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Title : Annales des sciences physiques et naturelles, d'agriculture et d'industrie / publiées par la Société d'agriculture de Lyon

Author : Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon. Auteur du texte

Publisher : (Lyon)

Publisher : [s.n.] (Paris)

Publication date : 1890

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 52835

Description : 1890

Description : 1890 (SER6,T3).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Rhône-Alpes

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5493704f

Source : Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, 4-S-29

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32694312b

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 10/01/2011

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ANNALES.

DE LA SOCIÉTÉ

D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON

SIXIÈME SÉRIE

TOME TROISIÈME

1890

LYON

PITRAT AINÉ, IMPRIMEUR

4, RUE GENTIL, 4

H. GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR

63, RUE DE LA REPUBLIQUE 65

PARIS

J.-B. BAILLIÈRE ET FILS, LIBRAIRES-ÉDITEURS

19, RUE HAUTEFEUILLE, 19

1891



ANNALES

DE LA SOCIÉTÉ

D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON


Extrait de l'aticle 41 du Règlement de la Société d'Agriculture, Histoire Naturelle et Arts utiles de Lyon.

La Société publie périodiquement le résultat de ses travaux, sous le titre d'Annales de la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon.

Ces Annales se composent : 1° de travaux originaux présentés à la Société ; 2° de rapports et d'analyses critiques ; 3° d'un extrait des procès-verbaux. Elles sont placées d'une manière toute spéciale sous la surveillance de la Commission de publication.

Les travaux originaux, les rapports ou les analyses critiques des ouvrages présentés à la Société et renvoyés à la Commission de publication restent la propriété de leurs auteurs et leur sont remis immédiatement après l'impression, s'ils le demandent.

La Commission a le droit d'imprimer, eh entier ou par extraits, les ouvrages présentés. Dans le dernier cas, l'ouvrage est remis à son auteur et la Commission lui indique dans quelles bornes elle désire que l'extrait soit fait.

La Société remet à l'auteur cent exemplaires, tirés à part, des ouvrages publiés dans ses Annales.

L'auteur peut faire tirer, à ses frais, autant d'exemplaires qu'il le veut, après le tirage de la Société. Dans le cas où la Société d'Agriculture voudrait faire tirer des exemplaires à part et les distribuer gratuitement, ou les vendre dans un but de propagation et, par conséquent, au-dessous de la valeur réelle, elle ne le pourrait qu'après en avoir reçu l'autorisation de l'auteur.

Les dessins, gravures ou lithographies des planches restent à la charge des auteurs; le tirage se fait aux frais de la Société.

La Société, en insérant dans ses Annales les ouvrages qu'elle a jugés dignes d'intérêt, laisse aux auteurs la respoisabilité des opinions qu'ils émettent.


ANNALES

DE LA SOCIÉTÉ

D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON

SIXIÈME SÉRIE TOME TROISIÈME

1890

LYON

PITRAT AINÉ, IMPRIMEUR

4, RUE GENTIL, 4

H. GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR

63, RUE DE LA RÉPUBLIQUE, 65

PARIS

J.-B, BAILLIÈRE ET FILS, LIBRAIRES-ÉDITEURS

19, RUE HAUTEFEUILLE, 19

1891



L'OASIS-DE GABÈS

— TUNISIE

AU POINT DE VUE AGRICOLE

PAR

E. BOUTINEAU

PHARMACIEN AIDE-MAJOR DE PREMIERE CLASSE A L'HÔPITAL MILITAIRE DE GABES

J. FRAY

VÉTÉRINAIRE EN 2e AU 4e RÉGIMENT DE SPAHIS (TUNISIE)

Présente à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon, dans sa séance du 21 mars 1890.

INTRODUCTION

Huit ans, à peine, se sont écoulés depuis que la France a étendu son protectorat sur la Tunisie et, pendant ces quelques années, l'agriculture de la régence a fait de nombreux et sérieux progrès. Rassurés sur l'avenir de leur oeuvre, les colons se sont mis hardiment à la peine : on a créé des fermes aujourd'hui en plein rapport ; on a étendu la culture de l'olivier; le gouvernement tunisien a confié à notre corps de forestiers l'exploitation des vastes forêts de chênes-liège de la Kroumirie, et s'est procuré, de ce chef, de précieuses ressources pour son budget. Enfin, pour couronner l'oeuvre, il a été créé, à Tunis, une Direction d'agriculture chargée d'éclairer le gouvernement et les colons sur toutes les questions agricoles, de guider l'élevage, de veiller à la prophylaxie des maladies contagieuses, etc. A l'exposition qui eut lieu à Tunis

6e SÉRIE, T. III. — 1890 1


2 L'OASIS DE GABÈS

en 1888, sur l'intelligente initiative de M. Charles, inspecteur de l'agriculture, les visiteurs ont pu se rendre compte de la richesse et de la variété des produits agricoles tunisiens.

Malheureusement ce n'est que dans le nord, dans le centre, et surtout sur le littoral de la Régence, jusqu'à Sfax, que l'agriculture a pris ce magnifique essor. Le sud, la région des oasis, a été à peu-près complètement négligé. Pourquoi? Estce parce que le sol est moins fertile ; parce que la sécurité est moins assurée; parce que les moyens de communication avec la France sont plus rares et plus onéreux ; parce que les débouchés font défaut, ou parce qu'enfin l'éloignement

répugne au colon français et que le sud de la Tunisie c'est

bien loin de Marseille? Assurément toutes ces raisons ont leur valeur, et nous n'avons pas la prétention de les réduire à néant. Mais peut-être aussi cet abandon du sud tunisien tientil à ce que cette région est peu connue, qu'on ignore ses ressources, la nature et les besoins du sol, les cultures possibles, productives et rémunératrices, les influences du climat, etc. Autant de points sur lesquels on tient, avec raison, à être renseigné avant de risquer ses peines et ses capitaux.

C'est dans le but de donner des renseignements précis sur toutes ces questions que nous avons entrepris notre étude agricole,sur l'oasis de Gabès.

En dehors des oasis la culture est de peu d'importance à cause de la sécheresse, qui rend les récoltes très problématiques. Mais on pourrait avoir recours au forage de puits artésiens, qui ont donné de si brillants résultats à M. Rolland dans l'Oued-Rh'ir (province de Constantine) et que l'on vient d'essayer avec succès à l'Oued-Mélah, près de Gabès, à l'insti-


L'OASIS DE GABÈS 3

galion de M. F. de Lesseps et sous la direction de MM. le commandant Landas et l'ingénieur Baronnet. Cette question des puits artésiens est intéressante ; nous en reparlerons.

Ce que nous dirons de l'oasis de Gabès peut s'appliquer à toutes les autres oasis, d'importance diverse, que l'on rencontre en grand nombre dans la région du Sud.


Situation. — Importance. — Population (1)

SITUATION ET IMPORTANCE. — L'oasis de Gabès est située sur les bords de la Méditerranée, au centre du golfe de Gabès, la Petite Syrte des anciens, par 34° de latitude et 8° de longitude est. Elle est bornée, au nord, par une plaine inculte et sablonneuse qui la sépare des petites oasis de Bou-Chemma et de Granouch, à l'est par la mer, au sud par l'Oued-Gabès ; et à l'Ouest par l'oued et les ravins de Ras-el-Oued. Elle a la forme d'un triangle irrégulier dont le sommet serait à Ras elOued, et la base du côté de la mer, sa plus grande dimension de l'est à l'ouest est de 8 kilomètres environ, et sa plus grande largeur de 2 kilomètres 500 à 3 kilomètres.

Sa superficie est d'environ 2100 hectares; on y compte plus de 140.000 palmiers.

POPULATION. — Trois villages avoisinent l'oasis : Gabès, Djarra et Menzel.

Gabès est une petite ville européenne située à 800 mètres de la mer, au bord de l'oued du même nom, et à proximité

(1) Nous remercions, notre camarade, M. Saïd, interprète militaire, des renseignements qu'il a mis amicalement à notre disposition.


L' OASIS DE GABES 5

du camp. Bâtie depuis l'occupation seulement, elle prend chaque jour une extension croissante.

Djarra et Menzel sont deux petites villes arabes situées à 500 mètres l'une de l'autre sur la rive droite de l'oued, à 2 kilomètres de la mer et non loin de l'emplacement de l'antique Tacape.

Dans l'oasis même, plusieurs petits villages arabes, Chenini, Nahal et Oum-el-Naïa, s'abritent sous les palmiers.

La population totale est d'environ 10.000 individus, hommes, femmes et enfants, qui, d'après le recensement de 1889, se répartissent de la façon suivante :

Gabès..

Français 212

Italiens 228

Espagnols 6

Maltais 119

Turcs. 6

Tripolitains 4

Grecs 12

Soudanais 14

Tunisiens (Arabes et juifs) 248

849

Djarra.

Français, 6 ; protéges, 50 56

Italiens. 21

Espagnols 8

Maltais 48

Turcs 11

Tripolitains 12

Égyptien 1

Hollandais 4

Tunisiens (Arabes et juifs : juifs, 500). . 2980

3141

Menzel.

Espagnols 10

Marocains. 82

Maltais 14

Italiens 41

Anglais. . . 2

Tunisiens (Arabes et juifs; juifs, 1000). . 4352

4501

A REPORTER. ..... 8491


6 L'OASTS DE GABÈS

REPORT. 8491

Chénini. . . Tunisiens 1072

Nalud. . . . id. ...... 193

Oimi-el-Naïa . id 425

Habitations isolées 400

2090

TOTAL GÉNÉRAL 10.581

Il faut ajouter à ce chiffre la population militaire, qui est d'environ 2000 hommes, y compris le camp de Raz-el-Oued.

Climatologie

TEMPÉRATURE. — Malgré sa situation assez avancée dans le sud, à plus de 400 kilomètres de Tunis, Gabès jouit d'un climat relativement tempéré, grâce à son emplacement au bord de la mer, dont la brise apporte une fraîcheur si bienfaisante au moment des fortes chaleurs estivales.

Pour une moyenne de quatre années (1885-86-87-88) la température moyenne de la journée a été, d'après nos observations et nos recherches, de 19°,63 ; la moyenne maxima de 25°,71 ; et la moyenne minima de 13°,55. La température la plus élevée est celle de la journée du 29 août 1885 : maximum 48°, 6; minimum 27°.— Parfois, au mois de janvier, la temperature descend à 0° et même au dessous, et on peut constater, le matin, qu'une très légère couche de glace s'est formée pendant la nuit; mais on n'a jamais vu tomber de la neige. La température moyenne des minima du mois de janvier 1885 a été de + 3°,8; celle de janvier 1887 de + 2°,5. Dans ce dernier mois on a noté sept températures à 0° et une à — 1°. La température la plus basse des quatre années a été de — 1°,5, le 16 janvier 1885.


L'OASIS DE GABÈS 7

SAISONS. — Du 15 février à la fin de mai, la température est douce et agréable, tiède pendant la journée et fraîche le matin et le soir : c'est le printemps. Les fortes chaleurs commencent au mois de juin et finissent aux derniers jours d'octobre. Juillet, août et septembre sont particulièrement chauds; mais ce sont les chaleurs du mois de septembre qui sont les plus pénibles à supporter en raison du degré d'humidité de l'air, des temps orageux, de la fatigue éprouvée pendant les mois précédents et de la violence du siroco.

A partir du mois de novembre la température s'abaisse notablement; les nuits deviennent fraîches : c'est l'automne, qui se prolonge jusqu'à fin de décembre. L'hiver, qui correspond à janvier et février, est généralement très doux.

VENTS. — Deux vents se partagent l'année d'une façon à peu près régulière : le vent d'est et le vent d'ouest. Du mois d'avril au mois d'octobre, le vent d'est, vent de la mer, souffle quotidiennement à l'exception des jours de siroco : c'est la brise de mer qui, chaque après-midi, vient tempérer les fortes chaleurs des jours d'été. Du mois d'octobre au mois d'avril, le vent d'ouest, vent de terre, se fait sentir presque constamment. Ce vent, chaud en automne, souvent frais en hiver, s'accompagne de tourbillons de sable et, pour celte raison, on lui donne, à tort, le nom de siroco : c'est le gheurbi des Arabes.

Le vent du nord s'observe rarement; quelquefois en hiver, il amène la pluie. Les jours, heureusement peu nombreux, où souffle le vent du sud, qui est le véritable siroco (en arabe guébli), l'air est lourd, brûlant ; la respiration est difficile ; on éprouve un état de nervosisme, de malaise et d'abattement; et les tempéraments les plus énergiques n'échappent pas à cette influence. L'atmosphère est obscurcie par le sable; le


8 L'OASIS DE GABÈS

thermomètre monte à 42°, 46° et même jusqu'à 48°,6 comme on l'a vu au mois d'août 1885.

PRESSION ATMOSPHÉRIQUE. — Les variations de la pression atmosphérique sont assez irrégulières ; cependant d'une manière générale, on peut dire qu'elles sont en rapport avec la direction du vent et l'état hygrométrique de l'air. Les jours de siroco, la pression barométrique diminue et l'air devient très sec. Nous citerons, comme exemples, les observations météorologiques du 29 août 1885 et du 16 juillet 1888.

29 Août 1885.

Baromètre réduit à zéro 753,83

Thermomètre maxima (à l'ombre) +48°,6

— minima.. +27°

— sec +44°

— mouillé +26°

Tension de la vapeur. 9,89

Humidité relative . . 24

Direction du vent, l'après-midi Sud

Intensité du vent à 9 heures du matin. . . . . 1

16 Juillet 1888.

Baromètre réduit à zéro 755,74

Thermomètre maxima +46°

— minima +23°,4

— sec à 9 heures du malin. ... +30°

— mouillé à 9 heures du matin. . . +24°

Tension de la vapeur. 8,11

Humidité relative 55

Direction du vent. . . . Sud

Intensité du vent 1

Cette baisse barométrique se constate aussi, mais à un degré moindre les jours de vent d'ouest.


L'OASIS DE GABÈS 9

Par contre, lorsque le vent vient de la mer (vent d'est), on voit le baromètre monter, comme on peut le remarquer dans les trois observations météorologiques ci-dessous, où le vent avait une intensité différente.

9 Mars 1886.

Baromètre à zéro 772,14

Thermomètre maxima.. . + 16°

— minima + 11°

Tension de la vapeur 8,76

Humidité relative 70

Direction du vent Est

Intensité du vent 1

20 Janvier 1888.

Baromètre à zéro 773,4

Thermomètre maxima . +13°,6

— minima + 4°,8

Tension de la vapeur 6,81

Humidité relative 74

Direction du vent Nord-Est

Intensité du vent. 2

24 Octobre 1887.

Baromètre à zéro 768,15

Thermomètre maxima +21°,2

— minima.. +14°

Tension de la vapeur 9,78

Humidité relative 67

Pluie (le soir et la nuit) 50mm

Direction du vent Nord-Est

Intensité . 3

Il résulte de ces différents tableaux que la baisse barométrique se constate surtout par les vents du sud et du sudouest.


10 L'OASIS DE GABÈS

On pourrait donc prédire quelques heures à l'avance l'arrivée du siroco. Une dépression barométrique notable, un grand écart entre le thermomètre sec et le thermomètre mouillé, un ciel d'un bleu terne, grisâtre, l'horizon sombre, voilé, peu ou pas de vent dans la matinée : voilà autant de signes qui serviront de base à un pronostic presque certain.

HUMIDITÉ. — Nous venons de dire que l'air devient très sec les jours de siroco ; mais c'est une exception : habituellement le climat de Gabès est très humide, à cause du voisinage de la mer. Celte humidité débilitante qui gêne la respiration, qui provoque des sueurs abondantes, est la principale cause de la fatigue que l'on éprouve pendant l'été.

La moyenne annuelle de l'humidité relative est de 66.

PLUIE. — La pluie est très rare à Gabès. Il ne pleut jamais ou presque jamais pendant les mois de mai, juin, juillet et août. Les premiers orages se produisent en septembre ; la pluie est assez fréquente dans la deuxième quinzaine de ce mois.

En octobre elle atteint son maximum (15 centimètres en moyenne). Elle devient beaucoup plus rare en novembre, décembre, janvier et février, mais on l'observe assez souvent pendant le mois de mars. La moyenne des pluies pendant l'année est de 0m,1699.

Un des plus forts orages que nous ayons vus à Gabès est celui du 24 octobre 1887. Il est tombé ce jour-là 50 millimètres de pluie (voir les observations météorologiques du dernier tableau ci-dessus).

L'année 1889 a été exceptionnellement pluvieuse.

Voici quels sont les signes précurseurs de la pluie : très légère dépression barométrique de 1 à 2 millimètres, rapprochement entre les indications du thermomètre sec et celles


L'OASIS DE GABÈS 11

du thermomètre mouillé; ciel couvert; direction du vent: nord, nord-est ou nord-ouest.

La pluie a une influence considérable sur les cultures et les récoltes qui se font en dehors de l'oasis. Si elle tombe en abondance au mois d'octobre, les Arabes ensemencent la terre arable d'orge ou rarement de blé. La récolte est alors à la merci d'une ou deux averses qui arrivent ordinairement en mars et qui, bien qu'assez faibles — 1 à 2 centimètres — permettent néanmoins aux céréales de lever et de mûrir dans de bonnes conditions. Si les pluies printanières font défaut, ce qui arrive quelquefois, ou bien si elles tombent trop tardivement, le succès des récoltes ensemencées est très compromis.

C'est aux deux époques de pluie dont nous venons de parler, automne et printemps, que doivent se faire tous les semis. En été comme en hiver, la végétation subit un véritable arrêt; l'été est brûlant et l'hiver est plus accentué qu'à Sfax, Sousse, Djerba et autres points du littoral. C'est pour cette raison que, au point de vue de la culture des primeurs, Gabès se trouve dans des conditions relativement défavorables.

SITUATION HYGIÉNIQUE. — Les maladies les plus fréquentes sont la fièvre thyphoïde, la dysenterie et la fièvre paludéenne. Chez les Arabes, la variole cause parfois une assez grande mortalité.

Une indisposition incommode habituellement les Européens, les Français en particulier, pendant les premières semaines de leur séjour à Gabès, c'est la diarrhée d'acclimatement. On attribue généralement ce malaise à l'eau, qui est indigeste et magnésienne. Sans vouloir aller à rencontre de cette opinion, nous croyons pouvoir dire que l'eau ne doit pas seule être incriminée, car certaines personnes n'ayant bu que de l'eau distillée, ou de l'eau de Saint-Galmier, n'en ont


12 L'OASIS DE GABÈS

pas moins payé leur tribut à la diarrhée gabésienne. Peut-être y a-t-il dans l'air, comme dans l'eau, un microbe spécial capable de déterminer l'indisposition dont il s'agit? Quoi qu'il en soit, l'influence du climat se fait sentir dans les 3 ou 4 premiers jours et dure 2 à 3 semaines, quelquefois même davantage, selon les tempéraments.

En résumé, nous pouvons conclure de nos observations climatologiques que le climat de Gabès n'est pas trop malsain, qu'il est assez tempéré et qu'il n'est désagréable que par la fréquence des vents de terre connus sous le nom de siroco et par son degré d'humidité assez élevé. Dans l'oasis, le siroco se fait à peine sentir, car il est arrêté par les palmiers qui forment un abri contre les tourmentes de poussière; aussi le séjour de l'oasis est-il plus agréable que celui de GabèsPort qui est situé sur les bords d'un oued fangeux et dans une plaine couverte de sables mouvants.

Agrologie. — Régime des Eaux

TERRAIN. — Le terrain de l'oasis (quaternaire) se compose d'une couche de terre arable formée d'humus, de sable gypseux et marneux, reposant sur un sous-sol à base de gypse magnésien.

RÉGIME DES EAUX, — L'oasis est arrosée par les eaux de nombreuses sources qui sourdent des ravins de Ras-el-Oued; elles se réunissent pour former deux oueds (ruisseaux) qui coulent parallèlement de l'ouest à l'est, séparés par une petite colline de 150 à 200 mètres de largeur. L'oued qui est le plus au nord est recueilli au moyen d'un barrage ; il forme un petit étang de 5 à 6 mètres de profondeur, 50 mètres de


L'OASIS DE GABÈS 13

longueur et 30 mètres de largeur, en face du village de Maïta. De là partent quatre à cinq ruisseaux qui traversent l'oasis de part en part et donnent naissance à des milliers de petits canaux d'importance diverse. Ces canaux serpentent en méandres capricieux, s'entrecroisent de manière à former un véritable réseau, se subdivisent à leur tour, pour aboutir enfin à chaque jardin, à chaque carré de terrain ensemencé. Le deuxième oued, d'un débit à peu près égal au précédent, contourne l'oasis au sud; ses eaux ne sont utilisées qu'en été au moyen d'un barrage situé au sud du village de Chénini. Le génie militaire a établi un autre barrage en avant de Menzel, en face de l'ancienne ville romaine de Tacape, afin de conduire l'eau de l'oued au camp de Gabès.

Le niveau du lit de l'oued sud est beaucoup moins élevé que celui de l'oued nord.

Les différents canaux servant à l'irrigation sont tout simplement creusés dans la terre. Généralement assez mal tracés, ils sont surtout beaucoup trop larges; ces dimensions exagérées enlèvent à la culture une partie assez considérable d'un terrain précieux. D'autre part, comme les berges s'effondrent fréquemment, les Arabes perdent beaucoup de temps à les réparer; il est vrai que, pour les Arabes, le temps est un facteur de peu d'importance.

Lorsqu'ils veulent procéder à l'arrosage, les indigènes établissent dans chaque canal qui entoure les jardins, de petits barrages construits en branches agglutinées avec de la terre humide. Cette besogne leur coûte parfois cinq ou six heures de travail. De simples vannes rempliraient beaucoup mieux le but ; elles permettraient de réaliser une sérieuse économie de temps, de mieux réglementer les distributions pour l'arrosage et de mieux utiliser l'eau qui est souvent dépensée en pure perte. Ce dernier point a bien son importance, surtout à l'époque des fortes chaleurs, où les besoins d'inonder sont


14 L'OASIS DE GABÈS

plus fréquents, et où le débit de l'oued capté diminue sensiblement.

La quantité d'eau que reçoit l'oasis est énorme ; mais la moitié au moins s'en va à la mer sans avoir pu être utilisée. Si l'Administration du Protectorat voulait s'immiscer dans celte question si intéressante dû régime des eaux, elle pourrait presque doubler l'étendue de l'oasis. Au nord, la plaine située entre l'oasis de Gabès et Bou-Chemma est tout à fait inculte ; cependant une zone de deux ou trois cents mètres de largeur sur environ cinq kilomètres de longueur pourrait être irrigué, avec le système des eaux actuel. Depuis deux ou trois ans, les Arabes commencent à défricher un peu cette région pour y planter des palmiers. Au surplus si l'on forait des puits artésiens aux environs de la petite oasis de Bou-Chemma, il est très probable que l'on obtiendrait un résultat satisfaisant, vu la proximité des puits de l'Oued-Mélah, des petites sources naturelles de Granouch et des sources de Ras-el-Oued, dont la composition des eaux est à peu près la même, comme on le verra par l'examen comparatif des tableaux d'analyses que nous publierons plus loin.

Au sud, la plaine de Gabès pourrait être également cultivée et transformée en oasis en utilisant, pour faire mouvoir des pompes élévatoires, la chute d'eau du barrage que le génie militaire a construit en avant de Menzel.

Ces pompes amèneraient l'eau dans un réservoir qui serait situé sur le petit mamelon de Tacape ; de là on pourrait irriguer presque toute la plaine jusqu'à Gabès. Outre qu'elle permettrait la mise en culture de terrains jusque-là stériles, cette nouvelle distribution des eaux de l'oued aurait encore pour avantage de faire disparaître en grande partie le sable qui rend parfois désagréable le séjour de Gabès-Port.

De même qu'à Bou-Chemma, des puits artésiens creusés sur le flanc des collines de Métrech, versant nord, auraient de


L'OASIS DE GABÈS 15

grandes chances de réussite. Les sources des quatre petites oasis ovoisinantes, Zrig, Ménara, Téboulbou et Métrech ont, en effet, des eaux de composition chimique à peu près identique et dont la température est sensiblement la même : + 25° pour Téboulbou et Métrech, + 24° pour Ménara et + 26° pour Zrig. Ces quatre oasis sont très rapprochées; la plus srande dislance de Tréboulbou à Métrech est de 1500 mètres environ ; leurs sources viennent probablement de la même nappe d'eau ; elles sourdent à 17 ou 20 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Compostion chimique des eaux

Nous allons donner, d'après nos analyses, la composition chimique des eaux qu'on utilise à Gabès pour l'alimentation et l'arrosage. Toutes nos analyses ont été faites par la méthode des pesées ; les résultats sont donnés pour un litre.

1° SOURCE DE ZRIG. — La moitié de cette source a été captée par le service du génie et conduite au camp de Gabès, dont elle est distante de trois kilomètres environ. Les eaux de cette source alimentent toute la garnison de Gabès.

Température de l'eau à la source +26°

Densité à +27°,7 1002

Matières fixes à + 100° 2gr,832

Acide carbonique 0lit,020

Acide sulfurique 0gr,860

Chlore 0,481

Acide silicique. 0.0605

Matières organiques (poids total) . 0,10

Bicarbonate de chaux, magnésie, alumine et fer. . . 0,088

Chaux ; . 0.376


16 L'OASIS DE GABÈS

Magnésie 0,154

Fer et alumine traces.

Soude , . . 0,4125

Acide azotique traces.

Les matières organiques réduisent à 0gr,01501 de permanganate de potasse et absorbent 0,0038 d'oxygène.

Cette eau, filtrée à l'appareil Chamberland, donne : matières organiques réduisant 0gr,0028 de permanganate et absorbant 0gr,0007 d'oxygène.

2° SOURCE DE TÉBOULBOU. — Cette source située au sud-est de la précédente, à 5 kilomètres de Gabès, a un débit deux ou trois fois plus considérable que celui des sources des autres petites oasis.

Température de l'eau à la source + 25°

Densité à + 16° . 1002

Extrait sec à + 100°. . 2gr,915

Acide carbonique 0lit,022

Acide sulfurique 0gr,890

Chlore ; 0,505

Bicarbonate de chaux, magnésie, fer, alumine. . . 0,082

Chaux 0,37

Magnésie 0,169

Soude. . . 0,457

Matières organiques réduisent à 0gr,079 de permangate de potasse; absorbent 0gr,002 d'oxygène.

Analyse hypothétique :

Sulfate de chaux 0gr,9

Sulfate de soude 0,639

Chlorure de magnésium 0,401

Chlorure de sodium 0,304

Etc., etc..


L'OASIS DE GIBÈS 17

La comparaison des tableaux des analyses ci-dessus montre que les sources de Zrig et de Téboulbou ont une composition chimique peu différente. Il en est de même pour les eaux qui servent à l'irrigation des oasis de Gabès. Ainsi l'eau de la source Logerot, située à l'extrémité des jardins de la troupe à Ras-el-Oued, vers l'origine de l'Oued-Gabès, a la composition suivante :

Température de l'eau à la source + 23°,5

Densité à + 13°,5 1002

Extrait sec à + 100° 2gr,92

Acide carbonique 0m,025

Acide sulfurique 0gr,992

Chlore. 0,566

Bicarbonate de chaux, magnésie, fer et alumine. . . 0,107

Chaux . . . 0,373

Magnésie 0,164

Soude 0,595

Matières organiques réduisent à 0gr,0237 de permanganate de potasse.

Matières organiques absorbent 0gr,0006 d'oxygène.

Analyse hypothétique :

Sulfate de chaux 0gr,9013

Sulfate de soude 0,814

Chlorure de magnésium 0,453

Chlorure de sodium 0,380

Toutes ces eaux sont séléniteuses, peu potables, mais très suffi antes pour les besoins de la culture. Les jardins de Rasel Oued possèdent de superbes cressonnières, indice certain d'une eau bonne pour l'arrosage.

Nous avons dit que des tentatives de forages artésiens, au

nord de l'oasis, entre Bou-Chemma et Granouch, seraient 6e SÉRIE, T. III. — 1890 2


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très probablement couronnées de succès. Notre opinion se basait sur la présence des sources de Bou-Chemma et Granouch, de la Mélouïa et des puits de l'Oued-Mélah. Elle est corroborée par nos analyses de ces eaux que nous allons faire connaître :

1° ANALYSE DE L'EAU D'UN PUITS ARTÉSIEN SITUÉ AUX PETITES OASIS DES AUÏNET (propriété de l'Oued-Mélali). Le puits est foré dans un terrain de Sebkra, à une petite distance de l'oasis de la Métouïa, à 1500 mètres environ de la source qui arrose cette oasis. Le débit est considérable, 3000 litres par minute ; l'eau jaillit à 5 mètres au-dessus du sol ; la profondeur du puits est de 89 mètres :

Eau limpide, d'une saveur lourde et légèrement salée.

Température à la sortie du tube + 24°,3

Densité à + 27° 1002

Extrait à + 100° 4gr,165

Acide carbonique... 0lit,018

Acide sulfurique. 1gr,032

Chlore . 1,055

Bicarbonate terreux, alumine et fer 0,051

Chaux 0,65

Magnésie. . . 0,174

Soude 0,729

Analyse hypothétique ■

Sulfate de chaux. . 1gr,58

Sulfate de soude 0,181

Chlorure de magnésium 0,412

Chlorure de sodium 1,231

Cette eau n'est pas potable; mais elle est suffisante pour l'arrosage et la culture des palmiers.

2° ANALYSE DE L'EAU DE LA SOURCE NATURELLE DE LA MÉTOUÏA.


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— Cette source est située sur la route de Gafsa, à 15 kilomètres de Gabès, à l'ouest de l'oasis de la Métouïa ; elle arrose toute celle oasis qui est très productive et très peuplée.

Eau limpide, d'une saveur lourde, un peu salée, cependant plus agréable à boire que celle des puits artésiens.

Température de l'eau à la source + 24°,5

Densité à +27° 1002 ■

Extrait sec à + 100°. 3gr,575

Acide carbonique 0lit,020

Acide sulfurique 0gr,957

Chlore 0,788

Bicarbonate terreux, alumine et fer 0,074

Chaux 0,517

Magnésie 0,133

Soude 0,652

Analyse hypothétique :

Sulfate de chaux 1,255

Sulfate de soude 0,388

Chlorure de niagnésium 0,316

Chlorure de sodium 0,909

Ces analyses démontrent que les eaux de l'Oued -Mélah et de la Métouïa ont de nombreux points de ressemblance avec celles de Métrech et de Ras-el-Oued. Si elles sont un peu plus riches en éléments minéraux, cela tient à la différence d'altitude et à la nature du terrain, qui est gypseux et calcaire à Ras-el-Oued, tandis qu'il est salin à la Métouïa. Comme conclusion, il y atout lieu de présumer que la nappe d'eau est la même dans tous ces points et c'est un argument sérieux en faveur de l'idée de forage de puits artésiens.

Peut-être nous objectera-t-on que, si les puits artésiens réussissent, ce sera aux dépens des sources actuelles provenant de la même nappe d'eau ; un puits fera tort à l'autre.


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C'est l'objection faite par MM. Laffite et Servonnet au commandant Landas, dont le projet était de « faire des puits artésiens partout où ce se sera possible; capter les sources, indiquer les terrains où les nappes d'infiltration sont abondantes; déterminer les travaux nécessaires pour amener toutes ces eaux à la surface, etc. » (Lettre du commandant Landas, in Le Golfe de Gabès en 1888, par MM. Laffite et Servonnet).

A la suite des forages des puits de l'Oued-Mélah, le débit de la source d'Ouderef, oasis à 3 ou 4 kilomètres au nord-ouest de l'Oued-Mélah, aurait diminué. On a voulu voir dans celte coïncidence une relation de cause à effet. Certes, l'objection est loin d'être dénuée de valeur; cependant nous ferons remarquer que : 1° la diminution de la source d'Ouderef est bien minime, comparée aux abondantes nappes d'eau que donnent les quatre puits de l'Oued-Mélah, dont l'un a un débit de douze mètres cubes d'eau à la minute; 2° les espérances du commandant Landas et les nôtres sont justifiées par les magnifiques résultats obtenus par MM. Just et Rolland dans l'Oued-Rh'ir, où de nombreux forages exécutés dans la même nappe d'eau ont été couronnés de succès et ont rendu très fertile toute une région à peu près inculte.

Ces diverses opinions concordent également avec celles émises dans un travail publié cette année dans le Journal de Chimie et de Pharmacie : les eaux artésiennes du Sahara, par M. Lahache, pharmacien aide-mâjor de 1re classe à l'hôpital militaire de Biskra. « Quant à la permanence de l'eau artésienne, elle nous paraît incontestable. Si, dans l'Oued Rh'ir, plusieurs forages trop rapprochés, atteignant la même cuvette, ont pu diminuer le débit des puits donnant issue à l'eau de cette cuvette, il n'en faut pas conclure pour cela que la multiplicité des forages amènerait l'épuisement des nappes; elles ont pour origine des sources conti-


L'OASIS DE GABÈS 21

nues aussi inépuisables que les sources du Rhin ou de la Loire. »

Or, la région de Gabès est très favorisée au point de vue de la quantité des sources jaillissantes naturelles, ce qui peut la faire comparer à celle de l'Oued-Rh'ir. Peut-être aussi les eaux gabésiennes obéissent-elles aux lois énoncées dans le travail de notre camarade.

1° Le niveau hydrostatique des eaux des nappes jaillissantes est d'autant plus élevé que les nappes sont plus profondes;

2° Le débit des sources artésiennes croît avec la profondeur des nappes ;

3° La quantité des sels dissous diminue à mesure que la profondeur des nappes augmente;

4° Le poids et le groupement des sels dissous ne varient pas sensiblement avec les saisons ni avec les années. Dans les eaux analysées jusqu'à ce jour, les quantités de sels varient entre 3 et 15 grammes;

5° Le sulfate de chaux domine dans les eaux artésiennes; puis viennent par ordre de décroissance, les chlorures alcalins, les carbonates terreux, etc.;

6° Toutes les eaux artésiennes contiennent des azotates, sans qu'on puisse appliquer à ces sels la loi 3e. On trouve tantôt plus d'azote dans une cuvette supérieure que dans une cuvette inférieure et inversement (azote à l'état d'acide azotique combiné), mais en général on peut dire que la proportion d'acide azotique combiné varie peu dans les eaux artésiennes.

D'après ces lois, les puits forés à Gabès seraient plus profonds qu'à l'Oued-Mélah (voir le tableau des analyses ci-joint). Nous pouvons mettre à l'appui de cette hypothèse un sondage de 90 mètres, exécuté infructueusement par le génie militaire en 1886, à Sidi-Boul-Baba, à 3 kilomètres au sudouest de Gabès.


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Le tableau suivant mettra mieux en évidence toutes les analogies sur lesquelles nous avons insisté.

TABLEAU COMPARATIF DES ANALYSES D'EAU

ZRIG TEBOCLBOU SOURCE LOCEROT OUED-MÉLAH MÉTOUIA

Température. ... +26° + 23° +23°,4 +24°,3 +24°,5

Densité 1002 1002 1002 1002 1002

Extrait sec à+ 100°.. 2gr,832 2gr,915 2gr,92 4gr,100 3gr,573

Acide carbonique. . . 0gr,020 0lit,022 0lit,023 0lit,018 0lit,020

Acide sulfurique. . . 0gr,860 0gr,590 0gr,992 1gr,032 0gr,907

Chlore 0,481 0,303 0,555 1,033 0,788

Bicarbonates. . . . 0,038 0,082 0,107 0,051 0,074

Chaux 0,370 0,370 0,373 . 0,080 0,517

Magnésie 0,134 . 0,519 0,164 0,174 0,133

Soude 0,4132 0,457 0,393 0,729 0,532

Sulfate de chaux. . . 0gr,913 0gr,90 0gr,906 1gr,38 1gr,233

Sulfate de soude. . . 0,373 0,639 0,814 0,181 0,388

Chlorure de magnésium 0,303 0,401 0,433 0,412 0,310

Chlorure de sodium . 0,343 0,304 0,389 1,231 0,909

Agriculture

DESCRIPTION DE L'OASIS. — Par le luxe et l'intensité de sa végétation, par la richesse et la variété de ses cultures et de ses produits, par son aspect de vie exubérante que, par un effet de contraste, l'aspect morne, grisâtre, désolé de la plaine qui l'environne met encore en relief, enfin par le spectacle merveilleux, grandiose qu'elle présente aux yeux éblouis du voyageur, l'oasis de Gabès a fait de tout temps et fait encore aujourd'hui l'admiration de tous ceux qui l'ont visitée. Les descriptions pittoresques et enthousiastes des anciens, de Pline en particulier, ont conservé toute leur précision et toute leur saveur.

Les grands palmiers aux troncs élancés, nus, écailleux,


L'OASIS DE GABÈS 23

grisâtres, sont couronnés de luxuriantes frondaisons d'un vert sombre, pailleté d'or par les nombreux régimes de dattes. Sous la voûte de verdure formée par les palmiers croissent les arbres fruitiers et quelques essences forestières : les abricotiers et les pêchers aux troncs énormes, les amandiers, les pistachiers, les bananiers, les grenadiers, les trembles et, enfin, courant d'un arbre à l'autre, suspendant à tous les rameaux ses longs sarments flexibles, la vigne, qui étale ses lourdes grappes aux merveilleuses dimensions. Sous les arbres on cultive les céréales, les légumes, la luzerne, le henné, etc., etc.. De cette façon, comme Pline en avait déjà fait la remarque, on trouve toujours deux ou trois récoltes superposées. Ajoutez à ce tableau ravissant le ciel toujours bleu, les mugissements lointains et affaiblis de la mer s'harmonisant avec le bruit du vent, à travers le feuillage, le gazouillis des ruisseaux qui cascadent à travers l'oasis... et vous avez un des plus charmants décors qu'il soit possible de rêver.

Telle est l'oasis de Gabès considérée dans son ensemble.

Nous allons maintenant étudier en détail ses différentes cultures. Nous passerons successivement en revue les arbres fruitiers, les essences forestières, les plantes industrielles, les céréales, les légumes et les plantes fourragères; nous donnerons ensuite quelques notions sur les animaux domestiques utilisés dans le sud de la Tunisie et nous examinerons les procédés de culture mis en pratique par les Arabes. Enfin, nous terminerons notre étude par quelques considérations sur les améliorations à apporter, au point de vue agricole, dans l'oasis de Gabès, sur les moyens à employer pour augmenter la superficie de celte oasis, et sur l'introduction des plantes nouvelles qui nous paraissent devoir être recommandées.


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Arbres fruitiers

PALMIERS. — Les palmiers (Phoenix dactylifera L.), ces princes du règne végétal, comme les appelle Linné, sont le plus bel ornement et la principale richesse de l'oasis. Leur tronc ou stype droit, rugueux, cylindrique, d'une épaisseur variant de 30 à 60 centimètres, atteint souvent plus de 20 et

25 mètres de hauteur. Le palmier est extrêmement précieux pour les Arabes, qui en retirent les produits les plus variés : le tronc et les branches (djérid) constituent les matériaux de construction les plus usités par les indigènes ; les dattes sont leur principale nourriture ; la sève qu'ils recueillent par les procédés que nous étudierons plus loin, leur donne une boisson enivrante connue sous le nom de lagmi. Il n'est pas jusqu'aux spadices, ou rameaux qui. portent les fruits, qui ne soient utilisés : ils sont employés à faire des liens, des petits balais pour nettoyer les tentes, etc.

MULTIPLICATION DES PALMIERS. — Le palmier se reproduit de deux façons : par rejeton ou par graine. Les Arabes pratiquent de préférence la multiplication par la méthode des rejetons. Il n'est pas rare de rencontrer au pied des palmiers des petites tiges, parfois au nombre de cinq ou six, qu'on appplle des surgeons. Au mois d'avril ou au mois d'octobre on sépare ces jeunes tiges du tronc qui leur a donné naissance, en ayant soin de leur conserver leurs racines; après avoir taillé l'extrémité de leurs branches, on les transporte dans un terrain humide et meuble, où on les recouvre de feuillages pour abriter leurs jeunes pousses contre l'ardeur des rayons du soleil. Cette manière d'opérer réussit presque toujours. Elle a l'avantage de donner des indications certaines sur le


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sexe et la variété des jeunes plants, et elle permet d'obtenir en 6 ou 7 ans, c'est-à-dire beaucoup plus tôt que par semis, des palmiers donnant des dattes.

La multiplication par les semis est pratiquée beaucoup plus rarement, parce qu'elle ne donne des résultats qu'à plus longue échéance. Cependant nous avons vu, au domaine de l'OuedMélah, des pépinières obtenues par ce procédé. M. Doereux, qui régit l'exploitation, prétend même que les semis sont préférables aux surgeons transplantés; que beaucoup de ces derniers, dont le prix d'achat est assez élevé, ne reprennent pas dans les terrains de l'Oued-Mélah, et qu'en fin de compte il y a bénéfice de temps et d'argent à planter des noyaux de dattes. Nous reproduisons celte opinion, bien qu'elle soit contraire à celle des Arabes, parce qu'elle est basée sur des faits. Il est certain qu'en pareille matière c'est l'expérience seule qui pourra démontrer quelle est la méthode préférable à suivre. Le palmier exige pour son développement un terrain très humide et très meuble, où il puisse enfoncer profondément ses longues racines fusiformes. On a dit souvent, et avec raison, qu'il devait avoir les pieds dans l'eau et la tête dans le feu.

FÉCONDATION DES PALMIERS. DATTES.— La floraison du palmier se fait au mois d'avril. C'est un arbre dioïque; il y a par conséquent des pieds mâles et des pieds femelles. Ces derniers seuls produisent des dattes; aussi sont-ils de beaucoup les plus nombreux. On compte environ un palmier mâle pour cent palmiers femelles.

Vers la fin de mars on voit à l'aisselle des feuilles terminales se développer de longs spadices enveloppés dans une spathe coriace qui s'ouvre longitudinalement au moment de l'anthèse. Avant que les spathes mâles ne soient arrivées à leur complet développement, les Arabes les coupent à la base et


26 L'OASIS DE GABÈS

transportent au milieu de chaque spadice femelle un petit rameau de fleurs mâles, qu'ils maintiennent par un lien. La fécondation est alors assurée par le vent et les insectes. Les fruits ne lardent pas à se former et les dattes arrivent à maturité au mois de septembre ou au mois d'octobre.

Un palmier femelle en plein rapport porte en moyenne de dix à quatorze régimes. Il commence à donner des dalles vers la dixième année; à cet âge, le tronc atteint environ un mètre de hauteur. Tous les deux ans les palmiers donnent une récolte abondante. Dans les jardins de Menzel et de Chénini, chaque palmier produit pendant une année 6 ou 7 ouibus de dattes, soit 240 à 280 litres (dattes avec leurs rameaux) ; mais l'année suivante le rapport n'est plus que de 3 ou 4 ouibas (120 à 160 litres). Comme tous les palmiers ne donnent pas en même temps leur récolte abondante, il en résulte que la moyenne de rendement ne varie guère d'une année à l'autre : 5 ouibas par pied à Menzel et à Chénini. Dans les jardins de Djarra et de Nahal la récolte de dattes est bien inférieure, tant au point de vue de la qualité que de la quantité ; elle ne dépasse guère 5 ouibas dans l'année d'abondance et 3 ouibas dans l'année suivante.

Les Arabes distinguent, parait-il, plus de cinquante variétés de ces fruits. Malheureusement les dattes de Gabès sont bien inférieures à celles de Tozeur et de Nephta; celles de Djarra et de Nahal sont même de qualité très médiocre. Elles n'en constituent pas moins une précieuse ressource pour l'alimentation des indigènes. Les noyaux, après avoir été grossièrement concassés, servent à la nourriture des animaux.

A l'automne, époque où se fait le commerce des dattes, un hectolitre vaut 4 fr. 30 et paye un droit de massoulath de 25 pour 100 du prix de vente. Chaque pied de palmier est, en outre, taxé d'un impôt de 6 caroubes (21 centimes)


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dont 1 caroube pour le cheick et 1 caroube pour l'enregistrement.

LAGMI (el eugmi en arabe). —Pour se procurer le lagmi, on commence par couper les feuilles terminales du palmier choisi dans cette intention, et on recouvre les plaies ainsi faites d'un paillasson assez épais. Puis, avec un gros couteau bien tranchant on racle la tète du palmier et on fait une incision circulaire, en forme de rigole, où viennent se déverser les exsudations. Une canule convenablement adaptée permet de recueillir le liquide dans une gargoulette. Chaque jour, matin et soir, il faut monter au sommet de l'arbre pour bien nettoyer les parties incisées et s'assurer que l'écoulement se fait dans de bonnes conditions. Un palmier peut produire du lagmi pendant deux ou trois mois. Les quatre ou cinq premiers jours, le rendement est faible et de qualité médiocre; le lagmi possède un goût âcre assez prononcé. Les jours suivants il devient sucré et plus abondant; du dixième au vingtième jour il est de qualité supérieure ; il est encore très recherché jusqu'au trentième jour. Plus tard, on ne le consomme plus que lorsqu'il a subi la fermentation : celte opération est des plus simples. Il suffit d'exposer au soleil pendant toute une journée des gargoulettes contenant dix à quinze litres de lagmi pour que la fermentation commence et que le liquide devienne aigre : le second jour, on verse la gargoulette dans une grande jarre où la fermentation s'achève vers le troisième ou le quatrième jour : la sève du palmier est alors transformée en vin de palmier.

Au moment même où on le recueille, le lagmi a l'apparence du petit lait ; mais après la fermentation il devient plus clair et ressemble un peu au vermouth. Dans les quatre ou cinq premiers jours, le rendement quotidien n'est guère que de trois ou quatres litres; mais il s'élève à dix et même à douze litres


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au bout de la première semaine. Le lagmi se vend ordinairement :

1re qualité, 2 caroubes le litre 8 centimes.

2e — 1 - 1/2 — 6 —

3e — 1 — — 4 —

Vin de palmier à jus fermenté 2 caroubes le litre. . 8 —

On utilise ordinairement pour la production du lagmi les palmiers qui ne donnent qu'une faible récolte de dattes.

Quand l'arbre producteur du lagmi est destiné à être abattu, on fait durer la récolte jusqu'à ce que l'écoulement de sève se tarisse. Le palmier est alors découpé en madriers qui se vendent 1 franc à 1 fr. 50 pièce. Un palmier de grande taille peut fournir de vingt à trente madriers.

Si l'on veut conserver le palmier, l'opération ne doit durer qu'un mois et demi ou deux mois au maximum. Pour arrêter l'écoulement de la sève, il suffit de ne plus toucher aux incisions, qui ne tardent pas à se cicatriser spontanément. Le palmier pousse rapidement des bourgeons qui se développent en bouquet terminal et au bout de quinze jours les branches (djérid) atteignent déjà près de 50 centimètres de longueur. Mais le tronc conserve, sous forme d'un étranglement très marqué, les traces indélébiles de l'incision circulaire qu'on lui a faite, et ce n'est qu'au bout de trois ans que l'arbre mutilé peut reproduire des dattes.

L'opération du lagmi peut être pratiquée plusieurs fois sur le même palmier, mais à plusieurs années d'intervalle.

Rapportons ici une opinion assez singulière qui a cours chez les Arabes et dont nous n'avons pas été à même de vérifier l'exactitude; il suffit de frotter vigoureusement avec des oignons les incisions d'un palmier à lagmi pour que l'écoulement, de la sève se tarisse au bout de trois ou quatre jours et que l'arbre meure à bref délai. C'est une plaisanterie de


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mauvais goût ou une petite vengeance que les indigènes se permettent assez fréquemment, paraît-il, entre voisins.

L'impôt sur le lagmi est assez élevé; ainsi, chaque palmier lagmifère doit payer au fermier des Massoulath une taxe de 5 francs, qui est souvent réduite à 3 et même 2 francs.

Le palmier coupé et disparu n'en continue pas moins de payer l'impôt au cheick jusqu'au passage d'une nouvelle commission de recensement. Il est vrai que pendant ce temps les jeunes palmiers arrivés à la période de rapport ne sont pas soumis à l'impôt; mais la compensation n'est qu'approximative. Il est à désirer que les recensements, qui n'ont lieu que tous les quinze ou vingt ans, soient faits plus souvent et plus régulièrement. La justice y gagnera et le trésor n'y perdra pas, au contraire.

BANANIER. — Le bananier se multiplie par boutures que l'on plante en mars et avril, à une profondeur de 20 à 25 centimètres dans un terrain substantiel, légèrement ameubli, niais non fumé. Il faut choisir un endroit bien abrité, où les palmiers puissent protéger les jeunes plants contre les fortes chaleurs, contre le siroco brûlant, et contre la brise de mer, dont les effluves salins sont très nuisibles au développement du bananier. Il faut, en outre, que la plantation soit faite au voisinage et même sur le bord d'un canal d'irrigation : c'est la condition sine qua non pour réussir; car le bananier exige un sol toujours humide et de fréquents arrosages à la période estivale. Au bout de deux ou trois ans, le plan arrive à donner des fruits, et meurt; mais alors la tige mère est remplacée par les surgeons qui, chaque année, poussent à ses pieds, de sorte que la production n'est jamais interrompue. La floraison se fait en mai, juin et juillet, et les bananes arrivent à maturité du mois d'août à la fin de décembre et même plus tard.


30 L'OASIS DE GABÈS

Un régime, de dimension moyenne, porte de 60 à 70 bananes et se vend couramment 3 ou 4 francs.

GRENADIER. — Le grenadier (Punica granatum L.) vient admirablement dans l'oasis. Il demande peu de soins. Ses belles fleurs d'un rouge vif éclatant apparaissent au mois de mai; ses beaux fruits vermeils mûrissent en septembre, octobre et novembre. Les grenades de Gabès sont remarquables par leur grosseur et leur bonne qualité. Le grenadier donne des fruits à partir de l'âge de trois ou quatre ans; un seul arbuste peut porter jusqu'à quatre-vingts grenades, qui se vendent 4 centimes la pièce sur le marché de Gabès. On sait que les fleurs du grenadier sont employées comme astringent et que l'écorce de la racine est un anthelminthique fréquemment usité.

AMANDIER. — Il y a beaucoup d'amandiers dans l'oasis, ils viennent bien et donnent des amandes de bonne qualité.

ABRICOTIER. PÊCHER. PRUNIER. — Les abricotiers sont nombreux; ils acquièrent des proportions triples et quadruples des abricotiers de France. Leurs fruits sont petits et souvent d'une saveur aigrelette. Les pêchers et les pruniers sont plus rares; ils viennent assez bien, malheureusement ils ne donnent que des fruils de qualité inférieure, que les Arabes cueillent avant complète maturité.

POIRIER. POMMIER. COGNASSIER. — Peu nombreux, donnant des fruits très petits et acides, les poiriers, les pommiers et les cognassiers, pourraient, ainsi que les pêchers, les abricotiers et les pruniers, être greffés avantageusement avec les bonnes variétés de France.

FIGUIER. — La qualité des figues de l'Arad (Arrad ; nom


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arabe du territoire de Gabès) est médiocre, car les bonnes figues proviennent des pays montagneux. La cueillette se fait au mois d'août.

CITRONNIER. ORANGER. — Le citronnier et l'oranger sont très peu cultivés dans l'oasis de Gabès, sauf à Chenini

et à Menzel. On les trouve en plus grande quantité dans la petite oasis de Téboulbou, où ils sont d'ailleurs de fort belle venue.

PISTACHIER. — Le pistachier est aussi peu répandu; mais il mériterait peut-être d'être cultivé sar une plus grande

échelle. Il se reproduit facilement par se jais, fleurit en février et donne sa récolte en juillet et août.

OLIVIER. — L'olivier vient bien dans l'oasis; on le cultive particulièrement à Zrig et à Téboulbou. Il donne des fruits de bonne qualité, dont on n'extrait qu'une huile assez médiocre, à cause de l'imperfection du matériel des huileries arabes.

Le tronc de l'olivier est souvent envahi à sa base par une multitude de champignons qui, au dire des indigènes, épuisent sa vitalité. Pour se débarrasser de ces parasites, les Arabes les brûlent sur place et favorisent la cicatrisation de la plaie par un enduit de terre glaise. Chaque pied d'olivier paye un droit de 4 caroubes (16 centimes) (droit Kanoun).

VIGNE. — La vigne trouve dans l'oasis des conditions de terrain et de milieu favorables à son développeraient.. Elle

atteint des dimensions gigantesques. Les Arabes suspendent aux palmiers ses longs sarments qu'ils retiennent lises au moyen de petites cordes à une hauteur de 10 à 15 mètres.. Un seul pied de vigne peint couvrir trois on quatre palmiers..


32 L'OASIS DE GABÈS

Pour faire la taille, taille très primitive d'ailleurs, et pour faire la cueillette, on détache les sarments pour les descendre à la portée de la main. La vigne fleurit en avril, mai ; les raisins mûrissent en juillet, août et septembre. Il y en a de rouges et de blancs ; tous sont d'excellente qualité. Les grappes atteignent des proportions énormes; il n'est pas très rare d'en trouver ayant 30 centimètres de longueur. Une treille peut donner jusqu'à 100 kilogrammes de raisins. Il est probable que, si la taille de la vigne était faite d'une manière plus rationnelle, la récolte serait encore plus abondante.

ESSENCES FORESTIÈRES. — En dehors des arbres fruitiers on ne rencontre dans l'oasis qu'un petit nombre de peupliers, de trembles et de mûriers. Ces derniers étaient autrefois très répandus dans l'oasis où, au dire de quelques historiens, la sériciculture était très florissante. Nous ne savons pas jusqu'à quel point cette assertion est fondée, mais aujourd'hui on ne trouve plus trace de l'élevage du ver à soie.

Plantes industrielles

HENNE. — Le henné (Lawsonia inermis, famille des Lythrarices) est un arbuste vivace, de 1m,50 de hauteur, qui s'obtient par graines. Les semis se font au mois de juin dans un terrain bien ameubli; les indigènes choisissent de préférence les champs qui viennent de produire des oignons.

L'arbuste met trois ans pour atteindre son développement complet. Pendant l'automne de la troisième année, on le coupe à quelques centimètres au-dessus du sol. Désormais la récolte est annuelle, car les racines ont alors assez de vigueur pour produire chaque année un arbuste nouveau. Un champ de


L'OASIS DE GABÈS 33

henné, dans ces conditions, continue à végéter vigoureusement pendant près de cent ans, au dire des Arabes.

La récolte peut se faire indifféremment au printemps ou à l'automne, quelquefois même dans chacune de ces saisons; mais dans l'oasis de Gabès on ne fait généralement qu'une coupe, qui a lieu de préférence à l'automne, par un temps sec. On fait sécher au soleil les branches coupées ; puis, après avoir mis de côté la graine, on les dépouille de leurs feuilles. Celles-ci sont écrasées et pulvérisées, et la poudre ainsi obtenue, délayée et macérée dans de l'eau, donne cette couleur rouge-brun que l'on connaît. Le henné est employé à une foule d'usages ; il sert à la toilette des femmes; c'est avec le henné qu'elles se. colorent les pieds, les mains, les ongles; qu'elles se teignent les cheveux, etc.. On l'emploie contre les affections du cuir chevelu si fréquentes chez les enfants. C'est encore avec le henné que l'on panse la plupart des plaies du sloughi ou du cheval ; enfin on l'utilise pour teindre certaines étoffes.

Un hectare de henné en plein rapport peut quelquefois donner annuellement 15 quintaux métriques de feuilles. Le quintal se vendait ordinairement 120 francs; mais il s'est produit une baisse considérable sur son prix de vente, qui est descendu à 70 ou 80 francs.

Depuis quelques années, la culture du henné diminue sensiblement dans l'oasis de Gabès, et voici pourquoi : on cultive maintenant le henné dans l'oasis de Tripoli, où il vient très bien et donne toujours deux récoltes par an; de plus, le terrain, à Tripoli, a moins de valeur qu'à Gabès ; enfin les droits d'importation en Tunisie ne sont que de 8 pour 100, tandis que les Tunisiens payent un droit de 25 pour 100 sur le prix de vente. Pour toutes ces raisons, il est difficile de soutenir la concurrence avec Tripoli ; aussi la culture du henné tend à se restreindre, à Gabès, aux besoins de la consommation locale.

6e SÉRIE, T. III. — 1890 3


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COTON. — Le coton (Gossypium herbaceum L.) est un arbuste qui vient très bien dans l'oasis, où les Arabes ne le cultivent, guère que comme plante d'ornement. Il y aurait lieu, à notre avis, d'étendre sa culture. Les quelques essais que nous avons tentés nous ont démontré que le terrain et le climat lui convenaient très bien. Semé au mois d'avril, il pousse rapidement, prend les proportions d'un véritable arbuste, fleurit en juillet, août et septembre et, peut se récolter en novembre, décembre. On taille les branches tous les ans au mois de février. Deux pieds, que nous avons semés dans ces conditions, nous ont donné plus de 500 fruits. Le coton ainsi obtenu n'est peut-être pas de première qualité, mais on pourrait l'utiliser dans la confection des tissus ordinaires.

ARACHIDE. — L'arachide (Avachis hypogoea L.) est une plante annuelle dont la tige atteint dans l'oasis 3 à 6 décimètres. Jusqu'à présent, sa culture a été, peut-être à tort, complètement négligée. Monsieur le général Allégro, gouverneur de l'Arad, l'a introduite dans son jardin de Djarra. Les graines de l'arachide, après torréfaction, ont une saveur douce très appréciée des Arabes, qui les désignent sous le nom de cacahoued.

RICIN. — Le ricin (Ricinus communis) croit très bien dans l'oasis; il atteint rapidement la taille d'un arbre. Les Arabes ne le cultivent pas; ils le laissent pousser à sa guise sur le bord, des fossés; on pourrait cependant en tirer un grand profit, soit comme brise-vent en formant des haies épaisses à l'extérieur des jardins non abrités par les palmiers, soit en le cultivant dans les terres les plus arides, pour en récolter les graines, d'où l'on peut extraire une huile abondante employée, comme on sait, en médecine et dans l'industrie.


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Céréales

BLÉ ET ORGE. —Les Arabes cultivent peu le blé. Ils préfèrent l'orge, qui sert de nourriture à la fois à l'homme et au cheval. Au mois de décembre ils ensemencent, non seulement les terrains de l'oasis, mais encore, si les pluies de l'automne ont été abondantes, quelques champs dans la plaine qui par leur situation et la nature de leur sol permettent d'espérer que la semence sera productive. La récolte se fait au mois de mai. Dans les années de rendement, exceptionnel, un hectolitre de blé ensemencé rapporte 32 hectolitres de grains et 1 hectolitre d'orge peut donner jusqu'à 35 hectolitres.

BÉCHENA 1. — MAÏS. — La béchena (Eleusine coracana) et le maïs se sèment au mois de juin dans les terres qui viennent de produire du blé ou de l'orge. La récolte se fait en octobre. Les graines de maïs torréfiées et la farine de maïs entrent dans l'alimentation des indigènes. La béchena sert à faire une pâtée qui est la principale nourriture des Juives soumises à l'engraissement: on sait que dans tout l'Orient l'engraissement est une pratique courante et très en honneur.

SORGHO. — MILLET. — Le sorgho vient admirablement dans l'oasis; le millet est beaucoup moins répandu; ils se cultivent à la même époque et de la même façon que la béchena. Mêmes usages également.

AVOINE. — L'avoine vient bien, mais elle n'est pas cultivée.

(1) La Béchena est une Graminée du genre Eleusine, genre voisin des genres Panicum, et Andropogon. Nous croyons que t'est l'Eleusine coracana, de Lamarck. Pour d'autres ce serait le Penicillaria spicata de Wild.


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Légumes

Tous les renseignements que nous allons donner sur les légumes qu'on peut récolter dans l'oasis sont le fruit de nos observations personnelles.

Nous procéderons par ordre alphabétique.

AIL. — L'ail (Allium sativum L.) se plante par gousses au mois de novembre, se récolte au mois d'avril et de mai, demande à être arrosé une ou deux fois par mois et à être sarclé fréquemment.

ARTICHAUT. — L'artichaut (Cynara scolymus L.) se plante au mois de février au moyen d'oeilletons pris sur les vieux pieds les plus vigoureux, ou s'obtient par graines semées en octobre. Il faut avoir soin de biner une fois par mois au moins et de fumer fortement deux fois par an, en octobre et en février. Il faut arroser en hiver une fois par mois, au printemps et en été tous les 8 jours. La récolte se fait en mars et avril.

ASPERGE. — L'asperge (Asparagus officinalis L.) se reproduit par graines que l'on sème, en pépinière, en octobre, novembre, ou en février, mars. On obtient ainsi des griffes que l'on plante l'année suivante dans des sillons à 0m,25 de profondeur entre deux couches de fumier. Il va sans dire que le fumier n'est pas en contact direct avec les racines, mais qu'il en est séparé par un peu de terre des jardins. On arrose une fois par semaine au printemps et en été; on sarcle de temps à autre et on fume tous les ans au mois d'octobre, après la coupe des branches.


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L'expérience nous a montré que les différentes variétés d'asperges viennent très facilement dans l'oasis; l'asperge sauvage même, après deux ans de culture, produit des turions se rapprochant comme aspect et comme saveur de l'asperge cultivée; mais il sont d'un plus petit volume.

AUBERGINE. — L'aubergine (Solanuin melongena L., var. esculentum Dun.) se sème en mars et se plante en mai; les fruits mûrissent en juillet, août, septembre, octobre. C'est une plante bisannuelle à Gabès, par conséquent il suffit de couper les vieilles branches en novembre, décembre, et de nouvelles tiges repoussent en avril. La variété qui mérite la préférence est la violette longue. Il faut l'arroser deux fois par semaine en été, la biner de temps en temps et la fumer copieusement.

BETTERAVE A SALADE. — La betterave (Beta vulgaris L.) se reproduit par graines semées en automne ou au printemps. Il faut avoir soin de fumer fortement et d'arroser une ou deux fois par semaine. La plante arrive à son terme de croissance au bout de trois ou quatre mois. La variété qui réussit le mieux est la variété rouge-foncé de Castelnaudary.

CARDON (Cynara cardunculus L.). — Ses graines doivent être semées, ou plantées, assez espacées en février, mars; la récolte se fait en octobre. Le cardon exige beaucoup de fumier et des arrosages fréquents.

CAROTTE (Daucus carota L.). —Deux variétés de carottes sont cultivables dans l'oasis: la variété fourragère et la variété comestible. La carotte fourragère n'est cultivée que par les Arabes ; elle se sème depuis fin août jusqu'en décembre, et trois mois après on peut la récolter; Ses racines atteignent parfois des dimensions énormes. La carotte comestible, va-


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riété française, peut se semer de la fin d'octobre au commencement de mai. On fume légèrement le sol; on arrose une fois par semaine et, au bout de 3 mois, on obtient des racines de fort belle venue. Il faut semer de préférence les carottes rouges courtes ou demi-longues.

CÉLERI BLANC EN BRANCHES. — Le céleri (Apium graveolens L.) se reproduit par graines, en pépinière, en août et septembre ou en mai et juin, se replante deux mois après la semaille et se récolte trois mois plus tard. Il faut avoir soin de planter dans des sillons creusés à 30 ou 40 centimètres, de bien fumer, bien arroser, et de butter toutes les trois semaines environ.

CÉLERI RAVE. — Mêmes soins que pour le céleri blanc; mais doit se planter sur terre et à plat.

CERFEUIL. — Le cerfeuil (Choerophyllum sativum Lamarck) vient facilement, on le sème en septembre ou en mars. Il n'exige qu'une fumure modérée; en été il lui faut un peu d'ombre.

CHICORÉE ORDINAIRE (Cichorium indivia L.). — On la sème de la fin de mars au commencement de juin; on la replante un mois après le semis et trois mois plus tard on la récolte. Il faut la fumer convenablement et l'arroser une fois patsemaine. Pendant les fortes chaleurs on doit garantir les jeunes plants au moyen de feuilles de choux ou de nattes et les arroser le soir. On peut cultiver toutes les variétés de chicorées frisées dites d'été. Elles blanchissent assez rapidement si on les lie et si on les recouvre de nattes pour les mettre à l'abri de l'air et de la lumière.

CHICORÉE AMÈRE (Cichorium intybus L.). — Se sème au


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mois d'octobre, en rayons, dans une planche fortement fumée; résiste très bien à la chaleur mais demande à être arrosée au moins une fois par semaine. Cette plante est vivace à la condition de la biner et de la fumer de temps en temps.

CHICORÉE ARABE. — Même culture que pour la chicorée ordinaire, craint davantage les chaleurs de l'été.

CHOU vouai (Brassica oleracea capitata). —Se reproduit par graines semées de septembre à mai ; se plante ensuite dans un terrain fumé copieusement; demande des binages profonds et de fréquents arrosages. Les variétés à préférer sont : le chou Schweinfurt, qui vient en toutes saisons, puis le chou quintal et le coeur de boeuf, pour le printemps et l'été, et le chou de Milan pour l'automne et l'hiver.

CHOU DE BRUXELLES (Brassica oleracea bullata gemmifera.). — Il se sème en automne ou au printemps. Même culture que pour le chou pommé. Il nous a toujours donné des pédoncules moins charnus que ceux qu'on récolte en France.

CHOU-FLEUR (Brassica oleracea botrytis cauliflora.). — On le sème en juillet-août et on le repique un ou deux mois après dans un terrain fortement fumé. Il vient très bien sur des couches à melons ; il faut le biner et l'arroser fréquemment. La variété Lenormand, à pied court, donne de très beaux produits.

CHOU-NAVET (Brassica napus L.). — Se sème en pépinière ou sur place; dans ce dernier cas, avoir soin de l'espacer suffisamment. Les semailles se font en mars et avril ; on récolte au mois d'août et de septembre. Il faut cultiver de préférence le chou-navet à col rouge.


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CHOU-RAVE OU DE SIAM (Brassica rapa L.). — Même culture que pour le précédent. Le chou-rave blanc donne de bons résultats.

CIBOULE (Allium fistulosum L.). — Vient assez bien ; on la sème en mars dans une terre meuble et substantielle; on la replante en mai par petits paquets de deux ou trois plantes réunies.

CITROUILLE; POTIRON; COURGE (Cucurbita maxima Duch.). — Se sème sur place, en mars, dans une terre bien fumée; on doit arroser souvent. La récolte se fait en juillet, août et septembre. Les citrouilles atteignent des dimensions colossales.

CONCOMBRE (Cucumis salivas L.). — Se reproduit par semis faits en mars, dans un terrain bien fumé. Même culture que pour les courges. La récolte a lieu en mai, juin et juillet. La variété concombre vert long vient parfaitement.

CORNICHON. — Même culture que pour les concombres. Semer de préférence le cornichon vert petit.

CRESSON ALÉNOIS (Lepidium sativum L.). — Se sème en tout temps, mais vient plus vite en été. Pendant les fortes chaleurs, il demande un peu d'ombre et de fréquents arrosages. Il se récolte trois semaines après le semis en été, et un mois après en hiver. Cette plante dure peu de temps, elle monte très vite. La variété cresson alénois frisé est la préférable.

CRESSON DES FONTAINES (Nasturcium officinale R. Br.) — Se sème ou se plante au printemps sur le bord des eaux courantes; il vient très bien dans l'oasis.

DENT-DE-LION, PISSENLIT (Taraxacum dens leonis Desf.)


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— On le sème sur place en rayons aux mois de septembre ; on éclaircit le plant en octobre et on recouvre les jeunes pousses avec de la terre relevée en billons. En janvier ou février les dents de lion percent cette couverture de terre; elles sont alors bonnes à consommer.

ECHALOTE (Allium ascalonicum L ). —Elle se multiplie par ses bulbes que l'on plante presque à fleur de terre dans un sol bien fumé et pas trop humide. La plantation se fait en octobre, ou en janvier et février et on récolte en mai et juin. Nous avons importé l'échalote à Gabès; elle nous a donné de très bons résultats.

EPINARD (Spinacia oleracea.). — L'épinard se sème en octobre, en rayons, dans un terrain bien fumé et légèrement humide; il se récolte deux mois après le semis. En été l'épinard est d'une culture difficile, car il monte rapidement. On le remplace alors avantageusement par le tétragone ou epinard de la Nouvelle-Zélande.

FENOUIL (Foeniculum officinale All.). —Les Arabes cultivent beaucoup le fenouil, dont ils mangent les tiges et les graines. Ils le sèment au printemps, en bordure, dans un terrain humide et bien fumé. Le fenouil atteint dans l'oasis de très grandes dimensions.

FÈVE (Faba major L.). — On la sème en rayons, de novembre à janvier; on bine fréquemment et on récolte en avril-mai. L'oasis de Gabès convient peu à la culture de la fève. Celte plante vient au contraire fort bien dans l'oasis de Gafsa.

HARICOT (Phaseolus vulgaris L.). — Les haricots semés en rayons vers la fin de septembre, sont récoltés en gousses


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vertes à la fin d'octobre et en novembre. Semés en mai ou juin, ils sont récoltés deux mois plus tard (juillet-août). Les haricots se contentent d'un terrain médiocrement fumé et arrosé; les Arabes ne les cultivent pas. Nous avons essayé la culture du haricot blanc ordinaire et du haricot nain d'Alger à grains noirs; les résultats que nous avons obtenus ont été peu satisfaisants.

LAITUE (Lactuca saliva L.). — Se sème en pépinière en en novembre, décembre et en janvier, février; se replante environ six semaines après dans un terrain bien fumé et humide ; se récolte trois mois après la plantation. Il faut biner et arroser fréquement. Toutes les variétés viennent très bien en hiver, mais à partir du mois de mai elle montent en graines très rapidement.

LAITUE ROMAINE OU CHICON. —Même culture que pour la laitue ordinaire ; on la lie pour la faire blanchir plus vite.

MACHE OU BOURSETTE OU DOUCETTE (Valerianella olitoria). — Se sème à la volée dans un terrain bien préparé, en septembre, octobre ou novembre ; on arrose une fois par mois et on récolte en janvier-février.

MELON (Cucumis melo. L.). — Les Arabes cultivent beaucoup les melons; ils procèdent de la manière suivante: ils creusent des fosses qu'ils remplissent avec de la terre et du fumier bien mélangés à parties égales; ils sèment ensuite à la surface les graines qui ne tardent pas à lever ; ils éclair - cissent alors le plant en arrachant les pousses qui paraissent les plus faibles, et ils n'ont plus qu'à arroser par submersion tous les quinze jours au printemps et tous les huit jours en été. Ils cultivent une espèce de melon de forme ovoïde, à écorce jaune verdâtre, ressemblant un peu à la citrouille; la


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chair est peu épaisse, peu sucrée, mais ne manque pas d'arôme; en somme c'est un melon de qualité médiocre. Ayant été à même de constater que les melons de France donneraient de très bons résultats dans les jardins de Chabouni près de Sfax, nous avons essayé de les cultiver à Gabès : nous avons obtenu des fruits assez volumineux, à parfum très développé, mais à chair peu sucrée et légèrement fibreuse. Nous allons tenter cette année de croiser le melon français avec le melon arabe en opérant la fécondation artificielle.

NAVET (Brassica napus L.). —La variété arabe se sème sur place, à la volée, en mai-juin ou en septembre-octobre, La variété française ne se sème qu'en octobre-novembre : toutes deux viennent très bien, sans beaucoup de soins; il suffit de les éclaircir et de les sarcler. Le navet arabe se rapproche beaucoup du navet blanc à collet rose; il devient très volumineux; un are peut en produire 100 kilogrammes.

OIGNON (Allium cepa L.). — L'oignon est cultivé en grand dans l'oasis. Les Arabes sèment les graines à la volée, dans un terrain léger, vers la fin du mois d'août et le commencement de septembre ; ils éclaircissent aussitôt après, et en février, mars ou avril, ils replantent dans un terrain fortement fumé. Ils récoltent en juin-juillet. Les variétés françaises viennent très bien. Pour recueillir les graines, on plante au mois de septembre ou d'octobre les plus beaux oignons de la récolte; on obtient des graines au printemps suivant. L'oignon est une plante qui pousse très bien dans l'oasis : un are peut en produire 90 kilogrammes. Les Arabes en font une grande consommation et en exportent beaucoup.

OSEILLE (Rumex acctosa L.). — Nous l'avons obtenue par graines semées au printemps ou à l'autonne et par éclats


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empruntés à des pieds déjà forts et vigoureux. Nous avons varié les conditions de fumure et d'arrosage; nous sommes toujours arrivés à des résultats assez médiocres.

OSEILLE-ÉPINARD (Rumex patientia L.). — Se multiplie facilement au printemps par pieds éclatés ou par graines. On sème ou sur place très clair, ou en pépinière pour replanter. Il faut avoir soin de bien fumer et d'arroser par submersion une ou deux fois par mois au printemps étions les huit jours pendant les fortes chaleurs. L'oseillé-épinard pousse vigoureusement.

PERSIL (Petroselinum sativum Hoff.). —Se sème du mois d'octobre au mois de mai. Il demande, au printemps, de l'ombre et de l'humidité. Toutes les variétés viennent bien.

PIMENT (Capsicum anmium L.). — « Felfel » des Arabes. On sème les graines en pépinière au mois de février ou de mars; on replante en avril, mai et commencement de juin; on arrose et on sarcle de temps à autre ; on récolte en août septembre et octobre. La plante est bisannuelle. Les Arabes cultivent beaucoup le piment, dont ils font une grande consommation.

PASTÈQUE (Citrullus edulis Spach.). — Même culture que pour les citrouilles ; vient très bien et atteint d'énormes proportions.

POIREAU (Allium porrum L.). — Demande une terre substantielle amendée autant que possible avec de la poudrette. Se sème en février, mars et avril. Lorsque la tige a la grosseur d'une plume d'oie, on replante et on inonde aussitôt. On peut aussi semer le poireau en octobre, mais il pousse


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moins bien qu'au printemps. Toutes les variétés donnent de bons résultats.

Pois (Pisum sativum L., var. sacharatum Ser.). —Il faut semer en janvier-février dans un sol un peu humide ; biner, sarcler assez souvent, ramer en temps opportun ; abriter des vents de la mer et inonder deux fois par mois. On récolte fin avril et mai.

POMME DE TERRE (Solanum tuberosum L.). — Se reproduit par le tubercule entier s'il est petit, ou coupé, s'il est gros, en deux ou trois morceaux selon la grosseur et le nombre d'yeux. La pomme de terre demande un terrain meuble, légèrement fumé, inondé pendant peu de temps et peu souvent : une fois par mois en hiver, et tous les vingt jours au printemps et en été. On la plante en septembre et octobre, ou en février, mars, avril ; plantée en hiver, elle donne des résultats moins favorables. Après la mise en terre, il lui faut, pour lever, trois semaines en automne, un mois en hiver,, quinze jours en avril et dix jours en mai. On doit biner et butter fréquemment. Les fleurs s'épanouissent deux mois après la plantation et on peut récolter vers le troisième mois. Les différentes variétés viennent toutes bien, cependant il faut donner la préférence à la quarantaine violette. Avant nous, plusieurs expérimentateurs avaient tenté, en vain, de cultiver la pomme de terre dans l'oasis de Gabès. Imitant les Arabes, ils avaient recours à l'inondation à outrance. Ils obtenaient de la sorte des plantes à tiges très vivaces, mais à tubercules rares et gros comme des noisettes ou, tout au plus, comme des noix. Nous avons repris ces expériences et nous avons reconnu, qu'il fallait arroser avec beaucoup de modération, en se réglant sur la température extérieure et l'humidité du terrain. En nous conformant aux indications


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que nous avons fait connaître plus haut, nous avons obtenu des tubercules aussi beaux, aussi volumineux que ceux qu'on récolte en France.

POURPIER (Portulaca oleracea L.). — Au printemps ou au commencement de l'été, on le sème à la volée sur du terreau ou en un terrain meuble qu'on arrose fréquemment. Dans l'oasis, le pourpier vient partout à l'état sauvage et il est même assez difficille de s'en débarrasser.

RADIS (Raphanus sativus L.). — Se sème en tout temps dans un terrain meuble et fumé au préalable ; demande à être arrosé souvent. Les diverses variétés de radis rouges viennent toutes à merveille. Le radis noir ne se sème qu'en automne, de septembre à décembre.

SALSIFIS (Tragopogon porrifolius L.). — Se sème à la volée ou mieux en rayons en février, mars et avril, ou en octobre et novembre; demande un terrain substantiel, béché profondément, bien ameubli et amendé avec du fumier bien consommé. Il faut arroser une fois par semaine en été, deux fois par mois en automne et au printemps et une fois par mois en hiver. La récolte se fait cinq à six mois après la semaille.

TÉTRAGONE ( Tetragonia expansa.). — Cette plante pousse admirablement bien et remplace avantageusement répinard ordinaire, qui monte avec une désespérante facilité en été et même au printemps. On la sème en février-mars, à la volée ou en sillons, dans un sol bien terreauté. Au bout d'un mois ou deux la graine lève et pousse avec une grande vigueur; il faut alors l'éclaircir ; un seul pied donne d'énormes touffes qui produisent un grand nombre de feuilles comestibles,


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pendant toute l'année et l'été surtout. Avoir soin de biner et d'inonder fréquemment.

TOMATE (Lycopersicum esculentum Dun.). — Se sème en pépinière en février-mars, quelquefois même en janvier, dans un jardin bien abrité, ayant reçu une bonne fumure. On replante en avril-mai, en terre substantielle ; on bine et on inonde une fois par semaine au moins. On récolte fin juin, juillet, août, septembre, octobre et novembre. Les fruits deviennent quelquefois très volumineux.

Plantes fourragères

On ne rencontre pas de prairies naturelles dans l'oasis; le terrain est trop précieux pour qu'on se livre à ce genre de culture. Mais si plus tard, comme nous l'espérons, on arrive, par des forages artésiens, à capter une grande quantité d'eau permettant d'irriguer la plaine, les prairies naturelles ne tarderont certainement, pas à apparaître. Les Arabes et les colons seront sollicités par l'appât d'un bénéfice assuré et d'un débouché suffisant. En effet, la troupe d'occupation a besoin, pour son effectif en chevaux et mulets, d'un stock de foin assez considérable; elle paye cette denrée 12 francs les 100 kilogrammes, à l'entrepreneur des fourrages, qui est obligé de faire venir le foin du nord de la Tunisie et même des environs de Bône, province de Constantine.

Pour le moment, nous n'avons, comme plantes fourragères, que la luzerne, dont la culture tient une place importante dans l'oasis, le sorgho, l'orge en herbe et les carottes.

LUZERNE (Medicago saliva L.). — On la sème en décembre et janvier ; elle vient admirablement et donne des récoltes


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merveilleuses. Les Arabes font sept à huit coupes par an. Elle demande peu de soins et n'aime pas les arrosages trop multipliés; il suffit de submerger tous les quinze jours pendant les fortes chaleurs. Sa végétation est d'une activité véritablement surprenante. Une luzernière peut durer de nombreuses années; mais habituellement on la laboure au bout de trois ans, pour semer de l'orge à la place. La luzerne consommée à l'état vert est le principal élément de la ration des chevaux et des ânes appartenant aux Arabes; on la donne également aux chameaux, aux moutons et même aux, chèvres. On la consomme aussi à l'état sec, mais en moins grande quantité.

SORGHO (Sorghum vulgare Pers.). — Le sorgho se sème après l'orge et le blé; il exige un sol bien fumé et peu humide. Il vient bien, et sa, culture n'est guère moins répandue que celle de la luzerne.

ORGE EN HERBE. —Les Arabes sèment quelquefois de l'orge pour la récolter comme fourragère, qu'ils font manger à l'état vert. Mais nous ne faisons que mentionner le fait, car il se produit rarement.

CAROTTES. — Nous avons fait connaître, à propos des légumes,les soins qu'exige la carotte fourrage. Ajoutons qu'elle est d'un rendement très avantageux: un are peut donner jusqu'à 150 kilogrammes.

Le sorgho, l'orge en herbe et les carottes constituent un aliment qui convient tout spécialement aux vaches et aux chèvres pendant la période de lactation.


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Animaux domestiques du sud de la Tunisie

CHEVAL. — Le centre le plus important de la production chevaline, en Tunisie, se trouve entre le Kef et Fériana, dans la grande tribu des Fraichiches. A Gabès, on ne se livre pas à l'élevage du cheval, en raison de l'absence des prairies ; mais néanmoins, dans quelques tribus voisines, on trouve un assez grand nombre de chevaux et on estime à 3000 le chiffre de la population chevaline de l'Arad.

Les chevaux du Sud tunisien appartiennent à la race barbe ou africaine. Tète forte, un peu longue; front bombé; poitrine haute, profonde; côte plate; garrot bien sorti; rein long, mal attaché; croupe courte, maigre et très oblique; jarrets clos et coudés; crins grossiers et longs : tels sont les principaux caractères qui distinguent le cheval de Gabès. Anguleux, décousu, il manque souvent d'élégance dans son ensemble ; mais il rachète tous ces défauts par des qualités solides : il est doux, rustique, sobre et d'une grande résistance à la fatigue et à l'usure. En somme c'est un excellent cheval de service.

La robe la plus commune est le gris (azreg qui signifie bleu et, par extension, gris). Le cheval azreg est le plus estimé des Arabes du Sud. Sa taille oscille entre 1m,40 et 1m,55. Le prix des chevaux varie beaucoup d'une année à l'autre, suivant que la récolte d'orge est plus ou moins abondante. Il est regrettable que la Commission de remonte de Tunis ne vienne jamais à Gabès. Les éleveurs des tribus de l'Arad, et en particulier les Beni-Zid, lui présenteraient sûrement bon nombre de chevaux dignes de son choix, et l'assurance d'un débouché et d'un prix justement rémunérateur seraient un précieux

6e SERIE, T. III. — 1890 4


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encouragement à donner à la production chevaline de la région du Sud.

ANE. — Propre à tous les services, patient, docile, infatigable, se contentant de fort peu de chose comme nourriture, l'âne est un auxiliaire précieux pour l'Arabe, qui use et abuse du malheureux bourricaut. Fardeaux écrasants, coups de matraques, jeûnes fréquents et prolongés, mauvais traitements de tous genres, on ne lui épargne rien. Et le pauvre petit âne supporte avec patience et résignation lotîtes les rigueurs d'un sort immérité. Sa conformation est peu élégante : la tête est forte, le front bombé; les yeux sont cachés sous des arcades orbitaires saillantes; les ganaches sont bien écartées, mais lourdes; la croupe est maigre ; les membres bien musclés, à tendons solides, indiquent la force et la vigueur. La taille varie de 0m,90 à 1m,20; la robe est généralement grissouris, quelquefois noir mal teint ou blanc sale avec la raie cruciale.

Généralement le bourricaut a l'air malingre, les os saillants et le dos couvert de plaies; mais avec des soins, des ménagements et une bonne nourriture, il gagne beaucoup en élégance et en force. En résumé le petit âne d'Afrique est un serviteur très utile, portant aussi bien le bât que la selle, et méritant, à coup sûr, beaucoup plus d'égards qu'on ne lui en accorde à l'ordinaire.

Indépendamment du bourricaut, on utilse encore, à Gabès, un âne de la même race, mais beaucoup amélioré par la gymnastique fonctionnelle et par la sélection, que l'on désigne sous le nom d'âne de l'île de Djerba. Il est plus grand (1m,15 à 1m,30), plus fort, généralement noir mal teint avec le bout du nez lavé ; ses caractères zootechniques sont les mêmes que ceux du précédent. Il est généralement employé comme monture.


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MULET. — On ne produit pas le mulet aux environs de Gabès. Ceux qu'on rencontre, en petit nombre d'ailleurs, proviennent des réformes de l'armée d'occupation ou ont été achetés dans le nord de la régence.

DROMADAIRE (dans le pays on le désigne à tort sous le nom de chameau). — Par ses nombreuses qualités bien connues de tout le monde, et, en particulier, par sa force, par sa sobriété proverbiale et son endurance à la fatigue, le dromadaire est l'animal domestique par excellence des tribus du Sud, dans cette région où l'eau est rare et le sol sablonneux, où les routes ne sont que des pistes à travers champs, à peu près impraticables à nos voitures et même aux Arabas.

Que de services rend cet animal si disgracieux! Pour le bât, il est incomparable, étonnant ! Attelé à la charrue, il trace patiemment le sillon; monté, il est capable d'allures rapides et soutenues. Et ce n'est pas tout : sa chair est très appréciée; le lipôme qui constitue la bosse est, paraît-il, un morceau de choix pour les indigènes. Son poil sert à fabriquer des tissus imperméables, d'une solidité extraordinaire (tapis, toiles de tente, etc.). Enfin le lait de la chamelle, d'une saveur saline, est utilisé comme boisson ; il passe chez les Arabes pour préserver d'un grand nombre de maladies.

Le méhari, ou chameau coureur, est inconnu à Gabès; on ne le rencontre que beaucoup plus au sud, à Douz et chez les Touareg.

Un bon chameau, dans les années ordinaires, coûte environ 300 francs.

La maladie des chameaux la plus connue est la gale, que les Arabes traitent par la bouse de vache, les bains demer et les applications de goudron. En février, mars et avril 1889, une épizootie meurtrière a sévi sur la population caméline de la tribu des Oudernas (frontière tripolitaine). La fraction des


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Touazines a perdu, à elle seule, plus de 900 chameaux. Les autorités militaires nous ont confié la mission d'étudier les caractères de cette épizootie; nous avons reconnu l'existence de la péripneumonie contagieuse, maladie qui jusqu'à ce jour n'avait pas encore été, que nous sachions, décrite chez les camélins : elle nous a présenté les mêmes symptômes et les mêmes lésions que la péripneumonie du gros bétail.

BOVIDÉS. — Les boeufs sont, très rares dans l'Arad, car les paturages ne sont pas assez plantureux pour en permettre l'élevage. Si, comme nous l'avons répété à maintes reprises, de belles nappes d'eau d'origine artésienne permettaient d'obtenir de vastes prairies, l'élevage du boeuf, en vue la consommation pour la troupe, serait certainement une opération très fructueuse. Tous les bovidés qu'on livre actuellement à la boucherie proviennent de Djerba, de Sfax et même du nord de la Tunisie, de Souk-el-Kmis et de Béja. Ce sont des boeufs de race ibérique, variété algérienne, d'un rendement net de 45 à 50 pour 100 du poids brut. Le fournisseur de la viande pour la troupe a soumissionné au prix de 88 centimes par kilogramme. Celte année (1889) le bétail se vend à très bas prix. Un boeuf acheté cent piastres (60 francs) donne environ 85 kilogrammes de viande, poids net.

Depuis trois ans que nous sommes chargés de l'inspection de la boucherie, nous n'avons pas constaté un seul cas de tuberculose.

MOUTON. — L'élevage du mouton se fait sur une assez grande échelle dans l'oasis de Gabès et dans les environs. De nombreux troupeaux trouvent leur pâture dans les plaines sablonneuses où croissent de maigres, mais savoureuses petites plantes arénicoles. Pour achever l'engraissement, les Arabes ont recours aux fourrages verts et aux noyaux de dattes concassés et mélangés à des dalles de qualité inférieure.


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On ne rencontre aux environs de Gabès que le mouton dit « à large queue ». Il présente le caractère de la race syrienne ou asiatique : front large et plat, chanfrein droit, arcades orbitaires saillantes. Il existe aussi une variété dont le chanfrein est légèrement busqué et le front plus étroit. Les cornes font souvent défaut chez les mâles; elles sont toujours absentes chez la femelle ; par contre il n'est pas rare de trouver des béliers ayant quatre et même six cornes. Nous avons observé fréquemment l'atrophie plus ou moins complète de la conque auriculaire; mais cette atrophie n'amène pas la surdité. L'existence de cette anomalie est bien connue des Arabes, qui désignent les moulons qui la présentent sous le nom d' « akrout » (sans oreilles). Les rites leur défendent de les sacrifier les jours de fête religieuse.

La toison est généralement blanche, quelquefois noire ou rousse; sa qualité est très variable; certaines familles donnent une laine très fine, qui sert à la confection des tissus d'Ouderef et de Djerba (burnous, tapis, couvertures), qui ont une grande renommée dans toute la régence.

Le mouton de Gabès a la réputation d'avoir la chair très savoureuse et dépourvue de cette odeur de suint si commune et si désagréable chez la plupart des moutons d'Afrique; il doit probablement cette qualité à son genre de nourriture. Un mouton ordinaire fournit de 12 à 16 kilogrammes de viande de boucherie. Mais par l'engraissement on obtient des moutons qui donnent jusqu'à 35-40 kilogrammes de poids net et dont les masses adipeuses de la queue, morceau très recherché par les Arabes, pèsent, jusqu'à 10 kilogrammes. Notons en passant que la présence de ces énormes loupes graisseuses de la queue rend l'accouplement assez difficile et nécessite l'intervention du berger. Un mouton donne en moyenne 45 pour 100 du poids vif, et coûte 50 centimes le kilogramme.


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CHÈVRE. —On trouve à Gabès deux variétés de chèvres : la chèvre maltaise et la chèvre arabe.

La chèvre maltaise, importée depuis longtemps, est trop connue pour que nous ayons à nous appesantir sur ses caractères. Disons seulement que ses qualités laitières si prononcées en font un animal précieux dans le pays.

La chèvre arabe se rattache, comme la précédente d'ailleurs, à la race nubienne. Elle est de taille moyenne (0m,75) généralement noire avec des tons roux à l'extrémité des poils des flancs, de la croupe et des membres postérieurs. Le chanfrein est droit, le front bombé; les cornes se dirigent directement en arrière de haut en bas et de dedans en dehors, puis se recourbent assez brusquement pour contourner les oreilles; celles-ci sont énormes, très longues et très larges. Le menton est pourvu d'une légère barbe; le poil est assez long, mais peu fourni et rude. Les mamelles sont peu développées. Après la parturition, la chèvre arabe peut donner jusqu'à deux litres de lait par jour, pendant deux mois, à la condition de recevoir une nourriture abondante et très aqueuse.

On trouve assez fréquemment des chèvres d'un pelage noir et blanc; le blanc se rencontre surtout sur la face, aux extrémités des pattes, au poitrail et aux flancs. Enfin on trouve même des chèvres entièrement blanches, mais d'un blanc sale, jaunâtre.

Ajoutons que l'existence du canal biflexe, entre les onglons, n'est pas très rare chez les chèvres tunisiennes. Les Arabes élèvent la chèvre en vue de la production du lait et de la viande : vendue pour la boucherie elle vaut de 3 à 4 francs et donne 8 à 10 kilogrammes de poids net.

CHIENS. — Les Arabes n'élèvent guère que deux races de chiens : le kelb ou chien de douar et le sloughi ou lévrier. Ils croisent quelquefois le kelb et le sloughi et ils obtiennent


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des bâtards qui possèdent, dit on, des qualités précieuses pour la chasse au sanglier.

Kelb ou chien kabyle, chien de douar, chien arabe. — Le kelb est un chien à long poil, de la taille du chien de la Brie, dont l'extérieur rappelle dans son ensemble la conformation du chacal : il est habituellement sous poil blanc sale ou jaunâtre ; mais souvent il présente des taches foncées sur fond clair et quelquefois même il est franchement roux. Le museau est un peu effilé; le front est large, bombé et présente une légère scissure médiane; les oreilles sont courtes, droites et dirigées en avant ; les yeux noirs et très vifs ; le cou est épais, le corps arrondi, la queue en trompette et généralement déviée du côté gauche. Les membres sont gros et forts. Le poil, presque ras sur la tête, est long sur tout le corps, particulièrement au cou, à la queue où il forme panache, et à la face postérieure des membres.

Le kelb est préposé à la garde des douars, et il s'acquitte à merveille de cette fonction : sa méchanceté native encore accrue par les mauvais traitements, son hostilité pour les étrangers, l'acuité de son ouïe et de sa vue, la force de sa voix, la puissance de ses mâchoires lui rendent d'ailleurs la lâche très facile. Lorsqu'il est jeune et gras, il sert souvent de nourriture aux habitants de l'oasis ; sa chair paraît, avec honneur, sur un plat de couscouss.

Les Arabes considèrent le chien kabyle comme un animal abject; le mol kelb est un terme de mépris fréquemment usité.

Le malheureux kelb n'est l'objet d'aucun soin ; sa nourriture est souvent problématique ; il en est maintes fois réduit à éplucher les immondices et à chercher dans les tas de fumier une alimentation aussi rare que peu substantielle.

Rien d'assuré, point de franche lippée; Tout à la pointe l'épée.


56 L'OASIS DE GABÈS

Aussi, comme le loup de la fable, bien souvent il n'a que les os et la peau.

A notre arrivée en Tunisie nous avons été vivement frappés de la ressemblance, de l' « air de famille » qui existe entre le chien des Pyrénées et le chien kabyle. Le chien des Pyrénées descendrait-il de chiens importés par les Arabes au temps de leurs invasions en Espagne et en France ? et la différence detaille ne pourrait-elle pas s'expliquer par les influences du climat, du régime, etc. ? Nous ne sommes pas à même de pouvoir trancher cette question; mais nous la soumettons à la sagacité des gens compétents.

SLOUGHI. — Le sloughi est un lévrier à poil ras, dont le pelage varie de blanc sale à roux foncé. Inutile de décrire ses longues lignes, son long museau pointu, ses longs membres grêles ; ses caractères sont suffisamment connus. On recherche chez le sloughi une poitrine haute, un ventre très levretté, une croupe musclée et un peu plus élevée que le garrot; des tendons forts, larges et très durs ; des pieds un peu larges, dont la surface plantaire soit ferme, souple et exempte de crevasses, et dont les ongles ne soient pas recourbés en dessous. On considère comme signe de race l'absence du premier doigt; lorsqu'il existe, on le fait tomber à l'aide d'un fil ciré, car, dans les grandes allures, il arrive au contact du sol et peut alors devenir le siège d'excoriations douloureuses. Les Arabes mettent fréquemment le feu en raies à l'avant-bras et aux articulations, pour donner plus de force à ces régions ; aux flancs et le long des dernières côtes, pour favoriser, disent-ils, les mouvements respiratoires. Ils ont aussi l'habitude de couper une oreille, ou même, les deux, au chien qui chasse le lièvre. Enfin, parfois, pour obtenir des sujets très levrettés, ils enveloppent le ventre dans un bandage très serré qui fait le tour du corps au niveau des reins, et


L'OASIS DE GABÈS 57

qu'ils laissent à demeure pendant toute la durée de la croissance.

Le sloughi est le favori de la tente. S'il reçoit peu de caresses (les Arabes n'aiment guère à caresser les chiens) il a du moins la nourriture et le gîte assurés. Il est employé à la chasse à courre du lièvre et de la gazelle. Beaucoup de sloughis prennent le lièvre à la course, mais bien peu peuvent forcer la gazelle en plaine. Cependant dans les régions très sablonneuses, sur les bords des sebkras et des chotts, la gazelle perd beaucoup de ses avantages, ses pieds si petits s'enfoncent assez profondément, d'où un ralentissement dans la vitesse de son allure. Le sloughi, dont le pied plus large enfonce moins, peut dans ces conditions atteindre sa victime et s'en rendre maître.

CHIENS EUROPÉENS. — Depuis l'occupation, on a introduit en Tunisie des chiens de la plupart de nos races françaises. Les caniches, les épagneuls, et, en général tous les chiens à long poil résistent mal au climat, s'y anémient en peu de temps; la tonte, les bains, les toniques, etc., ne réussissent pas toujours à les sauver. Par contre, les chiens à poils ras, et notamment les braques, s'acclimatent fort bien et font souche à Gabès.

Animaux de Basse-Cour

Avant de terminer cette étude, il nous resterait à parler des lapins et des oiseaux de basse-cour : canards, oies, dindons, poulets, pigeons, etc. Tous ces animaux sont en effet connus et utilisés à Gabès; mais ils ont peu d'importance au point de vue-agricole et zootechnique et leur étude zoologique n'offre rien de particulier. Nous ne voulons cependant


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pas quitter ce sujet sans dire un mot de l'autruche. On sait qu'en Algérie l'élevage de l'autruche a pris un assez grand développement. Nous croyons, avec MM. le commandant Landas, Lafitte et Servonnet, que les colons pourraient très fructueusement se livrer à cette opération à Gabès; il serait facile d'approvisionner les parcs d'élevages par des importalions faites de Tripoli.

Procédé de culture des Arabes

INSTRUMENTS. — Les instruments dont les Arabes se servent pour la culture sont simples et peu nombreux ; nous en ferons connaître quatre : la mésâa, la mahcha, la mengel et l'hadjama.

La mésâa se compose d'une lame en fer battu ou aciéré, de 20 à 25 centimètres de longueur sur 15 à 18 de largeur, emmanchée à la façon d'une pioche à un manche solide et court. Elle sert aux mêmes usages que la bêche.

Le mahcha est une sorte de large serpe dont les deux bords sont tranchants. Les Arabes s'en servent avec une très grande habileté manuelle pour sarcler les plants, ratisser les allées, couper l'herbe, etc.

Le mengel ressemble à une serpette ou à une petite faucille à main, dont la lame, au lieu d'être affilée, est dentelée en scie. On l'emploie pour faucher la luzerne, pour récolter le blé, l'orge, le henné, etc.

L'hadjama est un grand couteau très tranchant qui sert spécialement à creuser le sillon circulaire au sommet des palmiers dont on veut obtenir du lagmi.

Enfin, pour labourer la plaine, on utilise une sorte d'araire très primitive, traînée par un cheval ou par un chameau ; le labourage est toujours très superficiel.


L'OASIS DE GABÈS 59

ASSOLEMENTS. — Les assolements n'ont absolument rien de régulier; l'Arabe alterne surtout ses récoltes d'après ses besoins personnels ou la plus ou moins grande richesse du sol. Dans la plaine, il ne sème toujours que de l'orge ou du blé, il n'ensemence que les endroits déc lives possédant un peu d'humus et ayant des chances d'être arrosés par les pluies de l'automne et du printemps. Le champ reste quelquefois plusieurs années de suite en jachère. Dans l'oasis, où les conditions de culture sont tout à fait différentes, les récoltes se succèdent sans interruption ; après l'orge et le blé, viennent le sorgho et la béchena ; après une plante sarclée, une autre encore, et ainsi de suite sans que la fécondité du sol diminue jamais. Les irrigations, les débris des végétaux et les engrais se chargent de réparer les pertes de cette terre prodigue.

ENGRAIS. — Les Arabes utilisent avec soin le fumier, la poudrette et les terreaux.

FUMIER ANIMAL. — Ils ramassent les crottins des chevaux et des ânes, ainsi que les crottes des autres animaux domestiques, et ils mélangent le tout avec des débris d'alfa ou de paille et les détritus de la maison ou de la tente. Quand, par suite de la fermentation, ce fumier est bien consommé, ils le portent dans leurs champs au moment opportun ; le transport se fait à dos de bourricault, à l'aide de grands couffins.

Le fumier du camp est aussi, en grande partie, utilisé par les Arabes de l'oasis.

FUMIER HUMAIN OU POUDRETTE. — Le fumier humain ou poudrette est recueilli dans de petites fosses d'aisance peu profondes, entourées de murs, situées aux alentours ou même dans l'intérieur du village. De temps à autre, les matières fécales sont recouvertes d'une couche de terre légèrement


60 L'OASIS DE GABÈS

séchée au soleil; on obtient de la sorte un engrais d'excellente qualité.

TERREAU. — Les indigènes fabriquent du terreau en mélangeant de la terre vierge avec de la paille pourrie, avec des débris organiques de tout genre, avec le sang des abatloirs, etc.

Ils n'ignorent pas quels sont les avantages que l'on peut retirer de l'emploi des engrais; ils savent parfaitement que plus leur champ sera fumé, plus la récolte sera belle; ils fument surtout pour les semailles d'hiver, pour les céréales.

Moyens à employer pour étendre la superficie de l'oasis.

Améliorations à apporter aux méthodes de culture.

Caltures nouvelles à introduire.

a) ETENDRE L'OASIS. — Nous avons indiqué, au cours de ce mémoire, la marche à suivre et les moyens à mettre en oeuvre pour augmenter la superficie de l'oasis. Nous allons résumer sous une forme synthétique plus saisissante tout ce que nous avons dit concernant cette importante question.

1° Avec le système des eaux actuel — en mieux réglant la distribution des eaux, en creusant de nouveaux canaux d'irrigation — il serait possible de mettre en culture une zone de terrain d'environ 300 mètres de largeur sur 5 à 6 kilomètres de longueur, située au nord de l'oasis entre Bouchemma et Gabès.

2° A l'aide de pompes élévatoires actionnées par la chute d'eau du barrage militaire de Menzel, on pourrait conduire l'eau de l'oued sud (eau qui jusqu'à présent s'en va presque toute à la mer) dans un réservoir situé sur le petit mamelon de Tacape. De cette manière il serait facile d'irriguer la plaine


L'OASIS DE GABÈS 62

du côté de Gabès au sud de l'oasis. Le sol, ainsi amendé et arrosé, se prêterait sûrement à la culture du palmier, de la luzerne, de l'orge, etc.

3° Par le forage de puits artésiens : — M. le commandant Landas et M. Baronnet, ingénieur, ont creusé à l'exploitation agricole de l'Oued-Mélah, située à 18 kilomètres au nord de Gabès, des puits artésiens qui ont donné de magnifiques résultats. L'eau de ces puits a la plus grande analogie, au point de vue des caractères physiques et chimi - ques, avec l'eau des sources de la Métouïa, de Granouch, de Ras-el-Oued, de Zrig et de Téboulbou. De plus, toutes ces sources sont très voisines les unes des autres; elles s'échelonnent de l'Oued-Mélah à Métrech. Ne sommes-nous pas autorisés à croire que toutes proviennent de la même nappe d'eau, et peut-on nous taxer de témérité lorsque nous disons qu'en forant des puits artésiens aux environs de Bou-chemma et sur le versant nord des collines de Métrech on aurait de très nombreuses chances de réussite? Evidemment ce ne sont là que des hypothèses ; mais des hypothèses très légitimes et auxquelles les inductions tirées des considérations que nous venons de faire valoir donnent, ce nous semble, un sérieux appoint de probabilité. Il n'est pas besoin de longs développements pour faire comprendre tonte l'importance de pareils travaux et les conséquences qui en découleraient au point de vue agricole; tous les terrains jusque-là stériles situés au nord et au sud de l'oasis se transformeraient en champs de céréales, en prairies artificielles, et peut -être même en prairies naturelles ; l'élevage ne larderait pas à prendre de l'extension, etc. Qu'on donne de l'eau et l'initiative individuelle, stimulée par l'appât du gain, fera le reste. — Il est vrai que le forage de puits artésiens nécessite un matériel coûteux et des capitaux qui ne sont pas généralement à la portée des modestes ressources des colons. Nous ne nous dissimulons pas cettte difficulté;


62 L'OASIS DE GABÈS

mais il est permis de compter sur l'action des syndicats ou des compagnies, ou sur l'intervention de l'Administration du protectorat.

b) AMÉLIORER LES MÉTHODES DE CULTURE. — Les Arabes cultivent l'oasis avec beaucoup de soins; ils savent employer avec discernement les irrigations et les engrais ; mais ils taillent la vigne d'une façon peu rationnelle et il ignorent la greffe. Or, les abricotiers, les pruniers, les pêchers, les poiriers, les pommiers, les cognassiers ne donnent à Gabès que des fruits de qualité très inférieure; il y aurait lieu de les améliorér en les greffant avec nos bonnes espèces de France : c'est pourquoi nous attirons particulièrement l'attentions des colons sur les avantages de la taille et de la greffe.

c) CULTURES A INTRODUIRE. — Nous ne ferons que rappeler que : 1° nous avons essayé expérimentalement la culture du coton et nos expériences nous ont donné de bons résultats;

résultats; nous avons dit que la culture de l'arachide était peutêtre à tenter; 3° nous avons, avec succès, introduit l'échalotte; 4° nous sommes parvenus à obtenir le pomme de terre en abondance; 5° nous avons fait connaître toutes les indications nécessaires pour obtenir la plupart des légumes; 6° nous avons décrit les animaux domestiques du sud de la Tunisie et nous avons montré tout ce qu'on était en droit d'en attendre comme service ou comme rapport, etc., etc. Nous pourrions ajouter que l'avoine vient bien, que sans doute le fraisier donnerait des fruits à l'ombre des palmiers, que l'élevage de l'autruche serait probablement rémunérateur; mais comme nous ne pouvons pas donner de faits positifs à l'appui de ces dernières assertions, nous nous bornons là.


L'OASIS DE GABÈS 63

Conclusion

Nous avons dit ce que nous avons vu et ce que nous avons fait. Si celte modeste étude peut être de quelque utilité à ceux qui auraient l'intention de venir coloniser le sud de la Tunisie — soit qu'elle leur donne quelques indications sur le climat, les ressources et les besoins du pays, soit qu'elle leur enlève des illusions ou des espérances chimériques, — nous aurons atteint le but que nous nous étions proposé.


TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION 1

SITUATION DE L'OASIS, IMPORTANCE, POPULATION 4

CLIMATOLOGIE : Température, saisons, vents, pression atmosphérique, humidité, pluie, situation hygiénique. ...... C

AGROLOGIE ET RÉGIME DES EAUX : Terrains, irrigations, composition

chimique des eaux, puits artésiens 12

AGRICULTURE : Coup d'oeil d'ensemble sur l'oasis, description. . . 22

Culture des arbres fruitiers 24

Culture des essences forestières 32

Culture des plantes industrielles 32

Culture des céréales 35

Culture des légumes 36

Culture des plantes fourragères 47

Étude des animaux domestiques du sud de la Tunisie. . 49

CONSIDÉRATIONS SUR LES PROCÉDÉS DE CULTURE DES ARABES. ... 58

AMÉLIORATIONS A APPORTER A L'AGRICULTURE DANS L'OASIS : Moyens à employer pour étendre sa superficie, cultures nouvelles à introduire 00

CONCLUSION . 63


LA RAGE A LYON

ET DANS LE DÉPARTEMENT DU RHONE

MESURES QUE LA SITUATION COMPORTE

PAR

V. GALTIER

PROFESSEUR A L'ÉCOLE NATIONALE VETERINAIRE DE LYON

Communication faite à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon dans la séance du 58 mars 1890.

Depuis quelque temps la rage est devenue de plus en plus fréquente dans noire région; et cependant il eût été si aisé de la rendre rare et partant d'éviter les nombreuses morsures infligées aux personnes par les chiens enragés qui parcourent la voie publique. La législation sanitaire a prévu à peu près toutes les mesures nécessaires dans ce but; mais la loi sur la police sanitaire, plus qu'aucune autre, semble avoir été faite pour être impunément violée partout et toujours.

Les chiens jouissent à ce point de la faveur publique qu'on ose difficilement porter atteinte à leur liberté. Les administrations municipales ont des pouvoirs bien définis en cette matière; mais, devant leur inertie, on en est réduit à penser qu'elles ne se croient pas en droit d'en user. Le chien est devenu quelqu'un avec qui il faut compter désormais; on ne saurait, semble-t-il, sans soulever des protestations indignées,

6e SÉRIE, T. III. — 1890 4


66 LA RAGE A LYON

s'avisir de vouloir l'empêcher de vagabonder à son gré, d'errer à sa volonté et de mordre qui bon lui semble. Il ne faut pourtant pas se lasser, en présence d'une tolérance abusive et illicite, de signaler un danger qui devient de plus en plus menaçant, et contre lequel on est devenu trop enclin à négliger de prendre les précautions que la loi et l'hygiène commandent. Le cri d'alarme dût-il rester sans écho et ne déterminer aucune intervention, il faut le pousser sans cesse.

Mieux que tous les raisonnements, la statistique est de nature à convaincre tout le monde de la nécessité et de l'urgence d'employer d'une façon continue et sérieuse des mesures de préservation rigoureuses. Dans ces trois dernières années, les cas de rage observés à l'Ecole vétérinaire de Lyon sur des chiens et des chats accusent une progression inquiétante. En 1887, il en a été constaté 69 cas; il y en a eu 114 cas en 1888, et 134 en 1889. Il y a tout lieu de croire, si l'on en juge par la statistique des premiers mois de 1890, que l'année courante ne sera pas moins riche que l'année précédente. En effet on en a observé 12 cas en janvier, 20 en février, 19 en mars et 26 du 1er au 28 avril. En même temps que le nombre des cas de rage canine a augmenté celui des personnes mordues est devenu plus considérable; et bientôt on devra se poser sérieusement la question de savoir s'il ne conviendrait pas d'organiser à Lyon même un Institut antirabique, pour le traitement des nombreuses victimes, qui auront subi les morsures ou les lèchements des chiens enragés.

En additionnant les cas observés en novembre et décembre de l'année 1889, en janvier, février et mars de l'année 1890, on a un total de 74 cas de rage canine ; et il convient de faire observer que ce,contingent appartient à peu près exclusivement à la commune de Lyon, et qu'il ne saurait d'ailleurs être considéré comme l'expression complète de tous les cas qui s'y sont montrés, attendu que l'Ecole vétérinaire ne reçoit


ET DANS LE DÉPARTEMENT DU RHONE 67

pas tous les animaux qui deviennent enragés. Plus de soixante personnes ont été mordues pendant ces six mois; et il est impossible d'apprécier même approximativement le nombre des chiens qui ont pu être contaminés, à cause des renseignements fort incomplets donnés par les personnes intéressées, et souvent à cause de l'absence de renseignements. En effet, sur ce nombre de 74 chiens reconnus enragés pendant les mois de novembre, décembre, janvier, février et mars, 18 nous ont été apportés après avoir été tués par la police; ils n'avaient pas de collier, et il a été impossible de retrouver leur propriétaire; il a été également impossible de savoir d'où ils venaient et de connaître les ravages qu'ils avaient pu occasionner.

Bien qu'il soit souvent malaisé d'obtenir des renseignements circonstanciés de la part des propriétaires, il est facile de déduire de ceux qu'on leur arrache parfois que les prescriptions de la loi relatives aux chiens mordus sont trop souvent transgressées en connaissance de cause, avec la tolérance des administrations municipales. Il arrive fréquemment, il est vrai, que des chiens sont mordus à l'insu de leurs maîtres, qui sont ensuite fort surpris de les voir déclarer enragés. Mais que de fois la morsure n'a pas été ignorée, que de fois on nous a présenté des chiens qu'on avait conservés, bien qu'on les eût vu mordre par des animaux errants ou par des chiens notoirement enragés. Ainsi, le 25 février dernier, on nous a conduit un chien atteint de la rage furieuse la mieux caractérisée, et le propriétaire n'ignorait pas que son animal avait été mordu un mois auparavant. Ainsi on nous en avait amené un, le 19 février, que son propriétaire avait disputé une trentaine de jours auparavant à un chien que nous avions déclaré enragé. Ainsi dernièrement encore nous avons eu plusieurs chiens qui étaient devenus enragés sous l'oeil bienveillant de leurs propriétaires, et avaient pu


68 LA RACE A LYON

mordre des personnes ainsi que de nombreux animaux; on savait que ces chiens avaient été mordus et on les avait néanmoins conservés dans l'espoir qu'ils échapperaient à la rage. Ainsi, enfin un propriétaire de Vaugneray nous apportait, le 11 février dernier, le cadavre de son chien, qui avait été mordu, le 24 janvier, par un autre chien enragé. On n'avait pas ignoré la morsure; mais, au lieu d'abattre le chien mordu comme la loi l'exige, on l'avait conduit chez un empirique à Saint-Pierre-la-Palud. Ce personnage, qui accomplit sans qualité une besogne prohibée, avait appliqué une clef rougie au feu sur le front de l'animal, et, après avoir fait semblant de réciter quelque prière, il avait donné l'assurance que la rage ne se déclarerait pas. Le propriétaire plein de confiance ne s'inquiéta plus de rien; et son chien devenu enragé, le

9 février, put mordre à son gré personnes et bêtes ; il mordit la fille de la maison, le 9 février; le 10 février, il s'échappa pour aller errer dans là campagne et il mordit plusieurs chiens et peut-être des personnes; ce n'est qu'après avoir réintégré son domicile qu'il fut abattu, dans la soirée du

10 février. Ce fait mérite d'appeler l'attention de l'administration et celle du parquet. Le 24 janvier, nous avions reçu en surveillance une chèvre amenée de Vaugneray, où elle avait été mordue la veille par un chien enragé, qui avait en outre mordu un certain nombre de chiens dans la localité; nous avions fait la déclaration règlementaire; et on a le droit de se demander pourquoi l'administration municipale n'avait pas fait rechercher et abattre tous les chiens mordus, pourquoi celui qui avait été illégalement soumis au traitement d'un empirique n'avait pas subi le sort que la loi impose en pareille circonstance. On demeure confondu et attristé devant l'inertie des administrations municipales, qui semblent se refusera faire exécuter les prescriptions de la loi, et devant l'insouciance ou l'aveuglement des propriétaires, qui sem-


ET DANS LE DÉPARTEMENT DU RHÔNE 69

blent surtout préoccupés de les transgresser. Pour un propriétaire qui consent, quoique à regret, à faire abattre son chien qui vient d'être mordu, il y en a deux qui s'ingénient à éluder l'obligation que la loi leur impose. Ils cherchent à se persuader et à faire croire que leurs animaux n'ont pas été mordus ou qu'ils l'ont été par des chiens qui n'étaient pas enragés; ils dissimulent de leur mieux le fait de la morsure, quand ils sont seuls à en avoir connaissance. De la sorte, non seulement la rue appartient aux chiens enragés, qui y jouissent d'une liberté sans contrainte pour y faire tout le mal dont ils sont capables, mais la plupart de ceux qui ont été mordus sont conservés, pour fournir un contingent toujours croissant de rabiques, et pour perpétuer en l'aggravant le danger qui en résulte pour les personnes. Si nous ne considérons que la ville de Lyon et si nous comparons la statistique des cas de rage qu'elle fournit à celle des autres communes importantes, nous constatons sans peine sa prééminence. En effet, sur 84 cas de rage canine observés en France pendant le mois de novembre 1889, il y en a eu 11 à Lyon; sur 65 cas constatés en décembre 1889, Lyon figure pour 12; sur 71 cas signalés en janvier 1890, il y en a encore 12 pour Lyon ; et sur 108 cas relatés en février, 20 ont été fournis par Lyon. En sorte que, sur un total de 328 cas, Lyon à lui seul en a fourni 55, soit un sixième de tous les cas observés en France. Dans la même période Paris n'en a pas eu 45 cas, et les autres grandes villes en ont eu proportionnellement beaucoup moins que Lyon, qui occupe d'ailleurs comme de juste le premier rang par le nombre des personnes mordues.

De tout quoi il ressort que Lyon, plus qu'aucune autre commune, est intéressé à voir employer enfin des mesures de préservation. On en est arrivé, grâce au laisser faire cidevant exposé, à multiplier tellement les foyers auxquels la maladie s'entretient, qu'il est aujourd'hui permis d'affirmer


70 LA RAGE A LYON

plus que jamais la nécessité d'une intervention administrative vigoureuse et prolongée. Aujourd'hui, demain et pendant des semaines on assistera à l'éclosion de nouveaux cas parmi les nombreux chiens qui ont été mordus et qui n'ont pas été abattus. Puisqu'il est trop tard pour rechercher les cas de morsures qui n'ont pas été déclarés, demandons au moins qu'on fasse appel à la bonne foi des propriétaires, qu'on stimule leur prévoyance et qu'on les invite à satisfaire au voeu de la loi, en faisant tuer leurs chiens qui ont été mordus. Demandons que l'administration fasse rechercher et abattre, à l'avenir tous les chiens mordus ou suspects; demandons surtout qu'elle prescrive et fasse appliquer rigoureusement toutes les mesures propres à conjurer le danger résultant de la divagation des chiens rabiques.

En résumé, il découle de l'étude des faits que l'on peut sans exagération considérer comme inquiétante la situation de la commune de Lyon et du département du Rhône, eu égard à l'extraordinaire multiplicité des cas de rage qui s'y montrent depuis quelque temps. La rage canine et les morsures faites aux personnes par les chiens enragés sont devenues de plus en plus fréquentes par suite d'un abandon trop prolongé des mesures de préservation; et n'est-il pas à craindre de voir se produire de nouveaux cas d'hydrophobie sur l'homme! D'ailleurs, et bien que la portée en soit beaucoup moindre, ne faut-il pas prévoir que l'intérêt matériel des propriétaires d'animaux peut être lésé d'une façon plus ou moins considérable, notamment quand leurs chevaux ou autres bêtes auront été mordus par quelqu'un de ces chiens rabiques sans collier et sans maître avoué. Nous croyons en conséquence qu'il y a urgence à adopter et à faire appliquer les mesures suivantes :

1° Occision immédiate de tous les chiens et de tous les chats


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suspects de rage. — Cette mesure est prescrite par l'article 10 de la loi du 21 juillet 1881 sur la police sanitaire des animaux, qui astreint d'ailleurs le propriétaire de l'animal suspect à pourvoir à l'accomplissement de cette prescription, même en l'absence d'un ordre de l'administration. A vrai dire les propriétaires ne s'exécutent guère sans y être contraints, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre, en les questionnant et en leur faisant avouer souvent que leurs chiens devenus enragés avaient été mordus un mois, six semaines, deux mois auparavant. Mais l'Administration a le droit de faire appliquer la loi; et la circulaire ministérielle, du 20 août 1882, porte qu'elle ne saurait y mettre trop de rigueur. Il conviendrait donc que les maires fussent invités à faire procéder désormais sans retard à l'abatage de tous les chiens et de tous les chats suspects, aucun ne devant être conservé, alors même qu'on se proposerait de le tenir enfermé pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Quant à la suspicion dont parle la loi, il faut l'entendre d'une façon très large ; et on considérera comme suspects devant être abattus aussitôt tous chiens et chats qui auront été mordus ou simplement roulés par des animaux enragés ou par des chiens errants, dont on ignorera l'origine et qui échapperont à tout examen. En d'autres termes, on devra considérer comme suspects et les faire abattre sans retard tous les chiens et tous les chats qui auront été mordus, roulés, renversés, attaqués, flairés par un chien enragé ou soupçonné d'être atteint de la rage, ceux qui auront cohabité ou mangé avec un chien enragé et ceux qui auront été mordus par un chien dont l'examen permettra de soupçonner seulement la rage. En vue de savoir quels chiens doivent être considérés comme suspects, et pour arriver à faire abattre le plus grand nombre de chiens mordus, l'Administration municipale fera appel au bon vouloir des propriétaires et devra surtout faire


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procéder à une enquête sérieuse à la suite de chaque cas de rage.

2° Port d'un collier avec plaque indiquant le nom et le domicile du propriétaire. — L'article 51 du règlement d'administration publique du 22 juin 1882 exige que tout chien circulant sur la voie publique en liberté ou même tenu en laisse soit muni d'un collier portant gravé, sur une plaque de métal, les noms et demeure de son propriétaire. Le collier associe en quelque sorte le propriétaire à la surveillance exercée par l'Administration; il montre que l'animal a un maître, qui, incessamment placé sous le coup de responsabilités civiles et pénales, est intéressé à prévenir les accidents que son animal pourrait causer. Grâce à cette mesure, les propriétaires peuvent être déterminés par leur intérêt à donner à l'autorité le concours de leur propre vigilance et à ne plus laisser divaguer leurs chiens. Malheureusement cette obligation, qui n'a pourtant rien d'excessif, n'est pas régu - lièrement exécutée, puisque, ainsi qu'on l'a vu déjà, nous avons trouvé, sans collier et parlant sans maître avoué, près du quart des chiens reconnus enragés pendant une période de cinq mois. D'ailleurs ne voit-on pas à tout instant, particulièrement dans les campagnes, des chiens divaguant sans collier sur la voie publique? Une pareille incurie ne saurait avoir aucune excuse; elle rend impossible toute réparation du préjudice occasionné. Il est absolument indispensable qu'à l'avenir l'Administration se préoccupe plus que par le passé d'assurer l'exécution des dispositions de la loi et d'aviser aux moyens propres à faciliter la capture ou la destruction des chiens non munis du collier réglementaire. Là où il n'y a pas de responsabilité et pas de devoirs, il ne saurait y avoir de droits ; et les propriétaires de chiens sans collier seraient mal venus à se plaindre d'une mesure, qui a pour but de


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supprimer les animaux qui peuvent occasionner des accidents, sans engager la responsabilité de personne.

3° Capture et occision des chiens non munis de collier, des chiens errants même porteurs d'un collier, et des chiens dont l'allure ou le caractère inspire de sérieuses craintes et peut faire croire à la férocité ou à un état rabique. — L'article 52 du règlement d'Administration publique du 22 juin 1882 rend obligatoires la capture, la mise en fourrière et l'occision des chiens sans collier ou sans maître, des chiens errants, des chiens qui n'accompagnent personne ou ne sont accompagnés de personne, et de ceux qui peuvent à un titre quelconque être considérés comme furieux, dangereux ou enragés. C'est surtout le cas de faire observer combien souvent, pour ne pas dire presque toujours, demeurent lettre morte dans la pratique les sages prescriptions du règlement. En vain les maires sont invités à faire exercer une surveillance constante dans leurs communes afin d'assurer la saisie de tout chien errant ou de tout chien non muni du collier réglementaire. Les chiens sont demeurés les maîtres de la voie publique sous l'oeil en quelque sorte bienveillant de l'autorité; le jour et la nuit on en rencontre partout, et ceux qui sont accompagnés ou qui accompagnent quelqu'un constituent une faible minorité.

Il est vrai de dire que souvent la capture d'un chien errant n'est pas chose facile; outre que l'animal ne se laisse pas toujours approcher, pour recevoir le lasso qui doit le retenir prisonnier, il y a parfois un danger réel à s'en emparer et à le maîtriser. Aussi conviendrait-il d'accorder une prime au captureur et d'autoriser les agents de police et les gardes champêtres à faire usage de leurs armes en pareil cas.

Quelque répugnance qu'une pareille besogne puisse inspirer au public, ne vaut-il pas mieux tolérer et ordonner


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même l'occision à l'arme blanche des chiens qu'il serait dangereux ou impossible de capturer; et ne faut-il pas aller plus loin dans celte voie, ne serait-il pas bon d'autoriser l'usage de l'arme à feu dans la campagne, dans les chemins et les rues ou places désertes? On ne saurait évidemment sans danger pour les personnes autoriser en tout temps et en tout lieu l'emploi de l'arme à feu; mais n'est-il pas aisé de déterminer un certain nombre de cas dans lesquels elle pourrait être tolérée. On nous a apporté il y a quelques semaines le cadavre d'un chien rabique tué sur la place Bellecour par un malheureux gardien de la paix, qui, n'ayant pu faire usage que de son sabre, avait été affreusement mordu; cet accident eût été évité si l'agent avait pu tuer l'animal sans trop l'approcher, en faisant usage de son revolver. Quels que soient les moyens adoptés, il est de plus en plus urgent que les maires soient encore invités à faire exercer une surveillance plus sévère dans leurs communes, afin d'assurer mieux que par le passé la saisie de tous les chiens errants et de tous les chiens non munis de collier.

4° Musellement et usage de la laisse. — L'article 53 du règlement d'Administration publique du 22 juin 1882 a décidé que l'autorité administrative pourrait, lorsqu'elle croirait celte mesure utile, particulièrement dans les villes, ordonner par arrêté que tous les chiens circulant sur la voie publique soient muselés ou tenus en laisse. La mesure prévue par l'article 53 vient enfin d'être prescrite par arrêté municipal à Lyon, où elle était nécessitée depuis longtemps par l'accroissement exceptionnel des accidents rabiques. Souhaitons qu'elle soit appliquée convenablement et constamment, souhaitons qu'elle prévienne les nombreuses morsures que ne manqueraient pas de faire les nombreux chiens mordus, illégalement conservés, lorsqu'ils deviendront enragés. D'ailleurs


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il semble bien que la population n'est pas tout à fait réduite à attendre le bon plaisir de l'Administration, et que celle-ci, en présence d'une situation telle que celle qui existe depuis longtemps, n'était pas absolument maîtresse d'apprécier s'il était utile ou non de prescrire le musellement et l'usage de la laisse. En effet l'article 54 du règlement d'Administration publique du 22 juin 1882 ne saurait être interprété de façon à lui permettre de s'abstenir dans certaines situations déterminées ; il décide que, lorsqu'un cas de rage aura été constaté dans une commune, le maire devra prendre un arrêté pour interdire pendant six semaines au moins la circulation des chiens à moins qu'ils ne soient tenus en laisse; il décide encore que la même mesure sera prise pour les communes qui auront été parcourues par un chien enragé. Ainsi, dans la commune de Lyon, qui n'a jamais que je sache, depuis le règlement de 1882, passé un mois sans avoir plusieurs cas de rage, il y a longtemps qu'on n'aurait pas dû voir un chien en liberté. Si la loi eût été observée en temps opportun, on n'aurait pas vu se créer la situation inquiétante et périlleuse que nous traversons. Pourquoi a-ton attendu si longtemps pour exécuter la loi et pour procurer à la population la sécurité et la protection à laquelle elle a droit?

On s'est enfin décidé à prescrire l'usage de la laisse ou le musellement; nous devons en savoir gré à l'Administration, mais nous devons lui demander qu'elle surveille et assure l'exécution de la mesure, qu'elle exige l'emploi d'une muselière donnant toute garantie, remplissant toutes les conditions de solidité, d'adaptation et d'isolement des mâchoires, soit par exemple une muselière terminée en panier de gros fil de fer; nous devons lui demander qu'elle assure la capture ou la destruction des chiens non muselés ou non tenus en laisse, et qu'elle rende la mesure permanente, attendu que longtemps encore on observera au moins un cas de rage


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toutes les six semaines. On prétend que le musellement et l'usage de la laisse sont illusoires ; on dit notamment que ces mesures ne sauraient parer à tous les dangers. Il en est en effet ainsi quand elles sont mal appliquées, quand elles ne sont pratiquées que par intermittences ou par les soins de quelques propriétaires seulement. Mais grâce à une application convenable et prolongée, grâce à une surveillance assidue, on peut en obtenir de bons résultats, et il n'était que temps d'y avoir recours.

Notre législation sanitaire n'a pas édicté l'obligation du musellement permanent ou de l'usage permanent de la laisse, et il faut le regretter. Par celle mesure l'Allemagne s'est à peu près complètement débarrassée de la rage. Nous devons la préconiser, quelque désagrément qu'elle puisse causer aux propriétaires, parce qu'aucun doute ne saurait, étant donnés les bons résultats qu'elle a produits ailleurs, persister relativement à sa valeur préventive. L'usage du musellement est en effet propre à conjurer tout danger sur la voie publique et à prévenir toute morsure, s'il réalise les conditions suivantes : S'il est général, constant et observé partout rigoureusement; s'il est sanctionné par la capture et l'abatage ou la séquestration des chiens en contravention et par une amende pour les propriétaires; s'il est pratiqué avec un appareil sûr, solide, facile à adapter et convenablement isolant. A la rigueur il pourrait être suppléé dans certains cas déterminés par l'usage de la laisse; et il conviendrait d'y apporter quelque tempérament en ce qui concerne les chiens de chasseurs et de bergers pendant leurs heures de service.

5° Surveillance spéciale aux barrières de l'octroi en vue de capturer ou de tuer à leur entrée ou à leur sortie les chiens sans collier, les chiens errants et les chiens suspects à un titre quelconque. — Les communes voisines et la banlieue four-


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nissent à Lyon un contingent considérable de chiens errants, qui entrent et sortent par les barrières de l'octroi. De son côté Lyon laisse échapper par la même voie non seulement des chiens errants, mais aussi des chiens enragés. En sorte que, par ces échanges incessants qui se font en toute liberté, la dissémination de la rage se trouve singulièrement facilitée; et la commune qui cherche à se protéger, en observant les prescriptions relatives au musellement, peut à tout instant se voir apporter la rage par des chiens venant de la commune voisine. Il n'est pas téméraire d'ajouter que Lyon a dû procurer souvent cet étrange bienfait à des communes voisines, soit par l'intermédiaire de chiens rabiques partis de la ville, soit par les chiens de la campagne qui sont venus s'y faire mordre. Il est également certain que la campagne s'est acquittée de sa dette de reconnaissance et que souvent ses chiens enragés sont venus propager la maladie dans Lyon. En effet nous avons assez souvent l'occasion de recevoir des chiens, qui, partis d'une commune voisine, sont venus distribuer des morsures dans les rues de Lyon. Ainsi tout dernièrement encore on nous amenait un chien capturé dans le magasin du Grand-Bazar de Lyon, où il s'était réfugié après avoir mordu dans la rue de la République et probablement ailleurs plusieurs de ses congénères. On frémit en pensant aux accidents que ce chien, qui était atteint de la rage furieuse, aurait pu occasionner dans un lieu où se trouve souvent tant de monde. Gardé en observation jusqu'à sa mort à l'Ecole vétérinaire, cet animal présenta les signes de la rage furieuse la mieux caractérisée; et, à l'autopsie, on constata les lésions de la maladie. Il avait un collier indiquant le nom et le domicile de son propriétaire; il était venu de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or. Nous mandâmes son propriétaire qui nous apprit que son animal s'était échappé dans la nuit du jour qui avait précédé sa capture à Lyon. J'ajoute que ce pro-


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priétaire avait commis une faute lourde; il avait reconnu que son chien était malade ; depuis trois ou quatre jours l'animal était devenu inquiet, agité, indocile, il mangeait moins, sa voix était changée et il faisait entendre par moments un hurlement insolite; on avait pris le parti de l'attacher, mais, fatigué de ses hurlements, on lui avait rendu la liberté et il en avait profité pour se rendre à Lyon accomplir la besogne que l'on sait. Ce propriétaire, coupable comme le sont beaucoup d'autres, aurait dû cependant être mis sur ses gardes par la connaissance de ce qui s'était passé quelque temps auparavant dans sa localité, où la rage avait été constatée sur le chien. Nous sommes en possession de faits semblables relatifs à des chiens enragés qui, partis de Lyon, sont allés semer la rage dans les campagnes. Une fois c'est un chien qui est parti sans que son mal ait été encore soupçonné; une autre fois c'est un animal déjà reconnu malade, qui n'a pas été retenu et qui est parti pour mordre et se faire tuer dans la campagne. Ainsi, il n'y a pas encore un mois, on nous a apporté de la campagne un chien qu'on venait de tuer parce qu'il avait mordu d'autres chiens et une personne dans une propriété où il s'était introduit. C'était un petit chien d'appartement; nous avons constaté sur son cadavre les lésions de la rage, et, comme lui aussi avait un collier indiquant le nom et le domicile de son maître, nous avons pu nous procurer des renseignements. Il avait été reconnu malade et avait déjà mordu des personnes en ville au su de son propriétaire, quand il s'est échappé.

Les considérations, qui précèdent, ne justifient-elles pas la mesure que nous préconisons; et ne convient-il pas, en vue de parer aux dangers qui peuvent résulter de l'état de choses actuel, étant donné d'ailleurs qu'il est aisé d'exercer une bonne surveillance aux barrières, de la recommander d'une manière particulière? Nous estimons que toutes les


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villes, et Lyon en particulier, doivent organiser celte surveillance; nous estimons qu'on peut en charger les employés de l'octroi et qu'il convient de leur imposer le devoir, de leur donner le pouvoir et les instructions ainsi que les moyens nécessaires pour saisir ou tuer les chiens sans collier, les chiens errants et les chiens suspects qui se présentent aux barrières pour entrer dans la ville ou pour en sortir.

6° Emprisonnement ou occision dans les rues. — L'empoisonnement dans les rues et les carrefours a été parfois mis en pratique par l'Administration pour se débarrasser des chiens errants. Ce procédé est généralement délaissé aujourd'hui. Mais, sans vouloir le faire revivre d'une manière permanente, il y a lieu de se demander s'il ne conviendrait pas d'y recourrir par moments quand la situation devient critique comme elle l'est aujourd'hui à Lyon. Nous estimons qu'on pourrait y recourir temporairement, après avoir prescrit le musellement ou l'usage de la laisse. Ce serait le moyen le plus sûr et le seul praticable pour se débarrasser des chiens qu'on laisse indûment vagabonder pendant la nuit; ce serait aussi un moyen sûr d'arriver à faire employer des muselières suffisamment isolantes. Il serait facile d'en réglementer l'application de façon à ne faire courir aucun danger aux personnes; on pourrait en confier l'exécution à la police et aux employés de l'octroi ; on pourrait faire déposer les préparations empoisonnées dans des lieux et à des heures déterminés, soit pendant la nuit et sur les passages les plus fréquentés, notamment aux barrières de la ville; on pourrait enfin faire ramasser dès le matin le poison qui n'aurait pas été pris.

Nous estimons d'autre part que, vu le danger et la difficulté qu'il y a à saisir les chiens errants, on autoriserait avec raison les agents de la police, les gardes champêtres et les personnes employées à cette besogne, à tuer sur place les chiens en


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contravention dont on ne pourrait s'emparer sans risquer d'être mordu. Il y a trois jours la personne qui fait le service de la capture des chiens errants pour le compte de la ville a été assez sérieusement mordue à la main; on nous a conduit le chien qui l'avait mordue et qui fort heureusement ne s'est pas trouvé enragé. Ce fait peut se reproduire souvent, et comme une morsure, même non rabique, peut être grave, il y a lieu d'insister pour qu'on avise et pour qu'on fasse ern - ployer les moyens propres à l'éviter. Nous pensons enfin que toute personne devrait être autorisée à tuer tout chien étranger, qui serait trouvé sans muselière et sans collier dans sa maison ou sur son terrain.

7° Publication de tous les cas de rage.— Souvent les propriétaires se montreraient plus vigilants s'ils étaient tenus au courant des cas de rage observés dans leur commune; souvent ils se montreraient plus méfiants, quand leurs chiens auraient été mordus ou seraient soupçonnés de l'avoir été, s'ils étaient informés que l'animal mordeur a été reconnu enragé. Grâce à la publicité donnée pendant ces derniers jours par la presse aux cas de rage observés à Lyon, on a pu constater que le public était mieux disposé et que les propriétaires consentaient plus facilement à laisser abattre les chiens mordus. La publication des cas de rage ne peut avoir que des avantages au point de vue de l'hygiène; elle peut aider beaucoup dans la recherche du propriétaire du chien qui a mordu et dans celle des animaux qui ont élé mordus; elle peut décider les propriétaires d'animaux mordus à les déclarer ou à les faire abattre ou tout au moins à les surveiller. Personne ne saurait sérieusement s'en plaindre; une saine méfiance serait ainsi entretenue dans la population; le propriétaire seul de l'animal enragé serait exposé à subir la sanction qu'il mérite et à réparer le préjudice causé par son


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chien. D'ailleurs il serait à souhaiter que la publication de chaque cas de rage eût lieu par les soins de l'Administration, en employant le mode de publicité en usage dans la localité, en se servant de la presse destinée aux annonces officielles, en faisant placarder des affiches, etc. Ce mode d'agir aboutirait peut-être encore à un autre bon résultat, à faire baisser le chien dans la faveur du public et à rendre plus aisément acceptables les mesures prescrites par l'Administration.

8° Poursuite des délinquants. — Les prescriptions édictées par la législation sanitaire en ce qui concerne la rage sont sanctionnées par des peines pécunaires et corporelles; mais on a beau les violera plaisir, on n'est jamais inquiété, jamais poursuivi, jamais recherché. Or, s'il y a des délinquants excusables, il y en a aussi qui ne sauraient l'être. Il en est notamment ainsi de ceux qui s'obstinent à conserver leurs chiens mordus, malgré toutes les exhortations qui leur ont été faites en vue de les faire sacrifier; il en est ainsi de ceux qui les font traiter et surtout de ceux qui les traitent comme l'empirique de Saint-Pierre-la-Palud; il en est ainsi de ceux qui laissent échapper des chiens qu'ils avaient déjà reconnus malades. Des poursuites justifiées, aboutissant à une condamnation méritée, seraient d'un effet salutaire, surtout si l'on donnait une large publicité au jugement; beaucoup de résistances tomberaient d'elles-mêmes; l'insouciance et l'indifférence feraient place à la vigilance; les mesures seraient mieux acceptées et mieux appliquées.

A défaut de poursuites exercées par le parquet, il reste à la charge des propriétaires de chiens enragés la responsabilité civile pour tous les dommages occasionnés par les morsures faites aux personnes et aux animaux d'autrui. On devra donc engager les personnes qui auront souffert un préjudice quelconque à en demander réparation. Toutes les fois qu'il sera

6e SÉRIE, T. III. — 1890 6


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prouvé, d'après le collier portant le nom du propriétaire, ou tout autrement, que tel chien qui a fait des morsures, appartient à telle personne, il y aura lieu de faire l'application de l'article 1385 du Code civil. Cet article, en décidant que « le propriétaire d'un animal, ou celui qui s'en sert, pendant qu'il est à son usage, est responsable du dommage que l'animal a causé, soit que l'animal fût sous sa garde, soit qu'il fût égaré ou échappé », crée manifestement une présomption de faute contre le propriétaire ou le détenteur, et dispense par cela même la victime de l'accident de prouver l'existence de cette faute. Celui qui a éprouvé le dommage n'a besoin, pour en obtenir réparation, que d'en établir la réalité et l'origine. On a vu plus d'une fois des tribunaux condamner le propriétaire d'un chien enragé à payer la valeur des animaux mordus; et dans son audience du 15 janvier 1886 le tribunal de première instance de Chambéry condamnait à 6000 francs de dommages-intérêts le propriétaire d'un chien enragé, parce que la morsure de son animal avait occasionné la mort d'un enfant de douze ans.

9° Impôt et médaillon. — Tous les chiens sont soumis à l'impôt, mais il y en a beaucoup qui ne le paient pas. D'ailleurs il serait à souhaiter, en vue d'en diminuer leur nombre, que l'impôt fût beaucoup plus élevé pour tous les chiens de luxe et d'une manière générale pour tous ceux qui ne servent à rien. En attendant une élévation de taxe que beaucoup de bons esprits réclament, il faudrait au moins veiller à ce que tous les propriétaires de chiens exécutent leurs obligations actuelles; il faudrait faire rechercher tous les chiens non déclarés et faire abattre tous les chiens inutiles qui ne paient pas la taxe. Pour arriver plus sûrement et plus facilement à ce résultat, il ne serait pas mauvais d'obliger tous les propriétaires à faire inscrire chaque année leurs chiens et de leur


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faire attacher au collier de l'animal un médaillon renouvelable annuellement, qui indiquerait le millésime de l'année ainsi que l'acquittement de la taxe, comme cela se pratique dans certaines parties de l'Allemagne. En outre chaque médaillon porterait un numéro d'ordre, qui, à défaut du nom du propriétaire, permettrait de le découvrir, grâce à sa concordance avec celui qui aurait été inscrit sur le registre de la mairie au moment de l'acquittement de la taxe. La capture et l'abatage des chiens sans médaillon constitueraient la sanction de cette prescription.

10° Publication d'instructions. — Personne n'est censé ignorer la loi; mais le législateur a trop bien auguré de la science du justiciable; et en fait presque tout le monde ignore en pareille matière ce qu'il est censé savoir. Beaucoup de propriétaires pèchent donc par ignorance, soit parce qu'ils ne sont pas édifiés sur la nature des obligations que la loi leur impose, soit parce qu'ils sont trop peu au courant de la véritable expression symptomatique de la rage. Il appartient à l'Administration de les éclairer par la publication d'instructions. Nous croyons de la plus grande utilité la publication de l'article 10 de la loi du 21 juillet 1881, des articles 51, 52, 53,54 du décret du 22 juin 1882 et de l'article 1385 du Code civil, accompagnée d'instructions simples, courtes et précises sur la manière de reconnaître ou de soupçonner la rage et sur la manière de se conduire en présence d'un animal enragé ou d'un chien suspect. Cette publication à laquelle on pourrait joindre quelques indications sur les soins immédiats à donner aux personnes mordues, pourrait être faite par voie d'affiches apposées aux portes des mairies, sur les murs des salles d'école, etc.

Au moment de clore ce travail nous recevons le bulletin


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sanitaire du mois de mars publié par le Ministère de l'agriculture, et nous constatons que la proportion des cas de rage est en croissance très accusée. Déjà le mois de février avait été sensiblement plus riche que les mois précédents, il était inscrit avec 108 cas de rage canine ou féline; et mars en compte 141 cas, dont 25 cas dans le Rhône, soit 19 cas constatés à l'Ecole vétérinaire et 6 au dehors. Le département du Rhône est toujours le plus favorisé; il a eu 25 cas quand la Seine en avait 16. Que sera-ce à la fin du mois d'avril? A la date de ce jour, 28 avril, nous avons déjà reçu, à l'Ecole vétérinaire de Lyon, 26 chiens ou chats manifestement rabiques, et nous n'avons certainement pas reçu tous les animaux de ces espèces qui sont devenus enragés; nous avons eu connaissance de 15 cas de morsures faites à des personnes par des animaux enragés, et certainement il en est qui ne sont pas venus à notre connaissance.

Lyon, le 28 avril 1890.


INSTRUCTIONS

I. — Indication des principaux caractères

qui permettent de soupçonner ou de reconnaître la rage du chien

à ses diverses périodes.

La rage du chien ne s'annonce pas d'emblée par des accès de fureur; elle peut exister depuis plusieurs jours, quand l'envie de mordre se manifeste; et d'ailleurs la fureur peut faire complètement défaut dans un certain nombre de cas. Cependant l'animal peut transmettre la maladie par ses lèchements avant de la communiquer par ses morsures.

1° Signes de la première période. — C'est par un changement d'humeur et d'habitudes que s'annonce la rage à son début. Le chien devient triste et sombre ou se montre préoccupé, inquiet et agité.

Dans le premier cas, il recherche la solitude et a de la tendance à se retirer dans les recoins les plus obscurs. Dans le second cas, il semble ne se trouver bien nulle part; on le voit aller et venir, se coucher pour se relever presque aussitôt, rôder, flairer et chercher çà et là, gratter avec ses pattes de devant, prendre des attitudes anormales, se livrer à des mouvements inaccoutumés, s'élancer parfois, hurler et mordre dans l'air, comme s'il avait devant lui un ennemi réel.


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Parfois ce début de la maladie s'accompagne d'une certaine rascibilité, qui fait que le chien grogne, dès qu'on le dérange, et devient moins docile, moins attentif, moins obéissant.

Souvent le caractère de l'animal n'a encore éprouvé aucun changement appréciable; et quelquefois même le sentiment affectueux s'exagère, ainsi qu'en témoigne la propension plus accusée du chien à lécher les mains et la figure des personnes qu'il connaît.

Dès qu'un chien vient à offrir un pareil changement, survenu sans cause connue, et à plus forte raison si l'on a quelque motif de penser qu'il a pu être mordu antérieurement, il faut de suite le tenir enfermé et attaché, l'isoler et le surveiller attentivement.

On croit trop communément dans le public que le chien bave abondamment, qu'il cesse de manger et de boire et qu'il a horreur de l'eau dès qu'il devient enragé. C'est là un préjugé qui peut entraîner de graves mécomptes, en empêchant de reconnaître la rage sur des animaux qui ne présentent pas encore ces signes et qui peuvent cependant transmettre la maladie.

Au début de la rage, on n'observe ni une abondance insolite de bave, ni la perle de l'appétit, ni l'horreur de l'eau.

Le chien qui devient' enragé continue de manger et de boire pendant la première période de sa maladie; parfois même il est plus glouton, mange avec plus de voracité et boit plus avidement.

2° Signes de la seconde période. — Après la première phase de la rage, l'appétit qui était d'abord conservé, se modifie, devient capricieux, diminue, disparaît ou se déprave.

On voit alors le malade refuser plus ou moins complètement sa nourriture, pour lécher, mordre et déglutir toutes sortes de corps étrangers à son alimentation, tels que la terre,


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le gravier, la paille, le bois, le linge, les tapis, les étoffes, les poils, la laine, les excréments, etc. Celte dépravation de l'appétit constitue un signe important de la rage arrivée déjà à une phase avancée; toutefois on ne l'observe pas dans tous les cas, et la maladie peut exister sans qu'elle se produise.

La dépravation du goût est parfois accompagnée de vomissements, et d'une surabondance de bave, qui s'écoule filante de la gueule de l'animal. Les matières vomies peuvent être mélangées de sang ou d'un liquide noirâtre semblable à une décoction concentrée de café.

Le chien enragé éprouve très souvent au niveau de la gorge une sensation douloureuse, qu'il exprime en faisant avec ses pattes de devant, de chaque côté des joues, les gestes de l'animal qui voudrait enlever un os arrêté dans son gosier. Ce signe est très important; et, bien qu'il puisse se montrer en dehors de la rage, il y a lieu de considérer comme fortement suspect, le chien qui le présente.

La voix du chien enragé ne tarde pas à se modifier. Son aboiement devient rauque et voilé; de plus l'animal pousse de temps en temps, même sans y être provoqué, un hurlement particulier, sorte de cri de détresse, imitant un peu le cri du chien courant enroué par la fatigue. C'est encore là un signe de la plus haute importance, auquel on ne saurait prêter trop d'attention. Toutefois de nombreux chiens enragés restent absolument muets.

Mais les animaux qui ont la rage muette offrent des signes particuliers. Ils ne deviennent pas irritables, ils ne sont pas agiles, ils demeurent immobiles et presque indifférents; ils ont la gueule entr'ouverte, laissant voir la muqueuse de la bouche, qui est brunâtre ou violacée; ils n'ont pas de tendance à mordre; cependant leur bave est virulente, et, on peut s'inoculer la rage, si on introduit la main dans leur bouche pour l'explorer.


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A un moment donné la sensibilité du chien enragé diminue, et on peut alors le voir endurer, sans se plaindre, les coups et les blessures. Parfois il se mord lui-même avec persistance sur telle ou telle région de son corps.

La plupart des chiens enragés, ceux notamment qui doivent devenir furieux et mordeurs, sont vivement impressionnés par la vue d'un animal et surtout par la présence d'un autre chien. Ils entrent soudainement en fureur, se précipitent vers lui pour l'attaquer et le mordre sans le prévenir par leur aboiement.

Le chien enragé, qui devient furieux ou qui va le devenir, cherche généralement à s'échapper du logis; il s'enfuit s'il le peut, pour aller errer à l'aventure et mordre les animaux et les personnes qui se trouveront sur son passage. Puis, après un ou deux jours d'absence, il revient parfois chez ses maîtres, fatigué, amaigri, blessé, mais prêt à mordre encore.

Lorsque la rage arrive à sa période furieuse, la physionomie du chien revêt une expression de férocité inusitée. C'est alors qu'on constate chez lui des tendances agressives et des envies de mordre. C'est alors qu'il mord les objets qu'on lui présente, qu'il attaque les animaux et les personnes.

La fureur rabique, la tendance agressive, l'envie de mordre se manifestent par accès; et pendant les intermittences, le malade peut paraître dans un état de calme trompeur. D'ailleurs le chien enragé, dont la maladie est arrivée à ce degré avancé, peut encore reconnaître son maître, le respecter et même le caresser, sauf à le mordre parfois dans un accès.

Les chiens enragés devenus furieux attaquent les animaux et les personnes, mais ils mordent de préférence les animaux, principalement ceux de leur espèce.

Enfin le chien enragé, qu'il ait eu la rage muette, ou qu'il soit devenu furieux et mordeur, s'affaiblit bientôt et finalement tombe paralysé, quand il ne meurt pas dans un accès


ET DANS LE DÉPARTEMENT DU RHÔNE 89

En résumé il convient de suspecter, de surveiller, d'isoler et de tenir enfermé ou d'abattre tout chien sur lequel on observe un ou plusieurs des signes précités. Le changement d'habitudes, d'humeur et de caractère, les attitudes et les mouvements insolites annoncent l'éclosion de la maladie. La modification de l'appétit, la dépravation du goût, les vomissements, la surabondance de la bave, la sensation douloureuse du gosier, le changement de la voix, l'écartement de la mâchoire inférieure, la perte de la sensibilité, l'impressionnabilité à la vue d'un chien, la tendance à s'échapper et la fureur sont des signes de la maladie déjà avancée.

II. — Moyens préservatifs applicables aux personnes mordues.

Toute morsure faite par un animal enragé ou soupçonné d'avoir la rage devra être traitée le plus-tôt possible par un médecin. Mais, toute affaire cessante, la personne mordue devra mettre immédiatement en pratique tous les moyens à sa disposition, qui seront propres à entraîner le virus hors de la plaie ou à le détruire sur place.

En attendant la cautérisation, dont on hâtera autant que possible l'application, il conviendra de faire saigner la plaie, de la comprimer et de la laver. Le lavage, avec le premier liquide qu'on aura sous la main, de préférence avec l'essence de térébenthine, pratiqué soigneusement aussitôt après la morsure, peut entraîner la majeure partie du virus inoculé, surtout si l'on a la précaution de placer une ligature au-dessus de la région mordue, de comprimer la plaie et d'enlever avec un linge ou un mouchoir le sang exprimé.

Ces manoeuvres ne doivent ni faire délaisser ni même faire retarder la cautérisation, qu'on s'empressera d'aller demander


90 LA RAGE A LYON

au médecin ou au pharmacien, ou qu'on pratiquera soimême, quand on sera assuré de la réaliser plus promptement.

La cautérisation doit en effet être opérée le plus promptement possible. Elle doit être faite avec l'agent le plus sûr qu'un a à sa disposition, de préférence avec un morceau de fer quelconque rougi au feu, ou, à défaut, avec la teinture d'iode, avec un acide fort tel que l'acide sulfurique, l'acide azotique,l'acide chlorhydrique, avec un caustique quelconque, voire même avec le vinaigre fort ou l'alcali, si l'on n'a pas mieux sous la main. Elle doit être répétée à plusieurs reprises, quand l'agent employé est de faible activité; elle doit s'étendre à toutes les parties de la plaie, à toutes les morsures, à toutes les éraillures.

Dans tous les cas le médecin sera consulté sans retard : pour pratiquer la cautérisation, quand elle ne l'aura pas été; pour apprécier si elle est suffisante dans le cas contraire; et pour décider s'il y a lieu de suivre un autre traitement.

III. — Moyens propres à prévenir la propagation de la rage.

C'est par les morsures des chiens enragés que la maladie se propage. Les moyens propres à prévenir sa propagation sont donc ceux qui sont de nature à empêcher ces morsures. Il suffit de quelques mesures convenablement appliquées pour atteindre ce résultat auquel tout le monde est intéressé.

Tous les cas de rage doivent être déclarés à l'autorité municipale, afin qu'elle puisse faire appliquer les mesures que la situation comporte.

Tout animal soupçonné d'être atteint de la rage doit être maintenu enfermé, isolé et séquestré, afin qu'il n'ait plus la possibilité de nuire.


ET DANS LE DEPARTEMENT DU RHÔNE 91

Tout animal reconnu enragé doit être abattu le plus promptement possible.

Doivent également être abattus de suite tous les chiens et tous les chats qui ont été mordus, flairés ou roulés par des chiens enragés ou soupçonnés d'être atteints de la rage. Celle mesure est absolument indispensable pour arrêter la propagation de la maladie; aucune exception ne saurait être admise, la loi étant impérative sur ce point.

Les personnes, qui ont eu à souffrir un préjudice quelconque par suite de morsures de chiens enragés, doivent être incitées à en demander réparation aux propriétaires des animaux. En conséquence l'obligation de faire porter à tout chien un collier indiquant le nom et le domicile de son maître doit être ponctuellement exécutée.

L'usage de la laisse et de la muselière doit être répandu. Les chiens qui vont sur la voie publique, surtout ceux qui y vont sans que leur présence soit rendue indispensable par un service quelconque, doivent être muselés solidement ou tenus en laisse, alors même qu'ils accompagnent leur maître.

Il est à souhaiter enfin que tous les chiens errants, tous les chiens qui sont sans collier et tous ceux qui, bien que munis de collier, n'accompagnent ou ne sont accompagnés de personne, soient capturés ou tués s'il y a du danger à s'en emparer vivants.



CONTRIBUTIONS A LA FAUNE MALACOLOGIQUE FRANÇAISE

XVI

LES

COQUILLES MARINES VIVANTES

DE LA FAUNE FRANÇAISE

DÉCRITES

PAR G. MICHAUD

ÉTUDES CRITIQUES

APRÈS LES TYPES DE SES COLLECTIONS

PAR

ARNOULD LOCARD

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon, dans sa séance du 18 juillet 1890.

On doit à Gaspard Michaud la description d'un certain nombre de coquilles marines vivantes de la faune française. Ayant été à même de pouvoir étudier la plus grande partie des types originaux de cet auteur, types malheureusement épars dans les diverses collections qu'il a formées, et portant tous des étiquettes écrites de la main du maître, nous avons pensé qu'il y aurait quelque intérêt à faire connaître aux naturalistes ce qu'il en est exactement de ces anciennes formes souvent mal connues, avec les données actuelles de la science.

Ces descriptions se trouvent dans trois mémoires différents, dont les deux premiers sont aujourd'hui assez difficiles à se


94 FAUNE FRANÇAISE

procurer. Le premier, publié en 1828, dans le tome II du Bulletin d'histoire naturelle de la Société Linnéenne de Bordeaux, a pour titre : Description de plusieurs espèces de coquilles vivantes de la Méditerranée, p. 119 à 122; il est accompagné d'une planche renfermant neuf figures. Il n'existe pas de tirages à part de ce mémoire. Nous y trouvons décrites les quatre espèces suivantes :

Sigaretus Kindelaninus. Pleurotoma Leufroyi.

Rostellaria Serresiana. Turbo minutus.

Toutes ces formes vivent dans la Méditerranée.

Le second mémoire publié dans le tome III de la même collection, édité en 1829, a pour titre : Description de plusieurs espèces nouvelles de coquilles vivantes, p. 260 à 276; il est suivi d'une planche renfermant vingt-quatre figures. Il n'existe pas non plus de tirage à part de ce travail. Il donne les descriptions des quatorze espèces suivantes :

Scalaria tenuicosta. Trochus rarilineatus.

Pleurotoma Philberti. Helix Fontenillii.

— Villiersii. Physa contorta.

— Comarmondi. Pupa cylindrica. Cerithium Lafondii. Phasianella tenuis. Crepidula Moulinsii. Tornatella lactea. Monodonta Bellioei. Emarginula pileolus.

Dans cette liste, les Helix Fontenillii, Physa contorta et Papa cylindrica font partie de la faune terrestre ou des eaux douces du midi de la France; le Cerithium Lafondii provient des Indes; le Tornatella lactea a été recueilli en Corse; toutes les autres espèces appartiennent à la faune marine des côtes de France.

Enfin, le troisième mémoire a pour titre : Description de plusieurs nouvelles espèces de coquilles du genre Rissoa (Fré-


FAUNE FRANÇAISE 95

minville). La deuxième édition, de beaucoup la plus connue, a été publiée sous forme de brochure in-8, de vingt-quatre pages accompagnée d'une planche renfermant trente-deux figures. Ce mémoire imprimé à Strasbourg ne porte pas de date; la planche a été tirée à Lyon. Nous savons que la date exacte de sa publication remonte à l'année 1832. Les espèces décrites sont les suivantes :

Rissoa tridentata. Rissoa fulva.

— Gougeti. — crenulata.

— lactea. — trochlea.

— grossa. — Chesnelii.

— lineolata. — exigua.

— fragilis. — minutissima.

— marginata. — pygmoea.

— cingilus. — scalaris.

De ces seize espèces, douze seulement se trouvent sur les côtes de France; les Rissoa tridentata, Gougeti et Chesnelii sont exotiques ; le Rissoa scalaris est signalé sans indication précise de localité.

Michaud avait créé plusieurs collections dont il s'est défait successivement à la fin de sa longue et laborieuse carrière. Les plus importantes sont conservées dans les musées de Lyon et de Mâcon ; son fils, M. Elysée Michaud, en possède également une d'une certaine importance. Enfin, nous avons acquis, après sa mort, la dernière qu'il ait formée. C'est en puisant dans ces différentes collections que nous sommes arrivé à réunir les documents nécessaires pour écrire cette note.

Nous passerons successivement en revue chacun des types de Michaud en suivant leur ordre de publication.


96 FAUNE FRANÇAISE

SIGARETUS KINDELANINUS

1828. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, II, p. 119, pl., fig. 1 et 2.

Sous le nom d'Helix perspicua, Linné a décrit (1) une forme que Hanley (2) nous apprend être identique au Coriocella perspicua, figuré par Philippi (3). Linné n'avait, du reste, donné aucune référence iconographique à son espèce qu'il plaçait dans la Méditerranée, lors de sa douzième édition (4). A la même époque, Müller (5) identifiait cette coquille avec l'Helix haliotidea de Linné (6) et, en 1803, Montagu (7) la décrivait et la figurait sous le nom de Bulla haliotidea. En 1811 le même auteur (8) créait le genre Lamellaria pour deux espèces, les Lamellaria membranacea et L. tentaculata. Or, comme l'a démontré Jeffreys (9), le Lamellaria tentaculata n'est autre chose que le mâle d'un mollusque dont le Bulla haliotidea du même auteur, c'est-à-dire l'Hélix perspicua de Linné, est la femelle.

Cette coquille du mâle est fort voisine de celle de la femelle. « La coquille du Bulla tentaculata, dit Montagu, est si semblable à celle du Bulla haliotidea, que nous avons jugé inutile d'en donner la figure, car elle ne pouvait présenter une différence, et la coquille dont elle est si voisine a été figurée dans le Testacea Britannica. » Pour Jeffreys, cette enveloppe du mâle, est beaucoup plus menue et plus aplatie ; sa spire est

(1) Linné, 1758. Systema naturae, édit. X, p. 778, n° 620.

(2) Hanley, 1855. Ipsa Linnaei conchylia, p. 390.

(3) Philippi, 1836. Enumeratio molluscorum Siciliae, I, pl. X, fig. 8.

(4) Linné, 1767. Systema naturae, édit. XII, p. 1280.

(5) Müller, 1776. Zoologia Daniae, Prodromus, p. 240.

(6) Linné, 1758. Systema natures, édit. X, p. 775, n° 621.

(7) Montagu, 1803. Testacea Britannica, p. 211, pl. VII, fig. 6.

(8) Montagu, 1811. In Trans. Linn. Soc. London, XI, p. 183. — 1843. Édit. Chenu, p. 357, pl. XLIII, fig. 2, 3.

(9) Jeffreys, 1867. Bristish conchology, IV, p. 234.


FAUNE FRANÇAISE 97

un peu moins oblique et l'ouverture de la coquille proportionnellement plus large.

C'est sur ces données bien établies que les auteurs se sont basés pour identifier le Sigaretus Kindelaninus de Michaud avec le Lamellaria perspicua de Linné. Ce sont pourtant deux formes absolument différentes; malheureusement, ni la description, ni la figuration de l'auteur ne sont faites de façon à en bien faire ressortir les caractères.

Le Sigaretus Kindelaninus diffère du Lamellaria perspicua mâle ou femelle, d'abord par sa taille toujours beaucoup plus grande; il mesure de 15 à 18 millimètres de longueur, dit Michaud; un échantillon du Muséum de Lyon, étiqueté par Michaud, a même 21 millimètres, tandis que les plus beaux Lamellaria perspicua dépassent difficilement 15 millimètres. Son galbe est en outre totalement différent; le L. perspicua à une coquille d'un galbe plus ou moins globuleux, qui ne s'aplatit que chez le mâle, mais qui est alors de taille encore plus petite ; la coquille de S. Kindelaninus est, au contraire, plus grande et beaucoup plus déprimée; sa spire est moins haute; ses tours moins renflés, moins arrondis; le dernier tour est beaucoup plus ample, beaucoup plus développé et, en même temps, bien moins déclive à son extrémité; l'ouverture bien plus grande et moins longue est elliptiquement allongée, non pas dans un sens oblique se rapprochant plus ou moins de la verticale, mais au contraire dans un sens nettement transversal, et qui modifie complètement le galbe de la coquille.

Cette espèce, comme l'a fait observer Michaud, vit dans la Méditerranée, notamment sur la côte d'Agde, dans l'Hérault; elle paraît fort rare. Nous l'inscrirons donc désormais, dans nos catalogues, sous le nom de Lamellaria Kindelanina, qu'il convient de lui donner.

6e SERIE, T. III. — 1890 7


98 FAUNE FRANÇAISE

ROSTELLARIA SERRESIANA

1828. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, II, p. 120, pl., fig. 3 et 4.

Cette espèce, si particulièrement caractérisée, est bien décrite et bien figurée par Michaud. Il ne la signale qu'à Barcelone en Espagne, mais on la trouve, quoique assez rarement, sur toutes les côtes françaises de la Méditerranée, depuis l'Espagne jusqu'en Italie, et à des profondeurs assez variables. Jeffreys (1) l'indique même dans l'Océan; mais, comme nous l'écrit M. le marquis de Monterosato, il est probable qu'il s'agit ici d'une autre forme. Plusieurs auteurs ont donné, après Michaud, de bonnes figurations de son espèce (2).

Quoi qu'en disent MM. Bucquoy, Daulzenberg et Dollfus (3), le Rostellaria Serresiana, ou mieux l'Aporrhais Serresianus, le nom générique d'Aristote ayant la priorité, présente un certain nombre de variations qui méritent d'être signalées ; outre le type dont la hauteur mesure de 40 a 42 millimètres, comme l'écrit Michaud, et non 44 millimètres comme le disaient ces auteurs, nous indiquerons une var minor bien constante, dont la hauteur n'atteint pas même 35 millimètres quoiqu'elle soit parfaitement adulte. En outre, si dans le type, tel qu'il est figuré par Michaud, les digitations sont toujours bien déliées, nous observerons une autre variété dans laquelle les deux digitations les plus inférieures du bord externe, autrement dit les deux digitations qui suivent en remontant la digitation basale, sont notablement plus courtes et plus empâtées à leur base ; nous qualifierons cette variété du nom de

(1) Jeffreys, 1885. In Proceed. zool. Soc, p. 50.

(2) Philippi, 1844. Enum. molluscorum Sicilae, II, p. 185, pl. XXVII, fig. 6. — Kiener, 1845. Coquilles vivantes, genre Rostellaria, p. 13, pl. IV, fig. 1 (Rostellaria pespelecani, var.), — Hidalgo, 1870. Molluscos marinos Espana, pl. II, fig. 2 et 3. — Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1884. Mollusques du Roussillon, I, p. 220, pl. XXIII, fig. 9 et 10.

(3) Bucquoy, Daulzenberg et Dollfus, 1884. Moll. Rouss., I, p. 223.


FAUNE FRANÇAISE 99

var. crassa. Enfin il existe également une var. ventricosa dans laquelle le dernier tour est plus gros et plus renflé.

Dans notre Prodrome (1) nous avons signalé une forme toute particulière munie de six digitations et que nous considérions alors comme une variété ou une anomalie de l'Aporrhais Serresianus; mais aujourd'hui nous sommes certain qu'il s'agit là d'une forme absolument normale ; ces six digitations sont complètement distinctes, toutes bien régulières, bien proportionnées, régulièrement réparties, normalement canaliculées. D'autre part, le galbe de notre coquille est toujours plus gros et plus trapu que celui de l'Aporrhais Serresianus; en outre, son mode d'ornementation est absolument distinct, puisque sur le dernier tour nous comptons cinq cordons réguliers, tuberculeux, au lieu de trois. Dans ces conditions nous nous croyons en droit d'ériger cette forme en espèce, et nous lui donnerons le nom l'Aporrhais Michaudi, en souvenir de notre vieil ami.

PLEUROTOMA LEUFROYI

1828. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, II, p. 121, pl. fig. 8 et 6.

Le Pleurotoma, ou mieux Clathurella Leufroyi, est une des bonnes espèces créées par Michaud. Sa description est très suffisante pour bien faire comprendre l'espèce, et si sa figuration laisse un peu à désirer, d'autres plus récentes y suppléent parfaitement (2). C'est cette forme que M. le marquis

(1) Locard, 1886. Prodrome, p. 568.

(2) Kiener, 1840. Coquilles vivantes, genre Pleurot., p. 70, pl. XXIV, fig. 3 (Pleurotoma). — Reeve, 1843. Conchologia iconica, Pleurot., pl. XVI, fig. 131 (Pleurotoma). — Forbes et Hanley, 1852. History British mollusca, III, p. 468, pl. CXII, fig. 6, 7.; pl. RR, fig. 1 (Mangelia). — Sowerby, 1859. Illustrated index. pl. XIX, fig. 11 (Defrancia). — Jeffreys, 1867-1869. British conchology, IV, p. 366, pl. LXXXIX, fig. 1 (Defrancia). — Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1883. Mollusques du Roussillon, I, p. 95, pl. XIV, fig. 3 et 4 (Clathurella).


100 FAUNE FRANÇAISE

de Monterosato (1) a prise pour type de son genre Leufroyia. Le même auteur identifie à cette espèce les Pleurotoma zonalis de delle Chiaje (2) et PL inflata de Philippi (3), ainsi que le Murex caudicola de Chiereghini (4).

Michaud indique cette espèce comme très rare et vivant dans la Méditerranée, sur la côte d'Agde, dans l'Hérault. Son type mesure 10 millimètres de hauteur et 9 de diamètre. En réalité cette espèce est certainement moins rare que ne se le figurait Michaud ; nous la connaissons sur tout le littoral méditerranéen; sa taille varie de 15 à 24 millimètres, mais son galbe paraît très régulier, très constant.

On a signalé cette même espèce sur les côtes de l'Océan, jusqu'en Ecosse; mais, croyons-nous, cette forme océanique est un peu différente de celle de la Méditerranée qui est plus typique. Forbes et Hanley, Sowerby et mieux encore Jeffreys, ont donné des figurations de cette coquille qui nous semble plus courte et plus râblée, avec la spire moins haute, la suture moins oblique, le dernier tour plus écourté; nous n'avons pas observé cette forme océanique dans la Méditerranée.

TURBO MINUTUS

1828. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, II, p. 122, pl., fig. 7 et 9.

Michaud a décrit sous le nom générique de Turbo une petite coquille dont la hauteur n'est que de 4 à 5 millimètres, et qui aujourd'hui est classée dans le genre Fossarus (5), rentrant dans la famille des Littorinidoe; mais les naturalistes

(1) Monterosato, 1884. Nomenclatura generica conch. Mediterranee, p. 134.

(2) Delle Chiaje, 1829. Mem., pl. LXXXIV, fig. 1.

(3) Philippi, 1836. Enumeratio Molluscorum Siciliae, I, p. 197, pl. XI, fig. 24 (non Cristofori et Jan).

(4) Chiereghini, in Brusina, 1870. Ipsa Chiereghini conch., p. 158.

(5) Philippi, 1841. In Arch. für Naturgesch., I, p. 42.


FAUNE FRANÇAISE 101

ne sont point d'accord sur la valeur de cette coquille en tant que forme spécifique.

Il s'agit de savoir si les trois types du Nerita costata de Brocchi (1), du Turbo minutus de Michaud,. et du Fossarus clathratus de Philippi (2) constituent des espèces différentes ou doivent être rapprochées les unes des autres. En 1864, Récluz (3) réunissait le Turbo minutus au Nerita costata. « L'animal du Fossarus minutus (Turbo minutus de Michaud), écrivait-il, ne diffère de celui du F. costatus que par sa couleur blanc de lait; comme lui, son manteau est crénelé ; point de voiles entre ses tentacules et un mufle très court. » Ne connaissant pas encore l'espèce de Philippi, Récluz l'admettait comme espèce à part. Toutefois, on remarque qu'il décrit avec deux diagnoses différentes les coquilles du Fossarus costatus et celles du F. minutus.

A la même époque M., le Dr Fischer, dans son catalogue des Fossarus, séparait les deux espèces de Michaud et de Philippi (4). Depuis lors, la plupart des naturalistes qui ont eu à s'occuper de la faune méditerranéenne ont séparé les deux espèces de Brocchi et de Philippi; ainsi ont procédé MM. Brusina (5), Petit de la Saussaye (6), Aradas et Benoît (7), etc. Weinkauff, au contraire, rapproche les formes de Brocchi et de Philippi pour laisser à part le type de Michaud.

Enfin M. de Monterosato (8) admettant un grand polymorphisme dans le type de Brocchi réunit en une seule espèce les trois types de Brocchi, de Michaud et de Philippi. « Va(1)

Va(1) 1814. Conchiglie fossile subapen., II, p. 300, pl. I, fig. 11.

(2) Philippi, 1844. Enumeratio Molluscorum Siciliae, II, p. 148, pl. XXV, fig. 5.

(3) Récluz, 1864. Observations sur le genre Fossar (Fossarus), in Journ. conch., XII, P. 247.

(4) Fischer, 1864. Note sur le genre Fossarus, suivie du catalogue des espèces, in Journ. conch., XII, p. 256.

(5) Brusina, 1866. Contribuzione pella fauna dei molluschi Dalmati, p. 73.

(6) Petit de la Saussaye, 1869. Catalogue des mollusques testacès des mers d'Europe, p. 121. — Cet auteur réunit le type de Michaud et celui de Philippi.

(7) Aradas et Benoit, 1870. Conchiglia vivente marina della Sicilia, p. 181.

(8) Mouti rusalo, 1884. Nomenclatura generica e specifica conchiglie Mediter., p. 82.


102 FAUNE FRANÇAISE

riabile sul rapporto della dimensione, della scultura e della maggiore o minore depressione della spira. I due nomi dati da Michaud e da Philippi reppresentano la forma piu piccola o giovine, a spira prominente e con una scultura clatrata; nello adulto prevalgono gli elementi spirali. »

Nous n'avons malheureusement pas encore pu nous procurer assez d'échantillons pour suivre et contrôler ces passages. Mais ce que nous pouvons dire, c'est que la forme vivante française, même adulte, c'est-à-dire avec son péristome bien formé, même épaissi, surtout du côté du bord columellaire, présente toujours un galbe plus étroitement allongé, à spire plus élevée, à ouverture moins arrondie, à ornementation plus simple que les échantillons italiens conformes à la figuration de Brocchi. C'est le type de Michaud qui paraît dominer sur nos côtes méditerranéennes.

SGALARIA TENUIGOSTA

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, p. 260, pl., fig. 1.

L'espèce que Michaud a très bien décrite mais assez mal figurée sous le nom de Scalaria tenuicosta, en 1829, avait déjà été décrite et figurée en 1819, par Turton, sous le nom de Turbo Turtonis (I). Il n'y a à cet égard pas le moindre doute, car cette forme se trouve aussi bien dans la Méditerranée, ou Michaud a pris son type, que dans l'Océan, où Turton a recueilli le sien. Il est évident que Michaud, alors modeste officier d'infanterie, souvent exposé aux changements de garnison, n'avait pas, comme il nous l'a maintes fois avoué, une bien grande bibliothèque à sa disposition. Quoiqu'en relation avec Risso, il n'avait pas eu, en 1829, connaissance

(1) Turton, 1819, Conchological dictionary, p. 209, pl. XXVII, fig. 97.


FAUNE FRANÇAISE 103

du Scalaria Turtonia, que cet auteur cite dans son ouvrage de 1826(1).

Dans ces conditions, en vertu des lois de priorité, le nom spécifique de Turtonis devrait seul subsister. Pourtant certains critiques, se basant uniquement sur des considérations absolument arbitraires et singulièrement rigoristes, surtout lorsqu'il s'agit d'autrui, ont prétendu qu'il fallait rayer à jamais ce nom des catalogues, sous prétexte qu'il était absolument incorrect. Dès lors, le nom donné par Michaud étant le second en date, et répondant à leur manière de voir, devrait être substitué à celui donné par le véritable créateur de l'espèce. Telle n'est point notre manière de voir.

Turton, en instituant le Turbo Turtonis, n'a nullement voulu se dédier cette espèce, comme on pourrait le croire au premier abord! Par une délicate attention, c'est à sa fille qu'il consacrait ce souvenir. Dans ce cas, ce n'est point Turbo Turtonis qu'il eût dû écrire, mais bien Turbo Turtonoe, pour être absolument correct. Et là-dessus M. Crosse de s'écrier : « Turton a trouvé moyen d'accumuler dans un seul mot trois fautes graves contre la nomenclature : 1° En donnant son nom à une espèce décrite par lui, ce qui est interdit; 2° en ne féminisant pas la désinence d'un nom d'espèce dédiée à une femme ; 3° en déclinant son nom Turton, Turtonis, alors qu'il faudrait dire Turtomis, Turtoni. C'est donc un nom spécifique à rayer des catalogues. » (2) !

Sans être aussi radical, il eût été infiniment plus simple et plus courtois de rectifier cette petite erreur grammaticale et d'écrire, comme l'avait déjà fait le savant Jeffreys (3), Scalaria Turtonoe. S'il fallait ainsi biffer des catalogues tous les noms qui ne sont pas absolument corrects, au lieu de se borner à les redresser lorsque l'occasion s'en présente, où en

(1) Risso, 1826. Histoire naturelle de l'Europe méridionale, IV, p. 112.

(2) Crosse, 1877. In Journal de conchyliologie, XXV, p, 37,


104 FAUNE FRANÇAISE

serions-nous? Qu'adviendrait-il des Cassis saburon, Mitra ebenus, Buccinum granum, Buccinum lapillus, Buccinum galea; Cancellaria cancellata, Murex trunculus, Venerupis irus, etc., forgés par Linné ou par Lamarck, et qui sont, au point de vue grammatical, tout aussi incorrects que le Turbo Turtonis? Nous ne suivrons pas plus loin ces puritains subtils, et malgré tout notre désir de faire triompher Michaud, nous continuerons à inscrire dans nos catalogues le Scalaria Turtonoe avec le Sc. tenuicosta, en synonymie.

Dans son tableau des Scalaires, H. Nyst (1) maintient à leur place alphabétique les deux espèces de Michaud et de' Turton sous les noms : n° 311, Scalaria tenuicosta, et n° 336, Sc. Turtonse. Il estime que le Sc. tenuicosta se distingue par l'absence de stries transverses. Nous avons examiné des Scalaires de toutes provenances, de la Méditerranée comme dé l'Océan, de la France comme de l'Angleterre, et, à part quelques différences dans le galbe ou dans la largeur et l'aplatissement des côtes, différences qui ne constituent que de si mples variétés, nous avons toujours retrouvé le même mode d'ornementation. Lorsque le test est frais et bien conservé, on distingue facilement à la loupe de fines stries décurrentes qui recouvrent le test entre chaque ligne de lamelles longitudinales ; ces stries tendent à disparaître avec la moindre usure des coquilles.

PLEUROTOMA PHILBERTI

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 261, pl., fig. 2 et 3.

De même que Michaud n'a pas eu connaissance du Scalaria Turtonia de Risso, de même aussi il ne parait pas avoir

(1) H. Nyst, 1871. Tableau synoptique et synonymique des espèces vivantes et fossiles du genre Scalaria, in Ann. Soc. malac. Belgique, VI, p. 138 et 142.


FAUNE FRANÇAISE 105

connu non plus le Pleurotoma bicolor (1) du même auteur. Sous le nom de Pleurotoma Philberti, Michaud a confondu deux formes différentes qu'il importe de distinguer. Son type, très sommairement décrit et assez mal figuré (2), correspond à une forme courte, trapue, à spire relativement obtuse, à tours gros, bien arrondis et très élargis ; c'est le Pleurotoma bicolor, décrit dès 1826 par Risso. C'est une forme absolument méditerranéenne et que l'on confond bien à tort avec le Pleurotoma ou mieux Clathurella purpurea de Montagu (3), forme éminemment océanique et d'un tout autre galbe. Le type du Clathurella bicolor est bien représenté dans l'Atlas de MM. Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus (4), sous le nom de Clathurella purpurea var. bicolor. Ce type, d'après Risso, mesure 12 millimètres de hauteur ; d'après Michaud, il a de 4 à 5 lignes, soit de 9 à 11 millimètres environ. C'est donc en somme une petite coquille. Nous ne comprenons pas pourquoi MM. Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, après avoir, bien à tort, rapproché le Pl. Philberti de Michaud du Pl. purpurea de Montagu, prennent pour type de leur var. Philberti une forme autre que le type de Michaud ou de Risso.

Michaud ajoute à sa description : « Il existe une variété plus allongée, dont le sommet est aigu. » Il s'agit là d'une toute autre espèce, comme nous avons pu nous en assurer, après l'examen d'échantillons étiquetés de la main de Michaud et réunis sur le même carton avec des Clathurella bicolor absolument typiques.

Sous le nom de Clathurella purpurea, var. Philberti, les

(1) Risso, 1836. Histoire naturelle de l'Europe méridionale, IV, p. 214.

(2) Michaud lui-même, à la fin de sa notice reconnaît que « plusieurs figures rendent mal l'objet; mais, dit-il, cette faute ne vient que de la difficulté où j'ai été de me procurer, à Lyon, un dessinateur qui eût l'habitude de représenter des objets d'histoire naturelle «.

(3) Montagu, 1803. Testacea Britannica, p. 260, pl. IX, fig. 3.

(4) Bucquoy, Daulzenberg et Dollfus, 1889. Mollusques marins du Roussillon, I, p. 91, pl. XIV, fig. 16 et 17,


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auteurs des Mollusques du Roussillon ont donné trois dessins (1) ; les deux premiers se rapportent à une même coquille, d'un galbe plus grand et plus allongé que les véritables Clathurella bicolor qu'ils ont figurés à côté, et le troisième plus grand encore, bien plus élancé, avec des costulations longitudinales un peu plus espacées. Ce sont là deux formes très distinctes et nettement définies. A la première, nous avons donné dans notre Prodrome (2) le nom de Clathurella Bucquoyi, laissant à la seconde le nom de Clathurella contigua, proposé en 1884 par M. le marquis de Monterosato (3). Toutefois, on remarquera que M. de Monterosato confond en une seule espèce les deux figurations pourtant si différentes dont nous venons de parler, et qu'il les applique toutes les deux à son Philbertia contigua. Nous croyons, après nouvel examen, qu'il y a lieu de maintenir ces deux formes au rang d'espèce, comme nous l'avons fait dans notre Prodrome. Or, les échantillons que Michaud attribue à la variété de son Pleurotoma Philberti sont précisément des Clathurella contigua, ou Philbertia contigua. Nous examinerons plus loin, à propos du Pleuroloma corbis de Potiez et Michaud, comment il faut comprendre cette nouvelle espèce.

En résumé, le nom de Pleurotoma Philberti appliqué au type de Michaud doit passer en synonymie du Pleurotoma ou mieux Clathurella bicolor de Risso, quoique en réalité ce nom de bicolor s'applique, en tant qu'adjectif, tout aussi exactement à bien d'autres espèces. En outre, la variété que signale Michaud doit être prise comme type du Clathurella contigua. Enfin, entre ces deux formes, il en existe une troisième intermédiaire, et plus voisine encore du Clathurella bicolor que du Cl. contigua, que nous avons désignée sous le nom de Cl. Bucquoyi.

(1) Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1883. Loc. cit., pl. XIV, fig. 13 à 15.

(2) Locard, 1886. Prodrome, p. 113 et 544.

(3) Monterosato, 1884. Nom. gen. spec. conch. Medit., p. 183,


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Chacune de ces trois espèces comporte un certain nombre de variétés ex-forma et ex-colore bien définies. Ainsi nous pouvons signaler une var. major du Cl. bicolor, absolument conforme au type, mais qui atteint 15 millimètres de hauteur; de même il existe des formes du Cl. contigua qui varient entre 8 et 14 millimètres de hauteur; ces trois espèces enfin peuvent également être bicolor.

M. le marquis de Monterosato, tout en admettant l'identité du Pleurotoma Philberti de Michaud avec le Pl. bicolor de Risso, a conservé le nom de l'espèce de Michaud pour en faire son genre Philbertia. Nous avons maintenu toutes ces différentes espèces dans le genre Clathurella de Carpenter qui leur convient parfaitement.

PLEUROTOMA VILLIERSII

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 262, pl., flg. 4 et. 5;

Cette espèce est bien décrite dans le Mémoire de Michaud ; malheureusement la figure, comme il le reconnaît lui-même, laisse quelque peu à désirer. Toutefois il est à regretter que l'auteur n'ait pas assez insisté sur certaines particularités caractéristiques inhérentes à cette coquille. Aussi en est-il résulté que quelques auteurs l'ont confondue avec le Murex attemtatus de Montagu, ou mieux Raphitoma attenuatum (1), forme plus anciennement décrite et qui en est certainement très voisine.

Le Pleurotoma Villiersii est une grande et belle coquille ; le type mesure 6 lignes de hauteur, soit 13 à 14 millimètres; à l'oeil nu, les espaces intercostaux, même chez les sujets les plus frais, les mieux conservés, semblent lisses ; ce n'est qu'à l'aide d'une très forte loupe que l'on distingue de très

(1) Montagu, 1803, Testacea Britannica, p. 266, pl. IX, fig. 6 (Murex attenuatus).


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fines stries décurrentes qui ornent la coquille; ce test est entièrement sillonné de petites linéoles brunes, continues, visibles aussi bien dans les espaces intercostaux que sur les côtes ; enfin la suture est bien accusée, mais les tours, dont le profil est un peu arrondi, ne paraissent pas très étages les uns au dessus des autres.

Chez le Murex attenuatus d'Angleterre et des côtes océaniques, la taille a une tendance à être plus petite ; le galbe est encore plus effilé, plus lancéolé ; même à l'oeil nu, et à plus forte raison avec une loupe ordinaire, on distingue très nettement, dans les espaces intercostaux, aussi bien que sur les côtes, des stries décurrentes fines, très rapprochées, continues, qui donnent à la coquille, lorsqu'elle est bien fraîche, un aspect terne, tout à fait différent du facies lisse et brillant du Pleurotoma Villiersii. D'autre part, dans la coquille océanique la suture est plus oblique, plus accusée, et les tours toujours plus droits dans leur profil, semblent mieux étagés les uns par rapport aux autres. Enfin il existe également chez cette espèce des linéoles brunes, comme chez le Pleurotoma Villiersii. Nous inscrirons donc cette dernière espèce sous le nom de Raphitoma Villiersi.

Comme habitat, si le type du Raphitoma Villiersi a été signalé dans la Méditerranée, nous dirons qu'il se retrouve également, mais bien plus rarement, sur nos côtes océaniques. En revanche, le Raphitoma attenuatum, dont le type vit dans l'Océan et dans la Manche, se rencontre très rarement dans la Méditerranée; nous en avons constaté la présence sur les côtes du département du Var.

Il existe plusieurs variétés ex-forma et ex-colore chez ces deux espèces. Nous possédons des Raphitoma Villiersi dont la hauteur varie de 10 à 17 millimètres. Sur le dernier tour, tantôt on aperçoit une fascie brune, assez large ; tantôt elle fait complètement défaut; dans, d'autres exemplaires, elle


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occupé une partie de la base de ce tour. Michaud avait signalé « une variété beaucoup plus petite et plus colorée, sur laquelle les lignes spirales sont plus marquées et le sinus plus profond que dans la grande; elle n'est point ornée de la bande que l'on remarqué sur l'espèce qui a servi de type ; mais elle est remplacée par la continuation des petites lignes qui couvrent le reste de la coquille. »

Comme conclusion, nous estimons qu'il convient de maintenir dans les catalogues l'espèce de Michaud et de l'inscrire séparément, à la suite de celle de Montagu. Mais, comme d'après leurs caractères aperturaux ces deux espèces s'écartent suffisamment des véritables Pleurotoma, nous les rangerons dans le genre Raphitoma de Bellardi. M. le marquis de Monterosato a créé, pour ces deux formes qu'il a réunies en une seule, le genre Vielliersia (1). Or, comme Michaud avait dédié ses coquilles à Bombes de Villiers, malacologiste lyonnais, dont la belle collection est actuellement, au Muséum de Lyon, il conviendrait, au cas où cette coupe générique serait maintenue, d'écrire Villiersia.

PLEUROTOMA COMARMONDI

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 263, pl., fig. 6.

En 1803, Donovan (2) a décrit et très soigneusement figuré, sous trois faces différentes, un Pleurotomidoe qu'il a désigné sous le nom de Murex emarginatus. A la même date, mais peu de temps après, Montagu a décrit, mais moins bien représenté (3), la même espèce sous le nom de Murex gracilis. A s'en tenir aux seules figurations données par ces

(1) Monterosato, 1884. Nom. gen. spec. conch. Medit., p. 128.

(2) Donovan, 1803. British Shells, V, pl. CLXIX, fig. 2.

(3) Montagu, 1803. Testacea Britannica, p. 267. pl. XV, fig. 5. — 1808. Supplément, p. 115.


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deux auteurs, on serait de suite porté à croire qu'il s'agit là de deux coquilles parfaitement différentes. Pourtant tous les auteurs anglais modernes sont absolument d'accord au sujet de leur complète identité. Mais nous ne savons pour quels motifs ils ont donné la préférence à la dénomination spécifique de Montagu, dont le nom est au moins de même date (1), sinon un peu plus récent, et dont la figuration est si défectueuse. Ladite coquille figure donc dans les catalogues sous les noms de Pleurotoma, Mangelia, Defrancia, Raphitoma ou Bellardia gracilis ou gracile (2).

C'est encore indubitablement cette même forme que Michaud a décrite en 1829, sous le nom de Pleurotoma Comarmondi. Il ne saurait y avoir le moindre doute à cet égard. II a pris son type dans la Méditerranée ; mais nous ne saurions établir de différences sérieuses entre la forme méditerranéenne et celle que l'on retrouve sur nos côtes océaniques d'où elle remonte jusqu'en Angleterre.

Reste à savoir quelle dénomination définitive il convient de lui attribuer. Dans notre Prodrome (3), nous avons donné la préférence à la dénomination spécifique de Donovan : 1 ° parce qu'en réalité elle est la plus ancienne ; 2° parce qu'elle enlève toute espèce d'équivoque avec le Murex gracilis

(1) Le 17 janvier 1804, Vf. G. Maton et le rév. Th. Rackett (In Trans. Lin. Soc, t. VIII.— Traduct. Chenu, p. 183), disent au sujet du Murex gracilis : belle et nouvelle espèce, découverte par M. Montagu sur le sable de la baie de Beddefort, comté de Devon. M. Donovan la mentionne de la cote ouest; etc. » Montagu dans son Supplément (p. 115) publié en 1808 se borne à donner en synonymie de son espèce le nom de Donovan, sans autre justification. D'après un renseignement écrit de Jeffreys, la publication de Donovan aurait réellement précédé celle de Montagu.

(2) Pleurotoma gracile : — Philippi, 1844. Enum. moll. Sicil., II, p. 166. — Petit de la Saussaye, 1852. In Journ. conch., III, p. 188. — Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1883. Moll. Rouss., I, p. 88, pl. XIV, flg. 1 et 2 — Locard, 1886. Prodrome, p. 110 (emarginatum).

Mangelia gracilis : — Forbes et Hanley, 1853. Bril. moll., III, p. 472, pl. CXIV, flg. 4; pi. RR, fig. 8. — Sowerby, 1859. III. ind., pl. XIX, fig. 10. Defrancia gracilis : — Jeffreys, 1868-1869. Bril. conch., IV, p. 363, pi. LXXXVIII, fig. 6. Raphitoma gracilis : — Weinkauff, 1868. Conch. mittelm., II, p. 135. Claturella emarginatu : — Bellardi, 1877. Moll. Piem., II, p. 260. Bellardia gracilis : — Monterosato, 1844. Nom. conch. Médit., p. 138.

(3) Locard, 1886. Prodrome, p. 110.


FAUNE FRANÇAISE 111

de Brocchi (1), qui s'applique à une forme bien différente; 3° parce que Donovan a mieux figuré et mieux fait comprendre son espèce que Montagu.

Quant au nom de genre, cette coquille, par ses caractères aperturaux, nous paraît avoir bien plus d'affinités avec les véritables Pleurotoma (sensu stricto) qu'avec n'importe quel autre genre démembré de ce type. Nous continuerons donc à inscrire cette coquille sous le nom de Pleurotoma emarginatum.

CREPIDULA MOULENSII

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 265, pl., fig. 9.

Il est assez surprenant de voir que Michaud, en décrivant son Crepidula Moulinsii, n'a pas songé à le comparer au Crepidula unguiformis de Lamarck (2), ou Patella crepidula de Linné (3), qu'il connaissait certainement. Quoi qu'il en soit, ces deux espèces sont bien différentes et ne sauraient être confondues.

Jeffreys, pourtant, a émis l'idée d'un rapprochement possible entre ces deux formes (4). D'après cet auteur, le prétendu Crepidula Moulinsii dont la face supérieure ou externe est convexe et rugueuse, serait un être qui vivrait fixé à la paroi externe des coquilles vides, tandis que le Crepidula unguiformis s'attacherait au contraire à la face interne de ces mêmes coquilles. Cette assertion aurait besoin d'être contrôlée pas l'expérience.

MM. Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, qui ont admis comme espèce le Crepidula Moulinsii (5), sont les seuls

(1) Brocchi, 1814. Conchiologia fossile subapennina, p. 437, pl. IX, fig. 16.

(2) Lamarck, 1822. Animaux sans vertèbres, VI, 2, p. 25.

(3) Linné, 1767. Systema naturae, édit. XII, p. 1257.

(4) Jeffreys, 1882. Lightning and Porcupine expédition, in Proc. zool. Soc. London, p. 680.

(5) Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1886. Mollusques du Roussillon, I, p. 462, pl. LV, fig. 12 à 14.


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auteurs qui en aient donné la figuration en dehors du dessin fort médiocre de la planche qui accompagne le mémoire de Michaud (1).

MONODONTA BELLIAEI

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 265, pl., fig. 10 et 11.

Très peu d'auteurs ont connu cette espèce, et nous-même nous n'eussions jamais pu établir sa véritable synonymie si nous n'avions observé dans la collection de M. E. Michaud fils une étiquette manuscrite de son père, au dessus de trois individus du Turbo sanguineus (2), ainsi libellée : Turbo sanguineus Lamck, Turbo purpureus Risso (fig. 48), Monodonta Bellioei Michaud. Il ne saurait donc plus y avoir le moindre doute au sujet de cette espèce ; la dénomination, proposée par Michaud, doit rentrer en synonymie d'une autre espèce plus ancienne, bien connue et bien figurée(3). Comme le dit Michaud, elle n'est pas rare dans la Méditerranée ; on la retrouve sur tout le littoral à de faibles profondeurs.

TROCHUS RARILINEATUS

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 266, pl., fig. 12.

Il est fort probable que la forme désignée par Michaud sous le nom de Trochus rarilineatus, forme assez commune

(1) Cette espèce étant dédiée à Charles des Moulins, il nous a paru plus correct d'écrire Crepidula Desmoulinsi, pour éviter toute confusion de nom (Prodrome, p. 328).

(2) Linné, 1758. Systema naturae, édit. X, p. 763. — Edit. XII, p. 1238.

(3) Megerle von Mühlfeld, 1818. In Verh. Berl. Gesell,, p. 19, pl. II, fig. 13(Turbo coccineus). — Risso, 1826. Hist. nat. Europe méridionale, IV, p. 116, fig. 48 (Turbo purpureus). — Hidalgo, 1870. Molluscos marinos, pl. LVI, fig. 5-6 (Turbo sanguineus). — Fischer, 1880. In Kiener, Coq. viv., genre Turbo, p. 100, pl. XXXIX, fig. 2 (Turbo sanguineus). — Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1884. Mollusques Roussillon, I, p. 334, pl. XL, fig. 15 à 19 (Turbo sanguineus).


FAUNE FRANÇAISE 113

et répandue sur tout notre littoral méditerranéen, a déjà été connue de Linné et confondue par lui avec le Trochus divaricatus (1). Ces deux espèces ont en effet un grand air de similitude, comme taille, comme galbe général, comme coloration et même comme mode d'ornementation. C'est au point que quelques auteurs (2) ont même cru devoir réunir ces deux espèces en une seule et considérer la seconde comme une simple variété de la première.

Cependant, quoique Michaud n'établisse pas de rapprochements entre son type et celui de Linné, ces deux formes sont bien nettement distinctes. La caractéristique du Trochus rarilineatus réside surtout : dans le profil des tours, profil qui est absolument rectiligne; dans la forme du dernier tour qui est anguleux à sa base ; enfin dans la surface inférieure de la coquille qui est toujours concave. Ces caractères ressortent assez bien sur la figuration de Michaud, quoiqu'on y ait exagéré le mode de superposition des tours. Il à été donné depuis Michaud plusieurs bonnes figurations de cette espèce (3).

Depuis le juste démembrement du grand genre Trochus, on a successivement fait rentrer le Trochus rarilineatus dans les genres Gibbula (4) et Gibbulastra (5). Il ne se rencontre que dans la Méditerranée et ne comporte que peu de variations.

PHASIANELLA TENUIS

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 270, pl., fig. 19 et 20.

Michaud a parfaitement compris cette espèce lorsqu'il en a

(1) Linné, 1758. Systema naturae, édit. X, p. 788.

(2) Weinkauff, 1868. Conch. des Mittelm., II, p. 383. — Petit de la Sanssaye, 1869. Catalogue testacé mers d'Europe, p. 117. — Aradas et Denoit, 1870. Conchiglia vivente marine Sicilia, p. 165. — Fischer, 1880. In Kiener, Coquilles vivantes, genre Trochus, p. 139.

(3) Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1885. Mollusques Roussillon, pl. XLVI, fig. 23 à 27.

(4) Risso, 1826. Histoire naturelle de l'Europe méridionale, IV, p. 134. (5 Monterosato, 1884. Nom. gen. spec. medit., p. 43.

6e SÉRIE, T. III. — 1890 8


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fait ressortir les caractères comparatifs avec ceux des Phasianella pulla (1) et Ph. Vieuxii (2). C'est en Corse qu'il a rpis son type, et c'est également avec deux autres formes corses qu'il a établi ses points de comparaison. Le Phasianella tenuis est donc une bonne espèce qu'il convient de maintenir dans les catalogues. La figure qu'il en donne est absolument déplorable ; mais plusieurs auteurs ont, depuis lors, très exactement figuré cette élégante petite coquille (3). Convient-il de réunir au Phasianella tenuis de Michaud le Ph. intermedia de Scacchi et de Philippi (4), comme l'ont fait MM. Bucquoy, Daulzenberg et Dollfus? Il semble qu'il ne peut y avoir de doute à cet égard ; il suffit de comparer les diagnoses des deux auteurs pour s'assurer qu'ils ont eu tous les deux en vue une forme intermédiaire entre le petit Phasianella pulla et le grand Ph. Vieuxii, ou mieux Ph. speciosa (5). Pourtant M. le marquis de Monterosato (6) après un examen des types de Scacchi et de Philippi, croit devoir séparer ces deux formes comme spécifiquement distinctes. En outre, il rattache le Phasianella tenuis de Michaud, comme synonyme, au Tricolia punctata de Risso (7). Dans notre Prodrome (8), nous avions également admis ce rapprochement. Pourtant cette manière de voir mérite confirmation, car on remarquera que Risso donne à son espèce les mêmes dimensions (0,008) qu'au T. pullus, et qu'il lui compte un

(1) Turbo pullus, Linné, 1707. Systema naturel, édit. XII, p. 1233. Phasianella pulla, Payraudeau, 1826. Mollusques de Corse, p. 140. (2) Payraudeau, 1826. Mollusques de Corse, p. 140, pl. VII, fig. 8 et 6.

(3) Kiener, 1880. Coquilles vivantes, genre Phasianella, p. 9, pl. IV, fig. 3 (Phasianella intermedia). — Bucquoy, Daulzenberg et Dollfus, 1884. Moll. Roussillon, I, p. 341, pl. XXXIX, fig. 19 à 24 (Phasianella tenuis).

(4) Scacchi, 1836. Catalogus conchyliorum regni Neapolitani, p. 14, fig. 23. — Philippi. 1844. Enum. moll. Siciliae, II, p. 158, pl. XXV, fig. 21.

(5) Megerle von Mühlfeld, 1824. In Verh. Berl. Ges., I, p. 214, pl. II, fig. 4 (Turbo speciosus). — Philippi, 1844. Enum. Moll. Siciliae, II, p. 158 (Phasianella speciosa).

(6) Monterosato, 1878. Enumeratio e sinonimia, p. 23. — 1884. Nomencl. gener. spec. Medit., p. 80.

(7) Risso, 1826. Hist. nat. Europe merid., IV, p. 123.

(8) Locard, 1886. Prodrome, p. 294.


FAUNE FRANÇAISE 115

tour de spire de moins. Or, en réalité, le Phasianella tenuis de Michaud a plutôt un demi-tour de spire de plus, et sa taille est toujours plus grande. Si donc Risso a réellement connu la forme de Michaud, c'est plutôt dans le groupe des « coquilles modérément élevées » qu'il l'aurait classée, plutôt que dans celui des « coquilles peu élevées ».

TORNATELLA LACTEA

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 271, pl., fig. 21 et 22.

Le Tornatella lactea est une des espèces les mieux décrites et les mieux figurées par Michaud. Malheureusement trois années auparavant, Risso avait publié la même espèce sous le nom de Turbonilla Humboldti (1). Certainement la description et la figuration de Michaud sont bien plus complètes et bien plus explicites; elles font incontestablement mieux comprendre l'espèce; mais néanmoins l'identification de ces deux formes est incontestable, et la dénomination donnée par Risso étant la plus ancienne en date, doit seule subsister en vertu des lois de la priorité.

La synonymie de celte coquille est assez complexe. Comme genre, on en a fait successivement un Turbonilla, un Tornatella, un Chemnitzia, un Odoslomia, un Rissoa et un Menestho (2). Comme espèce, d'après M. le marquis de Monterosato, elle aurait été décrite sous les noms de Humboldti, lactea, clathrata, turriculata et Kuzmici (3). Elle est du reste assez polymorphe. Le même auteur lui assigne les variétés

(1) Risso, 1826. Hist. nat. Europe méridionale, IV, p. 194, fig. 63.

(2) Risso. Loc. cit. (Turbonilla). — Michaud. Loc. cit. (Tornatella). — Philippi, 1844. Enum. moll. Sicil., II, p. 137 (Chemnitzia). — Jeffreys, 1856. Test. Piedmont. Coast., p. 31 (Odostomia). — Seguenza, 1870. Moll. di Messina, p. 8. (Rissoa). — Monterosato, 1878 Enumeratio e sinonimia, p. 31 (Menestho).

(3) T. Humboldtii, Risso (1826). — T. lactea, Michaud (18-29). — T. clathrata, Philipp. (1836). — R. turriculata, Calcara (1839). — T. Kuzmici, Brusina.


116 FAUNE FRANÇAISE

subventricosa Philippi (1), brevis Requien (2), tubercalata et sulcata Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus (3). Cette dernière forme, dont le mode d'ornementation est absolument différent, nous a paru mériter le rang d'espèce. Nous l'avons inscrite dans notre Prodrome sous le nom de Menestho Dollfusi (4).

Sous le nom d'Odostomia (Turbonilla) Humboldti, var. dongata, Tiberi (5) a signalé en 1868 une forme déjà observée par d'autres auteurs et inscrite sous différents noms. « Cette variété, écrit Tiberi, au moins soi-disant telle, est beaucoup plus allongée ; ses tours sont presque plans, ornés de cingulations et de côtes plus fines et plus nombreuses, et leur suture simplement marquée ne donne point à la spire l'aspect turriculé du type. » C'est cette même forme que Lowe, en 1840, avait décrite sous le nom de Parthenia bulinea (6) pour une coquille de Madère. Nous avons retrouvé cette même forme également bien caractérisée sur les côtes de Provence, depuis la publication de notre Prodrome. Nous l'inscrirons donc dans nos catalogues sous le nom de Menéstho bulinea que lui a donné M. le marquis de Monterosato (7).

EMARGINULA PILEOLUS

1829. In Bull. hist. nat. Soc. Linn. Bordeaux, III, p. 271, pl., fig. 22 et 24.

Cette élégante petite coquille, bien décrite et suffisamment figurée par Michaud, était déjà connue et désignée avant la publication de son mémoire sous le nom d'Emarginula rosea,

(1) Philippi, 1844. Enum. Moll. Siciliae, II, p. 137.

(2) Requien, 1848. Catalogue coquilles Corse, p. 59.

(3) Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1883. Mollusques Roussillon, p. 193.

(4) Locard, 1886. Prodrome, p. 238 et 572.

(3) Tiberi, 1868. In Journ. conch., XVI, p. 61.

(6) Lowe, 1840. In Proced. zool. Soc. London, p. 40.

(7) Monterosato, 1884. Nomencl. gen. spec. conch. Medit., p. 84.


FAUNE FRANÇAISE 117

par un auteur anglais, Bell (1). La dénomination donnée par Michaud, quoique plus exacte et plus figurative, doit donc passer en synonymie.

On trouve chez les naturalistes anglais, Forbes et Hanley. Sowerby et Jeffreys (2), de bonnes figurations de cette espèce. Elle vit dans la Manche et sur les côtes de l'Océan jusque vers la Charente-Inférieure. C'est dans la Manche que Michaud a pris son type. Quelques auteurs ont cru devoir rapporter à ce même type des formes affines mais différentes, qui vivent dans la Méditerranée. Ces formes sont incontestablement distinctes et doivent être inscrites sous le nom d'Emarginula Costoe (3) ou d'E. capuliformis (4).

La première de ces deux espèces est caractérisée par un galbe un peu moins élevé que celui de l'E. rosea, par sa forme plus élargie, plus surbaissée, par son ouverture plus grande et plus largement ovalaire, enfin par son ornementation moins régulière. Quant à la seconde, elle est de taille très notablement plus petite, avec une hauteur toujours proportionnellement plus grande et une décoration ornementale moins accusée.

RISSOA LACTEA

1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 9, pl., fig. 11 et 12.

Cette espèce, bien décrite et bien figurée par son auteur, est admise aujourd'hui par tous les naturalistes. Michaud ne

(1) Bell, 1824. In Zoological journal, I, p. 32, pl. IV, fig. 1.

(2) Forbes et Hanley, 1833. British mollusca, II, p. 479, pl. LXIII, fig. 3. Sowerby, 1859. Illustrated index, pl. XI, fig. 5.

Jeffreys, 1863-1869. British conchology, III, p. 261; V, p. 200, pl. LIX, fig. 3.

(3) Tiberi, 1855. Descrizione testacei nuovi, p. 13, pl. II, fig. 1-4. Nous n'avons pas cité cette forme dans notre Prodrome. Nous ne la connaissions pas à cette époque sur les côtes de France. M. Marion l'a pêchée sur le plateau de Peyssonnel entre 500 et 700 mètres de profondeur.

(4) Philippi, 1836. Emm. moll. Sicil., I, p. 214, pl. VII, fig. 12. — Locard, 1884. Prodrome, p. 338.


118 FAUNE FRANÇAISE

la signale que dans la Méditerranée ; on la trouve cependant tout aussi bien dans l'Océan et dans la Manche (1). Il en existe de nombreuses figurations (2). En général, à part des variations de taille déjà signalées par Requien (3), le galbe de la coquille varie peu ; nous signalerons cependant des var. ventricosa et elongata. Quant aux costulations ornementales, elles sont plus ou moins accusées; mais la plupart du temps ces modifications résultent du plus ou moins bon état de conservation de la coquille et de son âge.

En 1855, Petit de la Saussaye (4) avait identifié le Rissoa lactea de Michaud au Turbo cancellatus de Lamarck (5). Un peu plus tard, Weinkauff a repris cette idée (6). Mais, qu'est-ce au juste que ce Turbo cancellatus? Nous ne le connaissons que par la figuration qu'en a donnée le baron Delessert; or, cette forme n'est très certainement pas le Turbo cancellatus de da Costa (7) ; elle a sans doute plus de rapports avec le Rissoa lactea de Michaud, mais son mode d'ornementation est incontestablement différent. Deshayes lui-même (8) donne, en 1838, avec un point de doute le Turbo cancellatus de Lamarck comme synonyme du T. cancellatus de da Costa; mais en 1847 (9) il pense que l'espèce de Lamarck est la même que celle de Michaud. Celte opinion ne semble pas avoir prévalu. Dans tous les cas, puisqu'il existe déjà un Turbo cancellatus qui est en réalité un Rissoia, ou mieux un Alvania, tout

(1) Locard, 1886. Prodrome, p. 247 (Alcania lactea).

(2) Forbes et Hanley, 1833. British Mollusca, III, p. 76, pl. LXXIX, fig. 3 et 4. — Sowerby, 1859. Illustrated index, pl. XIII, fig. 1-2. — Jeffreys, 1867-1869. British conchology, IV, p. 7; V, p. 206, pl. LXVI, fig. 2. — Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1883. Moll. Roussillon, I, p. 298, pl. XXXV, fig. 7 à 13.

(3) Requien, 1848. Catalogue coquilles de Corse, p. 33, var. major et minor.

(4) Petit de la Saussaye, 1855. In Journal de conchyliologie, III, p. 85.

(5) Lamarck, 1822. Animaux sans vertèbres, VII, p. 49. — Delessert, 1841. Recueil coquilles Lamarck, pl. XXXVII, fig. 7. — Lamarck, 1843. Anim. s. vert., 2e édit., IX, p. 218.

(6) Weinkauff, 1862. In Journal de conchyliologie, X, p. 340.

(7) Da Custa, 1779. British conchology, p. 104, pl. VIII, fig. 8, 9.

(8) Deshayes, 1838. In Lamarck, Anim. sans vertèbres, 2e edit., VIII, p. 464.

(9) Deshayes, 1843. In Lamarck, Loc., cit., IX, p. 218, en note.


FAUNE FRANÇAISE 119

comme l'espèce de Lamarck, celle-ci doit forcément disparaître d'après les lois de la priorité. Nous continuerons donc à maintenir l'espèce de Michaud que nous avons inscrite avec M. Brusina (1) sous le nom générique d'Alvania (2). Pour cette même espèce, le marquis de Monterosato a institué le genre Massotia (3).

RISSOA GROSSA

1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 10, pl., fig. 21 et 22.

Cette espèce est peu connue ; un petit nombre d'auteurs en font mention; on la rencontre pourtant sur tout le littoral méditerranéen, depuis Cette jusqu'au delà de Toulon; mais elle est toujours rare et très localisée. Michaud signale également cette forme en Angleterre ; mais nous conserverons un fort point de doute à cet égard, jusqu'à plus ample vérification. Nous avons eu entre les mains plusieurs échantillons étiquetés de la main de Miehaud; c'est une belle coquille parfaitement caractérisée, et qui doit prendre place dans le groupe du Rissoia liliacina Récluz (4), dont elle est en quelque sorte l'exagération.

En 1844 Philippi (5) a institué, sous le nom de Rissoa vemista une espèce très voisine, dont le principal caractère différentiel réside dans le mode d'ornementation. Chez cette espèce, les trois derniers tours seuls possèdent des côtes longitudinales. Schwartz von Mohrenstern (6) a bien fait ressortir les caractères distinctifs de ces deux espèces. Il

(1) Brusina, 1866. Contribuzione fauna Dalmati, p. 27. (2) Locard, 1886. Prodrome, p. 247.

(3) Monterosato, 1884. Nom. gen. spec. conch. Medit., p. 65.

(4) Récluz., 1843. In Revue Société cuvierienne, p. 6. — Locard, 1886. Prodrome, p. 257 et 258. (5) Philippi, 1844. Enum. moll. Siciliae, II, p. 121, pl. XXLIII, fig. 4.— Locard, 1886. Prodrome, p. 238.

(6) Schwartz von Mohrenstern, 1864. Ueber Familie den Rissoiden, p. 16, pl. I, fig. 15 et 16.


120 FAUNE FRANÇAISE

existe chez le Rissoia grossa des variétés elongata et curta bien définies.

RISSOA LINEOLATA

1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 11, pl., fig. 13 et 14.

Le Rissoa ou mieux Rissoia lineolata est également une bonne espèce parfaitement définie et que tous les auteurs admettent; nous le voyons très bien compris et figuré dans diverses publications (1). Son galbe varie très peu; cependant nous signalerons des var. minor, elongata et ventricosa. Comme l'ont fait observer MM. Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, cette espèce varie surtout par le plus ou moins de développement des côtes qui sont tantôt bien saillantes comme dans les exemplaires qu'ils ont représentés (fig. 19 et 20); tantôt peu développées sur ces derniers tours, comme sur ceux reproduits (fig. 17 et 18). Cette dernière manière d'être constitue la var. laevis, de M. de Monterosato (2).

Le Rissoa Ehrenbergi de Philippi (3) établi sur, un jeune exemplaire du Rissoia lineolata doit passer en synonymie. M. de Monterosato (4) donne encore un synonyme de l'espèce de Michaud, les Rissoa oenonensis, Brusina (5) et R. Benzi, Aradas (6); c'est cette dernière forme qui correspondrait à sa var. laevis.

(1) Schwartz von Mohrenstern, 1864. Loc. cit., p. 38, pl. II, fig. 27. — Bucquoy, Dautzenberg, et Dollfus, 1884. Moll. Roussillon, p. 271, pl. XXXI, fig. 16 à 20.

(2) Monterosato, 1873. Nuova revista conchiglie Mediterranee, p. 26.

(3) Philippi, 1844. Enum. moll. Sicil., II, p. 127, pl. XXIII, fig. 9.

(4) Monterosato, 1873. Nuova revista, p. 26. — 1878. Enumeratio e sinonimia, p. 23. (3) Brusina, 1866. Contribuzione fauna Dalmati, p. 20 et 74.

(6) Aradas, 1839. Conchiglie vivente mar. della Sicilia, p. 193 (Paludina Benzi). — Aradas et Benoit, 1870. Conchigliologia vivente marina Sicilia, p. 193.


FAUNE FRANÇAISE . 121

RISSOA FRAGILIS

1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 12, pl., fig. 9 et 10.

Cette espèce est très exactement définie et assez bien figurée par Michaud : « Coquille turriculée, lisse, luisante, fragile, de couleur vitrée un peu verdâtre; huit tours de spire un peu convexes; ornée longitudinalement de légères stries qui ne sont visibles qu'à la loupe, etc. » Michaud compare son espèce avec le Rissoia oblonga de Desmarest (1); elle a, par son galbe plus d'affinité avec le Zippora membranacea d'Adam s (2); aussi l'avons-nous rangée avec M. le marquis de Monterosato (3) dans ce genre en écrivant notre Prodrome (4). C'est en somme très vraisemblablement la forme méditerranéenne de ce type éminemment océanique; nous croyons donc qu'il faut qualifier de Rissoia ou mieux Zippora fragilis, les prétendus Rissoia membranacea signalés par Petit de la Saussaye (5), Weinkauff (6), etc., dans la Méditerranée. M. de Monterosato cite encore l'espèce de Michaud dans l'Adriatique et dans l'Archipel grec.

Nous n'avons pas retrouvé dans les anciennes collections de Michaud son véritable type. Mais nous avons eu communication, par les soins de M. Lacroix, directeur du Musée de Mâcon, d'un petit carton portant écrit de la main de Michaud les deux noms synomyques de Rissoa membranacea et R. fragilis, l'un au-dessous de l'autre. Ces deux échantillons ainsi dénommés sont deux Rissoa membranacea, jeunes, abso(1)

abso(1) 1814. Description des coquilles genre Rissoa, in Bull. Soc. Philom. Paris, p. 7, pl. 2, fig. 3.

(2) Adams, 1796. In Transact. Linn. Soc. Lond., V, p. 2, pl. IX, fig. 14, 15 (Turbo membranaceus) — Locard, 1886. Prodrome, p. 233 (Zippora membranacea).

(3) Monterosato, 1884. Nomencl. gener, conch. Méditer., p. 34.

(4) Locard, 1886. Prodrome, p. 234.

(5) Petit de la Saussaye, 1869. Catal. mollusques test. mers d'Europe, p. 217.

(6) Weinkauff, 1868. Conchylien des Miltelmeeres, II, p. 289.


122 FAUNE FRANÇAISE

lument océaniques, quoique inscrits sous la rubrique méditerranéenne, au galbe court, renflé, avec de grosses côtes, ne ressemblant nullement à la figuration donnée pour le Rissoa fragilis; il y a là une erreur évidemment manifeste, car le type méditerranéen est bien plus allongé et les côtes sont à peine sensibles.

RISSOA MARGINATA

1832. Description nouv. esp. coq, genre Rissoa, 2e édit., p. 13, pl., fig. 13 et 16.

Chez cette espèce, comme l'a très bien dit Michaud, le dernier et l'avant-dernier tour sont seuls ornés de côtes longitudinales, et encore celles du dernier tour sont-elles très atténuées, comme obsolètes dans le bas. Ce caractère si particulier ne ressort nullement sur la figure qui accompagne cette description, car, contrairement à la diagnose, les premiers tours sont ornés et le dernier tour est lisse. Cette espèce a été mieux figurée par Schartz von Mohrenstern (1). C'est une forme assez rare, surtout localisée, très typique et qui ne saurait être confondue avec aucun autre de ses congénères. Souvent il existe, un peu avant l'ouverture, une large tache blanche, comme nacrée qui remonte jusqu'à la suture et qui s'atténue dans le bas ; nous désignerons cette variété sous le nom de maculata. Enfin nous avons observé des sujets chez lesquels le péristome est d'une belle teinte violacée. Nous les distinguerons sous le nom de var. violacea.

Nous ne connaissons cette espèce que dans la Méditerranée. M. de Monterosato l'indique avec un point de doute dans l'Adriatique (2). Ce même auteur fait rentrer cette espèce

(1) Schwartz von Mohrenstern, 1861. Ueber Famille den Rissoiden, p. 29, pl. II, fig. 16. (2) Monterosato, 1873. Nuova revista conchiglie Mediterranee, p. 26. — 1884. Nomencl. gen. spec. conch. ■ Medit , p. 55,


FAUNE FRANÇAISE 123

dans le genre Sabanea de Leach (1). Dans notre Prodrome nous l'avons maintenue parmi les Rissoia (2).

RISSOA GINGILUS

1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 14, pl., fig. 19 et 20.

Michaud assimile, avec un point de doute, son espèce au Turbo cingilus de Donovan (3) et lui donne pour habitat la Méditerranée, où, dit-il, elle serait abondante. Un carton du Muséum de Lyon, portant quatre petites coquilles étiquetées de la main de Michaud, Rissoa cingilus, est également indiqué comme provenant de la Méditerranée. Plusieurs auteurs, Requien, Petit de la Saussaye, Forbes, Jeffreys, Weinkauff (4) ont également signalé cette même espèce comme se trouvant sur plusieurs points de la Méditerranée ou de la mer Egée, et pourtant, comme l'a fait observer M. de Monterosato (5), aucune de ces citations n'a été bien sérieusement contrôlée. Le véritable Turbo cingilus de Montagu, ou mieux le Cingula cingilla (6) est une forme particulièrement océanique, qui vit également dans la Manche, mais que nous ne connaissons absolument pas d'une manière positive dans la Méditerranée. Les quatre échantillons du Muséum de Lyon sont cependant bien des Cingula cingilla, absolument identi(1)

identi(1) 1819. Mss., teste, Gray, 1849. In Proceed. zool. Soc. London, p. 152, 159.

(2) Locard, 1886. Prodrome, p. 258.

(3) C'est évidemment par erreur que Michaud a attribué le Turbo cingilus à Donovan. Ce nom a été créé par Montagu (1803. Testacea Britannica, II, p. 328, pl. XII, fig. 7. — 1808. Supplément, p. 125) On remarquera que ce nom doit s'écrire cingillus et non cingilus comme l'écrit Michaud.

(5) Requien, 1848. Catal. coq. Corse, p. 35.

Petit de la Saussaye, 1869. Catal. Moll. test. mers d'Europe, p. 219.

Forbes, 1843. Report Mollusca AEgean sea, p. 135.

Jeffreys, 1853. On the marine Testacea Piedmontese coast., p. 41.

Weinkauff, 1868. Conch. des Mittelmeeres, II, p. 283.

(3) Monterosato, 1864. Nom. gen. spec. conch. Medit., p. 67.

(6) Cingula cingilla, Montagu, in Locard, 1886. Prodrome, p. 264.


124 FAUNE FRANÇAISE

ques aux types océaniques. Nous nous demandons s'il n'y aurait pas lieu d'admettre définitivement le Cingula cingilla dans la liste des coquilles méditerranéennes. Mais, si cela est, il n'en reste pas moins bien certain qu'il s'agit alors d'une forme rare, absolument localisée et non abondante comme le prétend Michaud.

Mais quelle dénomination générique et spécifique convient-il de donner à cette coquille, de quelque provenance qu'elle soit? Avec Fleming (1) nous l'avions rangée dans le genre Cingula de cet auteur. M. le marquis de Monterosato (2), pour cette espèce et pour le Rissoa picta de Watson (3), a créé une coupe nouvelle, celle des Cingilla. En outre, il rapproche cette forme du Turbo trifasciatus d'Adams (4). Nous ne connaissons pas le véritable type de l'auteur; mais, d'après ses figurations, il semble qu'il s'agit là bien plutôt d'une coquille de la famille des Eulimidoe que d'une forme de Rissoiidoe. D'autre part, écrire Cingula cingillus, ou Cingilla cingilla constitue un singulier pléonasme. Puisqu'il est reconnu que le Turbo vittatus de Donovan (5) est un synonyme du Turbo cingillus de Montagu, et que ces deux espèces ont été créées la même année, et peut-être même celle de Donovan un peu avant celle de Montagu, nous proposons d'écrire définitivement Cingula vittata (6) pour désigner cette petite forme océanique, tout en gardant encore quelques points de doute pour son habitat méditerranéen.

(1) Fleming, 1828. A History of British animals, p. 300.

(2) Monterosato, 1884. Nom. genr. spec. conch. Médit., p. 67.

(3) Watson, 1873. In Proceed. zool. Soc. London, p. 381, pl. XXXV, fig. 18.

(4) Adams, 1798. In Trans. Linn. Soc. London, V, pl. I, fig. 13, 14. — 1845. Édition Chenu, p. 14, pl. V, fig. 16 et 17.

(5) Donovan, 1803. British Shells, V, pl. CLXXVIII, fig. 1.

(6) Dans notre Prodrome (p. 264) nous avons inscrit cette espèce sous le nom de Cingula cingilla, vite la note nomen mutandum ob pleonasmum.


FAUNE FRANÇAISE 125

RISSOA FULVA

1832. Description nouv. esp. coq, genre Rissoa, 2e édit., p. 13, pl., fig. 17 et 18.

Le Rissoa fulva de Michaud a été décrit, dès 1796, par Adams (1), sous le nom de Turbo ruber. Le type de Michaud provenait de la Méditerranée, celui d'Adams des côtes d'Angleterre ; mais malgré celte différence d'habitat ces deux formes sont bien exactement les mêmes. La figuration donnée par Michaud est très médiocre, car elle ne fait pas assez ressortir les caractères différentiels qui existent entre les Rissoa cingilus et R. fulva. Michaud ne paraît avoir connu ni l'animal que renfermait cette petite coquille, ni l'opercule qui servait à la clore, car bien certainement il aurait constaté que cet animal et son opercule étaient différents de ceux des véritables Rissoia; de là la création du genre Barlecia (2), faite spécialement pour cette espèce et aujourd'hui admis par tous les naturalistes. Le Barleeia rubra (3) vit dans toutes nos mers ; c'est une espèce commune, qui présente de nombreuses variations, basées surtout sur la coloration et sur le mode d'ornementation. Il en existe de très nombreuses figurations (4).

RISSOA CRENULATA 1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 18, pl., fig. 1 et 2.

Cette espèce, comme la précédente, avait été déjà décrite

(1) Adams, 1795. In Transact. Linn. Soc. London, III, p. 64, pl. XIII, fig. 21, 22. — 1845. Edition Chenu, p. 6, pl. II, fig. 21, 22.

(2) Clark, 1855. Hist. of British testaceous mollusca, p. 391.

(3) Chenu, 1839. Manuel de conchyliologie, I, p.308, fig. 2187.— Locard, 1886. Prodrome, P. 272.

(4) Forbes et Hanley, 1853. British conchology, III, p. 120, pl. LXXVIII, fig. 4-5 (Rissoa rubra). — Sowerby, 1859. Illuslrated index, pl. XIV, fig. 12 (Barleeia rubra). — Jeffreys, 18671869. British conchology, IV, p. 56, pl. I, fig. 2; V, p. 209, pl. LXIX, fig. 4 (B. rubra). — Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1884. Mollusques du Roussillon, I, p. 315, pl. XXXII, fig. 21, 22 (B. rubra).


126 FAUNE FRANÇAISE.

antérieurement; c'est le Turbo cancellatus de da Costa (1); il ne saurait y avoir le moindre doute à cet égard ; c'est une espèce qui vit dans toutes nos mers et qui y est même assez fréquente. Michaud compare son type qu'il a pris en Corse et sur les côtes de Cette et d'Agde, au Turbo cancellatus de Lamarck (2), ou Rissoa cancellata de Desmarest (3). Mais cette espèce qui est voisine du Turbo cancellatus de da Costa, en. est cependant différente; c'est le Turbo cimex de Linné (4), c'est-à-dire l'Alvania cimex (melius cimicina) de tous les auteurs (5).

C'est Michaud qui le premier a fait ressortir les caractères aperturaux si particuliers chez cette espèce, c'est-à-dire l'existence d'une columelle unidentée; cette denticulation n'apparaît que chez les exemplaires bien adultes. M. le marquis de Monterosato (6) s'est tablé sur ces caractères pour établir son genre Acinopsis.

Il est à remarquer que dans le principe les auteurs anglais n'ont pas reconnu l'espèce de da Costa ; ils l'ont tous confondu avec le Turbo cimex (7). Ce n'est que beaucoup plus tard, en 1853, croyons-nous, que la séparation du Turbo cancellatus de da Costa avec le Turbo cimex de Linné a été faite par Forbes et Hanley (8), et qu'en même temps ces auteurs ont reconnu l'identité du type de Michaud avec celui de da Costa ; jusqu'alors le nom donné par Michaud semblait prévaloir (9). Il existe de nombreuses et bonnes figurations

(1) Da Costa, 1779. British conchology, p. 104, pl. VIII, fig. 6 et 9.

(2) Lamarck, 1822. Hist. nat. anim. sans vert., VII, p. 49. — 1843. Édition Deshayes, IX, p. 218. — Deshayes estime que le Turbo cancellatus de Lamarck est le Rissoa lactea de Michaud.

(3) Desmarest, 1814. Descript. Rissoa, in Bull. Soc. Philom. Paris, p. 8, pl. I, fig. 5.

(4) Linné, 1738. Systema naturae, édit. X, p. 761.

(5) Locard, 1886. Prodrome, p. 239.

(6) Monterosato, 1884. Nom. gen. spec. conch. Médit., p. 63.

(7) Donovan, 1709. British Shells, I, pl. II, fig. 1. — Montagu, 1803. Testacea Britannica, p. 315. - Turton, 1819. Conchological dictionnary, p. 210. — Fleming, 1828. History British animals, p. 305. — Thorpe, 1844. British marine conchology, p. 174. — Etc.

(8) Forbes et Hanley, 1853. History British mollusca, III, p. 80.

(9) Deshayes, 1838. In Lamarck, Anim. sans vert., 2e édit., VIII, p. 465. — Philippi, 1844.


FAUNE FRANÇAISE 127

de cette espèce. On a cité, à son propos, un assez grand nombre de variations ex-forma et ex-colore.

RISSOA TROCHLEA

1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 16, pl., fig. 3 et 4.

Sous le nom de Rissoa trochlea, Michaud a décrit et bien mal figuré une espèce connue déjà, dès 1779, sous le nom de Turbo carinatus par da Costa (1). Nous en avons vu plusieurs échantillons parfaitement caractérisés, dans la collection de M. E. Michaud. Nous devons avouer que les deux figurations données par l'auteur sont aussi déplorables l'une que l'autre, et bien peu faites pour la compréhension de l'espèce; la description donnée par da Costa est, au contraire, très bonne et très exacte. Nous retrouvons cette même coquille, bien exactement figurée par Montagu (2), sous le nom de Turbo striatulus, dénomination déjà employée par Linné (3) pour une autre coquille, comme l'a démontré Hanley (4). Cependant ce nom a longtemps prévalu et la plupart des auteurs anglais (5) ont décrit et figuré cette même espèce sous le nom de Cingula ou Rissoa striatula. Avec MM. Brusina et Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus (6) nous maintienEnum.

maintienEnum. Siciliae, II, p. 126. — Petit de la Saussaye, 1852. In Journal conchyliologie, III, p. 85.— Jeffreys, 1836. Marine Test. Piedmonte coast., p. 28. — Sowerby, 1839. Illustrated index, pl. XIII, fig. 8. — Chenu, 1859. Manuel de conchyliologie, I, p. 307, fig. 2182. — Brusina, 1866. Contribuzione pella fauna Dalmati, p. 25. — Weinkauff, 1866. Conch. des Mittelmeers, II, p. 301, etc.

(1) Da Costa, 1778. British conchology, p. 102, pl. VIII, fig. 10.

(2) Montagu, 1803. Testacea Britannica, p. 306, pl. X, fig. 5.

(3) Linné, 1738. Systema naturae, édit. X, p. 765. — 1765. Loc. cit., Édit XII, p. 1238.

(4) Hanley, 1855. Ipsa Linnaei conchylia, p. 241.

(5) Fleming, 1828. History British animals, p. 303 (Cingula striata). — Brown, 1827. Illustrations recent conchology, p. 17, pl. XLVI, fig. 33, 34 (Littorina striatula).— Forbes et Hanley, 1853. History British mollusca, III, p. 73, pl. LXXIX, fig. 7-8 (Rissoa striatula).— Sowerby, 1833. Illustrated index, pl. XIII, fig. 3 (Rissoa striatula). — Jeffreys, 1867-1869. British conchology, IV, p. 5 ; V, p. 206, pl. XLVI, fig. 1 (Rissoa striatula).

(6) Brusina, 1866. Contribuzione pella fauna Dalmati, p. 27 (Alvania carinata). — Bucquoy, Dautzenberg et Dollfus, 1884. Mollusques Roussillon, p. 301, pl. XXV, fig. 1-2 (tantumj (Rissoa carinata).


128 FAUNE FRANÇAISE

drons, en vertu des principes de la priorité, le nom proposé par da Costa. M. le marquis de Monterosato a créé pour cette espèce le genre Galeodina (1). Dans notre Prodrome, nous l'avons inscrite dans un groupe à part des Alvania (2), en plaçant à côté d'elle l'Alvania Russinoniaca si nettement distinct et si bien caractérisé par son mode d'ornementation tout différent.

RISSOA EXIGUA

1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 18, pl., fig. 29 et 30.

La dénomination de Rissoa exigua proposée par Michaud (3) pour une de nos plus élégantes petites Rissoiidoe, doit encore passer en synonymie. En effet, il est aujourd'hui bien démontré qu'il s'agit ici du Turbo costalus d'Adams (4), publié en Angleterre dès 1796. C'est, croyons-nous, Philippi (5), qui le premier fit ce rapprochement, confirmé depuis lors par nombre d'auteurs. Ce même naturaliste avait créé en 1836 un Rissoa carinata (6) qu'il ne faut pas confondre avec l'espèce de même nom signalée antérieurement par da Costa (7). Chenu (8) a donné les figurations de ces deux espèces, et cependant Philippi lui-même, dans la table des matières de son second volume, reconnaît qu'elles sont identiques. Mais en réalité c'est Deshayes (9) qui le premier a fait le rappro(1)

rappro(1) 1884. Nomencl. gen. spec. conch. Médit., p. 63.

(2) Locard, 1886. Prodrome, p. 248 et 574.

(3) En réalité, c'est Charles Desmoulins qui, ainsi que Michaud nous l'apprend, a dénommé le premier cette espèce, dans ses collections.

(4) Adams, 1796. In Transact. Linn. Soc. London, III, p. 65, fig. 13 et 14. — 1845. Édit. Chenu, p. 6, pl. I, flg. 13 et 14. '

(3) Philippi, 1844. Enumeratio molluscorum Siciliie, II, p. 125.

(6) Philippi, 1836. Loc. cit., I, p. 150, pl. X, fig. 10.

(7) Da Costa, 1779. British conchology, p. 102, pl. VIII, fig. 10 (Turbo carinatus).

(8) Chenu, 1859. Manuel de conchyliologie, I, p. 307, fig. 2178 et 2179.

(9) Deshayes, 1838. In Lamarck, Anim. sans vert., 2e édit., VIII, p. 481.


FAUNE FRANÇAISE 129

chement des trois espèces, Turbo costatus, Rissoa exigua et Rissoa carinata.

Michaud signalait son espèce en Corse, sur les côtes françaises de la Méditerranée, et dans la Manche sur les côtes de Bretagne. C'est en effet une forme extrêmement répandue, puisqu'elle s'étend depuis les côtes de la Norvège jusqu'aux îles Madère et Canaries. On l'a signalée dans l'Adriatique et sur les côtes d'Algérie. Cette coquille a été figurée par un grand nombre d'auteurs. Quoique peu polymorphe, nous lui connaissons des var. major, minor, ventricosa, elongata, viridula, albida, etc. Se basant sur les caractères aperturaux si particuliers qu'offre cette coquille, M. Spiridion Brusina a créé pour elle un genre Manzonia (1) que quelques auteurs ont adopté. Nous l'avons maintenue dans notre Prodrome parmi les Alvania (2).

RISSOA MINUTISSIMA

1832. Description nouv. esp. coq. genre Rissoa, 2e édit., p. 20, pl., fig. 27 et 28.

D'après la figuration, comme d'après la description, il ne saurait y avoir de doute au sujet de l'identification de cette espèce avec le Turbo striatus de Montagu (3) que nous avons inscrit dans notre Prodrome sous le nom de Cingula striata (4). Michaud indique son habitat en Corse, à Cette, à Agde et sur les côtes de Bretagne. On peut se demander si le véritable Cingula striata vit bien en réalité dans la Méditerranée ; car c'est une forme particulièrement océanique, même assez répandue sur nos côtes, et que l'on retrouve non seulement

(1) Brusina, 1870. lpsa Chiereghini conchylia, p. 201 et 202; les caractères du genre ont été établis par Manzoni en 1868, In Journal de conchyliologie, p. 254.

(2) Locard, 1886. Prodrome, p. 249.

(3) Montagu, 1803. Testacea Britannica, II, p. 312.

(4) Locard, 1886. Prodrome, p. 265.

6e SÉRIE, T. III. — 1890 9


130 FAUNE FRANÇAISE

en Angleterre, mais comme nous l'apprend G.-O. Sars (1), jusque dans le nord de la Norvège. Nous avons retrouvé dans les galeries du Muséum de Lyon un petit carton portant six échantillons étiquetés Rissoa minutissima par Michaud, avec l'indication « Méditerranée ». Ce sont bien incontestablement des Cingula striata, si nettement caractérisés par leur mode d'ornementation. Mais les échantillons de Michaud comparés à des types du Nord constituent une variété plus petite, plus courte, plus trapue, un peu intermédiaire entre le Cingula striata et le C. semistriata (2). Nous inscrirons désormais la forme méditerranéenne de Michaud sous le nom de Cingula striata, var. minutissima.

Plusieurs auteurs ont du reste signalé cette forme dans la Méditerranée ; mais peut-être aussi est-ce comme nous l'avons fait, sur les indications de Michaud (3). M. le marquis de Monterosato applique à cette espèce le nom générique de Onoba (4), proposé par H. et A. Adams.

RISSOA PYGMAEA 1832. Description nouv.esp. coq. genre Rissoa, p. 21, pl., fig. 28 et 26.

Il existe deux Rissoa pygmoea. Le premier en date est celui de Michaud; le second a été créé en 1836 par Philippi (5).

(1) G.-O. Sars, 1878. Mollusca regionis arctiae Norvegiae, p. 172.

(2) Montagu, 1808. Testacea Britannica, Suppl., p. 136 pl. XXI, fig. 5.

(3) Forbes, 1843. Report mollusca AEgean sea, p. 137 (Rissoa striata).

Requien, 1848. Catalogue coquilles Corse (Rissoa minutissima; l'auteur indique, outre le type, les var. alba, lineata elongata; celte var. elongata correspondrait au type du Cingula striata).

Petit de la Saussaye, 1832. In Journal conchyliologie, III, p. 87 (Rissoa minutissima. — Cette, Agde, d'après Michaud).

Weinkauff, 1868. Conchylien des Mittelmeers, II, p. 281 (Cingula striata).

Petit de la Saussaye, 1869. Catal. moll. testacés mers d'Europe, p. 220 (Rissoa striata). — Zones polaire, boréale, britannique et méditerranéenne; il manquerait dans la zone celtique).

Dubreuil, 1877. Promenades d'un naturaliste de Cette à Aiguës-Mortes, p. 54 (Rissoa minutissima ; reproduction de la description de Michaud).

(4) Monterosato, 1884. Nom. gen. spec. conch. Médit., p. 67.

(3) Philippi, 1836. Enum. moll. Sicil., I, p. 152, — 1844. Lac cit., II, p. 130.


FAUNE FRANÇAISE 131

Or, ces deux espèces sont absolument différentes. Le Rissoa pygmoea de Philippi n'est autre que l'Helix fulgida d'Adams (1) dont nous avons fait dans notre Prodrome, avec Thorpe (2), le Cingula fulgida. Quant au Rissoa pygmoea de Michaud, nous le retrouvons dans le Rissoa punctulum de Philippi (3) qui à son tour rentre en synonymie de l'Hélix glabrata de Megerle von Mühlfeld (4), comme Philippi l'a reconnu plus tard (5). Sur un carton du Muséum de Lyon, nous constatons que Michaud lui-même a inscrit au-dessous de l'étiquette qui porte le nom de Rissoa pygmoea Michaud, celui de R. punctulum Philippi. Nous devons toutefois reconnaître que, si nous n'avions sous les yeux que les deux figurations données par ces auteurs pour comparer leur espèce nous n'hésiterions pas à les considérer comme absolument différentes; mais l'examen des échantillons de la collection de Michaud avec d'autres bons types méditerranéens ne laisse pas subsister le moindre doute à cet égard. M. le marquis de Monterosato a créé pour cette espèce le genre Pisinna (6). Dans notre Prodrome (7), nous l'avons maintenu parmi les Cingula.

PLEUROTOMA CORBIS

POTIEZ et MICHAUD, 1837-1838. Galerie des Mollusques de Douai, I, p. 444, pl. XXXV, fig. 1 et 2.

Pour terminer cette étude critique des espèces marines de France créées par Michaud, nous avons encore à parler d'une espèce décrite dans la Galerie des mollusques de Douai et qui

(1) Adams, 1796. In Trans. Lin. Soc. London, III, p. 234.

(2) Thorpe, 1844. British marine conchology, p. 43 et 233, pl. III, fig. 50. — Locard, 1886. Prodrome, p. 267.

(3) Philippi, 1836. Enum. moll. Sicil., I, p. 154, pl. X, fig. 11.

(4) Megerle von Mühlfeld, 1824. In Verh. Berl. Gesellsch., I, p. 318, pl. III, fig. 10.

(5) Philippi, 1844. Enum. Moll. Sicil., II, p. 130.

(6) Monterosato, 1878. Enumeratio e sinonimia, p. 26. — 1884. Nom. gen. spec. conch. Mé dit., p. 68. (7) Locard, 1886. Prodrome, p. 267.


132 FAUNE FRANÇAISE

est fort peu connue. Grâce à l'extrême complaisance de M. Gosselin, directeur du Musée de Douai, nous avons eu communication de ce type et nous pouvons enfin en parler avec parfaite connaissance de cause. L'unique échantillon du musée de Douai est un Clathurella (1). Il répond absolument au Clathurella contigua de M. le marquis de Monterosato (2). Toutefois, nous devons déclarer que cet échantillon est malheureusement un peu incomplet ; l'individu examiné à la loupe nous laisse voir qu'il a eu jadis ses trois premiers tours de spire brisés, car nous ne comptons plus que cinq tours à cinq tours et demi, au lieu des six à sept que Potiez et Michaud ont comptés par restitution. Mais comme galbe, comme allure, comme mode d'ornementation, nous ne saurions séparer ces deux espèces. La dénomination proposée par Potiez et Michaud étant la plus ancienne, nous inscrirons désormais cette espèce sous celle de Clathurella ou Philbertia corbis.

(1) Carpenter, 1857. Magatl. Cat., p. 399.

(2) Monterosato, 1884. Nom. gen. spec. conch. Médit, p. 133.


TABLE ALPHABETIQUE

DES NOMS DE GENRES ET D'ESPECES CITÉS DANS CE TRAVAIL

NOTA. — Les noms inscrits en caractères italiques se rapportent aux espèces instituées par Michaud.

Acinopsis, Mtr 126

Alvania cancellata, Loc 118

— carinata, Brus 127

— cimex, Loc 126

— costata, Loc. ...... 129

— lactea, Brus 119

— Russinoniaca, B. D. D. . . 128 Aporrhais Michaudi, Loc 99

— Serresianus, Petit. . . . 98,99

Barleeia rubra, Clark 125

Bellardia gracilis, Mtr 110

Bulla haliotidea, Mtg 96

Cerithium Lafondi, Mich. ... 94

Chemnitzia Humboldti, Phil. . . 115

Cingilla, Mtr 124

Cingula cingilla, Flem 123

— fulva, Thorpe 131

— glabrata, Brus 131

— semistriata, Thorpe. ... 130

— striata, Plem 129

— vittata, Loc 130

Clathratula bicolor, Ris. . . . 105,106

— Bucquoyi, Loc 106

— contigua, Mtr 106, 132

— Leufroyi, B. D. D. . . . . 99

— purpurea, Mtg 105

Coriocella perspicua, Phil. ... 96 Crepidula Moulinsii,. Mich. . 94,111

Crepidula Desmoulinsi, Loc. . . . 111

— unguiformis, Loc 111

Defrancia gracilis, Jeff. .... 110

— Leufroyi, Sow 99

marginula capuliformis, Ph. . . 117

— Costae, Tib 117

Emarginula pileolus, Mich. . 94,114

Emarginula rosea, Bell 116

Fossarus clathratus, Phil. ... 101

— costatus, Réel 101

— minutus, Réel 101

Galeodina, Mtr 128

Gibbula rarilineata, Ris 113

Gibbulastra rarilineata, Mtr.. . . 113

Helix Fontenillii, Mich 94

Helix fulgida, Ad 131

— glabrata, Mtg 131

— haliotidea, Lin 96

— perspicua, Lin 96

Lamellaria Kindelaniana, Loc. . . 97

— membranacea, Mtg. ... 96

— perspicua, Lin. ...... 97

— tentaculata, Mtg 96

Littorina striatula, Brown. . . . 127

Lenfroya, Mtr 100

Mangelia gracilis, F. et H. . . . 110

— Leufroyi, F. et H. . . . . 99

Manzonia, Brus 129

Massotia, Mtr 119

Menestho bulinea, Mtr 116

— Humboldti, Mtr 115

Monodonta Bellisei, Mich. . . 94,112 Murex attenuatus, Mtg. . . . 107,108

— caudicola, Chier 100

— emarginatus, Don 109

— gracilis, Mtg 109,110

Nerita costata, Broc 101

Odostomia Humboldti, Jeff. . . . 115

— Humboldti, Tib 116

Parthenia bulinea, Low 116

Patella crepidula, Lin 111

Phasianella intermedia, Scac. . . 114

— pulla, Payr 114

— speciosa, Mtg 114


134

TABLE ALPHABETIQUE

Phasianella tennis, Mich. 94,113 à 115 Phasianella Vieuxii, Payr. . . . 114

Philbertia, Mtr 107

Philbertia contigua, Mtr. . . . 106,132

Physa conforta, Mich 94

Pisinna, Mtr 131

Pleurotoma bicolor, Risso. . . 103,107 Pleurotoma Comarmondi, M. 94,109

— corbis, Pot., Mich.. . . 131,132 Pleurotoma emarginatum, Loc. . . 111

— glacile, Phil 110

— inflata, Phil 100

Pleurotoma Leufroyi, Mich. . . 94,99

— Philberti, Mich. . 94,104 à 107

— Villiersii, Mich. . . 94,107,108 Pleurotoma zonalis, Chier. . . . 100

Pupa cylindriea, Mich 94

Raphitoma attenuatum, Mtg.. . 107,108

—■ gracilis, Weink, 110

— Villiersi, Loc 108

Rissoa Benzi, Arad 120

— cancellata, Desm. . . . . 126

— carinata, B. D. D 127

— carinata, Phil 128,129

Rissoa Chesnelii, Mich 95

— cingilus, Mich.. . .95,123,125

— crenulata, Mich. . . . 95,129

Rissoa Ehrenbergi, Phil 120

Rissoa exigua, Mich. . . . 95,128,129

— fragilis, Mich. . . . 95,121,122

— fulva, Mich 95,125

— Gougeti, Mich 95

— grossa, Mich 95,119

Rissoa Humboldti, Seg 115

Rissoa lactea, Mich. . . . 95,117,118

— lineolata, Mich 95,120

— marginata, Mich. . . . 95,122 Rissoa membranacea, Petit. ... 121 Rissoa minutissima, Mich. 95,129,130 Rissoa oblonga, Desm 121

— oenonensis, Brus 120

— picta, Wats 124

Rissoa pygmaea, Mich. . . 95,130,131 Rissoa pygmaea, Phil 130,131

Rissoa punctulum, Phil 131

Rissoa scalaris, Mich 95

Rissoa striatula, F. et H 127

Rissoa tridentata, Mich 95

— trochlea, Mich .... 95,127

Rissoa venusta, Phil 119

Rissoia grossa, Loc 118,119

— liliacina, Loc 119

— lineolata, Loc 120

— marginata, Loc 123

Rostellaria Serresiana, Mich.. . 94,98 Sabanea marginata, Mtr. . . . , 123 Scalaria tenuicosta, Mich . 94,102,104 Scalaria Turtonae, Jeff..... 103,104

— Turtonia, Risso . . 103

Sigaretus Kindelaninus, Mich. 94,96,97 Tornatella clathrata, Phil. ... 115 Tornatella lactea, Mich. . 94,115,116 Tornatella turriculata, Cale. ... 115 Tricolia pulla, Ris 114

— punctata, Ris 114

Trochus divaricatus, Lin 113

Trochus rarilineatus, M. . . 94,112,113 Turbo cancellatus, da Cost. . . 118 126

— cancellatus, Lk 118,126

— carinatus, da Cost 127

— cimex, Lin 126

— cingilus, Don 123

— cingilus, Mtg 123

— costatus, Ad 128,129

Turbo minutus, Mich. . . 94,100,101 Turbo pullus, Lin 114

— purpureus, Ris 112

— ruber, Ad 125

— striatus, Mtg 129

— sanguineus, Lp 112

— trifasciatus, Ad. 124

— Turtonae, Turt 103

— Turtonis, Turt 102,103

Turbonilla Humboldti, Ph 115

— Kuzmici, Brus 115

Vielliersia, Mtr 109

Zippora fragilis, Mtr 121

— membranacea, Loc. ... 121


DESCRIPTION

DES

AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

DU DJEBEL-OUACH

— PRÈS CONSTANTINE — PAR

G. SAYN

Communication faite à la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon dans sa séance du 6 juin 1890.

INTRODUCTION

Dans ses Etudes supplémentaires de paléontologie algérienne, publiées en 1880 dans le Bulletin de l'Académie d'Hippone, Coquand donna de courtes diagnoses d'une vingtaine d'ammonites nouvelles provenant du néocomien du Djebel-Ouach et de Duvivier (province de Constantine), malheureusement il n'en donna aucune figure, ce qui, comme le dit très bien M. Péron (Géologie de l'Algérie, p. 43), rend bien difficile la connaissance de ces formes. En 1886, M. Heinz, de Constantine, à qui Coquand était redevable d'une grande partie de ses matériaux, fit exécuter des planches photographiées, représentant la majeure partie des formes nommées par Coquand. M. Heinz n'avait malheureusement


136 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

pas entre les mains les échantillons types restés dans la collection du savant professeur de Marseille, il fut donc obligé de s'en remettre en partie à ses souvenirs et de s'aider parfois des diagnoses du Bulletin de l'Académie d'Hippone, de là dans certains cas quelques divergences entre les diagnoses originales et les figures des planches de M. Heinz.

Le premier examen d'une petite série que M. Heinz avait bien voulu m'envoyer me fit exprimer (Feuille des jeunes naturalistes, octobre 1889, p. 164) l'opinion que cette faune du Djebel-Ouach, généralement classée sur l'autorité de Coquand et à cause de la présence d'ammonites pyriteuses, au niveau du Valangien delphino-provençal à Hoplites Roubaudi et Belemnites Emerici, appartenait en réalité au Barrémien. L'étude des séries beaucoup plus complètes qui m'ont été ultérieurement communiquées n'a fait que confirmer cette détermination, au moins dans son ensemble et le présent mémoire en démontrera j'espère l'exactitude.

Au point de vue paléontologique mon but principal était d'étudier avec soin les espèces nommées par Coquand et d'en établir rigoureusement la synonymie ; malgré mes efforts, il en est resté quelques-unes dont je n'ai pu m'occuper, soit qu'elles ne fussent pas représentées dans mes séries, soit que je n'aie pas su les reconnaître; en revanche, un certain nombre de formes m'ont paru ne pouvoir être rapportées avec certitude à aucun type connu et j'ai dû leur donner un nom malgré ma répugnance à encombrer encore la nomenclature. Je me suis efforcé de le faire avec toute la réserve qu'imposait le mode de conservation de mes matériaux. Toutes les espèces du Djbel-Ouach sont en effet à l'état de moules pyriteux généralement assez bien conservés et permettant l'étude des


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 137

lobes, mais presque toujours de très petite taille: 2 a 3 centimètres de diamètre en moyenne; ce n'est que très exceptionnellement que j'ai eu à ma disposition des échantillons plus développés. On sait combien présente de difficultés l'étude des jeunes ammonites et de combien de chances d'erreur sont entachées les assimilations que l'on peut être amené à faire de ces individus jeunes avec des espèces décrites à l'état de moules calcaires de grande taille, comme la plupart de celles du Barrémien. Malgré tous mes soins, je ne puis me flatter de ne m'être pas laissé tromper dans certains cas par des caractères inhérents à l'âge de l'individu examiné, mais faciles à prendre pour des caractères spécifiques ; je fais donc d'avance toutes mes réserves sur ce point. Je n'ai pas cru cependant devoir pousser le scrupule jusqu'à me laisser arrêter par ces difficultés propres à l'étude des ammonites pyriteuses et à ne pas poursuivre l'étude d'une faune d'autant plus intéressante que ce mode de conservation permet l'examen des tours internes et même des tours embryonnaires d'un certain nombre d'espèces qui n'étaient jusqu'à présent, connues qu'à l'âge adulte.

Dans l'intention d'abréger le plus possible, j'ai réduit la synonymie au strict nécessaire, un index bibliographique donnera du reste le titre exact des ouvrages cités en abrégé dans le texte.

En terminant, qu'il me soit permis d'adresser mes plus vifs remerciements à tous ceux qui m'ont aidé dans cette étude : en première ligne à M. Heinz, à qui l'on doit faire honneur de tout l'intérêt que peut présenter ce travail, puisque seul il en a recueilli les. éléments et que c'est à sa très grande obligeance que j'en dois la communication; M. Kilian, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble, si connu par ses


138 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

beaux travaux sur le Néocomien, a, dans quelques cas difficiles, apporté avec la plus grande amabilité, le secours de son expérience à mes hésitations de débutant ; enfin M. Depéret, professeur de géologie à la Faculté des sciences de Lyon, avec une bienveillance dont je ne saurais lui être trop reconnaissant, a bien voulu présenter mon mémoire à la Société d'Agriculture de Lyon et en proposer l'impression.


GENRE I. — PHYLLOCERAS SUESS.

1. Phylloceras infundibulum D'ORBIGNY, sp.

1840. Ammonites infundibulum d'Orbigny, Paléont. franc. terr. cret., I,

p. 131, pl. XXXIX, fig. 4-5.

1840. Ammonites Rouyanus d'Orbigny, ibid., p. 362, pl. CX, fig. 4-5.

1880. Ammonites Rouyanus Coquand, Étude supplém., p. 14.

1880. Ammonites infundibulum Coquand, ibid., p. 14.

1880. Ammonites Baborensis Coquand, ibid., p. 26..

1886. Ammonites Baborensis Heinz, Foss. decr. p. Coquand, pl. I.

La synonymie de cette espèce est assez embrouillée ; d'Orbigny décrivit comme espèces distinctes A. infundibulum et A. Rouyanus, mais plus tard, dans le Prodrome, il les réunit. Cette opinion a souvent été contestée, récemment encore, M. Kilian (Lure, p. 267) conclut à la séparation des deux espèces : il se base particulièrement sur ce qu'on trouve abondamment dans les marnes aptiennes, Ph. Rouyi type, et qu'on ne le rencontre pas dans le Néocomien inférieur; M. Haug au contraire admet l'identité des deux espèces (Puezalpe, p. 196).

De mon côté, voici ce que je crois pouvoir ajouter, après un examen approfondi des nombreux matériaux que j'ai à ma disposition.

1. On trouve, dans le Néocomien inférieur de la Drôme,


140 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

des échantillons pyriteux qui paraissent correspondre assez exactement à Ph. Rouyi. Rare dans les marnes à Hopl. Roubaudi du Diois, l'espèce devient abondante dans les couches à Belemnites dilatatus et Grioceras Duvali (Hauterivien inférieur) de la chaîne de Raye.

2. Dans les marnes aptiennes, Ph. Rouyi est accompagné d'individus plus développés, qui par leur costulation sont au moins fort voisins de Ph. infundibulum type.

3. Tous les échantillons jeunes de Ph. infundibulum, que j'ai obtenus en brisant des individus adultes et bien typiques, ne présentent aucune trace de côtes et montrent seulement de fines stries, comme on en voit sur les échantillons bien conservés de Ph. Rouyi.

Quant aux individus d'Algérie dont Coquand avait fait son A. Baborensis, ils ne représentent absolument qu'un stade un peu plus développé de Ph. Rouyi; les lobes sont identiques à ceux de ce dernier, et vers le retour de la spire on aperçoit chez les échantillons bien conservés de fines stries qui devaient couvrir toute la coquille comme dans Ph. infundibulum jeune, quelques individus plus âgés montrent sur les flancs des traces de côtes exactement comme dans le stade correspondant de Ph. infundibulum.

Les très jeunes individus qui m'ont été envoyés sous le nom de Ph. Rouyi sont peut être un peu plus globuleux que les précédents, il ressemblent alors complètement aux figures de d'Orbigny et de Tietze (Banat, pl. IX, fig. 7). Quant à l'adulte (Ph. infundibulum), je n'en ai qu'un grand fragment calcaire, rappelant beaucoup les formes figurées par M. Uhlig (Werns dorf, pl. 4, fig. 1).

Djebel-Ouach, commun (Duvivier).


AMMONITIDES DU BARREMIEN 141

2. Phylloccras Thetys D'ORBIGNY, sp.

1840. Ammonites semistriatus d'Orbigny, Pal. franc, terr. cret., I pl., p. 138,

pl. XLI, fig. 3-4. 1840. Ammonites Thelys d'Orbigny, ibid., p. 174, pl. LIII, fig. 7-9.

Cette espèce est très commune au Djebel-Ouach : on l'y trouve en général à l'état de moules aplatis conservant des traces de stries vers la région siphonale ; un individu plus grand que les autres (30 millimètres) affecte la forme un peu plus renflée figurée par M. Neumayr (Geogr. Verbreit. de Jur. Formation, pl. unique, fig. 2) ; les lobes paraissent conformes à la figure de cet auteur (ibid., fig. 2).

Djebel-Ouach, très commun.

3. Phylloceras cfr. Thetys.

Pl. I, fig. 1, a b.

Echantillon très bien conservé où l'on voit distinctement

les stries égales et bien marquées de la région siphonale se

relier à des faisceaux de très fines costules qui partent de

'ombilic. Les flancs, sont aplatis, l'ouverture ovale, largement

échancrée par le retour de la spire.

J'ai constaté l'existence de faisceaux de fines costules sur plusieurs exemplaires du Barrémien français, généralement rapportés à Ph. Thetys, d'autre part beaucoup d'échantillons bien conservés de cette espèce n'en montrent aucune trace ; il y a là une question dont la solution ne peut en aucun cas être fournie par les matériaux que j'ai sous les yeux en ce moment.

Djebel-Ouach, rare.


142 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

4. Phylloceras cfr. Ernesti UHLIG.

Pl. I, fig. 2, a b.

1883. Phylloceras Ernesti Uhlig, Wernsdorf, p. 59, pl. IV, fig. 6. ? 1880. Ammonites Aspar Coquand, Étud. suppl., p. 366. ? 1886. Ammonite Aspar Heinz, Foss. decr., p. Coquand, pl. 4.

Je rapproche provisoirement de l'espèce d'Uhlig, déjà citée, du reste du Barrémien de la montagne de Lure par M. Kilian (Lure, p. 226) une série de Phylloceras de petite taille que leurs sillons coudés et leur forme aplatie, différencient facilement de Ph. Guellardi d'Orb., beaucoup plus renflé à diamètre égal et rapprochent un peu de Ph. Calypso, mais qu'il est bien difficile de déterminer exactement. Si leurs sillons plus droits et les traces de stries fines qui couvrent souvent la région siphonale permettent de les distinguer facilement de l'espèce valanginienne, on trouve dans les marnes aptiennes du midi de la France une belle espèce de ce groupe dont nos échantillons pourraient n'être que le jeune ; cependant il y a généralement 3-4 sillons seulement dans l'espèce nouvelle de l'aptien et on en compte en général 5-7 dans mes échantillons beaucoup plus petits cependant (le plus grand n'a que 30 millimètres). Par leur forme aplatie et leur lobes, ces échantillons se rapprochent beaucoup de Ph. Ernesti Uhlig; cette dernière forme a cependant les sillons plus droits et surtout plus nombreux, aussi n'est-ce qu'avec réserve que je propose cette assimilation.

Quoi qu'il en soit, on trouve des échantillons identiques à ceux d'Algérie soit dans le Barrémien supérieur (Cobonne) soit dans les marnes aptiennes du midi de la France (Gargas Barrème, etc.).

Il est possible que la forme nommée Am. Aspar par Coquand et M. Heinz soit une variété de l'espèce, elle aurait en ce cas un nombre de sillons (9-10) plus grand que dans la plupart


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 143

des échantillons que j'ai sous les yeux, mais l'état de conservation de l'unique échantillon qui m'ait été envoyé est trop mauvais pour me permettre d'être très affirmatif sur ce point.

Djebel-Ouach; assez commun.

5. Phylloceras Micipsa COQUAND, sp.

1880. Ammonites Micipsa Coquand, Étud. suppl., p. 24. 1886. Ammonites Micipsa Heinz. Foss. decr., p. Coquand, pl. I.

L'espèce décrite sous ce nom par Coquand et figurée par M. Heinz est une forme de petite taille médiocrement renflée, étroitement ombiliquée, les flancs sont, lorsqu'il existe des traces de test, ornés de fines stries rayonnantes, ils présentent 4-5 constrictions, presque rectilignes, dirigées en avant, larges et assez profondes chez les individus privés de test, l'accroissement est rapide, la première selle latérale est terminée par deux feuilles.

Par ses sillons, cette espèce rappelle certaines formes de l'aptien des Basses-Alpes, mais pour l'établir sérieusement, il faudrait des échantillons plus adultes et mieux conservés que les miens dont aucun n'est assez bon pour être figuré.

Djebel-Ouach. Rare.

GENRE II. — LYTOCERAS SUESS.

Les espèces du genre Lytoceras, si répandu d'ordinaire dans le Néocomien méditerranéen, sont assez mal représentées au Djebel-Ouach, sinon sous le rapport du nombre, au moins


144 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

sous celui de la conservation des échantillons. On ne trouve le plus souvent que des individus très jeunes, bien difficiles à déterminer dans un genre où les caractères distinctifs de beaucoup d'espèces n'apparaissent qu'à un assez grand diamètre. Au point de vue de la distribution verticale des espèces, il est à remarquer qu'une seule des quatre qui se trouvent au Djebel-Ouach est franchement barrémienne, c'est le Lytoceras crebrisulcatum Uhlig. ; les trois autres ont plutôt un facies aptien.

1. Lytoceras crebrisulcaltum, UHLIG.

1872. Ammonites quadrisulcatus, Tietze Banat, pl. IX, fig. 12.

1883. Lytoceras crebrisulcatum Uhlig, Wernsdorf, p. 67. p. 67, pl. V. f. 8.

Je rapporte à l'espèce du Barrémien de Wernsdorf et de Swinitza, de petits Lytoceras voisins de Lytoceras quadrisulcatum d'Orb. sp. dont ils diffèrent par leur accroisssement plus rapide, leur paroi ombilicale plus élevée, leurs tours moins nombreux, plus épais, moins arrondis. Ces divers caractères rapprochent beaucoup notre espèce de celle de M. Uhlig, ils sont du reste assez conformes à la figure donnée par Tietze qui est considérée par M. Uhlig comme représentant le jeune de son espèce. A ce diamètre les étranglement sont au nombre de cinq seulement par tour et les lobes paraissent plus voisins de ceux de Lyt. quadrisulcatum tels qu'ils sont figurés par M. Zittel (Stramberg, pl. 9, fig. 4) que de la figure d'Uhlig.

Djebel-Ouach; assez commun.

2. Lytoceras numidum COQUAND, sp.

Pl. I, fig. 3-4.

1880. Ammonites numidus Coquand, Étud. suppl., p. 22. 1886. Ammonites numidus Heinz, Foss. decr. pl. I.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 145

DIMENSIONS

Diamètre de l'individu figuré 0,030 millimètres.

Hauteur du dernier tour 0,013 —

Épaisseur — — 0,013 —

Largeur de l'ombilic 0,010 —

Espèce voisine de Lytoceras Juilleti type (Pal. franc. terr. crét., t. 1, pl. 50, fig. 1-3) dont elle se distingue par des tours plus épais, un accroissement plus rapide surtout en épaisseur et son ouverture légèrement échancrée par le retour de la spire. Ce dernier caractère la rapproche de Lytoceras oblique strangulatum Kilian (Lure, p. 202), dont l'éloigné son accroisssement plus rapide et surtout l'absence d'étranglements; elle est par contre très voisine d'une espèce encore inédite des marnes aptiennes des Basses-Alpes.

Djebel-Ouach, assez rare.

3 Lytoceras Duvali D'ORBIGNY, sp. var. Ibrahim Coquand.

Pl. I, fig. 3-6.

1840. Ammonites Duvalianus d'Orbigny, Paléont. franc, terr. cret., t. I, p. 188, pl. L, fig. 3-6. Heinz. ? 1880. Ammonites Ibrahim Coquand, Etud. suppl., p. 16. 1886. Ammonites Ibrahim Heinz, Foss. decr., pl. I.

DIMENSIONS DES INDIVIDUS FIGURÉS

Diamètre 0,033 millimètres, 0,011 millimètres.

Hauteur du dernier tour. 0,013 — 0,004 —

Épaisseur — — , 0,016 — 0,006 —

Largeur de l'ombilic. . . 0,013 — 0,003 —

L'étude du bel échantillon figuré (pl. I, fig. 5) me décide à rapporter à titre de variété à l'espèce aptienne la forme figurée par M. Heinz, malgré quelques divergences assez sensibles. Dans la forme algérienne l'ombilic est proportionnel - lement un peu plus large et surtout plus superficiel, les

6e SÉRIE, T. III. — 1890 10


146 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

étranglements sont plus nombreux à diamètre égal et un peu plus droits ; le jeune (pl. I, fig. 6) paraît moins épais que dans la forme française et porte des étranglements larges et bien marqués.

Je ne suis pas absolument certain de l'identité du type figuré par M. Heinz et de celui visé par Coquand.

Djebel-Ouach; assez commun à l'état jeune.

4. Lytoceras Jauberti D'ORBIGNY. sp.

Pl. I, fig. 7, ab c.

18-50. Ammonites Jaubertianus d'Orbigny, Journal de Conchyliologie, t. I, pl. VIII, fig. 5-6.

Les deux individus de cette espèce que j'ai sous les yeux sont bien conformes à des échantillons de l'aptien des Basses-Alpes et leur détermination peut, je crois, être considérée comme certaine.

Je ferai remarquer à ce propos que, dans les marnes aptiennes de la Drôme et des Basses-Alpes, on trouve avec le Lyt. Jauberti type une variété à carène ombilicale un peu émoussée ; par suite la région ventrale est plus arrondie et moins carrée, certaines formes extrêmes ont les tours moins déprimés que le type et tendent alors un peu vers certaines formes du groupe de Lyt. Juilleti d'Orb. sp.

Mes échantillons d'Algérie sont intermédiaires entre ces deux variations, très voisins du type, ils ont cependant la région siphonale plus arrondie que dans la figure de d'Orbigny.

Le Lyt. Jauberti n'a je crois encore été trouvé que dans les marnes aptiennes de la région delphino-provençale (Drôme, Hautes et Basses-Alpes).

Djebel Ouach; très rare.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 147

GENRE III. — MACROSCAPHITES MEEK

Le genre Macroscaphites est représenté au Djebel-Ouach par trois espèces dont deux déjà décrites et dont le déroulement a été constaté, quant à la troisième (Macroscaphite nov. sp. indéterminée), mes échantillons ne montrent aucun déroulement; j'ai cru cependant devoir par analogie les ranger dans le genre Macroscaphites. Il faut bien avouer du reste que, avec des échantillons aussi petits, la distinction des genres Macroscaphites et Costidiseus est à peu près impossible, elle n'offrirait du reste qu'un médiocre intérêt, la signification stratigraphique des deux genres étant à peu près la même.

1. Macroscaphites cfr. binodosus UHLIG. 1883. Macroscaphites binodosus Uhlig, Wernsdorf, p. 83, pl. IX, fig. 7.

J'ai sous les yeux un enroulement, médiocrement conservé par malheur, qui me paraît appartenir à cette intéressante espèce. La forme générale, la présence de tubercules assez forts vers la moitié externe du dernier tour, le nombre et l'allure des stries intercalées, se rapportent bien au type de Wernsdorf; la seule divergence sérieuse est l'extrême atténuation de la rangée interne de tubercules; tandis que les tubercules externes sont bien développés, ceux de la rangée interne au contraire sont très réduits, les premiers surtout, à tel point qu'ils ne forment plus qu'un léger renflement de la strie et qu'il m'a fallu une certaine attention pour en consta-


148 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

ter l'existence, même vers le tiers externe du dernier tour où ils sont le mieux marqués.

Les tubercules paraissent manquer sur les tours internes, la région siphonale est élargie et un peu carrée, les côtes la traversent sans s'atténuer ni s'infléchir; l'ombilic est relativement profond, plus en tout cas que dans les autres espèces du genre. Ce que je puis voir des lobes, trop mal conservés pour être décrits, me paraît pleinement justifier l'attribution de cette forme aux Lytocératidés.

Le Macroscaphites binodosus a été décrit du Barrémien de Wernsdorf; des formes du même groupe existent dans le Barrémien du Tyrol et de Barrême.

Djebel-Ouach; très rare.

Macroscaphites striatisulcatus D'ORBIBNY, sp.

Pl. I, fig. 8-9.

1840. Ammonites striatisulcatus d'Orbigny, Pal. franc, terr. cret. I. p.

pl. XLIX, fig. 4-7. 1888. Macroscaphites striatisulcatus Kilian, Lure, p. 267.

Une partie de mes échantillons se rapporte très bien aux descriptions et figures de d'Orbigny; la costulation fine et serrée, la forme des tours, celle de l'ombilic, ne peuvent laisser aucun doute sur leur détermination, ils montrent cependant une légère différence avec les individus de Gargas; chez ces derniers, la moitié au moins des côtes est bifurquée, tandis que dans mes échantillons, comme du reste dans le type de la Paléontologie française, les côtes bifurquées sont rares.

A côté de cette forme parfaitement typique, il y en a une autre qui, à diamètre égal, est beaucoup plus épaisse, la costulation est plus grossière et les côtes plus écartées, surtout sur le dernier tour; les côtes bifurquées sont encore plus


AMMONITIDES DU BARREMIEN 149

rares que dans la forme précédente. Cependant le faciès général restant le même, je n'ose séparer complètement ces individus du Macrosc. striatisulcatus et me borne à les considérer comme une variété (var. afra), du type de d'Orbigny. Si de nouveaux matériaux venaient ultérieurement à en démontrer la nécessité, il serait du reste facile d'élever cette variété au rang d'espèce.

Djebel-Ouach. Forme type assez rare; var. afra plus commune.

Macroscaphites NOV. SPEC,, indéterminée. Pl. I, fig. 10.

Je figure un enroulement trop petit pour que j'ose lui imposer un nom, mais qui me semble distinct des autres formes de ce groupe. L'ombilic est profond et assez étroit, les tours très épais, l'accroissement rapide ; les côtes fines, serrées et peu saillantes, sont dirigées en avant; quelques-unes sont bifurquées; la région siphonale est large et un peu aplatie; l'ouverture un peu déprimée en haut est presque deux fois plus large que haute.

Ces différents caractères et surtout un ombilic relativement étroit rendent cette forme facile à reconnaître.

GENRE IV. — PULCHELLIA UHLIG

Le genre Pulchellia a été établi et très bien délimité en 1883 par M. Uhlig (Wernsdorf, p. 122), mais sa place systématique n'est pas encore absolument fixée ; M. Uhlig l'a rangé, avec doute il est vrai, dans le voisinage des Hoplites,


150 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

et cette opinion paraît avoir prévalu jusqu'à présent; mais dernièrement, dans une remarquable communication sur les Cératites de la craie (Compte rendu sommaire, séance du 17 mars 1890), M. Douvillé a fait ressortir les affinités des Pulchellia avec les formes crétacées rangées autrefois dans le genre Buchiceras, et pour lesquelles il propose le genre Tissotia.

Ce n'est pas, je l'avoue, sans une vive satisfaction, que j'ai vu émettre par un savant aussi compétent dans l'étude des Ammonitides que M. Douvillé, des idées analogues à celles où m'avaient amené l'étude des Pulchellia algériens et que j'avais déjà eu le plaisir de voir partagées par M. Kilian.

Il est du reste certain qu'avec leurs lobes denticulés, leurs selles larges et peu découpées, leurs lobes et selles auxiliaires disposés presque comme dans les Cératites et leurs flancs lisses au moins dans le jeune, certaines espèces d'Algérie, Pulchellia Sauvageaui, par exemple, se rapprochent des vrais Oxynoticeras. Pulchellia Sauvageaui s'écarte, il est vrai, beaucoup des autres espèces du genre par son ornementation toujours peu visible à l'oeil nu, même à peu près nulle le plus souvent, et qui n'est pas sans rappeler celle des Oxynoticeras; son contour siphonal simplement arrondi et comprimé dans les très jeunes échantillons, au lieu d'être tronqué comme dans les individus plus développés, rapproche encore cette espèce des Amalthei (s. l.). De plus,contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des Pulchellia, les lobes sont très rapprochés et les selles présentent dans dite espèce une courbure, dont la concavité regarde l'ombilic, caractère qui se retrouve chez certains Oxynoticeras (Am. Oxynotus, par exemple). Mais Pulchellia Sauvageaui est intimement relié aux autres espèces du genre par Pulchellia Changarnieri, qui avec un jeune lisse comme Pulchellia Sauvageaui, présente vers la fin du dernier tour de grosses côtes caractéristiques du genre. Dans Pulchellia Changamieri, les lobes fort éloi-


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 151

gnés les uns des autres se rapprochent de ceux des Pulchellia typiques et notamment de Pulchellia aff. Karsteni Uhlig (Wernsdorf, pl. XX, fig. 3). Ces selles ne montrent aucune courbure, mais les lobes et selles auxiliaires ont gardé le caractère de Cératites (1).

Ces deux espèces et Pulchellia Ouachensis qui s'y rattache étroitement forment un petit groupe dont font probablement partie les espèces voisines de Pulchellia pulchella, et qui est nettement caractérisé par une ligne suturale aux lobes larges et denticulés; les lobes et selles auxiliaires ressemblant à ceux des Cératites, un accroissement très rapide ne laissant qu'un très petit ombilic et l'absence d'ornementation sur la région ombilicale du jeune. A en juger d'après Pulchellia Sauvageaui et Pulchellia Ouachensis, la région siphonale des tours embryonnaires est arrondie et comprimée à peu près comme dans Desmoceras strettostoma Uhlig. Ce sont donc des espèces qui ont gardé des caractères amalthéiformes très prononcés, au moins dans le jeune.

Par contre, les espèces qui se rattachent aux Pulchellia ■ subcaicedi et provincialis sont nettement caractérisées par une ornementation vigoureuse, visible dès les tours embryonnaires, un accroissement en général moins rapide, des sutures le plus souvent très éloignées les unes des autres et remarquables par le grand développement en largeur des selles et l'amoindrissement des lobes très étroits et peu découpés. Ce

(1) Chez quelques Pulchellia, le premier lobe latéral n'est pas symétrique et présente la particularité d'être d'une façon plus ou moins nette, terminé par des parties paires sur un flanc et impaires sur l'autre. Le lobe siphonal des Pulchellia étant médian ou à peu près, cette asymétrie dans la structure et le développement mais non dans la position du premier lobe latéral ne peut, il me semble, pas être comparée à l'asymétrie causée dans les lobes de Am. heteropleurus Neumayr et Uhlig pour le changement de position du siphon. J'ai observé cette asymétrie dans quatre espèces : P. Changarnieri et P. Ouachensis dans le premier groupe, P. Coronaloïdes et P. Danremonli dans le second; elle arrive à son maximum dans P. Changarnieri et P. Coronaloïdes et montre que, dans l'étude des Pulchellia, ii ne faut pas attacher beaucoup d'importance à la terminaison paire ou impaire des lobes, ce caractère pouvant varier d'un flanc à l'autre de l'individu examiné.


152 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

groupe est fortement spécifié et il serait difficile sans son intime liaison avec le précédent de reconnaître ses véritables affinités, d'autant plus que quelques formes, Pulchellia hoplitiformis, par exemple, montrent des caractères hoplitiformes assez prononcés.

En résumé, je serais disposé à considérer les Pulchellia comme un rameau voisin des Oxynoticeras, rameau dont les formes les plus aberrantes ont des caractères extérieurs de Hoplites, mais se laissent facilement ramener au type par l'examen de leur ligne suturale.

Il est intéressant de voir le brusque épanouissement du genre Pulchellia, apparaissant fortement caractérisé dans le Barrémien sans que pour le moment on puisse le rattacher à aucune des formes du Néocomien inférieur. C'est probablement hors d'Europe comme l'a déjà dit M. Uhlig qu'il faudra chercher les ancêtres immédiats des Pulchellia. En Europe le genre est confiné dans le Barrémien, il n'a pas encore été trouvé plus haut; d'après les recherches de M. Kilian et les miennes, il serait caractéristique de la partie inférieure de l'étage (niveau de Combe-Petite).

Le genre Pulchellia est représenté au Djebel-Ouach par onze espèces, proportion très forte, qui ne se retrouve que dans le Barrémien de Colombie. Par compensation, il est vrai, chacune de ces espèces, Pulchellia Sauvageaui et Pulchellia Ouachensis exceptés, n'est représentée que par un très petit nombre d'échantillons. Cette variété de formes du genre Pulchellia est un des caractères les plus saillants de la faune barrémienne d'Algérie.

Considérées au point de vue de leurs affinités spécifiques, ces onze espèces peuvent se grouper de la façon suivante :

I. Groupe de P. Sauvageaui et P. Pulchella. 1. Palchellia Sauvageaui Hermite, sp.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 153

2. Pulchellia Changarnieri Sayn.

3. Pulchellia Ouachensis Coquand, sp.

II. Groupe de P. provincialis et P. subcaicedi (1).

4. Pulchellia sp. ind.

5. Pulchellia Heinzi Coquand, sp.

G. Pulchellia Danremonti Sayn.

7. Pulchellia hoplitiformis Sayn.

8. Pulchellia subcaicedi Sayn.

9. Pulchellia coronaloïdes Sayn.

10. Pulchellia provincialis d'Orbigny, sp.

11. Pulchellia cfr. Caicedi Karsten, sp.

1. Pulchellia Sauvageaui HERMITE,. sp.

Pl. I, fig. 11-12.

1879. Ammonites Sauvageani Hermite, Géol. des Baléares, p. 318, pl. IV,

fig. 4-8.

1880. Ammonites Dutrugei Coquand, Etud. suppl., p. 17. 1886. Ammonites Dutrugei Heinz, Foss..decr., pl. I.

DIMENSIONS

Diamètre 0,021 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,012 —

Épaisseur — — . . . . 0,006 —

Largeur de l'ombilic 0,002 —

Coquille discoïdale, comprimée, très aplatie, flancs très légèrement convexes, ornés seulement de costules peu saillantes qui partent de l'ombilic et décrivent un sinus en avant sur les flancs; elles ne sont nettement visibles que sur les échantillons jeunes et très bien conservés. Région siphonale tronquée et légèrement excavée, ce qui la fait paraître comme bicarénée. Ombilic très petit, non caréné à son pourtour.

(1) Ce second groupe très distinct du premier, tant par les lobes que par la forme du jeune et celle de la région siphonale, devra probablement être érigé en sous-genre ; dans ce cas je proposerai pour lui le nom de Heinzia, la dénomination de Pulchellia (s. s.) me paraissant devoir être réservée aux formes du groupe de Pulch. pulchella.


154 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Ouverture très comprimée, en forme de fer de lance, tronquée en haut et très échancrée en bas par le retour de la spire. Accroissement des tours très rapide.

Lobes très rapprochés, au nombre de quatre de chaque côté. Le lobe siphonal, très court et divisé en deux branches, est généralement placé au milieu de la région siphonale, parfois il est légèrement dévié, mais jamais d'une façon importante ; la selle siphonale très large est divisée en deux parties par un lobule accessoire, elle présente une courbure dont le côté concave est tourné vers l'ombilic; le premier lobe latéral, large et assez profond, est denticulé et paraît divisé en parties paires ; la selle latérale est denticulée, le deuxième lobe latéral petit et peu découpé, les lobes et selles petits et presque entiers.

Cette espèce subit avec l'âge des modifications importantes ; les tours embryonnaires sont arrondis et très renflés ; au stade suivant la coquille s'aplatit et le contour siphonal est aminci et arrondi comme dans Desmoceras strettostoma Uhlig, puis il présente un méplat et finit par se creuser légèrement. L'ornementation nettement visible chez les individus jeunes et bien conservés, est très obsolète et ne larde pas à disparaître presque entièrement.

Les lobes de cette espèce rappellent un peu ceux de Am. oxynotus Quenstedt, jeune, dont Pulchellia Sauvageaui a quelque peu l'ornementation. Cette forme lisse et à lobes très rapprochés est certainement peu normale pour une Pulchellia, mais ses rapports avec les espèces suivantes sont trop évidents pour pouvoir la classer dans un genre différent ; il est du reste possible que, ainsi que cela a lieu dans l'espèce suivante, elle prenne une ornementation plus accusée à un âge plus avancé. On peut en somme la considérer comme un Pulchellia ayant gardé à un degré élevé des caractères ancestraux.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 155

L'attribution de la forme algérienne nommée par Coquand lm. Dutrugei au type d'Hermite, paraît à peu près certaine, bien qu'il m'ait été malheureusement impossible de comparer directement la forme d'Algérie avec celles des Baléares. La seule différence qu'on remarque entre mes échantillons et les figures et descriptions d'Hermite est l'atténuation de l'ornementation chez les échantillons algériens d'un diamètre correspondant à celui de l'individu qu'il a figuré.

Djebel-Ouach; commun. Coquand le cite aussi de Duvivier.

2. Pulchellia Changarnieri NOV. SP.

Pl. I, fig. 13, a b c D. DIMENSIONS

Diamètre 0,023 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,014 —

Épaisseur — — .... 0,007 —

Largeur de l'ombilic 0,003 —

Coquille discoïdale, très comprimée, composée de tours légèrement convexes, le maximum d'épaisseur étant au bord de l'ombilic, s'accroissant très rapidement, invisibles dans l'ombilic; région siphonale un peu comprimée, tronquée et légèrement excavée comme dans l'espèce précédente. Flancs entièrement lisses jusque vers le milieu du dernier tour, ornés ensuite de côtes falciformes, larges, peu saillantes, séparées par des intervalles moindres qu'elles-mêmes; ces côtes partent du milieu des flancs et traversent la région siphonale qu'elles font paraître comme dentelée. Le pourtour de l'ombilic et toute la moitié interne des flancs sont lisses L'ombilic est très petit, à bords arrondis. L'ouverture est très comprimée, en forme de fer de lance, tronquée en en haut et largement échancrée en bas par le retour de la spire.


156 AMMONITIDES DU BARREMIEN

Lobes assez éloignés les uns des autres et. peu découpés : le siphonal, très court, divisé en pointes, ne paraît pas rigoureusement placé sur la ligne médiane; la selle siphonale, très large, arrondie et peu découpée, est légèrement bilobée; le premier lobe latéral assez long, moins large que la selle siphonale; présente sur l'échantillon type la particularité singulière d'être nettement pair sur un des flancs et presque impair sur l'autre. Je ferai remarquer à ce propos que les variations de peu d'importance de la forme des lobes sont fréquentes dans les espèces de ce groupe, soit d'un individu à l'autre, soit parfois sur le même; la première selle latérale est large, arrondie et peu denticulée ; le deuxième lobe latéral très petit, à peine découpé, les lobes et selles auxiliaires très petits, arrondis et à bord presque entiers; d'une façon générale les selles sont plus larges que les lobes.

Cette espèce, assez voisine de Pulchellia pulchella d'Orb. var. compressissima, s'en distingue facilement par ses lobes plus nombreux et ressemblant à ceux de Pulchellia affr. Karsteni Uhlig (Wernsdorf, pl. XX, p. 3), par ses côtes simples et falciformes, et surtout par ses flancs entièrement lisses à un diamètre où tous les Pulchellia pulchella que j'ai examinés montrent des côtes vers la région siphonale. Ce stade lisse persiste plus ou moins longtemps suivant les individus; sur le type les côtes n'apparaissent que vers le milieu du dernier tour; dans un autre échantillon plus petit (20 millimètres) elles se montrent plus tôt et couvrent les deux tiers du dernier tour. Pendant ce stade lisse, l'espèce ressemble beaucoup à Pulchellia Sauvageaui, mais ses lobes moins larges, de forme un peu différente et surtout beaucoup plus écartés, pourront servir à la distinguer assez facilement.

Djebel-Ouach; deux échantillons


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 157

3. Pulchellia Ouachensis COQUAND, sp.

Pl. I, fig. 11-13.

1888. Ammonites Ouachensis Coquand, Étud. suppl., p. 22.

1880. Ammonites Ouachensis Heinz, Foss. decr., p. Coquand, pl. I.

Coquille discoïdale comprimée, formée de tours très embrassants; visibles dans l'ombilic sur une très petite partie de leur largeur; ornée autour de la région siphonale de cotes dirigées en avant, assez larges, nombreuses, aplaties et séparées par des intervalles moindres qu'elles-mêmes. Ces côtes ne sont bien marquées que sur le pourtour siphonal, elles donnent naissance à de fines costules un peu flexueuses, à peine visibles sur les flancs et qui viennent se souder autour de l'ombilic à des renflements tuberculiformes qui ne sont nettement visibles que sur la seconde moitié du dernier tour; il y a un de ces tubercules pour cinq à six côtes externes. Les flancs sont aplatis, le maximum d'épaisseur se trouve vers leur milieu ; l'ombilic est petit, la région siphonale, un peu comprimée, présente une bande lisse dominée de chaque côté par l'extrémité des côtes; l'ouverture est subtriangulaire, tronquée en haut par le méplat siphonal, un peu échangée en bas par le retour de la spire.

Lobes un peu plus découpés que dans les formes précédentes. Le siphonal court, divisé en deux par une selle accessoire arrondie ; selle siphonale assez étroite, nettement bilobée ; premier lobe latéral très large, de forme arrondie, denticulé à l'extrémité, il parait pair, mais les branches qui le terminent sont inégalement développées et la terminaison paire est moins nette que dans P. Sauvageaui; selle latérale étroite ; deuxième lobe latéral peu développé; lobes et selles accessoires, au nombre de deux de chaque côté, très petits,


158 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

arrondis et peu découpés. Les lobes sont assez rapprochés les uns des autres.

Les variations de cette espèce sont assez importantes ; dans les jeunes individus, l'ornementation est généralement moins accentuée ; les tubercules ombilicaux disparaissent et la terminaison paire du premier lobe latéral est plus nette. A un plus grand diamètre, les seules variations de quelque intérêt portent sur l'épaisseur, sur la costulation qui est plus ou moins serrée suivant les individus, sur l'écartement des lobes et même leur forme qui varie un peu d'un échan - tillon à l'autre. Dans les formes de ce groupe, les lobes paraissent du reste varier plus que dans d'autres groupes ; parfois même le premier latéral d'une même suture varie un peu de forme d'un flanc à l'autre. La selle latérale présente une courbure assez prononcée.

Dans un échantillon qui m'a obligeamment été communiqué par M. Kilian et que je rapporte avec quelque doute à l'espèce à titre de forme extrême, l'ombilic est plus étroit, les tubercules ombilicaux manquent, les côtes sont simplement atténuées sur la région siphonale, les costules des flancs bien marquées ; par suite de rétrécissement de l'ombilic il y a un ou deux lobules auxiliaires de plus ; en outre, les lobes sont beaucoup plus écartés que dans le type et sont nettement pairs.

Par sa forme aplatie, son ornementation très effacée sur les flancs et ses lobes, cette espèce se distingue facilement de ses congénères ; elle ressemble un peu à Pulchellia pulchella Karsten, non d'Orbigny (Geol. Verhatm, pl. II, fig. 9), mais la forme des tours est bien différente. L'ornementation de Pulchellia ouachensis rapproche cette espèce des formes typiques du genre, mais ses lobes et surtout la forme du premier latéral me la fait ranger dans le groupe de P. Sauvageaui. Aucun de mes échantillons n'atteint les dimensions


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 159

indiquées par Coquand (29 millimètres). Voici du reste celles des deux échantillons figurés :

DIMENSIONS

(1) (2)

Diamètre 0,016 millimètres. 0,014 millimètres.

Hauteur du dernier tour. 0,008 — 0,008 —

Épaisseur — — . 0,005 1/2 - 0,004 —

Largeur de l'ombilic. . 0,003 — 0,001 1/2 —

Djebel-Ouach; assez commun.

4. Pulchellia SP. IND.

1886. Ammonites Gildon Heinz, Foss. decr. p. Coquand, p. 3, non A. Gildon Coquand, Etud. suppl., p. 308, 1880.

M. Heinz a figuré sous ce nom une forme très éloignée de celle visée par la diagnose de Coquand et appartenant au genre Pulchellia; c'est une petite espèce, écrasée et peu déterminable, mais remarquable par sa costulation fine, serrée et régulière. Les côtes, simples et flexueuses, sont nettement interrompues sur le dos, ce qui, d'après Coquand, n'a pas lieu dans Am. Gildon.

Les lobes, très éloignés les uns des autres, ressemblent un peu à ceux de l'espèce suivante, mais le premier latéral est plus large et moins profond.

5. Pulchellia Heinzi COQUAND in HEINZ, sp.

Pl. II, fig. 5, a b c.

1880. Ammonites Heinzi Coquand, Etud. suppl. p. 18.

1880. Ammonites Heinzi Heinz, Foss. decr. p. Coquand, pl. I.

DIMENSIONS DE L'ÉCHANTILLON (fig. ).

Diamètre. 0,013 millimètres.

Largeur du dernier tour. . . . 0,008 —

Epaisseur — — .... 0,004 —

Largeur de l'ombilic 0,002 —


160 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Je ne sais pas au juste ce que Coquand a nommé Ammonites Heinzi, la plupart des échantillons qui m'ont été adressés sous ce nom appartiennent à Pulchellia provincialis, mais dans ses planches M. Heinz a donné une excellente figure d'une petite espèce qui ne concorde peut être pas exactement avec la diagnose de Coquand, mais qui en est à coup sûr très voisine ; il me parait donc possible, bien que cela ne soit peut-être pas absolument régulier, de conserver à l'espèce figurée le nom de Pulchellia Heinzi.

Cette petite forme du groupe de Pulchellia Sellei Rilian, se distingue des espèces voisines par un enroulement rapide, des côtes presque droites, fortes, espacées, saillantes, iné - gales, simples sur presque tout le dernier tour et terminées à la région siphonale par un tubercule assez fort et non canaliculé. Les flancs sont comprimés, l'ombilic très petit, la région siphonale creusée d'un sillon large et assez profond.

Les lobes peu découpés sont fort éloignés les uns des autres, les selles sont beaucoup plus larges que les lobes. Lobe siphonal court, divisé en deux et placé au milieu de la région siphonale; la selle siphonale est très développée en largeur et bilobée ; le premier lobe latéral, étroit et assez profond, est terminé par deux pointes; selle latérale large et peu découpée; deuxième lobe latéral très réduit; lobe auxiliaire placé sur la paroi ombilicale.

Djebel-Ouach. Un échantillon.

6. Pulchellia coronatoides NOV. SP.

Pl. I, fig. 1-2. DIMENSIONS DES ÉCHANTILLONS FIGURÉS

Diamètre 0,017 millimètres. 0,018 millimètres.

Hauteur du dernier tour. 0,006 — 0,003 1/2 —

Epaisseur — — . 0,007 — 0,006 1/2 —

Largeur de l'ombilic.. . 0,007 — 0,008 —


AMMONITIDES DU BARREMIEN 161

Coquille orbiculaire, peu comprimée, assez épaisse, largement ombiliquée, les tours étant visibles dans l'ombilic sur un tiers environ de leur largeur. Les flancs, médiocrement arrondis, sont ornés autour de l'ombilic de 16-20 côtes saillantes, épaisses, falciformes, séparées par des intervalles beaucoup plus larges qu'elles-mêmes; de ces côtes, les unes restent simples, les autres se bifurquent à une hauteur variable et alternent avec les autres d'une façon assez irrégulière; vers la fin du dernier tour les côtes simples sont les plus nombreuses; un échantillon un peu plus grand que le type montre même qu'à partir du diamètre de 12 millimètres il n'y a plus de côtes bifurquées. Dans le jeune, au contraire, il règne autour de l'ombilic une rangée de tubercules volumineux d'où partent les côtes, simples quelquefois, mais le plus souvent par deux ; ce stade, coronaliforme qui rappelle celui des Sonninia est encore nettement visible vers le retour de la spire du type; dans un autre échantillon plus petit, plus étroitement ombiliqué et à tours plus arrondis, il persiste un peu plus longtemps. Toutes les côtes se terminent au bord de la région siphonale sans former de tubercules ni s'épaissir sensiblement. Région siphonale lisse, creusée d'un sillon assez étroit, mais relativement profond ; ouverture quadrangulaire à peu près aussi haute que large, les flancs étant presque plats.

Lobes trop mal conservés pour être décrits en détail ; ils paraissent très rapprochés et présentent le singulier caractère que j'ai déjà signalé d'avoir le premier lobe latéral très inégalement développé sur les deux flancs (1).

(1) Un échantillon mal conservé qui m'a été ultérieurement communiqué me permet de donner quelques détails sur cette ligne suturale intéressante dont le dessinateur n'a malheureusement reproduit que la moitié : le siphon est médian, le lobe siphonal est assez long et terminé par deux pointes, ces lobes sont très rapprochés, le corps des selles et des lobes sont larges et peu découpés; la selle siphonale est large et bilobée, le premier lobe latéral est asymétrique, sur l'un des flancs (celui dont les lobes sont reproduits pl. II, fig. 2, c) il est large et nettement trifide, sur l'autre il est étroit et terminé par deux branches.

6e SÉRIE, T. III. — 1890 11


162 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Cette espèce ne peut être confondue avec aucune autre : son ornementation très particulière et son large ombilic la feront toujours facilement reconnaître.

Djebel-Ouach; rare.

7. Pulchellia hoplitiformis NOV. SP.

Pl. II, fig. 4. DIMENSIONS

Diamètre 0,018 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,008 —

Épaisseur — — .... 0,007 —

Largeur de l'ombilic 0,004 —

Coquille comprimée, tours plus hauts que larges, s'enroulant rapidement, médiocrement arrondis, visibles dans l'ombilic sur un tiers environ de leur largeur. Flancs ornés de côtes nombreuses, trente environ vers la région siphonale du dernier tour, relativement fines et serrées, peu saillantes et presque droites, quelques-unes sont simples, mais la plupart se bifurquent vers le tiers interne des flancs ; on remarque ■aussi quelques côtes intercalées n'atteignant pas l'ombilic; toutes ces côtes sont légèrement tronquées en arrivant au bord de la région siphonale; celle-ci présente une bande lisse assez large, dominée par l'extrémité des côtes. Ombilic assez étroit, paroi ombilicale arrondie; ouverture un peu plus haute que large, ovale, tronquée en haut, échancrée en bas par le retour de la spire.

Les lobes, peu découpés, sont assez rapprochés les uns des autres; le siphonal est très petit, divisé en deux pointes; la selle siphonale est très large et bilobée ; le premier lobe latéral est petit et grossièrement trifide, la première selle latérale est large et peu découpée, les lobes et selles suivants arrondis et entiers ; il y a deux auxiliaires presque microscopiques, l'un sur le bord de l'ombilic, l'autre vers la suture.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 163

Ses côtes fines et serrées, son enroulement rapide et sa faible épaisseur, distinguent cette espèce de toutes celles décrites jusqu'à ce jour ; elle a par contre de grands rapports avec une forme encore inédite du barrémien de Rougon. Sa costulation lui donne un peu l'aspect de certains hoplites.

Djebel-Ouach ; un seul échantillon.

8. Pulchellia Danremonti NOV. SP.

Pl. II, fig. 3. DIMENSIONS DE L'ÉCHANTILLON FIGURÉ

Diamètre 0,013 1/2 milllimètres.

Hauteur du dernier tour. . . 0,006 —

Épaisseur — — . . . 0,006 —

Largeur de l'ombilic. . . . 0,004 —

Espèce très voisine de la précédente par sa forme générale et son ornementation; on l'en distinguera par son enroulement moins rapide, les tours restant visibles dans l'ombilic sur la moitié environ de leur largeur, ses flancs plus arrondis, ses côtes plus fortes, plus saillantes, plus espacées, à peu près toutes bifurquées. Lobes plus larges et surtout beaucoup plus écartés que dans Pulchellia Ouachensis ; premier lobe latéral assez nettement divisé en deux branches, au moins sur l'un des flancs, beaucoup moins distinctement sur l'autre.

Djebel-Ouach; très rare.

9. Pulchellia subcaicedi NOV. SP.

Pl. II, fig. 6. DIMENSIONS DE L'ÉCHANTILLON FIGURÉ

Diamètre 0,013 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,006 —

Épaisseur — —.... 0,007 —

Largeur de l'ombilic 0,003 —


164 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

J'inscris sous ce nom une petite espèce très voisine de Pulchellia Caicedi Karsten (Geol. Verhält., pl. III, fig. 2), dont, elle a la forme générale et l'ornementation ; celle-ci consiste comme dans Pulchellia Caicedi en grosses côtes espacées dont la plupart sont bifurquées vers le milieu des flancs ; toutes portent à la hauteur du point de bifurcation une nodosité plus accentuée sur les côtes bifurquées que sur celles qui ne le sont pas; ces côtes sont ensuite atténuées vers le tiers externe des flancs et se terminent au bord de la région siphonale par un renflement en forme de tubercule tronqué, dont l'extrémité, simplement obtuse, ne montre pas de canaliculation.

L'interruption siphonale est assez large, l'ouverture presque carrée, les flancs un peu aplatis, l'ombilic relativement large.

Les lobes, très espacés, sont très peu découpés ; je serais même assez porté à croire qu'ils n'ont pas encore tous leurs caractères sur l'échantillon que j'ai sous les yeux. Le siphonal est assez long, la selle siphonale très large et peu découpée est bilobée, le premier lobe latéral, extrêmement réduit, n'a qu'une seule pointe, le deuxième lobe latéral et l'auxiliaire sont si petits, qu'ils pourraient être regardés comme de simples dentelures de la selle latérale.

Notre espèce est voisine de Pulchellia Caicedi Karsten sp. (Geol. Verhält., pl. III, f. 2) et de Pulchellia Lindigi Karsten sp. (loc. cit., pl. III, f. 3). Elle se distingue de Pulchellia Caicedi par son ombilic plus large, laissant voir les tours internes sur près de la moitié de leur largeur et par ses côtes atténuées sur le milieu des flancs, côtes dont l'extrémité siphonale en forme de tubercule ne montre pas la canaliculation caractéristique des espèces voisines de Pulchellia provincialis; ce dernier caractère la distingue aussi


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 165

de Pulchellia Lindigi dont la costulation est du reste plus serrée.

Djebel-Ouach; très rare.

L'ornementation de cette espèce est déjà nettement accusée sur des échantillons de 0,010 millimètres.

10. Pulchellia cfr. P, Caicedi KARSTEN sp.

1856. Ammonites Caicedi Karsten, Geogr. Verhält. d. West. Columbien, p.107, pl. III, fig. 2.

Un petit échantillon, assez mal conservé malheureusement, paraît se rapporter assez exactement à l'espèce de Colombie. La forme générale, l'ensemble de l'ornementation, la largeur de l'ombilic, sont identiques à celles du type de Karsten; les tubercules siphonaux montrent bien la canaliculation caractéristique des espèces de ce groupe, seulement je remarque quelques côtes simples dès le milieu des flancs, tandis qu'elles n'apparaissent que vers l'ouverture dans la figure de Karsten ; en outre les tubercules des flancs sont beaucoup plus accentués sur les côtes bifurquées que sur les autres et l'épaisseur beaucoup moins forte dans l'échantillon d'Algérie, la différence étant du reste trop grande pour pouvoir être uniquement attribuée à la légère compression subie par mon échantillon.

Les lobes, mal conservés, paraissent peu découpés et très espacés.

Djebel-Ouach; un seul échantillon.

Pulchellia provincialis D'ORBIGNY.

Pl. I, fig. 16 et pl. II, fig. 7.

1850. Ammonites provincialis d'Orbigny, Prodrome, et 17, n° 598. 1882. Pulchellia provincialis Uhlig, Wernsdorf, pl. XX, f. 2.


166 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Le joli échantillon figuré planche I appartient, je crois, d'une façon à peu près certaine à l'espèce brièvement décrite par d'Orbigny dans le Prodrome et figurée par M. Uhlig; il montre très nettement ce curieux dédoublement de l'extrémité tuberculeuse des côtes qui donne à la région siphonale un aspect bicaréné et rend le tubercule comme canaliculé, caractère qui du reste se retrouve dans plusieurs espèces de ce groupe.

Mon échantillon est moins développé que celui figuré par M. Uhlig; il présente un plus grand nombre de côtes bifurquées et l'ombilic parait un peu plus petit. Dans les très jeunes échantillons, comme celui figuré planche II, figure 7, l'ornementation des flancs est un peu moins accusée et les côtes un peu plus flexueuses. Je ne trouve pas que l'analogie entre les jeunes de Pulchellia provincialis et Hoplites Boissieri soit aussi grande que le dit Neumayr (Ammoniten der Kreide, p. 948).

Pulchellia Lindigi Karsten est certainement très voisin de Pulchellia provincialis, mais ses côtes tuberculeuses et son ombilic plus étroit permettent de l'en distinguer facilement.

Djebel-Ouach ; assez rare.

GENRE V. — DESMOCERAS ZITTEL.

Le genre Desmoceras est représenté au Djebel-Ouach par huit espèces qui peuvent, au point de vue de leurs affinités spécifiques, être groupées de la façon suivante :

I. Groupe de Desmoceras difficile.

Desmoceras difficile d'Orbigny, sp. Desmoceras Strettostoma Uhlig, sp.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 167

II. Groupe de Desmoceras Emerici.

Desmoceras Seguenzoe Coquand, sp. Desmoceras Nabdalsa Coquand, sp. Desmoceras cfr. Nabdalsa.

III. Groupe de Desmoceras Matheroni.

Desmoceras Angladei nov. sp.

IV. Groupe de Desmoceras latidorsatum. Desmoceras Getulinum Coquand, sp.

V. Groupe de Desmoceras? Annibal.

Desmoceras Cirtense nov. sp.

Il est intéressant de trouver à côté des espèces nettement barrémiennes du groupe de Desmoceras difficile autant de formes à facies aptien comme les espèces des groupes de Desmoceras Emerici et de Desmoceras Matheroni. Le fait n'est du reste pas isolé; à Swinitza et même dans la montagne de Lure, on trouve des formes aptiennes, Desmoceras Melchioris, Tietze sp., par exemple, associées à Desmoceras strettostoma, Silesites Seranonis et autres formes barrémiennes.

Desmoceras getulinum que l'on pourrait presque considérer comme le prototype de Desmoceras latidorsatum, est une espèce fort intéressante, elle montre que les formes de ce groupe ont une origine assez ancienne puisqu'elles existent, très caractérisées déjà, dans le Barrémien.

Quant à Desmoceras ? cirtense, nov. sp., il représente certainement au Djebel-Ouach le Desmoceras Annibal Coquand, sp. du Néocomien, probablement barrémien de l'Oued-Cheniour. Il forme avec ce dernier un petit groupe nettement distinct des autres Desmoceras par ses cloisons fort singu-


168 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

lières et qui ne sont pas sans analogie avec celles des tours embryonnaires de certains Phylloceras. Les affinités réelles de ce groupe ne me paraissent pas encore suffisamment établies, mais il est répandu dans le Barrémien supérieur; Desmoceras Annibal est cité de Swinitza et j'ai recueilli au même niveau, à Cobonne (Drôme), des fragments d'une espèce au moins fort voisine.

1. Desmoceras difficile D'ORBIGNY, sp.

Pl. II, fig. 8, a b.

1840. Ammonites difficiles d'Orbigny, Pal. franc, terr. cret., I, p. 135, pl. XLI. 1880. Ammonites difficiles Coquand, Étud. suppl. paléont.. algér p. 14. ? 1880. Ammonites Monicae Coquand, ibid., p. 21, non Am. Monicae Heinz, Foss. decr., pl. I.

Mes échantillons sont de petite taille, mais nettement caractérisés ; la plupart sont ornés de sillons entre lesquels on voit de fines costules, comme dans les échantillons figurés par Uhlig (Wernsdorf, pl. XVII, f. 1-2); d'autres, plus rares, montrent des côtes saillantes comme dans la figure de d'Orbigny. Ainsi que le dit très bien M. Kilian, ces deux sortes d'ornementation se remplacent souvent dans la même espèce, et je crois devoir réunir à Desmoceras difficile l'Ammonites Monicoe Coquand qui, d'après cet auteur, n'en différerait que par l'existence de sillons au lieu de côtes.

Desmoceras difficile est une des espèces les plus répandues et les plus caractéristiques du Barrémien méditerranéen. Il n'en a jusqu'à présent été figuré que de grands échantillons, ce qui me décide à en faire dessiner un du Djebel-Ouach, afin de montrer le peu de changement apporté par l'âge à son ornementation.

Les lobes de Desmoceras difficile ressemblent beaucoup à ceux de Desmoceras strettostoma, tels qu'ils sont figurés par


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 169

Uhlig (Wernsdorf, pl. XVII, fig. 4) ; ils sont cependant un peu moins finement découpés dans Desmoceras difficile. Je ne crois donc pas ces deux espèces aussi éloignées que le

dit M. Uhlig.

Djebel-Ouach; assez commun. Coquand le cite du Djebel Nador.

2. Desmoceras strettostoma UHLIG, sp.

Pl. II, fig. 9, a b.

1872. Ammonites bicurvatus Tietze, B mat, pl. IX, f. 5, p. 137. 1883. Haploceras strettostoma Uhlig, Wernsdorf, p. 101, pl. XVII, fig. 3-4 8-15.

Mes échantillons se rapportent très bien aux figures et des - criptions de MM. Tietze et Uhlig, mais bien peu ont conservé des traces de l'ornementation du test, les lobes sont conformes aux figures données. J'ai sous les yeux un échantillon de 40 millimètres; à ce diamètre la forme de l'espèce n'est que très peu modifiée, l'aspect général reste le même, les flancs sont un peu moins aplatis, l'épaisseur est un peu plus forte et la région siphonale moins amincie, l'ombilic paraît proportionnellement un peu plus large; il est à remarquer qu'à ce diamètre l'espèce ne montre aucune trace de sillons.

Comme l'a très bien, fait remarquer M. Kilian (1), Desmoceras strettostoma paraît assez voisin de Desmoceras Nisus d'Orbigny sp., qui s'en distingue du reste aisément par son pourtour tranchant. Quant à l'assimilation de Desmoceras strettostoma avec Ammonites Columbianus d'Orbigny, proposée par M. Kilian, je ne crois pas devoir l'accepter, le bord de l'ombilic étant arrondi dans Ammonites Columbianus, d'après le texte et la figure de d'Orbigny (Colombie, pl. II,

(1) Lure, p. 229.


170 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

fig. 12-14), tandis qu'il est caréné dans Desmoceras stretto - stoma. Je crois qu'il faut au moins provisoirement restreindre cette espèce aux types figurés par Tietze et Uhlig; la seule espèce qui puisse alors être confondue avec elle est Desmoceras difficile; elle s'en distingue à diamètre égal par son épaisseur beaucoup moins forte, son ombilic plus étroit, ses flancs plus comprimés, ce qui donne à l'ouverture une forme plus triangulaire, enfin par l'absence de sillons; mais pour juger des rapports réels des deux espèces il faudrait connaître l'âge adulte de Desmoceras strettostoma.

Desmoceras strettostoma est répandu dans tout le Barrémien méditerranéen; on l'a citée d'Espagne et d'Autriche, et je l'ai recueillie en France à Cobonne.

Djebel-Ouach; assez commun. Duvivier.

3. Desmoceras Segueuzae COQUAND, sp.

Pl. II, fig. 10, a b.

1880. Ammonites Seguenzae Coquand, Étud. suppl. p. 23.

1886. Ammonites Seguenzae Heinz, Foss. decr., p. Coquand, pl. I.

Cette espèce a été bien décrite par Coquand à l'état jeune, le seul qu'il connût; à ce stade, c'est une coquille entièrement lisse, comprimée, l'accroissement est rapide, les flancs légèrement convexes, et le maximum d'épaisseur se trouve au pourtour de l'ombilic; celui-ci est étroit et assez profond; la paroi ombilicale est élevée et abrupte, mais non distinctement carénée comme le dit Coquand; la région siphonale est arrondie, mais comprimée et amincie, l'ouverture beaucoup plus haute que large est subtriangulaire, profondément échancrée en bas par le retour de la spire. M. Heinz m'a communiqué des individus plus développés, qui à partir du diamètre de 25 millimètres sont ornés d'étranglements peu profonds,


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 171

presque droits et dirigés en avant; j'en compte trois sur un échantillon de 33 millimètres, mais le premier est peu marqué. A en juger d'après mes matériaux, le nombre des étranglements et le diamètre auquel ils apparaissent varient suivant les individus : tantôt ils sont bien marqués au diamètre de 30 millimètres, tantôt la coquille reste plus longtemps lisse.

Les lobes, au nombre de cinq de chaque côté, appartiennent au même type que ceux de l'Ammonites impressus d'Orbigny (Paléont. franc., terr. crèt., I, pl. LII, f. 3), seulement le lobe siphonal est moins développé et ne dépasse guère dans notre espèce la moitié de la longueur du premier latéral. Cette différence doit en partie tenir à l'âge, car dans les petits Ammonites impressus que j'ai eu l'occasion d'examiner le lobe siphonal était sensiblement moins développé que dans la figure de d'Orbigny.

Cette espèce est très voisine d'Ammonites impressus d'Orbigny, dont les jeunes pourront être parfois confondus avec elle ; quant aux adultes, l'absence de sillon spiral et la présence d'étranglements rendent toute confusion impossible. La forme des tours et celle de l'ombilic sont les mêmes dans les deux espèces qui sont incontestablement très voisines, et des recherches ultérieures conduiront probablement a classer Ammonites impressus dans le genre Desmoceras.

DIMENSIONS

Diamètre 0,131 millimètres. 0,227 millimètres.

Hauteur du dernier tour. 0,015 — 0,014 —

Epaisseur — — 0,011 — 0,009 —

Largeur de l'ombilic. . 0,007 — 0.005 —

Djebel Ouach; commun Duvivier.


172 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

4. Desmoceras Nabdalsa COQUAND, sp.

Pl. II, fig. 11. a b c.

1880. Ammonites Nabdalsa Coquand, Etud. suppl., p. 367. 1886. Ammonites Nabdalsa Heinz, Foss. decr., p. Coquand, pl. I. 1886. Ammonites Monicae Heinz, ibid., non Ammonites Monicae Coquand, Etud. suppl., p. 21.

DIMENSIONS DE L'ÉCHANTILLON FIGURÉ

Diamètre 0,019 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,008 — Epaisseur — — . . . .0,0061/2 — Largeur de l'ombilic 0,005 —

Cette espèce a été très bien décrite par Coquand et M. Heinz en a donné de bonnes figures. C'est un petit Desmoceras aplati, orné de sillons presque droits, dirigés en avant, au nombre de quatre à cinq, suivant l'âge et les individus; ces sillons traversent la région siphonale en décrivant un léger sinus en avant. L'enroulement est rapide, l'ombilic petit, les flancs médiocrement convexes, l'ouverture ovale, un peu plus haute que large. Les lobes ressemblent beaucoup à ceux de Desmoceras Emerici.

Les principales variations de cette forme portent sur les sillons plus ou moins accentués suivant les échantillons, et dont le nombre tombe à quatre et même à trois dans certaines formes extrêmes, et cela indépendamment de l'âge, le plus grand échantillon que j'aie sous les yeux (25 millimètres) n'a que trois sillons vers la fin du dernier tour, ceux des tours internes, cependant bien marqués d'ordinaire, paraissent s'être effacés. Chez certains individus, l'ombilic s'élargit un peu, les tours deviennent plus épais, plus arrondis et l'ensemble de la coquille est moins comprimé.

Voisine de Desmoceras Emerici d'Orbigny et Desmoceras


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 173

Melchioris Tietze, cette espèce s'en distinguera facilement par sa forme très aplatie, sa région siphonale comprimée, son ombilic étroit et ses sillons plus droits. Djebel-Ouach; assez commun.

Desmoceras aff. Nabdalsa.

Pl. II, fig. 1-2.

Je fais figurer un Desmoceras qui se distingue nettement de l'espèce précédente par ses tours moins hauts, plus arrondis, son enroulement moins rapide, son ombilic beaucoup plus large, ses sillons plus nombreux, à diamètre égal, et sa forme générale moins comprimée. Reliée à Des - moceras Nabdalsa par les formes à ombilic élargi de ce dernier, elle en est, je crois, distincte et forme comme un passage à Desmoceras Emerici. De cette dernière espèce, elle se distingue par les lobes, la première selle latérale étant plus haute que la siphonale et par ses étranglements visibles sur les tours internes du jeune, ce qui n'a pas lieu dans Desmoceras Emerici, tel du moins qu'il est figuré par Raspail, car la figure de d'Orbigny montre des étranglements sur les tours internes.

Djebel-Ouach; rare.

Desmoceras Angladei NOV. SP.

Pl. H, fig. 13, a b c. DIMENSIONS

Diamètre . 0,020 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,009 —

Epaisseur — — .... 0,010 —

Largeur de l'ombilic 0,007 —

Coquille discoïdale, arrondie à son pourtour, composée de tours assez convexes, s'accroissant rapidement, visibles dans


174 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

l'ombilic sur la moitié environ de leur largeur ; ils sont ornés sur les flancs d'étranglements un peu flexueux, accompagnés de chaque côté d'une costule saillante dont la plus forte est l'antérieure ; entre ces étranglements on voit sur les individus bien conservés de fines stries assez nombreuses, parallèles aux étranglements, bien marquées vers la région siphonale et s'évanouissant vers le milieu des flancs; stries et étranglements traversant la région siphonale en décrivant un sinus en avant bien marqué; étranglements au nombre de cinq à huit sur le dernier tour. Ouverture plus large que haute, arrondie en haut, échancrée en bas par le retour de la spire.

Lobes très voisins de ceux de Desmoceras Belus d'Orbigny (Pal. franc., 1, pl. LII, f. 6).

Cette espèce appartient au groupe de Desmoceras Belus d'Orbigny et Desmoceras Matheroni d'Orbigny. Elle se distingue du premier par ses tours arrondis et beaucoup plus épais, son ouverture plus large que haute, etc.; le sinus en avant que les étranglements décrivent sur la région siphonale éloigne notre espèce de Desmoceras Matheroni dont l'ornementation est du reste plus accusée. Il existe dans les marnes aptiennes des Basses-Alpes une espèce encore inédite qui est au moins fort voisine de Desmoceras Angladei, si même elle ne doit pas lui être réunie.

Djebel-Ouach ; assez commun.

Desmoceras getulinum COQUAND, sp. (1)

1880. Ammonites getulinus Coquand, Etud. suppl. pal. Alger, p. 18. ? 1880. Ammonites cicer Coquand, Etud. suppl., p. 17, non Dittmar. ? . Ammonites Oxyntas Coquand, ibid. p. 272, non Am. Oxyntas Heinz,

Foss. decr., pl. I.

1886. Ammonites getulinus Heinz, Foss. decr., p. Coquand, pl. I.

(1) Par suite d'un oubli fâcheux cette espèce n'a pas été figurée sur les planches du présent mémoire, j'en donnerai la figure aussitôt que possible. (Note ajoutée pendant l'impression.)


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 175

DIMENSIONS

Diamètre 0,018 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,008 —

Epaisseur — — . . . . 0,013 -

Largeur de l'ombilic 0,003 —

Coquille globuleuse, très renflée, formée de tours très embrassants, visibles dans l'ombilic sur une très petite partie de leur largeur, ornés de sillons assez profonds, presque droits dans le jeune âge, un peu flexueux plus tard, au nombre de quatre à six suivant l'âge et les individus, entre lesquels on distingue de fines stries sur les échantillons très bien conservés.

Ombilic assez étroit, profond et infundibuliforme; paroi ombilicale élevée et abrupte. Région siphonale largement arrondie. Ouverture semi-lunaire, beaucoup plus large que haute.

Lobes trop peu distincts pour être décrits en détail; ils paraissent voisins de ceux de Desmoceras latidorsatum, mais avec le corps des lobes plus large.

Cette espèce présente quelques variations dans son épaisseur et dans la largeur de l'ombilic. L'échantillon figuré par M. Heinz notamment s'écarte de la forme que je considère comme typique par sa forme plus aplatie, ses tours plus hauts, son ouverture moins déprimée, ses sillons plus flexueux. Les individus très jeunes n'ont que quatre sillons, ce qui les rapproche de la diagnose donnée par Coquand pour son Ammonites oxyntas = A. cicer.

Desmoceras getulinum type est voisin de Desmoceras latidorsatum Michelin sp., dont il se distingue par sa forme plus renflée, la région siphonale étant reliée directement au pourtour de l'ombilic comme dans Lytoc. Jauberti, sans que les flancs soient indiqués par un méplat, et par ses sillons beaucoup plus droits, au nombre de cinq à six au plus par tour.


176 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Ammonites Jugurtha Coquand (Mém. Soc. géol. franc., 2e série, t. V, p. 142, pl. I, f. 11-12), est incontestablement très voisin de notre espèce que j'ai songé à y réunir, cependant en l'absence de matériaux permettant la comparaison directe, j'ai cru devoir y renoncer à cause de certaines différences dans l'accroissement et dans la largeur de l'ombilic, mais surtout parce que Coquand n'établit entre elles aucune comparaison, ce qu'il n'eût pas manqué de faire, il me semble, si les rapports entre les deux espèces avaient été aussi intimes qu'on le croirait à l'inspection de la figure.

Djebel Ouach; rare.

Desmoceras? cirtense NOV. SP.

Pl. II, fig. 14, a b c. DIMENSIONS

Diamètre 0,018 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,007 —

Epaisseur — — .... 0,006 —

Largeur de l'ombilic. .... 0,007 —

Coquille discoïdale, très comprimée, composée de tours entièrement lisses, aplatis sur les flancs, croissant assez lentement, visibles dans l'ombilic sur la plus grande partie de leur largeur; le dernier présente vers le tiers interne deux légères constrictions (1), il devait en outre en exister une troisième dont on voit quelques traces un peu au-dessus de l'ouverture. L'ombilic est large et superficiel, la région siphonale arrondie, l'ouverture ovale, plus haute que large, un peu échancrée en bas par le retour de la spire.

Les lobes sont larges et peu découpés, les selles relativement allongées sont étroites, arrondies au pourtour et à

(1) Ces constrictions n'ont pas été rendues par le dessinateur et la figure n'en porte aucune trace de plus le deuxième lobe latéral a été figuré arrondi et non trifide comme il l'est en réalité.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 177

peine dentelées, à peu près comme dans les Cératites de la craie. Il y a trois lobes de chaque côté; le lobe siphonal, moins large que le premier latéral, est divisé en deux par une selle accessoire, la selle siphonale est moins longue que la selle latérale ; le lobe latéral supérieur est large et terminé par trois pointes ; la selle latérale est plus grêle et plus allongée que la siphonale, le deuxième lobe latéral plus petit que le premier latéral est également trifide ; la deuxième selle latérale est découpée par un très petit lobe auxiliaire, divisé lui-même en deux par une selle accessoire.

Par sa forme générale et ses lobes, notre espèce se rapproche beaucoup de Desmoceras Annibal Coquand (Mém. Soc. géol., 2e série, t. V, pl. III, fig. 5-7), du Néocomien supérieur (probablement Barrémien) de l'Oued-Cheniour, dont elle n'est probablement qu'une variété; elle s'en distingue cependant par ses étranglements moins nombreux et moins marqués, son enroulement plus rapide et surtout quelques différences dans les cloisons ; le deuxième latéral est trifide dans Desmoceras cirtense, au lieu d'être terminé par deux pointes mousses comme dans l'espèce de Coquand et l'auxiliaire est relativement beaucoup moins long.

Quoi qu'il en soit, ces deux formes font partie d'un petit groupe très naturel, bien caractérisé par ses cloisons et dont la classification parmi les Desmoceras ne me paraît pas absolument certaine ; les lobes, très remarquables, rappellent un peu, quant à l'aspect général, ceux des tours embryonnaires de certains Phylloceras (Cfr. Neumayr Phylloceraten, pl. XVII, fig. 12) et s'écartent beaucoup de ceux des autres Desmoceras.

Djebel-Ouach; un seul échantillon.

6e SÉRIE, T. III. — 1890 12


178 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

GENRE VI. — SILESITES UHLIG. 1. Silesites Seranonis D'ORBIGNY, sp.

Pl. II, fig. 15, a b.

1840. Ammonites Seranonis d'Orbigny, Pal. franc, terr. cret., 1, p.

pl. CIX, flg. 4-5. 1880. Ammonites interpositus Coquand, Etud. suppl. paléont. algér., p. 19. 1886. Ammonites interpositus Heinz, Foss. decr. p. Coquand, pl. I. 1888. Silesites Seranonis Kilian, Bull. soc. géol, 3e série, t. XVI, pl. XVIII.

Je crois pouvoir rapporter à Silesites Seranonis les échantillons décrits par Coquand sous le nom d'Ammonites interpositus. Les quelques divergences que je remarque sur certains échantillons, costulation un peu plus fine, tours plus épais et plus arrondis, me paraissent pouvoir être mises sur le compte des différences d'âge, de mode de fossilisation, et ne dépasser en aucun cas les limites de la variété. Les lobes notamment sont bien conformes aux figures d'Uhlig; la région siphonale est lisse comme dans les échantillons de Swinitza figurés par Tietze sous le nom d'Ammonites Trajani (Banat, pl. IX, fig. 1).

Un échantillon de petite taille qui m'a obligeamment été communiqué par M. Kilian me paraît se rapprocher par sa costulation plus grossière et ses étranglements plus nombreux de lafigure de Tietze (Banat, pl. IX, fig. 2) que M. Uhlig considérait comme pouvant appartenir à une espèce distincte.

Mes échantillons sont du reste assez variables ; quel - ques-uns affectent la forme aplatie du type, pendant que d'autres, comme celui figuré par M. Heinz, montrent des


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 179

tours plus étroits et plus arrondis ; tous portent trois à quatre étranglements assez profonds.

Djebel-Ouach ; assez commun.

2. Silesites SP., indéterminée (aff. Sil. Seranonis).

Pl. II, fig. 16, a b.

1880. Ammonites impare-costatus Coquand, Etud. suppl., p. 371. 1886. Ammonites impare-costatus Heinz, Foss. decr., pl. I. 1886. Ammonites Oxyntas Heinz, ibid., non Coquand.

On trouve en grand nombre au Djebel-Ouach des Silesites dont la forme et les lobes se rapportent bien à Silesites Sera - nonis, mais qui sont entièrement lisses, quelques-uns même à un diamètre où cette espèce est nettement costulée. car pour les tours embryonnaires leur ornementation, ainsi que j'ai pu m'en assurer est presque nulle; d'autre part, comme M. Uhlig l'a fait remarquer, l'ornementation de Silesites Seranonis est très fragile et de plus très superficielle, comme on peut le voir sur les individus où elle n'est conservée qu'en partie. Je suis donc porté à croire que ces échantillons ne sont, au moins en partie, que des Silesites Seranonis décortiqués. Dans le cas où de nouveaux matériaux engageraient à considérer l'espèce comme distincte et nouvelle, elle devrait reprendre le nom de Silesites impare-costatus Coquand sp.

Grâce à la bonne conservation de ces échantillons, j'ai pu dégager les tours embryonnaires; au diamètre de 0,004 millimètres, la coquille est globuleuse, arrondie, étroitement ombiliquée, la région siphonale est très largement arrondie, l'aspect est presque celui d'un Nautile microscopique; on remarqué déjà une constriction.

Djebel Ouach; commun.


180 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Silesites cfr. vulpes COQUAND, sp.

1878. Ammonites vulpes Coquand in Matheron, Rech. pal., pl. C. 20, fig. 1. 1883. Silesites vulpes Uhlig Wernsdorf, p. 111, pl. XVIII, f. 8-9-13 et pl. XIX, fig. 1.

Quelques rares échantillons, assez mal conservés et de petite taille, me paraissent devoir être rapportés à cette espèce à cause de leur forme aplatie et de leur ornementation.

Djebel-Ouach; rare.

GENRE VII. - HOLCODISCUS UHLIG.

Le genre Holcodiscus, très bien représenté au Djebel-Ouach, ne s'y rencontre malheureusement qu'en échantillon de très petite taille; comme l'a très bien dit M. Kilian, les tours internes des Holcodiscus sont très difficiles à distinguer dans les espèces voisines, aussi ai-je été forcé d'user de beaucoup de réserve et de comprendre plus largement que dans d'autres groupes les limites de l'espèce. Bien que j'aie laissé de côté beaucoup d'échantillons insuffisamment caractérisés, je n'ose me flatter d'avoir toujours délimité exactement les formes que j'ai cru devoir distinguer, des paléontologistes en possession d'échantillons plus adultes de ces espèces pourront peutêtre suppléer à ce que mon travail a forcément d'insuffisant. Les espèces du Djebel-Ouach peuvent, au point de vue de la forme extérieure, se répartir assez naturellement en quatre groupes.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 181

I. Groupe de Holcodiscus Gastaldii d'Orbigny sp.

Holcodiscus Gastaldii d'Orbigny sp. Holcodiscus diverse-costatus Coquand sp. Holcodiscus Geronimoe Hermite sp. Holcodiscus algirus nov. sp.

II. Groupe de Holcodiscus Morleti Kilian

Holcodiscus Menglonensis nov. sp. Holcodiscus astieriformis nov. sp.

III. Groupe de Holcodiscus Sophonisba Coquand.

Holcodiscus Sophonisba Coquand sp. ? Holcodiscus aff. Sophonisba. Holcodiscus nov. sp. ind.

IV. Groupe de Holcodiscus Van den Heckei

Holcodiscus sp. ind. (aff. druentiacus Kilian).

Les espèces des deux premiers groupes sont intimement reliées entre elles, toutes ont des tours embryonnaires arrondis sur la région siphonale et des lobes très découpés, toutes sont à l'état jeune de véritables Holcostephanus qui pourraient bien être apparentés de près aux types à lobes finement découpés du Néocomien, Holcostephanus Astieri et Holcost. multiplicatus par exemple. Au stade suivant, les tubercules siphonaux apparaissent, la région ventrale devient tronquée et présente un méplat, il y a là une véritable convergence de caractères vers le genre Hoplites, convergence qui arrive à son maximum dans Holcodiscus algirus où les côtes sont à peu près interrompues sur la région ventrale et ont l'allure de celles des Hoplites, mais par la forme du jeune nettement arrondi sur la région siphonale, celte espèce se rattache intimement au reste du groupe.


182 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Les espèces voisines de Holcodiscus Sophonisba ont une forme, plus renflée, des lobes moins découpés, des selles plus grêles, ils pourraient bien se rattacher au point de vue génétique au groupe de Holcostephanus stephanophorus Matheron et Holcostephanus Bachelardi Sayn (1).

Ces observations ne peuvent du reste avoir rien d'absolu et leur seul but est d'indiquer les rapports qu'on peut constater entre quelques formes de Holcodiscus et certains Holcostephanus avec lesquels elles pourraient bien être apparentées d'une façon plus ou moins directe. Malgré de curieux phénomènes de convergence, aucune des formes algériennes que j'ai examinées n'indique de relations réelles avec les Hoplites autres que celles qui peuvent exister entre des genres descendant vraisemblablement tous deux des Perisphinctes. Les tours embryonnaires et les très jeunes individus m'ont toujours montré des caractères d'Holcostephanus et ce n'est guère qu'au stade suivant qu'il se développe parfois des caractères hoplitoïdes. Quant à l'interruption ou à l'atténuation ventrale des côtes chez le jeune que j'ai pu souvent constater, sa valeur me semble bien relative, maintenant surtout que M. Nikitin a montré (Vestiges période crétacée, p. 183) que, chez les Holcostephanus du Volgien, des formes très voisines les unes des autres avaient les unes les côtes interrompues, les autres les côtes entières sur la région siphonale.

En l'état actuel de nos connaissances, on peut, il me semble, considérer Holcodiscus comme un genre très voisin de Holcostephanus dont il dérive probablement en partie au moins, mais qui accomplit son évolution dans le. même sens que les Hoplites, ce qui rend plus difficile l'étude de ses véritables affinités.

1 Quant à Holc. aff. druentiacus, il se rattache directement au groupe plus ancien de Holc. incertus, groupe que l'on pourrait peut-être rattacher aux Holcostephanus tithoniques voisins, de Holc. pronus, avec lesquels il parait avoir quelques rapports au point de vue de l'ornementation.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 183

Au point de vue stratigraphique le plus grand développement du genre Holcodiscus et notamment des groupes de Holc. Gastaldii et Holc. Perezi a lieu dans le Barrémien inférieur (cfr. Kilian, Lure, p. 218). Le genre Holcostephanus paraît au contraire manquer ou être fort rare à ce niveau au moins dans la région méditerranéenne.

1. Holcodiscus Gastaldii D'ORBIGNY, sp.

Pl. III, fig. 3, a b.

1830. Ammonites Gastaldinus d'Orbigny, Prodrome, étage 17, n° 601. 1883. Holcodiscus Gastaldinus Uhlig, Wernsdorf, p. 121, pl. XIX, fig. 10. 1888. Holcodiscus Gastaldii Kilian, Bull. soc. géol., 3e série, t. XVI, p. 691, pl. XIX, fig. 3.

Mes deux échantillons se rapprochent un peu des formes de passage entre Holc. Caillaudi et Holc. Gastaldii figurés par Uhlig (Wernsdorf, pl. XIX, f. 10). L'ornementation fine et touffue est fort irrégulière, les côtes sont un peu flexueuses et les tubercules siphonaux ne sont pas toujours symétriques, de sorte que souvent une côte tuberculée d'un côté de la ligne siphonale ne l'est pas de l'autre, quelques côtes même se terminent brusquement au milieu de la ligne siphonale, ces irrégularités et notamment le peu de symétrie des tubercules se retrouvent du reste dans plusieurs autres espèces du même groupe.

M. Kilian qui a bien voulu examiner mes échantillons regarde leur détermination comme certaine.

Holcodiscus Gastaldii est une des espèces les plus caractéristiques du Barrémien inférieur.

Djebel-Ouach; très rare.

2. Holcodiscus diverse costatus COQUAND sp.

Pl. III, fig. 1, a d, et 2, a b.

1880. Ammonites diverse-costatus Coquand, Etud. suppl. pal. algér., p. 19. 1886. Ammonites diverse costatus Heinz, Foss. decr. p. Coquand, pl. I.


184 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

DIMENSIONS

Diamètre 0,019 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,011 —

Epaisseur — — .... 0,009 —

Largeur de l'ombilic 0,004 —

Coquille assez comprimée, formée de tours croissant rapidement, visibles dans l'ombilic sur 1/3 environ de leur largeur.

Flancs aplatis, ornés de nombreuses côtes fines, peu saillantes, un peu flexueuses et très serrées qui partent simples de l'ombilic et se multiplient par bifurcation à une hauteur variable, mais au dessus du tiers interne des flancs ; vers le bord de la région siphonale les unes se soudent deux par deux à un petit tubercule peu saillant, les autres restent simples. La région siphonale présente un méplat assez accusé, toutes les côtes la traversent en s'atténuant un peu et en décrivant un sinus en avant peu accusé, les deux rangées de tubercules siphonaux ne sont pas rigoureusement symétriques, les tubercules sont au nombre de 18-20 de chaque côté sur l'échantillon figuré.

Ombilic étroit, assez profond; paroi ombilicale élevée et abrupte, mais arrondie.

Ouverture subquadrangulaire, un peu plus haute que large, échancrée en bas par le retour de la spire, tronquée en haut par le méplat siphonal.

Lobes très découpés, lobe siphonal un peu moins long que le premier latéral, divisé en deux branches par une selle accessoire; selle siphonale très allongée, finement découpée; premier lobe latéral très développé divisé en trois branches, la selle latérale et le deuxième lobe latéral tout en étant moins développés ont la même forme.

La description ci-dessus s'applique aux échantillons les plus développés que j'aie sous les yeux; dans le jeune âge, il n'y a point de tubercules, la région siphonale est largement


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 185

arrondie et les côtes, du reste peu accentuées, la traversent en s'atténuant un peu. Ce stade est encore visible vers le retour de la spire de l'échantillon figuré, les tubercules ainsi que le méplat siphonal ne se voient que sur les deux tiers du dernier tour.

L'échantillon figuré provient du Djebel-Ouach, il appartient d'après Coquand (Étud. suppl., p. 20) non au type même, mais à une variété à côtes plus fines et plus serrées. Le type se trouverait à Duvivier d'où M. Kilian m'a en effet communiqué un échantillon bien conforme à la diagnose de Coquand, il parait y être accompagné d'une variété à côtes ombilicales plus fortes et un peu tuberculeuses au point de bifurcation. Le type ne présente pour ainsi dire pas de côtes non tuberculées tandis qu'il y en a très régulièrement une ou deux entre chaque tubercule dans la forme du Djebel-Ouach.

Holcodiscus diverse-costatus appartient au groupe de Holc. Gastaldii, il se distingue facilement de cette espèce par sa costulation beaucoup plus fine et plus serrée, et ses flancs aplatis. La seule forme avec laquelle on pourrait parfois la confondre est Hoplites Henoni dont la forme générale et la costulation présentent la même allure et les mêmes modifications avec l'âge, il y a là une analogie assez curieuse, mais qui me parait due plutôt à une convergence de caractères qu'à une parenté réelle. Quoi qu'il en soit, les tubercules de Hoplites Henoni apparaissent généralement beaucoup plus tôt, ce qui avec l'interruption siphonale des côtes très nette dans le jeune, permettra de distinguer facilement les deux espèces.

Djebel-Ouach; assez commun; Duvivier.


186 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

3. Holcodiscus Geronimae HERMITE. sp.

Pl. III, fig. 4-5.

1879. Ammonites Geronimae Hermite, Baléares, p. 315, pl. V, fig. 6-7.

1880. Ammonites metamorphicus Coquand, Etud. suppl. pal. algér. p. 20. 1886. Ammonites metamorphicus Heinz, Foss. décr. p. Coquand, pl. I.

DIMENSIONS DES ÉCHANTILLONS FIGURÉS

Forme type. Forme metamorphicus Coquand.

Diamètre 0,014 millimètres. 0,014 1/2 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . 0,007 — 0,007 —

Epaisseur — — . 0,009 — 0,0081/2 —

Largeur de l'ombilic.. . 0,003 — 0,003 —

Coquille composée de tours arrondis, croissant rapidement, visibles dans l'ombilic sur un peu plus du tiers de leur largeur.

Flancs convexes, ornés autour de l'ombilic de 15-17 côtes simples, espacées, dirigées un peu en avant jusque vers le tiers interne des flancs où la majeure partie (les 2/3 environ) donne naissance à un tubercule épineux, le reste se bifurque simplement et alterne avec les autres d'une façon assez régulière au moins vers la fin du dernier tour. Les tubercules de la série ombilicale donnent naissance chacun à un faisceau de 3-4 côtes dont quelques-unes traversent directement la région siphonale tandis que le plus grand nombre va se souder à la série de tubercules fortement épineux placée vers le bord de la région siphonale, de sorte que les tubercules des deux séries ombilicale et siphonale sont reliés par une sorte de ganse il en est de même des deux séries siphonales à travers la région ventrale. Quant aux côtes non tuberculées après leur bifurcation, elles traversent directement la région siphonale où concourent à former les tubercules précités vers le bord de celle-ci.

Les tubercules ombilicaux et siphonaux ne se correspondent pas exactement et alternent d'une façon assez irrégulière.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 187

La région siphonale est tronquée et présente un méplat assez large entre les deux rangées de tubercules, les côtes la traversent sans s'atténuer ni s'infléchir.

L'ouverture est plus large que haute sa forme est subhexagonale.

L'ombilic est médiocre, la paroi ombilicale élevée et abrupte, mais arrondie.

Lobes finement découpés, ressemblant beaucoup à ceux de l'espèce précédente.

Cette forme remarquable débute par des tours arrondis, lisses sur la région siphonale, ornés autour de l'ombilic d'une rangée de petits tubercules ; au diamètre de 6, 7 millimètres, on voit se détacher des tubercules ombilicaux des côtes assez fines qui traversent la région siphonale en s'atténuant légèrement; vers 10, 12 millimètres apparaissent les tubercules siphonaux et la région ventrale commence à présenter un méplat.

Comme l'indiquait le nom donné par Coquand, Holc. Geronimoe varie dans des limites très étendues. On peut distinguer deux formes principales : l'une, regardée par Coquand comme le type de son Ammonites metamorphicus, n'a pas de tubercules ombilicaux, l'ensemble de la costulation est alors plus régulier; cette variété est reliée par une série de passage aux formes les plus épineuses et les plus irrégulièrement costulées qui se rattachent plus directement au type d'Hermite.

L'assimilation des échantillons algériens avec ce dernier me paraît au moins très probable; n'ayant pu comparer directement mes échantillons avec ceux des Baléares, je n'oserais la donner comme absolument certaine. A en juger d'après la description et les figures, l'espèce de Minorque paraît plus régulièrement costulée, plus renflée et surtout plus étroitement ombiliquée; la ressemblance des deux formes est pourtant assez grande pour m'engager à considérer ces diver-


188 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

gences comme de peu de valeur, surtout dans une espèce aussi variable. La forme metamorphicus type est beaucoup plus éloignée de l'espèce d'Hermite, mais comme je l'ai déjà dit, elle est trop intimement reliée aux échantillons typiques pour l'en séparer.

Holcodiscus Geronimoe se rattache à l'espèce précédente dont il a les lobes et à laquelle le relient les échantillons de Holcodiscus diverse-costatus à côtes ombilicales, tuberculées, dont j'ai déjà parlé.

Djebel-Ouach; assez commun, Duvivier.

Holcodiscus algirus NOV. SP.

PI. III, fig. 6. DIMENSIONS

Diamètre 0,018 millimètres

Hauteur du dernier tour. . . . 0,006 —

Epaisseur — — .... 0,008 —

Largeur de l'ombilic 0,004 1/2 —

Espèce du groupe de Holcodiscus Geronimoe dont elle a la forme et les tours un peu hexagonaux, comme dans Holcodiscus Geronimoe l'ornementation se compose de côtes ombilicales dont quelques-unes (un tiers à peine) donnent naissance à un petit tubercule ; mais ces côtes sont plus nombreuses, plus fines, plus serrées que dans Holcodiscus Geronimoe ; de chacune d'elles partent, à la hauteur des tubercules, deux ou trois côtes fines, dirigées en arrière par rapport aux côtes ombilicales et se terminant au bord de la région siphonale par un renflement tuberculiforme peu saillant.

Région siphonale tronquée et présentant un méplat sur lequel les côtes simplement atténuées forment souvent une gance entre les deux rangées de tubercules siphonaux. Ombilic relativement large et profond, ouverture plus large que haute, de forme nettement hexagonale.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 189

Tours internes arrondis et présentant une légère atténuation des côtes sur la région siphonale. Le développement de la coquille suit les mêmes phases que chez Holcodiscus Geronimoe.

Les lobes construits sur le même plan que ceux de ce dernier sont moins découpés.

Holcodiscus algirus se distingue facilement des autres espèces du genre par sa costulation fine et touffue et l'atténuation très nette des côtes sur la bande siphonale; mais plusieurs de ces caractères le rapprochent de certains Hoplites, Hoplites Henoni entre autres, dont la région siphonale montre une disposition des côtes presque identique. Il y a notamment au Djebel-Ouach un petit Hoplites dont je n'ai malheureusement sous les yeux qu'un mauvais échantillon, qui montre sur le jeune des caractères de Hoplites très nets, mais dont les côtes paraissent simplement atténuées snr la bande siphonale, à la fin du dernier tour; par sa forme générale et sa costulation, cette espèce ressemble un peu à Holcodiscus algirus, mais la forme des tours internes de ce dernier, nettement arrondis sur la région siphonale ainsi que la forme des lobes, le classent d'une façon à peu près certaine dans le genre Holcodiscus dont il serait une espèce hoplitiforme (1).

Djebel-Ouach; un seul échantillon.

Holcodiscus menglonensis.

Pl. III, fig. 10. DIMENSIONS

Diamètre . . 0,017 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,010 —

Epaisseur — — . . . . 0,011 —

Largeur de l'ombilic 0,004 —

(1 ) J'insisterai sur ce fait que l'atténuation des cotes sur la bande siphonale à peine indiquée sur les tours internes atteint son maximum vers la fin du dernier tour.


190 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Coquille subglobuleuse, assez renflée, ornée autour de l'ombilic de nombreuses petites côtes fines, simples, dirigées en avant sur la paroi ombilicale et donnant naissance un peu au-dessus du bord de l'ombilic, à des faisceaux de deux à cinq côtes très fines, peu flexueuses, qui traversent sans s'infléchir ni s'atténuer la région siphonale; celle-ci est largement arrondie, l'ouverture dans les échantillons non déformés paraît arrondie, un peu ovale, l'ombilic étroit laisse voir les tours internes sur un quart environ de leur largeur.

Holcodiscus menglonensis paraît assez variable; l'allure, le nombre et l'accentuation des côtes, l'épaisseur et par suite la forme de l'ouverture varient dans une assez large mesure. Comme dans beaucoup d'Holcodiscus, les jeunes se confondent facilement avec ceux des espèces voisines et il est parfois impossible de les en séparer.

Fort voisine assurément de Holcodiscus Morleti. Kilian, notre espèce s'en distingue par sa costulation beaucoup plus fine, plus serrée, moins saillante. Ainsi que j'ai pu m'en convaincre par l'examen d'un excellent moulage qui m'a obligeamment été donné par M. Kilian, l'allure des côtes de Holcodiscus Morleti est à peu près la même que dans notre espèce, mais les côtes simples sont en majorité dans la forme d'Escragnolles et les autres simplement bifurquées; on ne remarque pas cette tendance à se former en faisceaux qui est si nette dans l'espèce algérienne.

Holcodiscus Menglonensis se retrouve dans les couches coralligènes à orbitolines et polypiers de Menglon, près Châtillon-en-Diois, où nous l'avons signalé sous le nom de Holcodiscus nov. sp. aff. Holc. Morleti Kilian (Archives Sciences naturelles, Genève, 1883, p. 459). Dans cette station, il est associé à Holcodiscus Caillaudi, Holc. Gastaldii et autres espèces que je compte figurer prochainement.

Holcodiscus menglonensis est fréquemment déformé. Il


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 191

figurait dans la plupart des collections algériennes sous la désignation de Holcostephanus Jeannoti d'Orbigny sp.

Par ses lobes fortement découpés, notre espèce se rattache aux formes précédentes et notamment à Holcodiscus diversecostatus.

Djebel-Ouach ; commun.

Holcodiscus astieriformis NOV. SP. Pl. III, fig. 11.

DIMENSIONS

Diamètre 0,025 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,011 —

Epaisseur — — .... 0,015 —

Largeur de l'ombilic 0,006 —

Espèce voisine de Holcodiscus Sophonisba, dont elle se distingue par ses côtes égales et non tuberculées sur la région siphonale ; les côtes ombilicales au nombre de vingt - huit à trente, se trifurquent généralement au bord de l'ombilic; il y en a de simplement bifurquées; quelques unes portent au point de bifurcation un petit tubercule aigu ; toutes ces côtes traversent la région siphonale sans s'infléchir ni s'atténuer; celle-ci est largement arrondie, l'ombilic assez large est très évasé, l'ouverture arrondie, un peu plus haute que large.

Lobes mal conservés; ils paraissent voisins de ceux de l'espèce précédente, quoique relativement moins découpés.

Notre espèce est voisine de Holcodiscus Morleti Kilian et Holcodiscus menglonensis ; elle se distingue de toutes deux par la présence de tubercules à l'ombilic et la forme de celui-ci. Il est possible qu'elle ait des rapports avec Ammonites Massugradae Coquand, mais en l'absence d'échantillons absolument typiques il est très difficile de tirer parti


192 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

des diagnoses des Études supplémentaires de paléontologie algérienne.

Djebel-Ouach; très rare.

Holcodiscus Sophonisba COQUAND, sp.

Pl. III, fig. 7-8.

1880. Ammonites Sophonisba Coquand, Etud. suppl. palont. algor., p. 25. 1880. Ammonites Sophonisba Heinz, Foss. decr. p. Coquand, pl. I.

DIMENSIONS

Diamètre 0,015 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,007 —

Epaisseur — — .... 0,010 —

Largeur de l'ombilic 0,004

Coquille très renflée, composée de tours arrondis, croissant rapidement, visibles dans l'ombilic sur un tiers environ de leur largeur.

Côtes ombilicales fines, droites, bien marquées, simples jusqu'au pourtour de l'ombilic où la majeure partie se bifurque; quelques-unes sont pourvues au point de bifurcation d'un tubercule assez saillant et alternent avec les autres assez régulièrement; toutes traversent sans s'infléchir ni s'atténuer la région siphonale qui est largement arrondie. Sur les échantillons arrivés à un certain diamètre, variable suivant les individus, il se développe sur le dernier tour quatre, cinq côtes plus grosses, plus fortement tuberculées, ornées sur la région siphonale de deux gros tubercules réunis par une ganse comme dans Holcodiscus Caillaudi.

Ouverture plus large que haute, arrondie en haut, anguleuse sur les côtés, échancrée en bas par le retour de la spire.

Ombilic profond et un peu évasé.

Lobes moins finement découpés que dans les espèces pré-


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 193

cédentes et rappelant beaucoup ceux de Holcodiscus Perezi d'Orbigny, tels qu'ils sont figurés par Uhlig (Wernsdorf, pl. XIX, fig. 11).

Cette espèce se modifie un peu avec l'âge. Les tout jeunes individus ont toutes les côtes à l'ombilic tuberculées ; plus tard, ces petits tubercules tendent à disparaître; les grosses côtes se développent à un diamètre très variable, généralement assez tard; je les ai cependant observées, mais très exceptionnellement, sur un petit échantillon de 10 millimètres. Il me parait probable que l'échantillon figuré par M. Heinz sous le nom d'Ammonites Massugradae est un Holcodiscus Sophonisba n'ayant pas encore pris les grosses côtes.

Je comprends sous le nom d'Holcodiscus Sophonisba non seulement les échantillons fortement costules, très renflés, à paroi ombilicale très élevée, que je considère comme le type de l'espèce, tel que l'a figurée M. Heinz, mais encore des individus plus comprimés, plus largement ombiliqués, à paroi ombilicale arrondie et à costulation plus fine et plus serrée, les tubercules ombilicaux étant très atténués et réduits à un simple renflement. Cette forme que je désigne sous le nom de var. tenuis est assez éloignée du type, mais elle a encore trop de rapports avec lui pour que, en l'absence d'échantillons suffisamment développés, j'ose l'en séparer.

L'assimilation de mes échantillons avec Holcodiscus Sophonisba est probablement exacte malgré certaines divergences, telles que la présence de nombreux petits tubercules ombilicaux, etc. Il faut remarquer que, d'après les dimensions indiquées par Coquand (32 millimètres), il aurait eu sous les yeux des échantillons plus développés que les miens, ce qui peut parfaitement suffire à expliquer les différences signalées.

Holcodiscus Sophonisba appartient au groupe de Holcodis6e

Holcodis6e T. III. — 1890 13


194 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

cus Perezi d'Orbigny sp. On le distinguera facilement de cette espèce à son ombilic plus étroit, sa forme plus renflée, sa costulation plus fine, etc.

Djebel-Ouach; assez rare.

Holcodiscus aff. Sophonisba.

Pl. III, fig. 9.

J'inscris sous ce nom deux petits échantillons, l'un de Duvivier, l'autre de Djebel-Ouach, très voisins par leur forme générale et leur costulation de Holcodiscus Sophonisba var. tenuis, mais qui au lieu de grosses côtes montrent de chaque côté de la région ventrale une rangée de tubercules peu volumineux, mais très nets.

De meilleurs matériaux permettront sans doute de décrire avec plus de détails cette forme intéressante, qui par certains de ses caractères et notamment par la façon dont sont reliés les tubercules siphonaux et ombilicaux paraît aussi avoir quelques rapports avec Holcodiscus Geronimoe.

Djebel-Ouach, Duvivier; très rare.

Holcodiscus NOV. SP., indét.

Jeunes individus très renflés, à tours très larges, ayant un peu en très petit l'aspect de Holcostephanus latissimus Neumayr et Uhlig (Hilsbildungen, pl. XXVIII), ornés autour de l'ombilic, qui est profond et infundibuliforme, d'une couronne de forts tubercules épineux. Lobes très peu découpés.

Il y a probablement là une espèce très intéressante, un échantillon plus développé, mais malheureusement écrase, que je crois appartenir à la même espèce montre sur la


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 195

région siphonale de gros tubercules, disposés à peu près comme dans Holcodiscus Sophonisba, mais plus développés.

Djebel-Ouach; rare.

Holcodiscus SP. ind.

Le groupe de Holcodiscus Van-den-Heckei est à peine représenté par quelques petits échantillons que M. Kilian, qui a bien voulu les examiner, regarde comme voisins de Holcodiscus Druentiacus Kilian, dont ils diffèrent par des côtes plus flexueuses sur la région ventrale.

Djebel-Ouach; rare.

GENRE VIII. — HOPLITES NEUMAYR.

1. Hoplites Henoni COQUAND, sp. Pl. m, fig. 12-13.

1880. Ammonites Henoni Coquand, Etud. suppl., p. 369. 1886. Ammonites Henoni Heinz. Foss. decr., pl. I.

DIMENSIONS

Diamètre 0,026 millimètres. 0,011 millimètres.

Hauteur du dernier tour. 0,015 — 0,006 —

Epaisseur — — — 0,008 —

Largeur de l'ombilic. . 0,006 — 0,002. —

Coquille discoïdale un peu comprimée, formée de tours croissant très rapidement, visibles dans l'ombilic sur un tiers à peine de leur largeur.

Coquand n'a connu que de très jeunes échantillons de cette espèce; à ce stade c'est une forme un peu comprimée sur les flancs, à enroulement rapide, couverte de costules très fines,


196 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

serrées, peu saillantes, partant simples de l'ombilic et se bifurquant vers le tiers interne des flancs pour aller se souder deux par deux à un petit tubercule aigu placé vers le bord de la région siphonale; l'ombilic est étroit, abords arrondis. A ce stade l'espèce ressemble un peu aux formes du groupe de Hoplites necomiensis.

D'après un échantillon de 26 millimètres, un peu écrasé malheureusement, mais que je crois pouvoir rapporter à l'espèce, les côtes à ce diamètre forment des faisceaux, se bifurquent souvent près de l'ombilic et se bidichotomisent vers le milieu des flancs, leur allure est plus nettement falculiforme, les tubercules siphonaux sont très atténués et tendent à disparaître vers la fin du dernier tour, les côtes sont alors simplement atténuées sur la bande siphonale qu'elles traversent d'une façon assez irrégulière, de telle sorte que chacune d'elles est reliée à travers la région siphonale à deux de celles du côté opposé.

Les lobes, trop mal conservés pour être décrits en détail, paraissent très découpés ; le premier latéral en particulier est très développé.

Les variations de cette espèce se bornent à une proportion de côtes bidichotomes plus forte chez certains individus. On remarque parfois quelques côtes simples intercalées entre les tubercules; ceux-ci apparaissent généralement de très bonne heure; chez quelques rares échantillons seulement l'ornementation du jeune est encore visible au début du dernier tour.

A l'état jeune, cette espèce rappelle un peu le groupe de Hoplites neocomiensis, mais ses côtes fines et serrées la feront toujours reconnaître.

Plus tard, ses côtes simplement atténuées sur la ligne siphonale l'éloignent des espèces valanginiennes et la rapprochent des formes de l'Aptien.

Djebel-Ouach; très commune à l'état jeune.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 197

Hoplites Lamoricierei NOV. SP.

Pl. III, fig. 14. DIMENSIONS

Diamètre 0,022 millimètres.

Hauteur du dernier tour. . . . 0,010 —

Epaisseur — — .... 0,008 —

Largeur de l'ombilic 0,008 —

Petit Hoplites orné à l'état jeune de côtes primaires entre lesquelles il s'intercale de fines costules qui n'arrivent pas à l'ombilic; toutes ces côtes traversent la région siphonale où elles sont à peine atténuées. Cette ornementation est encore nettement visible vers le retour de la spire dans l'échantillon figuré. Sur le reste du dernier tour, les côtes s'espacent; de plus, quelques-unes portent trois tubercules très petits, l'un à l'ombilic, le second vers le milieu des flancs, le troisième, qui est le plus constant, au bord de la région siphonale. Vers la fin du dernier tour, les côtes intermédiaires disparaissent presque entièrement, la bande siphonale est à peu près lisse entre les tubercules; ceux-ci sont alternes.

L'accroissement est médiocrement rapide, l'ombilic large, l'ouverture un peu subtriangulaire est plus large que haute et tronquée en haut par le méplat ventral.

Cloisons peu distinctes, très découpées.

Si tous les petits Hoplites du Djebel-Ouach appartenaient a cette espèce on pourrait la considérer comme très variable sous le rapport du nombre et de l'importance des grosses cotes qui tendent à disparaître chez certains individus et à s'accentuer chez d'autres; mais il y a probablement les jeunes de plusieurs formes distinctes, qu'il n'est pas possible de séparer pour le moment faute de matériaux suffisants.

A l'état jeune, Hoplites Lamoricierei rappelle un peu Hopli-


198 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

tes gargasensis et Hoplites crassicostatus; à l'âge moyen son brusque changement d'ornementation le rend facile à reconnaître. Il est possible qu'il soit voisin de Ammonites Rebondi Coquand, mais comme je ne connais ce dernier que par la description de Coquand, il m'est impossible de rien avancer de précis à cet égard.

Djebel-Ouach; assez rare.

Hoplites Gelimer COQUAND, sp.

1880. Ammonites (Perisphinctes) Gelimer Coquand, Etud. suppl., p. 336. 1886. Ammonites Gelimer Heinz, Foss. decr. p. Coquand, pl. IV.

Je ne connais cette espèce que par la diagnose de Coquand et ne suis pas même absolument certain que la figure de M. Heinz lui appartienne; les mauvais fragments que j'ai pu examiner paraissent indiquer une espèce différente.

Hoplites SP. indét.

Petit échantillon rappelant un peu la forme de Hoplites asperrimus, mais à costulation beaucoup plus fine.

GENRE IX. — GRIOCERAS LEVEILLÉ.

Crioceras SP. indét.

Deux mauvais fragments appartenant probablement à une espèce du groupe de Cr. Emerici.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 199

GENRE X. — ANCYLOCERAS D'ORBIGNY, emend. HAUG.

Ancyloceras SP. indét.

Mauvais fragments d'une forme voisine d'Ancyloceras Matheroni d'Orbigny.

GENRE XI. — LEPTOCERAS UHLIG.

Pl. III, fig. 15.

1. Leptoceras Cirtae COQUAND, sp. (880. Toxoceras Cirtae Coquand, Etud. suppl., p. 374. 1886. Toxoceras Cirtae Heinz, Foss. decr. p. Coquand, pl. IV.

On trouve au Djebel-Ouach de nombreux fragments décrits par Coquand sous le nom de Toxoceras Cirtae et que la forme de leurs lobes range dans le genre Leptoceras Uhlig. C'est une forme très voisine de Leptoceras Beyrichi Karsten sp. (Geogn. Verhlätnke, pl. I. fig. 5), mais à côtes moins serrées et interrompues ou du moins fortement atténuées sur la région siphonale; ce dernier caractère la distingue de presque tous les Leptoceras connus.

Lobes presque semblables à ceux de Leptoceras fragile Uhlig (Wernsdorf, pl. XXIX, fig. 9).

Leptoceras SP , ind.

Pl. III, fig. 16,

Avec l'espèce précédente, mais beaucoup plus rarement, on rencontre des fragments à côtes plus fines, moins nettement interrompues sur la ligne siphonale; l'enroulement paraît avoir affecté une forme ovale comme dans Leptoceras nov. sp. indet. de M. Uhlig (Wernsdorf, pl. XXXII, fig. 6) ; mes échantillons sont malheureusement insuffisants pour caractériser l'espèce.


200 AMMONITIDES DU BARREMIEN

RÉSUMÉ

MONTAGNE DE LURE

DIVERS

1 Phylloceras infundibulum d'Orbyg. * * * ? Hauterivien de la

2 - Thetys d'Orbigny . * * * ? Drôme.

3 — cfr. Thetys d'Orb *

4 — cfr. Ernesti Uhlig

5 — Micipsa Coquand sp. . . . * *

6 Lytoceras crebrisulcatum Uhlig. . Barrémien super.

7 — numidum Coquand de Swinitza.

8 — Duvali d'Orb *

9 — Jauberti d'Orb *

10 Macroscaphites cfr. binodosus Uhl. *

11 — nov. sp. Indet

12 — striatisulcatus d'Orb. ... *

13 Pulchellia Sauvageaui Herm. . . Barrémien de Ba14

Ba14 Changarnieri nov. sp. . . . léares.

15 — Ouachensis Coquand. . . .

16 — sp. Ind

17 — coronatoïdes nov. sp. . . .

17 bis Pulchellia Heinzi Coquand. .

18 Pulchellia hoplitiformis nov. sp.

19 — Danremonti nov. sp. . .

20 — Subcaicedi nov. sp. . . . .

21 — cfr. Caicedi Karsten. . . . Barrémien de Colombie.

Colombie.

22 — provincialis d'Orb. .... Barrémien d'Escra23

d'Escra23 difficile d'Orb. . . * * * gnolles.

24 — strettostoma Uhlig. ... * Barrémien super.

25 — Seguenzae Coquand de Swinitza et de

26 — Nabdalsa Coquand. .... Cobonne.

27 — cfr. Nabdalsa


AMMONITIDES DU BARREMIEN 201

MONTAGNE DE LURE

DIVERS

28 Desmoceras Angladei nov. sp. . .

29 — Getulinum Coquand. . . .

30 — Cirtense nov. sp

31 Silesites Seranonis d'Orb. ... * Barrémien super.

32 - sp. ind de Swinitza.

33 — cfr. vulpes Coquand. ... * *

34 Holcodiscus Gastaldii d'Orb. ... *

35 — diverse-costatus Coquand . .

36 — Gerominae Hermite. .... Barrémien de Mi37

Mi37 algirus nov. sp. . . . . . norque.

38 — menglonensis Calcaire coralligè39

coralligè39 astieriformis nov. sp . . . ne à orbitolines

40 — Sophonisba Coquand. ... de Menglon

41 — affr. Sophonisba (Drôme).

42 — nov. sp. ind

43 — affr. druentiatus. .... *

44 Hoplites Henoni Coquand. . . .

45 — Lamoricieri nov. sp. ...

46 — Gelimer Coquand

47 — sp. ind

48 Crioceras sp. ind

49 Ancyloceras, sp

50 Leptoceras Cirtm

51 — sp. ind

Les 51 formes que j'ai pu examiner se décomposent de la façon suivante au point de vue générique :

Phylloceras 5 Silesites 3

Lytoceras 4 Holcodiscus 10

Macroscaphites 3 Hoplites 4

Pulchellia 11 Leptoceras. ..... 2

Desmoceras 8 Crioceras et Ancyloceras. . 2


202 AMMONITIDES DU BARRÉMIEN

Comparée aux faunes barrémiennes de la montagne de Lure, si bien connue par les travaux de M. Kilian, celle de Djebel-Ouach n'a qu'un petit nombre d'espèces communes, soit avec le niveau de Combe-Petite, soit avec celui de Morteyron; mais le développement très grand des genres Holcodiscus et Pulchellia est nettement caractéristique du Barrémien inférieur. Cependant la présence d'espèces telles que Silesites Seranonis, des formes du genre Macroscaphites et de Desmoceras strettostoma me font présumer que le Barrémien supérieur doit être représenté. Les rapports de cette faune avec les marnes aptiennes sont assez grands et ils seront beaucoup plus évidents lorsqu'on connaîtra mieux les céphalopodes de l'Aptien du midi de la France. Il y a de plus un certain nombre de formes que je n'ai pu assimiler d'une façon certaine avec des espèces aptiennes, mais qui en sont fort voisines.

Il me paraît donc probable que des recherches stratigraphiques permettraient de trouver au Djebel-Ouach, au-dessus du Barrémien inférieur absolument incontestable, une couche renfermant la forme du Barrémien supérieur avec quelques espèces aptiennes.

Un caractère négatif curieux de cette faune est l'absence ou du moins l'extrême rareté des céphalopodes déroulés que l'on retrouve pourtant en France dans les faciès pyriteux d'âge correspondant; à ce point de vue là notre gisement peut se comparer à celui de Swinitza, avec lequel il a du reste un certain nombre d'espèces communes.

En terminant, j'exprimerai le regret de n'avoir pu retrouver un grand nombre de formes décrites par Coquand. Ce sont les suivantes :

Ammonites Oxyntas.

— Seipionis.

— Masintha,

Ammonites Reboudi. — Gulussoe. ■— Massugradoe.


AMMONITIDES DU BARRÉMIEN 203

Ammonites Sinzora.

— Gelimer.

— Gurzil.

— Gildon.

— Mazuca.

Ammonites Emmelina.

— Vermina. Toxoceras Henoni.

— Ensis.

— Ouachense.

Une partie de ces Ammonites a été décrite de Duvivier gisement dont je n'ai eu que peu de choses à ma disposition et dont l'étude serait bien à désirer.



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE

1854. COQUAND. — Description géologique de la province de Constantine. Mémoires de la Société géologique de France, 2e série, t. V., 1re partie.

1862. COQUAND — Géologie et paléontologie de la région sud de la province de Constantine.

1880. COQUAND. — Études supplémentaires de paléontologie algérienne (Bulletin de

l'Académie d'Hippone). 1890. DOUVILLE. — Sur les cératites de la craie, compte rendu sommaire. 1889. HAUG. — Beitr. zur Kenntniss der oberneocom. Ammonitenfauna der Puez

Alpe bei Corvara in Südtirol (Beiträge zur Paloeontologie OestreichsUngarns

OestreichsUngarns der Orients). Wien.

1379. HERMITE. — Études géologiques sur les îles Baléares. Paris.

1856. KARSTEN. — Die geognoslische Verhältnisse Neu-Granadas (Verhandlungen

der Versammlung deutscher Naturforscher in Wien. 1888-89. KILIAN. — Description géologique de la montagne de Lure (thèse pour

le doctorat). Paris. 1889. KILIAN. — Sur quelques fossiles du crétacé inférieur de la Provence (Bull.

Soc. géol. de France), 3e série, t. XVI, p. 563. 1888. KILIAN. — Études paléontologiques sur les terrains secondaires et tertiaires

d'Andalousie. 1883. LEENHARD. — Étude géologique sur le mont Ventoux. 1861. DE LORIOL. — Description des animaux invertébrés fossiles contenus dans

l'étage néocomien moyen du mont Salève. 1878-80. MATHERON. — Recherches paléontologiques dans le midi de la France

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wenig bekannte aus der Kreide des Sentisgebirges. Mat. pour la carte géol.

suisse, 13e livraison. 1871. NEUMAYR. — Phylloceraten der Dogger und Malm (Jurastudien) (Jahrbuch

d. K. K. geologisch. Reichsanstalt). 1875. NEUMAYR. — Die Ammonitiden der Kreide und die Systematik der Ammonitiden.

Ammonitiden.


206 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE

1875. NEUMAYR. — Die geographische Verbreitung der Juraformation.

1876. NEUMAYR et UHLIG. Ammonitiden aus den Hilsbildungen Norddeutschlands

(Paläontographica).

1838. NIKITIN. — Sur les vestiges de la période crétacée dans la Russie centrale.

1860. OOSTER. — Catalogue des Céphalopodes crétacés des Alpes suisses.

1841. D'ORBIGNY. — Paléontologie française, terrains crétacés, t. I (céphalopodes).

1850. D'ORBIGNY. — Prodrome de paléontologie stratigraphique universelle des animaux mollusques et rayonnes.

1883. TORCAPEL. — Sur quelques fossiles nouveaux de l'urgonien du Languedoc (Bull. soc. d'ét. sc. de Nîmes).

1882. UHLIG. — Zur Kenntniss der Cephalopoden de Rossfeldschichten (Jahrbuch.

d. K. K. geol. Reichsanstalt), t. XVII.

1883. UHLIG. — Die Cephalopoden Fauna der wernsdorfer Schichten (Denkschriften

der Math.-Naturwiss. Classe d. Kaiser. Academie der Wissenschaft.). 1887. UHLIG. — Ueber neocome Fossilien von Gardenazza in Sud Tyrol (Jahrbuch d. K. K. geol. Reichsanstalt), t. XXXVII.

1884. WEERTH. — Die Fauna d. Neocomsandstein im Teutoburger Wald.

Berlin. 1868. ZITTEL. — Die Cephalopoden der Stamberger Schichten. 1870. ZITTEL. — Die Fauna der aelt. Cephalopoden führenden Tithonbildungen. 1886. HEINZ. — Fossiles décrits par Coquand (planches photographiées).


INDEX ALPHABÉTIQUE

Los synonymes sont imprimés en caractères romains.

Ammonites gildon Coquand. . . 159

Ancyloceras sp. ind. . . . . . 199

Crioceras sp. ind 198

DESMOCERAS 166

Desmoceras Angladei nov. sp. . 173

— cicer Coquand, sp 174

— cirtense nov. sp 176

— difficile d'Orb., sp. ... 168

— getulinum Coquand, sp. . 174

— Monicae Coquand, sp. . . . 168

— Monicae Heinz non Coq. . . 172

— Nabdalsa Coquand, sp. . . 172

— aff. Nabdalsa 173

— Oxyntas Coquand, sp. . . . 174

— Seguenzae Coquand, sp. . 170

— strettostoma Uhlig. . . . 169

HOLCODISCUS 180

Holcodiscus algirus nov. sp. . . 188

— astieriformis nov. sp. . . 191

— diverse costatus Coq. sp. . 183

— Geronimae Hermite, sp. . 186

— Gastaldii d'Orb., sp. . . . 183

— menglonensis nov. sp. . . 189

— metamorphicus Coq., sp. . . 186

— Sophonisba Coq., sp. . .192

— aff. Sophonisba 194

— nov. sp. ind 194

— sp. ind 195

HOPLITES 195

Hoplites Gelimer Coq., sp. . . 198

— Henoni Coq., sp 195

— Lamoricierei nov. sp. . . 197

— sp. ind 198

Leptoceras Cirtae Coquand, sp. . 199

— sp. ind 199

LYTOCERAS 143

Lytoceras crebrisulcatum Uhlig. 144

— Duvali d'Orb., sp. ... 145

— Jauberti d'Orb., sp. . . . 146

— numidum Coquand, sp. . 144

MACROSCAPHITES 147

Macroscaphites cf. binodosus Uh. 147

— nov. sp. ind 149

— striatisulcatus d'Orb., sp. . 148

PHYLLOCERAS 139

Phylloceras aspar Coquand, sp. . 143

— baborensis Coquand, sp. . . 139 Phylloceras cf. Ernesti Uhlig. . 142

— infundibulum d'Orb., sp. . 139

— Micipsa Coquand, sp. . . 143

— Rouyi d'Orb., sp 139

Thetys d'Orb., sp 141

— cf. Thetys 141

PULCHELLIA 149

Pulchellia cf. Caicedi Karsten. . 165

— Changarnieri nov. sp. . . 155


208 INDEX ALPHABÉTIQUE

Pulchellia coronatoides nov. sp. 160

— Danremonti nov. sp.. . . 163

— Dutrugei Coquand, sp. . . 153

— Heinzi Coquand, sp. . . . 159

— hoplitiformis nov. sp. . . 162

— ouachensis Coquand, sp. . 157

— provincialis d'Orb., sp. . . 165

— Sauvageaui Hermit, sp. . . 153

Pulchellia subcaicedi nov. sp. . 163

SILESITES 178

Silesites impare-costalus Coq., sp. 179

— interpositus Coquand, sp. . 178

— Seranonis d'Orb., sp. . . 178

— sp. ind 179

Toxoceras Cirtae Coquand. . . . 199


PLANCHES

6e SÉRIE, T. III. — 1890

14


PLANCHE I (1)

FIGURE 1. Phylloceras cf. Thetys d'Orb., sp 141

— 2. — cf. Ernesti Uhlig 142

— 3-4. Lytoceras Numidum Coquand, sp 144

— 5-0. — Duvati d'Orb., sp. var. Ibrahim Coquand. . . . 145

— 7. Lytoceras Jauberti d'Oib., sp. . . . 144

— 8. Macroscaphites striatisulcatus d'Orb., sp. (collection Sayn). . 148

— 9. — — d'Orb., sp. var. afra. . . . 146

— 10. — nov. sp. indét. ........... 149

— 11-12. Pulchellia Sauvageaui Hermite, sp 133

(les lobes f., 12c , ont été dessinés d'après un individu de la taille, de la fig. 11a et grossis —).

— 13. Pulchellia Changarnieri nov. sp. . 155

(13d : lobes 3/4).

— 14. Pulchellia Ouachensis Coquand, sp., type (coll. Sayn). ... 158

— 15. — — var. (coll. Kilian) (15d : lobes 3/4). . 158

— 16. — provincialis d'Orb , sp 195

(1) Sauf indication contraire, tous les échantillons figures dans ce mémoire proviennent du Barrémien du Djebel-Ouach et font partie de la collection de M. Heinz.


Sayn.-Barrémien du Djebel-Ouach

PL. I

Anna Barbeness, del. et lith.

Imp. A. Roux, rue Constantine, 8, Lyon




PLANCHE II ( 1)

FIGURE 1. Pulchellia coronatoides nov. sp 160

— 2. — — échantillon jeune (coll. Sayn) (2e : lobes

d'un des flancs d'après un autre individu grossis 3/1). . . . 163

— 3. Pulchellia Danremonti nov. sp 163

— 4. — hoplitiformis nov. sp 162

(4e : lobes au 3/4).

— S. Pulchellia Heinzi Coquand in Heinz 139

(5e : lobes au 3/1).

— 6. Pulchellia subcaicedi nov. sp 163

— 7. — provincialis d'Orb., sp 163

— 8. Desmoceras difficile d'Orb., sp. (coll. Sayn) 168

— 9. — strettostoma Uhlig 169

— 10. — Seguenzae Coquand sp 170

— 11. — Nabdalsa Coquand sp 172

— 12. — Aff. Nabdalsa 173

— 13. — Anglandei nov. sp 173

— 14. — cirtense nov. sp 176

(1) Les lobes figurés sur celte planche sont tous grossis trois fois.


Sayn-Barrémien du Djébel-Ouach

PL. II

Anna Barbeness, del. et lith.

Imp. A. Roux, rue Constantine, 8, Lyon




PLANCHE III ( 1)

FIGURE 1. Holcodiscus diverse-costatus Coquand sp . 183

(Variété à côtes fines du Djebel-Ouach).

— 2. Holcoliscus diverse-costatus type; Barrémien de Duvivier, collection

collection 183

— 3. Holcodiscus Gastaldii d'Orb., sp 183

— 4. — Geroninae Hermite sp 186

— 3. — — — sp 186

(Forme metamorphicus Coquand).

— 6. Holcodiscus algirus nov. sp 188

— 7. — Sophonisba Coquand sp 192

— 8. — — var. tenuis 192

— 9. — aff. Sophonisba 194

— 10. — menglonensis nov. sp.. 189

— 11. — astieriformis nov. sp . . .191

— 12-13 Hoplites Henoni Coquand sp 193

— 14. — Lamoricierei nov. sp 197

— 13. Leptoceras Cirtae Coquand, sp 199

— 16. — sp. ind 199

(1) Les lobes figurés sur cette planche le sont au /1 pour leurs détails, prière de s'en rapporter plus particulièrement à la description.


Sayn-Barrémien du Djébel-Ouach PL. III

■Anna Barbeness, del. et lith. Imp A. Roux, rue Constantine, 8, Lyon



RAPPORT

DE LA

COMMISSION DES SOIES

SUR

SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1890

MEMBRES DE LA COMMISSION DES SOIES

MM. GENSOUL, CHAURAND, ISAAC, VIGNON, C. BIÉTRIX, MAURICE

LEGER, ROYET

BILLIOUD-MONTERRAD, PRÉSIDENT

J. DUSUZEAU, SECRÉTAIRE.

La Société d'Agriculture, Sciences et Arts utiles de Lyon, reçoit de l'État une subvention annuelle, attribuée à la Commission des soies de votre association. De plus, la Chambre de commerce, auprès de laquelle on est sûr de trouver un généreux appui, dès qu'il s'agit d'encourager la production de cette précieuse matière première, la soie, que nos fabricants et nos tisseurs savent convertir en merveilleuses étoffes, outre le concours moral qu'elle prête à notre Société, veut bien assurer chaque année une précieuse ressource à votre Commission.

Pour répondre à ces témoignages de libérale sympathie, vous avez chaque année à donner un compte rendu écrit de tout ce que nous avons jugé utile de faire durant cette période annuelle. C'est l'objet du rapport dont j'ai à vous donner connaissance.

Dans une première partie, nous avons à vous exposer tout spécialement la forme sous laquelle nous avons cru pouvoir

6e SÉRIE, T. III. — 1890 15


216 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

maintenir autour de nous, ou éveiller, s'il est possible, dans les jeunes intelligences, l'intérêt instructif qui s'attache aux éducations des vers à soie.

En second lieu, nous aurons à faire la revue séricicole de l'année qui finit, en appréciant rapidement la marche et le résultat des éducations en France et à l'étranger.

Puis à rendre compte des recherches faites dans le domaine de la pratique des magnaneries et enfin des travaux d'ordre purement scientifique.

i

ENCOURAGEMENTS A LA SÉRICICULTURE DANS LE RHONE

La saison séricicole a débuté en 1890 par un temps froid, humide, des plus contraires. La première pousse des mûriers a été surprise par la gelée, ce qui a causé aux éleveurs un retard de trois semaines et en a découragé un grand nombre.

La Commission des soies, incertaine d'abord sur le succès d'un concours dans des circonstances fâcheuses, s'est déterminée peut-être un peu tard, à persévérer dans son projet, lorsque la saison a paru s'améliorer.

Elle a pensé qu'il ne fallait pas que l'année s'écoulât sans encourager les bonnes volontés qu'elle pourrait recruter en faveur du réveil et du progrès du travail séricicole ; son but est en effet, d'inspirer le goût des essais séricicoles au plus grand nombre possible d'habitants des villes et des campagnes et de favoriser toutes les tentatives de ce genre et même les élevages les plus minimes.

Le programme des encouragements a été communiqué par lettre personnelle à tous les instituteurs et à toutes les institutrices du Rhône. L'affiche autorisée par M. le Préfet, le


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1890 217

25 avril, et expédiée aux maires, le 30, a été publiée dans toutes les communes. Elle était conçue en ces termes :

Sans ouvrir un concours proprement dit, la Commission des soies, pour favoriser le développement de la sériciculture dans le Rhône, décernera en 1890 des récompenses en argent, dont la plus élevée sera de cent francs, — en médailles de vermeil, argent et bronze, — en livres de choix sur les vers à soie et les arts de la soie, pour les différents travaux de magnanerie ainsi classés :

1° Éducations des vers à soie bien conduites sous le rapport de l'incubation des graines, des soins appliqués à l'alimentation des vers, à l'espacement, à l'aération, à l'hygiène;

2° Multiplication du mûrier, pépinières et sélection des variétés, taille, greffe, plantations en haies ou hautins, traitement des maladies des mûriers.

3° Observations écrites sur l'élevage, l'histoire naturelle des vers à soie, sur les comptes de magnanerie; dessins et cartes séricicoles.

Sont appelés à mériter les encouragements de la Commission :

Les directeurs et directrices d'écoles et établissements d'instruction ;

Les élèves des institutions municipales ou libres, initiés aux élevages par leurs professeurs ou leurs parents ;

Toute personne de la ville ou de la campagne, quelle que soit sa profession, s'occupant d'une éducation en vue du profit ou se livrant à des essais d'élevage.

La Commission des soies laisse aux personnes qui se feront inscrire pour participer aux encouragements toute latitude sur le choix des races, des méthodes d'élevage, sur l'importance de l'éducation dont le minimum est fixé à 5 grammes, et sur l'emploi de leurs propres graines ou de graines achetées.

Toutefois, la Commission distribuera gratuitement des graines par petits lots de 5 grammes aux personnes qui le désireront.

Les lettres d'inscription et de demande de graines, après avoir été visées par la Mairie, devront être adresées à M. J. Dusuzeau, directeur du Laboratoire d'études de la soie, rue Saint-Polycarpe, 7, Lyon.

Les inscriptions seront closes le 31 mai. Il ne sera délivré de graines que jusqu'au 25 mai.

Chaque personne pourra s'inscrire à son choix pour l'une des parties quelconque des travaux, pour deux ou pour l'ensemble.

C'est d'après les résultats constatés dans les visites faites pendant le


218 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

cours des élevages par les membres et délégués de la Commission, que s'établira la liste des récompenses à décerner aux plus méritants.

LE PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DES SOIES, LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE,

G. BILLIOUD. CH. CORNEVIN.

La Commission a enregistré 31 inscriptions : 14 pour Lyon et la banlieue, 9 pour le canton de Condrieu, 6 pour l'arrondissement de Villefranche, 2 pour le canton de Givors ; sur ce nombre de 31, cinq instituteurs se sont fait inscrire.

233 grammes de graines furent distribuées aux éducateurs par la Commission, ces graines provenaient :

1° de races de France. — Ardèche, M. DEYDIER frères.

Var moyen, M. HILARION-MEYNARD ;

2° de races d'Italie. — Bione, Brianze, Roussillon — Bione de M. l'ingénieur GUIDO SUSANI ;

3° Divers petits lots de graines de races du Khotan dans le Turkestan, don de M. SCHAWROFF, directeur de la station séricicole de Tiflis, Caucase. Ces races réputées comme meilleures sont les Pschi, Sarik, Ak Pilat, Naitchachouvi, Axajéké, etc.

Parmi les éducateurs libres, neuf se servirent de leurs graines et en firent éclore 255 grammes.

Sur les 233 grammes distribués par la Commission, 55 grammes furent perdus à l'éclosion par suite de l'inexpérience des personnes dans le travail si délicat de l'incubation; 45 grammes furent atteints par la flacherie dans le canton de Condrieu ; et 5 par la pébrine : ces graines étaient de provenance étrangère.

La quantité de cocons obtenue a été de 265kg, 300 ; les graines des éducateurs produisirent 488kg,600 de cocons; soit un ensemble de 383 grammes de graines (défalcation faite des 105 grammes perdus ou à peu près), qui ont produit 753kg,900, ou 1kg,968 de cocons pour un gramme de graines.


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1890 219

La Commission avait, cette année, fait appel à tous les établissements d'instruction du département, les réponses ont été très peu nombreuses, mais nous ne douions pas que, si la Commission renouvelle ses propositions d'encouragement pour l'année 1891, elle ne trouve parmi les instituteurs et institutrices du département du Rhône, un empressement beaucoup plus grand à se faire inscrire, encouragés d'abord par le succès rénumérateur qu'ont obtenu les écoles de Régnié, de Monplaisir, etc., puis par les prix qui leur sont décernés pour l'enseignement séricicole, et enfin par la prime attribuée spécialement à leurs élèves pour promenades instructives; tout fait espérer que le goût des élevages et l'émulation pour réussir se manifesteront de plus en plus dans les écoles du Rhône, qui donneront ainsi des exemples de travaux utiles, attrayants à la fois pour les élèves et profitables à leurs parents.

M. JAMBON, instituteur communal à Régnié (Rhône), à qui on avait confié l'éducation des races du Caucase, plus 10 grammes de graines provenant de MM. DEYDIER, s'est acquitté avec une rare habileté du soin de ces éducations, et surtout de celle des races d'Asie, d'une santé douteuse, mais qui chez lui, n'ont pas été contaminées, tandis que l'élevage fait à Lyon par un autre concurrent, n'a pu donner de résultats.

Voici un résumé de la marche des éducations des races du Caucase :

Pschi, 1gr,050 de graines. Incubation, 6 mai, première levée 15 mai, montée 25 juin, marche irrégulière. Récolte 1kg,700.

Sarik, 1gr,750 de graines. Incubation 6 mai, première levée 11 mai, montée 25 et 26 juin; les vers sont demeurés chétifs jusqu'à la quatrième mue. Belle récolte, 3kg,100.

Ak Pilat, 0gr,700 de graines. Incubation 6 mai, première levée 16 mai, montée 25 juin ; l'éclosion fut très irrégulière; malgré une température poussée jusqu'à 36 degrés centi-


220 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

grades, la plupart des graines n'ont pu éclore, pendant toute la durée de l'élevage les vers sont restés très inégaux, récolte 0kg,800 de cocons.

Natchachouvi. — 1 gramme de graines. Incubation 6 mai, première levée 9 mai, montée 17 juin. Très jolis vers, quelques-uns entièrement noirs, un grand nombre rayés, d'autres d'an blanc plus ou moins pur. Les cocons étaient en partie d'une coloration jaune d'or, les autres, d'un blanc neige ou verdâtre. Récolte 2 kilogrammes de cocons.

Race d'Achelleké. Axajéké. 0gr,800 de graines. Incubation le 6 mai, première levée 9 mai. Montée 14/15 juin récolte 0gr,500 de cocons.

Le cours fait par M. Jambon aux élèves pendant ces éducations était surtout pratique, les élèves participant à tous les travaux des chambrées ; les développements théoriques à leur portée étaient puisés dans l'ouvrage de M. Maillot.

Nous joignons à ces renseignements sur ces races étrangères, un tableau de filature industrielle relative à trois grèges étudiées au Laboratoire d'Etudes de la soie.

M. JAMBON, ayant obtenu une somme de 30 francs pour récompense à ses élèves, a eu la bonne pensée de les conduire à Lyon, où ils ont visité le Laboratoire d'études de la soie, la Condition, le Musée industriel.

A l'école municipale de Monplaisir, M. Nury, Directeur, avait organisé un système d'enseignement presque complet. MraeNury, pour sa part a pris la conduite d'un élevage de 10 grammes, race du Var, qui, en raison des bons soins prodigués, a donné un résultat remarquable. Cette éducation a servi d'exemple aux élèves et leur a procuré l'occasion de s'exercer chaque jour, aux services d'une chambrée. Une prime de 40 francs a été attribuée à Mme Nury, et l'application des élèves à ses leçons pratiques, a eu pour récompense une petite, somme de 30 francs, destinée à une promenade instructive.


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNEE 1890 221

ESSAIS DE FILATURE INDUSTRIELLE

CAUCASE n° 1 n.° 2 n° 3

RACE Sarik-Pilat Pschi-Pilat Naitchachouvi

Graines, M. Schawroff Graines, M. Schawroff Graines, M. Schawroff

PROVENANCE Tiflis Tiflis Tiflis

Éd. faite à Régnié 1890 Éd. faite a Régnié 1890 Ed. faite à Régnié 1890

État hygrométrique des cocons. sec] sec sec

Coque soyeuse peu ferme peu ferme peu ferme

Nombre des cocons au kilogram. 1196 1180 1297

Poids net à filer 0 k. 250 0 k. 250 0 k. 195

Soie grège produite. ... 0 k. 062.700 0 k. 044.600 0 k. 042.900

Frisons 0 k. 011.500 0 k. 013.300 0 k. 010.800

Bassinés 0 k. 020.200 0 k. 031.500 0 k. 024.100

Rentrée en kilogrammes; . 3 k. 987 4 k. 932 4 k. 545

Couleur de la grège jaune vif jaune vif blanche

Qualités ferme assez propre ferme

Dévidage tavelles par ouvrière. 90 à 100 90 à 100 90 à 100

Défauts de la grège » » »

TITRAGES DE LA GRÈGE

Poids décimal à 500 mètres. . 0 gr. 750 (4) 0.800 (8) 0 gr. 600 0.650 (3) 0.700 (8) 0 gr. 650 (4) 0 700 (9)

0.850 (6) 0.900 (2) 0.750 (4) 0.800 (3) 0.750 (6) 0.800

Poids moyen décimal. . . 0 gr. 815 0 gr. 720 0 gr. 710

— en deniers à 500 mètres. 15 d. 34 13 d. 55 13 d. 36

— en deniers à 476 mètres. 11 d. 06 12 d. 89 12 d. 71 Poids a 10.000 m. = N° décimal. 13 gr. 300 . 14 gr. 400 . 14 gr. 200 Épreuv. de Ténacité en gram. 40. 45. 50. 55. 60. Moy. 50 45. (2). 50. 55. (2). Moy. 50 55 (2). 60. 65. (2). Moy. 60 Épreuves d'Élasticité %. . 19.(2).20.(2).21.Moy.19.8 19. 20. (2). 21. 22. Moy. 20 15.(2). 17.18.(2).Moy.16.6 Décreusage, perte pour %. . 23,94 22,49 20,78

NOTES DE FILATURE —

Mode de filature Chambon Chambon Chambon

Battage des cocons à la main à la main à la main

Grège filée à cocons 4 à 5 4 à 5 4 à 5

Bouts conduits à la fois. . . . deux deux deux

Croisure, tours 200 200 203

Jetée des bouts à la Filière. . à la machine à la machine à la machine

Grège à bouts noués noués noués

Mètres enroulés par minute. . 135 135 135

Marche du dévidage. . . . . bonne Bonne Très bonne

Observations


222 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

M. NURY a résumé l'enseignement séricicole qu'il a donné pendant la durée de l'éducation en un mémoire divisé en deux parties : mûriers, vers à soie, exposant avec ordre et très clairement les préceptes les plus essentiels pour le succès des plantations et des précieux insectes. Une médaille d'argent a été décernée à M. NURY. Au manuscrit qu'il a déposé, étaient joints cinq cahiers de notes, prises par cinq de ses auditeurs les plus zélés. Chacun d'eux a reçu comme témoignage de satisfaction un livre instructif sur la soie.

Pour les éducations scolaires et les cours spéciaux, la Commission a distribué les récompenses suivantes :

Aux écoles communales de Régnié et de Monplaisir une prime aux élèves pour promenade instructive.

Une médaille d'argent à M. JAMBON, instituteur à Régnié (Rhône).

— — à M. NURY, instituteur à Montplaisir ;

— — à M. FRANK, instituteur à Lyon, rue Béchevelin ;

— — à M. MONTERNIER, instituteur à Lyon, rue Neyret ;

— de bronze à M. LAUTIER, instituteur adjoint, rue Béchevelin.

La ville de Condrieu se trouve à chaque saison d'élevage très éprouvée par la flacherie. Généralement les éducations hâtives réussisent bien, tandis que celles dont la montée se fait les derniers jours de juin sont complètement perdues. Les mûriers de beaucoup d'éleveurs sont dans la plaine sur les bords du Rhône, et c'est précisément ceux-ci chez lesquels la maladie sévit toutes les années avec plus ou moins d'intensité.

Un fait qui nous a paru digne d'être rapporté, s'est produit chez M. THOUVEREZ au Château Gaillard, non loin des buttes militaires du grand camp. Cette année l'autorité militaire avait à expérimenter différentes matières explosibles. Au moment ou ces expériences furent faites, les vers de M. THOUVEREZ se trouvaient en pleine montée ; malgré le bruit énorme


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNEE 1890 223

et presque continuel des détonations occasionnant de grandes secousses à la maison, la montée s'accomplit très bien, et, comme nous le jugeâmes lors de notre visite, aucun ver n'avait interrompu son travail.

La Commission distribua pour récompenses 500 francs de prix en espèces, des médailles de vermeil, d'argent et de bronze.

Deux de nos lauréats, employés aux Chantiers de la Buire, ont reçu leurs récompenses de la main même du président du Conseil d'administration en présence du directeur et des principaux ingénieurs.

En doublant par ce témoignage public la valeur de nos encouragements, le Conseil d'administration des établissements de la Buire a donné un exemple excellent dont la Commission des soies est reconnaissante et qu'elle serait heureuse de voir imité.

Les spécimens des cocons produits dans les différentes éducations sont exposés au Laboratoire d'Etudes de la soie et conservés dans 25 bocaux. Six des races les plus ntéressantes ont été soumises aux essais de filature.

II

APERÇU GÉNÉRAL SUR LA SÉRICICULTURE EN 1890

Présenter un tableau résumant dans un cadre parfait la marche des éducations et pouvant donner une idée simple et concise de leur développement et de leurs résultats est chose fort difficile. D'un pays à un autre, presque dans les mêmes conditions, en France comme en Italie, il suffit d'une modifi-


224 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

cation dans la température pour réagir sur la qualité de la feuille, sur l'état thermique des chambrées et par suite sur la santé des vers, de là une variété de nuances sans nombre dans l'aspect des magnaneries. La température de tout temps exerça son influence sur le résultat des élevages, et il ne faudrait pas croire qu'avant l'apparition de la maladie des corpuscules, comme sont portés à le penser quelques éducateurs, les récoltes réussissaient toujours bien. Aussi n'est-il pas étonnant que, cette année, les journées d'une chaleur intense succédant à une température froide et pluvieuse, aient eu des effets désastreux dans des circonstances données. Les chambrées arrivées à terme avant les jours très chauds réussirent bien, les lots qui à ce moment n'étaient pas encore à la quatrième mue furent moins éprouvés, ceux au contraire arrivant à une période plus avancée furent plus ou moins décimés par les maladies.

Comme toujours les petites éducations de races cultivées avec soin dans les magnaneries bien situées et bien ventilées sont celles qui ont le mieux réussi.

Nous donnerons une idée générale des éducations de 1890 en empruntant sans un ordre bien régulier, aux journaux spéciaux, quelques extraits de ce qu'ils ont écrit d'intéressant à ce sujet.

A la date du 5 mai le Bulletin des soies écrivait : Jusqu'à présent les nouvelles de la marche des éducation sont favorables, elles progressent sans incidents, les échecs de l'année dernière en Italie avaient éveillé quelques craintes sur la qualité des semences, à en juger par les éclosions qui sont faites et qui se poursuivent régulièrement dans la haute Italie, ces craintes ne seraient pas justifiées.

Quant à la végétation des mûriers, elle ne laisse rien à désirer. Les éducations sont de la deuxième à la troisième mue dans les Calabres et la Sicile ; elles franchissent la se-


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNEE 1890 225

conde mue dans les plaines de la Toscane, la première dans la vallée du Pô.

En Espagne, les chambrées, sensiblement plus nombreuses que l'année dernière, ne motivent aucune plainte, elles sont à la troisième à Murcie, à la seconde mue à Valence.

En France les éclosions se poursuivent dans les Basses - Cévennes, le Vaucluse et le Var, elles se sont faites à la pleine satisfaction des éducateurs.

La Syrie est également satisfaite ; à Brousse les races à cocons blancs représentent des deux tiers aux trois quarts des éducations.

Les régions retardataires (haute Drôme, hautes Cévennes) ont une marche normale.

Italie. — Milan : marchés peu approvisionnés ; on paye les jaunes extra 4 fr. 50 environ; dans le reste de la péninsule la note dominante est le peu d'abondance de la feuille, dont le prix s'élève de 15 à 30 francs les 100 kilogrammes.

Les marchés de cocons s'ouvrent dans l'Italie centrale, où la réussite paraît bonne, on débute à Lucques de 3 fr. 80 à 4 fr. 50 le kilogramme.

Dans le Milanais, où les vers sont à la bruyère, la flacherie et la muscardine frappent quelques chambrées. Le Piémont arrive à la quatrième mue, non sans beaucoup de plaintes.

Dans le Levant, malgré quelques déceptions dans la plaine, le résultat est bon; à Brousse, quantité probablement supérieure à celle de 1889, les cocons commencent à paraître.

16 juin. — Espagne. On finit avec un peu de baisse 4 fr. 50 à 4 fr. 60 pour jaunes dépurés de Valence.

FRANCE. — Les prix poussés par la spéculation locale, s'établissent ainsi : pour jaunes. Var, 4 francs à 4 fr. 30; Vaucluse, 4 fr. 25 à 4 fr. 60. Lubéron, 4 fr. 75. Cévennes, 4 fr. 25. En 1889, les prix étaient : 3 fr. 80 à 4 fr. 10.


226 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

ITALIE. — La récolte semble être abondante dans le Napolitain et l'Italie centrale, très bonne dans le Crémonais et le bas Véronais, moins satisfaisante dans le haut Véronais, elle est passable en Vénétie, des craintes se produisent dans le Bergamasque et le Frioul; les éducations du Tyrol marchent régulièrement, elles sont médiocres en Piémont; l'ensemble de l'Italie paraît devoir donner un résultat meilleur qu'en 1889 en quantité et en qualité.

On paye les jaunes, premier choix, dans l'Italie centrale, entre 4 francs et 4 fr. 50, et, sur certains points, 4 fr. 60 à 4 fr. 70.

18 juin. — Les éducations de vers à soie sont à peu près complètement achevées, elles se sont poursuivies au milieu de circonstanees plus ou moins favorables, et les résultais en sont très variables suivant les régions. C'est dans le département du Var que l'on compte le plus grand nombre de succès, dans le Gard les maladies paraissent avoir fait éprouver des pertes assez importantes.

Le Journal officiel du 1er octobre a publié le résumé de l'enquête séricicole de 1890, faite en France par le ministre de l'agriculture. L'examen de ce tableau, dont nous donnons les résultats généraux en comparaison avec ceux des années antérieures, montre d'abord que, si le nombre des éducateurs a été un peu supérieur à celui de l'année 1889, la quantité de graines mises en incubation a été plus faible, néanmoins, en raison des condition meilleures que les éducations ont subies, la production totale en cocons à été, comme le rendement moyen par once de graines, supérieure à celle de l'année précédente, mais les résultats sont toujours plus faibles que dans les trois années qui ont précédé l'année 1889, pendant lesquelles les rendements ont été les plus élevés qui aient été réalisés jusqu'ici. Voici le résumé des principaux éléments de l'enquête séricicole comparés avec


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1890 227

ceux des six années précédentes. La production se répartit entre vingt quatre départements.

NOMBRE ONCES DE COCONS QUANTITÉ

DES GRAINES A PRODUCTION MOYEN EMPLOYÉS DE GRAINES

ÉDUCATEURS L'INCUBATION AU GRAINAGE OBTENUES

kilogr. kilogr. onces

1884. . . 141.474 279.613 6.196.994 22,16 156.991 475.635

1885. . . 134.265 256.951 1.607 167 25,71 185.552 570.391

1886. . . 135.706 243.332 8.269.862 33,98 168.344 429.383

1887. . . 136.388 257.700 8.575.673 33.28 282.977 887.574

1888. . . 142.711 275.776 9.549.906 34,70 307.790 903.374

1889. . . 141.101 254.156 7.409.830 29,15 376.586 942.024

1890. . . 142.556 253.915 7.799.475 30,79 303.172 876.996

L'industrie du grainage et toujours active, mais, comme on le voit, les résultats ont été beaucoup moins bons que les années précédentes.

Ce sont toujours les deux départements du Var et des Basses-Alpes qui tiennent la tête pour la production de la graine, le premier de ces départements a produit 564.894 onces de graines cette année, et le second, 158.381. A eux deux ils ont donné 82 pour 100 de la production totale. Les trois départements du Gard, de la Corse et des Pyrénées Orientales viennent ensuite avec une production beaucoup plus faible. Les prix des cocons ont été un peu meilleurs que pendant les années précédentes, le prix moyen des cocons vendus, pour la filature, a été de 4 fr. 09 par kilogramme pour les races françaises; ceux vendus pour le grainage, 4 fr. 50 à 5 francs.

RÉCOLTE DES COCONS EN ITALIE. — Récolte supérieure à celle de 1889 dans les provinces de Parme, Crémone, Lodi, Mantoue, Vérone, Vicence, Voghera, Alexandrie, Bas-Piémont et Haut-Piémont.

Récolte égale à celle de 1889. Toscane, Romagne et duchés, Plaisance, Bologne.


228 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

Récolte inférieure à celle de 1889. Province de Padoue, Trévise, Frioul, Milan, Côme, Brescia.

Dans l'ensemble, la récolte serait supérieure de 5 à 10 pour 100 à celle de 1889 (Bulletin de la Chambre de Commerce française à Milan). Le prix moyen de l'once de graines sélectionnées au microscope a été, de 12 à 15 livres; de la graine du Japon, préparée industriellement, 5 à 8 livres.

L'empire ottoman a frappé les graines de vers à soie d'un droit de douane de 8 pour 100 à leur entrée en Turquie ; toutefois, à la suite de démarches faites par l'ambassadeur de la République française à Constantinople, une dernière instruction émanée de l'administration des contributions indirectes, en conformité d'un avis émis par le Conseil d'État, porte que, pendant un délai de deux mois à partir de l'avis publié le 30 octobre, les graines de vers à soie seront exemptes de ce droit.

Dans le cours de l'année 1889, la France a expédié en Turquie 7054 kilogrammes de graines d'une valeur de 2.252.000 francs, on conçoit l'émotion fort vive ressentie par nos sériciculteurs du Sud-Est à l'annonce de ce tarif douanier qui va leur fermer en partie l'approvisionnement des marchés turcs, mais on ne doit voir dans ce fait que la conséquence des mesures prises depuis quelque temps déjà pour développer la sériciculture en Turquie. Des primes importantes ont été créées en faveur des plantations de mûriers; les plantations nouvelles sont exemptes d'impôt pendant de nombreuses années.

Des décrets ultérieurs rendus par le Gouvernement ottoman viendront atténuer sensiblement, nous l'espérons, la rigueur de ces mesures.

La sériciculture se réveille dans la région du Caucase, qui de 1850 à 1860 produisait environ 500.000 kilogrammes de soie, réduits à 100.000 dans les dernières années. La statis-


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1890 229

tique de 1889 révèle un notable accroissement dans les exportations du Caucase, tant en cocons qu'en soie. La Russie fait de singuliers efforts pour pouvoir alimenter ses fabriques de Moscou et de Pologne. Les provinces de l'Asie centrale auxquelles elle vient de se rattacher par le chemin de fer transcaspien vont lui venir en aide pour réaliser cet objectif. Les graines qui paraissent surtout convenir aux éducateurs dans le Caucase seraient, d'après les informations du consul italien, les races croisées jaunes italiennes et japonaises blanches à gros cocons.

En Macédoine, les graines employées sont presque toutes de provenance française, celles de provenance italienne seraient de 10 pour 100 de la consommation; celles de races françaises 90 pour 100. La récolte y serait supérieure à la précédente comme quantité, le rendement en soie moins bon ; la race dominante est la race iaune pour les quatre cinquièmes, le reste blanc et vert.

Dans la Bulgarie, les races locales sont peu appréciées, une loi récente y prohibe la reproduction des semences indigènes, seule l'Ecole d'agriculture devra les préparer par le système Pasteur avant que l'Institut agricole en puisse confectionner une quantité suffisante, le Gouvernement s'occupera d'en acheter des meilleures provenances, tant en France qu'en Italie. Cette année 200.000 onces ont été importées, de race cellulaire, et les résultats encouragent les Bulgares à se livrer à la sériciculture.

Depuis 1884, une nouvelle et sérieuse maladie a fait son apparition dans quelques communes de la Lombardie, occa - sionnée par le puceron, le Diaspis Pentagona de Targioni, qui se comporte, relativement au mûrier, comme le Puceron lanigère pour le pommier; l'invasion occupe actuellement une zone de quarante kilomètres cariés ; déjà on signale son apparition en Espagne et en Syrie.


230 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

Il est temps que la France songe à se défendre. Une mission d'études en Lombardie, proposée par M. Dusuzeau, et agréée par la Chambre de commerce, aura, pour effet de préparer nos propriétaires de mûriers à combattre l'insecte à coup sûr dès son apparition.

De même que, dans l'année dernière, les chambrées de vers à soie ont eu à subir les effets fâcheux de la muscardine, le calcino des italiens, et de la flacherie; la première paraît s'accentuer, et nombreuses sont les éducations dont les vers ont été frappés.

La diffusion si facile des spores de la muscardine en assure le développement, ils conservent durant deux ou trois ans leur puissance de vitalité. De quelques récentes recherches faites en Italie (professeur Perroncitto et Dr Saglioli) sur la ténacité vitale des spores de la muscardine, il résulterait qu'ils meurent sûrement au bout d'un séjour de deux à trois minutes dans l'eau bouillante ; ils végètent encore même après avoir été maintenus pendant dix minutes à une température de + 50°, mais si cette température est portée à 60° ou 70° au bout de dix, vingt ou trente minutes, ils ne donnent plus lieu à aucun signe de végétation.

Il est donc de toute importance aujourd'hui avant de commencer une éducation, si l'état du local est tel qu'il doive faire redouter la muscardine, de procéder à la désinfection par des fumigations sulfureuses.

De laver les claies et autres appareils avec l'eau de chaux, l'acide phénique ou plutôt une solution de sublimé, d'employer en un mot les meilleurs procédés de destruction de ces germes contagieux.

Si le Botrite de Bassi acquiert une nouvelle intensité dans son développement, la cause en est dans l'insuffisance des désinfections préventives, l'emploi de vieux matériaux, l'habitude de ne pas ensevelir assez profondément les cadavres


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNEE 1890 231

muscardinés, la coutume des agriculteurs (surtout dans la haute Italie) d'employer les poussières des chrysalides comme engrais dans les pâturages. N'y aurait-il pas lieu d'arriver par des inspections aux mesures nécessaires pour assurer la destruction sévère des germes de la muscardine.

Si, malgré ces précautions prophylactiques, quelques vers muscardinés apparaissent, ce qu'il y aurait de mieux à faire,, serait de suivre les conseils de l'ingénieur Susani, chercher près de la magnanerie une place inoccupée où après avoir pratiqué d'énergiques fumigations au soufre — 8 kilogrammes par 100 mètres cubes, — on transporterait les vers, après toutefois avoir pris la précaution de les déliter avec du papier percé, à plusieurs reprises pendant vingt-quatre heures dans le local qui doit être abandonné pendant quelques jours. On ne transportera les vers dans le local précédemment désinfecté qu'à la suite d'un repas donné avec le papier percé; là encore pendant vingt-quatre heures, on changera les vers tous les deux repas, les litières seront entièrement jetées au feu.

Pendant ce temps, l'ancien local sera soumis aux fumigations désinfectantes, les litières et ustensiles jetés au feu, seulement alors on pourra y réinstaller les vers. Ces précautions sévères paraissent justifiées par la gravité de la muscardine.

Le professeur Giuseppe Cuboni, directeur de la Station de pathologie végétale de Rome, a publié dans les Annales de l'Académie royale, de concert avec M. A. Garbini, une note sur une maladie du mûrier qu'ils croient pouvoir rattacher à la flacherie du ver à soie.

Le professeur Augustino Goiran, à la fin du dernier mois de mars, avait adressé de Vérone à la station de Rome, quelques feuilles de mûrier recouvertes de petites taches noires; l'examen microscopique révèle dans ces parties atteintes une quantité considérable de bactéries.

6e SÉRIE, T. III. — 1890 16


232 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

La forme et les dimensions de ces microbes correspondant à ceux découverts par Leydig, et décrits par M. Béchamp et Pasteur, sous le nom de Micrococcus ou Microsyma du bombyx et par Flügge sous celui de Streptococcus et regardés comme caractéristiques des vers morts de flacherie.

Pour connaître l'action exercée par ces diplocoques sur les vers à soie, les auteurs ont servi, aux repas des vers à la quatrième mue, des feuilles trempées dans une culture de diplocoques et tous les vers qui mangèrent de ces feuilles succombèrent avec le caractère distinctif de la flacherie.

A l'examen des vers morts on a retrouvé dans l'intestin et les cavités lymphatiques les diplocoques sus-mentionnés.

Ces faits sembleraient démontrer comme fort probable que les diplocoques qui produisent la maladie des feuilles de mûrier seraient aussi la cause de la flacherie.

M. Georges Coutagne, d'une famille fort connue à Lyon, ancien élève de l'école Polytechnique, licencié ès sciences naturelles a publié cette année, dans le volume du Laboratoire d'Etudes de la soie, ses recherches sur l'amélioration des races européennes des vers à soie. Son procédé repose sur la sélection individuelle; en voici le résumé.

Dans un lot de choix, l'auteur prélève une certaine quantité de cocons — chacun est numéroté, étiqueté, pesé au centigramme près, puis fendu obliquement, de manière à ne pas toucher la chrysalide, mais à pouvoir l'extraire sans l'endommager — une seconde pesée donne le poids de la coque vide — le rapport de ces pesées donne la richesse soyeuse, ou rendement en soie du cocon considéré. On réintègre aussitôt après, la chrysalide dans le cocon, et par le moyen d'une fine épingle, on assujettit ensemble les deux lèvres de l'ouverture, lorsque l'opération est bien faite, la fente est difficile à apercevoir et sauf l'épingle, rien n'indique que le


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1890 233

cocon ait été ouvert. — On garde comme reproducteurs les cocons d'élite pour en élever les graines.

M. Coutagne étudie depuis trois ans cette méthode de sélection et parallèlement celle par ponte isolée et même par croisement.

Dans ces quelques essais commencés par notre auteur, il a pu obtenir en deux ans, des cocons assez riches en soie pour que 8 kilogrammes de cocons secs, aient suffi à produire un kilogramme de soie grège.

Ces premiers résultats autorisent M. Coutagne à poursuivre ces intéressantes études.

III

PUBLICATIONS RÉCENTES SUR LA SOIE

Et l'Anatomie du Ver à Soie

Au cours de l'année qui vient de s'écouler, il a paru un assez grand nombre de travaux ayant trait à l'anatomie et la physiologie du ver à soie.

Parmi ces travaux, quelques-uns s'occupent plus particulièrement de la soie, et c'est par ceux-ci que nous commencerons ce court exposé.

Dans les premiers mois de l'année, M. E. Blanchard (1), à propos de la soie artificielle, rappelle à l'Institut qu'il a été le premier à penser que l'on pourrait peut-être, un jour, fabriquer artificiellement ce précieux textile. A ce propos, il revient sur d'anciennes expériences et affirme que l'on peut colorer la soie dans l'organisme même du ver, au moyen d'une ali(1)

ali(1) Blanchard, De la production de la soie (C. R. Ac, Se, 14 av. 1890).


234 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

mentation appropriée ; il dit même avoir vu la matière colorante passer à travers les parois de l'appareil séricigène.

M. Louis BLANC, chef des travaux d'anatomie à l'École vétérinaire de Lyon, cherchant à obtenir des cocons colorés, arrive à des résultats tout différents, et les consigne dans une note adressée à l'Académie des sciences, le 4 août 1890 (1). Il montre, d'après des essais pratiqués avec un grand nombre de substances, que les cocons ne paraissent colorés que lorsque la matière colorante est employée en poudre. Dans ce cas, les vers se salissent de la substance dont les feuilles sont soupoudrées, et pendant la construction du cocon, ils souillent la soie en frottant leur tète et leur corps contre lès fils, dont le grès, encore humide, retient des parcelles colorantes. L'examen microscopique montre que les brins de soie n'ont pas de coloration anormale, mais qu'ils sont plus ou moins chargés de granulations colorées fixées sur l'enveloppe de grès. M. Louis BLANC ajoute que la coloration de la soie dans l'organisme est certainement très difficile, si même elle est possible, car des vers ayant absorbé de la fuchsine avaient le sang et la paroi de l'appareil séricigène colorés en rouge, et cependant la soie sécrétée par cette paroi, était incolore.

Vers la même époque (21 juillet 1890) paraît une note de M. le docteur R. DUBOIS, professeur de physiologie à la Faculté des sciences de Lyon, sur la solidification de la soie (2). Cet expérimentateur, fait macérera froid des glandes à soie, pendant deux ou trois jours dans de l'eau distillée, de l'eau salée, ou mieux dans une solution de carbonate de potasse à 15 pour 100. Il obtient ici un liquide qui donne spontanément un caillot présentant quelques-unes des propriétés de la soie encore fluide. La formation de ce caillot est favorisée par la présence de l'oxygène, qui peut provoquer l'apparition d'un

(1) Louis Blanc, Sur la coloration de la soie par les aliments.

(2) Dubois, Sur la sécrétion de la soie chez le B. mori (C. B. Ac. Sc.)


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1890 235

précipité nouveau dans le liquide qui a déjà fourni un caillot. M. DUBOIS conclut de ces expériences, qu'il existe dans la soie liquide, une substance coagulable et une substance coagulante, dont la combinaison détermine la coagulation de la soie. Il assimile ainsi la solidification de la soie à la coagulation du sang.

Dans une autre note(l), M. Dubois étudie la matière colorante naturelle de la soie, en extrait plusieurs principes, et, de l'examen de ces substances, conclut qu'il y a une grande analogie entre la matière colorante de la soie et la carotine d'origine végétale.

Enfin, dans les premiers jours de novembre a paru un très important travail de M. GILSON, professeur à l'Université de Louvain, sur les appareils séricigènes (2). Après avoir étudié avec une extrême minutie la structure du tube séricigène, M. GILSON examine le mode de sécrétion de la soie et arrive aux conclusions suivantes : La soie ou la substance qui se transforme en soie, est élaborée dans le protoplasma des cellules de l'appareil séricigène. — De là, elle passe dans la cavité tubulaire de la glande en traversant la membrane interne par un phénomène qui tient plutôt de la filtration que de l'osmose. — Dans la lumière du tube, elle subit encore une série de transformations. — Nous remarquerons à ce propos que ces conclusions sont identiques aux résultats obtenus par M. Louis BLANC, dans son étude sur la sécrétion de la soie (3), qui a fait l'objet d'une communication à la Société d'agriculture.

M. GILSON étudie encore la terminaison de l'appareil fileur, et s'applique surtout à élucider la structure des glandules de Filippi. Il indique en outre, la disposition générale de la filière. Nous n'insisterons pas sur cette partie du travail de M. GILSON ,

(1) Dubois. Sur les propriétés des principes colorants naturels de la soie jaune, et sur leur analogies avec celles de la carotine végétale. (C. R. Ac. Sc. 29 sept ).

(2) Gilson, La soie et les appareils séricigènes (La Cellule, t. VI, 1890).

(3) Louis Blanc, Etude sur la sécrétion de la soie (R. du Lab. d'Et. de la soie, 1889).


236 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

qui a été exposée à la Société d'agriculture par M. Louis BLANC, lorsque ce dernier a donné connaissance du résultat de ses recherches sur le même sujet (1).

Comme travaux d'anatomie parus, nous relevons d'abord la publication de M. OTTO PANKRATH(2) sur les yeux des chenilles. Dans cette étude, qui a pour objet le B. rubi, l'auteur fait faire un progrès considérable à la connaissance très imparfaite jusqu'ici des ocelles des chenilles.

M. Verson, directeur de la station séricicole de Padoue, publie une étude sur une série de glandules qu'il a découvertes sous la peau du ver à soie (3). Ces glandules sont disposées dans les anneaux thoraciques, où il y en a deux paires, et dans les anneaux de l'abdomen où on n'en trouve qu'une paire. Ces petits organes, placés à quelque distance du tégument, sont reliés à la peau par un pédicule effilé, qui se perd entre les cellules épidermiques. Pendant la période d'activité que présente le ver entre deux sommeils, elles se chargent d'un liquide qui les distend en creusant le protoplasma d'un grand nombre de vacuoles. Au moment où le ver à soie s'assoupit, ce liquide s'ouvre un passage à travers le pédicule de la glande et les cellules épidermiques. Il se répand alors entre l'épiderme et le revêtement de chitine qu'il détache. La couche chitineuse qui recouvre le corps du ver, ainsi décollée de l'épiderme sous-jacent, et lubréfié à sa face interne par le liquide épanché, peut alors glisser facilement sur la peau de nouvelle formation. Ces glandules jouent donc un rôle important dans le phénomène de la mue.

Dans un autre travail M. VERSON étudie la formation dos ailes dans le ver à soie et sa chrysalide. Il montre que les premiers rudiments de l'aile, apparaissent sur le deuxième et le

(1) Soc. d'Agr. Séances du 7 et du 21 nov.

(2) O. Pankratt, Das Auge der Raupen (Zeits. für wiss. Zoologie, 1890).

(3) Verson, Di una serie di nuovi organi escrettori scoperti nef filugello (R.St. bac. padovq


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1890 237

troisième anneau thoracique, au point précis où se trouvent les stigmates dans les autres anneaux. En outre, à cette période il y a la plus grande ressemblance entre ces ailes rudimentaires et les stigmates au moment de leur formation. Cette constatation est des plus intéressantes, car elle vient à l'appui de l'hypothèse adoptée par la plupart des naturalistes, et d'après laquelle les ailes des insectes ne seraient autre chose que des branchies trachéennes transformées. M. VERSON étudie ensuite très soigneusement les différentes phases, par lesquelles passe l'aile embryonnaire pour arriver à son entier développement.

M. VERSON, dans un autre travail, décrit de petites cellules glandulaires placées au voisinage des stigmates chez le ver à soie (1).

Enfin, le rapport du Laboratoire d'étude de la soie, encore à l'impression, renferme un travail très étendu de M. Louis BLANC, sur la tête du ver à soie. L'auteur a choisi cette région comme sujet de son élude, à cause de sa complexité, d'un grand nombre et de l'importance des organes qui y sont contenus; il a également été engagé dans cette voie par la rareté et le peu d'importance des documents ayant trait à ce sujet difficile. Cette description de la tète du ver à soie comprend neuf chapitres, dans lesquels sont exposés successivement l'historique de la question, la description générale du tégument de la tête et de ses appendices, la description du crâne, de l'appareil digestif, de l'appareil fileur, de l'apparil circulatoire et respiratoire, du système nerveux et des organes des sens. Grâce à la bienveillance du Conseil d'administration du Laboratoire, et de son directeur, M. DUSUZEAU, les descriptions anatomiques ont pu être rendues facilement intelligibles par de nombreuses figures intercalées dans le texte. En outre, M. BLANC a fait suivre la description de chaque appareil d'une

(1) Verson, La formazione delle ali nella larva del B. mori (R. star. bacol. Padova).


238. RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

étude sur ses fonctions, en l'appuyant, soit sur l'observation directe de l'animal, soit sur la structure des organes. La Société d'agriculture connaît déjà une partie de ce travail, par la communication que M. BLANC lui a faite des principaux résultats qu'il a obtenus sur l'appareil fileur.

Outre les travaux dont nous venons de donner un exposé très succint, il a paru, au cours de cette année, plusieurs autres mémoires ayant trait aux larves de Lépidoptères, mais comme ils n'offrent pas d'application suffisamment immédiate au ver à soie, nous les passerons sous silence.


COMPTE RENDU

DES

OPERATIONS DE LA CONDITION DES SOIES

DE LYON

Pendant l'Année 1890

LYON

IMPRIMERIE PITRAT AINE

4, RUE GENTIL, 4 1891



MOUVEMENT GENERAL DE LA CONDITION

Pendant l'exercice 1890

BALLOTS CONDITIONNÉS BALLOTS PESÉS TOTAL MOIS f

NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS

KIL. KIL. KIL.

JANVIER 3,336 245,162 1,958 103,670 5,294 348,832

FÉVRIER 3,187 229,217 2,158 123,969 5,345 353,186

MARS 3,378 241,862 2,139 112,959 5,517 354,821

AVRIL. 3,456 248,957 2,321 125,256 5,777 374,213

MAI 3,467 242,687 2,294 121,604 5,761 364,291

JUIN 3,561 253,206 2,940 163,130 6,501 416,336

JUILLET 3,312 233,992 2,457 133,750 5,769 367,742

AOUT 3,173 230,646 2,380 110,024 5,553 340,670

SEPTEMBRE 3,395 248,834 2,462 129,093 5,857 377,927

OCTOBRE 3,352 243,519 2,228 118,759 5,580 362,278

NOVEMBRE 3,321 241,971 1,968 111,015 5,289 352,986

DÉCEMBRE 3,591 255,996 2,511 137,958 6,102 393,954

Exercice 1890 40,529 2,916,049 27,816 1,491,187 68,345 4,407,236

Exercice 1889 53,485 3,978,039 34,767 1,901,214 88,252 5,879,253

Différence pour 1890. . ... 12,956 -1,061,990 -6,951 -410,027 -19,907 -1,472,017

OU OU OU OU OU OU

-24,22% -26,69% -19,99% -21,56% -22,55% -25,03%

Moy. décennale 1880-1889. - 46,714 3,463,126 28,641 1,491,937 75,355 4,955,063

Différence pour 1890. . . . -6,185 -547,077 -825 -750 -7,010 -547,827

OU OU OU OU OU OU

-13,24% -15,79% -2,88% -0,05% -9,30% -11,05%


DÉTAIL DES DIVERSES QUALITES DE SOIE

SOIES DIVERSES BOBINES TOTAL

ORGANSINS TRAMES GRECES

OBSERVATIONS

MOIS NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS NOMBRE. POIDS

NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS

JANVIER . . 812 80.182 1,85 813 58.579 2,29 3,284 207,804 1.58 5.294 348.832 1.83

FEVRIER 811 71,864 1,78 770 53,790 2,08 3,489 224,961 539 2,41 5,345

MARS 884 75,557 1.52 875 60,869 1,87 3,480 215,435 1.63 225 2.435 2.03 53 525 0.57 5.517

'AVRIL 977 81,550 1.59 721 51,231 1.67 3,803 238,3.7 1.67 205 1.889 2.91 71 736 2,71 5.777 3,4,213 1,65

MAI 965 79,024 1,76 828 57,589 2,02 3,648 224.165 1.71 258 2. 917 2. 23 62 596 2,68 5,761 364,291 1,83

JUIN 1.091 86,576 1,44 738 51,660 1,53 4,505 275.928 1.84 165 1.700 74 472 6.501

JUILLET 864 71,966 1,20 758 52,564 1,33 3,860 238,491 1.26 236 4.114 0.090 51 607 0,32 . 5,769 367,742 1,25

48.264 0.94 3.956 229.373 0.96 132 2' 165 °. 65 58 426 0. 23 5. 553 340,670 0,97

AOUT. ... 736 60,442 1,02 671 48,264 0,94 3,956 229,3/3 0.96

51.335 1.19 4.092 257.121 1.02 162 2. 350 0. 74 46 573 1.74 5,857 377,927 1,06

SEPTEMBRE. 822 66,548 1,07 735 51,335 1,19 4,092 257,121 i

94 238 460 1.30 178 3. 829 2,06 68 411 1,21 5,580 362,278 1,51

OCTOBRE . 829 67,177 1,61 756 52,401 1,94 3,749 238,460 1.30

3.447 225.710 0.57 . 173 3. 916 2,47 49 409 1,71 5,289 352,986 1,67

NOVEMBRE. . 922 74,807 1,66 698 48,144 1,96 3,447 225,710 1. 57

259.578 578 1.34 192 2. 625 2. 41 81 565 2,47 6,102 393,954 1,53

DECEMBRE.. 959 78,389 1,60 766 52,797 1,97 4,104 259.578 1.31 2.47 6.102 393.934 1.53

45.427 2.835.833 1.45 2.378 31. 712 1. 87 711 6,386 1. 75 68,345 4,407,236 1,53

Exercice 1890. 10,700 894,082 1,52 9,129 639,223 1,75 45,427 2,835,833

58 251 3. 769. 965 1.48 22.807 1. 60 715 5. 870 1, 72 88,252 5,879,253 1,60

Exercice 1889. 14,044 1,210,174 1,64 11,831 854,437 1,96 58,251 3.769.965 1.48 715 1.72 88.252 1.60

12 824 934 132 -0.03 - 7, 095 0. 27 -4 516 0,03 -19,907 -1,472,017 -0,07

-Diff. pour 1890 -3,344 -316,092 -0,12 -2,702 -215,214 -0,21 -12,824 -934.132

46.320 2.873.610 1.55 2.246 47. 785 2. 04 1,108 9,241 1,62 75,355 4,955,063 1,63

Moy. décennale. 14,346 1,227,718 1,64 11,335 796,709 1,81 46,320 2,873,610 132

' 893 37. 777 -0.10 - 16. 073 -0.47 -397 -2,855 0,13 -7,010 -547,827 -0,10

Diff. pour 1890. -3,646 -333,636 -0,12 -2,2C6 -157,486 -0,06 -893 -37.777 I

'

a


7

DÉTAILS PROVENANCES

ORGANSINS ORGANSINS

FRANCE ESPAGNE PIÉMONT ITALIE BROUSSE SYRIE BENGALE CHINE CANTON JAPON TUSSAH ' TOTAL

a

MOIS

NOMBRE

KIL. KIL- KIL. KIL KIL KIL KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL.

JANVIER... 196 16,722 37 2,331 44 4,247 227 20,861 4 370 _ 82 8.054 23 2.127 42 2.9.1 118 9.948 125 11.296 14 1.325 912 80.182

FÉVRIER... 178 15,423 28 2,203 57 5,445 207 19,821 3 358 55 5,092 17 1.520 41 3.019 82 6.287 136 12.321 7 375 811 71.864

MARS.... 192 16,216 29 1,792 38 3,280 233 21,963 2 200 44 3,706 18 1.724 30 1.618 113 9.037 168 14491 17 1.530 884 75.557

AVRIL.... 213 17,964 .. 24 1,810 69 6,605 235 21,088 2 198 47.4,233, 12 891 64 3.891 124 9.017 163 14.262 24 1.591 977 81.550

MAI 244 18,554 19 1,356 70 5,704 215 19,513 6 558 43 3.633 14 970 52 3.814 148 11.187 140 12.591 14 1.144 965 79.024

JUIN. 215 17,271 13 ; 1,372 66 5,610 270 24,876 22 1,494 63 5,225 10 626 46 3.045 158 13.402 145 12.537 11 1.082 1.019 86.576

JUILLET... 175 13,941 15 1,491 39 3,430 153 13,890 22 1,891 47 4. 330 10 631 81 5,368 146 11,065 163 14,976 13 953 864 71,966

AOUT.... 163 12,134 17 1,679 36 3,386 147 13,381 16 1,404 35 2. 665 10 413 53 3,376 109 8,601 136 12,124 14 1,279 736 60,442

SEPTEMBRE 157 12,555 14 1.315 53 4,620 181 15,933 17 1,331 68 4.190 12 1,129 65 4,680 120 8,512 132 11,243 13 1,040 822 66,548

OCTOBRE... 230 17,918 7 580 36 3,425 160 14,209 21 1,866 58 13 989 46 3.300 109 7.965 134 10.817 15 1.119 829 67.177

NOVEMBRE. 212 17,152 11 1,104 67 6,081 229 20,115 28 2,499 65 5.270 13 907 54 3.471 128 9.202 106 8.160 9 846 922 74.809

DÉCEMBRE.. 235 18,922 21 2,295 73 6,189 185 16,212 22 1.776 62 4.907 13 900 59 4,219 137 10,534 142 11,315 10 1,063 959 78,389

Exercice 1890. 2,410 194,772 235 19,328 648 58,022 2,442 221,862 165 13,945 659; 7.765 165 12,827 633 42,702 1,492 114,757 1,690 146,169 161 13,347 10,700 894,082

Exercice 1889. 3,600 308,816 438 32,320 1,219 110,707 3,462 318,123 226 17.589 1.096 97.765 242 21.150 568 41,8011,086 80,790 1,970 171,618 137 9,495 14,044 1,210,174

Diff. pour 1890-1,190 -114,044 -203-12,992 -571 -52,635 -1,020 -96,261 -61 -3,644 -443 -41.414 -77 -8.323 65 901 406 33,967 -280 -25,449 24 3,852 -3,344 -316,092

Moy.décennale. 3,712 321,128 398 34,556 2,067 185,996 3,499 321,853 220 15,881. 784 982 64 46,907 782 74,501 794 54,547 1,257 99,821 69 4,195 14,346 1,227,718

Diff. pour 1890 -1,302 -126,356 -163-15,228-1,419-127,974-1,087-99,991 -55 1,936 - 125 - 11. 982 - -399, -34.080 -349 -31,799 -698 60,210 433 46,348 92 9,152 -3,646 -333,636


DETAIL DES PROVENANCES

TRAMES TRAMES

FRANCE ESPAGNE PIÉMONT ITALIE BROUSSE SYRIE

MOTS

KIL. KIL. KIL. KIL KIL KIL KIL KIL

JANVIER. . . 53 3,755 2 123 7 578 40 2,805 6 525 4 306 6 399 152 11,040 215 13,881 289 22,822 39 2,345 813 58,579.

FÉVRIER... 51 3,818 5 90 2 116 63 4,176 » » 1 59 1 36 139 10,331 191 12,411 256 19,227 61 3,526 770 53 790

MARS 51 3,311 3 53 8 516 60 4,372 » » 2 52 5 297 164 12,328 269 17,078 244 17,718 69 5,144 875 60 869

AVRIL. ... 46 3,426 3 65 6 546 59 3,431 » » » " 2 132 162 12,305 208 13,821 160 11,889 75 5,616 721 51,231

MAI 69 4,686 3 136 8 486 55 3,446 7 638 5 420 7 462 182 14,408 198 11,668 193 l4,174 101 7,065 828 57,589

JUIN 67 5,018 » » 6 551 45 2,706 3 80 3 302 2 109 165 11,986 182 11,792 150 11,333 115 7,783 738 51,660

JUILLET... 48 3,260 » » 6 377 53 3,682 2 150 3 157 4 197 157 11,428 184 10,805 192 14,433 109 8,075 758 52,564

AOUT. ... 45 3,071 3 211 3 275 58 3,967 4 177 5 406 5 339 170 12,160 172 11,514 126 10,197 80 5,947 671 48,264

SEPTEMBRE. 65 3,880 2 215 8 631 53 4,322 1 20 6 334 11 626 150 10,214 225 15,042 130 10,638 84 5,416 735 51,335

OCTOBRE.. 64 4,628 6 376 6 293 52 3,238 5 290 2 239 16 573 162 12,420 230 14,617 117 8,827 96 6,900 756 52,401

NOVEMBRE. 42 2,792 4 214 10 664 53 3,582 9 647 6 278 4 215 166 12,123 212 13,133 125 9,041 67 5,455 698 48,144

DÉCEMBRE. 59 4,191 » » 9 736 65 4,755 14 1,083 2 127 6 224 170 12,458 237 14,053 135 9,414 69 5,756 766 52,797

Exercice 1890. 660 45,836 31 1,483 79 5,769 656 44,482 51 3,610 39 2,680 69 3,609 1,939 143,198 2,523 159,815 2,117 159,713 965 69,028 9,129 639,223

Exercice 1889. 916 65,507 59 2,735 159 12,980 1,389 101,754 62 5,017 109 9,103 136 8,981 2,236 158,902 2,236 141,787 3,701 291,465 828 56,206 11,831 854,437

Diff. pour 1890 256 19,671 -28 -1,252 -80 -7,211 -733-57,272 -11 -1,407 -70 -6,423 -67 -5,372 -297-15,704 287 18,028 -1,584 -131,752 137 12,822 -2,702 -215,214

Moy. décennale. 953 64,456 30 1,791 16113,024 1,526 118,666 77 5,701 41 3,093 132 9,451 3,667 254,260 1,990 115,885 2,508 192,469 250 17,913 11,335 796,709

Diff. pour 1890. -293-18,620 1 -308 -82 -7,255 -870-74,182. -26 -2,091 -2 -413 -63 -5,842-1,728 -111,062 533 43,930 -391-32,756 715 51,115 -2,206 -157,486


10 11

DÉTAIL PROVENANCES

GRÈGES GRÈGES

FRANGE ESPAGNE PIÉMONT ITALIE BROUSSE SYRIE BENGALE CHINE CANTON JAPON TUSSAH TOTAL

MOIS

NOMBRES POIDS

KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL.

JANVIER... 226 19,508 5 439 34 2,696 326 30,411 88 7,435 164 15,1661 27 2, 009 916 49, 440 523 24,772 745 44,426 240 11,502 3,294 207,804

FÉVRIER... 204 17,551 12 884 31 3,072 261 24,484 81 6,832 174 15,686 79 6,404 809 45,427 651 31,603 920 56,163 267 16,853 3,489 224,961

MARS.... 259 22,319 11 1,163 44 3,565 226 20,258 72 6,017 197 17,721 89 5,798 1,031 50,787 774 37,973 563 35,469 214 14,359 3,480 215,435

AVRIL.... 261 22,980 17 1,450 34 2,902 250 23,022 125 10,988 203 18,188 46 3,974 934 47,427 970 47,959 683 41,551 280 18,366 3,803 238,807

MAI 205 16,642 3 99 49 4,930 291 26,068 128 10,535 164 14,629 35 2,893 880 46,248 1,073 51,222 563 34,236 257 16,663 3,648 224,165

JUIN..... 157 14,200 14 1,038 32 2,939 307 28,572 144 11,995 95 8,365 125 8,903 929 47,267 1,301 60,292 797 49,440 603 42,917 4,505 275,928

JUILLET... 177 13,912 10 528 36 3,420 273 23,870 113 9,835 240 22,651 116 6,460 899 47,028 1,037 50,434 569 35,344 390 25,009 3,860 238,491

AOUT.... 177 14,948 9 653 51 4,069 311 27,506 169 14,599 280 26,729 49 3,595 827 40,293 1,345 53,912 410 23,825 328 19,244 3,956 229,373

SEPTEMBRE. 175 14,590 12 937 62 5,955 403 38,252 214 19,576 211 19,094 25 1,977 1,061 56,113 1,166 55,706 484 28,054 279 16,867 4,092 257,121

OCTOBRE... 195 17,717 5 391 69 4,534 42139,684 205 18,155 176 15,920 17 1,458 1,070 56,356 890 42,400 404 22,591 297 19,254 3,749 238,460

NOVEMBRE.. 187 16,276 6 698 44 3,808 392 36,630 165 13,669 189 17,328 12 795 81142,563 844 44,601 617 38,178 180 11,164 3,447 225,710

DÉCEMBRE.. 251 22,625 8 725 72 6,691 352 32,067 182 14,981 185 17,402 66 4,7931,121 58,141 1,000 48,575 674 41,999 193 11,579 4,104. 259,578

Exercice 1890. 2,474 213,268 112 9,005 558 48,581 3,813 350,824 1,686 144,617 2,278 208,887 687 49,039 11,288 587,090 11,574 549,449 7,429 451,276 3,528 223,777 45,427 2,835,833

Exercice 1889. 4,537 401,920 159 14,455 666 60,605 5,671 541,279 2,058 180,509 2,551 234,006 771 57,653 13,432 706,142 10,107 485,367 16,147 959,978 2,152 128,051 58,251 3,769,965

Diff. pour 1890 - 2,063 -138,652 -47 -5,450 -108 -12,204 -1,858 -190,456 -372 -35,892 -273 -25,115 546 39,182 14,728 729,090 7,427 355,231 10,578 584,504 704 42,905 46,320 2,879,610

Moy. décennale. 3,672 325,188 402 37,770 460 42,602 5,312 505,552 1,357 113,714 1,139 97,872 546 39,182 14,723 729,090 7,427 355,231 10,578 584,504 704 42,905 46,320 2,873,610

Diff. pour 1890. -1,198 -111,920 -290-28,765 98 5,979-1,499-154,728 329 30,903 1,139 111,015 141 9,877 -3,435 -142,000 4,147 194,218 -8,149 -133,228 2,824 180,872 -893 -37,777


12

PROPORTION DES DIVERSES PROVENANCES

Dans le mouvement de 1889

ORGANSINS TRAMES GRÈGES TOTAL

PROVENANCES

POIDS POIDS POIDS POIDS

KIL. KIL. KIL. KIL.

FRANCE 194,772 21,78 45,836 7,17 213,268 7,52 453,876 10,39

ESPAGNE 19,328 2,16 1,483 0,23 9,005 0.32 29,816 0,68

PIÉMONT 58,022 6,49 5,769 0,90 48,581 1,71 112,372 2,57

ITALIE 221,862 24,82 44,482 6,96 350,824 12,37 617,168 14,13

BROUSSE 13,945 1,56 3,610 0,57 144,617 5,10 162,172 3,71

SYRIE 56,351 6,30 2,680 0,42 208,887 7,37 267,918 6,13

BENGALE. 12,827 1,43 3,609 0,56 49,059 1,73 65,495 1,50

CHINE 42,702 4,78 143,198 22,40 587,090 20,70 772,990 17,69

CANTON 114,757 12,84 159,815 25,00 549,449-19,38 824,021 18,86

JAPON 146,169 16,35 159,713 24,99 451,276 15,91 757,158 17,33

TUSSAH 13,347 1,49 69,028 10,80 223,777 7,89 306,152 2,01

894,082 100,00 639,223 100,00 2,835,833 100,00 4,369,138 100,00


13

MOUVEMENT DE LA CONDITION DES SOIES

Depuis 1860

SOIES GRÈGES PROPORTION CENTÉSIMALE EN POIDS DES DIVERSES PROVENANCES ET OUVRÉES

NOMBRE POIDS

KIL. a b c d e f g

1860 40,403 2,820,748 43,90 » 5,73 11,37 4,32 2,25 » » 8,03 24,17 » » 0,23

186.1 36,796 2,533,652 32,62 » 4,93 12,10 9,29 4,67 » » 8,50 27,63 » » 0,26

I862 49,995 3,515,634 31,87 » 3,85 13,71 7,54 3,80 » » 5,38 19,94 » 13,82 0,09

1863 46,120 3,241,572 32,50 » 4,22 13,65 6,83 2,80 » » 5,29 14,61 » 19-,86 0,24

1864 47,303 3,425,205 32,08 » 5,81 15,28 7,59 3,23 » » 5,29 11,80 » 18,72 0,20

1865 41,4212,840,649 24,78 « 4,78 13,06 6,12 3,09 " » 10,23 15,07 " 22,49 0,38

1866 35,553 2,499,74131,29 » 5,27 20,40 4,64 4,58 » » 8,69 11,02 » 14,05 0,06 1867 40,230 2,682,318 30,94 " 4,09 19,06 4,43 3,70 » » 9,29 11,65 «16,75 0,09 1862 45,918 2,993,875 24,34 » 3,22 18,18 4,02 3,85 » » 9,56 19,24 » 17,56 0,03 1863 46,630 3,102,699 24,64 » 3,57 16,30 3,65 2,99 ,, » 7,37 26,08 » 15,43 0,03 1870 33,700 2,224,877 29,74 «3,94 14,90 3,04 3,26 " » 5,23 28,12 . » 11,76 0,01 1871 39,624 2,880,286 37,01 » 5,60 22,84 2,50 3,56 » , 3,49 16,99 « 7,79 0,02 ; 1872 46,209 3,225,479 35,16 » 3,38 17,28 3,56 3,29 » " 3,95 20,73 » 12,64 0,01

45,032 3,067,139 27,44 2,10 3,72 16,76 2,61 » 1,94 0,74 6,15 20,43 4,55 13,56 »

1874 57,361 3,895,893 23,60 2,07 4,76 14,56 3,62 " 2,35 0,72 4,88 24,94 4,81 13;69 »

1875 66,055 4,477,521 24,72 1,20 4,26 14,82 3,18 " 1,74 0,57 . 3,46 28,40 5,70 11,95 »

81,502 5,675,208 19,811,96 4,79 16,04 3,12 «2,08 0,63 3,92 26,32 6,94 14,39 »

00,994 3,323,184 13,95 1,49 4,15 12,37 1,72 » 1,76 0,68 3,81 30,49 11,58 18,00 "

62,233 4,244,141 18,29 1,40 4,50 15,32 2,12 " 2,13 0,27 3.34 23,85 8,66 20,12 »

66,695 4,449,530 16,19 1,42 5,12 14,512,43 «2,36 0,12 3,92 28,09 8,52 17,32 »

68,889 4,652,535 15,85 1,47 4,80 19,06 2,52 » 1,78 0,21 3,11 29,68 8,40 13,12 »

18 77,725 5,348,035 16,97 2,31 5,86 19,93 2,16 « 1,84 0,38 2,05 27,56 5,38 15,56

67,050 4,609,739 16,38 2,73 4,99 21,06 3,15 « 2,13 0,29 1,60 21,53 7,01 19,13

66,678 4,649,866 14,47 1,83 6,46 22,48 2,39 » 1,84 0,14 1,39 18,43 8,53 22,04

67,354 4,564,673 15,54 1,71 4,99.20,45 3,02 « 4,13 0,11 1,60 17,37 12,13 18,95

1886 65,039 4, 400, 697 13, 93 1, 32 5,60 21,20 2,86 « 3,81 0,12 3,29 22,30 11,08 14,49 »

74,836 5,047,565 13,12 1,03 5,02 20,38 2,97 » 3,71 0,06 2,08 26,39 10,95 14,29 »

71,826 4,744,672 13,02 1,00 5,09 15,66 2,48 " 3.87 » 1,52 20,47 15,4 15,24 6,16

75,489 5,128,016 12,80 1,04 3,83 17,43 2,52 » 3,81 « 1,56 17,36 16,02 20,44 3,19

I890 5, 834, 576 13,3 10,85 3,16 16,47 3,48 «5,84 » 1,5115,5412,13 24,39 3,32

15.256 4,369,138| 10,39 0,68 2,57 14,13 3,71 » 6,13 » 1,50 17,69 18,86 17,?33 7,01

provenances du 3, les provenances d'Espagne étaient classées comme soies de France. — b c d. A partir de 1873, les Canton sont du Levant sont divisées en soies de syrie et soies de Grèce, Volo, etc. — e Jusqu'à 1873, les soies de " A partir de confondues , avec les soies de Chine. = f Pour 1861, les csoies du Japon sont réunies à celles de Chine. — 1873, les soies de Perse ont été réunies à celles de Grèce, Volo, etc.

" A partir de 1887, les provenances de Grèce, Volo, Salonique sont réunies aux soies de Syrie et les tussah comprennent

comprennent soies sauvages du Bengale, de la Chine et du Japon.


RELEVÉ DES OPÉRATIONS DU BUREAU DE CONDITIONNEMENT DES LAINES

1890

NOMBRE 17 11 6 13 11 26 6 23 8 13 4 4 142 106 36

POIDS KILOS. . . . 432,31 228,89 482,97 1015,68 507,45 2599,48 325,16 2241,85 608,57 1065,85 319,12 455,36 1,0282,69 3887,76 6394,93 PERTE en CONDITION. 0,28 1,80 1,60 1,79 1,78 1,25 2,12 0,42 0,32 -0,95 -0,98 1,21 0,84 1,27 -0,43

RELEVÉ DES OPÉRATIONS DU BUREAU DE CONDITIONNEMENT DES COTONS

NOMBRE » » » 4 5 3 » 1 » 1 » » 14 16 -2

POIDS KILOS. ...» » » 125,84 349,61292,87 » 89,07 » 48,93 » » 906,32 693,45 212,87

PERTE en CONDITION. » » » 1,79 2,15 0,93 » 0,12 » 4,10 » » 1,55 1,75 -0,20

RELEVÉ DES OPÉRATIONS DU BUREAU DE DÉCREUSAGE NOMBRE 1,688 1,555 1,560 1,593 1,523 1,650 1,445 1,269 1,405 1,368 1,451 1,499 18,006 22,126 -4,120

RELEVE DES PARTIES DE BALLES AU-DESSOUS DE 23 KILOGRAMMES

NOMBRE ... . 362 375 372 349 415 296 355 256 314 322 286 359 4,061. 5,184 -1,123 POIDS KILOS. . . .1 2,1981 2,063 2,2811 2,156 2,605 1,959 2,366 1,977 2,700 2,515 2,253 2,849 27,862 32,338 -4,476


15

RELEVÉ DES OPÉRATIONS DU BUREAU PUBLIC DE TITRAGE

Pendant l'année 1890

PRÉLÈVEMENTS ENVOIS DIRECTS

MOIS

NOMBRE NOMBRE

JANVIER.. . . 670 144 885 9 34 20 1,762 1,527 86,66 235 13,34

FÉVRIER.... 463 182 763 9 18 14 1,449 1,233 85,09 216 14,91 .

MARS 600 206 686 20 20 10 1,542 1,288 83,53 254 16,47

AVRIL 501 173 943 26 28 20 1,691 1,429 84,51 262 15,49

MAI 547 178 814 12 39 16 1,606 1,417 88,23 189 11,77

JUIN 620 158 833 13 43 17 1,684 1,493 88,66 19111,34

JUILLET.. . . 537 167 816 12 44 15 1,591 1,300 81,71 29118,29

AOUT 438 189 1,076 13 18 » 1,734 1,528 88,12 206 11,88

SEPTEMBRE. . 501 183 770 14 31 7 1,506 1,253 83,20 253 16,80

OCTOBRE.... 496 194 1,028 27 31 24 1,800 1,522 84,56 278 15,44

NOVEMBRE. - . 508 189 1,116 11 29 7 1,860 1,613.86,72 247 13,28

DECEMBRE... 584 215 1,031 31 28 20 1,909 1,637 85,75 272 14,25

Exercice 1890. . 6,465 2,178 10,761 197 363 170 20,134 17,240 85,63 2,894 14,37

Exercice 1889. . 8,506 2,539 11,650 99 293 120 23,207 20,486 88,28 2,72111,72

Différ.pour 1890. -2,041 -361 -889 98 70 50 -3,073 -3,246 -2,65 173 2,65


16

MOUVEMENT COMPARATIF DES CONDITIONS FRANÇAISES

Pendant les années 1889 et 1800

1889 1890

VILLES SOIES SOIES SOIES SOIES

GRÈGES OUVRÉES TOTAL GRÈGES OUVRÉES TOTAL

AMIENS » 983 983 » 790 790-19,63

AUBENAS....... 71,500 37,586 109,086 88,511 49,966 138,477 26,94

AVIGNON. ...... 83,458 109,018 192,476 104,391 107,407 211,798 10,03

LYON 3,894,474 1,984,779 5,879,253 2,835,833 1,571,403 4,407,236-25,03

MARSEILLE 164,002 » 164,002 121,751 » 121,751-25,76

NIMES 8,251 1,070 9,321 7,205 336 7,541-19,09

PARIS 160,705 167,318 328,023 139,836 144,021 283,857-13,46

PRIVAS 21,206 6,727 27,933 16,981 7,006 23,987-14,12

REIMS » » » » » » »

ROUBAIX » 83,977 83,977 » 83,329 83,329 -0,77

SAINT-CHAMOND.. . . 26,580 44,162 70,742 62,962 49,208 112,170 58,66

SAINT-ÉTIENNE. . . . 395,587 1,028,332 1,423,919 222,323 704,426 926,749-34,91

TOURCOING " 2,607 2,607 » 2,702 2,702 3,64

VALENCE » » » » » » »

4,825,763 3,466,559 8,292,322 3,599,793 2,720,594 6,320,387 -23,78


17

MOUVEMENT COMPARATIF DES CONDITIONS ÉTRANGÈRES

Pendant les années 1889 et 4890

1889 1890

VILLES SOIES SOIES SOIES SOIES

TOTAT TOTAL

GREGES OUVRÉES GREGES OUVRÉES

ALLEMAGNE CRÉFELD 95,222 681,427 776,649 95,102 471,948 567,050-26,98

ELBERFELD 65,002 315,059 380,061 50,804 236,537 287,341-24,39

ANGLETERRE LONDRES 42,944 25,1231 68,067 35,259 16,886 52,145 -23,39

AUTRICHE

VIENNE 57,130 122,896 180,026 46,173 116,145 162,313 -9,83

CHINE

CANTON 27,268 » 27,268 » » » »

ITALIE

ANCONE 10,285 » 10,285 4,940 » 4,940 -51,96

BERGAME 90,570 53,930 144,500 64,447 53,334 117,781-18,49

BRESCIA 13,616 912 14,528 10,337 811 11,148 -23,26

COME 46,283 160,984 207,267 37,614 126,372 163,986 -20,88

FLORENCE 64,554 21 64,575 49,977 » 49,977 -22,60

GENES 583 1,726 2,309 733 1,038 1,771-23,30

LECCO 59,430 127,010 186,440 60,335 108,030 168,365 -9,69

LUCCA 40,526 » 40,526 8,479 » 8,479 -79,07

MILAN 2,813,340 2,369,540 5,182,880 2,408,885 1,938,835 4,347,720 -16,11

PESARO 8,847 » 8,847 2,126 » 2,126-75,96

TURIN 251,621 382,912 634.533 141,309 348,835 490,144-22,75

UDINE 99,440 14,015 113,455 60,450 8,015 68,465 -39,65

SUISSE

BALE 124,936 409,355 534,291 101,166 310,989 412,155-22,85

ZURICH 446,223 792,523 1,238,746 376,396 722,902 1,099,298-11,25

4,355,828 5,457,433 9,815,253 3,554,532 4,460,677 8,015,209 -18,33


TABLEAU DE LA PERTE AU DEGRE USAGE DES ORGANSINS

NOMBRE D'ÉPREUVES POUR CHAQUE PERTE

PROVENANCES

16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33

bl. » 2 2 4 8 9 10 6 5 2 » » » » » » » » 48 21,8.

FRANCE V.- » » » » 1 2 » 1 » » » » » » » » » ». 4 21,76

j. » » » » 2 5 32 190 292 158 58 24 7 1 1 » » » 770 24,8

bl. » » » » » » » » » » » » » » » » » » " »

ESPAGNE.

j. » » » » » 1 5 36 24 8 » » » » » » » » 74 23,89

bl. » » » 6 11. 6 1 2 1 » » » » » » » » » 27 20,87

v. » » » » 1 1 1 1 1 » » » » » » » » » 5 22,56

j. » » » 1 » 1 10 37 33 21 7 4 » » » » » » 114 24,29

bl. 4 2 6 9 30 19 5 2 2 2 1 » » » » » » » 82 20,68

ITALIE. V. » » 1 » 2 » » » » » » » » » » » » » 3 19,67 \

j. » » » " 1 2 10 32 141391351129 25 4 » » » » 1,086 24,911

bl. » » » » 2 3 30 24 5 1 » » » » » » » » 65 22,92.

BROUSSE v. » » » » » » » » » » » » » » » » » » " "

j. » » » » » » 1 1 2 5 » » » » » » » » 9 24.67

bl. » » » 1 » » 1 » » » » » » » » » » » 2 21,13

T. » » » » 1 2 » » » » » " » » » » » » 3 21,35

j. » » .» » » 1 3 17 63 184 117 33 4.1 » » » » 423 25,72

bl. » » » 1 1 » 1 » » » » 1 » » » » » » 4 22,11

v. » » » » » » » » » » » » » » » » » » "

j. » » 4 7 19 5 5 13 29 17 6 » » » » » » » 105 23,091

bl. 8 37 40 73 95 56 38 12 5 3 1 » » 1 1 1 1 5 378 20,62

CHINE ... 4 23,45

j. » » » » » 1 » 2 » » » 1 » » » » » »

CANTON bl. » » 1 1 3 28 283 495 233 67 10 » 1 3 » 2 3 16 1,146 23,75

bl. 42 163 371 287 96 38 9 4 3 » 1 » » » » » » » 1,014 18,81

JAPON. 4 19,83

v. » » 1 1 1 1 » » » » » » » » » » » "

16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33


19 TABLEAU DE LA PERTE AU DECREUSAGE DES TRAMES

NOMBRE D'ÉPREUVES POUR CHAQUE PERTE

PROVENANCES

16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33

bl. » 3 6 7 16 8 4 4 » 1 2 » 1 1 1 » » » 54 21,35

FRANCE v. » » » » » » » » » » » " » » » » » » » »

j. » » » » » 1 5 28 62 37 17 8 6 4 » » » 2 170 25,12

( bl. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

ESPAGNE.

j. » » » » » » 3 8 1 2 1 » » » » » » » 15 23,95

bl. » » 1 2 5 2 1 » » » » » » » » » » » 11 20,52

v. » » » » 1 2 » » » » » » » » » » » » 3 21,33

j. » » » » » » » 3 9 5 » 2 » » » » » 1 20 25,44

bl. » 1 2 » 5 5 2 2 » 1 » » » » » » » » 18 21,13

ITALIE. v. » » » 4 1 » 3 » » » » » » » » » » » 8 20,77

j. » » 1 5 9 14 12 40 53 55 20 5 1 1 » » » » 216 24,23

bl. » » » » 3 5 8 1 2 1 » » » 1 » » » » 21 22,69

BROUSSE. v. » » » » » » » » » « » » » » » » » » » »

j. » » » » » » » » 1 3 1 » 1 » » » » » 6 25,96

bl. " » » » 1 » » » » » » » » » » » » » 1 20,70

j. » » » » » " » 1 5 8 2 1 » » » » » » 17 25,37

bl. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

BENGALE. v. »»»»»» " » 1 2 2 1 » 1 2 " » » 9 27,25

j. » » » » 2 2 3 2 3 5 2 » » » » » » » 19 23,80

bl. 5 6 58 206 320 316 162 70 32 2 5 2 4 » 1 » » 11,190 21,15

j. » 1 » 1 1 1 1 » 4 6 3 8 5 3 » » » » 34 26,27

CANTON. bl. " 1 " 5 8 46 234 602 543 273 35 4 1 2 " " 1 " 1, 755 23,99

v. » » » » » » 1 2 1 » 1 » 1 2 1 2 1 » 12 27,91

JAPON bl. 13 137 435 429 164 50 12 7 3 1 » 1 » » » » » » 1,252 19,17

v. » » » 5 9 14 » 1 1 » » » » » » » » » 30 21,01

TONKIN » » » » » » » » » 1 1 » » » » » » 2 26,77

16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 72 28 29 30 31 32 33


TABLEAU DE LA PERTE AU 21

ECREUSAGE DES SOIES TUSSAH

NOMBRE D'ÉPREUVES

POUR CHAQUE PERTE

0 12 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 2122

23 24 25 26 27 28 23 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45

ORGANS. . » » » » » » » » » » 1 2 2 2 14 4 12 3 2 3 2

3 1 2 » 1 1 » » » » » » » » » » » » » » » " » 37 17,36

1885 TRAMES. . » » » » » 1 » » » » 1 1 4 3 4 4 6 » 5 11 25 281

34 27 13 9 2 5 2 » » » » » » » » » » » » » » » » 220 21,59

GREGES. . » » » » » » » 3 1 2 2 4 1 4 4 5 20 22 32 33 42 33 M

12 11 8 8 2 1 1 » » » 1 » 1 » » » » » » » » » » 266 19,93

ORGANS. » » » » » » 1 » » » » 2 1 7 8 19 21 23 17 18 23 26 30

6 8 2 1 21 1 » » » » » » » » » » » » » » 264 20,32

1886 TRAMES. 2 2 » » » » » » » 2 4 3 5 10 10 11 15 18 15 28 32 281

50 51 57 41 30 13 4 1 1 » » » » » » » » » » » » » » 470 22,53

GREGES. . » » » » 4 3 5 7 » 3 3 4 9 7 8 6 19 21 28 55 37 40 33

27 19 11 4 2 3 » 1 » » » 1 » 1 » » » » » » » » » 361 19,27

ORGANS. . » » » » » » 2 » 4 1 1 » 1 1 » 1 2 2 5 8 14 18 15

24 22 23 21 8 10 4 2 1 » » » 2 » » » » » » » » » » 192 23,28 1881 TRAMES. .»»»»»»» 4 7 1 2 1 1 3 23 1 1 7 5 16 27 |

37 52 60 67 43 21 8 2 3 1 » » » » » » » » » » » » » 413 26,52

(GREGES.. » » » 1 3 2 1 2 1 3 1 1 5 9 10 11 15 15 32 30 44 40

SI 41 29 17 26 13 11 4 3 3 1 1 » » » » » » » » 1 » » » 414 21,23

ORGANS. . » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » 1 3

13 7 4 5 3 » » » 1 » » » » » » » » » » » » » » 34 24,43

1888 TRAMES. . » » » » » » » » » » 1 1 » 2 1 3 2 4 6 6 7 4 13|

16 25 22 31 23 8 8 1 » » » » 1 1 » » » » » » » » » 187 24,49 GREGES. .»»»»»» 1 1 » » » » 2 6 2 3 8 19 14 26 28 21 10

23 11 6 6 6 3 3 » 1 » « » » » » » » » » » » » » 206 20,88

ORGANS. . » » » » » » » » 1 1 » » 1 » » » 1 1 1 7 11 3 11 2 8 3

1889 TRAMES 2 3 3 11 14 32 31 3 3 " » " » » » » » » » » » » » » » » » 53 21,28

1889 TRAMES. . » » » » » » » 1 2 1 2 4 2 » 2 1 2 3 3 H 14 32 31

GRECES 33 48 59 42 41 31 33 30 15 17 13 3 3 » 1 » 1 » » 1 » » » » » » » » 259 23,19

GREGES. .»»»»»» 1 2 7 4 5 3 3 5 8 24 33 31 33 48 59 42

25 12 13 6 3 3 » 4 2 » 1 » 1 1 2 » » » 2 » » » 457 20,56

ORGANS. . » » » » » » » » 1 » » » » 1 » 1 » » 2 3 7 19 22 18 22

16 26 30 8 12 2 1 » » » » » » » » » » » » » » » » » » » 89 22,24

1890 TRAMES.. »"»»»» 1 1 5 6 10 7 7 6 5 7 14 17 10 15 16 26 30

86 90 10 41 33 22 19 14 3 1 1 2 » » 1 » » 1 » » » » » » 40022,34

GREGES. . » » » » 6 7 16 16 12 7 2 2 3 11 13 15 18 48 70 70 66 86

69 67 41 37 31 27 14- 6 5 3 2 3 1 1 » » 1 » 1 » » » 1 858 21,03

ORGANS. . » » » » » » » » » » » » » » » » » » " " "

» » " » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

1891 TRAMES. »»»»»»»»»»»»»»»»»» " "

" » " ' " " " » » » » » » » » » » » » » » » » » » » I

GREGES.. . » » » » » » » » » » » » » » » » » » » "

" " » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »


22

TABLEAU DE LA PERTE AU DÉCREUSAGE DES GREGES

NOMBRE D'ÉPREUVES POUR CHAQUE PERTE

PROVENANCES

14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31

bl. « » » » 1 » 4 13 6 1 2 1 « » » » 1 » 1 30 21|

FRANCE . V. » » » » » » » » » » » » » » » » » » "

j. » » » » 1 » » 7 60 129 '56 20' 2 » » » » » 275 23

ESPAGNE. j. » » » » » » » » 2 2 1 1 1 » » » » » 7 24,5

bl. » » " 2 3 13 12 3 3 1 » » » » » » " » 37 20,6

PIÉMONT. v. » » » » 3 6 » » » » » » » » » » » » 9 19;

j. » » » » » » » 4 43 43 18 1 » » » » » » 109 23,20

bl. » » » 5 1 13 21 1 2 1 » » » » » » » » 44 19,33

ITALIE. v. » » » » 1 5 18 1 » » » » « » » » » » 25 20,3

j. » » » » » 4 6 22 88 275 198 37 4 » » » » » 634 23

bl. » » » » 1 8 45 129 52 5 » » » " » » » » 240 21,i

BROUSSE. V. » » » » » » » 2 » » » » » " » » » » 2 21,6

j. » » » » » » 1 » » 12 28 15 » » » » » » 56 24,30

bl. » » » 2 » » » » » » » » » » » » » " 2 17,3

SYRIE. v. " » » " » " » 1 » " » » " " " » » » 121,26

j. » » » » » » 1 1 22 90 124 53 4 1 » » » » 296 24,3

bl. » » » » » » 1 1 » » » » » » » » » » 2 20,5

v. » » " » » » » » » » » » » 2 » » » » » 2 26.5

j. » 1 6 8 1 3 4 25 8 4 3 3 »»»» » 66 20,80

bl. 1 22 89 195 215 163 56 24 6 5 6 3 2 5 2 1 3 » 79718,7

CHINE. v.»» » » » » » » » » » » » » » » » » "

j. » » » » » » 3 4 6 8 7 9 8 1 » » » 1 47 24,4

bl. » » 2 1 " 17 158 723 806 217 29 4 2 » 2 1 » 1 1. 963 22,2

CANTON 1 23,3

v. » » » » » » » » » 1 » » « » » » » »

bl. 24 81 235 384 226 44 11 2 » » » » » « » » » » 1. 007 17,5

JAPON. 14 17,5

v. 2 » 5 1 4 1 » 1 » » » » « » » » » » 14 17,2

TONKIN. . j. » » » » » » .» » » » 1 1 » » » » » » 2 25,2

14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31

A Lyon, le 8 janvier 1891.

LE DIRECTEUR DE LA CONDITION DES SOIES,

JOSEPH TESTENOIRE.

LYON. — IMP. PITRA.T




LA RAGE A LYON

1er NOVEMBRE 1889 AU 1er -0NOVEMBRE 1890

MESURES PROPRES A DIMINUER LE NOMBRE DES CHIENS ERRANTS

PAR M. V. GALTIER

PROFESSEUR A L'ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE LYON

Mémoire lu à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon dans sa séance du 28 novembre 1890.

Dans le courant de l'année comprise entre le 1er novembre 1889 et le 1er novembre 1890, le service sanitaire de l'École vétérinaire de Lyon a eu à constater 178 cas de rage sur les animaux présentés à sa consultation, et 94 cas de morsures faites à des personnes par des chiens ou des chats enragés. Comme je l'ai fait observer dans d'autres circonstances, ce double contingent appartient à peu près exclusivement à la commune de Lyon, et il ne saurait d'ailleurs être considéré comme l'expression complète de tous les cas qui s'y sont mon très, attendu que l'École vétérinaire ne reçoit pas tous les animaux qui deviennent enragés,.et n'a pas connaissance de tous les cas de morsures rabiques faites à des personnes.

Il résulte de la comparaison de ces nombres avec ceux des années précédentes que la situation n'a fait qu'empirer depuis trois ans. Il convient toutefois de remarquer de suite qu'elle s'améliore depuis quelques mois. En novembre 1889, il y a

6e SÉRIE, T. III. — 1890 17


240 LA RAGE A LYON

eu 11 cas de rage et 10 personnes mordues ; 12 cas de rage et 3 personnes mordues en décembre 1889 ; 13 cas de rage et 13 personnes mordues en janvier 1890 ; 20 cas de rage et 8 personnes mordues en février ; 20 cas de rage et 6 personnes mordues en mars ; 26 cas de rage et 14 personnes mordues en avril 1890; c'était la période ascendante. A ce moment, l'administration municipale de la ville de Lyon s'émut, et, par un arrêté en date du 21 avril, prescrivit l'usage de la muselière et de la laisse; d'autre part la presse quotidienne, en accordant sa publicité à certains cas de rage, contribua à inspirer une crainte salutaire à la population et à faire accepter les prescriptions de l'arrêté municipal.

A vrai dire, on vit encore beaucoup de chiens errants sans muselière, mais néanmoins la mesure fut mieux appliquée qu'elle ne l'avait été quelques années auparavant. Quoi qu'il en ait été, on a pu constater une diminution progressive du nombre des cas de rage et du nombre des morsures rabiques faites à des personnes. Il y a eu en mai 17 cas de rage et 3 personnes mordues ; en juin 11 cas de rage et 9 personnes mordues ; en juillet 14 cas de rage et 8 personnes mordues; en août 20 cas de rage et 10 personnes mordues ; en septembre 9 cas de rage et 1 personne mordue; en octobre 1890, 6 cas de rage et 9 personnes mordues.

Il peut paraître singulier que le nombre des cas de rage ait diminué dès les premiers mois qui ont suivi l'arrêté prescrivant le musellement, pour s'accroître ensuite le troisième et le quatrième mois ; cependant ce résultat peut à la rigueur s'expliquer: durant les mois de mai et de juin, les propriétaires auront mieux surveillé leurs chiens et certains auront tué ceux qui leur paraissaient suspects ; pendant les mois de juillet et d'août, la température plus élevée aura accéléré l'éclosion de tous les cas dont l'incubation avait été plus longue.


LA RAGE A LYON 241

En définitive, le résultat obtenu est encourageant ; et à coup sûr il deviendrait encore meilleur si les mesures prescrites étaient mieux appliquées et si l'on ne commençait pas à se relâcher déjà dans leur observation.

On pourrait trouver étrange que le nombre des cas de rage diminuant, celui des personnes mordues soit devenu parfois plus considérable, ainsi que semble l'établir la statistique du mois d'octobre 1890, qui comporte 9 cas de morsures à des personnes pour 6 cas de rage. Mais ici encore l'explication de cette apparente anomalie est facile à trouver; un seul chien rabique a mordu pour son compte 7 personnes. L'aventure de ce chien mérite d'ailleurs d'être racontée, parce qu'elle démontre les inconvénients d'une fourrière mal organisée et les dangers de l'absence d'une surveillance continuelle.

L'animal, ayant fui le domicile de son propriétaire le 15 octobre dans la matinée, était capturé quelques heures après dans une rue de Lyon et conduit à la fourrière municipale. Le 17, on le remettait à sa maîtresse sans aucune observation. Il était pourtant enragé, et, ramené chez son propriétaire, il montrait aussitôt un changement très notable dans son caractère et dans ses habitudes, mordant toutes les personnes, au nombre de 7, qui le caressaient. Il se montra agressif pour les autres chiens et en mordit un certain nombre ; il s'échappa encore de la maison de son maître le 17 et le 18 octobre, et on a ignoré s'il avait ou non mordu des personnes ou des animaux pendant ses absences. Dès son retour de la fourrière, on avait remarqué qu'il se léchait et se mordillait avec persistance sur un membre postérieur, on l'avait vu s'attaquer aux objets inanimés, il avait déchiré une chaise, il avait manifesté du dégoût pour ses aliments habituels ; sa démarche était raide et son train postérieur affaibli ; sa voix était profondément modifiée, rauque, enrouée. Conduit à l'École le 19 au matin, il succomba le lendemain,


242 LA RAGE A LYON

après avoir présenté de son vivant les symptômes les moins équivoques de la rage, et à l'autopsie on releva également un ensemble de lésions caractéristiques.

Il résulte de ce qui précède : que le chien dont il s'agit était déjà enragé le 15, quand il avait, contrairement à son habitude, déserté le domicile de son propriétaire; qu'il a pu mordre dans la voiture et à la fourrière les chiens dont il s'est trouvé le compagnon forcé; qu'il a séjourné quarante-huit heures à la fourrière et qu'il a été délivré à son maître qui était venu le reconnaître, sans aucune observation; qu'il était en pleine rage au moment de sa délivrance, et que l'absence d'un examen fait par une personne compétente au moment de sa sortie a été dans l'espèce, la cause des faits regrettables qui ont été signalés. Étant donné ce qui vient d'être exposé, il ne serait que juste de réclamer certaines modifications dans le régime de la fourrière des chiens, et notamment un isolement complet des animaux capturés tant dans la voiture qui sert à les transporter que dans les chenils, ainsi qu'une inspection sanitaire sérieuse de tous les chiens qui sortent de la fourrière pour être rendus à leurs propriétaires ou pour être livrés aux expérimentateurs.

Après avoir signalé les bons résultats obtenus déjà grâce à l'usage de la muselière ou de la laisse, il y a lieu néanmoins d'insister sur la manière dont ces mesures sont appliquées et sur l'inertie ou l'insouciance obstinée qu'on constate tous les jours chez de nombreux propriétaires. Tout le monde peut se convaincre de visu qu'il y a encore à chaque instant dans les rues de Lyon de nombreux chiens qui ne sont ni tenus en laisse, ni muselés, ni même porteurs d'un collier indiquant le nom de leur propriétaire, et qui vont ou viennent mordant parfois les passants sous l'oeil bienveillant de la police. Celui dont l'histoire était relatée tout à l'heure était parti de chez son maître sans muselière et sans le collier réglementaire.


LA RAGE A LYON 245

Il est d'ailleurs à notre connaissance que parfois des chiens sans maître avoué, recueillis par la fourrière, sont devenus enragés entre les mains des expérimentateurs auxquels on. les avait livrés. Il est enfin digne de remarque que, sur les 178 cas de rage constatés à l'Ecole vétérinaire du 1er novembre 1889 au 1ernovembre 1890, 47 l'ont, été sur des chiens sans collier et partant sans propriétaire connu.

Tout le monde est d'accord pour demander la suppression des chiens errants qui sont considérés avec raison comme une plaie pour nos villes et nos campagnes. La capture et la mise en fourrière sont les moyens que la loi indique pour atteindre ce but. Or ces moyens sont illusoires ; toutes les villes n'ont pas de fourrière ; et dans les campagnes il n'y en a nulle part. D'ailleurs la capture des chiens, déjà très difficile dans les villes qui ont organisé un service ad hoc, est à peu près impossible à la campagne. Il faut trouver des moyens plus efficaces et d'une mise en pratique plus aisée. Nous indiquerons plus loin ceux qui nous paraissent devoir être préconisés.

L'examen comparatif des 178 observations recueillies de novembre 1889 à novembre 1890 permet de relever certaines particularités qui, sans avoir pour le moment une signification bien précise, en acquerront peut-être une, quand on aura dans la suite des statistiques plus nombreuses faites suivant les mêmes règles. Parmi ces 178 cas de rage, on trouve: 1 chèvre, 30 chats et 147 chiens; 24 femelles et 154 mâles; 130 malades atteints de la rage agitée ou furieuse et 48 atteints de la rage paralytique ; 121 cas dans lesquels on a constaté la présence de corps étrangers à l'alimentation dans les voies digestives et 57 dans lesquels il n'y en avait pas. Toutes les autopsies ont été faites complètement et les lésions recherchées dans tous les appareils principalement dans les centres nerveux.


244 LA RAGE A LYON

II ressort encore de nos observations que certains propriétaires n'ignoraient pas que leur chien avait été mordu quelque temps auparavant. Cette insouciance est d'autant moins excusable, qu'on la constate généralement chez des personnes qui se sont rendues coupables avec connaissance de cause. C'est de la sorte que l'on a pu voir à l'Ecole vétérinaire certain chien, amené pour être traité d'une maladie de la peau, tomber enragé, sans qu'on eût été mis en garde contre lui, et mordre l'élève qui était chargé de lui donner des soins. Il nous arrive de temps à autre d'amener les propriétaires à nous confesser que leur animal avait été mordu un ou deux mois auparavant, mais, ajoutent-ils les morsures avaient été si légères qu'ils n'avaient pas cru qu'elles pourraient devenir dangereuses.

D'autre part, si les propriétaires se montrent insouciants, on rencontre parfois, dans les administrations municipales et dans la police, une inertie qui a aussi ses dangers. Un exemple, parmi plusieurs que nous pourrions citer, suffira à établir le bien-fondé de cette assertion. Au commencement du mois de juillet on nous a apporté le cadavre d'un chien qui venait d'être tué par un ouvrier qui l'avait considéré comme atteint de rage, parce qu'il l'avait vu mordre un certain nombre d'autres chiens. L'animal avait un collier indiquant le nom et le domicile de son propriétaire ; il était bien enragé, ainsi que nous pûmes en juger d'après les lésions qu'il présenta. Nous fîmes aussitôt une déclaration circonstanciée dans laquelle nous indiquâmes avec soin le nom et l'adresse inscrits sur le collier, tout en conseillant de faire une enquête à l'effet de découvrir les personnes et les animaux qui avaient été mordus. L'enquête fut faite, mais elle fut incomplète ; on ne jugea même pas à propos de questionner le propriétaire et on ne découvrit pas les personnes mordues. C'est au bout de quinze jours seulement que le maître


LA RAGE A LYON 245

du chien apprit par hasard que le cadavre de son animal avait été porté à l'Ecole vétérinaire ; il vint nous trouver, nous dit que la police ne s'était pas adressée à lui et nous apprit que le chien avait mordu une petite fille de deux ans avant de fuir son domicile. Le lendemain de la visite du propriétaire, un voisin vint à son tour nous apprendre que son enfant âgé de cinq ans avait été également mordu. Ces deux morsures remontaient alors à dix-neuf jours ; il était un peu tard pour leur appliquer le traitement indiqué dans l'espèce et c'était la faute de la police qui n'avait pas, dans son enquête, jugé bon de questionner le maître de l'animal.

En résumé, il découle de l'exposé qui précède : que l'usage de la muselière et de la laisse a provoqué une notable diminution dans le nombre des cas de rage, comme on l'avait déjà remarqué d'ailleurs en 1886; que la mise en pratique de cette mesure a cependant laissé beaucoup à désirer; qu'il est toujours indiqué d'en continuer et d'en améliorer l'application ; que le nombre des chiens errants est toujours considérable et qu'il y a urgence à en poursuivre la suppression ; que la fourrière doit être mieux surveillée, et que les chiens ne doivent en sortir qu'après avoir été visités ; que l'insouciance, la négligence et le mauvais vouloir des propriétaires doivent être réprimés et l'inertie des administrations et de la police combattue.

Dans notre, rapport du mois d'avril dernier, nous avons demandé l'application des mesures suivantes:

1° Occision de tous les chiens et de tous les chats suspects de rage ;

2° Port d'un collier avec plaque indiquant le nom et le domicile du propriétaire;

3° Capture et occision des chiens non munis de collier, des chiens errants même porteurs d'un collier, et des chiens dont


246 LA. RAGE A LYON

l'allure ou le caractère inspire de sérieuses craintes et peut faire croire à la férocité ou à un état rabique ;

4° Musellement et usage de la laisse ;

5° Surveillance spéciale aux barrières de l'octroi, en vue de capturer ou de tuer à leur entrée ou à leur sortie les chiens sans collier, les chiens errants et les chiens suspects à un titre quelconque;

6° Empoisonnement ou occision dans les rues;

7° Publication de tous les cas de rage ;

8° Poursuite des délinquants;

9° Impôt et médaillon ;

10° Publication d'instructions.

Nous n'avons rien à retrancher; et nous ne reviendrons pas pour le moment sur la plupart des mesures que nous avons conseillées. Mais il nous semble utile cependant d'insister sur celles qui sont de nature à faire diminuer le nombre des chiens errants.

Diminuer le nombre des chiens en général et s'acharner sans relâche après les chiens sans collier, ainsi qu'après les chiens errants qui, bien que munis de collier, n'accompagnent ou ne sont accompagnés de personne, tel est le cri qu'on entend pousser de partout, à. la ville et à la campagne.

Est-il donc si utile de diminuer le nombre des chiens? et quels sont les moyens d'y parvenir?

Il ne saurait être question de supprimer les chiens utiles, ceux qui sont employés à un service quelconque ; il ne saurait même pas être question de supprimer les chiens de luxe, les chiens d'agrément et les chiens inutiles, quand ils sont entre les mains de propriétaires qui peuvent les entretenir et qui veillent sur eux. C'est le nombre des chiens inutiles, entretenus par des propriétaires peu aisés ou indigents, qu'il


LA RAGE A LYON 247

faudrait réduire, parce que c'est principalement parmi ceuxlà que se recrutent les rabiques, étant bien avéré que leurs maîtres les surveillent mal et s'abstiennent souvent de les soumettre à aucune des mesures prescrites par les lois et règlements. Il nous est arrivé bien souvent d'avoir à examiner des chiens rabiques ou non rabiques, qui appartenaient à des indigents, et qui avaient distribué des morsures à d'autres animaux ou à des personnes. Malgré le sentimentalisme exagéré de ceux qui prétendent qu'il convient de laisser au pauvre son compagnon de misère, l'intérêt général bien entendu, exige que les chiens inutiles, qui sont entretenus comme des objets de luxe, ne puissent être possédés que par ceux qui sont en état de les nourrir, de les soigner, de les surveiller et de répondre de leurs méfaits.

Les moyens propres à diminuer le nombre des chiens de luxe, et des chiens inutiles en général, sont faciles à découvrir et d'une application possible, sinon aisée. C'est par l'établissement d'un impôt élevé qu'on devrait chercher à atteindre le but. Le jour où l'on aura établi une taxe annuelle de 40 à 50 francs pour chaque chien, dit de luxe, ou inutile, on ne sera pas éloigné du résultat désiré. Toutefois, la mesure n'atteindra son maximum d'effet qu'autant qu'elle recevra une exécution complète, qu'autant qu'on prendra les précautions indispensables pour éviter la fraude. A cet effet il conviendrait: d'instituer dans chaque mairie un registre d'inscription des chiens; d'obliger chaque propriétaire de présenter son animal pour le faire inscrire et payer la taxe dans la première quinzaine de janvier; de lui délivrer un permis valable pendant un an, sur lequel serait porté le signalement de l'animal; d'exiger que tout chien présenté fût muni du collier prescrit par les règlements; de faiçe exécuter enfin des visites domiciliaires par les gardes champêtres dans les campagnes par les agents de la police dans les villes, à l'effet de recher-


248 LA RAGE A LYON

cher les délinquants et de faire confisquer pour les tuer ensuite tous les chiens non déclarés.

Diminuer le nombre des chiens en général constituerait déjà un progrès; et nous ne doutons pas qu'on le réaliserait, en recourant aux moyens qui viennent d'être indiqués, en substituant aux taxes actuelles un impôt élevé pour toute la catégorie des chiens qui ne sont employés à aucun service. Mais, en outre de ce progrès, il est non moins urgent d'en réaliser un autre, celui qui consisterait à diminuer le nombre des chiens errants ou à les supprimer. On entend par chiens errants ceux qui, dépourvus du collier réglementaire, ne sont ni muselés, ni tenus en laisse, et ceux qui, bien que munis du collier réglementaire, n'accompagnent ou ne sont accompagnés de personne. Les chiens de cette catégorie font courir à l'hygiène publique, aux personnes et aux animaux, de graves dangers ; ils sont naturellement désignés pour recevoir et pour infliger des morsures, à l'insu de leur maître, et sans que les victimes puissent arriver à connaître la personne qui est responsable de leurs méfaits.

Les règlements sanitaires ont édicté certaines mesures en vue de la suppression des chiens errants; mais, outre que ces mesures sont généralement et universellement mal appliquées ou inappliquées, elles sont souvent d'une exécution malaisée ou impossible et pardessus tout insuffisantes. Toutefois leur efficacité peut être aidée ou suppléée par d'autres moyens que la loi du 5 avril 1881 laisse au choix des maires. Le décret du 22 juin 1882, prescrit la capture, la mise en fourrière et l'occision des chiens errants qui, dans un délai déterminé, ne sont pas réclamés. La mise en fourrière est impossible dans l'immense majorité des communes, et la capture des chiens errants est trop dangereuse pour que les gardeschampêtres et agents de police accomplissent celle besogne sans une rétribution spéciale; d'ailleurs la plupart des chiens


LA RAGE A LYON 249

errants se laissent difficilement serrer d'assez près pour qu'on puisse les capturer. Pour toutes ces raisons il arrive, même dans les rares villes qui ont organisé un service spécial, que les neuf dixièmes des chiens errants échappent à son action ; en dehors de ces centres privilégiés personne ne s'avise jamais d'inquiéter en rien un chien errant.

Il y aurait, à mon avis, grand avantage à procéder autrement désormais, puisque la capture et la mise en fourrière ont donné de si minces résultats. C'est I'occision immédiate des chiens errants trouvés sur la voie publique, qu'il faut préconiser, en recherchant le moyen le plus sûr et le moins dangereux d'y arriver. Dans l'état actuel de notre législation sanitaire, il n'est pas licite de tuer sur la voie publique le chien errant qui échappe à la poursuite ou qui est dangereux à capturer, il faut qu'il soit mis en fourrière et il ne doit être tué que si le propriétaire ne le réclame pas. On a vu dernièrement un agent de police condamné par le juge de paix de Brive à 1 franc de dommages-intérêts, pour avoir tué, sur la voie publique, un chien errant dont le propriétaire avait réclamé. La condamnation a été insignifiante, parce que le véritable coupable dans l'espèce était le réclamant, mais la sentence du juge consacre le principe sus-énoncé. Toutefois il appartient aux maires, en vertu de la loi du 5 avril 1884, de conférer à leurs agents le droit de tuer les chiens errants; ils peuvent prendre les mesures jugées nécessaires pour prévenir la propagation des maladies contagieuses et ils ont le devoir de veiller à la sécurité sur la voie publique; or I'occision des chiens errants est à la fois un moyen de prévenir la propagation de la rage et une mesure de sécurité.

Les procédés à conseiller pour I'occision des chiens errants sont au nombre de deux : c'est la destruction par l'emploi de l'arme à feu et de l'arme blanche, dans la campagne, dans les chemins, les rues et les places désertes, et c'est l'empoi-


250 LA RAGE A LYON

sonnement dans les villes. Les gardes-champêtres dans les campagnes sont naturellement désignés pour faire, dans leurs tournées, la chasse aux chiens errants; qu'on les oblige à porter toujours sur eux une arme à feu, qu'on leur enjoigne de tirer sur tous les chiens qui se trouveront dans les conditions requises pour être réputés errants, qu'on leur accorde enfin une prime pour chaque tête abattue, et il y a lieu de croire que le nombre des sujets de cette catégorie ne tardera pas à diminuer, soit parce que les propriétaires deviendront plus vigilants, soit parce que de nombreux chiens dangereux pourront être détruits.

Dans les villes on pourrait tolérer l'emploi de l'arme blanche dans la journée et recourir à l'empoisonnement pendant la nuit. Je me suis déjà prononcé en faveur de ce dernier procédé dans mon rapport du mois d'avril. L'empoisonnement dans les rues et les carrefours, aujourd'hui délaissé, a été parfois mis en pratique pour se débarrasser des chiens errants. En 1889 le maire de Toulouse prenait encore un arrêté, prévenant le public qu'à partir du 1er juillet il serait procédé de jour et de nuit à l'empoisonnement de tous les chiens trouvés errants sur la voie publique. Sans appliquer cette mesure d'une façon permanente, il conviendrait qu'on pût y recourir à tout instant et qu'on l'employât au moins de temps en temps. Ce serait le moyen le plus sûr et le seul praticable en ville, pour se débarrasser des chiens errants qu'on laisse indûment vagabonder. On a invoqué pour le faire délaisser certains dangers qui lui sont inhérents, quand il est mal appliqué. Mais, comme nous l'avons déjà dit, il ne serait pas difficile d'en règlementer l'emploi de façon à ne faire courir

aucun danger aux personnes. On en confierait l'exécution a la police et aux employés de l'octroi. On pourrait faire déposer les préparations empoisonnées dans des lieux et à des heures déterminés, soit pendant le jour, soit pendant la nuit, sur


LA RAGE A LYON 251

les passages les plus fréquentés, aux barrières et au voisinage des postes d'octroi où de police. On pourrait enfin faire ramasser le poison qui n'aurait pas été pris.

En résumé nous demandons instamment que, en vue de diminuer le nombre des cas de rage, on s'applique à diminuer le nombre des chiens inutiles et à détruire les chiens errants. Nous demandons: que, pour atteindre ce double but, on frappe d'un impôt très élevé tous les chiens inutiles; qu'on fasse détruire tous ceux qui auront été soustraits à la taxe; qu'on fasse exterminer, par l'arme à feu dans les campagnes, par le poison dans les villes, tous les chiens trouvés errants sur la voie publique. Ces mesures sont peu nombreuses et elles seront d'une application facile, quand on voudra sérieusement y recourir.



EXPERIENCES

SUR

L'ACTION DES PHOSPHATES

SUR LA CULTURE DU BLÉ

PAR

M. RAULIN

Lu à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon dans sa séance du 28 novembre 4890

On a cultivé du blé de Noé dans trente parcelles, formant dix groupes de trois parcelles d'un are chacune.

Dans la parcelle du milieu, on a mis un engrais azoté et potassique ; dans les deux parcelles extrêmes, on a ajouté un engrais phosphaté, savoir:

Parcelles nos 1. Superphosphate contenant acide phosphorique. 0k,8 par are.

— 2. Coprolithes 4,0 —

— 3. Coprolithes 0,8 —

— 4. Phosphorites de tarel 4,0 —

— S. Poudre d'os 4,0 —

— 6. Scories du Creusot 4,0 —

— 7. — — 0,8 —

— 8. Phosphate précipité 0,8 —

— 9. — — 0,0 —

— 10. Poudre d'os 0,8 —

La récolte a eu lieu le 28 juillet; voici les poids des récoltes des parcelles extrêmes rapportées à un are, et ramenées

6e SÉRIE, T. III. — 1890 18


254 ACTION DES PHOSPHATES

par le calcul à ce qu'elles seraient, si toutes les parcelles du milieu avaient donné la même récolte que le numéro 9.

RÉCOLTE TOTALE GRAIN PAILLE

Parcelle nos 1 88 » 22 » 66 »

— 2 73,46 15,80 37,66

— 3 67,03 13,33 31,68

— 4 71,70 18 » 33,70

— 5 60,41 12,11 48,31

— 6 71,04 14 » 37,04'

— 7 71,30 13,90 37,40

— 8 84,13 23,63 60,30

— 9 63,80 13,40 48,20

— 10 67,90 16,80 31,10

Conclusions. — Si l'on excepte le numéro 5, toutes les parcelles phosphatées ont donné des excédents de récolte sur la parcelle non phosphatée. Ces excédents sont à l'hectare.

Pour le n° 1. Superphosphates 2.420 kil.

— 2. Coprolithes haute dose 966 -

— 3. Coprolithes 423 —

— 4. Phosphorites de Tavel, haute dose 780 —

— 3. Poudre d'os, haute dose 339 —

— 6. Scories du Creusot, haute dose 724 —

— 7. Scories du Creusot 730 —

— 8. Phosphate précipité 2.033 —

— 9. Pas d'acide phosphorique. . 0 —

— 10. Poudre d'os 410 —

L'effet négatif de la poudre d'os à haute dose peut s'expliquer parce que le carbonate de chaux a pu dégager de l'ammoniaque du mélange d'engrais chimiques. Si les scories du Creusot n° 7 n'ont pas donné le même résultat, cela tient, sans doute, à ce qu'elles ont été semées sans être mêlées aux sels ammoniacaux, et si l'excédent n'a pas été plus fort pour les scories du Creusot à haute dose, c'est que probablement, celte grande quantité de scories a rencontré l'ammoniaque dans le sol, et en a dégagé une partie.


SUR LA CULTURE DU BLE 255

Quoi qu'il en soit, les superphoshates ont produit l'effet maximum. Le phosphate précipité les suit de près. Les phosphates à acide phosphorique dit non assimilable ont donné des excédents beaucoup moindres; le plus fort, celui des coprolithes à haute dose, n'atteint pas la moitié de l'excédent correspondant aux superphosphates.

Ces expériences ont été faites sur une sole qui a été traitée par les mêmes engrais, sauf les proportions, depuis 1887 : en 1887, elle a reçu du maïs; en 1888, du blé; en 1889, du blé; en 1890, encore du blé.

Voici le tableau comparatif des principaux excédents de récolte obtenus à l'hectare.

1888 1889 1890

Superphosphates 2.310 1.825 2.420

Coprolithes . 1.830 383 423

Phosphorites 1.860 138 780

Poudre d'os 1.490 495 410

Scories du Creusot 1.340 515 750

Phosphate précipité » 1.505 2.033

En général les excédents s'élèvent de 1889 à 1890, mais assez faiblement, ce qui prouve que l'épuisement du sol en acide phosphorique, est très lent.

La première année, les phosphates insolubles ont donné des excédents assez comparables à ceux donnés par les phosphates solubles, mais en 1889 et 1890, ces excédents ont été relativement faibles, tout en s'élevant un peu de 1889 à 1890.

Celte différence tient peut-être à une modification produite par les récoltes successives dans la nature des terrrains, peut-être aussi, à ce que le maïs plus énergique a, en 1887, assimilé l'acide phosphorique de ces phosphates insolubles, fait constaté par l'expérience, et a laissé dans le sol d'abondantes racines qui ont servi d'engrais.


256 ACTION DES PHOSPHATES

Voici la composition du terrain qui a servi à ces essais :

Eau . 18,30

Humus. 0,38 Azote 1,74 p. 1000

Argile 19,50 Acide phosphorique. 0,32 p. 1000

Calcaire . . 12 » Potasse 1,037 p. 1000

Sable 47 »


DE

L'INFLUENCE DE LA NATURE DU TERRAIN

SUR LES VÉGÉTAUX

PAR

M. RAULIN

Lu a la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon dans sa séance du 38 novembre 1890.

Les cultures dans des sols artificiels privés de matière organique d'une part, et de l'autre l'application de plus en plus répandue des engrais chimiques dans la pratique ont contribué à détourner les esprits dés influences autres que celles des engrais sur la végétation.

Et pourtant les agriculteurs savent que, même indépendamment des engrais, il y a des terres de valeurs très différentes; par exemple que tous les terrains ne donnent pas une récolte de blé rémunératrice, même avec le secours des engrais.

D'autre part M. Grandeau, l'éminent directeur de la Station agronomique de l'Est, a, depuis quelques années, établi à Tomblaine, à l'école d'agriculture Mathieu de Dombasle, des cases à végétation, dans lesquelles il a comparé les effets sur la culture du blé, de la nature du terrain, de l'espacement des grains, de l'espèce de semence et des engrais.


258 INFLUENCE DU TERRAIN

Il a obtenu :

QUINTAUX

Sur un sol argileux 39,62

Sur un sol argilo-siliceux 38,20

Sur un sable siliceux. 14,10

Sur un sol crayeux : . . . 27,37

de blé à l'hectare

avec même

fumure.

De ces essais est donc résultée la constatation de l'influence de la nature physique du sol sur le poids de la récolte; mais ces expériences ont eu en vue l'étude d'éléments assez nombreux dans leurs rapports réciproques. J'ai pensé qu'il y aurait intérêt à concentrer mes efforts, dans des essais poursuivis pendant plusieurs années, sur l'action de la seule nature du sol sur la végétation des principales cultures agricoles, toutes les autres circonstances restant les mêmes.

Il fallait, avant tout, choisir des terres types caractérisées par la prédominance d'un des quatre éléments physiques, qui servent à la classification des terrains : sable siliceux, argile, calcaire, humus ; placer ces terres dans des conditions identiques, les unes à côté des autres, avec même sous-sol, mêmes conditions de climat, mêmes fumures, sans cependant altérer la nature physique de ces terres, et y semer, dans des conditions identiques, des graines identiques. Il fallait enfin que les terrains fussent assez étendus, pour que la récolte de chacun représentât une moyenne.

En conséquence, on a enlevé la terre végétale du champ d'expériences de Pierre-Bénite sur une étendue de 5 ares, formant cinq carrés d'un are chacun, et sur une profondeur de 95 centimètres.

Le sous-sol étant argileux, on l'a pavé avec des cailloux assez gros pour faire une sorte de drainage. On a rapporté, à la place de la terre enlevée, les terres suivantes :

1° Sable de montagne, près de l'Iseron ; 2° Argile de Champagne, près Lyon ;


SUR LA VÉGÉTATION 259

3° Terre calcaire, d'une petite vallée, à deux lieux de Crémieu ;

4° Terre de tourbe de Thuelins;

5° Mélange de ces quatre terres à volumes égaux;

6° Enfin on a traité un carré semblable de la terre naturelle de Pierre-Bénite très humifère.

Les plantations de chaque carré étaient séparées de celles des carrés voisins, par un sentier de 80 centimètres de largeur (surface nette cultivable de chaque carré, 1 are).

En avril 1890, on a répandu sur chacun de ces carrés :

Phosphate précipité contenant PhO5. Ok6

Chlorure de potassium KO 0,7

Sulfate d'ammoniaque Az 0,6

Plâtre 2,0

Voici la constitution de ses diverses terres :

TERRE N° 1 TERRE N° 2 TERRE N° 3 TERRE N° 4

Eau.. . . 11,85 Eau. . . 13,5 Eau. . . 32,25 Eau. . . 64,35

Humus. . . traces Humus. . traces Humus. . 0,42 Sable. . . 5,4

Argile. . . 3,50 Calcaire. . 0,94 Argile.. . 5 » Argile. . traces

Calcaire. . 17,2 Sable. . . 40,50 Sable. . . 11,5 Calcaire. . 8,5

SABLE. . . 64 ARGILE. . 37 CALCAIRE. . 48 HUMUS. . 21,57

Les terres 1, 2, 3, 4, ne sont, sans doute, pas absolument stériles, mais les terres 1 et 2 étant prises à une certaine profondeur n'ont jamais eu d'engrais; la terre n° 4 était à' l'état de prairie non fumée; la terre n° 3, plantée en vignes à peu près abandonnées, n'avait pas été fumée depuis plusieurs années.

Le 24 avril, on sème sur ces carrés savoir : sur la moitié de chacun d'eux du maïs; sur l'autre moitié, des betteraves.

Le 28 mai, les betteraves et les maïs de la terre de tourbe sont les plus avancés ; vient ensuite le mélange n° 5, puis la terre calcaire ; la végétation de la terre argileuse est beaucoup


260 INFLUENCE DU TERRAIN

plus chétive, celle du sable l'est davantage, et se distingue par le vert jaunâtre des feuilles.

Il y a eu des manquants ; presque pas dans le mélange n° 5, ni dans le calcaire n° 3; dans la terre de tourbe n°4 il a manqué les trois quarts des betteraves et presque pas de maïs, dans l'argile les quatre cinquièmes du maïs et des betteraves; dans le sable, les maïs ont presque tous persisté, les trois quarts des betteraves ont manqué.

On a resemé du maïs et repiqué des betteraves ; mais tout n'a pas persisté. Pendant toute la durée de la végétation jusqu'au moment de l'arrachage, 17 novembre, les betteraves ont à peu près conservé les mêmes rapports de grosseur, mais les différences des maïs se sont atténuées; en particulier les maïs de l'argile, qui étaient d'abord presque aussi chétifs que ceux du sable, ont pris le dessus et ont fini par occuper un bon rang. Ce fait doit être attribué en partie à la longueur des racines de maïs qui ont envahi une masse de terre considérable, phénomène décelé par la différence de végétation pour les plantes des bords du carré; ce même fait a été remarqué à un moindre degré pour les betteraves plantées en bordure.

Voici les résultats numériques obtenus à la récolte :

Etendue de chaque carré = 1 are.

BETTERAVES MAIS

Kil. gr. kil. gr. kil. gr.

1 Sable 10,255 187 55 . 188,0 272 691 43,10 161

2 Argile. .... 11,270 150 75 228,6 152 1504 31,3 224

3 Terre calcaire . 196,780 199 989 353,0 247 1449 72,2 372

4 Terre de tourbe. . 165,200 155 1065 270,0 210 1286 67,0 254

5 Mélange. . . . 295,500 196 1508 390,0 207 1884 69,85 228

6 Terre du champ. 124,000 148 838 40,3 63 640 7,20 200


SUR LA VÉGÉTATION 261

Ces résultats conduisent à classer ces divers terrains comme suit par ordre de fertilité décroissante :

POUR LA BETTERAVE POIDS DE L'UNITE.

1° Mélangé 1.508 grammes.

2° Terre de tourbe 1.065 —

3° Terre calcaire 989 —

4° Terre du champ. 833 —

5° Argile 75 —

6° Sable 35 —

Voici l'ordre de la fertilité par rapport au maïs :

POIDS DE L'UNITÉ

1° Mélange 1.884 grammes.

2° Argile 1.504 —

3° Terre calcaire . . 1.449 —

4° Terre de tourbe 1.286 —

5° Sable 691 —

6° Terre du champ 640 —

Si le mélange des quatre éléments se place en tête, pour la fertilité (et on sait que les terres franches qui sont riches en ces quatre éléments, sont d'excellents terrains agricoles), il n'y a pas proporlionnalité pour les deux cultures, dans les poids obtenus : le classement n'est plus du tout le même.

Comme particularités, nous pouvons citer les faits suivants : un rang de betteraves en bordure dans le sable, près de la terre naturelle du champ a donné des sujets pesant 407 grammes au lieu de 55 grammes, cela s'explique naturellement parce que les racines ont puisé en partie leur nourriture dans la terre voisine.

Voici un autre fait plus surprenant : des betteraves en bordure dans la masse calcaire près de la terre du champ ont pesé 1730 grammes, tandis que les betteraves du calcaire isolé ont pesé 989 grammes et celles de la terre du champ 838 grammes, il y a là un point sur lequel je me propose de revenir,


262 INFLUENCE DU TERRAIN

Il semble que la nature du terrain n'ait pas été sans influence sur la teneur en sucre des betteraves :

SUCRE COMPTE EN GLUCOSE

Betteraves de la terre calcaire 7gr. 56 %

— Mélange 7 23

— Terre de tourbe 6 31

— Sable 6 17

— Argile 3 64 %

El cet ordre est tout différent de celui de la fertilité.

Enfin les grosses betteraves du calcaire, près de la terre de Pierre-Bénite, ont 10,58 pour 100.

C'est donc la terre calcaire qui se place au premier rang pour la richesse en sucre surtout quand elle est aidée par l'action d'une terre riche en humus.

Nous pouvons dès à présent tirer de ces essais préliminaires les conclusions suivantes :

1° Chacun des éléments physiques du sol, sable, argile, calcaire, humus, exerce sur la végétation une action propre aussi importante que les éléments des engrais ;

2° Cette action est variable avec la nature du végétal;

3° La nature du sol parait aussi exercer une action propre sur les principes chimiques du végétal ;

4° Le mélange des quatre éléments paraît en tout cas une excellente condition pour les diverses cultures.

Je me propose de continuer cette étude pour les principales espèces agricoles, enfin d'arriver à donner une table de l'influence de la nature du sol sur chacune de ces espèces.

Mais, pour étudier plus à fond la question, je joindrai l'an prochain à ces essais pratiques, d'autres essais sur des mélanges de ces quatre éléments, dans des vases isolants de 1/2 mètre cube environ. Je supprimerai également quelques causes d'erreurs secondaires qui ont rendu les résultats


SUR LA VÉGÉTATION 263

moins comparables numériquement qu'ils n'auraient dû être sans cependant altérer le sens.

Parmi ces causes d'erreur, il faut certainement citer l'inégale richesse de ces terrains en éléments nutritifs directement assimilables, car ces terrains n'avaient pas été épuisés autant que possible par des cultures antérieures; mais il n'est pas possible d'attribuer à cette cause la part entière dans les résultats obtenus, car j'ai dit plus haut que ces sols étaient par eux-mêmes très peu fertiles, et la matière des sols a certainement en une part d'influence importante. C'est le point essentiel que je voulais mettre en évidence cette année.



INFLUENCE

DE

LA NATURE DU TERRAIN

SUR LA TEMPÉRATURE DU SOL

PAR

MM. ANDRÉ ET RAULIN

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon Dans sa séance du 28 novembre 1890.

A. Exposé de la Méthode

On a enlevé sur 90 centimètres de profondeur, et sur une étendue de 5 ares, la terre végétale du champ d'expériences de la station agronomique du Rhône de la Faculté des sciences de Lyon à Pierre-Bénile, on a remplacé celte terre par les terres suivantes sur cinq carrés de 1 are chacun :

N° 1. Mélangé à volumes égaux des quatre terres suivantes ;

N° 2. Terre noire de tourbe;

N°3. Terre rougeâtre, argilo-siliceuse ;

N° 4. Sable blanc siliceux;

N° 5. Marne blanche, très calcaire (1).

(1) Voici la composition de ces quatre terres séchées à 100° :

N° 2. TERRE DE TOURBE

N° 3. TERRE

ARGILO-SILICEUSE

N° 4. SABLE BLANC

N° 5. TERRE CALCAIRE

Humus. . . . 67,3 traces traces traces

Argile. ... » 25,4 4.5 »

calcaire . . . 10,1 » 20,7 61,4

Sable 12,6 74,0 74,8 38,0


266 INFLUENCE DU TERRAIN

Le sous-sol est formé du gravier des alluvions du Rhône.

Au milieu de chaque carré, on a installé deux thermomètres donnant le 1/10 de degré dont les réservoirs sont à 50 centimètres et à 20 centimètres de profondeur, ils sont protégés contre les chocs par des cages cubiques de 50 centimètres de côté dont les faces sont formées par un grillage métallique de 5 millimètres de maille.

On a observé chaque jour la température indiquée par ces thermomètres depuis le 31 août 1888, jusqu'au 30 juin 1890, et déterminé en même temps la température de l'air au moyen d'un thermomètre fronde.

B. Discussion des Observations

Pour la discussion des résultats des observations, il convient de prendre à part les variations rapides de température, comme celles qui se produisent dans le courant d'une même journée, et celles plus lentes, qui se produisent dans la température moyenne de périodes assez étendues, jours, décades ou mois.

Les premières sont ce que nous appelons les variations horaires, elles s'obtiennent en observant les températures toutes les heures ou toutes les deux heures, par exemple, dans le courant d'une journée.

Les autres donnent lieu aux variations diurnes, si elles sont obtenues à l'aide des températures moyennes de chaque jour.

Nous appellerons variations mensuelles celles qui se déduisent de périodes successives plus étendues, qu'elles soient des décades ou des mois.

I. VARIATIONS HORAIRES. — Il suffit de jeter les yeux sur les courbes de la planche A, dont les abcisses représentent




SUR LA TEMPERATURE DU SOL 267

des heures (1cm =1 heure) et les ordonnées des degrés de température (1cm = degré), pour se convaincre que les courbes 1 G, 2 G, 3 G, 4 G, 5 G, des températures à 5 centimètres de profondeur se confondent sensiblement avec des lignes droites, à peu près parallèles à l'axe des x, dans l'espace de vingt-quatre heures, c'est-à-dire qu'à cette profondeur, la température de chaque terre n'est pas sensiblement influencée par la marche diurne du soleil (1).

II n'en est pas de même des courbes 1 P, 2 P, 3 P, 4 P, 5 P, des températures à 20 centimètres de profondeur, et il y a lieu de distinguer le cas d'un ciel pur et le cas d'un ciel nuageux ou pluvieux.

Dans le premier cas ces courbes affectent des formes sinusoïdales (planche A), dont la partie nocturne est la plus allongée, et peut, entre huit heures du soir, et six heures du matin, être remplacée sensiblement par une ligne droite (planche B), mais pour les divers terrains ces courbes ne sont pas identiques.

a. Heures des températures extrêmes. — L'heure du minimum de température de chaque terre est en retard sur l'heure de la température minima de l'atmosphère, et varie comme celle-ci du solstice d'été au solstice d'hiver (2) ; mais elle n'est pas la même pour toutes les terres: le minimum de 4 P parait le premier; celui de 3 P et celui de 5 P le suivent de près, vient ensuite celui de 1 P, notablement distant des précédents. Enfin le minimum de 2 P à lieu dans l'après midi vers quatre heures, tandis que la moyenne des autres minima a lieu de huit heures à onze heures du matin. Voici quelques exemples (planche A) :

(1) Fait antérieurement constaté a l'observatoire de Saint-Genis Laval.

(2) Fait souvent constaté à l'observatoire de Saint-Genis-Laval. Le minimum de température de l'air est vers 4 heures du matin au solstice d'été cl vers 6 heures au solstice d'hiver.


268 INFLUENCE DU TERRAIN

TERRES

DATES

1 2 3 4 5

1888 septembre 10 10h.5 malin 4h.0 soir 9h.0 matin 8h.0 matin 10h0 matin

— 11 11 0 — » — 10 0 — 9 0 — 10 0 —

— 12 11 5 — 4 0 - 10 0 - 9 0 — 11 0 —

— 13 110— 60-10 0- 90- 90 - — 14 10 5— 20— 90— 80— 10 0 —

— 15 11 0 — 3 0 — 10 0 — 80—100.—

— 16 11 0 - » — 9 5 — 9 0 — 10 0 —

Moyenne des heures. 109 matin 38 soir 96 matin 86 matin 100 —

L'heure du maximum de température, également en retard sur celle du maximum de l'air, varie de même d'un terrain à l'autre comme le montre le tableau suivant ;

TERRES

DATES 1 2 3 4 5

MINIMA MAXIMA MINIMA MAXIMA MINIMA MAXIMA MINIMA MAXIMA MINIMA MAXIMA

1889 juin 1er 9h.7m. 11 h. s. 2h. s. 6 h. m. 8h. 1 m. 9h. s. 7h. m. 9h. s. 8 h. m. 10h. s.

— décembre 4 1 s. 10 s. 6 h. s. matin. 10 m. 7 s 10 m. 6 s. 10 m. 7s.

Le maximum de température arrive donc sensiblement à la même heure pour les trois terrains : argile rougeâtre, calcaire blanc et sable blanc; il retarde un peu sur eux, dans le mélange formé par les quatre terres ; et enfin, il a lieu beaucoup plus tard pour la terre noire de tourbe, où il se produit entre quatre et six heures du matin suivant la saison, c'est-à-dire presque aux heures du minimum atmosphérique.

Il est d'ailleurs presque inutile de faire remarquer que l'intervalle qui sépare le minimum du maximum, est sensiblement plus petit vers le solstice d'hiver que vers le solstice d'été.


SUR LA TEMPERATURE DU SOL 269

b. Amplitude thermométrique diurne. — Les courbes A montrent que, comme on le savait déjà, dans toutes les terres, l'amplitude diurne varie dans le même sens que celle de la température de l'air, tout en étant beaucoup moindre. Elle est d'ailleurs, en général, d'autant plus grande que cette amplitude est plus grande elle même. Mais ce que nos observations révèlent de curieux, c'est la variation considérable pour les différentes terres, du rapport de cette amplitude diurne à une même amplitude atmosphérique, comme le montre lé tableau suivant:

TEMPERA- AMPLITUDE AMPLITUDE DIURNE MESURÉE DANS LES TERRES

TURE DIURNE

MAXIMA MESURÉE

DE L'AIR DANS L'AIR 1 2 3 4 5

1888 septembre 15 27°, 6 14°, 1 1°,8 0°,5 3°,3 5°,1 30,1

— — 16 26°,4 11°,5 1°,3 0°,2 2°,4 4°,2 2°,3

— octobre 11 12°,9 6,8° 1°,3 0°,3 1°,9 3°,1 1°,8

— — 24 16°,5 15° 0°,7 0°,3 2°,0 3°,7 2°,1

— — 20 18°,4 10° 0°,5 0°,1 1°,6 2°,9 1°,3 1889 février 8 5°,5 6°,5 0°,3 0°,2 0°,7 1°,5 0°,6

— avril 27 18°,0 15° 1°,4 0°,2 2°,8 4°,9 2°,8

— août 28 23°,0 16° 1°,5 0°,4 3°,5 5°,4 3°,0

Moyennes » 9,36 1°,10 0°,27 2° ,27 3°,85 2°,13

Rapport » » 0°,118 0°,0239 0°,243 0»,412 0°,223

Ce rapport excessivement faible pour la terre de tourbe noire, est sensiblement le même pour la terre argilo-siliceuse et pour la terre blanche calcaire; il est maximum pour le sable blanc, il est relativement faible pour le mélange des quatre terres.

Remarque. —Les différences entre les heures des maxima et minima de température des quatre terres, mises en expérience dans des conditions extérieures absolument identiques, ne peuvent évidemment s'expliquer que par la différence de leur conductibilité.

6e SÉRIE, T. III. — 1890 19


270 INFLUENCE DU TERRAIN

L'ordre décroissant des conductibilités pour les différents terrains serait donc :

Sable, Argile, Calcaire, Terre de tourbe.

D'autre part, les différences d'amplitude thermométrique diurne peuvent tenir à la fois aux différences des pouvoirs absorbants et des pouvoirs conducteurs. Or, comme elles sont dans le même ordre : Sable, Argile, Calcaire, Terre de tourbe, on doit en conclure que ces deux différences sont de même sens, ou dans le cas contraire, que la première est négligeable devant la seconde.

Il convient en outre d'insister sur l'écart considérable qui doit exister entre les pouvoirs absorbant et conducteur de la terre de tourbe et les pouvoirs analogues des autres terres mises en expérience.

II. VARIATIONS DIURNES. — a) Choix de l'heure de la température moyenne. — Nous appelons variations diurnes, celles de la température moyenne du terrain, considérée à la profondeur du réservoir du thermomètre, c'est-à-dire les variations de la moyenne arithmétique des températures horaires pendant une durée de vingt-quatre heures. Toute la question expérimentale revient donc à observer la température de chaque thermomètre à l'heure exacte où la température vraie est égale à cette température moyenne.

Leur étude suppose que l'on ait tout d'abord une connaissance approfondie de la loi suivant laquelle varie, pendant chaque jour de l'année, la température au niveau considéré, c'est-à-dire que l'on dispose d'une série d'observations faites pendant une longue période à toutes les heures de la journée. Il y a plus, il faudrait connaître l'influence exacte des causes de perturbations accidentelles, car, par l'effet des variations climatériques, l'heure de la température moyenne n'est pas la


SUR LA TEMPÉRATURE DU SOL 271

même deux jours de suite. Mais au degré d'approximation où nous nous plaçons, et étant donné que la température vraie varie assez lentement dans le cours d'une journée, dès que le point d'observation s'éloigne un peu de la surface du sol dans l'intérieur de la terre, l'expérience démontre que l'on peut se contenter de procéder comme il suit:

1° La température du thermomètre, plongé dans la terre de tourbe, soit à 20 centimètres, soit a fortiori à 50 centimètres de profondeur, variant très peu et régulièrement dans l'intervalle d'un jour, on a admis qu'une différence, même de plusieurs heures entre l'heure d'observation et l'heure de la réelle température moyenne, n'aurait pas d'influence sensible sur la discussion.

2° En ce qui concerne les autres terrains et pour les mêmes motifs, on a admis le même principe pour les températures à une profondeur de 50 centimètres, et on s'est contenté de déterminer l'heure d'observation la plus convenable pour les températures de ces sols à 20 centimètres de profondeur.

Dans ce but on a fait, à des jours convenablement choisis de l'année, une série de déterminations bihoraires des températures de chacun de ces thermomètres, à 20 centimètres de profondeur. Pour chacun de ces jours, on a obtenu une heure de passage par la température moyenne dans l'après-midi, et c'est la moyenne, trois heures, de tous ces résultats, qui a été adoptée pour une heure d'observation commune à tous les thermomètres.

On obtient ainsi une grande simplification du processus expérimental, tout en conservant une approximation suffisante pour ces travaux.

On a étudié, par cette méthode, la température moyenne aux mois de janvier, avril, juillet et octobre 1889, les résultats obtenus sont résumés dans la planche D, avec la marche


272 INFLUENCE DU TERRAIN

diurne de la température de l'air, qui doit évidemment servir de point de comparaison.

La température de l'air indiquée est celle qui a été observée à 3 heures de l'après-midi, c'est-à-dire à peu près à l'heure du maximum.

b) Comparaison à la température moyenne de l'air. — Cette dernière est très irrégulière et commandée dans ses détails par les déplacements à lois encore inconnues, des trajectoires des bourrasques qui s'approchent de notre pays et le traversent. Toutes ces irrégularités ont leurs corrélatives dans les courbes de températures moyennes des différents terrains; à 20 centimètres elles sont plus accentuées qu'à 50 centimètres pour la même terre.

1° Retard des oscillations des températures du sol sur celles de l'atmosphère. — Le fait important est que ces oscillations thermométrique souterraines ne sont point simultanées à la même profondeur :

La terre qui parait suivre de plus près les oscillations thermométriques de l'air, principalement à la profondeur de 20 centimètres, c'est le sable blanc siliceux; viennent ensuite la terre argilo-siliceuse et le calcaire blanc ; puis le mélange des quatre terres, qui nous sert de témoin, et enfin, mais bien en retard, la terre noire de tourbe. Cet ordre est encore l'ordre décroissant des conductibilités, déterminé plus haut par d'autres résultats.

2° Amplitude thermique. — L'influence de la nature spécifique du terrain peut encore être caractérisée à l'aide des températures extrêmes, mesurées dans chacun d'eux. Ainsi, si pour chacun des mois dont il a été question, on prend la différence du maximum le plus élevé au minimum le plus bas, et qu'on fasse la somme de ces différences, on obtient pour


PLANCHE D - COURBES DIURNES


PLANCHE D - COURBES DIURNES



SUR LA TEMPERATURE DU SOL 273

les différentes terres, aux deux profondeurs indiquées, les valeurs suivantes :

PROFONDEUR 12 3 4 5

0m,20 23°,0 15° 23°,5 28°,5 21°,3

0m,50 Thermomètre cassé. 12°,3 16° 15°,5 12°,3

MOYENNE. » 13°,7 19°,8 22° 16°,1

Ces moyennes qui résument, dans une certaine mesure, les amplitudes des oscillations thermométriques dans les différentes terres à une même profondeur, varient dans l'ordre suivant de décroissance :

Sable blanc siliceux, Terre rongeâtre argilo-siliceuse, Terre blanche très calcaire, Terre noire de bourbe.

Cet ordre est encore l'ordre décroissant de conductibilité des terres et il faut remarquer encore que, pour la terre noire de tourbe, l'amplitude est beaucoup moindre que pour les autres terres. Du reste, l'inspection détaillée des courbes montre que l'amplitude de l'oscillation thermométrique de chaque terre correspondant à chaque oscillation atmosphérique est encore en général dans le même ordre.

3° Températures simultanées des différentes terres aux différentes saisons. — L'influence de la nature des terres sur la température du sol ressort également de la comparaison des positions respectives des courbes de températures aux diverses saisons, par exemple aux mois de janvier, avril, juillet et octobre 1889.


274 INFLUENCE DU TERRAIN

On sait depuis longtemps, par les belles recherches de MM. Becquerel, que la température du sol est d'autant moins variable que la profondeur du réservoir thermométrique est plus considérable et cela quelle que soit la nature du terrain sur lequel on expérimente.

Le simple examen des courbes de la planche D vérifie ce principe, mais nos expériences vont plus loin.

En janvier, l'ensemble des courbes de tous les terrains est fortement abaissé ; la température maxima ne dépasse pas 8°, la température minima descend à 1°. En avril, l'ensemble des courbes s'est déjà notablement relevé : température minima 5°; température maxima 16°. En juillet, l'élévation générale des courbes est maxima : température minima 17°,5; maxima 27°,5. En octobre, l'ensemble des courbes s'est déjà beaucoup abaissé : température minima 9°; température maxima 18°.

Si l'on compare les courbes d'une même terre, aux deux profondeurs, à 0m,50 et 0m,20 à diverses époques, on voit qu'en général, en janvier, la température est moins basse à 0m,50 qu'à 0m,20, qu'en avril et en juillet le contraire a lieu, qu'en octobre les situations respectives redeviennent ce qu'elles étaient en janvier.

Mais, et c'est là le point essentiel, les relations des températures de terres différentes ne sont pas du tout les mêmes à ces quatre époques :

1° En janvier, époque des plus grands froids de l'année, la température mesurée dans la terre de tourbe est plus élevée que celle d'aucune autre terre à la même profondeur.

La différence est loin d'être négligeable ; à la profondeur de 0m,50, elle n'est pas inférieure à 2° et atteint parfois 3°, 9, à la profondeur de 0m,20, où pour elle, la courbe des températures est encore fort régulière, tandis que celle qui correspond aux autres terrains offre des sinuosités importantes.


SUR LA TEMPÉRATURE DU SOL 275

Cette différence (on néglige un minimum exceptionnel de deux jours où la température du sable blanc arrive à surpasser celle de la tourbe) dont le minimum est 0°,5, atteint parfois 2°, 9.

2° Dans les premiers jours d'avril, c'est-à-dire vers le commencement du réchauffement atmosphérique, les températures mesurées sont sensiblement les mêmes, quel que soit le terrain et quelle que soit la profondeur. Mais bientôt l'influence de la nature du sol se fait sentir: à partir du 10 de ce mois, la température mesurée, soit dans le sable, suit dans l'argile, soit dans le calcaire, soit dans le mélange est devenue supérieure à la température mesurée dans la terre de tourbe, à la même profondeur. De plus, la température de celle-ci à la faible distance de 0m,20 du sol, a été dépassée par celle du sable siliceux à 0m,50 et elle n'est plus supérieure à celle de l'argile et de la terre calcaire que de 1° environ.

3° En juillet, dans une période où la température atmosphérique a cessé de croître, les courbes de la terre de tourbe se relèvent par rapport à l'ensemble des températures des terres (aux mêmes profondeurs) et tendent à prendre les positions les plus élevées. En outre, les températures dans la tourbe aux deux profondeurs 0m,20 et 0m,50, sont en général peu différentes l'une de l'autre; leur différence n'atteint que très temporairement 2°,5.

Même dans la seconde quinzaine du mois, la température la plus voisine du sol est parfois plus basse que celle mesurée à 0m,50 de profondeur. Il en est d'ailleurs de même pour les trois autres terres. Cette distribution anormale de la température caractérise des périodes pluvieuses et doit être mise à part dans cette étude.

4° En octobre, mois compris dans la période de déclin de la température atmosphérique, les courbes des températures


276 INFLUENCE DU TERRAIN

du sable, de l'argile, du calcaire et du mélange, sont revenues par rapport à la terre de tourbe, à l'infériorité de température déjà constatée en janvier : à 0m,50, la température de la terre de tourbe est plus élevée de 4°,5 au maximum, et de 2°,1 au minimum; à 0°,20 elle est plus élevée de 2°,5 au maximum et de 0°,8 au minimum. Et même la température de la terre de tourbe à 0m,20, plus basse que celle de la même terre à 0m,50 est, sauf un seul jour, plus élevée que les températures des autres terres aux deux profondeurs.

Par conséquent, la terre de tourbe, tout en élevant sa température au plus haut niveau général de la température des autres terres dans les mois les plus chauds de l'année, est constamment beaucoup plus chaude que les autres terres dans la période froide de l'année.

Les courbes représentatives des températures des autres terres présentent entre elles, à un bien moindre degré, des rapports de même sens. En janvier et surtout en juillet, c'est-à-dire à des mois appartenant à des périodes de températures atmosphériques stationnaires, et pour des profondeurs égales, les courbes des températures du sable sont un peu plus élevées que celles de l'argile, celles de l'argile un peu plus élevées que celles du calcaire.

En avril, et à un moindre degré en octobre, c'est-à-dire à des époques de rapide accroissement et de rapide décroissement de la température ambiante, la courbe du sable est la plus élevée dans le premier cas, la moins élevée dans le second; elle est suivie de près par celle de l'argile, et celle-ci par la courbe du calcaire.

En résumé, en avril et en octobre, c'est-à-dire dans la période de rapide échauffement de l'atmosphère, l'ordre croissant des températures des terres à une même profondeur est le suivant :

Terre de tourbe, Mélange, Calcaire, Argile, Sable.


FLANCHE E- COURBES MENSUELLES



SUR LA TEMPÉRATURE DU SOL 277

En octobre, dans la période descendante, cet ordre est renversé, quoique avec m'oins de netteté ; ces résultats sont encore d'accord avec l'idée que nous nous sommes déjà faite de l'ordre de conductibilité de ces terres.

En janvier, et à un moindre degré en juillet, c'est-à-dire dans les intervalles où la température ambiante ne s'élève ni ne s'abaisse rapidement, l'ordre général de décroissance des températures des terres à une même profondeur est à peu près le suivant :

Terre de tourbe, Mélange, Sable, Argile, Calcaire.

Or, il semble naturel de conclure que cet ordre est parallèle à l'ordre décroissant des pouvoirs absorbants de ces terres pour la chaleur rayonnante, une terre devant, toutes choses égales d'ailleurs, s'échauffer d'autant plus qu'elle absorbe plus de rayons.

III. VARIATIONS MENSUELLES. — On a résumé la marche générale des variations mensuelles dans la planche E en construisant les courbes des températures moyennes par décades.

Ces courbes présentent encore de nombreuses sinuosités en rapport les unes avec les autres, mais assez irrégulières, parce qu'elles sont dues à des causes de perturbation accidentelles : nuages, pluies, etc., étant donnée surtout la variabilité du climat lyonnais (1). En général, la courbe des températures de l'atmosphère est surbaissée par rapport à celles des températures des terres ; c'est une conséquence du grand pouvoir diathermane de l'air.

1° Époque des maxima et minima des températures des terres. — Ces époques ne diffèrent pas beaucoup de celles

(1) La courbe de l'air est relativement moins élevée que celle de la planche D parce que dans la planche D on a pris la température mixima et dans la planche E la température diurne moyenne de l'air.


278 INFLUENCE DU TERRAIN

des maxima et des minima correspondants de l'atmosphère, ce qui s'explique par la durée de la période, dix jours, de chaque point de la courbe.

Mais pour les plus grands maxima en juillet, et les plus petits minima en janvier, il y a un retard qui varie d'une terre à l'autre dans le même sens que les retards des maxima et minima horaires quoique avec moins de simplicité, par l'effet des causes perturbatrices.

2° Amplitude des oscillations. — Elle est en général moindre dans les terres que dans l'air, moindre à 0m,50 de profondeur qu'à 0m,20 ; elle décroît à peu près dans l'ordre suivant : Sable, Argile, Calcaire, Mélange, Terre de tourbe.

3° Positions respectives des courbes. — L'ensemble de la figure présente deux branches sinusoïdales renversées à peu près symétriques par rapport au point central O. De juillet à janvier, quand la température décline, les courbes des températures à 0m,50 de profondeur sont respectivement au-dessus des courbes des températures des mêmes terres à 0m,20 de profondeur; c'est l'inverse de janvier à juillet. Les courbes de la terre de tourbe soit à 0m,50, soit à 0m,20, sont relativement élevées par rapport aux autres courbes de même ordre, c'est-à-dire que, dans la partie descendante de la température atmosphérique, elles restent fort en dessus et dans la partie ascendante elles se confondent presque avec elles.

En juillet et en janvier, dans les parties les plus hautes et les plus basses des courbes, les courbes de température de la terre de tourbe tendent peu à peu à devenir plus élevées que les autres courbes de même ordre; vers juillet, la courbe du sable domine celle de l'argile et celle du calcaire.

Ces résultats confirment donc les conclusions posées plus haut, c'est -à- dire que l'ordre des conductibilités décroissantes serait :


SUR LA TEMPÉRATURE DU SOL 279

Sable, Argile, Calcaire, Terre de tourbe, et l'ordre des pouvoirs absorbants décroissants : Terre de tourbe, Sable, Argile, Calcaire.

Conclusions

Les faits précédents peuvent se résumer ainsi qu'il suit :

1° La terre de tourbe se distingue des autres terres en ce qu'elle obéit très lentement aux causes des variations de la température atmosphérique, et qu'elle n'en reçoit que des oscillations d'une amplitude très faible; les autres terres sont à ce double point de vue beaucoup plus comparables entre elles, et beaucoup plus impressionnables par les variations atmosphériques; cependant le mélange est la terre qui sous ce rapport s'éloignerait le moins de la tourbe; la terre calcaire vient ensuite, suivie de près par l'argile et celle ci par le sable silicieux : c'est surtout une question de conduc - tibilité.

Au point de vue agronomique, ces différences doivent influer sur la végétation, car bien qu'on considère en général qu'il faille une somme de degrés déterminée pour que la végétation accomplisse une évolution déterminée, tout semble indiquer que la manière dont se succèdent les éléments de cette somme n'est pas sans influence : des expériences directes sur ce sujet ne seraient pas sans intérêt.

2° Aux époques où la température atmosphérique tend à devenir stationnaire, l'ordre général décroissant de température des terres qui tend à s'établir est celui-ci :

Terre de tourbe, Mélange, Sable silicieux, Argile, Terre calcaire.

Les quatre dernières terres se ressemblent beaucoup; mais la terre de tourbe se sépare nettement des autres; c'est une


280 INFLUENCE DU TERRAIN

terre chaude qui ne descend jamais très bas dans la saison froide.

Or une pareille circonstance doit être favorable à la végétation ; aussi avons nous remarqué que du maïs et des betteraves semées dans une pareille terre avaient une végétation notablement plus précoce que dans les autres terres.


INFLUENCE

DE

L'HUMUS SUR LA VÉGÉTATION

PAR

M. RAULIN

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon, dans sa séance du 19 décembre 1890.

On sait que l'humus à une influence favorable sur la végétation en général.

Mais en quoi consiste cette action? Agit-il en modifiant les qualités physiques du sol, ou bien en apportant des aliments directement assimilables, azote, acide phosphorique, potasse, ou bien par quelques propriétés sui generis; telle est la question que nous nous proposons de résoudre par l'expérience.

M. Grandeau a fait sur ce sujet, à la Station agronomique de l'Est, de nombreuses et remarquables expériences, en mêlant de la terre de tourbe à deux sols, l'un très argileux, l'autre silico argileux, volumes à volumes, et il a vu cette terre humifère, à peu près stérile par elle-même, augmenter beaucoup le poids des récoltes dans les sols précédents fumés aux engrais chimiques : il a conclu que l'humus agit principalement en modifiant les qualités physiques des terrains.

Mes expériences ont eu lieu dans des conditions notablement différentes :


282 INFLUENCE DE L'HUMUS

On a semé du blé de Noé, le 19 novembre 1889, sur sept parcelles de terres composées de la manière suivante, et de l'étendue d'un are chacune :

N° 1. Terre naturelle assez riche en humus, ayant reçu un engrais de :

Sulfate d'ammoniaque Azote = 0k.4

Phosphate précipité Acide phosphorique Ok.4

Sulfate de potasse Potasse Ok.5

Plâtre.. 2k.

N° 2. Sable contenant argile, calcaire, sable silicieux à peu près dépourvu d'humus, ayant reçu un engrais de;

Sulfate d'ammoniaque Azote Ok.8

Phosphate précipité. . . Ph O5 Ok.8

Sulfate de potasse KO 1k.

Plâtre : . 2k.

N° 3. Sable contenant argile, calcaire, sable silicieux auquel on a ajouté un trentième de son volume de terre de tourbe, ayant reçu un engrais de :

Sulfate d'ammoniaque Azote Ok.8

Phosphate précipité Ph O5 Ok.8

Sulfate de potasse. ........ KO 1k.

Plâtre 2k.

N°4. Terre naturelle assez riche en humus, sans engrais depuis 1887-1888.

N° 5. Sable sans engrais depuis 1887-1888.

N° 6. Sable avec un trentième de terre de tourbe sans engrais depuis 1887-1888.

N° 7. Terre naturelle ayant reçu :

Sulfate d'ammoniaque. . ... . . Az = Ok.8

Phosphate précipité. . . . . ... Ph O5 = Ok.8

Sulfate de potasse Potasse 1k.

Plâtre 2k.


INFLUENCE DE L'HUMUS 283

On a récolté le 28 juillet, voici les résultats :

RÉCOLTE GRAINS PAILLE

kil. kil. kil.

Parcelle n° 1 101,80. 20,06 81,64

— 2 72,80 22,30 80,80

— 3 94,20 27,10 67,80

— 4 29,80 5,80 24,30

— 3 6,40 1,80 4,90

— 6 10,53 3,33 7,20

— 7 112,80 29,98 82,88

La parcelle n° 5 a donné une récolte extrêmement minime, un dix-septième à peine de la récolte de la parcelle n° 7. C'est en effet la troisième campagne que cette parcelle ne reçoit pas d'engrais : aussi les tiges étaient-elles très réduites : 30 centimètres à peine de hauteur; les épis avaient 1 à 2 centimètres de longueur : dans une bonne terre humifère ordinaire, on n'ariverait pas aussi vite à beaucoup près à un pareil épuisement à cause des engrais lents qu'elle renferme, qui ne deviennent assimilables qu'avec le temps, comme le prouvent les récoltes du n° 4:

Il est à remarquer que l'effet des sels chimiques de l'engrais est plus considérable en présence de l'humus, qu'en son absence, car dans le sable seul cet effet est représenté par la différence des récoltes du n° 2 et du n° 5 : différence de la récolte totale, 66kg, 40 : différence du grain 20kg, 80, pour une dose d'engrais à 0kg, 8 d'azote à l'are.

Dans la terre ordinaire, il est représenté par la différence de récoltes du n° 7 et du n° 4 : différence des récoltes totales 83 kilogrammes : différence du grain, 24kg,45 (pour une dose d'engrais à 0kg,8 d'azote).

Dans le sable avec terre de tourbe il est représenté par la différence du n° 6 au n° 3 : différence des récoltes totales, 84kg,37, du grain, 23kg,77, pour un engrais à 0kg,8 d'azote.

Réciproquement l'humus augmente le poids des récoltes, mais cette augmentation est plus forte en présence des sels.


284 INFLUENCE DE L'HUMUS

L'effet de l'humus seul est représenté par la différence entre les récoltes du n° 6 et du n° 5 : différence des récoltes totales, 4kg,13 : différence du grain, 1kg,83.

L'effet de l'humus en présence des sels à 0kg,8 d'azote est représenté par la différence du n° 3 au n° 2 : différence des récoltes totales, 22kg,10, du grain 4kg,80. C'est ce principe qui a été mis en lumière par les expériences de M. Grandeau. Ce double résultat attribuable à l'humus ne paraît pas tenir, du moins en entier, à une modification de l'état physique du sol, car sa proportion en poids ne dépasse guère 1/300(1) et ses effets sont très importants.

Cette terre de tourbe contient bien de l'azote, de l'acide phosphorique et de la potasse, car l'analyse a donné :

Azote 12 p. 1000

Acide phosphorique. . . . 0,348 p. 1000 Potasse 0,48 p. 1000

Mais elle ne peut pas être remplacée pour les résultats, par une certaine quantité de mélange de sels chimiques employée plus haut comme engrais, car une addition d'un engrais chimique agit d'autant moins que le sol en contient déjà davantage, tandis que l'addition de la terre de tourbe agit d'autant plus qu'il y a déjà des sels chimiques dans le terrain. Il semble donc que l'humus agisse ici d'une manière toute spéciale : on pourrait peut-être interpréter les faits en disant que, sous l'influence du calcaire du terrain, la matière azotée de l'humus fournit de l'ammoniaque et de l'acide nitrique en abondance, et que les engrais chimiques fournissent

(1) Voici la constitution de cette terre de tourbe:

Eau 64,33

Humus 21,57

Calcaire 8,50

Sable 81,40


INFLUENCE DE L'HUMUS 285

l'acide phosphorique et la potasse assimilables qui manquent à l'humus, car voici la constitution du sable du terrain :

Eau 18,75

Calcaire 20,12

Argile 3,7

Sable 89

Quoi qu'il en soit, le rôle spécifique de l'humus, au point de vue économique, ressort des faits précités, en effet :

1° Il économise les engrais chimiques, puisqu'il augmente par sa présence le rendement d'une unité d'engrais chimique; 2° il est, quant à son action propre, plus économique que les engrais chimiques, dans une certaine mesure, car l'addition d'engrais chimique à 0k,4 d'azote par are a donné une augmentation de récolte marquée par la différence du n° 7 au n° 4, soit une différence de récolte de 11k,30, tandis que l'addition de l'humus à une terre avec engrais chimiques a augmenté la récolte de 22k,10, et cette terre avec addition d'humus a déjà porté deux récoltes et l'action de cet humus est, sans doute, loin d'être épuisée, quoique son poids sec ne dépasse pas 450 kilogrammes par are.

6e SERIE, t. III. - 1300 20



SUR

CERTAINS ACCIDENTS DE CULTURE

DANS CERTAINS SOLS HUMIFÈRES

PAR

M. RAULIN

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon dans sa séance du 19 décembre 1890.

Les engrais ne suffisent pas pour fertiliser un terrain ; il faut encore que ce terrain ait une constitution physique appropriée. Mais il y a encore d'autres influences : les praticiens savent que, lorsqu'on met en culture certaines terres humifères et de nature un peu marécageuse, les premières années, elles sont impropres à la plupart des cultures ; ils expriment cette propriété en disant que les terres sonts auvages; et qu'elles s'améliorent parla culture. Telle est la terre du champ d'expériences de Pierre-Bénite; de temps immémorial, elle était restée à l'état de prairie; elle est riche en humus (1), assez marécageuse. On l'a mise en culture, on l'a drainée et ce n'est qu'après plusieurs années qu'on a vu les rendements arriver à être pratiquement rémunérateurs.

Jusque-là, les graines qu'on y semait levaient normalement ; puis les jeunes plantes jaunissaient, dépérissaient, ne persistant que par places. Pourtant quand elles avaient dépassé

(1) Elle contient 9,35 pour 100 d'humus.


288 ACCIDENTS DE CULTURE

un certain niveau, ou quand elles étaient repiquées, en particulier les betteraves), elles se fortifiaient et poussaient normalement. Evidemment, on ne pouvait attribuer ce résultat au seul défaut d'engrais, car du blé dans un terrain sablonneux sans engrais, a poussé très régulièrement, très également, tout en restant pour ainsi dire rudimentaire, et parcourant toutes ses phases, tandis qu'ici il y a çà et là des plantes qui deviennent vigoureuses, pendant que d'autres périssent complètement. J'ai remarqué également que beaucoup de ces plantes avaient les racines dévorées par de très petits insectes: des pucerons, des fourmis de la plus petite espèce.

Outre l'amélioration produite avec le temps par la culture, j'ai réussi à combattre cet état de choses par plusieurs moyens, exemple : Dans une partie du champ de Pierrre-Bénite, on a traité trois parcelles de la manière suivante :

Parcelle n° 1. — Pas d'engrais.

— 2. — Sulfate d'ammoniaque Azote 0k.32 par are.

Chlrorure de potassium KO Ok.63 —

Phosphate précipité Ph O5 Ok.63 —

— 3. — Nitrate de soude Azote 8k.64 —

Sulfate de potasse KO 1k.10

Phosphate précipité Ph O5 1k.10

On a semé des maïs le 1er avril 1890.

Il a manqué un nombre de plantes plus ou moins grand.

On a récolté le 17 novembre, voici les résultats :

N° 1.. . . 92 pieds (par are) Poids total 6k.2 Poids de chaque pied 0k.067

— 2. ... 234 — — — 97k.3 — 0k.418

— 3. ... 278 — — — 144 — 0k.820

Donc l'addition d'engrais, surtout d'engrais azoté, a produit un effet considérable, tant sur la résistance que sur le poids.

On a fait divers essais avec des maïs et des betteraves, qu'on a arrosés avec du jus de tabac étendu de cinq à six fois son


ACCIDENTS DE CULTURE 289

volume d'eau, quelques jours après l'apparition des jeunes plantes. Celles qui résistèrent furent plus nombreuses; elles devinrent incomparablement plus vigoureuses que celles qui n'avaient pas reçu cet engrais.

Il est à noter que le jus de tabac est un engrais très azoté, contenant de l'acide phosphorique, de la potasse, des nitrates.

C'est, en même temps un insecticide énergique qui est employé avec succès pour détruire les insectes sur les arbres.

J'ai essayé de traiter d'autres maïs par du sulfure de carbone (1) l'effet a été nuisible à la végétation. D'autres maïs, traités par du chlorure de chaux, ne donnèrent aucune différence avec le lot témoin.

Enfin, on a partagé cinq bandes de terre, chacune en deux parties égales et on les a traitées comme suit :

N° .1. Moitié a, additionnée d'un tiers de terre par are, prise dans un terrain argilo-siliceux qui, l'année précédente, avait produit des maïs.

Moitié b, sans addition.

N° 2. Moitié a, additionnée d'un tiers d'une terre humifère, qui avait produit des betteraves l'année précédente.

Moitié b, sans addition.

N° 3. Moitié a, additionnée d'un tiers d'une terre argilosiliceuse, qui avait porté de la luzerne.

Moitié b, sans addition.

N° 4. Traité comme le n° 3,

N°5. Traité comme le n° 1.

On a semé sur le n° 1 du maïs.

— n° 2 des betteraves.

— n° 3 de la luzerne.

(1 ) Le sulfure de carbone si efficace contre le phylloxera peut être employé avec succès contre d'autres insectes souterrains : 20 grammes le sulfure de carbone suffisent pour détruire un nid de guèpes.


290 ACCIDENTS DE CULTURE

On a semé sur le n° 4 du maïs.

— n° 5 de la luzerne.

Chaque parcelle reçut : Sulfate d'ammoniaque. Azote 0k,32 par are. Chlorure de potassium, KO = Ok,63. Phosphate précipité, Ph O5 = Ok,63

Voici les résultats:

La luzerne fut incomparablement plus belle sur la moitié a du n° 3, que sur la moitié b ; elle fut aussi plus belle sur la moitié a du n° 5 que sur la moitié b; mais là différence fut moindre.

La récolte du maïs et des betteraves eut lieu le 17 novembre, on obtint :

Parcelle n° 1. — Moitié a 265 pieds de maïs pesant 82k.200 1 pied = Ok.3l

— Moitié b 228 — 54k. 1 = Ok.24

— 2. — Moitié a 147 betteraves présent 168k.4 1 bett. = lk.14

— Moitié 6 33 — 26k.3 1 = Ok.79

— 4. — Moitié a 288 — 64k. 10 1 = Ok.220

— Moitié b 153 23k.60 1 = Ok.154

Les causes de la stérilité de ces terres paraissent donc complexes : s'il ne paraît pas douteux qu'il y a dans le sol des influences nuisibles au développement des jeunes plantes il est évident qu'on peut améliorer ces terres, au point de vue de la fertilité, par la culture avec le temps ou par des engrais minéraux abondants riches en azote, surtout en azote, nitrique ou par mélange avec de petites quantités de terres fertiles en récoltes de même nature.


INFLUENCE

DES

QUANTITÉS D'ENGRAIS

SUR LES RÉCOLTES

PAR

M. RAULIN

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyen dans sa séance du 19 décembre 1890.

C'est un fait bien connu que la composition quantitative des engrais chimiques influe sur le poids des récoltes.

Si l'on augmente dans le même rapport les trois éléments: azote, acide phosphorique, potasse, d'un mélange dont les proportions sont convenablement choisies, le poids de la récolte augmentera d'abord, puis elle augmentera moins et enfin elle diminuera lorsque les éléments seront en telles quantités qu'ils deviendront des poisons.

Mais on peut se demander si, comme le pensent certains agronomes, l'excès « d'un élément a, ajouté au mélange a, b, c, ne nuit pas au poids de la récolte alors que les proportions du mélange a+«, b+hjS, c+y ne seraient pas encore nuisibles, a-f-a, & + j3, c-+-y étant proportionnels à a, b, c. a, azote, b, acide phosphorique, c, potasse; en d'autres termes, si le poids P' de la récolte avec le mélange a-f-a, b, c, ne serait pas plus petit que le poids P de la récolte de a, b, c, le poids P" de la récolte de a + «, 6-1-13,0 + 7, étant plus grand que le poids P.


292 INFLUENCE DES QUANTITÉS D'ENGRAIS

La question a une réelle importance, car il arrive souvent que les engrais semés dans une terre dont on ne connaît pas la composition, joints à ceux qui y sont déjà, s'éloignent beaucoup par les proportions de leurs éléments, des proportions types qui seraient les plus convenables. Il est clair que dans ce cas, une partie de ces éléments reste inutilisée ; mais, si de plus elle est nuisible, le dommage est plus considérable et c'est ce dernier point que je me suis proposé d'éclairer par les expériences suivantes :

On a divisé un terrain en onze parcelles de 1 are chacune.

On y a semé des engrais chimiques et ensuite du blé de Noé, le 13 novembre 1889.

Voici la constitution des engrais sur ces diverses parcelles:

Parcelle A. — Sulfate d'ammoniaque (Azote = Ok.8) phosphate précipité Ph O 5, Ok.8. Sulfate de potasse KO = 1kg., Plâtre 2 k.

Parcelle B. — Sulfate d'mmoniaque Azote 1k.6, phosphate précipité Ph O 5, 1k.6 Sulfate de potasse KO = 2k. Plâtre 2 k.

Parcelle C. — Sulfate d'ammoniaque Azote = 2k.4, phosphate précipité Ph O 5, 2k.4. Sulfate de potasse KO = 3k. Plâtre 2k.

Parcelle D. — Sulfate d'ammoniaque Azote 3k.2, phosphate précipité Ph O 5, 3k.2.

Sulfate de potasse KO = 4kg. Plâtre 2kg. Parcelle E. —Sulfate d'ammoniaque Azote 4k., phosphate précipité Ph O 5, 4k.

Sulfate de potasse KO = 5kg. Plâtre 2kg.

Parcelle F. — Sulfate d'ammoniaque Az 3k.2, phosphate précipité Ph O 5, Ok.8.

Sulfate de potasse KO = 1kg. Plâtre 2kg. Parcelle G. —Sulfate d'ammoniaque Az = 4k., phosphate précipité Ph O 3, 1k.6.

Sulfate de potasse KO = 2k. Plâtre 2kg. Parcelle H. — Sulfate d'ammoniaque Az = Ok.8, phosphate précipité 3k.2.

Sulfate de potasse KO = 1k. Plâtre 2kg. Parcelle I. — Sulfate d'ammoniaque Az 1k.6, phosphate précipité Ph O3 4k.

Sulfate de potasse KO — 2k. Plâtre 2kg. Parcelle J. — Sulfate d'ammoniaque Az = Ok.8, phosphate précipité Ph O3 Ok.8.

Sulfate de potasse KO = 4kg. Plâtre = 2kg. Parcelle K. — Sulfate d'ammoniaque Az = 1k.6, phosphate précipité Ph O3 1k.6.

Sulfate de potosse KO = 5kg. Plâtre 2kg.


INFLUENCE DES QUANTITES D'ENGRAIS 293

On a récolté le 22 juillet, voici les résultats:

RÉCOLTE GRAINS PAILLE

kil. kil. kil.

Parcelle A. ... 81,30 19,10 62,20

— B 91,48 22,10 69,38

— C 101,70 22,28 79,48

— D 114,10 22,00 92,10

— E 133,90 21,40 112,80

— F 89,00 16,80 62,20

— G 108,30 17,10 91,20

— H 74,30 18,08 56,28

— I 99,80 24,38 73,18

— J. . . . . 84,70 28,90 58,80

— K 103,80 29,00 74,50

On remarquera tout d'abord, que le poids des récoltes augmente de A à E, c'est-à-dire à mesure que les trois éléments fertilisants, azote, acide phosphorique, potasse, tout en restant proportionnels, augmentent, depuis 80 kilogrammes d'azote,80 kilogrammes d'acide phosphorique, 100 kilogrammes le potasse à l'hectare, jusqu'à 400 kilogrammes d'azote, 400 kilogrammes d'acide phosphorique, 500 kilogrammes de potasse à l'hectare. Donc, dans ces limites déjà beaucoup plus étendues que les limites de la pratique, les engrais sont utiles au lieu de nuire, au moins quand ils sont mis en proportions convenables; ils produisent même des effets à peu près proportionnels, au moins sur la récolte totale, car le poids du grain nevarie pas notablement; c'est que, en effet, la fumure de A est déjà une forte fumure, à peu près double des fumures habituelles. Si nous comparons les récoltes des parcelles qui nous intéressent, nous trouverons les nombres suivants :

(1) Récolte de parcelle A :81k.3 Récolte de F: 89k. Récolte de D: 114k. 10

81k.3 < 89k. < 114k.l0

(2) Récolte de parcelle A: 81k.3 Récolte de J: 84k.70 Récolte de D: 114k.l0

81k.3 < 84k.70 < 114k.10

(3) Récolte de A: 81k.3 Récolte de H: 74k.30 Récolte de D: 114k.l0

81k,3 < 74k.30 < 114k.10


294 INFLUENCE DES QUANTITÉS D'ENGRAIS

H a été envahi par les herbes.

(4) Récolte, de parcelle B: 91k.45 Récolte de I 99k.50 Récolte de E: 133k.90

91k.43 < 99k.80 < 133k.90

(8) Récolte de — B : 91k,45 Récolte de G:108k 30 Récolte de E : 133k.90

91k.45 < 108k.30 < 133k,90

(6) Récolte de — B 91k.45 Récolte de K 103k.80 Récolte de E 133K.90

91k.48 < 103k.50 < 133k.90

Si l'on excepte le cas de la récolte H (3), cas anormal, puisque le blé a été envahi par les herbes, on voit que, pour (1) (2) (4) (5) (6), les récoltes des parcelles avec un excès d'un des éléments sont plus grandes que les récoltes correspondantes sans cet excès, mais plus petites que les récoltes des parcelles dans lesquelles tous les éléments des engrais ont reçu un excès proportionnel au premier.

Donc, dans les limites où les éléments en proportions convenables ne sont pas assez considérables pour nuire, l'excès de l'un d'eux par rapport aux autres ne nuit pas: une partie de cet excès est simplement inutilisée, mais une partie est utile puisqu'elle augmente un peu le poids des récoltes, moins toutefois que lorsque les éléments sont en proportions convenables.

Nous pouvons encore noter que les parcelles F et G, qui ont un excès d'azote par rapport aux autres éléments, ont donné peu de grain et beaucoup de paille ; c'est le contraire pour les parcelles I, J, K, où l'acide phosphorique et la potasse dominent ; malgré l'abondance de ceux-ci l'effet de l'azote a été prédominant dans les parcelles A, B, C, D, E, dans lesquelles le rapport du poids du grain au poids de la paille diminue à mesure que l'azote augmente.

Il paraît donc que ce qui détermine le rapport de la paille au grain, c'est plutôt la quantité absolue de l'azote que son rapport aux deux autres éléments, du moins dans certaines limites.


TRAITEMENT DE LA VIGNE

CONTRE LE MILDEW ET L'OIDIUM

PAR

M. RAULIN

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon dans la séance du 19 décembre (890.

On a essayé contre le mildew au champ de Pierre-Bénite les diverses mixtures de cuivre, conseillées aux viticulteurs.

La bouille bordelaise, à 2 kilos de sulfate de cuivre pour 100 litres.

Le sulfate de cuivre ammoniacal, à 2 kilos pour 100 litres.

Le sulfate de cuivre seul, à 2 kilos pour 100 litres.

Une poudre de sulfate de cuivre, de chaux et de fleur de soufre.

Ces divers mélanges ont été efficaces, sans cependant pré- 1 server complètement les feuilles, les traitements ayant eu lieu à deux reprises, un peu tardivement.

Le sel d'étain en dissolution dans l'eau, à 2 pour 100, a également produit des effets certains.

Cependant, le sulfate de cuivre seul et le sel d'étain ont un peu plus brûlé les feuilles que les autres mixtures.

Les traitements de la vigne contre les parasites se multiplient tellement, qu'il y a lieu, par raison économique, de chercher à combattre à la fois plusieurs ennemis, par un seul traitement.


296 TRAITEMENT DE LA VIGNE

C'est là le mérite de la poudre Podechard, destinée à détruire à la fois l'oïdum, par la fleuer de soufre, milldew, par le sulfate de cuivre du mélange pulvérulent.

Mais la forme liquide, au moins pour le mildew, paraît à la fois plus sûre et commode.

Aussi, nous avons essayé un mélange liquide à base de sulfate de cuivre et de soufre, destiné à combattre ces deux cryptogammes.

Voici la composition de ce liquide ;

Eau, 100 litres;

Sulfate de cuivre, 2 kilogrammes; Chaux vive, 1 kilogramme;

Bouillie de soufre de l'usine de Salindres, 2 kilogrammes.

Cette bouillie de soufre est obtenue en précépitant par. l'acide chlorhydrique les eaux jaunes provenant de l'oxydation à l'air et de la lixiviation des marcs de soude du procédé Leblanc.

Ce soufre coûte moins cher que la fleur de soufre et il est beaucoup plus divisé, comme le prouve l'examen au microscope. En outre il se mêle sans difficulté au liquide, tandis que la fleur de soufre remonte à la surface.

Les résultats contre le mildew ont été identiques à ceux de la bouillie bordelaise; j'ai aussi obtenu contre l'oïdium des effets certains, mais je ne peux pas me prononcer définitivement, parce que je n'ai pu disposer que d'une seule treille atteinte de l'oïdium et qu'elle a été traitée tardivement.

J'ai cru néanmoins utile de donner cette indication, afin de provoquer des expériences à ce sujet.


TABLEAU

DE LA

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON

Au 1er Janvier 1890



TABLEAU

DE LA

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON Au 1er Janvier 1890

BUREAU MM.

CAMBON, C. *, Préfet du département du Rhône, président d'honneur.

CORNEVIN, *, président.

GENSOUL, vice-président.

LORENTI, Il I., secrétaire général.

DEVILLE, secrétaire adjoint.

SAINT-LAGER, p A., bibliothécaire-archiviste.

VIGNON, trésorier.

LOCARD, U I., conservateur des machines et instruments agricoles.

MEMBRES TITULAIRES

PAR ORDRE D'ANCIENNETÉ MM.

1847. JORDAN (Alexis), botaniste, rue de l'Arbre-Sec, 40. 1858. BIÉTRIX (Camille), propriétaire, rue Lanterne, 29. 1860. CHAURAND (le baron), ancien président, commandeur de l'ordre

Pie, chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand, avocat, rue

Sainte-Hélène, 31. 1861. GOBIN (Adrien), *, p A., ancien président, ingénieur en chef

des ponts et chaussées, chargé du contrôle des chemins de

fer, place Saint-Jean, 8.


TABLEAU MM.

1861. LORENTI (Philippe), III., professeur, place des Hospices, 4,

1865. BILLIOUD-MONTERRAD (le docteur Gabriel), ancien président, rue

du Peyrat, 1.

1866. MARNAS (Jean), *, ancien président, ancien membre de la

Chambre de commerce, quai des Brolteaux, 12.

1868. LORTET (Louis), *, l| I., doyen de la Faculté de médecine

directeur du Muséum d'histoire naturelle, quai de la Guillotière, 1.

MAURICE (Jean-François), propriétaire agriculteur, rue Franklin, 34.

DOUËNNE (Joseph-Marius), manufacturier, cours Perrache, 27.

1869. LAFON (Adrien), f| I., professeur à la Faculté des sciences,

rue du Juge-de-Paix, 5. DE LA ROCHETTE (Ferdinand), *, maître de forges, membre de la Chambre de commerce, place Gensoul, 4.

1870. RAPPET (Jean-Claude-Benoît), ancien président, ancien bâtonnier,

bâtonnier, à la Cour d'appel de Lyon, rue Grenette, 45.

1871. GILLET (Joseph), *, membre de la Chambre de commerce,

teinturier, quai de Serin, 10. LAVIROTTE (Jean-Claude), p A., ancien médecin des prisons,

cours Morand, 27. CHANTRE (Ernest), # I., sous-directeur du Muséum d'histoire

naturelle de Lyon, cours Morand, 37. GENSOUL (André-Paul), ingénieur des arts et manufactures,

maire de Châteauneuf (Saône-et-Loire), rue Vaubecour, 42. COLCOMBET (Aimé), propriétaire, quai Tilsitt, 15. 1875. SAINT-LAGER (Jean), A., docteur en médecine, bibliothécaire

de la ville de Lyon au Palais des Arts, cours Gambetta, 8. MARCHEGAY (Alphonse), S, A., ingénieur civil de l'École des

mines de Paris, quai des Célestins, 11.

1878. BIÉTRIX (Joseph), négociant, rue Lanterne, 29.

MANIIÈS (Pierre), , ancien juge au Tribunal de commerce, rue du Plat, 30. 1877. GIVORD (J.-B.), propriétaire, rue de la Baleine, 2.

LOCAED (Arnould), I., ingénieur des arts et manufactures, quai de la Charité, 38.

1879. RAULIN (Jules), , l., professeur de chimie et de physique


DE LA SOCIETE D' AGRICULTURE V

MM.

appliquées, à la Faculté dos sciences, rue Basse-du-Portau-Bois, 10 1879. PÉTEAUX(Jules), A., chevalier du Mérite agricole,professeur de chimie et de physique à l'École vétérinaire.

ARLOING (Saturnin), O. , 41 A., ancien président, membre correspondant de l'Institut, directeur de l'École vétérinaire, professeur à la Faculté de médecine.

CORNEVIN (Charles-Ernest), , chevalier du Mérite agricole, professeur à l'École vétérinaire.

VIGNON (Jules), propriétaire, rue Malesherbes, 45.

LÉGER (J.-P. Alfred), ancien président, ingénieur des arts et manufactures, rue Boissac, 9. 1880. CROLAS (Ferdinand), , I. professeur à la Faculté de médecine, place Perrache, 10.

PIATON (Maurice), ingénieur civil des mines, ancien élève de l'École polytechnique, rue Sala, 2.

GUIMET (Emile), , manufacturier, place de la Miséricorde, 1 1883 VANDERPOL (Alfred), ingénieur des arts et manufactures licencié en droit, rue Franklin, 38.

VIOLET (Théophile), chevalier du Mérite agricole, professeur à l'École vétérinaire.

ISAAC (Louis), manufacturier, rue Constantine, 15.

BURELLE (Emile), ingénieur civil, chevalier du Mérite agricole, rué de l'Hôtel- de-Ville, 85,

COIGNET (Jean), ingénieur civil, ancien élève de l'École polytechnique, rue Cuvier, 2.

CAMBON (Victor), ingénieur des arts et manufactures, quai de la Charité, 37. 1885. TESTENOIRE (Louis-Joseph), ingénieur des arts et manufactures, directeur de la Condition des Soies, rue Saint-Polycarpe, 7.

DEVILLE (Jean-Pierre), professeur départemental d'agriculture du Rhône, à Écully. 1887. GALTIER (Victor), A., professeur à l'École vétérinaire.

COIGNET (Alphonse), ingénieur des arts et manufactures, rue de l'Hôtel-de-Ville, 42.

CHASSAIGNON (Henri), président du Comice agricole de Lyon, quai Tilsitt, 14.


VI TABLEAU

MM.

1887. JULLIEN (Gabriel), propriétaire, place Bellecour, 17.

ROYET (François), bibliothécaire de la Chambre de commerce,

rue Palais-Grillet, 3. REVOL (Jacques), chimiste, quai de Bondy, 11.

1888. RÉROLLE (Lucien), éleveur à Vitry-sur-Loire (Saône-et-Loire),

quai de la Charité, 22.

1889. Depéret (Charles), docteur en médecine, professeur de géologie

géologie la Faculté des sciences, rue Childebert, 1. Morel (Francisque), architecte paysagiste, à Vaise.

MEMBRES VÉTÉRANS

MM. 1849. GLÉNARD, , I, ancien président, ancien professeur de chimie à la Faculté de médecine, avenue de Noailles, 47. GIRARDON (Désiré), , A., ancien professeur à l'École des beaux-arts, quai des Brotteaux, 5. 1851. PIATON (Claudius), ancien teinturier, château de Cornod, par

Thoirette (Jura). 1862. LOIR, O. I. ancien président, doyen honoraire de la Faculté des sciences de Lyon, à Paris, rue Vauquelin, 3. DELOCRE, O. , I., ancien président, inspecteur général des ponts et chaussées, rue Lavoisier, 1, à Paris.

1864. FALSAN (Albert), I., géologue à la Chaux, commune de

Collonges-sur-Saône.

1865, SAINT-CYR (François), , A., professeur honoraire de l'École

vétérinaire, grande rue Saint-Clair, 164.

Dans la séance du 15 décembre 1837, la Société a décidé que ses membres titulaires et vétérans seraient répartis, suivant la nature de leurs travaux, en trois sections égales, sous les dénominations suivantes : 1° Section des sciences physiques et naturelles; 2° Section d'agriculture ; 3° Section d'industrie.


DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE VII

COMMISSIONS PERMANENTES

Commission des soies, composée de neuf membres, renouvelable par tiers chaque année.

Élus en décembre 1887 MM. BILLIOUD-MONTERRAD, MAURICE, BIÉTRIX C.

— — 1888 GENSOUL, CHAURAND, ROYET.

— — 1889 ISAAC, LÉGER, VIGNON.

Commission des finances, composée de six membres, renouvelable par moitié chaque année.

Élus en décembre 1888. M.M. GENSOUL, MARNAS, BILLIOUD-MONTERRAD.

— — 1889. GOBIN, BIÉTRIX C., LÉGER.

Commission de publication, composée de six membres renouvelable par moitié chaque année.

Élus en décembre 1888, MM. LAVIROTTE, GOBIN, GALTIER.

— — 1889, ISAAC, BURELLE, LOCARD.


VIII TABLEAU

TABLEAU DES SECTIONS

MEMBRES TITULAIRES

Sciences.

MM. JORDAN. GOBIN. LORENTI. LORTET. LAFON. LAVIROTTE. CHANTRE. SAINT-LAGER. MARCHEGAY. RAULIN. ARLOING. VANDERPOL. GALTIER.

COIGNET (Alphonse). REVOL. DEPÉRET.

Agriculture.

MM. BIÉTRIX (Camille). CHAURAND.

BILLIOUD-MONTERRAD. MAURICE. RAPPET. COLGOMBET.

GlVORD.

CORNEVIN.

VlGNON.

CROLAS.

VIOLET.

BURELLE.

DEVILLE.

CHASSAIGNON.

JULLIEN.

RÉROLLE. MOREL.

Industrie.

MM.

MARNAS.

DOUENNE.

DE LA ROCHETTE.

GILLET.

GENSOUL. BIÉTRIX (Joseph). MANHÈS. LOCARD.

PÉTEAUX.

LEGER.

PIATON (Maurice).

GUIMET.

ISAAC.

COIGNET (Jean). CAMBON. TESTENOIRE. ROYET.

MEMBRES VÉTÉRANS

Sciences. . . . MM. GIRARDON.— GLÉNARD. — FALSAN. — DELOCRE. Agriculture. . . M. SAINT-CYR. Industrie.. . . MM. PIATON.— LOIR.


DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE IX

CHARGEMENTS SURVENUS DANS LE PERSONNEL DE LA SOCIÉTÉ PENDANT L'ANNÉE 1889

Membres titulaires nommés :

MM. DEPÉRET. RÉROLLE.

Membres correspondants nommés : M. GALLON. M. VOIGT.

Membres titulaires décédés

MM. VAUTIER. SAUZEY. PERROUD. PONCHON DE SAINT-ANDRÉ

Membre démissionnaire : M. SICARD.


X TABLEAU

MEMBRES CORRESPONDANTS

MM.

ANSBERQUE, , vétérinaire en retraite, à Besançon (1866).

AYMARD (Auguste), A., secrétaire de la Société d'agriculture du Puy (Haute-Loire).

BERTHOLON, propriétaire-cultivateur, à Saint-Étienne (Loire).

BOIRON, ancien juge de paix, propriétaire à Saint-Laurent de Chamousset (Rhône) (1887).

BOULARD, secrétaire du comice agricole de Châlons-sur-Marne.

BOURRIT (Georges), professeur d'anatomie, à Athènes.

BOUTEILLE (Hippolyte), conservateur du Musée d'histoire naturelle à Grenoble (Isère).

BOUTIRON (Xavier), ingénieur des mines, chargé du service du sousarrondissemcnt minéralogique de Bordeaux (1879).

BOYRON, docteur en médecine, à Moulins (Allier).

BUQUET (Lucien), entomologiste, rue Sainte-Clotilde, 2, à Paris.

CALIGNY (DE), à Versailles.

CAPELLINI (Jean), , professeur à l'Université de Bologne (1865).

CHARIÈRE (Aristide), Ahun (Creuse) (1866).

CHAUVEAU (Auguste), O. , I., inspecteur général des écoles vétérinaires, membre de l'Institut, rue de la Pompe, 10, Paris-Passy (1885).

CHEYSSON (L.), O. , ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur des caries et plans au ministère des Travaux publics, boulevard SaintGermain, 128, Taris (1881).

COTTEAU (Gustave), , vice-président de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, à Auxerre (1876).

CUYPER (DE), professeur à l'Université de Liège (Belgique) (1865).

DAMOUR, O. , membre de l'Institut, à Paris.

DOHRN, président de la Société entomologique de Stettin.

DUCLAUX (Emile), O. , membre de l'Académie des sciences, rue Malebranche, 15, à Paris (1879).

DUMONT (Aristide), , ingénieur en chef des ponts et chaussées, en retraie, rue Pierre-Charron, 1, à Paris.

DUMONT (Georges), ingénieur, sous-inspecteur du mouvement des chemins de fer de l'Est, rue Mansart, 11, à Paris (1874).


SOCIETE D' AGRICULTURE XI

MM.

DUSUZEAU (J.-M.-Jules), directeur du Laboratoire d'études de la soie, route de Grenoble, 216 (1871).

FAVRE, professeur à l'Université de Genève.

FELLENBERG (Louis-Rodolphe DE), ancien professeur à l'Université de Lausanne, à Rosenbuhl, près de Berne (I866).

FOLIN (marquis de), I., route d'Espagne, 23, Biarritz (1884).

GAILLARD (Ferdinand), horticulteur, à Brignais (Rhône).

GALLON (Stéphane), O. , ingénieur, sous directeur des constructions navales, à Cherbourg (1889).

GAYOT (Eugène), ancien chef de la division des haras au ministère de l'Agriculture.

GIORDANO, inspecteur général des mines, à Turin.

GORS (DE), , capitaine du génie, à Alger.

GRAFF, ingénieur civil des mines, à Grenoble.

GREGORIO (marquis Antonio DE), naturaliste, al Molo. — Palerme. — Sicile (1885).

GUELPA (Francisque), pharmacien, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 110, à Paris (1873).

HARLAN, naturaliste, à Philadelphie (États-Unis).

HELOT (R. P.), missionnaire en Chine.

HENWOOD, ingénieur des mines, à Penzance (Cornouailles).

HIGGS (Samuel), consul de France, à Penzance (Cornouailles) (1864).

JACQUIER, propriétaire agriculteur, à Saint-Vérand (Rhône).

JAUBER, ingénieur du chemin de fer, à Gap (Hautes-Alpes).

JOURDAN (Gabriel), , ingénieur en chef des ponts et chaussées en retraite, à Tournus (1880).

LESEURE (Louis-Ernest), , ingénieur en chef des mines, directeur de l'École des mines de Saint-Etienne (1872).

LOIR, O. , ingénieur inspecteur des lignes télégraphiques en retraite, rue Franklin, 38, Lyon (1865).

MAGNIN (Antoine), docteur en médecine et ès sciences naturell s, professeur à la Faculté des sciences, rue du Channot, Besançon (1884).

MANGINI (Lucien), ancien sénateur, au Château des Halles (Rhône) (1884).

MARCHAND., pharmacien, à Fécamp.

MARCOU (Jules), géologue, aux État-Unis.

MARIÉ-DAVY, O. , membre de l'Institut, directeur de l'Observatoire de Montsouris, à Paris (1884).


XII TABLEAU

MM.

MARTIN (Louis de), doct.-médecin, boulevard du Jeu-de-Paume, 22, à Montpellier (1869).

MASSLOF, secrétaire de la Société d'agriculture, à Moscou.

MAYETTE (Gaspard-Joseph), commandant du génie en retraite, à Mâcon (1888).

MERGET (Antoine), , professeur de physique à la Faculté de médecine de Bordeaux (1878).

MONTROUZIER (R. P.), missionnaire dans la Nouvelle-Calédonie.

MUNTZ, O., professeur, directeur des laboratoires de l'Institut national agronomique, membre de la Société nationale d'agriculture de France, à Paris (1888).

NOGUÈS, ingénieur civil des mines, à Paris (1876).

PAYOT (Venance), naturaliste, à Chamonix (Haute-Savoie).

PÉLAGAUD (Elisée), propriétaire, à la Réunion (1883).

PÉLIGOT (Eugène), C. , membre de l'Institut, directeur des essais de la Monnaie, à Paris (1872).

PERREL, propriétaire agriculteur, à Soucieu-en-Jarret (Rhône).

PERRONCITO (le docteur Edoardo), professeur à l'École vétérinaire de Turin, rue Bidone, 18, Turin (1885).

PEUCH (François). , p A., chevalier du Mérite agricole, professeur à l'École vétérinaire de Toulouse (1879).

PIGORINI (Pietro), , directeur du Musée paléontologique, à Rome.

POURIAU, , O. de l'ordre du Médjidié ancien professeur à l'Ecole d'agriculture de Grignon, et à l'Ecole d'horticulture de Versailles, La Varenne-Saint-Hilaire (Seine) (1865).

TRAVAZ (Gabriel), I., au Pont-de-Beauvoisin (Isère).

PRAVAZ (Théodore), docteur en médecine, docteur ès sciences naturelles, à Lyon (1876).

PRILLIEUX (Edouard), O. , professeur à l'Institut national agronomique, inspecteur général de l'Enseignement agricole, rue Cambacérès, 14, Paris (1884).

PULLIAT (Victor), , directeur de l'École pratique d'agriculture d'Ecully (Rhône) (1887).

REY (Claudius), A., entomologiste, place Saint-Jean, 4, (1866).

REY DE MORANDE (Évariste), inspecteur des lignes télégraphiques, en retraite, à Moulins (1874).


DE LA SOCIETE D'AGRICULTURE XIII

MM.

RICHARD, ancien inspecteur général des haras, rue de Grenelle-SaintHonoré, 13, à Paris.

RONDOT (Natalis), C. , délégué de la Chambre de commerce de Lyon, à Chamblon par Yverdon (Suisse). — Grand hôtel du Louvre, Paris.

ROYER DE LA BASTIE, propriétaire, à Chassagny (Rhône).

SAINT-TRIVIER (Camille DE), , propriétaire,à Vauxrenard (Rhône) (1864).

SAINT-VICTOR (Gabriel DE), , ancien député, président du comice agricole de Tarare, château de Ronno, par Amplepuis (Rhône) (1887).

SAPORTA (le marquis Gaston DE), , paléontologiste, membre correspondant de l'Institut, à Aix (Bouches-du-Rhône) (1866).

SCHIODTE, , et de l'O. de l'Éléphant, conservateur du Muséum d'histoire naturelle de Copenhague.

SHLUMBERGER (Charles), O. , ingénieur de la marine, en retraite, rue du Four-Saint-Germain, à Paris (1879).

SERPIERI, directeur du lycée Raphaël, à Urbino (anciens États pontificaux) (1866).

SÖCHTING, membre de la Société de physique, rue de l'Église-Saint-Mathée, 15, à Berlin (1866).

SPAE. secrétaire adjoint de la Société royale d'agriculture et de botanique de Gand.

TERREL DES CHENES (Edmond), propriétaire à Villié (Rhône) (1864).

THIOLLIER (Antoine), ingénieur civil des mines, rue Breteuil, 31, à Marseille.

VERMOREL (Victor), chevalier du Mérite agricole, constructeur mécanicien à Villefranche (Rhône) (1887).

VILLE (Georges), O. , professeur au Muséum d'histoire naturelle, à Taris (1865).

VILLER (A.-P. DE), naturaliste, à Montpellier (Hérault).

VOIGT (Auguste), , I, professeur honoraire, à Géanges (Saône-etLoire (1889).

WEITTENWEBER, membre de l'Académie de Dresde.

WESTWOOD, membre de la Société linnéenne de Londres, conservateur et professeur au Muséum d'Oxford.

LYON. — IMPRIMERIE PITRAT AÎNÉ, RUE GENTIL, 4



EXTRAIT

DES

PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES

Année 1890

SÉANCE DU 10 JANVIER 1890 Présidence de M. CORNEVIN

La Société reçoit avis d'un don anonyme de 5 francs, pour l'entretien de sa bibliothèque.

La maison Crochepeyre et Cie, de Bordeaux adresse une circulaire et des prospectus pour offrir, contre le mildew et autres maladies cryptogamiques de la vigne, un produit spécial consistant en bydrocarbonate de cuivre gélatineux.

La Société scientifique Flammarion, de Marseille, invite, par une circulaire, les autres associations savantes à se joindre à elle, à l'effet d'obtenir, par des voeux adressés aux autorités compétentes, l'adoption, pour la France et l'Algérie, d'une heure nationale, c'est-à-dire de l'heure de Paris.

A l'occasion de cette circulaire, M. Gensoul fait la communication suivante :

Sur l'invitation du président des État-Unis d'Amérique, un congrès international, pour l'adoption d'un méridien initial et unique, s'est réuni à Washington, le 1er octobre 1884. Vingt-cinq puissances s'y sont fait représenter.

PROCÈS-VERBAUX, 1890. 2


XVI PROCES-VERBAUX

Par sa première résolution, adoptée à l'unanimité, le Congrès a voté l'adoption d'un méridien initial unique. L'adoption du méridien de Greenwich a réuni vingt-deux voix.

La France, représentée par M. Janssen, proposait le méridien de l'Ile - de-fer ou celui du détroit de Behring.

L'adoption d'une heure initiale universelle, sans préjudice de l'heure locale, a réuni vingt-trois suffrages.

La question de l'heure et du jour conventionnels est intimement liée à celle du méridien initial unique, si désirable pour l'unification des cartes géographiques, la simplification des calculs nautiques, etc. ; mais l'heure nationale est un non-sens dont l'adoption forcée de l'heure internationale fera ressortir promptement les nombreux inconvénients. Au lieu de réaliser un progrès, elle constituerait un pas en arrière, destiné à retarder la seule réforme vraiment logique et scentifique. Pour certains lieux éloignés de Paris, pour Brest, par exemple, elle différerait, en raison de l'usage obligé du temps moyen, de plus de quarante-trois minutes avec l'heure vraie, ce qui n'est pas une quantité négligeable.

Pour ces raisons, M. Gensoul propose d'émettre le voeu que l'emploi de l'heure de Paris pour toute la France ne soit qu'une mesure transitoire qui ne fasse pas obstacle à l'emploi, à litre accessoire, aussitôt que l'on aura pu se mettre d'accord pour l'adoption d'un méridien inital international. d'une heure universelle spécialement destinée aux correspondances rapides, aux chemins de fer, à la navigation, à la télégraphie, à l'astronomie, aux observations scientifiques, etc.

M. Gensoul fait, encore observer que les chemins de fer pourraient' sans inconvénient, faire cesser une complication inutile, celle de la coexistence de l'heure intérieure et de l'heure extérieure des gares.

Le Syndicat du commerce en gros de la boucherie de Paris demande l'adhésion de tous les comités d'agriculture de France à un voeu qu'il se propose d'émettre pour obtenir une inspection plus sérieuse, à la frontière, des viandes mortes étrangères, afin de donner toute satisfaction aux consommateurs, traités à la légère jusqu'ici.

M. Galtier pense qu'il y a mieux à demander qu'une inspection plus sérieuse, laquelle ne peut être et ne sera jamais qu'une mesure illusoire.

L'affection la plus à craindre, chez le mouton, est l'affection charbonneuse; quand elle est à son début, les lésions, peu apparentes; sont faciles à dissimuler. On ne tromperait pas, il est vrai, un observateur compétent muni d'un bon microscope; mais l'examen microscopique de


PROCES-VERBAUX XVII

toutes les viandes n'est pas pratique. On devrait donc demander la prohibition absolue des moutons abattus venant d'Allemagne ou de Belgique. On pourrrait admettre, à la rigurur, une exception en faveur des viandes d'Amérique. L'état sanitaire d'un animal sur pied est beaucoup plus facile à établir que celui de la viande morte.

M. Leger appuie la proposition de M. Galtier, en se basant sur le nombre considérable des moutons abattus qui se présentent à la gare d'Avricourt et qui ne peuvent être l'objet que d'une inspection superficielle. Il ajoute que l'admission des viandes mortes à raison de 3 francs les 100 kilogrammes est une façon d'exonérer nos voisins de l'impôt de 5 francs qu'ils auraient à payer sur les moutons vivants.

M. Rérolle parie dans le même sens et cite le nombre considérable des envois de l'Autriche-Hongrie et de la Russie, qui entrent en France par le département de Meurthe-et-Moselle.

La correspondance épuisée, M. le Président rappelle dans quelles conditions, souvent difficiles, la Commission des primes est forcée d'opérer ; puis il donne lecture d'une demande qu'il se propose d'insérer au bordereau de situation, en vue d'obtenir que le Ministre de l'agriculture veuille bien permettre que la Société n'ouvre à l'avenir que des concours spécialisés, lesquels porteraient tour à tour sur la vinification, la laiterie, l'emploi des engrais, la lutte contre les maladies parasitaires, etc.

Cette proposition donne lieu à une discussion, d'où il résulte que, si les jugements de la Commission des primes ne peuvent que gagner à ce que les concours soient restreints, cette Commission ne sera pas, pour cela, dispensée de la visite des exploitations. L'idée d'associer les opérations de la Commission des primes à celles des comices ayant été mise en avant, M. Léger fait observer que, pour une fois que cette idée a été mise à l'épreuve, on y a vu de nombreux inconvénients, sans y trouver en compensation beaucoup d'avantages.

M. Arloing fait connaître une circulaire de la Société d'agriculture de Melun, qui, sans doute, par suite d'un oubli, n'est pas parvenue au président de la Société.

La Société d'agriculture de Melun s'est émue au sujet de la loi en préparation sur la police sanitaire. Elle a formulé un projet qui lui semble, mieux que la loi en question, concilier les intérêts de l'hygiène et ceux des propriétaires, et demande que les associations agricoles se fassent représenter à une réunion qui aura lieu, rue Serpente, à Paris, le 7 février pro-


XVIII PROCES- VERBAUX

chain, dans le but de préparer une pétition à mettre sous les yeux des pouvoirs publics.

M. Galtier pense que la Société d'agriculture de Melun a pris, avec raison, l'initiative d'une démarche à rencontre d'un projet de loi qui semble faire trop bon marché des intérêts des propriétaires. En effet, s'il est constaté qu'un boucher ait acheté une bête malade, le prix d'achat doit lui être restitué et l'utilisation de la viande est interdite, même pour la nourriture des porcs. Cette viande, altérée par une aspersion de pétrole, ne peut plus qu'être enfouie ou convertie en engrais, et la perte est complètement à la charge du propriétaire. Cependant, parmi les maladies des bestiaux, il en est, comme la péripneumonie, qui ne sont pas contagieuses, d'autres, comme la tuberculose, dont on peut prévenir la transmission par la cuisson. On pourrait donc, sans porter atteinte aux intérêts de la salubrité, apporter certaines atténuations à la loi projetée; la question mérite que les gens compétents s'en occupent.

A la suite de ces communications, l'examen de la circulaire de la Société d'agriculture de Melun est porté à l'ordre du jour de la prochaine séance.

M. Billioud-Monterrad donne lecture de deux rapports d'admissibilité.

L'ordre du jour appelle le renouvellement des comités de présentation. Tous les membres qui composent ces comités sont réélus et la liste en sera la même en 1890 qu'en 1889, savoir :

Section des sciences. — MM. Gobin, Laint-Lager, Arloing, Galtier, Revol.

Section de l'agriculture. — MM. Burelle, Chaurand, Billioud-Monterrad, C. Biétrix, Maurice.

Section de l'industrie. — MM. Péteaux, Gensoul, Locard, Marnas, Isaac.

SÉANCE DU 17 JANVIER 1890 Présidence de M. CORNEVIN

La Société centrale d'agriculture de l'Aude fait parvenir une pétition où sont formulés des voeux qu'elle se propose d'adresser aux ministres


PROCES-VERBAUX XIX

de l'agriculture, des affaires étrangères, du commerce et des travaux pu blics, concernant le commerce des vins. La Société, ayant déjà donné son avis en diverses circonstances sur les questions dont il s'agit, passe à l'ordre du jour.

M. le Président donne lecture de la circulaire de la Société d'agriculture de Melun, relative à la loi de police sanitaire en préparation, puis du rapport rédigé par M. Rossignol, membre de ladite Société, secrétaire général de la Société de médecine vétérinaire pratique et de l'Association générale des vétérinaires de France, rapport qui a été adressé aux Comices, aux Sociétés d'agriculture et aux Sociétés vétérinaires, par les Comices et la Société d'agriculture de Seine-et-Marne et par la Société de médecine vétérinaire pratique. Après la lecture de ces deux documents et avant d'ouvrir la discussion sur le rapport de M. Rossignol, M. le Président ajoute qu'il a reçu une lettre personnelle de M. le sénateur Darbot, qui demande des instructions sur l'attitude qu'il doit prendre, en ce qui concerne la prohibition des viandes d'animaux atteints de péripneumonie Ou de tuberculose, lorsque le projet de loi sur la police sanitaire viendra en seconde lecture.

Le rapport de M. Rossignol se termine par l'énumération des voeux que la Société d'agriculture de Melun doit soumettre à l'approbation des Comices, Sociétés d'agriculture et Sociétés vétérinaires, dans la réunion plénière du 7 février. Ces voeux sont les suivants : .

1° Une organisation sérieuse et uniforme du service sanitaire;

2° Une indemnité équitable pour tous les animaux abattus pour cause de typhus, péripneumonie, tuberculose, morve, dourine, rage, et pour tous les animaux qui succomberaient des suites d'une inoculation préventive pratiquée sur un ordre venant de l'administration.

3° La création d'une caisse des épizooties, qui serait alimentée :

a) Par l'État ;

b) Par les droits de visite perçus à la frontière sur les animaux étrangers ;

c) Par les droits de visite perçus à la frontière sur les viandes étrangères ;

d) Par le produit des certificats de santé et de provenance;

e) Par la surtaxe de 0 fr. 25 ou de 0 fr. 50 qu'il y aurait lieu d'établir sur l'impôt des chiens.

La discussion ayant été déclarée ouverte, la parole est donnée à M, Galtier.


XX PROCÈS-VERBAUX

M. Galtier délare tout d'abord qu'il est d'avis de protester contre certains points de la loi en préparation, et, en outre, de demander certaines réformes auxquelles on n'a pas songé. Dans la loi votée en juillet 1881, et le décret du 22 juin 1882, on a quelque peu confondu la péripneumonie avec la tuberculose, et il importe de distinguer.

Sauf les cas où le sujet atteint se trouve en très mauvais état, la péripneumonie ne doit pas motiver le rejet absolu de la viande. Au début de la maladie, jusqu'au quatrième ou au cinquième jour, il n'y a pas le moindre danger pour les consommateurs, parce que, d'un côté, la maladie n'est pas transmissible à l'homme, et que, d'un autre côté, les viscères, c'est-à-dire les seules parties qui présentent des lésions, sont détruits et qu'on ne livre à la consommation que les quatre quartiers, soumis aft préalable à l'examen de deux vétérinaires, et avec l'approbation de l'autorité municipale. Or, le Sénat, proposant l'abatage de l'animal, le rejet absolu de la viande et une indemmité de la moitié de la valeur pour le propriétaire, où voit que, s'il était permis d'utiliser les parties saines, le propriétaire perdrait moins sans que les intérêts de l'hygiène eussent à en souffrir. En conséquence, on pourrait demander une atténuation au projet du Sénat, et cette atténuation se trouverait dans le maintien pur et simple du statu quo.

M. Arloing appuie les conclusions de M. Galtier, en alléguant comme vérifiée par l'expérience l'innocuité absolue, à l'égard de l'homme, des parties non lésées, où l'on ne trouve pas de traces de virus. On n'en trouve même pas dans les ganglions tuméfiés. La chair des animaux arrivés à un certain degré de dépérissement renferme une substance soluble, toxique à un haut degré pour les espèces bovine et caprine, mais qui n'a jamais donné lieu à aucun accident chez les individus de l'espèce humaine. Il est donc inutile d'exagérer les précautions contre un danger imaginaire

Les conclusions de M. Galtier et de M. Arloing, en ce qui concerne l'utilisation des viandes, au début de la péripneumonie, sont mises aux voix et adoptées.

Le voeu, touchant les indemnités à accorder aux propriétaires dont les animaux sont abattus pour cause des affections énumérées plus haut ou. dont les animaux succombent des suites d'une inoculation préventive opérée sur un ordre venant de l'administration, constitue une question dont M. le Président propose de diviser la discussion pour faire de chaque maladie l'objet d'un examen particulier.


PROCÈS-VERBAUX XXI

Suivant M. Galtier, on peut répéter, au sujet de la pneumo-entérite infectieuse, ce qui a été dit de la péripneumonie. Ces affections ont été l'objet de règlements qui n'ont guère été appliqués. Les infractions n'ont jamais été poursuivies, les preuves de la mauvaise foi du vendeur étant difficiles à établir. D'où il résulte qu'on ne saurait mieux faire que de demander, à l'égard de ces maladies, le maintien du statu quo.

Celte proposition est mise aux voix et adoptée.

Quant à la tuberculose, elle offre, d'après M. Galtier, plus ample matière à la discussion. Jusqu'en 1887, la tuberculose n'est l'objet d'aucune réglementation. Un décret du 12 novembre de la même année déclare la tuberculose contagieuse en Algérie, et ce n'est que le 28 juillet 1888 qu'une déclaration semblable est promulguée en France. Par suite d'une inadvertance à peine concevable, les pouvoirs publics ne s'occupent que de la tuberculose de l'espèce bovine, bien qu'on sache que l'espèce porcine, entre autres, y est sujette, et qu'il résulte des recherches de M. Arloing que la maladie sévit aussi sur les oiseaux de basse-cour. L'application des règlements relatifs à la tuberculose varie d'une ville à l'autre. A Paris, on n'y regarde pas, paraît-il, de très près; à Lyon, on est plus sévère et le nombre des cas signalés à Lyon égale la moitié de ceux qui sont signalés dans toute la France. La tuberculose, il est vrai, est transmissible; mais les expériences qui le prouvent sont des expériences de laboratoire pour lesquelles on prend la matière infectieuse chez des sujets contaminés à un point qui ne se rencontre guère chez les animaux conduits à l'abattoir. Il y a plus, c'est que l'article de la loi relatif à la tuberculose est facile à éluder par l'abatage au dehors; d'où il suit qu'en se montrant d'une sévérité absolue, on va à l'encontre du résultat qu'on se proposait d'obtenir. On pourrait donc demander, non pas la radiation de l'article qui prescrit la saisie des animaux tuberculeux, mais une atténuation en ce qui concerne l'utilisation de la viande. C'est ce que demandent, d'ailleurs, les commissionnaires de Lyon. Les viandes tuberculeuses pourraient être mises en vente à des étals spéciaux, avec indication de leur provenance, ou bien vendues après avoir été assainies par la cuisson, dans des conditions déterminées, l'opération étant faite pour ainsi dire administrativement. On a vu des animaux fin-gras, primés dans les concours, être saisis et abattus comme tuberculeux; ils auraient pu fournir une masse de viande de bonne qualité, qui a été perdue pour l'alimentation publique et qu'il eût été facile d'utiliser.

M. Arloing dit qu'il s'est toujours montré partisan de la saisie, sans


XXII PROCÈS-VERBAUX

exception, quand il s'agit des animaux tuberculeux; il se félicite d'avoir contribué, pour une certaine part, à faire cesser l'espèce d'anarchie qui régnait avant 1885 et à fournir une règle fixe aux vétérinaires chargés de l'inspection des animaux.

Il reconnaît que la viande tuberculeuse peut être utilisée moyennant certaines précautions ; mais il n'est pas partisan d'états spéciaux. Les restaurants de bas étage pourraient aller s'y approvisionner et servir à leurs clients des biftecks saignants qui ne seraient pas sans danger. Il n'y a qu'un moyen de les rendre inoffensives, c'est de les faire cuire au point voulu, dans des appareils spéciaux dont tous les abattoirs devraient être munis ; et le moyen de concilier les intérêts des propriétaires et ceux de la santé publique, c'est de n'autoriser la vente de ces viandes qu'autant qu'elles auraient été assainies par la cuisson. C'est dans ce sens qu'on de vrait formuler un voeu.

M. Galtier se rallie à l'opinion de M. Arloing, en demandant qu'on rec tifie la loi relative à la tuberculose de l'espèce bovine par un article concernant la tuberculose de l'espèce porcine et de toutes les autres espèces susceptibles de contracter cette maladie.

M. le Président appuie les considérations présentées par M. Arloing et M. Galtier, et met aux voix la proposition d'un voeu pour obtenir que la vente des viandes tuberculeuses soit autorisée moyennant l'assainissement de ces viandes par la cuisson.

Cette proposition reçoit l'assentiment de la Société.

M. Galtier fait observer que les prescriptions en vigueur relatives aux herbivores mordus par un animal enragé vont, en quelque sorte, à rencontre du but qu'on s'est proposé et ne donnent, d'ailleurs, qu'une sécurité illusoire. Depuis 1881, tout animal mordu doit être isolé et mis en surveillance pendant six semaines. Or, par suite de la presque impossibilité où se trouvent une foule de propriétaires de remplir exactement ces prescriptions, un à peine sur dix fera sa déclaration. En outre, l'incubation peut se prolonger au delà de six semaines; on l'a vue durer quelquefois plus d'un an. Donc, au lieu d'astreindre le propriétaire à une surveillance gênante, qui n'est pas toujours possible, il n'y aurait pas grand inconvénient à prescrire la vente pour la boucherie, de la bête suspecte, dans les cinq jours qui suivent la morsure.

Vient la question de l'indemnité pour la perte d'un animal après l'inoculation pratiquée sur un ordre venant de l'Administration.

La question, suivant M. Galtier, doit être scindée. On ne pratique que


PROCES-VERBAUX XXIII

cinq sortes d'inoculations : pour le charbon bactérien, pour le charbon symptomatique, le rouget, la péripneumonie et la clavelée. Les deux dernières sont seules obligatoires et donnent lieu à des indemnités, celle de la péripneumonie, en France ; celle de la clavelée, en France et en Algérie. Les trois autres ne sont pas prescrites par l'Administration et se font sur demande facultative.

L'inoculation de la péripneumonie peut avoir des résultats désastreux. Sur cent porcs inoculés, on en a vu périr jusqu'à trente. En Russie, l'inoculation a fait perdre les quatre cinquièmes d'un troupeau de quatre mille moutons. Devant de pareils faits, on ne peut qu'hésiter à admettre le principe de l'indemnité qui semble cependant une chose due, si les inoculations ont été faites par ordre.

Quand il s'agit de la clavelée, la question est bien plus facile à trancher. En effet, l'inoculation, dans ce cas, réduit le chiffre des pertes de quatre ou cinq à un. Dès lors, en imposant la mesure, l'autorité diminue les perles des propriétaires, et il est évident que ce dernier n'a raisonnablement droit à aucun dédommagement.

Quant aux inoculations facultatives, faites sur l'initiative du propriétaire, il semble juste qu'il en coure les risques sous sa propre responsabilité.

D'autant plus, fait observer M. Arloing, qu'il y a des inoculations qui se pratiquent sans opportunité. Dans le rapport dont la Société discute en ce moment les termes, il ne s'agit que des inoculations pratiquées sur un ordre venant de l'Administration. Si les propriétaires jugent à propos de prendre des mesures préventives qui ne leur sont point imposées, ils ont un moyen tout indiqué de diminuer leurs chances de pertes, c'est d'organiser entre eux des syndicats d'assurances mutuelles.

De ce qui précède, il résulte qu'il n'y a pas autre chose à demander que le maintien du statu quo, concernant les indemnités à accorder aux propriétaires, en cas de pertes d'animaux par suite d'inoculations préventives pratiquées par ordre.

Vu l'heure avancée, la suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.


XXIV PROCÈS-VERBAUX

SÉANCE DU 24 JANVIER 1890 Présidence de M. CORNEVIN

Le Président de la Société académique indo-chinoise écrit que, prenant en considération les voeux émis par cette Société et auxquels la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon s'est associée, le Ministre du commerce, de l'industrie et des colonies, et le Ministre des affaires étrangères l'ont informé de la création d'un vice-consulat de carrière à Bakou, et d'une agence consulaire à Novorossisk.

L'ordre du jour appelle la suite de la discussion des voeux émis par la Société d'agriculture de Melun, concernant la police sanitaire. Il reste à examiner : 1° la question des indemnités à accorder pour les animaux abattus comme atteints de typhus, péripneumonie, tuberculose, morve, dourine, rage, et pour ceux qui peuvent succomber des suites d'inoculations préventives pratiquées sur un ordre venant de l'Administration ; 2° la question de la création d'une caisse des épizooties.

La discussion est ouverte sur le premier point, et la parole est donnée à M. Galtier.

M. Galtier dit que la loi de 1881 et le décret promulgué en 1887, pour l'Algérie, ne prévoient que deux cas, celui de la peste bovine et celui de la péripneumonie. L'indemnité est des trois quarts de la valeur de l'animal abattu, s'il s'agit de peste bovine, de la moitié dans le cas de péripneumonie, cette dernière indemnité pouvant être portée aux trois quarts, si l'animal abattu n'est que suspect. Les cas de tuberculose, morve, dourine et rage, ne donnent droit à aucune indemnité en France; seule, la dourine fait exception en Algérie. Ce régime paraît tout à fait rationnel et il semble convenable qu'on s'y tienne. La peste bovine ne naît pas spontanément chez nous. En 1870, elle nous a été apportée par le bétail des armées allemandes, et le bétail, en Allemagne, n'est jamais contaminé que par les arrivages de l'Orient. En présence d'une invasion de celte maladie, il importe de procéder avec la plus grande rapidité; et pour préserver les animaux non atteints, il est nécessaire d'abattre immédiatement ceux qui sont malades. Toutefois, comme la maladie n'est pas incurable,


PROCÈS-VERBAUX XXV

et que, parmi les animaux sacrifiés plusieurs auraient pu guérir, il est juste que le propriétaire soit indemnisé du sacrifice qui lui est imposé dans l'intérêt général. Avant 1881, l'autorité n'avait pas le droit d'exiger l'abatage pour cause de péripneumonie. Cette maladie est relativement rare en France, où elle n'apparaît guère que dans certains départements du Nord et certains départements du Midi, ceux notamment des BassesPyrénées et des Hautes-Pyrénées. Elle n'est point non plus essentiellement mortelle, et si l'on a cru utile de la soumettre aux mêmes moyens préventifs que le typhus, on a eu pour but de vaincre l'inertie des administrations locales et le mauvais vouloir des propriétaires qui, au lieu de faire leur déclaration, préfèrent attendre une guérison problématique. On peut donc répéter pour la péripneumonie ce qui a été dit au sujet de la peste bovine.

Il reste à parler de la tuberculose, de la morve, de la dourine et de la rage.

Un animal tuberculeux peut vivre encore longtemps; mais il est condamné, et sa valeur vénale est nulle. A Lyon, quand il est prouvé qu'un boucher a acheté un animal tuberculeux, il n'a rien à perdre, car le vendeur est obligé de restituer le prix qu'il a reçu. Pour se garantir des chances de perte, les commissionnaires en bestiaux se sont syndiqués en compagnie d'assurance mutuelle; pourquoi ne ferait-on pas ailleurs la même chose, au lieu de demander à grever encore le budget de l'État?

La morve est essentiellement incurable et, de plus, mortelle à courte échéance. Elle est transmissible à l'homme, aussi bien qu'aux animaux. Un animal morveux est donc un danger public qu'il faut de toute nécessité écarter, sans attendre. Indemniser pour un animal morveux abattu, ce serait attribuer une valeur à un objet qui n'en a aucune.

La dourine, qu'on pourrait appeler la syphilis de l'espèce chevaline, est très rare en France; elle prend naissance en Orient et pénètre quelquefois en Algérie, où elle donne lieu à l'abatage des femelles et à la castration des mâles, de par le décret du 12 novembre 1887. La castration des mâles s'impose, mais l'abatage des juments est une mesure qui paraît excessive, puisqu'il suffirait, pour écarter tout danger venant de ce côté, de les marquer d'un signe indélébile qui empêcherait de les employer à la reproduction. Il y aurait donc lieu de demander, au moins en ce qui concerne les juments, une atténuation à la rigueur du décret du 12 novembre 1887,


XXVI PROCES-VERBAUX

Enfin, s'il s'agit de la rage déclarée, c'est presque une iniquité d'indemniser le propriétaire d'un animal abattu, quand il est certain que cet animal serait mort dans l'espace de trois ou quatre jours.

De ces considérations il résulte, en ce qui concerne la tuberculose, la morve, la dourine et la rage, que la Société ne saurait s'associer aux voeux formulés par la Société d'agriculture de Melun. Il y a d'autres maladies, très dangereuses, les deux charbons, par exemple, qui mieux que les précédentes pourraient motiver des voeux de la même nature. La Société pourrait toutefois appeler l'attention du Gouvernement sur l'utilité qu'il y aurait à chercher un moyen pour venir en aide aux propriétaires trop éprouvés. Tel était le but de la loi de prairial an V et tel est aussi le but des assurances organisées en Allemagne, sous les auspices du ministère de l'agriculture.

M. Rappet ayant demandé si l'abattage par ordre s'applique aux animaux seulement chez lesquels la rage est déclarée ou à ceux aussi qui ont été mordus par un animal enragé, M. Galtier répond que, dans les cas de rage déclarée, l'abatage immédiat est de règle, pour toute espèce d'animal, mais que, pour les animaux simplement mordus, il est établi une distinction entre les herbivores et les carnivores; les derniers, c'est-à-dire les chiens et les chats, doivent être tués immédiatement ; quant aux herbivores, on doit les séquestrer et les tenir en surveillance pendant six semaines, sous peine de contravention.

M. le Président met aux voix les propositions de M. Galtier; savoir :

1° Maintien du statu quo, concernant la peste bovine et la péripneumonie ;

2° Refus de s'associer à la demande d'indemnité, pour abatage d'animaux atteints de tuberculose, morve, rage et dourine.

Ces propositions sont adoptées.

M. Gensoul fait observer que la multiplication des foires et des marchés exige d'une façon impérieuse l'application des lois de police sanitaire qui sont trop peu observées, et l'organisation sérieuse d'un service de surveillance qui, jusqu'à présent, a trop laissé à désirer.

A l'occasion de cette observation, M. Galtier donne quelques détails sur l'organisation et le fonctionnement du service sanitaire. A sa tête se trouve un Comité consultatif composé de seize membres, la plupart étrangers à la médecine vétérinaire. Sous la direction de ce Comité, il y a des services départementaux ayant chacun, comme chef, un vétérinaire délégué, chargé des inspections, mais qui ne s'acquitte que très mal de cette


PROCES-VERÉAUX XXVII

lourde besogne, parce qu'il n'est point rémunéré ou qu'il l'est d'une manière tout à fait insuffisante. Le service départemental est sous la surveillance du Préfet. Le Préfet reçoit du ministère des circulaires très pressantes et transmet aux maires des ordres très précis; mais les maires n'en tiennent pas compte, ou se trouvent dans l'impossibilité de les faire exécuter. En regard de cet état de choses, on peut considérer et prendre pour modèle le service organisé en Algérie par le Gouverneur général. L'Algérie a été divisée en trois circonscriptions, Alger, Oran et Constantine. Chacune a son Comité de surveillance chargé de l'inspection des marchés, des abattoirs, des clos d'équarrissage et des ports. Les membres des comités sont payés par les départements. La circonscription d'Alger en compte dix-sept, celle d'Oran dix, celle de Constantine dix-sept. Le service fonctionne d'une façon régulière. En France, on devrait mettre à la tète du service l'inspecteur général des écoles vétérinaires, puis diviser le pays en circonscriptions ayant chacune son Comité dont les travaux seraient dirigés par un professeur de police sanitaire. De cette façon, la France serait dotée d'un service uniforme comme l'Algérie. Cette proposition pourrait faire l'objet d'un voeu à émettre.

La discussion est ouverte sur la question de la création d'une caisse des épizooties qui devrait être alimentée, suivant le voeu de la Société d'agriculture de Melun :

Par l'État;

Par les droits de visite perçus à la frontière, sur les animaux étrangers;

Par les droits de visite perçus à la frontière sur les viandes étrangères;

Par le produit des certificats de santé et de provenance ;

Par une surtaxe de 25 à 50 centimes qu'il y aurait lieu d'établir sur la taxe des chiens.

M. Burelle fait observer que, pour la création de ladite caisse, l'administration n'a plus d'autre ressource que les centimes additionnels auxquels on demande déjà trop, en outre, qu'il n'est pas possible d'astreindre les contribuables à assurer les" agriculteurs. Il ajoute, sur une remarque de M. Billioud-Monterrad, qu'il y a eu des essais pour l'organisation de caisses départementales; mais que la mauvaise foi les a fait échouer.

M. Galtier pense que l'administration pourrait être priée d'agir sur les propriétaires, pour les pousser à former des associations de secours sans admettre, toutefois, le droit à l'indemnité.


XXVIII PROCES-VERBAUX

Suivant M. Rappet, l'iniative privée ne produira jamais rien, sans l'intervention de l'autorité, justifiée par cette considération que les propriétaires d'animaux ne sont pas les seuls intéressés en cas d'épizootie.

Plusieurs observations ayant encore été présentées, la Société décide qu'elle ne s'associera pas au voeu formulé par la Société d'agriculture de Melun, pour la création d'une caisse des épizooties alimentée par les moyens indiqués dans le rapport de M. Rossignol. La Société pourra cependant exprimer un voeu pour la création d'une caisse en faveur de l'organisation du service sanitaire.

M. le Président donne lecture d'une lettre que lui a adressé personnellement M. le sénateur Darbot, au sujet du projet de loi qu'il se propose de présenter, concernant l'enseignement agricole. D'abord partisan, pour les élèves-maîtres, d'un stage obligatoire dans une école d'agriculture, à la sortie de l'école normale, actuellement M. Darbot demande seulement qu'il soit créé des écoles d'agriculture spéciales où les futurs instituteurs, avant d'être mis à la tête d'une école, puissent faire un séjour d'un an au moins. A titre d'encouragement, il réclame des positions privilégiées pour ceux qui auront consenti à compléter leurs études de cette façon.

A l'occasion de cette communication, M. Burelle donne quelques détails sur les discussions qui ont eu lieu au sein du Congrès d'agriculture tenu au mois de septembre, pendant la durée de l'Exposition universelle. Il existe actuellement quatorze écoles d'agriculture, deux écoles pratiques d'agriculture et de viticulture, deux écoles de laiterie, deux écoles primaires professionnelles d'agriculture. Pour donner satisfaction au voeu de M. Darbot, il serait nécessaire de fonder de nouvelles écoles. Les départements de la Haute-Saône et de l'Yonne, mettant à profit les ressources qu'ils ont sous la main, ont envoyé un certain nombre d'élèves-maîtres, pour un an dans une école pratique d'agriculture, en leur réservant des places privilégiées. Cette mesure paraît avoir produit d'excellents résultats,

La troisième section du Congrès, qui était précisément celle de l'enseignement agricole, a présenté le voeu suivant :

« Le Congrès émet le voeu que, pour être admis aux examens d'entrée à l'école normale primaire, le certificat d'instruction des écoles pratiques soit assimilé au brevet élémentaire. »

Ce voeu se bornait au droit d'admissibilité. Pour sa part, M. Burelle demandait le droit à l'admission ; mais sa proposition a été fortement com-


PROCÈS-VERBAUX XXIX

battue, notamment par un délégué italien. Il est certain qu'il n'y a pas une grande homogénéité entre les élèves qui se présentent aux écoles pratiques ; cependant, à Écully, un assez grand nombre de candidats arrivent avec le brevet élémentaire.

Pendant les discussions du Congrès, M. Méline à déclaré que les élèves munis du certificat d'instruction des écoles pratiques d'agriculture ont généralement des connaissances supérieures, en comparaison de ceux qui suivent les cours des écoles normales primaires.

M. Ohlsen, délégué suisse, a émis le voeu qu'il fût créé deux catégories d'instituteurs, les uns chargés de l'enseignement dans les communes rurales, les autres destinés à l'enseignement dans les villes. Ce voeu, auquel les délégués français se sont vivement opposés, n'a pas été adopté.

M. Tisserant, dans un tableau comparatif entre les années 1870 et 1889, a montré qu'il y avait un progrès considérable, dû à l'action du gouvernement.

Il a été enfin décidé que toutes les écoles primaires recevraient un enseignement agricole. Toutefois, comme le personnel enseignant ne se trouve pas encore au niveau de cette tâche, l'enseignement agricole dans les écoles normales primaires sera provisoirement donné par les professeur départementaux d'agriculture. De cette manière, on espère arriver, dans quelques années à former un corps d'instituteurs en état d'initier leurs élèves aux connaissances agricoles indispensables.

M. Cornevin fait connaître les objections que M. Darbot a présentées d'avance à quelques-unes des idées qui viennent d'être émises, et les critiques qu'il adresse à l'enseignement de l'agriculture tel qu'il est organisé actuellement dans les écoles normales primaires. En premier lieu, l'enseignement, dans les écoles pratiques ne devrait pas pouvoir être considéré comme pouvant conduire à des carrières autres que la carrière d'agriculteur. S'il en était autrement, cet enseignement serait un moyen de plus d'aider à la dépopulation des campagnes. D'un autre côté, le professeur départemental d'agriculture, qui n'appartient pas à l'Université, est considéré, à l'école normale, comme un intrus; on l'y reçoit poliment et c'est tout. Les maîtres eux-mêmes n'attachent qu'une médiocre importance à ses leçons. On peut trouver la preuve de cet état de choses dans le rap - port d'un inspecteur qui, après avoir consacré des pages à l'arithmétique, l'histoire, la géographie, la grammaire, etc., se contente de dire, quand il en vient à l'enseignement agricole : « L'agriculture et le champ laissent beaucoup à désirer. »


XXX PROCÈS-VERBAUX

M. Deville pense que les choses changeraient si les connaissances agricoles étaient exigées pour l'obtention du brevet supérieur. Il ajoute que, préparés par les connaissances générales qu'ils ont acquises, les élèves instituteurs apprendraient beaucoup en un an de stage dans une école pratique.

M. Rappet ayant demandé s'il est bien nécessaire d'avoir pratiqué l'agriculture, pour posséder et être en mesure de transmettre de sérieuses connaissances agricoles, M. Deville fait observer que, de toutes les professions, c'est celle d'agriculteur qui exige le plus impérieusement qu'on mette personnellement la main à l'oeuvre, pour se rendre un compte exact des procédés et des résultats. Pour que les notions acquises au lieu de se perdre, ne puissent aller qu'en se perfectionnant, M. Deville voudrait qu'un jardin fût mis à la disposition de chaque instituteur, ce qui lui permettrait d'enseigner par l'exemple et de s'instruire encore lui-même.

M. Saint-Lager exprime cette opinion que, l'instituteur fût-il capable de donner une instruction agricole sérieuse, son auditoire, composé d'enfants de six à douze ans, n'est pas à la hauteur de cet enseignement. On dira peut-être que l'instituteur peut trouver un autre auditoire autour de lui, mais il ne faut pas oublier qu'il est astreint à six heures de classe par jour, et que, sa besogne terminée, il lui reste les soucis et les soins de son intérieur; où prendra-t-il le temps de préparer et de faire des conférences aux habitants de son village ?

M. Deville réplique que M. Saint-Lager n'aurait plus de doutes sur l'efficacité des enseignements de l'instituteur, s'il prenait en considération le nombre de gens retirés du commerce ou de l'industrie qui veulent consacrer leurs loisirs à l'agriculture, s'il voyait, en outre, combien les cultivateurs de profession, stimulés par la crise agricole, sont désireux de s'instruire, sentant que l'avenir de leur profession repose entièrement sur un meilleur rendement de la terre.

M. le Président met aux voix la proposition en faveur du stage des instituteurs dans une école pratique d'agriculture. Cette proposition est approuvée, mais en tant que le stage soit facutatif.

Il resterait à discuter la création d'écoles spéciales ou l'appropriation de celles qui existent. Mais de ce côté, on irait peut-être au-devant de complications et de dépenses qu'on ne peut pas prévoir, car, comme le fait observer M. Burelle en prenant pour exemple l'École d'Écully dont le budget est de 60.000 francs, le tiers à la charge du département, les deux tiers payés par l'État, les écoles pratiques coûtent fort cher. D'un


PROCÈS-VERBAUX XXXI

autre côté, ces écoles tendent à se spécialiser, ici du côté de la viticulture, ailleurs du côté de la laiterie, des irrigations, etc., et on porterait préjudice aux régions où elles sont établies, en leur faisant perdre leur caractère spécial.

M. Cornevin pense qu'au voisinage des Facultés on pourrait faire appel à leurs professeurs ; il cite comme exemple l'École de Nancy où M. Lemonnier et M. Grandeau, professeurs à la Faculté des sciences de cette ville, enseigent l'un la chimie, l'autre la botanique.

M. Depéret dit que la chimie est peut-être la seule science qui puisse se prêter à un partage en enseignement théorique et en enseignement pratique. Dans les autres branches, les professeurs ne consentiraient probablement qu'avec peine à créer, en dehors de leur enseignement habituel déterminé par les programmes des licences, un enseignement parallèle, mais d'un caractère tout différent.

A la suite de ces observations, la Société décide qu'elle laissera en suspens la question des écoles.

SÉANCE DU 31 JANVIER 1890 Présidence de M. CORNEVIN

A l'occasion du procès-verbal, M. Rappet demande qu'il en soit transmis copie pour répondre à la prière d'adhésion de la Société d'agriculture de Melun, concernant les voeux qu'elle se propose de soumettre aux pouvoirs publics, en matière de police sanitaire.

M. Galtier fait observer que M. le Président devant se rendre à Paris prochainement, il est naturel qu'il veuille bien accepter la mission de représenter la Société à la réunion plénière du 7 février. Celte proposition ayant reçu l'assentiment unanime de la Société. M. le Président accepte la mission de prendre la parole au nom de la Société.

M. Royet donne lecture d'un rapport d'admissibilité.

M. Depéret donne, pour prendre date, en attendant de pouvoir présenter un travail complet, de nouveaux renseignements géologiques sur les terrains traversés par le tunnel du chemin funiculaire de la place CroixPROCÈS-VERBAUX, 1890. 3


XXXII PROCES-VERBAUX

Pâquet à la Croix-Rousse. On se rappelle qu'à la base on a rencontré le gneiss traversé par un filon de granit. On est à présent dans les dépôts d'une mer mollassique où l'on rencontre des conglomérats ferrugineux renfermant des coquilles de l'âge helvétien ou; pour parler plus exactement, des moules de ces coquilles. Bien que ces restes soient dans un très mauvais état de conservation, on peut espérer cependant quils permettront de faire la liste à peu près complète des espèces. Les conlgomérats varient entre 0m, 50 et 1 mètre d'épaisseur. Au-dessus viennent des sables mollassiques, avec grains de silex et paillettes de mica, comme dans les Balmes viennoises. Par places, ces sables se consolident en masses gréseuses ou grès siliceux à ciment calcaire, pouvant servir de matériaux de construction et dont la parenté avec les mollasses de Saint-Fons n'est pas douteuse. A mesure que l'on avance, le terrain devient plus argileux. Aujourd'hui à 102 mètres de l'ouverture, on travaille dans une marne argileuse verdâtre présentant des zones ligniteuses et des taches charbonneuses. Cette formation est analogue à celles qu'on trouve sur les plateaux du Bas-Dauphiné ; c'est le miocène supérieur ou tortonien qui marque la fin du miocène. C'est un dépôt d'eau douce formé après le retrait de la mer helvétienne. On est forcé ici d'interrompre l'examen et de se transporter à une soixantaine de mètres plus loin, sur la place Colbert, où l'on a creusé un puits. Sur ce point, on trouve les couches supérieures du miocène. Le carbonate de chaux s'y présente en nodules crayeux; les marnes sont blanches et représentent celles qui ont été recoupées par le funiculaire qui part de l'ancien jardin des plantes; c'est le tortonien supérieur, analogue à celui du Léberon et de Pikermi. Au-dessus de la place Colbert, la tranchée pratiquée à ciel ouvert s'avance dans le miocène raviné par un courant fluvial; on y trouve un cailloutis assez fin formé d'un mélange de cailloux calcaires, de quartzite, de quelques rares échantillons de jaspe rouge, de quelques amandes sableuses et présentant çà et là des blocs assez volumineux arrachés aux bancs de mollasse par les eaux. Parmi ces blocs, il en est qui mesurent jusqu'à un demi-mètre cube et qui n'ont été que peu roulés. Comme on rencontre, en outre, au sein de la masse, des blocs erratiques d'origine alpine ou subalpine, tels que des calcaires blancs et noirs du jurassique alpin, la détermination de l'âge du dépôt peut donner lieu à deux hypothèses : a-t-il précédé ou suivi la période glaciaire? L'absence de cailloux striés doit faire abandonner la seconde hypothèse. Mais si la masse des matériaux n'est pas due à la démolition d'une moraine locale, il faut admettre alors que ces matériaux ont été


PROCÈS-VERBAUX XXXIII

charriés par un cours d'eau provenant d'un glacier dont les eaux s'épanchaient en déversoir d'une moraine située en amont. Donc à l'époque où le dépôt s'est formé, le glacier ne s'étendait pas encore jusque-là et par suite la formation de ce dépôt appartient à ce que quelques géologues lyonnais, Fontannes entre autres, ont appelé la période préglaciaire, période qui a précédé de peu de temps l'extension des glaciers et la formation des moraines sur le sol que nous habitons aujourd'hui. Cette période peut être considérée comme le commencement des formations quaternaires qui constituent le terrain du plateau triangulaire compris entre le Rhône et la Saône et qui vient aboutir au quartier des Terreaux par les pentes de la Croix-Rousse. Ce diluvium présente un mélange de matériaux apportés de loin, avec des débris arrachés aux roches sous-jacentes.

M. Saint-Lager fait observer que la qualification de préglaciaire, attribuée à une formation géologique, peut prêter à l'équivoque. Si le glacier ne s'étendait pas à l'époque où s'est formé le dépôt, jusqu'à l'emplacement qu'il occupe, ce glacier s'arrêtait certainement à une faible distance en amont; donc l'expression de période préglaciaire qui voudrait dire littéralement période antérieure à l'existence des glaciers, n'est pas admissible dans loute la rigueur de sa signification.

M. Depéret reconnaît la justesse de l'observation. Il est certain, en effet, que, à l'époque dont il s'agit, les glaciers n'avaient pas encore envahi ce qu'on appelle aujourd'hui le plateau Bressan. A ce moment, la limite des glaciers était peut-être à l'endroit marqué aujourd'hui pour l'emplacement de la ville de Genève. Peu à peu, ces glaciers se sont étendus jusqu'à la place que devait occuper la ville de Lyon, en recouvrant leurs propres alluvions; l'épithète de préglaciaire donnée à ces alluvions a donc besoin d'une définition pour ne donner lieu à aucune méprise.

M. Royet dépose sur le bureau, pour la bibliothèque de la Société, un volume intitulé : Les Industries de la soie : sériciculture, filature, moulinage, tissage, teinture, par M. Pariset. Cet ouvrage, publié par les soins de M. Morand, contient cent cinquante-huit figures explicalives représentant les ustensiles et appareils employés dans les diverses manipulations de la soie, seize planches en couleur hors texte, reproduisant les plus beaux spécimens des étoffes de luxe contenues dans les vitrines du musée industriel de la ville de Lyon, et un planisphère séricicole.


XXXIV PROCÈS-VERBAUX

SÉANCE DU 7 FÉVRIER 1890 Présidence de M. GENSOUL, Vice-Président

M. Rappet annonce que M. le Président fera connaître bientôt le résultat des pourparlers entre la Commission désignée par la Société d'un côté et celle qu'a désignée, d'un autre côté, la Société des sciences industrielles, pour discuter la proposition de fusion énoncée de cette dernière Société.

M. Galtier donne lecture d'une note intitulée : Modes de transmission de la rage. Ce travail est renvoyé à la commission de publication. Suivant M. Galtier, l'eau iodée à saturation est un moyen prophylactique infaillible dans les cas où une muqueuse aurait été en contact avec une goutte de liquide imprégné de virus rabique, ou avec un objet souillé par la bave d'un animal enragé. Il faut, toutefois, opérer promptement, c'est-à-dire sans attendre plus de dix minutes. Le brome jouit des mêmes propriétés que l'iode, mais l'emploi n'en est pas à conseiller; parce qu'il produit des inflammations très douloureuses, tandis que la cautérisation par l'iode se fait à peine sentir.

M. Saint-Lager ayant demandé si la solution d'iode dans l'iodure de potassium, solution où l'iode peut être dosé, ne serait pas préférable à la solution aqueuse où l'iode n'entre qu'en très faible quantité, M. Galtier répond que la solution aqueuse lui a réussi dans toutes ses expériences et qu'il la regarde comme suffisante et préférable même à la teinture alcoolique qui, en injections sous-cutanées, peut produire des inflammations. L'eau iodée doit être maintenue à saturation par un excès d'iode, et légèrement chauffée, avant d'être employée. Non seulement l'iode, cautérise sur place, mais il poursuit les microbes infectieux dans l'intérieur de l'organisme; appliqué sur une plaie, à la main par exemple, le lendemain il produit sous l'aisselle une légère douleur qui prouve que le réactif a cheminé le long du bras. On sait que l'iode lue les microbes les plus actifs; il doit être efficace contre le microbe du virus rabique qui est un des moins résistants. Les chasseurs ont, dans les propriétés cautérisantes de l'alcali, une confiance qui n'est pas justifiée; ils feraient bien de substituer un flacon d'eau iodée au flacon d'ammoniaque dont ils ont l'habitude de se munir.


PROCÈS-VERBAUX XXXV

M. Gensoul montre, conservé dans l'alcool, un champignon filamenteux recueilli dans une écurie, à Gray, et sur lequel la reçu les détails suivants :

C'est sur une stalle en ébène, que ce cryptogame s'est montré, pour la première fois, dans l'automne de 1888. On a relevé le panneau envahi, qui était contre un mur, badigeonné le mur au goudron de gaz, puis rétabli la stalle comme elle était auparavant. La stalle n'a pas été attaquée de nouveau, mais, cet été, après une absence de trois mois, pendant laquelle la maison était restée fermée, le propriétaire constata, au retour que le champignon avait fait son apparition dans une pièce voisine de l'écurie. Il est entré dans cette pièce par l'embrasure d'une ancienne porte fermée aujourd'hui par une cloison en briques et qui correspond à la stalle précédemment envahie. De là, il s'est propagé dans tous les sens. Il a cheminé verticalement derrière un gros buffet en sapin qui fermait une embrasure de porte, en même temps il a détruit 3 mètres carrés d'un plancher en bois blanc, dont il a suivi les planches en dessous. Les solives, qui sont en chêne, ont conservé des parties saines, mais les planches, qui sont en sapin, ont été altérées au point de s'enfoncer sous le talon. Le plancher dont il est question ici, est situé au-dessus d'une voûte de cave et, pendant qu'il était ainsi corrodé par le champignon, ce dernier pénétrait jusque dans la cave par les reins de la voûte. Juste au-dessous du plancher détruit, au retour du propriétaire, on voyait, dans la cave, une rosace multicolore de plus d'un mètre de diamètre. A la suite de l'enlèvement des planches détruites du plancher et de la rupture des filaments qui s'allongeaient le long des solives de chêne, la rosace de la cave a perdu ses belles couleurs peu à peu, et laissé tomber une assez grande quantité d'un liquide jaunâtre provenant, sans doute, de la décomposition du cryptogame. A la suite de cette communication, M. Gensoul dit que» consulté sur les moyens de détruire le champignon dont il est question, et d'en prévenir le retour, il a conseillé le badigeonnage avec une solution à 0,001 de sublimé corrosif.

M. Depéret dit qu'on désinfecte les casernes et autres locaux où des miasmes se sont développés, par l'acide sulfureux, en y faisant simplement briller du soufre; le procédé est infaillible.

M. Galtier dit qu'avant d'employer les réactifs, on devrait chasser par la ventilation l'humidité qui favorise le développement des champignons. Ensuite, on pourrait employer la solution de sublimé corrosif même à 0,002, cette solutiou fréquemment employée à l'École vétérinaire, n'offrant pas plus de dangers que la solution à 0,001. Il fait observer toutefois qu'il y


XXXVI PROCÈS-VERBAUX

a des microorganismes qui semblent puiser dans les acides un accroissement de vitalité et qui résistent à l'action du sublimé corrosif. Il' ajoute que l'acide sulfureux a ses inconvénients à cause de son action sur les métaux et de la propriété qu'il possède de détruire les couleurs; mais il pense que, là où on aurait à redouter l'emploi de l'acide sulfureux, on pourrait recourir au soufre pulvérisé, comme on le fait pour détruire l'oïdium. Il doute cependant que le soufre en poudre réussisse contre toute espèce demi croorganisme parasitaire, aussi bien que contre l'oïdium.

SÉANCE DU 14 FÉVRIER 1890 Présidence de M. CORNEVIN

La Société reçoit de la Préfecture une demande au sujet des voeux qu'elle aurait émis depuis le 1er janvier 1887, relativement à la réforme de l'impôt des boissons.

Comme la Société ne s'est pas encore occupée de l'impôt des boissons, question plutôt fiscale qu'agricole, il est décidé que celte question sera mise à l'étude, afin que la Société puisse formuler un voeu en connaissance de cause.

M. Isaac consulté déclare qu'il s'abstiendra de donner un avis définitif sur une question aussi complexe que celle dont il s'agit. Il ajoute que la Société d'économie politique a entendu un rapport magistral de M. Ferrand, sur l'impôt des boissons et propose de prier M. Ferrand de venir exposer ses idées en séance de la Société.

La proposition de M. Isaac est acceptée; M. le Président lui adresse les remerciments de la Société.

M. Deville informe par lettre que la chaire d'agriculture du Rhône a organisé cette année soixante-huit écoles de greffage qui sont actuellement en plein fonctionnement, grâce aux allocations du ministère de l'agriculture et du Conseil général. M. Deville demande que la Société veuille bien lui accorder douze médailles qui viendront s'ajouter aux prix déjà octroyés par quelques municipalités, pour stimuler le zèle des appren-


PROCÈS-VERBAUX XXXVII

tis greffeurs. La demande de M. Deville est accueillie favorablement à l'unanimité.

La Société reçoit un exemplaire de l'Agenda Vermorel pour 1890, offert par l'auteur.

M. le Président rend compte de ses démarches auprès du ministère, pendant son séjour à Paris.

M. Cornevin a renouvelé de vive voix la demande que la Société ne cesse de formuler par écrit, en vue d'obtenir que l'avis de l'allocation ministérielle pour les encouragements à l'agriculture arrive assez tôt pour que la Commission des primes ne soit pas forcée de commencer ses opéralions après les récoltes levées. Le Directeur général de l'agriculture a bien voulu promettre de donner des ordres pour que la Société soit avisée, au plus tard, pendant le mois de mai. En second lieu, il s'agissait de faire agréer le changement de la forme dont la proposition présentée par M. Cornevin a déjà obtenu l'assentiment de la Société. M. Tisserant est entré pleinement dans ces vues, d'un côté, parce que les concours tels qu'ils ont été organisés jusqu'ici, ne rendent peut-être plus les mêmes services qu'autrefois, d'un autre côté, parce qu'il a pu se glisser des abus ragrettables dans le mode de publicité où les maires intervenant avec une autorité trop absolue ne résistent pas toujours au désir de favoriser quelques-uns de leurs administrés. M. Tisserant pense que des concours spéciaux donneront de meilleurs résultats, et il engage la Société à les inaugurer dès cette année. Les spécialités appelées, tour à tour, seront la vinification, l'industrie laitière, la lutte contre les maladies parasitaires des végétaux, la préparation et l'emploi des engrais. Il s'agit de déterminer par où l'on commencera et de préparer un programme à soumettre à l'approbation ministérielle dans le plus bref délai; en conséquence la question sera inscrite à l'ordre du jour de la prochaine séance.

Après cette communication, M. le Président donne lecture d'une lettre du Président de la Société des sciences industrielles, relative au projet de fusion actuellement à l'étude. Il annonce que M. Rappet, a rédigé, au nom de la Commission désignée par la Société, un rapport qui sera lu en séance après qu'on aura entendu le rapport de la Commission des finances, pour que la Société ne prenne une décision qu'avec une connaissance exacte de sa situation financière.

M. Royet donne lecture de la première partie d'un travail sur une industrie soi-disant nouvelle qui vient de se fonder en Italie, pour l'exploitation de l'écorce de mûrier. Les promoteurs de celte industrie veulent


XXXVIII PROCÈS-VERBAUX

produire une nouvelle matière textile qu'ils désignent sous le nom de lin du mûrier. M. Royet, d'un côté, croit que l'utilité d'une nouvelle matière textile n'est pas bien démontrée, vu le grand nombre de celles que l'on connaît déjà et dont quelques-unes ne sont pas même utilisées; d'un autre côté, il fait observer que l'idée de tirer une matière textile de l'écorce du mûrier n'est pas neuve, et il cite un passage des écrits d'Olivier de Serres, où cet éminent agronome expose les traitements divers applicables, suivant leur âge, aux branches de mûrier, pour en extraire les fibres.

A l'occasion de cette communication, M. Burelle dit qu'il s'est établi à Domène, près de Grenoble, une usine pour la préparation de la pâte de bois de mûrier destinée aux papeteries. Cette exploitation qui avait d'ailleurs des concurrents en Allemagne, en Suisse, au Japon et même en France, a cessé faute de matière première. Le bois était traité par une lessive de carbonate de soude surchauffée et sous presssion. Le procédé chimique est encore appliqué concurremment avec le procédé mécanique sur lequel il a l'avantage de fournir des fibres intactes, mais il n'est plus guère employé que pour les bois de vergne, pin, sapin et bouleau. Ce sont ces essences qui ont fourni le papier jaunâtre connu dans le commerce sous le nom de papier bulle. Le papier bulle n'a pas eu grand succès et a été remplacé par les papiers blanchis au chlore. Actuellement, presque tous les papiers sont fabriqués avec de la pâte de bois et le chiffon ne s'emploie plus que pour les papiers de luxe.

M. Isaac demande pourquoi les Anglais semblent avoir le monopole des papiers d'alfa. M. Burelle répond que le traitement de l'alfa pour lequel on possède peut-être, en Angleterre, des procédés particuliers, a été essayé eu France, puis abandonné comme trop dispendieux.

SÉANCE DU 21 FÉVRIER 1890 Présidence de M. CORNEVIN

A l'occasion du procès-verbal, M. Gensoul dit que la différence des tarifs de transport et des droits de navigation permet aux Anglais de payer dix francs seulement la tonne d'alfa, rendue à Londres, tandis qu'elle coûte


PROCÈS-VERBAUX XXXIX

beaucoup plus cher en France et que telle est la principale cause de l'espèce de monopole dont jouit l'Angleterre pour l'emploi de l'alfa dans la fabrication du papier.

M.Deville donne lecture d'un rapport d'admissibilité.

M. le Président annonce que, grâce à l'obligeante intervention de M. Isaac, M. Ferrand viendra, dans la prochaine séance, exposer les idées qu'il a émises devant la Société d'économie politique sur l'impôt des boissons.

M. le Président rappelle ensuite que l'ordre du jour porte la question de la modification des concours pour l'obtention des primes d'encouragement offertes par le ministère de l'agriculture. Il demande si la Société croit.pouvoir aborder la question séance tenante ou s'il est préférable de la renvoyer à l'examen d'une Commission spéciale qui préparera un rapport sur ce sujet. La dernière proposition ayant prévalu, il est immédiatement désigné une commission composée de MM. Burelle, Colcombet, Gensoul, Leger et Marnas, qui est convoquée pour le mercredi 26 courant. M. le Président fait observer que dans les cas où la Société cesserait d'appeler les concurrents par circonscriptions, aucune circonscription ne se trouvera lésée, attendu que c'est la quatrième et dernière, dans l'ordre de rotation, qui a été appelée en 1889.

Après ces diverses communications, M. Cornevin entretient la Société de la résistance propre à l'individu, dans les circonstances qui peuvent porter atteinte à son état normal, et de l'énergie avec laquelle il peut réagir, propriétés qu'il réunit sous le nom d'individualité. Dans le règne animal, la résistance et la puissance de réaction sont très variables; on sait que dans un groupe d'individus exposés au froid, quelques-uns contracteront une fluxion de poitrine, d'autres une angine, d'autres un simple coryza, d'autres enfin sortiront tout à fait indemnes de l'épreuve. Le règne végétal présente-t-il les mêmes différences dans une même espèce ? Pour savoir à quoi s'en tenir sur ce point, M. Cornevin a pris trente grains de pois sur le même pied, en les choisissant aussi bien venus et aussi semblables que possible, et les a soumis pendant quarante-huit heures à l'action d'une infusion de colchicine. Sur les trente, vingt-cinq ont succombé à l'action du poison. Les cinq survivants ont été semés et ont levé, mais trois plants ont péri au bout d'une douzaine de jours ; les deux restants ont continué à vivre, ont fleuri et fructifié. Comme l'épaisseur des téguments avait pu intervenir dans les résultats obtenus, l'année suivante, trente autres pois furent encore choisis, comme précédemment, pour être plongés


XL PROCES-VERBAUX

dans l'infusion de colchicine, mais après avoir été incisés sur leur pourtour, avec toutes les précautions voulues pour ne pas endommager l'embryon. A cette seconde épreuve, sept grains ont résisté à l'intoxication; ces sept grains ont germé; trois plants seulement ont accompli leur entier développement. Les grains de la seconde expérience ayant été privés de la protection de leurs enveloppes, si tous n'ont pas subi le même sort, il faut donc l'attribuer à la faculté plus ou moins grande de résister à l'empoisonnement, propre à l'embryon lui-même. C'est un fait bien connu, dailleurs, que, par les hivers très rigoureux, chaque espèce d'arbres compte des individus qui résistent, d'autres qui succombent, quoiqu'ayant été soumis aux mêmes conditions ; et, d'un autre côté, les jardiniers n'ontils pas maintes fois constaté que les semis de printemps sont très diversement éprouvés par les gelées tardives ?

M. Gensoul demande si la résistance individuelle est transmissible par la génération; M. Deville fait observer que c'est précisément sur le fait de cette transmission que sont basés les procédés de sélection.

M. Rappet pense que, dans le règne végétal, comme dans le règne animal, la résistance soit aux intempéries, soit aux influences morbides dépend de l'énergie du développement. C'est ce qu'il a cru remarquer à la suite de l'hiver 1879-1880, dans nos environs, et aussi à l'occasion d'un voyage en Normandie. Pour les vignes qui n'ont pas été absolument détruites, M. Rappet ajoute que plusieurs n'ont pas donné signe de vie pendant toute une année.

M. Gensoul attribue cette suspension de la vie à la destruction par le froid, des racines superficielles. Il fait encore observer que l'hiver de 1870, sans être aussi rigoureux que celui de 1879 a causé presque autant de ravages, parceque, à la suite d'un été chaud et d'un automne pluvieux, le froid survenu brusquement en décembre, a surpris les plantes en pleine végétation.

M. Billioud-Monterrad appelle l'attention sur un article d'un journal agricole où l'on signale un nouveau microorganisme destructeur, sous le nom de phytophora infestans. M. Deville dit, à cette occasion qu'il s'agit du peronospora infestans, déjà connu, moins redoutable que la cochylis de la vigne, parce qu'on peut s'en défendre avec la bouillie bordelaise. La cochylis détruit quelquefois la bonne moitié d'une récolte; on peut s'en garantir, mais par des moyens qu'on n'a pas encore réussi à rendre pratiques; le moins coûteux reviendrait encore à 100 francs par hectare. La cochylis est un petit lépidoptère dont la chrysalide se trouve, en hiver,


PROCÈS-VERBAUX XLI

sous les écorces. En mai, le papillon formé quitte cette retraite, les accouplements se produisent; le mâle meurt et la femelle pond une trentaine d'oeufs d'où sortent autant de larves très voraces qui attaquent les feuilles et les bourgeons. Ces larves ne tardent pas à devenir chrysalides et l'insecte parfait se montre de nouveau en juillet. Alors la femelle dépose ses oeufs sur les grains de raisins aux dépens desquels la larve vit jusqu'en septembre et octobre ; à cette époque, elle abandonne le raisin pour chercher une retraite, à moins que la température permettant des vendanges anticipées, elle ne soit surprisé et jetée, avec le raisin, dans la cuve. Ce qu'il faudrait surtout obtenir, c'est la destruction de la chrysalide d'hiver réfugiée sous l'écorce; on détruirait peut-être en même temps la pyrale. M. Deville fait en ce moment des démarches auprès de la Préfecture, en vue de faire ouvrir un concours pour la production d'un décortiqueur expéditif et d'un emploi facile. Les chimistes, de leur côté, devraient chercher un insecticide liquide à répandre sur les souches et dont l'emploi serait moins dis - pendieux que l'échaudage.

M. le Président donne lecture d'une circulaire de l'Association nationale de la meunerie de France, relative au projet de loi qui substituerait le droit gradué au droit fixe de 70 centimes, applicable aux récépissés de chemins de fer, pour les transports en petite vitesse ; sous le même pli, se trouve un rapport où il est établi que la loi dont la Chambre est saisie occasionnerait, pour les contribuables, une aggravation de dépenses estimée à 40 pour 100, en ce qui concerne l'agriculture; plus une formule de protestation que la Société, si elle en approuve les termes, est priée de retourner à M. le Député président du groupe agricole. La Société, après avoir entendu la lecture de ces divers documents, décide qu'elle s'associera à la protestation de l'Association nationale de la meunerie et retournera la formule de protestation, avec son approbation à M. Méline, président du groupe agricole de la Chambre.

SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1890 Présidence de M. CORNEVIN

La Société reçoit de la Préfecture l'arrêté ministériel réglant les dispositions du concours régional qui sera tenu à Roanne, du 7 au 15 juin 1890.


XLII PROCES-VERBAUX

et, sous le même pli, l'affiche relative aux concours régionaux de l'année.

Sur sa demande formulée par écrit, M. Lavirotte, membre titulaire dans la section des sciences, obtient la vétérance à laquelle son âge et la date de son élection lui donnent droit.

M. le Président donne lecture d'une lettre de M. Gence, entrepreneur, relative à la plaque commémorative à placer sur la maison numéro 93 de la grande rue de la Guillotière, pour signaler le lieu de l'installation de la première École vétérinaire et la date de sa fondation par Bourgelat. Il ne reste plus qu'à prendre jour pour l'inauguration.

La correspondance épuisée, M. le Président donne la parole à M. L. Ferrand, vice-président du syndicat général du commerce en gros des vins et spiritueux, vice-président de la Chambre syndicale de Lyon et du Rhône, membre de la Société d'économie politique de Lyon, qui a bien voulu venir traiter devant la Société, la question de la réforme de l'impôt des boissons.

M. Ferrand établit en premier lieu que les intérêts des producteurs et des commerçants sont liés par une étroite solidarité. Il se livre ensuite à la discussion de l'impôt des boissons dont la meilleure réforme, à son point de vue, serait la suppression, pour ces deux motifs : premièrement que c'est un impôt indirect; secondement, un impôt de consommation qui frappe un objet de première nécessité et met la population ouvrière privée de ressources, à la merci du commerce de détail. Ces propositions ont été longuement développées par M. Burdeau dans une conférence faite à Lyon, le 7 juin 1885 et dont M. Ferrand fait connaître les points principaux.

L'impôt des boissons rapporte au Trésor un revenu de 429 millions dont M. Ferrand fait connaître les détails relevés sur l'exercice de 1885.

Le régime sous lequel nous vivons actuellement et dont on demande la réforme est la loi. de 1816. Les développements donnés au fonctionnement de cette loi montrent qu'elle est aussi vexatoire qu'onéreuse, qu'on se place au point de vue du propriétaire récoltant, du commerçant ou du consommateur. Et pour donner satisfaction à ces trois catégories de contribuables, il y a lieu de demander :

1° Le droit de libre circulation;

2° La suppression des droits d'entrée, suppression qu'on peut regarder comme un acheminement à la suppression des octrois ;

3° La suppression des droits de détail.


PROCÈS -VERBAUX XLIII

Ces mesures auraient pour résultat le développement de la consommation du vin dans une très large mesure, et la disparition de ce fait inouï et qu'on a peine à comprendre, savoir : que nos commerçants peuvent vendre le vin meilleur marché à Madagascar qu'à Lyon. Dans une conférence du 9 décembre 1885, pour la suppression des octrois, M. Yves Guyot avait déjà constaté que le vin produit en France ne coûte pas plus cher au Japon qu'à Paris, les droits d'octroi de Paris équivalant aux frais do transport de la barrique à Yokohama.

Ce sont les taxes qui règlent la consommation, et leurs variations se répercutent immédiatement sur l'usage qu'on fait, soit du vin, soit de la viande, soit de toute autre denrée soumise à l'impôt. C'est un fait indéniable établi par toutes les statistiques.

On parle beaucoup de l'alcoolisme; il n'est donc pas superflu de rappeler que la consommation de l'alcool est en raison inverse de celle du vin, l'homme recherchant dans l'eau-de-vie la quantité d'alcool qu'il ne peut trouver ni dans la bière, ni dans le cidre, et qu'il aurait trouvée dans le vin.

Si, d'ici à un bref délai, nous n'ayons pas obtenu une réforme de l'impôt des boissons assez radicale pour que ce grand problème ne soit plus remis en question, un grand danger peut nous menacer; ce danger, c'est la taxation au degré. La taxation au degré, serait impraticable, M. Jarlaud, membre de la Chambre de commerce de Paris, président honoraire du Syndicat des vins et spiritueux en gros de Paris, et du Syndicat général des chambres vinicoles de France, l'a amplement démontré dans le rapport qu'il a présenté à ses collègues de la Commission extra-parlementaire du régime des alcools et des boissons. Ce régime serait impraticable ; premièrement parce qu'il entre à Paris vingt fois plus de vin que d'alcool; secondement parce que l'analyse d'un vin au point de vue de sa teneur en alcool exige une opération d'au moins quarante minutes, si elle doit être exacte, scientifique, et par suite légale; troisièmement enfin, parce que cette détermination, qui est loin d'être uniforme, donne lieu tous les jours à d'interminables contestations entre le vendeur et l'acheteur, entre la Régie et les assujettis. A l'une des portes de sortie de la gare d'Orléans, on vérifie par jour six cent quarante acquits à caution qui donneraient lieu à six cent quarante opérations lesquelles n'exigeraient pas moins de treize jours et demi, et encore faudrait-il se contenter d'une analyse approximative, car l'analyse exacte, la seule qui ait une valeur légale, demanderait quatre fois plus de temps, soit cinquante-quatre jours.


XLIV PROCES-VERBAUX

Il ne faut pas oublier, en outre, que la richesse alcoolique peut subir des modifications en route, et dans les entrepôts par la fermentation. Quand un vin pris en charge à 12° accusera plus tard 12°,5 ou 13°, quelle garantie aura l'expéditeur ou le marchand, contre les procès-verbaux ? Les coupages, d'un autre côté, donneront nécessairement lieu à des excédents ou à des manquants; de là encore nouveaux prétextes aux rigueurs de la loi.

Le système actuel donne au propriétaire le droit de fabriquer librement des alcools avec les marcs et les fruits à noyaux provenant de ses récoltes; c'est ce qu'on appelle le privilège des bouilleurs de cru. Sur 2.800.000 producteurs, 500.000 à peine usent de ce privilège ou permettent d'en jouir, à leurs acheteurs. Le nombre des bouilleurs de cru a plus que doublé dans ces dernières années et, si la fraude ne s'en mêlait, 280.000 propriétaires au plus, seraient intéressés à maintenir ce privilège. A l'abri de la loi actuelle, il se fait une fraude considérable que M. Yves Guyot a signalée et dont il a dévoilé les procédés, et longuement exposé les conséquences dans une conférence faite à Lyon, le 13 mai 1888.

Les mêmes conséquences ont été exposées aussi dans le remarquable rapport lu au Sénat par M. Claude (des Vosges), qui concluait à la suppression du privilège, comme moyen de sauvegarder à la fois et les règles de l'hygiène, et les lois de la morale publique et les intérêts du Trésor.

La monopolisation de la production de l'alcool pour l'État compte quelques partisans; c'est un projet à l'étude, et, s'il venait à être accepté, quelles pourraient bien en être les conséquences, pour les producteurs et pour le pays? Les monopoles d'État sont la négation de toute science économique; c'est une entrave au progrès qui ne se développe que par la concurrence. Ils n'ont d'excuses que dans les nécessités fiscales, mais toujours ils comportent avec eux une véritable perte pour le pays. Nous avons deux monopoles d'État en France, le tabac et les allumettes, et nous savons comment l'administration s'entend à contenter ses clients.

Le Gouvernement toujours envisagé la question des boissons au point. de vue fiscal, jamais au point de vue économique. Alors que les nations voisines font des efforts surhumains pour encourager et améliorer la production des vins et des alcools, le gouvernement français multiplie les entraves aux producteurs et aux commerçants. Il faut que le régime des boissons soit enfin établi d'une manière durable, que la branche la plus importante de la fortune nationale ne soit pas menacée dans son existence, comme elle l'est chaque année, au dépôt du budget.


PROCES-VERBAUX XLV

La réforme a été demandée par les commerçants, les consommateurs, les hygiénistes.

Les commerçants réclamaient la suppression de l'exercice, la liberté de circulation, la rentrée dans le droit commun; ils s'opposent à la surtaxe des alcools.

Les consommateurs demandaient la transformation de l'impôt de consommation en impôt direct plus équitablement réparti.

Les hygiénistes voulaient la suppression du privilège des bouilleurs de cru; l'élévation de la taxe de l'alcool, de 220 à 250 francs.

La Commission leur donne raison sur les trois premiers points. Elle établit le droit sur l'alcool à 280 francs, mais elle supprime les droits d'entrée sur l'alcool, et tous les droits sur les boissons hygiéniques, suppression qui est un acheminement vers l'abolition des octrois. Aux hygiénistes elle accorde le retrait du privilège des bouilleurs de cru.

Le projet de la Commission est contenu dans les articles suivants :

ART. 2. — Sont supprimés, à partir du 1er juillet 1888, les droits de toute nature qui frappent, au profit de l'État, les vins, cidres, poirés, hydromels, bières. Les exercices chez les débitants et les recensements chez les marchands en gros sont supprimés, sauf pour ceux d'entre eux qui conserveront un entrepôt fictif.

ART. 3. — Tout industriel, commerçant, fabriquant ou vendant des boissons alcooliques fermentées, le vinaigre excepté, en joignant la vente de ces boissons à son principal commerce, est astreint au paiement d'une licence calculée d'après la classe de patente dans laquelle il rentre, et d'une taxe afférente aux locaux qu'il occupe, représentant le dixième de leur valeur locative.

Aucun centime n'est ajouté au principal de ces taxes, qui seront payées par douzièmes. Chacune des classes de licence est arrêtée au tarif suivant :

Première classe.

Première catégorie. 960 francs.

Deuxième catégorie. 750 —

Troisième catégorie. ...... 420 —

Deuxième classe : 300 francs; — Troisième classe 240 francs; — Quatrième classe : 180 francs; — Cinquième classe : 120 francs; — Sixième classe : 60 francs; — Septième classe : 48 francs; —Huitième classse : 24 francs.


XLVI PROCÈS-VERBAUX

Débitants vendant accidentellement des boissons les jours de fêtes et de foires : 24 francs.

ART. 4. — Tout propriétaire récoltant qui désire vendre en détail les produits de sa récolte est tenu d'en faire préalablement la déclaration au bureau de la Régie et d'acquitter une licence au tarif de la classe dans laquelle il rentre.

ART. 5. — Les taxes sur les alcools, eaux-de-vie, liqueurs et esprits de toutes sortes, perçues actuellement au profit de l'État, sont remplacées par un droit unique de 200 francs. Ce droit est établi à la fabrication. Il doit être payé ou garanti dès l'enlèvement de chez le propriétaire ou de l'entrepôt.

ART. 6. — Nul ne peut se livrer à la fabrication des eaux-de-vie, esprits et alcools de toute nature, sans en avoir fait la déclaration au bureau de la Régie.

Il est donné au producteur récépissé de cette déclaration.

ART. 7. — La déclaration entraîne l'ouverture et le règlement d'un compte d'au moins 100 litres d'alcool pur par an, par producteur ou par groupe de producteurs agissant collectivement ou dans un local unique, tant pour la fabrication que pour le dépôt et en vue de la vente.

ART. 8. — Dans les distilleries non soumises à l'exercice permanent, la quantité d'alcool produit est constatée à l'aide d'un compteur ou de tout autre procédé que l'administration jugera à propos d'employer. Un règlement d'administration publique déterminera l'emploi de ce procédé, et les prescriptions à observer pendantla distillation.

ART. 9 — Les producteurs non soumis à l'exercice permanent de la Régie, qui veulent faire emploi de leurs appareils, doivent, trois jours au moins à l'avance, en faire la déclaration à la recette buraliste.

Cette déclaration annonce les dates et les heures auxquelles l'appareil sera mis en marche, la durée du travail, ainsi que l'espèce et la quantité des matières qui seront employées.

Lorsque le travail est terminé, la déclaration est également faite et les employées procèdent à la mise hors d'usage des appareils.

ART. 10. — Tant que l'appareil sera à la disposition du producteur, la brûlerie et le local où sont déposés les alcools seront accessibles, de jour et de nuit, aux employés des contributions indirectes. Ne seront pas soumis aux visites de nuit les producteurs qui auront adopté un système de distillation en vase clos, admis par l'administration.

ART. 11. — Le produit effectif de la fabrication est pris en compte et


PROCES-VERBAUX XLVll

devient passible des droits, défalcation faite des quantités vendue-, en' vertu d'expéditions régulières et après allocation de la déduction réglementaire pour outillage, coulage et déchets de magasin.

ART. 12. — Le compte est réglé annuellement, et les manquements reconnus lors du recollement effectué à ce moment sont soumis à la taxe générale de consommation et, s'il y a lieu, aux taxes locales d'octroi.

Les restes sont légalement soumis aux droits ou reportés à compte nouveau.

ART. 13. — Dans les trente jours qui suivent la promulgation de la présente loi, tout détenteur de plus de 100 litres d'alcool pur destiné à la vente, sera tenu de faire, au bureau de la Régie, la déclaration de la quantité en sa possession.

Ces quantités, après inventaire, seront prises en charge à leur compte.

Il sera donné récépissé de ces déclarations.

Par exception, les débitants exercés qui, au moment de la mise en vigueur de la présente loi, auront chez eux de l'alcool dont les droits ne seront pas acquittés, pourront les régler en obligations de paiement cautionnées d'un à trois mois de terme.

C'est un article transitoire que la Commission extra-parlementaire avait oublié de mettre dans son projet. Il est indispensable pour atteindre des quantités d'alcool qui, autrement, entreraient dans la circulation sans payer de droits.

ART. 14. — Les producteurs qui veulent faire emploi d'un alambic de louage ou d'emprunt sont tenus de faire les déclarations prévues par les articles 6 et 9 de la présente loi.

Toutes les dispositions relatives aux producteurs qui opèrent avec un alambic à eux appartenant leur sont également applicables.

ART. 15. — Tout détenteur d'appareils ou de portions d'appareils propres à la distillation d'eaux-de-vie ou d'esprits est tenu de faire, au bureau de la Régie, une déclaration énonçant le nombre et la capacité de ces appareils.

Tout fabricant d'appareils propres à la distillation d'eaux- de-vie ou d'esprits, est tenu d'inscrire à un registre spécial, dont la présentation pourra être exigée par les employés des contributions indirectes, le nom et la demeure des personnes auxquelles il aura livré, à quelque titre que ce soit, des appareils ou des portions d'appareils.

Il devra, de plus, dans les trois jours de la vente, faire connaître au

PROCÈS-VERBAUX, 1890. 4


XLVIII PROCES-VERBAUX

bureau de la Régie, le nom elle domicile des personnes auxquelles il aura livré des appareils ou portions d'appareils.

Les appareils seront poinçonnés moyennant un droit fixe de 1 franc.

ART. 16. — Pendant les périodes de chômage, les appareils appartenant à des détenteurs autres que les distillateurs soumis à la surveillance permanente del a Régie, seront mis hors d'usage au moyen de procédés déterminés par des arrêtés ministériels. Les détenteurs seront tenus de présenter les appareils à toute réquisition des employés.

Ces dispositions seront applicables aux alambics mobiles.

ART. 17. — Il est créé trois types d'obligations cautionnées :

1° Obligations de paiement à terme ; 2° Obligations d'entrepôt; 3° Obligations d'exportation.

Le premier type sert à l'acquittement des taxes par les commerçants en gros ou fabricants de liqueurs, à l'enlèvement de chez le producteur ou de l'entrepôt réel.

Le second sert aux entrepositaires pour les mutations d'alcool de chez les producteurs dans les entrepôts, ou d'entrepôt à entrepôt.

Le troisième sert aux expéditions de chez les producteurs ou entrepositaires, à la frontière.

Ces obligations, fournies par l'entrepositaire destinataire, forment la décharge du compte d'alcool des producteurs et entrepositaires-expéditeurs à l'égard du Trésor. Toutefois, en ce qui concerne le troisième type, la décharge n'est donnée que sur le vu des certificats de la douane.

Ces obligations devront être visées pour caution, par le receveur du lieu du soumissionnaire, et ce jusqu'à concurrence de la valeur, libre d'engagement en cours, pour laquelle la caution se sera engagée.

ART. 18.— Lors de l'enlèvement de chez le producteur, ou de l'entrepôt réel, quiconque justifiera de sa qualité de commerçant payant l'une des licences spécifiées à l'article 3, aura la faculté de libérer l'alcool qu'il enlèvera, de l'une des deux manières suivantes :

1° Au comptant, sous déduction de 5 pour 100.

2° Par obligation de paiement d'un à six mois d'échéance, moyennant retenue de 1/4 pour 100 par mois de terme sur les 5 pour 100 établis ci-dessus.

Lors de la sortie de l'alcool d'un entrepôt fictif, pour entrer dans la consommation, la taxe devra être acquittée au comptant, sans aucune


PROCÈS-VERBAUX XLIX

déduction. Il en sera de même lors de l'enlèvement de chez le producteur, ou de l'entrepôt réel, si l'acheteur n'est pas un commerçant astreint à l'une des licences spécifiées à l'article 3.

L'acquittement de la taxe est constaté par l'ampliation de la quittance délivrée, ou par le récépissé de la remise à l'administration de l'obligation du paiement.

L'une comme l'autre de ces pièces restent aux mains du producteur ou de l'entrepositaire et forment la décharge vis-à-vis du Trésor.

Le taux actuel de 7 pour 100 est maintenu comme déduction de consume annuel dans les entrepôts fictifs et dans les distilleries non soumises à la permanence.

Le taux de 5 pour 100 représente :

L'intérêt de l'argent pour six mois à 3 pour 100 Fr. 1 50

Le consume de 7 pour 100 3 50

5 »

ART. 19. — Tout industriel ou commerçant, tout groupe d'industriels ou de commerçants, agissant collectivement, mais continuant à payer individuellement la licence de la classe à. laquelle ils appartiennent, peuvent obtenir la transformation des entrepôts fictifs actuels ou entrepôts réels, ou la création d'entrepôts de ce genre, particuliers ou collectifs, en se conformant aux conditions qui seront établies par un règlement d'administration publique.

Les alcools placés dans ces entrepôts, de môme que ceux placés dans les entrepôts fictifs cautionnés, existant actuellement, et qui seront conservés, ou dans ceux du même genre qui seront créés, jouissent de la suppression du droit, lequel ne sera dû qu'au moment où la marchandise sortira pour entrer dans la consommation.

La moitié des frais de la surveillance des entrepôts réels sera mise à la charge des entrepositaires.

ART. 20.— Le droit sur l'alcool versé sur les vins de raisins frais et destinés à la consommation intérieure sera réduit à 37 fr. 50, pourvu que la quantité employée n'excède pas la proportion de 3 litres d'alcool par hectolitre de vin, et que les vins, après cette operation, ne contiennent pas plus de 15° d'alcool pur.

Sera soumis au même droit l'alcool employé aux besoins de l'industrie et à la fabrication des vermouths, vins alcoolisés, vins d'imitation, et de liqueur, jusqu'à 15°.


L PROCES-VERBAUX

Un règlement d'administration publique déterminera les conditions dans lesquelles se feront la dénaturation ou le versement, d'une part, la perception de la taxe réduite, d'autre part.

ART. 21. — Le vinage des vins de toute nature, destinés à l'exportation, se fera en franchise de droits, soit hors magasin avant l'expédition, soit sur le quai avant l'embarquement, soit dans des magasins parfaitement séparés et placés sous la surveillance de la Régie, le compte de ces magasins étant suivi à la fois comme volume et comme alcool pur.

ART. 22. — Les fabricants et marchands de vinaigre continueront à être soumis à une déclaration préalable et au paiement de la licence au taux actuel.

Le droit intérieur de consommation sur les vinaigres de toute nature et les acides fabriqués en France, est remplacé par un droit de fabrication fixé ainsi qu'il suit :

1° Vinaigres contenants 0/0 d'acide acétique et au-dessous 10 francs l'hectolitre

— — 9 à 12 0/0 — — 15 — —

— — 13 à 16 0/0 — — 20 — — 2° Acides acétiques et vinaigres contenant de 17 à 30 0/0 37 — —

— — de 31 à 40 0/0 80 — —

— — plus de 40 0/0 108 — — 3° Acide acétique cristalisé, par 100 kilogrammes. . . 125 — —

Les certificats de sortie à l'exportation seront remis en décharge au compte de fabrication.

ART. 23. — Les auteurs ou complices, quels qu'ils soient, de distillations clandestines, les fraudes de toute nature, seront passibles d'une amende de 100 francs à 2000 francs et d'un emprisonnement de quinze jours à six mois. En cas de récidive, l'amende sera de 500 à 10.000 francs et l'emprisonnement d'un mois à deux ans. La confiscation des appareils ayant servi à la fraude sera prononcée de plein droit.

Les procès-verbaux rentreront exclusivement dans la compétence des tribunaux ordinaires et ne pourront donner lieu à aucune transaction. Toutefois une tolérance d'un vingtième est admise comme maximum de l'erreur ne donnant lieu à aucune rectification de taxe. Les contrevenants reçoivent le droit d'administrer la preuve contraire.

L'article 463 du Code pénal sera applicable.

ART. 24. — Les dispositions des lois antérieures sont abrogées en tout ce qu'elles ont de contraire à celles de la présente loi.


PROCES-VERBAUX LI

Ce projet ne demande qu'un seul sacrifice aux propriétaires récoltants, l'abandon de leur privilège de bouilleurs de cru.

En échange, il leur donne l'affranchissement complet des vins et des cidres et l'abolition des droits d'entrée qui seule permet l'abolition des droits d'octroi.

Aux consommateurs, il impose une légère surtaxe sur l'alcool, mais il leur donne l'affranchissement des vins, des cidres et des bières, et l'abolition des droits d'entrée sur l'alcool ; il leur permet de poursuivre la suppression de l'octroi.

Aux marchands en gros, il demande l'impôt des licences, qui s'élèvera en chiffre rond à 25.000.000. Ils paient actuellement 3.220.000, la différence à payer sera de 21.780.000. Mais la Commission leur donne la liberté, et elle supprime toutes les causes de fraude qui font une concurrence déloyale au commerce honnête.

Aux débitants, le projet demande, par les licences, 55,000.000; ils paient aujourd'hui 127.190.089, différence en leur faveur 72.190.089, dont profiteront les acheteurs au détail. Les débitants jouiront, en outre, de la liberté la plus complète. Une seule catégorie achète la liberté à beaux deniers comptants ; c'est le commerce de gros, dont les membres acceptent ce sacrifice pour être mis enfin sur le pied d'égalité avec les autres citoyens.

Avant de se prononcer, il est bon encore de comparer les situations qui résulteraient de l'adoption du projet de la Commission du budget en 1888, ou du projet Rouvier présenté en 1891.

Le premier taxe l'alcool à 180 francs, abandonnant tous les droits sur les boissons hygiéniques, fait entrevoir la possibilité de la suppression des octrois par l'abolition des droits d'entrée, et autorisé le vinage à prix réduit. Le second taxe l'alcool à 225 francs, en demandant l'application des formalités à la circulation ; il augmente les droits de circulation sur les vins, d'où l'éventualité de la taxation du vin au degré, l'impossibilité d'acheter en France des vins naturels de 13° à 15°, et le maintien forcé des octrois; comme avantage, il concède, il est vrai, l'abolition du droit de détail.

La démonstration paraît suffisante et il semble qu'on ne doit pas hésiter à se prononcer en faveur du projet déposé en 1888, par la Commission.

On objectera certainement que le but poursuivi par M. Rouvier est des plus louables, que la suppression du budget extraordinaire est une chose nécessaire, indispensable même au crédit de la France ; mais on peut


LII PROCES-VERBAUX

répondre que chaque citoyen doit apporter sa part de l'impôt reconuu nécessaire ; en outre, que cette part doit être en raison des facultés du contribuable.

Pour pallier leurs erreurs économiques, nos gouvernants comparent toujours la taxe de l'alcool en France à la taxe en Angleterre; ils oublient de dire qu'en Angleterre les impôts de consommation n'existent pas, que les octrois y sont inconnus. Le sucre qui paie 60 pour 100 de sa valeur, en France, n'y paie aucun droit; il en est de même du thé et du café qui paient, chez nous, 220 francs et 156 francs les 100 kilogrammes. Quelles sont les taxes de l'alcool, dans les pays vinicoles? 180 francs en Italie, 70 francs en Espagne, 26 fr. 75 en Autriche-Hongrie. Les vins sont affranchis de toute taxe en Italie et en Espagne; ils paient un seul droit de 2 francs environ en Hongrie.

Voilà des points de comparaison qu'on ne peut pas négliger; et nous devons nous élever contre ce système qui consiste à frapper toujours sur la même catégorie de contribuables, système désastreux qui tend à élever toujours les impôts de consommation, ces impôts hypocrites condamnés par tous les économistes.

M. le Président remercie M. Ferrand au nom de la Société et lui offre un jeton de présence, en témoignage de gratitude pour la longue et substantielle communication qu'il a bien voulu venir faire en séance, sur la question si complexe et si ardue de l'impôt des boissons.

Comme il est assez difficile de rapprocher et saisir dans leur ensemble les détails d'une communication aussi étendue, quelques membres ne voient pas bien, pour le moment, après la suppression des droits de consommation, où le Trésor pourra retrouver intégralement les 429.000.000 qu'ils lui rapportent, et demandent des explications à cet égard. On fait observer, en outre, que l'État prélevant une part des perceptions à l'octroi, les villes le reste, il s'agit de montrer, en admettant que l'État ne perde rien, que les villes non plus ne seront pas frustrées de tout ou partie de leurs revenus.

M. Ferrand, revient sur quelques-uns des détails qu'il a donnés avec les chiffres à l'appui, qui montrent, à son avis, que l'État n'a rien a perdre en remplaçant les impôts de consommation par des impôts de production auxquels s'ajouterait encore le produit des licences. Quant aux pertes de revenus que les villes auraient à subir par la suppression des octrois, il dit que la question a été mûrement examinée et que le problème des compensations à trouver est déjà résolu. L'heure avancée ne lui permet pas


PROCÈS-VERBAUX LIII

d'entrer dans les détails d'une discussion, mais il se met à la disposition de la Société pour traiter, quand elle le voudra, cette importante question.

SÉANCE DU 7 MARS 1890 Présidence' de M. CORNEVIN

M. le Président rappelle que la Société a été invitée, par M. le Préfet du Rhône, à donner son avis au sujet de la réforme de l'impôt des boissons, question qui a donné lieu aux projets de loi dont M. Ferrand a bien voulu faire connaître la teneur et l'esprit, dans l'importante communication qu'on a entendue dans la dernière séance. Il y a deux projets en présence : celui de M. Rouvier et celui de la Commission extra-parlementaire du budget. Laissant de côté les divergences qui ne portent que sur des considérations secondaires, on peut regarder ces deux projets comme reposant sur les quatre points fondamentaux suivants :

1° Suppression du privilège des bouilleurs de cru; 2° Abolition de l'exercice, liberté de circulation, etc.; 3° Augmentation des droits sur les alcools; 4e Augmentation des licences.

Tels sont les points sur lesquels la discussion est ouverte, pour que la Société puisse formuler un avis.

M. Galtier, après avoir fait observer que les deux projets tendent également à affranchir le débitant de l'exercice, pour en charger le propriétaire, dit que c'est une nécessité, dans bien des cas, pour ce dernier, de brûler une partie de sa récolte, pour sauver le reste. Il cite son propre exemple. Eu 1884, ayant subi les attaques du mildew, il produisit un vin inbuvable et invendable qui ne titrait pas plus de 5° 1/2 ou 6°, et qui ne tarda pas à tourner. S'il n'avait pas été possible d'en retirer le peu d'alcool qu'il contenait, la récolte eût été totalement perdue. Il y a, dans le Midi, des propriétaires qui produisent de 2 à 3000 hectolitres d'un vin trop faible qu'ils ne pourraient pas vendre plus de 9 francs l'hectolitre, au moment de la récolte. S'ils attendent une hausse, ce vin tourne, à moins


LIV PROCÈS-VERBAUX

qu'il n'ait été viné. La distillation d'une partie de la récolte est donc de toute nécessité, et y mettre des obstacles serait porter une grave atteinte aux droits du propriétaire, ainsi qu'un préjudice à la valeur de la propriété qui n'est certes pas, en ce moment, dans un état prospère. On objecte que certains industriels, à l'abri du privilège, distillent des marcs qu'ils n'ont pas récoltés ; mais ils seraient faciles à atteindre ; qu'on les surveille attentivement, qu'on surveille aussi les débitants et leurs complices, car il est certain que, si tous les débitants étaient honnêtes, l'industrie des fraudeurs deviendrait impossible.

M. Rappet, considérant les dispositions draconiennes du projet présenté par la Commission, notamment dans les articles 4, 6, 9, 10, 14, 15 et 16, estime que la surveillance exercée chez le propriétaire serait infiniment plus tracassière et plus odieusement inquisitoriale que celle qui s'exerce chez le débitant. Le lieu du débit est connu et les employés s'y transportent; les propriétaires seraient obligés d'aller chercher les employés; de la, dérangement et perte de temps au préjudice de son travail quotidien. Certaines années, il y a abondance de fruits qu'on ne trouve pas à vendre ; le propriétaire aimera souvent mieux jeter au fumier cette récolte trop abondante, que de se mettre en démarches pour courir au devant de la surveillance vexatoire qui lui serait imposée, s'il voulait tirer de ses fruits le seul parti possible. La prohibition du privilège des bouilleurs de cru pourrait donc avoir pour conséquence la destruction sans compensation d'une partie des produits du sol, sans parler de la situation voisine de la servitude, qui serait faite au cultivateur.

Pour M. Gobin, la perception de l'impôt sur un produit doit se faire là où il est le plus facile à atteindre, c'est-à-dire aussi près que possible du lieu où il est utilisé.

Plusieurs membres ayant encore pris la parole, M. le Président résume la discussion en faisant encore observer que toute entrave à la liberté des propriétaires récoltants est un obstacle à l'extension des cultures et aux perfectionnements possibles de l'exploitation du sol. Il met ensuite aux voix le vote sur la suppression du privilège des bouilleurs de cru. A l'unanimité, la Société repousse cette clause du projet de loi.

Il reste à examiner les trois, autres points signalés par M. le Président.

M. Rappet fait observer que le droit de circulation, qui est peu de chose, et dont on demande pourtant l'abolition, est un excellent moyen de contrôle et qu'il paraît difficile que le fisc puisse en être dessaisi.


PROCES-VERBAUX LV

Tous les avis émis après cette observation tendant à montrer que la Société ne possède pas les éléments nécessaires pour se prononcer en connaissance de cause sur les résultats que pourront avoir l'abolition de l'exercice et la liberté de circulation, l'augmentation des droits sur les alcools, enfin l'augmentation des licences, il est décidé que, sur ces trois points, la Société s'abstiendra et s'en remettra complètement à la sagesse de l'administration.

L'ordre du jour appelle l'examen de la transformation des concours pour les primes offertes chaque année par le ministère à titre d'encouragement aux améliorations agricoles. La Commission désignée pour l'étude de cette question, s'est réunie et a préparé une série de propositions.

Il est bon de rappeler, d'abord, que le système de rotation adopté en 1868 avait partagé le département en quatre circonscriptions qui devaient être appelées à tour de rôle à concourrir pour les primes, et que c'est la quatrième circonscription qui a concouru en 1889, de sorte que l'inauguration d'un nouveau mode de concours ne peut soulever aucune réclamation. Ce point établi, il s'agissait de décider si les concours aurait toujours lieu par circonscriptions, ou si, tout le département serait appelé à chaque concours. La Commission s'est prononcée pour l'appel de tout le département. Quelle branche de l'exploitation du sol serait examinée pour l'inauguration du régime nouveau ? La Commission a décidé que ce serait la viticulture.

Pour le centre de réunion, on avait le choix entre Anse, Belleville et Villefranche ; on a adopté en définitive Villefranche, et cela pour plusieurs raisons, celle-ci entre autres : presque tous les trains partant de Lyon s'errêtent à Villefranche, puis, dans cette ville, la Société peut compter sur la sympathique et active collaboration de plusieurs membres de la Société de viticulture; enfin, à Villefranche mieux que partout ailleurs, il sera possible de trouver un jury d'une indiscutable compétence. Ces points arrêtés, de concert avec M. Deville et M. Pulliat, M. le Président a préparé un programme dont il fait connaître les principales dispositions.

Le concours sera partagé en deux sections : 1° viticulture ; 2° vinification.

La section de viticulture comprendra les sous-sections suivantes :

1° Instruments pour la taille et le greffage ;

2° Instruments pour la culture, soit à la main, soit à l'aide des animaux ;


LVI PROCÈS-VEREAUX

3° Instruments pour la destruction des parasites végétaux et des parasites du règne animal.

La troisième section sera partagée en deux sous-sections, la première comprenant les pulvérisateurs de toute espèce, la seconde, les pals, charrues, décorticateurs destinés spécialement à la destruction du phylloxera, de la cochylis, de la pyrale, etc.

La section de vinification comportera quatre sous-sections se rapportant :

1° Au foulage, au cuvage, aux pressoirs;

2° Aux levures;

3° Au soutirage et à la clarification;

4° A la conservation des vins et aux oenothermes.

Les instruments rentrant dans la seconde section pourront être représentés par des plans, des dessins ou des modèles réduits. Pour les levures, la Commission d'examen admettra, outre les échantillons en flacons, les mémoires originaux publiés sur la matière ou simplement manuscrits.

M. Galtier fait observer, d'après ce qui précède, qu'il lui semble que les agriculteurs sont à peu près exclus du concours, au profit des inventeurs et des constructeurs d'instruments.

M. Deville répond que, les agriculteurs étant admis à se présenter pour l'application des appareils mis à leur disposition par les constructeurs, leur part de récompenses ne sera pas réduite, car le jury tiendra nécessairement compte de leur initiative, du choix plus ou moins judicieux des instruments et du parti qu'ils auront su en tirer. Il ne faut pas oublier, ajoute M. Deville, que le critérium d'une invention est entre les mains de celui qui en fait l'essai pratique.

Les propositions de M. le Président, ayant reçu l'approbation de la Société, il s'agit maintenant de déterminer l'époque du concours. M. Deville émet, à cet égard, l'avis qu'il faudrait choisir de préférence le mois de juin ou le mois de juillet, pour pouvoir assister à la mise en oeuvre des instruments; mais M. le Président fait observer que les opérations de la Commission des primes sont subordonnées à l'arrivée de l'avis de l'allocation ministérielle; il rappelle que M. le Directeur de l'agricultnre lui a promis qu'à l'avenir cet avis serait transmis vers le mois de mai.

M. Billioud Monterrad donne quelques détails sur le concours de pulvérisateurs, tenu dernièrement à Montpellier. Parmi les instruments à


PROCÈS-VERBAUX LVII

grand travail qui ont plus particulièrement attiré son attention, sont les deux suivants :

Premièrement un récipient demi-cylindrique destiné à être porté par un cheval ou un mulet. A ce récipient est adapté un volant qui actionne une pompe pour refouler le liquide dans un tube plusieurs fois recourbé et terminé par quatre tubulures donnant autant de jets qui arrosent quatre ou cinq ceps à la fois. Le conducteur de cette machine n'était pas tout à fait à l'abri des éclaboussures.

Secondement, un appareil à peu près de même espèce que le précédent, mais uniquement manoeuvré à bras.

Parmi les pulvérisateurs à petit travail, il y en avait un composé du récipient que l'on connaît, qui se place sur le dos de l'opérateur. Cet appareil n'a pas de pompe; le refoulement du liquide est dû à la détente d'un ressort à boudin préalablement monté. Le liquide jaillit de l'extrémité d'un tube en caoutchouc que l'opérateur dirige à la main.

M. Deville dit que ces instruments produisent en général une trop grande déperdition de liquide., parce qu'ils en répandent autant sur le sol que sur les ceps.

SÉANCE DU 14 MARS 1890 Présidence de M. CORNEVIN

La correspondance contient le programme d'un concours littéraire et scientifique qui sera ouvert en 1890, par la Société havraise d'études diverses.

M. Gensoul fait une communication sur les rongeurs nuisibles, tirée du rapport présenté par M. Oustalet, à la section agricole des congrès internationaux de 1889.

La nombreuse série des rongeurs désignés sous le nom vulgaire de rats est remarquable surtout par son excessive fécondité. Les portées sont de trois à dix petits et peuvent se renouveler quatre à cinq fois dans l'année.


LVIII PROCÈS-VERBAUX

La souris vulgaire (Mus musculus) est très répandue maintenant par tout le globe. Elle exerce ses déprédations dans nos demeures et aussi sur les récoltes. Pour protéger les meules de blé, un des membres du congrès, M. Gayot, a proposé de les placer sur des plateformes de zinc, à une certaine hauteur au-dessus du sol, ce qui n'est guère pratique, ou de les entourer d'un fossé qui devrait être maintenu toujours plein d'eau, ce qui n'est pas possible partout. On réussit assez bien, dans certaines localités, en lâchant dans les meules quelques belettes; ces carnassiers chassent les souris sans endommager la récolte.

Le mulot (Mus sylvaticus) est fouisseur. Il bouleverse le sol, ronge les racines et dévore les grains. Il ne faut pas le confondre avec la musaraigne, qui est insectivore et possède une dentition bien différente, ni avec la souris, dont il se distingue par une taille plus forte, la tête plus grosse, les oreilles plus longues, la queue plus courte et l'arrière train plus élevé.

La rat agraire (Mus agrarius), qui habite l'Europe orientale, et le petit rat des moissons (Mus minutus) mériteraient, paraît-il, une certaine indulgence.

Les rats proprement dits, qui sont des animaux très nuisibles, sont représentés chez nous par deux espèces : le rat noir (Mus rattus), originaire d'Arabie, introduit en Europe vers le Xe siècle, à la suite des croisades, et le rat brun ou surmulot (Mus decumanus), venu d'Asie au XVIIe siècle, et qui tendrait à remplacer le rat noir. Ces deux espèces causent de grands dégâts dans les navires, les entrepôts, les magasins. On emploie contre eux le poison et les pièges. On leur fait la chasse surtout dans les canaux et les fondations des édifices, mais ils sont instinctivement défiants et éventent avec assez de sagacité les pièges qu'on leur tend. Ils ont pour ennemis acharnés les bouledogues, les chiens terriers, les cigognes, les marabouts, sans compter les chats. On pourrait tirer parti, mieux qu'on ne le fait, de ces antipathies naturelles.

Le campagnol roussâtre (Arvicola rutilas), qui habite la lisière des bois, vit de fruits et de graines sauvages. Il détruit les nichées, ronge les écorces des arbres, en hiver, et les bourgeons, en été. Il fit de grands dégâts dans les forêts, en Angleterre, dans les années 1813 et 1814. Pour s'en défaire, on creusa des fosses élargies au fond, et on en captura environ deux cent mille, dans une ou deux forêts. Les belettes, les putois, les pies, les geais, les corbeaux elles oiseaux de proie aidèrent puissamment à leur extermination,


PROCES-VERBAUX LIX

Le fameux schermaüs (Arvicola terrestris) a ravagé l'Alsace à plusieurs reprises. Sous sa forme amphibie (Arvicola amphibius), il fait le désespoir des pêcheurs, parce qu'il se nourrit non seulement de racines, mais aussi d'oeufs de poissons.

L'Arvicola musignanii causa, en 1837-1838, de graves dommages dans les maremmes de la Toscane, où il détruisit les quatre cinquièmes des moissons.

Le campagnol des champs (Arvicola arvalis) est un des rongeurs les plus malfaisants, à cause de sa prodigieuse fécondité. En un an, il peut produire trente à quarante petits qui, parvenus à l'âge de trois mois, sont déjà aptes à reproduire. Vu celte rapidité de multiplication, ils fournissent des hordes d'émigrants qui de vastent tout sur leur passage. M. Gayot compare leurs ravages aux plus grandes calamités qui puissent frapper l'agriculture. En quelques nuits ils peuvent dépouiller complètement un champ de blé de ses épis. Quand ils ont dévasté un champ ensemencé, ils se jettent sur les prairies artificielles. Ils s'attaquent d'ailleurs à toutes les cultures. De 1721 à 1794, l'Alsace fut plusieurs fois ravagée. Vers 1801, l'hiver ayant été doux, la Vendée, la Charente-Inférieure et plusieurs départements circonvoisins furent très éprouvés. L'Institut nomma une commission pour essayer d'apporter un remède à ce fléau qui sévissait aussi, vers la même époque, en Allemagne et en Belgique. En 1886, dans une grande propriété, près de Breslau, on réussit à capturer deux cent mille campagnols qui furent livrés à une fabrique d'engrais. En 1861, on en captura quatre cent mille dans la Hesse-Rhénane. En 1882, les pertes causées par les campagnols furent évaluées à treize millions, dans le département de l'Aisne seulement.

Les années à souris, c'est ainsi que les cultivateurs appellent les années où les campagnols se montrent en grand nombre, sont séparées par des intervalles plus ou moins longs. Mais on ne connaît ni les causes, ni les influences particulières qui déterminent soit l'apparition, soit la disparition de ces rongeurs.

Dans les environs de Clermont, M. Eugène Chevet a essayé contre les campagnols, des boulettes de criblures de blé aggluttinées avec de l'eau gommée et saupoudrées d'arsenic. Il déposait quelques grains empoisonnés auprès de chaque trou. Dans l'Aisne, on emploie des rondelles de racines arrosées d'eau sucrée et recouvertes de pâte posphorée ou d'arsenic. M. Gayot préconise un certain fusil à gaz, espèce de soufflet qu'on charge avec du chiffon de laine saupoudré de soufre; au moyen de ce


LX PROCÈS-VERBAUX

soufflet injecteur, on introduit des gaz délétères dans les trous, puis on bouche ces trous en tassant la terre avec le talon.

L'Arvicola agrestis et l'A. subterraneus dévastent les cultures maraîchères.

Les lemmings sont célèbres par leurs migrations. Le lemming de Norvège (Myodes lemnus), le lemming de l'Obi (M. obensis), le lemming à collier (M. torquatus) sont inconnus dans nos contrées.

Les zokors de la Russie méridionale, de l'Asie centrale et de la Mongolie; les zemmis de l'Europe orientale, de l'Asie Mineure et de l'Egypte; les sand-moles de l'Afrique australe; les géomys de l'Amérique méridionale, sont tous plus ou moins dévastateurs, mais incomparablement moins, cependant, que les hamsters, dont l'espèce la plus connue, Cricetus frumentarius, habite le nord et l'est de l'Europe et la Sibérie. Un seul hamster peut, parait-il, accumuler jusqu'à cent livres de grain dans ses greniers.

On reproche aussi quelques méfaits, mais de peu d'importance, à deux rongeurs de nos contrées, la marmotte et l'écureuil,

D'après le docteur Hoy, quelques spermatophiles américains, le Spermatophilus tridecemlineatus, pourrait nous rendre quelques services, en détruisant les arvicoles. Les muscardins, qui vivent de noisettes, de faînes, de baies, etc., pourraient aussi être employés utilement.

Les loirs et les lérots dévastent, pendant la nuit, les jardins et les espaliers ; on les combat par le poison, on leur tend des pièges; pour les empêcher de grimper aux arbres, on entoure les tiges de papier glacé; on cherche encore à les faire périr dans leurs retraites en bouchant les crevasses des murs.

Pour terminer la revue des rongeurs nuisibles, il faut encore parler du lapin (Lepus cuniculus L.). On sait qu'il s'est tellement multiplié en Australie qu'il y est devenu un véritable fléau et que, comme on ne sait comment s'en debarrasser, la propriété a subi, de ce fait, une véritable dépréciation. Un propriétaire, après avoir dépensé un million pour la destruction des lapins, a dû renoncer à la lutte. On a essayé, sans succès, l'inoculation du choléra des poules, d'après la méthode Pasteur. Le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud offre une récompense de 625.000 francs à l'auteur d'un procédé de destruction réellement efficace.

En résumé, le nombre des rongeurs nuisibles est considérable, et les moyens pour s'en défendre font presque défaut. Toutes les recettes proposées sont bonnes en elles-mêmes, mais l'application, dans la mesure


PROCES-VERBAUX LXI

voulue, en est presque rendue impossible par le grand nombre des ennemis. Nous négligeons trop les espèces animales qui pourraient nous venir en aide. Nous avons bien des chats, mais peu de chiens terriers. Les rapaces nocturnes, hiboux, chouettes, seraient d'utiles auxiliaires, mais les paysans sont imbus d'un préjugé tenace à l'égard des oiseaux de nuit qu'i's regardent comme des oiseaux de mauvais augure; ils les tuent quand l'occasion se présente et les clouent aux portes de leurs granges. Il serait utile d'apprendre aux cultivateurs qu'ils se portent un véritable préjudice en détruisant une chouette. Il faudrait encore, par des recherches méthodiques, faire cesser l'incertitude où nous sommes sur la qnestion de savoir si les taupes, les corbeaux, les pies et autres animaux répandus dans la campagne sont, en définitive, utiles ou nuisibles.

A l'occasion de la communication de M. Gensoul, M. Locard rappelle qu'il a publié, dans les Annales de la Société linéenne, une description des mammifères du département du Rhône, dans laquelle il établit que tous les petits mammifères, excepté le hérisson, sont nuisibles. Le hérisson est assez commun chez nous. Un auteur allemand cite même les environs de Villefranche comme particulièrement riches en hérissons. Il est admis communément qu'il y en a deux espèces, l'une à tête de cochon, l'autre à museau allongé, rappelant la tête du chien; c'est une erreur due à la différence d'aspect que présente l'animal, suivant qu'il est gras et bien nourri, ou qu'il a plus ou moins jeûné. Le hérisson n'est pas fouisseur; il se retire dans les haies ou les buissons fourrés, ne vivant que de vers et d'insectes; il peut rendre des services à l'agriculture. Sa chair est assez bonne et les bateleurs nomades s'en régalent volontiers. On ne devrait pas négliger ce modeste auxiliaire dans le combat contre les destructeurs de nos récoltes, combat pour lequel nous sommes si mal armés. Comme on l'a dit, les chiens terriers ne sont pas assez répandus ; nous avons les chats qui sont d'intrépides chasseurs, mais qui s'éloignent peu des habitations; les oiseaux de proie ont contre eux l'ignorance des paysans, qui cherchent plutôt à les détruire qu'à les utiliser. Il importerait donc que, dans les écoles rurales et dans les conférences faites par les professeurs départementaux, une place fût réservée pour la diffusion d'idées saines, sur les moyens d'employer, pour la destruction des espèces nuisibles, les ennemis que la nature leur a créés.

M. Billioud-Monterrad dit que, au moment des labours, des chiens suivent souvent la charrue et dévorent avec ardeur une énorme quantité de rats. M. Locard fait observer que les chiens que le laboureur emmène


LXII PROCES-VERBAUX

avec lui pour manger les rats pendant qu'il laboure, s'acquitteraient bien mieux de celte besogne si, ce jour-là, on supprimait la pâtée.

M. Cornevin pense qu'on devrait employer davantage le chien terrier. Il dit que la ferme de l'École vétérinaire serait inhabitable sans les deux chiens terriers qu'on y entretient, vu le nombre considérable de gros rats d'égout qui y ont élu domicile et s'y multiplient. Ces chiens font aux rats une guerre acharnée, et s'ils pouvaient, comme eux, grimper sur les loits, il est probable qu'ils les auraient déjà tous exterminés. M. Cornevin fait encore observer que le lapin, quoique très voisin du lièvre comme espèce animale, résiste cependant beaucoup moins aux influences nuisibles. On sait que le lapin, vu son aptitude à contracter toute espèce de maladies, est, par excellence, le sujet qui se prête le plus facilement aux expériences des physiologistes. Le lièvre se contente, pour dormir, d'un gite sous un buisson, tandis que le lapin, plus sensible au froid, a besoin de se creuser un terrier. Le lièvre se multiplie sous les plus hautes latitudes; le lapin ne monte pas plus haut que l'Ecosse; les basses températures lu font contracter la diarrhée et les garennes se dépeuplent dans les hivers rigoureux.

M. Marnas dit qu'il a eu des lapins de clapier qui ont résisté aux hivers les plus durs, n'ayant d'autre abri que leurs cages fermées par un simple grillage.

M. Rappet ayant présenté cette remarque que le lapin naît sans poil, tandis que le lièvre possède une fourrure dès sa naissance, M. Cornevin dit que cela tient à une différence dans la durée de la gestation de la hase et de la femelle du lapin.

Après cette observation, M. Cornevin fait une communication sur les variations de la durée de la gestation.

Si l'on compare les animaux domestiques à leurs ancêtres sauvages, on voit que, par suite de la domestication, la durée de la gestation et le développement du nouveau-né ont diminué. On trouve ausssi que la race a une certaine influence sur ces modifications. D'après le témoignage des auteurs anciens, tels que Columelle, Varron, Caton, il semble que depuis l'antiquité, pour ne parler que de l'espèce bovine, la gestation a encore été abrégée par suite des soins dont cette espèce a été l'objet constant. Toutefois, l'autorité des renseignements transmis par ces auteurs se trouve un peu infirmée par le manque de précision des textes et par les différences qui ont été introduites dans la supputation du temps.

En 1817, l'abbé Teissier a publié des observations très détaillées, des-


PROCÈS-VERBAUX LXIII

quelles il résulte, si on les compare aux observations récentes faites à la ferme de l'École vétérinaire, que, dans l'espace de soixante-treize ans, il y a eu, pour la vache, diminution moyenne d'un jour et demi, d'un jour pour la brebis, et pour la jument, augmentation d'une demi-journée.

Voici les nombres de jours enregistrés par M. Cornevin, pour les principales races :

Schwitz. . 288 3/4 Flamande. . . 280 Ayr. .... 279 Fribourgeoise 287 1/2 Durham. . . 280 Hollandaise. . 279 Salers. . . 286 Jersey ... 279 Bretonne. . . 277

Tarentaise . 282 Valaisanne. . 279

Moyenne : 281 j. 70 ; voilà un premier fait.

Mais il y a d'autres facteurs que la race : en premier lieu l'âge. Une femelle jeune porte moins longtemps qu'une vieille ; ainsi, chez une vache schwitz saillie par un jeune taureau, la durée moyenne a été :

De la première à la quatrième portée, de. . 287 j. 3/4; De la cinquième à la limite de la fécondité, de. . 289 Après l'âge vient le sexe du produit.

Pour une jeune bête :

Si le produit est mâle. . . 289 jours; Si le produit est femelle. . 286

Pour une bête âgée :

Donnant un produit mâle. , 291 jours; Donnant un produit femelle. 287

La même vache, d'ailleurs, ne porte pas le même temps, suivant qu'elle donne un mâle ou une femelle. Voici les nombres de jours enregistrés pour cinq parturitions d'un même sujet :

Premier produit, femelle. 275 Quatrième produit, mâle. 284

Deuxième — mâle. . 284 Cinquième — femelle. 278

Troisième — mâle. . 279

Ces différences de temps doivent tenir à la différence de poids du produit, suivant qu'il est mâle ou femelle.

Le veau mâle d'une vache de 3 à 4 ans pèse en moyenne 46ks,500 ; — femelle — — — 39kg,800.

la durée de la gestation étant de 289 jours dans le premier cas, de 286 dans le second ;

A partir de 5 ans, le veau mâle de la même vache pèse 49 kilogr. femelle — 42 —

les durées de gestation sont de 291 et de 287 jours.

PROCÈS-VERBAUX, 1890. 5


LXIV PROCÈS-VERBAUX

Le parallélisme entre la durée de la gestation et le poids du produit est donc bien évident.

La domestication et raffinement qui en résulte augmentent la précocité et diminuent le développement ; dans la race Durham, la plus améliorée de toutes, les veaux pèsent de 30 à 31 kilogrammes; dans les races rustiques de la Suisse, on en trouve de 45 à 50 kilogrammes.

L'espèce ovine permet des constatations du même, genre.

Les brebis de la Haute-Loire portent en moyenne de 156 à 158 jours ;

Les brebis South-down et Dishley portent — de 148 à 149 —

M. Locard ayant demandé si la nourriture et le travail n'ont pas aussi une influence considérable, M. Cornevin répond que la nourriture est certainement le facteur le plus important, attendu que c'est précisément par le régime alimentaire qu'on arrive à l'amélioration. Il ajoute qu'il y a encore un facteur dont l'action n'est pas douteuse, la température ; on a pu s'en assurer par les incubations artificielles, soit des oeufs d'oiseaux, soit des oeufs de saumon. Seulement, il est si difficile de réaliser des conditions qui, toutes choses égales d'ailleurs, permettraient de dégager nettement la part due à la température seule, qu'à cet égard on n'a pas encore obtenu des résultats d'une bien grande précision.

SÉANCE DU 21 MARS 1890 Présidence de M. CORNEVIN

La Société reçoit du ministère de l'instruction publique une circulaire relative aux concours de la Sorbonne, en 1890.

La correspondance contient encore une circulaire du Club aéronautique lyonnais, et des lettres d'invitation pour la conférence organisée par cette société, avec le concours de M. le professeur Faure, qui aura lieu le 28 mars.

M. le Président donne lecture d'une demande portant dix signatures, tendant à la revision des articles 1, 2, 9, 11, 15,17, 18, 22, 25, 26 et 43 du règlement. Comme il s'agit de modifications proposées pour donner


PROCES-VERBAUX LXV

suite, s'il y a lieu, à la proposition de fusion émanée de la Société des sciences industrielles, plusieurs membres proposent de renvoyer la question à la commission composée de MM. Arloing, Gobin, Leger, Marnas et Rappet, désignée, dans la séance du 21 juin 1889, pour examiner le projet de fusion. Sans s'opposer au renvoi à cette commission, d'autres membres, estimant que les modifications réclamées s'imposent, en quelque sorte, dans les circonstances présentes, puisqu'elles ont surtout pour objet d'élargir les cadres de la Société et d'abréger les délais des candidatures, demandent qu'à la commission dont il vient d'être parlé et qui a déjà, en partie, rempli son mandat, soient adjoints de nouveaux membres, afin que toutes les opinions soient représentées, autant que possible, dans les discussions ultérieures. Cette demande est accueillie favorablement et il est décidé qu'à la commission primitive seront adjoints MM. Billioud-Monterrad, Burelle, Chaurand, Gensoul, Locard et Péteaux.

M. Saint-Cyr donne lecture de plusieurs passages d'un long mémoire sur l'oasis de Gabès, considérée au point de vue agricole. Ce travail, rédigé en collaboration par un neveu de M. Saint-Cyr, M. Fray, vétérinaire au 4e spahis, et M. Boutinot, pharmacien au même régiment, est renvoyé à la Commission de publication.

M. Leger demande comment les cultivateurs de l'oasis de Gabès peuvent se procurer, dans un pays où le bétail n'est pas soumis au régime de la stabulation, les engrais dont ils ont besoin.

M. Saint-Cyr répond à cette question en donnant lecture des paragraphes consacrés aux fumures, où l'on voit que les sources d'engrais ne font pas défaut et que l'aménagement des matières fertilisantes est assez bien entendu.

M. Deville fait observer qu'en Tunisie, comme en Algérie, les terres réclament moins de fumure qu'en France parce qu'elles renferment une somme considérable de principes accumulés pouvant subvenir à un grand nombre de récoltes successives avant d'être épuisées ; en outre, que le sol de ces contrées est riche en azote organique dont la nitrification, favorisée par la température, est mise en évidence par les efflorescences salines qui couvrent le sol à certaines époques.


LXVI PROCÈS-VEBBAUX

SÉANCE DU 28 MARS 1890 Présidence de M. CORNEVIN

Une circulaire du Ministre de l'agriculture rappelle que les associations agricoles doivent se faire représenter aux réunions qui sont tenues aux concours régionaux, pour préparer le programme des concours suivants, chaque association étant libre d'envoyer ses délégués au concours le plus à sa portée. M. Gensoul veut bien accepter la mission de représenter la Société au concours de Roanne, le plus voisin de Lyon, qui sera tenu du 7 au 15 juin.

Une circulaire du Ministre de l'instruction publique annonce que la quatorzième réunion des délégués des Sociétés départementales des Beaux-Arts sera tenue à l'École des Beaux-Arts, du 27 au 30 mai.

La Société des agriculteurs de France fait connaître le voeu qu'elle a émis dans son assemblée générale du 8 février, en vue d'obtenir qu'un droit de 3 francs par 100 kilogrammes soit immédiatement établi sur les maïs étrangers ; elle demande que la Soctété veuille bien s'associer à ce voeu.

La Société du Caveau lyonnais adresse une circulaire pour faire part du projet d'un monument à la mémoire de Pierre Dupont. La circulaire est accompagnée d'une liste de souscription.

M. Nicollet, publiciste délégué de la préfecture de l'Isère, à l'Exposition universelle, annonce la prochaine publication de son rapport sur les choses rurales de cette Exposition.

La correspondance épuisée, la parole est donnée à M. Galtier, pour la lecture d'un mémoire sur la fréquence des cas de rage observés à Lyon et dans le département du Rhône, depuis quelques années.

Vu l'importance et la gravité des renseignements statistiques contenus dans ce travail, et qui montrent que par suite, soit de la négligence des propriétaires de chiens, soit d'une inexplicable tolérance de l'administration, les.cas de rage sont devenus plus fréquents à Lyon et dans la banlieue lyonnaise que partout ailleurs, M. Chaurand et plusieurs de ses collègues demandent que la note de M. Galtier soit transmise à la préfecture, et, en outre, qu'un extrait de cette note soit adressé aux journaux, afin que le public soit renseigné sur la situation. Après avoir formulé cette proposi-


PROCÈS-VERBAUX LXVII

tion. M. Chaurand adresse à M. Galtier quelques questions concernant les modes de transmission de la rage, la durée de l'incubation, etc.

M. Galtier répond, en premier lieu, que l'administration est suffisamment avertie par la note très détaillée qui a été soumise au Conseil d'hygiène et de salubrité; en second lieu, qu'il est d'autant plus utile d'informer le public par la voie des journaux, que la presse, en général, s'est presque toujours montrée quelque peu antipathique aux mesures préventives prises jusqu'ici contre la rage, lesquelles, il faut bien le reconnaître, n'ont pas non plus les sympathies du public. Il est probable que la population, mieux instruite, reviendra à une appréciation plus équitable des mesures prises dans son intérêt. Indépendamment du danger poulies personnes, danger qu'on devrait conjurer à tout prix, il faut faire entrer en ligne de compte les pertes que peuvent subir, par le fait de la rage, les propriétaires de bestiaux. Tout animal atteint de la rage doit être sacrifié immédiatement, et il est absolument interdit d'en livrer la chair à la consommation.

Pour répondre aux diverses questions de M. Chaurand, M. Galtier donne encore les détails suivants :

Les herbivores enragés ne communiquent que très rarement la rage, attendu qu'ils ne cherchent pas à mordre; cependant, si la transmission par eux est rare, elle n'est cependant pas impossible. La chair de ces animaux ne présente pas les dangers que l'on croit; quelques expérimentateurs ont même mangé de cette chair crue, impunément. Quoi qu'il en soit, il est défendu d'utiliser la viande des animaux même récemment mordus. La mise en observation, pendant quarante jours, des chiens mordus est une mesure purement illusoire, attendu que la durée de l'incubation est extrêmement variable et qu'on n'en connaît même pas la limite. On a vu des chiens devenir enragés un an après avoir été mordus. Ces faits sont rares, il est vrai, mais il montrent qu'une séquestration de quarante jours ne suffit pas pour écarter tout danger. Actuellement, l'École vétérinaire ne reçoit plus d'animaux en observation. Il en devrait être de même partout, et tout animal mordu devrait être abattu immédiatement. En Allemagne, on a pris cette mesure radicale et on s'en est bien trouvé.

M. Gensoul déclare que, dans la commune qu'il administre comme maire,, les cas de rage sont devenus très fréquents dans ces dernières années, et il ajoute qu'il a été obligé de déployer une grande fermeté pour triompher de l'incurie et quelquefois de la mauvaise volonté de ses


LXVIII PROCÈS-VERBAUX

administrés. Il fait encore observer que la question des droits des propriétaires sur les animaux malfaisants, question qui a été vaguement agitée au dernier congrès agricole, n'a pas encore reçu de solution définitive. La loi permet bien au propriétaire de tuer les poules et les pigeons du voisin qui font irruption chez lui; mais s'il s'agit des lapins, le lapin étant considéré comme un gibier, le propriétaire dont les lapins du voisin dévastent le jardin se trouve désarmé en temps de chasse prohibée.

M. Galtier dit que, dans ce cas, les intérêts des propriétaires sont jusqu'à un certain point garantis par la jurisprudence. Il cite un exemple :

Un éleveur de lapins avait disposé, dans son clos, un tas de fagots pour créer des abris à ces animaux; un propriétaire voisin, ayant à se plaindre de dégâts causés chez lui, intenta une action où il eut gain de cause, car il lui fut alloué des dommages-intérêts. Les lapins, ajoute M. Galtier, ne causent pas plus de dégâts que les moineaux dans certaines contrées. En Algérie, par exemple, les moineaux sont terribles pour les vignobles dont ils détruisent quelquefois jusqu'aux deux tiers de la récolte.

M. Cornevin fait part de quelques observations intéressantes, qu'il a relevées dans le mémoire sur l'oasis de Gabès, présenté par M. Saint-Cyr, au nom de MM. Fray et Boutinot.

Les auteurs ont essayé l'importation, en Tunisie, de la plupart des légumes et des fruits d'Europe. Il ont réussi dans beaucoup de cas, mais quelques-unes de leurs importations n'ont donné que de médiocres résultats; notamment les haricots, les melons, les pommes et les poires ; les pommes et les poires s'y développent moins bien que chez nous et n'y acquièrent pas la même saveur. La pomme de terre, qu'on avait déjà introduite dans le pays, donne des plants vigoureux (0m,80) ; mais,soumise à la même culture qu'en Europe, elle ne fournit qu'un petit nombre de tubercules à peine gros comme des noisettes ; on ne réussit à lui faire produire des tubercules nombreux et bien développés qu'en adoptant la méthode arabe qui consiste à submerger les champs tous les mois.

Les indigènes cultivent en grand une graminée (Eleusine caracana), qu'ils appellent bechena; ils en tirent une farine grossière qui sert de base pour l'alimentation des femmes auxquelles on veut faire acquérir l'embonpoint regardé, dans le pays, comme le principal caractère de la beauté.

En trois années d'observations consécutives, les auteurs n'ont pas relevé un seul cas de tuberculose dans l'espèce bovine.

L'espèce ovine est représentée, en Tunisie, par les moutons à large


PROCES-VERBAUX LXIX

queue. Ils ont les oreilles longues, larges et pendantes, mais fréquemment les agneaux viennent au monde dépourvus de conque auriculaire. Ce fait avait d'ailleurs été déjà observé dans d'autres cas. Vu le singulier développement de leur queue, ces animaux ne sont pas dans les conditions ordinaires pour l'accouplement. Pendant son voyage en Syrie, M. Lortet a observé que les femelles s'accroupissent et que l'accouplement se fait comme celui des chameaux. D'après MM. Fray et Boutinot, l'opération exige l'intervention de la main du berger pour l'introduction du pénis.

Les chiens à longs poils, tels que caniches et épagneuls, ne s'acclimatent pas en Tunisie. Ceux qu'on y introduit dépérissent et ne font pas souche. Les chiens qui peuvent s'y multiplier sont les chiens à poil rude et ras.

M. Saint-Lager fait observer qu'on a constaté depuis longtemps la nonréussite des fruits d'Europe dans les pays chauds, ainsi que l'incompatibilité des hautes températures avec les fortes toisons , il rappelle, à cette occasion, le nom de pelones donné aux moutons des parties intertropicales de l'Amérique.

M. Galtier dit que la tuberculose n'existe pas non plus dans le midi de la France, parmi les troupeaux vivant en liberté. Ces troupeaux se trouvent dans des conditions hygiéniques bien meilleures que ceux qui sont condamnés à la stabulation, pendant la plus grande partie de l'année, dans nos montagnes du centre. Ces derniers, non seulement n'ont pas un cube d'air suffisant, mais ils respirent, en outre, les exhalaisons de l'épaisse couche de fumier accumulée dans les étables. Ces faits confirment la doctrine des cures d'air qui a pris naissance en Allemagne et pour l'application de laquelle on a créé récemment des établissements spéciaux, notamment dans les Grisons.

SÉANCE DU 18 AVRIL 1890 Présidence de M. CORNEVIN

M. le Préfet du département du Rhône informe que la Société est inscrite pour une somme de 900 francs dans la répartition du crédit


LXX PROCÈS-VERBAUX

inscrit au budget départemental de 1890, pour subvention aux sociétés, comices, concours et réunions agricoles.

Le Ministre de l'instruction publique et des beaux arts, sur un voeu . exprimé par la section d'histoire et de philologie, du Comité des travaux historiques et scientifiques, informe que MM. les délégués des associations de province ne devront plus désormais se borner à faire connaître le titre seul des communications qu'ils se proposent de présenter au congrès des sociétés savantes, mais faire suivre ce titre d'une analyse succincte de leurs communications. Ce système aura pour avantage de permettre la rédaction précise d'un ordre du jour dans lequel seront groupés les travaux de même ordre destinés à être présentés dans une même séance.

Une circulaire du Comité des travaux historiques et scientifiques, signée Delisle, président de la section d'histoire et de philologie, contient les mêmes instructions.

La Société académique indo-chinoise demande une adhésion au voeu qu'elle se propose d'adresser à M. le Président du Conseil, Ministre du commerce, de l'industrie et des colonies, et à M. le sous-secrétaire d'État et des colonies. Ces voeux, accompagnés de nombreux considérants, sont les suivants :

1° Que la France fasse abandon aux établissements français de l'Inde, de la recette qui figure aux produits divers du budget sous le nom de Rente de l'Inde.

2° Que les Hindous-Français munis du diplôme de licencié en droit, soient plus fréquemment admis dans la magistrature coloniale et qu'une partie des sièges de l'Inde et de l'Indo-Chine leur soit réservée;

Que les Hindous-Français pourvus du brevet de l'enseignement primaire ou de celui du baccalauréat, soient admis dans les emplois publics des services de l'Indo-Chine française, au même titre que les Français de la Métropole, et qu'une partie de ces postes leur soit réservée;

3° Qu'un dégrèvement soit accordé à ceux des produits de nos colonies qui peuvent concourir à développer les échanges entre la France et ses possessions d'outre-mer, sans faire concurrence à la production métropolitaine.

Que les produits naturels des établissements français de l'Inde, qui n'ont pas leurs similaires en France (sésames, arachides, etc.), soient admis en franchise sur le territoire français à la condition d'être munis d'un certificat d'origine délivré par l'autorité coloniale.

La lecture de ces voeux donne lieu à une discussion à la suite de laquelle


PROCES-VERBAUX LXXI

la Société se déclare incompétente pour prendre parti pour ou contre les demandes formulées.

La correspondance épuisée, M. Royet donne lecture d'un article du journal le Temps, qui résume une communication faite par M. Emile Blanchard à la dernière réunion de l'Académie des sciences, communication qui n'a pas encore paru dans les comptes rendus des séances de l'Académie. M. Blanchard, partant de ce principe que les éléments du fil de soie doivent exister dans la nourriture du ver, c'est-à-dire dans la feuille de mûrier, a été amené à chercher la réalisation, par des agents chimiques, d'une digestion artificielle des feuilles, puis la production d'une membrane capable d'effectuer la dialyse de la substance soyeuse, à l'instar de la membrane qui constitue les glandes séricigènes. En étudiant, sur le ver, la transformation des substances qui donnent la soie, M. Blanchard aurait reconnu, à ce qu'il affirme, que la substance qui s'accumule dans les glandes entraîne avec elle les matières colorantes ; il aurait même obtenu des cocons verts et des cocons rouges, en saupoudrant les feuilles de mûrier avec de l'indigo et avec de la garance. Bien qu'il entrevoie des difficultés énormes à tirer de la feuille, par des procédés chimiques, une substance qui ne s'y trouve qu'en minime partie, M. Blanchard ne croit pas ces difficultés insurmontables; il reconnaît seulement que les expériences à tenter dans ce but, seraient très dispendieuses.

Cette communication donne lieu à de nombreuses observations.

M. Royet dit qu'il se produit naturellement des cocons verdâtres, sans addition d'aucune matière colorante aux feuilles, mais qu'il n'a jamais vu de cocons rouges. Il ajoute que M. Blanc a expérimenté sur le ver du chêne en colorant les feuilles avec du carmin; les vers se sont montrés revêtus d'une pellicule rouge qui tombait à chaque mue, mais jamais la coloration n'est parvenue jusqu'au fil.

M. Saint-Lager dit que M. Blanchard a eu des devanciers. Sans remonter plus haut que 1849, des expériences ont été faites, à Lyon, sans, aucun résultat, dans la voie tracée par M. Blanchard. Au point de vue physiologique, l'idée est basée sur une erreur à peine concevable chez un. savant qui jouit pourtant d'une réputation bien méritée.

Il est certain, dit M. Cornevin, que les éléments du sucre se trouvent dans la nourriture que la canne, la betterave, la carotte, etc., tirent du sol, tout comme les éléments de la viande et du lait, dans les fourrages dont se nourrissent les animaux ; mais avec l'intervention des seules actions chimiques, les savants n'ont jamais réussi, jusqu'à présent, à pro-


LXXII PROCÈS-VERBAUX

duire ni sucre, ni viande, ni lait. L'organisme opère des réactions qui paraissent être l'apanage exclusif d'appareils qu'on ne rencontre pas dans les laboratoires.

M. Gensoul donne lecture, au nom de M. le Président de la Commission des soies retenu par une indisposition, d'un projet de programme pour l'encouragement des petites éducations. Il ne s'agit pas d'organiser des concours, comme en 1889, mais la Commission des soies a pensé qu'en récompensant les petites éducations bien conduites, elle contribuerait au relèvement de la sériciculture dans nos environs.

M. Isaac s'associe pleinement au projet de la Commission des soies, mais en exprimant le désir que les informations nécessaires soient prises, pour que les récompenses soient décernées précisément et uniquement aux personnes qui les auront méritées. Il précise sa pensée en rappelant quelques-unes des récompenses accordées à la suite des concours de l'année dernière. Parmi les personnes primées, il se trouve un cantonnier et un facteur rural; or, il est évident que chez l'un et chez l'autre, comme dans la plupart des ménages où se sont faites des éducations, c'est la ménagère qui les a surveillées, conduites et menées à bien et que, si l'homme y a pris part, c'est seulement en apportant les feuilles à la maison ; c'est donc la femme, plutôt que l'homme, qu'il aurait fallu récompenser. Quant à la forme des récompenses, M. Isaac croit qu'on pourrait la modifier quelquefois, sans inconvénient. Il dit qu'il entretient à Condrieu deux écoles de dessin pour les petites filles; les prix qu'il accorde consistent en livres, en gravures, et aussi en modestes bijoux d'argent qui sont reçus avec le plus grand plaisir. En donnant cette forme aux récompenses, on est sûr, au moins, qu'elles ne prennent pas le chemin du cabaret.

M. le Président ayant demandé quels ont été les effets de la gelée du 13 de ce mois, M. Deville dit que la vigne a souffert, moins cependant, que si les bourgeons eussent été épanouis. Comme toujours, c'est dans les endroits bas et humides, que la vigne a été atteinte; près de la moitié des bourgeons ont été roussis. Les coteaux ont été généralement épargnés. Il y a eu aussi quelque dommage sur les arbres fruitiers.

M. Gobin confirme ces renseignements de ses propres observations. Il ajoute que les ceps placés contre les murs ont été indemnes.

Diverses opinions sont émises sur les causes du renversement de température par suite duquel les gelées printanières épargnent souvent les coteaux et sévissent de préférence sur les fonds. Le rayonnement nocturne, favorisé par la clarté du ciel est certainement la cause principale des gelées


PROCES-VERBAUX IXXIII

tardives, et on sait que dans l'Inde, les Anglais se procuraient autrefois de la glace en utilisant ce phénomène météorologique. Mais les lieux élevés rayonnent aussi bien que les endroits bas; donc il doit y avoir certaines influences particulières. Faut-il les chercher dans une évaporation plus ou moins abondante? Faut-il faire intervenir le grand pouvoir émissif des plantes vertes? Une remarque de M. Gensoul confirmerait cette seconde hypothèse ; il a vu, en effet, que la lisière des vignes bordées par des chemins herbeux est généralement plus maltraitée que l'intérieur. Quoi qu'il en soit, aucune explication donnée jusqu'à présent n'est absolument satisfaisante et la théorie du phénomène reste encore à faire.

L'ordre du jour étant épuisé, le secrétaire rappelle le nombre des places vacantes, ainsi que celui des candidatures ; il distribue ensuite les dossiers aux Comités de présentation, en vue des élections qui doivent avoir lieu dans la séance du 2 mai.

SÉANCE DU 25 AVRIL 1890 Présidence de M. CORNEVIN

L'ordre du jour appelle la lecture des rapports des Comités de présentation.

M. Biétrix Joseph fait une communication sur un essai d'engrais chimiques. Les engrais chimiques complets lui ont toujours donné d'excellents résultats dans ses propriétés de l'Isère; mais il n'en a pas été de même, dans ses propriétés du Bourbonnais, où ils se sont montrés absolument impuissants. Les conditions, il est vrai, ne sont pas les mêmes, le sol, dans le second cas étant purement granitique sans trace de chaux, et livré, pour la première fois à la culture du blé. L'année dernière, il a été ajouté à l'engrais, du plâtre qui n'a pas produit le moindre effet. Les propriétés fertilisantes des matières employées se manifesteront-elles plus tard? En attendant, M. Biétrix désirerait avoir une explication de son insuccès.

M. Burelle dit que M. Colcombet a déjà fait les mêmes constatations que M. Biétrix, dans des conditions analogues. Le fait tient probablement


LXXIV PROCES-VERBAUX

à ce que le terrain n'est pas encore arrivé à un degré de culture suffisant pour pouvoir supporter les engrais chimiques. De même qu'un animal sauvage n'est pas apte à supporter les procédés d'engraissement mis en oeuvre par les éleveurs, un terrain fraîchement défriché ne doit pas se comporter comme un sol façonné et ameubli depuis longtemps par la culture, et où il a pu se former déjà une accumulation d'humus. L'expérience a d'ailleurs fait justice de cette proposition émise autrefois par M. G. Ville, qu'un terrain absolument stérile, composé, par exemple, de silice pure, devient apte à produire des récoltes, par la seule addition de l'engrais chimique complet. Il faut, en outre, tenir compte de ce que jusqu'à présent les conditions atmosphériques n'ont pas été bien favorables, et, d'un autre côté, de ce que l'influence des fumures ne se montre guère avant le mois de mai ; dans quelques jours, peut-être, y aura-t-il un manifeste changement.

M. Revol pense qu'il faut peut-être aussi prendre en considération l'acidité du sol, dans le cas dont il s'agit, car il y a des terres nouvelles où les engrais chimiques réussissent, moyennant un marnage ou un chaulage préalables. Dans beaucoup de cas, du reste, il est bien possible que le phosphate de chaux doive son action fertilisante à la chaux qu'il apporte dans le sol.

M. Saint-Lager cite une expérience récente faite par un agriculteur qui cultive un sol granitique entre Thiers et Vichy. Ce sol, ensemencé en seigle, a été divisé en deux parts; sur le premier lot, il a été répandu de la poudre d'os, sur le second, de la chaux. Jusqu'à présent c'est la culture chaulée qui a la plus belle apparence, ce qui est dû, probablement, à la transformation de l'humus en humate de chaux.

Pour qu'un défrichement arrive à l'état de terre cultivée en plein rapport, il faut, suivant M. Burelle, qu'il passe par trois phases successives. En premier lieu, il faut que celte terre reçoive de la chaux ; après la chaux doivent venir les phosphates ; enfin, quand les phosphates ont produit leur effet, il faut faire intervenir l'azote, au moyen des engrais chimiques. Si l'on remonte à vingt ans et plus, en arrière, on n'employait, comme amendement, dans le centre de la France, notamment dans les départements du Cher et de la Creuse, que la chaux, et il s'était établi dans ces départements un grand nombre de fours à chaux, uniquement pour répondre aux demandes des agriculteurs. A la chaux ont succédé les phosphates qui arrivaient par wagons entiers. Actuellement ces départements sont arrivés à la troisième période et c'est de l'usine de Montluçon qu'ils tirent la presque totalité des engrais dont ils ont besoin,


PROCES-VERBAUX LXXV

M. Cornevin appelle l'attention de la Société sur un article du Journal de l'agriculture (n° du 23 avril), dans lequel un chimiste, M. Rommier, signale la diminution de la puissance fermentescible de la levure ellipsoïdale de vin, en présence des sels de cuivre.

On sait que la fermentation du vin est due à des ferments divers, notamment à la levure ellipsoïdale, à la levure Pasteur, à la levure apiculatus. La levure ellipsoïdale, au moyen d'une diastase qu'elle sécrète, transforme le sucre eu dextrose et cellulose qu'elle fait fermenter intégralement. Elle apparaît sur le raisin en voie de maturation; c'est elle qui communique aux moûts le bouquet propre à chaque variété de cépage. A la suite d'essais de mise en fermentation de quelques grappes de la variété dite follebelle, qui produit les grandes eaux-de-vie des Charentes, M. Rommier ayant constaté la présence de la levure apiculatus et l'absence à peu près complète de la levure ellipsoïdale, a voulu remonter aux causes. Forcé d'écarter les influences atmosphériques qui avaient été des plus variées, il a pensé qu'il pouvait se trouver en présence d'une action due aux sels de cuivre qu'on avait répandus tardivement sur les feuilles de la vigne, pour les préserver du mildew. Pour savoir à quoi s'en tenir, à cette égard, il a fait les expériences suivantes.

Dans de petites fioles, il a été introduit du jus de raisin filtré et stérilisé, à raison de 40 centimètres cubes par fiole; on y a ajouté des doses de sulfate de cuivre contenant 1, 2, 3 et 4 milligrammes du métal et on a ensemencé le liquide avec une culture récente de la levure ellipsoïdale des vins de Champagne. On a exposé les récipients à une température de 18 à 25°, conditions dans lesquelles une culture de cette levure, exempte de cuivre, germe entre seize et dix-huit heures et est en pleine fermentation en vingt-quatre heures.

Avec 1 milligramme de cuivre, la germination a commencé au bout de trois heures, la fermentation au bout de soixante heures; la pleine fermentation n'a eu lieu que vingt-quatre heures après.

Avec 2 milligrammes, la germination a semblé se faire vers soixantehuit heures, et la fermentation vers quatre-vingt-seize heures, pour continuer assez lentement dans la suite.

Au fond des deux fioles contenant 3 et 4 milligrammes de cuivre, on a vu, au bout de quatre-vingt-seize heures, quelques petits points blancs indiquant un commencement de germination ; quelques bulles de gaz se sont dégagées vingt-quatre heures après, et la fermentation a continué ensuite lentement.


IXXVI PROCÈS-VERBAUX

On doit donc conclure que le cuivre qui retarde la fermentation de la levure ellipsoïdale peut exercer la même influence sur les spores de cette levure, au moment où ces spores se forment sur là pellicule du raisin, mais que ce métal ne peut pas empêcher l'apport d'autres levures par les insectes. Ce fait est de peu d'importance pour les vignes à vins communs dont le raisin a toujours un ferment quelconque plus ou moins bon. Il n'en est pas de même pour les vins de qualité dont le bouquet peut être modifié par le changement de la levure qui leur est propre. Aussi doit-on éviter, autant que possible, les applications tardives des sels de cuivre sur les feuilles de la vigne, pour les préserver du mildew.

M. Revol dit qu'il a fait fermenter du raisin arrosé de sulfate de cuivre sans que la fermentation ait paru en être entravée. Il s'agissait de reconnaître si le vin conservait du cuivre, pour savoir à quoi s'en tenir au sujet des reproches adressés à l'emploi des sels de cuivre contre le mildew; aussi la bouillie bordelaise n'avait pas été épargnée. On sait que le vin ne retient que des traces à peine appréciables de cuivre et que ce métal se retrouve à peu près en totalité dans les lies. Comme là s'arrêtait le but des recherches de M. Revol, il ne s'est pas inquiété de savoir si la qualité du vin était modifiée, non plus que de reconnaître à quelle espèce de levure était due la fermentation.

SÉANCE DU 2 MAI 1890 Présidence de M. CORNEVIN

M. Isaac distribue des exemplaires du rapport lu à la Société d'économie politique de Lyon, par M. L. Ferrand, sur la question de la réforme de l'impôt des boissons, dans la séance du 31 janvier 1890.

A l'occasion du procès-verbal, M. Marnas dit que la question soulevée par M. Biétrix Joseph au sujet des conditions de l'emploi des engrais chimiques, trouve sa réponse dans l'exposé des expériences de M. Dehérain, desquelles il résulte que, en l'absence d'humus dans le sol, les phosphates et lès nitrates sont à peu près sans effet. M. Dehérain a fait deux cultures comparatives de betteraves, l'une dans un terrain riche en humus et non


PROCES-VERBAUX LXXVII

phosphaté, l'autre dans un terrain phosphaté et privé d'humus. Les betteraves récoltées sur le premier terrain pesaient en moyenne 700 grammes, les autres 140 grammes seulement. M. Marnas ajoute que M. J. Coignet a également reconnu, par des expériences précises, que les engrais chimiques sont employés en pure perte sur les terrains sans humus. Il dit encore qu'il a obtenu, dans un jardin, de magnifiques résultats avec les engrais chimiques, une première année, un peu moins beaux l'année suivante, médiocres la troisième année, la quantité d'humus disponible ayant considérablement diminué; qu'enfin, la quatrième année, il a été obligé de recourir à l'emploi du fumier. Les terres sans humus ne sont pas dépourvues d'azote ; par des lavages, M. Dehérain a reconnu qu'elles pouvaient contenir encore 120 kilogrammes d'azote par hectare, mais elles sont, pour ainsi dire, frappées de stérilité et, avec les engrais chimiques, M. Dehérain n'en a pu obtenir qu'un sixième de récolte.

M. Léger rappelle que M. Dehérain a même déterminé la quantité minimum d'humus nécessaire pour rendre les engrais chimiques efficaces; cette quantité a été évaluée à 1/2 pour 100 d'azote organique.

M. Cambon fait observer qu'on a pu se tromper quelquefois, en considérant comme privées d'humus des terres conservant encore quelques racines des récoltes enlevées. Dans ce cas, les débris restants tiennent lieu de fumier, dans une certaine mesure. C'est ce qui fait qu'à Rotamsted, on a pu cultiver pendant quarante années consécutives, avec les engrais chimiques seulement, des terres en apparence privées d'humus, mais où le sol conservait chaque année les racines des récoltes précédentes. Peu à peu, cependant, cette réserve s'épuise, et la fertilité de ces terres est aujourd'hui en déclin.

Pour M. Deville, le fumier de ferme, en fait de matières fertilisantes, est la base, et les engrais chimiques en sont l'indispensable complément. Telle est la manière de voir opposée aux théories de M. G. Ville par M. Grandeau, s'appuyant sur la composition des proverbiales terres noires de la Russie. A partir de 1882 et pendant sept années consécutives, M. Deville dit qu'à Écully il a cultivé la vigne avec succès, par l'emploi exclusif des engrais chimiques ; ce n'est que l'année dernière qu'on a été forcé de faire intervenir le fumier, la dose d'humus contenue dans le sol étant devenue insuffisante.,

M. Deville dit encore, à l'occasion du procès-verbal, que le cuivre qui, d'après les expériences de M. Rommier, détruit le bouquet des vins des Charentes, n'exerce aucune influence sur les vins de Côte-Rôtie. Depuis


IXXVIII PROCES-VERBAUX

quatre ans, M. Gomot, propriétaire à Côte-Rôtie, sulfate avec la bouillie, bordelaise, pour combattre le mildew, sans que ses vins aient rien perdu de leurs qualités primitives.

M. Cornevin conclut de là que les vins de Côte-Rôtie doivent probablement leur bouquet à un ferment autre que la levure ellipsoïdale.

M. Leger rappelle, à cette occasion, que M. Marion, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, a publié une série d'expériences sur l'amélioration des bouquets des vins par les ferments.

M. le Président annonce que l'inscription commémorative de l'établissement de la première École vétérinaire vient d'être placée sur la façade de la maison n° 93 de la grande rue de la Guillotière. La plaque est en porphyre vert et l'inscription en lettres dorées. La mise en place a été portée, par la presse locale, à la connaissance du public.

L'ordre du jour appelle les élections du premier semestre. Sont nommés :

M. Blanc et M. Godinot, membres titulaires dans la section des sciences ;

M. Gaudet, dans la section de l'agriculture ;

M. Bender, membre correspondant.

M. Gensoul signale une recrudescence des cas de diphtérie et demande si les oiseaux de basse-cour qui ne sont pas indemnes de cette maladie, ne peuvent pas en favoriser la propagation et, dans ce cas, quelles précautions devraient prendre les personnes qui possèdent des pigeonniers ou des poulaillers.

M. Cornevin répond que le microbe de la diphtérie des poules et des pigeons n'est pas le même que celui de la diphtérie humaine et que par conséquent l'espèce humaine n'a rien à craindre du contact des oiseaux de basse-cour.

M. Cornevin fait ensuite une communication sur des phénomènes d'hérédité obtenus à la suite de croisements pratiqués à la ferme de l'École vétérinaire, dans le but de déterminer de quelle manière l'influence des ascendants s'imprime sur le rejeton.

Le croisement d'un bélier Dishley avec une brebis barbarine a donné un produit surprenant. La moitié antérieure du corps porte la toison longue et ondulée, avec mèches en pointe, qui caractérise la race Dishley, tandis que l'arrière-train porte la toison frisée et à mèches en zigzag de la race barbarine. Ce n'est pas le premier exemple d'un produit où l'influence du père s'accuse sur la moitié antérieure. Buffon avait déjà signalé cette loi ; mais l'exemple que cite M. Cornevin est le plus frappant qu'il


PROCÈS-VERBAUX LXXIX

ait jamais vu. Le partage se fait quelquefois longitudinalement; la moitié droite appartient à une race, la moitié gauche à l'autre.

L'espèce porcine a donné lieu à une observation du même genre, mais en sens inverse. Un mâle craonnais à peau blanche et à soie blanche a été accouplé avec une truie Essex à peau noire et à soie noire; l'influence du mâle s'est manifestée sur la partie postérieure du corps où la peau laisse transparaître un pigmentum noir et porte des soies noires, tandis que l'avant-train porte la livrée de la femelle.

Il se produit des faits analogues dans l'espèce humaine, où l'accouplement d'un blond et d'une brune donne lieu généralement à une descendance à chevelure noire et à barbe rouge ou exceptionnellement à l'inverse, attendu que le pigment brun se porte de préférence sur le cuir chevelu.

M. Cornevin dit en terminant, qu'il serait intéressant de savoir si en dehors de la classe des vertébrés, parmi les papillons et les mollusques, par exemple, le croisement de deux races peut donner lieu à des observations analogues à celles qu'il vient de rapporter.

M. Locard fait observer que, chez les mollusques, les deux sexes se trouvant réunis dans le même individu, le croisement des races devient à peu près impossible. Il ajoute qu'il n'a trouvé dans aucun auteur qu'il eût été fait des expériences en vue du croisement des races.

SÉANCE DU 16 MAI 1890 Présidence de M. CORNEVIN

Les membres de la Société reçoivent le volume des Annales de 1889.

M. Revol, au nom de M. Vermorel, dépose sur le bureau quatre publications nouvelles se rapportant à la culture de la vigne.

M. le Président prie M. Revol de transmettre à M. Vermorel les remercîments de la Société et en même temps les félicitations qui sont dues à l'exemple d'initiative qu'il vient de donner en établissant la station viticole de Villefranche, à l'imitation de ce que les Anglais font, de leur côté notamment à la station de Rotamsted où la science agricole s'enrichit

PROCÈS-VERBAUX, 1890. 6


LXXX PROCES-VERBAUX

chaque jour d'expériences nouvelles dues uniquement à l'initiative d'un certain nombre de propriétaires intelligents.

M. Marnas fait une communication sur des essais de croisement de diverses races de l'espèce cuniculine. Un mâle de race russe, caractérisée par le pelage blanc et les extrémités noires, y compris le museau, ayant été accouplé avec une femelle léporide, les produits furent presque noirs, avec les oreilles plus foncées que le reste du corps. Ces rejetons accouplés entre eux donnèrent d'abord une portée entièrement blanche, puis d'autres portées composées de sujets noirs, de blancs et de gris ; puis enfin des individus signalant le retour à la race russe. Dans les expériences de cette nature, il faut se garder d'employer un mâle léporide, parce que la femelle le tuerait immanquablement. Les léporides se reproduisent bien entre eux, mais peu à peu les caractères du lapin font retour en commençant par le pelage qui se mélange de poil de lièvre et de poil de lapin On sait que, avant l'âge de six mois, la chair du lapin n'a pas assez de consistance pour être livrée à la consommation; il n'en est pas de même de celle du léporide qui a la fermeté de la chair du lièvre, sans en avoir la couleur.

M. Cornevin dit qu'une foule de personnes n'admettent pas le croisement du lièvre et du lapin, et regardent ce qu'on appelle léporide comme une race particulière de l'espèce cuniculine. Quoiqu'il ait entendu beaucoup parler de léporides, il n'a jamais rencontré quelqu'un pouvant lui garantir de visu l'authenticité du croisement du lièvre et du lapin.

M. Marnas dit que le couple de léporides qu'il possède lui a été donné par M. Colcombet qu'on pourrait prier de venir en séance compléter les renseignements qu'il a déjà donnés, il y a quelques années, sur la question des léporides.

M. Locard, qui a eu l'occasion de s'entretenir avec quelques-uns des éleveurs de léporides des environs de Paris, signale quelques contradictions entre les renseignements qu'ils fournissent. Les uns disent que l'accouplement ne peut avoir lieu que dans un tonneau; les autres, au contraire, prétendent qu'il faut enfermer le couple dans une cage carrée, afin que la femelle acculée dans un angle se trouve dans l'impossibilité de se dérober.

M. Cornevin fait une communication sur les fruits d'une famille végétale exotique, les Sapotées, qu'on rencontre dans les régions intertropicales des deux hémisphères. Les genres Lucuma et Bassia, de cette famille, donnent des baies sucrées, à la rigueur comestibles, mais en petite quantité.


PROCES-VERBAUX LXXXI

Les baies du Lucuma pomifera, qu'on trouve dans l'Amérique centrale et l'Amérique méridionale, contiennent un acide vénéneux. Le genre Bassia compte deux espèces, B. latifolia et B. longifolia dont on exploite les fleurs et les fruits. Les fleurs du Bassia latifolia, riches en sucre, servent à préparer un alcool de mauvais goût contenant une huile empyreumatique toxique qui irrite l'estomac et que certains praticiens regardent comme une des principales causes de la mortalité parmi les troupes qui tiennent garnison dans les Indes. Nous n'avons rien à redouter de cet alcool qui n'entrera jamais dans la consommation française; mais les fleurs du Bassia latifolia peuvent être employées aussi à donner de la couleur aux vins artificiels, et il s'en fait des arrivages à Marseille, pour cette destination. L'administration a été prévenue et a déjà pris, dit-on, certaines mesures de précaution. Quant aux fruits, comme ils sont riches en matières grasses, on peut les utiliser sans danger, comme on le fait d'ailleurs à Marseille en extrayant l'huile qu'ils contiennent et en employant cette huile à la fabrication des savons et des bougies. Il est bon de signaler toutefois ce fait que les résidus fournissent des tourteaux vénéneux dont on se sert pour empoisonner les cours d'eau où les poissons étourdis par les principes narcotiques, deviennent d'une capture facile. Ces tourteaux, dont M. Cornevin montre un spécimen, sont vendus quelquefois, paraît-il, pour la nourriture du bétail; c'est ce qu'il importait de faire connaître, pour mettre le public sur ses gardes. Lesdits tourteaux ne doivent être employés que comme engrais. Le Bassia longifolia jouit à peu près des mêmes propriétés que le B. latifolia, sauf que son fruit encore plus chargé de matières grasses, est plus recherché. Les Bassia portent, dans l'Inde, le nom d'Illipé ; leurs huiles sont indifféremment nommées huiles d'Ialla, huiles de Mahava, huiles d'Illipé.

M. Marnas dit qu'il a employé, pour combattre la cochylis, ainsi que pour préserver les fruits à pépins, le bichlorure de mercure en solution à 1/2 et même à 2 pour 100, et aussi l'acétate de cuivre à 1/2 pour 100. Le premier réactif détruit absolument les insectes et désinfecte pour plusieurs années les appartements et les meubles; quant à l'acétate de cuivre, il donne de meilleurs résultats que le sulfate, parce qu'il ne brûle pas les feuilles et n'est pas entraîné par les pluies.

M. Cornevin croit que la solution de bichlorure de mercure à 2 pour 100 est un liquide d'un emploi dangereux; pour lui, il n'emploie ce réactif contre les parasites végétaux qu'à la dose de 1 millième.

M. Revol pense que les sels de cuivre répandus sur les plantes subis-


LXXXII PROCES-VERBAUX

sent successivement deux transformations, au contact des acides végétaux. En premier lieu ils doivent se transformer en tannates d'abord insolubles qui deviennent ensuite peu à peu solubles en présence des acides autres que l'acide tannique.

M. Marnas explique l'absorption des sels de cuivre par un phénomène d'endosmose, analogue à celui qui se produit au travers de la peau, lorsque les teinturiers plongent leurs mains dans des dissolutions de sulfate de cuivre.

M. Gobin dit qu'il a rapporté, de son dernier séjour à Menton, divers objets destinés aux collections de notre Muséum :

1° Un poisson pêcheur, la Baudroie, vulgairement appelée le Boudreuil ;

2° Une cigale de mer, très élégant crustacé de 20 centimètres de longueur;

3° Le hibou de mer;

4° La rascasse blanche ;

5° Le crabe rouge, d'un rouge aussi éclatant qu'une écrevisse cuite;

6° La grenade de mer, espèce de crabe velu à pattes rouges ;

7° Le chapon, beau poisson rouge dont la couleur a malheureusement beaucoup perdu de son éclat dans l'alcool.

La baudroie porte sur le nez une véritable ligne composée d'une partie rigide formant la canne, dont la base est articulée sur le nez du poisson, puis d'un fil flexible très mince, terminé par une partie charnue formant comme une touffe de filaments, et qui représente l'appât. Blottie contre un rocher ou cachée dans un trou, la baudroie attend, son énorme gueule toujours béante, que les petits poissons attirés par l'appât viennent à sa portée et les engloutit aussitôt sans se déranger. Ces détails paraissent avoir échappé à un grand nombre de naturalistes, parce que la partie souple de la ligne subit une sorte de résorption dès que l'animal est hors de l'eau. Ainsi s'explique le dessin incorrect qui figure dans l'excellent Dictionnaire des pêches de M. de la Blanchère,

M. Gobin dit encore qu'il espérait pouvoir rapporter le poisson volant qu'il a vu autrefois sur le marché de Menton, mais qu'il n'a pu se procurer celte fois-ci; il pense être plus heureux à un autre voyage.

M. Locard pense que le poisson volant dont M. Gobin vient de parler est le dactyloptère commun Dactylopterus communis (Cuv.),Trigla volitans (L.), qu'on devrait appeler poisson sauteur, plutôt que poisson volant, et que l'on voit assez fréquemment près des côtes de la Corse. Ce poisson ne sort pas de son milieu habituel pour respirer, comme on l'a souvent


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affirmé, mais pour échapper à la poursuite de ses ennemis dont le plus redoutable est le marsouin. Grâce à la conformation de ses nageoires pectorales, il peut faire des trajets de 30 mètres hors de l'eau.

M. Gobin fait une communication sur l'établissement de pisciculture de Servagette, près de Miribel-les-Échelles, sur la rive gauche du Guiers. Cet établissement a été fondé, il y a sept ou huit ans, par un pisciculteur de profession qui s'est associé, au bout de peu temps, avec M. Rivoiron, ancien fabricant de soieries de Lyon. Le fondateur s'étant retiré, M. Rivoiron a conservé seul la direction de l'entreprise. L'établissement possède d'abondantes sources formant un ruisseau qui nourrit des truites, des vérons et des écrevisses, et qui se rend dans le Guiers, près de Chaille, Ces sources ont été aménagées de manière à former des chutes, avant de se rendre dans les chambres d'éclosion et dans les bassins d'élevage. Il y a deux chambres d'éclosion; la première contient sept augets, la seconde quatre, de 4 mètres de long sur 60 centimètres de large, divisés en six compartiments chacun. Ces augets sont alimentés par un robinet venant d'une auge de distribution où l'eau se filtre en traversant une couche d'éponges et une couche de charbon de bois qui arrêtent les insectes et les mousses. Le trop-plein se déverse au travers d'une grille à mailles serrées et tombe en cascade, d'un auget dans le suivant; cette disposition a pour but d'aérer l'eau constamment. Il y a trois bassins en ciment où l'on opère le triage et la sélection des alevins. Viennent ensuite quatre grands bassins, le premier de 22 mètres de long, le second de 26, le troisième de 40, le quatrième de 26, et d'une largeur moyenne de 14 mètres. Ces bassins sont échelonnés comme les augets, avec des différences de niveau de 1 mètre à 60 centimètres. D'autres bassins creusés dans le sol sont alimentés d'eau chargée de purin de fumier de vache, pour la production des insectes destinés à la nourriture des alevins, laquelle consiste, en grande partie, en daphnies ou poux aquatiques, larves de cousins, etc.

Cette année, les bassins d'élevage ont contenu trois cent mille alevins comprenant : truites saumonnées des lacs d'Auvergne, ombres-chevaliers, saumons du Rhin et saumons quinnat. Dans le tout premier âge, l'alevin se nourrit de petits insectes d'eau; on lui donne ensuite du lait caillé dont les petites truites se montrent très friandes. Arrivées à un certain degré de développement, les truites sont nourries à la viande de cheval; un équarrisseur de Montluel livre cette viande en tourteaux que l'on soumet à une cuisson convenable, avant l'emploi. L'ensemencement d'un cours d'eau est une opération qui demande des


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précautions multiples. Il est essentiel que l'alevin ne subisse pas de changement brusque de température en sortant des récipients qui ont servi à le transporter, et que pendant le voyage, il soit garanti de toute secousse trop forte. Pour remplir ces conditions, M. Rivoiron a fait construire des appareils cylindriques plus larges que hauts que ses aides appellent des bocaux. Le fond est double et disposé de manière à éliminer les déjections pour que l'alevin se meuve dans un milieu pur de toute souillure. Pendant le voyage, ce fond est entouré de glace. Chaque bocal est muni d'un assez large goulot à deux compartiments superposés qui contient, de la glace dont l'eau de fusion se déverse dans le bocal. L'appareil est suspendu, par un ressort à boudin, à une anse qui passe sous la base laquelle est placée entre des ressorts destinés à amortir les chocs latéraux, tandis que le ressort à boudin amortit les ébranlements dans le sens vertical. Le tout est enveloppé de coton ou d'étoupes et d'une toile cirée. Un tube d'aérage muni d'une poire en caoutchouc complète les dispositions précédentes. M. Rivoiron recommande de faire jouer l'appareil d'aérage au bout de chaque heure de repos dans les gares.

Chaque bocal peut renfermer de cinq à six mille alevins sur lesquels, grâce aux précautions prises, trois ou quatre seulement périssent pendant les déplacements.

Il est essentiel, au moment du lancement, de mettre la température du bocal en équilibre avec celle du cours d'eau qu'on veut ensemencer. M. Rivoiron dirige en personne le premier ensemencement dans chaque cours d'eau ou réservoir. Il se fait accompagner, dans cette opération, par un conducteur des ponts et chaussées de la région, à qui il transmet des instructions détaillées. C'est ainsi qu'a été ensemencé le lac d'Isernore. Les alevins de trois mois sont vendus 30 francs le mille aux départements, 40 francs aux particuliers.

Sept départements, notamment le Rhône, l'Ardèche, l'Ain et la Loire ont voté des fonds pour l'ensemencement de leurs cours d'eau. On procédera prochainement à l'ensemencement du lac du Bourget, de l'Ardèche et du Lignon. Les fonds votés par les Conseils généraux sont employés par l'administration des ponts et chaussées.

Interrogé sur la suite des essais relatifs au saumon quinnat, M. Gobin dit qu'on en peut voir de très beaux spécimens dans l'aquarium du Trocadéro et que le journal La Nature a signalé la capture d'un gros individu de cette espèce, dans la Seine. Il ajoute que lorsqu'il était chargé du service du Rhône, il a été informé de la capture, dans ce fleuve, de sau-


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mons pesant plus de 1200 grammes et d'un assez grand nombre de truites ce qui prouverait que les tentatives pour le repeuplement du Rhône n'ont pas été tout à fait infructueuses.

M. Cornevin dit que le dernier numéro du Journal de l'agriculture constate l'insuccès des essais d'acclimatation du saumon quinnat en Ecosse; il est probable que les eaux de ce pays sont trop fraîches pour un poisson originaire du Sacramento, en Californie.

M. Locard croit que la multiplication du saumon quinnat peut devenir un obstacle au développement des autres poissons dans nos rivières, , vu l'extrême voracité de cette espèce.

M. le Président rappelle, avant de lever la séance, qu'il a été ouvert, à Lyon, une souscription pour élever un momument à Claude Bernard, l'illustre physiologiste qui fait désormais partie de la phalange des Lyonnais dignes de mémoire.

SÉANCE DU 6 JUIN 1890 Présidence de M. CORNEVIN

La Société est informée de la mise à sa disposition, par le ministère de l'agriculture, d'une subvention de 1500 francs à distribuer en primes à la suite d'un concours d'instruments relatifs à la viticulture et à la vinification, sauf une portion réservée pour création et entretien de champs d'expérience, emploi des engrais chimiques et de semences perfectionnées.

M. le Président, après avoir fait observer que la subvention ministérielle a été augmentée de 100 francs, sur celle de l'année dernière, rappelle que le concours pour les primes aura lieu, cette année, à Villefranche ; il ajoute que la Commission des primes va s'occuper immédiatement de l'organisation de ce concours.

La Société des agriculteurs de France annonce que sa section de viticulture ouvre une enquête sur les résultats donnés dans les différents sols par les principaux cépages américains porte-greffes ou producteurs directs et transmet le questionnaire relatif à cette enquête. Comme la Société ne pourrait pas donner d'autres réponses que celles qui lui seraient suggérées


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par ceux de ses membres qui font partie de la Société de viticulture, le soin de remplir le questionnaire est laissé à cette dernière Société.

M. Depéret présente, au nom de M. Sayn, un mémoire manuscrit sur les ammonites du crétacé inférieur, où sont décrits plusieurs types nouveaux. A la demande de M. Depéret, appuyée par M. Locard, ce travail est renvoyé à la Commission de publication.

M. Depéret fait une communication sur les tortues fossiles, à l'occasion de la découverte qu'il a faite récemment d'une carapace géante, dans la vallée de la Durance.

L'année dernière, on a eu à enregistrer l'apparition de quelques tortues dans le trias de Schönburg en Wurtemberg. Ces tortues, assez semblables à celles d'eau douce, sont marines et appartiennent au groupe des Élodites pleurodères. Il faut ensuite gagner le jurassique supérieur, pour retrouver des représentants de la même famille. Là, les tortues sont nombreuses, notamment dans la localité de Cirin, qui a été explorée et décrite par Jourdan et Thiollière; elles appartiennent au genre Idiochélys, intermédiaire entre les Thalassites, ou tortues marines, et les Élodites ou tortues d'eau douce; l'espèce la plus commune est l'Idiochélys Meyeri On en voit apparaître d'autres dans les terrains secondaires, par exemple, dans le kimméridgien du Havre, dans la craie blanche, dans le calcaire pisolithique du mont Aimé. Il est à remarquer que toutes ces tortues sont marines, bien que plusieurs aient une conformation analogue à celle des tortues d'eau douce.

Dès le début du tertiaire, apparaissent les tortues d'eau douce du groupe des fluviatiles ou Trionyx, notamment dans les lignites du Soissonnais, les sables de Cuise, les plàtrières de Paris, et du groupe des tortues de marais ou Émydes, à Cuise, à Paris, à Aix en Provence, etc. Les tortues de cette époque habitaient les eaux douces.

Quant aux tortues de terre ou Chersites, qui se distinguent des précédentes par la convexité de la carapace et la réduction des pattes à l'état de moignons, elles sont d'apparition plus récente. Les plus anciennement connues sont celles de Bournoncle-Saint-Pierre (Haute-Loire), dans l'oligocène du plateau central. On a découvert, dans cette localité, une espèce qui a reçu le nom de Testudo gigas, dont la carapace, mesure, dans sa plus grande longueur, 0m,80. Par sa taille et aussi par les caractères de son squelette, on doit la considérer comme le précurseur des tortues géantes qui ont, un peu plus tard, apparu en Europe, avec le miocène supérieur et le pliocène.


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Les tortues semblent donc avoir été d'abord exclusivement marines; sont venues ensuite les tortues d'eau douce, en dernier lieu, les tortues terrestres.

Dans l'oligocène de Saint-Gérand-le-Puy, il existe un genre intermédiaire entre les deux dernières catégories; c'est le genre Plychogaster, représenté par l'espèce P. emidoides qui nous fait assister, pour ainsi dire, à la transformation des Élodites en Chersites.

Dans le miocène supérieur et le pliocène, les tortues de terre atteignent le maximum de leur grandeur. Deux types ont dernièrement attiré l'attention des géologues. Le premier, Testudo perpiniana, découvert par le Dr Dounezan, dans le pliocène de Perpignan, mesure 1m,20 de longueur. Ce beau spécimen a été offert au Muséum de Paris. L'autre individu, dont M. Depéret montre une reproduction photographique, a été trouvé par lui dans les limons rouges du miocène supérieur de la vallée de la Durance. Sa boîte osseuse, quoique moins bien conservée que celle de la tortue de Perpignan, mesure encore 1m,50 de longueur; c'est un magnifique échantillon qui figure actuellement dans les collections du Muséum de Lyon. Cette tortue a reçu le nom de Testudo perpiniana var. Nebronensis. Les ouvertures de la carapace sont faibles; on a constaté, sur celte carapace, la présence d'un bombement caudal, et l'existence de petits os destinés à soutenir des écailles épineuses. Ces observations sur une tortue fossile ont révélé des détails d'organisation, ignorés jusqu'ici, dans les tortues vivantes ; et M. Fisher a retrouvé les mêmes petits os chez les Testudo sulcata et T. pardalis qui ne mesurent pas plus de 0m,50, quoique descendant directement des anciennes tortues terrestres.

M. Colcombet fait une communication sur les léporides

Bien qu'il n'ait pas le moindre doute sur la possibilité du croisement des deux espèces lièvre et lapin, et qu'il regarde les léporides comme résultant de ce croisement, M. Colcombet commence par déclarer qu'il n'a jamais réussi à produire l'accouplement des deux espèces et qu'il a acheté les léporides qu'il possède. Il a toutefois accouplé, il y a une huitaine d'années un lièvre mâle avec une femelle léporide, mais, comme il n'a pas pu obtenir, depuis cette époque, le renouvellement du même fait, il s'est fait envoyer d'Angleterre un couple de léporides qui lui a donné plusieurs générations successives. Ces générations surpassaient en beauté les deux individus primitifs, mais il était nécessaire d'opérer une sélection, attendu qu'il s'est présenté, dans quelques parties, des spécimens noirs.

Il y a cinq ans, M. Colcombet a été mis en relations avec M. d'Asson


LXXXVIII PROCÈS VERBAUX

ville, de Nozay (Loire-Inférieure), qui se livre à la production des léporides et lui a fourni divers renseignements.

M. d'Assonville prétend avoir obtenu, des léporides, en faisant élever, par une lapine bien apprivoisée, de petits levrauts trouvés dans les champs, lesquels se sont, plus tard, accouplés avec leurs frères et soeurs de lait. Cependant il préfère la méthode de fécondation artificielle qui consiste à profiter du moment où la femelle du lapin est en rut, pour opérer une injection de sperme recueilli et conservé avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas altérer la vitalité des spermatozoïdes. Pour les détails de l'opération, on peut consulter sa Méthode qu'il vend 10 francs.

M. d'Assonville reconnaît que le lièvre et le lapin sont deux espèces antipathiques qui non seulement ne s'accouplent pas spontanément, mais qui ne s'accoupleront pas davantage quelques précautions qu'on prenne, si l'on enferme dans la même cage un mâle de l'une des espèces et une femelle de l'autre espèce. De plus, au bout de quelques générations, les léporides dégénèrent et retournent aux types ancestraux, de sorte que, si l'on veut obtenir de nouveau des spécimens de cette race, il faut avoir de nouveau recours à la fécondation artificielle. Vu la grande fécondité de l'espèce cuniculine, M. d'Assonville préfère opérer la fécondation artificielle de la lapine, plutôt que celle de la hase.

Après avoir entendu les détails donnés par M. Colcombet, M. Cornevin dit qu'il ne révoqué pas en doute l'existence des léporides, puisqu'on élève celte race à la ferme de l'École vétérinaire, mais il ajoute qu'il n'est guère plus avancé sur le point de savoir si ce sont réellement des produits du croisement du lièvre et du lapin. Jusqu'ici, il n'a rencontré que des personnes tenant leurs léporides de seconde main et, jusqu'à plus amples informations, il regardera lesdits animaux comme une race particulière de l'espèce cuniculine. Il appuie son opinion de cette loi générale que le croisement de deux espèces donne des mulets dont les mâles sont toujours stériles et dont les femelles ne sont que très rarement fécondes. Il cite un fait bien caractéristique. Il y a quelques années, le fermier de l'École vétérinaire avait lâché un certain nombre de léporides dans une des lies du lac de la Tête-d'Or. Le lac vint à geler et comme les animaux pouvaient s'échapper, on résolut d'en faire la chasse. On envoya huit des animaux tués à huit personnes différentes, sans dire de quelle espèce de gibier il était question et on reçut huit lettres de remercîments unanimes à déclarer que le lapin avait été trouvé excellent.

M. de la Rochette dit qu'il a reçu de M- Colcombet une paire de lépo-


PROCES-VERBAUX LXXXIX

rides qui se sont reproduits à peu près sans modifications jusqu'à la troisième génération. Peu à peu, le pelage est devenu plus clair et les caractères particuliers des léporides se sont évanouis. M. de la Rochette ajoute que, si la production des léporides intéresse le naturaliste ou le physiologiste, il n'en est pas de même du gastronome, attendu qu'au point de vue culinaire, la chair du léporide n'a rien qui la distingue essentiellement de celle du lapin.

M. Colcombet, après avoir fait observer que la qualité d'une viande sur table dépend, en grande partie, de la façon de la préparer, dit que, pour que la chair du léporide soit trouvée bonne, il faut que l'animal ait été chassé, qu'il vaut mieux qu'il ail été tué par un chien que par le cuisinier et qu'il est encore utile de le laisser quelque peu faisander.

M. Cornevin dit à ce propos, que à Naples et en Espagne, les boeufs vieux et hors de service qu'on veut livrer à la consommation ne sont abattus qu'après avoir été poursuivis et comme chassés pendant une demi-heure au moins; la chair de ces animaux devient plus tendre par suite de la fatigue qu'ils ont éprouvée. Ce ne sont pas les seuls animaux d'ailleurs, qu'il vaut mieux tuer d'une façon que d'une autre, pour les manger; on sait, par exemple, que la pintade et le pigeon ne sont pas saignés, comme les autres oiseaux de basse-cour, mais étouffés.

M. Gobin signale, d'après un journal agricole, un moyen infaillible d'empêcher l'envahissement des arbustes par les fourmis; ce moyen consiste à entourer les tiges de ces arbustes d'un manchon de coton. M. Colcombet dit, à celte occasion, qu'on devrait bien trouver aussi un moyen d'interdire à ces mêmes fourmis l'accès des habitations et surtout des placards aux provisions.

SÉANCE DU 20 JUIN 1890 Présidence de M. CORNEVIN

L'Association française pour l'avancement des sciences annonce qu'elle tiendra son dix-neuvième congrès à Limoges, du 7 au 14 août 1890, et invite la Société à s'y faire représenter.

M. Cambon parle du concours régional de Roanne, en ce qui concerne les machines agricoles, en exprimant le regret de n'avoir eu que trop peu


XC PROCES-VERBAUX

de temps à consacrer à ce concours vraiment digne d'un examen approfondi, dans chacune de ses parties. Pour le bétail, il faut se reporter au concours d'Arras, en 1875, si l'on veut trouver un terme de comparaison. La section des machines présentait une non moins grande variété; les instruments, d'une exécution toujours plus perfectionnée reproduisaient nécessairement, pour la plupart, des types déjà connus; cependant, on peut citer quelques nouveautés.

De ce nombre, est le pulvérisateur à cheval, exposé par M. Hébert, du Pont-Saint-Esprit. Cet appareil se compose de deux cylindres de 50 litres de capacité chacun, placés à droite et à gauche, au moyen de bâts construits à cet effet, sur le dos d'un cheval. Chaque cylindre reçoit à peu près 40 litres de sulfate de cuivre, et dans l'espace resté libre, on refoule de l'air à quatre ou cinq atmosphères, au moyen d'une pompe mise à la portée de l'opérateur. Le liquide est projeté par l'air comprimé. Comme la pression diminue à mesure que le liquide s'écoule, un réglage obtenu à l'aide d'un système de robinets permet de rendre la dépense uniforme, jusqu'à complet épuisement du récipient. Ce pulvérisateur peut fonctionner sous la conduite d'un seul homme uniquement occupé à guider le cheval. Il est certain qu'il ne peut guère trouver son emploi dans nos régions où les vignes sont de peu d'étendue et où le terrain est accidenté, mais il semble appelé à rendre de grands services dans les vignobles très étendus du Midi.

M. Hébert a encore exposé une charrue vigneronne à double oreille qui peut retourner sur ses pas sans exiger la manoeuvre ordinaire pour le renversement des déversoirs.

M. V. Gauthier, de Bourg, a présenté un alambic à fermeture hydraulique muni d'un panier intérieur destiné à contenir les marcs à distiller, de façon que, isolés du fond, ils ne soient pas exposés à subir les coups de feu qui allèrent si souvent les qualités du produit. Un levier ingénieusement disposé permet de vider ce panier quand la distillation est achevée, de le charger de nouveau et de le remettre en place. L'appareil paraît devoir être très pratique entre les mains des bouilleurs de cru.

Parmi les rouleaux, deux présentaient des dispositions nouvelles. Le premier se compose de disques excentriques agencés sur un même axe. Le second est formé de disques à bords tranchants disposés en vol de grues de la façon suivante : un premier disque en tète, deux latéraux, un peu en retrait sur le premier, deux autres, un peu en retrait sur les pré cédents, et ainsi de suite, jusqu'à concurrence de 25 ou 31, de manière


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à couvrir une assez large étendue de terrain. Ces appareils ont-ils de réels avantages? Il est à regretter qu'ils n'aient pas été essayés.

On s'est borné, quant aux essais, aux charrues vigneronnes, d'où il suit que, pour les autres instruments, les agriculteurs n'ont pas pu être renseignés sur leur valeur. En Allemagne, il existe des stations d'épreuve munies de toutes les ressources nécessaires, dynamomètres, appareils enregistreurs, etc., pour évaluer le rendement de chaque machine. Ces stations qui sont dirigées par des ingénieurs agronomes, possèdent des champs d'expériences oh les instruments sont éprouvés sur les terrains légers, sur les terrains forts, par la sécheresse et par l'humidité. Des bulletins sont délivrés à la suite de ces essais, de sorte que les constructeurs peuvent produire des notes officielles, exactes, de la valeur de leurs instruments. En France, rien de pareil; les instruments exposés dans les concours sont séduisants d'aspect, mais faits presque exclusivement pour la montre. Il résulte de là que ces instruments se vendent peu, soit chez nous, soit au dehors, et que la machinerie agricole française est en retard.

M. Cornevin rend compte des observations qu'il a recueillies sur le bétail.

L'exposition était aussi remarquable sous le rapport de la qualité que de la quantité. Dans l'espèce bovine, trois races surtout la Charolaise, la Durham et la Limousine ont emporté tous les suffi âges. La Charolaise est arrivée à un grand perfectionnement, mais elle a toujours le défaut d'être peu laitière, quoique certaines vaches de cette race aient l'écusson bien conformé, le pis et les veines mammaires bien développés. La couleur de la robe accuse l'absence de pigmentum et on a remarqué qu'il existe une certaine corrélation entre la présence du pigmentum et l'aptitude à la production du lait. L'absence de pigmentum chez les sujets de la race Charolaise n'est pas toutefois absolue, car on rencontre des sujets non absolument blancs, mais de couleur froment et à muffle noir. Par la sélection, il sera probablement possible de triompher de la difficulté d'obtenir des vaches charolaises bonnes laitières. Il est question de créer une vacherie expérimentale, pour opérer dans cette voie; c'est le projet de M. Audiffret.

La race Durham domine actuellement dans le Nivernais.

Les progrès de la race limousine, depuis une. quinzaine d'années, l'ont mise de pair avec les deux précédentes. A certains signes extérieurs, la culotte, par exemple, et la couleur froment de la robe, on est porté à croire que l'amélioration de cette race est due à une infusion de sang charolais


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Les progrès des autres races ont été moins rapides. Si ce n'est dans le. Cantal où l'on cherche à faire de la viande, ailleurs, et notamment dans le Puy-de-Dôme, la race Salers est poussée au lait, en vue de la production fromagère. Les meilleures vaches laitières de ces régions sont encore les Schwitz. La race Tarentaise s'améliore aussi et se répand dans la Loire et la Haute-Loire. La race du Mezenc, qu'il est difficile de distinguer de celle du Villard-de-Lans, est battue en brèche et tend à disparaître, parce qu'elle manque d'aptitudes, soit pour l'engraissement, soit pour la production du lait; son élimination est dans les intentions de la Société d'agriculture de l'Ardèche. Il n'y a pas grand'chose à dire des Aubrac, sinon que celte race présente peu d'homogénéité; les meilleurs spécimens ressemblent aux Schwitz, les sujets inférieurs, aux Gascons.

Les éleveurs de moutons se sont engagés dans une mauvaise voie, en cherchant, à l'imitation des Anglais, à faire gros. Ils ont exposé des mérinos comparables à des veaux, pour la grosseur. Ces animaux sont déjà loin du poids moyen de 45 à 50 kilogrammes d'autrefois. Quelques-uns sont arrivés jusqu'à 90 kilogrammes. Les éleveurs devraient bien tenir compte de ce fait inévitable, qu'en produisant des moutons plus lourds, si d'un côté on augmente la quantité de viande, d'un autre côté, on augmente aussi la charpente osseuse, mais dans une proportion plus considérable, de sorte qu'en définitive, le rendement diminue.

Rien de particulier à dire de l'espèce porcine qui était représentée par des séries de races anglaises, si ce n'est qu'il y avait une trop grande quantité d'animaux déjà vieux qui auraient dû être abattus et livrés à la consommation depuis longtemps.

L'exposition des oiseaux de basse-cour était maigre, malgré la présence de quelques bons lots de Dorking.

La tendance qui se dégage d'une vue d'ensemble, c'est la recherche du poids avant tout.

L'aptitude à l'engraissement, demande M. Cambon, est-elle incompatible avec l'aptitude à la production du lait?

Non, répond M. Cornevin, mais il ne faut pas chercher les deux choses dans le même sujet. Aujourd'hui que la race Charolaise a fait ses preuves pour la production de la viande, il reste à agir en vue d'amener cette race à fournir de bonnes vaches laitières.

Quel avantage y trouverait-on, demande M. Saint-Lager?

Depuis quarante ans, répond M. Cornevin, la race Charolaise s'est considérablement répandue; elle a gagné la Côte-d'Or, les Vosges, le Rhône


PROCÈS-VERBAUX XCIII

la Loire, le Puy-de-Dôme et plusieurs autres départements. En outre, on vient de loin, surtout du Nord, acheter, vers le mois d'avril, des bêtes jeunes qu'on emmène pour les engraisser et les conduire ensuite sur le marché de la Villette. Il est résulté de là que les éleveurs du Charolais se trouvent en face d'une double concurrence dont ils atténueraient en partie les effets, s'ils parvenaient, comme les Anglais, à créer une race également apte à la production du lait et de la viande de boucherie.

Il y a, dit M. Locard, une autre considération. L'année dernière, les achats considérables de beurre et fromages faits par les Parisiens, en vue de l'Exposition universelle, ont fait renchérir ces denrées d'une façon très sensible en province; pareille chose ne serait pas arrivée si la province eût été à même de répondre aux demandes dans une plus large mesure.

SEANCE DU 4 JUILLET 1890 Présidence de M. CORNEVIN

M. le Président annonce, comme un nouveau succès pour la Société, que M. Galtier vient d'obtenir, pour son travail sur la pneumo-entérite du mouton, le prix Béhague, décerné par la Société nationale d'agriculture.

Après avoir donné lecture, au nom de M. Gensoul empêché, d'un rapport d'admissibilité, M. le Président rappelle que les deux questions suivantes sont portées à l'ordre du jour de la séance : 1° désignation du jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, à la suite du concours qui aura lieu cette année à Villefranche; 2° discussion de la réponse à faire à la Société des sciences industrielles, relativement aux propositions de fusion émanées de celte Société.

Le programme du concours comprenant deux sections principales, l'un pour l'outillage vilicole, l'autre pour ce qui concerne la vinification, la Commission des primes a pensé devoir établir deux sections dans le jury et propose pour la première, MM. Burelle, Cambon, Gensoul, Léger et Marnas; pour la seconde, MM. Aumoine, Bender, Grand-Clément, Puliat et Rappet. Ces propositions ayant reçu l'assentiment de la Société, la liste du jury est arrêtée telle qu'elle vient d'être indiquée.

La Commission chargée de prendre connaissance des propositions de


XCIV PROCES-VERBAUX

la Société des sciences industrielles a, dans sa dernière réunion, formulé de la manière suivante, le résultat de ses délibérations :

« La Commission, après avoir étudié et délibéré mûrement, et convaincue' que le projet de fusion soulèverait des difficultés, propose à la Société, d'en ajourner la réalisation. Elle pense qu'il y a lieu d'étudier auparavant les modifications au Règlement, proposées dans la séance du 21 mars ».

Les propositions de la Commission donnent lieu à un vote d'assentiment.

La parole est donnée à M. Galtier pour une communication sur un sujet qui intéresse l'économie rurale à un haut degré.

M. Galtier expose, pour prendre date, les recherches qu'il a entreprises et qu'il poursuit actuellement, avec le concours de M. le marquis de Poncin et de M. Ory, sur la maladie communément appelée l'avortement épizootique des vaches. Il y a déjà une trentaine d'années que cette maladie jusqu'ici mal définie et sur laquelle il a été émis un grand nombre d'hypothèses contradictoires, se manifeste tous les ans, dans une ferme appartenant à M. le marquis de Poncin. Il s'agissait d'en entreprendre l'étude méthodique et expérimentale en utilisant les ressources dont la science s'est enrichie dans ces dernières années. On s'est mis à l'oeuvre et des résultats importants ont déjà été obtenus. Il est dès à présent reconnu que la maladie en question est une maladie microbienne, qu'elle a son siège dans les organes génitaux et que la présence des germes n'est pas inconciliable avec les apparences de la santé, chez les sujets adultes. La mère résiste, mais le foetus infecté succombe souvent et, dans tous les cas, est toujours prématurément expulsé. Le microbe a été isolé, cultivé et inoculé. Au moyen des cultures, il a été reconnu que la maladie peut sévir sur les espèces domestiques autres que l'espèce bovine, qu'on peut la communiquer aux moutons, aux chèvres, aux chevaux, aux chiens, aux chats, aux lapins et aux cobayes. Comme la plupart des autres microbes, celui de l'avortement épizootique des vaches est susceptible d'atténuation et d'accroissement de virulence, mais il est douteux qu'on puisse le convertir en vaccin, attendu que les sujets qui ont subi la maladie une première fois, ne sont pas indemnes pour l'avenir. Ces faits acquis, il reste à étudier, dit M. Galtier, les origines de la maladie, ses divers modes de transmission, soit à l'étable, soit dans les pâturages, l'influence de la nourriture sur sa propagation, les symptômes, le diagnostic, la prophylaxie, les moyens curatifs. C'est un travail de longue haleine qui demandera qu'aux nombreuses expériences déjà faites s'en ajoutent d'autres non moins nombreuses et non moins variées mais d'un caractère différent.


PROCES-VERBAUX XCV

M. Gobin montre des feuilles de vigne attaquées par un insecte qui y établit sa demeure en les enroulant de manière à former des sortes de gaines ; l'enroulement commence dans un sens et finit dans le sens contraire. Dans ces gaines, on trouve de très petites larves dont des spécimens sont mis sous les yeux de la Société. L'insecte parfait est un petit coléoptère de la famille des charançons, que les paysans appellent piquebrots. M. Royet croit qu'il s'agit du Rhynchites cupreus.

M. Billioud-Monterrad dit que la cochylis, le ver-coquin des vignerons fait actuellement beaucoup de ravages, surtout sur les raisins blancs dont il a déjà peut-être détruit le tiers. La présence de cet insecte se décèle très facilement par la réunion de plusieurs grains en une sorte de paquet enveloppé d'une membrane filamenteuse. Si l'on introduit une aiguille dans cette espèce de. coque, on voit surgir une petite larve à tête noire, qui se retire aussitôt. La destruction de ce parasite serait facile, mais coûteuse, car elle exigerait l'inspection minutieuse de chaque grappe, pour en extirper les petits paquets de grains agglomérés. La cochylis a deux ennemis principaux parmi les insectes; l'un d'eux est la forficule vulgairement appelée perce-oreille. M. Billioud-Monterrad dit encore que par suite des pluies de ces derniers temps, certains champs de blé sont envahis par les herbes, au point que le blé semble avoir disparu.

M. Gobin dit qu'il a reconnu chez lui aussi, la présence de la cochylis; les larves rongent les pédicelles des grains naissants et occasionnent le dessèchement des grappes.

M. Marnas dit qu'il combat la cochylis en arrosant les ceps avec du jus de tabac et mieux encore, avec une solution de sublimé corrosif à 3 ou 4 pour 100. Aucun insecte ne peut résister à une pareille dose de bichlorure de mercure qui n'exerce cependant aucune influence fâcheuse sur le végétal.

M. Leger parle de la conférence faite, le 1er juillet, par M. Rietsch sur les levures de la fermentation vineuse. La fermentation du jus de raisin est due à un grand nombre de ferments naturels que le raisin apporte avec lui dans la cuve. Parmi ces levures, il en est de spéciales, qui peuvent, soit accélérer la fermentation, soit donner au liquide fermenté des qualités particulières. Telles sont celles des grands crus de la Bourgogne et du Bordelais. Ces dernières ont été isolées et cultivées. On les a essayées sur le chasselas et les vendanges d'Algérie; on n'a pas obtenu, il est vrai, des vins de première qualité, mais on en a profondément modifié la nature, à leur avantage. Ces premières expériences permettent

PROCÈS-VERBAUX, 1890. 7


XCVI PROCÈS-VERBAUX

d'espérer qu'on pourra notablement améliorer les crus les plus ordinaires. M. Rietsch, qui est professeur de bactériologie à la Faculté des sciences de Marseille, a installé, dans son laboratoire, des cultures pour la sélection des levures ; il met ces cultures à la disposition des propriétaires qui veulent se livrer à des essais, et sollicite la collaboration de toutes les personnes qui s'occupent de vinification. Un hectolitre de vin n'exige que 50 centimètres cubes du liquide à expérimenter. On sait que certains vins renommés du Portugal sont faits avec des raisins qu'on ne récolte guère que vers le commencement de décembre et qui fermentent en hiver; le fait indique qu'il y a d'intéressantes recherches à faire sur la fermentation à diverses températures. En opérant dans cette voie, ainsi qu'en essayant les levures spéciales, en appliquant à la vinification les procédés employés pour la préparation de la bière, on obtiendra peut-être des résultats imprévus.

SÉANCE DU 18 JUILLET 1890 Présidence de M. CORNEVIN

Sur sa demande, M. Lafon membre titulaire dans la section des sciences, dont l'élection remonte à 1869 est porté sur la liste des membres vétérans. M. le Président donne lecture, au nom de M. Gensoul, d'un rapport d'admissibilité sur une candidature au titre de membre correspondant.

M. Locard présente un travail sur les collections malacologiques de M. Michaud, collections appartenant aujourd'hui au Muséum de la Ville et où l'on trouve les types des espèces, soit terrestres, soit marines, décrites dans les publications de M. Michaud, qui ont paru de 1826 à 1834. Le travail de M. Locard est renvoyé à la Commission de publication.

M. Vanderpol expose un résumé du mémoire qu'il a fait connaître au Congrès du gaz tenu dernièrement à Lyon, sur la ventilation des édifices et des habitations éclairés au gaz.

Les réformes qu'il s'agit d'apporter aux appareils et d'introduire dans la conduite de l'éclairage, dit M. Vanderpol, sont si simples, qu'il y a lieu de s'étonner qu'on n'y ait pas songé plus tôt et qu'on n'ait fait jusqu'ici que de timides essais d'amélioration sans suite et sans méthode, contrariés


PROCES-VERBAUX XCVII

souvent, il est vrai, par la défiance des propriétaires, ou la résistance des architectes.

Il s'agit d'éliminer les produits de la combustion auxquels on reproche, et avec raison, de vicier l'air des appartements, de noircir les peintures et de donner un surcroît de chaleur, il faut bien reconnaître, cependant, que le dernier effet qui peut être un inconvénient en été, est tout à l'avantage du gaz, pendant la saison froide.

Les produits de la combustion enlèvent 30 à 40 pour 100 de la chaleur totale produite par celte combustion. Ils s'échappent à une haute température et leur élimination immédiate par des conduites spéciales traversant les planchers peut devenir une cause d'incendies. Mais si l'air brûlé se trouve mélangé par la ventilation, avec dix, quinze ou vingt fois son volume d'air pris dans la pièce, au lieu de sortir à 400° ou 500, il ne sortira plus qu'à 40° ou 50° et dès lors, non seulement on aura fait disparaître tout danger d'incendie, mais on aura assaini la pièce, en renouvelant un grand nombre de fois son cube d'air. Dans l'échauffement produit par la flamme du gaz, il faut tenir compte aussi du rayonnement dont on atténue encore considérablement les effets par une ventilation énergique, puisqu'alors la flamme rayonne sur une plus grande masse d'air.

L'élimination des gaz nuisibles dépend du tirage dans les conduites qu'on lui présente pour s'échapper, et le tirage est influencé par une foule' de circonstances, entre autres, la section des conduites, la hauteur des cheminées, la quantité de gaz brûlé, les frottements dans les tuyaux; les changements de direction, la déperdition de chaleur par les surfaces des tuyaux.

Tout le monde sait que le tirage est sensiblement, jusqu'à une certaine limite, du moins, proportionnel à la hauteur des cheminées, mais dès qu'il s'agit d'étendre cette proportionnalité à la section des conduites, les architectes ne sont plus d'accord avec les ingénieurs.

La quantité de gaz brûlé n'exerce pas une influence considérable ; c'est ce qu'on peut voir sur une courbe tracée en prenant pour abscisses les volumes correspondants d'air expulsé. Après une ascension assez rapide à l'origine, cette courbe ne monte ensuite que très lentement.

La déperdition de la chaleur par les tuyaux est sensiblement la même, que ces tuyaux soient en métal ou en poterie; quand ils sont arrivés à la même température; cependant le choix n'est pas indifférent, car la terre, moins conductrice que les métaux, s'échauffe plus lentement et les tuyaux, en terre n'arrivent que beaucoup plus tard que les tuyaux de métal à


XCVIII PROCES-VERBAUX

fonctionner de la même manière. Il y a là un inconvénient appréciable, surtout lorsque l'éclairage ne doit durer que peu de temps, parce qu'ils auront employé tout ce temps à s'échauffer.

Les diverses conditions du tirage sont contenues dans une formule assez compliquée établie en admettant qu'on ne brûle que la quantité de. gaz strictement nécessaire pour l'éclairage.

Les prises d'air pour l'analyse doivent se faire à la partie supérieure des pièces, parce que l'acide carbonique provenant de la combustion monte nécessairement en vertu de la haute température à laquelle il se produit et qu'il faudrait attendre au moins six à huit heures pour qu'il fût, à cause de sa plus grande densité, descendu dans les couches inférieures.

Il a été fait des essais à l'École de santé militaire de Lyon, sans ventilation et avec ventilation. En brûlant 200 litres de gaz, sans ventilation dans une chambre occupée par vingt personnes, on a eu, au bout de deux heures une élévation de température de 3° et une quantité d'acide carbonique de 0,0018 ; en brûlant 750 litres, on a porté l'accroissement de la température à 5° et la proportion d'acide carbonique à 0,0029. Avec ventilation, bien que les cheminées soient très petites, l'accroissement de température n'a atteint que 3/4 de degré et la proportion d'acide carbonique 0,0013. En définitive, l'air des" salles a été moins chaud et moins vicié le soir avec éclairage et ventilation, que le jour sans éclairage.

M. Vanderpol répond à diverses questions relatives aux détails d'application en expliquant comment la ventilation du cercle militaire de Limoges a été installée. La salle de ce cercle a 30 mètres de long sur 12m, 50 de large et 5m,50 de haut; elle est éclairée par vingt lampes de récupération placées à 4m,75 de hauteur et ventilée au moyen de conduites doubles pratiquées dans la plafond. Les lampes reçoivent de l'air chaud qui active la combustion et rend la flamme plus blanche, de sorte qu'on a perfectionné l'éclairage en assainissant le local. Ces détails sont donnés avec le secours de tracés à la craie pour montrer la disposition des appareils à adapter aux lampes et la disposition des tuyaux d'appel, soit dans les constructions déjà existantes, soit dans les constructions nouvelles.

M. Cornevin annonce qu'il s'est fait envoyer de Valparaiso une couple de chabins ou ovicapres, animaux qu'on donne comme issus de l'accouplement du bélier avec la chèvre, ou du bouc avec la brebis, et que dans l'Amérique du Sud, on nomme carneras linadas. Ces animaux fournissent


PROCES-VERBAUX XCIX

une laine grossière dont on fait les manteaux des gauchos et des couvertures pour les chevaux. Il paraît qu'ils se reproduisent, mais qu'à la quatrième génération, il est nécessaire de les retremper par de nouveaux croisements, Si la chèvre et le mouton peuvent donner des métis féconds, ce ne sont plus deux genres, mais deux espèces d'un même genre. Voilà le point qu'il s'agit d'élucider, soit en recourant à un examen anatomique plus approfondi, soit en mettant à profit les observations qu'on pourra faire sur les spécimens dont il a été question plus haut. Ces spécimens sont actuellement à la ferme expérimentale de l'École vétérinaire, où les membres de la Société sont invités à les aller visiter.

SEANCE DU 7 NOVEMBRE 1890 Présidence de M. CORNEVIN

M. Rérolle, membre titulaire, donne par écrit, sa démission.

La correspondance contient une circulaire de la section de sériciculture de la Société des agriculteurs de France, qui provoque à une campagne d'agitation et de pétitionnement pour obtenir, au renouvellement des traités de commerce, des droits d'entrée, par kilogramme, de 0fr,50 sur les cocons frais, de 1fr,50 sur les cocons secs, de 7 francs sur les soies grèges, et de 10 francs sur les soies ouvrées.

Après une discussion où l'avantage reste aux idées si souvent formulées parla Chambre de commerce de Lyon, il est décidé que la Société devant s'inspirer, avant tout, des intérêts de l'industrie locale, ne peut pas s'associer à une demande tendant à faire établir des impôts à l'entrée des soies.

La Société d'agriculture de la Nièvre adresse une circulaire concernant un voeu à émettre pour qu'il soit apporté une modification à la loi de police sanitaire, en ce qui concerne la tuberculose, afin de faire cesser les conflits entre vendeurs et acheteurs, auxquels donnent lieu les dispositions législatives actuelles. Vu la gravité de la question, M. le Président propose d'en ajourner la discussion à la prochaine séance à laquelle M. Arloing, qui a fait une étude spéciale de la tuberculose, sera prié de venir prendre la parole.

M. Gensoul donne lecture d'un rapport d'admissibilité.


C PROCÈS-VERBAUX

M. Leger donne lecture du rapport suivant, sur le concours de Ville - franche.

Concours d'instruments relatifs à la viticulture et à la vinification.

4 août 1890.

« MESSIEURS,

« Le concours annuel pour la répartition de la subvention allouée par le ministère de l'agriculture, se renfermait, cette année, suivant la nouvelle forme approuvée par notre Société, dans un cadre plus spécialement déterminé : il visait particulièrement les instruments destinés à la viticulture et à la vinification. Le programme, élaboré par votre Commission, s'appliquait à encourager les progrès dans toutes lés branches si diverses que comprend la production vinicole, si importante dans notre département.

« Le concours devait s'ouvrir à Villefranche, les 3 et 4 août derniers. Le temps devenu plus mauvais, dans les journées qui ont précédé immédiatement la date fixée, est venu apporter beaucoup d'hésitation chez les concurrents, fort inquiets des dommages que pouvaient causer les intempéries à leurs instruments, dans une exposition de deux journées; c'est à celte fâcheuse conjoncture, que nous devons attribuer l'absence de certains exposants en renom, dont l'intervention eût été certainement fort désirable. L'extrême bienveillance de la municipalité de Villefranche, le très précieux appui de notre confrère M. Vermorel, avaient d'ailleurs notablement facilité notre tâche et préparé à notre exposition l'installation la plus convenable que nous pouvions souhaiter.

« La constitution du Jury n'a pas été sans présenter quelques difficultés, à cette époque particulière de l'année. Les vacances, des deuils, avaient dispersé beaucoup de nos collègues. Mais l'activité et le dévoûment de notre excellent vice-président ont réussi à parer à tous les contre-temps. Nos anciens présidents, MM. Rappet et Marnas, lui ont prêté leur aide précieuse. Nous avons également trouvé dans MM. Grandvoinnet, Bender, Aumoine, Deresse, Peyraud, Lafond, le plus utile concours. Notre jury a pu être formé de personnalités fort compétentes, et l'examen des appareils s'est effectué avec toute l'autorité que pouvait réclamer notre Société.

« Je n'entreprendrai pas, Messieurs, la revue complète des objets exposés. Beaucoup avaient figuré dans d'autres concours et avaient obtenu de nombreuses récompenses. Nous avons pensé entrer dans vos vues en nous attachant à découvrir les idées nouvelles,, les initiatives locales intelligentes, fussent-elles les plus modestes, de façon à encourager tout


PROCES-VERBAUX CI

le monde, dans la grande lutte à la conquête du progrès. C'est ce que nous avons surtout cherché à discerner et à retenir, pour l'honorer de vos récompenses.

« Dans la section de viticulture, les pulvérisateurs à insecticides étaient largement représentés; nous les avons soumis aux épreuves les plus attentives. Tous fournissaient une répartition également satisfaisante des liquides. Nous avons dû les classer d'après la simplicité, la solidité et là bonne entente de leur construction en décernant, après un examen très soigneux et très détaillé, et une longue discussion, une médaille d'or à M. Gobet, de Belleville, pour son appareil Excelsior, deux médailles de vermeil à M. Perrin, de Liergues, et M. Pelletier, de Villefranche. Dans la section des pulvérisateurs à insecticides en poudre, la soufreuse fort ingénieuse de M. Perrin nous a paru mériter une médaille de vermeil.

« Dans la classe des pals à sulfure de carbone, les deux instruments les plus robustes, les mieux réglables, et les mieux entendus étaient présentés, l'un par M. Pelletier et l'autre par M. Perrin ; il leur a été attribué deux médailles d'argent.

« Dans la section des charrues, nous avons dû, à notre regret, écarter quelques concurrents très méritants, venus de départements voisins, mais jugés, par suite, hors du concours organisé pour encourager les efforts dans notre région même.

« Les instruments les plus remarquables comme houes ou charrues vigneronnes, appartenaient à M. Lebeau, de Villefranche. Leur construction combinant habilement le fer et l'acier, est solide et légère. Ces instruments, par l'interchangeabilité de leurs éléments, peuvent servir à plusieurs fins, entreprendre les travaux de binage, de buttage, de sarclage; ils sont conçus dans d'excellentes vues à encourager, et nous avons, en votre nom, décerné, à M. Lebeau, une de vos médailles d'or.

« Comme accessoires de la viticulture, nous avons eu à examiner une intéressante exposition de petits instruments pour la taille et le greffage.

« M. Brenot, de Villefranche, nous a présenté une variété fort remarquable d'outils, sécateurs, greffoirs, cisailles, serpettes, de sa propre fabrication, d'une exécution fort soignée, et d'un prix fort modéré. M. Brenot nous a soumis la très importante application, faite par lui, aux outils, de l'acier chromé qui, par ses belles qualités de résistance, doit rendre les plus grands services à la taillanderie. C'est là une idée très rationnelle, très heureuse, très nouvelle, que votre jury a jugée digne de l'honneur d'une médaille d'or.


CII PROCES-VERBAUX

« M. Renaud, de Lyon, avait rassemblé une fort instructive collection de greffoirs, d'appareils à greffer au bouchon, de couteaux pour l'incision annulaire, de brosses à cochylis, etc., ces produits sont d'une bonne et intelligente facture; ils ont reçu une médaille de vermeil.

« Nous avons réservé la même récompense à M. Germain, de Liergues, pour une remarquable petite machine à greffer, qui règle.bien la taille, suivant le diamètre du bois, se manoeuvre au pied sans fatigue, peut faire trois mille greffes par jour, et ne coûte que 45 francs.

« M. Chassaing, de Fleurie, nous a présenté des bêches, de la taillanderie robuste, qui nous a paru mériter une médaille de bronze.

« La section de vinification n'a pas jeté, nous devons le reconnaître, un bien vif éclat.

« Nous n'avons distingué que les pressoirs et fouloirs de M. Lebeau, pour mériter une médaille d'argent.

« Nous n'avons rien pu récompenser dans l'ordre des appareils de soutirage et de conservation des vins; ces derniers semblent inconnus dans la région, ce qui ne déshonore pas nos braves vins du Beaujolais, capables de se conserver tout seuls.

« La collection présentée de plants greffés, porte-greffes et producteurs directs, n'a pas été vraiment fort remarquable. En dehors de nos vieilles connaissances, Vialla, Riparia, Solonis et quelques Jacquez, nous n'avons rencontré là, comme études nouvelles, du côté des porte-greffes dignes de vous être signalées et d'être encouragées par l'attribution de deux médailles d'argent, que les collections de M. Grégoire et de MM. Rolland et Arnaud-Coffin, de Villefranche. Les essais d'hybrides Couderc, comme porte-greffes, pour les terrains calcaires, constituent le fait le plus saillant des études iticoles actuelles. Votre approbation voudra bien ratifier le verdict de votre Commission et les attributions qu'elle a faites consciencieusement en votre nom.

a Je ne vous ai point parlé de l'exposition de notre confrère M. Vermorel, qui s'était spontanément mis hors de concours, par un extrême scrupule, auquel vous voudrez bien rendre hommage avec nous. Il eût été, certes, sans ce renoncement, le grand triomphateur' de la journée, avec son matériel de culture si bien entendu, ses appareils de vinification, d'un excellent fonctionnement, ses pulvérisateurs, et notamment son appareil à traction de cheval et à grand travail.

« Il avait, en outre, comme excellente leçon de choses, et pour compléter l'enseignement que nous recherchions, réuni dans une salle voisine


PROCES-VERBAUX CIII

de notre concours, un compendium de la remarquable station viticole qu'il a créée et organisée, aux portes de Villefranche, de sa propre initiative, sans aucune subvention officielle. Celte création, digne de tous les éloges et de votre haute approbation, mérite d'être mieux connue.

« Dans un grand et beau pavillon spécialement aménagé, au milieu de magnifiques champs d'expériences, on trouve, largement et confortablement installés, un laboratoire de physiologie, avec salle de microscopie, atelier de photographie, chambre de culture; un laboratoire de chimie; une bibliothèque ampélographique déjà fort riche, et une salle de collections comprenant une série fort instructive de tous les échantillons qui ont trait à la grande industrie beaujolaise, depuis les diverses roches, jusqu'aux outils les plus variés. Une station météorologique lui sera prochainement annexée. Des champs d'essais d'environ 40 hectares, seront réservés aux expériences de culture, d'engrais, de plantations, etc.

oc Cette station est destinée à faire connaître et apprécier à nos vignerons, tout ce qui peut leur être utile pour la reconstitution et la défense de leurs vignobles : tous les cépages français et étrangers, avec leurs caractères propres; l'histoire complète de tous les insectes ampélophages; larves, chrysalides, cocons, papillons, avec les dégats qu'ils causent et les moyens recommandés pour les combattre; les spécimens des compositions et des procédés parasiticides et les instruments les plus éprouvés; les types de greffes, de greffoirs, etc.

« Sous la direction d'agronomes fort compétents, MM. Deresse et Peyraud, les travaux et les recherches de cette station sont vulgarisés par une publication spéciale, une revue trimestrielle qui a fourni déjà les plus intéressantes études sur le gribouri, sur la cochylis, les glandes perlées de la vigne, sur le traitement de l'anthracnose, l'action du sulfate de cuivre, etc.

« C'est la première fois que nous rencontrons, en France, une institution aussi largement conçue due à l'initiative absolument privée. C'est, transportée à la viticulture, la puissante entreprise des Lawes et Gilbert, en Angleterre.

« La Société d'agriculture voudra honorer comme il convient, cet immense service rendu à notre belle industrie viticole, dont elle a si grand souci. Votre Commission croit de son devoir de vous demander une récompense exceptionnelle, pour reconnaître les admirables efforts de M. Vermorel, pour le bien de la viticulture, de la science et du pays ».

A la suite de ce rapport dont les conclusions sont adoptées à l'unanimité,


CIV PROCÈS-VERBAUX

et sur la proposition de M. le Président, il est décidé que la distinction exceptionnelle à décerner à M. Vermorel, consistera en un objet d'art de la valeur de 500 francs, et que l'acquisition en sera laissée aux soins du Bureau.

M. Blanc annonce qu'il vient de livrer à l'impression un ouvrage dont il fera prochainement hommage et donnera connaissance à la Société. L'objet de cet ouvrage est l'organisation de la tête du ver à soie et de son appareil fileur. Le même sujet a été traité par M. Gilson, professeur à la Faculté catholique des sciences de Louvain, dans un ouvrage qui vient seulement de paraître et que la Faculté des sciences de notre ville a reçu il y a deux ou trois jours. L'apparition toute récente du livre de M. Gilson rend impossible toute revendication de priorité et montre simplement que les mêmes études ont été faites parallèlement, de part et d'autre, sans que les auteurs se connussent. En conséquence, pour prendre date et réserver ses droits, M. Blanc demande l'insertion au procès-verbal, des conclusions de son travail, qu'il donne sous le titre de Notes sur l'appareil fileur du ver à soie, et dépose sur le bureau avec une série de dessins explicatifs. Ces conclusions sont les suivantes.

1° Les deux canaux excréteurs des deux glandes à soie pénètrent isolément dans la tête, et, au voisinage de la lèvre inférieure, se confondent pour former un tube unique dont la lumière est simple.

2° Ces deux canaux et le tube qui résulte de leur union ont leur paroi constituée par :

A. Une membrane extérieure, très mince, anhiste;

B. Une couche de cellules disposées régulièrement comme dans le reste de la glande. Ces cellules ont un protoplasma strié radialement, un peu granuleux ; elles renferment chacune un noyau ramifié ;

G. Une membrane interne, cuticulaire, épaisse, striée radialement et suivant sa circonférence.

3° Les deux canaux excréteurs sont cylindriques et renferment un fil de soie de même forme, notablement plus petit que la lumière du canal, et entouré d'une couche de grès qui remplit la cavité du canal.

4° Le tube excréteur commun, plus large, est aplati de dessus en dessous et renferme les deux fils accolés au sein d'une masse de grès commune. 5° Ce tube, très court, aboutit dans un organe chitineux en forme de poire très allongée, à renflement postérieur et courbé de façon que sa convexité soit en dessus. Cet organe qui est la véritable filière, est placé dans l'épaisseur de la lèvre inférieure.


PROCES-VERBAUX CV

6° Cet organe est formé par une masse chitineuse jaunâtre, creusée à sa face supérieure, d'une rainure étroite et profonde, terminée à son fond sur un bourrelet noir qui fait saillie dans la cavité de l'organe. Ce bourrelet débute à l'orifice postérieur du canal, par un cercle épais, noir, entourant l'orifice, et se termine en pointe à l'autre extrémité. 7° Cette cavité dont la face interne est noire, a, sur la coupe transversale, la forme d'un fer à cheval. Sa convexité est inférieure, sa concavité, supérieure, répond au bourrelet noir déjà signalé. De chaque côté de ce rachis se trouve un fil de soie aplati.

8° Cet organe est sécrété par une matrice épidermique, formée de cel - lules volumineuses, qui sont disposées sur plusieurs rangs du côté inférieur. Cette filière ne subit pas le phénomène de la mue; elle s'accroît pendant toute la, vie larvaire et présente des couches superposées. ;En outre, elle est striée radialement.

9° La filière est mue par trois paires de muscles, insérés d'une part sur le rachis noir, et sur les bords de la fente, d'autre part sur la charpente en forme de lyre, qui soutient la lèvre inférieure.

10° La contraction de ces muscles a pour effet d'ouvrir la rainure supérieure et d'écarter le rachis de la paroi inférieure de la filière ; ils dilatent ainsi la cavité de celle-ci. En effet, lorsque cet organe est au repos, ses deux faces supérieure et inférieure sont presque au contact. La contraction des muscles les écarte l'une de l'autre, et lorsqu'elle cesse, le tube reprend sa forme première, en vertu de son élasticité propre ; l'épaisseur de sa paroi chitineuse rend cette contraction automatique très puissante.

11° Le résultat de ces mouvements est de comprimer plus ou moins les deux fils à leur passage; de là découle toute une série de conséquences relatives au filage. Eu outre, le brin de soie diminue de volume, pendant qu'il traverse la filière.

12° La filière se continue avec le tube intérieur de la trompe soyeuse, beaucoup plus large, et par laquelle sort la bave.

13° En outre, l'appareil fileur reçoit, au niveau de la réunion des deux tubes excréteurs, l'insertion des glandules de Filippi, dont les deux canaux excréteurs débouchent isolément à la face dorsale de ces tubes.

14° La paroi de ces canaux est composée de :

A. Une membrane basale, anhiste, très mince ; B. Une couche de cellules polyédriques, à noyau bossué, à protoplasma légèrement granuleux. A mesure que l'on s'éloigue de la terminaison du


CVI PROCÈS-VERBAUX

canal, ce protoplasma se creuse de vacuoles de plus en plus considérables qui finissent par déformer les cellules et isoler presque complètement la couche protoplasmatique de la membrane interne;

C. Celle-ci est une intima semblable à celle du canal excréteur de la glande à soie, mais elle est plus mince.

15° Ces canaux se continuent en arrière d'une façon peu distincte; cependant, sur les préparations à la potasse, l'intima semble d'ordinaire former un cul-de-sac irrégulier, où l'on peut voir quelques perforations.

16° La glandule est constituée par une grappe de cellules volumineuses, en apparence piriformes, mais très irrégulières sur les coupes. Elles sont contenues dans un sac à poches multiples, mince, anhiste, formé par la membrane basale très dilatée.

17° Ces cellules renferment un très grand nombre de vacuoles de toutes dimensions, qui rendent le protoplasma aréole, le refoulent à la périphérie, et déforment la cellule et le noyau qui est des plus irréguliers.

18° Ces vacuoles sont pleines d'un liquide qui est le produit de sécrétion. Celui-ci, pour arriver au canal excréteur, se fraie un passage à travers la substance des cellules, et entre celles-ci. Il n'y a pas de canaux ramifiés comme dans les glandes acineuses.

19° Il résulte de cela, que la glande de Filippi est formée par un bourgeonnement de l'extrémité de son canal excréteur. Le bourgeon ramifié qui se forme ainsi reste massif, sans cavité glanduleuse.

20° Le produit sécrété semble servir surtout à lubrifier la filière.

21° Cet appareil fileur, composé du tube commun, de la filière, de la trompe soyeuse, ainsi que des glandules de Filippi, est innervé par la première paire de nerfs sous-oesophagiens.

22° La terminaison de l'appareil fileur, ainsi que la lèvre qui le supporte, sont mises en mouvement par quatre paires de muscles ; le releveur et l'abaisseur, le protracteur et le rétracteur de la lèvre inférieure.

SÉANCE DU 14 NOVEMBRE 1890 Présidence de III. CORNEVIN

La correspondance contient une circulaire ministérielle du 10 novembre, relative au congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne, en 1891, et,


PROCÈS-VERBAUX CVII

sous le même pli, le programme de ce congrès divisé, en cinq, sections. : histoire et philologie, archéologie, sciences économiques et sociales, sciences, géographie historique et descriptive. M. le Président donne lecture du programme de la section des sciences qui comprend les questions suivantes :

1° Étude du mistral.

2° Tremblements de terre.

3° Recherches sur la présence de la vapeur,d'eau dans l'air par les observations astronomiques et spectroscopiques.

4° Comparaison des climats des différentes régions de la France.

5° Des causes qui semblent présider à la diminution générale des eaux dans le nord de l'Afrique et à un changement de climat.

6° Études relatives à l'aérostation.

7° Signaler les hybrides d'oiseaux et de mammifères obtenus récemment.

8° Étude du mode de distribution topographique des espèces qui habitent notre littoral.

9° Étude détaillée de la faune fluviatile de la France. Indiquer les espèces sédentaires ou voyageuses et, dans ce dernier cas, les dates de leur arrivée et de leur départ. Noter aussi l'époque de la ponte. Influence de la composition de l'eau.

10° Étudier, au point de vue de la pisciculture, la faune des animaux invertébrés et les plantes qui se trouvent dans les eaux.

11° Étudier les époques et le mode d'apparition des différentes espèces de poissons sur nos côtes. Étude de la montée de l'anguille.

12° Étude des procédés à employer pour la multiplication des poissons de nos côtes et l'introduction d'espèces nouvelles.

13° Étude de l'influence que l'on peut attribuer aux usines industrielles et aux amendements agricoles dans la dépopulation de nos cours d'eau.

14° Étude de l'apparition des cétacés sur les côtes de France. Indiquer l'époque et la durée de leur séjour.

15° Étude des insectes qui attaquent les substances alimentaires.

16° Comparaison des espèces de vertébrés de l'époque quaternaire avec les espèces similaires de l'époque actuelle.

17° Fixer, pour des localités bien déterminées de la région des Alpes et des Pyrénées, la limite supérieure actuelle de la végétation des espèces spontanées ou cultivées; étudier les variations qu'elle a subies à différentes époques.

18° Étude des phénomènes périodiques de la végétation; date du bour-


CVIII PROCÈS-VERBAUX

geonnement, de la floraison et de la maturité. Coïncidence de ces époques avec celle de l'apparition des principales espèces d'insectes nuisibles à l'agriculture.

19° Comparaison de la flore de nos départements méridionaux, avec la flore du nord de l'Afrique.

20° Étude des arbres à quinquina, à caoutchouc et à gutta-percha, et de leurs succédanés. Quelles sont les conditions propres à leur culture? De leur introduction dans nos colonies.

21° L'âge du creusement des vallées dans les diverses régions de la France;

22° Faire la statistique détaillée des grottes, abris sous roches et terrains d'alluvion où ont été découverts des ossements humains et des restes d'industries remontant à l'époque quaternaire, soit pour la France entière, soit pour une ou plusieurs de ses principales régions; préciser la nature des objets et indiquer les principaux fossiles qui leur étaient associés.

23° Rechercher dans le plus grand nombre possible de têtes osseuses néolithiques celles qui reproduisent à des degrés divers les caractères des races de l'époque précédente ; signaler les faits de fusion et de juxtaposition de caractères qu'elles peuvent présenter.

24° Préciser, surtout par l'étude des têtes osseuses, le type ou les types nouveau-venus, dans une région déterminée, aux époques de la pierre polie, du cuivre, du bronze et du fer.

25° Déterminer les éléments ethniques dont le mélange a donné naissance à une de nos époques actuelles.

26° Étudier et décrire avec détail quelqu'une de nos populations que l'on peut regarder comme ayant été le moins atteinte par les mélanges ethniques. Rechercher et décrire les îlots de population spéciale et distincte qui existent sur divers points de notre territoire.

27° Rechercher l'influence que peut exercer sur la taille et les autres caractères physiques des populations la nature des terrains.

La correspondance épuisée, M. le Président annonce à ses collègues que la Société vient de perdre l'un de ses membres les plus actifs, M. Violet dont elle écoutait, il y a quelques jours à peine, avec le plus vif intérêt, les instructives communications. M. Violet est décédé dans sa famille, à Auxerre, le 10 novembre dernier.

Délégué, en l'absence de M. Arloing empêché par l'état de sa santé, pour représenter l'École vétérinaire de Lyon, M. Cornevin a pris la parole


PROCÈS-VERBAUX CIX

au bord de la fosse, après M. Chauveau, Inspecteur général des Écoles vétérinaires, et prononcé les paroles suivantes :

« Depuis un mois, l'École vétérinaire de Lyon suivait avec anxiété la marche de la maladie d'un de ses membres les plus estimés. Elle espérait toujours que la vigoureuse constitution de M. Violet prendrait le dessus, mais le mal dont il était atteint nous a préparé une douloureuse déception et infligé un profond chagrin.

et Notre collègue a succombé; nous n'avons pas voulu le laisser disparaître sans apporter sur sa tombe l'expression de nos très vifs regrets et s'il n'eût été empêché par une indisposition, le directeur de l'École de Lyon, M. Arloing, fût venu, tout attristé, remplir ce pieux devoir. C'est à moi qu'il est échu.

« En toute circonstance, cette mission est pénible; elle devient navrante quand celui qui disparaît n'est pas seulement un collègue, mais encore un ami. M. Violet était le mien. Si je n'écoutais que mon coeur, je pleurerais en silence ; mais il faut que ma tâche s'accomplisse.

« M. Th. Violet est né le 3 juillet 1833, à Jallerange (Doubs). Il entra à l'École vétérinaire de Lyon, au mois d'octobre 1852; il en sortit au commencement d'août 1856 avec le n° 1 de sa promotion, et après avoir obtenu le premier prix, pendant chacune de ses quatre années d'études.

« En raison de son rang de classement, M. Violet, pendant son séjour à l'École de Lyon, avait été attaché comme élève préparateur au service d'anatomie. Le chef des travaux anatomiques était à ce moment M. Chauveau qui rassemblait les matériaux de son Traité d'anatomie des animaux domestiques. M. Violet lui prêta, pour la préparation des pièces nécessaires aux descriptions et aux figures, un concours aussi intelligent que dévoué, dont M. Chauveau porta témoignage dans la préface de son livre.

« Mais si l'élève avait fourni un travail matériel au maître, il avait en revanche reçu le goût des études scientifiques; à son commerce, le sentiment d'admiration pour les oeuvres de la pensée, qui est à la fois la marque et le charme des âmes bien nées, s'était développé en lui. Il sortit, sans doute, de l'École, avec le secret désir d'y revenir.

« Ce désir, il ne put le réaliser que vingt-trois ans plus tard. Il dut d'abord demander à la médecine vétérinaire le moyen de vivre. Il s'établit à Sens; son mérite de praticien et ses qualités d'homme lui attribuèrent rapidement une belle clientèle. Il s'y créa aussi un foyer.

« Tout en donnant la plus grande partie de son temps aux devoirs de sa situation, il suivait soigneusement les progrès qui ont rénové la biolo -


CX PROCÈS-VERBAUX

gie et la pathologie dans la deuxième moitié de notre siècle. N'ayant pas les moyens nécessaires pour chercher par lui-même, il voulait néanmoins être toujours au courant des découvertes nouvelles, éprouvant sans doute., à cette tâche, quelque chose des pures jouissances que la science réserve à ceux qui la cultivent sans autre préoccupation.

« Ainsi s'écoulait sa vie, quand en novembre 1876, une place devint vacante à l'École de Lyon. M. Violet avait quarante-cinq ans, il possédait alors une fortune suffisante pour lui donner l'indépendance, il eût pu ralentir quelque peu son activité professionnelle, ou (car le repos eût pesé à cette nature essentiellement laborieuse), être pris de l'ambition de répandre par la parole ce qu'il croyait utile à son pays et rechercher les suffrages populaires; son mérite lui permettait ces visées. Mais ce n'est pas impunément qu'on a été, dans sa jeunesse, secoué de l'ardente fièvre de la recherche — ignis sacer — on n'en guérit jamais. Aussi M. Violet n'hésita point, quand la circonstance dont je viens de vous parler se présenta ; il vint à Lyon affronter les chances du concours.

« C'était téméraire, puisqu'il avait manqué des moyens pratiques d'études qui abondent dans nos laboratoires et qui sont plus que jamais nécessaires pour aborder les luttes scientifiques. Pourtant il n'avait pas trop présumé de lui, et un de ses juges a écrit qu'il avait étonné plus d'une fois le jury par l'étendue, la variété, la précision de ses connaissances et la manière claire et méthodique de les exposer. Il fut nommé chef de travaux avec la 2e classe de son grade.

« Nous le vîmes avec grand plaisir, prendre rang parmi nous. Il venait, dans la pleine maturité de son talent, apportant l'expérience d'un homme qui a vécu plus de vingt ans de a vie du praticien. L'enseignement ne pouvait que bénéficier d'une telle recrue.

« Il ne resta d'ailleurs pas longtemps chef de travaux. Le 25 juin 1881, à la suite d'un nouveau concours, il fut nommé professeur de pathologie chirurgicale, manuel opératoire, ferrure et clinique. C'est dans cette situation que la mort est venue nous l'enlever.

« Il tenait admirablement sa place dans ce poste enviable, mais qui n'est pas sans difficultés. En effet, indépendamment des qualités de clinicien qui sont indispensables : sûreté de diagnostic, esprit de décision et habileté opératoire, il faut beaucoup de tact, une grande prudence unie à de la fermeté, et une conscience implacable. M. Violet possédait tout cela, aussi s'était-il imposé aux élèves et au public.

« Une fois attaché à notre École, M. Violet put se livrer entièrement à


PROCÈS-VERBAUX CXI

ses goûts scientifiques; son activité s'est largement exercée, et ses nombreux travaux sur la pathologie, l'obstétrique et la jurisprudence vétérinaires en témoignent. Le professeur a mis en valeur, au bénéfice de notre science, les matériaux silencieusement et lentement amassés par le praticien.

« Ces travaux d'ailleurs ont été appréciés comme ils le méritaient, dans le monde vétérinaire, et en dehors. La Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon voulut s'agréger cet homme de mérite; elle l'élut il y a trois ans membre titulaire. Il y fit plusieurs communications très goûtées.

« Mais le savant était doublé d'un homme de caractère et de coeur, et c'est ce côté de la personnalité de M. Violet que je voudrais mettre en relief, afin de montrer combien la vivacité de nos regrets est justifiée.

« A notre époque, où chacun se pique d'indépendance intellectuelle et parle si volontiers de libre-examen, il est néanmoins une servitude très commune, celle où l'esprit se laisse convaincre, non par la vérité elle-même, mais par la qualité, des personnes qui parlent. M. Violet n'a jamais subi cet asservissement. Quelle que fût la bouche qui émît une opinion, il passait impitoyablement celle-ci au crible de sa critique, il l'adoptait ou la rejetait, déterminé par son seul jugement et sans se préoccuper des conséquences de sa décision. Sa discussion, restée fameuse, avec H. Bouley, alors Inspecteur général des Écoles vétérinaires et membre de l'Institut, sur les lésions de la vieille courbature, est l'irrécusable preuve de cette disposition de son esprit. Mais, s'il était tenace et défendait son opinion avec courage, sa défense était toujours courtoise, sans ces écarts de plume et ces insinuations, trop communes aujourd'hui, qui amoindrissent, du reste, plutôt ceux qui les commettent que ceux qui sont visés.

« Celle courtoisie n'était pas seulement le résultat de son éducation, elle était aussi le reflet de la bienveillance de son esprit, et comme la répercussion d'une autre de ses qualités dominantes, la bonté ! Réservé, d'un abord un peu froid, il n'avait point celte bienveillance banale, apanage des gens aimables, mais sceptiques, qui sourient à tous et se contentent de témoignages affectifs très superficiels, parce qu'ils estiment, sans doute, que le commerce des hommes ne peut offrir davantage. Il croyait à l'amitié, à cette chose si douce qui fait, qu'à côté de nous, quelqu'un nous console et nous soutient, quand les tempêtes de la vie

PROCÈS-VERBAUX, 1890. 8


CXII PROCES-VERBAUX

nous meurtrissent. Il y croyait parce qu'il savait aimer et qu'il était digne de l'être.

« La bonté de M. Violet se dévoilait surtout dans le cercle de la famille et de l'intimité; il eût voulu en étendre l'action. Le sort de nos confrères atteints d'infortunes, celui de leurs veuves et de leurs enfants le préoccupait. En 1878, au Congrès vétérinaire de Paris, il avait développé un projet d'association pour leur venir en aide. Ce sujet revenait souvent à son esprit; un soir du dernier été, nous causions, quand changeant brusquement de sujet: j'ai été touché, me dit-il, qu'un de nos confrères âgés est malheureux ; je veux reprendre l'examen de la question des associations de prévoyance et de secours dans le journal de l'École à la rentrée.

« La rentrée! elle s'est faite sans vous, mon cher ami, votre fauteuil était vide à mon côté, et nous en avons tous éprouvé un véritable serrement de coeur. Un mois à peine s'est écoulé, la maladie a achevé son oeuvre, vous nous quittez pour l'éternel voyage.

« Il n'est pas de suffrage plus difficile que celui de ses pairs, il n'en est pas dont on doive être plus fier. Votre mérite, votre esprit de justice et votre bonté vous avaient acquis le nôtre, je suis chargé d'en déposer l'attestation ici.

« Au nom de l'École vétérinaire de Lyon, mon regretté collègue et mon ami, je vous adresse le suprême adieu ! »

Après cette douloureuse communication, M. le Président donne la parole à M. Cambon, inscrit à l'ordre du jour pour l'exposé d'un nouveau système de cuvage.

On sait, dit M. Cambon, que le cuvage se fait en cuves ouvertes ou en cuves fermées et que les deux systèmes ont leurs inconvénients. Les cuves ouvertes donnent lieu à la formation de ce que les vignerons appellent le chapeau, au-dessus du moût. En contact immédiat avec l'air extérieur, le chapeau tend à s'acétifier. Pour prévenir cet effet, on le refoule au moyen d'un clayonnage calé, de manière à le tenir immergé dans le moût; mais alors il se produit, par évaporation, une déperdition d'alcool d'autant plus considérable que la fermentation est plus tumultueuse. Les cuves fermées garantissent le chapeau du contact de l'air, mais elles rendent impossible le foulage qui a pour but de mettre de l'homogénéité dans la masse en fermentation dont les couches supérieures sont toujours a une température plus élevée que les couches inférieures. Pour parer à cet inconvénient, on est obligé d'adapter à l'intérieur de la cuve un appa-


PROCES-VERBAUX CXIII

reil de malaxage qu'on puisse actionner de l'extérieur, ou bien de soutirer en bas, une certaine quantité de liquide que l'on verse en haut.

On peut écarter les inconvénients et, en même temps, concilier les avantages des deux systèmes par la disposition suivante.

Une cuve ordinaire étant donnée, on la fait foncer, par le haut et l'on installe au dessus nn réservoir ouvert représentant un quinzième ou un vingtième de la capacité de la cuve. Du bas de la cuve on fait partir un tube vertical ouvert à ses deux extrémités et qui se recourbe en siphon à son extrémité supérieure, un peu au-dessus du réservoir. Ce dernier peut communiquer avec le haut de la cuve, au moyen d'un tube court qui traverse le fonçage et qui est muni d'une soupape actionnée par un levier muni lui-même d'un flotteur, de telle sorte que la soupape étant primitivement fermée, s'ouvre lorsque le flotteur soulevé atteint un certain niveau. Les gaz accumulés au-dessus du liquide atteignent, à un moment donné, une pression capable de le refouler dans le tube latéral, jusqu'au niveau du coude supérieur. Alors ce liquide déversé en quantité suffisante dans le réservoir, soulève le flotteur et le levier auquel le flotteur est fixé actionne la soupape qui donne accès dans la cuve. Ce système, appliqué chez un propriétaire qui a bien voulu en faire l'essai, a donné des résultats inattendus, en comparaison avec ceux qu'on a obtenus avec les procédés ordinaires appliqués simultanément sur la même vendange. Il a rendu la fermentation plus régulière, donné au vin une teneur alcoolique plus élevée, et, en outre, une coloration, plus intense. On peut en modifier l'application en prenant pour réservoir le haut de la cuve que l'on foncerait au-dessous de son bord supérieur, si l'on n'a pas besoin d'en utiliser toute la capacité. On pourrait aussi, lorsque la température extérieure est susceptible d'atteindre un degré plus élevé qu'il ne convient pour une fermentation normale, donner au tube élévateur une section aplatie qui en augmenterait la surface, et l'entourer d'un manchon où l'on ferait circuler un courant d'eau froide.

M. le Président remercie M. Cambon de sa communication qui est d'un grand intérêt pour l'industrie vinicole et la prie de déposer son mémoire in extenso, pour les publications de la Société.

L'ordre du jour appelle la discussion des propositions de la Société d'agriculture de la Nièvre, concernant une série de voeux à émettre en matière de police sanitaire, et la parole est donnée à M. Arloing.

Après avoir donné lecture des documents transmis à la Société, M. Arloing rappelle les communications qu'il a déjà faites, toutes les fois qu'il


CXIV PROCES-VERBAUX

s'est agi, dans les séances de la Société, des maladies contagieuses des animaux de boucherie, et en particulier de la tuberculose, et ajoute qu'il n'a pas varié d'opinion. A ses yeux, la tuberculose est transmissible, et son avis est que tout animal tuberculeux doit être saisi sauf, en certains cas, à atténuer les effets de la saisie, moyennant certaines précautions. Les partisans de la tolérance allèguent que les injections faites avec le jus exprimé des viandes d'animaux tuberculeux sont rarement suivies d'effet; ils semblent chercher à se tromper eux-mêmes en exaltant les résultats négatifs et en réléguant les résultats positifs dans l'ombre. Qu'inocule-ton d'ailleurs? Le liquide extrait par pression et quand ce liquide se montre inoffensif, on conclut que la masse dont il est sorti est absolument exempte de bacilles tuberculeux, comme si l'on avait le droit, d'affirmer que la partie solide des tissus n'en peut point contenir. Par une singulière contradiction, on a une tendance marquée à se montrer plus sévère pour le lait que pour la viande des vaches tuberculeuses, bien que le lait soit moins à craindre que la viande. Celte contradiction vient évidemment de ce que les mille difficultés qu'on rencontre dans la prohibition de la viande tuberculeuse, ne se présentent pas lorsqu'il s'agit du lait.

La saisie de tous les animaux tuberculeux est une mesure excessive, il faut en convenir, et il n'est pas étonnant qu'on ait cherché à en atténuer la rigueur, surtout lorsque les animaux se présentent bien en chair. On a proposé des étals spéciaux où les viandes exposées porteraient des étiquettes de provenance, afin d'avertir l'acheteur de se garantir de tout danger par une cuisson suffisante; mais l'acheteur n'est pas toujours le consommateur et il serait à craindre que dans certains restaurants de bas étage où l'on s'approvisionne au meilleur compte possible et où la préparation des mets est, comme partout, soumise au goût du client, on ne servit à ce dernier des biftecks ou rosbifs saignants de viandes suspectes. On a proposé la cuisson dans des appareils spéciaux, sous la surveillance des municipalités, moyen qui n'est applicable que dans les villes. On a pensé aussi à la salaison, mais le sel qui ne détruit pas les microbes, ne dispense pas de la cuisson, et les vétérinaires du Nord font observer, avec raison, que dans les régions qu'ils habitent, oh on consomme beaucoup de viandes salées, on les mange souvent presque crues. Les ennemis de la rigueur, qui prennent beaucoup plus en considération les intérêts du producteur que ceux du consommateur, ont cependant fait un pas, puisqu'ils consentent maintenant à entrer en discussion avec leurs antagonistes. Où trouvera-t-on la conciliation des deux intérêts contraires?


PROCES-VERBAUX CXV

Il semble évident que c'est en admettant le principe de l'indemnité au bénéfice du propriétaire de l'animal saisi ; mais il est non moins évident qu'il ne faut rien demander à l'État. Les conseils généraux, les conseils départementaux, les municipalités pourront fournir quelques ressources; l'assurance mutuelle, par la formation de syndicats fera le reste et c'est là, en définitive, qu'est le noeud du problème. La Société d'agriculture de la Nièvre devrait mettre à l'étude la question des voies et moyens, en s'inspirant, au besoin, de l'exemple donné par les commissionnaires en bestiaux de Lyon.

Après les explications données par M. Arloing, et plusieurs membres ayant encore parlé dans le même sens, M. le Président met aux voix l'approbation ou le rejet des voeux émis par la Société d'agriculture de la Nièvre.

1° Que de même que la tuberculose, la pneumonie contagieuse et la pneumo-entérite infectieuse soient rayées des maladies contagieuses, conformément au vote du Sénat du 14 mars 1890.

La Société considère, comme une question de principe, le rejet de ce voeu, et, à l'occasion, elle fera remarquer qu'il est absolument illogique de demander qu'on déclare non contagieuses des maladies qualifiées comme telles et aussi comme infectieuses, dans l'expression du voeu.

2° Que tout animal reconnu de bonne qualité pour la boucherie, soit accepté, à l'exception des organes ou viscères malades, s'il n'est atteint que de la tuberculose localisée; si la tuberculose est généralisée, le vétérinaire préposé aux abattoirs ne devra refuser la viande que s'il la reconnaît susceptible de présenter des dangers pour le consommateur; dans le cas de refus, il devra dresser un procès-verbal motivé qui sera adressé au maire ou à l'intéressé.

La Société estime qu'il n'y a aucune transaction à admettre dans le cas de tuberculose généralisée. Elle pense, en outre, qu'il y a si peu de distance entre la tuberculose en apparence localisée, et la tuberculose généralisée, qu'en autorisant l'admission des animaux paraissant légèrement atteints, on court au devant d'une inextricable, confusion. Elle ne saurait donc, en conséquence, s'associer au second voeu.

3° Q'en cas de saisie, le propriétaire de l'animal ait le droit de faire contrôler la décision prise.

A l'égard de ce voeu, la Société n'a aucune objection à présenter.

4° Qu'une indemnité des trois quarts soit allouée au propriétaire d'ani-


CXVI PROCES-VERBAUX

maux saisis, s'il est reconnu qu'ils soient en bon état de viande livrable à la consommation ; le reste de la valeur de l'animal, formant la perte réelle, devant être supporté, en parties égales, par les propriétaires divers, y compris le boucher, qui l'auront possédé depuis un mois, à dater du jour de l'abattage.

La Société admet le principe de l'indemnité. Elle émet toutefois l'avis qu'on ne doit pas s'adresser à l'État. Elle pense que les conseils généraux, les conseils départementaux, les municipalités pourraient fournir quelques ressources-, mais elle a encore plus de confiance dans la formation de syndicats entre les intéressés. Elle engage la Société d'agriculture de la Nièvre, à mettre à l'étude la question des voies et moyens, en s'inspirant, au besoin, de l'exemple donné par les commissionnaires en bestiaux de Lyon qui ont établi un système d'assurance mutuelle paraissant fonctionner à la satisfaction générale.

5° Qu'aucune indemnité ne soit allouée au propriétaire d'un animal taré dont la viande, en dehors de la tuberculose, sera reconnue impropre à la consommation.

Approbation pleine et entière à cet égard.

6° Lorsqu'un animal sera saisi, la peau ne devra pas en être entièrement séparée, avant que la ou les parties intéressées aient pu exercer leur contrôle, sans quoi le boucher deviendra seul responsable. Rien à opposer.

7° La. Société engage les pouvoirs publics à redoubler de surveillance à la frontière, dans l'inspection des animaux introduits morts ou vivants.

On pourrait, sans inconvénient, demander un redoublement de surveillance, même à l'intérieur.

8° Les voeux ci-dessus seront transmis au Conseil supérieur de l'agriculture, à la Société nationale d'agriculture, à la Société des agriculteurs de France, aux autres sociétés d'agriculture, aux sénateurs et aux députés.

La Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon se borne, en ce qui concerne le huitième voeu, à maintenir les réserves mentionnées ci-dessus.

L'heure avancée fait ajourner à la prochaine séance la communication de M. Blanc sur l'appareil fileur du ver à soie.


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SÉANCE DU 21 NOVEMBRE 1890 Présidence de M. CORNEVIN

Répondant à une question soulevée par M. Isaac, à l'occasion du procès-verbal, M. Galtier dit que l'identité des bacilles de la tuberculose de l'espèce humaine et de l'espèce bovine n'est pas douteuse, qu'on a de cette proposition une foule de preuves, excepté toutefois celle qui résulterait de l'inoculation de la tuberculose bovine à des individus de l'espèce humaine. Autrement, l'évolution dans les liquides de culture est la même et les inoculations pratiquées sur les sujets d'expériences donnent absolument les mêmes résultats. On a eu d'ailleurs des exemples, peu nombreux, il est vrai, de phtisie contractée par suite de l'usage du lait de vaches tuberculeuses. Sauf quelques essais tentés à Paris, par M. Richet, entre autres, en prenant du sang de chien pour liquide de culture, la médecine vétérinaire ne s'est guère occupée jusqu'ici de rechercher les moyens de guérison et n'a presque exclusivement tourné ses vues que du côté de la prophylaxie. Il n'est pas permis de discuter les moyens curatifs du DrKoch, dont on parle beaucoup depuis quelque temps, puisque ces moyens sont encore tenus secrets; cependant on est presque en droit de dire qu'ils ne sont efficaces qu'au début de la maladie; quand la maladie est arrivée à un certain degré, une sur trois ou quatre des personnes inoculées succombe, des suites de l'opération, bien plus rapidement que si la maladie avait suivi son cours. Il ne faut pas oublier, en outre, que dans les cas guérissables, l'inoculation du Dr Koch ne fait pas tout et qu'elle doit avoir pour adjuvants une hygiène bien entendue, une aération dans des conditions particulières, une nourriture appropriée et un exercice modéré. Le dernier mot n'est pas dit, sans doute; on perfectionnera sûrement les méthodes, on obtiendra des résultats de plus en plus satisfaisants à l'avenir; pour le moment, on est encore dans la période des tâtonnements.

M. le Président donne lecture, au nom de M. Arloing empêché, d'un rapport d'admissibilité.

La parole est donnée à M. Blanc, inscrit à l'ordre du jour, pour une communication sur l'appareil fileur du ver à soie.

M. Blanc rappelle que dans une communication antérieure qu'il a faite


CXVIII PROCÈS-VERBAUX

à la Société, sur l'appareil séricigène et la sécrétion de la soie chez le Bombyx mori, il a passé très rapidement sur la terminaison des glandes à soie. D'une part il n'avait encore pu étudier cette région, et, d'autre part, les travaux publiés sur ce: sujet ne lui paraissaient pas d'une exactitude suffisante. Cette prévision a été justifiée par les recherches que M. Blanc a entreprises sur l'appareil fileur, et dont il se propose d'exposer les résultats à la Société.

Au point de vue historique, le travail le plus récent, et pour mieux dire, le seul travail sur l'appareil fileur est dû à M. Helm qui publia en 1876 une étude sur.les appareils séricigènes. A propos des organes fileurs, les conclusions de M. Helm sont les suivantes :

1° Les deux canaux excréteurs, arrivés près de leur terminaison, s'accolent, mais ne fusionnent pas leur lumière.

2° Ils débouchent dans un appareil chitineux, à parois épaisses, percé de deux canaux à section en forme de croissant. Ces deux conduits se fusionnent en avant et se continuent par un canal unique à l'intérieur de la trompe fileuse.

3° Cet appareil chitineux est mû par des muscles qui peuvent modifier la forme de sa cavité. M. Helm lui donne le nom de presse à filer.

4° Au point où se réunissent les canaux excréteurs, chacun reçoit le canal excréteur d'une glande de Filippi. Cette glande a une structure acineuse, et son produit semble être la substance qui agglutine et réunit les deux brins dont se compose le fil du ver à soie. M. Helm désigne ainsi le grès d'une façon très claire.

M. Blanc fait remarquer que ces résultats sont presque totalement inexacts, ce qui tient surtout aux procédés d'étude employés par M. Helm, qui, en 1876, n'avait pas à sa disposition, les méthodes perfectionnées connues aujourd'hui. Du reste le savant allemand a le grand mérite d'avoir ouvert la voie, d'avoir repris l'étude d'un sujet abandonné depuis plus d'un siècle, et d'avoir reconnu l'existence des principaux organes de cet appareil.

Passant alors à la description de l'appareil fileur telle qu'elle résulte de ses propres recherches, M. Blanc expose les faits suivants:

Les deux canaux excréteurs des glandes à soie pénètrent dans la tête en passant entre le tégument de la face inférieure et le ganglion sousoesophagien. Ils suivent le bord interne des deux muscles abaisseurs de la lèvre inférieure, et se rapprochent peu à peu de la ligne médiane; arrivés à la base de la lèvre, ils s'accolent et se fusionnent en un canal


PROCÈS-VERBAUX CXIX

unique, tube commun dans lequel les deux fils se réunissent, entourés par une enveloppe de grès. Chaque canal excréteur a une lumière circulaire et une paroi composée, d'une intime cuticulaire épaisse — d'une couche

cellulaire formée par un seul plan de grandes cellules plates, enroulées circulairement, et renfermant un noyau ramifié — et enfin, d'une mince membrane extérieure sans structure apparente.

Le canal excréteur a une structure assez semblable, mais sa cavité a, en coupe transversale, une forme bilobée, et sa membrane interne, chiti, neuse, est plus forte.

Le tube commun, très court, aboutit dans la filière. Celle-ci est formée par un amas de chitine sécrétée par une couche de grosses cellules qui lui forment un revêtement extérieur. Cet organe est piriforme, très allongé, avec sa partie renflée dirigée en arrière. Il est courbé de façon que sa convexité soit supérieure, et, le long de ce bord, on voit une rainure profonde qui aboutit, au centre de l'organe, sur une tige de chitine noire, dure, résistante, qui forme un axe solide à la filière. Au centre de la filière se trouve un canal unique, en forme de croissant à concavité supérieure, qui a pour plafond le rachis noir qui vient d'être indiqué, et pour plancher une couche de chitine également d'une couleur foncée. Ce canal continue le tube commun et aboutit en avant dans le tube interne de la trompe fileuse.

La filière est suspendue entre les deux branches d'une pièce chitineuse en forme de lyre qui supporte la lèvre inférieure et la langue, et qui peut osciller d'avant en arrière autour d'articulations qui contractent ses branches avec d'autres pièces du squelette de la tête.

De la face interne de la lyre partent trois paires de muscles qui convergent sur la filière. Les deux muscles supérieurs s'attachent par de petits tendons sur le rachis de la filière. Les deux muscles inférieurs, antagonistes des précédents et dirigés en sens contraire, se fixent sur les bords de la filière. Enfin les deux muscles latéraux, antagonistes l'un de l'autre, s'attachent sur les lèvres de la rainure de la filière. Ces organes, en se contractant, ont pour effet, d'agrandir la cavité de la filière, en écartant le plafond du plancher.

Le tube fileur qui vient d'être décrit se continue avec le tube intérieur de la trompe, canal très large par rapport au diamètre du brin de soie.

L'appareil fileur est complété par huit paires de glandules,, dites glandes de Filippi, pourvues chacune d'un petit canal excréteur qui aboutit sur, la terminaison des canaux excréteurs des glandes à soie. Ces petits organes


CXX PROCÈS-VERBAUX

ne sont pas des glandes en grappes. Leur partie sécrétante est formée par un amas de volumineuses cellules, dans lequel il n'y a pas de culs-de-sac glandulaires. C'est un bourgeon plein, massif, très lobulé à sa surface. Le produit sécrété s'accumule dans l'intérieur des cellules dont il déforme le noyau en creusant tout autour, dans le protoplasma, un très grand nombre de vacuoles. Vers la fin de la vie larvaire, ces vacuoles, distendues, s'ouvrent, communiquent entre elles, et la glande est transformée en une masse spongieuse, dans les cavités de laquelle le produit sécrété peut circuler et aboutir au canal excréteur. Celui-ci se termine en cul-de-sac, et sa lumière est complètement fermée par la membrane cuticulaire qui forme une sorte d'ampoule. Il n'y a donc pas de communication apparente entre les aréoles de la glante et la cavité de son canal; il faut donc admettre que la membrane cuticulaire est percée de fins orifices qui permet-, tent le passage du produit sécrété. Quant à la nature de celui-ci, elle est encore inconnue.

Après avotr décrit l'appareil fileur, M. Blanc indique son mode de fonctionnement. ,

Chacun des canaux excréteurs renferme un fil de soie rond et entouré d'une couche de grès. Dans le tube commun, les deux fils s'accolent, fusionnent leur enveloppe gréseuse et dès ce moment la bave est constituée: ses deux brins sont encore arrondis. La bave s'engage dans le canal de la filière, chacun des deux fils se loge dans une des branches de ce conduit, et le grès comble les vides.

C'est alors que se passent les phénomènes qui modifient la bave dans sa forme, et peut-être dans ses propriétés physiques.

Le tube fileur est un canal dont les parois élastiques agissent comme un ressort en forme de fer à cheval. Elles tendent sans cesse à rapprocher le plafond et le plancher du canal fileur et à réduire sa lumière à l'état de fente semi-circulaire. Sous l'action des muscles fileurs, cette fente s'élargit et livre passage au fil de soie; mais, comme le tube fileur a toujours la forme d'un croissant, chacun des deux brins est obligé de se mouler dans. les branches de ce canal et de devenir triangulaire. Cette forme varie selon l'état de contraction des muscles fileurs, et de dilatation de la filière. Plus l'action de ces muscles est énergique, plus l'orifice de la filière est large, et plus la forme du brin se rapproche du triangle équilatéral; mais si les muscles se relâchent, le canal s'aplatit et les brins deviennent également plats. De là les variations de forme que l'on constate dans les brins de soie. En outre, lorsque les muscles cessent d'agir, la paroi de la filière,


PROCES-VERBAUX CXXI

agissant comme un ressort énergique, comprime le fil et l'empêche de passer. C'est ainsi qu'un ver à soie ou toute autre chenille peut rester suspendu au bout de son fil.

Il faut remarquer que la filière, par la pression constante qu'elle exerce sur le fil de soie, lui fait subir une sorte de martelage, de laminage, qui a probablement pour effet de tasser la substance soyeuse, et d'en aug - menter la cohésion et l'élasticité.

Dans tous les cas, il faut remarquer que, dans la filière même, la solidification de la soie est accomplie, et le fil jouit déjà de toutes ses propriétés. C'est donc à l'intérieur de l'animal qu'il faut chercher les cause? de cette transformation de la substance soyeuse.

Cette action a été attribuée au produit sécrété par les glandes de Filippi. Diverses observations ne permettent pas à M. Blanc de partager cette manière de voir, et il incline à penser que le produit des glandes on question a pour rôle principal de lubrifier le canal fileur, et de faciliter le glissement de la bave dans ce passage difficile.

Enfin, l'appareil fileur présente quatre paires de muscles extrinsèques qui lui impriment les mouvements généraux les plus variés. Ces muscles, releveurs, abaisseurs, rétracteurs et protracteurs de la lèvre inférieure, peuvent, en agissant séparément, ou en combinant leur action, donner à la trompe soyeuse les positions très diverses que l'on peut observer lorsque le ver édifie son cocon.

En terminant, M. Blanc ajoute que M. le professeur Gilson, de l'Université de Louvain, vient de publier un travail intitulé la Soie et les appareils séricigènes. Dans ce travail très important, M. Gilson étudie entre autres points, l'appareil fileur, et arrive à des conclusions semblables à celles qui viennent d'être exposées au sujet de la disposition générale de l'appareil. Le travail de M. Gilson diffère de celui de M. Blanc en ce qu'il s'est occupé spécialement de la structure et des fonctions des cellules qui entrent dans la constitution de l'appareil tandis que la communication qui vient d'être faite porte surtout sur la disposition anatomique.

Le secrétaire rappelle que l'ordre du jour de la première séance de décembre comporte le renouvellement du Bureau et des Commissions permanentes, ainsi que la revision du tableau de la Société, et la lecture des rapports des Comités de présentation, en vue des élections fixées à la seconde séance du même mois. Il fait connaître le nombre des places vacantes et le nombre des candidatures déclarées admissibles et remet les dossiers de ces dernières aux Comités de présentation.


CXXII PROCES-VERBAUX

SÉANCE DU 28 NOVEMBRE 1890 Présidence de M. CORNEVIN

A l'occasion du procès-verbal, M. Saint-Lager dit qu'il a entendu parler d'essais pratiqués par le chef des travaux, à la Faculté de médecine de notre ville, concernant l'inoculation des bacilles de la tuberculose. Il ajoute qu'aux yeux de la plupart des physiologistes, ces expériences, quels qu'en puissent être les résultats n'auront qu'une importance très secondaire au point de vue de l'identification de la tuberculose chez l'espèce humaine et l'espèce bovine, attendu que la matière à inoculer a été fournie par des faisans tuberculeux et qu'il est douteux que la tuberculose des oiseaux soit la même que celle des mammifères.

M. Galtier dit, à ce propos, que non seulement on a la presque certitude qu'il existe une tuberculose spéciale pour chaque espèce animale, mais que d'après les déclarations de M. Koch, au Congrès de Berlin, déclarations que sont venues confirmer les expériences de MM. Richet et Grancher, la tuberculose des ruminants serait de plusieurs sortes. Les essais dont il vient d'être fait mention ont certainement leur importance au point de vue purement scientifique, mais il est peu probable, qu'on arrive à tirer d'une espèce animale un virus qui, atténué par la culture, puisse servir de vaccin pour les autres espèces,

M. Raulin présente plusieurs mémoires sur ses expériences de l'année, au champ d'essais de Pierre-Bénite.

En premier lieu viennent les observations faites en collaboration avec M. André, directeur de l'observatoire de Saint-Genis, sur la marche du thermomètre à 25 et à 50 centimètres de profondeur dans le sol, dans quatre terrains artificiels composés : 1° de sable ; 2° d'argile; 3° de marne calcaire; 4° de tourbe. Les chiffres obtenus ont permis la construction de quatre courbes horaires tracées sur le même tableau, en comparaison avec la courbe des variations à l'air libre. On sait, d'une manière générale, que les variations dans le sol sont d'autant plus en retard sur celles qui se produisent à l'air, que la profondeur est plus grande, qu'elles s'atténuent à mesure qu'on descend et, qu'à une certaine profondeur, elles finissent par disparaître; mais il importait de déterminer l'influence de la


PROCES-VERBAUX CXXIII

nature du sol. Dans la marne calcaire, les extrêmes de température sont plus bas que dans la tourbe, la marne constitue donc ce qu'on appelle une terre froide et les récoltes y doivent être moins précoces. Ces expériences seront continuées, car il reste à voir ce qui peut résulter d'un accroissement du pouvoir absorbant du sol, pour l'épandage, à la surface, d'une mince couche de charbon pulvérisé.

Le second mémoire est consacré à des recherches sûr l'influence du sol concernant les récoltes. Les terrains mis en culture ont été les quatre mentionnés plus haut, plus un mélange en parties égales, de ces quatre sortes de terrains, et les cultures essayées ont été celles du maïs et de la betterave sucrière. Avec les mêmes semences et les mêmes fumures, on à obtenu des résultats bien différents, comme on peut le voir par les spécimens que M. Raulin met sous les yeux de la Société. Le sable et la marne ont donné des betteraves dont le poids n'atteint pas 100 grammes, le mélange en a fourni qui vont jusqu'à 1200 et 1500 grammes. Ces essais ont été accompagnés de quelques autres sur la culture du blé et il a été reconnu que l'emploi des phosphates, surtout des phosphates solubles, augmente considérablement le poids des récoltes. Vu leur bas prix, il est regrettable que les phosphates du Creusot se rangent parmi ceux qui donnent le moins de résultats immédiats.

M. Léger fait observer qu'il serait intéressant de se livrer à des cultures comparatives, sans engrais, sur des sols de diverses compositions, vu qu'il résulte évidemment des expériences de M. Raulin que des amendements judicieux auraient une influence considérable sur la fertilité des champs de culture. On sait que les agriculteurs regardent souvent à la dépense, quand il s'agit d'acheter des engrais, mais qu'ils sont assez prodigues de leur temps et de leur peine, pourvu qu'ils n'aient rien à débourser; en apprenant ce qu'on peut obtenir par des mélanges convenables, ils n'hésiteraient pas à recourir aux amendements pour augmenter le rendement de leurs propriétés.

M. Deville parle des expériences faites par M. Grandeau, à l'aide de phosphates solubles et de phosphates insolubles employés, soit séparément, soit mélangés ; il résulte de ces. expériences que si lès phosphates fossiles, les superphosphates et les phosphates précipités sont les seuls qui donnent des résultats immédiats, les autres ne restent inertes que la première année de leur emploi et constituent une réserve d'engrais qui commence à agir dès l'année suivante.

M. Galter, après avoir rappelé les communications qu'il a déjà faites,


CXXIV PROCÈS-VERBAUX

il y a six mois, sur les cas de rage observés à Lyon et dans les environs, donne lecture d'un nouveau mémoire sur le même sujet. Ce travail débute par une statistique peu satisfaisante des cas de rage observés, dans ces derniers temps, sur des chiens, des chats et d'autres animaux, et des accidents de personnes qui en ont été la suite. On voit que les premières observations soumises aux autorités ont provoqué certaines mesures qui n'ont pas été sans effet, mais que depuis peu la sévérité s'est relâchée et qu'il s'en est suivi un nombre de cas toujours croissant. En présence de cette situation, M. Galtier pense qu'il est absolument nécessaire d'arriver à la suppression complète des chiens errants; et, pour cela, il propose un certain nombre de mesures que la Société pourrait recommander à l'approbation des autorités, en demandant, au besoin, l'aide et l'appui de la Société des agriculteurs de France et de la Société nationale d'agriculture.

SÉANCE DU 5 DÉCEMBRE 1890 Présidence de M. CORNEVIN

L'ordre du jour appelle le renouvellement du Bureau, le renouvellement des Commissions permanentes, la lecture des rapports des Comités de présentation, et la revision du tableau des membres de la Société.

Renouvellement du Bureau.

M. Gensoul, vice-président, est élu Président pour les années 18911892.

M. Galtier est élu vice-président. ■

Les autres membres du Bureau, tous rééligibles, savoir :

M. Lorenti, secrétaire général,

M. Deville, secrétaire-adjoint,

M. Vignon, trésorier,

M. Saint-Lager, bibliothécaire,

M. Locard, conservateur, sont réélus.

Commission des soies, composée de neuf membres, renouvelable par tiers chaque année.


PROCES-VERBAUX CXXV

Les membres sortant étant réélus, la Commission se composera, pour 1891, de:

Élus en 1888, MM. Gensoul, Chaurand, Royet;

— 1889, MM. Isaac, Leger, Vignon ;

— 1890, MM. Billioud-Monterrad, Biétrix C, Maurice.

Commission des finances, composée de six membres renouvelables par moitié chaque année;

Les membres sortants étant réélus, la Commission, pour 1891, sera : Élus en 1889, MM. Gobin, Biétrix C, Leger;

— 1890, MM. Gensoul, Marnas, Billioud-Monterrad.

Commission de publication, composée de six membres, renouvelable par moitié chaque année;

Les membres sortants, à l'exception de M. Lavirotte, passé aux vétérans et qui est remplacé par M. Arloing, sont réélus; la Commission, pour 1891, comprendra :

Élus en 1889, MM. Isaac, Burelle, Locard;

— 1890, MM. Arloing, Gobin, Galtier.

M. Saint-Lager donne lecture du rapport du Comité de présentation pour la section des sciences.

Le secrétaire donne lecture du rapport du Comité pour la section d'agriculture, au nom de M. Burelle, puis du rapport sur les candidats correspondants, au nom de M. Gensoul.

La lecture des rapports terminée, il est procédé à la revision des listes des membres titulaires, des vétérans et des correspondants.

Sur l'invitation de M. le Président, M. Galtier renouvelle, de vive voix, l'exposé des mesures qu'il croit utile de proposer, pour arriver, en restreignant le nombre des chiens et en supprimant les chiens errants, à restreindre autant que possible le nombre des cas de rage.

Il y a parmi les chiens, deux catégories à établir : en premier lieu les chiens utiles, tels que les chiens d'aveugle, les chiens de berger, les chiens de garde et ceux qui sont dressés à faire tourner la roue du rémouleur ou à actionner le soufflet du cloutier; en second lieu, les chiens de luxe ou d'agrément qui, sauf les chiens de chasse, ne rendent aucun service. Il n'est pas question de réclamer des mesures contre ceux de la première catégorie. Ils ont été imposés d'une façon variable par les autorités locales qui ont agi, selon toute probabilité, en connaissance de cause et il n'y a


CXXVI PROCES-VERBAUX

pas lieu de demander que les municipalités reviennent sur leurs décisions. Les chiens de luxe, au contraire, peuvent être l'objet d'importantes réformes. En leur faisant payer la taxe qui est de 10 francs, au maximum, on ne supprime pas le danger provenant de l'existence d'un trop grand nombre de chiens sur la voie publique. De deux choses, l'une : le propriétaire de l'animal est une personne aisée ou une personne pauvre. Dans le premier cas, le propriétaire ne regardera pas à une majoration de l'impôt; dans le second cas, le propriétaire aimera mieux se défaire de son. chien qui deviendrait pour lui une occasion de dépense au-dessus de ses moyens. Il semble donc qu'on pourrait porter à 40 francs l'impôt sur les chiens de chasse et aussi sur tout animal de cette espèce pouvant être classé dans la catégorie des chiens de luxe. Un registre spécial devrait être ouvert, du 1er au 15 janvier, pour l'inscription des animaux qu'on lient à conserver ; ce registre porterait le signalement des animaux et, en échange du versement de l'impôt, le propriétaire recevrait un permis et une quittance. En outre, il devrait être organisé un service de visites domiciliaires confié aux gardes champêtres et aux agents de la sureté ; tout chien non inscrit serait saisi pour être abattu. La loi de 1855 définit très bien ce qu'il faut entendre par chiens errants. Ces animaux sont dangereux, non seulement parce qu'ils sont les principaux propagateurs de la rage, mais aussi parce qu'ils commettent des dégâts et que personne n'en . est responsable. Il est donc utile d'en poursuivre la destruction. La fourrière n'est qu'une mesure illusoire, car, outre que la capture des chiens errants est toujours difficile et souvent dangereuse, outre que les passants sont fréquemment portés à prendre parti pour le chien contre le capteur, il est arrivé que tel chien mis en fourrière bien portant, en est sorti enragé, à l'insu de la personne venue pour le réclamer. La guerre aux chiens errants doit être une guerre d'extermination. A la campagne, les gardes-champêtres devraient être armés d'un fusil chargé et abattre sur place tout chien non porteur d'un collier sur lequel on pourrait lire le nom de son maître. L'emploi de l'arme à feu n'est pas admissible dans les centres habités; mais là, dans certains cas urgents, on pourrait se servir de l'arme blanche et, comme moyen ordinaire de destruction, on aurait le poison. Pour prévenir, autant que possible, les plaintes auxquelles a donné lieu l'emploi du poison, on le déposerait, le soir, en des lieux déterminés, par exemple près des postes d'octroi, et on ferait disparaître le matin, ce qui n'aurait pas été absorbé pendant la nuit. M. le Président résume la communication de M. Galtier en quelques.


PROCES-VERBAUX CXXVII

propositions sur lesquelles, vu l'heure avancée, la Société sera appelée à voter dans une séance ultérieure.

M. Depéret transmet une demande que la Société géologique de France se propose d'adresser dans l'intérêt de la science qui fait l'objet spécial de ses travaux. Il s'agirait, pour cette Société, d'être mise au courant de toutes les communications, soit verbales, soit écrites, ayant trait à la géologie, qui se produisent au courant des séances des diverses sociétés savantes. Si cette ouverture officieuse est favorablement accueillie, M. Depéret en informera le Bureau de la Société géologique de France, qui alors adressera une demande officielle.

Plusieurs membres et, entre autres, M. Arloing et M. Cornevin, ayant pris la parole pour montrer les avantages qui résulteront des communications que la Société géologique sollicite, il est décidé que sa demande recevra bon accueil, et que tout travail relatif à la géologie qui sera présenté au cours des séances fera l'objet d'un rapport à la destination indiquée plus haut. M. Depéret que ses études spéciales recommandent particulièrement pour cette mission, veut bien se charger de communiquer, au nom de la Société, avec la Société géologique de France.

SEANCE DU 12 DECEMBRE 1890 Présidence de M. CORNEVIN

Le procès-verbal lu et approuvé, M. le Président prononce les paroles suivantes :

MESSIEURS,

« La mort est venue nous enlever M. Rappet, un de nos collègues les plus estimés et un de nos anciens, car il appartenait à notre Société depuis vingt ans.

« Une voix autorisée a dit quelle situation M. Rappet occupait dans le Barreau lyonnais dont il était l'une des lumières, avec quelle conscience il étudiait les causes qui lui étaient confiées, et elle a rappelé qu'après avoir été membre du Conseil de l'ordre il avait été élu Bâtonnier en 1864.

PROCÈS-VERBAUX, 1890. 9


CXXVIII PROCÈS-VERBAUX

« En faisant l'éloge de cet homme de bien, elle ne pouvait omettre de rappeler qu'il avait gardé les habitudes austères et laborieuses des vieux avocats et leur amour de la terre natale.

« C'est à cette fidélité au pays où dormaient les siens que nous devons de l'avoir vu entrer dans nos rangs. Il s'occupait d'agriculture dans le canton de Vaugneray ; il le faisait avec la méthode, l'ampleur d'esprit qui le caractérisaient. Il arriva un jour où il fut naturellement désigné pour prendre place parmi nous.

« Il l'occupa si dignement que la présidence lui fut conférée pendant la période biennale 1883-1884.

« Il y signala son passage en étudiant avec sa compétence et sa science juridique divers points qui intéressaient l'avenir de notre Société. Il démontra qu'elle est une personnalité civile de par son acte de constitution, n date du 12 mai 1761, et il nous affirma que, si quelque jour, la production de cet acte en justice devenait nécessaire pour défendre les intérêts et les droits de la Société, les magistrats le tiendraient pour bon et valable. À l'occasion de la fondation Marnas, il prodigua ses conseils pour que rien ne vienne troubler la Société dans la jouissance des revenus qu'elle qui assure.

« Plus tard, il étudia devant nous la question du crédit agricole avec une science et une clarté qui nous impressionnèrent vivement.

« L'an dernier, à propos du projet de fusion de la Société des sciences industrielles et de la Société d'agriculture, il fit voir quels arguments juridiques pourraient être opposés à l'utilisation du capital de réserve.

« A le voir si laborieux, d'une netteté d'esprit si remarquable, toujours assidu et sans aucune des infirmités qui attristent le soir de la vie, nous ne nous doutions point qu'il était né en 1812 et qu'il avait soixante-dixhuit ans.

« La mort est venue le frapper pour ainsi dire debout et nous l'enlever inopinément.

« Nous conserverons pieusement son souvenir et nous nous rappellerons son exemple.

« Je vous propose, Messieurs, aussitôt les élections faites, élections auxquelles nous devons procéder aujourd'hui même, en vertu de nos règlements, de lever la séance en signe de deuil ».

Ces paroles prononcées, M. le Président ouvre le scrutin pour les élections du deuxième semestre.


PROCÈS-VERBAUX CXXIX

Sont élus :

M. Vautier, membre titulaire dans la section des sciences ; M. Gonin, membre titulaire dans la section de l'industrie; MM. Lacoine et Ranvier, membres correspondants. Les élections terminées, la séance est levée.

SÉANCE DU 19 DÉCEMBRE 1890 Présidence de M. CORNEVIN

La Société est informée, par une circulaire de la préfecture du Rhône, qu'un concours général d'animaux gras sera tenu à Paris, au palais de l'Industrie, du 26 janvier au 4 février 1891, et que des formules de déclarations sont mises à la disposition des intéressés, à la préfecture du Rhône et à la sous-préfecture de Villefranche. La circulaire préfectorale est accompagnée d'un exemplaire de l'affiche du concours.

Une circulaire du ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts annonce que la 15e session des Sociétés des Beaux-Arts des départements coïncidera, en 1891, avec la réunion des Sociétés savantes. La circulaire ministérielle fait, en outre, connaître les dispositions générales de la tenue de cette session.

La Société des agriculteurs de France adresse trois notes qu'elle a fait parvenir récemment aux membres de la Commission des douanes de là Chambre des députés et du Sénat; ces notes ont pour titres :

1° Le régime douanier applicable au bétail;

2° Le projet de tarif général des douanes;

3° Le régime douanier des matières premières.

Une circulaire du Syndicat économique agricole portant les signatures de MM. Flourens, Ch. de Lorgeril et Kergall, signale le renouvellement triennal du Sénat comme une occasion que la population agricole doit mettre à profit, pour réclamer la réforme douanière, en attendant d'obtenir la réforme de l'impôt sur la terre.

La correspondance épuisée, M. le Président adresse à M. Vermorel les paroles suivantes, en lui remettant l'objet d'art qui lui a été décerné à titre de récompense, à la suite du concours de Villefranche.


CXXX PROCÈS-VERBAUX

MONSIEUR,

« Depuis plusieurs années, votre ingéniosité de constructeur d'appareils viticoles et vos capacités d'industriel vous ont mérité, dans les concours, des récompenses bien nombreuses dont vous avez le droit d'être fier.

« A toutes ces récompenses, la plus ancienne des Société agricoles de la région, la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon, vient en ajouter une ; elle vous décerne cet objet d'art.

« Au moment de vous le remettre, Monsieur, la Société au nom de laquelle j'ai l'honneur de parler, tient à vous dire quelle idée l'a déterminée à vous l'offrir. Ne croyez point que nous ayons voulu essayer de renchérir sur ce qui a été fait dans les concours et donner à notre tour une sorte de sanction matérielle à votre mérite de constructeur agricole ; c'eût été bien tardif.

« La Société d'agriculture de Lyon a voulu récompenser tout particulièrement le fondateur de la Station viticole et des laboratoires de Villefranche, l'homme qui fait de sa fortune le plus noble emploi, qui la consacre à la science.

« L'exemple de Lawes et Gilbert vous a tenté, vous avez démontré que l'initiative privée est capable, en France aussi, d'enfanter des créations d'intérêt général.

« Nous vous félicitons, Monsieur, de l'oeuvre que vous avez accomplie. Déjà des travaux de valeur sont sortis de vos laboratoires et des champs d'expériences y annexés; d'autres suivront certainement. Et comme le bien appelle le bien, il ne serait point impossible que vous eussiez à votre tour des imitateurs, et que, d'ici à quelques années, des laboratoires dus à des libéralités particulières, s'élevassent sur plusieurs points de notre territoire.

« La Société d'agriculture de Lyon qui suit avec une attention passionnée toutes les tentatives qui ont pour but de donner à l'industrie de la terre des bases scientifiques, ne pouvait rester indifférente aux vôtres. Comme témoignage de l'intérêt qu'elle y porte, et de l'approbation qu'elle y donne, elle a décidé de vous offrir cet objet d'art que, personnellement, je suis heureux de vous remettre ».

M. Vermorel remercie en termes émus qui témoignent de la satisfaction qu'il éprouve à entendre l'éloge de l'initiative absolument désintéressée qu'il a prise pour faciliter les progrès de la science agricole.

M. Chaurand exhibe une collection de fruits du Plaqueminier kaki récoltés dans ses propriétés sur un arbre planté il y a cinq ou six ans.


PROCÈS-VERBAUX CVXXI

L'arbre est originaire du Japon; il appartient à la famille des ébénacées, genre Diospyros qui compte une cinquantaine d'espèces. Les fruits, de la grosseur moyenne d'une tomate, dont ils ont presque l'aspect, sont portés sur des pédoncules courts, devenus ligneux. A l'extrémité du pédoncule s'épanouit un calice gamosépale, persistant, coriace, à quatre divisions. Au sommet du fruit, se voit bien distinctement la place du style d'où partent quatre sillons peu marqués qui sembleraient indiquer quatre divisions. Mais l'intérieur ne présente qu'une masse homogène de pulpe aqueuse et rougeâtre, sans traces de cloisons ni de semences, par suite d'avortements. Cette pulpe, contenue dans une enveloppe mince, flexible, élastique et assez résistante est comestible, d'un goût douceâtre, acidulé et astringent, riche en tanin, à en juger par la manière dont elle tache les couteaux.

A l'occasion de cette communication, M. Saint-Lager dit que c'est une espèce du genre Diospyros qu'on a cru reconnaître comme produisant le Lotos ou Lotus dont Homère parle dans l'Odyssée et que recherchaient les compagnons d'Ulysse, mais que la question est loin d'être tranchée, et qu'il y a bien des incertitudes à cet égard. La preuve, c'est le nombre considérable de végétaux qui portent le nom générique ou spécifique de Lotus. Il y a le Diospyros lotus, le Ziziphus lotus, le Rhamnus lotus, le Nymphoea lotus; il y a un genre Lotus qui compte un grand nombre d'espèces et un genre Melitotus non moins fertile en espèces dont l'une, au témoignage d'Homère, faisait les délices des chèvres de son temps. L'opinion de Pline est assez invraisemblable ; il croyait en effet, que le Lotos était le fruit du micocoulier (Celtis australis). Enfin on a encore mis en avant les semences assez grosses, comme on sait, du Nelumbium speciosum. La question est et restera encore longtemps indécise, attendu que les anciens, privés des notions de botanique les plus élémentaires n'ont jamais pu ni observer ni décrire les végétaux, avec la moindre précision.

M. Raulin donne une suite à ses communications du 28 novembre, en déposant sur le Bureau quatre mémoires qui sont relatifs :

A l'influence de l'humus sur la végétation ;

A certains accidents de culture dans certains terrains humifères;

A l'influence des quantités d'engrais sur les récolles ;

Au traitement de la vigne contre l'oïdium et le mildew.

Les comptes rendus de ces mémoires donnent lieu à diverses observations qui viennent à l'appui des conclusions formulées par M. Raulin.


CXXXII PROCÈS-VERBAUX

Au sujet du traitement de la vigne contre l'oïdium et le mildew, M. Burelle signale les soufres précipités de Salindre, de Saint-Fons et de Marseille, d'un emploi commode et d'un coût peu élevé. M. Chaurand recommande un mélande de sulfate de cuivre, de soufre et de talc. M. Cornevin dit qu'il a reconnu que l'extrait d'azalée qui est un violent poison pour les animaux, exerce une influence favorable sur la germination du blé et des légumineuses. Cette influence est due, sans doute à la potasse et aux matières azotées associées, dans le liquide, au principe toxique.

M. le Président lève la séance en annonçant que la première réunion de 1891 aura lieu le 9 janvier.


LISTE

DES

OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ

EN 1890

— Les Recueils publiés par les Sociétés savantes sont indiqués dans la liste suivante. —

DONS DES MINISTÈRES. — Brevets d'invention, description des machines et procédés.

— Bulletin officiel de la propriété industrielle et commerciale.

— Bulletin du Ministère de l'agriculture, documents officiels, statistique, rapports.

— Journal des savants.

CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DU RHÔNE. — Rapports et procèsverbaux. CHAMBRE DE COMMERCE DE LYON. — Compte rendu des travaux.



LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES

Avec lesquelles la Société d'agriculture entretient des relations

ET DONT ELLE REÇOIT LES PUBLICATIONS' ÉRIODIQUES

FRANCE

Ain. — Société d'émulation de l'Ain : Annales d'agriculture, sciences,

lettres et arts, rédigées par les membres de la —. Aisne. — Société académique de Saint-Quentin : Travaux de la —.

— Bulletin du Comice agricole de l'arrondissement de Saint-Quentin. Allier. — Société d'agriculture de l'Allier : Bulletin-Journal de la —. Aube. — Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du déparment

déparment l'Aube : Mémoires de la —. Bouches-du-Rhône. — Académie des sciences, agriculture, arts et belleslettres d'Aix : Mémoires et Comptes rendus des séances de l' —.

— Société de statistique de Marseille : Répertoire des travaux de la —. Calvados. — Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen :

Mémoires de l'—.

— Société linnéenne de Normandie, à Caen : Mémoires et Bulletins de

la—

— Société d'agriculture de Caen : Bulletin et Mémoires de la —.

— Société d'horticulture de Caen : Bulletin de la —

Charente. — Société d'agriculture, arts et commerce du département de

la Charente : Annales de la — Charente-Inférieure. — Académie de la Rochelle : Annales de l' —


CXXXVI SOCIÉTÉS SAVANTES

Côte-d'Or. — Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon : Mémoires de l' —

— Société d'agriculture et d'industrie agricole de la Côte-d'Or : Journal

Journal publié par la —

— Société des sciences historiques et naturelles de Semur : Bulletin

de la — Doubs. — Société d'émulation du Doubs : Mémoires de la —

— Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon :

Procès-verbaux et Mémoires de l' — Eure. —Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du

département de l'Eure : Recueil de la — Finistère. — Société académique de Brest : Bulletin de la — Gard. — Académie du Gard : Mémoires de l' —

— Société d'agriculture du Gard : Bulletin de la —

Garonne (Haute-). — Société d'agriculture: Journal d'agriculture pratique et d'économie rurale pour le midi de la France, rédigé par les membres de la —

— Académie de Toulouse : Mémoires de l'Académie des sciences,

inscriptions et belles-lettres de l' —.

— Société d'histoire naturelle de Toulouse : Bulletin de la —

— Société des sciences physiques et naturelles de Toulouse : Bulletin

de la — Hérault. — Société centrale d'agriculture et des comices agricoles de l'Hérault : Bulletin de la —

— Académie des lettres et sciences de Montpellier : Mémoires

de l' —

— Société d'horticulture et d'histoire naturelle de l'Hérault : Annales

de la — Indre-et-Loire. — Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres

du département d'Indre-et-Loire : Annales de la — Isère. — Académie delphinale : Mémoires de l' —

— Société de statistique de l'Isère : Bulletin de la —

Loire. Société d'agriculture, industrie, sciences, arts et belles-lettres :

Annales de la — Société de l'industrie minérale : Bulletin et Atlas de la — Loire (Haute-). — Société d'agriculture, sciences, arts et commerce du

Puy : Annales de la — Loire-Inférieure. — Société académique de Nantes : Annales de la —,


ET PUBLICATIONS PERIODIQUES CXXXVII

Loiret. — Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans :

Mémoires de la —. Loiret. — Société d'horticulture d'Orléans : Bulletin de la —. Maine-et-Loire. — Société industrielle d'Angers : Bulletin de la —.

— Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers : Mémoires de la —

— Société académique de Maine-et-Loire : Mémoires de la —. Manche. — Société des sciences naturelles de Cherbourg : Mémoires

de la —. Marne. — Société d'agriculture, sciences et arts du département de la

Marne : Mémoires de la —. Meurthe. — Académie Stanislas, à Nancy : Mémoires de l' —.

— Société centrale d'agriculture de Meurthe-et-Moselle, à Nancy :

le Bon Cultivateur, Recueil agronomique de la —. Nord. — Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille : Mémoires de la —.

— Société centrale d'agriculture, sciences et arts du département du

Nord, à Douai : Mémoires de la —.

— Société d'émulation de Cambrai : Mémoires de la —.

— Société géologique du Nord : Annales de la —. Puy-de-Dôme. — Académie de Clermont-Ferrand : Mémoires de l' —.

— Société d'agriculture de Clermont-Ferrand : Bulletin agricole du

Puy-de-Dôme, Revue périodique de la —.

Pyrénées-Orientales. — Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales : Bulletin de la —.

Rhône. — Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon : Mémoires de l' —.

— Société littéraire, historique et archéologique de Lyon : Mémoires

de la —.

— Société linnéenne de Lyon : Annales de la —.

— Société d'horticulture pratique du département du Rhône : Bulletin

de la —. - Société des sciences industrielles de Lyon : Annales de la —.

— Journal de médecine vétérinaire publié par l'École de Lyon. Saône (Haute-). — Société d'agriculture de la Haute-Saône : Bulletin

de la —.

— Société d'archéologie de Chalon-sur-Saône : Mémoires de la —. Savoie. — Société d'histoire naturelle : Bulletin de la—.

— Société d'agriculture de Chambéry : Bulletin de la —,


CXXXVIII SOCIÉTÉS SAVANTES

Savoie (Haute-). — Société florimontane d'Annecy : Revue savoisienne publiée par la —.

Seine. — Société centrale d'agriculture de France : Mémoires et Bulletins des séances de la —.

— Société entomologique de France : Annales de la —.

— Société géologique de France : Bulletin de la —.

— Société centrale d'horticulture de la Seine : Journal de la —.

— Revue des travaux scientifiques publiée sous les auspices du

Ministère de l'Instruction publique.

— Mémoires d'histoire et d'archéologie lus à la Sorbonne.

— Comptes rendus de l'Académie des sciences.

— Société philomatique : Bulletin de la —.

Seine-et-Oise. — Société d'agriculture et des arts du département de Seineet-Oise : Bulletins et Mémoires de la —.

— Société d'horticulture du département de Seine-et-Oise : Bulletin

et Mémoires de la —. Seine-Inférieure. — Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen: Précis analytique des travaux de l' —.

— Société havraise d'études diverses : Recueil des publications

de la —.

— Société centrale d'agriculture du département de la Seine-Inférieure ;

Extrait des travaux de la —.

— Société centrale d'horticulture : Bulletin de la —.

— Société, des amis des sciences naturelles de Rouen : Bulletin

de la —. Sèvres (Deux-). — Société d'agriculture du département des DeuxSèvres : Journal publié par la —.

— Société de statistique : Mémoires et Bulletin de la—

Somme. — Académie des sciences, agriculture, commerce, belles-lettres et arts du département de la Somme : Mémoires de l' —.

— Société des antiquaires de la Picardie : Mémoires et Bulletins

de la —.

— Société d'émulation d'Abbeville : Mémoires de la —.

— Société linnéenne du nord de la France : Mémoires et Bulletins

de la —. Var. — Société académique du Var, à Toulon : Bulletin de la —.

— Société d'études scientifiques de Draguignan : Bulletin de la —. Vaucluse. — Société d'agriculture et d'horticulture : Bulletin de la —.


ET PUBLICATIONS PERIODIQUES CXXXIX

Vosges. — Société d'émulation des Vosges : Annales de la —.

Yonne. — Société des sciences historiques et naturelles de : Bulletin

de la —. Algérie. — Société agricole d'Alger : Bulletin des travaux de la — .

— Société de climatologie, sciences physiques et naturelles : Bulletin

de la — .

ALSACE ET LORRAINE

Société industrielle de Mulhouse : Bulletin de la —.

Société d'histoire naturelle de Colmar : Bulletin de la —.

Société des sciences, agriculture, arts de Strasbourg : Mémoires de la —

Académie de Metz : Mémoires de l' — .

Société d'histoire naturelle de Metz : Bulletin de la — .

ALLEMAGNE

Prusse. Académie royale des sciences de Berlin : Monatsbericht et Physikalische und mathematische Abhandlungen der k. Akademie der Wissenschaften.

— Société géologique allemande, à Berlin : Zeitschrift d. deutschen

geologischen Gesellschaft.

— Société des naturalistes de la Saxe et de la Thuringe, à Halle :

Zeitschrift fur die gesammten Naturwissenschaften.

— Berliner entomologische Zeitschrift, publié par la Société entomologique

entomologique Berlin.

— Société des amis des sciences naturelles de Berlin : Sitzungsberichte.

Sitzungsberichte. entomologique de Stettin : Entomologische Zeitung, herausgegeben von dem entomologischen Vereine zu Stettin.

— Société des naturalistes de la Prusse rhénane et de la Westphalie

Westphalie Verhandlungen des naturhistorischen Vereins der Preussischen Rheinlande und Westphalen, rédigés par le docteur Bertkau.

— Société des naturalistes de Dantzig : Neue Schriften der Naturforschenden

Naturforschenden in Danzig.


CXL SOCIÉTÉS SAVANTES

Prusse. Société phys.-écon. de Koenigsberg : Schriften der phys.-oekon.

Gesellschaft. Saxe. Académie des curieux de la nature, à Halle : Nova acta physicomedica

physicomedica Coesareoe Leopold. Carol. naturoe curiosorum.

— Socité Isis de Dresde : Naturhistorische Zeitung et Sitzungsbericht. Wurtemberg. Société des naturalistes à Stuttgart. — Annales d'histoire naturelle : Wurtembergische naturwissenschaftliche Jahreshefte.

Hanovre. Société royale des sciences de Goettingue : Goettingische gelehrte Anzeigen unter der Aufsicht der k. Gesellschaft d. Wissenschaften.

— Nachrichten von der k. Gesellschaft der Wissenschaften. liesse. Société d'histoire naturelle à Giessen : Bericht der Oberhessischen

Oberhessischen fur Natur und Heilkunde. Francfort-sur-le-Mein. Société senckenbergienne : Abhandlungen

Abhandlungen Bericht herausgegeben von der senckenbergischen Naturforschenden

Naturforschenden Duché de Bade. Société d'histoire naturelle de Heidelberg : Verhandlungen

Verhandlungen naturhistorisch-medizinischen Vereins zu Heidelberg. Nassau. Société d'histoire naturelle du Nassau, à Wiesbaden : Jahrbücher

des Nassauischen Vereins für Naturkunde.

AUTRICHE

Académie I. R. des sciences de Vienne : Denkschriften et Sitzungsberichte der k. Akademie der Wissenschaften.

Société royale des sciences de Bohême, à Prague : Abhandlungen et Sitzungsberichte der k. boehmischen Gesellschaft der Wissenschaften.

Ferdinandeum du Tyrol : Neue Zeitschrift d. Ferdinandeum.

Société des naturalistes de Styrie : Mittheilungen des naturwissenschaftlichen Vereins für Steiermark. Grâz.

Société des zoologistes et botanistes de Vienne : Verhandlungen der k. k. zoologisch-botanischen Gesellschaft in Wien.

Institut géologique de Vienne : Jahrbuch, Abhandlungen u. Verhandlungen der k. k. geologischen Reichsanstalt.


ET PUBLICATIONS PÉRIODIQUES CXLI

Institut de météorologie : Jahrbuch der k. k. Anstalt für Météorologie

und Magnetismus. Société des naturalistes de Brünn : Verhandlungen des naturforschenden

Vereins in Brünn. Muséum d'histoire naturelle de Carinthie : Jahrbuch des naturhistorischen

Landes-Museums von Koernten in Klagenfurt. Société d'horticulture de Vienne : Der Gartenfreund.

BAVIÈRE

Académie royale des sciences de Munich : Abhandlungen et Sitzungsberichte

Sitzungsberichte k. Bayerischen Akademie der Wissenschaften, mathem.-physikal.

mathem.-physikal. Annales de l'Observatoire royal de Munich : Annalen des k. Sternwarte

bei München. Société d'histoire naturelle de Ratisbonne : Berichte et Abhandlungen

des naturwissenschafilichen Vereins in Regensburg. Société d'histoire naturelle d'Augsbourg : Bericht des naturhistorischen

Vereins in Augsburg.

BELGIQUE

Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles ; Nouveaux

Mémoires, Annuaires et Bulletins de l' —. Société royale des sciences de Liège : Mémoires de la —. Société des arts, des sciences et des lettres du Hainaut, à Mons : Mémoires

et Publications de la —. Société entomologique de Belgique : Annales de la —. Société géologique de Belgique, à Liège : Annales de la —. Société malacologique de Belgique : Annales et Procès-verbaux de la — Société royale de botanique de Belgique : Bulletin de la —.

GRANDE-BRETAGNE

Angleterre. Société linnéenne de Londres : Journal et Transactions of the Linnean Society of London. — Société zoologique de Londres : Proceedings of the zoological Society of London.


CXLII SOCIÉTÉS SAVANTES

Angleterre. Société entomologique de Londres : Transactions of the entomological Society of London.

— Société littéraire et philosophique de Manchester : Memoirs et Proceedings.

Proceedings.

Ecosse. Société royale d'Edimbourg : Transactions et Proceedings of the royal Society of Edinburgh.

Irlande Académie royale de Dublin : Transactions, Journal et Proceedings of the royal Irish Academy.

— Société géologique de Dublin : Journal of the geol. Soc. of Dublin.

DANEMARK

Société royale des sciences de Danemark : Det kongelige danske Videnskabernes Seslkabs Skrifter.

— Oversigt, etc. Coup d'oeil sur les travaux des membres de l'Académie

l'Académie sciences de Danemark.

HOLLANDE

Académie royale des sciences, belles-lettres et arts d'Amsterdam : Verslagen Jaarboek et Verhandelingen d. k. Akademie van Wetenschappen.

Société des sciences de Harlem : Natuurkundige Verhandelingen van de hollandsche Maatschappij d. Wetenschappen te Haarlem.

— Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles. Société batave des sciences de Rotterdam : Verhandelingen van het

bataafsch Genootschap te Rotterdam.

ITALIE

Académie des sciences de Turin : Memorie et Atti della reale Accademia delle scienze di Torino.

— Bollettino dell' Osservatorio di Torino.

Institut royal lombard : Memorie et Rendiconti del reale Istituto lombardo

di scienze e lettere. Société italienne des sciences naturelles : Atti della Società italiana di

scienze naturali.


ET PUBLICATIONS PÉRIODIQUES CXLIII

Académie d'agriculture, commerce et arts de Vérone : Memorie. Comité géologique d'Italie : Bollettino et Memorie del Comitato geologico

d'Italia. Institut de Bologne : Memorie et Rendiconti dell' Accademia delle scienze

di Bologna. Académie royale des sciences de Naples : Atti, Rendiconti, Memorie della

reale Accademia delle scienze di Napoli. Académie des sciences naturelles de Catane : Atti dell' Accademia gioenia

di scienze naturali in Catania. Institut vénitien de Venise : Memorie et Atti dell' Istiluto veneto di

scienze, lettere ed arti. Académie de Lucques : Atti e Memorie della r. Accademia lucchese di

scienze, lettere ed arti. Académie roy. des Lincei, à Rome : Atti della r. Accademia dei Lincei. Société des naturalistes de Modène : Annuario. Société toscane des Sciences naturelles, à Pise : Atti et Processi-Verbali.

RUSSIE

Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg : Mémoires et Bulletins de l'—.

Société impériale des naturalistes de Moscou : Nouveaux Mémoires et Bulletins de la —.

Société des sciences de Finlande : Foerhandlingar et Acta Societatis scientiarum Fennicoe.

— Bidrag till Finlands Kennedom, Natur, Folk, Etnografi och Statistik.

— Observations faites à l'Observatoire magnétique et météorologique

d'Helsingfors. Société pour la connaissance de la faune et de la flore de Finlande, à

Helsingfors : Notiser, Meddelanden et Acta. Société des naturalistes de Riga : Arbeiten et Correspondenzblatt des

Naturforscher-Vereins zu Riga. Institut géologique de Saint-Pétersbourg : Verhandlungen.

SUÈDE

Académie royale des sciences de Stockholm: Kongl. Vetenskaps Akademien, Handlingar, Bihang, Lefnadsteckningar et Foerhandlingar,

PROCÈS-VERBAUX, 1890. 10


CXLIV SOCIÉTÉS SAVANTES

Académie royale des sciences de Stockholm: Observations météorologiques

suédoises. Institut géologique de Suède à Stockholm : Publications de l' —. Société royale des sciences d'Upsal : Nova acta régioe Societatis scientiarum

Upsaliensis. — Bulletin météorologique de l'Observatoire de l'université d'Upsal.

SUISSE

Société de physique et d'histoire naturelle de Genève : Mémoires de la —

Société des arts de Genève : Bulletin de la classe d'agriculture de la —.

Institut national genevois : Mémoires si Bulletins de l' —.

Société helvétique des sciences naturelles à Berne : Nouveaux Mémoires et Actes de la—

Société des sciences naturelles de Neuchâtel : Mémoires et Bulletins de la—.

Société des naturalistes de Bâle : Verhandlungen der Naturforschenden Gesellschaft in Basel.

Société des naturalistes de Berne : Mittheilungen der Naturforschenden Gesellschaft in Bern.

Société d'histoire naturelle de Zurich : Vierteljahrsschrift der Naturforschenden Gesellschaft in Zurich.

Société vaudoise des sciences naturelles, à Lausanne : Bulletin de la —

Société des naturalistes des Grisons : Jahresbericht der Naturforschenden Gesellschaft Graubûndens in Chur.

ASIE

Bengale. Société asiatique du Bengale : Proceedings et Journal of the Asiatic Society of Bengal.

AMERIQUE

Etats-Unis. Académie des sciences naturelles de Philadelphie : Proceedings et Journal of the Academy of natural sciences of Philadelphia; — Société d'histoire naturelle de Boston : Memoirs et Proceedings of the Boston Society of natural History.


ET PUBLICATIONS PERIODIQUES CXLV

États-Unis. Académie des Sciences de New-York : Annals of NewYork Academy of sciences.

— Société américaine pour l'avancement de la science : Proceedings of

the American philosophical Society. Philadelphia.

— Franklin Institut à Philadelphia : Bulletin.

— Académie américaine des arts et des sciences : Proceedings et

Journal. Boston et Cambridge.

— Institut smithsonien : Smithsonian Contributions to knowledge,

in-4; Miscellaneous Collection et Smithsonian Reports, in-8., Washington.

— Sociétés d'agriculture de l'Ohio, du Maine et du Michigan : Reports.

— Report of the commissioner of patents. Washington.

— Report of the commissioner of agriculture. Washington.

— Institut d'Essex : Proceedings et Bulletin of the Essex Institute.

— Société d'histoire naturelle de Portland : Proceedings of the Porland

Porland of natural history.

— Académie des sciences de Saint-Louis : Transactions of the Academy

of science of Saint-Louis.

— Catalogue du muséum zoologique de Cambridge, Massachusetts.

— Académie des arts et sciences du Connecticut : Transactions of

Connecticut Academy of arts and sciences.

— Comité géologique et géographique à Washington : Bulletin et

Report.

— Comité géologique de Pennsylvania : Publications of the second

Geological Survey.

— Université du Minnesota, à Minneapolis : Natural history Survey. Brésil. Musée national de Rio de Janeiro : Archives.



TABLE ALPHABÉTIQUE

PAR NOMS D'AUTEURS

DES MÉMOIRES, NOTICES, RAPPORTS, COMMUNICATIONS VERBALES, ETC.

CONTENUS DANS CE VOLUME

N. B. — Pour les noms des personnes qui ont offert leurs ouvrages à la Société en 1890,

et les associations scientifiques qui ont envoyé leurs publications en échange,

voir les listes précédentes.

Pour la table générale des matières, voir à la fin du volume.

ARLOING. — Communication relative à une circulaire de la Société d'agriculture de Melun, p. XVII. — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Opinions émises au courant de la discussion de la circulaire de la Société d'agriculture de Melun, p. XX, XXI, XXIII. — Discussion des voeux de la Société d'agriculture de la Nièvre concernant les mesures contre la tuberculose de l'espèce bovine, p. XCXIII. — Rapport d'admissibilité, p. CXVII. — Elu de la Comission de publication pour 1891, p. CXXV.

ARNAUD-COFFIN. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CII.

ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES. — Annonce là tenue de son dix-neuvième congrès, p. LXXXIX.

ASSOCIATION NATIONALE DE LA MEUNERIE DE FRANCE. — Circulaire relative à un projet de loi sur les récépissés de chemins de fer, p. XLI.

AUMOINE — Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII.

BENDER. — Elu membre correspondant, p. LXXVIII. — Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII.

BIÉTRIX (Camille). —Nommé des Comités de présentation, p. XVIII —. Elu de la Commission des soies et de la Commission des finances pour 1891, p. CXXV.


CXLVIII TABLE ALPHABETIQUE

BIÉTRIX (loseph). —Communication relative à un essai d'engrais chimiques, p. LXXIII.

BILLIOUD-MONTERRAD. — Rapports d'admissibilité. —Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Annonce qu'on a signalé un nouveau microorganisme destructeur, sous le nom de Phytophora infestans, p. XL. — Détails sur le concours de pulvérisateurs tenu à Montpellier, p. LVX. — Observation à propos de la destruction des rats, p. LXI. — Adjoint à la Commission chargée de discuter les propositions de la Société des sciences industrielles, p. LXV.

— Communication sur la Cochylis, p. XCV.. — Elu de la Commission des soies et de la Commission des finances, pour 1891 , p. CXXV.

BLANC. — Elu membre titulaire, p. LXXVIII. —Communications sur l'appareil fileur du ver à soie, p. CIV, CXVII.

BRENOT.—Lauréat du concours de Villefranche, p. CI.

BURELLE. — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Observation à propos d'un voeu émis pour la création d'une caisse des épizooties, p. XXVII. — Détails sur les discussions du Congrès d'agriculture tenu pendant la durée de l'Exposition universelle, p. XXVIII. — Observation au sujet des écoles d'agriculture, p. XXX.

— Communication sur la préparation des pâtes de bois, p. XXXVIII.

— Adjoint à la Commission chargée de discuter les propositions de la Société des sciences industrielles, p. LXV. — Observations sur les conditions de l'emploi des engrais chimiques, p. LXXIII, LXXIV. — Nommé du jury pour la répartition des primes offertes par le Ministère, p. XCIII. —Elu de la Commission de publication pour 1891, p. CXXV. — Rapports de présentation pour la section d'agriculture, p. CXXV. — Signale des réactifs contre le mildew, p. CXXXI.

CAMBON. — Observations au sujet de l'humus contenu dans le sol, p. LXXVII. — Communication sur le concours régional de Roanne, p XC. — Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII. — Exposé d'un nouveau système de cuvage, p. CXII.

CHASSAING. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CII.

CHAURAND. — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Adjoint à la Commission chargée de discuter les propositions de la Société des sciences industrielles, p. LXV. — Proposition à l'occasion de


PAR NOMS D'AUTEURS CXLIX

la lecture d'un mémoire sur les cas de rage, p. LXVI. — Elu de la Commission des soies pour 1891, p. CXXV. — Exhibition de fruits du plaqueminier Kaki, p. CXXX. — Signale des agents destructeurs du mildew, p. CXXXII.

CLUB AÉRONAUTIQUE LYONNAIS. — Lettres d'invitation pour une conférence, p. LXIV.

COLCOMBET. — Communication sur les léporides, p. LXXXVII.

CORNEVIN. — Propositions relatives à une nouvelle forme à donner aux concours pour les primes offertes par le Gouvernement, p. XVII, XXXVII, XXXIX, LV. — Communication d'une lettre de M. le sénateur Darbot, relative à l'enseignement agricole, p. XXVIII, XXIX, XXXI — Communication relative au projet de fusion proposé par la Société des sciences industrielles, p. XXXVII. — Communication sur l'individualité, p. XXXIX — Communications relatives à l'inscription commémorative de la fondation de la première École vétérinaire, p. XLII, LXXVIII. — Résumé de la discussion sur la question de l'impôt des boissons, et propositions à ce sujet, p. LUI, LIV. — Observations sur l'utilité des chiens terriers, sur les qualités respectives du lièvre et du lapin ; communication sur la durée de la gestation, p. LXII. — Communication de quelques observations recueillies dans le mémoire de MM. Fray et Boutinot, sur l'Oasis de Gabès, p. LXVIII. — Observation sur l'idée d'extraire la soie de la feuille de mûrier, p. LXXI. — Communication relative aux levures de la fermentation vinique, p. LXXV, LXXVII. — Communications sur la diphtérie des oiseaux de basse-cour et sur les phénomènes d'hérédité, p. LXXVIII. — Obstrvation à propos des publications de M. Vermorel, p. LXXIX. —Observations au sujet des léporides, p. LXXX. — Communication sur les fruits de la famille des sapotées, p. LXXX. — Observation sur l'usage du sublimé corrosif, p. LXXXI. — Observation à propos de pisciculture, p. LXXXV. — Communication relative à une souscription pour élever un monument à Claude Bernard, p. LXXXV. — Communications relatives au concours pour les primes offertes parle Ministère, p. LXXXV. — Observations à propos d'une communication sur les léporides, p. LXXXVIII, LXXXIX. — Communication sur le concours régional de Roanne, p. XCI. — Propositions relatives au concours pour l'obtention des primes offertes par le Ministère, p. XCIII. — Communication sur les ovicapres, p. XCVIII. — Délégué pour représenter l'École vété-


CL TABLE ALPHABETIQUE

rinaire aux funérailles de M. Violet, p. CVIII. — Discours prononcé aux funérailles de M. Rappet, p. CXXVII. — Remet à M. Vermorel la récompense exceptionnelle qui lui a été décernée à la suite du concours de Villefranche, p. CXXIX. — Communication sur une propriété de l'extrait d'azalée, p. CXXIII.

COUDERC. — Exposition d'hybrides porte-greffes, au concours de Villefranche, p. CII.

DEPÉRET. — Observation au sujet de l'admission éventuelle des professeurs de Facultés, dans les écoles d'agriculture, p. XXXI — Nouveaux renseignements géologiques à propos des travaux pour l'établissement du chemin de fer funiculaire de la place CroixPâquet à la Croix-Rousse, p. XXXI — Observation relative à la désinfection par l'acide sulfureux, p. XXXV. — Communication sur les tortues fossiles, p. LXXXVI. —Proposition au nom de la Société géologique de France, p. CXXVII.

DEVILLE. — Observations au sujet de l'enseignement agricole, p. XXX. — Communication par écrit, relative aux écoles de greffage organisées par la Chaire départementale d'agriculture, p. XXXVI — Lecture d'un rapport d'admissibilité, p. XXXIX. — Observations sur la transmission de la résistance propre à l'individu, sur le peronospora infestans et la Cochylis, p. XL. — Observations au sujet du programme proposé pour la distribution des primes offertes par le Ministère, et au sujet de l'époque du concours, p. LVI. —Observation sur les pulvérisateurs exposés au concours de Montpellier, p. LVI. — Observation au sujet des fumures en Tunisie, p. LXV. — Renseignements sur les effets des dernières gelées, p. LXXII. — Observation sur les engrais chimiques et sur l'intervention des sels de cuivre dans la fermentation vinique, p. LXXVII. — Observation sur l'emploi des phosphates, p. CXXIII. —Elu secrétaire-adjoint, pour 1891-1892, p. CXXIV.

FERRAND, vice-président du Syndicat général du commerce en gros des vins et spiritueux, vice-président de la Chambre syndicale de Lyon et du Rhône, membre de la Société d'économie politique de Lyon. — Développe, à la demande de la Société, ses opinions sur la question de la réforme de l'impôt des boissons, p. XLII.

GALTIER. — Observations au sujet de l'examen des viandes étrangères à l'entrée, p. XVI. — Discussion des propositions de la Société d'agriculture de Melun, relatives à la police sanitaire; rensei


PAR NOMS D'AUTEURS CLI

gnements divers, p. XVIII XIX, XXII XXIV, XXVI, XXXI. — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Note sur les modes de transmission de la rage, p. XXXIV (v. le vol.). — Communication sur les propriétés cautérisantes de l'iode, p. XXXIV.— Observation sur la nécessité d'aérer les locaux humides, et l'emploi des agents de désinfection, p. xxxv. — Communication sur la nécessité de conserver le privilège des bouilleurs de cru, p. LUI. —Observation à propos du programme proposé par M. le Président, pour la distribution des primes offertes par le Ministère, p. LVI. — Lecture d'un mémoire sur les cas de rage à Lyon et dans le département Rhône, p. LXVI. — Réponses à quelques questions suggérées par cette lecture, p. LXVI, LXVII. — Observation sur le droit de se protéger contre les animaux nuisibles, p. LXVIII. — Oservation sur la rareté de la tuberculose chez le bétail des contrées méridionales, p. LXIX. — Communication au sujet d'études entreprises sur l'avortement épizootique des vaches, p. XCIV. — Lauréat du prix Béhague décerné par la Société nationale d'agriculture, p. XCIII.

— Observations sur les rapports de la tuberculose de l'espèce humaine et de l'espèce bovine, p. CXVII. — Observations à propos de la tuberculose de l'espèce bovine, p. CXXII. — Nouvelles communications sur les cas de rage observés dans la région, p. CXXIII, CXXV. —Elu vice président, pour 1891-1892, p. CXXIV. — Élu de la Commission de publication pour 1891, p. CXXV.

GAUDET. — Élu membre titulaire, p. LXXVIII.

GENSOUL. — Communication à propos de l'heure dite nationale, p. xv.

— Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Observation au sujet de la multiplication des foires et des marchés, p. XXVI. — Communication au sujet d'un champignon de dimensions insolites venu spontanément dans une écurie, p. XXXV. — Observations sur la résistance propre à l'individu et sur les causes de suspension de la vie chez les végétaux, p. XL. — Communication sur les rongeurs nuisibles, p. LVII. —Adjoint à la Commission chargée de discuter les propositions de la Société des sciences industrielles, p. LXV. — Délégué de la Société au concours régional de Roanne, p. LXVI. — Observations sur la multiplication des cas de rage et sur le droit de se protéger contre les animaux nuisibles, p. LXVII. — Communication d'un programme pour l'encouragement des petites éducations de vers à soie, p. LXXII. — Observation sur les causes des


CLII TABLE ALPHABETIQUE

gelées tardives, p. LXXIII. — Demande de renseignements au sujet d'une recrudescence des cas de diphtérie, p. LXXVIII. — Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII — Rapport d'admissibilité, p. XCIX. —Élu président pour 1891-1892, p. CXXIV. — Élu de la Commission des soies et de la Commission des finances pour 1891, p. CXXV. — Rapport de présentation sur les candidats correspondants, p. CXXV.

GERMAIN. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CII

GOBET. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CI.

GOBIN. — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Observation au sujet de la perception des impôts, p. LIV. — Renseignements sur les dernières gelées, p. LXXII. — Communication sur des spécimens d'histoire naturelle rapportés pour le Muséum de Lyon, p. LXXXII. — Communication sur l'établissement de pisciculture de Servagette, p. LXXXIII. — Procédé pour se garantir des fourmis, p. LXXXIX. — Communications sur un coléoptère qui attaque la vigne et sur la cochylis, p. XCV. — Élu de la Commission des finances et de la Commission de publication, pour 1891, p. CXXV.

CODINOT-MONTERRAD. — Élu membre titulaire, dans la section des sciences, p. LXXVIII.

GONIN. — Élu membre titulaire dans la section de l'Industrie, p. CXXIX.

GRAND-CLÉMENT. — Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII

GRÉGOIRE. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CII.

ISAAC — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII — Propose de demander, au nom de la Société que M. Ferrand veuille bien venir résumer en séance le rapport sur la réforme de l'impôt des boissons, dont il a donné lecture à la Société d'économie politique, p. XXXVI. — Observation sur l'emploi de l'Alfa, p. XXXVIII. —Proposition concernant les encouragements à donner aux petites éducations de vers à soie, p. LXXI. — Élu de la Commission des soies et de la Commission de publication pour 1891, p. CXXV.

LACOINE. — Élu membre correspondant, p. CXXIX.

LAFON. — Inscrit sur sa demande au nombre des membres vétérans, p. XCVI.

LAVIROTTE. — Inscrit, sur sa demande au nombre des membres vétérans,

p. XLII.

LEBEAU. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CI, CII.

LEGER. — Observation relative à l'examen des viandes étrangères à l'en-


PAR NOMS D AUTEURS CLIII

trée, p. XVII. — Observation au sujet des fumures en Tunisie, p. LXV. — Observation sur la nécessité de l'humus dans le sol, p. LXXVII. — Observation au sujet de l'amélioration des vins par les ferments, p. LXXVIII. — Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII.— Compte rendu d'une conférence de M. Rietsch sur les ferments des vendanges, p. XCV.

— Rapport sur le Concours d'instruments relatifs à la viticulture et à la vinification, ouvert par la Société pour la distribution des primes offertes par le Ministère de l'agriculture, p. c. — Observation sur l'importance des essais comparatifs de cultures, p. CXXIII.

— Élu de la Commission des soies et de la Commission des finances pour 1891, p. CXXV.

LOCARD. — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII — Observations au sujet des petits mammifères, p. LXI. —Adjoint à la Commission chargée de discuter les propositions de la Société des sciences industrielles, p. LXV. — Observation à propos du croisement des races, p. LXXIX. — Observation au sujet des léporides, p. LXXX. — Observation au sujet du saumon quinnat, p. LXXXV.— Observation au sujet de la production laitière, p. XCIII. — Présentation d'un travail sur les collections malacologiques de M. Michaud, p. XCVI.

— Élu conservateur pour 1891-1892, p. CXXIV. — Élu de la Commission de publication, pour 1891, p. CXXV.

LORENTI. —Élu secrétaire général, pour 1891-1892, p. CXXIV.

MARNAS, -Nommé des Comités de présentation, p. XVIII — Communinication relative aux conditions d'efficacité des engrais chimiques, p. LXXVI. — Communication sur les croisements dans l'espèce cuniculine, p. LXXX. — Communication relative à quelques insecticides, p. LXXXI. — Observation sur l'absorption des sels de cuivre, p. LXXXII. —Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII. —Communication sur un procédé pour détruire la cochylis, p. XCV. —Élu de la Commission des finances pour 1891, p. CXXV.

MAURICE, — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Elu de la Commission des soies pour 1891, p. CXXV.

MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE. — Circulaire relative aux concours régionaux de l'année, p. LXVI. — Subvention à distribuer en primes,

p. LXXXV.

MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. — Circulaire relative à la réunion


CLIV TABLE ALPHABETIQUE

annuelle des délégués des sociétés départementales des BeauxArts, p. LXVI. — Instruction aux délégués des associations de province, pour les concours de la Sorbonne, p. LXX, CVI. — Circulaire concernant la session des sociétés des Beaux-Arts, en 1891, p. CXXIX. NICOLLET, délégué de la Préfecture de l'Isère à l'exposition universelle.

— Annonce la publication de son rapport sur les choses rurales de l'Exposition, p. LXVI.

PELLETIER. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CI.

PERRIN. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CI.

PÉTEAUX. — Nommé des Comités de présentation. p. XVIII. — Adjoint à la Commission chargée de discuter les propositions de la Société des sciences industrielles, p. LXV.

PRÉFECTURE DU RHÔNE. — Demande relative aux voeux émis au sujet de l'impôt des boissons, p. XXXVI — Communication de l'arrêté ministériel réglant les dispositions du concours régional de Roanne, p. XLI. — Avis d'allocation, p. LXIX. — Circulaire relative au concours d'animaux gras à Paris, en 1891, p. CXXIX.

PULLIAT. — Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII.

RANVIER. — Élu membre correspondant, p. CXXIX.

RAPPET. — Observation au sujet des animaux mordus par un chien enragé, p. XXXVI. — Opinion sur l'importance de l'initiative privée, p. XXVIII. — Observation au sujet de l'enseignement agricole, p. XXX. — Proposition relative à une réponse à faire, à la Société d'agriculture de Melun, p. XXXI. — Communication relative au projet de fusion proposé par la Société des sciences industrielles, p. XXXIV. — Observation sur la résistance des plantes au froid, p. XL. — Aperçu sur les conséquences de la supression éventuelle du privilége des bouilleurs de cru et du droit de circulation, p. LIV.

— Nommé du Jury pour l'attribution des primes offertes par le Ministère, p. XCIII. — La Société est informée de son décès, discours de M. le Président à ses funérailles, p. CXXVII

RAULIN. — Mémoires sur les expériences faites au champ d'essais de Pierre-Bénite, p. CXXII, CXXXI (v. le vol.).

RENAUD. — Lauréat du concours de Villefranche, p. CII.

RÊROLLE. — Observation au sujet des viandes étrangères, p. XVII — Démissionnaire, p. XCIX.


PAR NOMS D'AUTEURS CLV

REVOL. — Nommé des Comités de présentation, p. XVIII. — Observation sur les engrais chimiques, p. LXXIV. —Communication au sujet de l'influence des sels de cuivre sur la fermentation vinique, p. LXXVI. — Observation sur les sels de cuivre employés comme insecticides, p. LXXXI.

ROCHETTE (DE LA). — Observations à propos d'une communication sur les léporides, p. LXXXVIII.

ROYET. — Donne lecture d'un rapport d'admissibilité, p. XXXI —Fait hommage, au nom de M. Pariset, d'un volume intitulé : Les industries de la soie, XXXIII. — Note sur une industrie récemment fondée en Italie pour l'exploitation de l'écorce de mûrier, p. XXXVII.

— Communication relative à des essais pour la production de la soie par un traitement chimique de la feuille de mûrier, p. LXXI.

— Élu de la Commission des soies pour 1891, p. CXXV. SAINT-CUR. — Présente au nom de MM. Fay et Boutinot, un mémoire sur

l'oasis de Gabès considérée au point de vue agricole, p. LXV (V. le vol.). SAINT-LAGER. —Nommé des Comités de présentation, p. XVIII — Observation au sujet de l'enseignement agricole, p. XXX. — Observation relative à la qualification de préglaciaire attribuée à une période géologique, p. XXXIII. — Observation au sujet de l'emploi de l'iode comme cautérisant, p. XXXIV. — Observation sur la différence des productions des pays chauds et des pays tempérés, p. LXIX. — Observations sur l'idée d'extraire la soie de la feuille de mûrier, p. LXXI. — Observation au sujet du chaulage, p. LXXIV.

— Observation à l'occasion d'essais pour l'inoculatiou de la tuberculose, p. CXXII. —Élu bibliothécaire pour 1891-1892, p. CXXIV.

— Lecture d'un rapport de présentation pour la section des sciences, p. CXXV. — Observations au sujet des Lotus des anciens, p. CXXXI.

SAYN. — Mémoire sur les. ammonites du crétacé inférieur, p. LXXXVI

(v. le vol.). SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE INDO-CHINOISE. —Informe du résultat des voeux qu'elle

a émis pour l'extension des consulats, p. XXIV. — Communication

de voeux relatifs à certaines modifications à apporter dans le régime

des colonies, p. LXX. SOCIÉTÉ CENTRALE D'AGRICULTURE DE L'AUDE. — Communication de voeux

relatifs au commerce des vins, p. XVIII.


CLVI TABLE ALPHABETIQUE

SO CIÉTÉ D'AGRICULTURE DE MELUN. — Circulaire relative à un projet de loi sur la police sanitaire, p. XVII. — Discussions à ce sujet, p. XIX, XXIV.

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE LA NIÈVRE. — Appel en faveur de voeux à émettre pour une modification de la loi de police sanitaire, p. XCIX, CXIII.

SOCIÉTÉ DES AGRICULTEURS DE FRANCE. — Communication d'un voeu pour l'établissement d'un droit sur les maïs étrangers, p. LXVI. — Circulaire et questionnaire relatifs à une enquête sur les cépages américains, p. LXXXV. — Appel en faveur de l'établissement de droits d'entrée sur les cocons et les soies de l'étranger, p XCIX. — Communication de notes destinées aux membres de la Commission des douanes, p. CXXIX.

SOCIÉTÉ DES SCIENCES INDUSTRIELLES DE LYON. — Réponse à ses propositions de fusion, p. XCIV.

SOCIÉTÉ DU CAVEAU LYONNAIS. — Communication relative au projet d'un monument à la mémoire de Pierre Dupont, p. LXVI.

SOCIÉTÉ FLAMMARION DE MARSEILLE.—Proposition relative à l'adoption d'une heure nationale, p. XV.

SOCIÉTÉ HAVRAISE D'ÉTUDES DIVERSES. — Programme d'un concours littéraire et scientifique ouvert en 1890, p. LVII.

SYNDICAT DU COMMERCE EN GROS DE LA BOUCHERIE DE PARIS. — Proposition relative à l'examen des viandes étrangères, p. XVI.

SYNDICAT ÉCONOMIQUE AGRICOLE. — Circulaire à l'occasion du renouvellement du Sénat, p. CXXIX.

VANDERPOL. — Résume le mémoire qu'il a présenté au congrès du gaz tenu à Lyon, sur la ventilation des bâtiments éclairés au gaz, p. XCVI.

VAUTIER, — Elu membre titulaire dans la section des sciences, p. CXXIX.

VERMOREL. — Fait hommage d'un exemplaire de l'Agenda Vermorel pour 1891, p. XXXVII. — Fait hommage de plusieurs publications relatives à la culture de la vigne, p. LXXIX. —Objet d'une récompense exceptionnelle à la suite du concours de Villefranche, p. CII, CXXIX.

VIGNON. — Elu trésorier pour 1891-1892, p. CXXIV. —Elu de la Commission des soies pour 1891, p. CXXIV.

VIOLET. — La Société est informée de son décès, paroles de M. Cornevin, à ses funérailles, p. CVIII, CIX.


TABLE GENERALE

DES MATIÈRES

L'Oasis de Gabès (Tunisie), au point de vue agricole, par MM. E. BOUTINEAU et J. FRAY 1

La Rage à Lyon et dans le département du Rhône, par M. V. GALTIER. . . 65

Les Coquilles marines vivantes de la Faune française. Études

critiques, par M. ARNOULD LOCARD . 93

Description des Ammonitides du Barrémien du Djebel-Ouach,

par M. G. SAYN 135

Rapport de la Commission des soies sur ses opérations de l'année 1890 215

Compte rendu des opérations de la Condition des soies de Lyon pendant l'année 1890.

La Rage à Lyon, 1er novembre 1889 au 1er novembre 1890, par M. V. GALTIER 239

Expériences sur l'action des phosphates sur la culture du blé, par M. RAULIN 253

De l'influence de la nature du terrain sur les végétaux, par M. RAULIN 257

Influence de la nature du terrain sur la température du sol, par MM. ANDRÉ et RAULIN 265

Influence de l'humus sur la végétation, par M. RAULIN. ... 281

Sur certains accidents de culture dans certains sols humifères, par M. RAULIN 287


CLVIII TABLE GENERALE DES MATIERES

Influence des quantités d'engrais sur les récoltes, par M. RAULIN. 291

Traitement de la vigne contre le Mildew el l'Oïdium, par M. RAULIN. ......... 295

Tableau de la Société d'agriculture au 1er janvier 1890. ... 1

Extrait des procès-verbaux XV

Liste des ouvrages offerts à la Société pendant l'année 1890. . CXXXIII

Liste des Sociétés savantes avec lesquelles la Société d'agriculture entretient des relations CXXXV

Table alphabétique, par noms d'auteurs des mémoires, notices, rapports, communications verbales etc., contenus dans le

volume CXLVII

Table générale des matières.

FIN DE LA TABLE

LION. — IMPRIMERIE PITRAT AINE, 4, RUE GENTIL



COMPOSITION DU BUREAU

PRÉSIDENT . MM. CORNEVIN, professeur à l'Ecole Vétérinaire.

VICE-PRÉSIDENT GENSOUL, ingénieur civil.

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL LORENTI, professeur.

SECRÉTAIRE ADJOINT DEVILLE, professeur départemental d'agriculture.

BIBLIOTHÉCAIRE-ARCHIVISTE. . . SAINT-LAGER, docteur en médecine.

TRÉSORIER VIGNON, propriétaire.

CONSERVATEUR LOCARD E., ingénieur civil.

COMMISSION DE PUBLICATION

MM. ARLOING. GOBIN. GALTIER.

MM. ISAAC. BURELLE. LOCARD.

Les Annales publiées par la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon, paraissent périodiquement chaque année. Le nombre des feuilles d'impression composant chaque volume est subordonné aux matières à publier. Des planches ou figures accompagnent le texte toutes les fois que cela est nécessaire.

LE PRIX DE CHAQUE VOLUME, Y COMPRIS LES COMPTES RENDUS DES SÉANCES, EST AINSI FIXÉ :

Pour Lyon et Paris 25 fr.

Pour les Départements 28

Pour l'Étranger 30

Pour.chacune des années antérieures à l'année courante le prix est de 28 fr.

Les auteurs ou éditeurs de livres français ou étrangers ayant rapport aux sciences, à l'agriculture ou à l'industrie, peuvent faire annoncer dans ces Annales leurs publications, moyennant l'envoi de deux exemplaires.

Les ouvrages périodiques français ou étrangers sont reçus en échange de ces Annales.

Tous les envois doivent être adressés franco au Secrétariat de la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon.

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