un galant homme doit avoir, car je l'honore, je l'aime, et je l'estime et je serai de concert avec elle sur toutes choses : il n'y a qu'à désirer qu'elle se livre à moy de même, et que votre ambassadeur et elle ne soient plus que la même chose. Vous ne sauriez être jamais bien servi autrement; et souffrez que je vous dise, Sire, tant pour le présent que pour l'avenir, que quant vous aurez en cette Cour deux ambassadeurs de France, vos affaires y tourneront à mal, et n'iront jamais bien.

Je prends la liberté, Sire, d'envoyer à Votre Majesté la


360 LE CABINET HISTORIQUE.

lettre que mécrivirent hier le Roy et la Reine d'Espagne, à cinq heures du soir. J'y fis la réponse respectueuse que je devois, sur le champ, et finis, en marquant ma reconnoissance, que je ne pouvois recevoir de grâces d'eux, que par vos ordres.

Vous sçavés, Sire, ce que j'ay eu l'honneur de vous mander par mes dernières lettres au sujet du siège de Gibraltar. Nous n'avançons point du tout, et je crains tout à fait qu'avec le désagrément de ne le point prendre, nous n'y perdions encore votre meilleure infanterie et votre marine.

Le Roy d'Espagne m'a dit qu'il mandoit à Votre Majesté comme il avoit été obligé sous votre bon plaisir d'osterM, de Rivas de son employ : je crois qu'il a fait très prudemment. Votre Majesté sait ce que j'ay eu l'honneur de luy mander et comme j'y avois perdu mon latin : les moments étoient précieux, car l'imbroglio augmentait chaque jour et la campagne approche. M. le marquis de Mijorada est à sa place. Vous verres sur ce ce que m'en mande le Roy, votre petit-fils. Je suis avec un très-profond respect,

Sire

De Votre Majesté,

Le très-humble, etc.

4. DE LA MAIN DU ROY D'ESPAGNE A M. LE DUC DE GRAMONT.

A Madrid, janvier 1705.

Nous avons été si surpris, la Reine et moi, quand vous nous avez apporté l'agréable nouvelle du retour de la Princesse des Ursins que nous n'ayons pu rien vous dire, ni vous marquer notre reconnoissance; mais à cette heure que nous sommes un peu revenus, nous voulons vous marquer comme nous reconnoissons tout ce que nous vous devons en cela et


LA PRINCESSE DES URSINS. 361

que nous sommes fort éloignés de ce que vous nous avez reproché ce soir. Cette raison, jointe à votre mérite et aux services que vous nous rendez chaque jour, fait que nous vous donnons de très-bon coeur l'ordre de la Toison, que nous vous prions de recevoir comme une marque de notre estime et de notre reconnoissance (1).

d. LE COMTE DE GRAMONT AU ROY.

Madrid, 28 janvier 1705.

... J'eus l'honneur de dire à la Reine ce que V. M. m'avoit ordonné au sujet de madame des Ursins. Je doute que S. M. C. se contente qu'elle vienne ici comme une forestière, et puisque V. M. a fait le pas de consentir à son retour, il vaut mieux selon moy qu'elle soit à la franquette Camarera Mayor, como en los tiempos possados. — La duchesse de Rejar, qui est une sainte, ne demande pas mieux que de se retirer et la présence de madame des Ursins, à Madrid, sans charge, fera encore plus de bruit et de clameurs qu'étant revêtue d'une qui l'engage à ne pas quitter los lados de suama.

(1) A propos de cette lettre, M. Combes nous permettra de relever une nouvelle et légère inexactitude dans son récit. En parlant de toutes les satisfactions que la princesse des Ursins reçut de la cour de France et du roi Louis XIV, quand, malgré les efforts contraires du duc de Gramont, son retour à Madrid fut décidé, M. Combes écrit d'après Saint-Simon : « Elle (la princesse des Ursins) ne se soucioit pas non plus pour ambassadeur du duc de Gramont, qu'elle savoit très-astucieux et très-peu sincère à son endroit, bien qu'il dit à Louis XIV, dans la lettre déjà citée, qu'il honorait madame des Ursins, qu'il l'estimoit, qu'il l'aimoit, qu'il espéroit bien marcher avec elle. Louis XIV le rappela; il donna le temps seulement à madame des Ursins, pour ne pas trop désobliger les Noailles, de le faire congédier avec honneur en obtenant pour lui, de la cour de Rome, l'ordre de la Toison-d'Or. » On voit par la lettre qui précède que cette distinction fut conférée au duc de Gramont dès la nouvelle du retour de madame des Ursins, non comme dédommagement du rappel de l'ambassadeur, mais en reconnoissance du service qu'il étoit censé avoir rendu en sollicitant luimême ce retour.


362 LE CABINET HISTORIQUE.

La Reine ne m'a pas fait l'honneur de me dire ce que madame des Ursins lui avoit mandé, son déboutonnement pour moi étant médiocre; aussi je n'en puis rien mander à votre Majesté.

La grande vue de M. de Veraguas et qu'il m'a fait communiquer hier par une personne qui vous est fort attachée, est de faire casser le Despacho : ce qui se rapporte à merveille aux discours qui ont été tenus icy il y a un mois, et que toutes les affaires de la monarchie passent uniquement par les mains de madame des Ursins et de votre ambassadeur : Que les affaires ne pourraient jamais que bien aller qu'au moyen de cette intelligence et de cette union parfaite; et que, comme il étoii véritablement attaché à V. M. et désirait passionément mon amitié, il croyoit qu'il n'y avoit rien de meilleur a faire. — J'ai reçu cet avis au lecteur, tout comme je le devois; les intentions droites m'en sont connues et c'est un bon piège pour s'aliéner sans retour cette monarchie et achever de la culbuter sans ressource. C'est l'ancien projet et renouvelle des Grecs tout fraîchement. Votre Majesté, qui voit plus loin que les autres hommes, jugera mieux que personne s'il est bon ou mauvais. — Je suis avec un très profond respect, Sire, de V. M..., etc.

6. M. LE DUC DE GRAMONT AU ROY Louis XIV.

A Madrid, le 5 février 1705.

Sire, le Roy votre petit-fils vous mande la vérité, telle quelle est; tout ce qu'il pense et ce qu'il désire au sujet de madame des Ursins. J'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Majesté plus d'une fois la même chose, et il faut qu'elle compte que son retour icy ne peut être et ne sera jamais


LA PRINCESSE DES URSINS. 363

regardé comme une chose indifférente et qui ne fasse la dernière peine à la plupart du peuple et des gens qui composent cette cour; et c'est vous tromper, Sire, que de vous mander le contraire. Après cela, vous êtes le maître et vous voyez plus clair qu'un autre. C'est maintenant à Votre Majesté à prendre sur cela le parti qu'elle croira le meilleur pour ses intérêts et pour ceux de cette monarchie, laquelle je puis vous assurer n'avoir pas besoin de grand hyver (sic). La Reine à entièrement perdu la confiance et l'amitié des Espagnols; ils ne font pas même la petite bouche pour dire assez hautement que son gouvernement leur devient odieux, qu'ils veulent un roi qui sache leur parler et leur commander, et c'est ce qu'ils n'auront point tant que vous laisseras les choses sur le pied ou elles sont et que vous ne prendrez pas le parti décisif, qui est de tirer votre petit-fils de brassière, en le stilant et lui marquant de point en point ce que vous voulez qu'il fasse, la conduite qu'il a à tenir : chose à laquelle il se soumettra aveuglément, car il vous craint, vous respecte et vous aime tendrement, et personne que j'aie pratiqué n'a certainement le sens plus droit, plus de connoissance et de meilleur esprit que lui. Je l'ai fait entrer avec V. M. dans un commerce secret, duquel le père Daubenton, qui le connoît jusque dans le fonds de l'âme, ne le croyoit pas capable, et la chose lui paraît si étonnante qu'il ne cesse de me dire tous les jours que ce ne peut être l'ouvrage humain, mais de Dieu seul, qui, par les ressorts secrets de sa providence, a voulu tirer le Roy votre petit-fils de la léthargie dans laquelle il vivoit, et de l'abyme où son aveuglement l'avoit plongé ; car certainement ce n'est plus le même homme que j'ay trouvé, quand je suis venu icy, qui se seroit plutôt fait hacher par morceaux que de n'aller pas porter sa condamnation dans l'instant à la Roine. Il est maintenant capable du dernier secret pour tout ce qui à rapporta


364 LE CABINET HISTORIQUE.

vous, et pour ce que je lui dis de votre part. L'entamure est faite, contre toute sorte d'attente; je dois vous dire, Sire,étant ce que je vous suis, qu'il vous convient très-essentiellement de ne pas la laisser refermer, et de tenir cet homme-là de près, puisque je le vois entièrement disposé à suivre vos préceptes, lesquels auront peut-être plus de force à la fin que l'amour. Il vous faut en même temps icy, Sire, un ministre fort, et une parfaite union ; car tant que vous aurez en cette cour un général qui se mêlera d'autres choses que des armées, et qui voudra être l'homme de confiance de la Reine, et le sera en effet, vous aurez icy-bas des cabales continuelles qui vous culbuteront tout et dont vous ne sortirés jamais. Les uns vont à votre ambassadeur, les autres au général : La Reine a son party, le Roy et les gens véritablement attachez à la couronne ont le leur. Voilà ce qui fait le schisme diabolique dans lequel nous vivons, et dans lequel j'ose vous assurer, que nous sommes retombez depuis deux mois. Je vous parle comme à mon maître et comme à Dieu. Je n'ay d'autre intérêt que le vôtre, je ne suis ni difficile à vivre, ni désireux de m'altirer la souveraine puissance, car le jour que vous m'ordonnerez de me retirer d'icy et que vous ne m'y jugerez plus propre pour votre service, le plus grand plaisir que je puisse avoir dans ma vie, sera de me rapprocher de votre personne ; mais je suis né trop galant homme et je vous suis trop fidèlement attaché pour vous laisser ignorer de pareilles véritez. En un mot cecy ne se peut soutenir comme il est, et je prévois un dérangement inévitable, si Votre Majesté ne se détermine promptement à mettre la main à l'oeuvre, car les ménagements passez ne sont plus de saison. Songez à ce que j'ai l'honneur de vous dire, Sire, et donnez-y toute votre attention. Le Roy votre petit-fils sait tout ce que je vous mande et veut absolument que je vous dépêche un courrier pour que vous en soyez


LA PRINCESSE DES URSINS. 365

informé plus tôt et plus sûrement : Il vous demande un secret inviolable sur tout ce qu'il vous écrit et le cas le mérite. Aussy l'ai-je bien assuré que vous lui garderies. Je vous écris, Sire, toute cette longue lettre de ma main pour que qui que ce soit n'en ait connoissance que vous. Je veux passer dans l'esprit de Votre Majesté pour le dernier des hommes si j'ai la moindre part à la lettre que vous écrit le Roy votre petit-fils, et quand il me l'a lue ce matin, à son prie-dieu, je vous avoue, Sire, que j'en ai failly tomber de mon haut.

7. LE DUC DE GRAMONT A M. DE TORCY.

Madrid, 10 février 1705.

Depuis ma lettre écrite, Monsieur, mes deux courriers sont arrivez qui m'ont porté toutes vos dépèches. Je ne peux m'empêcher de vous dire encore que je suis trop dévoué et trop véritablement allaché au Roy pour n'être pas sensiblement touché du parti décisif et précipité que l'on a pris sur des principes tout à fait faux, et vous assurer qu'on ne connoît point du tout les arrières-boutiques de ce terrain-cy. Je les avois démêlés jusque dans le secret du sanctuaire, l'on ne m'en a pas voulu croire et l'on a ajouté plus de foy à des relations plus intéressées que les miennes. Ceux qui les ont faites avoient leurs vues. Pour moy qui ne postulois rien, je n'en ay jamais eu d'autres que de mander le vray comme il étoit et le bien du service. Je vous promets qu'on vous fera voir les étoiles en plein midy et qu'on se repentira un jour bien amèrement d'avoir laissé l'autorité souveraine à qui avoit besoin qu'on la limitai tout à fait. L'on ne me peut souffrir et on ne me souffrira jamais, parce que l'on m'a connu clairvoyant et fidèle, et peut-être le seul homme en


3G6 LE CABINET HISTORIQUE.

France capable de donner la vie à un homme naturellement létargique et que j'eusse certainement tiré des fers et de l'esclavage. J'avois mené les choses à un point qu'on n'avoit jamais osé espérer; l'on a pris un parti où vous êtes tout différent : La cabale est faite pour régenter plus despotiquement que par le passé. Le Roy d'Espagne va êlre coffré etresserré plus qu'il ne l'a jamas été. Jugez, Monsieur, après la route que j'ay tenue, du beau personnage que je vas faire icy et de toutes les couleuvres qu'on m'y prépare. L'Espagne va être plus gangrenée et plus partagée que jamais, et les trois quarts de ceux qui la composent, j'entends déjà ce qui les menace. Quiconque est capable de mander le contraire de ce que je vous dis là est un idiot qui ne connoît pas la carte, ou l'homme du monde qui a le moins à coeur les intérêts de son maître. Je ne sais si c'est faire ma cour en vous parlant de la sorte, mais j'aime trop le Roy pour lui cacher des véritez qui le touchent d'assés près. Je compte sur l'honneur de votre amitié, j'y compte avec plaisir, parce que je vous ai toujours aimé et honoré : Ainsi je vous ouvre mon coeur comme à mon ami intime et auquel je ne manqueray de ma vie.

A la forme du gouvernement qui se projette icy et qui va s'effectuer, il y faut des hommes, comme il y en a quatre mille en France, qui ne se soucient que d'eux, et point du duc de Gramont, qui n'a jamais aimé que le Roy et son service. Après cela je suis tellement soumis à ses ordres et à ses volontez que je passeray aveuglément par dessus toutes les considérations qui me regardent pour luy marquer mon respect et mon obéissance; m'en dût-il coûter mon honneur et ma vie. Ce n'est pas là, au moins, du verbiage et du galimatias, mais de la sincérité bien pure et bien peu ordinaire à la plupart des hommes.


LA PRINCESSE DES URSINS.

367

COUPLETS SATIRIQUES CONTRE LA PRINCESSE DES URSINS.

Nous trouvons cette pièce dans le volume 500, des Mélanges de Clerambaull, perdue au milieu d'autres d'un intérêt tout différent. Le texte espagnol est suivi d'un essai fort incomplet de traduction ; nous avons tenté de refaire cette traduction, mais nous ne livrons point notre travail pour irréprochable : les concetti, les allusions, les jeux de mots, et même certaines finesses de langage, nous ont sans doute échappé. Il nous suffit de reproduire cette pièce, qui donne l'idée de l'état des esprits en Espagne sous le gouvernement de madame des Ursins.

Phelipe de Espaiïa rey, Gomo Carlos, rey de Èspafia, El uno nada de hazana, El otrc nada de ley, Esclava entregan su grey Al yugo ambos feminil. Pues zas Candil!

De la justicia el fervor Vino Anjou favorecido, Si llamado u escogido No es de! caso en primor; El no puede ser mejor Fuera del genio servil? Pues zas Candil.

A Luis el grande devemos El buen parage en que esîamos; Ya sabe que no le amamos, Pero si que le tememos

De tanta canalla vil. Pues zas Candil.

Mi reyna nada hay mejor Como no quiera ser mas; Senora, asi te veras De Espafia el honor y amor; Pare y seras con primor La admirable Abigail. Pues zas Candil.

Philippe, roi d'Espagne, comme Charles, son prédécesseur, l'un homme de peu de valeur, l'autre de peu de poids, asservissent leur peuple au joug d'une femme. Allons pan... (1).

An j ou vint en Es pagne accueilli par un élan de faveur méritée; s'il fut appelé ou choisi, ce n'est pas la question la plus importante. Ne seroit-il meilleur s'il n'a voit un caractère servile?

C'est à Louis le Grand que nous devons la belle situation où nous sommes. U sait fort bien que nous ne l'aimons pas, mais lui, il sait que nous le craignons.

Notre reine est excellente, on ne la peut désirer meilleure. Princesse, tu te verras entourée du respect et de l'amour de l'Espagne ; sois mère, et tu seras par excellence l'admirable Abigaïl.

(1) Le refrain, pour signifier quelque chose en françois, peut se .traduire : Allons, pan, la belle chose! — littéralement : Donc, pan, chandelier!


368

LE CABINET HISTORIQUE.

Madama en resoluciou Informa cualquiera hechura; Y lo que a ver su hermosura Hoy fragua su religion, El texto sin iinitacion Muestra el antiguo carril. Pues zas Candil.

Obedientes porque os cuadre, 0 infamia! Ilega a tener A uno ensenando a muger, A otra enseriandola à nombre, De su ardid el renombre Logra eu union tan puéril. Pues zas Candil.

En cierta junta jurista Que tiene la gran Madama Se maneha la real corona. Atengome à quien décréta, Manda la pluma su secta Con experiencia gentil. Pues zas Candil.

Lo que ayer mandô un Capon Con ambiciosa Alemana, Hoy otra Francesa vana Hace con su garanon; Esperase la succession De esta trama tan sutil; Pues zas Candil.

El mémorial inventado, Del gran Ronquillo flngido, De los grandes aplaudido, Y de los reyes llorado, No sea que en apedreado Pare un vulgo pastoril. Pues zas Candil.

De los que la han engafiado Se habra Madama adve'rtido, Que el gran Ronquillo (1) se ha ido Madrid no se ha levantado,

Madame (2) préside à toutes les résolutions qui se prennent; ce qu'elle obtenoit hier par sa beauté, aujourd'hui elle l'obtient par sa religion. C'est un système nouveau, qui, sans copier servilemeut, se traîne dans l'ancienne ornière.

Vous obéissez parce qu'elle sait vous plaire, ô infamie I Elle réussit à tenir celui-ci en lui montrant une femme, celle-là en lui montrant uu homme. Elle gagne par des manoeuvres si puériles sa réputation de finesse.

En certaine junte de juristes que réunit la grande Madame, on souille la royale couronne. Je m'en tiens à celle qui fait les décrets; sa coterie dirige la plume avec une jolie expérience.

Ce que hier un eunuque ordonnoit avec une Allemande ambitieuse, aujourd'hui une Françoise frivole l'exécute avec son étalon. On attend l'issue d'une machinanation si adroite.

Le mémoire attribué au grand Ronquillo, applaudi des grands, et déploré par les rois, ne vaut pas les pierres que dans leurs jeux lancent les bergers.

Madame se sera aperçue de ceux qui l'ont trompée; le grand Ronquillo s'en est allé et Madrid ae s'est pas soulevé ; déjà le

(1) Ronquillo.

(2) La princesse des Ursins.


LA PRINCESSE DES URSINS.

369

Ya el regimiento esta dado, Accion que aclama el buril. Pues zas Candil.

Ansioso mandon cruel Parque le odien de mil modos El todo le quita à todos Sin aprovecharle à el, Pues al rey y Patria infiel Su pimiento, ô peregil, Pues zas Candil.

Pues ya por no créer Que estaba bien apretado De celos del acompaiïado Le avivan para céder ; Ya no hay que echar à perder, Bien puede irse à su Redil, Pues zas Candil.

Merece por Dios la sana Con que todo lo ha allanado Irse à Toledo aclamado El gran Canlenal de Espana, A fé que es boba ta mafia De tal lipsio menesteril Pues zas Candil.

Cardenaly Cardenal Confunden al rey la oreja, Uno no entiende la presa, Otro no sabe el missal; Entre animal racional, Ubilla manda el cubil Pues zas Candil.

Hasta de Espana el destino Seles pega à los Franceses, Mira expuesto à los rebeses De un Cardenal a un sobrino, Madama asi lo convino, Porque ofrecio ser buen gil. Pues zas Candil.

gouvernement de la ville est donné, événement qu'éternisera le burin de l'histoire.

Un tyran avide et cruel, car on le liait pour mille raisons, enlève à tous tout ce qu'ils ont, sans en tirer de profit pour luimême (1);....

Donc déjà, parce qu'il ne se croyoit pas en butte à la jalousie

du on l'exhorte à céder;

il n'y a vraiment plus rien à perdre, il peut s'en aller à sonétable.

Le grand cardinal d'Iispagne mérite bien, pour l'ardeur avec laquelle il a tout pacifié, d'aller à Tolède au milieu des acclamations; par ma foi, c'est un beau tour de ce faquin besoigneux.

Cardinal et cardinal embrouillent la cervelle du roi. L'un n'entend pas la prise (2), l'autre ne sait pas le missel : qu'il vienne un animal raisonnable, Ubilla commande la tanière.

Aussi le destin de l'Espagne la rend dépendante des François; elle est exposée aux revers : d'un cardinal elle tombe à un neveu. Madame l'a voulu ainsi, parce qu'il a promis d'être un bon ca| marade.

(1) Suivent deux vers inintelligibles.

(2) Presa n'est-il pas fautif?

il» année. Novembre-Décembre 166S. — Doc.


370

LE CABINET HISTORIQUE.

Llega un Etrée à succéder A otro Etrée que se va; Su Excelencia mandara Como sepa obedecer, Sino podra disponer La marcha à Marzo, o Abril; Pues zas Candil.

Gergon del bajo solar Mina con silencioso huron, Empèzo ya su faccion, Se vera en que ha de parar; Sevilla le ha de pagar Su tributaria civil, Pues zas Candil.

Este fraile chavacano, Al derecho y al rêves, Pronuncia el Moro en frances,

Y el frances en rastellano, Lo arzobispo sevillano Troco en alcalde consejil;

Pues zas Candil.

Ronquillo es ese mandon Que a reyna, rey y Madama Para hacer mayor su fama, Vilipendio su nacion, De infiel quiso el infanzon Bcharla en digno peregil ; Pues zas Candil.

Ahora quiere ser sefior; Asi su hijo se eterniza Con su recado a Arica, Si ha de ser suegro de honor, De Lemus busca el favor Para hacer befa de vil; Pues zas Candil.

De Ubilla la alta persona Para la paz se réserva,

Y asi le atiende Minerva Cuando le huye Belona, La corbata le baldona Para empezar el pernil,

Pues zas Candil.

Un Estrée s'en va, un autre Estrée lui succède. Son Excellence commandera, pourvu qu'elle sache obéir, sinon, elle pourra se disposer à partir en mars ou en avril.

Paillasse de bas étage, Mina, avec un mystérieux furet, a déjà commencé sa cabale; on verra où elle aboutira. Séville doit en payer les frais ; elle lui doit le tribut.

Ce moine lourdaud parle à tort et à travers ; il prononce le langage more en françois, et le françois en castillan. Archevêque de Séville, il a échangé son siège contre celui de chef du conseil.

Ronquillo est ce tyran qui, Pour se faire mieux voir de la ne, du roi et de Madame, a traité avec mépris sa nation. L'infidèle gentilhomme a voulu la mettre en de beaux draps.

Aujourd'hui il veut être maître, aussi son fils prolonge sa commission à Arica ; s'il peut être beau-père honoraire, il recherche la faveur de Lemos, pour narguer lés autres, tout vil qu'il

Ubilla, ce haut personnage, se réserve pour la paix. C'est ainsi que Minerve le favorise, quand Bellone le", fuit, elle lui desserre la cravate pour entamer le jambon.


LA PRINCESSE DES UHSINS.

37i

Desmoronado edificio Pero no esqueleto, Porque es Arlequin perfecto, Ha subido à hacer su oficio, Mas se acabo el artificio Por ser inflel el mongil, Pues zas Candil.

Nueva pendola a costado Travaja de discurrir

Y avenido à producir Un consejero de estado, La maxima se ha logrado Contra el sefior del Brasil,

Pues zas Candil.

Velasco, Carpio, y Aguilar Siguen de Cerda el ardor,

Y otro metido à sefior De la guarda singular, Junta digna de observar Sino fuera el rey Leril.

Pues zas Candil.

El Monterey de carton, Desde que no es présidente, La grande ambieion de agente Uniô a la de fantasinon, De Ronquillo en la instruccion Lee su geaio mugeril Pues zas Candil.

Juan Thomas ya declarado Le condenô el tribunal, El lodo de nuestro mal Ha pagado en su pecado, Si es fiel, discrelo, y osado, A Mifio y Guadalquivil. Pues zas Candil.

Comienza con piezas varias Matanza el corregimiento, No ha sido mal argumento Aquel de las luminarias ; Ni Ronquillo ni Don Arias Con el no valen un Gil. Pues zas Candil.

Corps tout disloqué, mais non encore devenu squelette, comme il est parfait arlequin, il s'est présenté pour jouer son rôle; l'artifice n'a pas duré longtemps, parce que l'habit de moine l'a trahi.

Une nouvelle machine à côté fabrique des discours, elle est arrivée à produire un conseiller d'Etat, qui a obtenu la préférence sur le seigneur du Brésil.

Velasco, Carpio et Aguilar imitent l'ardeur de Cerda, ainsi qu'un autre donné comme chef à la garde particulière : assemblée digne de considération, si le roi n'étoit

Monterey, cet homme de carton , dès qu'il n'est pas président, a mis toute son ambition à se montrer remuant et intrigant; il prend des leçons de caractère féminin, dans l'instruction de Ronquillo.

Jean Thomas (i) déjà dénoncé a été coodamné par le Tribunal, il a payé toute notre disgrâce pour son crime, s'il est vrai qu'il soit fidèle, dévouéet entreprenant pour Mino et Guadalquivir.

Matanza commence l'exercice de la charge de corrégidor par divers règlements; c'est un assez beau sujet que celui des illuminations. Ronquillo et Arias joints à lui, ne valent pas un Gilles.

(1) L'amiral.


372

LE CABINET HISTORIQUE.

Que un Orri tan ordinario Venga à Madrid desde Francia Con vergonzosa arrogancia A mandar el Erario, Y no haya un estra-falario Que le apriete el senogill Pues zas Candil.

Franceses han de mandar, Los Espanoles servir; Los unos han de reir, Los otros han de llorar, De todo se han de burlar Por que no hay un alguazil, Pues zas Candil.

Conquista es de ellos Castilla Que quieren que se baraje En las leyes el ultraje, En irrision la Golilla, Esto solo es para Ubilla Que lo mismo hara un mandil. Pues zas Candil.

Veraguas, aunque doncel En la guerra y en estado, De Madama es buen criado, Por eso es gran coronel; Siempre en mar, y tierra, el Supô cuydar el ventril. Pues zas Candil.

De Orri y Dobifiy la union Con Ronquillo indigno lego, Recibe Madama el pliego Y el rey da la execucion, Esto es Espanal !! atencion, Si se enciende algun barril ! Pues zas Candil.

Faut-il qu'un homme aussi commun que Orri vienne de France à Madrid avec une arrogance honteuse, pour y gouverner le trésor, et qu'il ne se trouve pas un fou pour lui serrer la jarretière 1

Les François doivent commander, et les Espagnols servir; les uns doivent rire et les autres pleurer. Ces gens peuvent se moqeur de tout, parce qu'il n'y a pas un alguazil.

La Castille est la proie de ceux qui veulent mettre en affront les lois, tourner en dérision le costume espagnol; tout cola est pour Ubilla, qui n'en sera pas moins un méprisable valet.

Veraguas, quoique novice dans la guerre comme dans le gouvernement, est bon serviteur de Madame; aussi il est devenu grand-colonel ; toujours, en mer îiomme sur terre, il a su soigner son ventre.

Telle est l'union d'Orri et i'Aubigny nvec Ronquillo, frère servant indigne ; Madame reçoit les dépêches, et le roi exécute. Et c'est là l'Espagne! attention! >i le feu prend aux poudres 1


LEQUINI0. 373

XXXII. — LEQUINIO.

COMMENT LES AUTORITAIRES DE 93 ENTENDOIENT LA LIBERTÉ DES CULTES.

La pièce qu'on va lire est extraite des papiers de feu l'abbé Grégoire (1). C'est un thème digne des orateurs du congrès de Liège : nous leur recommandons ce document. Il est vrai que ces messieurs, ayant décrété l'abolition de DIEU, n'ont point à se préoccuper du plus ou moins de liberté que pourraient réclamer les sectaires. Sous ce rapport, ils dépassent même Lequinio; mais à part ce léger dissentiment, qui n'est qu'un détail, ces messieurs et Lequinio sont dignes de s'entendre : ils ont en commun la théorie de la FORCE pour nous conduire à la LIBERTÉ, et nous avons dans l'oeuvre qu'on va lire un échantillon des douceurs que nous réserve l'aimable liberté que ces messieurs tentent de nous réorganiser.

• M. Berriat Saint-Prix, dans son précieux travail sur la Justice révolutionnaire, a déjà fait connoître aux lecteurs du Cabinet historique quel étoit le citoyen Lequinio. On l'a vu travailler à Fontenay, à Rochefort et autres lieux (Ca6. hist., t. x, p. 202 etpassim). Nous ajouterons quelques lignes à sa biographie. La révolution le trouva maire de Rennes, où rien ne faisoit pressentir en lui le farouche proconsul de 93. Il étoit juge au tribunal de Vannes quand il fut élu à la Législative par le département du Morbihan. Il s'y montra quelque temps fort modéré, puis, entraîné comme tant d'autres, il se jeta dans les plus déplorables excès. Il fut chargé d'aller révolutionner les départements de l'Aisne, de l'Oise et de l'Ouest, et M. Berriat nous a dit comment il s'en acquitta. Il suffit, pour avoir une idée de ses principes, de lire sa

(1) Nous eu devons Ja communication à un de nos plus bienveillants abonnés, M. F. Boyer, qui, secrétaire de l'ancien évêque de Blois, possède quelques précieux volumes, une partie des papiers et documents que le savant auteur de l'Histoire des sectes religieuses disposoit pour une Histoire de l'Eglise pendant la Révolution, qui n'a point paru. M. Boyer nous fait espérer d'autres communications intéressantes pour nos prochains numéros.


374 LE CABINET HISTORIQUE.

correspondance dont Prudhomme nous a conservé des fragments. Ce fut lui qui, après la mort de Robespierre, fit la motion de purger le sol de la Liberté du dernier rejetton de la race impure du tyran-roi. Mais la réaction thermidorienne s'étant consolidée, Lequinio essaya de se justifier des actes odieux qui lui étoient imputés et fut décrété d'accusation le 8 août 1795 (1). Il eut la chance d'atteindre l'amnistie de 1796 qui le rendit à la liberté. Depuis, le Directoire le nomma officier forestier à Valenciennes, et il revint député du Nord au conseil des Cinq-Cents. Après le 18 brumaire, on le voit commissaire des relations commerciales à Newport dans les États-Unis d'Amérique. Il revint en France vers 1804 et ne s'occupa plus que d'agriculture. Il est mort vers 1813.

LEQUINIO

REPRÉSENTANT DU PEUPLE,

Aux Citoyens de la Vendée, des deux Sèvres el de la Charente inférieure.

CITOYENS,

La plus belle révolution, la plus nécessaire au bonheur du genre humain, vient de s'opérer ; les Français viennent de se délivrer pour jamais du joug le plus accablant dont l'espèce humaine ait été chargée jusqu'ici, celui des ridicules superstitions qui, si long-temps, ont inondé la terre du sang des hommes versé au nom des dieux par la fourberie des prêtres et l'ambitieuse duplicité des rois. Tous les cultes ne furent inventés que par les despotes qui, pour maîtriser plus sûrement les peuples, eurent besoin de fixer leur esprit sur des

(1) Le rapporteur de la commission, chargé d'examiner sa conduite, conclut en demandant qu'il fût traduit devant un tribunal criminel pour : 1° avoir mangé habituellement avec les bourreaux ; 2° avoir, du fruit de ses rapines, payé 12,000 fr. de dettes, acheté des propriétés et envoyé à son frère des sommes considérables ; 3° avoir fait servir la guillotine de tribune aux harangues ; 4° avoir forcé des enfants à tremper leurs pieds dans le sang de leur père; enfin, d'avoir lui-même brûlé la cervelle à des détenus.


LEQUINIO. 375

objets purement imaginaires, de les occuper entièrement de choses inintelligibles, et qui n'existent pas, afin de les étourdir sur leur malheur et leur esclavage, et de décorer d'une pompe imposante tous les charlatans qu'ils emploierent, sous le nom de prêtres ou ministres, à cette séduction perfide.

C'est par-là que les tyrans sont parvenus, dans tous les pays, à captiver l'imagination des hommes dès le berceau et à les asservir jusqu'à la mort, en leur interdisant la faculté de réfléchir, le droit de raisonner, le sentiment de l'égalité sociale et l'usage de la liberté qui appartient à tous les hommes; ce joug honteux et pesant vient d'être brisé, et c'est dans ce pays, si long-temps le théâtre de guerres religieuses, que le peuple ouvrant enfin les yeux à la lumière, a le premier donné l'exemple de cet élan philosophique qui s'est étendu déjà sur toute la France, et qui gagnera bientôt toutes les contrées de l'Europe.

Mais quelques-uns de ces scélérats qui, depuis si longtemps étoient habitués à mentir au peuple, tentent encore de faire jouer leurs ressorts hypocrites pour se conserver la considération dont ils jouissoient, et les èmolumens qu'ils percevoient sur l'imbécillité publique; ne pouvant arrêter le torrent de lumières el de raison qui va nettoyer toute la France de leurs mensonges grossiers, ils essaient du moins d'en troubler l'onde salutaire, et ils emploient pour cela mille ruses, que l'habitude de tromper, passée chez eux en seconde nature, leur a rendu si familières.

Les uns déposent leurs lettres de charlatanerie presbyteraie, ils affectent même des discours Irès-philosopliiques, un dévouement très-patriotique et un désintéressement sans bornes, tandis qu'en dessous ils excitent des Citoyens foibles etignorans de leur commune, à porter aux Représentans du peuple des pétitions tendantes à leur obtenir des faveurs qui ne pourraient même pas s'accorder à l'homme reconnu pour


376 LE CABINET HISTORIQUE.

avoir été le plus constamment patriote et le plus sincèrement l'ami du peuple; les autres exposent méchamment aux Citoyens faciles à tromper, et surtout aux Citoyennes qu'ils veulent apitoyer sur leur sort, la perle de leur état el la différence de leur position actuelle avec leur position passée; d'autres, sous prétexte de ne prêcher que la morale, s'emparent encore de la parole dont ils ont abusé si long-temps, et ramènent toujours le peuple qu'ils ont promis d'éclairer, au tissu d'absurdités inintelligibles que leurs prédécesseurs leur avoient transmises, et à l'aide desquelles ils tuoient l'intelligence humaine et la raison ; d'autres enfin, des cidevant ministres protestans s'imaginant que leur culte ayant été un peu moins chargé d'inepties que celui des ministres catholiques, ils peuvent élever leur crédit sur les ruines des autres, voudraient se faire un parti parmi les Citoyens qu'ils avoient coutume de diriger, et de conduire aussi par le chemin de l'erreur, quoique d'une manière moins grossière.

Citoyens, toutes ces ruses sont les derniers efforts de la scélératesse expirante ; votre sagesse, votre patriotisme et votre amour pour la liberté vous mettront suffisamment en garde contre toutes les séductions de ces serpens, en quelques replis qu'ils se contournent pour faire valoir leurs impostures : vous connoissez les principes, et il vous suffit d'un instant de réflexion pour les concevoir. Tous les cultes sont libres ; le premier des droits de l'homme est de penser librement et de rendre librement hommage au dieu que son imagination lui peint.

Mais celui-là n'est pas libre, dont l'esprit est tourmenté par les discours et les instigations d'un autre; les esprits foibles et ignorans sont aisément induits en erreur par l'homme qui abuse du pouvoir de l'éloquence pour les dominer, et celui-là est un tyran qui veut soumettre l'opinion des autres à la sienne, et les porter à croire ce qu'il croit et


LEQUINIO. 377

à imiter ses pratiques; il n'y a que la vérité démontrée mathématiquement, ou les vérités physiques dont l'existence tombe sous nos sens à tous, que la raison puisse admettre, et le Citoyen encore qui voudroit forcer à y croire celui de . ses frères qui s'y refuse, n'en serait pas moins un despote : à plus forte raison lorsqu'il ne s'agit que de ces inventions absurdes, qui ne sont que le produit des imaginations délirantes ou d'une perfidie calculée pour maîtriser l'esprit humain et asservir les hommes en étouffant leur raison ; nul n'a donc le droit de prêcher de ces absurdités, et celui qui le fait devient réfractaire à la loi qui consacre la liberté des cultes, puisqu'il veut par la magie de son éloquence, forcer les autres à pratiquer le sien. Tout homme donc quel qu'il soit, qui s'avise de prêcher quelques maximes religieuses que ce puisse être, est, par cela seul, coupable envers le peuple ; il viole la Constitution républicaine et la liberté, l'égalité sociale même qui ne permet pas qu'un individu puisse élever publiquement ses prétentions idéales au-dessus de celles de son voisin; il mérite donc d'être arrôlé rigoureusement el sévèrement traité comme perturbateur de l'ordre public.

Que chacun de nous rende ses hommages à l'éternel ainsi qu'il lui plaira; qu'il exerce son culte en particulier ainsi qu'il le trouvera bon : voilà la liberté des cultes; mais qu'il ne cherche point à l'inspirer aux autres, car ce serait désormais un délit, et notre devoir nous forcerait à faire tomber le glaive de la loi sur les coupables.

Citoyens, occupons-nous de notre bonheur; occuponsnous de consolider notre liberté par l'instruction; transformons tous les temples qui furent si long-temps ceux du mensonge, en temples de lumières et de vérité; que les bons Citoyens s'y réunissent en société populaire, et qu'il n'y ait pas une seule commune où les rassemblemens si salutaires


378 LE CABINET HISTORIQUE.

au peuple et le seul rempart de sa liberté n'aient lieu désormais ; que le jour de la décade, sur-tout, on y consacre ce temps du repos à entretenir les sentiments de fraternité qui doivent changer le peuple François en une seule famille; substituons dans ce jour une communion réelle à cette communion ridicule, où des imposteurs aussi ineptes qu'audacieux, faisoienl avaler un morceau de pain-à-chant à vingt individus en même-temps, en faisant croire à chacun d'eux que c'était le corps tout entier d'un homme de grandeur ordinaire, et néanmoins le fils de dieu, qu'ils supposoient un pur esprit; que dans toutes les communes il y ait un banquet fraternel à chaque décadi; que chacun de nous y porte les alimens qu'il aurait consommés dans sa maison; que le repas soit frugal, mais qu'il soit abondant en joie et en fraternité ; que le pauvre partage le dîner du riche, et que celui-ci se trouve heureux d'avoir l'occasion de fraterniser plus intimement avec celui qui est moins bien traité que lui par la fortune, et aux travaux, aux sueurs duquel il doit une grande partie de la sienne ; qu'un discours patriotique ou une lecture philosophique précède ce banquet; que la franchise et l'hilarité l'animent, et qu'il se termine par des danses et des hymnes glorieux à la Nation Française, puisqu'elles célèbrent la liberté que nous avons conquise, et qui de chez nous passera tôt ou tard à toutes les Nations de l'univers.

Voilà, Citoyens, un des meilleurs moyens d'entretenir la fraternité qui doit régner parmi nous et le plus assuré pour se mettre en garde contre toutes les tentatives des malveillans, que les ennemis de notre liberté paient encore pour semer le trouble au milieu de nous, afin de nous diviser et de nous vaincre.

C'est le meilleur moyen de dédommager l'homme depeine, des fatigues que lui ont causées les neuf jours de travail qui


LEQUINIO. 379

ont précédé le décadi, et c'est le plus sûr pour fixer l'égalité sociale et anéantir les derniers restes de l'aristocratie qui souille encore le coeur de quelques êtres insensibles et orgueilleux; les ci-devant grands, les despotes de toutes les espèces se donnoient de grands repas, et c'étoit toujours pour consolider leur orgueil et se coaliser contre la liberté des peuples et l'égalité sociale. Hé bien 1 employons régulièrement ce moyen pour nous coaliser contre l'orgueil des riches, contre les aristocraties de toutes les espèces et contre tous ceux qui par leurs actions, leurs discours, ou leur conduite, quelle qu'elle soit, voudraient porter atteinte aux droits sacrés de l'homme, à l'égalité sociale et à notre précieuse liberté.

RÈGLEMENT.

ARTICLE PREMIER.

Afin que la liberté des cultes existe dans toute sa plénitude, il est défendu à qui que ce soit de prêcher ou écrire pour favoriser quelque culte ou opinion religieuse que ce puisse être; celui qui se rendra coupable de ce délit, sera arrêté à l'instant, traité comme ennemi de la Constitution républicaine, conspirateur contre la Liberté Françoise, et livré au tribunal révolutionnaire établi à RocheforL

II.

Les ci-devant ministres de quelque culte que ce soit, et ceux qui le sont encore, répondent de la tranquillité de leurs communes; aux premiers troubles qui pourroienty avoir lieu, ils seront mis en arrestation, et s'ils y ont eu la moindre part directe ou indirecte, ils seront livrés au tribunal révolutionnaire et condamnés à mort.


380 LE CABINET HISTORIQUE.

III.

Toute pétition des communes en faveur de leur ci-devant ministre n'étant que le produit de leur influence encore subsistante, de l'idolâtrie qu'ils avoient inspirée pour leurs fonctions et de leur intrigue actuelle, elle suffira pour rendre ces ministres suspects, et ceux en faveur desquels ces pétitions seront présentées seront mis à l'instant en état d'arrestation.

IV.

Dans les communes où les ministres des cultes ont abjuré leurs fonctions mensongères, les ci-devant cures ou maisons presbytérales serviront provisoirement, et en attendant que la Convention nationale n'en ait autrement ordonné, de maison commune et de maison d'institution s'il n'y a déjà d'autre maison publique consacrée à ces deux objets.

V.

Attendu l'habitude de mentir, dont les ci-devant ministres des cultes s'étoient fait un devoir, et l'impossibilité qu'ils ne mêlent pas à leurs discours, leurs principes superstitieux et perfides, il est expressément défendu à tout ministre ou ci-devant ministre, de quelque culte que ce soit, de prêcher, écrire ou enseigner la morale, sous peine d'être regardé cemme suspect, et comme tel mis à l'instant en arrestation.

VI.

Les comités de surveillance, les officiers municipaux et les administrateurs de district et de département, sont tous


LEQUINIO. 381

expressément et subsidiairement, les uns aux autres, chargés de l'exécution du présent.

VIL

Aucun ministre actuel ou ci-devant ministre d'un culte quelconque, ne pourra être membre d'un comité de surveillance, et ceux qui s'en trouvent membres actuellement, cesseront leurs fonctions à l'instant, sans que toutefois cette destitution les soumette à aucune autre obligation de rigueur pour les fonctionnaires publics destitués.

VIII.

Aucun ministre ou ci-devant ministre d'un culte quelconque ne pourra désormais remplir aucune fonction publique, que d'après l'examen el le consentement exprès et par écrit des Reprèsentans du Peuple.

IX.

Dans toutes les communes, les Citoyens sont invités à se réunir le plus souvent qu'il sera possible, en société populaire, dans le temple qui a si long-temps été dédié au men songe, à y lire les nouvelles publiques, et à s'y éclairer mutuellement par des discussions, civiques et par la lecture des ouvrages des vrais philosophes.

X.

Dans toutes les communes, tous les Citoyens sont invités à célébrer le jour de la décade par un banquet fraternel, qui, servi sans luxe et sans apprêt, porte avec lui le caractère de la simplicité, confonde tous les citoyens, inspire la


382 LE CABINET HISTORIQUE.

joie, fasse oublier à l'homme de peine ses fatigues et à l'indigent la misère qn'il éprouve, qui porte dans l'ame du plus pauvre et du plus malheureux le sentiment de l'égalité sociale, et l'élevé à toute la hauteur de sa dignité, qui étouffe dans le riche jusqu'au plus léger sentiment d'orgueil, et jusqu'au germe de hauteur el d'aristocratie dans le fonctionnaire public, et qui répande enfin dans tous les coeurs le doux sentiment de la fraternité sincère qui peut seul faire le bonheur de l'espèce humaine.

A Saintes, ce premier nivôse, de l'an second de la République Française, une el indivisible.

LEQUINIO, Représentant.

CHEVALIER, Secrétaire.

Après la lecture d'un pareil document, on en est à se demander ce qu'au temps du citoyen Lequinio étoit devenu le sens commun, dans cette France si spirituelle, et si jalouse et si idolâtre de sa liberté !

XXXIII.—MANUSCRITS DE BERTRAND DE MOLEVILLE.

On sait que cet ancien ministre de Louis XVI avoit composé deux ouvrages sur les événements de la Révolution. En voici les titres d'après la dernière édition du Manuel du libraire .-Histoire de la Révolution de France (jtisqu'en 1797). Paris, 1801-3, 14 vol. in-8. Les quatre derniers volumes sont de Delisle de Sales.—Mémoires particuliers pour servir


MANUSCRITS DE BERTRAND DE MOLEVILLE. 383

à l'histoire de la fin du règne de Louis XVI. Paris, 1816, 2 vol. in-8.

Retiré en Angleterre, M. Bertrand de Moleville publia de ces deux séries de mémoires une traduction qui contient des morceaux assez longs et fort curieux, que l'on chercherait en vain daus l'édition françoise,

Depuis quelques années la librairie réimprime avec succès les moindres documents relatifs à l'histoire de la Révolution françoise. On a donné de nouvelles éditions des Mémoires de madame Roland; la correspondance entière de Louis XVI et des autres personnes de la famille royale est en cours de publication; la collection de MM. Berville et Barrière est bien connue et justement appréciée. Pourquoi, me dis-je, ne songeroit-on pas à Bertrand de Molevilleî Rien ne s'oppose aujourd'hui à ce qu'on fasse paraître in extenso ses curieuses confidences ; elles auraient presque l'air d'un ouvrage tout nouveau, tant les suppressions nécessitées par la censure y ont été multipliées; et le moindre coup d'oeil jeté sur l'édition angloise peut convaincre le lecteur du mérite des passages qui sembloienl, il y a quarante ans, trop dangereux.

Mais où retrouver le texte original? Au British muséum, dépôt de tant de choses remarquables sur l'histoire politique et littéraire de notre France.

Il y a quelques jours, faisant des recherches parmi les manuscrits de ce grand établissement, quatre volumes infolio me tombèrent sous la main, contenant les mémoires en question, acquis en 1861 par les conservateurs du Muséum, et libellés de la manière suivante :

1. A.-F. BERTRAND DE MOLEVILLE; Annales de la Révolution de France; autograph. Egerton, n051918,1919.

2. Mémoires particuliers pour servir à l'histoire de la dernière année du règne de Louis XVI, par A.-F. BER-


384 LE CABINET HISTORIQUE.

TRAND DE MOLEVILLE, ministre d'Etat. Egerton, nos 1920, 1921.

Sur le second feuillet du premier volume des Annales se trouve la note ci-après :

« Ce manuscrit, écrit de ma main, est la minute originale de mes Annales de la Révolution de France, publiées en anglois à Londres, et en françois à Paris, sous le titre d'Histoire, de la Révolution, pour éluder la confiscation prononcée et exécutée par la police sous Bonaparte, contre une traduction des Annales dont l'impression étoit presque terminée. Le même motif a aussi obligé l'éditeur françois à altérer essentiellement un très-grand nombre de passages qui ne peuvent être rétablis sans le secours du texte.

i BERTRAND DE MOLEVILLE. »

Sur le feuiUet de garde du premier volume des Mémoires, on lit : « It is original manuscript is the first skerth of my private memoirs publishedin english only; itconlainsmany facts and names wtio I did not think proper or prudent lo publish. I pray my worthy friend lord Shaftlisbury to accept it as the most valuable proof I am able to give him of my sincère esteem and friendship.

«BERTRAND DE MOLEVILLE.»

Ce qui veut dire en françois : « Ce manuscrit original est la première esquisse de mes mémoires particuliers, publiés en anglois seulement; il contient beaucoup de faits et de noms que je n'ai cru ni convenable ni prudent de publier. Je prie mon digne afcoi lord Shafihsbury de l'accepter comme le gage le plus précieux que je puisse lui donner de mon estime et de mon amitié sincères.

i BERTRAND DE MOLEVILLE. »


MANUSCRITS DE BERTRAND DE MOLEVILLE. 385

Afin de mettre les lecteurs du Cabinet historique à même d'apprécier les suppressions qui existent dans le texte imprimé, j'ai collalionné soigneusement sur le manuscrit du British muséum les premières pages des mémoires, et voici le résultat que j'ai obtenu.

La préface ne se trouve pas dans le manuscrit.

La division des chapitres n'est pas la même, le chapitre 20 du manuscrit correspondant au chapitre 16 du texte imprimé.

Au lieu de ces mots : « le caractère et les ouvrages

de ce monarque » (imprimé p. 16),

Lisez : « le caractère, les vertus et les défauts de ce

monarque » (manuscrit).

L'imprimé, page 19, donne : « de les diriger ou de les réprimer; » le manuscrit : « de les diriger et de les réprimer. »

L'imprimé, page 23, donne : « adopter les mesures vigoureuses; » le manuscrit : « les mesures courageuses. »

TEXTE IMPRIMÉ, PAGES 28, 29. — « de l'administration : c'est par cette raison qu'avant la Révolution, il évitait avec le plus grand soin de laisser apercevoir son opinion pendant la discussion des affaires les plus importantes, et les décidoit toujours à la pluralité des voix. Ainsi, cette conduite, qui l'a fait accuser d'insouciance, avoit réellement un principe très-différent. C'est à l'ennui bien naturel de cet état de dépendance et de nullité qu'on doit attribuer les progrès successifs de son goût pour la chasse, à laquelle on lui a reproché de s'être adonné avec excès. Mais on peut dire, pour sa justification, que c'étoit là seulement qu'il lui étoit permis de régner en liberté, et que le faste brillant de la magnificence royale pouvoit lui faire oublier les dégoûts de la royauté. M. de Maurepas qui trouvoit sans doute >

MÊME PASSAGE, LEÇON DU MANUSCRIT. — « de l'administration ; aussi avant la Révolution le voyoit-on toujours

Ho année. Novembre-Décembre 1865. — Doc. 26


386 LE CABINET HISTORIQUE.

au conseil éviter avec soin de laisser apercevoir son opinion pendant la discussion des affaires les plus intéressantes, et ne rien décider qu'à la pluralité des voix. Celte habitude qui l'a fait accuser d'insouciance, et qui avoitréelment un principe très-différent, était aussi entretenue par les fatigues journalières de la chasse, à laquelle il s'étoit donné, moins par goût peut-être que pour secouer l'ennui de l'état de nullité dans lequel le lenoit M. de Maurepas,

qui trouvant »

TEXTE IMPRIMÉ, PAGE 32. — « commencé, répandent

quelques lumières sur ses origines et sur ses premiers progrès. Mais comme ces détails sont étrangers à l'époque qu'embrassent ces mémoires, je les ai consignés dans les trois premiers chapitres de mon Histoire de la Révolution, parce que la connoissance des symptômes avant-coureurs de cette catastrophe trop mémorable n'est ni moins intéressante que

celle de ses résultats »

MÊME PASSAGE, LEÇON DU MANUSCRIT. — « ..... pouvant répandre quelques lumières sur son origine et sur ses premiers progrès, j'en présenterai rapidement le détail dans ces

mémoires, parce que les connoissances, etc »

CHAPITRE V DU TEXTE IMPRIMÉ. — La phrase, page 46, qui se termine par ces mots : « sur ses premiers principes, » et suivie dans le manuscrit du paragraphe ci-après :

€ principes; il m'offrit alors, pour me dédommager de

l'intendance de Bretagne, la première présidence du grand conseil, qu'il m'avoit fait proposer par MM. de Barentin et de Montmorin, et que j'avois refusée. Il médit que le roi l'avoit chargé de me proposer de nouveau celte place; que Sa Majesté attachoit un si grand intérêt à ce que je l'acceptasse, qu'elle me laissoit le maître des conditions relativement au traitement; je persistai dans mon refus, et je le motivai principalement sur l'instabilité de l'existence de toutes les places


MANUSCRITS DE BERTRAND DE MOLEVILLE. 387

quelconques jusqu'à la clôture des États-généraux, excepté de celle d'huissier de leur salle. Blessé de cette réponse, il me dit sur le ton le plus haut et !e plus sévère : « Vous mettez bien peu d'empressement, Monsieur, à plaire aurai et à le servir. * « Le roi, » Monsieur (lui répondisse en souriant), ne pense point à moi, et ne sait pas à quoi je puis lui être bon. » « Je vous dis très-sérieusement, Monsieur, ce que le roi m'a chargé de vous dire ; je vous préviens même que vous pourriez bien recevoir des ordres de Sa Majesté à cet égard. » « Des ordres d'accepter la place de premier président du grand conseil? » « Pourquoi pas? » « Parce qu'il n'en a jamais donné de pareils; au resle, je les attendrai, et si je les reçois je ferai parvenir directement à Sa Majesté les motifs de mon refus. » Je vis qu'il ne savoit plus ce qu'il disoil, je pris congé de lui, et je ne l'ai pas revu depuis.

«La composition, etc »

La phrase, page 50, qui se résume par les mots : «.... surle-champ à M. Necker, » continue ainsi dans le manuscrit :

« je fus très-étonné de recevoir le lendemain une

lettre de M. Necker, par laquelle il me marquoit que le roi m'avoit accordé un traitement provisoire de 12,000 fr. par an à compter du jour de ma démission, jusqu'à ce que je fusse nommé à une autre intendance. Je crus d'abord que cette grâce accordée si promptement, et dans le même moment où mon mémoire avoit été remis à M. Necker, en étoit en partie la récompense, et j'en conclus que le plan que je proposois étoit adopté; je me rendis aussitôt chez M. Montmorin pour m'en informer. Il me dit que M. Necker avoit lu mon mémoire, qu'il en avoit été fort content, qu'il en avoit approuvé les principales idées quant au fond, mais qu'il croyoit que ce n'étoit pas encore ie moment d'en faire usage.

« Huit jours, etc «


388 LE CABINET HISTORIQUE.

Je termine ici mon collalionnement. Ce que je viens de transcrire prouve, ce me semble, que si on songeoit quelque jour à publier une nouvelle édition des mémoires de Bertrand de Moleville, il faudrait avoir recours aux manuscrits conservés dans le fonds Egerton du British muséum.

GUSTAVE MASSON.

XXXIV. — BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

Mémoire sur l'Angoumois, par Jean GERVAIS, lieutenant criminel au prcsidi il d'Augoulêine, publié pour la première fois d'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale, par G. BABINET DE RENCOGNE, archiviste de la Charente. — A Paris, Auguste Aubry, 186S.

La Société archéologique et littéraire de la Charente, fondée en 1864, est certainement placée par ses travaux à la tète des sociétés académiques qui produisent le plus et dont les publications méritent le mieux d'être remarquées. Elle continue surtout avec une remarquable persévérance à tirer de la poussière des archives les documents curieux que l'insouciance des siècles passés y laissoit oubliés. Après les publications de MM. Gellibert de Seguins, de M. Al. de Jussieu, de M. Sénemaud, puis de M. le docteur Gigon et" de M. le bibliothécaire Eug. Castaigne, voici celles de M. de Rencogue, avocat, naguère archiviste de l'ancien présidial, aujourd'hui archiviste du département. M. de Rencogne étoit depuis longtemps à la recherche d'un Mémoire sur l'Angoumois, composé au xvuie siècle par Jean Gervais, lieutenant criminel au présidial d'Angoulême, mémoire dont il n'existoit plus aucune trace dans les archives du présidial d'Angoulême, dont M. de Rencogne avoit la garde. M. le bibliothécaire Costaisne possédoit bien un travail sous le même titre: Mémoire sur l'Angoumois, pet. in-folio de 98 pages; mais ce mémoire étoit signé J. COLLAIN, curé de Saint-Angeau, mort vers 1772. D'ailleurs, chose toute licite,


BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 389

M. le bibliothécaire se réservoit l'honneur de la publication du manuscrit en question : M. de Rencogne n'avoit donc rien à voir à cet oeurre; mais voici que vers 1837, en scrutant à la Bibliothèque impériale les documents relatifs à l'histoire de sa province, M. de Rencogne met la main sur un volume ayant pour titre Mémoire sur l'Angoumois, signé du nom de Jean Gervais, et précédé d'une épîlre en forme de dédicace dudit Gervais à M. le comte de Saint-Florenlin. Il devint évident, dès lors, pour M. de Rencogne, « que cet ecclésiastique (messire J. Collain), trop peu scrupuleux, n'avoit pas craint de s'attribuer la paternité de l'oeuvre de Gervais, en inscrivant son nom en tête du manuscrit Castaigne, et que pour assurer dans l'avenir l'impunité à son usurpation il avoit pris le soin de supprimer dans son infidèle copie la dédicace du comte de Saint-Florentin et les nombreux passages qui désignoient le véritable auteur. Cette fraude, exécutée avec tant de prévoyance, devoit forcément s'imposer à la postérité et défier les recherches de la bibliographie la mieux informée, jusqu'au jour où l'examen comparé des manuscrits de Paris et d'Angoulême permettrait de la dévoiler en toute assurance.

« L'ouvrage de Gervais, ajoute encore M. de Rencogne, inspiré tout entier par un amour éclairé du pays natal, nous semble offrir un intérêt véritable. Les nombreuses notices dont il est composé sont remplies de faits que l'on chercheroit vainement ailleurs. Elles forment une suite d'études attrayantes sur les productions et la culture du sol, l'état du commerce et de l'industrie, l'organisation des diverses branches de l'administration publique en Angoumois, et considérées dans leur ensemble, elles présentent un tableau complet et vivant de cette province au commencement du règne de Louis XV. »

C'est ce livre que nous annonçons. Le consciencieux éditeur n'a rien négligé pour faire de ce travail un monument doublement intéressant pour les amis du pays d'Angoulême. Sorti des presses de l'imprimeur Jouaust, de Paris, le texte typographique, imprimé sur grand et fort papier vergé du format des livres de la Société de l'histoire de France, ne laisse rien à désirer, même aux plus scrupuleux amateurs, et nous ne savons si les presses les plus en renom ont rien produit de mieux; le volume a 423 pages. Il est précédé d'une préface dans laquelle, après avoir narré les chances aventureuses de ce travail, M. de Rencogne expose en termes sobres et mesurés la biographie de l'auteur et l'utilité dont peut être son livre pour les historiens à venir de l'Angoumois. « Puisse, dit l'éditeur en finissant, puisse le livre que nous publions perpétuer la mémoire de Gervais I Puisse-t-il surtout répandre dans la génération présente de notre pays, si insoucieuse des choses du passé,


390 CABINET HISTORIQUE.

les souvenirs historiques de ce petit i oin de terre qui nous a vu naître, et rappeler à tous ce qu'il y avoit encore au xvm° siècle de force et d'originalité dans la vie provinciale, aujourd'hui si effacée. »

Nous répéterons en forme de complément à ce voeu auquel nous nous associons pleinement, que le livre mérite une distinction toute particulière des bibliophiles et que, par son exécution autant questm intérêt, il mérite de prendre place dans les meilleures bibliothèques.

Avis aux Souscripteurs.

Quelques-u s de nos souscripteurs se plaignent de la lenteur que nous mettons à publier la Table de VArmoriai général, informes d'ailleurs que l'ouvrage se trouve complet au prix de 20 francs à la librairie de Mmo Bachelin-DefJorenne. Nous avons, il est vrai, traité avec cette maison pour la totalité de notre tirage à part de ce travail, dont le prix de composition et d'impression est hors de toutes les idées que nos souscripteurs peuvent s'en faire. Mais ce traité s'est fait à deux conditions : la première c'est que nous livrerions l'ouvrage complet, — la seconde que nous nous interdirions la vente d'aucun exemplaire de cet Armoriai, autrement qu'à nos propres souscripteurs, et suivant le mode adopté jusqu'à ce jour, une feuille au plus par livraison. Cet engagement nous le tiendrons : nos abonnés sont donc assurés de recevoir leur exemplaire complet, mais en acceptant les lenteur.» forcées de nos livraisons. Les impatients peuvent s'adresser à la librairie en question.

FIN DES DOCUMENTS DU ONZIEME UOLUMK.


TABLE DES MATIERES

DU ONZIÈME VOLUME

DOCUMENTS INÉDITS

I. — Code pénal de l'Albigéisme, par M. Louis DOMAIHON

{Suite) 1

II. — Procès de Fouquet. — Lettres au chancelier Séguier... 11

III. — Les J'ay vu de 1480 à 1568 24

IV. — Bulletin bibliographique : Inventaire sommaire des archives

archives antérieures à 1790, rédigé par M. MODYKÈS, archiviste du département de l'Aude; analyse par M. A. VALÈRE. 30

V. — L'impôt du sang ou la Noblesse de France sur les champs de bataille (Suite), de BILODART DE KERLEHEC, à BLACUÈHES , 33

VI. — Procès de Fouquet. — Lettres au chancelier Séguier

[Suite) 30

VII. — Lettres de Mariguy (Suite) à M. de Gaignières 54

VIII. — Recueil de Rasse-des-Noeuds. — Ronsard, prince des

poètes et curés d'Evailles 67

IX. — Lettre du cardinal d'Alsace à D. Thuillier , 74

X. — La Maison de Montagnac, notice généalogique 78

XI. — Bulletin bibliographique : Bossuet, précepteur du Dauphin,

Dauphin, de Louis XIV, et évéque à la cour (16701082), par M. A. FLOQUET; — Armoriai de la ville de Marseille, par M. le comte GODEFROY DE MONTGRAND; — Annuaire de lu Noblesse de France et des Maisons souveraines de l'Europe, publié par BOHEL D'HAOTEi.iVE

D'HAOTEi.iVE

XII. — Biron, duc de Courlande.— Lettres de M. Villardeau, consul de France à Moscou, a M. le comte de Maurepas 89

XIII. — Code pénal de l'Albigéisme : IV. Les Relaps, par M. L.

DOMAIHON 100

XIV. — Notice généalogique sur la famille du Fresne 105

XV. — Bulletin bibliographique : Manuscrits et incunables, exposés à Evreux en 1864, par M. R. BORDEAUX 12$


392 LE CABINET HISTORIQUE.

XVI. — La Justice révolutionnaire en France (17 août 1792 — 12 prairial an III), 6e article, par M. BERRIAT SAINTPRIX 137

XVII. — Code pénal de l'Albigéisme : V. Renvoi au bras séculier,

par M. L. DOMAIRON 157

XVIII. — Guillaume Marcel (de Toulouse), inventeur du télégraphe

télégraphe

XIX. — Deux lettres de Mous, de Belsunce, évoque de Marseille. 170 XX. — Château et seigneurie de Clervaux, en Poitou, et l'abbaye de Clervaux, en Champagne 179

XXI. — Bulletin bibliographique : L'intermédiaire des chercheurs et curieux 198

XXII. — Montmorency-Fosseux. Lettres de rémission, etc 201

XXIII. — Code pénal de l'Albigéisme (Suite) 223

XXIV. — Château et seigneurie de Clervaux, en Poitou, et l'abbaye

l'abbaye Clairvaux, en Champagne (Suite) 235

XXV. — Bulletin bibliographique : Catalogue des gentilshommes qui ont pris part aux assemblées de la Noblesse, par MM. Louis DE LA ROQUE et DE BARTHÉLÉMY. — Questions historiques, problèmes, erreurs, préjugés, mensonges, etc 203

XXVI. — La Justice révolutionnaire en France (17 août 1792 — 12 prairial an III), 7e article, par M. BERRIAT SAINTPRIX 265

XXVII. — La princesse des Orsins : Lettres inédites à M. de Pontchartrain

Pontchartrain

XXVIII. — Château et seigneurie de Clervaux, en Poitou, et l'abbaye de Clervaux, en Champagne : Pièces justificatives, par le comte de C*** 313

XXIX. — Les Princes françois 337

XXX. — Code pénal de l'Albigéisme, par M. L. DOMAIRON (suite). 340 XXXI. — La princesse des Ursins. — Pièces diverses. — Lettres du

duc de Gramont. — Couplets satiriques 346

XXXII. — Lequinio. — Comment les autoritaires de 93 entendoient

la liberté des cultes 373

XXXIII. — Manuscrits de Bertrand de Moleville. — Communication

de M. Gust. MASSON 382

XXXIV. — Bulletin bibliographique. — Mémoire sur l'Angoumois de

Jean Gervais, publié par M. de RENCOGNE 388

Avis aux Abonnés 390

Table des matières 391

FIN DE LA TABLE DES DOCUMENTS INEDITS.