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Titre : L'Afrique du Nord illustrée : journal hebdomadaire d'actualités nord-africaines : Algérie, Tunisie, Maroc

Éditeur : [s.n.] (Alger)

Éditeur : [s.n.] (Alger)

Date d'édition : 1931-04-11

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 37848

Description : 11 avril 1931

Description : 1931/04/11 (A26,N519).

Description : Collection numérique : Arts de la marionnette

Description : Collection numérique : Bibliothèque Francophone Numérique

Description : Collection numérique : Zone géographique : Afrique du Nord et Moyen-Orient

Description : Collection numérique : Thème : Les droits de l'homme

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k55868038

Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-50607

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb326834810

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 30/11/2010

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L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

ANNONCES III











Prix du numéro : 2 francs.

SAMEDI 11 AVRIL 1931

26' Année. - Nouvelle Série, \'° 519.

Les Journées fruitières à Alger : Au cours des démonstrations qui eurent lieu dans le département, notre collaborateur a pu prendre un cliché champêtre

du banquet offert aux congressistes dans les jardins de Sidi-Salem de M. .1. Pellegri, Photo Dcssnult


2 L'AFRIQUE D U N O R D I L L U S T R E E

Le Centenaire de la Légion étrangère.

I. Le monument du Centenaire.

Le 30 avril 1931, dans la cour du quartier Viénot, à Sidi-bel-Abbès, la Légion étrangère inaugurera le monument élevé par les légionnaires à leurs morts tombés au cours des cent années écoulées depuis le 10 mars 1831, date de l'ordonnance royale de Louis-Philippe constituant ce corps.

Ce sera la fête du Centenaire de eett? arme. Lai data du 30 avril a été choisie parce qu'elle est le jour anniversaire' du combat de l'hacienda de Camerone (Mexique 1863). Au cours de ce combat, qui dura 9 heures, 62 légionnaires, commandés par le capitaine Danjou et les sous-lieutenants Vilain et Maudet, tinrent tête à 1.800 Mexicains, dont ils forcèrent l'admiration. Sous un ciel de feu, sans eau, sans espoirs de secours, entourés par l'incendie, ils s'étaient juré de mourir plutôt que de se rendre, et tinrent parole, sauvant le convoi dont ils devaient assurer le passage, tuant 200 de leurs ennemis, en blessant 300.

Par ordre de l'Empereur, le nom de Camerone fut inscrit en lettres d'or sur le mur des Invalides, suivi du nom des trois officiers.

Le monument, qui sera inaaiguré et qui est actuellement en construction, est en onyx. La pierre provient de la carrière de Sidi-Hamza, située à 75 kilomètres de Sidi-bel-Abbès, carrière mise gracieusement à la disposition du colonel commandant le l'r Régiment Etranger par le Gouverneur général de l'Algérie. Depuis près de deux ans, les légionnaires extraient, taillent, polissent, puis transportent à Bel-Abbès les blocs destinés à ce monument. Il offre l'aspect d'un tronc de pyramide irrégulier sur le sommet duquel repose le globe terrestre. Sur quatre socles placés aux quatre angles', quatre légionnaires évoquent la Légion au cours de son siècle d'existence : le légionnaire de 1831, celui de l'Empire, le colonial, enfin celui de la dernière guerre, montent la garde autour du globe terrestre, sur lequel les régions où la Légion a combattu sont recouvertes d'un enduit doré :

Pour l'Europe : la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce, la Turquie, la Russie. Pour l'Asie : le Tonkin, l'Annam, le Cambodge, la Cochinchine, l'île Formose. Pour l'Afrique : l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Soudan, le Dahomey et Madagascar. Pour l'Amérique : le Mexique.

Les faces du monument mesurent respectivement 9 mètres et 7 mètres de largeur à la -base. Les légionnaires ont 3 mètres de ha^lt. La hauteur totale du monument, une fois achevé, sera de plus de 6 mètres. Une des grandes faces portera l'inscription: « La Légion à ses morts 1831-1931 ».

Les frais nécessités par l'élaboration des plans, l'achat du matériel d'exploitation, la fonte des sujets en bronze d'un poids total de 6.500 kilos, le • transport des pierres de la carrière de Sidi-Hamza à Bel-Abbès, et par l'édification, ont été comblés par les dons de tous les officiers et soldats servant à la Légion : au Maroc, au Levant, au Tonkin, en Algérie et dans le Sud-Oranais, puissamment aidés par les recettes résultant des tournées artistiques accomplies en 1929, en Afrique du Nord, par le légendaire orchestre à cordes du 1"' Etranger. Quelques amis de la Légion ont apporté leur obole, mais aucune aide n'a été demandée, et les sociétés d'anciens légionnaires qui auraient désiré participer pécuniairement à l'édification ont été invitées à conserver leurs ressources pour permettre à leurs membres de venir à Bel-Abbès le jour de l'inauguration.

La liste des donateurs sera scellée dans le monument; la pose de la 1 première pierre a eu lieu le 8 octobre 1930. Il a été édifié avec l'autorisation du ministre de la Guerre, dans la caserne de BelAbbès, à la demande des légionnaires •— officiers et soldats, anciens et jeunes — qui auront ainsi journellement devant les yeux le souvenir de leurs aînés morts pour la gloire de cette arme.

Ce monument, qui recevra, désormais, les nouveaux engagés et dira adieu aux libérés, a donc été construit pour les légionnaires et par eux;.. Il leur appartient. Son but n'est pas d'embellir une cité. Il est destiné à concrétiser le symbole de la Troupe donnant asile à ceux qui cherchent en elle un refuge et à commémorer ses gloires passées. Il montrera aux générations futures que le légionnaire de la Légion étrangère française est au moins l'égal

de son homonyme : le légionnaire romain qui a inscrit des traces durables de son passage partout où il s'est montré. Comme lui, après avoir été le premier au combat, il prend, son métier de soldat terminé, la pelle et la pioche pour construire des routes et créer des villes; la truelle et le marteau pour édifier, à la mémoire de ceux qui sont morts, un monument digne d'eux.

IL Les faits d'armes principaux.

Algérie (1831-1834). — Dès que son organisation fut à peu près terminée en Algérie, la 1 Légion s'y fit connaître par sa défense désespérée du Marabout de Sidi Mohamed, près de Maison-Carrée, où succombèrent le lieutenant Cham et ses 27 légionnaires (1832).

De 1832 à 1837, elle combattit à Bône, Oran et Karguentah, assista à la prise d'Arzew et défendit Mostaganem. Elle participa aux combats de Moulay Ismaël et de la Macta, puis à la prise de Constantine (1837), où le sergent-major Doze s'empara d'un drapeau et où le capitaine De Saint-Arnaud, le futur Maréchal de France, s'illustra.

1839 voyait la Légion à la 1 prise de Djidjelli, à la colonne de Bougie, puis à la défense de Milianah où, après 4 mois de siège, le 4" bataillon, qui comptait 750 hommes au début, était réduit le jour de la délivrance à 208. Tout le reste, sauf 80 hommes à l'ambulance, avait succombé.

Pendant que le colonel de Huisen, 9 officiers et 207 légionnaires succombaient au Fondouck de la province d'Alger, par suite des fièvres et du manque d'eau, le 1" Régiment Etranger se signalait, par une belle défense, à Coléah, à la colonne du Chéliff et construisait Orléansville (1843). Le 2e Régiment, à la même époque, défendait Djidjelli et Bougie, guerroyait contre les Hamenchas et, sous les ordres du Duc d'Aumale, occupait Biskra et recevait son drapeau.

La construction de Bel-Abbès date de la même époque (1844).

De 1845 à 1880, les deux régiments poursuivaient Bou Maza, s'enfonçaient dans le Sud jusqu'à Aïn-Sefra 1 sous les ordres du général Cavaignac, puis opéraient en Kabylie avec Canrobert. Le 2'' Régiment se signalait particulièrement aux deux/ sièges de Laatcha.

Jusqu'en 1854, la Légion parcourait la Kabylie, concourrait à la soumission des Beni-Snassen, puis, avec le colonel Desvaux, 200 légionnaires, montés sur des chameaux partaient dans la direction d'Ouargla, appliquant en Algérie les essais tentés par Bonaparte en Egypte.

Crimée (1854-1855). — En 1854, les deux régiments sont envoyés en Crimée et s'illustrent à l'Aima. Le 1" Régiment enlève le Bastion Central devant Sébastopol, et son colonel, Viénot, est tué pendant que le colonel Saussier, commandant le 2" Régiment, est décoré pour son intrépidité clans la- défense des tranchées de la Quarantaine. Les deux régiments étaient cités à l'ordre de l'Armée pour leur admirable bravoure.

Algérie (1856-1863) et Italie (1859). — Après avoir parcouru pendant trois ans la Kabylie et s'être particulièrement signalés à la prise d'Igheriden, les deux régiments furent envoyés en Italie et se firent remarquer à Magenta. Rentrés en Algérie, ils furent employés à différentes opérations dans la région de Sétif et des Beni-Snassen jusqu'au moment de leur départ au Mexique.

Mexique (1863-1867) et Algérie (1867-1870). — C'est axi cours de l'expédition du Mexique que la 3" Compagnie, commandée par le capitaine Danjou, et forte de 62 hommes, livra le légendaire combat de Camerone (30 avril 1863) que nous avons rappelé en commençant. Après avoir participé au siège d'Oayacca, à la colonne sur Monterey, où le bataillon Saussier fit trente lieues en 32 heures, sac au dos; au combat de San Isabel, où le commandant Brian, 6 officiers et 102 légionnaires, sur 177, trouvaient la mort, la Légion rentrait en Algérie et jusqu'en 1870 participait à la colonne contre les Ouled-Sidi-Cheikh.

France (1870-1871) et Algérie (1870-1883). — La guerre franco-allemande voyait 3 bataillons de la Légion à Orléans, Coulmiers, Cercottes et Montbéliard, pendant que les unités restées en Algérie continuaient les opérations contre Si Kaddour ben Hamza, grand chef arabe.

En 1881, le Sud oranais s'étant soulevé sous l'influence de Bou Amama, les légionnaires firent

partie de toutes les colonnes et se signalèrent plus particulièrement au combat du Chott Tigri, perdant sur l'effectif de deux compagnies tous leurs officiers, 53 tués, 29 blessés, mais sauvant leurs morts et forçant à la retraite 4.000 arabes. Le général Saussier, qui commandait le 19" Corps, pouvait écrire : « La Légion étrangère, qui compte déjà tant d'actes héroïques et de glorieux souvenirs, peut inscrire le combat du Chott Tigri aux IDIUS belles pages de ses annales ».

Tonkin (1883-1914). — Les incidents du Tonkin ayant nécessité l'expédition de troupes en ExtrêmeOrient, le général de Négrier, un ancien légionnaire, obtint que 4 bataillons de la Légion y fussent envoyés. Son Tay, Bac Ninh, Hong Hoa, puis Formose, Fou Tchéou, les Pescadores sont leurs étapes. Ils sont les premiers à Langson. Deux compagnies de la Légion s'immortalisent à Tuyen Quang, en résistant pendant 4 mois à l'attaque de 10.000 pavillons noirs; 198 légionnaires sur 390 étaient tombés (1885).

Puis c'est, de 1886 à 1894 : le cap Pac-Lung, Ioc Nara, Bac Day, Lung Kett, les colonnes du Yen The et Mona Luong, etc.. Le Siam voit aussi les légionnaires et, jusqu'en 1914, de nombreuses colonnes, dans toutes les directions, maintiendront la sécurité de la; grande colonie.

Dahomey (1893) et Soudan (1892-1894). — La Légion apporte un sérieux appoint à la conquête du Dahomey, se distingue à Poguessa et à Koto, pendant qu'à la même époque, au Soudan, elle contribue puissamment à la prise de Bosse.

Madagascar (1895-1905). — L'expédition de Madagascar ayant été décidée, un bataillon de Légion y est envoyé. Il fait partie de la colonne légère qui entre, le 30 septembre 1895, à Tananarive, et le général Galliéni demande bientôt le renfort d'autres unintés de la Légion. De 1895 à 1905, les légionnaires parcourent la grande île. Ils sont à Ambohidan, à Nossy Bé, à Vohingezzo. Partout, ils poursuivent les rebelles et, à Diego-Suarez, organisent un point d'appui de premier ordre.

Algérie (1883-1914). — Dès 1900, la conquête du Sahara est entreprise par les compagnies montées de la Légion. C'est le commandant Letuile qui, avec 2 compagnies de Légion, traverse le Grand Erg et atteint Timimoun. En 1903, El-Moungar, où 113 légionnaires résistent, pendant 8 heures, aux attaques de plusieurs centaines de dissidents, perdant leurs 2 officiers, 34 tués et 47 blessés; Taghit,

Zenaga marquent l'occupation des Oasis.

Les opérations en Algérie sont, dès ce moment,

terminées. Le Maroc va devenir le champ d'action

de la Légion.

Maroc (1906-1930). — Le combat de l'Oued-Nesli (1900) en est la prélude, puis c'est l'occupation d'Oudjda et de Casablanca, les affaires de BeniOuzien et Bou-Denib. En 1911, la Légion fait partie de la colonne de Fez. Les années suivantes voient la conquête de la région Nord du Maroc et la liaison avec l'Algérie, sous les ordres des généraux Moinier, Gouraud et Henrys. Taza est prise. Mangin atteint Marrakech.

Le 2 août 1914, trois bataillons de la Légion combattent au Maroc. Pendant la grande guerre, non seulement les légionnaires n'abandonnent pas les régions conquises, mais, sous les ordres de Lyautey, ils agrandissent notre domaine.

Depuis 1920, trois régiments étrangers sont au Maroc. Jusqu'en 1925, ils élargissent sans cesse la zone soumise à notre influence, le 3" Etranger vers Taza, Fez et Ouezzan, le 2" vers Meknès et le Tadla, le A" vers Marrakech. Des bataillons du l''r Etranger d'Algérie viennent, chaque année, contribuer à l'extension coloniale. Puis c'est la campagne du Rif où, sans arrêt, pendant des mois, les bataillons de Légion, s'opposent à l'envahisseur et finalement assurent la victoire. Depuis 1926, grâce aux légionnaires, qui tiennent les portes du Sud, et aux compagnies montées, qui sans cesse rayonnent, la sécurité complète existe dans le Maroc soumis. Le « Maroc Utile » du Maréchal Lyautey sera bientôt sous la domination effective du Sultan.

Syrie (1921-1930). — Depuis 10 ans, la' Légion est en Syrie. Deux bataillons, pendant 5 ans, de 1921 à 1926, un seul depuis 1926, aidés par des escadrons de la cavalerie de la Légion, ont vigoureusement contribué à ramener le calme dans un pays en effervescence. Aïn-Tab, Messifre ont valu aux unités des citations à l'ordre de l'Armée. Actuelle-


L'AFRIQUE DU NORD IL'LUSTREE 3

ment, Homs et Palmyre deviennent des centres importants et sont reliés aux grandes cités, grâce à la Légion.

Tonkin (1914-1930). — Pendant la grande guerre, les unités stationnées au Tonkin ont été progressivement ramenées en Algérie et en France. En 1918, une seule compagnie de Légion restait dans la Colonie. Depuis cette époque, successivement, 2, 3, puis 4 bataillons ont été envoyés en ExtrêmeOrient. Les opérations de guerre n'ont pas été nombreuses, mais, grâce à ces bataillons, lai tranquillité a régné dans la Colonie.

La Grande Guerre (1914-1918). — Dès le début des hostiliés, les 1" et 2" Régiments étrangers formaient, avec les éléments des nations neutres ou alliées, l'ossature des différents bataillons de marche qui, jusqu'à la fin de 1915, luttèi-ent sur la Marne, en Artois, dans la Somme, et dont les restes devinrent le fameux Régiment de marche de la Légion étrangère qui se couvrait de gloire en 19161917-1918. arborant à son drapeau, au moment de l'armistice, la Légion d'honneur et neuf palmes, se plaçant ainsi en tête de l'Armée française.

III. Participation de la Légion au développement colonial de la France.

Au moment où l'Exposition Coloniale va ouvrir ses portes à Vincennes, on ne saurait sans ingratitude penser qu'à la même date (30 avril 1931), à Sidi-bel-Abbès, le 1" Etranger célébrera le Centenaire de la création de la Légion étrangère, en inaugurant un monument construit par les légionnaires. Comment évoquer nos colonies sans penser jn même temps à ceux qui ont tant contribué à nous conquérir le 2" empire colonial du monde ? Par lu loi du 9 mars 1831, suivie de l'ordonnance royale du 10 mars, le Roi Charles X substituait au Régiment de Hohenlohe, dernier vestige des troupes étrangères ail service de la France, une Légion étrangère dont l'emploi était uniquement prévu en dehors du territoire continental du royaume.

Les Suisses des six régiment qui venaient d'être licenciés, les nombreux) étrangers expulsés de leur pays pour raison politique, à la suite du contrecoup produit en Europe par la Révolution de 1830, et qui cherchaient un refuge en France, y vinrent naturellement. La France venait d'entreprendre la conquête de l'Algérie. La place du nouveau corps y était toute indiquée.

Depuis cette époque, " depuis un siècle, la Légion " a pris part à toutes les guerres entreprises pair « la France pour la défense du droit. Elle a été au " loin, avec nos trois couleurs, porter les bienfaits « de la civilisation et, si notre pays peut montrer « fièrement les résultats de sa politique coloniale, « c'est bien un peu grâce à ces désabusés, à ces « Bons-à-tout » qui viennent à elle pour abriter leur 11 désespérance à l'ombre du drapeau de la Légion». (Extrait de l'Introduction à l'Historique du Régiment de marche de la Légion étrangère).

Les guerres d'Espagne, Crimée, Italie, Mexique, etc., ont fait connaître cette troupe spéciale dans les milieux militaires européens. La dernière guerre mondiale a immortalisé le Régiment de marche de la Légion étrangère, qui comptait dans ses rangs des gens provenant de plus de cent nationalités différentes ; mais c'est aux colonies que la Légion a laissé les ti-aces les plus durables de son passage. Dès 1831, l'Afrique du Nord est devenue le principal théâtre de ses exploits. Les provinces d'Alger. d'Oran, de Constantine, la Tunisie, depuis 1880, le Maroc depuis 1907, lui sont redevables d'une pacification rapide complétée par les travaux de toutes sortes entrepris parallèlement ou après les opérations militaires.

Les routes construites, les marais desséchés, la terre mise en valeur ont fait du légionnaire actuel l'égal du légionnaire romain. De nombreux centres de colonisation ont pour origine le poste construit et gardé par la Légion pour assurer la sécurité du pays conquis. Sidi-bel-Abbès est son oeuvre. Une ville qui compte aujourd'hui 40.000 habitants a remplacé le Biscuitville de 1845. Les pistes du Sud-Oranais, les vo'es de pénétration qui. d:' jour en jour, permettent de franchir le Grand Atlas : c'est aux légionnaires qu'on les doit en grande partie ; si, actuellement, le Sahara est en contact immédiat avec la Méditerranée et si un jour le Niger est relié avec l'Afrique du Nord, ce sera un peu grâce à l'appoint résultant de leur effort.

Aujourd'hui, en Afrique du Nord, la limite de la zone dissidente est marquée par les postes tenus par la Légion.

Que ce soit vers le Rif, le Tafilalet ou le SudOranais, les dix bataillons de la Légion qui montent la garde à la limite de la région soumise, appuyés sur les compagnies montées et les escadrons du Régiment de cavalerie étrangère, s'opposent victorieusement aux incursions ennemies.

Tous les bataillons de Légion qui, en 1925, ont participé à la lutte contre Abd-el-Krim ont été cités à l'ordre de l'Armée. Leurs pertes ont été lourdes.

Madagascar, le Dahomey, le Soudan ont vu ce corps, au cours de la conquête et des chefs tels que Négrier, Dodds, Galliéni et Lyautey, ont pu,

Photo Morts, Le Colonel Rollet qui vient d'être promu général inspecteur de lai Légion étrangère.

dans leurs ordres du jour, glorifier cette troupe au point de la considérer comme le premier artisan de la victoire : " C'est grâce à vous, messieurs, que nous devons d'être ici », disait un jour un grand colonial aux officiers du bataillon de marche de Madagascar qui, après la conquête, devait être rapatrié.

Le Tonkin utilise la Légion depuis 50 ans et notre belle colonie d'Extrême-Orient vient récemment encore de faire appel à un nouveau bataillon. Hanoï, Langson, Tuyen-Quang ont été les étapes successives ! La frontière de Chine reste inviolée grâce aux 1 légionnaires. Formose et le Siam les ont connus.

Sur les bords du Tigre et de l'Euphrate, le bataillon de Légion, qui occupe Homs et Palmyre retrouve les traces des légionnaires romains et les imite.

Enfin, la Légion est appelée à donner son appui où la nécessité s'en fait sentir.

C'est au moment où l'Exposition Coloniale vu s'ouvrir et la Légion fêter son Centenaire qu'il convient de songer qu'en servant sous le drapeau tricolore, les légionnaires, enfants de tous les pays du monde, ont augmenté le patriomoine de la France, épargnant en même temps les larmes de bien des mères françaises.

Enfin, leur barde, le Capitaine île Borelli, un de leurs chefs du siège de Tuyen-Quang, a dépeint magistralement la troupe qui résistait pendant 45 jours aux assauts furieux de 19.000 pavillons noirs et pirates, se confondant dans la gloire avec les aînés de l'hacienda de Camerone :

o Jamais garde de roi, d'empereur, d'autocrate,

o de Pape ou de Sultan, jamais nul régiment cha" mare d'or, drapé d'azur ou d'écarlate n'alla " d'un air plus mâle et plus superbement.»

L'Histoire coloniale est écrite dans les plis du drapeau de la Légion qui porte comme devise : « Honneur et Fidélité ».

IV. Historique de la Musique du 1" Etranger.

La création de la Musique militaire du 1" Régiment étranger date de la fin de l'année 1831. D'un effectif très réduit, plusieurs années de travail et d'efforts furent nécessaires pour la mettre en état de se produire et ce n'est guère que vers 1884 qu'elle commença, sous la direction de M. le Chef de musique Doëring, à se faire une réputation qui la mit bientôt en relief par rapport auxi autres musiques des Régiments de France.

A la fin de l'année 1887, l'orchestre à cordes fut créé par M. le Chef de musique Porch. Cet orchestre se perfectionna jusqu'en 1914, date à laquelle il atteignit une brillante renommée sous les directions respectives de MM. Salomez, Quéra, Sellennik, Sabion, Barbier et Dussenty.

A la déclaration de la guerre (août 1914), l'orchestre à cordes est à peu près dissout et les musiciens qui le composent sont affectés au Régiment de marche ainsi que la plus grande partie de la musique militaire qui se trouve réduite à quelques unités seulement.

En 1919, après la signature de la paix, M. P. Aka est affecté au 1" Régiment Etranger et, sans négliger la musique militaire, il réforme l'orchestre à cordes et obtient sur sa demande, en 1924, un chef de musique adjoint, M. Perdereau. lequel fut, quelque temps après, remplacé par M. Luquet. Un travail intensif leur permit de faire prendre à l'orchestre un essor sans cesse grandissant. Avant 1924, l'orchestre à cordes comprenait une quarantaine d'exécutants ; actuellement, la situation du matériel d'orchestre permet de présenter environ 90 exécutants.

V. Le Colonel Rollet.

Malgré certaines campagnes systématiques de dénigrement dirigées contre la< Légion Etrangère, les effectifs de celle-ci n'ont cessé d'augmenter, ("est ainsi que l'on compte actuellement cinq régiments de cette arme dont quatre d'infanterie et un de cavalerie.

Afin de maintenir à cette troupe d'élite son unité et sa cohésion, le Ministre de la Guerre a décidé que les dépôts d'infanterie et de cavalerie de la Légion Etrangère seront rassemblés à Sidi-bel-Abbès. où l'instruction des légionnaires pourra être faite dans les meilleures conditions et aux moindres frais.

D'autre part, il a été créé une inspection de In Légion. Ces fonctions ont. été confiées au colonel Rollet, récemment promu général, qui commandait ces jours derniers encore le 1" Régiment à BelAbbès. Ce choix ne pouvait être plus heureux, puisque le général Rollet a accompli la plus grande partie de sa carrière dans cette troupe.

C'est, en effet, depuis 1800, trois années après sa sortie de Saint-Cyr, qu'il débuta au 1" Etranger. Avec ce régiment, il prit part aux opérations dans les oasis sahariennes.

Après un séjour de deux années à Madagascar, il passa de nouveau au 1" Etranger, puis comme capitaine au 2" Régiment de la même arme. U fut alors de presque toutes les opérations qui se succédèrent au Maroc et dans les confins Sud-Algériens. Au début de la grande guerre, le capitaine Rollet vint sur le front français où il combattit avec le 31* d'Infanterie. En l'espace de quinze jours, il fut blessé deux fois : au combat de Catay et il Laimont.

En octobre 1015, on lui donna, avec le grade de lieutenant-colonel, le commandement du 331" d'Infanterie. En juin 1917, on le mit à la tête du régiment de marche de la Légion étrangère, unité avec laquelle il se distingua au cours de nombreux combats.

Appelé, en septembre 1920. au commandement du 3" Etranger, il reçut la même année, la cravate de commandeur de la Légion d'honneur. U commandait déjà le V Etranger lorsqu'il l'ut promu i Colonel en septembre 1925. ■ Au cours de sa belle carrière, le Général Rollet

a été cité huit fois. , La Légion a, à sa tête, un chef digne d'elle.


4 L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

La Tunisie à l'Exposition Coloniale Internationale de Vincennes.

Quand OU parle d'une Exposition coloniale internationale et quand on pense que la moitié du globe trouvera place en quelques hectares de terrains, on ne peut être surpris par la hardiesse d'un titre qui transporte délibérément une notable portion du continent africain au coeur du petit bois de Vincennes. Mais quel ne sera pas l'étonnement des visiteurs de l'Exposition Coloniale, quand ils constateront, dès l'ouverture des portes, que la Tunisie a délaissé le ciel de Numidie, profond et limpide et, qu'étalant ses lumineuses blancheurs dans la douce verdeur de la campagne française, elle a permis au titre de cet article de n'être plus que l'expression d'une réalité . C'est au coeur de la Section française que la Tunisie a trouvé un emplacement bien choisi. De hautes frondaisons mettent bien en valeur la blancheur du pavillon officiel, dont la silhouette rectiligne se détache en clair sous le ciel de l'Ile de France, chanté par Baudelaire, comme elle se profile d'ordinaire, là-bas, dans la Régence.

C'est une somptueuse demeure tunisienne fidèlement reconstituée.

La fraîcheur sèche du patio nous enchante et nous retient; il fait bon flâner sur les dalles rustiques, autour de la vasque en marbre blanc, dont, l'eau s'onde au contacte des gouttelettes du fin jet d'eau jaseur, et l'on resterait longtemps à admirer ce beau miroir mobile où se reflète joliment la colonnade et les murs de clôture aux revêtements céramiques, émaillés et polychromes, mais le premier étage attire notre curiosité éveillée. Là, un immense moucharabieh ajoute plus encore à la couleur locale par ses jeux d'ombre contrastant agréablement avec la réverbération de la lumière qui tombe droit dans cet espace à ciel découvert. La construction, entièrement ouverte sur la façade, fait songer à une réminiscence de la maison du Greco par son invite à y pénétrer sans hésitation. Le salon d'honneur, de pur style oriental, offre de curieux exemples de la décoration arabe, notamment avec son « kbou », petit salon d'attente plus intime et l'un des plafonds en bois doré, véritable puzzle par l'assemblage de dix mille fragments séparés. Ici, encore, l'esprit sombrerait dans une longue contemplation, si l'impérieuse nécessité dt voir, de tout voir, ne nous conduisait dans cette salle monumentale où de grands dioramas nous présentent, avec une expressive netteté, l'ensemble de la production tunisienne. Ingénieusement, MM. Vergeaud Georges-François et de Fontbonne surent: mettre leur originalité savante au service de notre oeuvre d'expansion en Afrique du Nord. Ces dioramas, dont l'un, monté mécaniquement, permet 1er. changements à vue, seront pour les visiteurs curieux de nos efforts et progrès une attrayante le çon de choses qui s'inscrira profondément dans leur mémoire.

Aux quatre angles de la salle, les artistes français, séjournant ou ayant séjourné en Tunisie, exposent de grands motifs de décoration, offrant ainsi, avec M. Valensi et son oeuvre architecturale, un dyptique harmonieux à l'admiration des amoureux

de l'art pur. Le peintre Félix Aublet nous montre des oliviers, des orangers, des palmiers, avec un égal souci de vérité; l'âme et le talent de M"" Jeanne Thil s'épandent librement dans la mise en lumière de la fécondité de la terre tunisienne et dans cette immense frise dont le développement majestueux étonne par le bel ordonnancement de sa composition décorative.

Une heureuse initiative de M. Valensi permet de loger les divers produits exposés, les diagrammes et les photographies dans une suite de vitrines basses bien alignées et éclairées suivant les dispositifs les plus modernes, sans nuire à l'esthétique générale et concentrant, au lieu de la disperser, l'attention des visiteurs. En ce pavillon, d'une grande ampleur, trouvent place encore les manifestations de la vie politique, économique et sociale de la Tunisie. L'Administration, les Municipalités, les Corps élus disposent de salles spacieuses et réservées à la démonstration de leurs efforts conjugués pour la prospérité et l'expansion du pays. Ainsi l'Enseignement, les Beaux-Arts, le Tourisme, les Chemins de fer, les Postes et Télégraphes, l'Agriculture, le Commerce et l'Industrie, les Ports, les OEuvres d'Assistance d'Hygiène et de Prévoyance, les Assurances sociales se partagent les stands confortablement installés où les exlposants particuliers occupent, individuellement ou par groupement, la majeure partie du palais officiel.

Pénétrons, sans crainte de nous égarer, dans c? curieux dédale de ruelles voûtées ou couvertes simplement

simplement charpente légère qui laisse filtrer doucement la lumière du jour, ainsi tamisée, et souvenons-nous que, par des voies volontairement détournées, nous aboutissons, sans avoir recours à un fil d'Ariane pour nous retrouver, sur la coquette petite place de Souk-el-Barka, si exactement rendue dans ses dimensions réelles, avec ses colonnades à torsades peintes, ses pavés anciens et ses échoppes séculaires où des générations d'orfèvres se sont succédées.

Par exemple, arrivé à l'extrémité d'une des deux rues qui forment impasses en réalité, quelle n'est pas la surprise du promeneur de les voir se prolonger jusqu'à la place Bab-Souïka ou à l'intersection de la rue des Andalous.

La note des bruits est donnée par l'appel strident du caouadji, la rumeur des marteaux des ciseleurs repoussant le cuivre des aiguières et des plateaux d'ornement, à quoi viennent s'ajouter les cris du charmeur et le sifflement de ses serpents. Les émanations des cuirs, que filigrane d'or et d'argent un inlassable brodeur, se marient avec l'odeur des essences du parfumeur, aux senteurs des produits exotiques et au parfum pénétrant des essences concentrées de géranium, de rose et de jasmin.

Aussi aurons-nous souvent la tentation d'aller ne plus entendre, en ces souks tunisiens, le martellement des heures, certains que nous sommes d'y découvrir chaque jour des beautés inaperçues la veille, dont le charme nous fera connaître l'oubli.

Lionel Nosmas.

La reconstitution de la place du marché des esclaves dans les souks de Tunis.

Photos lioldo.


L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE 5

MM. Champetier de Ribes et Morinaud de passage à Alger.

Une foule nombreuse se pressait, le 3 avril, aux abords de la gare maritime de la Compagnie Générale Transatlantique, pour saluer M. Champetiei de Ribes, ministre des Pensions, ainsi que M. Mo rinaud, sous-secrétaire d'Etat à l'Education physique. Ces deux personnalités furent reçues, à leui débarquement du '< G.-G.-Chanzy », par M. le Gouverneur général Carde, les représentants des autorités civiles, militaires et l'eligieuses de la Colonie et les dirigeants des corps constitués. Toutes les sociétés d'anciens combattants étaient représentées et une superbe gerbe de fleurs fut offerte par l'Association générale des Victimes de la Guerre.

Une compagnie du 5'' Régiment de Tirailleurs algériens, sous le commandement du capitaine Monthus, rendait les honneurs, tandis que la clique et la nouba jouaient la « Marseillaise ».

Un important service d'ordre maintenait la foule à l'extérieur de la gare maritime. MM. Joussen et Soulié, commissaires de police, étaient chargés de l'organisation de ce service qui fut impeccable.

Aussitôt après avoir quitté la gare, MM. Champetier de Ribes et Morinaud. accompagnés de M. le Gouverneur général et sa suite, se rendirent au Palais d'Eté, où ils furent les hôtes de M. Carde.

A l'Expcsition Coloniale Internationale de Paris 1931.

Récemment, à Vincennes, les journalistes résidant à Paris ont visité les chantiers de l'Exposition Coloniale Internationale, sous la conduite de M. Homo, chef de Cabinet du maréchal Lyautey, et de M. Knight, ministre plénipotentiaire, chef du bureau de la Presse au Ministère des Affaires étrangères.

Après une visite générale, les journalistes italiens ont été accueillis au Palais de la Section Métropolitaine par M. Schwob d'Herieourt et devant la Basilique de Septime-Sévère par S. Ex. le Prince Di Scalea, ministre d'Etat, commissaire général de la Section italienne.

A l'issue de cette visite, un déjeuner leur a été offert par le maréchal Lyautey, qui groupait autour de lui les membres de l'Ambassade, les membres du Commissariat italien et les principaux membres du Commissariat général de l'Exjposition Coloniale.

Le maréchal Lyautey a porté le toast suivant, très applaudi :

« Du premier jour où nous nous sommes rencontrés, nous avons, à l'Exposition Coloniale Internationale, fait nos accords franco-italiens. Il ne pouvait en être autrement parce que, à l'image de votre Gouvernement, vous êtes des réalisateurs et des organisateurs qui ne se perdent pas en vaincs paroles. Et c'est justement parce que vous n'aimez pas parler pour ne rien dire que vous et moi nous parlons la même langue.

« Longtemps nous avons craint, qu'en raison de la difficulté des temps qui pèse sur le monde, vous ne vous décidiez pas à nous donner votre participation, mais vous avez répondu à nos appels pressants, et, votre décision prise, vous n'avez pas perdu un jour pour mettre sur pied ce pavillon magnifique où nous allons retrouver la plus haute tradition romaine, l'union de la force et de la beauté. « Du reste, il ne pouvait en être autrement, dès lors que votre Commissaire général est le Prince di Scalea. Comme homme d'Etat il a fait ses preuves de force et d'autorité. Pour ce qui est de la Beauté, il a la formation de la Sicile aimée des Dieux, et je me plais à saluer en lui l'homme de haute culture, connaissant si bien notre langue et nos lettres, qui, si je ne me trompe, dès 1885, fut le compagnon de notre Guy de Maupassant.

« Je salue ses collaborateurs, votre, vos architectes, qui furent sans répit sur la brèche, le résultat certes a répondu à leurs efforts.

« Regrettant l'absence de votre éminent et si sympathique Ambassadeur, le comte Manzoni, retenu par un déjeuner organisé dès longtemps, je suis du moins heureux de saluer votre Conseiller commercial qui fût, dès l'origine, l'agent de liaison le plus actif, le plus compréhensif, et — ce qui facilite tout — le plus aimable, entre la France et l'Italie, M. Ballerini, qu'à notre grand regret nous

allons malheureusement perdre et à qui j'adresse tous mes voeux.

o Je suis heureux de vous féliciter de l'accord qui vient de se conclure avec vos directeurs de Chemins de fer et de Compagnies de navigation qui. dans la Conférence tenue ces jours derniers, ont apporté une telle bonne volonté et donné le branle à tous pour régler, dans les conditions les plus favorables, la réduction des prix et les facilités de trajet.

" Je salue votre Comité franco-italien de propagande qui a montré un telle activité sous la direction de M. Poulot, agent général de la Compagnie du P.-L.-M., en Italie.

11 Vous me permettrez d'envoyer un cordial souvenir à notre Ambassadeur à Rome, M. de Beaumarchais, que je connais depuis longtemps, puisque pendant que j'étais au Maroc, il fut pour moi, à notre Ministère des Affaires étrangères, le plus actif et le plus bienveillant des collaborateurs.

« Et maintenant. Messieurs, debout pour lever nos verres à Sa Majesté le Roi. « A Sa Majesté la Reine.

" A leurs A. R. le Prince et la Princesse de Piémont.

« A toute la Maison Royale, cette auguste Maison de Savoie dont j'ai l'honneur de connaître personnellement plusieurs des Princes et Princesses.

« Et je ne saurais terminer sans y associer le Duce, si hautement représentatif de la Nation ita*- lienne, de sa force et de sa volonté. »

Le Prince Di Scalea a répondu en exaltant l'amitié franco-italienne et en saluant particulièrement en la personne du maréchal Lyautey la filiation romaine de toutes les grandes actions coloniales. a»—*——

Un roman des Mille et une Nuits.

Nous sommes allés voir chez elle, dans son délicieux apartement, la jolie petite princesse, héroïne de ce conte.

« Je suis née le 9 janvier 1913, nous dit-elle, à « Saint-Etienne. Mon père, le Chérif Moulay Bra" him, s'y était arrêté pendant un voyage à travers « la France, voyage au cours duquel, il avait con11 nu, puis épousé ma mère Rose Bougre.

« Mon père était un grand Chef religieux, et sa « fortune était immense. Elle comprenait notam« ment, de vastes jardins dattiers qu'il possédait « à Aflou, dans la région oranaise, et d'orangeries « à Aldoul, près de Timimoun. »

Nous demandons à la jeune princesse, si elle ne regrette pas des paysages aussi dorés.

Et les yeux de la princesse Yasmine s'emplissent de rêve, mais elle poursuit :

« Par contrat de mariage, mon père avait recon« nu à ma mère la propriété des biens dont je vous « ai parlé.

Et la petite princesse nous parle de son père, « de cette belle et noble ligure de Chef arabe, cavalier incomparable. »

Elle ne semble pas loin de bénir le hasard, qui mena son père à Saint-Etienne, visiter une admiYasmina,

admiYasmina, d'Ouczzan.

rable collection d'armes damasquinées...

« Onze ans se sont passés depuis cette date, et "le jeune Moulay Brahin, prince d'Ouezzan meurt « dans des conditions restées mystérieuses, puisque « la nouvelle de sa mort, ne parvient à sa femme " que plusieurs années après au cours d'un voya" ge en Algérie.

" Je n'ai jamais su, ajoute la Princesse, ce qu'é" taient devenus ses biens, quant à ma profonde " stupeur, j'appris que l'oncle maternel de mon " père, s'intitulait : Le seul héritier.

"Je suis donc allé voir mes avocats Maître " Théodore Valensi et Maître Henri Sebag, et leui "ai demandé conseil. Eux si uls, peuvent désor11 mais nous renseigner sur les suites judiciaires, " à donner à cette étonnante histoire. »

Sur un sourire, qui nous révèle une admirable rangée de perles, nous prenons congé do la jeune Princesse.

Maître Théodore Valensi, auteur de Vasmina avait trouvé son héroïne.

."Marcel Azzopard.


G L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

Le marché de gros aux légumes à Casablanca

Le 28 mars, sur la route de Rabat à Casablanca, un défilé de camionnettes de maraîchers et de limousines de colons amenait toute une assistance dans l'ancien entrepôt du chemin de fer à voie étroite désormais tranformé en marché.

Bientôt arrivèrent des voitures d'où descendaient les personnages officiels.

C'était l'inauguration du marché de gros aux légumes.

Il y avait là des physionomies sympathiques à la population casablancaise, des membres de la Commission Municipale : MM. Rouché, Doyelle, Alluchon, Dr' Gieure, Padovani; des personnalités connues : MM. Eyraud, directeur des abattoirs; Philip, de la Compagnie Paquet; Lebault, président de la Chambre d'Agriculture, etc., les mandataires du marché et de très nombreux maraîchers et commerçants.

M. Comice, président de l'Association des Primeuristes accueillit les officiels : MM. Orthlieb, contrôleur-chef, et Soucarre, contrôleur de la Chaouïa Nord; le pacha de Casablanca; M. Rivollet, vice-président de la Commission Municipale; M.

Beaux, adjoint; M. Luppé.

Il n'y eut pas de grands discours. M. Comice félicita la Municipalité d'avoir réalisé une institution qui s'imposait.

M. Rivollet répondit que « tout vient à point à qui sait attendre ». Il confirma' que la Commission Municipale de Casablanca maintiendrait sa politique des marchés de quartier. Il signala que le quartier de la Liberté allait être doté d'un marché.

Et nous donnons la photographie du nouveau marché du quartier des Roches-Noires, qui sera prochainement inauguré et dont l'architecture et l'hygiène seront dignes d'une grande ville.

Et M. Beaux, délégué par M. Courtin, retenu par les élections prud'hommales, assura que la Municipalité n'avait qu'un but : le bonheur des producteurs, des intermédiaires et des consommateurs. De telles paroles méritaient une coupe de Champagne. On but donc au marché de gros et on félicita les organisateurs de ce marché de la propreté, di l'aération de l'immense local autour duquel, sur des terrains libres, les véhicules pourront stationner sans gêner la circulation dans les artères avoisinantes.

Cette inauguration est le prélude de la centralisation prochaine de toutes les opérations de gro-; dans ce marché et de la suppression de tous les marchés de gros dispersés en ville.

C'est une réalisation à laquelle tout le monde doit applaudir, car elle est une preuve nouvelle de prospérité.

Au Palais de Justice de Casablanca. Le 28 mars, à 17 heures, dans la grande salle

des Assises, M'' Cruel, à qui la croix de la Légion d'honneur devait être remise, a été l'objet d'une manifestation dont il conservera le souvenir.

M. le premier président Cordier et M. le procureur général Bonelli étaient venus à Rabat se joindre aux membres du Conseil de l'Ordre qui fêlaient le nouveau légionnaire.

M. le président Moussard et M. le procureur Bernard; MM. Puvilland et Néron, vice-présidents; MM. les Magistrats du Tribunal de première instance, du Parquet et du Tribunal de paix; MM. Petit et Neigel, secrétaires-greffiers; le personnel des greffes, de l'enregistrement et de l'interprétariat étaient présents à cette cérémonie.

M. le premier président Cordier, avec cet accent (h' noble éloquence qui lui est familier, prononça une allocution vibrante, rendant hommage à la vie de labeur qu'est celle de Mr Cruel.

M" Pacot, bâtonnier, prit à son tour la parole et termina son discours par ces mots que l'histoire ne contredira pas : « Vous laisserez, en ce Palais, ineffaçable, la trace de votre sillon, entouré de l'estime de ceux qui jugent le talent et de l'affection de ceux qui connaissent l'homme ».

Le soir, dans les salons de l'Hôtel Majestic, un grand banquet était offert par le barreau.

Nous nous associons aux éloges qui ont fait rougir la modestie naturelle de M" Cruel. Son activité qui l'a fait appeler aux fonctions de membre de la Commission Municipale de Casablanca et président de l'Automobile-Club Marocain lui méritait la ci-oix qui désormais ornera sa poitrine.

" L'Afrique du Nord Illustrée » adresse à l'éminent avocat qu'est M" Cruel ses félicitations bien sincères.


L ' A F R I Q U E 1) U NORD I 1. |. f s T R E E 7

La Plage de Saïdia.

Un débat s'est engagée entre l'Algérie et le Maroc pour donner au chemin de fer d'Oudjda une tête de ligne dans un port voisin. Ce chemin de fer assurerait, dans les années prochaines, un trafic de 500.000 tonnes par an. Ceci est d'importance.

Deux ports se disputent l'honneur d'être le débouché du Maroc oriental ; l'un est créé, Nemours , l'autre est à créer, Saïdia.

Nemours est en territoire algérien. Saïdia en territoire marocain.

Nemours est un port déjà construit où les bateaux à failbe tonnage trouvent un abri très suffisant, même par gros temps. Il abrite une population française de 2.144 unités.

Saïdia est un petit centre situé à l'embouchure du Kiss, à 70 kilomètres d'Oudjda où résident une cinquantaine d'européens, fonctionnaires veillant sur le trafic commercial qui a son siège à Port-Say, sur la frontière algérienne, et colons dispersés dans des fermes de moyenne importance.

11 semblerait que le l'ait que le port de Nemours est déjà vivant doive déterminer en sa faveur rétablissement di la tête de ligne projetée.

Mais des techniciens assurent que les agrandissements nécessaires du port de Nemours coûteraient beaucoup plus cher que la création de toutes pièces d'un port à Saïdia).

Nous n'avons pas qualité pour pénétrer dans le conflit des idées qui s'agiteront autour de Nemours et de Saïdia.

11 y a deux ans à peine, Saïdia n'était, au milieu d'un bouquet, d'arbres, qu'un assemblage de quelques maisons où vivent des douaniers et d'ici de là quelques colons.

Mais quelques hommes dont l'esprit en éveil mesure vite l'utilité des choses avaient remarqué la belle plage qui, à quelques mètres de Saïdia s'étend sur une longueur de 18 kilomètres et la vaste étendue de terre qui s'étend de la mer aux collines du Guerbous, sur une largeur de 5 et 6 kilomètres.

M. Mispoulet, contrôleur civil de Berkane, en faisant à Saïdia ses visites administratives, avait remarqué cette vaste étendue de sable fin, et, devisant avec quelques colons qui savaient que cette plage est sans danger avait éveillé l'idée d'une station balnéaire.

Et déjà, en 1927, des habitants d'Oudjda dressaient des tentes sur cette rive agréable et venaient chercher dans ses eaux la fraîcheur qui facilite le repos.

M. Boutin, M. Vautrot et M. Mispoulet conçurent alors le projet d'un aménagement rationnel de cette plage encore inconnue.

Vue panoramique de Saïdia-Plage en 1930.

Des pourparlers furent engagés avec l'administration des eaux et forêts, propriétaire en droit de toutes les rives du Maroc.

En 1928, les conversations prennent un tour favorable. Les Eaux et Forêts consacrent douze hectares d'un sol firme à l'érection d'une station et divisent ces hectares en lots dont l'étendue varie de 300 à (>00 mètres carrés.

Les lots-plage étaient cédés à raison de 0 fr 50 le mètre carré. Les lots commerciaux étaient cédés pour le prix de 0 fr. 25 le mètre carré.

125 demandes de constructions furent aussitôt

nage pas son concours aux animateurs et aux créateurs d? cette plage subitement créée.

Pendant l'été de 1930, de grandes fêtes sont organisées. Les « Tablettes Marocaines » d'Oudjda en donnèrent un compte rendu détaillé. ^ Plus de 12.000 personnes déferlèrent vers Saïdia. Ce fut une orgie de fantasias, de danses, d'illuminations. Les routes étaient couvertes d'un tapis de voitures automobiles qui transportaient ces milliers de visiteurs.

L'élan était donné. Saïdia était créée.

De vastes projets travaillent les esprits : Saïdia.

enregistrées. Fonctionnaires, commerçants, colons, apportèrent leurs énergies et leurs ressources.

Un comité d'organisation constitué en 1930 met a sa tête un homme d'une activité débordante, M Boutin.

Les matériaux de construction se déversent sur ces terrains nus. M. Vaudrot construit une maison. Et en 1930 tout un village balnéaire a surgi du sol 80 maisons, villas, bungalows, ont été. en quelques mois édifies avec le plus grand soin et un goût méthodique.

A M. Mispoulet a succédé un homme qui a vite entrevu l'avenir de Saïdia, et M. Colliac, contrôleur civil, comme son prédécesseur l'avait fait, ne médéjà

médéjà la station estivale du Maroc oriental, possède un climat si doux en hiver quelle peut être une station hivernale de grand ordre.

Le mot de « casino » a été prononcé.

L'idée est en marche.

La Commission d'Algérie, Colonies et. Protectorats de la Chambre des Députés s'est réunie le 12 mars et, sur la proposition de M. Roux-Freyssinet, s'est déclarée nettement hostile à l'établissement d'un port à Saïdia.

Si Saïdia ne devient pas un grand port de commerce, elle sera une grande plage à la mode et c'est ce que les premiers animateurs avaient seulement rêvé.


o L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

Mahdia.

Une des excursions les plus pittoresques à réaliser en automobile sur la côte orientale de lai Régence consiste, en partant de Sousse, à emprunter la route du bord de la mer qui conduit successivebent à Monastir, Mahdia et la Chebba pour aboutir à Sfax. Ce chemin n'a pas la majesté grandiose des routes en corniche, sorte de balcon sur la mer, comme celle qui accède à Korbous, mais il a ce précieux avantage de vous donner d'un côté un aperçu des vergers innombrables entourant les grands centres, et de l'autre côté lai vision de la mer immensément calme et bleue, avec ses côtes dentelées et son rivage de sable lin. Un arrêt s'impose à Mahdia, situé à 72 kilomètres de Sousse sur la route dont nous venons de parler.

Située à l'extrémité Nord-Est du large promontoire que forme l'Afrique du Nord sur la Méditerranée, la ville de Mahdia, entourée de riants jardins, occupe une position remarquable qui explique son rôle important joué dans l'histoire de la Tunisie. Comptoir phénicien renommé, connu sous le nom de Zelta ou Alipta, puis centre romain, elle fut rebâtie au x" siècle par le premier Calife de la dynastie fatimite, le Mahdi Obeid Allah, pour contrebalancer la puissance de Kairouan, la ville Sainte qu'avait fondée, trois siècles auparavant, l'émir Okba Ibn El-Firhi. Les historiens européens du Moyen-Age et de la Renaissance ont désigné «Mahdia » sous le nom d'«Africa»; cité industrielle et commerçante, elle entretint d'activés relations avec l'Italie, en particulier avec Venise qui y transportait des objets, tels que vases, écuelles, bâtons, échelles et ensouples ou rouleaux pour tisserands. Les négociants de Mahdia exportaient principalement de l'huile, des poteries, des objets de corail, de fins tissus. Le géographe musulman El-Bekn signale que c'était alors une cité opulente avec une énorme enceinte fermée de deux, lourdes portes de fer, pesant chacune mille quintaux et ayant trente empans de hauteur. Mahdia renfermait plus de 300 citernes. Son port, fréquenté par les navires venant d'Alexandrie, de Syrie, de Sicile, d'Espagne, pouvait contenir trente bâtiments et se fermait par une grosse chaîne de fer.

C'est au 12' siècle que Mahdia connut la première occupation des Normands de Sicile qui, après un long siège, s'emparèrent de la ville déjà ceinturée de hautes murailles crénelées. Mais l'Almohade Abd-el-Mounien, avec de nombreux guerriers, put reprendre la cité. C'est en vain qu'à différentes reprises les croisés franco-anglais du Duc de Bourbon tentèrent, au cours du 14' siècle, le siège de Mahdia qui se défendit avec courage. Le célèbre corsaire turc Dragut en fit sa capitale au 16" siècle, ayant occupé toutes les autres villes de la côie qu'il fortifia. A la suite d'un siège mémorable, les Espagnols s'emparèrent de Mahdia, centre de la piraterie barbaresque d'où s'élançaient les corsaires qui razziaient les côtes de Provence et de Sicile, raflaient les malheureuses populations riveraines pour ensuite garnir la chiourne des galères ou peupler les harems. Mais les Espagnols évacuèrent bientôt Mahdia, non sans l'avoir démantelée.

La grande cité, d'une richesse fabuleuse au temps du calife Intimide, connut les vicissitudes du pays de l'Ifriquia jusqu'au moment de l'occupation française en 1881. A cette époque, il ne subsistait que de rares vestiges des formidables enceintes qui protégeaient lai Mahdia du Moyen-Age : le bordj Skifa-el-Kahla, dans la partie Est, et la Kasbah, vaste construction cariée avec quatre bastions toujours debout. La population musulmane, paisible et travailleuse, entretenait les meilleures relations avec les quelques 300 Européens à demeure dans la ville, presque tous pêcheurs de profession.

L'amiral Gamault, qui commandait l'escadre française, croisant devant cette partie de la côte tunisienne, ayant eu, au mois de juillet 1881, connaissance de la manifestation spontanée de ces sentiments de loyalisme de la population musulmane, n'opéra pas de suite un débarquement à Mahdia. Mais les gens de Ksour-Essaf, petite bourgade située à quelques kilomètres au Sud de Mahdia, s'étaient révoltés et avaient razzié des troupeaux appartennant à des notables de Mahdia. Alors, pour les châtier, l'escadre française bombarda KsourEssaf et deux compagnies de débarquement occupèrent Mahdia pour la protéger contre les rebelles.

Nos marins furent accueillis avec sympathie par la population dont le chef était le capitaine Mohamed Sfar.

Mahdia compte aujourd'hui environ 10.000 habitants, presque tous musulmans. Beaucoup d'entre eux se livrent à l'industrie de la pêche; chaque année, de mai à fin juillet, arrivent à Mahdia un millier de pêcheurs grecs et siciliens qui s'adonnent à la pêche de la sardine et des éponges. Le vieux, port, les cimetières environnants, l'enceinte et la Kasbah qui domine la ville sont autant de curiosités locales à visiter. Aux environs de la ville, on a découvert récemment un cimetière punique analogue aux nécropoles fameuses de la Carthage phénicienne; dans plusieurs caveaux, on y a1 trouvé intacts des squelettes et des ornements funéraires.

Depuis une vingtaine d'années, l'attention a été appelée sur Mahdia, à la suite de fouilles sousmarines qui furent pratiquées à quatre kilomètres au large du port. Une équipe de scaphandriers, pêcheurs d'épongés, au cours de ses opérations trouva un beau jour du mois de juin 1907, par 40 mètres de fond, une série de gros blocs enfouis dans la vase. C'étaient une soixantaine de colonnes de marbre qui constituaient le fret principal d'un navire ayant sombré devant Mahdia au premier siècle avant notre ère. Outre ces colonnes, les fouilles ont permis de retrouver et de ramener à la surface unemultitude

unemultitude de grande valeur qui ont été groupés dans cinq salles spéciales du Musée Alaoui (Le Bardo). On y admire notamment une statue de bronze d'Eros mesurant 1 m. 40 de hauteur, un Hermès et toute une série de statuettes dont les plus curieuses forment un groupe de trois grotesques : deux danseuses et un bouffon d'allures difformes et vicieuses. Ces découvertes ont fourni aux archéologues des renseignements précieux' sur l'art grec de cette époque; les fouilles entreprises de 1007 à 1913 furent interrompues pendant les hostilités; il est à souhaiter qu'elles soient encore poursuivies, malgré les difficultés que présentent ces travaux et le coût élevé de ces opérations; car le bâtiment, coulé il y a 2.000 ans au large de Madhia, n'a pas encore révélé tous les secrets enfouis au fond des eaux.

Et chaque soir, le phare du cap Afrique balaie de son pinceau de lumière froide ces flots où dorment encore d'inestimables richesses, vestiges d'une civilisation morte et dont nous cherchons encore à découvrir les secrets. Peut-être un jour, que nous souhaitons proche, la Méditerranée consentirait-elle à laisser s'échapper de ses eaux, merveilleusement bleues, les mystères qu'elle a jalousement gardés depuis vingt siècles sans jamais donner aux hommes la satisfaction d'en approcher et de les lui ravir.


L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE 9

La pêche dans le département d'Oran.

Parmi les industries dont le développement a pris, dans le départment d'Oran, une importance considérable, la pêche occupe une place de choix qui ne pourra que se renforcer dans les années à venir.

On sait que les côtes oraniennes embrassent une distance de plus de 360 kilomètres de long, allant de l'oued Kiss (frontière orano-marocaine) à l'oued

Le halage du filet.

Aberi (limite orano-algéroise) et comptent parmi ses ports de pêche importants (par ordre topographique, de l'Ouest à l'Est) : Nemours, Beni-Saf, Mers-el-Kébir, Oran, Arzew, Port-aux-Poules et Mostaganem.

Au 31 décembre 1929. le port d'Oran avait employé à lui seul, durant les 12 mois précédents : 30 bateaux à moteur, 43 à voile et 4 chalutiers à vapeur (au total 83 unités), montées par 371 pêcheurs, sur un ensemble départemental de 387 bateaux et 1.918 hommes.

Parmi ces bateaux, ceux de petites dimensions comprennent :

Le lamparo (employant les filets de ce nom); Le sardinal (filets lamparos); Le palangrier (filets dits plalangres); Le tartanon et le bouliche, jaugeant de un demi à quatre tonneaux et demi. Le lamparo, employé seul ou avec une lampe à acétylène (pour la « pêche au feu »), est formé de deux' ailes et une poche centrale et sert à capturer le poisson de passage;

Le sardinal, filet commun, est, comme son nom l'indique, destiné à prendre la sardine et l'anchois; Le tartaron est pourvu d'un petit filet que l'on tire au sol ;

Enfin, le bouliche (même engin que le tartanon, mais de plus grandes dimensions, s'emploie de préférence sur les plages sablonneuses, telles que :

Arzew, Aïn-el-Turck et les Andalouses.

Parmi les filets de pêche, il convient de mentionner encore :

La madrague : vaste réseau de filins, de 380 mètres de large, 80 mètres de long, pourvu d'une queue de 750 mètres;

Le filet boeuf, traîné par deux bateaux accouplés comme des boeufs (d'où son nom), d'une capacité de capture considérable à telle enseigne que, en vue de prévenir le dépeuplement des eaux poissonneuses, l'utilisation de cet engin a été judicieusement réglementée depuis 1894 par un décret. Le filet boeuf, comme le bouliche et le tartanon, est un filet traînant.

La nasse, fabriquée par les pêcheurs à leurs heures de loisir, permet de capturer les gros crustacés: langoustes, homards, etc..

En 1020, le » quartier d'Oran » a récolté 14.000 quintaux de poissons de plus qu'en 1928. Parmi les poissons bleus, les chiffres suivants ont été enregistrés :

30.765 quintaux de sardines et allèches en 1029 contre 30.122 quintaux en 1928;

17.625 quintaux d'anchois (1020) contre 14.066 quintaux, (1928);

6.156 quintaux de thons (192!)) contre 3.075 quintaux (1928);

Par contre, 4.113 quintaux de maquereaux (1929) contre 7.458 quintaux (1928).

Dans l'ensemble, progrès sensible. En ce (lui concerne les crustacés, le chalut est utilisé pour la capture de la crevette, la nasse pour la capture de la langouste. La pèche de ce dernier crustacé est également en augmentation sur l'année précédente :

•19 quintaux de langoustes en 1929 contre 15 en 1928.

Four la crevette aussi : 1.077 quintaux en 1029 contre 3.580 en 1028.

Quant à la cueillette des molusques, elle n'a pas donné, jusqu'à ce jour, des résultats appréciables, mais on ne peut douter qu'un gros effort puisse être tenté avec fruit dans ce domaine.

Parallèlement au développement de la pêche dans le quartier d'Oran, l'industrie des conserves et des salaisons a pris ici un magnifique essor.

A l'heure actuelle, une trentaine d'usines fonctionnent à plein rende ment, dont :

Dix-huit à Nemours (avec 1.000.347 kilos de poissons traités);

Sixt à Beni-Saf (314.531 kilos de poissons) ;

Et quatre à Mers-el-Kébir (158.710 kilos de poissons).

Pendant la même période, Oran n'a traité que 15.000 kilos de poissons.

Ces chiffres se réfèrent à l'année 1920.

Peindrons-nous maintenant la vie des pêcheurs, de ceux qui voguent, dès l'aube ou dans le crépuscule, vers les parages poissonneux de la haute mer — parages depuis longtemps repérés — et vivent tout un jour ou toute une nuit entre le double azur de la mer et des cieux. Certes, pour le profane et le curieux, cette existence de plein air et — si l'on peut dire — de pleine eau apparaît tentante. L'homme des villes, confiné dans son bureau ou dans son atelier pendant 8 heures par jour, se réjouit à la pensée de respirer largement la brise marine et de dérouiller ses muscles en pesant de toute la force de ses biceps sur la rame. Mais que l'on ne s'y trompe pas : le métier de pêcheur est un rude métier et qui n'enrichit pas son homme; même vue à travers la prose poétique d'un Loti sinon d'un Marc Elder, l'existence des gens de mer n'est rien moins que réjouissante.

Tout va bien quand la cueillette est abondante, quand les filets n'ont pas subi trop d'avaries.

Immerger le filet, puis le retirer, quelques heures après, lourd d'une moisson plus ou moins riche de poissons de toutes espèces, frétillants au soleil comme des lingots d'argent : cela constitue seulement une des nombreuses occupations du pêcheur. Ramer, développer et ramener les voiles, entretenir la chaudière et graisser les rouages selon le mode de navigation adopté; préparer la cuisine, entasser le butin dans les récipients ad hoc; hàler l'embarcation si l'on aborde sur une plage ou jeter l'ancre si l'on mouille en eau profonde; une fois à terre, réparer les filets déchirés et les coques meurtries, etc., etc.... Voilà, n'est-ce pas, de quoi occuper bras et jambes ? Il est vrai que pour se donner du cran, le pêcheur algérien, quelle que soit son origine, a, comme tous les pêcheurs du monde, sa pipe ou sa chique.

Comme le paysan — son frère terrien — le pêcheur possède une grande expérience météorologique, laquelle, pour ne reposer sur aucune des données scientifiques qui servent de base aux prévisions de l'homme de l'art, n'en est pas moins exacte. Tel vieux loup de mer, malgré une mer plate comme la main et un ciel d'une pureté absolue, vou s déconseillera énergiquement de tenir l'eau plus de deux ou trois heures, par exemple, sous peine d'essuyer, au retour, une de ces bourrasques d'Ouest, dont un navigateur novice ne se tirerait pas aisément.

Quant au type local de pêcheur tout en conservant, du Maroc en Tunisie, un cachet général nordafricain, qui le rapproche assez de ses frères de tous les pays et de tous les rivages, il offre évidemment ici quelques petites particularités suivant le lieu et la race. Le maltais domine à Bône et Philippeville, l'espagnol, en Oranie.


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L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

L'artisanat au Collège Stephen Pichon de Bizerte.

Sous l'active impulsion de M. Sénat, directeur du bel établissement scolaire qu'est le Collège Stephen Pichon, une section artisanale vient d'être créée.

Elle est surtout réservée à l'élément indigène <iui y apprend à travailler le bois, le fer et aussi la maçonnerie.

Car il est bon de remarquer une chose, et. les photos ci-contre le démontrent, le bâtiment de la section artisanale a été construit de toutes pièces par les élèves, sous la direction de M. Sénat, qui se mua pour la circonstance en entrepreneur et arriva à ses fins par sa persévérante et agissante volonté.

Cet artisanat donnera aux fermes de la Région les ouvriers dont elles ont besoin. Il dégrossira des élèves et, de beaucoup qui suivront les cours trois ans, en fera des ouvriers finis.

La section artisanale compte actuellement 75 apprentis.

Ces élèves ont fait des terrassements, creusé des fondations, édifié un long atelier. Deux cent cinquante mètres carrés ont été couverts et, pour lai rentrée d'octobre, il y aura 400 mètres de plus.

Des machines-outils sont attendues qui perfce • tionneront cette école intéressante que l'on se doit d'aider en faisant connaître les efforts accomplis.

Alexis Roy.

Dans un pays où, depuis cinquante ans, la France poursuit une oeuvre civilisatrice dans tous les domaines, la eiuestion de l'enseignement professionnel se pose, chaque année davantage avec plus d'urgence et d'acuité. Administrateurs et colons, indigènes ou français, tous sont el'aceorel pour que cet enseignement se développe.

Ce qui manque le plus, ce sont les crédits, malgré l'indéniable générosité du Grand Conseil et des Conseils de Région epji mettent des sommes importantes à la disposition de la Direction générale de l'Instruction. Cependant, l'effort commencé depuis quelque dix ans est méritoire.

Un grand nombre d'écoles franco-arabes organisent des cours agricoles où, sous la direction de maîtres français, les indigènes s'initient à la culture des terres, à l'élevage, à la pratique des machines agricoles. La Tunisie étant un pays essentiellement agricole et les indigènes peu préparés à l'agriculture, il conviendrait d'orienter nettement beaucoup de jeunes gens indigènes vers la profession d'agriculteur.

Dans d'autres écoles, des ateliers ont été adjoints qui s'occupent de tissage, de teinture, de fabrication d'objets en bois ou en fer. Les jeunes apprentis, qui, munis d'une solide instruction générale, sortent de ces écoles-ateliers, trouvent généralement à se caser facilement dans l'industrie.

A l'Ecole Emile-Loubet de Tunis, qui est un modèle du genre, un grand nombre d'élèves bifurquent vers diverses professions ou métiers les plus variés : menuisiers, ébénistes, cordonniers, typographes, maçons, électriciens, etc..

Mais, trop de jeunes indigènes, parmi ceux qui ont les moyens de s'instruire, préfèrent devenii fonctionnaires et c'est une véritable croisade qu'il faudrait entreprendre en Tunisie en faveur de l'artisanat, et cela, dès l'école primaire où déjà, les vocations et les aptitudes se font jour.

A mesure que les indigènes s'éveillent à la vie moderne, eiu'ils se rapprochent de nous, et qu'ils s'en rapprochent de plus en plus, dans l'avenir, qui peut prévoir le grand développement que prendront l'agriculture et l'industrie ?

C'est ce qu'a compris M. Sénat, le directeur du Collège Stephen-Pichon de Bizerte.

Cette section artisanale ejui vient de s'adjoindre à l'enseignement déjà pratiqué dans cet établissement est une réalisation fort intéressante en tant que progrès dans le domaine pratique. Les élèves qui suivent ces cours, échelonnés rationnellement sur trois années en sortiront munis d'un bagage important non seulement au point de vue technique mais encore au point de vue pratique. Ce sont surtout des éléments indigènes qu'attire cette branche. Or dans le bled tunisien quelles sont les organisations qui, encore aujourd'hui et malgré les louables efforts accomplis par l'administration, arrivent à se suffire elles-mêmes ? Lorsqu'il est besoin de créer, ou plus simplement de modifier, il faut faire appel à des spécialistes dont les services se payent très cher. Un autre inconvénient, loin d'être négligeable, est le temps perdu, bien souvent très préjudiciable à la bonne marche d'une exploitation.

Les élèves formés aux cours de la section artisanale du collège Stephen Pichon seront donc à même de suppléer, dans l'exploitation agricole les spécialistes dont les connaissances sont le plus sur garant d'un succès mérité, grâce au labeur incessant de nos colons, qui trouveront alors, à portée de leur main, les éléments nécessaires.


L'AFRIQUE DU NORD I L L U S T R E E

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La ligne d'Oudjda à Fez : I. Pont achevé sur l'oued Za à Taourirt ; II. Culée en construction d'un pont près de Taourirt.

La ligne d'Oudjda à Fez.

Ainsi que nous l'avons écrit, il y a quelque temps, la Compagnie des Chemins de fer du Maroc hâte l'achèvement de la ligne Oudjda-Fez.

Dans le discours qu'il vient de pronocer au Cercle Interallié de Paris, M. Saint signale à l'attention de la France l'effort ferroviaire du Maroc. La Compagnie des Chemins de fer Marocains s'est engagée à terminer en 1934, c'est-à-dire avec une année d'avance sur les prévisions, la ligne d'Oudjda à Fez.

Les travaux, par suite des recommandations officielles et du zèle consciencieux des entrepreneurs, avancent avec une célérité remarquable.

C'est ainsi eiue vient d'être achevé le superbe pont métallique sur l'oued Za à Taourirt, destiné à la voie normale.

Nous sommes heureux de pouvoir donner à nos lecteurs les principales caractéristiques techniques de cet ouvrage d'art.

La portée totale du pont est de 100 m. 05 en trois travées de 31 m. 05, 37 m. 95 et 31 m. 05.

Les piles et culées en maçonnerie ont 8 mètres de hauteur.

Les fondations ont été exécutées à l'air comprimé et descendues à une profondeur moyenne de 10 mètres sous l'étiage.

Le tablier métallique est à voie inférieure avec travées solidaires.

Les poutres, à treillis multiple, ont 3 m. 68 de hanteur et 4 m. 95 d'écartement d'axe en axe.

Le poids total de l'ouvrage est de 310 tonnes. L'opinion publique suit avec une vive curiosité le progrès accompli, et les nombreuses photographies que les voyageurs prennent des travaux en construction prouvent tout l'intérêt qu'offre cette ligne pour les relations commerciales du Maroc avec l'Algérie et l'impatience où l'on est de la: voir enfin achevée et livrée au trafic.

Faisons confiance aux ingénieurs de la Compagnie des Chemins de fer du Maroc. Avec une maîtrise indiscutable ils dirigent les travaux 1 et les font exécuter avec tout le zèle dont les ouvriers européens et indigènes sont capables.

» i »

L'homme électrique.

Voici la thèse soutenue par M. Overbeck sur la principe de la vie :

— C'est en étudiant longuement les plantes que j'ai pu prouver que leur croissance et leur fécondité correspondaient à l'action douce et continue d'un courant électrique.

« Le but de mon traitement est d'entretenir dans la machine humaine ce courant naturel. Pendant notre enfance, et au fur et à mesure de notre croissance, c'est l'excès d'électricité qui sert à constituer les cellules corporelles utiles à notre développement et à notre perfection. Ensuite vient un stade où nous dépensons autant d'électricité que nous en produisons. Mais il arrive un moment où nous ne pouvons atteindre le minimum nécessaire : notre machine commence à faire défaut ; ce sont alors les pénibles maladies de vieillesse, qui ne résultent ni plus, ni moins (pie d'un déséquilibre électrique. Le cerveau est « le coeur électrique » du

corps ; la moitié du courant libre passant à travers les nerfs et l'autre moitié, chimiquement, à travers le sang. Ces types jumeaux de circulation représentent la vie même.

" Tous symptômes doivent donc être considérés comme une mauvaise répartition. Ce sont les manifestations finales que nos sens peuvent découvrir. Nous devons donc suppléer artificiellement à l'alimentation naturelle et proportionnée de nos cellules en rétablissant notre équilibre électrique normal.

« Notre cerveau est divisé en sections ; ces sections, appelées centres nerveux, correspondent à une certaine partie du corps bien déterminée. Le cerveau étant le centre régisseur, il y a donc lieu de l'alimenter en premier lieu et de diriger ensuite une certaine quantité d'électricité vers l'endroit nécessaire ; le courant se trouve alors n irmalement rétabli, la douleur cesse et après plusieurs traitements, la maladie disparaît. Une telle alimentation peut arrêter les maladies avant leur éclosion, cette diffusion profitant à notre état de santé en général.

" Cette méthode a donné de remarquables résultats, aussi bien dans l'entretien de la santé que dans la lutte contre la maladie et l'usure vitale prématurée. Voyez d'ailleurs ce qu'a donné l'application de cette théorie sur moi-même.

Il est, en effet difficile de ne pas admirer la jeunesse véritablement surprenante de ce vieillard de soixante-quinze ans qui a vu, en peu de temps, disparaître tous les maux dont il souffrait, ses muscles et sa force revenir, ses cheveux repousser et brunir.

Cette théorie, pour originale qu'elle paraisse, e <t peut-être celle qui bientôt révolutionnera les conceptions médicales actuelles. Peut-être, grâce à M. Overbeck, arriverons-nous un jour prochain à combattre, d'une façon que nous ne pouvions soupçonner, toutes les maladies qui aceablent notre misérable humanité.

Que deviendront alors les belles dissertations médicales et philosophiques de M. Diafoirus '!

Les Marocains à l'Exposition Coloniale.

Le Syndicat d'Initiative de Tanger a décidé d'exposer, dans la partie qui lui est réservée du Palais du Maroc à l'Exposition Coloniale, un diorama du port et de la ville de Tanger.

Il a tu recours au talent réputé du peintre Brineleau ejui, après avoir consacré à l'étude des couleurs et des dessins les jeunes années ele sa vie, inculque à la jeunesse du Lycée de Casablanca, dans des leçons patientes, où l'artiste sait se muer en professeur, l'amour et la passion de l'art.

Le tableau eiu'il a peint fait honneur à sa science de la perspective. 11 est composé de trois tableaux qui sont placés l'un devant l'autre avec un écart d'environ 30 centimètres entre chacun d'euxL Le speetateur, qui considère l'oeuvre, ne s'aperçoit pas de cette superposition tant les nuances de l'un se confondent avec celles du suivant.

La toile de fond représente le port, la ville et la montagne qui domine la ville : c'est un tableau eles choses présentes avec quelques modifications que le développement du port va entraîner.

Un deuxième plan représente un navire, « le Maréchal-Lyautey », accosté à la jetée. Un troisième plan ligure le phare de Tanger contre lequel se heurtent des vagues écumantes.

Ces deux plans sont un tableau des choses à venir : ils nous donnent l'idée approximative de ce (pie sera Tanger lorsepie la jetée sera assez avancée pour pouvoir abriter les navires de fort tonnage et lorque le phare sera édifié.

Ce diorama, conçu par le Syndicat d'Initiative ele Tanger, a été réalisé par Brindeau avec le souci de reproduire exactement, par le pinceau, tous les coloris que la nature elle-même jette chaque jour sur le port de Tanger et sur son cadre de villas noyées dans la verdure des frondaisons. U y a réussi. Nous le félicitons d'avoir ajouté ce tour de force aux belles oeuvres qui enrichissent l'école marocaine dont il est le vétéran.


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L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

La Radiophonie française à travers le monde.

Elle est littéralement noyée par l'étranger.

Une enquête officielle le démontre.

Allons-nous réagir et persévérer dans l'effort ?

On a écrit que le Gouvernement français, ému, bien tardivement, de la pénible situation qu'occupe la radiophonie française à travers le monde, va tenter de réagir.

Cette affirmation nous laisse, malgré son caractère officiel, septique quant au résultat immédiat. En effet, on a si souvent dit et écrit que nous allions sortir de la misérable végétation dans laquelle se débat la radiodiffusion de notre pays !

Chaque fois ces tentative» ont lamentablement échoué soit devant une question de monopole, soit à cause d'intérêts égoïstes.

Il n'y a pas de raison que ce qui dure en France, depuis bientôt dix ans, ne se perpétue pas. Chaque nouveau ministre des P. T. T., en arrivant au pouvoir, nous a promis la solution de ce problème à la fois délicat et impérieux, chaque fois le ministre a laissé son portefeuille sans avoir rien pu réaliser,

Pourquoi ?

Un ministre des P. T. T. a dit, il y a longtemps, qu'au ministère « un fantôme » s'opposait à toute solution équitable et immédiate. Nous finissons par être convaincu que ce ministre avait raison !

Et pendant cette lutte sourde, féroce, la radiophonie officielle de la Métropole est littéralement éclipsée par l'étranger.

Nous n'arrivons plus qu'au dixième ou onzième rang de la radiodiffusion européenne, ce qui nous a valu, de la part d'un journal étranger, la charge que nous reproduisons d'autre part.

Une enquête édifiante.

Le ministère des Affaires étrangères, inquiet du développement considérable du nombre et de la puissance des émetteurs étrangers, a1 voulu connaître comment la radiophonie française était appréciée non seulement chez nos voisins d'Europe, mais à travers le monde.

A cet effet, il y a exactement un an, ses services ont adressé à nos ambassadeurs, consuls, agents commerciaux, bref à tous nos représentants à l'étranger, un questionnaire relatif à l'expansion intellectuelle par radiodiffusion, questionnaire (lue nous reproduisons ci-après .

1" Quel est le nombre d'appareils récepteurs existant, dans le pays où vous représentez la France, en avril 1930;

2" Dans quelle mesure les émissions des stations françaises sont-elles perçues dans ce pays ou neutralisées par celles des stations étrangères '.'

3" Quelles sont lss critiques auxquelles donnent lieu généralement les heures d'émission des stations françaises ? Leur longueur d'ondes ? La composition et l'exécution de leurs programmes de radioffusiori publiques et privées-?

4" Quel est le nombre, la situation, la puissance des stations de radiodiffusion publiques et privées 5" Associations littéraires, artistiques ou d'enseignement utilisant ces stations;

6" Quelle est la part faite, dans les programmes locaux de radiodiffusion, à la littérature française, aux arts français et à l'enseignement de notre langue ?

7" Quelle est la part faite, dans les mê. les programmes, aux activités intellectuelles et aux langues étrangères ?

Les résultats.

Quoique toutes les réponses ne soient pas encore parvenues, un de nos confrères de "l'Intransigeant» a pu obtenir d'un fonctionnaire les résultats suivants :

Actuellement, en Afrique où le français est la langue courante, beaucoup de possesseurs d'appareils récepteurs se sont mis à apprendre l'anglais ou l'italien, car ils n'entendent pas, pour la plupart, les postes français !

Si à Biskra on entend très bien les postes espagnols, anglais, allemands, italiens et suisses, aucun autre poste français que Radio-Toulouse n'est reçu convenablement !...

A Dakar, on capte les ondes des émetteurs anglais, hollandais et américains sur ondes courtes et c'est tout.

Au Soudan, aucun poste français à ondes longues n'est entendu.

En Afrique Orientale on intercepte facilement les postes hollandais, italiens, autrichiens et celui de Java, mais rien autre de France que RadioToulouse par intermittence et principalement Djibouti qui effectue des retransmissions.

A Madagascar, c'est encore les ondes courtes hollandaises et italiennes qui sont écoutées.

La Réunion ne perçoit aucun poste français, pas plus que les villes de la Martinique, de Tahiti et de tous les établissements français de l'Océanie. On y reçoit couramment les postes hollandais d'Emdhoven et d'Hilversum et ceux de Pittsburg et Schenectady des Etats-Unis. Tous sur ondes courtes.

En Indochine, à Shanghaï, on commence à recevoir le poste à ondes courtes de Saigon qui, depuis quelques mois, balaye nos colonies et comptoirs d'Extrême-Orient,

Enfin, des rapports parvenus de différentes nations européennes, il résulterait que seuls RadioCharge

RadioCharge la radiophonie française parue dans un journal étranger. Lai puissance des émetteurs européens voisins est telle, qu'elle souffle le rayonnement français.

Toulouse et Radio-Paris seraient interceptés et assez régulièrement suivis.

L'audition des postes français est nulle en Amérique du Nord et du Sud, aux Indes, en Perse, etc.

Et voilà le bilan !

Et les émetteurs nord-africains ?

Il est curieux tout de même de remarquer qu'on ne parle pas de Radio-Alger et de Radio-Rabat.

A ce sujet, nous aimerions connaître l'opinion des amateurs, éloignés d'Alger ou de Rabat de quelques centaines de kilomètres, et plus particulièrement de ceux habitant les villes Sud et de l'Extrême-Sud.

S'ils veulent bien nous donner leurs résultats d'écoute sur Radio-Alger ou Radio-Rabat, qu'ils précisent le nombre de lampes de leur récepteur, le type de montage, le capteur d'ondes : cadre ou antenne, la régularité de réception, les phénomènes de fading constatés.

Pour conclure, nous espérons que le statut do la radiodiffusion française viendra bientôt en discussion.

S'il n'est pas voté cette année, le projet permettra d'avoir une idée de l'organisation future de la phanie française qui, officiellement, est inexistante en Europe.

Fred Bédeil.

La XI' Foire de Marrakech.

Chaque jour, le Maroc voit s'agrandir son domaine, grâce à la pacification des territoires qui jusqu'à ce jour avaient mérité le qualificatif de dissidents. Devant la marche toujours plus belle de la paix, l'assurance de pouvoir s'établir d'une façor définitive et stable s'ancre plus profondément dans les pensées. Aussi, voyons-nous surgir, de toutes

les régions du Protectorat, des énergies créatrices et réalisatrices. Chaque jour, la stabilité, la confiance prennent pied et les esprits, libérés de la crainte, peuvent jouer librement.

C'est alors que s'organisent de belles manifestations, où l'art, la poésie, le commerce et l'industrie font assaut. La Foire de Marrakech en est une des plus importantes.

Dans un numéro spécial que « l'Afrique du Nord Illustrée » consacra à la IX'- Foire de Marrakech, en 1929, défila l'histoire bien vivante, héroïque, admirable des commerçants et des industriels français qui résident dans la capitale du Sud.

Cet ouvrages est une leçon d'énergie.

Et quand dans une cité se comptent tant d'hommes qui, par le travail, l'intelligence et le courage, ont vaincu les bouderies de la fortune, on ne doit pas s'étonner qu'en pleine crise commerciale, ceux qui président aux destinées de la ville aient décidé que la Foire de Marrakech serait célébrée, en 1931, avec plus d'éclat peut-être que les années précédentes.

Cette Foire est devenue un événement régional nécessaire.

Foire de Marrakech... Avril... les orangers Parfument l'azur chaud semé d'oiseaux légers, lit pâle sous son voile épais de eoiirlisane, Sultane un peu barbare uux beaux yeux allongés, Lu Ville Folle tend au coeur des étrangers Son sourire charnel de Reine-paysanne.

A. Métérié ne pouvait, en termes plus gracieux, définir l'utilité de cette Foire pour le pays avoisinant.

Elle est, pour les centaines de milliers d'indigènes que n'effarouche pas la vertu facile des 20.000 prostituées de Marrakech, le grand marché de l'année, les « souk el aâm » qui attire, des régions même de la dissidence, les Chleuhs que le prestige de la France éblouit.

A mesure que la France étend sa protection jusque dans les vallées du Draâ et vers le Talilalet, il est bon qu'elle offre, à ces nouveaux ralliés, le spectacle d'une richesse qui ne succombe pas.

Supprimer la Foire de Marrakech, en diminuer le relief eût été une faute politique. Cette faute n'a pais été commise. Elle ne pouvait être commise dans une ville où des hommes, comme le général Huré, M. du Pac, M. Dorée, M. Faure, ont la juste compréhension des intérêts du Maroc tout entier.

Ainsi que l'écrit M. du Pac dans la manchette de son journal » l'Atlas » : Marrakech (175.000 habitants), la plus grande ville du Maroc, est le centre d'attraction, le marché permanent de vente et d'i ravitaillement de trois millions d'habitants, soit plus de la moitié de lai population marocaine.

Cette Foire comprend une section commerciale où les applications de l'électricité seront particulièrement exposées.

Les noms de quelques firmes, bien connues de nos lecteurs, montreront que les concours les plus intéressants ne lui manqueront pas : Frigidaires, Atwater Kent, Kelvinator, la Société Alsthom, les Etablissements Philips, Bembaron et Hazan, les Etablissements Bauche, etc..

La section des arts indigènes permettra d'admirer les poteries de Lamali, de Safi; les bijoux de M"' de Lens, de Meknès; les broderies de l'Ecole professionnelle des Filles musulmanes et les ouvrages de tant d'artisans qui font la curiosité des souks de nos grandes villes.

Les compagnies de chemin de fer ont apporté le tribut de leur concours : Chemin de fer du Maroc, P.-L.-M., Paris-Orléans, Tanger-Fez.

L'Aéro-Club de Marrakech, la Compagnie Aérienne Française, qui permettra à des prix réduits de courts baptêmes de l'air, et l'Aéropostale intéresseront tous les visiteurs.

La Vacuum Oil Cy et la Shell sont toujours présentes là où leur encouragement doit être donné. Des jeux divers, des kermesses, des fantasias, des danses passionneront les indigènes.

Des courses de chevaux, des circuits automobiles

et motocyclistes, des excursions, des matches, des

soirées artistiques feront le charme des européens.

Rien n'a été négligé pour faire de la Foire de

Marrakech une manifestation marocaine.

« L'Afrique du Nord Illustrée », par des photographies inédites, permettra à ses lecteurs de prendre part à tout ce qui fera l'agrément de cette fête de huit jours.


I. ' A F II I Q. U E I) U N O R D IL L U S T R E E

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Le personnel et l'administration des T. P. fêtent M. Vieillard-Baron.

C'est pour faire leurs adieux administratifs, si l'on peut dire, à M. Vieillard-Baron, directeur des Travaux publics, des Chemins de fer et des Mines, que les différentes catégories du personnel de la grande famille algérienne des Travaux publics se réunissaient à Alger, le 31 mars 1931, dans le grand salon du Casino Municipal.

Autour de M. Vieillai'd-Baron se groupaient MM. Raluy et Vicaire, inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées; Chavanes et Balensi, directeur et directeur adjoint des Travaux publics, des Chemins de fer et des Mines; Teissier, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, président de l'Association Algérienne des Ingénieurs des Ponts et Chaussées; Streillen, ingénieur T.P.E.. président de la Section Algérienne du Syndicat des Ingénieurs T. P. E. ; Lombard, président du Syndicat des Adjoints techniques; des ingénieurs en chef et ingénieurs des Ponts et Chaussées et des Mines, des ingénieurs T.P.E. des services des Ponts et Chaussées et des Mines, ainsi que des adjoints techniques étaient venus de tous les coins de la Colonie pour témoigner leur déférente sympathie à leur directeur et lui remettre un souvenir comme gage de leur indéfectible attachement.

M. Teissier, prenant la parole au nom de tout le personnel, a rappelé la bienveillance avec laquelle M. Vieillard-Baron a toujours accueilli ses subordonnés même les plus humbles et a mis en relief la part qu'il a pris dans l'aménagement technique de l'Algérie au cours de sa longue carrière de directeur au Gouvernement général.

En quelques phrases affectueuses et émues, M. Vieillard-Baron a remercié tous les membres de la grande famille algérienne des Travaux publics et a exprimé ses regrets de s'en séparer et de n'avoir pu faire, pour les différentes catégories qui la composent, tout ce qu'il avait désiré.

i

L'Amicale des Algériens de Nice.

L'Amicale des Algériens de Nice compte parmi les plus importantes sociétés locales de la Côte d'Azur.

Nos compatriotes ont été certainement attirés là par ce magnifique soleil qui rappelle d'une façon saisissante celui qui donne à l'Algérie cette lumière dorée dont les poètes ont chanté la douceur et la limpidité.

Nous devons à M. Claustra, notre ancien secrétaire de rédaction et ami, ce document photographique que nos lecteurs nous seront certainement reconnaissants de publier ci-contre. Ils y trouveront peut-être des visages amis, disparus depuis quelque temps de notre sol natal.

i ■■

Le match U.S.T. et G.D.J.O. sera rejoué le 12 avril.

L» Commission de la Coupe de l'Afrique du Nord s'est réunie en séance extraordinaire, le 28 écoulé, au sujet du match U.S. de Tunis et C.D.J. d'Oran.

Le score ayant été nul, il fut entendu que les

ALGER. - Les fonctionnaires des Travaux publics se réunissent à l'occasion du départ

de M. Vieillard-Baron, leur directeur. Photo Dcssoult

Les Algériens en France : Le Conseil d'administration de l'Amicale algérienne de Nice. 1" rang, de g. à dr. : M. Akoka, secrétaire-adjoint; M Courtault, assesseur ; MM. Zimmerman, fondateur ; Commandant Gaillard, président; Vandenesse. vice-président; Diss, secrétaire général;

Gilloux, trésorier. 2" rang, de g. à dr. : MM. Debanne, Amur, Dairmon, assesseurs ; Despaux, commissaire aux comptes ;

Emile gros, assesseur ; Grand, trésorier-adjoint.

équipes de Tunis et d'Oran s'affronteraient de nouveau le 12 avril. Mais on ne put fixer définitivement

définitivement lieu de la rencontre qui aura lieu soit à Tunis, soit à Constantine.

L'équipe de l'U.S.T. de Tunis et celle du C.D.J. d'Oran se sont rencontrées au stade de Belcourt sans résultat. I. L'U.S.T. de Tunis ; IL Le C.D.J. oranais


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L * A F RIQ U K DU NORD ILLUSTREE

La « Nouvelle Poste » de Casablanca.

Tous les nouveaux venus à Casablanca apprennent rapidement à connaître l'emplacement de la " Grande Poste ».

Cet immeuble apparaît, de l'extérieur, tout à fait charmant grâce à ses fines voûtes dentelées, à ses colonnades gracieuses et aux arabesques enchevêtrées qui tapissent heureusement sa façade. Le cadre dans lequel se découpe sa silhouette contribue aussi pour donner une excellente impression de cette architecture spéciale et le va-et-vient incessant des promeneurs qui se rendent de la place de la Victoire au centre, c'est-à-dire à la place de France, donnent à ce quartier de Casablanca une grande animation. Enfin, donnant ce cachet si particulier aux villes nord-africaines, des bandes de petits cireurs encombrent les marches, se bousculent, piaillent, font rouler leurs petites caisses tratditionnelles du haut t-n bas et importunent passants et visiteurs qui, le pfus souvent, n'ont cure de leurs suppliques. Les touristes s'arrêtent un instant pour contempler cet ensemble harmonieux, st nombreux sont ceux qui extériorisent leurs sentiments par des gestes d'approbation et de petits cris d'admiration.

Us en admirent les lignes à la fois majestueuses et pittoresques, les couleurs bien marocaines, et pénètrent dans ce lieu impressionnés par tout ce qu'ils en ont vu de l'extérieur.

Ils en ressortent un peu désenchantés, car s'ils s'y sont aventurés à certaines heures de la journée, ils ont trouvé chaque guichet complètement embouteillé. (L'image est impropre, puisqu'il n'y a pas d'«embouteillage » véritable, mais simplement une trop grande affluence devant les comptoirs qui servent de guichets, mais on comprend et on « réalise » mieux la situation si l'on parle d'«embouteillage >»...)

Ceux qui sont patients attendent, naturellement, et admirent, faute de mieux, l'adreses et le dévouemen des employés et des employées submergés par le double flot des paperasses et des clients. Ceux qui ne sont pas patients ressortent... Les nouveaux venus se demandent comment il se fait qu'une aussi grande ville ne soit dotée que d'un seul bureau des postes — magnifique, c'est entendu mais unique, déplorablement unique.

A vrai dire, il y en avait bien un autre. Mais si discret, si caché, dans une petite rue près du boulevard de la Gare, si timidement annoncé au public par un si minuscule écriteau, que l'erreur des néo-Casablancais était bien excusable. Elle ne le sera plus désormais. Depuis plusieurs semaines, en effet, le déménagement du Bureau de Poste de la Bourse du Commerce est un fait accompli.

Dans son nouveau local (où il a succédé à l'ancien

l'ancien économique) il accueille un nombreux public, et décongestionne ainsi la Grande Poste, sa soeur aînée, qui sera toujours aussi magnifique même si elle est moins «embouteillée»...

La Construction au Maroc.

Des chiffres impressionnants !

M. Prost — l'auteur du fameux plan urbain qui porto son nom — - a écrit dans son livre « La Renaissance du Maroc », ces lignes qu'il est bon do rappeler de temps à autre :

« En résumé, dit M. Prost, malgré bien des défectuosités, je crois que la nouvelle ville de Casablanca sera partique et saine. C'est déjà bien. Mais je voudrais pouvoir ajouter que Casablanca sera aussi une belle ville moderne.

Elle le sera si l'oeuvre entreprise est suivie avec unité de méthode — quelles que soient les modifications et les données nouvelles qu'apportera l'avenir, Casablanca est et demeure la porte d'entrée et la capitale économique du Maroc.

U est donc sage de soigner cette porte d'entrée ; c'est ici, sur des impressions premières, que l'étranger, qui débarque nous jugera. »

En 1929, on a construit au Maroc pour 424 millions d'immeubles contre 198 millions en 1928.

Il est probable que les chiffres de 1930 atteindront 400 millions, en dépit de la crise économique qui n'a pas épargné le Maroc. Sur ce total impressionnant, près de deux cents millions — exactement 192 — reviennent à Casablanca.

C'est dire que, conformément au voeu de M. Henri Prost, on soigne la porte d'entrée.

Pendant le mois de janvier 1031, le chiffre total des demandes de construction a atteint, dans le grand port marocain, 16.348.000 francs (pour 189 demandes).

On a coutume de dire et d'écrire que Casablanca est un vaste chantier.

Un pareil terme est impropre évidemment, car nombreux sont les quartiers neufs impeccables et terminés. Mais nombreux sont aussi les points, parfois très centraux, où l'on construit encore, après avoir démoli les édifices provisoires, datant des temps héroïques du Protectorat. Il y a même des o coins » de la ville, et des plus fréquentés, comme la place de France, où il reste beaucoup à démolir.

La vue que nous publions aujourd'hui montre un superbe édifice qui vient d'apparaître au centre de Casablanca 1.


L'AFRIQUE D 1* NORD I L L U S T R Ë E

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A la Chambre Mixte de Commerce et d'Agriculture de Mazagan.

Le joli petit ouvrage que le colonel Quétin vient de publier, sous le titre : « Le Mur », a attiré maints commentaires d'écrivains qualifiés pour les écrire, sur la séparation fondamentale des races marocaine et française.

L'une des principales préoccupations des dirigeants du Protectorat est de supprimer cette barrière qui, jusqu'à ce jour, a semblé devoir rester toujours aussi haute qu'aux premiers temps et qui divise en deux camps bien distincts les indigènes et les eui'opéens. Cependant des efforts incessants, soutenus par des volontés inflexibles, viennent, chaque jour, saper à sa base et ébranler fortement cette séparation ; grâce à la meilleure compréhension des religions et des moeurs qui en découlent, grâce à une interpénétration des éléments divers, qui composent une population qui vit sur le même sol et grâce à lui, les intérêts des uns sont devenus ceux de la communauté.

Et c'est de cette fusion que sortiront de nouveaux prodiges.

Il n'entre point dans le cadre de ces lignes de faire une analyse des sentiments qui casent les indigènes dans un cadre et les européens dans un autre, ni de rechercher quels sont les processus d'une fusion des deux races.

La pratique vaut souvent mieux que la théorie.

leurs intérêts dans des organismes mutualistes, tels que les assurances, Si Mohammed Lahlali répond que la religion musulmane interdit les assurances. Mais ce " mur » n'est pas irréductible et les indigènes suggèrent que si les assurances sont impossibles, on pourrait établir une caisse d'enlr'aide. L'idée mutualiste est bien près de ce mot.

Ce simple détail témoigne (pie si l'éducation toute de tradition reçue par les indigènes ne peut se plier

Les membres français et indigènes des Chambres de Mazagan viennent de nous donner un exemple qui doit être applaudi.

Au Maroc, il y a, dans chaque grande ville, une Chambre de Commerce. Deux sections dans chaque Chambre sont instituées : les français se réunissent dans l'une, les indigènes dans l'autre. Les uns agissent et discutent en l'absence des inities. On ne s'ignore pas, mais on ne vit pas ensemble. U y a une chambre française, il y a une Chambre indigène. Le président de la Chambre de Commerce de Mazagan, M. Chavent, a pensé qu'il fallait donner un coup de pioche retentissant au « mur » qui sépare hs indigènes des français, et ses collègues et lui ont décidé de réunir en un même local et en une même assemblée les deux groupes, et c'est le 17 mars 1931, à 15 heures, dans le local de la Chambre Mixte que cette séance plénière eut lieu. M. Chavent présidait. A sa droite, M. Communaux, contrôleur-chef de la circonscription; M. Beauclair, vice-président; à sa gauche, Si Mohammed Lahlali, président de la Chambre indigène, et Si Mohammed ben Bouchaïeb Naami, vice-président.

Etaient présents : MM. Marchai, Giboudot, Lodenos, Fargeix, Saint-Marc, Thierry, Tolila, Djafar ben Moulay Ahmed Tahiri, Si El-Hadj M'Hammcd ben Dahan, Salomon Bensimon, David Znaty.

M. Communaux a salué cette fusion de tous les efforts.

M. Chavent a placé cette première réunion sous l'égide de S. M. le Sultan et du Résident général.

Si Mohammed Lahlali salue, dans cette réunion, « la preuve la meilleure, la plus belle signification de l'entente et de l'accord qui régnent entre les divers éléments de la population de ce pays et qui sont la base de toute collaboration ».

S'adressant à M. Chavent, le président de la Chambre indigène dit : « il ne faut pas s'étonner que vous soyez du nombre des hommes les plus qualifiés pour diriger l'évolution des indigènes : par votre affabilité et votre grande douceur vous les avez amenés à vous aimer et cela vous vaut leurs louanges et leurs remerciements, auquels je joins les miens pour toutes les grandes choses que vous avez faites ».

Quand on lit ces lignes, on préjuge (pie la collaboration des éléments indigènes et français à la Chambre de Commerce et d'Agriculture de Mazagan sera cordiale et féconde.,

Sans doute, le « mur » subsistera. Et lorsque, dans le courant de la discussion, M. Chavent suggérera à l'assemblée que les fléaux, qui régulièrement désolent l'agriculture, seront des désastres diminués si les agriculteurs français et indigènes réunissent

Le Pacha de Mazagan sur le champ de courses.

Photo Stnrk.

d'un coup et absolument à la civilisation française les indigènes ne résisteront point à la voix de l'amitié et du dévouement sincères île ceux qui à leurs yeux représentent la France.

Ils défendront le « mur » avec beaucoup moins do fanatisme, si ce mur ne sert plus à défendre leurs intérêts et s'ils savent que les français ne désirent le franchir que pour mieux associer contre les vicissitudes de la vie les efforts des uns et des autres dans un sentiment de solidarité et de respect des traditions religieuses et nationales.

La séance plénière l'ut occupée par des suggestions venant de part et d'autre et se termina par une adresse envoyée à M. le Résident général par tous les membres do l'assemblée.

Nous rendons hommage à M. Chavent. à M. Communaux, à tous les artisans de l'entente étroite entre français et indigènes et nous souhaitons que l'exemple donné par la Chambre Mixte de Commerce et d'Agriculture de Mazagan soit suivi.


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L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

« Le Portique ».

Le choix d'un mobilier est actuellement chose assez difficile, étant donné les tendances nouvelles encore mal définies. Cependant, l'art, le bon goût, demeurent souverains, et c'est ce qu'a parfaitement compris M. Balzakis. En effet, dans les magasins des Etablissements Balzakis, 126 bis, rue Michelet, à Alger, les personnes en quête de meubles modernes trouvent un choix surprenant. Nombreux sont les modèles exposés qui attirent et retiennent l'attention des visiteurs. Le collaborateur immédiat de cette Maison, M. André Morice, sait admirablement harmoniser les lignes et les tonalités des bois pour obtenir des ensembles charmants. Les exigeances du meuble moderne, aux aspects si changeants, demandent aussi une technique savante qui lui donne toute la solidité et la durabilité requises. C'est là qu'excelle M. Balzakis qui surveille avec compétence le montage et nous pouvons dire que nul mieux que lui ne peut être plus qualifié pour cela.

En effet, M. Balzakis fut lui-même l'artisan de sa prospérité. Il commença avec de petits moyens et peu à peu, grâce à son énergie et à ses grandes qualités, en même temps qu'à ses connaissances techniques, il se fit un nom dans le monde dt l'ameublement.

Aujourd'hui, ses vastes magasins « Le Portique » contiennent de très nombreuses réalisations présentées dans un cadre charmant et tout à fait en harmonie avec le style des meubles.

Le mobilier du « Portique " est donc garanti contre tout vice de construction, ce qui, surtout en Algérie où le climat joue un très grand rôle, n'est point à dédaigner. De plus, les lignes sobres et plaisantes s'adaptent parfaitement à celles des appartements modernes. Les bois, soigneusement choisis pour leurs teintes variées et leur toute première qualité, sont travaillés par des spécialistes sous la direction compétente de M. Balzakis luimême.

Les vastes ateliers du "Portique », qui se trouvent au Champ-de-Manoeuvres, sont susceptibles de fournir un gros travail, grâce à l'organisation moderne dont ils sont dotés.

En résumé : beauté, harmonie, solidité sont les caractéristiques des meubles construits aux ateliers du <i Portique », 126 bis, rue Michelet. à Alger.

Le nouveau « Palmarium » de Tunis a ouvert ses portes.

Ce fut le 23 mars, au soir, un événement sensationnel que la réouverture du Casino municipal « le Palmarium », complètement transformé et merveilleusement embelli. Tout Tunis mondain assistait à cette soirée sélect pour laquelle les coDirecteurs, MM. Darwill et Arys avaient lancé de nombreuses invitations. Le Résident général et M"'" Manceron honoraient de leur présence cette radieuse fête et les plus ravissantes toilettes formaient un parterre gracieux dans le cadre de luxe et d'élégance qu'est le nouveau Palmarium et dont nous allons donner la description.

L'ancien Casino municipal, ce jardin couvert que la Société des Stations hivernales avait aménagé jadis entre le Tunisia-Palace et le Théâtre, a subi une seconde métamorphose, autrement plus heureuse que la première. Dirigée par l'administrateur avisé qu'est M. Curtelin, la Municipalité de Tunis a compris qu'elle ne pouvait continuer à louer une salle de spectacles qui ressemblait vaguement à une serre pour expositions horticoles, et qui présentait de très sérieux inconvénients du fait de son vélum et de l'exiguité de ses dégagements. La Ville de Tunis fit appel à un maître de l'art, M. Piollenc, architecte diplômé du Gouvernement, qui avait déjà plusieurs réalisations fort heureuses à son actif, notamment à Paris, la transformation récente des salles de l'Apollo et des Folies-Bergères.

Et voici le miracle qu'il a pu accomplir : tout d'abord, il a réalisé ce tour de force d'aménager 1.800 places assises dans une salle qui, précédemment, n'en comportait au grand maximum, que 950. Le vestibule d'entrée donne immédiatement l'impression que la question des dégagements a été traitée avec le plus grand soin : un porche majestueux, de vastes portes et de larges escaliers. La décoration en staff et marbre dans les tons mauve et gris argent et le vaste plafonnier sont de grand style. La disposition de la salle est conçue de façon si heureuse que de toutes les places la scène est parfaitement visible sans aucune gêne pour les spectateurs de l'orchestre. La galerie comporte

comporte porte-à-faux impressionnant, si l'on songe qu'il a plus de sept mètres de longueur de bout en bout, sans aucun pilier de support, susceptible de gêner la vue pour les spectateurs. Un plafond lumineux formé d'un très grand lustre et de surfaces concentriques étagées et éclairées par des lampes dissimulées dans des corniches creuses distribue la lumière indirectement.

Disposés au pourtour de la coupole du plafond, des évents assureront une ventilation électrique et une aération parfaitement réglées. Le ton des peintures mauve et argent, d'un goût très heureux, s'harmonise avec la couleur rouge violine des fauteuils confortables. Ce nouveau Casino dispose d'une scène machinée très vaste qui permettra tous les spectacles de music-hall et de théâtre.

En résumé, c'est un établissement de tout premier ordre en Afrique du Nord que la Municipalité de Tunis vient de créer et cette heureuse réalisation fait grandement honneur à ceux qui l'ont conçue et exécutée ; elle n'est au surplus qu'une des parties du programme d'embellissement de la capitale de la Régence, qui comporte notamment

l'aménagement de la nouvelle esplanade, de l'avenue Gambetta, l'installation de l'éclairage ax,ial. la mise en état de nouvelles artères et de tout un réseau d'égouts. De ce programme et de son exécution patiente il convient de féliciter l'auteur et le réalisateur M. Eloy, directeur des Travaux de la Ville, qui, en quelques années, a su donner une impulsion vigoureuse et efficace pour l'achèvement de ces divers travaux.

Après l'inauguration sensationnelle du Palmarium transformé dont nous avons parlé plus haut, la Direction offrit, le lendemain, un Champagne d'honneur à l'architecte et aux chefs d'entreprise ayant participé à la résurrection du Casino. M. Curtelin, vice-président de la Municipalité, remit, au cours de cette manifestation de sympathie, la cravate de Commandeur du Nichan-Iftikhar à M. Piollenc, l'architecte ; il souhaita bonne chance à MM. Darwil et Arys, les directeurs du Casino. Au nom de M. Arys et au sien, M. Darwil remercia les dirigeants de la Municipalité et tout le monde souhaita longue prospérité au nouveau Casino municipal de Tunis.


L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

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Inauguration solennelle de l'Ecole de LemtyineLe

LemtyineLe 25 mars 10.11, à 16 heures, a eu lieu l'inauguration officielle de l'Ecole Franco-Arabe de Lemtyine.

Le cadre de cet établissement est vraiment féerique ; c'est un vaste édifice précédé d'une colonnade très élégante au pied des vieux et magnifiques remparts de la Médina, au milieu d'un très grand jardin d'une exquise fraîcheur et dominant la Médina dont on voit l'un des plus beaux panoramas.

Le bâtiment lui-même est d'une architecture solide et élégante. Les boiseries sont en beau cèdre et les murs sont fraîchement blanchis. L'accès de l'Ecole

Devant les arcades, les élèves sont groupés

derrière M. Aboura qui, depuis quinze ans,

dirige l'école.

est des plus pittoresques, au milieu de vieilles maisons indigènes cl de vieux moulins à huile à ciel ouvert.

Le vaste préau a été confortablement aménagé eu salon de réception, tendu de lapis et garni de moelleux matelas ; de riches coussins permettent aux notables invités de prendre un agréable repos.

Au milieu du préau, une rangée de chaises cl de fauteuils attend les personnalités officielles. Les invités sont reçus au fur cl à mesure des arrivées par M. Aboura, le distingué directeur de l'Ecole, assisté de M. Jolivcl, inspecteur de l'Enseignement Primaire à Fès, cl de M. Achille, Inspecteur de l'Enscigncmcnl musulman à Rabat, venu spécialement de la capitale administrative pour participer à celle cérémonie.

t'n orchestre des mieux choisis jouait ses meilleurs morceaux particulièrement agréables dans ce cadre des mille et une nuits.

Le savoureux thé à la menthe cl de délicieux gâteaux marocains étaient distribues à la ronde.

Parmi les personnalités présentes nous avons remarqués :

S. E. le Fkih Sidi M'hamed El-Hajoul, vizir de l'Instruction Publique i\ la Cour Chérifienne à Rabat, accompagné de ses deux fils Sidi Mohamed cl Sidi Ali ;

.M. le Directeur général Goltcland, le chef éminent de l'Instruction Publique, des Beaux-Arts et des Antiquités à Rabat ;

M. le Général Ducla, noire estimé el respecté chef de région ;

M. le Contrôleur civil Henri Vimal, son adjoint civil ;

■M. le Colonel (iaulhé, son chef d'Etat-Major ; M. le Colonel Strohl, commandant le Territoire de Fès-Nord :

M. Brunot, chef du Service de l'Enseignement Musulman à la Direction Générale à Rabat ;

M. le Contrôleur civil Lcmairc, consul de France, chef des Services Municipaux de Fès ;

M. Bernard La tir mis, son premier adjoint ; M. le Contrôleur civil Dubuisson, adjoint pour la Médina ;

M. le Contrôleur civil Bois, îles Affaires civiles, etc..

**

Dès (pie tout le monde fut assis, M. le Généra) Ducla prit la parole el prononça un beau discours dans lequel il exprimait la valeur symbolique de la manifestation de ce jour .indiquant bien les intentions éducatriecs et civilisatrices de la France.

Le Chef de la Région précisa l'évolution de l'enscigncmcnl dans la population musulmane se déplaçant des petites et étroites écoles coraniques vers les locaux spacieux, confortables et aérés.

Il souligne l'cmprcssemcnl des Marocains h fréquenter les établissements scolaires de la Médina

ainsi que les résultats louables de la collaboration des autorités françaises el ebériliennes. des architectes français cl des mâallcmiucs Fassis pour la réalisation de cette école.

M. le Général Ducla termine en félicitant le personnel enseignant de son dévouement, les chefs de l'Enseignement de leur bienveillance el eu les remerciant d'être venus tout exprès de Rabat pour présider celte cérémonie de haute portée politique, sociale cl Intellectuelle.

Ce discours chaleureusement applaudi fut traduil

en arabe littéraire par le l.ieulcnant-lntcrprclc

Guyot et fut également applaudi pur les notabilités mu su 1 ma nés présentes.

S. E. le Fkib Sidi M'hamed El-Hajoul prononça il son tour un discours qui impressionna fortement l'auditoire musulman.

En ternies élégants et choisis, eu un Style 1res simple, le Vizir lit une véritable causerie tour à tour dogmatique cl familière. Il exalta les bienfaits de l'instruction, critiqua l'opportunisme excessif de ses concitoyens ainsi (pie leur imprévoyance, leur conseilla de s'Instruire cl de rechercher les diplômes universitaires. Il remercia les autorités locales el les notabilités qui ont facilité l'édification de celle école.

M. (iolteland prit à son tour In parole cl prononça une fort belle allocution.

Il ennuiera les difficultés matérielles que comporte la création d'une école, souligna les difficultés morales bien plus grandes qui leur succèdent, constata avec satisfaction l'cmprcssemcnl des jeunes Marocains à fréquenter les écoles, confirma aux parents marocains musulmans que les 12.000 enfonts

Confiés par eux aux écoles franco-arabes seraient instruits el éduqués avec la même bienveillance (pie leurs petits camarades européens, félicita ses collaborateurs immédiats cl les membres du personnel enseignant, rendit un bel hommage au dévouement el à la conscience du Directeur de l'Ecole, M. Abolira, qui la dirige depuis 5 mis, remercia l'Administration

(les HnbollS cl les autorités Incales el déchira ouverte

la nouvelle Ecole Musulmane de Lemtyine.

On visita ensuite les classes spacieuses, aérées Cl

garnies d'un matériel très convenable.

La cérémonie prit lin à 17 heures 15, laissant à Ions le réconfortant souvenir d'une belle manifestât ion intellectuelle franco-marocaine.

Les courses de chevaux à Casablanca.

La vogue des courses de chevaux devient chaque jour plus grande et les Casablancais se révèlent de fins amateurs des choses hippiques. Les nombreuses manifestations, qui eurent déjà lieu, ont. en effet, démontré d'une façon très nette que ce sport, noble entre tous, avait déjà conquis la foule. Aussi, les efforts redoublèrent-ils pour que rien ne soit négligé et tout fut fait, comme on sait le faire au Maroc, c'est-à-dire de main de maître.

La Société Hippique de Casablanca connaît le succès. Chacune de ses réunions est fréquentée par un public nombreux.

La réunion du 22 mars ne fut pas ensoleillée, mais la foule des parieurs qui se pressaient devant les guichets du pari mutuel souligna l'importance croissante prise par les courses de chevaux dans la population casablancaise.

La réunion du 20 mars fut aidée par un temps printanier.

Et quelques émotions furent données aux spectateurs par les mouvements de chance qui favorisèrent certains chevaux aux dépens des favoris.

Les prochaines réunions s'annoncent de plus en plus passionnantes et tout fait présager que la Société Hippique de Casablanca, malgré une crise commerciale qui gêne les trésoreries, dépassera de beaucoup en 1031 les chiffres qu'elle atteignit en 1030.


18 L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE

Le vieil écolier.

Nairbelin était un original. Riche, indépendant, n'ayant de comptes à rendre à personne, de temps en temps, sous une influence soudaine quelconque, il prenait l'indicateur des chemins de fer, mettait le doigt au hasard sur une petite localité, bouclait sa valise, et. allait voir un peu les choses et les gens de ce coin-là.

C'est ainsi qu'après deux changements de train, il débarqua un beau jour de mai à Sérisy-lesOrmois.

Son premier soin fut de gagner la seule auberge, à l'enseigne originale du « Cheval Blanc », dont la pancarte prévenait qu'elle était tenue par Mouchot.

Mouchot était si peu aux aguets que Naibelin, après une attente assez longue dans la salle commune, finit par proférer d'une voix forte :

— Est-ce qu'il y a quelqu'un ?

Une chaise grinça sur un carrelage, une porte vitrée s'ouvrit, et une grosse dame couperosée, gaillardement moustachue, apparut...

Mouchot ? Evidemment non... Mais si ce n'était lui, c'était donc sa soeur ?.. Ou bien encore — pauvre Mouchot ! — sa femme ?

Ce n'était ■— heureux Mouchot ! — que sa veuve.

Nairbelin se fit octroyer la meilleure chambre du « Cheval blanc » — qui se trouvait être l'unique, — après quoi, il se mit incontinent, selon son habitude, à explorer le village avant d'attaquer les environs.

U passa devant la boutique du boucher, de l'épicier-mercier, du grainetier; longea deux fermes, dépassa la mairie, le hangar de la pompe à incendie, et atteignit enfin l'école des garçons, la dernière bâtisse avant la campagne.

C'était l'heure de la classe. Arrêté à l'angle de la fenêtre grande ouverte, Nairbelin prêta l'oreille... Des voix jeunes, différemment timbrées, criaient ensemble :

— Moi, M'sieur ! Moi ! Moi !

— Vous, Lamperon... qui ne demandez pas à répondre... décida la voix plus grave du maître.

Un silence relatif s'établit, et une voix, aigrelette et hésitante s'éleva :

-— Ça veut dire... ça veut dire... que lorsque l'on a un morceau de fromage dans la bouche... comme le corbeau... hé ben ! hé ben !... il ne faut pas répondre à quelqu'un, parce que sans ça on lâche son fromage, et on vous le prend...

Quelques rires étouffés et quelques lazzis accueillirent l'explication simpliste, que suivit, dogmatique et prévue, une rectification du maître, dégageant longuement de l'apologue le sens symbolique et l'enseignement moral.

Nairbelin écoutait, et une étrange émotion peu à peu l'envahissait... C'était la première fois depuis l'époque de son enfance — il approchait la quarantaine — qu'il retrouvait la mise en scène traditionnelle et complète d'une classe enfantine, avec ses détails puérils, toujours les mêmes évidemment depuis tant de siècles qu'il y a des écoliers — et qui ne pensent pas !

Il ferma les yeux... Magiquement, le passé, enfoui dans sa mémoire sous un amoncellement d'événements et de pensées accumulés pendant près de trente ans, se dégagea, et sembla remonter à la surface... U avait suffi de ces rires, de ces ânonnements, du bruit d'une règle tombée, d'une réprimande, du claquement d'un livre refermé, de l'explication sentencieuse du maître, pour qu'il se crût redevenu subitement petit écolier, et pour qu'il sentît son âme toute rafraîchie par une foule de sentiments et de sensations oubliés : insouciance, compréhensibilité difficile des abstractions, hostilité maussade envers les choses graves ou ennuyeuses, attente perpétuelle du moment de jouer, crainte de la punition, joie orgueilleuse de la récompense, besoin impérieux de s'amuser, de ne pas réfléchir, de ne pas retenir, de bouger, de détériorer et de mystifier !... En même temps, le décor exact d'une classe se précisa dans son souvenir, et aussi les traits de quelques condisciples et de quelques maîtres, affublés de surnoms miraculeusement retrouvés...

Et tout à coup Nairbelin eut une idée folle ! Il attendit que la classe fût terminée, se présenta au maître demeuré seul, lui dépeignit en termes émus l'extraordinaire, la délicieuse et si précise impression de rajeunissement qu'il venait d'éprouver, là, devant cette fenêtre, et le supplia de l'admettre, ne

fût-ce que quelques jours, dans sa classe en qualité d'élève ! Combien, en effet, s'amplifierait encore la charmante impression, si son imagination se trouvait stimulée par les apparences matérielles et par l'ambiance !...

Le brave bonhomme, comme on pense, demeura d'abord très embarrassé... Il crut ensuite avoir affaire à un détraqué, mais Nairbelin prodigua avec tant de flamme et de sincérité les raisons sentimentales, qu'il finit par se laisser attendrir. Il fut convenu que Nairbelin passerait aux yeux des élèves pour un homme dont les parents, cultivateurs exilés au fond de l'Algérie, avaient totalement négligé l'éducation, et que, revenu en France après fortune faite, cet homme avait choisi, pour parfaire ses études sans trop d'humiliations, la modeste école d'un village écarté.

Hélas ! Il ne lui fallut que la durée d'une classe pour comprendre l'inanité de ses espérances, la fragilité de ses illusions ! Oui, certes, c'était bien la même éternelle petite comédie qui se jouait autour do lui, mais il lui suffit d'essayer un instant d'y reprendre son rôle pour s'apercevoir à quel point son âme, son esprit, ses nerfs, aivaient changé !

Tout de suite Nairbelin s'agaça de l'inattention, de la mauvaise volonté, de la sottise de ses petits camarades... Il souffrit d'assister sans pouvoir rien dire au martyre d'un hanneton inoffensif; s'indigna de voir bombarder de gestes irrespectueux le bon maître, fort occupé à résoudre sur le tableau noir le problème d'un robinet qui pendant vingt ans déversait un litre trois quarts par seconde; il se retint à quatre pour ne pas dénoncer un petit hypocrite qui, ayant lu cyniquement sa leçon accrochée préalablement dans le dos d'un condisciple, se fit octroyer la croix d'honneur; il enragea d'en voir un autre taillader sournoisement à coups de canif, pour le seul plaisir de nuire, une mappemonde qui coûtait fort cher; il faillit enfin aller gifler un vaurien qui venait de lui envoyer sur le nez, à l'aide d'un élastique, un dégoûtant projectile en papier mâché...

L'heure de la récréation venue, réfugié dans un coin de la cour, il regarda quelques instants les petits énergumènes se livrer entre eux aux pires brutalités, et puis, ahuri, assourdi, il se tint ce langage:

— Nairbelin, que fais-tu là ?... Qu'est-ce que tu dis ? Tu attends — allô ! allô ! — la communication avec ta lointaine jeunesse ? Et parce que tu as perçu par hasard un fugitif et hasardeux écho de sa voix, tu espères une conversation suivie ?... Mais le fil est cassé, mon pauvre ami, et le Temps, impitoyable, te crie : «Pas libre ! »... Crois- moi, raccroche, et va-t-en vite !... »

Nairbelin poussa un grand soupir, écrasa du bout du doigt une larme dans le coin de son oeill, et, futivement, s'en alla.

Miguel Zamocoïs.

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Chronique des disques.

Nous assistons en ce moment, chez les éditeurs, à une floraison inaccoutumée de chansons populaires. « Columbiai » en est arrivé à presque délaisser complètement le grand orchestre où il avait cependant si bien réussi ; dans ses derniers suppléments nous ne trouvons plus, ou presque de disques de grande musique. Est-ce un signe des temps, et les nécessités commerciales exigent-elles des directives nouvelles ? Peut-être, mais nous ne manquerons pas de le regretter.

« Columbia » a toute une pléiade d'artistes de music-hall et de café-concerts à sa disposition et il est curieux de constater comment le micro l'éagit différemment avec chacun: certains qui se sont fait une réputation mondiale ne présentent qu'un intérêt moyen au disque et certains, à peine remarqués sur la scène, feront ici figure de vedettes. U y a certes là une question de phonogénie de la voix, mais ceux qui enregistrent se sont-ils préoccupés de sonder quelque peu les mystères du disque. Quelques-uns ne se sont peut-être encore jamais rendu compte que l'on ne chante pas au phonographe comme sur la scène.

Parmi les disques de premier plan, il faïut citer « J'ai ma combine » et « C'est pour mon papa » extraits du film « Le Roi des Resquilleurs ». qui obtient actuellement un succès inespéré. L'éditeur l'a si bien compris qu'il nous en donne ce mois-ci un nouvel enregistrement. L'inénarrable « Milton » y a ajouté quelques savantes inflexions de voix et a accentué un peu son accent du titi parisien. L'accordéon d'Alexander l'accompagne et toute la réussite parfaite de l'ensemble laisse prévoir à ce disque une carrière aussi triomphale que celle de son

frère aîné. Autre succès en prespective : « Jean Sorbier » a repris le thème du film de « Victor Boucher » : « La douceur d'aimer » ; c'est simple et vraiment charmant. Ce disque est heureusement complété par « Pour une heure de borheur ». La délicatesse d'Urban vous ravira ; écoutez « le tango..., le tango» et «Papitou», deux chanson bravement sentimentales.

Par contre, voici des choses moins réussies : « Damia » n'a pas encore livré son secret au disque ; nous ne retrouvons plus ici son tragique qui nous émeut sur la scène. Elle chante des chansons tristes et l'on a presque envie d'en rire ; il manque quelque chose à « La fille aux matelots » et à « Tu ne sais pas aimer ». Le disque joue aussi un mauvais tour à « Mauricet», dont la réputation cependant n'est plus à faire ; sa diction nous apparaît ici bien terne et ses plaisanteries ne nous apparaissent pas avec leur saveur habituelle « Privés de ci^ néma», semblerait volontiers une parodie de l'interprète ; « On est moderne ou on ne l'est pas » est peut-être un peu supérieur, mais ce n'est quandmême pas encore tout-à-fait celai Si nous mettons en parallèle les scènes d'un autre genre « Boulicot à l'école » et « Boulicot soldat », nous constatons que l'interprète n'a pas eu besoin pour réussir d.°. créer l'atmosphère du cirque ; peut-être l'a-t-il volontairement évité pour ne pas copier son confrère « Bilboquet ». En tous cas, ce disque de « Boulicot » qui n'est cependant qu'un simple dialogue rempli de grosses farces de cirque vous fera rire, même si vous n'y êtes pas disposé. Pour en revenir à Bilboquet, il nous a donné « Les arènes de lutte », frère jumeau du « Cirque », dont nous avons parlé précédemment ; il est également très réussi et serait parfait s'il ne ressemblait par trop au précédent.

« Gramophone » a également développé son programme de chansonnettes et ici aussi il y a à ]rrendre et à laisser ; voici un thème que nous avons vu et revu à des centaines d'exemplaires « Rien ne vaut Paris » ; pour donner un attrait à ces paroles que nous avons si souvent entendues à quelques variantes près, il faudrait de l'originalité dans l'interprétation et cependant Bertile Arnalina, qui a une jolie voix, chante absolument sans personnalité. C'est encore plus frappant dans « Folie », encore plus rengaine et encore plus souvent entendu ; et c'est intitulé... valse moderne ! Par contre, Robert Burnier, dont la voix souple est si câline, réussit à peu près tous ses disques: Partir, c'est mourir un peu, nous rappelle-t-il dans la « Chansion de l'adieu », quelque peu mélancolique, complétée par « Si tu voulais » douce et sentimentale, toutes deux interprétées bien dans la note.

Si vous voulez de l'entrain et de lai gaîté, voici la chanson officielle de Sa Majesté Carnaval 1931 11 Pi...ouit » ; les paroles ne présentent pas un intérêt formidable, mais c'est très entraiînant et c'est tout ce qu'il faut. Gesky, l'interprète bien, mais cependant l'attrait de cet air ressort davantage au jazz, sous la direction de M. E. Bervily. Encore de la bonne humeur dans « Le tobogan d'amour » et dans « Ah ! quel plaisir de voyager » ; il y avait longtemps que l'on n'avait pas parlé des trains de plaisir et cela vous amusera d'entendre « Sarthel ». Enfin, pour terminer, nous ne saurions trop vous recommander « Sur le petit rond du milieu », chanson bêbête que Fournier interprète avec un comique irrésistible.

« Pathé » semble au contraire délaisser quelque peu la chanson populaire qui était son domaine pendant quelque temps. Nous trouvons cependant, dans ses nouveautés, une révélation Marcel Veran qui semble disposé à vouloir se faire au disque une place de premier plan. Ecoutez « Riri » et « Les larmes de la vie » ; sa voix si agréable rend parfaitement au micro et donne un attrait tout particulier à ces mélodies sentimentales. Dans le genre fantaisiste, il faut faire une mention particulière pour « Les deux bécasses » où Signoret s'est surpassée ; il y incarne Marius avec une maestria digne de son renom.

Nous avons gardé pour la fin le disque qui nous semble dominer tous les autres dans les nouveautés du mois : «Butterfly-Tox», chanson arabe, et « Pedro », chanson espagnole, que Marie Dubas interprète pour Odéon avec une verve inouïe. Vous serez peut être obligés de le faire jouer deux fois pour comprendre intégralement toutes ses paroles, mais je vous assure que cela en vaut la peine et que nous aimerions dans ce genre entendre beaucoup de disques comme celui-là. Ces chansonnettes qui pourraient être, au fond, tellement banales, chantées par n'importe qui, prennent tout de suite une couleur et une vie que seule lai magnifique originalité et la personnalité de l'interprète ont pu lui assurer.

J. Lallemcnt.



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L ' A F R I Q U E 1) 0 N O R I) I L L U S T R E E

Le Cercle des Sports à Bône : I. Un groupe d'adhérents ; II. Le local. Photo Boblcdo.

Le " Cercle des Sports » de Bône.

Nous avons eu le bonheur de visiter les vastes installations de ce club, dont l'existence officielle ne remonte pas à un an. Aux abords de la pépinière, dans un site merveilleux, d'où l'on embrasse un vaste panorama, en pleine nature, et cependant, il quatre cents mètres à peine de l'agglomération bônoisc, se dresse le gymnase du ■■ Cercle des Sports ■. llull immense, abondamment éclairé el aéré, où esl réuni un matériel complet d'éducation physique, boxe, escrime, gymnastique aux a^rés. athlétisme, tir. préparation militaire, etc.. In vestiaire avec porte-manteaux cl casiers Individuels, une Installation complète de douches permettent toutes les aises aux habitués du ■■ Cercle des Sports ".

Au gymnase est adjoint un courl de tennis en terre battue où les amateurs de drives et de revers s'eiit.raincnl en vue de compétitions lutines.

C'est ainsi (pie le «Cercle des Sports» sera représenté à la 511" Fête fédérale Nationale de Gymnastique (le Paris par une section (le 1*2 unités. Aux épreuves, Fiterii Antoine tentera sa chance au championnat du monde ; Césari, ('.au et Moretti tenteront la leur au concours artistique, A la fête de l'Union fédérale de l'Afrique du Nord, à l'occasion du Cinquantenaire de \u Tunisie, les jeunes Chapuis el Cnmpolo s'attaqueront au championnat individuel des pupilles de l'Afrique du Nord. En escrime, aux trois armes, De AnHclis Louis et Russo Albert défendront avec acharnement les couleurs de leur salle et de leur ville ù la Fête fédérale de Paris et aux Championnats d'Algérie. Aux épreuves officielles de tennis du département, nous ne sciions pas étonnés de voir l'excellent tandem, formé par M™" Roux et Rimes, se tailler la pnrt du lion dans les double dames.

En ce qui concerne la préparation militaire pure, un continuent d'une trentaine de candidats affrontera les épreuves de la prochaine session du B.P.M.F..

M. Argambeau Adrien, le sympathique professeur de gymnastique du Col lège de Boue, à qui incombe la lourde tâche de la direction générale du .Cercle des Sports», nous dit tout cela très simplement. U nous fait part de ses projets au sujet de l'organisation (le championnats de boxe, de lutte, de poids et haltères, d'athlétisme. On sent chez lui une confiance en soi illimitée servie par une énergie farouche et une volonté de 1er.

H rend justice à ceux qui l'aident et l'encouragent. Il nous cite M. Piilomba Jean, membre de la Chambre de Commerce et président (le la Bônoisc, qui lui apporta une aide pécuniaire aussi

UNE BATTERIE D'ACCUMULATEUR

f4f ""^STATIOH SERVICE (.MAGASIN* M VENTE

Et* CH.VEHCUD SB tu*lllichtlci IdW ALGER

:É!OO:L»:H:-.A.TTTO J. DESLOYAL

4*, Rue de Constantioe

IO, Rue Loverdo, ALGER

arrêt Préfecture. Téléphone 26.0.4

importante que précieuse: les commerçants de la ville qui ont confiance dans le progrès des oeuvres de prospérité nationale; il M. le Maire et aux conseillers municipaux, qui ont su l'aire attribuer ;'i leur Municipalité le qualificatif de «sportive». M. Argambeau rend justice à son état-major Immédiat, à son comité composé de convaincus, de travailleurs sans prétentions.

Pourquoi Dunlop gagne toujours.

En 1!).'!1 comme en l'.KiO, toutes les épreuves du grand meeting automobile tunisien ont été gagnées par des voitures munies de pneumatiques Dunlop. Qu'il s'agisse de la course de 6 heures, comme de l'une ou de l'autre catégorie du Grand Prix de Vitesse, le circuit de Carthagc a vu la victoire de ceux qui avaient confié leur chance au pneu Dunlop. Qu'on y songe, n'est-ce pas déjà un signe de supériorité éclatante que ce simple fait, les meilleurs, parmi les concurrents, avaient choisi Dunlop. Ils l'avaient choisi parce que sur des routes aussi dures — d'ailleurs excellentes — que celles du circuit de Cartilage, la sécurité constitue un facteur essentiel de succès. Si le conducteur d'un de ces bolides, dont certains dépassent 225 kilomètres à l'heure, ose demander à sa voiture le maximum, s'il ose freiner de toute sa vigueur au moment d'aborder un virage, s'il ose démarrer de toute la puissance des 200 chevaux du moteur, s'il impose ainsi à ses bandages de terribles efforts du fait de la force centrifuge, comme du fait de l'arrachement, c'est précisément parce qu'il a des Dunlop. Ne sait-il pas que, depuis plusieurs années déjà, Dunlop s'est trouvé le seul capable d'équiper successivement Sir Segraeve et Sir Campbell, le seul capable d'atteindre 400 kilomètres à l'heure. C'est ce qui permet à tous d'avoir confiance, tout comme un chasseur à confiance en son fusil, si ce fusil a passé, avec une charge triple, au banc d'épreuve.

La route, c'est le banc d'épreuve du pneumatique,

A Carthage, samedi et dimanche derniers, en Floride hier et demain partout, Dunlop triomphe.... et triomphe toujours. 1 G. Faroux.

VOUS connaissez certainement déjà de réputation le Guide Spido : ne donne-t-il pas en effet une multitude de renseignements précieux, tels que ceux concernant le fonctionnement du moteur, le réglage des freins, les incidents possibles de route, les règlements de la circulation, la façon de voyager à l'étranger, la marche à suivre en cas d'accident, l'entretien des pneus et des accus, etc.. etc.. Précédée comme à l'ordinaire d'une magistrale préface de Ch Faroux et de précieux conseils d'André Boillot, l'édition

1931 vient de paraître. Nous sommes à votre disposition pour vous l'adresser gratuitement.



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'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE













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L'AFRIQUE DU NORD ILLUSTREE