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Title : Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts du département de l'Aube

Author : Société académique de l'Aube. Auteur du texte

Publisher : Imprimerie de Sainton (Troyes)

Publisher : Ath. PaynAth. Payn (Troyes)

Publisher : BouquotBouquot (Troyes)

Publisher : Dufour-BouquotDufour-Bouquot (Troyes)

Publisher : Imprimeries PatonImprimeries Paton (Troyes)

Publication date : 1884

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32813267s

Relationship : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32813267s/date

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Format : Nombre total de vues : 44107

Description : 1884

Description : 1884 (T21,SER3).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Champagne-Ardenne

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k55304932

Source : Société académique de l'Aube

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Online date : 30/11/2010

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SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

DE

DÉPARTEMENT DE L'AUBE



MÉMOIRES

DE LA

SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

D'AGRICULTURE

DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DU DÉPARTEMENT DE L'AUBE

TOME XLVIII DE LA COLLECTION TOME XXI. — TROISIÈME SÉRIE

ANNÉE 1884

TROYES

LIBRAIRIE LÉOPOLD LACROIX

83, RUE NOTRE-DAME



SEANCE PUBLIQUE

DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DE L'AUBE Du 29 Mars 1884

La Société Académique a tenu une séance publique le 29 mars 1884, à huit heures du soir, dans la grande salle de l'Hôtel de Ville de Troyes, que la municipalité avait bien voulu mettre à sa disposition, et dans laquelle s'était rendue une assistance aussi nombreuse que choisie.

Etaient présents : M. Edouard Vignes, président ; MM. Albert Babeau, Alfred Nancey, Roserot, Socard, Laperouse, Fontaine, Argence, Dosseur, Baltet, Drouot, Pron, d'Antessanty, Petit, de Cossigny, Pigeotte, Royer, Garnier, de Mauroy et Det, membres résidants; MM. Defer, Hariot, Chanoine et Le Clert, membres associés.

M. Edouard Vignes, président, prend place au fauteuil, ayant à ses côtés MM. Laperouse et Fontaine, anciens présidents de la Société, et les membres du bureau.

Il ouvre la séance, en prononçant le discours d'usage sur la situation générale de la Société, et sur les mutations qui se sont accomplies dans son personnel.

M. Albert Babeau, secrétaire, présente un compte-rendu des travaux de la Société, depuis la séance publique du 21 décembre 1880.


6 SÉANCE PUBLIQUE

M. Alfred Nancey, secrétaire-adjoint, donne lecture d'un rapport sur les récompenses décernées par la Société, et procède à l'appel des lauréats qui viennent recevoir successivement, aux applaudissements de l'auditoire, les médailles qui leur sont attribuées.

Conformément à l'ordre du jour, les travaux suivants sont lus par leurs auteurs, membres résidants de la Société.

1° Le Marais de Villechétif, par M. l'abbé d'Antessanty;

2" Les grands Travaux des Chemins de fer, par M. de Cossigny;

3° Petits vers et sonnets, par M. Dosseur ;

4° Essai sur les Peintres du XVIIIe siècle, comparés à ceux du XIXe, par M. Pron ;

5° L'Homme préhistorique dans le département de l'Aube, par M. l'abbé Garnier.

L'heure avancée et l'absence de M. Bonvalot, n'ont pas permis de faire entendre son travail sur les grandes ruines de Turkestan, qui avait été porté à l'ordre du jour.

Toutes les lectures qui ont été faites ont été accueillies par les applaudissements de l'auditoire, qui s'est séparé à onze heures du soir.

ALBERT BABEAU,

Secrétaire de la Société,


DISCOURS

PRONONCÉ

A LA SÉANCE PUBLIQUE

PAR

M. EDOUARD VIGNES

PRÉSIDENT ANNUEL DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DE L'AUBÏ

MESSIEURS,

La présidence de cette Assemblée appartenait à M. le Préfet de l'Aube, notre président d'honneur. Au nom de la Société Académique, j'exprime les plus vifs regrets que le premier magistrat du département n'ait pu répondre à nos instances, et confirmer, en venant présider cette fête, son habituelle bienveillance pour nous.

Cette réunion, à laquelle veulent bien assister tous ceux qui, à Troyes, s'intéressent à l'agriculture, aux lettres, aux sciences et aux arts, — cette séance dont l'auditoire d'élite est le premier attrait, — nous la devons depuis longtemps à nos lauréats, à notre règlement et à nousmêmes. En effet, nos récompenses tirent leur principale valeur des applaudissements qu'elles provoquent, — et la publicité périodique de nos travaux est le stimulant de notre vie, en même temps que la condition de notre influence.


8 SÉANCE PUBLIQUE.

Pourquoi, Messieurs, est-ce un des moins capables parmi vous, non certes un des moins épris, mais des plus éloignés des choses de l'esprit, qui a reçu, cette année, mission de vous parler de vous? Je vous l'ai dit, en prenant le fauteuil, — mais, lorsque j'ai relu les discours de mes prédécesseurs, dans des solennités semblables, j'ai mieux compris encore que votre bienveillance seule avait dicté votre choix, et ce n'est pas sans découragement que je me suis mis à écrire ces lignes. Afin de ne pas répéter sur vos études et vos recherches ce que nos anciens présidents, MM. Corrard de Breban, Doyen et Gayot, (sans parler des vivants), ont déjà dit avec tant de science, de charme et de finesse, je vais essayer quelques réflexions sur un sujet plus général et plus facile : le rôle des sociétés académiques de province.

Messieurs, je ne médirai pas de notre siècle. Pour qui veut être juste, — malgré de tristes et trop réels présages,

— la somme du bien y dépasse encore à ce moment celle du mal. De tous temps, d'ailleurs, les gens chagrins ont témoigné de leur vieillesse plus que de celle du monde. Sans indiquer les progrès incontestés dus à la vapeur et £ l'électricité, — ce qui serait tomber dans le lieu commun,

— n'avons-nous pas une amélioration générale du bienêtre, moins d'inégalité dans les conditions, une instruction plus répandue, je dirai presque, quoique ce soit moins certain, plus de moralité qu'autrefois, car les grandes affections du coeur, ce foyer de la moralité, n'ont pas diminué; et nous aimons nos enfants, nos parents, et Dieu lui-même, au moins autant qu'au XVIIIe siècle. Ce qui a évidemment baissé, c'est la foi dans les grands principes sociaux .et la confiance dans les institutions politiques ; ici, la division existe avec ses fruits amers, non-seulement en France, mais en Europe ; cela tient, je crois, à une fausse notion


SÉANCE PUBLIQUE. 9

des idées de liberté et d'autorité. Quoi qu'il en soit, même dans la politique, par un côté du moins, le progrès existe aussi : il y a chez tous les peuples, dans le gouvernement des hommes, une orientation des esprits, — je ne dis pas des faits, (car les passions agissent), — vers un idéal de justice, qui est à lui seul un progrès.

Il me sera facile maintenant, sans être accusé de dénigrement, d'observer que notre siècle est un peu le siècle du niveau.

Nous tendons à nous faire égaux les uns des autres, et chacun se croit au moins égal à son voisin. Dans ce travail, grandement aidé par le mode d'instruction, qui de jour en jour devient plus technique, plus professionnel, j'aperçois la formation d'une société moyenne, où tout le monde saura quelque chose, surtout son métier, mais où il ne paraîtra pas bien utile de savoir davantage. Heureux serons-nous, si nous usons de cette égalité d'instruction, qu'aura précédée l'égalité des droits, pour le bien commun, sans oublier le nôtre.

Cette société n'en sera pas moins un peu monotone. Au milieu de son agitation affairée, consacrée au travail, en vue du bien-être, les natures éprises d'idéal, avides de contemplation et de dévouement, de silence et d'étude, où se réfugieront-elles ? Où sera l'abri qui recueillera l'amour de la science pure et cette passion des lettres dont Cicéron a décrit les jouissances ? Ne faudra-t-il pas que certains asiles s'ouvrent pour ces besoins, et que les sociétés savantes, comme les couvents au moyen-âge, recueillent ce qui sera, non pas méprisé, je l'espère, mais délaissé ? A Paris, ce seront les corps savants qui conserveront le dépôt des lettres et de la haute science, et qui en feront rayonner sur cette société les applications et les merveilles. Mais, si la décentralisation tant prônée est possible, s'il est vrai que la


10 SÉANCE PUBLIQUE.

province puisse garder une part de la vie intellectuelle absorbée par le centre, les sociétés savantes des départements ne devront-elles pas, à leur tour, être autant de foyers locaux répandant autour d'eux la lumière et la chaleur ?

Et pourquoi, Messieurs, n'en serait-il pas ainsi ? Est-ce que les éléments manquent pour entretenir ces foyers ? D'abord, la vie de province n'est-elle pas favorable à l'étude ? Le calme et le repos dont on y jouit n'ont-ils pas quelque chose de sain, même pour l'esprit? Croyezvous qu'il soit nécessaire d'être à Paris pour respirer l'air scientifique et littéraire ? Et n'y a-t-il pas dans cette atmosphère si riche, il est vrai, de vie intellectuelle, des miasmes malsains que les robustes natures seules peuvent absorber sans crainte? La campagne et la ville de province me semblent plus propices aux grandes études qui exigent de grandes méditations. Quant aux hommes, la province en est riche aussi, qui peuvent tourner leur ambition vers cette supériorité de l'instruction, et cette domination de l'esprit, la seule qu'on ne leur ravira pas. Est-ce que, à l'exemple de noms illustres, les descendants de certaines races ne doivent pas y mettre leur orgueil ? Est-ce que les favorisés de la fortune ne doivent pas y consacrer leurs loisirs? Notre société n'a plus, comme le vieux monde, le mépris du travail. C'est encore par là qu'elle est meilleure, et c'est au degré de respect que le travail obtiendra qu'on comptera désormais la noblesse des siècles. Tout ce qui ne travaillera pas sera marqué de dégénérescence. Donc, aujourd'hui encore, noblesse et fortune obligent, mais autrement que par le passé. Il faut dominer par le travail de l'esprit cette société où tout le reste se nivelle. Il le faut, pour la servir encore, et pour combler nos regrets de tout ce qui ne peut revenir. Mais, à côté des, fa-


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vorisés du rang et de la fortune, n'avons-nous point à compter aussi sur les déshérités de la politique ? N'y en a-t-il pas que le forum repousse ou qu'il n'a jamais attirés ? Ceux qui ne demandent pas à leurs concitoyens de les élever aux charges publiques ont le moyen de leur être utiles, en se faisant, d'une autre manière, les pionniers de la civilisation, — par la plume et la charrue, aussi noblement que par les armes, — par la parole et par l'exemple, — pourquoi ne dirai-je pas même par la vertu, car, à toute civilisation plus riche, il faut, à peine de déchéance, plus de moralité.

Que le champ est donc vaste, Messieurs, et combien sont appelés à remplir cette mission dont je voudrais voir les sociétés académiques de province prendre de plus en plus la tête!

Alors, ces sociétés ne seraient plus de simples sociétés d'archéologie, de numismatique et d'histoire locale, — rôle auquel voudraient les réduire la modestie de beaucoup d'entre elles, et peut-être un dédain officiel. Il semblerait à certains yeux que les savants de province sont bons à faire des recherches dans les archives ou dans le sol, mais qu'ils ne peuvent synthétiser ce qu'ils analysent ou découvrent. Rien ne serait moins vrai d'abord en ce qui concerne notre compagnie, à qui le collège de France et l'Institut ont pris M. d'Arbois de Jubainville, et qui a compté et compte encore dans ses rangs des écrivains et des hommes de goût, dont le nom fait autorité, en matière de beaux-arts et d'histoire. Mais, d'ailleurs, pourquoi les sociétés savantes de province restreindraient-elles à ce point leur action ? Quelqu'avancés que nous soyons, l'agriculture a-t-elle atteint ses derniers perfectionnements, — la nature a-t-elle livré ses derniers secrets à la science, — la jeunesse des lettres n'est-elle pas éternelle, — et les


12 SÉANCE PUBLIQUE

amants de l'art ont-ils épuisé la source du beau ? De quel droit donc nous fermerait-on ces domaines ? Demandez-le à ceux d'entre nous qui se placent depuis de longues années, par leurs lauriers ou leurs livres, à la tête du progrès agricole, et qui récemment encore, au milieu des agriculteurs de France, ont reçu les premières distinctions, après avoir obtenu, deux années de suite, le grand prix agronomique décerné par cette société, pour les sept départements de la région ! Demandez-le à nos collègues que la muse de la poésie inspire toujours, ou qui consacrent avec passion leur vie aux études historiques ou au culte des beaux-arts !

Non, Messieurs, à tant d'aspirations qui se sont satisfaites parmi nous, — à tant d'autres que j'appelle en votre nom, la voie ne peut être fermée. Il dépend de nous de la parcourir, et notre compagnie qui, d'ailleurs, par ses statuts, est une société d'agriculture, sciences, beaux-arts et belles-lettres, peut étendre de plus en plus ses travaux. Elle n'a jamais été une simple réunion d'archéologues, quelqu'éclat qu'elle en pût recueillir, — car l'archéologie aide à refaire l'histoire; — elle a eu, et elle aura toujours dans son sein des savants, des artistes, des poètes, et des hommes qui conserveront le goût de cette langue française, si délicate, si flexible, si nuancée, qu'elle laisse deviner tout ce qu'on ne veut pas dire.

Travaillons donc; soyons assidus à nos séances, —je le dis, au moins pour quelques-uns de nos collègues dont nous sentons l'absence; presqu'aucune de nos séances n'est sans intérêt ; — ouvrons des concours ; surtout ne restons pas des années sans séance publique, sans décerner nos prix, et nous mettre en communication avec ces auditoires choisis qui ne nous ont jamais manqué ; et nous


SÉANCE PUBLIQUE 13

verrons tous les hommes éclairés de notre département s'associer à nos travaux.

Nous pourrons ainsi, quand on briguera nos suffrages, aux titres nombreux où nous les donnons, — les accorder avec une prudence qu'en élèvera le prix, et exercer une influence qui, depuis bientôt un siècle, n'a pas été contestée à nos devanciers, et que notre devoir est de maintenir intacte.

Il me reste, Messieurs, à accomplir la seconde et douloureuse partie de ma tâche.

Depuis notre dernière séance publique, nous avons perdu trois membres résidants. MM. le docteur Carteron, — l'abbé Coffinel, — et Jules Ray.

M. le docteur Vauthier, notre collègue, a rendu à la mémoire de M. Carteron un hommage dont vous avez gardé le souvenir. Il était difficile de retracer la vie de M. Carteron avec plus de conscience et de coeur, — et nul n'y aurait mis au même degré cette vivacité d'impressions et ce tour d'esprit, qui sont le cachet particulier de notre honorable collègue. Comment ajouter quelque chose à une biographie si complète ? M. le docteur Carteron est venu tard parmi nous ; il n'a pas longtemps participé à nos travaux, et néanmoins nous avons pu l'apprécier. Avant d'entrer à la Société Académique, il avait eu tous les succès que peut appeler le talent ; arrivé au milieu de nous, il y a, — du premier jour, — marqué sa place, par la gravité de sa parole, la dignité de sa vie, l'élévation et la finesse de son intelligence. Nature délicate et méditative, éloignée du monde, et n'y cherchant guère que des sujets d'étude ou de dévouement, M. Carteron semblait indifférent à ce qui l'occupait le plus, et son biographe nous a montré comment l'activité de l'esprit et du coeur peut se cacher souvent,


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sous une enveloppe froide, dans les âmes qui paraissent absorbées par la vie intérieure.

M. l'abbé Coffinet nous a plus appartenu que M. Carteron; il a été pendant trente-trois ans membre de notre Académie, où sa science d'archéologue l'avait placé au premier rang. Entré dans la vie, au sortir du séminaire, sous les plus heureux auspices, il semble n'en avoir goûté que les douceurs ; il était fait, du reste, pour mériter les faveurs de la fortune, cette fée moins capricieuse qu'on ne le croit, et plus exigeante qu'elle ne le paraît à ceux qui ne l'ont pas connue. Pro-secrétaire de l'évêché de Troyes, avant son ordination, il en était secrétaire le 27 mai 1834, et gardait ces fonctions jusqu'en 1849 ; — chanoine titulaire, en 1840, il a eu jusqu'en 1882, année de sa mort, l'honneur et les loisirs de cette situation. M. l'abbé Coffinet avait de son bienfaiteur, Mgr de Séguin des Hons, l'affabilité et la grâce ; il accueillait toujours ceux qui l'approchaient par un sourire, qui augmentait le prix d'une faveur, ou adoucissait la rigueur d'un refus, — moyen sinon de toujours plaire, au moins de désarmer souvent, et que possèdent seules les âmes bienveillantes, car, quoiqu'ils le veuillent, les égoïstes ne savent pas bien sourire. Aussi, M. l'abbé Coffinet n'avait pas de la bienveillance que les dehors. Il était obligeant autant que gracieux, et rien ne venait démentir dans ses actes l'impression que laissaient son abord et ses paroles. Sa part dans l'histoire de notre Société a été grande. Il a continué l'oeuvre de M. Corrard de Breban, comme conservateur du musée d'archéologie; il a enrichi nos Mémoires de nombreux travaux, dont la liste ne saurait trouver ici sa place ; il a été, enfin, l'un des donateurs les plus généreux, nonseulement du Musée et de la Bibliothèque, mais du Trésor de la Cathédrale et de l'Hôtel-Dieu.


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Un autre conservateur de nos musées, messieurs, doit terminer cette nécrologie. Il y a quelques mois à peine, nous perdions M. Jules Ray. A côté de ceux qui ont fondé et enrichi notre musée d'archéologie, la mort a placé une autre de ces natures ardentes, passionnées, qui sentent le besoin de créer, et de laisser après elles ce monument qui ne tente pas seulement les poètes, et qui est comme une involontaire profession de foi à l'immortalité de l'âme. M. Jules Ray était cet homme. Dès son enfance, il avait un penchant irrésistible pour tout ce qui se rattachait à l'histoire naturelle ; élève du collège de Troyes, ou bien étudiant en pharmacie, sous la direction de M. Delaporte, votre ancien secrétaire et votre bienfaiteur, c'est vers l'étude des sciences naturelles que se portent les goûts de notre futur collègue. Ce fut son principal titre au choix de la Société. En 1846, il y a 38 ans, le jeune auteur de la Faune de l' Aube y était appelé; et, dès ce moment, commencent cette série de labeurs, auxquels nous devons non-seulement la création de notre musée d'histoire naturelle, mais son accroissement continu. M. Jules Ray a, de plus, beaucoup écrit dans nos Mémoires ; il a été notre archiviste pendant de longues années ; et, certes, les palmes d'officier d'Académie qui sont venues couronner sa carrière n'ont jamais été mieux méritées. Il était parmi nous, — je l'ai déjà dit sur sa tombe, — le gardien de la tradition, et comme le défenseur jaloux des droits du passé. Singulier contraste avec d'autres côtés de ce tempéramment, ami de tout ce qui lui paraissait le progrès, avec une ardeur qui était une souffrance ! Les traits de M. Jules Ray trahissaient, en effet, ce combat de sa volonté avec ce qui lui faisait obstacle. Chez nous, l'obstacle n'a jamais été dans les hommes qui lui ont toujours rendu justice; mais il l'a rencontré dans ce musée qui est son oeuvre, qui demandait tant d'années


16 SÉANCE PUBLIQUE.

d'efforts, et que nous devons plus encore à son énergie qu'à son travail.

J'ai essayé, Messieurs, de rendre un dernier hommage aux trois collègues que la mort nous a enlevés depuis la dernière séance publique ; mais nous devons plus à leur mémoire : M. Vauthier a acquitté notre dette envers M. Carteron ; — les travaux de M. Ray vont être l'objet d'une notice écrite avec une entière compétence par M. Jourdheuille, dans les Annales de la Société entomologique de France ; il faut espérer qu'ils trouveront parmi nous, ainsi que ceux de M. l'abbé Coffinet, de reconnaissants apologistes.

Je vous dois compte maintenant des mutations de notre personnel.

Nous avons donné le fauteuil de M. Carteron à M. Camille Journé, que ses connaissances spéciales ont fait nommer, en outre, conservateur du Musée d'archéologie. M. l'abbé Coffinet a été remplacé par M. l'abbé Garnier, désigné à notre choix par un goût très vif et de fortes études du passé. Enfin, un de nos plus anciens membres associés, ami de M. Jules Ray, et son émule en histoire naturelle, M. Jourdheuille, juge au Tribunal civil de Troyes, vient d'être appelé à prendre la place que M. Ray lui aurait certainement léguée, s'il en avait eu le pouvoir.

Ce n'était pas assez pour remplir le vide laissé par la mort du créateur de notre musée d'histoire naturelle: il nous a paru que la continuation de son oeuvre réclamait le dévouement de plusieurs de nos collègues ; nous avons divisé la conservation du musée d'histoire naturelle, et confié :

La zoologie, à M. l'abbé d'Antessanty ;


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La botanique, à M. le commandant Briard; La géologie, à M. de Cossigny ; Et la minéralogie, à M. deMauroy.

D'autres changements, dûs à des causes plus heureuses, se sont faits dans les rangs de nos membres résidants. M. d'Ambly, nommé inspecteur général des Mines, et quittant Troyes, a été remplacé, en 1882, par M. Adrien deMauroy, un des plus brillants élèves de l'École des Mines, et un de nos agriculteurs les plus instruits. — M. Carré, que nous aurions gagné à conserver plus longtemps, nommé professeur d'histoire au Lycée de Reims, a eu pour successeur M. Det, sous-bibliothécaire de la ville, auteur des tables du grand ouvrage de M. Boutiot, sur l'histoire de Troyts. — M. Auguste Truelle, nous ayant de nouveau quittés, après nous avoir été attaché par une double élection, par ses goûts d'artiste, et son affection pour notre vieille cité, nous avons appelé dans la section des Arts un des meilleurs élèves de l'Ecole des Beaux-Arts, M. Brouard, architecte diocésain, chargé, comme inspecteur, de la t restauration de Saint-Urbain.

MM. d'Ambly, Carré et Auguste Truelle, sont devenus membres honoraires, suivant les conditions du règlement. _

Mais, ces nominations ne sont pas les seules par lesquelles notre société s'est recrutée depuis quelques années ; elle a cherché d'autres concours, et s'est honorée par d'autres choix.

Nous avons appelé à nous,

Comme membres honoraires:

M. Ernest Millot, ancien président de la Commission municipale à Chang-Haï,

T. XLVIII. 2


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Et M. Louis Ulbach, notre sympathique compatriote, de qui nous avons reçu les plus gracieux remerciements et les plus séduisantes promesses ;

Comme membres correspondants ;

M. Oudri, capitaine à Biskra (Algérie) ;

M. Adrien Dolfus, à Paris ;

M. Person, météorologiste, à Sommesous (Marne) ;

M. Félix Quincarlet, négociant à Carnac (Morbihan) ;

M. Edouard Flouest, ancien magistrat, à Paris ;

M. Paul Fliche, professeur à l'Ecole forestière, à Nancy ;

M. Achille Maître, agriculteur à Châtillon-sur-Seine ;

M. Gabriel Bonvalot, explorateur de l'Asie centrale ;

M. Arthur Bertrand, ancien conseiller de préfecture, au Mans;

M. Arthur Daguin, homme de lettres, à Paris ;

M. Bailly de Barberey, à Paris;

Comme membres associés; Enfin,

M. Emile Bertrand, docteur en médecine, à Nogent-surAube ;

M. Maurice Estienne, propriétaire à Montangon (Aube) ;

M. Léonce Martinet, docteur en médecine, à Piney;

M. Ferdinand Monnot des Angles, principal honoraire, à Méry-sur-Seine ;

M. l'abbé Félix Bonnemain, archiprêtre à Nogent-surSeine ;

Et M. Jules Millot, docteur en médecine, à Aix-enOthe.


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Cette liste, messieurs, est un peu froide. Ce n'est pas ma faute, si je ne rappelle pas les titres de tous ceux dont elle contient les noms ; je craindrais d'être trop long ; et cependant, je ne céderai pas la parole à notre secrétaire qui va vous rendre compte de nos travaux et des succès répétés de ces brillants collègues, dont les noms retentissent dans toutes les grandes solennités agricoles, — MM. Gustave Huot et Charles Baltet, — sans prévoir une omission que M. Albert Babeau est obligé de commettre, et que je vais essayer de combler.

M. Babeau s'oubliera lui-même dans une revue rétrospective où il tient pourtant une large place. Ne devons-nous pas à sa féconde plume ces ouvrages que l'Académie française a couronnés, qui font autorité parmi les maîtres, et dont plusieurs ont déjà été réédités : l'École du village pendant la Révolution, — La vie rurale dans l'ancienne France, — La Ville sous l'ancien régime, — sans compter tous les travaux publiés dans nos mémoires et dans les grandes revues littéraires et historiques. Je vous signalerai seulement, parmi les écrits de notre collègue, ayant, un intérêt local : Les Rois de France à Troyes, au XVIe siècle, — La Maison de François Pithou, — Un marchand de province sous Henri IV, — Les Laboureurs et Artisans dautrefois. Toutes ces oeuvres sont le fruit d'une érudition consciencieuse, impartiale, bien dirigée (ce qui est un grand mérite, car l'érudition s'égare quelquefois), et elles portent la marque de ce style clair, simple et sobre, qui est la bonne et la plus difficile manière d'écrire.

Mais, j'ai mieux à faire, Messieurs, que de louer votre secrétaire ; c'est de vous laisser le plaisir de l'entendre. Je suis sûr ainsi de vous être agréable, — au moins à la fin de ce discours.



COMPTE-RENDU

DES

TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

DE L'AUBE Depuis la Séance publique du 21 décembre 1880

PAR

PAR M. ALBERT BABEAU

SECRÉTAIRE DE LA SOCIÉTÉ

MESDAMES, MESSIEURS,

Le remarquable discours que vous venez d'entendre rend plus difficile pour moi la tâche qui m'est imposée par le règlement. Les considérations si justes, auxquelles s'est livré notre Président sur le rôle des sociétés savantes, feront paraître plus arides et plus monotones les énumérations et les analyses des travaux de la Société académique de l'Aube, que je dois vous présenter pour les trois dernières années. Ces énumérations auront du moins l'avantage de vous montrer que la Société n'est pas restée inactive, qu'elle a su comprendre la mission qui lui était assignée, et que les quatre sections dont elle se compose ont rivalisé de zèle, pour


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enrichir nos Mémoires et notre Annuaire de leurs écrits, pour assurer et accroître la prospérité de notre Musée, enfin pour stimuler par leur exemple et leurs concours les études agricoles, scientifiques, artistiques et littéraires.

Nos quatre sections, malgré la divergence de leurs études, ont souvent des points de contact et des tendances communes. L'agriculture s'unit souvent aux sciences, les arts se confondent avec les belles-lettres. Il y a entre ces diverses fractions d'une même société des liens étroits, établis non seulement sur l'estime et la sympathie réciproque de leurs membres, mais sur l'esprit commun qui les anime.

Il semble qu'on peut songer à l'accord de la science et de l'art, que nous poursuivons, en apercevant, à l'entrée du musée de sculpture, un buste, qui saisit et retient l'attention, non moins par l'empreinte du talent de l'artiste que par la physionomie du modèle. C'est une figure énergique en même temps qu'intelligente, pétrie d'une main puissante et délicate ; la volonté et la patience respirent dans ses traits. On sent qu'on est en présence d'une individualité supérieure, interprêtée par un talent de premier ordre. On ne se trompe pas. Le buste est celui de M. Pasteur, l'illustre savant qui sait arracher à la matière ses secrets, sans méconnaître les lois de l'esprit; l'artiste, c'est M. Paul Dubois, que nous sommes tous fiers de compter au nombre de nos compatriotes.

Ce buste de M. Pasteur, sculpté par M. Paul Dubois, ne nous rappelle-t-il pas le mérite du savant en même temps qu'il déploie à nos regards le talent du sculpteur ? N'y a-til pas là une rencontre de la science et de l'art, de nature à exciter en nous le sentiment de l'estime et de l'admiration ? Il y a en outre, dans la réunion de ces deux noms illustres, un souvenir d'actualité locale, puisque nous savons qu'il y a deux ans à peine, dans la ville qui vit naître M. Paul Dubois, à Nogent-sur-Seine, le comice agricole de l'Aube


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a fait faire, avec le concours de notre Société, des expériences pour appliquer les célèbres et salutaires découvertes de M. Pasteur.

Ces expériences, notre collègue M. Gustave Huot nous en rendait compte, dans une de nos séances, avec la compétence que tout le monde lui reconnaît ; il nous racontait comment, avec le concours d'un collaborateur de M. Pasteur, la plupart des vaccinations charbonneuses avaient été suivies d'un plein succès ; il nous disait de quelle utilité avait été l'enseignement pratique donné par ce savant ; il nous en faisait pressentir les résultats, qu'attesteront ici même les médailles décernées par la Société aux vétérinaires et aux agriculteurs, qui se sont le plus distingué dans l'arrondissement de Nogent par le nombre de leurs vaccinations charbonneuses.

Parler de médailles, c'est rappeler à notre mémoire les innombrables succès de M. Gustave Huot. Notre collègue ne sait pas seulement nous intéresser en donnant aux communications relatives à l'agriculture l'attrait de sa parole claire et sympathique ; il joint l'exemple au précepte, et les concours régionaux, les concours des animaux gras, sont pour lui chaque année l'occasion de nouveaux triomphes. Six médailles d'or au concours régional d'Epinal, en 1881 ; cinq médailles d'or et un objet d'art au concours régional de Chaumont en 1882; médailles aux concours des animaux gras de Paris en 1883 et 1884; objet d'art décerné au concours régional de Troyes par la Société des agriculteurs de Fr?nce... Il est heureux que nous n'ayons à parler que de ces trois dernières années; car l'énumération de tant de médailles aurait pu devenir monotone.

Nous pourrions exprimer la même appréhension, en relatant les récompenses multipliées que M. Charles Baltet ne cesse d'obtenir. Non content d'en recevoir pour ses produits d'horticulture, il en recueille pour ses écrits. Ceux-ci


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lui valaient en 1882, au concours de Chaumont, l'objet d'art offert pour les sept départements de la région, que M. Huot devait mériter l'année dernière à Troyes. En 1881, M. Baltet nous avait donné la primeur d'une étude très détaillée, remplie de faits, d'observations et de déductions sagaces, sur les effets du froid sur les végétaux pendant le grand hiver de 1879-1880; nous nous applaudissions d'insérer dans nos Mémoires ce travail à la fois savant et pratique, lorsque la Société nationale d'agriculture lui a assuré une publicité plus grande en le faisant imprimer ; en même temps elle lui accordait une médaille d'or, que cent cinquante concurrents s'étaient en vain disputée, et d'autres médailles d'or, émanant de sociétés également autorisées, sont venues en confirmer le succès. La Société des agriculteurs de France a de même attribué une médaille à la troisième édition du livre de M. Ballet sur l' Art de greffer, déjà traduit en plusieurs langues, et lui décernait, il y a un mois à peine, un magnifique objet d'art qu'elle avait mis au concours, pour récompenser le meilleur travail sur les procédés de multiplication des végétaux ligneux. Enfin, notre infatigable collègue vient de publier un Traité de la culture fruitière, commerciale et bourgeoise, qui sera sans doute apprécié du public, comme l'ont été ses ouvrages antérieurs.

D'autres membres de la section d'agriculture, tels que MM. Paillot, Drouot et Thierry, ont aussi reçu des récompenses dans les récents concours: les deux derniers ont également pris une part active à nos travaux, et nous n'oublions ni leurs consciencieux rapports, ni leurs intéressantes communications. Leur activité contribue à nous faire regretter l'absence de plusieurs de nos collègues, à qui leurs occupations ou leurs fonctions ne permettent pas d'assister, autant qu'ils le voudraient, à nos séances.

Ce n'est pas à M. de Cossigny que nous exprimerions ce


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regret; nous nous applaudissons au contraire de le voir nous apporter son concours assidu. Avec quel intérêt soutenu n'avons pas écouté ses attachants rapports, je pourrais presque dire ses conférences, sur l'application des sciences mécaniques ou physiques ; soit lorsqu'il nous parlait des perfectionnements des moyens de transport; soit lorsqu'il nous décrivait les tunnels en spirale du passage du SaintGothard, qui peut avoir pour nous un intérêt particulier, puisque le chemin de fer qui passe dans notre ville y conduit directement en moins de quatorze heures. M. de Cossigny nous a offert également une bonne étude sur les silex de la craie, publiée par lui dans le Bulletin de la Société géologique de France, et qui a été analysée dans Annuaire de l'Aube par notre savant collègue M. Pigeotte. Enfin, M. de Cossigny a droit surtout à la reconnaissance des habitants de l'Aube pour sa belle carte géologique du département, publiée par le ministère des Travaux publics, et qui rendra à la géologie locale des services analogues à ceux que peut rendre à la botanique le récent travail de M. le major Briard.

M. Briard a vu terminer en effet l'impression de l'important Catalogue des plantes de l'Aube, dans lequel il énumère 1326 espèces de plantes vasculaires et 578 de cryptogames cellulaires. Ce travail très consciencieux, rédigé avec le plus grand soin et d'après une bonne méthode, a été l'objet d'éloges autorisés au sein de la Société botanique de France. Il doit être à la fois un guide précieux pour les botanistes qui visiteront notre région et une excellente source de documents pour les auteurs de flores générales. Le même mérite recommande et distingue le Catalogue des lépidoptères de l'Aube, que M. Jourdheuille a rédigé après vingt-cinq ans de recherches et d'observations, auxquelles avait pris part M. Jules Ray. Nous avons été heureux d'accueillir ce catalogue dans nos Mémoires, où sa


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place était marquée comme celle de leur auteur l'était parmi nous.

Un de nos correspondants qui a été le compagnon de M. Briard dans quelques-unes de ses excursions botaniques, 31. Paul Hariot, est allé cette année étudier, presque aux antipodes, une flore toute différente de la nôtre. Dans un attachant récit intitulé de Bordeaux au cap Horn, il nous décrira, à la suite de notre Annuaire de 1884, les pays presque inconnus qu'il a visités, et les moeurs des peuples sauvages qui les habitent. On y trouvera, outre l'indication des observations savantes qu'il était chargé de faire par le Gouvernement français, d'intéressants aperçus sur quelques états de l'Amérique du Sud, et surtout un tableau saisissant de la nature « brillante et voilée » de la Terre de feu, où les montagnes, tantôt revêtues de vastes forêts, tantôt couvertes de superbes glaciers, plongent la base de leurs précipices dans la mer; mer souvent assombrie par un ciel nuageux, et soulevée par la tempête, parfois aussi étincelante sous les reflets des glaces éternelles, dont les blocs viennent rouler par instants dans les eaux du détroit de Magellan.

A côté des travaux considérables de MM. Briard et Jourdheuille, à côté des récits de voyage de M. Paul Hariot, nous devons mentionner les communications et les rapports de plusieurs autres membres de la section des sciences. Si M. le Dr Bacquias, retenu à Paris par son mandat législatif, n'a pu prendre à nos travaux une part régulière, il n'a pas ménagé ses démarches lorsque les intérêts de la Société étaient en jeu. M. Félix Fontaine, pendant l'année où il a exercé la présidence, a résumé pour nous de nombreux mémoires, avec la sagesse, le tact, l'élévation de pensée qui le caractérisent. Nous n'avons plus à parler, après notre Président, de la biographie du docteur Carteron, écrite par M. le docteur Vauthier avec


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la cordialité d'un ami, la compétence d'un confrère, l'accent sincère d'un témoin ; mais nous devons vous signaler les rapports, dans lesquels notre jeune et savant collègue, M. de Mauroy, analyse les comptes-rendus de l'Académie des sciences. Fréquemment aussi, M. l'abbé d'Antessanty, dans de petites notes courtes et piquantes, nous initie à des observations d'histoire naturelle mises à la portée de tous ; il étudie les moeurs de certains animaux ; il met en relief des faits singuliers ou curieux ; sous le titre d'un Brame dans une ornière, il excite notre indignation contre une belette, qui cédant à ses instincts sanguinaires, a mis à mort un pauvre petit lapin ; en revanche, il défend la buse, que les chasseurs auraient calomniée, et qui, loin d'être dangereuse pour les basses-cours et le gibier, protégerait l'agriculture à sa manière en mangeant les vers de terre. M. l'abbé d'Antessanty nous a lu également une intéressante biographie du docteur Cartereau, qui a laissé naguère ses belles collections d'histoire naturelle au Musée de Troyes.

Le Musée Si M. le Président n'avait pas parlé des

services que M. Ray a rendus au Musée pendant plus de quarante ans, avec une sorte de passion patriotique, il eut été de mon devoir do leur rendre l'hommage qui leur est dû. Je puis au moins vous dire que M. Journé s'est occupé, de concert avec M. Ray, de classer d'après une méthode nouvelle les collections archéologiques dont il a la garde ; qu'il les a disposées de manière à permettre d'embrasser d'un seul coup d'oeil les objets analogues ou similaires ; qu'il n'a rien négligé pour en accroître le nombre par les acquisitions qu'il a provoquées et même facilitées. Une circonstance regrettable en elle-même a contribué à cet accroissement. Nous avons vu disperser aux enchères une des dernières grandes collections archéologiques qui excitaient dans notre ville l'intérêt et l'admiration des étrangers.


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Il y a toujours eu à Troyes des collections d'objets rares, précieux ou artistiques formées par des amateurs éclairés ; témoin le curieux cabinet du chanoine Nicolas Bonhomme, qui était cité au XVIIe siècle parmi les plus célèbres de l'Europe, et dont un inventaire, retrouvé aux archives de l'Aube, nous a permis de faire connaître les richesses ; tableaux, sculptures, médailles, pierres gravées, livres précieux, objets de curiosité de tous genres remplissaient les nombreux appartements de ce chanoine. Il y a quinze ans encore, on citait avec une sorte de fierté les collections de M. Camusat de Vaugourdon, de M. Le Brun-Dalbanne, de M. Gréau, de M. l'abbé Coffinet. Le Musée a pu recueillir du moins dans le cabinet de M. l'abbé Coffinet un assez grand nombre d'objets archéologiques que recommandait particulièrement leur origine locale. C'est ainsi qu'il lui a été permis d'acquérir plusieurs plaques d'émail champlevé, qui avaient servi à la décoration de ces merveilles d'orfèvrerie et de sculpture du moyen âge, qu'on appelait les tombeaux des comtes de Champagne. La richesse, l'art exquis de ces fragments permettent de juger de la beauté, de la magnificence de l'ensemble. Si d'autres objets précieux nous ont été enlevés, comme ces plaques de châsse en émail du douzième siècle, sur l'une desquelles était figuré le meurtre de saint Thomas Becket, d'autres nous sont restées, grâce à nos acquisitions, grâce aussi aux libéralités de l'excellent abbé Coffinet, qui a donné, entre autres legs, au trésor de la cathédrale, un admirable médaillon ciselé par un artiste florentin, et au Musée, un superbe anneau d'or, sur lequel est gravée une tête antique, qui passe pour être celle d'un compagnon ou d'un contemporain de Clovis.

Les derniers objets d'une autre collection, qui fut longtemps notre orgueil, ont quitté notre ville depuis trois ans; mais du moins elle n'a pas été dispersée, et son posses-


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seur, tout en habitant Paris, est resté, de coeur comme de fait, membre résidant de notre Société. La collection de M. Gréau, après avoir été une des curiosités de Troyes, est devenue une des curiosités de Paris. Nul ne peut se vanter d'en avoir vu toutes les merveilles; elle contient, plus qu'aucune collection particulière, des spécimens de ces délicieuses statuettes de Tanagra, qui, bien que trouvées en Béolie, respirent l'art attique le plus pur, le plus élégant, le plus vivant et le plus délicat ; aucun musée du monde no peut présenter une réunion de verreries antiques, semblable à celle que M. Gréau a formée ; c'est une véritable révélation et en même temps un éblouissement que de contempler, à mesure qu'ils sortent des boîtes où ils sont enfermés, ces verres anciens, où l'éclat et la variété du coloris le disputent à l'élégance, à la pureté de la forme. Créer une collection, comme celle de 31. Gréau, c'est une oeuvre véritable, que l'argent seul ne procure pas, mais qui exige autant de goût que d'ardeur, autant de science que de discernement. Notre collègue du moins a voulu adoucir les regrets que le départ de tant de merveilles inspirait aux Troyens, en laissant à notre Musée de curieuses sculptures locales du XVIe siècle, et une série de tableaux relatifs au département, parmi lesquels il faut remarquer un beau portrait d'une des plus tristes célébrités révolutionnaires, le cordonnier Simon, qui est de la main du peintre Gros.

Notre Musée de peinture doit aussi s'enrichir du remarquable tableau des Forgerons, par M. Aviat, de Brienne, qui a obtenu une haute récompense à l'un des derniers Salons et que nous devons à la générosité de l'Etat. Une autre oeuvre solide et sérieuse, qu'il a reçue cet été, c'est le Massacre, de M. Claude, que la Société des Amis des arts de l'Aube a voulu lui offrir, comme un témoignage des succès de son exposition. Cette exposition, vous savez que c'est à la Société Académique qu'en appartient la première


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initiative; vous savez avec quel goût, quel zèle, quelle haute compétence elle a été dirigée par notre collègue, M. Pron, conservateur du Musée de peinture, et que le succès qu'elle a obtenu auprès du public s'est traduit par le chiffre jusqu'à présent inusité de plus de 26,000 entrées.

Les belles salles, que la municipalité de Troyes avait élevées, avec une rare munificence, pour cette exposition, contenaient des oeuvres de nos jeunes sculpteurs du département, qui marchent à grands pas sur les traces des Girardon, des Simard et des Paul Dubois. Grâce aux libéralités de l'Etat, de MM. Suchetet et Bacquet, nous avons eu la satisfaction de voir rester à Troyes la plupart de ces oeuvres. On peut aujourd'hui admirer dans notre Musée le buste largement et vigoureusement modelé du baron Taylor, le groupe de la Piété filiale, d'un sentiment si noble, si sévère et si juste, et cette charmante Biblis, dont les formes exquises et la grâce alanguie aideraient à faire comprendre comment une jeune mortelle peut être métamorphosée en source . Ajoutons que la Piété filiale, que la Biblis ont valu à leurs auteurs, MM. Boucher et Suchetet, le prix du salon, à une année d'intervalle; ajoutons que M. Briden vient de remporter une médaille à la dernière exposition de Paris. Nous sommes heureux d'applaudir, au nom de la Société, à ces vaillants artistes pour lesquels s'ouvre un avenir brillant, et dont les succès sont un juste sujet d'orgueil pour le département qui les a vu naître.

Avant de quitter le Musée de sculpture, dont il a été publié récemment une nouvelle édition du catalogue, revue et très augmentée, je dois signaler à la gratitude de la Société un don de la famille de M. Janson, d'Arcis-surAube, dont la Salomé, bien qu'un peu dépourvue de style, n'en est pas moins une oeuvre très estimable.

De la sculpture aux monuments mégalithiques, il y a toute la différence qui peut exister entre la pierre transfi-


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gurée par l'art et la pierre grossièrement taillée, dont la masse et l'antiquité forment les seuls mérites. Un menhir, récemment transporté dans noire ville, figurera avec avantage auprès du dolmen et des polissoirs, dont l'aspect sévère et mystérieux saisit les étrangers qui traversent la cour de notre musée. M. Emile Pillot a consacré aux vingt-sept polissoirs, que l'on a trouvés à l'ouest du département, une notice instructive et détaillée. Mais c'est à M. Salmon, dont nous annoncions il y a trois ans le Bictionnaire paléoéthnologique, que nous devons le relevé le plus complet qui ait été fait jusqu'à ce jour de toutes les découvertes d'objets appartenant aux trois âges de la pierre, du bronze et du fer, qui ont été constatées dans le département de l'Aube. Ce travail consciencieux, accompagné de trois belles cartes dessinées par M. Leloup, indique les témoignages de l'existence de l'homme à des époques éloignées, qu'il est plus facile de conjecturer que de préciser. Quelles lumières peut-on jeter sur des temps, où l'histoire écrite n'existait pas, et dont les traditions se sont depuis longtemps effacées? J'ai été frappé cependant de la réponse d'un vieillard, que cite M. Salmon, d'après M. Chertier. Comme on demandait à ce vieillard ce qu'il savait d'un menhir, qui s'élevait aux abords d'un village des environs de Nogent et que l'on peut voir aujourd'hui dans le jardin de notre Musée : — Tout le monde ici, répondit-il, connaît cette grande pierre. Attila, lors de son passage, a couru l'embrasser. — N'est-il pas surprenant, pour qui sait avec quelle facilité les traditions disparaissent, que près de quinze siècles après le paspage du roi des Huns, le souvenir de l'acte de respect de ce conquérant envers le menhir se soit conservé dans le pays même. Combien de souvenirs plus récents s'échappent de la mémoire des hommes ! M. Bonvalot, notre compatriote et notre correspondant, nous a révélé l'existence d'immenses cités en ruines qu'il a explorées dans ses hardis


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voyages à travers le Turkestan ; elles ne datent pas d'époques très éloignées ; les mosquées dont les débris s'élèvent au milieu de leurs décombres indiquent qu'elles étaient encore pleines de vie il y a quelques siècles ; et cependant, le silence s'est fait sur leur passé, et les vagues traditions, que l'imagination orientale se plaît à revêtir de fictions, ne nous apprennent rien de précis, non seulement sur leur origine, mais sur leur destruction. L'histoire a ses mystères, qui pour l'homme qui réfléchit, sont peut-être plus saisissants que ses récits véridiques.

Il semble que l'on sorte des ténèbres pour entrer dans la clarté, lorsque l'on quitte les monuments mégalithiques pour les médailles. Ici nous trouvons des noms, ici nous avons des dates, et grâce à ces noms et à ces dates, nous pouvons porter la lumière sur certaines parties de notre histoire locale qui sont restées dans l'ombre. C'est un travail de ce genre que M. l'abbé Garnier a entrepris, lorsqu'en étudiant le trésor trouvé au faubourg Saint-Jacques au siècle dernier, il a pu déduire, avec autant de soin que de sagacité, d'après les noms des empereurs que portaient les médailles, la marche d'une invasion venue de l'est, qui eut lieu dans nos contrées au troisième siècle de notre ère. La lumière augmente à mesure qu'on se rapproche de nous, et M. l'abbé Lalore a pu jeter de précieuses clartés, dans sa notice consacrée à l'église de Montier-la-Celle, sur un charmant édifice religieux, élevé aux portes de Troyes dans la première moitié du XVIe siècle, et qui a disparu à tel point qu'il n'en reste que le souvenir. Nous savons qu'il avait été construit avec magnificence et avec goût, que des artistes distingués l'avaient décoré de sculptures, de tapisseries et de vitraux peints ; qu'il faisait l'admiration des connaisseurs et des étrangers; et cependant, s'il en reste des descriptions que M. Lalore a mises au jour, il n'en subsiste pas une vue, pas un plan, pas un dessin. Ah ! si M. Royer


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eut été là, comme il eut reproduit ce bel édifice sous toutes ses faces avec ce crayon plein d'aisance et de justesse qui n'a cessé d'enrichir notre Annuaire de vues, de monuments et d'aspects pittoresques de la ville et de ses abords ! Si M. Fichot avait pu le voir, quelles richesses n'en auraitil pas tirées pour sa Statistique monumentale de l'Aube, véritable monument qu'il élève à l'archéologie de notre pays et dont je serais heureux de faire connaître le mérite, si cette tâche n'appartenait pas à mon collègue M. Nancey.

Je ne puis quitter la section des arts sans parler des beaux tableaux de notre collègue M. Pron, qu'il nous a été donné de voir cette année à l'exposition de Troyes. Leur réunion nous a permis d'apprécier les qualités de cette peinture, qui s'inspire de la nature vraie, sait en dégager là poésie réelle, et s'identifie si bien au caractère frais et discret des prés ombragés qui bordent la Seine aux environs de Troyes. En outre, M. Pron vous prouvera tout à l'heure qu'il sait aussi comprendre la peinture des autres, en rendant aux peintres charmants du dix-huitième siècle et aux peintres éminents du nôtre la justice que méritent leur talent et leurs oeuvres.

M. Pron me permettra-t-il de dire que non content de faire apprécier sa peinture et celle des autres, il sait aussi inspirer les poètes? Serait-il indiscret de raconter que c'est au récit d'une de ses impressions de voyage que nous devons une agréable fantaisie de M. Alfred Nancey, intitulée Simple histoire, où dans une série de sixains alertes et bien frappés, qui rappellent la manière d'Alfred de Musset, il nous donne une nouvelle occasion de goûter l'aisance, la distinction et le charme de son style? II nous l'a fournie également dans l'élégante Paraphrase de plusieurs satires de Perse et dans son Imitation de poèmes grecs contemporains, dont il a offert la primeur et l'hommage à la Société. M. Nancey a fait aussi une incursion dans le doT.

doT. 3


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maine de l'histoire ; il a montré qu'il pouvait également y réussir, en ressuscitant à nos yeux la figure du sire de Barbazan, gouverneur de Champagne, qui fut un vaillant défenseur de la France pendant les guerres du règne de Charles VII.

L'histoire locale continue à trouver parmi nous de nombreux adeptes. En tête des érudits qui lui apportent et lui assurent de nombreux matériaux, je placerai M. l'abbé Lalore, qui a publié, avec son érudition et sa conscience ordinaires, les textes les plus utiles dans son Obituaire du diocèse de Troyes. Des milliers de noms de personnes sont consignés dans les listes des donateurs, qui ont enrichi de pieuses fondations les églises et les couvents, et qui ont trouvé leur récompense dans leurs libéralités mêmes, puisqu'elles les ont préservés de l'oubli. Ces listes, intéressantes à la fois pour l'histoire et la biographie, sont suivies de bonnes tables alphabétiques et remplissent en entier le second volume de nos Bocuments inédits. Le troisième volume est en ce moment sous presse. Il contiendra les Mémoires de Nicolas Dare, notable troyen de la fin du XVIe siècle, dont le texte a été mis à notre disposition par notre nouveau correspondant, M. de Barberey, et la reproduction du premier registre des délibérations municipales de Troyes, offerte à la Société par M. Roserot, à qui nous avons récemment confié le soin de nos archives, et qui a tous les mérites de l'archiviste, bien qu'il n'en ait plus le titre officiel. Il n'est pas besoin de faire ressortir tout l'intérêt de ce registre, qui nous initie à la vie municipale de nos pères, au lendemain de la délivrance de Troyes par Jeanne d'Arc, et à leurs efforts méritoires pour réparer les plaies que la présence de l'étranger avait fait subir à notre ville.

Jeanne d'Arc ! cette figure si française, à la fois chevaleresque, pure, touchante et chrétienne, un de nos membres associés les plus laborieux a voulu la revendiquer pour notre


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Champagne. Dans une ingénieuse dissertation, il a voulu prouver, en bon Champenois, que la vierge de Domremy n'était pas lorraine, qu'elle ne l'était pas par l'origine de ses ancêtres, par le lieu de sa naissance, par certains traits de son caractère et de son esprit. Beaucoup des arguments que présente l'auteur avec une chaleur patriotique sont de nature à ébranler les opinions reçues, bien qu'au fond la question d'origine, qu'elle soit résolue dans un sens ou dans l'autre, ne saurait augmenter ni diminuer la gloire de la jeune fille inspirée qui a sauvé la France. M. l'abbé Etienne Georges a donné également à notre Annuaire d'autres études écrites avec une élégante érudition, l'une sur la Maladrerie de Rosnay-l' Hôpital, l'autre sur les Comtes de Rosnay, parmi lesquels on peut citer des Visconti, des Luxembourg, le maréchal de l'Hôpital et des princes de la maison de Lorraine.

D'autres notices estimables sont venues éclairer divers points de notre histoire locale. MM. Choullier ont fait revivre, d'après une enquête administrative, un charlatan de village du XVIIIe siècle, Pierre Richard ou le saint de Savières. De piquants fragments des mémoires de la vicomtesse de Loménie, qui nous ont été donnés par M. Le Clert, nous ont retracé quelques-unes des scènes, dont la ville et le château de Brienne ont été le théâtre pendant la Révolution. M. l'abbé Millard nons a envoyé un procèsverbal des assemblées électorales du bailliage de Chauinont, qui s'étendait sur une partie de notre département actuel ; M. l'abbé Chauvet, un travail sur les Seigneurs de Gyé, parmi lesquels se trouve le maréchal de Gié, dont la biographie appartient à l'histoire générale ; 31. l'abbé Masson, une bonne notice sur l'ancien prieuré de SainteThuise qui, bien avant la Révolution, était converti en ferme. Les membres de notre clergé ont toujours eu le goût des études élevées, et M. Emile Socard nous en don-


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nait une preuve nouvelle lorsqu'il retraçait, avec une sorte d'émotion inspirée par l'amitié et l'estime, la vie sympathique et les oeuvres musicales de l'abbé Thiesson, dont les messes et les saluts solennels ont été exécutés de 1840 à 1845 dans notre cathédrale, avec un succès que se rappellent encore les contemporains.

M. Socard, tout en poursuivant avec une infatigable ténacité le grand catalogue de notre Bibliothèque publique, dont il a publié onze volumes depuis 1875, a fait paraître, en 1882, une Biographie des personnages nés dans le département, où les renseignements nouveaux sont nombreux ; et cependant, au milieu de ces travaux multiples, il a trouvé moyen de nous donner une savante Etude sur les almanachs et les calendriers de Troyes. Grâce à des investigations poursuivies depuis de longues années, il nous a fait connaître, depuis la fin du xv 9 siècle, ces publications populaires qui ont figuré longtemps parmi les principales productions de l'imprimerie troyenne ; il nous a donné la liste des astrologues dont les prédictions imaginaires stimulaient la curiosité des lecteurs, la liste des imprimeurs qui publiaient ces petits livres, et la reproduction d'un grand nombre de gravures sur bois qui, provenant des anciens almanachs, sont conservées à la Bibliothèque de Troyes, dont elles forment une des plus curieuses collections.

Un travail bibliographique de ce genre eut pu tenter autrefois l'érudition d'un Grosley, si ardent à rechercher les curiosités locales et à les mettre en relief. Quoique sous certains rapports il ne lui ait pas été donné d'approfondir les sujets qu'il traitait, il n'en a pas moins ouvert la voie à nos modernes chercheurs. Il y a sept ans, je vous parlais des lettres du savant et spirituel Troyen, que notre excellent collègue, M. Truelle Saint-Evron, avait données à notre Société ; depuis cette époque, M. Truelle, infatigable dans ses recherches comme il l'est dans ses dons, a offert de


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nouveau à la Société un grand nombre de lettres de correspondants de Grosley. Ces lettres, émanant pour la plupart d'érudits et de littérateurs, montrent dans quelle haute estime on tenait en dehors de Troyes le talent et le caractère de notre compatriote ; elles nous font assister aux pourparlers qui précédèrent son élection à l'Académie des Inscriptions, où nous avons eu la vive satisfaction de voir tout récemment entrer notre très érudit collègue, M. d'Arbois de Jubainville ; elles nous fournissent sur la vie intime et littéraire du savant Troyen de précieux détails jusqu'alors inédits. Une des lettres données par M. Truelle nous a révélé l'existence d'une Dissertation sur les fables que Grosley avait envoyée à la Société royale de Nancy ; l'Académie de Stanislas a bien voulu nous autoriser à faire prendre copie de la première partie de cette dissertation, qui seule a été conservée dans ses registres, et, grâce à cette autorisation, nous pourrons, en publiant le jugement que porte Grosley sur La Fontaine, montrer comment un Champenois de génie pouvait être apprécié par un Champenois plein de talent et d'esprit.

La vie de Grosley, quoi qu'il ait pris soin d'en raconter lui-même une partie, mérite encore d'être étudiée. Il y a deux ans, nous présentions en lui le magistrat de campagne, courant de village en village, exerçant aux environs de Troyes la haute et basse justice, surtout pendant la belle saison, et sachant se faire suppléer, quand l'envie lui en prenait. Peut-être un jour nous sera-t-il donné de l'esquisser sous un aspect peu connu, celui de conseiller de ville ou de conseiller municipal. Nous pourrions le montrer prenant part à la rivalité, qui, à Troyes comme ailleurs, divisait les gens de loi et les marchands ; attaquant la municipalité qu'il voulait supplanter sur le terrain qui prêtait le plus à la controverse : c'était alors la question des octrois, comme c'est aujourd'hui la question des eaux ; participant à


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des élections municipales singulièrement disputées, où les actes de pression, de corruption, les festins et les vins donnés aux électeurs, les bulletins écrits d'avance et numérotés étaient signalés avec vivacité par les vaincus, qui demandaient l'invalidation des vainqueurs; mais nous aimerions surtout à le faire voir siégeant dans cette grande salle, où nous tenons nos séances publiques, cette salle, que par un acte de libéralité superbe, il avait décorée des bustes en marbre des Troyens célèbres, au milieu desquels il devait plus tard avec justice figurer. Alors comme aujourd'hui, toutes les grandes réunions de la cité s'y tenaient. Au XVIIIe siècle, on y donnait des bals et des concerts, comme ceux de l'académie de musique de Troyes, dont il nous a été permis de révéler l'existence au commencement du règne de Louis XIV ; on y faisait les tirages de la milice et les élections des officiers municipaux. Dans une de ces élections, Grosley, qui siégeait au bureau, raconta un trait digne de la Morale en actions et capable de toucher la sensibilité de ses contemporains, peut-être plus facile à exciter que la nôtre. Un jeune Troyen, ému de voir son frère, qui était le soutien de sa famille, tomber au sort de la milice, s'était engagé à sa place, « avec cette simplicité, dit Grosley, qui accompagne les actes très rares de la simple vertu. » Grosley signala ce fait à d'Argental, l'ami de Voltaire ; d'Argental le raconta dans les salons de Marly, où était la Cour, avec un tel succès qu'on fit, séance tenante, en faveur du frère dévoué, une collecte qui produisit 1032 livres. Le procès-verbal des délibérations municipales contient un récit de cette anecdote, où l'on reconnaît le style de Grosley, et constate l'attribution du produit de la collecte au jeune milicien, qui vint en recevoir une partie des mains de l'académicien, aux applaudissements des électeurs municipaux, dont la salle même où nous sommes était remplie.


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Notre collègue 31. Carré nous a parlé aussi de Grosley, dans les attachantes études qu'il a consacrées à notre ancien collège des oratoriens ; il nous l'a montré, tel qu'il s'était dépeint lui-même, suivant les cours du collège, depuis la sixième jusqu'à la philosophie. Le savant professeur du Lycée, que nous avons regretté de voir si rapidement quitter la ville, dont il s'était constitué l'historien, a fait revivre pour nous les professeurs et les élèves d'autrefois dans une série d'études écrites avec une verve spirituelle, où les réminiscences classiques ne font pas défaut. Il avait puisé les éléments de ses travaux dans trois volumes manuscrits de notre bibliothèque publique, qui contiennent le catalogue de tous les élèves du collège depuis 1630 jusqu'en 1792, avec des notes latines sur la plupart d'entre eux. Ces notes, souvent piquantes, font à la fois connaître les caractères des oratoriens et ceux de leurs élèves. Les caractères de ces derniers, est-il besoin de le dire, n'ont pas changé. Ce qui s'est modifié, c'est le nombre des élèves; ce sont les usages et les moeurs ; on ne compte plus au lycée 523 élèves, comme en 1673, époque à laquelle la population de la ville était bien moindre qu'aujourd'hui ; il n'y a plus comme alors 84 élèves en seconde et 80 en rhétorique ; le nombre des externes a également diminué, car nos pères avec raison étaient favorables à l'externat qui concilie l'éducation de famille avec l'instruction publique; on ne voit plus en revanche, comme au siècle dernier, des rhétoriciens, les cheveux poudrés et frisés, porter l'épée, et l'un d'eux menacer d'en percer son maître.

Au dix-huitième siècle, l'enseignement se modifia ; M. Carré le constate dans son étude sur la lutte du latin et du français au collège de Troyes. Les tragédies latines qu'on jouait le jeudi gras et lors de la distribution des prix, furent remplacées par des tragédies et des comédies françaises, à partir de 1757 ; les thèses de logique et de phy-


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sique'furent soutenues en français; des prix de fable, de dissertation et d'amplification françaises furent décernés sous Louis XVI. C'est que la langue française, depuis le grand siècle littéraire de Louis XIV, avait acquis la prééminence en Europe. Cent ans auparavant, le latin était encore la langue des savants. Descartes comme Leibnitz avaient écrit le plus grand nombre de leurs traités en latin ; puis, grâce à nos poètes, à nos prosateurs, le français avait pris droit de cité dans toutes les capitales de l'Europe ; il était devenu la langue diplomatique et la langue polie par excellence ; on le parlait dans tous les salons et dans toutes les cours ! Il était donc naturel que le français, qui se répandait partout, avec ses qualités de clarté, d'élégance et de noble simplicité, pénétrât aussi dans les collèges, où dominait un esprit nouveau. Les anciennes méthodes étaient battues en brèche. Il est des époques où les récentes conquêtes de la science inspirent une sorte de dédain, heureusement passager, pour l'étude patiente et désintéressée des lettres. Au moment où les phénomènes de l'électricité commençaient à se révêler, où l'on se croyait les maîtres de l'air par la découverte des aérostats, les maîtres de la foudre par la découverte des paratonnerres, les esprits se portèrent avec ardeur vers les sciences. On voulut étendre largement le champ de l'enseignement. On voulut tout apprendre. Un écrivain, parlant du grand collège de Sorrèze, où les méthodes nouvelles avaient pénétré comme ailleurs, disait en 1785 : « Les élèves y sont surchargés de trop de maîtres et d'objets d'études. Il n'y a rien qu'on ne leur montre ou du moins qu'on n'ait l'air de leur montrer. » Chose singulière : en lisant cette critique d'un plan d'études appliqué Û y a un siècle, on croirait entendre celle des programmes d'aujourd'hui.

M. Carré ne s'est pas contenté de nous parler de cet ancien collège de l'Oratoire dont il a fait revivre les qualités


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sérieuses et sympathiques ; il nous a raconté ses souvenirs personnels sur le vieux Collegium trecopithoeanum, installé dans l'antique maison de François Pithou, et que nous avons vu transférer dans les vastes bâtiments du Lycée, aménagés sur un plan large et bien conçu par notre vénérable collègue M. Fléchey. Rien de plus vivant, de plus attachant, que les scènes de la vie de collège, il y a vingt-cinq ans, telles que M- Carré les a retracées avec la bonne humeur et l'entrain d'un écolier libéré, et de plus avec ce sentiment vrai qu'inspirent les réminiscences de la première jeunesse et l'amour du pays où elle s'est écoulée. Ces quelques pages resteront comme un document exact sur la vie scolaire de notre époque, racontée par un témoin qui fut en même temps un acteur des scènes dont il rend compte.

D'autres membres de la section des lettres dont M. Carré faisait partie ne nous ont pas ménagé leur concours. Notre président, M. Vignes, nous a lu des rapports, d'où il savait tirer des conclusions économiques ou philosophiques élevées, dans un style que je n'ai pas besoin de louer, puisque vous venez d'en apprécier le mérite. M. Laperouse nous a communiqué de très intéressants extraits des mémoires de Madame Victorine de Chatenay, qu'il a l'intention de publier, et qui contiennent de piquants détails sur les goûts, les voyages, les plaisirs d'une jeune fille de qualité à la veille de la Révolution. M. Roserot nous a lu une savante élude sur les plus anciens maires de Troyes et sur quelques uns de leurs sceaux. M. Det enfin nous a donné une bonne notice topographique sur l'ancien déversoir de Croncels et les quartiers environnants, et récemment encore il nous lisait un rapport élogieux sur les poésies de notre collègue M. des Guerrois.

M. des Guerrois est un de nos lettrés les plus laborieux et les plus distingués ; nul n'était plus capable de nous faire connaître le rarissime petit volume que notre généreux


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collègue, M. Truelle Saint-Evron, avait offert à la bibliothèque de Troyes. Ce volume, intitulé de l'Importunité et malheur de nos ans, écrit par un magistrat troyen, Balthazar Bailly, est une satire vive et sombre des maux qu'avaient entraînés les guerres civiles et les guerres de religion sous les règnes des derniers Valois ; les misères du peuple y sont retracées avec une sorte d'éloquence attristée, mais le peuple n'y est pas plus épargné que la noblesse et le clergé. M. des Guerrois, passant à des sujets plus attrayants, nous a donné sous le titre de Southey et des amitiés littéraires, une étude délicate sur l'amitié, que le culte de la poésie, les qualités réciproques de l'âme et de l'esprit, firent naître entre Southey et miss Caroline Bowles, et qui, comme la plupart des vives amitiés qui s'établissent entre personnes de sexe différent, se termina par un mariage, lorsque Southey fut devenu veuf. M. des Guerrois enfin nous offrait récemment l'hommage d'un recueil de poésies où sous le beau titre de Pro patriâ, il protestait, au nom de l'esprit contre les victoires de la force, avec le souci de faire prévaloir la pensée sur la forme d'un vers correct, où se manifeste le dédain des succès vulgaires que réprouvait Horace.

Pro patriâ, ce doit être aussi notre devise à nous tous, membres des sociétés savantes des départements, dont la plus noble récompense serait de voir concourir nos modestes efforts à la renommée, à la gloire, à la grandeur intellectuelle de notre patrie. Nous ne nous dissimulons pas combien notre tâche est minime ; nous ne nous exagérons pas la portée de nos travaux ; nous savons que ce sont de bien petites pierres apportées à l'édifice général ; mais nous savons aussi que les édifices se composent d'un grand nombre de pierres, et que les plus petites y trouvent leur place et leur utilité. En même temps, nous savons que la véritable grandeur des nations, ce sont les conquêtes de l'esprit


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et de l'intelligence. Les conquêtes matérielles de la Grèce et de Rome ont disparu ; mais le génie de leurs écrivains et de leurs artistes est encore une de plus vives lumières qui éclairent le monde. Il en a été de même de notre France, qui, depuis le XVIIe siècle, a été pour l'univers un ardent foyer de lumière, sinon le plus ardent de tous. Contribuons pour notre part à ne pas le laisser éteindre, en lui apportant quelques aliments, qui disparaîtront dans l'éclat du foyer, mais qui n'en auront pas moins concouru à l'entretenir et peut-être, dans une très faible mesure, à l'accroître !



RAPPORT

SUR LES PRIX DÉCERNÉS

PAR

LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

DE L'AUBE Dans la Séance publique du 29 Avril 1884

PAR

M. ALFRED NANCEY

SECRETAIRE - ADJOINT DE LA SOCIÉTÉ

MESDAMES, MESSIEURS,

Vous connaissez certainement cette fine allégorie, si coquettement enchassée par A. de Musset, dans l'or de ces quatre vers :

Hercule, fatigué de sa tâche éternelle S'assit un jour, dit-on, entre un double chemin, Il vit la volupté qui lui tendait la main, Il suivit la vertu qui lui sembla plus belle.

Eh bien ! dussé-je me faire renier par mes collègues, je vous avouerai que cette allégorie, se présentant à ma mémoire au moment où j'aillais tracer ces lignes, je ne pus m'empêcher d'établir un parallèle un peu forcé entre le fameux héros de l'Antiquité et notre chère Société ? Pour-


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quoi pas, après tout? Est-ce que malgré ses invites trop séduisantes, nous n'avons pas tous une profonde horreur de la paresse, cette soeur germaine de la volupté? Les discours que vous venez d'applaudir pourraient au besoin m'en fournir un précieux et éclatant témoignage. Est-ce que nous ne sommes pas heureux d'encourager le dévouement, l'étude et le travail, ces personnifications diverses de la vertu ; et n'allons-nous pas les chercher partout ou ils se cachent et s'oublient? Ces médailles que nous allons distribuer tout à l'heure sauraient protester s'il le fallait contre l'assertion contraire. Mais, où vais-je m'égarer ? Tomberai-je à présent dans le piège que me tend l'orgueil ? Pauvre faiblesse humaine Je m'arrête et je reprends bien vite un langage plus académique et plus modeste, par lequel j'aurais peut-être dû commencer.

Messieurs,

J'ai l'honneur de vous soumettre le rapport sur les prix mis au Concours par la Société Académique de l'Aube, depuis la dernière séance publique. Que nos lauréats me pardonnent, si, dans le cadre restreint qui m'est imposé, je ne puis, à mon grand regret, donner ici qu'un résumé sommaire, une courte analyse des travaux des commissions spéciales qui ont servi de base aux jugements que nous vous prions de consacrer par votre approbation. Pour moi, j'ose espérer que vous voudrez bien, encore cette fois, me prêter quelques instants de bienveillante attention, et accorder ainsi au rapporteur des prix, malgré la manière imparfaite dont il aura remplit sa tâche, sa part de récompenses.

Honorer dans notre département l'Agriculture, cette source la plus pure des jouissances de la vie matérielle et de la prospérité publique, telle a été la préoccupation constante de notre Société qui est fière de compter parmi ses titres, celui de Société d'Agriculture. Nous allons donc, si


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vous le permettez, commencer notre voyage par la nomenclature des encouragements attribués à cette section, en prenant pour guides un de nos membres dont la compétence bien reconnue nous empêchera de nous fourvoyer dans des sentiers pleins de périls pour les profanes.

Il est de toute justice de vous remémorer d'abord les médailles accordées an nom de la Société et sous son patronage dans les Comices agricoles annuels de 1881 et de 1882, et qui ont été distribuées lors de ces solennités.

En 1881, c'est M. Gamichon-Simonnet, de Bessy, dont l'exploitation parfaitement comprise sous tous les points de vue, peut être citée comme modèle au petit cultivateur, qui a obtenu les suffrages de la Société.

En 1882, la médaille d'or a été décernée à M. Alexandre Jeannel, de Thennelières, en raison des soins particuliers qu'il apporte à sa culture très étendue et de la manière intelligente dont il la dirige. Ceux qui aspirent au titre de bon fermier, n'ont qu'à suivre son exemple.

Maintenant, Messieurs, j'entamerai la liquidation des dettes que nous avons contractées pendant ces trois dernières années, et que nous soldons ce soir avec bonheur, en suivant, autant que possible l'ordre chronologique.

Qui ne regrette ces espèces fruitières qui faisaient les délices de nos pères et qui sont si rares à présent telles que les beurrés, les doyennés, les crassanes, etc? M. Ernest Baltet, qui, depuis 35 ans, avec une patience et une persévérance inaltérables, traditions de famille, s'est voué au semis des arbres fruitiers, et particulièrement du pommier et du poirier, a entrepris de nous les rendre. Sans se laisser décourager par une attente de 10, de 15 et même de 20 ans, par des échecs plus nombreux que les succès au moment de la production, M. Ernest Baltet a poursuivi son oeuvre, et


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trouvé déjà des variétés nouvelles remarquées par la Société Nationale d'Horticulture et la Société Pomologique de France. En outre, trois de ses découvertes; le pommier « Transparente de Croncels, » dont l'arbre a résisté au grand hiver, et les poiriers Comte-Lelieur et Dr Jules Guyot, dédiés à deux illustrations de l'arboriculture et de la viticultvre de l'Aube, ont été classés au premier rang par le Congrès Pomologique. Ces essais et ces brillants résultats ne pouvaient échapper à la Société Académique, qui leur rend hommage, en attribuant à M. Ernest Baltet une médaille d'or.

Si les fruits font le charme de nos desserts, le poisson joue sur nos tables un rôle qui n'est pas non plus à dédaigner. M. Hector Joffroy, de Chaource, pisciculteur émérite, comprenant que l'abandon des étangs à la nature en amène trop souvent le dépeuplement, a mis en pratique ses connaissances spéciales et ses longues observations en établissant une frayère pour l'alevinage de la carpe à l'étang du Perchois. De plus, il a créé à la Chapelle d'Orge un très bel étang, par là construction d'une digue bien comprise qui lui permet d'employer le trop plein des eaux à l'arrosage de prairies nouvelles. Ces perfectionnements et ces créations méritaient une publicité à laquelle la Société est heureuse de contribuer en offrant à M. Joffroy une médaille d'or.

L'amélioration de l'horticulture potagère dans son outillage et dans son mode d'exploitation, tel est le but que s'est sans cesse proposé M. L. Boulat, maraîcher et constructeur à Troyes. Sans compter l'importation dans la culture maraîchère du système d'arrosage par l'irrigation due à l'élévation de l'eau dans un réservoir, et la propagation sur une grande échelle dans notre banlieue de la culture des primeurs, M. Boulat est l'inventeur d'un chassis double sup-


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primant le coffre de l'ancien chassis. La notable économie de place et d'argent que réalise cet appareil a été appréciée par la Société d'Horticulture de Paris qui a récompensé l'inventeur, et par le jardinage, non-seulement à Troyes où l'on en compte plus de 8,000, mais encore en dehors du département. La Société se fait un plaisir d'encourager ce perfectionnement par le don d'une médaille d'or.

M. Marcel Dupont, ce savant professeur d'agriculture de l'Aube, ne s'est pas contenté de faire d'intéressantes conférences dont l'heureuse influence se fait sentir sur les productions du sol. Pour combattre la défiance des agriculteurs contre les méthodes nouvelles, il a mis en pratique danssa propriété de Sainte-Sophie les théories qu'il développe dans son enseignement, et a transformé son exploitation en véritables champs d'expérience. Etude comparative des engrais chimiques et du fumier de ferme; culture des variétés nouvelles de céréales, plantes fourragères et graminées en regard des anciennes espèces locales ; transformation par l'emploi de plantes spéciales et d'engrais appropriés d'un sol calcaire aride en une prairie permanente plantureuse : voilà ce dont les cultivateurs peuvent se rendre compte de visu; et de plus les résultats des expériences sont publiés chaque année. Cet enseignement aussi utile que profitable, et ces belles expériences agricoles justifient pleinement la médaille d'or que la Société est heureuse d'attribuer à M. Marcel Dupont.

L'ensilage des fourrages verts, mode de conservation qui permet de soustraire les fourrages aux manutentions nombreuses, aux éventualités du mauvais temps et de mettre en réserve les excédants alimentaires, a été organisé pour la première fois dans notre département par M. le baron Doë, à Menois. L'installation spéciale qu'il a établie se compose de deux fosses en maçonnerie recouvertes d'un hangar et

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pouvant contenir 300,000 kilos de fourrages et d'un puissant hache-maïs mis en mouvement par une machine à vapeur, qui coupe le maïs en petites rondelles. Peu de jours suffisent pour remplir les fosses qui sont ensuite chargées d'un poids de 500 kilos par mètre superficiel. La rapidité de la manoeuvre et la forte pression exercée sur la masse, conditions nécessaires au succès de l'opération, ne laissent rien à désirer à Menois, et les animaux sont très avides du maïs conservé de cotte manière. La Société voulant récompenser celte précieuse importation, décerne à M. le baron Doë, une médaille d'or.

Les mémorables expériences de Pouilly sur la vaccination charbonneuse étaient à peine publiées que la Société Académique se préoccupait de propager dans le département la découverte de M. Pasteur. En raison de l'avancement de la saison, ce ne fut qu'au mois de mai 1882 que la Société joignit son action à celle du Comice Agricole, qui avait organisé dans l'arrondissement de Nogent-sur-Seine de nombreuses expériences publiques de vaccination charbonneuse. M. Pasteur confia à son eminent collaborateur, M. Roux, le soin de les diriger. Plusieurs membres de la Société vétérinaire de l'Aube délégués par cette association apportèrent dans cette circonstance le concours le plus désintéressé de leur savante pratique. Et depuis lors, la vaccination s'est généralisée dans les localités de l'Aube où sévissait la fièvre charbonneuse. C'est cette active et généreuse collaboration que la Société a voulu récompenser en accordant en 1882 des médailles d'or :

A M. Beaujean, président de la Société vétérinaire de l'Aube, à Nogent-sur-Seine ;

A M. Huot, vétérinaire, à Traînel;

A M. Maldan, vétérinaire, à Villenauxe.


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Et en 1883,

A M. Fréminet, secrétaire de la Société vétérinaire de l'Aube.

Un agriculteur très distingué, M. Lucien Lasneret, a puissamment contribué à la réussite des expériences de vaccination. Sans se préoccuper des embarras qu'il allait éprouver, et des pertes qu'il pouvait subir, M. Lasneret a mis son troupeau à la disposition du Comice pour toutes les expériences, avec un désintéressement et une bonne grâce exemplaires. Il a surveillé les opérations avec le plus grand soin et enregistré les faits produits pour établir rigoureusement la valeur préventive de la vaccination. Aussi la Société s'est-elle empressée de reconnaître ce que M. Lucien Lasneret avait fait pour la propagation de la vaccination dans l'Aube, en lui attribuant une médaille d'or.

Vous avez encore, Messieurs, vivant à l'esprit, le souvenir des remarquables expositions de tous genres, dont, à l'occasion du Concours Régional de 1883, notre ville a été le théâtre, et vous pensez bien que la Société Académique, non contente d'être simple spectatrice et admiratrice, a voulu prendre sa quote-part des récompenses.

Dans l'enceinte de l'Exposition organisée par la Société Horticole, Vigneronne et Forestière, vous n'avez pas oublié le Pavillon des Forêts, élégante construction en bois dent les abords étaient occupés par les bois bruts des forêts de la région et où se trouvaient réunis tous les spécimens des industries qui utilisent le bois, notamment dans le département de l'Aube. L'homme d'études, comme le flaneur, pouvaient y suivre les transformations de la matière ligneuse depuis le moment ou elle est détachée du sol jusqu'à ses emplois si multiples aujourd'hui. Le but instructif de cette exposition, établie sous l'habile et savante direction de


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M. Pruvost de Saulty, conservateur des forêts à Troyes, secondé par l'infatigable dévoument de son sous-inspecteur, M. de la Boullaye, n'échappa à personne. L'affluence continuelle du public prouva que tout le monde, comprenant la portée de ce travail, était venu chercher dans le Pavillon des Forêts, non-seulement le plaisir des yeux, mais la science des questions forestières. La Société est heureuse de consacrer à son tour ce légitime succès par l'offre d'une médaille d'or à M. Pruvost de Saulty.

A cette môme exposition Horticole, Vigneronne et Forestière, M. René de Bantel avait envoyé un lot des sujets de pins noirs d'Autriche qu'il emploie depuis 1871, dans le reboisement des terrains en friches du finage de Mussy, et obtenus au moyen d'une nouvelle méthode de semis sur place. Il est arrivé à planter ainsi plus de cent hectares en jeunes bois, mélange de résineux et de feuillus, qui a comparativement donné des résultats supérieurs aux plantations homogènes. L'aménagement étant bien compris, l'exploitation forestière a commencé, et le succès qui a couronné ces essais, fait espérer que l'impulsion une fois donnée, l'arrondissement de Bar-sur-Seine verra bientôt les terres incultes encore trop nombreuses qu'il renferme, se métamorphoser en plantations verdoyantes et lucratives. Celte importante amélioration du sol appelait une récompense. La Société répond à cet appel par le don d'une médaille d'or à M. R. de Bantel.

Vous avez pu également dans les diverses Expositions du Concours Régional, vous convaincre de la valeur des travaux de serrurerie que M. Louis Maison fait exécuter dans ses ateliers des Riceys, sous la forme de pavillons, barrières, grilles, ponts, serres, volières, etc., et qui, résolvant le triple problème de la solidité, du bon goût et du bon marché, ont obtenu les suffrages des jurys d'expositions ou il les a


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présentés et sont fort appréciés par les propriétaires. La Société donne à M. Maison une preuve de l'intérêt qu'elle prend à ses efforts en lui décernant une médaille d'or.

Après avoir payé un large tribut à notre Agriculture Champenoise, vous seriez surpris, de nous voir refuser nos encouragements aux travailleurs de la plume qui, bien que dans l'ombre, n'en préparent pas moins à notre intelligence son pain quotidien. Mais, dans ce monde des productions de l'esprit humain, l'horizon est si vaste qu'il est impossible de ne pas fixer alternativement les yeux sur des points déterminés, sous peine de se perdre dans un infini nuageux. Cette fois par exemple, c'est l'histoire qui a surtout attiré nos regards !

J'ai lu, je ne sais où, qu'un enfant mourant de soif et désespéré de ne pouvoir atteindre avec sa cruche attachée au bout d'une corde l'eau d'un puits, s'écriait en larmoyant : « Hélas ! le puits est trop profond ! » — « C'est ta corde « qui est trop courte, nigaud ! lui dit un passant, cherches « en une plus longue et tu boiras à ton gré ! »

Allonger toujours la corde, (pardon de l'expression !) c'est-à-dire ne négliger aucun moyen pour arriver aux sources pures de la vérité ; provoquer l'exhumation des documents enfouis dans la poussière des archives des plus petites localités et d'où peut jaillir la lumière sur certaines obscurités ou certaines erreurs ; telle fut, si je ne me trompe, la pensée de la Société, lorsqu'elle a décidé que le prix bisannuel de 300 fr., fondé par la générosité de son regretté secrétaire, M. Delaporte, serait attribué pour 1883, à l'auteur de la meilleure histoire d'une commune rurale du département.

Deux mémoires ont été adressés pour prendre part à ce Concours.

Le premier, sur Trainel, oeuvre de M. l'abbé Defer,


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forme un travail considérable dont l'étendue est d'ailleurs justifiée par l'importance de la commune qui en fait l'objet, et le rôle qu'elle a joué dans le passé, soit comme ville forte, soit comme l'une des quarante anciennes chatellenies de l'Aube. La manière dont l'auteur a traité l'histoire militaire, civile et religieuse de cette petite ville, la somme des laborieuses recherches qu'il a dû faire, la science approfondie des divers sujets sur lesquels il s'est arrêté ne méritent que des éloges. Les seules critiques que l'on pourrait lui adresser, seraient peut-être de s'être laissé entraîner à un peu trop de longueurs, et d'avoir dépassé le cadre en insérant des détails déjà connus par des travaux antérieurs et en ajoutant quelques hors d'oeuvre. Mais, à part de légères imperfections qui ne proviennent pour la plupart que d'un excès de richesses, cette oeuvre ornée de dessins qui paraissent inédits — et dont la source serait utile à connaître — est aussi complète que l'on peut le désirer.

Le second mémoire, sur Pâlis, dû à M. Paul Maillard est beaucoup moins étendu que le précédent, en raison même du peu d'importance de la localité décrite, petite paroisse n'ayant qu'un territoire restreint et seigneurie très secondaire au point de vue féodal ; ce mémoire, disons-nous, se recommande également par la mise en lumière de tout ce qu'a droit d'exiger une légitime curiosité. Aussi, ne lui marchanderons nous pas non plus nos louanges ! Toutefois, l'auteur ne nous en voudra pas de lui signaler deux ou trois omissions dans l'histoire des seigneurs, qu'il eut évitées par l'examen des registres paroissiaux, ainsi qu'un peu d'insuffisance dans les détails lopographiques, que l'étude du cadastre aurait pu lui fournir. Il nous permettra enfin de faire quelques réserves, quant à certaines appréciations d'un caractère général qui ne concordent pas avec l'histoire de la localité.

En résumé, la Société voulant récompenser ces deux


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ouvrages très méritants, bien que d'inégales proportions et ne représentant pas la même quantité de travail et de recherches ; d'autre part considérant que la fondation Delaporte ne s'opposait pas à la division du prix, attribue à M. l'abbé Defer, un prix de 200 fr., et à M. Paul Maillard un prix de 100 fr.

La science de la statistique, dans la sphère plus modeste où elle concentre son action, est souvent une puissante auxiliaire de l'historien à qui elle épargne bien des labeurs. Vous vous souvenez peut-être qu'en 1880 la Société Académique a organisé, et maintenu depuis en permanence des concours sur les statistiques communales du département de l'Aube. M. Drouard nous a adressé la statistique communale de Lhuître, faite d'une façon très consciencieuse et paraissant remplir toutes les conditions d'exactitude et d'étendue désirables. La Société décerne à l'auteur une médaille d'argent.

Nous avons eu le regret de ne pouvoir admettre à ce Concours permanent, la « Notice statistique, historique et topographique sur Fontette », que M. Arsène Thévenot nous a soumise, cette notice n'étant pas inédite. Cependant la Société, voulant honorer en la personne de M. Thévenot, sinon l'initiateur, du moins le principal vulgarisateur des recherches statistiques dans le département, témoins : la statistique intellectuelle et morale de l'Aube et la statistique de Ramerupt que nous avons couronnée, sans compter un grand nombre d'ouvrages du même genre, accorde, à titre exceptionnel, à ce travailleur persévérant, une médaille d'or.

Mais ce n'est pas seulement dans les archives et les livres de statistique que l'historien puise les matériaux nécessaires à son oeuvre; c'est encore dans le spectacle des monuments que nous ont légués nos aïeux. On a dit : « que les monu-


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ments sont une partie des annales du passé », et c'est vrai, car les merveilles qu'ils étalent à nos yeux sont autant de témoignages palpables du passage d'hommes dignes d'être connus ou des événements qui se sont produits dans les siècles écoulés. De plus, ce sont de précieux modèles pour les artistes de l'avenir. Par malheur, chaque jour les éléments, et ce qui est plus triste, l'humanité même semblent se coaliser pour battre en brèche ces pieux héritages que la sollicitude des gouvernements et des admirateurs ne peut pas toujours garantir de la ruine. En perpétuer le souvenir par une reproduction fidèle du crayon et les révéler à ceux qui les ignorent, voilà le louable but que s'est proposé pour notre région, M. Charles Fichot, dont vous avez tous apprécié le talent, en éditant la statistique monumentale du département de l'Aube, qu'on devrait plutôt nommer : une Histoire détaillée des richesses d'art du département. Ce gigantesque ouvrage orné de nombreuses chromolithographies, gravures à l'eau forte et dessins exécutés par l'auteur avec un soin et une exactitude irréprochables, et accompagnés d'un texte explicatif parfaitement rédigé, en est à sa vingt-sixième livraison pour l'arrondissement de Troyes seulement, qui doit en comprendre trente. Les quatre autres arrondissements auront le même développement, si, ce que nous espérons bien, les forces ne .trahissent pas le courage de M. Ch. Fichot, à qui la Société, désireuse de donner à son tour un public hommage d'estime, décerne une médaille d'or.

• Avec l'histoire et l'étude des monuments du passé, l'une des meilleures écoles de la vie est celle des voyages, où l'on découvre sans cesse quelque nouvelle leçon dans ce grand livre du monde et qui permet de rapprocher les membres épars de ce tout qui forme l'humanité. Un de nos compatriotes, M. Gabriel Bonvalot4 l'a compris. Poussé par le


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seul amour de la science, il. a entrepris récemment de visiter les contrées à peu près inexplorées jusqu'alors de l'Asie Centrale. Kokand, Bokara, Samarkande, etc., ont été tour à tour les étapes de son parcours. Il a navigué sur l'AmouDaria (l'ancien Oxus), est allé jusqu'à l'Himalaya, et est revenu par la mer Caspienne à travers des steppes désertes où pendant vingt jours, il n'a rencontré âme qui vive ! Ce qu'il lui a fallu déployer d'énergie, de volonté et d'esprit d'observation, vous avez déjà pu en juger par les récits qu'il a bien voulu vous faire! La Société donne à cet intrépide voyageur une preuve de son estime, en lui accordant une médaille d'or.

Le bon La Fontaine prétend (c'est peut-être une petite médisance !) que la fourmi n'est pas prêteuse ! Notre Société, fidèle à sa devise, engrange aussi des trésors, mais, plus généreuse que la fourmi, elle s'efforce de les répandre et ne ferme sa porte à personne, pas même à la pauvre cigale trop oublieuse de l'hiver, c'est-à-dire à la poésie dont elle se plaît à écouter les chansons, et qu'elle invite à ses fêtes! Pourtant, malgré nos avances, la muse, caprice ou coquetterie ? timidité ou fierté ? semble depuis quelque temps nous délaisser un peu. Ses visites sont rares et ses envois ne répondent pas toujours à nos désirs. Puis voyez, quelle malchance! Comme cela nous était arrivé déjà, la pièce, qui, de prime-abord nous avait charmés n'étant pas inédite, a dû être évincée du Concours. Il nous est resté cependant une consolation, c'est de pouvoir offrir une médaille de vermeil à M. Charles Manso, de Lille, auteur de quelques strophes émues intitulées : les Enfants ! Si le sujet de celte fantaisie ne vous paraît pas bien neuf, veuillez réfléchir que l'enfance sera toujours une de ces sources sacrées auxquelles s'alimente sans jamais la tarir, l'inspiration des poètes. Si vous y rencontrez par ci, par là, quelques rimes


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trop riches ou trop pauvres, n'écoutez que le cri du coeur d'un père (c'est ainsi que l'auteur définit lui-même son oeuvre), cri de la nature, qui trouve toujours un écho pour lui répondre ! Ces choses là ne s'analysent pas ! Je vous demande, en l'absence du poète, la permission de vous lire ses vers, d'autant mieux que le long voyage dans lequel vous avez bien voulu me suivre est terminé, et que cette courte Lecture, fraîche comme un sourire de bienvenue, vous fera peut-être oublier l'inhabilité d'un guide qui n'a pas su vous épargner les fatigues de la route !


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LES ENFANTS

Poésie de M. CH. MANSO, couronnée par la Société Académique

Ils s'éveillent avec l'aurore, Ainsi que les oiseaux des bois, Et, comme eux, d'une voix sonore, Ils chantent gaiement sous nos toits !

Demi nus, joyeux, blancs et roses, Ils vont riant, aimant le bruit, Et gazouillent de douces choses Jusqu'à l'heure où descend la nuit !

Ils sont charmants comme des anges, Et mutins comme des démons...! C'est pour ces contrastes étranges Peut-être que nous les aimons !

Ils marchent à peine, et ces êtres Sont volontaires au complet ! De notre coeur ils sont les maîtres, Ils font de nous ce qu'il leur plaît 1

Nous grondons, las de ce martyre. Nous voulons tout leur refuser... Ils nous calment par un sourire, Et nous cédons sous un baiser !

Ah ! c'est que nos âmes sont pleines D'amour pour ces chers innocents, Qui nous consolent de nos peines Avec leurs rires ravissants !

Leur gaité communicative Fait le bonheur de nos maisons ! Et notre âme écoute, attentive !... Ce frais babil et ces chansons !


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Aux champs, la figure animée, Ils courent, et nous les voyons Bondir dans l'herbe parfumée, Folâtrer dans l'or des rayons !

Et, quand sur le bord de la route, Ils courbent leurs fronts sur les fleurs, Nous nous demandons pleins de doute, En voyant leurs fraîches couleurs,

Si ce sont leurs figures roses Qui donnent aux fleurs cet éclat? Ou bien s'ils empruntent aux roses Leur divin et vif incarnat?

Alors, en contemplant leurs charmes, Sous l'empire d'un vague émoi, Nos yeux se remplissent de larmes.» Et l'on se demande pourquoi ?...

Et parfois sur eux on se penche, Effrayé, croyant voir frémir Sous leur petite robe blanche Des ailes prêtes à s'ouvrir...

On craint de voir ces éphénïèresElevant leurs petits bras nus, S'échapper du sein de leurs mères Et partir comme ils sont venus !


LE MARAIS DE VILLECHÉTIF

PAR

M. L'ABBÉ D'ANTESSANTY

MEMBRE RÉSIDANT

La ville de Troyes, autrefois si remarquable par ses vieilles maisons aux pignons aigus surmontés d'épis ouvragés, aux vieilles poutres curieusement sculptées, par ses promenades séculaires dont les arbres gigantesques avaient ombragé nos aïeux, a perdu beaucoup de son charme pittoresque et ne mérite plus guère son antique renommée. Ses vieilles maisons ont presque toutes disparu pour faire place à des constructions gracieuses souvent, mais sans aucun intérêt artistique, et ses plus belles promenades sont tombées successivement sous la hache. De sorte que, dépourvue pour longtemps encore de cette beauté monotone et vulgaire qui résulte de la régularité et de la ligne droite, et dépouillée du cachet pittoresque dont l'avaient dotée les siècles précédents, elle n'occupe plus qu'un rang secondaire parmi les villes de France. Il est heureux que ses environs, trop peu connus même des troyens, lui prêtent encore, aux yeux de l'artiste, un intérêt incontestable. Pour quiconque ne craint pas de s'éloigner un peu, les environs de Troyes offrent des promenades qui pourraient presque rivaliser avec les sites les plus aimés du poète et du rêveur. Au premier rang se place le marais de Villechétif, que beaucoup de nos concitoyens


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connaissent à peine de nom. C'est lui que je me propose de vous révéler aujourd'hui.

A trois kilomètres environ de la ville, dans la direction de l'Est, se trouve un vaste marais tourbeux, bordé d'une garenne que j'appellerais volontiers une forêt, sans ses dimensions trop restreintes. Une végétation luxuriante et variée, une flore des plus riches et des plus intéressantes s'offre là à l'admiration de l'artiste et aux investigations de l'ami de la nature. Que Fontainebleau se glorifie à juste titre de sa merveilleuse forêt, de ses roches bleues, de ses bruyères empourprées, de ses chênes plusieurs fois séculaires, de ses bouleaux aux formes étranges, de ses genévriers tortueux, de ses landes ensoleillées et des es sites incomparables qui en font le paradis terrestre du peintre et du promeneur, — pour nous, dans une sphère plus modeste, et toute proportion gardée, nous pouvons être fiers aussi de notre marais de Villechétif, que nous appellerions volontiers le Fontainebleau troyen.

Le site de Villechétif se compose, comme nous l'avons dit, de deux parties distinctes, quoique contiguës, le marais et la garenne. Cette dernière est plantée surtout de chênes, de hêtres, de frênes, de bouleaux, d'aunelles, de marceaux et de noisetiers ; elle unit ensemble, d'une manière heureuse, le grandiose et le gracieux. Quoi de plus beau, de plus majestueux, que sa magnifique futaie dont les arbres paraissent séculaires ! C'est un groupe de grands hêtres, disposés d'une façon pittoresque, et dont les troncs lisses et marbrés de lichenssemblent les colonnes qui soutiennent une cathédrale de verdure. L'un d'entre eux est d'une grosseur exceptionnelle, et pourrait presque rivaliser avec le célèbre peuplier de Saint-Julien. Quand le soleil du soir joue au milieu de ces troncs élancés, de ce branchage à la puissante ramure, de ce feuillage touffu aux tons verts et dorés, il est impossible de ne pas se sentir ému en présence


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d'un tableau si plein d'harmonie et de grâce. Le paysagiste trouverait là de charmants sujets d'étude. A la fin de l'automne surtout, l'effet est saisissant. Les feuilles des hêtres sont assez persistantes et ne tombent qu'après une forte gelée. Elles deviennent, à la fin, d'une couleur pourpre ; le sol lui-même est couvert de ces feuilles rouges arrachées par le vent de novembre, et quand le soleil couchant vient frapper sur tout cet ensemble, on le croirait éclairé par le reflet d'un incendie. Les tons sont tellement vifs que, si on les reproduisait exactement, on serait taxé d'exagération. Le reste de la garenne est percé d'allées profondes et ombreuses dont l'oeil suit avec plaisir les lignes capricieuses. Le sol, lui aussi, attire le regard par le riche manteau dont il est revêtu. Les ophrys aux formes fantastiques dont la fleur ressemble à une mouche, à un oiseau de velours, les limaires à la corolle jaune pâle tachée d'orangé, les polygalas bleus et roses, les euphorbes aux feuilles finement découpées, les violettes humbles et modestes, le lierre terrestre et les bugles couleur d'azur, la douce-amère à la tige souple et flexueuse, les orchis avec leurs thyrses marbrés de rose et de brun, le millepertuis aux corymbes d'un jaune d'or, la lysimaque nummulaire aux feuilles arrondies comme des pièces de monnaie, et mille autres fleurs encore forment un épais tapis d'où s'échappent les grands arbres qui montent vers le Ciel.

Ce paysage est animé par des oiseaux de toute sorte : la grive, le loriot, le rossignol, les différentes fauvettes sifflent au sommet des arbres ou dans les fourrés épais. Le merle niche sur les aubépines touffues et jette au vent du soir ses notes claires et sonores; la tourterelle roucoule sur un mode plaintif non loin de son nid formé de quelques bûchettes et contenant des oeufs d'un blanc de neige.

Les insectes se chargent, eux aussi, de jouer leur rôle dans cette féerie de la nature. La cicindèle champêtre, aux


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élytres vert-pré, à l'odeur de rose, parcourt avec rapidité les allées de gazon; plusieurs mélitées, aux ailes ornées d'un damier jaune et noir se reposent sur les fleurs des cirses et la cétoine hermite, dont l'odeur rappelle celle de la reineclaude et du cuir de Russie, se meut lentement sur le tronc des gros hêtres. Il n'est pas jusqu'aux reptiles, peu sympathiques au commun des promeneurs, qui ne donnent la vie et le mouvement aux pelouses émaillées de fleurs. L'orvet, aux teintes de bronze, objet d'une si étrange terreur, bien qu'il soit parfaitement inoffensif, se chauffe au soleil, s'enfuit en frétillant au moindre bruit, et regagne à travers les herbes son trou caché sous une souche d'aunelle. Mais, rassurez-vous, l'affreuse vipère, le seul serpent venimeux de nos contrées, ne se rencontre point ici ; il lui faut des terrains plus chauds et plus exposés aux ardeurs du midi.

Le marais proprement dit ne le cède en rien à la garenne pour la richesse et la variété de sa faune et de sa flore. Suivant les différentes saisons de l'année, il change de couleur et d'aspect ; mais il est en tout temps plein de charme et d'intérêt. Au printemps et l'été, il est verdoyant et fleuri. Les joncs, les carex, les cyperus, les graminées s'étalent en touffes épaisses dont la racine va se rafraîchir dans les eaux. Les nénuphars blancs en recouvrent la surface de leurs larges feuilles d'un vert foncé d'où émergent d'énormes fleurs d'un blanc mat, véritables roses du marais ; l'utriculaire, grande et petite, se multiplie dans l'intérieur des petites mares ; l'hydrocotyle, ou écuelle d'eau, couvre d'immenses espaces, et le populage, aux fleurs d'un jaune éclatant et vernissé est comme le précurseur de cette riche floraison. En certains endroits, les typhas, aux feuilles en forme de glaive, élèvent au-dessus des autres plantes leurs massettes d'un brun foncé d'où s'échappe un peu plus tard un abondant duvet. Puis, à différentes époques de la belle saison, le lotier à grandes siliques, la lychnide aux fleurs


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rosées et aux pétales déchiquetés, la vipérine aux longs épis bleus, la coronille variée, la grande consoude aux feuilles rugueuses, l'aunée avec ses petits soleils d'or, la violette élevée, à grandes fleurs d'un azur pâle, le pigamon, aux feuilles élégamment incisées, la reine-des-prés aux panaches odorants, mêlent leurs couleurs harmonieuses.

Le saule rampant, ce nain de la flore arborescente, traîne sur la terre ses rameaux ténus.

L'automne lui-même a ses fleurs privilégiées, et, quand la végétation commence à s'appauvrir, on aime à voir la parnassie des marais montrer sa corolle d'un blanc pur et la gentiane pneumonanthe ses longues fleurs d'un bleu céleste. En un mot, le marais de Villechétif est un vaste jardin botanique.

La faune du marais est riche en animaux de différents ordres. On voit au printemps le buzard des marais planer avec ses longues ailes au-dessus des flaques d'eau où il trouve sa nourriture, en attendant qu'il aille nicher dans les grands étangs cachés au sein de nos forêts ; le gobe-mouche becfigue, les pouillots au ventre jaune sautillent parmi les taillis ; le bruant jaune, l'ortolan, les troupes innombrables des mésanges voltigent dans les saussaies ; les deux espèces de roitelets se suspendent aux branches des pins, le bruant des roseaux à la gorge marquée d'un noir vif, et les bergeronnettes grises ou jaunes, avec leur longue queue toujours en mouvement se posent sur les tas de tourbe artistement disposés, et du milieu des roseaux serrés se fait entendre la grosse voix de la rousserolle et de la fauvette des marais, qui savent suspendre leurs nids avec une habileté si admirable ; la poule d'eau court inquiète et craintive au milieu des nénuphars, effleurant à peine de son pied glauque la surface des eaux tranquilles. De temps à autre, une bécassine s'envole du milieu des carex en poussant un cri aigu et en décrivant ces nombreux zigzags qui font le désespoir des

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chasseurs. Il n'est pas jusqu'à la perdrix grise qui, pourchassée dans la plaine, ne vienne chercher au milieu des herbes épaisses un peu de sécurité et de repos.

Ici encore les reptiles viennent exciter des terreurs mal justifiées. La gracieuse couleuvre à collier dort roulée en spirale sur le bord des grandes mares, prête à s'y précipiter au premier bruit de pas qui vient inquiéter son sommeil ; on la voit alors nager avec une parfaite aisance, en tenant élevée au-dessus de l'eau sa petite tête ornée d'un collier blanc. Le lézard vivipare, espèce récemment découverte, se glisse au milieu des plantes, laissant sa queue brisée entre les mains de celui qui veut le saisir. Plusieurs tritons au ventre orangé, marqué de taches bleues, nagent dans les fossés peu profonds. II va sans dire que d'innombrables batraciens s'ébattent, sautent et croassent bruyamment parmi les charas et des potamongétos qui pullulent au milieu de l'eau.

Quant aux insectes, le marais de Villechétif en est la mine féconde et inépuisable. Depuis plus de vingt ans, je l'explore soigneusement et j'y trouve toujours des espèces nouvelles pour moi ; il n'est peut-être pas un ordre qui n'y soit largement représenté. Les roseaux et les carex sont couverts de donacies aux riches teintes métalliques ; la chrysomèle du gazon étincelle comme une émeraude sur les fleurs de la menthe aquatique ; des altises innombrables couvrent les feuilles de l'euphorbe des marais. Les touffes des marceaux pullulent de galéruques, de gribouris, de taupins bronzés ou couleur de cinnabre, de phylloperthas, de charançons au long bec ; le pigamon jaune nourrit le rare rhynchite de la patience, et, sur la lysimaque vulgaire aux corymbes dorés, naît, se joue et meurt un joli cryptocéphale aux élytres d'un bleu foncé. Sur la vase humide et parmi les roseaux, d'innombrables carabiques cherchent un peu de fraîcheur ; le dromius aigle impérial, les demétrias aux


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élytres d'un jaune pâle, les chlénies d'un vert velouté ou d'un noir soyeux, diverses féronies couleur d'ébène, des stènes aux formes étroites et allongées, et une multitude d'autres staphylins offrent à l'entomologiste une proie abondante et facile. L'odacanthe, aux couleurs tranchées, se cache dans la tige même des roseaux et en sort en grand nombre quand on les brise avec la main.

Les mares, formées par l'extraction de la tourbe, se remplissent bien vite de plantes aquatiques et contiennent, elles aussi, une foule d'insectes appartenant aux deux familles des hydrocanthares et des palpicornes. C'est là qu'on trouve les dytisques aux puissantes mâchoires, les hydatiques, les colymbètes, les agabes, les acilius aux élytres cannelées, les hydropores dont quelques-uns sont si joliment peints, les haliples, les laccophiles, les gyrins, couleur d'acier poli, qui décrivent à la surface de l'eau mille cercles capricieux, l'énorme hydrophile brun, le plus grand des insectes de France, les hydrobies, les elophores aux reflets bronzés. En un mot, la faune aquatique se trouve là dans toute la richesse de ses genres et de ses espèces.

Les autres ordres d'insectes habitent également notre marais. Beaucoup de papillons diurnes, piérides, mélitées, satyres, vanesses, hespéries, viennent butiner sur les fleurs; des bombyx, des noctuelles, des géomètres, des pyrales, s'envolent quand on bat les taillis ou qu'on marche dans les hautes herbes. Les hyménoptères apparaissent sous la forme d'ichneumons et de teuthrèdes, dont les aunelles nourrissent de fort belles espèces ; des mellifères de différents genres, andrènes, bourdons, nomades, vont chercher dans le calice des fleurs le pollen dont ils se repaissent. Les diptères sont nombreux aussi, trop nombreux même, car les hématopota, les chrysops aux yeux d'or, des taons de différentes espèces, persécutent le promeneur, et se posent sur lui pour sucer son sang. Mais, d'autres espèces inoffen-


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sives offrent une agréable compensation ; des bombyles aux longs poils soyeux, des volucelles ornées de vives couleurs, des syrphes, aux gracieux dessins, se réunissent sur les grandes ombellifères et sur les corymbes des composées. Des hémiptères fort rares se rencontrent aussi dans notre marais, sur les valérianes, les carex et d'autres plantes encore, et sous les roseaux amassés, sans parler des espèces aquatiques, comme la nèpe cendrée, ou scorpion d'eau, la ranâtre linéaire, au corps filiforme terminé par de longs filaments, les notonectes dont les pattes, en forme de rames, leur servent à nager sur le dos, les hydrocorises, et enfin les hydromètres qui arpentent de leurs pattes allongées la surface des grandes flaques d'eau. De grandes et agiles libellules représentent l'ordre des névroptères ; elles volent avec rapidité, se montrent un instant, puis disparaissent, poursuivant dans l'air les insectes plus faibles dont elles font leur proie. Parmi les arachnides, je citerai l'argyronète qui vit au fond de l'eau et pourvoit à sa respiration en s'enveloppant de bulles d'air enfermées dans une vésicule transparente.

Enfin, des mollusques de toute sorte se trouvent sur la vase ou s'accrochent aux plantes voisines de l'eau ; des anodontes ventrues, des unios, aux coquilles nacrées, des planorbes contournés comme des cors de chasse, des limnées à la spire aiguë, dessuccinées d'un jaune d'ambre, animent le fond ou le bord des eaux, tandis que des hélices, des clausilies et des bulimes rampent sur la tige des arbres. La nature tout entière, vous le voyez, semble s'être donné rendez-vous dans ce coin si riche en surprises.

Le marais de Villechétif est traversé dans toute sa longueur par un ruisseau d'eau vive qui va se jeter bientôt dans la Seine, et qui est bordé d'allées d'aunelles où le soleil ne peut pénétrer ; c'est une promenade pleine d'ombre et de fraîcheur. Enfin, disons que les archéologues eux-


LE MARAIS DE VILLECHÉTIF 69

mêmes trouvent là un sujet d'étude, car on rencontre dans le marais des traces évidentes d'habitations lacustres qui remontent aux époques préhistoriques.

Mais, à côté du plaisir, il y a aussi, comme partout, quelques inconvénients. Le sol tourbeux du marais est mobile et tremble sous les pas ; quand il a été détrempé par les pluies ou l'inondation, il ne faut pas s'y aventurer à la légère. Je me rappelle, à ce sujet, l'aventure que notre regretté collègue et ami, M. l'abbé Cornet, aimait à raconter avec la verve et l'esprit qui le caractérisaient. Un jour, entraîné par son ardeur entomologique à la recherche des odacanthes, il s'aventura trop loin sur la tourbe mouvante et humide qui cédait sous ses pas ; en voulant retirer un pied, il enfonçait l'autre davantage, comme il arrive dans les sables enlisants du Mont Saint-Michel ; il était entré dans la vase jusque sous les bras, quand il réussit à se retirer au moyen d'efforts désespérés, et il dut se faire sécher au soleil entre deux tas de roseaux. J'ajouterai qu'il pleut souvent et vigoureusement dans le marais de Villechétif ; nulle part on n'est mieux mouillé, si ce n'est dans les Alpes où les averses sont des trombes.

A l'époque des grandes eaux, le marais devient un lac inaccessible. Il prend alors une beauté mélancolique et sévère ; on aime à voir ses grands arbres se refléter en tremblotant dans l'immense nappe d'eau qui baigne leurs pieds vigoureux.

Mais, je ne veux pas abuser plus longtemps de votre bienveillante attention. J'en ai dit assez pour vous faire connaître cette charmante promenade, l'honneur de nos environs. Quittez de temps en temps notre ville avec ses rues étroites et encombrées, et allez chercher la lumière, le grand air, le soleil, la verdure et les fleurs. Le plaisir pur et sain dont vous jouirez vous dédommagera d'une légère fatigue ; votre corps se retrempera dans un salutaire exer-


70 LE MARAIS DE VILLECHÉTIF

cice, et votre âme s'élèvera plus facilement vers Dieu, quand vous penserez que son aimable Providence a fait pour l'agrément de l'homme, sa créature de prédilection, toutes ces merveilles que nous offre à chaque pas le spectacle de la nature.


LES GRANDS

TRAVAUX DE CHEMINS DE FER

PAR

M. J. DE COSSIGNY

INGENIEUR CIVIL MEMBRE RÉSIDANT DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

MESSIEURS,

Je ne songeais nullement à prendre devant vous la parole, quand notre Président, dans le seul but de jeter un peu de variété parmi les épisodes de cette séance, m'a demandé, avec insistance, de vous entretenir des grands travaux d'art auxquels donne lieu la construction des chemins de fer. Les détails techniques que comporte un tel sujet m'entraîneraient beaucoup trop loin et seraient, d'ailleurs, déplacés dans cette réunion. Je ne puis donc vous présenter que quelques aperçus superficiels et, je le regrette, fort incomplets.

Depuis un peu plus de quarante ans, rien n'a donné lieu à un ensemble de travaux aussi considérables que les chemins de fer ; rien n'a excité à un plus haut point l'activité des ingénieurs. Presque dès le début, les constructions des Romains ont été égalées et même surpassées. Toutefois, les ouvrages en maçonnerie, tels que le viaduc qu'on admire près de Chaumont, étaient restreints, comme dimensions, entre certaines limites que la nature même des matériaux employés n'aurait guère permis de dépasser. Mais


72 LES GRANDS TRAVAUX DES CHEMINS DE FER

un art nouveau, celui des constructions en fer, n'a pas tardé à mettre à la disposition des ingénieurs des ressources inespérées. J'ai dit : un art nouveau, car les anciens essais, comme par exemple les ponts d'Austerlitz et des Arts à Paris, paraissent aujourd'hui bien timides, et surtout bien naïfs comme procédés d'emploi du métal.

Les Anglais, les premiers en date en fait de chemins de fer, ont eu bientôt franchi les bras de mer que forment les embouchures de leurs fleuves à l'aide de ponts en fer du système tubulaire. On en cite qui présentent des ouvertures libres de près de 500 mètres de largeur, sans supports intermédiaires, et sous lesquels les navires passent à pleines voiles avec toute leur mâture.

Les hardis Américains ne sont guère restés en arrière ; et la France, aussi, peut revendiquer l'honneur d'avoir édifié de ces monuments qui, naguère, auraient passé pour d'étonnantes merveilles. Ainsi, le pont construit sur le Douro, près de Porto, pour le chemin de fer qui relie cette ville à Lisbonne, est l'oeuvre de nos compatriotes; son arche principale a plus de 80 mètres d'ouverture, et sa hauteur, depuis le niveau de l'eau dans le fleuve jusqu'au sommet de l'arc est de 61 mètres, soit approximativement la hauteur de la tour de notre cathédrale. Cet ouvrage, en treillis de fer laminé, d'un type nouveau, savamment combiné, et mathématiquement calculé, est d'une légèreté hardie, et réunit la solidité à la plus grande économie possible dans la construction. Tout récemment, dans le département de la Lozère, sur un tronçon de ligne qui n'est pas encore en exploitation, on vient de construire, sur le même type, un ouvrage encore plus gigantesque. Le chemin de fer, en effet, passe par dessus une vallée au moyen d'un viaduc métallique qui n'a pas moins d'un demi-kilomètre de longueur, et au milieu duquel se trouve une arche de


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165 mètres de largeur, et qui s'élève au-dessus du fond de la vallée à une hauteur égale à celle que l'on obtiendrait en plaçant la colonne de la place Vendôme au-dessus des tours de Notre-Dame, de Paris.

C'est surtout dans l'exécution des grands tunnels que les principales difficultés ont été rencontrées et vaincues. La traversée du Mont-Cenis, la première école pour ce genre de travail, exigeait un souterrain de 12 kilomètres de longueur, qui a coûté plus de treize années de travaux ininterrompus, et de 75 millions de francs.

Avant d'aller plus loin, je vous rappellerai une fois pour toutes que, pour faire un tunnel, on commence par creuser une galerie d'avancement qui n'a que la largeur et la hauteur indispensables pour la circulation des travailleurs et l'enlèvement des déblais. Puis, quand cette première galerie est suffisamment avancée, on installe, à une certaine distance, en arrière du front d'attaque, de nouveaux ateliers qui ont pour mission de donner au souterrain sa largeur définitive. Les maçons viennent ensuite ; car il faut généralement construire un revêtement voûté, même dans des terrains qui paraissent solides, ne fut-ce que pour prévenir ultérieurement des chutes de pierres ou des infiltrations d'eau. C'est ainsi que divers travaux s'exécutent en même temps, mais en s'échelonnant et se suivant à distance.

Il résulte de la constitution géologique des hautes chaînes de montagnes que les plus importants tunnels, ceux dont l'objet est de franchir l'arête médiane la plus élevée, se trouvent toujours creusés dans des roches cristallines, presque toutes de la plus grande dureté. Contre de tels matériaux, les simples outils du terrassier seraient absolument impuissants ; il faut recourir à la poudre. Le procédé, autrefois employé par les minenrs, consistait à creuser dans la pierre, à l'aide d'une espèce de ciseau en acier


74 LES GRANDS TRAVAUX DES CHEMINS DE FER

et d'un marteau, des trous semblables à ceux qu'on ferait dans un bloc de bois avec une tarrière. Quand un trou avait atteint la profondeur voulue, on y introduisait une charge de poudre, on bourrait fortement et on mettait le feu ; le tout, par des procédés qu'il serait trop long de vous décrire en détail. Mais, dans les roches dures, le creusement du trou était un travail manuel qui demandait beaucoup de temps ; l'explosion elle-même ne détachait souvent qu'un petit volume de roche ; et, somme toute, ce procédé était encore fort lent. Au Mont-Cenis, on a calculé que le travail, fait simplement comme je viens de le dire, pourrait durer le temps énorme d'une quarantaine d'années.

En vue d'accélérer le travail, M. Maus, habile ingénieur belge et premier directeur des travaux, avait imaginé une ingénieuse machine, pouvant être actionnée par un moteur quelconque, et destinée à tailler dans le roc de profondes entailles qui auraient permis d'enlever, sans trop de peine, des blocs d'un certain volume. Disons tout de suite que cette machine, volumineuse et trop compliquée, a été délaissée ; elle contenait pourtant une idée qui a germé et fructifié. On s'en est tenu à l'emploi de la poudre, mais on a employé la machine Maus, considérablement simplifiée, pour le percement de ces trous de mines qu'on faisait autrefois à la main. Ainsi ont été créées les perforatrices qui se sont successivement perfectionnées ; il y en a aujourd'hui divers types, dont quelques-uns très intéressants. A cette invention a succédé un peu plus tard celle de la dynamite dont la puissance d'effraction est bien supérieure à celle de la poudre ; et grâce à la combinaison de ces divers moyens, on peut, aujourd'hui, percer les montagnes en beaucoup moins de temps qu'autrefois. Mais, j'anticipe sur les dates ; revenons au Mont-Cenis.

J'ai parlé de machines pouvant être mises en mouvement par un moteur quelconque ; mais, quel pouvait être ce mo-


LES GRANDS TRAVAUX DES CHEMINS DE FER 75

leur ? On ne pouvait songer à installer des machines à vapeur, avec leurs chaudières et leur fumée, au fond d'un souterrain étroit où les ouvriers eux-mêmes n'avaient que l'espace indispensable pour se mouvoir. Mais, on avait eu l'idée heureuse d'utiliser la force des chutes d'eau que les torrents permettaient d'établir à proximité de l'entrée du souterrain ; restait à trouver le moyen de transmettre cette force dans toutes les parties du tunnel où on pouvait en avoir besoin ; là était la pierre d'achoppement. M. Maus, que j'ai déjà cité, avait bien son idée; il avait conçu tout un système de transmission avec câble et poulies ; mais le succès de ce moyen a toujours paru douteux eu égard aux conditions spéciales à remplir ; et, aujourd'hui plus que jamais ; quand on a vu toutes les difficultés qui se présentent à chaque instant, dans les travaux de ce genre, malgré des moyens beaucoup plus simples, on reste convaincu que si une solution plus pratique ne fut intervenue, l'avenir des grands tunnels eut été fort compromis.

A la difficulté que je viens de signaler s'en joint encore une autre à laquelle on n'avait pas prêté tout d'abord une suffisante attention. Vous savez, en effet, que l'intérieur du globe terrestre possède une chaleur énorme, et qu'à mesure qu'on s'enfonce au-dessous de la surface du sol la température va en augmentant. Les percements de montagnes n'ont fait que confirmer ce phénomène connu, et on a rencontré au milieu de ces souterrains des températures de 30 degrés et plus. D'autre part, dans une galerie presque horizontale, de plusieurs kilomètres de longueur, n'ayant qu'une seule ouverture à une extrémité, il ne s'établit spontanément aucun courant d'air. Qu'on joigne par la pensée, à la chaleur naturelle du souterrain, la respirationde nombreux ouvriers, la fumée des lampes, celle de la poudre, et on comprendra que l'atmosphère intérieure serait absolument irrespirable si on n'établissait artificiellement une ventilation énergique.


7.6 LES GRANDS TRAVAUX DES CHEMINS DE FER

Or, le double problème de l'aération et du transport de la force motrice à distance a été victorieusement résolu; et voici comment.

Les chutes d'eau situées à quelque distance en dehors du souterrain font tourner des roues ou des turbines ; celles-ci, à leur tour, actionnent des pompes spéciales qui compriment de l'air à 6 ou 7 atsmosphères, dans un récipient en tôle. De là part une conduite en fonte d'assez grand diamètre, qui pénètre dans la galerie et la suit dans toute sa longueur ; conduite qui peut, d'ailleurs, être facilement allongée, à mesure de l'avancement des travaux, par l'adjonction de nouveaux tronçons de tuyaux. D'autre part, les perforatrices sont disposées pour être mises en mouvement par l'air comprimé, de même que les machines à vapeur le sont par ce dernier fluide. Ainsi, figurez-vous un cylindre n'ayant pas plus d'une dizaine de centimètres de diamètre, porté par un affut convenable, peu encombrant et facile à déplacer; dans le cylindre, un petit piston qui peut se mouvoir comme celui d'une machine à vapeur. Concevez que la tige du piston se prolonge suffisamment en dehors du cylindre, et se termine par le ciseau destiné à frapper la roche ; admettez que les autres organes que l'on voit dans les machines à vapeur sont supprimés ou réduits à leur plus simple expression, et vous aurez une idée d'une perforatrice. Un tube flexible relie cette machine à la grande conduite d'air. Il suffit d'ouvrir un robinet pour mettre en marche 1. On comprend, d'ailleurs, qu'un certain nombre d'appareils semblables peuvent être groupés dans un chantier, même dans un espace assez restreint. Or, l'air com1

com1 convient d'ajouter, comme détail accessoire, qu'un petit tube, presque tangent àl'outil, lance incessamment, dans le trou en voie de creusement, un filet d'eau destiné à prévenir l'échauffement de l'outil et à entraîner au dehors les produits de la trituration de la roche.


LES GRANDS TRAVAUX DES CHEMINS DE FER 77

primé, qui a agi dans les perforatrices, s'échappe après chaque coup de piston, en se dilatant fortement ; cette dilatation rapide a, en outre, pour effet de le refroidir sensiblement. Des flots d'air pur et frais se répandent ainsi continuellement dans le chantier, refoulant les gaz viciés vers l'entrée du tunnel 1. Cette solution, si complète et si simple, a été un véritable trait de génie ; on la doit à M. Colladon, dont le nom restera justement célèbre comme physicien et comme ingénieur. Quoique genevois, il est à moitié français, car il a habité Paris et a été professeur à l'Ecole centrale ; la France aurait donc quelques droits à le compter parmi ses illustrations.

La réussite du chemin de fer du Mont-Cenis a eu bientôt pour conséquence la construction de celui du Saint-Gothard, destiné à relier l'Allemagne à l'Italie, en traversant une extrémité de la Suisse. Le chemin, sur une longueur d'environ 100 kilomètres, depuis Altorf, sur le lac des QuatreCantons, jusqu'aux bords enchantés du Lac-Majeur, serpente au milieu des montagnes grandioses des Alpes ; traversant tantôt les gorges les plus sauvages, tantôt des vallons verdoyants, tantôt des torrents furieux. C'est en s'élevant, de partet d'autre, par une rampe continue, et à l'aide de tranchées, de viaducs, de souterrains dont plusieurs sont creusés en hélice dans la montagne, que l'on parvient aux entrées respectives du grand tunnel situé à l'altitude de 1,100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce tunnel, de 15 kilomètres de longueur, passe sous une montagne, le Gothard proprement dit, dont le plus haut sommet, que couronne un glacier, est encore à 1,700 mètres environ au-dessus de la voûte.

4 Bien entendu que des prises d'air peuvent, en outre, être pratiquées directement sur la conduite, en quelque point que ce soit, dans le cas où le besoin s'en fait sentir.


78 LES GRANDS TRAVAUX DES CHEMINS DE FER

Avant même que les travaux du Saint-Gothard fussent terminés, les Autrichiens avaient ouvert les chantiers du chemin de l'Arlberg qui doit joindre directement le Tyrol à la Suisse et ouvrir, par conséquent, une nouvelle voie de communication entre l'Autriche et la France, l'Est et l'Ouest de l'Europe. Ce nouveau chemin de fer à travers les Alpes, encore en construction, comprendra un tunnel de 12 kilomètres de longueur, situé à une altitude de 1,300 mètres et à 800 mètres au-dessous du faîte de la montagne.

La ligne du Saint-Gothard est assurément une grande oeuvre au point de vue de la civilisation et du progrès en général. Mais, au point de vue purement français, elle constitue une avance que l'Allemagne a prise sur nous, et qui peut porter un préjudice notable à nos intérêts commerciaux. Aujourd'hui, en effet, cette voie est la plus courte qui mette en communication l'Angleterre, la Belgique et tout le nord de l'Allemagne, avec l'Italie, la Méditerranée, le canal de Suez et les Indes. Bien qu'il y ait place pour tous au soleil, malheur à qui s'endort dans une molle indifférence, quand tous, autour de lui, travaillent et progressent. Heureusement, Messieurs, un projet dont la réalisation serait de nature à faire concurrence au Saint-Gothard et à nous ramener une bonne partie du trafic qu'il nous enlève, paraît en bonne voie ; je veux parler du percement du Simplon. La compagnie des chemins de fer de la Suisse orientale a fait, à ce sujet, des études très complètes et très sérieuses. En partant du nord de la France, on arriverait directement par Paris et Dijon, (ou subsidiairement par le réseau de l'Est) à Pontarlier. Le tronçon de chemin de fer qui traverse en ce point la chaîne du Jura serait refait en partie, et amélioré. De là, une ligne suisse existant conduit directement jusqu'à Brieg en Valais, au pied du Simplon, et presqu'à l'endroit où devrait s'ouvrir le grand tunnel. Enfin, à partir de l'autre extrémité de celui-ci, il ne resterait


LES GRANDS TRAVAUX DES CHEMINS DE FER 79

à construire qu'une trentaine de kilomètres, sans difficultés exceptionnelles, pour se relier au réseau italien, dans la région des lacs, à peu de distance de Milan. Cette ligne serait dans de meilleures conditions d'exploitation que celles du Saint-Gothard et du Mont-Cenis, et serait en même temps bien plus directe que cette dernière au point de vue du grand transit européen. Le seul travail vraiment important que présenterait l'exécution de ce projet serait le tunnel de Simplon ; il est vrai que sa longueur serait de 20 kilomètres, et que ce serait le plus grand tunnel du monde 1. Les ingénieurs estiment néanmoins pouvoir l'exécuter en sept années. Espérons que cette nouvelle artère internationale aura plus de chance que le tunnel du Pas-de-Calais, et pourra trouver, auprès des gouvernements Français et Italien, l'appui que ses promoteurs en attendent.

1 Par suite d'une heureuse configuration des montagnes qui surmontent le tunnel, il se trouve deux vallons ou dépressions à partir desquelles il serait possible de percer deux puits atteignant la voûte du tunnel, ce qui faciliterait considérablement l'aérage.



PETITS VERS ET SONNETS

PAR

M. DOSSEUR

MEMBRE RÉSIDANT DE LA SOCIÉTÉ

UN SOUPER AU CAFÉ RICHE

Après l'élection de M. COPPÉE, à l'Académie

Ils soupaient chez Bignon, cinq ou six bons apôtres, Gentilshommes de plume et de fourchette. Entre eux, Les gens d'esprit ne sont pas plus bêtes que d'autres, Quand le perdreau de broche est jeune et le vin vieux.

En lisant, j'entendais leurs folles patenôtres. Quand on lit du Musset, seul à table, on est deux. Laisse donc Namouna, dit un de ces joyeux, La chaise de Coppée est vide, sois des nôtres.

Ils avaient attendu le poète, en cassant

Du sucre sur sa gloire. On a tort d'être absent....

Quand l'ivresse de l'art va de la coupe aux lèvres,

Elle conserve un peu l'amer des genièvres,

Même à l'heure, où le punch et les vers du Passant,

Font danser leurs pieds d'or sur des tasses de Sèvres.

T. XLVIII.

6


82 PETITS VERS ET SONNETS

NOMS ET AGES DE MA FILLE BERNADETTE

A trois ans, c'est petite Dette, Une espiègle bergeronnette Qui saute et rit par sa chambrette. Grand-père dit : couchez l'enfant, il se fait tard.

A huit ou neuf ans, c'est Dedette, Qui déjà forte et grandelette, Apporte, attentive fillette, Sa canne à bon papa quand ils vont quelque part.

Puis un soir d'hiver, Bernadette Détachera, pâle et muette, Le crucifix de sa couchette Pour le mettre, en pleurant, sur celle du vieillard.


PETITS VERS ET SONNETS 83

BIÈRE ALLEMANDE ET VINS DE COTE-D'OR

Avec les plats d'étain de son bahut flamand Et le coup de pinceau de sa large houppelande, C'est un triste viveur, l'ivrogne à la Rembrandt. Sa cruche n'a qu'un verre.... A sa panse trop grande,

On voit qu'il boit tout seul, et lit Schiller ou Kant, Pour donner une pointe à sa bière allemande. Vive ton vigneron, Bourgogne, au pineau franc! Un litre à chaque main, sa gaîté rit par bande.

Coeur d'or comme sa côte, Etre fait pour l'accueil,

Le sel de Rabelais pimente sa ripailleSa

ripailleSa a les tons chauds d'une vieille futaille,

Quand, sûr de vaincre à table, il range avec orgueil Ses vins de grande marque en ordre de bataille, Plus fier que Jean-sans-Peur dans sa cotte de maille.



SUR

QUELQUES PEINTRES DU XVIIIe SIÈCLE

COMPARÉS AUX PEINTRES DU XIXme

PAR

M. H. PRON

MEMBRE RÉSIDANT DE LA SOCIÉTÉ

M. Auguste Nicaise, l'un de nos membres correspondants, a bien voulu faire hommage à la Société Académique d'une notice dans laquelle il entreprend de faire revivre, en quelques pages, quatre des excellents peintres qui brillaient au XVIIIe siècle, et dont les charmantes créations ont illuminé, comme il dit, le ciel de l'art : c'est nommer Watteau, Boucher, Greuze et Fragonard.

M. Nicaise n'est pas seulement un savant distingué, un archéologue des plus érudits, c'est encore un appréciateur enthousiaste de tout ce qui a rapport à l'esthétique de l'art. Après avoir jeté un regard sur la fin triste et sombre du siècle de Louis XIV, il nous montre Watteau, le peintre des fêtes galantes, se faisant jour au milieu de cette société légère du XVIIIe siècle, affamée de plaisirs après des années de deuil.

Travaillant d'abord chez un peintre médiocre qui lui faisait toujours retracer sur la toile la figure de saint Nicolas,


86 QUELQUES PEINTRES DU XVIIIe SIÈCLE

Watteau entre enfin dans l'atelier de Gillot, le peintre des paysages antiques, peuplés de nymphes et de satyres, de groupes joyeux et dansants composés de faunes et d'hamadryades ; c'est là qu'il s'éprend d'un idéal qu'il conservera jusqu'à la fin, en déplaçant toutefois la scène qui n'a plus rien d'archaïque, pour la transporter, avec son sentiment bien personnel, dans un monde fait de grâces et d'afféteries, de rayons et de couleurs, d'esprit surtout.

L'oeuvre de Watteau est considérable, et quoiqu'il mourut jeune, à trente-sept ans, il a produit en quinze années une quantité de tableaux dont les principaux sont : les Fêtes vénitiennes, le Départ pour Cythère, les Amusements champêtres, le Rendez-vous de chasse, la Servante italienne, Gilles, et aussi quelques scènes militaires, les Délassements de la guerre, Halte d'infanterie, etc.

En outre de ses peintures, il a gravé, avec la même supériorité de talent, beaucoup d'eaux-fortes où l'on retrouve toutes les qualités de ses nombreux tableaux et dessins.

La bibliothèque de Troyes possède un recueil important de gravures d'après les dessins de Watteau ; il provient de la belle collection du président Bouhier, léguée par lui à l'abbaye de Clairvaux ; peu d'amateurs connaissent ce recueil, et beaucoup auraient plaisir à en constater l'intérêt ; notre musée, aussi, a le rare privilège de renfermer deux petites toiles du maître ; elles ont pour titre, l'une, l'Enchanteur, l'autre, l'Aventurière ; il en a été parlé ici plus d'une fois, avec toute la compétence désirable, et d'une manière aussi complète que possible ; il est inutile d'y revenir; nous mentionnerons, avec regret, quelques retouches dans les ciels, dues à un restaurateur malhabile.

M. de Julienne, chez lequel Watteau mourut, à Nogentsur-Marne, et qui fut son ami et son protecteur, a longtemps possédé toutes les toiles de ce peintre; il avait réuni de lui


COMPARÉS AUX PEINTRES DU XIXe 87

près dé 4,000 dessins dont la valeur constituerait aujourd'hui une immense fortune.

En effet, grâce au revirement qui s'est effectué depuis quarante ans, les productions de cette charmante école, que les partisans de David étaient parvenus à faire oublier et presque dédaigner, ces oeuvres aimables, que de célèbres collectionneurs surent acheter à des prix dérisoires, sont payées fort cher de nos jours : le seul tableau de Gilles de Watteau, qui a été légué au musée du Louvre, par M. Lacaze, avec toute sa galerie, est estimé plusieurs centaines de mille francs. A la vente du baron Denon, en 1826, il avait été adjugé 650 francs.

M. Nicaise nous raconte qu'il n'avait guère coûté au baron Denon que 300 fr., et voici dans quelle circonstance celui-ci l'avait acquis.

Le baron aperçut un jour à la porte d'un de ces nombreux marchands de curiosités placés jadis aux abords du vieux Louvre un tableau sans cadre, pendu à une ficelle, et sur lequel le marchand avait écrit à la craie, ce refrain d'une ancienne chanson :

Pierrot voudrait vous plaire.

Il me plaît, votre Pierrot, lui dit le baron. Combien en voulez-vous? Tant : c'est marché conclu, et le chefd'oeuvre de Watteau était sauvé de l'oubli, peut-être de la destruction. C'est plus tard qu'il passa dans la galerie Lacaze ; peu de temps avant sa mort, M. Lacaze en refusa une somme énorme que lui offrait le British-Muséum ; il conserva donc ce magnifique tableau à la France.

Si, dans le monde des arts, quelqu'un pouvait dignement remplacer et continuer Watteau qui venait de disparaître, c'était assurément Boucher. Il avait alors trente ans, et son talent était dans sa plénitude ; M. Nicaise le regarde avec raison comme le tempérament le plus fécond de l'école fran-


88 QUELQUES PEINTRES DU XVIIIe SIÈCLE

çaise et l'élève de Watteau par le sentiment et la grâce, mais moins ferme et encore plus maniéré.

Boucher travailla quelque temps chez François Lemoyne, qu'il imita d'abord, cherchant sa voie et reproduisant, comme son maître, les nobles attitudes des dieux et des héros, toutes les élégances majestueuses qui rappelaient encore le grand siècle.

Ardent au travail comme au plaisir, Boucher répandit pendant plus de quarante ans, dans les boudoirs, les palais et les châteaux, des milliers de tableaux, dessins et gravures inspirés par une fougue de production à laquelle la mort seule devait mettre fin.

Qui ne connaît le genre de ses compositions dont le n° 14 de notre musée peut être regardé comme un spécimen, bien qu'il ne soit pas un fin tableau de chevalet : des amours, de délicieux enfants enguirlandés de fleurs ; des nymphes dans les roseaux sous les vertes feuillées, auprès des fontaines et des marbres ; des paysages, où la roue d'un vieux moulin, couverte de mousse, tourne encore sous l'eau qui s'échappe en jets irisés. Voilà quels étaient les visions de ce peintre charmant. Son talent, dit encore l'auteur, est fait surtout de grâce et de goût français; il a, par excellence, caractérisé dans notre pays son siècle, par les mille créations de son pinceau que tous les graveurs fançais et étrangers s'empressèrent de reproduire ; graveur habile lui-même, il a montré qu'il connaissait toutes les ressources du burin.

Le précurseur des peintres de genre, Greuze, naquit à Tournus, en 1725, vingt-deux ans plus tard que Boucher. Il mena d'abord une vie assez obscure, mais travailleuse ; son talent se développe à l'âge de trente ans et se révèle presque d'un seul coup, en exposant son tableau du Père de famille, que M. Lalive de Jully achète et place dans sa galerie, une des plus célèbres de cette époque. A partir de


COMPARÉS AUX PEINTRES DU XIXe 89

ce moment, la vie du peintre n'est plus guère qu'un triomphe.

Les pages émues ou gracieuses se multiplient sous ce pinceau facile. Enfants charmants et mutins, têtes blondes caressées par un rayon de soleil, jeunes filles à l'expression pensive, aux yeux chastement voilés ; tableaux où les joies et les peines du foyer domestique sont rendues avec un accent de vérité, outré quelques fois, mais toujours touchant. Qui n'est ému, dit l'auteur de la notice, en regardant l' Accordée de village, la Malédiction paternelle, l'Heureuse famille, le Mauvais ménage, et beaucoup d'autres sujets dont les belles estampes ornèrent longtemps les salons de nos anciennes demeures ?

Certes, on ne saurait, sans injustice, dénier à Greuze des qualités qui font le vrai peintre ; pourtant on est en droit de lui reprocher l'abus des petits moyens, bourgeoisement pathétiques, qui lui valurent ses succès populaires; nous préférons à ses compositions, son propre portrait, et celui de Jeaurat, que renferme la galerie du Louvre ; ce sont là des chefs-d'oeuvre.

Ami de Diderot et philosophe du pinceau, dit M. Nicaise, Greuze a aussi préparé l'évolution philosophique dont un des caractères a été la sensiblerie exagérée, cet amour presque maladif de l'humanité, qui constitue cette névrose dont fut atteint son siècle aux deux tiers de sa course.

Greuze eut le malheur de survivre à sa gloire, ainsi que Boucher; il finît ses jours dans l'amertume, l'indigence et l'oubli ; aux derniers temps de sa vie, il trouvait à grandpeine six francs de ses admirables dessins.

Nous terminons par Fragonard qui fut, selon notre impressionnable correspondant, comme un éblouissement, un bouquet de feu d'artifice de la couleur, dans un genre bien différent, il est vrai, de Greuze, et qui n'a été en réalité que le triomphe des sens.


90 QUELQUES PEINTRES DU XVIIIe SIÈCLE

Fragonard a traité la peinture d'histoire avec son grand tableau de Callirhoë, le genre religieux avec la Visitation de la Vierge, qui fit partie de la galerie Randon du Boisset, et l'Adoration des bergers, une des gloires de la collection du marquis de Véri; puis des scènes d'intérieur, tableaux galants, tels que Serment d'amour; et des plafonds, des miniatures, ainsi que nombre de dessins. Il peignit encore des portraits faits en une heure, enlevés, vivants, d'une couleur et d'un entrain superbes.

L'oeuvre de ce peintre célèbre a été aussi immortalisé par la gravure, surtout la gravure en couleur, si recherchée de nos jours.

Tels sont, dans ce résumé un peu écourté, les quatre grandes figures auxquelles notre savant collègue attribue, non-seulement la prépondérance dans le domaine des arts au siècle dernier, mais aussi une influence notable sur la caractéristique intellectuelle et morale de ces temps.

Si le goût inclina, en effet, vers les choses frivoles; si les poètes chantèrent sur un rythme souvent léger; si, enfin, nos objets de luxe ou d'ameublements ont reçu un cachet d'originalité en rapport avec le style plein d'afféterie qui avait tout envahi, on ne peut refuser aux aimables créations de cette époque, une admiration réelle, motivée par le charme irrésistible qu'elles exercent sur nous.

Mais, est-ce bien aux grands esprits d'un siècle quelconque qu'il faut rapporter l'ensemble qui constituera ce siècle; au contraire, les tendances d'une nation à un moment donné, sont-elles capables de diriger dans un sens ou dans un autre, ceux qui vivent dans leur milieu ?

Pour sortir de ce dilemne, disons qu'il y a sans doute réciprocité d'action.

Maintenant, ne serait-il pas intéressant d'essayer un pa-


COMPARÉS AUX PEINTRES DU XIXe 91

rallèle entre le XVIIIe siècle et le nôtre qui touche bientôt à Sa fin?

Voyons quel pourrait être le bilan artistique de celui-ci, en le rapprochant de son devancier dont la période est marquée par quatre peintres éminents.

M. Nicaise nous dit bien qu'il oublie quelques étoiles, et nous le croyons sans peine ; n'aurait-il fait qu'entrevoir Jouvenet, de Troy, Lancret, qui n'est pas à mépriser, Coypel, Oudry, Van Loo, Baptiste et Chardin, celui-là surtout, dont le talent est vraiment supérieur. Mais quand ces astres et leurs satellites nous offrent une douzaine de noms, n'en comptons-nous pas, pour ne parler que des morts, deux fois plus aujourd'hui ? Et combien encore de véritables maîtres font passer chaque jour sous nos yeux leurs excellentes productions.

Non, l'école française n'a point démérité, notre siècle n'aura rien à envier à son aîné; nous donnerons ici les raisons qui permettent de l'affirmer.

On a vu, dès le commencement, David et son cortège d'imitateurs, repoussant bien loin ce style manière qu'on appelait alors rococo, imposer pendant vingt-cinq ans leurs idées nouvelles, et s'efforcer d'édifier le culte d'un certain pseudo-grec qui n'était guère qu'un autre rococo, théâtral, aussi loin de l'antique que de la nature, et dépourvu essentiellement d'âme, d'idéal, de sentiment poétique. Mais deux grands noms surgissent : Géricault et Prudhon sont à l'oeuvre pour protester contre ce mauvais goût, tout de convention parce qu'il n'avait pour base rien du vrai beau, qui se dégage du naturalisme épuré.

Ces deux génies furent méconnus et proscrits par les faux peintres qui dominaient alors. Cependant, l'heure de la justice est venue ; ils restent aujourd'hui, et les autres sont dédaignés.


92 QUELQUES PEINTRES DU XVIIIe SIÈCLE

Viennent ensuite Ingres, Ary Scheffer, Flandrin, Eugène Delacroix, Decamps, et la révolution qui fonde l'école moderne est opérée.

En vain, nous dira-t-on, les héros et les dieux ont sombré, la grande peinture est morte. Non, ses nombreux représentants sont toujours debout, elle fait trêve, on s'en repose. Versailles est rempli, et les autres palais en demandent peu ; c'est une accalmie momentanée. D'ailleurs, l'histoire suit son cours, et, sans doute, quelques-unes de ses pages auront encore assez d'éclat pour réveiller les assoupis.

En revanche, n'avons-nous pas, dans une infinité de genres, cette peinture intime qui convient à tous, parce qu'elle est comprise et nous fait délicieusement sentir les merveilleuses et simples beautés de la nature?

Dans cet ordre d'idées, combien de noms pourrions-nous écrire? Qui donc n'admire à juste titre, chez les peintres de genre Meissonnier, Camille Roqueplan, Chaplin, Hébert, Hamon, etc.?

Voici maintenant nos plus illustres portraitistes ; ceux du siècle de Louis XV sont-ils supérieurs à Léon Cogniet, Cabanel, Dubuffe, Pérignon, Chaplin, Bonnat, Carolus Duran, Henner?

Quels sont les rivaux de nos peintres de batailles, qui s'appellent Horace Vernet, Bellangé, Gustave Doré, Yvon, Pils, et tant d'autres ?

Nos peintres de marines, Isabey, Gudin, Morel-Fatio, ont-ils assez distancé tous les Joseph Vernet ? Et si le XVIIIe siècle a possédé Oudry et Desportes, ne lui opposerons-nous pas, comme animaliers excellents, Jadin, Rosa Bonheur, Troyon, Brascassat même ? Que Baptiste ail traité les fleurs magistralement, que Chardin ait brillé du plus vif éclat, nul ne le conteste, mais nous pourrions mettre en regard tant de noms fameux que la liste en serait trop longue.


COMPARÉS AUX PEINTRES DU XIXe 93

Arrivons enfin au paysage, et osons dire que le XVIIIe siècle avait peu le sens poétique des scènes de la nature dont Ruysdaël est le grand révélateur.

Bertin et Bidault ont été les David du paysage, et ils en ont subi la destinée.

C'est à Watelet, ainsi qu'au romantique Paul Huët, que nous devons les premiers efforts tentés vers la route du réalisme. L'école qu'ils formèrent, s'affranchissant peu à peu du terre à terre et de la trivialité dont elle était parfois entachée, nous donna bientôt tout une pléiade d'artistes remarquables ; avons-nous besoin de citer Marilhat, Jules Dupré, Fiers, Cabat, Corot, Diaz, Théodore Rousseau, Français, Daubigny, etc., ils sont nos contemporains, et tous sont devenus, à leur tour, d'illustres chefs d'écoles. C'est ainsi que leurs ravissants tableaux, heureusement appréciés dans toutes les classes de la société, répandent de plus en plus le goût des arts, indispensable aux progrès constants des peuples civilisés.



L'HOMME

PRÉHISTORIQUE

DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE

PAR

M. L'ABBÉ GARNIER

MEMBRE RÉSIDANT DE LA SOCIÉTÉ

MESDAMES, MESSIEURS 1,

Il nous a été demandé de vous exposer l'état des esprits qui, dans le monde savant, s'appliquent à résoudre le problème si intéressant de nos origines, et de résumer à cette occasion les données de la science sur les premiers hommes qui ont habité notre département.

Ces questions sont dignes assurément d'occuper l'attention des personnes réfléchies; elles ont eu le mérite de passionner nos archéologues contemporains et de stimuler les recherches des observateurs ; elles sont même de nature à éveiller la curiosité de tous. Aussi avons-nous cru devoir répondre au désir exprimé, bien que la pleine lumière ne soit pas faite encore sur tous les points de notre histoire primitive.

1 Les paragraphes II et III de cette étude ont seuls été lus dans la séance publique, en raison de l'heure avancée et pour ne pas prolonger l'attention de la gracieuse assistance.


96 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

Comptant sur la bienveillance que des âmes d'élite accordent volontiers même aux plus timides essais, nous allons donc vous dire quelques mots de cette science nouvelle et vraiment contemporaine, pour laquelle on a dû inventer le terme nouveau de préhistoire ; nous vous dirons surtout les dispositions actuelles des préhistoriens, afin de vous faire pressentir les résultats heureux que nous pouvons espérer déjà de leurs travaux pacifiques. Puis nous vous parlerons de l'homme préhistorique dans notre département, et pour mettre dans ces communications d'un intérêt tout local un ordre qui vous les fasse mieux saisir, nous traiterons d'abord de l'homme civilisé des dolmens et de la pierre polie dans l'Aube, et ensuite de l'homme non civilisé des temps quaternaires dans l'Aube.

I La Préhistoire

Fille de notre siècle, la préhistoire ne compte pas même quarante ans 1 ; mais elle avait attiré dès son début l'attention de nos chercheurs, auxquels s'appliquent si bien encore les vieux vers d'Horace :

Audax omnia perpeti, Audax Iapeti genus 2. « La race de Japhet, si prompte à tout oser. "

Dès lors, elle passionna vite les esprits, qui facilement s'abandonnèrent à toute la fougue de l'imagination, fascinés

1 C'est en 1847 que parut à Paris le premier volume de M. Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et antédiluviennes.

8 Hor., Od. 1.1, III, v. 25 et 27.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUDE 97

qu'ils étaient par le charme de l'inconnu, toujours attrayant, mais souvent trompeur. Et sans attendre que le temps et les découvertes, les éludes comparatives et les mûres réflexions eussent apporté aux observations des archéologues un utile contrôle et préparé des conclusions sûrement motivées, la préhistoire prenait fièrement sa place au premier rang des sciences qui ont pour objet la connaissance des faits et gestes de l'humanité.

L'antique et vénérable histoire, personnifiée dans Moïse, Hérodote et tant d'autres vétérans des annales humaines, l'histoire dut faire place à cette petite soeur puînée, qui bientôt allait réclamer le droit d'aînesse. La vieille archéologie, qui depuis des siècles complétait les récits des historiens, suppléait même à leur silence par l'étude des monuments et l'interprétation des inscriptions, des médailles, des hiéroglyphes, des symboles, et qui pouvait se prévaloir à juste titre de nombreux et éclatants services rendus par elle à la science du passé, l'archéologie dut elle-même céder le pas à la nouvelle recrue.

Nous pouvons aisément comprendre la stupéfaction des vieux savants classiques, quand ils virent les adeptes de la préhistoire réunir leurs matériaux pour refaire l'histoire de l'humanité d'après une méthode et sur des bases toutes nouvelles, et donner de prime abord à leurs travaux le titre un peu grandiose de Histoire positive et philosophique de l' homme; ce titre donné aux résultats des découvertes préhistoriques, encore au début des observations nouvelles, était en effet de nature à éveiller dans le monde des érudits de légitimes susceptibilités. Les préhistoriens l'ont compris eux-mêmes : après les enthousiasmes de la première heure, et sans rien sacrifier d'une ambition toujours permise et qui fait honneur à l'initiative de l'esprit humain, nos savants observateurs publient maintenant leurs découvertes et leurs études sous le nom plus modeste, et aussi plus exact,

T. XLVIII 7


98 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

de Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l' homme.

Déjà, du reste, le calme se fait dans les esprits. Aux brillantes hypothèses ont succédé des observations minutieuses, des études réfléchies, des mémoires consciencieux et qui n'ôtent rien, au contraire, à la sûreté des déductions, en les proposant sous une forme plus réservée et plus courtoise. Les affirmations prématurées font place aux conclusions prudentes et longuement motivées, et peu à peu nos préhistoriens renoncent à leurs prétentions doctrinales. Leur doute philosophique si bien approprié à leur genre d'études, mais que plusieurs n'avaient d'abord observé qu'à l'égard des vrais savants qui les avaient précédés sur le terrain de l'histoire, s'est heureusement transformé en une défiance personnelle de bon aloi, en une réserve consciente, que la philophie ne trouvera pas moins sage et dont la vérité profitera bien certainement. M. Emile Cartailhac le proclamait, il y a deux ans déjà : « Nous avons acquis l'expérience, dit-il, nous avons appris à douter, et c'est beaucoup . »

Cette année même vient de paraître un nouveau travail de M. Cartailhac, intitulé « Georges Cuvier et l'ancienneté de l'homme 2, » qui caractérise mieux encore le mouvement qui se produit dans le monde des préhistoriens. Faudrait-il appeler ce mouvement une réaction ? Non ; d'ailleurs, ce mot sonne mal aujourd'hui : appelons-le donc un progrès. N'est-ce pas un véritable progrès, en même temps qu'un grand mérite pour l'esprit humain, quand il redresse ses erreurs d'entraînement et qu'il travaille à justifier la vraie science par l'apologie de ses représentants les plus autorisés ?

4 Matériaux pour l'Histoire primitive et naturelle de l'homme, livraison de janvier 1882.

a Id. livraison de janvier 1884.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AURE 99

Dans ce mémoire apologétique remarquable, l'auteur prouve par le simple exposé des faits, « qu'on a eu tort de blâmer avec véhémence les réserves prudentes du grand Cuvier; » il observe également que, d'après les renseignements fournis par les premiers observateurs sur les cavernes à ossements, « l'opinion de Cuvier sur ces ossements est conforme aux données de la science moderne ; » et après avoir passé en revue toutes les découvertes antérieures à 1832, année de la mort de l'illustre géologue, il conclut ainsi :

« L'opposition de Cuvier fut jusqu'à la fin raisonnée et » presque légitime ; les faits se multipliant, il eût admis » sans peine l'équivalence géognostique des objets travaillés » et des ossements humains. Dans tous les cas, il a donné » un exemple à suivre, en se méfiant des entraînements » de l'imagination et en exigeant des preuves surabon» dantes. »

Celte apologie vous semblera sans doute un indice certain de l'apaisement des esprits; elle nous paraît aussi d'un heureux augure pour l'avenir de cette science nouvelle, qui portera des fruits quand ses adeptes auront banni de leurs études tout ce qui est personnel et exclusif, pour travailler avec désintéressement et d'un commun accord au triomphe unique de la vérité.

Les mêmes dispositions se révèlent encore dans la première leçon que vient de faire au Muséum le professeur du cours d'anthropologie, M. le docteur Hamy. Exposant, avec une grande ampleur de vues, le mouvement des études anthropologiques depuis quinze à vingt ans, le docte professeur regrette, lui aussi, la division qui s'est produite entre les hommes de science au sujet des questions d'origine et de races ; il déplore la scission qui s'est faite sur ce point entre les historiens et les anthropologistes : « C'est, dit-il,


100 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

» un véritable divorce, auquel on a le chagrin d'assister,

» entre l'anthropologie descriptive et l'histoire. »

« On travaillera isolément dans les deux camps, sans

» chercher à s'entendre, au grand préjudice du progrès.

» Les sources nouvelles d'information ouvertes à l'ethnolo»

l'ethnolo» par la critique historique seront plus ou moins dédai»

dédai» ; les anthropologistes de profession ignoreront trop

» souvent les beaux travaux d'érudition ethnologique d'un

» Desjardins ou d'un d'Arbois de Jubainville ; les rensei»

rensei» si précieux que fournit l'étude des noms de

» lieux à M. Taylor en Angleterre, à M. Longnon en

» France, demeureront pour eux lettre morte; et ce n'est

» que par le préhistorique qu'ils auront quelques points de

» contact avec l'archéologie, dont les découvertes rema»

rema» cependant tout le passé de notre Europe . »

« Et cependant, ajoute-t-il, ce n'est que par l'union de

» toutes les forces dont peut disposer la science, d'où qu'el»

qu'el» viennent, qu'on peut espérer parvenir à élucider, au

» moins en partie, le problème de nos origines ethniques.

» Il ne faut pas moins que les efforts combinés des histo»

histo» et des linguistes, des ethnographes et des archéo»

archéo» pour conquérir la moindre parcelle de ce do»

do» d'un accès si difficile. »

« Cherchons donc un terrain commun d'études ; renon» çons à des préjugés misérables, à un antagonisme injus» tifié. »

Vous le voyez, nos savants reconnaissent l'erreur des systèmes préconçus et l'insuffisance des études exclusives; ils proclament eux-mêmes la nécessité de l'union ; ils veu1

veu1 l'Ethnogénie de l'Europe occidentale. — Matériaux pour l'Histoire primitive et naturelle de l'homme, livraison de janvier 1884.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUDE 101

lent aujourd'hui le concours de tous, et ce vouloir pacifique nous permet d'espérer la lumière ; car, dans les champs de la science, non moins que sur le sol de nos campagnes, la paix et la concorde sont un des éléments que Dieu a voulus nécessaires pour féconder les sueurs et les travaux patients de l'homme.

Que nos préhistoriens continuent donc à fouiller les archives pierreuses du sol humain, qu'ils recueillent avec un respect religieux, qu'ils étudient avec soin tous les débris, tous les vestiges de l'homme primitif, tandis que nos linguistes et nos historiens feront la lumière sur toutes les traditions des peuples, sur tous les textes de leurs annales et même de leurs légendes; et l'humanité, par le concours de tous, retrouvera certainement la connaissance et l'amour de son premier berceau. « Et revertatur pulvis in terram suam undè erat, et spiritus redeat ad Beum qui dedit illum. » (Eccles., XII, 7.)

C'est dans cet esprit de confiance et d'union que nous allons maintenant résumer les faits de l'archéologie préhistorique, que de nombreuses observations ont déjà constatés dans l'Aube, et qui vous feront connaître les premiers habitants de notre sol départemental, soit à l'époque des dolmens et de la pierre polie, soit aux temps quaternaires eux-mêmes.

II

L'homme civilisé des dolmens et de la. pierre polie dans l'Aube.

En visitant notre Musée, vous avez certainement remarqué le monument installé depuis quelques années dans la cour, à gauche en entrant, et qui porte pour indication :


102 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

DOLMEN DE FRÉCUL. En réalité, c'est une allée couverte, qui se trouvait en place à l'est de la ferme de Frécul, commune de la Saulsotte, mais dans le bois du Charnier appartenant à la commune de Barbuise.

Nous savions tous depuis longtemps que l'art monumental avait marqué son empreinte sur le sol français, en y produisant tour à tour des édifices qui accusent les styles grec et romain, puis roman, gothique, renaissance ; mais l'allée couverte de Barbuise nous révèle un style particulier, qui précéda certainement chez nous les productions inspirées par les civilisations de la Grèce et de Rome; elle est même antérieure à la civilisation gauloise proprement dite, qui ne nous a laissé de monuments que les humbles tumuli de ses braves guerriers et les remparts improvisés de ses quelques oppida, témoins des dernières luttes de la Gaule indépendante.

Nous avons étudié cet édifice étrange, dont les pierres n'ont point connu le ciseau, ne sont unies par aucun ciment, et qui pourtant revêt une forme architecturale nettement caractérisée, dont l'expression propre est celle de la puissance. La construction dolménique se distingue, en effet, par la simplicité de ses assises, l'âpre liberté de ses lignes, la rudesse de sa physionomie; elle est surtout remarquable par la hardiesse et la vigueur de l'oeuvre ; on pourrait dire de notre allée couverte, avec plus de vérité que M. Duruy ne le disait du grand empire romain, le mot de Virgile : " Mole suâ stat 1. » Il y a quatorze siècles que l'empire des Césars avec eux s'est écroulé ; et notre chambre de géant, quit vit passer jadis les légions victorieuses de Rome, n'est pas encore ébranlée, « par son poids seul et par sa masse elle se tient toujours debout. »

1 Virgile, Eneïde, 1. X, v. 771.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 103

L'architecture primitive qui a fait surgir les dolmens et les allées couvertes, ainsi que les menhirs et les cromlechs, est aujourd'hui désignée sous le nom d'architecture mégalithique; et les matériaux employés par cette civilisation puissante et forte justifient suffisamment cette désignation, la science n'ayant pas encore défini sûrement à quel peuple il convient de l'attribuer. Ces monuments de pierres brutes sont-ils l'oeuvre des Celtes, ou des Ibères, ou même de peuples plus anciens? Les avis des savants sont encore partagés sur cette importante question, qu'il ne nous appartient pas de trancher.

Une chose est pourtant hors de doute et reconnue par tous, c'est que les dolmens et les allées couvertes sont des monuments funéraires, témoignant d'un grand respect pour les morts et revêtant un caractère éminemment religieux. Dans cet ordre d'idées, on ne peut s'empêcher d'observer que l'usage d'employer exclusivement la pierre brute pour les sépultures monumentales se rattache à l'une des plus vieilles traditions de l'humanité, à une doctrine primordiale que nous voyons consacrée par la loi mosaïque elle-même : « Si tu me dresses un autel de pierre, y trouvons-nous écrit, tu ne le feras point de pierres taillées 1 ; » et ailleurs encore : « Pour l'autel du Seigneur ton Dieu tu te serviras de pierres que le fer n'a point touchées, tu te contenteras de roches brutes et non travaillées 2. »

D'ailleurs, l'archaïsme des dolmens et des allées couvertes ne ressort pas seulement de leur caractère architectural ; il est aussi prouvé par l'étude raisonnée du mobilier

1 Quôd si altare lapideum feceris mihi, non aedificabis illud de sectis lapidibus. (Exod., XX, 25.)

3 Et aedificabis ibi altare Domino Deo tuo, de lapidibus, quos ferrum non tetigit, et de saxis informibus et impolitis. (Deuteron., XXVII, 5 et 6.)


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funéraire dont on entourait le corps des défunts sous ces palais d'outre-tombe.

Dans l'ouest de la France, en particulier, la plupart des sépultures mégalithiques ne contiennent, comme objets votifs, que des instruments en pierre unis à des poteries le plus souvent grossières; un certain nombre seulement de nos dolmens ont fourni des objets de bronze ou de fer. Aussi les savants s'accordent-ils à rattacher nos mégalithes à l'état social primitif, qui distinguait les premiers peuples civilisés du nord et du nord-ouest de l'Europe, état social qui constitua pour ces contrées européennes l'âge de la pierre polie.

II vous suffirait, pour le constater de vos yeux, de contempler dans la cour de notre Musée, à côté de l'allée couverte de Barbuise, les trois grands polissoirs qui lui font un pendant naturel1. Vous pourriez encore, en pénétrant dans la première salle à droite, trouver un complément de preuve dans une riche vitrine, consacrée à l'époque préhistorique de l'Aube, où les instruments de pierre recueillis dans le département sont réunis en grand nombre déjà, soigneusement exposés et classés avec cet esprit de méthode qui disdinguait à un si haut point notre zélé et regretté conservateur, M. Jules Ray. Parmi ces joyaux de l'âge de pierre se trouvent les épaves qui ont pu être recueillies sous notre allée couverte ; une lame de silex, une moitié de hache en silex polie, une autre hachette en jade, une coquille percée

1 Les trois polissoirs installés dans la cour du Musée proviennent tous du territoire de Marcilly-le-Hayer. Le premier se trouvait en place dans le bois des Tanières; le second, dans le bois défriché des Goupils; le troisième, au lieu dit Champ-Soyè. (Goupil, en vieux langage, signifiait " Renard. » Soyer, vieux langage aussi, voulait dire c couper le blé avec la faucille.»)—Un quatrième polissoir, installé dans le jardin du Musée, servait autrefois de seuil à l'entrée du cimetière d'Ossey-les-Trois-Maisons.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 105

pour servir d'ornement ou d'amulette, un fragment de poterie grossière et un vase en terre cuite rougeâtre : voilà tout ce qui nous reste de son mobilier funéraire.

Si les peuples à dolmens ne nous avaient laissé que ces pauvres vestiges, leur civilisation pourrait bien sembler rudimentaire à notre société moderne ; mais nous savons, par l'exploration des palafittes et des sépultures mégalithiques, que la civilisation de la pierre polie était complète à sa manière.

Pastorales pour la plupart, ces populations possédaient des troupeaux : elles avaient à l'état domestique le cheval, le boeuf, la vache, la brebis, la chèvre, le porc, le chien lui-même, dont les ossements se retrouvent associés aux corps de leurs défunts ou parsemés dans les débris de leurs stations; on pense que le beurre et le fromage servaient à leur alimentation. Certainement elles connaissaient les céréales qu'elles avaient importées d'Orient et dont on constate les grains dans les habitations lacustres. Plusieurs cultivaient le lin, qu'elles savaient travailler. Pour leurs usages journaliers, elles façonnaient des vases de terre. Avec tous ces éléments la vie pouvait donc leur être facile ; car la chasse et la pêche leur offraient en outre d'abondantes ressources.

D'autre part, ces populations avaient une organisation sociale : des chefs respectés, pour lesquels furent élevés nos tombeaux mégalithiques ; des traditions de famille, conservées par la vie de clan fortement constituée ; une religion commune, révélée par la constance de leurs rites funéraires, et dont le symbolisme est surtout caractérisé par l'exclusion de toute représentation figurée d'êtres vivants, animaux ou plantes; enfin, l'étendue de leurs relations nous est attestée non seulement par leurs céréales et leurs animaux domestiques, dont plusieurs sont d'origine orientale, mais encore par leurs armes en jade, en serpentine, en


106 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

chloromélanite, substances minérales tout à fait étrangères à nos contrées.

Toutes ces observations réunies donnent l'idée d'un état social bien supérieur à la sauvagerie, et les savants de l'Europe les ont faites dans tous les pays occupés par les hyperboréens de l'antiquité classique 1.

Or, ce inonde à part avec sa civilisation de la pierre polie, nous l'avons constaté sur notre sol départemental; nous pouvons donc évoquer ses lointains souvenirs, car déjà l'on a recueilli ses débris et les restes de son industrie dans la tourbe des vallées de la Seine et de la Vanne, sous les tables de nos dolmens de l'arrondissement de Nogent, sur les plateaux de la forêt d'Othe et aux environs de Barsur-Seine.

Les sépultures mégalithiques 2 et les palafittes de nos marais tourbeux 3 nous restituent ses objets votifs et ses outils avec les grossiers produits de sa céramique. Nos ateliers de fabrication à l'air libre 4 et nos polissoirs nombreux 5

1 Voir la description de M. Alexandre Bertrand, le savant directeur du Musée de Saint-Germain. Archéologie celtique et gauloise. Paris, 1876. Préface, p. XII et XIII.

2 Les dolmens du département de l'Aube, dont une trentaine ont été détruits et dont il reste une quarantaine, 28 entiers et 12 dégradés, appartiennent tous, sauf un seul, à l'arrondissement de Nogentsur-Seine. (V. Dictionn. paléoethnologique du département de l'Aube.)

3 Marais de Saint-Pouange, de Saint-Germain, surtout de Villechétif, et tourbes de la vallée de la Vanne. (Ibid.)

4 Onze ateliers ont été constatés sur les plateaux de la forêt d'Othe, et deux autres à Villy-en-Trodes, canton de Bar-sur-Seine. Ibid.)

5 Le nombre des polissoirs s'élève dans l'Aube à trente-quatre, 10 détruits et 24 encore existants ; ils se trouvent dans les cantons de Marcilly-le-Hayer, Aix-en-Othe, Estissac, Nogent-sur-Seine et Romilly. (Ibid.)


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 107

permettent de suivre toutes les opérations de la taille, de la retouche et du polissage, auxquelles étaient soumis nos rognons de silex, et souvent aussi nos grès. La station de Villy-en-Trodes nous a même fourni plusieurs variétés d'instruments en lumachelle, curieux outillage qui a eu le privilège de déconcerter certains archéologues de Paris ; une science de cabinet a exclu nos lumachelles polies des vitrines de l'exposition universelle; mais nous devons à la loyauté de la découverte et à la mémoire de l'expéditeur de vous les signaler aujourd'hui, en attendant que nous puissions les mettre en lumière, afin de rétablir dans ses droits la vérité scientifique.

Enfin, nous avons de l'homme de la pierre polie un reste précieux, que nous a conservé la tourbe d'Armentières, commune de Saint-Benoît-sur-Vanne. Dans les travaux de captation des eaux de la Vanne, on y a relevé une sépulture par inhumation, dont le mobilier votif appartient exclusivement à la pierre polie. Les ossements du corps ont été dispersés malheureusement ; mais nous avons pu recueillir la tête pour notre Musée. Ce chef authentique, d'une grande valeur pour l'étude de nos races anciennes, est remarquable surtout par sa dolicocéphalie exagérée ', et aussi par l'épaisseur et le relief des arcades sourcilières : cette protubérance devait pendant la vie donner à l'oeil une sombre profondeur et rendre son regard farouche. Avec le défunt reposait dans sa tombe une hache polie de silex, intentionnelle1

intentionnelle1 crâne d'Armentières est au Musée dans la vitrine consacrée aux races humaines. Il mesure 20 centimètres de longueur sur 14 centimèt. seulement de largeur : la proportion est donc de 700/1000. Cet indice céphalique de 700, ainsi que le développement de la boîte crânienne, surtout dans ses cavités occipitales, donne à ce crâne une ressemblance frappante avec celui des crânes de Solutré, le n° 3, que M. le docteur Pruner-Bey comparait au type actuel des Esquimaux. (Anthropologie de Solutré. Mâcon, 1869.)


108 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

ment rompue vers le milieu 1, sceptre brisé par la mort, symbole d'un rite funéraire qui se retrouvera dans les sépultures de l'âge du fer, où parfois on rencontre à côté du guerrier gaulois la lame repliée ou rompue de sa terrible épée.

Si maintenant vous demandez à quelle date précise il convient de rapporter l'existence en notre contrée des hommes de la pierre polie, nous devrons répondre que ces populations illettrées ne nous ont transmis aucune histoire, aucune légende qui puisse nous fixer sur ce point; nous vous rappellerons, avec M. Boucher de Perthes, que « les annales de la Gaule atteignent à peine vingt siècles, » que « ses souvenirs et ses traditions ne dépassent pas deux mille cinq cents ans 2. » Au-delà de ces limites qui s'imposent à l'historien de notre pays, les auteurs grecs et romains ne peuvent plus nous renseigner sur notre sol qu'ils n'avaient jamais foulé, ni sur nos populations au milieu desquelles leur commerce ne devait pénétrer que plus tard. Vers l'an 130 avant notre ère, Polybe nous assure que de son temps les pays au nord du Narbôn (Aude) étaient encore entièrement inconnus : « Ceux qui en parlent n'en savent pas plus que nous, ajoute-t-il, nous le déclarons hautement; ils ne font que débiter des fables 3. »

L'archéologie seule peut donc résoudre ce problème de chronologie ; et pour ce qui touche aux mégalithes en particulier, nous se saurions mieux répondre à votre curiosité, qu'en rapportant les conclusions du savant français qui a

1 Dans la station du Bois-Marot, entre Villemaur et Pâlis, nous avons recueilli plusieurs de ces moitiés de hache polie, qui toutes présentaient la même brisure intentionnelle.

2 Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et antédiluviennes, 1847. Tome I, p. 16.

» Polybe, III, 38.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 109

le plus étudié la question des dolmens : voici ce que nous en dit M. Alexandre Bertrand :

« Au moment où s'élevait en Judée le temple de Salo»

Salo» — c'est-à-dire mille ans avant Jésus-Christ, — on

» ne connaissait que les armes et les instruments de pierre

» sur les bords de la Baltique et de la Manche, on n'y éle»

éle» d'autres monuments que les monuments mégalithi»

mégalithi» La Gaule était aussi peu avancée. L'usage de la

» chambre dolménique s'est conservé sur quelques-uns de

» nos hauts plateaux jusqu'à une époque voisine de César.

» L'âge de la pierre y a donc été très-long. Rien ne prouve

» que cinq ou six cents ans avant notre ère, non seulement

» la Lozère, l'Aveyron, le Lot, mais nos principales pro»

pro» du nord-ouest en fussent complètement sor»

sor» 1. »

Cette date approximative qui, d'après M. Bertrand, ferait déjà remonter notre allée couverte de 2500 à 2900 ans, vous explique le religieux intérêt que nous attachons à ce tombeau mégalithique. Avec lui nous sommes, il est vrai, encore loin des quarante siècles des pyramides; mais notre antique mausolée troyen, qui inspira le respect de bientôt trente siècles, n'est-il pas digne aussi d'exciter votre admiration, nous devrions ajouter, votre fierté légitime; car le Musée de Troyes est aujourd'hui le seul musée provincial en France, qui puisse montrer un pareil spécimen de notre architecture primitive, et le grand Musée national de SaintGermain lui-même pourrait nous envier noire allée couverte de Barbuise.

1 Alexandre Bertrand, Archéologie celtique et gauloise. Préface, p. x.


110 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

III

L'homme non civilisé des temps quaternaires dans l'Aube.

Nous n'avons pas la prétention d'épuiser ici la question de l'homme primitif dans l'Aube, et pourtant la faveur avec laquelle vous voulez bien accueillir nos communications nous engage à poursuivre notre étude plus loin encore, jusques sur le terrain de la géologie qui, heureusement pour nos contrées, s'ouvre aux explorations anthropologiques alors que l'histoire et les monuments font complètement défaut.

La science peut aujourd'hui l'affirmer avec assurance, l'allée couverte et les polissoirs de notre Musée, pas plus que nos dolmens et nos ateliers de pierre polie dans l'Aube, ne sont les plus anciens témoins de l'homme en ce pays ; antérieurement à l'érection des tombeaux mégalithiques et au polissage des instruments en silex, en grès et en lumachelle, la vie humaine se développait dans notre département, sur nos plateaux tertiaires de l'ouest et sur quelques points de nos régions crétacées et jurassiques. Nous pourrons même, grâce au précieux concours apporté par la géologie aux recherches de l'archéologie préhistorique, nous pourrons déterminer les limites dans lesquelles se circonscrit l'histoire des premiers habitants de notre sol départemental.

D'après l'utile et minutieux recensement de M. Philippe Salmon 1, aucune des découvertes préhistoriques dans

1 Philippe Salmon, Dictionn. paléoethnologique du département de l'Aube, p. 6. — Mém. de la Soc. Acad. de l'Aube. 1882.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 111

l'Aube n'accuse la présence de l'homme à l'époque tertiaire. D'ailleurs, l'observation en a été faite par M. Belgrand avec une entière compétence, le miocène supérieur et la dernière assise des terrains tertiaires, le pliocène marin, manquent dans le bassin de la Seine, soit qu'ils ne s'y soient point déposés, soit qu'ils aient été empoités par les grandes eaux courantes 1 ; aussi croyons-nous inutile de chercher des traces de l'homme tertiaire dans notre département 2.

Mais pour les temps quaternaires, dont la durée est encore à déterminer 3, les preuves de l'existence humaine

1 E. Belgrand, le Bassin Parisien aux âges antéhistoriques. 1869.

p. XXIV.

8 Voici comment M. Alexandre Bertrand, après avoir réuni tous les éléments de la question dans son Cours d'Archéologie nationale, a formulé sa conclusion au sujet de l'existence de l'homme à l'époque tertiaire : « Que l'homme tertiaire soit possible, je n'y contredis pas, mais, jusqu'ici, il est encore tout théorique. » (La Gaule avant les Gaulois, 1884, p. 40.)

3 On a donné le nom d'époque quaternaire à la série des temps qui se sont écoulés depuis les derniers soulèvements des Alpes jusqu'à la formation des tourbes dans le fond de nos vallées. Quant à la durée de ces temps, M. Belgrand ne croit pas qu'elle ait été très-longue : " Nous ne voyons pas, dit-il, que depuis la dernière convulsion " des Alpes jusqu'à l'invasion des tourbes, il se soit accompli aucun » de ces faits géologiques, qui exigent un immense développement

" de temps : la faune des animaux terrestres s'est très-peu modifiée » entre ces deux époques. (Le Bassin Parisien, etc., p. CII.) »

Et même, " si la cause principale de l'extension des glaciers est, » comme le supposent MM. Rives et Favre, l'immense évaporation

" qui a été la conséquence de l'émersion de la plupart des grandes » chaînes de montagnes pendant l'époque pliocène, les temps qua» ternaires correspondraient à une simple anomalie météorologique, » dont la durée n'a peut-être pas été très-grande. (Ibid., p. cm.) Ï

Pour ces motifs, notre savant géologue trouve que cette époque serait plus exactement dénommée époque glaciaire : " II n'est pas » logique, dit-il, d'assimiler aux grandes révolutions géologiques, » qui correspondent aux formations primaires, secondaires et ter-


112 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

chez nous sont nombreuses et évidentes ; déjà les découvertes dans l'Aube se sont grandement multipliées tant à la surface du sol que dans les graviers fluviatiles.

Des ateliers à l'air libre ont été constatés, notamment sur les plateaux de la forêt d'Othe et aux environs de Barsur-Seine; et ces stations, les mêmes à peu près qui nous ont livré les instruments de la pierre polie 1, nous ont également fourni tout un outillage de silex simplement taillés à éclats 2. Quant aux ustensiles en os, armes en bois de renne, dénis de mammifères ouvrées, et surtout gravures sur os ou sur bois de cervidés, nous ne les avons point encore recueillis dans l'Aube; ils sont, du reste, particuliers aux hommes

s tiaires, la courte partie de l'histoire de la terre qu'on désigne au" jourd'hui sous le nom d'époque quaternaire. (Ibid., p. crv.) "

D'ailleurs, par l'étude des dépôts fluviatiles, de leur faune et de leur flore, nos géologues ont pu déjà classer les couches quaternaires et déterminer leur succession chronologique. (Voir G. de Saporta, Tableau de la classification des étages tertiaires et quaternaires. — Matériaux pour servir à l'histoire primitive de l'homme. 1880.) D'un autre côté, les études de linguistique et les travaux de critique historique pourront bientôt fixer le vrai sens de tous les textes primitifs de nos annales humaines, pendant que nos découvertes archéologiques apporteront, avec des faits nouveaux, un complément et une confirmation aux données scriptuaires. Il est donc permis d'espérer que nos sciences modernes d'observation, de concert avec l'histoire et la philologie, pourront un jour établir le synchronisme des phénomènes quaternaires avec les événements mieux connus et les dates précisées de l'antiquité historique.

1 Voir Dictionn. paléoethnologique du département de l'Aube. 1882. Tableaux récapitulatifs, p. 218 à 224.

2 Ce sont des haches amygdaloïdes et autres instruments des types de Chelles (Seine-et-Marne) et de Saint-Acheul ( Somme ), des pointes, des râcloirs et des lames aux formes du Moustier (Dordogne) et de Solutré (Saône-et-Loire) ; les types Magdaléniens de M. de Mortillet ne sont représentés dans l'Aube que par quelques fines lames et autres instruments minuscules en silex, les chercheurs n'ayant pas encore recueilli, avec tout le soin qu'elles méritent, ces petites miniatures de l'outillage primitif.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 113

des cavernes, aux familles de moeurs troglodytiques, qui n'ont guère laissé de traces en France que dans quelques pays montagneux du Midi : là seulement se rencontrent ces sculptures si naïvement ressemblantes, ces dessins au trait si curieux, qui nous ont conservé les images du mammouth, de l'aurochs, du renne, de l'ours des cavernes, etc., et de l'homme lui-même.

Les graviers quaternaires de la Seine, aux environs de Troyes 1, nous ont aussi livré des haches dites de SaintAcheul, des pointes moustériennes et de nombreux silex taillés à éclats, avec des défenses et des molaires d'éléphant, une dent de rhinocéros, des bois de grand cerf, divers ossements et des dents de cheval et de boeuf.

Enfin, les tufs de Resson, commune de la Saulsotte, nous ont fourni des empreintes nombreuses de plantes quaternaires, des restes d'animaux du même âge et de précieux débris humains, qui méritent tout particulièrement notre attention.

Les restes de l'industrie humaine, provenant du travertin de Resson et déposés au Musée de Troyes 2, sont une lame de silex au type du Moustier et des bois de cerf évidemment taillés de main d'homme.

Quant aux ossements humains, également recueillis par notre Musée 3, ils consistent simplement en un humérus perforé et des fragments de tête, notamment une portion de mâchoire inférieure. La délicatesse de l'humérus et le degré du développement de la mâchoire indiquent bien,

1 Isle-Aumont, Saint-Léger, Rosières, Bréviandes, Saint-Julien Troyes, Sainte-Savine et La Chapelle-Saint-Luc.

2 Musée d'histoire naturelle, salle de droite, vitrine de l'Epoque préhistorique de l'Aube.

3 Musée d'histoire naturelle, salie de gauche, vitrine des Races humaines.

T. XLVIII 8


114 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

sinon le sexe du sujet, du moins une constitution de seize à dix-huit ans seulement : jeune fille ou jeune homme, cette personne humaine venait donc d'entrer en son adolescence. Fleur parlante, dirions-nous avec la poésie italienne, elle fut avant le temps moissonnée par la mort; et si vous aviez été là, Mesdames, de vos pieuses mains vous eussiez préparé pour son humble dépouille un frais lit de roses.

Mais la nature y a pourvu : par un ordre venu d'en haut, la blanche Douée, qui déversait alors dans le val de Resson des eaux abondantes et chargées de calcaire, composa pour la jeune victime une couche funèbre; avec un soin merveilleux, elle réunit toutes les richesses de la flore contemporaine; autour de ses restes elle disposa, comme autant d'exvoto, les débris des animaux qui vivaient dans la contrée ; et pour qu'il ne manquât rien à ce culte religieux de la mort, voici qu'après des dizaines de siècles le Dieu des sciences a convoqué ses fidèles au tombeau quaternaire.

Et les savants sont accourus. C'était, il y a quarante ans, notre M. Leymerie, qui signalait pour la première fois les tufs de Resson 1. Vingt-trois après, un autre de nos géologues, le regrettéM. Belgrand 2, consacrait aussi sa science et son étude à ce petit vallon, qui garde pour notre pays les secrets de la vie sous toutes ses formes à ces premiers jours de notre histoire départementale. Vinrent ensuite M. Alphonse Meugy 3, et enfin M. Paul Fliche, de Nancy, qui vient d'explorer dans ses moindres détails, à la lumière de

1 Leymerie, Statistique géologique et minéralogique du département de l'Aube. Troyes, 1846, p. 102.

2 Belgrand, Le bassin de la Seine aux âges antéhistoriques. Paris, 1869. — M. Eugène Belgrand est né à Ervy, le 23 avril 1810; mortà Paris, le 8 avril 1878.

3 Meugy, Note sur le terrain quaternaire du nord de la France. (Bull, de la Soc. gèol., 3e série, t. V, p. 61.)


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 115

la poléontologie, ce précieux cimetière de la vie quaternaire à Resson.

Dans un travail consciencieux, accueilli avec faveur par la Société Géologique, en sa séance du 5 novembre dernier 1, notre savant botaniste déterminait avec précision toutes les espèces d'êtres vivants et animés, dont les tufs de Resson nous ont conservé les débris; et si nous n'avons point d'épitaphe pour les premiers restes humains retrouvés sur notre sol, nous pouvons du moins avec les conclusions de ce travail, désormais acquises à la science, reconstituer les éléments de la vie végétale et animale, dont la nature semble avoir voulu composer le mobilier funéraire de notre sépulture primitive 2.

1 Fliche, Etude paléontologique sur les tufs quaternaires de Resson. — Bull, de la Soc. géol. de France, 3e série, t. XII, p. 6.

2 Voici la liste des espèces du règne animal et du règne végétal, constatées à Resson et déterminées par M. Paul Fliche, d'après les échantillons conservés par le Musée de Troyes, ou dans le cabinet de M. le docteur Chertier, de Nogent-sur-Seine :

ANIMAUX

Mollusques

Hélix horlensis, Müll. — Helix candidula, Hud. — Helix ericetorum, Müll. — Hélix fruticum, Müll. — Planorbis complanatus, Hud. — Planorbis albus, Müll. — Lymnoea palustris, Flem. — Lymnoea truncatulata, Beck. — Lymnoea limosa, L. (Moq.-Tand.), L. ovata, Beck. — Cyclostoma elegans, Drap.

Articulés Insectes : une larve indéterminée.

Vertébrés Oiseaux : Anas boschas, L.

Mammifères: Canisfamiliaris, L., fossilis, Blainv. — Castor fiber, L. — Elephas primigenius, Blum. — Rhinocéros tichorhinus, Cuv. — Cervus elaphus, L.


116 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

Bien plus, l'étude comparative de notre travertin de l'Aube avec les couches similaires de La Celle (Seine-etMarne) a permis à M. Paul Fliche de fixer l'âge géologique de cet ossuaire humain : il a démontré que les tufs de Resson, par leur flore et par leur faune, avaient leur place marquée à la fin de l'étage quaternaire inférieure.

VÉGÉTAUX

Acotylédones

Characées : Chara foetida, Al. Braun. — Chara hispida, L. var. brachyphylla. Mousses : Bryum bimum, Schreb. Fougères : Scolopendrium vulgare, Symons.

Monocotylédones

Graminées : Phragmites communis. Trin. Cypéracées : Scirpus, sans détermination spécifique. — Carex glauca, Scop. — Carex maxima, Scop. — Carex flava, L. Joncées : Juncus, sans détermination spécifique. Typhacées : Typha ! latifolia, L. ?

Dycotylédones

Bétulacées : Betula! alba, L.? — Betula alba, L. var. papyrifera, Spach. — Alnus gtutinosa, Gartn.? — Alnus incana, DC.?

Salicinées : Populus canescens, Sm. — Poputus tremula, L. — Salix purpurea, L. — Salix cinerea, L. — Salix grandifolia, Ser.î — Salix nigricans, Sm. ??

Corylacées : Corylus avellana, L.

Cupulifères : Fagus sylvatica, L.

Juglandées : Juglans regia, L.

Euphorbiacées : Buxus semperrirens, L.

Oléacées : Ligustrum vulgare, L.

Cornées : Cornus sanguinea, L.

Araliacées : Hedera hélix, L.

Ombellifères : Heracleum spondylium, L.

Rosacées : Rubus fruticosus, L.

Amygdalées : Cerasus! padus, DC?

Rhamnées : Rhamnus frangula, L.

Tiliacées : Tylia ! platyphylla, Scop.?

Acérinées : Acer campestre, L. — Acer platanoïdes, L. — Acer opulifolium, Vill.

Renonculacées ; Clematis vitalba, L.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 117

La flore, composée d'espèces qui toutes vivent encore aujourd'hui1, présentait une certaine analogie avec la nature actuelle ; seulement les formes témoignent d'une plus grande vigueur de végétation à l'époque de la formation des tufs, et cette différence s'explique facilement par les conditions météorologiques dans lesquelles se développait la vie des plantes aux temps quaternaires. Alors, nous disent les géologues, avec une température très modérée, mais sensiblement égale, régnait partout une humidité extrême.

Cette fraîcheur exceptionnelle, attestée par l'abondance des mollusques aussi bien que par la végétation luxuriante, ne nous étonnera point, si nous observons que nos plateaux formaient alors une forêt à peu près continue, et surtout si nous considérons la dimension des fleuves à cette époque. Nous pouvons encore aujourd'hui mesurer ces larges cours d'eau ; car le plan horizontal et uni de nos prairies modernes reproduit exactement la largeur et l'étendue de leurs lits anciens.

Quand on pense à ces fleuves gigantesques, roulant sur tout le fond de nos vallées leurs eaux tumultueuses, il est facile de comprendre et la fraîcheur persévérante du sol, et l'activité de l'évaporation, et l'humidité de l'atmosphère, et les ondées fréquentes, et les pluies torrentielles, et partant la régularité d'une température ainsi maintenue à un degré assez bas, et enfin la constance des neiges et des glaciers sur les sommets montagneux. Telles sont, en effet, sous le rapport météorologique, les conclusions où viennent aboutir toutes les observations de la science sur les restes de l'époque quaternaire.

Ce qui pourrait nous surprendre davantage, et qui nous est également révélé par les tufs de Resson, c'est qu'en ces jours glaciaires vivaient sur notre sol départemental de

1 Comparer la liste des végétaux de la note précédente.


118 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

grands mammifères aujourd'hui disparus ou émigrés. Les bois de nos plateaux étaient fréquentés par des troupes de cerfs le plus souvent de haute taille, par le rhinocéros et et par l'éléphant : le travertin déposé par la Douée de Resson nous a conservé les débris de ces géants du règne animal, comme aussi des fragments plus modestes d'un chien sauvage et d'un castor 1.

C'est donc au milieu de cette faune que vivait l'homme quaternaire à Resson. Sans autre instrument que le silex taillé ou la branche de l'arbre, il lui fallait se défendre contre les carnassiers de la forêt ; avec ces mêmes armes primitives il faisait lui-même la guerre aux grands herbivores, aux cerfs, au rhinocéros, au mammouth, pour se nourrir de leur chair, a sans doute aussi, ajoute M. Fliche, pour se couvrir de leur peau et pour utiliser les parties solides de leur corps : les traces laissées par ses outils de pierre sur les bois de cerf donnent à cette dernière supposition plus que de la vraisemblance 2. »

Cette existence besoigneuse a bien de quoi nous étonner, nous qui goûtons toutes les douceurs d'une civilisation exquise et délicate. A première vue, l'homme quaternaire nous semble un être inexplicable; mais les observations l'ont constaté, la vérité des faits le proclame, les premiers habitants de notre pays sont demeurés quelque temps étrangers à toute civilisation; ils ne devaient pas même connaître les conditions de la vie sociale.

Et pourtant, cette vie de l'homme aux temps glaciaires, que nous serions tentés d'appeler misérable, si nous n'envisagions que le côté du bien-être sans nous préoccuper de celui de la liberté, cette vie peut nous être encore un sérieux

1 Voir la liste des animaux, même note.

2 Fliche, Etude paléontologique sur les tufs quaternaires de Resson, 1883, p. 27.


DANS LE DÉPARTEMENT DE L'AUBE 119

sujet d'études. Nos voyageurs modernes y relèveront une entière ressemblance avec l'état des hordes, qui sur les confins du monde actuel sont encore aujourd'hui condamnés à la barbarie par leur isolement de toute influence civilisatrice. Nos naturalistes y reconnaîtront la condition de lutte qui s'imposait nécessairement à l'homme au milieu d'une nature encore insoumise. Le philosophe y soupçonnera luimême une loi de déchéance originelle. Et le penseur chrétien, Messieurs, méditant sur les débris humiliés des vieilles races humaines, y retrouve partout, fidèlement transcrites par la mort, les ampliations de ce décret fatal, qui fut heureusement rapporté et détruit le jour où l'Amour rédempteur en clouait à la croix le chirographe authentique et divin 1.

Jamais, du reste, le signe de la malédiction n'effaça complètement chez l'homme les traits de sa grandeur native ; aux jours glaciaires aussi bien que de nos jours, nous le surprenons en possession de la faculté d'observer, de comparer, dépenser, de vouloir; ses instruments, tout grossiers qu'ils nous paraissent, accusent un acte intentionnel et libre, ils prouvent un être à part, une nature privilégiée; et jusque dans la mort, le front de l'homme quaternaire garde pour nous les reflets de l'intelligence qui lui servit autrefois d'auréole.

M. Edgard Quinet raconte qu'un jour le capitaine Cook rencontre sur la terre de Van Diemen, dans l'Océanie, un pauvre sauvage au plus bas de l'échelle humaine ; il s'avance aussitôt vers lui et l'embrasse, « il avait reconnu l'homme 2 », dit-il. Nous aussi, dirons-nous après le phi—

1 Delens quod adversùs nos erat chirographum decreti, quod erat contrarium nobis, et ipsum tulit de medio, affigens illud cruci. (S. Paul. Colos. II, 14.)

3 E. Quinet. La Création, 1870.


120 L'HOMME PRÉHISTORIQUE

losophe, dans le premier habitant de l'Aube, dans le contemporain du mammouth, nous avons reconnu l'homme, et de l'autre extrémité des temps et de l'histoire nous lui avons donné la main. Vous-mêmes avez paru désirer que nous vous le présentions, et nous n'avons point hésité à vous parler de lui, parce qu'il s'agissait de rendre témoignage à la vérité de notre race, et de payer à notre vieille humanité le tribut de la science et celui de notre filial et respectueux dévouement.

Troyes, le 29 mars 1884.


HISTOIRE DE TRAINEL1

PAR

M. L'ABBÉ DEFER

MEMBRE ASSOCIÉ DE LA SOCIÉTÉ ACADEMIQUE DE L'AUBE MEMBRE CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE SENS

PREMIÈRE PARTIE

NOTIONS GÉNÉRALES

CHAPITRE 1er. TOPOGRAPHIE DU PAYS,

Bornes. — Nature du sol. — Productions. — Chemins actuels. — Rues. — Aspect général.

Traînel est une petite ville de 1353 âmes. C'est l'une des plus fortes communes du canton et de l'arrondissement de Nogent-sur-Seine.

Bornes. — Son territoire confine à deux départements limitrophes. Au nord est Fontenay-de-Bossery ; au sud,

1 Principales sources consultées :

Archives de l'Aube. Archives communales de Traînel. Archives paroissiales de Traînel. Archives de l'hospice de Traînel.


122 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Fontaine-Fourches (Seine-et-Marne); La Louptière, Sognes (Yonne) et Trancault; à l'est, Bouy-sur-Orvin et Solignyles-Etangs; à l'ouest, Gumery.

Traînel est environné de côtes et situé au fond d'une étroite vallée, où se promène en serpentant, de l'est à l'ouest, la petite rivière d'Orvin 1.

Son altitude, prise dans le vallon, est de 75 mètres audessus du niveau de la mer.

Archives de Courceroy.

Archives particulières de M. de Narcillac, au château de La Motte-Tilly.

Greffe de Nogent-sur-Seine.

Archives d'Auxerre et de Sens.

Bibliothèque nationale de Paris.

Abrégé de l'Histoire des seigneurs de Traînel et divers manuscrits appartenant à M. de Burgat.

Extrait des remarques faites en l'an 1720 par Levesque, procureur fiscal à Traînel, manuscrit appartenant à M. de Burgat.

Mémoires de Claude Hatton.

D'Arbois de Jubainvile. — Histoire des Comtes de Champagne.

Id. Voyage paléographique dans le département de l'Aube.

Boutiot. — Histoire de la ville de Troyes.

Ch. Lalore. — Documents pour servir à la généalogie des anciens seigneurs de Traine.

Ch. Lalore. — Cart. du Paraclet. — Anciens pouillés, etc.

Quantin. — Catulaire général de l'Yonne.

Bourassé. — Cartulaire de Cormery (Extrait des Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. XII.)

Gallia Christiana, t. XII.

1 L'Orvin prend sa source à Somme-Fontaine ou Saint-Lupien, passe à Bercenay-le-Hayer, Bourdenay, Trancault, Soligny, Bouy, où il fait tourner un moulin, Traînel, où il se partage en plusieurs bras et fait tourner deux moulins, l'un à l'intérieur du pays, l'autre à Besmont. Il mouille ensuite le territoire de Fontaine-Fourches, où il fait tourner le moulin de la Folie et celui de Tannoy, puis il se rend à Cercy où il rencontre le moulin de Chiennat, et termine son cours au-dessous de Courceroy, où il se jette dans la Seine. De sa source à son embouchure, il reçoit l'appoint de plusieurs fontaines à Saint-Lupien et Bercenay, la Pelle à Bourdenay, Sainte-Elisabeth entre Soligny et Fontenay-le-Pierreux, plusieurs sources à Traînel, les Abîmes à Gumery, et plusieurs ruisseaux venant de FontenayBossery pour se jeter dans l'Orvin à Chiennat.

L'Orvin nourrit du brochet et de l'écrevisse.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 123

Sol. — Le sol présente des différences assez marquées. Les bords de l'Orvin, et jusque dans l'enceinte de la ville, sont tourbeux et recouverts d'une couche légère de terre végétale. Ailleurs, c'est de la craie, recouverte tantôt par un détritus crayeux, tantôt par une terre blanche un peu sablonneuse et très-mouvante. On y trouve cependant aussi de la terre grise, rouge et pierreuse, où le chanvre pousse abondamment. Le froment est de bonne qualité, à l'est et au nord-est, tandis que le sud est de préférence ensemencé de seigle. On y récolte aussi l'orge et l'avoine. La vigne, qui tend à disparaître, à cause de son rapport insuffisant, ne fournit pas à la consommation du pays; le peu de vin qu'elle produit est acide et de médiocre qualité.

Productions. — Les plantes qui conviennent le mieux au terroir sont : le trèfle, le sainfoin, la luzerne et la lupuline. La betterave, dont on a introduit la culture depuis quelques années, occupe une partie des terres autrefois consacrées aux chenevières ou couvertes de bois.

On cultive aussi les légumes et les plantes légumineuses, telles que pommes de terre, haricots, lentilles.

Les jardins sont plantés d'arbres fruitiers ordinaires; la pêche et l'abricot y sont peu répandus. Les noyers étaient en grand nombre; mais le rigoureux hiver de 1879-1880 les a presque tous détruits.

On trouve aussi des ormes, des peupliers, des saules, des aunes et des plants d'osier.

L'herbe des prés est fort médiocre ; on y supplée par des prairies artificielles.

Etendue. — Ces divers produits sont disséminés sur une surface de 1954 hectares 88 ares 63 centiares, dont environ 48 hectares en prés et 11 hectares en bois.

Chemins. — Cette étendue de terrain est sillonnée par un grand nombre de chemins, dont les principaux sont :


124 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1" La route départementale deNogent-sur-Seine à Sens; 2° Le chemin de Traînel à Romilly-sur-Seine, par Bouy; 3° Le chemin de Traînel à Bray-sur-Seine, par FontaineFourches; 4° Le chemin de Mâcon ;

5° Le chemin de Soligny-les-Etangs, par le Courlillot ; 6° Le chemin de Gumery ; 7° Le chemin de Cercy ; 8° Le chemin de Beauvais, etc.

Ces divers chemins s'étendent dans la campagne.

Rues. — Quant au pays proprement dit, on y aborde du côté de Nogent par le faubourg Saint-Gervais, à l'extrémité duquel se bifurquent deux rues parallèles : celle des Tisserands, ou Rue-Haute, et celle du Vieux-Chatel. A la suite et en tournant est la grande rue Saint-Antoine, prolongée par le faubourg de Sens ou de la Trinité. Parmi les rues transversales, la rue de la Poterne est la plus importante.

Aspect général. — Les maisons sont groupées entre les anciens fossés et la rivière d'Orvin; elles forment ce qu'on appelle encore aujourd'hui la ville. La section de la Borde, séparée de la ville par la route de Sens, compose une population à part, où dominent les cultivateurs et les vignerons.

Les seuls écarts de Traînel sont : la ferme du Courtillot, sur le chemin de Soligny, et le moulin de Besmont, à droite du chemin de Bray.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 125

CHAPITRE II. ARCHÉOLOGIE.

Cimetière romain. — Voies romaines. — Chemins anciens. — Hameaux, métairies disparus. — Eglises. — Château. — Remparts. — Galeries souterraines. — Noms anciens. — Hypothèse assez probable sur l'un d'eux.

Traînel remonte à une haute antiquité, puisqu'au temps des Romains il avait déjà un cimetière et au moins une grande route.

Le cimetière était situé à l'est du pays, à l'angle du chemin de Mâcon et du chemin des Ormeaux, non loin de l'église actuelle de Saint-Gervais, au lieu appelé encore aujourd'hui : La Croix-Blanche. Des travaux de terrassement, dernièrement exécutés pour le nouveau chemin de Mâcon, ont mis à découvert des ossements et des cercueils en pierre tendre. La pioche indifférente des ouvriers a presque tout brisé ; aucune trouvaille importante n'a compensé ces mutilations.

C'est à tort qu'on a donné une semblable antiquité 1 au cimetière de la Croix de Meurtrat, jadis (1644) Martroy ou Meurtroy, situé au nord-ouest de la ville. Il ne remonte qu'à l'époque des guerres de religion. Les victimes des luttes sanglantes livrées alors au pied du château furent ensevelies sur le lieu même du combat. Aussi a-t-on trouvé pêle-mêle des éperons, des fers à cheval avec des ossements humains. Il ne paraît pas qu'il se soit jamais fait d'autre inhumation.

Voies romaines. — L'existence de deux voies romaines à Traînel ne souffre aucune contradiction. La première est

D'Arbois de Jubainville, Répertoire archéologique.


126 HISTOIRE DE TRAÎNEL

tracée sur la carte de Cassini, et porte le nom de Chemin de Traînel. Elle sortait de Troyes par les Noës, passait à la Grange-Lévêque, Prunay-Belleville, Avon-la-Pèze, Fay, Charmoy, Soligny et Bouy. C'est l'itinéraire que suivit saint Bernard, en se rendant au concile d'Etampes. En entrant sur le territoire de Traînel, à l'est, cette voie prenait le nom de Chemin de Troyes, et en le quittant, à l'ouest, celui d'ancien Chemin de Bray.

L'autre voie romaine était celle de Reims à Orléans, par Pont-sur-Seine, qu'elle quittait en s'avançant entre le bois de ce pays et celui du Tillet, de là elle passait l'Ardusson sur un pont de pierre à Coquelin, hameau de Saint-Aubin, et montait vers Fontaine-Mâcon, Traînel et Sens 1.

Chemins anciens. — Nous trouvons au moyen-âge les noms de deux chemins qui n'existent plus ou se sont transformés : l'un s'appelait Rancoi; c'est peut-être le Ronçoy d'aujourd'hui. L'autre se nommait Quarrangie 2; nous ne trouvons rien qui s'en rapproche dans la liste des chemins actuels.

Hameaux anciens. — Deux hameaux, dépendant autrefois de Traînel, ont également disparu, ainsi que plusieurs métairies. L'un s'appelait Vaulreignier, dans la contrée qui porte encore ce nom, à l'ouest du territoire; il ne devait pas être bien important. L'autre s'appelait La Godinière ou Godivière, à l'extrémité orientale du territoire. La tradition rapporte qu'il comprenait environ 75 familles. Le soc de la charrue rencontre encore souvent quelques fondations de maisons.

1 Congrès archéologique de Troyes en 1853, p. 80. — Mémoires de l'Académie de l'Aube, année 1862, p. 49 et 87.

» Charte de Dreux de Traînel, en 1250; Cart. du Paraclet, f. 120, v°, apud Lalore, p. 226.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 127

Métairies anciennes. — Les métairies dont il ne reste que le souvenir sont celles de Beauvais, de Sailly, de Rosay ou Rosoy et l'Aunoy. Tous ces noms sont désignés dans Y Estat sommaire du bailliage de Troyes, dressé en 1543 1.

Eglises. — Il est encore un monument, dont la population regrettera longtemps la disparition : c'est l'église Notre-Dame avec son clocher. Nous en parlerons plus loin, ainsi que de l'église Saint-Gervais. Toutes deux remontaient au XIe siècle.

La chapelle prieurale de La Madeleine existe toujours; mais elle est convertie en grange et n'offre aucun caractère architectural. Elle est du XVIe siècle.

Château ancien. — Ce qui ne peut être passé sous silence, c'est ce qui reste des dépendances de l'ancien château. Celui-ci a disparu; mais la ferme conserve encore avec le pigeonnier une grange immense, dont les murs, les arcs-boutants formant voûte sont très remarquables. Elle est dominée par une butte de 20 mètres de haut, 16 de diamètre et environ 36 à la base. On l'appelle le Puy du Guet. C'était le point de départ de terrassements et de fossés, qui formaient défense du côté de l'ouest et du nord. Ces débris des anciennes fortifications tendent chaque jour à disparaître devant les bâtiments nouveaux qui agrandissent les propriétés voisines, grâce à la facilité avec laquelle tout habitant peut retirer de cette mine abondante les matériaux nécessaires à ses constructions.

Nous parlerons au 1er chapitre de la 4e partie des divers travaux élevés par les seigneurs pour fortifier leur demeure.

Galeries souterraines. — Le château de Traînel n'était

1 Pierre Pithou : Les Coustumes du Bailliage de Troyes, 1628, p. 630.


428 HISTOIRE DE TRAÎNEL

pas seulement préservé par des ouvrages extérieurs ; il offrait encore une retraite à ses défenseurs par de longues galeries souterraines qui aboutissaient à la campagne. On a prétendu que ces souterrains se prolongeaient jusqu'à Gumery; nous n'avons pu vérifier le fait. Ce qui est certain, c'est que la rue Haute et la rue des Tisserands sont sillonnées d'excavations profondes, qui toutes ont leur point de départ à l'emplacement de l'ancien château. Divers éboulements çà et là en rendent le parcours difficile, quelquefois même impossible.

Noms anciens. — Nous terminerons ce chapitre des antiquités de Traînel par la liste des anciens noms du pays, d'après les chartes et les vieux écrits.

Son nom actuel existait déjà en 1140; puis il avarié selon les temps et les rédacteurs de chartes qui l'employaient.

Triangulum : 1107. Triagnel : 1127. Traînel : 1140. Triagnium : 1144. Triangnellum : 1145. Triagnellum : 1147. Triannel : 1151. Tizanellum : 1170. Triaignellum : 1171. Triennulum : 1172. Trianglerum : 1174. Trianelium : 1192. Triagnum : 1194. Treignel : 1196.

Tregnel : 1205.

Triaignel, Trieignel, Triangnel : 1222

Trainellum : 1234.

Triennel : 1243.

Trynel : 1268.

Tabella Trianguli : 1278.

Triaigneau : 1291.

Treigneil : 1332.

Traynel : 1350.

Treinnel : 1418.

Treyoel : 1423.

Trinel : XVIe siècle.

Tresnel : XVIIe siècle.

Tringnel : 1675.

Quoi qu'il en soit de ces variantes, l'étymologie véritable est Triangulum soit parce qu'en effet la ville de Traînel avait trois portes (celles de Troyes, de Bray et de Sens), placées en triangle, soit parce que le territoire lui-même affecte cette figure.

Hypothèse probable. — Personne, que nous sachions, ne s'est occupé jusqu'ici d'expliquer le nom latin Tabula


HISTOIRE DE TRAÎNEL 129

Trianguli, S. Gervasius e stabulis, ni le nom français qui sert de traduction : S. Gervais des Tables, donné dans plusieurs documents à l'église paroissiale. Il nous semble qu'en l'une et l'autre langue, il y a altération de mots. Tabula est mis pour stabida, et S. Gervais des Tables pour S. Gervais des Etables. Un ignorant copiste aura commis cette faute, qui s'est reproduite avec aussi peu de scrupule que de réflexion. Quoi qu'il en soit, le mot stabula, étables, indique assez le genre de constructions qui avoisinait l'église du pays. Elles ont depuis longtemps disparu, laissant l'édifice sacré dans le plus complet isolement.

DEUXIÈME PARTIE.

HISTOIRE ADMINISTRATIVE, ÉCONOMIQUE & MORALE

DE LA COMMUNE

CHAPITRE 1er.

LA COMMUNAUTÉ & LA COMMUNE. § 1er.

Origine de la communauté. — Personnel administratif avant 1800: Prévôts, Baillis, Gardes du scel. — Echevins ou Syndics. — Période révolutionnaire. — Agents municipaux. — Traînel, chef-lieu de canton.

Traînel a la même origine que la plupart des localités où s'élevaient des maisons-fortes. A l'époque des troubles et des guerres, les habitants des campagnes voisines se réfugiaient avec leurs effets dans les châteaux forts pour y être

T. XLVIII. 9


130 HISTOIRE DE TRAÎNEL

en sûreté. Les paysans des environs du château de Traînel, étant justiciables et censitaires du seigneur, y cherchèrent et y trouvèrent un asile dans ces temps malheureux : il était bien naturel que leurs seigneurs les protégeassent.

La longue durée des troubles engagea ces familles à se fixer définitivement auprès de leurs protecteurs. L'emplacement était vaste, bien situé, au bord d'une rivière; ils prirent à accense des terrains pour y bâtir des maisons, et les seigneurs ne se réservèrent que ce qui était absolument nécessaire à l'entretien de leur château. Ils y trouvèrent d'ailleurs de notables avantages; car, outre le revenu de l'accense, ils avaient constamment à leurs ordres des hommes intéressés à la défense du château. Aussi, ne négligèrent-ils rien pour procurer à ces nouveaux habitants les commodités de la vie et pour entretenir leurs sentiments religieux par l'érection de leur chapelle seigneuriale en église paroissiale 1.

Avec le temps s'accrut le nombre de ceux qui voulurent s'assurer une existence tranquille sous la garde du seigneur. Celui-ci se vit bientôt obligé de tracer sur son propre domaine, de l'autre côté de l'Orvin, en face du château et au-dessous, un nouvel emplacement, dont il distribua les portions à titre d'accense, réservant les terrains convenables pour former des rues et des places publiques. Dès lors, l'ancienne et la nouvelle colonie présentèrent un aspect de ville, et le tout fut appelé Ville de Traînel, avec cette différence que les habitants de la première colonie établie dans l'enceinte primitive du château conservèrent jusqu'à la Révolution le titre d' habitants du châtel ou partie d'en haut. Ils étaient d'ailleurs défendus par le château du côté du nord, par des murs et des fossés vers les autres parties, et

4 Inventaire raisonné, etc, appartenant à M. de Burgat.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 131

ils jouissaient d'une sécurité égale à celle du château luimême 1.

Mais cette agglomération d'individus avait-elle dès lors une vie propre, une organisation communale, comme elle en posséda plus tard ? Il est permis d'en douter.

Ce qui est certain, c'est qu'à Traînel, pendant le moyenâge, comme d'ailleurs en plusieurs autres endroits, le seigneur choisissait un habitant de la localité pour exercer la justice sur ses compatriotes, et veiller à leurs intérêts. Quelquefois c'étaient les habitants eux-mêmes qui faisaient ce choix. L'élu portait, selon les circonstances, le nom de Mayeur ou Majeur, de Prévôt dans les châtellenies. Au xvi° siècle, le Prévôt fut remplacé par le Bailli ou Juge en garde, et le Mayeur par le Syndic ou Echevin.

La liste de ces divers fonctionnaires sera nécessairement incomplète, surtout pour les temps anciens. Nous ne parlerons pas des agents subalternes, dont le rôle était peu important. Disons toutefois qu'en 1783, le sergent, sorte de garde-champêtre et commissaire de police, avait un costume particulier. Il était habillé « de drap de Villeneuve, bleu de » roy, avec un chapeau bordé de laine blanche 2.

Prévôts.

1226. — Jean, dont le nom se trouve dans une charte d'Anseau IV 3.

Avant 1250. — Guillaume de Traînel 4.

1 Mémoire pour le marquis de Traînel, manuscrit appartenant & M. de Burgat.

2 Archives municipales.

3 Archives de l'Yonne, H, 775.

4 Cartulaire du Paraclet, f. 120, apud Lalore, p. 226.


132 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1560. Mathieu Dory ».

Nous n'avons pas trouvé d'autres prévôts, quoique le genre de juridiction qu'ils présidaient fût parfaitement en vigueur à Traînel. Pierre Pithou nous apprend que la prévôté de ce pays s'étendait sur les villages de Fay, Bouy-surOrvin, Fourches-Fontaine et le hameau de Coymart, dépendant de cette dernière paroisse, sur les faubourgs de Traînel, dont la partie haute dépendait de la paroisse de Notre-Dame, et le reste, de la paroisse Saint-Gervais, sur les hameaux de Vaulregnier et de la Godivière (Godinière), aujourd'hui détruits, et sur les métairies de Beauvais, le Courteilloy (Courtillot), Sailly, Rosoy et l'Aunoy, appartenant tous à la paroisse Saint-Gervais 2.

Baillis.

Le Bailli, cumulant parfois ses fonctions dans plusieurs bourgs ou seigneuries, ne résidait pas toujours. Mais alors il avait un Lieutenant, qui jouissait des mêmes attributions. Elles se rapprochaient de celles qui sont attribuées aujourd'hui au Procureur, au Juge de paix et au Maire.

1607. — Samuel Legrand, avocat au Parlement, mort en 1616. Sa femme se nommait Marguerite Barbette. L'un de ses aïeux, Mathieu Legrand, sieur du Courtillot, mort en 1554, épousa Charlotte de Marisy. Caumartin 3 lui donne pour armes : « d'azur, à trois fusées d'or, mises en fasce. » La tombe d'un de ses descendants, qu'on voit devant la porte de Saint-Gervais, porte six fusées accolées.

1 Archives municipales de Troyes, AA, 15e c.

2 Pierre Pithou : Les Coustumes du Bailliage de Troyes, 1628, p. 630.

3 Généalogie des Le Grand.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 133

1610, 1639. — Pierre de Rossel, écuyer, seigneur de Cercy, docteur en droit, avocat en Parlement. Il portait : « d'azur à trois tortues d'or, 2 et 1, » avec celte devise : « Festina lentè. » — <rm\>§e epafowî. Au château de Cercy, aujourd'hui démoli, on lisait au-dessus de l'écusson : « Concordia parvoe res crescunt, discordia maximae dilabuntur. l »

1616. — Louis Legrand, licencié ès-lois. Il portait : « de. ... à 6 fuseaux accolés de .. . .2

1633, 1653, 1666. —Pierre Gillotte, licencié ès-lois, avocat en Parlement, conseiller d'Etat et lieutenant criminel en l'Election de Nogent.

1664. — Philippe Chantier, avocat en Parlement dès 1608, bailli-gouverneur.

1690. — Pierre Desplats, avocat en Parlement.

Un de ses homonymes portait : « d'azur à un chevron d'or, accompagné de 3 molettes de même, 2 en chef, 1 en pointe, celle-ci soutenue d'un cornet, aussi d'or, lié et virole d'argent 3. »

1691. — Edme Desplats, avocat en Parlement, licencié ès-lois. Sa femme était N. . . Gillotte.

1695. — J.-B. Drouin, avocat en Parlement.

1701. — Philippe Darmand Lorflin, ancien avocat en Parlement.

1707. — François-Nicolas Vaultier, sieur du Mesnil, avocat en la Cour.

1 Almanach de Sens, 1781.

3 Un des membres de cette famille, Alexandre Legrand, né en 1661, conseiller du roi en 1668, seigneur du Courtillot, devint receveur des consignations au bailliage de Troyes et receveur du grenier à sel. Il mourut à Traînel, et fut inhumé en l'église Notre-Dame, à l'âge de 78 ans, le 12 janvier 1739. Sa femme, Oudette de Rognac» fut aussi inhumée à Notre-Dame le 20 avril 1748.

3 Manuscrit Gontard.


134 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1711. — Claude-Léon Laurenceau, avocat en Parlement.

1724, 1736. — Edme Lemot, conseiller du roi, subdélégué à l'intendance de Paris, pour la ville et l'élection de Nogent.

1750. — Michel Lefebure, conseiller du roi, juge ordinaire civil et criminel de la ville et bailliage de Traînel.

1762, 1764. — Claude-Henri Laurenceau, seigneur de Reuvre, avocat en Parlement, conseiller du roi en l'élection de Nogent.

Il portait, comme son parent, Claude Léon, cité plus haut : « d'or, à un massacre de cerf de gueules, surmonté d'une étoile et accosté en pointe de 2 étoiles de même 1. »

1765, 1770. — J.-B. Maget, avocat en Parlement, juge ordinaire de police et notaire royal, inhumé à 62 ans, le 20 mars 1791.

1783, 1787. — Edme-Hippolyte Hurant, avocat en Parlement, juge ordinaire civil, criminel et de police du bailliage de Traînel.

C'est sous son administration que, le roi ayant fixé au 5 mai 1789 la convocation des Etats-généraux, chaque siège de justice envoya ses députés à l'assemblée bailliagère. On nomma ensuite 24 commissaires pour réduire en un seul tous les cahiers de plaintes, doléances et remontrances. Léger, notaire à Traînel, fut du nombre de ces 24 commissaires 2.

Gardes du Scel.

1475. — Jehan Ancelot, chanoine de la Trinité et garde du scel.

1484, 1495. — Jehan Thomas de Belleville, seigneur de Thorigny, capitaine, garde du scel de la prévôté de

1 D'Hozier.

3 Boutiot : Histoire de Troyes, t. IV, p. 642, note.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 135

Traînel. Il a laissé à Notre-Dame une rente annuelle de 2 sols 6 deniers pour une messe par an.

1489, 1498. — Jehan Merlin et Guillaume Lelieurre, clercs, notaires jurés, gardes du scel.

1521. — Jehan Tixerant.

1531. — Martin des Roches.

1548. — Thomas Janson, lieutenant au bailliage et garde-scel de la prévôté.

Echevins ou Syndics.

Le syndic était élu annuellement à Traînel. Il veillait aux intérêts de la communauté; il plaidait pour ses droits devant le bailli et le procureur fiscal ; il distribuait les charges qui pesaient sur les habitants; il levait les subsides militaires et pourvoyait au logement des hommes de guerre.

Avant 1680. — Philippe Carié, échevin ou syndic.

1693, 1708. — Jacques Leclerc.

1720. — Antoine Andouillé.

1730. — Claude Laurent.

1733. — Jean Lucquin.

1755. — Jean Dru, marié à Marguerite Maget. Il porte aussi le nom de Maire.

1761. — Marc Lalliat.

1771. — Antoine Péry, qui porte aussi le nom de Maire.

1777. — Jean Person.

Période révolutionnaire. — Agents municipaux.

La révolution de 1789 inaugure un nouvel ordre de choses. L'ancienne communauté prit le nom de Commune. Le syndic fit place à l'agent municipal, puis au maire, et durant la période qui s'écoula depuis 1789 jusqu'en 1800, l'administration de la commune passa en plusieurs mains.


136 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1790, 14 février. — J.-B. Maget, élu maire pour deux ans, est presque aussitôt nommé juge de paix.

1790, 2 avril. — Les incendies deviennent fréquents à Traînel.

La municipalité ordonne aux habitants de tenir devant leurs portes des tonneaux pleins d'eau, sous peine de 10 liv. d'amende.

Il est également défendu de tirer avec des armes à feu dans les rues, cours et jardins.

1790, 6 mai. —Tous les hommes et garçons, depuis 16 ans jusqu'à 50 ans, seront réputés troupes nationales, et l'on formera une compagnie de 20 soldats au moins, composée de volontaires. Traînel se réunira à l'Union, formée entre toutes les municipalités de l'Aube 1.

1790, 24 nov. — 1791, 27 nov. — 1792, 8 juin. — Etienne Laurent, marchand à La Borde, est nommé maire.

1792, Décembre. — Louis Robillard, notaire, maire.

1793. — Claude Andouillé, maire.

1793, 15 avril. — Distribution de piques aux citoyens de Traînel.

1793, juin. — Louis Robillard, maire.

1793, 13 octobre. — M. Pierre Baudoire, curé de SaintGervais, est arrêté dans son presbytère, et conduit à la maison d'arrêt de Nogent, puis relâché.

1793, 18 octobre. —Mandat d'arrêt contre M. Louis Robillard, maire.

An II, 12 frimaire (2 décembre 1793). — En vertu de l'arrêté de Rousselin, commissaire civil pour le département de l'Aube, en date du 28 du mois dernier, les églises de Traînel sont fermées ; on dresse inventaire des objets renfermés dans Saint-Gervais et Notre-Dame, et le 18 fri—

4 Archives municipales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 137

maire (8 décembre) on fait descendre les cloches par JeanClaude Pléau, charron, moyennant 60 liv.

An II, 6 pluviôse (25 janvier 1794). — M. Baudoire, qui avait jusque-là continué à enregistrer les actes civils et religieux, donne sa démission d'officier public; il est remplacé par M. Robillard.

An II, 28 pluviôse (16 février 1794). — Verte semonce adressée au citoyen agent national de Traînel par l'agent national du district de Nogent-sur-Seine. Il est difficile de résister au plaisir de reproduire au moins le commencement de cette pièce intéressante, dont nous respectons l'orthographe :

« Quoy! citoyen, tu dors tandis que nos ennemis veille,

» la république ta placé dans ta commune pour requérir

» lexécution des loix, pour surveiller et dénoncer les fonc»

fonc» publiques négligens. Cependant les officiers

» municipaux de ta commune sont coupables aux yeux de

» la loi d'une négligence criminele que tu n'as pas dénon»

dénon» et dont tu t'es rendu complice par ton silence, d'a»

d'a» lequel on pourroit te juger peu capable de remplir

» les fonctions sublimes qui te sont confiez. Tandis que de

» toutes parts les communes de toute la République ont

» amené avec enthouziasme leur cloches pour être con»

con» en canons destinés à lancer la foudre qui doit ex»

ex» nos ennemis, tandis que tous les Français ont

» offert à la République les métaux d'or, d'argent, de cui»

cui» de fert, de plomb et d'étain qu'ils avoient dans tous

» leurs édifices publiques, que leur seule crainte a été d'être

» devancés par leurs fraires, cependant ta commune insen»

insen» aux besoins de la patrie conserve ses cloches et ses

» vases d'or, d'argent, ses meubles et effets de cuivre, ses

» ferts, ses plombs, etc., prétend elle sisoler de toutes les

» communes qui composent la République, nestce pas pour

» elle comme pour toutes les autres que les Français se sont


138 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» levés, ont marché à l'ennemi, versent leur sang pour » assurer, consolider le règne de la liberté, de légalité et » empêcher de revenir celui du despotisme exercé par vos » tyrans qui même en temps de paix succoit le peuple pour » fournir au luxe scandaleux d'une cour nombreuse, pour » les financiers qui vous opprimoient sous le prétexte de » distribuer des denrées, etc. l »

Cette chaude éloquence fut mal récompensée, car vases sacrés et cloches sonores sont encore à Traînel.

An III, 20 fructidor (6 sept. 1795). — Le bureau de la municipalité accepte la Constitution. Il est composé de L. Robillard, président; Edme-François Levesque, secrétaire; Martin Champenois; Fayolle, et Claude Ledoux 2.

An IV. — Martin Champenois, président, fait fonction de maire.

An VII. — L. Robillard, président.

Traînel, chef-lieu de canton. — La ville de Traînel était devenue chef-lieu de canton. La loi du 22 décembre 1789 avait supprimé les anciennes provinces et divisé la France en départements. Chaque département fut à son tour subdivisé en districts, cantons et communes ; mais les lettres-patentes du roi ne furent promulguées que le 16 mars 1790 pour le département de l'Aube. Le 1er mai suivant, les commissaires du département procédaient à la division territoriale.

L'article 2 assignait Traînel au département de l'Aube et déterminait les communes qui formaient son canton :

« La municipalité de Traînel, ensemble les faubourgs, » fermes ou hameaux en dépendant, suivant la carte arrêtée

1 Archives municipales. 3 Archives communales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 139

» par MM. les Députés de l'Assemblée nationale à nous

» envoyée, avec le procès-verbal de division, est annexée

» au département de l'Aube, au district de Nogent-sur»

Nogent-sur» et au canton de Traînel. »

Le canton de Traînel, 6e du district de Nogent, comprenait huit communes : Traînel, La Louptière, Le PlessisGâtebled, Courceroy, Gumery, Fontenay-Bossery, Bouy et Soligny, formant en tout 502 citoyens actifs, dont 218 pour pour Traînel 1. La Motte-Tilly lui fut plus tard adjointe sous le nom de Mottelle-sur-Seine.

On sait que les cantons alors institués ne durèrent pas longtemps. Supprimés le 24 juin 1793, puis rétablis par la Constitution du 5 fructidor an m (22 août 1795), ils reçurent une nouvelle délimitation par la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), pour devenir ce qu'ils sont aujourd'hui depuis le 22 juin 1833.

Pendant le court espace de son importance administrative, Traînel se servait d'un cachet spécial, portant ces mots : municipalité. Administration du canton de Traînel. Nous l'avons vu dans la famille de l'un des maires de cette époque.

Les esprits étaient alors agités par des courants politiques aussi fréquents que variables. Aussi les membres de la municipalité n'exerçaient-ils pas longtemps leurs fonctions. On les invitait alors à remettre à leurs successeurs les registres, lois et papiers de la municipalité (11 frimaire an iv) et à rendre l'écharpe tricolore. C'est ce qui explique d'une part les lacunes des archives municipales, chaque fonctionnaire n'ayant pas toujours rendu scrupuleusement les pièces officielles, dont on trouve encore aujourd'hui des spécimens dans plusieurs familles; d'autre part, des dépenses au moins

1 Bibl. de Nogent-sur-Seine. Procès-verbal des séances de l'assemblée administrative de l'Aube.


140 HISTOIRE DE TRAÎNEL

inutiles. Ainsi, le 15 août 1792, on affectait une somme de 112 liv. à l'achat de 7 écharpes pour le service de la municipalité 1.

Maires depuis 1800.

An VIII, 20 prairial (9 juin 1800). — Installation de Claude Andouillé, en qualité de maire.

Andouillé exerce encore ces fonctions l'an XII, et meurt le 9 février 1804.

1813, 1er mai. —Lévesque-Pochinot, Edme-François. 1816, 6 juin. — Adine, Louis-Nicolas-Victor, notaire. 1820. — Lévesque-Pochinot. 1823. — Id.

1826, 16 février. — Lévesque-Pochinot. 1830. — Pinguet-Rabiat, Nicolas-Marie. 1835, 28 février. — Id.

1835, 18 avril. — Griffon, Jean-Louis. 1837. — Pinguet-Rabiat. 1840, 9 août à 1846. — Pinguet-Rabiat. 1848, 21 août ; 1852. — Girbe, Eléonore. 1855 à 1865.— Id.

1865, 31 août au 23 décembre 1869. — Tisserant, Etienne-Abélard.

1871. — Garnier, Hector, maire provisoire.

1874, 9 mars. — Lauxerrois, Auguste.

1876, 8 octobre; 1881, 23 janvier. — Charonnat, Jules

4 Archives communales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 141

§ 2. — Vie administrative et industrielle.

Voirie. — Portes. — Ponts et Fontaines. — Lavoir public. — Impôts, Contributions et charges diverses. — Garde nationale. — Poste. — Télégraphe. — Caisse d'épargne.

Foires et marchés. — Ancienne mesure de Traînel pour les grains et les terrains. — Moulins. — Tuilerie. — Raperie.

Voirie. — Nous connaissons les hommes; voyons leurs actes. Une des premières sollicitudes d'administrateurs intelligents, c'est de faciliter les relations sociales ou commerciales par le bon entretien des chemins. Bien que nous manquions de renseignements précis dans les temps anciens, les notes du commencement du XVIIIe siècle accusent un état de choses qui n'était pas nouveau. Nous les copions simplement :

1707. — Permis d'abattre un pan de mur à la porte de Bray, et de refaire le pavage.

1708. — Pavage de la chaussée qui conduit de la Poterne au faubourg Saint-Gervais : 78 toises, à raison de 20 sous la toise.

1770, 8 juin.— Mémoires pour la reconstruction du chemin du faubourg de Troyes : 524 liv. 17 s. 6 d.

1787, 26 décembre. — Pour réparer les rues de la Borde, devenues impraticables, on décide que le syndic fera ramasser des cailloux en quantité suffisante, à raison de 10 sous par tombereau, attelé de 3 chevaux et voiture au même prix. Les hommes de journée pour charger ces cailloux seront payés, en hiver, à raison de 12 sous par jour, et au mois d'avril, 20 sous.

1789, 8 novembre. — Recharge des rues de la Borde. Les cailloux employés sont payés 6 sols la tombelrée.

On demande à M. Terray, seigneur du pays, deux toises de pierres pour raccommoder le pavé de la porte de Sens.

1791, 17 avril. — Assemblée de la municipalité pour le


142 HISTOIRE DE TRAÎNEL

rétablissement des chemins et ponts des pâtures.. Estimation : 75 liv.

1791. — Reconstruction du pavé du faubourg de Sens : 96 liv. 9 sols.

1791, 2 novembre. — Les ouvriers, occupés au pavage de la ville, sont, à la requête de M. Terray, arrêtés dans leurs travaux, sous l'inculpation de prendre des pierres dans les murs de la ville, appartenant au seigneur 1.

An VI, 10 messidor. — Il est fait aux rues de Traînel des réparations pour environ 1,200 liv.

Les rues principales étaient toutes pavées avec des pierres étroites et pointues, comme il en reste encore au faubourg de la Trinité et dans la rue du Marché-aux-Chevaux. Depuis quelques années, les rues ont été dépavées, et l'on y a établi le système du macadam.

Portes. — Ces diverses rues aboutissaient à trois portes, aujourd'hui supprimées, et qui, le soir, se fermaient par des chaînes de fer. La porte de Bray, contiguë à la ferme dite du Château, terminait la rue des Tisserands. La porte de Sens s'élevait auprès du pont du même nom, restauré et élargi en 1880. La porte de Troyes était à l'angle du chemin qui continue le pont des Ruelles et conduit à Gumery ou à la route de Nogent. Indépendamment de ces portes principales, il y avait encore de fausses portes, telles que celles du Moulin et de la Poterne. Aujourd'hui tout est démoli.

Ponts, Puits et Fontaines. — Huit ponts sont jetés sur l'Orvin, dans l'intérieur de la ville; nous les indiquons par ordre, en suivant le cours de la rivière. C'est d'abord le pont Saint-Gervais, reconstruit en 1778 et dans ces der1

der1 plus loin, 4e partie, ch. 1er, § 2.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 143

nières années ; le pont de la Poterne, le pont des Ruelles, refait en 1706; le pont du Moulin, reconstruit et élargi en 1881, ainsi que le pont de Sens, reconstruit en 1785 et élargi en 1879; le pont aux Oignons et le pont du Foulon.

Le bras de l'Orvin qui se détache au-dessous du pont Saint-Gervais passe sous plusieurs arches ou ponts : l'arche à Claude Guyot ou Diot, près de la ruelle aux Loups, reconstruite en 1789, moyennant 200 liv.; le Bâtardeau, l'arche Beaulieu, l'arche du Saussoy, reconstruite l'an vu, moyennant 500 liv., etc.

La municipalité n'oubliait pas non plus les puits et Fontaines, et les surmontait d'un petit édicule. Citons le puits Bellus ou Besluce, dans la Basse-Borde, réparé en 1771, ainsi que le puits Dufour; le puits de la rue du Jeu-dePaume, reconstruit en 1791 ; le puits Maugourt, la fontaine Pouilleuse, auprès du pont de Sens et la fontaine dite à M. le Curé, derrière le presbytère.

Lavoir public. — Ce n'est qu'à l'assemblée du 3 avril 1752 que les habitants décidèrent la construction d'un lavoir public sur le ruisseau qui avoisine le moulin. Le travail devait coûter 98 liv., et, séance tenante, on détermina le tribut qui devait en être retiré. Chaque personne, habitant Traînel, qui y lavera la lessive, paiera 6 deniers; ceux de la banlieue donneront un sol. Les bouchers et blanchisseurs paieront à proportion. Les planches seront fournies par celui qui louera le lavoir ou qui le régira au nom de la commune. Les habitants du lieu auront la préférence sur les étrangers.

En 1789, le lavoir public demande des réparations, et, le 8 novembre, on décide de le couvrir.

An II, 14 fructidor (31 août 1794). — Une délibération de ce jour décrète la réparation et la reconstruction du lavoir public. « Le bassin aura 18 pieds de long sur 6 de


144 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» large et 18 pouces de profondeur. Il sera piqué des pieux » à distance de 3 pouces l'un de l'autre des deux côtés de » la longueur, pour soutenir les terres, formant fascine, » qui sera garnie de cailloux et moellons, etc. »

Les choses restent en cet état jusqu'en février 1846, où l'on s'occupa d'une nouvelle construction, dont le devis monta à 1,749 fr. 63. 1

On dit qu'à cette époque disparut une source d'eau chaude, qui alimentait le lavoir, et l'on explique ce phénomène par les travaux de terrassement que fit exécuter le propriétaire du moulin, pour donner plus de profondeur au lit de la rivière, en aval du moulin.

Ce lavoir est mal placé, d'un accès difficile, et par suite peu fréquenté.

Impositions, Contributions, Charges diverses. — Outre les redevances seigneuriales, Traînel fut encore plusieurs fois obligé de contribuer aux charges générales ou particulières. Nous ne pouvons en faire un relevé complet, les documents faisant défaut.

Chacun sait combien le règne d'Henri III fut fécond en guerres civiles ; on comprend qu'il lui fallait de nombreux soldats et de l'argent pour les entretenir. Aussi, en juillet 1586, il fit lever sur les villes du royaume la somme de 516,800 écus, pour l'entretien, pendant quatre mois, de 27 cornettes de reîtres ou 8,100 hommes et 20 enseignes de suisses ou 6,000 hommes. Les 19 villes closes du bailliage de Troyes, au nombre desquelles était Traînel, furent chargées de 13,510 écus. La somme à payer, dont nous ignorons le chiffre, dut cependant être assez importante 2. Tandis que, sous XIV, la seigneurie de Traînel payait de

1 Archives municipales.

2 Boutiot : Histoire de Troyes, t. IV, p. 148.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 145

lourds impôts pour alimenter la caisse royale, épuisée par les frais de guerre, les habitants supportaient des charges d'un autre genre. En 1694, à cause du droit d'usage, sur 30 arpents de pâture en une pièce, 22 arpents d'autre part et 6 quartiers d'ailleurs, estimés 133 liv. 15 s. à 50 sols l'arpent, ils durent payer pour le nouvel acquêt et pour 17 ans 1/2 de jouissance la somme de 117 liv. 7 d. 1

Le passage des troupes était aussi une charge pour le pays; mais il est juste de dire u'il était parfois indemnisé de ses dépenses. Ainsi, en 771, le syndic paya aux abitants 0 iv. so .

Mais 'est surtout pendant la période révolutionnaire que les charges furent et plus fréquentes et plus lourdes. Il fallait à la fois pourvoir aux approvisionnements du marché de ogent et aux réquisitions pour 'armée du hin et oselle. Pour ce qui est du preier chef, la commune de raînel avait demandé à fournir 'abord son marché avant de penser à celui de ogent. Mais le frimaire an IV 30 novembre 795), elle fut rappelée à 'ordre et dut conduire sans retard pour sa quote-part 5 boisseaux de froment, 5 de seigle, 20 d'orge et 20 d'avoine.

Deux jours après, les cultivateurs du district de Nogent ayant réclamé sur la levée réquisitionnaire de 200 chevaux, 50 voitures, 50 charretiers pour le transport des fourrages, après la rentrée des grains et la mise en meule des foins, le Comité du Salut public consentit à une réduction et fixa pour le canton de Traînel le nombre de 19 chevaux, 4 voitures et 4 charretiers, ainsi répartis :

1 Archives communales. 2 Archives communales.

T. XLVIII 10


146 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Chevaux Voitures Charretiers

Traînel 6 1 1

Bouy 2 » »

LaMottelle-sur-Seine 1 » »

Fontenay-Bossery. 1 » »

Gumery 3 1 1

La Louptière 2 1 1

Plessis-Gatebled.... 1 1 1

Soligny 3 » »

Le 29 nivôse suivant (19 janvier 1796), le chiffre était élevé à 20 chevaux, 5 voitures et 5 charretiers pour l'armée du Rhin et Moselle, pendant 3 mois 1. Le lendemain, l'agent municipal recevait 10 rôles pour l'emprunt forcé 2 à Traînel, s'élevant au chiffre total de 18,670 fr.

Ce n'était qu'un avant-goût. Le mois suivant, une délibération du département de l'Aube portait que le canton de Traînel paierait pour l'impôt forcé la somme de 65,100 liv.

La même année, an IV, 12 frimaire (3 décembre 1795), on faisait une réquisition de paille à fournir au magasin militaire du district de Nogent, moyennant paiement toutefois. Traînel était taxé à 1600 quintaux; Bouy, 600; LaMot4

LaMot4 municipales.

a On sait que c'était un expédient inventé par le Directoire pour échapper à la banqueroute. Les assignats étaient tombés en telle défaveur qu'un louis d'or de 24 fr. était représenté par deux à trois mille fr. de la monnaie officielle. Les impôts n'étant payés qu'en ce papier sans valeur, le gouvernement établit sur les classes riches un impôt forcé payable en numéraire et en assignats réduits à leur valeur réelle. En même temps on décréta que les autres impôts seraient payés partie en numéraire, partie en assignats réduits au 10a de leur valeur nominale. Ces moyens n'ayant réussi que très imparfaitement, les assignats dont la masse s'élevait à 45 milliards furent remplacés par une nouvelle monnaie de papier, les mandats territoriaux, qui, à leur tour, passèrent en quelques mois, et l'on revint au cours de l'argent ordinaire.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 147

lelle-sur-Seine, 500; Fontenay-Bossery, 850; Gumery, 1,300; La Louptière, 1,100; Le Plessis-Gâtebled, 500; Soligny 1,000. Total pour le canton : 7,450 quintaux.

Contributions.— L'an VIII, 25 nivôse (15 janvier 1800), le montant des contributions pour le canton de Traînel était ainsi réparti :

Foncière Personnelle Total

Traînel 12,168 70 1,195 26 13,363 96

Bouy-sur-Orvin.. 1,606 71 115 80 1,723 51

Courceroy 3,209 84 236 46 3,446 30

Fontenay-Bossery 3,599 91 86 64 3,684 55

Gumery 5,395 96 325 86 5,72182

La Louptière... 3,797 08 455 17 4,252 35

Plessis-Gatebled. 1,717 93 182 83 1,900 76

Soligny. 4,423 67 316 52 4,740 19

TOTAL.... 35,919 80 2,912 54 38,832 34

Il est vrai de dire qu'un arrêté du 28 prairial, an v, accordait des remises aux communes, sur la portion des droits de patentes accordées par la loi du 6 fructidor dernier. Les droits du 10e des patentes sur la commune de Traînel étaient de 8 fr. 10 sous en argent et 1,422 fr. 62 c. en mandats, que le receveur de la commune devait percevoir.

Pour la Louptière : 0,54 centimes en argent et 52 fr. 05 en mandats.

Pour Fontenay-Bossery : 2 sous en argent et 19 fr. en mandats.

Pour Courceroy : 3 fr. 4 sous.

En 1882, le chiffre de la contribution foncière de Traînel, de la contribution personnelle des portes et fenêtres, monte à 19,196 fr. 46 c.

Mais les lourdes charges de la commune ne paraissaient pas grandement affecter certains fonctionnaires. Le 19 nivôse, an V (8 janvier 1797), il était fait des observations et


148 HISTOIRE DE TRAINEL

protestations contre la gestion des revenus, présentée par L. Robillard, ex-maire, qui se serait montré peu délicat, quoique notaire. « La municipalité et la garde nationale se » payaient aux frais des habitants, à l'occasion des fêtes » patriotiques ou du tirage de la milice, des petites conso» lations en pain, vin ordinaire, vins fins, .anguille, rôtis, » fricassées de veau, harengs à l'huile, ragoûts, poulets, » salade, fromage et eau-de-vie, » tantôt pour 107 liv. 3 sous, tantôt pour 80 liv. 10 sous ; d'autres fois seulement pour 20 liv. 10 sous et pour 44 liv. MM. les dragons s'en payaient pour 70 liv., et quand ils avaient la.compagnie de la municipalité, c'était 113 liv. 3 sols.

« Plus, lesdits rendants (maire, officiers municipaux, tré» sorier) s'adjugent la somme de 200 liv. pour leur peine » et salaire, ce qui semble ne pouvoir être admis par la » commission d'examen, l'honorable place qu'ils ont occu» pée les ayant suffisamment désintéressés l. »

Nous parlerons, dans un chapitre spécial, des charges qu'entraînèrent à leur suite les invasions de 1814 et de 1871.

Garde nationale. — L'institution de la garde nationale, dont on a fait honneur à la Révolution de 1789, n'est, en réalité, que la continuation des milices bourgeoises et communales, qui remontent au XVe siècle. La loi du 14 octobre 1791 a réglementé la matière et donné une nouvelle organisation à cette partie de la force publique.

Dès 1790, la ville de Traînel essaie de composer une garde nationale, en prenant tous les hommes depuis l'âge de seize ans jusqu'à cinquante ans. Chaque compagnie devait être composée de 20 soldats, et, pour grossir les rangs, elle y fit entrer un chanoine de la Trinité, J.-B.-Antoine

1 Archives municipales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 149

Maget. Malgré cette recrue, le contingent ne s'éleva qu'à 19 hommes.

L'année suivante, M. Maget a disparu de la liste, et 174 inscrits sont répartis en trois compagnies formant un seul corps, en vertu d'une délibération municipale du 26 juin 1791. On distinguait : 1° la compagnie des Tournelles ; 2° la compagnie de la Tour-Berlot ; 3° la compagnie de la Porte-de-Sens, composées d'hommes faits. Une quatrième compagnie, composée de garçons au-dessus de dixhuit ans, était désignée sous la dénomination de chasseurs 1.

Quand parut la loi du 14 octobre 1791, avec une lettre du Ministre de l'Intérieur, du 28 février 1792 aux Directoires de département du royaume, et une lettre d'avis du Directoire du district de Nogent, trois compagnies étaient complètement organisées et en état de service. Elles étaient ainsi composées : première compagnie de 71 hommes, de Traînel ; deuxième compagnie de nombre égal, du même bourg; troisième compagnie de 59 hommes, aussi de Traînel. Plus une compagnie de 71 hommes, dont 58 de Courceroy et 13 de Cercy. Le commandant en chef était L. Robillard, qui, l'année suivante, 19 juin 1793, fut remplacé par Louis Boudier.

La garde nationale, réglementée par les lois du 22 mars 1831 et du 13 juin 1851, a disparu sous l'Empire.

Aujourd'hui, les seuls citoyens armés appartiennent au corps des pompiers. Nous renvoyons au chapitre III, § 5, ce que nous pouvons dire à ce sujet.

Poste et télégraphe. — Nous ne savons à quelle époque précise remonte l'établissement d'un messager à pied. Ce n'est qu'en 1779 que nous voyons cet employé, si nécessaire, devenir l'objet d'une mesure administrative. On fixe

1 Archives municipales.


150 HISTOIRE DE TRAÎNEL

alors son salaire à 50 liv. par an, plus un sol pour chaque lettre ou paquet de papiers publics ou privés. Il se rendait à Nogent le lundi et le jeudi de chaque semaine ; il partait le matin et devait rentrer à midi. En dehors de ces courses et commissions officielles, tout habitant qui recourait à ses services devait lui donner 20 sous par voyage.

Ce n'est qu'en 1842 que, par délibération du 26 juin, la municipalité demanda la création d'un bureau de poste à Traînel.

Le télégraphe a été installé à Traînel en septembre 1867, dans les dépendances de la mairie. Le service fut réuni à celui de la poste le 1er novembre 1877.

Caisse d'épargne. — Une succursale de la Caisse d'épargne de Nogent a été établie, à Traînel, en 1876. Elle reçoit les dépôts tous les dimanches, de midi à une heure et demie. Une Caisse d'épargne postale fonctionne également depuis 1882.

Foires. — Nous ne voyons pas que Traînel ait eu des foires avant la fin du siècle dernier. Un arrêté départemental du 1er messidor an VI (19 juin 1798), les décrète en principe ; elles ne sont définitivement établies qu'après l'arrêté du 12 nivôse an VII (1er janvier 1799), et la délibération de la municipalité de Traînel du 10 prairial an VII (30 mai 1799). Elles furent alors fixées : la première, appelée Foire de vendémiaire, au 15 du même mois (6, 7 ou 8 octobre, selon les années) ; la deuxième, appelée Foire de nivôse, au 8 du même mois (29 ou 20 décembre) ; la troisième, appelée Foire de messidor, au 8 du même mois (27 ou 28 juin). Ces foires devaient durer deux jours, et les marchandises exposées en vente comprenaient :

1° Des chevaux, ânes, vaches, cochons, chèvres et autres bestiaux ;

2" Des chanvres, toiles, rouenneries, draperies, mousse-


HISTOIRE DE TRAÎNEL 151

Unes et autres denrées et marchandises de toute espèce. *

Une délibération du 8 février 1847 fixa au 26 décembre la foire de Noël, et les deux autres ont invariablement lieu le 24 juin et le 1er octobre. Mais leur importance diminue chaque année.

Marché. — Quant au marché de Traînel, il remonte à cinq cents ans au moins. Dès 1399, le seigneur de Traînel envoyait au roi un aveu de dénombrement, constatant qu'il prélevait un droit de minage sur le grain qui se vendait au marché. Même aveu fut renouvelé en 1450, 1511, 1588, 1664, 1755.

Voici l'aveu de Madeleine de Luxembourg, en 1588 : « Item avons le droit de minage tonny dudit Traînel, qui » peut valoir 30 bous tournois et peut croître ; est amodié » ce droit pour chacun septier de bled vendu et mesuré au » bichet dudit Traînel une écallée de bled et les autres » vendant chevaux et autres bêtes un demi-tournois ; ce » qui ne le paye, si il est demandé, l'amende est de 60 sous » tournois 2. »

Le 8 août 1733, par acte passé devant Me Vuidot, notaire, la ville louait son droit de péage au marché, et, plus anciennement, une ordonnance de police réglait les droits de chacun, tant à l'égard du marché au blé, que pour les autres comestibles.

Il paraît que, sous la République, l'approvisionnement se faisait difficilement, et que l'existence du marché de Traînel fut menacée. Le 16 frimaire an IV (7 décembre 1795), l'agent de la municipalité faisait connaître au département de l'Aube les raisons qui avaient amoindri l'importance de ce marché et celles qui militaient en faveur de son maintien. Nous citons cette pièce intéressante :

4 Archives municipales. 2 Archives municipales.


152 HISTOIRE DE TRAÎNEL

« S'il (le marché) a depuis quelque temps langui, faute » d'approvisionnement, c'est que :

» 1° Les cultivateurs ont vu que la mesure de Bray est » plus petite que celle de Traînel, et ils trouvaient mieux » leur compte dans le prix de la vente de leurs grains ;

» 2° Ces mêmes cultivateurs ont été accablés de réqui» sitions et obligés de courir les campagnes pour s'ap» provisionner des grains nécessaires à leur subsistance.

» Mais le marché de Traînel doit être conservé, parce » que le marché de Nogent n'est qu'un brigandage affreux » et qu'un pillage ; on n'en peut approcher avec la moindre » marchandise sans courir de danger ; car on n'y jouit pas » plus de la liberté de vendre que de celle d'acheter. Les » grains, le beurre, les oeufs et autres marchandises sont » pillés en chemin ou pris de torce à un prix inférieur à la » valeur de plus de 9/10° 1. »

Et le marché de Traînel fut maintenu, et, aujourd'hui encore, il se tient chaque semaine, lejeudi, rue du Jeu-dePaume, à neuf heures du matin.

Mesure de Traînel. — Il nous faut compléter cet article par quelques détails sur la Mesure de Traînel et la Mesure de l'Hospice de Traînel.

1° Mesure des grains. — On sait qu'au moyen âge, le système uniforme des mesures, imposé par Charlemagne, avait déjà subi de grandes altérations. Pour remédier au mal, les centres importants d'approvisionnement adoptèrent, comme mesures de capacité, des dimensions obligatoires dans toute l'étendue du ressort. C'est ainsi qu'il y avait la mesure de Troyes, celle de Bar-sur-Aube, celle de Nogent, celle de Bray, de Provins, etc. Traînel avait aussi sa me1

me1 municipales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 153

sure, et ce seul fait donne une idée de l'importance du pays à celte époque.

La plus ancienne pièce qui, à notre connaissance, mentionne la mesure de Traînel, remonte au XIIIe siècle. II s'agit de la vente d'une partie des dîmes de Romilly au Chapitre de Saint-Urbain de Troyes, en 1264, sous la réserve, entre autres charges, d'environ quatre setiers de froment, mesure de Traînel, pour le pain à distribuer le jour de Pâques, dans l'église paroissiale 1.

A la même époque, on inscrivait sur le dos du registre des propriétés de Renier Accore, f° 28, r°, col. 1 du cart. français de Gouvois (Gouaix) et Prouvins. Echange : 1 setier de froment à la mesure de Traînel, 3 miniaus d'avoine, à la même mesure, mars 12702.

Il est encore question de la mesure de Traînel dans une quittance du curé de Saint-Aubin, du 21 avril 1300 3.

La contenance de cette mesure, qui a pu varier bien des fois, est définitivement fixée par une sentence, rendue aux requêtes du Palais, à Paris, le 22 août 17.04. Le doyen et le Chapitre de la Sainte-Trinité de Traînel, ainsi que les habitants du lieu, étaient en désaccord avec le seigneur pour les redevances de grains réclamées par lui. La cour régla que la mesure à employer contiendrait seize pintes le bichet racle, outre le comble. Le doyen et les habitants en rappelèrent d'abord au Parlement ; mais ils finirent par se désister de l'appel et par acquiescer au jugement de la cour, par acte passé devant Vuidot, notaire à Traînel, le 16 octobre 1705 et 14 mai 1706.

1 Arch. comm. de Romilly. — Vallet de Viriville, Arch. hist, de l'Aube, p. 136, pièce A.

2 Bibl. nat. Fonds des Cartulaires, n° 173.

3 Cari, du Paraclet, apud Lalore, p. 272.


154 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Il se produisit néanmoins de nouvelles variations, et il fallut que le procureur fiscal prît un parti radical pour arrêter cet état de choses.

Le 5 octobre 1752, il se fit représenter les mesures matrices. On lui apporta : « 1° Une chopine de métal avec » anse sans couverture, en face de laquelle sont gravées » les armes de la maison des Ursins, surmontées en cimier » de trois ours, avec les ornements du collier de l'Ordre, » ladite chopine pesant 3 livres 5 onces 1/2 en matière; » 2° une pinte aussi de métal avec anse sans couverture, » portant les armes de la maison des Ursins, etc., laquelle » pinte nous avons fait peser et s'est trouvée peser 4 livres » 15 onces 1/2 de matière ;

» Ensuite s'est fait représenter le bichet de la recette » dudit seigneur, marquis de Traînel, marqué des lettres » L. F., marquées en dehors de l'écusson grand des armes » de la maison des Ursins et des six petits écussons aux » mêmes armes, et encore des quatre petits écussons » comme dessus dans le fond dudit bichet en dedans, ledit » bichet ayant de diamètre en dedans, mesuré le long du » fer, 14 pouces et 6 lignes, et de hauteur en dedans » 7 pouces et ne s'est trouvé contenir que 15 pintes et » chopine dans son racle, et dans son comble 3 pintes et » 3 demi-setiers ; lequel bichet sera supprimé et remplacé » par un autre, qui, après son ajus, sera marqué d'une » empreinte aux armes du seigneur, portant l'écusson de » la maison de Harville, et les habitants du ressort de ce » bailliage devront apporter leurs bichets pour être ajus» tés 1. »

Les villages qui durent se soumettre à cette ordonnance sont : Bouy, Soligny, La Louptière.

1 Archives communales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 155

Le 2 mai 1793, on procéda à une nouvelle revision des bichets en usage, et l'on constata qu'il y avait presque autant de mesures diverses que d'individus, depuis 15 pintes jusqu'à 20, mesure de l'ancien marché. Seul, le bichet de la fabrique S. Gervais fut trouvé exact, c'est-à-dire contenant 16 pintes dans son racle, et il servit à la confrontation et ajus des autres 1.

La mesure de l'Hôtel-Dieu de Traînel n'était que de 15 pintes, tandis que celle de Nogent contenait 22 pintes et 1 chopine 2.

2° Mesure des terres. — La mesure ordinaire de Traînel pour les terrains était de 19 pieds pour chaîne et 100 chaînes pour arpent (XVIIIe siècle). Plus tard, et jusqu'à l'adoption du système métrique, on compta 20 pieds pour corde et 100 cordes pour arpent.

Moulins. — La position de Traînel sur une rivière abondante et presque invariable dans son niveau a, dès l'origine, fait établir des moulins sur son parcours 3. Le plus important est celui qui, aujourd'hui, se trouve auprès de l'hospice. Il n'a pas toujours été là. Il tournait auprès de la décharge actuelle et s'appelait moulin de Fiacreté. La ruelle de ce nom, qui aboutit à un abreuvoir, derrière la maison occupée par les époux Courtois-Léger, conduisait à ce moulin. Il avait été construit par les seigneurs, à la demande des habitants, au temps des guerres qui désolaient le pays. Le seigneur en supporta les frais, fit passer un bras de l'Orvin pour l'alimenter et se chargea de l'entre1

l'entre1 communales.

2 Archives communales.

3 Mentionnons seulement pour mémoire le moulin des religieuses de la Madeleine, dont il est question en 1541 (voir plus loin, 4e partie, chap. XI, § 7 in fine).


156 HISTOIRE DE TRAÎNEL

tenir. Le moulin était banal ; mais les habitants des faubourgs et de la Borde étaient exempts de la banalité. Le meunier devait préférer les gens de la localité aux étrangers, et il recevait en paiement le seizième de la mouture.

Le moulin de Besmont, à deux kilomètres environ de Traînel, existait déjà au XIIIe siècle, si c'est lui que désigne une charte de 1221, sous ce nom : « le molin-aus-deusmolins à Treynel " 1. Au commencement du XVIe siècle, il fut affermé moyennant un cens en deniers et volailles, et une rente en grains à titre d'emphythéose perpétuelle 2.

Quand fut construit à l'intérieur du pays le moulin banal, il fallut régler les attributions de chacun. Le meunier de Besmont avait droit de quête dans les faubourgs et la Borde ; mais il ne pouvait prendre aucun grain de la ville, sous peine de confiscation de farine et de bestiaux; suivant une transaction de l'année 1604, par devant M° Girault, notaire. Aujourd'hui, le moulin de Besmont n'a que deux paires de meules, tandis que l'autre en a quatre paires.

Il y avait autrefois, auprès de l'Ile-Amodot, un moulin à foulon, qui a laissé son souvenir par la passerelle jetée sur l'Orvin et décorée improprement du nom de Pont-duFoulon.

En 1842, il fut fait une demande au Conseil municipal, qui l'appuya, pour l'établissement d'une scierie, d'un moulin à cailloux et à blé ; mais ces projets n'aboutirent pas.

Nous réservons, pour le chapitre III, ce qui concerne la filature de coton, construite par le seigneur de Traînel.

Tuilerie. — Une tuilerie, qui se procure assez loin la matière première, fournit des produits de bonne qualité.

1 Cart. du Paraclet, apud Lalore, p. 164.

2 Archives particulières de M. de Narcillac, au château de La Motte-Tilly.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 157

Industrie locale. — Jusqu'à ces dernières années, l'industrie principale du pays était la tisseranderie, favorisée surtout par la culture du chanvre. L'habitant était tour à tour, et suivant les saisons, cultivateur, vigneron et tisserand. Aujourd'hui, la bonneterie compte un grand nombre d'ouvriers, travaillant pour des patrons étrangers à la localité. La simplicité des moeurs ne paraît pas avoir gagné à ce changement d'occupation, qui a cependant l'avantage d'avoir amené un peu plus d'aisance dans les familles.

Râperie. — Enfin, une râperie de betteraves, a donné à la culture de cette racine une grande extension. Elle date de 1873 et dépend de la sucrerie de Bray-sur-Seine, où elle conduit ses sucs bruts par des tuyaux souterrains. Elle emploie par saison cinquante-six ouvriers, dont six femmes, et reçoit environ quatre millions de betteraves, qui produisent environ 50,000 hectolitres de jus.

CHAPITRE II. L'ÉCOLE,

Recteurs d'Ecole avant 1789, — Nature de leurs obligations. — Rétribution scolaire. — Logement. — Ecole de filles.

L'instruction primaire a, de tout temps, été prodiguée aux enfants de Traînel, grâce à la généreuse sollicitude des anciens seigneurs. C'est ce que reconnaissait, dernièrement encore, le conseil municipal du pays, quand, dans sa délibération du 3 novembre 1878, il constate que l'instruction des enfants indigents des deux sexes est, même aujourd'hui, pour l'hospice une charge de fondation. Les titres manquent, mais la tradition est incontestable.


158 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Dès l'année 1666, on trouve un recteur d'école : Antoine Grégoire. Nous avons quelques détails sur la matière dans les notes qu'a recueillies, en 1720,Marc-Antoine Lévesque, procureur fiscal. Etabli par le seigneur et payé sur les revenus de l'hospice, le recteur d'école était, pour ce motif, indépendant des fabriques paroissiales, des curés et de la commune. Néanmoins, sa nomination devait être appuyée par une attestation de probité et de capacité, fournie par les habitants. Il était obligé de donner gratuitement l'instruction aux orphelins et aux enfants des pères et mères soulagés par l'Hôtel-Dieu ; mais il pouvait se faire payer par les parents, qui n'avaient aucune part à ces secours. Il devait, tous les soirs, conduire les enfants à la chapelle SaintAntoine, y chanter une antienne et réciter la prière. Il lui était défendu « de préférer les enfants des lieux circonvoi» sins ou les pensionnaires, s'il en avait, au désavantage » de ceux de Traînel, ni négliger ceux qui étaient secou» rus par l'hospice. » Dans ce dernier cas, la plainte devait être adressée au bureau hospitalier.

Nous trouvons, dans un procès-verbal du 15 février 1789, le mode employé pour la nomination et la réception du maître d'école. Trois concurrents s'étaient alors présentés pour le poste vacant. Ils proposèrent d'écrire en forme d'exemple, pour donner un aperçu de leur savoir-faire. Le sieur Jean-Jacques Renvoyé, recteur à Marigny, fut élu par vingt voix, quand ses collègues n'en obtinrent que seize. Il fut donc provisionné par le seigneur de Traînel, selon l'usage, et agréé par les chanoines et les deux curés. Son traitement fut l'objet d'un article spécial ; mais, entr'autres conditions, il fut stipulé que le recteur « tiendra ses classes » régulièrement sans se déplacer, sans assister aux offices » ni à aucune confrérie dans le cours de la semaine, et sans » faire autre service que son école. Sera tenu, ledit rec» teur, d'apprendre à chanter pour l'entretien des enfants


HISTOIRE DE TRAÎNEL 159

» de choeur de la Sainte-Trinité et des deux paroisses, et

» d'aller alternativement chanter aux paroisses les offices

» des fêtes et dimanches seulement, et assistera MM. les

» curés lorsqu'il sera question d'administrer les sacre»

sacre» à la charge par les habitants qui enverront leurs

» enfants à l'école de payer, et sans exception, 5 sols pour

» lire, 8 sols pour écrire et 10 sols pour les règles 1. »

Rétribution scolaire. — Indépendamment de ce salaire. la rétribution scolaire consistait en argent et en grains. Elle varia depuis 6 livres jusqu'à 10 livres par mois, sans compter deux à quatre bichets de froment et quatre à six bichets de seigle, aussi par mois, aux frais de l'hospice. En 1792, le recteur recevait 106 livres et 200 livres en 1793 2.

Logement. — Le logement du recteur d'école était pris dans les dépendances de l'hospice. Quand, en 1787, il fut question de reconstruire à neuf l'Hôtel-Dieu, on devait appliquer l'article 4 du règlement établi le 13 avril, par M. Terray, qui porte formellement l'appropriation d'une école dans les bâtiments. Cependant, le 27 nivôse an iv (17 mars 1796), un arrêté départemental affecte le presbytère au logement du maître d'école. Cette mesure ne fut sans doute pas exécutée à cette époque, car le 15 fructidor an VIII, le maire de Traînel avise le receveur des domaines à Nogent que le presbytère n'est pas vendu, mais occupé par l'administration municipale pour ses séances, et qu'on se propose de le donner au recteur d'école, qui ne doit pas rester plus longtemps à la charge de l'hospice 3.

1 Archives communales. 2 Archives communales. 3 Archives municipales.


160 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Aujourd'hui, les garçons reçoivent l'instruction primaire dans deux classes séparées. L'une, prise dans les bâtiments de la mairie, est destinée aux plus jeunes enfants ; l'autre, occupant un bâtiment spécial attenant au presbytère, est réservée aux plus âgés.

Ecole de filles. — La séparation des deux sexes remonte à une cinquantaine d'années. Dès 1829, la Commission de l'hospice émettait le voeu de confier les filles à des religieuses de Saint-Vincent-de-Paul 1. Les statuts de cette congrégation s'opposant à ce qu'il y ait moins de trois religieuses ensemble, on résolut de s'adresser aux soeurs de la Providence, nouvellement établies à Troyes, et l'on offrit 400 francs à chacune des deux soeurs, avec 24 doubles décalitres de froment par an 2. Les pourparlers n'aboutirent pas ; et, après avoir, le 19 janvier 1835, fait choix des Ursulines, résidant à Troyes, on fit avec elles (26 mars) un contrat pour deux religieuses. Elles devaient recevoir 400 francs chacune, être chauffées, éclairées et blanchies aux frais de l'hospice, et, en retour, soigner les pauvres malades et donner l'instruction gratuite aux filles de parents indigents. La supérieure était soeur Simplot de Sainte-Anne, et l'autre religieuse soeur Blonde de Saint-Bernard 3. Le 11 janvier 1840, un bail fut signé avec les Ursulines de Troyes ; mais l'instabilité des maîtresses et d'autres griefs plus ou moins prouvés faillirent en amener la résiliation *. Enfin, le 4 décembre 1859, la Commission vota 600 fr. pour chacune des deux religieuses et 200 francs pour la. soeur converse.

1 Arch. hospit. Délib. du 8 oct. 1829.

2 Arch. hosp. Délib. du 16 oct. 1834.

3 Ibid. Délib. du 16 février et du 26 mars 1835. 4 Arch. hosp. Délib. du 13 nov. 1842 et du 15 juin 1845.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 161

La salle affectée à la classe des filles était délabrée et détachée du corps des bâtiments. On prolongea ceux-ci de sept mètres de long sur neuf mètres de large, et l'on en sépara une partie pour faire une classe convenable.

Depuis 1857, l'hospice entretient une salle d'asile pour les petites filles.

CHAPITRE III.

ASSISTANCE PUBLIQUE,

Hospice et Prieuré Saint-Antoine. — Maladrerle de Salnt-Barthélemy. — Secours aux Indigents. — Legs Baudoire. — Secours contre l'incendie.

| I. — Hospice et Prieuré de Saint-Antoine.

ADMINISTRATION TEMPORELLE. — Fondateur. — Administrateurs et Bénéficie». Bâtiments et fours banaux. — Biens et revenus. — Distribution de secours. — Règlements. — Filature de coton. — Atelier de charité.

Fondateur. — On ignore la date précise de la fondation de l'hospice Saint-Antoine de Traînel. Le nom du fondateur est lui-même inconnu. La tradition locale en fait honneur à Jean Juvénal des Ursins ; mais il faut remonter plus haut. La seigneurie de Traînel, en effet, ne passe dans la famille des Ursins qu'au commencement du XVe siècle, et dès 1313, nous trouvons le nom d'un chapelain de l'hospice : Henricus, capellanus Domus Dei de Triangulo 1. Il faut donc attribuer cette fondation à l'un des premiers seigneurs du pays.

Le fondateur, en dotant son oeuvre de nombreux revenus,

4 Cart. du Paraclet, f° 242, apud Lalore, op. cit. p. 276.

11


162 HISTOIRE DE TRAÎNEL

voulut lui assurer une administration sage et durable. Il fit ériger l'hospice en prieuré, mais il en partagea la collation avec l'archevêque de Sens. Les bénéficiers recevaient de commissaires choisis ad hoc les revenus et émoluments que ceux-ci recouvraient.

L'exercice des droits, communs à l'Evêque et au Seigneur, ne paraît pas avoir suscité de contradiction dans les premiers temps. Mais, aux XVIe et XVIIe siècles, s'élevèrent de graves difficultés. Nous croyons devoir au moins analyser les éléments de ces conflits, pour rendre intelligibles les deux inscriptions qu'on lit encore aujourd'hui de chaque côté de l'autel Saint Antoine.

27 Septembre 1588. — Les habitants de Traînel nomment deux administrateurs pour régir et gouverner le bien de l'Hôtel-Dieu. Les anciens comptables réclament une récompense pour leurs peines et vacations. Le bailli leur alloue à chacun 1 écu 2 livres, faisant pour les deux 3 écus 1 livre, que leur paiera Mme de Viardet, prieure-administratrice de l'Hôtel-Dieu.

14 Juin 1624. — A la mort de soeur Françoise de Viardet, le seigneur de Traînel, François des Ursins, nomme pour un an deux administrateurs : Antoine Le Virlois et Abraham Mestivier, « pour régir et gouverner » le revenu temporel de son hôpital de Traînel, recevoir » iceluy, en administrer les pauvres indigents, tant ma» lades que sains et qui ne peuvent gagner leur vie... à la » charge de rendre compte dudit revenu devant nous et » nos officiers dudit Traînel, etc. »

31 juillet 1625. — François des Ursins porte une Ordonnance où, après avoir dit qu'il n'appartient qu'à lui, seigneur, de nommer les administrateurs et d'en recevoir les comptes, soit par lui, soit par son bailli, il règle la manière de tenir le bureau, une ou plusieurs fois par mois, etc.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 163

30 septembre 1625.— Jean Pochinot est nommé administrateur, en place d'Antoine Le Virlois; Abraham Mestivier continue ses fonctions.

1632. — Abraham Mestivier est administrateur avec Antoine Mercier, par nomination seigneuriale.

1632, 14 février. — Octave de Bellegarde, archevêque de Sens, dont les prédécesseurs avaient, soit par eux, soit par leurs vicaires généraux, donné des provisions d'administrateurs de l'hospice de Traînel, notamment les 1er septembre 1564, 18 juin 1567, 1er novembre 1570, 22 septembre 1578, etc., accorde des provisions de Prieur et Administrateur de la Maison-Dieu de Saint-Antoine et de la Madeleine de Traînel à Jean Foulon, prêtre, étudiant en l'Université de Paris.

Jean Foulon prend possession le 23 mars 1632, et, prétextant que ce prieuré ne peut appartenir à des administrateurs laïcs, il fait assigner au Châtelet de Paris Antoine Mercier et Abraham Mestivier pour lui rendre les fruits qu'ils ont perçus et recevoir défense de s'immiscer davàntage dans la recette.

François des Ursins soutient ses receveurs, Mercier et Mestivier, et présente un mémoire en leur faveur à la première Chambre des Requêtes du Palais, à Paris.

Survient un autre prétendant. C'est Jeanne de Pellevé, religieuse professe de l'Ordre de Saint-Benoît, qui exhibe ses provisions de prieure du prieuré et hôpital Saint-Antoine, comme étant vacant par mort, avec la clause générale de dévolu. Elle les tenait de la cour de Rome, qui les lui avait délivrées le 1er septembre 1633. Elle va trouver l'archevêque de Sens, qui refuse son visa, puisqu'il a donné le prieuré à Jean Foulon. Elle se pourvoit devant l'archevêque de Lyon, qui lui accorde son visa. Elle prend alors possession du bénéfice et intervient dans la contestation, alléguant


164 HISTOIRE DE TRAÎNEL

contre Jean Foulon que ce bénéfice était affecté à des filles de Saint-Benoît et ne pouvait être possédé que par elles.

De son côté, le marquis de Traînel soutenait que ce n'était pas un bénéfice, mais une institution due à la piété de ses prédécesseurs, qui, de tout temps, avaient nommé des administrateurs pour en régir les biens, les appliquer au soulagement des pauvres et en rendre compte, etc.

Chaque partie accusait l'autre d'avoir profité des troubles de la guerre pour usurper l'administration de l'hospice et le faire régir en bénéfice.

18 août 1634. — La Cour déclare la Maison-Dieu hôpital, et ordonne qu'il sera régi et gouverné par des commissaires nommés par le seigneur de Traînel.

Françoise de Pellevé interjette appel au Parlement.

Jean Foulon et l'archevêque de Sens interviennent à leur tour.

Le marquis de Traînel appelle comme d'abus de la provision expédiée de Rome à la soeur Pellevé, et de celles qui ont été jusque-là octroyées par les archevêques de Sens, notamment aux années ci-dessus relatées.

9 mai 1636. — Arrêt par lequel la Cour ordonne que la sentence des Requêtes de Paris sortirait son effet, et, néanmoins, qu'à la reddition des comptes, le curé de la paroisse et deux habitants de Traînel, nommés par la communauté, assisteraient, sans toutefois prétendre salaire. Et sur l'appel comme d'abus, dit qu'il a été mal, nullement, abusivement octroyé, etc.

Néanmoins, le 26 janvier 1646, le cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon, grand aumônier de France, présente au roi Charles Gagnerel, prêtre du diocèse de Noyon, pour régir, gouverner et administrer le revenu de l'hôpital SaintAntoine. Le roi agrée la nomination le 18 février de la même année, et le nouvel administrateur prend possession le 3 janvier 1647.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 165

Le marquis de Traînel, qui avait nommé Jean Pochinot administrateur de l'hospice, fait de nouveau valoir ses droits.

Enfin, le 14 janvier 1650, est rendu un arrêt qui maintient le marquis de Traîne dans la possession et jouissance du droit de nommer les administrateurs de l'hospice, etc.l

La mort surprend François des Ursins, au mois d'octobre 1650; mais son neveu, pour prévenir le retour de nouvelles querelles, fait graver sur une lame de cuivre les principaux incidents de ce long procès et la fait placer dans la chapelle, où l'on peut la lire encore aujourd'hui, du côté de l'Epître :

« Par arrest du grand Conseil du XIIII Javier MVIcL, » redu au proffict du deffet m" François des Ursins, cler » des ordres du roy seigr marquis de Treignel, les scindicqs » eschevis et habitans dud. Treignel interuenant cotre » M° Charles Gagneret soy disant pourveu de l'admistraon » de l'hospital St-Anthoine de Treigneil, led. seigr marquis » a esté maintenu et gardé en la possessio et jouissance » come garde et fodateur d'icelluy de comettre un adminis» trateur dud. hospital qui serat tenu luy en redre copte ou » à ses officiers, en presece du scindicq et de six princi» paux habitas nomez par la comunaulté de ladite ville et » sans fraiz ; et led. Gagneret codampné aux despes. Le» quel arrest est cofirmatif daue arrest redu en la Cour de » Parlement le ix may MVICXXXVI au proffict dud. seigr » contre Jehan Foulon et soeur Jeanne de Pelué, eux disas » administrateurs dud. hospital et Mr l'archeuesq° de Sens » interuenat, lesqlz arretz ont esté imprimez et mis ez » coffres et tiltres dud. hospital, et de preset graué par » l'ordre et comendemt de Mre François de Haruille des

1 Arch. part, de M. de Burgat. Inventaire raisonné des titres et pièces, etc., manuscrit de 12 feuilles, in-f°.


166 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» Ursins, chler seigr marquis de Palaiseau et dud. Treignel, » mareschal de champ et armées du roy, m* de chap dun » regimt de chauelerye, nepuen et donateur uniuersel dud. » deffet seigr por y auoir recours le XXVIII aoust MVIcLIII. » Un édit de Louis XIV, du mois de décembre 1672, donna à l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem l'administration et la jouissance de tous les établissements pieux, où l'hospitalité n'avait pas été gardée suivant les conditions de leur fondation 1 ; ce fut l'occasion de nouvelles difficultés à Traînel. Le 4 mars 1673, le vicaire général de l'Ordre fit assigner Paul Mercier, administrateur de l'hôpital de Traînel, pour l'obliger à déposer au greffe de la Chambre royale de l'Arsenal lesoriginaux des titres et papiers, en vertu desquels il s'était immiscé dans ladite administration, et à en délaisser à l'Ordre de Saint-Lazare la libre possession avec restitution des fruits, etc. Les titres et comptes furent examinés avec soin, et l'on reconnut qu'à Traînel l'hospitalité avait été parfaitement exercée. Le commandeur et les chevaliers de l'Ordre se désistèrent de leur poursuite contre Paul Mercier, et acte en fut dressé par arrêt de la Chambre royale, le 7 février 1780 2.

C'est l'objet de la seconde inscription qu'on lit encore aujourd'hui dans la chapelle Saint-Antoine, côté de l'Evangile :

« Par arest de la Chambre royalle establye à l'arcenal à » Paris du 7e feb. 1680 est omologvé le désistemt des » sre commandevrs et chevaliers de l'Ordre de Nostre Dame » dv Mont Carmel et de S. Lazare de Iervsalem de la pour1

pour1 général des Unions faites des biens et revenus des Maladreries, etc., divisé par diocèse et par ordre alphabétique. Paris 1705, in-4°.

2 Arch. part, de M. de Burgat. Inventaire raisonné, etc.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 167

» suitte et saisye faits à levr requeste contre et sur Pavl

» Mercier, marchand, demt av fauxbovrg de la ville de

» Tresnel, administrateure de l'hospital de St-Antoine dud.

» liev en laqle charge il auroit esté nommé comis et esta»

esta» par hault et puissat seigr mess. François d'Harville

» des Ursins, cher seigr de Dové, S. Germain en Brie,

» Fosserogno, Chatemerle, Villers-sur-Seyne, Fourches

» et avtres grandes terres et seigneuries, maistre de camp

» d'un régiment de cavalerie, entretenu pour le service dv

» roy, mareschal de camp en ses armée, govverneur pour

» Sa Majesté des ville de Charleville et citadelle du Mont

» Olimpe, marquis de Palayseauz et de Tresnel, fondât'

» et première administratr dud. hospital, apprès avoir led.

» seigr marquis mostré et justiffié par pièce et titre incon»

incon» qve l'hospitalité y a esté bien gardée par led.

» Mercier et avtre à ce comis par led. seigr marqvis en

» cette qualité de fondai' et le pnt gravé par l'ordre dud.

» seigr fond' à la suplicaon des bourgeois et abitans de

» lad. ville le XVIII avril 1680. »

Cependant l'archevêque de Sens n'avait pas renoncé à son contrôle sur la gestion des biens de l'Hôtel-Dieu de Traînel. Usant du privilège que le roi accordait à tous les évêques, dans les diocèses desquels se trouvaient à la fois une maladrerie et un hôpital, il réclama son droit d'inspection devant le chancelier et la Chambre royale. Le marquis s'y opposa, alléguant la fondation laïque et privée des deux établissements. Il consentit, toutefois, à ce que l'archevêque se fit représenter pour l'examen des comptes et la répartition des revenus de la maladrerie, mais non pour le surplus.

L'affaire ne fut point alors terminée, et le marquis retira les titres qu'il avait soumis au secrétaire d'Etat. Mais pour éviter de nouvelles contestations, il ordonna qu'on dresserait, à l'avenir, deux états séparés, l'un pour la maladrerie,


168 HISTOIRE DE TRAÎNEL

l'autre pour l'hospice, et qu'on ne communiquerait à l'archevêque que le produit et la distribution des biens de Saint-Barthélémy, s'il le désirait ; ce qui fut exécuté 1.

Jusqu'à la Révolution, le bureau se tenait tous les mois au château par les officiers du seigneur, en présence de MM. les curés et des habitants qui voulaient y assister. Toutefois, à partir du 5 novembre 1750, les curés des deux paroisses refusèrent de s'y trouver, malgré les instances réitérées des habitants. On y accueillait les demandes faites par les pauvres ou les personnes qui connaissaient leurs besoins, et l'on y réglait les secours à distribuer, tant en grains qu'en argent. Si, outre ces distributions ordonnées par le bureau, il convenait d'en faire d'extraordinaires, il fallait une ordonnance des officiers, approuvée par l'un ou l'autre des curés et certifiée par le chirurgien. On la présentait à la séance suivante et l'on votait l'allocation nécessaire. L'administrateur percevait les revenus et en rendait compte tous les ans pardevant les officiers du seigneur, en présence des deux curés et de douze principaux habitants. L'original des comptes était, avec les titres, baux et renseignements à l'appui, renfermé dans un coffre, dont le procureur fical avait une clef, et l'administrateur l'autre 2.

Comme on l'a vu plus haut, le prieuré de l'hospice Saint-Antoine fut supprimé parle roi en 1634. Nous ne connaissons qu'un petit nombre de titulaires de ce bénéfice, indiqué cependant dans trois pouillés du diocèse de Sens, au doyenné de Bray.

1540.—Jehanne Berlot, prieure, marraine d'une cloche de Notre-Dame 3.

1 Arch. part, de M. de Burgat. Inventaire raisonné, etc., et Extraits des remarques faites sur les droits et prérogatives du marquisat de Traînel, par Levesque, Procureur fiscal, manuscrit.

3 Extraits des remarques faites, etc. par Levesque.

3 Voir plus loin, 3e partie, chap. IV, § 3.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 169

1570. — Mort de soeur Marie de Launay, prieure de l'hospice Saint-Antoine.

1570, nov. — Provisions délivrées en cour de Rome à soeur Françoise de Briscardieu, religieuse de la Madeleine de Traînel, pour le prieuré de l'hospice Saint-Antoine.

1588. — Claude de Rond, religieuse professe en l'abbaye de Jouarre, fait entre les mains de la princesse Madeleine de Luxembourg, marquise de Traînel, sa démission de prieure de l'hospice Saint-Antoine.

1588, 25 nov. — 1623. — La princesse Madeleine de Luxembourg, marquise de Traînel, donne à soeur Françoise de Viardet, religieuse professe de Fontevrault, résidant en l'abbaye de Faremoutier, des provisions pour le prieuré de l'Hôtel et Maison-Dieu de M. S. Antoine de Traînel. Au bout de vingt ans, le 22 octobre 1619, François des Ursins lui fait servir une rente viagère de 50 livres en argent, 4 setiers de blé froment, 2 setiers de seigle et 2 setiers d'orge, avec la jouissance de 2 bichets de chenevière. Elle meurt à l'hospice Saint-Antoine, le 25 octobre 1623.

1632, 14 février. — Jean Foulon, prêtre, étudiant en l'Université de Paris.

1633, 1er septembre. — La cour de Rome délivre des provisions de prieure du prieuré de Saint-Antoine à soeur Jeanne Pellevé, professe de l'Ordre de Saint-Benoît, cidevant prieure conventuelle de Champbesnoist.

Après la suppression du prieuré, en 1634, les bâtiments de l'hospice et la chapelle Saint-Antoine étaient gardés par une femme qui prenait également soin des ornements et du linge d'église, et recevait une légère rétribution. Elle entretenait aussi les quelques meubles que le seigneur mettait, dans une chambre spéciale de l'hospice, à la disposition des prédicateurs d'Avent et de Carême.


170 HISTOIRE DE TRAÎNE!

Nous avons déjà dit que le logement du maître d'école et l'emplacement de la classe étaient pris dans les bâtiments hospitaliers.

Fours banaux. — C'est dans ces mêmes dépendances, formant aujourd'hui le jardin, qu'étaient établis les fours banaux. Jusqu'à la Révolution, le seigneur les faisait chauffer à ses frais. Mais à la suite des tracasseries de la municipalité, M. Terray déclara qu'il suspendrait ce service, à partir du 11 novembre 1790, offrant toutefois de les louer, moyennant 150 livres par an. La municipalité songea à en construire d'autres ; mais elle renonça à ce projet, et l'hospice les loua à des particuliers. Le bail du 22 mai 1791 stipule que le preneur, qui jouira aussi d'un tiers du jardin de l'Hôtel-Dieu, laissera entre lui et le maître d'école un passage libre pour faciliter la descente des habitants de la partie haute 1.

Le 8 brumaire an XI, Michel Billy, boulanger, cédait à Etienne Margueriteau, tailleur d'habits, la fin de son bail, moyennant 32 liv. 5 sols par an, conservant la clause du bail qui obligeait « de chauffer lesdits fours, le tout pour » l'aisance et l'utilité public, pour cuir le pain des citoyens » de cette commune, de bien édument faire donnée le » cuisson audit pain loyal et de recette et de faire en sorte » que tout les cuisants auxdits fours soyent content de son » assiduité, sous les peine de supporter la non cuison de » pain lorsqu'il sera légalement constaté par les plaignant » du non cuison de leur pain 3. »

Biens immeubles. — Les biens de l'hospice étaient assez considérables. Ils consistaient en terres et en rentes sur maisons ou particuliers.

4 Archives municipales. 2 Archives municipales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 171

Les terres étaient situées à Traînel et dans les environs. Les comptes et baux des années qui précèdent la Révolution permettent d'en dresser un état. On y remarque notamment :

A Charmoy. — 62 arpents 43 cordes de terres, moyennant 3 livres en argent, 2 bichets, 1 boisseau de grains par tiers, seigle, orge et avoine, 1 bichet seigle, orge et avoine par-dessus et 6 bichets d'avoine, une fois payés 1.

Ces terres étaient situées entre la route et le village. Elles dépendaient d'un ancien couvent dit des Ladres. Les hôpitaux de Troyes et de Nogent en jouissent encore aujourd'hui.

A Courceaux. — Les dîmes de Courceaux à percevoir sur les cantons appelés Nacquemouche, Mitteau, Verveau, Couroy et le chemin de Sens, la totalité de la dîme sur le canton de la Sablonnière et celui du chemin de VillersBonneux. Ces dîmes, indivises sur les quatre cantons susnommés, se partageaient pour les autres avec les Célestins de Sens, les religieux de Saint-Germain-des-Prés de Paris, et l'hospice de Traînel, pour 106 livres par an, et, en plus, 47 sols par an pour la portion de l'Hôtel-Dieu, dans l'abounement pour l'entretien annuel du choeur et cancel de l'église de Courceaux 2.

On avait sans doute aliéné une partie de dîmes en grains à Villuis, dont la charge avait été vendue, en 1339, avec une pièce de terre derrière la Maladrerie de Villuis, par Jean de Cuisy, écuyer à Vinneuf, et Marie, sa femme, à Pierre Col de la Riole, demeurant à Sens. Les co-décimateurs de la Maison-Dieu de Traînel étaient : l'abbaye de la

1 Bail de 1762. 2 Année 1784.


172 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Cour-Notre-Dame, le prieur du Plessis du Mée et Jean de Villebéon, écuyer 1.

Les autres biens étaient situés à La Motte-Tilly, Avant, Fay, Villiers-sur-Seine, La Louptière, Cercy, Soligny, Fontaine-Fourches, Nogent, Mâcon, Courceroy et Traînel.

A part les seigneurs de Traînel, qui ont largement doté l'hospice, nous ne connaissons que peu de bienfaiteurs, dont les noms nous soient conservés. Ce sont : Thibaut de Bar, qui, en 1214, donna tous ses droits sur les dîmes et les cens d'Epineau-les-Noues, comme en fait foi la charte de Guillaume, comte de Joigny 2; ce sont peut-être ces mêmes droits qu'en 1225, les frères et soeurs de la MaisonDieu de Traînel, de concert avec Vauluisant, échangèrent contre des droits de même nature à Soligny, d'après la charte de Gauthier Cornut, archevêque de Sens 3; enfin, Marie Lemaire, dont l'acte de donation est du 20 juillet 1655, et Anne Herluison, veuve Andouillé, qui donna à l'hôpital tout ce qu'elle possédait, en 1706.

Secours. — Si les revenus de l'hospice étaient considérables, les secours ne manquaient pas aux indigents. Les distributions mensuelles, tant ordinaires qu'extraordinaires, faisaient en moyenne un total de 350 livres en argent, et environ 140 bichets de seigle et 6 bichets de froment 4.

Filature de coton. — Mais les seigneurs de Traînel, tout en continuant les traditions de générosité des fondateurs, voulurent suivre la marche du temps et de l'industrie, et amener le bien-être dans le pays, non-seulement par leurs

1 Arch. d'Auxerre, H. 563. 2 Arch. d'Auxerre, H. 723.

3 Arch. d'Auxerre, H. 723.

4 Arch. de l'Hospice de Traînel.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 173

aumônes, mais aussi et surtout par un travail rémunérateur. Déjà, le 4 janvier 1767, le seigneur avait proposé, pour occuper les habitants, d'établir une filature de coton, qui coûterait 600 liv. une fois payés pour les outils nécessaires, 300 livres par an pour les gages d'une maîtresse fileuse, qui devait être logée, soit au château, soit dans la chambre haute de l'Hôtel-Dieu, située au-dessus de la classe. Mais une condition expresse stipulait que les parents pauvres qui refuseraient d'envoyer leurs enfants à la filature pour gagner leur vie, seraient privés des distributions mensuelles. C'était d'une sage prévoyance, qui fut appréciée à sa valeur. Après mûre réflexion, le règlement, fait en 1751 par le marquis ClaudeConstant Esprit de Harville des Ursins, fut renouvelé, le 2 octobre 1785, par Antoine-Jean Terray. Nous n'en citerons que les articles relatifs aux secours à donner et au mode de distribution.

" Art. 3. — Les secours seront divisés en trois classes : » 1° ceux adonner aux pauvres infirmes, hors d'état de » gagner leur vie ; 2° ceux à donner aux pauvres valides, » que le défaut d'ouvrage met dans l'impossibilité de se » procurer les moyens de subsister ; 3° ceux à donner aux » pauvres de tout âge et des deux sexes en état de mala» die. »

L'article 6 porte que, pour la première catégorie de pauvres, « il sera alloué par mois 5 bichets de froment, » 68 de seigle et 100 livres en argent. » Pour la seconde catégorie, les secours consisteront (art. 10), « en différents » ouvrages à faire, proportionnés à l'âge et au sexe, et on » leur donnera du coton à filer et des rouets pour le tra» vailler. L'Administration doit acheter de suite pour » 150 liv. de rouets, 150 liv. de cardes et 400 liv. de » coton. C'est l'administrateur qui réglera le prix du tra» vail sur le rapport de la personne commise pour distri» buer et recevoir l'ouvrage. (Art. 12.) »


174 HISTOIRE DE TRAÎNEL

« Art. 21. — Ceux qui ne sauront pas filer le coton » iront l'apprendre auprès d'une personne qui leur sera » indiquée, et à laquelle l'hôpital paiera un écu par chaque » personne qu'elle aura mise en état de travailler. »

« Art. 22. — Les secours aux pauvres malades consis» feront en une distribution de blé et de viande pour leur » faire du bouillon, à raison de deux livres à la fois, qui » seront renouvelées aussi longtemps que la maladie l'exi» géra. »

« Art. 25. — Les pauvres femmes en couches auront » trois caries de deux livres de viande chacune. »

« Art. 28. — La totalité de la viande à distribuer par » mois ne pourra jamais excéder la somme de 24 livres » et la quantité de soixante livres de viande, à moins » qu'une maladie épidémique n'exige de plus grands se» cours 1. »

Lits à l'hospice. — Cependant, on avait depuis longtemps compris que l'hospice de Traînel ne réaliserait pas parfaitement le but de sa fondation, tant qu'il n'offrirait pas dans ses bâtiments des lits pour les malades. Déjà, après la réunion des biens de la maladrerie de Saint-Barthélémy à ceux de l'Hôtel-Dieu, en 1695, l'archevêque de Sens avait demandé qu'il y eut, dans les locaux hospitaliers, au moins deux lits, un chirurgien et une garde. On objecta alors l'insuffisance des revenus, et ce désir, si plein d'humanité et de charité chrétienne, fut indéfiniment ajourné. Il devait se réaliser presque un siècle plus tard, et c'est le marquis de Traînel, Jean-Antoine Terray, qui devait en recueillir l'honneur. Son règlement du 13 avril 1787 s'exprime ainsi :

« Ayant, par notre règlement du 2 octobre 1785, con» cernant notre hôpital de Traînel, réglé qu'à l'avenir il

1 Arch. de l'Hospice.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 175

» serait prélevé sur les revenus dudit hôpital la somme qui » serait jugée nécessaire pour établir et entretenir une fila» ture de coton, destinée à procurer aux pauvres de tout » âge et de tout sexe des moyens d'obtenir des secours par » un travail facile et d'éviter les inconvénients attachés à ». l'oisiveté, suite nécessaire des aumônes purement gra» tuites. Depuis celte époque, nous avons pris une con» naissance détaillée, tant des revenus annuels de notre » hôpital que des fonds qui sont actuellement en caisse ou » qui sont dubs à notre dit hôpital, et nous avons reconnu » que les premiers sont suffisants pour fournir à l'entretien » de dix lits, où les malades seront reçus et soignés gratui» tement, sans rien diminuer des secours en pain et viande » qui continueront à être distribués aux vieillards et aux » infirmes, sans pareillement rien changer à l'élablissement » de la filature, établie par notre règlement du 2 octobre » 1785; que les fonds actuellement dubs à l'hôpital per» mettent de se livrer dès à présent, sans crainte de dimi» nuer ces capitaux, aux dépenses de réparations, même » de la reconstruction à neuf d'une partie des bâtiments, et » à toutes celles accessoires et indispensables pour en for» mer un hôpital de malades... à l'effet de quoi, nous » avons arrêté et réglé ce qui suit :

« Art. 1. — Les bâtiments formant actuellement notre » hôpital de Traînel seront disposés de la manière conve» nable pour former à l'avenir un hôpital de malades.

» Art. 2. — Ledit hôpital sera composé de dix lits, et » les bâtiments disposés de manière à pouvoir en contenir » douze, dont la moitié sera destinée aux hommes, et l'autre » aux femmes malades et aux femmes en couches.

» Art. 3. — Il sera formé un logement pour deux soeurs, » qui seront chargées du soin des malades et de tous les » accessoires nécessaires.

» Art. 4. — Indépendamment de l'emploi des bâtiments


176 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» ci-dessus indiqués, il sera réservé une chapelle pour la

» célébration de l'office divin, une école pour l'instruction

» des enfants, une salle pour les assemblées du bureau, un

» local suffisant pour déposer tous les objets concernant

» la filature et pour faire les distributions journalières, et

» enfin des greniers pour enfermer les grains qui appar»

appar» à l'hôpital.

» Art. 5 6 7

» Art. 8. — Il sera employé, outre le prix des répa" rations ci-dessus, la somme de 4,500 liv. au plus pour » l'acquisition des lits, linge, meubles et ustensiles néces» saires.

» Art. 9. — Aussitôt que les bâtiments permettront » l'établissement des lits, il sera établi dans ledit hôpital » deux soeurs de charité à l'effet de soigner les malades et » de veiller, sous l'inspection du bureau, à tous les détails » qui les concernent.

» Art. 10. — Il sera en conséquence passé incessam» ment par nous, comme administrateur et fondateur dudit » hôpital, un traité avec lesdites soeurs pour le soin et l'en» tretien des malades.

» Art. 11.... Art. 12. — Notre intention est que les » règlements faits par nos prédécesseurs et qui ne seront » pas contraires au présent, continuent à être observés, » nous réservant de pourvoir, par un règlement particu» lier, s'il y a lieu, aux autres objets qui concernent l'admi» nistralion de notre Hôtel-Dieu et maladrerie de Traînel . »

La Révolution, qui survint peu de temps après, ne permit pas à cette utile institution de prendre tous ses développements et de porter de longs fruits. Un décret de l'Assemblée nationale des 14 et 22 décembre 1789, art. 50,

1 Arch. de l'Hospice.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 177

avec lettres-patentes du mois de janvier suivant, remettait aux municipalités l'administration des Hôtels-Dieu et hôpitaux. En février 1790, la municipalité de Traînel fit donc défense à l'ancien bureau de s'assembler désormais, et sommation de remettre les registres courants entre les mains du secrétaire-greffier de la municipalité. Le bureau protesta par exploit d'huissier, le 25 février; la municipalité maintint ses prétentions. Le 3 mars, le seigneur, M. Terray, déclara vouloir conserver le droit d'inspection sur l'HôtelDieu et la Maladrerie, tout en consentant à ce que l'administration en appartint à la municipalité. Enfin, l'on consulta l'Assemblée nationale. Quelle fut la réponse? Nous l'ignorons. Toujours est-il que nous ne voyons plus trace de la filature; mais le 13 juin 1791 on établit, à l'hospice, un atelier de charité, pour subvenir aux besoins des indigents. On s'y occupait du rétablissement des chemins, sous la surveillance du maire, et l'on donnait 20 sous à chaque manoeuvre, à chaque attelage de 2 chevaux 1.

Médecin; Sage-femme. — Plus tard, nous trouvons un médecin en titre pour l'hospice, avec un traitement de 75 liv. par an (1er ventôse, an vu), et une sage-femme, à qui l'on alloue 1 bichet de froment, 2 bichets de seigle et 15 sols tournois par mois 2.

La période contemporaine, en la commençant après l'invasion de 1814, va nous faire assister à une sorte de renouveau. Le 29 novembre 1822, la Commission de l'hospice modifie l'ancien mode d'affermage, et décide qu'à l'avenir les redevances se feront en argent seulement, au lieu d'être en grains et argent, comme auparavant.

Les anciens bâtiments sont reconstruits à neuf, en 1832.

1 Archives municipales.

2 Archives municipales.

T. XLVIII. 12


178 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Le devis monte d'abord à 28,147 fr.; des travaux supplémentaires exigent une nouvelle dépense de 12,027 fr. Les architectes sont MM. Mazur, Bert et Ruault.

La chapelle n'est pas oubliée; l'intérieur est restauré en 1840 et 1880, et le portique, dont le caractère architectural offrait quelque intérêt, voit ses sculptures gothiques remplacées en 1846 parla lourde construction actuelle, qui coûte cependant environ 8,900 fr. Une horloge nouvelle, du prix de 1,300 fr., est installée en 1879.

Les malades aussi sont l'objet de la sollicitude des administrateurs. En 1843, l'entrepreneur Bujard, de Nogent, sous la direction de M. Foy, architecte, prolonge de 7 mètres le bâtiment actuel, et, avec une classe pour les filles, construit deux salles pour les malades. Le devis monte à 8,600 fr.

Le 29 janvier 1865, la Commission vote la création de troits lits gratuits pour des vieillards ou incurables indigents de la commune et du canton, et le Conseil municipal donne son approbation.

Les étrangers n'ont droit qu'à un lit, d'après la délibération du 25 décembre 1852. En somme, l'hospice de Traînel offre huit lits, quatre pour les hommes et quatre pour les femmes 1.

ADMINISTRATION SPIRITUELLE. — Bénéfices de la chapelle Saint-Antoine. — Chapelains et leurs charges. — Description de la chapelle Saint-Antoine.

Bénéfices. — La chapelle de l'hospice a toujours été sous le vocable de saint Antoine. Le maître-autel était doté de deux bénéfices, rapportant de 30 à 40 liv., charges acquit1

acquit1 de l'Hospice.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 179

tées. L'une de ces charges était la célébration d'une messe, tous les dimanches et fêtes •.

Il y avait encore celui de l'autel de la Sainte-Vierge, sous le vocable de la Conception; il rapportait 20 liv., charges acquittées. Cette somme provenait du loyer de sept arpents de terres à Courceroy, louées 42 liv. en 1790 2.

Après la réunion de la Maladrerie à l'hôpital en 1695, le bénéfice de la chapelle Saint-Barthélémy fut aussi réuni aux autres bénéfices de l'hospice 3.

L'archevêque de Sens avait la collation de tous ces bénéfices. Il voulut aussi user du droit de visite dans la chapelle, parce qu'il y avait un tabernacle ; alors on le fit disparaître.

Outre ces revenus en argent, les chapelains percevaient le produit d'une terre, sise à Cercy, et appelée le Labourage des Chapelains. Il comptait 33 arpents de terre et 1 arpent de pré et rapportait 86 bichets de seigle et avoine et 3 livres pour la chapelle Saint-Antoine. Le tout se partageait par indivis et par moitié avec l'Hôtel-Dieu 4.

Chapelains.— Nous avons cité le nom d'un chapelain de l'hospice ; on en pourrait trouver plusieurs autres aux archives de Sens et au secrétariat de l'archevêché ; citons seulement : Jacques Le Riche, en 1674-1675; Nicolas Faudrillon, du diocèse de Troyes, de 1704 à 1719; Jacques Barbier, du diocèse d'Autun, chanoine de la Trinité pour la chapelle de la Conception, de 1701 à 17055. On

1 Pouillé de Sens, par Amette 1695. ; arch. de l'Yonne, G. 226.

2 Arch. de Courceroy.

8 Pouillé de Sens; arch. de l'Yonne, G. 226.

« Bail de 1785.

» Arch. de l'Yonne, G. 629, 636, 639.


480 HISTOIRE DE TRAÎNEL

les choisissait généralement parmi les chanoines de la Trinité. Mais l'Assemblée nationale ayant supprimé ceux-ci, -plusieurs membres du Chapitre se répandirent dans les paroisses voisines pour y exercer les fonctions de curés ou de vicaires. La Commission de l'hospice voulut attacher l'un d'eux au service de la chapelle, et, par sa délibération du 15 mai 1791, elle nomma M. Claude-Antoine Benoist, précédemment chanoine, chapelain desservant des deux chapelles Saint-Antoine et Saint-Barlhélemy, fixant ses honoraires à 300 livres par an. Il devait se conformer à l'esprit de la fondation et au désir des fondateurs et « chanter la » messe en grand les jours de Saint Antoine et de Saint » Barthélémy, et de même chanter des premières vêpres » les fêtes et dimanches, à une heure après midi, en ladite » chapelle de Saint-Antoine. » Ces vêpres se psalmodiaient anciennement et avaient été abolies par les desservants, de leur autorité propre 1.

Ce règlement ne dura pas longtemps. De nouvelles mesures furent prises le quatrième jour complémentaire de l'an VIII (21 septembre 1800.)

« Les citoyens de la commune avoient désiré pour leurs » avantages et pour l'utilité des citoyens des communes » environnantes qui professent la religion catholique, que » les deux prêtres qui desservent les paroisses de cette » commune se chargeassent du soin de dire tous les jours » d'obligation une première messe au point du jour dans » la chapelle de l'hospice, ainsi qu'elle se disoit autrefois; » ce voeu tant de fois réitéré et unanimement manifesté » avoit déterminé la Commission à consentir que cette » messe fut dite comme par le passé... la condescendance » de la Commission a causé une satisfaction générale... les » prêtres qui exercent dans cette commune se sont ac1

ac1 municipales de Traînel.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 181

» quité (sic) avec zèle et désintéressement de ce soin jus» qu'à ce jour... il est juste qu'ils soient indemnisez des » frais que leur occasionne la messe susdite. La Commis» sion arrête... qu'on priera les deux prêtres qui desservent » les églises de la commune de continuer de dire alternati» vement une première messe les jours d'obligation... et » s'obligent aussi les deux prêtres de dire une messe à » Saint-Barthélémy tous les premiers vendredy de chaque » mois de l'année et de chanter une grand'messe le jour » de la fête, 24 septembre (vieux style), et en outre s'o» bligent les prêtres d'assister tous les ans le 17 janvier » (vieux style), jour de la fête de Saint-Antoine pour chan» ter Messe et Vêpres, ainsy que de coutume. Comme ils » s'obligent de chanter la messe le jour de la Dédicace, » quy arrive le dimanche. Et pour raison de ce, l'adminis» trateur trésorier payera à chacun d'eux la somme de » 75 fr. par an, faisant ensemble celle de 150 fr. payé » par trimestre, savoir 37 fr. 50 pour le premier trimestre » et de là en continuant tant qu'ils feront les fonctions . »

Trois ans plus tard, la commission constatait le besoin d'un nouveau prêtée, et, par sa délibération du 3 prairial an XI (23 mai 1803), elle prélevait, sur les revenus de l'hospice, une somme de 400 fr. pour le traitement d'un vicaire, et lui donnait un logement dans les bâtiments de l'hospice, avec la partie du jardin des Fours 2.

Cependant, il existait une loi du 18 germinal an x (8 avril 1802), dont l'article 44 était ainsi conçu : « Les chapelles » domestiques, les oratoires particuliers ne pourront être » établis sans une permission expresse du gouvernement, » accordée sur la demande de l'évêque. » La commission administrative de l'hospice était en désaccord avec cette loi.

1 Archives municipales. 2 Archives municipales.


182 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Désirant néanmoins s'y conformer, elle arrêta, dans sa séance du 2 thermidor an XI (21 juillet 1803), qu'à partir de ce jour et jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné, les exercices religieux cesseraient provisoirement dans l'oratoire de l'hospice ; mais qu'elle solliciterait auprès de qui de droit : 1° le rétablissement de l'oratoire ; 2° l'approbation, par les corps administratifs, de son arrêté du 3 prairial an XI, concernant le traitement de 400 fr. sur les revenus de l'hospice, pour un vicaire chargé de desservir l'oratoire 1.

Le Ministre des Cultes autorisa l'oratoire de l'hospice par un arrêté du 3 messidor an XII (22 juin 1804), communiqué à l'administration le 28 nivôse an XIII (18 janvier 1805) ; mais le traitement du vicaire fut élevé à 600 fr. par an. Ce fut M. l'abbé Massey qui en jouit le premier 2.

Depuis cette époque, la chapelle de Saint-Antoine a toujours été desservie par le curé de Saint-Gervais. En 1880, la commission administrative, s'appuyant sur de faux renseignements, crut pouvoir supprimer la fondation et la desserte de l'oratoire. Il y eut protestation, mémoire à l'appui, sans résultat au moment où nous écrivons ; mais la justice de la cause est si claire, qu'il est impossible que, tôt ou tard, l'intention des fondateurs ne soit pas exécutée comme par le passé.

Cette chapelle est très utile à la population, quand le mauvais temps empêche les fidèles de ce rendre à l'église paroissiale, très éloignée : elle devient alors comme une succursale de Saint-Gervais, ainsi que le reconnaissait le Conseil municipal dans sa séance du 20 novembre 1864 3.

1 Archives municipales.

2 Archivés municipales.

3 Arch. municip., reg. des déliber.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 183

Description de la chapelle Saint-Antoine. — La chapelle actuelle de Saint-Antoine n'offre rien de remarquable. C'est un bâtiment long de 17m85, large de 6m75, plafonné en forme de voûte. Il est éclairé par deux fenêtres à l'est et deux à l'ouest. Ces dernières accompagnent une petite rosace, au-dessus de la porte d'entrée. Le sanctuaire, surélevé de 0,60 centimètres, est fermé par une petite porte en fer et par les bancs destinés au clergé et aux religieuses. Au maître-autel, un rétable en bois, de style corinthien, sert de cadre à une peinture qui ne paraît pas d'un grand mérite. Le sujet est saint Antoine, patron de la chapelle.

Deux petits autels, dans la nef, sont aussi décorés chacun d'un tableau. L'un représente un archevêque, bénissant un enfant à genoux. L'autre rappelle l'Immaculée Conception de la sainte Vierge. Ces deux tableaux n'ont aucune valeur artistique.

§ II. — Maladrerie de Saint-Barthélémy.

Antiquité de cet établissement. — Son affiliation au couvent de Longjumean. — Biens de la Maladrerie. — Sa réunion à l'Hôtel-Dieu — Chapelle Saint-Barthélémy.

La date précise de la fondation de la Maladrerie de SaintBarthélémy ne saurait être déterminée ; les documents manquent absolument. Ce qui est certain, c'est qu'elle existait au commencement du XIVe siècle, puisqu'une charte du 21 juin 1313 donne le nom d'un recteur : « Henricus, » rector Domus Leprosorum de Triangulo l. » Elle était située, comme toutes les léproseries, hors de l'enceinte de la ville. Une croix de fonte, sur piédestal de pierre, en marque aujourd'hui l'emplacement, à un kilomètre environ de Traînel, sur le chemin de Fourches.

1 Cart. du Paraclet, loco cit.


184 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Il est probable que c'est encore aux seigneurs de Traînel qu'il faut attribuer cette fondation. Ces personnages partagent, il est vrai, la collation du bénéfice avec l'archevêque de Sens. Ils consentent à lui communiquer les comptes, soit à lui personnellement, soit à ses mandataires, comme il se voit aux archives et au secrétariat de l'archevêché, pour les années 1392, 1438, 16451. Mais l'archevêque doit s'assurer du consentement du seigneur, s'il juge à propos d'apporter quelques modifications dans l'établissement. C'est ce que fit, le 2 juin 1316, Philippe Le Portier de Marigny, archevêque de Sens. Il prit d'abord le consentement d'Henri de Traînel, seigneur de Pouy; il rendit ensuite, pour des motifs qui nous échappent, une ordonnance par laquelle les biens, meubles et immeubles de la léproserie de Traînel étaient réunis à perpétuité au prieuré et couvent de Longjumeau, de l'ordre du Val-des-Ecoliers. Il réserva, toutefois, le droit des lépreux de Traînel et stipula que le prieur aurait au moins cinq frères résidant en ladite léproserie ; qu'ils y célébreraient le service divin ; qu'il serait dit tous les jours deux messes, dont l'une ponr les défunts, et, en outre, une autre pour les archevêques de Sens, etc. 2.

Les biens de la maladrerie étaient beaucoup moins considérables que ceux de l'hospice. Au finage de Traînel, ils étaient principalement situés aux Bordes. On y comptait 91 arpents 20 cordes, loués à bail, tantôt à raison de 50 sols l'arpent (bail de 1745), tantôt à charge de 8 bichets de froment pour le prieur de Saint-Gervais, 3 livres pour la réparation de la chapelle, 3 livres pour le luminaire et 5 livres par arpent, soit en tout 452 livres (bail de 1763).

Les autres terres étaient : sur le territoire de La Motte,

1 Arch. d'Auxerre, G. 226 ; Pouillé de Sens, par Amette, 1695. 2 Arch. part, de M. de Burgat: Inventaire raisonné, etc.


HISTOIRE DE TRAINEL

185

avec un rapport de 63 livres argent, en 1723, et 30 sols pour la chapelle Saint-Barthélémy ;

Sur celui de Courceroy, pour lesquelles la balance entre les recettes et les dépenses s'établissait ainsi :

En 1750. Recettes : 726 liv. 7 sols 9 den. Dépenses : 429 liv. 6 sols 3 deniers.

En 1760. Recettes : 2781 liv. 16 sols 3 den. Dépenses : 783 liv. 8 sols 6 deniers.

A la fin du XVIIe siècle, le revenu de la maladrerie variait de 340 à 500 livres.

En 1642, la Commission de la Générale Réformation des hôpitaux et maladreries de France voulut administrer le temporel de Saint-Barthélémy. Le procureur fiscal s'y opposa, alléguant que l'établissement n'était pas de fondation royale. L'administrateur Jean Le Roi, prêtre, religieux profès du prieuré de Saint-Eloi de Longjumeau, fit également valoir ses droits, appuyé sur la donation des seigneurs depuis plus de trois cents ans. Les choses restèrent ainsi jusqu'en juillet 1679. Le commandeur et les chevaliers de Saint-Lazare voulurent alors s'immiscer dans les affaires temporelles de la maladrerie, en vertu de l'édit de LouisXIV, en décembre 1672. Mais l'examen des titres et des comptes prouva, pour la maladrerie de Saint-Barthélémy comme pour l'hospice de Saint-Antoine, que la gestion était irréprochable.

Cependant, vingt ans plus tard, en mars 1693, fut rendu le décret d'union des deux établissements hospitaliers de Traînel, avec obligation, pour l'Hôtel-Dieu, « de satisfaire aux services et prières de fondation de la maladrerie. » L'arrêt du Conseil est du 15 avril 16961, et les lettres pa1

pa1 de l'Yonne et arch. part, de M. de Burgat : Inventaire

raisonné, etc.


186 HISTOIRE DE TRAÎNEL

tentes du mois d'août 1696 furent enregistrées au Parlement le 3 décembre suivant. De plus, un arrêt du conseil d'Etat du 22 juillet 1695 avait réglé que l'Hôtel-Dieu ne jouirait des revenus qu'à partir du 1er juillet précédent. Jusquelà, c'était le sieur de Corbigny, commis à la recette des maladreries de la Généralité de Paris, qui touchait les fermages, montant alors à 340 livres seulement par an.

Désormais, il n'y eut plus qu'une administration pour l'hospice et la maladrerie. Mais, comme nous l'avons remarqué plus haut, l'archevêque de Sens put vérifier par lui-même, ou par un délégué, les comptes de la léproserie.

Le bénéfice de la chapelle Saint-Barthélémy, qui était à la collation de l'archevêque, fut également réuni aux bénéfices de Saint-Antoine. C'était aussi, le plus souvent, un chanoine de la Trinité qui en jouissait. Nous n'avons trouvé, dans les registres d'insinuations, que la nomination d'Ancel Barleuf, en 1762-1763l. Le chapelain devait célébrer la messe dans la chapelle extra muros. Celle-ci était assez vaste ; et, depuis le rétablissement du culte, on n'y célébrait que deux ou trois fois l'an.

Mais, en 1814, les armées ennemies, qui campèrent pendant plus de six semaines autour de l'édifice sacré, le réduisirent à un état presque complet de dévastation. Le corps-de-garde, qui s'y était installé, avait brûlé la porte, l'autel et une partie des bois de charpente. On agita donc la question de savoir s'il fallait le démolir complètement, le reconstruire sur le premier plan, ou le modifier. On adopta ce dernier parti, le 17 juillet 1814; mais les réparations furent sans doute insuffisantes, car, en 1821, M. Baudoire demanda que ce qui restait de l'ancienne chapelle fut transporté dans les bâtiments de l'hospice ; ce qui fut accordé 2.

1 Arch. de l'Yonne, G. 608. 2 Arch. de l'Hospice.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 187

La chapelle ne fut réellement démolie qu'en 1826, et l'on y substitua une croix provisoire. Ce n'est qu'en 1844 qu'on consacra définitivement l'emplacement de Saint-Barthélémy par une croix en fonte, avec piédestal en pierre, où se lit cette inscription :

Cette croix fut érigée

en 1844

pour perpétuer le

souvenir de la

maladrerie remplacée

par la chapelle SlBarthélemy,

SlBarthélemy,

par l'ennemi, en

1815.

§ III. — Secours aux indigents et aux incendiés.

Legs Baudoire. — Compagnie des Pompiers. — Ce troisième paragraphe sera peu développé, puisque nous en avons donné les principaux éléments dans le paragraphe Ier. L'action bienfaisante des seigneurs se dégage suffisamment par l'exposé des distributions mensuelles de l'hospice et par les règlements qui établissaient une filature de coton et les lits des malades.

Ce bel exemple devait être suivi par un curé de Traînel, M. l'abbé Sébastien Baudoire. Cet excellent ecclésiastique, par acte notarié du 17 novembre 1834, donnait à la commune 5,000 francs pour assurer l'apprentissage de tisserand ou de couturière à des enfants pauvres choisis par le curé de la paroisse.

L'hospice, qui avait tout fait pour les indigents du pays, ne pouvait manquer de prévoyance pour ces accidents trop fréquents, qui portent la désolation et la ruine au sein des familles. En 1830, la Commission vota l'acquisition d'une pompe à incendie, et cet exemple fut suivi par la commune en 1842.


188 HISTOIRE DE TRAÎNEL

TROISIÈME PARTIE

L.E DOYENNÉ. — LA PAROISSE

CHAPITRE 1er LE DOYENNÉ ET LES CHAPELLENIES.

Ancien doyenné et étendue de ta juridiction. — Chapelleries dans les églises paroissiales. — Doyens ruraux. — Nouveau doyenné.

Les plus anciens documents font mention du doyenné de Traînel et lui donnent le cinquième rang parmi les douze qui dépendaient des cinq archidiaconés de Sens 1. Le pouillé de 1732 et la carte d'Outier lui donnent cependant le second rang 2.

Le doyenné de Traînel a constamment appartenu, depuis le XIIIe siècle, à l'archidiaconé de Sens ou grand archidiaconé 3, et à l'arrondissement de Sergines.

Du XVe au XVIIIe siècle, il comprenait 34 cures, 3 prieuréscures, beaucoup de chapelles fondées, 2 chapitres, l'abbaye de La Pommeraie sur la paroisse de la Chapelle-sur-Oreuse,

« Bibl. nat. n° 5218 et suppl. franc. n° 1374. — Desnoyers: Topog. Ecclés. de la France, lre partie, p. 119, n. — Lalore ; Anciens pouillés des paroisses incorporées au Diocèse de Troyes, en 1801, p. 73.

2 Lalore, loco cit., p. 36. — Desnoyers, loco. cit.

3 Lalore, loco cit., p. 37.— Desnoyers, loco. cit.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 189

dépendant du Paraclet, 4 prieurés simples, outre celui des religieuses de Bray, 5 maladreries 1.

Voici les noms de la plupart des paroisses 2 :

Traînel, chef-lieu de canton ;

Baby (Babiacum), cure érigée en 1640; — Balloy (Balatorium) ; — Bazoches-les-Bray (Bazochia, Basileia ou Basilicajuxta Brayacum).

Courceroy ou Courcelroy (Corcereium), à la collation de l'archevêque de Sens ; au XVe siècle, il valait 80 liv. et 600 liv. en 1732, avec 100 communiants.

Fontaine-Fourches (Fons Furcia) ; — Fontenay-de-Bossery (Fontenetum Boisseri), à la collation de l'archevêque de Sens; il valait 200 liv. au XVe siècle et 1,300 liv. en 1732, avec 50 communiants.

Grange-le-Bocage ; — Grisy-sur-Seine (Grisiacum supra Sequanam); — Gumery (Guitmeriacum, Gumeriacum et Gumerium), à la présentation du chapitre de Sens ; il avait 150 communiants et valait 1,400 liv.

Jaulnes (Jaunia, Jalnea ou Janua).

La Louptière, ou La Louvetière (Lupiraria). — La Motte-Tilly (Tiliacum ou Motha Tilliaci), à la collation de l'archevêque de Sens, avec 300 communiants ; elle valait 200 liv. au XVe siècle, et 1,100 en 1732.

Montigny-le-Guedier (Montiniacum, Montiliacum Guesderii). Mousseaux-lez-Bray (Moncelli, Moncelloe) ; — Mouy (Moisium).

1 Lalore, loco cit., p. 40, et Pouillé de Sens, par Amette, arch. d'Auxerre, G. 226.

2 Monseigneur Ail ou : Chronique des Evéques de Meaux, p. 293 et suiv.


190 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Noyen-sur-Seine (Noemium ou Noemium supra Sequanam).

Passy-le-Feuillage (Passiacum) ; — le Plessis-Gâtebled, succursale de Montigny au XVe siècle et de Sognes au XVIIe siècle (Plessetum Gastebled) ; il était à la présentation du chapitre de Sens, avait 100 communiants, et valait 800 liv. en 1732.

Villenauxe-la-Petite (Villanoxa parva); — Villiers-surSeine (Villaria supra Sequanam); — Villuis (Villa, Vilhuis).

Prieurés. — Les trois prieurés qui existaient sur l'ancien territoire du doyenné de Traînel, acquis par le diocèse de Troyes, étaient : le prieuré de Saint-Gervais-des-Tables, celui de Sainte-Marie-Madeleine, de l'ordre de Saint-Benoît et celui de Saint-Antoine, à l'hospice.

Chapellenies. — Plusieurs chapellenies sont signalées par les anciens pouillés du XVe siècle. Nous avons déjà cité les deux du maître-autel de l'hospice de Traînel, et celle de l'autel de la Conception de la Sainte-Vierge, dans la même chapelle de l'hospice. Le pouillé de 1732 indique une quatrième chapellenie, dont le patron était le seigneur du lieu, et qui, comme les précédentes, était à la collation de l'archevêque de Sens. C'est sans doute la chapellenie de Saint-Barthélémy (in leprosaria), unie à l'Hôtel-Dieu en 1695.

L'église collégiale de la Trinité, à Traînel, avait aussi trois chapelles à la collation de l'archevêque : 1°la chapelle de Saint-Léonard, qui fut permutée en 1661 pour le prieurécure de Melz, près Provins; 2° la chapelle Saint-Nicolas, permutée en 1410 pour la cure de Courceroy; 3° la chapelle Saint-Sébastien, pour laquelle il s'est trouvé une provision en 1409 et deux ou trois en 1410.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 191

La chapelle de l'église de Gumery, à la présentation du chapitre de Sens. Une autre chapelle, plus récemment fondée, dans la même église et dans les mêmes conditions.

La chapelle ou vicairie perpétuelle de Saint-Jean-Baptiste ou de Sainte-Catherine, dans l'église Notre-Dame de Traînel, fut présentée par le seigneur temporel dudit lieu en 1498 et 1501, et paraît avoir été fondée vers 1340.

La chapelle Sainte-Marguerite, en l'église de La MotteTilly, était à la présentation du seigneur du lieu. Le chapelain était obligé à dire la messe dans l'église les jours de fête, et en semaine dans le château 1.

Doyens ruraux.— Les doyens de la chrétienté de Traînel n'étaient pas nécessairement les curés du chef-lieu, comme aujourd'hui. Ils étaient nommés chaque année, ou du moins pour un espace de temps assez limité. Ils transmettaient chaque année à l'archevêché de Sens les deniers qu'ils percevaient en vertu de leur charge. Pour en donner une idée, nous transcrivons quelques-uns des chefs de revenus.

« Compte de 1396-1397. — Pour le synode annuel

" des 20 curés du doyenné 61 sous, sur lequels l'archi»

l'archi» de Sens prend 15 sous 8 deniers, le préchantre

» de Sens 2 sous 6 deniers et les marguilliers de l'église

» 15 deniers. — Pour droit de sceau 20 sous. — Pour le

» lit de feu Guillaume de Beaulieu, curé des Tables de Traî»

Traî» 5 écus. — Reçu des curés, 14 setiers de froment,

» estimés 14 liv. 2 »

On payait aussi des droits pour l'installation des curés; pour la tonsure (5 sous); pour lettres testimoniales; pour absolution d'excommunication ; pour permission d'inhumer

1 Pouillé de Sens, loco cit. — Lalore, op. cit., p. 40 et 73. 2 Arch. de l'Yonne, G. 401.


192 HISTOIRE DE TRAÎNEL

ceux qui étaient décédés sans avoir fait de testament ni reçu les sacrements ; pour les quittances d'exécution des testaments ; pour le greffe ; pour les funérailles. C'était aussi le doyen qui percevait les fruits des cures vacantes, des cures en litige, de celles qui relevaient de l'archevêché; les grains dus par les curés, le produit des prés de Vimpelles, appartenant à l'archevêque. Le compte de 1732 accuse 8 pintes d'huile de noix à 2 sous 6 deniers, 6 setiers 2 bichets de froment, 13 pintes d'huile, 11 aunes de toile. Celui de 1390-1391 mentionne un subside de 13 liv. 5 s. accordé par les curés du doyenné à l'archevêque Guillaume de Dormans pour son joyeux avènement. Le total des recettes annuelles variait de 19 à 20 liv. en argent, et environ 2 muids 5 setiers 2 bichets de froment 1.

Nous n'avons recueilli qu'en petit nombre les noms des doyens de Traînel.

Avant 1102. — Constant 2.

1221, février. — G. de Bazoches. Il notifie qu'en sa présence et en présence de Philippe II de Traînel, abbé de Saint-Loup de Troyes, Théceline, dame d'Hermez et soeur de Philippe, a donné au Paraclet « sis setiers de grains seur » le molin Aus deus molins, à Treynel 3. »

1239, juin. — 1240, mai. — Léger4.

1250, 12 octobre. — Etienne 5.

1261, mai. — Nicholas 6.

« Arch. de l'Yonne, G. 231, 261, 269, 393 à 404.

2 Bourassé, cart. de Cormery, p. 106.

8 Cart. de Paraclet, f° 235, et ap. Lalore, op. cit., p. 164.

4 Cart. du Paraclet, f° 200 et 88, et apud Lalore, p. 206 et 113. 5 Cart. du Paraclet, P 236, et apud Lalore, p. 225.

6 Cart. du Paraclet, f° 231, et apud Lalore, p. 239.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 193

1262, octobre ; 1263, novembre. — Gui 1. 1264. — Henri de Vaurenier 2. 1313, 21 juin.— Etienne 3.

1407-1411. — Jean Fouet, prêtre, doyen de Traînel. 1425-1428. — Nicolas Berthier, curé de Bray-surSeine.

1434-1437. — Jean Brochet, chanoine de Bray-surSeine.

1482-1492. — Hierosme Chauvot, chanoine de Braysur-Seine.

1493-1504. — Regnault le Coq, chanoine de Bray-surSeine.

1515-1516. — Pierre Jacquot.

1519-1523. — Jean Merlin, chanoine de Traînel.

1552-1559. — Jean Chauvot 4.

1567. — Le doyen de la chrétienté de Traînel, dont on ignore le nom, était à Bray-sur-Seine (peut-être même était le curé du lieu), quand M. de Genlis, chef protestant, s'empara de cette ville, après le retour du roi Charles IX à Paris. Tandis que les autres prêtres étaient emprisonnés et maltraités, lui seul parvint à s'échapper avec les soldats. Il revêtit même l'habit militaire et s'enrôla sous les ordres du capitaine Valentin, qui forma une compagnie de 300 hommes pour le service du roi 5.

1 Cart. fr. de Gouvois et Prouvins, f° 16, col. 1, sur le dos du reg. des propriétés de Renier Accore, Bibl. nat., fonds des cart., n° 173. — Cart. du Paraclet, f° 223 et ap. Lalore, p. 241.

8 Arch. d'Auxerre, H. 709.

3 Cart. du Paraclet, f° 242 et apud Lalore. p. 276.

4 Arch. de l'Yonne, G. 231.

5 Mém. de Claude Hatton, p. 472.

T. XLVIU 13


194 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1612-1613. — Jean de La Marre, curé de Villuis 1.

1646-1650. — Charpentier, curé de Vertilly.

1671. — Jean Prusscrot, bachelier en droit canon, curé de Villiers-sur-Seine 2.

1700. — Lecourt, François, curé de la Motte-Tilly. Il portait « de gueules à une fasce d'or, accompagnée de trois couteaux d'argent 3. »

1704, mars. — Edme Collard, natif de Nogent-sur-Seine, curé de Courceroy, mort subitement à Sens, le 14 mai 1705, inhumé à Saint-Benoît. Il portait : « de gueules, à » un chien d'argent, colleté d'azur 4.

1704, août. — César Martial du Camus, curé de SaintMaurice- aux-Riches-Hommes.

1714. — N. Besançon, curé de Gumery.

1746. — N**, curé de Grisy.

1757, 1770. — Popelet, curé de Villenauxe-la-Petite. C'est lui qui, le 10 septembre 1757, au nom de l'archevêque de Sens, Albert, cardinal de Luynes, bénit la chapelle du château de La Motte, nouvellement construite.

1775. — De Treignac, curé de Villuis.

1776. — Tonnelier, curé de Gumery. 1779-1781. — Faisant, curé de Jaulnes. 1790. — Cochois, curé de Grisy.

Doyenné nouveau. — La nouvelle circonscription des diocèses en 1801, en détachant Traînel de l'archidiocèse

1 Arch. d'Auxerre, G. 211.

2 Arch. de Sens, G. 91. 3 Manuscrit Gontard.

4 Manuscrit Gontard.


HISTOIRE DE TRAINEL 195

de Sens pour l'incorporer au diocèse de Troyes, modifia l'étendue de la juridiction décanale. Sept paroisses de l'ancien doyenné furent seules conservées pour le diocèse : Courceroy, Gumery, Fontenay-de-Bossery, La Louptière, La Motte-Tilly, le Plessis-Gâtebled et Traînel ; mais quatre seulement furent réservées au nouveau doyenné de Traînel, qui acquit en compensation la paroisse de Soligny-les-Etangs avec son annexe de Bouy-sur-Orvin.

Traînel fut érigé en cure de seconde classe par ordonnance royale du 22 mars 1829, et depuis cette époque le canton ecclésiastique de cette portion du diocèse se compose ainsi : Traînel, chef-lieu de canton; Gumery avec Fontenay-deBossery, comme annexe; La Louptière-Thénard, le PlessisGâtebled et Soligny-les-Etangs, avec Bouy-sur-Orvin.

Quant à la dignité décanale, elle ne fut rétablie que par le synode diocésain de 1873, et le premier titulaire a été M. Jacques-Louis Prieur. Le pro-curé actuel, successeur de ce dernier, est revêtu de la même dignité depuis le 11 novembre 1877.

CHAPITRE II. PAROISSE ET PRIEURÉ DE SAINT-GERVAIS

§ 1er.— Eglise Saint-Gervais et Saint-Protais.

Antiquité de l'église. — Ses proportions. — Réparations successives. — Procès. — Projet d'une seule église par l'union des deux paroisses en 1718 et 1864. — Mobilier de l'église.

Antiquité de l'église Saint-Gervais.— L'église de SaintGervais et Saint-Protais, probablement bâtie par Ponce, seigneur de Pont-sur-Seine et Traînel, servait à la fois aux


196 HISTOIRE DE TRAÎNEL

offices de la paroisse et du prieuré 1. Comme paroisse elle avait pour patron l'abbé de Cormery, comptait 450 communiants, et valait 800 liv. en 1732. Elle avait pour annexe l'église de La Louptière 2.

Proportion. — L'édifice remonte au XIe siècle, et en porte les caractères. Il forme la croix latine et mesure 40m 50e de longueur sur 18 mètres de largeur dans le transept. Le sanctuaire a 5m 40e de long et le choeur 6m 90 sur une largeur commune de 6m 10. Ils sont voûtés sur ogive à une hauteur de 10m 50. De chaque côté du choeur est une chapelle plus basse, également voûtée, isolée par un petit mur surmonté d'une grille mesurant 7m de long sur 3m 40 de large et 6m 70 de haut. La nef principale est simplement plafonnée en cintre, et mesure 20m de long sur 5m 50 de large et 13m 50 de haut. Les nefs collatérales non voûtées s'élèvent seulement à une hauteur de 4m. Les piliers sont carrés. L'édifice était autrefois accompagné d'une tour, construite sur le portail occidental; nous en parlerons plus tard.

Réparations diverses. — L'église Saint-Gervais dut subir de nombreuses modifications, depuis sa construction primitive ; mais nos documents ne nous apprennent rien sur les travaux exécutés dans l'espace de six siècles. Au commencement du XVIIIe siècle, les réparations étaient urgentes. Un long procès s'engagea alors entre les gros décimateurs et les habitants, sur la part de dépenses que chacun devait supporter. Nous allons analyser cette affaire, qui passionna la population.

Procès. — Dès 1701, on s'était aperçu que l'église

« Gall. Christ, t. XII, col. 496.

3 Pouillé de Sens, par Amette, G., 226.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 197

Saint-Gervais était dans un péril imminent. La fabrique la fit étayer, et, quand le 1er mai 1704, l'archidiacre de Sens, Pierre de Guérin de Tencin, en fit la visite, il ordonna la réparation du choeur et du cancel. On en donna avis au prieur de Saint-Gervais, au chapitre de la Trinité et aux religieuses de la Madeleine, gros décimateurs, qui étaient tenus à la moitié de la dépense. Mais l'affaire traîna en longueur. Ce n'est que le 20 mai 1712 que nous voyons un architecte, M. Soignot, présenter un devis montant à 2,000 liv. Les travaux, cependant, ne commencent pas encore. Les paroissiens perdent patience, et chargent Marc-Antoine Thorailler de porter plainte au bailliage de Troyes.

Le bailli promet de saisir le temporel des gros décimateurs, et une sentence du 2 août 1713 les condamne solidairement à faire les réparations. La procédure se prolonge deux ans, pendant lesquels se succèdent les visites d'experts, les assignations des habitants, les protestations des décimateurs, bien que les experts déclarent que la ruine des piliers mitoyens n'est pas due, comme on le prétend, à l'augmentation du poids des cloches, et que le clocher ne porte pas sur eux.

Dans l'intervalle, l'église tombe le 30 janvier 1716, et le 4 mars suivant intervient une sentence qui ordonne de mettre en sûreté les matériaux provenant de la chute d'une partie de l'église, et de faire une clôture de ce qui reste de la nef, pour y célébrer le service divin. Il est, en outre, demandé que les gros décimateurs soient tenus à réparer l'église, le clocher et les cloches. En conséquence, le prieur Anthoine est assigné pour payer 125 livres, les chanoines de la Trinité 125 livres, les religieuses de la Madeleine 250 livres, et le sieur Pigeon, curé, 125 livres. Tous paient à l'huissier, se réservant le droit de répétition contre qui il appartiendra.

Au milieu de tous ces débats et discussions, une nouvelle


198 HISTOIRE DE TRAÎNEL

catastrophe avait désolé la ville de Traînel. En 1714, la plus grande partie de l'église Notre-Dame s'était écroulée à son tour, et des deux édifices religieux, tombés presque en même temps, aucun n'offrait de sécurité dans ses parties intactes. C'est alors qu'on pensa à les remplacer par une église unique. Le mémoire rédigé à cette occasion évalue la dépense à 20,000 francs, et la répartit entre les gros décimateurs comme il suit :

« Mesdames de la Madeleine, dit-il, ont audit lieu pour » 1,000 livres de dixmes au moins et d'autres revenus pour » 2,000 livres; elles peuvent, en quatre ans, donner » 4,000 livres 4.000 liv.

» M. Antoine, prieur, a pour 600 livres de » dixmes; il peut donner 2,000 livres et on » lui remettrait les 300 livres d'impositions » dont il est chargé 2000

» MM. les chanoines de la Trinité n'ont que » pour 120 livres de dixmes; ils peuvent en » quatre ans, donner 300 livres 300

» M. le marquis de Traînel a également » 120 livres 300

» L'hôpital a un revenu de 3,000 livres à » 1,000 livres par an 4.000

» Le sieur curé a une portion de dixmes, » qui peut valoir 240 livres annuellement ; » mais il est chargé d'impositions et d'autres » frais Mémoire.

» La fabrique de St-Gervais a déjà 2,000 » livres; elle peut vendre ses cloches 4,000 » livres 6.000

» La fabrique Notre-Dame a déjà 500 liv.; » elle peut en faire autant en quatre ans. . . 1.000


HISTOIRE DE TRAÎNEL 199

» De plus, on peut imposer une taxe sur » cinq ou six habitants en quatre ans 1 » . . 6.000

Les deux paroisses devaient être administrées par un même curé, comme cela s'était pratiqué soixante ans auparavant, à la réunion des deux cures 2 ; et le 4 juin 1716, les curés et paroissiens de Saint-Gervais et Notre-Dame promettaient de s'en rapporter à la décision de l'archevêque de Sens, pour réaliser ce projet 3.

Mais il ne paraît pas qu'il ait abouti ; car, le 6 novembre 1717, le frère Romain présentait le plan d'une église nouvelle, et le 25 février 1718, Gilberte-Françoise de Veyni d'Arbouze de Tillemont, prieure perpétuelle du prieuré de la Madeleine, et Jean-Joseph Anthoine, prieur de SaintGervais, promettaient de contribuer à cette reconstruction pour leur quote-part. Le devis montait à 8,251 livres 7 sols pour le tout, et la part des gros décimateurs était de 3,529 livres 4.

Cependant le vicaire général de Sens, M. de Tencin, revient à la charge pendant sa visite du 8 mai 1718, et il engage les habitants à délibérer sur les trois chefs suivants : 1° s'ils consentent à la réunion de l'église paroissiale de Saint-Gervais à celle de Notre-Dame ; 2° s'ils veulent construire une église neuve dans l'intérieur du bourg ; 3° s'ils préfèrent rétablir leur ancienne église de Saint-Gervais, dans le lieu où elle est présentement. Les paroissiens de Saint-Gervais répondent qu'ils prennent à leurs frais le rétablissement de la nef et qu'ils s'opposent à la réunion des deux paroisses. La raison en est que l'église Notre-Dame

» Arch. de l'Aube, C. 2162.

1 Voir plus bas, Pastorat de Nicolas Thorailler.

3 Arch. de l'Aube, C. 2162.

4 Arch. de l'Aube, C. 2162.


200 HISTOIRE DE TRAÎNEL

leur est plus incommode que celle de Saint-Gervais, étant située sur une montagne, dans un terrain de craie tout glissant et d'un abord impraticable lorsqu'il pleut. En outre, cet édifice exige plus de réparations que celui de Saint-Gervais. Enfin, les paroissiens de Saint-Gervais et ceux de Notre-Dame ne peuvent s'accorder ensemble ; il arrive mille querelles entre eux pour la préséance des places, du pain bénit, etc. Ils demandent donc que l'église soit rétablie et les gros décimateurs obligés à bâtir un choeur, le cancel, le clocher, et à faire refondre les cloches, de la chute desquelles ils sont cause 1. Et ainsi fut-il fait, au moins pour le choeur.

Nous trouvons, à la date du 17 décembre 1719, un marché pour la reconstruction du pignon du midi, pour un gros pilier du côté du nord, faisant séparation du choeur et de la croisée, et pour la moitié du grand arc doubleau qui posera sur ce pilier ; pour le reste de l'arc doubleau de la chapelle Saint-Nicolas et le mur au-dessus ; plus, les deux grands arcs doubleaux des croisées du nord et du midi. Enfin, il s'agit encore du mur qui fait la clôture de la basse-goutte et de la croisée du côté du nord, etc., moyennant 100 sols par toise. L'acquit est de 424 livres 7 sols 6 deniers.

Le 19 avril 1722, un autre marché concerne un portique à construire avec festons et consoles à jour, etc., moyennant 106 livres, et le 10 mai suivant il est question de dresser un beffroi. La fabrique fournit le bois et donne 60 livres aux charpentiers 2. La chute de l'église, arrivée le 30 janvier 1716, avait entraîné celle du clocher, qui s'élevait entre le choeur et la nef. Si l'on rebâtit difficilement les murs de l'édifice sacré, on mit encore plus de temps à parfaire le clocher. Enfin, après bien des débats et des con1

con1 de l'Aube, C. 2162. 3 Arch. paroissiales, C. 7.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 201

testations, on construisit la tour au devant du pignon de l'église. Les fondations en furent jetées, et la première pierre bénite et posée par M. Guillemé, curé de Saint-Gervais, le 13 juillet 1756 i. Il s'élevait à soixante pieds de haut.

Ce monument n'avait pas de conditions de durée, car, dans la nuit du 9 au 10 février 1799, il tomba de nouveau avec le pignon qui le soutenait. Les habitants demandèrent alors à faire servir les matériaux pour relever, à leurs frais, le pignon de leur église 2.

En 1814, les soldats de l'armée des alliés y commirent tant de dévastations, qu'il fallut quelque temps suspendre les offices.

En 1836, le sanctuaire est environné de lambris en chêne ; prix : 350 francs.

On y établit aussi un carrelage de pavés octogones, pierre de Mussy, entremêlés de carreaux en marbre noir poli. Prix : 229 francs.

Le vieux tableau mutilé du maître-autel est remplacé par un autre, représentant le double martyre de saint Gervais et de saint Protais, travail de M. Arnaud, peintre d'histoire, à Troyes. Prix : 400francs; cadre doré : 110 francs.

Cette peinture, sans être un chef-d'oeuvre, n'est pas mauvaise. Elle encourt cependant un grave reproche : c'est d'être infidèle à l'histoire. Les actes de ces deux jeunes martyrs rapportent que, par ordre d'Astase, juge à Milan, Gervais, le premier, fut fouetté avec des cordes plombées jusqu'à ce que la violence des tourments lui fit rendre l'âme. Protais, d'abord bâtonné sur le dos et sur le ventre, fut

1 Greffe du tribunal de Nogent-sur-Seine, reg. de cathol. de Traînel, année 1756.

3 Pétition du 6 ventôse, an vu (23 février 1799).


202 HISTOIRE DE TRAÎNEL

ensuite décapité 1. L'artiste montre, au contraire, saint Gervais survivant à son frère, et rien n'indique le genre de supplice qui lui fut infligé. L'inspiration n'eut rien perdu, ce nous semble, à la vérité des détails.

En 1838, un sieur Dominique, peintre à Pont-le-Roi, décore les voûtes et les murailles du sanctuaire, ainsi que le rétable du maître-autel : prix, 524 fr.; on peint aussi les boiseries du choeur : prix, 120 fr.; et l'on cpnstruit la plupart des bancs de la nef : prix, 274 fr.

C'est à la même époque que l'on décore la chapelle de la Sainte-Vierge par des peintures murales, genre grisaille. Les sujets, assez bien traités, offrent cependant un défaut notable : c'est le style flamboyant dans une chapelle romane.

La question d'une église unique et plus centrale pour la population de Traînel, agitée en 1718, fut remise au jour en 1864 par l'administration religieuse. Mais le Conseil municipal, dans sa séance du 28 mars, s'y refusa sous prétexte que Saint-Gervais pouvait suffire aux besoins du culte; il proposait toutefois des fonds pour agrandir Saint-Antoine. II ajoutait, dans une autre séance (20 nov.), que la chapelle de l'hospice était une succursale fort utile pour les messes quotidiennes et même pour les offices dominicaux, en cas de mauvais temps. On prend donc la résolution de restaurer Saint-Gervais, d'entourer le cimetière et d'élever un clocher. Le devis, dressé en 1866, par M. Poney, architecte, évalue la dépense à 48,036 fr. 95 c. Mais le projet n'a pas de suite actuellement. Il ne se réalise en partie qu'en 1868, où, dans sa séance du 12 nov., le Conseil municipal, ayant décidé la démolition de Notre-Dame, ordonne la vente des matériaux et en affecte le produit au redressement du

1 Lettre de S. Ambroise aux Evoques d'Italie, dans la Grande Vie des Saints, par J. Collin de Plancy et l'Abbé S. Darras, 19 Juin


HISTOIRE DE TRAÎNEL 203

pignon ouest et au plafonnage de la nef de Saint-Gervais. Toutefois, les travaux ne sont exécutés qu'en 1870, et pour une somme de 4,850 fr. l

Des réparations importantes se font actuellement, et l'on fait espérer qu'elles se continueront sur tous les objets en souffrance.

Nous n'avons plus rien à signaler, sinon les traces d'une ancienne litre, courant tout autour de l'église et portant à chaque pilier les armes des Harville, chargées en coeur de celles des Ursins.

§ II. — Curés de Saint-Gervais.

Dès les XIIe et XIIIe siècles, nous trouvons des noms de prêtres; mais nous ne savons s'il faut les rattacher à l'une des deux paroisses de Traînel, au chapitre de la Trinité, ou s'ils vivaient sans emploi spécial. C'est ainsi qu'en 1138, Gundricus, prêtre, fait construire sur son patrimoine le prieuré de Sainte-Marie-Madeleine. En 1192, Milon, prêtre de Traînel, est témoin dans une donation d'Elouvis, dame de Nangis, à l'abbaye du Paraclet 2. En 1261, Michel, prêtre de Traînel, est témoin dans une charte de Maître Pierre, officiai de Sens 3. Antoine Lalier, en 149o, ne porte aussi que le titre de prêtre.

Un nom moins honorable est celui de Dominique, curé de Traînel. Vers 1210, des erreurs pernicieuses se répandaient dans les diocèses de Paris, Langres, Sens et Troyes. Plusieurs des disciples d'Amaury, condamné par Innocent III, ajoutaient à la doctrine de leur maître. C'étaient spécialement Guillaume d'Aire, orfèvre de profession, et Raoul de

1 Arch. municip. Reg. des Délib.

2 Cart. du Paraclet, f° 94 et 120; et apud Lalore, op. cit., p. 97.

3 Cart. du Paraclet, f° 272, et apud Lalore, op. cit., p. 240.


204 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Namur, clerc de Paris. Ils soutenaient que chacun pouvait être sauvé par l'infusion intérieure de la grâce du SaintEsprit, sans aucun acte extérieur, et que ce qui était en soi-même un péché, ne l'était plus, étant fait par charité.

Dominique, curé de Traînel, se laissa convaincre et devint même l'un des plus ardents du parti. Il fut, avec huit autres clercs, dégradé, livré au bras séculier, et sur son refus de rétractation, brûlé avec ses adhérents, sur la place de Champeaux, à Paris, le 20 décembre 1210 1.

1396. — Guillaume de Beaulieu, curé des Tables de Traînel 2.

1489. — Jehan Emery, curé de Saint-Gervais.

1557, 23 janvier. — Nicolas de Neufchatel, prêtre du diocèe de Meaux, résigne la cure de Saint-Gervais en faveur du suivant, moyennant une rente de 100 liv. tournois.

1558, 27 juillet. — Jean Bourry, prêtre du diocèse d'Angers. La cure valait alors 23 ducats d'or.

1576-1586. —Nicolas Imbert, curé de Saint-Gervais et de la Louptière. Le 21 mars 1578, à cause de la modicité de ses revenus et du petit nombre de prêtres, qui ne lui permet pas de faire officier dans la succursale, il demande la permission de dire deux messes les dimanches et fêtes. ■ Il est autorisé, par le grand-vicaire de l'archevêque de Sens, à chanter deux messes, les dimanches seulement, à Traînel et à La Louptière.

En 1581, nous trouvons avec la signature d'Imbert celle de Jean Dodel.

1630, ides de novembre. — Jacques de Justigny résigne la cure de Saint-Gervais en faveur du suivant.

1 Hist. des auteurs sacrés et ecclés., t. XXI; Thésaurus anecd., t. IV. — Migne, Dict. des Conciles, t. 2, col. 248.

2 Inventaire des Arch. de l'Yonne, G. 401.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 205

1631,17 janvier. — Nicolas Thorailler, prêtre du diocèse de Sens. A partir de novembre 1636, disparaît la signature de Nicolas Thorailler. Les fonctions curiales sont remplies par Isaac Bardot et Jérôme Lemaire, chanoine.

C'est à cette époque que la cure de Saint-Gervais est réunie à celle de Notre-Dame. Cette affaire demande quelques détails. M. Isaac Bardot, curé de Notre-Dame, encouragé par le marquis de Traînel, s'adresse à l'archevêque de Sens pour obtenir la réunion des deux cures. L'officiai de Sens, Edmond Mauli. . se rend sur les lieux, et, du consentement de l'abbé de Cormery et des paroissiens des deux églises, il prononce, le 24 septembre 1636, la réunion des deux cures 1. Mais il paraît que les paroissiens de SaintGervais regardaient cette mesure comme temporaire seulement; aussi restaient-ils en paix, voyant leurs droits de paroissiens séparés de ceux de Notre-Dame. Il n'y avait, à la vérité, qu'un seul curé possesseur des deux bénéfices ; mais une rédaction spéciale des actes mentionnait les baptêmes, mariages et sépultures de chaque paroisse. Une imprudence éveilla les susceptibilités et provoqua une tempête. On voulut démolir les fonts baptismaux de SaintGervais. Les paroissiens et surtout les habitants de La Borde s'y opposèrent énergiquement « avec grand tumulte et esmotion, » et réclamèrent l'ancien état de choses 2. L'official de Sens intervint; mais « voyant leur grande opiniastreté et à ce que la division ne feust point entre ceux que l'église veut estre unis, » il rendit une nouvelle sentence, le 28 novembre 1643, pour séparer les deux cures, laissant à Malhurin Linard le droit d'opter entre Saint-Gervais et Notre-Dame : Linard choisit Notre-Dame 3.

1 Arch. d'Auxerre, série G, 62. 2 Arch. de l'Aube, C, 2162. 3 Arch. paroissiales, A, 3.


206 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1643-1677. — Claude Parisot, ancien curé de Courceaux, conseiller, aumônier du roi, chanoine de La Trinité.

En 1677, il permute avec le suivant pour la cure de SaintThibaut, Juniacensis.

1677-1689. — Jacques Thorailler, chanoine de La Trinité. Il est inhumé le 10 mars 1689, dans le choeur de l'église Saint-Gervais. Il laisse à l'église Notre-Dame un quartier et demi de terres, valant 21 sols 4 d. de rente.

1689-1700. — Constantin Thorailler, né à Traînel, de François Thorailler, lieutenant au bailliage, et de Simonne Pochinot, baptisé à Saint-Gervais le 14 mai 1665. Il en est nommé curé en 1689, et son premier acte est du 9 juin de cette année. Il était maître ès-arts en la Faculté de Paris, et chanoine de Saint-Thomas de Cantorbéry, en l'église métropolitaine de Sens.

En 1694, refonte de la cloche de Saint-Gervais.

En 1699, Ferda, prêtre, dessert la paroisse jusqu'à la fin de l'année.

Le 24 mai 1700, Constantin Thorailler devient chanoine séculier de la collégiale de Saint-Loup de Brienon, par permutation avec le suivant. Il portait : « de sinople, à une » fasce d'argent, chargée de deux tours de sable 1. »

Nous trouvons à Courceroy, en 1705, un curé du nom de Constantin Thorailler; nous ne savons s'il est le même que celui de Traînel.

1700 à 1704. — Pierre de Vrin, prêtre du diocèse de Paris, chanoine séculier de la collégiale de Brienon, licencié en l'un et l'autre droit de la Faculté de Paris. Il est installé le 7 juin 1700. Le 12 juin, il prend possession de la succursale de La Louptière.

1704, 4 mars. — Pierre de Vrin, ayant démissionné,

1 Manuscrit Gontard.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 207

Félix Le Roux, prêtre du diocèse de Sens et bachelier en théologie de la Faculté de Paris, est installé.

Le même jour, Félix Le Roux prend possession de La Louptière. En l'absence du titulaire, Constantin Thorailler, chanoine, remplit les fonctions de curé de Saint-Gervais.

Félix Le Roux résigne sa cure au mois de juillet suivant.

1704-1722. — François Pigeon, prêtre du diocèse de Sens, est installé le 14 août 1704.

François Pigeon devient curé de Gumery, et, en 1739, le 1O mai, il donne à la fabrique une somme de 300 liv., à charge de fondation perpétuelle.

1722-1743. — Joseph-Etienne Lamy. Il est inhumé dans le cimetière de Saint-Gervais, le 14 octobre 1743, à 57 ans, après 21 ans de ministère.

1743-1753. — Philbert Matis, ancien curé de NotreDame. Il permute avec le suivant pour la cure de Maranvilliers.

1753-1769. — André Guillemé, installé le 21 décembre 1753. Il pose la première pierre de la tour, le 13 juillet 1756. Il est inhumé le 17 décembre 1769, dans la chapelle de la Sainte-Vierge, selon la demande qu'il en a faite. Il avait 78 ans.

C'est sous son pastoral que, le 14 décembre 1759, le cardinal-archevêque de Sens demande aux curés de son diocèse, au nom du roi, de déposer à la Monnaie royale les argenteries superflues des églises. Nous ignorons la réponse des curés de Traînel.

La cure est desservie, en 1770, par M. Matis, ancien curé, par le Fr. Ambroise Maréchal, récollet, et par M. Pierre Belin, vicaire.

1770-1775. — Louis Maget, installé le 7 février 1770, est enterré le 26 avril 1775, à l'âge de 60 ans.


208 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1775-1809. — Pierre-Antoine Baudoire, chanoine de La Trinité, originaire de Planche, en Normandie. C'est durant son pastorat que se produit la tourmente révolutionnaire. Cet ecclésiatique, aussi bien que M. Violette, curé de Notre-Dame, Claude-Antoine Benoist, Michel-Charles Silvestre et Bernard Loyson, chanoines de la Trinité, se laissent surprendre par la proposition de serment à la constitution civile du clergé ; mais ils s'honorent en retirant une promesse dont ils ne prévoyaient pas les conséquences. Aussi, le 21 ventôse, an VI (11 mars 1793), trois arrêtés du département de l'Aube mettent sous la surveillance de l'administration « les citoyens Baudoire, Maget et Benoist, ministres du culte à Traînel, suspects d'incivisme et de rétractation. » M. Baudoire fut même arrêté en son presbytère et conduit à la prison de Nogent. Mais la municipalité de Traînel fit une réclamation, le 13 octobre 1793, l'envoya à Nogent par une députation, qui gagna sa cause et ramena son pasteur en triomphe '.

Le 5 novembre 1792, les officiers municipaux avaient fait inventaire des registres de catholicité des deux paroisses. La remise en avait été faite au greffier, et décharge en avait été donnée à MM. Baudoire et Violette. A partir de ce moment, c'est le maire ou l'un de ses officiers qui constate les naissances, mariages et sépultures; mais aucune mention n'est faite des cérémonies religieuses.

A la mort de M. Violette, M. Baudoire administra les deux paroisses, en célébrant alternativement dans chacune des églises.

M. Baudoire meurt le 22 août 1809, à l'âge de 61 ans. Il est enterré dans le cimetière, en face de la grande porte. Une tombe plate en ardoise portait cette inscription : « Ci» gît le corps de Pierre-Antoine Baudoire, curé de Saint*

Saint* municipales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 209

» Gervais de Traînel, décédé le 22 août 1809, âgé de 61

» ans. Sa piété, son zèle, sa charité pendant 34 années

» d'exercice de ses fonctions pastorales lui ont mérité l'es»

l'es» et la confiance de tous ses paroissiens ; ils l'ont ac»

ac» jusqu'au tombeau en versant des larmes. En

» mémoire de ses vertus, ils lui ont consacré ce faible mo»

mo» de leur vénération et de leur amour. Priez Dieu

» pour le repos de son âme. »

Une nouvelle tombe lui a été érigée, ainsi qu'à son frère, en 1876, comme nous le dirons plus loin.

1809-1834. — Sébastien Baudoire, frère du précédent, ancien chanoine de la Trinité, ancien curé du Plessis-Gatebled. Il était, comme son frère, chargé de l'administration des deux paroisses.

En avril 1814, l'église Saint-Gervais fut tellement dévastée par les armées alliées, qu'on y dut cesser les offices, et la cloche fut transportée à Notre-Dame. 1.

Le 13 juillet 1829, M. Baudoire fut installé comme curé inamovible de Traînel, en vertu du titre de cure de deuxième classe donné à cette paroisse, par ordonnance royale du 22 mars 18292.

M. Baudoire eut plusieurs vicaires, qui remplissaient réellement les fonctions curiales : MM. Massey, de 1809 à 1811 ; Maurice Monny, ancien desservant de Pars, de 1828 à 1830. En 1829, il desservait en même temps Solignyles-Etangs. Après lui, ce sont les curés de Gumery, qui remplissent à Traînel les fonctions de vicaire : en 1831, M. Villain ; en 1832, M. Pédet; en 1834, M. Gélinier.

M. Baudoire meurt le 25 novembre 1834, à l'âge de 79 ans, après avoir bien mérité de la reconnaissance publique.

1 Registres paroissiaux, n° 32.

2 Reg. de cath., année 1829, n° 42.

T. XLVIII. 14


210 HISTOIRE DE TRAINEL

Pendant la Révolution, il s'était réfugié dans son pays natal, et s'était livré au commerce de chandelles, où il avait réalisé d'assez beaux bénéfices. De retour à Traînel, il n'en voulut pas profiter, mais il fit d'abondantes aumônes pendant sa vie. A sa mort, il laissa par testament, à la fabrique de Saint-Gervais, un capital inaliénable de 10,000 francs pour l'entretien de l'église, et à la commune une somme de 5,000 francs, dont les intérêts doivent payer l'apprentissage à des enfants pauvres. Il n'oublia pas davantage le Plessis-Gâtebled, sa première cure, et laissa à cette fabrique une somme importante.

M. Sébastien Baudoire fut enterré auprès de son frère, et une pierre tombale en ardoise portait cette inscription :

« Ci-gît, en attendant la résurrection, le corps de Sébas» tien Baudoire, curé de Traînel, décédé le 25 novembre » 1834, âgé de 79 ans. Aimé de Dieu et de ses parois» siens, il a passé en faisant le bien. Son désintéressement » et son zèle, l'aménité de son caractère, des legs pieux » recommandent sa mémoire à la vénération publique. La » reconnaissance lui a élevé ce monument. Priez Dieu pour » le repos de son âme. »

Le temps avait mutilé les tombes des deux frères, et la population de Traînel désirait ardemment qu'elles fussent remplacées. M. l'abbé Defer, pro-curé, prit l'initiative, et le 8 novembre 1876, un monument nouveau en pierre, protégé par une grille en fer, recouvrait les deux fosses. Le fronton est occupé par un calice, accompagné de deux couronnes, avec cet exergue : « La mort n'a pu les séparer. » La table en pierre est divisée par une colonnette, pour recevoir les inscriptions destinées aux deux frères, et dont voici le texte :

A droite : « Ci-gît, en attendant la résurrection, le corps » de Pierre-Antoine Baudoire, curé de Traînel depuis le


HISTOIRE DE TRAÎNEL 211

» mois de juin 1775, décédé le 22 août 1809, âgé de 61 » ans. De Profundis. »

A gauche : « Ci-gît, en attendant la résurrection, le corps » de Sébastien Baudoire, ancien chanoine de la Collégiale » de la Trinité, curé de Traînel depuis le mois d'août » 1809, décédé le 25 novembre 1834, âgé de 79 ans. » Bienfaiteur de la fabrique et de la commune, il laisse » dans la paroisse un souvenir précieux. De Profundis. "

En bas : « Erigé par la fabrique et la commune. »

1834-1875. — Louis-Jacques Prieur, né à Radonvilliers le 29 juillet 1795, ordonné prêtre le 5 juin 1819, successivement curé de Viâpres et de Montiéramey. Nommé curé de Traînel et installé le jour de la Pentecôte 1834, chanoine honoraire en 1849, doyen en 1873. Il cesse toute fonction en 1875, à cause de son grand âge.

1875. — Eugène-Edme-Nicolas Defer, né à Troyes le 7 août 1831, successivement professeur au Petit-Séminaire de Troyes, curé des Noës et de Saint-Germain-Linçon. Nommé pro-curé de Traînel le 13 juillet 1875, il entre en fonctions le 10 octobre suivant. Nommé pro-doyen, le H novembre 1877.

§ III. — Prieurs de Saint-Gervais.

A l'époque de sa fondation, juin 1079, l'église de SaintGervais et Saint-Protais-des-Tables (de Stabulis) de Traînel, fut donnée par Ponce Ier dit l'Ancien, seigneur de Pont et de Traînel, à l'abbaye de Cormery pour y établir un prieuré. La femme de Ponce, nommée Caravicina, donna son consentement, ainsi que leurs enfants : Anseau, Garnier et Philippe, appelé aussi Milon, pins tard évêque de Troyes.

Cet exemple ne tarda pas à être suivi par Garnier, second fils de Ponce 1er, qui, à son tour, donna aux mêmes religieux l'église Notre-Dame de Traînel. C'est ce qui res-


212 HISTOIRE DE TRAÎNEL

sort clairement de la charte de Richer, archevêque de Sens 1, par les mains duquel passèrent ces deux donations, et celle de Daimbert, successeur de Richer, qui les approuva et les renouvela en 11022. Il en est fait également mention dans la bulle d'Innocent II, en 11393, et d'Alexandre III, en 11804. Nous les trouvons aussi spécifiées dans le mémoire présenté, en 1330, par Jean IV, Le Chat, abbé de Cormery, aux délégués du pape 5 et dans un état des prieurés dépendant de Cormery, rapporté à la fin du manuscrit, n° 728, de la bibliothèque de Tours 6.

Ces diverses pièces désignent aussi les prieurés de Pontsur-Seine et de Bouy-sur-Orvin, comme dépendant de Cormery.

La charte de Daimbert nous fait connaître qu'il y avait des religieux avec un prieur, un doyen, un chapelain de Saint-Gervais et un chapelain de Notre-Dame. L'archevêque règle la part de chacun dans les charges et les revenus. Le chapelain de Notre-Dame aura le tiers des offrandes et le tiers de la dîme de Notre-Dame, le tiers des messes privées et la moitié des droits de relevailles, si l'offrande dépasse un denier. Le chapelain de Notre-Dame tiendra la classe, entendra les confessions et recevra les legs des mourants, sans que les religieux y puissent prétendre. Ceux-ci auront tout ce qu'on leur donnera, sans que le chapelain y participe.

Le chapelain de Saint-Gervais des Tables aura le quart

1 Gallia Christ., t. XII, col. 94 et 496.

2 Bourassé, Cartulaire de Cormery, apud Mémoires de la Société arch. de Touraine, t. XII, p. 106.

3 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 120.

4 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 134. 5 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 223. 5 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. CIX.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 213

des offrandes, les messes privées, la moitié de ce qui revient aux religieux de Villemaur (?) (Villa Morulum), et ce que lui laisseront les mourants '.

En 1164, Anseau II obtint de l'abbé de Cormery que le prieur de Saint-Gervais aurait le privilège de chanoine 2.

La plupart des prieurs ne résidaient pas à Traînel ; ils se faisaient remplacer facilement. De là, parfois, quelques négligences dans l'accomplissement de leurs obligations. Mais les habitants de Traînel y mettaient bon ordre, témoin l'affaire du 10 juin 1715. Christophe Mesnard était alors prieur. Il paraît qu'il s'était reposé sur son receveur du soin de pourvoir aux obligations de sa charge, « comme la » marâtre qui pouvant allaicter ses enfants, pour se sauver » un peu de peine, les donne à des étrangers en nourrice. » Le recepveur, dépouillé de tous sentiments de piété, ne » s'étoit aucunement mis en depvoir de satisfaire à ce qu'il » estoit tenu. » Les habitants citèrent le prieur « par de» vant l'official de Sens pour s'entendre condamner à faire » l'office divin solennellement aux quatre principales fêtes » de l'année et fêtes Notre-Dame, depuis les premières » jusques aux secondes vespres, chanter les vespres tous » les samedys en ladite église et tous les dimanches dire et » célébrer à heure réglée une messe basse pour la commo» dite des habitants de ladite paroisse, et pour avoir man» que toujours depuis dix-huit mois en ça à l'esgard des » vespres, et cinq ou six fois pour ce qui est de la messe... » il soit condamné à 300 livres de dommages-intérêts en» vers la fabrice, avec deffense de récidiver sous peine de » 20 livres par chascune contravention et aux despens 3. »

1 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 106.

2 Charte du comte Henri, apud Bourassé, Cartul. de Cormery, p. 124.

3 Archives paroissiales de Traînel, A. 17.


214 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Suit une verte semonce à l'adresse du prieur. Nous ne savons ce qui en résulta.

Nous ne connaissons qu'un petit nombre de prieurs de Saint-Gervais des Tables :

Avant H 02. — Archambauld et Bernard. Odon, chapelain.

1130. — Rainaud (Raynaldus). — Par ses encouragements, deux écuyers, Lysiard Péan (Paganus, ou Payen) natif de Courtenay et Raoul de Marolles (?) (de Maherollis Castro exortus), donnent à Cormery une ancienne chapelle dédiée à Saint-Loup, de Sens, et sise entre la ville de Sens et Montreuil-sur-Yonne. Ils la font reconstruire et la dotent de grands revenus. C'était le 9 des nones de novembre 1.

Peu de temps après, Raoul de Marolles donne à Rainaud, prieur des Tables de Traînel hostam2 de terre, attenant à la chapelle précitée et valant 8 sous de cens. Le prieur n'en rendait que 6 deniers 3. C'est peut-être le même, quoique l'orthographe du nom soit modifiée (Rainaldus), qui, en 1146, fut témoin du règlement établi par l'abbé de Cormery, Jean Ier Sabard, pour fixer les droits réciproques des dames de la Madeleine et des religieux du prieuré de SaintGervais, dans la perception des dîmes accordées aux uns et aux autres, par Anseau 1er .4

1330. — Guillaume. Il est en compagnie de deux autres religieux 5.

1338. — Etienne. Il signe avec Odon, prieur de Pont1

Pont1 Cartulaire de Cormery, p. 117-119. 3 Hasta, modus agri, mesure de terre.

3 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 117-119.

4 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 122-124.

5 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 230.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 215

sur-Seine, un compromis au sujet du manoir des Pins-surVéretz 1.

1419. — Jean Garnier. Il signe la cession, par Cormery, du moulin de l'Echaudon, par bail emphytéotique, à Jean Voygle et Pétronille, sa femme, de la paroisse de SaintBranchs (Sancti-Benigni2.)

1573-1574. — Jean de Mailly, conseiller et aumônier du roi 3.

1640. —Louis de Tillet 4.

1714. —Jean-Joseph Anthoine, prévôt de Coursay en l'église royale de Saint-Martin de Sens, demeurant à Paris, au cloître Notre-Dame, sur la paroisse de Saint-Jean-LeRond. Il portait : d'argent à 3 écrevisses, 2 et 1.

1715. — Christophe Mesnard.

1750. — Elzear de Bertel de la Cure, prieur de Moutier, y demeurant (près de Riez).

1790. — Antoine Gibelin, prieur commandataire, demeurant ordinairement à Paris, hôtel de Sabran, faubourg Saint-Honoré, paroisse de la Madeleine.

Le prieuré de Saint-Gervais ne rapportait que 100 sous en 13305 ; en 1732, il valait 500 livres 6; la pièce que nous allons transcrire renseignera sur une partie des revenus au moment de la Révolution.

Déclaration de M. Gibelin, prieur des Tables de SaintGervais et Saint-Protais de Traînel, de ce qu'il possède sur le finage de Traînel, le 28 février 1790 :

' Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 233.

2 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 251.

3 Archives d'Auxerre, G, 619. 4 Archives d'Auxerre, G, 200.

5 Bourassé, Cartulaire de Cormery, p. 87.

6 Archives d'Auxerre, G, 226.


216 HISTOIRE DE TRAÎNEL

« 1° Un lot déterres, estimé 69 arpents,affermé franc de » dîmes, 400 livres et deux dindes ;

» 2° Une portion de dîmes, appelée les dîmes du prieuré, » 3 arpents de terres, par moitié terres et prés : moitié » des dîmes de chanvre, 6 arpents ou environ de terres et » prés, situés au finage de la Motte-Tilly.

» Item, une rente de 8 bichets de froment, due par cha» cun an par l'hôpital et Hôtel-Dieu dudit Traînel, mesure » comble de Traînel, audit prieur, affermés à la charge » d'acquitter les décimes, mises et à mettre, faire acquitter » une messe basse à heure de première, estimée 120 liv., » et en outre payer audit bailleur ou à son fondé de pou» voir la somme de 1,300 livres par chacun an et quatre » voitures de fumier.

» Item, le susdit prieur est tenu personnellement d'un » quart des réparations du choeur de l'église Saint-Ger» vais.

* Item, les fermiers paieront 242 livres de décimes 1. »

CHAPITRE III. PAROISSE NOTRE-DAME

§ 1er — Eglise Notre-Dame.

Antiquité. — Dimensions. — Réparations diverses. — Dédicace et souvenir de Saint-Bernard.

Antiquité. — Comme l'église Saint-Gervais, celle de Notre-Dame remonte à la fin du XIe siècle. Fondée en 1096 au plus tard, par Garnier 1er, dit l'Ancien, seigneur de Pont4

Pont4 municipales de Trainel.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 217

sur-Seine et frère d'Anseau 1er, seigneur de Traînel, elle fut donnée par lui à l'abbaye de Cormery 1, à la condition que la présentation à la cure appartiendrait au prieur de SaintGervais. Elle fut d'abord considérée comme chapelle du château, puis donnée aux habitants. Cette cure valait 900 liv. en 1732, et comptait 150 communiants 2.

Dimensions. — Cette église, dont l'une des deux nefs collatérales était depuis longtemps tombée quand on la démolit entièrement, était en forme de croix latine. Elle mesurait 30m50 de long sur 16m35 de large, sous une hauteur de 10m pour la nef et 11m60 pour le transept. Le sanctuaire avait deux travées voûtées en forme de berceau brisé, et mesurait 6m de long sur 7m de large. La nef était voûtée en bois sur entraits apparents. L'édifice était complété par une tour au centre du transept, dont la quille ou poinçon avait 22 pieds de haut, jusqu'aux derniers bardeaux qui composaient la couverture. Ce poinçon était revêtu de plomb. Grâce à la situation de l'église sur un tertre assez élevé, auprès du château, le son de ses trois cloches se faisait entendre au loin dans les régions voisines.

Réparations. — Nous savons peu de choses sur les modifications matérielles de l'église Notre-Dame, surtout dans les temps anciens.

En 1714, la plus grande partie de l'église étant tombée, le Saint-Sacrement fut transporté dans la chapelle de SaintAntoine, et l'on y fit l'office. Le vice-gérant du grand archidiacre de Sens y ayant procédé à la visite habituelle, Félix Vuidot, procureur fiscal, protesta au nom du marquis de Traînel, dont il prétendit que cette visite blessait les droits

1 Cartulaire de Cormery, par Bourassé, p. cix, 120, 134. 2 Pouillé de Sens, Arch. de l'Yonne, G. 226.


218 HISTOIRE DE TRAÎNEL

seigneuriaux. Le délégué de l'archidiacre entendit la protestation et n'en continua pas moins sa mission.

En 1746, réparation de la tour.

En 1761, on décide d'abaisser la chapelle Sainte-Syre, et, en 1765, on pose un grillage en bois entre le choeur et l'autel de la Sainte-Vierge, ainsi que deux grandes portes à l'entrée du choeur.

Cent huit ans plus tard, l'église Notre-Dame devait tomber non pas de caducité, puisqu'il fallut employer la mine pour ébranler ses murs, mais victime de combinaisons malheureuses, que nous ne pouvons juger aujourd'hui. Sa chute fut décidée le 12 novembre 1868, et, malgré les protestations qui s'élevèrent contre ce projet, la démolition commença le 18 mai 1869.

Dédicace. — Cette église avait été doublement consacrée, et par la Dédicace qui en avait été faite à une époque reculée, et dont on renouvelait le souvenir le dernier dimanche de septembre de chaque année 1, et par le passage de saint Bernard, qui y avait célébré la messe et opéré quatre miracles.

Saint Bernard. — « Une femme du pays, qui était

» aveugle (écrit son secrétaire Geoffroy), vint pour se faire

» imposer les mains. Voyez-vous? lui demandèrent aussi»

aussi» celles qui l'avaient amenée. — Je verrai bientôt, ré»

ré» avec foi ; et quelques instants plus tard : Je

» vois clairement, s'écria-t-elle ; je vous vois tous ; béni

» soit le Seigneur qui a usé de miséricorde à mon égard ! »

1 " La feste de la Dédicace de l'église parochiale Nostre-Dame de Treignel se doibt célébrer le plus prochain dimanche de la feste Saint-Michel, site post, sive ante, et si la Saint-Michel est le jour de dimanche, la feste de la Dédicace se doibt célébrer le mesme jour sans aucune remise. " (Nouveau Marthologue des fondations, Arch. paroissiales, D. 2).


HISTOIRE DE TRAÎNEL 219

» Ce miracle inspira de la confiance aux habitants ; aussi » ne tardèrent-ils pas à conduire au saint une autre femme » aveugle depuis dix ans, une boiteuse et un muet ; ils » furent tous guéris, à la grande admiration des gens de » Traînel, qui n'avaient jamais rien vu de semblable 1. »

L'église Notre-Dame dut aussi recevoir la visite de saint Edmond de Cantorbéry, qui officia certainement à SaintGervais, où l'on conservait la chasuble dont il s'était revêtu 2.

Notre-Dame avait plusieurs chapelles : la chapelle SaintPierre, la chapelle de la Vierge, du côté du midi, et la chapelle de Saint-Syre, y attenant.

Plusieurs personnages furent inhumées dans cet édifice sacré ; nous en parlerons au § Ier du 4° chapitre.

§ II. — Curés de Notre-Dame.

1261, mai. — Pierre Testard 3.

Dès 1313, nous trouvons une confrérie de Saint-Nicolas, à laquelle Milon de Chappes, clerc et confrère, laisse un don de 10 livres tournois. Les ecclésiastiques de Traînel et ceux des environs : Jean, curé de Grange ; Guillaume, curé de Villuis; Chrétien, curé de Sognes (de Ciconis), sont membres de cette confrérie 4.

1496. — Goudié, ex-jésuite. Il a rédigé le Marthologue des fondations faites à la fabrique de Notre-Dame 5.

1 GAUF. VITA la lib. IV, cap. XIII, XIV, n° 42-48. 2 Voir plus loin.

3 Arch. de l'Aube, Cartul. du Paraclet, et apud Lalore, op. cit., p. 239.

4 Arch. de l'Aube, Cartul. du Paraclet, f. 242, et apud Lalore, p. 276.

s Arch. paroissiales, D, 1.


220 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Avant 1580. — Louis Morin.

1580. — Nous trouvons cette année les provisions de la cure de Traînel pour Paul Blanchet 1. Est-ce le même que le suivant ?

1580-1595. —Jacques Blanchet. Il encourage les fondations, et rédige lui-même les actes de plusieurs legs pieux 2.

1606-1636. — Isaac Bardot, prêtre du diocèse de Noyon, bachelier en droit canon, chanoine de la Trinité. Il demande et obtient l'union de la cure de Saint-Gervais à celle de Notre-Dame.

Avant 1616, érection de la confrérie de Sainte-Syre.

En 1628, le 11 avril, érection de la confrérie du SaintRosaire en l'église Notre-Dame, par le R. P. Louis Chardon, frère prêcheur du couvent de Saint-Honoré, à Paris. Plus tard, en 169.., Guillemette Simon, veuve de Mathieu Bradefer, colleron, donne à ladite confrérie une maison, près de la porte de Troyes, rapportant une rente perpétuelle de 4 livres tournois, à charge d'une messe haute aux QuatreTemps de Noël 3.

Ce doit être du temps du même Isaac Bardot que furent également érigées les confréries du Saint-Nom-de-Jésus et de Madame Sainte-Anne i.

1636-1643. — Mathurin Linard. Ayant voulu démolir les fonts baptismaux de Saint-Gervais, les habitants, ceux de la Borde surtout, protestent et réclament le rétablissement des deux cures. L'émotion est telle que l'archidiacre de Sens révoque le décret d'union, le 28 novembre 1643, et laisse

1 Arch. de l'Yonne, G, 613. 1 Arch. paroissiales, D, 3.

3 Arch. paroissiales, F, 5.

4 Arch. paroissiales, F, 5.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 221

à Mathurin Linard le choix entre les deux cures. Linard opte pour Notre-Dame.

1643-1665. — Antoine Dupuy. Son premier acte, comme curé, est du 20 décembre 1643.

1665, avril. — Vacance de la cure jusqu'en mars 1666.

1666-1677. — Prudent Rivot, chanoine de la Trinité. En 1682, il est devenu curé de Saint-Maurice-aux-RichesHommes.

1677-1693. — Nicolas Rigotier, qui commence ses fonctions en octobre 1677. Il devient ensuite chanoine de la Trinité.

En 1681, le grand archidiacre de Sens lui permet de dire et célébrer la messe du Rosaire, le jour de l'institution de cette fête, même si c'était un dimanche, et, dans ce dernier cas, cette messe servirait de messe paroissiale pour ledit jour seulement et sans tirer à conséquence. En 1684, nous trouvons érigée la confrérie de Saint-Hubert 1. Le 22 mai 1690, bénédiction de la petite cloche qui s'appelle Anne-Françoise.

En juin 1692, Nicolas Rigotier est provisoirement remplacé par le curé de Saint-Gervais, jusqu'en 1693. Il donne sa démission et devient chanoine de la Trinité.

1694-1703. — De la Font-Parein. En 1699, il se plaint d'avoir plus de 60 messes basses et 12 messes hautes de fondation non rétribuées. L'archevêque de Sens doit faire un règlement à ce sujet.

1694, 1698 et 1699 en partie. — J. Leclerc, chanoine de La Trinité, supplée M. de La Font-Parein, sous le titre de « Commis à la desserte. »

En 1701, fonte d'une cloche par Capitain, de Sens.

1703-1705. — Jean Boudier.

1 Arch. paroissiales, F, 5.


222 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1708-1709. — Robinet.

1709-1718. — Maximilien-André Lemeur, diacre, est pourvu de la cure de Notre-Dame, et le chanoine Largentier remplit les fonctions curiales à partir du mois d'avril.

En 1714, chute d'une partie de l'église.

Lemeur devait porter : « d'argent à un lion rampant sur » une branche de mûrier de sinople, fruitée de pour» pre 1. »

1719. — Gratien. Est-il le même que Clément Gratien qui, natif de Pierrevillers, près Verdun (Meuse), fut curé de Courceroy, le 23 septembre 1746?

1724-1733. — Pierre Andouillé. Il bénit une nouvelle cloche en 1733. Il donne le bel ostensoir en argent, qui sert encore aujourd'hui, et reçoit de l'archevêque de Lyon des provisions pour la cure de Saint-Maurice-aux-RichesHommes 2.

1740-1743. — Philbert Matis. Il passe, en 1743, à la cure de Saint-Gervais.

1743-1746. — Claude Faisan.

1749-1751. — Edme Bourgoin, bachelier en théologie de la Faculté de Paris.

1751 et 1752. — Le P. Jean Louis, de Paris, capucin, vicaire de Senlis, dessert par intérim la cure de NotreDame.

1752-1759. — Etienne Barbier.

En 1759, M. de Biencourt, chanoine, dessert NotreDame par intérim.

1760, 31 mars, à 1792. —JacquesViolette.

En 1790, Demaellet, vicaire.

1 Manuscrit Gontard.

2 Arch. de l'Yonne, G, 644.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 223

CHAPITRE IV.

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES.

Registres paroissiaux. — Biens des deux églises. — Biens des deux cures. — Bienfaiteurs. — Cloches.

§ I. — Registres paroissiaux.

Parrains et marraines. — Sonnerie. — Inhumations dans les église». Signatures. — Événements divers.

L'examen des registres paroissiaux n'est pas sans intérêt. Il fait connaître certains usages locaux ; il fait revivre quelques-uns des personnages marquants qui ont laissé leurs signatures ; il rend présents les siècles écoulés ; il complète l'histoire des paroisses pour les détails que ne comportait pas le cadre que s'est tracé le chroniqueur.

Parrains et marraines. — Dans le cours du XVIe siècle, nous voyons généralement donner deux parrains et une seule marraine aux garçons, et deux marraines et un seul parrain aux filles. L'archevêque de Sens porte une ordonnance en juin 1618 pour faire rentrer dans la règle ordinaire.

Il y avait sans doute des fonts baptismaux dans toutes les églises et chapelles de Traînel; car, vers 1632 et années suivantes, on administrait le baptême indifféremment à Saint-Gervais, à Notre-Dame, à la chapelle de la Trinité ou à celle de Saint-Antoine.

Un fait assez rare, il faut l'avouer, se produisit au baptême de l'enfant de Jacques Beaulant et d'Elisabeth Mercier, dont le parrain fut Jean de Melun, seigneur de La Louptière. S'il faut en croire l'acte du 1er juin 1637, ce moderne Démocrite se mit à rire pendant la cérémonie, et il n'avait


224 HISTOIRE DE TRAÎNEL

que douze jours : dum baptisaretur, risit in fans. Il eût été curieux de savoir comment se passa une vie commencée sous de si gais auspices.

Sonnerie. — Les anciens habitants de Traînel, fiers sans doute du nombre et de la beauté de leurs cloches, usaient largement du droit de les faire admirer. Il y eut cependant des réclamations, car, en 1680, le grand-archidiacre de Sens défendait de sonner sans la permission du curé, tant pour les défunts que pour célébrer le retour des pèlerins. Il interdit même le glas des morts après dix heures du soir en été, et neuf heures en hiver; mais il enjoignit de sonner en carillon à midi et le soir, la veille des fêtes annuelles et solennelles 1.

Inhumations dans les églises. — A Traînel, comme dans la plupart des paroisses, on enterrait les défunts tantôt dans le cimetière, tantôt dans l'église même. Ce dernier mode s'employait plus volontiers pour les bienfaiteurs ou les membres de familles recommandables. Toutefois, il en résultait des dépenses assez notables pour la fabrique; aussi l'archevêque de Sens crût-il devoir, en 1726, pour couvrir les frais du carrelage et arrêter les progrès d'une coutume qui devenait abusive, élever le droit des fosses dans l'église à 6 liv. pour les grands corps et 3 liv. pour les enfants 2.

Citons quelques personnages inhumés dans les églises de Traînel.

Dans l'église de la Trinité. — Voir plus loin la liste des chanoines.

Dans l'église Saint-Gervais :

1 Arch. paroissiales, D. 9. 3 Arch. paroissiales, D. 9.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 225

1689, 10 mars. — Jacques Thorailler, curé de SaintGervais, dans le choeur.

1769, 17 décembre. — André Guillémé, curé de SaintGervais, chapelle de la Sainte-Vierge.

Dans l'église Notre-Dame :

1492, 8 mai. — Jean Juvénal des Ursins, dont nous rapporterons l'épitaphe à la suite de la notice qui lui est consacrée.

1694. — Marguerite de Saint-Privé, fille de François, seigneur de Richebourg 1, dans la chapelle du Rosaire. Au même endroit, d'autres membres de la même famille : 1709, 25 juin, Marie de Saint-Privé, âgée de 60 ans, fille de Louis, seigneur de Richebourg. — 1739, 24 juin : Jean-Baptiste du Parc, écuyer, seigneur du Plessis-Dumée, fils de feu Jean-Baptiste du Parc et de Marie-Bonne de SaintPrivé de Richebourg.

1739, 12 janvier. — Alexandre Le Grand, seigneur du Courtillot, conseiller du roi en 1688, receveur des consinations au bailliage de Troyes et receveur du grenier à sel 2.

Le 20 avril 1748, on enterrait dans la même église sa veuve, Oudette de Rognac.

1785, 19 août. — Auprès de l'autel de Sainte-Syre, Louise Thorailler, femme de Constantin Sageon, conseiller du roi et contrôleur des saliers.

18. Edme-Jacques Andouillé, ancien chanoine de Sens, natif de Traînel. C'est lui qui a donné le magnifique ostensoir en argent dont on se sert aujourd'hui à Saint-Gervais.

4 Si cette famille réunissait les armoiries de son nom et de sa principale seigneurie, elle devait porter: « d'argent au sautoir de gueules, dentelé de sable, qui est de Saint-Privé ; et d'argent à la bande de gueules, qui est de Richebourg. »

2 Armoiries : de... .à 6 fuseaux accolés de....

T. XLVIII 15


226 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Signatures. — A l'occasion des baptêmes ou des mariages, nous trouvons les noms et les signatures dé la plupart des seigneurs des environs.

Ainsi, pour Bouy-sur-Orvin : Anne de Liandras 1, en 1633; Samuel de Liandras, en 1641 ; Antoine de Liandras et sa fille Marie, en 1666.

Pour Gumery : Pierre Rossel 2, écuyer, seigneur de Cercy, en 1610; Charles des Ardents 3, mousquetaire du roi, et Françoise, sa fille, en 1639; Charles de Biencourt 4, chevalier, seigneur de Pointrincourt et de Gumery, en partie, en 1650. — En 1766, un membre de cette famille, Marie Suzanne, fille de François-Claude Thiboust des Aulnois et d'Edmée de Biencourt, demeurant à Fontenay-Bossery, est mariée par Jacques Des Aulnois, chanoine de la Trinité et curé du Plessis-Gâtebled, à Adam-Remy Regnault de Mougon, chevalier, seigneur dudit Mougon et de Maisoncelle.

Pour La Louptière : Jacques de Melun 5, seigneur de La Louptière et de Savigny, en 1616; Jean de Melun, en 1637; Hector de Beaurepaire 6, seigneur de La Louptière, des Barres, Champigny-sur-Aube, etc., et sa femme Louise de Grange, en 1655 ; — Marie Lucrèce de Beaurepaire, en 1690; — François-Etienne Desmanville, écuyer, seigneur

1 Armoiries : « d'argent à 3 merlettes de sable, 2 et 1 ». (Grandmaison, Dict. hérald.).

3 Voir les armoiries, plus haut, p. 133.

3 Armoiries : de gueules à un chevron d'or, accompagné en chef de 3 besans rangés d'argent, en pointe d'une fleur de lis d'or. (Manuscrit Gontard).

4 Armoiries : de sable, au lion d'argent, armé, lampassé et couronné d'or.

5 Armoiries: d'azur, à 7 besans d'or, 3, 3, 1, au chef d'or. On trouve aussi la brisure d'un lion naissant de gueules sur le chef.

6 Armoiries: d'azur, à l'anneau d'or, à la bordure denchée de même.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 227

de La Louptière, en partie, et sa femme Marie Le Picard 1, en 1655 ; Charles de Relongue 2, et sa femme Marie-Anne de Champigny, en 1681.

Pour le Plessis-Gatebled : Antoine Dubois, écuyer, aussi seigneur de Sognes, en 1663.

Pour Soligny : Loyse de Vachon, en 1638 ; Gabriel de Vachon 3, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, en 1641.

Pour Trancault : Charles-François Feydeau 4, officier au régiment des gardes françaises, dont la soeur, Jeanne, porta l'héritage de Charles à son mari Charles Lefèvre, marquis du Quesnoy, lequel alors devint baron de Bourdenay, seigneur de Trancault, Charmoy, Charmesseaux, VilliersBonneux, Saint-Sauveur-le-Chàteau, en Normandie.

Pour Donnemarie, en Montois : Etienne Sibillian, écuyer, grand-maire de Donnemarie, conseiller ordinaire de Monseigneur le prince de Condé, qui, en 1645, tint sur les fonts de baptême Anne-Catherine Rollot, fille du receveur du prieuré de la Madeleine, avec Anne Rollot, femme de Charles Délies, secrétaire de Monseigneur de la Poterie, conseiller d'Etat, intendant de la justice au pays de Normandie.

Ajoutons à ces noms ceux de Louise et Jeanne de Soubzmermont, en 1635 et 1638; de Pierre Bourdault, avocat en Parlement, en 1652 ; de Marguerite Bourdault, femme de Louis Moreau, seigneur de Fontainedain, en 1658; de Louise Bigot de Ferreux de Chanure, fille de Simon de

1 D'azur au lion d'or.

2 D'azur à une queue de dauphin d'argent posée en chef, surmontée de 3 étoiles d'argent posées en fasce.

3 De sable, à la vache d'or.

4 D'azur, au chevron d'or, accompagné de 3 coquilles oreillées de même.


228 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Ferreux et de Marguerite Bellus 1, baptisée à Traînel, le 2 juin 1653, et Jeanne, sa soeur, baptisée le 3 mars 1657; de Henriette de la Garde, fille de François de la Garde, écuyer, sieur des Granges, garde-du-corps de la reine.

Terminons ce paragraphe par quelques mots sur les fléaux qui s'abattirent sur Traînel, et dont les registres ont conservé le souvenir.

En 1670, l'hiver est si rigoureux qu'il est impossible de creuser les fosses dans le cimetière ; on est obligé d'enterrer dans l'église.

En 1758, au mois d'août la pluie tombait depuis cinq semaines et faisait germer les seigles et les froments. Aussi, le seigle, qui en juin valait 26 livres, se vendait déjà 45 liv. en juillet.

En 1785, il règne une sécheresse extraordinaire qui amène une grande disette de fourrage.

L'an VIII (le 30 avril 1800), à trois heures du soir, un ouragan des plus terribles, avec vent, pluie et grêle, ravagea les champs et perdit, sans espoir de récolle, les grains et les vignes.

L'an X, la récolte fut presque nulle, pour le seigle surtout. Les fermiers de l'hospice furent autorisés à donner de l'orge en place de seigle, dans la proportion suivante : pour 100 bichets de seigle, 88 bichets d'orge et 12 bichets de froment.

Le pays de Traînel souffre rarement des épidémies, et l'on y vit très longtemps. En 1814, toutefois, on trouve plusieurs cas de dyssenterie, surtout chez les enfants. En 1819, il se présente 19 cas mortels de petite vérole, 18 de coqueluche et 3 de rougeole, surtout chez les enfants. La rougeole exerça encore ses ravages en 1825.

4 Cette famille a donné son nom à un puits de Traînel, écrit indifféremment Bellus ou Belluce.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 229

§ II.— Biens des églises et des cures de Saint-Gervais et de Notre-Dame. — Bienfaiteurs.

Pour subvenir à l'entretien des églises et aux besoins du culte, chaque fabrique avait des ressources particulières, provenant de dons en terres ou en rentes annuelles, faits par les fidèles à diverses époques. Donnons simplement ici le résumé des revenus de chaque église, à la fin du siècle dernier.

En 1788, la fabrique de Saint-Gervais comptait dans ses recettes :

La vente des grains de ses fermiers, s'élevant à 1,017 livres 15 sols 9 deniers.

Les dépenses de cette année montèrent à 961 liv. 13 sols 9 deniers.

Reliquat, 52 liv. 2 sols 6 deniers.

La même année, la fabrique de Notre-Dame avait en receltes 438 liv. 1 sol 6 den. ; les dépenses montaient à 319 liv. 3 sols; reliquat : 119 liv. 1 sol 3 den.

Les deux cures de Saint-Gervais et de Notre-Dame, sans être richement dotées, jouissaient aussi de quelques revenus. Les déclarations faites le 28 février 1790, en vertu de la loi, en donnent une idée précise 1.

Cure de Saint-Gervais. — Déclaration de M. PierreAntoine Baudoire, au nom et comme curé de Saint-Gervais de Traînel, et de Saint-Jean de La Louptière, sa succursale.

Pour Traînel :

1° La moitié des dîmes de la Godinière, moitié des dîmes de chanvre femelle à partager avec M. le Prieur des Tables, excepté quelques clos, où ledit sieur curé dîme seul. La dîme de Besmont se partage avec les dîmes de la Madeleine ;

4 Arch. commun, et Arch. paroissiales D. 4. et E. I.


230 HISTOIRE DE TRAÎNEL

2° Les dîmes decharnage en agneaux, seul, sur le finage de Saint-Gervais ;

3° Huit arpents de terres affermées, avec 18 perches de terre à chenevière ;

4° Sur la paroisse de Courceroy 1, six quartiers de terres par indivis avec l'église Saint-Gervais, dont le revenu se perçoit par moitié de 15 livres.

Pour ledit sieur curé 7liv. 10s.

5° Dix-neuf sols de rente dus par Jacques Laurent » 19

6° Quatre livres dues par François Juin et Pierre Lucquin 4 »

7" Son presbytaire (sic) avec sa dépendance 40 »

Somme totale 850 liv. 9 s.

Pour La Louptière, succursale de Saint-Gervais de Traînel :

Les 5/8 des grandes dîmes ; moitié des dîmes de la croix de Villiers-Bonneux ; les dîmes de vin sur les climats appelés Les Bordes, Chène-du-Guez et Chasserate ; moitié des dîmes de vin sur la croix de Villiers-Bonneux ; dîmes menues et vertes, seul, sur le canton des grandes dîmes ; charnage seul; estimé le tout 1,400 livres.

Charges à déduire : 350 livres à payer à M. le vicaire de La Louptière.

Le huitième des réparations du choeur de Saint-Gervais. Un tiers des réparations du choeur de l'église de La Louptière ; 500 communiants ; trois écarts ; l'église à Un quart de lieue du presbytère.

4 Le relevé des biens ecclésiastiques sur le finage de Courceroy mentionne pour le curé de S. Gervais 2 arpents de terre, loués 12 liv. (Arch. de Courceroy.)


HISTOIRE DE TRAÎNEL 231

Item, 86 liv. 14 sols de décimes. Item, l'entretien des bâtiments et murs de clôture, l'année dernière, où il y a dépensé 150 livres.

Cure de Notre-Dame. — Déclaration des biens de la cure de Notre-Dame, fournie à la municipalité de Traînel, par moi, Jacques Violette, curé, le 28 février 1790 :

1° Mon presbytaire (sic) et jardin et dépendances que je prétends exempts ;

2° Trois boisseaux de terres à chenevière sur Traînel, tenus à loyer pour 15 livres ;

3° Huit bichets de terres à chenevière sur Traînel, tenus à loyer, moyennant 54 livres de loyer par bail passé devant Maget, notaire royal, le 29 décembre 1780;

4° Trois boisseaux de terres à chenevière sur Traînel, tenus à loyer moyennant 21 livres par bail devant Maget, le 24 mars 1782, 81 livres;

5° Un lot de terres (environ 4 arpents 3 quartiers 1/2) sur Villiers-Bonneux, tenues à loyer moyennant 100 liv.

J'observe que ces terres ont été léguées par le sieur Constantin Sageon pour obit, la messe et le salut, le premier dimanche de chaque mois , et par cette raison je crois qu'elles doivent être exemptes;

6° Un lot de terres à seigle de 15 arpents et 3 arpents de prés sur Traînel, tenus à loyer, moyennant 160 livres ;

7° Les dîmes de gros et menus grains, celles de chanvre, vin et agneaux, que je fais valoir par moi-même, lesdites dîmes dans l'étendue de ma paroisse, peuvent valoir, bon an mal an, 150 livres.

Rentes actives dues :

Par Etienne Pinguet, menuisier, 3 liv.; Etienne Pillot, vigneron, 1 liv.; Jacques Laurent, tailleur d'habits, 15 sols; Etienne Bradefer, colleron, 7 sols 6 deniers ; Nicolas Vui-


232 HISTOIRE DE TRAÎNEL

dot, laboureur, 2 liv. Total, 7 liv. 2 s. 6 den., toutes lesdites rentes dues sur les maisons des redevables.

Et 20 livres qui se paient annuellement par le syndic de Traînel.

Revenus annuels, 527 liv. 2 s. 6 den.

Plus 200 liv. de pension par la Chambre ecclésiastique de Sens, à cause de ma vieillesse et du faible revenu de ma cure depuis quelques années.

La présente déclaration faite avec exactitude et sévérité par moy curé soussigné à Traînel, ce 28 février 1790. — VIOLETTE.

J'observe que j'ai été obligé de faire desservir ma cure à cause de mon infirmité et de mon grand âge, par un ecclésiastique approuvé, auquel la Chambre ecclésiastique paie 150 livres.

Revenus actuels. — Actuellement, en 1882, les recettes et les dépenses de la paroisse de Traînel, comprenant l'étendue des deux anciennes paroisses, s'équilibrent à 1,475 fr. environ.

La cure ne jouit que d'une rente de 100 francs, constituée en 1838 par M. Jeanson de Sailly, ancien propriétaire de la Madeleine, moyennant trois messes par an. C'est l'Université de France, légataire de M. Jeanson, qui paie ces arrérages.

Bienfaiteurs. — Ce serait le lieu de dresser la liste générale des bienfaiteurs des deux églises. Cette énumération nous mènerait trop loin, car nous avons déjà relevé plus de deux cents noms depuis 1096 jusqu'en 1879. On a placé dans l'église de Saint-Gervais un tableau qui les renferme tous. Les paroissiens le lisent toujours avec intérêt et édification. Que ne suivent-ils davantage ces bons exemples !


HISTOIRE DE TRAÎNEL 233

§ III. — Cloches.

Les anciens du pays rapportent qu'avant la Révolution, à la veille des grandes fêtes, on pouvait entendre douze cloches harmonisant leurs sons variés dans les divers beffrois des églises et des chapelles. Aujourd'hui, il n'en existe plus que quatre, et deux restent muettes sur les voûtes de Saint-Gervais. L'une d'elles appartient à cette dernière église; l'autre provient de Notre-Dame. Celles qui se font encore entendre sont dans le clocher de Saint-Antoine. Nous citerons, par ordre de date, les diverses inscriptions que nous avons rencontrées soit sur le métal même, soit dans les anciens registres.

Eglise Notre-Dame. — La plus ancienne cloche dont il soit fait mention remonte à 1540. Nous en trouvons la description dans un procès-verbal dressé le 10 février 1701. A cette époque, Etienne Buissot, sculpteur, ayant appris que la grosse cloche de Notre-Dame était cassée et qu'on songeait à la refondre, demanda à en relever les inscriptions. Le curé, De-la-Font-Parein, en présence de P. de Vrin, curé de Saint-Gervais, du chanoine Leclerc et de plusieurs autres, procéda à la visite de cette cloche, descendue dans la nef. On lisait à la première ligne : 1 ° Ces mots, en lettres gothiques, « l'an mil Ve et xxxx ; » 2° un écusson portant un chevron, chargé d'une aigle ou lion arraché, accompagé de trois petits arbres ; 3° ces mots, aussi en lettres gothiques : Anne Beniere et Jeanne Berlot, prieure de l'Hostel-Dieu de Treynel.

A la seconde ligne, en lettres gothiques : « m'ont tenue. n. lemaire p. », et sur le corps de la cloche étaient gravées deux épées croisées en sautoir, avec un croissant entre les pointes. (Ces armes sont celles de la famille Angenoust). Sur le haut de la cloche un crucifix, une Vierge et saint Michel.


234

HISTOIRE DE TRAINEL

22 mai 1690. — « La petite cloche de la paroisse de » Notre-Dame de Tresnel a été bénite par Me N° Rigotier, » curé de ladite paroisse, à laquelle bénédiction ont assisté » messire Alexandre Legrand, seigneur du Courtillot, » pour parrain, et Mademoiselle Denise Desplats, fille de » M. Pierre Desplats, advocat en Parlement et bailli dudit » Traînel, laquelle cloche a été nommée Anne Françoise 1. »

En 1701, Capitain, fondeur à Sens, coule une cloche nouvelle avec le métal d'une ancienne, celle de 1540, en y ajoutant 300 livres de nouveau métal, acheté à Troyes, chez Laurent, marchand, pour la somme de 170 livres. Le prix total s'élève à 322 livres 18 sols 2.

1733. — Inscription de la cloche de Notre-Dame existant encore aujourd'hui, mais reléguée dans les combles de l'église Saint-Gervais :

« J'ai été bénie au mois d'août, au 1733, par Me Pierre » Andouillé, prêtre, curé de Notre-Dame de Traînel, et » nommée Louise-Madeleine-Claude-Constance-Esprit Ju» vénal, par très-haut et très-puissant seigneur Me Claude» Esprit-Constant Juvénal de Harville des Ursins, cr mar» quis de Traînel, seigneur de Dove, La Bergeresse, » Chausry, Malicorne, Les Vieux Fossey de Chailly, Chan» temerle, Villiers-sur-Seine, Fourches-Fontaines et en » partie de Charmeceaux, Cercy, Gumery, Fontenay-Bos» sery, Vâtre et autres grandes terres et seigneuries, pa» rain, et par très-haute et très-puissante dame Me Louise» Madeleine Leblanc, veuve de très-haut et très-puissant » et très-révérend seigneur monseigr Esprit Juvénal de » Harville des Ursins, cr marquis de Traînel, dame de » Bvgnicourt, Fressein, Mong... cour, Villiers... Hordain, » Hanniche, Auberchicour, Kergomard, Trovdon, Lacou4

Lacou4 paroissiaux au greffe de Nogent-sua-Seine. 9 Arch. paroissiales.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 235

» draye, Vvlaines, Passy-sur-Seine et autres lieux, mar» raine, Antoine Tixerant et Jacques Triolet, margvilliers. » Jean Capitain ma faite. »

Eglise Saint-Gervais. — Vers 1694, on devait faire trois cloches.pour Saint-Gervais ; mais on se contenta d'en faire une seule et d'augmenter les deux autres. La nouvelle cloche eut pour parrain Christophe Mesnard, prieur ; mais nous ne connaissons pas l'inscription 1.

Nous n'avons quelques détails que pour l'une de celles qui furent augmentées. Le 25 octobre 1694, Constantin Thorailler, curé de Saint-Gervais, et Louis Le Mousle, boucher, marguillier, passèrent par devant Me Denis Levesque, notaire au bailliage de Traînel, marché avec le Chapitre de l'église collégiale de Saint-Quiriace de Provins, représenté par son chambrier, Claude Martin, chanoine. Le Chapitre s'engagea à fournir trois milliers pesant de fonte, restant de la cloche de Saint-Quiriace, moyennant 12 sols par livre ; ce qui faisait la somme de 1,800 livres. Louis Le Mousle paie comptant 400 livres et s'engage, pour le reste, à payer 800 livres à Noël suivant et les 600 autres livres à Pâques 1696 2.

En 1722, Saint-Gervais eut une nouvelle cloche. Elle existe encore, attendant tristement sur les voûtes de l'église qu'on lui offre les moyens de faire vibrer ses ondes sonores. Voici l'inscription qui y est gravée :

« L'an 1722, j'ay été nommée Lovise Clavde par très» havt et très-pvissant seignevr Monseignevr Clavde Le» blanc, chevalier, seignevr de Vvlaine, Passy-svr-Seine » et avtres lievx, grand croix, grand prevost et maistre » des cérémonies de l'Ordre militaire de Saint-Lovis, secré4

secré4 de l'Aube, C. 2162, et Arch. paroissiales de Traînel, A. 16. 2 Arch. paroissiales.


236 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» taire d'Etat, ayant le département de la gverre, et très» havte et très-pvissante dame Madame Lovise-Madeleine » Leblanc, marqvise de Traînel, épovse de Monseig' le » marqvis de Traînel, M. François Pigeon, cvré. L. Lvc» quin, L. Carié, margvilliers. Jean Capitain et G. De» bierne, fecit. »

Blason : mi-parti, croix chargée de... et aigle éployée; de l'autre côté : aigle éployée.

Chapelle Saint-Antoine. — La grosse cloche de SaintAntoine porte l'inscription suivante :

« Av moys d'aoust 1753, j'ay esté refondue par ordre de

» très-havlt et très- pvissant mgr Clavde-Constant-Esprit

» Juvénal de Hârville des Vrsins, chr marqvis de Traînel,

» fondatevr et administratevr de cet Hôtel-Diev de Saint»

Saint» de Traînel, brigadr des arms dv roy, et nommée

» Marie Antoinette, par très-havlte et très-pvissante dame

» Marie Antoinette de Matignon, son épovse. »

Cette cloche ne fut pas aussitôt bénite, témoin l'acte suivant, que nous trouvons dans les registres paroissiaux :

1753, 25 octobre. — « Bénédiction par Etienne Bar»

Bar» curé de Notre-Dame, de la grosse cloche de l'Hô»

l'Hô» Saint-Antoine, refondue le mois de mai dernier

» par ordre de Mgr Claude-Constant-Esprit Juvénal de

» Hârville des Ursins, chevalier, marquis dudit Traînel et

» autres lieux, brigadier des armées du roi, colonel du ré»

ré» de son nom. Elle fut nommée Marie-Antoinette,

» du nom de très-haute et puissante dame Marie Antoinette

* de Matignon, épouse dudit seigneur marquis, lequel s'est

» fait représenter par sieur Jean Legros de Viriville, ancien

» officier d'infanterie marine. — Ladite dame représentée

» par demoiselle Catherine Mestivier, et ont signé J.-B.

» Mestivier, lieutenant, J. Jumin, faisant fonction de pro-


HISTOIRE DE TRAÎNEL 237

» cureur fiscal, Louis François de Chemin du Theil, avo» cat en Parlement, Barbier, curé, etc. »

La petite cloche de Saint-Antoine porte cette inscription : « Av moys d'aovst 1762, j'ay été nommée Marie par » M™ Lovis Avgvste de Hârville des Vrsins et Marie Edmée » de Hârville des Vrsins, fils et fille légitime de havlt et » pvst seigr monseigr Clavde Constant de Hârville des Vro sins, chr marqvis de Traînel, sgr de Dove et aultres lievx, » maréchal de camp des armées dv roy, et de havlte et » très-pviste dame madame Marie Antoinette de Matignon, » son épovse. M. Jean Hvot, administratevr de l'hôpital de » Traînel. »

CHAPITRE V. CHAPITRE DE LA COLLÉGIALE DE LA Ste-TRINITÉ.

§ I. — Historique du Chapitre.

Origine. — Privilèges. — Prébendes. — Obligations. — Revenus.

Origine. — Le chapitre de la collégiale de la SainteTrinité de Traînel fut fondé, au plus tard, vers 1164, par Anseau II, seigneur de Traînell. S'il est vrai que tout d'abord ces chanoines desservaient la chapelle du château, ils eurent plus tard une église et un bâtiment contigu, situés entre la route actuelle de Sens et le faubourg de la Trinité. La contenance du terrain environnant l'église était de neuf arpents. Les membres du chapitre avaient droit de sépulture dans leur église, et ils y étaient transportés, s'ils mou1

mou1 de Cormery.


238 HISTOIRE DE TRAÎNEL

raient sur le territoire de l'une des deux paroisses de Traînel. Ils faisaient sans doute le même honneur à quelques privilégiés; car nous lisons que, le 21 décembre 1680» Madeleine Bradefer, femme de Claude Pochinot, laboureur, fut inhumée dans la chapelle Notre-Dame de l'église de la Trinité, en qualité de nièce des chanoines Denis et Jacques Bradefer.

En 1632 et les années suivantes, on y donnait même le baptême.

L'église de la Trinité fut détruite à la Révolution. L'archevêque de Sens, ni son archidiacre, n'y avaient pas droit de visite, quoiqu'il y eût un tabernacle.

Prébendes. — A l'origine, le chapitre comptait, dit-on, douze prébendes. Au XVIIe siècle, on n'en trouve plus que six, valant environ 300 liv. 1 L'une de ces prébendes était attachée à la chapelle de Saint-Léonard ; elle fut permutée en 1661 pour le prieuré-cure de Meele, auprès de Provins.

Il y avait autrefois quatre dignités : un doyen, un chantre, un trésorier et un sous-chantre. Le doyen était élu par le chapitre du lieu et confirmé par l'archevêque qui le doua jure devoluto. Ce privilège cessa l'an 1451, parce que les chanoines négligèrent de procéder à cette élection dans le temps voulu, intra tempus juris. Alors, on donna le nom de doyen au plus ancien des six chanoines.

Les trois autres dignités, aussi bien que les dernières prébendes, étaient à la nomination et à la présentation du Seigneur temporel de Traînel et à la collation de l'archevêve, qui en donna une en 1551, jure devoluto.

Les guerres de 1450 ayant ruiné Traînel, le chapitre eut sa part des calamités, et l'on opéra la réduction des chanoines à six membres, l'an 1595 2.

1 II en était de même en 1313.

» Arch. de l'Yonne, Pouillé de Sens, par Amette en 1695, G, 226.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 239

Le chapitre de la Trinité avait la collation des cures de Sognes, du Plessis-Gâlebled et de Saint-Maurice-aux-RichesHommes.

Les bénéficiers du chapitre étaient obligés de rendre leurs hommages dans le château de Traînel, en habits longs, la première fois que le seigneur y venait. Ils lui présentaient six quartes 1 de vin et six provendes; et si le seigneur souhaitait d'aller à leur église, ils étaient tenus de se porter à sa rencontre, à l'entrée de l'allée qui y conduisait, et de le haranguer, revêtus de leurs habits de choeur. On chantait un Veni Creator et, le seigneur s'agenouillant au pied de l'autel, les semainiers achevaient l'hymne. Le seigneur était reconduit avec les mêmes cérémonies jusqu'à la porte de l'église, et il était dressé procès-verbal par acte capitulaire pour faire foi de l'hommage 2.

Les chanoines de la Trinité se rendaient utiles à la paroisse et à la contrée, en suppléant les titulaires empêchés. Ils desservaient notamment les chapelles de Saint-Antoine et de Saint-Barthélémy. La révolution les ayant dispersés, ils furent en partie pourvus de dessertes et de vicariats dans les environs. Seul, M. Benoist Claude-Antoine fut chargé de la chapellenie de Saint-Antoine.

Les revenus du Chapitre de la Trinité, au moment de la Révolution, nous sont connus par la déclaration qu'en fit M. Sébastien Baudoire, chanoine et syndic du Chapitre, le 28 février 1790. Ils s'élevaient alors à 2,858 liv. 15 sols 3. Il n'y est plus question de l'usage du bois Huon ou Hugon, entre Granges et Villiers-Bonneux, qui fut, en 1256, l'objet

1 La quarte valait 2 pintes ou 2 litres d'aujourd'hui.

3 Extrait des remarques faites en l'an 1720, par Levesque, ancien procureur fiscal, manuscrit.

3 Archives communales.


240 HISTOIRE DE TRAÎNEL

d'une contestation entre le Chapitre et les habitants de Villiers-Bonneux 1.

On y remarque :

« 1° Un quart des dîmes de la Godinière, situé sur le fi» nage de Traînel, loué moyennant 150 liv., 2 chapons B » chaque chanoine, et, en outre, à la charge de payer les » décimes qui se montent à 165 liv., ce qui fait 315 liv.;

» 2° Un droit de terrage sur plusieurs cantons de la pa» roisse de Courceaux, loué moyennant 220 liv. »

Les autres terres et prés étaient situées sur FontaineFourches, Villiers-sur-Seine, Courceroy et la Motte-Tilly.

Les objets mobiliers étaient :

« Deux calices d'argent, garnis chacun de leur patène, et » une petite custode d'argent. — Point d'autre argenterie.

» Six chandeliers, une lampe et un encensoir de cuivre. » — Une seule cloche, peu de linge, peu d'ornements, le » tout très vieux.

» Ledit sieur Baudoire se réserve de donner plus en dé» tail l'état des biens mobiliers, si l'Assemblée nationale » l'exige.

» Observation importante :

» Le Chapitre de Traînel est composé de six prébendes, » sans dignité quelconque. Les six prébendes sont à la col» lation de M. Terray, lequel, comme seigneur et fonda» teur dudit Chapitre nomme aux prébendes vacantes, » donne des provisions et fait installer les chanoines, sans » aucune participation de l'ordinaire. »

Le Chapitre était chargé de payer 626 1. 10 s., ainsi répartis :

« Pour deux chantres et un bedeau.... 72 liv. » s. « Pour deux petits enfants de choeur... 6 » « Pour la fondation 63 10

1 Archives d'Auxerre, G. 1434.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 241

» Pour les décimes 1 165 »

» Une rente de 20 »

» Pour les honoraires de deux enfants de choeur, 36 bois» seaux, même mesure que dessus. — Pour le luminaire, » le blanchissage du linge, son entretien, ainsi que des » ornements, la réparation de l'église du Chapitre, des » églises et presbitaires (sic) où lesdits biens sont si» tués 300 liv.

§ II. — Personnel du Chapitre.

Le Chapitre de la Trinité portait : de sable, à une croix d'argent, chargée de cinq étoiles à six raies de gueules 2.

1231-1236. — Henri, doyen. Il vend à l'abbaye de Pommeraye, plus tard Notre-Dame de Sens, de concert avec son frère Anseau et son neveu Gui de Vauregnier, chevalier, leur terre de Montigny pour 90 livres tournois 3.

1261. —Henri 1.

1313.— Odon.

1366. — Jean de Poligny.

1475. — Jehan Ancelot, chanoine et trésorier, garde du scel de Traînel.

1507. — Jacques Noël, chanoine.

1509. — Jean Fanin.

1519. — Jean Merlin. — Jean Bellot.

1602-1626. — Gilles Reuillé, mort le 5 juillet 1626.

1606. — Claude Pillot, aussi en 1649. — Isaac Bardot. — Louis Collot, aussi en 1626.

4 En 1544, le chapitre de Traînel paie 53 écus comme don gratuit fait au roi (Arch. d'Auxerre, G, 575).

2 Manuscrit Gontard.

3 Arch. d'Auxerre, H, 923.

4 Arch. d'Auxerre, H, 709.

T. XLVIII 16


242 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1608-1691. — Denis Bradefer. Il est trésorier en 1608 et est inhumé dans l'église de la Trinité, le 4 avril 1691.

1609. — Jacques Lecay, chanoine et vicaire de La Louptière.

1615. — Edme Legrand, vicaire de Saint-Gervais, chantre de la collégiale. Nous avons indiqué ses armes ailleurs 1.

1616. — Abraham Buissot. 1628. — Jérôme Lemaire. 1632. — Quentin Reuillé. 1637. ■— Alexandre Andouillé.

1637-1689. — Antoine Dupuy, vicaire de Notre-Dame en 1638; curé de 1643 à 1665.

1647, 1677. — Claude Parisot, curé de Saint-Gervais.

1653. — Jacques Thorailler; Claude Desportes.

1658. — Nicolas Langlois.

1661. — Prudent Rivot, curé de Notre-Dame en 1666 jusqu'en 1682, où il est curé de Saint-Maurice-aux-RichesHommes.

1664. — Antoine Desportes.

1674. — Pierre Caillat.

1680. — Charles Desportes.

1681. — Jacques Bradefer.

1681-1714 — Pierre Largentier. Il portait : « d'argent à un cerf passant de gueules, accompagné en pointe d'une étoile de même 2. »

1687-1691. — Charles Liénard, inhumé le 7 décembre 1691.

1688-1697. — Gauthier Noël, inhumé le 14 décembre

1 Voir 2e partie, chap. I, § I. 3 Manuscrit Gontard.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 243

1697, dans le choeur de l'église de la Trinité. Il portait : « de gueules à une croix d'argentl. »

1688. — Joseph-Marin Chevalier, sous-diacre.

1689. — Etienne Pinguet, diacre, prêtre en 1694. -

1692. — Jean Leclerc, sous-diacre, prêtre en 1694. Il est alors chargé jusqu'en 1699 de la paroisse NotreDame, pour cause de maladie du titulaire.

1693. — Nicolas Rigotier, ancien curé de NotreDame.

1698. — Jean-François de Fautrières, sous-diacre du diocèse d'Autun, chevalier, chanoine de la Trinité. Il portait : « d'argent, au sautoir de sable, chargé de cinq coquilles d'or. »

1699. — Jacques Grenier; Jacques Barbier, prêtre du diocèse d'Autun; Claude Chaumont, inhumé en l'église de la Trinité, le 29 juillet 1740.

1699. — Constantin Thorailler, plus tard curé de SaintGervais.

Ses armes sont indiquées ailleurs 2.

1714. — Claude Annesognot; Claude Poney.

1739. — Jean Gilly.

1740, 1769. —Augustin Gauthier, doyen en 1769. 1746. — Voille, mort cette année.

1746-1762. — Etienne-Joseph Morrus ou Maurus de Fouronne.

Son cousin et héritier était François-Armand de Chavigny, seigneur de Vieux-Maisons-Sainte-Colombe.

1748. — Côme de Treignac, bachelier en Sorbonne.

1749. — Louis de Saint-Privé du Haut-Champ, inhumé le 21 décembre 1750, à 25 ans.

4 Manuscrit Gontard. " Voir plus haut.


244 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1753. — Jean-Jacques Maillet, inhumé dans l'église de la Trinité le 6 août 1769.

1754. — Nicolas Andouillé, diacre et chanoine. 1759-1793.— De Biencourt, de la famille des seigneurs

de Gumery. Ses armes sont indiquées ailleurs 1.

1764. — Jacques Thiboust de Berry des Aulnois, né le 5 mai 1733, à Fontenay-Bossery, chanoine et curé du Plessis-Gâtebled, vivait encore à Fontenay en 1800. Sa famille était seigneur de Beaulieu, commune du Mériot. Il portait : « de gueules, à un sautoir d'argent, chargé en coeur d'un écusson bandé d'or et de sable de 6 pièces 2.

1768, 1777. — Erard, chambrier.

1769. — Jean-Philippe Poney.

1775-1790. — Toussaint-Mathurin Maigret. Il est doyen en 1778.

1777. — François Varache, diacre, chanoine, né en 1753. Il est prêtre en 1778, et meurt à 26 ans. Inhumé au cimetière de Saint-Gervais le 30 mars 1779.

1778-1790. — Pierre-Antoine Baudoire, curé de SaintGervais.

1779-1790. —Sébastien Baudoire, frère du précédent et curé du Plessis-Gatebled. Il devient curé de Saint-Gervais en 1809.

1779-1790. — Michel-Charles Sylvestre.

1784-1790. — J.-B.-Antoine Maget, fils de J.-B. Maget, bailli de Traînel. Il dessert La Louptière. C'est probablement à lui qu'il faut rapporter l'éloge que fait M. de Relongue, dans ses vers sur La Louptière 3.

1 Voir plus haut.

2 D'Hozier.

8 OEuvres diverses de M. de La Louptière, t.I, p. 199.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 245

1790. — Morrus ou Maurus de Fouronne; Claude Antoine Benoist; Jean-Philippe-Bernard Loison d'Alençon. Celui-ci était fils de messire Nicolas Bernard d'Alençon, contrôleur des chevau-légers de la garde du roi, et d'Anne Marguerite de Relongue de La Louptière.

CHAPITRE VI.

PRIEURÉ DES BÉNÉDICTINES DE SAINTE-MARIE-MADELEINE.

§ I. — Historique du prieuré.

Fondation. — Donations. — Privilèges. — Nombre des religieuses. — Quelques noms plus marquants. — Départ de Traînel. — Revenus. — Inventaire en 1790. — Prieuré de Saint-Thomas, dépendant de la Madeleine.

Fondation. — La fondation du prieuré de Sainte-MarieMadeleine remonte à l'an 1142, au plus tard. Un prêtre de Traînel, nommé Gundricus, en fit construire les bâtiments sur son propre patrimoine, et donna de plus les dépendances nécessaires à un semblable établissement. Au jour fixé pour l'installation des religieuses, l'archevêque de Sens, Hugues, se rendit à Traînel et remit entre leurs mains la clef de l'église Sainte-Madeleine. Il confia ensuite ces nouvelles servantes du Christ aux soins généreux d'Anseau Ier, seigneur de Traînel, et, en sa qualité de suzerain, il confirma en même temps plusieurs donations faites aux religieuses par ce même Anseau 1.

4 Cart. du Paraclet, Bibl. de Troyes, orig. — Copie apud Lalore, p. 65.


246 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Anseau continua bientôt sa mission de charité. En 1146, il priait l'abbé de Cormery, Jean 1er Sabard, de confirmer la donation qu'il faisait aux religieuses de la Madeleine de la dîme de son labourage de Sellène (Sellenarum), et la donation d'une autre dîme faite par Henri, fils de Barthélémy, sur son labourage de Boholium (?). Ces donations représentaient un revenu annuel de 2 setiers de bon froment, 2 de bon seigle et 4 de tremeil 1.

Le nouveau prieuré, de l'ordre de Saint-Benoît, fut mis dès sa fondation sous la dépendance de l'abbaye du Paraclet, qui était alors gouvernée par la fameuse Héloïse 2.

L'abbesse du Paraclet avait le droit de nomination au prieuré de Traînel, ainsi que le droit de visite et de correction. Ces deux derniers se perdirent par le non-usage. En 1710, l'abbesse du Paraclet voulut faire revivre le droit de visite, et envoya un visiteur au couvent de la Madeleine ; mais les religieuses refusèrent de le recevoir. L'affaire fut portée au Parlement, qui rendit, en 1713, un arrêt contradictoire, par lequel l'abbesse du Paraclet fut déboutée de ses prétentions, et les religieuses de la Madeleine furent conservées sous la juridiction de l'archevêque de Paris 3.

A peine établi, le prieuré de la Madeleine servit de rendez-vous, en 1144, pour examiner et terminer des questions d'intérêt entre l'abbaye de Vauluisant et celle du Paraclet. Le résultat fut un accord entre l'abbé Norpand et Héloïse, au sujet des biens situés à' Bagneux (Marne), Bernières, Tremblay, Trancault, Pouy, Marcilly-Ie-Hayer, Saint4

Saint4 Cart. de Cormery, t. XII des Mémoires de la Soc. arch. de Touraine, p. 122-124.

2 Bulles d'Innocent IV et d'Alexandre III, Cart. du Paraclet, f. 28 et 65, 8 et 42. Gall. christ., t. VII, col. 640; et apud Lalore, p. 5 et 22.

3 Piganiol de La Force, Descript. de Paris, t. IV, p. 499.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 247

Martin-de-Bossenay et Gelannes. Le seigneur de Traînel, Anseau 1er, fut l'arbitre, et toute sa famille signa comme témoin, ainsi, que son chapelain, Thibaut, et Gundricus, fondateur du couvent 1.

Nombre des religieuses. — Une bulle du pape Innocent IV, du 13 novembre 1244, fixa à vingt-cinq le nombre des religieuses de la Madeleine, avec faculté de l'augmenter, si les ressources du couvent le permettaient 2. Mais un peu plus tard 3, il fallut au contraire le réduire à vingt. L'abbesse du Paraclet, Ermengarde, fit à ce sujet une charte, où elle expose que la pénurie du couvent force les nonnains à donner moins de temps à la pieuse contemplation, pour s'occuper à la vie active 4.

Privilèges. — La prieure de Traînel, comme celle des autres prieurés, concourait à la nomination de l'abbesse du Paraclet. Ce droit qui lui fut quelque temps refusé, ainsi qu'à toutes celles qui n'habitaient pas le Paraclet, fut reconnu et rétabli par une sentence des archidiacres de Sens. En cas de mort ou de démission de l'abbesse, chaque prieure arrivait au Paraclet avec sept de ses religieuses, et toutes devaient être admises au réfectoire, au dortoir, au choeur et au Chapitre, comme les religieuses du Paraclet. Les frais de déplacement étaient seuls à la charge de chaque prieure 5.

D'après ce que nous savons sur le prieuré de la Madeleine, il semble qu'il avait rang avant les autres prieurés,

4 Cart. du Paraclet, apud Lalore, p. 66.

2 Arch. de l'Aube, F. du Paraclet, orig.— Copie apud Lalore, p. 41.

3 II y a ici une difficulté de date qui ne peut être levée qu'en attribuant à Innocent III, 13 nov. 1199, la bulle assignée plus haut à Innocent IV. Cette question ne peut être élucidée dans ce travail.

4 Arch de l'Aube, F. du Paraclet, et apud Lalore, p. 216.

5 Sentence du 24 décembre 1255, Cart. du Paraclet, f° 150 et apud Lalore, p. 233.


248 HISTOIRE DE TRAÎNEL

à raison, sans doute, de son ancienneté. Nous voyons, en effet, que vers 1481, l'abbesse Guillemette de la Motte étant trop âgée pour s'occuper de tous les détails de la maison, c'est la prieure de Traînel qui demande a être chargée du temporel 1.

Quelques noms de religieuses. — L'impartialité de l'historien lui fait un devoir de signaler, même dans les maisons religieuses, les sujets qui ont oublié leurs saints engagements. Heureusement, les occasions en sont rares ; il s'en est cependant rencontré à Traînel. Une prieure, du nom d'Egidia de Paris ou des Ormes (de Ulmis), s'échappa furtivement du couvent et s'absenta longtemps. Les religieuses portèrent plainte à l'archevêque de Sens, qui visita luimême le prieuré, fit une enquête sérieuse, et donna un délai de deux mois à la prieure pour rentrer au couvent et s'engager à garder la résidence. La prieure ne tint aucun compte des monitions canoniques, et fut privée de son titre et de son bénéfice, 16 juin 1354. L'official de Sens, par une pièce du lundi avant la fête de Sainte-Madeleine, invita l'abbesse du Paraclet à pourvoir à son remplacement 2.

En 1543, l'abbesse du Paraclet, Charlotte de Coligny, vint à mourir. Le lendemain, le Chapitre procéda à la nomination de sa remplaçante, selon le droit dont il avait toujours usé, et nomma la prieure de Traînel, Réginalde d'Avaly. Mais François 1er, sans s'occuper des désirs de la communauté, nomma Me de Bonneval, et la maintint, malgré toute protestation. Les provisions de Rome étant arrivées le 14 mai 1533, en confirmation de la nomination royale, la prieure de Traînel dut se retirer 3.

1 Corrard de Breban, Abbesses du Paraclet, apud Annuaire de l'Aube, 1862. 2 Arch. de l'Aube, F. du Paraclet, et apud Lalore, p. 286. 8 Corrard de Breban, loco cit. et Arch. de l'Aube, F. du Paraclet.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 249

Départ de Traînel. — Les religieuses de la Madeleine eurent à souffrir des guerres qui désolèrent la contrée. A cette époque désastreuse, elles cherchèrent, avec la permission de l'archevêque de Sens, un séjour plus tranquille dans la ville de Melun. Elles y furent accueillies avec joie, en 1629, et on leur donna même les boulevards de la ville pour jardin. Mais les guerres étant survenues, les soldats s'emparèrent du jardin, forcèrent la clôture et obligèrent les religieuses à quitter leur maison. Elles se réfugièrent alors, vers 1652, à Paris, où elles achetèrent une propriété, rue Charonne, lieu dit La Croix-Fauxbin 1. Il y avait, à cette époque, dix-neuf soeurs de choeur, trois novices et quatre converses. Deux ans après, six religieuses se retirèrent au Val-de-Grâce. Alors, la prieure vendit la maison de Melun, emprunta 12,000 livres, et acheta des maisons et un jardin 2.

Bientôt, les dons affluèrent, grâce à la protection spéciale de la reine-mère. Le 29 avril 1664, Anne d'Autriche posa la première pierre du bâtiment situé sur le jardin, et donna 9,000 livres. Madame Catherine de Latteignant, femme de M. Pecquot, secrétaire du roi, fit bâtir la chapelle dédiée à la sainte Vierge, et la première pierre en fut bénite par Henri de Maupas du Four, évêque d'Evreux, assisté de M. l'abbé de-Méliant, aumônier du roi.

Nous ne rapporterons pas toutes les fondations qu'établirent un grand nombre de seigneurs en faveur de la communauté. On peut les lire en détail dans le Livre des Fondations du monastère 3.

1 Arch. nation., L, 1066, et S, 4597: Procès-verbal de visite en 1725, par Achille Thomassin. Arch. d'Auxerre, G, 194;

2 Gall. christ., t. IV. c. 707.

3 Arch. nat., LL, 1705, Livre des Fondations. On y trouve également les noms de plusieurs bienfaiteurs inhumés dans l'église du


250 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Revenus. — En quittant Traînel, les religieuses de la Madeleine y conservèrent néanmoins leur chapelle, leurs terres et leurs revenus, qui étaient administrés par un procureur spécial. Il serait difficile d'assigner exactement l'origine de leurs possessions. Nous avons déjà vu, en tête de ce chapitre, les libéralités faites ou provoquées par Anseau de Traînel. Nous savons de plus qu'en 1184 il y eut contestation entre les religieuses de la Madeleine et Guillaume, curé de Soligny, à l'occasion de droits prétendus par tous deux sur l'église de Saint-Léger. L'évêque de Troyes, Manassès, termina l'affaire par une transaction l.

En 1188, Gui de Gasteblé donna à la Madeleine sa part des dîmes de Courceaux, à cause de sa fille, qui venait de s'y faire religieuse. C'est ce qu'attestèrent, la même année, Gui de Noyers, archevêque de Sens, et le doyen de la chrétienté de Traînel 2. Ce droit de dîmes sur Courceaux était encore reconnu en 1473 par Etienne Regnault, curé, qui indique, comme co-décimateurs, le Chapitre de Bray et l'abbaye de Vauluisant 3. Nous trouvons au sujet des mêmes dîmes, en 1515, une transaction entre Vauluisant et les religieuses de la Madeleine, le Chapitre de Bray d'une part, et Jean Moreau, curé de Courceaux, d'autre part 4. En 1237,

monastère. Citons en particulier : le comte Herment René de la Fayette, le 9 septembre 1694; la comtesse, sa femme, le 15 septembre 1712; Madeleine de La Fayette, duchesse de la Trémoille, leur fille, le 1er juillet 1718, tous trois dans le caveau de la chapelle de la Sainte-Vierge; Jacques de Montgommery, le 20 septembre 1711, dans la nef; Louise de la Poyade, épouse de M. Langeois, fermier général, le 19 mai 1719, etc.

1 Arch. nat., S, 4597, Procès-verbal de visite en 1725.

2 Arch. nat., S, 4597, Procès-verbal de visite en 1725.

3 Arch. d'Auxerre, H, 709.

4 Arch. d'Auxerre, H, 709.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 251

la prieure de la Madeleine amodiait, pour sa vie, à Mathieu, curé de Charmeciaus, les deux parts de menues dîmes de ce pays et les deux parts d'oblatious perçues à l'église, aux quatre grandes fêtes de l'année, moyennant 40 sous de Provins 1.

Le 1er janvier 1278, Marie, dame d'Esternay et parente des seigneurs de Traînel, en même temps qu'elle laisse 100 sous à Agnès de Traînel, religieuse au Paraclet, donne 20 sous tournois au monastère de la Madeleine 2. Déjà, ces religieuses avaient reçu de demoiselle Françoise de Thumery, qui entrait dans la communauté, une somme de 4,000 livres 3.

Le 23 mai 1564, Christophe des Ursins fit, avec le couvent de la Madeleine, un échange par lequel celui-ci cédait au seigneur de Traînel 40 sous tournois et 3 bichets « d'avène et mestail » de cens à prendre sur plusieurs héritages, et le seigneur lui donnait 4 livres tournois de rente foncière et perpétuelle sur son moulin à blé de la ville de Tresnel 4.

Divers comptes nous apprennent aussi que ces dames possédaient les grosses dîmes de La Motte-Tilly, de Gumery et de Courceroy pour un tiers 5. La dîme de Courceroy était, dans les derniers temps, affermée à M. Terray pour 400 livres, par bail emphitéotique. Le gros de M. le curé montait à 180 livres, et les dames de Traînel devaient pourvoir, selon l'usage, aux réparations de l'église. Elles

1 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, f. 180, et apud Lalore, op. cit., p. 198.

2 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, f° 160, et apud Lalore, op. cit., p. 260.

3 Arch. d'Auxerre, B, 288.

4 Arch. nation., S, 4598, pièce en parchemin scellée. 6 Arch. de Courceroy.


252 HISTOIRE DE TRAÎNEL

ne s'y prêtaient pas de bonne grâce ; car il fallut un procès pour les contraindre à rétablir, en 1687, le lambris du choeur. Ce travail fut exécuté par Etienne et Pierre Buissot, de Traînel, moyennant 40 livres.

Une déclaration du 27 février 1790 constate un revenu net de 3,556 liv. 3 sols 2 den. Dans cette somme figurent les revenus de la ferme de la Madeleine de Traînel, la ferme et les dîmes de Courceaux, le fief de Mont-Brûlé, à Nangis, le fief de Laval, à Lagny-sur-Marne. Dîmes en grains et vins de Saint-Jean de Traînel. Dîmes des cantons de Beauvais et Foissy, à Traînel. Dîmes de Cercy (Aube) et Cessoy, près Donnemarie (Seine-et-Marne).

Effets mobiliers. — Le matériel resté à Traînel était de beaucoup moins important que celui de Paris. Les bâtiments comprenaient un corps-de-logis avec quatre chambres, dont deux à feu, une cave, une petite laiterie, deux écuries, dont l'une à dix chevaux, l'autre à deux chevaux ; un grenier au-dessus des chambres et des écuries ; une bergerie pouvant contenir 600 brebis, le tout couvert en tuiles.

Quatre étables pour poules et cochons ; une grande grange ; quatre autres grandes étables, le tout couvert en paille.

Un puits dans une grande cour fermée de murs, avec deux grandes portes cochères : l'une devant, l'autre derrière lesdits bâtiments; un jardin et un accin de 10 à 11 arpents, un verger d'un demi-arpent, des terres, prés, etc. 1.

Quant à la chapelle, elle n'était pas richement meublée, si l'on s'en rapporte à l'inventaire suivant, dressé le 6 janvier 1791, par Etienne Laurent, maire de Traînel, assisté de son adjoint, Julien Lorin, et du secrétaire-greffier.

Inventaire des effets mobiliers de la chapelle de la

1 Arch. nation., S, 4597.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 253

Madeleine, 6 janvier 1791. — « 1° Sur l'autel : deux nappes, un vieux tapis de toile ouvrée ; un christ de cuivre ; deux chandeliers aussi de cuivre ; quatre vases de bois à mettre bouquets ; un tableau représentant la Madeleine ; un autre vieux tableau en lambeaux, tous deux garnis de cadres de bois ; un devant d'autel de laine rouge et soie blanche, piqué à la main ; un missel et son pupitre ; trois tableaux représentant : l'un le Baptême de Notre-Seigneur, un autre la Visitation, l'autre saint Jean dans le désert; un pupitre de bois blanc ; un banc aussi de bois blanc, d'environ neuf pieds de long; une petite cloche garnie de sa corde.

» Item, une commode de bois dur, fermant à clef, dans laquelle s'est trouvé : quatre chasubles de différentes couleurs, quatre étoles, quatre manipules et quatre voiles; cinq bourses, une pale, une boîte de carton à mettre pains à chanter; un vieux bas de soutane noire; deux vieilles nappes ; une boîte à amorce ; un briquet ; deux aubes ; deux amicts; un cordon.

» Item, deux vieilles portes de bois et un petit nombre de vieux morceaux de bois traînant.

» Et à l'instant, nous sommes transportés à la chapelle Saint-Jean, dépendant de ladite maison de la Madeleine, où nous avons trouvé pour tout, un tableau représentant saint Jean.

» Le tout mis dans ladite commode et confié à Ve Horsin, laquelle a remis la clef au procureur fiscal, et déclaré que Me Silvestre, chanoine, ci-devant desservant, a une seconde clef de la chapelle Saint-Jean, que le procureur fiscal est chargé de retirer des mains dudit sieur Silvestre *. »

La chapelle Saint-Jean-des-Champs a été démolie. Celle de la Madeleine existe encore, mais elle sert de grange. Sa structure appartient au XVIe siècle.

1 Arch. comm. de Traînel.


254 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Prieuré de Saint-Thomas de Laval. — Du prieuré de la Madeleine dépendait celui de Saint-Thomas de Laval, ordre de Saint-Benoît, au territoire de Donnemarie (Seineet-Marne). En 1641, M. de Bellegarde, archevêque de Sens, prenant en considération l'insuffisance des revenus de ce prieuré, en permit la translation en la ville de Lagny, diocèse de Paris. On l'appelait Prieuré du Val-aux-Nonnains. Le 19 avril 1752, un arrêt du Parlement ordonna sa réunion au couvent de la Madeleine de Traînel, et l'abbesse du Paraclet en eut la collation. Des lettres royales du 7 septembre 1756 confirmèrent cette réunion 1.

Nous ne ferons pas l'histoire de ce prieuré. Nous rappellerons seulement ce qui en conserve aujourd'hui le souvenir. C'est un moulin, auprès de l'ancien prieuré, qui, en 1779, était affermé (bâtiments, cour, jardin et prés) pour neuf ans à Ch. Paris, meunier, moyennant quelques menues charges relatives à l'entretien du moulin, et 650 livres de loyer. Le fermier devait, en outre, acquitter au Chapitre de Saint-Martin de Tours 12 bichets de blé froment, mesure de Bescherelle, plus 3 liv. 18 sols de cens et redevances envers l'abbaye de Citeaux 2. Le moulin de Laval fut, le 23 février 1791, adjugé au sieur Paris, moyennant 23,000 livres, y compris l'ancienne chapelle servant de grange, 35 arpents de terres et 2 arpents de bois.

La nef de l'église a été démolie en 1833 ; le choeur et le sanctuaire en 1838. La porte, plein-cintre reposant sur deux colonnettes dont les chapitaux offrent des sculptures des XIIe et XIIIe siècles (oiseaux fabuleux), a été placée dans le mur de l'enclos de l'ancien château de Donnemarie 3.

1 Arch. nat, L, 1066, n°s 23, 39 à 69 — S, 4594, 4597 à 4599 et suiv. — Gall. christ., t. VII, col. 641 — Almanach de Sens, 4777.

2 Acte devant Desyeux, notaire à Paris, du 11 nov. 1779). 3 Communiqué par M. Choullier, greffier à Donnemarie.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 255

§ II.— Prieures de la Madeleine.

Nous inscrivons d'abord les noms des religieuses que nous avons trouvées sans date précise; mais qui vivaient certainement avant le XVIe siècle.

De l'Obituaire du Paraclet 1.

15 mars. — Luques, prieuse de Trignel, gist ou cimetière de lez cens de Clofontaine.

14 avril. — Alis, prieuse de Trinel, ne gist pas céans.

18 avril. — Emmanjars, de Trignel, gist ou milieu dou chapitre.

11 mai. — Helvuis de Trignel gist en chapitre, de lez le postel à destre, à la tombe qui est fendue.

19 octobre. — Meline, prieuse de Trignel, gistoucloistre, à la porte du moustier ou quoignet.

25 novembre. — Vinçon, prieuse de Trignel, n'est pas séans.

Du Nécrologe du Paraclet 2.

11 avril. — Adélaïde.

30 mai. — Elisabeth.

1188. — Une fille de Gui de Gasteblé, dont le nom est inconnu 3.

1340. — Marie de la Villeneuve-le-Roi. Elle est en contestation avec Philippe de Biaupuis, prieur de Marnay, sur la possession de dîmes sur une terre appelée TerreJean-de-Saint-Martin. Elle prétendait un droit de moitié et deux tiers pour les terres du vigeron. Une sentence arbitrale lui donna raison 4.

1 Bibl. nat., F. fr. 14410.

2 Biblioth. de Troyes, manuscrit 2445.

3 Arch. nation., S, 4597.

4 Arch. nation., S, 4598.


256 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1354. — Egidia de Paris ou des Ormes.

1416. — Isabeau de Lespanx. C'est peut-être d'elle qu'il est question dans l'obituaire du Paraclet, au 16 octobre : « Isabeau, l'abbesse, religieuse de la Madelène de Trinel, gist devant Nostre-Dame. »

1468. — Estiennette Le Grand. Dans l'obituaire, on lit au 1er décembre : « Etegnette Le Grant, prieuse de Trinel, ne gist pas céans, elle gist à la Madeleine. »

1492. — Hélène de Tourguilleray.

1496. — Eléonore de Coquilleray.

1512. — Jacqueline de Dye, citée au 15 septembre du nécrologe.

1533. — Réginalde d'Avaly, citée au 9 février du nécrologe.

1544. — Michelle de Beguyn.

1564. — Antoinette de Coussaye.

1567, 1578. — Louise de Coussaye.

1570. Françoise de Briscardieu, religieuse, devenue prieure de Saint-Antoine de Traînel.

1583, 1605. — Philippe de la Fin.

1610-1616. — Philippe de Veyni d'Arbouze de Tillemont 1.

1616-1667.— Claude-Philippe de Veyni d'Arbouze de Tillemont. Elle n'avait que dix-huit ans quand elle succéda, par résignation, à sa tante Philippe de Veyni. C'est sous son administration qu'eut lieu la translation du prieuré à Melun, puis à Paris. Aidée des conseils de sa tante, Marguerite de Veyni, abbesse du Val-de-Grâce, elle introduisit la réforme dans sa communauté, en 1622 ; elle n'avait que vingt-quatre ans 2. Elle mourut en 1667, après avoir résigné sa charge à sa nièce, Charlotte.

1 Famille noble, originaire de Riom, en Auvergne, 2 Gall. christ., t. IV, col. 707.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 257

1667-1714. — Charlotte de Veyni d'Arbouze de Tillemont, dite de la Mère-de-Dieu. Le 4 décembre 1699, elle demande, comme coadjutrice, Gilberte Françoise, qui est installée, en cette qualité, le 2 mai 1700. Le 17 juillet 1712, Charlotte célèbre sa cinquantième année de profession, et renouvelle ses voeux entre les mains d'Arnould Léonard Dolé, docteur en Sorbonne, supérieur du monastère. Elle démissionne en 1714 1.

1714-1724. — Gilberte Françoise de Veyni d'Arbouze de Tillemont, dite Cécile de Saint-Benoît, coadjutrice depuis 1700,prend, le 18 juillet 1714, possession du prieuré par démission de sa parente. Elle meurt le 24 décembre 1724, sans avoir résigné sa charge.

1725-1755. — Luce de Montesquiou d'Artagnan 2, religieuse du Val-de-Grâce, nommée prieure de la Madeleine par l'abbesse du Paraclet, le 3 janvier 1725. Elle prend possession le 8 du même mois.

1755-1767. — Marie de Franciny, dite de Saint-Denis.

1767-1792. — Philippe Angélique de Ségur, dite de Sainte-Perpétue 3.

1 Arch. nat.,LL, 1705.

2 Les Montesquiou portaient : d'or à 2 tourteaux de gueules, l'un sur l'autre.

3 Pour cette nomenclature, consulter Gall. christ., t. IV, col. 707.— Arch. nation., L, 1066, S, 4593 à 4699 et suiv. — Piganiol de la Force, Descript. de Paris, t. IV, p. 499. — Le Fèvre, Calendrier hist. et chronol. de l'Église de Paris.

T. XLVIIl 17


258 HISTOIRE DE TRAÎNEL

QUATRIÈME PARTIE

LE CHATEAU

CHAPITRE 1er. LA CHATELLENIE & LE CHATEAU.

§ I. — La Chatellenie.

Importance de la seigneurie de Traînel. — Sa juridiction et son étendue. — Droits des seigneurs. — Leurs charges. — Capitaine du château et procureurs fiscaux. — Revenus de la seigneurie en 1780.

Il est difficile d'assigner une date précise à l'origine de la châtellenie de Traînel. Cependant, on la trouve à une époque presque aussi reculée que le comté de Champagne lui-même, dont elle dépendait. Elle a dû se former, comme la plupart des seigneuries, dès avant la constitution définitive de la féodalité. On sait que les suzerains permettaient facilement l'établissement des maisons-fortes, en faveur des chevaliers ou de simples écuyers ; c'est que la faible résistance qu'elles offraient ne pouvait alarmer leur puissance. Ils étaient plus difficiles pour les forteresses ou châteaux, réservés à la classe supérieure de la chevalerie ; ils en restreignaient le nombre le plus possible, et l'on n'en comptait guère plus de quarante-trois dans toute l'étendue actuelle de notre département. Chacun d'eux était comme un centre fortifié, autour duquel se groupait un certain nombre de communes, et qui portait le nom de prévôté ou de fief, selon son importance relative. Traînel n'était qu'un fief du comte de Champagne, dès la fin du IXe siècle, aussi bien


HISTOIRE DE TRAÎNEL 259

que lorsque ce suzerain put compter jusqu'à 2,030 vassaux 1.

Mais si la seigneurie de Traînel tenait un rang inférieur par rapport au comte de Champagne, elle dominait à sou tour sur quelques chevaliers. Ainsi, en 1131, dans la charte de fondation du Paraclet, Anseau est qualifié suzerain, Ansellus, dynasta Trianguli2. Cette suzeraineté s'exerçait déjà sur les fermes de la Rivière-d'Ardusson 3, sur le pays compris entre Lailly et Courgenay, et sur d'autres que nous citerons plus loin, dans l'article consacré à Anseau 1er. Erard de Venisy (Yonne) devait hommage au seigneur de Traînel 4, et le seigneur de Montigny, près Lajesse, était lige d'Anseau, quoique son fief dépendit du comte de Champagne 5. Le chevalier Geoffroy de Foissy était également vassal d'Anseau 6.

Lorsque le comté de Champagne fut réuni à la couronne, la seigneurie de Trainel passa sous la juridiction du bailliage royal de Troyes, pour y rester jusqu'à la Révolution. En 1553, dans l'état général dressé par le lieutenant-général, Noël Coeffart, la châtellenie de Traînel figure parmi les vingt-neuf qui relevaient du bailliage et siège présidial de Troyes \

1 Feoda Campaniae, Coll. de Champ., 1er reg., f. 43; 3e reg., f. 59.

5 Gallia christiana, t. XII, Eccl. Senon.

3 Cart. de Saint-Loup, f. 23 et 41.

4 Feoda campanix, Coll. de Champ., f. 59 et apud d'Arbois de Jubainville. t. II, p. XXII.

B Feoda campanix, Coll. de Champ., f. 59, et apud d'Arbois de Jubainville, t. II, p. XXIII.

6 Cart. de Vauluisant, f. 20, et apud Lalore, les Anciens seigneurs de Traînel, p. 55.

7 Boutiot, Hist. de Troyes, t. III, p. 425; Courtalon, Topog. hist., t. II, p. 349 et suiv.


260 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Etendue de la juridiction. — Avec le temps, le domaine de la seigneurie de Traînel s'agrandit sensiblement. On y trouvait, dans le bailliage de Soligny, la prévôté de Patheleine, Perte-Leine ou Perte-Haleine, qui ne s'étendait pas au-delà de la ferme et du château de ce nom ' ; dans la prévôté de Sognes, le fief de la Vigne 2. La terre et seigneurie de Pony était mouvante du château de Traînel 3. Le hameau de Cercy, prévôté seigneuriale, avec haute, .moyenne et basse justice, relevait en plein fief, foi et hommage du marquisat de Traînel 4. Il en était de même pour le fief, justice et seigneurie de Coësmard, ainsi que du moulin de même nom et du moulin de Trasuble ou de la Folie 5. Gumery en dépendait aussi pour un dix-huitième. L'étendue de cette seigneurie était d'ailleurs très variable, selon les diverses alliances de la famille seigneuriale. Nous aurons soin de détailler les localités vassales, en donnant les noms des seigneurs qui ont successivement possédé Traînel.

De même, et pour le même motif, depuis le XVe siècle, la seigneurie porta le nom de baronnie ou marquisat, suivant la qualité du chef de famille.

Droits des seigneurs. — Le seigneur de Traînel, haut justicier dans toute l'étendue du territoire, avait le droit de jurée sur les hommes et les femmes et celui de formariage, qui valait au XVIIIe siècle environ dix livres par an 6. Il avait aussi celui d'assises qu'il tenait tous les ans, le lendemain

1 Pelée de Chemonteau, Conférences de la coutume de Sens, p. 555. 8 Pelée de Chemonteau, Conférences de la coutume de Sens, p. 566.

3 Courtalon, Topog. hist., t. II, p. 355.

4 Tarbé, Almanach de Sens pour 1781.

5 Archives de M. de Narcillac, au château de la Motte-Tilly.

6 Mémoire pour le marquis de Traînel, manuscrit appartenant à M. de Burgat.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 261

de Quasimodo, par devant ses officiers. Près du château était la prison, qu'on voyait encore en 1835.

Il avait aussi le droit de minage lonny sur les denrées apportées au marché 1, le droit de péage, suivant le tarif, le droit de pesage des marchandises qui sortaient de Traînel, le droit d'étalage, de maîtrise pour les boulangers, bouchers, drapiers, tisserands, tailleurs et cordonniers, qui ne pouvaient être pourvus, sans lettre du seigneur.

Le droit de minage n'était pas exclusivement la propriété des seigneurs résidant à Traînel. En 1263, Jeanne, fille de Garnier de Villemaur, et femme de Milon de Rigny, dit Chauderon, chevalier, donne à Vauluisant le quart Au minage de Traînel, à charge d'anniversaire et distribution d'aumônes à des églises paroissiales, aux Maisons-Dieu de Traînel et de Villemaur 2.

C'est sans doute ce quart de minage qui est, six ans plus tard, l'objet d'un échange entre l'abbaye de Vauluisant et noble dame Catherine, veuve de Baudoin, dit l'Enfant, pour 40 arpents de bois du Taisson, à Thorigny, 70 livres tournois, etc. 3.

Le seigneur avait encore le droit de banalité du moulin, des fours et des pressoirs 4.

Charges de la seigneurie. — Avec les droits, les devoirs, c'est trop juste. Les seigneurs de Traînel ne méconnurent

1 Aveu de la terre et seigneurie de Traînel, en 1399, par Marie d'Amilly, veuve de Jean Mornay; par Guillaume des Ursins, en 1450; par Philbert de Beaujeu, le 26 oct. 1511 ; par Madeleine de Luxembourg, le 24 juin 1588; un autre en 1664; par François de Harville, le 11 mai 1695; par Claude des Ursins, le 20 août 1755 (Arch. comm. de Traînel.

1 Arch. d'Auxerre, H, 775.

3 Arch. d'Auxerre, H, 774.

4 Extrait des remarques, etc., par Levesque, manuscrit jam. cil.


262 HISTOIRE DE TRAÎNEL

jamais ces derniers. La fondation des églises, de la collégiale de la Trinité, de l'Hôtel-Dieu, atteste hautement leur sollicitude pour les besoins du peuple qui vivait à leurs côtés. Nous en avons suffisamment parlé pour n'y pas revenir. Ils ne reculaient pas davantage devant les sacrifices qu'attendait d'eux la grande famille française. La patrie réclamait-elle des soldats, comme en 1304, lorsque Philippele-Bel, pour la guerre en Flandre, fit appel à la noblesse de Champagne? Aussitôt Dreux de Traînel se présente avec son parent Anseau de Soligny et un autre membre de sa famille, Henri de Tresneau 1.

En 1360, un de ses successeurs paie de sa personne et part comme otage en Angleterre, pour garantir la rançon du roi Jean 2. S'il faut de l'argent pour le service du royaume, comme en 1692, la châtellenie de Traînel ne refusera pas la lourde taxe de 500 liv., qui lui est fixée 3.

Nous verrons dans un chapitre spécial la part que prit la seigneurie aux luttes contre le roi d'Angleterre, usurpateur du trône de France, et son rôle actif dans les guerres religieuses.

Capitaine et procureurs fiscaux. — Les intérêts matériels de la chatellenie étaient ordinairement confiés à des hommes recommandables, habitant la localité; mais la défense du château était, en temps de guerre, abandonnée à un gouverneur ou capitaine. Nous n'en connaissons qu'un seul pour Traînel : Thomas de Belleville, qui était en même temps garde du scel de la prévôté et seigneur de Thorigny, vers 1495.

Quant à la perception des revenus, elle entrait dans les attributions spéciales du procureur fiscal.

1 Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 7 et 8, note. 2 Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 153. 3 Boutiot, Hist. de Troyes, t. IV, p. 460.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 263

1594, novembre. — Mort d'Antoine Le Grand, dont la tombe est devant la porte de Saint-Gervais.

1613. — Jacques Barleuf, marié à Jeanne Forestier.

1614. — Claude Dantigny.

1614, 1616. — Jehan Durant, procureur et notaire, mort le 14 juillet 1625.

1616. — Jehan Vuidot, substitut du procureur, procureur en titre en 1616, et receveur de la seigneurie du Plessis-Galebled et Sognes, mort le 18 juillet 1625.

1617. — Christophe Moreau. 1617. — Jacques Thorailler.

1634, 1646. — Julien Jobelin, marié à Anne-Madeleine Mercier.

1639. — Claude Thoison, marié à Antoinette de La Faye.

1643. — Pasquier Chastellain.

1645. — Antoine Desportes.

1645. — Louis Dantigny, avocat en Parlement.

1646. — Joseph Mercier, marié à Marie Dondeau. 1658, 1669, 1670, 1683. — Pierre Caillat, marié à

Madeleine Jobelin, inhumé le 20 janvier 1694.

1665. — Clément Mercier.

1675, 1680.— Georges Mestivier, prévôt de Villierssur-Seine.

1678. — Claude Mercier, notaire.

168.. — Nicolas Mercier, marié à Claude Languillat.

1680. — Clément Mestivier, notaire. Il était mort en 1688.

1681. — Antoine Mestivier, notaire. Inhumé en l'église Notre-Dame le 3 octobre 1701, à l'âge d'environ 39 ans.

1688, 1698. — Clément Desportes. 1690. — Nicolas Morant.


264 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1690, 1695, 1720. — Denis Lévesque, marié à Catherine Thorailler. Il était aussi procureur au Plessis-Gatebled et huissier royal à Traînel. C'est lui qui fit réparer le clocher de Saint-Antoine, comme le porte une inscription gravée sur une poutre au-dessus des cloches : ordinante DDLevesque, procuratore fiscali, 1698.

1694. — Martial Caillât, inhumé à 22 ans en l'église Notre-Dame.

1695. — Jean Tappin, marié à Marguerite Vuidot. 1730.— X**. Mestivier.

1738. — Marc-Antoine Lévesque, inhumé le 25 janvier 1744.

Av. 1746. — Félix-Agnan Vuidot, inhumé le 21 septembre 1746.

1750. — Guillaume Tonnellier.

1755. — François-Léonard Brévignon.

1761. — Philbert-François Hurault.

1779 — Martin Champenois.

1781. — Jean Jumin.

L'état des revenus de la seigneurie de Traînel, dressé à la mort de M. Terray (18 juillet 1780), en donne un aperçu. Nous y trouvons 25 chefs de revenu :

1° La ferme du château, louée 972 liv., plus 12 paires de pigeonneaux et 2 moutons ;

2° Les chenevières, 54 liv., et 4 chapons évalués 1 5 sous pièce;

3° Terres du Razoir, 100 liv. argent et 8 bichets d'avoine ;

4° Autres terres du Razoir, 150 liv. et une paire de poulets ;

5° Le moulin loué 156 bichets de froment et 546 bichets de mouture, valant seigle ;


HISTOIRE DE TRAÎNEL 265

6° Les fours banaux, pêche et autres droits, 160 liv. et 30 livres de poisson noir;

7° Les fossés de la ville, loués 5 liv.;

8° Le Greffe, loué à Edme-Jacques Andouillé 68 liv.;

9° Le moulin de Tasuble ou de la Folie, loué 8 s. 6 d. argent et 48 bichets moins une pinte froment, et 48 bichets moins une pinte seigle;

10° La Godinière, louée 6 liv. 5 s. argent, plus 40 bichets froment, 40 bichets seigle et 40 bichets avoine ;

11° Le prieuré de la Madeleine, loué 1 liv. 10 s. 10 d. argent, 4 bichets froment et 20 bichets avoine ;

12° La vigne de Sogne, louée 3 s. 6 d. argent, et 9 bichets seigle.

13° La pièce de pré, dite les Epinots, louée 120 liv.;

14° Le moulin deBesmont, sur lequel 1 liv. et 36 bichets froment, 36 bichets seigles et 4 chapons ;

15° La rente de Charmcy de 42 bichets froment, 42 bichets seigles, 42 bichets avoine et 42 bichets orge ;

16° Le labourage de Charmeceaux loué 25 boisseaux froment, 200 boisseaux seigle, mesure de Nogent;

17° Le labourage de Cercy loué 600 liv. argent, 16 boisseaux avoine, mesure de Nogent, et un mouton de deux à trois ans, 3 chapons et 3 charrois ;

18° Le labourage de Gumery loué 328 liv., plus une rente de 9 liv. argent, une autre de 25 liv. et 3 deniers de cens ;

19° Le greffe de Fourches, prés et chenevière, loué 90 liv.;

20° Les amendes affermées, 5 liv. 2 sols ;

21° Le fief de la Bondie, 300 liv., 2 chapons et 2 charrois;

22° Vingt arpents de prés à Fourches, 300 liv. argent; 23° Une roise à Traînel, 18 liv.;


266 HISTOIRE DE TRAÎNEL

24° Une rente seigneuriale de 1 bichet 1/2 avoine et 7 deniers cens ;

25° Une autre rente seigneuriale de 1 liv. 6 sols 1.

§ II. — Le Château et ses dépendances.

Aspect du château. — Les fortifications. — Les fossés. — Procès avec la commune.

Il ne reste plus du château que la ferme, encore exploitée par les propriétaires actuels de l'ancien domaine, MM. de Burgat. Toutefois, un dessin que nous reproduisons donne une idée de l'habitation seigneuriale, au moment de la Révolution. C'était une maison bourgeoise, flanquée de deux tourelles et protégée par des murailles épaisses, garnies de tours espacées.

Ce genre de construction devait remonter, sauf réparations et modifications, jusqu'au XIIe siècle, et dénotait l'importance de la seigneurie. On sait, en effet, qu'aux xie et xu° siècles, on ne permettait qu'aux grands seigneurs de clore leurs châteaux de murs, tours et fossés, pour leur sûreté personnelle. Encore, n'était-ce que sous trois conditions : La première était la permission du prince ; la deuxième était la propriété du terrain sur lequel ils voulaient élever des murs et creuser des fossés ; la troisième que ce terrain fut dans leur directe et justice 2.

Primitivement, les murs et fossés de Traînel formaient un demi-cercle, flanqué de tours construites à la même époque ; et chaque extrémité des murs, appuyée sur l'Orvin, qui coupait le demi-cercle en cet endroit, était défendue par un fort donjon en pyramide, appelé la « Glèbe

1 Arch. part, de M. de Narcillac, au château de la Motte-Tilly.

3 Voir Yves de Chartres, Epist. 168°. — Brussel, De l'Usage des fiefs, édit de 1727, t. 1er, p. 382, 386.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 267

principale du fief. » Une large butte, existant encore aujourd'hui, appelée Butte ou Puy-du-Guet, était surmontée d'une tour et d'une lanterne ou beffroi, munie de sa cloche, pour appeler les communes voisines en cas d'attaque soudaine. Une sentence contradictoire fut rendue le 18 mars 1473, par le bailli de Traînel, entre le seigneur du lieu et un habitant nommé Jean Collot. Il fut condamné à refondre à ses frais la cloche de cette tour que son fils avait cassée 1.

L'emplacement intérieur des murs comprenait le château, la chapelle, le jardin, les vergers, la basse-cour, la prison, le moulin dit de Fiacreté, etc.

Quand l'ensemble des maisons construites au devant du château forma une petite ville, le lit de la rivière fit place à une rue appelée aujourd'hui rue du Vieux-Châtel, et se transporta derrière les jardins depuis la vanne actuelle jusqu'au déversoir du nouveau moulin. Une dérivation de l'Orvin fut créée pour traverser la nouvelle cité au-dessous de la rue du Vieux-Châtel et alimenter le moulin. Le ruisseau qui prend son écoulement auprès du pont des Ruelles et côtoie les promenades, est simplement destiné à régler le niveau d'eau nécessaire au moulin.

Quant aux murailles, épaisses de lm80c, elles abaissèrent leur hauteur pour servir de soutènement aux terres des jardins qui côtoyaient la rivière, depuis le pont des Oignons jusqu'au déversoir actuel.

Six portes avaient été pratiquées le long des murs pour communiquer du château dans les fossés et ouvrages extérieurs. On n'en conserva que trois : celle de Bray, celle de Troyes et celle de Sens. De la butte du Guet à l'église SaintGervais couraient un rempart et un fossé qui subsistent en1

en1 part, de M. de Burgat, Mémoire pour le marquis de Traînel, etc.


268 HISTOIRE DE TRAÎNEL

core en partie. C'est là qu'étaient plantés les arbres dont la possession fut l'occasion d'un long procès entre le seigneur et les habitants.

Ceux-ci prétendaient avoir la jouissance immémoriale des fossés pour y avoir, disaient-ils, de tout temps planté et élagué des arbres, recueilli l'herbe et fait paître les troupeaux. En 1754, ils avaient fait une nouvelle plantation. L'homme d'affaires du seigneur s'y opposa, et, paraît-il, sans attendre la décision, s'empara des arbres et fit labourer les pâtures. Les habitants protestèrent par une requête du 31 août 1756. La cause fut portée au bailliage de Troyes parle seigneur, et à l'intendance de Paris parles habitants; mais elle n'en alla pas plus vite. Le 28 mars 1761, une sentence de ce bailliage la remettait au premier siège d'après la Trinité. Le 12 avril, les habitants consentaient à soutenir le procès, et, le 28 du même mois, renouvelaient leur instance. L'extrait suivant d'un mémoire, rédigé le 15 mai 1761, fera suffisamment connaître la situation.

» Les habitants ont, le 15 et 21 avril, porté requête ten» dant à ce que, sans avoir égard aux défenses prononcées » contre eux par une ordonnance de la Cour du 7 du même » mois d'avril, dont main-levée leur sera accordée, ils » soient autorisés à suivre l'exécution des ordonnances » qu'ils ont obtenues de M. l'Intendant de la Généralité de » Paris contre les nommés René Magnan et Georges Gar» nier, habitants dudit lieu, lesquelles ordonnances, en date » du 27 juin et d'août 1759, sauf au seigneur de Traînel » à suivre l'effet de ses précédentes demandes...

» Or, il n'est pas douteux que le seigneur de Traînel est » très-foncier, haut justicier et direct en toute l'universa» litè du territoire de Traînel. Cette vérité est constante » tant par les déclarations et les différentes reconnaissances » que les habitants eux-mêmes en ont fournies que par les » anciens titres, les aveux et dénombrements donnés de-


HISTOIRE DE TRAÎNEL 269

» puis plusieurs siècles, et enfin par la possession qui s'en » est toujours ensuivie en faveur du seigneur de Traînel.

» C'est au préjudice de ce droit et de cette possession » perpétuée, comme dit est, pendant un nombre de siècles, » que depuis quelques années les habitants de Traînel se » sont avisés de planter dans les fossés, hors l'enceinte de » la ville, de démolir une partie des murs en différents en» droits, de former des brèches, notamment au-dessous de » la porte dite de Troyes, et de s'en approprier les pierres » et les décombres. En conséquence, le seigneur de Traî» nel a eu l'honneur de donner sa requête à la cour, le » 4 octobre 1757, et l'opposition à ces faits et entreprises, » sur le fondement desquels il a demandé d'être maintenu » en sa possession, et en même temps des défenses aux ha» bitants de commettre aucune dégradation ni entreprise » de quelque nature que ce soit sur les fossés, murs, rem» parts, tours, portes, donjons, circonstances et dépen» dances, ce qui lui a été octroyé par l'Ordonnance de la » Cour. Malgré ces défenses et cette demande possessoire, » les habitants ont renouvelé leurs troubles au mois de no» vembre de la même année ; nouvelle démolition de leur » part; nouvelle anticipation sur quelque terre vaine. En » conséquence, le seigneur de Traînel a formé, le 6 fé» vrier 1758, une autre demande en complainte, où il lui » a été accordé de nouvelles défenses. C'est sur ces deux » demandes possessoires que les deux parties sont actuelle» ment, et depuis cette époque, en instance à la Cour, où » elles sont toujours pendantes, et jusqu'à présent indé» cises. Ce qu'il y a de certain, c'est que les défenses pro» noncées par les différentes Ordonnances de la Cour ont » subsisté et subsistent encore aujourd'hui, sans la moindre » opposition de la part des habitants de Traînel. Ces habi» tants, déterminés à ne pas respecter longtemps les arrêts » de la Cour, mais seulement d'une façon oblique, se sont


270 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» retournés d'un autre côté pour parvenir à le faire impu»

impu» Ils ont changé de batteries ; de destructeurs de

» murs qu'ils étaient jusqu'alors, ils en sont devenus les

» défenseurs. Ils ont engagé pour cela même les nommés

» Magnan et Garnier à faire quelque démolition de ces

» mêmes murs sur le territoire qui avoisine leur maison, et

» à s'emparer des pierres et autres matériaux, en procédant

» dans la vue de pouvoir former, comme ils l'ont fait effec»

effec» contre ces deux habitants, une demande aux

» fins de réparation de ces dégâts, demande dans laquelle

» les habitants de Traînel ont osé se dire propriétaires et

« possesseurs de ces mêmes murs, demande enfin qu'ils

» ont eu la ruse ou l'indiscrétion de porter au Tribunal de

» l'intendance de la Généralité de Paris. Comme cette ten»

ten» à cette demande formait, de la part des habitants

» de Traînel, autant d'obstacles à l'exécution des défenses

» de la Cour, autant d'actes attentatoires à son autorité, le

» seigneur de Traînel, pour prévenir les suites d'une action

» aussi obscure qu'incompétente, a présenté la nouvelle re»

re» dont il s'agit, le 7 avril dernier. Il y a déclaré qu'il

» prenait pour trouble les nouveaux faits dont il vient de

» s'expliquer, ainsi que la demande des habitants portée

» devant M. l'Intendant de Paris contre les nommés Ma»

Ma» et Garnier; il a requis, en conséquence, de nouvelles

» défenses, lesquelles lui ont été accordées par l'Ordon»

l'Ordon» de la Cour. »

Le 26 janvier de l'année suivante 1762, le bailli de Troyes rendait une ordonnance pour que le marquis de Traînel fit juger, dans l'espace de trois mois, les contestations élevées sur sa demande.

La seigneurie changea de maître; mais la difficulté n'en subsista pas moins jusqu'à ce que, le 16 octobre 1768, M. Terray, nouveau seigneur, voulant terminer le différend, accorda aux habitants la disposition de certaines parties des


HISTOIRE DE TRAÎNEI. 271

fossés, remparts et murs, à certaines conditions, entre autres : « Que le sieur Terray conservera sans aucun trouble » la jouissance des objets réservés, et notamment des murs, » remparts et fossés de la partie d'en haut de Traînel, sur » lesquels ont été construits les donjon, château, prison, » tour, tournelles et autres fortifications du seigneur, dont » il demeurera propriétaire incommutable, et, dans la» quelle réserve étaient comprises notamment les portes de » Troyes, Bray, Traînel, et le moulin étant sur la rivière » d'Orvin...l »

Malgré cela, par ordre de la municipalité, les ouvriers occupés au pavage des rues démolirent, le 2 novembre 1791, la fausse porte située entre le moulin et la porte de Bray, et comprise dans la réserve, pour se servir des pierres. M. Terray réclama, et la ville dut se soumettre.

Le calme devait être de peu de durée. Des sentences arbitrales des 24 février, 19 nivôse, 24 pluviôse et 21 germinal an H donnèrent gain de cause à la commune.

L'an m, les pierres des murailles de Traînel furent vendues aux habitants au prix de six livres la toise, et rapportèrent en total une somme de 304 livres payée en assignats. Les héritiers Terray voulurent protester plus tard ; mais un arrêté du département, en date du 15 pluviôse an v, autorisa le citoyen Buissot, agent municipal, à suivre devant tous tribunaux compétents, l'action intentée par eux contre la commune.

La famille de Burgat, qui a succédé aux seigneurs, jouit aujourd'hui de l'emplacement de l'église Notre-Dame, de la ferme dite du Château, du Puy-du-Guet, des fossés et des arbres qui s'y trouvent, jusque et y compris le Calvaire.

4 Arch. comm. de Traînel.


272 HISTOIRE DE TRAINEL

CHAPITRE II. LES SEIGNEURS DE TRAINEL,

§ I. — Maison de Traînel (Branche aînée : IXe s. à 1229).

La maison de Traînel portait : Vairé, contrevairé d'argent et d'azur 1.

Dans la première moitié du IXe siècle vivait une dame de Traînel, dont le nom ne nous est pas connu. Elle aurait eu sept fils. Le seul dont il soit parlé est Adremare, fondateur de l'abbaye de Montiéramey, mort en 8502.

Déodalde Traînel, entre 1062 et 1079.

Son nom n'est connu que pour avoir figuré parmi les témoins d'un privilège accordé au Chapitre de Saint-Quiriace de Provins, par Richer, archevêque de Sens, sur la demande de Thibaut Ier, comte de Champagne 3.

On pense, mais sans en avoir la certitude, qu'il appartenait à la même famille que les seigneurs dont la filiation suit.

Ponce1er dit l'Ancien, seigneur de Traînel et Pont-surSeine, et Caravicina, sa femme, 1079.

Nous ne savons si quelque lien de parenté unissait Ponce à Déodat, ni comment il lui succéda dans la seigneurie de Traînel. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au mois de juin 1079, Ponce donnait à l'abbaye de Cormery l'église de Saint-Gervais des Tables (de Stabuln), pour y établir un prieuré. Cette donation se fit par l'entremise de Richer, ar1

ar1 Duchesne, Maison de Vergy, p. 101.

2 Albéric de Trois-Fontaines, ad. aun. 863.

3 Doc. hist. inédits tirés de la Bibl. roy., t. I, p. 490, et apud Lalore, Anciens seigneurs de Traînel, p. 27.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 273

chevêque de Sens, du consentement de Caravicina, femme de Ponce, et de leurs enfants Anseau, Garnier et Philippe, appelé aussi Milon, et qui plus tard deviendra évéque de Troyes 1.

De son mariage avec Caravicina, Ponce eut plusieurs enfants :

1° Anseu, Anseau, Ansel ou Anselme, qui suit ;

2° Garnier, dit l'Ancien, qui hérita de la seigneurie de Pont.

C'est lui qui donna à la même abbaye de Cormery, l'église Notre-Dame de Traînel.

3. Philippe Milon, qui gouverna l'église de Troyes de 1081 à 11212.

4. Comilissa ou Comtesse. Son nom se lit en 1144 dans l'accord fait entre Norpand, abbé de Vauluisant, et Héloïse, abbesse du Paraclet 3.

5. Gaucher (1151), qui se fit moine à Clairvaux.

6. Peut-être faut-il ici placer le père ou la mère de Garnier de Traînel, évêque de Troyes, et de son frère Gui Gatebled, dont la femme s'appelait Comitissa.

Anseau 1er dit l' Ancien (Anseu, Ansel ou Anselme), et sa femme Hélissende 1107-1146).

Nous avons déjà dit qu'Anseau Ier approuva la donation de l'église Saint-Gervais à l'abbaye de Cormery, faite par son père Ponce 1er, en 1079.

Les autres circonstances où nous retrouvous ce seigneur ont trait à des libérables pieuses, faites par lui ou par ses amis 4.

4 Gall. christ., t. XII, Inst., col. 14. — Bourassé, Cart. de Cormery, p. 87.

2 Voir les détails de son épiscopat dans Courtalon, et E. Defer : Liste des prélats, elc, p. 42.

3 Cart. du Paraclet, f. 132, et apud Lalore, p. 66.

4 Cart. de Molème, apud E. Socard, p. 92.

T. XLVIII 18


274 HISTOIRE DE TRAÎNEL

En 1127, il est à Montiez, où, de concert avec son frère Garnier, avec Eudes de Villemaur et Milon de Nogent-surSeine, il contribue largement à la fondation de Vauluisant, près de Courgenay (Yonne), en donnant à l'avance à Artaud, abbé de Preuilly, le droit, pour lui et les religieux qu'il se propose d'établir à Vauluisant, d'acquérir des héritages dans toute l'étendue de leurs seigneuries 1.

Deux autres chartes, concernant Villemaur et Vauluisant, sont rédigées à Traînel même 2.

L'abbaye de Vauluisant n'est pas seule l'objet de sa sollicitude empressée ; il s'occupe de plusieurs autres asiles de la prière. Dès 1131, il veille sur le berceau de l'abbaye d'Andecy (Haute-Marne). Il lui donne la grosse dîme d'Echemines avec le droit d'acquérir librement sur ses terres, et il approuve, comme suzerain, la donation de la grange de Soissy (Marne), faite à l'abbaye par Gui de Saint-Mesmin, chevalier. Cette libéralité est approuvée par le comte de Champagne Thibaut II 3.

En 1145, il conclut avec l'abbaye de Saint-Loup de Troyes une transaction par laquelle il renonce à toute prétention sur les femmes libres de la rivière d'Ardusson, qui, à l'avenir, se marieraient avec les hommes de l'abbaye de Saint-Loup. Cette charte d'Anselme est revêtue de l'approbation du comte Henri Le Libéral, jeune encore, qui appose son sceau pour la première fois. Elle reçoit aussi l'assentiment d'Hélissende et de ses deux fils Anseau et Garnier 4.

4 Gall. christ., t. XII, Eccl. senon. Inst. — Arch. d'Auxerre, H, 678. — Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t.1, p. 267, 311, charte 148, 184.

5 Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t. II, p. 59, charte 55. — Cart. du Paraclet, apud Lalore, p. 66. — Arch. d'Auxerre, H, 705.

3 Duchesne, Hist. des maisons de Dreux, p. 12. — Gall. christ., t. X, instr. col. 165-169 et 941.

4 Cart. de Saint-Loup, f. 41, et apud d'Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, t. III, p. 432.


HISTOIRE DE TRAÎNEL

275

Une prétention du même genre sur les hommes et les femmes de Vallant-Saint-Georges et Orvilliers ne fut réglée qu'en 1151 par son fils Anseau II.

C'est vers i 142 qu'il faut placer la fondation du prieuré de la Madeleine 4. Anseau ne manqua pas de doter ces nouvelles religieuses, et il associa à sa bonne oeuvre sa femme et ses enfants 2.

Cependant, le 31 mars 1146, à Vezelay, S. Bernard avait adressé un chaleureux appel à la noblesse et au clergé pour la délivrance du S. Sépulcre.

L'âge avancé d'Anseau ne lui permit pas d'entreprendre un si pénible voyage ; mais il s'honora de voir ses deux fils, Anseau et Garnier, jeter le cri d'enthousiasme : Dieu le veut! et se ranger autour de leur jeune suzerain, Henri de Champagne 3. Mais l'armée des croisés n'étant partie que dans la semaine de la Pentecôte de l'année suivante, les fils d'Anseau purent encore fermer les yeux de leur père, qui décéda le 30 juillet 1146.

L'obituaire de Vauluisant rappelle le nom d'Anseau 1er, non-seulement au jour de sa mort, mais encore au 31 décembre, où il mentionne aussi Hélissende, sa femme 4.

Celle-ci vivait encore en 1151, et approuvait l'abandon que ses fils Anseau, Garnier et Gariu faisaient à l'abbaye de Pontigny de leurs droits dans les bois de Saint-Etienne et sur les granges de Boeurs et de Chailly 5.

4 Voir plus haut.

2 Arch. de l'Aube, F. Paraclet, et apud Lalore, op. cit., p. 65. — Bourassé, Cart. de Cormery, p. 122-124.

3 Optimates ibidem, adstantes postea Crucem acceperunt : Ansellus de Triagnello, Guarinus fraler ejus (D. Bouquet, XII, 126).

4 III Kalendas Aug. obiit Ansellus de Triangulo, fundalor hujus ecclesix (Bibl. nalion., F. français, manuscrit 5997, f. 115, ro.

5 La charte d'Hugues, arch. de Sens, porte la signature du roi Louis VII (Arch. d'Auxerre, II, 1461. — Quantin, op. cit., t. I, p. 492; - Gall. christ., t. XII, col. 109.


276 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Hélissende ne tarda pas à renoncer au monde et à se retirer au monastère de Foicy, près de Troyes, ordre de Fontevrault, dont elle devint prieure. Elle exerçait ces fonctions en 1155 1. Elle y mourut sous l'habit monastique; mais nous ignorons l'année 2.

Anseau 1er et Hélissende eurent pour enfants :

1. Anseau II, qui suit.

2. Garnier II, seigneur de Marigny-le-Châtel.

3. Garin, qui eut pour enfants : A. Philippe de Traînel, religieux, puis abbé de Saint-Loup de Troyes, et B.Théceline, dame d'Hermez ou Hermel, 12213. Garin se fit convers à Prully (Seine-et-Marne).

4. Milon, qui fut 4e abbé de Saint-Marien d'Auxerre, en 1155.

5. Elisabeth, qui se maria à Hugues, seigneur de Plancy, et vivait encore en 1189. Elle eut en partage la terre de Pâlis, qu'elle donna à l'abbaye du Paraclet pour en jouir après sa mort 4. De son vivant, elle donna déjà à la Grange de Pannetière, même finage, dépendant de la léproserie de Troyes, l'usage du bois mort, tombé ou coupé dans la forêt de Pâlis 5. Nous connaissons les noms de ses deux enfants : A. Gilon, marié dès 1189 àOldéarde, et B. Capraria, qui, à la même époque, était religieuse au Paraclet 6.

Du vivant d'Anseau 1er, la seigneurie de Traînel devait

4 Arch. de l'Aube, F. Foicy.

2 Elisendis et ipsa proenobilis, quoe cum diu in soeculo floruisset postea à coenobio quod dicitur Fons Ebraldi, se sub professions religionis aslrinxit et longoevam in Domino duxit vitam. (D. Bouquet, XVIII, 268).

3 Gallia christ., t. XII, col. 588.— Cart. du Paraclet, f. 235, et apud Lalore, op. cit., p. 164.

4 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, f. 121, et apud Lalore, op. cit., p. 94.

5 Harmand, Notice sur la Léproserie, p. 107.

6 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, p. 121, et apud Lalore, op. cit., p. 94.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 277

être partagée entre lui et son frère Garnier; car celui-ci est souvent qualifié seigneur de Pont et de Traînel, et il laisse ce titre à son fils Ponce II.

Anseau II, dit le Jeune et Hermesends ou Hermance, sa femme (1146 à 1184). — Dès le mois de mars 1146, Anseau II s'était enrôlé parmi les gentilshommes qui couraient à la délivrance du tombeau de Jésus-Christ. Il profita des longs préparatifs de l'expédition pour assurer la faveur du Ciel à ses premières armes, par de pieuses largesses. Il donna au Paraclet le droit d'usage dans ses bois de Courgivolt (Marne), de Pouy, de Marcilly-le-Hayer, de Charmoy et dans ses autres bois. C'est ce que constate une bulle du pape Eugène III, en date du 1er novembre 1147, adressée à Héloïse l.

Ce fut au mois de juin 1147 que les Croisés quittèrent Paris, avec le roi Louis VII. Nous ignorons les faits d'armes du jeune seigneur de Traînel ; nous ne savons pas davantage l'époque précise de son retour. Il est à croire qu'il ne quitta pas son suzerain, Henri de Champagne, et celui-ci rentrait dans son comté vers la fin de l'année 1148 ou au commencement de 1149. Nous ne retrouvons pas, néanmoins, le nom d'Anseau avant 1151. Alors, et dès le mois de février, il règle une affaire qui n'avait pu 5e terminer du vivant de son père. Anseau Ier avait élevé, devant le Chapitre de Troyes, des prétentions sur les hommes et les femmes de Vallant-Saint-Georges et d'Orvilliers. Ses enfants renouvelèrent cette réclamation. Le Chapitre en finit, moyennant 130 liv. qu'il s'engagea à payer aux héritiers 2.

Anseau Il jouissait de la plus haute faveur auprès du comte Henri Le Libéral. Il était l'un de ses plus intimes conseillers, et il figure comme témoin dans 119 chartes de

1 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, p. 121, et apud Lalore. p. 7 et 22. » Arch. de l'Aube, Cart. de Saint-Pierre, f. 60. — Liasse G, 3107.


278 HISTOIRE DE TRAÎNEL

ce seigneur. Il remplit auprès de lui, et pendant toute la durée de son gouvernement, l'une des plus importantes fonctions, celle de bouteiller, quoiqu'il n'en ait pris le titre que dans quinze pièces. En 1172, il est désigné aussi sous le nom d'échanson, pincerna, pour faire une allusion plus directe à son attribution de verser à boire au comte dans les repas de cérémonie 4.

Dès 1152, nous le trouvons souvent à la cour d'Henri, et c'est là que se négocie son mariage avec la fille de Geoffroy III, seigneur de Douzi. « Les fiançailles se célébrèrent » à Douzy, un vendredi, en 1153, à ce que l'on suppose. » Geoffroy de Douzy donna en mariage à sa fille le château » de Neuilly-Saint-Front, les autres biens qu'il possédait » dans cette localité et ce qu'il avait à Oulchy, c'est-à-dire » la moitié du bourg et de la seigneurie, déduction faite du » château qui appartenait au comte de Champagne. An» seau, en reconnaissance de cette libéralité, paya à Geof» froi une somme considérable, 500 liv. au moins, dit-on, » et, pour assurer l'exécution de celte convention, Henri » Le Libéral, comme suzerain, la ratifia. Mais, parce que » sans doute la fiancée était trop jeune, ou pour toute autre » raison, la consommation du mariage fut renvoyée à une » époque ultérieure, et Anseau repartit pour Traînel. Pen» dantson absence, qui probablement parut un peu longue, » Etienne, comte de Sancerre, frère d'Henri Le Libéral, » vint demander la main de la jeune fille. Oubliant les en» gagements pris avec Anseau, Geofïroi l'accorda et donna en » mariage à sa fille non plus cette fois des propriétés éloi» gnées et peu importantes, comme celles qu'il avait à » Neuilly et à Oulchy, mais un fief beaucoup plus considé» rable, beaucoup plus rapproché de ses autres possessions.

4 D'Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, t. III, p. 125.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 279

» Il lui donna la seigneurie de Saint-Aignan ; d'autres disent

» celle de Gien ; c'est à tort. Par là, il fit deux mécontents :

» Anseau de Traînel, qui se voyait enlever sa femme, et qui

» était menacé d'en perdre la dot, alla se plaindre au comte

» Henri. Hervé, fils aîné de Geoffroi, dont ces libéralités

» réduisaient l'héritage outre mesure, s'adressa au roi et

» lui demanda justice contre un père dont les largesses ou»

ou» la quotité laissée disponible par les lois féo»

féo» Henri Le Libéral, de son côté, était personnelle»

personnelle» outragé par la violation d'une convention dont il

» avait lui-même garanti l'exécution, et son affection par»

par» pour Anseau lui rendait cette injure plus sen»

sen» Il alla, comme Hervé, demander justice au roi, qui

» consentit à se joindre à eux. Une armée commandée par

» Louis VII, et où se trouvaient réunis le comte de Cham»

Cham» et le fils du seigneur de Douzy, vint assiéger Saint»

Saint» et s'en empara. Les vainqueurs ne consentirent à

» rendre cette place qu'à une condition, c'est que Geoffroi

» de Douzy renoncerait à toute prétention sur Neuilly et sur

» Oulchy, et qu'il céderait ses droits sur ces deux seigneuo

seigneuo à Anseau de Traînel, comme dommages et intérêts,

» à cause tant de la somme d'argent versée par Anseau,

» que de l'insulte qu'on lui avait faite en lui enlevant sa

» fiancée.

» Ce traité fut exécuté, et Anseau de Traînel mis en pos»

pos» des biens de Geoffroi de Douzy à Neuilly-Saint»

Neuilly-Saint» et à Oulchy, dont il jouit quinze ans environ, après

» lesquels il les céda au comte de Champagne en échange

» de la moitié du péage de Pont-sur-Seine et des portes de

» Provins 1. » Anseau donna alors à son frère Garnier trente

1 Lévéque de la Ravalière, Liber principum, t. XXVI, p. 680; Commentariorum Regiae Inscriptionum Academix, apud D. Bouquet, t. XII, p. 128, note, — D'Arb. de Jub., Hist. des Comt. de Ch., t. III, p. 34 et 33, note.


280 HISTOIRE DE TRAÎNEL

livrées de terre (libratas terroe) sur le péage de Pont, pour sa part dans les deniers qn'Anseau avait pris sur le patrimoine commun pour les donner à Geoffroi 1.

Anseau épousa donc Hermance, appelée aussi Hermensande ou Hermengarde, soeur de Manassès, évêque de Langres. C'était une femme distinguée, comme nous le verrons à la fin de cet article.

Nous ne suivrons pas Anseau II dans toutes les chartes qu'il signa ; elles sont trop nombreuses, et n'intéressent pas toujours sa personne. Nous nous contenterons de dire qu'on trouve son nom dans presque tous nos cartulaires et dans plusieurs autres, étrangers à notre localité. On en lit la nomenclature dans les Mémoires de la Société Académique de l'Aube 2 et dans l'Histoire des Comtes de Champagne3. Il y est appelé tantôt Ansellus tantôt Amelmusi.

Non moins généreux que son père, Anseau II répand ses largesses sur Vauluisant. Il fonda les Granges de Beauvoir et de Toucheboeuf, et mérite d'être rangé dans la bulle d'Innocent III, 22 novembre 1163, parmi les bienfaiteurs de cette abbaye 5.

1 Relation de Gui Gatebled, apud D. Bouquet, t. XII, p. 128, n.

2 Tome XXXIV, année 1870 : Anciens seigneurs de Traînel, par l'abbé Lalore, nos 47,19, 20, 21, 24 à 34, 37 à 42, 44 à 46,48 à 50, 52, 55 bis, 57 à 60, 64 à 67, 69, 71, 74 à 77, 79 à 87, 91, 92, 95 à 98, 100 4105,107,108,108 bis, 110 à 112,117 à 119,122.

3 Tome III, p. 441, 444, 445, 447, 448, 450, 452. 455, 456, 459, 460, 463 bis, 464, 465, 467, 469, 470,472.

4 Voir aussi : Arch. nation., cartons des Rois, K, 2i, K, 25, n° 36, opudTardif, Mon. hist.; Quantin, Cart. gén., t. II, p. 118; et d'Arbois, Voy. palèog., p. 71. Arch. d'Auxerre, H, 710. — Cart. de StPierre, G, 2608, 2857.

5 Arch. d'Auxerre, H, 676, et Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t.1, p. 156-159.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 281

En 1164 au plus tard, il fonde un Chapitre de chanoines dans la chapelle du château, sous le vocable de la SainteTrinité. Nous en avons déjà parlé.

Nous ne pouvons passer sous silence certains faits qui montrent en quelle estime particulière était notre Anseau de Traînel auprès des puissants, ses contemporains. Le comte de Champagne croyait avoir à se plaindre de l'évêque de Meaux. Pour s'en venger, il fil fabriquer en métal de bas aloi des deniers semblables à ceux de la ville de Meaux, où le droit de battre monnaie appartenait au prélat. Quand le public s'aperçut de la fraude sans en connaître l'auteur, il refusa d'accepter cette monnaie ; de là, préjudice considérable pour l'évêque de Meaux. Henri reconnut sa faute, et la main sur les reliques, il jura de la réparer. Il voulut même que son serment fut confirmé par un autre, et trois de ses barons, Anseau de Traînel, Hugues de Plancy et Eudes de Pougy jurèrent que rien de contraire aux intérêts de l'évêque ne serait fait avec leur assentiment. « Si même, ajou» taient-ils, nous pressentions que le comte eut le projet de » violer sa promesse, nous ne négligerions ni les exhorta» tions, ni les prières les plus vives pour l'en empêcher '. »

Celte garantie de fidélité qu'offrait à l'évêque de Meaux, en 1166, le nom d'Anseau de Traînel, fut encore appréciée la même année par les religieux de Vézelay et le comte de Nevers. Cette fois Anseau partagea, avec son frère Garnier, l'honneur de répondre pour le comte de Nevers. Mais de nouvelles complications ayant surgi, il fallut de nouveaux médiateurs, et ce fut encore Anseau de Traînel qui remplit ce rôle honorable avec le comte Hariri de Champagne et le comte de Blois. Nous ne pouvons entrer dans les détails de

1 Cart. de l'Égl. de Meaux, Bibl. nation., manuscrit, ancien fonds latin, 5185, F. — Martène, Ampl. coll., 1.1, col. 873. — D. Bouquet, XVI, 702. — D'Arbois de Jub., Hist. des Comtes de Champ., t. III, p. 76.


282 HISTOIRE DE TRAÎNEL

cette longue querelle, qui ne se termina qu'au mois de novembre par un traité 1.

En 1182, Anseau était encore choisi pour arbitre entre les religieux de Vauluisant et les héritiers de Pouy, au sujet de la terre de Félix Cape et de Renaud, chevaliers. Après avoir entendu dix témoins assermentés, Anseau, prononçant eu cour de justice, adjugea la terre aux religieux. Mais, impartial dans ses jugements, il condamna ces mêmes religieux à payer à Hermeneldis et à son fils Etienne de Villeneuve 50 liv. de Provins sur les 100 liv. qu'ils réclamaient 2. C'est ainsi qu'il laissait à la postérité le souvenir d'un homme juste et loyal, à la décision duquel chacun se soumettait en silence.

Le patrimoine qu'Anseau Ier avait légué à ses fils n'était pas sans importance. Il augmenta encore entre les mains d'Anseau II. Une charte du roi Louis VII nous apprend qu'après avoir, de concert avec Michel de Corbeil, archevêque de Sens, accordé en 1172, des privilèges aux habitants de Villeneuve-sur-Vanne (Villeneuve-l'Archevêque) 3, il avait donné, en 1177, la moitié de la forteresse de cette ville à Anceau, et que ce dernier tenait l'autre moitié du comte de Champagne 4. Bientôt, ce ne fut plus seulement la forteresse que posséda le seigneur de Traînel, mais la moitié de ce que les religieux de Vauluisant y tenaient, à l'exception d'une maison et des prés, l'autre moitié relevant de l'archevêque de Sens. C'est l'abbé Ulric qui, en 11831185, avait fait ce partage. En compensation, Anseau et

1 D'Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, t. III, p. 83-90, D. Bouquet, Hist. Vizel. monast., XII, 336-342.

2 Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t. II, p. 344, 345.

3 Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t. II, p. 241.

4 Chantereau Lefèvre, Traité des fiefs, p. 5. — Teulet, Layettes du Trésor des Charles, t. I, p. 114, n° 277. — Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t. II, p. 292, ch. 273.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 283

l'archevêque devaient payer annuellement, à l'abbaye de Vauluisant, chacun une rente de 4 setiers de grains, moitié seigle, moitié tramois 1. Enfin, en 1184, Anseau et son frère Garnier confirment à celte abbaye tout ce qu'elle possède à titre de donation ou d'achat dans leur patrimoine ou leurs fiefs 2.

Cette charte paraît être la dernière que notre Anseau ait signée, car une autre, de la même année, à Marigny, ne porte plus que le nom de Garnier, seigneur de Traînel. D'ailleurs, dans une charte de 1185, où Manassès, évêque de Langres, fait connaître que sa soeur Hermance ratifie une aumône faite à Vauluisant, il l'appelle « dame de Traînel et veuve d'Anseau 3. » Ce seigneur était donc mort à cette époque. Il fut enterré dans la chapelle Notre-Dame-deVauluisant. Son sceau le représente nu jusqu'à la ceinture, assis de côté sur un cheval courant, et tenant un faucon à la main droite 4.

Il nous faut dire un mot d'Hermance (Ermancia ou Ermansandis), femme d'Anseau II, qui tint un rang distingué à la cour du comte de Champagne. A cette époque existait à Troyes, comme d'ailleurs en d'autres villes, une institution singulière, appelée Cour d'amour. La comtesse de Champagne, Marie de France, en était la souveraine et prononçait les arrêts. La plupart des jugements portaient sur des questions de morale chevaleresque, et les sanctions étaient parfois sévères. Des causes d'un autre genre lui

1 Arch. d'Auxerre, H, 786, où 2 chartes, l'une d'Anseau, l'autre de Gui. — Quantin, op. cit., p. 344, ch. 327.

2 Arch. d'Auxerre, et Quantin, op. cit., p. 357, charte 343. C'est sans doute en souvenir des bienfaits d'Anseau que, d'après la tradition, tout habitant de Traînel passant à Vauluisant avait le droit d'y prendre un repas, consistant en une pochetée de pois.

3 Arch. de la Haute-Marne, Cart. Eccl. Ling., f. 17. — Bibl. nat., F. Français., 5995, f. 81.

4 Arch. d'Auxerre, F. Vauluisant, H. 786.


284 HISTOIRE DE TRAlNEL

furent cependant soumises. Ainsi, en 1181, elle rendit une sentence concernant les églises de Saint-Loup et de SaintEtienne de Troyes 1. On voit par là combien avait grandi l'influence de la femme, et il faut bien supposer que celles qu'on choisissait pour arbitres, surtout dans des litiges étrangers à la chevalerie, méritaient, par leur valeur exceptionnelle, la confiance dont on les honorait.

Hermance, dame de Traînel, fut une de ces femmes privilégiées. Nous ne savons si, après la mort d'Anseau, elle resta à la cour du comte Henri, auprès de Marie de France, ou si elle résida au château de Traînel. Ce qui est certain, c'est qu'en 1196 elle fut choisie par les religieux de Vauluisant et l'abbesse du Paraclet pour aplanir une difficuté. Il s'agissait de limites territoriales, et les délégués du pape n'avaient pu les mettre d'accord. La cause fut donc remise aux mains d'Hermance, avec promesse, sous caution de 60 liv., de s'en rapporter à son jugement. Après l'avis d'experts, Hermance ordonna aux religieux de Vauluisant de renoncer à tout ce qu'ils réclamaient aux religieuses du Paraclet, et à celles-ci d'abandonner aux religieux tout ce qu'elles possédaient en terres et bois, depuis le chemin de Bagneaux par la croix de la Vanne vers Pouy, et 16 deniers sur le moulin de Pouy 2.

Nous retrouvons, en 1200, la dame de Traînel sous le nom d'Ermesande, donnant à l'abbaye du Paraclet ce qu'elle possédait au bois de Corroi (aujourd'hui Coudroy, finage de Marcilly 3). C'était sans doute pour s'associer à la pieuse

1 D'Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, t. III, p. 388 et 396.

2 Arch. d'Auxerre, H, 675. — Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t. II, p. 477, ch. CDLXIX, et Cart. du Paraclet, apud Lalore, op. cit., p. 115.

3 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, f° 160, apud Lalore, op. cit. p. 128.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 285

pensée de son fils et compléter la donation qu'il avait faite à la même abbaye, en 1197, en lui abandonnant sa moitié du même bois pour le repos de l'âme de son père 1.

Vers la même époque, Hermance et son fils donnent à l'église et aux chanoines de Cudot (Yonne), trois setiers de froment et autant de seigle et d'orge de rente sur le terrage de Clarimois 2.

Nous trouvons encore Hermance, en 1205, ratifiant la déclaration par laquelle Anseau de Traînel reconnaît que sa maison de la Villeneuve-aux-Riches-Hommes est du fief de la comtesse Blanche 3.

Enfants d'Anseau II et d'Hermance.

1° Anseau III, qui suit.

2° Marie, dame de Charmoy, à qui l'abbé de Vauluisant, Guillaume, donne à bail, en 1198, pour sa vie durant, la Grange d'Armentières. Marie choisit sa sépulture à Vauluisant. Son frère Anseau fut témoin de ces conventions et promit, sous le serment, de tenir en sa main toutes ces choses 4.

Nous trouvons encore d'autres noms appartenant à la famille des sires de Traînel ; mais nous ne savons à quelle branche les rattacher. Ce sont :

A. Embertus, qui donne à Vauluisant la terre qu'il avait à Pouy, du chef de sa femme, Emmeline ; — B. Ponce, qui,

1 Arch. de l'Aube, Cart. de Paraclet, f° 160, et ap. Lalore, op. cit., p. 119.

2 Arch. de Sens, H, 28.

3 Teulet, Layettes, etc., t.1, p. 567, n° 777 ter, et Bibl. nation., manuscrit, ancien fonds latin, 5993, f. 93. — Bibl. de Troyes, manuscrit n° 22, p. 135.

4 Arch. d'Auxerre, H, 775. — Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t. II, p. 499, ch. 489.


286 HISTOIRE DE TRAÎNEL

ainsi que le précédent, fait des donations à la même abbaye 1; — C. Hysembardus de Triagno, qui, en 1150, est témoin dans une charte pour Vauluisant 2; — D. Henri le Roux (Rufus) de Traînel, cité dans la bulle du pape Innocent III 3; — Henri, marié à Hermesande ou Herméniarz de Villemaur, dont il est parlé dans la charte où l'archevêque de Sens atteste qu'ils ont donné les droits d'usage dans la forêt de Saint-Loup à l'abbaye de Pontigny 4. Ce même Henri aurait également donné un fief, en 1159, à l'abbaye de Saint-Remi 5. Henri et Hermeniaz eurent pour enfants : 1° Henri ; 2° Arnulfus, clerc. C'est peut-être lui qui, en 1178, donna à la léproserie de Troyes la terre du Val de Lozanges 6; 3° Hysabel, mariée à Diet (Diesius).

Anseau III et Ida, sa femme, 1184 à 1212. — L'histoire d'Anseau III, comme celle de ses ancêtres, est remplie d'oeuvres de charité. Les premières années de son administration nous sont inconnues ; mais, en 1196, nous le voyons ratifier la donation de 3 muids de froment, 3 de seigle et 3 setiers de trémois de son fief de Tricherei, faite à la léproserie des Deux-Eaux, à perpétuité, par Hodouin des Sièges (de Eschegiis, Yonne), pour sa soeur qui était lépreuse 7. L'année suivante, de concert avec sa femme Ida, il donnait au Paraclet, comme nous l'avons déjà dit, sa moitié du bois de Coudroy, et recevait de l'abbaye, à titre

1 Bulle d'Alexandre III, apud Quantin, op. cit.. p. 158 et 159. 2 Quantin, op. cit., t. I, p. 466, ch. 315.

3 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, f° 11, et apud Lalore, op. cit., p. 35.

4 Quantin, op. cit.. t. II, p. 67.

5 Gall. christ., t. XII, Inst. col. 300, et apud Quantin, op. cit.f t. II, p. 104.

6 Harmand, Notice sur la Léproserie des Deux-Eaux, p. 29,101.

7 Harmand, Notice sur la Léproserie des Deux-Eaux, p. 108.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 287

de gratification, 100 liv., et sa femme 10 liv. 1 Nous verrons plus tard, en 1239, une difficulté s'élever à ce sujet. Sept ans plus tard, Anseau donnait encore à cette abbaye la dîme de Villeneuve-aux-Riches-Hommes et de Saint-Maurice 2.

En 1197, « Michiel, archevesque de Senz et Ansianz de Traînel » octroyaient plusieurs privilèges et libertés à la « Villenoeve-sus-Venne 3.»

Anseau III, malgré son âge peu avancé, n'inspirait pas moins de confiance que son père dans les affaires politiques du temps. Lui aussi fut jugé digne de servir deux fois de caution envers le roi. On était en 1198. La comtesse Marie venait de mourir et son fils, Thibaut III de Champagne, n'avait pas encore dix-neuf ans. Cependant le roi de France, Philippe-Auguste, voulant s'assurer dans la personne du jeune comte un appui pour le cas où il continuerait sa lutte contre Richard d'Angleterre, passa par-dessus les règles ordinaires, et arma Thibaut chevalier; puis, au mois d'août, il reçut son hommage à Melun. Anseau de Traînel, avec son oncle Garnier et Jean de Montmirail, lui servirent de caution 4. Mais Thibaut mourut trois ans plus tard, et sa jeune veuve, Blanche de Navarre, environnée des difficultés d'une régence, et privée de conseillers désintéressés, chercha un protecteur dans le roi de France. Philippe-Auguste était alors à Sens. Blanche s'y rendit, et lui offrit son hommage. Mais Philippe ne le reçut qu'à certaines condititions, pour lesquelles il demanda des cautions. Blanche y consentit, et Philippe reçut son hommage. Parmi les vassaux de Cham1

Cham1 de l'Aube, Cart. du Paraclet, f. 11 et 202, et apud Lalore, p. 36 et 119.

2 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, f° 131, et apud Lalore, op. cit., p. 140 et 141.

3 Arch. d'Auxerre, H, 709, et Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t. II, p. 241.

4 Teulet, Layettes, etc.. t. I, p. 196, n° 473. — Bibl. nation., manuscrits, ancien fonds latin, 5993, f. 7 et 8.


288 HISTOIRE DE TRAÎNEL

pagne qui jurèrent de s'unir au roi contre Blanche, si elle manquait à ses engagements, nous trouvons Anseau de Traînel et son oncle Garnier de Marigny 1.

Le comte Thibaut, en se mariant à Blanche, lui avait constitué un domaine composé de sept châtellenies, parmi lesquelles celle de Pont-sur-Seine 2. Les seigneurs de Traînel n'en conservaient pas moins leurs propriétés de péage. Anseau les vendit à Blanche, en novembre 1208, et son oncle Garnier en fit autant de ce qui lui appartenait 3. Déjà, en 1204, il avait reconnu que sa maison de Villeneuveaux-Riches-Hommes dépendait du fief de Blanche 4.

En 1212, Anseau n'existait plus. Il avait ajouté à son titre celui de seigneur de Sacey, et c'est en cette qualité qu'il avait pris parti, de 1196 à 1205, pour les hommes de Sacey dans un différend qu'ils avaient avec l'abbaye de Larrivour 5.

Anseau fut, comme son père, enterré au Chapitre de l'abbaye de Notre-Dame de Vauluisant.

Les enfants d'Anseau étaient trop jeunes pour administrer leurs biens. Ida s'en chargea, et ce ne fut pas sans difficultés. En effet, en janvier 1212, elle était en contestation avec l'abbé de Saint-Pierre-le-Vif, au sujet de la forêt de Villeraez-sur-Sognes, et pour des voies de fait dont ses gens s'étaient rendus coupables envers un des moines. L'official de Sens termina la question en adjugeant à l'abbaye la forêt exempte de tout droit envers Ida 6.

1 Martène, Ampliss. Coll., t. I, col. 1029. — D'Arbois de Jub., op. cit., t. IV, p. 122.

2 Teulet, Layettes, etc., p. 193.

3 Bibl. nation., man., ancien fonds latin, 5992, f. 235 et 238.

4 Teulet, Layettes, etc., t. I, p. 536, n° 777 ter.— Bibl. de Troyes, manuscrit 22, p. 135. — Chantereau Lefèvre, Traité des fiefs, p. 27.

5 Arch. de l'Aube, F. de Larrivour.

6 Quantin, Cart. de l'Yonne, t. III, p. 55, n° 123.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 289

Au mois de décembre suivant, il s'agissait du bois de Vauluisant que réclamaient les religieux, ainsi qu'un cheval, autrefois emmené par Anseau, ou cent sous pour le remplacer 1. L'année suivante, en décembre, Ida cautionne, au nom de son jeune fils, la comtesse Blanche envers le roi Philippe-Auguste 2. Enfin, en avril 1214, elle a encore une fois procès avec l'abbé de Saint-Pierre-le-Vif, pour un cens sur la maison de Foissy et pour des redevances en avoine ; mais un accord intervient par l'entremise du doyen de Foissy et de Jacques, clerc de ce lieu 3.

Ida se servait d'un sceau spécial où elle était représentée debout, revêtue d'une robe traînante, avec de longs cheveux tombant sur les épaules et tenant une fleur à la main. L'exergue portait : Sigillum Ide... de Treangl... 4

Les enfants d'Anseau III et d'Ida furent :

1° Anseau IV, qui suit.

2° Erard de Traînel, sire de Foissy-sur-Vanne, qu'épousa : 1° Agnès de Cauda; 2° Yolande de Montaigu. Il était mort avant 1258, et fut enterré dans le Chapitre de Notre-Dame de Vauluisant, ainsi que son fils Jean de Traînel, sire de Foissy.

Anseau IV, dit le Gros, et Sibille, sa femme, 12121229. — Le premier tiers du gouvernement d'Anseau IV se passa sous la tutelle de sa mère, et le reste de son histoire se borne à bien peu de choses. A son titre de seigneur de Traînel, il ajouta celui de la seigneurie de Villeneuveaux-Riches-Hommes, que portèrent ses successeurs. Héri1

Héri1 d'Auxerre, H, 235.

2 Teulet, Layettes, etc., t. I, p. 395, 396, nos 1054,1059.

3 Arch. d'Auxerre, H, 199, et Quantin, Cart. de l'Yonne, t. III, p. 55.

4 Arch. nat., n° 7549.

T. XLVIII 19


290 HISTOIRE DE TRAÎNEL

lier de la haute estime dont jouissait son père, il figure, en 1222, parmi les cautions qui garantirent à PhilippeAuguste la fidélité du comte de Champagne, et partage cet honneur avec Guillaume de Dampierre, Pierre de Joigny, Robert de Milly, Hugues de Châtillon, Robert de Dreux, Hugues de Mareuil, Hugues de Rethel, et plusieurs autres 1.

Anseau avait vendu aux religieux de Vauluisant ses droits de justice et de chasse dans le bois de Lussein. Il éleva, néanmoins, quelques prétentions; mais il y renonça, après sentence arbitrale prononcée en 1231 par sa soeur Marie, dame de Charmoy 2.

Anseau mourut à la croisade en 1239 3, après avoir donné au prieuré de Saint-Loup de Naud 20 sous de Provins, à prendre sur sa halle de Trainel, pour l'entretien d'une lampe ; ce qui fut confirmé par sa femme Sibille 4.

Sibille vivait encore en 1248. Elle approuva, à celte époque, la vente au comte Thibaut IV de Champagne du fief de Pâlis, qu'elle avait cédé à son fils Henri de Villeneuve.

Anseau IV et Sibille donnèrent au Paraclet une rente annuelle de 20 sols tournois pour leur anniversaire, ce qu'approuva plus tard leur fils Henri 5. Ils sont fous deux inscrits au 1er octobre dans l'obituaire du Paraclet. Anseau IV et Sibille eurent plusieurs enfants. Nous ne connaissons qu'Henri, seigneur de Villeneuve-aux-Riches-Hommes, qui ne succéda pas à son père dans la seigneurie de Traînel, mais se contenta de celle de Villeneuve, où il fit souche.

1 Teulet, Layettes, etc., t.1, p. 549, n° 1520. 2 Arch. d'Auxerre, H, 711.

3 D. Bouquet, XXI, p. 625.

4 Arch. d'Auxerre, H, 250.

5 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, f. 210, et apud Lalore, op. cit., p. 241,


HISTOIRE DE TRAÎNEL 291

§ II. — Maison de Traînel (Branche cadette).

Dreux 1er et Béatrix, sa femme, 1229-1270. — Dreux (Droco, Drogo, Droez), était le fils cadet de Garnier III de Traînel, seigneur de Marigny et d'Agnès de Mello (Oise). Nous ne savons par quel concours de circonstances il succéda à Anseau IV, avant même que celui-ci eut péri en Palestine. En effet, dès l'an 1229, Dreux s'intitule seigneur de Traînel, pendant que son frère aîné, Garnier IV, prend le titre de seigneur de Marigny, et Anseau, son second frère, celui de seigneur de Voisines et de Gérane 1.

C'est comme bienfaiteur de couvents ou témoin de largesses en leur faveur que nous trouvons presque toujours le nom de Dreux Ier. En 1235, de concert avec sa femme Béatrix, il abandonne ses prétentions sur la Grange, appelée le Clos, à Bouy-sur-Orvin, appartenant à l'abbaye de Scellières, et cette donation est approuvée par ses frères, Garnier de Marigny, Anseau de Voisines et Gui, doyen de Laon, plus tard évêque nommé de Verdun 2. De plus, le mois suivant (juin), il accorde à la même abbaye le droit d'acquérir dans ses censives 20 arpents de prés 3.

En 1238, il ratifie l'accord passé entre Renaud de Marpigny et l'abbaye de Scellières au sujet de la Grange du Clos, donnée à cette abbaye par Pierre, seigneur de Bouy. Renaud et sa femme Hedwige renoncent à leurs prétentions, à condition que l'abbaye de Scellières paiera la dîme au prieuré de Bouy et au Paraclet 4.

En mars 1245, un compromis ayant eu lieu entre les

1 Bibl. nat., fonds français, 5997, f. 119.

2 Arch. de l'Aube, Cart. de Scellières, f. 31.

3 Arch. de l'Aube, Cart. de Scellières, f. 31.

4 Arch. de l'Aube, F. de Scellières.


292 HISTOIRE DE TRAÎNEL

enfants que Marguerite, comtesse de Flandre, eut avec Guillaume de Dampierre, son premier mari, et ceux qu'elle eut avec Bochard d'Avesnes, son second mari, Dreux de Traînel, avec ses deux frères Garnier et Anseau, et d'autres seigneurs, se portent garants pour les enfants du premier lit, en présence du roi Louis IX 1.

En 1250, Dreux et Béatrix, sa femme, donnent à l'abbaye de Saint-Jean-lès-Sens 12 deniers parisis de cens et un demi-muid d'avoine de rente sur le moulin de Grimonet à Villuis, et son frère, Garnier de Marigny, ratifie la donation 2.

C'est une charte de Dreux, signée en 1250, qui nous apprend le nom de deux contrées de Traînel, dont l'un subsiste encore aujourd'hui. Il s'agissait de deux pièces de terres, situées l'une au chemin appelé Quarrangie, et l'autre en Rancoi, aujourd'hui Ronçoy. Guillaume de Traînel, prévôt et sa femme Jacoba, les avaient vendues à Milon, prêtre, fils de Pierre Mosset, et Dreux avait confirmé cette vente par l'apposition de son sceau 3.

En 1251, Dreux Ier est, avec Hugues de Plancy, seigneur de Brachegenoille (Bragelogne), nommé arbitre entre Adam, prieur de Dyé (Yonne), et Nicolas, évêque de Troyes, dont les gens avaient mis le feu chez le prieur. Par sentence arbitrale du 14 novembre, Dreux décide que la garde et l'avouerie de la Vosve appartenant à l'évêque, ses gens devront payer 450 liv. de Provins en dommages-intérêts. Son frère, Anseau de Voisines, maréchal de Champagne, devait régler, comme tiers arbitre, les autres matières en

1 Teulet, Layettes, etc., t. II, p. 605, n° 3470, et apud Duchesne, Hist. gén. de la maison de Béthune, Pr. p. 115.

2 Arch. d'Auxerre, H, 375 et 429.

3 Arch. de l'Aube, Cart. du Paraclet, f° 120, et apud Lalore, op. cit., p. 226.


HISTOIRE DE TRAINEL 293

litige, notamment ce qui regardait les serfs; mais Dreux et Hugues règlent de suite la manière dont l'évêque Nicolas percevra la dîme 1.

Cette même année 1251, Dreux répond, avec Jean, châtelain de Noyon et de Tourotte, et Jean de Vallery, pour son frère Anseau de Voisines, maréchal de Champagne, et Erard de Vallery, qui devaient au comte Thibaut 500 liv. tournois 2.

Nous retrouvons plusieurs fois encore le nom de Dreux Ier. En 1260, de concert avec Béatrix, sa femme, il vend à l'abbaye de Vauluisant une pièce de 270 arpents de bois, sise à Nozeaux, commune de Sognes, à l'arpent du roi, tenant aux bois d'Henri de Traînel, chevalier, pour 940 liv. tournois 3. En 1263 et 1268, il ratifie la vente d'une terre, sise près de Beauvoir (Bellum videre), faite au Paraclet par Eudes, dit Le Bausseri, écuyer de Fontenay, moyennant 40 liv. 10 sols tournois; et en 1270, il ratifie par une charte la vente à l'abbaye de Vauluisant d'une fauchée de pré au pré de la Touche, moyennant 30 sous tournois 4.

Désormais, il n'est plus question de Dreux Ier. Nous ne voyons cependant apparaître le nom de son fils qu'en 1272.

Dreux et sa femme Béatrix sont cités dans l'obituaire du Paraclet, le 4 décembre ; mais Dreux fut inhumé au chapitre de l'abbaye de Vauluisant, où se lisait cette simple inscription : « Cy gist messire Dreux, noble chevalier, sire de » Treignel. »

Le sceau de Dreux 1er se voit au bas de la charte de mars 1245, rédigée à Vincennes. Il représente un cavalier cou1

cou1 de l'Aube, Reg. G, 511, et copie Évêché.

2 D'Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagnes, t. V, p. 461, n° 3015.

3 Arch. d'Auxerre, H, 758.

4 Arch. d'Auxerre, H, 725.


294 HISTOIRE DE TRAÎNEL

rant de droite à gauche, l'épée haute, couvert de son écu, qui est armorié d'un lion, reproduit sur le caparaçon du cheval, au cou et à la croupe. Légende : « Sceau de Dreu, seigneur de Traînel. » Les armoiries du contre-sceau sont les mêmes avec cette légende... : « Droconis de Triangulo 1. »

1

Dreux II et Jeanne de Saint-Urbain, sa femme, 1272-1311. — Dreux II ou Drouin, fils et successeur de Dreux I", avait reçu du comte de Champagne, Henri III, 100 liv. de Provins de rente sur la foire de Bar-sur-Aube, le 9 juillet 1272. Il les lui revendit 1,000 liv. tournois, que lui comptèrent Jean d'Ervy et Renier Accore de Florence, receveurs de Champagne 2. Dans cet acte, Dreux est qualifié damoiseau, ce qui signifierait qu'il n'était pas encore marié ; mais il ne tarda pas à épouser Jeanne de Saint-Urbain.

En 1294, le dimanche après la fête des Rois, à l'occasion de la première entrée de Mgr Etienne Bocquart de Penoul, archevêque de Sens, dans sa ville métropolitaine, le seigneur de Traînel, avec le comte de Joigny, le seigneur de Piffonds et de Courgenay, Pierre de Saint-Phal, Guillaume de Tiauges, se présente, comme il y était tenu, pour porter le prélat depuis le monastère de Saint-Pierre-le-Vif jusqu'à la cathédrale 3.

En 1306, Philippe-le-Bel, qui avait déjà levé des subsides pour la guerre de Flandre, fit un nouvel appel à la noblesse de Champagne. Cinquante chevaliers avec leur suite y répondirent ; le seigneur de Traînel fut du nombre,

1 Teulet, Layettes, etc., t. II, p. 605, et apud Lalore, op. cit., p. 70.

2 D'Arbois de Jub., Hist. des Comtes de Champagne, t. IV, p. 852; t. VI, p. 75, n° 3710.

3 Arch. de Sens, G. 94.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 295

ainsi qu'Anseau de Voisines, seigneur de Soligny, et Henri de Traisneau 1.

Jeanne de Saint-Urbain ne vécut pas longtemps avec son mari. Elle mourut en 1287, au mois d'août, « la veille de Saint-Jehan-Décolasse. »

Dreux lui-même mourut quelques années plus tard, au mois d'avril 1311. Un même tombeau renfermait leurs ossements dans la salle du chapitre de Notre-Dame de Vauluisant, et l'on y lisait ces deux inscriptions : « Cy gist Ma» dame Jehanne de Saint-Urbain, jadis femme de Monsei» gneur Dreux de Treignel, chevalier, qui trezpassa l'an de » grâce MCCLXXXVII, au moys d'aoust, la veille de Saint-Jehan » Décolasse. »

« Cy gist noble home messire Dreux de Treignel, qui » trezpassa l'an de grâce MCCCXI, au moys d'apvril. Priez » pour l'âme d'iceux 2. »

Dreux III, 1311-1318. — Dreux III était fils du précédent. Il administra peu de temps la seigneurie de Traînel, et ses actes nous sont inconnus. Un seul fait nous est parvenu. C'est qu'en 1314 il faisait partie, avec ses parents, Henri, sire de Villeneuve, et Guillaume, sire de Til-enAuxois et de Marigny-le-Chàtel, de l'association des nobles de Champagne et de Vermandois, pour résister aux impositions que le roi Philippe voulait lever sur eux 3.

Dreux mourut le 31 juillet 1318 et fut enterré dans la salle du chapitre de Vauluisant. Son inscription portait ces mots : « Cy gyst noble home messire Dreux de Treignel,

1 Bibl. nat., Coll. de Champ., 63. Troyes, vol. XVIII, Hist. civile, f. 179. — Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 9, n.

2 Bibl. nat., F. français, manuscrit 5997, f. 115, et apud Lalore, op. cit., p. 88.

3 Duchesne, Maison de Chateauvill., Pr. p. 48. — D'Arbois de Jubainville,Hist. des Comtes de Champagne, t. II, Append., p. CXXVIII.


296 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» chevalier, jadis filz de Monseigneur Dreux de Treignel, » qui trezpassa en l'an de grâce MCCCXVIII, la veille Saint» Pierre angoul-aoust. Priez Nostre Seigneur qu'il ait » mercy de son âme. »

C'est pour l'un des Dreux de Traînel que le curé de Somme-Fontaine célébrait un anniversaire, rétribué dix bichets d'avoine 1.

Jean Ier de Traînel et Marie de Brabançon, sa femme, 1319-1359. — Il est probable que Jean succéda immédiatement à Dreux III dans la seigneurie de Traînel. Nous ne savons cependant quel degré de parenté le rattachait à cette antique famille. Il portait le titre de chevalier, conseiller, chambellan du roi et grand panetier de France. Il dut se signaler plusieurs fois sur les champs de bataille, puisqu'en novembre 1330, le roi lui fit une gratification pour ses services en temps de guerre. En 1337, il accompagnait le duc de Brabant à Valenciennes, pour assister aux funérailles du comte de Hainaut. Neuf ans plus tard, au mois d'octobre, il se trouvait à la bataille du roi, à Compiègne 2.

La vie des camps ne lui faisait pas oublier le bien-être du peuple, et, en 1350, il siégeait avec plusieurs autres seigneurs à l'Echiquier de Normandie 3, où fut arrêté, entre les ouvriers du Drap plein et ceux du Drap rayé, un règlement approuvé au mois de mars suivant par le roi

1 Archives d'Auxerre, G, 1370.

2 P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 612.

3 On n'est pas d'accord sur l'origine de ce nom. Selon les uns, il vient de ce que cette cour souveraine se réunissait à Rouen dans une salle pavée de dalles blanches et noires, ressemblant au damier d'un jeu d'échecs. Selon d'autres, c'est parce qu'elle était composée de gens de différentes qualités, comme les pièces du jeu d'échecs. Pithou et Ménage font venir ce mot de l'allemand suchen, envoyer, parce qu'elle succéda aux juges ambulants, appelés missi dominici. Nous préférons la première explication.


HISTOIRE DE TRAINEL 297

Jean 1. L'Echiquier était une sorte de Parlement provincial où, comme aux Grands Jours de Troyes, on rectifiait, s'il y avait lieu, les arrêts des juges inférieurs, et l'on prononçait en dernier ressort.

Jean de Traînel devait être un homme d'un rare dévouement et d'une loyauté remarquables, car, outre la gratification citée plus haut, il recevait encore, en 1351, une rente à vie de 400 liv. sur le trésor royal, et une autre rente annuelle de 15 liv. tournois sur les moulins du roi, comme en fait foi la quittance qu'il donna, en 1355, au grenetier de Meaux et de Provins 2.

Jean de Traînel augmenta son patrimoine de la terre de Basson 3 et de celle de Marcilly-le-Hayer, pour lesquelles il payait à l'évêque de Troyes, Jean d'Aubigny, une redevance du quint-denier que celui-ci donna, par testament, au Chapitre de sa cathédrale 5. Il avait aussi un droit appelé la Chandelle de Saint-Julien, sur les hommes du village de Migennes 4, qu'il partageait avec Isabelle de Sancerre, abbesse de Saint-Julien d'Auxerre 6. La terre de Traînel lui fut en partie contestée par son parent, Odard de Traînel, et cette affaire ne fut pas terminée de son vivant 7.

Jean de Traînel avait épousé Marie de Brabançon, qui vivait encore en 1367, tandis que son mari était mort avant 1360. Le nom de Jean de Traînel est cité au 16 juillet dans l'obituaire du Paraclet.

1 Ordonnances des Rois de France, t. II, p. 397. 2 P. Anselme, Hist. généal., t. VIII, p. 612.

3 Hameau de Marcilly-le-Hayer. 4 Camusat, Prompt., f. 202, r°.

5 Commune de l'arrond. de Joigny (Yonne). 6 Gall. Christ, t. XII, col. 421. 7 P. Anselme, loco cit.


298 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Le sceau de Jean nous est connu par l'apposition qu'il en fit, en 1345, sur une quittance de 50 écus, donnée au trésorier du duc de Normandie. Il est « vairé ou chargé de » quatre fasces vairées. » Au cimier est « uns tête qui » semble de chien, et à côté de l'écu J et T 1. »

Si l'abbesse de Saint-Julien, Jeanne II de Traînel 2, n'est pas la fille de Jean et de Marie de Brabançon, ces personnages ne laissèrent que deux enfants : Marguerite et Eustache.

L'aînée porta le nom et la seigneurie de Traînel dans la famille de Châteauvillain, en épousant Robert ; nous en parlerons tout à l'heure.

Eustache apporta en dot à Henri de Châtel-les-Nangis les fiefs d'Esternay 3 et de Migennes. Le fond de son caractère paraît avoir été la douceur et la bonté. En 1371, elle obtint rémission de l'évasion d'un prisonnier sorti de son cachot, et, en 1401, elle accordait des franchises à ses hommes de Migennes. Eustache touchait une rente sur la recette de Meaux. On ignore l'année de sa mort 4.

Après Jean, nous voyons se continuer, sur une grande échelle, le morcellement de la seigneurie, déjà commencé par les fils d'Anseau IV. La part des aînés passa successivement dans les familles de Châteauvillain, Mornay, l'IsleAdam et Marivaux. Aussi le domaine diminue sensiblement, et, du premier rang qu'il tenait sous les anciens seigneurs, il descend au second rang, jusqu'à ce que la puissante famille des Ursins lui rende son éclat primitif.

Nous devons ici faire une remarque importante. Pour

1 P. Anselme, loco cit.

3 Gall. christ., t. XII, loco cit.

3 Commune de l'arrond. d'Epernay (Marne).

4 P. Anselme, loco cit.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 299

être complet dans la nomenclature des seigneurs de Traînel, il nous faudrait écrire l'historique de tous les personnages qui ont porté ce titre, ne fut-ce que pour avoir possédé une faible portion du domaine seigneurial. C'est ainsi que se présenterait la maison de Marigny-le-Châtel, celle de Villeneuve-aux-Riches-Hommes, etc. Cela nous entraînerait trop loin, sans augmenter sensiblement l'intérêt de notre travail. Nous nous attachons donc seulement à la branche principale, qui était véritablement seigneur de Traînel, habitait le plus souvent cette localité, et jouissait de la plus notable partie des biens seigneuriaux.

§ III. — Maison de Châteauvillain, Baye et Vaucler.

Cette maison portait : « de gueules, au lion d'or, semé de billettes de même. »

Bobert de Châteauvillain et Marguerite de Traînel, avant 1360-1364. — Robert de Châteauvillain était le second fils de Robert, seigneur de Châteauvillain et de Baye, et de Jeanne de Vaucler. Il ajouta à ses domaines celui de Traînel, quand il épousa Marguerite, fille ainée de Jean. Mais il n'en jouit pas longtemps, car il était mort en 1364 1.

Il laissait pour héritiers : 1° Jean, qui suit; 2° Marie, qui épousa Gaucher de Conflans et mourut sans enfants ; 3° Béatrix, dont le premier mari fut Colard du Bouchon, et le second Jean de Châtillon. Béatrix mourut le 14 mai 1414.

Jean II de Châteauvillain, 1364-1366 environ. — Jean II de Châteauvillain succéda à son père Robert. Il était sans doute trop jeune pour agir personnellement, car, au mois d'octobre 1364, c'est sa mère Marguerite qui vend au

« P. Anselme, t. II, p. 344 et t. VIII, p. 426 et 613. — P. Vignier, Décade historique, passim.


300 HISTOIRE DE TRAÎNEL

roi « la ville et prévosté de Vauchantis (Vauchassis), près » du château de Montagu (Montaigu, aujourd'hui détruit) » de lez Troyes, et les droits qui lui appartenaient à Lai» gnes-au-Bois (Laines-aux-Bois), à Pruigny (Prugny), à » Villarcel (Villecerf, commune de Messon) 1. »

Dix-huit mois plus tard, le 13 mai 1366, il prend le titre de chevalier, seigneur de Baye, de Traînel et de Vaucler, dans les lettres d'échange entre lui et sa mère, d'une part, et Guillaume de Melun, archevêque de Sens, d'autre part, par lesquelles « l'archevêque leur baille la maison et forte» resse de Fontaines, près de Soligny-lez-Sens, et ils lui » baillèrent la maison et forteresse de la Motte-de-Tilly» sur-Seine, chargée néanmoins du douaire de Marie de » Brabançon, dame de Traînel, mère de Marguerite de » Traînel 2. »

Jean mourut peu de temps après, sans enfants.

Marguerite de Traînel ci-dessus, 1366-1380. — Marguerite, héritière de son fils, rentre en possession de la seigneurie de Traînel. Elle jouissait d'une haute estime à la cour du roi de France. Déjà, en juillet 1364, elle en avait eu la preuve par la remise qui lui fut accordée, ainsi qu'à sa soeur Eustache, de toutes les sommes que son père avait reçues pendant les guerres, tant pour les gages des gendarmes qu'il avait menés au service du roi, qu'autrement 3. Mais, ce qui est plus positif encore, c'est le choix que fit de sa personne Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois, pour accompagner en Espagne sa fille Jeanne, âgée de dix-huit ans, fiancée à Jean, duc de Gironne, fils aine de

1 Duchesne, Maison de Châteauvillain, Preuves, p. 63.

2 Duchesne, Maison de Châteauvillain, Preuves, p. 63, et P. Anselme, op. cit., p. 612.

* P. Anselme, op. cit., t. VIII, p. 612.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 301

Pierre IV, roi d'Aragon. Elle reçut de larges honoraires pour figurer dignement dans cette mission de faveur, car la quittance de 200 livres d'or qu'elle donna, le 4 juillet 1371, représente une somme assez importante. Marguerite fut arrêtée, dans son voyage, par la mort de la jeune princesse, à Béziers.

L'année suivante, Marguerite figure, avec sa fille Marie, épouse de Gauthier de Conflans, dans un acte du Parlement de Paris 1.

Nous retrouvons, pour la dernière fois, le nom de Marguerite de Traînel dans un mandement de paiement, qui lui est délivré le 3 avril 1380, pour tout ce qui était dû à sa mère, à cause des bons services qu'il avait rendus à la mère du roi 2.

Le sceau de Marguerite est : « parti au 1 d'un lion, au 2 de Traînel 3. »

§ IV. — Maison de Mornay.

Cette maison portait : « Fascelé d'argent et de gueules de huit pièces, au lion morné de sable, couronné d'or, brochant sur le tout. »

Jean II de Mornay et Marie d'Amilly, 1387. — Jean II de Mornay était fils de Jean Ier, seigneur de La FertéNabert et de La Ferté-Hubert, et de Jeanne de Melun, dont les ancêtres, seigneurs de La Louptière, étaient autrefois alliés à la maison de Traînel. Ainsi, en 1230, Mathilde de Melun avait épousé Anseau de Traînel, seigneur de Voisines, et Jeanne de Melun était la femme d'Henri Ier, sire

1 Duchesne, op. cit., Preuves, p. 49. 2 P. Anselme, op. et loc. cit. 3 P. Anselme, op. et loc. cit.


302 HISTOIRE DE TRAÎNEL

de Traînel, mort avant 1281. Ces alliances nous paraissent expliquer, d'une certaine manière, sans que toutefois nous trouvions le point de jonction, comment Jean Ier de Mornay put transmettre à son second fils, Jean II, la terre de Traînel.

Quoi qu'il en soit, Jean II, né vers 1350, est qualifié seigneur de Vourton, Traînel, La Motte-Tilly et de PlessisPoilchien 1, chevalier et chambellan du roi. Il servait sous le duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi, à la bataille de Cocherel, en 1364, et fut l'un des quatre chevaliers de Guy de Tremblay.

C'est sans doute en souvenir des services de Jean de Mornay que le duc et la duchesse de Bourgogne passèrent à Traînel, en 1376. Ils y séjournèrent au moins depuis le 21 septembre jusqu'au 2 octobre, et firent à une jeune mariée cadeau de 10 francs 2.

Jean de Mornay avait épousé Marie d'Amilly, dont le nom est inscrit comme bienfaitrice au Marthologue de l'église Notre-Dame de Traînel. Elle avait donné à la fabrique sept arpents de terre pour deux messes des trépassés, et l'on célébrait son anniversaire le 23 juillet de chaque année 3. Elle vivait encore en 1399, puisqu'à cette époque elle présentait un aveu de ses domaines 4.

Jean de Mornay était mort le 23 juin 1390. Mais, auparavant, voyant la situation précaire de son cousin germain, Guillaume de Mornay, qui, ruiné par les guerres, ne pouvait soutenir honorablement l'état de sa maison, il lui

1 Commune de Gimbrois (Seine-et-Marne).

3 Extraits du compte de Robert d'Amance, trésorier de Mgr le duc de Bourgogne, Arch. d'Auxerre, B, 1435, apud Revue de la Champagne et de la Brie, janvier 1879, p. 57.

3 Arch. paroiss. de Traînel, série D, liasses 1 et 2.

4 Arch. comm. de Traînel.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 303

donna les terres de Traînel et du Plessis-Poilchien.

Jean de Mornay et Marie d'Amilly n'eurent qu'une fille, Marguerite, qui épousa Jean de Haverskerke, gentilhomme flamand 1.

Guillaume de Mornay, 1387 av. 1409. —En vertu de la donation rapportée plus haut, Guillaume rendit au roi Charles VI deux aveux des terres de Traînel et du PlessisPoilchien (1387-1389). Il portait le simple titre d'écuyer. C'était, néanmoins, un infatigable guerrier. Il faisait partie des 144, laissés par le maréchal de Sancerre à la garde des conquêtes faites dans le Limousin, et l'un des 58 écuyers de la compagnie du même maréchal à Tours 2. Il acquit plus de gloire militaire que d'écus sonnants, et mourut avant 1409. Il n'avait que trois filles :

Philippe, mariée à Gui des Barres, seigneur de Quèvres ;

Agnès, femme de Pierre de la Ferté, seigneur de Broille;

Jeanne, alliée à Jean Garreau, seigneur de Châteauvieux.

§ V. — Maison de l'Isle-Adam et de Marivaux.

La maison d'Isles et de Marivaux portait : « de gueules, à la fasce d'argent, accompagnée de 7 merlettes du même, 4 en chef et 3 en pointe 3. »

Cette maison tient une partie de la seigneurie de Traînel, conjointement avec la maison des Ursins. Nous allons rapidement parcourir son histoire.

I. Perronnelle de Traînel, dame de Marivaux, soeur de Gui de Traînel, dont nous ignorons les parents, était femme

4 P. Anselme, op. cit., t. VIII, p. 791 et suiv. — La Chesnaye des Boys, Dict. de la Noblesse, art. Mornay.

2 P. Anselme, op. et loco cit.

3 P. Anselme, op. cit., t. VIII, p. 788.


304 HISTOIRE DE TRAÎNEL

de Philippe de l'Isle-Adam, seigneur de Saint-Cyr, de Courcelles et de Boisement. Ils eurent trois enfants :

1° Ancelet, seigneur de Saint-Cyr et de Courcelles, qui partagea avec ses frères en 1415, et n'eut qu'une fille, nommée Marguerite ;

2° Jean, sans postérité connue ;

3° Gasse, qui, marié à Catherine Cousinot, et mort à Compiègne le 25 mars 1465, eut un fils nommé Guillaume, marié à Marguerite de Balue.

De Guillaume et Marguerite naissent quatre enfants : 1° Charles, religieux bénédictin ; 2° Philippe, cordelier; 3° Jean, qui suit; 4° Françoise, mariée en 1514 à Philippe de Boulainvilliers.

II. Jean de l'Isle, né le 8 juin 1500, et qualifié seigneur de Marivaux, Ivri-le-Temple, Traînel, etc., chevalier de l'Ordre du roi, son maître d'hôtel, capitaine de Beauvais, bailli de Mantes et de Meulan, lieutenant-général au gouvernement de l'Ile-de-France, en 1563.

Il avait, en 1519, épousé Agnès de Vaux, qui mourut en couches le 7 mars 1531. Le 5 octobre 1542, il se remaria avec Hélène d'Aspremont, dame de Trassereux.

Du premier lit, il eut quatre enfants : 1° Claude, mort jeune ; 2° Georges, seigneur de Trassereux, tué au siège de Thérouane, le 9 mai 1553; 3° Charlotte, mariée: 1° à François d'Aumale ; 2° à Charles du Plessis-Biache ; 4° Jacqueline, morte en naissant.

Du second lit, il eut onze enfants : 1° Anseau, mort jeune ; 2° Claude, marié à Catherine Béatrix du Moustier. Il jouissait d'une partie des terres de Traînel, puisque, le 2 septembre 1596, il en faisait hommage à René de Mornay, seigneur de Montchevrouil, comme mouvantes de cette dernière seigneurie ; 3° Louis, seigneur de Pointillant, tué à Dormans en 1576, à l'âge de 21 ans; 4° Jean, marié à


HISTOIRE DE TRAÎNEL 305

Renée Tournemine, marquise de Coëtmur ; 5e François, qui suit; 6° et 7° Antoinette et Geneviève, mortes jeunes; 8° Marguerite, mariée à Jean de Carvoisin, seigneur d'Achy ; 9° Louise, religieuse à l'abbaye du Lys ; 10° Hélène, mariée à Richard de Nollent ; 11 ° Agnès, femme de Robert de Chalandre.

Jean de l'Isle mourut à Marivaux, le 22 mars 1572, dans sa 72e année, et fut enterré à Saint-Crespin 1.

III. François Ier de l'Isle, fils puîné de Jean et d'Hélène d'Aspremont, porte la qualité de seigneur de Traînel sous Henri III et Henri IV, puis celle de Marivaux par l'acquisition qu'il en fit de ses nièces. Il fut mestre de camp du régiment de Piémont, puis lieutenant de la compagnie de chevau-légers de la reine Marie de Médicis, gouverneur de Corbeil, de la Bastille en 1594, de la Capelle en 1598, et de la ville et citadelle d'Amiens avant l'an 1604. Nommé par le roi chevalier de ses Ordres, il n'en reçut pas le collier; mais il eut un brevet de conseiller d'Etat, le 30 janvier 1609. Il avait, le 14 mars 1590, assisté à la bataille d'Ivry, où il tua de sa main le commandant général de la cavalerie légère espagnole.

François de l'Isle mourut à La Neufville-en-Hez de mort violente, peut-être même de poison, le 18 août 1611. Il avait épousé, le 10 avril 1595, Anne de Balsac, dame de Montagu, qui se remaria avec Louis Séguier, seigneur de Saint-Brisson, prévôt de Paris.

Les enfants de François et d'Anne de Balsac, furent :

1° Roger, mort jeune ; 2° François, qui suit; 3° Henri, dit l'abbé de Marivaux, qui embrassa la carrière ecclésiastique, et se noya malheureusement à Paris, le 28 mai 1652 2.

4 P. Anselme, op. cit., t. VIII, p. 793. 2 P. Anselme, op. et loco cit.

T. XLVIII 28


306 HISTOIRE DE TRAÎNEL

IV. François II de l'Isle-Adam, marquis de Marivaux, seigneur d'Ybouvilliers, Saint-Crespin, Treynel. Il épousa, en 1630 Catherine Caillebot, fille de Louis Caillebot, seigneur de La Salle. Il mourut subitement le 28 mai 1666, laissant sept enfants : Robert, Augustin, Louis, Hardouin, Marguerite, Anne Madeleine et Marie Anne 1.

Notons, en passant, une alliance de cette famille avec celle des Harville, qui, plus tard, possédera presque en entier la seigneurie de Traînel. C'est Barthélémy de l'Isle, deuxième fils d'Yves, souche de la branche d'Andresi, et de Jacqueline du Tertre, qui, en janvier 1521, épousa en premières noces Louise de Harville, fille de Fiacre, seigneur de Palaiseau, et de Renée de Rouville 2.

§ VI. — Maison des Ursins.

La maison des Ursins de Traînel portait comme celle d'Italie : « Bandé d'argent et de gueules de six pièces, au chef d'argent, chargé d'une rose de gueules, boutonnée d'or, soutenue du même. »

Jean Jouvenel des Ursins et Michelle de Vitri, sa femme, 1409-1431. — D'après un ancien document que nous avons sous les yeux, c'est en 1409 que Jean Jouvenel, avocat du roi, conseiller au Châtelet, fit l'acquisition de la seigneurie de Traînel 3. Il était également seigneur de la Chapelle-Gauthier, de la Glaisière et de Mormans en Brie 4. « C'estoit, dit Pasquier 5, un des grands personnaiges de sa » robe qui feust de son temps. »

1 P. Anselme, op. et loco cit.

1 P. Anselme, Hist. des Grands Officiers.

3 Arch. part, de M. de Burgat, Mémoire pour le marquis de Traînel.

4 Moréri, Dict. hist. 5 Livre III, ch. 18.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 307

On s'accorde à penser qu'il naquit à Troyes, dans la seconde moitié du XIVe siècle. Grosley 1 lui fait épouser une fille de Thibaut, baron d'Assenay, qui lui aurait apporté un quart dans la vicomte de Troyes, et il explique ainsi le titre de vicomte de Troyes, qui se conserva dans sa famille jusqu'en 1642, pour passer ensuite dans celle de Mesgrigny. Mais les monuments les plus authentiques lui donnent pour femme Michelle de Vitri, dont il eut seize enfants, comme nous le dirons plus tard.

Son nom apparaît dès le 31 juillet 1366, dans un acte où il est désigné parmi les quatre-vingts notables de Troyes, qui devaient servir de caution au roi 2. Les talents qu'il déploya au barreau de Paris lui valurent, en 1388, la dignité de prévôt des marchands, supprimée depuis trente ans, à cause de la révolte du titulaire, Etienne Marcel.

Grâce à son habile activité, les privilèges des marchands de Paris furent rétablis, et la ville lui en fut si reconnaissante qu'elle lui offrit l'ancien hôtel des Ursins, dont il prit dès lors le nom pour le transmettre à sa nombreuse postérité. On lisait autour des armes de son fils Jacques, archevêque de Reims, dans les enluminures du splendide missel manuscrit que ce prélat fit composer pour son usage particulier 3, une devise qui paraît se rapporter à cette circonstance de la vie de son père. Un aigle d'argent tient au bec une banderolle tricolore portant ces mots : « A vous entier. » « J'en suis contente. » Un savant archéologue pense que la première partie de la devise fait allusion à quelque discours de remerciement où le grand prévôt aurait ainsi protesté de son dévouement au corps des marchands, et que

1 Grosley, Ephémêrides, 1.1, p. 284 et 376.

2 Grosley, Mêm. sur les Troyens célèbres, t. II, p. 48.

3 Ce manuscrit fut vendu le 3 mai 1861, à la ville de Paris, moyennant 35,962 fr. 50. Il a été détruit dans l'incendie de la Commune.


308 HISTOIRE DE TRAÎNEL

la seconde partie est la réponse de la ville de Paris 1.

Jean Jouvenel ou Juvenal justifia, cette même année 1388, la confiance des Parisiens, en faisant, malgré les difficultés, dégager la navigation de la Seine, obstruée par les nombreux barrages, moulins, etc., qu'y avaient établis, sans droit, les seigneurs riverains, et en facilitant ainsi l'approvisionnement de la capitale 2.

Nommé avocat général au Parlement en 1400, il continua à défendre la Cause du roi, comme il l'avait déjà fait, en 1393, contre le duc de Bourgogne et les Cabochiens 3.

Cependant, la fortune ne lui sourit pas toujours. Tour à tour accusé et innocenté, emprisonné et relâché, suivant le triomphe ou la défaite de son parti, il finit par délivrer le roi et sa famille de la faction bourguignonne.

Elevé à la dignité de chancelier par le dauphin Louis, qui administrait pour Charles VI, il perdit cette place à cause de son inflexibilité contre les dilapidateurs des deniers publics. Enfin, nommé président au Parlement séant alors à Poitiers, il y mourut le 1er avril 1431 ; mais son corps fut inhumé dans la chapelle de Saint-Remi dans l'église Notre-Dame de Paris, appelée Chapelle des Ursins. Sa femme, Michelle de Vitri, vint l'y rejoindre le 30 janvier 1457.

Sur un tombeau en pierre de liais, élevé d'environ deux pieds, on voyait deux statues à genoux, de pareille matière. L'une représentait Jean Juvenel des Ursins, l'épée au côté, vêtu d'une cotte d'armes armoriée devant et derrière. L'autre

1 Ambroise Firmin-Didot, Missel de Jacques Juvénal des Ursins, p. 10.

2 Jacques Juvénal des Ursins, Hist. de Churles VI, p. 87, et Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 278.

3 Grosley, Mém. sur les Troyens célèbres, t. II, p. 43 et 422. —. Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 328, 342.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 309

était celle de Michelle de Vitri. A côté, on lisait cette épitaphe : « Cy gist noble homme et sire Jean Juvenel des Ur» sins, chevalier, baron de [Traînel], conseiller du roy " nostre sire, qui trespassa à Poictiers, l'an de grâce mil » quatre cent trente-un, le premier jour d'apuril, jour de » Pasques ; et dame Michelle de Vitry, sa femme, qui tres» passa à Paris, l'an de grâce MIIII cens Ivij, le 30° jour » de janvier. Dieu ait l'âme de luy. Amen 1. »

Outre ce morceau de sculpture, il y avait dans la chapelle Saint-Remy un tableau où Jean Juvénal des Ursins et sa femme étaient représentés avec les onze enfants qui leur restaient des seize qu'ils avaient eus. Cette peinture historique a été heureusement sauvée de la destruction par M. Alexandre Lenoir, et transportée du Musée des Petits— Augustins au Musée du Louvre, en 18292. Serait-ce le tableau de Gringonneur, le plus ancien monument de l'art en France (XIVe siècle), qu'on voyait à Versailles?

D'après Montfaucon, qui a reproduit ce tableau 3, on voit le père et la mère et les onze enfants, rangés selon leur âge, avec des inscriptions indiquant leur nom et leur état. Nous allons transcrire ce passage, après avoir fait remarquer que le mot Ursins est toujours écrit avec deux s au milieu : Urssins.

« Le premier des enfants est un évêque, crossé, mitre et » en chape. Son inscription est : Bévérend Père en Dieu » messire Jehan Juvenel des Urssins, docteur en loys et » en décret, en son temps évesque et comte de Beauvais, » depuis évesque et duc de Laon, per de France, conseilla ler du roy. Il fut depuis archevêque de Reims, par la ré1

ré1 Dict. d'Epigraphie, t. I, col. 1277. — Arnaud, Voy. arch. dans le départ, de l'Aube, p. 110, n.

2 Ambroise Firmin-Didot, Missel, etc., p. 6.

3 Montfaucon, Monuments de la monarchie française, t. III,p. 353.


310 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» signation de Jaques, son frère, archevêque de la même » ville. Ce Jaques, comme le plus jeune des enfants, est " ici le dernier de la bande.

» Puis vient une dame vêtue en religieuse (habit de » veuve), à peu près comme sa mère. On lit au-dessous de » son portrait : Jeanne Juvenel des Urssins, qui fut con» jointe par mariage avec noble homme maistre Nichola » Brulart, conseiller du roy.

» Le suivant est un homme d'épée, revêtu de son blason. » On lit au-dessous : Messire Loys Juvenel des Urssins, » chevalier, conseiller et chambellan du roy et bailly de » Troyes.

» Viennent ensuite deux dames vêtues de même. La pre» mière a cette inscription : Dame Jehanne des Urssins, » qui fut conjointe par mariage avec que Pierre de » Chailli 1. La seconde : Damoiselle Eude Juvenel des » Urssins, qui fut conjointe par mariage à Denis des » Mares, escuyer, seigneur de Doue.

» Celui qui suit est Denis Juvenel des Urssins, escuyer, » eschanson de monseigneur Loys, delphin de Viennois et » duc de Guienne.

» La religieuse qui suit a cette inscription : Soeur Marie » Juvenel des Urssins, religieuse à Poissy 2.

» Après vient le chancelier ; il est revêtu de son blason, " à genoux sur un oratoire, ayant un livre ouvert devant », lui, auprès duquel est un casque. L'inscription est : » Messire Guillaume Juvenel des Urssins, seigneur et » baron de Traînel, enson temps conseiller du roy, bailly » de Sens, depuis chancelier de France..

» Le suivant est Pierre Juvenel des Urssins, escuyer.

1 Elle fut mariée en secondes noces à Guichard d'Appelvoisin. 2 Née le 27 août 1399, morte prieure, le 14 novembre 1479.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 311

» Le pénultième : Michel Juvenel des Urssins, escuyer » et seigneur de la Chapelle-en-Brye.

» Le dernier de tous était archevêque de Reims, et se » voit ici crosse, mitré et en chape. L'inscription est telle : » Très-révérend Père en Dieu messire Jaques Juvenel » des Urssins, archevesque et duc de Beins, premier per » de France, conseiller du roy et président en la Chambre » des Comptes 1. »

Jean Juvenel des Ursins rebâtit à Troyes, en 1520, l'hôtel de ses ancêtres, qui porta, dès lors et jusqu'à présent, son nom, rue Champeaux. On y admire surtout une a jolie » lanterne terminée en cul-de-lampe, qui forme intérieure» ment, au premier étage, le rond-point d'un petit oratoire » décoré et éclairé par trois croisées ornées de vitraux » peints 2. »

C'est du temps de Jean Juvénal des Ursins, en 1423, que le château de Traînel subit un siège formidable, dont nous parlons plus loin.

Guillaume Juvénal des Ursins et Geneviève Héron, sa femme, 1431-1472.—Guillaume Juvénal était le dixième enfant du prévôt des marchands de Paris. Ce fut lui qui hérita de la seigneurie de Traînel. Il portait aussi le titre de seigneur de Marigny, du Saint-Sépulcre (aujourd'hui Villacerf), Saint-Bricon et La Motte-Josserand. Né à Paris le 15 mars 1400, il soutint dignement la gloire de sa famille.

4 Cette nomenclature ne comprend pas les enfants morts en bas âge. Nous allons seulement citer leurs noms : Jean-Juvénal, né le 25 septembre 1387, mort 15 jours après; Pierre, né le 15 juillet 1406, mort 2 jours après; Isabeau, née le 27 décembre 1391, morte sans alliance ; Michelette, née le 10 mars 1402, morte sans alliance connue ; Benoiste, née le 18 juillet 1404. (P. Anselme, op. cit., t. VI).

3 Arnaud, Voy. arch. dans le dép. de l'Aube, p. 110, n.— Aufauvre, Troyes et ses environs, p. 118. — Corrard de Breban, Rues de Troyes, p. 76. — Congrès archéol. tenu à Troyes, en 1854, p. 334.


312 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Egalement propre à la robe et à l'épée, il fut successivement conseiller au Parlement l'an 1423, chevalier et capitaine d'un régiment d'hommes d'armes en 1429. C'est à l'occasion du sacre du roi à Reims que lui fut conférée cette dernière dignité. De 1441 à 1444, il remplit à Sens les fonctions de bailli 1, et le 16 juin de l'année suivante, il est nommé chancelier de France. Le roi lui fit aussitôt don d'un hôtel, situé à Chauchigny-le-Saint-Sépulcre, « avec » ses appartenances qui fut à Gilles Le Gras de Troyes 2. » C'est en qualité de chancelier que Guillaume lut au duc d'Alençon la sentence qui le condamnait comme coupable de lèse-majesté, et qu'il assista aux entrées solennelles que le roi fit à Rouen et à Bordeaux, en 1449 et 1451. A la première de ces cérémonies, le 10 novembre, Guillaume était « en habit royal, de robe et de chaperon fourrez avec » un mantel d'escarlatte, et devant lui une hacquenée » blanche couverte de velours azuré semée de fleurs de lys » d'or, de brodure pareille du roy et dessus ladite couver» ture un petit coffret couvert de velours azuré semé de » fleurs de lys de fin or, dans lequel estoient les grands » sceaux du roy, etc. 3 »

A Bordeaux, il « chevauchait armé d'un corset d'officier » et ayant une jacquette de velours cramoisy, etc. 4. »

Peut-être était-il alors accompagné de sa femme ; car nous trouvons, en 1452, une quittance de 275 liv. tournois accordées par le roi sur les Etats de Languedoc « à Gene» vote, sa femme, pour draps de soye et pennes pour robbe » et habillement pour elle. »

1 Coutume de Sens, p. 595.

2 François Duchesne, Hist. des Chanceliers, p. 493. 3 François Duchesne, Hist. des Chanceliers, p. 493.

4 François Duchesne, Hist. des Chanceliers, p. 494, 510 à 512.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 313

Guillaume des Ursins dépouilla la toge pour prendre part au siège de Caen, en 1449, et il se distingua par sa valeur et son habileté. Il ne put cependant échapper aux soupçons de Loui XI, qui le déposa en 1461, tout en lui assurant une pension annuelle de 2,000 liv. parisis ; mais bientôt il fut emprisonné à Moulins, en 1464.

Avant sa détention, Guillaume était venu à Troyes avec Gui Bernard, archevêque et duc de Langres, et Mathieu de Beauvarlet, receveur, pour la séance des Etats-Généraux, et il y séjourna du 13 au 19 décembre 1463 1.

L'innocence de Guillaume des Ursins ne tarda pas à être reconnue, et il fut réintégré, en 1465, dans la suprême magistrature. Il y resta jusqu'à sa mort, arrivée le 24 juin 1472. Il fut inhumé auprès de son père, dans la chapelle Saint-Remy, en l'église Notre-Dame de Paris, et on y lisait une inscription, dont nous n'avons que ces mots : « Ici gist » noble homme Mre Guillaume des Ursins... ou voyage de » son sacre et fut capitaine de gens d'armes, 1415, le 24* » jour de juin 1472. Dieu ait l'âme de luy. Amen 2. »

Guillaume des Ursins rendit hommage de sa baronnie de Traînel en 1451, et de ses autres terres en 1452, 1458 et 1459.

Il avait, en 1423, épousé Geneviève Héron, fille de Macé Héron, trésorier des guerres. Il en eut trois enfants :

1° Jean Juvénal des Ursins, bachelier ès-lois, archidiacre de Reims ;

2° Jean Juvénal, qui suit;

3° Jacquette, qui hérita de son frère, en 1492, et, se mariant en 1495, à Jacques de Beaujeu, baron de Linières, Amplepuis et Chauvigny, lui apporta les titres de seigneur

1 Collection des Documents inédits relatifs à la ville de Troyes, t.1, p. XVII et 2.

2 Migne, Dictionn. d'Epigraphie, t. I, col. 1277.


314 HISTOIRE DE TRAÎNEL

de Treignel, Marigny et de vicomte de Troyes pour 5/12 1.

La seigneurie de Marigny avait passé, en 1446, de la maison de Châteauvillain dans celle des Ursins.

Le château de Traînel, qui s'était soumis à Charles VII, en 1431, eut encore à souffrir en 1450. Nous le verrons plus loin.

Jean Juvénal des Ursins et Louise d'Isôme, sa femme, 1472-1492. — A Guillaume des Ursins succéda, dans la seigneurie, son second fils Jean Juvénal, qui paraît avoir affectionné son domaine de Traînel. Il portait les titres de baron de Traînel et Marigny, vicomte de Troyes, seigneur de Thorigny, Saint-Brisson d'Aultruy, La Motte-Josserand, Villiers-Bonneux, Villiers-sur-Seine, Basson, Saint-Sépulcre, Trémilly, Le Buignon. Il était conseiller du roi en son Parlement dès le 22 juin 1463. Comme sa charge l'appelait souvent auprès du roi, celui-ci ordonna, par lettres patentes du 13 décembre 1465 et du 5 novembre 1466, qu'il serait payé de ses gages, tant absent que présent 2.

Le 2 septembre 1484, il épousa Louise d'Isôme, fille d'Antoine d'Isôme, secrétaire du roi et de Sibille de Roffei, et résigna son office en juillet 1485.

En 1491, il recevait foi et hommage des Célestins de Sens pour la moitié des dîmes de Thorigny 3.

Il mourut sans postérité dans son château de Traînel, le 8 mai 1492, et fut enterré dans l'église Notre-Dame, auprès du grand autel, du côté de la chapelle Saint-Pierre, comme il l'avait ordonné par son testament du 20 août 1483. Il fit une fondation dans cette même église pour lui et sa mère Geneviève Héron. « A fondé à tousjours perpé1

perpé1 Tablettes historiques, p. 45. 2 P. Anselme, op. cit., t. VI, p. 405 et suiv. 3 Archives d'Auxerre, H, 543.


HISTOIRE DE TRAINEL 315

» tuellement et par chascun an une messe basse avec De » Profundis sur sa sépulture près le grand autel de céans " pour le remède de son âme, moyennant la somme de » soixante livres tournois par chascun an dont il a chargé » sesdites seigneuries. Oultre une ladite messe ordonnée » estre dite par chasque jour en ladite église pour deffunte » madame Geneviève Héron, vivante dame dudit Treignel » et mère de monseigneur Juvenel des Ursins, laquelle » messe ledit a aussi ordonné estre dicte et célébrée par » chascun jour en ladite église Notre-Dame de Treignel et » fondée sur son dict... de la somme de soixante livres tour» nois de rente par chascun an, ainsi qu'il est contenu par » son testament cy-dessus datte et enregistré au registre » des testaments de ceste paroisse et en laquelle église ledit » seigneur a voulu estre inhumé. Ainsi il a aussi esté près » le grand autel du côté de la chapelle Sainct-Pierre 1. »

La veuve de Jean Juvénal des Ursins se remaria le 11 mai 1493 à Jean de Paris, écuyer, seigneur de Boissy et Villepinte.

L'héritage de Jean Juvénal revint à sa soeur Jacquette, qui ne tarda pas à se marier avec Jacques de Beaujeu, et lui apporta ainsi en dot la seigneurie de Traînel avec les titres afférents.

§ VII. — Maison de Beaujeu.

La maison de Beaujeu portait : « d'or, au lion de sable, armé et lampassé de gueules, brisé d'un lambel de gueules de trois pendants 2. »

Jacques de Beaujeu et Jacquette des Ursins, sa femme. — Jacques de Beaujeu était le second fils d'Edouard de

1 Archives paroissiales, Marthologue des Fondations, D, 2. 1 P. Anselme, op. cit.


316 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Beaujeu, seigneur d'Amplepuis et Chauvigny, et de Jacqueline de Linières. Son mariage avec Jacquette des Ursins le rendit baron de Traînel, seigneur de Marigny, Allibaudières, Saint-Sépulcre, et vicomte de Troyes et de La Charbonnière. Il en fit hommage le 8 juin 1492 1. Nous n'avons aucun détail sur la vie de ces personnages. Ils transmirent leur patrimoine à leur fils Philbert.

Philbert de Beaujeu (vers 1531). — Ce seigneur est qualifié chevalier, conseiller et chambellan du roi François Ier, seigneur d'Amplepuis, baron de Linières, de Traînel et de Marigny, vicomte de Troyes. Il épousa Catherine d'Amboise, dont il n'eut pas d'enfants 2. Philbert était sans doute mort en 1541, car le 22 novembre de cette année, c'est Catherine d'Amboise seule qui, en sa qualité de dame de Linières, Meillant, Treynel et autres lieux permet aux religieuses de la Madeleine de réédifier un moulin à blé à une roue, et de placer le saut sur le champ au-dessous de leur maison 3.

§ VIII. — Retour de la seigneurie à la maison des Ursins.

François Ier Juvénal des Ursins et Anne Lorphève ou Le Fèvre d'Armenonville, sa femme (vers 1541). — François Juvénal des Ursins, petit-fils de Michel des Ursins, oncle de Jacquette, dame de Beaujeu, hérita de sa cousine la seigneurie de Traînel. Il n'avait que sept ans quand son père, Jean Juvénal des Ursins, marié à Louise de Varie, l'émancipa le 22 avril 1499. C'est lui qui apporta dans la famille des seigneurs de Traînel les titres de la Cha1

Cha1 Anselme, op. cit., t. VI, p. 404.

3 André Duchesne, Hist. de Bourgogne, p. 478 et suiv.

8 Pièce en parchemin portant la signature de Catherine d'Amboise. Arch. nat., S, 4598.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 317

pelle, de Doue, Armentières, Bergeresse, etc., que nous trouverons plus tard. Il se maria à Anne Lorphève ou Le Fèvre d'Armenonville. Leur portrait se voit dans Montfaucon, tome IV, p. 368.

De leurs enfants nous ne connaissons que Christophe, qui hérita de la seigneurie de Traînel.

Christophe Juvénal des Ursins et Madeleine de Luxembourg, sa femme, vers 1542-1548. — Christophe Juvénal était baron de Traînel, seigneur de la Chapelle, de Doue, Armenonville, etc., chevalier des Ordres du roi, sous-lieutenant en l'Ile-de-France et gouverneur de Paris. En 1542, il était sous la tutelle de son aïeule, Valentine Lhuillier, dame d'Armenonville; mais plus tard, le 16 août 1555, il prit celle de ses frères. Deux ans après, il se maria à Madeleine de Luxembourg, fille d'Antoine II, comte de Brienne et de Ligny, baron de Ramerupt et de Piney, et de Marguerite de Savoie. En 1578, lors de l'institution de l'Ordre du Saint-Esprit, il en fut fait chevalier. Duchesne dit qu'il reçut aussi un brevet de maréchal de France.

Guillaume mourut en 1588 1.

De grands et tristes événements se passèrent à Traînel, au temps de Christophe des Ursins; nous les rapportons plus loin, 5e partie, Ch. 1er, §2.

Christophe des Ursins et Madeleine de Luxembourg eurent six enfants :

1° François Juvénal, qui suit;

2° Philippe des Ursins, abbé de Valleroy et de SaintThibaut de Béthune ;

3° Catherine des Ursins, mariée en 1577 à Claude de Harville, seigneur de Palaiseau, baron de Nainville, con1

con1 Anselme, op. cit., t. VIII, p. 730. — Boutiot, Hist. de Troyes, t. IV, p. 20.


318 HISTOIRE DE TRAÎNEL

seiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur de Calais et de Compiègne, créé chevalier des Ordres du roi, le 5 janvier 1597, et vice-amiral de France. Le roi, la reine et les princes soupèrent à leurs noces. Claude de Harville mourut le 21 janvier 1636, et Catherine des Ursins en décembre 1643. C'est leur petit-fils, François de Harville, qui hérita du nom, des armes et des biens de François Juvénal, devint marquis de Traînel, comme nous le verrons tout-à l'heure ;

4° Marguerite des Ursins, mariée : 1 ° à Gille Juvénal des Ursins, seigneur d'Armentières ; 2° à Henri de Boves ;

5° Catherine Alphonsine des Ursins, abbesse d'Hières ;

6° Isabelle des Ursins, mariée : 1° à Mercure de SaintChamant; 2° à Louis de la Marck.

François II Juvénal des Ursins et Guillemette d'Orgemont, 1588-1650. — François Juvénal portait les titres de marquis de Traînel, baron de Neuilly, seigneur de la Chapelle et de Doue, chevalier des Ordres du roi, ambassadeur à Rome et en Angleterre en 1619, maréchal de camp des armées du roi. C'est sans doute lui qui était gouverneur d'Amiens et qui donna, en cette qualité, diverses quittances en 1602, 1606 et 16071.

Il épousa Guillemette d'Orgemont, dame de Méry-surOise. Le roi Henri IV et la reine firent aux jeunes époux l'honneur de souper à leurs noces. Il n'en eut qu'une enfant, Charlotte des Ursins, qui mourut à sept ans.

Le 31 mai 1595, François des Ursins était à Troyes avec Henri IV, et il partait avec ce prince pour l'accompagner à son entrée dans la ville de Dijon, qui venait de se soumettre avec toute la Bourgogne 2.

1 Tardif, Monuments hist., Cartons du roi, K, 107, nos 25, 27,28, 29, 31 ; K, 108, nos 73 et 90.

2 Courtalon, Topog. hist., t. 1er, p. 165.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 319

Guillemette mourut en 1639, et François le 9 octobre 1650, dans sa maison de Doue, à l'âge de 81 ans.

Se voyant sans héritier direct, il transporta son nom, ses armes et ses biens à son filleul et petit-neveu, dont les descendants tenaient encore la seigneurie de Traînel, quelques années avant la Révolution.

§ IX. — Maison de Harville des Ursins.

Cette maison portait : « de gueules, à la croix d'argent, chargée de cinq coquilles de sable, et, en coeur, l'écu des Ursins. »

François III de Harville des Ursins, 1650-1701. — François, petit-fils de Claude de Harville et de Catherine des Ursins, était le troisième fils d'Antoine de Harville, marquis de Palaiseau, gouverneur de Calais, etc., tué à la bataille de Worms en 1635, et d'Isabelle Favier du Boulay.

Par suite du testament de son grand-oncle, il ajouta le marquisat de Traînel à celui de Palaiseau, devint seigneur de Doue, La Bergeresse, Chausry, Saint-Germain en Brie, Champla, Chantemerle, Malicorne, Villiers-sur-Seine, Fourches-Fontaine, Gumery, Cercy en partie, Charmesseaux aussi en partie, La Thuillerie de Maulny et autres grandes terres et seigneuries, maréchal de camp ès-armées du roi. Il avait eu, en 1644, un brevet d'enfant d'honneur de Louis XIV.

En 1654, il était mestre de camp d'un régiment de cavalerie, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel en 1664, puis gouverneur de Charleville et du Mont-Olympe 1.

4 Arch. part, de M. de Burgat, Mémoire pour le marquis de Traînel.


320 HISTOIRE DE TRAÎNEL

François de Harville fut marié trois fois :

1° A Isabelle Blondel, dite de Joigny, fille unique du marquis de Bellebrune, gouverneur de Hesdin ; elle mourut en mai 1667 ;

2° A Anne de Comans, morte au mois d'août 1693 ;

3° Par contrat du 14 septembre 1699, à Angélique Cécile de Montmorin-Saint-Herem, morte à Paris sans postérité, le 10 avril 1747, âgée de 84 ans.

Du premier lit naquit Esprit Jouvenel ou Juvénal, qui continua la lignée.

François de Harville mourut le 12 octobre 1701, dans sa 71° année, et fut enterré en l'église de Palaiseau, près Paris, dans le tombeau de ses ancêtre 1.

Esprit Jouvenel ou Juvénal de Harville des Ursins, 1701-1720. — Esprit Jouvenel ou Juvénal de Harville des Ursins était cornette en 1677, dans le régiment royal de cavalerie, capitaine dans le régiment de cavalerie d'Ollier en 1678, enseigne des gendarmes de la garde en 1683, maître de camp en 1690, brigadier des armées en 1696, sous-lieutenant de la compagnie des gendarmes de la garde en 1698, avec 3,000 livres de pension, maréchal de camp en 1704 avec une autre pension de 3,000 livres en 1705, lieutenant-général en 1710.

Il donna des preuves d'une grande présence d'esprit et d'une grande intrépidité au combat de Leuze, 18 septembre 1691. Les gendarmes de la garde ayant affaire à plusieurs escadrons ennemis, il se détacha avec quarante gendarmes, chargea un escadron de Nassau et le battit. Il se distingua également à la bataille de Steinkerque (3 août 1692) et de Nerwinde (29 juillet 1693) 2.

1 La Chesnaye des Boys, Dict. de la noblesse, pour cette notice et les suivantes.

3 Arch.part, de M. de Burgat : Mém. pour le marquis de Traînel.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 321

Il épousa Marie Anne de Gomont, fille de Nicolas de Gomont, vicomte de Portian, gentilhomme ordinaire de la maison du roi, gouverneur de Montdidier. Marie Anne de Gomont mourut en novembre 1714, et son mari décéda le 10 novembre 1720.

Ils eurent plusieurs enfants. Les deux plus connus sont : 1° Claude-Constant-Esprit Juvénal, qui suit; 2° Isabelle, mariée le 22 avril 1710, à Jean-Jacques Regnault, comte de Barre, morte à Paris le 16 novembre 1752, âgée de 70 ans, et enterrée à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, sa paroisse.

Claude Ier Constant-Esprit Juvénal de Harville des Ursins, et Louise Madeleine Leblanc, sa femme, 17201726. — Ce seigneur était marquis de Traînel, baron de Luz, seigneur de Doue, La Bergeresse, Chaussry, Chantemerle, Haut et Bas-Mesnil, Malicorne, La Chaussée, FosséRognon, Les Vieux-Fossés de Chailly, Villiers-sur-Seine, Fourches-Fontaine, La Thuillerie-de-Mauhvy, partie de Charmesseaux, Cercy et Gumery, Fontenay-de-Bossery et autres lieux, mestre de camp, lieutenant du régiment de dragons d'Orléans, ci-devant enseigne des gendarmes de la garde, puis colonel des dragons d'Orléans.

Le 24 mai 1717, il épousa Louise-Madeleine Le Blanc, dame de Bugnicourt, Fressein, Mong... cour, Villiers... Hordain, Hanniche, Auberchicour, Kergomard, Troudon, Lacoudraye, Vulaines, Passy-sur-Seine et autres lieux. Elle était fille unique de Claude Le Blanc, ministre de la guerre, et de Madeleine Le Petit de Passy. Elle fut marraine de deux cloches qui existent encore 1.

Claude-Constant-Esprit Juvénal mourut le 11 juillet 1726, à l'âge de 28 ans, laissant quatre enfants :

1 Voir plus haut.

T. XLVIII. 21


322 HISTOIRE DE TRAINEL

1° Claude-Constant-Esprit, qui succéda à son père dans la seigneurie de Traînel;

2° Claude-Constance, née le 12 mars 1723, religieuse à Poissy au mois d'août 1740 ;

3° Isabelle, née en 1725, mariée le 18 février 1744 à Charles Louis de la Châtre, comte de Nançay ;

4° Simon-Marie Tristan, fils puîné, mort le 9 juillet 1728, à dix-huit mois.

Louise-Madeleine Le Blanc mourut de la petite vérole en son château de Doue en Brie, le 13 avril 1746, âgée de 49 ans. Elle a laissé une haute idée de sa piété filiale et conjugale par le souvenir qu'elle a consacré à son beau-père, à son mari, sa mère, son père et son fils puîné. Dans la chapelle Saint-Remy, dite des Ursins, en l'église cathédrale de Paris, on lisait les épitaphes suivantes, qu'elle fit composer :

In hoc avito Ursinorum Sacello

reconditum est cor

Spiritus Juvenalis de HARVILLE DES URSINS,

Marchionis de Traynel

Qui bellica virtute insignis fuit,

Et Equitum Proetorianorum

Legatus alter,

Legati que primarii locum tenens,

Obiit anno MDCCXX, décima die Novembris.

Hic etiam

requiescunt

Spiritus Juvenalis de HARVILLE DES URSINS

Marchio de Traynel

Quem regni Moderator Philippus

su se Draconum turrmae proefecit.

Florentem in média juventutis spe

invida mors

Uxori, liberis, Regno eripuit

Anno aetatis XXVIII

Salutis MDCCXXVI

die XI Junii.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 323

Magdalena PETIT,

de Passi

Mulier rari exempli, prope pii generis

cineres sepulta est

Anno MDCCXXVII

die XIII Aprilis

Vixit ann. LVIII.

Genero dilectissimo et uxori piissimae

Diu superstes non fuit

Claudius LE BLANC

Régi a sanctioribus consiliis, et rei

Bellicae administer

Vir privatim et publiée clarus,

Qui non sibi, sed patriae vixit.

Agressa est virum fortuna, probavit

non vicit.

Celer fuit ingenio, ore suavis

Aditu facilis, civis, pater,

amicus optimus,

Militum patronus, omnium amor

Et delicium

Obiit anno MDCCXXVIII die Maii XIX, vixit annos LIX,

Quos virtus, pietas, religio dum

Viverent, conjunxerant, variis post

Obitum distrahi tumulis noluit

Hujusce Urbis et Regni primariae

Basilicae unanimis Canonicorum consensus.

Hunc tumulum marito amantissimo

Colendissimis ac dilectissimis parentibus

Ludovica Magdalena

LE BLANC

Marchionissa de Traynel, ipsa fides, moerens lugens que posuit.

Dumque nullis serumnis augeri

Posse luctum existimabat

En, Heu! infans dulcissimus

Simon Maria Tristanus

cornes de Harville

in quo spes

è sinu ejus ereptus est,

Die Julii, anno MDCCXXVIII,

Vixit menses XVIII, 1

1 Migne, Dict. d'Epigraphie, t. I, col. 1265. — Piganiol de la Force, Description de Paris, art. N.-D.


324 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Claude II Constant-Esprit de Harville des Ursins, et Marie-Antoinette de Goyon de Matignon, 1726-1763. — Ce seigneur, né en 1723, était tout jeune à la mort de son père, et ce fut Louise-Madeleine Le Blanc, sa mère, qui administra ses biens.

Plus tard, nous le trouvons qualifié chevalier, marquis de Traînel et autres lieux, capitaine de cavalerie en 1740, colonel, en 1742, d'un régiment d'infanterie, ci-devant Monconseil, grand sénéchal d'Usterwau, lieutenant-général des armées du roi. Il contribua à la conquête de l'Ile-Minorque et du Port-Mayon ; au retour de ces expéditions, il fut créé maréchal des camps et armées du roi. Il prenait le titre de fondateur-garde de toutes les églises et chapelles de la ville et faubourgs de Traînel et les environs, fondateur-garde et administrateur-né de l'Hôtel-Dieu Saint-Antoine et maladrerie de Saint-Barthélemi de Traînel.

Le 10 février 1744, il épousa Marie-Antoinette de Govon de Matignon, fille puînée de Marie-Thomas-Auguste de Goyon et d'Edmée-Charlotte de Brenne. La cérémonie se fit dans la chapelle de l'hôtel de Matignon.

L'inscription de la petite cloche de Saint-Antoine nous donne le nom de leurs deux enfants, Louis-Auguste et Marie-Edmée. Ils en furent parrain et marraine en 1762 l.

L'année suivante, par contrat du 7 juillet, passé chez Me Maréchal, notaire, M. Terray de Rosières achetait, moyennant 150,000 francs, du marquis de Traînel et de son épouse :

« 1° Les terres et seigneurie de Traînel 2, ensemble tous » les droits appartenant audit seigneur et dame dans les

1 Voir plus haut. 2 Voir plus haut.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 325

» terres et seigneuries de Fourches-Fontaine, Cercy, Fon» tenay-Bossery et Charmesseaux 1 ;

» 2° La haute, moyenne et basse justice de ladite sei» gneurie de Traînel, tous les droits honorifiques, droits » de patronage, présentation et nomination aux bénéfices, » et autres droits ;

» 3° Tous les arrérages des cens, profits de fiefs, etc., » plus une rente constituée de 200 livres due par les héri» tiers Lafille 2. »

§ X. — Maison de Terray.

La maison de Terray porte « d'azur, à la fasce d'argent, chargée de cinq hermines de sable, la fasce accompagnée de trois croix trèflées d'or, au chef du même, chargé d'un lion issant de gueules. »

Pierre Terray, 1763-1780. — Le nouvel acquéreur de la seigneurie de Traînel, Pierre Terray, était le second fils d'Antoine-Jean Terray, fermier général, secrétaire du roi, et de Marianne Dumas, fille d'un officier, tué à la bataille d'Huningue. Son frère, Joseph-Marie Terray, était le fameux abbé commendataire de Molesmes et Troarn, contrôleur général des finances sous Louis XV, qui posséda la seigneurie de La Motte-Tilly, où il est enterré, et laissa une immense fortune.

Pierre Terray est qualifié chevalier, vicomte de Rosières, conseiller du roi en tous ses conseils, procureur général en sa cour des aides à Paris (3 mars 1749), maître des requêtes honoraires de l'hôtel de Sa Majesté, seigneur de Rosières,

1 Archives de M. le Vicomte de Narcillac, au château de La MotteTilly.

2 Il fut fait réserve de la terre et seigneurie de Villiers-sur-Seins de la seigneurie et des bois de la Thuillerie de Maulny, composant alors le marquisat de Traînel.


326 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Avant, Fay, Soligny, Bouy, Traînel et autres lieux, grandes terres et seigneuries, fondateur de toutes les églises dudit Traînel, fondateur-garde et administrateur-né de l'hospice et Maison-Dieu Saint-Antoine.

Le 21 avril 1743, il épousa Renée-Félicité Le Nain, fille de Jean Le Nain, maître des requêtes, intendant de Poitiers en 1731, du Languedoc en 1743, conseiller d'Etat en 1748, mort à Montpellier en 1750, et de Félicité Bidal d'Asfeld, nièce du maréchal d'Asfeld.

Pierre Terray mourut le 18 juillet 1780.

Antoine-Jean Terray, 1780. — Antoine-Jean Terray avait 30 ans, quand il hérita de la seigneurie de Traînel. Il était né le 27 mars 1750, et devint successivement maître des requêtes en 1771, intendant de Montauban en 1773, puis intendant de justice, police et finances à Lyon, et conseiller du roi. Il possédait les seigneuries de La Motte-Tilly, Traînel, Villiers-sur-Seine, Athis, Courceroy, Gumery, Fontenay-Bossery, Gaillac, Mesle, Rozières, Avant, Fay, Rigny-la-Nonneuse, Le Port, Saint-Pierre-de-Bossenay, Saint-Vinebault, Pertheleine, Soligny, Bouy, FourchesFontaines, Beglaudière, Chaugis et autres lieux.

Le 11 février 1771, il avait épousé Marie-Nicole Perreney de Grosbois, soeur du premier président du parlement de Besançon. Il en eut quatre enfants :

1° Claude-Hippolyte Terray, né le 22 janvier 1774, neveu du célèbre Bossuet, évêque de Meaux, et du maréchal Câtinat, préfet de la Côte-d'Or et de Loir-et-Cher sous la Restauration. Il se maria trois fois :

1° Avec Mlle Marie-Claire de Morel-Vindé 1, dont il eut quatre enfants :

1 La maison de Morel-Vindé porte : d'azur, à la fleur de lys d'or, accompagné de 3 glands du même renversés, 2 en chef et 1 en pointe, au chef d'argent à l'aigle au vol abaissé de sable. — Devise : nescit labi virtus.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 327

(a) Charles-Louis Terray, vicomte de Morel-Vindé ;

(b) Béatrix Terray, marquise Godard de Belbeuf ;

(c) Elisabeth Terray, comtesse des Moustiers-de-Mérinville ;

(d) Christine Terray, comtesse Pandin de Narcillac.

2° Avec Mlle d'Ain val de Brache, dont il eut deux enfants :

(a) Emmanuel Terray, comte romain, marié en 1840 à Mlle Gabrielle Puget de Barbentane ;

(b) Ernestine Terray, mariée au comte Olivier de Sesmaisons.

3° Avec Mlle Adèle de Maistre, fille et nièce des fameux écrivains. Il n'en eut pas d'enfants.

C'est la fille aînée du vicomte Charles-Louis Terray, Mlle Denise-Laure-Marie-Claudine Terray, qui porta la terre et le château de La Motte-Tilly dans la famille de Narcillac, en épousant, le 16 avril 1861, son cousin CharlesGaspard Pandin, vicomte de Narcillac 1 ;

2° Aglaé Terray, mariée au duc d'Harcourt.

3° Pauline Terray, mariée au marquis Le Pelletier Desforts.

4° Mélanie Terray, née le 8 avril 1778, mariée le 1er thermidor an VIII à M. Armand-Jérôme Bignon, d'une ancienne famille de jurisconsultes, à qui elle transmit la seigneurie de Traînel.

§ XI. — Maison de Bignon.

La maison de Bignon porte : « d'azur à la croix d'ar» gent, enveloppée d'un cep de vigne au naturel, canton» née de 4 flammèches au naturel. »

1 Armes des Comtes de Narcillac « d'azur, à 3 pals d'argent, au chef cousu de gueules, chargé de 2 fasces d'or à la bande du même, brochant sur le tout. »


328 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Armand-Jérôme Bignon, 1780-1847.— M. ArmandJérôme Bignon, né le 9 mars 1769, était conseiller particulier et bibliothécaire du roi. Cette dernière charge était, pour ainsi dire, héréditaire dans la famille, depuis le fameux Jérôme Bignon, auteur de nombreux ouvrages et mort en 1656.

Armand-Jérôme Bignon mourut au manoir du Rozel, près de Cherbourg (Manche), le 18 Août 1847, à l'âge de 78 ans. Il était veuf depuis le 20 juillet 1804, sa femme, Mélanie Terray, étant morte à 26 ans, au château de Courtavant, près de Nogent-sur-Seine.

De leur mariage sont issus : 1° Roland Bignon, mort jeune; 2° Jérôme Bignon, qui suit; 3° une fille, devenue marquise de Doria; 4° une autre fille, devenue vicomtesse de Verneaux.

Jérôme Bignon, 1847-1877. — Jérôme Bignon, né le 5 janvier 1799, hérita du domaine de Traînel. Il épousa, le 3 mai 1827, Jeanne-Louise-Hortense de Leusse, née à Paris, le 21 janvier 1807. Il en eut six enfants : deux fils, dont l'un mourut en bas âge, et l'autre, mort à 30 ans, était marié à Mlle de Villers-la-Faye, et n'eut pas d'enfants. Des quatre filles, l'une est morte en bas âge; l'autre à 18 ans. La troisième, Aglaé, a épousé M. le comte de Burgat, et la quatrième, M. le vicomte de Courtivron.

M. Jérôme Bignon décéda le 8 janvier 1877, à 78 ans. Sa femme était morte à Autun, le 8 janvier 1840, à l'âge de 32 ans.

§ XII. — Maison de Burgat.

Albert de Burgat. — A la mort de M. Jérôme Bignon, sa fille aînée, Aglaé, hérita du domaine de Traînel et le transmit à la famille de Burgat, qui habite actuellement le château de Ruffez (Saône-et-Loire).


HISTOIRE DE TRAÎNEL 329

Née en 1833, elle épousa, le 16 avril 1856, M. le comte Albert de Burgat, né le 11 janvier 1830.

Ils ont quatre enfants :

1° Frédéric, né le 17 janvier 1857;

2° Louise, née le 18 janvier 1858, mariée à M. de Montchanin ;

3° Thérèse, née le 6 mai 1859;

4° François, né le 6 décembre 1860.

La famille de Burgat porte : « d'azur, au château d'ar» gent, couvert de sable, au chef d'or chargé d'une cou" ronne de sinople. »

CINQUIÈME PARTIE

ROLE DE TRAINEL,

DANS L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA FRANCE

CHAPITRE Ier.

TRAINEL EN TEMPS DE PAIX, TRAINEL EN TEMPS DE GUERRE,

§ I. — Traînel en temps de paix.

Etats généraux en 1560 et 1576. — Cahier de Traînel.

A notre époque de suffrage universel, il ne manque pas de gens qui pensent qu'au moyen-âge le peuple n'avait aucune part au maniement des affaires intérieures du pays. Cette affirmation absolue est réfutée par l'histoire des Etats-


330 HISTOIRE DE TRAÎNEL

généraux. « On entend par ces mots, disait le chancelier de » l'Hôpital, l'assemblée de la nation entière, soit par elle— » même, soit par ses représentants. Tenir les Etats, c'est » de la part du souverain communiquer avec ses sujets, » prendre leeu avis sur des matières qui touchent à l'ordre » public, écouter leurs plaintes pour y appliquer les re» mèdes convenables. » Les plus simples bourgades étaient admises à discuter les charges qu'on y imposait souvent et à formuler leurs doléances.

Traînel ne manqua pas à ce devoir national. Nous ne connaissons pas son rôle dans les premiers Etats-généraux de 1302, 1313 et les suivants. Mais nous savons qu'en 1560, pour les Etats qui devaient se tenir à Orléans, les « estatz de ville et bailliaige de Treignel » choisirent leurs députés à la séance préparatoire : pour le clergé, messire Gilles Heurlot, curé de Bouy; pour la noblesse, Louis du Val, écuyer, demeurant à Fay; et pour le Tiers-Etat, Mathieu Dory, prévôt de Traînel *.

En 1576, pour les Etats-généraux tenus à Blois, Traînel présenta son Cahier, dont nous allons analyser les articles 2.

1° Rétablir l'élection des évoques et des bénéficiers, comme avant le concordat de François Ier;

2° Interdire le cumul des bénéfices ;

3° Appliquer le tiers des revenus des bénéfices aux dépenses de l'Etat;

4° Employer le revenu des bénéfices à l'entretien des églises ;

5° Conserver les privilèges de la noblesse, à condition qu'elle fera « service au roi ; »

1 Collection de Documents inédits publiés par la Société académique l'Aube, t. Ier, p. 47, 58. — Boutiot, Hist. de Troyes, t. III, p. 468.

2 Col. des Doc. inéd., etc , t. Ier, p. 205 et suiv.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 331

6° Supprimer les impôts mis sur le peuple depuis Louis XI;

7° Réduire ou abolir les gabelles ;

8° Faire imposer aux tailles les possesseurs de terre ou roture ;

9° Réprimer les procédés des receveurs vis-à-vis des collecteurs;

10° Réprimer les actions des sergents royaux;

11° Réformer le département des tailles;

12° Ordonner aux étrangers et vagabonds de vider les lieux vingt-quatre heures après leur arrivée ;

13° Enjoindre aux receveurs de tailles de prendre la monnaie du roi à son taux réel.

§ II. — Traînel en temps de guerre.

Grandes compagnies. — Les Anglais en 1367. — Siège de Traînel en 1423. — Guerre de 1450. — Guerres de religion. — Les Retires et le Brigandage. — Invasions de 1814 et de 1870.

Traînel avec ses fortifications, murs et fossés, le château avec ses tours et donjons, n'étaient pas de vains ornements pour la contrée. Au moyen-âge, on bataillait souvent, soit contre les ennemis de la France, soit contre les perturbateurs de la sécurité publique.

Traînel dut avoir à souffrir des gens de guerre, bien avant l'époque où nos documents nous donnent quelques détails. Il est probable, par exemple, qu'il se ressentit du passage des Anglais et des Navarrais, quand, vers 1328, ces partisans commandaient à Pont, Nogent et Paris 1. Mais c'est vers 1364 que nos notes sont plus précises. A cette époque, la terrible guerre de Cent ans était engagée entre la France et l'Angleterre, et la Champagne était parcourue en tous sens par des belligérants de tout parti. Troupes régulières

« Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 135.


332 HISTOIRE DE TRAÎNEL

et pillards semaient tour à tour la terreur. La paix de Brétigny devait faire cesser les courses des Anglais en Champagne; mais les soldats, congédiés par les deux rois, avaient recommencé la guerre pour leur propre compte. Leur but était le pillage.

Grandes compagnies. — Ces grandes compagnies, ou Tard-Venus semblaient avoir choisi Nogent pour centre de retraite. De là, ils parcouraient les deux rives de la Seine et tenaient le passage de ce fleuve. Leurs excès ne connaissaient point de bornes ; ils mettaient tout à feu et à sang. Ils portèrent leurs ravages jusqu'à Fourches-Fontaine, où ils brûlèrent le moulin 1*. La ville de Troyes envoya contre eux une troupe d'arbalétriers. Le duc de Bourgogne, à la tête d'environ 230 chevaliers et écuyers, mit devant Nogent, le 20 janvier 1364, un siège qui ne fut levé que le 28 par l'expulsion de ces compagnies. C'est pour satisfaire aux exigences de cette campagne, et pour chasser les ennemis qui " étoient dedans Nogent et dedans Treignel » 2, que l'évêque de Troyes, Henri de Poitiers, « capitaine et gouver» neur de la ville et du bailliage de Troyes, » leva sur le clergé, les quartiers et les connétablies de Troyes, des deniers qui montèrent au moins à la somme de 1,000 livres tournois 3. On sait que c'est à Duguesclin que revient l'honneur d'avoir débarrassé la France de ces désastreux miliciens.

Les Anglais en 1367. — Nogent vit encore les Anglais en 1367. Tout porte à croire que Traînel et ses environs n'eurent pas lieu de se féliciter de ce voisinage.

1 Arch. de l'Aube, G, 1819.

2 Arch. municip. de Troyes, compte de 1364.

3 Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 191. — Aufauvre, Hist. de Nogent, p. 218.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 333

Siège de Traînel en 1423. — Il nous faut arriver à 1423 pour trouver, d'une manière positive, les traces de nouvelles misères, causées à Traînel par le malheur des guerres. «Après le traité de Troyes, en 1420, et la pro» clamation d'Henri V d'Angleterre comme roi de France, » dit M. d'Arbois de Jubainville 1, il y eut à Troyes une » opposition ouverte à la domination anglaise. L'évêque, » Etienne de Givry, ne cacha pas ses sentiments patrio» tiques. Le parti armagnac ou national avait pour siège » principal Sézanne ; il possédait, en outre, les forteresses » de Montaiguillon, Périgny-la-Rose et surtout Traînel, » d'où il menaçait incessamment les Anglais et les Bour» guignons qui étaient à Troyes, Nogent et Pont-sur-Seine. » Une nuit, ils s'emparèrent de Pont. Les Anglais effrayés » obligèrent à fournir caution ceux qu'ils soupçonnaient de » regretter le temps où la patrie était indépendante du joug » étranger. Puis, ils levèrent à Troyes une imposition pour » venir mettre le siège devant Pont et ensuite Traînel et » Montaiguillon. Pont succomba le 4 juin 1423, et les An» glais le brûlèrent. »

Les forces du duc de Bedfort se répandirent alors dans le voisinage, « et aussi furent subjuguées et mises en ladite » obéissance les chasteaulx de Traygnel, Gumery, Soligny, » Paroiz et aultres places occupées des ennemis 2. »

Bientôt vint le tour de Montaiguillon et de Sézanne, le 24 juin 1424, et, à partir de ce moment, les Anglais furent jusqu'en 1429 à peu près maîtres exclusifs du diocèse de Troyes.

1 Inventaire sommaire des Archives de l'Aube, Introd., p. VIII, X. — Boutiot, op. cit., p. 455 et suiv. — Arch. municip. de Troyes, nouveau F. Reg., série E, n. 27.

4 Arch. municip. de Troyes, Etat de la dépense faite par Pierre d'Arrentières, clerc et receveur, etc., nouveau fonds, Reg., série E, n. 27.


334 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Sans perdre de temps, l'agent du roi d'Angleterre fit lever des subsides pour payer les frais de la guerre. Les pays ravagés n'en furent pas exempts. La chatellenie de Traînel dut fournir 60 livres tournois; mais elle refusa. D'ailleurs, les terres n'étaient pas cultivées et la population était décimée '.

Cependant, les Anglais furent enfin chassés, et le roi Charles VII reçut la soumission des villes de France. Troyes ne se rendit que le 9 juillet 1429. Mais divers châteaux du parti bourguignon tenaient encore ; ainsi, l'on dut faire le siège de Villeneuve-aux-Riches-Hommes, Pont-sur-Seine, Chappes, Marigny-le-Châlel, etc. Sens se soumit le 27 janvier 1430; mais Nogent, Traînel, Méry, etc., ne reconnurent les droits de Charles VII qu'en avril 1431, après Pâques 2.

Guerre de 1450. — Le Pouillé de Sens, de 1695, nous apprend que la guerre ruina de nouveau Traînel vers 1450; mais nous n'avons aucun détail.

Pendant plus d'un siècle, les habitants de Traînel semblent jouir d'un calme assez profond. Il faut les agitations religieuses de la Réforme pour ramener de grandes calamités dans la contrée.

Guerres de religion. — Le seigneur de Traînel, Christophe Juvénal des Ursins, baron de La Chapelle, quoique extérieurement catholique, favorisait secrètement les Huguenots. Ceux-ci, après avoir ravagé tous les pays des environs, Bray, Nogent, etc., avaient un instant cessé leurs incursions, grâce au traité de Longjumeau, conclu le 23 mars 1568. Mais cette paix fut de peu de durée; car au mois de septembre suivant, les protestants se fortifièrent à

1 Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 464, 465.

2 Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 529.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 335

La Rochelle, Saintes, etc.; Charles IX organisa une armée, et révoqua l'édit de Nantes.

Alors, Hodoard, sieur de Vulaines et de Foicy, dévoué au roi, rassemble son régiment et va mettre le siège devant le château de Noyers, appartenant au prince de Condé, l'un des chefs protestants. Il s'en empare, puis revient en Champagne. Là, il « fut adverly que plusieurs huguenotz de » Troye, de Sens, de Nogent-sur-Seine et aultres lieux » s'estoient retirez à Trinel, soubz la faveur de M. de la » Chapelle des Ursins, seigneur dudit Trinel, lesquelz te» noient bon et se vouloient là fortifier ; les alla à la diane » d'ung matin prendre au chault du lit dedans le chasteau » qu'il eschella par dehors la ville, d'autant qu'il ne pou» voit entrer par aultre lieu, car l'entrée d'iccluy chasteau » est du costé et par le dedans de ladite ville et au-desjuc » les desnicha, en telle sorte que la pluspart se saulva en » chemise, les aulcuns par dedans la ville, les aultres en se » jetant par les fenestres dudit chasteau hors d'iccluy. Il » s'en tua plusieurs de ceux qui se précipitèrent par les » fenestres ; aultres se rompirent les jambes et demeurèrent » sur le champ, qui fuient bien aysez à arrester. Ceux qui » ne purent se saulver et ne furent tuez furent mis prison» niers es prisons dudit lieu. Leurs biens qu'ils avoient là » resserrez furent par lesditz de Foissy pillez, et ceux qui » appartenoient audit sieur de la Chapelle ou à son fermier, » mis par inventaire et donnez en garde aux soldats qui » furent là posez en garnison, tant dedans le chasteau que » dans la ville. De quoy fut adverty ledit sieur de la Cha» pelle des Ursins, qui s'en tint fort injurié, et qui, pour » en déchasser laditte garnison, fit approcher de soy, au » village et chasteau de Doux-les-Coulumiers en Brie sa » compagnie de hommes d'armes qui estoit de 50 lances » des ordonnances du roy, et les envoya audit Trinel avec » commandement qu'il leur fit de tuer et massacrer ledit


336 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» de Foissy et toute fessaille; mais n'approchèrent ledit » Trinel plus près que les villages et paroisse de Meel» sur-Seine distantz dudit Trinel de troys lieues, où ils » s'arrestèrent quatre jours entiers, pendant lequel temps » mandèrent audit de Foissy et sa garnison qu'ils rendissent » et habandonnassent ledit chasteau, avec restablir les » meubles d'iceluy, ou qu'en faulte de ce faire passeroient » sur le lieu, pour essayer de lui faire faire par force. Au » mandement desquelz obéyt ledit de Foissy 1, qui en retira » laditte garnison et leur fit quitter la place, ne voulant » desplaire audit sieur de la Chapelle, qui estoit de plus » grand lieu que luy et lort bien venu de la royne mère et » du roy, combien qu'il fut tenu huguenot héréticque, mais » non du nombre des rebelles. Il hantait quelque peu l'E» glise catholique, mais non souvent. Lesditz chasteau et » ville de Trinel, délivrés de laditte garnison, s'en retour» nèrent les gens de guerre de laditte compagnie à Doux, » en dire les nouvelles audit seigneur, qui estoit prest d'y » envoyer ung régiment de gens de pied, affin que la force » luy en demeurast, lesquels ne hobèrent 2, après qu'il » sceut qu'il n'en estoit besoin 3. »

Les retires. — En 1570, nouveaux désastres. Les reîtres, cavaliers allemands amenés comme renfort par le prince d'Orange à l'amiral de Coligny, chef des protestants, parcourent la Champagne en y semant la ruine et la terreur. Ils sont commandés par Wolrad de Mansfred, surnommé Mâchefer, qui a la réputation de manger tous les jours, à son déjeûner, une salade de clous de charrette. Les

1 Le sire de Foissy fut tué au siège de Vézelay l'année suivante. Il s'était fait craindre dans nos régions par sa dureté et la liberté qu'il laissait à ses soldats.

4 Hober, changer de place.

3 Mémoires d'Hatton, publiés par Bourquelot, 1857, p. 542.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 337

troupes royales, réunies près de Moret, sont dirigées par le maréchal de Cossé-Brissac. En se rendant à Vertus, elles passent par Montereau, Bray, Traînel, Nogent, etc., font subir de grandes pertes aux villes qu'elles traversent, au mois de juillet et d'août 1.

L'armée de Cossé-Brissac est congédiée à Vertus, et, le 8 août 1570, un nouveau traité de paix, signé à Saint-Germain-en-Laye, laisse un instant respirer nos populations.

Cependant Charles IX est mort à 34 ans, le 30 mai 1574. Henri III est sur le trône. La guerre continue entre les troupes royales et les protestants, qui appellent à leur secours les princes d'Allemagne. Henri III fait lever des troupes en Picardie, Champagne et Brie, Bourgogne et Lorraine pour se porter au devant des reîtres, et le commandement en est donné au duc de Guise. Henri lui envoie de l'artillerie, qui arrive à Nogent par la Seine. Les gens de guerre remplissent les pays d'alentour, rançonnant durement leurs hôtes.

Le roi convoque l'arrière-ban dans tout le royaume en septembre 1575, pour renforcer les armées du duc de Guise et du duc de Montpensier. Guise, n'ayant pu empêcher les retrecs d'Allemagne d'entrer en France, les poursuit et les met en déroute à Port-à-Pinson, entre ChâteauThierry et Epernay, le 10 octobre 1575. Les reîtres, en fuyant, passent à Villenauxc, Courlioux, traversent la Seine à Beaulieu et se réfugient à Villiers-sur-Seine. Là, ils surprennent des hommes du régiment de M. de Nangis, sous la conduite du capitaine de La Chapelle-des-Uisins, mettent le feu au village, tuent une vingtaine de soldats royaux, mettent deux prêtres à rançon, puis ils s'éloignent.

Le duc de Guise alors licencie ses troupes, en leur per1

per1 d'Hatton, publiés par Bourquelot, 1857, p. 598. T. XLVIII 22


338 HISTOIRE DE TRAÎNEL

mettant de se disperser où ils voudront. Les soldats du seigneur de La Chapelle-des-Ursins se rendent en partie à Provins 1.

Un nouvel édit de paix est signé à Eligny, eu mai 1576; mais les reîtres n'en continuent pas moins leurs dévastations, et les compagnies diverses formant l'armée royale n'en parcourent pas moins les villages, de Sézanne à Troyes et de Troyes à Sens. De ce nombre est surtout la compagnie du sieur de La Chapelle-des-Ursins 2.

Brigandages. — Ces temps de trouble favorisaient trop bien le brigandage pour qu'il ne s'organisât point des bandes de voleurs, toujours prêtes à dévaliser le pays. Le bruit se répandit qu'il y en avait de Nogent-sur-Seinc, de La Motte-Tilly, de Grange-les-Sens et de Traînel. « Ils » estoient entretenuz aux gages d'un nommé Mirclosct ou » La Chesnez, ou bien estoient tenuz de luy rendre tribut » par chascun moys du vol et larcin qu'ils faisoient 3. »

C'était en 1578.

Cette compagnie fut renforcée par une autre compagnie de brigands, conduite par un nommé Talluet, de La MotteTilly, qui se faisait appeler M. de Beaulieu. Après avoir saccagé Courlon-les-Sens, ces bandits allèrent loger à Grange, « où ils trouvèrent les portes ouvertes et personne » dedans, qui estoit tout le contraire de leur attente... Au » lendemain, à l'improvisle, pensèrent surprendre la ville » de Trinel, mais furent découvers, et n'eurent ceux de » ladiste ville le loysir que de fermer leurs portes, le bestial » de la ville et des villages d'alentour estant dehors, qui » fut par lesdis volleurs saisi, mangé et charcuité es mai1

mai1 d'Halton, passïm. 2 Mémoires d'Hatton, p. 856. 3 Mémoires d'Halton, p. 933.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 339

» sons des faux bouts où iiz se logèrent pour ung jour ou » deux, tenant ceux dudit Trinel captifz, qu'ils n'eussent » osé sortir hors de laditte ville 1. »

« La compagnie de M. de La Chapelle-des-Ursins, avec » les paysans depuis Monceaux en Bric, baillèrent la chasse » audit Mireloset et ses gens jusques auprès de Soissons, » et si n'en purent attraper que 3 ou 4 des blessez qu'ilz » achevèrent, mais trouvèrent force butin par les chemins; » Ilz estoient tous montez à cheval, qui fut cause qu'on ne » les peut attraper, car ils coururent jour et nuict jusques » à ce qu'ilz fussent avant en Picardie 2. »

Mais ces compagnies, sous prétexte de chasser les voleurs, faisaient autant de dégâts qu'eux. Celles du grandprieur de Champagne et du seigneur de La Chapelle-desUrsins, qui étaient chacune de 500 chevaux au moins, « ravagèrent tout le pays de Brie et vallée de Seine, entre » les rivières de Seine-et-Marne, depuis les derniers jours » d'août (1579) jusques à la fin du moys d'octobre. » La compagnie de M. de La Chapelle se tenait surtout dans les environs de Provins 3.

Apres ces exploits, elle fut adjointe à l'escorte du maréchal de Matignon, chargé d'une mission secrète pour la Lorraine. Au retour, elle revint à Provins, où le roi remercia les diverses compagnies qui l'avaient servi, et celle de M. de La Chapelle se retira 4.

Les brigands n'avaient pas entièrement disparu. En 1581, surgit un nouveau chef, Virelois, fils d'un tavernier de Nogent, qui se faisait appeler aussi M. de Beaulieu. Il se distinguait par ses « insolences, volleries, rançonnemens

1 Mémoires d'Hation, p. 942. 2 Mémoires d'IIalton, p. 949. 3 Mémoires d'Halton, p. 990, 997. 4 Mémoires d'Hatton, p. 993.


340 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» et excès qu'il et les friquenelles 1 qu'il conduisoit firent » ès-villages où ilz logeoient. » Le roi ordonna de le prendre mort ou vif. « Depuis le moys d'apvril jusques au jour » S. Jean-Baptiste le bally de Provins une fois, le président » une autre fois et le lieutenant de courte robbe deux fois » avec les sergens et archers, l'allèrent cercher en sa mai» son es environ de Trinel, mais ne le purent attraper, » quinze à vingt hommes de sa qualité qu'il entretenoit chez » luy tirant furieusement à coups de mousquetz et d'arque» buses sur ceux qui le cerchoient. Oncques depuis n'osa » ledit Virelois aller par champs surement, qu'il ne feust » le moys de juillet en suyvant, que la vollerie se remit sur » les villages de ce pays et de la France 2. »

On le voit, Traînel joua un rôle assez important dans les diverses guerres qui désolèrent la contrée, dans l'espace de deux cents ans. C'est, assurément, à l'une de ces batailles livrées sous ses murs qu'il faut rattacher la dénomination de Martroy (1643) ou Meurtroy ou Meurtrat, donnée à la place où se dresse aujourd'hui la croix de ce nom, au nord Je Traînel.

Invasion de 1814. — Deux siècles se passent assez tranquillement, puis Traînel voit dans son enceinte de nouveaux et terribles ennemis. C'est, d'ailleurs, le sort de la France entière. Nous n'avons pas à raconter les événements qui amenèrent la désastreuse invasion de 1814. Nous ne dirons pas davantage les allées et venues des alliés dans notre département. Contentons-nous de ce qui est particulier à Traînel.

Déjà, en janvier et février 1814, des régiments français et des convois de blessés de notre nationalité traversèrent le pays, furent nourris, logés et soignés aux dépens de l'hos1

l'hos1 jeune coquette parée au-dessus de son état. » Mém. d'Hatton, p. 1043.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 341

pice et de la commune ; et, lorsqu'ils quittèrent Traînel, tout le mobilier de l'hospice, linge, lits, etc., fut transporté à Nogent et remis à l'Hôtel-Dieu de cette ville 1.

Ces sacrifices ne coûtaient pas au patriotisme des habitants. Il fallait en faire de moins agréables au passage des ennemis.

Traînel semblait une étape de prédilection pour les armées étrangères. Les empereurs de Russie et d'Autriche, le roi de Prusse et autres princes, le général en chef Schwartzenberg y ont passé et séjourné avec leurs soldats. Ce funeste honneur venait de ce que la carte de Cassini désigne Traînel comme le point intermédiaire sur la route de Paris à Troyes.

La commune et l'hospice reçurent une immense quantité de malades et de blessés. On dut même créer une ambulance supplémentaire que pourvurent abondamment le zèle et la charité des habitants, aussi bien que la caisse hospitalière. Le gros des armées alliées campa pendant plus de six semaines autour de la chapelle Saint-Barthélémy, et le corps de garde fut installé dans la chapelle même. Rien ne fut respecté par eux, comme nous l'avons déjà noté 2. Le rapport sur la guerre, rédigé en octobre 1815, constate le passage à Traînel de 184,000 hommes, 16 à 18,000 fr. de réquisitions, sans comprendre la nourriture journalière de 150 hommes et environ 200 chevaux, qui ont séjourné seize jours, et, comme conséquence presque inévitable, une épizootie meurtrière, qui décima le bétail. Le roi Louis XVIII donna à Traînel une indemnité de 1,500 fr. 3.

Invasion de 1871. — En 1871, l'armée prussienne n'envoya que de rares détachements pour lever les réquisi4

réquisi4 de l'hospice de Traînel.

2 Voir plus haut.

3 Arch. de l'hospice de Traînel.


342 HISTOIRE DE TRAÎNEL

tions. Les premiers arrivèrent pendant que les hommes valides, sous la conduite d'un capitaine en retraite, plein d'ardeur et de patriotisme, M. Etienne-Abelard Tifserand, prenaient part au combat de Nogent. Sous le vain prétexte qu'on recelait des armes cachées, les ennemis emmenèrent en Prusse l'adjoint, M. Auguste Lauxerrois, et le retinrent prisonnier pendant plusieurs mois.

Le 10 février 1871, la commune avait été menacée d'une exécution militaire, si elle ne fournissait, en quarante-huit heures, une somme de 12,073 francs. Une souscription publique produisit 4,630 francs; l'hospice prêta 3,443 fr., et le reste fut emprunté à des particuliers, avec intérêt de

5 %

Le 11 mars, la commune, qui avait déjà versé aux Allemands 13,415 fr. 65 pour contributions, réquisitions de couvertures, bas, etc., est de nouveau menacée d'exécution militaire, si elle ne donne en trois jours 19,215 fr. 90, pour contributions arriérés de janvier et février 1871. On dut alors emprunter 25,000 francs à l'hospice, et, le 15 juillet suivant, la Commission hospitalière vota, pour couvrir ces frais et les emprunts aux particuliers, l'aliénation d'une terre sise à Soligny.

Après la libération du territoire, l'Etat donna à Traînel, à titre d'indemnité, une somme de 24,420 francs, qui suffit à peu près pour payer les dettes 1.

1 Arch. de l'hospice et arch. comm. de Traînel.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 343

CHAPITRE II. PERSONNAGES REMARQUABLES DE TRAINEL 1,

La maison des seigneurs de Traînel, en se ramifiant, a laissé son nom à plusieurs personnages, qui ne sont pas nés ou qui n'ont point habité dans cette localité. Ce n'csl qu'en étudiant spécialement l'histoire du pays, qu'on évite une confusion presque inévitable. Ainsi, l'évêque de Troyes, Garnier, qui mourut à la croisade, en enrichissant son église cathédrale et la métropole de Sens des pieuses dépouilles de Constantinople 2, n'est pas né à Traînel, comme on le croit généralement, mais plutôt à Pont-sur-Seine. Philippe de Traînel, abbé de Saint-Loup de Troyes, avait pour père Garin, qui n'hérita pas de la seigneurie d'Anseau 1er. Gui de Traînel, évêque nommé de Verdun, appartenait à la branche des seigneurs de Marigny-le-Châlel, etc. Cette simple observation explique le petit nombre de personnes citées dans ce chapitre, quoique le nom de Traînel se rencontre souvent dans l'histoire de la Champagne.

4 Voir aussi plus haut, 3° partie, ch. IV, § I.

2 Le pro-curé actuel de Traînel vient de découvrir au milieu de décembres, sous le maître-autel de Saint-Gervais, un magnifique brûle-parfums en cuivre doré. Ne serait-ce point un souvenir laissé à Traînel par Garnier lui-même, qui avait en ce pays des attaches de famille. M. l'abbé Defer a eu l'heureuse pensée de faire restaurer cet objet, et par l'adjonction d'un dôme fermant la cheminée par où s'échappaient les parfums, il l'a transformé en reliquaire qui renfermera des reliques authentiques apportées par Garnier lui-même : deux morceaux d'étoffe ayant appartenu l'un à N.-S., l'autre à la Ste-Vierg3. Il y ajoutera des reliques de personnages pour ainsi dire locaux : s. Savinien et s. Sérolin, apôtres des Tricasses et des Sénonnais; s. Bernard et s. Edme, qui ont passé à Traînel; enfin s. Gervais et s. Protais, patrons de la paroisse.


344 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Nous suivrons l'ordre chronologique.

850, 23 mars. — Mort à Viterbe du prêtre Adrémare, fils d'une dame de Traînel. Il avait, en 837, reçu du comte de Troyes, Aledramne, moyennant une rente annuelle de 20 deniers, un terrain situé dans la forêt du Dar, arrosé par la Barse, qui le divisait en deux partics. C'est là qu'il fonda un monastère de Bénédictins, qui porta d'abord le nom de Nova Cella, pour prendre plus tard celui de son fondateur, dont on a fait Montiéramey.

L'épitaphe d'Adrémarc était ainsi conçue :

Dux gregis et Lampas mirabilis omnibus Abbas Domnus Arremarus est vitse carnis ademptus. 1

1127-1202. —Milon de Traînel, quatrième fils d'Anseau 1er et d'Helissende. Né en 1127, il n'avait que douze ans quand son père le confia aux soins du vénérable Hugues de Montaigu, évêque d'Auxerre, ancien abbé de Pontigny. Le prélat, à son tour, remit l'enfant entre les mains des religieux de Saint-Marien. A vingt-huit ans, sa vertu précoce faisant oublier sa jeunesse, il fut élu abbé. Humble et mortifié, doux et ferme à la fois, il administra sagement son monastère pendant quarante-sept ans, et mourut le 17 mars 1202, à soixante-quinze ans. Il fut fort honoré des souverains pontifes, des évêques, des rois et des princes 2.

.... — Elisabeth de Traînel, abbesse du Paraclet 3.

1412. —Perrinet Thévenin, de Traînel, serruriers à Troyes, d'accord avec sept autres de leurs compagnons,

1 Gall. christ., t. XII, col. 247, 549, 559, 553. — Albéric de TroisFontaines, ad ann., 833. — Ann. Bened., II, 596. — D. Bouquet, VI, 242. — Camusat, Prompt., f. 282, v°.

2 Gall. christ., t. XII, col. 473. — Leboeuf, Antiss. Hist., t. II., Pr., p. 260. — D. Bouquet, XVIII, p. 268.

3 Nécrologe du Paraclet, Bibl. de Troyes, manuscrit 2445.


HISTOIRE DE TRAÎNEL 345

organisent la première corporation de leur métier. Ils demandent au bailli, Simon de Bourmont, un règlement pour éviter les fraudes. II leur est accordé, et ils en jurent l'exécution sur les Evangiles 1.

15. .-1590. — Collot, Laurent, né à Traînel, où il séjourna jusqu'en 1556. Habile chirurgien, lithotomiste très distingué, il soutint avec gloire la renommée de son aïeul, Germain Collot, qui mérita les faveurs de Louis XI. Laurent se fit remarquer du roi Henri II, qui le fit venir à Paris, en 1556, créa pour lui la charge d'opérateur de sa maison pour la taille, et le gratifia de présents considérables.

D'après quelques auteurs, Laurent Collot aurait été l'élève d'Oclavius de Ville, qui lui-même tenait le secret le son art de Marianus Sanctus des Barleltes, docteur en médecine à Padoue. Nous préférons l'opinion qui le fait hériter des traditions de famille 2.

1678, 1701. — Les quatre frères Buissot, Tiburce, René, Pierre et Etienne, fils d'Abraham Buissot, menuisier à Traînel, sculpteurs renommes dans la contrée. Etienne est le plus connu. Il faisait surtout des rétables d'autel. Outre ceux de Traînel, il faut citer dans l'église de Courceroy le rétable fait en 1678, et la statue de saint Vincent, en 1681 3.

1700. — Barthélémy Le Mousle, docteur en Sorbonne, officiai et chanoine de l'église de Sens.

1767. — Nicolas Andouillé, fils d'Edme Andouillé, greffier, et de Marguerite Perreau, grand chanoine de l'église de Sens.

1 Boutiot, Hist. de Troyes, t. II, p. 339.

1 Moréri, DM. hist.

8 Registres paroiss. de Courceroy.


346 HISTOIRE DE TRAÎNEL

1790-1868. — Pinguet-Babiat (Nicolas-Marie), ancien maire de Traînel, sculpteur-amateur. Il a exposé à Troyes, en 1860, divers morceaux de sculpture assez remarqués :

1° Dix Décembre 1848;

2° Le Communisme agonisant ;

3° Deux Décembre 1851 ;

4° L'Anarchie vaincue ;

5° Les Trois Saisons, fleurs et fruits ;

6° Corne d'abondance, fruits et ornements, fantaisie.

7° Tableaux fleurs (haut-relief) 1.

1826. — Leclerc, Hippolyte-Désiré, né à Traînel le 22 juin 1826. Annotateur et commentateur de Fables et Historiettes de divers auteurs, suivies de développements moraux, de notices biographiques et de conseils pour lire les fables. Il débuta comme professeur dans l'Université, embrassa ensuite la carrière militaire, et il était officier dans la garde impériale avant 1870.

Nous laisserions une lacune regrettable, si nous ne rappelions, en terminant ce travail, trois illustres personnages, qui, sans appartenir à Traînel, l'ont honoré par leur présence. Déjà, nous avons signalé le grand Fénelon, qui visita le prieuré de la Madeleine ; saint Bernard, qui, en se rendant au concile d'Etampes, célébra la messe à NotreDame et y fit des miracles de premier ordre. Il nous reste à parler de saint Edme, archevêque de Canlorbéry.

Ce courageux prélat avait, par sa fermeté, encouru la disgrâce du roi d'Angleterre. Comme son prédécesseur, Thomas Becket, il alla chercher asile à Pontigny. Il y résidait depuis quelques mois seulement, quand sa santé délabrée l'obligea à se rendre au prieuré de Soisy, près de Pro1

Pro1 de Troyes, 1860. Livret, nos 1496 à 1502.


HISTOIRE DE TRAÎNEL- 347

vins. Il passa par Traînel, où il fit d'abondantes aumônes ; c'était au mois d'août 1240. Trois mois plus tard, il traversait de nouveau cette localité ; mais, cette fois, il était couché dans un cercueil. Il avait expiré le 16 novembre. Sa marche ressemblait plutôt à un triomphe qu'à un cortège funèbre. « Arrivé à Traisnel, il se trouva tout à coup envi» ronné d'une multitude immense, accourue des lieux d'a» lentour pour demander des grâces au saint, contempler » son visage ou au moins toucher son cercueil. Tous les yeux » et tous les coeurs étaient tournés vers le corps vénérable ; » mais tous n'ayant pas la consolation de le voir, on de» mande à grands cris qu'il soit élevé et offert aux regards » de la foule. On estime comme une grande faveur de pou» voir l'approcher ; on se croit sanctifié par son attouche» ment; on conserve comme des reliques sacrées les objets » qu'on a mis en contact avec ses mains, sa tête ou ses » vêtements... L'abbé de Pontigny, à la vue de ce con» cours inattendu et de ces transports d'enthousiasme, » commence à s'inquiéter de la vénération extraordinaire » dont on environne un si riche trésor. Il tremble que le » peuple, dans son ivresse, ne lui enlève violemment le » précieux corps, ou au moins ne mette en pièces les vête» ments pontificaux pour en emporter les débris comme » une relique et une protection. Sous le poids de ces préoc» cupations, il rompt la foule, et, s'approchant du cercueil, » il s'incline respectueusement vers l'oreille du saint, et lui » dit avec une naïveté digne de ces hommes grands dans » la vertu comme des héros, et simples dans la foi comme » des enfants : « Père bien-aimé, puisque vous êtes frère » de l'abbaye et de l'église de Pontigny, vous devez m'obéir » humblement, si vous le daignez ; je vous prie donc et je » vous conjure de n'opérer aucun miracle avant d'être ar» rivé au lieu où votre corps doit reposer. » Après quoi, » pour plus de sûreté, il ferma le cercueil et y apposa le


348 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» sceau de l'abbaye, en présence de nombreux témoins 1. » La chasuble, qu'avait revêtue saint Edme pour célébrer la messe à son premier passage à Traînel, se conservait pieusement dans la sacristie de Saint-Gervais. On l'a brûlée, il y a cinquante ans environ, sous prétexte qu'elle était trop vieille ! ! !

1 R. P. Massé, Vie de s. Edme, p. 276,293.


APPENDICE

M. l'abbé Lalore a lait paraître, il y a dix ans, un intéressant ouvrage intitulé : " Documents pour servir à la généalogie des anciens seigneurs de Traînel. » Nous l'avons consulté avec le plus grand profit. Le savant et infatigable auteur émet le voeu (p. 2) que d'autres complètent ses premières recherches. Nous n'avons pas la prétention de réaliser son désir dans toute son étendue. Cependant, dans le cours de notre travail, l'enchaînement des faits nous a conduit à signaler plusieurs chartes laissées dans l'oubli. Il en est d'autres qui se rapportent plutôt aux membres de la maison de Traînel qui n'habitaient pas ce pays. Nous les avons surtout trouvées dans l'Inventaire-Sommaire des Archives d'Auxerre, rédigé par M. Quantin, aussi bien que dans son Carlulaire général de l'Yonne. Nous croyons utile de les indiquer ici, en y ajoutant quelques autres documents puisés dans divers ouvrages locaux. Ils serviront de complément à notre humble travail.

1. — 1146. — Donation de la terre de Bernières à l'abbé Norpand par Henri de Traînel, Holduin de Bernières, Félix Capra, Fruburge, fille de Barthélémy de Traînel, et soeur d'Henri, par devant Anseau, seigneur de Traînel.

La charte est scellée des sceaux d'Hugues de Toucy,


350 HISTOIRE DE TRAÎNEL

archevêque de Sens, et d'Henri de Carinthie, évêque de Troyes.

(Archives d'Auxerre, H. 679.)

2. — Avant 1150. — Ponce de Traînel, qui avait donné précédemment aux moines de Preuilly sa terre de Cérilly, et qui l'avait ensuite oublié, s'en rapporte moins à sa mémoire qu'à l'attestation des moines, et il reconnaît avoir fait don, à l'abbé de Vauluisant, de tout ce que celuici possédait en propre et de tout ce qu'il pourrait acquérir dans son fief.

(Cart. de Vauluisant, p. 79, apud Bibl. nat., n° 152, et apud Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, tome Ier, p. 455, charte 301e.)

3. — Vers 1159. — Anseau de Traînel est témoin dans une charte du comte Henri, en faveur de l'abbaye de Dilo.

(Quantin, Cartulaire gén. de l'Yonne, tome II, p. 97, charte 90°.)

4. — 1169-1180. — Garnier de Traînel et de Marigny fait hommage à Mathieu, évêque de Troyes, de SointneFontaine, du Casement de Venisy (Yonne), sauf la forteresse, de tout ce qu'il possède à Traînel ou dans la vallée de l'Orvin, à Gumery, à Courceroy, à Tilly, sauf quelques réserves.

(Arch. de l'Aube, G. 681.)

5. — 1176. — Anseau de Traînel est témoin dans une charte du comte Henri, en faveur de l'archevêque de Sens.

(Quantin, Cart. général de l'Yonne, tome II, p. 283, charte 264e.)

6. — 1176. —Le même Anseau de Traînel est té-


HISTOIRE DE TRAÎNEL 351

moin dans une charte du comte Henri, en faveur de Vauluisant.

(Quantin, Cart. général de l'Yonne, p. 289, ch. 270e)

7. — 1211. —- Approbation, par Garnier de Traînel, de l'accord conclu entre l'abbaye de Pontigny et Alix, dame de Venisy, ainsi que son fils Erard de Brenne, au sujet du bois de Saint-Etienne.

(Arch. d'Auxerre, H. 1462.)

8. — 1219. — Renaud de Traisnel ayant voulu contribuer à la dotation de l'abbaye de Vauluisant, lui donne le moulin de Pouy « avec la directe qui en dépendoit et qui » faisait partie de la seigneurie de Pouy. »

(Arch. d'Auxerre, H. 711.)

9. — 1222. — Etienne de Traisnel, frère aîné de Renaud, ratifie la donation précédente, en qualité de seigneur féodal, s'étant réservé, comme de raison, la mouvance du fief du moulin de Pouy.

(Arch. d'Auxerre, II. 711.)

10. — 1222. — Charte d'Hélissende; comtesse du Perche, dame de Marigny, du consentement de Garnier de Traînel, son mari, contenant donation à Vauluisant d'un demi-muid de froment de rente sur la grange d'Esternay. — Sceau d'Hélissende.

(Arch. d'Auxerre, H. 754.)

11. — 1231. — Charte d'Erard de Traînel contenant amortissement de tout ce que l'abbaye de Vauluisant possède à Villeneuve.

(.Arch. d'Auxerre, H. 780.)

12. —1232. —Charte d'affranchissement des habitants


352 HISTOIRE DE TRAÎNEL

de Somme-Fontaine (Saint-Lupien), Rigny et La Peere, par Anseau de Traînel, sire de Voisines. (Arch. d'Auxerre, G. 1368.)

13. — 1232. — Charte de Félix, doyen de La-Rivièrede-Vanne, attestant que les habitants de Pouy, dépendant d'Erard de Traînel, seigneur de Foissy, ont promis de ne plus arracher du bois appartenant aux religieux de Vauluisant.

(Arch. d'Auxerre, H. 716.)

14. — 1233-1234. — Chartes relatives à la vente à Vauluisant du bois des Petites-Haies de Lailly et des Haiettes de Foissy, par Anseau de Traînel, seigneur de Voisines, contenant 320 arpents à l'arpent du roi de 40 toises, pour 50 s. l'arpent. Sont garants : Anseau de Traînel, seigneur de Villeneuve-aux-Riches-Hommes; Erard de Traînel, seigneur de Foissy, frère du précédent ; Garnier de Marigny et Dreux, frères du vendeur.

On trouve, au même sujet, les chartes de Gauthier Cornut, archevêque de Sens, de l'official de cette ville, de Dreux et d'Erard de Traînel, et de Mathilde, femme du vendeur (1233-1235.) — Sceaux d'Anseau de Traînel, seigneur de Voisines; d'Erard de Traînel.

Cette vente est confirmé par le comte Thibaut de Champagne.

(Arch. d'Auxerre, H. 738. — Quantin, Cart. gén. Recueil des pièces du XIIIe siècle, n° 411, p. 185 et 186.)

15. — 1236. — Charte d'Erard de Traînel, seigneur de Foissy, contenant vente à Vauluisant de 40 arpents de bois à l'arpent du roi de 40 toises, au bois de Villeguillon, moyennant 70 s. de Provins par arpent.

(Arch. d'Auxerre, H. 738.)


HISTOIRE DE TRAÎNEL 353

16. — 1236. — Chartes d'Agnès, femme d'Erard, et d'Anseau, sire de Traînel, seigneur féodal, contenant ratification de la vente ci-dessus.

(Arch. d'Auxerre, H. 738.)

17. — 1236. — Vente à l'abbaye de Vauluisant, par Girard de Traînel, de 35 arpents de bois à Villeguillon pour 50 sols l'arpent.

(Arch. d'Auxerre, H. 738.)

18. — 1236. —Charte de Garnier de Traînel, seigneur de Marigny, attestant la vente faite à Vauluisant par Pierre, fils de Renaud de Crancey, et Jacquette, sa femme, de cinq fauchées de prés, situées dans la prairie de Crancey, et tenant aux prés de la Maison-Dieu de Marigny, pour 18 liv. de Provins.

(Arch. d'Auxerre, H. 722.)

19. — 1237. — Charte de Garnier de Traînel, sire de Marigny, contenant vente à Vauluisant, par Garnier, fils de Mathieu de Marigny et sa femme, de leur grange de Marigny, pour 14 liv. tournois.

(Arch. d'Auxerre, H. 754).

20. — 1239. — Charte d'Anseau de Traînel, seigneur de Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes, attestant la donation de dîmes à Courgenay, faite à Vauluisant, par Jean de Charmesseaux, écuyer.

(Copie dans le Censier de Courgenay, Reg. H. 720, Archives d'Auxerre.)

21. — 1239. — Charte de Garnier de Traînel, seigneur de Marigny, contenant cession à Vauluisant des produits du plaid de mai, qui se tient tous les ans à Saint-Flavit, trois jeudis consécutifs, pour son anniversaire.

(Arch. d'Auxerre, H. 754.)

T. XLVIII 23


354 HISTOIRE DE TRAÎNEL

22. — 1239. — Donation à l'abbaye de la Cour-NotreDame de Michery, par Erard de Traînel, seigneur de Foissy, de 20 sous de rente sur ses cens de Foissy, pour son anniversaire et celui de feue sa femme Agnès.

(Arch. d'Auxerre, Cart. de la Cour-Notre-Dame de Michery, H. 787.) -

Cette donation est confirmée par Anseau de Traînel, son frère.

(Ibid, H. 798.)

23. — 1239. — Anseau de Traînel, seigneur de Voisines, donne à l'abbaye de la Cour-Notre-Dame de Michery 40 sous de Provins de rente sur les censives.

(Arch. d'Auxerre, H. 804.)

24. — 1243. — Anseau de Traînel, seigneur de Voisines, fait avec Eloïse, fille de Jean de Rigny-la-Nonneuse, maire de l'abbaye de Sainte-Colombe-les-Sens, échange d'une femme serve à certaines conditions.

(Arch. d'Auxerre, H. 164.)

25. — 1243, 6 juillet. — Anseau de Traînel, comme seigneur féodal, ratifie l'accord entre Patier, chevalier, et Thomas, abbé de Saint-Pierre-le-Vif, au sujet de l'exercice de la justice à Sognes ; il reconnaît le droit d'asile en faveur des moines de leur maison.

(Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, t. III, n° 487, p. 223.)

26. — 1255.— Charte de Garnier de Traînel, seigneur de Marigny, confirmant la donation de dix livrées de terre de rente faite à Vauluisant, par son père défunt, pour son anniversaire, à prendre sur la jurée ou sur la taille de ses vassaux de Marigny.

(Arch. d'Auxerre, H. 754.)

27. — 1257. — Charte en français d'Henri, chevalier,


HISTOIRE DE TRAÎNEL 355

sire de Traînel, confirmative de l'amortissement accordé par Eudes de Charmesseaux, chevalier, à l'abbaye de Vauluisant, du legs de 4 setiers de froment, 4 setiers d'orge et 4 setiers de seigle, à prendre sur son terrage, etc. (Arch. d'Auxerre, H. 758.)

28. — 1257. — Acte des exécuteurs testamentaires de Garnier, seigneur de Marigny, qui sont : l'abbé de Vauluisant ; Jean, seigneur de Seignelay ; Henri, sire de Traînel, etc.; portant délivrance à l'abbaye de Vauluisant du four banal d'Ossey et de divers autres héritages, lesquels Garnier avait donnés, pour être enterré à Vauluisant.

(Arch. d'Auxerre, H. 759.)

29. — 1258. — Charte de Thibaut V, confirmant la donation faite par Garnier de Traînel, de son terrage des Echemines à l'abbaye de Vauluisant.

(Arch. d'Auxerre, H. 674.)

30. — 1258. — Charte en français d'Henri, chevalier, sire de Traînel, contenant renonciation à tout droit sur le bois de Lusseins, vendu à Vauluisant par son père. — Très beau sceau d'Henri.

(Arch. d'Auxerre, H. 710.)

31. — 1258. — Erard de Traînel, seigneur en partie de Pouy, ayant fait construire un moulin, qui fut placé audessus de celui qui avait été donné aux religieux de Vauluisant, ils s'en plaignent ; et, par condescendance pour eux, il y eut une transaction par laquelle Erard de Traînel consentit à faire démolir le nouveau moulin, à condition que lui et ses successeurs, seigneurs de Pouy, « auroient leur » franc moulu » dans l'ancien moulin, et Henri de Traisnel confirma cette transaction, nomine domini feodalis.

(Arch. d'Auxerre, H. 711.)

32. — 1258-1259. — Donation par Garnier de Traî-


356 HISTOIRE DE TRAÎNEL

nel, seigneur de Marigny, de son droit de terrage des Echemines, en remplacement de dix livrées de terre de rente données par feu son père Garnier à l'abbaye de Vauluisant.

(Arch. d'Auxerre, H. 723.)

33. — 1262. — Charte de Thibaut V de Champagne, attestant qu'Anseau de Traînel, son connétable, a donné à l'abbaye de Vauluisant la forêt de Noerians, qu'il avait recouvrée de l'abbaye de Saint-Pierre de Sens.

(Arch. d'Auxerre, H. 674.)

34. — 1262, octobre. — Charte de l'official de Sens, attestant que noble Anseau de Traînel, seigneur de Voisines, connétable de Champagne, chevalier, et Agnès, sa femme, étant devant Guimond, l'un des cinq notaires jurés pour recevoir les accords de la cour de Sens, ont donné à l'abbaye de Vauluisant leur bois de Nozeaux, en échange de 3 muids de blé de rente sur leur moulin de SommeFontaine. — Sceau du sire de Traînel.

(Arch. d'Auxerre, H. 758, et Quantin, Cart. général de l'Yonne, t. III, n° 607, p. 296.)

35. — 1263. — Charte en français de Garnier de Traînel, sire de Marigny, relatant qu'Agnès, dame de Voisines, et Anseau, son fils aîné, ont confirmé une transaction passée entre Anseau de Traînel, connétable de Champagne, époux de ladite dame, et oncle de Garnier, d'une part, et les moines de Larrivour, d'autre part, au sujet du moulin et de l'étang que ledit seigneur avait établis entre la grange des moines, appelée Don-l'Evêque, et le village de SommeFontaine. Le seigneur Anseau indemnisa les moines en leur payant une redevance en avoine, orge et mouture.

(Arch. d'Auxerre, H. 772.)

36. — 1264. — Henri de Traînel, chevalier, sire de


HISTOIRE DE TRAÎNEL 357

Villeneuve-aux-Riches-Hommes, et Thibaut V, comte de Champagne, confirment la donation de 20 setiers d'orge de rente sur le marché de Fontaine-lez-Traînel, faite à l'abbaye de La Cour-Notre-Dame de Michery, par Jean Britaud, chevalier, et sa femme.

(Arch. d'Auxerre, H. 798.)

37. — 1268. — Henri de Traînel, chevalier, vend au Chapitre de la cathédrale de Sens la forêt Huon ou Hugon, située entre Granges et Villiers-Bonneux, moyennant 4 liv. tournois par arpent à l'arpent du roi.

(Extraits de deux Cartul. appelés Morellus et Rossellus, Arch. d'Auxerre, et Quantin, Cart. gén. de l'Yonne, n° 643, p. 317.)

38. — 1268. —Félix, fils d'Oger de Nailly, et Henri de Traînel, seigneur de Villeneuve-aux-Riches-Hommes, vendent diverses pièces de bois au Chapitre de Sens.

(Arch. d'Auxerre, G. 1434.)

39. — 1268. — Quittance donnée au Chapitre de Sens, par Henri de Traînel, de la somme de 800 livres tournois, prix de la vente du Bois-Huon, et de 50 livres pour les joyaux de sa femme, Jeanne de Melun; lesdites sommes payées à Pierre le Maçon, son prévôt de Traînel, et Jean de Fleurigny, son écuyer. — Sceau de Henri de Traînel.

(Arch. d'Auxerre, G. 1434. — Quantin, Cartul. gén. de l'Yonne, p. 318.)

40. — 1268. — Charte d'Henri, seigneur de Traînel, attestant la vente faite à Vauluisant par Baudoin, dit l'Enfant, écuyer, et damoiselle Catherine, sa femme, d'une partie de la dîme de Courceaux, pour 40 liv. tournois.

(Arch. d'Auxerre, H. 709.)

41. — 1284. — Consentement donné par Erard de


358 HISTOIRE DE TRAÎNEL

Traînel, à ce que l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif-lès-Sens possède à perpétuité, en franc aleu, les biens provenant des enfants d'Henri le Bègue, écuyer. (Arch. d'Auxerre, H. 234.)

42. — 1284. — Charte en français de Gauthier de Traînel, sire de Foissy, chevalier, confirmant la possession de maisons et de droits sur les mesures à blé à Villeneuve, données par feu son père à l'abbaye de Vauluisant.

(Arch. d'Auxerre, H. 786.)

43. — 1287. — Anseau de Traînel, seigneur de Voisines, fait une rente à Renier Accore, par devant Jean de Villeblevin, chevalier, bailli de Troyes.

(Cart. fr. de Gouvois (Gouaix) et Prouvins, f° 55 r°, col. 1, au dos du Reg. des propriétés de Renier Accore, Bibl. nat. F. des Cart., n° 173.)

44. — 1290. — Gauthier de Traînel, chevalier, et sa femme, vendent à l'archevêque de Sens, Gille Cornut, le domaine qu'ils possèdent à Villeneuve-aux-Riches-Hommes, mouvant en fief de l'archevêché.

(Arch. d'Auxerre, G. 555.)

45. — 1290. — Confirmation par Anseau de Traînel, seigneur de Beine et de Sarry, et par sa femme, Béatrix, des libéralités pieuses faites aux moines de Pontigny par défunt Gui, seigneur de Beine, son épouse, et le clerc Etienne de Maligny, sur les cens, coutumes et labourages de Beine et les saulaies de Poinchy.

Sceaux d'Anselme de Traînel et de sa femme Béatrix. (Arch. d'Auxerre, H. 1456.)

46. — 1291. — Gui de Traînel, chevalier, sire de Soligny, donne sa dîme des Ormeaux en franc alleu à l'abbaye


HISTOIRE DE TRAÎNEL 359

de Vauluisant pour le repos de son âme, de celles de son père et de sa mère. — Sceau de Gui.

Celte donation est ratifiée par son frère Anseau, sire de Sarry et de Soligny.

(Arch. d'Auxerre, H. 704.)

47. — 1293. — Gauthier de Traînel vend à Hue de Bouville la maison forte de Villeneuve.

(Arch. d'Auxerre, G. 555.)

48. — 1293. — Sentence arbitrale prononcée par Bernard, abbé de Bouras, et Pierre de Sergines, chevalier, dans le procès existant entre l'abbaye de Vauluisant, et Anseau et Henri de Traînel, écuyers, et Maître Adam, ses fils, la dame de Villeneuve-aux-Riches-Hommes, Jeanne, dame de Traînel, leur mère, Agnès, leur soeur, et portant que les moines sont reconnus seigneurs de tous les lieux entourant l'abbaye.

(Archives d'Auxerre, H. 711.)

49. — 1295. — Reconnaissance par Gauthier de Traînel, sire de Foissy, chevalier, Jeanne, sa femme, et Erard, leur fils, portant qu'ils n'ont aucun droit de chasse ni de justice dans les terres et bois de l'abbaye de Vauluisant.

(Arch. d'Auxerre, H. 711.)

50.— 1299. — Amortissement par Anseau, sire de Traînel, de la vente du bois de Foissy, faite à Becquart de Penoul, archevêque de Sens, par Hue de Bouville, sire de Milly.

(Arch. d'Auxerre, G. 555.)

51. — 1296. — Anseau de Traînel, chevalier, seigneur de Villeneuve, « pour son grand besoing et pour païer » plusieurs debtes croissant par grant usure », vendit au duc Robert tout ce qu'il possédait « ès villes, finaiges, ter-


360 HISTOIRE DE TRAÎNEL

» raiges et parochaiges et appendices de Sarri, Villiers-les» Hauts et Mereuil et spécialement en la ville de Sarri-le» Mex qui fut au maire... » La vente eut lieu moyennant 4,000 livres. La charte est d'une longueur inusitée. (Arch. de Dijon, Peincidé, t. Ier, p. 170.)

52. — 1301. — Reconnaissance par Erard de Traînel, seigneur de Sergines, écuyer, de 3 setiers de froment et autant d'avoine sur la grange des Arcis, en faveur de l'abbaye de La Pommeraye.

(Arch. d'Auxerre, H. 942.)

53. — 1303. — Erard de Traisnel ayant concédé de l'eau aux religieux de Vauluisant pour le travail de leur moulin, ceux-ci sollicitent et obtiennent une ratification d'Henri de Traînel, l'aîné de la famille, et seigneur de Pouy.

(Arch. d'Auxerre, H. 711.)

54. — 1315, mars. — Bourges. — Louis le Hutin, à la requête d'Henri de Traînel, amortit des biens vendus au Chapitre de la cathédrale de Troyes par le père d'Henri, et situés à Fontaine-Fourches.

(Arch. de l'Aube, G. 1252.)

Le même Henri vend au Chapitre sa terre de Courcelles.

(Arch. de l'Aube, G. 2323.)

55. — 1317. — Transaction portant cession par l'abbaye de Saint-Jean de Sens à Jean de Traînel, chevalier, sire de Voisines, d'un muid de grains de rente sur ses moulins de Voisines, moyennant l'amortissement des biens que l'abbaye possédait audit lieu.

(Arch. d'Auxerre, H. 430.)


HISTOIRE DE TRAÎNEL 361

56. — 1341. — Dénombrement du fief de Sergines, par Henri de Traînel.

(Arch. d'Auxerre, G. 228 bis.)

57. — 1362. — Vente par Henri, seigneur du Chastel et de Nangis, et Ytasse de Traînel, sa femme, à Jeannot d'Avelly, écuyer, seigneur en partie de Saint-Benoit-surVanne, d'un hôtel clos de murs et fossés et dépendances, sis à Voisines, pour 2,000 florins d'or du coin du roi — lequel Jeannot rétrocéda cet hôtel à l'abbaye Saint-Jean de Sens, en 1366.

(Arch. d'Auxerre, H. 430.)

58. — 1395. — Acte de foi et d'hommage, aveu et dénombrement du fief de Pouy, par Odard de Traînel.

(Arch. d'Auxerre, G. 448.)

59. — 1469. — Amortissement par Marguerite de Traînel, dame de Villeneuve et Saint-Maurice-aux-RichesHommes, et Jacques de Traînel, écuyer, son fils, etc.

(Arch. d'Auxerre, F. des Célestines de Sens, H. 513.)

Malgré le désir de l'auteur et la bonne volonté de la Société Académique de l'Aube, le dessin annoncé n'a pu être reproduit.


TABLE MÉTHODIQUE

PREMIÈRE PARTIE

Pages

NOTIONS GÉNÉRALES

Chapitre Ier. — Topographie du pays 121

Chapitre II. — Archéologie 125

SECONDE PARTIE

HISTOIRE ADMINISTRATIVE, ÉCONOMIQUE ET MORALE DE LA COMMUNE

Chapitre 1er. — La Communauté et la Commune 129

§ I. — Personnel administratif depuis 1800 129

§ II. — Vie administrative et industrielle 141

Chapitre II. — L'Ecole 157

Chapitre III. — Assistance publique 161

§ I. — Hospice et prieuré de Saint-Antoine 161

§ II. — Maladrerie de Saint-Barthélémy 183

§ III. — Secours aux indigents et aux incendiés 187

TROISIÈME PARTIE

LE DOYENNÉ ET LA PAROISSE

Chapitre Ier. — Le Doyenné et les Chapellenies 188

Chapitre II. — Paroisse et Prieuré de Saint-Gervais 195

§ I. — Eglise Saint-Gervais et Saint-Protais 195

§ II. — Curés 203

§ III. — Prieurs 211

Chapitre III. — Paroisse de Notre-Dame 216

§ I. — Eglise Notre-Dame 216

§ II. - Curés 219


363 TARLE MÉTHODIQUE

Pages

Chapitre IV. — Documents complémentaires 223

§ I. — Registres paroissiaux 223

§ II. — Biens des églises et des cures de Saint-Gervais

et de Notre-Dame. — Bienfaiteurs principaux 229

§ III. - Cloches 233

Chapitre V. — Collégiale de la Sainte-Trinité 237

§ I. — Historique du Chapitre 237

§ II. — Doyens 241

Chapitre VI. — Prieuré des Bénédietines de Sainte-MarieMadeleine

Sainte-MarieMadeleine

§ I. — Historique du prieuré 245

§ II. — Prieures 255

QUATRIÈME PARTIE

LE CHATEAU ET LES SEIGNEURS

Chapitre 1er. _ La Chatellenie et le Château 258

§ I. — La Châtellenie 258

§ II — Le Château et ses dépendances 266

Chapitre II. — Les Seigneurs de Traînel 272

§ I. — Maison de Traînel (Branche aînée) 272

§ II. — Maison de Traînel (Branche cadette) 291

§ III. — Maison de Châteauvillain, Baye et Vaucler... 299

§ IV. — Maison de Mornay 301

§ V. — Maison de l'Ile-Adam et de Marivaux 303

§ VI. — Maison des Ursins 306

§ VII. — Maison de Beaujeu 315

§ VIII. — Retour de la maison des Ursins 316

§ IX. — Maison de Harville des Ursins 319

§ X. — Maison de Terray 325

§ XI. — Maison de Bignon 327

§ XII. — Maison de Burgat 328

»

CINQUIÈME PARTIE

RÔLE DE TRAÎNEL DANS L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA FRANCE

Chapitre 1er 329

§ I. — Traînel en temps de paix 329

§ II. — Traînel en temps de guerre 331

Chapitre II. — Personnages remarquables de Traînel 343

APPENDICE 349



MARTYROLOGE ET CHARTES

DE

L'ABBAYE NOTRE-DAME

DU

JARDIN LEZ PLEURS (MARNE)

Ancien diocèse de Troyes

RECUEILLIS ET MIS EN ORDRE

PAS

M. LÉONCE LEX

ANCIEN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE DES CHARTES ARCHIVISTE DE SAÔNE-ET-LOIRE

Le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale conserve deux séries de documents émanés de l'abbaye de Notre-Dame du Jardin lez Pleurs 1, un martyrologeobituaire et une suite de chartes originales. Ils nous donnent sur ce monastère, auquel les auteurs du Gallia christiana 2 n'ont consacré que quelques lignes, des renseignements fort intéressants. On sait que, fondé avant 1229, il cessa d'exister en 1403.

1 Canton de Sézanne (Marne). 2. T. XII, col. 534, D.


366 MARTYROLOGE ET CHARTES

I

Le martyrologe (lat., n° 5553) est un manuscrit qui vient de la collection d'Antoine Faure, docteur en théologie, mort en 1689. Par son testament, il autorisa l'archevêque de Reims, Charles-Maurice LeTellier, à choisir parmi ses livres ceux qui lui conviendraient. L'héritier de Faure abandonna le reste en 1701, à la Bibliothèque du Roi : il s'y trouvait 276 manuscrits.

Le petit volume du Jardin a 95 folios. Il mesure 0,22 centimètres de hauteur sur 0,15 de largeur.

Le commencement et la fin manquent.

Incipit: «... ano imperatore ... (f° 1, r°.) — Kalendas januarii... (f° 1, v°.) » —Explicit : « X kal.januarii... (f° 88, r°.) — Incipit prologus reguloe sancti Benedicti abbatis... (f° 88 v°.) »

Il se compose de deux parties bien distinctes. La seconde (fos 46-96) est la plus ancienne; elle date du commencement du XIIIe siècle. La première (fos 1-46) est une copie refaite à la fin du XIIIe siècle ou au commencement du xive, par suite de la détérioration d'une partie du volume. Le f° 46 est lui-même très endommagé.

Au XVIIe siècle, on a écrit sur le f° 1 : « Ce martyrologe a autrefoyes servy en l'abbaye des Religieuses du Jardin — de Jardino, — ord. de Cisteaux, diocèse de Troyes, laquelle abbaye ayant estée ruinée par les guerres des Anglois soubs le roy Jean, fut érigée en simple prieuré deservy par un religieux dudit ordre, et le revenu de ladicte a l'abbaye de Jouy — de Joaco Senonensis dioecesis ejusdem ordinis — [qui] est abbaye de religieux dudit ordre. »

Les marges ont été couvertes de notes diverses qui en faisaient à la fois un martyrologe, un obituaire et un journal. Beaucoup d'entre elles ont été coupées par la reliure. Celles


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 367

de la première partie, le scribe n'a malheureusement pas pu les retranscrire. Nous donnons celles qui sont restées entières et celles dont les fragments sont encore utilisables.

II

Les chartes originales — au nombre de vingt-cinq — nous ont été conservées parmi ces précieux documents que les Bénédictins ont réuni au siècle dernier pour écrire l'histoire des provinces de la France. Elles figurent au tome 151 de la Collection de Champagne.

La plus ancienne est de 1235, la plus récente de 1316.

Nous en avons dressé le texte pour l'impression. On verra que ces actes offrent beaucoup d'intérêt aux érudits qui étudient le passé des villes et des villages de cette partie de la Champagne qui constitue la région sézannaise, et qui dépendait de l'ancien diocèse de Troyes.

I, - MARTYROLOGE,

F° 22, v°. XIII kal. aprilis.

« Obit [ma]dame Isabel de Sanz qui fut abesse a sete [abbaye] qui nos donna la crux d'argent por qoi nos li prometons... messes... tenus vi setiers de blef »

F° 32, v°. x kal. maii.

" Ma dame la beece a sent tens. »

F° 47, r°. v id. junii.

" 0. Deliete de Plaiostro. Duos solidos que nobis ann... os dédit super domum de Calceia ab opposito Domus Dei pro pictancia. »


368 MARTYROLOGE ET CHARTES

Ibid. nu id. junii.

« 0. Johannes miles dominas de Saileio et domina Renarda uxor ejus. Quorum anniversarium fiat in crastino Sancte Trinitatis. »

Ibid. III id. junii.

« O. Galterus de Puit canonicus Beati Remigii de Paiostro. »

F° 47, v°. III id. junii.

« Garnerus de Lie presbiter. »

Ibid. Id. junii.

« Pro domiao Harrico de Plaustro canonico de Sancta Trinitate Cathalensi XX lib. turonensium pro una missa de... »

F° 48, v°. XIII kal. julii.

« O. domina Maria de Gourgançon. — Obiit Helisabeth de Plaiostro uxor domini quondam domini Milonis de Plaisseio. »

F° 49, v°. IX kal. julii.

« [Re]naudi [domini] de sancto Lu[po].... »

F° 50, v°. v kal. julii.

« rus comitis [de Mont]e Forti u faciendo. »

F0 51, v°. VI non. julii.

« Obiit domina Ysabellis de Raineval domina de Congi. Une queue de vin chascun an. »

F° 52, r°. IIII non. julii.

« Obiit domina Helys [conj]ux Johannis Bari [de] Sezannia junior... »

« Obiit nobilis domina Maria comitissa de Brianna mater et sublevatrix ecclesie istius de Jardino. "

F° 52, v°. iv non. julii.

« Obiit domina Maria de Conflanceyo domina de Juilly. Le four de Toulon. »

F° 54, r°. Id. julii.

" Obiit Hugo de Couflans. "

F° 55, V. Id. julii.

« Eodem die obiit domina Béatrix de Villa Beon pro qua recepimus.... »


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 369

F» 69, r°. vu id. augusti.

« O. Johannes frater abatisse TheciedeSanz qui dédit huic

libras pro remedio anime sue. »

F» 60, r°. IIII id. aug.

« O. Marg[areta] de Ami[liaco]. »

Ibid. II id. aug.

« Obiit madame Blanche, duchesse de Bretainne. »

F° 62, r°. XIII kal. sept.

" Obiit domina d'Oignes ... hujus ... pro qua her... st. bladi... »

Ibid. XII kal. sept.

" Obiit Agnes domina Ardilleriis. »

F° 62, v°. xi kal. sept.

« [O. Elisabeth [de] Jardino. »

F° 63, V°. VIII kal. sept.

« ...X° L° ... nobis ... [L]udovi[cus rex F]rancie ple[nu]s operibus et... ite. »

F° 68, v°. XVI kal. oct.

« [Obiit] Elisabet... Martin. »

F0 70, v°. VIII kal. oct.

« [Obiit] Johanna de [Castriv]illano domina .... »

F° 71, v°. m kal. oct.

« [III kal.] octobris [obiit] Johannes [dominus] d'Ouchi... x lib... père. »

F» 72, v°. v non. oct.

« [Obiit] Helisandis... mulier de... artino pro [qua ha]bemus terram... netrum. »

F» 76, v°. XI kal. nov.

« [Obiit] Beatriz [de Saint] Chéron ... ongeus. "

F° 79, r°. n non. nov. « O. Gar[nerus] de Ric.... » I. XLVIII 24


370 MARTYROLOGE ET CHARTES

F° 81, v°. xv kal. dec.

« [O. M]onss[ignor] Huitace [de Cou]flans signor (de Ma-] reuil. »

F° 83, r°. VIII kal. dec. « O. Bla[ncha re]gina... »

F° 83, v°. III kal. dec.

« [0. G]alterus de Buxerio et Olanna uxor ejus. »

« [0. co] mi tissa domina de Mareuil. xx s. »

F° 84, r°. n kal. dec.

« Ob. dam ... Jehanne de ... nonnains de ... "

F° 85, v°. nu id. dec.

« Ob. damoiselle Marguerite de Couflans nonnain d'Oregni. »

F° 86, v°. Idus. decemb.

" [O. Ren]audus dictus ad Pri... ses cathalanensis [et Marga-] rita uxor ejus. »

F° 87, r°. XVIII kal. jan.

« Obiit domina ... domina de Pla[nceio] qui nobis leg[avit] x lib. ann.... pro pia— »

II. - CHARTES,

1. — 1235, août, Sézanne. — Thibaut IV, comte de Champagne, donne à l'abbaye de Notre-Dame du Jardin dix livres de rente annuelle à prendre snr les revenus de la halle qu'il possède à Sézanne.

Nos Theobaldus, Dei gratia rex Navarre, cornes Campanie et Brie palatinus. Notum facimus universis tam presentibus quam faturis quod cum promisissemus ecclesie Sancte Marie de Jardino dare terram quam abbas et conventus de Cheziaco habent apud


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 371

Plaiostrum et hoc non potuerimus adimplere, nos in recompensatione dicte promissionis, donavimus jam nominate ecclesio de Jardino decem libras annui redditus apud Sezenniam in hala nostra singulis annis in festo sancti Johannis Baptiste, et per hoc quiti sumus a dicta promissione. In cuius rei testimonium, presentes litteras fieri fecimus et sigilli nostri munimine roborari. Actum apud Sezenniam, anno Domini millesimo ducentesimo tricesimo quinto, mense

augusti.

(Or., B. N., Collection de Champagne, 151, p. 9. — An., D'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, V, p. 346.)

2. — 1237, octobre. — Gautier de Prie, clerc, vend à l'église de Notre-Dame du Jardin, au prix de trois sols de Provins de cens annuel, un moulin sis entre Pleurs et Marigny, avec toutes ses dépendances, ses droits et revenus, sauf la justice dudit moulin.

Nicholaus, miseratione divina trecensis ecclesie minister humilis, omnibus présentes litteras inspecturis salutem in Domino. Noverit universitas vestra quod Galterus de Prie, clericus, coram nobis recognovit quod ipse vendidit et quitavit ecclesie de Jardino Béate Marie, cysterciensis ordinis, quoddam molendinum situm inter Plaiostrum et Maregniacum, quod molendinum dicituri Novum Molendinum, cum omnibus pertinentiis et proventibus dicti molendini et quicquid juris possidebat et habebat in dicto molendino, retenta tamen sibi justicia dicti molendini, hoc et addito quod dicta ecclesia reddet annuatim dicto Galtero très solidos pruvinensium censuales. In cuius rei testimonium, ad petitionem partium, présentes litteras sigilli nostri munimine fecimus roborari. Datum anno gracie millesimo ducentesimo tricesimo septimo, mense octobri. (Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 10.)

3. — 1239, mars. — Hugues de Broyes donne aux religieuses du Jardin le droit de pâturage sur toutes ses terres, plus une Voiture de bois à brûler dans sa forêt de Chapton.

Hugo, dominus Brecarum, omnibus présentes litteras inspecturis in Domino salutem. Quum diversitate temporum plurima elabi


372 MARTYROLOGE ET CHARTES

possunt a memoria, necessarium est ut per assertionem scriptorum preterita ad memoriam revocentur. Eapropter universitati vestre notum facio quod ego do et concedo sanctimonialibus de Jardino Deo et Beate Marie ibidem servientibus communia pascua totius terre mee ad opus animalium suorum grossorum et minutorum per dampna reddenda. Do insuper eisdem usuarium suum ad ardendum ad unam quadriguam in bosco de Chapetons in quantum debeo et possum. Quod ut ratum permaneat, présentes litteras sigilli mei munimine roboravi. Actum anno gracie millesimo ducentesimo tricesimo nono, mense marcio.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 11.)

4. — 1247. — Hugues de Broyes donne en toute propriété aux religieuses du Jardin cent vingt arpents de bois dans la forêt de Chapton, sauf la justice de ladite forêt.

Ego Hugo, dominus [Brecarum], notum facio omnibus tam presentibus quam futuris me dedisse et concessisse in perpetuam elemosynam monialibus [de Jardino Béate] Marie cisterciensis ordinis prope Plaiostrum centum et viginti arpenta nemoris que habebam

in nemore de Chapetons ad campos de N Idi, inter viam que

ducit versus Villam Novam et nemus quod dicitur Raimbolt usque ad fossata nemoris domini Leordi do Sezennia mi [litis baben] da et possidenda perpetuo, cum omni superficie et treffundo, volens et

conc illud nemus eis liceat essartare et ipsam terram

redigere ad culturam, et edifieare super eandem terram grangias

[et omnia] alia quelibet edificia, que dicte moniales sibi [J]ardino

[J]ardino expedire, et plenarie suam tam de nemore quam

[de fa] cere voluntatem. retenta michi et heredibus meis

[just] icia nemoris supradicti. Ad maiorem vero dictarum monialium et dicte ecclesye de Jardino cautelam, promitto eis legitimam contra o[mnes]...n portare super nemore supradicto. Huic autem donationi vel concessioni karissima in Christo uxor mea Berengaria

et dilectus filius meus , me consentiente et autoritatem prestante,

prestante, consenserunt et fidem corporalem dederunt quod

contra hoc per se vel per alium sive [her] editatis sive cujuscumque

cujuscumque alterius ratione non venient in futurum, sed permittent

permittent easdem et ipsam ecclesyam ipsi perpetua et

quieta possessione gaudere. In cuius rei testimonium et munimen,


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 373

presentes litteras feci sigilli mei appositione muniri. Actum anno Domini millesimo ducentesimo quadragesimo septimo.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 12.)

5. — 1253, décembre. — Isabeau, soeur de feu Guy de Charny, donne à l'abbaye du Jardin tout ce qu'elle possède à Longueville et dans le finage dudit Longueville.

Omnibus présentes litteras inspecturis Officialis trecénsis salutem in Domino. Noveritis quod in nostra presentia constituta domicella Ysabellis, soror quondam defuncti Guidonis de Charneio, militis dicti Melis, anime sue saluti cupiens salubriter providere, ob remedium anime sue et parentum et antecessorum suorum, dédit et concessit i[n pura] et irrevocabili donatione facta inter vivos et etiam in puram et perpetuam elemosinam abbatisse et conventui de Jardino, trecénsis diocesis, cisterciensis ordinis, quicquid habebat et habere poterat seu videbatur habere apud Longam Villam et in finagio dicte ville t[am] in terris, pratis, hominibus, censibus, coustumis, herbagiis, quam in rébus aliis quibuscumque, tam jure hereditario quam jure acquisi[tionis,] quam etiam ex donatione sibi facta a nobili viro Jacobo, milite, domino Planciaci, promittens dicta Ysabellis quod contra dictas donationem et elemosinam per se vel per alium non veniet in futurum, nec aliquid in premissis de cetera reclamare presumet. In cuius rei testimonium, presentibus litteris sigillum curie trecénsis duximus apponendum. Actum anno Domini M° cc° quinquagesimo tertio, mense decembri.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 13.)

6. — 1253, février. — Hugues de Conflans donne à l'église du Jardin cinquante sous de Provins par an, à prendre sur ses revenus de Fère-Champenoise du vivant de la dame de Mareuil, sa bru, et après sa mort, sur le péage et le tonlieu de Pleurs.

Ego Hugo, miles, dominus de Couflaris, notum facio omnibus présentes litteras inspecturis quod ego pietatis intuitu et ob remedium anime nobilis mulieris Marie dicte domine de Nantueil, uxoris mee defuncte, dedi ecclesie de Jardino Béate Marie citerciensis ordinis site prope Plaiostrum quinquaginta solidos pru-


374 MARTYROLOGE ET CHARTES

viniensis monete annui redditus, pro anniversario dicte domine singulis annis in perpetuum faciendo, accipiendos annuatim in festo beati Remigii in capite octobris in redditibus meis de Fera in Campania quamdiu comitissa norerca mea et domina nobilis mulier domina de Marueil vixerit; post obitum vero dicte comitisse, dicti quinquaginta sotidi accipientur annuatim in thelonio et pedagio de Plaiostro, in mea porcione. Hanc vero dicte elemosine donationem feci valens sensu et corporali sanitate. Quod ut ratum haberetur et in perpetuum inconcussum, présentes litteras sigilli mei munimine feci roborari. Actum anno gracie millesimo ducentesimo quinquagesimo tercio, mense februario.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 14.)

7. — 1258, 13 janvier, Troyes. — Thibaut V, comte de Champagne, constate que Jean, seigneur de Châteauvillain, autorise Jean, châtelain de Noyon, à donner à l'église du Jardin une grange et ses dépendances que Jean de Loisy tenait dudit seigneur de Châteauvillain dans la châtellenie de Pleurs.

Nos Th., Dei gracia Rex Navarre, Campanie et Brie cornes palatinus. Notum facimus presentibus et futuris quod cum Johannes de Losya, cambellanus noster, tenerit in feodo a Johanne domino Castrivillani in castellania Plaiostri quandam grangiam cum eius gueingnagio et pluribus aliis et alia ab aliis dominis, et ita convenisset inter ipsum Johannem de Losia et Johannem, castellanum Noviomensem et Thoretensem, quod suam ex eis posset idem Johannes castellanus Noviomensis facere voluntatem, et dictus Johannes castellanus Noviomensis donaverat ea in elemosinam ecclesie Beate Marie de Jardino prope Plaiostrum trecensis dyocesis cisterciensis ordinis, dictus Johannes dominus Castrivillani coram nobis constitutus dictam donacionem sponte sua ad preces nostras ratam habuit et laudavit, retenta sibi custodia in eis que de suo feodo movent. Johanna autem, eius uxor, coram nobis spontanea premissa laudavit. Sciendum autem quod custodia dicte ecclesie de Jardino est dominorum Plaiostri. In quorum testimonium, presentibus litteris, ad requestam dictorum Jokannis domini Castrivillani et eius uxoris, sigillum nostrum duximus apponendum. Actum Trecis per nos, anno Incarnati verbi millesimo ducentesimo quinquagesi-


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 375

mo octavo, mense januario, die lune in octabis Epiphanie Domini.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 15. — An., d'A. do Jubainville, Hist. des comtés de Champ., V, p. 486.)

8. — 1260, janvier. — Guy de Louan, chevalier, échange au couvent du Jardin son terrage de Marigny contre cinq arpents de terre sis à Parrigny.

Gie Marie, contesse de Briene et dame de Montaguillon, fais savoir à touz ces qui ces présentes letres verront et orront, que mes sires Guiz de Loen, chevaliers, a recogneu par devant nos qu'il a eschangié ce qu'il avoit et tenoit de rante a Marigny delez Pleywrre au ior que ces letres furent faites, c'est assavoir sa partie dou terraige ou l'abeesse et li couvenz dou Jardin delez Pleywrre avoient la moitié et il l'autre, douquel terraige la partie Ioudit Guy valoit chascun an autour dis et wit setiers de blef à la mesure de Playwrre, c'est assavoir meitié soigle et meitié aveigne, et seis setiers d'aveigne de costumes à ladite mesure, wit sols de cens, seis chapons, seis fouaces et seis deniers avec les foaces, à cinc apenz de terre gueai[gnable et sei]s arpenz de pré que l'abeesse et li couvenz devant dit avoient et tenoient à Parrigny delez Ponz sur Se[yne]... que ces letres furent faites. Et est assavoir que lidiz Guiz a quité par devant moi à l'abeesse et au [couvenz dou Jardin] à tenir touz iourz pasivlement toutes ces choses devant dites et los,

ventes, seignorie et tout ce qui ap ces choses devant

dites apartenanz à ladite rante et qu'il lour est tenuz aporter leial garantie à touz iorz, et il et si hoir, de toutes ces devant dites choses envers touz ceus qui de riens ou en tout, ou en partie en iroient ou vouroiant aler à l'ancontre. En tesmoignance des quex choses, à la requeste doudit Gui, j'ai baillies ces letres à l'abeesse et au couvent devant diz, seellées de mon seel. Les quex furent faites l'an de l'Incarnacion Nostra Seignor mil et deus cenz et soissante, ou mois de janvier. — Mevisiers me fist.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 16.)

9. — 1262, juin. — Hugues de Conflans, chevalier, donne à l'église du Jardin-Notre-Dame cinquante sous de Provins de rente par an à prendre sur ses fours de FèreChampenoise. (Vidimus de 1504.)


376 MARTYROLOGE ET CHARTES

A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront, Jacques

de Villiers, licencié en loix, bailly de Pleure et garde des seaulx de

la prevosté et baronie dudit Pleure pour haulte et puissante dame

dame Marguerite de Torcenay, dame d'Arzillières, du Chastelier,

dudit Torcenay, de Jully et dudit Pleure, salut. Savoir faizons que

aujourd'uy douziesme de février, l'an mil cinq cens et quatre, de la

partie du prieur de Joy-l'Abbaye de l'ordre de Cisteaulx ou diocèse

de Cens, a este présentée à Messire Jehan de la Motte, prebstre, et à

Odin Prieur, clerc, notaires et jurés du tabellionage de ladite prevosté

prevosté baronie dudit Pleure de par ladite dame, une certaine chartre

appartenant à l'esglise de Nostre-Dame du Jardin-lez-Pleure, membre

despendent de ladite abbaye du dit Joy, contenent ce qu'il s'ensuit

« Ge Hues, chevalier, sires de Covlans, fas savoir à touz cex qui

verront ces letres que corne ie aie otroiez et donez an pure aumone

à l'esglise du Jardin Notre Dame de l'ordre de Cistiax delez Pleure,

an l'esveschié de Troie, cinquante sous de provenisiens de rante

chacun an por le remède de mon âme et de l'âme de ma chère

femme Marie de bone mémoire, je otroi et wel que cist devant dit

cinquante sous soiet prins sor mes rantes des fours de Fère-Champenoize

Fère-Champenoize soiet baillié et randu chacun an an perdurableté à la devant

dite esglize dou Jardin Notre-Dame ou à son certain message an cel

forme que on an paiera à la fête Saint Remei vintecinc sous et à

Pâques vintecinc sous. Et ce don et ceste aumone a loé et otroibié

ma dame Yde de Jusenecourt, damme de Cruisilles, ma très chière

famme. Et por ce que ce soit ferme chose et estable, nous avons

seelées ces présens letres an nos seiaus. Ce fut fait en l'an de l'Incarnacion

l'Incarnacion Singnor Jhus Crit mille et ducenteime et seissente

deus, an mois de ioin. » En tesmoing de ce, nous, garde dessusnomé,

avons celle ces [presentes letres] du sel de ladite prevosté et baronie

par le rapport desquels jurés avec leurs sings manuelz cy mis, l'an

et jour dessus dits.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 17.)

10. — 1263, 16 octobre, Lachy. — Thibaut V, comte de Champagne, appose son sceau à une charte de Thibaut IV, dont le sceau pouvait être enlevé sans lésion du parchemin ni de la soie.

Nos Th., Dei gratia rex Navarre, Campanie et Brie cornes palatinus. Notum facimus universis quod cum presentibus litteris


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 377

carissimi patris nostri religiosis mulieribus abbatisse et conventui de Jardina concessis fides posset forsitan denegari, ex eo quod sigillum ex eis sine lesione carte et fili cui appensum est removeri poterat et apponi, considerantes quod antica simplicitas expers fraudis deffectum huiusmodi non advertit, et nostre et earum securitati quantum ad hoc imposterum consulere cupientes, sigillum nostrum dictarum litterarum alligatum sigilla eisdem apponi fecimus, ad earum peticionem, adicientes quod per apposicionem dicti sigilli dictis religiosis nullum jus de novo penitus acquiratur, sed eis duntaxat per hoc quantum ad amocionis et appendicionis dicti sigilli articulum sit provisum. Actum apud Lachiacum, die Martis in octabis sancli Dyonisii, anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo tertio. — Nota Johannis.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, pp. 18 et 19. — An., d'A. de S., Hist. des comtes de Champ., VI, p. 4.)

H. — 1270, juin. — Simonet de Broyes et Marie, sa femme, reçoivent des religieuses du Jardin une maison et son pourpris sis à Broyés, en échange de deux sous tournois de cens annuel.

Universis presentes litteras inspecturis, G., decanus Xristianitatis Sezannie, diocesis trecensis, in Domino salutem. Notum facimus quod in nostra presentia constituti Symonetus, filius Hardoini Hermandi de Brecis et Maria, eius uxor, recognoverunt se ad censum récépissé a religiosis monialibus abbatissa et conventu de Jardina quandam ostisiam cum porprisio ipsius, quam ostisiam cum porprisio dicte moniales habere dicebantur apud Brecas, in vico qui dicitur la Voite, que quidem ostisia cum porprisio sunt quondam, ut dicitur, Johannis dicti Ner de Buef pro duobus solidis turonensium censualibus reddendis et solvendis eisdem monialibus annis singulis in festo beau Remigii in capite octobris, videlicat duodecim denariis ab illis qui tenent et tenebunt dictam ostisiam et dictum porprisium et duodecim denariis ab illis qui tenent seu tenebunt duas pecias vinee dictorum Simoneti et eius uxoris, sitas, ut dicitur. in loco qui dicitur Buiresart, que due pecie vinee fuerunt quondam, ut dicitur, Coleti dicti Frogier et erant, ut dicitur, libère ab omni onere servitutis, et quantum ad solvendum dictum censum, ut dictum est, dictam porprisii ostisiam et dictum porprisium et dictas vineas obligaverunt. Quam ostisiam cum porprisio dicti Simonetus et eius uxor pro se


378 HARTYROLOGE ET CHARTES

et heredibus suis ad perpetuitatem, ut dictum est, accensiverunt et promiserunt, fide data quod ipsi dictum censum solvent dictis monialibus quamdiu tenebunt possessiones predictas, se et possessores dictarum possessionum obligando, pro qua accensisatione sic facta, dicti Simonetus et eius uxor solverant, ut dicebant, quinquajinta solidos turonensium monialibus antedictis et quantum ad premissa tenenda servandaque dicti Simonetus et eius uxor supposuerunt se jurisdictioni nostre et successorum nostrorum ubicumque fuerint vel manserint. In cuius rei testimonium. sigillum nostrum lilteris presentibus apposuimus, ad preces dictorum Simoneti et eius uxoris. Actum anno Domini M° CC° LXX°, mense

junio.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 21.)

12. — 1274, mai. — Jean, sire de Châteauvillain, confirme aux religieuses du Jardin le legs que leur a fait feu Jehannet, fils de feu Gaucher du Puits, écuyer.

Nous, Jehanz, sires de Chatiavillain et Luzi, faisons savoir à touz cez qui verrunt cez leitres, que nous voulons, otroions, loons et confermons ce que les religieuses dames et honestes noz amées li abbeesse et li couvenz de l'esglise de Notre Dame dou Jardin ont ou terraige de Foux que nous achetames des hoirs feu Jehannet, fil iadis Gaucher de Puiz, escuier; c'est à savoir deux seters de soigle et deux seters de avoine à la mesure de Plaieurre, et loons ancor et otroions le lais que li diz Jehannet leur fist en aumone pardurable de ouit seters d'avoine qu'il avoit, si cum en dit, es coutumes de Foux, desquex la Maisons-Deu de Plaieurre doit avoir chacun an quatre seters d'avoine et VIII foaces et VIII gelines et VIII deners que li devant diz Jehannez avoit, si cum en dit, es dites coustumes de Foux. An tesmoing de laquel chose, nous avons mis notre seel en cez leitres, qui furent faites en l'an de grâce Notre Seigneur mil dus cenz sexante et quatourze, ou mois de may.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 22.)

13. — 1275, septembre. — Jean, dit Courberans, chevalier, Adam, son neveu, et Isabelle, sa femme, vendent au Jardin, pour la somme de 130 1.t., le sixième des dîmes de Connantre, le quart de la paille et de l'herbe de ladite dîme, 28 deniers de cens annuel et leurs hommes.


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 379

Universis présentes litteras inspecturis, Officialis trecensis salutem in Domino. Noverint universi quod coram nobis dominus Johannes, dictus Courberons, miles, et Adam, eius nepos, et, coram mandato nostro ad hoc a nobis specialiter destinato, domina Isabellis, uxor dicti militis, constituti, recognoverunt et confessi sunt se vendidisse et nomine venditionis imperpetuum concessisse et quittavisse abbatisse et conventui de Jardina, ordinis cisterciencis, Trecensis dyocesis, ementibus pro se et pro monasterio seu ecclesia earumdem, sextam partem decime de Conantre, quartem partem palle et straminis dicte décime, item viginti octo denarios censuales singulis annis reddendos in festo beati Remigii, homines ipsorum Johannis, Ade et Isabellis, que omnia et singula habebant et tenebant et possidebant tanquam sua tempore venditionis predicte, ut dicebant, necnon et quicquid habebant in dicta villa et in finagio de Conantre, in quibuscumque rebus existant, ab ipsis abbatissa et conventu et eorum monasterio nomine emptionis predicte imperpetuum tenenda et pacifice possidenda pro centum et tringinta libris turonensiuin sibi quittis, de quibus se tenuerunt plenarie pro pagatis, exceptioni dicte pecunie non habite, non recepte omnino rcnunciantes ; et coram nobis promiserunt dicti miles et Adam et dicta Isabellis, coram mandato nostro, quod in predictis seu quolibet predictorum de cetera nichil iuris reclamabunt seu per alium facient reclamari et quod contra huiusmodi venditionem, concessionem et quittationem per se vel per alium non venient in futurum. Immo super venditionem predictam dictis monialibus et earum monasterio erga omnes et etiam contra omnes in iudicio et extra iudicium quotienscumque opus fuerit, ad usus et consuetudines patrie legitimam portabunt garandiam, sub pena et restitutione omnium dampnorum et expensarum, obligantes propter hoc dicti miles et Adam coram nobis et dicta domina coram mandato nostro dictis monialibus se, heredes suos, omnia bona sua et heredum suorum mobilia et immobilia, presentiaet futura, ubicumque sint et poterunt inveniri et quocumque nomine censeantur, renunciantes dicti miles et Adam coram nobis et dicta domina coram dicto mandato nostro in hoc facto, privilegio fori et crucis, indulto et indulgendo, conditioni sive causa vel ex iniusta causa, omni consuetudini et statuto novarum constitutionum beneficio, omni iuri et privilegio dotis, doarii seu donationis propter nupcias et ad hoc quod non possint dicere se deceptos seu circonventos in huiusmodi contractu ultra medietatem iusti precii et omnibus aliis exceptionibus iuris et facti que contra presens instrumentum possent obici seu dici,


380 MARTYROLOGE ET CHARTES

volentes et expresse consentientes dicti miles et Adam coram nobis et dicta domina coram dicto mandato nostro quod nos ipsos per censurant ecclesiasticam compellamus ad observationem omnium premissorum, se et sua quantum ad hoc ubicumque maneant vel existant jurisdictioni trecensis curie supponentes. In cuius rei testimonium, sigillum trecensis curie presentibus litteris duximus apponendum. Datum anno Domini millesimo CCLXX° quinto, mense septembri. — Pathera.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 23.)

14. — 1276, septembre. — Thibaut de Broyes donne en mainmorte au couvent du Jardin la vigne que lui a légué à Alternant, feu Regnaut, curé de Saint-Loup.

A touz ceaus qui ces lettres varront et ourront le Thiebauz, sires de Broyes, chivailiers, salut. Sachet tuit que i'ai loé et gréé a la beesse et a couvant dou Jardin a tenier a mortemen la vigne la quex fu feu Regnaut, curé de Seint Lou, la quex sié ou terréour d'Alemans. En tesmoignage de laquel chose i'ai séelé ces présentes lettres de mon séel, les quex furent faitez en l'an de grâce MCCLX et XVI anz, ou mois de septembre.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 24.)

15. — 1279, septembre, Troyes. — Raoul de Thourotte laisse 10 1. t. de rente annuelle aux dames du Jardin de Pleurs.

Nous Gautiers, hombles abbés des Planches, Gauchiers, chastelains de Noion et sires de Thoraule et Gauchiers de Camay, chevalier, exécuteur dou testament ou de la darrenière volenté boene mémoire Raoul de Thoraute, iadis soignor dou Chastelier, faisons savoir à touz celz qui verront et orront ces présentes lettres que nous avons assené et assis et assenons et asseions à relegieuses dames la abbesse et le couvent dou Jardin Notre Dame delez Plaeurre, de l'ordre de Citiaus et de la dyocèse de Tnoyes, dis livres de tornois, que li diz Raous laissa aus dites dames et à leur esglise chascun an por le remeide de sarme et en pure et p [erpét] uel aumosne à penre et à recevoir les dites dis livres des dites dames et de leur esglise ou de leur certain [messaige] ou coumandement chascun an a touz jours à la feste de la Assumption Notre Dame, es rantes qui furent


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 381

audit Raoul que l'an apele le charroi de Otignes, en tele manière que si tost con li hoirs doudit Raoul randr[ont] cent livres aus dites abbesse et couvent, il n'aura sa terre et sera quittes des dites dis livres. En tesmoignance de la quel chose, nous avons seellées ces lettres des nostres seels. Donné à Troies, en l'an de l'Incarnation Notre Soignor mil deus cenz soixante dix et nuef, ou mois de septembre.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 26.)

16.— 1281, avril. — Jeubers, dit Bigoz, de Longueville, reçoit à cens de l'abbesse et du couvent du Jardin une maison à Longueville, moyennant deux setiers de froment par an. (Vidimus de 1363.)

A tous ceulz qui ces présentes lettres verront et orront, Hues de Foux, garde, dou scel de la prevosté de Pluerre de par madame la Roynne Jehanne, Roynne de France et de Navarre, en qui main la dicte prevosté et terre est empartie à présent et Monseigneur de Pluerre, salut. Saichent tuit que Symon de Bar, escuier et Naudin Bricet, thabellion, iurez et proprement establiz à ce faire de par ma dicte dame et seingneurs de Pluerre, nous ont tesmoingnié en vérité qu'il ont vehu et leu de mot à mot unes lettres seingnes et antières en scel et en escripture, scellées si comme il appert de prime face de cire vert en double queue, contenant ceste forme. A tous ceuls qui ces présentes lettres verront et orront, Agnès, dame de Plancy,

salut en Notre Seingneur Soichent tuit que en ma présence

establiz, Jeubers diz Bigoz de Longueville, mes hom, recognut par devant moy que il avoit acensi de religieuse dame Thièce, abbeesse dou Jardin Notre Dame et dou couvent, à tous iours mais, pour ly et pour ses hoirs, une hostise qui est à Longueville, antre la Conversion et la maison à l'estrié, dès le chemin de la dicte ville iusques à l'iaue, laquelle hostise estoit à l'abbeesse et au couvent dessus dit, chascun an pour deux sextiers de froment, à la mesure de Plancy, à rendre et à paier chascun an à la Saint Martin an yver à l'abbeesse et au couvent dessus dit doudit Jeubert ou de ses hoirs. Ou tesmoing de laquel chose, i'ay mis mon scel en ces présentes lettres, qui furent faites an l'an de grâce mil deus cens quatre vinz et ung, ou mois d'avril. En tesmoing de laquelle chose, ie, Hues de Foux, dessus diz, par le rapport des diz iurez, ay scellées ces présentes lettres dou scel avec les seingnez des diz iurez. Ce fut


382 MARTYROLOGE ET CHARTES

fait le semedi après l'Exaltation de la feste de Sainte Croiz, l'an de grâce mil trois cens soixante et trois.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 59.)

17. — 1281, mai. — Jean, sire de Châteauvillain, et Jeanne, sa femme, confirment les acquisitions faites dans leurs domaines par le couvent de Notre-Dame du Jardin.

Nos Jehanz, sires de Chatiauvillain et de Luzy, et nos, Jehanne, femme doudit Jehan, fazons savoir à touz ces qui ces présentes lettres verront et orront que nos louons, volons et otroions que l'abbeiasse et li couvenz de Notre Dame dou Jardin delez Plaioere de l'ordre de Citeaus teinnent paisiblemant à touz iorz mais perpetuelmant ce qu'eles hont acquis et conquis en notre terre, en nos censives, en nos fyez et en nos rièrefiez iusques au ior que ces lettres furent faites. Et si confermons toutes ces choses devent dites, sauf ce que nos retenons partout la garde et la iustise à nos et à nos hoirs. En tesmoignaige de la quele chose, nos avons mis nos séaus en ces présentes lettres qui furent faites en l'an de grâce mil deus cenz quatrevinz et uns, ou moys de may.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 27.)

18. — 1284, mars. — Maître Remi, chapelain de l'église Saint-Remi de Pleurs, reconnaît devoir aux religieuses du Jardin trois setiers de blé méteil par an, pour le cens d'une pièce de terre lieudit à Fosse-Marton.

A touz celz qui verront et orront celz présentes lettres, li chapistres de l'esglise de Saint Rémi de Pleeurre en la dioceise de Troies, salut en notre Seigneur. Sachent tuit que pour ceste chose personelmant establiz maistres Remis, perpétuels chapelains en notre dite esglise, par devant nous recognut de sa propre voulante, sanz force ne sanz contraignemant d'aucun, que il doit et est tenuz à rendre et à paier chacun an à touz iours à religieuses dames et honestes l'abeesse et le couvant dou Jardin Notre Dame delez Pleeurre, pour aus et pour leur esglise, trois setiers de bief, moitié seile et moitié avoine, à la mesure de Pleeurre, pour le cens d'une pièce de terre qui li diz Maistres Remis a à Fosse Marton, laquelle dite pièce de terre il acheta de Gileçon, son frère, si cum il l'a reco-


DB L'ABBAYE NOTRE-DAME 383

gneu par devant [nous] chargie et encombrée des diz trois setiers de bief de cens à paier aus dites religieuses dames pour aus et pour leur esglise. Et a recogneu par devant nous li diz Maistres Remis que ou tens passé il a paie par lonc tens au dites religieuses dames les diz trois setiers de bief de cens pour la dite pièce de terre qui siet à Fosse Marton. Et s'il estoit ainssins que ou tens passé les dites religieuses dames eussient fait pour aus et pour leur esglise aucune grâce et aucune courtoisie audit Maistre Remi comme de donner et de quiter les diz trois setiers de bief de cens à sa vie, lidiz maistres Remis par devant nous renonce et a renoncié expressemant et à touz iourz à tout don et à toute qui tance que les dites religieuses dames li auraient et pourraient et devraient avoir fait en quelque mannière que ce fust. Et veult et otroie li diz maistres Remis par devant nous que il dès or en avant tant cum il tenra ladite pièce de terre et cil qui après lui la tenra, en quelque mannière que ce soit, paient et rendent, et soient tenu et à paier et à rendre chacun an à touz iourz aus dites religieuses dames les diz trois setiers de bief de cens pour la raison de ladite pièce de terre, ne ne malt que nus dons ne nule quitance que les dites religieuses dames li aient fait ou tens passé des diz trois setiers de bief de cens li vaillent ne ne puissent valoir, si cum il est dessus dit, ne à celui qui après lui tenra la dite pièce de terre. En tesmoignage de laquel chose, nous avons mis notre seel en celz présentes lettres, à la requeste dou dit Maistre Rémi. Ce fu fait en l'an de grâce mil deus cenz quatrevinz et quatre, ou mois de marz.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 28.)

19. — 1290, septembre. — Jean de Gourgançon et Marguerite, sa femme, vendent à l'abbaye de Notre-Dame tout ce qu'ils ont à Allemant, à Saint-Loup de Broyés, etc., pour la somme de 80 livres de petits tournois.

A touz ceus qui ces leitres verront, Symon de Saint Merri, prévost le Roi en la prévosté de Meleun, Pierre Bouriois et Guillaume

de Nous fessons assavoir que pardevant nous vindrent en droit

Jehan de Courgançon, escuier, et damoyseile Marguerite, sa fame,

si comme [vendu] et quité à touz iourz, pour euls et pour leur

bers, et vendirent et quitèrent par devant nous, en non de vente perpétuel, à religieuses dames [l'abbeesse et le couvent dou Jardin] Nostre Dame lez Plueurre de l'ordre de Citiaus et à leur église


384 MARTYROLOGE ET CHARTES

tout quanque il ont es viles ci desouz nonmées. C'est assavoir en

Quoierat, à Alement et [ à Saint Loup] de Brois, soit en cens,

en rentes, en terrages, en terres arables, en prez, en vignes et en autres choses, queles que eles soient ou puissent estre entandues que

il à la dite damoiseile, si comme il disoient, movenz de franc

aleuc, pour le pris de quatre vinz livres de petiz tournois, leur

quités et ià paiez en bone pécune ment, si comme il disoient,

des dites religieusses ou de leur commandement, et tramportèrent et mistrent lidit vendeeur par le baill de ces leitres es dites acheterresses et à leur eglisse tout le droit, toute la sessine, toute la propriété, toute la possession et toute l'action que il avoient ou povoient avoir en toutes les choses desus dites, vendues sanz riens retenir d'aucun droit à eus, ne à leur hoirs, prometenz par devant nous par leur léaus créanz que encontre la vente et la quitance desus dites ne vendrait par eus ne par autres ou temps à venir par nul droit, quelx que il soit, commun ou especial, mes en bone foy, à leur propres couz et despens, les choses desus dites, si comme eiles se comportent en lonc et en lé, aus dites religieusses, à leur esglise ou- à ceus qui auront cause pour euls garantiront, deliverront et détiendront en iugement et hors iugement contre touz et envers touz aus us et aus coustumes du pais, fors envers le seigneur de Brois pour reson de l'amortissement, si comme il disoient. Et quant à ce fermement tenir et acomplir, lidit vendeeur ont obligié par devant nous chacun pour le tout aus dites acheterresses, à leur églisse ou à ceus qui auront cause pour eus, eus et leur hers et touz leur biens et les biens de leur hers, muebles et non muebles, présanz et à venir, où que il puissent estre trovez, et espéciaument en contre pleige de garantisse quanque il eut au Bricor de l'eritage à la dite damoisele à ioïr et à esploitier, si comme l'an doit ioïr et esploitier de contre pleige de garantisse, selon l'usage ou la coustume du pais. Et se souzmistrent, quant à ce, eus et touz leur biens dessus diz, à la iuridicion de la prévosté de Meleun, où que il se tresportent, renoncenz en ce fet, par devant nous, par leur [léaus] créanz à tout privilège de croiz prise et à prandre, ostroié et à ost[roier] soit d'apostoile ou de prince, à bénéfice de division, à tout

barat, à toutes exceptions, à toutes ons, à toutes barres, à toute

aide de fet et de droit escrit et non escrit, de court de crestianté ou de court laye, au droit qui dit général renonciation non valoir, à toutes autres aides, ressons, franchises et deffenses qui pourraient estre opposées contre la teneur de ces leitres. En tesmaing de laquele chose, nous, à la requeste des diz vendeeurs, avons mis le seel de


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 385

la prévosté de Meleun en ces leitres, an l'an de grâce mil deus cenz quatre vinz et dis, ou mois de septembre.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 29.)

20. — 1292, juin. — Jean, sire de Châteauvillain, fait Connaître l'accord conclu entre les religieuses du Jardin et les habitants de Pleurs au sujet de l'étang d'Etrelles.

Nous Jehanz, sires de Chatiauvillain, faisons savoir à touz celz qui sont et seront que cum descors fust meuz entre religieuses dames et honestes l'abbeesse et le couvant dou Jardin Notre-Dame lez Pleerre, de l'ordre de Cytiaus de la dyocèse de Troies, d'une part et les bourgois et la communeté de Pleerre d'autre part, seur ce, c'est adsavoir que lesdites religieuses disoient que elles povoient clorre et retenir toute l'yaue de leur estan d'Estreelles par dever le champ et le courtil aus malades de Pleerre, sanz laissier aler point d'yaue par dever ledit courtil aus malades et que l'yaue estoit toute leur iuques au dit courtil, les diz bourgois et ladite communeté disenz encontre que les dites dames ne povoient ne ne dévoient clorre l'yaue devant dite à ce qu'elle ne courust entour le courtil devant dit et que il i dévoient avoir leur haizemanz à peschier et à moult d'autres choses. A la parfin, dou consoil de boues genz, de nostre voulenté et de l'assentemant des devant dites parties, li descors desus diz fu apaisiez et acordez par devant nous en la menière qui s'ensust. C'est adsavoir que les dites religieuses dames pourront faire faire toutefoiz qu'elles vourront la chaucye qui fu commencye iadis dever ledit courtil aus malades de tel haut et de tel large comme il leur plaira, pour garentir leur poisson et leur yaue en tel menière qu'elles seront tenues affaire faire un grail d'une toise rapinal de large entour le chief dou courtil aus malades devant dit par dever le champ aus diz malades, pour ce que l'yaue puisse courre ou fossé doudit courtil. Lequel fossé lidit bourgois et ladite communeté tenront et devront tenir en tel point soufisanment comme il a estez tenuz, sanz aparfondir et sanz faire chose par que il li haust ci grant cours d'yaue qui fust li damages desdites religieuses dames ou doudit estan; ne ne pourront lidit bourgois ne ladite communeté peschier ne panre poisson ne faire peschier en l'estan devant dit, mais il pourront panre wasons et bourble d'une part et d'autre de ladite chaucye, si comme il l'ont acoustumo, en tel menière sainnement

T. XLVIII. 25


386 MARTYROLOGE ET CHARTES

qu'il ne gret à ladite chaucye ne au devant dit grail. Et auront l'erbage pour aus et pour leur bestes, si comme il l'ont acoustumé à avoir. El s'il avenoit qu'il s'assenblast herbes ne autres ordures devant ledit grail en menière que l'yaue ne poist avoir son cours au devant dit fossé, lidit bourgois et ladite communeté anvoiroient au munier aus dites dames demourant au molin d'Estreelles pour li amonester qu'il feist desconbrer ledit grail de l'ordure qui isseroit assemblée, ci que l'yaue poist avoir son cours; et se en ne le faisoit desconbrer dedanz landemain à midi, lidit bourgois et ladite communeté le pourraient faire desconbrer soufisanment dès iqui en avant, sanz faire ne faire faire damage aux dites religieuses dames ne à leur choses. Et l'acort desus dit, si comme ce est devisiez, nous acordons et confermons et voulons qu'il soit estables apperpétuilé. En tesmoignage de laquel chose, nous avons baillies ces présentes lettres aus devant dites religieuses dames, par l'acort de l'autre partie, seellées de notre seel, sauve nostre garde et nostre ioustise en toutes choses. Donné eu l'an de grâce mil deus cenz quatrevinz et douze, ou mois de ioing.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 30.)

21. — 1292, juin. — Jean de Broyés, sire d'Allemant, fait connaître la transaction intervenue entre les bourgeois de Pleurs et les religieuses du Jardin au sujet de l'étang d'Etrelles.

A touz celz qui verront et orront ces présentes lettres, Jehanz de Broies, sires d'Alemenz, chevalliers, salut en Nostre Seigneur. Sachent luit que cum descors fust meuz entre religieuses daines et honestes l'abbeesse et le couvant dou Jardin Notre-Dame lez Pleerre de l'ordre de Cytiaus de la diocèse de Troies, d'une part, et les bourgois et la communeté de Pleerre, d'autre part seur ce, c'est adsavoir que les dites religieuses dames disoient que elles povoient clorre et retenir toute l'yaue de leur estan d'Estreelles par dever le champ et le courtil aus malades de Pleerre, sanz laissier aler point d'yaue par dever ledit courtil aus malades et que l'yaue estoit toute leur iuques audit courtil, lesdiz bourgois et ladito communeté disenz encontre que les dites dames ne povoient ne ne dévoient clorre l'yaue devant dite à ce qu'elle ne courust entour le courtil devant dit et que il i devoient avoir leur haizemanz à peschier et à moult d'autres choses, à la parfin dou consoil de


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 387

bones genz, de la voulenté mon soigneur de Chatiauvillain et de l'assentemant des devant dites parties, li descors desus diz fu mis en moi de haut et de bas et, ie, pour le bien de pais, par consoil de sages genz, présentes lesdites parties et par leur adeort, je dis mon dit le jeudi devant feste Notre-Dame en marz, en la menière qui s'ensust. C'est adsavoir que les dites religieuses dames pourront faire faire toutefoiz qu'elles vourront la chaucye qui fut commencye iadis dever ledit courtil aus malades de tel haut et de tel large comme il leur plaira pour garentir leur poisson et leur yaue, en tel menière qu'elles seront tenues affaire faire un grail d'une toise rapinal de large entour le chief dou courtil aus malades devant dit par dever le champ ans diz malades pour ce que l'yaue puisse courre ou fossé doudit courtil; ne ne pourront lidit bourgois ne ladite communeté peschier oudit estan ne ni pourront panre wasons ne bourble ne d'une part ne d'autre de la chaucye en menière qu'il gret à la dite chaucye ne au dit grail. Et s'il avenoit qu'il s'assemblast herbes ne autres ordures devant ledit grail en menière que l'yaue ne poist avoir son cours audevant dit fossé, lidit bourgois et ladite communeté anvoieroient au munier ausdites dames demourant au molin d'Estreelles pour li amonester qu'il feist desconbrer ledit grail de l'ordure qui isseroit assemblée, si que l'yaue poist avoir son cors, et se en ne le faisoit desconbrer dedanz landemain à midi, lidit bourgois et ladite communeté le pourraient faire desconbrer soufisanmant dès iqui en avant, sanz faire ne faire faire damage aus dites religieuses dames ne à leurs choses. Et s'acordèrent les parties desus dites devant moi et vorrent que mes sires de Chatiauvillain face et baille à chascune des parties, toutefoiz que partie li requerra, sa lettre de l'acort desus dit. En tesmoignage de laquel chose, ie li devant diz Jehanz, sires d'Alemenz, ai scellé ces présentes lettres de mon seel, par l'acort et de l'assentemant des parties devant dites. Donné en l'an de grâce mil deus cenz quatrevinz et douze, ou mois de ioing.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 31.)

22. — 1295, 10 mai. — Les officiers du Roi lèvent le trécens des terres de la dot ou douaire de Blanche, reine de Navarre, appartenant à l'abbaye du Jardin de Pleurs.

Universis présentes litteras inspecturis, magistri Guillelmus de Medunta bituricensis et Guillelmus de Noytello turonensis canonici,


388 MARTYROLOGE ET CHARTES

illustrissimi Francorum Regis clerici ad finandum super rebus immobilibus ab ecclesiasticis et ignobilibus personis acquisitis in feodis, censivis, retrofeodis, retrocensivis et allodiis domini Regis in trecensu dotis seu dotalicii illustrissime domine Blanche Dei gratia regine Navarre, bailliviis ab endem domino Rege deputatis, salutem in Domino. Noveritis quod religiose mulieres abbatissa et conventus de Jardino, cisterciencis ordinis, de rebus infrascriptis tam gratuito quam non gratuito titulo acquisitis, videlicet : de una falcata et dimidia falcata prati sitis in prato Bordini; una pecia terre edificata ad vineam que fuit Droueti; minutis censibus, capittalibus in pluribus locis, qui fuerunt armigerorum de Burutello; uno curtillo silo in stangno de Estraellis, qui fuit deffuncti Renaudi Strabonis; uno alio curtillo sito in codem stagno, qui fuit Robineti dicti Le Raguerat; una hostisia sita juxta stagnum predictum que fuit Tyerrici Poinla; uno curtillo sito retro dictum molendinum; una granchia, una domo et porprisio que tenet Guillelmus de Courcellis; una domo sita ad Calceyam. que fuit deffuncti domini Garneri de Lyee, presbyteri; uno courtillo sito in Chatelero qui fuit Laurencie; quatuor denariis redditus sitis super unum curtillum situm in codem loco, qui fuit Coleti dicti Chevalier; medietate cujusdam curtilli siti juxta molendinum dictarum religiosarum apud Ponandein; uno curtillo sito ad Chatelerum, qui fuit deffuncti Theobaldi dicti Lescorchié; duabus partibus cujusdam courtilli sitis ad dictum Chatelerum; uno terragio sito apud Marigniacum, qui fuit Ade dicti Fruylie Marguee et Theobaldi Lamberti; una pecia terre sita subtus creeriam Gage, que fuit Petri dicti La Boule; una pecia terre sila ad granchiam de Froitcul, que fuit Renaudi de Ponte; sexta parte decime de Conantre cum quarta parie strabi; dnabus filiabus Morselly; uxore dicti La Leston de capite et corpore; feminabus suis et hominibus, que fuerunt domini Johannis dicti Corberant, cum aliis hominibus et feminabus quos dictus dominus Johannes habebat apud Conantre; et terragio de Valle Refroy quod fuit Theobaldi dicti du Solier; uno terragio apud Corroy et undecim solidis censualibus, que fuerunt Galteri de Oingnya, armigeri; sex libris et decem solidis redditus, que fuerunt Johannis de Courgançon; octo sextariis bladi quos emerunt a Radulfo de Fera, armigero, sitis super terragiis de Val Refroy; et quatuor solidis redditus, vel circa, super coustumam ouchiarum sitarum a Val Refroy, ac medietate terragii, finaverunt nobiscum, pro domino Rege, de quadraginta quatuor libris turonensium, pro qua financia ex gratia domini Regis, pro media parte remissa et alia,


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 389

media parte solvenda, infra festum Omnium Sanctorum proximo venturum volumus et concessimus eisdem vice et nomine domini Regis, que dicte religiose omnia et singula premissa possint tenere, perpetuo et possidere pacifice et quiete absque coactiono vendendi vel extra manum suam ponendi, salvo in aliis iure domini Regis et domine Regine cum omni iure quolibet in omnibus alieno. In cuius rei testimonium, sigilla nostraduximus presenter apponcnda. Datum anno Domini millesimo ce° nonagesimo quinto, die Martis ante festum Asccnsionis Domini.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 32.)

23. — 1295, 10 mai. — Les officiers du Roi accusent réception de quarante-quatre livres tournois, montant de la moitié du trécens des terres de la dot ou douaire de Blanche, reine de Navarre, appartenant à l'abbaye du Jardin de Pleurs.

Universis presentes litteras inspecturis, magistri Guillelmus de Medunta bituriceusis et Guillelmus de Noitello turonensis canonici, illustrissimi Francorum Regis clerici ad finandum super acquisitis ab ecclesiasticis et ignobilibus personis in feodis, retroffeodis, censivis, retrocensivis ac allodiis dicti domini in trecensu et dotis seu dotalicii illustrissime domine Blanche Dci gratia regine Navarre, balliviis ab eodem Domino Rege deputatis, salutem in Domino. Notum facimus quod religiose domine abbatissa et conventus de Jardino de onmibus suis [acqu]isitis tam gratuito quam non gratuito titulo in dicto trecensu dotis balliviis finaverunt nobiscum, pro Domino [Rege,] ad quadraginta quatuor libras turonensium. Et de illa summa financie nundum ad nostram pervenit notitiam seu parte e[jus]d[em] financie quod dominus Rex eisdem monialibus remissionis gratiam fecerit ullo modo, nisi gratiam contentam in litteris [dicti] domini Regis sic incipientibus Philippus : Dei gratia Francorum Rex, ballivio trecensi, et cetera, et sic finientibus : Actum apud Sanctum Germanum in Laya, die Veneris post festum beati Marci evangeliste, anno Domini M CC nonagesimo quinto. In cuius rei testimonium, sigilla nostra presentibus litteris duximus apponenda. Datum die Martis ante Ascensionem Domini, anno ejusdem M CC nonagesimo quinto.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 33.)


390 MARTYROLOGE ET CHARTES

24. — 1299, mai. — Oger, fils de Jacques d'Oigne et Nichole, sa femme, vendent à l'abbaye du Jardin 42 setiers par moitié seigle et avoine de rente annuelle sur le grand terrage de Lenharrée et trois seliers de seigle sur le four banal dudit lieu pour la somme de 120 livres de pelits tournois par an.

A touz cels qui verront et orront ces présentes lettres, ie, Girarz de Manci, chevaliers, bailliz mon seigneur de Chastiau [vil]ain en sa terre de Champaigne et de Brie, fais savoir que par devant mon seigneur Doumanche, chenoine de Pleerre et Girart dit Loquin, bourgois de ce meisme leu, jurez et proprement establiz à ce faire de par mon seigneur en la chastelerie de Pleerre, furent en propres personnes épéciaument pour ceste chose Ogiers, filz mon seigneur Jacque d'Oigne, chevalier, et damoisele Nichole, sa fame, recongnurent de leur bonnes voulentez, senz force, que il ont vendu en non de pure et de parfaite vendue, à touz iourz, senz jamais rapeler, à religieuses fames l'abbeesse et le couvent de l'église Nostre Dame dou Jardin lez Pleerre et à leur église environ quarante et deus setiers de blef de rente chascun an, par moitié soigle et avoine, à la mesure de Pleerre, seur le grant terrage de Lanhari et trois setiers de soigle, à la valeur des meilleurs, de rente chascun an à la mesure de Pleerre , seur le four benel de ladite vile de Lanhari, li quiex terrages et li quiex fourz muevent des fiez mon seigneur dou chastel de Pleerre, par le pris et par la somme de sis vinz livres de tournois petiz, des quiex deniers li diz Ogiers et damoisele Nichale sa fame se sont tenu pour bien paié des dites religieuses en bonne mounoie bien contée et bien nombrée, et les en ont clamées quites à touz iourz par devant les diz iurez. Et ont proumis pour aus et pour leur hoirs li diz Ogiers et damoisele Nichole, sa fame, par la foi de leur cors bailliée en la main des diz iurez, que il la vendue dessus dite ne rapeleront ne ne feronl rapeler, ne n'empêcheront ne ne feront empêchier par ans ne par autrui; et se il avenoit que par aucun empêchement qui pourrait estre mis en la vendue dessus dite ou temps à venir, les dites religieuses ou leur église encourussent ou aussent ceulz depperz ou demaches, lidi vendeeur ou leur hoir les leur rendrient et restablirient, des quiex ceulz depperz ou demaches se aucun en i avoit, les dites religieuses ou li porterres de ces lettres serait creuz par son serement senz autres prueves avant traire. Et pour la vendue dessus dite mialz asseurer


DE LABBAYE NOTRE-DAME 391

et pour plus fermement tenir, lidit vendeeur en ont obligié et abandonné en la main des dites religieuses et de leur église touz leur biens et les biens de leurs hoirs, muebles et non muebles, présenz et à venir, à penre et à lever, à vendre et à despendre par la joustice mon seigneur coume de chose recongneue et adiugiée en sa court, se ainsins estoit que les dites religieuses aussent aucun empêchement ou aucun coustemant en la vendue dessus dite par aus ne par autrui. Et ont renoncié expressement, en ce fait, pour aus et pour leur hoirs, lidit vendeeur à touz privilèges de croiz prinse et à penre, à toutes bourgoisies et franchises dou roi du France et d'autres princes, à toutes grâces et indulgences de l'apostolo et d'autres princes, à toutes exceptions de decevence, outre la moitié dou droit pris et au droit qui dit que généraus obligacions et géneraus renonciacions ne sont mie de valeur et à toutes autres exceptions de droit et de fait qui au diz vendeeurs ou à leur hoirs pourraient aidier et valoir et aus dites religieuses ou à leur église nuire et grever en ce fait. Et épéciaument ladite damoisele Nichole a renoncié en la vendue dessus dite, par la foi de son cors bailliée en la main des diz iurez, à touz bénéfices de douaire, d'avourie et de don de noces. Ou tesmoignage de laquele chose, ie, li diz bailliz ai scellé ces présentes lettres dou scel de la baillie dessus dite et de mon propre scel en contre-scel, à la requeste des diz vendeeurs, par la relation et par le tesmoignage des diz iurez, sauf le droit mon seigneur et l'autrui en toutes choses. Ce fu fait et acordé présenz mestre Jehan dit Frutié et Robert de la Chauciée, clerc, en l'an de grâce mil deus cenz quatre vinz et dis et nuef, ou mois de mai. (Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 34.)

25. — 1316, 9 février. — Jeannin, dit Mores, de Coizard, et Jeannette, sa femme, donnent à l'abbaye du Jardin une masure et son courtil sis à Vert, moyennant la somme de vingt-cinq sous.

A touz ceulz qui ces présentes lettres verront et orront Jehans de la Chambre, doyens de Saint Jehan de Vertus, garde dou scel de de (sic) la prevosté de Vertus, salut. Saychent tuit que par devant Pierre Reste, de Vertus, clerc iuré nostre sire lou Roy et proprement establi à ce faire en la chastelerie de Vertus, appelle aveuc li Jehannin dit Loste, de Vertus, clerc... vinrent en propres personnes espéciaument pour ceste chose Jehannins, diz Mores, de Coyrart et Jehannette sa fame. Et recognurent de leurs bonnes volentez, sens


392 MARTYROLOGE ET CHARTES

force, que ils ont donné, quitté et octroyé à tous iours à religieuses dames l'abbesse et le couvent dou Jardin delez Pleurre, en recompensation et en rémunnération des grans biens que les dictes religieuses leur ont fais ou temps passé et font de iour en iour, et espéciaument pour cause de vint et cinc soulz que les dictes religieuses ont donné au dessus diz Morel et sa fame, c'est assavoir une masure, le seurfet de la dicte masure, le courtil de ladicte masure et une fosse appartenant de la dicte masure, tenant de la maison la fille La Milarde d'une part et de la maison de ladicte esglise d'autre part, séens en la ville de Ver. Et promistrent, lidit Jehans Moriaus et sa fame, par leurs fois données corporclment en la main doudit iuré et sus l'obbligation et l'abbendonnement de tous leurs biens et des biens de leur hoirs, meubles et non meubles, présens et advenir, où que il soyent et pourroyent estre trouvé, les quiex il ont soubmis et obbligiez quant à ce en la iuridicion dou Roy nostre signour et de sa gent pour penre, vendre et despendre que il contre cest dit don, octroy et convenences dessus dictes ne yront, ne venront, ne feront venir par eulz ne par autres en tout le temps à advenir, mais en bonne foy ledit don, octroy et convenences dessus dites tenront, garderont, acompliront, délivreront et deffendront au dictes religieuses et à ceulz qui de elles auront cause envers tous et contre tous, en iugement et hors de iugement, à leurs propres cous et despens, sus poinne et restitution de tous cous, despenset dommages que les dictes religieuses ou li porterres de ces lettres pourroyent avoir ou encourre par deffaut doudit don non tenu en la menière que dessus est dit, des quiex tous donmages et despens li porterres de ces lettres serait creus par son simple sarement, sens faire autre preuve. Et en ont renoncié lidiz Jehans Moriaus et sa fame, en ce fet, au privilège de la crouix prinse et à penre, à toute franchise et bourgoysie dou Roy de France et d'autre prince, an droit disent général renonciation non valoir et à toutes autres choses de fet et de droit qui en ce cas leur pourraient et devraient aidier et au dictes religieuses ou au porteur de ces lettres nuire. En tesmoing de la quel chose, par le rapport doudit iuré, nous doyens dessus diz, avons seellées ces lettres dou seel de la dicte prevosté, sauf le droit nostre signour lou Roy et l'autruy. Ce fu fet, présens Martin de Cernoul et Jehannin Herbelin dou Mesnil, le lundi après la Chendeleur, l'an de grâce mil trois cens et seze.

(Or., B. N., Coll. Champ., 151, p. 39.)


DE L'ABBAYE NOTRE-DAME 393

26.— 1403, février, Paris. — Louis de France, duc d'Orléans, vidime et approuve des lettres données à Citeaux, le 14 septembre 1403, par lesquelles Jacques, abbé de Citeaux et le Chapitre général de J'Ordre unissent l'abbaye de Notre-Dame du Jardin à celle de Jouy.

(Ed., Gallla christiana, T. XII, Instrumenta, col. 294, D.)


TABLE DES NOMS DE PERSONNES 1

A

Adam, dictas Fruytie Marguee, 22. Adam, nepos Johannis militis, 13. Agnes, dame de Plancy, 16.

B

Berengaria, uxor domini Brecarum, 4. Blancha, regina Navarre, 22, 23. Bordinus, 22.

C

Coletus, dictus Chevalier, 22. Coletus, dictus Frogier, 11.

D

Doumanche, chenoine de Pleerre, 24. Drouetus, 22.

G

G.., decanus Xristianitatis Sezannie, 11, Galterus de Oingnya, armiger, 22. Galterus de Prie, clericus, 2. . Garnerus de Lyee, presbyter, 22. Gaucher de Puiz, escuier, 12. Gauchiers, chastelains de Noion, 15. Gauchiers de Camay, chevalier, 15. Gautiers, abbés des Planches, 15. Gileçon, 18. Girart, dit Loquin, 24. Girarz de Hanci, chevalier, 24. Guido de Charneio, 5. Guillaume de..., 19. Guillemus de Courcellis, 22. Guillemus de Noytello, canonicus, 22,23 Guillemus de Medunta, canonicus, 22,23 Guiz de Loen, chevalier, 8.

H

Hardoinus Hernaudi de Breeis, 11. Hues, chevalier, sire de Covlans, 9. Hues de Foux, 16. Hugo, dominus Brecarum, 3, 4. Hugo, miles, dominus de Couflans, 6.

I

Isabellis, uxor Johannis militis, 13.

J

Jacobus, miles, dominus Planciaci, 5.

Jacque d'Oigne, chevalier, 24.

Jacques de Villiers, 9.

Jehan de Courgançon, escuier, 19.

Jehan de la Motte, presbtre, 9.

Jehan dit Frutié, 24.

Jehanne, femme de Jehan de Châteauvillain,

Châteauvillain, Jehanne, roynne de France et de Navarre,

16. Jehannet, Jehannez (les hoirs), 12. Jehaunette, femme de Jehannins, dit

Mores, 25. Jehannin, dit Loste, clerc, 25. Jehannin Herbelin dou Mesnil, 25. Jehannins, Jehans, dit Mores, Morel,

Moriaus, 25. Jehans de la Chambre, 25. Jehanz de Broies, sires d'Alemenz, 21. Jehanz, sires de Chatiauvillain, 12, 17,

20, 21, 24. Jeubers diz Bigoz de Longueville, 16. Johanna, uxor Johannis Castrivillani, 7. Johannes, 10.

Johannes, eastellanus Noviomensis, 7. Johannes de Courgançon, 22. Johannes de Losia, Losya, 7.

1 Les numéros de renvoi correspondent à ceux des chartes.


TABLE DES NOMS DE PERSONNES 395

Johannes, dictas Courberont, Corberant,

Corberant, 13, 22. Johann s, dictus Ner de Buef, 11. Johannes, dominus Castrivillani, 7.

L

Laurencia, 22.

Leonius de Sezennia, miles, 4.

Leston (La), 22.

M

Marguerite de Torcenay, 9. Marguerite, femme de Jehan de Courgancon,

Courgancon, Maria, domina de Nantueil, 6. Maria, uxor Symoneti, 11. Marie, contesse de Briene, 8. Marie, famme de Hues de Covlans, 9. Martin de Cernoul, 25. Mevisiers, 8. Milarde (La), 25. Morselly, 22.

N

Naudin Bricet, 16.

Nicholaus, trecensis ecclesiae minister, 2.

Nichole, fame Jacque d'Oigne, 24.

O

Odin Prieur, clerc, 9.

Ogiers, filez Jacque d'Oigne, 24.

P Pathera, 13. Petrus, dictus la Boule, 22.

Pierre Bouriois, 19. Pierre Reste, clerc, 25. Philippus, Francorum rex, 23.

R

Radulfus de Fera, armiger, 22. Raoul, Raous de Thoraute, 15. Regnaut, curé de Seint-Lou, 14. Remis, chapelains de l'église de Pleurs,

18. Renaudus de Ponte, 22. Renaudus Strabonis, 22. Robinetus, dictus Le Baguèrat, 22. Robert de la Chauciée, 24.

S

Simonetus, Symonetus de Brecis, 11. Symon de Bar, escuier, 16. Symon de Saint-Merri, prevost de Meleun, 19.

T

Theobaldus cornes, 1, 7, 10. Theobaldus, dictus du Solier, 22. Theobaldus, dictus Lescorchié, 22. Thiebauz, sires de Broyes, chivailiers,

14. Thiece, abbeesse dou Jardin, 16. Tyerricus Poinla, 22.

Y

Yde de Jusenecourt, 9. Ysabellis domicella, 5.


TABLE DES NOMS DE LIEUX

A

Alemans (Terreour d'), Allemant

(Marne), 14. Alement, 19. Alemenz (Sires d'), 21. Arzillieres (Dame d'), Arzlllières

(Marne), 9.

B

Bar (Symon de), 16.

Brecarum (Dominus), Broyes (Marne),

3, 4. Brecae, 10. Bricor (Le), Bricot-la-Ville (Marne),

19. Brie (Cornes), 1, 7, 10. Brie (Terre de), 24. Briene (Contesse de), 8. Broies (Jehanz de), 21. Brois (Saint-Loup de), 19. Broyes (Sires de), 14. Buiresart (Locus qui dicitur), 11. Burutello (Armigeri de), 22.

C

Calceya, La Chaussée (Marne), 22.

Campanie (Cornes), 1, 7, 9.

Carnay (Gauchiers de), 15.

Castrivillani (Dominus), Châteauvillain (Hte-Marne), 7.

Cens (Dioeèse de), 9.

Cernoul (Martin de), 25.

Chambre (Jehans de La), 25.

Champaigne (Terre de), 24.

Chapetons (Boscus de), Chapton (Marne), 3, 4.

Charneio (Guido de), Charny-leBachot (Aube), 5.

Chastelier (dame, soignor don), Le

Châtelier (Marne), 9, 15. Chatelero (In), 22. Chatelerum, 22. Chatiauvillain (Sires de), 12,17,20, 21,

24. Chauciee (Robert de La), 24. Cheziaco (Conventus de), Chézy-l'Abbaye

Chézy-l'Abbaye 1. Cisteaulx (Ordre de), 9. Cisterciensis, Cysterciensis (Ordo), 2, 4,

5, 6, 7, 13, 22. Cistiax (Ordre de), 9. Citeaus (Ordre de), 17. Citiaus, Cytiaus (Ordre de), 15, 19, 20,

21. Conantre, 21. Conantre (Decime, villa et finagium de),

Connantre (Marne), 13, 22. Corroy, Corroy (Marne), 22. Couflans (Dominus de), Conflans-aurSeine

Conflans-aurSeine 6. Courcellis (Guillelmus de), Courcelles

(Marne), 22. Courgançon (Jehan de), Gourgançon

(Marne), 19, 22. Covlans (Sires de), 9. Coyrart ( Jehannins de ), Coizard

(Marne), 25. Cruisilles (Dame de), 9.

E

Estraellis (Stangnum de), Etrelles

(Marne), 22. Estreelles (Estan d'), 20, 21.

F

Fera (Radulfus de), 22. Fera in Campania, Fère-Champenoise (Marne), 6.

1 Les numéros de renvoi correspondent à ceux des chartes.


TABLE DES NOMS DE LIEUX

397

Fere Champenoize, 9. Fosse-Marton (Terre qui siet à), 18. Foux (Hues de), Faux-1'resnay

(Marne), 16. Foux (Terraige de), 12. France (Louis de), 26. France (Roi de), 24, 25. France (Roynne de), 16. Froiteul (Granchia de;, 22.

G

Gaye (Creeria), Gaye (Marne), 22.

J

Jardin (L'abbesse, abeesse, abbeiasse dou), 8, 12, 14, 15, 17, 18, 19, 20,

21, 25.

Jardin (Li couvenz don), 8, 12, 14, 15,

17, 18, 19, 20, 21, 25.

Jardin (Nostre-Dame du), 9, 12, 17,

24, 26. Jardin-Notre-Dame (Le), 9, 15, 16, 17,

18, 19, 20, 21.

Jardino (Abbatissa de), 5, 10, 11, 13,

22, 23.

Jardino (Conventus de), 5, 10, 11, 13,

23, 24.

Jardino (Ecclesia de), I, 2, 4, 6, 7.

Jardino (Sanctimoniales de), 3,4, 11,13.

Joy (Abbaye de), Jouy-l'Abbaye (Seineet-Marne), 9, 26.

Joy l'Abbaye (Prieur de), 9.

Jully (Dame de), Jully-sur-Sarce (Aube), 9.

Jusenecourt (Yde de), Juzennecourt (Hte-Marne), 9.

L

Lachiacum, Lachy (Marne), 10.

Lanhari, Lenharrée (Marne), 24.

Loen (Guiz de), Louan (Seine-etMarne), 8.

Longavilla, Longueville (Aube), 5.

Longueville (Jeubers de), 16.

Losia, Losya (Johannes de), Loisy (Marne), 7.

Luzi, Luzy (Sires de), luzy (HteMarne), 12, 17.

Lyee (Garnerus de), Saint-Lyé (Aube), 22.

M

Manci (Girarz de), Mancy (Marne), 24.

Maregniacum, Marigny (Marne), 2.

Marigniacum, 22.

Marigny, 8.

Marueil ( Comitissa de ), Mareuil (Marne), 6.

Medunta (Guillelmus de), 22, 23.

Meleun (Prevosté de), Melun (Seineet-Marne), 19.

Melis (Miles), 5.

Mesnil (Herbelin dou), Le Mesnil (Marne), 25.

Montaguillon (Dame de), Montaiguillon (Seine-et-Marne), 8.

Motte (Jehan de La), 9.

N

Nantueil (Domina de), Nanteuil

(Marne), 6. Navarre (Regina), 22, 23. Navarre (Rex), 1, 7, 10. Navarre (Roynne de), 16. Noion (Chastelains de), Noyon (Oise),

15. Noitello, Noytello (Guillelmus de), 22,

23. Noviomensis (Castellanus), 7.

O

Oigne (Jacque d'), Ognes (Marne),

24. Oingnya (Galterus de), 22. Orléans (Duc d'), 26. Otignes (Charroi de), 15.

P

Parrigny, 8.

Plaeurre, 15.

Plaieurre (Maisons-Deu de), 12.

Plaioere, 17.

Plaiostri (Castellania), 7.

Plaiosiri (Domini), 7.

Plaiostrum, Pleurs (Marne), 1, 2, 4,

6,7. Planches (Abbé Dos), 15.


398

TABLE DES NOMS DE LIEUX

Planciaci (Dominus), Plancy (Aube),

Plancy (Dame de), 16.

Playwrre, 8.

Pleerre, 20, 21, 24.

Pleeurre, 18.

Pleure, 9.

Pleurre, 25.

Pleywrre, 8.

Pluerre, 16.

Plueurre, 19.

Ponandein, 22.

Ponte (Renaudus de), Pont-sur-Seine

(Aube), 22. Ponz-sur-Seyne, 8. Prie (Galterus de), 2. Puiz (Gaucher de), Le Puits (Marne),

12.

R

Raimbolt (Nemus quod dicitur), 4.

S

Saint-Lou (Curé de), 14.

Saint-Loup de Brois, Broyes (Marne),

19. Saint-Marri (Symon de), Saint-Méry

(Seine-et-Marne), 19. Sanctus Germanus in Laya, St-Germainen-Laye

St-Germainen-Laye 23. Sezannie (Decanus Xristianitatis), 11.

Sezennia, Sizanne (Marne), 1. Sezennia (Leonius de), 4.

T

Thoraute (Raoul de), Thourotte (Oise),

Thoraute (Sires de), 15. Thoretensis (Castellanus), 7. Torcenay (Marguerite de), Torcenay

(Hte-Marne), 9. Trecae, Troyes (Aube), 7. Trecensis (Ballivius), 23. Trecensis (Curia), 5, 13. Trecensis (Diocesis), 5, 7, 11, 13. Trecensis (Ecclesia), 2. Trecensis (Officialis), 5, 13. Troie (Eveschié de), 9. Troies, 15. Troies (Dyocèse de), 15, 18, 20, 21.

V

Val Refroy, Valle Refroy (Terragium de), Vaurefroy (Marne). 22.

Ver, Vert-la-Gravelle (Marne), 25.

Vertus (Chastelerie de), Vertus (Marne), 25.

Vertus (Doyens de Saint Jehan de), 25.

Villanova, La Villeneuve (Marne), 4.

Villiers (Jacques de), Villiers (Marne), 9.

Voite (Vicus qui dicitur La), 11.


PROGRAMME

DES

PRIX MIS AU CONCOURS

PAR LA

SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DE L'AUBE

Prix à décerner en 1885.

1°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Histoire des rues d'une ville du département, excepté Troyes.

2°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Étude sur un sujet d'histoire naturelle spécial au département de l'Aube.

3°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné au meilleur Mémoire sur les irrigations et leurs avantages dans le département.

4°. Un prix, de la valeur de 103 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Pièce de vers inédite.

PRIX BISANNUEL DELAPORTE.

M. Delaporte, membre honoraire, a légué à la Société uno somme qui a été placée en rentes sur l'État, et dont les arrérages sont employés à donner, — tous les deux ans, — un prix de 300 francs, qui est décerné dans une séance publique.


400 PRIX MIS AU CONCOURS

Un prix, de la valeur de 300 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Histoire des corporations industrielles de la ville de Troyes ou de l'une des plus importantes d'entre elles.

Les concurrents, pour ces cinq prix, devront faire remettre leurs manuscrits, à Troyes, chez le Secrétaire de la Société, rue Saint-Loup, n° 11, — au plus tard le 1er mars 1885.

Prix à décerner en 1886.

1°. Un prix, de la valeur de 200 francs, sera décerné à la meilleure Biographie d'un artiste, ou à la meilleure Monographie d'une école artistique dans le département de l'Aube.

2°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur du meilleur mémoire sur l'Influence des machines sur l'agriculture dans le département.

3°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Biographie d'un savant né dans le département.

La Société indique en particulier Ludot, sur lequel il existe de nombreux documents inédits à la Bibliothèque de Troyes.

4°. Un prix, de la valeur de 100 franc3, sera décerné à l'auteur du meilleur Avant-projet (sans devis) pour l'agrandissement du Musée.

Les concurrents, pour ces quatre prix, devront faire remettre leurs manuscrits, à Troyes, chez le Secrétaire de la Société, rue Saint-Loup, n° 11, — au plus tard, le 1er mars 1886.

Prix à décerner en 1887.

1°. Un prix, de la valeur de 200 francs, sera décerné à l'auteur du meilleur Travail d'histoire ou d'archéologie locale, dont le sujet est laissé au choix des concurrents.


PRIX MIS AU CONCOURS 401

2°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Étude d'histoire naturelle relative à un canton du département de l'Aube.

3°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Étude sur les effets des traités de commerce dans le département.

4°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Monographie d'une famille urbaine ou rurale du département.

PRIX BISANNUEL DELAPORTE.

Un prix, de la valeur de 300 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Histoire d'une commune du département.

Ce prix pourra être partagé. La Société a rédigé pour ce concours un programme spécial qui est imprimé dans les Mémoires de la Société de 1880.

Les concurrents, pour ces cinq prix, devront faire remettre leurs manuscrits à Troyes, chez le Secrétaire de la Société, rue Saint-Loup, n° 11, — au plus tard le 1er mars 1887.

Prix à décerner en 1888.

1°. Un prix de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur du meilleur mémoire sur la Fabrication de la faïence dans le département de l'Aube.

2°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur du meilleur mémoire sur l'introduction d'une race d'animaux domestiques dans le département.

3°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur du meilleur mémoire sur les Localités du département les plus riches en fossiles, et la nature des terrains où ils auront été trouvés.

T. XLVIII 26


402 PRIX MIS AU CONCOURS

4°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Pièce de vers inédite, dont le sujet est laissé au choix des concurrents.

Les concurrents, pour ces quatre prix, devront faire remettre leurs manuscrits, à Troyes, chez le Secrétaire de la Société, rue Saint-Loup, n° 11, — au plus tard le 1er mars 1888.

Prix à décerner en 1889.

1°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur du meilleur Essai sur l'origine et le développement d'une des principales industries locales.

2°. Un prix, de la valeur de 100 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Étude sur l'architecture civile à Troyes et dans le département depuis le XV siècle, et particulièrement sur celles du XVe et XVIe siècles à Troyes.

3°. Un prix, de la valeur de 103 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Biographie d'un agriculteur du département de l'Aube, décédé avant 1880, qui aurait rendit des services à l'une des branches de l'agriculture.

PRIX BISANNUEL DELAPORTE.

Un prix, de la valeur de 300 francs, sera décerné à l'auteur de la meilleure Carte agronomique du département de l'Aube ou de l'un de ses cantons.

Les concurrents, pour ces quatre prix, devront faire remettre leurs manuscrits, à Troyes, chez le Secrétaire de la Société, rue Saint-Loup, n° 11, — au plus lard au 1er mars 1889.


PRIX MIS AU CONCOURS 403

CONDITIONS COMMUNES A CES CONCOURS

Les Manuscrits devront être inédits. — Ils porteront chacun une épigraphe ou devise qui sera répétée dans et sur le billet cacheté joint à l'ouvrage, et contenant le nom de l'auteur. Celui-ci ne devra pas se faire connaître, sous peine d'être exclu du concours.

Les concurrents sont prévenus que la Société ne rendra aucun des ouvrages qui auront été envoyés aux concours. — Les auteurs auront la liberté d'en faire prendre des copies.

La Société déterminera, avant les séances publiques, si les récompenses attribuées aux lauréats leur seront remises en médailles, en livres, en objets d'art ou en argent.

Indépendamment des prix sus-énoncés, la Société Académique de l'Aube décerne, tous les ans, des prix, des récompenses ou des encouragements dont le sujet n'est pas annoncé, et pour lesquels elle désire conserver son initiative.

Elle décernera, en outre, dans ses séances publiques, des médailles d'or et d'argent aux auteurs des perfectionnements introduits ou opérés clans le département, qui auront été jugés le plus utiles à l'industrie, au commerce et à l'agriculture.

Des médailles seront également remises aux auteurs des meilleures statistiques communales, rédigées conformément au questionnaire publié en 1876.


404 PRIX MIS AU CONCOURS

Le présent Programme est en distribution à Troyes, chez M. Alphonse ROSEROT, Archiviste de la Société Académique de l'Aube, rue Saint-Martin, n° 24.

Troyes, le 16 Janvier 1885.

Le Président de la Société,

GUSTAVE HUOT.

Le Secrétaire,

ALFRED NANCEY.

L'Archiviste, ALPHONSE ROSEROT.


LISTE

DES

DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES

AVEC LES NOMS DES DONATEURS Pendant l'année 1884

Article 34 du règlement de la Société Académique de l'Aube :

" Chacun des Membres de la Société doit contribuer, autant

" qu'il est en lui, a l'augmentation du Musée.

" Les dons faits a la Société par ses Membres, ou par des per"

per" étrangères, sont Inscrits sur un registre spécial, et " publiés en outre dans les journaux de Troyes cl dans l'ANNUAIRE

" du Département, avec les noms des donateurs. "

PEINTURE

MM.

Joseph AUDIFFRED, membre correspondant de la Sociélé Académique de l'Aube, à Paris : — Un tableau peint à l'huile, paysage, école de Claude Lorrain.

SCULPTURE

MAZURIER, antiquaire à Troyes : — Deux bas-reliefs en plâtre, Adam et Eve après la chute et le sacrifice d'Abraham, études par M. Alfred Bouclier.

1 Pour les publications précédentes, voir les Mémoires de la Société de 1849 à 1883.


406 LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES

Les amis de M. Jules RAY : — Buste de M. Jules Ray, modèle unique en plâtre, par M. Désiré Briden.

JOURDAN, propriétaire à Troyes : — Deux médaillons encadrés, reproduction en galvanoplastie des portraits de MM. Emile Vaudé et docteur J. Hervey père, par M. Désiré Briden.

ARCHÉOLOGIE ET ETHNOGRAPHIE

Auguste DUPIN, écolier a Vauchonvilliers : — Des silex taillés, trouvés à Vauchonvilliers.

THIEBLEMONT, cultivateur a Villy-en-Trodes : — Un lot de silex taillés, recueillis à Villy-en-Trodes.

Lucien MÉANT, a Dierrey-Saint-Julien : — Deux silex taillés, trouvés à Dierrey-Saint-Julien.

Henri BOUTIOT, manufacturier à Troyes : — Deux haches en silex taillé, trouvées à Pouy; — deux autres polies, recueillies à Vendeuvre; — une hache polie en jade, provenant de Roye en Picardie.

CHUCHU, cultivateur à Villemorien : — Trois instruments en silex de la période néolithique, trouvés à Villemorien. dont une belle pointe de flèche à ailerons, recueillie au lieu dit La Belle Place.

Adrien DE MAUROY, membre résidant de la Société Académique de l'Aube : — Une pointe de flèche en silex, trouvée avec un morceau de bois lignite dans la tourbe de Courcelles-SaintGermain.

Emile CAVANAT, instituteur à Villemoiron : — Plusieurs silex ouvrés, dont une pointe de lance finement retouchée, recueillis à Villemoiron ; — un petit Génie cerclant un tonneau, bronze du XVIIIe siècle, trouvé sur le même finage.

BROCHÉ, conducteur des Ponts et Chaussées, pour M. l'Ingénieur en chef : — Deux fragments d'ossements de cerf et deux autres de bois de cerf, ayant servi d'instruments, trouvés au fond de l'écluse de Foolz, canal de la Haute-Seine ; — une partie de bois de cerf, une défense de sanglier et un osselet ; — un pied ou support d'amphore en pierre ; — une petite coupe


LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES 407

en terre cuite à bord renversé, de l'époque gallo-romaine; — un polit pot en terre jaunâtre, de forme sphéroïdale, même époque : lu tout provenant des travanx du canal de la Haute-Seine, dans la traverse do Virey-sous-Bar; — un vase sphéroïdal à deux anses, en terre cuite blanchâtre, même provenance, recueilli au lieu dit l'Ile Maillot.

Maxime BAILLY, ingénieur il Paris : — Un fragment de vase en terre rouge, représentant une chasse; — un vase funéraire; — deux têtes de statues, l'une d'un personnage romain, l'autre du Christ couronné d'épines, trouvées à Troyes, dans les travaux de construction du Lycée, sur l'emplacement de l'ancien cimetière et chapelle Sainte-Jule ; — un lot de carreaux émaillés, recueillis dans le département, cl dont plusieurs sont armoriés ou portent les légendes C'est mon plaisir et Vive le roi ; — un épi en fer et plomb, ayant servi de couronnement à l'armature d'un puits ; — des motifs d'ornement en tôle dorée, détachés de la grille de l'Hôtel-Dieu lors de sa restauration.

L'ADMINISTRATION DES PONTS ET CHAUSSÉES : — Une petite meule en granit ; — un pied de vase et une burette en terre cuite rougeâtre; — deux biscaïens en fonie.

GLANET père, cultivateur à Villiers-sur-Marne (Haute-Marne) : — Trois fragments de meule romaine, provenant des fouilles du canal de la Haute-Marne ; — un clou en fer de l'ancienne porta de Raynel, canton d'Andelot; — une houe ancienne.

BONNOT, maire de Nogent-sur-Aube : — Un sarcophage en pierre, avec son couvercle, de l'époque franque, trouvé dans les travaux du chemin n° 9 de Mailly à Nogent-sur-Aube; — un scramasax, une boucle de ceinturon en bronze, une autre boucle en argent et une troisième en fer ; — un vase en verre d'une très belle conservation : le tout contenu dans le sarcophage ci-dessus.

LAURENT-SAINTON, conseiller municipal à Rilly-Sainte-Syre : — Un ornement de bronze argenté, trouvé à Rilly, lieu dit la Ruelle à Bourdeaux ; — une croix bouletée en fer, trouvée en labourant.

MASSEY, à Saint-Loup-de-Buffigny :— Un anneau en doublé argent.


408 LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES

recueilli dans le cimetière mérovingien de Ferreux, lieu dit le Fourneau ; — une pointe de flèche en bronze, même provenance ; — un petit ornement en bronze.

CHARMOY, entrepreneur à Gudmont (Haute-Marne) : — Trois fers à cheval, de formes diverses ; — un couteau avec incrustations et ciselures, manche en bronze : le tout provenant des fouilles du canal de la Haute-Marne.

TOUSSAINT, ancien garde-champêtre à Villiers-sur-Marne (Hte-Marne): — Un fer de petit cheval, trouvé dans les travaux du même canal.

Jules DORMOY, antiquaire à Lusigny : — Une tête de statue de femme voilée et couronnée, style XVIe siècle, trouvée dans des terrassements à Montiéramey ; — quatre anciens fers à cheval.

FLÉCHEY, architecte à Troyes : — Un chapiteau en pierre, du XVIe siècle, recueilli à Troyes, derrière l'abattoir.

PRÉAULT-AUBERT, peintre à Troyes : — Un fragment de panneau en bois sculpté, avec écusson aux armes de la ville de Troyes, trouvé dans le mur d'une maison rue Saint-Jacques.

BOURBON, propriétaire de l'hôtel de la Poste, à Troyes : — Une grande plaque de cheminée, en fonte, aux armes du roi Louis XIII, provenant de l'hôtel de la Poste.

L'abbé FÈVRE, curé de La Chapelle-Saint-Luc : — Une plaque de cheminée, en fonte, aux armes de France, et portant la devise : SEVL CONTRE TOVS, provenant d'une maison de la rue du Cloître-Saint-Etienne, n° 3, à Troyes.

Henri LEMOINE, de la Banque do France, à Troyes : — Un écusson de femme (losange) en pierre, trouvé à Saint-Oulph, dans les réparations de la maison de M. Choiselat.

VINCENT, sonneur à Palis : — Deux clefs en fer, recueillies dans le clos de l'ancien château nouvellement annexé au cimetière de Pâlis.

Charles MALGRAS, rue Saint-Jacques, a Troyes : — Une clef ancienne, trouvée à Voué; — deux autres clefs en fer, trouvées l'une à Nancy, l'autre à Vichy.

Mme DREPTIN, à Troyes : — Un morceau de tapisserie de la fin du xvn *


LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES 409

siècle, pied d'une croix de chasuble, où sont reproduits, au petit point, les écussons accolés de Henri Godet, vicomte de Soudé et des Bordes, et de sa femme Claude de Saint-Sauflieu, mariés en 1666.

LE MAIRE DE TROYES : — Le heurtoir en fer ciselé de l'ancienne porte du jardin du Musée.

Albert VAUDÉ et Emile DOSNON : — Une statuette en fer, garde française sous Louis XV.

MOTTARD, terrassier à Troyes : — Deux anciens fers de charrue, de formes différentes.

HUBERT-DAUBIGNY, propriétaire à Lusigny : — Une petite plaque octogonale, en métal blanc, portant gravée en creux la scène du Calvaire, trouvée à Lusigny, entre l'église et le moulin.

SORET : — Une bague en cuivre, trouvée à Couvignon.

MAZURIER, antiquaire à Troyes : — Un peson ancien ; — un boisseau, ancienne mesure ; — un col de cravatte en indienne.

Jules VELKER, à Troyes : — Un biscaïen en fonte.

JORAND, menuisier à Troyes : — Une pique de fer, de 1793; — une hache en fer, avec marque autrichienne, datant de l'invasion de 1814.

Gaston BALTET, à Troyes : — Un sabre de major, ayant appartenu au docteur Nicolas Jacquier.

Zéphyrin MULOT, membre correspondant de la Société Académique de l'Aube, à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) : — Trois haches polies en jade et obsidienne ; — une fronde en filet avec seize pierres de fronde; — deux casse-têtes; — deux bâtons de chef; — cinq sagaies ; — un arc et 25 flèches empoisonnées; — trois bracelets en dents de porc sauvage; — deux peignes de femme; — un éventail ; — deux paniers; — cinq assiettes; — quatre ceintures à franges; — deux nattes; — deux cordes nattées en jonc ; — trois morceaux d'étoffe en écorce et trois autres fragments d'écorce de niaoulis ; — 23 photographies de la Nouvelle-Calédonie, des Nouvelles-Hybrides et de Sainte-Hélène; — un lot de timbres-poste étrangers.


410 LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES

Ernest MILLOT, membre honoraire de la Société Académique de l'Aube, au Tonkin : — Deux chapeaux annamites et une paire do sandales chinoises.

Alfred DAUXIN. administrateur du journal l'Aube: — Un jeu de cartes chinoises.

Paul CORNESSE, à Troyes : — Un violon tonquinois avec son archet ; — un couvert chinois.

VIVIEN-BEUVE, marchand-épicier à Troyes : — Une canne en sapin sculpté.

NUMISMATIQUE

BOSSUOT, à Saint-Loup-de-Buffigny : — Une monnaie gauloise en bronze ; — trois monnaies romaines ; — un jeton Louis XIV en cuivre.

ABERT, officier en retraite à Troyes : — Un moyen bronze de Lucius Verus; — quatre pièces de cuivre, dont une médaille de Louis-Philippe.

Célestin MÉNESSIER, à Aix-en-Othe : — Un petit bronze de Tétricus père, trouvé à Aix, dans les prés de la Nole.

LAURENT-SAINTON, conseiller municipal à Rilly-Sainte-Syre :— Quatre petits bronzes de Tétricus fils, Constantin Ier et Valentinien Ier, trouvés à Rilly ; —2 jetons et 26 monnaies, doubles et deniers tournois, liards et double-liard, XVIIe et XVIIIe siècles.

SOUILLARD-THÉRY, à Dampierre : — Une monnaie en argent et deux en bronze, dont une romaine.

Hector PRON, membre résidant de la Société Académique de l' Aube : — Un grand blanc de Henri VI d'Angleterre, trouvé dans sa propriété à Bréviandes.

Narcisse GUILLEMOT, propriétaire à Troyes : — Douze grands blancs à la couronne du XVe siècle, frappés dans une dizaine d'ateliers différents, découverts en 1872, dans la démolition de sa maison, rue Thiers, 48, à Troyes.


LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES 411

HUBERT-DAUBIGNY, propriétaire a Lusigny : — Huit pièces de cuivre, monnaies diverses et jetons, dont un Louis XIV à la légende NIL NISI CONCILIO, trouvées à Lusigny, entre l'église et le moulin.

Jules DORMOY, antiquaire à Lusigny : — Un jeton Louis XIV et six monnaies étrangères.

Paul HÉRY. employé à la sous-préfecture d'Arcis : — Un jeton Louis XIV en cuivre jaune, à la légende DAT CVRA QVIETEM.

Edouard CHEVALIER, rue Dejean, 4, à Paris : — Un jeton Louis XVI, en cuivre.

Paul CORNESSE, à Troyes : — Un lot de monnaies chinoises en cuivre.

MANOTTE jeune, tapissier à Troyes : — Une médaille religieuse, en bronze doré, aux effigies de saint Jean et de sainte Thérèse.

Le prince Eugène DE BAUFFREMONT, duc d'Atrisco, à Brienne-le-Château : — Le moulage, pris sur la matrice, du sceau de Claude de Bauffremont, abbé commandataire de Balerne, aux armes de Bauffremont.

ZOOLOGIE

L'ADMINISTRATION DES PONTS ET CHAUSSÉES : — Quatre crânes humains, trouvés à Saint-Julien, dans les travaux du chemin de fer de Vitry.

ROLLIER, forgeron a Bréviandes : — Maxillaire inférieur d'un crâne humain, même provenance.

Zéphyrin MULOT, membre correspondant de la Société Académique de l'Aube, à Nouméa : — Trois crânes de Canaques ; — douze oiseaux en peau et un nid ; — des reptiles en alcool : 5 sauriens, 5 ophidiens et 10 batraciens ; — une carapace de tortue ; — deux poissons desséchés et une nageoire de requin ; — un lot de coquilles terrestres et fluviatiles ; — deux nids de guêpe maçonne; — deux flacons d'alcool, renfermant des arachnides, des myriapodes et autres insectes ap-


412 LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES

tères ; — la carapace d'un crustacé ; — trois oursins et quatre polypiers.

La famille de M. Jules RAY, ancien conservateur du Musée : — Des collections locales très intéressantes, de mammifères, — d'oiseaux, — de reptiles, — de poissons, — de crânes et d'oeufs d'oiseaux : le tout recueilli dans le département de l'Aube.

Ernest MILLOT, membre honoraire de la Société Académique de l'Aube, au Tonkin : — Des cornes d'antilope; — 25 oiseaux du Tonkin, en peau; — un petit poisson volant; — quatre ophidiens en alcool ; — trois flacons de coléoptères, fourmis, araignées et myriapodes.

Jules AUBRY, employé de commerce à Troyes : — Un crâne de sanglier.

Pierre VAUTHIER, terrassier : — Trois fragments de dents de cheval, trouvés à Ormes.

Jules MALOT, à Troyes : — Un calcul trouvé dans le coeur d'un boeuf.

Théodore MIOT-PRUDHOMME, à Troyes : — Un épiderme de serpent.

Gaston BALTET, à Troyes : — Trois coquilles marines.

VALLOT, employé à l'octroi : — Trois coquilles d'anodontes, recueillies dans la Vienne.

Henri GIOT, greffier à Troyes : — Quatre lépidoptères et trois cocons, Attacus Cynthia, de Chine.

BOTANIQUE

Zéphyrin MULOT, membre correspondant de la Société Académique de l'Aube, à Nouméa : — Des feuilles et des écorces de Niaoulis, Melaleuca viridiflora ; — des feuilles d'Eucalyptus globulus ; — des feuilles du canellier de Ceylan, importé en Nouvelle-Calédonie; — un lot de fruits et de graines; — un échantillon de coton récolté à Nouméa.


LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES 413

MINÉRALOGIE

Camille JOURDHEUILLE, membre résidant de la Société Académique de l'Aube : — Une collection de minéralogie, formée par feu M. Gallimard et renfermée dans deux meubles à tiroirs.

Gaston BALTET, à Troyes : — Un lot de minéralogie, du cabinet du docteur Nicolas Jacquier.

Zépbyrin MULOT, membre correspondant de la Société Académique de l'Aube, à Nouméa : — Un lot de minéraux de la Nouvelle-Calédonie.

Auguste GROSDEMENGE, ancien notaire à Troyes : — Un échantillon de stalactite calcaire.

PALÉONTOLOGIE

Auguste DUPIX, écolier à Vauchonvilliers : — Des oursins et coquilles fossiles, recueillis à Vauchonvilliers.

Arsène PARIGOT, garde champêtre à Nully (Haute-Marne) : — Des fossiles provenant des terrains néocomiens de Nully et des argiles d'Epothémont.

Théodore RACLE, cultivateur à Eaux-Puiseaux : — Deux polypiers et deux oursins fossiles.

L'ADMINISTRATION DES PONTS ET CHAUSSÉES : — Sept ammonites fossiles; — trois fragments de molaires d éléphant et plusieurs ossements d'animaux quaternaires, trouvés dans les travaux du canal de la Haute-Seine.

PICARD, directeur de la sucrerie de Saint-Julien : — Plusieurs ossements fossiles provenant des graviers de Saint-Julien.

Auguste GROSDEMENGE, ancien notaire à Troyes : — Une vertèbre de grand mammifère, également recueillie à Saint-Julien, dans les travaux du chemin de fer de Vitry.


414 LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES

CONSERVATOIRE INDUSTRIEL

Gaston BALTET, à Troyes : — Un lot de 109 échantillons de bois.

VANARIEN-DERREY, à Troyes : — Un modèle, placé sous châssis, de la goëlette la Belle-Hélène de Dunkerque, navire armé pour le cabotage.

Pour copie conforme au registre destiné à inscrire les Dons faits au Musée de Troyes.

L'Abbé GARNIER,

Ordonnateur de la Commission du Musée.


LISTE

DES

OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DE L'ABBE

PENDANT L'ANNÉE 1884 Avec les noms des Donateurs 4

AGRICULTURE

M. DE MAUROY, membre résidant : Utilité, composition des engrais chimiques, Troyes, 1884, in-8°.

M. VILGRAIN : Révision des tarifs douaniers sur les céréales, Nancy, 1884, in-8°.

M. AD. DE VILLENAUT : La question du blé et la culture française, 1884, in-8°.

M. CHAVÉE-LEROT : Résumé de la question phylloxérique, Paris, in-12. — La crise agricole et la franc-maçonnerie, in-18.

SCIENCES

M. GUSTAVE DOLLFUS, à Riedisheim (Alsace) : Matériaux pour l'étude des glaciers, par Dollfus-Ausset, 12 vol. g. in-8° et allas.

1 Nom n'avons pas porté sur cette liste les envois des Académies et des Sociétés correspondantes, les publications périodiques, ainsi que lu volumes de la collection des Brevets d'invention donnés par l'Etat


416 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

M. PAUL FLICHE, membre correspondant à Nancy : Etude sur les tufs de Resson, in-8°.

— Sur les lignites quaternaires de Bois-l'Abbé, près d'Epinal, in-8°.

— Description d'un nouveau Cycadeospermum du terrain jurassique moderne, s. d., in-8°.

M. HAMON : Etudes sur les eaux potables et le plomb, Paris, 1884, in-12.

M. LESCUYER, membre correspondant à Saint-Dizier : Mélanges d'ornithologie, 1884, in-8°.

M. BRIARD, membre résidant : Miscellanea mycologica, Venise, in-8°.

M. CHARLES MOROT : Les pelotes stomacales des Léporidès, 1882, in-8°.

ARCHÉOLOGIE. — ARTS

Le Baron JOSEPH DE BAYE, membre correspondant à Baye : Note sur le château de Montmort, 1884, in-8°.

— Cimetière gaulois de Mareuil-le-Port, 1884, in-8°.

— Sujets décoratifs empruntés au règne animal dans l'industrie gauloise, 1884, in-8°.

— Indices de la transition de la pierre polie à l'époque du bronze, 1884, in-8°.

— Les traits caractéristiques de l'époque néolithique en France, 1884, in-8°.

M. EMILE TAILLEBOIS, membre correspondant à Dax : Quelques mots sur les prétendues inscriptions des Convenoe trouvées en Ecosse, Dax, in-8°.

— Deux autels votifs romains, in-8°.

— Monuments épigraphiques d'Aire, in-8°.

— Recherches sur la numismatique de la Novempopulanie, in-8°.

M. GUSTAVE MARTY : Deux nouvelles sépultures de l'époque des dolmens... près Pamiers (Ardèche), 1884, in-8°.


OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE 447

M. L'ABBÉ GARNIER, membre résidant : Denier tournois d'Henri VI. Salut d'or d'Henri VI. (Extrait de l'Annuaire de la Société de numismatique), 1884, in-8°.

HISTOIRE

M. ALBERT BABEAU, secrétaire de la Société : La Ville sous l'ancien régime, ouvrage, couronné par l'Académie Française, 2e édition, Paris, 1884, 2 vol. in-12. — Les Voyageurs en France depuis la Renaissance jusqu'à la Révolution, Paris, 1885, 1 vol. in-12.

— Un apothicaire de province sous Louis XIII. Maître Sébastien Sorel (Réforme sociale du 5 mai 1884), in-8°.

— L'armement des nobles et des bourgeois dans la Champagne méridionale au XVIIe siècle, 1834, in-8°. (Extrait de la Revue historique.)

— Le siéje du château de Saint-Phal par trente-trois huissiers, in-8°.

M. ARTHUR DAGUIN. membre correspondant à Paris : Les évêques de Langres, 1884, 1 vol. in-4°.

— Notice sur Madame Daguin, par V***, 1884, in-8°.

— Notice sur M. Daguin, par V***, 1883, in-8°.

— Journal de Nicolas Parisot, curé de Dinteville, Arcis, 1883.

M. D'ARBOIS DE JOBAINVILLE, membre honoraire, membre de l'Institut, à Paris : Origines de la juridiction des Druides, 1884, in-8°.

M. ALPHONSE ROSEROT, archiviste de la Société : Inscriptions du département de l'Aube, Arcis, 1883, in-8°.

— La famille d'Argillières en Picardie et en Champagne, 1884, in-8°.

M. P. LESCUYER, vice-président du Conseil de préfecture de l'Aube : Géographie physique, agricole, commerciale, industrielle, administrative et historique du département de l'Aube, Troyes, 1884, 1 vol. in-8°.

M. ERNEST CHOULLIER, membre correspondant, à Ervy : Les Trudaine, 1884, in-8°.

T. XLVIII 27


418 OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE

M. E. PERSON, membre correspondant à Sommesous : Précis historique et statistique de la commune de Sommesous, Châlonssur-Marne,

Châlonssur-Marne, 1 vol. in-8°.

M. ARSÈNE THÉVENOT, membre associé, à Epinal : Notice topogra phique, statistique et historique sur Fontelte, Bar-sur-Seine, 1884, in-8°.

M. COLIN, archiviste de la Haute-Marne : Catalogue des livres et brochures de la bibliothèque Barotte, Chaumont, 1883, in-8°.

M. CHARLES JOURDAIN, membre de l'Institut : La Société de l'histoire de France de 1835 à 1884, in-8°.

M. BERTHOLLE : Carte de l'ancien Gouvernement de Champagne, 1883.

QUESTIONS DU JOUR. — MELANGES

LA FAMILLE de M. CHARLES NICOLAS : Les budgets de la France depuis le commencement du XIXe siècle, par M. Charles Nicolas, ouvrage couronné par l'Académie des sciences, Paris, 1884, 1 vol. in-4°.

M. LE Dr GUIBOUT, membre correspondant à Paris : Les vacances d'un médecin, quatrième série, 1884,1 vol. in-12.

M. PAUL HARIOT, membre correspondant à Paris : De Bordeaux au cap Horn, 1884, in-8°.

M. le Dr MARTINET, membre associé à Piney : Association des Médecins de l'Aube. Rapport fait au nom de la Commission chargée d'étudier la révision des lois médicales, 1883, in-8°.

LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE SENLIS : M. le comte Louis-Amédée de La Vaulx, par l'abbé Caudel, 1884, in-8°.

M. JOURDHEUILLE, membre résidant : Notice biographique sur M. Jules Ray. (Extrait des Annales de la Société entomologique de France.) In-8°.


OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE 419

BELLES-LETTRES

M. ALPHONSE BAUDOUIN, membre associé à Bar-sur-Aube : A Corinthe, 1884, in-12.

M. COLAS : Les Nébuleuses, les Douloureuses, les Marées, par Daniel Denfert (pseudonyme du donateur), 1884, 1 vol. in-12.

M. L'ABBÉ FONTAINE : Le croquis d'un esprit ou Narzale Jobert, 1883, in-12.

M. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE, membre honoraire, membre de l'Institut, à Paris : Rapport sur une mission littéraire dans les îles Britanniques, Paris, in-8°.

Pour extrait conforme : Le Secrétaire,

Albert BABEAU.



SOMMAIRE

DES

SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ PENDANT L'ANNÉE 1884

Séance du 18 Janvier 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Allocution du Président. — M. Socard, trésorier de la Société, est nommé chevalier de l'ordre de François-Joseph; M. des Guerrois, membre résidant, officier d'Académie; M. de Magnac, membre associé, officier de la Légion-d'honneur. — Décès de M. Deschiens, membre rorrespondant. — Dépouillement de la correspondance. — Voeu émis par la Société pour la conservation des ruines de Sanxay. — Dons au Musée et à la bibliothèque. — Compterendu du Président. — Rapport de M. Det sur une notice do M. Léopold Lacroix sur les poésies de M. des Guerrois. — Rapport de M. Pron sur une étude de M. Nicaise, intitulée : « Les Peintres du XVIIIe siècle. » — Rapport de M. Nancey sur les pièces de vers envoyées au concours de poésie de 1883. — Rapport de M. Roserot sur les travaux envoyés pour le concours d'histoire locale. — Adoption des conclusions de ces deux rapports. — Lecture par M. Laperouse d'extraits des Mémoires inédits de Mme Victorine de Chastenay. — La Société délègue aux réunions de la Société nationale d'Agriculture MM. Huot, Drouot et Baltet; au Congrès de la Société des Agriculteurs de France, MM. de Cossigny et Thierry. — M. Charles Baltet est élu membre de la Commission du Musée. — M. Louis Ulbach, homme de lettres, à Paris, est élu membre honoraire; M. Bailly de Barbercy, à Paris, est élu membre correspondant. — Fixation de la séance publique au mois de mars.


422 SOMMAIRE DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ

Séance du 15 Février 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

M. d'Arbois de Jubainville, membre honoraire, est nommé membre de l'Institut. Le Président lui transmettra les félicitations de la Société.— MM. Gréau, Truelle et Royer sont délégués aux réunions des Sociétés des Beaux-Arts à la Sorhonne. — Dons à la bibliothèque. — Compte-rendu du Président. — Lettre de M. Maillard proposant de faire placer sur divers monuments de la ville de Troyes des inscriptions relatives à leur histoire; renvoi à la Commission d'histoire locale. — Rapport de M. l'abbé Garnier sur divers travaux préhistoriques. — Présentation par M. Soeard d'un Glossaire de la Forêt de Clairvaux, par M. Alphonse Baudouin; renvoi de ce travail à la Commission d'histoire locale. — Lecture par M. Roserot d'une étude sur les origines municipales de Troyes. —Lecture par M. l'abbé d'Antessanty d'une note sur les moeurs de la buse commune; observations à ce sujet de MM. Drouot, Petit et Thierry.— Nomination de M. Brouard, architecte diocésain, comme membre résidant dans la section des Arts, en remplacement de M. Truelle, démissionnaire. — Vote de médailles d'or et de vermeil à décerner dans la séance publique. — Renvoi à la Commission de publication du travail de M. Roserot.

Séance du 21 Mars 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Décès du comte de La Vaulx, membre correspondant. — Lettre de M. Moreau sur les eaux amenées à Souligny. — MM. Vignes, Socard et Baltet sont délégués aux réunions des Sociétés savantes à la Sorbonne. — Dons à la bibliothèque. — Election de M. Camille Jourdheuille, juge au tribunal civil de Troyes, comme membre résidant dans la section des sciences, en remplacement de M. Jules Ray, décédé.


PENDANT L'ANNEE 1884. 423

Séance spéciale du 24 Mars 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Lecture des travaux destinés à être lus dans la séance publique. — Approbation de ces travaux. — Vote de diverses médailles. — Fixation de l'ordre du jour de cette séance.

Séance publique du 29 Mars 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Discours du Président.— Compte-rendu du Secrétaire. — Rapport de M. Nancey, secrétaire-adjoint, sur les prix à décerner. — Le marais de Villechétif, par M. l'abbé d'Antessanty.— Les Grands travaux des chemins de fer, par M. de Cossigny. — Petits vers et sonnets, par M. Dosseur. — Essai sur quelques peintres du XVIIIe siècle, comparés aux peintres du XIXe, par M. Pron. — L'homme préhistorique dans le département de l'Aube, par M. l'abbé Garnier.

Séance du 25 Avril 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

A l'occasion de la lecture du procès-verbal, il est décidé que la démarche personnelle, prescrite par la Société, dans sa séance du 16 février 1883, aux candidats pour un fauteuil de membre résidant, devra se faire, soit par une lettre, soit par une visite au Président ou au Secrétaire de la Société. — M. de Baye demande que le prochain Congrès anthropologique ait lieu en Roumanie. — Lettre du Ministre de l'Instruction publique demandant à être fixé sur la destination de l'allocation que réclame la Société. — Dons à


424 SOMMAIRE DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ

la Bibliothèque et au Musée. — Compte-rendu du Président. — Rapport de M. de Mauroy sur les comptes-rendus de l'Académie des Sciences. — Présentation par M. Baltet d'un travail de M. Louis Hariot sur la culture de la vigne dans le canton de Méry; renvoi de ce travail à la Commission de l'Annuaire. — Rapport de M. de Cossigny sur le Traité de la culture fruitière de M. Charles Baltet. — Proposition de M. Fléchey, afin de demander au Ministère une allocation pour continuer les fouilles sur les terrains de l'abattoir de Troyes; adoption de cette proposition. — Communication de M. Roserot sur une information faite à Eguilly en 1698. que M. Delaune- Guyard a fait connaître à la Société. — M. l'abbé Garnier apprend à ses collègues que le célèbre jubé de Villemaur porte les signatures do Thomas et Jacques Guyon, maîtres menuisiers, et la date de 1521. — M. Alphonse Baudouin, membre de la Société des gens de lettres, à Bar-sur-Aube, est élu membre associé.

Séance du 46 Mai 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Décès de M. Emile Vaudé, membre résidant. — Mention honorable obtenue par M. Arsène Thévenot. membre associé, dans le concours de statistique de l'Académie des sciences. — Lettre du Ministre de l'Agriculture, accordant une subvention de 500 fr. à la Société. — Dons à la bibliothèque. — Compte-rendu du Président. — Lecture de fragments de la 4e série des Vacances d'un Docteur, par le Dr Guibout. — Lecture par M. Det d'un rapport sur la biographie de Narzale Jobert, par Las Casas. — Rapports de MM. l'abbé Garnier et A. Babeau, sur divers ouvrages. — Communication de M. Roserot sur le récolement de la Bibliothèque et les livres à réclamer. — Ajournement de la lecture des travaux présentés par les membres résidants, en signe de deuil de lu mort de M. Vaudé.


PENDANT L'ANNÉE 1884. 425

Séance du 20 Juin 4884.

Présidence de M. EDOUARD VlGNES.

Notice biographique sur M. Vaudé, rédigée et lue par le Président. — Lettre de M. d'Arbois de Jubainville. — M. Gréau, désigné pour faire partie de la section d'archéologie au prochain Congrès de la Société pour l'avancement des sciences. — Demande par le Ministre de l'Instruction publique de questions pour les Congrès des Sociétés savantes de 1 885. — Dons à la bibliothèque. — Compte, rendu, par M. Charles Baltet, des prix obtenus par le département de l'Aube au Concours régional d'Épernay. — Rapport par M. de Mauroy sur des expériences faites sur des déjections animales. — Rapport par M. Det sur les Inscriptions du département de l'Aube, par M. Roserot; voeu pour qu'il soit fait un recueil général de ces inscriptions; renvoi de ce voeu à la Commission d'histoire locale. — Communication de M. l'abbé Garnier sur une découverte de 39 blancs du XVe siècle, faite dans une maison de la rue Thiers. — Lecture par M. Albert Babeau d'une notice sur le Vouldy, destinée à l' Annuaire de l'Aube. — Lecture par M. de Mauroy d'une étude sur la tourbe, qui doit paraître dans le Bulletin du Comice agricole. — Rapport par M. jourdheuille sur la question de la peine de mort.—Communication sur les ventes des cabinets de MM. Le Brun-Dalbanne et Ray. — Nomination de M. Albert de Mauroy, à Thivet, près Nogent (Haute-Marne), comme membre correspondant.

Séance du 48 Juillet 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Décès de M. Franck de Mesgrigny, membre associé, et de M. Girardin, membre correspondant. — Communication de M. le Préfet, relative au local de la Société ; renvoi au Bureau. — Questionnaire du Ministre de l'agriculture sur la situation économique de l'agriculture dans le département ; renvoi à la section. — Renvoi à cette même section d'une circulaire de la Société d'agriculture


426 SOMMAIRE DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ.

de Wassy, relative à la représentation do l'agriculture. — Lettre de M. Arthur de Villemereuil, à l'occasion d'un ouvrage qu'il offre à la Bibliothèque de la ville. — Dons au Musée et à la bibliothèque. — Rapport de M. de Mauroy sur le Bulletin de la Société des ingénieurs civils. — Rapport de M. Socard sur le Glossaire du patois de la forêt de Clairvaux, par M. Alphonse Baudouin, membre associé; renvoi de ce travail, d'après les conclusions de M. Socard, à la Commission de publication. — Il est convenu que les conservateurs de chaque section du Musée remercieront les personnes qui auront fait des dons à leur section. — Rapport de M. Petit sur les mesures fiscales relatives aux échanges de biens ruraux.

Séance du 8 Août 4884.

Présidence de M. ÉDOUARD VIGNES.

M. Albert Babeau nommé correspondant du Ministère pour les Travaux historiques. — Lettre du Ministre de l'Instruction publique, accordant une subvention de 800 fr. à la Société, à titre d'encouragement pour ses publications, et promettant une allocation de 1.000 fr., dans le cas où des fouilles seraient pratiquées sur les terrains de l'abattoir. — Dons à la Bibliothèque. — Compte-rendu du Président. — Mention obtenue par M. le Dr Vauthier au concours de poésie sur le vin de Champagne. — Lecture par M. Det d'un rapport sur le dernier Congrès des Américanistes. — Lecture par M. Gustave Carré d'un travail intitulé : Nos grands hommes au collège. — Dépôt par M. Roserot d'un travail sur la famille Largentier, offert par Mgr Robin ; renvoi à la Commission d'histoire locale. — Lecture par M. Roserot d'une Étude sur la famille Largentier, destinée à l'Annuaire. — Communication par M. G. Huot, sur dés expériences de moissonneuses-lieuses faites dans le département. — Renvoi à la Commission de publication du travail de M. Carré.


PENDANT L'ANNÉE 1884. 427

Séance du 47 Octobre 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Décès de M. Foissy, juge de paix à Vignory, membre correspondant. — Lettre de M. le Préfet de l'Aube, annonçant une réduction votée par le Conseil général sur la subvention annuelle du Musée; le Bureau est chargé de prier M. le Préfet de demander au Conseil général de revenir sur ce vote, qui aurait des conséquences des plus fâcheuses pour le Musée. — Invitation aux membres de la section d'agriculture d'assister au Congrès agricole organisé à Troyes par la Société nationale d'encouragement à l'agriculture. — Acceptation par la Société du legs fait par l'abbé Coffinet au Musée. — Envoi par le Ministre de l'Instruction publique du programme des réunions des Sociétés savantes de 1885. — Envoi par le Ministre de la Marine de documents commerciaux sur le Tonkin et la Cochinchine. — Echange demandé par la Société des Archives historiques de la Saintonge. — Dons au Musée et à la bibliothèque de la Société. — Compte-rendu du Président. — Lettre de M. Gréau sur son exposition de verrerie antique au Palais de l'Industrie. — Rapport de M. S. Det sur l'Armement des nobles et des bourgeois dans la Champagne méridionale, par M. Albert Babeau. — Communication de M. Brouard sur le clocher de l'église Saint-Remi et sur les mesures à prendre pour sa conservation ; renvoi de sa communication à la section des Arts. — Election de M. Léonce Lex, archiviste du département, à Vesoul, comme membre correspondant.

Séance du 24 Novembre 1884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Allocation de 1.000 fr. accordée par M. le Ministre de l'Instruction publique pour les fouilles archéologiques à faire à l'abattoir.— Envoi du programme des prix de l'Académie des sciences morales et politiques. — Compte-rendu par M. Huot des résultats du Congrès agricole tenu à l'hôtel de ville de Troyes, qui s'est prononcé


428 SOMMAIRE DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ

pour le relèvement des tarifs douaniers. — Adhésion de la Société au voeu exprimé par la Société des Antiquaires de France pour assurer d'une manière plus complète la conservation des monuments historiques. — Dons à la bibliothèque. — Compte-rendu du Président. — Don au Musée par M. Jourdan du médaillon en bronze de M. Emile Vaudé. — Rapport de M. Socard sur la Géographie de l'Aube de M.Lescuyer. — Rapport de M. de Cossigny sur les travaux dirigés par M. Moreau pour amener les eaux du val de Gloire, à Souligny. — Communication de M. do Mauroy sur les comptes-rendus de l'Académie des sciences. — Rapport de M. Fléchey sur les fouilles commencées depuis le 3 novembre sur les terrains de l'abattoir. — Lecture par M. Albert Babeau d'une notice destinée à l'Annuaire, sur l'ancien hôtel d'un lieutenant du prévôt de Troyes. — Election de M. Olympe Fontaine, architecte à Troyes, comme membre résidant dans la section des Arts.

Séance du 49 décembre 4884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Don à la Société, par les amis de M. Jules Ray, du modèle unique de son buste en plâtre, fait par M. Briden, et destiné à être placé dans une des salles du Musée d'histoire naturelle. — Lettre adressée à M. le Préfet pour demander le rétablissement du crédit de 2.000 fr. alloué annuellement au Musée. — Dons à la bibliothèque. — Compte-rendu du Président. — Rapport de M l'abbé Garnier sur une brochure de M. de Baye. —Rapport de M. de Cossigny sur les prix élémentaires des matériaux de construction, par M. O. Fontaine. — Communication du même membre sur des ossements fossiles découverts à Saint Julien et sur un sceau trouvé à Bayel. — Lecture d'une lettre et d'une dissertation de M. le Dr Martinet, intitulée : Requête à l'Académie. — Communication de M. d'Antessanty sur un nouveau cas d'albini-me observé chez un moineau du département. — Rapport de M. Fléchey sur les résultats obtenus jusqu'à ce jour par les fouilles de l'abattoir, et demande d'une subvention nouvelle pour continuer ces fouilles; nomination


PENDANT L'ANNÉE 1884. 429

d'une Commission de trois membres, qui se rendra sur le terrain des fouilles et décidera provisoirement s'il y a lieu de poursuivre les travaux. — Proposition de demander 500 fr. au Conseil municipal pour concourir à l'impression du premier registre des délibérations communales de Troyes qui sera reproduit dans le 3e volume des Documents inédits. — Remerciements à M. le Maire do Nogent-en-Othe, qui a bien voulu faire parvenir plusieurs objets antiques trouvés sur le territoire de sa commune.

Séance réglementaire du 26 Décembre 1884.

Présidence de M. EDOUARD VIGNES.

Décès de M. Onfroy de Bréville, membre honoraire, à HauteFontaine (Marne). — Lecture du procès-verbal de la séance tenue par le Bureau pour l'examen des comptes de 1884 et du budget de 1885. — Présentation des comptes et des budgets par M. le Trésorier; adoption par la Société. — Il a été distribué 237 jetons en 1834. — Procès-verbaux des séances tenues par les sections pour la nomination des membres de leurs bureaux, qui sont ainsi composés : Agriculture : président, M. Drouot; vice-président, M. de Cossigny; secrétaire, M. Thierry. Sciences : président, M. le Dr Vauthier; vice-président, M. de Mauroy; secrétaire, M. Jourdheuille. Arts : président, M. Pigeotte; vice-président, M. Royer; secrétaire, M. l'abbé Garnier. Lettres : président, M. Roserot; vice-président, M. l'abbé Lalore; secrétaire, M. Det.— Rapport de M. Journé sur les fouilles de l'abattoir, concluant à ce qu'il soit voté des remerciements à M. Fléchey, et émettant l'avis de la cessation des travaux. Adoption de ces conclusions. — Prix proposés par les différentes sections pour les concours de 1885 à 1889. — Vote de la liste des prix à décerner par la Société de 1885 à 1889. — Election de M. Albert Babeau comme vice-président pour l'année 1885. — Election des membres du Bureau pour cinq ans : secrétaire, M. Nancey; secrétaire-adjoint, M. Drouot; archiviste, M. Roserot; trésorier. M. Socard. — Election de MM. d'Antessanty, de Cossigny,


430 SOMMAIRE DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ

Petit et Pron, comme membres de la Commission de publication pour 1885. — M. Brouard élu membre de la Commission du Musée, en remplacement de M. Vaudé, décédé. — Allocution du Président.

Pour extrait conforme :

Le Secrétaire,

Albert BABEAU.


LISTE

DES

MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DE L'AUBE

Au 31 Décembre 1884

MEMBRES RÉSIDANTS

MM.

1840. — Argence (Désiré) 0. *, avocat.

1853. — Dosseur-Breton * inspecteur d'assurances.

1855. — Huot (Gustave) * agriculteur, à Saint-Julien.

1856. — Gréau (Julien) archéologue, rue du Bac, 126, à

Paris.

1857. — Soeard (Emile) conservateur de la Bibliothèque

de Troyes.

1858. — Paillot (Victor), propriétaire à Rumilly-les-Vaudes. 1858. — Bacquias (Eugène) docteur en médecine, député de

l'Aube.

1859. — Baltet (Charles), horticulteur-pépiniériste.

1860. — La perouse (Gustave) anc. sous-préfet de Sens.

1865. — Vauthier (Arsène) docteur en médecine.

1866. — Drouot (Ambroise), directeur de la Champagne. 1869. — Vignes (Edouard) banquier.

1871. — Babean (Albert), homme de lettres.

1871. — Pron (Hector), artiste peintre.

1871. — Des Guerrois (Charles) homme de lettres.

1873. — L'abbé Lalore (Charles), ancien professeur au GrandSéminaire.

GrandSéminaire.

1874. — L'abbé d'Antessanty (Gabriel), aumônier du Lycée. 1874. — Petit (Joseph), avocat.

1874. — Deheurle (Victor) sous-préfet de Beaune. 1874. — Fontaine (Félix), ancien manufacturier.

1874. — Nancey (Alfred), homme de lettres.

1875. — Buxtorf (Emanuel) ingénieur-mécanicien.


432 MEMBRES RÉSIDANTS DE LA SOCIÉTÉ

MM.

1876. — Briard (Pierre) O. , major en retraite. 1878. — Cossigny (Charpentier de), géologue, au château de Courcelles-Clérey.

1878. — Pigeotte (Léon), avocat.

1879. — Le comte de Launay (Adolphe), agriculteur à CourcellesClérey.

CourcellesClérey.

1880. — Thierry (Louis), agriculteur à Saint-André.

1880. — Royer (Dieudonné) artiste peintre, directeur de l'école de dessin.

1880. — Roserot (Alphonse), homme de lettres.

1881. — Journé (Camille), manufacturier.

1882. — L'abbé Garnier (Alphonse), aumônier-adjoint au Lycée.

1882. — Mauroy (Adrien de), agriculteur à Courcelles-SaintGermain,

Courcelles-SaintGermain, civil des Mines.

1883. — Det (Silvère), bibliothécaire-adjoint.

1884. — Brouard (Auguste), architecte diocésain. 1884. — Jourdheuille (Camille), juge au tribunal civil. 1884. — Fontaine (Olympe), architecte.

BUREAU DE LA SOCIÉTÉ

Au 31 Décembre 1884 MM.

Le Préfet de l'Aube, président d'honneur.

Huot (Gustave) à Saint-Julien, président annuel.. ■

Babeau (Albert), rue du Cloitre-Saint-Etienne, 8, vice-président.

Nancey (Alfred), rue Saint-Loup, 11, secrétaire.

Drouot (Ambroise), rue du Cirque, 9, secrétaire-adjoint.

Roserot (Alphonse), rue Saint-Martin, 24, archiviste.

Socard (Emile) rue de la Cité, 67, trésorier.

CONSEIL D'ADMINISTRATION

MM.

Les membres du Bureau.

Le président de la section d'agriculture, Drouot (A.).

Le président de la section des sciences, Vauthier (le Dr)

Le président de la section des arts, Pigeotte.

Le président de la section des belles-lettres, Roserot.


MEMBRES RÉSIDANTS DE LA SOCIÉTÉ 433

COMMISSION DU MUSÉE

MM.

Briard O. major en retraite, président ; — l'abbé Garnier, ordonnateur; — Julien Gréau — Gustave Huot ; — Dieudonné Royer — Alfred Nancey; — Charles Baltet; — Brouard, et MM. les conservateurs.

CONSERVATEURS DU MUSÉE

Au 31 Décembre 1884

FONDÉ ET DIRIGÉ PAR LA SOCIÉTÉ

Pour la peinture : M. Pron.

Pour la sculpture : M. Albert Babeau.

Pour l'archéologie : M. Camille Journé, rue Thiers, 53.

Pour la zoologie : M. l'abbé d'Antessanty (Gabriel),

au Lycée. Pour la botanique : M. Briard O. , rue Grosley, 9.

Pour la minéralogie et pour le conservatoire industriel: M. de Mauroy, à Courcelles-SaintGermain.

Courcelles-SaintGermain. la géologie : M. de Cossigny, à Courcelles-Clérey.

COMMISSION DE PUBLICATION

MM.

Les membres du Bureau.

Un membre de la section d'agriculture : M. de Cossigny.

Un membre de la section des sciences : M. l'abbé d'Antessanty.

Un membre de la section des arts : M. Pron.

Un membre de la section des belles-lettres : M. Joseph Petit.

COMMISSION DE L'ANNUAIRE DE L'AUBE

MM.

Le président de la Société : G. Huot ; — Le secrétaire de la Société : Alfred Nancey; — Emile Socard ; — Victor Deheurle ; — Pron; — l'Abbé Charles Lalore;— Dieudonné Royer ; ; — Briard O.

T. XLVIII 28


434 MEMBRES HONORAIRES DE LA SOCIÉTÉ

MEMBRES HONORAIRES

MM.

1836. — Barthélemy, ancien professeur de rhétorique, à Barle-Duc.

Barle-Duc. — Forneron (Bernard) O. , ancien proviseur du Lycée

Bonaparte, 111, rue de Morny, à Paris. 1848. — Salmon, ancien directeur de la Ferme-Ecole de Belley

(Aube). 1831. — Fliche , ancien conservateur des Forêts, à Troyes. 1852. — Guignard (Philippe), bibliothécaire de la ville, à Dijon. 1834. — Eyriès (Gustave), artiste peintre à Meaux. 1859. — Le Grand (Gustave), agent-voyer en chef honoraire à

Charenton, avenue du l'arc de Bercy, 3. 1863. — Drouët (Henri) , ancien secrétaire général à Dijon,

rue Saint-Pierre, 19. 1863. — Douliot (Emile), principal du collège à Epinal. 1873. — Cabat (Louis) 0. , membre de l'Institut, directeur

de l'Académie de France, à Rome. 1873. — Jully (Ludovic), professeur au lycée Louis-le-Grand, rue

Gay-Lussac, 28, à Paris. 1873. — Assollant (Nicolas), ancien professeur, à Villers-Bretonneux

Villers-Bretonneux 1873. — Soulary (Joséphin) , homme de lettres à Lyon.

1873. — Lasneret (Charles), agriculteur à Nogent-sur-Seine.

1874. — Dubais (Paul), O. , directeur de l'Ecole des BeauxArts,

BeauxArts, Paris, rue Bonaparte.

1876. — Quilliard (Léon) , inspecteur général des ponts et

chaussées, rue du Regard, 1, à Paris.

1877. — Sardou (Victorien) O. homme de lettres, membre de

l'Académie française, à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise).

1878. — Reynaud-Pillard, ancien industriel, rue des Plantes, 103,

à Bruxelles. 1878. — Bonamy de Villemereuil (Eugène) O. , agriculteur à Villemereuil.


MEMBRES ASSOCIÉS DE LA SOCIÉTÉ 435

1879. — Bouquet de La Grye , ancien conservateur des Forêts,

128, boulevard Pereire, à Paris.

1880. — D'Arbois de Jubainville (Henri) , membre de l'Institut,

boulevard Montparnasse, 84, à Paris. 1882. — D'Ambly (Marcel) , inspecteur général des Mines, rue Jouffroy, 81, à Paris.

1882. — Carré (Gustave) , professeur d'histoire au lycée de

Reims.

1883. — Millot (Ernest), ancien prési lent de la Commission municipale

municipale Shang-Haï (Chine).

1883. — Truelle (Auguste) , ancien trésorier-payeur général,

rue Washington. 10, à Paris.

1884. — Ulbacb (Louis) , homme de lettres, à l'Arsenal, à Paris.

MEMBRES ASSOCIÉS

MM.

1829. — Le baron Walckenaër (Charles) , ancien sous-préfet.

agriculteur au Paraclet (Quincey). 1843. — Recoing (Ambroise), propriétaire à Troyes.

1852. — Chertier , docteur en médecine, à Nogent-sur-Seine.

1853. — Fléchey (Arsène), ancien architecte de la ville, à Troyes.

1854. — Ray (Eugène), négociant aux Riceys.

1854. — Le baron de Vendeuvre (Gabriel) , ancien Représentant, à Vendeuvre-sur-Barse.

1856. — L'abbé Sausseret (Paul), chanoine honoraire, doyen à Méry-sur-Seine.

1856. — L'abbé Georges (Etienne), prêtre en retraite, à Rosnayl'Hospital.

Rosnayl'Hospital.

1857. — Bonarny de Villemereuil (Arthur) O. , capitaine de

frégate, au château de Villemereuil.

1859. — Hariot (Louis), pharmacien à Méry-sur-Seine.

1860. — Adnot (Prosper), ancien notaire, à Bar-sur-Seine.


436 MEMBRES ASSOCIÉS DE LA SOCIÉTÉ

MM.

1860. — L'abbé Rémion (Jean-François), curé de Saint-Nicolas,

à Troyes.

1861. — Thévenot (Arsène),, homme de lettres, à Epinal.

1861. — Orry (Armand), propriétaire à Beaumont-La-Rivour

(Lusigny).

1862. — Bacquias (Hippolyte), ancien notaire, à Essoyes.

1864. — Guerrâpain (Narcisse), médecin-vétérinaire, à Bar-surAube.

Bar-surAube.

1865. — Paillol (Adolphe), propriétaire à Ervy.

1866. — Bertherand (Arthur), propriétaire au château de Chacenay.

Chacenay.

1867. — Dutailly (Jules), propriétaire aux Riceys.

1870. — Prévost (Auguste) , capitaine en retraite à Villenauxe.

Villenauxe.

1871. — Remy (Ernest-Ambroise), ancien notaire, à Troyes. 1873. — Petit de Bantel (René), propriétaire à Mussy-sur Seine.

1873. — Le comte Armand C. , ancien ministre plénipotentiaire

de France en Portugal, à Arcis-sur-Aube.

1874. — Mougeol (Pierre), docteur en médecine, à Bar-surAube.

Bar-surAube.

1874. — L'abbé Defer (Eugène), curé de Maizières-la-GrandeParoisse.

Maizières-la-GrandeParoisse.

1875. — Aved de Magnac , O , officier de marine, au château

château Courcelles-Saint-Germain.

1876. — Peigné-Crémieux (Alfred), propriétaire à Méry-surSeine.

Méry-surSeine. — Jacobé d'Arembécourt (Edouard), propriétaire à Montmorency-les-Chavanges.

1876. — Vignole, apiculteur à Beaulieu (commune du Mériot).

1877. — Le général Saussier (Gustave) C. , à Troyes. 1877. — L'abbé Chauvet (Paul), curé à Unienville. 1877. — Saillard (Ferréol) , imprimeur à Bar-sur-Seine. 1877. — Horiot (Amant), ancien agent-voyer d'arrondissement, à

Nogent-sur-Seine. 1877. — Jeannerat (Eugène), à Pâlis. 1877. — Lenfant (Gabriel), ancien notaire à Romilly-sur-Seine.

1877. — Casimir-Perier (Jean) , député de l'Aube, à Pont-surSeine.

Pont-surSeine.

1878. — Chanoine (Jules) O. , colonel du 14e chasseurs,

à Sedan.


MEMBRES CORRESPONDANTS DE LA SOCIÉTÉ 437

MM.

1878. — Chanoine (Anatole), propriétaire à Gérosdot. 1878. — Géraux (Emile), propriétaire à Landreville.

1878. — Gérard (Ernest), notaire à Estissac.

1879. — Le Clert (Louis), propriétaire, à Troyes.

1881. — Bertrand (Emile), docteur en médecine, à Nogent-surAube.

1881. — Eslienne (Maurice), maire à Montangon.

1882. — Martinet (Léonce), docteur en médecine à Piney.

1882. — Monnot des Angles (Ferdinand) , principal honoraire,

à Méry-sur-Seine.

1883. — L'abbé Bonnemain (Félix), archiprêtre à Nogent-surSeine.

Nogent-surSeine.

1883. — Millot (Jules), docteur en médecine à Aix-en-Othe.

1884. — Baudouin (Alphonse), vérificateur des poids et mesures

à Bar-sur-Aube.

MEMBRES CORRESPONDANTS

MM.

1829. — Thirion O. , ingénieur en chef des ponts et chaussées,

directeur du réseau central de la compagnie d'Orléans, rue d'Amsterdam, 72, à Paris.

1830. — Héré, homme de lettres à Saint-Quentin.

1834. — Vallier (Jules), propriétaire, vice-secrétaire de la Chambre

Chambre à Alger.

1835. — Lhomme, ancien principal du collège, à Sarreguemines. 1835. — Boileau, botaniste à Bagnères-de-Luchon.

MM.

1835. — Virlet d'Aoust , membre de la Société géologique de France, ingénieur des Mines, rue de Clichy, 152, à Paris.

1837. — Minart , conseiller honoraire à la Cour d'appel, à Douai.

1837. — Paris (Louis) , bibliothécaire, à Epernay.


438 MEMBRES CORRESPONDANTS DE LA SOCIÉTÉ

1838. — Dubuc, ancien pharmacien, à Rouen.

1839. — Du Preuil (Alfred), propriétaire à Constantinople. 1839. — Avenel, médecin à Rouen, rue de Crosne, 13.

1841. — Piroux , directeur de l'Institut des Sourds-muets, à

Nancy. 1841. — Félizet, médecin-vétérinaire à Elbeuf-sur-Seine. 1843. — Audiffred (Joseph), ancien juge au tribunal de commerce, boulevard des Capucines, 8, à Paris. 1843. — Gaudry père , ancien bâtonnier de l'ordre des avocats

de Paris, rue Neuve-de-l'Université, 16. 1843. — De Lassus père , propriétaire à Fins, commune d'Essey-le-Pont

d'Essey-le-Pont 1849. — Aubineau (Léon) , homme de lettres, rue du ChercheMidi,

ChercheMidi, à Paris. 1851. — Fichot (Charles) , artiste dessinateur, rue de Sèvres,

39, à Paris. 1851. — Le Beuf (Eugène), sous-directeur de la Ferme-école du

Beaufroy, à Mirocourt (Vosges). 1851. — Cotteau (Gustave) , ancien juge à Auxerre.

1853. — Armieux , médecin principal, à l'hôpital militaire de

Toulouse.

1854. Angenoust (Elzéar), propriétaire, rue de Bréda, 13,

à Paris.

1854. — Salmon (Philippe) archéologue, rue Le Peletier, 29,

à Paris.

1855. — Desehiens (Eugène), propriétaire à Vitry-le-François. 1855. — De Barthélémy (Edouard) , membre du Comité des

travaux historiques, rue Las Cases, 22, à Paris.

1855. — Truelle Saint-Evron (Charles), directeur de la Cérès et

de la Garantie agricole, rue Saint-Honoré, 229, à Paris.

1856. — Coeffet-Olivier, ancien négociant à Villeneuve-l'Archevêque.

Villeneuve-l'Archevêque.

1857. — Jeandet (Abel), docteur en médecine, à Mâcon, quai des

Marais, 6 (Saône-et-Loire). 1859. — Rondot (Natalis) O. , ancien délégué commercial en Chine, à Chamblon, près d'Yverdon (Suisse).

1859. — Henry (César-Louis), docteur en médecine à Nice, rue

Palestro.

1860. — Le marquis de Sinéty, au château de Misy, près de

Montereau, par Villeneuve-la-Guyard.


MEMBRES CORRESPONDANTS DE LA SOCIÉTÉ 439

MM.

1860. — Lennier (Gustave), naturaliste au Havre. 1860. — D'Ambly (Frédéric) O. , ingénieur de marine, rue Jouffroy, 94, à Paris.

1862. — Maréchaux (Jean-Baptiste), négociant, rue des DeuxBoules,

DeuxBoules, Paris.

1863. — Perrier (Emile), négociant à Châlons-sur-Marne, rue du

Collège.

1864. — Langlois (Arthus), directeur de l'Abeille, rue des PetitesEcuries,

PetitesEcuries, à Paris. 1864. — Rampant (Auguste-Alexandre), architecte à Melbourne. 1864. — Berthelin (Georges), géologue à Paris, rue de Vaugirard.

1864. — Olivier (Arsène), propriétaire, boulevard Voltaire, 112,

à Paris.

1865. — Van Hoorebeke (Gustave), avocat, quai des Moines, à

Gand (Belgique).

1865. — Chotard (Henri) , doyen de la Faculté des lettres, à

Clermont-Ferrand.

1866. — Parigot (Adolphe), juge à Troyes.

1866. — Maillard (Paul), procureur général, à Lyon.

1867. — Constant (Alexandre), banquier à Autun (Saône-et-Loire). 1867. — Simon (Eugène), membre de la Société entomologique de

France, avenue du bois de Boulogne, 56, à Paris.

1867. — Mannequin (Théodore), économiste, impasse Mazagran,

8, à Paris.

1868. — Morel (Léon) p, receveur particulier à Carpentras.

1868. — Chaales des Elangs (Louis) , inspecteur des Forêts, à

Rennes.

1869. — De Barthélémy (Anatole) , ancien sous-préfet, rue

d'Anjou-Saint-Honoré, 9, à Paris. 1869. — Lescuyer (Jean-François), propriétaire à Saint-Dizier.

1869. — Marcilly (Charles), membre de la Société de numismatique,

numismatique, d'Assas, 78, à Paris.

1870. — Martin (Edmond), homme de lettres, rue Léonie, 14, à

Paris.

1870. — Vaché (Ferdinand), chef de bureau à l'inspection principale des Chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée, à Saint-Etienne, cours Saint-André 5.

1872. — Rousselot (Paul) , inspecteur d'Académie en retraité, à Versailles, rue Sainte-Sophie, 4.


440 MEMBRES CORRESPONDANTS DE LA SOCIÉTÉ

MM.

1875. — Choullier (Ernest), juge de paix à Ervy.

1875. — Hariot (Paul) , botaniste, rue Buffon, 5 bis, à Paris.

1875. - Guérin (Raoul), pharmacien, rue Saint-Martin, 125, à

Paris. 1875. — Le baron de Baye (Joseph) Q, archéologue, au château

de Baye (Marne).

1875. — Nicaise (Auguste) , archéologue à Châlons-sur-Marne.

1876. — Menuelle (Achille), pharmacien à Châtillon-sur-Seine

(Côte-d'Or).

1876. — Guibout (Eugène) , docteur en médecine, rue de la

Banque, 1, à Paris.

1877. — Braquehaye (Charles), sculpteur à Bordeaux, cour d'Albret,

d'Albret, 1877. — L'abbé Patriat, curé à Quincerot (Yonne). 1877. — Hérelle (Georges) , professeur de philosophie au lycée

d'Evreux (Eure). 1877. — De Montrol (Arthur), propriétaire au château de Juzennecourt

Juzennecourt 1877. — Pille. (Philippe) , ancien ingénieur des ponts et chaussées, à Sens, rue de la Synagogue. 1877. — Alexandre (Alfred) , ancien président de Chambre à

la Cour d'appel, rue de l'Arcade, 25, à Paris. 1877. — Piet-Lataudrie (Charles), archéologue à Niort. 1877. — Collin de Plancy (Victor), interprète-chancelier de France

à Pékin, rue de Babylone. 59, à Paris. 1877. — Huchard (Henri) , docteur en médecine, rue Marignan,

Marignan, à Paris.

1877. — Tillier (Paul), artiste peintre, boulevard de Courcelle,

64, à Paris.

1878. — Taillebois (Emile), négociant à Dax (Landes).

1878. — Drujon (Ferdinand), homme de lettres, rue du VieuxColombier, 17, à Paris.

1878. — Plivard (François-Alexis), juge de paix à Chaumont.

1878. — Hast (Louis), propriétaire à Saint-Mihiel (Meuse).

1878. — L'abbé Millard (Aristide), curé à Reuves (Marne).

1878. — Turot (Henri), docteur en médecine, à Saint-Denis-duSieg (Oran).

1878. — De Taillasson (René), inspecteur des Forêts à Sens.

1879. — Plonquet, médecin à Aï (Marne).


MEMBRES CORRESPONDANTS DE LA SOCIÉTÉ 441

MM.

1880. — Mulot (Zéphyrin), employé d'administration à Nouméa

(Nouvelle-Calédonie).

1881. — Oudri , p, capitaine à Constantine (Algérie). 1881. — Dolfus (Adrien), homme de sciences, rue Pierre-Charron,

35, à Paris.

1881. — Person (E.), météorologiste à Sommesous (Marne).

1882. — Quinquarlet (Félix), conservateur du Musée, à Carnac

(Morbihan).

1882. — Flonest (Edouard) , , , ancien procureur général,

rue de Rivoli, 138, à Paris.

1883. — Fliche (Paul), professeur à l'Ecole forestière, à Nancy. 1883. — Maître (Achille), propriétaire à Châtillon-sur-Seine. 1883. — Bonvalot (Gabriel), explorateur de l'Asie, rue Linnée,

31 bis, à Paris. 1883. — Bertrand (Arthur) , ancien conseiller de préfecture, au Mans.

1883. — Daguin (Arthur) , homme de lettres, rue Raynouard,

47, à Paris,

1884. — Barberey (Maurice Bailly de), propriétaire, avenue Bosquet, 7, à Paris.

1884. — Mauroy (Albert de), propriétaire à Thivet (Haute-Marne). 1884. — Lex (Léonce), archiviste du département, à Mâcon.



TABLE DES MATIERES

CONTENUES

Dans le Tome XLVIII de la collection des Mémoires de la Société Académique de l'Aube.

ANNÉE 1834.

Pages.

Séance publique de la Société Académiquo de l'Aube du 29 mars 1834, — par M. ALBERT BABEAU, secrétaire do la Société 5

Discours prononcé à la séance publique, — par M. EDOUARD VIGNES, président annuel de la Société Académique do l'Aube 7

Compte-rendu des travaux de la Société Académique de l'Aube depuis la séance publique du 21 décembre 1830, —par M. ALBERT BABEAU, secrétaire de la Société 21

Rapport sur les prix décernés par la Société Académique de l'Aube dans la séance publique du 29 Mars 1884, — par M. ALFRED NANCET, secrétaire-adjoint de la Société 45

Les Enfants, — poésie de M. CH. MANSO couronnée par la Société Académique 59

Le marais de Villechétif, — par M. l'Abbé D'ANTESSANTY, membre résidant 61

Les grands travaux de chemins de fer, — par M. J. DE COSSIGNY, ingénieur civil, membre résidant de la Société Académique 71

Petits vers et sonnets, — par M. DOSSEUR, membre résidant de la Société Académique 81

Essai sur quelques peintres du XVIIIe siècle comparés aux peintres du XIXe, — par M. H. PRON, membre résidant de la Société Académique 85


444 TABLE.

pages. L'Homme préhistorique dans le département de l'Aube,— par M. l'Abbé GARNIER, membre résidant de la Société 95

Histoire de Trainel,— par M. l'Abbé DEFER, membre associé de la Société Académique de l'Aube, membre correspondant de la Société Archéologique de Sens 121

Martyrologe et Chartes de l'Abbaye Notre-Dame du Jardin lez Pleurs (Marne), ancien diocèse de Troyes, — recueillis et mis en ordre par M. LÉONCE LEX, ancien élève de l'Ecole des Charles, archiviste de Saône-ouLoire 365

Programme des prix mis au concours par la Société Académique de l'Aube 399

Liste des dons faits au Musée de Troyes, avec les noms des donateurs, pendant l'année 1884 405

Liste des ouvrages offerts à la Société Académique de l'Aube pendant l'année 1884. avec les noms des Donateurs 415

Sommaire des séances de la Société pendant l'année 1884, — par M. ALBERT BABEAU, secrétaire de la Société 421

Liste des membres de la Société Académique de l'Aube au 31 Décembre 1884 431