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Titre : [Séance publique annuelle de l'Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d'Aix]

Auteur : Académie des sciences, agriculture, arts et belles lettres (Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône). Auteur du texte

Éditeur : Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d'Aix (Aix-en-Provence)

Date d'édition : 1902

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

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Description : 1902

Description : 1902.

Description : Collection numérique : Fonds régional : Provence-Alpes-Côte d'Azur

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k55314882

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2008-276627

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb343673900

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 19/01/2011

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SEANTE PUBLIQUE

DE

L'ACADÉMIE

DES

SCIENCES, AGRICULTURE, ARTS ET BELLES-LETTRES

D'AIX

AIX-EN-PROVENCE

A. GARCIN, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE

Rue Manuel, 20.

1902



ACADÉMIE D'AIX

82me SÉANCE PUBLIQUE

14 Juin. 1902.



SÉANCE PUBLIQUE

DE

L'ACADEMIE

DES

SCIENCES, AGRICULTURE, ARTS ET BELLES-LETTRES

D'AIX

AIX-EN- PROVENCE

Imprimerie A. GARCIN, rue Manuel, 20.

1902



ACADÉMIE D'AIX

8me SEANCE PUBLIQUE

Le Samedi , 14 Juin 1902, la quatre-vingt deuxième Séance publique de l'Académie d'Aix a été tenue, à quatre heures & demie de relevée, dans la grand'salle de l'Université de Provence, à la Faculté de Droit.

La première proclamation des Prix de Vertu, pensions ouvrières Irma MOREAU, avait attiré un nombre exceptionnel d'invités à celle solennité.

On remarquait aux places d'honneur M. le Premier Président de la Cour, M. le Sous-Préfel, M. le Maire d'Aix, M. le Colonel du 55me, commandant d'armes, MM. les Vicaires Généraux représentant Monseigneur l'Archevêque absent, M. l'Inspecteur d'Académie représentant M. le Recteur empêché, M. le conseiller général Cabassol.

M. le docleur AUDE , président , ouvre la séance et prononce le discours suivant :


UNE CROISIÈRE EN ISLANDE

MESDAMES , MESSIEURS ,

Le jour de fête de l'Académie est celui où vous lui apportez le témoignage si précieux de votre sympathie , en assistant à la distribution des prix de vertu Rambot et Reynier et, cette année . à la première attribution des pensions ouvrières fondées par Irma Moreau.

Vous venez souligner par vos applaudissements l'oeuvre sociale de ces bienfaiteurs, réconforter les sentiments généreux de votre coeur et saluer les humbles qui donnent l'exemple du dévouement, de la charité, de la piété filiale, du travail poussé jusqu'à l'épuisement des forces.

Mais tout plaisir mérite un effort, rien ne se donne, tout s'achète. Aussi nos usages vous imposent-ils l'audition d'un discours du Président. Si mes distingués prédécesseurs ont su captiver votre intérêt, je n'ose me promettre de l'éveiller cette année encore, où des souvenirs de jadis et des faits


récents m'incitent à vous parler d'une région hyperboréenne, l'Islande.

Cette île mystérieuse des glaces, abordable pendant quelques mois, défendue le reste de l'année par d'épaisses banquises, devait inspirer à Victor Hugo son premier roman, H an d'Islande, à Jules Verne l'idée d'y placer l'entrée de son héros descendant au centre de la terre, à Pierre Loti ses poétiques et touchants récits sur les pêcheurs d'Islande, et nous valoir les notes littéraires de Xavier Marinier sur les Sagas, ces antiques manuscrits composés par un peuple vivant pendant des siècles sans communication. avec le reste du monde et puisant en lui seul la nourriture de son esprit, comme il cherchait autour de lui sa subsistance matérielle.

Les côtes d'Islande merveilleusement poissonneuses, attirent chaque année environ 5000 marins Français montés sur des goélettes et partant des différents ports du Nord. Ils forment une flotte de près de 300 navires qui nous approvisionne de morue, aliment si précieux par ses qualités nutritives, sa conservation facile et son prix peu élevé. La pêche se fait à la ligne de fond. Lorsqu'un bateau arrive sur un banc de poisson tout l'équipage, penché sur les bords du navire, jette la ligne à une profondeur de dix à quinze mètres. Elle est immédiatement retirée ornée d'une superbe victime,


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toute frétillante, qui ferait pâmer de joie le plus aguerri de nos pêcheurs de l'Arc. Et pendant des journées, sans changer de place, la pêche continue avec le même succès.

Deux navires de l'État, une frégate et un transport, sont envoyés dans les eaux d'Islande pour protéger et secourir nos nationaux. Des points de ralliement leur sont donnés, mais il arrive souvent qu'en pleine mer un bateau passe en vue du navire de guerre. S'il a besoin de secours il hisse un signal convenu ; et aussitôt une embarcation est mise à l'eau, emportant un officier, un médecin, des vivres, du matériel. Le malade grave est ramené à bord de la frégate et remplacé par un homme valide, le bateau est pourvu et, s'il est avarié au point de ne pouvoir continuer sa route, il est pris à la remorque et conduit au port le plus voisin. Dans ces mers si dures ce sont là des sauvetages émouvants , périlleux qui arrachent bien des victimes à la mort mais qui, hélas, ne peuvent lui ravir les équipages des navires se brisant sur un bloc de glace flottant entre deux eaux, la nuit, sans un survivant pour annoncer au port la perte corps et biens de la Pauline ou du St-Jean. Et sur la grève, à l'époque du retour, les femmes et les enfants fixent les yeux sur l'horizon pour découvrir, du plus loin, la Pauline ou le St-Jean, qu'ils reconnaîtront entre mille à un détail de mâture, une disposition de la


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voile. Des journées se passent, les autres bateaux sont rentrés, l'époux, le père ne revient pas !

L'éminent poëte Jacques Normand, que notre région est heureuse et fière d'avoir séduit et fixé, a dit en beaux vers cette vaine attente du marin.

Cette année la campagne était à peine ouverte que deux goélettes, la Perle et la Charmeuse, disparaissaient, engloutissant leurs vingt-trois hommes d'équipage.

Ces vaillants pêcheurs d'Islande sont l'honneur de la marine Française. Ils acquièrent des qualités d'endurance qu'ils dépenseront plus tard , sans compter, sur les navires de guerre. Entre leurs mains le drapeau national est bien gardé, tenu haut et, soit à "bord, sur toutes les mers, soit à terre, au siège de Paris, sur les côtes, à Carro, les marins de France ont conquis une juste renommée d'abnégation, de bravoure et de courage. Un de leurs anciens compagnons les salue aujourd'hui, conservant dans son coeur le souvenir ému de leur dévouement sans borne à notre chère Patrie.

La division navale d'Islande était- formée, en 1868 et 1869, de la frégate la Clorinde et du transport le Loiret. J'avais l'honneur d'en être le médecin en chef.

Après une navigation d'un mois, des relâches en Ecosse et aux iles Feroë , la Clorinde, séparée du


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Loiret prenant une autre route , arriva en vue de Reykiavik, capitale de l'Islande.

Cette île, peuplée au IXme siècle par des Norwégiens, appartient au Danemarck. Elle est restée pendant longtemps à l'abri de tout contact étranger.

La légende prétend qu'Imgolf, un grand sel gneur chassé de la Cour de Norwège, partit avec un nombreux équipage et tout les éléments nécessaires à la fondation d'une colonie. Il emportait trois corbeaux préalablement consacrés aux Dieux et qui, dans ces temps primitifs, tenaient lieu de boussole. Après deux jours de route vers le NordOuest, Imgolf, par un procédé renouvelé du patriarche Noë, lâcha un de ses corbeaux. L'oiseau s'envola vers le Sud-Est et revint auxiles Feroë où l'expédition avait relâché. Deux jours après un autre corbeau fut mis en liberté ; il plana dans les nuages et revint sur le navire. Imgolf pensa qu'il était à égale distance de toute terre et il continua sa route. Le lendemain il renouvela l'expérience. Cette fois l'oiseau sacré prit résolument la direction du Nord ; Imgolf le suivit et débarqua sur l'emplacement qu'occupe Reykiavik.

L'Islande compte une population de 70.000 âmes, disséminée surtout sur la côte. Pendant l'hiver, qui dure sept mois, la neige recouvre l'île, la nuit est constante ; seules les aurores boréales illuminent parfois le ciel vers le Groëntland.


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Toute communication est alors interrompue. L'Islandais, bloqué avec sa famille, ses moutons, ses chevaux, dans des huttes creusées sous la terre, charme ses loisirs en lisant les " Sagas Islandaises ". En été, de mai à fin septembre, le jour règne de minuit à minuit ; on perd la notion des heures. Quelques légumes sont alors hâtivement semés et récoltés en juillet. Les moutons et les chevaux, amaigris comme les bêtes de l'Apocalypse, trouvent à paître sur des prairies naturelles qu'enserrent des champs de lave. Dans les années très fioides, le courant polaire amène avec lui des ours blancs, transportés par la banquise, qui ravagent les troupeaux, et, en été, reprennent, sur les glaçons, la route du Spitzberg.

Pour le marin qui vient de passer de longues journées sur la mer, l'approche de la terre est une joie indicible. Dans les régions tropicales, l'oeil n'aperçoit que des masses verdoyantes,' des sommets touffus ou des pics hardis qui font rêver aux folles ascensions.

En Islande, le décor est tout différent.

Un sentiment de tristesse envahit l'âme à l'aspect de cette masse noire dominée par des pics blancs de neige. Des vols d'oiseaux pêcheurs planent sur le rivage, pas un arbre, rien de vert pour reposer la vue.

Reykiavik est le centre des fonctionnaires Da-


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nois et des commerçants. On n'y voit ni chemins, ni rues, aucun moyen de transport. Une église bâtie avec de la lave, la demeure du gouverneur, quelques factoreries, de rares maisons recouvertes d'un enduit goudronné, telle est cette agglomération d'environ deux mille habitants, défendue par une force armée de trois hommes, deux gardes de jour, un veilleur de nuit.

Les échanges s'y font en nature et le poisson sec, qui est à peu près le seul objet de commerce, est la monnaie courante des Islandais. Aussi n'est-il pas rare de recevoir, comme appoint, un ou plusieurs harengs, qu'on abandonne généreusement, pour être dispensé de les loger dans une bourse.

Dans ce pays, où ne fleurit jamais l'oranger, la physionomie des habitants est empreinte de tristesse et de mélancolie. Les hommes, de haute taille, ont la face ronde, le teint pâle, la chevelure blonde et épaisse, une démarche lente et lourde. L'allure des femmes est plus gracieuse : leurs traits sont fins ; de longs cheveux retombent en nattes sur les épaules et sont dominés par une petite toque en drap noir, avec tresse de soie flottante qui rappelle la coiffure grecque. Les jours de fête, les Islandaises se parent d'une sorte de mitre et d'un corsage garni d'agrafes, se boutonnant dans la partie inférieure, orné de galons de velours et d'argent.


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L'Islandais est intelligent, studieux, courageux, très hospitalier, mais enclin, comme tous les habitants du Nord, à l'abus des eaux-de-vie de grain que le commerce déverse à grands flots sur son île.

La flore est représentée par de rares bouleaux, des saules ou des sorbiers nains, de maigres prairies. Le lichen d'Islande, si employé en médecine, y croît en abondance, sans que le pharmacien de Reykiavik se croit dispensé de s'en approvisionner à Paris. La faune est aussi très restreinte, des renards bleus dont la fourrure est si estimée, des chevaux, des moutons, plusieurs variétés de pingouins et de gerfauts et surtout l'eider, l'oiseau vénéré, sont à peu près les seuls animaux qu'on rencontre en Islande. L'eider fait son nid tout près des habitations ; il est l'objet d'une culture qui consiste à le dépouiller tout vivant de son duvet pour en faire nos moelleux édredons. Le chasseur ne peut tirer sur l'eider sans s'exposer à une forte amende et les navires étrangers sont dispensés de saluer la terre, pour ne pas causer d'émotion à l'oiseau si utile et si rémunérateur.

Les chevaux islandais sont de véritables poneys, au pied très sûr, sobres, patients et vigoureux. Ils pourraient, sans hroncher, gravir et descendre l'escalier de la colonne Vendôme.

La piésence de la division navale Française, à Reykiavik, est, pour les fonctionnaires et les prin-


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cipaux commerçants Danois, le retour à la vie mondaine. Les visites, les dîners, les bals même se succèdent précipitamment, car, après s'être ravitaillés, les navires doivent accomplir leur mission, faire le tour de l'île et séjourner dans certains fiords pour y rencontrer les goélettes de pêche. Ceux des officiers qui préfèrent les excursions organisent des promenades dans l'intérieur, qui doivent durer plusieurs jours. De bons guides, des chevaux sûrs, des provisions, des objets de campement sont réunis et l'on part à minuit, par un soleil radieux, pour se lancer à travers les champs de lave.

En sortant de Reykiavik on traverse pendant quelques kilomètres de grands plateaux de tourbe sillonnés par d'étroites et profondes ornières, creusées en diverses pistes par les pas des chevaux qui s'y enfoncent et disparaissent presque à moitié. Le cavalier est obligé de se tenir le plus souvent à genou sur la selle, sous peine d'avoir les chevilles tordues. Quand on a plusieurs heures d'un pareil exercice on peut débuter à l'hippodrome. Viennent ensuite les champs de lave où toute terre disparaît. Il faut gravir d'énormes blocs ou les contourner et laisser surtout au cheval le choix de la manoeuvre. Si l'on arrive dans des endroits où croît la verdure, les chevaux affamés ne laissent pas échapper une aussi belle occasion de brouter ; il faut alors prendre ses dispositions pour ne pas


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être rejeté en avant. Le vent, le froid, la pluie sont bien souvent de la partie, aussi le soir, sous la tente ou dans le boer hospitalier, le voyageur a t-il tôt fait de s'endormir d'un profond sommeil. Les guides connaissent bien les boers, qui sont les habitations souterraines des Islandais. On en piétine parfois l'emplacement, sans se douter qu'audessous sont des être humains qui sortent de terre, tendant les mains à l'étranger, l'invitant à entrer et lui offrant du lait, tout ce qu'ils possèdent.

Avant l'occupation Danoise, les assemblées générales du peuple Islandais se tenaient dans une immense plaine, l'Almanaya, entourée d'une ceinture de rocs et de ravins formée par des coulées de lave. Au centre est une large crevasse de quarante mètres de profondeur. Le chemin qui conduit au fond de cet abîme est un escalier étroit et rapide formé par un éboulement. Les chevaux s'y engagent sans hésiter, il faut s'abandonner et penser à la descente d'Orphée aux enfers et aux ténébreux mystères du culte d'Isis. Au fond, se trouve une large galerie formée par deux murailles de basalte parallèles, dont la plus élevée a cinquante mètres de hauteur. Les laves, en se séparant, ont pris les formes les plus fantastiques. Sur les parois intérieures sont représentés des balcons, des fenêtres ogivales; la crête est ornée de tourelles, de machicoulis, de clochetons, de poivrières


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et de toutes les complications architecturales du Moyen-Age. Le chant plaintif du pluvier, perché sur une scorie, rompt seul le silence et rappelle, dans cette sorte de cathédrale, la cloche du village tintant l'Angélus.

Mais il faut s'arracher aux rêveries de ce gran diose spectacle et continuer la route pour camper, le soir, dans la plaine des Geysers.

Après avoir traversé des rivières à la nage des chevaux, des marais fangeux, la caravane a devant elle une vaste étendue où se trouvent quelques boers et une modeste église. Une véritable tempête menaçait de désarçonner les cavaliers qui, sur le pas de l'église, furent salués par le pasteur avec ces mots : facit ventum ad decornandum boves! Ce latin macaronique, que je ne ferai à personne, pas même à mes savants confrères de l'Académie, l'injure de traduire, est le langage dont se servent à peu près tous les Islandais dans leurs rapports avec les étrangers. Il facilite les relations, rappelle de fort loin Cicéron et de très près l'heureux temps du collège.

Les volcans d'eau bouillante, qui ont reçu le nom de Geysers, sont nombreux dans cette plaine et de différente importance. Leurs éruptions sont simultanées, ou se succèdent à une distance très rapprochée, et il est rare, en embrassant l'espace d'un coup d'oeil, que la vue ne soit arrêtée par une


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colonne d'eau s'élevant majestueusement vers le ciel. Deux d'entre eux fixent surtout l'attention. Le grand Geyser, avec un mamelon de quatrevingt mètres de pourtour à sa base extérieure et, au sommet, une cuvette de quinze mètres de diamètre présente des éruptions irrégulières. L'observateur doit camper souvent plusieurs jours avant d'assister au grandiose spectacle qui l'attire. L'éruption est annoncée par de sourdes détona tions ressemblant à des décharges d'artillerie sou terraine, la terre est ébranlée, puis le calme se fait, le geyser se recueille, et lentement l'eau déborde du cratère, elle s'élève à un mètre, gagne rapidement en hauteur pour atteindre celle de cent mètres et la dépasser souvent. La colonne d'eau retombe perpendiculairement et se répand sur les bords où elle dépose la silice dont elle est saturée ; c'est la Geysèrite, qui devient de l'agate en durcissant et que les minéralogistes conservent précieusement dans leurs collections.

Le Strockur est un geyser plus complaisant. Il suffit de jeter dans son cratère une motte de gazon pour en provoquer l'éruption. L'eau, à une température bien supérieure à 100°, monte à soixante-dix ou quatre-vingt mètres et s'y maintient pendant une demi heure. Le voyageur pratique utilise cette eau bouillante, déposée dans les anfractuosités voisines, pour faire cuire des oeufs et des légumes secs, ines-


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timable ressource dans une région où il serait impossible de rencontrer le moindre bois à brûler.

Une excursion dans l'intérieur de l'Islande ne saurait être complète sans une visite au Mont Hekla qui, avec l'Etna et le Vésuve, forme le groupe des volcans les plus célèbres. Le Mont Pelée vient, hélas, d'ajouter sa sinistre réputation à la leur ! Le cratère de l'Hekla s'ouvre au milieu d'un cirque de près de deux kilomètres de diamètre. Il élève sa tête au-dessus des contreforts environnants, avec un cône trachytique de quinze cents mètres de hauteur; il émerge d'un massif de dômes couverts de neiges éternelles. L'Hekla est le minotaure qui a dévoré des générations entières, détruit, pour de longues années, les troupeaux et les prairies et inspiré les terribles récits des Sagas Islandaises.

De l'an 1000 à 1766 l'Hekla eut vingt-trois éruptions. La dernière eut lieu en 1845. Elle fut précédée de phénomènes bien dignes dé fixer l'attention des habitants voisins d'un volcan. Dès 1839, la neige diminua peu à peu sur le sommet de l'Hekla; les sources thermales et les dégagements de vapeur, à ses pieds, présentèrent une augmentation considérable de température et de volume. L'hiver de 1844 fut d'une extrême douceur, sans neige et presque sans gelée ; par suite le printemps


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fut d'une précocité exceptionnelle et l'été d'une sécheresse accablante.

Tout-à-coup éclata la vingt-quatrième éruption de l'Hekla, après un repos de soixante-dix-neuf années. Elle fut d'une violence extrême et projeta des scories jusqu'aux îles Feroë et aux Orcades.

Si l'Almanaya, la plaine des Geysers, le Mont Hekla sont les principales attractions du voyageur en Islande, il en est d'autres encore : de superbes lacs intérieurs, de vertigineuses hauteurs, d'impétueuses cascades excitent aussi son admiration. Par la nature de son terrain, l'Islande est un riche cabinet minéralogique, avec d'innombrables variétés d'agate, de jaspe, de calcédoine, de scolézite, de porphyre, d'obsidienne. Le spath d'Islande, si connu par sa propriété de double refraction utilisée pour certains instruments d'optique, forme une sorte d'amande blanche sur le flanc d'une montagne basaltique noire. Elle constitue un point de repère pour les navigateurs qui l'aperçoivent de la haute mer.

Au départ de la division Française, les Islandais disent : « Voilà le soleil qui s'en va. » C'est la fin d'août et pour eux commence l'hivernage, qui dure jusqu'au mois de mai.

Mesdames, il m'a semblé qu'en vous promenant


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pendant quelques instants au milieu des banquises du Nord et sous les sites neigeux de l'Islande, vous ressentiriez, par suggestion, une douce fraîcheur, atténuant la température de notre chère Provence, d'ordinaire torride en cette saison. Puisse je avoir réussi à vous donner cette bienfaisante illusion !


RAPPORT SUR LES PRIX DE VERTU

RAMBOT & REYNIER

par M. CH. DE BONNECORSE.

MESDAMES,

MESSIEURS,

On doit louer sans réserve la pensée généreuse de ceux qui, en quittant ce monde, ont songé à perpétuer leurs bienfaits en fondant des prix de vertu.

Les modestes et bons citoyens auxquels nous devons les prix « Rambot et Reynier » ont droit, comme leur illustre devancier : Montyon, à ces éloges. A l'Académie d'Aix, où, tout, comme à l'Académie Française est tradition, on ne concevrait pas qu'un rapport sur les prix de vertu ne commençât pas par l'éloge de ces insignes bienfaiteurs. Et pourtant, en toute sincérité, ce ne sont pas des éloges que j'étais tenté d'adresser à ces deux philanthropes, lorsque, plume en main et sur ma table dix-huit dossiers, je commençais d'écrire ce


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qui devait être un solennel rapport sur les prix de vertu. Ah ! ces hommes charitables et bons ne se doutaient, certes pas, de la torture à laquelle ils soumettaient mon pauvre cerveau.

La vertu, c'est si beau d'en parler, mais c'est si difficile d'en faire l'éloge sans tomber dans les redites, les lieux communs, la phraséologie vide. On imagine volontiers quelqu'une de ces promenades délicieuses aux jardins d'Académus, où le philosophe discourant avec Phédon ou Gorgias eût, en paroles divines, marqué les traits essentiels de cette splendeur de l'âme faite de bonté agissante, de droiture, d'activité, d'énergie puissante, d'efforts persévérants qui s'appelle la vertu. Mais voilà, Platon est mort depuis longtemps et les abeilles de Sainte-Victoire n'ont pas, comme celles de l'Attique, déposé leur miel sur ma bouche d'enfant endormi. Puis l'amour propre est là, on ne veut pas se montrer trop inférieur à d'illustres devanciers, on veut égaler le cardinal Perraud, surpasser Brunetière, assaisonner son discours de ce sel particulier qui s'appelle le sel académique, sel fort rare qui ne se trouve pas chez tous les épiciers.

Vraiment, à voir de près les difficultés d'une pareille tâche, on se demande pourquoi quelque généreux bienfaiteur ne réserverait pas une récom-


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pense à ceux qui sont chargés de faire le rapport sur les prix de vertu.

Cependant, nous pouvons tirer du spectacle même de la vertu un utile encouragement. C'est moins ce que l'on dit de beau sur elle qui nous la fera aimer que les exemples vivants que nous en aurons. Un beau discours a pu faire germer de belles actions, qui dira ce que l'exemple journalier de la vertu a fait éclore autour d'elle, de dévouements sublimes et quelquefois ignorés. Faire défiler devant vous ces âmes vertueuses, les montrer dans l'activité féconde de leur vie n'est ce pas faire, mieux que par un discours, l'éloge de la vertu ? Et quand rious aurons vu penser et vivre pendant quelques minutes nos lauréats dans le cadre de leur vie : « à bien faire uniquement passée », n'aurons-nous pas retiré de cette séance un utile enseignement, une excitation pour le bien plus féconde et plus durable que celle qu'un discours sonore eût pu faire naître?

Votre Académie, dans le nombre des mémoires qui lui ont été soumis, a été heureuse de discerner, comme parfaitement apte à remplir les conditions exigées par le fondateur du prix Rambot, celui présenté au nom de Mademoiselle Blanche Arène,

Mademoiselle Blanche Arène — elle me par-


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donnera ce manque de galanterie qu'atténue pourtant les exigences de mon rapport a aujourd'hui cinquante ans ; elle n'a connu jusqu'à ce jour d'autres joies que le dévouement ; elle n'a su trouver de plaisir que dans le don complet et absolu de soi. Mademoiselle Arène, qu'une situation brillante semblait attendre et dont l'éducation ' morale et scientifique ne laissa rien à désirer, doit trouver dans le secret d'une conscience délicate et dans les sentiments d'une âme élevée la récompense la plus douce de ses sacrifices. L'Académie n'y peut rien ajouter sans doute, mais elle peut signaler à vos applaudissements un dévouement qui, pour ne s'exercer que dans le cercle étendu de la famille, est cependant au-dessus de tout éloge. Il arrive souvent que des personnes, très méritantes d'ailleurs, sont recommandées au choix de l'Académie pour des soins dévoués donnés à un père, une mère infirme, un mari valétudinaire ; ce sont là des actes d'une incontestable moralité, on ne peut qu'y applaudir, mais nous ne pouvons les couronner, ils ne sont que l'accomplissement du plus élémentaire des devoirs.

Mais lorsque, comme Mademoiselle Arène, on se consacre, modeste jeune fille, à réparer pour toute une famille, père, mère, fières et soeurs, les désastres de la fortune ; lorsqu'à force de courage et d'énergie on est parvenue à créer un petit pen-


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sionnat dont les profits nourrissent tous les siens ; lorsque la maladie des vieux parents, exigeant de la jeune fille une présence et des soins assidus incompatibles avec ce modeste gagne pain, on se met courageusement à l'oeuvre et que l'on demande à l'aiguille les ressources nécessaires pour faire vivre avec son père et sa mère une jeune bellesoeur que des couches successives rendent malade, un frère atteint lui aussi par la maladie, trois jeunes -neveux, que cette vie de dévouement dure pendant vingt-huit années, il nous paraît qu'il y a là quelque chose de plus que l'accomplissement d'un devoir de famille, et que ce sacrifice de toute une vie, non seulement à ses père et mère, ce qui n'est que naturel, mais à ses neveux, ses frères et belles-soeurs, doit mériter une récompense.

Ce que l'Académie a entendu louer le plus dans Mademoiselle Arène, c'est : le courage, la persistance dans une tâche que le malheur s'est acharné à rendre de plus en plus ingrate, de plus en plus lourde ; pour elle, il est vrai de dire que, comme on l'a dit du génie, la vertu a été une longue patience.

Parmi les mémoires qui paraissaient devoir attirer notre attention pour l'attribution du prix Reynier, il en est un qui, sans conteste, devait mériter une mention particulière : Je veux parler


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de celui qui concerne Madame Nègre, en religion soeur saint Ignace, la vénérée directrice de l'orphelinat des Hospices d'Aix.

Certes, en embrassant la vie religieuse et en acceptant avec joie tous les sacrifices que cette vie comporte, la soeur saint Ignace a eu un autre but et a obéi à d'autres mobiles que ceux que nous avons coutume de trouver même parmi les plus méritants de nos lauréats. La couronne que nous pouvons lui donner n'est point celle qu'elle ambitionnait au jour de sa vêture. La récompense à laquelle elle aspire est entre les mains de Dieu seul. Mais ce qu'elle ne pouvait songer à demander d'autres y ont songé pour elle, et dans des conditions si pressantes qu'elles ne pouvaient laisser l'Académie indifférente. C'est la commission des Hospices d'Aix toute entière, c'est un mémoire où se trouvent mêlés les noms des personnalités les plus 'Opposées au point de vue des croyances comme des opinions qui recommandent les états de service de la soeur saint Ignace.

Entrée en religion en 1860, après diveis postes, ■elle arrive à l'Hôpital d'Aix, en 1880, pour y diriger l'orphelinat annexe de cet établissement. Elle y accomplit non seulement sa mission d'excellente mère et tutrice de ces pauvres orphelins, mais elle l'étend singulièrement, elle suit ses jeunes pupilles dans la vie, elle les place, s'intéresse à


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leurs succès, quelques fois même les marie, et, du fonds de son orphelinat, elle reste toujours, comme lui écrit un de ses anciens pupilles, tout joyeux d'avoir passé ses examens en pharmacie, leur « mère » : « Chère Madame saint Ignace, c'est mon coeur qui parle ; ma mère, je mets mon diplôme à vos pieds, j'ai travaillé, voilà le fruit de mes efforts. C'est à vous que je le dois. » Il en est d'autres auxquels elle a su insuffler le même esprit de foi et de religion qui l'anime et dont elle fera des prêtres reconnaissants. Les sentiments nobles et délicats, les succès des élèves ne sont ils pas la meilleure preuve de l'excellence des maîtres ?

En décernant à la soeur saint Ignace une médaille d'or, l'Académie a cru entrer exactement dans les termes et l'esprit du testament de M. Reynier. Le caractère particulier de la soeur saint Ignace, les sentiments qui sont le guide de sa vie ne permettaient pas à l'Académie de désigner autrement à l'attention et à l'admiration publique le dévouement de cette femme qui s'est fait dans la plus noble acception du mot la mère des orphelins dont les règlements ne lui avaient confié que la garde.

Hélas ! Messieurs, puissions-nous toujours dans nos temps troublés trouver en présence de ceux qui se consacrent au bien, quelque soit l'habit qu'ils portent ou la pensée qui les fait agir, le


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même touchant cortège de sympathie, la même unanimité d'applaudissements !

Une somme de 800 francs sur les fonds du prix Reynier a été partagée en égales parts entre deux personnes d'un égal mérite prises toutes deux dans cette humble classe des servantes où il semble que le dévouement fleurisse mieux que dans toute autre partie de la société : Mademoiselle Caroline Chaussegros et Madame veuve Mathieu, née Ripolet.

Mademoiselle Caroline Chaussegros se trouve, à seize ans, chef de famille de sept enfants, elle dépense son activité, ses gages à élever, soigner, placer tous ses frères et soeurs, elle contracte à ce jeu l'habitude du dévouement; deux orphelins fils d'un ouvrier étranger dont la femme vient de mourir sont encore par elle soignés, nourris, adoptés, ses gages y passent, des varioleux sont abandonnés de tout le monde, elle s'installe à leur chevet, une pauvre folle a besoin de soins constants, elle les donne sans compter.

Madame veuve Mathieu, née Ripolet, débute par soigner avec un dévouement inlassable ses maîtres qui, tour à tour, deviennent infirmes ; plus tard, deux vieilles filles quinteuses et revêches ont rebuté toutes les servantes, la dame Mathieu se présente et, par ses soins assidus et sa patience, fait vivre ces femmes acariâtres jusqu'à quatrevingt-dix et quatre-vingt-quatorze ans. Devenue


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veuve, elle accomplit dans son quartier nombre d'actes méritoires, soigne gratis de jeunes enfants dont les pères, insouciants ou trop occupés, ne peuvent surveiller la maladie, n'hésite pas à sacrifier son temps et son argent pour aller à Marseille soigner le fils de son ancien maître, à présent dans la gêne et pourtant obligé de subir une douloureuse opération. Aujourd'hui encore Madame Mathieu se prive d'assister à la séance pour que ses soins ne fassent pas défaut à une pauvre enfant.

MESSIEURS,

N'avais-je point raison de vous dire que la vertu se suffisait à elle-même, qu'il n'y avait qu'à parcourir quelqu'une de ces existences que le monde ignore mais qui sont si belles dans leur simplicité pour vous faire aimer de plus fort le dévouement et la vertu qui ne sont autre chose que la pratique assidue et à un degré éminent du bien ?

Et moi-même n'ai-je pas reçu d'une tâche que je croyais au début ingrate et difficile une récompense suffisante, puisque j'ai eu, comme on disait au XVIIIme siècle, Mesdames, le rare et précieux bonheur de faire applaudir la veitu par la beauté ?



RAPPORT

SUR

LES PRIX DE VERTU

PENSIONS OUVRIERES IRMA MOREAU

PAR

M. GUSTAVE MOURAVIT

MESDAMES,

MESSIEURS,

C'est avec une sincère et profonde gratitude que je remercie l'Académie de l'honneur qu'elle me fait en me donnant la parole dans cette séance publique, où, pour la première fois, les volontés de Mademoiselle Irma Moreau reçoivent leur exécution. Cet honneur n'est pas sans péril. Si je suis ou non à la hauteur de la tâche, cela importe peu ; mais je ne voudrais, à aucun prix, trahir la confiance dont je suis l'objet, d'autant que, par un sentiment de délicatesse qui honore la Commission de l'Académie, mes Confières ont bien voulu con-


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sidérer qu'ils étaient liés ici à l'obligation de choi sir, non le plus digne, mais celui que les circonstances ont mis le mieux à même de connaître la pensée de Mademoiselle Irma Moreau.

J'ai accepté avec joie, je ne m'en cache pas. Je m'exécute de bonne grâce. Mais j'arrive, à mon tour, après que vos attentions se sont trouvées très légitimement sous le charme...

Ainsi, vous le voyez, pour plus d'un motif, je dois compter sur votre indulgence.

Par où commencerai-je ?... Vous n'avez point un orateur devant vous. Faites un premier acte de bienveillance, en vous préparant à écouter patiemment, en pleine Académie, un homme ignorant l'art de bien dire.

Cet académicien téméraire malgré lui, va, sans calcul, à ce qui sollicite de prime abord sa pensée : il désire donc vous dire, tout de suite, ce qu'était Mademoiselle Irma Moreau. Il essayera de vous expliquer, après cela, l'oeuvre qu'elle a conçue ; et, enfin, la façon dont cette oeuvre entre, aujourd'hui, dans le domaine de la pratique.

Voilà justement les trois points d'un sermon. Mademoiselle Moreau serait la première à rire de son bon rire, en me voyant empêtré dans cette rhétorique un peu surannée. Et cependant, elle


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n'avait, la chère âme, ni l'esprit sévère, ni plus de malice qu'il ne convient d'en avoir. C'était une créature simple, au sens charmant qu'avait ce mot, qui, je le crains, n'est plus maintenant qu'un archaïsme très vieilli.

Née à Mazamet, dans le Tarn, d'une famille d'industriels, elle perdit, jeune encore, son père ; et il n'y eût plus, dès lors, au foyer domestique, que sa mère et un frère puîné, deux êtres d'énergie et de coeur, comme Mademoiselle Moreau. Le fils était entré dans la carrière militaire. On ne pouvait songer à continuer l'industrie paternelle. Ces trois âmes, qui n'en faisaient qu'une, décidèrent d'aller en Algérie, où se trouvait le jeune militaire, reconstituer, sur de nouvelles bases, leur fortune menacée. Les deux vaillantes femmes se consacrèrent à une exploitation agricole, et, grâce à leur activité et à leur vigilance, tout allait bien, quand vint la guerre de 1870, qui leur prit le capitaine Moreau. Ce jeune officier d'avenir, tout éloigné qu'il fût, était resté le chef de famille, ardemment aimé. La mère ne résista point à ce coup ; et Mademoiselle Moreau resta seule, n'ayant plus un proche parent au monde ; seule, avec ces deux plaies dans son âme pétrie de tendresse ! Elle n'en a jamais guéri.

Le travail, le culte du souvenir au milieu du travail, ce furent ses uniques soutiens. Mais, elle avait

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tout perdu, en perdant ceux qu'elle aimait; et c'est dans les regrets de son âme aimante que germa la noble pensée dont nous allons tout à l'heure dis tribuer les fruits.

Son frère surtout fut l'objet de ses regrets : il y avait une harmonie parfaite entre leurs deux âmes, pleines de ce modeste et admirable héroïsme qui, sans viser à aucun éclat, a produit, pour l'un le sacrifice de sa vie à la patrie, et pour l'autre la consécration de sa fortune entière au soulagement des travailleurs français malheureux.

Permettez-moi d'insister sur le sentiment parti culier de Mademoiselle Irma Moreau pour son frère, et aussi pour sa mère; car, c'est en mémoire de l'un et de l'autre, qu'elle a fondé l'oeuvre des pensions ouvrières et a fait cette oeuvre nôtre.

Avec quel courage, mais avec quel accent, elle parlait de ce frère, qu'elle aimait jusqu'à l'adoration et que la mort lui avait ôté, prenant, du même coup, sa mère! Rien d'amer toutefois dans sa plainte. Mais, chose admirable et que j'ai une réelle satisfaction à proclamer ici, dans cette âme de notre bienfaitrice, — aussi forte et "bien ordonnée que tendre. la douleur était tempérée par la soumission religieuse et une résignation toute patriotique. Cela apparaissait constamment chez elle; mais, comme tout le reste, dans une simplicité exquise, avec une émotion aussi discrète que


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vivante, et qui s'élevait au-dessus de tout sentiment personnel, pour accepter généreusement le sacrifice fait à la France. Combien de fois ai-je entendu, avec une impression que je ne puis oublier, cette bouche qui ne s'ouvrait guère que pour exhaler le trop plein de sa peine, me dire: « Quelle « consolation, pourtant, puisque je devais perdre « jeune, ce frère si bien doué et si aimé, quelle « consolation de le savoir mort pour la France ! »

Restée sans sa famille, Mademoiselle Irma Moreau n'en chercha pas d'autre ; et c'est sa vie retirée, tout absorbée dans la religion du souvenir, qui a fait d'elle une incomparable bienfaitrice.

Dans ce temps où, par une réciprocité toute naturelle, les dogmes matérialistes se lient aux progrès scientifiques et insinuent en chacun de nous, à notre insu, un positivisme extinctif de tout idéal, il faut "bien qu'il reste encore quelqu'un pour ralentir le mal et crier haut : « Le coeur est le vrai « maître de la vie, l'inspirateur des plus grandes « choses ! »

La prédominance de la vie de l'âme, avec le coeur pour initiateur, ordonnateur et maître des pensées et des actes, — se lisait en toute la personne de Mademoiselle Irma Moreau. Son attitude, son abord plein de grâce, avec une réserve non exempte de distinction, donnaient, tout de suite, la sensation d'une nature peu ordinaire. L'expression mé-


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lancolique de son visage ; l'élégance de ses traits encadrés dans le brun de ses cheveux; le mélange de douceur, de finesse et de fermeté de son regard, que voilait le bleu indécis de ses yeux, — tout, jusqu'au son de sa voix et à l'empreinte , visible sur sa physionomie, d'un esprit droit, net et précis, — tout prévenait en faveur de cette créature énergique et bienfaisante ! C'était une femme de caractère, tout imbibée de bonté et de tendresse, et ceux qui l'ont connue d'un peu près, ne sauraient s'étonner" de l'oeuvre dont notre Académie est l'exécutrice.

Mais quelle est, en réalité, cette oeuvre ? Je cherche les moyens de m'en expliquer le plus simplement possible.

Il faut fuir ici, en effet, au nom de la vérité encore plus que du goût, les considéiations économiques et philosophiques et la grandiloquence. Devançant les conclusions des doctrines, qui s'agitent depuis si longtemps, sous le nom de problèmes sociaux, Mademoiselle Moreau n'a eu l'intention d'offrir, sur la question des pensions ouvrières, qu'une solution pratique. Ame intelligente et réfléchie, elle ne redoutait rien tant que ce qui pouvait ressembler à l'ombre d'un pédantisme ; elle avait l'horreur des théories et du spéculatif. Elle a donc obéi, tout uniment, au- désir de


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faire le bien, et un bien approprié, sans prétention, aux exigences du temps présent : justifiant ainsi ce que je disais tout à l'heure de sa bonté, et démontrant, par son exemple, l'excellence des vers -du grand poète:

Allumez, pour qu'il vous éclaire, Votre coeur par quelque côté !

Le coeur de Mademoiselle Moreau n'était pas éclairé par un unique côté : tant s'en faut ! C'est cette lumière complète et constante qui, au milieu des maux contemporains, entre ceux du moins que son existence laborieuse lui avait permis de mieux connaître, — fixa son choix et fit presque d'elle une émule heureuse de Chambrun.

Mademoiselle Moreau aimait les travailleurs. Ce sont les ouvriers et les ouvrières atteints par la misère ou la souffrance qu'elle a entendu secourir.

Elle savait que l'ouvrier, dans nos sociétés, où il joue un rôle qui tend à s'exagérer chaque jour davantage, se résigne de moins en moins, et suffit de plus en plus difficilement aux charges de la famille. Or, volontiers, elle aurait dit, elle aussi, avec l'un des plus hauts esprits de notre temps : « Le problème de la vie humaine est uniquement le problème de la famille. » Outre cela, elle que, ni ses qualités, ni sa fortune n'avaient défendue contre le vide du foyer domestique, elle ne pou-


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vait oublier quelle pitoyable victime du travail est l'ouvrière que sa santé trahit ou que la vieillesse surprend dans l'isolement.

Elle résolut donc de consacrer son patrimoine à secourir deux catégories de malheureux: les -pères et les mères de famille ; les ouvrières célibataires ou veuves.

Mais son grand coeur et la hauteur de ses convictions religieuses défendaient Mademoiselle Irma Moreau contre toute conception se limitant exclusivement au mal à guérir et au malheureux atteint de ce mal. Elle eut l'ambition d'élargir, toujours sur le terrain pratique, l'action bienfaisante de son oeuvre ; elle songea à détruire ce ver rongeur de l'individualisme, cause puissante des dépérissements qui compromettent, quand ils ne les retournent pas contre nous, nos plus admirables progrès. Améliorer le sort de l'ouvrier malheureux, en visant en même temps l'intérêt social ; accomplir un bienfait qui, de celui qui en est l'objet, aille se répandre sur la Société, ce fut la pensée de Mademoiselle Irma Moreau, et ce qui, dans son dessein, la réjouissait le plus.

Comment a-t-elle paré aux moyens d'atteindre ce but ? D'abord, en mettant au premier rang d'aptitude, pour les candidats, leur valeur morale, leur parfaite honnêteté. Ensuite, en établissant en catégorie spéciale les pères et les mères de famille, de


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manière à favoriser, autant que cela pouvait dépendre d'elle, la perpétuité de la famille, l'extension aussi des familles nombreuses. De plus, en limitant à l'âge de dix-huit ans révolus du plus jeune enfant du lauréat, le service de la pension : ce qui achemine le père de famille à la nécessité de donner une bonne et vaillante éducation à ses enfants. Enfin, en apportant aux nécessiteux, non point un secours momentané et en quelque sorte incident, mais une assistance soutenue et qui n'abandonne plus le malheureux tant que dure la cause de son mal.

Voilà les mobiles « impulsifs et déterminants » de la fondation dont Mademoiselle Irma Moreau a remis l'exécution à l'Académie des Sciences, Agriculture, Aits et Belles-Lettres d'Aix.

En choisissant ainsi notre Académie, Mademoiselle Irma Moreau a voulu deux choses : la première, qu'aucune partie des fonds affectés à ses libéralités ne fût enlevée aux malheureux par des frais ou des émoluments administratifs ; la seconde, que l'attribution des pensions fut faite en toute indépendance, sous un contrôle très sûr, avec les garanties qui ne sauraient se rencontrer plus complètes que dans un corps recruté comme est le nôtre.

Il ne m'appartient pas de dire si notre bienfai-


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trice a bien choisi. Mais si toutes les voix qui sont ici devaient se faire entendre, me fais-je illusion en supposant qu'elles prononceraient toutes un même oui?...

Vous ai-je dit tout ce qu'il fallait dire ? Je ne sais. En tout cas, je tiens à ne pas" omettre ceci, qui est essentiel :

Les pensions ouvrières créées par Mademoiselle Moreau sont des prix de vertu.

C'est là l'originalité, en même temps que la pensée élevée qui distingue cette fondation. Vertu et malheur sont ici inséparables. OEuvre de bienfaisance et de moralisation, de moralisation par la bienfaisance et de bienfaisance à cause de la moralisation, — telle est, en sa double caractéristique, l'oeuvre de Mademoiselle Irma Moreau.

Avouons tous que la pension ouvrière, récompense de la tempérance, de l'exemption d'alcoolisme, de l'ordre dans la vie, de la résistance patiente et courageuse au mal, de la notoriété d'honnêteté acquise dans le modeste accomplissement de la tâche de l'ouvrier, c'est la plus souhaitable, la meilleure des pensions ouvrières.

Et vous, travailleurs que le labeur accable, ou qu'il a blessés sans retour, — vous laissant à la fois souffrants et humiliés, ce ne sont pas seulement la consolation et le secours qui vous arrivent ici :


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la noble créature qui vous gratifie, inspirée par les plus belles, les plus hautes doctrines chrétiennes, elle ne vous a nullement imposé de solliciter l'appui et l'aide dont vous avez besoin ; elle ne vous a demandé que de les mériter par votre conduite ! Quoi de plus conforme à la dignité de l'assistant et à celle de l'assisté ? Or, cet appui, cette aide qui viennent à vous, du coeur plein de tendresse d'une femme, en amoindrissant vos maux, il vous désignent, du même coup, à l'estime de tous.

Les prix Irma Moreau sont donc, en même temps qu'un secours, une récompense et un titre d'honneur.

Telle est la fondation de notre bienfaitrice. Nous allons voir comment l'Académie a rempli la mission qui lui a été confiée.

Quarante-trois mémoires lui ont été soumis : quatorze pour la catégorie des « pères et des mères de famille », vingt-neuf pour la catégorie des « ouvrières malades ou âgées ». Tout l'actif de la succession Moreau n'ayant pu être encore réalisé, l'Académie a néanmoins tenu à ne pas ajourner l'exécution des volontés de sa bienfaitrice : avec les réalisations opérées, elle a constitué dix pensions. Elle espère achever l'oeuvre l'année


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prochaine et ajouter un nombre égal de prix Irma Moreau à ceux qu'elle distribue aujourd'hui.

Conformément au désir de la fondatrice, les prix qui vont être « décernés et proclamés » dans la présente séance ont été répartis en deux séries égales ; il y en a cinq pour les pères et les mères de famille ; cinq pour les ouvrières célibataires ou veuves. Ces prix consistent, chacun, en 200 francs de rente annuelle, incessible et insaisissable, ne pouvant jamais être transmise, donnée ou gagée par les titulaires, à peine de déchéance,

1re CATÉGORIE : « Pères de famille, veufs ou non, « et mères de famille, connus comme gens malheu« reux et -nécessiteux, exempts d'ivrognerie ou « autres vices, ayant au moins deux enfants ».

1er Lauréat. M. Marius Quenin, né à Meyrargues, âgé de 42 ans, demeurant à Aix. A été quartier-maître timonnier dans la marine française. Il est ouvrier camionneur. Resté veuf avec trois enfants; il s'est remarié et a eu de son second mariage quatre autres enfants, dont le plus jeune a six mois à peine. Il a donc actuellement à sa charge sept enfants. Cette charge peut s'augmenter, et l'aîné n'a que onze ans ! Les meilleurs témoignages sur Quenin et sur sa femme ayant été recueillis par l'Académie, la pension Irma Moreau de 200 francs annuellement lui est attribuée pour


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en jouir jusqu'à ce que le plus jeune de ses enfants ait atteint l'âge de dix-huit ans révolus.

2me Lauréat. — M. Eugène Castor, ouvrier meunier, né à Céreste (Basses-Alpes) en 1852. Il est marié depuis le 7 juin 1879 ; il a eu sept enfants, dont cinq survivants ; le plus jeune âgé de neuf ans. Tous les témoignages de parfaite union dans le ménage, d'excellente éducation des enfants, se réunissent pour montrer que, par sa moralité, son énergie, ses qualités de père de famille, Eugène Castor a mérité l'attribution qui lui est faite d'un prix Irma Moreau, ou soit de 200 francs de rente annuelle.

3me Lauréat. — M. Jules Décory, ouvrier boulanger, né à Aix, âgé de quarante ans, atteint d'une maladie de coeur qui à l'heure actuelle lui ôte toute possibilité de travailler ; époux de Mathilde Laurent, demeurant avec lui à Aix. Ce ménage a cinq enfants, dont le plus jeune est âgé de sept ans. C'est l'excès du travail qui a mis ce vaillant père de famille dans l'impossibilité d'exercer sa profession ; sa femme a donc toute la charge du ménage et du malade. La bonne conduite de toute la famille est certifiée par les attestations les plus particulièrement honorables ; l'Académie alloue un prix Irma Moreau à Jules Décory.

4me Lauréat. — M. Isidore Roche, journalier, né à Aix, âgé de quarante-neuf ans. Il a quatre


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enfants; le plus jeune a quatre ans à peine. La femme est ménagère. Quoique ce ménage soit très laborieux, il est dans une situation que rend chaque jour plus difficile la diminution progressive de la vue chez le père de famille. C'est pourquoi et sur les excellents témoignages rendus à l'rionnêteté et à la sobriété de M. Isidore Roche, l'Académie lui a décerné un des prix Irma Moreau.

5me Lauréat. — M. Charles Albisser, journalier, né dans l'arrondissement de Mulhouse, à Wittenheim, en 1851, ayant opté pour la France, le 5 juin 1871. Rentré en Alsace pour venir en aide à sa vieille mère, il en fut expulsé une première fois, puis une seconde fois, après avoir été autorisé à se marier, le 24 novembre 1890. Il a quatre enfants de son mariage, dont le plus jeune (c'est une fille) a treize ans. Homme de courage et d'énergie, Albisser, après avoir connu les plus dures privations en cherchant un gîte en Fiance, s'est réfugié, en 1891, à Aix. Il s'y est partout fait connaître comme un travailleur vaillant, dévoué à sa famille, dont il soutient seul la charge. C'est une satisfaction particulière pour l'Académie d'inaugurer la fondation Irma Moreau, en accordant un de ses prix à Charles Albisser, un de nos frères malheureux de l'Alsace.

2me CATÉGORIE. — « Ouvrières pauvres atteintes


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« ou de maladie ou d'infirmités ou de vieillesse, « les mettant dans l'impossibilité de suffire à leurs « besoins ».

1re Lauréate. — Mlle Anaïs Nielly, née à Aix, ouvrière modiste et lingère, âgée de soixante et un ans. Elle a à sa charge son père, âgé de quatrevingt-six ans. Un terrible mal, la gangrène sèche, l'a atteinte aux deux mains et elle a dû subir déjà une amputation. Le mal est incurable. Quand elle était valide, dans les moments libres que lui laissait le travail, elle trouvait le moyen de s'occuper des enfants orphelins ou abandonnés. Les glorieuses mains, qui, dans l'obscurité, ont accompli tant de bien, manquent aujourd'hui à l'ouvrière résignée et douce, à qui l'Académie a été heureuse d'allouer un des prix Irma Moreau.

2me Lauréate. — Mlle Victoire Ollier, née à Aix, en 1823, journalière et servante, demeurant à Aix. Sa vie laborieuse a été une vie d'abnégation et de travail pour tous les siens. Elle est sans ressource aucune et son grand âge, soixante-neuf ans, ne lui permet plus de se suffire. Elle est absolument dans les conditions prévues par Mademoiselle Irma Moreau, et il lui est alloué un prix de cette fondation.

3me Lauréate. — Mlle Augustine Curet, couturière, née à Aix, âgée de 68 ans, demeurant en cette ville. Elle vit avec sa soeur, couturière comme


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elle, Mlle Lucie Curet, âgée de soixante-dix ans. Sans parents, sans ressources, que leur travail d'aiguille, ces deux personnes, d'une santé délabrée par les privations, n'arrivent plus à se suffire et vivent dans une misère cachée, devenue pour elles insoutenable. L'Académie décerne à Mlle Augustine Curet l'un des prix Irma Moreau.

4me Lauréate. Mme Elisa Carle, veuve Faudon, ancienne servante, née dans les BassesAlpes, en 1832. Toutes ses ressources, fruit de son travail, se sont épuisées dans la maladie de son mari et de son fils. Un accident lui a, récemment, ôté une partie de ses forces ; sa vie a été une lutte incessante contre la maladie et la misère. Ce sera pour elle un secours précieux le prix Moreau alloué par l'Académie à la situation si douloureuse de la veuve Faudon.

5me Lauréate. Augustine Jogerst, née à

Alger, le 19 décembre 1871, demeurant à Alger, ancienne servante de Mademoiselle Irma Moreau. J'ai cru devoir terminer ce rapport par la lauréate, à titre tout exceptionnel, que l'Académie a admise dans les circonstances que voici : Augustine, enfant d'hôpital, fut recueillie par Mademoiselle Moreau à l'âge de neuf ans ; elle s'était attachée à. sa maîtresse avec un dévouement qui ne se démentit jamais. Elle était de faible santé. Mademoiselle Moreau la maria à un ouvrier ajusteur, et ce


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ménage, qui eut trois enfants, dont l'un mort récemment, vit des seules ressources du mari. Augustine a toujours fait preuve, vis-à-vis de sa maîtresse, d'autant de désintéressement que de dévouement ; malgré son mauvais état de santé et l'exiguïté de ses ressources, elle fit le voyage d'Alger à Aix pour assister aux derniers moments de celle qui lui avait, en quelque sorte, servi de mère. Après la moit de celle ci, elle ne sollicita qu'une chose : avoir à Alger les restes mortels de^ cette maîtresse qu'elle avait tant aimée. Les héritiers naturels de Mademoiselle Moreau, dont quelques uns connaissaient les sentiments d'Augustine, ont spontanément sollicité pour cette servante dévouée un prix Moreau, lors de la transaction intervenue entr'eux et l'Académie; c'est l'un d'eux M. Jules-Pascal Desplas, entrepositaire à Castres, qui a pris l'initiative d'adresser à l'Académie la demande réglementaire. Sans hésiter, ohéissant à un sentiment de convenance que tous comprendront, l'Académie a accordé l'un des prix de la fondation de Mlle Irma Moreau à sa servante Augustine Jogerst.

Et maintenant, Mesdames et Messieurs, inaugurant l'oeuvre de bienfaisance de Mademoiselle Irma Moreau, rendons à sa mémoire l'hommage qui lui est plus que légitimement dû. Remercions-la de


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l'oeuvre qu'elle a si généreusement fondée à Aix et qui sera un des fleurons c'O.tre Académie. Remercions-la d'avoir su tir^x de l'ombre les mérites cachés, les souffrances obscures des laborieux honnêtes, pour les récompenser au grand jour. Il est bon, il est réconfortant, au milieu des agitations troubles qui nous assaillent et nous dépriment tous, plus ou moins, de s'abstraire quelques instants et de respirer un peu d'air sain, dans les régions élevées où nous transportent les conceptions si pratiques de Mademoiselle Irma Moreau. Oui. ce sont de grands sentiments associés à de nobles pensées qui ont fait de sa fortune, — par une oeuvre toute simple, le patrimoine, réparti avec une sagesse consommée et pour une durée indéfinie, des travailleurs pauvres, honnêtes et souffrants.

Je n'ai su vous dire tout cela que comme un vieux sermonneur. Permettez-moi d'être constant avec moi-même et de rappeler ici, en finissant, une belle parole, une de celles dont peu d'entre nous n'ont pas expérimenté la douceur aux heures mauvaises : cette parole elle sort aussi, toute vivante, de l'oeuvre d'Irma Moreau : « Venez à « moi, vous tous que le labeur épuise et accable et « je vous soulagerai. »