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Rassurez-vous: je ne viens pas faire de la littérature facile à propos de la catastrophe qui, depuis mardi, a transformé la vie parisienne en cauchemar: Je ne viens pais non plus prononcer, sur le cercueil lointain du duc d'Aumale, une de ces oraisons funèbres tout à fait modernes où le rédacteur raconte ses propres petites affaires au public, sous prétexte de parler du défunt.

C'est, d'ailleurs, une tendance très humaine, et il est rare quel les narrateur des grands désastres ne commencent pas par se mettre eux-mêmes en scène, heureux quand ils n'y restent pas assez longtemps pour oublier les. victimes. .Pourtant, il me semble qu'il y a quelques petites remarques à glaner au milieu de ces scènes lamentables. Glanons 1 Les compagnies d'assurances n'avaient consenti à assurer le Bazar de la charité qu'à la condition qu'il n'y serait fait usage du feu sous.aucune de ses formes connues; qu'il n'y aurait ni lampes, ni gaz, ni électricité, rien. Au dernier moment, on pensa qu'on, pourrait sans inconvénient introduire le cinématographe. Le cinématographe comporte une production de lumière par combinaison de gaz extrêmement dangereux; ces gaz s'enflammèrent, et, en quelques minutes, le Bazar de la charité n'était plus qu'un brasier dont on a retiré plus de cent vingt cadavres calcinés.

Les gens qui se, trouvaient à proximité du sinistre ont rivalisé de dévouement,et quelques-uns d'entre eux se sont distingues par des actes d'héroïsme ou d'intelligente intrépidité. Voilà le fait. Raconté aux personnes ordinaires, il devait leur inspirer deux pensées une pensée d'effroi et de commisération pour les victimes et ceux des leurs qui leur survivent une pensée de gratitude pour les citoyens qui ont fait leur devoir. Ces deux penséés étaient la production normale d'un cerveau ordinaire appartenant à un homme civilisé au dix-neuvième siècle.

Elles n'ont pas suffi à quelques cerveaux atrophiés par la politique et elles se sont transformées de la façon suivante

D'abord, quelques-uns, avant même de plaindre les victimes, se sont emparés de leurs cadavres calcinés pour faire le procès à des adversaires. Et, le lendemain, le préfet de police Lépine était déjà traité d'assassin. Des gens qui passent leur vie à demander la suppression de la police s'écriaient: « Que fait donc la police? »

C'est bien là une exclamation naturelle à ce grand bébé qu'on appelle le Français et qui ne peut pas faire un pas si l'administration ne le tient pas par des lisières. Notez que, si la police avait voulu mettre le nez dans les affaires du Bazar de la charité, on l'aurait conspuée, en. lui reprochant d'apporter des entraves à l'exercice de la bienfaisance. Ces malédictions adressées à la police, qui ne les mérite pas, prouvent simplement que M. Lépine a des ennemis. Et, comme ces ennemis se recrutent de préférence dans le personnel révolutionnaire, elles prouvent que M. Lépine fait son devoir. C'est très dur à avouer pour un opposant mais il serait encore bien plus dur de dire le contraire, parce que le contraire serait un mensonge. Voilà pour la police.

Nous avons vu aussi des journaux profiter de cette tragique circonstance pour souligner et envenimer je ne sais quel antagonisme social qu'ils s'efforcent de créer et qui n'existe en réalité que dans la cervelle de quelques malfaiteurs « Hein, ont-ils dit, ces gens qui brûlaient, c'étaient des gens de la haute. Eh bien, qui en a sauvé une partie ? Des gens du peuple des palefreniers, des cuisiniers. »

Et, là-dessus, les uns, avec d'excellentes intentions, ont félicité les classes populaires de rendre en commisération aux classes élevées les bienfaits qu'elles en reçoivent.

D'autres ont cassé leur encensoir sur le nez de'l'homme du peuple « Quelle intelligencè Quelle abnégation 1 Quel oubli I Il n'y a que lui 1 Il n'y a que lui 1 »

D'autres,enfin,ontraconté que l'homme du peuple avait été réellement bien bon de ne pas laisser rôtir les aristocrates. Mais, sapristi sommes-nous dans une société humaine ou dans une ménagerie ? N'est-ce pas faire injure à des hommes que de les féliciter de se secourir mutuellement?

D'abord, on a déjà tort d'employer ces mots de « gens du peuple », puisque tout le monde est peuple aujourd'hui. Et puis les gens du peuple n'en sont pas à faire leurs preuves de dévouement; les autres non plus.

A lire non pas quelques journaux, mais la plupart des journaux, un étranger qui voudrait y chercher le tableau exact de la société française serait forcé de conclure que notre pays est habité par des sauvages, qui n'ont aucun lien entre eux, puisqu'ils considèrent comme un fait extraordinaire l'action de s'entr'aider devant un fléau naturel.

Si la France était réellement ce que la Représentent les déclamations des uns et même, jusqu'à un certain point, les homélies des autres, ce serait une tanière d'animaux féroces, et non un coin de ¡terre habité par des êtres humains. Mais passons l Un si grand malheur devait éveiller la sympathie au milieu des nations étrangères qui, toutes, ont tenu à témoigner la part qu'elles prenaient à notre deuil.

Selon son habitude, l'empereur d'Allemagne s'est distingué par la courtoisie et l'élévation de ses condoléances. Il ne s'est pas contenté, lui, d'un télégramme envoyé par l'entremise de son .ministre

dès affaires'étrangères: il a pris la plume lui-même etil a télégraphié personnellement au président, dans des termes pleins de cœur.

Dans cette dépêche, il avait placé le motde« Dieu »,parce que l'empereurd'Allemagne fait partie de ces êtres arriérés, au cerveau étroit, à la boîte crânienne épaisse, qui ne s'expliquent les imper.fections, les horreurs, les imbécilités de 1 la vie terrestre que par une vie future et qui croient en Dieu. C'est à cette catégorie lamentable d'individus.d'ailleurs, qu'appartenaient toutes les victimes du « Bazar de la charité ».

Pour répondre à l'empereur d'Allemagne, M. le président de la République s'est aussi servi du mot de « Dieu », parce que cette invocation à là Divinité est une sorte de mot de passe auquel les Européens se reconnaissent volontiers entre eux. Alors M, Faure, président d'un peuple bien plus avancé que les. autres, et chef d'un gouvernement qui ne donne pas dans ces godants-là, a été forcé de se servir de la langue primitive, archaïque, grossière des autres Européens. Or c'est la première fois que, dans un acte officiel, sous la République, on introduit les quatre lettres, proscrites.

En même temps, le gouvernement, voulant montrer qu'il s'associait au deuil des Parisiens, n'a pas trouvé de moyen pratique plus commode qu'un grand service à Notre-Dame.

Alors on lui a dit qu'il était clérical. On a même ajouté qu'il était allemand. Ce qui tendrait à faire supposer que les deux orateurs, l'un sacré, l'autre profane, qui ont parlé, hier matin, l'un à l'intérieur, l'autre à l'extérieur de Notre-Dame se trompent lorsqu'ils espèrent que l'incendie du « Bazar de la charité » marquera la fin de nos dissensions. On continuera à se disputer, en. France. On continuera à y dire des bêtises, beaucoup de bêtises. Mais, pourtant, on continuera à y être moins hostiles les uns aux autres que n'on l'air de le supposer le ,P. Ollivier et M. Barthûu.

Le P. Ollivier a peut-être un peu forcé et poussé au noir l'action providentielle en disant que l'incendie du Bazar de la charité, venant après les hécatombes de 1871, était un holocauste nécessaire à notre rédemption.

Je me crois religieux, mais je ne vois pas bien la liaison qui unit les fautes nationales, les scandales nationaux à un cinématographe mal réglé.

Le P. Ollivier et M. Barthou ont, tous les deux, exprimé cette idée qu'il faudrait que la solidarité sociale survécût aux catastrophes.

Permettez-moi de vous dire, jeune ministre et Révérend Père, qu'elle les a précédées et qu'elle leur survivra certainement, mëme si elle doit être rai vivée par des luttes sociales que nous n'éviterons peut-être pas, grâce à beaucoup de lâcheté et à beaucoup de scélératesse coalisées.

Permettez-moi de vous dire que, si les Français ne se sentaient frères que pendant les incendies, ce serait à donner sa démission de cette nationalité.

J. Cornély:

Demain, le MATIN publiera un article de M. JAURES.

ORATEUR SACRÉ, ORATEUR PROFANE Le P Ollivier a pris la parole, aujourd'hui, du haut de la chaire à l'occasion de la cérémonie funèbre qui était célébrée à Notre-Dame, et il a développé cette thèse qu'il faut voir dans la catastrophe de la rue Jean-Goujon une manifestation de la justice divine, un sacrifice destiné à racheter les fautes de la France les hommes ont été frappés en 1870, Dieu frappe aujourd'hui les femmes.

L'assistance a trouvé, parait-il, cette thèse un peu inattendue; le fait estqu'eliepeutétonner les esprits modernes tournés vers d'autres idées, comprenant autrement la justice. Mais, en somme, la thèse du P. Ollivier est une thèse courante, conforme à la doctrine religieuse depuis les temps les plus reculés. L'histoire des Juifs, notamment, fourmille d'exemples de châtiments divins accablant pêle-mêle- innocents et coupables, et les païens ne pensaient pas autrement, témoin l'histoire de la peste ravageant Thèbes parce qu'CEdipe avait tué son père et épousé sa mère; sans se douter, du reste, un seul moment, des forfaits dont il se chargeait.

Il serait donc injuste, mettons peu élégant et, en tout cas, trop facile de partir en guerre contre le dominicain de Notre-Dame, qui n'a fait que nous servir un lieu commun, que répéter ce que tant d'autres orateurs sacrés, à commencer par Massillon, ont dit avant lui. Il ne pouvait parler autrement qu'il a fait. Etant donné que rien n'arrive sans la volonté de Dieu et que Dieu est la bonté même, il lui fallait bien démontrer que cette horrible et odieuse catastrophe était, malgré toutes les apparences, une preuve de la bonté divme châtiant la France pour la ramener dans la voie du bien.

Ce n'est donc pas de la chaire quedevaient descendre des accents humains. Ces accents, pu les a entendus hors du temple, quand M. Barthou s'est fait l'interprète de l'émotion qui étreignaitlescœurs,a glorifié les actes dedévouement des humbles et a adressé des paroles de consolation aux survivants, aux parents des victimes. Le P. Ollivier avait parlé comme ministre du Dieu qui châtie M. Barthou a parlé au nom.de la solidarité humaine, qui a pu atténuer les cirets de la brutalité divine.

LA JOURNÉE

HIER

A l'intérieur Cérémonie à Noire-,Dame' à l'occasion de la çatastrophe du Bazar de la charité. Le corps du duc d'Aumale est transporté à Palerme* Bourse très ferme.

A l'extérieur Le gouvernement grec rappelle ses troupes de Crète.- Uuillaume Il quitte Berlin pour se rendre en Lorraine.

AUJOURD'ffUl

Second tour de scrutin législatif à Brest pour le remplacement dè l'amiral Vallon. Obsèques particulières de victimes de la catastrophe. Courses à Longbhamp £t cyclistes à Buffalo,

NOUEUX DEUILS LA LISTE FUNÈBRE S'ALLONGE TOUS LES JOURS

Deux victimes Les blessés reconduits à leur domicile Dans une salle de la Morgue– Le corps de la comtesse de Luppè-r

Exposition des bijoux.

Le nombre des dames blessées dans la catastrophe du Bazar de la charité et qui avaient été reconduites chez -elles après avoir été sommairement pansées dans les ambulances improvisées de la rue JeanGoujon est beaucoup plus considérable qu'on ne l'avait cru tout d'abord. La gravité des brûlures et la surexcitation cérébrale produite par le terrifiant spectacle- dont ces femmes infortunées ont été les spectatrices involontaires ont déjà provoqué un,certain nombre de décès au sein- même des familles. Hier encore, Mine de SessevaHo a succombé à son domicile, et l'on annonce que d'autres blessées sont actuellement en danger de cependant réussi à se sauver, avec ses deux Hiles, par le soupirail-fenêtré de l'hôtel du Palais; mais la chaleur qui se dégageait du brasier lui avait néanmoins-brûlé le dos et les jambes. Notre liste funèbre s'arrêtait, -hier, au numéro 119. Nous la rependrons donc aujourd'hui en y. ajoutant les noms.des personnes qui, directement ou iqdi-Dectements/ ont été victimes de la catastrophe qui a: plongé tout Paris dans un deuil immense. Mmede Sessevalle,morte à son domicile, 159, boulevard Haussmann. Les obsèques auront lieu mercredi prochain, à l'église Saint-Philippe du Roule.. Mme de Sessevalle était la mère du gendre de M. Harrel, président à la cour d'appel de Paris. 1210 M. Pelterin de Lastelle,' frère de Mme la comtesse Sérurier, dont nous avons signalé hier la brusque fin, à la veille d'assister aux obsèques de sa malheureuse soeur.

Les non reconnus.

Aucun des cinq cadavres qui restent à identifier n'a été reconnu hier. Les cercueils renfermant ces restes informés sont placés dans une petite salle située derriere la chambre de l'appareil frigorifique de la Morgue. Cette salle minuscule sert habituellement aux autopsies judiciaires, qui se pratiquent sur deux tables en plomb en forme 4'évier. Une cinquantaine de personnes environ se sont présentées hier à l'établissement du quai de l'Archevêché pour examiner les restes qui y sont déposés; mais M. Gaud, le greffier, n'a laissé pénétrer que celles qui ont pu justifier de leur parenté avec les victimes non encore reconnues.

M. le docteur Socquet ne désespère pas d'arriver à identifier les tristes débris de Mme la comtesse de Luppé. Il s'est mis en rapport avec M. le docteur Péan, qui pratiqua, il y a quelques années, sur la comtesse une opération très particulière et dont les traces doivent certainement subsister, ainsi qu'avec le dentiste de la pauvre victime. On espère établir aujourd'hui même lequel des cinq corps calcines est celui de la malheureuse comtesse.

Il convient d'ajouter à la liste des disparus le nom de Mme Rabery, demeurant 63, rue des Archives, qui s'était rendue au Bazar de la charité en compagnie de sa fille, Mme Genty, morte dans le sinistre, et qui n'est point revenue à son domicile depuis ce jour fatal.

On ne croit plus maintenant que des corps aient été complètement anéantis dans l'incendie du Bazar do là charité; mais on est convaincu que, dans la précipitation des reconnaissances faites au palais de l'Industrie, il y a eu quelques erreurs et que des corps ont été emportés qui n'appartenaient point aux familles qui les revendiquaient. Tout cela est profondément douloureux)

Les blessés.

Parmi les blessés se trouvait Mme Billotte, femme du secrétaire général de la Banque de France. Mme Biilotte ne dut son salut qu'au dévouement de sa fille, qui, désespérément, lutta contre la poussée formidable qui se produisit au debut de l'incendie. Mme Biilotte a été grièvement brûlée au bras droit, et, malheureusement, son état a empiré.

Contrairement à ce que l'on a annoncé, Mme Feulard n'est pas morte; son état s'est plutôt amélioré.

Les objets trouvés.

Nous avons dit hier que les bijoux et les objets précieux provenant de la catastrophe avaient été consignes au greffe du tribunal correctionnel. La salle où ils sont exposés est située dans les combles du Palais de justice, au-dessus de la onzième chambre, et il faut quelque courage aux représentants des familles pour faire l'ascension de l'étroit escalier qui y conduit. Cinquantecinq personnes sont venues hier au greffe pour reconnaître les bijoux ayant appartenu soit aux victimes, soit aux dames qui ont eu la bonne fortune d'échapper à là catastrophe. Beaucoup de domestiques et de femmes de chambre parmi les visiteurs. Les uns ont reconnu des montres les autres, des bagues, des bracelets, des épingle à chapeau, des boites à poudre, etc. la descente du greffe correctionnel, les personnes qui avaient effectué des reconnaissances ont dû se rendre chez M. Bertulus, qui leur a délivré une ordonnance de restiCution, puis recommencer l'ascension du greffe pour se faire remettre, en échange d'une signature de décharge, les bijoux ou bibelots de toilette reconnus par elles. On trouvait généralement excessif d'obli-, ger les gens à monter au sixième, et même au huitième étage, pour leur faire visiter lia funèbre exposition. Mais il paraît qu'au. point de vue judiciaire même on; s'est, trouvé dans l'obligation de ne pas faire, autrement. Tant pis 1 -(; L'ENQUÊTE JUDICIAIRE

Le propriétaire du cinématographe entendu -Les causes de la catastrophe M. Bellac et son aide. M. le juge d'instruction Bertulus à entendu, hier, pour la troisième ou quatrième rois, M. Normandin, le propriétaire du cinématographe installé dans le Bazar de la charité M. Bellac, l'employé de ce dernier, et l'aide Bragranchoff, et non Ratchowsky, comme on avait dit tout d'abord par erreur.. Le magistrat a reçu ensuite la déposition de M. Marty, qui fut le collaborateur de M. le baron de Mackau dans l'organisation du Bazar de la charité. D'après ce que l'on connaît aujourd'hui.des résultats de l'enquête, la plus grande part de responsabilité, sinon la responsabilité entière de la catastrophe incomberait à M. Bellac et à son aide. Disous à la décharge de ces derniers qu'ils se sont vaillamment conduits et qu'ils ont fait

l'impossible pour empêcher la propagation du sinistre..

On est maintenant certain que la lampe du cinématographe n'a point fait explosion M. Girard, directeur du laboratoire municipal, est aujourd'hui en possession de cet appareil, qui n'est! point trop détérioré et qui pourrait être remis en usage après quelques réparations. La lampe s'est éteinte, on le sait, et'l'un, des employés, soit M. Bellac, soit M. Bragranchoff, a fait craquer une. allumette pour la rallumer.M. Marty, qui se trouvait à ce moment dans la salle du cinématographe, a parfaitement entendu le bruit particulier produit par une allumettebougie frottée sur un corps rugueux. La flamme de l'allumette a produit l'inflammation de vapeurs d'éther émanant d,'une nappe formée à l'intérieur de l'appareil par suite d'un suintement dont les causes ne sont pas encore nettement expliquées.

On a complètement ratissé le vaste terrain sur lequel s'élevait le Bazar de la charité hier encore, on a recueilli quelques débris humains, notamment des esquilles d'os et des lambeaux de chair brûlée. La duchesse d'Alençon.

Vers quatre, heures, le cardinal Richard, archevêque de Paris, accompagné d'un seul ecclésiastique, s'est rendu auprès de la dépouille de la duchesse d'Alençon, déposée, comme on le sait, dans la crypte de la chapelle des dominicains du faubourg.SaintHonoré. Hier matin, une magnifique couronne y a été déposée, envoyée par les officiers du régiment de dragons autrichien Nicolas I", empereur de Russie, où le. duc de Vendôme est lieutenant.

Les obsèques de la duchesse, qui avaient été fixées à mardi, ont été ajournées en raison de la mort du duc d'Aumale. Il est probable, cependant, qu'un service funèbre sera célébré mercredi, dans la chapelle Saint-Ferdinand, à Neuilly. L'inhumation sera faite à Dreux, dans la chapelle SaintLouis, ainsi que nous l'avons déjà dit. Une interpellation.

Ainsi qu'on pouvait le prévoir, le sinistre de la rue Jean-Goujon aura son écho à la tribune de la Chambre.,

M. Georges Berry, député du neuvième arrondissement, vient, en eilet, d'écrire au ministre de'l'intérieur qu'il demanderait à l'interpeller, lors de la rentrée, «sur les responsabilités encourues dans la catastrophe du Bazar de la charité a.

Les obsèques particulières.

Pendant toute la matinée d'hier, Paris a été sillonné de convois funèbres, sur le passage desquels la foule se découvrait, respectueuse et attendrie.

A Sainte-Clotilde, on n'a pas célébré moins de quatre services funèbres ceux de M. Mazure, de la vicomtesse Fernand de Bonneval, de la comtesse de Moustiers, née d'Avaray, et de Mlle Henriette d'Hinnisdal.

A Saint-Thomas-d'Aquin ont eu lieu les obsèques de Mme la vicomtesse de Beauchamp. Le deuil était conduit par son mari, le vicomte de Beauchamp, capitaine au régiment de cuirassiers.

A la Madeleine, obsèques de Mme de Carayon-Latour.

A Notre-Dame-des-Victoires, funérailles de Mme la marquise d'Isle et de sa fille, Mlle Marie d'Isle. Inhumation au cimetière Montparnasse.

A Saint-Philippe du Roule, services funèbres de Mme veuve Legrand, de Mme Adolphe Moreau et de Mme Etienne MoreauNélaton, de Mme Brasier de Thurry. A Saint-Pierre de Chaillot, obsèques de Mme Duclos de Varandal et de Mme la vicomtesse d'Avenel. Inhumation au Père- Lachaise.

A Notre-Dame-de-Lorette, funérailles de Mme veuve Germain, de M. le docteur Feu- lard, de Mlle Germaine Feulard et de leur domestique, Ernestine Moreau. Pour ces derniers, l'inhumation a eu lieu au cimetière de Montmartre.

A Saint-Honoré d'Eylau, obsèques de Mme Le Normand. Le président de la République y était représenté par un officier de sa maison militaire.

A Saint-Augustin, services funèbres de Mme Laneyrie, de Mme Hoskier, de Mme Roland-Gosselin, sa fille; de Mme Auguste Suze.

A Saint-Ambroise, obsèques MmeMonti. Inhumation au Père-Lachaise.

A Saint-Ferdinand des Ternes, funérailles de Mme veuve Huzard.

Au temple du Saint-Esprit, services à la mémoire de Mme Gaston de Clermont, de Mme Nicolas Schlumberger et de Mlle Lina 'Au même temple ont eu lieu, dans l'aprèsmidi, les obsèques de Mme de Horn, auxquelles assistaient Mme la duchesse de Mandas, ambassadrice d'Lspagne. Inhumation au Père-Lachaise.

Au Raincy, fuuérailles de la sœur Marie Ginoux Fermon et de la sœur Valérie Vau I-Iasslet.

Aujourd'hui, dimanche, ainsi que lundi et les jours suivants auront lieu de nouvelles cérémonies funèbres, que nous signalerons au fur et à mesure.

Le consistoire israélite.

Le consistoire israélite de Paris a décidé de faire célébrer un service funèbre à la mémoire des victimes de la catastrophe du Bazar de la charité.

Cette cérémonie aura lieu, lundi 10 mai, à trois heures, au temple de la rue de la Victoire.

En signe de deuil.

Ainsi que nous l'avions annoncé, les théâtres subventionnés n'ont pas joué hier soir, et un grand nombre de magasins sont restés fermés pendant toute la durée de la cérémonie de Notre-Dame, particulièrement dans les quartiers du centre.

LE DISCOURS DU P. OLLIVIER

L'oraison funèbre et les commentaires i Chez les dominicains Le châtiment mérité --Le point de vue chrétien.

Il était intéressant, après les commentaires qu'a soulevés le sermon du P. Oilivier que nous 'publions plus loin, d'avoir son opinion sur l'auditoire exceptionnel qui emplissait, hier, la cathédrale. Nous avons vu un de ses « frères », qui est investi de toute sa confiance et qu'il a autorisé à parler en son nom. -L'aller ego du fougueux prédicateur de Notre-Dame vient vers nous, tenant dans ses blanches mains le texte officiel de l'allocution prononcée â Notre-Dame. Evidemment, notre visite ne surprend point les RR. PP. dominicains.

«–Je sûisà même de vous donner toutes les explications que vous jugerez intéres'santes, nous dit le frère prêcheur, car je connais à fond le discours du R. P. Ollivier, l'ayant collationné avec lui pour l'impres-. sion. Du reste, je me trouvais au service solennel qui a eu lieu à Notre-Dame et j'y étais place en face du président de la Ré-

publique, des ministres, des députés, de sorte que j'ai pu juger de l'impression produite sur les hommes politiques par l'allocution du P. Ollivier..

» Je puis vous déclarer que le P. Ollivi er n'a ^voulu faire aucune allusion politique. oh! mais aucune. pas l'ombre Il ne peut avoir froissé qui que ce soit, car il n'en avait aucunement la pensée. Et, certes, ce n'est pas au moment où le gouvernement fait un acte do' conciliation et de bonne fraternité dans le deuil que le P. Ollivier pourrait se permettre de le critiquer.

» Ceux qui ont vu des allusions politiques dans ce discours n'en ont pas remarqué la fin, qui est un appel à la concorde et a l'union de tous. Le prédicateur de Notre-Dame s'est élevé contre les semeurs de discordes. Evidemment, c'était son droit. Il s'adressait à des politiciens; mais ses paroles ne s'adressaient pas à une politique

« Cependant, faisons-nous observer à notre habile interlocuteur, de très manifestés protestations se sont fait entendre pendant le discours du R. P. Ollivier. La/ Gazette de France elle-même le dit. Explications.

«-La Gazette de France est royaliste. Nous suivons, nous, la politique pontificale. Il peut donc y avoir exagération. Du reste, j'ai bien vu ce qui s'est passé. M. Brisson a causé avec son voisin (M. Loubet) quand le R. P. Ollivier a prononcé ces mots

Hélas 1 de nos temps' même, la France a mérité ce châtiment par un nouvel abandon de ses traditions. Aü heu de marcher à la tête de la civilisation chrétienne, elle a consenti à suivre en servante ou en esclave des doctrines aussi étrangères à son génie qu'à son baptême.

» Mais tout cel a s'est passé fort discrètement. Pas un murmure ne s'est fait entendre. Je dirai même que les personnages officiels se sont surtout fait remarquer par la correction de leur attitude.

»-Mais le R. P.Ollivier a parlé aussi des. « abominables excitations qui travaillent à » creuser un abîme entre les petits et les » grands ».

»-Eh bien, s'écrie le dominicain en nous interrompant d'un geste, le P. Ollivier n'a fait que dire la vérité, et il a été fort étonné des appréciations de certains journaux.

» Ah 1 c'est que le R. P. Ollivier a développé une pensée qui a paru à tous excessive quand il a exprimé en quelques mots que cet épouvantable malheur était un châtiment mérité. Ne trouvez-vous pas que votre confrère est allé un peu loin 1

»- Non. C'est juste! c'est parfaitement juste! Et le P. Ollivier, en déveioppantcette pensée, s'est renfermé dans son rôle de prédicateur chrétien. Il est bien certain que, depuis un siècle, la France est en dehors de ses traditions chrétiennes et universelles, et cela sur bien des points Voyezvous, ce qu'on reproche au P. Ollivier, c'est de s'être placé au point de vue chrétien, pas autre chose! C'est-à-dire, au fond, qu'on lui reproche d'avoir rempli son devoir professionnel et d'avoir fait ce pour quoi on l'appelaitl

»-L'allocution de votre éminent confrère a produit la plus grande impression; elle est déjà fortement commentée; vous pouvez vous attendre à de violentes critiques. »– Oh cela est bien égal au P. Ollivier dit en riant le R. P. dominicain. Cela arrive toujours ainsi. Ah l'on s'est ému des paroles de notre confrère; eh bien au risque de vous étonner, je vous dirai que ç'a été un des jours où le P. Ollivier a été le plus sage! Son allocution est empreinte de la plus grande modération. Du reste, je vous le répète, il n'avait pas l'intention d'attaquer qui que ce fût: c'eût été absolument déplacé et d'un homme mal élevé. Non.non. ce n'était ni le moment ni le lieu. Ce n'est pas au point de vue politique qu'a parlé le R. P. Ollivier c'est au point de vue social, et rien qu'au point de vue social. Il est clair que les institutions politiques de notre pays ne sont pas clémentes envers le catholicisme; mais leP. Ollivier n'a pas parlé spécialement à ce point de vue-la Il s'est renfermé dans son rôle de prédicateur. Je ne puis rien vous dire de plus 1 »

GUILLAUME Il EN LORRAINE

Départ de Berlin de l'empereur et de l'impératrice Séjour au château d'Urville.

Berlin, 8 mai. D'un correspondant. L'empereur et l'impératrice partent ce soir,à cinq heures et demie, de Berlin pour se rendre au château d'Urville, en Lorraine.

Ils arriveront demain, dans la matinée, à Courcelles ils assisteront au service divin dans cette localité et iront ensuite au château d'Urville.

Les invités.

Strasbourg, 8 mai. D'un correspondant. Répondant à une invitation de l'empereur, le statthalter et la princesse de Hohenlohe se rendront demain au château d'Urville pour diner et rentreront ici probablement le soir même.

L'ELECTION SÉNATORIALE DE L'AUBE M. Renaudot, grand agronome, que le canton de Nogent-sur-Seine élut conseiller général, en remplacement de M.Casimir-Perier, quand celui-ci devint président de la République, vient de poser sa candidature, comme républicain de gouvernement, à l'élection sénatoriale qui doitavoir lieu le 30 mai dans le département de l'Aube. Il se porte surtout comme représentant des intérêts agricoles de la région.

Cela porte à huit le nombre des candidats, qui sont, en dehors de M. Renaudot, M. Mortier, ancien président du tribunal de commerce, également républicain de gouvernement Michou, député, républicain indépendant Bordét, rallié; Pinel, radical .socialiste; Bonheury, collectiviste; Barthélémy Combes et François.

DUEL AU SABRE

ViENNE, 8 mai. D'un correspondant. Les journaux annoncent qu'un duel au sabre a eu lieu aujourd'hui entre M. Horica, jeune tchèque, et M. Wolff, membre du parti Schœnerer, à la suite des paroles offensantes que le premier de ces députés a adressées au second dans la séance d'avant-hier de la Chambre.

Les deux adversaires ont été blessés à la main, M. Horica grièvement, et M. Wolff légèrement.

Tous deux se sont rendus à la séance de la Chambre, aujourd'hui, après le duel. CHAULALONGKORN I°'

Port-Saïd, 8/ mai. Par service spécial. Le roi de Siam est parti pour Venise, à bord .de: Son yacht..

LE DUG D'flUMALE

LE CERCUEIL DU PRINCE TRANS- PORTÉ A PALERME

Dans la chambre mortuaire Sousles plis du drapeau tricolore -Le train des princes en retard

Le testament et Chan- x tilly Souvenirs.

Zucco, 8 mai. D'un correspondan 1. Le temps est pluvieux.

Une profonde tristesse est empreinte sur le visage des .employés du château de Zucco, propriété du duc d'Aumale.

Le duc est étendu sur le très modeste lit de fer où il est mort. Il est vêtu de noir et couvert d'un drapeau français, Quatre cierges brûlent autour du lit, près duquel prient quatre religieuses.

La chambre, dont les murs sont simplement blanchis, contient une table de nuit et quatre chaises. Un portrait du comte de Paris est placé au chevet du lit, au-dessus d'un crucifix. Des prêtres disent des messes de Requiem dans la chapelle.

La nouvelle de la maladie de laprincesse Clémentine est dénuée de fondement. Malgré sa profonde douleur, la princesse est en bonne santé.

Le consul de France a dressé hier l'acte mortuaire. Les témoins étaient le marquis de Beauvoir et M. Bucan, administrateur 'général.

On attend un train Spécial qui transportera,àujourd'hui,à cinq heures et demie, le corps du duc à Palerme.

La mort a été annoncée à toutes les cours de l'Europe. Les dépêches de condoléance continuent d'affluer. On remarque dans le nombre celles du roi Humbert, du duc et de la duchesse d'Aoste, de la reine Victoria et de la reine Amélie de Portugal.

On a photographié aujourd'hui le corps du duc d'Aumale.

La princesse Clémentine, la duchesse do Chartres, le marquis de Beauvoir et la suite, ont assisté, à dix heures et demie, à uné messe de Requiem à la chapelle du château de Zucco.

Le bateau à vapeur de Naples étant en retard, le train qui transporte les princes n'est pas encore arrivé.

PALERME, 8 mai. D'un correspondant. -Le train portant le cercueil du duc d'Aumale est arrivé à sept heures quarante-cinq cd soir.

Il a été reçu par les représentants du ministre, M. Codronchi; il a été placé sur un oorbillard couvert de fleurs et de couronnes. Puis il a été conduit au palais du duc, où il a été placé dans la chapelle, convertie en chapelle ardente.

Rome, 8 niai. D'un correspondant, ïf'Esercito dit que, selon les dispositions que prendra le roi, un navire de guerre ira probablement à Palermo participer aux i honneurs rendus au duc d'Aumale.

Le comité paroissial de Saint-Laurent de Lueina célébrera demain un service funèbre pour les victimes du Bazar de la charité. Des obsèques solennelles auront lieu, la il, à Saint-Louis des Français.

CHEZ M. DENORMANDIE

Ouverture du testament Les héritiers Quelques renseigne-

ments sur le duc d'Aumale.

Le testament du duc d'Aumale a été ouvert hier par M. Baudouin, président du tribunal civil de la Seine.

Ce testament avait été apporté au cabinet de M. Baudouin, au Palais de justice, par Me Fontana, notaire, accompagné de M» Limbourg, avocat de la famille d'Orléans et conseil du duc d'Aumale.

Le président, après avoir dressé le procès-verbal prescrit par la loi, a ordonné que le testament du duc d'Aumale fut déposé aux minutes de Me Fontana.

C'est donc en l'étude de Me Fontana, notaire rue Royale, que sera donné lecture, lundi, du testament du duc d'Aumale, en présence des exécuteurs testamentaires, qui sont MM. Limbourg, Denormandie, Bocher, Georges Picot et le général Guioth, commandant le 12e corps d'armée.

Il est encore difficile de savoir quels héritiers le duc institue par ces dispositions dernières, le notaire, auquel le président du tribunal civil. M. Baudouin, a rendu hier le testament, n'ayant pu fournir aucune communication avant la lecture de lundi. Mais le nom de M. Denormandie, l'honorable sénateur et l'un des derniers mandalaires du duc, avait été si souvent mêlé à tout ce qui touche à la famille d'Orléans, au duc d'Aumale en particulier, que les détails qu'il a bien voulu nous donner hier étaient intéressants rapporter.

Ma famille témoignait le meilleur attachement à la famille d'Orléans, et mon père, dès 1815, commença avec le duc d'Orléans des relations qui se continuèrent lorsque le prince devint Louis-Philippe mon père était souvent appelé près du roi à titre de conseil et prit part, de nombreuses fois, aux délibérations d'aifaires qui se tenaient au palais Royal. Je pris ensuite la succession de mon père comme avoué à Paris et je continuai donc à m'oècuper des questions qui- intéressaient, la famille d'Orléans. »

Il faut rappeler, à ce propos, que M. Denormandie fut, en effet, mêlé au retentissant et difficile procès de 1852, alors qu'il s'agit de déterminer si le roi Louis-Philippe avait agi légalement en laissant à ses fils sa fortune ou si, au contraire, cette fortune n'appartenait pas à la nation.

La triple unité.

«-Puis, continue M. Denormandie, j'allai plusieurs fois rendre visite au duc drAumale exilé et, à l'occasion de deuils de famille, je lui apportai l'expression de mon respect. C'est ainsi quenous fûmes conduits à évoquer des souvenirs d'enfance, car nous étions du même âge, et, lorsque, plus tard, nous nous retrouvâmes sur les bancs de l'Assemblée nationale, le duc me témoignait déjà la meilleure sympathie.

Je me souviens, notamment, d'un mot qui marque bien comme le duc d'Aumale fut toujours au-dessus des événements politiques et les domina de toute la hauteur de sa vaste intelligence. Je lui demandait un jour, vers 1876, son sentiment sur une histoire politique quelconque, et je le vois encore me prenant le bras et me répondant, avec son sourire si arable:

« Non,. pas cela, pas cela. Ne me de. mandez rien en dehors de ce qui touche à l'art ou à la littérature. »

» Enfin, en 1886, il me retint un jour près de lui, après que les siens se fussent écartés, et il me fit part du projet qu'il voulait réaliser en donnant Chantilly a l'Institut. Et alors il me dit ces paroles, par lesquelles, peu de temps après, il devait expliquer cette donation magnifique

«-Voyez-vous, j'ai réalisé ici,après beau» coup d'efforts, l'unité territoriale, l'unité ar» tistique et l'unité littéraire. Je ne veux pas » que tout cela-ce fruit de tant depréoccu~.>