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Hei^niève» Èdition

Les Méâscinsâe l'Histoire Les études de clinique historique sont à la mode chez les médecins. C'est plaisir pour eux de reconstituer des entités morbides vieilles de deux ou trois siècles et de suivre les' progrès d'une maladie dans la vie de quelque illustre personnage. Nos névroses et nos dégénérescences ne suffisent plus à leur activité et ils se sont mis à faire la synthèse de nos divers états pathologiques à travers les âges les, plus reculés.

Il faut admirer vraiment la sagacité qu'ils apportent en ces recherches peu banales. L'un d'eux n'est-il pas arrivé à démontrer au moyen de preuves que lui ont fournies- les sépultures de l'époque des cavernes qu'il existait déjà des « avariés parmi les hommes Un autre, en étudiant les momies des nécropoles égyptiennes, a trouvé que les contemporains des premiers Pharaons n'avaient nullement été à l'abri des maladiesftui, de nos jours, affligent le genre humain. Il a pu rassembler des ossements qui, enfouis dans les hypogées il y a soixante siècles, ont conservé l'empreinte de maladies constitutionnelles dont la nature a été aisément établie par la comparaison avec les lésions osseuses identiques observées maintenant et les pièces conservées dans les musées d'anatomie pathologique.

Cela est fort intéressant et nous ne pouvons que savoir gré de leurs recherches aux savants qui nous rassurent sur la vitalité de la plante humaine en nous la montrant assiégée à toutes les énoques par les mêmes maladies sans qu'aucune tare générale résulte pour elle de ces attaques.

Mais le grand public s'est bien plus intéressé encore aux reconstitutions d'étilts pathologiques -particuliers nous ré-i, vélant, avec les détails les plus circonstanciés, tous les stades des infirmités dont souffrirent les personnages les plus célèbres des temps modernes. Ah les étranges dessous que cette révélation de leur, misères fait à tant de gloire Que le Roi Soleil nous paraît décrépit quand nous lisons le journal de sa santé où ont été enregistrés tous les purgatifs qu'il a -pris durant cinquante-neuf ans 1 Il y en a plus de deux mille, soit 'Une moyenne de trois par mois. Et Voltaire, qium-mâlade: toute sa vie, ce qui né"1 l'empêcha pas d'atteindre le bel âge de quatce-vingt-quatre ans, en usa-t-il des remèdes et des médecins!

Un autre de ces souffreteux, Blaise Pascal, nous étonne bien davantage. « Misères de l'homme, grandeurs de l'homme a-t-il écrit. Ce fut vrai pour lui, surtout, car il semble bien que de ses défaillances-physiques mêmes jaillirent les accents impérieux qu'il sut donner à ses pensées sublimes.

Nous devons au docteur Cabanès, qui ne recula pas devant les recherches documentaires les plus ardues, une série de ces restitutions de l'ancienne clinique où il nous fait apparaître, sortant de leurs tombeaux séculaires, des Lazares, chargés d'ulcères et de stigmates, qui portèrent jadis les plus grands noms de France. Toutes les indiscrétions sont de mise en de pareilles études et il n'en épargne aucune à ceux dont il remue les cendres au nom de la science et de l'inflexible Histoire, se gardant, à l'égard d'un roi^ même s'il s'agit de Louis XIV, des réserves qu'observait Fagon, lequel n'avait cure de consigner dans son journal les infîrftiités buccales du monarque, infirmités qui .ne devaient pas être bien attrayantes pour ses conquêtes féminines.

En cette clinique rétrospective, le sec£i professionnel ne lie plus le praticien et c'est toute la vérité qu'il peut nous dire sur les maladies de ceux qu'il observe. Il pose même les plus redoutables interrogations Le Tasse était-il fou.? Marie Leczinska était-elle épilentique ? Quand le cardinal de Richelieu se

ît» 3. •– Feuilleton du Petit Parisien. LA NAUFRAGEE GRAND ROMAN INEDIT

PREMIÈRE PARTIE

LES TEMPÊTES DE LA VIE Il

L'Aventure de Robert

Cette chambre d'auberge était propre et Le soleii du matin y pénétrait à pleins ravons par la large fenêtre d'où on voyait TÉvphrate masse noire et immobile at4endafit-à pdésent un remorqueur pour connuer sa route jusqu'à Marseille.

4:. Le plafond était bariolé, il la mode itatienne, de grandes fleurs audacieusement peintres à la fresque dans des tonalités bizarres.

Et tout cela aurait paru d'une lumineuse gaieté si, dans .ce lit blanc, cette enfant. cette cnature de souffrance n'avait pas oppressé les cœurs d'une pitié désolée. Elke-était \h entre la vie et la mort. Elle respirait, pauvre inanimée. Mais ses yeux, ses grands yeux tristes ne s'ouvraient Et rien de ce que tentait la brave femme improvisée sa garde-malade, rien de ce qu elle imaginait pour l'éveiller de sa tor peur, ne faisait seulement tressaillir,son visage aux moiteurs ardentes.

ïfoUuttioû et reproduction interdites.

figurait qu'il était un cheval et lançait des ruades à .ses gens, on pouvait bien supposer qu'il ne jouissait pas de sa pleine raison. Mais ce n'est pas de son temps qu'il eût été possible de. parler de ces accès de folie.

Nous prenons aujourd'hui notre revanche à l'égard de ces puissants. Nous les disséquons et ne laissons rien ignorer de leurs défauts physiques., Les femmes elles-mêmes n'échappent pas à ces investigations puisqu'on a dénoncé les rhumatismes et les coliques de Mme de Sévigné, ainsi que l'ulcère variqueux qu'elle avait à la jambe. Nous savons d'ailleurs par ses lettres qu'elle buvait de l'eau de cerise tous les matins « pour se guérir de sa néphrétique ».

Qu'y faire? Il n'est plus de grands hommes pour les médecins. Ils sont sans pitié à l'encontre des valétudinaires d'entan. Et c'est bien un peu notre faute à tous, puisque notre curiosité fait le succès de ces savantes dissertations, un succès tel que les étudiants aujourd'hui choisissent volontiers de semblables sujets pour leur thèse de doctorat.

C'est ainsi que M. Merleau-Ponty vient de soutenir fort brillamment devant la Faculté de médecine de Paris une thèse sur Montaigne, ses maladies et l'hostilité singulière qu'il témoignait aux médecins. Thèse piquante, qui. en nous peignant la manière d'être d'un neurasthénique du seizièmesiècle, ajoute une page curieuse à l'histoire de la médecine. « Comme tous les neurasthéniques organiques, écrit M. MerleauPonty, c'est-à-dire ceux chez lesquels la neurasthénie est assise sur une base solide (et chez notre auteur, c'est l'artériosclérose, ou si l'on veut l'arthritisme), deviennent plus tard des mélancoliques, nous voyons Montaigne évoluer vers cette forme de psychose. Il se a chatouille » et ne rit plus. Il attend la mort, il la désire il a des tendances au suicide. »

Voilà un diagnostic que Montaigne eût accueilli par d'énergiques bourrades si un médecin se fût avisé de lui tenir ce langage. Il n'en voulait d'ailleurs aucun à son chevet il les traitait d'hommes de peu, dénués de science, ayant « cet heur que le soleil éclaire leurs succès et la terre cache leurs fautes ». Et il ajoutait « L'antipathie que j'ay à leur art m'est héréditaire ». A cette époque, l'empirisme régnait en maître et la raison de Montaigne ne pouvait en admettre les pratiques. Les drogues bizarres dont on. êe -servait lui répugnaient. Il ne comprenait pas qu'on pût prescrire comme remèdes « le foye d'une taupe, du sang tiré soubs l'aile droite d'un pigeon blanc, la fiante de l'éléphant ou telles autres singeries qui ont plus le visage d'un enchantement magicien que de science solide

Malgré la vivacité de ses critiques, les médecins n'ont pas tenu rigueur à Montaigne du parti pris avec lequel il écartait leurs soins et leur refusait sa confiance. Maints praticiens que je pourrais citer ont fait des Essais du philosophe leur livre de chevet. Le docteur Payen lui voua même un vrai culte; Montaigne n'eut pas de plus fervent disciple. C'est à lui qu'il doit de posséder à la Bibliothèque nationale, pour ses ceuvres et tout ce qui le touche, un cabinet spécial. M. Merleau-Ponty, lui, excuse généreusement, dans sa thèse, l'opinion que Montaigne avait émise sur le corps médical de son temps et ses doctrines. « Cette opinion, dit-il, émane d'un malade non guéri elle date d'une époque où la science ne savait pas répondre au désir des patients. »

Nos médecins sont gens d'esprit. Le docteur Folet, professeur à la Faculté de médecine de Lille, n'a-t-il pas récemment publié un opuscule où il prouve que Molière, en se moquant des médecins dans ses comédies, n'a aucunement exagéré jusqu'à la farce, comme on pourrait le croire, les bizarreries de la pathologie et de la thérapeutique alors en usage? Les ridicules, de Diafoirus, loin d'être imaginaires, ont été copiés sur nature.

Mais enfin le médecin arrivait.

Un petit Vieux au visage rasé-qui n'avait jamais quitté le pays que pour aller prendre il y a bien longtemps ses grades il Montpellier et dont la longue expérience suppléait à ce qui lui manquait peut-être Ce théorie et d'érudition.

D'un premier coup d'oeil, il avait posé son diagnostic.

C'est une fièvre cérébrale.

Très grave, n'est-ce pas, docteur ? Oui. mars la malade est jeune. nous allons bien la soigner. Ici, elle est au bon Et il avait prescrit, sur le front de la pauvre petite, des compresses d'eau froide qu'on devrait à chaque instant renouveler. De la glace vaudrait mieux. mais alors, il faudrait la faire venir de Cannes. Mais peu importe, docteur. peu importe.

Ah! dans ce cas.

Et il avait achevé sa prescription, complète cette fois, puisque cet étranger ne reculait devant aucune dépense pour mieux soigner cette jeune sa parente, sans doute. sa fiancée peut-être.

Et pendant plusieurs semaines Mary Seldon, dans ce lit d'auberge payé par la charite de Robert, ne fut qu'une créature sans pensée, sans mémoire, sans raison. une àme HoUante dans le vide et le chaos. Robert était toujours là

Il avait entrepris ce sauvetage il le mènerait à bien. « Quoi qu'il advienne faisait-il en souriant au souvenir de la vieille devise que son oncle Gaétan eût trouvé sans doute assez mal appliquée, mais que sa brave tante Clotilde eût certainement évoquée en cet instant, comme lui.

Eh bien, quoi ?. A soigner, à sauver cette

Vésale et Ambroise Paré furent des! contemporains de Montai.-ne. Parmi les médecins du temps de Molière, nous comptions Becquet, le médecin de Mme de Sévigné, qui contribua, avec Harvey et Aselli, à débrouiller le chaos où, sous leurs efforts, naissait la physiologie. J'exprimerai une critique seulement à propos de ces investigations dans le passé. Est-ce que nos neurologistes ne vont pas trop loin en voyant des fous ou des névropathes dans Bernardin de Saint-Pierre, Jean-Jacques Rousseau, Donizetti, Volta, Buffon, Balzac, Beaudelaire et vingt autres? Tout cela, pour arriver à conclure avec Lombroso que la folie est l'apanage du génie et qu'il faut être fou pour avoir quelque chance d'appartenir à l'humanité supérieure t JEAN FROLLO

M. Combes, -président du Conseil, est rentré à Paris.

Un très grave accident s'est produit sur la ligne n° 2 du Métropolitain. Les débats de l'affaire Humbert ont continué par l'interro-Qatoire de Romain et d'Emile Daurignac, et par l'audition des premiers témoin.

Les f ours d'Hennebont ont été téttumés.

Un accident de voiture a fait trois victimes près de Tarbes.

AUJOURD'HUI

Suite des débats de l'affaire Humbert. Les Fêtes d'Anvers IDe notre correspondant particulier)

Anvers, 10 août.

Ce matin ont eu lieu, à Anvers, les fêtes à l'occasion du centenaire de la fondation du premier bassin, décrétée par le premier consul Bonaparte.

,Ni. de Smet de Naeyer, président du conseil,,a participé à la cérémonie officielle. M. Verspreeuwen, échevin du commerce, a prononcé un discours dans lequel il a dit que l'administration communale a donné au quai le nom de d'Herbouville pour glorifier le préfet de ce nom. pommé par le premier consul, le 3 mars 1800.

Le comte de Smet de Naeyer, président du conseil, a vanié ensuite les progrès faits par le port d'Anvers.

M. Gérard, ministre de France, a remercié les orateurs qui ont bien voulu faire allusion L'administration française d'il y a un siècle a Anvers, et aux services qu'elle- a rendus' ù la-ville.

Le cortège des autorités s'est rendu ensuite; au vieux bassin, où a été inauguré un monument destiné à commémorer le fait quelle bassin fut creusé sur l'ordre de Napoléon Bonaparte.

Dans son discours, M. Desguin, faisant fonctions de bourgmestre, a rappelé que c'est le 18 juillet 1803 que Napoléon Bonaparte, alors premier consul, vint visiter AnM. Laurent, commandant du Cassini, a remercié M. Desguin de l'honneur que la belle ville d'Anvers a fait au gouvernement français en l'invitant à cette cérémonie. Enfin, les autorités vont inaugurer les travaux des nouvelles installations maritimes au nord de la ville, où NI. Cenlemans, éehevin' des travaux publics, prononce un discours.

Cet après-midi, les officiers ont été reçus au cercle français. Ce soir, ils ont assisté, un banquet donné en leur honneur par M'. Cogeis, gouverneur de la province d'Anvers.

SAUVETAGE D'UN AERONAUTE (De notre correspondant particutierl

Ostende, 10 août.

Un incident des plus dramatiques vient de se dérouler Ostende.

Les nombreux promeneurs se trouvait sur la plage aperçurent tout à coup un ballon se dirigeant sur Ostende au-dessus de la mer el faisant des bonds prodigieux.

A l'aide des lunettes d'approché on put distinguer parfaitement qu'il y avait dans ta nacelle un homme faisant des gestes désespérés et jetant du lest par-dessus bord. Le ballon atteignit cependant la crète des vagues, puis il fut emporté plus loin à demi dégonflé.

Le vapeur de sauvetage, continuellement

enfant il passerait quelques jours ici.1 dans un pays adorable et inconnu. Et puis quand miss Seldon irait mieux. quand elle serait en état de prendre une résolution. de choisir ceux de sa famille auxquels elle demnnderait protection et asile. Eh bien. ils se diraient adieu. et il partirait, lui, joyeux de la bonne joie d'un devoir rempli jusqu'au bout.

Entre temps, il avait écrit à Chanterive. A sa tante il avait sommairement raconté sans rien dire de cette aventure que le marquis (quelle injustice) aurait aussitôt taxée de nouvelle folie il avait raconté l'accident de fEuphrate, leur débarquement à Agay, le charme de cette halte inattendue à l'auberge, dans un pays perdu où on ne rencontrait que quelques douaniers et quelques 'pêcheurs. le bien être qu'il y éprouvait au soleil de la côte, pendant qu'il prenait peur, encore un peu souffrant de sa blessure, des brumes de novembre qu'il aliait bientôt retrouver à Chanterive. Et, cette formalité accomplie qui lui laissait tout le répit dont il avait besoin, il ne s'était plus occupé que de sa jolie malade. de celle qu'il appelait « la plus belle action de sa vie

Elle était si intéressante, cette malade blonde

Quand, à chaque instant du jour, il venait prendre de ses nouvelles, quand il la vovait si blanche dans la blancheur des oreillers. avec ses «pauvres- yeux qui s'ouvraient maintenant, sans regard, perdus dans leurs visions délirantes, il se sentait le cœur envahi chaque fois davantage par une pitié infinie.

Un matin, on était venu, en grand effarement, lui annoncer que, sur les rochers du sémaphore, la mer avait rejeté le corps d'un homme, 4'un Anglais. On.avait trouvé, dans

sous pression dans le port d'Ostende, partit Ce fut une chasse émouvante.

L'officier commandant le baleau fit mettre une chaloupe à la mer, et les vigoureux rameurs se dirigèrent vers le ballon, qui était sur le point de sombrer.

Enfin, après des efforts surhumains, on parvint à atteindre le ballon aux cordages duquel l'aéronaute s'était accroché. On saisit vivement celui-ci, qui était à bout de forces, et le de ce poids, fit un bond énorme et disparut dans les nues.

L'aéronaute ramené il bord du vapeur, de sauvetage revint à Ostende, où des milliers de personnes firent, et lui et il ses courageux sauveteurs, la plus chaude ovation. L'aéronaute, M. Tiberghien, de Douai (France), était seul dans, la nacelle. Il était parti hier à six heures du soir de Saint-Paul, près de Dunkerque, où une ascension avait eu lieu à l'occasion des fêtes municipales.

Après avoir traversé la ville, il se dirigea vers le littoral et fut bientôt entraîné en pleine mer.

M. Tiberghien se rendit immédiatement compte de la gravité de sa situation. Il ouvrit la soupape de sûreté.. mais ne put lutter contre le vent qui soufflait avec violence. TUÉ DANS UN TRAIN iDe notre correspondant particulier!

Meaux, 10 août.

Un vif émoi s'est produit hier soir sur les ̃quais ttat la gare de Meaux à V-swrivéïe du train de 9 heures 39, se dirigeant vers Paris. Plusieurs voyageurs et quelques employés de la gare apercevaient, complètement penché par une petite fenêtre de l'impériale d'un wagon, un homme dont l'immobilité fixa leur attention.

On s'aperçut alors que le malheureux avait le crâne brisé. Le personnel de la gare descendit ce voyageur qui ne donnait plus signe de vie et dont l'identité fut fournie par sa femme qui sommeillait dans le wagon voisin.

C'était un ouvrier charron de la compagnie de l'Est, nommé Louis Hutier, âgé de trentequatre ans; demeurant à Pantin, 71, rue du Général-Compans.

Les deux époux, accompagnés de leur fillette, étaient venus pécher à Nanteuil-Saacy, et, pour rentrer chez eux, ils étaient montés dans le même compartiment.

La femme n'a pu dire où ni comment son mari avait changé de wagon, attendu qu'elle dormait. On suppose que le malheureux, subitement incommodé, est descendu pendant l'arrêt à la Ferté^sous-Jouarre pour monter sur rimpérîSIÇ'eVque, s'étant penché au moment où le train s'engageait sous le tunnel d'Armentières, il a eu le cràne brisé contre la muraille-

Le commissaire de police a fait transporter le corps à la morgue.

LE CRIME DE SAINT-GERMAIN François-Paul- Nolot, détenu à la maison d'arrêt de Versailles, n'a pas été interrogé sur le fond de l'affaire par M. Régismahset, juge d'instruction.

Le magistrat instructeur a revu les déclarations des témoins et demandé par commission rogatoire, à Saint-Germain, des renseignements indispensables à la marche de l'instruction.

A Saint-Germain-en-Laye, M. Carré, commissaire de police, s'est occupé de rechercher l'emploi du temps de l'inculpé dans la soirée de mardi, à l'heure où, vraisemblablement, le crime fut commis.

On sait que Nolot affirme être rentré chez lui & neuf heures et n'avoir pas quitt.é ensuite son domicile or, trois témoins dignes de foi ont déclaré hier à M. Carré avoir vu Nalot de dix heures trois quarts à onze heures et demie.

C'est d'abord M. Ludwig, débitant de tabac et marchand de vins, rue de Poissy, à l'angle de la rue d'Hennemont. Nolot séjourna dans son établissement, où deux autres personnes très honorablement connues, MM. Jacquet et Sauvage, remarquèrent l'inculpé. Un autre point a été établi le gendre de la mère Cornu s'est présenté, jeudi matin, à la caisse d'épargne de Saint-Germain et a demandé le remboursement des sommes portées au livret de la septuagénaire. Cette précipitation à vouloir toucher l'argent de sa belle-mère constitue, aux yeux du magistrat instructeur, une charge morale qui a son importance.

Nolot. lorsqu'il se séra décidé à choisir un avocat» ou qu'un défenseur lui aura été désigné d'office, sera invité à s'expliquer sur ces faits.

Ajoutons que l'inculpé a perdu un.peu de sa belle assurance du premier jour il est maintenant abattu et a même pleuré. Aussi le surveille-t-on très étroitement.

son portefeuille, des papiers que l'eau n'avait pas encore entièrement rendus illisi.bles.

C'était Archibald Seldon.

Robert; le jour même, alla faire les démarches nécessaires pour qu'une sépulture décente lui fût donnée dans le petit cimetière de Saint-Raphaël, qui n'était alors qu'un village de pécheurs.

Et les gens d'Agay se dirent plus convaincus encore qu'au premier jour Ce. monsieur de. Chaaterive était l'ami de cet Anglais. et, bien sûr, il est le fiàncé de cette blonde qui est malade.

Evidemment cela expliquait tout.

Mais enfin, la fièvre de Mary Seldon s'apaisa. la raison revint. puis la mémoire. Ce fut pour Robert une dure.épreuve. Il fallut à cette malheureuse, brisée par le désespoir plus encore que par la maladie, redire peu à peu l'abominable vérité. Elle l'écoutait en pleurant silencieusement, trop faible, à présent, pour s'exhaler en sanglots bruyants.

Et lui, bien vite, il avait ajouté

Vous avez en moi un ami. tout dévoué. Cette catastrophe vous a laissée manquant de tout. Ne vous en inquiétez pas. Tant que vous serez ici, laissez-vous vivre. J'y ai pourvu. Donnez-moj seulement l'adresse de ceux de votre famille à qui je dols faire part.

Les yeux baignés de larmes se tournèrent vers lui avec une navrante expression Faire part, murmura-t-elle. A qui?. Aux plus proches parents, de sir Archibald Seldon. Ils sont en Angleterre, je crois.

Nos parents d'Angleterre 1.-

Sa voix devint fiévreuse.,

Est-ce que j'ai des parents! Est-ce que

LE PROCÈS HUMBERT COUR D'ASSISES DE LA SEINE

DEUXIÈME AUDIENCE

Le Public est toujours nombreux. Mme Humbert adjure le Président de la laisser parler. M. Bonnet achève l'Interrogatoire de Frédéric Humbert. Romain Daurignac fait pouffer la Salle de rire. Pas plus que son Frère, Emile Daurignac n'a

trempé dans la Rente Viagère. Audi-

tion des premiers Témoins. L'AI-

faire reprise à ses débuts.

L'empressemenMu public est aussi grand que samedi dernier et les mêmes mesures d'ordre ont été prises aux abords de la cour d'assises pour contenir les curieux, qui sont toujours nombreux et -cherchent à.user de mille stratagèmes pour se faufiler dans la salle ou va se; dérouler la deuxième phase du procès de la famiïïe'Humbert.

Si le nombre des dames est plus grand, on remarque qu'il y a beaucoup moins d'avocats qu'à l'audience précédente. Le lundi, en effet, le palais de justice est peu fréquenté la lassitude ou la prolongation des plaisirs dominicaux retiennent chez eux uu hors Paris les familiers de Thémis.

C'est toujours M. Forichon, premier président de la cour d'appel, qui règle personnellernent le service intérieur.

Il y a recrudescence de magistrats sur l'estrade. Tous les sièges qui leur sont réservés étaient occupés dès onze heures et demie.

Le prétoire est littéralement envahi par les dessinateurs et les sténographes. On remarque même dans la salle quelques photographes qui s'efforcent de dissimuler leurs appareils, guettant l'instant propice pour prendre des clichés.

En attendant la reprise des débats on s'entretient des incidents de samedi.

Mm° THÉRÈSE HUMBERT

Croquis pris à l'audience

L'impression laissée par Mme Humbert ne lui est pas aussi favorable que celle qu'elle avait produite lorsqu'elle comparut devant le tribunal correctionnel. ,Un trouve qu'elle a été inférieure à ce qu'on attendait d'elle et qu'elle a usé pour se défendre de procédés quelque peu enfantins. Va-t-elle se ressaisir ? Cette femme est si bien douée, si énergique que rien de sa part n'est destiné à nous surprendre.

A la dernière audience elle était souffrante. Peut-être allons-nous la voir, tout à l'heutoutes ses facultés. Va-t-elle nous dire entin où sont les millions ? Hum hum

Les Accusés reparaissent Très ponctuellement, la cour fait son entrée à midi précis.

On introduit les accusés, et leur arrivée cause naturellement une très vive émotion dans la salle. Ceux qui n'étaient pas à la cour d'assises samedi dernier sont avides de voir les accusés et ne craignent pas, pour cela, de bousculer leurs voisins, ce qui occasionne quelques colloques aigres-doux entre plusieurs personnes.

mon pauvre père n'a pas été renié, maudit par tous ceux qui portent son nom Ils n'ont pour'nous que du mépris et de la haine! Mais ce mépris^ cette laine, pauvre enfant, ne peuvent pas retomber sur vous qui ne les aviez jamais mérités! Si les Seldon de Stresbury ont eu à se plaindre de celui qui n'est plus. pouvez-vous croire qu'ils vous rendront responsable ?. Vous qui êtes de leur famille. de leur sang.

Non je suis la fille d'une pauvre femme que mon père a épousée malgré eux Ma mère. ils l'ont toujours regardée comme une intruse.comme une ennemie. Non, je ne suis pas de leur famille 1 Et les parents de votre mère

Mon père vivait errant et seul. J'ai perdu ma mère il y a plus de dix ans.. C'était une pauvre fille qu'il emmenait avec lui à travers le monde.

Et un flot de sang vint colorer son pâle visage pendant qu'elle ajoutait

Je ne connais pas sa famille.

Robert n'avait pas prévu cette cruelle complication.

11 devinait Mary Seldon bien seule, bien désespérée, mais il ne pouvait pas se douter de cet isolement affreux. absolu.

Qu'allait-elle donc devenir alors, cette enfant qu'un abominable père laissait perdue dans la vie, condamnée, qui sait? à se réfugier dans la mort pour ne pas rouler dans la honte.

Mais alors. fit-il en hésitant .vos. ressources.

Elle désigna du regard ses valises déposées dans un coin de la chambre.

J'ai là. quelques bijoux.

Mais. àprès ?.

Après

Les tristes yeux s'illuminèrent d'une flamme de funeste espoir,

Le silence se fait toutefois peu à peu. Mine Humbert s'avance avec majesté à sal place. Elle porte la même toilette et la mêintf coiffure aucun détail n'en a été modifié. Elle conserve une attitude très ferme. Le docteur Floquet, médecin en chef du palais, est là, prêt à prodiguer ses soins s'iï en est besoin.,

Son intervention sera très vraisemblable» ment inutile aujourd'hui.

Frédéric Humî>ert, qui, au début de sont interrogatoire, s'était montré très violent,, très agressif, paraît disposé à plus de calme.. Peut-être a-t-il été conseillé par son avocat Me Clunet..

Son attitude avait produit un mauvais eT«n fet. Il avait été violent, emporté sans raison*, Emile Daurignac, lui aussi, est impassiblé et semble très songeur.

Romain Daurignac a l'esprit plus dégagé* Il s'intéresse à tout ce qui se passe dans lat salle. Quand sa sœur a une saillie qui provoque l'hilarité'de l'auditoire, il sourie lui aussi, et cherche à se rendre compte de l'et. fet produit dans le public. Promesses de Révélations Mme Humbert va-t-elle faire des révélai tions sensationnelles,? Elle, vient de le pro*. mettre solennellement. Voici, d'ailleurs, l'ina cident

Atm moment'OÙ M. le conseiller Bonnet vas poursuivre l'interrogatoire de Frédéric Hum. bcrt et où il invite l'inculpé à se lever, s^ femme intervient et dit d'une voix forte Monsieur te président, je vous ai déclaré sa* medi que j'avais beaucoup de choses à dire. :.la vous demande de vouloir bien me laisser parler. Promettez-le moi.

M. le Président. .Té n'ai pas d'engagement à! prendre avec "VOys^ Hi&iSjS. Vais vtftts donner «rt avis je vais interroger votre mari, et je vous engage à ne pas intervenir, car je, me verrai contraint de prendre des mesures aieanieHee j'aurai' regret de recourir.

Mme Humbert. Il est indispensable que j%' parle aujourd'hui. Je le veux. Me Labori vent calmer sa cliente qui s'emW porte, mais c'est en vain. Je parlerai aujourd'hui, s'écrie Mme Hum-» bert. Je parierai. Je ne suis pas malade, j'ai toute ma tête a moi.

M. le Président (avec bonhomie). Oui, vouai parlerez mkts laissea-moi poursufvre mes inter.i rogatoires, et, quand j'aurai fini, vous pourreai vous expliquer, je ne, demande pas mieux. M1 Labori. Monsieur le président, avant d'enr trer de nouveau dans le débat, il serait bon quai la défense fat fixée sur les témoins et sache ceu» qui sont absents.

M. le président répond que M. Cattaui est toujours absent.

Mme Humbert. Oh! il faut qu'il vienne, ja le veux. C'est lui qui a inventé le chûteau de Mar. otte et non moi il faut qu'il s'explique publique^ M* Labori. Il Va également M. Amigues. L4 présence de ce témoin est plus que nécessaire.! Ses déclarations, ses dépositions ont servi aux? magistrats pour étayer lé réquisitoire définitif. nI est de toute justice que les accusés puissent l'en. tendre et réfuter ce qu'il a dit. NI. le Président. Maître Labori, je fer:ai, voua' le savez, tout ce qui sera possible.

Me Labori. Je vous demanderai d'user de la contrainte par corps au besoin vis-à-vis des té« moins qui persisteratent il. ne pas venir.

M" André Hesse intervient à son tour. Il insiste pour que M Degouin, qu'il a fait citer, se présente. Ce .témoin est employé dans un établissement de.vente à crédit, il ne peut donc se retrancher derrière le sercret. professionnel, ainsi qu'il le prétend. Ces incidents vont être clos quand Mmau Humbert intervient de nouveau. Elle vau* drait à toute force parler.

M. le Président. Je vous ai dit tbut à l'heur»

Après. Je sais bien que je suis per» due. Ah! je ne la regretterai pas, allez, cette odieuse vie auprès laquelle la mort arri* vera comme une délivrance. Robert l'arrêta d'un geste impérieux et/ suppliant.

Miss Seldon, s'ècria-t-il, dans toute la) spontanéité de son cceur, vous oubliez que je suis là. ̃

Elle le regarda avec plus de surprise en4 core que de reconnaissance.

Oui, continuait-il en souriant je ne vous inspire peut-être pas une confiance absolue. Je vous ai dit déjà quelques mots de ma vie. elle est absurde. mais on a bean faire des sottises,, cela n'empêche pas d'avoir le cœur bien placé.

.Il ën'a qui trouveront que c'est une nouvelle excentricité de .s'intéresser à une pauvre jeune fille que le malheur emporta à la dérive. Moi, j'estime, que je vais accomplir une bonne action qui m'en fera pardonner beaucoup de mauvaises. Et comme, 1e regard triste l'interrogeait. C4 que je vais faire répondit-il, ma! foi, je n'en sais rien. Nous allons y réflé.chir. Dame, comme vous, je suis pris au dépourvu. je n'ai pas l'habitude du rOle de tuteur.

Un pauvre sourire de gratitude erra sas les lèvres pales.

Mais, vous voyez, il faut être rassurée. Il faut guérir, reprends» des forces. Il faut vous dire que votre ami Robert fera pour. celle dont il a maintenant charge d'âme tout ce qu'il ferait pour une parente affectionnée. Vous voyez bien que vous n'êtes pas sans ramille.

Et comme, à ces mots, une larme roulait sur la joue de la malade.

Ailddûs. je suis un maladroit. je vous fais, de la peiqe. Pardonnez-moi, çuisîu*