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Title : Annales des sciences physiques et naturelles, d'agriculture et d'industrie / publiées par la Société d'agriculture de Lyon

Author : Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon. Auteur du texte

Publisher : (Lyon)

Publisher : [s.n.] (Paris)

Publication date : 1888

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 52835

Description : 1888

Description : 1888 (SER6,T1).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Rhône-Alpes

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k54923589

Source : Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, 4-S-29

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32694312b

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 10/01/2011

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ANNALES

DE LA SOCIÉTÉ

D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON

SIXIEME SÉRIE

TOME PREMIER

1888

LYON

PITRAT AINE, IMPRIMEUR

4, RUE GENTIL , 4

H. GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR

65 , RUE DE LYON , 65

PARIS

J.-B. BAILLIÈRE ET FILS, LIBRAIRES-ÉDITEURS

19, RUE HAUTEFEUILLE, 19 1889



ANNALES

DE LA SOCIETE

D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON


Extrait de l'article 41 du Règlement de la Société d'Agriculture, Histoire Naturelle et Arts utiles de Lyon.

La Société publie périodiquement le résultat de ses travaux, sous le titre d'Annales de la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon.

Ces Annales se composent : 1 ° de travaux originaux présentés à la Société ; 2° de rapports et d'analyses critiques ; 3° d'un extrait des procès-verbaux. Elles sont placées d'une manière toute spéciale sous la surveillance de la Commission de publication.

Les travaux originaux, les rapports ou les analyses critiques des ouvrages présentés à la Société et renvoyés à la Commission de publication restent la propriété de leurs auteurs et leur sont remis immédiatement après l'impression, s'ils le demandent.

La Commission a le droit d'imprimer, en entier ou par extraits, les ouvrages présentés. Dans le dernier cas, l'ouvrage est remis à son auteur et la Commission lui indique dans quelles bornes elle désire que l'extrait soit fait.

La Société remet à l'auteur cent exemplaires, tirés à part, des ouvrages publiés dans ses Annales.

L'auteur peut faire tirer, à ses frais, autant d'exemplaires qu'il le veut, après le tirage de la Société. Dans le cas où la Société d'Agriculture voudrait faire tirer des exemplaires à part et les distribuer gratuitement, ou les vendre dans un but de propagation et, par conséquent, au-dessous de la valeur réelle, elle ne le pourrait qu'après en avoir reçu l'autorisation de l'auteur.

Les dessins, gravures ou lithographies des planches restent à la charge des auteurs ; le tirage se fait aux frais de la Société.

La Société, en insérant dans ses Annales les ouvrages qu'elle a jugés dignes d'intérêt, laisse aux auteurs la responsabilité des opinions qu'ils émettent.

LYON, - IMPRIMERIE PITRAT AINE, RUE GENTIL; 11.


ANNALES

DE LA SOCIÉTÉ

D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON

SIXIEME XIÈME SÉRIE

TOME PREMIER

1888

LYON

PITRAT AINÉ, IMPRIMEUR

4, RUE GENTIL , 4

H. GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR

68 , RUE DE LYON, 65

PARIS

J.-B. BAILLIERE ET FILS, LIBRAIRES-ÉDITEURS

19, RUE HAUTEFEUILLE, 19

1889



ETUDES

STRATTIGRAPHIQUES ET PALÉONTOLOGIQUES

POUR SERVIR A L'HISTOIRE

PÉRIODE TERTIAIRE

DANS LE BASSIN DU RHONE

PAR

F. FONTANNES

MEMOIRE POSTHUME RÉDIGÉ ET COMPLÉTÉ

PAR

LE DOCTEUR CH. DEPÉRET

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon, dans sa séance du 16 Mars 1888.

PREFACE

Après la mort si inattendue de mon regretté confrère et ami F. Fontannes, j'ai été chargé de recueillir les notes manuscrites que ce savant géologue avait accumulées sur divers point de la géologie tertiaire du bassin du Rhône, et de coordonner ces documents dans le but de les faire servir à une publication posthume. Cette mission, que j'ai acceptée sur le voeu formel d'une mère qui s'est consacrée toute entière à la mémoire de son cher enfant, et aussi sur le désir de MM. les Directeurs du service de la Carte géologique de

6e SÉRIE ; T. Ier, — 1888 1


2 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

France, était plus délicate que je n'aurais pu le penser au premier abord.

Deux partis se présentaient à moi pour la réalisation de ce voeu, auquel m'attachait aussi un devoir de piété amicale : ou bien me borner à mettre en ordre ces rapides notes de voyage et à les publier intégralement, telles qu'elles avaient germé sur le terrain dans l'esprit de notre confrère; ou bien, au contraire, reprendre par le détail chacune de ces études locales ébauchées, et, prenant pour point de départ les notes et les opinions de Fontannes, — auxquelles des conversalions familières m'avaient depuis longtemps initié, — compléter l'oeuvre que la main de l'éminent géologue de Lyon avait dû laisser inachevée, au grand détriment de la science.

Le premier procédé n'aurait conduit qu'à une publication aride, et même sans grand intérêt, vu l'absence de conclu - sions générales. Le second, que j'ai cru devoir adopter comme le meilleur, m'exposait au danger de faire oeuvre trop personnelle et d'attribuer à Fontannes les idées que j'ai dû me former à mon tour, dans les cas si fréquents où les nécessités de la stratigraphie descriptive ont forcé l'auteur de ces notes à laisser de côté le point de vue théorique et l'ont empêché d'exprimer sa manière de voir définitive, soit sur la détermination des espèces fossiles, soit sur l'attribution de chacune des assises aux divers termes de l'échelle géologique.

Afin d'éviter de rendre notre confrère responsable des erreurs d'observation ou d'appréciation que j'ai pu commettre en complétant ses travaux, il est nécessaire que j'indique dans cette préface la part de collaboration qui revient à chacun de nous dans la rédaction de ces Études.


DE LA COTE DE PROVENCE 3

En ce qui concerne le présent mémoire, consacré aux faluns aquitaniens et langhiens de la côte de Carry et qui n'est que la première partie d'un travail général sur les formations tertiaires marines des Bouches-du-Rhône, — l'Introduction, l'Historique et toute la stratigraphie descriptive, coupes et descriptions locales, appartiennent à Fontannes, et mon rôle pour ces chapitres s'est borné à l'agencement et à la rédaction. Notre confrère avait même déjà coordonné les nombreuses coupes de détail qu'il avait relevées, et les avait réunies en un tableau d'assemblage, grâce auquel la succession générale des assises de la région se trouvait nettement établie. J'ai pu moi-même en reprenant une à une, et les notes de Fontannes à la main, la série de ces intéressantes coupes, me convaincre de la scrupuleuse conscience avec laquelle cette étude avait été effectuée.

Pour la partie paléontologique, quelques trop rares espèces, de préférence parmi les formes caractéristiques des étages, se trouvaient dénommées dans le cours de la description stra tigraphique, comme le lecteur pourra le constater en lisant ce chapitre du mémoire.

Mais j'ai dû entreprendre l'étude paléontologique de la majorité des espèces, en me servant des matériaux de la collection Fontannes, mise gracieusement à ma disposition par mon confrère M. Bertrand, professeur à l'Ecole des mines, et aussi avec les nombreux documents que j'ai recueillis moi-même dans de fréquentes excursions à Carry. Enfin j'ai dû rédiger les Conclusions générales du mémoire sous la forme d'une description synthétique des terrains assise par assise, dans laquelle, conformément à la méthode adoptée par Fontannes


4 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

dans toutes ses Études, se trouve discutée la place qui revient à chacun des termes régionaux dans l'échelle générale stratigraphique.

Mes voeux seront satisfaits, si ce présent mémoire est jugé par mes confrères comme digne de former une suite aux importants travaux de Fontannes sur la géologie du Sud-Est.

CH. DEPÉRET.

1er mars 1888.


INTRODUCTION

Sur les côtes ensoleillées de la Provence, entre les golfes de Marseille et de Foz, affleure Une coupe unique dans tout le sud-est de la France où, sur aucun point, n'apparaissent des dépôts identiques de la période miocène. Comme depuis bien des années les stations typiques de Carry, de la Couronne, ont été maintes fois prises pour termes de comparaison, de nombreux géologues de tous pays les ont visitées, et cependant encore aujourd'hui, alors que tant de bassins de moindre intérêt pour la géologie de notre pays ont été analysés avec un soin minutieux, il n'existe aucune étude spéciale de cette étroite bande de terrain qui se montre si pittoresquement encadrée par l'azur de la mer provençale et le vert sombre des forêts de pins des hauteurs.

Les données les moins vagues que les annales de la géologie aient à enregistrer sur les allures des terrains, sur leur constitution et sur leur faune, il faut les chercher


6 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

dans un ouvrage excellent dans son temps, mais vieux depuis près d'un demi-siècle, consacré à l'étude de la Provence; dans les citations d'une monographie du bassin de Vienne, ou dans quelques Traités ou Tableaux de classification.

Or, l'accès de cette région n'offre aucune difficulté. Le savant, pour peu qu'il ait le sentiment des beautés pittoresques, n'a qu'à lutter contre le charme de cette nature si sobre de lignes, si chaude de coloris, qui tend sans cesse à l'arracher à ses études arides pour le jeter dans la plus ineffable des contemplations.

A quoi attribuer ce délaissement? Peut-être en partie à ce qui, tout d'abord, le rend plus inexplicable. Sans liaison apparente avec les autres formations tertiaires qui couvrent le Sud-Est, ces dépôts n'entrent pas dans le cadre des recherches qui s'imposent ; négligés ou méconnus, ils n'entravent en aucune manière ou n'éclaireraient d'aucune lumière la classification des terrains qui sont d'un âge immédiatement plus ancien, ou plus récent, ou qui peuvent en être contemporains. Car ceux qui semblent se placer sur la même échelle stratigraphique présentent un facies absolument différent et ne se lient à eux que par une portion minuscule de leur faune.

En outre, si la succession des strates offre le plus souvent, sur cette partie du littoral provençal, une grande netteté, les fossiles qui caractérisent ces divers dépôts sont dans bien des cas d'une récolte et d'une étude difficiles. Parfois enchâssés dans une roche d'une grande dureté, il faut attendre que les agents atmosphériques, que les vagues les aient mis en haut relief pour ainsi dire, et même alors il est bien rare que le ciseau n'entraîne pas une partie de la gangue; ailleurs, l'état de conservation laisse beaucoup plus à désirer, et nom-


DE LA COTE DE PROVENCE 7

bre d'espèces ne sont représentées que par des moules dont la détermination est toujours plus ou moins empirique.

Mais la plupart des difficultés qui naissent de ces conditions défavorables sont facilement vaincues par la minutie et la persévérance dans les recherches. Depuis longtemps, je désirais combler cette lacune dans nos connaissances sur les terrains tertiaires du Sud-Est, et étudier ces gisements dont les étrangers et surtout les géologues autrichiens, s'occupent beaucoup plus que nous : deux séjours prolongés dans ce pays dans les années 1879 et 1883 m'ont permis de recueillir des documents assez nombreux, assez précis, pour que leur étude et les conclusions qui en découlent présentent un certain intérêt pour la géologie du Sud-Ouest et celle d'une partie de l'Europe méditerranéenne. Car cette formation, qu'un abaissement de quelques mètres de la côte effacerait de la constitution géologique du Sud-Est, doit la plus grande part de son intérêt aux grands bassins classiques qu'elle relie ; c'est le seul point de repère que le savant trouve sur sa route entre les Homerschichte du bassin du Danube et les couches des environs de Bordeaux.



LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

DE LA

COTE DE PROVENCE

l

Historique

1° STRATIGRAPHIE. — Le premier mémoire, dans lequel nous trouvons sur ces curieux affleurements des données utilisables en l'état actuel de la science, est dû à M. Ph.Matheron. Dans son Catalogue méthodique et descriptif des corps organisés fossiles du département des Bouches-du-Bhône, publie en 1842, ce savant, à qui l'histoire géologique de la Provence est redevable de tant de découvertes de premier ordre, classe l'ensemble de la formation qui nous occupe dans le terrain de mollasse, compris entre son terrain à gypse, — qui correspond à peu près à mon groupe d'Aix, — d'une part et le terrain tertiaire supérieur de l'autre, représenté seulement, d'après l'auteur, par les calcaires travertineux de la Viste, des Eygalades, près de Marseille et d'autres localités de la Provence.


10 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

Ce terrain de mollasse qui paraît correspondre, d'après les vues de l'auteur, au terrain tertiaire moyen, comprendrait (voir le tableau de la p. 96) deux séries de couches parallèles, les unes marines; les autres d'eau douce. La série d'eau douce est celle du bassin de Marseille, dans lequel M. Matheron voit l'équivalent lacustre de la mollasse marine de Carry, opinion que je n'ai pas à discuter en ce moment.

Quant au terrain marin ou de la mollasse, l'auteur le subdivise en deux niveaux, désignés par les numéros 5 et 6 de son tableau général où les assises se trouvent disposées de haut en bas dans leur ordre d'ancienneté. Voici en quels termes sont caractérisés ces deux horizons :

TERRAIN

DE MOLLASSE

TERRAIN MARIN

5. Calcaire moellon ou grès coquillier plus ou moins

grossier 13-30m

6. Couches marneuses plus ou moins sablonneuses ou

micacées 13-25m

L'assise n° 5 ou « le second étage est formé de couches d'un calcaire plus ou moins grossier, plus ou moins tendre, et renfermant des fossiles nombreux. C'est le calcaire moellon de Marcel de Serres; c'est le calcaire exploité comme pierre de taille à Saint-Rémy, à la Couronne,à Fontvielle, à Salon,etc. » Il n'y a pas grande difficulté à reconnaître dans cet étage la mollasse calcaire à Peignes et à Ostrea crassissima qui constitue la base de l'étage helvétien dans la plus grande partie du bassin du Rhône.

Le numéro 6 est formé « d'une série de couches marneuses, souvent micacées, et de couleur variant entre le gris verdâtre, le jaunâtre et le bleu plus ou moins foncé ». Sous cette rubrique, l'auteur classe des terrains de nature et d'âge bien différents, tels que les marnes bleues de Bollène et de Fré jus qui sont pliocènes, celles de Cucuron qui appartiennent


DE LA COTE DE PROVENCE 11

à l'helvétien supérieur, puis les marnes bleues aquitaniennes de Montpellier, enfin les couches marneuses ou sableuses de Carry, subordonnées à la mollasse calcaire du cap Couronne, et les seules dont j'ai à m'occuper dans ce travail.

En 1862, M. Matheron, dans ses Recherches comparatives sur les dépôts fluvio-lacustres tertiaires des environs de Montpellier, de l'Aude et de la Provence, ne s'occupe des formations marines que d'une manière accessoire; néanmoins il rectifie une partie des confusions ci-dessus indiquées, et il classe de la manière suivante les formations miocènes marines des Bouches-du-Rhône, comparées à celles des environ de Montpellier :

BOUCHES-DU-RHONE

Grès et calcaires marins d'Istres, de Martigues à Pecten scabriusculus, palmatus, planosulcalus.

Couches à Ostreacrassissima d'Aix, Rognes, Carry. Calcaire coquillier de Carry, du Plan-d'Aren.

MONTPELLIER

Calcaire moellon de M. de Serres, Perna maxillata.

Couches à Ostrea crassissima.

Marnes bleues.

Tel qu'il vient d'être présenté, c'est-à-dire en ne tenant compte que des localités du département des Bouches-duRhône, à l'exclusion des autres points de la Provence ou du Comtat, ce tableau ne diffère de celui que l'auteur avait publié en 1842 que par la séparation de la mollasse calcaire n° 5 en deux termes : à la base les couches à Ostrea crassissima; au sommet les grès et calcaires à Pecten planosulcalus et scabriusculus. Cette succession représente bien, considérée très en grand, la série des couches miocènes marines de la côte de Provence, mais l'auteur se borne à l'indiquer sans essayer d'établir, dans l'échelle stratigraphique générale, l'âge précis de chacun de ces étages. Quant aux synchronismes entre ces dépôts marins de la Provence et ceux des bassins tertiaires


12 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

autres que celui du Languedoc, M. Matheron indique seulement le parallélisme des couches coquillières inférieures de Carry et des faluns de la Touraine, opinion dont il serait aujourd'hui superflu de faire ressortir l'inexactitude.

Enfin, en 1864, M. Matheron arrivait à se faire une opinion plus précise sur l'âge des couches miocènes de la côte provençale, opinion qu'il a exprimée seulement en quelques lignes à la fin du compte rendu de l'excursion de la Société géologique dans le bassin d'Aix (Réunion extraordinaire à Marseille, 1864). Ces conclusions, malheureusement restées sans détails stratigraphiques et paléontologiques, méritent d'être reproduites en entier. « Le riche gisement de Carry est caractérisé par une faune absolument identique avec celle des faluns de Mérignac et de Cabannes, près de Dax. C'est à cet étage qu'appartiennent les marnes bleues de Fontcaude, près de Montpellier et les marnes grises qui occupent le soussol de la Rotonde d'Aix.

« En continuant de suivre le littoral depuis Carry jusqu'au cap Couronne, on rencontre dans l'anse de Beaumadalier des couches dont les fossiles sont identiques avec ceux de l'horizon de Léognan, et qui, sur le bord même de cette anse, sont recouvertes par le dépôt marin que Marcel de Serres désignait sous le nom de calcaire moellon, et qui est le type de ce que bien des géologues ont appelé et appellent encore la mollasse coquillière. C'est à cet horizon qu'appartiennent la plus grande partie des gisements du tertiaire marin de la vallée du Rhône, des environs de Montpellier, de Béziers et de Narbonne.

« Enfin arrive au-dessus l'équivalent des « faluns de Salles. dans lequel on rencontre tout aussi bien au cap Couronne qu'aux environs de Cucuron, la Cardita Jouanneti. »

En dehors du vénérable géologue marseillais dont on vient de suivre les opinions successives, mais de plus en plus précises et exactes sur l'âge des faluns de la côte, de Provence,


DE LA COTE DE PROVENCE 13

un seul géologue s'est occupé avec quelque détail de la stratigraphie de cette intéressante formation : c'est M. Charles Mayer, de Zurich.

Dans son Tableau synchronistique des terrains tertiaires de l'Europe (1er mars 1869), ce géologue place de la manière suivante les couches tertiaires de la côte de Provence, de haut en bas.

HELVETIEN I.

1b Mollasse marine à Balanes, Pecten burdigdlensis et flabelliformis, de la Couronne, Istres, Saint-PaulTrois-Châteaux, etc.

1a Banc d'Ostrea crassissima de Carry, d'Istres, Rognes, Aix, etc.

MAYENCIEN II.

2. Mollasse marine à moules nombreux de Venus et de Cardium de Carry, près des Martigues.

MAYENCIEN I.

lb Calcaire gréseux blanc à Turritella turris de Carry et du

Plan-d'Aren, la Grès sableux jaune à Pecten solarium de Carry.

AQUITANIEN II.

2. Bancs à Mytilus et Cyrènes à l'est de Carry et bancs à Lucina scopulorum et Cerithium margaritaceum à l'ouest de Carry.

AQUITANIEN I.

1. Marnes bleues ou blanches avec banc gréseux à Lucina pomum, Cytherea undata, Orbitolites, etc., de Carry et du Rouet près des Martigues.

Les conglomérats rougeâtres du Rouet-de-Carry, base de toute la formation, et les sables à Pecten subpleuronectes ne sont pas mentionnés.

1° Les marnes et grès à Lucina pomum et Cytherea undata atttribués à l'Aquitanien I, ou horizon de Bazas, correspondraient, d'après M. Mayer, à une partie de la meulière de Beauce, dans le bassin de Paris; aux marnes à Cyrènes du bassin rhénan ; à la partie la plus inférieure de la mollasse marine suisse (Rallingen, Lucerne etc.); aux couches d'Acqui, Sassello, Cascinelle, dans la Ligurie ; enfin dans le sud-ouest de la France à l'ensemble de couches fluvio-marines (marnes bleues de la Brède et de Bazas, calcaires d'eau douce de Lar-


14 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

riey, Saucats, mollasse ossifère de Léognan) qui succèdent immédiatement au calcaire à Astéries.

3° Les bancs à Mytilus, Cyrènes et Cérites, à l'est dé Carry (Aquitanien II, ou horizon de Mérignac) seraient contemporaines de la partie supérieure du calcaire d'eau douce de Beauce; du calcaire à Helix Ramondi d'Hochheim près de Mayence; d'une partie de la mollasse d'eau douce suisse, de la mollasse sableuse du pied nord de l'Apennin ligure, et dans l'Aquitaine, des faluns de Mérignac, Martillac, Larriey, Saucats, Saint-Avit, avec le calcaire d'eau douce supérieur de Saucats et de Martillac.

3° Les grès jaunes calcarco-siliceux à Pecten et Huîtres de Carry, réunis aux calcaires gréseux à Turritella turris, à l'ouest de Carry, sont attribués au Mayencien I, c'est-à-dire à l'horizon des Hornerschichte dans la basse Autriche. Ces couches représenteraient le calcaire à Corbicules du bassin de Mayence ; la mollasse grise d'eau douce des cantons de Vaud, Berne, Appenzell, etc. ; les sables et marnes des environs de Horn, Eggenbourg en Autriche; les marnes bleues à Cerithium plicatum des environs de Montpellier; les faluns de Léognan, de Saucats, de Saint-Médard, ainsi que les marnes du moulin de Cabannes près de Dax, dans le sud-ouest de la France.

4° La mollasse marine à Venus et Cardium (Mayencien II, ou horizon de Grund) serait l'équivalent des faluns de la Touraine ; des calcaires à Littorinelles supérieurs du bassin rhénan, des brèches calcaires à faune marine du canton de Bâle; enfin des faluns jaunes de Saucats supérieur et de Ceslas, ainsi que des sables du moulin de Cabannes dans le bassin de l'Aquitaine.

5° Enfin la mollasse helvétienne comprenant les bancs à Ostrea crassissima, surmontés par les couches à Balanes et Pecten burdigalensis de la Couronne, ne correspondraient 1


DE LA COTE DE PROVENCE 15

qu'à la division inférieure de l'étage (Helvétien I, ou hozizon de Steinabrunn) et aurait pour équivalent la formation lignifère du Westerwald dans le bassin inférieur du Rhin; la partie inférieure de la mollasse helvétienne suisse (canton de Vaud, Fribourg, Berne, Lucerne, Schaffouse, etc.), les sables calcaires à Bryozoaires de Steinabrunn, Grinzing et le calcaire de la Leitha; les sables serpentineux inférieurs de la colline de Turin ; les bancs à Ostrea crassissima et le calcaire moellon du Languedoc, les faluns de Baudignan et de Gabarret, ainsi que l'horizon un peu plus élevé de Salles et d'Orthez dans le sud-ouest de la France.

Je n'ai pu signaler dans ce court résumé que les plus importants des parallélismes adoptés par M. Mayer, pour les différentes assises de la formation de Carry. Si quelques-uns de ces synchronismes sont discutables, notamment en ce qui concerne le bassin de l'Aquitaine, la succession des assises se trouve du moins établie d'une manière fort nette dans son ensemble. Mais il faut remarquer que la plupart des assimilations proposées ne reposent que sur un bien petit nombre de données paléontologiques, ce dont il n'y a d'ailleurs pas lieu d'être surpris dans un document d'une portée aussi générale que le tableau synchronistique de M. Mayer.

2° PALÉONTOLOGIE. — La liste des fossiles tertiaires marins des Bouches-du Rhône, cités dans le travail de M. Matheron, (Catal. méth, loc. cit.) est fort étendue, mais il est assez difficile de l'utiliser au point de vue stratigraphique, parce que les espèces des différents étages de la mollasse n'y sont pas suffisamment distinguées, et s'y trouvent, comme il a été dit plus haut, réparties seulement en deux horizons, le supérieur surtout calcaire (n° 5), l'inférieur marno-sableux (n°6). Or, cette distinction pétrographique ne correspond nullement à une division stratigraphique réelle. Il en résulte que l'on y


16 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

trouve, groupées par exemple dans un même étage n° 6, avec les fossiles de la mollasse aquitanienne et langhienne de Carry, ceux du pliocène de Fréjus, dont il est facile de faire abstraction, — ceux de l'helvétien supérieur de Cucuron, enfin ceux de l'helvétien inférieur marno-sableux de diverses localités provençales, telles que la Couronne, Plan-d'Aren, Istres, Saint-Chamas, Saint-Mitre, Aix, Lambesc, Pellissanne, Peyrolles, Jouques, etc.

Par contre, plusieurs espèces des faluns anciens de Carry sont reportées dans le Catalogue de M. Matheron à l'étage supérieur n° 5, et il n'est pas toujours facile de décider si ces espèces proviennent réellement de la mollasse helvétienne qui recouvre les étages plus anciens du terrain miocène à quelque distance à l'ouest du port de Carry.

Ces réserves faites, et en se servant des indications de lo calité, qui sont toujours très précises dans les travaux de M. Matheron, on peut arriver à répartir les nombreuses espèces citées par ce savant dans la mollasse coquillière en deux listes : la première se rapporte aux deux localités de Carry et de Sausset (étages antérieurs à l'helvétien); la seconde, aux nombreuses stations de l'étage helvétien des Bouchesdu-Rhône, dont les principales sont : Plan-d'Aren, Istres, Saint-Chamas, la Couronne, etc.

1° Les fossiles de Carry et de Sausset comprennent 1 Brachiopode, 18 Lamellibranches, 71 Gastropodes marins, auxquels il faut ajouter 2 Gastropodes terrestres du genre Helix. Sur ce total de 91 espèces, 22 (dont 17 Gastropodes et 5 Lamellibranches) sont considérées comme nouvelles, décrites sommairement et figurées. Ces espèces sont les suivantes :

Buccinum eburnoides, MATH.

— Martinianum, — Purpura Martini, —

Pleurotoma spirata, -

Turbo pisum, MATH.

Trochus Martinianus, —

Scalaria rugosa, —

Pyramidella Alberti, -


DE LA COTE DE PROVENCE 17

Natuca striata, MATH.

Nerita galloprovincialis, —

- subloevis, —

— Martiniana, —

— subcarinata, —

Fissurella Martini, —

Bulla subumbilicata, —

Helixd'Orbinyana, —

Helix Micheliniana, MATH.

Cardium anomale, —

Mytilus Mickelinianus, — Pecten gallo-provincialis, — Plicatula Martini, —

Ostrea Doublieri, —

La plupart des autres espèces sont considérées comme identiques à des formes du bassin de Paris, des environs de Bordeaux ou du Vicentin; mais la détermination de plusieurs d'entre elles, qui pouvait passer pour excellente, à une époque où les Mollusques des bassins tertiaires n'avaient pas été étudiés avec une précision rigoureuse, doit être aujourd'hui Considérée comme fort douteuse,

2° La liste des espèces provenant de la mollasse marine supérieure ou helvétienne est moins étendue que la première ce qui tient évidemment au mauvais état général de préservation des fossiles. Cette liste comprend néanmoins 28 Lamellibranches, dont un nouveau, le Pecten scabriusculus, Math., et 19 Gastropodes, dont trois considérés comme nouveaux, la Cyproea provinciales, la Turritella Doublieri et le Solarium Doublieri.

En résumé, le Catalogue de M. Matheron énumère 138 espèces de Mollusques du miocène marin de la côte de Provence, chiffre considérable, et qui n'a pu être réalisé que par de longues et patientes recherches. Si beaucoup de dénominations admises dans cet ouvrage ont dû être rectifiées, si bon nombre des espèces nouvelles ont du rentrer en synonymie, ce travail n'en reste pas moins un point de départ fondamental pour la géologie de ces intéressantes formations tertiaires

En 1852, dans le Prodrome de paléontologie stratigraphi6e

stratigraphi6e T. 1er. — 1883 2


18 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

que universelle, 3e volume, d'Orbigny cataloguait les fossiles de Carry dans son étage 26e ou Falunien, et dans la subdivision supérieure de cet étage : sous-étage B ou Falunien proprement dit. Pour les Mollusques, il se borne à reproduire les espèces nouvelles décrites par M. Matheron, en modifiant seulement quelques-uns des noms de cet auteur, comme appartenant à des espèces antérieurement décrites. Pour les autres classes d'animaux, c'est à d'Orbigny que nous devons les seules indications que la paléontologie possède sur ces terrains. L'auteur du Prodrome énumère un certain nombre d'espèces de Bryozoaires, d'Echinodermes et de Polypiers des terrains miocènes marins de Provence.

Parmi ces espèces, un seul Echinoderme (Lobophora elliptica, Desor) et sept Polypiers sont indiqués des couches de Carry: Rhyzangia Martini, Edw. et H.; Phyllocoenia astroites, Goldf. ; Phyllocoenia carryana, d'Orb. ; Actinocoenia carryana, d'Orb.; Goniaroea carryensis d'Orb. ; Litharoea Martini, d'Orb. Litharoea carryensis, d'Orb. Les cinq dernières espèces sont dénommées pour la première fois dans cet ouvrage, décrites très sommairement, mais non figurées.

Pour la mollasse calcaire supérieure, d'Orbigny indique les espèces suivantes de diverses localités des Bouches-duRhône.

BRYOZOAIRES. Membranipora supergiana, D'ORB. Étang de la Valduc.

Lunutiles androsaces, MICH;

Radiopora cumulata. D'ORB. —

Defrancia armorica, D'ORB. La Couronne. ECHINODERMES. Schizater Parkinsoni, AG. Martigues. — Raulini, AG. —

Amphidetus depressus, AG. La Couronne. Conoclypus plagiosomus, AG. — Pygurus scutiformis, DESML. Martigues. — hemisphoericus, AG. Martigues, la Couronne.


DE LA COTE DE PROVENCE 19

Clypeaster scutellatus, M. DE SERRES. La Couronne, Pland'Aren, la Valduc. Echinus obliqua, Ac. Martigues.

— Serresi, DESML. Martigues. Tripneustes Parkinsoni, AG. FOZ.

ZO PHYTES. Prionastroea diversiformis., EDW. et H. Istres. — Ceriopora palmata, D'ORB. La Valduc.

FORAMINIFÈRES. Anomalina nautiloides, D'ORB. Étang de Berre.

— Amphistegina vulgaris, D'ORB. —

Dans sa splendide monographie des Mollusques tertiaires du bassin de Vienne (Die fossilen Mollusken des Tertiar-Beckens von Wien, 1851-1867), Hornes signale les fossiles miocènes de la côte de Provence, en grande partie d'après le travail de M. Matheron, mais en partie aussi d'après les spécimens des collections viennoises, et enfin d'après les indications de MM. Mayer et Bellardi. Il rectifie beaucoup de noms spécifiques admis par M. Matheron, et fait rentrer dans des types déjà connus neuf des espèces indiquées comme nouvelles par le géologue provençal. Six d'entre elles sont des couches de Carry. : Cardium anomale, Plicatula Martini, Fissurella Martini, Buccinum cburnoides, Scalaria rugosa, Pyramidella Alberti, qui deviennent respectivement, d'après Hörnes : Cardium discrepans, Bast. ; Plicatuta mytilina, Phil.; Fissurella italien, Defr.; Buccinum Caronis, Brong. ; Scalaria lamellosa, Broc,; Pyramidella plicosa, Bronn. Enfin les trois espèces de M. Matheron Cyproea provincialis, Turritella Doublieri et Solarium Doublieri, du niveau de la Couronne et de Plan-d'Aren, sont pour Hörnes, identiques à Cyproea pyruin, Gm.; à Turritella vermicularis, Brocc, et à Solarium coracollatum, Lam.

Le chiffre total des espèces de Carry citées da is l'ouvrage


20 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

de Hörnes s'élève à 67, parmi lesquelles les 13 suivantes ne figuraient pas dans le Catalogue de M. Matheron.

Bulla truncuta, ADAMS. Turritella turris, BAST. Rissoa Montagui, PAYR. Pleurotoma Philiber i, MICH. Cerithium vulgatum, BRONGN. Cerrithium mediterraneum, DE II. Columbella tiara, BON.

Columbella scripta, BELL.

— subulata, BELL. Buccinum costulatum, BROC. Cardium papillosum, POLI.

— edule, LAM. Pecten burdigalensis, LAM.

Enfin les espèces de la Couronne et de Plan-d'Aren, indiquées dans le travail de Hörnes, en plus de celles qui avaient été citées par M. Matheron, sont au nombre de quatre :

Calyptroea chinensis, L. Panopoea Menardi, DESH.

Corbula carinuta, DUJ. Venus Aglauroe, BRONGN.

II Situation. Stratigraphie générale

Au pied du versant méridional de la chaîne jura-crétacée de la Nerthe, dont les pentes s'abaissent vers le golfe de Marseille, les terrains tertiaires marins constituent une étroite bande littorale parfois interrompue, dirigée sensiblement E.-O. comme le chaînon lui-même, et dont la largeur, souvent fort réduite, ne dépasse guère en d'autres points un maximum de 2 kilomètres.

Les premiers affleurements tertiaires commencent au port


DE LA COTE DE PROVENCE 21

de Gignac sous la forme de quelques lits de conglomérats grossiers, plongeant assez vivement sous la mer, et appuyés sur les grès et les marnes sénoniennes à Hippurites, puis un peu plus à l'ouest sur les calcaires urgoniens du Rouet-deCarry. Mais ce n'est guère qu'à partir du bord occidental de l'anse de Rouet que la formation tertiaire prend une certaine importance et se laisse reconnaître même de loin sous la formé d'un plateau dont la pente régulière doucement inclinée vers le rivage, contraste avec les pentes escarpées de l'urgonien qui le domine vers le nord.

Le plateau tertiaire conserve une largeur moyenne de 1500 mètres en passant par les localités classiques de Carry et de Sausset, mais se rétrécit rapidement, à l'ouest de ce dernier point : même depuis l'anse du Grand-Vallat jusqu'au port de Sainte-Croix, la falaise urgonienne se rapproche beaucoup du rivage, qu'elle atteint au fond de ces deux calanques, et dont elle n'est séparée dans l'intervalle que par le lambeau tertiaire de Tamaris. Mais à l'ouest du port de Sainte-Croix, c'est-à-dire dans la région du cap Couronne et de Carro, la formation tertiaire pénètre plus avant dans les terres, et divers lambeaux isolés à la surface de la craie inférieure témoignent même de l'ancienne extension des dépôts miocènes par-dessus cette extrémité tout à fait occidentale et très abaissée du chaînon de la Nerthe. Malgré une notable interruption des couches tertiaires entre l'anse de Bonnieu et le Ponteau, il est également facile de rattacher la formation de la Couronne aux divers affleurements mollassiques du Ponteau, de Port-de-Bouc, puis en définitive au plateau miocène presque continu qui s'étend au nord des Martigues, par le Pland'Aren, Istres, Miramas, pour disparaître à l'ouest sous les alluvions de la Crau.

Ces divers affleurements représentent dans leur ensemble les dépôts d'une longue période des temps tertiaires qui com-


22 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

prend une grande partie au moins du miocène inférieur (oligocène sensu stricto) et tout le miocène moyen. Par suite de l'inclinaison au S.S.O. des strates tertiaires, qui, — dans la bande littorale au moins, — plongent assez rapidement sous la mer, mais inclinent aussi plus doucement de l'est à l'ouest, il suffit de parcourir la côte dans celte dernière direction pour voir se succéder d'une manière régulière les divers étages tertiaires qui composent cette formation.

De Gignac jusqu'au bord occidental de l'anse de Rouet, on ne voit affleurer que les conglomérats de la base; à l'ouest du Rouet, ceux-ci sont recouverts par les marnes, les grès et les mollasses d'abord aquitaniens, puis langhiens qui se succèdent jusqu'au port de Sausset. Avant d'atteindre cette localité, on voit à partir de l'anse des Baumettes, à mi-chemin entre Carry et Sausset, la mollasse calcaire à Ostrea crassissima couronner les assises précédentes, dont elle est séparée par un conglomérat à gros éléments verdâtres, constant à la base de la mollasse helvétienne dans tout le Sud-Est. A partir de Sausset, les assises de l'étage helvétien se succèdent vers l'ouest d'une manière régulière. Après l'interruption de l'anse du GrandVallat, c'est encore à cet étage qu'appartiennent les beaux affleurements de Tamaris, du Cap Couronne, de Carro; enfin il en est de même des lambeaux de Ponteau, de Fos, de Bouc, et de tout le plateau mollassique qui s'étend au Nord de Martigues en suivant le bord occidental de l'étang de Berre.

La disposition sinon absolument discordante, du moins transgressive de la mollasse helvétienne sur les étages tertiaires antérieurs, la présence à peu près constante d'un conglomérat à gros éléments et d'apport lointain, à la base de cet étage, — qui semble correspondre à une perturbation assez notable, quoique momentanée, dans les conditions générales du dépôt, — m'ont engagea scinder ce travail en deux parties.


DE LA COTE DE PROVENCE 23

Dans la première partie, qui compose le présent mémoire, je ferai l'étude des étages tertiaires antérieurs à l'helvétien, étages dont l'affleurement unique se trouve limité à la partie de la côte comprise entre Gignac et le port de Sausset Un deuxième mémoire sera consacré à l'étude de la mollasse helvétienne des Bouches-du-Rhône, dont l'extension géographique est beaucoup plus considérable.


PREMIÈRE PARTIE

LES FALUNS DE LA COTE DE CARRY

(ÉTAGES AQUITANIEN ET LANGHIEN)

LE ROUET - CARRY - SAUSSET

I

COUPES ET DESCRIPTIONS LOCALES

L'étude de la bande tertiaire de Carry n'offre aucune difficulté sérieuse, vu l'absence d'accidents stratigraphiques, à l'exception de quelques larges ondulations de l'ensemble du système, et de quelques tassements et failles locales sans importance. Les meilleures coupes se présentent sans contredit le long des falaises abruptes qui bordent le rivage, celles que l'on pourrait recueillir dans l'intérieur des terres étant presque partout invisibles sous les bois. Mais, ces falaises se trouvant interrompues au niveau de chacune des nombreuses anses qui découpent celle côte, il en résulle que le géologue, réduit à étudier les promontoires qui séparent ces anses se


DE LA COTe DE PROVENCE 25

trouve en présence d'une série de coupes de détail discontinués, dont le raccordement n'est pas sans être en quelques points assez délicat.

Aussi a-t-il été nécessaire dans la description qui va suivre de multiplier les coupes de détail afin de rétablir avec précision la succession générale des assises. Comme les cartes du pays, même celles de l'Etat-major, ne portent qu'une faible partie des noms appliqués localement aux anses et aux caps dont j'aurai à donner les coupes, j'ai pensé qu'il serait utile pour le lecteur, et pour le géologue qui désirerait parcourir la contrée, d'avoir sous les yeux une petite carte d'ensemble

d'ensemble la côte, où tous ces noms locaux seraient indiqués. C'est le but que je me suis proposé d'atteindre dans le croquis ci- dessus (fig. 1).

Si l'on excepte les lambeaux peu importants de conglomérats rougeâtres, à gros blocs peu roulés, d'origine principalement locale, qui s'appuient sur les couches de la craie supérieure à partir du port de Gignac, et plongent rapidement sous la mer, il faut s'avancer à l'ouest presque jusqu'à l'anse du Rouet-de-Carry pour observer un certain développement des couches tertiaires.

FIG. 1. — Croquis de la côte de Carry au 80000e. La ligne ponctuée indique les limites de la formation tertiaire.


26 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

Le promontoire du cap de Faves, situé à l'est de la pointe du Rouet, dont il est séparé par l'étroit ravin des eaux salées 1 contient les premiers documents paléontologiques que l'on puisse recueillir dans ces couches élastiques inférieures.

La coupe du cap de Faves, vu de l'Ouest, comprend de bas en haut :

Fig. 2, Coupe du cap de Faves, à l'est du ravin des eaux salées.

a. Calcaire clair, rose, gris.

b. Marne argileuse à feuillets gypseux ou spathiques ; traces de lignite.

c. Calcaire clair, tacheté de rose, d'aspect travertineux.

L'ensemble a, b, c, en couches très redressées, m'a paru appartenir à la craie inférieure : a est le calcaire à Réquiénies, b représente peut-être l'aptien; l'âge de c est indéterminé.

Au-dessus on voit reposer en discordance et sous une inclinaison assez faible les couches tertiaires suivantes de bas en haut.

d. Marne noirâtre.

e. Marne foncée ; grès ; cailloux, la plupart noirâtres, débris d'Ostrea.

f. Grès jaune, caillouteux : débris de Pecten, Ostrea cf. tegulata, Munst.

Le promontoire qui limite l'anse du Rouet du côté oriental (pointe de Rouet) et porte sur son sommet une petite

(1) Ce nom provient de la présence, au débouché de ce ravin dans la mer, d'une source salée volumineuse, jaillissant des fissures des rochers urgoniens. Le principal déversoir de cette source est situé a quelques mètres du rivage et sou altitude n'atteint pas 2 mètres audessus du niveau de la mer, mais il existe en oulre quelques petits suintements d'eau salée à un niveau un peu plus élevé du même ravin. L'origine de cette source est assez difficile à comprendre, en l'absence de trias et de tout autre terrain salifère dans la région.


DE LA COTE DE PROVENCE 27

chapelle, présente la coupe suivante des couches détritiques inférieures de la formation tertiaire.

FIG. 3 — Coupe du promontoire de Rouet, vue au cote de l' ouest.

a. Calcaire à Réquiénies.

6. Marnes noirâtres (1) à filets spathiques.

L'anse du Rouet avec son port et ses anciennes salines est creusée en grande partie dans ces marnes, qui donnent naissance à un marais. Dans la coupe n° 3, ces marnes dessinent un petit col au niveau duquel est construit un chalet. Entre ce col et la mer, se dresse le promontoire du Rouet dont le plateau porte une chapelle. Il est composé en entier par le terrain tertiaire qui comprend de bas en haut :

c. Sable rouge-brique, avec un banc de grès caillouteux intercalé vers le

tiers supérieur

d. Conglomérat grossier composé de calcaire urgonien, de calcaires divers,

gris, noirs, rougeâtres, d'apport lointain; blocs; lits, lentilles de sable argileux rouge-brique; moules de bivalves vers la partie supérieure. . 30m

L'épaisseur totale de ces couches élastiques est de 25-38m, et leur inclinaison vers la mer est assez prononcée

(1) Ces marnes noirâtres forment entre l'urgonien et la formation tertiaire de Carry une bande qui se poursuit assez loin vers l'ouest. J'y ai recueilli le long de l'ancienne route de Carry au Rouet une Amnonite à côtes bifurquées, qui m'a paru se rapporter à l'Ammonites fissicostatus. Ces marnes semblent donc être les analogues des marnes aptiennes du ravin de Gueule-d'Enfer qui reposent également sur l'urgonien, sur le versant oppose de l' anticlinal de la Nerthe. (Ch. Depéret.)


28 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

L'anse du Rouet interrompt momentanément la continuité des strates tertiaires, le fond de celte anse étant formé par les calcaires urgoniens. Mais la coupe de son bord occidental (fig. 4) montre les conglomérats inférieurs, visibles de loin grâce à leur teinte générale rougeâtre, plongeant à l'ouest sous une nouvelle série de couches, dont la succession est la suivante de bas en haut.

FIG. 4. — Coupe du bord occidental de l'anse du Rouet de Carry.

U. Calcaire à Réquiénies.

a. Grès rouge-brique, fin à la base, subordonné vers le haut à des couches

caillouteuses grossières. Il semble que les cailloux de ce conglomérat qui sont impressionnés, ont raviné les grès préexistants. En tous cas, les cailloux apparaissent assez brusquement; ils sont de volume variable, mélangés indistinctement et à peine arrondis 3-4m

b. Sable argileux ; grès jaune clair in conglomérat. Peu à peu le conglomérat

cesse et on voit apparaître des marnes bigarrées grises, jaunes, rougeâtres (cap de Nautes), avec lits noirâtres. Fossiles à test blanc : Huîtres plissées, Bivalves (c); Turritelles; faune peu variée. Pecten subpleuronectes dans le haut 0-8m

c. Banc à polypiers 0,40

Sable jaune à Pecten subpleuronectes, Huîtres, même faune que

dessous 0,50

Bancs calcaires à nombreux moules: Bivalves (c), Natices (c), Lucines, Cyrènes, Pecten suhplearonectes 1. 1m ,50

d. Marne et sable jaune à Pecten subpleuronectes ; petites' Huîtres

plissées ; banc compact et faune variée 8m


DE LA COTE DE PROVENCE 29

Marne grise : Huître (analogue à une Huître des marnes de l'École d'agriculture de Montpellier). 5m

e. Banc compacte à moules variés : Cerithium margaritaceum. . . . 0,60

Marne grise et jaune : Corbula cf. carinata, Huîtres plissées. 2-2m,80

Banc compacte à conglomérat 0,60

Marne jaune ; calcaire coquillier : Mytilus Michelini, Cerithium

margaritaceum, gros Murex, grosses Cyrèn s 1m

Grès gris.

f. Calcaire coquillier jaune et lie de vin, sable marneux, fin, jaune. . . 1

Banc à Bryozoaires (Retepora) formant le sommet du plateau. . . .

Environ 32m

Cette même succession peut être relevée d'une manière

FIG. S. — Coupe de la falaise du cap de Nautes.


30 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

fort claire dans la falaise escarpée du cap de Nautes, au sommet duquel se trouve une petite cabane de douanier (fig. 5).

a. Alternance d'argiles grises, rouge-brique, sans fossiles ni cailloux,

visible sur. . . lm

b. Argile dure jaune, sans fossiles . 0,50

Transition assez brusque.

c. Marne grise, caillouteuse à la base 2m

d. Banc gréso-marneux compact 0,40

e. Marne grise et jaune à fossiles blancs : turritelles 2m

f. Banc calcaire à polypiers 0,50

g. Sable à Pecten subpleur onectes, très argileux, blanchâtre : banc de

Lucines, à test blanc pulvérulent, vers le haut lm

h. Banc calcaire : Strombus 0,50

i. Sable à Lucines, Pecten subpleuronectes, Strombus, Conus. Conglomérat peu épais. Marne jaunâtre à nodules crayeux ...... 5m

j. Calcaire blanchâtre noduleux . Ostrea cf. tegulata. Polypiers . . . 0,30 h. Couches marno-gréseuses alternantes à faune saumâtre : moules de Bivalves, Cyrènes, Mytilus Michelini, Cerithium plicatum, margaritaceum 10m

l. Mollasse gréseuse rougeâtre à fossiles spathiques et Retepora. ... lm

m. Grès à fossiles spathiques 0,60

Environ 27m

En examinant des bords du rivage ou mieux encore d'une certaine distance en mer cette falaise du cap de Nautes et

celle du cap Barqueroute qui lui fait suite à l'ouest, on peut dessiner le croquis ci-dessus (fig. 6) qui montre la superposition de ces diverses assises et leur plongement régulier vers

FIG. 6. - Croquis des falaises du cap de Nautes et du cap Barqueroute, vus de la mer.


DE LA COTE DE PROVENCE 31

l'ouest, grâce auquel les couches perdent peu à peu de leur altitude et tendent à se rapprocher du niveau de la mer.

On peut reconnaître dans ce premier ensemble une succession d'assises distinctes par leurs caractères pétrographiques et paléontologiques, qui peuvent être résumés de la manière suivante de bas en haut (fig. 6).

1. Argile grise et rouge -brique avec intercalation de lits de cailloux. —Sable et banc dur à la partie supérieure.

2. Couches à Pecten subpleuronectes, et banc de polypiers.

3. a. Lumachelle de bivalves (corbules, lucines, cyrènes); fossiles à test

blanc. b. Couches marno-gréseuses à Cerithium margaritaceum, plicatum, Mytilus Michelini, grosses Cyrènes.

4. a. Mollasse jaune et rouge à fossiles spathiques : couches à Turritelles. b. Banc à Retepora.

Du sommet du plateau du cap de Nautes, on redescend la série à l'ouest sur la crique de Barqueroute, et on rencontre successivement à partir de l'entablement supérieur à Retepora : la mollasse jaune et rouge à fossiles spathiques ; les grès à Cérithes, Mytiles, Cyrènes; les marnes à Lucines et Cyrènes; enfin les couches à Pecten subpleuronectes, qui présentent des deux côtés de l'anse de beaux affleurements.

Le cap Barqueroute qui vient ensuite n'est que la reproduction du cap de Nautes, avec les couches à Pecten subpleuronectes à la base, et le banc dur à Retepora au sommet, comme l'indique le croquis n° 6. Ce cap forme le bord oriental d'une nouvelle crique, connue sous le nom de calanque Rousset ou Car-Rousset, et séparée seulement du port de Carry par la falaise allongée et abrupte du cap Rousset.

En s'élevant sur le bord occidental de la calanque Rousset, on retrouve la série déjà indiquée par les coupes précédentes, à l'exception de la base détritique et de la zone in-


32 LES TERRWNS TERTIAIRES MARINS

férieure à Pecten subpleuronectes qui n'affleurent plus. En revanche, on observe au-dessus du banc dur à Retepora une nouvelle série de couches qui ne s'étaient pas encore montrées dans les coupes prises à l'est de ce point. La succession générale est la suivante de bas en haut (fig. 7).

a. Marne bleue à fossiles blancs : lucines, corbules, etc. b. Sable jaune à petites Huîtres plissées.

c. Banc de grès dur à Cérithes : Cerithium. plicatum, margaritaceum.

Pecten subpleuronectes.

d. Marnes sableuses à moules de Bivalves : Cyrènes, Huîtres plissées.

e. Banc calcaréo-siliceux rougeâtre à Turritelles en masse, Cyrènes, Corbula

Corbula

f. Sable jaune à Huîtres plissées.

. g. Banc coquillier, calcaire à Cyrènes, Huîtres, Mytilus Michelini, Cerithium plicatum, margaritaceum, gros Murex, etc. h. Banc à Retepora et plusieurs espèces des bancs sous-jacents. t. Marne sableuse grise, avec fossiles à test blanc : Turritelles, Anomalocardia,

Anomalocardia, Pecten , 4-5m

.. j. Calcaire marno-sableux et sable jaune; mollasse gréseuse fine et blanchâtre: Cerithum pictum lm,50

k. Mollasse coquillière lie-de-vin par places; fossiles rares : Turritelles. . 2m

Il n'y a aucune difficulté à retrouver dans cette coupe en a-d la zone saumâtre à Cyrènes et Cérithes avec la couche à Lucines et fossiles à lest blanc à la base a; puis la mollasse calFIG.

calFIG. —Coupe de la falaise du cap Rousset, sur le bord occidental de l'anse Rousset.


DE LA COTE DE PROVENCE 33

caréo-siliceuse rougeâtre à Turritelles e, qui acquiert ici une plus grande épaisseur et se termine supérieurement, comme dans les coupes précédentes, par un banc dur à Rétépores h. Les couches supérieures ik forment une nouvelle assise qui manquait aux autres coupes et qui consiste à la base en bancs marneux avec petits fossiles bien conservés (Arches, Turritelles, Cythérées, etc.), surmontés par une mollasse gréseuse grise et lie de vin, destinée à acquérir plus à l'ouest un plus beau développement.

Ces différentes couches se poursuivent sur la falaise allongée

allongée cap Rousset avec une allure ondulée, grâce à laquelle les strates, après avoir éprouvé un affaissement notable sur le milieu de la longueur de cet escarpement, relèvent ensuite leurs tranches vers l'anse de Carry, qui correspond à une petite voûte de l'ensemble de la formation tertiaire.

Si l'on étudie la pointe qui limite le port de Carry du côté de l'est, dans la direction du cap Rousset, on peut relever une coupe analogue à la coupe n° 7, et qui présente un cer3

cer3

FIG. 8. — Coupe de la pointe orientale du port de Carry.


34 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

tain nombre de détails intéressants. Cette coupe (fig. 8) montre la succession suivante de bas en haut :

a. Beau banc marneux à Polypiers 0,30

b. Marne sableuse à fossiles blancs et Cérithes : Cerithium plicatum,

margaritaceum 0-30

c. Banc dur à Cérithes 0,30

d. Marnes sableuses avec lumachelle de bivalves, Cyrènes, Cérithes. . . 0,25

e. Sable plus lin ; fossiles rares 0,25

f. Sable fin, jaune, sans fossiles, alternant avec des couches compactes à

bivalves : Pecten, Cardium, Mytilus 6m

g. Mollasse calcaréo-siliceuse, ferrugineuse : couches à Turritelles, Panopoea,

Panopoea, Ostrea, Cardium, Scalaria test souvent siliceux. lm

h. Sable fin jaunâtre, agglutiné lm,50

i. Banc gréseux a Retepora 0,50

j. Marne gris bleuâtre à fossiles blancs : Arca, Venus, Natica, Turritella,

Turritella, Huîtres 2m

h. Marne sableuse jaune; mêmes fossiles que dessous; concrétions ferrugineuses. lm

l. Grès rougeâtre, à débris fossiles rares : moules de Lutraria; Pecten

subpleuronectes (fragments) 2-3m

Environ 18m

Les couches marno-gréseuses supérieures à l'entablement gréseux à Retepora forment ici des buttes coniques isolées dont on peut se faire une idée par celle qui se trouve figurée dans la coupe n° 8; ces terrains, ravinés par les eaux, indiquent l'ancienne continuité de cette assise; mais plusieurs de ces témoins ne tarderont pas à disparaître sous l'action du ruissellement.

Le vallon de Carry correspond à une petite voûte entamée par l'érosion jusqu'au niveau des marnes et sables jaunâtres à Cyrènes, Cérithes, et moules nombreux de bivalves. Cette mollasse sableuse jaune affleure au niveau de la mer des deux côtés de l'anse. Du côté occidental, la série qu'elle supporte présente quelques petites différences avec celle du bord


DE LA COTE DE PROVENCE 35

oriental (fig. 8) et surtout elle se complète à sa partie supérieure par l'adjonction de nouvelles assises, comme l'indique la coupe suivante de ce promontoire, connu sous le nom de parc de Carry (fig. 9).

FIG. 9. — Coupe de la fafaise occidentale du parc de Carry.

a. Banc dur gréseux, jaunâtre à Rétépores, Turritelles, Polypiers (mollasse

jaune et rouge à Turritelles lm

b. Sable jaune et rouge par places 1,50

c. Banc dur gréseux jaune ou gris à Retepora, Cérithes (C. margaritaceum),

margaritaceum), 0,50

d. Marne sableuse brune et rouge à Anomies

e. Mollasse sableuse jaune à Huîtres plissées

4-5m

f. Mollasse jaune et rougeâtre à Lucines, Turritelles, Pecten, Huîtres

plissées

g. Marne bleue à fossiles à test blanc lm

h. Sable jaune calcaréo-siliceux à Pecten, Retepora (r.) 2m

t. Mollasse dure jaune et rouge, gréso-silicieuse. Banc de polypiers aff.

Mérignac,Pecten de grande taille; Pecten substriatus, P. cf. varius do Cucuron; Lithodomus, Gastropodes; Scutelles; couche lie de vin

à la partie supérieure 8-10m

j. Grès et sable jaune : Lutraria, Thracia., 3m

Environ. .... 23m

Cette coupe étant prise vers le milieu du promontoire du parc de Carry, les couches à Cyrènes et Cérithes du fond de


36 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

l'anse n'affleurent plus, par suite du plongement assez marqué de tout le système vers la mer. Le premier banc qui se montre au niveau de l'eau est le banc à Turritelles spathiques a qui occupait un niveau assez élevé dans les coupes précédentes; puis viennent les couches à Rétépores b h et on voit que ces Bryozoaires, au lieu de former un seul et mince niveau comme on l'a vu jusqu'ici, sont disséminés dans un ensemble de couches, et s'élèvent même, quoique devenus rares, au dessus des marnes bleues à fossiles blancs représentées dans cette coupe par la couche g. Mais l'assise le plus intéressante de cet ensemble est constituée par la mollasse calcaréo-siliceuse i, jaune, rouge ou lie de vin par places; cette mollasse contient un beau banc à Polypiers, accompagnés d'une faune nombreuse qui diffère de celle des zones précédentes par la disparition des Cyrènes, Corbules, Mytiles et autres bivalves, et par l'abondance des Pecten, des Gastropodes et des Oursins du genre Scutella. La tranchée de la grande route de Carry à Sausset (fig. 10),

immédiatement à l'ouest de la maison d'école de Carry, permet d'examiner aisément la série des mêmes couches à partir de l'affleurement des couches à Turritelles et Retepora.

a. Banc à Retepora 0 ,60

b. Calcaire jaune marno-sableux, concrétionné, passant à un dépôt sableux. 1m

c. Banc à Turritelles (c. c.) : Cardium, Arca, Venus 1m

d. Banc plus sableux; empreintes ferrugineuses, bois, etc lm

FIG. 10. — Tranchée de la route à Carry, après la maison d'école.


DE LA COTE DE PROVENCE 37

e. Marne grise; lits blanchâtres et ferrugineux ; fossiles à test pulvérulent,

assez abondants vers le haut. 3m

f. Sable fin, marneux; taches ferrugineuses, bois fossile. . . . . . 1-2m

g. Sable et bancs calcaires, concrétionnés, très durs, très fossilifères :

grosses Turritelles, Cardium, Arca. Le sable disparaît peu à peu; horizon des Polypiers et du Pecten cf. varius 4-5m

h. Sable fin tacheté lie de vin. . 0,50

». Marne sableuse lie de vin passant en haut à un sable jaune; petits bivalves. Le sable dans le haut se concrétionne et se remplit de fossiles formant lumachelle. . 2m

j. Couche de sable jaune fin, parties plus marneuses, parfois rougeâtres. . 1-2m

A. Alluvions quaternaires, formées de sables rougeâtres et cailloux anguleux, recouvrant le plateau.

Les couches du parc de Carry inclinent rapidement vers la

mer, de sorte que, à l'extrémité de la pointe, le banc à polypiers i de la coupe n° 9 descend jusqu'au niveau de la mer. Au-dessus, on observe la série de couches suivante (fig. 11) :

a. Banc rougeâtre à Polypiers ; Pecten vers le haut.

b. Sable fin concrétionné, blanchâtre : Huître de grande taille très abondante ;

FIG. H. — Coupe de la pointe occidentale de Carry.


38 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

polypiers; Pecten substriatus, Pecten (espèce de M. Matheron à côtes arrondies). 3-4m

c. Couche marneuse lie de vin

d. Sable jaune fin, gréseux vers le haut 2m

A. Alluvions anciennes anguleuses, à éléments de différentes grosseurs,

divisible en deux couches : à la base, terre sablo-marneuse, lits, lentilles de cailloux anguleux ; quelques blocs de mollasse 3m

Au sommet, cailloutis à ciment plus sableux, à éléments plus serrés,

plus gros; blocs volumineux 3m

Le croquis suivant montre dans son ensemble la composition géologique de la falaise occidentale du port de Carry,

(fig. 12).

FIG. 12. — Vue générale du promontoire occidental du port de Carry.

1 Sables et grès à Retepora, Turritelles, Pecten.

2 Sable jaune peu fossilifère.

3 Couches calcaréo-siliceuses à Polypiers, Pecten varius, Ostrea.

4 Marne lie de vin et sable jaune gréseux. A. Alluvions quaternaires.

F. Faille locale.

Si de la pointe de Carry, on se dirige à l'ouest en doublant cette pointe, on se trouve bientôt en face d'un escarpement dont le pied est jonché d'énormes blocs éboulés du sommet, qui ont fait donner à ce chaos le nom expressif de Pierres tombées ou pointe de la Navarre. Cette falaise (fig. 13) permet d'étudier facilement la composition détaillée des assises supérieures au banc rouge à Polypiers, sur lequel on marche au niveau de la mer. D'ailleurs toutes les coupes que nous avons encore à relever à l'ouest à partir de ce point ne nous montrent


DE LA COTE DE PROVENCE 39

plus que des couches supérieures à ce banc à Polypiers, point de repère facile à retrouver partout, grâce à l'abondance de ces Radiaires et des Mollusques qui les accompagnent, et aussi grâce à son facies noduleux et à sa couleur générale lie de vin.

FIG. 13. — Coupe des Pierres tombées, à l'ouest de Carry.

a. Banc rouge à Polypiers, Pecten, etc.

b. Grès rouge à la base, jaune au sommet.

c. Mollasse gréseuse rose à innombrables Lucines; Cerithium plicatum,

Chenopus (banc à Lucines et Cérithes).

d. Banc à Pecten et Huîtres plissées, Murex, Arca.

e. Marnes brunes et rouges (argile à tuiles), mêmes Pecten et Ostrea que

dessous.

f. Sables et grès : Pecten, Huîtres, Amphiope.

A. Cailloutis quaternaire passant à la base à une argile sableuse rouge.

A l'ouest des Pierres tombées se trouve une petite anse (anse des Bano), que la pointe ou cap de Barre sépare de la belle calanque de la Tuilière, dont la pointe occidentale se prolonge assez avant dans la mer et porte le nom de cap Vaisseau, probablement en souvenir d'un ancien naufrage.

Dans ce parcours, les couches tertiaires continuent d'incliner légèrement vers l'ouest, mais assez faiblement pour que le banc rouge à Polypiers ne cesse guère d'affleurer à peu près au niveau de la mer. Aussi est-il facile en suivant le rivage d'étudier la succession régulière des couches qui sur-


40 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

montent ce banc, et qui sont, en général, remarquables par l'abondance et le bon état des fossiles.

Le croquis n° 14 donne la composition détaillée de la côte depuis les Pierres tombées jusqu'au cap Vaisseau :

FIG. 14. — Profil géologique du rivage entre les Pierres tombées et le cap Vaisseau.

Au cap de Barre, se montre la série suivante de bas en haut :

a. Banc rouge à Polypiers.

b. Grès jaune à Huîtres.

c. Mollasse gréseuse à Lucines spathiques (banc rose à Lucines).

d. Banc sablo-gréseux à Peignes et Huîtres.

e. Argile à tuiles brune et lie de vin, exploitée près de l'anse de la Tuilière;

même Pecten que dessous.

f. Sable jaune.

g. Calcaire gréseux jaune et rouge à faune variée : Cardium, Turritella

turris; Scutelles; Amphiope à la base.

Le point le plus digne d'intérêt dans cette succession régulière consiste dans l'apparition au-dessus du banc à Polypiers a et du banc à Lucines et Gastropodes c qui se rattachent intimement l'un à l'autre, d'une nouvelle assise formée à la base d'argiles brunes et rouges e à faune peu variée, et terminée par des couches calcaréo-gréseuses caractérisées par l'abondance des Turritelles et des Amphiope : aussi désignerons-nous dorénavant celte assise sous le nom de couches à Amphiopes.

C'est à partir du cap Vaisseau, dans la calanque des Reaumettes et à l'ouest que cet horizon à Scutelles et Amphiopes prend un beau développement, comme l'indique le profil n° 14.


DE LA COTE DE PROVENCE 41

Sur les pentes du cap Vaisseau, on peut relever la succession suivante de bas en haut :

e. Argile brune et rouge.

f. Petite couche de sable fin ; Huîtres plissées (c.) ; quelques cailloux.

g. Banc concrétionné: Cerithium plicatum, Turritelles, Lucines spathiques,

Polypiers, Amphiopes ; cailloutis anguleux. ...... . . 0,70

A. Sable marneux à Cardium, Lutraires 2m,50

i. Banc à Turritelles spathiques (c) ; niveau des Scutelles de grande taille. 2m A. Cailloutis quaternaire.

Il convient de signaler dans cette coupe la richesse remarquable du banc à Turritelles et Lucines, qui contient une riche faune de Gastropodes et de Lamellibranches agglomérés dans plusieurs couches calcaréo-gréseuses compactes, fort dures.

Les fossiles spathiques forment corps avec la roche, mais heureusement l'action de la pluie et même des hautes vagues de la mer agit sur les surfaces de ces bancs et sculpte pour ainsi dire les fossiles qu'il devient alors commode de dégager au ciseau dans un assez bon état de préservation.

Il est important aussi de faire remarquer l'apparition à plusieurs reprises au sein des couches à Amphiopes de cailloux anguleux, constituant des bancs d'une faible importance, mais qui témoignent déjà d'un léger changement dans les conditions de tranquillité au milieu desquelles avait eu lieu le dépôt des couches précédentes. Ces phénomènes de transport vont se manifester avec une intensité plus grande en nous élevant encore dans la série des dépôts miocènes et donneront lieu à la formation d'un conglomérat à cailloux volumineux,, assez important et assez général pour être considéré comme le début d'un nouvel ordre de choses, qui


42 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

coïncidera pour nous avec le commencement de l'étage helvétien.

La coupe suivante, prise à l'anse des Baumettes, entre le cap Vaisseau à l'est et la pointe de la Vaquette à l'ouest (fig. 15), nous montrera les relations des couches à Scutelles et Amphiopes avec la mollasse helvétienne à Ostrea crassissima :

FIG. 15. — Profil géologique de l'anse des Baumettes.

a. Banc de grès gris peu fossilifère 0,40

b. Grès rose à faune très riche : Amphiope (c), Turritelles, Cardium,

Venus, Tapes; petits Gastropodes dans le haut, Pecten, Huître de grande taille au sommet 0,60

c. Marne brune et sable jaune à Pecten, Huîtres plissées 3-4m

d. Grès fin à Amphiope (c. c); faune variée : Pleurotoma, Nassa,

Turritella, Cardium, Anomies, Huîtres l-2m

G. Premier banc peu épais de conglomérat; petits et gros éléments noirâtres, de roches schisteuses, de quartz blanc. Débris d'Huîtres.

e. Sable à Thracia 5-6m

f. Calcaire coquillier lumachelle : débris d'Huîtres, de Turritelles. . . . l-2m G'. CONGLOMÉRAT à éléments verdâtres : schistes, roches siliceuses; quelques

gros cailloux. Ce conglomérat est moins local que le précédent.

g. Mollasse coquillière : gros Fusus, Murex 0,50

h. Couche à Ostrea crassissima, gros Mytilus formant la surface du

plateau.

Dans cette coupe, il faut remarquer le beau développement de l'assise à Amphiopes qui présente dans certains bancs calcaréo-gréseux de couleur rosée une faune de Gastropodes et de bivalves abondante et assez variée. Le premier banc de conglomérat C est intercalé vers la partie supérieure de


DE LA COTE DE PROVENCE 43

cette assise, mais ne m'a paru avoir qu'une importance toute locale.

Il en est tout autrement du banc de conglomérat C, formé de cailloux verdâtres., parfois d'assez gros volume, dont le charriage a dû coïncider avec un changement important dans les conditions de la sédimentation marine, d'autant plus que ce conglomérat n'est pas formé de roches locales, mais se compose d'éléments dont le point de départ a été fort éloigné. Ces éléments sont d'ailleurs tout à fait semblables à ceux du conglomérat que j'ai signalé à diverses reprises vers la base de la mollasse helvétienne depuis le département de l'Ain jusqu'aux bords de la Méditerranée.

A l'ouest de l'anse des Baumettes, et jusqu'à Sausset, le plateau uniforme et boisé, dont le sous-sol est formé par la mollasse à Ostrea crassissima et à grands Mytilus, n'est découpé que par le petit ruisseau peu profond du Rouveau, que franchit la grande route.

La tranchée de cette route, à la descente vers le fond de

l'étroite vallée, montre nettement le conglomérat à cailloux Verdâtres, placé à la base de la mollasse helvétienne, comme le montre la coupe (fig. 16) de ce petit vallon du Rouveau :

a. Couche à Amphiope, Nassa, Pleurotoma.

b. Sable jaune à Pecten, Huîtres plissées, C. Conglomérat à gros cailloux verdâtres.

FIG. 16. — Coupe du vallon du Rouveau.


44 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

d. Mollasse coquillière : très gros Fusus, Murex.

e. Couche à Ostrea crassissima, Mytilus.

f. Calcaire blanchâtre à Cardium, Venus (moules); cailloux verdâtres.

Le plan de Sausset, plateau boisé qui s'étend à l'ouest jusqu'à ce village est couvert d'Ostrea crassissima et gingensis, mêlés dans le même banc. La couche d immédiatement inférieure avec Huîtres contient de gros Mytilus, de grosses Balanes, Pecten, Cardita Jouanneti (moule), Turbo de la Touraine, et recouvre immédiatement le conglomérat.

Si, au lieu de prendre la grande roule de Sausset qui ne quitte pas la couche à Ostrea crassissima, on suit le rivage à partir de l'anse de Rouveau, on peut voir encore affleurer, jusqu'à mi-chemin environ entre cette anse et le port de Sausset, quelques-unes des strates inférieures à la mollasse helvétienne, comme l'indique la coupe suivante (fig. 17.)

FIG. 17. — Coupe du rivage entre le Rouveau et Sausset.

a. Banc dur à Turritella turris, Natica olla, Pleurotoma ramosa,

Nassa, Amphiope bioculata.

b. Sable jaune sans fossiles.

c. Sable jaune.

C. Conglomérat à cailloux verdâtres 0 50-0 60

d. Banc à Ostrea crassissima et gingensis; Panopoea, Mytilus.

d'. Calcaire à Cardium, Venus, Scutella cf. Paulensis ; gros blocs; cailloux verdâtres.

Le banc rose ou blanchâtre a est remarquable par l'abon-


DE LA COTE DE PROVENCE 45

dance des Gastropodes qu'il est facile de recueillir en bon ■était, lorsqu'ils ont été mis à jour par les actions atmosphériques.

En continuant de marcher vers l'ouest, la petite falaise s'abaisse progressivement, et bientôt on voit la mollasse helvétienne descendre en pente douce jusqu'au niveau de la mer, ne laissant plus affleurer les assises inférieures au banc à Ostrea crassissima. Celui-ci est remarquable par son épaisseur, et par l'abondance des individus pressés les uns contre les autres dans la position même où ils ont vécu et constituant à eux seuls toute la roche.

La couche à grandes Huîtres ne cesse pas de se montrer le

long du rivage jusqu'au port de Sausset. Mais en ce point, grâce à l'érosion assez profonde produite par la petite anse naturelle qui constitue ce port, on voit encore affleurer audessous du banc à Ostrea crassissima quelques couches intéressantes par leur richesse en fossiles. La pointe orientale du port de Sausset montre la succession suivante (fig. 18).

a. Sable marneux, ocre, fin, peu ou pas de fossiles : quelques moules de

dimyaires lm,50

b. Calcaire plus ou moins marneux : concrétionné : Pecten aff. Justianus

(c. c.) à la base; Ostrea cf. Boblayei, Tapes, Cardita, Fusus, Polypiers 4, 50

c. Calcaire gréseux à Amphiope, Pecten aff. Justianus, Janira. .. . 1

d. Calcaire jaune et rose : Natica, Chenopus, Pleurotoma, etc.; faune

nombreuse et variée (faune de Sausset) : quelques cailloux de quartz, petits, verdâtres à la surface. 0,60

FIG. 18. — Coupe de la pointe orientale du port de Sausset.


46 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

e. Calcaire marneux à Ostrea crassissima, bivalves, etc. : Conglomérat à gros éléments à la base.

A la pointe occidentale du port de Sausset, les couches inférieures a-d ne se montrent plus, et l'on voit affleurer immédiatement au bord de la mer le conglomérat subordonné au banc à Ostrea crassissima, base de l'étage helvétien.

Au-dessus de ce banc les assises successives de cet étage se développent dans l'ordre suivant le long du chemin de la Couronne :

a. Conglomérat de cailloux verdâtres de petites dimensions, intercalé dans

un calcaire rose : Scutelles de grande taille, énormes Balanes, Pecten planosulcatus, P. cf. scabriusculus de Beaumadalier, Pectunculus.

b. Grès dur : banc à Ostrea crassissima et gingensis, Mytilus, Cardium,

Cardium, de grande taille 0,60-0,80

Les Scutelles forment un banc à la partie supérieure de l'O. crassissima.

c. Grès dur blanc: Venus, Cardium, Tapes, grosses Lucines, Anomies,

Turritelles, Pecten aff. Vindascinus, Pecten planosulcatus. 0,00-0,75

d. Marne sableuse jaune vif à moules de Tapes, Arca et Clypeaster,

banc d'Huîtres à gros plis vers la base 4m

e. Banc gréso-calcaire (faciès aff. Montségur) à Bryozoaires, Polypiers,

Pecten cf. pusio, Spondylus, Hinnites spinosur, Scutelles de grande

taille ; lm

f. Bancs à Bryozoaires 5-6m

g. Couche plus marneuse à Bryozoaires; quelques Bivalves jaune d'or. . . lm,50 h. Banc grès blanchâtre à Retepora, très fossillifère : petits gastropodes

très variés, petits Bivalves, Pecten cf. Fuchsi, jolie Turritelle. . . lm i. Grès à Lucines, test spathique (fond de la calanque).

A partir du banc à petits Gastropodes et à Lucines h-i qui forme plateau, les couches plongent en sens inverse et on revoit de nouveau toute la série jusqu'aux marnes dures superposées à l'Ostrea crassissima; puis à la base et avant d'atteindre la falaise crétacée qui interrompt l'affleurement des couches tertiaires au fond de l'anse du Grand-Vallat, on


DE LA COTE DE PROVENCE 47

observe un conglomérat de 6 à 8 mètres formé d'éléments de plus en plus gros vers le bas.

Je termine ici la description de la bande tertiaire du littoral de la Provence, qui à partir de Sausset appartenait déjà en entier à l'étage helvétien. Il en est de même de l'ensemble des affleurements tertiaires situés plus à l'ouest dans la direction de la Couronne : l'étude de ces affleurements sera réservée pour la seconde partie de ce travail.

RÉSUMÉ STRATIGRAPHIQUE GÉNÉRAL

En coordonnant les nombreuses coupes dont le détail vient d'être donné ci dessus, on arrive à établir la succession générale des couches qui composent la formation tertiaire de Carry. Ces couches se répartissent dans les sept assises suivantes de haut en bas,

VII

MOLLASSE MARINE HELVÉTIENNE

e. Banc calcaire blanchâtre à Retepora et petits Gastropodes 1m

d. Couches marneuses à Bryozoaires. ..... 7-8m

c. Grès blanc et sable jaune à Bivalves (Pecten planosulcatus) . 5m

b. Mollasse calcaire à Ostrea crassissima et Scutelles. 1-2m

a. Conglomérat à gros galets verdâtres. . . . 0,60

VI

COUCHES

A AMPHIOPES

ET TURRITELLA TURRIS

g. Calcaire jaune et rose à Natices, Pleurotomes (faune

de Sausset) 0,60

f. Calcaire marneux à Pecten aff. Justianus. . . 5-6m

e. Sable jaune à Pecten et Huîtres plissées, Lutraria,

Thracia 8-10m

b. Grès rose à Amphiopes, Lucines spathiques, Turritella

Turritella 5-6m

a. Argile à tuiles brune et rouge. 4-5m


48 LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS

V COUCHES A POLYPIERS

ET LUCINES SPATHIQUES

e. Sable gréseux à Pecten et Huîtres 2m

d. Banc rose à Lucines et Cerithium plicatum. . 0,40

c. Grès jaune à petites Huîtres 2m

6. Marne lie devin 1m

a. Mollasse calcaire à Polypiers et Pecten varius. . 8-10m

IV

MOLLASSE JAUNE

ET ROUGE A TURRITELLES

d. Grès rougeâtre à Lutraria, Pecten, Retepora. . 2-3m

c. Marne gris bleuâtre à fossiles blancs 3-4m

b. Banc à Retepora.. . lm,50

a. Mollasse jaune et rouge à Turritelles, Panopées

(couches à Turritelles) 4-5m

III

SABLES ET MARNES SAUMATRES

A

CYRÈNES ET CÉRITHES

c. Sables et marnes sableuses à moules do bivalves (Cyrènes, Cardium, Mytilus Michelini), Cérithes 6-8m

b. Banc dur à Cerithium plicatum, margaritaceum. . . 0,30

a. Marnes grises à Lucines, Corbules, Cyrènes, etc. :

fossiles à test blanc 3-4m

II

COUCHES APECTEN SURPLEURONECTES

d. Sables à Pecten subpleuronectes 7-8m

c. Banc à Polypiers 0,50

b. Marnes gréseuses à fossiles blancs

6-8m a. Marne grise caillouteuse à la base

I

CONGLOMÉRATS INFÉRIEURS

c. Grès jaunâtre à Ostrea cf. tegulata et Pecten. . 3-4m

b. Conglomérat rouge-brique 25m

a. Sable argileux rouge-brique -5m

F. FONTANNES, 1886.


I

DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY PAR CHARLES DEPÉRET

Je me suis proposé dans la deuxième partie de ce mémoire de décrire successivement chacun des termes stratigraphiques qui composent les terrains tertiaires de la côte de Carry, et d'énumérer pour chacun d'eux les documents paléontologiques qui le concernent; enfin de discuter les parallélismes que, d'après l'étude de chacune de ces faunes, il m'a paru possible d'établir avec les assises tertiaires d'autres bassins.

Comme les divers horizons marins de la côte de Carry, antérieurs à l'helvétien, font défaut, dans tout le sud-est de la France — si l'on fait abstraction de quelques affleurements des environs de Montpellier — c'est dans des régions éloignées que je serai amené à chercher des termes de comparaison. Ceux-ci se trouvent principalement dans le bassin du sudouest de la France, dans celui de Vienne en Autriche, et en Italie sur le versant septentrional de la chaîne ligure.

J'étudierai donc de bas en haut les assises suivantes :

1° Conglomérats rougeâtres inférieurs. 2° Sables et marnes gréseuses à Pecten subpleuronectes et Polypiers.

6° SÉRIE, T. 1er. — 1888 4


50 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

3° Couches saumâtres à Potamides plicatus, Cyrènes et Corbules.

4° Mollasse jaune et rouge, calcaréo-siliceuse à Turritella quadriplicata, Rétépores et Polypiers.

5° Grès à Amphiope perspicillata et Turrilella turris.

6° Mollasse à Ostrea crassissima.

I Système Oligocène

A. ÉTAGE AQUITANIEN

I. Sous-étage intérieur.

1. CONGLOMÉRATS ROUGEATRES INFÉRIEURS

Le terme le plus inférieur de la formation tertiaire de Carry se compose d'une série de grès et de conglomérats grossiers, d'une puissance totale de 30 mètres environ, reposant transgressivement sur les divers étages des terrains secondaires, tantôt comme à Gignac sur les marnes sénoniennes ou sur les calcaires gréseux turoniens, tantôt comme dans l'anse du Rouet sur les marnes aptiennes et sur les calcaires compactes urgoniens.

La couleur générale de ce dépôt élastique est d'un rougebrique vif, surtout intense dans les grès argileux fins qui sont vers la base de l'assise. Cette coloration est moins vive dans les conglomérats à éléments volumineux qui surmontent et ravinent les couches gréseuses inférieures, ainsi qu'on peut


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 51

l'observer des deux côtés de l'anse du Rouet de Carry (fig. 3 et 4).

Enfin à la partie supérieure, se montrent, comme au cap de Faves (fig. 2) et à la pointe du Rouet, des grès jaunâtres un peu caillouteux, terme de passage entre les conglomérats inférieurs et les marnes gréso-sableuses auxquelles ces couches se trouvent subordonnées.

Dans les conglomérats grossiers qui constituent la plus grande partie de l'assise, les blocs les plus nombreux, les plus gros et les plus anguleux appartiennent au calcaire urgonien et proviennent sans aucun doute des falaises voisines; mais on y observe aussi des cailloux plus petits et plus roulés composés d'éléments de provenance lointaine, tels que : quartz, grès rougeâtres, calcaires noirs jurassiques, etc.

Les fossiles sont rares et peu variés dans celle assise caillouteuse et encore sont-ils exclusivement limités aux grès jaunâtres qui couronnent le conglomérat au cap de Faves et à la pointe du Rouet. Je n'y ai recueilli que les espèces suivantes :

Ostrea plicatula, L. in Hörnes, pl. 72, fig. 3-8. — Cette huître arrondie ou un peu ovalaire, plissée sur ses deux valves, à sillon ligamentaire large et peu profond, à bourrelets larges et plats, ornée de stries granuleuses vers la partie supérieure du bord palléal, est conforme au type du bassin de Vienne. C'est elle qui compose la plus grande partie du banc d'huîtres du cap dé Faves. Je ne pense pas, qu'elle ait encore été signalée à un niveau aussi bas des terrains tertiaires.

Ostrea hyotis, Lam., var. oligocenica. DEP. (pl. I, fig. 9). —Huître pourvue sur ses deux valves de larges plis peu nombreux, lamelleux et subépineux, Elle appartient certainement au groupe de l'Ostrea hyotis, Lam., vivante dans la mer des Indes, mais elle n'est pas absolument identique à celle-ci. Elle en diffère par sa forme en général plus ovalaire, par son test plus épais, enfin parce que les lamelles subépineuses de ses plis ne se prolongent pas comme dans l'espèce vivante en longues épines semi-tubuleuses. Les autres caractères, tels que la forme


52 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

de la surface ligamentaire, au canal peu profond, aux bourrelets plats et peu saillants, la présence de plissements transverses, irréguliers de chaque coté de la charnière, la forme de l'impression musculaire, sont semblables dans les sujets vivants et fossiles. Je pense que les divergences sont cependant assez notables pour constituer une variété ancienne de l'Ostrea hyotis. Rare à Carry.

A l'état fossile, l' Ostrea hyotis n'a été citée à ma connaissance que dans le terrain pliocène de l'Italie.

Pecten Justianus, Fontannes, var. — Les exemplaires de ce niveau ne sont pas absolument conformes au type figuré par Fontannes (Bassin de Visan, pl. 1.f. 3) et se rapprochent du Pecten substriatus, d'Orb., in Hörnes, plus que le Peigne de la mollasse à Scutelles de Saint-PaulTrois-Châteaux. Ils se distinguent notamment du Pecten Justianus type par la présence de petites lamelles écailleuses assez espacées qui ornent en travers les côtes principales, et que Hörnes signale sur un grand nombre de sujets du bassin de Vienne. Par contre, l'existence assez constante d'une fine costule longitudinale intercalée entre chacune des côtes principales bifurquées, ne permet pas de séparer cette forme du Pecten Justianus. Le Peigne du Rouet doit donc être considéré comme une variété de passage entre le Pecten justianus, Font., et le Pecten substriatus, d'Orb. (Pecten pusio, in Mayer). Je serais pour ma part disposé à réunir ces deux Peignes qui coexistent d'ailleurs d'après Fontannes dans la mollasse à Scutella Paulensis du bassin de Visan.

Litharaea Martini, d'Orb. — Polypier en lames incrustantes sur le test des ostracés; par la petitesse et la profondeur des calices, il se rapporte plutôt à celte espèce qu'à Litharoea Carryensis d'Orb., mais cette détermination doit être considérée comme provisoire, aucune des deux espèces de d'Orbigny n'ayant été figurée, ni même décrite avec précision.

Bryozoaires.

Ces rares documents paléontologiques n'apportent aucun élément précis d'appréciation sur l'âge de cet horizon élastique inférieur. Le Pecten Justianus remonte à Sausset jusqu'au sommet du langhien, dans le bassin de Visan jusqu'à la mollasse à Scutelles considérée par Fontannes comme la base de l'hel-


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 53

vétien. Quant aux Ostrea plicatula et hyotis, encore vivantes, la première dans la Méditerranée, la seconde dans la mer des Indes, elles ont une signification stratigraphique surtout pliocène ou au plus miocène, et n'avaient pas encore été indiquées, à ma connaissance, dans le terrain oligocène. Sur la côte de Carry, ces espèces passent quoique plus rares, dans les sables à Pecten subpleuronectes, auxquels les conglomérats du Rouet se lient par conséquent d'une manière intime au point de vue paléontologique. Comme, d'autre part, ces conglomérats reposent transgressivement sur la craie et ne se relient pas directement aux couches oligocènes du bassin lacustre de Marseille, il est difficile de décider si ces couchés élastiques appartiennent déjà à l'aquitanien ou si elles correspondent à tout ou partie du tongrien.

Je me rattache volontiers à cette dernière hypothèse à cause du rapprochement que l'on peut établir au point de vue pétrographique entre les grès argileux rougeâtres du Rouet et les argiles rouges de Lestaque, de Saint-Henri, etc., qui composent la partie inférieure de la puissante formation oligocène, connue sous le nom d'argiles de Marseille. La coloration rouge-brique est la même dans les deux localités, et il existe également à la base des argiles de Lestaque, sur les bords de la cuvette lacustre du bassin de Marseille,un conglomérat à gangue rouge-brique tout à fait comparable aux conglomérats du Rouet, quoique de formation plus exclusivement locale. Malgré l'interruption de quelques kilomètres qui existe dans la continuité des dépôts rouges entre Lestaque et les premiers affleurements des conglomérats vers le port de Gignac,il est tout à fait vraisemblable d'admettre le prolongement des couches de Lestaque à travers les eaux du golfe de Marseille jusqu'à la rencontre des couches du Rouet. Je suis tout disposé à partager à cet égard l'idée de mon savant


54 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

confrère M. Marion (1) qui voit dans la rubéfaction assez particulière de ces couches l'indice d'un grand courant fluviatile, venu du bassin de Marseille par Lestaque jusque vers la côte du Rouet. Les conglomérats de celte dernière localité représenteraient ainsi le delta torrentiel marin de cette sorte d'Huveaune oligocène.

Or, les argiles de Saint-Henri contiennent heureusement d'assez nombreux débris de mammifères terrestres que l'on peut voir au Muséum de Marseille. L'examen sommaire de cette faune m'a conduit à la considérer comme intermédiaire par son âge entre les faunes de Ronzon et de Saint- Gérand- lePuy, tout en restant plus voisine de la première. Si donc l'assimilation entre les argiles de Saint-Henri et les conglomérats du Rouet est bien exacte, il faudrait admettre que ceuxci représentent la partie supérieure de l'étage tongrien.

2. SABLE ET MARNES GRÉSEUSES A PECTEN SUBPLEURONECTES ET POLYPIERS

Au-dessus des conglomérats, on observe une alternance de sables jaunes ou bleuâtres et de bancs marno-gréseux plus durs, caractérisés par la fréquence du Pecten (Pleuronectia) subpleuronectes d'Orb.; l'épaisseur de cet ensemble atteint au maximum une quinzaine de mètres.

On peut bien étudier la composition détaillée de cette assise en s'élevant depuis le bord occidental de l'anse du Rouet jusqu'au sommet de la haute falaise du cap de Nautes (fig. 5). Le bord de l'anse est formé par les conglomérats rouges; mais à partir du deuxième petit ravin qui descend vers la mer, on voit affleurer les grès et sables à P. subpleuronectes. La tran(1)

tran(1) d'une topographie :zoologique du golfe de Marseille (Arch. mus. Marseille, t. I, p. 8).


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 55

sition se fait d'une manière assez brusque : on voit d'abord des sables alternant avec des grès roussâtres qui renferment des fragments de P. subpleuronectes, des débris d'huîtres et des contre-empreintes de Polamides margaritaceus. Au-dessus, viennent des sables jaunes, puis bleus, à P. subpleuronectes alternant avec des tables peu épaisses, mais saillantes de grès roux cariés. Un banc marno-gréseux plus grossier, caillouteux, avec Polypiers, peut servir de limite à la zone à P. subpleuronectes et la sépare des marnes saumâtres à Cyrènes et Polamides qui la recouvrent.

A la crique de Barqueroute, on observe, intercalé vers la base de la zone àP. subpleuronectes, un beau banc marneux à Polypiers (1er niveau) qui affleure au bord de la mer et contient avec diverses espèces de Polypiers (Phyllocoenia carryana d'Orb; Litharoea Martini d'Orb.) et de Bryozoaires, une intéressante espèce d'Echinide régulier (Parasalenia Fontannesi, Cott. n. sp.)et de rares Mollusques(Spondylus cf. Ferreolensis, Font.). Au-dessus de ce premier banc à Polypiers, on voit les sables jaunes, riches en P. subpleuronectes, alternant avec des bancs gréso-marneux durs avec moules de Gastropodes (Conus, Strombus) et de Bivalves. A la partie supérieure ces sables deviennent bleuâtres, un peu plus argileux et contiennent des fossiles à test pulvérulent, très friables. Enfin on voit le long de la falaise occidentale de l'anse, ces sables bleuâtres couronnés par quelques bancs marno-caillouteux riches en Polypiers (2e niveau), en Scutelles, en moules de Bivalves (énormes Cythérées) et de Gastropodes (Polamides plicatus, mugaritaceus), qui annoncent le voisinage de l'assise saumâ tre supérieure. Il m'a paru cependant préférable de rattacher ce deuxième banc à Polypiers à l'assise à P. subpleuronectes, à cause du caractère franchement marin des Radiaires qu'il renferme.

Vers le fond du vallon de Carry, le long de l'ancienne route


56 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

du Rouet, on retrouve l'assise à P. subpleuronectes et à Polypiers relevée vers la falaise urgonienne, et constituée presque uniquement, à l'exclusion des sables, par des bancs calcaréomarneux remplis de Polypiers et d'Echinides (Parasalenia Fontannesi, Cott, n. sp.) Ces couches représentent sans doute un facies un peu moins littoral que celui des sables du cap de Nautes.

Dans l'ensemble de la zone à P. subpleuronectes, j'ai recueilli les espèces suivantes :

Conus cf. antiquus, Lam. in Grateloup. — Moules intérieurs d'une grosse espèce courte et renflée, à spire plate sur les derniers tours, saillante et pointue vers le sommet, très comparable au Conus antiquus (Grat., Conchyl. Adour, pl. I, fig. 1), des faluns de Saint-Paul-de-Dax. Michelotti cite l'espèce de la colline de Turin.

Strombus, Sp. — Plusieurs moules indéterminables.

Potamides plicatus, Brug. — Rares contre-empreintes dans les parties marno-gréseuses.

Potamides margaritaceus, Broc, var. moniliforme. — Rare à ce niveau et à l'état de contre-empreintes.

Natica tigrina, Defr. in Grateloup, voir p. 100. — Les moules que je rapporte à cette espèce ont été déterminés par comparaison avec les nombreux et beaux spécimens de la même espèce, communs dans toute la hauteur de la formation miocène de Carry.

Ostrea plicat la, L. in Hörnes. Rare, voir antè, p. 55.

Ostrea hyotis, Lam. var. Rare, voir p. 55.

Ostrea undata, Lam. var. — Tournouër a signalé (Bull. Soc. géol., 3° série, t. VIII, p. 294), dans la formation de Carry et dans les faluns de Saint-Avit (Landes), une variété de l'Ostrea undata, Lam. moins allongée que le type des faluns de Bazas, de Mérignac, etc., dans le Sud-Ouest. C'est à cette variété que se rapportent un certain nombre de valves isolées que j'ai recueillies dans les sables à P. subpleuronectes et dans l'assise saumâtre qui les recouvrent. En dehors du caractère de la forme plus


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ovalaire que dans les typés du Sud-Ouest, j'ai remarqué que le plissement des valves était en général moins accentué.

Ostrea aginensis, Tourn. (Ostrea crispata, Gold. Petref. pl. LXXVII, fig. 1, e-f. excl. a-d). — On trouve à la partie supérieure de l'assise à P. sulpleuronectes, en particulier sur le flanc ouest de la crique Barqueroute, de nombreux spécimens d'une huître allongée, longirostre, a surface des valves lamelleuse et un peu crépue, qui se rapportent assez exactement au type de Goldfuss, sauf que le canal ligamentaire de la grande valve est relativement plus large, et les bourrelets moins saillants. Tournouër (Bull., soc. géol., t. VIII, p, 294) a rapporté l'Ostrea crispata, Goldf., à la grande huître de Bazas qu'il a nommée Ostrea aginensis. La comparaison du type de Carry avec des spécimens du Bazadais m'a montré que ces derniers étaient souvent plus grands, à test plus épais, à bourrelets ligamentaires plus forts et plus saillants et que l'identité de ces deux formes n'était par conséquent pas absolue. Il est cependant certain que l'huître de Carry représente un type aquitanien intermédiaire entre l'Ostrea longirostris tongrienne et les Ostrea gingensis et crassissima de l'helvétien.

Une huître identique à la forme de Carry se trouve dans les marnes bleues aquitaniermes de l'École d'agriculture de Montpellier.

Ostrea granensig, Font. (Ostrea ventilabrum, Goldf., var.). — Identique à l'huître de l'helvétien inférieur de Grane (Drôme), figurée par Fontannes (Bassin de Crest, pl. IV). Rare à ce niveau, devient plus abondante dans les horizons plus élevés de la côte de Carry (voir p. 68).

Ostrea caudata, Münster, in Goldf. — Une seule valve des couches à Polypiers de la crique Barqueroute ; devient commune un peu plus haut (voir p. 68).

Spondylus ferrcolensis, Font. (? Spond. concentricus, Mayer). — Une seule valve supérieure incomplète, provenant de la couche à Polypiers inférieure ne diffère du type de Fontannes (Mollusques pliocènes, pl. XIV. fig. 5) que par ses épines un peu plus nombreuses sur les côtes principales et par ses costules intermédiaires plus granuleuses. Le type de l'espèce provient des couches à Congéries du bassin du Rhône ; il n'était pas encore signalé dans le miocène rhodanien où le Spond crassicosta avait seul été indiqué par Fontannes dans la mollasse calcaire du bassin de Visan.


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Pecten (Plenronectia) subpleuronectes, d'Orb. (P. cristalus, Hörnes non Bronn). — Très commun dans Cette assise, surtout dans les couches sableuses de l'anse Barqueroute où l'on peut recueillir des spécimens entiers, de dimensions bien supérieures à celles des sujets du bassin de Vienne. La forme miocène diffère du type pliocène analogue (P. cristatus, Bronn.) surtout par le plus grand nombre de côtes internes qui sont aussi plus régulièrement géminées. LeP. subpleuronectes qui présente quelques rares gisements dans le miocène moyen et supérieur (Turin, Grand, Tegel de Baden, Leithakalk, Lapugy, etc.), n'est à ma connaissance, connu dans l'aquitanien que dans le gisement d'Abysse (coll. Tournonër). M. Mitheron (Cat. méth. p. 186), l'avait déjà cité de Carry sans indication de niveau, sous le nom de Pecten pleuronectes, Lam.

Lucina multilamellata, Lam. — Magnifiques spécimens dans le banc à Polypiers supérieur du cap Barqueroute.

Lucina ornata, Ag. (divaricata, Lam.).' — Rare à ce niveau; une seule empreinte dans le banc à Polypiers supérieur.

Cytherea, cf. pedemontana, Ag. — Il existe dans les couches à Polypiers supérieures de Car-Rousset et du cap Barqueroute un banc rempli de moules d'une énorme Cytherea que sa forme transverse, et sa grandeur permettent de rapprocher de C. pedemontana, Ag., citée déjà par Fontannes de l'helvétien inférieur du Sud-Est; mais cette détermination doit être considérée comme provisoire.

Scutella paulensis, Ag. — Sujets de grande taille, mais souvent fragmentés dans la couche à Polypiers supérieure du cap Barqueroute.

Parasalenia Fontannesi, n. sp. — Cotteau in litt. « Espèce de petite taille, oblongue, arrondie en avant, un peu rétrécie en arrière, médiocrement renflée. Zones porifères droites près du sommet; subonduleuses à l'ambitus. Aires ambulacraires étroites et aiguës à leur partie supérieure, s'élargissant en descendant vers l'ambitus. Tubercules ambulacraires et interambulacraires saillants, non crénelés ni perforés. Tubercules secondaires très peu nombreux, granules assez abondants sur les aires interambulacraires. Périprocte très grand, subcirculaire, un peu ovale. L'appareil apical, d'après l'empreinte qu'il a laissée, devait être, comme celui des Parasalenia, elliptique et bien développé. » Cette intéressante espèce sera décrite par M. Cotteau dans la prochaine livraison des Echinides nouveaux ou peu connus.


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Schizaster, cf. Scilloe, Ag. Un seul spécimen déformé et peu déterminable

Phyllocoenia carryana, d'Orb. — C'est le plus commun des Polypiers de l'étage aquitanien de Carry.

Il diffère de Phyll. astroites Goldf. par ses polypiérites plus rapprochés, moins régulièrement circulaires, et d'un diamètre un peu inférieur.

Litharaea Martini, d'Orb. — En petites masses arrondies ou allongées; moins commun que le précédent.

Litharrae ramosa. Edw. et Haime. Assez commun.

Madrepora, sp. — Se rapproche de M. lavandula, Mich. Icon. zooph., pl. XIV, fig, 2) par ses polypiérites obliques vers le haut et pourvus' de fines côtes extérieures.

Bryozoaires.

Spirorbis.

La faune de l'assise à Pecten subpleuronectes est trop pauvre en espèces et trop semblable à celle des couches qui viennent immédiatement au-dessus pour qu'il soit possible de lui attribuer la valeur d'une subdivision paléontologique distincte. Presque toutes les espèces qui composent la liste précédente passent en effet dans les couches à Cyrènes et Cérithes, à l'exception des Oursins, des Polypiers et du Spondyle, intimement liés au facies coralligène de cette assise, mais qui reparaissent, pour la plupart au moins, dans les niveaux à Polypiers que j'aurai plus loin à décrire au sommet de l'étage aquitanien. Le Pecten subpleuronectes lui-même, que je n'ai pas recueilli plus haut dans l'aquitanien de Carry, reparaît à l'ouest de Sausset dans les couches helvétiennes du Grand-Vallat, et la plupart des gisements connus de cette espèce sont également du miocène moyen ou même du miocène supérieur.

En raison de cette connexité des faunes, la discussion sur l'âge de la zone à Pecten subpleuronectes sera mieux placée


60 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

après l'étude de l'assise suivante. Mais au point de vue local, les sables à Pecten subpleuronectes constituent une subdivision intéressante en raison du. facies de la faune qui est exclusivement marine et de la nature des dépôts qui comprennent à la fois des dépôts sablonneux de rivage et des couches coralligènes à Polypiers et Bryozoaires. L'abondance toute particulière dans ces sables du genre Pleuronectia est d'ailleurs une preuve que ces dépôts se sont formés sur un littoral relativement assez profond, car les coquilles de ce genre ne se rencontrent guère dans les dépôts de plage basse qu'en fragments roulés, de provenance lointaine. Quant à l'élément saumâtre ou d'estuaire, il ne se présente dans cette assise qu'à l'état exceptionnel, sous la forme de rares empreintes de Potamides qui vont au contraire prédominer dans l'assise suivante.

3. COUCHES SAUMATRES A POTAMIDES PLICATUS CYRÈNES ET CORBULES

Au-dessus des sables à Pecten subpleuronectes on voit apparaître en se dirigeant vers l'Ouest (fig. 5-8) d'abord une nouvelle série de sables gris bleuâtres, plus argileux que les précédents, passant même vers le haut à des marnes sableuses compactes d'un gris-bleuâtre. Quelques lits consolidés en grès font saillie sur les coupes en minces tables horizontales que séparent des zones sableuses ou argileuses d'une épaisseur variant de 0m,30 à 2 mètres.

Cette assise, dont la puissance totale atteint une douzaine de mètres, est presque partout riche en fossiles qui s'y présentent trop souvent à l'état de moules ou de contre-empreintes. La caractéristique de cette faune consiste dans l'abondance des genres à facies saumâtre, tels que Potamides,


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Gyrena, Corbuld, Mytilus. Vers la base de l'assise, ceux-ci ne sont encore qu'en petit nombre au milieu d'une faune surtout marine, puis ils tendent à prédominer de plus en plus à mesure qu'on s'élève vers les bancs supérieurs.

Cette considération, jointe à la nature de plus en plus marneuse des couches, permet de distinguer dans cette assise les trois zones suivantes, bien visibles en particulier dans l'anse Rousset ou des bains de Carry.

1° Zone à Corbula retrosulcata et fossiles à test blanc. — Cette zone inférieure est formée de sables argileux et de grès en couches alternantes de peu d'épaisseur. Sur le flanc orien - tal de l'anse Rousset on la voit reposer sur le banc noduleux à Polypiers (2e niveau) de l'assise précédente. Les sables sont riches en fossiles ayant conservé leur test qui se détache en blanc sur le fond gris ou bleuâtre du sable, mais qui malheureusement est presque toujours assez friable : c'est ce niveau intéressant que je désigne dans le cours de ce travail sous le nom de zone à fossiles blancs. Les espèces les plus habituelles sont :

Corbula retrosulcata, n. sp, Lucina incrassata, DUBOIS. Lucina ornata, AG. Lucina multilamellata, DESH. Mytilus Michelini, MATH Anomalocardia diluvii, LAM. Cytherea undata, BAST.

Cardium turonicum, MAY. Perna, sp.

Ostrea caudata, MUNST. Terebratula grandis, BLUM. Potamides plicatus, BRUG. Potamides margaritaceus, BR., etc.

D'innombrables individus de Lucina incrassata forment par leur agglomération un ou plusieurs bancs à Lucines, à test pulvérulent et friable.

Ce même niveau à fossiles blancs affleure sur le flanc est du vallon de Carry, le long de l'ancienne route du Rouet, au sein d'une marne bleuâtre argileuse, où le test des fossiles


62 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

est bien conservé; on y recueille la plupart des espèces de la liste précédente et en outre :

Nerita Plutonis, BAST. Cerithium pictum, BAST. Cytherea provincialis, n. sp. Chama gryphoïdes, LAM. — gryphina, LAM.

Lucina dentata, BAST. Tapes oligocenica, n. sp. Venus Fontannesi, n. sp. Pecten Justianus, FONT. var.

2° Grès à Potamides plicatus et margaritaceus. — Je distingue, malgré son peu d'épaisseur (0m,40), une couche de grès compacte grisâtre, remarquable par sa richesse en Potamides, parce que ce banc forme un excellent point de repère facile à reconnaître au sein de l'assise saumâtre. Ce grès se présente dans des conditions d'observations favorables des deux côtés de l'anse de Rousset (fig. 7). On peut recueillir à la surface de ce banc lavé par les eaux pluviales de bons exemplaires de Potamides qui ne se montrent guère qu'à l'état d'empreintes ou de moules dans les couches voisines. Les espèces de ce niveau sont les suivantes :

Potamides plicatus, BRUG.

— margaritaceus, BROC Cerithium bidentatum, GRAT. Neritina picta, FER. Nerita Plutonis, BAST. Vermetus intortus, LAM. Lucina incrassata, DUB.

Lucina ornata, AG. Corbula Basteroli, HÖRN. Cardium Turonicum, MAYER. Lutraria oblonga, CHEMN. Ostrea caudata, MUNST. Litharoea Martini, d'ORB., etc.

3° Marnes gréseuses à Cyrènes et Potamides. — Au-dessus du banc gréseux à nombreux Potamides on voit reposer une série de couches gréso-marneuses, composées de bancs alternatifs de marne tendre grise ou jaunâtre et de grès plus durs, d'une épaisseur totale de 5 à 6 mètres. Les grès sont remplis de moules et d'empreintes de Potamides, tandis que


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les marnes abondent en Lamellibranches, malheureusement presque tous à l'état de moules internes, à l'exception des huîtres.

Pyrula Lainei, BAST. (moules). Potamides plicatus, BRUG.

— margaritaceus, BROC. Cerithium bidentatum, GRAT. Cardium turonicum, MAY. Cyrena Brongniarti, BAST.

Ostrea subdeltoidea, MUNST.

— undata, LAM. var. — tegulata, MUNST.

— granensis, FONT.

— caudata, MUNST.

— aginensis, TOURN.

La composition de l'assise à faune saumâtre subit quelques modifications latérales lorsqu'on l'étudie soit à l'est, soit à l'ouest de l'anse Rousset. En se dirigeant à l'est on voit, sur les falaises de la crique de Barqueroute, le facies saumâtre à Cyrènes, Potamides et Ostrea aginensis, envahir presque l'ensemble de l'assise, aux dépens de la zone inférieure à fossiles blancs de l'anse Rousset. Si on marche au contraire vers l'ouest, on constate que l'élément saumâtre tend à s'atténuer, puisque dès le bord oriental de l'anse de Carry les marnes saumâtres sont remplacées par des sables jaunes contenant exclusivement des huîtres et des Pecten, indice d'un dépôt plus marin. Il n'est pas de meilleure preuve que ces couches saumâtres de l'aquitanien de Carry représentent les dépôts d'estuaire d'un courant fluviatile venu de l'est.

Dans l'ensemble de celte assise à faune saumâtre, j'ai recueilli les espèces suivantes :

Ostrea aginensis, Tourn. (voir ante, p. 61).

Ostrea undata, Lam., var. (voir ante, p. 60).

Ostrea subdeltoiden, Munst. (0. deltoidea, Goldf. Petref., pl. LXXXIII, fig. 1). —Huître au test épais, lamelleux, dépourvu de plis sur les deux valves; très adhérente, à surface ligamentaire très élargie, avec un canal peu profond et des bourrelets latéraux larges et plats.


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Le type provient de l'aquitanien supérieur de Bünde et d'Osnabrück, dans la Westphalie ; l'espèce est signalée par Delbos et Raulin (Bull. soc. géol., 2e sér., t. XII, p. 1155) dans les faluns aquitaniens de Mérignac, Saint-Avit, Saint-Paul-de-Dax et aussi dans le falun de Léognan. Assez abondante dans les couches saumâtres de la crique Barqueroute.

Ostrea tegulata, Munst. in Goldf. — Je n'ai pas recueilli moimême celte espèce, mais j'ai trouvé, dans la collection Fontannes, deux spécimens d'une huître à petite valve lisse, à grande valve garnie de plis tégulaires peu divergents, avec une surface ligamentaire large et des bourrelets peu saillants, un sommet tronqué, qui se rapprochent beaucoup du type figuré par Goldfuss (Petref. pl. LXXVII, fig. 7), bien que leur forme générale soit plus courte et plus large et leurs plis moins réguliers. Ces divergences ne m'ont pas paru suffisantes pour justifier une distinction spécifique.

Ostrea granensis, Font. (= Ostrea ventilabrum, Goldf. var.). — Je rapporte à l'espèce tongrienne de Goldfuss, à titre de variété, une huître à petite valve lisse, à grande valve plissée, à surface ligamentaire triangulaire avec un canal large et des bourrelets étroits et saillants, à sommet pointu, muni en avant d'une expansion auriforme, commune dans toute la hauteur de la formation de Carry. Elle est certainement identique au type helvétien du bassin de Crest, décrit par Fontannes sous le nom de Ostrea granensis, type et var. peradherens (bassin de Crest, p. 157 pl. IV), espèce que ce savant géologue considérait lui-même comme très voisine de O. ventilabrum, dont il la distinguait seulement par l'absence de denticulations intérieures près du sommet de la grande valve. J'ai pu me convaincre que ce caractère n'était pas constant dans l'O. ventilabrum du nord, tan lis qu'il se présente, rarement il est vrai, dans quelques sujets du sud-est. Aussi ai-je été amené à rattacher l'O. granensis à l' O. ventilabrum, à titre de variété régionale et un peu plus récente. On trouve aussi à Carry la variété peradhoerens, avec des caractères identiques à celle du bassin de Crest.

Cette espèce est abondante à peu près dans toute la hauteur de la formation tertiaire de Carry depuis la zone à Pecten subpleuronectes jusque dans la mollasse helvétienne de Sausset. Elle ne peut donc servir dans cette région du moins, à caractériser aucun niveau particulier.

Ostrea caudata, Münst., in Goldf. - Petite huître qui est peut-être une simple variété de la précédente, dont elle diffère seulement par sa


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forme plus triangulaire et par le prolongement sous forme de talon du bord postérieur. Elle ressemble au type figuré par Goldfuss (Petref, pl. LXXVII, fig. 7), sauf que les plis sont plus nombreux et plus serrés que dans l'espèce d'Allemagne.

Fontannes a cité l'O. caudata d'un grand nombre de localités helvétiennes du comtat et du bassin de Visan. MM. Fischer et Tournouër (Léberon, p. 115) la réunissent à l'O. frondosa, Marcel de Serres (Géognosie, pl. V, fig. 5-6), qui en differe cependant par l'absence de prolongement caudal et par des plis moins nombreux. Les géologues autrichiens font de l'O. caudata une simple variété de l'O. digitalina.

L'O. caudata se trouve, avec la précédente, dans toute la hauteur de la formation de Carry.

mytilus michelini, Math. (Cat. méth., pl. XXVIII, fig. 11-12)

— Grande espèce, abondante à l'état de moule interne dans les marnes saumâtres à Cyrènes. On la trouve avec son test, mais très friable, dans la zone à fossiles blancs. Enfin elle reparaît bien plus haut, dans la molasse à Ostrea crassissima de Carry.

D'après Tournoüer (coll. Institut catholique de Paris) le Mytilus antiquorum Bast. du Sud-Ouest est identique à l'espèce de M. Matheron et celte observation me paraît entièrement fondée.

Perna, sp. —J'ai reconnu, dans la zone à fossiles blancs, des coquilles de ce genre, bien reconnaissables d'après les fragments de charnière, mais la friabilité du test m'a empêché de recueillir un seul sujet déterminable.

Pecten vindascinus, Font. (voir plus loin, p. 84). — Cette espèce, qui va devenir commune à partir de l'assise suivante, est rare dans les couches saumâtres, à Cyrènes à l'est de Carry.

Pecten justianus, Font. (voir ante p. 56). — Un seul sujet de la zone à fossiles blancs de l'anse Rousset.

Anomalocardia diluvii, Lam. — Commune dans la zone à fossiles blancs du vallon de Carry. Par la forme arrondie de ses deux extrémités, par son aréa lisse en avant, par ses côtes subquadrangulaires, cette espèce est conforme au type de Lamarck, sauf que le côté postérieur est un peu plus prolongé chez les spécimens les plus adultes.

Anomalocardia diluvii, Lam., var. carryensis (pl. I, fig. 5).

— On trouve, mêlée à la précédente, une Arche qui, avec une forme et

6e SÉRIE, T. 1er. — 1883 5


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un aréa identiques, se distingue par ses côtes ornées, sauf les postérieures, de granules réguliers et saillants, à peu près comme chez l'A. cardiiformis. C'est probablement à cause de cette ressemblance que l'Arca cardiiformis a été indiqué par M. Mayer, dans l'aquitanien de Carry.

Mais les spécimens dont il est question ont exactement la forme de l'A. diluvii et sont par conséquent bien distincts, par leur côté postérieur peu prolongé et par l'area lisse en avant, de l'A. cardiiformis. De plus, j'ai remarqué que la présence des granules sur les côtes était des plus variables, et que l'on observait toutes les transitions entre les sujets à côtes presque entièrement granuleuses et ceux où les côtes sont tout à fait lisses, par l'intermédiaire de spécimens qui présentent, sur quelquesunes de leurs côtes, des traces peu distinctes de granulations. Je me borne à figurer cette Arche à titre de variété de l'Arcu diluvii, au lieu de lui donner un nouveau nom spécifique.

Anomalocardia girondica, Mayer, (Cat. mus. Zurich. Arcidès p. 72). — Je rapporte avec hésitation à cette espèce quelques rares spécimens de la zone à fossiles blancs de Carry, qui se distinguent de l'A. diluvii par leur forme plus transverse, par leurs côtes souvent marquées d'un sillon longitudinal, enfin et surtout par l'area sillonné sur toute la longueur, au lieu d'être lisse en avant. M. Mayer a signalé cette espèce dans l'Aquitanien I de Carry, et j'ai vu dans la collection d'Orbigny au Muséum de Paris deux spécimens de cette Arche provenant de la zone saumâtre de Carry.

Chama gryphoïdes, L. —Espèce à enroulement normal, rare dans la zone à fossiles blancs du vallon du Carry.

Chama gryphina, Lam. —Espèce à enroulement inverse; rare dans la zone à fossiles blancs du vallon de Carry.

Cardium turonicum, Mayer (C. echinatum, var. B. Bast.) — Type voisin du C. echinatum, Brug., dont il diffère surtout par ses côtes arrondies-triangulaires et non carrées. J'ai recueilli un seul sujet pourvu de son test dans la zone à fossiles blancs de l'anse Rousset. Il est possible que les nombreux moules de Cardium des couches saumâtres, à Cyrènes appartiennent à la même espèce, MM. Fischer et Tournouër ont signalé l'espèce dans la molasse du Cucuron et de Forcalquier. Je ne pense pas qu'on l'ait trouvée ailleurs, dans un horizon aussi ancien que l'aquitanien de Carry.

lucina multilamellata, Desh. — Assez commune et pourvue de


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 67

son test dans la zone à fossiles blancs de l'anse Rousset. Elle est identique aux sujets des environs de Horn (Autriche), figurés par Hörnes, (pl. XXXIII, fig. 2), quoique de taille plus petite.

Lucina incrassata, (Dub. L. scopulorum, Bast.) Les innombrables moules de Lucine qui forment un ou plusieurs bancs au-dessous du grès à Potamides paraissent se rapporter à cette espèce, à en juger par les rares individus ayant conservé une partie de leur test. Cette espèce abonde à tous les niveaux de la formation de Carry.

Lacina (Divaricella) ornata, Ag. — Diffère de l'espèce actuelle (L. divaricata, Lam.), par sa forme plus grande et plus équivalve, par ses dents latérales mieux marquées, etc. Elle est identique aux sujets des environs de Horn, et à ceux de Mérignac et de Léognan. Assez rare dans la zone à fossiles blancs et dans le grès à Potamides de l'anse Rousset.

Lucina dentata, Bast. — Assez commune dans la zone à fossiles blancs de Carry et de l'anse Rousset. Elle remonte depuis l'aquitanien de Mérignac jusque dans presque tout le miocène européen.

Venus Fontannesi, n. sp. (pl. I, fig. 1). — Diagnose : Testa ovato-trigona, inoequilateralis, antice rotundata, postice elongato-depressa, subtruncata; concentrice cingulata; 8-10 costuloe, principales concentricoe, erectoe, regulariter distantes, interstitiis cingulis tenuioribus ornatis, primis tantum inferne loevibus— lunula impressa, subcordata; vulva angusta levis, —in valva sinistra dentes cardinales tres, cum dente laterali anteriore parvo; in valva dextra tres, posticus subbifidus; — sinus pallearis parvus, acutus ; margo crenulatus.

Coquille ovale trigone, arrondie en avant, prolongée et déprimée en arrière, un peu tronquée ; surface ornée d'une dizaine de lamelles concentriques, subaiguës, régulières, pas très saillantes, plus rapprochées entre elles vers les sommets; les intervalles sont garnis de cordonnets concentriques plus fins, en nombre variable jusqu'à 10 et plus, le plus souvent 5 à 6 seulement. Les intervalles les plus voisins du sommet ne présentent de cordonnets concentriques que dans leur moitié supérieure, leur partie inférieure étant tout à fait lisse; lunule cordiforme, sur laquelle se prolongent les lignes d'accroissement de la coquille ; vulve étroite, allongée lisse, limitée par une carène aiguë sur laquelle les cordonnets de la surface s'infléchissent et s'atténuent. Dents cardinales, au nombre de 3 sur chaque


68 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

valve; la valve gauche porte en outre une dent latérale antérieure plus petite que dans les Cytherées; la dent cardinale postérieure de la valve droite montre un indice de bifidité. Sinus palléal petit, aigu'; bord finement crénelé.

La Venus Fontannesi est une forme bien distincte, qui n'a que des rapports éloignés avec la Venus plicata, Gm. ; mais dans celle-ci, il existe une carène qui aboutit à l'angle postérieur; les lamelles et les cordonnets intermédiaires s'atténuent moins sur la vulve; les cordons principaux sont plus lamelleux et plus saillants; enfin il n'y a jamais que deux ou trois petits cordonnets intermédiaires.

Elle a plus de rapports avec V. proecursor, Mayer, surtout par sa charnière ; mais dans cette espèce, la forme est arrondie et non pas ovaletrigone; les cordons principaux sont moins distincts ; enfin il n'y a pas d'espace lisse à la partie inférieure des premiers intervalles.

La Venus helvetica, Mayer, Journ. conchy., t. IX, p. 53, est, d'après l'auteur, de forme trigone, ornée de lamelles concentriques, finissant en arrière par une large épine, ce qui n'a pas lieu dans le type de Carry; elle peut fort bien représenter la forme bartonienne de ce groupe de Venus.

L'espèce est rare dans la zone à fossiles blancs du vallon de Carry.

Cytherea undata, B ist. — Autant qu'il est permis d'en juger par les sujets un peu comprimés de la zone à fossiles blancs, cette Cythérée ne différait du type de Mérignac que par son côté postérieur un peu moins aigu, ce qui tendrait à la rapprocher un peu plus de C. erycina. L'espèce est indiquée à Carry par M. Matheron.

Cytherea provincialis, n. sp. voir p. 86 et pl. II, fig. 6. Commune dans la zone à fossiles blancs de Carry et de l'anse Rousset.

Tapes oligocenica, n. sp. (pl. I, fig. 2). — Diagnose. — Testa transversa, inoequilatera, tumida, antice rotundata, postice rotundatoacuminata; nitida; striis incrementi plus minusve impressis ornata, poslice planulatim sulcata; lunula lanceolata, satis impressa; dentes cardinales tres, duo antici in valva sinistra bifidi; sinus pallearis profondus, obtusus.

Cette rare espèce, dont je ne possède qu'une seule valve gauche, se distingue aisément de tous les Tapes décrits. Le mode d'ornementation de sa partie postérieure rappelle celui de Tapes vetula Bast., mais elle en


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 69

diffère par son côté postérieur acuminé, son sommet plus renflé, enfin parce que les cordons concentriques plats sont limités à la partie tout à fait postérieure de la coquille.

Le Tapes clandestina, Mayer (Journal conchy., t. IX, p. 358 et t. VIII, pl. V, fig. 10), est de toutes les espèces décrites, la plus voisine de l'espèce de Carry. Ce type de Saucats se distingue néanmoins par sa forme moins trigone et surtout par la présence de fines stries transverses sur toute la surface de la coquille, ornée en outre de stries rayonnantes plus ou moins régulières.

Circe minima, Mont. — Assez rare dans la zone à fossiles blancs du vallon de Carry ; identique au type du bassin de Vienne in Hörnes (pl. XIX, fig. 5). L'espèce, qui est encore vivante, est surtout commune dans le pliocène, mais descend dans le miocène supérieur (Lapugy, Vienne) et même dans les faluns de Touraine; mais elle n'a pas été citée encore d'un niveau aussi bas que l'aquitanien.

Cyrena? Brongniarti, Bast. — On trouve dans les couches saumâtres à l'est de Carry de nombreux moules d'une grosse Cyrêne globuleuse, comparable par sa forme et sa grandeur à Cyrena Bronguiarti Bast. de Mérignac, de Saucats, etc.; mais je n'ai pu obtenir un échantillon pourvu de son test, pour confirmer celte détermination.

Corbula retrosulcata, n. sp. (pl. I. fig. 6-8)). — Diagnose. — Testa crassa, ovato-trigona, tumida, inoequivalvis, antice rotundata, postice angulata, transversim grosse sulcata; prope marginem posticum carinata; post carenam depressa, sulco longitudinali profundo impressa, striis transversis, loevioribus ornata. Valva dextra major, gibbosa, valuam sinistram keviter involvens; umbones prominentes; cardo in valva dextra dente anteriora subcylindrico robusto et fossula parva, in valva sinistra fossula magna et postice dente lamelloso parvo proeditus.

Les caractères de cette espèce se sont montrés constants sur un très grand nombre de sujets. Elle est surtout voisine de C. carinata Duj., elle s'en distingue cependant à première vue par ses stries concen riques plus fortes et moins nombreuses, et surtout parce que la partie déprimée de, chaque valve qui se trouve en arrière de la carêne est partagée par un sillon longitudinal profond plus marqué sur la valve droite que sur la valve gauche.

La Corbula retrosulcata est commune dans la zone à fossiles blancs du vallon de Carry et de l'anse Rousset; je ne l'ai plus recueillie dans 1a


70 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

mollasse ferrugineuse qui recouvre ces couches saumâtres; et elle y est remplacée par C. carinata.

Corbula Basteroti, Hörnes. — Espèce bien caractérisée par sa forme équivalve, ovale-rhombe, et par ses stries fines. Rare dans le grès à Potamides de l'anse Rousset, elle devient plus commune dans l'assise suivante. Elle a été citée à Cabrières par MM. Fischer et Tournouër.

Lutraria oblonga, Chemn. — La forme subéquilatérale et le peu de hauteur de cette coquille permettent de lui attribuer des moules assez communs dans le grès à Potamides.

Potamides plicatus, Brug. lype (= var. intermedius Sandb.) — Les nombreux sujets de cette espèce, commune à Carry dans tout l'aquitanien et au-dessus appartiennent à la forme type décrite par Bruguière d'après des échantillons des marnes bleues aquitaniennes de Foncaude, caractérisée par sa forme allongée, ses tours presque plats, ornés de fortes côtes longitudinales correspondant aux trois rangées supérieures de granules.

Potamides margaritaceus, Broc. — La majeure partie des spécimens de Carry appartiennent à la variété moniliforme Grat. (in Sandb. Mainzer Becken, pl. VIII, fig. 3) à granules arrondis ou subquadrangulaires, plus gros dans la rangée supérieure de chaque tour, et sont semblables aux spécimens de Saint-Avit, de Dego, de Horn, etc. Mais on recueille aussi à Carry des spécimens plus rares de la variété marginatus de Serres ou calcaratus, Grat. (in Sandb. loc. cit., pl. VIII, fig. 2), qui se trouve également à Saint-Avit, caractérisée surtout par la forme épineuse triangulaire et par la confluence latérale de la rangée supérieure de granules.

Le P. margaritaceus se trouve à Carry dans toute la hauteur de l'étage aquitanien ; il est surtout abondant dans l'assise saumâtre, et il est déjà rare dans la couche supérieure à Polypiers qui termine l'étage.

Cerithium (Pyrazus) bidentatum, Defr. (in Grat. Conch. Adour, pl. I, fig. 15 = C. lignitarum, Hörnes). —Abondant au sein de l'étage saumâtre avec les deux espèces précédentes, il devient rare dans la mollasse à Turitelles du cap Rousset et je ne l'ai plus rencontré audessus de ce niveau. Le C. bidentatum a été signalé dans le Sud-Est à Cabrières et à Tanaron par MM. Fischer et Tournouër.

Cerithium pictum, Bast. — Conforme à l'exemplaire d'Azelz-


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 71

dorf figuré par Hörnes (pl. XLI, fig. 17, a) et différent du type de Basterot (Coq. Bordeaux, pl. III, fig. 6) par la petitesse relative des granules de la rangée supérieure et par l'aténuation des autres rangées granuleuses du dernier tour. J'ai recueilli le C. pictum dans la zone à fossiles blancs du vallon de Carry où il est encore assez rare.

Pyrula Lainei, Bast. — C'est encore à l'état de moule d'assez forte taille, comme dans la zone à P. subpleuronectes que cette espèce abonde dans la zone saumâtre. C'est seulement un peu plus haut dans la mollasse à Turritelles que la P. Lainei se trouve avec son test, mais Sous la forme d'une variété plus petite.

Vermetus intortus, Lam. — Très commun dans le grès à Potamides de l'anse Rousset. L'espèce a été citée au Luberon par MM. Fischer et Tournouër.

JVeritina picta, Fér. — Nombreux sujets ayant conservé leur coloration dans le grès à Potamides de l'anse Rousset; à l'état de moules dans les couches à Cyrênes. Les beaux spécimens du grès à Potamides diffèrent de la variété du bassin de Vienne par l'atténuation de leurs deux carènes et sont conformes aux variétés B et D de Grateloup (Bassin Adour, néritines, f. 14 et 16). Leur coloration consiste en lignes noires fines et obliques interrompues par deux bandes blanches transverses.

Neritina subvirginea, d'Orb. (N. virginea, Grat.). — On recueille avec le type précédent des spécimens à spire plus allongée, à dernier tour plus oblique, semblables à la N. virginea in Grat. (Adour. Néritines f. 25 et 26). Hörnes considère cette forme comme une simple variété de la précédente.

Nerita Plutonis, Bast. — Conforme au type du bassin de Vienne et du Sud-Ouest. Un sujet du grès à Potamides, par la dépression supérieure bien marquée de son dernier tour, se rapproche de N. intermedia Grat., considérée par Hörnes comme synonyme de N. Plutonis.

Natica Volhynica, d'Orb. — Petite espèce à spire pointue, à ombilic petit, sans funicule, conforme au type figuré par MM. Fischer et Tournouër (Léberon, pl. XIX, f. 3 et 4) mais de dimensions plus petites. Rare dans la zone à fossiles blancs de Carry.

Terebratula grandis, Blum. — J'ai recueilli deux spécimens incomplets dans la zone à fossiles blancs de l'anse Rousset.


72 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

Prionastroea diversiformis, Mich. (Icon. zooph., pl. XIi, f. 5). — Zone à fossiles blancs.

Heliastrsaea Ellisiana, Edw. et H. (Stylina thyrsiformis Mich. loc. cit., pl. X, f. 6). — Zone saumâtre du cap Barqueroute.

Le caractère aquitanien de cette faune (y compris celle de la zone à P. subpleuronectes), comparée à celle des horizons classiques du Sud-Ouest, s'affirme par la présence des formes les plus caractéristiques ou les plus habituelles de cet étage à Saint-Avit, Dax, Razas, Lariey, Martillac. Mérignac, etc. (1). Il convient de citer en particulier : Pyrula Lainei, Potamides plicatus, P. margaritaceus, Cerithium bidentatum, Cerithium pictum, Neritina picta, Cytherea undata, Lucina multilamellata, L. incrassata, L. ornata, Cyrena Brongniarti, Chama gryphina, Mytilus Michelini, Ostrea aginensis, O. undata, Heliastroea Ellisiana, Phyllocoenia, Litharoea, etc.

Ce parallélisme avec les faunes inférieures de l'Aquitaine est encore confirmé par le caractère négatif tiré de l'absence des formes caractéristiques de l'horizon de Léognan (type de l'étage langhien dans le Sud-Ouest), telles que Pyrula rusticula, Turitella turris, Lucina columbella, Cytherea erycina, nombreux Pleurotomes, Chenopus, Nasses, etc. qui, vont se montrer en abondance à un niveau un peu plus élevé de la formation de Carry.

L'analogie avec les faluns aquitaniens du Bazadais et du Bordelais se poursuit même jusque dans le facies de l'étage, qui comprend en Provence une série de couches saumâtres riches en Cyrènes, Néritines et Potamides d'espèces identiques, à celles des marnes à faune saumâtre de la Brède, de Larriey, de Martillac, de Louvière, aux environs de Bordeaux, et des

(1) M. Benoist, Esquisse géol. d. ter. tert. du S.-O. (journ. hist, nat. de Bordeaux et du S.-O. 1888), place aujourd'hui à la base de l'étage langhien les faluns de Lariey, Martillac, Mérignac et ceux de St Paul-de-Dax. La faune de ces localités me semble avoir plus d'affinités avec la faune de Bazas qu'avec les faunes miocènes.


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 73

couches fluvio-marines du Bazadais, où les Ostrea aginensis et undata sont abondantes, comme à Carry, à la base des couches à Potamides.

Dans le bassin méditerranéen, les termes de comparaison sont peu nombreux. On doit cependant rapprocher des couchés aquitaniennes de Carry, les marnes bleues de Fontcaude et de la Gaillarde près Montpellier (Bull. Soc. géol., 2esérie, t. XXV, p. 885) qui contiennent une partie de la faune de Carry, notamment Potamides plicatus, P. margaritaceus var. moniliformis et calcaratus, Cerithium bidenlatum, Pyrula Lainei, Ostrea aginensis, Cytherea, Corbula, etc., associations tout à fait semblables à celles de la zone saumâtre de Carry. En Italie, l'oligocène est plus développé. Il existe sur les deux versants de l'Apennin ligure (Pareto. Bull. Soc. géol. 2e série, t. XII, p. 370 et t. XXII, p. 210), à Sassello, SantaGiustina, Cascinelle, Carcare, Acqui et plus à l'ouest vers Dego et Millesimo, une puissante formation de conglomérats et de grès marins, reposant en discordance sur l'éocène supérieur à fucoïdes. L'assise inférieure souvent saumâtre et lignitifère de cette formation appartient au tongrien, caractérisé par Natica crassatina et Cerithium Charpentieri), tandis que l'assise supérieure, considérée encore comme tongrienne par M. Mayer (Bull. soc. géol., 3e série, t. V, p. 282) parait plutôt représenter l' aquitanien. La collection de la Sorbonne contient une belle série de fossiles de ces localités, parmi lesquels se trouvent un certain nombre de formes communes avec l'aquitanien de Carry, telles que : Potamides plicatus, P. margaritaceus, Cyrena Brongniarti, Lucina incrassata, Venus aff. Fontannesi, Phyllocoenia, etc. Cette liste serait sans doute plus longue si cette faune ligure était étudiée en détail.

Dans le bassin du Danube, l'étage aquitanien n'est guère représenté, sous le facies marin, que par les Sotzka Schichten


74 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

de Styrie, formation sablo-marneuse lignitifère avec faune mixte, saumâtre et marine. Dans la liste d'espèces donnée par M. Fuchs (Jung. Tertiarbild. d.wiener Beck. und d. ungar. steier. Tieflands. 1877), les Potamides plicatus et margaritaceus, Neritina picta, Pyrula Lainei, Anomalocardia diluvii, Cardium cf. turonicum, Lucina dentata, sont communs avec l'aquitanien inférieur de Carry. Mais d'autre part, la présence de fossiles tongriens, tels que Natica crassatina, Cyrena semistriata, Cytherea incrassata, Ostrea cyathula impriment à la faune des Sotzka Schichten un caractère plus ancien que celui des couches de Carry. Il semble, ainsi que le dit M. Fuchs, que l'on ait affaire à une faune de mélange, où les formes aquitaniennes sont mêlées d'une part à des espèces tongriennes, d'autre part avec des fossiles franchement miocènes, comme l'Ostrea crassissima et d'autres espèces du Sud-Ouest.

Quant aux couches du bassin de Horn ou Hornerschichten (premier étage méditerranéen de M. Suess), caractérisées par la présence de bancs d'Ostrea crassissima et gingensis, elles appartiennent certainement à un horizon plus récent que l'aquitanien. L'ensemble de leur faune, malgré la présence des Potamides et d'autres espèces saumâtres aquitaniennes, est tout à fait comparable à la faune des faluns de Saucats et deLéognan.

Si maintenant au lieu de chercher des rapprochements entre les horizons de la côte de Provence et les couches contemporaines des autres grands bassins, on veut comparer la faune aquitanienne de Carry avec celle des horizons tertiaires plus élevés du sud-est de la France, il est intéressant de constater qu'un assez grand nombre d'espèces de l'helvétien et même du pliocène du bassin du Rhône avaient déjà fait leur apparition dans cette contrée dès la période aquitanienne.


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 75

Ainsi, d'après les travaux de Fontannes, de Fischer et Tournouër, Pecten Justianus, Terebratula grandis, Scutella paulensis montent dans la mollasse à Pectenproescabriusculus ; Pecten vindascinus s'élève jusqu'à la mollasse à Pecten planosulcatus de Cucuron; Ostrea caudata, Lucina dentala, Cytherea pedemontana, Corbula Basteroti, Cerithium bidentatum, Cerithium pictum, Natica Volhynica, se retrouvent à plusieurs niveaux et montent jusque dans les marnes de Cabrières. Enfin Arca diluvii, Chama gryphoides, Circe minima, Vermetus intortus, Spondylus ferreolensis, sont parmi les formes les plus habituelles du pliocène du Sud-Est. Ces faits me paraissent être l'indice d'une continuité parfaite, dans le bassin du Rhône, dans la succession des faunes superposées, au moins depuis la base de l'aquitanien jusqu'à nos jours. Ils me paraissent aussi fournir un argument de plus aux géologues qui, à l'exemple de Tournouër et de M. Mayer, placent immédiatement au-dessous de l'aquitanien la limite inférieure des formations néogènes.

II. Sous-étage supérieur.

4. MOLLASSE JAUNE ET ROUGE CALCARÉO-SILICEUSE A TURRITELLA QUADRIPLICA TA, RÉTÉPORES ET POLYPIERS

Au-dessus des derniers bancs marneux à Cyrènes, le facies et la nature des dépôts se modifient, et on voit apparaître une faune plus franchement marine que la précédente, au sein d'une nouvelle assise composée d'une série de bancs d'une sorte de mollasse calcaréo-siliceuse dure, de couleur ferrugineuse ou rougeâtre, avec alternance de lits de


76 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

sables gréseux jaunes ou de bancs marneux d'une couleur bleuâtre.

Cette nouvelle assise commence à apparaître (fig. 5, 6) sur les sommets des caps de Nautes et Barqueroute, où elle n'est encore représentée que par ses bancs inférieurs ; mais elle se développe à partir du bord occidental de l'anse Rousset pour constituer les falaises presque entières du cap Rousset (fig. 7) et de la pointe de Carry (fig. 8-12) qui enferment le port de Carry; enfin plus à l'ouest, les couches supérieures rougeâtres de l'assise ne tardent pas à disparaître vers l'anse de la Tuilière (fig. 14), au-dessous des couches langhiennes.

La puissance de cette assise est au minimum de 25 mètres; et la succession de ses couches assez complexe mais con - stante permet de la subdiviser en zones d'une valeur uniquement locale, qui sont de bas en haut :

1° Banc compacte ferrugineux à Turritella quadriplicata (1er niveau). — Ce banc de mollasse dure, calcaréo-siliceuse, de couleur ferrugineuse, épais de 1 mètre, repose directement sur les marnes à Cyrènes, au-dessus desquelles il forme d'habitude un entablement en surplomb, dont l'éboulement donne lieu à l'accumulation d'énormes blocs au pied des falaises de l'anse Rousset. Il est pétri de fossiles dont le plus abondant est le Turritella quadriplicata Bast. qui forme une véritable lumachelle. Mais les coquilles ne se dégagent que sous l'influence des agents atmosphériques, surtout du choc répété des vagues, et c'est seulement dans les blocs éboulés au bord de la mer que l'on peut recueillir les espèces suivantes :

Turritella quadriplicata, BAST., c. c.

— Desmaresti, BAST. C.

— turris, BAST. r.

Neritina picta, FER. C. Natica Volhynica, d'ORB., r. Nassa Haueri, MICH. r. r. Nassa reticulata, LAM. var. r. r.


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 77

Dentalium entalis, L. c. Pecten vindascinus, FONT. Angmalocardia diluvii, LAM.

Corbula Basteroti, HORN. r. Panopoea Menardi, DESH. r. Fragments de gros Retepora.

2° Zone sablo-grèseuse à Retepora. —Sur les plateaux des caps de Nautes et Barqueroute, au-dessus de la molasse à Turritelles, quelques bancs gréseux jaunâtres pétris de Bryozoaires (Retepora) représentent seuls celte zone. Les fragments de ces fossiles sont surtout visibles à la surface du banc supérieur où les agents atmosphériques ont mis à nu d'innombrables fragments de ces Bryozoaires formant un véritable banc à Retepora.

Plus à l'ouest, vers l'anse Rousset, la zone à Bryozoaires acquiert une puissance d'une huitaine de mètres et se compose d'une série de bancs marno ou sablo-gréseux, de couleur variant du bleu au jaune ou au rose. Les fossiles con - sistent seulement en moules de bivalves dans les parties marneuses; et les zones sableuses jaunes contiennent : Ostrea granensis Font. c.; Pecten vindascinus Font .c; Pecten cf. elegans Andr. r.r.; et des fragments de Rétépores accumulés surtout dans un banc de 0m,50 placé sur la partie supérieure de la zone (banc à Retepora).

Sur le versant du parc de Carry, où la zone à Bryozoaires est bien développée, un lit sableux jaune superposé au banc à Rétépores contient avec l'O. granensis de nombreuses valves d'Anomia costala Broc, (sable à Anomies).

3° Banc compacte calcaréo-siliceux à Turritelles (2e niveau) et Pyrula Lainei. — Ce deuxième banc de mollasse ferrugineuse, gréso-calcaire, épais de 1m,50 à 2 mètres, diffère du banc inférieur par sa couleur plus claire et par sa faune plus variée, où Turritella quadriplicata n'est plus aussi prépondérante. A sa partie supérieure, cette zone se termine par un grès jaunâtre pétri de Bryozoaires (2e banc à Retepora). J'ai


78 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

recueilli dans les blocs éboulés de cette mollasse les espèces suivantes :

Pyrula Lainei, BAST. C. Cyproea pyrum GM.,r, Rostellaria decussata, GRAT, r. Potamides plicatus, BRAG. C. Cerithium bidenlatum, GRAT. r. Cerithium pictum, BAST. r. Chenopus paspelecani, L. r. Cerithium carryense. h. sp. C. Natica Josephinia, RIS. r. Neritina picta, FER. C. . Turritella quadriplicata, BAST. c.

— Desmaresti, BAST. C.

— turris, BAST. rr. Scalaria torulosa, BROC, r.

Corbula Basteroti, HORN., C. Corbula carinata, DUJ. , c. Lucina columbella, Lam. minor.

r. r. Cytheroea undata, BAST., C. Lucina incrassata, DUB. r. Anomalocardia diluvii, LAM., r. Cardium Burdigalinum, LAM.,

var. r. Pecten pavonaceus, FONT., r. Pecten vindascinus, FONT. r. Helix Beaumonti, MATH. r. Polypiers, Rétépores.

4° Marnes bleues et jaunes avec fossiles à test blanc.— Une zone marneuse bleue à la base, plus sableuse et jaunâtre à la partie supérieure, repose sur l'entablement de la mollasse ferrugineuse et se montre, sur le plateau du cap Rousset, sous la forme de petites buttes coniques, témoins épargnés par l'érosion (fig. 8). L'épaisseur de ces marnes, de 5-6 mètres au cap Rousset, est bien moindre sur les flancs de la falaise du parc de Carry (fig. 9). Les fossiles, à test blanc, sont bien conservés dans ces marnes, quoique assez souvent fragmentés. On y recueille :

Turritella turris, BAST. r.

— quadriplicata, BAST. C. Natica volhynica. d'ORB. Dentalium Lamarcki, MAY. C. Cytherea provincialis, n. sp. c.

Anomalocardia diluvii, LAM. Leda commutata, PHIL. r. Pecten vindascinus, FONT. Ostrea granensis, FONT.

5° Grès sableux à Scutella paulensis et mollasse rougeâtre à


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 79

Polypiers. —Les marnes bleues du cap Rousset sont surmontées par quelques bancs gréso-sableux jaunâtres avec Scutella paulensis Ag. c.; Lutraria oblonga Chemn.; Pecten vindascinus Font. c; et Huîtres, que couronne un nouveau banc de mollasse calcaréo-siliceuse, lie-devin, avec nombreuses Turritelles (T. turris et quadriplicata), formant le sommet du plateau (fig. 8). Cet ensemble qui a en ce point 8 mètres d'épaisseur, n'est que la base d'une nouvelle assise, plus développée sur la falaise du parc de Carry (fig. 9, 10, 12), où sa partie supérieure, composée d'une mollasse dure, calcaréo-siliceuse, jaune et rougeâtre, est pétrie de Polypiers qui devaient former en ce point un véritable récif, puissant de 10-12 mètres. Les bancs supérieurs de cette mollasse, d'une teinte lie-de-vin, affleurent au niveau de la mer, à la pointe de Carry (fig. 11), et se poursuivent à ce niveau vers l'ouest jusqu'aux anses dei-Bano et de la Tuilière (fig. 14); cette couche rouge à Polypiers y est intimement liée avec un beau banc calcaréo-gréseux rose et jaune avec Polamides plicatus et Lucina incrassata spathiques, surmonté luimême par un banc brun-jaunâtre à faune variée qui termine l'assise à l'anse dei Bano et à la Tuilière. Les fossiles habituels de cette zone sont :

Pyrula Lainei, BAST. c. Potamides plicatus, BRUG. c.

— margaritaceus, BROC r. Turitella turris, BAST. c.

— quadriplicata, BAST. C.

— Desmaresti, BAST. C. Lithodomus Avitensis, MAYER. Anomalocardia diluvii, LAM.

Lucina incrassata, DUB. C. Pecten vindascinus, FONT. Ostrea granensis, FONT. Scutella paulensis, AG. C. Phyllocoenia carryana, d'ORB. Heliastroea Guettardi, DEFR. Brachyphyllia, sp. etc.

Fontannes y indique Pecten varius, Pecten substriatus, Chenopus sp., que je n'ai pas retrouvés.


80 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

Les bancs supérieurs de cette zone (banc rouge à Polypiers — banc à Lucines spathiques — banc jaunâtre à faune variée), qui terminent l'étage aquitanien à l'anse dei Bano et à la Tuilière, contiennent spécialement :

Purpura Martini, MATH. r. Rostellaria dentata, GRAT. r. Pyrula Lainei, BAST. a. c. Melongena cornuta, AG. r. Conus canaliculatus, BROC r. Cyproea pyrum, GM. r. Voluta rarispina, LAM. r. Potamides plicatus, BRUG. C. C. — margaritaceus, BROC C. Cerithium bidentatum, GRAT. C.

Turritella turris, BAST. r. Natica tigrina, DEFR. r.

Lucina incrassata, DUB. C. C. Cytherea provincialis, n. sp. c. c. Venus proeclathrata, n. sp. c. Cardium aquitanicum, MAY. r. Anomalocardia diluvii, LAM. C. Pecten vindascinus, FONT. C. Lima squamosa, LAM. C.

L'ensemble de ce sous-étage supérieur ou mollasse à Turritelles contient la faune suivante :

Ostrea granensis, Font. (voir p. 68). — Dans toutes les couches sableuses de l'assise.

Ostrea caudata, Munst (voir p. 68). — Avec la précélente dont elle n'est sans doute qu'une variété.

Anomia ephippium, L. Type et var. costata, Broc. — Sujets de petite taille, à côtes en général peu prononcées; commun dans une couche sableuse au-dessus des Rétépores du parc de Carry. D'après une remarque de Reuss in Hörnes, l'A costata serait une simple variété de A. ephippium, qui se trouve à Carry dans la même couche.

Lima squamosa, Lam. — Type répandu dans tout le miocène et vivant dans la Méditerranée. Fontannes le cite dans l'Helvétien du Comlat. Commun dans la couche rouge à Polypiers de l'anse dei Baro et de la Tuilière.

Pecten vindaseinus, Font. — Je rapporte à ce type (Fontannes, Bassin de Visan, pl. V, fig.. 3) un grand Peigne très commun dans toute la formation de Carry, qui a aussi des rapports avec les P. Besseri et


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 81

Leytajanus du bassin de Vienne. Les sujets de Carry ne diffèrent du P. Vindascinus type que par le nombre un peu inférieur (14-17 au lieu de 19) des côtes de la valve droite ou convexe, qui sont subquadrangulaires comme dans le type du bassin de Visan, et non pas rondes comme dans le P. Besseri. La valve gauche à peine convexe, aux côtes étroites et arrondies, à la surface couverte de stries concentriques fort apparentes, aux oreillettes ornées de lignes d'accroisement verticales, est tout à fait conforme au type de Fontannes.

Il est intéressant de constater l'apparition dans l'aquitanien de la côte de Provence, de ce Pecten signalé par Fontannes, seulement à la base de la mollasse à Cardita Jouanneti de Visan. C'est évidemment cette espèce qui a été citée à Carry, par M. Mayer, sous le nom de Pecten solarium.

Pecten cf elegans, Andr. —Un seul fragment de la zone à Rétépores du parc de Carry est conforme an type figuré par Hörnes (pl. LXIV, fig. 6), par ses côtes larges subarrondies, subdivisées en 5-6 costules écailleuses, de même que les intervalles étroits qui les séparent. L'espèce a été citée par Fontannes, dans la mollasse marneuse du bassin de Visan.

Pecten. sp. — J'ai recueilli, dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau), du cap Rousset, deux fragments d'un Pecten que je ne puis rapporter à aucune espèce décrite. Ces fragments annoncent une valve peu convexe, à côtes plus étroites que les intervalles, simples et triangulaires près du sommet, ensuite ornées de trois cordons fins et réguliers; dans le fond de chaque intervalle, on distingue à la loupe un cordon fin longitudinal. Une ornementation fort élégante est produite par de fines lignes concentriques assez espacées, qui passent sans interruption sur les côtés et dans les intervalles.

Ce peigne, du groupe du P. opercularis, a quelque ressemblance avec le P. Malvinoe, Dub., in Hörnes (pl. LXIV, fig. 5), qui s'en distingue cependant à première vue par ses côtes plus larges que les intervalles. Il se rapproche aussi du P. pavonaceus, Font. (Bassin de Visan, pl. I, fig. 4), dont la valve gauche seule a été figurée. Celle-ci diffère du type de Carry par ses côtes aplaties, subquadrangulaires, par la subdivision moins nette de ses côtes, enfin par ses cordons concentriques moins réguliers. Il faut attendre des spécimens plus complets pour se prononcer sur la valeur de ce type qui est probablement nouveau.

Anomalocardia diluvii, Lam. type et var. — Sujets un peu 6e SÉRIE, T. Ier, — 1888 6


82 DESCRIPTION, PALEONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

plus forts que ceux de la zone saumâtre. Communs dans les marnes bleues sur la mollasse ferrugineuse du cap Rousset; plus rares dans la mollasse à Turritelles. Nombreux sujets spathiques dans la couche jaunâtre dei Bano et de la Tuilière.

Leda commutata, Phil. — Espèce reconnaissable à son côté postérieur aigu, à sa carène saillante et' crénelée, à ses stries transverses rugueuses. Rare dans les marnes bleues du cap Rousset.

Cardium Burdigalunum, Lam., var. inerme (pl. II, fig. 3), voir p. 100. — Rare, dans la molasse à Turritelles.

Cardium (Laevicardium), aquitanicum, Mayer; C. anomale, Math. ; C. pectinatum, Hörnes. — Le type miocène décrit par M. Mayer. (Journ. conchyl. t. VII, pl, IV, fig. 9) sous le nom de C. aquitanicum est, comme le remarque Hörnes, très voisin du C. pectinatum actuel et se trouve relié à lui par de nombreux intermédiaires. Le C. anomale Math. (Catal. méth. pl. XXXII, f. 11-12), me semble se rapporter à cette espèce plutôt qu'au C. discrepans, omme le pense Hörnes. M. Mayer dit cependant que le C. anomale distingue du C. aquitanicum par sa forme moins oblique et ses côtes ongitudinales plus fortes. Rare dans la couche jaunâtre du sommet de l'aquitanien à l'anse dei Bano et à la Tuilière.

Lucina incrassata, Dub. (L. scopulorum, Bast.). —Identique aux spécimens de Mérignac. Si les moules de Lucines, qui forment plusieurs bancs vers la base de l'assise saumâtre, appartiennent à cette espèce, la L. incrassata serait commune à la base de l'aquitanien de Carry. Elle passe dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau) et elle forme, à la partie supérieure de l'étage, associée au Potamides plicatus, un véritable banc qui surmonte la couche rouge à Polypiers des Pierres-Tombées et de la Tuilière. Elle reste abondante dans le langhien et même dans l'helvétien de Sausset.

Lucina (Linga) columbclla, Lam., var. minor. — Très rare dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau) du cap Rousset.

Cytherea uudnta, Bast. — Caractéristique et identique au type du Sud-Ouest. Commune dans le banc à Turritelles (deuxième niveau) du cap Rousset.

Cytherea prov n etalis, n. sp. (pl. II, fig. 6-6b). Diagnose. —


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 83

Testa ovata, transversa, inoequilateralis, lumida, prope umbones postice gibbosula, transversim irregulariter rugosa; antice brevis, rotundata, postice subtruncata, obtuse cuncata; umbones tumidi, antice recurvi; lunula parum impressa, oblonga; dentes cardinales in valva dextra duo, bifidi; in valva sinistra dentes cardinales tres, et lateralis unus sublunularis.

Cette cythérée est surtout voisine de Cyth. Sismondai Mayer (Journ. conch., 1861, t. IX, p. 62, pl. III, fig. 6), du tongrien de Gaas, mais celle-ci est plus renflée, plus gibbeuse en arrière des sommets, moins tronquée postérieurement ; ses dents cardinales sont plus fortes, moins ramassées; la dent sublunulaire de la valve gauche est plus éloignée des dents cardinales; le mode d'ornementation est tout à fait semblable.

La G. provincialis représente le type aquitanien du groupe des C. incrassata et Sismondai tongriennes; elle est intermédiaire entre ces espèces et la C. pedemontana miocène.

L'espèce abonde dans toute la hauteur de l'aquitanien de Carry : elle est avec son test, très fragile, dans la zone à fossiles blancs de l'assise saumâtre, dans les marnes bleues supérieures aux Rétépores du cap Rousset; enfin elle abonde à l'état spathique dans la couche brune qui termine l'aquitanteu à l'anse dei Bano et à la Tuilière.

Venus proeclathrata, n. sp. (pl. II fig. 7). Diagnose.— Testa ovato-rotundata, crassa, convexa, striis 60 parum profundis longitudinaliter sulcata, lamellis tenuibus concentricis circiter 30 eleganter clathrata; umhones parvi, antice incurvi, lunula magna cordiformis parum impressa; in valva dextra duo dentes cardinales quorum anticus bifidus ; deus lateralis unus, sub lunalam dispositus.

Cette espèce est voisine de Venus clathrata Duj., nom sous lequel elle a été inscrite dans la collection d'Orbigny. Elle s'en distingue aisément par ses sommets moins saillants, et par son mode d'ornementation : dans le type de Carry, la surface est parcourue par une soixantaine de sillons rayonnants peu profonds, croisés par de fines lamelles saillantes (30 environ), plus espacées entre elles que les stries rayonnantes; de là résulte un élégant treillis, dont les mailles sont de petits rectangles à grand axe longitudinal. Dans le V. clathrata de Touraine et de Vienne, les cordons concentriques sont plus gros et plus saillants,les stries longitudinales sont moins régulières et tendent même à s'effacer sur les sujets adultes, sauf en arrière; il en résulte que le treillis de la surface est plus


84 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

grossier et moins élégant. On peut considérer l'espèce de Carry comme une forme ancienne de Venus clathrata.

Commune dans la couche jaunâtre qui termine l'étage aquitanien à l'anse dei Bano et à la Tuilière et dans le banc à Lucines spathiques sousjacent.

Corbula Basteroti, Hörnes, voir p. 74. — Rare, dans les deux bancs de mollasse ferrugineuse du cap Rousset.

corbula carinata, Duj. (C. revoluta, Bast., non Broc). —Identique aux spécimens de Léognan. Elle remplace dans la mollasse à Turritelles la Corbula retrosulcata des couches saumâtres, dont elle diffère surtout par l'absence de sillon longitudinal en arrière de la carène; voir p. 73.

Lutraria oblonga, Chemn. — Moules dans les bancs gréseux supérieurs du cap Rousset.

Panopaea Menardi, Desh. — Type reconnaissable à sa forme très inéquilatérale, qui la distingue de l'espèce pliocène. Rare dans la mollasse à Turritelles du cap Rousset. M. Mayer a déjà signalé cette espèce de la côte de Carry, et MM.Fischer et Tournouër de la mollasse de Cucuron.

Lithodomus Avitensis, Mayer. — Distinct du L. litophagus vivant, surtout par l'atténuation de l'angle postérieur et la subégalité de ses deux extrémités. Beaux spécimens en place dans les bancs à Polypiers du parc de Carry.

Dentalium entalis, L., (D. Linnoei, Dolf. et Dautz.). — Lisse, à test épais, peu recourbé. Répandu depuis l'aquitanien de Mérignac jusqu'aux mers actuelles. Commun dans la mollasse à Turritelles (premier niveau).

Dentalium Lamarcki, Mayer. — Lisse dans sa moitié antérieure, pourvu de côtes fines dans le bout postérieur; le nombre des costules est un peu plus faible que dans les sujets figurés par Hornes (pl. L, fig. 35), M. Mayer, Journ. Conch., t. XII, p. 338, a séparé ce type miocène du Dent. pseudo entalis éocène. Commun dans la marne bleue du cap Rousset.

Neritina picta, Fer. in Hörnes. — Les spécimens (pl. I, fig. 3) qui abondent dans la mollasse à Turritelles diffèrent de ceux de la zone saumâtre, par leur taille plus forte et par la forme déprimée et bicarénée


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 85

de leur dernier tour, ce qui les rapproche du type du bassin de Vienne (Hörnes, pl. XXXXVII, fig. 14), et de la N. virginea, de Grateloup (Conch. Adour, pl. I, fig. 25-26); celle-ci n'est d'ailleurs pour Hörnes qu'une variété de N. picta.

Nerita gallo-provinclalis, Math. — Conforme au type de M. Matheron(Cat. pl. XXXVIII, fig, 9-10), mais à spire moins allongée. Un seul spécimen dans le banc rouge à Polypiers des Pierres-Tombées.

Natica Josephinia, Risso (N. olla, de Serres), voir p. 101. — Rare, dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau). Devient plus commune dans la mollasse langhienne.

Natica volhynica, d'Orb. (N. epiglottina, Dub.. non Lam.) — Petite espèce à spire pointue, à ombilic peu ouvert, conforme au type de Cabrières (Fisch. et Tourn., Léberon, pl. XIX, fig. 3-4), sauf que la taille est plus faible. L'espèce date de l'éocène. Rare dans les marnes bleues du cap Rousset.

Natica tigrina, Def in Grat. voir p. 101. — Rare dans les couches jaunâtres supérieures de l'aquitanien de la Tuilière.

Turritella quadriplicata, Bast. — Il existe dans toute la hauteur de la formation de Carry, mais surtout dans la mollasse ferrugineuse du cap Rousset, une Turritelle tout à fait conforme au type du Sud-Ouest, figuré par Basterot sous le nom de Turritella quadriplicata (Foss. Bordeaux, pl, I, fig. 13). Chaque tour de spire porte quatre cordons transverses réguliers groupés deux à deux, les supérieurs étant plus rapprochés et plus faibles que les cordons inférieurs, caractère que la figure de Basterot ne fait pas suffisamment ressortir, mais qui se voit fort bien sur les spécimens de Bordeaux et de Carry.

Je signalerai dans les marnes bleues du cap Rousset une forme que je rattache à la précédente à titre de variété (pl. I, fig. 4), qui se distingue par l'atténuation des cordons supérieurs et par la forte saillie des cordons antérieurs. Ce type, par la disparition complète de ses deux carènes supérieures, passerait aisément à certaines variétés de T. bicarinata, Fisch., comme par exemple à celle de Cabrières, qui a été décrite par MM. Fischer et Tournouër, sous le nom de T. pusio. Il est malaisé de distinguer de cette dernière certains spécimens de Carry.

La T. quadriplicala se trouve à Carry, depuis l'aquitanien jusque dans la mollasse helvétienne de Sausset.

Turritella Desmaresti, Bast. — Conforme au type de Bazas et


86 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

de Saint-Avit, mais à tours plus débordants en dessous que dans la figure de Basterot (pl. IV, fig. a). Mollasse à Turritelles du cap Rousset; couches à Polypiers du parc de Carry; remonte jusque dans l'helvétien de Sausset.

Turritella turris, Bast, voir p. 102. — Rare dans la mollasse à Turritelles du cap Rousset, et dans la zone à Polypiers du parc de Carry, elle devient beaucoup plus abondante dans l'étage suivant.

Scalaria torulosa, Broc, in Hornes (pl. XLVI, fig. 13). — Type bien distinct, à côtes écartées, à intervalles finement striés; rare dans la mollasse ferrugineuse (deuxième niveau) du cap Rousset.

Scalaria lamellosa, Broc, in Hornes, pl. XLVI, fig. 7. (Sc. rugosa, Math.) — Un seul sujet des marnes bleues du cap Rousset.

Potamides plicatus, Brug., voir p. 74. — Commun dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau), et surtout dans le banc à Lucines qui surmonte le banc rouge à Polypiers de la Tuilière.

Potamides margaritaceus, Broc. — Avec le précédent, mais devient rare à ce niveau.

cerithium (Pyrazus) bidentatum, Grat. — Rare dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau). Je ne l'ai plus retrouvé au-dessus de cet horizon.

Cerithium pictum, Bast., voir p. 74. — Très rare dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau).

Cerithium pictum, Bast. var. (C. thiara, Grat., Conch. Adour., pl. XVIII, fig. 7). — Variété allongée du précédent, et dans le même banc.

Cerithium carryense, n. sp., pl. I, fig. 10. — Diagnose : Testa turrita, elongata, subpupiformis ; anfractus 11-12 plani, sutura impressa disjuncti, in medio excavati; prope suturam anticam et posticam seriatim nodosi, cingulo tenui medio ornati; grani superiores et inferiores obsolète in plicos longitudinales concatenati; canalis brevis, apertus.

Cette espèce a des rapports évidents avec le C. nodoso plicatum du bassin de Vienne, in Hörnes (pl. XL, fig 20), mais il s'en distingue aisément par sa plus grande longueur, par son facies plus pupiforme, par la présence assez constante d'un petit cordon granuleux entre les deux rangées principales de granules ; enfin par son canal plus droit et plus allongé.


DES ETAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 87

Je ne l'ai trouvé que dans la mollasse ferrugineuse (deuxième niveau) du cap Rousset.

Nassa Haueri., Mich., voir p. 104. — Rare dans la mollasse à Turritelles du cap Rousset.

Nassa reticulata, Lam, voir p. 104. — Rare avec le précédent.

Pyrula Lainei, Bast., var. minor. — Assez fréquente dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau) du cap Rousset et dans le banc rouge à Polypiers supérieur de l'étage aquitanien à la Tuilière. Les spécimens de cette assise sont de taille plus petite que ceux de l'assise saumâtre.

Rostellaria dentata, Grat. — Deux sujets de l'anse dei Bano sont semblables par la présence de varices longitudinales au spécimen figuré par Basterot (Foss. Bord. pl. IV, fig. 1) sous le nom de fi. curvirostris. L'espèce date de l'aquitanien de Mérignac et se continue jusque dans le miocène supérieur.

Voluta rarispina, Lam. r. voir p. 104. — Couche jaunâtre dei Bano.

Melongena cornuta, Ag. r. voir p. 104. — Couche jaunâtre dei

Bano.

Strombus decussatus, Grat. — Conforme au type de Dax, cette espèce est rare dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau) du cap Rousset.

Chenopus pes pelecani, L. — Un seul sujet, à carène presque lisse, se rapprochant de C. Uttingeri; mollasse à Turritelles.

Jania angulosa, Broc. (Murex angulosus, Broc, M. articulatus Mich.). — Un seul exemplaire de la mollasse à Turritelles, conforme au type de Tortone in Michelotti (Foss. Ital. sept., pl. X, fig. 1); l'espèce qui est surtout miocène supérieure et pliocène, a déjà été citée de Carry par.Hornes.

Cyproea pyrum, Gm. (C. provincialis, Math.). Conforme au type de M. Matheron (Cat. méth., pl. XL, fig. 22-23), que Hörnes a restitué à C. pyrum, et qu'il a signalé à Dax et dans les marnes bleues aquitaniennes de Montpellier, ainsi que dans les couches de Horn. Rare dans la mollasse ferrugineuse (deuxième niveau) du cap Rousset.


88 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

Conus canaliculatus, Broc. — Identique au type de Turin et Dertona (C. oblitus, Michel, in Descr. foss. Ital. sept. pl. XIV, fig. 2), fort voisin de C. Dujardini, mais distinct par une spire moins aiguë, moins scalariforme, et par l'atténuation des stries sur le dernier tour; peutêtre ce cône est une variété ancienne de C. Dujardini. Rare dans la couche à Lucines des Pierres-Tombées.

Helix Beaumonti, Math. —J'ai recueilli, dans la mollasse à Turritelles (deuxième niveau) deux specimens d'un Helix à carène latérale, qui ne se distinguent que par leur taille plus petite de Helix Beaumonti, Math. (Cat. méth. pl. XXXIII, fig. 19), de la mollasse marine des Beaumettes, près d'Aix.

Scutella paulensis, Ag. — L'apparition de cette espèce a lieu à Carry une première fois (voir p. 62), vers la base de l'aquitanien; elle disparaît ensuite dans l'assise saumâtre pour se montrer de nouveau en abondance au cap Rousset et au parc de Carry, dans les grès sableux à Pecten vindascinus qui forment la base de la mollasse à Polypiers. Elle remonte bien au-dessus dans le langhien et dans l'helvétien de Sausset.

Cidaris Avenionensis. — Magnifique sujet de la couche rouge de l'anse dei Bano (Mus., Marseille).

Phyllocoenia carryana, d'Orb., voir p. 63. — Couche rouge à Polypiers de la Tuilière.

Heliastraea Guettardi, Defr. (Astrea Guettardi, Mich. Icon. zooph., pl. XII, fig. 3). — Avec le précédent.

Brachyphyllia, sp. — Espèce voisine de B. granulosa, Mich. mais différente par l'égalité de ses côtes extérieures.

La faune de cette assise, non moins riche que celle de l'assise saumâtre et à facies plus franchement marin, présente le même caractère général, et plus de la moitié des espèces sont communes aux deux niveaux. Il me semble d'ailleurs logique de rattacher également le dernier à l'étage aquitanien, dont il contient les formes les plus caractéristiques, comme Pyrula Lainei var. minor, Strombus decussatus, Turritella Desmaresti, Nerita Plutonis, Neritina picta, Cytherea undata,


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 89

Corbula Basteroti, plus l'association des trois Potamides (T. plicatus, margaritaceus et bidentatus), caractéristiques de ce niveau dans le Sud-Ouest.

Les espèces communes avec le falun de Larriey, d'après les listes de M. Benoist (Cat. d. Testacés foss. de la Brède et de Saucats) sont au minimum de 20, sur un total de 45 espèces c'est-à-dire presque de la moitié. Les plus importantes sont : Cytherea undata, Cardium aquitanicum, Lucina incrassata, Lithodomus Avitensis, Mytilus Michelini, Lima squamosa, Neritina picta, Natica tigrina, Potamides plicatus, margaritaceus, Pyrazus bidentatus, Pyrula Lainei, Rostellaria dentata, Strombus decussatus, Cyproea. pyrum, etc. C'est donc au niveau des faluns de Larriey, de Mérignac, de Saint-Avit, c'està-dire dans l'aquitanien supérieur du S.-O (langhien inférieur Benoist) qu'il convient de ranger la faune de la mollasse à Turritelles de Carry.

Mais il est intéressant de constater dans cette nouvelle assise, que la faune, d'âge incontestablement aquitanien, commence à se mélanger avec un certain nombre de types caractéristiques de l'horizon de Léognan, ou du moins plus habituels à ce niveau dans le Sud-Ouest, comme Turritella turris. T. quadriplicata, Chenopus pespelecani et var., Cardium Burdigalinum var., Lucina columbella minor, Corbula carinata, etc. Mais il convient de remarquer aussi que ces formes, nouvellement introduites, sont encore pour la plupart représentées par des spécimens rares et de petite taille. Ces espèces jouent en quelque sorte le rôle de précurseurs et ne sont destinées à devenir abondantes que dans les assises plus élevées de la côte de Carry. Ce mélange d'espèces tend à imprimer à la faune de cette assise un facies mixte ou de passage, qui autorise bien l'attribution de cette mollasse à Turritelles à la partie supérieure de l'étage aquitanien. Des faits de même ordre ont été depuis long-


90 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

temps constatés par Tournouër (Bull. soc. géol., 2e sér., t. II, p. 1051), dans les environs de Bordeaux et notamment dans les faluns de Mérignac et du Haillan, dont les faunes présentent, comme celles des couches du port de Carry, l'association des types les mieux caractérisés de l'aquitanien avec un certain nombre d'espèces du falun de Léognan.

J'ai déjà noté, à l'occasion de l'assise précédente, le parallélisme évident de la faune aquitanienne de Carry avec celle des marnes bleues de Fontcaude, près Montpellier, seule localité du Sud-Est où affleurent des couches oligocènes à faciès marin. Il suffit de parcourir la liste des espèces de ces marnes bleues (Bull. soc. géol., 2e sér., t. XXV, p. 886), pour reconnaître la contemporanéité de ces formations.

En se reportant aux faunes plus récentes de la mollasse helvétienne du bassin du Rhône, j'ai déjà constaté plus haut, d'après les listes de Fontannes, l'apparition dans l'assise saumâtre à l'est de Carry d'un certain nombre d'espèces qui passent dans l'helvétien du Sud-Est. La liste de ces formes communes s'accroît encore dans la mollasse à Turritelles par l'adjonction aux espèces déjà citées de : Anomia costata, Pecten elegans, Panopoea Menardi, Conus aff. canaliculatus, Turritella turris, Scutella paulensis, toutes espèces citées par Fontannes à diverses reprises dans la mollasse à Pecten proescabriusculus du Sud-Est.


DES ETAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 91

II Système miocène.

B. ÉTAGE LANGHIEN

5. MOLLASSE GRÉSEUSE A TURRITELLA TURRIS ET AMPHIOPE ELLIPTICA

Au-dessus des couches à Polypiers et Pyrula Lainei de la Tuilière, on voit affleurer à l'ouest de Carry, entre les Pierres-Tombées et le port de Sausset, une série de couches sableuses à Peignes et Huîtres, consolidées à divers niveaux en une mollasse gréseuse blanche, rose ou jaunâtre, dont quelques bancs (les Baumettes, le Rouveau, Sausset) sont remplis d'une riche faune de Gastropodes, identiques pour la plupart à ceux de Saucats et de Léognan, dans le Sud-Ouest.

Cette nouvelle assise, épaisse environ de 25 mètres, comprend de bas en haut les zones suivantes :

1° Marnes brunes et rouges à Pecten vindascinus et Ostracés. — Au banc brun jaunâtre à Gastropodes des PierresTombées et de la Tuilière succèdent (fig. 13 et 14) d'abord un grès marneux jaunâtre à Pecten vindascinus, Huîtres et


92 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

moules de bivalves, que surmonte une couche de 4-5 mètres de marne argileuse brune et rouge, dont on a tenté l'exploitation comme argile à tuiles sur le bord de l'anse dite de la Tuilière. Les fossiles peu variées de cette zone sont : Pecten vindascinus Font.; Ostrea cf. Boblayei Desh; Ostrea aginensis Tourn.; Ostrea granensis Font.; Anomia ephippium L.

2° Mollasse gréseuse à Turritella turris et banc rose de l'anse des Baumettes. — Au-dessus des marnes brunes et rouges, point de repère facile à reconnaître, vient une formation sablo-gréseuse, un peu calcaire, de couleur claire, blanche, jaunâtre, parfois un peu rosée, qui constitue les petits plateaux (fig. 14), des Pierres-Tombées, du cap de Barre et de la pointe Vaisseau. Ces grès sont pétris de Turritelles (T. turris, quadriplicata et Desmaresti), la première de beaucoup la plus abondante. Ils contiennent aussi Cerithium bidentatum Grat., Pleurotoma spirata Math., Cardium Burdigalinum, Lam. var, et de nombreux spécimens d'Amphiope elliptica et de Scutelles. Les bancs supérieurs, plus calcaires, qui affleurent au niveau de la mer, à la calanque des Baumettes, prennent une jolie teinte rosée (bancrose des Baumettes) et conliennent une riche faune, différente de celle des assises inférieures des environs de Carry. Les principales espèces sont :

Natica tigrina, DEFR. r.

— Josephinia Risso, r. Turrilella quadriplicata, BAST. C.

— turris, BAST. C. C.

— Desmaresti, BAST. C. Pleurotoma rotata, BROC. r. Clavatula geniculata, BELL. Genota ramosa, BAST. C. Nassa Haueri, MICH. C.

Nassa reticulata, LAM. var. Strombus Bonelli, BR. Lucina ornata. AG. r. Cytherea erycina, LAM. C.

— Lamarcki, AG. Corbula Basteroli, HORN. C. Cardium Burdigalinum, L. var.

— aquitanicum, MAYER. Anomalocardia diluvii, L.


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 93

Lima squamosa, LAM. C. Pecten vindascinus, FONT. C. — pavonaceus, FONT. r.

Ostrea aginensis, TOURN.

— granensis, FONT., C. Amphrope elliptica, DESOR, C.

3° Sables jaunes à Peignes et Huîtres et banc gréseux à Pleurotomes. — Une nouvelle série de sables jaunes marneux à Pecten vindascinus et Ostracés (Ostrea granensis, O. aginensis), de 4-5 mètres d'épaisseur, recouvre le banc rose des Baumettes, et se termine par un banc gréseux, fin, blan châtre, riche en Gastropodes des genres Pleurotome, Nasse, Natice, etc. Ce banc à Pleurotomes, de 1 à 2 mètres, qui se montre à l'anse des Baumettes, à une certaine hauteur sur le flanc de la falaise (fig. 15), se prolonge à l'ouest pour venir affleurer au niveau de la mer, dans la petite anse du GrandRouveau (fig. 16). Sa faune ne diffère de celle du banc rose des Baumettes que par la rareté relative des Lamellibranches et par l'abondance individuelle des espèces suivantes :

Melongena cornuta, AG. r. Pirula rusticula, LAM. r. Pleurotoma ramosa, BAST. C.

— spirata, MATH. r.

— geniculata, BELL. C. Turritella turris, BAST. C.

— quadriplicata, BAST. C. Oliva scalaris, BELL. r.

Bulla? convoluta, BROC. r. Natica tigrina, DEFR. C. Nassa Haneri, MICH. a. c Nassa reticulata, L. var. c. Lucina ornata, AG. r. Corbula Basteroti, HÖRN. r. Amphiope elliptica, DES. r.

4° Sables jaunes à Lutraria et Thracia ventricosa. — Enfin l'assise se termine par de nouvelles couches de sables jaunes fins avec Ostrea, Mytilus Michelini, Lutraria oblonga, Thracia ventricosa, que surmonte un calcaire lumachelle compacte avec fragments d'huîtres, de Turritelles, etc. A la calanque des Baumettes, cette zone supérieure du langhien repose sur un 1er niveau de conglomérat à éléments locaux et peu roulés, tandis qu'elle est recouverte par un 2e conglo-


94 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

mérat à gros galets siliceux et à patine verdâtre, qui forme la base des couches helvétiennes à Ostrea crassissima.

5° Couches de Sausset. — A l'étage langhien, et à la partie la plus élevée de cet étage, se rattachent encore quelques bancs qui sur le flanc oriental de l'anse de Sausset affleurent (fig. 17), sur une faible étendue au-dessous de la mollasse helvétienne, sans présenter de rapports stratigraphiques visibles avec le langhien des Baumettes et du Rouveau. Ce sont des sables marneux jaunes à la base; puis des marnes noduleuses blanchâtres à grosses huîtres 0. cf. Boblayei, Pecten Justianus c., Polypiers, Amphiopes, etc., que surmonte un banc calcaire rose, très fossilifère, contenant de nombreux cailloux de quartz rose, blanc, noir, de petites dimensions, et recouvert directement par la mollasse à Ostrea crassissima et gingensis .

La faune de ce banc rose de Sausset est des plus riches et rappelle presque entièrement celle du grès à Pleurotomes des Baumettes et du Rouveau, mais avec beaucoup d'éléments en plus. La coloration et l'aspect un peu particulier de ce banc, la présence d'un certain nombre d'espèces qui ne s'étaient pas montrées dans les zones inférieures, me portent à penser qu'il représente un niveau encore un peu plus élevé que les précédents dans l'étage langhien. Les principales espèces de Sausset sont les suivantes :

Ostrea cf. Boblayei, DESH. Pecten vindascinus, FONT. C.

— Justianus, FONT. Cardium Burdigalinum, LAM.

var. c. Anomalocardia diluvii, LAM. Lucina incrassata, DUB. C.

— columbella, LAM. a. r.

Lucina ornala, AG. a. c Corbula Basteroti, HÖRN. a. c. Cytherea erycina, LAM. C. Natica tigrina, DEFR. C. C.

— Josephinia, RISSO, c. Turitella quadriplicata, BAST. c.

— turris, BAST. C.

— Desmaresti, BAST. a. r.


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 95

Turritella echinata, n. sp. r. Scalaria, lamellosa, BROC. r. Calyptroea deformis, LAM. r. Potamides plicatus, BRUG. r. r. Cerithium vulgatum, BRUG. r. Chenopus pespelecani, LAM. C.

— pes carbonis. BRONGN. C. Pleurotoma ramosa, BAST. C.

— spirata, MATH. a. c.

— geniculata, BELL. C.

— asperulata, LA M. r.

— multistriata, BELL. r. r. Nassa eburnoides, MATH. r.

— Haueri, MICH. C

— reticulata, L. var. c. c. Pirula rusticula, BAST. c.

Ficula condita, BRONGN. Mitra fusiformis, BROC r. Terebra acuminata, BORS, r.

— plicaria, BAST. r. Conus aff. canaliculutus, BROC. c. Strombus Bonellii, BRONGN. C. Ancilla glandiformis, LAM. r. Oliva clavula, BAST. a. r. Murex imbricatus, BROC. r.

— aff. Genei, BELL. r. Volutararispina, LAM. C. Fusus Puschi, ANDR. r. Triton affine, DESH. r.

— loevigatum, M.DE SERRES,r. Scutella paulensis, AG. C. Amphiope elliptica, DES. C.

La faune de l'ensemble de l'étage langhien de Carry comprend les espèces suivantes :

Ostrea granensis, Font. voir p. 68. — Commune dans toutes les zones sableuses de l'étage.

Ostrea caudata, Munst, voir p. 68. — Même remarque que pour la précédente.

Ostrea aginensis, Tourn. voir p. 61. — Les sujets de ce niveau, qui forment un banc au- dessous du banc rose des Baumettes ont leur grande valve moins plissée et plus profondément excavée sous le crochet que dans l'étage aquitanien.

Ostrea cf. Boblayei, Desh. — Il existe à la base de l'étage dans les sables qui surmontent la couche rouge à Polypiers de la pointe de Carry un véritable banc d'une huître à lest épais, très adhérente, semblable à l'Ostrea Boblayei par la forme de la surface ligamentaire et de l'impression musculaire, mais s'en éloignant parce que ses plis longitudinaux sont peu distincts, tandis que ses lamelles concentriques sont au contraire fort développées, Fontannes signale cett eespèce dans les couches de Sausset.

Anomia ephippium, Lam. — Marnes brunes et rouges de la Tuilière.


96 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

Pecten vindascinus, Font. voir p. 84. — Commun dans tout l'étage et passe dans l'helvétien.

Pceten Justianus, Font. Assez rare. — Fontannes avait recueilli de beaux spécimens de cette espèce dans les calcaires blanchâtres noduleux du port de Sausset. Voisine du Pecten substriatus d'Orb. (P. pusio auct.), cette espèce en diffère surtout par la présence d'une petite côte intercalaire entre les côtes principales trifurquées et par l'absence de stries concentriques au fond de ces intervalles. Le type provient des couches les plus inférieures de la mollasse à P. proescabriusculus du Comtat.

Pecten pavonaccus, Font. — Une seule valve gauche des grès à Amphiopes du cap Vaisseau est identique à l'espèce de la mollasse sableuse de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Font. bassin de Visan, pl. I, fig, 4). L'espèce fait partie du groupe du P. opercularis.

Lima squamosa, Lam. — Rare dans le banc rose des Baumettes.

Cardin an Burdigalinum, Lam. var. inerme, n. var. (pl. II, fig. 2). — Identique de forme au C. Burdigalinum du Sud-Ouest, le type de Carry constitue au moins une variété locale bien caractérisée qui se distingue par ses côtes médianes moins rectangulaires que dans le type de Bordeaux, presque triangulaires même chez certains sujets, et surtout par ses côtes postérieures dépourvues de lamelles élevées; enfin par ses côtes antérieures non granuleuses. J'aurais sans doute considéré ces différences comme spécifiques, si je n'avais observé certains sujets de Dax, à lamelles et à granules très atténués.

Cette forme, rare dans la mollasse à Turitelles aquitanienne, devient commune dans l'étage langhien, notamment dans le banc rose des Baumettes et dans celui de Sausset.

Anosmalocardia diluvii, Lam. voir p. 69. — Peu commune dans cet étage aux Baumettes et à Sausset.

Lucina incrassata, Dubois, voir p. 60. — Commune à Sausset •et passe dans l'helvétien.

Lucina (Linga) columbella, Lam. — Peu commune dans la mollasse rose des Baumettes et de Sausset.

Lucina (Divaricella) ornata, Ag. — Plus rare que dans l'aquitanien; banc rose des Baumettes et de Sausset, et passe dans l'helvétien.

Corbula Basteroti, Hörnes, voir p. 74. — Commune dans le banc rose des Baumettes et de Sausset et passe dans l'helvétien.


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 97

Cytherea erycina, L. — Espèce caractéristique, identique au type de Bordeaux,.commune aux Baumettes, plus rare à Sausset. Elle a été indiquée à Carry par M. Matheron, et par Fontannes dans l'helvétien du bassin de Visan. Chez beaucoup de spécimens de Carry, les stries concentriques tendent à s'effacer sur le bord de la coquille.

Cytherea? Lamarcki, Ag. —Je rapporte avec quelque doute à cette espèce des spécimens de taille médiocre du banc rose des Baumettes.

Lutraria oblonga, Chemnitz. — Commune dans les grès à Amphiopes.supérieurs au banc rose des Baumettes.

Thracia ventricosa, Phil. — Commune à l'état de moule interne avec l'espèce précédente, dans les grès à Thracia et Amphiopes.

Un sujet pourvu de son test m'a permis de constater son identité avec l'espèce du bassin de Vienne.

Panopaea Menardi, Rud. voir p. 88. — Rare à la base de l'étage dans les grès marneux à Pecten vindascinus de la Tuilière.

Calyptraea deformis, Lam. — Rare dans le banc rose de Sausset. Déjà citée à Carry par M. Matheron.

Natica tigrina, Defr. in Grat, (N. millepunctata, var. Hörnes).

On trouve en abondance dans tout le langhien de Carry, mais surtout dans le banc rose de Sausset une Natice de taille médiocre, à test épais, à ombilic profond et étroit, à funicule peu développé, caractérisée surtout par la dépression bien marquée que l'on remarque à la partie supérieure du dernier tour. Cette espèce est conforme à la figure donnée par Grateloup de Natica tigrina, Defr. (Conchy. Adour, pl. IX, fig. 12, et pl. V, f. 4). Hörnes a réuni ce type à titre de variété miocène à N. millepunctata, L., et peut-être non sans raison. L'état spathique du test dans les fossiles de Carry ne permet pas de savoir si la surface de la coquille était ornée de ponctuations colorées.

Natica Josephinia, Risso. — Le type miocène diffère de la forme vivante par la hauteur un peu plus prononcée de la spire et par le grand développement du bourrelet ombilical. L'espèce est moins commune que la précédente dans tous les niveaux à Gastropodes de la côte de Carry, depuis l'aquitanien jusque dans l'helvétien de Sausset.

Turitella quadriplicata, Bast. voir p. 89. — Déjà citée dans l'aquitanien, cette espèce traverse tout le langhien et persiste dans l'helvétien de Sausset.

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Turritella turris, Bast. — Ce type présente dans la formation de Carry, des variations notables. Quelques spécimens, mais c'est le plus petit nombre, se rapprochent du type du bassin de Vienne in Hörnes, c'est-à-dire présentent par chaque tour 5 cordons transverses principaux, dont 3 inférieurs plus saillants et deux supérieurs plus fins, mais il y a en outre un petit cordonnet intercalaire entre les deux cordons inférieurs (pl. II, fig. 4).

La plupart des spécimens représentent des variétés dans lesquelles les cordons principaux tendent à s'atténuer, tandis que le nombre des filets intermédiaires augmente. Dans la forme la plus commune à Carry (pl. II, fig. 4a) on compte 4 cordonnets intercalaires à partir de la suture inférieure, ce qui fait un total de 9 cordons par tour. Enfin dans les variétés extrêmes le nombre des cordons transverses est de 10 ou 11, et ils tendent à s'égaliser en devenant plus fins. On arrive ainsi à de véritables termes de passages à la Turritella communis actuelle, citée à Carry par d'Orbigny.

Turritella Desmaresti, Bast. — Conforme au type de Bordeaux in Basterot, pl. IV, fig. 4. Associée aux deux espèces précédentes aux Baumettes et à Sausset. où elle atteint de fortes dimensions.

Turritella echinata, n. sp.. pl. II, fig. 3. Diagnose.— Turritella affinis Desmaresti Bast., aufractibus supernè prope suturam excavatis, carinâ mediâ valdè svinosâ.

Cette belle espèce se distingue par ses tours de spire excavés supérieurement et non aplatis comme dans T. Desmaresti, et surtout par sa carêne médiane, qui, au lieu de former un rimple cordon tuberculeux, se compose d'une série de fortes épines coniques, saillantes et pointues.

Elle débute à Carry, plus haut que la T. Desmaresti, et seulement à partir de la mollasse rose de Sausset pour devenir plus commune dans l'helvétien.

Scalaria lamellosa, Broc. — Rare dans la mollasse rose de Sausset.

Potamides plicatus, Brug. — Très rare dans le banc rose de

Sausset.

Cerithium vulgatum, Brug. — Se trouve exclusivement dans le banc rose de Sausset où il est rare. La spire est plus allongée et plus étroite que dans les types du bassin de Vienne, mais l'ornementation est tout à fait semblable.


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 99

Chenopus pes pelecani, L, var. y, Weinkauff.). —Je comprends dans ce type actuel la majeure partie des spécimens de Carry dont les carènes médianes sont assez saillantes, ornées de tubercules transverses et non de plis longitudinaux. Commun dans le grès à Pleurotomes des Baumettes et dans le banc rose de Sausset.

Chenopus pes-carbonis, Brongr. — (Ch. pespelecani var. p. Weink.). — On trouve associés à l'espèce précédente des spécimens de plus petite taille, dont les carènes plus effilées sont ornées de plis longitudinaux obliques, comme dans le type de Brongniart (Vicentin, pl. IV, fig. 1). Hörnes réunit cette espèce à la précédente à cause des nombreuses variétés intermédiaires.

Pleurotoma (Genota) ramosa, Best. — Spire un peu moins allongée que dans les types figurés par Basterot et Hörnes, mais dernier tour moins renflé et à tubercules moins prononcés que dans la variété de Cabrières (Fischer et T., Léberon, pl. XVII, fig. 17). Commun dans le grès à Pleurotomes des Baumettes, dans le banc rose de Sausset et passe dans l'helvétien. Il a été cité par Matheron à Carry et par Fontannes dans la mollasse à Pecten proescabriusculus du bassin de Crest, ainsi que dans l'helvétien supérieur du Comtat et de Cabrières.

Pleurotoma (Clavatula) spirata, Math. Cat. méth. pl. XL, fig. 11. — Espèce bien reconnaissable à la forme aiguë et tranchante de la carène placée près de la suture supérieure. M. Bellardi la rapproche dubitativement de Pl. carinifera, Grat. in Bellardi (Moll. Plem. et Lig., part. II, pl. VI, fig. 24), dont la carène est moins tranchante. Cette assimilation pourrait bien être fondée, car j'ai recueilli des spécimens de forte taille à carène beaucoup plus mousse que dans le type. Assez rare dans le grès à Pleurotomes des Baumettes et dans le banc rose de Sausset.

Pleurotoma (Clavatula) geniculata, Bell. pl. II, fig. 5. — Je rapporte, non sans quelque hésitation, à ce type de la colline de Turin in Bellardi (Moll. Piém. e Lig., part. 2, pl. V, fig. 37), un Pleurotome du groupe des Pl. asperulata et interrupta, mais distinct du premier parce qu'il ne possède qu'une seule rangée de tubercules placée contre la suture antérieure, tandis que la suture postérieure est bordée par un gros bourrelet mousse, et le plus souvent dépourvu de nodosités. Il diffère du type italien auquel je le rapporte par une taille plus forte et par un canal plus allongé. Commun aux Baumettes et à Sausset.

Pleurotoma (Clavatula) asperulata, Lam. — Plus rare que


100 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

le précédent dans le banc rose de Sausset; identique au type de Cabrières, avec cordons granuleux bien prononcés à la base du dernier tour.

Pleurotoma rotata, Broc. — Var. in Bellardi (loc. cit. pl. I, fig. 6). — Un seul sujet de petite taille diffère de la variété E de M. Bellardi parce que la suture postérieure est bordée par un bourrelet plus saillant que dans le type italien ; c'est une exagération du caractère sur lequel est fondée cette variété. Banc rose des Baumettes.

Pleurotoma multistriata, Bell. Un seul sujet du banc rose de Sausset ne diffère du type de Turin in Bellardi (Moll. Piem. e. Lig., pl. II, fig. 4) que par des sutures un peu plus profondes. M. Bellardi signale ce dernier caractère chez certains sujets de Turin.

Nassa eburnoïdes, Math. (Buccinum Caronis, Hörnes non Brongr. — Cette Nasse appartient à un groupe de formes à suture canaliculée, intermédiaire entre les Nassa et les Eburna. Rare dans le banc rose de Sausset, mais bien conforme au type de M. Matheron (Cat, méth. pl. XL, fig. 14-16).

Nassa (Cyllenina) Haueri, Mich. (Buccinum baccatum. Grat., pl. XXXVI, fig. 6). — Conforme au type de la colline de Turin détaché avec raison par Michelotti (Descr. foss. Ital. sept. pl. XVII, fig. 3) du Buccinum buccatum Bast. C'est probablement l'espèce que M. Matheron a citée à Carry sous ce dernier nom.

Très rare et de petite taille dans la mollasse à Turritelles aquitanienne, cette espèce devient commune dans le langhien aux Baumettes, au Rouveau, à Sausset et passe dans l'helvétien.

Nassa reticulata, Lam. var. (pl. II, fig. 1 et 1a). — Il me paraît difficile de séparer du type reticulata actuel, sinon à titre de variété, une Nassa très commune dans le langhien et dans l'helvétien de Carry, remarquable par sa spire plus effilée que dans les spécimens vivants, et surtout par la constance, à la partie supérieure de chaque tour, d'une bandelette suturale séparée par un léger sillon, et sur laquelle les côtes longitudinales s'atténuent en s'infléchissant en avant. La callosité columellaire est peu prononcée. Il semble que cette forme doive être rapprochée de la var. Burdigalensis, Bast., « anfractibus superne cingula depressa circumdatis » des faluns de Dax.

Pirula rusticula, Bast. — On trouve dans le langhien de Carry deux formes de cette espèce, l'une à spire élevée et à double rangée d'épi-


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 101

nes, l'autre à spire plus basse et à une seule rangée épineuse. Rare aux Baumettes; commune dans le banc rose de Sausset.

Ficula condita, Brongn. — Assez commun dans le banc rose de Sausset, mais toujours de petite taille. M. Mayer a déjà cité l'espèce du mayencien I de Carry.

Melongena cornuta, Ag. — Les deux exemplaires que j'ai recueillis, l'un dans le banc rose des Beaumettes, l'autre au Rouveau, appartiennent à la variété à dernier tour lisse, sans épines en dessus, conforme aux exemplaires figurés par Hörnes (pl. XXX, fig. 2). Cette espèce, qui date de l'aquitanien de Bazas, est surtout commune dans les faluns de Léognan et de Saucats. Elle a été citée en Corse, à Turin, enfin par M. Tournouër, dans la mollasse de Forcalquier.

Voluta rarispina, Lam. — Conforme au type de Bordeaux (in Bast. pl. II, fig. 1) J'ai déjà signalé cette espèce au sommet de l'aquitanien de la Tuilière; elle est un peu plus abondante dans le banc rose de Sausset.

Mitra fusiformis, Broc. — Un seul sujet du banc rose de Sausset est conforme au type largement répandu dans le miocène (Turin, Bordeaux, Touraine), et dans le pliocène. L'espèce a été citée à Carry, par M. Matheron, et à Cabrières, par MM. Fischer et Tournouër.

Terebra acuminata, Bors. (T. tessellata, Mich.). — Banc rose de Sausset. L'espèce est répandue dans tout le miocène moyen et supérieur, et passe dans le pliocène. C'est sans doute cette espèce qui a été citée à Carry et à Plan d'Aren, par M. Matheron, sous le nom de T. pertusa, Bast., espèce très voisine de T. acuminata.

Terebra plicaria, Bast. — Banc rose des Beaumettes. Conforme au type de Saucats, in Basterot, pl. III, fig. 4, pourvu de plis longitudinaux peu distincts et d'un sillon transverse près de la suture supérieure. La présence de ce sillon la distingue de T. modesta, Defr., indiquée à Cabrières, par MM. Fischer et Tournouër. L'espèce est très voisine de T. fuscata, Broc, du pliocène.

Strombus Bonellii, Brongn. — Commun, mais toujours de petite taille, aux Baumettes et à Sausset. Ce type est particulièrement conforme à la figure donnée par Grateloup (Conchy. Adour., pl. XXXIII, fig. 7), sous le nom de Str, lucifer, Bosc, considéré par Hörnes comme syno-


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nyme de Str. Bonellii. Le type de Dax et celui de Carry diffèrent de ce dernier par un canal plus étroit et plus long, par les côtes longitudinales épineuses plus régulières du dernier tour, ornées de stries transverses plus serrées, enfin par un angle buccal postérieur plus éloigné de la suture. L'espèce a été citée de Carry, par M. Matheron, et du Mayencien II de Carry, par M. Mayer.

Conus canallculatus, Broc. (C. Dujardini, Desh. in Hörnes). — La présence de cette espèce a été déjà constatée plus haut dans l'aquitanien où elle est rare; elle est un peu plus commune dans le banc rose de Sausset. Les sujets de la côte de Provence ont leur spire constamment plus courte que dans les sujets de Vienne, de Touraine et de Cucuron. Ils ressemblent davantage au type pliocène de Brocchi (Conchy. subap., pl. XV, fig. 28) et au type de Turin figuré par Micheletti (pl. XIV, fig. 2) sous le nom de Conus oblitus.

Ancilla glandiformis, Lam. — Rare dans le banc rose de Sausset où je n'ai vu qu'un seul échantillon.

Fusus Pusehi, Andr. (Fusus armatus, Mich.). —Ce type si particulier dont chaque tour est armé d'une série transverse d'épines aiguës, est rare dans la mollasse rose de Sausset d'où je n'ai qu'un seul exemplaire. D'après Hörnes, l'espèce est commune à Grand et plus rare dans les autres stations du bassin de Vienne. Michelotti l'indique de l'helvétien de Turin. Elle n'était pas encore connue du bassin du Rhône.

Triton affine, Desh. — Un seul spécimen entier du banc rose de Sausset.

Triton loevigatum, Marcel de Serres. — Un seul sujet du banc rose de Sausset ne diffère du type miocène figuré par Bellardi (Moll. Piem. e. Lig., t. I, pl. XIV, fig. 11), que par une spire un peu plus allongée et des stries transverses plus apparentes.

Murex aff. Genei, Bell. et Mich. — Je rapporte à ce type polymorphe un exemplaire unique du banc rose de Sausset. Il diffère des spécimens du bassin de Vienne in Hörnes, pl. XXIV, fig. 6, 7, par sa spire plus fusiforme, par son canal long et ouvert. L'espèce est connue de l'helvétien de Turin et de Grund ainsi que du tortonien d'Italie.

Murex imbricatus, Broc. — Un seul sujet du banc rose de Sausset.


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Oliva clavula, Bast. — Rare à Sausset, et conforme au type du SudOuest (in Bast. Mém. Bord. pl. II, fig. VII). J'ai vu dans la collection d'Orbigny des sujets de celle espèce provenant des couches rouges du sommet de l'aquitanien de la Tuilière.

Oliva (Porphyria) scalaris Bull. — Je rapporte à cette espèce de la colline de Turin (Bellardi. — Moll. Piem. e. Lig. 3e part. p. 205, pl. XII fig. 21) un seul spécimen du grès à Pleurotomie du Rouveau, conforme au type italien par sa spire allongée étroite et scalariforme.

Bulla convoluta, Broc. — Les rares spécimen du Rouveau rappellent par leur forme allongée et cylindrique cette espèce répandue depuis l'aquitanien de Dax jusque dans le pliocène.

Scutella paulensis, Ag. — Mollasse à Turritelles et Amphiopes.

Amphiope elliptica, Des. — Diffère de A. bioculata, surtout par son côté postérieur prolongé et non tronqué carrément, et par la forme elliptique de ses deux perforations. Commun dans les grès à Turritella turris et dans le banc rose de Sausset.

La faune de cet étage, si on la compare à celle de l'aquitanien de Carry, présente, malgré la présence d'un certain nombre d'espèces communes, un ensemble nettement diffèrent à la fois par les associations génériques et par l'apparition de beaucoup d'espèces caractéristiques qui ne s'étaient pas montrées dans l'étage inférieur.

C'est ainsi que les genres Neritina, Potamides, Vermetus, Cyrena, Corbula, Anomalocardia, Mytilus, les bancs d'Ostrea crispata et undata, qui abondaient dans les couches aquitaniennes ont disparu ou ne comptent qu'un petit nombre d'individus dans ce nouvel étage, tandis qu'à leur place, on voit apparaître les Natica, Nassa, Pleurotoma, Terebra, Ficula, Melongena, Chenopus, Strombus, Ancilla, Triton, Murex, Oliva, Calyptroea, etc., qui sont absents ou à peine représentés dans les couches à l'est de Carry. On ne peut manquer d'être frappé de ce fait qu'une modification générique presque


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identique a été signalée avec insistance par Tournouër (Bull. soc. géol., 2e série, t. XIX, p. 1035) lorsqu'il a comparé les faunes de Bazas et de Mérignac avec celle des faluns de Saucats et de Léognan. Bien que ces substitutions de genre trouvent une explication rationnelle dans un changement du facies, plus saumâtre dans l'aquitanien que dans l'étage qui lui est superposé, il importe de tenir compte, pour la classification des couches de Carry, de cette coïncidence du changement de facies à la fois sur la côte de Provence et dans le bassin du Sud-Ouest.

Au point de vue de la distribution des espèces, j'ai déjà dit que bon nombre de formes passaient, sur la côte de Carry, de l'aquitanien dans la mollasse gréseuse à Turritella turris et Amphiopes, que je rapporte à l'étage langhien. Mais parmi les vingt-deux espèces de mollusques communes aux deux étages, il en est, surtout parmi les Lamellibranches, auxquelles on pourrait appliquer le nom de formes banales, parce qu'on les retrouve indistinctement dans toute la hauteur de la formation de Carry depuis l'aquitanien jusqu'à l'helvétien inclus. De ce nombre sont surtout les Huîtres (0. granensis, 0. caudata, 0. aginensis), les Peignes (Pecten vindascinus, Pecten Justianus), la Corbula Basteroti, les Lucina ornata et incrassata et parmi les Gastropodes les Turritella Desmaresti et quadriplicata.

En outre, cette connexion faunique entre les deux étages perd singulièrement de son importance, si on remarque que parmi les douze autres espèces communes, plusieurs (Lucina columbella, Natica tigrina, Turritella turris, Nassa Haueri, Nassa reticulata var., Chenopus pespelecani) ne se trouvent dans l'aquitanien qu'à l'état d'extrême rareté, jouant seulement le rôle de précurseurs, tandis que, par contre, d'autres espèces deviennent rares dans le langhien ou s'éteignent même avant la fin de cet étage. Il convient de citer en par-


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ticulier les Potamides (P. plicatus, margaritaceus et bidentatus), qui caractérisent par leur abondance les couches saumâtres aquitaniennes de Carry; dans la mollasse gréseuse à Amphiopes, les deux dernières espèces ont disparu, le P. plicatus seul persistant à l'état de rareté extrême, dans les couches de Sausset, jusqu'à la base de la mollasse à Ostrea crassissima. Tournouër (loc. cit.)a indiqué un fait tout à fait analogue dans les faluns de Cestas et du haut Saucats, où il a observé un intéressant retour de Potamides et autres formes saumâtres aquitaniennes, associées avec les espèces des faluns de Léognan.

Le parallélisme de la mollasse gréseuse à Turritella turris et Amphiopes avec les faluns de Saucats et de Léognan ne saurait être douteuse, en raison de la présence dans cette mollasse des espèces les plus caractérisques de ce niveau dans le Sud-Ouest, telles que : Cytherea erycina, Cardium Burdigalinum var., Lucina columbella, Calyptroea deformis, Natica tigrina, Turritella turris, Chenopus pespelecani et pes-carbonis, Pleurotoma ramosa, Pl. asperulata, Terebra plicaria, T. acuminata, Pirula rusticula, Melongena cornuta, Ficula condita, Mitra fusiformis, Nassa eburnoïdes, Strombus Bonellii, Triton affine. Ancilla glandiformis, Oliva clavula, Voluta rarispina. Si on considère en outre le nombre total d'espèces communes, on trouve que, sur les 54 espèces de mollusques déterminables de Carry, 36 ou 60 pour 100 sont communes avec les faluns langhiens des environs de Bordeaux.

En dehors de ces affinités frappantes avec les faluns de Saucats et de Léognan, — rapports tels qu'ils entraînent à mon sens, le synchronisme des deux formations — la mollasse langhienne de Carry présente également un grand nombre d'espèces communes avec les Hornerschichten du bassin de Vienne, qui, malgré la présence de l' Ostrea crassissima, se rat-


106 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

tachent fort probablement au même horizon. Parmi les espèces des environs de Horn et d'Eggenburg, indiquées par Hörnes et par M. Fuchs, les Calyptoea de for mis, Pirula ruslicula, Strombus Bonellii, Nassa ebumoides, Cyproea pyrum, Ancilla glandiformis, Potamides plicatus, Turritella turris, Nassa reticulata, Chenopus pes-pelecani Ficula condita, Lucina ornata, Cytherea erycina, C. Lamarcki, Cardium Burdigalinum, etc., font partie de la faune langhienne de Carry et établissent entre les deux gisements si éloignés un intéressant parallélisme.

En Italie, les marnes bleues à Ptéropodes, type de l'étage langhien de M. Mayer, sont une formation pélagique à faune pauvre et toute spéciale que l'on ne saurait comparer avec celle des' faluns littoraux de Carry, mais que la stratigraphie permet de rapporter au même horizon.

D'autre part, la faune langhienne de Carry ne manque pas de points de contact avec les faunes helvétiennes des bassins atlantique et méditerranéen.

Dans le bassin de Vienne, les analogies les plus évidentes sont pour le riche gisement de Grund, dont la faune, d'après M. Fuchs sert de trait d'union entre les deux grands étages méditerranéens de M. Suess. Si l'on s'en rapporte aux listes de Hörnes, Grund possède 32 espèces communes avec la mollasse à Turritella turris et Amphiopes de Carry, sur un total de 54 espèces qui compose la faune de ce dernier horizon. Il est vrai de dire que sur ce nombre de 32 espèces communes, 14 se trouvent exclusivement dans les couches du port de Sausset, c'est-à-dire dans la zone tout à fait supérieure de l'étage, et que l'on peut, à bon droit, considérer comme une zone de passage à l'helvétien. Ces espèces sont les suivantes : Ancilla glandiformis, Pleurotoma asperulata, Mitra fusiformis, Terebra plicaria, T. acuminata, Nassa ebumoides, Strombus Bonellii, Triton affine, Ficula condita,


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 101

Fusus Puschi, Calyptroea deformis. Les couches de Sausset sont néanmoins assez liées aux bancs inférieurs par l'ensemble de leur faune pour qu'il ne m'ait pas paru possible de les détacher de l'étage langhien. La proportion d'espèces communes est un peu moindre avec

la faune de la colline de Turin et atteindrait d'après les listes de Hörnes, Michelotti,Bellardi, le chiffre de 28 sur 54 espèces de Carry, c'est-à-dire 51 %; le facies général de la faune est d'ailleurs bien semblable dans les deux gisements, et la distinction précise de ces deux niveaux, est en réalité des plus délicates.

Plus intéressants encore sont les rapports que montre la faune langhienne de Carry avec celles des différentes assises de la mollasse marine du bassin du Rhône, attribuée en entier par Fontannes à l'étage helvétien. Ces affinités importantes à connaître pour l'étude de la succession des faunes miocènes du Sud-Est, méritent surtout d'être analysées pour l'assise la plus inférieure de l'helvétien, c'est-à-dire pour la mollasse à Pecten proescabriusculus de Fontannes.

En effet, ce savant géologue a fait depuis longtemps la remarque que, si l'étage langhien ne semblait représenté dans le bassin du Rhône par aucun terme stratigraphique, on constatait en revanche, dans la faune de la mollasse à Pecten proescabriusculus, la présence d'un grand nombre d'espèces dont l'apparition a lieu dans le langhien et même dans l'aquitanien du Sud-Ouest.

C'est ainsi que dans la zone la plus inférieure de cette grande assise, dans la mollasse sableuse à Scutella Paulensis, riche surtout en Pecten et Ostracés, et dépourvue de Gastropodes, se trouvent les espèces suivantes des couches langhiennes de Carry :

Ostrea caudata.

— granensis. Anomia ephippium.

Pecten Justianus.

— pavonaceus. Scutella paulensis.


108 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

La mollasse marneuse qui vient ensuite contient une faune plus riche, qui comprend les espèces suivantes du langhien de Carry :

Ficula condita. Pirula rusticula. Pleurotoma ramosa.

— asperulata. Natica Josephinia. Turritella turris. Anomia ephippium. Ostrea Boblagei.

Ostrea caudata. Arca diluvii. Cytherea cf. erycina. Thracia ventricosa. Panopoea Menardi. Scutella Paulensis. Amphiope elliptica.

On pourrait être tenté de considérer ces faunes comme synchroniques de celle de Carry si l'on ne tenait compte d'abord du petit nombre de ces espèces et surtout de la grande extension verticale de la plupart d'entre elles qui parcourent la hauteur entière du terrain miocène et dont plusieurs débutent même dans l'aquitanien. On est donc réduit, ainsi que le pensait Fontannes (Bassin de Crest, p. 109) à un petit nombre de critériums dont le plus important est la présence des Ostrea crassissima et gingensis dans la mollasse marneuse helvétienne, tandis que ces espèces manquent, de même qu'à Léognan, dans les faluns langhiens de Carry. On peut invoquer en outre un certain nombre d'espèces de cette dernière station comme Ostrea undata, Cardium Burdigalinum, Lucina incrassata, L. columbella, L. ornata, Natica tigrina, Turritella quadriplicata, T. Desmaresti et enfin le Potamides plicatus, qui manquent à l'helvétien de la vallée du Rhône (à l'exception de l'helvétien de Carry) et impriment à la faune un caractère archaïque qui la rattache un peu mieux aux faunes aquitaniennes. Quant au Pecten proescabriusculus Font. qui est la plus caractéristique des espèces de l'assise inférieure de l'helvétien du Sud-Est, on pourrait


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 109

invoquer son absence dans le langhien de Carry, si cette espèce ne faisait également défaut dans tout l'helvétien de la côte de Provence.

Enfin, la constance observée par Fontannes dans tout le Sud-Est, d'un épais conglomérat de cailloux verdâtres à la base de la mollasse helvétienne, — indice de mouvements du sol plus ou moins importants, — penche aussi en faveur de l'attribution au langhien de la mollasse à Turritella turris et Amphiopes de Carry. C'est seulement en effet au-dessus des couches de Sausset que ce conglomérat verdâtre apparaît sur la côte de Provence et se trouve immédiatement surmonté par la mollasse à Ostrea crassissima incontestablement helvétienne du port de Sausset.

G. ÉTAGE HELVETIEN 6. MOLLASSE MARNO-CALCAIRE A OSTREA CRASSISSIMA

Bien que la mollasse helvétienne de la côte de Provence ne soit pas comprise dans l'objet du présent mémoire, et soit réservée pour un travail ultérieur, il me paraît cependant utile, pour terminer l'étude du lambeau tertiaire de CarrySausset, d'indiquer la série des couches helvétiennes qui recouvrent l'étage langhien depuis le bord occidental de l'anse des Baumettes jusqu'à l'anse du Grand-Vallat (fig. 1) où l'affleu rement de la bande tertiaire littorale se trouve interrompue par la falaise urgonienne qui vient border en ce point le rivage actuel.


110 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

Entre les Baumettes et Sausset (fig. 15-17), la mollasse helvétienne est légèrement transgressive sur le langhien, dont elle est séparée par un conglomérat à gros galets verdâtres, que Fontannes a signalé dans tout le sud-est à la base de l'étage helvétien. Au-dessus du conglomérat, l'helvétien est réduit, sur le plateau du Rouveau et du Sausset à quelques bancs marno-calcaires, dont le plus élevé est rempli d'Ostrea crassissima et gingensis.

Mais à l'ouest du port de Sausset, le langhien cesse de se montrer, et jusqu'à l'anse du Grand-Vallat, la bande tertiaire est en entier helvétienne. Ce dernier étage comprend à partir du conglomérat de la base, les zones suivantes.

1° Zone marno-calcaire à Ostrea crassissima. — Cette zone, épaisse de l-2m, est formée d'un calcaire mollassique blanchâtre, plus ou moins marneux, pétri de fossiles et surtout d'innombrables individus d'Ostrea crassissima et gingensis, qui ont vécu en place au point où on les observe actuellement. Ce banc à huîtres affleure sur le bord de la mer, avec un développement magnifique, des deux côtés du port de Sausset.

On y recueille les espèces suivantes :

Ostrea crassissima, LAM. C. C. — gingensis, SCHL. C. Pecten gallo-provincialis, MATH. C. Mytilus Michetini, MATH. C. Cardium Darwini, MAYER. (moules), c.

Scutella de grande taille, grosses Balanes, moules de Turbo, Fusus. Murex, Tapes, Venus, etc., ind.

2° Zone marneuse à moules de Bivalves 4-6m. — Plus marneuse que la zene précédente, à laquelle elle passe insensiblement à la base, par quelques bancs gréso-calcaires à moules de gros Bivalves (Cardium, Tapes, Venus, etc ), elle


DES ETAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 111

devient plus argileuse à la partie supérieure, formée d'une marne sableuse tendre, de couleur jaune vif, riche en moules de Lamellibranches. Les fossiles, souvent peu déterminables, sont les suivants :

Ostrea crassi sima, LAM. r. — digitalina, EICHW. r. Pecten vindascinus, FONT. C.

Pecten du groupe de Opercularis. L. r. Moules de Venus, Tapes, Cardium, Turritella, ind.

3° Zone à Bryozoaires. — Bancs assez épais de calcaire marneux, blanchâtre, grumeleux, pétri d'innombrables fragments de Bryozoaires. Vers le haut, le calcaire devient compacte et passe à une mollasse blanchâtre, dure, très riche en fossiles spathiques, qui se dégagent sous l'influence des agents atmosphériques, comme cela a lieu pour la mollasse ferrugineuse aquitanienne des environs de Carry.

Les principales espèces sont :

Lucina incrassata, DUB. — ornata, AG. Corbula Basteroti, HORN. Natica Josephinia, RISSO.

Turitella turris, BAST.

— Desmaresti, BAST.

— quadriplicata, BAST. Amphistegina vulgaris, D'ORB.

Le facies et la faune de ce banc supérieur sont analogues à ceux de tous les bancs à Turritelles, qui se reproduisent à divers niveaux dans la formation tertiaire de la côte de Carry.

Celle mollasse à faune variée est le dernier terme que l'on observe dans celle partie de la bande tertiaire littorale.


112 DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION

CONCLUSIONS

Le tableau suivant résume les conclusions que j'ai cru devoir adopter pour la classification des divers termes de la formation de Carry,

Un certain nombre de faits généraux résultent en outre de cette étude des terrains tertiaires marins de la côte de Carry. Les plus importants sont :

1° La continuité de la sédimentation et de la faune sur ce point de la côte de Provence pendant toute la longue période


DES ÉTAGES TERTIAIRES DE LA COTE DE CARRY 113

qui s'étend depuis au moins la base de l'aquitanien jusques et y compris l'étage helvétien. La série des couches est assez régulière et les changements biologiques assez progressifs pour qu'il soit parfois difficile de tracer une séparation un peu nette entre les différents étages géologiques qui composent cette formation.

2° Le contour de la côte de Carry n'a subi que de faibles modifications pendant toute la durée des périodes oligocène et miocène. La géographie de ce point de la côte de Provence, surtout pendant l'aquitanien et le langhien était d'ailleurs à peine différente de la géographie actuelle.

Même la grande transgressivité de la mollasse helvétienne sur les formations antérieures, — si générale dans le Sud-Est et dans presque toute l'Europe, — est très peu sensible sur la côte de Carry, où la mollasse à Ostrea crassissima déborde à peine le langhien. Cependant l'existence à la base de cette mollasse du conglomérat à gros galets verdâtres, si constant à ce niveau dans le bassin du Rhône, atteste la production au début de l'helvétien d'un mouvement du sol ou au moins de modifications importantes dans la direction des courants maritimes.

3° Enfin, les couches saumâtres à Potamides plicatus et Cyrènes à l'est de Carry, montrent combien a été générale la tendance à la production de dépôts lagunaires dans l'étage aquitanien. Il est curieux de constater l'existence de ces couches saumâtres avec une faune presque identique, depuis les environs de Bordeaux jusque sur la côte de Provence et du Languedoc (Fontcaude), en Ligurie (Dego, Sassello) et dans les Sotzka schichten de Styrie.

6e SÉRIE, T. 1er. — 188 8


ADDENDA

La collection d'Orbigny au Muséum de Paris contient un certain nombre d'espèces des faluns de Carry et de Sausset. Grâce à l'obligeance de MM. Gaudry et Fischer, il m'a été possible d'étudier ces types dont quelques-uns ne sont pas cités dans ce mémoire, parce que je ne les ai pas recueillis moi-même en place, et que leur véritable niveau est demeuré quelquefois douteux. Je crois cependant devoir signaler les espèces suivantes, d'après les désignations de d'Orbigny.

Aquitanien inférieur. . . . Arcopagia corbis, Bronn.

Spondylus Deshayesi, Mich. — supérieur. . . . Cerithium fallax, Grat.

Sigaretus subcanaliculatus, d'Orb. Nerita Martiniana, d'Orb. Natica Marticensis, d'Orb.

— compressa, Bast. Purpura Martini, Math.

Langhien Turritella communis, Risso.

— Archimedis, Brongn.


TABLE DES MATIÈRES

PBÉFACE . 1

INTRODUCTION. . 5

LES TERRAINS TERTIAIRES MARINS DE LA COTE DE PROVENCE

I. Historique 9

II. Situation. Stratigraphie générale 20

PREMIÈRE PARTIE

LES FALUNS DE LA COTE DE CARRY

I. COUPES ET DESCRIPTIONS LOCALES 24

II. DESCRIPTION, PALÉONTOLOGIE ET CLASSIFICATION DES ÉTAGES TERTIAIRES

DE LA COTE DE CARRY 49

1. Système oligocène. — A. AQUITANIEN. 1. Conglomérats rougeâtres

rougeâtres 50

2. Sables et marnes gréseuses à Pecten subpleuronectes et

polypiers 54

3.Couches saumâtres à Potamdes plicatus, Cyrènes et Corbules. 60

4. Mollasse jaune et rouge calcaréo-siliceuse à Turritella quaduplicata,

quaduplicata, et Polypiers 75


116 TABLE DES MATIERES

II. Système miocène. B. LANGHIEN 91

5. Mollasse gréseuse à Turritella turris et Amphiope elliptica. . 91

C. HELVÉTIEN 109

6. Mollasse marno-calcaire à Ostrea crassissima 109

CONCLUSIONS 112

ADDENDA 114


PLANCHES


PLANCHE I

Fig. l-1a-1b. Venus Fontannesi, n. sp. p. 71.

— 2-2a-2b. Tapes oligocenica, n. sp. p. 72.

— 3-3a. Neritina picta, var. p. 88.

— 4. Turitella quadriplicata, Bast. var. p. 89.

— 5-5a Anomalocardia diluvii, var. Carryensis p. 69.

— 6-8 Corbula retrosulcata, n. sp. p. 73.

— 9. Ostrea hyotis Lam. var. oligocenica, p. 55.

— 10. Cerithium Carryense, n. sp. p. 90.


Fontannes et Depéret. La côte de Carry Pl -I

L. Gauthier del. et lith.

Imp. A. Roux, Lyon

aquitaniens des Carry




PLANCHE II

Fig. 1—1a. Nassa reticulata, L. var. p. 104.

— 2. Cardium Burdigalinum, Lam. var. inerme p. 100.

— 3. Turritella echinata, n. sp. p. 102.

— 4. Tanitella turris, Bast., p. 102.

— 4a. Turritlla turris, Bast., var. p. 102.

— 5. Clavatula geniculata, Bell. p. 103.

— 6-6a -6b. Cythcrea provincialis, n, sp. p. 72 et 86.

— 7-7a Venus proeclathrata, n. sp. p. 87.


Fontannes et Depéret. La côte de Carry Pl-II

L. Gauthier del. et lith.

Imp. A.Roux, Lyon

Fossiles aquitaniens et langhiens de Carry



DE

L'ABSORPTION DE L'AZOTE

PAR LES VÉGÉTAUX

PAR

M. JEAN COIGNET

Communication faite à la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon dans sa séance du 16 novembre 1888.

Nous avons eu l'honneur en 1886 et 1887 de faire à la Société d'agriculture des communications sur le rôle des matières organiques dans les engrais et dans le sol arable, où nous avons montré que les recherches scientifiques récentes tendaient à rendre son importance à l'humus des anciens agriculteurs

Nous allons rendre compte des derniers mémoires de M. Berthelot et de MM. Armand Gautier et Drouin à l'Académie des sciences, qui jettent un nouveau jour sur cette question.

A la suite de la découverte par MM. Schloesing et Müntz du ferment nitrificateur qui transforme dans le sol arable l'ammoniaque et les matières organiques azotées en nitrates, beaucoup de chimistes agricoles admirent, sans autre preuve, que cette découverte et le fait de l'action énergique du

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 8A


122 DE L'ABSORPTION DE L'AZOTE PAR LES VÉGÉTAUX nitrate de soude sur la végétation, que l'azoté ne pénètre dans les plantes qu'à l'état de nitrates, et que les autres encrais azotés doivent d'abord être transformés en nitrates par le microbe nitrificateur. Quelques chimistes à peine défendaient l'absorption directe de l'ammoniaque. De plus rares encore, soutenaient l'absorption directe par les racines de la matière organique dissoute.

Il était donc nécessaire de faire des expériences, et celles que nous allons relater semblent donner le plus de probabilité à la dernière hypothèse.

Une expérience décisive de MM. Armand Gautier et Drouin, publiée dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences en mars 1888, montre que la végétation peut se développer sans l'intervention des nitrates. Ces chimistes composent un sol artificiel de la façon suivante :

60 de sable;

5/1000 de silice gélatineuse :

30 de carbonate de chaux ;

10 de kaolin pur renfermant un peu d'azote ammoniacal ;

3 de phosphate neutre de potasse.

Ce sol est mis dans une serre ; la circulation de l'air et de l'eau y est assurée d'une façon normale. La végétation se développe, sans que des analyses précises décèlent à aucun moment la présence d'acide nitrique dans ce sol.

Donc l'absorption des nitrates par les végétaux n'est pas nécessaire à leur vie. Elle n'aurait même jamais lieu d'après les expériences de MM. Berthelot et André. Ces derniers ont dosé la proportion des nitrates dans l'eau qui imprègne le sol arable et dans la sève des végétaux. Or ils ont toujours trouvé que le premier dosage était beaucoup plus faible que le second. Ils en concluent que les nitrates, loin d'être absorbés par les végétaux, seraient formés dans la plante même, et


DE L'ABSORPTION DE L'AZOTE PAR LES VEGETAUX 123

que s'il y a une circulation des nitrates, elle a lieu, d'après les lois de l'endosmose, des plantes dans le sol et non du sol dans les plantes.

M. Berthelot a fait l'expérience suivante qui confirme cette manière de voir : en imprégnant un sol arable de sulfate de potasse, il retrouve ce sel dans la sève du végétal, mais en proportion moindre que dans le sol, tandis que l'inverse a lieu pour les nitrates.

Les cellules des végétaux jouiraient donc, tout comme le ferment découvert par M. Schloesing, de la fonction nitrifiante. Cette fonction ne serait qu'un cas particulier de la fonction plus générale bien connue de ces cellules, la fonction oxydante qui produit l'acide carbonique, oxalique, citrique, malique et tous les acides organiques oxygénés. Des expériences récentes de M. Ebermayer, forestier à Munich, rapportées par M. Grandeau dans le Temps, viennent à l'appui d'une partie des idées de M. Berthelot. M. Ebermayer a constaté que les sols des forets sont presque dépourvus de nitrates. Il n'y a que les sols renfermant des déchets d'animaux qui contiendraient des nitrates. Donc les forèts au moins puisent leur nourriture azotée sous forme ou d'ammoniaque ou de composés organiques amidés. Les expériences de M. Berthelot tendent à montrer que ce qui est vrai pour les forêts le serait pour toutes les plantes.

Ces expériences de Ebermayer ne nous paraissent nullement, comme le pense M. Grandeau, apporter un argument à la théorie de M. Schloesing qui fait de l'ammoniaque atmosphérique la source unique de, l'azote des végétaux. Elles ne détruisent pas le fait que dans les expériences de M. Berthelot et celles de M. Gautier, une dissolution d'acide sulfurique d'égale surface exposée à l'air dans les mêmes conditions qu'une terre arable, fait un gain d'azote qui n'est pas le 1/10 de celui fait par la terre végétale.


121 DE L'ABSORPTION DE L'AZOTE PAR LES VÉGÉTAUX

Dans la théorie de M. Berthelot que devient dans le sol arable l'acide nitrique produit par la nitrification des produits organiques et ammoniacaux ou ajouté à l'état de nitrate de soude?

L'expérience suivante de M. Berthelot donne la réponse :

Un pot renfermant 43 kilogrammes de terre, mélangée avec

361 grammes de nitrate de potasse, placé à l'air libre, mais

à l'abri de la pluie, et sans végétation, renferme à l'origine :

72 grammes d'azote organique; Et 50 grammes d'azote nitrique.

Dans la période du 15 avril au 25 septembre, 16 grammes de cet azote nitrique ont été transformés en azote organique.

Un autre pot placé dans les mêmes conditions, mais avec une végétation d'amaranthe, a de même un tiers de son azote nitrique transformé en azote organique.

Ces résultats, dit M. Berthelot, montrent que l'assimilation de l'azote des azotates pur les plantes est accompagnée,sinon précédée, par leur transformation en composés azotés dans le sol, sous l'influence de réactions chimiques et de microbes spéciaux.

On s'expliquerait ainsi pourquoi la nitrification est toujours limitée; elle l'est par une action inverse.

Il y a entre ces deux actions contraires un équilibre mo bile suivant les conditions extérieures.

On voit que ces-expériences tendent à montrer que c'est sous forme d'azote organique que l'azote entre dans les plantes.

Nous allons maintenant citer les expériences nouvelles sur la fixation de l'azote atmosphérique, qui là encore se fait à l'état organique.

M. Berthelot a communiqué cette année (février et


DE L'ABSORPTION DE L'AZOTE PAR LES VÉGÉTAUX 125

mars 1888), encore à l'Académie des sciences de nombreuses expériences dont la conclusion est la suivante :

La fixation de l'azote par un sol argileux a lieu sous la forme de composés organiques complexes, qui paraissent appartenir aux tissus de certains microbes contenus dans le sol.

M. Berthelot en effet, après avoir démontré la fixation de l'azote a cherché les conditions qui favorisaient cette fixation. Il a trouvé que c'étaient les conditions mêmes de la vie des microbes organiques ; il faut en effet une terre poreuse, où l'air circule ; la proportion d'eau ne doit pas s'abaisser au dessous de 2 pour 100 ni dépasser 12 à 15 pour 100. La température convenable est celle de l'été; en hiver la fixation d'azote s'arrête; une température de 45° à l'étuve l'arrête également. Le microbe fixateur de l'azote est donc aérobie. Il n'est pas le même que le ferment nitrificateur, puisque celui-ci a besoin de beaucoup plus d'humidité que 2 à 3 pour 100, proportion qui suffit au microbe fixateur d'azote. Il est au contraire peut-être identique au microbe qui transforme l'azote nitrique en azote organique, et dont nous avons parlé plus haut.

Le microbe fixateur de l'azote ne le fixe pas indéfiniment. Il s'arrête à une certaine limite. Il est probable qu'il se nourrit de la matière organique du sol, et que celte matière épuisée, sa vie s'arrête, à moins qu'on ne fournisse au sol un engrais hydrocarboné, ou qu'un végétal supérieur en se développant n'apporte au sol par ses racines de nouveaux résidus organiques.

Celte fixation de l'azote atmosphérique est encore contestée. En particulier M. Schloesing a fait une série d'expériences dont le résultat a été négatif.

Mais les expériences d'Armand Gautier et Drouin nous paraissent apporter de nouvelles probabilités en faveur de l'hypothèse de M. Berthelot.


126 DE L'ABSORPTION DE L'AZOTE PAR LES VÉGÉTAUX

Opérant sur le sol artificiel dont nous avons plus haut donné la composition, savoir :

Sable 60, carbonate de chaux 30.

Kaolin 10. phosphate neutre de potasse 3,

MM. Gauthier et Drouin ont trouvé que ce sol, exposé à la circulation de l'air et de l'eau, mais dépourvu de végétation, perd sous forme d'ammoniaque une portion de l'azote qui était uni au kaolin.

Dans quelques-unes de leurs expériences,, la surface de cette terre artificielle s'est recouverte d'algues microscopiques qui ont fixé à l'état organique une partie de l'ammoniaque qui se dégageait. Dans ce cas la déperdition d'azote du sol a été moindre.

L'addition d'oxyde de fer à la terre n'a apporté aucune modification.

Au contraire en ajoutant 2, 25 d'une matière organique carbonée, obtenue par l'action de l'acide chlorhydrique bouillant sur le sucre, et 22,5 de charbon de bois, sur 1100 grammes de terre, on trouve une fixation de 0,1 d'azote.

Donc la matière organique du sol arable est l'intermédiaire indispensable de celte fixation de l'azote.

Si on expérimente ce même sol artificiel supportant la végétation d'une légumineuse, comme la fève des marais, on trouve que le sol dépourvu de matière organique fixe 0,18 d'azote, tandis que le même sol additionné de la matière ulmique définie plus haut en fixe 0,21.

« La végétation, concluent MM. Gautier et Drouin,constitue donc un mode de fixation de l'azote qui s'ajoute à la fixation par la matière ulmique dans les sols munis de matière organique, et qui peut suppléer à celles-ci dans les sols qui n'en sont pas encore pourvus. »


DE L'ABSORPTION DE L'AZOTE PAR LES VÉGÉTAUX 127

Ces expériences donnent le tableau résumé suivant : Fixation d'azote par une masse de terre, exposée le même temps aux mêmes conditions atmosphériques.

1° Terre sans matière organique. déperdition

2° Terre additionnée de matière ulmique, mais sans végétation

fixation de 0,10

3° Terre sans matière ulmique, mais avec végétation. . . . 0.18 4° Terre avec matière ulmique et avec végétation 0,24

Des expériences de M. Berthelot, publiées à l'Académie des sciences en août 1888, confirment ces résultats en précisant le mécanisme de l'absorption de l'azote parles légumineuses.

Une terre absorbe l'azote atmosphérique d'autant plus qu'elle est plus pauvre en azote et par conséquent plus loin de son degré de saturation. Une légumineuse absorbant rapidement l'azote du sol, ce dernier est toujours maintenu dans l'état où il absorbe le plus d'azote, et le gain d'azote se trouverait finalement en grande partie dans la plante.

On voit que ces expériences, sans résoudre toutes les obscurités, jettent un jour tout nouveau sur le rôle de la matière organique carbonée, et sur l'assimilation de l'azote par les végétaux.

Si elles sont confirmées, la théorie des engrais en sera notablement modifiée.

Les chimistes agricoles devront rechercher sous quelle forme on doit donner à la terre des engrais carbonés, qui seront chargés de fixer l'azote atmosphérique. Enfin si l'azote est assimilé sous forme de matière organique soluble il faudra définir quelle espèce de matière organique jouit de cette propriété, et l'industrie, s'efforcera de préparer les déchets animaux et végétaux sous celte forme assimilable.

En attendant qu'on atteigne ce degré de précision, on doit formuler de nouveau les conseils pratiques suivants : ne pas


128 DE L'ABSORPTION DE L'AZOTE PAR LES VÉGÉTAUX

employer les engrais salins exclusivement, mais les associer aux matières organiques, fumier de ferme, déchets végétaux et animaux.

Cette conclusion vient d'être renforcée par les expériences récemment publiées de M. Grandeau.

Ce dernier, expérimentant sur des champs fumés exclusivement avec des engrais minéraux et sur des champs comparatifs fumés avec les mêmes engrais chimiques, additionnés de tourbe, comme matière organique, a obtenu des récoltes doubles dans ce dernier cas.

On peut donc dire que la tendance actuelle de la science agricole est de réhabiliter les antiques engrais, sans diminuer la valeur des engrais chimiques purement minéraux.


ESSAI

SUR LES MOYENS DE CONNAITRE

L'AGE DES OISEAUX

DE BASSE-COUR

PAR

M. CH. CORNEVIN

PROFESSEUR A L'ÉCOLE VETERINAIRE DE LYON

Présenté à la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon.

Assurément, il n'y a jamais puérilité à étudier un point quelconque d'histoire naturelle, si mince qu'il paraisse; on peut seulement discuter sur l'opportunité de le faire avant telle ou telle autre élude d'un intérêt scientifique ou pratique plus immédiat. Aujourd'hui le moment semble venu d'examiner celui dont il va être question et de combler une véritable lacune.

Depuis longtemps déjà, on s'est attaché à rechercher les moyens de connaître l'âge des grands animaux domestiques. Les fortes variations de valeur qu'il commande expliquent et justifient ces recherches qui ont complètement abouti. Les anciens eux-mêmes s'en étaient occupés; de notre temps, les travaux de J. et de N.-F. Girard sur ce point resteront clas6e

clas6e T. 1er. — 1888 9


130 L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR

siques et serviront toujours de guide, en leur faisant subir quelques modifications nécessitées par nos acquisitions scientifiques récentes, relatives à l'influence de l'alimentation et de la précocité sur l'évolution dentaire.

Jusqu'à présent, on s'est peu occupé des moyens d'arriver à la connaissance de l'âge des oiseaux de basse-cour. Cette indifférence s'explique en partie par le faible intérêt qui s'attachait autrefois à l'élevage de la volaille dans l'économie générale de la ferme. Des amateurs et de rares agriculteurs possédaient quelques notions empiriques sur ce sujet, mais ni les zoologistes, ni les zootechnistes ne s'y étaient sérieusement arrêtés.

Depuis quinze ans, la basse-cour a pris dans la ferme une place importante et il est nécessaire que dans l'enseignement zootechnique on s'en occupe attentivement. Plusieurs espèces d'oiseaux domestiques ont donné lieu à de nombreuses races et variétés, dont quelques-unes cotées fort cher; l'aviculture est entrée dans la voie scientifique, l'incubation artificielle est devenue un art raisonné et l'on perfectionne chaque année les appareils qui s'y rapportent; enfin les amateurs se disputent, l'or à la main, les sujets de races réputées et y mettent parfois des prix extraordinaires. Voilà bien des raisons pour commander l'étude de l'âge chez ces oiseaux. Il en est encore une autre qui nous a décidé : c'est qu'on est venu à plusieurs reprises réclamer nos indications pour connaître l'âge de gallinacés de très grand prix, dont on venait de faire l'acquisition. Il a fallu nous mettre en mesure de pouvoir répondre à ceux qui nous consultaient. Ce sont les premières recherches dans cette direction que nous allons exposer. Elles ont surtout porté sur l'espèce galline, dont la ferme d'application de l'École vétérinaire de Lyon possède une fort belle collection, très riche en races et en variétés diverses. Cette espèce est d'ailleurs de beaucoup la plus répandue dans les basses-cours


L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR 131

et celle qui passionne le plus les amateurs. On donnera néanmoins quelques indications sur la connaissance de l'âge du faisan, du dindon, de la pintade, du paon, du pigeon, de l'oie et du canard.

On sait que dans les mammifères domestiques, ce sont les dents et les cornes qui fournissent les points de repère nécessaires à la connaissance de l'âge. Le moment et l'ordre d'apparition des dents de lait, leur usure, leur chute, leur remplacement par les dents permanentes, l'usure de celles-ci; la pousse annuelle des cornes et les cercles successifs qui résultent de cette croissance, telles sont les bases sur lesquelles on s'appuie.

On voit immédiatement que ce sont les organes dérivés de la somatopleure, peau, muqueuses ectodermiques et phanères qui fournissent les éléments de ce chronomètre. Or, si les oiseaux manquent de dents, ils sont en revanche pourvus d'une peau qui présente une abondance et une diversité de phanères qu'on ne rencontre pas chez les mammifères, puisqu'on y voit le bec et ses appendices, les plumes, les griffes, les éperons, les écailles du tarse, etc.

A priori, on est amené à penser qu'il serait singulier qu'on ne trouvât pas là quelques organes capables de fournir les indications chronométriques réclamées. Non seulement ces phanères ont un grand développement, leur accroissement est facile à suivre, mais quelques-unes subissent des mues annuelles, et plusieurs sont colorées d'une façon très brillante. Il semble donc que nous devions rencontrer sur les oiseaux plus de points de repère que chez les mammifères, et, de fait, il y en a davantage. Mais je dois m'empresser de déclarer que nos connaissances sont encore si peu avancées sur plusieurs de ces points et notamment sur l'ordre d'apparition et la variation des couleurs et surtout les modifications des nuances et des tons d'une même nuance sous l'influence


132 L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR

de l'âge, que nous ne sommes pas actuellement en mesure

d'en tirer tout le parti qu'on en obtiendra probablement plus

tard.

Si le développement et la consistance du bec des oiseaux donnent quelques indications utiles quoique non comparables à celles qu'apportent les dents des mammifères, il est un appendice qui en fournit de plus intéressantes et de plus utiles. Malgré un siège très différent, l'histologie commande de l'assimiler aux cornes des ruminants. Comme elles, il est constitué par une cheville osseuse recouverte d'un étui corné qui s'accroît chaque année d'une certaine longueur; comme elles, ses dimensions sont variables suivant les races et sa présence contingente : c'est l'éperon ou ergot.

Je rappelle qu'on désigne sous ce nom une production fusiforme, placée au côté interne et postérieur du tarse, généralement vers les deux tiers inférieurs de sa hauteur. Elle n'est pas articulée avec lui et ne doit point être confondue avec un doigt, ni lui être assimilée. Lorsqu'elle existe dans une espèce, elle se présente chez le mâle; la femelle n'en est qu'accidentellement pourvue, tout au moins pendant sa vie sexuelle, car lorsque celle-ci est terminée, elle en prend fréquemment. Nous voyons d'ailleurs certaines femelles de mammifères, la biche notamment, dont la tète, dépourvue de bois pendant la période de reproduction, s'en charge quand la stérilité est arrivée comme conséquence de l'âge.

En dehors de l'anatomie générale, il est des faits empruntés à l'ornithologie pure, qui justifient l'assimilation que nous établissons. Les gallinacés porteurs d'une véritable corne céphalique, tels que les pintades ordinaires, n'ont pas d'éperon, tandis que la pintade vulturine ou pintade de Madagascar qui n'a pas de corne sur la tête, présente à chaque tarse trois tubérosités, qui sont des éperons rudimentaires. Je pourrais citer d'autres exemples à l'appui.


L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR 133

Les gallinacés à tarse nu ont des éperons plus ou moins longs, ceux dont la patte est emplumée n'en présentent pas ou en présentent de moins développés que leurs congénères d'une race voisine à tarse sans plumes. Le groupe des tétras ou coqs de bruyères est un exemple du premier cas, le coq de race indo-chinoise en est un du second.

De même que sur la tête de nos moutons, on ne rencontre généralement qu'une paire de cornes, dans la majorité des espèces gallines, on ne trouve qu'une paire d'éperons, placés l'un à chaque tarse, modestes ou très développés suivant les sortes. De même aussi qu'il est des races ovines à quatre et même à six cornes, on rencontre des gallinacés possédant deux, quatre et même six éperons à chaque patte. Le francolinus Clâppertoni, de la Haute-Egypte, est dans le premier cas, l'hepburnia spadicea, de Sumatra, dans le second, car il a quatre éperons accolés deux à deux sur chaque patte, quelquefois séparés et disséminés. Ainsi les éperons, non seulement par la variabilité de leur nombre, ressemblent aux cornes, mais encore comme elles, quand leur nombre est supérieur à deux, tantôt ils sont séparés et distincts dès la base, tantôt ils sont accolés et ne se séparent qu'un peu plus haut. Leur assimilation aux cornes et particulièrement à celles du mouton est donc justifiée.

Faciles à constater sur les perdrix et particulièrement sur la perdrix de Chine, les faisans, le lophophore, l'euplocanus myctemerus, le tragopaon du Népaul, les francolins, ils vont être particulièrement examinés sur le coq domestique dans la présente étude.

Coq. — Le gallus bankiva, des forêts de l'Asie centrale, regardé comme la forme ancestrale de notre coq domestique, présente un éperon bien développé et tout à fait comparable


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à celui des sujets de nos fermes. Il en est de même du gallus

Sonneratii, de l'Inde.

Les races impriment à l'éperon quelques modifications qu'on indiquera tout à l'heure; il faut auparavant l'examiner sur le coq de la race commune pris comme type.

Jusqu'à l'âge de quatre mois et demi, le poulet ne montre pas d'éperon au tarse; on voit pourtant à la place qu'il occupera ultérieurement une écaille tarsienne plus large que les autres ; sous cette écaille apparaîtra la production en cause (fig. A).

De quatre mois et demi à cinq mois, un soulèvement de l'écaille précitée et des voisines se produit, et une légère protubérance apparaît avec une petite pointe au centre (fig.B).

A sept mois, l'éperon a environ 3 millimètres de long (fig. C).

A un an, il a 15 millimètres et il est tout droit (fig. D).

A deux ans, il a 25 à 27 millimètres et il se recourbe en bas ou en haut (fig. F).

A trois ans, il a de 36 à 38 millimètres et il est manifestement arqué, le plus souvent la pointe en haut (fig. G).

À quatre ans, la longueur est de 50 à 54 millimètres (fig. H.)

A cinq ans, elle est de 62 à 65 millimètres environ.

Les investigations n'ont pas été poussées plus loin. Il y a des probabilités qui permettent de penser que l'éperon s'accroît pendant toute la vie de l'animal, à la façon des cornes. J'en ai vu d'extrêmement longs, mais il m'est impossible de rien affirmer sur ce point, ni d'indiquer le quantum de croissance annuelle après les âges précités.

C'est du moment de son apparition à un an que la pousse de l'éperon est la plus active, puisqu'à cette période il s'accroît de plus de 2 millimètres par mois. A partir d'un an, l'accroissement annuel est de 10 à 12 millimètres


L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR 135

Il peut se produire sur cet appendice, comme sur la corne des ruminants, des sillons qui indiquent la pousse annuelle, mais ces sillons ne m'ont pas paru constants.

Le type étudié, voyons les variations. L'espèce galline est extrêmement malléable, rien d'étonnant à ce que l'on rencontre des différences du côté de l'éperon. Elles portent sur la hauteur à laquelle il est placé, sa longueur et sa direction.

Sur les races à cinq doigts, telles que la Houdan et la Dorking, il est situé un peu plus haut que dans les races et variétés à quatre doigts seulement. Dans celles-ci, il y a bien encore quelques différences qui tiennent au point de naissance du doigt postérieur qui n'est pas fixe non plus, mais ces différences sont de peu d'importance.

Les variations de longueur sont plus intéressantes, surtout au point de vue pratique. Les races à tarses et doigts emplumés, telles que la Cochinchinoise, la Brahma-Pootra, ont toujours les éperons moins longs que les races à tarses et doigts nus, je l'ai déjà dit. A deux ans, ces appendices n'ont guère que 20 millimètres, et 25 à 27 à trois ans (fig. E). D'autre part, les races naines, Bentam, Nangasaki, etc., ont des éperons plus petits encore; ils sont avortés, consistent seulement en une petite aiguille et ne me semblent pas propres à fournir une indication quelconque sur l'âge.

Dans la majorité des cas, l'éperon est incurvé de telle sorte que. la pointe regarde en haut. Quelques races ont l'éperon tout droit ou même incurvé par en bas, la Houdan en fournit d'assez nombreux spécimens.

Il a été dit tout à l'heure que la poule ne présente pas d'éperons; il ne manque pas d'exceptions à cette règle et au moment où j'écris, j'ai sous les yeux une magnifique Hollandaise âgée de trois ans, excellente pondeuse, qui en porte deux fort développés. J'ajouterai qu'il est des sujets, mâles ou vieilles femelles, mais c'est généralement parmi ces dernières


A. Patte de coq âgé de trois mois. — B. Patte de coq âgé de cinq mois. — C. Patte de coq âgé de sept mois. — D. Patte de coq âgé de un an. — E. Patte de coq, race Cochhichinoise, âgé de trois ans. — F. Patte de coq, race de Houdan, âgé de deux ans.


G. Patte de coq, de race Bressane, âgé de trois ans. — H. Patte de coq âgé de quatre ans. — I. Patte de coq âgé de cinq ans. (L'éperon a été fait.) CJ. Patte de dindon âgé de un an. — K. Patte de dindon âgé de deux ans. — L. Patte de dindon âgé de trois ans.


138 L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR

que le fait s'observe, qui n'ont qu'un seul éperon. Je n'ai jamais constaté l'inverse, c'est-à-dire la présence de plusieurs éperons sur chaque patte de notre coq domestique, rien en un mot qui rappelât la disposition que présentent la pintade vulturine, le francolin d'Egypte, l'hépleurnia ou l'éperonnier.

La neutralisation sexuelle a une influence marquée sur la pousse de l'ergot. On a remarqué que chez le jeune bélier, cette opération entrave le développement des cornes, tandis qu'elle l'active sur le taurillon. Sur le coq, le chaponnage arrête la pousse de cet appendice; de ce côté, les effets de la castration, dans l'espèce galline, sont donc à comparer à ceux produits sur le bélier et non sur le taureau. C'est un nouvel argument en faveur du rapprochement établi par nous entre l'éperon du coq et la corne des ovidés.

Si l'éperon, par sa longueur et la présence de sillons à sa surface, est indicateur de l'âge, on comprend que le commerce des volailles de races précieuses se soit ingénié à faire disparaître ces indications ; on raccourcit l'éperon, on le lime, on le polit au papier de verre, en un mot on agit sur lui comme agissent les maquignons peu scrupuleux sur les cornes des bêtes bovines pour rajeunir celles-ci et les ramener en apparence à l'âge où elles ont leur maximum de valeur. C'est d'ailleurs une fraude qu'avec un peu d'habitude, on reconnaît sans trop de difficultés; l'éperon qui a été fait est plus effilé que celui qui n'a point été touché, proportionnellement à la grosseur de sa base, il est plus aigu que le serait un éperon naturel ayant sa longueur (fig. I).

Dindon. — Le dindon domestique ne possède qu'un éperon rudimentaire, qui apparaît dans le cours de la première année et n'augmente pas d'une façon sensible les années suivantes (fig-J, K, L). Assi ne peut-il être d'aucune utilité pour la connaissance de l'âge. Les représentants sauvages de l'espèce


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ont cet appendice plus développé (le dindon ocellé du Honduras, par exemple, est très bien éperonné) et on pourrait probablement y recourir avec profit. Remarquons en passant que la domestication a réduit sur le même animal une autre phanèré, la touffe pectorale de crins du mâle et l'a même fait disparaître complètement sur la femelle, tandis que la dinde sauvage la possède.

Quoi qu'il en soit, on n'est pas dépourvu de repères chronométriques. Il faut imiter les chasseurs qui, pour quelques oiseaux et notamment la perdrix grise, cherchent dans la couleur des tarses et des doigts, le moyen de se renseigner sur l'âge. Ils ont remarqué que jusqu'à la fin de sa première année, la perdrix a la patte jaunâtre et qu'au delà de cet âge elle tourne au gris ardoisé.

De la naissance à la fin de sa première année, le dindon a les pattes noires; de deux à trois ans elles sont roses; de trois à quatre elles deviennent roses grisâtres, pour pâlir au fur et à mesure que l'oiseau vieillit (1). Dans le cours de la première année, on a, en plus, quelques autres indications; vers deux mois et demi à trois mois, a lieu la pousse des pendeloques ou crise du rouge ; de sept à huit mois apparaît la touffe de crins à la poitrine du mâle.

Paon. — Le paon a des éperons plus développés que ceux du dindon et moins que ceux du coq. Leur accroissement est lent; à six ans, ils mesurent seulement 25 millimètres, soit la longueur de l'éperon d'un coq de deux ans. Ces indications étant peu faciles à apprécier, on se base plutôt sur l'apparition de l'aigrette, le changement de coloration des plumes de la tète et du cou, l'apparition et le développement des

(1) Ces indications ne sont pas applicables au dindon à plumage blanc; dès sa première année, cet oiseau a les pattes roses.


140 L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR

plumes caudales. C'est à trois mois qu'a lieu la pousse de l'aigrette sur les paonneaux. Pendant leur première année et quel que soit leur sexe, les jeunes paons ont les plumes du sommet de la tète de couleur brune; ces plumes conservent celte couleur toute la vie chez la paonne, mais elles deviennent bleues, ainsi que celles du cou, chez le mâle à partir de la deuxième année. C'est également dans le courant de la deuxième année qu'apparaissent sur les paons les plumes ocellées, mais ce n'est qu'à trois ans que le panache est entièrement formé.

Les magnifiques plumes caudales du paon sont soumises, comme les bois du cerf, à la chute annuelle. Elles tombent en automne ou en hiver et repoussent à chaque printemps, ce qui n'a pas lieu, on le comprend, sans anémier l'oiseau. Il faut noter qu'à chaque mue nouvelle, au moins tant que l'animal n'est pas devenu trop vieux, elles repoussent plus longues et plus brillamment ocellées ; un paon de sept à huit ans, par exemple, a un panache beaucoup plus beau qu'un sujet de trois à quatre ans. C'est une nouvelle ressemblance avec les bois du cerf qui se dichotomisent et poussent plus superbes à mesure que l'animal vieillit.

Il me semble que, de même que l'on diagnostique l'âge du cerf par l'examen de ses bois, on pourrait arriver à la connaissance exacte de l'âge du paon par la longueur de quelquesunes de ses plumes caudales, prises conventionnellement pour type. Il suffirait d'en déterminer la longueur quand le paon a trois ans, puisque c'est à ce moment que la queue est considérée comme normale, et d'en étudier l'accroissement annuel, comme nous venons de le faire pour les ergots.

Pintade. — L'éperon n'existe pas dans des diverses espèces du genre pintade, sauf dans N. vulturina; aussi n'a-t-on que des signes indicateurs de l'âge très vagues. C'est à deux mois


L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR 141

que leur front commence à se couvrir de l'excroissance spéciale qu'on y remarque et qu'on désigne sous le nom de corne. Celle-ci s'accroît très vite et à un an elle a sa longueur définitive. Elle est noirâtre jusqu'à quinze ou dix-huit mois; à partir de ce moment, elle vire au gris plombé et devient de plus en plus pâle avec les années.

Faisan. — Les diverses espèces de faisans : doré, argenté, vénéré, de Lady Amherst, etc., ont des éperons moins forts que ceux du coq, puisque le faisan est lui-même moins gros, néanmoins ils pourraient fournir de bons renseignements. A quatre ans, l'éperon du faisan argenté égale en longueur celui d'un coq de deux ans.

Mais les éleveurs se basent habituellement sur la livrée. Les faisans dorés ou argentés, quel que soit leur sexe, restent jusqu'à l'âge de deux ans avec le plumage sombre qui est celui de la femelle pendant toute sa vie. A deux ans, les mâles prennent leur livrée spécifique et les longues plumes caudales qui font une partie de leur beauté.

Pigeon. — On examine d'abord la consistance du bec. De la naissance à six ou huit mois, il est peu résistant, il cède sous l'ongle. A partir de huit mois il devient rigide.

Dans quelques races, on s'appuie sur l'apparition et le développement des morilles qui entourent les yeux. Le port de l'aile est aussi un caractère utile, les vieux sujets ont pendant la marche l'aile plus pendante, moins bien soutenue que les jeunes.

Palmipèdes. — On sait que plusieurs espèces d'oiseaux possèdent à l'extrémité de l'aile, près des grandes pennes rémiges, une ou plusieurs productions spéciales, sortes de plumes pointues, très dures et très solidement implantées. Elles ont été assimilées à des éperons. L'oie et le canard


142 L'AGE DES OISEAUX DE BASSE-COUR

présentent à l'extrémité de chaque aile, deux de ces appendices. On recommande de les examiner avec grande attention; elles fourniraient, dit-on, d'utiles indications pour l'âge.

Sur une oie âgée d'un an, on verrait à la partie externe de l'appendice un sillon qui le traverse obliquement; elle en aurait trois à trois ans, et ainsi de suite.

Je dois avouer que dans les essais auxquels je me suis livré de ce côté, je n'ai pas tiré jusqu'à présent un bon parti de ces indices.

Dans les races de canards comme celle de Barbarie, présentant sur le bec des productions spéciales qui grossissent et rougissent avec l'âge, on se sert de ces productions comme points de repère, quand on a l'habitude de voir et d'élever ces oiseaux. Elles n'apparaissent qu'au cours de la deuxième année de la vie de l'animal. Il est aussi des races où la livrée subit dans ses nuances des modifications significatives pour un oeil exercé. A trois ans, le canard du Labrador perd le ton noir franc et devient noir enfumé ou noir mal teint. Cette nuance pâlit elle-même d'année en année et l'on voit quelques plumes blanches se montrer çà et là. Le bec, primitivement d'un beau noir, passe au noir verdâtre pour pâlir aussi chaque année.

Le cygne adulte de la variété noire a le bec rouge ; dans sa première année, il l'a noir.

En résumé, ce premier essai, tout incomplet qu'il est, montre qu'on peut arriver, pour plusieurs de nos espèces d'oiseaux de basse-cour, à connaître l'âge d'une façon suffisamment précise, comme nous le faisons couramment pourie boeuf, le cheval ou le mouton. A côté des points de repère basés sur l'éperon, qui sont suffisants pour la pratique, s'en placent d'autres, particulièrement ceux fondés sur les changements de nuances, la façon de porter les ailes, la tète et le


L'AGE DES OISEAUX DE BASSE COUR 143

cou, qui exigent de l'habitude et l'esprit d'observation pour être perçus. Quand on possède l'une et l'autre, on s'écarte de peu. On raconte que Lucas, l'érudit auteur du Traité de l'hérédité, diagnostiquait, à une année près, l'âge des personnes qu'on lui présentait, rien qu'en les dévisageant. Avec un oeil exercé, un bon observateur doit arrivera en faire autant pour les animaux domestiques, d'autant mieux que leur vie est beaucoup plus courte que celle de l'homme.



RAPPORT

DE LA

COMMISSION DES SOIES

SUR

SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888

MEMBRES DE LA COMMISSION DES SOIES

MM. GENSOUL, CHAURAND, ISAAC

PONCHON DE SAINT-ANDRE, VIGNON, C. BIÉTRIX, MAURICE

BILLIOUD-MONTERRAT, PRÉSIDENT

J. DTJSUZEAU, SECRÉTAIRE.

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon.

MESSIEURS,

Nous aurons à vous exposer dans ce rapport, les études auxquelles votre Commission des soies s'est livrée, dans le cours de l'année 1888; elles ont porté plus spécialement sur une race originaire de Perse dite de Shezevar, sur un certain nombre d'autres races de provenance japonaise et enfin sur les vers sauvages. Nous ferons suivre ce compte rendu d'une revue rapide de l'année séricicole surtout au point de vue de la marche de chamhrées et du produit de la récolte, particulièrement en France et en Italie.

6e SÉRIE, T. Ier, — 1888 10


146 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

SUR L'ÉLEVAGE ET LES PRODUITS EN SOIE

DE LA RACE PERSANE DE SCHEZEAR PAR M. J. DUSUZEAU

Nous avons reçu de la Chambre de commerce de Lyon, le 13 mars 1888, 25 grammes de graines de cette race persane primitive et réputée pure que M. Rondot avait fait rechercher sur les lieux de production au prix de grandes difficultés. Cette quantité de graines étant trop élevée pour l'essai que nous pouvions entreprendre, nous n'avons réservé que 10 grammes qui ont été confiés à Mme Imbert. Le reste a été distribué ainsi : 5 grammes à deux éleveurs du Midi, et 5 grammes à Mme Rossigneux, institutrice à Caluire.

Examinées au moment de la réception, les graines paraissent ternes, affaissées, d'une teinte grise, signe du développe ment anticipé de l'embryon. On comprend les fatigues que leur ont fait endurer le transport d'un pays lointain et surtout l'ignorance des précautions hygiéniques nécessaires. Quelques pincées de graines soumises au microscope n'ont révélé qu'une très faible infection de pébrine, toutefois l'état des graines peut faire craindre la flacherie.

Les graines furent mises à l'éclosion le 14 mai, un dixième environ ne put éclore.

L'élevage eut lieu à la méthode ordinaire sur claies horizontales et avec les soins spéciaux que réclamait cette race étrangère. Les larves à tous les âges furent molles, comme engourdies, lentes dans leur croissance, tardives dans leurs


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 147

mues et très inégales. Elles manquaient d'appétit ou dédaignaient leur nourriture.

A la quatrième toutefois, les plus saines prennent un développement assez considérable; mais c'est toujours avec la même lenteur que les vers montent et construisent leurs cocons.

De la naissance à la montée plus de cinquante jours s'écoulèrent et la récolte ne s'éleva qu'à 4 kg., 760.

Inquiets des lamentations de notre magnanière qui nous rapportait pendant le cours de l'éducation que ses vers restaient inégaux, chétifs, sans appétit,nous lui recommandâmes d'essayer d'une température plus haute, de ne continuer l'élevage qu'avec les premiers réveillés des mues et de sacrifier une grande part des retardataires.

Ce qui fut exécuté, mais sans doute avec trop de ménagement et trop tard.

Quant à ces pauvres chenilles de rebut, exposées au bord d'un fossé, elles furent par hasard recueillies par une marchande de charbons des Charpennes qui les transporta dans une petite chambrée â température plus chaude et plus constante que d'ordinaire où elle élevait une demi-once de vers domestiques du pays. Les persans y réussirent mieux qu'ailleurs, et la marchande nous apporta, la première, une belle bruyère garnie de très gros cocons, en avance de plusieurs jours sur les autres éducations.

Mme Rossigneux obtint de son petit lot un résultat relativement satisfaisant.

En fut-il de même des éducateurs du Midi? Nous craignons quelque désappointement, car ils ont gardé le silence.

Il nous fallait songer à la reproduction de cette race curieuse que son volume, mais non sa forme, rapproche de la race de Chypre, et qui n'est pas mentionnée dans la monographie de Duseigneur.


148 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

Quarante-huit beaux cocons d'une forme assez régulière pour être considérée comme typique furent mis à part, étalés dans notre bureau même, et l'on attendit la sortie des papillons. Elle ne se produisit qu'avec la lenteur qui avait marqué toutes les phases de l'élevage. Les papillons apparurent comme des êtres épuisés d'efforts, leurs ailes à peine capables de se déplier. La plupart des mâles ne montrèrent aucune propension à s'unir à des femelles, d'ailleurs aussi délabrées qu'eux. Il y eut seulement cinq accouplements, unions d'ailleurs promptement dissoutes et desquelles, on n'obtint que des oeufs peu nombreux, roulant sur le papier, et dont le quart ne prit pas la teinte vitale particulière aux oeufs fécondés.

Voici quel fut l'état des chrysalides et des papillons dans les 48 cocons réservés pour le grainage :

20 cocons non percés, 8 à chrysalides desséchées normalement, 12 à chrysalides fondues.

28 cocons dont les papillons ont eu la force de franchir la coque, et sur ce nombre 10 seulement ont pu s'accoupler et déposer environ 2 milliers d'oeufs.

L'état des chrysalides mortes dans les cocons et l'extrême faiblesse des papillons ne peuvent être attribués qu'à la flacherie. On sait qu'elle se présente sous deux formes : l'une foudroyante qui frappe les chambrées ordinairement de la quatrième à la montée, et qui n'épargne aucune larve sur les claies, l'autre qui procède lentement, ou même très lentement, comme dans le cas où se sont trouvés nos cocons de reproduction. Ainsi fut déçue notre espérance de recueillir au moins une dizaine de grammes de bonnes graines pour tenter un nouvel essai d'élevage.

Deux mois après la ponte, on a compté les oeufs fécondés. Le gramme en contient 1426, de sorte que leur nombre par


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 149

once de 25 grammes peut être évalué à trente-cinq mille six cent cinquante.

Ces détails pratiques de l'éducation devaient être exposés avant l'étude de la soie des cocons. Voici à leur sujet les observations que nous avons faites.

Les cocons persans offrent des couleurs très variées plus ou moins pures et intenses; c'est un pêle-mêle de jaunes, de blancs, de verts, mais le jaune domine; on pourrait en tirer par sélection cinq ou six variétés de couleurs à peu près distinctes. Dans la majorité des cocons le grain est gros; la proportion des satinés atteint de 20 à 30 pour cent, celle des doubles paraît être de 8 à 12 pour cent.

Un défaut grave c'est la mollesse générale des parois de la coque, les extrémités et le milieu sont surtout faibles et mal garnis, aussi malgré son volumineux développement, n'estelle pas plus riche en soie que celle de nos races ordinaires d'Europe et d'Asie. Si l'on ouvre les cocons par une coupe longitudinale, on reconnaît que les uns ont une télette normale, serrée, très lisse, imperméable, laissant à la chrysalide la liberté dans un vide spacieux, et que les autres sont constitués différemment : c'est un tissu très lâche, informe qui remplace la cloison vernissée, et qui occupe tout le vide intérieur, et c'est au centre de cette bourre que la chrysalide se confine et reste fixée. Ces cocons à bourre interne sont les plus mauvais à dévider, toute la soie en général en est mal tissée. Les couches dévidables n'ont presque pas d'adhérence et on peut les diviser et subdiviser aisément en feuillets très minces. On constate cette défectuosité de la télette dans un tiers au moins des cocons.

La forme des cocons persans manque complètement de cette régularité qui distingue une race de mérite. On en trouve de cylindriques, de coniques, de cintrés, en globes aplatis, etc.


150 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

La plupart affectent des formes bizarres qui ne peuvent être ni classées, ni décrites. Mêmes divergences dans la taille et le volume.

Ces couleurs, ces formes, ces dimensions disparates révèlent des alliances diverses qu'il serait difficile de déterminer. Le cintré semble cependant se rapporter à dès croisements avec les races d'Europe, le vert a quelque emprunt à la race japonaise.

Et comme les éducateurs persans ont laissé dépérir et même disparaître depuis trente ans les races qu'ils possédaient, races autrefois productives de soies si renommées à Lyon, il leur a fallu recourir aux graines étrangères dont ils se sont servi avec un discernement douteux. On est porté à croire en effet que la race actuelle soumise à nos études, la seule et la moins digne peut-être qui ait survécu, n'a pas conservé la pureté primitive.

C'est aujourd'hui une race dégradée, moins par les alliances extérieures, que par la négligence peut-être avec laquelle elle est traitée dans son propre pays. C'est l'oubli des plus simples règles d'éducation qui a fait passer les cocons de cette race d'un type caractéristique unique à des formes dont la grotesque diversité n'est pas le moindre inconvénient.

Nous venons de montrer comment la race persane s'est comportée en magnanerie et comment ses produits ont supporté les épreuves de filature. Quoique l'expérience sur la race persane, accomplie dans une saison médiocrement favorable, et sur une petite quantité de graines fatiguées d'un long voyage, ne permette pas de conclusion définitive, nous croyons pouvoir résumer notre opinion.

Au point de vue de l'éducation :

1° Les larves de la race persane exigent une température supérieure à celle qui suffit aux races de nos pays.


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 151

2° Les vers par leur taille, les cocons par leur volume doivent occuper sur les claies et à la bruyère plus d'espace que celui dont se contentent nos plus grosses races.

3° L'élevage procède avec plus de lenteur et tout le service est plus embarrassant.

Au point de la vue de la soie :

1° Les cocons pêchent gravement par le défaut de fermeté de la coque et par la grossièreté du tissu.

2° Ils perdent beaucoup en bourre et surtout en frisons, encombrent la bassine et le fil est sujet à de fréquentes ruptures.

On nous a demandé s'il y avait lieu actuellement de recommander aux éleveurs la culture de cette race nouvelle, venue dans nos régions, et à nos filateurs l'acquisition des cocons produits.

Notre réponse a dû être négative.

La race persane, telle que nous l'avons observée, nous semble appartenir uniquement à l'étude; aussi croyons-nous que les nouveaux essais (et il est intéressant de savoir par eux si cette race compense ses défauts par des qualités qui ont pu nous échapper), ne doivent être effectués que dans les magnaneries expérimentales.

Il conviendrait d'abord d'améliorer la race par elle-même, à l'aide du régime si puissant de petites éducations qui, outre les avantages de l'hygiène, se prêtent à une surveillance plus minutieuse, en procèdant à force d'éliminations tant pour rectifier les formes que pour obtenir la correction de la tissure. Il faudrait aussi s'assurer que les cocons de reproduction ne sont pas dépourvus de la télette vernissée. Si la cloison est spongieuse, le cocon s'imbibant trop vite ne peut surnager et devient indévidable. En ouvrant avec précaution l'une des


152 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

extrémités des cocons de grainage, on découvre l'intérieur, et s'il ne présente pas l'anomalie de la bourre, on rabat l'opercule formé par l'incision et on le clôt par une épingle. C'est là un mode de triage sans danger pour la chrysalide, qu'il est important de pratiquer.

Après une longue série d'élevages sévèrement conduits, on doit obtenir une restauration de la race à peu près complète. Peut-être alors une place utile pourra être attribuée à la race persane dans les magnaneries européennes qui aujourd'hui ne consentiraient pas à courir les risques auxquels les exposeraient et ces larves à élever et ces cocons à vendre.

Quant aux croisements dont on a tant abusé, et qui en France et à l'étranger, ont causé tant de confusion et de préjudice, il serait bien imprudent d'y employer la race persane dans l'état fâcheux où elle est tombée.

En France, cette race une fois régénérée, ne s'accommodera bien, croyons-nous, que des régions séricicoles les plus méridionales. Elle réussirait sans doute en Algérie et dans la Tunisie. On en pourrait d'ailleurs simplifier l'élevage avantageusement, en appliquant le système d'alimentation par la feuille en branche, soit par l'adoption des procédés du Frioul italien, soit par l'imitation des Tilimbars persans, cabanes à toits de paille avec parois à claire-voie, dressées temporairement au milieu des plantations de mûriers. Il est assez probable que le ver à soie qui nous occupe n'a pas été élevé autrement dans son pays natal.

Cette notice est accompagnée des bulletins d'essai des cocons du ver persan à la bassine expérimentale et à la filature industrielle.


PERSE

I. — ENSEMBLE DES ÉPREUVES

RACE SCHEZEVAR DE PERSE A B C D E F MOYENNES

COCONS FRAIS) ÉLEVÉE A LYON A B C D E F MOYENNES

Forme Cyl. Cyl. Cyl, Ov. ax. dé. » » »

Couleur . . Jn. Vif Jn. Vif Jn. Vif Jn. Vif » » »

Grain. T. G. T. G. T. G. G. » » »

Tissure . . . L. L. L. L. » » »

Poids du cocon en milligr. 3,500 2,689 2,655 2,650 » » 2,871

Dimensions en millimètres. 25,4x51,8 25,6x52,7 28x49,5 27X54 » » 23,5x52»

Baye dévidée en mètres. . 915 752 975 840 » » 870

Poids des frisons, milligr. 51 77 24 19 » » 42,75

— de la telette, milligr. 41 95 54 37 » » 56,75

- de la bave dévidée, m. 290 188 303 261 » » 260,5

Rendt en grège % du cocon. 8,28 6,99 11 ,45 9,85 » » 9,14

Marche du dévidage. . . . B B B B » »

Dre de la bave en 10000es m/m. 280 263 272 271 » » 271

Titre de poids à 500m. en mil. 158 125 155 155 » » 1,48

- — — endenrs. 2,97 2,35 2,91 2,91 » » 2,78

Ténacité en grammes. . . 9,8 7,7 8,2 8,4 » » 8,5

Élasticité pour 100. . . . 14 11 11 9,2 » » 11,3

DÉDUCTIONS

Nombre de cocons pour un kilogramme. . . 348

Rendement en soie d'un kilogr. de cocons. . 0k,090

Déchets (frisons et télette) d'un kil. — . . 0k,03

Poids des chrysalides d'un kilogr, — . . 0k,875

Poids des cocons frais pour un kil. de soie. . 11k,021

Titrage à 500 m. d'une grège filée à six cocons. Titrage — — en deniers.

Titre de ténacité d'une grège à sis cocons. Titre d'élasticité — —

II. — DÉTAIL DES ÉPREUVES DE TITRAGE

Nos D'ORDRE FLOTILLONS DE 103 MÈTRES Nos D'ORDRE FLOTILLONS DE 100 MÈTRES

1 3456789 Moyen 123456789 Moyen

Dre 280 275 275 285 320 308 276 265 256 280 Dre 262 270 270 288 275 230 266 258 » 271

Ps 50 38 33 30 30 24 26 32 24 32,2 ps 37 38 35 36 33 27 29 26 » 32,6

12 11,511,8 11,6 9,7 8,7 8,5 7 7,5 9,8 Tte 10,4 7,4 7,2 8,5 7,3 8,2 9,2 9,9 » 8,4

Ete 17 16 16 14 13 13 13 12 12 14 Ete 12 10 10 7 8 9 8 10 » 9,2

Dre 258 258 266 280 268 255 258 255 » 263 Dre » » » » » » » » » »

Rpe 41 34 30 25 22 20 15 1 » 26,7 pe » » » » » » » » » »

Tte 10,5 10 10 8,5 6,5 5 5,5 6 » 7,7 Tte » » » » » » » » » »

Ete 13 15 14 11 8 8 9 8 » 11 Ete » » » » » » » » » "

Dre 255 266 289 210 310 234 268 256 244 240 Dre » » » » » » » » » »

Cpe 42 37 36 36 36 38 30 30 15 33,6. Pps » » » » » » » » » »

Tte 10 9 8,7 10 10 3 6 6 6 8,2 Tte » » » » » » » » » "

Ete 14 11 13 15 13 11 10 8 9 11 Ete » » » » » » » » » »

MOYENNES DES QUATRE COCONS

1.Titre du poids en milligrammes 148 2.Diamètre en dix-millièmes de millimètre. 271

3. Titre de ténacité en grammes 8.5

4. Titre d'élasticité pour 100 11.3


154 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

ESSAIS DE FILATURE INDUSTRIELLE

Race Schezevar (Perse) récolte

de 1888.

Provenance élevée à Lyon.

État hygrométrique des cocons Frais.

Coque soyeuse très Molle.

Nombre des cocons à l'hectogramme. ... 35.

Poids net à filer 0 k. 150.

Soie produite O k. 011.605.

Frisons Ok. 004.038.

Bassinés. 0 k. 008.233.

Rentrée en kilogramme 12 k. 925.

Couleur de la soie jaune.

Qualités peu souple.

Défauts quelques bouchons.

Titrages de la Grège

Poids décimal à 500 mètres 0 gr. 600 0.650 ( 7) 0.700 ( 3)

0.750(3).

Poids moyen décimal 0 gr. 678.

— en deniers à 500 mètres 12 d. 77.

— en deniers à 476 mètres 12 d. 15

Poids à 10,000 m. =N° décimal 13 gr. 560.

Épreuves de Ténacité en grammes 35. 35. 40. 40. 40.

— moyenne en grammes 38.

Épreuves d'Élasticité % 16.16.18.21.

— moyenne % 18.2.

Notes sur le dévidage

Mode de filature Chambon

Battage des cocons à la main.

Grège filée à cocons 4 à 5.

Bouts conduits a la fois deux.

Jetée des bouts à la Filière avec la machine.

Grèges à bouts non noués.

Mètres enroulés par minute 130 mètres.

Marche du dévidage . . assez bonne.


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 155

ELEVAGE DE RAGES JAPONAISES

RACES A COCONS VERTS

Kin-Sei de Shinano, l'élevage a duré 37 jours, du 18 mai au 23 juin, cocons petits très cintrés, à tissure mi-ferme et grain fin, nombre de cocons secs au kilogramme : 2.383.

Poids de 100 cocons. . . 41gr95

Chrysalides 25 70

Soie. . 16 25

pour 100 en soie brute, 38,73.

Ki-himé de Shinano, l'élevage a duré 38 jours du 17 mai au 23 juin, cocons petits très cintrés à tissure mi-ferme et grain fin, nombre de cocons secs au kilogramme : 2.280.

Poids de 100 cocons. . . 43gr85 Chrysalides. ..... 28 95

Soie. . . . . . . . 14 90

pour 100 en soie brute, 33,97.

RACES A COCONS BLANCS

Shiro-Kimé de Shinano, l'élevage a duré 39 jours du 16 mai au 23 juin, cocons petits très cintrés à tissure mi-ferme et grain fin, nombre de cocons secs au kilogramme : 2631.

Poids de 100 cocons. . . 38gr00 Chrysalides. ..... 23 30

Soie 14 70

pour 100 en soie brute, 38,68.

Ao-Jiku d'Iwashiro, l'élevage a duré 40 jours du 17 au 25


156 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

juin, cocons légèrement cintrés à tissure ferme, grain très fin, nombre de cocons secs au kilogramme : 2.004.

Poids de 100 cocons. . . 49gr90

Chrysalides 20 93

Soie 20 60

pour 100 en soie brute, 41,28.

Aka-Jiku-Schusu d'Iwashiro, l'élevage a duré 39 jours du 17 mai au 24 juin, cocons légèrement cintrés à tissure ferme, grain moyen, nombre de cocons secs au kilogramme : 2061.

Poids de 100 cocuns. . . 48gr50

Chrysalides 28 65

Soie 19 85

pour 100 en soie brute,40,92.

Aka-Jiku-Schusu d'Iwashiro (bis) l'élevage a duré 40 jours du 17 mai au 25 juin, cocons légèrement cintrés à tissure ferme, grain moyen, nombre de cocons secs au kilogramme : 2020.

Poids de 100 cocons. . . 49gr50

Chrysalides 29 80

Soie 19 70

pour 100 en soie brute, 39,79.

ÉDUCATION DE VERS SAUVAGES

PAR M. P. GENSOUL

Mon cherMonsieur Dusuzeau, vous m'avez demandé quelques renseignements sur la petite éducation de Yama Mai, que j'ai essayée dans mon laboratoire de Châteauneuf, au moyen du petit lot de graines que vous avez mis à ma disposition. Voici en peu de mots, le résultat de mes observations.


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 157

J'ai d'abord tenté l'éducation en forêt, suivant les procédés employés au Japon. Malheureusement l'année 1888 a été très peu favorable à un essai de ce genre, l'éclosion n'a pu avoir lieu que vers le 6 mai. Les jeunes vers n'ont été déposés sur le taillis, que plusieurs jours après leur naissance.

Malgré les pluies, les vents violents et même des froids assez rigoureux pour la saison, l'éducation semblait d'abord marcher à merveille.

Les jeunes vers étaient défendus des oiseaux, par un filet et le garde de la propriété était chargé de les surveiller et de replacer sur les branches, ceux qui étaient trouvés sur le sol. Leur nombre néanmoins diminuait assez rapidement, soit parce que plusieurs se perdaient sous bois, soit à cause des ravages exercés par certains insectes et en particulier par une grosse fourmi noire.

Craignant de les voir disparaître les uns après les autres et de manquer de graines pour l'année prochaine, je me décidai à les faire recueillir et à terminer l'élevage en chambre, mais toujours sans feu.

Un petit nombre de vers cependant, furent comme contrôle, nourris dans une pièce modérément chauffée, où ils acquirent une avance de plus de quinze jours sur les autres. Ils donnèrent leur premier cocon dans la première quinzaine de juillet et des papillons depuis le 12 août. Le poids moyen était de 4 gr. 55 par cocon, et la coque du plus gros pesait 0 gr. 423, tandis que la chrysalide seule pesait 4 gr. 30. Ceux élevés sans feu ont donné un premier lot de cocons d'un poids moyen de 4gr. 69. Les vers au moment de monter atteignaient un poids de plus de 11 grammes avec une longueur de 7 centimètres 1/2. Mais la quantité de soie diminuait à mesure que la vie du ver se prolongeait au delà de ses limites ordinaires et leur santé déclinait rapidement. Les uns


158 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

devenaient courts et prenaient des anneaux noirâtres, d'autres se couvraient d'une poussière blanche que je n'ai point encore examiné au microscope; et parmi les retardataires ceux qui ne moururent pas avant d'avoir pu se transformer en chrysalide ne purent que tisser une très légère bourre de soie.

Comme conclusion, les Yama Maï sont des vers très robustes et très rustiques puisqu'ils ont pu, pour la plus grande partie atteindre leur plein développement dans des conditions de température très défavorables.

Ils se nourrissent très bien de la feuille de chêne de nos pays, tout en affectionnant certaines variétés, qu'il me reste à faire déterminer. Ils mandent également les feuilles du châtaigner, du hêtre et de la charmille, c'est-à-dire de presque toutes nos essences forestières.

L'élevage comparatif du ver à soie ordinaire et du ver du chêne m'a montré que ce dernier exigeait une température un peu supérieure et que par conséquent son éducation en plein air réclamait au moins, le climat de l'olivier.

L'élevage en magnanerie du Yama Mai et du Pernyen, ne me paraît pas pouvoir être conseillé.

Ces vers incomplètement domestiqués, sont très remuants dans leur premier âge et ont besoin d'être renfermés dans des meubles fermés avec des toiles métalliques très serrées; plus tard, ils s'alourdissent, courent moins, s'obstinent même quelquefois, à manger une feuille un peu sèche, alors qu'ils ont de la fraîche à leur disposition; ils tombent souvent de leurs rayons et ils sont fort ronds, leur chute n'est pas sans inconvénient.

Leur manière de se nourrir diffère tout à fait de celle du Bombyx ordinaire, il leur faut plus de feuilles et plus d'espace, car ils n'aiment pas à être serrés. Il faut donc renouveler souvent la feuille, surtout si on chauffe convenablement la


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 159

magnanerie. On a aussi une grande quantité de litière et comme ils ne s'en dégagent pas facilement d'eux-mêmes, du moins dans les conditions où j'ai opéré, il faut les arracher à la main, avec assez de force, non sans risquer de les blesser gravement.

Il est nécessaire de leur donner des branches feuillues soutenues par des chevalets, car ils n'aiment pas manger la feuille à plat, mais suspendus dans une position renversée, qui est aussi celle dans laquelle ils accomplissent ordinairement leurs mues.

Le délitage est long et difficile, car remarquable exemple de mimétisme, ces chenilles sont très difficiles à distinguer sur les feuilles de chêne, dont elles reproduisent absolument la couleur.

Le 29 juillet, mon petit lot de vers était dans son plein développement et j'ai pu l'exposer dans une vitrine, avec un certain nombre de cocons, au concours agricole officiel de Chauffailles, où il a été fort remarqué.

La ville de Chauffailles, tirant sa prospérité de l'industrie de la soie, celte exposition, était tout à fait de circonstance, aussi intéressa-t-elle vivement, non seulement M. Sarrien, ancien ministre, et les autres personnages officiels qui assistaient au concours, mais encore et surtout, les fabricants de soie, pour lesquels, les produits du ver du chêne, les soies tussah en particulier, commencent à prendre une grande importance.

Les courtes observations que je viens de relater, s'appliquent au climat de Châteauneuf (arrondissement de Charolles), altitude moyenne de 345 mètres, mais qui par suite du voisinage des montagnes du Lyonnais et du Charollais et surtout par suite du rayonnement nocturne considérable, dû à la présence de très nombreuses prairies permanentes, est rela-


160 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

tivement froid par sa latitude et peut être considéré comme

celui de la limite de la culture de la vigne.

P. S. — Une autre conséquence de la longue durée d'une aussi petite éducation, à la température ordinaire, à été l'impossibilité où je me suis trouvé de recueillir une quantité notable, de la graine parfaitement fécondée; les papillons, dont la vie est assez courte, ayant éclos successivement.

ÉLEVAGE DE YAMA MAI

LETTRE DE Mme ANSOUX AU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DES SOIES

Mme Ansoux a fait une petite éducation cette année de Yama Mai avec 3 grammes de graines distribuées par la Commission des soies. — Éclos des premiers jours de juin 1888, ils subissent comme les vers à soie du mûrier, 4 mues seulement. L'espace d'une mue à l'autre est de dix à douze jours, au lieu de sept à huit jours pour les vers au mûrier, ce qui porte la durée de l'éducation de quarante cinq à cinquante jours suivant la température.

A. partir de leur éclosion jusqu'à la fin de la seconde mue, ces vers sont tout à fait à l'état sauvage pour ainsi dire, à tout moment ils se sauvent de la tige de chêne et si l'on n'avait pas un soin tout particulier d'envelopper en forme d'entonnoir avec du papier le flacon qui contient l'eau et la tige de chêne pour maintenir la tige fraîche, l'on en perdrait beaucoup.

Mais arrivés au troisième âge ils changent totalement ; ils


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNEE 1888 161

deviennent apprivoisés par enchantement, ils ne cherchent nullement à se sauver.

Sur ma petite éducation qui est la première sur cette race, aucun des vers n'est mort, ni aucun suspecté de maladie ; tous sont arrivés à faire leurs cocons dans de bonnes conditions.

La percée du cocon par le papillon a eu lieu après la montée de quarante à quarante-cinq jours. — Tous mes cocons ont percé et m'ont donné de très beaux papillons, mais il existe une difficulté pour l'accouplement; le papillon en sortant de son cocon le soir prend toujours son vol, si l'on a pas le soin de les mettre dans une caisse un peu grande suivant la quantité que l'on veut faire grainer et de la couvrir avec une toile un peu claire pour laisser pénétrer l'air; alors l'accouplement est plus sûr et le grainage aussi.

De cette petite éducation où j'ai tout mis en graines, je me propose d'en faire une nouvelle avec toutes les graines qui sont en ma possession, alors je pourrai vous renseigner plus exactement que cette année, je prendrai des notes sur la marche exacte et si cela peut vous intéresser je vous ferai un nouveau rapport plus complet; par la même occasion croyant vous être agréable, je me permets de vous remettre quelques cocons.

OBSERVATION. — Quand la température est un peu élevée il faut avoir soin de les arroser au moins trois fois par jour avec un pulvérisateur, car il est réellement vrai que cette chenille aime l'eau en petite quantité.

Je vous prie, Messieurs, de bien vouloir recevoir les sentiments de ma haute considération.

6e SÉRIE, T. 1er, — 1888 11


162 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

REVUE DE L'ANNÉE SÉRIGIGOLE

GRAINES A L'ÉCLOSION. — Sous le rapport de la quantité des graines mises en incubation, du nombre des éducateurs, de la marche des élevages, des diverses maladies qui ont affecté les chambrées (quant au point de vue du rendement définitif de la récolte), l'année 1888 offre avec celle qui la précède, la plus grande analogie; c'est ce qui résulte des notes de nos correspondants, des enquêtes officielles faites dans les divers lieux de production, ainsi que des informations transmises aux journaux spéciaux; nous allons en échelonner le résumé.

Les graines mises à l'incubation ont éclos dès les derniers jours d'avril dans la vallée du Rhône, un peu plus tard dans la région montagneuse. Quoique tardives, les feuilles de mûrier sont en quantité suffisante pour subvenir aux besoins des éducations, d'autant plus que sous l'influence d'une température favorable, la végétation a pris une grande vigueur; la campagne débute donc dans de bonnes conditions, les quantités de graines mises à l'incubation sont, presque partout, les mêmes qu'en 1887.

MARCHE DES ÉDUCATIONS. — La marche des éducations de vers à soie, à la date du 26 mai, continue à être régulière dans tous les départements où l'on s'adonne à la sériciculture, les conditions sont favorables tant pour la végétation des mûriers que pour la santé des vers. Dans beaucoup de


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 163

localités, on regrette de ne pas avoir entrepris des éducations plus grandes et plus nombreuses. Les nouvelles qui nous parviennent d'Italie sont également favorables.

Au 2 juin, les éducations des vers à soie marchent presque partout avec une régularité absolue ; on compte jusqu'ici sur un rendement considérable si les dernières opérations ne sont pas contrariées par de fortes chaleurs survenant vers la fin du mois. Dans quelques rares localités du département de la Drôme on constate des atteintes de muscardine et de flacherie, mais ces plaintes sont tout à fait isolées. Les agriculteurs ont des occupations plus graves relativement à la vente des cocons, à raison des bas prix qui règnent actuellement sur les cocons secs.

Au 23 juin, les éducations de vers à soie sont à peu près achevées et les cocons nouveaux sont offerts sur les marchés; presque partout, les éducations se sont poursuivies dans des conditions favorables et les rendements sont bons. On ne signale des plaintes provoquées par la muscardine ou la fla - cherie que dans quelques localités du département de la Drôme, Malheureusement les prix des cocons sont plus bas que jamais et les agriculteurs sont découragés par cette mévente continue.

Dans un rapport présenté à la Société départementale d'agriculture de Vaucluse par l'un de ses membres, M. Arnavon, la.récolte des cocons pour 1888, est ainsi appréciée :

La récolte en 1888 a beaucoup d'analogie avec celle de 1887. Au moment des achats, l'annonce d'une bonne récolte générale dès le début du marché impressionna par des prix décourageants, 2 fr. 60 à 2 fr. 65 le kilogramme. Peu à peu néanmoins les cours se fortifièrent et le prix de 2 fr. 80 à 2 fr. 90 fut bientôt atteint; sur le marché à Avignon il n'a pas


164 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

été dépassé, sauf pour quelques lots de fin de récolte et en première qualité qui ont été payés 3 francs.

Dans le département de Vaucluse et ceux limitrophes, les cours ont varié entre 2 fr. 80 et 3 fr. 20. Dans le Gard, sur les marchés d'Anduze, de Bagnols, d'Alais, de Saint-Ambroix, on a payé depuis 3 fr. 10 jusqu'à 3 fr. 50, prix non dépassé par les lots de premier ordre.

La qualité des cocons en 1888 avec des apparences supérieures a été trouvée en réalité, au rendement à l'épreuve de la bassine un peu inférieure à la précédente, tout en restant néanmoins classée dans les bonnes.

Le chiffre de 2 kilogrammes de cocons pargramme de graine, était considéré jusqu'à ces derniers temps comme le maximum d'une parfaite éducation. On cite aujourd'hui, non pas certainement comme courants, mais non plus comme une rareté, des rendements de 55 kilogrammes et même une once, par 25 grammes de graines.

Malheureusement, si la récolte des cocons quoique un peu inférieure à celle de l'année précédente sous le rapport de la quantité et de la qualité peut être classée parmi les bonnes récoltes, la situation des marchés est toujours défavorable pour les sériciculteurs.

Ce sont toujours les petites éducations qui donnent le plus de profit. Quelques-unes dans l'arrondissement de Perpignan n'ayant mis à l'incubation qu'une quantité limitée de graines soit 15 grammes ont récolté environ 3 kilogrammes de cocons par gramme de graines, ce qui représente un produit de 75 kilogrammes à l'once. Dans cette contrée séricicole le rendement moyen a été de 55 à 60 kilogrammes par once de graines de 25 grammes. Les cocons pour le grainage y sont fort recherchés et atteignent le prix de 6 à 10 francs.

La Commission départementale de sériciculture des Pyrénées-Orientales a vu cette année à Banyuls-sur-Mer plusieurs


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 165

éducations de graines estivées suivant le procédé de M. Rollat dont nous vous avons entretenu l'année dernière. Les vers depuis l'éclosion jusqu'à la montée se sont comportés tout aussi bien, sinon mieux, que ceux de graines conservées d'une autre façon.

Enquête séricicole de l'année 1888

Chaque année le ministère de l'Agriculture publie le résultat de son enquête séricicole, et nous nous faisons un devoir de l'inscrire dans notre rapport.

Nombre des sériciculteurs 142.711

Quantités de graines de diverses races mises en incubation (once de 25 grammes).

Races françaises 254.568 once-.

Races du Japon provenant de graines directement importées. 2.852 —

Races d'autres provenances étrangères 10.793 —

Ensemble. 275.224 —

Production totale en cocons frais obtenus de ces graines (en kilogrammes).

Races françaises 8.844.677

Races du Japon provenant de graines directement importées. . 83.365

Races japonaises provenant de graines de race japonaise

de reproduction française. . . 248.156

Races d'autres provenances étrangères 368.708

Ensemble 9.549.906

Rendement moyen en cocons frais d'une once (25 grammes) de graines, en kilogramme. Races françaises 34 743


166 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

Races du Japon provenant de graines directement importées. 30.983 Races japonaises provenant de graines de reproduction française 35.395

Races d'autres provenances étrangères . .34.660

Moyenne générale 34.698

En cocons les quantités employées pour le grainage se sont élevées en kilogrammes au chiffre de 307.790 qui ont produit en onces de 25 grammes 903.974.

Les prix de vente de l'once de 25 grammes de graines ont été :

Pour les races françaises de fr. 11,22

Pour les races du Japon provenant de graines directement

importées 12,01

Pour les races japonaises provenant de races de reproduction de 11,12

Pour les races d'autres provenances étrangères de. . . . 12,18

Prix du kilogramme de cocons frais vendus pour le filage, d'après le classement ci-dessus :

3,50—3,40 — 3,14 — 3,25.

Pour le grainage : 4,14 — 4,08 — 3,64 — 4,20.

L'industrie du grainage prend chaque année un développement nouveau, et la qualité des graines produites en France et recherchées avec raison par les éducateurs intelligents, donne dans tous les pays d'élevage les meilleurs résultats.

Pendant les dix premiers mois de cette année, les exportations ont été de kilog. 67.196, contre kilog. 46.803 pendant la même période de 1887 et 40.400 pendant celle de 1886.

Le département du Var occupe le premier rang dans l'in dustrie du grainage; il a produit celte année 658.540 onces d'oeufs de vers à soie.


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 167

Celui des Basses-Alpes qui vient ensuite en a produit 130.530 onces.

D'après le Bulletin séricicole français 300.000 kilogrammes de cocons seraient annuellement consacrés au grainage et produiraient 900.000 onces environ de graines.

Sur ces 900.000 onces 300.000 restent en France et 540.000 sont exportées, soit 400.000 environ en Italie et 140.000 dans le Levant, en Grèce et en Russie.

Par contre l'importation ne serait représentée que par 10 ou 12.000 onces de graines vertes japonaises de reproduction italienne élevées dans les vallées basses de la Drôme et de l'Isère et dans une partie de l'Ardèche, où les races jaunes réussissent encore assez mal.

M. Alessandro Marini publie chaque année une revue fort intéressante de la sériciculture en Italie puisée aux meilleures sources d'information. Nous n'entrerons pas dans le détail des sujets qu'il a traités, son ouvrage étant dans les mains de tous les sériciculteurs. Toutefois à propos de l'Italie nous ne saurions passer sous silence le concours ouvert en 1888 entre les producteurs de graines de vers à soie sous la direction du Musée national de bacologie et de sériciculture.

Parmi les conditions imposées aux graineurs nous relève rons seulement les principales.

Tout concurrent doit donner des preuves certaines qu'il est graineur et que son commerce en est notablement connu.

Tout concurrent devra envoyer trois lots de graines de diverses qualités, aucun ne sera inférieur à 30 grammes, il pourra se présenter pour diverses races, mais toujours avec trois lots pour chacune d'elles.

Seront exclues du concours les graines reconnues par la commission comme infectées, ou ayant subi une mauvaise hivernation ou provenant de cocons de mauvaise qualité.


168 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

Chaque producteur de semences devra indiquer un nombre de cultivateurs en proportion des lots présentés au concours, et la direction du Musée leur expédiera les lots de graines donc l'élevage sera fait pour son compte.

Les principales conditions imposées aux magnaniers sont les suivantes:

Ils devront permettre la visite de leurs éducations aux délégués désignés par le Musée, et suivre les prescriptions qui leur seront données. Ils devront informer périodiquement la direction du Musée de la marche de leur éducation.

L'éducation des vers sera faite avec tous les soins nécessaires à une bonne culture soit par la bonne disposition des locaux maintenus à une chaleur convenable, par une aération intelligente, la désinfection quand il sera nécessaire, avec tous les soins enfin recommandés par une pratique éclairée.

Les cultivateurs sont tenus d'informer la direction du Musée des résultats de leurs élevages, du jour où les vers ont monté à la bruyère, et de faire à la fin de la campagne une courte relation de leur éducation. Ils sont en outre tenus d'envoyer un échantillon de leurs cocons (un hectogramme environ) à la direction du Musée pour en apprécier la qualité.

Toute autre indication que le cultivateur voudra bien envoyer en dehors des exigences du concours sera bien accueillie, et lui sera un titre de plus aux diplômes d'honneur.

Nous devons ajouter que de chaque lot destiné au concours une petite partie avait été prélevée et mise dans une incubatrice et que l'examen microcospique fait avec beaucoup de soin par l'inspecteur de l'Institut avait reconnu que tous étaient indemnes de corpuscules.

Ce concours a réuni 50 graineurs, 216 éducateurs et 377 lots de graines dont 125 variétés; en voici la conclusion pratique.


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 169

Les éclosions ont été faciles et même quelques-unes précoces, circonstance qui mérite d'être notée étant donné l'étroit rapport qu'elles possèdent avec les théories d'estivation et d'hibernation, ajoutons que la naissance imprévue de quelques lots a été cause que leur élevage n'a pu être fait, en face du développement tardif de la feuille.

Le premier âge toutefois, sauf quelques exceptions, se présente bien. Dès la seconde mue la muscardine commença à se manifester, plus tard, la flacherie se montra menaçante soit par suite de tendance héréditaire, soit par conséquence de manque de soin dans les chambres, soit que les vicissitudes atmosphériques aient facilité son développement accidentel.

Quant au calcino (la muscardine) l'emploi du soufre bien appliqué comme désinfection préventive, a donné de très bons résultats, surtout s'il est accompagné d'une éducation •rationnelle. Quant à la flacherie, la science n'ayant point encore dit son dernier mot, il est difficile de se prononcer.

Nous devons avouer qu'à la fin de la campagne la pébrine à montré une sensible recrudescence.

Il est certain que parmi les causes principales qui ont déterminé des insuccès dans les éducations, il faut noter encore le contact de graines de mauvaise qualité à côté d'autres soigneusement préparées, malgré toutes les recommandations, de vieilles magnaneries depuis longtemps consacrées aux éducations ont été utilisées et furent la cause de maladies occasionnelles, qui pour la plus grande partie ont été observées dans les campagnes.

L'inspection des échantillons de cocons a conduit à des déductions d'une certaine gravité. Les jaunes en général n'ont pas présenté à leur aspect extérieur des caractères de salubrité, particulièrement les croisés, dont beaucoup se sont trouvés diversement colorés.


170 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

Quant aux verts, il y a à constater un certain dépérissement dans les races de reproduction.

On a rencontré les anomalies habituelles relatives aux doubles mais dans quelques races spéciales comme la blanche de Corée, le nombre en fut vraiment excessif avec beaucoup de cocons noirs et muscardinés, on observa également à l'ouverture des cocons destinés à l'échantillon frais, de notables irrégularités dans les chrysalides donnant naissance à des papillons aux ailes tachées qui examinées au microscope se sont montrées en grande partie infectés de corpuscules et de vibrions.

Beaucoup de cocons jaunes se sont en outre montrés excessivement foncés en couleur, et certainement par suite d'éducation défectueuse.

En Italie, pour l'année 1888, le rendement des cocons à la bassine a été inférieur à celui de l'année 1887. Pour un kilogramme de soie il a fallu :

Gialle (reali) kil. 10,75 à 11,25

» (secundari) 11,25 à 11,75

Bianchi incrociati 11,50 à 12,50

Verdi (réali) 12,75 à 13.25

» (secundarii). . . . . . . 13,25 à 14,00

Il faut en moyenne cinq mille cocons pour fournir un kilogramme de soie.

De l'ensemble des faits dont nous venons de donner le résumé il nous parait possible de déduire les conclusions suivantes :

La récolte des cocons en Italie est de quatre à cinq fois plus élevée qu'en France. La race jaune domine dans les éducations, et les blancs purs sont en petit nombre. Les races croisées et surtout blancs et jaunes, sont relativement


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 171

en plus grand nombre en Italie, ainsi que les races vertes de provenance japonaise. Les croisements ont donné des résultats fort différents en Italie suivant les pays d'élevage, ainsi ils paraissent surtout avoir bien réussi particulièrement dans les provinces de Milan et de Rome et la circonscription de Varèse. Ailleurs, au contraire, ils n'ont donné que de maigres produits, et les meilleurs éleveurs italiens sont divisés d'opinion à ce sujet.

En Italie comme en France le grainage est l'objet de soins tout particuliers, et les lots pour grainage dont la qualité est solidement établie atteignent des prix autrement rémunérateurs que les parties destinées à la filature. Le kilogramme de cocons peut atteindre le prix de 8 à 10 livres.

Dans les deux pays comme par le passé la muscardine, la flacherie, et quelque peu de pébrine en Italie, se sont encore montrées. La muscardine (calcino des Italiens) paraît prendre une certaine recrudescence même en France, on connaît la ténacité des spores de la muscardine pouvant conserver leur vitalité deux à trois ans. La flacherie plus redoutable a dans certaines chambrées en Italie enlevé jusqu'à 25 pour cent de la récolte, c'est toujours le plus redoutable écueil de nos magnaneries. Aucun sériciculteur ne saurait envisager sans crainte ce fléau aussi repoussant que désastreux.

Espagne

On a mis à l'éclosion plus de graines que l'an dernier. Au milieu de mai l'ensemble des éducations est de la troisième à la quatrième mue à Valence, à la montée à Murcie, temps favorable, pas de plaintes. Les premiers cocons paraissent sur les marchés à la fin du mois de mai. Les prix paraissent


172 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

devoir se fixer à une moyenne de 2 fr. 75 à 3 francs. Le produit de la récolte est supérieur à celui de l'année dernière..

Syrie

Le mauvais temps a décimé les éducations de la haute montagne, dès les premières périodes, mais dans la plaine, où les vers sont à la quatrième mue (3 mai), la marche des chambrées est satisfaisante. La récolte est à peu près égale à celle de l'année dernière.

Brousse

La quantité des graines mises à l'éclosion est plus forte que l'an dernier, mais la qualité laisse beaucoup à désirer. La commission séricicole du pays fait paraître une instruction sévère dans le but de prévenir l'abondance sur le marché des graines de mauvaise provenance.

Turquie d'Asie. — Résumé des élevages

Le nombre des boîtes mises à l'incubation a été inférieur à celui de l'année précédente, on peut évaluer à 100.000 les boîtes ayant servi aux éducations. Les graines les plus employées dans le pays ont été :

1° Les graines de France à cocons jaunes.

2° Les graines dites de Bagdad donnant de gros cocons blancs.

3° Enfin les graines du Japon à cocons verts.

Les premières dans la proportion de 60.000, les secondes de 35.000, et enfin les races du Japon pour 5.000.


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 173

85 pour 100 des graines à cocons jaunes viennent de France.

15 pour 100 sont confectionnées dans le pays.

Les élevages ont été contrariés par le froid, les éducations qui ne demandent habituellement que 40 à 45 jours ont duré jusqu'à 75 et 80 jours. Des gelées blanches tardives ont compromis la végétation des mûriers et dans plusieurs localités les paysans ont dû jeter la plus grande partie de leurs élèves.

Par suite on peut chiffrer le résultat par un déficit de 30 pour 100, les graines d'importations françaises ont donné en général des résultats bien supérieurs à toutes les autres, en tenant compte, bien entendu des mauvaises conditions dans lesquelles l'élevage s'est fait.

Russie

Dans le Turkestan, dans la Transcaucasie et la Russie méridionale, le gouvernement russe poursuit avec intelligence le développement de la sériciculture en fondant à Tiflis une station centrale séricicole,en même temps qu'une série d'observatoires bacologiques pour la confection de la graine cellulaire.

On a commencé la construction de la magnanerie modèle, la formation d'un laboratoire et d'un musée fait exécuter de petites éducations dans vingt cinq écoles primaires et normales de la province de Koutais et dans plus de vingt écoles dans les provinces d'Elisabetpol et de Cakétie.

Japon

Il paraît certain aujourd'hui que la récolte soyeuse au Japon est un peu inférieure à celle de l'année précédente


174 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

et cela par suite de la moindre quantité de cocons obtenus et de la mauvaise qualité de ceux-ci. La récente récolte des races bivoltines a aussi donné un mauvais produit, une température défavorable ayant persisté pendant toute la durée des éducations.

On estime que l'exportation ne dépassera pas, cette campagne, 32 à 33.000 balles contre 39.000 la campagne précédente.

De l'ensemble des récoltes dans l'extrême Orient, on peut conclure à une exportation probable d'environ de cinquante mille balles.

Au nombre des divers moyens d'amélioration de nos races productrices de la soie, celui relatif à leur provenance, constitue sans contredit l'un des problèmes les plus délicats et les plus controversés, et il paraît difficile à ce sujet d'arriver à une solution absolument vraie. Devons-nous plutôt chercher dans nos races acclimatées dont nous connaissons la valeur, en leur appliquant les procédés les plus rationels, d'élevage, de sélection des cocons reproducteurs, d'examen sévère des graines, ce résultat auquel nous devons tendre, la production sétifère, ou bien, au contraire, trouverons-nous dans l'importation de races étrangères, empruntées aux meilleurs pays producteurs de la soie, celle qui pourra se substituer avantageusement aux races que nous connaissons et qui paraissent adaptées à nos conditions climatériques ?

Les graines d'importations étrangères ont été depuis l'établissement de la sériciculture en France fort souvent essayées, et généralement les résultats ne semblent pas avoir été bien favorables. Cette question n'était point étrangère à nos vieux et expérimentés sériciculteurs et voici à ce sujet l'opinion de l'abbé Boissier de Sauvage :

« On ne peut guère douter que les vers à soie et la graine d'où ils sortent ne s'abâtardissent par une suite de généra


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 175

tions dans le même atelier, il n'y a qu'une voix sur cela chez les auteurs et chez nos magnaniers qui conviennent que passé trois ou quatre ans ou campagnes, on aperçoit un affaiblissement sensible dans leur bétail.

On en a vu, vers la fin du dernier siècle, un exemple mémorable dans cette province, par le dépérissement où tombèrent nos ateliers; comme on désespérait, après plusieurs années de mauvais succès, de pouvoir arrêter le progrès des maladies des vers à soie, on arracha partout les mûriers, comme des arbres inutiles, et il nous en resterait à peine quelqu'un de ce temps-là, sans la sage prévoyance de M. de Basville, qui en 1692, défendit sous les peines les plus sévères, une dépopulation, qui aurait été si préjudiciable au bien public. Il fit venir de nouvelles graines de l'étranger qui furent distribuées dans les principaux endroits de la généralité, et l'on éprouva quelque amendement aux malades dont on se plaignait.

Il est pourtant à présumer que la graine des vers à soie ne tend pas de sa nature à dégénérer en si peu de temps et que l'abâtardissement des vers qui en proviennent ne prend sa source que dans une suite d'éducations mal entendues et doit être rejeté en grande partie sur l'inhabileté des magnaniers, puisqu'il y en a que je sais avoir réussi assez souvent depuis vingt-cinq ans avec des graines domestiques, ou dont les générations s'étaient succédé dans le même atelier.

Ceux qui n'ont pas le même avantage, ou autant de talent, doivent avoir recours au renouvellement de la graine comme au dernier remède, et se tenir en garde contre celles qui sont portées à l'aventure de pays lointains. Ils s'apercevront même dès la première année, d'un amendement notable dans le produit des vers à soie, quand ils ne changeraient rien d'ailleurs dans leur méthode ordinaire.

Nos magnaniers tiraient autrefois leur graine d' Espagne,


176 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

c'était celle qui avait le plus de réputation. Olivier de Serre, sieur du Pradel, célèbre agriculteur de cette province, disait de cette graine, qu'elle est plus valeureuse dans notre pays que toute autre. Les habitants de la Lombardie et de la Romagne faisaient leur provision en Calabre, dont les vers à soie plus gros et plus robustes, tendaient plus de soie.

Les magnaniers expérimentés sont revenus du préjugé où l'on était à cet égard, lorsqu'ils sont dans le cas de renouveler leurs graines, ils n'ont point recours à celle de l'étranger, souvent douteuse, ils trouvent mieux leur compte aux graines du pays, elles réussissent tout aussi bien, il les ont à moins de frais et elles ne sont point exposées aux périls du transport.

On observe seulement, lorsqu'on habite la plaine ou des fonds toujours plus chauds, de faire sa provision dans les pays froids des montagnes, et à l'égard de ceux dont le climat est également frais, l'échange mutuel qu'ils font entre eux de leurs graines suffit ordinairement pour occasionner d'heureux changements dans leurs éducations.

Aboutir à une loi absolument vraie ne paraissant pas réalisable, nous devons donc chercher l'amélioration de nos animaux fileurs de soie, tout à la fois et parallèlement dans la sélection bien entendue de nos races indigènes, et dans l'étude prudente de races importées de pays étrangers; c'est a ce dernier ordre de recherches que se rattachent, en rappelant ce qu'avaient fait jadis nos meilleurs sériciculteurs et particulièrement Camille Beauvais pour la fameuse race sina à cocons blancs, les études que M. Maillot a commencées en 1885, à l'école de Montpellier.

Pour les élevages de 1888, outre les reproductions de graines de 1887, M. Maillot eut à sa disposition 44 sortes nouvelles, 33 de Chine, 10 du Japon, 1 de Perse.

Parmi les races de reproduction de 1887 les plus intéres-


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 177

santes furent la race annuelle Sung-Chiao dont les vers sont bosselés, et la race bivoltine Hua-pi, dont les vers fort jolis ont des ocelles marron, la race Ché-su mérite aussi d'être gardée pour en extraire des vers à trois mues. Ces vers sont remarquables par la rapidité de leur évolution.

En comparant les élevages de ces races chinoises en 1888, avec les élevages correspondants de 1887, on a remarqué la notable augmentation du poids des cocons dans toutes les sortes à l'exception d'une seule. Elle dérive probablement de deux causes, la qualité de la feuille de mûrier, et la sanité plus parfaite des vers. Il sera curieux de voir en 1889 si cette augmentation persiste.

Toutes les races nouvelles importées de Chine et élevées en 1888, sont à quatre mues.

Leur élevage a été fait du 1er mai au 1er juin pour les races annuelles, c'est à-dire un intervalle de 30 jours, et du 1er au 25 mai pour les races bivoltines.

A l'éclosion on a étudié au microscope quelque vers de chaque sorte, et on a trouvé des corpuscules dans 14 lots.

Quant aux races nouvelles de provenance japonaise, toutes sont annuelles, à 4 mues. Les oeufs en parfait état, ont éclos avec une simultanéité remarquable. L'éducation pour tous les lots a duré 34 jours, savoir du 29 avril au 2 juin. Il n'y eu ni pébrine, ni flacherie, sur 10 races 6 sont à cocons blancs, 4 à cocons verts. Tous ces cocons sont d'assez petit format à étranglement très accusé et dans tous les lots parfaitement homogènes.

Cette collection d'oeufs de race japonaise avait été formée et préparée avec un très grand soin, elle était accompagnée des chenilles, des cocons et des papillons. C'est une de ces sortes à cocons verts que M. Moore a regardée comme étant tout à fait nouvelle.

A la suite de réserves justifiées par les données délicates

6e SÉRIE, T. 1er, — 1888 12


178 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

de ces études, M. Maillot dégage de ces premières recherches un petit nombre de conclusions bien positives que voici :

1 ° Nous sommes en présence de plusieurs espèces ou races de vers à soie tout à fait inconnues jusqu'ici en Europe : vers à bosses, vers à ocelles marron, vers de couleur soufrée, vers à cocons sphériques, etc.

2° Ces races ne paraissent inférieures aux nôtres, ni pour la vigueur des vers et la rapidité de leur évolution, ni pour la richesse en soie, certaines de ces races semblent même douées de glandes soyeuses plus développées que dans nos races d'Occident, la comparaison de ces races peut se faire avec précision par des élevages simultanés, dans lesquels les déterminations caractéristiques de chacune d'elles devront être faites.

Pour mettre à jour notre revue séricicole de l'année 1888, nous signalerons le concours régional de Nîmes; il a été l'objet de primes distribuées aux représentants de cette branche de notre industrie dans la région du Midi. Nous rappellerons deux faits importants, l'un plus ancien, l'autre plus récent, qui ont ému le marché soyeux : le premier relatif à nos traités de commerce est le droit mis sur les soies et les cocons de provenance italienne, il ne semble pas que ces nouvelles mesures aient sensiblement troublé notre marché des soies; quant aux cocons, le prix ne parait pas s'en être relevé d'une façon appréciable, par exemple, au prix de quatre francs qui sans satisfaire en tous points les éducateurs serait un encouragement et les solliciterait à de nouveaux efforts. Le second fait plus près de nous est le relèvement brusque du prix des soies, cet article se maintenait à des prix bas depuis longtemps lorsqu'un syndicat armé d'une masse importante de capitaux achetait les soies de toute provenance, et sur tous les marchés, et en fit hausser le prix d'environ 10 pour 100. En même temps, la fabrique prenait un nouvel essor, la main-


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 179

d'oeuvre devenait rare surtout à la.ville. L'article façonné paraissait revenir à la mode, et toutes nos merveilleuses étoffes, dont il n'entre pas dans notre sujet de faire l'énumération, réapparaissent sur les métiers. Nous faisons des voeux pour que ce nouveau départ de la fabrique lyonnaise s'accentue, comme toujours sous l'impulsion initiatrice et féconde de la Chambre de commerce de notre cité.

Récolte des Cocons en France en 1888

GRAINES MISES A ÉCLOSION COCONS RÉCOLTES

cocons kilogrammes

Gard 68.966 2.571.633

Ardèche 69.897 2.070.035

Drôme. 53.325 1.660.026

Vaucluse 38.370 1.460.505

Bouches- du-Rhône. . . 8.440 319.364

Var 9.860 434.094

Isère 10.720 408.239

Hérault 3.490 167.288

Lozère 3.962 103.901

Basses-Alpes. . . . 3.608 156.190

Alpes-Maritimes. ... 457 14.198

Savoie 1.002 41.523

Tarn 325 12.718

Pyrénées-Orientales. . 327 17.062

Tarn-et-Garonne. ... 610 27.254

Loire. 100 5.622

Haute-Garonne 380 21.928

Ain 394 16.357

Aveyron 219 8.979

Rhône 77 2.360

Haute-Garonne. . . . 143 3.408

Lot. ....... 6 280

Aude 2 125

Corse. 544 26.727

TOTAUX. . . . 275.224 9.549.906


180 RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES

Prix moyen des Cocons

Gard 3,50 à 3,65 Cévennes 1er choix.

— ... . 3,35 3,50 — 2e qualité.

Ardèche. . . . 3,30 3,40 Jaunes.

- . . . . 2,70 2,90 Verts.

Drôme 3,18 3,40 Jaunes (suivant localités).

- 2,60 2,80 Verts.

Vaucluse. . . . 2,60 2,90 Prix de début.

- . . . . 3,00 3,15 Pris final.

Bouches-du-Rhône. 3,00 3,10

Var 2,60 2,90 (tels quels).

Isère 3,00 3.25

Hérault 3,30 3,50

Basses-Alpes. . . 3,00 3,25

Récolte des Cocons en Italie en 1888

Piémont 262.360 8.001.096

Lombardie 510.517 17.270.831

Vénétie 306.779 9.118.014

Ligurie 7.234 217.070

Emilie 66.537 2.440.425

Marches, Ombrie. . . 37.343 1.955.916

Toscane 51.731 2.154.139

Latium (Rome). . . . 1.545 73.971

Abruzzes, Apulie. . . . 2.349 127.058

Naples, Calabre. . . . 79.940 2.382.953

Sicile 11.509 154.590

Sardaigne 51 3.380

TOTAUX.. . . 1.337.895 43.899.443

Récolte des Cocons en Espagne en 1888

Valence et Aragon 400.000 kilogrammes.

Murcie et Orihuelva 490.500 —

Sierra-Segura 20.000 —

Almeria et Grenade 35.000 —

Estramadure 12.000 —

TOTAL kil. 957.000


SUR SES OPÉRATIONS DE L'ANNÉE 1888 181

La moyenne des prix a été : à Valence : fr. 3; à Murcie : fr. 2,70.

Ces bas prix ont laissé les éducateurs fort découragés; on craint que la récolte de 1889 se ressente de ce découragement et ne marque une nouvelle étape de l'abandon de la sériciculture par le paysan espagnol.



COMPTA RENDU

DES

OPERATIONS DE LA CONDITION DES SOIES

DE LYON

Pendant l'Année 1888

LYON

IMPRIMERIE PITRAT AINE

4, RUE GENTIL, 4 1889



MOUVEMENT GÉNÉRAL DE LA CONDITION

Pendant l'exercice 1888

BALLOTS CONDITIONNÉS BALLOTS PESÉS TOTAL MOIS

NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS

KIL- KIL. KIL.

JANVIER 3,451 244,398 2,469 130,302 5,920 374,700

FEVRIER. . 3,795 272,017 2,707 143,681 6,502 415,698

MARS 3,897 283,525 2,538 135,710 6,435 419,235

AVRIL 3,479 251,838 2,494 133,137 5,973 384,975

MAI 3,688 263,033 2,627 143,147 6,315 406,180

JUIN 3,900 282,954 2,829 156,920 6,729 439,874.

JUILLET. ....... 3,720 263,872 3,006 164,108 6,726 427,980

AOUT 3,310 244,963 2,169 121,380 5,479 366,343

SEPTEMBRE 3,694 275,643 2,414 130,159 6,108 405,802

OCTOBRE 4,218 319,824 2,315 125,932 6,523 445,756

NOVEMBRE........ 4,122 307,186 2,697 144,169 6,819 451,355

DECEMBRE 5,680 449,672 3,468 195,950 9,148 645,622

Exercice 1888 46,954 3,458,925 31,733. 1,724,595 78,687 5,183,520

Exercice 1887 44,106 3,140,079 31,412 1,677,508 75,518 4,817,587

Différence pour 4888 2,848 318,846 322 47,087 3,169 365,933

ou ou ou ou ou ou

6,45 % 10,15 % 1,02 % 2,80 % 4,19 % 7,59 %

Moy. décennale 1878-1887. . 44,998 3,327,626 27,354 1,408,892 72,352 4,736,518

Différence pour 1888. ... 1,956 131,299 4,379 315,705 6,333 447,002

ou ou ou ou ou ou

4,34 % 3,94 % 16,00 % 22,40 % 8,75 % 9,43 %

3


DÉTAIL DES DIVERSES QUALITÉS DE SOIE

ORGANSINS TRAMES SOIES DIVERSES, BOBINES TOTAL

TRAMES GREGES ami

MOIS OBSERVATIONS

NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS NOMBRE NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS NOMBRE POIDS

KIL. KIL KIL. KIL. KIL

JANVIER... 959 . 74,870 1,80 913 60,526 2,38 3,832 235, 445 2 44 162 3, 497 2, 37 54 362 1,64 5, 920 374, 700 2, 25

FÉVRIER... 992 80,818 1,64 947 64,945 1,95 4,318 266,654 2,29 175 2, 671 1, 16 70 2, 63 6, 502 415, 698 2,02

MARS.... 1,138 93,434 1,58 922 65,828 2,24 4,100 256,580 1,36 202 2,981 2,09 73 412 2,66 6,435 419,235 1,63

AVRIL.... 959 79,737 1,59 846 60,138 1,94 3,920 240,371 1,41 188 4, 441 2, 48 6° 288 1, 73 5, 973 384, 975 1,59

MAI 1,008 79,947 1,31 846 62,745 1,72 4,132 256,990 1,50 254 5, 914 1, 22 75 584 2, 91 6, 315 406, 180 1, 49

JUIN 1,044 85,400 1,29 897 63,291 1,57 4,474 285,151 1,26 250 5, 605 1, 19 64 427 0, 70 6, 729 439, 874 1, 33

JUILLET... 939 76,540 1,50 778 54,184 1,60 4,737 291,722 1,35 194 5,135 1,57 78 399 0,75 6,726 427,980 1,44

AOUT. ... 928 76,130 1,29 766 55,540 1,41 3,526 228,977 1,08 183 4, 951 0,76 66 745 1,47 5,479 366,343 1,21

SEPTEMBRE. 1,045 85,524 2,22 832 61,453 1,49 3,995 255,994 1,21 178 2, 503 1,24 58 328 1,21 6, 108 405, 802 1,57

OCTOBRE 1,108 94,040 1,64 897 61,785 1,81 4,258 285,641 1,38 206 3, 862 2,17 64 428 1,63 6,523 445,756 1,53

NOVEMBRE.. 1,237 100,720 1,93 946 66,769 2,24 4,366 279,143 1,48 235 4,449 1,22 35 274 1,45 6,819 451,355 1,76

DÉCEMBRE. 1,555 131,940 1,67 1,084 78,099 1,95 6,235 430,945 1,29 222 4, 280 1,49 52 358 1,95 9, 148 645, 622 1,55

Exercice 1888. 12,912 1,950,100 1,63 10,674 755,303 1,87 51, 903 3,313,613 2, 449 50, 289 1, 60 749 5, 215 1,80 78, 687 5, 183, 520 1, 69

Exercice 1887. 12,184 1,004,171 1,48 10,560 713,894 1,70 49,082 3,026,607 1,24 2,665 66,101 2,24 1,027 6,814 1,40 75,518 4,817,587 1,42

Diff.pour 1888 728 55,929 0,15 114 41,409 0,17 2,821 287,006 0,41 216 -15,812 -0,64 -278 -1,599 0,40 3,169 365,933 0,27

Moy. décennale. 14,563 1,253,914 1,65 11,373 802,272 1,85 42,997 2,614,960 1,58 2, 080 53,535 2,19 1,339 11,837 1,55 72,352.4,736,518 1,67

Diff.pour 1888 -1,651 -194,814-0,02 -699 -46,969 0,02 8,906 698,653 0,07 369 - 3, 246 -0,59 -590 -6,622 0,25 6,335 447,602 0,02


DÉTAIL DES PROVENANCES

ORGANSINS

ORGANSINS

FRANCE ESPAGNE PIÉMONT ITALIE BROUSSE SYRIE BENGALE CHINE, CANTON JAPON TUSSAH TOTAL

MOIS

KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. . KIL. KIL.

JANVIER... 193 16,577 29 2,491 110 9,307 185 16,891 20 993 64 4,969 12 859 41 3,019 148 9,272 123 9,220 34 1,267 959 74,870

FÉVRIER 207 17,612 28 2,828 158 13,567 179 15,673 19 1,156 60 5,030 16 1,026 61 3,997 144 10,160 113 9,458 7 311 992 80,818

MARS. 255 21,945 28 2,640 104 8,752 248 22,615 31 2,094. 78 623 30 2,420 71 4,578 181 12,900 109 8,667 3 200 1,138 93,434

AVRIL.... 191 15,881 28 2,076 87 7,904 .232 22,037 12 782 51 3,958 20 1,474 55 4,025 146 10,498 124 10,157 13 945 959 79,737

MAI 201 16,693 33 2,159 100 9,163 242 20,693 9 588 47 3,655 11 787 68 4,524 142 10,045 152 11,606 1 34 1,008 79,947;

JUIN 227 20,673 26 1,615 86 7,455 243 21,805 7 420 35 2,751 20 1,541 71 4,229 179 12,976 149 11,824 1 111 1,044 85,400

JUILLET... 207 16,659 39 2,927 58 4,644 195 17,392 13 665 36 3,038 23 1,717 74 5,487 153 11,827 131 11,400 10 784 939 76,540

AOUT.... 195 16,463 41 3,115 83 7,336 183 15,814 14 904 40 3,009 26 2,363 63 4,787 145 10,389 134 11,675 4 275 928 76,130

SEPTEMBRE. 229 18,957 52 3.761 77 6,903 237 22,094 16 701 34 2,748 27 2,112 74 5,751 142 10,359 146 11,533 11 605 1,045 85,524

OCTOBRE... 299 25,046 44 3,092 121 10,818 221 19,858 16 891 64 4,606 16 1,434 71 5,685 114 11,079 133 10,604 9 927 .1,108 94,040

NOVEMBRE.. 303 24,783 35 2,655 145 12,898 282 24,662 31 1,313 66 5,259 18 2,696 55 4,002 102 6,098 146 12,304 54 4,050 1,237 100,720.

DÉCEMBRE.. 378 33,599 49 3,667 239 21,382 307 36,206 27 1,488 98 7,755 37 3,268 56 3,706 114 8,693 152 11,598 8 608 1,555 131,940

Exercice 1888. 2,885 244,888 434 32,996 1,368 120,129 2,844 255,740 215 12,000 673 53,401 256 21,697 760 53,790 1,710 124,296 1,612 130,046 155 10,117 12,912 1,059,100

Exercice 1887. 2,868 243,799 339 28,097 1,762 160,848 2,529 224,458 151 10,471 773 64,739 , 251 21,595 706 49,499 1,233 80,958 1,170 97,373 402 22,334 12,184 1,004,171

Diff. pour l888 17 1,089 95 4,899 -394-40,719 315 31,282 ' 64 1,529-100-11,338 5 102 54 4,291 477 43,338 442 32,673 -247 -12,217 723 54,929

Mey.décennale. 3,983 346,592 363 32,828 2,231 200,297 3,S83 311,333 229 16,929 764 '-68,321 718 60,987 1,093 83,911 565 37,039 1,194 93,444 40 2,233 14,563 1,253,914

Diff. pour 1888 -1,098 -101,704 71 168-863-80,168-539-55,593 -14-4,929 -91-14,920; -462-39,290-333-30,1211,145 87,257 418 36,602 115 7,884-1,631 -194,814:1


DÉTAIL DES PROVENANCES

TRAMES

TRAMES

FRANCE ESPAGNE PIÉMONT ITALIE BROUSSE SYRIE BENGALE CHINE CANTON JAPON TUSSAH TOTAL

MOIS s

NOMBRE POlDS

KIL KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL.

JANVIER. . . 46 3,174 6 335 9 593 79 KIL. 7 584 11 803 10 616 206 13?190 294 16, 372 150 11,048 95 7,714 60?526

FEVRIER... 54 4,139 3 241 8 645 112 9,223 2 139 5 508 15 955 217 13, 583 273 16, 357 184 13, 260 74 5?895 947 64, 945

MARS.... 51 3,868 5 406 14 1,192 99 7,987 4 289 5 400 9 523 227 16, 173 247 14,946 188 14,142 73 5,902 922 65,828

AVRIL. ... 45 3,228 5 221 7 482 89 6,589 4 316 3 108 8 419 221 15, 848 246 15, 965 176 13,434 42 3,528 846 60, 138

MAI 35 3,296 5 177 10 705 81 5,687 2 159 2 320 4 203 222 16,106 232 16,177 208 16,184 45 3,731 846 62,745

JUIN 38 2,862 5 253 2 211 126 10,452 » » 5 495 10 702 210 13, 774 220 13,643 206 15,001 75 5,968 897 63,291

JUILLET. . . 51 3,358 5 . 160 3 236 77 5,506 2 92 1 110 12 634 182 12, 645 191 10,098 198 16, 915 56 4,430 778 54, 184

AOUT. ... 53 3,891 5 248 8 579 88 6,492 1 92 3 335 8 824 169 11, 237 170 10, 881 193 15, 676 68 5, 285 766 55,540

SEPTEMBRE. 54 4,143 5 308 10 846 101 7,356 5 512 1 90 10 639 173 12, 561 209 13,775 19115,432 73 5,791 832 61,453

OCTOBRE... 65 4,809 4 174 21 1,825 97 7,429 4 229 1 80 5 43° 171 11,078 234 13,186 247 18,735 48 3,810 897 61,785

NOVEMBRE.. 66 5,008 4 57 20 1,887 93 7,057 4 407 4 286. 11 504 237 15,807 220 12,658 239 19,393 48 3,705 946 66,769

DÉCEMBRE. 93 7,583 5 168 29 2,438 138 11,438 8 1,168 11 708 6 450 248 17, 120 216 12, 647 273 20, 119 57 4,260 1, 084 78,099

Exercice 1888. 651 49,359 57 2,748 141 11,739 1,180 91,213 43 3,987 52 4,173 108 6, 899 2,483 169,22 2,752 166,705 2,453 189,339 754 60,019 10,674 755,303

Exercice 1887. 852 60,251 55 3,496 206 18,145 1 ,346 105,068 31 2,047 52 3,963 98 8,123 3,024 195,686 2,339 130,630 1,640 123,575 917 62,910 10,560 713,894

Diff. pour 1838 -201 -10,892 2 -748 -65 -6,406 -166 -13,855 12 210 10 -1,224 -541 -26,564 413 36,075 813 65,764 -163 -2,891 114 41,409

Moy. décennale. 1,027 67,991 19 1,281 167 13,583 1,524 121,121 5,566 29 2,001 147 11,063 4,059 287,458 1,889 107,453 2,342 178,462 92 6,291 11,373 802,272

Diff. pour 1888. -376 -18,632 38 1,467 -26 -1,844 -344 -29,908 -35 -1,579 23 2,172 - 39 -4,166 -1,576 -118,336 863 59,252 111 10,877 662 53,728 -699 -46,969


DÉTAIL DES PROVENANCES

GRÈGES

GRÈGES

FRANCE ESPAGNE PIÉMONT ITALIE BROUSSE BENGALE CHINE CANTON JAPON TUSSAH TOTAL

MOIS ■

■NOMBRE POIDS

KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL. KIL.

JANVIER... 264 22,924 2 106 41 3,817 342 32,513 107 9,479 125 10,637 17 1,280 1,054 52,256 903 42,531 863 52,421 114 7,481 3,832 235,445

FÉVRIER... 271 24,874 21 2,116 64 5,197 386 35,662 92 8,046 137 11843 68 5, 040 1, 367 70, 683 1,029 48, 692 774 47, 544 109 6, 957 4, 318 266, 654

MARS 294 23,953 7 683 51 4,039 440 42,938 76 6,291 123 10,706 31 2,332 1,149 60,853 907 43,220 873 52,573 149 8,992 4,100 256,580

AVRIL.... 250 23,342 2 170 55 5,327 377 34,303 87 7,266 86 7,302 46 3,137 1,050 55,157 873 41,781 1,014 57,486 80 5,100 3,920 240,371

MAI..... 304 26,692 6 694 58 5,095 354 34,813 91 8,008 139 11,484 78 5, 593 996 48, 548 997 48, 126 991 61, 617 118 6, 320 4, 132 256,990

JUIN 377 33,100 13 1,493 58 6,826 422 39,645 92 7,728 68 6,684 90 7,980 1,056 53,768 1,021 48,921 1,177 73,156 100 5,850 4,474 285,151

JUILLET... 294 26,005 39 3,487 28 2,806 418 40,514 82 6,957 116 9,606 75 5, 704 970 49,350 1,404 67,302 1,223 74,896 88 5,095 4,737 291,722

AOUT.... 270 25,090 12 1,132 51 4,233 411 38,151 88 7,295 125 11,432 ■ 75 5,871 733 38,627 784 36,517 899 55,111 88 5,518 3,536 228,977

SEPTEMBRE. 274 24,424 20 1,804 50 4,801 504 45,951 87 7,609 138 10,811 52 3,700 1,024 54,341 760 34,987 876 52,464 210 15,102 3,995 255,994

OCTOBRE.. . 421 38,560 11 820 82 8,137 630 58,081 119 11,066 206 17,868 52 4,367 927 47,926 743 37,280 824 47,463 243 14,073 4,258 285,641

NOVEMBRE. . 360 31,199 19 2,022 66 5,874 546 51,866 127 10,866 120 11,599 ■■ 33 2,366 1,336 60,848 785 38,657 836 50,093 138 7.753 4,366 279,143

DECEMBRE. . 652 62,200 32 3,218 91 8,294 944 92,159 254 22,627 186 17,688 54 3,760 1,303 68,984 940 42,405 1,698 104,165 81 5,445 6,235 430,945

Exercice 1888. 4,031 362,363 184 17,745 695 64,446 5,774 546,596 1,302 113,238 1,569 137,660 671 51,130 12,965 667,341 11,146 530,419 12,048 728,989 1,5:8 93,686 51,903 3,313,613

Exercice 1887. 3,484 313,759 166 15,836 676 62,326 4,381 413,682 1,230 105,063 1,284 114,848 564 42,318 14,586 726,220 10,931 523,202 8,404 502,043 3,373 207,310 49,082 3,026,007

Diff. pour 1888 547 48,604 18 1,909 19 2,120 1,393 132,914 72 8,175 285 22,812 107 8,812 -1,621 -58,879 212 7,217 3,644 226,946 -1,855 -113,621 2,821 287,006

Moy. décennale. 3,411 302,581 445 41,976 340 31,541 4,777 457,713 1,204 99,373 800 66,586 551 38,358 15,017 733,010 6,326 302,894 9,789 520,197 337 20,731 42,997 2,014,960

Diff. pour 1888. 620 59,782 -261 -24,231 355 32,905 997 88,883 98 13,865 769 71,074 180 12,772 -2.052 -65,669 4,820 227,525 2,259 208,792 1,181 72,055 8,906 693,653

10 11


PROPORTION DES DIVERSES PROVENANCES

Dans le mouvement de 1888

■ ORGANSINS TRAMES GRÈGES TOTAL

PROVENANCES ■ ■ -

POIDS ■ POIDS POIDS POIDS

KIL. KIL. KIL. KIL.

FRANCE 244,888 23,12 49,359 6,53 362,363 10,94 656,610 12,80

ESPAGNE...... 32,996 3,12 2,748 0,36 17,745 0,54 53,489 1,04

PIÉMONT 120,129 11,34 11,739 1,56 64,446 1,94 196,314 3,83

ITALIE 255,740 24,15 91,213 12,08 546,596 16,49 893,549 17,43

BROUSSE. . . . . 12,000 1,13 3,987 0,53 113,238 3,42 129,225 2,52

SYRIE 53,401 5,04 4,173 0,55 137,660 4,15 195,234 3,81

BENGALE 21,697 2,05 6,899 0,91 51,130 1,54 79,726 1,56

CHINE 53,790 5,08 169,122 22,39 667,341 20,14 890,253 17,36

CANTON.. ..... 124,296 11,73 166,705 22,07 530,419 16,01 821,420 16,02

JAPON. 130,046 12,28 189,339 25,07 728,989 22,00 1,048,374 20,44

TUSSAH 10,117 0,96 60,019 7,95 93,686 2,83 163,822 3,19

1,059,100 100,00 755,303 100,00 3,313,613 100,00 5,128,016 100,00


MOUVEMENT DE LA CONDITION DES SOIES

Pendant les 15 dernières années

SOIES GRÈGES PROPORTION CENTÉSIMALE EN POIDS DES DIVERSES PROVENANCES

ET OUVRÉES

NOMBRE POIDS

KIL. a

1874. . . 57,361 3,895,893 23,60 2,07 4,76 14,56 3,62 2,35 0,72 4,88 24,94 4,81 13,69 »

1875. . . 66,055 4,477,521 24,72 1,20 4,26 14,82 3,18 1,74 0,57 3,46 28,40 5,70 11,95 »

1876. . . 81,502 5,675,208 19,81 1,96 4,79 16,04 3,12 2,08 0,63 3,92 26,32 6,94 14,39 »

1877. . . 50,994 3,323,184 13,95 1,49 4,15 12,37 1,72 1,76 0,68 3,81 30,49 11,58 18,00 »

1878. . . 62,233 4,244,141 18,29 1,40 4,50 15,32 2,12 2,13 0,27 3,34 23,85 8,66 20,12 »

1879. . . 66,695 4,449,530 16,19 1,42 5,12 14,51 2,43 2,36 0,12 3,92 28,09 8,52 17,32 »

1880. . . 68,889 4,652,535 15,85 1,47 4,80 19,06 2,52 1,78 0,21 3,11 29,68 8,40 13,12 »

1881. . . 77,725 5,348,035 16,97 2,31 5,86 19,93 2,16 1,84 0,38 2,05 27,56 5,38 15,56 »

1882. . . 67,050 4,609,739 16,38 2,73 4,99 21,06 3,15 2,13 0,29 1,60 21,53 7,01 19,13 »

1883. . . 67,678 4,649,866 14,47 1,83 6,46 22,48 2,39 1,84 0,14 1,39 18,43 8,53 22,04 »

1884. . . 67,354 4,564,673 15,54 1,71 4,99 20,45 3,02 4,13 0,11 1,60 17,37 12,13 18,95 »

1885. . .65,039 4,400,697 13,93 1,32 5,60 21,20 2,86 3,810,12 3,29 22,30 11,08 14,49 »

1886. . . 74,836 5,047,565 13,12 1,03 5,02 20,38 2,97 3,71 0,06 2,08 26,39 10,95 14,29 »

1887. . . 71,826 4,744,672 13,02 1,00 5,09 15,66 2,48 3,87 » 1,52 20,47 15,40 15,24 6,16

1888. . . 75,489 5,128,016 12,80 1,04 3,83 17,43 2,52 3,81 » 1,56 17,36 16,02 20,44 3,19

a, A partir de 1887, les provenances de Grèce, Volo, Salonique sont réunies aux soies de Syrie et les tussah comprennent les soies sauvages du Bengale, de la Chine et du Japon.

13


RELEVÉ DES OPÉRATIONS DU BUREAU DE CONDITIONNEMENT DES LAINES

1888 S

NOMBRE 3 6 3 3 13 4 2 19 2 1 6 1 63 67 -4

POIDS KILOS. . ..130,75 386,86 134,52 209,20 832,27 155,12 29,23 644,43 125,88 29,75 322,47 15,11 3015,59 4102,13 -1086,54

PERTE en CONDITION. 1,39 1,35 1,18 2,08 1,01 2,97 -0,45 1,90 3,83 5,41 3,19 -1,32 1,81 1,00 0,81

RELEVÉ DES OPÉRATIONS DU BUREAU DE CONDITIONNEMENT DES COTONS .

NOMBRE » » » » 1 2 1 » » 1 1 » 6 » »

POIDS KILOS. ...» » » » 48,98 157,63 47,28 » » 48.78 49,05 » 309,16 » »

PERTE en CONDITION. » » » » 0,08 -0,66 1,07 » » 0,75 0,10 » 0,17 » »

RELEVÉ DES OPÉRATIONS DU BUREAU DE DÉCREUSAGE

NOMBRE 1,263 1,378 1,455 1,371 1,452 1,520 1,409 1,357 1,508 1,544 1,563 1,942 17,762 15,992 1,770

RELEVÉ DES PARTIES DE BALLES AU-DESSOUS DE 23 KILOGRAMMES

NOMBRE...... 355 362 377 323 375 385 349 299 337 362 387 354 4,265 4,727 -462

POIDS KILOS. ... 3,211 2,721 3,003 2,407 2,366 2,655 2,591 2,167 2,569 2,441 2,835 2,812 31,778 37,932 -6,154


RELEVÉ DES OPÉRATIONS DU BUREAU PUBLIC DE TITRAGE

Pendant l'année 1888

PRÉLÈVEMENTS ENVOIS DIRECTS

MOIS TOTAL ■

■ NOMBRE NOMBRE

JANVIER.. ■ . 680 204 800 12 33 16 1,745 1,423 81,55 322 18,45

FÉVRIER. 715 217 988 14 25 17 1,976 1,738 87,96 238 12,04

MARS. . . . . 677 259 766 16 22 20 1,760 1,500 85,23 260 14,77.

AVRIL.. . . .. 621, 249 702 6 18 10 1,606 1,423 88,61 183 11,39

MAI. . . . . . 606 201 818 19 24 16 1,684 1,494 88,72 190 11,28

JUIN . . . . 671 239 671 8 26 8 1,623 1,425 87,80 198 12,20

JUILLET . . 703 214 680 2 9 28 1,636 1,353 82,70 283 17,30

■ AOUT..... 676 207 859 4 17 18 1,781 1,433 80,46 348 19,54

SEPTEMBRE. . 734 204 926 7 23 10 1,904 1,631 85,66 273 14,34

OCTOBRE.. . . 747 201 990 13 27 15 1,993 1,691 84,55 302 15,15

NOVEMBRE.. . 725 235 975 4 23 10 1,972 1,599 81,09 373 18,91

DÉCEMBRE. 811 219 1,249 15 23 8 2,325 2,087 89,76 238 10,24

Exercice 1888. . 8,366, 2,649 10,424 120 270 176 22,005 18,797 85,42 3,208 14,58

Exercice 1887. .. 8,939 2,905 12,059 278 365 188 24,734 21,300 86,12 3,434 13,88

Différ. pour 1888. -573 -256 -1,635 -158 -95 -12 -2,729 -2,503 -0,70 -226 0,70

■ ■ 15


MOUVEMENT COMPARATIF DES CONDITIONS FRANÇAISES

Pendant les années 1887 et 1888

1887 1888

VILLES SOIES SOIES SOIES SOIES

TOTAL TOTAL

GRÈGES OUVRÉES GRÈGES. OUVRÉES TOTAL

AMIENS » 892 892 » 898 ■ 898 0,67

AUBENAS......... 63,236 49,818 113,054 63,765 19,309 83,074 -26,51

AVIGNON....... 39,943 72,087 112,030 39,688 93,835 133,523 19,18

LYON 3,026,607 1,790,980 4,817,587 3,313,613 1,869,907 5,183,520 7,59

MARSEILLE 127,364 » 127,364 195,156 » 195,156 53,22

MONTÉLIMAR » » » » » » »

NIMES........ 6,435 1,415 7,850 8,478 1,024 9,502 21,04

PARIS .. . . 194,677 164,318 358,995 152,211. 161,120 313,331 -12,71

PRIVAS. ...... 16,075 6,333 22,408 22,618 8,424 31,042 38,53

REIMS » » » ■» » » »

ROUBAIX. ...... » 64,205 64,205 » 80,746 80,746 25,76

SAINT-ÉTIENNE. ... 278,797 764,593 1,043,390 347,635 971,983 1,319,618 26,47;

TOURCOING. ......■ » ■ 4,762 4,762 » 1,814 1,814 -61,90

VALENCE. ....... » » » » » » »

3,75.3,134 2,919,403 6,672,537 4,143,164 3,209,060 7,352,224 10,18

16


MOUVEMENT COMPARATIF DES CONDITIONS ÉTRANGÈRES

Pendant les années 1889 et 1888

■■ 1 8 8 7 ■ 1 8 8 8

VILLES SOIES SOIES ' SOIES SOIES

GRÈGES OUVRÉES TOTAL GRÈGES OUVRÉES TOTAL

ALLEMAGNE

CREFELD.. . . . 29,094 438,774 467,868 48,555 532,970 581,525 24,29

ELBERFELD. . . . . . . 36,915 221,806 258,721 50,644 245,705 296,349 14,54 ANGLETERRE

LONDRES. .... .. 33,4091 25,6021 59,0111 33,9221 33,7441 67,666 14,66

AUTRICHE

VIENNE . . . 28,983 91,527 120,510 42,189 106,589 148,778 23,45

CHINE

CANTON. ........ . 122,067 » 122,067 62,564 » 62,564 -48,74

■ ITALIE

ANCONE. . . 6,970 » 6,970 10,240 » 10,240 46,91

BERGAME.. 71,851 43,667 115,518 57,605 62,278 119,883 3,77

BRESCIA. . . . . . . » » » 8,608 843 9,451 »

COME. ........ 40,036 148,274 188,310 44,425 154,818 199,243 5,80

FLORENCE . . . . . 49,733 36 49,769 95,636 74 95,710 92,30

GÊNES. ... . . . ■ 386 863 1,249 789 1,301 2,090 67,33

LECCO. ...... .. 50,370 116,210 166,580 45,180 100,890 146,070 -12,31

LUCCA....... . 22,379 » 22,379 33,486 » 33,486 49,63

JEAN. ... .... .... 1,991,835 1,838,415 3,830,250 2,520,745 2,017,560 4,538,305 18,48

PESARO. ...... 8,802 » 8,802 13,170 » 13,170 49,62

TURIN.. 252,592 355,433 608,025 263,084 354,755 617,839 1,61

UDINE........ 87,080 12,770 99,850 113,015 11,715 124,730 24,91

SUISSE

BALE ....... 60,178 388,485 448,663 112,254 432,908 545,162 21,50

ZURICH. .. . . . .. 329,298 675,492 1,004,790 391,562 760,722 1,152,284 14,67 ■3,221,978 4,357,354 7,579,332 3,947,673 4,816,872 8,764,545 15,63

17


TABLEAU DE LA PERTE AU DÉCREUSAGE DES ORGANSINS

NOMBRE D'ÉPREUVES POUR CHAQUE PERTE

PROVENANCES ■

16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 .

bl. 1 6 14 22 26 17 12 20 9 4 2 » » 1 » » » » 134 21,53'

FRANCE V. » » » 2 » 3 1 1 » » » » » » » » » » 7 21,43

j. » » » » » 4 55 178 295 207 85 29 5 » 1 » » » 859 24,78

bl. » 5 3 » 3 » 1 1 3 » 1 » » » » » » » 16 20,35

ESPAGNE.

j. » » 1 » » 2 26 71 53 15 2 » » » » » » » 170 23,81*

bl. » 1 7 22 10 9 4 7 1 » » » » » » » 61 20,59

PIÉMONT. v. » » 1 2 1 » » » » » » » » » » » » » 19,60

j. » » » 3 2 7 98 147 70 31 4 1 1 » » » » » 364 23,49

bl. 1 3 4 13 32 16 7 8 5 2 » » » » » » » » 91 21,00

ITALIE. ■ v. » » » 2 » » » » » » » » » » » » » » 2 19,82

j » 1 1 3 9 16 54 234 414 315 105 16 » 1 » » » » 1169 24,61

bl. » » » » » 11 15 6 2 » » » » » » » » » 34 22,52

v. » » » » » 1 » » » » » » » » » » » » 1 21,85

j. » » » » 1 » » 3 7 18 11 3 » » » » » » 43 25,48

bl. » 1 2 » 6 3 1 1 » 2 1 » » » » » » » 17 21,70

SYRIE. v. » » » » » 2 » » » » » » » » » » » » 2 21,61

j. » » » 1 » 3 » 22 90 140 73 13 3 1 » » » » 346 25,38

bl. » » » » » » » » » 1 » » » » » » » » 1 25,12

BENGALE. v. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » "

j. » » 7 18 38 8 16 21 49 26 13 2 » » » » » » 198 23, 00

bl. 5 72 70 58 68 75 36 18 6 7 5 1 1 » » » » » 422 20, 19

CHINE . . . 1 24,77

j » » » » » » » » 1 » » » » » » » » » 1 24,77 '

CANTON. bl. » 3 6 3 2 21 178 325 313 134 28 2 » » » » » » 1015 23,89,

bl 140 163 306 238 92 25 8 6 7 4 » » » » » » » » 894 18, 89

JAPON. .

v. » » 2 2 1 1 » » » » » » » » » » » » 6 19, 75

16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33

18


TABLEAU DE LA PERTE AU DÉCREUSAGE DES TRAMES

NOMBRE D'ÉPREUVES POUR CHAQUE PERTE PROVENANCES 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33

bl. » 7 10 9 5 5 6 8 4 5 » 2 » » » » » » 61 21,21

FRANCE v. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

j. » » » » » » 10 61 60 27 15 2 » 4 3 » » » 182 24,70

bl. » » 6 4 » » » » » » » » » » » » » » 10 19,02

ESPAGNE.

j. » » » » » » 7 11 8 1 1 » » » » » » » 28 23,69

bl. » » 1 1 1 2 2 » » 1 » » » » » » » »■ 8 21,44

PIEMONT. v. » » 1 » » » 1 » » » » » » » » » » » 2 19,71

j. » » » » » 1 1 6 7 1 2 » » » » » » » 18 24,27

bl. » » 6 9 11 7 9 2 2 » » » » » » » » » 46 20,96

ITALIE. . v. » » 1 3 1 2 1 » » » » » » » » » » » 8 20,56

j. » » » » 3 20 35 50 88 58 31 6 2 1 » » » » 294 24,34

bl » » » » 1 2 4 » » » » 1 » » » » » » 8 22,72

BROUSSE. T. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » ■»

j. » » » » » » » 1 » 2 2 » 1 »■ » » » » 6 25,76

bl. » » » » 1 » » » » » » » » » » » » » 1 20,12 SYRIE

j. » » » » » 1 » » 2 2 3 » 1 » » » » » 9 25,44

bl. » » » » » 1 » » 2 » » » » » » » » » 3 23,57

BENGALE. v. » » » » » » 1 » 2 1 1 » » » v » » » 5 24,92

j. » » » » 1 2 5 7 6 11 7 » 1 » » » » » 40 24,44

bl. 1 14 39 145 310 391 237 95 35 9 7 4 » 1 1 » » » 1289 21,40 CHINE.

■ j. » » » » » 1 » 3 2 8 7 3 3 2 1 » » » 30 26,41

(bl. 1 » 2 6 4 16 218 597 536 225 57 7 3 2 1 » » » 1675 24,06

CANTON.

v. » » 1 « » » » 2 3 6 1 » » » » » » » 13 24,64

bl. 39 195 432 314 165 42 14 11 7 1 1 » » » » » » » 1221 19,08 JAPON.

v. » 1 10 8 27 10 4 2 » 1 »■ » » » » » » » 63 20,44

TONKIN. . j. » » » » » » » » 1 3 9 10 6 4 3 » » » 36 27,52

16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33

19


TABLEAU DE LA PERTE AU DÉCREUSAGE DES SOIES TUSSAH

NOMBRE D'ÉPREUVE POUR CHAQUE PERTE

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45

ORGANS. » » » » » » » » »» 1 2 2 2 1 4 4 1 2 3 2 3

3 1 2 » 1 1 » » » » » » » » » » » » » » » » » 37 17,36

1885 TRAMES. » » » » 8 1 » » » » 1 1 4 3 4 4 6 » 5 11 25 28 33

34 27 13 9 2 5 2 » » » » » » » » » » » » » » » » 220 21,59

GRÈGES. . » » » » » » » 3 1 2 2 4 1 4 4 5 20 22 32 33 42 33 13

12 11 8 8 2 1 1 » » » 1 » 1 » » » » » » » » » » 266 19,93

ORGANS. » » » » » 1 » » » » 2 1 7 8 19 21 23 17 18 23 26 30 ■

■ 29 18 6 8 2 1 2 1 1 » » » » » » » » » » » » » » 264 20,32

1886 TRAMES.. 2 2 » » » » » » » 2 4 3 5 10 10 11 15 18 15 28 32 28 31

50 51 57 41 30 13 4 1 1 » » » » » » » » » » » » » » 470 22,53

GRÈGES.. » » » » 4 3 5 7 » 3 3 4 9 7 8 6 19 21 28 55 37 40 35

27 19 11 4 2 3 » 1 » » » 1 » 1 » » » » » » » » » 361 19,27

ORGANS. . » » » » » » 2 » 4 1 1 » 1 1 » 1 2 2 5 8 14 18 15

24 22 23 21 8 10 4 2 1 » » » 2 » » » » » » » » » » 192 23,28

1887 TRAMES. . » » » » » » 4 7 1 2 1 1 3 2 3 1 1 7 5 16 27 38

37 52 60 67 43 21 8 2 3 1 » » » » » » » » » » » » » 413 26,52

GRÈGES.. » » » 1 3 2 1 2 1 3 1 1 5 9 10 11 15 15 32 30 44 40 414 21,23

41 29 17 26 13 11 4 3 3 1 1 » » » » » » » » 1 » » » 414 21,23

ORGANS. . » » » » » « » » » » » » » » » » » » 175 1 3 — ■ — —

1888 TRAMES. . » » » « » » » » » » 1 1 » 2 1 3 2 4 6 6 7 4 13 ? 7 4 5 3 » » » 1 » » » » » » » " " " " ' " Y' 2M 3

mm 16 25 22 31 23 +8 8 1 » » » » 1 1 » » » » » » » » » 187 24,49

GRÈGES.. » » » » » » 1 1 » » » » 2 6 2 3 8 19 14 26 28 21 16

23 11 6 6 6 3 3 » 1 » » » » » » » » » » » » » » 200 20,88

ORGANS. . » » » » » » » » »

» » » » » » » » » » » » » » » »

1889 TRAMES. . » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

» » » » » » » » » » » » » » » » » » »

GRÈGES. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

» » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

ORGANS. . » » » » » » » » » ■

» » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

TRAMES. . » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » " »

» » » » » » » » » » » » » » » » » »

GRÈGES. ■■ » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

GREGES. . » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

» » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

ORGANS. . » » » » » » » » » » »■ » » » » » » » » » » » » ■

» » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

1891 TRAMES. . » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

» » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

GRÈGES.. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

» » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

20■

■ 21


TABLEAU DE LA PERTE AU DÉCREUSAGE DES GRÈGES

NOMBRE D'ÉPREUVES POUR CHAQUE PERTE

PROVENANCES

14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31

bl. » » » » 6 8 3 5 1 1 1 1 » » » » » » 26 20,34

FRANCE . v. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

j. » » » » » » 2 6 57 129 72 12 1 1 1 » 1 » 282 23,63

bl. » » » » » » » » » » » » » » »■ » » » »

ESPAGNE. .

j. » » » » » » » » 6 14 3 » » » » » » » 23 23,45

PIÉMONT. bl. » » » 1 6 11 8 1 3 6 » » » » » » » » 36 20, 43

j. » » » » » » » 2 40 43 11 2 » » » » » » 98 23,21

bl. » » » 1 4 13 25 5 5 3 » » » » » » » » 56 20,50

ITALIE. v. » » » » » 7 2 1 » » » » » » » » » » 10 19,78

j. » » » 1 1 2 21 68 175 453 311 40 16 1 » 1 » » 1080 23,48

bl. » » » 1 2 5 19 42 26 1 1 » » » » » » » 97 21,40

BROUSSE. v. » » » » » » 1 1 1 » » » » » » » » » 3 21,33

j. » » » » 1 » » » 2 9 28 16 » » » » » » 56 24,44

bl. » » » 2 4 1 1 2 » » 1 » » » » » » » 11 19,65

SYRIE. v. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

j. » 1 » 1 » » 1 2 15 73 105 30 2 » » » » » 230 24,09

bl. » » » » » » 1 4 1 » » » » » » » » » 6 21,63

BENGALE. v. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

j. » » 2 11 8 2 3 6 10 13 4 » » » » » » » 59 20,77

bl. 1 10 80 116 107 101 53 26 14 8 8 4 6 3 4 9 4 5 559 19,36

CHINE. v. » » » » » » » » » » » » » » » » » » » »

j. » » 1 » 1 1 1 1 1 4 1 4 1 » » » » » 16 22,84

CANTON. » » » 2 5 11 130 484 454 225 54 5 » 1 1 » » » 1372 22,18

v. » » » » » » » 2 1 » » » » » » » » » 3 21,66

JAPON..bl. 20 88 294 473 296 71 15 3 2 » » » » » » » » » 1262 17,48

v. » 1 6 12 6 7 2 1 » » » » » » » » » » 35 18,14

TONKIN. . j. » » » » » » » » » 1 11 3 1 » » » » » 16 24,68

14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31

A Lyon, le 8 janvier 1889.

LE DIRECTEUR DE LA CONDITION DES SOIES,

JOSEPH TESTENOIRE.




PRIMES AGRICOLES

DÉCERNÉES EN 1888

RAPPORT DE LA COMMISSION

Lu à la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon dans sa séance du 23 novembre 1888.

PAR

M. LEGER

La Société d'agriculture avait à distribuer cette année en primes d'encouragement aux exploitations agricoles les plus méritantes une somme de 1.400 francs allouée par le Ministère.

Il devait être, suivant les prescriptions ministérielles, distrait au moins un cinquième de cette allocation comme part de subvention à attribuer à des champs d'expériences dans le département. Il a été décidé que le champ d'essais agronomiques de Pierre-Bénite bénéficierait comme précédemment de cette disposition.

Le roulement adopté depuis de longues années pour la distribution des primes de l'Etat appelait au Concours celte année les cinq cantons d'Anse, Beaujeu, Belleville, Boisd'Oingt et Villefranche.

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 13


184 PRIMES AGRICOLES

Vingt-neuf candidats s'étaient fait inscrire, et nous avons, Messieurs, à rendre compte des mérites respectifs des candidats que votre Commission a l'honneur de recommander à vos suffrages pour le partage des récompenses que vous avez à attribuer.

Selon vos vues, pour pousser aux progrès les plus nécessaires, nous avions proposé vos encouragements :

1° Aux exploitations agricoles et viticoles les mieux entendues, comme assolements, soins des cultures, reconstitution des vignobles, pépinières, comptabilité, etc.

2° Aux fermes munies du matériel agricole le plus perfectionné.

3° Aux agriculteurs et viticulteurs qui auront fait l'emploi le plus judicieux des engrais chimiques et des insecticides, et rendront le mieux compte des résultats obtenus.

D'autre part, en vue des parties montagneuses et pour soutenir les efforts de l'élevage et de la laiterie, nous avons proposé des récompenses :

4° Aux éleveurs qui auront assuré de la façon la plus rationnelle l'alimentation de leurs bêtes laitières.

5° Aux bandes de vaches, brebis et chèvres les plus remarquables quant à la production du lait.

6° Aux laiteries et fromageries les mieux installées et les mieux outillées.

Cet appel a fait surgir fort peu de candidats de ces dernières catégories, et c'est à peu près exclusivement au domaine viticole que votre Commission s'est trouvée avoir à réserver ses visites et son examen.

Ce seul domaine est d'ailleurs une trop belle part du patrimoine de notre département, pour que nous n'y puissions pas rencontrer un magnifique champ d'études et d'ob-


PRIMES AGRICOLES 185

servations, et de beaux placements à faire pour les encouragements dont vous êtes les dispensateurs.

Nous pensons vous intéresser, Messieurs, en résumant ici les vues d'ensemble que nous avons rapportées de nos courses à travers nos vignobles beaujolais; vous accueillerez à coup sûr avec une joie patriotique les bons témoignages que nous allons pouvoir vous rendre touchant la reconstitution aujourd'hui certaine, de cette partie si précieuse de notre fortune lyonnaise, et vous applaudirez de tout votre coeur aux vaillants efforts que nous avons la satisfaction de vous signaler.

Des 46.000 hectares de nos anciens vignobles du département, malgré la défense énergique des 260 syndicats si activement constitués chez nous depuis onze ans pour l'application du sulfure de carbone, il ne restait guère qu'un tiers en état de production : les rangs s'éclaircissaient d'année en année, et l'on aurait pu calculer le moment où tout aurait fini par disparaître en dépit de la vigilance la plus soutenue et la plus attentive.

Certains terrains, argileux, humides ou trop perméables de nos coteaux, restaient d'ailleurs réfractaires à cette médication, et sur ces points l'ennemi avançait d'une façon invin - cible.

Nous n'avons pas moins, en passant, à signaler le mérite de nos viticulteurs qui ont réussi, à force de soins et de sacrifices, à maintenir en terrains favorables leurs vieilles vignes dans un état assez prospère, en luttant pied à pied avec acharnement, souvent deux fois par année, contre les retours du phylloxéra. Mais le mal gagnait toujours, et les années de vie pouvaient se compter.

Il ne coûtera pas à notre Compagnie de rendre au Comité de vigilance, dans lequel nous retrouvons un grand nombre de savants confrères, l'hommage qui lui est dû pour le dévoue-


186 PRIMES AGRICOLES

ment infatigable, la rare persévérance qu'il a mis à organiser méthodiquement cette utile croisade contre le fléau de nos vignobles.

Malheureusement, pour beaucoup de terrains, on restait désarmé ; puis dans les zones ruinées, convenait-il de replanter en plants indigènes, quitte à se défendre, de bonne heure, comme on en a eu un moment la pensée, contre les attaques de l'insecte?

Mieux inspirés, beaucoup ont pensé que le salut était bien plutôt du côté des plants américains, judicieusement choisis et adaptés aux conditions diverses de notre sol du Lyonnais; il ne parut pas très sage dès la première heure de rechercher des producteurs directs, si l'on tenait, à bon droit, à conserver l'agréable bouquet, la saveur estimée, la marque enfin de nos vins de Beaujolais ; c'est dans l'ordre des porte-greffes qu'on a recherché la solution souhaitée.

Vous connaissez, Messieurs, les hommes qui depuis dix ans se sont fait les apôtres de cette restauration; notre Société en compte plusieurs parmi ses membres; leur entreprise n'a pas été facile : l'expérience de nos vignobles méridionaux ne pouvant de toutes pièces se transporter dans notre région plus froide, dans nos terrains si différents., il fallut faire une analyse longue et délicate, lutter contre des insuccès et des découragements, vulgariser les procédés de greffage.

On ne se représente pas toujours assez exactement combien, même dans des campagnes éclairées comme les nôtres, le progrès, les idées neuves, les procédés non consacrés par la routine pénètrent difficilement et se font péniblement jour !...

En dépit des articles de journaux qui vont aujourd'hui partout, en dépit des concours, des conférences, des innombrables moyens de vulgarisation que nous possédons de nos jours, nous n'aurions peut-être pas encore à vous annoncer


PRIMES AGRICOLES 187

le beau mouvement qui va se produire tout d'un coup, si depuis quatre ou cinq ans les promoteurs de la reconstitution américaine n'avaient rencontré dans chaque centre un ou deux hommes de progrès qui ont bravement payé de leur personne, et ont, institué des champs d'expériences, des pépinières, des leçons de choses qui arrivent à avoir aujourd'hui raison de tous les doutes ; c'est l'exemple profitable que nous ne manquons pas de proposer à vos récompenses. Par surcroît, le magnifique succès d'une récolte comme celle qui vient d'entrer dans les celliers, est venu heureusement administrer à tous la preuve bien convaincante et bien sonnante de l'excellence du remède préconisé.

Comme il arrive dans d'autres milieux, le croisement des plants exotiques ou sauvages avec nos espèces indigènes donne des produits exubérants de santé, de vigueur et de richesse; ce fait, favorisé cette année par des circonstances très propices, s'est vérifié dans une proportion surprenante; là où nos gamays en plants directs donnaient au maximum de 50 à 80 hectolitres à l'hectare, les gamays greffés sur plants américains ont fourni parfois autant de pièces, et même plus !

La preuve a été faite aussi victorieuse que possible, et la replantation sur américains va se poursuivre avec la plus louable fureur.

Pour aider à ce mouvementées essais nombreux, les champs d'expériences, organisés un peu partout, ont réussi à fixer nettement les idées sur les meilleures méthodes à suivre, les porte-greffes à choisir, les adaptations les plus convenables dont on dispose.

Pour les terrains légers, granitiques, silico-calcaires, nous avons dans le Vialla le plus complaisant des porte-greffes, donnant d'excellentes reprises, végétant bien, se soudant


188 PRIMES AGRICOLES

très facilement; il mérite toute la faveur dont il jouit auprès de nos vignerons.

Plus exigeants que le Vialla, le Riparia et le Solonis conviennent aux terres argileuses, profondes et fraîches.

Le York, moins vigoureux, s'accommode encore de nos terres siliceuses, mais il végète assez lentement et redoute beaucoup les terrains frais et humides.

Les uns et les autres réussissent moins bien dans les terrains calcaires; blancs surtout à sous-sol marneux; pour ces milieux un bon porte greffes est encore cherché; en attendant, on recommande le Rupestris et l'Oporto pour cet office.

Nos vignerons sont devenus d'habiles greffeurs; le mode adopté dans le Beaujolais est le greffage sur table, greffe à cheval ou greffe anglaise, avec mise en pépinière pour la soudure et l'enracinement; les soins donnés aux pépinières sont absolument remarquables : les sols sont partout défoncés à 0m,50, bien ameublis et fortement fumés; les terres sont lassées à l'arrosage, et l'humidité convenablement entretenue par des aspersions, et parfois par des lits de mousse ; nous avons rencontré sur notre chemin de nombreuses pépinières ainsi conduites, véritables modèles que nos ressources ne permettent pas de récompenser comme elles le mériteraient.

Nous avons constaté quelques essais plus ou moins heureux de producteurs directs, d'Othello notamment, qui semble le plant préféré du Beaujolais; avec lui, un peu de Senasqua, de Cynthiana et de Cornucopia. Ces essais peuvent être intéressants en vue de la production du vin très commun, mais ils ne sauraient être vivement encouragés ; la production ne sera pas supérieure à ce qu'on peut attendre du croisement de nos gamays et des porte-greffes, et on risque de compromettre la saine réputation de nos Beaujolais, en produisant des vins quelconques.


PRIMES AGRICOLES 189

Il en est de même des essais de greffage de plants en grandes faveur dans les vins du Midi, comme les types Bouschet ; quoique absolument francs de goût, ces vins manquent du bouquet caractéristique de nos vins ; en familiarisant le consommateur avec ces produits plus pâles de saveur, on préparera la supplantation de nos crus plus délicats par l'invasion des vins du Midi avec l'appui de leurs prix si sensiblement plus bas.

Nous avons à constater comme emprunts à la culture méridionale, les essais de labourage des champs de vigne, les tendances nouvelles à planter moins serré, à remplacer les échalas parles lignes de fil de fer; nous avons à signaler une fois de plus à votre admiration l'excellente tenue de tous les vignobles, les façons et les sarclages véritablement méticuleux dont ils sont constamment l'objet, et qui sont comme la caractéristique enviée de la tradition beaujolaise.

Nous ne saurions oublier dans cette relation le beau succès uniformément obtenu par les sulfatages dans cette année humide et favorable au développement du mildew; grâce à l'intelligence et à la résolution qui ont présidé à l'application de ce remède souverain, le mal a été vaincu avec un ensemble parfait et digne de tous les éloges, et nous avons pu constater à une époque fort tardive, même en novembre, que les vignes avaient pu conserver leurs feuilles intactes et vertes, grâce aux copieux sulfatages dont on retrouvait la trace.

Quant aux essais d'engrais chimiques pour lesquels nous voulions réserver une part de vos encouragements, nous n'en avons pas rencontré de nombreux exemples ; nos vignerons ont plus volontiers recours au fumier de ferme, au purin, ou aux tourteaux, qu'ils dispensent d'une main fort libéraient, et,


190 PRIMES AGRICOLES

à l'appui de ces errements, les rendements qu'on a pu nous accuser, assignent une supériorité marquée au fumier sur les engrais chimiques de la formule officielle recommandée pour la région.

Comme nous le faisions pressentir, les exploitations agricoles se sont présentées fort rares pour briguer vos récompenses; celles que nous avons eu à visiter, pouvaient se faire remarquer par leur bonne tenue, de bons essais d'engrais chimiques et de semences nouvelles pour les céréales, avec des rendements de 24 hectolitres à l'hectare, par d'intelligentes extensions données aux prairies, par l'emploi d'un outillage agricole perfectionné.

A ce litre, nous devons mentionner les signalés services rendus dans la région par notre confrère, M. Vermorel, pour la vulgarisation du matériel perfectionné.

Nous ajouterons que nous avons eu à admirer encore de remarquables collections en culture, comprenant 85 variétés de blé, 120 variétés de pommes de terre; cette initiative et ces recherches vous paraîtront dignes de récompenses pour les excellentes leçons qu'elles mettent à la portée de tous, avec un crédit que n'ont pas toujours les collections agricoles.

Ces vues d'ensemble vous font connaître, Messieurs, le cadre dans lequel votre Commission a eu à procéder et a dû rechercher les mérites relatifs de nos vingt-neuf concurrents.

Presque tous lui ont semblé, au moins par quelques points, mériter une récompense ou une mention.

En raison, d'une part, de la modicité de la somme mise à notre disposition pour ces encouragements, et d'autre part, de la situation généralement aisée de nos candidats, au lendemain surtout d'une belle récolte, qui représente la meil-


PRIMES AGRICOLES 191

leure rémunération souhaitable aux efforts de chacun, votre Commission vous propose de n'allouer aucune prime en argent et de réserver toutes les ressources à une plus large distribution de médailles de prix, récompenses honorifiques qui seront, croyons-nous, fort bien accueillies.

En conséquence, voici le classement que votre Commission propose à votre approbation, à la suite de l'examen consciencieux auquel elle s'est livrée :

Médaille d'or. — M. JEAN DESCOLES, à Saint-Lager. — Un des principaux promoteurs de la reconstitution américaine et du greffage. Admirable pépinière. Production absolument remarquable de ses plants greffés.

Médaille d'or. — M. JEAN ROMANET, à Saint-Etienne-Lavarenne. — Excellente direction donnée à la défense des vieilles vignes et à la reconstitution américaine. Belle pépinière et vignobles remarquablement tenus.

Médaille d'or. — M. CHATILLON fils, à Limas. — Un des propagateurs les plus autorisés des plants américains. Création de onze champs d'expériences en sols divers. Neuf pépinières. Essais remarquables.

Médaille d'or. — M. PETRUS MAGAT, à Chazay d'Azergues.— Essais considérables, entrepris depuis onze ans, des solutions nouvelles ; nombreux porte-greffes et producteurs directs, Superbes pépinières de 350.000 greffes-boutures. Emploi méthodique d'engrais divers.

Médaille d'or. — M. J. GUILLARD, à Chazay-d'Azergues. — Essais remarquables d'adaptation, de semis, de taille et de greffage, de sulfurage avec pétrole, de culture à la charrue. Culture raisonnée.

Médaille de vermeil. — M. PIERRE MOREL, à Sainte-Paule. — Sulfurage extrêmement soigné depuis sept ans. Défense


192 PRIMES AGRICOLES

méthodique et parfaitement réussie. Petite pépinière bien conduite.

Médaille de vermeil. — M. CLAUDE MURARD, à Saint-Lager. — Un des promoteurs de la culture américaine. Soins remarquables à son vignoble et belle réussite. Essais bien entendus.

Médaille de vermeil.— M. JEAN-CLAUDE-GUILLIN, à Cercié.— Défense au sulfure sévèrement organisée. Essais divers de plants américains et de greffons nouveaux.

Médaille de vermeil. — M. ED. DE SAINT-CHARLES, à SaintEtienne-Lavarenne. — Défense des anciennes vignes par le sulfure et les engrais. Essais de plants américains.

Médaille de vermeil. — M. BENOIT DURDILLY, à Sainte-Paule.

— Bonne défense bien conduite depuis huit ans à l'aide du sulfure et des engrais de ferme. Vignes remarquablement tenues. Essais de nouveaux plants.

Médaille de vermeil. — M. J. M. BERTHIER, à Létra. — Bons sulfurages de vieilles vignes. Essais bien conduits de plants américains, de producteurs directs. Observations bien faites du rendement de divers engrais.

Médaille de vermeil. — M. J.-B. GERMAIN, à Anse. — Belle ferme bien dirigée et bien tenue ; essais intelligents de semences nouvelles, d'engrais chimiques. Extension des prairies. Sulfurage des vieilles vignes et replantation d'américains.

Médaille de vermeil. — M. JEAN MERCIER, à Cercié. — Reconstitution américaine fort avancée. Vignes bien tenues.

Médaille de vermeil. — M. BALLOFFY-FONTENAT, à Dracé.

— Belle pépinière de plants américains, greffés et producteurs directs.


PRIMES AGRICOLES 193

Médaille de vermeil. — M. PHILIBERT MONNET, auBreuil.— Excellente direction imprimée à d'importants vigneronnages; pépinières remarquablement soignées. Beaux succès de reprise, de greffage et de végétation.

Médaille de vermeil. — M. DEBILLY, à Chessy-les-Mines. — Poursuit la reconstitution de son vignoble depuis 1883 ; plants divers, bons greffages. Essais de producteurs directs.

Médaille d'argent. — M. ET. DUBOST, à Saint-Lager. — Essais de plants américains et de greffages divers.

Médaille d'argent. — M. ANT. AUMIOT, à Anse (rappel). — Remarquables collections de blés, de pommes de terre et de

cépages.

Médaille d'argent. — M. J. POLLET, à Pommiers. — Excellent entretien de vignes américaines bien greffées. Bonne défense au sulfure et au sulfate.

Médaille d'argent. — M. CL. CINQUIN, à Cercié. — Travail fort intelligent et défense bien conduite.

Médaille d'argent. —; M. J.-B. GEOFFRAY, à Létra. — Reconstitution bien conduite depuis cinq ans. Belles reprises.

Médaille d'argent. — M. PATISSIER, à Morancé. — Travail raisonné et méthodique; défense bien organisée au sulfure et au pétrole. Pépinière intéressante de plants nouveaux. Bons soins donnés aux fumiers.

Médaille d'argent. — M. Jos. MERLE, à Légny. — Pépinière méthodiquement classée et étiquetée. Belles variétés de vignes françaises. Bons greffages.

Médaille d'argent. — M. PERRAYON, à Morancé. — Pépinière de plants américains greffés, bien classée et bien tenue.

Médaille d'argent. — M. BRUNET-DURAND, à Bagnols. —


194 PRIMES AGRICOLES

Défense soignée par le sulfure. Bons greffages sur plants américains.

Ces récompenses prélèveront, en frais d'achat à la Monnaie, ports, gravures, une somme d'environ 900 francs sur le crédit mis à notre disposition; la soulte d'environ 500 francs sera versée au champ d'essais de Pierre-Bénite, suivant les indications ministérielles.

Telles sont les conclusions que notre Commission soumet à votre discussion, en vous priant, si vous le jugez bon, de les revêtir de votre approbation souveraine.

A. LÉGER.


SUR LES

CIMENTS SILICEUX

PAR

M. A. LEGER

Présenté à la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon.

Jusqu'ici les chaux et ciments se classent, au point de vue du durcissement ou de la solidification hydraulique, suivant licité, en :

la valeur du rapport argile/chaux caustique ou de l'indice d'hydrauINDICE

d'hydrauINDICE

Chaux grasse ou maigre 0 à 0,10

» faiblement hydraulique 0,10 à 0,16

» moyennement hydraulique . 0,16 à 0,31

» hydraulique 0,31 à 0,42

» éminemment hydraulique 0,42 à 0,50

Chaux limite ■ . . 0,50 à 0,65

Ciment 0,63 à 1,20

Ciment maigre 1,20 à 3,00

Pouzzolane 3 et au-dessus.

Cette considération de l'indice d'hydraulicité est insuffisante à rendre compte des nuances si différentes que l'on rencontre dans la résistance des divers ciments; tout d'abord un même calcaire, de composition donnée, à même teneur ar-


196 SUR LES CIMENTS SILICEUX

gileuse, suivant le degré de cuisson auquel il sera soumis, et même suivant le degré de finesse de sa mouture, donnera un produit qui pourra varier de la chaux-limite à la pouzzolane, en passant par le ciment prompt et par le meilleur Portland à prise lente.

Celle insuffisance de la considération de l'indice, basée sur la seule proportion relative de l'argile et de la chaux, s'accuse bien davantage quand on analyse la constitution de ce que l'on compte comme argile; sous cette rubrique, on comprend ensemble la silice et l'alumine, et les propriétés des ciments siliceux au regard des ciments alumineux nous ont porté à rechercher si les variations respectives de ces éléments n'ont pas une très grande importance.

Diverses théories ont été données pour rendre compte des combinaisons produites par la cuisson, puis de la solidification après hydratation; on admet le plus généralement qu'à la cuisson des calcaires argileux, la chaux mise en liberté par la dissociation du carbonate constitue tout d'abord, avec l'alumine des argiles, de l'aluminate de chaux très basique; si la cuisson n'est pas poussée très loin, ces aluminates (Al2O 3, 3 CaO) restent en proportion prépondérante, et donnent les ciments prompts. Il se formerait aussi des alumino-ferrites de chaux, 2 (AlFe)2O 3, 3CaO. Dans les ciments prompts, ces aluminates prendraient, au gâchage, 6HO.

Si la cuisson est plus intense, la silice est attaquée par la chaux et donne naissance à des silicates bicalciques, puis réagissant sur les aluminates, elle donne des silicates doubles d'alumine et de chaux très basiques, qui seront décom - posés aussi par l'eau d'hydratation, mais en donnant de nouvelles combinaisons très stables, qui caractérisent les ciments à prise lente. M. H. Le Chatelier admet, dans ce cas, pour réaction principale de la solidification :


SUR LES CIMENTS SILICEUX 197

le silicate bicalcique se décompose au contact de l'eau de gâchage-, en mettant de la chaux en liberté, qui se carbonate; le silicate monocalcique s'hydrate en donnant des cristaux extrêmement stables qui produisent l'agrégation. Les silicates doubles se comporteraient de la même façon.

Avec les aluminates, la prise et le durcissement sont rapides, mais les aluminates ainsi formés par hydratation subissent des décompositions ultérieures qui n'améliorent pas la résistance, si elles ne provoquent même pas, par la suite, la désagrégation des mortiers ainsi formés.

En examinant au microscope polarisant les résultats de la solidification des ciments, M. H. Le Chatelier a reconnu que le principal rôle, dans le durcissement définitif, appartient au silicate calcique, qui cristallise en lamelles hexagonales, particulièrement abondant dans les ciments de silicate calcaire non alumineux.

Dans les ciments alumineux, et surtout dans ceux à prise rapide, il se forme de longues aiguilles enchevêtrées; dans l'air sec, ses cristaux se déshydratent en éprouvant un retrait considérable ; dans l'eau à 50° ils éclatent et tombent en poussière; ils résultent de l'action de l'eau sur l'aluminate tricalcique, Al 203, 3 CaO, qui se dissout d'ailleurs dans l'eau pure à raison de 0gr, 3 par litre, et plus encore dans l'eau salée, en se décomposant partiellement.

Ces remarques expliquent les différences constatées, dans la pratique, entre les ciments à prise lente et les ciments à prise rapide, toujours très alumineux, et sont de nature à inspirer plus de confiance dans les ciments siliceux que dans les ciments alumineux.

Pour des teneurs en chaux caustique de 50 à 65 pour 100, les ciments qui contiennent moins d'alumine et plus de silice doivent donc présenter des garanties de meilleure tenue ultérieure, avec une prise plus lente, toutes choses égales d'ail-


198 SUR LES CIMENTS SILICEUX

leurs; comme le durcissement et la résistance à la traction et à l'écrasement croissent avec la lenteur de prise, ces dernières qualités fort importantes doivent donc augmenter avec la proportion de silice relativement à l'alumine et au fer. C'est ce que nous avons pu vérifier en comparant les compositions des principaux ciments les plus réputés aux résistances qu'ils ont fournies (après trente jours d'immersion) dans des essais officiels exécutés au Laboratoire de l'École des Ponts et Chaussées.

RÉSISTANCE DES PRINCIPAUX CIMENTS PORTLAND

(Après 30 jours d'immersion)

ALUMINE RÉSISTANCE PAR CENT.

PROVENANCES

SILICE A LA TRACTION A L'ÉCRASEMENT

Boulogne (Lonquéty) 0,68 17k28 225k80

Boulogne (Famchon) 0,67 22,32 228,90

Tenay (Meurgey et O). . . . 0,66 22,30 2-9,70

Voreppe (Thorrand et O). ■ . ■ 0,58 24,62 199,60

Grenoble (Bertet-Sisteron). . . . 0,50 25,00 ?

Portland anglais 0,47 29,00 290,00

Grenoble (artif. Vicat) 0,45 29,10 240,00

Ganges (Hérault) . . . ? 30,27 389,50

Saint-Victor-la-Coste (Gard). . . . 0,30 33,30 370.80

On voit comment croissent régulièrement les résistances, à mesure que le rapport de l'alumine à la silice diminue, ou à mesure que le ciment devient plus siliceux (1). Et l'on en peut conclure l'importance de l'indice siliceux sur lequel nous venons attirer l'attention.

Avec ces calcaires très siliceux, on ne saurait plus obtenir en pratique de ciments prompts faisant prise en quelques

(1) Il existe sans doute une limite au-dessous de laquelle la résistance diminue.


SUR LES CIMENTS SILICEUX 199

minutes; ce qui marque bien le rôle joué par l'alumine dans l'obtention des ciments de cette sorte, avec les aléas que sa présence comporte pour la bonne tenue ultérieure. Les bons effets de l'ensilage s'expliquent facilement : en permettant l'extinction de la chaux libre qui pourrait se trouver en très petite quantité et fort accidentellement dans les ciments, le séjour dans les silos, sous l'action de l'humidité de l'air, laisse aux aluminates le temps de se décomposer en produits plus stables, pour conjurer les dérangements particulaires, les fendillements ou les désagrégations qui, sans cela, pourraient se manifester en oeuvre.

La solidification et la résistance sont encore considérablement améliorées par une mouture très fine (jusqu'aux tamis n° 100, 120, même 150), qui met les éléments en contact plus intime, les prépare à des décompositions et à des combinaisons plus immédiates et plus uniformes par l'hydratation dans le gâchage.

Si la proportion prépondérante de silice a les résultats que nous avons indiqués, au point de vue de la cohésion, de la résistance dans l'eau douce, elle aura une influence bien plus marquée sur la résistance de ciment à l'eau de mer; les sels comme les aluminates facilement attaquables et décomposables par l'eau pure, le sont bien davantage par la dissolution de sulfate de magnésie. Les ciments éminemment siliceux auront donc tout avantage sur les ciments argileux pour se bien comporter à la mer, et d'autant plus naturellement qu'ils auront été plus fortement cuits et mieux effusés en silos. Les ciments argileux, comme les Portlands, ne résistent bien dans ces conditions, que si, par des cuissons extrêmement soignées, la silice a pu réagir complètement sur les aluminates, et empêcher la formation subséquente de sels instables.

Ces qualités de résistance à la traction, à l'écrasement, à

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 14


200 SUR LES CIMENTS SILICEUX

l'user, de bonne tenue à l'air, à l'eau douce et à l'eau de mer, qualités qui sont en quelque sorte fonction de la richesse en silice, font vivement apprécier les ciments très siliceux que les Portlands de grappier ont tout d'abord fait connaître; ils ont encore un avantage, c'est qu'ils coûtent très sensiblement moins cher que les ciments alumineux de l'Isère.

Malheureusement, ces grappiers ne se produisent que comme caput mortuum dans la fabrication des chaux avec les calcaires siliceux néocomiens ou oxfordiens; les grappiers ne se produisent en général que dans la proportion de 10 à 20 pour 100 de la fabrication; les difficultés du placement pour le surplus de la chaux ne permettent pas d'augmenter à volonté la production du ciment, beaucoup plus demandé.

Mais on rencontre sur certains points de l'Ain et de l'Ardèche, aux limites des terrains jurassiques et crétacés, des bancs puissants de calcaires injectés en quelque sorte, non plus localement, mais dans toute leur masse, avec la plus grande homogénéité, par de la silice gélatineuse, accompagnée de faibles teneurs en alumine; la cuisson de ces calcaires provoque sans peine les combinaisons qui donnent naissance aux silicates bicalciques de chaux et doubles d'alumine et de chaux, avec toutes les qualités reconnues aux ciments siliceux de grappiers. La masse totale fournit du ciment de la sorte voulue, avec des degrés de lenteur à la prise et de durcissement suivant l'intensité de la cuisson.

Désormais, moins limités dans leur production, ces produits sont appelés à prendre une plus grande place dans la construction, à refouler, croyons-nous, les ciments alumineux, en raison de leurs qualités supérieures et de leur moindre prix.

Cette question touche à de grandes industries de notre bassin du Rhône, et notre Société ne manquera pas de s'intéresser à ce nouveau progrès.


SUR LES CIMENTS SILICEUX 201

Comme nouvelle ressource apportée à la construction, on parle beaucoup des ciments de laitiers; certains laitiers moulus à la dernière finesse se comportent comme des pouzzolanes au regard de la chaux; par des mélanges bien conduits, on parvient à constituer de bons ciments donnant de grandes résistances. Comme dans le cas des pouzzolanes, les combinaisons de la silice et de la chaux ne se forment pas à la cuisson comme dans les ciments dont nous avons parlé, mais par l'hydratation au gâchage; elles se continuent pendant la prise et le durcissement; si l'eau vient à manquer, les hydrosilicates ne se forment plus, le durcissement s'arrête. Il en résulte que ces ciments ne se comportent bien que sous l'eau ou dans les milieux humides, et donnent d'assez médiocres résultats à l'air. C'est là un point faible de ces produits ; ils pourront néanmoins rendre de grands services dans certains cas. Cet emploi marquera un progrès dans la voie de l'utilisation des sous-produits vers laquelle l'industrie doit porter toute son attention et ses efforts.

Il est bien entendu que les ciments de cette sorte devront être d'une composition suivie et régulière, ne pas contenir trop de sulfures, de phosphates, de calcaire, etc., ce qui, en raison des variations dans la nature des laitiers, même en bonne marche des fourneaux, exigera des analyses attentives et une surveillance des plus soutenues.

Ce n'est pas moins un nouvel appoint apporté aux ressources industrielles, et ce fait dont on commence à se préoccuper, méritait de n'être pas oublié.




Héliog. L Lumière fils

Vincent de Montpetit pinxit 1752

CL. BOURGELAT

Fondateur de l'École Vétérinaire de Lyon

1712 - 1778


LE BERCEAU

D E

L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

CRÉATION ET ÉVOLUTION■■ L'ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE LYON

■■ — 1761-1889 — ■

M. S. ARLOING

DIRECTEUR DE L'ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE LYON

Présenté à la Société d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon,

■ ■ dans sa séance du 16 mars 1888.

INTRODUCTION

On a écrit déjà deux ou trois notices sur l'École vétérinaire de Lyon, la plus ancienne et la nourrice de toutes les Écoles de médecine vétérinaire. ■ ■■■■■■■■■

Malgré le nombre de ces publications, plusieurs points intéressants pour l'histoire de notre enseignement et de ses origines restèrent dans l'ombre ou furent simplement esquissés. Les auteurs ont glissé sur certains détails parce qu'ils les croyaient présents dans la mémoire des lecteurs

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 15


204 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEHENT VETERINAIRE

comme dans la leur. Ces omissions volontaires ont de graves inconvénients. Au fur et à mesure que nous nous éloignons des premiers jours de notre existence, les faits s'effacent de notre esprit et il est logique de prévoir qu'avant peu plusieurs seront complètement oubliés.

C'est pour préserver de l'oubli des détails qui piquent déjà la curiosité et la frapperont davantage plus tard que j'ai entrepris la présente publication.

L'homme mûr et le vieillard se plaisent à connaître le lieu où ils ont marché leurs premiers pas, où ils ont bégayé leurs premières paroles. Si humble et si modeste qu'ait été leur berceau, ils y songent et ils le revoient avec bonheur. J'ai pensé que les vétérinaires contemporains et surtout ceux de l'avenir me sauraient gré de leur indiquer avec précision le lieu où leurs ancêtres professionnels ont reçu les premières leçons de Bourgelat, de restituer par le dessin les bâtiments plus que modestes où s'abritèrent nos premiers maîtres et de rappeler, avec pièces à l'appui, les causes qui nous ont valu de survivre aux difficultés nombreuses qui environnèrent nos premières années.

L'occasion d'évoquer le passé m'a paru excellente, puisque l'Exposition universelle me faisait un devoir de mettre en évidence l'organisation matérielle et les ressources scientifiques de l'École vétérinaire actuelle.

La comparaison de l'École de la grande rue de la Guillotière avec celle du quai de Pierre-Scize ne peut être qu'un motif d'orgueil pour notre profession et pour la France.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE 205

Car, l'importance et les mérites d'une institution se mesurent d'ordinaire par la rapidité et l'étendue de ses développements, et notre pays a des raisons d'être fier d'avoir compris le premier la valeur des services que l'on devait attendre de la création d'un enseignement rationnel de la médecine des animaux.

Bourgelat serait probablement étonné lui-même de l'extension de son École et des perfectionnements de son outillage scientifique.

Le but qu'il s'était proposé était modeste, bien qu'il fût grand pour l'époque : il désirait simplement donner une certaine instruction aux maréchaux qui seuls, jusque-là, s'occupaient du traitement des maladies des animaux domestiques. Cependant, il avait rêvé pour les Écoles vétérinaires une seconde destination; mais il la réservait à d'autres qu'à ses élèves. Il voulait que « les portes des Écoles soient sans cesse ouvertes à tous ceux qui, chargés par état de veiller à la conservation des hommes, auront acquis par le nom qu'ils se seront fait le droit d'y venir interroger la nature, chercher des analogies et vérifier des idées dont la confirmation ne peut qu'être utile à l'espèce humaine ».

L'École vétérinaire de Lyon a toujours été hospitalière selon le voeu exprimé par son illustre fondateur; mais depuis longtemps déjà ce sont les disciples mêmes de Bourgelat qui se sont chargés du soin de montrer le concours que la médecine comparée peut apporter aux progrès de


206 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

la pathologie et de l'hygiène de l'homme. Aussi des laboratoires nombreux, la plupart assez richement pourvus des appareils nécessaires aux travaux des professeurs et des élèves pour exciter l'étonnement des visiteurs étrangers, sont venus compléter et embellir les installations pratiques de la première École.

Tous les directeurs se sont efforcés. de perfectionner l'organisation matérielle de l'École.

Aux deux Bredin, revient la conquête de l'emplacement que nous occupons aujourd'hui; à Rainard et Lecoq, il faut attribuer principalement la restauration, la création ou l'agencement des locaux ; à Rodet et à M. Chauveau, l'amélioration des services au point de vue de la recherche et de l'instruction scientifiques 1.

1 Nous sommes heureux de remercier MM. les archivistes du département du Rhône, de la commune et de l'administration des hospices de Lyon, ainsi que M. Caillemer, doyen de la Faculté de droit, dont le concours nous a été précieux dans la recherche d'un grand nombre de pièces qui sont reproduites ou analysées ici.


CHAPITRE PREMIER

DOCUMENTS SUR CL. BOURGELAT ET SUR LA CRÉATION D'UNE ÉCOLE VÉTÉRINAIRE A LYON

§ I. — DOCUMENTS SUR CL. BOURGELAT

Nous répéterons encore que nous n'avons pas l'intention de parler des origines et de révolution de la médecine vétérinaire, exposées avec autant de conscience que de talent, dans un livre récent, par M. Chomel 1. Nous voulons simplement consacrer ces quelques pages à la création de l'enseignement régulier de la médecine des animaux domestiques.

Depuis la Renaissance, plusieurs esprits supérieurs avaient indiqué les avantages considérables que l'on retirerait de l'étude des maladies des animaux. Cet appel était resté sans écho. Des écuyers et quelques maréchaux s'é1

s'é1 du corps des vétérinaires militaires en France, par Chomel, vétérinaire militaire. Paris, Asselin et Houzeau, 1887.


208 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

taient contentés d'écrire sur les maladies du cheval, et encore, la plupart de leurs descriptions étaient-elles dépourvues des bases scientifiques qui pouvaient leur donner une réelle valeur.

Le cheval est sans doute un élément important de la fortune agricole et industrielle d'un pays; mais il n'est ni le seul ni le plus considérable. Les autres espèces domestiques méritaient aussi que l'on s'occupât de leur hygiène et de leurs maladies.

Si Cl. Bourgelat n'est pas le premier qui ait ainsi compris la médecine vétérinaire, du moins, a-t-il le mérite d'avoir conçu le projet de l'enseigner régulièrement en lui donnant toute l'extension désirable.

C'est à Lyon que le nouvel enseignement fut créé, et Lyon peut être doublement fière, puisque le novateur est un de ses enfants.

En effet, Claude Bourgelat naquit à Lyon, le 11 novembre 1712 et fut baptisé à l'église Saint-Nizier le lendemain 12 novembre 1. Il était le plus jeune d'une famille de sept enfants.

Grognier rapporte, dans sa notice raisonnée sur le fondateur des Écoles vétérinaires, que plusieurs ancêtres de Bourgelat avaient occupé des places municipales et judiciaires. Je me suis assuré que son père Pierre Bourgelat,

1 M. Lecoq le fait naître le 27 mai ; c'est une erreur.

ACTE DE BAPTÊME DE CL. BOURGELAT

Le 12me novembre 1712, j'ay baptisé Claude né hier, fils de noble pierre Bourgelat ancien eschevin de cette ville et de Made Geneviesve Terrasson sa femme; parr. Monsr Claude Perichon Directeur de la Döanne; marr., made Jeanne marie Fantel femme de M. Jean Peisson Md bourgeois.

Signé : Bourgelat, Perrichon, J.-M. Fantel, Jaubert, vicaire.

Registre de l'état-civil, 66, f° 102, V°. Saint-Nizier.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 209

négociant, avait été échevin de Lyon en 1706 et 1707, et que son grand-père maternel, Jean Terrasson, était un ancien conseiller et procureur du roi en l'élection de Lyon. Tous deux étaient nobles par leurs fonctions.

Les armes de noble Pierre Bourgelat, échevin, étaient d'azur à une fasce d'or, accompagnée en pointe dé trois colombes affrontées de même.

FIG. 1. — Armes de Pierre Bourgelat, échevin de Lyon.

Cochardet, échevin de Lyon, portait d'azur au coq becqué, membre et crête de gueule.

Claude Bourgelat les associa à celles de la famille Cochardet de Chiseuil, à laquelle il était allié par son mariage, et à quelques attributs personnels dans le cachet ci-joint (fig. 2) dont il se servait pour clore sa correspondance.

Nous avons trouvé l'empreinte de ce cachet sur deux lettres de Bourgelat conservées dans les archives de l'HôtelDieu de Lyon.

On a écrit plusieurs fois que Cl. Bourgelat fit d'excellentes études chez les jésuites, étudia le droit à l'Université de Toulouse et fut avocat au Parlement de Grenoble; puis,


210 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

qu'il quitta brusquement le barreau après avoir gagné une cause dont il connut plus tard l'injustice. On ajouta qu'il entra dans les mousquetaires, y puisa le goût du cheval qu'il garda toute sa vie.

Nous sommes obligé de nous demander si ce récit, accrédité auprès de tous les biographes de Bourgelat, n'est pas un peu exagéré.

Nous n'avons pas trouvé une seule pièce où Bourgelat s'honore de la qualité d'avocat. A l'âge de dix-neuf ans moins un mois, en 1731, sur son acte de mariage, il figure avec le titre d'écuyer qu'il devait à la noblesse de son père. Son mariage fut célébré une seconde fois, pour vice de forme, en 1736; Bourgelat figure encore sur l'acte avec ce seul et même titre. Enfin, en 1740, « sur le rapport favorable qui a été fait de sa capacité tant au fait de la cavalerie que des autres exercices qui se montrent dans les Académies », le comte d'Armagnac n'hésite pas à lui accorder le brevet nécessaire pour tenir l'Académie de Lyon.

A quelle époque, Bourgelat a-t-il pu se consacrer aux plaidoiries? On ne la trouve pas aisément.

Bien plus, grâce à l'obligeance de M. Pilot de Thorey, archiviste à Grenoble, nous avons appris que le nom de Bourgelat ne figure pas parmi ceux des avocats inscrits au Parlement de cette ville, depuis le XVe siècle jusqu'à 1790. Enfin il ne figure pas non plus parmi ceux des élèves de l'Université de Toulouse.

Peu importe; toujours est-il que Bourgelat eut de très bonne heure le goût du cheval. Il le manifestait jusque dans sa toilette. M. Morel de Voleine, descendant de la famille, possède un portrait où Bourgelat porte des boucles d'oreilles sous forme de fer à cheval.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 211

Au moment où il se signalait comme un de nos meilleurs écuyers, Lyon possédait, près de l'intersection actuelle de la rue Bourgelat et de la place Ampère, une Académie d'équitation 1 et un très beau manège, « pour faire apprendre aux jeunes gens à monter à cheval et les autres exercices qui en dépendent, au moyen de quoi ils se rendaient capables d'entrer dans le service militaire et d'être toujours utiles à l'État ».

FIG. 2..— Cachet de Cl. Bourgelat, fondateur de l'École vétérinaire de Lyon.

La place d'écuyer tenant ladite Académie devenait vacante par le décès d'un sieur Claude Budin Desperville et la démission volontaire de Pierre Budin Desperville, son oncle. Bourgelat sollicita cette place et obtint de M. le comte d'Armagnac, grand écuyer de France, le 29 juillet 1740, un brevet pour exercer ladite place et charge. Il s'installa dans le courant du mois d'août et le consulat de la ville de Lyon voulut bien continuer au directeur la pension de 1000 livres qu'il accordait à Budin Desperville.

1 L'Académie d'équitation était située d'abord, en 1633, près du port de NotreDame (place Tolozan), puis sur le territoire du Plat; en 1716, elle fut installée, aux frais de la ville, le long du boulevard des Remparts-d'Ainay, sur un emplacement qui forme aujourd'hui l'angle de la place Henri IV(place Ampère) et de la rue Bourge lat.


212 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Bourgelat s'engageait « non seulement à bien instruire à monter à cheval les jeunes gens qui lui seront confiés, mais même à donner toute l'éducation nécessaire a ceux qui seront en pension chez lui, et à leur faire apprendre tous les exercices et les sciences qui peuvent leur convenir. »

Au dire de Grognier, « depuis Solleysel, jamais aucun maître d'équitation n'avait joui en France d'une faveur aussi considérable. Les étrangers, et surtout les Anglais, le proclamèrent le premier écuyer de l'Europe. » On raconte même que Frédéric le Grand consulta Bourgelat pour savoir si, dans une affaire de cavalerie, la charge au trot était préférable à la charge au galop.

L'écuyer se fit écrivain. Sous le titre de Nouveau Newkastle ou Traité de cavalerie, il publia, en 1740, un important ouvrage où il manifeste une connaissance de l'organisation du cheval, qui avait fait défaut à la plupart des auteurs qui l'avaient précédé.

Dix ans plus tard, il donna ses Eléments d'hippiatrique ou Nouveaux principes sur la connaissance et sur la médecine des chevaux, en trois volumes, où l'auteur démontre qu'il a médité sur les causes de l'infériorité de la médecine des animaux et sur les moyens de lui faire réaliser des progrès.

Il déclara dans cet ouvrage que l'on ne pouvait tirer aucun enseignement utile des livres publiés jusqu'à ce jour sur l'hippiatrique, car ils ne renferment que des préjugés populaires et des fautes grossières. « Ce n'est qu'en fouillant dans le livre de la nature, dit Bourgelat, que nous acquerrons des connaissances certaines. »

Il écrivit encore dans ses Éléments d'hippiatrique : « Ceux qui se distinent à la maréchalerie (le nom de vétérinaire


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 213

n'était pas encore usité) n'acquerront jamais le degré suffisant d'instruction, tant qu'on ne formera point d'établissements, qu'on n'ouvrira pas des écoles pour les instruire ; mais, considérer les avantages qu'elles procureraient à l'Etat, ce serait vouloir suggérer des idées qui n'échapperont pas sans doute à des génies qui ne se conduisent que par les vues supérieures du bien public. »

Les Eléments d'hippiatrique eurent un grand retentissement et valurent à Bourgelat le titre de correspondant de l'Académie des sciences de Paris, puis de l'Académie de Berlin.

Les plaintes de Bourgelat sur la stérilité de la bibliographie et sur la nécessité de l'observation de la nature ne furent pas seulement des déclarations platoniques. Joignant l'exemple au précepte, le chef de l'Académie d'équitation de Lyon se mit à étudier l'organisation et les maladies des animaux sous la direction de deux membres du collège de chirurgie : Pouteau et Charmeton.

On conçoit alors qu'à un moment donné, l'écuyer ou, si l'on veut, l'ancien avocat au Parlement de Grenoble était admirablement préparé pour une création qui devait honorer son pays et rendre son nom impérissable.

Fonder une École où l'on instruirait dans l'anatomie, la thérapeutique et la ferrure, les jeunes hommes qui, par profession, sont appelés à donner des soins aux animaux, tel fut le projet que Bourgelat caressa de 1740 à 1761.

Les connaissances techniques de Bourgelat n'auraient point suffi, probablement, au succès de son entreprise, si elles n'eussent été doublées de l'influence particulière qu'il devait à d'excellentes relations sociales.

Cl. Bourgelat avait peu ou pas de fortune; mais par sa


214 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

famille et ses qualités personnelles, il jouissait à Lyon d'une grande situation.

Il avait épousé, le 20 octobre 1731, avant l'âge de dix-neuf ans, Mlle Elisabeth Cochardet de Chiseuil, âgée de dix ans, fille d'Etienne Cochardet, écuyer. Cette union ne dut pas l'enrichir beaucoup, car, on voit sa bellemère, Mme veuve Cochardet de Chiseuil, aliéner sa fortune au profit de l'hôpital de Charité, en échange d'une rente viagère de 2400 livres réversible d'abord sur la tête de sa fille Elisabeth, puis sur la tête de son gendre Cl. Bourgelat, mais réduite à 1500 livres.

Il ne faut donc pas s'étonner si les amis de Bourgelat s'efforcèrent à plusieurs reprisés de lui procurer une situation matérielle en rapport avec ses mérites.

C'est assurément à une considération de cet ordre que le directeur de l'Académie d'équitation dut la place d'Inspecteur de la librairie de Lyon, en 1760. Jamais nous n'avions entendu dire que Bourgelat eût occupé ce poste ; mais la pièce suivante, découverte par M. Favier dans les Archives communales, ne laisse aucun doute à ce sujet :

Pardevant nous Christophe Delaffrasse Deseynas chevallier conseiller honoraire en la cour des Monnoyes sénechaussée et président lieutenant général de police de la ville et fauxbourgs de Lion est comparu Claude Bourgelat écuyer de Sa Majesté, correspondant de son académie des sciences, demeurant à Lion, rue d'Auvergne paroisse d'Enay lequel nous a dit et remontré que par arrêt du Conseil d'Etat il a été commis pour exercer tant qu'il plaira à Sa Majesté la place d'inspecteur de la librairie de la ville de Lion à la charge par lui de prêter serment par devant nous et comme le remontrant désire l'exécution dudit arrêt, il requiert qu'il nous plaise lui donner acte des présentes remontrances et réquisition, prendre et


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTERINAIRE 215

recevoir le serment qu'il est prêt de faire à la manière accoutumée, et qu'il soit passé outre comme exécution d'arrêt nonobstant, etc., et a ledit Sr Bourgelat signé.

Signé: BOURGELAT.

Nous lieutenant général de police susdit, vu l'arrêt cy-dessus énoncé en date du vingt janvier dernier signé Philipeaux, avons donné acte des susdites remontrances et réquisitions et attendu la présence dudit sieur Bourgelat, nous avons de lui pris et reçu le serment au tel cas requis moïennant lequel il a' juré et affirmé en sa foy et conscience exécuter ponctuellement tout ce qui est porté au susdit arrêt et passe outre nonobstant, etc. Fait à Lion en notre hôtel le premier février mil sept cent soixante et a ledit sieur Bourgelat signé avec nous :

Signé : DELAFFRASSE DESEYNAS, BOURGELAT.

Peut-être n'est-il pas absolument téméraire de croire que la considération et l'intérêt qu'il inspirait aient concouru, dans une certaine mesure, à la création de l'École vétérinaire de Lyon.

Bertin, ancien intendant de la généralité du Lyonnais, qui favorisa de tout son pouvoir la fondation de l'École lorsqu'il fut Contrôleur des finances, avait certainement l'esprit trop élevé pour ne pas apercevoir le bien public dans les intentions de Bourgelat et pour obéir aux seules inspirations de l'amitié; mais l'affection et l'intérêt qu'il portait au grand écuyer lyonnais réchauffèrent probablement son zèle.

Cette impression se dégage de la correspondance que Bertin entretint avec plusieurs personnages à l'occasion du projet de l'ouverture d'une École vétérinaire.

J'ai trouvé notamment une lettre où Bertin rêvait de placer Bourgelat à la tête d'un haras que le roi de Pologne avait


216 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

l'intention de créer en Lorraine, afin de lui faire un sort. Bertin abandonna cette idée, aussitôt qu'il réussit à obtenir du roi les fonds et l'autorisation nécessaires pour ouvrir l'École vétérinaire de Lyon.

Cette lettre nous fixe sur la situation de fortune de Bourgelat et sur la haute considération qu'il s'était acquise; aussi, la reproduisons-nous in extenso.

« Versailles, le 21 may 1760.

MONSIEUR, Je connois trop votre attachement pour M. Bourgelat et le bien que vous lui voulez pour hésiter de vous communiquer une idée qui m'est venüe pour lui et l'arrangement que je projette de faire en sa faveur. Le Roy de Pologne désire établir en Lorraine un haras à l'instar de ceux qui sont en France et Sa Majesté Polonaise qui demande cet établissement m'a fait part de ses intentions à ce sujet pour les faire agréer au Roy. Comme mon concours est nécessaire au succès du projet du Roy de Pologne, j'ay pensé que cela me mettroit peut-être à portée de procurer à notre ami Bourgelat un sort et un état qui paroissent lui convenir de préférence à tout autre et je crois que je pourrois parvenir à le porter à la tête de ce haras et lui assurer un titre et un traitement convenables. Je lui ai communiqué mes vües à cet égard et il ne me paroît pas éloigné de suivre ce parti. Mais comme il est nécessaire de s'assurer avant tout si cet établissement est praticable en Lorraine et de prendre pour cet effet les mesures convenables pour le mettre à exécution, il m'a paru indispensable d'envoyer quelqu'un sur les lieux et de charger en conséquence M. Bourgelat de cette commission pour le mettre à portée de se déterminer sur ma proposition et de me faciliter à moi-même, en faisant connoître là-bas tout son mérite et ses qualités prétieuses pour l'objet dont il s'agit, les moyens de réussir. Mais vous connoissez sa fortune et elle ne lui permet pas de faire les frais de ce voyage. D'un autre côté, les circonstances ne sont pas assez favorables pour proposer au Roy de lui accorder une gratification pour y subvenir; je ne vois de ressources que dans les fonds de l'excédent


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 217

de la capitation de votre généralité, et je vous prie de me marquer,

s'il est possible, par ce moyen de lui accorder un secours suffisant

pour l'indemniser des dépenses que ce voyage pourra lui occasionner.

Je suis, Monsieur, votre très humble et très affectueux serviteur,

Signé : BERTIN.

A Monsieur l'Intendant du Lyonnais.

Cl. Bourgelat entretenait avec tous les personnages officiels de Lyon et quelques-uns de la capitale des relations empreintes d'une certaine intimité. J'en ai puisé la certitude dans quelques lettres que j'ai rencontrées dans nos collections et dans les Archives de la ville.

Au surplus, Cl. Bourgelat, par son éducation, son instruction générale et spéciale, était bien fait pour vivre au milieu du monde influent de son époque. Il excellait à l'intéresser à ses travaux et à ses entreprises. La souplesse de son esprit et sa façon insinuante et convaincue frappent vivement, quand on dépouille sa correspondance avec M. de Quélus ou la comtesse de Brionne, veuve de Charles de Lorraine, comte d'Armagnac.

Nous reproduisons ici des fragments de cette correspondance :

LETTRE A M. DE QUÉLUS 1

« Paris, 9 juin 1765.

Je n'ay garde d'oublier, Monsieur, les ordres que j'ay reçus de Son Altesse 2. J'ay écrit à Londres, j'attends une réponse; j'ay écrit à mon marchand de chevaux qui vraisemblablement se rendra à Paris à la fin du mois prochain. Enfin, j'ay vu plusieurs fois M. le

1 Extrait de la Révue lyonnaise, 1re année, t. I, p. 432 (1881). 2 Son Altesse la comtesse de Brionne.


218 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

prévôt des marchands de Lion 1 au sujet du logement que demande avec la plus grande raison l'écuyer de l'Académie de cette ville. Les créanciers des Jésuites s'en rapportant totalement à M. de la Louvée, je crois que Son Altesse est la maîtresse de terminer l'affaire. Dans la dernière conférence que j'ay eu avec M. le prévôt des marchands, il m'a témoigné que, quoiqu'il fût en instance contre ces mêmes créanciers pour la distraction des effects et de la maison qui appartient incontestablement aux citoyens en vertu de titres incontestables et d'une déclaration authentique faite par les Jésuites mêmes dans un tems non suspect, il consentira à acquérir, pourvu que les créanciers soient raisonnables et veuillent éviter un jugement qui peut leur être désavantageux. Il ne s'agit donc de la part de S. A. que d'amener M. de la Louvée à ses vues, après quoy de faire communiquer à M. le prévôt des marchands les prétentions des créanciers, relativement au prix qu'ils exigeront, ce dont je me chargeray si elle me l'ordonne; et, les parties étant d'accord, de dire un mot à M. le Controlleur Général 2. S. A. est assurée de trouver dans M. de la Verpilière 3 toute l'envie la plus sérieuse de se prêter à ses volontés. M. Tolosan 4 me charge chaque fois qu'il m'écrit de vous renouveller les assurances de son attachement. Il me félicite de l'avantage qu'il suppose que j'ay de vous voir et de cultiver votre amitié ; mais il ignore tous les embarras que me donne le soin de jurer contre des ouvriers, de pester contre une maison 5 qu'on a loué pour moi, sans doute sans examen, vu l'énormité des réparations à faire, et enfin de pourvoir à des ameublements et à de fastidieuses affaires de ménage. Voilà, Monsieur, ce qui m'a privé de l'honneur d'aller vous jurer et vous protester du fond d'un coeur tendre et vrai tous les sentimens de considération et de respect avec lesquels je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Signé : BOURGELAT.

1 Charles-Jacques Leclerc de la Verpilière, chevalier.

2 M. de Laverdy. Les démarches de Bourgelat pour assurer à l'Académie de Lyon un local convenable n'aboutirent pas, et ses successeurs n'y réussirent pas plus que lui.

3 Le prévôt des marchands.

4 Maître des requêtes à Paris, de la fameuse maison Tolozan de Lyon. 5 Cette maison était située rue Sainte-Apolline à Paris.




LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE 219

LETTRE A LA COMTESSE DE BRIONNE

Il s'agit de l'avenir de l'Académie d'équitation de Lyon que Bourgelat va quitter pour se rendre à Paris.

Lyon, 30 Janvier 1765.

MADAME, Sérieusement occupé de tout ce qui peut plaire à Votre Altesse, et brûlant du désir de mériter sa protection et ses bontés, je viens de disposer tous les esprits à luy donner des marques des mêmes sentiments dont je suis pénétré pour Elle. Je n'ay pas cru devoir lui faire part de mes idées, avant d'avoir fait des démarches qui tendaient à en assurer le succès ; mais je suis certain aujourd'huy qu'elle peut agir efficacement et sans aucune crainte de se compromettre.

En attendant, Madame, le sieur Payer-Morello 1, honoré de l'agrément de Votre Altesse, pourrait satisfaire aux voeux et au désir des provinces voisines et des étrangers qui l'ont suivi, ainsi que de ceux qui, ayant quelque confiance en moy et ignorant mon changement d'état, s'étaient rendus icy. J'ose assurer Votre Altesse, avec cette candeur et cet esprit de vérité qui ne m'a fait que trop d'ennemis et dont cependant je ne me départirai jamais, que le sujet est excellent, qu'il a des talents reconnus, des moeurs pures et que je ne peux présenter personne qui soit plus en état de former un établissement avantageux à cette ville et digne de votre protection.

Je suis avec le plus profond respect, Madame, de Votre Altesse, le très humble et très obéissant serviteur.

BOURGELAT.

On trouvera ci-inclus la reproduction autographique de la fin d'une lettre que Bourgelat écrivait à M. de Flesselles,

1 Le successeur de Bourgelat à la direction de l'Académie d'équitation. 6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 16


220 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTERINAIRE

intendant de la généralité du Lyonnais, Forez et Beaujolais, au sujet de l'École vétérinaire. Nous l'insérons à titre de curiosité et de souvenir.

Le port de Bourgelat était imposant. Sa physionomie agréable et distinguée respirait à la fois la décision et la fermeté. On en peut juger par le portrait qui sert de frontispice à ce travail et qui est la reproduction d'un tableau que possède l'École, tableau peint à Lyon, en 1752, par Vincent de Montpetit et retouché à Paris, en 1770. L'artiste nous représente notre instituteur entouré d'attributs nombreux rappelant ses occupations favorites et jusqu'à ses délassements.

On a reproché à Bourgelat un certain égoïsme et l'amour de l'argent. Ce dernier défaut est excusable chez l'homme pauvre qui pressent, comme cela est arrivé au fondateur de nos Écoles, qu'il laissera sa famille à la charge de l'État 1. Quant au premier, il appartient à un membre de l'enseignement vétérinaire de fournir la preuve que Bourgelat en a été exempt.

Le 15 septembre 1730, le Consulat de Lyon accordait à deux bourgeois le privilège d'entretenir des fiacres sur les places publiques, moyennant une redevance de 300 livres qui devait être donnée aux « pauvres religieuses de SainteClaire ». Le 28 octobre 1760, au moment ou le Consulat venait de renouveler le privilège, dans les mêmes conditions, aux premiers détenteurs, Bourgelat, écuyer du roi, inspecteur des haras de la généralité de Lyon, s'appuyant sur les services qu'il avait rendus dans ses différentes commis1

commis1 eut un fils qui mourut en bas âge et une fille qui épousa M. Guillemot d'Alby. De cette union naquit un fils qui entreprit des études vétérinaires.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 221

sions, obtint du roi, à l'exclusion de tous autres, le droit de placer des voitures publiques dans la ville de Lyon, pendant quinze années, à partir du 1er janvier 1761. Le requérant offrait de compter chaque année 300 livres aux religieuses de Sainte-Claire et de verser une fois pour toutes 36.000 livres dans les caisses de Sa Majesté.

Bourgelat fit exploiter ce privilège par des intermédiaires.

En 1764, appelé à fixer sa résidence à Paris, lorsqu'il fut nommé commissaire général des haras, directeur et inspecteur général des Écoles vétérinaires du royaume, Bourgelat demanda, en échange des frais que son déplacement lui occasionnerait, que la durée de son privilège sur les fiacres de Lyon fût prolongée de vingt ans. Il obtint cette faveur le 12 juin 1764.

Le privilège était cédé par Bourgelat à des ayants droit pour la somme annuelle de 16.200 livres, payable en douze termes égaux, pour chaque mois et d'avance, et l'on prévoyait qu'en le cédant à d'autres intermédiaires, on pourrait en retirer une somme plus élevée.

Le 28 août 1768, Bourgelat fit représenter au roi que, vu l'impossibilité où il se trouvait, à raison de ses nouvelles fonctions, « de vaquer à l'amélioration et à l'exercice du privilège des voitures que Sa Majesté a bien voulu lui accorder, il verrait avec autant de reconnaissance que de satisfaction que Sa Majesté voulût bien agréer sa démission dudit privilège et la remise qu'il en ferait entre ses mains pour en appliquer le revenu à l'entretien des Écoles vétérinaires auxquelles le sieur Bourgelat est déterminé de consacrer entièrement ses veilles et ses soins, mettant sa confiance dans les bontés de Sa Majesté à ce qu'il lui plaise ordonner qu'en considération de la démission dudit privi-


222 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

lège et de ses produits, il lui soit payé telle somme qu'elle jugera à propos et aux termes et conditions qu'elle daignera prescrire. »

Les propositions de Bourgelat furent acceptées ; il reçut une rente viagère de 4500 livres et, du même coup, il dota les Écoles vétérinaires d'un fonds annuel de 15 à 16.000 francs pendant vingt-huit ans. C'est un acte de désintéressement que nous nous plaisons à enregistrer et dont le souvenir doit éveiller des sentiments de reconnaissance autant à l'École d'Alfort qu'à l'École de Lyon. En effet, les deux établissements en ont profité, comme il résulte de la pièce officielle suivante dont nous reproduisons la partie principale.

ARRÊT DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROI

QUI ACCORDE AUX SIEURS JEAN ACARIE, JOSEPH DESCHAUX, MATTHIEU MOREL, HVPPOLYTE FAIVRE ET JEAN ROLLET, LE DROIT ET PRIVILÈGE EXCLUSIF DE METTRE, PENDANT SIX ANNEES CONSÉCUTIVES, A COMPTER DU 1er JANVIER 1776, DES CARROSSES APPELÉES FIACRES, SUR LES PLACES PUBLIQUES DE LA VILLE DE LYON, ETC., ETC, DU 9 AVRIL 1774 1

Sur la requête présentée au Roi, étant en son Conseil, par le sieur Péan, Directeur de l'Ecole vétérinaire de Lyon, le sieur Philibert Chabert, Directeur de l'Ecole vétérinaire de Paris, d'une part ; et les sieurs sus-nommés d'autre part; contenant de la part des sieurs Péan et Chabert, que, par arrêt du conseil du 28 août 1768, Sa Majesté aurait spécialement affecté à l'entretien des Ecoles de médecine vétérinaire le produit du privilège des Carrosses de place établis ou à établir en la ville de Lyon ; que le bail passé pour neuf ans, de ce privilège, par le sieur Bourgelat, qui en était concessionnaire, et qui en a fait la remise entre les mains de Sa Majesté, est sur le point d'expirer; que les nommés Jean Acarie, Joseph Deschaux, Matthieu Morel, Hippolyte Faivre et Jean Rollet, faisant partie des fermiers

1 Extrait des registres du Conseil d'Etat.


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actuels dudit privilège, proposaient de donner annuellement une somme de vingt mille liv. au lieu de seize mille deux cents liv. prix du dernier Bail ; que cette offre étant avantageuse pour les Écoles vétérinaires déterminait les Suppliants à demander à Sa Majesté qu'il lui plaise accorder à ces Particuliers la jouissance pendant six ans dudit privilège, moyennant ladite somme de vingt mille liv. par an, et aux autres clauses et conditions qu'il plaira à Sa Majesté ordonner; et de la part desdits Jean Acarie, Joseph Deschaux, Mathieu Morel, Hippolyte Faivre et Jean Rollet, que le Bail à ferme à eux passé par ledit sieur Bourgelat, du privilège des Carrosses de place de la Ville de Lyon, étant sur le point d'expirer, et désirant s'assurer de la prolongation de la jouissance dudit privilège remis entre les mains de Sa Majesté par ledit sieur Bourgelat, ils supplicient Sa Majesté de vouloir bien leur en accorder la jouissance pour six ans, à commencer du 1er Janvier 1776, aux offres qu'ils font de payer chaque année, aux termes qui seront indiqués, entre les mains du Trésorier des Ecoles vétérinaires, ou de tel autre commis à cet effet, la somme de vingt mille livres, ou encore aux autres charges et conditions qu'il plairoit à Sa Majesté d'ordonner.

C'est à la requête du directeur de l'École de Lyon et du directeur de l'École d'Alfort que l'arrêt précédent a été rendu.

On a encore reproché à Bourgelat d'être autoritaire, cassant, et de regarder les fonctions professorales comme indignes d'un homme de son rang.

Il est incontestable que Bourgelat ne lisait pas lui-même les leçons qu'il rédigeait pour ses élèves; mais assurément, ce devait être plutôt par préjugé que par dédain, car rien ne l'obligeait à souhaiter la fondation d'un enseignement vétérinaire, en 1761, sinon son amour pour le bien public et sa passion pour le cheval.

Les esprits les mieux trempés sont toujours plus ou


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moins esclaves des préjugés de leur époque. J'excuserais donc volontiers Bourgelat, s'il avait été réellement coupable d'un peu de vanité. Mais j'aime à croire plutôt qu'il avait une haute idée de sa mission et qu'il supposait que sa rigueur, sa tenue et sa manière de faire étaient utiles pour imprégner de la même pensée ses élèves et tous les témoins de ses efforts.

Il faut bien avouer que Bourgelat se plaisait dans son rôle de chef suprême; ses notes, ses instructions sont imprégnées de l'esprit d'autorité. Mais ce défaut procède d'un excès de ses qualités. Administrateur résolu, il veut conserver à tout prix les Écoles vétérinaires, et il réprime avec vigueur toutes les tentatives, toutes les innovations, toutes les exagérations qui lui semblent compromettre l'oeuvre à laquelle il s'est voué avec ardeur.

On a encore reproché à Bourgelat d'être ombrageux, jaloux des talents qui pouvaient amoindrir ses mérites et on a cité comme preuve ses rapports avec Lafosse et l'abbé Rozier.

Je ne puis rien dire de la mésintelligence qui le sépara de Lafosse fils, son contemporain, hippiatre d'une grande valeur, car je ne possède sur ce point aucun élément particulier. Pourtant, comme on s'est plu à répéter que Bourgelat devait manquer des connaissances techniques nécessaires pour l'instruction des vétérinaires et qu'il eût bien fait d'appeler Lafosse à le seconder, je tiens à faire remarquer que, de 1740, date à laquelle Bourgelat figure avec la qualité de directeur de l'Académie d'équitation, à 1762, date de l'ouverture de l'École vétérinaire, il s'est écoulé vingt et un ans. Or, un homme de l'intelligence de Bourgelat, qui se livre à la dissection des animaux, vit tous les


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 225

jours dans un manège, lit les écrits de ses devanciers, étudie la médecine et l'hygiène sous la direction des célébrités médicales lyonnaises peut, il me semble, acquérir en ce laps de temps, les qualités que l'on était en droit d'exiger de lui.

Je m'arrêterai davantage sur la campagne qu'il aurait menée contre l'abbé Rozier. J'ai trouvé sur ce différend quelques documents qui nous permettent de l'apprécier avec plus d'impartialité, que ceux qui l'ont étudié chez les panégyristes de l'abbé Rozier.

D'abord, Bourgelat a choisi lui-même l'abbé Rozier pour son successeur à la direction de l'École. Dire qu'il l'a désigné sans hésitation, serait aller un peu loin; mais il s'est déterminé en sa faveur, après un examen impartial de ses qualités et de ses services. Je lis, en effet, les lignes suivantes dans une lettre de l'intendant du Lyonnais au ministre Bertin, datée du 8 avril 1765 :

« M. Bourgelat part d'ici le 15 de ce mois pour aller fixer sa résidence à Paris Lorsque j'ai demandé à M. Bourgelat qui le remplacera à la direction de l'École royale vétérinaire, il m'a répondu qu'après avoir cherché longtemps des sujets propres à remplir cet objet important, il n'a trouvé personne que le sieur abbé Rozier ; il m'a assuré que c'est lui qui a pris soin du Jardin des plantes, qu'il a fait avec soin plusieurs démonstrations dans cette partie et qu'il a donné en toutes occasions des preuves de son zèle et de ses connaissances. M. Bourgelat propose de le charger de ce qui a rapport aux études, au travail des professeurs ou démonstrateurs et à l'instruction et à la conduite des élèves. Peut-être penserez-vous que ces détails conviendraient mieux à un laïque qu'à un ecclésiastique. M. Bourgelat n'a pas eu le choix. Mais la difficulté de trouver des


226 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

sujets capables en ce genre me porte à: croire que cette considération ne doit pas être un obstacle à agréer le sieur abbé Rozier. »

La conduite des élèves à l'intérieur et à l'extérieur et toutes les questions de comptabilité furent confiées à un second directeur le sieur Baroilhet, ancien négociant.

Les deux nouveaux directeurs ne tardèrent pas, par un défaut d'entente et par une négligence aveugle, à compromettre l'oeuvre de Bourgelat.

Je me suis assuré que l'inspecteur général avait mis tout le tact et tous les ménagements désirables pour faire parvenir ses intentions aux deux directeurs, de manière à sauvegarder leur autorité et leur amour-propre.

On a prétendu que l'antipathie de Bourgelat pour l'abbé Rozier procédait des réformes d'ordre scientifique que ce dernier avait introduites à l'École de Lyon. Je ne serais pas surpris que ce fût un des motifs de leurs démêlés. Mais les personnes qui, aujourd'hui, en font un grief à notre fondateur et se servent de cet incident pour amoindrir sa réputation, ne tiennent pas assez compte de l'état des esprits à cette époque. Les documents qui nous sont restés démontrent que l'École avait de nombreux adversaires dans les campagnes. On déplorait que le bagage scientifique que les élèves emportaient en la quittant les détournât de la profession manuelle du maréchal ou des pratiques naïves auxquelles on attachait une grande confiance. Les adversaires existaient aussi dans les villes ; j'ai lu un rapport d'une grande commission lyonnaise fort peu bienveillant pour l'École vétérinaire. Cet établissement pouvait aussi bien périr par excès que par défaut de science ; de là, l'obligation de procéder avec une grande


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 227

discrétion dans les réformes qui devaient séparer le vétérinaire du maréchal.

Bourgelat comprenait beaucoup mieux cette situation que l'abbé Rozier, lequel, exclusivement préoccupé de hautes études, prêtait une médiocre attention à des considérations secondaires et misérables pour un savant.

Je ne prétendrai pas que Bourgelat n'eut aucun défaut ; au contraire, je dirai qu'il avait les défauts de ses qualités, car toutes celles que nous lui trouvons sont portées jusqu'à l'exagération. Mais il me semble imprudent de le juger à un siècle et demi de distance, en prenant des termes de comparaison dans la société actuelle.

Quoi qu'il en soit, les vétérinaires et le pays entier lui seront éternellement reconnaissants d'avoir réussi, par sa ténacité et son influence personnelle, à créer nos Écoles et à les imposer à l'administration et a l'opinion publique.

§ II. ■— DOCUMENTS SUR LA CRÉATION DE L'ÉCOLE DE LYON

Bourgelat demanda et obtint l'autorisation d'ouvrir dans la ville de Lyon, avec l'assistance de l'État, une École pour le traitement des maladies des bestiaux.

Nous n'avons pu nous procurer le texte de la requête qu'il fit présenter au roi Louis XV par le ministre Bertin; il eût été curieux de posséder ce texte qui nous aurait fourni l'exposé complet des vues de Bourgelat sur le but de l'Ecole qu'il projetait. Si cet exposé complet nous fait défaut, nous en retrouvons les points essentiels dans l'arrêt du


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Conseil d'État du roi relatif à rétablissement de ladite École dans la ville de Lyon, arrêt que nous reproduisons cidessous :

ARRÊT DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROI

RELATIF A L'ÉTABLISSEMENT DANS LA VILLE DE LYON, D'UNE ECOLE POUR LE TRAITEMENT DES MALADIES DES BESTIAUX (4 AOUT 1761).

Sur la requête présentée au Roy en son conseil par le S. Bourgelat, Écuyer ordinaire du Roy, chef de son académie à Lyon, et associé correspondant de l'Académie des sciences, contenant que s'étant occupé depuis vingt ans de l'Etude des maladies des Bestiaux de toutes espèces, il étoit parvenu à la connaissance des remèdes propres à les guérir et que dans la vue de communiquer au public des découvertes utiles, soutenues de l'expérience dans une partie si nécessaire, il avoit pris des mesures pour ouvrir une École où l'on enseignerait publiquement les principes et la méthode de guérir les maladies des bestiaux, ce qui procurerait insensiblement à l'agriculture du royaume les moyens de pourvoir à la conservation du bétail, dans le temps ou cette épidémie désole les campagnes ; mais que pour procurer aux Élèves toutes les connaissances requises par la dissection des sujets et la préparation des remèdes, il était nécessaire de faire de plus grandes dépenses en loyers de Bâtiments, écuries, achat des drogues et autres qu'il lui serait impossible de supporter si Sa Majesté n'avoit la bonté de contribuer aux premières dépenses de cet Établissement, qui, suivant les devis joints à sa requête, sont estimées à une somme de dix mille livres par année, lesquelles seraient employées régulièrement aux frais de ladite École, laquelle après le terme de six années, étant suffisamment pourvue, seroit en état de se soutenir sans qu'il soit besoin de lui' continuer les mêmes secours.

Vu au Conseil d'Etat du Roy, La requête signée de Lile avocat du d. S. Bourgelat, les mémoires, comptes et devis relatifs à cet objet, ensemble, L'avis du S. Intendant de la ville et généralité de Lyon. Ouï le rapport du S. Bertin, conseiller ordinaire au conseil royal Contrôleur général des finances, Sa Majesté désirant traiter


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 229

favorablement le dit S. Bourgelat, et contribuer au soutien d'un Établissement utile à l'Agriculture de son royaume. Le Roy étant

en son conseil a ordonné et ordonne que pour subvenir aux frais de l'Établissement et entretien de l'Ecole pour les maladies des Bestiaux, dans la ville de Lyon, faubourgs et banlieue d'icelle, il sera compté par le receveur des fermes de Lyon, au S. Bourgelat sur ses quittances pendant les six premières années dudit établissement,

tant qu'il aura lieu, et à compter, du premier janvier prochain, savoir :

Au premier janvier mil sept cent soixante deux,

Douze mille livres, Au premier janvier mil sept cent soixante-trois,

Douze mille livres ; Au premier janvier mil sept cent soixante quatre, Dix mille livres;

Au premier janvier mil sept cent soixante-cinq,

Huit mille livres; Au premier janvier mil sept cent soixante-six,

Cinq mille livres ; Au premier janvier mil sept cent soixante-sept,

Trois mille livres.

Desquelles sommes montant ensemble à celle de cinquante mille livres, pour la durée des dites six années, il sera tenu compte à l'adjudicataire des fermes de Sa Majesté, sur le produit réservé du droit d'entrée sur les faites d'argent de la principauté des Dombes imposés par arrêt du 30 novembre dernier et de l'emploi des susdites sommes, ensemble du dit établissement, il sera rendu compte annuellement par le S. Bourgelat au S. Contrôleur Général des finances, pour en faire son rapport à sa majesté, veut et entend sa majesté que la dite École soit pourvue d'un nombre nécessaire d'animaux malades pour servir à l'instruction des élèves dans le traitement qui en sera fait moyennant une juste rétribution tant pour la nourriture que pour les remèdes administrés, et d'un nombre suffisant d'animaux propres à être disséqués et généralement de tout ce qui doit servir à l'utilité et aux progrès d'un pareil établissement.


230 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Enjoint au sieur Intendant de tenir la main à l'exécution de ce que dessus. Signé : DE LAMOIGNON. Signé : BERTIN.

A Versailles le quatre août mil sept cent soixante et un.

L'arrêt du 4 août 1761 accorde à Bourgelat une somme de 50.000 livres, payable par fractions en six années, pour subvenir aux frais de l'établissement et entretien de l'École pour les maladies des bestiaux.

La somme peut paraître minime. Pourtant, elle se rapproche beaucoup des prévisions établies par le requérant.

En effet, le « devis des dépenses que pourront occasionner l'établissement et l'entretien d'une École dans laquelle on embrassera toutes les parties de l'art vétérinaire », dressé par Bourgelat lui-même, pour une durée de six années, s'élève à 67.800 francs, et l'auteur déclare qu'au moyen de quelques diminutions sur certains objets l'entreprise serait possible moyennant une somme de 60.000 livres.

Voici ce devis :

Devis des dépenses que pourront occasionner rétablissement et l'entretien d'une École dans laquelle on embrassera toutes les parties de l'art vétérinaire.

Primo, pour le loyer de l'emplacement dans la ville ou les fauxbourgs de Lyon, y compris les ajancemens et constructions à faire, par chaque année deux mille six cents livres, et pour six années L. 15.600

Secundo, honoraires d'un disséqueur, à l'effet de conduire les élèves dans la dissection de tous les différens animaux, à raison de mille deux cents livres par chaque année, et pour six années 7.200

A REPORTER 22,800


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 231

REPORT. ...... 22.800

Tertio, honoraires d'un pharmacien chargé d'ailleurs du soin de tous les approvisionnements de l'École, de la distribution des fourrages, et coetera, à raison de mille deux cents livres par année, et pour six ans. . . . . . . 7.200

Quarto, honoraires du maître forgeur ou chef de forge, à raison de cinq cents livres par année, et pour six ans. . 3.000

Quinto, honoraires du chef des écuries pour l'hôpital, lequel sera chargé de l'exécution de toutes les ordonnances et de l'administration des remèdes à raison de six cents livres par an, pour les six années. ....... 3.600

Sexto, au portier ou suisse de l'Ecole, à raison de cinq cents livres par année, tant pour gages que pour nourriture, et pour six ans 3.000

Septimo, approvisionnemens de fourages à raison de deux mille cinq cents livres par année, et pour les six ans. 15.000

Octavo, approvisionnemens des drogues nécessaires pour la guérison des animaux malades, et y compris toutes celles qui peuvent être utiles dans les injections, à raison de mille livres par année, et pour six ans 6.000

Nono, approvisionnemens de cordages, de fer à forger des fers pour les pieds des chevaux, boeufs, ânes, mulets, de doux, de charbon de pierre, bois, outils pour les injections et dissections, instrumens pour toutes les opérations quelconques, animaux à disséquer et à soumettre aux expériences diverses que l'on pourra faire, à raison de mille deux cents livres par année, et pour les six années. 7.200

TOTAL L. 67.800

Le sieur Bourgelat croit néanmoins qu'au moyen de quelques diminutions sur certains objets, l'entreprise serait possible moyennant une somme de soixante mille livres. Du reste, ce n'est qu'à mesure que l'on formera l'école qu'on pourra arbitrer les dépenses avec quelque fondement.


232 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

Le sieur Bourgelat rendra à Monseigneur le Contrôleur Général des comptes très exacts, et il espère que les profits qui résulteront du traitement des animaux et de la légère rétribution qu'on pourra retirer aussi de certains élèves, le mettront en état sans de plus grands frais de la part de Sa Majesté, de porter cet établissement au point d'utilité, de perfection et de célébrité qu'il doit avoir et qu'on peut s'en promettre.

Signé : BOURGELAT.

On remarquera qu'il ne prévoit aucun traitement pour le directeur et qu'à la manière dont le document est dirigé, Bourgelat se proposait d'instruire lui-même les élèves dans les soins à donner aux animaux malades, car on ne trouve nulle part des honoraires pour un démonstrateur de pathologie et d'opérations chirurgicales.

La lecture de l'arrêt du 4 août 1761 laissait supposer que l'École vétérinaire serait une annexe de l'Académie d'équitation ; mais celle du devis ci-dessus démontre que Bourgelat avait l'intention de créer un établissement spécial dans la ville ou les faubourgs de Lyon.

Ce ne fut pas sans difficulté que l'on se procura un local convenable. Quelques personnes conseillèrent à Bourgelat d'installer l'École vétérinaire dans l'École d'équitation. Nous avons trouvé des lettres où Bourgelat regarde cette solution comme un pis-aller auquel il faudrait bien recourir si l'on ne réussissait pas à mettre la main sur un local vaste et d'un prix modeste, mais que l'on devait écarter le plus possible, attendu que les bâtiments de l'Académie étaient déjà insuffisants et quelques-uns en fort mauvais état. L'année auparavant, le directeur avait été obligé d'aller se loger hors de l'établissement. Il recevait de la ville une indemnité de logement de 700 francs.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 233

Bourgelat découvrit enfin un local dans le faubourg de la Guillotière, sur la grande route du midi, vaste, d'une installation fort modeste, comprenant bâtiments, écuries, jardin et prairie, c'est-à-dire tout ce qui lui semblait utile aux besoins de l'École. De plus, le local était situé entre la ville et le banlieue de façon à attirer à la fois des chevaux et des bestiaux. Il s'empressa d'obtenir l'autorisation de l'affermer pour six années et de préparer le prospectus qu'il se proposait de lancer pour appeler des disciples.

A la date du 2 décembre 1761, l'intendant du Lyonnais recevait du ministre Bertin les pouvoirs nécessaires pour garantir l'installation matérielle de la nouvelle École et l'approbation du prospectus rédigé par le fondateur. Voici les termes de la lettre :

« Paris, le 2 décembre 1761.

MONSIEUR,

M. Bourgelat me marque par sa lettre du 26 de ce mois, qu'il a enfin trouvé pour l'Établissement de son École un emplacement commode et assés vaste dépendant de l'hôtel-Dieu, dont le prix annuel est de 900 francs auquel devront être ajoutés les intérêts des réparations que l'hôpital sera obligé d'y faire et qu'indépendamment de ces frais, il faudra payer un dédommagement de cent Pistoles au locataire qui doit céder cet emplacement.

M. Bourgelat ajoute que vous avez trouvé ce dédommagement un peu fort et que vous le renvoyez à moi pour donner ma décision sur cet objtt ; je vous ay prié par ma lettre du 23 du mois passé de concerter tous les moyens de faire réussir cet établissement que j'ay cru devoir être utile aux Campagnes. Si cet emplacement est d'une étendue et d'une commodité telles que M. Bourgelat en fait la description, on trouvera peut-être difficilement une occasion plus


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favorable de porter l'Établissement dans un endroit commode, et je ne peux que m'en rapporter entièrement à ce que je vous ay marqué précédemment et à tout ce que vous jugerez de plus convenable dans ces circonstances. Je vous prye aussi de dire à M. Bourgelat que j'ay approuvé son Prospectus et que rien ne doit l'empêcher de le publier. Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Signé : BERTIN.

L'École devait s'ouvrir le 1er janvier 1762, mais le premier élève n'y arriva que le 13 février ; le 1er mars, l'établissement ne comptait que six élèves. Néanmoins, les démonstrations commencèrent immédiatement, attendu qu'une lettre de l'intendant du Lyonnais au contrôleur des finances, datée du 25 février 1762, annonce que l'École est ouverte depuis quelques jours, qu'elle compte cinq élèves, un de Lyon, quatre de la Bresse et du Bugey, occupés à disséquer et à copier des cahiers, que les écuries seront bientôt prêtes et que les bâtiments sont arrangés avec beaucoup d'ordre.

Bourgelat mourut à Paris dans le courant du dernier semestre de l'année 1778 ; les uns disent le 3 janvier 1779. Nous transcrivons le dernier certificat de vie qu'il adressa à la Charité de Lyon pour toucher sa pension viagère. Cette pièce a encore le mérite de nous fixer sur le domicile de notre fondateur, à Paris.

Archives de la Charité de Lyon, E. 1030 (n° 2325).

En présence des Conseillers du Roy, notaires au Chatelet de Paris soussignés, Claude Bourgelat, écuyer, comissaire général des haras du Royaume, directeur et inspecteur général des Écoles royalles vétérinaires de France, demeurant à Paris, rue St Louis,


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE 235

au Marais, paroisse St Gervais, né le douze novembre 1712 et certifié vivant par lesd. notaires.

Reconnaît avoir reçu de mrs les administrateurs de l'hôpital général de la Charité de Lyon la somme de sept cent cinquante livres pour six mois échus le 24 juin dernier de la rente viagère de quinze cents livres due audit Bourgelat par led. hôpital constituée par contrat du 22 juillet 1751. De laquelle somme il quitte et décharge ledit hôpital.

Fait et passé à Paris, en l'étude, le 1er juillet 1778.

Signé : BOURGELAT et les 2 notaires.

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 17


CHAPITRE II

INSTALLATIONS SUCCESSIVES DE L'ÉCOLE VÉTÉRINAllRE

DE LYON

§ I. — INSTALLATION DE LA PREMIERE ÉCOLE A LA GUILLOTIÈRE

On a vu précédemment que l'École vétérinaire n'a pas été installée dans les locaux de l'Académie d'équitation, situés dans le quartier d'Ainay. On pourrait croire le contraire en raison de l'abus que l'on fait encore aujourd'hui à Lyon du nom d'Académie pour désigner l'École vétérinaire.

L'abus n'est pas nouveau, car nous le rencontrons dans une pièce notariée du 20 juin 1762 ou M. Bourgelat est qualifié d'écuyer « chef de l'Académie vétérinaire ». Il résulte d'une confusion facile à comprendre : Bourgelat étant déjà le directeur de l'Académie d'équitation, il a paru naturel de donner la même appellation à un établissement confié à ses soins, dont la destination pouvait sembler en connexité étroite avec celle de l'institution d'Ainay.

Dans la pièce que nous avons publiée, Bertin nous


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 237

apprend simplement que la nouvelle École sera située dans le faubourg de la Guillotière.

Grognier ne dit pas davantage, sinon que le local était extrêmement modique et que le gouvernement n'en fit même pas l'acquisition.

En 1861, M. Lecoq prononça, à la distribution des prix de l'École vétérinaire de Lyon, un discours sur la création de l'École. Ce sujet s'imposait en quelque sorte au choix de l'orateur, puisqu'il y avait juste cent ans que Bourgelat avait jeté les bases de notre enseignement. Dans ce discours, M. Lecoq donna un peu plus de détails sur le siège de la première École vétérinaire. Il dit, en effet, que « c'est dans une maison de la Guillotière, qui, depuis, a servi d'auberge, et sur l'emplacement de laquelle a été percée une nouvelle rue, qu'a pris naissance notre École ».

Peut-on préciser davantage ?

L'enquête à laquelle nous nous sommes livré nous permet et nous permettra longtemps encore de connaître exactement le lieu ou Bourgelat a installé la première École vétérinaire.

On trouve dans les archives départementales du Rhône et dans celles de l'administration des hospices de Lyon, le bail par lequel ladite administration afferma à M. Bourgelat, pour six années consécutives, à partir du 10 janvier 1762, une maison où pendait pour enseigne l'Abondance, et un pré attenant, ci-devant occupés par sieur Jacques Guerin et demoiselle Jeanne Mouchard, sa femme.

Il faut donc rectifier l'assertion de M. Lecoq, et dire que la maison dé la Guillotière a également servi d'auberge avant de servir à l'École vétérinaire.


238 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

L'auberge et le pré de l'Abondance étaient bien connus

des Lyonnais, jusqu'en 1840. Plus près de nous, vers 1850, une portion de la prairie, encore subsistante, rece-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 239

vait le nom de pré de l'Académie, en souvenir de l'Académie ou de l'École vétérinaire.

L'auberge de l'Abondance s'ouvrait sur la Grande-Rue de la Guillotière, à gauche, un peu plus loin que la rue des Asperges qui débouche à droite.


240 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Elle présentait, sur la rue, deux corps de bâtiments, réunis au-dessus d'une porte cochère qui donnait accès, par un passage assez étroit, à une cour allongée du midi au nord, bordée par des écuries et des hangars. Elle était complétée, au levant, par un jardin potager, au nord, par une longue prairie rectangulaire, plantée d'une allée d'arbres située dans le prolongement de la cour de l'auberge.

Le plan ci-joint (fig. 3) donne la disposition de l'immeuble en 1761.

Le logis de l'Abondance et ses annexes disparurent en partie, au fur et à mesure que l'on traça les rues du faubourg de la Guillotière comprises entre la grande rue de ce nom et la rue Villeroi.

Comme on le constatera sur le plan (fig. 4), la place de l'Abondance, le cours Gambetta, la rue des Martyrs, la rue du Pensionnat passèrent à travers la prairie et firent tomber les deux tiers de la belle allée d'arbres qui la parcourait. Le reste de cette allée, situé au midi de la place de l'Abondance (aujourd'hui place Vendôme), fut conservé et devint la continuation de la rue de Vendôme, Pour prolonger la rue de Vendôme jusqu'à la GrandeRue de la Guillotière, on dut s'emparer de la cour de l'auberge. Chose remarquable, les bâtiments de la rive occidentale de cette cour se trouvèrent sensiblement dans l'alignement de la nouvelle voie, de sorte que l'élargissement se fit aux dépens des constructions de la rive orientale dont quelques-unes, les plus rapprochées de la Grande-Rue de la Guillotière, furent entièrement rasées.

A l'aide des figures 3 et 4, on peut donc déterminer


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 241

rigoureusement l'assiette de l'ancienne École vétérinaire! La maison portant le n° 93 de la Grande-Rue de la Guillotière, à l'angle ouest formé par cette rue et la rue de Vendôme est un reste du logis de l'Abondance. Une devanture en bois masque les portes cintrées de la maison de 1761 ; mais on retrouve les dispositions anciennes en pénétrant à l'intérieur du rez-de-chaussée. Le reste du bâtiment en façade sur la rue de la Guillotière a été démoli pour ouvrir la rue de Vendôme. La maison qui forme l'angle oriental de cette rue et qui porte le n° 95 a été construite après les inondations de 1856 ; elle n'a empiété que d'un mètre environ sur l'emplacement de l'ancienne École vétérinaire.

Le logis de l'Abondance fut affermé à Bourgelat pour la somme annuelle de neuf cents livres, payable en deux termes, à Noël et à la Saint-Jean-Baptiste. C'est dire que les bâtiments étaient modestes. On devine sans peine qu'ils n'étaient pas bien adaptés à leur destination nouvelle. Aussi Bourgelat demanda-t-il que l'on procédât immédiatement à des réparations et agencements, à charge par lui de payer l'intérêt annuel à 5 pour 100 de la somme que l'administration des hospices y consacrerait.

Pour donner une idée exacte de l'immeuble et des modifications qu'il a subies pour recevoir l'École vétérinaire, nous croyons bien faire de transcrire complètement avec l'orthographe du temps, le bail passé entre les recteurs et administrateurs de l'hôpital général de NotreDame-de-Pitié du pont du Rhône et Bourgelat, le 10 janvier 1762.


242 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

BAIL PASSÉ LE 10 JANVIER 1762

Charles de Masso de Laferrière, chevalier, baron de Chasselay, seigneur de Lissieu du Plantin, Laferrière et autres lieux, lieutenant général des armées du roi, lieutenant des gardes du corps de Sa Majesté, chevalier de l'ordre roïal et militaire de Saint Louis, sénéchal de Lyon et de la province de Lyonnaise, savoir faisons que:

Par devant les conseillers du Roi, notoires à Lyon, soussignés, furent présents, nobles et notables personnes, Messire Jean-Claude Croppet de Varissau, docteur de Sorbonne, chamarier de SaintPaul, clerc en la cour des monnoyes, sénéchaussée et présidial de Lyon; noble Jacques Joly, clerc, avocat au Parlement et aux cours de Lyon; noble Etienne Brou l'aîné, ancien échevin de cette ville; sieurs François Valesque, Amable Chauvet, Antoine Torrens, Mathieu Dupont, Louis Auriol, Fleuri Diau, Mathieu-Marc-Antoine Nolhac, Jean-Baptiste Ardinon, Claude Dassac et Pierre Thomas Rambaud ; tous recteurs et administrateurs de l'hôpital général de Notre-Dame-de-Pitié du pont du Rhône et grand Hôtel-Dieu de cette ville ; lesquels louent et promettent maintenir et faire jouir, à Claude Bourgelat, écuyer du Roi, chef de l'Académie de Lyon, inspecteur des harras, une maison où pend pour enseigne l'Abondance, avec les bâtiments, écuries et fenières en dépendant, et le pré attenant séparé par une balustrade de fer, et de la contenue d'environ dix sept bicherées, situées à la Guillotière, l'un des faubourgs de cette ville, appartenant aux pauvres dudit hôpital, cydevant occupés par le sieur Jacques Guérin et demoiselle Jeanne Mouchard, sa femme ; ainsi que le tout se contient et comporte, et que ledit sieur Bourgelat a déclaré bien savoir et connoître. Le présent bail passé pour six années entières et consécutives qui ont commencé à Noël dernier et finiront à pareil jour de l'année mil sept cent soixante-sept, moïennant la somme de neuf cents livres de loïer pour chacune desdites six années, que le sieur Bourgelat promet païer en espèces sonnantes d'or ou d'argent, sans aucuns billets, papiers ou effets roïaux, audit hôpital, sur la quittance du sieur Trésorier des deniers, annuellement, par moitié de six mois


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 243

en six mois, aux deux termes ordinaires de Saint-Jean-Baptiste et Noël, dont le premier paiement, qui sera de quatre cents cinquante livres écherra et sera fait à la Saint-Jean-Baptiste prochaine, le second, de pareille somme, à Noël suivant et ainsi continué semblable paiement de six mois en six mois jusqu'à l'expiration du présent bail, qui est fait en outre, sous les charges et conditions suivantes :

Ledit sieur Bourgelat jouira desdits maisons, bâtiments et dépendances, en bon père de famille, sans faire ni souffrir être faites aucunes détériorations ni dégradations : demeurera chargé de l'entretien des réparations locatives, et rendra le tout en fin de bail, clos, fermant, et en bon et dû état, comme il lui sera remis en y entrant, sauf l'usage.

A la réquisition dudit sieur Bourgelat, lesdits sieurs Recteurs promettent de faire faire incessamment, à leurs frais et dépens, les constructions, réparations et agencements cy-après détaillés, faisant partie de celles portées aux deux plans qui ont été paraphés par les parties et annexés aux présentes, savoir :

AU REZ-DE-CHAUSSÉE:

1° Dans les deux pièces marquées A et L sur le plan, donnant sur la rue, il sera posé dans chacun une croisée en pierre de taille de Couzon, aves leurs chassis et volets.

2° Dans la pièce à côté, donnant aussi sur la rue, marquée M, il sera ouvert et posé les pierres de taille d'une porte avec sa fermeture et ferrure.

3° Dans le cabinet marqué I, destiné au portier, on murera les portes inutiles au projet et on en posera une nouvelle à l'endroit indiqué, à laquelle sera fourni la fermeture et ferrure.

4° Dans la pièce marquée K, l'on fera percer et poser une croisée de trois pieds et demi à quatre pieds de largeur, à laquelle sera fourni le chassis à verre et ses ferrures.

5° Sera ouvert une porte de passage, qui communiquera aux pièces M et K, et sera construit un petit mur qui séparera ledit passage d'avec la pièce marquée L, dans lequel mur sera fourni et posé


244 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

une porte d'environ trois pieds de large, avec sa fermeture et ferrure.

6° L'on fera démolir le hangard pour construire à sa place un. corps de bâtiments au rez-de-chaussé duquel sera pratiquée une salle destinée aux dissections, et une décharge pour ladite salle, marquées sur le plan B et C. Dans le mur en face, donnant sur la cour, l'on posera cinq pilliers en pierre de taille, de dix-huit à vingt pouces de largeur, lesquels pilliers serviront à porter les sommiers du plancher du premier étage, qui sera au même niveau que ceux des appartements donnant sur la rue. Dans l'intervalle desdits pilliers sera posé une croisée dans chacun, ce qui fera le nombre de cinq croisées, de quatre pieds sur cinq pieds de hauteur, toutes garnies de leurs chassis, volets et ferrure.

7° Dans ladite salle de dissection, sera fourni et posé une cheminée en pierre de Couzon, de grandeur nécessaire, et une porte servant d'entrée à ladite salle.

8° Dans le mur séparant ces deux pièces, il sera fourni et posé une porte garnie de sa fermeture et ferrure.

9° L'on fera construire le nouvel escalier attenant à la grande écurie, conformément à celui marqué 8, 8, sur le plan, au bas duquel sera fourni et posé une porte dans le mur de face donnant sur la cour, laquelle sera garnie de sa fermeture et ferrure.

10° Dans l'écurie marquée D, l'on fera percer et poser une porte avec sa fermeture et ferrure, à l'endroit indiqué sur le plan ; réparer les crèches et rateliers, ainsi que le pavé.

11° Dans l'écurie marquée G, on fera percer et poser deux croisées auxquelles on fournira les fermetures et ferrures nécessaires , réparer la porte, les crèches et râteliers, les planchers et les pavés. Il en sera de même de l'écurie marquée H.

12° L'on fera poser un corps de pompe aspirante, laquelle sera appuïée contrôle mur de face de l'écurie G, et sera aussi fourni et posé une auge de pierre de six pieds de longueur environ.

13° L'on fera réparer et mettre en état tous les chassis et carrelages de la maison et pavé de la cour.

14° Et finalement, au rez-de-chaussée, on fera construire la fosse et cabinet d'aisance marqués N sur le plan.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE 245

PREMIER ÉTAGE:

1° Dans les appartements marqués R S T V sur le plan, l'on fera faire les réparations nécessaires, murer les deux portes, et l'on en percera trois autres indiquées par le plan.

2° Dans deux chambres, l'une donnant sur la rue, marquée S, et l'autre donnant sur la cour, marquée X, l'on y fera poser deux cheminées en pierre de Couzon.

3° Dans la grande salle de démonstration, marquée AA, laquelle sera pratiquée dans la partie à rebâtir en place du hangard, il sera fourni et posé dans le mur de face donnant sur la cour cinq croisées semblables à celles qui seront fournies au rez-de-chaussée, garnies de même de leurs chassis à verre, volets et ferrures. Et comme le mur mitoyen n'a pas la hauteur nécessaire, il sera rehaussé d'environ cinq pieds dans cette partie, pour lui donner la même hauteur qu'à celui du fenil BB. Il sera fourni et posé dans ladite salle, une cheminée en pierre de Couzon, d'environ cinq pieds six pouces de largeur.

4° Dans le haut du nouvel escalier attenant à la grande écurie, il sera percé et posé une porte servant d'entrée au fenil BB, et sera fourni une seconde porte vis-à-vis, servant d'entrée à la salle de démonstration, auxquelles sera fourni leurs fermetures et ferrures.

5° Dans les deux fenils marqués EE, l'on fera percer et poser les quatre petites croisées ainsi que la porte de communication, indiqués sur le plan, auxquelles on fournira les fermetures et ferrures.

En considération desquelles constructions, réparations et agencements, et pour dédommager les pauvres de la dépense qu'elles occasionnent, ledit sieur Bourgelat s'oblige de païer aux pauvres dudit hôpital, à titre d'augmentation de loyer, à compter dudit jour de Noël dernier, cinq pour cent par an, de six mois en six mois, de la somme à laquelle elles se trouveront monter, suivant les comptes qui en seront tenus par le sieur recteur, qui sera chargé de cette partie, sans qu'il soit besoin de les accompagner d'aucunes pièces justificatives. Demeurent permis audit sieur Bourgelat, de faire faire à ses frais


246 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

telles autres nouvelles constructions et réparations qu'il verra bon être, pourvu toutefois qu'elles ne soient point préjudiciables à l'état actuel de la maison, lesquelles constructions et réparations ledit sieur Bourgelat sera tenu de laisser en l'état où elles se trouveront à sa sortie, et appartiendront aux pauvres dudit hôpital, sans qu'il puisse demander et prétendre aucun remboursement.

Déclarant, les parties que les dépenses nécessaires pour les constructions, réparations et agencements, que lesdits sieurs recteurs se sont cy-dessus chargés de faire, peuvent être arbitrées et évaluées à la somme d'environ cinq mille livres.

Ainsi convenu sous les obligations, soumissions, renonciations et clauses requises, fait et passé à Lyon, au bureau dudit hôpital, icelui tenant, l'an mil sept cent soixante-deux, le dixième janvier, avant midi, et ont les parties signé la minute contrôlée, restée au pouvoir de Me Perrin, l'un des notaires soussignés.

Signé : DALIER et PERRIN

Les réparations et les agencements convenus entre les parties furent exécutés et, le 22 juin 1762, on dressa un inventaire et une description exacte de l'immeuble que Bourgelat s'engageait à remettre intact à l'expiration du bail.

Voici le titre de cette pièce que j'ai consultée dans les archives de l'Hôtel-Dieu : « Inventaire et description du terrain, confins, arbres, haies, des portes et fenêtres, ferrures, serrures, boisages, agencements et autres effets étant dans la maison de l'Abondance appartenant à l'hôpital général et grand Hôtel-Dieu de Lyon, et louée à M. Bourgelat, écuyer, chef de l'Académie vétérinaire, pour le service, de ladite Académie, desquels effets et ustensiles mondit sieur Bourgelat doit se charger pour le rendre à sa sortie audit hôpital, à la forme du bail, à loyer


LE BERCEAU DE L'ENSEIGISEMENT VÉTÉRINAIRE 247

qui lui en a été passé le 10 janvier 1762, devant Me Perrin et son confrère, notaires à Lyon. »

Cet inventaire est extrêmement détaillé; il renferme les moindres indications sur la disposition du logis de l'Abon-


248 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

dance; nous ne le transcrirons pas textuellement, de crainte de fatiguer le lecteur. Mais un examen attentif, éclairé par un plan sommaire que nous avons découvert à l'Hôtel-Dieu, nous a permis de retracer la composition et les agencements de l'École (fig. 5).

Dans le bâtiment en façade sur la Grande-Rue de la Guillotière, on trouvait, à l'ouest du passage (A) qui conduisait à. la cour, le logement du suisse (B) ; à l'est, la pharmacie (P) avec ses décharges (D), un corridor (G) conduisant à l'escalier du premier étage et un corps de garde (E).

Dans le corps de logis situé à l'ouest de la cour, on rencontrait : l° la salle de dissection (S) ; 2° un escalier donnant accès au premier, étage (F) ; 3° une grande écurie (G) de 21 mètres de longueur surmontée d'un fenil.

A l'est de la cour, une ligne de constructions composée d'un rez-de-chaussée seulement s'étendait jusqu'à la prairie et comprenait : 1° Une seconde écurie plus petite que la première (H) ; 2° la chambre du maréchal (I) ; 3° une troisième écurie (K) ; 4° une petite cour (L) dans laquelle existait un abreuvoir (Ab, avec une pompe), un travail pour maintenir les chevaux et un autre pour maintenir les boeufs et vaches ; 5° la forge (M), divisée en trois locaux successifs.

Un étage (voyez fig. 6) surmontait la salle de dissection et les pièces en façade sur la Grande-Rue de la Guillotière. Il était desservi par deux escaliers. L'escalier (E), situé dans la cour, à l'ouest, conduisait à une longue pièce (D) appelée salle de démonstrations, plus grande que la salle de dissection, et qui devait servir, en outre, de cabinet


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 249

d'histoire naturelle. L'inventaire nous apprend que les parois de cette salle étaient couvertes d'attributs relatifs à l'art vétérinaire, peints à la détrempe. A l'extrémité sud de la salle de démonstration se trouvaient deux portes qui permettaient de se rendre, l'une dans la chambre de M. Bourgelat (G), l'autre dans la chambre du démonstrateur (F). Ces deux pièces communiquaient par un corridor

corridor avec l'escalier intérieur (I) du corps de bâtiment principal.

.'- D'autres pièces du premier étage avaient une destination insignifiante ou servaient à compléter le logement

du suisse.

La grande cour, bordée par les bâtiments sus-indiqués,

Pio. 6. — Plan du l«r étage de l'École de la Guillotière (1762).

E, escalier ; D, salle de démonstrations ; F, F', chambre du démonstrateur et ses dépendances ; G, G', G", chambre de M. Bourgelat et ses dépendances ; H, corridor; I, escalier intérieur ; L, pièce complétant le logement du suisse ; M, M, pièces dont la destination est ^mai définie.


250 LE BEIICEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

était fermée au nord par une grille, munie, au milieu, d'une porte Louis XV. Cette porte donnait accès à la prairie et, en tournant à droite, on parvenait à la porte du jardin potager de l'auberge, transformé par les soins de l'abbé Rozier en jardin botanique et d'essai. C'est dans ce modeste enclos que le second directeur de l'Ecole vétérinaire de Lyon fit les expériences qui préparèrent l'introduction du colza, des légumineuses fourragères et de plusieurs plantes exotiques dans le Lyonnais et le Maçonnais.

On remarquera qu'aucune place n'est réservée dans l'École au logement des élèves. Ceux-ci étaient logés et nourris dans une auberge voisine, tenue par un sieur Pierry, qui était pour ce fait, que l'on regardait comme un service rendu au pays, dispensé des surcroîts de taille imposés par les collecteurs de la paroisse de la Guillotière.

Bourgelat, par déférence pour Frédéric-le-Grand, qui l'honorait d'une estime particulière, fit une exception en faveur de deux sujets prussiens, inscrits sur le premier registre de l'École sous les noms de Zanick et de Scheffer. Il leur accorda un logement dans l'École. Ces jeunes gens qui, paraît-il, n'ont rien fait, eurent l'imprudence de laisser une chandelle allumée dans leur chambre, de sorte qu'une partie de l'établissement fut détruite par un incendie dans le courant de juin 1764.

Les dégâts causés par ce sinistre s'élevèrent à la somme -de 1738 fr. 12. On ne s'entendit pas tout d'abord sur qui devait retomber le dommage. Aussi les réparations traînèrent-elles en longueur. Enfin, lorsqu'elles furent exécutées, ni l'Hôtel-Dieu ni l'École ne voulaient en sup-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 251

porter les frais. J'ai trouvé, à ce sujet, dans les archives des hospices, une volumineuse correspondance qui démontre avec quel acharnement Bourgelat et les recteurs et administrateurs de l'Hôtel-Dieu luttèrent pour dégager leur responsabilité. L'affaire fut portée devant le contrôleur des finances. Bertin la traita avec beaucoup de ménagement. Mais le rôle de protecteur de l'École vétérinaire qu'il avait accepté par affection pour Bourgelat ne se démentit pas et finalement la dépense fut prélevée sur la gratification annuelle de 30.000 francs que le roi accordait à l'hôpital de la Charité.

Toutefois, l'École ne tarda pas à se ressentir des sacrifices qu'elle avait imposés aux administrateurs de l'HôtelDieu. Des agencements spéciaux, des agrandissements et des décorations avaient suivi les réparations provoquées par l'incendie. Aussi, lorsque le bail du logis de l'Abondance fut renouvelé pour neuf années à partir de 1767, le prix du loyer fut porté de 900 livres à 1627 livres 15 sols, « payables en espèces sonnantes d'or et d'argent, sans aucuns billets, papiers ni effets royaux », et les personnes préposées à la régie de l'École furent tenues de parer aux frais de détérioration et dégradation, sans diminution des loyers.

En 1774, avant l'expiration du bail précédent, Bourgelat, d'accord avec Bertin, rechercha les moyens de loger les élèves dans l'École pour éviter un grand nombre d'inconvénients qui résultaient du système employé jusqu'à ce jour. Il proposa aux administrateurs de l'hôpital d'organiser un dortoir au-dessus de la grande écurie du côté occidental de la cour, à charge, par l'École, de payer chaque année, à dater du jour de la construction, un supplé6e

supplé6e T. 1er. — 1888 18


252 LE CERCEAU DE L*ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

ment de loyer. La proposition fut acceptée; le dortoir fut construit d'après le plan ci-joint (fig. 7) ; le bail fut prorogé jusqu'en 1785 et le prix du loyer élevé à 1877 livres 15 sols.

FIG. 7. — Plan d'un dortoir pour 25 lits dressé sur la demande de Pourgelut en 1774.

Pour remédier encore plus complètement aux inconvénients signalés par Bourgelat, on interna tous les élèves dans l'intérieur de l'établissement, et un restaurateur apporta leur nourriture deux fois par jour. On appropria en conséquence trois pièces à des usages nouveaux : la première pièce au rez-de-chaussée, à gauche de la porte d'entrée, devint la cuisine des élèves ; la deuxième pièce, située entre la précédente et la salle de dissection, devint le réfectoire ; la chambre du démonstrateur, au premier étage, fut convertie en infirmerie.

On avait constaté à plusieurs reprises que l'absence prolongée du directeur avait été préjudiciable à la marche de l'École : pour parer à cet inconvénient, on adapta le


LE BERCEAU, DE L'ENSEIGNEMENT : VÉTÉRINAIRE- 253

reste du premier étage au logement du directeur et d'un démonstrateur; celui-là reçut quatre pièces; celui-ci une.

Ce ne sont pas les seules modifications que l'École ait subies depuis sa fondation. Sous la direction de l'abbé Rozier, on transforma une partie des forges, de manière à agencer une petite serre et une chambre pour un jardinier. On appréciera ces changements en comparant la figure 5 à la figure 8.

Malgré l'augmentation du loyer et l'opinion de MM. les recteurs de l'hôpital qui pensaient que ladite augmentation était légitimée par « les constructions, agencements et décorations uniquement faits pour le service, l'utilité et la. commodité de ladite École », le local de la Guillotière était bien loin de satisfaire à tous les besoins.

On songea sérieusement à l'abandonner. Un nouveau bail fut passé en 1785, résiliable au bout de trois, six ou neuf ans.

Ces précautions étant prises, le directeur L. Bredin entreprit de transporter l'École dans une partie du couvent des PP. Picpus, situé Grande-Rue de la Guillotière, à peu de distance dû logis de l'Abondance, mais à droite.

J'ai trouvé dans les archives départementales un plan détaillé de ce projet. On devait occuper la partie des bâtiments la plus reculée; on construisait, pour y arriver, une avenue dans le jardin et une porte spéciale sur la Grande-Rue de la Guillotière.

Mais à la Révolution, l'École était toujours enfermée dans son local primitif.

Ses défectuosités et sa simplicité primitive ressortiront de la lecture des lignes suivantes que nous empruntons à


254 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

un rapport présenté au district, en 1790, par une commission chargée d'examiner plusieurs établissements de Lyon.

RAPPORT SUR L'ÉCOLE VETERINAIRE

Lu dans la seconde session du Conseil du district de Lyon, par son Comité des PrisonB, Hôpitaux, Maisons de charité et École vétérinaire.

DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE DE L'ÉCOLE VETERINAIRE (Voyez fig. 8)

« L'École vétérinaire est une maison où l'on instruit des jeunes gens dans l'art vétérinaire, située au midi, dans un faubourg de la ville de Lyon, nommé la Guillotière. Cette maison qui appartient à l'Hôpital de Lyon, présente un rez-de-chaussée, un premier étage et des greniers, desservis par deux escaliers; elle est séparée par une grande cour, en deux corps de logis, dont l'un est à l'est et l'autre à l'ouest.

« La porte d'entrée qui donne sur la grande rue du faubourg et qui est placée à l'endroit où se réunissent les deux corps de logis, pour ne former qu'un seul bâtiment, conduit à la cour, laquelle communique, par un portail du côté du nord, avec un pré. Le rezde-chaussée, à l'est, offre aussitôt après la porte d'entrée, la cuisine des élèves, d'environ dix-huit pieds en carré, au-dessus de laquelle est une chambre de même grandeur servant d'infirmerie; le plancher en est trop bas et les fenêtres n'en sont pas assez grandes pour y entretenir un air salubre. De ladite cuisine des élèves on va de plein pied au réfectoire, d'environ dix-sept pieds en carré, garni de deux tables longues et chacune de deux bancs. Dans la cour, toujours à l'est, se trouve la porte de la salle de dissection. Cette salle, d'environ trente pieds de longueur, de vingt pieds de largeur, de huit pieds de hauteur, prenant ses jours par deux fenêtres sur la cour, est très mal éclairée et doit infecter, pour peu que les cadavres y soient nombreux et commencent à rentrer en putréfaction. Après ladite porte de la salle de


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE 255

dissection, l'on remarque celle de l'escalier qui conduit à la salle des pièces anatomiques ; ensuite se présente la porte de la grande écurie des chevaux malades, d'environ cinquante pieds de longueur,

de vingt et un pieds de largeur, de dix-huit pieds de hauteur, ouverte au nord par une très grande porte et éclairée par deux fenêtres. Cette écurie peut contenir vingt-huit chevaux; elle n'en


256 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEWEST VÉTÉRINAIRE

renfermait que vingt-quatre, dont vingt-trois étaient malades et un très bien portant qui appartient à la maison, et qu'on emploie pour traîner la charrette ou le tombereau. L'écurie est bien aérée et susceptible d'une grande propreté ; elle n'avoit point d'odeur malfaisante; mais les chevaux attaqués de maladies capables de se communiquer, comme farcin, gale, etc., y sont fréquemment confondus avec les autres chevaux malades. Au nord, près de la porte d'écurie, il y a un tas de fumier où les eaux de l'écurie vont aboutir et y croupissent; pendant les chaleurs de l'été, il en sort une odeur infecte qui, en se réunissant avec celle des eaux ménagères de toute la cour, en putréfaction par leur séjour dans le même endroit, peut causer des maladies fâcheuses, soit aux chevaux, soit aux habitants de la maison.

« Le rez-de-chaussée à l'occident, en partant de la porte d'entrée, présente : 1° Une porte qui conduit au laboratoire de la pharmacie, d'environ vingt-quatre pieds de longueur, de dix; pieds de largeur; muni d'une vaste cheminée sous laquelle on prépare les remèdes nécessaires pour guérir ou soulager les chevaux malades. De ce laboratoire on va à la pharmacie, éclairée par une fenêtre, prenant ses jours sur la grande rue du faubourg; la pharmacie qui a environ vingt-quatre pieds de longueur sur dix pieds de largeur. Cette pièce contient les préparations pharmaceutiques les plus usitées pour combattre les maladies des animaux domestiques.

« Après la porte qui aboutit à l'escalier, l'on voit celle qui conduit à la chambre du portier.

« Dans la grande cour, toujours à l'occident, l'on trouve 1° Une écurie pour les chevaux morveux, assez, étendue pour en contenir cinq (il n'y a point de chevaux) ; 2° une petite écurie pour deux chevaux (elle était sans chevaux) ; 3° une espèce d'écurie où il y un coffre qui renferme l'avoine; 4° un bûcher; 5° une petite chambre dont l'entrée est sur la cour, et qui sert d'amphithéâtre particulier au professeur d'anatomie. Aussitôt après la porte de la chambre du professeur, l'on rencontre celle du jardin de botanique, jardin d'environ trois bicherées lyonnaises, clos de murs, muni d'une petite serre à orangers et contenant environ deux milles plantes,


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE 257

dont six cents, dites usuelles, sont rangées suivant le système de Tournefort et étiquetées.

« Les autres plantes de ce jardin, aussi intéressantes pour l'agriculture et l'art vétérinaire que pour l'agrément, sont cultivées avec soin et d'spôsées avec art. La propreté, l'ordre et la multitude de ces plantes satisfont le curieux, forcent l'élève à admirer les productions de la nature, et engagent les étrangers botanistes à venir jouir d'une promenade utile.

« A quelque distance de la porte du jardin, l'on voit celle de la chambre du jardinier; enfin à l'extrémité de la cour, toujours à l'ouest, une espèce de chenil et la forge, d'environ vingt pieds de longueur et douze pieds de largeur; il s'y trouve une forge, deux soufflets à double vent et deux enclumes. Il serait à souhaiter qu'à côté de la forge l'on eût construit un hangar, pour mettre les chevaux à l'abri de la pluie ou du soleil ou du grand froid pendant le temps qu'on les ferre.

« Le premier étage du corps de logis, à l'est, en passant par l'escalier, situé entre la salle de dissection et l'écurie, présente à ■droite une salle de cinquante pieds de longueur, de vingt et un pieds de largeur et de onze pieds de hauteur. Cette salle, nommée cabinet anatomique, renferme un grand nombre d'animaux domestiques disséqués, préparés, desséchés et conservés dans leur atlitude naturelle; une multitude de pièces anatomiques, relatives à plusieurs maladies du cheval, du boeuf, de la brebis, de la chèvre, du cochon et du chien : plusieurs oiseaux desséchés et conservés dans l'attitude la plus naturelle, contribuent à là décoration de la salle. On y voit encore, pour l'inslruction, les modèles de tous les fers employés par les anciens et les modernes, pour ferrer les chevaux, les mulets, les ânes et les boeufs.

« A la gauche du palier de l'escalier qui mène au cabinet d'anatomie, l'on trouve une porte qui conduit à la chambre à coucher des élèves, de cinquante pieds environ de longueur, de dix-huit pieds •délargeur environ et-de huit pieds de hauteur. Cette chambre contient dix-neuf lits, tant grands que petits, où couc'aent vingt -quatre élèves. La chambre des élèves, éclairée au nord et au midi, n'est point salubre, à cause de la grande écurie deschevaux malades,


258 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

située en dessous ; à cause du peu d'élévation du plancher qui favorise la corruption de l'air lorsque les fenêtres et les portes sont fermées; à cause du séjour presque continuel des élèves, qui n'ont ni chambres particulières, ni salle d'étude ; à cause des vapeurs dangereuses qui s'élèvent du fumier et des eaux putrides accumulées dans la cour ; enfin à cause de l'odeur qui sort des lits où plusieurs élèves couchent ensemble, ce qui est contraire aux bonnes moeurs et à l'ordre.

« Le premier étage, à l'ouest, contient l'appartement du Directeur, composé de quatre pièces, et la chambre du Professeur. Du même côté, au-dessus des petites écuries et du bûcher, se trouve un grenier à foin et à paille; il est trop petit respectivement à la multitude de chevaux qu'il faut nourrir, et il ne devrait pas être au-dessus de l'écurie des chevaux morveux. »

Les bâtiments de l'École eurent encore à souffrir du bombardement de la ville par les troupes de la Convention. Ce fut une raison de plus pour demander instamment la translation de l'École.

Un instant, il aurait été question de la transporter à Grenoble. Dans une lettre du procureur syndic de cette ville à Bredin, datée de 1793, j'ai lu cette phrase : « Si nous parvenons à fixer ton École à Grenoble, car nous le désirons, nous prendrons des mesures telles que le bien du service et les élèves seront également satisfaits. »

Mais ce projet était sans consistance. En l'an III, Gilbert et Huzard portèrent les doléances du directeur devant le comité d'agriculture et des arts de la Convention nationale. Le déplacement fut enfin décidé et, d'après un document que j'ai sous les yeux, il fut réalisé dans le courant de frimaire an V.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 259

§ II. — TRANSLATION DE L'ÉCOLE

DANS LE CLAUSTRAL DES DEUX-AMANTS

EMPIÉTEMENTS SUCCESSIFS SUR LE CLAUSTRAL DES CORDELIERS

DE L'OBSERVANCE

C.-J. Bredin nous apprend, dans une note manuscrite déposée aux archives départementales, que l'on hésita longtemps entre plusieurs anciens couvents qui étaient laissés au choix de l'administration de l'École : SainteMarie-de-Bellecour, Sainte-Marie-des-Chaînes, la PartDieu et les Deux-Amants.

On se décida pour la maison des Deux-Amants. On appelait ainsi, du nom d'un tombeau célèbre détruit en 1707, un couvent situé sur les bords de la Saône, près des portes de Vaise, occupé par les religieuses de SainteElisabeth, qui possédèrent, de 1617 à 1745, un autre monastère dans la rue de la Charité. En 1789, la maison des Deux-Amants était habitée par 77 religieuses.

Le monastère fut édifié en 1675, date consacrée par l'inscription suivante qu'on lit encore dans notre cour d'honneur :

CETTE PREMIERE PIERRE A ESTEE POSEE

DANS LE SECOND MONASTERE DE SAINCTE

ELIZABETH DE LYON CE JOVR D'HVY 7 DV

MOIS DE IVLLIET L'ANNEE 1675 PAR

MONSEIGNEVR CAMILLE DE NEVFVILLE

ARCHEVESQVE ET COMTE DE LYON

PRIMAT DE FRANCE ET COMMANDEVR DES

ORDRE DV ROY ET LIEVTENANT GENERAL

POVR SA MAJESTE AV GOVVERNEMENT

DE LA VILLE DE LYON ET PROVINCES

DE LYONNOIS, FOREST ET B EAVJOLLAIS.


260 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Il comprenait : une vaste construction près du bord de la Saône, un jardin au nord, à l'ouest des bosquets frais et ombragés, puis un vignoble, s'élevant jusqu'à la crête de la colline qui borde la rivière à cet endroit.

FIG. 9. — Disposition générale du couvent des Deux-Amants et du couvent des

Cordeliers de l'Observance, en 1789, d'après un plan déposé

aux archives municipales.

P, porte de Vaise; Pont, pont de Serin ; aba, mur de séparation des deux couvents; C, verger des Cordeliers vendu en 1791 au sieur Tripier; C, C, cour dite de correction : Cl, cloître; Ch, église des Cordeliers ; F, puits ; Po, jardin potager.

Il était immédiatement contigu, du côté du midi, au claustral des Cordeliers de l'Observance, attribué à Charles VIII, dont la surface était supérieure à celle des Deux-Amants et divisée à peu près de la même manière : sur la colline s'étageaient un verger et un vignoble ; au


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE 261

pied s'étalaient le cloître et ses dépendances et, près de la rue, une superbe église dont l'axe était presque parallèle au cours de la Saône.

Ces deux monastères avaient été bâtis sur l'emplacement de l'ancien hôpital des Deux-Amants qui appartenait au chapitre de l'Église de Lyon et celui-ci sur les ruines de constructions gallo-romaines comme en témoignent des vestiges de mosaïques, des poteries et des objets en bronze trouvés dans des fouilles en 1850 et 1866. ■

Si nous citons, en même temps, le couvent des soeurs de Sainte-Elisabeth et celui des Cordeliers, et si nous présentons leur disposition générale sur le plan ci-joint, c'est parce que l'École vétérinaire, établie d'abord dans le premier, 1 finit par absorber les bâtiments du second 1.■■

Le couvent des Deux-Amants, au moment où il fut cédé à l'École vétérinaire, se composait de quatre bâtiments réunis en carré, avec cour centrale (fig. 10), mesurant 50 mètres de coté, environ, bordés au nord par un jardin potager de 1.200 mètres carrés de superficie, surmontés, au couchant, par des bosquets et un bois, sillonnés

1 Le couvent des Cordeliers devenu propriété nationale fut divisé en lots que l'on se proposa de vendre au profit du Trésor. On aliéna d'abord au sieur Tripier, en 1791, un verger situé au sud du couvent des Deux-Amants. En 1802, ce verger fut cédé à l'Ecole vétérinaire en échange des bâtiments et des cours du monastère, l'église exceptée. A l'occasion de la reconstruction du pont de Serin, l'État racheta le claustral des Cordeliers en même temps que la ligne de maisons située en face, sur la rive droite de la Saône. Il était question de construire le pont dans l'axe de la caserne de Serin. Ce projet ayant été abandonné en 1811, l'État laissa à la ville la charge des indemnités qui n'étaient pas encore payées aux propriétaires des maisons expropriées, mais lui céda l'Observance en toute propriété. En 1818, M le maire de Lyon, M. le Comte de Fargues, abandonna au préfet du Rhône, le Comte LezayMarnezia le grand clos des Cordeliers, le jardin potager, l'aile méridionale du bâtiment clauslral et le clocher de l'église dans le but d'y transférer la pépinière départementale, qui existait déjà sur l'autre versant de la colline, en aval de Gorge-de Loup. Cet échange fut approuvé par le roi en 1820 et devint définitif en 1822. ■


262 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

d'allées montueuses, enfin d'une vigne, au sommet de laquelle était construite une maisonnette de repos assez élégante.

FIG. 10. - Plan des bâtiments du couvent des Deux-Amants en 1795.

M M, mur de clôture sur la rue des Deux-Amants; A B, aile orientale; B C, aile septentrionale ; CD, moitié septentrionale de l'aile occidentale (toutes trois à trois ètages) ; Cl, Cl, Cl, cloître; A E, aile méridionale (à un seul étage); E D, sorte de passage couvert formant la moitié sud de l'aile occidentale ; Ch, chapelle; ab, ligne au niveau de laquelle la façade orientale fut démolie à une certaine époque.

L'aile orientale, l'aile nord et la moitié de l'aile occi-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 263

dentale comprenaient un rez-de-chaussée, trois étages et tin cloître intérieur. La seconde moitié de l'aile occidentale ne présentait plus qu'une sorte de corridor qui conduisait à l'aile méridionale comprenant un rez-de-chaussée et un premier étage seulement. Cette aile renfermait l'infirmerie du couvent. La chapelle, le choeur et la sacristie étaient situés à l'angle sud-est ; la cuisine et le réfectoire dans l'aile nord, à partir de l'angle nordouest.

Au midi, le monastère ne possédait qu'une cour insignifiante. Le mur de clôture des Cordeliers s'élevait à une toute petite distance des bâtiments, comme on peut le voir sur le plan (fig. 10).

L'aile nord fut consacrée aux élèves ; la salle de dissection, le cabinet d'anatomie, les forges occupèrent le rezde-chaussée de l'aile méridionale, en allant du nord au sud ; les infirmeries pour les animaux malades furent organisées dans la chapelle, la sacristie et une portion de l'aile sud ; la salle d'opération et la pharmacie dans la portion occidentale de cette aile ; le directeur et le personnel s'installèrent dans les étages supérieurs de l'aile méridionale donnant sur la rue des Deux-Amants, aujourd'hui quai de Pierre-Scize ; enfin, le jardin potager fut transformé en jardin botanique et pharmaceutique.

Il fut impossible déménager au rez-de-chaussée un local assez vaste pour recevoir la provision de fourrages nécessaire aux besoins de l'École. Le directeur entreprit de se faire céder, pour cet usage, l'église des Cordeliers. L'administration départementale du Rhône accéda à cette demande par un arrêté du 13 vendémiaire an V, approuvé par le ministre de l'intérieur à la date du 19 nivôse de la


264 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

même année, avec la réserve que la cession était temporaire et prendrait fin aussitôt que la maison des DeuxAmants aura été agencée pour loger tous les services de l'École.

La jouissance ne fut pas de longue durée, car, vers le. milieu de l'an VII, la chapelle fut prêtée à des salpêtriers pour y établir un atelier, puis louée à un entrepositaire de boissons, par le receveur du domaine national.

La maison n'était pas luxueuse ; elle avait eu beaucoup à souffrir du passage des démolisseurs de Bourgneuf 1 qu'on y, avait logés pendant la durée de leurs travaux ; mais elle avait les apparences de la solidité. On fut cruellement désabusé, à la suite d'une inondation survenue en 1799. « Les murs de la façade orientale, écrit C.-J. Bredin, commencèrent à se fendre et à se lézarder. On fit sonder pour reconnaître l'état des fondations ; on trouva les plateaux de bois, sur lesquels est bâtie cette aile, pourris et réduits en une espèce de pâte molle et mal liée. Le 2 août 1802, un architecte (M. Loyer) ayant été chargé par le préfet et par le maire de reconnaître l'état de ce bâtiment déclara que les voûtes et le mur intérieur étaient menacés d'éboulement. ».

Il fallut en retirer les forges.

Ce fut le signal d'une campagne menée activement et habilement par le directeur L. Bredin pour obtenir la concession d'une bande de terrain, au sud, sur le territoire du couvent des Cordeliers.

Le directeur fit remarquer que l'École étouffait dans l'édifice chancelant qu'on lui avait donné, qu'elle avait

1 Forteresse 1 du rocher de Pierre-Scize.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 265

besoin d'agrandir les écuries destinées à recevoir les animaux malades, qu'elle ne pouvait exercer ses élèves à la forge et à la ferrure, faute d'une salle appropriée à cet usage, qu'elle manquait d'un terrain accessible pour enfouir les cadavres des animaux morts dans les infirmeries ou sacrifiés pour les dissections, que le mur qui la séparait des Cordeliers privait l'aile sud de dégagements et que la proximité de la clôture nuisait à la salubrité du bâtiment. ■ Il importait donc au bien de l'École et à son développement qu'elle puisse reculer ses limites au midi.

Malheureusement, le terrain contigu à l'École (C, fig. 9) n'appartenait plus à l'État ; il avait été vendu le 27 août 1791 à un sieur Tripier. Toutefois, la masse des bâtiments des Cordeliers et le jardin qui l'entourait à l'ouest et au sud étaient encore un bien national. Le préfet, M. Najac, agissant au nom de l'État, proposa aux héritiers Tripier d'échanger le verger qu'ils possédaient contre la masse claustrale, moins l'église et le terrain vague situé au nord et à l'est de cet édifice jusqu'au mur de soutènement du côté du quai de l'Observance. L'échange fut consenti le 13 messidor an X. On rectifia aussitôt les limites. A dater de ce jour, l'École gagnait au sud une bande de terrain (C, fig. 11), de 100 mètres de longueur sur 32 mètres de largeur, disposée à peu près symétriquement au jardin botanique qu'elle possédait au nord, comme on peut le voir dans le plan ci-après (fig. 11). 'On en profita pour construire, au midi de l'École, en bordure sur la rue des Deux-Amants, un bâtiment modeste, divisé en deux parties par une porte cochère, dans lequel on installa les forges (F, fig. 11).


266 LE BBRCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Mais l'état de vétusté de l'aile orientale augmentait de jour en jour, si bien qu'en décembre 1807, on fut obligé d'étayer et que depuis, en 1808 et 1809, il fallut augmenter le nombre des étais. A cette époque, on fit une réfection assez importante qui coûta 29.400 fr. ; elle devait permettre de créer, à la place de la chapelle et de ses dépendances, des écuries pour les animaux atteints de maladies contagieuses.

FIG. 11. — État de l'École vétérinaire après l'échange Tripier (1802).

Les bâtiments de l'École vétérinaire sont couverts de stries rapprochées ; N, aile nord ; Oe, aile occidentale; S, aile sud ; Or, aile orientale; G, cour obtenue par un échange avec les héritiers Tripier; aba, mur de clôture de l'École vétérinaire; F, bâtiment neuf destiné aux forges; R, passage donnant accès à l'église des Cordeliers, E; P, puits; Cl, CC, même signification que dans la figure 9.

Le centre de l'aile orientale continuait à se ruiner. En 1810, MM. Carron, ingénieur en chef, et Flacheron, architecte de la ville, proposèrent au préfet, M. d'Herbouville, de reprendre la bâtisse en sous-oeuvre. Le


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 267

préfet désirait des constructions nouvelles et se fit présenter en 1811 plusieurs projets qu'il étudia avec soin.

L'administration du département passa aux mains de M. de Bondy. Le projet de 1811 fut ajourné jusqu'en 1813 puis examiné de nouveau. Mais les pourparlers durèrent cinq ans. En 1818, rien n'était fait et l'état de la bâtisse était tellement inquiétant que l'ingénieur en chef offrait d'élever un contrefort en maçonnerie pour soutenir le mur intérieur.

La cause de tous ces atermoiements était liée à une question d'argent. L'État s'effrayait de la dépense ; aussi prêta-t-il une oreille attentive à une offre faite par la ville de Toulouse de recevoir l'École vétérinaire dans un local convenable. Il ordonna, en conséquence, la suspension des travaux.

La ville de Lyon et le département du Rhône ne pouvaient assister impassibles au départ de l'institution de Bourgelat. Des protestations s'élevèrent de tous côtés. L'État promit que le transfert à Toulouse serait abandonné si le département du Rhône ou la Ville consentait à supporter une partie des frais de reconstruction.

Le département ayant accepté de contribuer aux frais pour une somme de 30.000 fr., M. de Chabrol, préfet du Rhône, fit entreprendre immédiatement les travaux en modifiant toutefois les plans de 1811 et de 1813.

Au lieu de reconstruire la façade orientale, M. de Chabrol la fit démolir, et fit réédifier l'aile méridionale et la moitié sud de l'aile occidentale (jusqu'au point a, fig. 11), sur le modèle de l'aile nord.

Les chantiers s'ouvrirent le 7 septembre 1818 ; ils

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 19


268 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

n'étaient pas encore fermés le 16 août 1824. On y dépensa 300.000 fr. environ.

Le bâtiment principal de l'École prit alors la forme qu'il possède aujourd'hui (voy. fig. 12). La cour d'honneur fut séparée de la rue, en 1826, par une belle grille en fer, style Louis XV, qui provenait du château de la Balme.

FIG. 12. — État de l'Ecole vétérinaire vers 1823-1826.

A cette date, l'École possède dans son enceinte un bâtiment spécial pour ses infirmeries (fig. 13). Voyez aussi la légende explicative de la figure il.

Pendant cette période de six années, l'École s'est trouvée dépossédée de la moitié au moins de ses locaux. Son fonctionnement eût été absolument entravé, si elle n'avait pu s'étendre provisoirement sur le claustral des Cordeliers.

Déjà, enl'an XII, elle avait repris possession de l'église et, à part certains contretemps survenus en 1814 et 1815, elle en avait joui tranquillement à titre gracieux, ainsi que de la cour qui précédait le monument, au nord.

En 1820, le maire de Lyon prêta à l'École les bâtiments


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 269

qui entourent la cour dite de correction (CC), c'est-à-dire six petits cachots, l'ancienne cuisine des Cordeliers, l'ancien réfectoire, un grand magasin et ses dépendances et six chambres au premier étage. On y installa les élèves, les hôpitaux et la pharmacie.

Il était impossible de croire à une prise de possession complète; au surplus, l'installation était fort défectueuse.

L'École, réduite d'un quart, par suite de la démolition de l'aile orientale, songeait à organiser ailleurs des hôpitaux pour les grands animaux.

J'ai rencontré dans les archives un plan qui démontre que l'on songeait, en 1820, à installer les infirmeries et une salle d'opération dans l'église des Cordeliers. Cette idée fut vite abandonnée et l'on construisit sur le terrain qui provenait de l'échange Tripier, au sud du grand bâtiment, d'après les plans de l'architecte Chenavard, un édifice d'aspect sévère, de forme rectangulaire, massive, renfermant, au centre, une salle de clinique et d'opération, entourée de stalles pour les animaux malades.

FIG. 13. — Bâtiment construit par Chenavard pour le service de la clinique et des infirmeries, façade orientale.


270 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Ce plan était à peine exécuté que les dispositions bienveillantes de M. le maire de Lyon se modifiaient tout à coup et jetaient l'alarme à l'École vétérinaire.

On résolut, à l'instigation de l'abbé Barbier, de convertir le couvent des Cordeliers en Refuge pour les jeunes condamnés et, le 7 juillet 1823, on signifia au directeur de l'École que les locaux dont' il avait l'usage ne lui étaient plus accordés que pour un an.

A cette date, les élèves avaient quitté les bâtiments des Cordeliers, mais la pharmacie et une partie des hôpitaux y étaient encore. M. Bredin, directeur, déploya toutes les ressources d'une diplomatie de bon aloi pour entraver ou retarder l'application de la mesure municipale.

Menacé d'être expulsé de l'église des Cordeliers, qui devenait l'église du Refuge, le directeur tâcha d'y conserver un pied en caressant l'idée émise par M. de Toumon de faire restaurer l'église et de la consacrer aux besoins du Refuge pénitentiaire, de l'École vétérinaire et du public, à des heures différentes, combinaison qui permettrait à l'École d'utiliser la chapelle provisoire située dans le grand bâtiment.

Grâce aux lenteurs administratives, soulevées par M. Bredin, l'École put attendre dans le claustral des Cordeliers l'achèvement des hôpitaux et l'installation de la pharmacie au rez-de-chaussée de l'angle sud-ouest du grand bâtiment.

Comme on l'a vu plus haut, le couvent des Cordeliers possédait des terrains agraires sur la montagne qui dominait ses bâtiments claustraux et des jardins situés au sud, à l'ouest et au nord de ceux-ci.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 271

La ville de Lyon oublia un instant ses droits sur les terrains agraires des Cordeliers.

Abandonnés ou en friches, ces terrains furent naturellement convoités par l'École. En 1810, elle commença à demander au préfet l'autorisation de faucher l'herbe du clos; en 1811, elle obtint la jouissance temporaire des terrains. Le cadeau était d'ailleurs assez maigre, car le produit du clos n'a pas dépassé la somme de 288 francs.

Néanmoins, et après quelques dépenses faites personnellement par M. Bredin pour améliorer l'immeuble, l'École en fut dépossédée par l'arrangement de 1818 et on y installa la pépinière départementale.

Vers 1827, le projet du Refuge pour les jeunes garçons était maintenu. Une chapelle était indispensable à cet établissement. M. de Brosses, préfet, et M. de LacroixLaval, maire, s'entendirent pour que le gouvernement renonçât à tous droits sur l'église des Cordeliers de l'Observance. Mais il parut impossible à ces administrateurs d'expulser l'École vétérinaire d'un immeuble qui lui était fort utile sans lui accorder une compensation. Aussi la ville lui abandonna-t-elle quatre espaces de terrains situés au voisinage des bâtiments claustraux pour établir : 1° une cour à ferrer ; 2° un fenil pour les fourrages ; 3° une cour pour le fumier ; 4° un hangar pour les opérations vétérinaires.

A l'aide de ressources qui furent mises successivement à sa disposition, l'École parvint à réaliser quelques-uns de ses projets. Un bâtiment assez vaste destiné à servir de salle d'opérations (Sa, fig. 14) fut élevé dans la cour de correction des Cordeliers.

On construisit des écuries d'isolement (I, I, fig. 14) au-


272 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

dessus des infirmeries ordinaires (I); enfin, sur une petite terrasse dominant celles-là, on établit le chenil (Ch, fig. 14).

Les divers services de l'École prirent donc la disposition représentée figure 14 et la gardèrent jusqu'en 1843.

La situation était améliorée ; mais elle était loin d'être bonne. Le service important des infirmeries était accumulé sur une petite surface formée de terrasses superposées, adossées à la montagne, humides et froides.

Un jour ou l'autre, il faudrait leur donner plus d'espace, plus d'air et plus de lumière ; il faudrait aussi retirer la salle de dissection du grand bâtiment occupé par les élèves et dont les fenêtres s'ouvraient directement sur la rue.

Ces changements ne seraient possibles qu'à la condition de mettre la main sur toute la partie basse des Cordeliers, car, au nord, on se heurtait à des propriétés particulières dont la valeur était relativement considérable.

En attendant la réalisation de ce projet, poursuivi d'ailleurs depuis longtemps, un nouveau contre-temps vint fondre sur nous. Le Refuge de l'abbé Barbier était abandonné, mais la monarchie de juillet décida de rendre au culte l'église des Cordeliers à titre de chapelle de secours pour la paroisse de Saint-Paul. Il fallut s'incliner devant un ordre supérieur et évacuer l'église ; toutefois, pour ne pas perdre la possession de la cour qui précédait au nord la porte du monument, on objecta qu'il était impossible de maintenir les élèves enfermés dans l'École si les fidèles étaient admis à se rendre à l'église par la porte principale. L'observation fut écoutée et l'architecture construisit un escalier qui permettait d'arriver directement du quai dans l'église, à la hauteur de la troisième chapelle latérale (E, fig. 14).


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 273

La construction des fortifications de Lyon fournit bientôt l'occasion d'un dédommagement sérieux.

Le génie militaire traça un chemin (montée de l'Observance) du quai au plateau de Loyasse. La nouvelle route eut bien l'inconvénient, dé nous enlever la partie supérieure

supérieure l'enclos des Deux-Amants ; mais ses lacets morcelèrent le terrain de la pépinière départementale, à ce point, qu'il fut impossible de la conserver ; la plupart de ses lambeaux furent vendus à des particuliers; d'autres, abandonnés aux propriétaires voisins qui voulaient bien se charger de faire les travaux de soutènement nécessaires. Comme on avait rompu sur quelques points les murailles du clos de l'École, le directeur exigeait que l'on réparât les dommages qui lui avaient été causés. Les demandes qu'il formula à plusieurs reprises amenèrent enfin, en

FIG. 14. — État de l'École de 1829 à 1843.

N, aile nord; S, aile sud ; O, aile occidentale; Cl, cloître ; J B, jardin botanique ; F, forges P, passage ; I, grande infirmerie ; II, petites infirmeries d'isolement; Ch, chenil; Sa, sal d'opérations : A. cour cédée à l'École vétérinaire; E, escalier de la chapelle.


274 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

1840, une transaction par laquelle le conseil municipal cédait gratuitement le jardin inférieur de la pépinière et les bâtiments qui en dépendent, à charge pour l'École de construire le mur d'enceinte qui, partant du quai de l'Observance, suivrait le chemin militaire et viendrait aboutira son ancienne clôture. Notre établissement fit donc l'acquisition des jardins et des bâtiments des Cordeliers, sauf l'église (dont elle possédait le clocher), pour une somme de 15.000 francs environ, et s'enferma dans des limites qui n'ont plus varié (voyez fig. 14 et 15).

Avant cette transaction ardemment souhaitée qui, certainement, pouvait aplanir plus d'un obstacle dans l'avenir, le découragement s'était répandu dans le corps enseignan de l'École. On se demanda sérieusement s'il ne serait pas plus avantageux de déplacer l'École et de l'installer dans des locaux ad hoc que l'on construirait à la Guillotière, par exemple, hors des limites de l'octroi. La question fut présentée au ministre en alléguant : 1° que l'École serait plus rapprochée des communes qui réclament le plus souvent des secours pour les animaux ruminants ; 2° que la barrière de l'octroi ne serait plus un obstacle à l'introduction dans nos infirmeries des animaux soumis aux droits ; 3° que le cours d'éducation pourrait devenir pratique par la création de troupeaux modèles de bêtes bovines, ovines, etc. ; 4° que les dépenses nécessaires à la translation n'excéderaient pas les frais de restauration de l'établissement actuel uni à son prix de vente, si on voulait l'aliéner.

Le 22 novembre 1839, le directeur profita de la visite faite à l'École par le duc d'Orléans pour recommander ce projet à sa bienveillance.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 275

L'École ne fut pas déplacée; mais dès 1840, M. le ministre des travaux publics et M. le ministre du commerce décidèrent de la restaurer sur un plan convenable. En 1842, M. Chabrol, architecte adjoint au conseil des bâtiments civils, a été chargé par M. le Ministre des travaux publics d'étudier le projet de cette restauration.

On commença par démolir les vieilles bâtisses claustrales. M. Chabrol s'aperçut ensuite que pour arriver à une restauration satisfaisante, il fallait démolir les deux premières travées de l'église et obtenir une partie du terrain qu'on avait réservé autour de cette dernière.

Une commission spéciale composée d'architectes et d'artistes reconnut que la suppression de ces deux travées pouvait avoir lieu sans porter atteinte aux parties du monument qui seules méritaient d'être conservées au point de vue de l'art et que cette suppression était même une chose convenable et désirable, afin de sauver le reste. En conséquence, à la date du 12 janvier 1843, le maire de Lyon consentit à la démolition des deux premières travées de l'église et à l'abandon du terrain demandé, aux conditions suivantes : 1° l'état réparera le reste de l'église et construira au couchant une chapelle correspondante à la chapelle Florentine (qui était un morceau architectural très remarquable) ; 2° il établira, au voisinage du quai, une École avec préau pour 200 élèves qui appartiendra en toute propriété à la ville ; 3° les professeurs et les élèves de l'École auront à perpétuité dans la chapelle de l'Observance (qui restera une dépendance de la paroisse de Saint-Paul) et sur des bancs réservés un nombre de places proportionné au personnel de l'établissement.

M. Chabrol se mit à l'oeuvre. Il remania le grand bâti-


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ment, multiplia les escaliers, rendit indépendantes la partie réservée au personnel et la partie réservée au logement des élèves ; il créa de belles galeries pour les musées et la bibliothèque, une salle du conseil, des locaux pour l'administration et un grand amphithéâtre monumental pour les solennités; la grille qui fermait la cour, trop haute et trop lourde, fut l'emplacée par une grille nouvelle. Les anciennes infirmeries disparurent ; l'architecte édifia séparément une salle de clinique, des hôpitaux régulièrement distribués autour d'une cour vaste et aérée (19), un' service complet pour l'anatomie, la médecine opératoire et la forge, des écuries d'isolement pour les animaux atteints de maladies contagieuses. Il recula la montagne pour assainir les bâtiments et régularisa les terrasses superposées qui conduisent à la partie boisée du clos pour faire des promenades et des lieux de récréation (voyez fig. 15 et 17). Ces travaux considérables durèrent dix-sept ans. En 1860, M. Chabrol scella dans la façade méridionale de la cour d'honneur la plaque commémorative suivante :

L'ECOLE IMPERIALE VETERINAIRE

DE LYON A ETE ETABLIE DANS LE SECOND

MONASTERE DE SAINTE ELISABETH

EN L'AN V

LES TRAVAUX D'AGRANDISSEMENT

ET DE RESTAURATION DES ANCIENS

BATIMENTS ONT ETE COMMENCES

EN MDCCCXLIII ET TERMINES

EN MDCCCLX

SUR LES PLANS DE L'ARCHITECTE

CHABROL


FIG. 15. — Plan général de l'École, après les travaux poursuivis par l'architecte Chabrol (1861).

1, cour d'honneur; 13, réfectoire; 14, 14, salles d'étude; 4, salle du conseil; 11,12, service de chimie; 17, cour de clinique; 18, salle de clinique;

19, cour des infirmeries 22, chenil; 25, anatomie, physiologie et médecine opératoire.



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Quelques années plus tard, il publia dans le Journal de l'architecture le plan que nous reproduisons ici (fig. 15) qui permet d'apprécier la transformation considérable que l'École a subie entre ses mains et grâce aux efforts concertés de Rainard et de Lecoq, les directeurs pendant ces dix-sept années.

Malheureusement pour l'art, l'État n'a pu remplir fidèlement les clauses du traité de 1843. La vétusté de l'église des Cordeliers et d'autres causes encore ont rendu sa restauration impossible. L'architecte lui substitua une chapelle en forme de temple grec flanquée au nord et au sud d'un corps de logis affecté à une école de petits garçons et à une école de jeunes filles.

M.Chabrol, en 1860, pouvait regarder son oeuvre comme achevée. Il avait, effectivement, fourni à notre École les locaux nécessaires à un bon fonctionnement. Toutefois, il tint à la parachever (1863-1864), au point de vue de l'art, en réunissant les deux ailes de la cour d'honneur à l'aide d'une terrasse soutenue par un portique qui complètent, du côté oriental, l'ancien cloître des Deux-Amants.

Il avait pensé avec M. Lecoq qu'au milieu de la cour, dans une enceinte digne maintenant de la recevoir, devait se dresser la statue de Cl. Bourgelat (fig. 16). Mais ce ne fut que dix ans plus tard, en 1876, que M. Rodet parvint, grâce au concours de l'administration et à la générosité des sociétés savantes de Lyon et de nombreux vétérinaires, à placer le portrait du maître sous les yeux de ses jeunes disciples 1.

1 La statue élevée à Cl. Bourgelat fut inaugurée dans la cour de l'École vétérinaire le samedi 6 mai 1876, sous la présidence de M. Bouley, membre de l'Institut, inspecteur général des Écoles vétérinaires. M. Rodet qui avait repris le projet de MM. Lecoq et Chabrol était mort depuis quelques mois. On inaugura son buste le même jour.


280 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

A la fin de 1868, M. Sainte-Marie Perrin, architecte à Lyon, succéda à M. Chabrol, décédé.

L'assiette de l'École était établie, presque toutes les surfaces propres à recevoir des bâtiments étaient occupées.

FIG. 16. — Statue de Bourgelat, par Fabisch, érigée dans la cour d'honneur de l'École nationale vétérinaire de Lyon.

Il était difficile de parler de bâtir sans nuire à la symétrie de l'ensemble ou sans encombrer les voies de dégagement. Pourtant une ère nouvelle s'offrait à notre enseignement. Jaloux de suivre le mouvement scien-


FIG. 17. — Vue générale de l'École nationale vétérinaire de Lyon, coté oriental,depuis 1864.



LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 283

tifique, 1 il désirait s'étendre de jour en jour et devenir expérimental. Dans ce but des chaires furent dédoublées ; mais il fallut découvrir des laboratoires pour chacune d'elles.

M. Rodet, puis et surtout M. Chauveau, s'ingénièrent à satisfaire à tous les besoins. Ils trouvèrent en M. Perrin un collaborateur éclairé et habile qui voulut bien les seconder de tous ses efforts.

On rétrécit la cour au fumier pour créer une salle d'autopsie hors du service d'anatomie ; on empiéta sur des magasins pour trouver un laboratoire d'anatomie pathologique. Il n'y avait plus de surface disponible pour construire un laboratoire de physiologie, on prépara néanmoins un local convenable en enlevant une pièce au service d'anatomie et en enveloppant ce dernier d'une ceinture harmonieuse de petites annexes largement éclairées. Si le service d'anatomie perdit quelque chose au rez-de-chaussée, on le lui restitua sous forme de tribunes appendues aux parois de la salle de dissection. De même, on ne savait où. faire reposer les laboratoires pour l'histologie, pour la zootechnie, on tourna la difficulté en élevant d'un étage deux rangées d'écuries d'isolement construites autrefois par M. Chabrol. Par des déplacements bien compris, on parvint à créer dans le grand bâtiment un laboratoire pour les travaux chimiques et pharmaceutiques et pour l'histoire naturelle.

Sur la figure 18, nous avons couvert de stries espacées les bâtiments qui ont été construits en surélevés depuis 1871 dans la partie de l'École plus particulièrement consacrée aux services d'enseignement.

L'installation de l'École vétérinaire de Lyon a donc

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 20


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pris, dans cette dernière période,.un caractère scientifique qui, à un moment donné, était d'autant plus remarqué que les établissements similaires ou analogues n'avaient pas encore subi cette évolution.

FIG. 18. — Plan de la plupart des services d'enseignement sur lesquels sont indiqués les agrandissements réalisés ou projetés depuis 1871.

A, A, salles d'autopsie; I, pharmacie; M, M, magasins; R, grand réservoir d'eau; Z, Z service de zootechnie (ler étage); D, D, K, C, annexes des services de physiologie, d'anatomie et de médecine opératoire; F, annexe du laboratoire de physiologie; F, G, S, histologie (1er étage); O, sanatorium; P, laboratoire d'anatomie pathologique.

C'est encore dans cette période qu'un voeu émis, en 1839, par le corps enseignant reçut presque satisfaction. Un


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 285

traité passé avec un intelligent fermier installé aux portes de Lyon a procuré à l'Ecole vétérinaire un enseignement pratique de zootechnie et d'hygiène générale. La ferme de la Tête-d'Or fut appelée aussi à compléter l'enseignement clinique en ce qui regarde le bétail ordinaire des exploitations rurales.

L'administration des bâtiments civils a constitué les fonds pour les améliorations matérielles. Mais l'administration de l'agriculture n'y est pas restée étrangère: elle a, au contraire, largement accordé son concours, pour l'aménagement intérieur des locaux, réservant, en toute justice, son principal effort pour l'amélioration de l'outillage scientifique. En dehors d'un budget ordinaire toujours croissant, on peut évaluer à 130.000 francs les sommes que le ministère de l'agriculture a consacrées au perfectionnement de l'École vétérinaire de Lyon, depuis la dernière guerre.

Il subsiste néanmoins à Lyon plusieurs desiderata. L'anatomie pathologique ne possède pas une installation suffisante et le service des maladies contagieuses reçoit provisoirement l'hospitalité dans une partie exiguë des laboratoires d'histologie. Le laboratoire de chimie est également trop étroit pour le nombre de nos élèves et celui d'histoire naturelle gagnerait à s'ouvrir sur le jardin

botanique.

Des agrandissements sont projetés en vue de donner aux services que nous venons de signaler un développement ou une place plus convenable. Ils sont désignés sur la figure 18 par des hachures. On peut donc, par l'examen de ce plan, acquérir une notion assez exacte de ce qui reste à faire pour que nous nous déclarions satisfaits.


286 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Nous prévoyons même, depuis plusieurs années, que les terrains horizontaux nous manqueront à bref délai. Aussi promenons-nous souvent un regard envieux sur les deux écoles primaires communales qui accompagnent la chapelle. L'oeuvre des Bredin n'est pas complète ; il reste encore une parcelle du claustral des Cordeliers à conquérir. Nous souhaitons ardemment le jour où la ville de Lyon pourra céder ces deux modestes bâtiments à l'État.


CHAPITRE III

ÉVOLUTION MORALE ET FINANCIÈRE DE L'ÉCOLE VÉTÉRINAIRE DE LYON

§ I. — SUBORDINATION DE L'ÉCOLE A L'ÉTAT A DIFFÉRENTES ÉPOQUES

A. L'Ecole est une institution privée. — A sa création, l'École vétérinaire de Lyon était un établissement privé, organisé avec l'appui de la cassette royale.

Elle recruta la plupart de ses élèves parmi des jeunes gens assez mal préparés à suivre un enseignement tel que Bourgelat l'avait conçu.Quelques-uns, une faible minorité, avaient fait des études préliminaires assez complètes. Les autres différaient autant par l'âge que par l'instruction.

Avec des éléments si différents, on pouvait se demander si le succès couronnerait les efforts du fondateur.

Heureusement, l'École ne tarda pas à montrer qu'elle pouvait servir utilement les intérêts de l'agriculture.

La première occasion fut offerte par une maladie épizootique qui désolait la paroisse de Meyzieu en Dauphiné.


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Bourgelat, à la demande des autorités, envoya sur les lieux une mission composée de sept élèves. Le chef de la mission était Louis Bredin ; il devait s'occuper de la cure des bestiaux avec Morelle et Brachet. Les élèves Gauthier, Detuncq, Rambert et Camerlet les assistaient dans cette tâche.

Bredin était assurément peu expérimenté lorsqu'il fut dirigé sur Meyzieu, attendu qu'il était entré à l'École le 15 mars et qu'il partait en mission le 20 juin.

Mais dans cette circonstance, comme dans les circonstances analogues, Bourgelat dirigeait le traitement et dictait toutes les mesures à prendre, sur les rapports qui qui lui étaient adressés fréquemment par les chefs de mission. Il choisissait,pour jouer ce rôle, les jeunes gens intelligents dont le jugement lui inspirait confiance.

La mission de Meyzieu eut beaucoup de succès, au dire des propriétaires intéressés. Dans le compte rendu que nous avons eu sous les yeux, on annonce « que l'on trouvera dans le Journal de l'École vétérinaire 1, qui paraîtra au mois de janvier 1763, le détail de la maladie, les moyens à employer pour la combattre et ceux dont on doit se servir comme de préservatifs et qu'on a mis en usage sur près de trois cents boeufs ».

De 1762 à 1764, des délégations d'élèves se transportèrent dans plusieurs localités du Lyonnais et du Forez et dans des régions très éloignées de Lyon, telles que la Saintonge,la Champagne et le Béarn.

Il semble que partout où elles furent envoyées, le mal recula et disparut.

1 Nous ignorons si ce journal a été publié.


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B. Elle reçoit le titre d'École royale vétérinaire. — La réputation et l'utilité de la nouvelle École s'affirmaient alors si nettement que le 3 juin 1764, le roi décida que l'établissement de M. Bourgelat prendrait dorénavant le titre d'Ecole royale vétérinaire. L'arrêt est conçu en termes flatteurs, ainsi qu'on peut le voir sur le texte cijoint.

DE PAR LE ROI

Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, qui permet à l'Ecole vétérinaire, établie à Lyon par arrêt du 4 août 1761, de prendre dorénavant le titre d'Ecole royale vétérinaire.

Du trois juin mil sept cent soixante- quatre.

Extrait des registres du Conseil d'Etat.

Sur le compte qui a été rendu au Roi, en son Conseil, de la situation et des progrès de l'Ecole pour la connaissance et le traitement des maladies des bestiaux, que Sa Majesté a permis, par son arrêt du 4 août 1761. d'ouvrir dans un des faubourgs de la ville de Lyon, sous le titre d'École vétérinaire; Sa Majesté a reconnu que la discipline qui est observée dans ladite Ecole, la méthode, la précision et l'efficacité des leçons qu'on y donne, y avoient attiré une grande quantité d'élèves de son royaume, et même des pays étrangers, qui sont venus y puiser des connoissances jusques alors ignorées des cultivateurs : que les élèves de l'Ecole ayant été envoyées dans plusieurs provinces pour y porter des secours dans la maladie épidémique qui commençoit à les ravager, elle a été arrêtée par leurs soins : Sa Majesté a jugé qu'il serait juste de décorer cette Ecole du titre d'École royale vétérinaire, comme une marque de la protection directe et spéciale que Sa Majesté accorde à un établissement dont Elle attend les plus grands services pour le soulagement des campagnes.

A quoi voulant pourvoir : Ouï le rapport; le Roi étant en son Conseil, a ordonné et ordonne, que l'École vétérinaire, établie à Lyon, par arrêt du Conseil du 4 août 1761, prendra dorénavant le


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titre d'Ecole royale vétérinaire, qu'elle pourra faire inscrire sur la principale porte de l'Ecole, et faire imprimer dans tous les ouvrages qu'elle aura occasion de publier, en observant les règlemens à ce sujet; lui permettant de cacheter ses expéditions du cachet des armes de Sa Majesté, entouré de ces mots : Ecole royale vétérinaire; de jouir enfin de tous les égards qui sont dûs aux établissements que Sa Majesté a décorés de cette marque particulière de sa protection.

Fait au Conseil d'Etat du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles, le trois juin mil sept cent soixante-quatre.

Signé : BERTIN. »

« Jean Baillon, chevalier, seigneur de Servon, Courtys, Boiton et autres lieux, conseiller du Roi en ses Conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, intendant de justice, police et finances de la ville et généralité de Lyon.

« Vu l'arrêt du Conseil d'État du Roi ci-dessus, en date du trois juin mil sept cent soixante-quatre.

Nous Intendant, ordonnons que ledit arrêt sera exécuté selon sa forme et teneur, et à cet effet, imprimé, lu, publié et affiché partout où besoin sera, à ce que personne n'en ignore.

Fait à Lyon, le 30 juin 1764.

Signé : BAILLON. Par Monseigneur,

Signé : ROBINET. »

Deux jours plus tôt, c'est-à-dire le 1er juin 1764, Sa Majesté avait nommé Bourgelat, directeur et inspecteur général de l'École royale vétérinaire de Lyon et de toutes les Écoles vétérinaires établies ou à établir dans le royaume.

Voici la teneur de cette nomination :

DE PAR LE ROI « Sa Majesté ayant résolu d'étendre dans quelques villes et pro-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 291

vinces du royaume les instructions gratuites qui sont données dans l'École vétérinaire établie à Lyon, par arrêt du Conseil d'État du 4 août 1761, et sur la connaissance que Sa Majesté a des soins particuliers que le sieur Bourgelat, écuyer en son Académie de Lyon, et correspondant de l'Académie royale des sciences, s'est donné pour l'établissement de ladite École, et pour le maintien de la discipline qui y règne, Sa Majesté a résolu de luy confier la direction et l'inspection de ladite École royale vétérinaire, et de toutes celles qui pourraient être établies dans les autres provinces du royaume. Le Roy a commis et commet le sieur Bourgelat, écuyer en son Académie de Lyon, et correspondant de l'Académie royale des sciences, pour directeur et inspecteur général de l'Ecole royale vétérinaire de Lyon et de toutes les Écoles vétérinaires établies ou à établir dans le royaume, aux appointements qui lui seront ordonnés par Sa Majesté; mande, Sa Majesté, à tous professeurs, démonstrateurs, chirurgiens, pharmaciens, botanistes, élèves, tant nos sujets que les étrangers qui seraient admis dans lesdites Écoles, de reconnaître ledit ,sieur Bourgelat en ladite qualité de directeur et inspecteur général desdites Écoles, sous les ordres du Secrétaire d'État ayant ce département ; leur enjoint de luy obéir en tout ce qui sera dépendant de ladite École, ou relatif à ses fonctions, sans y contrevenir en quelque sorte et manière que ce soit. Mande, Sa Majesté, au sieur Intendant de la ville et généralité de Lyon, et aux sieurs intendants des autres généralités où les Écoles vétérinaires sont ou seront établies, de faire reconnoître ledit sieur Bourgelat en ladite qualité de directeur et inspecteur général de l'École royale vétérinaire de Lyon, et de toutes les Écoles vétérinaires établies ou à établir dans le royaume.

Fait à Versailles, le premier juin mil sept cent soixante-quatre.

Signé : LOUIS. Plus bas : Par le Roy, Signé : BERTIN. »

L'arrêt de nomination de Bourgelat au poste de directeur et inspecteur général indique clairement l'intention du gouvernement de créer de nouvelles Ecoles vétéri-


292 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

naires. Mais on se borna à acheter le château d'Alfort, appartenant au baron de Bormes, pour en fonder une aux portes de Paris.

Bourgelat fut appelé pour présider à cette seconde création. Il quitta Lyon pour aller fixer sa résidence à Paris, rue Sainte-Apolline, le 15 avril 1765, ainsi qu'il résulte d'une lettre écrite à Bertin par l'intendant de la généralité de Lyon et qui commence par ces mots :

DU 8 AVRIL 1765

« M. Bourgelat part d'ici le 15 de ce mois pour aller fixer sa résidence à Paris. Si les diverses connaissances qu'il réunit doivent le faire regretter, son absence se fera particulièrement sentir par rapport à l'École royale vétérinaire qui doit à ses soins son origine et ses succès. »

Effectivement, le départ de Bourgelat pour la capitale, où il allait remplir encore les fonctions de commissaire général des Haras du royaume, fut l'origine d'une période malheureuse pour l'École vétérinaire de Lyon. Des dissensions éclatèrent bientôt parmi son personnel. La direction de l'abbé Rozier manquait de fermeté et peut-être de compétence spéciale.

Cependant, la réputation de l'École n'avait pas périclité et chaque fois qu'une maladie contagieuse éclatait dans une partie du royaume qui fût du ressort de Lyon, on recourait aussitôt à elle. Je citerai, comme exemple, la lettre suivante du duc de Choiseul, ministre de la guerre, par laquelle il prie l'intendant du Lyonnais d'envoyer à


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 293

Marseille et à l'île de Corse deux élèves pour combattre une épizootie très meurtrière.

Fontainebleau, 25 octobre 1768.

On me donne avis, Monsieur, qu'il règne une maladie épidémique sur les boeufs mis en entrepôt à Marseille, pour l'approvisionnement de l'isle de Corse, ce qui occasionne une perte considérable pour le compte du Roy. Cette mortalité est d'autant plus funeste que ces animaux n'ont aucun symptôme de maladie et tombent morts même en mangeant. On a remarqué en général que la ratte de chaque bête était gangrenée et extraordinairement gonflée et que le sang était d'une telle âcreté que plusieurs bouchers, en les ècor chant, ont gagné des pustules très dangereuses. Les boeufs que l'on a fait passer dans l'isle de Corse éprouvent les mêmes accidents.

J'apprends que dans les provinces de Dauphiné et de Lyonnais, une maladie épidémique se fait également sentir sur les animaux, et que les élèves de l'École vétérinaire de Lyon ont traité trois cent soixantedix-huit bêtes dont il n'en est mort que deux. Dans ces circonstances, je vous prie de faire choix de deux de ces élèves que vous jugerez les plus experts et de les adresser à M. de Saint-Marc, l'un des régisseurs des vivres de Marseille, qui en gardera un avec lui pour opérer sur les boeufs qui sont dans cette ville, et qui enverra le second à M. Delisle, autre régisseur qui est en Corse. Vous voudrez bien me marquer les appointements qu'il conviendra de régler par mois à chacun d'eux, et dans le cas où ils auraient besoin de quelques secours pour se rendre à destination, vous pourriez leur faire donner des acomptes, dont je vous feray faire le remboursement sur l'avis que vous m'en donnerez. Vous sentez combien il est intéressant que ces élèves se rendent promptement à Marseille. C'est pourquoi je vous prie de les engager à partir sans délay.

J'ai l'honneur d'être très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Signé : Le duc de CHOISEUL.

Les élèves Repiton, du Dauphiné, et Guyot, de la


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Franche-Comté, partirent le 31 octobre pour remplir la mission indiquée par le duc de Choiseul.

C. L'École doit recevoir une dotation régulière sur le produit des fiacres de Lyon. — A cette date, l'École royale vétérinaire de Lyon fut attachée plus étroitement à l'État. Jusque-là, elle avait vécu des maigres bénéfices qu'elle retirait du traitement des animaux malades, de la vente des médicaments et de la ferrure de quelques chevaux et de la faible annuité accordée par le roi. Son budget était presque absorbé par la rémunération du personnel; de sorte qu'il ne restait presque rien pour faire face aux dépenses de la forge, de la salle de dissection, du cabinet des collections et du jardin botanique. Grâce à l'initiative et à la libéralité de Bourgelat, le roi put accorder une subvention annuelle prélevée sur le produit du privilège des fiacres de la ville de Lyon. La part attribuée à l'École de la Guillotière fut en moyenne de 15.000 francs par an.

Jusqu'en 1785, les fonds étaient directement versés par les fermiers entre les mains du régisseur de l'École qui était en même temps inspecteur des voitures de place ; mais à cette date, les fonds furent versés au trésor et ordonnancés successivement au profit de l'École. Malgré cette première réserve du gouvernement, l'École vétérinaire paraissait devoir jouir tranquillement de sa subvention jusqu'en 1795, époque à laquelle prenait fin le privilège accordé à Bourgelat.

Mais bientôt les fermiers des voitures de place manquèrent à une partie de leurs engagements. Ils demandèrent des réductions sur le prix du fermage ; ils payèrent ■incomplètement et irrégulièrement; de sorte que, à plu-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 295

sieurs reprises, l'École se trouva dans une position critique. Lorsque la subvention restait impayée, il fallait nécessairement proportionner les dépenses aux recettes. Dans une de ces circonstances, nous voyons Bourgelat régler d'office le chiffre des dépenses de l'École à 8.870 livres (1774).

L'École se soutint comme elle put, tant bien que mal, mais toujours assez misérablement jusqu'à la Révolution, où l'attendaient de nouveaux changements et de nouvelles épreuves. La situation était d'autant plus pénible à supporter que l'on traitait l'École d'Alfort avec prodigalité. On avait voulu donner un tel essor inconsidéré à cet établissement qu'en 1787 les dépenses d'Alfort avaient créé un déficit de 374.100 francs. On avisa, on dicta de sévères économies ; néanmoins le budget annuel pour 1788 fut fixé à 44.233 francs, alors qu'à Lyon, on était plongé dans un grand dénûment.

Au commencement de 1789,pliant sous le poids des dettes, le directeur Bredin demanda un secours de 2.000 francs. Mais l'intendant général de Paris, Blondel, sous l'autorité duquel étaient placées les Écoles vétérinaires, depuis 1787, lui fit répondre que les sommes consacrées aux Écoles vétérinaires s'élevaient à 60.000 francs et que l'École d'Alfort absorbait annuellement cette somme ; il l'engageait à demander quelques changements au produit de la ferme des fiacres de Lyon, fin de non-recevoir presque ironique, puisque les fermiers étaient à peu près constamment en faillite.

D. On propose au département de Rhône-et-Loire de prendre l'École à sa charge.—En 1790, le district de Lyon, ému par les plaintes du directeur, se fit rendre compte de la situation de l'École vétérinaire.


296 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE.

Une commission nommée à cet effet, proposa d'entretenir l'École aux frais du département de Rhône-et-Loire et des douze départements voisins, qui députeraient chacun quatre élèves. Bredin fut heureux de cette intervention, bien qu'au fond il pensait que l'École vétérinaire avait plutôt les caractères d'un établissement national que ceux d'une institution départementale.

La commission dressa en vue de cette réforme,un projet de budget qui s'élevait à 30.927 livres. Prévoyant, en outre, que le département de Rhône-et-Loire ne pourrait faire consentir sur le champ les départements voisins à contribuer à cette dépense, elle se préoccupa de l'éventualité où l'École resterait entièrement à la charge du département.

Dans cette perspective, elle réduisait les dépenses au strict nécessaire, c'est-à-dire à la somme de 10.327 livres. Elle demandait, de plus, que tous les districts de Rhôneet-Loire participassent aux frais et que le district de Lyon ne supportât qu'un sixième. En conséquence, ajoutait-elle, la somme de 15.000 livres, que payait le district de Lyon sur la ferme des fiacres qui lui appartient, rentrera, excepté un sixième, dans sa caisse.

E. Les propositions sont repoussées par le Conseil général. — Ces propositions furent soumises au Conseil général du département de Rhône-et-Loire dans sa séance du 15 septembre 1790, par l'organe de M. Fréminville.

Le Conseil estima qu'il était impossible de mettre à la charge des districts du département de Rhône-et-Loire une Ecole qui recevait des élèves de tous les points du royaume et même de l'étranger. Il décida que l'École continuerait à vivre comme par le passé.


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F.' Mais le directoire veut bien s'intéresser à l'École. — Toutefois, il voulut bien s'intéresser à elle et prendre certaines mesures pour prévenir sa dissolution. En 1791 et 1792, il avança au directeur la somme de 11.460 livres pour solder certains arriérés résultant de la suspension des paiements des fiacres de Lyon.

Le directoire reconnut à plusieurs reprises que les difficultés dans lesquelles se débattait l'établissement n'étaient pas imputables à une mauvaise gestion, mais bien aux irrégularités des fermiers des voitures de place. Il insista auprès de l'Assemblée nationale et auprès du pouvoir exécutif pour obtenir qu'un établissement, qui a servi de modèle à celui qui est établi à la porte de Paris et dans plusieurs capitales de l'Europe, fût traité comme un institut de l'État et reçût une subvention régulière sur les fonds du trésor public. L'École avait alors un déficit de 22.139 livres, 4 sols, 6 deniers.

L'Assemblée nationale, par décret du 13 mai 1792, chargea la trésorerie nationale de solder cet arriéré. C'était un commencement de protection effective; cependant l'École de Lyon ne devint réellement une école de l'État dans toute l'acception du mot, qu'après la loi du 29 germinal an III.

G. L'École devient définitivement un établissement national. — En effet, cette loi dispose : « 1° Qu'il y aura dans la République deux Écoles d'économie rurale vétérinaire; l'une à Lyon pour le midi, l'autre à Versailles pour le Nord; 2° que la trésorerie tiendra à la disposition de la Commission d'agriculture la somme de 160.000 livres, pour être employée aux dépenses ordinaires des deux Écoles.


298 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

La même loi décide que l'École du nord sera installée dans la maison des ci-devant gardes, à Versailles ; quant à celle du midi, le Comité d'agriculture fera incessamment un rapport relativement au local à donner à l'École de Lyon.

Le système financier de notre établissement se trouva brusquement transformé. L'École perdit le privilège des fiacres, qui était loin de lui donner satisfaction ; elle reçut, en échange, la protection légale et l'appui effectif du gouvernement de la nation.

Néanmoins, l'ère des difficultés n'est pas encore fermée pour elle. Outre les dépenses courantes, elle devra bientôt faire face aux frais de sa translation et de son installation dans le claustral des Deux-Amants, et les fonds votés par la loi, ordonnancés par le Ministre de l'intérieur ne seront versés que très irrégulièrement entre les mains de son directeur. On en trouvera la preuve dans la lettre suivante que nous choisissons parmi plusieurs autres absolument semblables.

BUREAU DES FONDS

TRÉSORERIE NATIONALE

Paris, 24 pluviose an V.

Le Ministre de l'intérieur a informé celui des finances, le 13 du mois dernier, que l'Ecole vétérinaire de Lyon touche à sa dissolution, si on ne se hâte de venir promptement à son secours; les commissaires de la Trésorerie vous invitent, en conséquence, en vous conformant cependant à la loi du 23 vendémiaire, à prendre les mesures que vous permettra la situation de votre caisse, pour acquitter les sommes ordonnées pour les dépenses de cet établissement, dont les autorisations vous ont été adressées le 19 vendé-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 299

miaire, 9,13 et 16 de ce mois, en vous conformant cependant à loi du 23 vendémiaire.

Du Contrôle des dépenses,

Le chef du bureau des fonds, Signé : DAUCHY.

Pour copie conforme,

Le payeur général du département du Rhône, Signé : GARNIER.

Le 4 ventôse, an V.

Il en est envoyé copie au Ministre de l'intérieur, le 6 ventôse, an V.

Les difficultés étaient encore accrues par le fait de la disette qui persista plusieurs années. Le directeur avait pris vis-à-vis des départements l'engagement d'entretenir les élèves pendant leur séjour à l'École, moyennant une pension minime qui, par suite de la cherté des vivres, devint absolument insuffisante. Les réclamations de Bredin étaient écoutées avec bienveillance et sympathie par les directoires des départements ; mais les suppléments de pension qu'on lui concédait étaient toujours inférieurs à ses demandes.

Nous avons trouvé dans les archives de l'École une série de pièces écrites par Bredin, de l'an V à l'an IX, qui nous édifie sur la situation précaire de l'École pendant cette période.

Bredin a écrit sur l'enveloppe de ces lettres les mots suivants : « Pièces qui justifient assez l'embarras où j'ai dû être pour la tenue de l'École depuis l'an V. » Et, en effet, la lecture de ces lettres est navrante. Plusieurs fois déjà on a rendu hommage au dévoûment de Louis Bredin qui réussit à sauver l'École de Lyon des

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 21


300 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

situations les plus fâcheuses. Tout ce que l'on a écrit reste au-dessous de la vérité. Il faut lire le dossier que nous indiquons pour accorder à ce vénéré maître toute la reconnaissance qu'il s'est acquise. Afin de mettre nos lecteurs en mesure de vérifier partiellement notre assertion, nous reproduisons une lettre du 3 floréal an VIII que Bredin écrivait à l'administrateur du département du Rhône.

ÉCOLE VÉTÉRINAIRE DE LYON

DEMANDE DE LA SOLDE ORDONNANCÉE DE VENDÉMIAIRE DERNIER

LIBERTÉ — ÉGALITÉ

Lyon, le 3 floréal de l'an huit

Le Directeur de l'Ecole d'économie rurale vétérinaire de Lyon, au Préfet du département du Rhône :

Citoyen Préfet,

Serait-ce en vain que le Ministre et vous avez voulu venir au secours des créanciers privilégiés de cette Ecole (les fournisseurs des subsistances de ses élèves) ?

Les fonctionnaires et employés auraient-ils aussi en vain espéré la solde d'un mois pour un arriéré de près de 15 ?

C'est ce que semblerait annoncer le dénuement dans lequel le payeur général me dit être sa caisse, lorsque je lui présentai votre ordonnance de quatre mille dix-sept francs quatre centimes.

Cette ordonnance, votre invitation verbale au payeur, et celle que vous avez bien voulu lui faire faire par lettre, n'ont produit d'autre effet sur le payeur que d'en obtenir trois cents francs.

Cependant, citoyen Préfet, le boucher et la boulangère pressent infiniment ; celle-ci vient de renouveler les menaces de cessation de


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 301

sa fourniture, elle se propose même de vous demander qu'il lui soit payé une somme propre à la mettre dans le cas de faire quelque payement.

Cependant aussi, les fonctionnaires et employés ne peuvent soutenir l'état de détresse et de besoin dans lesquels les a réduit l'arriéré énorme de la solde de leurs traitemens ; ils sont aujourd'hui chargés de dettes et manquent de tout.

Chaque jour, l'état fâcheux de l'institution elle-même empire, aussi se voit-elle chaque jour ménacée de sa dissolution, sans que jusqu'ici le zèle des instituteurs et celui des élèves se soit ralenti; opposez, citoyen Préfet, à cette dissolution les moyens que votre sagesse vous suggérera, faites au moins, en ce moment, que l'intention du Ministre et la vôtre soient remplies en pressant le payeur d'acquitter votre ordonnance; je l'attends de votre justice et de l'intérêt que ne peut manquer d'exciter en vous un tel état de besoin.

Salut et confiance,

Signé : BREDIN.

Une telle lettre se passe de commentaires. On se fait une idée de toutes les tristesses, de tous les découragements et de toutes les appréhensions qu'elle laisse comprendre.

La situation s'améliora peu à peu ; mais elle laissa néanmoins beaucoup à désirer pendant toute la durée des complications extérieures qui grevèrent lourdement les finances du pays.

Depuis le 29 germinal an III, l'École ne cessa plus d'appartenir à l'État ; toutefois elle fut rattachée tantôt à une administration, tantôt à une autre. Durant la période révolutionnaire, elle dépendait du comité de l'agriculture et des arts. Le décret de 1813 la mit dans les attributions du Ministre de l'intérieur où elle resta jusqu'en 1828. Elle fut rattachée au ministère du commerce et des manu-


302 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

factures de 1828 à 1829 ; revint au ministère de l'intérieur de 1829 à 1831 ; enfin fut agrégée au ministère du commerce et des travaux publics ou de l'agriculture et du commerce, de 1831 à 1881, et au ministère de l'agriculture, depuis cette dernière époque.

§ II.— RECRUTEMENT

1° Conditions d'admission. —Malgré le caractère privé de l'institution, la nouveauté du programme et la réputation de Bourgelat attirèrent rapidement les élèves. Ils vinrent d'abord de Lyon et des environs, puis des divers points de la France et ensuite de l'étranger. Plusieurs Etats de l'Europe eurent le désir de faire bénéficier leurs nationaux du nouvel enseignement et envoyèrent des élèves bien préparés ou pleins de zèle qui, plus tard, organisèrent dans leur pays des Écoles à l'instar de celle de Bourgelat. Presque tous les fondateurs des Écoles étrangères sont des élèves de l'École vétérinaire de Lyon. Qu'il nous suffise de citer Abildgard, Scotty, Hartmann, Viborg, Morcroft.

A la fin de la première année, on possédait 38 élèves ; il en entra 52 en 1763, 36 en 1764, 35 en 1765.

Aucune date n'était fixée pour l'arrivée des élèves.

Nous croyons devoir transcrire ici, comme un souvenir historique, les noms des jeunes gens qui entrèrent à l'École en 1762, l'année de sa fondation, dans l'ordre où ils sont couchés sur le registre d'inscription.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 303

TABLEAU DES ÉLÈVES ENTRÉS A L'ÉCOLE VÉTÉRINAIRE

EN 1762

NOMS ET PRÉNOMS AGE ADRESSES

GAILLARD, LAURENT. .... 23 ans. De Bourg en Bresse.

BLOUZARD, PHILIBERT. ... 31 — Feuillans en Bresse.

VIERVIL FRANÇOIS 14 — Lyon en Lyonnais.

GUILLET, ANTOINE 15 — Belley en Bugey.

BRACHET, FRANCOIS 18 — Chaugne en Bugey.

COSME, THOMAS 25 — Lyon en Lyonnais.

BREDIN, Louis 23 — Auxonne en Bourgogne.

MORELLE, JEAN-BAPTISTE. . . 18 — Châlon-sur-Saône en Bourgogne

GAUTIER, ANDRÉ. ...... 17 _ Lyon en Lyonnais.

DESARMIEND, HUBERT. . . . 11 — Lyon en Lyonnais.

PETITE, DENIS 18 — Brange en Bourgogne.

ROUSSET, JEAN-BAPTISTE. . . 14 — Pont d'Ain en Bresse.

CAMERLET, NICOLAS. . . . .22 — . Nancy en Lorraine.

DOLLET, JEAN-BAPTISTE. ... 19 — Villers Bretonneux en Picardie.

RAMBERT, MACAIRE 21 — St-Martin du Frêne en Bugey.

COCHET, JEAN-BAPTISTE. ... 11 — Lyon en Lyonnais.

SAUNIER, BENOIT 24 — Villorbanes en Dauphiné.

VEILLARD, JEAN. ...... 12 — Lyon en Lyonnais.

DÉCHAUX, JEAN. . ..... 11 — Lyon en Lyonnais.

ROMAIN, ANDRÉ 14 — Lyon en Lyonnais.

DANGUIN, JOSEPH 14 _ Lyon en Lyonnais.

PRESLIER, ETIENNE 24 Du Monteil-aux-Moines en Bourb.

PUZENAS, GILBERT 20 — Pierrefitte en Bourbonnais.

DÉTUNCQ, JEAN-FRANÇOIS. ... 22 — Comptevive en Picardie.

SAUNIER, ANTOINE 25 — Villorbanes en Dauphiné.

DÉCHAUX, JOSEPH 11 — Lyon en Lyonnais.

BEAUVAI S, FRANÇOIS ELOY. . . 18 — Mirecourt-l'Abbé en Picardie.

MOUSSETTE, JEAN 22 — Montdidier en Picardie.

DÉSAVENIÈRE, CLAUDE. ... 17 — Lyon en Lyonnais.

CHARLES, DOMINIQUE 26 — Verdun en Lorraine

PECQUET, ADRIEN 26 — St-Sauveur en Picardie.

BOULANGER, JEAN 18 — Courcy en Picardie.

DIDENET, JACQUES 19 — Boulogne en Picardle.

MIRAT, JEAN. 22 — Nave en Limousin.

GAY, JEAN 28 — St-Auban d'Auve en Dauphiné.

BARJOLIN, PIERRE 22 — Larochefoucaud en Angoumois.

DUPIN, JEAN 19 — Angoulême.

BETHOUX, JEAN 24 — Lamure en Dauphiné.


304 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

On sera frappé, sans doute, en parcourant cette liste, de la différence d'âge énorme qui existe entre certains élèves : à côté d'adultes, on rencontre de véritables enfants.

Aucune règle ne présidait au choix des élèves ; les uns avaient une instruction tout à fait rudimentaire, les autres possédaient une instruction secondaire plus ou moins complète. On avait une certaine préférence pour les fils de maréchaux qui arrivaient munis d'une certaine habileté manuelle dans l'art de la ferrure; mais beaucoup d'élèves ignoraient cet art absolument.

En dépouillant nos documents, j'ai constaté que des jeunes gens recommandés par les autorités de leur pays avaient été renvoyés, au bout de quelque temps, parce que leur préparation tout à fait insuffisante les rendait incapables d'entendre avec fruit les leçons des professeurs.

Les membres du corps enseignant déplorèrent de bonne heure l'insuffisance de l'instruction première des élèves, insuffisance qui rendait leur tâche difficile et ingrate.

Le règlement qui fait suite à la loi du 29 germinal an III remédia, dans une faible mesure, à ce fâcheux état de choses. Il exigeait qu'aucun élève ne fût admis à moins qu'il ne sût lire et écrire, et qu'il ne fût au-dessous de seize ans et au-dessus de trente.

Le décret impérial de 1813 modifia la limite d'âge ; de plus, les candidats devaient remplir certaines conditions intellectuelles et physiques pour être admis dans nos établissements.

En effet, l'article 23 est ainsi conçu : « Nul ne peut être admis dans nos Écoles impériales vétérinaires, s'il n'est âgé de seize à vingt-cinq ans ; s'il ne sait bien lire et écrire ; s'il ne possède les éléments de la grammaire


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 305

française; s'il n'a les dispositions physiques et morales nécessaires pour faire des progrès dans l'art auquel il se destine ; enfin, s'il ne justifie d'un apprentissage relatif à la ferrure du cheval. »

Le décret de 1813, en fixant à seize ans l'âge minimum pour être admis aux Écoles vétérinaires, a fait disparaître ce qu'il y avait de choquant à trouver côte à côte des jeunes garçons de dix à onze ans et des hommes de trentedeux ans ; il a simplifié dans une large mesure la tâche des professeurs qui ne pouvaient pas, sans inconvénients, tenir le même langage à des élèves aussi disparates par la maturité du corps et de l'esprit.

L'ordonnance du 1er septembre 1825 imposa aux candidats les mêmes conditions d'âge et d'aptitudes physiques et manuelles; quanta l'instruction, elle exigea que les aspirants connussent l'orthographe.

Les candidats sont donc astreints à subir un examen d'admission à une époque fixe de l'année qui fut tantôt au commencement d'octobre, tantôt au commencement de novembre.

Bientôt, le nombre des candidats surpassant celui des places disponibles dans chaque École, l'examen se transforma en concours. Les Ministres de l'agriculture exigèrent peu à peu des connaissances de plus en plus étendues sur la langue française, l'arithmétique, la géométrie, la géographie et l'histoire. Autrement dit, le programme de ces connaissances suivit les progrès graduels de l'instruction générale. Aussi, pour bien indiquer le caractère essentiellement évolutif du programme des examens, le décret organique du 11 avril 1866 dit, à l'article 9, que celui-ci sera arrêté par le Ministre et publié chaque


306 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

année par la voie du Moniteur, trois mois au moins avant l'époque du concours.

Dans cette période, comme au début, l'instruction première des élèves est très différente : pour la plupart des aspirants, elle ne dépasse guère les limites du programme officiel, pour d'autres, elle embrasse toutes les connaissances qui constituent l'enseignement secondaire classique.

On s'efforça d'encourager les études littéraires et la connaissance des langues vivantes, surtout à partir de 1870. Dans cette intention on accorda des avantages sérieux aux candidats qui possédaient un diplôme de bachelier ou le certificat de grammaire, ou qui justifiaient de connaissances sur l'anglais ou l'allemand.

Le décret du 21 octobre 1881, consacra la même mobilité du programme, puisqu'il prescrivit qu'il serait arrêté et publié chaque année au Journal officiel avant le 1er avril. Il arrêta, en outre, que les candidats pourvus de titres universitaires ou de diplômes d'Écoles du gouvernement impliquant la possession de connaissances supérieures à celles du programme seraient reçus sans examen ; tels sont les bacheliers,les élèves diplômés des Écoles nationales d'agriculture et de l'Institut agronomique.

Quant au programme, il s'est enrichi d'un questionnaire sur l'algèbre, la physique et la chimie, la botanique, la zoologie et la géologie. L'examen sur les langues vivantes est ad libitum.

Ainsi modifié, le programme de l'examen d'admission aux Écoles vétérinaires se rapprocha beaucoup de celui du baccalauréat de l'enseignement secondaire spécial.

En face des progrès de l'instruction, du nombre toujours croissant des candidats, le Conseil de perfectionnement des


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 307

Ecoles vétérinaires, réuni en 1887, a émis le voeu que l'on exigeât des jeunes gens, qui désiraient participer aux concours pour l'admission, la possession de l'un des trois diplômés de bachelier. L'administration décida que l'on donnerait, satisfaction à ce voeu à partir de l'année 1890.

A la création de l'École vétérinaire, tous ou presque tous les élèves étaient entretenus aux frais de leur province, ou de leur pays s'il s'agissait d'étrangers. Quand il y eut deux Écoles, les provinces choisissaient celui de ces établissements dans lequel elles voulaient faire instruire leurs élèves.

L'entretien des élèves fut supporté par le district après la division de la France en départements.

La loi du 29 germinal an III autorisait tous les districts de la République à envoyer un élève dans celle des deux Écoles qui sera le plus à proximité; l'entretien de ces élèves était payé par la Trésorerie nationale.

Chaque École devait recevoir, en outre, vingt élèves entretenus par la Commission du mouvement des armées pour le service de la cavalerie.

Ladite loi reconnaissait l'existence d'élèves civils supportant les frais de leur instruction.

Le décret de 1813 assigna une circonscription territoriale à chaque École. Les départements formant l'arrondissement de l'École de Lyon jouissaient chacun de quatre à cinq places aux frais du gouvernement.

Le décret ne changea rien au régime des élèves à leurs frais et à celui des élèves militaires.

Les prescriptions de 1813 réglèrent pour une période de 12 ans le régime du recrutement dans les Écoles vétérinaires.


308 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

L'ordonnance de 1825 conserva les trois catégories d'élèves. Elle fixa à 120 le nombre des places gratuites dans les trois Écoles, divisibles en demi-bourses; 34 demibourses étaient à la disposition du Ministre de l'intérieur; les autres étaient réparties, à raison d'une par département. Ladite ordonnance envoya tous les boursiers militaires à l'École d'Alfort.

Ces dispositions furent modifiées par le décret de 1881. Les circonscriptions territoriales disparurent. Toutes les bourses au nombre de 140 furent mises à la disposition du Ministre de l'agriculture et du commerce, avec la faculté d'en diviser 70 en demi-bourses.

Jusqu'au décret de 1881, les dégrèvements étaient une récompense accordée au travail et à la bonne conduite, en tenant compte dans une certaine mesure de l'état de fortune des parents de l'élève. Depuis 1881, les bourses ou demi-bourses sont accordées, d'après l'ordre de classement, même à la suite de l'examen d'admission, aux élèves qui ont préalablement justifié de l'insuffisance de leurs ressources ou de celles de leurs familles.

Les bourses du ministère de la guerre, supprimées à Lyon en 1825 et conservées à l'École d'Alfort seulement, nous furent rendues par l'administration militaire, le 16 octobre 1876; on en attribua 15 à l'École de Lyon.

Enfin on décida en 1888, que l'externat, qui jusque-là avait été une exception dans les Écoles vétérinaires, deviendrait facultatif. On créa également une catégorie d'élèves demi-pensionnaires. Ceux-ci, une fois rentrés dans l'École le matin ne la quittent plus que le soir, après le dernier exercice d'enseignement.

2° Nombre des élèves, — Dans le courant de l'année 1765,


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 309

l'École de Lyon possédait environ 150 élèves. Le départ de Bourgelat et le lustre qu'il attacha à l'École d'Alfort firent diminuer rapidement le nombre des élèves à Lyon. On n'en comptait plus que 27, en 1790, savoir : 21 nationaux et 6 étrangers (5 Suisses et un Anglais).

La loi de germinal an III, la réorganisation de l'École dans un local meilleur eurent pour conséquence d'accroître la clientèle de Lyon. Néanmoins, elle resta toujours un peu restreinte jusqu'au décret de 1813 qui établit la répartition des départements entre les Écoles. Malheureusement, la situation topographique de Lyon, au milieu d'une région montagneuse relativement peu aisée, maintint constamment l'effectif de l'École vétérinaire dans un certain état d'infériorité. Il oscilla autour de 150 jusqu'en 1860. Depuis, il s'éleva constamment, surtout à dater de la suppression des circonscriptions.

Voici, du reste, le tableau de l'effectif à partir de 1875 :

1875. . . . 154

1876. ... 166

1877. ... 159

1878. ... 160

1879. ... 170

1880. ... 175

1881. . . . 179

1882. ... 163 dont 5 externes

1883. ... 185 — 5 —

1884. . . . 175 — 8 —

1885. ... 180 — 6 —

1886. ... 179 — 7 —

1887. ... 168 — 5 —

1888. . . . 184 — 17 externes ou demi-pensionnaires.

1889. ... 200 — 88 — —


310 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

§ III. — DÉVELOPPEMENT DE L'ENSEIGNEMENT. — EXAMENS,ET TITRES DE CAPACITÉ

1° Enseignement. — Dans les premières années qui suivirent l'ouverture de l'École de Lyon, le rôle du démonstrateur consistait à faire copier et à faire apprendre aux élèves des cahiers sur l'anatomie, l'extérieur, la matière médicale et la pathologie.

Les cahiers avaient été préparés par Bourgelat ou sur ses indications. Leur contenu n'avait pas encore été livré à l'impression, de sorte que la perte de ces manuscrits pouvait entraver gravement la marche de l'enseignement.

L'École fut menacée de cet accident en 1766. Le démonstrateur Pons, ayant donné lieu à des plaintes, se trouva sur le point d'être révoqué. Il suspendit son service, et refusa momentanément de restituer les cahiers des leçons. L'abbé Rozier s'en émut vivement. Il provoqua une perquisition dans les locaux de l'École vétérinaire; celle-ci fut dirigée par l'intendant de Lyon en personne. Nous publions le procès-verbal dressé à la suite de la saisie, car il nous renseigne tout à la fois sur la nature et l'étendue de l'enseignement et sur l'importance attachée aux cahiers manuscrits.

PROCÈS-VERBAL DU 22 AVRIL 1766

Relatif à la saisie de cahiers des leçons retenus par le démonstrateur Pons, Renvoyé le 13 Avril 1766

Aujourd'hui vingt-deux avril mil sept cent soixante-six à sept heures du matin, nous Messire Jean Baillon chevalier, seigneur du Servon, Courtys, Boiton et autres lieux, conseiller du Roy en ses


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 311

conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, intendant de justice, police et finances, de la ville et généralité de Lyon, en exécution des ordres du Roi, à moi adressés par M. Bertin, ministre secrétaire d'Etat, le 16 de ce mois, nous sommes transporté à l'École royale vétérinaire située à la Guillotière, faubourg de cette ville, avec MM. l'abbé Rozier et Baroilhet, directeurs actuels, et M. Fargeaud, ancien directeur de ladite Ecole, où étant, nous avons trouvé le sieur Pierre Pons auquel avons demandé de la part du Roi l'ouverture des chambres et cabinets qu'il occupe dans l'hôtel de ladite Ecole vétérinaire de cette ville à l'effet d'y faire la recherche et perquisition de tous les papiers concernant ladite École et les leçons qui y ont été données et généralement tout ce qui peut y être relatif à ladite École et à ce qu'on doit y enseigner, attendu que tous lesdits papiers ou circulaires ne lui ont été confiés que pour y puiser la matière de ses leçons aux élèves et de pouvoir les instruire. Le sieur Pierre Pons ayant levé la main et promis à Dieu de dire vérité, nous a fait ouverture du cabinet attenant à la salle de démonstration et il a pris sur les tablettes du cabinet et nous a remis :

Quatorze cahiers du cours d'opération.

Vingt-deux cahiers de l'explication de la matière médicale.

Six cahiers de l'extérieur du cheval.

Cinq cahiers des observations générales sur le cheval et les

bêtes à laine. Un cahier d'observations sur les glandes. Neuf cahiers de la matière médicale des plantes de M. de Jussieu. Quarante-un cahiers, des anciennes démonstrations du jardin. Cinq cahiers sur les bandages et appareils. Six cahiers sur la physiologie.

Vingt cahiers de thérapeutique, physiologie, pathologie. Six cahiers de différences de myologie. Sept cahiers sur l'extérieur du cheval donnés par M. Delavaure. Six cahiers de l'ancienne matière médicale des plantes. Quatre cahiers de myologie.

Un cahier d'extraits d'encyclopédie, manège et maréchalerie. Dix cahiers sur différentes observations par le sieur Pons.


312 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Un cahier, discours préliminaire d'anatomie.

Un cahier abrégé d'angéiologie.

Deux cahiers de splanchnologie,

Trois cahiers de différentes questions pour les concours.

Trois cahiers, abrégé de l'accouchement. Étant tous ensemble descendus avec ledit Pons dans l'avantsalle de dissection, il nous a fait ouverture d'une armoire dans laquelle il s'est trouvé :

Quatre cahiers d'ostéologie.

Trente-deux cahiers de splanchnologie qui, avec les deux cidessus, forment le complément de l'ouvrage.

Un cahier de discours préliminaire sur la splanchnologie.

Un cahier de myologie qui, avec ceux trouvés ci-dessus, forme le complet de l'ouvrage. M. l'abbé Rozier nous ayant déclaré en présence de MM. Péan et. Barjollin que tous les papiers ci-dessus mentionnés sont généralement ceux relatifs à l'instruction des élèves de l'École, nous nous en sommes saisis et les avons remis entre les mains de M. l'abbé Rozier au moyen de quoi le sieur Pons en demeure valablement déchargé.

L'enseignement était partagé en sept cours, savoir :

1° Cours d'anatomie (ostéologie, myologie, splanchnologie, préparations anatomiques, anatomie comparée).

2° Cours de botanique et pharmacie.

3° Cours de matière médicale interne et externe.

4° Cours de l'extérieur des animaux. Choix des animaux.

5° Cours de forge (forge d'étude et de pratique, ferrure).

6° Cours de maladies (maladies internes, maladies épizootiques, maladies externes).

1° Cours de bandages et opérations.

Les élèves mettaient à suivre ces cours un temps plus ou moins long. La durée de l'enseignement était propor-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 313

tionnée aux dispositions des sujets, au désir qu'ils avaient de s'instruire et à la volonté de ceux qui payaient leur pension. Les registres matricules attestent que tel élève est resté quatre ans, tel autre, six ans auprès de l'École. Mais pour parcourir fructueusement le cercle complet de l'enseignement, Bourgelat avait fixé un temps minimum de quatre années. Nous avons trouvé dans nos archives de vieux états signés par Bourgelat indiquant le chiffre des dépenses imposées à un élève de l'École royale vétérinaire pour quatre années d'études. Ces dépenses comprennent le prix de la pension, de l'uniforme, des livres et des instruments. Elles s'élevaient, pour la première année, à 439 livres, pour la deuxième année à 374 livres, pour la troisième à 475 livres 10, pour la quatrième année à 446 livres 10 ; au total, à 1733 livres.

Voici la liste des livres et instruments que les élèves devaient avoir pour suivre l'enseignement avant 1778.

Première année. Anatomie complète. Extérieur des animaux. Dictionnaire d'anatomie. Étui de scalpels.

Deuxième année. Matière médicale. Éléments de botanique.

Troisième année.

Éléments de pharmacie. Cours de bandages. Traité de la ferrure. Opérations. Maladies.

Deux feuilles de sauge.

Deux renettes.

Deux paires de ciseaux, l'une

droite et l'autre courbe. Une paire de ciseaux courbés

sur plat. Deux lancettes. Une boîte à aiguilles. Une canule pour la bronchotomie.

bronchotomie. sonde de poitrine. Un porte-pierre. Deux paires de flammes, l'une

pour les petits, l'autre pour

les grands animaux.


314 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Instruments à ferrer. Instrument à pansement.

Quatrième année.

Deux bistouris, l'un droit et l'autre courbe.

Une aiguille à séton.

Une aiguille emmanchée.

Un trois-quarts pour la ponction

de la vessie. Une trousse pour contenir les

instruments.

L'enseignement de l'anatomie et les travaux de dissection furent soignés de très bonne heure à l'École vétérinaire de Lyon. Ainsi, vingt ans après la fondation de l'École, la salle de démonstrations pouvait être désignée sous le nom de Cabinet du roi, en raison des nombreuses pièces d'anatomie comparée qu'elle renfermait. Nous avons consulté un inventaire des objets appartenant à l'Ecole, dressé en 1782, sur lequel sont indiquées des pièces dont la préparation exigeait une grande habileté manuelle.

Nous citerons, par exemple, des préparations myologiques et angéiologiques de la tête du cheval, l'injection du placenta de la femme et des femelles domestiques, l'anatomie complète de l'homme, la myologie du cheval, du mouton, du veau, du chien ; une immense préparation comprenant un homme dont la myologie était disséquée, monté sur un cheval dont les muscles superficiels étaient également isolés, etc., etc.

Le jardin botanique, fort bien soigné par l'abbé Rozier, était une des curiosités que la ville de Lyon pouvait offrir aux étrangers.

Nous avons vu précédemment que l'enseignement était divisé en sept cours. Or, le corps enseignant comprenant seulement le directeur et un démonstrateur, chaque membre se trouvait dans la nécessité d'éparpiller ses forces pour remplir ses fonctions sérieusement. On pouvait


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 315

donc souhaiter qu'il fût bientôt permis à nos premiers maîtres de concentrer leurs efforts sur un point plus restreint des choses vétérinaires.

La commission nommée par le district de Lyon, en 1790, pour examiner la situation de l'École, partageait cet avis; car, dans le rapport qu'elle rédigea sur sa mission, elle proposa de diviser l'enseignement de la manière suivante et de confier chaque division à un professeur spécial: 1°clinique ou traitement des animaux domestiques ; 2° anatomie et maladies du cheval ; 3° anatomie et maladies du boeuf et de la brebis ; 4° ferrure et maladies du pied du cheval et du boeuf, opérations.

Cette division avait l'inconvénient de transformer quelques professeurs en encyclopédistes, d'enlever à l'enseignement la tournure philosophique qu'il doit revêtir, et d'exposer à des redites inutiles sinon préjudiciables à l'élève. Lorsqu'on a entendu exposer avec détails l'anatomie du cheval, on n'a pas besoin d'entendre décrire avec la même prolixité l'organisation du boeuf et de la brebis; de simples rapprochements suffisent pour donner à l'étudiant les connaissances qui lui sont nécessaires. On peut en dire autant des maladies ; une comparaison a même l'avantage d'éveiller dans l'esprit des idées synthétiques profitables aux progrès de la science.

Le législateur de l'an III comprit les avantages de cette forme de l'enseignement pour l'anatomie, car il donna à une seule personne le soin de professer l' anatomie de tous les animaux servant à l'agriculture. Le point de vue agricole hanta son esprit ; il rapprocha l'hygiène et l'élevage des animaux domestiques du traitement de leurs maladies, et il confia à trois professeurs distincts : 1° l'èdu6e

l'èdu6e T. 1er. — 1888 22


316 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

cation et les maladies du cheval, du mulet et de l'âne ; 2° l'éducation et les maladies des bêtes à cornes; 3° l'éducation et les maladies des bêtes à laine. Il créa, en outre, une chaire pour l'enseignement de la pharmacie, de la matière médicale et de la botanique, et une dernière pour la forge, la ferrure et les opérations du pied.

Cette conception de l'enseignement, plus large et plus philosophique que la précédente, possède néanmoins plusieurs de ses défauts, notamment celui d'obliger l'élève à entendre répéter, à l'occasion des maladies des divers animaux, des considérations générales ou des caractères communs qu'il suffit d'écouter une fois ; en outre, elle sépare sans profit les opérations du pied des autres opérations chirurgicales, comme si la chirurgie changeait de nature suivant les régions où elle trouve l'occasion d'être appliquée.

On peut s'étonner que les hommes de la période révolutionnaire n'aient pas introduit les sciences physiques dans un enseignement où figuraient déjà la matière médicale et la pharmacie.

Le décret organique de 1813 songea à combler cette lacune. Seulement, au lieu de faire participer toutes les Écoles à de nouveaux avantages, elle détruisit l'égalité créée par la loi de germinal an III. L'École de Lyon fut rangée parmi les Écoles de seconde classe dans lesquelles on reprit, à peu de chose près, le programme élaboré par Bourgelat, comprenant : 1° la grammaire; 2°l'anatomie et l'extérieur des animaux; 3° la botanique, la pharmacie et la matière médicale vétérinaire ; 4° la maréchalerie, la forge et la jurisprudence vétérinaire; 5° le traitement des animaux malades. L'École d'Alfort fut seule élevée à la


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 317

première classe. Elle enseignait aux jeunes gens qui avaient suivi avec distinction les cours de la 2e classe : 1° l'économie rurale, les haras, l'éducation des animaux domestiques ; 2° la zoologie ; 3° la physique et la chimie appliquées aux maladies des animaux.

Le temps nécessaire pour suivre les premiers cours fut fixé à trois ans ; on consacrait ensuite deux ans aux cours complémentaires institués à Alfort.

Le décret de 1813 introduisit la jurisprudence vétérinaire dans les programmes des Écoles de seconde classe ; néanmoins il diminua le prestige de ces établissements. En effet, sous l'empire de ce décret, l'enseignement à Lyon devait rester essentiellement pratique. On appréciera exactement ses caractères par la nature des ouvrages qui étaient imposés aux élèves en 1823. J'ai constaté, qu'à cette date, les élèves devaient posséder : en lre année, un dictionnaire de médecine, l'anatomie des animaux domestiques, la connaissance extérieure du cheval ; en 2e année, le dispensaire pharmaco-chimique, le traité des bandages, le traité de la ferrure et l'extrait de l'instruction pour les bergers; en 3e année, les instructions sur les maladies des animaux.

Il faut ajouter qu'on leur conseillait d'acquérir : la Chimie par Salé, la Botanique par Richard fils, les cinq Codes, les Recherches sur la ferrure par Clarke, le Traité du pied par Girard, la Notice raisonnée sur Bourgelat, la Pathologie de Chomel, la Nosographie vétérinaire de Huzard,

Si l'on en croit un contemporain, le professeur Gohier, la division des Écoles en deux classes avait de sérieux inconvénients. Elle créait parmi les vétérinaires des inégalités qui n'avaient pas de raison d'être.


318 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Gohier estimait « qu'il serait certainement bien moins dispendieux pour l'État et bien plus avantageux pour la science de faire un choix judicieux des élèves et de les faire rester tous quatre ans dans les Écoles, que d'y laisser les uns trois ans et les autres cinq, pourvu que l'on apprît à tous d'une manière complète, ce qu'ils doivent savoir pour exercer un jour la chirurgie et la médecine vétérinaires avec fruit. » (Introduction à son traité élémentaire de chirurgie, 1818. Manuscrits de l'École de Lyon.)

S'inspirant du double but à atteindre, Gohier proposait de rétablir l'égalité entre les Écoles et les titres qu'elles décernaient, de constituer un enseignement unique, en ajoutant, aux cours des Écoles de seconde classe, des notions d'hygiène, de jurisprudence, de médecine légale et de police médicale vétérinaires, un cours succint d'histoire naturelle, de zoologie, de physique et un cours très abrégé d'équitation.

Les vues de Gohier étaient partagées par la plupart des membres du corps enseignant ; elles furent consacrées par l'ordonnance royale de 1825, sauf de légères modifications. Toutefois l'enseignement fut réparti entre cinq professeurs à l'Ecole d'Alfort et quatre seulement à l'École de Lyon et de Toulouse. Mais en réalité, par suite d'une certaine latitude accordée au Ministre de l'intérieur, le nombre des professeurs à Lyon fut de cinq jusqu'en 1866 (voir le paragraphe suivant.)

La durée des études était de quatre ans. On accordait aux élèves trop faibles pour passer dans la division supérieure la faculté de recommencer les cours qu'ils venaient de finir.

Le décret de 1866 ne permit plus d'exercer cette faculté


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 319

qu'une seule fois pendant la période réglementaire des études, à moins que le retard éprouvé par l'élève soit motivé par une circonstance de force majeure.

Le même décret fixa de la manière suivante les matières enseignées dans les Ecoles vétérinaires :

L'enseignement comprendra des notions de géologie, la botanique et les herborisations, la zoologie élémentaire, la physique, la chimie, l'anatomie générale ou étude des éléments organiques, l'anatomie descriptive et comparée des animaux domestiques, la physiologie des mêmes animaux et l'étude de leur conformation extérieure, les dissections, la pathologie générale, la pathologie spéciale des maladies internes, la pathologie spéciale des maladies chirurgicales, la matière médicale, la thérapeutique, la pharmacie, le manuel opératoire, la ferrure hygiénique et pathologique, l'étude clinique des maladies internes et externes, les opérations chirurgicales et exercices cliniques dans les hôpitaux, des notions d'agriculture, l'hygiène, la zootechnie et l'étude pratique des animaux dans les foires et marchés, la jurisprudence commerciale et la médecine légale, l'étude pratique des vices rédhibitoires.

Toutes ces matières furent groupées autour de six chaires et l'on s'efforça de faire disparaître des rapprochements peu naturels, comme il en existait depuis le commencement de nos Écoles. La plupart des professeurs des périodes antérieures avaient enseigné successivement plusieurs branches sans affinités les unes avec les autres. Nécessairement, celles qui s'éloignaient le plus de l'objet principal des études du maître étaient quelque peu négligées.

Les progrès incessants des sciences médicales, le désir légitime qu'avaient les vétérinaires de se maintenir au cou-


320 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

rant du mouvement scientifique imposaient de nouveaux accroissements.

Un premier décret de 1873 ne changea rien à l'enseignement; mais un second décret de 1881 porta le nombre des chaires à huit et permit de donner à certaines branches un développement proportionné à l'importance qu'elles avaient prise depuis quelque temps. Par exemple, la physiologie fut distraite de la chaire d'anatomie pour formerle noyau principal d'une chaire nouvelle à laquelle on ajouta la thérapeutique générale qui, jusque-là,était restée entre les mains du professeur de chimie et de pharmacie. L'hygiène et la zootechnie furent dégagées de l'histoire naturelie. La pathologie des maladies contagieuses et toutes les branches de notre médecine qui ont des rapports avec les lois et règlements formèrent un groupe fort naturel; en les isolant on mit à l'aise la pathologie chirurgicale et la pathologie médicale.

Bref, les matières de l'enseignement furent distribuées comme il est dit ci-après.

PREMIÈRE CHAIRE. — L'anatomie des animaux domestiques, l'anatomie générale et l'extérieur du cheval.

DEUXIÈME CHAIRE. — La physiologie des animaux domestiques, la tératologie et la thérapeutique générale.

TROISIÈME CHAIRE. — La physique, la météorologie, la chimie, la pharmacie et la toxicologie.

QUATRIÈME CHAIRE. — La pathologie des maladies contagieuses, la police sanitaire, l'inspection des viandes de boucherie, la médecine légale et la jurisprudence vétérinaires.

CINQUIÈME CHAIRE. — La pathologie générale, la pathologie médicale, l'anatomie pathologique, la clinique.

SIXIÈME CHAIRE. — La pathologie chirurgicale, le manuel opératoire et la ferrure, l'obstétrique, la clinique.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 321

SEPTIÈME CHAIRE. — L'histoire naturelle (zoologie, botanique et géologie), la matière médicale. HUITIÈME CHAIRE. — L'hygiène et la zootechnie.

On ajouta à l'enseignement technique un cours de littérature française et un cours de langue allemande 1.

La clinique fut confiée à deux professeurs chargés d'assurer le service à tour de rôle chaque semaine. Les élèves ont donc sous les yeux des méthodes de traitement différentes et peuvent acquérir des connaissances techniques variées qui leur permettront ultérieurement de se tirer plus aisément des difficultés de la pratique.

L'enseignement théorique a été complété par des travaux pratiques ou des manipulations dont les avantages sont indiscutables. Il ne s'agit pas d'une innovation, puisque, de tout temps, les élèves se sont livrés à la dissection, aux exercices de ferrure et de chirurgie et aux herborisations, mais d'une extension des manipulations à tous les enseignements, sauf celui de la physiologie, que l'on se borne à éclairer par des démonstrations expérimentales.

L'École de Lyon n'a pas attendu que les manipulations fussent prescrites par les règlements pour les adopter. Elle a eu l'honneur de les préconiser proprio motu. Déjà, avant 1870, le directeur Rodet voulait que chaque professeur eût un laboratoire où il pourrait se livrer à des recherches personnelles et montrer à ses disciples les choses qui se rapportent à son enseignement. Ce fut l'aurore des travaux pratiques.

La tâche que Rodet avait entreprise fut continuée avec

1 Ces deux cours ont été supprimés au mois d'avril 1889,


322 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

succès par M. Chauveau; et, afin de donner immédiatement aux manipulations l'importance qu'elles méritent, le corps enseignant décida qu'elles figureraient dans les examens à côté des épreuves théoriques.

L'administration adopta presque toutes ces dispositions quelques années plus tard.

En conséquence, le cours d'anatomie est accompagné de dissections, celui d'anatomie générale, d'exercices pratiques d'histologie ; le cours de chimie est complété par des manipulations sur les parties plus directement applicables à la médecine, celui d'histoire naturelle et de matière médicale, d'exercices sur la structure et la détermination des animaux, des plantes et des drogues; l'enseignement de la pharmacie est suivi de la préparation des médicaments, celui de l'anatomie pathologique, d'exercices d'histologie sur les tissus anormaux ; le cours sur les maladies contagieuses est suivi d'exercices sur la préparation et la détermination des microbes pathogènes ; l'enseignement sur l'inspection des viandes de boucherie est complété par des examens d'échantillons et par un grand nombre de visites dans les abattoirs de la ville ; enfin l'enseignement de l'hygiène et de la zootechnie est accompagné d'exercices sur l'appréciation des aliments sains, avariés ou adultérés, et des produits des animaux domestiques; une fois par semaine, le professeur conduit les élèves à la ferme expérimentale de l'Ecole où ils étudient des représentants bien choisis des espèces et des principales races domestiques et suivent pas à pas les opérations zootechniques.

L'enseignement est distribué aussi largement et aussi complètement que possible, grâce à un personnel qui a toujours pris sa tâche à coeur et dont le zèle et le dévoû-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 323

ment méritent les plus grands éloges. Avec un corps enseignant relativement peu nombreux, comme le nôtre, on a fait, pendant l'année scolaire 1887-1888, 1061 leçons et 251 conférences, réparties de la manière suivante :

ANNÉES D'ÉTUDES LEÇONS CONFÉRENCES OBSERVATIONS

1re année. . . 273 1 61 14 leçons ont été faites en commun

commun deux premières années

2c année. . . 2682 53 et 89, aux deux dernières.

3e année. . . 258 14

4e année. . . 262 33

3e et 4e années. 45 Conférences cliniques.

L'enseignement clinique est alimenté par les propriétaires et les industriels de la ville et de la banlieue. Les animaux de la ferme viennent surtout des écuries et de la basse-cour de la ferme expérimentale de la Tête-d'Or.

Les animaux présentés à la consultation de l'École, en 1887 et 1888, sont dénombrés dans le tableau ci-dessous :

ANIMAUX 1887 1888

Chevaux 3638 4231

Mulets et Anes 112 139

Vaches ou taureaux 20 20

Moutons et chèvres 84 48

Porcs 51 79

Chiens 2115 2424

Chats 310 333

Divers 72 103

1 Dans lesquelles sont comprises 62 leçons de littérature française et 62 leçons d'allemand. 2 Y compris 29 leçons de littérature française et 38 leçons de langue allemande.


324 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

Parmi ces animaux, un certain nombre sont restés en traitement dans nos infirmeries, savoir :

ANIMAUX 1887 1888

Chevaux 501 440

Mulets et ânes 9 26

Vaches ou taureaux 20 20

Moutons et chèvres . 10 46

Porcs 51 78

Chiens 450 556

Chats 65 78

Divers 1 0

Une bibliothèque qui renferme plus de 6.000 volumes et reçoit de nombreuses publications périodiques sur la médecine, la médecine vétérinaire, l'agriculture et les sciences pures est ouverte aux élèves quatre fois par semaine.

Le corps enseignant de l'École de Lyon pense que certains cours demanderaient plus de développement, et que, dans un avenir prochain, il serait bon de porter la durée des études à cinq ans. Cette mesure devrait être adoptée sans hésitation si la pratique de la médecine vétérinaire offrait généralement plus d'avantages, résultat qui sera probablement atteint lorsqu'on appliquera résolûment les mesures de police sanitaire et d'hygiène dont personne ne conteste l'utilité et l'importance.

2° Examens. — Bourgelat avait institué des. concours publics où les élèves les plus instruits figuraient devant


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 325

les représentants autorisés de la médecine et des sciences naturelles. Les membres du jury dressaient la liste des élèves qui pouvaient prétendre à une récompense ; le sort désignait ensuite celui des candidats qui recevrait le prix.

Ces concours avaient pour but de stimuler les maîtres et les élèves et de faire connaître la nouvelle École, ses moyens, son but et ses résultats. Ils subsistèrent sans modifications essentielles jusqu'en 1795.

La loi du 29 germinal an III décida que tous les examens seraient passés devant un jury nommé par les autorités départementales et composé de quatre médecins vétérinaires et de quatre agriculteurs instruits. Le règlement qui fait suite à ladite loi prescrit que, tous les ans, dans la première décade de germinal, le jury interrogera les élèves sur les cours qu'ils auront entendus, et accordera des prix à ceux qu'il jugera réunir le plus de connaissances. Les prix consistaient en instruments et livres d'instruction. Ils étaient distribués le 10 germinal, jour de la fête de la jeunesse. Ils devaient porter cette inscription :

ÉCOLE D'ÉCONOMIE RURALE VÉTÉRINAIRE

Fête du 10 germinal

Prix d'encouragement accordé au citoyen , en vertu de

la loi du 3 brumaire an IV et de l'arrêté du Directoire exécutif du 19 ventose de la même année, à la fête de la Jeunesse, célé - brée au chef-lieu de canton , le 10 germinal an

On décernait, en outre, un prix à celui des élèves qui, au jugement de ses condisciples, du directeur, des profes-


326 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

seurs, répétiteurs et surveillant, avait eu la meilleure conduite et les meilleures moeurs.

Le jury resta constitué comme il vient d'être dit jusqu'en 1813. Le décret impérial confia au directeur et aux professeurs de l'École le soin d'apprécier le travail et la valeur des élèves.

L'ordonnance de 1825 adjoignit les chefs de service au jury, en stipulant toutefois qu'ils n'auront que voix consultative. Les examens furent fixés à la fin de juillet et la distribution des prix était faite au moins d'août.

Jusqu'en 1861, la distribution eut lieu en public, avec une certaine solennité. Depuis cette époque, elle a été reportée à la fin des vacances. Elle se fait simplement, en présence du personnel de l'École et des élèves.

3° Titres de capacité. — Lorsque les élèves avaient suivi les sept cours organisés par Bourgelat, ils étaient proposés pour recevoir le brevet dont nous reproduisons la teneur :

BREVET (1784)

Aujourd'hui vingt-cinquième jour du mois de décembre mil sept cent quatre-vingt-quatre le Roy étant à Versailles, Sa Majesté ayant jugé à propos pour le bien de son service et l'avantage des campagnes, d'ordonner par l'arrêt rendu en son Conseil le onze août mil sept cent soixante-cinq, qu'il serait accordé des Brevets de Privilégiés du Royaume aux élèves de l'École Royale de Médecine vétérinaire, qui pendant quatre années auraient fait dans lesdites Ecoles leurs cours d'étude sur la connaissance des Bestiaux, et des


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 327

maladies dont ils sont attaqués, et étant bien informée de la Religion, capacité et expérience du sieur Antoine Guérin de la Province de Dauphiné, qui suivant le. certificat des Professeurs de ladite École, visé par le Directeur en chef des Écoles vétérinaires, a fait pendant quatre années son cours d'étude à l'École Royale vétérinaire de Lyon sur la connaissance des bestiaux et des maladies dont ils sont attaqués, Sa Majesté lui a accordé le présent brevet pour exercer l'art et la médecine vétérinaire au traitement des maladies des Bestiaux dans la Province du Dauphiné et même hors de ladite Province, s'il y était appelé pour des maladies épidémiques, après le traitement desquelles il retournera dans ladite Province où il a son établissement, sans que pour raison de l'exercice dudit art, il puisse être troublé ni inquiété par aucuns particuliers, communautés d'arts et métiers, ou autres, ainsi qu'il est donné par ledit arrêt du Conseil du onze août mil sept cent soixante-cinq. Mande et ordonne Sa Majesté au sieur de Caze de la Bove de présent Intendant de Grenoble de faire reconnaître, s'il en est besoin, ledit sieur Guérin en sa dite qualité de Privilégié du Roy en l'art et la Médecine Vétérinaire, ou traitement des maladies des Bestiaux, de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra ès-choses concernant ledit traitement; et m'a Sa Majesté commandé d'en expédier le présent Brevet, que pour assurance de sa volonté elle a signé de sa main, et fait contresigner par moi Conseiller d'Etat et de ses Commandements et Finances.

Signé : LOUIS. Signé : illisible.

Vu par nous, Intendant de Dauphiné, Signé : CAZE.

Nous n'avons pu nous procurer la formule du titre de capacité qui fut delivré pendant la période révolutionnaire et le premier empire jusqu'en 1813. A partir de cette date jusqu'en 1825, l'École de Lyon ne


328 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

décerna que le diplôme de maréchal-vétérinaire dont voici la formule :

ÉCOLE ROYALE D'ÉCONOMIE RURALE ET VÉTÉRINAIRE DE LYON

DIPLOME DE MARÉCHAL-VÉTÉRINAIRE

Extrait du procès-verbal des séances du jury d'examen, session d 18

Le jury d'examen de l'Ecole royale d'Economie rurale et vétérinaire de Lyon, composé conformément aux articles XI, XIII et XXVI du décret du 15 janvier 1813, convoqué par son Excellence le Ministre secrétaire d'Etat de l'intérieur, pour procéder, d'après les articles XIII et XXVI, à l'examen des élèves qui, ayant fini le premier cours d'études de l'art vétérinaire, désirent obtenir le diplôme de maréchal-vétérinaire, a examiné M , né le , à , canton

d , département d , lequel est entré à l'École le

18 , à frais , et y a suivi ses

études avec assiduité.

Le jury, après avoir interrogé M. sur toutes les parties

du cours et lui avoir fait pratiquer plusieurs opérations de chirurgie et de maréchalerie a reconnu qu'il était en état de remplir les fonctions de Maréchal- Vétérinaire.

En foi de quoi, il a été délivré le présent extrait en vertu duquel, M est autorisé à exercer lesdites fonctions.

A l'Ecole royale d'Économie rurale et vétérinaire de Lyon, le 18 .

Les Professeurs, Vu: Le Directeur,

L'Inspecteur général des Écoles royales vétérinaires,

Enregistré à l'Ecole de Lyon, Enregistré au Ministère de l'Intérieur

le 18 le 18

Sous le n° du registre folio Sous le n° registre folio

On se souvient que l'ordonnance de 1825 a rétabli l'égalité entre les Écoles et leurs élèves.

On ne délivra plus qu'un seul diplôme à Lyon, à Alfort


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE 329

et à Toulouse, celui de vétérinaire. Ce titre était rédigé de la manière suivante :

ÉCOLE IMPÉRIALE DE LYON

N° D'ORDRE

EMPIRE FRANÇAIS

DIPLOME DE VÉTÉRINAIRE

Extrait du procès-verbal des séances du jury d'examen, session de 18 .

Le jury d'examen de l'École vétérinaire de Lyon, composé conformément à l'ordonnance royale du 1er septembre 1825, convoqué par M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics pour procéder à l'examen des élèves qui, ayant fini leurs quatre années d'études dans l'une des Ecoles vétérinaires, désirent obtenir le diplôme de vétérinaire, a examiné M , né le , à , département de , lequel est entré à l'École de Lyon le et y a terminé ses quatre années d'études, ainsi que le constate l'état fourni par M. le Directeur de ladite École.

Le jury, après avoir interrrogé M. sur toutes les différentes

différentes de la médecine des animaux domestiques et lui avoir fait pratiquer plusieurs opérations tant chirurgicales que pharmaceutiques, a reconnu qu'il était en état de remplir les fonctions de vétérinaire.

En foi de quoi, il lui a été délivré le présent extrait, en vertu duquel M. est autorisé à exercer l'art vétérinaire.

A l'École vétérinaire de Lyon, le 18 .

Vu: L'Inspecteur général, Le Directeur-Professeur, Les Professeurs,

En 1881, on modifia le texte du diplôme, de façon à lui donner les caractères des diplômes analogues délivrés par le Ministre de l'instruction publique. Nous reproduisons ce texte dans le fond sinon dans la forme.


330 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

DIPLOME DE VÉTÉRINAIRE

Le Ministre de l'agriculture,

Vu la délibération du conseil de l'École vétérinaire d , à la

suite de la session d'examens généraux de l'année scolaire 18 -18 , et par laquelle M. , né à , département

d , a été déclaré apte à exercer la médecine des animaux

domestiques ;

Vu le rapport de l'inspecteur général des Ecoles vétérinaires ;

Vu le décret du 11 octobre 1881, portant organisation des Écoles vétérinaires ;

Donne, par ces présentes à M. le diplôme de vétérinaire,

vétérinaire, en jouir avec les droits et prérogatives qui y sont attachés par les lois, décrets et règlements.

Fait à Paris, sous le sceau du Ministre de l'agriculture,

le Le Ministre de l'agriculture,

Le Conseiller d'État, Directeur de l'agriculture,

Délivré par le Directeur de l'École vétérinaire de Signature de l'impétrant: le

Enregistré au Ministère de l'agriculture, N°

le 18 , sous le n°

§ IV. — DÉVELOPPEMENT DU CORPS ENSEIGNANT

Bourgelat était naturellement le directeur de l'établissement qu'il avait fondé. Il avait choisi un chirurgien pour l'assister, le sieur Pons, qui portait le titre de démonstrateur. L'abbé Rozier avait été chargé de créer un jardin et de faire des leçons de botanique et de matière médicale. Quant à l'administration et à la surveillance, le directeur les avait confiées au sieur Fargeaud, ancien négociant. Celui-ci touchait la pension des élèves, payait leurs dépenses chez le logeur et le restaurateur, s'occupait en


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 331

un mot de la comptabilité et, de plus, de la discipline de l'École.

Un élève était attaché à la pharmacie, un autre à la forge, moyennant une petite indemnité, sous les noms de maître-pharmacien et de maître-forgeur.

En 1765, après le départ de Bourgelat et de Fargeaud pour Paris, le personnel fut encore moins nombreux. L'abbé Rozier et un sieur Baroilhet, négociant, furent nommés, l'un directeur des études, l'autre directeur pour l'administration. Pons resta démonstrateur. Le personnel enseignant ne comprenait donc que deux membres.

Il ne dépassa pas ce chiffre jusqu'en 1780.

C'est pendant cette période que l'on trouve comme directeurs, Rozier, Péan, Flandrin, et comme démonstrateurs, Pons, Parnet, Barjolin, Danguin et Laurent.

Le directeur pour l'administration disparut en mêmetemps que l'abbé Rozier, en 1769 ; il fut remplacé par un régisseur à partir de 1776.

En 1780,1e corps enseignant fut entièrement renouvelé. Flandrin, appelé à l'École d'Alfort par son oncle Chabert, fut remplacé à la direction de l'École de Lyon par Louis Bredin qui professait à la première. Il vint accompagné de Jacques-Marie Hénon. Celui-ci reçut la qualité de professeur, adjoint à la direction. Il importait, en effet, que le directeur pût être suppléé en cas d'empêchement.

Hénon enseignait l'anatomie, la dissection, dans laquelle il s'est acquis une grande réputation d'habileté, et donnait aux élèves des notions d'histoire naturelle. Le directeur était chargé de l'enseignement clinique. Il était assisté par un sous-chef ou sous-professeur. Ce rôle était rempli d'une façon tout à fait temporaire par un des élèves les plus

6e SÉRIE, T. 1er. — 1888 23


332 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

instruits, en attendant qu'il eût choisi une position au dehors. Aussi, en douze ans, on compte au moins trois sous-chefs, savoir : Guinet, Leroy et Colomb.

En l'an II, le sous-chef disparut et fut remplacé par un professeur-adjoint. La place fut occupée par Claude-Julien Bredin, fils du directeur, qui, depuis un an, était attaché comme vétérinaire à l'armée des Alpes.

De 1780 à 1801, le corps enseignant se réduisit à trois personnes. Sa tâche était extrêmement lourde. Tout le monde, et le directeur le premier, reconnaissait la nécessité de le renforcer. Outre le besoin de donner plus complètement une instruction qui se développait chaque jour davantage, Louis Bredin voyait dans l'augmentation du cadre des Écoles un élément de progrès pour la médecine vétérinaire. L'exercice de l'art vétérinaire n'assurant alors que de médiocres avantages, la perspective d'une position de professeur dans une École pouvait seule attirer et retenir des jeunes gens de talent, capables de faire progresser leur art et la science.

La commission nommée en 1790 par le district de Lyon pour étudier le fonctionnement de l'École vétérinaire, d'accord probablement avec Bredin, proposait de confier l'enseignement à un directeur très instruit dans le traitement des animaux domestiques et à trois professeurs : le premier, pour l'anatomie et les maladies du cheval ; le second, pour les maladies et l'anatomie du boeuf et de la brebis ; le troisième, pour la ferrure, les maladies du pied du cheval et du boeuf et les opérations.

On peut critiquer le mode de répartition de l'enseignement entre ces quatre personnes, mais on ne saurait méconnaître les bonnes intentions de la commission. Malheu-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 333

reusement elles restèrent à l'état de voeu, pour un motif impérieux, l'étroitesse du budget.

La loi du 29 germinal an III, qui institua deux Écoles d'économie rurale vétérinaire, celle de Lyon et celle de Versailles, porta dans chaque École le nombre des professeurs à 6, outre le directeur.

Cette disposition ne reçut un commencement d'exécution, à Lyon, qu'à partir de l'an VII. On reprochait aux Écoles vétérinaires de recruter le personnel enseignant au choix. On accusait ce procédé d'ouvrir la porte au favoritisme et de laisser aux directeurs une omnipotence fâcheuse.

Le concours fut introduit en 1801, à l'École de Lyon, et nous valut, dans la même année, la nomination de Grognier et de Guillegoz.

L'École de Lyon possédait donc, à cette époque, cinq professeurs : Bredin père et fils, Hénon, Grognier et Guillegoz, auxquels vinrent s'ajouter Gohier, en 1803, et Godine, en 1805.

C'est de l'an III que date aussi l'institution du répétitorat. Les répétiteurs étaient des élèves désignés chaque année par un jury pour assister les professeurs dans une partie de leurs fonctions. Mais à Lyon, les répétiteurs ne fonctionnèrent qu'à partir de l'an VII. Les premiers répétiteurs nommés en 1801 furent les élèves Rey, Déal, Hénon, Giraud, Lacroix et Baudon.

Le personnel fut rarement au complet. Ainsi, avant la fin de l'année 1805, Guillegoz abandonnait l'enseignement.

Le décret impérial de 1813 qui instituait cinq Écoles, dont trois en dehors des frontières actuelles, brisa l'égalité


334 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

entre Alfort et Lyon. Les Écoles vétérinaires sont divisées en deux classes ; l'École d'Alfort seule est École de première classe, et pendant que le nombre des professeurs est de sept dans cet établissement, il est de quatre seulement à l'École de Lyon, non compris le directeur.

Le décret de 1813 créa, en outre, un cours de grammaire qui devait être confié à un maître d'études et décida que deux répétiteurs seraient attachés à chaque professeur et nommés annuellement sur la présentation du jury de l'École; enfin, il prescrivit que les places de professeurs seraient données au concours, mode qui avait été essayé à Lyon, bien qu'il ne fût pas exigé par la loi de germinal an III.

Conformément à ce décret, l'École de Lyon, dirigée par Claude-Julien Bredin, qui venait de succéder à son père, avait réparti son enseignement de la manière suivante : 1° anatomie et extérieur, professeur Godine; 2° botanique, pharmacie, matière médicale, professeur Grognier; 3° maréchalerie, ferrure et jurisprudence, professeur Rainard ; 4° pathologie, chirurgie et traitement des animaux malades, professeur Gohier.

En 1819, Rainard fut chargé de l'enseignement de Gohier qui venait de mourir, et Rainard fut remplacé par Vatel; mais celui-ci fit un court séjour à l'École de Lyon.

Par ordonnance du 6 juillet 1825, le roi Charles X décida qu'une École vétérinaire serait établie dans « sa bonne ville de Toulouse ». Le 1er septembre suivant, une nouvelle ordonnance amoindrit le personnel des Écoles vétérinaires. L'enseignement fut réparti entre cinq chaires à l'École d'Alfort et entre quatre seulement à celles


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 335

de Lyon et de Toulouse. Le directeur fut chargé d'une chaire. L'ordonnance de 1825 supprima les répétiteurs choisis parmi les élèves et les remplaça par deux fonctionnaires choisis parmi des vétérinaires diplômés, par voie de concours, et désignés sous le nom de chefs de service. De 1825 à 1829, nous voyons s'agréger au corps enseignant de l'École de Lyon, en qualité de chefs de service, Moiroud, Lacauchie, Bernard et Lecoq.

Disons toutefois que, grâce à l'article 7 de l'ordonnance du 1er septembre, qui permettait au Ministre de l'intérieur de ne pas toucher à la division de l'enseignement, s'il le trouvait convenable, l'École de Lyon ne subit pas de réduction dans son personnel enseignant. En 1826, nous le voyons composé de : Bredin, directeur; Rainard, Godine, Grognier, Moiroud, professeurs ; Bernard et Lacauchie, chefs de service.

Mais un arrêté ministériel créa bientôt un échelon entre la situation de chef de service et celle de professeur ; c'est ainsi qu'en 1829, nous voyons Bernard appelé à remplacer Moiroud avec le titre de professeur-adjoint.

Jusqu'en 1861, le nombre des professeurs et celui de leurs auxiliaires, les chefs de services, ne furent pas modifiés.

Nous ne trouvons, dans cette période, que des décrets qui s'appliquent à supprimer certaines mesures prescrites par un autre. Par exemple, le décret du 10 mars 1851 avait supprimé le concours pour la nomination aux emplois de chef de service; celui du 19 avril 1856 le rétablit; un décret du 19 janvier 1861 décidait qu'à l'avenir les professeurs seront choisis directement par le Ministre parmi les chefs de service; celui de 1866 fait revivre le


336 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

concours pour la nomination de tous les fonctionnaires de l'enseignement.

Le décret de 1861 a une importance plus considérable : il rétablit l'égalité entre les trois Écoles au point de vue du nombre des chaires, comme l'ordonnance de 1825 avait rétabli l'égalité au point de vue moral. Il institua six professeurs, y compris le directeur, et trois chefs de service.

Un décret du 11 avril 1866 toucha à quelques points de l'organisation des Écoles, mais n'apporta aucun changement à la composition du personnel enseignant.

Le 19 mai 1872, le président de la République rendait un décret qui, sans modifier le nombre des chaires, permettait d'augmenter le nombre des chefs de service. On lit, en effet, à l'article 15 que le personnel enseignant se compose : du directeur, de cinq professeurs et de chefs de service répétiteurs dont le nombre peut varier suivant les besoins de l'enseignement.

On s'empressa à Lyon, comme ailleurs, de recruter un plus grand nombre de ces précieux collaborateurs qui, non seulement, prêtent un utile concours à l'enseignement, mais forment la pépinière du professorat.

Signalons, en passant, la qualité de répétiteur annexée à celle de chef de service, car cette adjonction était le prélude d'une innovation qui sera réalisée dans l'important décret du 21 octobre 1881.

Le développement toujours croissant du mouvement scientifique qui a gagné la France surtout depuis 1871 imposait le soin d'élargir l'enseignement dans nos Écoles.


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 337

M. Tisserand, directeur de l'agriculture, et M. H. Bouley, inspecteur général des Écoles vétérinaires, ne faillirent pas à leur tâche et décidèrent le gouvernement à porter à huit le nombre des chaires professionnelles. L'administration arrêta, en outre, que l'on adjoindrait à ces chaires un cours de littérature française et un cours de langue allemande, et que les chefs de service répétiteurs seraient remplacés par des répétiteurs chefs des travaux dont le nombre est fixé par arrêté ministériel.

Le décret de 1881 permit de confier les fonctions de répétiteurs chefs des travaux à des auxiliaires nommés directement sur la proposition du directeur et l'avis du Conseil de l'École. Ils prennent simplement le titre de répétiteur. Mais, au bout de trois ans, ces auxiliaires doivent concourir pour recevoir le titre de répétiteur chef des travaux. Les répétiteurs chefs des travaux remplacent les chefs de service créés par l'ordonnance de 1825.

L'École de Lyon eut, pendant quelque temps, huit répétiteurs. Des raisons budgétaires en ont fait abaisser temporairement le chiffre à quatre. Actuellement, elle en possède cinq. L'administration étudie les moyens de nous en attribuer bientôt six ou huit.

En résumé, le personnel enseignant se compose de deux, membres seulement de 1762 à 1780; de 1780 à 1813, il s'élève peu à peu jusqu'à six ou sept ; la loi de 1825 le ramène à six, en y comprenant deux chefs de service ; le décret de 1861 le porte à 9 ; celui de 1873 permet de l'augmenter par la nomination de quelques répétiteurs ; enfin le décret de 1881 l'élève à 15.


338 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 339

LISTE DU PERSONNEL ENSEIGNANT ATTACHÉA L'ÉCOLE VÉTÉRINAIRE DE LYON DE 1762 A 1889

SITUATION INFÉRIEURE

PROFESSEUR INSPECTEUR

NOMS A CELLE PROFESSEUR DIRECTEUR INSPECTEUR OBSERVATIONS

DE PROFESSEUR 1 ADJOINT GENERAL

BOURGELAT » " » 1761- 1765 1735 1778 Est devenu directeur et inspecteur général des Écoles du

PONS . . D. 1762-1766 » " royaume.

" Révoque.

ROZIER (l'abbé) » » » 1775-1769 »

PÉAN D. 1767-1770 » » 1770-1775 »

BARJOLIN . D. 1767-1769 » » » »

PARNET D. 1767-1769 » » "

DANGUIN D. 1770-1773 ». » " »

FLANDRIN : . . . . » » » 1775-1730 » Est passé à l'École d'Alfort.

LAURENT D. 1776-1730 » »

BREDIN (Louis). » » » 1780-1814 » Décédé en fonctions le 17 mars 1814.

HENON » » 1780-1809 " " A été adjoint à la direction, décédé en activité de service.

BREDIN (CLAUDE-JULIEN) » » 1798-1815 1818 1835 " Retraité.

GROGNIER » » An VII -1837 " " Décédé en fonctions le 7 octobre 1837.

GUILLEGOZ » » An VII-1803 » »

GOHIER » » " " Décédé en activité de service.

GODINE " » 1805- 1831 " "

RAINARD » » 1810-1841 1841-1848 » Retraité.

REVERCHON. » » » " Professeur de dessin ; emploi supprimé le 1er janvier 1837.

VATEL. " » 1821-1823 " " Démissionnaire.

MOIROUD c. s. 1825-1829 » » " Est devenu professeur à Alfort, puis directeur à Toulouse.

BERNARD c. s. 1826-1829 1829-1832 » " " Est devenu professeur et directeur à Toulouse.

LAGAUCHIE c s. 1827-1828 » » » A terminé sa carrière dans la médecine militaire.

LECOQ. c.s. 1828-1834 » 1834-1818 1848-1863 1863.1865 Décédé en retraite le 14 février 1880.

BREDIN (RAPHAËL) c. s. 1829-1839 " » » " Démissionnaire.

MAGNE c. s. 1829-1833 1833-1843 » " Est deveuu professeur, puis directeur à Alfort

RODET c- s- 1331-1839 » 18 1863 1863-1875 " A été, pendant quelques années professeur à Toulouse.

MAFFRE DE VERDTS » » " 1835-1811 " Retraité

REY c. s. 1835-1838 » 1838-1880 " " Actuellement en retraite.

TIRANT c. s. 1839-1S45 » » » " Démissionnaire.

TABOURIN c. s. 1839-1841 1841-1845 1845- 1876 " " Décédé en retraite.

TISSERAND c. s. 1840-1843 » 1844-1875 " Décédé en retraite; a été professeur à Toulouse pendant

PRINCE " 1842- 1844 1841-1846 " quelques années.

PRINCE " 1842-1844 » " Est devenu chef du bureau des haras et directeur à Toulouse.

1 D. signifie en qualité de démonstrateur. — C. S., de chef de service. — R., de répétitionlaire - R.C., de répétiteur chef des travaux.


340 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 341

SITUATION INFÉRIEURE

NOMS A CELLE PROFESSEUR INSPECTEUR

PROFESSEUR DIRECTEUR OBSERVATIONS

DE PROFESSEUR ADJOINT GENERAL

VOGELI. c. s. 1844-1845 » „ Décédé en fonct ons.

COLIN c. s 1845-1847 » » Est passé à l Ecole d'Alfort où il a achevé sa carrière de

1 c. s. 1845-1849 » " professeur.

BAILLET . 1845-1849 - », » » Révoque.

" » » Est devenu professeur, puis directeur à Toulouse.

CHAUVEAU c. s. 1848-1863 , 1863-1875 1875-1886 1883

SAINT-CYR .......... c. s. 1850-1866 » 1866-1856 » " A-tuellement en retraite.

SAUNIER c. s 1850-1855 » , " " Est devenu professeur à Alfort

1856- 1866 » » » » S'est retiré pour cause de maladie.

c- s- 1865-1878 » " " " Est devenu professeur à Toulouse.

BLOING C.E. 1867-1870 » 1876-1886 1886 " A été professeur à Toulouse pendant quelques années.

PETEAUX c. s. 1867-1874 " 1876 "

TOUSSAINT. . c.s. 1870-1876 " " » " Est devenu professeur. à Toulouse.

CORNEVIN c.s 1875-1876 » 1876

GALTIER c. s. 1876-1878 » 1878 " "

DURHONE R. 1877-1878 " » " " Démissionnaire.

FAURE " " 1879 "

SEGUIN. R.1879..R.C. 1882-1883 » » " „ ....

MANDEREAU 1 1 Est devenu professeur a l' Ecole d' agriculture de Grandjouan.

MATHIS „ " " Est devenu inspecteur des subsistances à Besançon.

MATHIS R. 1879. R. C. 1882 » » » "

KAUFMANN R.1879.R. C. 1882-1888 " » " "

VIOLET. . . C. S. 1879-1881 » 1881 " Est devenu professeur à Alfort.

GADÉAC " " 1886

" » A été répétiteur à Toulouse.

LESBRE R. 1879. R. C. 1882 » 1386 "

JULIEN. R. 1880-1883 » »

CLÉDAT " » 1881-1889 " Démissionnaire.

LEVY " Professeur de littérature française, supprimé, avril 1889.

LEVY " " 1881-1889

" Professeur de langue allemande, supprimé, avril 1883.

FAIVRE R. 1883-1886 » » »

ANC Démissionnaire;

BLANC. . 1886 » » » "

" » lnspecteur des subsistances à Dijon en 1887, réintégré en l838.

BOUCHER- R. 1888 " »


342 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE

§ V. — DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES FINANCIERES

L'École vétérinaire a pris les développements que nous avons signalés dans les autres parties de ce travail, grâce à la sollicitude toujours croissante de l'Etat. Pour élargir l'enseignement, il fallut nécessairement augmenter le personnel et accroître l'outillage et les moyens d'instruction.

Bourgelat avait fixé à 11.300 livres le chiffre des dépenses annuelles de l'Ecole de la Guillotière. Le roi n'ayant accordé au fondateur que 50.000 livres pour six années, le budget annuel s'est trouvé réduit à 8.333 livres, sur lesquels il fallait prélever d'abord 900 puis 1.600 livres pour le loyer de l'hôtellerie de l'Abondance. Il restait donc, en moyenne, pendant cette période, une somme de 7.100 livres à consacrer chaque année au personnel, à l'achat des fourrages, des médicaments et des moyens d'enseignement.

Les élèves n'ajoutaient pas une livre à cette somme, puisque l'administrateur de l'École, le sieur Farjeaud, tenait un compte exact des dépenses journalières de ces jeunes gens, en nourriture et logement, d'après lequel les provinces réglaient la pension de leurs pupilles. Mais les hôpitaux donnèrent bientôt de petits bénéfices qui s'élevèrent peu à peu jusqu'à 9.000 livres.

Lorsqu'en 1768, le roi attribua à l'entretien des Écoles vétérinaires le revenu de la ferme des fiacres de Lyon que Bourgelat avait abandonné à notre profit, le budget de l'École était composé de deux parties : 1° la rente annuelle


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 343

de 15.000 livres ; 2° le revenu casuel des hôpitaux et de la forge de 9.000 livres.

L'Ecole disposait donc de 24.000 livres par an; mais il est indispensable de faire remarquer que ces deux sommes pouvaient éprouver quelques variations en plus ou en moins sous l'influence de causes diverses sur lesquelles il est inutile d'insister.

Les dépenses obligatoires de l'École vers 1790 étaient dé 14.929 fr. 15. On pouvait donc consacrer 10.071 fr. 5 aux moyens d'enseignement, à l'accroissement ou à la création du cabinet des collections.

Malheureusement, l'allocation prélevée sur la ferme des fiacres est restée fictive pendant quelque temps, ou bien a été versée incomplètement. Aussi l'École, plongée dans une gêne sérieuse, tourna un instant ses regards suppliants vers l'administration départementale.

On sait que le département de Rhône-et-Loire eut simplement l'intention de prendre l'École à sa charge. Dans le cas où cette intention se fût réalisée, les dépenses obligatoires auraient été réduites à 10.327 livres 15, de sorte que le budget de l'École eût été réglé de la manière suivante :

Allocation départementale : 10.327 livres 15.

Revenu casuel des hôpitaux : 9.000livres.

Dans le projet du département, le traitement du directeur était fixé à 3.000 livres, celui du premier professeur à 1.200 livres (traitement proposé par Bourgelat en 1761), celui du second professeur à 1.000 livres.

La loi du 29 germinal an III, portant établissement à la charge de l'État de deux Écoles d'économie rurale


344 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

vétérinaire, fixa la dépense de ces Écoles à 160.000 livres. Gomme les deux établissements étaient organisés sur le même pied, l'École de Lyon devait recevoir 80.000 livres pour sa part ; mais il ne faut pas oublier qu'il fallait prélever sur cette somme la pension des élèves envoyés par les districts. L'École d'Alfort, par suite de sa situation géographique, n'a pas tardé à posséder un plus grand nombre d'élèves que celle de Lyon ; aussi absorba-t-elle une part plus forte de la somme consacrée par la loi de germinal.

Le budget de l'École, dans la période révolutionnaire et la République, n'a guère dépassé 60.000 à 65.000 francs.

Nous avons manqué de renseignements sur la gestion financière de l'établissement pendant le premier empire. Mais, d'après des documents indirects, nous pouvons affirmer que le budget était inférieur à 100.000 francs. Sous la Restauration, en 1824, il s'élevait à 110.000 francs.

Sous la monarchie de juillet, on fit de fortes dépenses à l'École de Lyon, mais une part importante était consacrée à la réfection de l'École. La somme affectée à la marche de l'établissement n'avait pas subi une augmentation proportionnelle.

Nous trouvons, pour l'année 1851, un budget total de 207.729 fr. 49. Cette somme élevée comprend des dépenses faites pour l'aménagement de locaux livrés récemment par l'architecture.

C'est à dater de 1854, que nous pouvons regarder le budget comme l'expression exacte des fonds consacrés au fonctionnement de l'École. Nous indiquons, dans le tableau ci-dessous, les sommes qui nous furent accordées annuellement. On pourra apprécier la marche ascension-


LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VÉTÉRINAIRE 345

nelle des sacrifices de l'État en faveur de notre établissement.

TABLEAU DES BUDGETS DE L'ÉCOLE VÉTÉRINAIRE DE LYON

de 1854 à 1889

MONTANT MONTANT

EXERCICES EXERCICES

DU BUDGET DU BUDGET

1854 163.861,48 1872 183.319,75

1855. 169.862,45 1873 186.319,75.

1856 178.027,60 1874 186.319,75

1857 178.307,83 1875 208.284,85

1858 170.330,59 1876 206.836,10

1859 161.151,27 1877 210.310,30

1860 164.082,53 1878 259.845,02

1861 152.366,94 1879 252.001,80

1862 154.415,49 1880 296.367,23

1863 156.471,07 1881 272.108,34

1864 176.071,08 1882 280.147,45

1865 179.486 » 1883 282.811,96

1866 182.255 » 1884 279.143,87

1867 185.475,85 1885 271.340,90

1868 184.213,75 1886 270.800,91

1869 183.319,75 1887 271.839,50

1870 183.319,75 1888 264.581,51 18711 127.351 » 1889 277.130,70

On voit, d'après ce tableau, que la dotation de l'École vétérinaire de Lyon s'est accrue de 20.000 francs seulement pendant le second empire, tandis qu'elle s'est élevée rapidement et dans des proportions considérables depuis 1871. Grâce au généreux concours du gouvernement de la République, le budget moyen des neuf dernières années a dépassé de 90.000 francs le budget de 1870 ; à un

1 L' École n'a été ouverte que d'octobre à décembre.


346 LE BERCEAU DE L'ENSEIGNEMENT VETERINAIRE

moment donné, il le surpassa de plus de 100.000 francs. L'École est reconnaissante de la bienveillance éclairée qu'on lui a témoignée, et elle espère qu'elle lui sera continuée, attendu qu'à toutes les époques, elle a constamment répondu aux sacrifices que l'État s'est imposés pour elle.

Parvenu à la fin de la tâche que nous nous étions proposée, nous sentons qu'elle devrait être complétée par un exposé des doctrines et des travaux scientifiques de l'École de Lyon. Il suffit dejeter les yeux sur le tableau général de son personnel enseignant pour pressentir une oeuvre scientifique considérable qu'il serait important et agréable de mettre au jour. Mais nous regrettons vivement que le temps ne nous permette pas d'entreprendre une analyse aussi délicate.


TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION 203

CHAPITRE PREMIER. — Documents sur Cl. Bourgelat et sur la création

d'une École vétérinaire à Lyon 207

§ I. —.Documents sur Cl. Bourgelat 207

§ II. Documents sur la création de l'École de Lyon 227

CHAPITRE II. — Installations successives de l'Ecole vétérinaire de Lyon. 236 § I.— Installation de la première École à la Guillotière. . . . 236 § II. —Translation de l'École dans le claustral des Deux-Amants. Empiètements successifs sur le claustral des Cordeliers de l'Observance. 259

CHAPITRE III. — Évolution morale et financière de l'Ecole vétérinaire de

Lyon 287

§ I. — Subordination de l'École à l'État, à différentes époques. 287

§ II. — Recrutement 302

§ III. — Développement de renseignement. Examen et titres de

capacité 310

§ IV. — Développement du corps enseignant 330

§ V. — Développement des ressources financières 341



TABLEAU

DE LA LA

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON

Au 1er Janvier 1888



TABLEAU

DE LA

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE

HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES

DE LYON

Au 1er Janvier 1888

BUREAU

MM.

CAMBON, 0. #, Préfet du département du Rhône, président d'honneur.

LEGER, président.

CORNEVIN, , vice-président.

LORENTI, fi I., secrétaire général.

DEVILLE, secrétaire adjoint.

SAINT-LAGER, bibliothécaire-archiviste.

VIGNON, trésorier.

LOÇARD, Q I., conservateur des machines et instruments agricoles.

MEMBRES TITULAIRES

PAR ORDRE D'ANCIENNETÉ

MM.

1847. JORDAN (Alexis), botaniste, rue de l'Arbre-Sec, 40.

1854. SAUZEY (Abel), sjfc, ancien président, président honoraire du

Comice agricole du haut Beaujolais, cours du Midi, 21. 1858. BIÉTRIX (Camille), propriétaire, rue Lanterne, 29.

1860. CHAURAND (le baron), ancien président, commandeur de l'ordre

Pie, chevalier de Saint-Grégoire-le-Grand, avocat, rue Sainte-Hélène, 31.

1861. GOBIN (Adrien), $?, # A., ancien président, ingénieur en chef

des ponts et chaussées, chargé du contrôle des chemins de fer, place Saint-Jean, 8.


IV TABLEAU

MM.

1861. LORENTI (Philippe), Q I., professeur à l'école La Martinière cours Morand, 22.

1865. BILLIOUD-MONTERRAD (le docteur Gabriel), ancien président,rue

du Peyrat, 1.

1866. MARNAS (Jean), '$, ancien président, membre de la Chambre

de commerce, quai des Brotteaux, 12.

1868. LORTET (Louis), #, Q I., doyen de la Faculté de médecine,

directeur du Muséum d'histoire naturelle, quai de la Guillotière, 1.

MAURICE (Jean-François), propriétaire agriculteur, rue.Franklin, 34.

DOUËNNE (Joseph-Marins), manufacturier, cours Perrache, 27.

1869. LAFON (Adrien), § 1, professeur à la Faculté des sciences,

rue du Juge-de-Paix, 5. DE LA ROCHETTE (Ferdinand), $, maître de forges, membre de la Chambre de commerce, place Gensoul, 4..

1870. RAPPET (Jean-Claude-Benoît), ancien président, avocat à la Cour

d'appel de Lyon, rue Grenette, 45.

1871. GILLET (Joseph), teinturier, quai de Serin, 10.

LAVIROTTE (Jean-Claude), f| A., ancien médecin des prisons, cours Morand, 27.

1872. PONCHON DE SAINT-ANDRÉ (Mammès), propriétaire, rue Vaubecour,

Vaubecour, CHANTRE (Ernest), fS I., sous-directeur du Muséum] d'histoire

naturelle de Lyon, cours Morand, 37. GENSOUL (André-Paul), ingénieur des arts et manufactures, rue

Vaubecour, 42.

1874. VOIGT (Auguste), #, §1., professeur de physique au lycée,

rue des Gloriettes, 30. COLCOMBET (Aimé), propriétaire, quai Tilsitt, 15.

1875. SAINT-LAGER (Jean), docteur en médecine, bibliothécaire de la

ville de Lyon, au Palais des Arts, cours Gambetta, 8. MARCHEGAY (Alphonse), ingénieur civil de l'École des mines de Paris, quai des Célestins, 11. 1877. BIÉTRIX (Joseph), négociant, rue Lanterne, 29.

MANHÈS (Pierre), ç, ancien juge au Tribunal de commerce, rue du Plat, 30.


DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE y

MM. 1877. GIVORD (J.-B.), propriétaire, et maire à Marlieux (Ain), cours Gambetta, 116.

LOCARD (Arnould), p I., ingénieur des arts et manufactures, quai de la Charité, 38. 1879. RAULIN(Jules), ^, p I., professeur de chimie et de physique appliquées, à la Faculté des sciences, rue Basse-du-Portau-Bois, 10

PÉTEAUX (Jules), p A., chevalier du Mérite agricole,professeur de chimie et de physique à l'École vétérinaire.

1879. VAUTIER (Emile), ingénieur, ancien juge au Tribunal de commerce,

commerce, d'usines à gaz, forges et fonderies,

président de la Société régionale de viticulture, quai Saint-Antoine, 30.

ARLOING (Saturnin), $,# A., ancien président, directeur de

l'École vétérinaire, professeur à la Faculté de médecine. CORNEVIN (Charles-Ernest),'^, chevalier du Mérite agricole,

professeur à l'École vétérinaire. 1879. VIGNON (Jules), propriétaire, rue Malesherbes, 45.

LEGER (J.-P. Alfred), ingénieur des arts et manufactures, rue

Boissac, 9.

1880. CROLAS (Ferdinand), #, i} I., professeur à la Faculté de médecine,

médecine, Perrache, 10. PERROUD (Louis), professeur adjoint à la Faculté de médecine,

quai des Célestins, 6. PIATON (Maurice), ingénieur civil des mines, ancien élève de

l'École polytechnique, rue Sala, 2.

1882. CHENEVAZ (Camille), propriétaire à Meyzieux.

GUIMET (Emile), $?, manufacturier, place de la Miséricorde, 1.

1883, VANDERPOL (Alfred), ingénieur des arts et manufactures, licencié en droit, rue Franklin, 38.

VIOLET (Théophile), chevalier du mérite agricole, professeur à l'École vétérinaire.

ISAAC (Louis), manufacturier, rue Costantine, 15.

BURELLE (Emile), ingénieur civil, rue de l'Hôtel- de-Ville, 85. 1883. COIGNET.(Jean), ingénieur civil, ancien élève de l'École polytechnique, rue Cuvier, 2.


VI TABLEAU

MM. CAMBON (Victor), ingénieur des arts et manufactures, quai de la Charité, 37.

1884. DELMONT (Jean-Baptiste), ingénieur des arts et manufactures,

quai de la Charité. 27.

1885. CAMEL (Léon), décoré de la médaille militaire, manufacturier,

rue Sala, 33. TESTENOIRE (Louis-Joseph), ingénieur des arts et manufactures, directeur de la Condition des Soies, rue Saint-Polycarpe, 7.

1886. SICARD (Henri), Q I., Doyen de la Faculté des sciences,

place Kléber, 2. DEVILLE (Jean-Pierre), Directeur de l'École pratique d'agriculture d'Écully.

1887. GALTIER (Victor), # A., professeur à l'École vétérinaire. COIGNET (Alphonse), ingénieur des arts et manufactures, rue de

l'Hôtel-de- Ville, 42. CHASSAIGNON (Henri), président du comice agricole de Lyon,

quai Tilsitt, 14. JULLIEN (Gabriel), propriétaire, place Bellecour, 17. GALLON (Stéphane), 0. ^, ingénieur en chef des constructions

navales, place Bellecour, 16. ROYET (François), bibliothécaire de la Chambre de commerce,

rue Constantine, 20. REVOL (Jacques), chimiste, quai de Bondy, 11.

MEMBRES VÉTÉRANS

MM. 1849. GLÉNARD, #, H I., ancien président, professeur de chimie à la

Faculté de médecine, avenue de Noailles, 47. 1851. TISSERANT (Eugène), #, ancien professeur à l'École vétérinaire de Lyon ; à Mâcon. GIRARDON (Désiré), #>, Q A., ancien professeur à l'École des beaux-arts, quai des Brotteaux, 5. 1851. PIATON (Claudius), ancien teinturier, château de Cornod, par

Thoirette (Jura). 1862. LOIR,0.#, fJ I., ancien président, doyen honoraire de la Faculté des sciences de Lyon, à Paris, rue Vauquelin, 3.


DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE VII

MM. DELOCRE, 0. $Î, p I., ancien président, inspecteur général des ponts et chaussées, rue Lavoisier, 1, à Paris.

1864. FALSAN (Albert), p I., géologue à la Chaux, commune de

Collonges-sur-Saône.

1865, SAINT-CYR (François), ^. p A., professeur honoraire de l'École

vétérinaire, grande rue Saint-Clair, 164.

Dans la séance du 15 décembre 1837, la Société a décidé que ses membres titulaires et vétérans seraient répartis, suivant la nature de leurs travaux, en trois sections égales, sous les dénominations suivantes : 1° Section des sciences physiques et naturelles ; 2° Section d'agriculture; 3° Section d'industrie.

COMMISSIONS PERMANENTES

Commission des soies, composée de neuf membres, renouvelable par tiers chaque année.

Élus en décembre 1885 MM. RAULIN, GENSOUL, CHAURAND.

— — 1886 ISAAC, PONCHON DE SAINT-ANDRÉ, VIGNON.

— — 1887 BlLLIOUD-MONTERRAD, MAURICE, BIÉTRIX C.

Commission des finances, composée de six membres, renouvelable par moitié chaque année.

Élus en décembre 1886. MM. SAUZEY, MARNAS, BILLIOUD-MONTERRAD.

_ _ 1887, GOBIN, BIÉTRIX C., DE LA ROCHETTE.

Commission de publication, composée de six membres, renouvelable par moitié chaque année.

Élus en décembre 1886, MM. LAVIROTTE, GOBIN, SAUZEY. — — 1887, ISAAC, BURELLE, LOCARD,


VIII TABLEAU

TABLEAU DES SECTIONS

MEMBRES TITULAIRES

Sciences.

MM.

JORDAN.

GOBIN.

LORENTI .

LORTET.

LAFON.

LAVIROTTE.

CHANTRE.

VOIGT.

SAINT-LAGER.

MARCHEGAY.

RAULIN.

ARLOING.

PERROUD.

VANDERPOL.

SICARD.

GALTIER.

COIGNET (Alphonse).

REVOL.

Agriculture. MM.

SAUZEY.

BIÉTRIX (Camille).

CHAURA\D.

BILLIOUD -MONTERRAD.

MAURICE.

RAPPET.

PONCHON DE ST-ANDRÉ

COLOOMBET.

GIVORD.

CORNEVIN.

VIGNON.

CROLAS.

CHENEVAZ.

VIOLET.

BURELLE.

CAMEL. DEVILLE. CHASSAIGNON. JULLIEN.

Industrie.

MM.

MARNAS.

DOUËNNE.

DE LA ROCHETTE.

GILLET.

GENSOUL.

BIÉTRIX (Joseph).

MANHÈS.

LOCARD. PÉTEAUX.

VAUTIER.

LEGER.

PIATON (Maurice).

GUIMET.

ISAAC.

COIGNET (Jean).

CAMBON.

DELMONT.

TESTENOIRE.

GALLON.

ROYET.

MEMBRES VÉTÉRANS

Sciences. . . . MM. GIRARDON. — GLENARD. — FALSAN. — DELOCRE. Agriculture. . . MM. TISSERANT. — SAINT-CYR, Industrie. . . . MM. PIATON. — LOIR


DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE IX

CHANGEMENTS SURVENUS DANS LE PERSONNEL DE LA SOCIÉTÉ PENDANT L'ANNÉE. 1887

Membres titulaires nommés :

MM. GALTIER. MM. GALLON

COIGNET (Alphonse). ROYET.

CHASSAIGNON. REVOL.

JULLIEN. ...

Membres correspondants nommés :

MM. BOIRON. MM. PULI.IAT.

DEPERET. VERMOREL.

DE SAINT-VICTOR.

Membre titulaire décédé : M. BOURLAND LUSTERBOURG.


X TABLEAU

MEMBRES CORRESPONDANTS

MM.

ANSBERQUE, ^, vétérinaire en retraite, à Besançon (1866).

AYMARD (Auguste), Q A., secrétaire de la Société d'agriculture du Puy (Haute-Loire).

BERTHOLON, propriétaire-cultivateur, à Saint-Étienne (Loire).

BOIRON, ancien juge de paix, propriétaire à Saint-Laurent de Chamousset (Rhône) (1887).

BOULARD, secrétaire du comice agricole de Châlons-sur-Marne.

BOURRIT (Georges), professeur d'anatomie, à Athènes.

BOUTEILLE (Hippolyte), conservateur du musée d'histoire naturelle à Grenoble (Isère).

BOUTIRON (Xavier), ingénieur des mines, chargé du service du sousarrondissement minéralogique de Bordeaux.

BOYRON, docteur en médecine, à Moulins (Allier).

BUQUET (Lucien), entomologiste, rue Sainte-Clotilde, 2, à Paris,

CALIGNY.(DE), à Versailles.

CAPELLINI (Jean), *, professeur à l'Université de Bologne (1865).

CHARIÈRE (Aristide), Ahun (Creuse) (1866).

CHAUVEAU (Auguste), O. $, p I., inspecteur général des écoles vétérinaires, membre de l'Institut, rue de la Pompe, 10, Paris-Passy.

CHEVREUL, G.. C. $$, membre de l'Institut, ancien directeur du Muséum, à Paris.

CHEYSSON (L.), 0. $, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur des cartes et plans au Ministère des travaux publics, boulevard SaintGermain, 128, Paris (1881).

COIGNET (François), #, manufacturier, à Paris, rue. Bleue, 7.

COTTEAU (Gustave), >&, vice-président de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, à Auxerre (1876).

CUYPER (DE), professeur à l'Université de Liège (Belgique) (1865).

DAMOUR, 0. ^, membre de l'Institut, à Paris.

DEPÉRET, professeur à la Faculté des sciences de Marseille (1887).

DOHRN, président de la Société entomologique de Stettin.

DUCLAUX (Emile), $, professeur à l'Institut agronomique de Paris, rue Malebranche, 15, à Paris,


SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE XI

MM.

DUMONT (Aristide), $«, ingénieur en chef des ponts et chaussées, en retraite, rue Pierre-Charron, 1, à Paris.

DUMONT (Georges), ingénieur, sous-inspecteur du mouvement des chemins de fer de l'Est, rue Mansart, 11, à Paris (1874).

DUSUZEAU (J.-M.-Jules), directeur du laboratoire d'études de la soie route de Grenoble, 216 (1871).

FAVRE, professeur à l'Université de Genève.

FELLENBERG (Louis-Rodolphe DE), ex-professeur à l'Université de Lausanne, à Rosenbuhl, près de Berne (1866).

FOLIN (marquis de), p I., route d'Espagne, 23, Biarritz (1884).

GAILLARD (Ferdinand), horticulteur, à Brignais (Rhône).

GARNIER, bibliothécaire adjoint de la ville d'Amiens (Somme).

GAYOT (Eugène), #, ancien chef de la division des haras au Ministère de l'agriculture.

GIORDANO, inspecteur général des mines, à Turin.

GORS (DE), ^ , capitaine du génie, à Alger.

GRAFF, ingénieur civil des mines, à Grenoble.

GREGORIO (marquis Antonio DE), naturaliste, al Molo. — Palerme. — Sicile (1885).

GUELPA (Francisque), pharmacien, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 110, à Paris (1873).

GUISCARDI, géologue, professeur à l'Université de Naples (1865).

HARLAN, naturaliste, à Philadelphie (États-Unis).

HÉLOT (R. P.), missionnaire en Chine.

HENWOOD, ingénieur des mines, à Penzance (Cornouailles).

HIGGS (Samuel), consul de France, à Penzance (Cornouailles) (1864).

JACQUIER, propriétaire agriculteur, à Saint-Vérand (Rhône).

JAUBER, ingénieur du chemin de fer, à Gap (Hautes-Alpes).

JOURDAN (Gabriel), #, ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Tournus.

LESEURE (Louis-Ernest), $?, ingénieur en chef des mines,à Poitiers (1872).

LoiR, O. ^j, ingénieur inspecteur des lignes télégraphiques, à Paris (1865).

MAGNIN (Antoine), docteur en médecine et ès sciences naturelles, professeur adjoint à la Faculté des sciences, rue du Channo, Besançon (1884).

MANGINI (Lucien), $, ingénieur, rue Raynouard, 36, Paris-Passy.

MARCHAND, pharmacien, à Fécamp.

MARCOU (Jules), géologue, aux États-Unis.

MARIÉ-DAVY,0. $Î,directeur de l'Observatoire de Montsouris, à Paris (1884).


XII TABLEAU

MM. MARTIN (Louis de),doct.-médecin, boulevard du Jeu-de-Paume, 22, à Montpellier

Montpellier

MASSLOF, secrétaire de la Société d'agriculture, à Moscou.

MERGET (Antoine), ■$;, professeur de physique à la Faculté de méde ine

de Bordeaux. MONTROUZIER (R. P.), missionnaire dans la Nouvelle-Calédonie. NOGUÈS, ingénieur civil des mines, à Paris. PAYOT (Venance), naturaliste, à Chamonix (Haute-Savoie). PÉLAGAUD (Elisée), propriétaire, à la Réunion. PÉLIGOT (Eugène), C. ^, membre de l'Institut, directeur des essais de

la Monnaie, à Paris (1872). PERREL, propriétaire agriculteur, à Soucieu-en-Jarret (Rhône). PERRONCITO (le docteur Edoardo), professeur à l'École vétérinaire de Turin,

rue Bidone, 18, Turin (1885). PEUCH (François). I| A., chevalier du Mérite agricole, professeur à

l'École vétérinaire de Toulouse. PIGORINI (Pietro), ^, directeur du Musée paléontologique, à Rome. POURIAU, ■$», 0. de l'ordre du Médjidié, ancien professeur à l'Ecole d'agriculture de Grignon, et à l'Ecole] d'horticulture de Versailles, La

Varenne-Saint-Hilaire (Seine). PRAVAZ (Gabriel), Q I., au Pont-de-Beauvoisin (Isère). PRAVAZ (Théodore), docteur en médecine, docteur ès sciences naturelles, à Lyon (1876). PRILLIEUX (Edouard;, 0. ^, professeur à l'Institut national agronomique,

inspecteur général de l'Enseignement agricole, rue Cambacérès, 14,

Paris (1884). PULLIAT (Victor), #, professeur à l'Institut national agronomique, pro-.

priétaire à Chiroubl :s (Rhône) (1887). REY (Claudius), «| A., entomologiste, a Saint-Genis-Laval (Rhône) (1866). REY DE MORANDE (Évariste), inspecteur des lignes télégraphiques, en

retraite, à Moulins (1874). RICHARD, ancien inspecteur général des haras, rue de Grenelle-SaintHonoré,

Grenelle-SaintHonoré, a Paris. RONDOT (Natalis), 0. f<, délégué de la Chambre de commerce de Lyon,

à Chamblon par Yverdon (Suisse). — Grand hôtel du Louvre, Paris. ROYER DE LA BASTIE, propriétaire, à Chassagny (Rhône). SAINT-TRIVIER (Camille DE), ^,propriétaire,à Vauxrenard (Rhône) (1864).


DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE XIII

MM.

SAINT-VICTOR (Gabriel DE), ^, président du comice agricole de Tarare, chàeau de Ronno, par Amplepuis (Rhône) (1887).

SAPORTA (le marquis Gaston DE), ^, paléontologiste, membre correspondant de l'Institut, à Aix (Bouches-du-Rhône) (1866).

SCHIODTE. $?, de l'O. de l'Éléphant, conservateur du Muséum d'histoire

naturelle de Copenhague.

SHLUMBERGER (Charles), 0. $, ingénieur de la marine, en retraite, rue du Four-Saint-Germain, à Paris.

SERPIERI, directeur du lycée Raphaël, à Urbino (anciens États pontificaux) (1866).

SOBRERO, professeur à l'Université de Turin.

SÖCHTING, membre de la Société de physique, rue de l'Église-Saint-Mathée, 15, à Berlin (1866).

SPAE, secrétaire adjoint de la Société royale d'agriculture et de botanique de Gand.

TERREL DES CHÊNES (Edmond), propriétaire à Villié (Rhône) (1864).

THIOLLIER (Antoine), ingénieur civil des mines, rue Breteuil, 31, à Marseille.

VERMOREL (Victor), chevalier du Mérite agricole, constructeur mécanicien à Villefranche (Rhône) (1887).

VILLE (Georges) O. ■&, professeur au Muséum d'histoire naturelle, à

Paris (1865).

VILLER (A.-P. DE), naturaliste, à Montpellier (Hérault).

WEITTENWEBER, membre de l'Académie de Dresde.

WESTWOOD, membre de la Société linnéenne de Londres, conservateur et professeur au Muséum d'Oxford.

LYON. — IMPRIMERIE PITRAT AINE, RUE GENTIL, 4



EXTRAIT

DES

PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES

Année 1888

SÉANCE DU 13 JANVIER 1888 Présidence de M. LEGER

M. le Président ouvre la séance par la distribution des diplômes aux membres nouvellement élus, M. Revol, titulaire, MM. Pulliat et Vermorel, correspondants. Après avoir rappelé les distinctions flatteuses dont M. Gallier a été l'objet à l'occasion de la publication de son ouvrage sur la rage, M. le Président renouvelle ses félicitations au sujet du prix Bréant que M. Galtier vient d'obtenir pour ses travaux sur les maladies microbiennes. C'est en 1849 que ce prix a été fondé. Le fondateur, comme s'il prévoyait la série des brillantes découvertes auxquelles allait donner lieu l'étude des maladies infectieuses, a consacré une somme de cent mille francs dont la rente doit être attribuée au meilleur travail sur le choléra. L'attribution de cette récompense aux travaux de M. Galtier est une preuve à ajouter à toutes celles que la Société est fière d'avoir déjà enregistrées, de la justice rendue aux mérites de l'École lyonnaise.

La correspondance contient l'affiche et l'arrêt ministériel concernant les concours régionaux de 1888. Les chefs-lieux désignés sont : Auch, Nantes, Laon, Châteauroux, Nîmes, Autun, Épinal, Alençon. Les concours de Nîmes et d'Autun, les seuls qui puissent intéresser la région

PROCÈS-VERBAUX, 1888. 2


XVI PROCÈS-VERBAUX

lyonnaise, se tiendront : le premier, du samedi 26 mai au dimanche 3 juin ; le second, du samedi 2 juin au dimanche 10 du même mois.

La Société procède au renouvellement de ses comités de présentation ; sont élus :

Section des sciences. — MM. Gobin, Saint-Lager, Arloing, Galtier, Revol ;

Section de l'agriculture. — MM. Sauzey, Chaurand, Billioud-Monterrad, Biétrix C, Maurice;

Section de l'industrie.—MM. Péteaux, Gensoul, Locard, Marnas, Isaac.

M. Cornevin dépose sur le bureau, pour la bibliothèque de la Société, le premier volume du Traité des engrais de MM. Müntz et Girard et donne un aperçu du contenu de cet ouvrage qui résume les dernières découvertes de la science.

La première partie de l'ouvrage est consacrée à l'alimentation des plantes, à l'étude des racines en général, et plus particulièrement de celles des graminées et des légumineuses.

La seconde partie consacrée aux engrais, débute par des comptes rendus d'expériences sur les litières. La paille est une excellente litière pour le bien-être des animaux, mais elle perd le 46 pour 100 de l'azote des déjections. La terre ne perd que de 20 à 23 pour 100 ; aussi le parcage est-il un moyen très efficace de fumer le sol. La tourbe a été expérimentée par MM. Müntz et Girard, avec le concours de M. Lavallard, directeur des écuries des omnibus de Paris ; celte substance forme un coucher doux et jouit d'un grand pouvoir absorbant; elle donne par suite un bon fumier qui est employé avec succès à la ferme de Vincennes. Malheureusement ce fumier est refusé par les maraîchers des environs de Paris qui lui préfèrent le fumier à base de paille ; et bien que l'emploi des litières de tourbe commence à se répandre à l'étranger, surtout dans le Nord, la Compagnie des omnibus a dû y renoncer. La sciure de bois et les aiguilles de pin, dont on fait usage en diverses localités, ont été l'objet d'un examen attentif. On trouve encore dans l'ouvrage des études complètes de l'engrais humain, des engrais verts et des résidus de l'industrie qui ne peuvent pas être utilisés pour la nourriture des animaux. L'utilisation des goémons et des boues fournies par le curage des étangs, la préparation des composts, sont traitées dans des chapitres spéciaux.

M. Deville rend compte d'un essai de litière fournie par le sol, qu'il a vu pratiquer pendant les années 1872, 1873 et 1874, dans une ferme de


PROCÈS-VERBAUX XVII

la Haute-Vienne où se trouvaient des animaux de travail et des bêtes d'élevage de l'espèce bovine, plus un troupeau de trois cents moutons. La litière était formée d'un granit décomposé improprement appelé tuf par les gens.du pays. Les résultats ont été les suivants. Cinquante jeunes vaches sont restées un an sans chaleurs ; quelques cas de fluxions de poitrine se sont présentés chez les animaux de travail, enfin sur lés moutons presque en totalité atteints du piétin la ferme a éprouvé une perte de 2500 francs. La bergerie avait une étendue de 300 mètres carrés ; elle était couverte d'un toit en ciment soutenu au milieu par des piliers ; on voyait les animaux rechercher instinctivement les parties les plus sèches du sol, et pour cela, circuler à l'entrée et à la sortie, le long des murs ou dans l'alignement des piliers.

M. Galtier dit que dans la Lozère, où l'on ne donne pas de litière aux animaux, il n'a pas vu que le contact de la terre engendrât les maladies dont il vient d'être fait mention. Les pneumonies sont dues à des germes transmissibles dont la source n'est certainement pas dans le sol. Le piétin se propage dans les étables mal tenues et humides où la litière n'est pas renouvelée et devient un agent d'infection lorsqu'elle a été infectée ellemême par les premiers animaux atteints. M. Galtier dit encore que non seulement la tourbe répandue sur le sol des étables fournit un bon fumier, mais qu'elle constitue aussi une litière hygiénique et qu'elle est employée presque exclusivement à cet usage dans les pays où elle abonde comme, par exemple, en Belgique.

M. Chaurand donne quelques détails sur le régime auquel sont soumis les animaux dans le département de l'Ardèche qui confine à la Lozère et où les habitudes sont presque les mêmes. S'il s'agit des animaux de l'espèce bovine, on forme dans l'étable, avant l'hiver, un sol artificiel de trente à quarante centimètres sur lequel on étend une couche de bruyère. Cette pratique exige des transports qu'on n'hésite pas à faire, même à dos d'homme, s'il le faut. Dans les bergeries, le sol est le plus souvent laissé nu, à moins qu'on y puisse étaler une couverture de rameaux de buis; on sait que le buis qui a servi de litière est le meilleur des engrais. La terre des étables dans ces régions est de la terre de bruyère, elle retient très bien l'ammoniaque et fournit de très bonnes fumures. Dans les parties hautes du département, le seul moyen de fumure est le parcage, et quand ce moyen ne peut pas être employé, la terre est laissée en jachère. Les parcs sont mobiles ; les animaux n'y sont réunis que pour y passer la nuit, Chaque parc a son berger qui, comme le troupeau, n'a


XVIII PROCÈS-VERBAUX

pas d'autre abri que le ciel. On sait combien il faut de nuits pour une fumure complète du sol, et les propriétaires qui reçoivent des transhumants ont droit à un certain nombre de nuits de fumature, c'est l'impression consacrée, proportionnel à l'étendue de leurs terrains de pâture.

M, Cornevin fait observer que couvrir le sol avec de la terre qui n'a pas été préalablement séchée au soleil, c'est commettre une double imprévoyance, d'abord parce qu'un couchage humide est malsain, ensuite parce qu'une terre déjà saturée d'humidité ne peut plus rien absorber.

M. Deville croit que si le séchage était absolument indispensable, il faudrait renoncer aux litières de terre dans beaucoup de cas, attendu que le séchage n'est possible qu'exceptionnellement. D'un autre côté, si l'humidité explique certains accidents qui peuvent se produire partout, elle n'explique pas cet accident particulier de la suppression des chaleurs dans un troupeau de cinquante femelles de l'espèce bovine

M. Locard pense qu'il faut tenir compte d'une différence capitale, au point de vue géologique, entre les litières de terre dont on a reconnu l'innocuité et, à certains égards, les avantages, et la litière de granit pulvérisé dont M. Deville a signalé les inconvénients. Le granit désagrégé que les habitants de la Haute-Vienne appellent du tuf, n'est autre chose que le gore de nos environs ; ce n'est pas de la terre, c'est un sable essentiellement siliceux composé de grains de quartz, de fragments de feldspath et de lamelles de mica, éléments aussi imperméables les uns que les autres. Une couche de sable ne peut que servir de filtre, mais ne peut pas s'imprégner des liquides de déjection comme la terre proprement dite, qui est spongieuse et contient déjà de l'humus en quantité plus ou moins considérable.

SÉANCE DU 20 JANVIER 1888 Présidence de M. LEGER

M. Cornevin donne lecture d'un rapport d'admissibilité. Après avoir donné quelques détails sur la composition du volume de 1887 et sur la nécessité d'en borner l'étendue aux ressources de la Société,


PROCÈS-VERBAUX XIX

M. Leger donne lecture d'un travail sur les opérations du laboratoire séricicole; ce travail sera ajouté comme complément du rapport de la Commission des soies.

M. Billioud-Monterrad signale, d'après le dernier numéro de la Revue viticole, le tableau comparatif du mouvement de la production dans les départements où l'on a organisé la lutte contre, les maladies de la vigne et dans ceux où les tentatives ont été à peu près nulles ou ont été faites isolément. Parmi les derniers sont cités les départements de Saône-etLoire, du Rhône, de l'Ain et de la Côte-d'Or, où la production a été progressivement réduite de moitié pendant la période de 1885 à 1887; parmi les autres, sont signalés les départements du Gard, du Var et de l'Hérault, qui, pendant la même période, ont plus que doublé leur production.

M. Gallon donne des détails sur l'opération de la déphosphoration du fer, qui fournit les scories utilisées en agriculture et sur les conséquences de cette opération au point de vue des qualités du métal. Les convertisseurs employés sont de dimensions beaucoup plus grandes que ceux qui servent à la fabrication de l'acier Bessemer, et le courant d'air qu'on y introduit est beaucoup plus énergique. La masse en fusion arrive à l'état pâteux et le nettoyage par le siliciure de manganèse ne peut plus la débarrasser complètement de l'oxyde de fer qu'elle contient. La présence de cet oxyde nuit considérablement à la ténacité du métal ; par suite l'emploi du fer déphosphoré peut donner lieu à de graves mécomptes. Pour le service de la marine, on ne doit employer que des fers dont la résistance à la traction est au moins de 40 kilogrammes par milimètre carré ; dans les fers déphosphorés, cette résistance n'est plus que de 30 kilogrammes et, en outre, ces fers sont incapables de mettre en garde contre le danger, comme le font les fers ordinairement employés, par un allongement de 25 pour 100 avant la rupture. En un mot, le fer déphosphoré n'est pas encore domestiqué. Les fers déphosphorés sont exclus des constructions navales et les usines de l'Est, d'où ils proviennent, ne sont plus admises à faire les fournitures. Ces conséquences, qui sont à l'avantage des usines de la Loire, ont, à un autre point de vue, une plus haute portée. En effet, en cas de guerre, les usines de l'Est situées très près de la frontière, ne seraient pas à l'abri d'un coup de main ; ces usines, détruites ou simplement arrêtées dans leur travail, la construction du matériel de guerre serait suspendue et la prolongation de la résistance rendue bien difficile, sinon impossible, Les usines de l'intérieur, au contraire, mieux protégées


XX PROCÈS-VERBAUX

par leur position même, peuvent nous permettre d'organiser ladéfense et de continuer la lutte même après la violation de nos frontières.

Si les usines de la Loire viennent d'obtenir un avantage, elles sont, d'un autre côté, sous le coup d'une menace. On sait que lorsqu'un industriel français peut justifier d'une commande à l'étranger, il lui est permis de recevoir en franchise, à titre d'admission temporaire, la matière première qui doit être réexportée après avoir été mise en oeuvre ; c'est ce qu'on appelle le régime des acquits-à-caution. La loi de 1836, qui régit la matière, permet la vente des acquits-à-caution. Mais Longwy demande en ce moment que l'acquit-à- caution entraîne l'obligation de convoyer les fontes jusqu'à l'usine. On conçoit quel préjudice il résulterait de ce régime, pour les usines de notre région. La question doit être tranchée en Conseil des ministres.

M. Gallon présente encore quelques considérations sur l'étroite relation qui existe, au point de vue économique, entre l'agriculture et l'industrie. Il s'attache à démontrer que le bas prix du pain n'est qu'un trompe-l'oeil, attendu que si le cultivateur ne peut pas tirer un prix rémunérateur de ses récoltes, il est forcé de restreindre ses dépenses, du côté de la construction, de l'outillage, du vêtement, etc. ; que, dès lors, l'industrie souffre, et que, si l'ouvrier paye le pain meilleur marché,il n'en est pas plus avancé pour cela, parce que son travail et par suite son salaire se trouvent diminués de tout ce que l'agriculture a perdu. Nous sommes en ce moment menacés de l'invasion des denrées de l'Italie, invasion contre laquelle les départements du Midi essayent d'organiser la lutte. L'importation américaine est aussi à redouter, car les blés de Chicago sont livrés à 14 francs le quintal sur nos marchés. Il est donc indispensable d'aviser aux moyens de soutenir notre agriculture, et le droit de 5 francs imposé à l'entrée des blés étrangers n'est pas de trop.

M. Isaac fait observer que l'état peu satisfaisant de l'agriculture tient à une situation générale dont l'industrie subit aussi les conséquence et qui est encore pire à l'étranger que dans notre pays.

M. Leger signale la substitution du sulfite au sulfate d'ammoniaque, comme matière fertilisante, substitution qui doit avoir pour conséquence la réalisation d'importantes économies dans l'achat des engrais.

M. Deville dit, à celle occasion, que l'usine à gaz de Vaise a mis à sa disposition une certaine quantité de sulfite d'ammoniaque dont il va immédiatement faire l'application.

M. Cornevin demande si M, Revol peut donner quelques renseigne-


PROCÈS-VERBAUX XXI

ments sur la Vaste entreprise de l'analyse des terrains que l'on a commencé à mettre à exécution à la demande des conseils municipaux.

M. Revol répond que, bien qu'on se soit mis à l'oeuvre avec assez d'entrain, les analyses faites jusqu'à présent, tout en fournissant d'utiles indications, ne s'appliquent qu'à des espaces restreints et sont insuffisantes pour des vues d'ensemble ; d'où il suit que la carte géologique dont plusieurs personnes, entre autres M. Vincey, ont mis l'idée en avant, n'est pas près d'être terminée, même avec les cent analyses par an que M. Vincey a demandées. Dans tous les cas, quelque éloignée qu'elle soit de son achèvement, l'entreprise est certainement utile et mérite d'être encouragée, quand elle n'aurait d'autre résultat, pour le moment, que d'appeler l'attention des agriculteurs sur les services que peut leur rendre la chimie agricole dont la plupart ne soupçonnent ni l'existence ni le nom.

SÉANCE DU 27 JANVIER 1888 Présidence de M. LEGER

La correspondance contient une circulaire de la Société centrale d'agriculture de l'Hérault, à l'adresse des délégués des associations agricoles qui doivent assister aux sessions qui seront tenues le 30 janvier, par la Société nationale d'encouragement à l'agriculture, et le 3 février, par la Société des agriculteurs de France. Après les observations présentées par M. Sauzey, M. Chaurand, M. Deville, M. Galtier, la Société décide de répondre que, prévenue trop tard pour se faire représenter aux réunions du 30 janvier et du 3 février, elle s'associe néanmoins à la demande formulée par la Société centrale d'agriculture de l'Hérault et émet, pour son propre compte, le voeu que la Société nationale d'encouragement à l'agriculture et la Société des agriculteurs de France puissent obtenir le maintien du statu quo en ce qui concerne le traité de commerce avec l'Italie.

M. Revol dépose sur le bureau une publication de M. Grandvoinnet, professeur d'agriculture, concernant les vignes américaines. Les descriptions données dans cet ouvrage sont heureusement complétées par


XXII PROCÈS-VERBAUX

des spécimens de. feuilles des différents types obtenus par l'impression des feuilles elles-mêmes préalablement couvertes d'un enduit propre à donner la reproduction exacte du contour et du réseau des nervures. M. Billioud-Monterrad donne lecture de la première partie du rapport de la Commission des soies sur ses opérations en 1887.

M. Chaurand présente, à l'occasion de cette lecture, quelques obsèrtions. En premier lieu, le rapport lui paraît un peu optimiste, eu égard à la situation actuelle de la sériciculture. Ensuite, la doctrine Rolla, dont il est fait mention, pour la conservation des graines, doctrine dont les Italiens sembleraient faire un grand cas, n'est pas précisément une nouveauté. Il y a plus de vingt ans que l'influence nuisible des changements brusques de température a été signalée et représentée comme d'autant plus funeste qu'on est plus près du moment de l'éclosion. M. Mathevon a plusieurs fois traité ce sujet, dans les séances de la Société. La conservation des graines est la grande préoccupation des graineurs qui savent de longue date, qu'il faut éviter les températures extrêmes. Dans le Midi, on recherche, pour le grainage, les lieux élevés; on garde les graines sur les hauteurs pendant la saison chaude et après les avoir descendues, on les garde encore quelque temps avant de les livrer au commerce. Les graines qui nous arrivent de la Chine ou du Japon prennent le chemin de la Sibérie, afin d'éviter la traversée de la mer Rouge qui leur serait préjudiciable. M. Chaurand fait encore observer que la grande découverte de M. Pasteur, en matière séricicole, n'est ni la guérison ni le traitement des vers malades, mais bien le moyen de distinguer la bonne graine de la mauvaise et d'éliminer la dernière; en outre, que cette découverte ne peut pas être regardée comme un moyen préventif contre la flacherie, attendu que le germe de cette maladie ne se montre pas dans l'oeuf.

M. Royet dit que M. Pasteur est néanmoins parvenu à mettre en évidence le vibrion de la flacherie.

M. Galtier ajoute que ce vibrion qui se trouve dans les feuilles de mûrier, représenterait plusieurs espèces microbiennes dont le développement dépend surtout des conditions climatériques, et que M. Ferry de la Bellone a réussi à en pratiquer l'inoculation.

M. le Trésorier donne ses comptes de recettes et de dépenses pour l'exercice écoulé; sur l'avis émis par les membres de la Commission des finances, les comptes de M. le Trésorier reçoivent l'approbation de la Société.


PROCÈS-VERBAUX XXIII

M. Gobin, au nom de la Commission des finances, fait connaître le projet de budget pour 1888, Comme les dépenses prévues ne sont pas équilibrées par les ressources sur lesquelles il est permis de compter; comme, en outre, un simple coup d'oeil jeté d'avance sur l'exercice 1889 montre que le déficit ne fera que s'accentuer davantage, il est décidé que la/Commission des finances, dans une prochaine réunion, avisera aux moyens de réaliser des économies et présentera, dans ce but, un ensemble de propositions qui seront soumises à l'approbation de la Société.

SÉANCE DU 3 FÉVRIER 1888

Présidence de M. LEGER

M. le Président annonce comme un nouveau succèspour l'École lyonnaise, en particulier pour l'École vétérinaire et la Société, la nomination de M. Arloing en qualité de membre correspondant de l'Académie de médecine.

M. Gobin donne lecture du projet de budget arrêté dans la dernière réunion de la Commission des finances ; les propositions de la Commission reçoivent l'approbation de la Société.

A l'occasion de,cette communication, M. Locard propose, puisque par suite du retrait de la subvention de la Ville, la Société se trouve dans la fâcheuse nécessité de restreindre le volume de ses Annales, d'insérer dans le prochain volume une note destinée aux Associations savantes avec lesquelles la Société est en échange de publications ; on ferait savoir dans cette note que la regrettable modification du volume a pour cause la suppression d'une partie des ressources de la Société et non une diminution de la somme de travail de ses membres. La proposition de M. Locard ayant reçu l'assentiment de la Société, la Commission de publication est chargée de rédiger la note dont il s'agit.

M..Galtier donne un compte rendu du mémoire du docteur Chiarita sur la flacherie.

L'auteur débute par des conseils relatifs aux moyens de préservation et recommande principalement la sélection. De ce côté, comme on le voit,


XXIV PROCÈS-VERBAUX

il n'y a rien qui puisse passer pour une découverte. Passant à la description du microbe, le docteur Chiarita dit qu'il se présente tantôt isolé, tantôt en groupes de deux, trois ou quatre, quelquefois même en files figurant des chaînettes ; on sait que ces faits avaient déjà été signalés. Tout ce qui semble appartenir en propre au docteur Chiarita, c'est l'application, au microbe de la flacherie, de procédés de culture dans des milieux artificiels et l'application du procédé Gramme pour la coloration par les solutions iodo-iodurées ou les dérivés d'aniline. Le milieu, peptone; agar-agar, ou sérum, dans lequel le microbe se trouve contenu, ayant reçu une coloration artificielle, un traitement par l'alcool absolu détruit la coloration de la matière environnante, sans atteindre le microbe qui se trouve alors comme isolé par le contraste. Le docteur Chiarita prétend, d'après ses propres expériences, que si la maladie est inoculée vers la quatriême mue, on en peut retrouver le germe dans la chrysalide et dans le papillon. Il reconnaît qu'avant lui, M. Ferry de la Bellone avait isolé le vibrion de la flacherie, mais il ne parle pas des travaux de M. Pasteur qui avaient eu pourtant pour résultat de démontrer la nature microbienne de la flacherie. M.Pasteur avait donné le nom de Micrococcus Bombycis au microbe de la flacherie et l'avait assimilé à un ferment introduit par les feuilles dans l'appareil digestif du ver, où il produit une fermentation favorable au développement du vibrion septique. Il faut se reporter à l'époque des travaux dont il est ici question, pour apprécier la sûreté des vues de M. Pasteur affirmant que le microorganisme de la flacherie vient du dehors, que ses voies de propagation sont les poussières, les excréments, le contact de vers sains et des vers malades, et recommandant comme moyens préventifs la désinfection des magnaneries, le rejet des feuilles mouillées de rosée et les éducations sur de larges superficies.

M. Billioud-Monterrad donne lecture de la seconde partie du rapport de la Commission des soies.

M. Leger montre un échantillon de sulfite d'ammoniaque. Ce sel, qui peut être appelé à remplacer le sulfate d'ammoniaque dans la composition des engrais chimiques, s'obtient comme un des produits secondaires des usines à gaz. Les épurateurs du gaz d'éclairage contiennent maintenant un mélange de sciure de bois et d'une boue ocreuse d'oxyde de fer ; l'acide sulfhydrique du gaz s'y décompose et abandonne du soufre qui se dépose à l'état solide. On brûle le soufre dans des fours et le résidu pulvérulent de la calcination peut servir à de nouvelles épurations. Le sulfite d'ammoniaque est efflorescent et non déliquescent


PROGÈS-VERBAUX XXV

comme le sulfate; pour l'utiliser comme matière fertilisante, il faudra probablement adopter un autre mode d'emploi.

M. Biétrix (Jh.) dit que les demandes de sulfite d'ammoniaque se multiplient et que d'ici à quelques mois les agriculteurs pourront fournir sur les propriétés de cet agent de fertilisation des renseignements motivés.

M. Royet fait une communication sur un parasite des vers à soie qui exerce ses ravages dans l'Inde anglaise. Les renseignements qu'il donne sont puisés dans un manuscrit rédigé en septembre 1887, à la demande du gouvernement des Indes, dans le district de Rajschye par M. James Cleghora.

Le parasite dont il s'agit pourrait bien avoir un lien d'étroite parenté avec celui qu'on appelle Oudgi au Japon, mais l'identité n'est pas encore établie; il a reçu le nom de OEstrus Bombycis. Arrivé à l'état d'insecte parfait, il ressemble à la mouche domestique, mais il a des allures beaucoup plus rapides. Quand on le poursuit, il se dérobe en courant se cacher sous les feuilles. Il apparaît au moment des éducations et disparaît lorsqu'elles prennent fin ou qu'on cesse d'apporter des feuilles. Chaque fois que l'oestre s'abat sur un ver, il y dépose un oeuf et il peut accomplir jusqu'à cinquante et soixante pontes. Un ver peut recevoir quatre oeufs sans périr, mais il ne résiste guère plus de vingt-quatre ou quarante-huit heures à un plus grand nombre d'oeufs. Jamais l'oestre ne se pose sur un ver mort, et quand un ver vient à succomber à ses blessures, les oeufs qu'il a reçus n'éclosent pas. Dans les magnaneries des Indes, on fait éclore beaucoup plus de graines qu'on ne veut élever de vers'; on a ainsi un certain nombre de vers en excès qu'on expose hors de la magnanerie, aux attaques de l'oestre, pour protéger les autres. Quelques-uns de ces vers reçoivent jusqu'à cent piqûres ; on les noie pour détruire les germes qu'ils contiennent, car on a reconnu qu'il ne suffirait pas, pour cela, de les écraser.

L'oeuf de l'oestre est arrondi ; il a un septième ou un huitième de millimètre de diamètre ; il fait entendre, quand on l'écrase, le même bruit que l'oeuf du ver à soie. Cet oeuf ne tarde pas à changer de dimensions, et au bout de quelques heures, il en sort une larve qui, pour respirer, perce la coquille et la peau du ver dans le corps duquel elle se trouve incluse. L'auteur du mémoire admet que privée d'appareil perforateur, la larve emploie; pour percer ses enveloppes, un liquide dissolvant, mais nous allons voir un peu plus loin qu'il est avec lui-même en pleine contradiction sur ce point. Après s'être fabriqué comme un soupirail, la larve creuse, dans le corps du ver, un canal coudé terminé par une chambre où


XXVI PROCÈS VERBAUX

elle achèvera son développement. Si on ferme l'ouverture avec de la cire, ou si on immerge le ver, il suffit de trois heures pour produire l'asphyxie complète de la larve. Lorsque la larve se trouve dans le corps d'un ver sur le point de faire son cocon, la peau de ce dernier, en se repliant, ferme l'ouverture, la larve est étouffée et on la trouve morte dans la chrysalide vivante du ver à soie. Elle périt également, si le ver qu'elle habite vient à mourir. Les vers qui n'ont qu'une ou deux larves d'oestre font leurs cocons quand même, mais un peu plus tardivement que les autres. En sortant du ver où elle a trouvé la nourriture et l'abri, la larve de l'oestre est couverte d'un liquide visqueux qui souille et empoisonne les feuilles. Son aspect est celui d'un grain de riz cuit; elle a une forme conique très aiguë et porte à la base deux points noirs qui sont les yeux. C'est ici que l'auteur se contredit lui-même en donnant à cette larve, qu'il a d'abord présentée comme inerme, des appendices à crochets qui sont, dit-il, des instruments redoutables.

La larve, en tombant des claies sur le plancher de l'appartement, fait entendre un bruit sec. M. Royet a pu l'observer à ce moment, après l'éducation d'un lot de vers qu'on lui avait envoyé et provenant de Hazaribagh.

Si la larve tombe sur un terrain meuble, elle s'y enfonce pour faire sa chrysalide ; si elle se trouve, au contraire, sur une surface dure, elle fait sa chrysalide sur place. A la suite de cette transformation qui demande une douzaine de jours, l'insecte reste caché jusqu'au printemps suivant.

SÉANCE DU 10 FEVRIER 1888 Présidence de M. LEGER

La correspondance contient, sous le même pli, une circulaire de la Société d'agriculture de l'Aude et la lettre adressée par cette société au Ministre du commerce, à propos de l'expiration du traité franco-italien. La Société centrale d'agriculture do l'Aude demande que le traité ne soit ni renouvelé ni prorogé; que dans le cas de renouvellement, l'échéance ne soit pas portée au delà de la fin de 1892, et que les vins d'Italie soient frappés d'un droit d'entrée de 8 francs par hectolitre ; que les vins titrant


PROCÈS-VERBAUX XXVII

plus de 12° d'alcool payent l'excédant comme alcool pur; enfin qu'il soit exercé à la frontière une surveillance active, qui repousse impitoyablement tous les vins qui ne seraient pas naturels.

La Société décide qu'elle appuiera de ses voeux les demandes énoncées ci-dessus.

M. Cornevin rend compte des observations qu'il a recueillies au concours de Paris.

D'une année à l'autre, il est difficile de constater de grands changements, car les progrès, en fait d'élevage, sont longs à réaliser. Cette ânnée le nombre des têtes de gros bétail était d'une quarantaine inférieur à celui de l'année dernière, et il est même surprenant que la crise agricole n'ait pas produit un déficit plus considérable. Les éleveurs qui ont exposé, dans les conditions désavantageuses où ils se trouvent, ont prouvé que s'ils continuent la lutte, c'est uniquement pour soutenir l'honneur de leur industrie et en poursuivre le perfectionnement.

Il y a quelque vingt ans, la faveur était à la race Durham pure, qui est remplacée aujourd'hui par les Durham charollais et nivernais. Le progrès déjà signalé de la race limousine se continue; mais l'opinion émise l'année dernière sous forme dubitative, sur la part qu'il faut faire à l'infusion d'un sang étranger, s'est changée, pour M. Cornevin en certitude. Les éleveurs du Limousin n'ont pas eu recours au Durham pur, mais au Durham charollais. Pour dérober leur secret, ils font venir leurs reproducteurs dés Charentes, et non des pays d'élevage du Durham charollais. La race limousine améliorée améliore à son tour la race garonnaise. Le marché de Limoges est fréquenté par des acheteurs du Midi. La race du Tarbes tient bien sa place entre les race limousine et garonnaise.

Les espèces ovine et porcine étaient représentées par des spécimens magnifiques évidemment améliorés par le sang anglais ; sur la première surtout, l'influence du South-Down est manifeste.

L'aviculture a pris, depuis peu, un vif essor. Ce sont surtout les Belges et les Hollandais qui ont montré la bonne voie. La Bresse figure avec avantage. L'espèce qui' a subi les plus étonnantes transformations est celle des pigeons. On sait que cette espèce éminemment malléable a fourni à Darwin" la matière par excellence pour ses expériences et que les amateurs sont arrivés à créer plus de deux cents races. Les recherches de quelques éleveurs se sont dirigées dernièrement du côté du poids et ils ont fait figurer au concours des pigeons aussi gros que des canards. Ces oiseaux, naturellement, sont devenus lourds, et loin de pouvoir, comme


XXVIIII PROCÈS-VERBAUX

leurs congénères de la race des pigeons voyageurs, gagner de vitesse les trains express, ils peuvent à peine fournir une traite de 5 à 6 mètres.

Les prix d'honneur ont été attribués :

1° A un boeuf durham-charollais des Charentes, de 47 mois, pesant 1092 kilogrammes, exposé par M. le baron des Gravières; ce boeuf a été acquis au prix de 4500 francs;

2° A une vache nivernaise de l'Allier, 39 mois, 854 kilogrammes, acquise au prix de 1500 francs ;

3° A un lot de quatre boeufs de la Nièvre ; le premier, 4 ans 11 mois, 1210 kilogrammes ; le second, 4 ans 2 mois, 1138 kilogrammes ; le troisième, 5 ans, 1000 kilogrammes; le quatrième, 5 ans, 1114 kilogrammes; poids total : 4562 kilogrammes; les quatre boeufs ensemble ont été payés 7000 francs;

4° A un lot de trois moutons qui a été vendu 1000 francs.

Les acquéreurs étaient tous des bouchers de Paris. Aux prix qui viennent d'être indiqués, la viande du boeuf primé seul est revenue à 4 fr. 12 le kilogramme, celle des quatre boeufs à 1 fr. 55, celle de la vache à 1 fr. 75; mais on sait que les bouchers parisiens payent volontiers le droit de se faire une réclame de l'acquisition des bêtes primées.

Le mouton a été légèrement en hausse, mais il n'en a pas été de même du gros bétail et les éleveurs se déclaraient en perte d'une façon unanime Chacun donnait son avis sur les causes de la dépréciation. Les uns accusaient la surproduction, d'autres alléguaient la diminution de la consom. mation ; à ces causes qui ont bien leur valeur, il faut peut-être ajouter le développement des moyens de transport. L'échec du frigorifique a porté ses fruits en ce sens qu'on a appris à mieux ménager la température et surtout à mieux dégeler la viande. Des compagnies anglaises et hollandaises se sont organisées et outillées convenablement, pour nous apporter les viandes d'Amérique et d'Australie. La production est peut-être en excès, la consommation diminue, et les apports de l'étranger augmentent; toutes nos conditions économiques sont bouleversées. Les remèdes à la situation ont fait l'objet de nombreux commentaires. On admet généralement qu'il est impossible de demander une augmentation des droits d'entrée, mais on croit qu'on pourrait au moins exiger une inspection sanitaire plus sérieuse.

M. Cornevin dit encore qu'on a institué au concours de Paris des leçons de choses sous la forme de conférences. Il y a eu cette année une vingtaine de conférences où un public non préparé pouvait certainement trouver à


PROCÈS-VERBAUX XXIX

s'instruire, mais qui étaient peut-être un peu superflues pour les habitués du concours régional, lesquels regrettaient les tableaux qu'on mettait autrefois sous leurs yeux, pour les renseigner sur le prix de la viande nette, des graisses, des cuirs, du sang, etc.; ces tableaux pourraient encore être complétés par l'indication de la composition chimique de ces divers produits.

A l'occasion de la communication de M. Cornevin, M. Locard parle d'une certaine race de pigeons qu'il a observée dans la Brie et qu'on appelle les fuyards. Ces pigeons ne s'aventurent pas dans les colombiers, car les pigeons domestiques leur font une guerre acharnée. Ils vivent presque à l'état sauvage et, dans le Nord, où la consommation de la chair de pigeon est plus grande que dans le Midi, on les poursuit comme gibier. Leur chair, un peu plus noire et plus sèche que la chair des pigeons ordinaires n'est bonne que quand elle est un peu faite. Les fuyards constituent une race bien distincte qui se reconnaît surtout à la longueur de l'aile, moins développée cependant que celle du pigeon voyageur.

M. Deville affirme de nouveau la pureté de la race du bétail limousin et attribue le perfectionnement de cette race à une sélection intelligente et aux soins dont elle est l'objet. Pour éviter toute confusion, on maintient strictement la pureté de la robe.

M. Cornevin répond à l'observation en ajoutant aux renseignements qu'il vient de donner que le boeuf primé qui était un durham-charollais, avait précisément la robe de couleur froment foncé qu'on regarde comme le signe caractéristique de la race limousine.

M. Leger ayant demandé ce que sont devenues les velléités de protestation des jurys contrel'engraissement à outrance, M. Cornevin fait observer que bien qu'on soit assez d'accord à préférer, dans le boeuf, la chair musculaire à la graisse, et dans le cheval, la résistance à la vitesse, il est à peu près impossible, dans les courses, de ne pas attribuer le prix au cheval qui arrive le premier et, dans les concours, la prime à l'animal le plus gros.

M. Galtier ayant appelé l'attention sur une enquête relative aux causes de l'écart entre les prix de la viande sur pied et de la viande de boucherie, M. le Président répond que la Société n'a pas été avisée; il émet toutefois une proposition qui reçoit l'assentiment de la Société, pour la désignation d'une commission spéciale à laquelle sera renvoyée l'étude de la question. Sont nommés pour faire partie de cette commission, MM. Galtier, Cornevin, Deville, Cambon et Gallon.


XXX PROCÈS-VERBAUX

M. Chaurand montre trois spécimens de tissus de jute sortant dé l'usine que dirige M. L. Dewilly, à Amiens. Il y a un échantillon de toile n° 56 et deux sacs, nos 56 et 55. La toile qui a lm,90 de largeur,et dont l'usine fabrique 32 000 mètres par jour, se vend 0 fr. 80 le mètre. Le sac n° 56 se vend 0 fr. 39, le n° 55, 0 fr. 48, marqués tous deux au gré de l'acheteur. Les expéditions se font franco, avec 2 pour 100 d'escompte. La toile est assez grossière et ne peut guère servir qu'à faire des emballages ou à couvrir des sommiers. Les sacs ont été adoptés par toutes les usines à chaux du bassin du Rhône, sauf l'usine Pavin de Lafarge. Lé producteur des sacs de jute prétend qu'ils valent les sac de chanvre pour la durée, mais c'est un point douteux.

M. Locard dit que les tissus de jute ne peuvent pas supporter d'être exposés trop longtemps à l'humidité.

M. Chaurand pense qu'on pourrait les garantir de la pourriture au moyen de l'ammoniure de cuivre, tout aussi bien qu'on en garantit le raphia, au moyen du sulfate de cuivre; et, à cette occasion il dit que les liens incorruptibles sont plutôt nuisibles qu'utiles, parce qu'ils étranglent les greffes et qu'on renonce maintenant à les sulfater.

SÉANCE DU 17 FÉVRIER 1888 Présidence de M. LEGER

Le Comité d'organisation du Congrès géologique international qui sera tenu à Londres, du 17 au 22 septembre prochain, adresse le programme de cette réunion et, sous le même pli, une invitation collective aux membres de la Société.

M. Desvignes adresse une note dont M. le Président donne lecture au sujet d'expériences faites à Villié-Morgon, qui viennent à l'appui des opinions émises par MM. Arcelin et Desjardins, sur l'influence du fer et de la magnésie pour le développement des végétaux cultivés et particulièrement de la vigne.


PROCÈS VERBAUX XXXI

M, Locard donne sur le jute quelques détails puisés dans les Études sur les fibres végétales textiles (Firmin-Didot, 1876), de M. Vétillard, député de la Sarthe, président de la Chambre de commerce du Mans. L'auteur déclare que n'ayant trouvé en France aucun document original sur la fibre dont il s'agit, il a dû mettre à contribution l'ouvrage du docteur Forbes Royle, publié en 1855.

Le jute, qui n'est guère connu en Europe que depuis quarante-cinq ans, est tiré de deux végétaux de la famille des tiliacées, le Corchorus olitorius et le C. capsularis; on donne aussi le nom de jute, du côté de Madras, à un produit de l'Hibiscus cannabinus. Le Corchorus olitorius existe sur le littoral de la Méditerranée ; on le cultive comme plante alimentaire dans les environs d'Alep où on l'appelle Mauve des Juifs, anciennement Olus judaicum, mais c'est au Bengale qu'il atteint d'assez grandes dimensions pour être exploité comme plante textile.

Le Corchorus capsularis est cultivé au Bengale et en Chine. Les deux plantes sont annuelles. La matière filamenteuse est obtenue par un rouissage qui doit être prolongé un peu plus longtemps que celui du chanvre. On l'emploie aux Indes, surtout pour faire des bouts de toile qui servent à faire des sacs (gummy-bags). La tige, dépouillée de ses fibres corticales, fournit un bois léger que les indigènes emploient à une foule d'usages, entre autres à la fabrication du charbon qui entre dans la composition de la poudre. Les feuilles sont mangées comme des épinards. Enfin les déchets du nettoyage des fibres servent à faire du papier, et on a même essayé de les soumettre à la fermentation pour en retirer de l'alcool. En Europe, surtout en Angleterre et en France, le jute est employé en grand à la confection de tissus grossiers, pour toile d'emballage, sacs et tapis. Mélangé aux déchets de lin ou de chanvre trop courts pour supporter le travail des machines, il en facilite le filage. Malheureusement il entre aussi dans la composition de tissus qui passent pour lin ou chanvre pur. Cette introduction frauduleuse donne des produits inférieurs, attendu que le fil de jute est cassant, que sa fibre élémentaire est très courte et qu'il ne résiste pas longtemps à l'humidité. On reconnaît la présence de là moindre trace de jute dans une étoffe par l'emploi des réactifs ordinaires, l'iode et l'acide sulfurique, qui jaunissent le jute et donnent au lin et au chanvre une franche teinte bleue.

Pour terminer, M. Locard dit qu'on a fait germer en Angleterre des graines d'un certain Corchorus qui ont donné des plants d'une belle venue et que d'après le docteur Forbes Royle certaines variétés fructiPROCÈS-VERBAUX,

fructiPROCÈS-VERBAUX, 3


XXXII PROCÈS-VERBAUX

fient sur les pentes de l'Himalaya, jusqu'à l'altitude de 5000 pieds, ce qui indique que des essais de culture seraient possibles chez nous.

M. Royet donne lecture de la note suivante, sur le même sujet.

« C'est la Compagnie des Indes qui la première fit connaître le jute ; les qualités de cette fibre textile lui avaient été signalées par le botaniste Roxburg qu'elle avait chargé, en 1792, d'étudier aux Indes mêmes les diverses fibres dont on pourrait monopoliser le commerce en Angleterre. Le nom de jute est la corruption du nom Indien Jhont ou Jhot. En 1796 on commençait à cultiver cette plante dans l'Inde, et en 1883, le docteur Buchanan prenait la direction d'une grande ferme où on cultivait le jute en grand, et d'où il en était expédié continuellement en Angleterre. Malgré cela, ce n'est que depuis 1835 que le jute est exporté d'une manière régulière et suivie en Europe et que les relevés de douane anglais le mentionnent en France; jusqu'en 1838 les relevés de douane le confondent avec le lin.

« Deux événements politiques mémorables contribuèrent bientôt à donner à l'importation européenne du jute une importance qui ne fit que s'accroître; la guerre de Crimée tout d'abord avait supprimé les arrivages de chanvre russe en Angleterre, et il fallut trouver un remplaçant à cette matière; ensuite la guerre américaine de sécession fit monter d'une façon exorbitante le prix du coton et obligea aussi de chercher un remplaçant à ce dernier, tout au moins pour certains articles bon marché, emballages grossiers, toiles cirées, etc. Voici les quantités sorties de l'Inde Anglaise de 1865 à 1887.

IMPORTATION DU JUTE DES INDES EN ANGLETERRE

1865. . . . 106.672.126 kg. représentant 44.606.650 fr.

1870. . . . 120.041.111 » - 58.416.380 »

1875. . . . 172.973.136 » — 64.897.348 »

1880. . . . 235.037.325 » — 101.239.657 »

1885. . . . 289.756.088 » - 81.702.25S »

1887. . . . 330.000.000 » - 93.000.000 »

« Culture.— Aux Indes, le jute est principalement cultivé dans les districts de Pabna, Dinajpur, Rangpur, Maimansing, Purniah, Julpigori, Bagra, Dacca, Hugli et dans les vingt-quatre Parganahs. Tous ces districts sont dans les basses provinces arrosées par le Gange et ses nombreuses divisions, en plein Bengale. On le sème à la volée au commencement de la saison des pluies (mars ou avril;. On éclaircit un peu afin de donner de la


PROCÈS-VERBAUX XXXIII

place, et la plante s'élève peu à peu jusqu'à 3 mètres de hauteur sur 2 centimètres de diamètre. La récolte se fait alors en juillet, août.

« Consommation. — Le commerce du jute est en quelque sorte monopolisé par l'Angleterre. Le jute est embarqué à Calcutta, le plus souvent comme supplément de cargaison et à fret excesivement bas.

« Dans le Royaume-Uni, c'est la ville de Dundee (Ecosse) qui consomme les 80 centièmes de l'importation totale du jute des Indes. En effet, sûr les 115 filatures de jute du Royaume-Uni, il y en a 15en Angleterre, 11 en Irlande et 84 en Ecosse, desquelles 41 à Dundee. Voici la marche de l'industrie de la filature du jute dans cette ville jusqu'en 1872.

En 1848 elle recevait 8905 tonnes de jute.

1854 — 28877 —

1863 — 45000, —

1872 — 200000 —

« Filature. — Pour pouvoir être travaillé dans de bonnes conditions, le jute doit être tout d'abord graissé d'une manière spéciale afin d'acquérir une certaine souplesse. Pour cela on dispose les paquets de fibres en litières et on les arrose d'un liquide lubrifiant, dans la proportion de 25 à 30 kilos de liquide pour 100 kilos de jute. Ce liquide lubrifiant varie suivant les industriels. Quelques-uns font usage d'un mélange d'huiles lourdes tenant en dissolution de la résine ou de la gomme avec une émulsion alcaline à base de potasse, de soude ou d'ammoniaque; mais le plus grand nombre emploient l'huile de phoque, de baleine, de veau marin et y ajoutent de l'eau de savon et de la potasse chauffée à 50°. Si maintenant nous nous rappelons l'énorme consommation de jute faite par la ville de Dundee, on ne sera pas étonné qu'il en soit résulté un nouveau stimulant à la pêche de la baleine. Aussi dans le port de Dundee, les barils d'huile des régions arctiques s'alignent à côté des balles de jute de l'Inde, et la Chambre de commerce de cette ville a émis l'avis qu'une expédition polaire devrait être organisée dans le but de rechercher de nouveaux parages habités par les baleines et les gros cétacés producteurs d'huile.

«Nous venons de voir que pour filer le jute on est obligé de l'assouplir à l'aide d'huile de poisson; cette opération communique à ses fils une odeur désagréable et malheureusement très persistante. Ses tissus ne peuvent donc servir à aucun usage de corps. En outre, le jute ne peut


XXXIV PROCÈS-VERBAUX

fournir que de gros numéros en filature, et, tout en donnant un fil assez solide, peut à peine, à l'état de tissu, supporter l'humidité et encore moins les lessives alcalines. Il n'est donc bon qu'à la fabrication des tissus qui ne doivent pas être exposés à l'humidité, et à la confection de toiles grossières, toiles à matelas et à paillassons, qui n'ont pu trouver crédit en France à cause de leur mauvaise odeur.

« Les Anglais s'étant réservé le monopole de l'importation du jute en Europe, la consommation du jute en France est soumise à de lourdes charges. Non seulement les Français n'ont pas le même choix que les Anglais, mais ils ont encore à supporter des frais d'achat bien autrement considérables, la surtaxe d'entrepôt, le bénéfice du commissionnaire, le courtage, la mise à terre, le magasinage, l'assurance, le réembarquement, le fret Londres à Dunkerque, etc. »

M. Chaurand, après avoir fait observer que les échantillons de tissus de jute qu'il a présentés n'avaient subi aucun graissage, adresse, à l'occasion d'un article de M. de Saint-Victor, sur les propriétés antiphylloxériques de la garance, publié dernièrement dans les journaux, une question qui donne lieu aux observations suivantes de M. Leger.

M. Leger dit qu'il connaissait avant M. de Saint-Victor les faits dont il s'agit qui, bien qu'intéressants et de nature à provoquer de nouvelles tentatives, ne lui paraissent pas absolument concluants. L'expérience rapportée par M. de Saint-Victor est due à M. de Séguins. Connaissant, comme tout le monde, les observations physiologiques faites pour la première fois par des naturalistes anglais, sur des animaux nourris avec de la racine de garance et rapprochant lesdites observations de cette autre que depuis que Jean Alten a introduit la garance en France, ce végétal n'a jamais subi les atteintes d'aucun parasite, M. de Séguins a pensé que les sucs de la garance pourraient peut-être imprégner les racines de la vigne aussi bien que les os des animaux et en éloigner les insectes dévastateurs. Il répandit, il y a quatre ou cinq ans, de la poudre de garance, sur les pieds d'une cinquantaine de ceps de Malaga, à raison d'environ 250 grammes par plant. Aujourd'hui ces ceps se portent bien, il est vrai, mais outre qu'il ne faut pas oublier d'abord que ce sont des sujets d'une espèce particulière, il est bon de savoir aussi que depuis qu'ils ont reçu le traitement à la garance, ils ont été complètement abandonnés. Or, si on se rappelle que certains vignobles malades et laissés sans culture sont quelquefois revenus spontanément à la santé, on reconnaîtra qu'il n'est pas encore temps d'affirmer l'infaillibilité du traitement.


PROCÈS-VERBAUX XXXV

Autre considération ; la garance revient de l'abandon où elle était laissée comme matière colorante; aujourd'hui elle est en voie de hausse et les 100 kilos, qui coûtent actuellement de 40 à 45 francs vaudront peut-être 100 francs dans quelque temps. Au prix actuel, le traitement correspond à une dépense d'environ 500 francs par hectare; plus tard, la dépense peut devenir inabordable.

M, Deville dit que la garance étant fortement azotée peut agir comme engrais en même temps que comme insecticide. Après cette observation, M. Deville distribue des exemplaires de son Rapport à la Société de viticulture de Lyon, au nom de la commission chargée d'étudier les valeurs relatives des ceps américains porte-greffes et producteurs directs. Il appelle l'attention sur cette conclusion que la greffe doit être la règle et la production directe l'exception.

M. Leger donne quelques renseignements sur la question du cuivre dans le vin, question au sujet de laquelle quelques marchands intéressés à déprécier les récoltes des vignes sulfatées, ont essayé de donner le change au public. On sait que M. Raulin et M. Crolas ont reconnu par l'analyse que la presque totalité du cuivre administré comme remède contre le mildew passe dans la lie. Dernièrement les recherches de MM. Chuard et Quantin ont mis sur la voie des transformations qui s'opèrent. Au contact du moût, le sulfate de cuivre se transforme en malate, puis en sulfure de cuivre. Le sulfure se précipite et se retrouve dans la lie. Il résulte de là que le vin décanté ne contient pour ainsi dire pas de cuivre et, en outre, vu la faible solubilité du sulfure de cuivre, que l'eau versée sur les grappes, jusqu'à complet épuisement, pour la confection des piquettes, ne peut entraîner que des quantités de sulfure absolument insignifiantes.

SÉANCE DU 24 FÉVRIER 1888 Présidence de M. LEGER

La correspondance contient une invitation de l'Association française pour l'avancement des sciences, à l'occasion de sa dix-septième session, qui sera tenue à Oran, du 29 mars au 3 avril 1888. La Société, priée de se


XXXVI PROCÈS-VERBAUX

faire représenter à ce congrès, désigne M. Gobin qui veut bien accepter cette délégation.

M. le Président annonce que l'administration n'a reçu encore aucune communication relativement à l'enquête provoquée par M. Gomot, ancien ministre, et ayant pour but de rechercher les causes de l'écart entre le prix de la viande sur pied et de la viande de boucherie ; il est entendu que dès que l'administration aura été saisie, la Société en sera informée.

Après cette déclaration, M. le Président dit que la Société peut, en attendant d'être consultée, poursuivre, à l'abri de toute préoccupation, lé travail utile qu'elle s'est proposé. Les marchés sont en quelque sorte gouvernés par une bande d'intermédiaires, les chevillards, qui font la loi, en prélevant leurs bénéfices et sur le producteur et sur le consommateur. Dernièrement ces industriels ont créé des difficultés à l'agent du Syndicat des agriculteurs de la Loire qui avait amené du bétail sur le marché de Vaise. Leur association sera peut-être difficile à briser ; cependant, si l'on considère ce qui se passe pour les hospices, et même pour les fourneaux de la Presse, on voit qu'il est possible d'arriver à un meilleur équilibre des prix. Il suffirait peut-être pour cela de l'établissement de trois ou quatre boucheries en concurrence avec celles du Syndicat et une entreprise de ce genre serait certainement plus facile pour la boucherie que pour la boulangerie, attendu que la viande se vend le plus souvent au comptant et le pain à crédit.

M. Cornevin est d'avis que la Société poursuive son enquête en prenant son temps, car il y a des questions multiples à examiner. Le rendement et par suite le rapport entre le prix de la viande et le prix du poids vif s'établit sur la considération des quatre quartiers; c'est ici que la question se complique, parce que dans certaines villes, la nôtre, par exemple, on élimine toutes les issues, la peau, la tête, les viscères, tandis que dans d'autres l'élimination n'est pas aussi complète, ce qui fait que nulle part le rendement n'est aussi faible qu'à Lyon. On voit donc qu'il y a une foule de renseignements à prendre pour parvenir à s'orienter.

M. Billioud-Monterrad dit qu'il a vu vendre une bêle de choix, sur pied 30 francs les 100 kilogrammes, et que le poisson qui se paie à la criée 1 fr. 50 le kilogramme ne se paie pas plus de 40 francs les 100 kilogrammes pris à l'étang.

M. Sauzey dit qu'il connaît un propriétaire d'étang qui n'a pu tirer dernièrement que 25 francs les 100 kilogrammes de ses carpes qu'on vend au marché 0 fr. 80 le demi-kilogramme ; il ajoute que pour son


PROCÈS-VERBAUX XXXVII

compte il a vendu 280 francs une génisse de 37 mois pesant 574 kilogrammes. M. Sauzey rappelle que la Société s'est occupée, il y a quelques années, de la question agitée en ce moment et qu'on doit retrouver dans les procès-verbaux un rapport qui a été rédigé par M. Eugène Locard.

M. Gobin dit, d'après le directeur de l'hospice de Bron, où l'abatage se fait en régie, que pendant l'année 1887, la viande de choix consommée dans cet établissement est revenue moyennement à 92 cent. .1/2.

Suivant M. Leger, les fourneaux de la Presse qui s'alimentent de viande de bonne qualité, ne la paient que 0 fr. 80 le kilogramme.

M. Royet donne lecture de la notice suivante sur le Phormium tenax.

« Le phormium est une plante donnant une fibre textile que l'on confond le plus souvent avec le jute, mais dont le seul rapport avec cette dernière est, qu'elle ne résiste pas davantage à l'influence de l'humidité.

« Elle appartient à la famille des liliacées et se présente sous l'aspect d'un épais faisceau de larges feuilles semblables pour beaucoup à celles des iris et longues de 1 à 2 mètres. Cette plante fut découverte par Banks, dans le premier voyage du capitaine Cook. Des spécimens de la fibre qu'en retiraient les Maoris habitants de la Tasmanie furent alors apportés en Europe on on lui donna le nom de chanvre ou lin de la NouvelleZélande. On donna à cette plante le nom de phormium, du nom d'une herbe dont les Grecs se servaient pour faire des tissus pour vêtements. A ce nom botanique on ajouta le qualificatif tenax pour indiquer ses qualités, en effet; on a constaté que la force moyenne du chanvre étant de 16,30, celle du lin 11,75, celle de la soie 34, celle du phormium était de 25,48. Vers 1860, le gouvernement anglais chercha à susciter une expor talion plus importante de fibres de phormium, pour essayer de supplanter la fibre du bananier (Musa textilis), chanvre de Manille, qui provient des Philippines, colonie espagnole. Mais la fibre obtenue par le moyen des machines créées tout exprès ne valut pas celle extraite par les procédés plus simples des Maoris. Ceux-ci préparent ces fibres en retirant des feuilles choisies avec soin et complètement développées, les faisceaux vasculaires situés à l'extérieur, et en raclant ces derniers à l'aide d'un coquillage pour enlever autant que possible le tissu parenchymateux et l'épiderme qui y adhèrent. Par le travail des machines, la petite quantité de substance intercellulaire qui maintient les cellules du liber est attaquée et détruite, ou à peu près, le tissu cellulaire perd alors sa cohésion. « De ceci il ressort aussi que les fils du phormium ne peuvent résister à


XXXVIII PROCÈS-VERBAUX

l'action de l'eau, et surtout à celle de l'eau de mer. Ils sont inemployables par la marine; un graissage leur assurerait bien une plus longue durée mais ne remédierait pas au mal. « Les relevés de douane donnent pour 1887 :

QUANTITÉS VALEURS

Phormium tenax, Abaca et végétaux, filamenteux non dénommés.

Importation d'Angleterre et d'Algérie

Matières brutes. 13.280.409 k. 5.608.526 fr. — peignées. 483.866 » 435.480 »

Fils des mêmes tissus.

Importation anglaise 446.912 » 335.185 »

Importation belge 51.376 » 53.945 »

Après cette communication, M. Royet donne quelques détails sur le parti qu'on tire, en Russie, de l'écorce du tilleul, Tilia europoea.

Les arbres sont coupés par le bas, lorsqu'ils ont atteint la hauteur de 6 à 8 pieds, et au moment où la sève est abondante. Au moyen d'un instrument tranchant en os, on enlève le liber sur toute la longueur et on le partage en bandelettes qu'on fait tremper dans l'eau pendant plusieurs mois, pour éliminer la partie charnue. Après ce rouissage, les bandelettes sont divisées en rubans dont le tissu est d'autant plus fin qu'on s'approche plus du coeur de l'arbre; on fait sécher ces rubans à l'ombre, dans les bois. Les lanières les plus grossières servent à faire des cordes et des chaussons; les autres fournissent des filaments employés dans la confection de certains tissus. Les trois quarts des produits filamenteux du tilleul se consomment en Russie ; le reste est expédié par les ports d'Arkingel, de Riga, de Saint-Pétersbourg, en grande partie pour envelopper les bottes de lin. L'exportation annuelle s'élèverait à 14 000 000 de francs.

M. Cornevin fait connaître, d'après une communication qui lui a été adressée par un médecin-vétérinaire, ancien élève de l'École de Lyon, une propriété peu connue d'une plante de la famille des légumineuses, le mélilot (Melilotus officinalis).

Cette année le fourrage a été rare en Bourgogne; mais le mélilot s'y étant montré abondant, quelques agriculteurs l'on récolté pour le donner comme supplément de nourriture à leurs animaux. Un propriétaire a perdu trois chevaux en leur faisant manger trois doubles de graines. Ces animaux ont été d'abord paralysés des membres postérieurs ; la paralysie se propageant peu à peu d'arrière en avant, ils se sont couchés puis débattus, sans pouvoir se relever, pendant deux ou trois jours, et ont fini par succomber. L'autopsie a démontré que la maladie s'était compliquée d'entérite et de cirrhose aigüe du foie. Quelques jours après, une vache


PROCÈS-VERBAUX XXXIX

à laquelle on avait donné de la graine de mélilot cuite, mélangée avec de l'orge, a été saisie d'une violente entérite ; un vétérinaire appelé aussitôt parvint à sauver le sujet. Un propriétaire qui avait fauché du mélilot et employé sa récolte comme litière dans un étable à moutons, a vu périr, au bout de quelques jours, dix jeunes moutons dé l'année qui succombaient évidemment à l'ingestion des gousses de mélilot, car toutes les sommités fructifères avaient été mangées. Il résulte donc de ces faits, que le mélilot que la plupart des traités de botanique signalent comme une bonne plante fourragère, contient, dans certaines de ses parties, des principes nuisibles qui agissent spécialement sur le système nerveux, le foie et les intestins. Doit-on attribuer les effets pernicieux qui viennent d'être signalés, à la coumarine contenue dans le mélilot?

M. Saint-Lager dit que les chèvres sont très friandes du mélilot en fleuret qu'elles broutent celte plante sans qu'il en résulte pour elles aucun malaise. Les faits qui viennent d'être mentionnés sembleraient montrer que la graine seule est dangereuse et invitent à rechercher si les graines de la luzerne ne seraient pas aussi toxiques à un certain degré, vu la grande analogie qui existe entre la luzerne et le mélilot. La question n'aurait qu'une importance scientifique, attendu que la luzerne fournit peu de graines. Dans tous les cas la toxicité des graines du mélilot ne peut pas être attribuée à la coumarine, puisqu'elle n'en contiennent pas.

M. Leger met sous les yeux de ses collègues un mouchoir de poche en fil de ramie; la fibre a été fournie par la plante cultivée en France. Le fil est irrégulier et le tissu manque de souplesse. La ramie donne, chez nous, deux coupes, chacune de 2m,50. Pour séparer les fibres de la cutose, ne pouvant pas recourir au rouissage d'où résulterait une fermentation nuisible, on emploie des cylindres broyeurs qui ont encore l'inconvénient de mâcher les fils. On a pensé à un rouissage chimique avec la soude caustique ; mais comme la plante a beaucoup de volume pour peu de poids, le mètre cube pesant seulement 180 à 200 kilogrammes, l'opération demanderait l'installation d'appareils coûteux. En Chine, où la main-d'oeuvre est à bas prix, on décortique en vert, à la main, puis en froissant l'écorce après l'avoir fait sécher à l'air. On emploie maintenant des machines qui décortiquent en vert; ces machines fonctionnent en Egypte et dans d'autres parties du nord de l'Afrique d'où les produits nous sont expédiés. Ces filasses doivent être débarrassées de la pectose, ce à quoi l'on arrive assez bien au moyen de carbonate de soude, mais il reste la vasculose à laquelle le china-gras doit son brillant. Si la vasculose n'est pas éliminée, la ramie donne une étoffe raide qui conserve


XL PROCÈS-VERBAUX

les plis; la vasculose partie,le tissu devient cette étoffe terne que la Société a sous les yeux. Le problème actuellement consiste a trouver le point juste qui pourra concilier la souplesse et l'éclat.

M. Royet ayant parlé d'un envoi fait à la Chambre de commerce de tissus de ramie bien supérieurs à celui que M. Leger vient de présenter, M. Leger dit qu'il s'agit probablement de tissus de china-grass de Wackefield dont la vraie nature a été dissimulée dans un but de spéculation. Sur cette observation, M. Royet déplore que les étoffes en question aient été placées dans les vitrines du Musée industriel avec une fausse éti quette.

SÉANCE DU 2 MARS 1888 Présidence de M. CORNEVIN, vice-président.

M. Cornevin donne lecture de la note suivante qu'il présente comme document pouvant servir à élucider la question de la boucherie que la Société à mise à l'étude.

« La loi des 10 et 22 juillet 1791 contient les articles suivants :

« Art. 30. — La taxe des subsistances ne pourra provisoirement avoir lieu dans aucune ville ou commune de France, que pour le pain et la viande de boucherie.

« Art. 31. — Les réclamations élevées par les marchands, relativement aux taxes, ne seront, dans aucun cas, du ressort des tribunaux du district ; elles seront portées devant la direction du département qui prononcera sans appel.

« En vertu de cette loi, quelques municipalités, surtout en temps de crise, et dans un but de tranquillité publique, ont établi la taxe sur les produits de la boucherie et de la boulangerie.

« A Lyon, un arrêté préfectoral du 7 août 1884 a rétabli la taxe qui fut supprimée trois ans après; voici la base adoptée à ce moment.

« La taxe s'établit chaque quinzaine, elle prend pour point de départ le prix de la viande sur pied, résultant de là moyenne des mercuriales de ja quinzaine précédente.


PROCÈS VERBAUX XLI

" II faut ajouter à ce prix : 1° les droits d'octroi ; 2° les droits d'abattoir; 3° le déchet calculé à raison de 5 pour 100 du poids net pour le boeuf et le mouton, et de 6 pour 100 pour le veau. Le résultat obtenu, prix d'achat compris forme la totalité des frais.

« Les bénéfices se décomposent de la manière suivante, pour le boeuf : 1° vente du suif; 2° vente du cuir; 3° tripes; 4° langue; 5° tombée; 6° crosses.

« En déduisant le total de ces bénéfices de la totalité des frais, on a le prix de revient, et en ajoutant à ce prix 8 pour 100 pour frais généraux et 10 pour 100 pour le bénéfice qui doit être laissé au boucher, on a le prix moyen auquel la viande doit être vendue.

« Pour établir le prix des différentes catégories de viande, on prendra comme base les chiffres suivants : première catégorie, 55 pour 100; deuxième catégorie, 25 pour 100; troisième catégorie, 20 pour 100.

« Pour le mouton et le veau, on ne distingue que deux catégories.

« La partie la plus coûteuse de l'alimentation est, sans contredit, la viande que consomment aujourd'hui, dans les villes du moins, toutes les classes de la population.

« Il importerait donc au plus haut point de rechercher avec précision si le prix de celte denrée est adéquat à celui du bétail, question qui touche aux intérêts des producteurs et à ceux non moins respectables des consommateurs. Il faudrait voir si le bénéfice de l'intermédiaire, le boucher, est la juste rémunération de son travail et des capitaux mis en circulation, et n'a rien d'exagéré.

« Malheureusement, quand on veut étudier de près la question de la viande, on voit que le commerce de la boucherie, en raison de certaines habitudes locales, échappe facilement au contrôle. En effet, tous les systèmes de vente ont cours; c'est un vrais chaos. La viande est vendue avec ou sans charge (réjouissance), c'est le nom qu'on donne aux os que le boucher joint à la viande en quantité variable, suivant la nature des morceaux demandés, et qu'il fait payer comme viande. Puis, et c'est là surtout qu'est la grosse difficulté, il y a la qualité de la viande. De ce côté, il faut s'en rapporter au boucher qui ne décèle jamais le sexe des animaux, ni leur âge, ni leur race, et qui dit toujours les acheter dans les sortes les plus réputées pour la boucherie.

« Il est des villes où chaque morceau est tarifé à un prix spécial, suivant son mérite prétendu, tandis que dans d'autres, on a un prix unique pour toutes les parties de la bête, avec plus ou moins de charge. Or le


XIII PROCÈS-VERBAUX

mérite des morceaux n'est pas toujours basé sur la valeur nutritive, mais sur la tendreté et l'aspect extérieur. Tantôt les animaux, veaux, moutons et boeufs sont vendus le même prix, tantôt chacun à un prix différent,: ce qui est plus juste, puisque sur les marchés d'approvisionnement, les animaux sont vendus sur pied à des prix différents, suivant l'espèce.

« Enfin les bouchers, à Lyon notamment, ont ce qu'ils appellent des services, c'est-à-dire qu'ils classent leurs clients en plusieurs catégories d'après leur situation sociale, donnant à ceux de la première catégorie les morceaux de choix, et les morceaux inférieurs, avec abaissement de prix, aux clients des autres catégories. Inutile de faire voir combien celte catégorisation est avantageuse au boucher qui sert un peu ses clients à son gré, pour peu surtout qu'il sache employer les arguments métalliques vis-à-vis des domestiques de ses clients riches. Il est donc relativement difficile de savoir s'il y a une proportionnalité entre le prix du bétail et le prix de la viande. Quand on consulte les mercuriales des halles et marchés, d'une part, et le prix de la viande, d'autre part ; on remarque que la cote de celle-ci ne suit pas les variations du marché. Il y a des bouchers qui restent deux ou trois ans sans varier leurs prix, à moins qu'il n'y ait hausse sur le bétail, auquel cas ils augmentent; on les voit rarement diminuer.

« Cette situation est donc une nouvelle difficulté qui fait que la viande ne peut se comparer à d'autres produits qui suivent exactement le cours des matières premières d'où on les tire.

« Il n'y a guère qu'un moyen de savoir exactement à quoi s'en tenir: c'est de rechercher à quel prix revient la viande à certains établissements qui achètent eux-mêmes le bétail qu'il leur est nécessaire, le font dépecer et consommer par leur personnel. On peut choisir comme exemple les Hospices civils de Lyon. En 1886, le prix moyen de la viande est revenu aux hospices à 1 fr. 19 le kilogramme, et, d'après les exigences de l'administration des hospices, cette viande doit être de première qualité, c'est-à-dire correspondre au premier service des bouchers lyonnais. Or, le tarif des bouchers, pour le premier service, en 1886, à Lyon, a été de 1 fr. 70 ; il y a là un écart énorme qui représente un bénéfice net de 40 pour 100 sur le prix du détail.

« Il est juste de tenir compte de ce fait que le boucher détaillant n'achète pas les animaux en gros, comme peut le faire une administration, (quoique beaucoup de bouchers aient des prés où ils entretiennent des bandes de boeufs et de moutons), qu'il a des frais généraux plus élevés et


PROCÈS-VERBAUX XLIII

qu'enfin la viande n'étant pas une marchandise de garde, il peut y avoir perte pour le boucher, par suite des détériorations occasionnées par la chaleur.

« Même en tenant compte très largement surtout de la dernière considération, on ne peut s'empêcher de trouver la rémunération du boucher très élevée. D'ailleurs la concurrence effrénée que se font ces intermédiaires, chaque fois qu'il s'agit de quelque grosse adjudication, est significative, quand on la met en regard du prix fait au public.

« Il faut conclure de là qu'il y aurait lieu de s'efforcer, autant que possible, de ramener le commerce de la viande aux bases des autres denrées, d'exiger des bouchers des changements de prix corrélatifs des variations du prix du bétail, sauf à convenir d'une petite surélévation pendant la saison d'été, à cause des risques et des pertes occasionnées par la chaleur. »

Après cette communication, M. Cornevin parle de l'importation des viandes d'Amérique, industrie nouvelle, de nature à inquiéter les éleveurs dé notre pays. On sait qu'il se faisait, il n'y a pas longtemps encore, dans l'Amérique du Sud, d'immenses abatages d'animaux dont on n'utilisait presque exclusivement que les cuirs et le suif. Si l'on tirait quelque parti de la viande, c'était en la faisant sécher au soleil et en l'expédiant sous le nom de carne-seca pour la nourriture des esclaves aux colonies. Les moyens de transport plus rapides et les perfectionnements apportés aux procédés de conservation permettent aujourd'hui d'expédier la viande fraîche sur nos marchés.

Près de Buenos-Ayres, sur les bords de l'Uruguay, se trouve le plus important des saladeros de l'Amérique, celui de Fray-Bentos, propriété de la Société de l'extrait de viande de Liebig, où l'on abat 400000 boeufs par an.

Le bétail est amené par les senuelos (boeufs conducteurs dressés pour cette manoeuvre) dans des parcs successifs s'amincissant en goulot de bouteille, formés de pieux serrés, renforcés par des barres de fer, de manière à résister aux poussées les plus vigoureuses. A mesure que les animaux avancent, des poternes se ferment et séparent du gros de la troupe ceux qui vont passer sous le couteau du desnucueador. Sept ou huit sont amenés dans une enceinte très petite dont le sol a été rendu glissant et où ils se tiennent difficilement debout. D'une passerelle qui fait le tour de cet enclos, un homme jette le lasso sur les cornes d'un animal; ce lasso s'enroule autour d'un treuil et le boeuf est traîné jusqu'à la plate-forme


XLIV PROCÈS-VERBAUX

d'un petit wagon qui est de niveau avec le sol. D'un coup de son long couteau, le desnucueador frappe la bête à la nuque; elle est traînée sur son wagonnet et jetée sur la playa, longue esplanade où sous un toit et le long d'un ruisseau de sang; les desolladores procèdent au dépouillement. En quelques minutes, les cuirs sont enlevés, les têtes, les extrémités et les intestins séparés et mis à part. Les cuirs sont étendus et couverts immédiatement de sel, dans des fosses où ils s'éjournent vingt jours avant d'être embarqués.

Les déchets sont jetés dans de grandes cuves et dégraissés par la vapeur; les graisses liquéfiées sont conduites par des canaux dans des réfringerants, puis mises dans des caisses, pour l'exportation.

La chair se refroidit à l'ombre; une partie est salée à la mode ancienne; le reste sert à faire l'extrait de viande. Elle est dépecée par les charcueadores, séparée des os et découpée en tranches épaisses. Les morceaux qui ne sont pas destinés à la confection de l'extrait sont plongés dans des fosses remplies de saumure, où on les agite avec des gaffes pour leur faire dégorger leurs impuretés. Des fosses, cette viande égouttée est portée au saloir, où elle s'entasse en piles de 3 ou 4 mètres de côté composées de couches alternatives de viande et de sel. Chaque pile contient 2000 quintaux de viande. Ces piles sont démolies et reconstruites chaque semaine, pendant quarante jours, puis livrées au commerce ; la presque totalité est exportée au Brésil et à la Havane.

A Fray-Bentos, au travail qui vient d'être indiqué, ou ajoute la mise en boîtes des langues et la préparation de l'extrait de Liebig.

Pour fabriquer l'extrait, on porte sous des hachoirs mécaniques la viande découpée par les charcueadores, et de là dans de grandes marmites où la vapeur en extrait tous les sucs. Le liquide passe dans des vaporisateurs qui en retirent l'eau, et ensuite dans des appareils de distillation qui le séparent des matières mal dissoutes; surchauffé puis filtré, ce liquide arrive clarifié dans un condensateur où un appareil gyratoire le refroidit, puis dans un autre condensateur où il achève de se refroidir et prend la consistance d'une pâte. Un boeuf produit huit livres d'extrait.

Pour donner de l'uniformité à tous les bouillons, un chimiste en fait l'analyse avant le refroidissement complet.

Les résidus de la préparation de l'extrait et de l'extraction des graisses sont réduits en farine sous une meule; il paraît qu'on les emploie en Angleterre, pour l'engraissement des boeufs destinés à la boucherie.


PROCÈS-VERBAUX XLV

Dans toute l'Amérique, du Sud, on désigne sous le nom de charqui les lanières de viande séchées au soleil.

Les essais d'importation de viande fraîche conservée par le froid n'ont pas d'abord donné de bons résultais; on se servait de glace et après le dégel la viande se corrompait rapidement, Aujourd'hui, dans une usine des environs de Buenos-Ayres, la viande de mouton est congelée par le séjour dans des chambres où l'air rendu aussi sec que possible est amené artificiellement à — 20° et même — 30°. Sur le navire, est disposée une chambre hermétiquement fermée par une double enveloppe en planches entre lesquelles est un matelas de poussière de charbon de bois. Une machine à refroidir, actionnée par le moteur du navire ou par un moteur spécial, maintient la chambre à quelques degrés au-dessous de zéro.

L'usine de Buenos-Ayres à un correspondant à Paris, rue Turbigo, 3.

Pour répondre à une question qui lui est adressée, M. Cornevin dit qu'il ne connaît, en fait d'essais de déchets de viande pour la nourriture des animaux de boucherie, que ceux de M. Reugnard sur des moutons. Pour accoutumer les moutons à la poudre de viande, il faut la leur donner avec une nourriture végétale qu'on diminue peu à peu. L'engraissement marche bien, mais si l'on force la dose de nourriture animale, outre le dégoût, on peut provoquer des embarras gastriques. A ce régime, les excréments deviennent nauséabonds et prennent l'odeur de ceux des animaux carnivores. Il y a, à Paris, une maison spéciale qui fait un grand commerce de déchets de viande pour l'alimentation des chiens et des oiseaux de basse-cour. On trouverait facilement l'emploi de ces déchets pour l'engraissement des porcs ; on sait d'ailleurs que tous les établissements d'équarrissage entretiennent des porcs. La chair de ces animaux' devient molle et flasque, le lard ne prend pas bien le sel ; elle ne vaut pas à beaucoup près la chair des porcs qui mangent des graines et surtout des glands.

M. Cornevin fait encore une communication extraite du rapport du département de l'agriculture du Kansas, pour l'année 1887. Dans ce document, M. Grosjean, inspecteur de l'enseignement agricole, signale comme vénéneuses deux plantes de la famille des légumineuses, l'Astragalus mollissimus et l'Oxytropis Lamberti. La première a été étudiée par M, Serre, pharmacien' au Kansas. Cette plante, qui porte dans le pays le nom de lacoweed, empoisonne les animaux en les plongeant d'abord dans un état de vertige et d'hallucination ou ils perdent même l'instinct de la


XLVI PROCÈS-VERBAUX

direction. L'autopsie révèle les caractères d'une anémie complète. La maladie prise à temps peut être combattue avec succès par l'extrait de belladone, le sublimé corrosif et la glycérine. Il est probable que le poison du locoweed est un glycoside et non un alcaloïde.

M. Sauzey demande si les animaux livrés à eux-mêmes ne sont pas doués d'un instinct préservateur qui les éloigne des plantes nuisibles.

M. Saint-Lager croît que les animaux s'abstiennent seulement des plantes qui repoussent par leur odeur, comme le varaire, ou par leur amertume, comme les gentianes ; il ajoute que les moutons sont très friands des jeunes pousses de chêne qui leur donnent l'hématurie.

M. Cornevin dit que l'instinct préservateur est plus développé chez les animaux sauvages que chez les animaux domestiques et qu'il s'atténue chez ces derniers, en même temps que la sensibilité augmente en raison du degré de domestication ou de perfectionnement de la race. Les chèvres dont l'instinct est quelquefois.en défaut, puisqu'elles s'empoisonnent avec le rhododendron, sont moins sensibles que les moutons et, parmi ces derniers, il y a encore de grandes différences, suivant la finesse de la race. Le mouton algérien mangera impunément des pousses de chêne tandis que le Soulh-down serait infailliblement atteint d'hématurie. Les animaux qui vivent en contact étroit avec l'homme, n'ont presque jamais le choix de leur nourriture et ils sont souvent empoisonnés par les personnes mêmes qui en prennent soin. La Société doit se rappeler que M. Tabourin a figuré comme expert dans un procès intenté par un propriétaire de bestiaux à un entrepositaire de Vaise à la suite de l'empoisonnement d'un certain nombre de veaux avec de la farine niellée. Il n'y a pas longtemps, une pauvre femme a empoisonné sa vache en lui donnant à manger de l'ellébore que, faute de fourrage, elle était allée ramasser le long des chemins. Il est probable que livrée à elle-même et pressée par la faim, la vache aurait plutôt brouté quelques brindilles que mangé de l'ellébore.

SÉANCE DU 9 MARS 1888 Présidence de M. LEGER

Par une circulaire en date du 5 courant, M. le Ministre de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts, informe que l'ouverture du Congrès


PROCÈS-VERBAUX XLVII

des sociétés savantes aura lieu exceptionnellement, cette année, au ministère, rue de Grenelle, 110, le mardi 22 mai, à 4 heures et demie, que les travaux se poursuivront pendant les journées des mercredi 23, jeudi 24 et vendredi 25 mai. La séance générale, présidée par le Ministre, sera tenue le samedi 26 mai, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. La désignation des délégués des Sociétés doit parvenir au ministère avant le 25 avril, dernier délai.

Dans une lettre en date du 1er mars, M. le Préfet du Rhône porte à la connaissance de la Société, que le Ministre de l'Agriculture a décidé de présenter à l'Exposition universelle de 1889 une comparaison de l'agriculture avant 1789 et à l'époque actuelle. M. le Préfet prie en conséquence la Société de lui communiquer le plus tôt possible tous les documents statistiques qu'elle pourra se procurer sur ce sujet.

M. le Président fait observer que la principale culture dans le département du Rhône étant celle de la vigne, il importerait surtout de recueillir des renseignements sur cette culture.

M. Locard, faisant observer, à son tour, que le département du Rhône a subi de nombreux déboisements et qu'on s'y est ensuite activement occupé de reboisements, dit que la sylviculture doit être aussi l'objet d'études intéressantes et qu'on trouvera certainement des informations utiles dans les écrits de M. Seringe et de M. Mulsant.

M. Sauzey signale pour les renseignements statistiques sur la viticulture, les ouvrages du docteur Guyot.

M. Marnas désigne, comme auteurs à consulter, l'abbé Rozier, Furster, qui parle de la culture de la vigne en Angleterre et dans le nord de la France, du IXe au XIe siècle, l'histoire des moines de Cîteaux, où l'on voit que les vignes du clos Vougeot, atteintes par une maladie qui a de grandes analogies avec l'invasion phylloxérique, ont été arrachées puis régénérées, au bout de quatre-vingt-dix ans, par le semis.

M. le Président parle du mouvement récent, mais de plus en plus marqué vers la formation de syndicats dans le département du Rhône. Le Rhône compte aujourd'hui six de ces associations : 1° le syndicat d'Ampuis qui fonctionne depuis plus d'un an, spécialement pour les engrais; 2° le syndicat de Saint-Genis-Laval, qui compte près d'une année d'existence; 3° le syndicat de Tarare, qui s'est constitué le 3 janvier dernier, sous la présidence de M. de Saint-Victor; 4° le syndicat du Bois-d'Oingt, président M. de Chaponnay; 5° le syndicat de Vaugneray, constitué au mois de janvier dernier, président M. Rambay, (Joseph), maire de VauPROCÈS-VERBAUX,

VauPROCÈS-VERBAUX, 4


XLVIII PROCÈS-VERBAUX

gneray; 6° le syndicat de Belleville-sur-Saône, le dernier en date, président M. E. Duport. Le syndicat de Belleville s'est formé pour l'achat des engrais, des plants, des semences, des insecticides et des machines ; il publie un bulletin mensuel qui donne le prix des produits offerts à la consommation. Une beurrerie a été installée à Saint- Lager ; les membres seuls du syndicat peuvent vendre à cette beurrerie ; toute personne syndiquée ou non peut y acheter. Pour le moment, les produits offerts par les membres syndiqués sont les vins, le foin et le beurre. Il est à souhaiter qu'on y joigne la viande et que l'entreprise soit soutenue par la population. L'exemple donné par trois propriétaires avignonnais qui ont forcé es bouchers d'Avignon à réduire leurs prix de vente de 25 pour 100 ne doit pas être perdu.

M. Sauzey, demande si le prix du sulfate de cuivre ne subira pas l'influence de la hausse du métal.

M. Marnas dit qu'il est facile d'en déterminer les variations en consulant la cote fournie par la Chambre de commerce, et en prenant pour base du calcul la proportion de 32 pour 100 qui est celle du métal. Le prix actuel du sulfate de cuivre est de 55 francs les 100 kilogrammes. Les renseignements les plus exacts seront d'ailleurs donnés par le journal du syndicat des agriculteurs de France.

M. Burelle signale un nouvel exemple de l'heureuse influence que l'initiative privée peut exercer sur le prix de la viande de boucherie. M. de Parcieux, grand propriétaire de vignobles dans l'Ardèche et possesseur d'un nombreux bétail, voyant, par suite de la baisse du prix des animaux sur pied, ses bénéfices diminuer, a pris le parti de vendre directement aux consommateurs, et a établi une boucherie à Montélimar. Les résultats de son entreprise l'ont engagé à augmenter ses étables et à se mettre en devoir d'ouvrir de nouvelles boucheries à la Voulte et au Pouzin. Il est vrai qu'il a sous la main, pour l'engraissement de ses animaux, une ressource qu'on ne trouverait peut-être pas partout, dans les drèches de la distillation des grains qui se fait au Pouzin.

M. Deville donne un compte rendu de la brochure intitulée : La Greffe bouchon, en place et sur table, par M. Vermorel, dont l'auteur a fait hommage à la Société, par l'intermédiaire de M. Revol. Il s'agit dans ce travail, d'une nouvelle ligature qui a le multiple avantage d'assurer un plus grand nombre de reprises, de permettre la greffe en place, au-dessus du sol et de dispenser du déchaussement et du buttage des souches. Le lien est un bouchon de liège fendu en long ; il s'applique à toute espèce


PROCÈS-VERBAUX XLIX

de greffage. Le support et le greffon sont placés entre les faces planes dès deux moitiés du bouchon qu'on serre avec la pince Alliès, de manière à mettre en contact les bords opposés. Les rainures de la pince permettent de lier lé bouchon pendant qu'il est serré, au moyen de trois brins de fil de fer. L'élasticité du liège garantit la soudure de l'humidité et du contact de l'air. Le bouchon et les liens doivent être enlevés vers la fin d'août, pour laisser la soudure se lignifier avant l'hiver. La greffe eh bouchon doit être faite au commencement de mai, après un fort écoulement de sève qu'on provoquera dans le sujet, par trois décapitations successives, à quelques jours d'intervalle. Cette méthode n'a pas, comme la ligature au raphia, l'inconvénient d'étrangler là greffe et de mettre, dans un même vignoble, un certain nombre de ceps en retard sur les autres. Appliquée au greffage sur table, elle n'exige qu'une dépense de 6 fr. 20 le mille, y compris l'acquisition des bouchons qu'on peut remplacer d'ailleurs par des rognures de liège.

An sujet des ligatures au raphia, M. Sauzey demande s'il faut, comme plusieurs personnes le conseillent, cesser de les sulfater.

M. Deville répond oui, pour plusieurs raisons : premièrement le raphia, peu extensible de sa nature et rendu pour ainsi dire indestructible par le sulfate de cuivre, étrangle la greffe; en second lieu, le sel dissous par l'humidité peut pénétrer entre les surfaces mises en contact et ce liquide acide nuit à la reprise.

M. Leger ayant demandé quelle est la valeur des boutures à un oeil, M. Deville donne quelques détails sur ce moyen de multiplication qu'il a vu appliquer en 1865, à la ferme-école de Royat (Ariège), sous la direction de M. Lefèvre. On coupait les sarments à 1 centimètre 1/2 de chaque côté de l'oeil et on semait en quelque sorte les tronçons ainsi obtenus,, sur des plates bandes. Les reprises étaient presque toutes assurées, et, dès la première année, on avait des pousses de 70 centimètres, dont la vigueur s'explique par la formation des radicelles presque à la surface du sol.

M. Sauzey fait observer que les racines trop voisines du sol gênent pour le travail de la terre et sont le plus souvent détruites quand on donne des façons à la vigne.

Pour M. Deville, la destruction des racines superficielles est une erreur de culture tout aussi grande que l'habitude suivie dans la Corrèze, de planter des sarments de 80 centimètres. La vigne est un arbuste qui résisté d'autant mieux qu'il est mieux muni de radicelles supérieures,


L PROCÈS VERBAUX

témoin les treilles, dont la résistance au phylloxera est bien connue, et au pied desquelles le sol n'est jamais remué.

M. Gobin fait observer que l'ablation des racines superficielles est peut-être un moyen de maintenir l'équilibre entre le système souterrain et le système aérien, équilibre que la taille doit nécessairement compromettre, si elle n'est pas compensée par une réduction des racines. Cette double mutilation est généralement appliquée, ajoute M. Gobin, aux sujets que l'on extrait des pépinières pour en opérer la transplantation.

M. Deville répond à cette observation qu'il y a une différence fondamentale entre la vigne et les autres végétaux ligneux. La vigne ne porte du fruit que sur le bois de l'année. Le poirier, par exemple, pousse, au contraire, des dards qui ne se mettront à fruit quelquefois, qu'au bout de trois ans; pour leur faire donner des bourgeons, il faut ralentir la sève; pour cela, on les flagelle, c'est-à-dire qu'on les mutile, qu'on les meurtrit et qu'on les couvre de lésions artificielles, en vue de diminuer leur vigueur. Si un arbre à fruit ne produit pas, c'est souvent parce qu'il pousse trop vigoureusement, tandis que la vigueur n'est jamais un défaut pour la vigne.

SÉANCE DU 16 MARS 1888 Présidence de M. LEGER

La Société centrale d'agriculture de l'Hérault annonce dans une circulaire, qu'à l'occasion du prochain concours agricole de Nîmes, elle suspendra, cette année, la série de ses réunions publiques pour les remplacer, avec le concours de l'École d'agriculture de Montpellier, par des conférences qui seront faites les mercredi 21 et jeudi 22 mars, par M. Foex, directeur de l'École d'agriculture, M. Viala, professeur de viticulture, et M. P. Ferrouillat, professeur de génie rural. Le jeudi 22 sera tenue une séance d'expérimentation d'appareils destinés à combattre le mildew.

Le Comice agricole de Rome adresse le programme de l'Exposition internationale de volailles de basse-cour et de colombier, lapins, gibier élevé pour les chasses réservées, machines et appareils pour l'aviculture,


PROCÈS-VERBAUX LI

chiens, instruments et engins pour la chasse, autorisés par la loi. Cette exposition aura lieu à Rome du 16 au 30 avril prochain.

M. le Président donne lecture du questionnaire de l'enquête concernant le commerce de la viande, poursuivie sous les auspices de M. Gomot ancien ministre. Ce questionnaire, dont l'administration n'a pas encore reçu communication, a été publié par le Comice agricole de Trévoux, dans le numéro de l'Express du 16 mars ; il est ainsi conçu :

1 o A quel prix moyen est tombée la viande sur pied ?

2° A quel prix est livrée la viande mise en vente par la boucherie ?

3° L'avilissement du prix provient-il d'un excès de production locale?

4° L'attribue-t-on à l'importation étrangère ?

5° La consommation a-t-elle diminué ?

6° Y a-t-il d'autres causes de la baisse du prix ? Quelles sont-elles ?

7° Quelles sont les cultures qui sembleraient de nature à sauvegarder cette partie de la fortune agricole ?

8° A quelle raison convient-il d'attribuer l'écart constaté entre le prix de la viande sur pied et de la viande vendue à la boucherie ?

A la suite de cette communication, M. le Président rappelle qu'il existe au sein de la Société une commission spéciale désignée pour l'étude des questions qui précèdent. Il ajoute que, sans sortir de ses attributions, la Société pourrait intervenir d'une façon utile, quand ce ne serait qu'en cherchant à aplanir les difficultés que rencontrent les éleveurs de la Loire pour la vente de leur bétail sur le marché de Lyon. Trois ou quatre boucheries libres pourraient être établies sur le modèle de celles qui viennent d'être fondées à Avignon et à Montélimar, en demandant conseil, au besoin, aux fondateurs de ces dernières. Ces établissements seraient sans doute décriés par la corporation des bouchers intéressée à écarter toute concurrence; mais l'appui de personnages d'une honorabilité reconnue pourrait faire un utile contre-poids en faveur de ces créations nouvelles, d'autan plus désirables, dans notre ville, que nulle part le commerce de la viande au détail n'est aussi embrouillé qu'à Lyon.

M. Sauzey fait observer que plusieurs des questions énumérées plus haut ne sont pas simplement des questions d'actualité, mais des questions, pour ainsi dire, permanentes, pour chacune desquelles on pourrait établir un dossier à conserver.

M. Royet indique, comme document utile à consulter, d'après le Journal officiel du 9 mars, l'ouvrage de M. Mazon intitulé : Les Muletiers du Vivarais et du Forez..


LII PROCÈS-VERBAUX

Cet, ouvrage, dont le Salut public a publié des extraits, fait connaître l'état de l'agriculture et les moyens d'échanges aux époques déjà reculées où les muletiers étaient les seuls intermédiaires entre les populations de la vallée du Rhône et celles des régions centrales de la France.

M. Leger dépose sur le bureau, au nom de M. Depéret, membre correspondant, un manuscrit rédigé à l'aide des notes laissées par M. Fontannes, sur les terrains tertiaires du midi de la France. Ce travail est renvoyé à la Commission de publication.

M, Royet, après avoir rappelé la communication qu'il a faite dans l'une des précédentes séances, sur L'OEstrus bombycis, d'après le mémoire de M. James Cleghorn, donne lecture de la note suivante :

« J'ai reçu, il y a environ trois semaines, une caisse venant de l'Assam, où j'ai trouvé le parasite en question. Des cocons vivants de Philosamia ricini, appelé Eri dans l'Assam, étaient fixés dans cette caisse avec de la cire d'Espagne. On avait dû y mettre aussi un certain nombre de chenilles vivantes de cette même espèce, prètes à faire leurs cocons, puisque j'ai trouvé de grandes toiles de baves perdues garnissant toute la boîte et, dans les quatre angles, une quinzaine au moins de cocons enveloppés dans leur blaze et fixés. C'est dans ces toiles de bave et dans la blaze des cocons, que j'ai trouvé la plupart des parasites à l'état parfait; mais j'en ai trouvé aussi deux dans le même état à l'intérieur de deux cocons. Trente-sept cocons sur quarante-neuf étaient percés du côté de leur ouverture, d'un petit trou ou plutôt d'une sorte de canal produit par l'écartement des vestes soyeuses, moins serrées, comme on le sait, à l'une des extrémités de la plupart des cocons des vers sauvages. J'ai recueilli une vingtaine d'exemplaires à peu près complets du parasite à l'état de mouche, des coques en quantité, à l'extérieur, mais surtout à l'intérieur des cocons. Ces derniers étaient morts, à l'exception de onze qui avaient éclos. Je ne sais si les papillons s'étaient accouplés. En tout cas, la caisse était garnie de graines que j'ai conservées et que j'essaierai de faire éclore.

« Les chenilles étaient donc à peu près toutes habitées par le parasite. Les cocons me paraissant tous morts, je les ai ouverts. Onze cocons éclos ne contenaient que la peau de la chenille et celle de la chrysalide. Quinze contenaient la chenille momifiée n'ayant pu se chrysalider, à cause des parasites dont les ravages se voyaient sur leurs corps. Un seul contenait une chrysalide percée de deux trous et accompagnée de deux coques. Enfin un de ces quinze cocons renfermait huit coques de parasites, trois en renfermaient six, deux en contenaient quatre, les autre.-, de une à trois.


PROCÈS-VERBAUX LIII

« Parmi ces nombreuses coques, j'en ai trouvé une que je fais passer sous les yeux de la Société et dont l'insecte est mort, n'ayant pu sortir que jusqu'à mi-corps. Le reste des cocons contenait des vers ou des chrysalydes sans coques de parasites, mais complètement réduits en poussière.

« Il me semble évident que des parasites, une fois les phases de leur vie accomplies à l'itnérieur des vers à soie, en sont sortis; et c'est ainsi que j'ai pu les trouver dans l'intérieur de la boîte. La boîte avait bien des trous pour l'aération, mais ces trous se sont trouvés trop petits pour donner passage aux mouches qui ont cependant essayé d'en profiter, car sur une vingtaine de mouches que j'ai recueillies, j'en ai bien retiré une dizaine engagées dans ces trous, la tête en dehors de la boîte. "

A la suite de cette lecture, M. Royet dit que non seulement le parasite en question lui paraît être l'oestrus bombycis décrit par M. James Cleghorn, mais qu'il croit que c'est aussi le même que l'oudji du Japon, d'après les Comptes rendus du Congrès des orientalistes, tenu en 1881. Il n'y a guère que dix ans que l'oudji du Japon est connu. Les éleveurs qui l'ont observé les premiers prétendent que le ver à soie en avale les oeufs en mangeant la feuille du mûrier, ce qui est une erreur manifeste, car, relativement parlant, autant vaudrait dire que nous avalons les graines de raisins sans les écraser. Quoi qu'il en soit des parasites du bombyx du mûrier ou du ver à soie du ricin, et dont l'étude offre uu certain intérêt scientifique, nous n'avons rien à craindre de leur part, attendu que les oeufs qui peuvent nous arriver avec des envois de cocons ou de chrysalides éclosent forcément en route, dans les contrées chaudes qu'ils traversent et que les larves meurent faute de nourriture. Il est infiniment probable, d'ailleurs, que notre climat ne peut pas leur convenir.

M. Sauzey rapproche l'OEstrus bombycis de l'ichneumon de la pyrale,

M. Royet informe que le consul de France à Tiflis a adressé à la Chambre de commerce de Lyon, par les soins de M. Rondot, 750 grammes de graines de vers à soie d'une race pure de la Perse qui n'a encore jamais pénétré en Europe. Des lots pourront être mis à la disposition des membres de la Société qui en feront la demande, pour des essais d'éducations.


LIV PROCÈS-VERBAUX

SÉANCE DU 23 MARS 1888 Présidence de M. LEGER

La correspondance contient une circulaire du Comité d'études de l'hôtel des sociétés savantes, annonçant que le projet de la création d'un centre de réunion a été réalisé par l'acquisition de l'ancien hôtel des États de Blois, rue Serpente, 28, et à proximité de l'Institut, de la Sorbonne, du Collège de France et de l'École de médecine. Les sociétés de province et de l'étranger sont admises à profiter des avantages offerts par l'hôtel des sociétés savantes, moyennant une cotisation de 25 francs par an pour les sociétés de cent membres et au-dessous, et de 10 francs en plus pour chaque centaine de membres au-dessus de cent membres. Les membres des sociétés adhérentes auront droit d'accès à la bibliothèque, à la salle de lecture, au restaurant et aux services généraux, au même titre que les membres des sociétés adhérentes de Paris.

M. Royet parle, d'après l' Économiste français du 10 mars, de l'établissement d'une boucherie coopérative à Roubaix. Cette boucherie est arrivée à donner 10 pour 100 à titre de rabais à sa clientèle, dans le court espace de trois mois, et les bouchers de la ville qui vendaient 1 franc le 1/2 kilogramme de boeuf, il y a deux ans, ont été forcés de descendre progressivement jusqu'à 0 fr. 60. D'après l'auteur de l'article, les mêmes effets se sont produits partout où l'on a essayé de la coopération ; il cite les mines d'Anzin, de Bully-Grenay, de Maux, où des installations ont été faites par les soins de l'administration des mines. Toute société réunissant au moins trois cents membres peut aborder la boucherie; il suffit qu'elle puisse disposer d'un capital de 5000 francs, dont 2000 serviront à l'installation et à l'achat du matériel d'exploitation, le reste devant former le fonds de roulement pour l'achat du bétail au comptant. Il est aussi nécessaire de ne vendre qu'au comptant et d'avoir un gérant responsable, ce à quoi l'on peut arriver en n'admettant à cette fonction qu'au moyen d'un cautionnement.

Le même journal contient encore l'avis, adressé par un abonné, de la réunion d'une quarantaine de propriétaires de la Côte-d'Or et de la Haute-Saône, qui se proposent d'ouvrir une boucherie à Dijon, pour l'ê-


PROCÈS-VERBAUX LV

coulement direct de leurs boeufs, moutons et veaux, sans autre intermédiaire, entre eux et le public, que le personnel de l'exploitation.

A l'occasion de cette communication, M. Leger dit qu'à Lyon, il semble que le public se décide enfin à entrer dans une voie de protestation effective contre les prétentions des bouchers. Les achats à la halle, où l'on paie bien meilleur marché que dans les magasins de débit, se multiplient. Nous n'avons encore que deux halles, c'est trop peu pour un grand centre de population. Les bouchers font valoir, avec assez de raison, le risque de perte, lorsque la viande ne peut pas se conserver. Ils n'auraient plus cet argument à leur service, si nous possédions un entrepôt, comme il en existe un à Genève, où les bouchers, ainsi que las marchands de volaille, de gibier et de poisson peuvent apporter la marchandise non vendue qui est mise à l'abri de la corruption, par le froid.

M. Sauzey fait observer que la glace est employée depuis longtemps comme moyen de conservation non seulement par les marchands, mais aussi par des consommateurs qui ont fait construire chez eux des glacières. Il rappelle les découvertes d'animaux des époques géologiques conservés intacts dans les glaces polaires.

Le poisson conservé dans la glace, dit M. Leger, est mangeable ; nous en avons tous fait l'expérience, il y a un certain nombre d'années, lorsque le Raphaël nous apportait le produit des pêches des Canaries ; mais la chair de ce poisson n'a pas les qualités de celle du poisson frais; de plus, après le dégel, il se corrompt plus rapidement. On peut en dire autant de la viande conservée dans la glace, et c'est pour cela que l'entreprise du Frigorifique n'a pas réussi. Il en est tout autrement du système auquel les Anglais se sont ralliés et qui consiste à mettre la viande dans une atmosphère sèche en même temps que froide. Les quartiers de mouton qu'ils importent d'Australie chez eux sont dans le même état que si les animaux venaient d'être abattus à Londres. Le refroidissement est produit par la brusque dilatation de l'air préalablement comprimé. Cet air passe dans des chambres disposées autour des récipients, appelées chambres à neige, où il dépose son humidité condensée à l'état solide, et arrive sec dans les récipients destinés à recevoir la viande. Les récipients sont à doubles parois dont l'intervalle est garni de copeaux carbonisés d'acajou ou de palissandre. Ces récépients restent hermétiquement fermés, pendant toute la durée de la traversée; des thermomètres électriques actionnent une sonnerie, lorsque la température est au point voulu, c'est-à-dire à — 15° et aussi lorsque la température s'élève à — 10°.


IVI PROCÈS-VERBAUX

M. Cornevin explique, d'après les expériences qu'il a faites sur le microbe de la septicémie ou de la gangrène, la différence entre la viande conservée dans le froid sec ou dans la glace. Le vibrion septique est momentanément paralysé par la glace, mais non détruit; injecté dans un morceau de chair musculaire que l'on place dans la glace, il ne s'y propage pas, mais lorsque cette chair est dégelée, cet agent de décomposition retrouve toute sa puissance infectieuse; il résiste même à l'action de l'acide salicylique, de l'acide phénique et de tous les phénols, Si, au contraire, la viande injectée est conservée dans un milieu froid et desséché, par le chlorure de calcium, par exemple, non seulement il est mis dans l'impossibilité de se multiplier pendant le temps où la viande est refroidie, mais après le dégel, il ne récupère pas son activité, d'où l'on peut conclure qu'il a été détruit.

M. Leger, après avoir rappelé les nombreuses communications dont les phosphates métallurgiques ont été l'objet, signale un fait nouveau. Les ouvriers du Creuzot qui travaillaient à la trituration de ces phosphates, étaient au bout de quelques jours, saisis de coliques analogues aux coliques de plomb ; mais, chose plus grave, après deux mois, leur santé se trouvait tellement compromise qu'il fallait les envoyer à l'hôpital où l'on constatait chez plusieurs les symptômes de la phtisie laryngée. On a dû, à raison de ces faits, renoncer à l'emploi des meules qui dispersaient les poussières, et les remplacer par des moletons hermétiquement fermés. Un système de ventilation chasse hors de l'usine les poussières folles, et la durée du travail a été limitée à quinze jours. L'analyse des phosphates du Creuzot donne, pour deux types entre lesquels on peut placer tous les autres :

Acide phosphorique 12,60 15,98 pour 100

Chaux. 45,05 44,98 —

Magnésie . 6,30 5,09 —

Silice 10,80 10,00 —

Protoxyde de fer 13,80 15,22 —

Protoxyde de magnésie 6,00 5,68 —

Acide sulfurique 0.50 0,12

Divers, alumine, etc 4,95 2,93 —

De toutes ces substances, il s'agirait de savoir lesquelles doivent être incriminées.


PROCÈS-TERBAUX LVII

Les phosphates de scories, ajoute M. Leger, semblent d'ailleurs perdre du terrain, au moins en France. Tandis qu'en Allemagne, on peut les livrer à 15 francs la tonne, le Creuzot les vend 25 francs. De plus leurs propriétés fertilisantes sont subordonnées au degré de pulvérisation qu'on ne saurait pousser trop loin. Il résulte de là que leur emploi ne peut guère s'étendre au delà d'un rayon restreint autour des usines.

M. Locard dit que les minerais calcaires de l'île d'Elbe, de la Sardaigne, de l'Espagne, qui contiennent du plomb et du zinc, ne produisent pas d'autres effets sur les ouvriers employés à les triturer, que des accès de coliques. La phtisie doit être attribuée a l'action mécanique des poussières siliceuses. Pour savoir à quoi s'en tenir, il faudrait procéder à l'examen microscopique des scories pulvérisées du Creuzot.

M. Péteaux et M. Saint-Lager rappellent, à ce propos, les accidents auxquels donnent lieu les poussières siliceuses, dans les ateliers d'aiguisage.

M. Coignet (J.) dit que, dans tous les cas, on ne peut pas incriminer la poussière d'os, attendu qu'il peut citer un ouvrier qui, pendant vingt ans, a été employé à la pulvérisation des os dégélatinisés, et cela à raison de douze heures par jour, sans que sa santé en ait été altérée. M. Coignet ajoute que la concurrence des scories phosphatées n'empêche pas la création d'usines pour la fabrication des superphosphates et que trois usines de ce genre viennent de s'ouvrir à Aubervilliers.

SÉANCE DU 13 AVRIL 1888

Présidence de M. LEGER

Par circulaire en date du 5 avril, M. le Ministre de l'Agriculture rappelle que les délégués des sociétés et comices, les membres du jury et les exposants des concours régionaux sont convoqués, dans chaque exposition, à une réunion spéciale dans laquelle devront être étudiées les modifications qu'il conviendrait d'apporter aux programmes des concours de l'année suivante. M. le Ministre met à la disposition de la Société une carte qui devra porter la signature du président et accréditera le délégué


LVIII PROCÈS-VERBAUX

désigné par la Société auprès de M. le Commissaire du concours le plus à proximité et au choix de la Société.

L'Inspecteur de l'agriculture de la régence de Tunis adresse une invitation pour les concours agricole et hippique, les expositions scolaires et des beaux-arts qui auront lieu à Tunis, du 27 avril au 6 mai prochain.

M. Le Président, après avoir rappelé les mesures de précautions compliquées qu'exige la Banque, pour recevoir le dépôt du registre de la Fondation, propose la discussion d'une modification à la décision prise à cet égard, en faisant observer que d'autres établissements de crédit, le Crédit lyonnais, par exemple, pourront exiger moins de formalités.

Il est procédé à la distribution, aux membres présents, du volume de 1887.

M. Cornevin, après avoir rappelé ses communications antérieures sur l'emploi de l'arsenic pour l'engraissement du bétail, rend compte d'une nouvelle série d'expériences qu'il a entreprises, à la ferme du parc de la Tête-d'Or, en vue de contrôler et le mode d'opération et l'efficacité du moyen. L'agent employé est l'acide arsénieux.

Comme il a été reconnu que l'acide arsénieux pulvérulent laisse dans la panse et les intestins des dépôts qui peuvent devenir dangereux, M. Cornevin a d'abord administré la liqueur de Fowler en injections hypodermiques. Deux lots de moutons ayant été choisis aussi semblables que possible, et traités pendant quelques jours d'une façon absolument identique, pour être mis dans les mêmes conditions, un de ces lots fut réservé comme témoin, tandis que les animaux du second lot ont été inoculés à raison de deux gouttes par jour et par tête, pendant une semaine, de quatre gouttes pendant la semaine suivante, et enfin de six gouttes pendant la troisième semaine. Mais il fallut renoncer à cette façon d'opérer, chaque coup de lancette ayant produit une escarre de 5 centimètres de largeur. Chez un animal que dix gouttes avaient tué, l'autopsie montra des lésions dans les reins et les organes de la digestion. Cés expériences ont été faites en 1886; les résultats peu satisfaisants engagèrent M. Cornevin à recourir, en 1887, à l'introduction de l'agent par les voies digestives.

Dans la nouvelle série d'expériences, il opéra sur deux Millery, deux Mérinos, deux métis South-Down, deux métis Dishley, partagés encore en deux lots aussi semblables que possible, si ce n'est qu'un des sujets, élevé artificiellement se trouvait plus faible que celui qui devait lui servir de terme de comparaison. Pendant trois semaines on donna à tous ces


; PROCÈS-VERBAUX LIX

animaux la même nourriture, composée de betteraves, de tourteaux et de foin. Ceux qui étaient voués au traitement arsenical absorbèrent ensuite sur du pain les poids suivants de la liqueur maintenus chacun pendant une semaine : 25 centigrammes, 50 centigrammmes, 1 gramme, 6 grammes et 12 grammes. Des pesées étaient faites toutes les semaines. Le sujet le plus chétif a gagné 150 grammes par jour et a fini par surpasser les autres en embonpoint ; parmi ces derniers, il en est un qui est resté stationnaire à partir du moment où il eut reçu la dose de 6 grammes.

Des observations qu'il a recueillies, M. Cornevin conclut que l'acide arsénieux administré à doses modérées excite l'appétit, qu'il est surtout favorable aux sujets malingres et souffreteux, mais qu'à haute dose, il est plutôt nuisible qu'utile.

A la demande de plusieurs membres, M. Cornevin promet de mettre en ordre les notes qui ont servi de base à sa communication et de les déposer pour les publications de la Société.

M. Leger dit que les Orientaux font usage de l'acide arsénieux pour donner de la vigueur à leurs chevaux et que les montagnards y puisent un moyen de diminuer la fatigue des ascensions.

M. Saint-Lager fait observer que l'arsenic est de préférence employé sous,forme d'arsénite de soude; il ajoute que cet ingrédient peut avoir son utilité dans des cas exceptionnels, mais qu'il vaut mieux s'en abstenir, lorsqu'on jouit d'une santé normale.

M- Péteaux croit que quel que soit le mode d'emploi de l'arsenic, l'accumulation dans les organes est toujours à redouter.

M. Cornevin répond à celte observation, que le chimiste italien Selvi, qui s'est livré à la recherche de l'arsenic absorbé par les animaux, n'en a jamais trouvé trace dans le foie. Il ajoute qu'il a lui-même donné à manger à un chien le foie d'un mouton traité par l'acide arsénieux et que le chien n'a pas montré le moindre symptôme d'empoisonnement.

M. Biétrix fait observer que les chiens jouissent de la faculté de vomir l'arsenic qu'on leur fait absorber.

M. Leger donne lecture d'une note sur les ciments siliceux ; ce travail est renvoyé à la Commission de publication.


IX PROCÈS-VERBAUX

SÉANCE DU 20 AVRIL 1883 Présidence de M. LEGEB

La correspondance contient une circnlaire du ministère de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts, confirmant la circulaire du 1er février relative à la douzième session des sociétés des beaux-arts des départements. Cette session s'ouvrira le mardi de la Pentecôte, 22 mai, dans la salle dite de l'hémicycle, à l'École nationale des beaux-arts, rue Bonaparte, 14.

M. Galtier fait une communication ayant pour objet ses recherches entreprises en vue de trouver un moyen prophylactique pour préserver de la rage les animaux mordus par un chien enragé. Diverses difficultés ayant dû faire suspendre les études commencées sur la rage du chien, M. Galtier a pris un animal plus maniable, le lapin, et au mois d'août 1879, il a adressé à l'Académie des sciences, un mémoire dont M. Pasteur a fait son profit. Ces premières recherches démontraient que le virus rabique est doué d'une grande persistance et que le proverbe, Morte la bête, mort le venin, est, dans le cas de la rage, un préjugé qu'il est utile de combattre. Dès l'année suivante, de nouvelles expériences communiquées à l'Académie des sciences, mettaient en évidence qu'après morsure, les moutons, les chèvres et les ruminants peuvent être garantis. C'est contre ces résultats que M. Pasteur a présenté des objections qui tombent d'elles-mêmes du moment qu'il contestait les résultats obtenus, en ce qui concerne le chien, et que M. Gattier, se gardant bien de conclure des espèces qu'il avait observées, à d'autres epèces, n'avait parlé que des herbivores. Les expériences faites en 1880 et 1881, bien qu'elles établissent qu'on peut conférer l'immunité aux herbivores mordus, ont cependant peu attiré l'attention sur le moment, et ce n'est que l'année dernière, qu'on en a reconnu la valeur. Voici en quoi elles consistent. Six moutons sont inoculés avec le virus rabique, par injection sous-cutanée. Deux sont réservés comme témoins, les quatre autres soumis au traitement préventif. Parmi ces derniers, deux reçoivent une injection de virus fort, vingt-quatre heures après la première inoculation, les deux autres, au bout de quarantehuit heures seulement. Le traitement a, en outre, été administré à deux


PROCÈS-VERBAUX LXI

reprises. Des quatre animaux traités, aucun n'est devenu enragé, tandis qne les deux témoins ont succombé à la rage, après un certain temps d'incubation, Le traitement doit toujours être fait avec du virus fort, d'où cette conséquence que le meilleur moyen de garantir on animal mordu est d'abattre le chien qui l'a mordu et d'extraire de sa cervelle le virus qui doit servir pour faire les injections; l'administration du remède doit se faire en deux fois.

L'homme contracte la rage le plus souvent à la suite d'une morsure faite par un chien ; mais il peut encore la contracter au contact des herbivores par le lèchement, lorsque la langue de l'animal malade touche une muqueuse ou rencontre une excoriation de la peau. Pendant les années 1886 et 1887, une épizootie de rage a sévi sur les daims de quelques parcs en Angleterre. Il est probable qu'un ou plusieurs de ces animaux ayant été mordus par un chien enragé, la maladie a été transmise aux autres par les eaux, par lés herbes, par les litières contaminées. Le virus répandu uu peu partout devenait un vrai danger, même pour les personnes.

Un point sur lequel M. Galtier tient à attirer l'attention, c'est la puissance de conservation du virus rabique. En voici des preuves. Un chien enragé s'enfuit de l'habitation de son maître, et va mourir à quelque distance de là.: Le propriétaire fait des recherches, apprend que son chien est enfoui depuis quinze jours et prie M. Galtier d'en faire l'autopsie. M. Galtier trouva d'abord des corps étrangers dans l'estomac et les intestins, premier indice, mais comme pareille chose peut se présenter dans le cas de maladies autres que la rage, il eut recours à l'inoculation sur un chien vivant, d'un peu de virus extrait de la cervelle. Quatorze jours après cet essai, le chien inoculé mourut de la rage. Une expérience du même genre vient d'être renouvelée tout dernièrement. Un chien mort enragé a été enfoui pendant vingt-sept jours ; une portion de son bulbe cérébral a été inoculé à deux chiens dont l'un a déjà succombé. Le virus rabique se conserve dans la glace, dans l'eau, dans le bulbe en putréfaction, dans le bulbe desséché; trente-cinq jours après la mort de l'animal, il possède encore toute sa virulence et peut être inoculé d'une manière efficace. On voit quel danger peuvent présenter les eaux, les litières, les fumiers souillés par la bave des animaux enragés.

La chair des animaux enragés n'est pas nécessairement virulente; d'ailleurs on pourrait y détruire le germe morbide par la cuisson. Le virus rabique ne se répand que par exception dans le sang et la rage ne passe pas de la mère au foetus. Il y a, en ce moment, à l'École vétérinaire, deux


LXII PROCÈS-VERBAUX

agneaux engendrés par des brebis en pleine période de rage, l'une depuis un jour, l'autre depuis trois jours. Le lait ne devient virulent qu'une fois Fur mille; les deux agneaux dont il vient d'être fait mention ont teté impunément leurs mères malades, pendant un jour. La transmission de la morve et de la tuberculose par la génération sont déjà des faits rares; la transmission de la rage est encore beaucoup plus exceptionnelle. Le virus rabique ne donne la rage qu'autant qu'il est introduit dans le système nerveux ; introduit dans les vaisseaux, il confère l'immunité. Si l'on inocule un des nerfs sciatiques, le premier effet produit est la paralysie du membre, suivie bientôt de la paralysie de l'autre membre de l'arrièretrain. Si à ce moment, on opère la section de la moelle au-dessus de la bifurcation, le virus se trouve localisé et son action ne s'étend pas plus loin. Si l'on inocule le cerveau par trépanation alors on obtient des effets d'une constance et d'une rapidité surprenantes.

Le germe rabique est un être vivant qui se reproduit avec rapidité; il suffit de le déposer à dose infinitésimale et imperceptible à la surface ou dans l'intérieur d'un milieu solide tel que la gélatine, l'agar-agar ou une tranche de pomme de terre, pour voir se former bientôt des taches larges comme une pièce de cinquante centimes. A la suite d'une morsure qui a quelque peu déchiré l'épiderme, il arrive nécessairement que quelques filets nerveux ont été entamés et inoculés ; les germes s'y multiplient, les nouveaux engendrés, refoulés par les anciens pénètrent plus profondément, essaiment à leur tour, entrent plus avant dans l'organisme en se dirigeant vers le centre du système nerveux. C'est ainsi que s'explique la lenteur souvent considérable de l'incubation.

On croit généralement que M. Pasteur opère avec du virus atténué; c'est une erreur. Le virus des moelles desséchées est tout aussi fort que celui des moelles fraîches; la dessiccation a tué quelques germes, mais ceux qui sont restés vivants n'ont rien perdu de leur activité.

Sur l'invitation de M. le Président, M. Lorenti donne quelques détails sur l'excursion qu'il a faite en Corse, avec un certain nombre de membres des diverses sections du Club Alpin français, à la suite du Congrès tenu à Nice , pendant la semaine de Pâques. Cette excursion a duré du samedi soir 7 avril au samedi malin 14, le temps des deux traversées compris, Débarqués à Calvi le dimanche matin, les touristes ont repris la mer dans la même journée pour Ajaccio. De là, ils ont pénétré dans l'intérieur et visité successivement Boccognano, Vivario, Corte, Ponte-la-Lecchia, Belgodere, Ile-Rousse, Saint-Florent et Bastia où ils se sont embarqués


PROCÈS-VERBAUX LXIII

pour le retour, Une course aussi précipitée ne permet pas de recueillit dis observations bien suivies ni bien précises; mais les aspects variés de la route laissent parfois de vives impressions. La côte occidentale, avec ses profondes déchirures, ses rochers rouges, la plupart du temps dénudés, qui plongent brusquement dans la mer, présente, au coucher de soleil, des effets de contrastes d'une admirable beauté. En traversant l'îlu on ne peut s'empêcher de remarquer l'énorme étendue des terrains sans culture, ou de ce qu'on appelle le maquis. Les maquis de la Corse ne diffèrent pas sensiblement des garrigues et des brousses du midi de la France; d'un côté comme de l'autre, les cistes, les bruyères arborescentes, l'arbousier, le lentisque, le chêne vert forment le fonds de la végétation arbustive. Cà et là apparaissent dans le fourré quelques chèvres, des troupeaux de moutons noirs à toison longue, plutôt soyeuse que laineuse; plus rarement on rencontre quelques vaches maigres qui semblent ne pas trouver à se nourrir. La couche de terre, très peu épaisse la plupart du temps, laisse affleurer le granit qui forme des taches grises au milieu de la verdure; et l'on comprend que la broussaille a son utilité. Le sol n'est pas assez profond pour la végétation forestière, et si l'on essayait de le nettoyer pour le mettre en culture, les pluies et les ouragans auraient bientôt mis la roche à nu. Nombreuses sont, dans les forêts, les traces d'incendies. La céréale la plus répandue est l'orge, l'arbre à fruit je plus commun, le châtaigner, qui atteint des dimensions considérables. Les vignes, autrefois en grand nombre, ont été pour la plupart détruites par le phylloxera. En quelques endroits, notamment de la Balagne, qui passe pour le jardin de la Corse septentrionale, on voit un assez grand nombre de mûriers dont les habitants tirent encore, dit-on, un certain revenu.

M, Locard, qui a fait en Corse un séjour de cinq ans, ajoute les détails suivants :

Les incendies sont souvent allumés par les pâtres, lorsque les arbres ou arbustes sont trop élevés pour que les chèvres en puissent brouter les extrémités. Quand le feu a passé sur un taillis, les souches restées en terre à l'abri du feu émettent des rejetons dont les chèvres et les moutons font leur nourriture. Malheureusement les buissons broutés par les chèvres sont, en quelque sorte, frappés pour toujours de stérilité. Le lait de chèvre sertà faire un fromage spécial, le bruccio, très estimé dans le pays, Il y a deux races de moutons, l'une de petite taille, à laine courte et dont la chair n'est presque pas mangeable; l'autre, beaucoup plus belle, répandue surtout dans la région du cap Corse, et qui donne une chair de bonne

PROCÈS-VERBAUX, 1888. 5


LXIV PROCÈS-VERBAUX

qualité. Il y a, comme on sait, des races spéciales très petites, d'ânes, de chevaux et de boeufs; mais le cheval corse a presque disparu de l'île et c'est plutôt sur le continent qu'en Corse, qu'on en peut trouver quelques spécimens précieusement conservés. La plupart des boeufs livrés à la consommation viennent d'Italie et quand la traversée a été mauvaise, ces animaux sont si fatigués qu'il faut les transporter sur des charrettes à l'abattoir. La viande ne se mange que rôtie; le pot au feu est inconnu en Corse. Les mulets sont particulièrement beaux et vigoureux; M. Locard ignore leur provenance. La plupart des travaux des champs sont faits par des Italiens de Lucques, et ce sont encore des Lucquois qui viennent au moment des passages, chasser les grives et les merles si renommés de la Corse. Ces chasseurs attendent les oiseaux à l'affût, ils n'emploient que de très petites charges et ne manquent presque jamais leur coup. Un détail curieux à noter, c'est que les merles engraissés et devenus incapables de soutenir un long vol, vont faire une station sur les côtes; là, ils se purgent avec l'eau de mer et retrouvent la légèreté qui leur permettra d'entreprendre une nouvelle migration.

SÉANCE DU 27 AVRIL 1888 Présidence de M. LEGER

M. le Préfet du Rhône adresse un pli contenant une lettre d'envoi en date du 23 avril et une notice sur le mode d'emploi et les conditions de vente des jus de tabac purs ou dénaturés, que l'Administration des manufactures de l'État met à la disposition de l'industrie agricole.

M. le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts adresse une circulaire rappelant la loi du 30 mars 1887 qui dispose (ch. II, art. 8) « qu'il sera fait, par les soins du Ministre, un classement des objets mobiliers appartenant à l'Etat, aux départements, aux communes, aux fabriques et autres établissements publics, dont la conservation présente, au point de vue de l'histoire ou de l'art, un intérêt national». Les sociétés savantes sont, en conséquence, invitées à fournir des renseignements en vue de la rédaction de l'Inventaire général des richesses d'art de la France.


PROCÈS-VERBAUX LXV

La Société, qui ne possède pas d'autres objets mobiliers qui les livres de sa bibliothèque, se trouve dans l'impossibilité de donner une réponse à cette circulaire.

La Société des agriculteurs de France adresse une circulaire datée du mois de mars, annonçant que dans sa séance plénière du 6 février l'Assemblée générale a, sur la proposition de la section des relations internationales et coloniales, voté à l'unanimité la résolution suivante. :

« La Société des Agriculteurs de France prie le Bureau de nommer une commission de vingt-quatre membres, à l'effet d'élaborer, d'ici à la prochaine session, un projet de tarif général concernant les produits agricoles, et d'ouvrir, pour la préparation de ce travail, une enquête auprès des syndicats et des associations affiliés à la Société.»

Suit un questionnaire préparé, conformément à cette décision, par les soins du Conseil. A la circulaire est joint un tableau indiquant le taux des droits de douane actuellement applicables aux produits agricoles étrangers, à l'entrée en France, en vertu soit du tarif général, soit du tarif conventionnel, soit enfin du tarif spécial applicable, en vertu de la loi du 27 février dernier, aux provenances italiennes.

La lecture de ces documents donne lieu à une discussion suivie d'un vote pour le renvoi à la commission spéciale qui a été déjà chargée de répondre à un questionnaire antérieur de la Société des agriculteurs de France.

La Société reçoit encore, de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, un extait du programme des prix proposés pour 1889.

M. Saint-Lager dépose sur le bureau le Traité d'obstétrique vétérinaire, 2e édtion, dont les auteurs, MM. Saint-Cyr et Violet, font hommage à la Société. A la prière de M le Président, M. Cornevin veut bien se charger de préparer un compte rendu de cet ouvrage, pour une séance ultérieure.

Le Secrétaire présente, au nom de M. Falsan empêché, un manuscrit intitulé : De la mesure du temps, réglage des montres et des horloges, par M. Mayette, commandant du génie en retraite, ancien élève de l'Ecole polytechnique. La Société, après avoir entendu la lecture de l'introduction et l'indication sommaire du contenu, renvoie ce travail à la Commission de

publication.

M. Gobin fait diverses communications sur ce qu'il a vu à Oran et dans les environs, pendant la session tenue en cette ville, aux vacances de Pâques, par l'Association française pour l'avancement des sciences.

On sait que l'alfa (Stipa tenacissima), de la famille des graminées, pro-


LXVI PROCÈS-VERBAUX

duit spontané et abondant des hauts plateaux, fait l'objet d'un commerce important. Parmi les établissements qui s'occupent de l'exportation de l'alfa, il en est un, dirigé par M. de la Jonquières, où M. Gobin a pu recueillir des renseignements sur l'exploitation de ce végétal. L'alfa pousse sans culture, on se contente d'en faire la récolte lorsqu'il est arrivé à un certain degré de maturité. Toutefois, comme les indigènes y trouvaient un bénéfice assuré et assez important, ils se sont livrés à l'arrachage sans mesure et il était à craindre de voir le végétal disparaître peu à peu. L'autorité s'est émue de cette situation et a, entre autres mesures protectrices, interdit la cueillette d'avril à juillet. On procède par arrachage en entourant les longues feuilles autour d'un bâton et en tirant à soi. Si l'alfa est mûr, les feuilles viennent seules; dans le cas contraire, les feuilles entraînent leur gaines inférieures et une portion du rhizome, et on compromet les récoltes ultérieures. On forme sur place des paquets d'une grosseur à remplir les deux mains. Ces paquets sont soumis, dans l'établissement, à un triage sommaire qui a pour but d'éliminer tout ce qui n'est plus vert. Un certain nombre de paquets forment une boite à laquelle on fait subir une certaine pression avant de l'expédier. Autrefois on se servait de la presse hydraulique ; mais comme à la suite d'une pression trop énergique, il se produisait quelquefois de l'échauffement et un commencement de fermentation dans la niasse, ce qui nuisait à la qualité de la marchandise, on se contente aujourd'hui d'une presse actionnée par un manège à cheval. Les bottes sont liées avec des cordes pour la fabrication desquelles on utilise l'alfa de rebut. On a réalisé, de cette manière, une notable économie sur les anciens procédés de ligature et d'emballage. La grande exportation de l'alfa est à destination de l'Angleterre où on en fait de la pàte à papier. En Espagne, on fait des câbles d'alfa qui se conservent bien dans l'eau de mer. L'alfa assoupli dans l'eau sert à faire des ligatures très solides. En plusieurs endroits, à Lyon notamment, on en emploie d'assez grandes quantités pour la sparterie. Le prix de l'alfa est sujet à des variations, et dernièrement la réglementation de l'arrachage a produit une perturbation dont les industries qui prennent l'alfa pour matière première ont subi le contre-coup.

Dans le même établissement, on fabrique du crin végétal avec la feuille du palmier nain. Cette feuille cardée donne une filasse très fine dont on fait des torons à double torsion. C'est par suite de. la dessiccation que le crin végétal prend la teinte grise que nous lui connaissons. Pour répondre à quelques demandes, ou le teint en noir, ce qui n'en améliore pas la


PROCÈS-VERBAUX LXVII

qualité. Le crin végétal n'a pas d'autre avantage que son bon marché. Les matelas de crin végétal durcissent au bout de peu de temps, par suite du tassement.

Il existe à Misserghin, au nord de la Sebkha, une autrucherie fondée par un Lyonnais, officier en retraite, M. Crépu. L'établissement se compose d'une série de petits parcs dont chacun est occupé par un couple ou par une jeune autruche non encore accouplée. Ces parcs ont des réduits où l'on confine les animaux quand les besoins du service l'exigent, ou quand on introduit des visiteurs qui. sans cela, seraient exposés à recevoir des coups de pied ou des coups de bec. L'autruche mâle est facile à distinguer à la couleur rouge des cuisses et du cou; il est quelquefois dangereux d'en approcher. Ces animaux, dont la stupidité est proverbiale, ne connaissent pas même leur gardien; bien qu'ils craignent le vent et Surtout la pluie, ils n'ont pas l'instinct de gagner leurs abris les jours de mauvais temps, et il faut que le gardien les y pousse à coups de gaule. Une femelle peut pondre de soixante-dix à soixante-quinze oeufs par année, et comme ces oeufs sont invariablement voués à la destruction quand la femelle n'est pas disposée à couver, on les enlève aussitôt pondus, pour en tirer parti. Un oeuf plein se vend quinze francs; deux oeufs préalablent vidés se vendent douze francs. Quand la femelle est disposée à couver, on lui place une quinzaine d'oeufs dans une sorte de nid qui consiste simplement en un trou creusé dans le sable, au milieu du parc. L'autrucherie dé M. Crépu compte actuellement quinze couples et une vingtaine de jeunes. La nourriture de tous ces animaux se compose d'orge et d'herbes hachées. On estime que la nourriture d'une autruche adulte coûte autant que celle d'un cheval; en échange, on en retire pour deux cents francs de plumes par an; le bénéfice n'est pas grand, comme on Voit. Quelques-unes des autruches de M. Crépu ont été capturées dans le désert. L'autruche poursuivie cherche à se dérober en parcourant un immense cercle; à quelque chose près on peut prévoir où elle doit passer dans sa fuite, de sorte qu'avec des relais de chevaux convenablement disposés, on parvient facilement à la forcer. M. Gobin croit avoir vu une couveuse artificielle chez M. Crépu, mais il ne sait pas si on l'utilise. Quand à la récolte des plumes, le gardien a déclaré que c'est une opération difficile qu'on exécute comme on peut; il se peut qu'il ait un secret qu'il n'a pas voulu révéler.

M. Leger dit que l'idée d'élever des autruches dans le nord de l'Afrique est une idée toute française qui a été mise à exécution d'abord à Laghouat


LXVIII PROCÈS-VERBAUX

et dans l'Oued-Rhir et a donné d'assez beaux bénéfices jusqu'au moment où l'élevage fut introduit dans les possessions anglaises du Cap. Mais lorsque les Anglais eurent réuni jusqu'à quatre-vingt mille autruches dans leurs parcs, la plume devenue trop abondante fut moins appréciée comme objet de parure et perdit considérablement de sa valeur. M. Leger croit que les parcs de l'autrucherie de Misserghin sont trop exigus pour les oiseaux coureurs qu'ils renferment, en outre, que l'établissement est peutêtre trop près de la mer et trop loin du désert qui est la vraie patrie de l'autruche.

M. Cornevin fait observer que l'élevage de l'autruche par les Boërs date de plus de quarante ans.

M. Gobin a encore recueilli quelques renseignements sur l'établissement des puits artésiens, auprès de M. Foureau. M. Foureau déclare qu'il n'a jamais vu les poisssons aveugles des nappes souterraines que d'après M. Jus, le forage aurait fait jaillir avec l'eau à la surface du sol; il a trouvé de tout petits poissons pourvus d'yeux, dans les rigoles d'irrigation, d'autres qui atteignent vingt-cinq centimètres de longueur, dans les eaux saumâtres qui ont servi à dessaler les terres, mais il n'a jamais vu de poissons qu'on puisse regarder comme venant directement des profondeurs.

Les puits artésiens permettent d'étendre les oasis et d'en créer de nouvelles. La multiplication du palmier se fait par drageons, avec 75 pour 100 de reprises. A dix ou douze ans, l'arbre est en rapport. On trouve des régimes qui pèsent jusqu'à 25 kilogrammes. Malgré le nombre considérable de ses palmiers, l'Algérie, n'a pas pu fournir les 100 000 kilogrammes de dattes que les Américains demandaient dernièrement. On peut planter deux cents palmiers à l'hectare, et en retirer un revenu de 1200 francs, sans compter toutes les cultures secondaires qui peuvent être faites à l'ombre. Dans une palmeraie bien tenue, tout le terrain est utilisé. Mais c'est le nombre des palmiers uniquement, qui sert de base pour l'assiette de l'impôt. Les plantations se font généralement dans des terrains bas au-dessous desquels les eaux s'amassent en suivant les pentes; or le palmier ne pouvant vivre qu'arrosé par de l'eau courante, ou est forcé de trouver un écoulement pour les eaux d'arrosage, ce qui est un problème souvent difficile à résoudre.

M. Leger, après avoir rappelé ce qu'a dit M. Cornevin, des progrès de l'aviculture, en rendant compte de sa visite au dernier concours agricole de Paris, annonce qu'il va s'ouvrir à Gambey, près d'Oudan,


PROCÈS-VERBAUX LXIV

le 1er mai de cette année, une école d'aviculture dont les cours seront suivis pendant trois mois, alternativement par des jeunes filles et par des garçons.

SÉANCE DU 4 MAI 1888 Presidence de M. LEGER et de M. CORNEVIN

M. Péteaux fait une communication sur les roches grenatifères des environs de Lyon.

Le gisement le plus anciennement connu, remarquable par l'abondance des grenats, est le micaschiste de Saint-Symphorien-d'Ozon.

On peut citer à la suite :

La montée de la Butte à Lyon, où le grenat se montre dans une pegmatite. — M. Gonnard;

Le Pigeonnier de Francheville, où l'on rencontre une oligoclasite grenatifère, — Drian (Minéralogie et Pétralogie des environs de Lyon), — M. Gonnard;

L'Ile-Barbe, — MM. Faisan et Locard, — M. Gonnard ;

Le nouveau pénitencier de Brignais, — M. Gonnard ;

La carrière Ducarre, à Chaponost, —M. Gonnard ;

Messimy, sur la ligne de Vaugneray, dans une pegmatite, — M. Riche et M. Gonnard; M. Riche a encore signalé d'autres points sur la même ligne;

Rochecardon, dans la propriété Dulac, — Thiollière, Drian, M. Gonnard, M. Saint-Lager, MM. Faisan et Locard.

A ces localités M. Péteaux en ajoute une nouvelle qui n'était pas encore connue ; c'est la route ouverte, il y a quelques années, un peu en aval du pont d'Écully, où il a découvert, cette année, des cristaux de grenat dans le gneiss qu'on rencontre à droite, en montant, à une petite distance de la propriété Marix. Cette route peut donner lieu d'ailleurs à plusieurs observations intéressantes. En quittant la propriété Marix, on trouve d'abord un massif de poudingue faisant pendant à une autre masse bien plus


LXX PROCÈS-VERBAUX

considérable, de la même fermation, située sur la gauche, quand on se rend par la grande route, de Vaise à la Demi-Lune. Ces poudingues composés pour la majeure partie de galets calcaires, renferment, en outre, des diorites, des euphotides, des jaspes, des quartzites. Après les poudingues, viennent les gneiss grenatifères qui, un peu plus loin, renferment quelques cristaux de tourmaline. Un peu plus haut se présente une roche granitique friable à feldspath rougeâtre, qui fait bientôt place à un micaschiste très tendre à mica noir. Sur toute l'étendue, la roche est surmontée d'un dépôt terreux, renfermant de nombreux quartzites roulés en assez grande abondance pour donner lieu à une exploitation.

M. Cornevin demande l'avis des agriculteurs de la Société, sur la réponse à faire à un propriétaire des bords de la Romanche qui ne sait comment se débarrasser des mousses qui envahissent ses prairies. On a appliqué le hersage à plusieurs reprises, mais les mousses arrachées sont bientôt remplacées par d'autres; sauf les graminées, les bonnes plantes fourragères sont étouffées et, malgré un arrosage abondant, le rendement se trouve en peu de temps considérablement diminué.

M. Maurice dit qu'il a combattu avec succès le développement des mousses par la chaux et les phosphates des usines du Creuzot.

M. Gallon dit qu'il a acheté, il y a quatre ans, dans le département de l'Yonne, une propriété contenant 6 ou 7 hectares de prés ombragés, qui n'avaient jamais été fumés, et où les mousses s'étaient développées au point de couvrir même les arbres. Au mois d'octobre, il a été semé à la volée, du phosphate d'os de l'usine Jacquand et Coignet, de Givors et, au printemps suivant, il a été fait une application de sulfate d'ammoniaque des usines à gaz. Les mousses ont disparu et les légumineuses se sont multipliées; les plantes fourragères sont devenues plus épaisses et plus hautes et le rendement a triplé ou quadruplé. M. Gallon croit que les eaux crues, comme doivent être celles de la Romanche, sont funestes aux prairies qui ne devraient être arrosées qu'avec des eaux ayant déjà circulé sur des champs cultivés; à l'appui de cette proposition, il cite les essais qu'on a faits dans le département du Cher, pour utiliser les eaux de la Vauvize; après avoir installé des pompes pour répandre ces eaux sur les prairies, on a dû renoncer à ce mode d'irrigation, vu les mauvais effets obtenus.

M. Saint-Lager fait observer qu'en dehors de leur crudité, les eaux de la Romanche, ainsi que celles du Drac, ont encore l'inconvénient d'encrasser les prairies par les sédiments schisteux qu'elles déposent. M. Saint-


PROCÊS-VERBACX LXXI

Lager pense qu'on doit, dans le cas dont il s'agit, combattre la concurrence vitale des mousses, d'abord par l'emploi de la chaux, ensuite par l'application des engrais. Il est possible que la chaux détruise les spores des mousses, mais on n'est pas en état de l'affirmer; l'emploi de la chaux pour l'élimination des mousses repose sur des données certaines, mais purement empiriques.

M. Cornevin ayant demandé si l'on n'a pas essayé le sulfate de fer, M. Maurice dit qu'il en a fait l'application sans succès. Il pense que l'action du sulfate de fer doit être subordonnée à la nature du terrain, car il paraît avéré qu'avec cet agent, les agriculteurs anglais augmentent de 33 pour 100 le rendement des pommes de terre.

M. Péteaux dit qu'on emploie avec avantage contre les mousses, les eaux ammoniacales des usines à gaz, produits très complexes dont on ne savait que faire autrefois et qui, depuis quelques années, ont pris une certaine valeur, grâce aux demandes des agriculteurs voisins des villes.

M. Cornevin donne un compte rendu de la seconde édition du Traité d'obstétrique vétérinaire dont les auteurs, M. Saint-Cyr et M. Violet, ont fait récemment hommage à la Société. Cet ouvrage contient des renseignements nouveaux sur la durée de la gestation, les mensurations du bassin, le rapport entre le nombre des portées doubles et des portées ordinaires, renseignements que M. Cornevin se borne à signaler en passant, vu qu'il se propose de faire sur tous ces points une communication dans laquelle il cherchera a dégager l'influence de la race. L'obstétrique proprement dite a été l'objet de nombreuses modifications à la première édition du Traité. Dans la première publication, M. Saint-Cyr se montrait hésitant au sujet de l'emploi de la force par des moyens mécaniques; aujourd'hui, après les travaux de M. Pajot de Paris, de M. Chassagny de Lyon, la force a cause gagnée, pourvu, bien entendu, qu'il en soit fait usage avec discernement, au moyen des appareils spéciaux qui permettent de la graduer selon les besoins, sans brusquerie. Il y a eu refonte complète de tout ce qui concerne les maladies qu'on peut considérer comme des conséquences de la parturition, telles que la fièvre vitulaire et la congestion de l'encéphale; les moyens de combattre ces accidents sont amplement et très bien traités. Deux autres points ont été également remaniés et mis au niveau des progrès accomplis dans l'étude des microorganismes ; ce sont les articles relatifs aux avortements épizootiques et à la mammite. Dans certaines parties de la France, là précisément où les races sont le plus perfectionnées,


IXXII PROCES-VERBAUX

comme dans la Nièvre, le Cher, le Charollais, les avortements, surtout chez les vaches, prennent quelquefois le caractère d'une véritable épizootie. On a énormément discuté sur les causes de ce fait et émis, à ce sujet, une foule d'hypothèses. Aujourd'hui, on sait que la seule et unique cause est l'altération cryptogamique des aliments tels que drèches et pulpes trop fermentées sur lesquelles il se développe des moisissures. Il y a aussi un avortement contagieux qui sévit sur les vaches. Il est, dû à un microbe encore peu connu, qui se développe sur le placenta. Après le part, le placenta est la plupart du temps jeté au fumier; on ignore par quelles voies il devient une cause d'infection pour les autres sujets de l'étable, mais on connaît, en revanche, les moyens d'arrêter le mal. Il faut, pour cela, pousser la propreté à outrance, détruire les enveloppés, séparer le sujet affecté, faire des lavages des parties génitales, et des in jections avec une dissolution à deux millièmes de sublimé.corrosif; on devra aussi désinfecter l'étable par des lavages à l'eau bouillante. La maimmite ou inflammation de la mamelle apparaît fréquemment, après la part, chez les vaches laitières, comme conséquence d'un coup de froid; elle occasionne la perte du trayon affecté et prédispose à la perte des autres. Cette maladie est contagieuse, la preuve en a été suffisamment fournie par ce qui s'est passé dans l'établissement d'un laitier des environs de Paris qui, bien qu'il se fût procuré un lot de vaches neuves, a vu la mammite se déclarer dans son étable, au bout dé quelques mois. La mammite est encore due à l'action d'un infiniment petit, et transportée d'un sujet à un autre, par la main des trayeurs. En cherchant à combattre la mammite, on a reconnu encore une fois qu'il n'existe pas de substance universellement antiseptique et que telle qui détruit un microorganisme déterminé est sans effet sur un autre. Dans le cas de la mammite, l'agent efficace est l'acide borique. Le traitement se résume en lavages du pis avec une dissolution d'acide borique et en injections de cette même dissolution au moyen de la seringue de Pravaz. La mammite contagieuse sévit aussi sur les brebis laitières du Midi ; les habitants, qui attribuent cette maladie à la morsure d'une araignée, l'appelle du nom d'Araignée. Elle peut être combattue, chez les brebis comme chez les vaches, par l'acide borique en dissolution.


PROCÈS-VERBAUX LXXIII

SÉANCE DU 18, MAI 1888

Présidence de M. CORNEVIN, vice-président.

A l'occasion du procès-verbal, M. Deville dit que la destruction des mousses dans une prairie est une simple question de fertilisation et que le problème peut être résolu facilement au moyen des engrais chimiques. Qu'on arrache d'abord les mousses par un vigoureux hersage, qu'on répande ensuite sur le sol, la chaux et le sulfate de chaux favorables aux légumineuses, enfin le sulfate d'ammoniaque qui favorise la végétation des graminées. Il ne sera pas même nécessaire de semer du trèfle ni du paturin, attendu qu'il y a toujours assez de graines dans le sol, qui n'attendent que les conditions favorables à leur germination. S'il s'agit de l'extirpation des joncs, il n'y a pas d'autre moyen à employer que de faire disparaître l'humidité du sol; les cendres de bois que quelques cultivateurs croient devoir employer dans ce but n'ont aucun effet.

La Société procédant aux élections du second semestre, nomme membre correspondant M. Müntz, le seul candidat qui se trouve dans les conditions d'éligibilité exigées par le règlement.

M. Cornevin fait une communication sur ses recherches en vue de pouvoir, d'après les caractères extérieurs, déterminer l'âge des animaux.

Les anciens savaient reconnaître l'âge du cheval jusqu'à huit ans. Grâce aux progrès de la zootechnie, on peut aujourd'hui prononcer un diagnostic certain, tant qu'il ne s'agit que des grandes espèces domestiques.

Mais il y a toute une classe, celle des oiseaux de basse-cour, qui tenait peu de place dans les préoccupations du fermier et semble se relever, à présent, de l'espèce d'abandon où elle a été laissée très longtemps. Cependant, bien qu'on ait fait déjà de grands progrès dans l'élevage des oiseaux de basse-cour et obtenu, par des soins assidus et des sélections intelligentes, des races remarquablement belles, on n'a pas encore de critérium certain pour se prononcer sur l'âge de ces animaux. M. Cornevin avoue qu'il s'est trouvé très embarrassé, pour répondre aux questions qui lui ont souvent été adressées à cet égard. Il a donc entrepris des recherches, avec la coopération de M. Caubet, le fermier de l'École vétérinaire qui possède de très belles collections de races variées,


LXXIV PROCÈS-VERBAUX

Chez les grands animaux, les caractéres d'où l'âge se déduit sont fournis par les dents et les productions épithéliales. Pour les oiseaux, il fallait s'adresser aux sources d'informations analogues, c'est-à-dire observer le bec qui remplace les dents, puis les ongles, l'éperon et les plumes, productions du même ordre que les sabots, les cornes et les poils. Les éludes ont porté d'abord sur le groupe le plus important, les gallinacés. Pour rendre ses explications plus claires, M. Cornevin met sous les yeux de ses collègues un certain nombre de tarses ayant appartenu à des oiseaux d'âges différents.

Le tarse du coq est armé d'un éperon à peu près au tiers de la hauteur; c'est une cheville osseuse non articulée, recouverte d'un étui osseux. Cet éperon s'allonge avec l'âge, d'une façon assez régulière. La place n'en est indiquée que par une écaille un peu proéminente jusqu'à l'âge de quatre mois et demi à cinq mois. A sept mois, l'éperon déjà distinct n'a encore que 3 millimètres de longueur; à un an, il mesure 15 millimètres; à deux ans, il atteint de 25 à' 27 millimètres et commence à se courber vers le haut. A quatre ans, l'éperon a de 50 à 51 millimètres et à cinq ans, de 62 à 65 millimètres. Ces dernières longueurs doivent assurément être dépassées si l'animal atteint un âge plus avancé, mais il n'a pas été possible de s'en assurer, les sujets de plus de cinq ans faisant défaut. On voit donc que l'éperon croît assez régulièrement en moyenne de 12 millimètres par an et que cet appendice peut fournir, comme les cornes du boeuf, des indications certaines. Il y aurait à éclaircir l'influence de la castration sur laquelle on ne peut rien dire à priori, puisqu'elle produit, suivant les espèces, des effets bien différents, allongeant, par exemple, les cornes du boeuf et arrêtant le développement de celles du mouton. Par contre, l'influence de la race est manifeste. Chez les Houdan et les Dorking, l'éperon est placé plus haut que chez nos races de pays; la croissance est plus lente chez les races à tarse emplumé; les races naines de Nangasaki et de Bentham n'ont qu'un éperon avorté. L'éperon est particulier au mâle et généralement les deux pattes sont armées chacune d'un éperon; on trouve cependant des coqs n'ayant qu'une seule patte éperonnée, d'autres portant deux éperons à la même patte. Généralement les tarses des poules sont inermes, mais quand elles ont fini de pondre, il leur pousse quelquefois des éperons, en même temps qu'elles subissent un changement de voix. Chez d'autres espèces animales, les femelles sont douées de tendances analogues à la masculinisation ; ainsi la biche prend des cornes lorsqu'elle a dépassé l'âge de la fécondité. Aujourd'hui que les


PROCÈS-VERBAUX LXXV

races précieuses se disputent à prix d'or et qu'on a vu un coq se vendre 2000 francs, on façonne l'éperon des coqs comme en Suisse les cornes des vaches, avec la lime et le papier verré, pour faire disparaître les anneaux que l'âge y a tracés. Avec un peu d'attention, on peut reconnaître la fraude, car l'éperon façonné est toujours plus aigu que l'éperon naturel.

On prétend que le dindon sauvage du Mexique porte un éperon assez développé. Notre dindon domestique n'a qu'un éperon rudimentaire qui ne peut fournir aucune indication. C'est à trois mois que le rouge ou les caroncules commencent à apparaître sur le cou, dans les deux sexes ; à sept mois, le mâle prend le pinceau de poils caractéristique. Jusqu'à un an, les pattes sont noires, à deux ans elles virent au rose, à trois ans elles prennent la teinte gris de plomb, puis elles pâlissent de plus en plus.

Le paon a les tarses éperonnés, mais l'éperon d'un paon de six ans n'a encore que 25 millimètres, c'est-à-dire la longueur de l'éperon d'un coq de deux ans. L'aigrette pousse à trois mois. Jusqu'à un an, les plumes de la tête et du cou sont d'un beau bleu; à deux ans elles passent au vert, puis firent de plus en plus sur le jaune. Les belles plumes de la queue se développent à trois ans; elles tombent tous les ans et sont remplacées par d'autres toujours plus longues, plus brillantes, plus distinctement ocellées; la queue peut donc, par sa longueur, fournir des caractères d'une certaine exactitude. A sept ou huit ans cet ornement a acquis tout son Mat. Comme M. Caubet n'achète que des paons adultes, il n'a pas été possible à M. Cornevin d'observer les caractères du jeune âge dans l'espèce.

Dans le genre pintade, la vulturine pu pintade de Madagascar porte des éperons, mais la pintade ordinaire ou pintade d'Afrique, la plus répandue chez nous, en est dépourvue. A un mois commence à apparaître l'excroissance cornée qu'on appelle le casque; le casque se développe rapidement et à un an il a acquis les dimensions qu'il doit conserver. Jusqu'à deux ans, cet appendice reste noir, puis il pâlit de plus en plus eu vieillissant,

Le faisan argenté est muni d'éperons moins forts que ceux du coq. Jusqu'à deux ans, les deux sexes portent une livrée grisâtre. A partir de cet âge, le mâle prend, aux ailes et à la queue, les plumes, blanches qui

le caractérisent; Le faisan doré ne revêt sa parure que vers deux ans et demi.

Chez les pigeons, l'âge modifie la consistance du bec qui reste tendre

jusqu'à six mois, puis durcit de plus en plus. Le faciès général de l'oiseau


LXXVI PROCÈS-VERBAUX

peut aussi servir d'indice révélateur; les jeunes pigeons portent bien leurs ailes; à trois ans, ces membres comme s'ils étaient devenus trop pesants, ne sont plus portés avec la même aisance.

Les palmipèdes ne sont pas éperonnés, mais quelques-uns possèdent, près des grandes rémiges un ergot qu'on trouve assez bien développé chez le canard de Barbarie et qui acquiert un anneau chaque année. Celte classe présente toutefois d'assez grandes difficultés et, jusqu'à présent, il semble qu'on ne peut tirer quelques conclusions que de l'observation des couleurs. Quelques espèces prennent, sur le bec des appendices qui sont rouges chez le canard de Barbarie. Le canard du Labrador, qui porte une livrée sombre, a le bec noir jusqu'à deux ans ; alors le bec devient d'un noir enfumé, puis passe au noir teinté de vert jaunâtre et va toujours en pâlissant.

On voit qu'il reste encore à faire beaucoup d'observations dans la classe des oiseaux et qu'on tirerait sûrement un grand parti d'une étude suivie du pigmentum et des modifications que l'âge apporte à son fonctionnement.

A l'occasion de la communication de M. Cornevin, M. Lavirotte dit qu'il se présente une foule de cas où il est impossible de préciser l'âge sur l'observation d'un caractère unique, mais où l'on peut être renseigné par une foule de petits signes peu faciles à préciser. Cela est vrai surtout quand il s'agit de l'âge d'une personne; il y a des praticiens doués d'une perspicacité rarement en défaut et qui ne se trompent jamais de plus d'une année.

M. Deville montre un bourgeon de pélourcine qui porte quatre grappes et dit que presque tous les ceps de cette variété présentent des bourgeons dans le même cas, ce qui est rare et présage pour cette année de copieuses vendages, à moins que les intempéries ne nous ménagent quelque surprise désagréable.

M. Burelle dit qu'il vient de perdre un cheval qui a succombé au tétanos. Ce cheval ayant été blessé par un clou de rue, deux jours auparavant, le fait confirmerait l'opinion généralement admise que le tétanos doit être attribué à un germe infectieux contenu dans le sol.

M. Cornevin fait observer que le tétanos succède ordinairement à une abondante suppuration qui exige un certain temps pour se former et qu'il est bien difficile d'admettre que le microorganisme du tétanos puisse se développer au point de causer la mort en deux jours.

M. Burelle répond à celte observation que ce n'est que deux jours avant


PROCÈS-VERBAUX LXXVII

la mort du cheval qu'on s'est aperçn de la blessure qu'il avait au pied et qu'on a procédé à l'extraction du clou ; il reconnaît que la blessure pouvait remonter à une époque antérieure.

M. Lavirotte dit que presque toujours le tétanos est occasionné par des blessures aux extrémités. Il a vu succomber dernièrement trois personnes à cette maladie. Dans le premier cas, c'est un homme qui s'était blessé à la main en se battant avec un sergent de ville; le second malade s'était implanté une écharde dans le pied; ta troisième personne était une jeune fille qui avait eu un orteil écrasé par un tramway; la mort de cette jeune fille est arrivée seize ou dix-huit heures après l'accident. Quelques-uns croient au tétanos spontané ; d'autres l'attribuent à un microbe dont l'intrc duction dans l'organisme serait favorisé par une blessure ; la question n'est pas jugée. Dans tous les cas, il est surprenant qu'on puisse être garanti par l'amputation d'un membre des conséquences d'une blessure à un doigt.

M. Gobin signale dans le numéro de février des Annales, des ponts et chaussées, un article reproduit par la Nature du 31 mars, où il est fait mention des bons résultats obtenus par M. Celler, ingénieur de Lyon, actuellement au service de la Compagnie des chemins de fer de l'État, en augmentant l'élasticité des traits des chevaux, par l'introduction d'un ressort. A la suite d'une expérience de six années, la Compagnie a généralisé la mesure en l'appliquant à toutes les gares du réseau,

Le Secrétaire rappelle, à cette occasion, la communication faite par M, Arloing sur des bases de traits élastiques dont la disposition avait été imaginée par un élève de l'École.vétérinaire de Lyon.

M. Péteaux dit que l'idée de donner aux traits une certaine élasticité appartient à M. Maret et a fait l'objet d'une communication au Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences, tenu à Lille en 1874. Il ajoute que le système de M. Maret a été immédiatement copié et mis en pratique par un ingénieur allemand.

D'après M. Leger, M. Maret a fait ses premiers essais avec des traits complètement en caoutchouc qu'il a fallu abandonner parce qu'ils n'étaient pas pratiques. Le principe de l'interposition d'un intermédiaire élastique entre le cheval et le véhicule peut être appliqué d'une foule de façons; nos tramways présentent une de ces applications réalisée au moyen de deux ressorts.

M. Burelle croit que la traction par intermédiaires élastiques ne peut guère rendre de services que sur les voies ferrées, mais qu'elle est d'un bien faible avantage pour le roulage et le camionnage.


LXXVIÏI PROCÈS-VERBAUX

SÉANCE DU 1er JUIN 1888 Présidence de M. LEGER

La Société reçoit l'avis qu'elle est comprise pour une somme de900 francs dont la répartition du budget inscrit au sous-chapitre XI du budget départemental de 1888, sous le titre de Subventions aux Sociétés, comices, concours et réunions agricoles. M. le Président fait observer, à cette occasion, que la réduction sur les allocations des années précédentes est le résultat d'un parti pris dont la Société n'aurait pas seule à se plaindre et qu'en définitive cette réduction est peu importante et que la Société aurait pu s'attendre à être plus maltraitée.

La Chambre de commerce de Béthune fait part du voeu qu'elle a émis dans sa séance du 30 avril dernier, « qu'un droit fiscal de 3 francs les 100 kilogrammes, représentant le montant des impôts de production, soit appliqué en France, à l'entrée des maïs et des riz ».

La Société des agriculteurs de France, à l'occasion du prochain concours régional d'Autun, appelle l'attention de la Société sur l'importante question des syndicats agricoles à mettre en sérieuse discussion.

La circulaire de la Société des agriculteurs de France est remise entre les mains de MM. Cornevin et Deville, qui doivent faire partie du jury au concours d'Autun, et ont bien voulu accepter en outre d'y représenter la Société.

M. le Président annonce que le laboratoire des études séricicoles a reçu des graines de nénuphar du Japon qui seront remises à M. Deville, pour les faire germer.

M. Gobin annonce que lundi dernier, 28 mai, à 3 heures de l'après-midi, les deux attaques du tunnel de Collonges à Saint-Clair ont fait leur jonction et se sont rencontrées avec autant de précision qu'on pouvait l'espérer sur l'axe de cette percée de 2400 mètres. Les derniers travaux ont mis au jour une dent d'éléphant plus un beau bois de renne qui a été déposé au muséum de notre ville et dont le dessin a été envoyé à Paris. A la demande de ses collègues, M. Gobin promet une note sur le travail examiné aux points de vue technique et géologique. La Société appréciera d'autant plus l'avantage de posséder un pareil document dans ses Annales, que la


PROCES-VERBAUX LXXIX

plupart des rapports sur les forages, sondages et percements de tunnels qui ont été exécutés dans notre région sont actuellement entassés et comme perdus au milieu d'une foule de documents du même genre, dans les archives des ministères d'où il est difficile de les extraire.

M. Leger, revenant sur la question de la boucherie, fait connaître le contenu d'un article sur ce sujet qui a paru dans le Temps du 1er mai, sous le titre de Revue agronomique, et dont l'auteur est M. Grandeau.

La grande enquête ouverte par le groupe agricole de la Chambre, sur l'initiative de M. Gomot, est terminée et les résultats en seront communiqués à la Chambre à sa rentrée. En attendant, M. Grandeau essaye de tracer les grandes lignes d'un programme de réformes dont l'initiative devrait revenir, pour la plus large part, aux producteurs. M. le Dr Luro, dans son étude très intéressante sur la Vie à bon marché, a mis en relief, d'une façon saisissante, le rôle funeste des intermédiaires. Il a montré, avec lés chiffres à l'appui, qu'en passant du producteur au boucher, un boeuf donne au chevillard 70 francs de bénéfice ostensible, et que lorsque la viande arrive à sa destination dernière, c'est-à-dire sur la table du consommateur, c'est 300 francs en nombre rond, soit les trois quarts du prix encaissé par le cultivateur, qu'une bête achetée sur pied 410 francs, laisse entre les mains des intermédiaires. La profession de boucher, dit M. Cernuschi, dans son ouvrage sur les Sociétés coopératives, est une des plus difficiles, et M. Cernuschi peut parler en connaissance de cause, parce qu'il s'est livré à des expériences complètes du commerce de la boucherie sous toutes les formes. Le lecteur qui n'a pas fait les mêmes expériences partagera néanmoins cette façon de voir s'il veut bien se donner la peine de Suivre le docteur Luro dans le détail des substitutions. Il y verra entre autres choses qu'à 18 kilogrammes de faux-filet normal, on ajoute 18 autres kilogrammes de viande, il est vrai, de première catégorie. ; qu'on emprunts 25 kilogrammes à la deuxième catégorie pour les faire passer dans la première, qu'on a toujours quelque quartier de vache de bonne apparence et bien paré prêt, suivant la demande, à devenir du boeuf même de première qualité. Le producteur a reçu 410 francs, le total de la vente au détail s'élève à 700 francs. Le producteur d'un côté, le consommateur de l'autre, sont donc exploités dans une large mesure. Bien que les essais de boucheries coopératives soient peu encourageants, l'exemple de l'Assistance publique est là, cependant, pour montrer que la fondation de grands établissements disposant de capitaux suffisants et ayant une vente assurée considérable, pourrait supprimer l'intervention du chevillard et du

PROCÈS-VERBAUX, 1888. 6


LXXX PROCÈS-VERBAUX

boucher. Telle est, dit M. Grandeau, l'opinion du docteur Luro; mais il pense qu'en attendant la généralisation de cette réforme, l'éleveur pourrait améliorer sa situation par l'amélioration des produits,, Le perfectionnement des races indigènes par la sélection et un régime convenable permet aujourd'hui la production économique d'un bétail bien supérieur à la moyenne des animaux livrés à la boucherie; que les éleveurs s'appliquent donc à produire plus et meilleur. L'Angleterre est à nos portes et serait une source de débouchés presque illimitée pour le bétail de choix que nous aurions à lui offrir. L'éleveur français qui concentrerait ses capitaux et ses soins sur la production d'animaux de choix n'aurait rien à craindre de la concurrence étrangère et, en attendant une organisation qui luipermette de réduire au minimum possible le rôle des intermédiaires entre lui et le consommateur, il serait assuré d'un placement avantageux que le bétail de médiocre qualité ne peut guère rencontrer.

SÉANCE DU 15 JUIN 1888 Présidence de M. LEGER

Après la lecture du procès-verbal, le secrétaire porte à la connaissance de ses collègues, que ces derniers jours M. Deville ayant eu un de ses enfants gravement mordu par un chien suspect, l'a conduit à Paris immédiatement pour le mettre en traitement chez M. Pasteur et s'est trouvé ainsi dans l'impossibilité de se rendre au concours régional d'Autun oh il était désigné pour faire partie du jury et en même temps porter les voeux de la Société.

M. le Président se fait l'interprète des vifs sentiments de sympathie de ses collègues à l'égard de M. Deville et de la victime de l'accident ; il rappelle que le traitement de M. Pasteur a donné maintes preuves de son efficacité et exprime la conviction rassurante que tout danger doit avoir été déjà écarté.

La correspondance contient une circulaire de la Compagnie du chemin de fer d'Orléans, concernant les facilités qui seront accordées pour les excursions en Touraine, plus le programme des questions mises au con-


PROCÈS-VERBAUX LXXXI

cours et des prix offerts par la Société pour l'encouragement de l'industrie nationale, La valeur totale des récompenses s'élèvera à la somme considérable de 160 000 francs, dont une large part doit être attribuée à l'agriculture.

M, Biétrix (Joseph), fait hommage à la Société, au nom de M, Rérolle, d'un important; volume ayant pour titre : Du colonage partiaire et en particulier du métayage. Il donne ensuite lecture d'un rapport de présentation,

M, Cornevin rend compte des observations qu'il a recueillies, soi comme membre du jury, soit comme délégué de la Société au concours régional d'Autun, en se bornant, attendu que tous les concours se ressemblent plus ou moins, à ce qu'il a pu voir de plus saillant.

L'espèce bovine, vu la localité, devait être et était en effet bien représentée par de nombreux spécimens de races diverses. Au premier rang brillaient les Durham, au second rang les Charollais; mais à ces deux races se bornait la partie remarquable de l'Exposition, car les Salers et leurs croisements divers, les Schwitz, Montbéliard, Hollande n'avaient rien qui pût bien attirer l'attention.

Deux personnages, l'un français, l'autre américain, étaient venus faire l'acquisition de reproducteurs à destination de la Plata. Jusqu'à l'année dernière, les Anglais étaient seuls en possession de ce débouché; ils avaient réussi à maintenir chez les habitants la croyance que la race Durham pure n'existe qu'en Angleterre. A la suite du dernier concours de Paris, les éleveurs français se sont concertés et ont délégué l'un des leurs, M, Nadaud, de la Charente, pour aller porter leurs offres à la Plata. La tentative a très bien réussi, car, depuis le 1er janvier de cette année, l'Ast sociation des éleveurs du Nord a expédié pour la Plata une centaine de taurillons. M. Nadaud s'était rendu à Autun en vue d'acquisitions pour de nouvelles expéditions. L'Américain, opérant pour son propre compte, faisait un choix de reproducteurs mérinos. Il s'est donc ouvert un débouché important pour l'élevage français, dans l'Amérique du Sud. Les animaux sont embarqués à Bordeaux. Le prix du transport, l'assurance et les frais de nourriture s'élèvent au total de 1900 francs par tête de gros bétail. L'association des éleveurs est en instance auprès de la Compagnie des grands transatlantiques pour obtenir des conditions moins onéreuses, et elle y arrivera sans doute, les expéditions devenant toujours plus nombreuses ; en outre, comme on n'a pas encore perdu un seul sujet pendant la traversée, à l'avenir, on se passera probablement de l'assurance qui


LXXXII PROCES-VERBAUX

est très élevée; on a calculé que, perdît-on un ou deux animaux, on réaliserait encore une notable économie.

Dans l'espèce ovine, venaient au premier rang les mérinos châtillonnais ; après eux, les South-Down et les Dishley.

On aurait pu espérer mieux en ce qui concerne l'espèce porcine; les Craonnais n'étaient que passables et les Yorkshire étaient loin de pouvoir leur disputer le premier rang.

Tout à fait défectueuse était l'exposition des oiseaux de basse-cour; la pauvreté du concours sous ce rapport est même surprenante.

L'espèce chevaline, bien représentée, brillait d'ailleurs par la qualité plutôt que par la quantité. Peut-être pouvait-on trouver une tendance trop marquée vers la finesse; mais il est à présumer que les éleveurs savent prendre conseil de leur intérêt. Ce sont les haras de Cluny et du Forez qui figuraient avec le plus d'avantage.

Dans la section des machines, on remarquait l'exposition du Creuzot où l'on pouvait prendre connaissance du plan général et des dispositions de détail de l'usine, ainsi que de l'outillage et des objets manufacturés; parmi ces derniers, figuraient en tête les engins de guerre, entre autres, des réductions de tourelles Bange, puis les canons monstres, pouvant lancer des obus de 430 kilogrammes que le gouvernement chinois a commandés pour l'armement de ses forts côtiers. Il y avait aussi des canons à destination de la Roumanie et du Japon ; non loin de là, d'épaisses plaques de blindage qui avaient subi, sans être traversé s, le choc d'obus de 120 kilogrammes.

Il a été ouvert une exposition industrielle et commerciale qui doit survivre quelque temps au concours et où l'on voyait une grande quantité de comestibles, une série interminable de machines à coudre, et un nombre de voitures et de harnachements tel qu'on aurait pu prendre la ville d'Autun pour un centre important de l'industrie carrossière.

L'administration des forêts avait fourni des semis d'arbres verts destinés aux reboisements et une intéressante et instructive collection de la série des insectes qui attaquent les arbres.

La Société d'horticulture avait exhibé une collection d'abres d'ornement, entres autres une série de conifères plus complète peut-être qu'aucune de celles qu'on a vues jusqu'à présent.

La section de viticulture laissait à désirer; en revanche les appareils pour la greffe, de M. Morel de Villefranche, abondaient.

Du côté des produits agricoles, la maison Vilmorin primait toutes les


PROCES-VERBAUX LXXXI1I

autres malgré les louables efforts de quelques marchands de graines de la vallée de la Saône.

L'industrie beurrière et fromagère ne s'était pas élevée au-dessus du niveau des produits qu'on peut rencontrer partout.

à la réunion des délégués des associations agricoles chargés de proposer les réformes qu'il conviendrait d'apporter aux programmes des concours futurs, il y a eu unanimité pour réclamer le retour aux anciennes circonscriptions et à douze concours, c'est-à-dire à l'ordre de choses existant avant le remaniement opéré par M. Hervé-Mangon. Devant cette Unanimité, M. Cornevin s'est borné à joindre son vote à ceux de ses collègues. Retenu par ses fonctions de membre du jury et retardé, en outre, par une longue distance à parcourir, il n'a pu, à son grand regret, assister qu'à la fin de la séance tenue par la Société des agriculteurs de France. Il y a toutefois entendu quelques communications d'un véritable intérêt. M. Deuzy, ancien député, orateur acclamé de la réunion, a certifié, au grand étonnement de ses auditeurs, qu'à Paris, l'emploi de chevillard se vend plus cher qu'une charge d'agent de change, et il s'est fait fort de prouver qu'un chevillard a dernièrement cédé sa succession dans le métier au prix exorbitant de un million et demi. Le métier est donc très lucratif et la conséquence à tirer, c'est qu'il y a le plus grand intérêt à poursuivre lé plus activement possible la campagne entreprise en vue de la suppression, dans la mesure du possible, des intermédiaires qui vivent si largement aux dépens et du producteur et du consommateur. Après M. Deuzy, un autre membre de la réunion a pris la parole pour donner des renseignements sur les boucheries organisées, dans quelques localités, par les producteurs. On peut dire, paraît-il, que ces établissements sont en bonne voie. L'orateur cite, entre autres, la boucherie de Nîmes fondée par M. Hérisson. La boucherie de Nîmes s'est assuré la clientèle des bonnes maisons de la ville et est arrivée à porter sa vente jusqu'à 800 francs dans une seule journée. Jusqu'à présent, on n'a guère consommé, à Nîmes, que des bêtes des races d'Aubrac, de la Tarentaise et de Salers. Comme les habitants ne seraient pas fâchés de voir figurer sur leurs tables des viandes d'une qualité supérieure, la boucherie en question a désigné un délégué chargé de nouer des relations avec les producteurs du Charollais.

M. Leger fait plusieurs communications sur des sujets qui intéressent, l'agriculture.

L'industrie laitière vient d'être dotée d'une écrémeuse centrifuge système Laval, petit modèle, que les Anglais désignent sous le nom de baby-


LXXXIV PROCÈS-VERBAUX

separator. M. Pitler a perfectionné les transmissions de cet instrument de manière à obtenir jusqu'à 7000 tours de roue par miuute, la manivelle étant actionnée à raison de 40 à 50 tours, avec un effort moyen de 8 à 10 kilogrammes. En vingt et une minutes, on traite 20 litres de lait et ou en extrait 2kg,970, soit 14,85 pour 100 de crème. Il existé un autre appareil du même genre, l'écrémeuse danoise Nielsen, qui marche à raison de 4000 à 4500 tours à la minute, traite 200 litres de lait par heure et en tire 20 pour 100 de crème. Plus dure à manoeuvrer que la précédente, l'écrémeuse Nielsen exige un effort de 16 kilogrammes à la manivelle, mais elle est d'un usage avantageux et facile, partout où l'on possède un manège, pour la mettre en mouvement au moyen d'une courroie de transmission. On la dit de plus en plus employée dans le Nord.

Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, les champs de betteraves sont ravagés par un parasite, le sylphe opaque ou obscur, auquel on donne aussi le nom de bouclier et qui a été étudié par M. Emile Blanchard. Cet insecte appartient à l'ordre des coléoptères; c'est à l'état de larve qu'il est à craindre. La larve du sylphe a le dos noir et dur, le ventre blanchâtre et mou. Elle compte seize articles aplatis sur les bords. Les trois premiers segments portent chacun une paire de pattes fourchues ; les autres constituent l'abdomen qui est terminé en pointe et, par les mouvements vermiculaires dont.il est susceptible, aide à la locomotion. La tête est pourvue d'antennes et porte six yeux. Cet insecte subit plusieurs mues et change souvent de peau. Il est très agile, très remuant et difficile à saisir. Le sylphe n'en est pas à sa première apparition. En 1865, on a déjà constaté sa présence après celle d'un autre destructeur des champs de betteraves, le nématode, qui a été décrit par M. A. Girard. Le nématode disparu, le sylphe lui avait succédé puis s'était évanoui à son tour. On espère qu'il en sera de l'invasion actuelle comme de l'ancienne et que l'insecte disparaîtra encore spontanément, ce qui est d'autant plus à souhaiter qu'on ne connaît guère pour le combattre que l'arséniate de soude qui empoisonne les feuilles et dont le maniement n'est pas tout à fait sans danger.

Les gisements de phosphate de chaux se montrent de plus en plus nombreux en Algérie et en Tunisie. C'est à l'abondance de cet agent de fertilisation, probablement, que le sol de ces contrées doit sa fécondité bien connue, trop souvent paralysée, de nos jours, par la sécheresse. Au temps de la domination romaine, les sécheresses devaient être moins fréquentes et moins longues, les hauteurs étant moins déboisées qu'à notre époque. La Tunisie possède un immense gisement de phosphates dans les


PROCÈS-VERBAUX LXXXV

formations suessonienne et albienne, formations qui existent aussi en Algérie; ce gisement se montre surtout dans la zone comprise entre les méridiens de Kairouan et des Chotts, puis le long de la frontière algérienne, depuis Kef jusqu'à Gafsa. Quelques-uns de ces phosphates contiennent 82 pour 100 d'acide phosphorique. On en trouve aussi dans l'éocène inférieur du massif entre Kairouan et la Medjerdah, puis au nord de la Medjerdah, sur la limite orientale de la Khroumirie. En Algérie, on connaissait déjà des phosphates à 50 pour 100 d'acide phosphorique, dans le gault, aux environs de Duvivier; on en a trouvé d'importantes quantités à Nedroma, ou nord-ouest d'Oran, dont la teneur est de 38,5 pour 100. Récemment on vient de faire la découverte d'un amas énorme dans les étages nummulitique et sucssonien du voisinage de Souk-Ahras. Dans la province d'Alger, au sud de Boghar, dans les marnes suessoniennes, il existe une bande de calcaire marneux gris contenant des phosphates à 27 pour 100. On en connaît encore d'autres, dans l'étage du gault, aux environs d'Aumale, de Bérouaghra, et de Médéah. Il est à regretter que plusieurs de ces localités ne soient pas en communication facile avec la mer ; mais il est probable que la perspective d'une exportation lucrative sera un motif suffisant pour l'établissement de nouvelles voies de transport,

M. Cornevin, après avoir rappelé les intéressantes discussions qui ont eu lieu dans les séances de la Société au sujet des traités franco-italiens, fait connaître le résumé d'un travail de statistique sur l'état actuel de la production du bétail en Italie, ainsi que sur le mouvement des importations et des exportations. Les éléments de ce travail ont été puisés dans le rapport adressé au ministère italien, par M. Miraglia, directeur général de l'agriculture, au nom d'une commission d'enquête désignée par le Ministre.

Le rapport de M. Miraglia fournit trois statistiques; la première date de 1868, avant l'unification du royaume, la seconde de 1876, après l'unification et l'entière pacification, la dernière, de 1882.

L'Italie comptait en 1868, en nombre rond, 1196000 équidés, chevaux ânes, mulets et bardots; le nombre s'élève progressivement en 1876 à 1446000, en 1882 à 1634000.

Ces équidés se répartissent ainsi qu'il suit :

1868. . 476 000 chevaux, 500 000 ânes, 219 000 mulets et bardots; 1876. 626 000 — 527 000 — 293 000 — —

1882. . 660 000 - 672 000 — 302 000 - —


LXXXVI PROCÈS-VERBAUX

La production équine augmente, parallèlement sans doute, avec les progrès de l'agriculture ; mais répond- elle aux besoins du pays? La réponse se trouve dans le tableau des exportations et des importations pour la série 1881-1886, où l'on voit que si la production asine est plus; que suffisante, il n'en est pas de même de la production chevaline. On devait s'en douter, attendu que les officiers de remonte italiens fréquentent quelquefois nos marchés et font des achats considérables en Hongrie.

Pour les bêtes bovines, la statistique de 1868 donne 3 489 000 têtes de tout âge, puis le tableau du mouvement des échanges de 1881 à 1886 montre que, à part quelques reproducteurs de choix et quelques bonnes vaches laitières, nos voisins n'achètent en général que de jeunes animaux qu'ils élèvent pour les revendre. Leurs pays d'approvisionnement sont l'Autriche sourtout, puis la Suisse, la Roumanie et la France ; c'est la France qui est le principal débouché pour la vente de leur gros bétail.

L'espèce ovine a subi, dans la dernière période quinquennale, des variations importantes, diminuant là où s'étend la culture de la vigne, augmentant ailleurs, surtout aux bords de la mer. Tout compte fait, il y a augmentation, puisque la statistique de 1875 donne 6 977 000 bêles à laine et celle de 1881, 8 596 000. Le nombre des brebis est considérablement plus grand que celui des moutons et des béliers, l'espèce ovine étant exploitée surtout pour le lait. Les races italiennes, cargamasque, padouane, vissana de la circonscription de Spoleto et Camerino, gentille, de la Pouille, ont presque toutes été croisées avec des mérinos et des moutons anglais. Nos Rambouillet et nos châtillonnais ont été introduits à l'établissement zootechnique de Portici, dans les Abruzzes, les Marches, l'Ombrie et la campagne romaine. Le Dishley a été répandu en Sicile, spécialement aux environs de Girgenti, et en Vénétie. Les races anglaises, Cotteswood; South-Down, Oxfordshire, New-Kent, ont pénétré particulièrement en Emilie. La vogue est acquise, pour le présent, au South-Down. Il n'a été fait aucun essai d'amélioration en Sardaigne où l'espèce ovine est cependant abondante. La statistique des importations et exportations confond moutons et chèvres, jusqu'en 1882. En prenant les chiffres de la période décennale 1876-1885, et en faisant la part des chèvres, à raison d'un vingt-septième du nombre des moutons pour l'exportation et de deux quinzièmes pour l'importation, on voit que l'Italie produit en bêtes à laine, au delà de ses besoins. Les quatre cinquièmes des achats se font en Autriche; les quatre cinquièmes des ventes se font en France. Le fait constaté à propos des boeufs se reproduit pour les moutons.


PROCÈS-VERBAUX LXXXVI

Le directeur de l'agriculture émet le voeu que le sel mis à la disposition deséleveurs soit diminué de prix, que le service du transport des moutons parles voies ferrées soit amélioré, et que des voies de communication soient créées en Sardaigne, pour faciliter les relations entre les côtes et l'intérieur.

En dépit des inconvénients de l'élevage de la chèvre, au point de vue des reboisements, M. Miraglia fait justement observer que, dans un pays montagneux comme l'Italie, cet élevage s'impose. De fait, il y est prospère, car, en 1881, le nombre des bêtes caprines y est de 2 016000, contre 1 688000 en 1875, soit un surplus de 328 000 bêtes, en chiffre rond. Le nombre des bêtes caprines représente à peu près le quart de celui des bêtes ovines. Le mouvement commercial occasionné par l'espèce caprine est peu important. A partir du moment où la douane a établi la sépara •lion des chèvres et des moutons, le chiffre des importations se maintient assez constamment autour de 5000, tandis que les exportations diminuent de près de 12000 en 1883, à près de 3000 en 1886.

L'élevage du porc est peut-être l'industrie zootechnique la plus ancienne de l'Italie, Les Romains élevaient des troupeaux de porcs dans les forêts qui couronnent l'Apennin et ses contreforts. L'élevage à l'antique subsiste encore tel qu'il était pratiqué, il y a deux mille ans, dans la Calabre, la Basilicate, l'Ombrie et les Marches. Dans l'Italie du nord, c'est l'élevage cil porcherie qui est la règle ; on y utilise les résidus de laitage, les grains, surtout le maïs, les déchets industriels. L'Italie du nord achète les porcs de production méridionale, pour en parfaire l'engraissement dans les porcheries. Les porcs d'Italie sont assez homogènes et ne présentent guère de différences que dans le pelage qui va du noir foncé au gris, en passant par le roux. Il y a cependant la variété casertinaise, qu'on rencontre aux environs de Caserte, de Salerne, et même de Naples, dont la peau brun rougeâtre est glabre, ce qui la fait ressembler à une race chinoise. En Sardaigne, où les porcs vivent presque à l'état sauvage, la race est dégénérée car les spécimens les plus gros ne pèsent pas plus de 30 kilogrammes. Depuis plusieurs années on fait de nombreux croisements avec la variété Yorkshire, quelques-uns, en nombre moindre, avec la variété Berkshire. C'est en Lombardie et en Vénétie que ces opérations se pratiquent et on est très satisfait des résultats obtenus. Les stations de Reggio et de Portici, les écoles pratiques d'agriculture d'Eboli, de Macerata et de Nulvi ont des porcheries dites de nemonte.

Les recensements de 1868, 1875 en 1881 donnent successivement


LXXXVIII PROCÈS VERBAUX

1 575 000, 1 546 000 et 1 164000 porcs en Italie, et accusent une diminution progressive. Cette diminution tient peut-être à ce que le régime forestier est devenu plus sévère et à la faculté qu'ont, à présent, les municipes, de mettre en adjudication la glandée et les autres produits des forêts communales; mais M. Miraglia est tenté d'attribuer l'infériorité du dernier recensement à ce qu'il a été fait au mois de janvier, au moment où la plupart des paysans viennent d'abattre les porcs destinés à la consommation de l'année.

La plus grande partie des porcs importés en Italie vient de l'AutricheHongrie; la Grèce et Malte fournissent aussi un certain contingent. Les reproducteurs de choix sont fournis par la France et l'Angleterre. L'exportation est dix fois plus considérable que l'importation; elle est à destination de la France, de l'Autriche, de la Suisse, de la Tunisie et de la Tripolitaine; mais, qu'il s'agisse des porcs ou des autres animaux, c'est toujours la France qui est le principal débouché.

Mieux que toute espèce de dissertation économique, les chiffres qui viennent d'être indiqués montrent l'étendue de la concurrence que l'élevage italien fait à l'élevage français, et il résulte clairement de ces données, que si l'un des deux pays doit redouter de souffrir dans ses intérêts de la tension des rapports réciproques, ce n'est pas la France, à coup sûr.

M. Leger signale une nouvelle doctrine en fait d'élevage et d'engraissement. A la suite d'expériences faites sur des coqs, par M. Sélan, il paraîtrait que des alternatives d'abstinence et de bonne chère favoriseraient l'engraissement et le développement de la taille, mieux qu'un régime régulièrement substantiel. L'animal qui a subi un certain temps de privation serait préparé, par là, quand vient l'abondance, à une absorption plus rapide et aussi plus complète, des matières azotées.

M. Cornevin dit que le fait signalé a été observé depuis longtemps, notamment sur les moutons d'Afrique et d'Asie. Ces animaux souffrent souvent de la faim dans leurs pays d'origine, à cause des sécheresses; ceux d'entre eux qui ont pu résister se montrent particulièrement aptes à l'engraissement, lorsqu'ils arrivent dans un pays d'abondants pâturages. Cela tient, sans doute, à ce que les privations ont développé la puissance de l'estomac et qu'un animal qui a eu souvent faim digère mieux que celui dont l'estomac a toujours été plein.


PROCES -VERBAUX LXXXIX

SÉANCE DU 6 JUILLET 1888 Présidence de M. LEGER

En l'absence de M. Lorenti, retenu par une indisposition,M. Cornevin veut bien remplir les fonctions de secrétaire,

La correspondance contient une lettre de la préfecture du Rhône et, sous le même pli, le prospectus d'un concours ouvert pour la fabrication d'instruments destinés au travail de la ramie.

A cette occasion, M. LEger rappelle que le gouvernement des Indes anglaises a proposé, il y a plusieurs années, pour le même objet,un prix de 125 000 francs qui n'a pas encore été décerné.

M. le Président distribue des exemplaires d'une lettre circulaire de M. Tivet, négociant à Saint-Étienne, qui se propose d'organiser une compagnie financière pour l'exploitation de la tourbe du marais des Echets. Des échantillons de cette tourbe sont mis sous les yeux de la Société qui, fidèle à ses traditions, laisse absolument de côté le point de vue financier de la question, pour né s'occuper que de la question de l'utilisation.

M. Leger ne croit pas que l'emploi de la tourbe comme combustible puisse avoir quelque avenir dans la région lyonnaise, vu le voisinage du bassin houiller de la Loire.

MM. Locard, Biétrix (C.) et Cornevin, qui partagent l'opinion de M. Leger, pensent que la tourbe peut être employée chez nous comme litière et rappellent les essais dans cette voie, faits par quelques com pagnies qui possèdent une nombreuse cavalerie.

M. Lavirotte ayant fait observer que la poussière de tourbe imprégnée de l'urine des animaux, ne peut former qu'une litière boueuse, M. Cornevin dit qu'on ne doit employer comme litière que les fibres végétales non encore désorganisées, séparées de la terre qui les tenait agglomérées.

M. Leger appelle l'attention sur les inconvénients qui résultent, pour l'Italie, du non renouvellement de son traité de commerce avec la France. Les vins italiens n'ont plus d'écoulement, car si l'entrée en France leur est rendue presque impossible par le droit de 20 francs dont nous les avons frappés, l'entrée en Allemagne leur est encore bien plus énergique-


XC PROCÈS-VERBAUX

ment interdite, par le droit de 35 francs qu'ils auraient à payer pour y ètrs admis. Ces faits rapprochés de ceux qu'à exposés M. Cornevin, dans la dernière séance, au sujet du bétail, doivent nous encourager à persévérer dans la voie où nous nous sommes engagés.

M. Biétrix (C), fait remarquer que si l'Italie se trouve atteinte dans ses intérêts agricoles, nous le sommes de notre côté dans nos intérêts industriels. Il est impossible aux produits chimiques d'origine française de pénétrer maintenant en Italie où ils sont grevés de droits énormes, tandis que les produits similaires anglais ou allemands ne paient que des droits peu élevés.

M. Leger donne quelques détails sur l'apparence des récoltes de céréales. Les blés semés en lignes à l'aide de semoirs sont incontestablement plus beaux que ceux qui ont été semés à la volée. D'expériences qui datent déjà de quelques années, il semble résulter qu'il y aurait avantage à faire les moissons au moins huit jours plus tôt qu'on ne les fait ordinairement, la maturation et le séchage du grain s'achevant en gerbes et en meules.

Bien que l'avis de l'allocation annuelle pour primes aux améliorations agricoles ne soit pas encore parvenu, M. le Président pense, le Conseil général ayant émis un avis favorable, que cette notification ne peut pas tarder d'arriver. Il lui semble, en conséquence, qu'il est temps de songer aux dispositions à prendre en vue des visites des exploitations. Les membres de la Commission desprimes seront donc convoqués prochainement pour avoir à s'entendre sur le partage des opérations.

SÉANCE DU 20 JUILLET 1888 Présidence dé M. LEGER

M. Cornevin continue à remplir les fonctions de secrétaire, en l'absence du secrétaire empêché.

M.le Président annonce qu'il a reçu l'avis de l'allocation ministérielle de 1400 francs, destinée à encourager les améliorations agricoles, et de 1500 francs en faveur des travaux de la Commission des soies.


PROCES-VERBAUX XCI

La circonscription qui doit concourir eh 1888, pour les primes offertes par le ministère, se compose des cantons de Villefranche, Anse, Beaujeu, Bellevile et le Bois-d'Oingt.

La Société reçoit de M. Depéret la seconde partie du travail ayant pour titre : Description paléontologique et classification des étages tertiaires de la côte de Carry. Ce travail rédigé presque en totalité sur les notes laissées par M. Fontannes, sera publié dans le volume des Annales de la Société.

M. Gobin rend compte de l'inauguration du chemin de fer de Lamure à Saint-Georges de Commier, à laquelle il vient d'assister.

Cette ligne, terminée depuis deux ans, n'a été inaugurée que le mardi 10 du présent mois.

La cérémonie était présidée par M. Deluns-Montaud, ministre des travaux publics. Elle a pour objet principal, tout en se reliant à la ligne de Grenoble à Gap, de desservir les communes de Lamotte-les-Bains, Lamotte-d'Aveillans, Peychagnard et Lamure, centre du bassin anthracifère connu sous le nom de bassin de Lamure.

Là nouvelle ligne est à voie étroite, d'un mètre de largeur seulement. Les courbes ont 100 mètres de rayon. Sur un parcours total de 30 kilomètres, elle atteint un maximum d'élévation de 400 mètres, au moyeu de nombreux lacets dont la pente moyenne est exactement de 0m,0275. La locomotive est d'un modèle américain avec cheminée à l'arrière. Les wagons sont très élégants. La construction a été faite par l'État. L'exploitation vient d'être confiée à une compagnie de Fives-Lille.

Les travaux d'art qui se succèdent, on peut dire, sans interruption, ont porté la dépense totale à 12 500000 francs. On compte seize tunnels creusés dans la roche dure ; un de ces tunnels, celui de la Festinière, n'a pas moins de 1070 mètres. Trois viaducs sont lancés hardiment dans l'espace à des hauteurs de 20 à 25 mètres. Les deux viaducs de Loulla sont superposés; celui de la Rivoire est à quatre arches en plein cintre de 10 mètres d'ouverture. Toutes les difficultés que l'art des ingénieurs est appelé à vaincre se sont trouvées réunies sur ce faible parcours.

Le voyageur circule au milieu des splendeurs d'un paysage alpestre. Au-dessous de lui, il peut suivre des yeux le cours capricieux du Drac, au-dessus, porter ses regards sur une suite ininterrompue de sommets à pic; à l'horizon, il aperçoit le fameux Mont-Aiguille, la Moucherotte et la Moucherolle. Le transport du combustible que fournissent les mines de Peychagnard,


XCII PROCÈS-VERBAUX

Cambérannis, et Lamotte-d'Aveillans sera le plus solide élément de prospérité de la ligne. On compte sur une recette kilométrique de 20 000 fr. Ce qui donne quelque probabilité à ces prévisions, c'est que l'emploi de l'anthracite, autrefois borné aux régions anthracifères a fait, depuis quelques années, de grands progrès. Les débouchés sont à peu près assurés ; un dépôt va bientôt être établi à Lyon.

M. Leger donne des détails sur la construction du pont Morand.

Ce pont sera à trois arches, avec une largeur de 20 mètres. Chaque trottoir aura 4m,50 de largeur, ce qui laissera 11 mètres pour la chaussée. On fonde les piles à 13 mètres au-dessous de l'étiage, par le système de l'air comprimé. Trente hommes, dont quinze maçons et quinze terrassiers travaillent simultanément dans le caisson. Ils font douze heures de travail quotidien, coupées par un repos. Ils ne paraissent pas avoir été trop incommodés jusqu'à présent, par leur séjour dans l'air comprimé et il n'y a encore eu aucun accident à déplorer, grâce aux précautions prises surtout pour conjurer les effets de la décompression. Les terrassements s'effectuent uniquement dans le gravier; on n'y a rien trouvé dé spécial, si ce n'est quelques boulets datant probablement de l'époque du siège. Une fois achevé, ce pont ne sera pas dénué d'un certain caractère et, avec ses arches de soixante-cinq mètres d'ouverture, il ne gênera en aucune façon la navigation.

M. Marnas, dit qu'il a fait creuser un puits pour les besoins de son usine, en employant l'air comprimé. Le travail qui s'effectuait dans la couche de gravier n'a été gêné que par la rencontre d'un bateau de pierres, anciennement échoué, que les graviers avaient fini par couvrir entièrement. Sans pouvoir préciser la date de la perte de ce bateau, il était facile cependant de voir, qu'elle ne devait pas remonter très loin, car les pierres avaient été extraites au moyen de la barre de mine et de la poudre, plusieurs portaient très distincte la trace du foret. M. Marnas ajoute incidemment que le pont Lafayetle qu'on se proposait d'abord de faire moins large que le pont Morand a été, par décision ultérieure, ramené à la même largeur ce dont on ne peut que se féliciter, le pont Lafayette étant un de ceux où la circulation est la plus active.

M. Lavirotte, à propos des malaises observés chez les ouvriers qui travaillent dans l'air comprimé, fait un intéressant rapprochement entre les affections rhumatismales, les effets de la compression de l'air et les effets de l'altitude.

MM. Leger, Marnas et Gobin rappellent que le premier pont de Lyon


PROCÈS-VERBAUX XCIII

pour la construction duquel on ait fait usage de l'air comprimé est celui de la Quarantaine, et ils donnent quelques détails rétrospectifs sur cette construction.

SÉANCE DU 9 NOVEMBRE 1883 Présidence de M. LEGER

La Société reçoit une lettre de la préfecture du Rhône et, sous le môme pli, une circulaire de M. Berger, directeur général au ministère du Commerce et de l'Industrie, qui, vu les résultats généralement satisfaisants des vendanges de 1888, engage vivement les producteurs de vins et eaux-devie à participer d'une façon plus importante et plus brillante que jamais à l'Exposition de 1889.Il importe, dit la circulaire, de démontrer que nos produits de la vigne, tout en continuant à être abondants, n'ont pas cessé de posséder les privilèges qui les ont toujours distingués.

Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts adresse le programme du Congrès des Sociétés savantes en 1889 et une circulaire dans laquelle il fait appel à l'initiative des associations scientifiques, pour lui signaler les questions qu'elles désireraient voir figurer à l'ordre du jour du congrès de 1890. Le programme est divisé en cinq chapitres comprenant : l'histoire et la philologie, l'archéologie, les sciences, économiques et sociales, les sciences proprement dites, la géographie historique et descriptive. Le nombre et la teneur des questions énoncées à la suite de chacun de ces titres forment le sommaire d'une enquête complète relative à tout ce qui concerne la France au point de vue moral et au point de vue matériel.

M. le Président donne quelques détails sur l'organisation des syndicats dans le sud-est de la France. Le zèle et l'initiative de quelques hommes dévoués ont fini par triompher des hésitations qu'ils avaient rencontrées au début. Aujourd'hui le nombre des syndicats ou comices du sud-est s'élève à vingt-sept comprenant de douze à quinze cents adhérents. Sollicitées de s'affilier à la Société des agriculteurs de France, ces associations ont jugé plus conforme à leur intérêt bien entendu d'établir leur centre à


XCIV PROCÈS-VERBAUX

Lyon. On pense, en outre, à profiter de la puissance de l'association, non seulement pour l'achat des engrais, des semences et des instruments agricoles, mais aussi de tous les objets de consommation. Il est certain que c'est là une vue qui peut parfaitement se réaliser, attendu que les maisons de commerce qui pourraient compter sur quelques milliers de consommateurs, seraient toutes disposées à réduire le tant pour cent de leurs bénéfices afin d'obtenir en récompense, l'extension de leur débit.

Après cette communication, M. le Président parle des travaux accomplis pendant les vacances, par la Commission des primes. Vingt neuf candidats assez éloignés les uns des autres se sont présentés : la Commission a dû se partager en deux sous-commissions; l'une a procédé aux visites dans les cantons d'Anse et de Villefrance et dans une portion du canton de Belleville ; la seconde a examiné l'autre portion de Belleville, puis les cantons de Beaujeu et du Bois-d'Oingt.

Ce qui se dégage principalement des tournées de la Commission dans les cantons ci-dessus, adonnés surtout à la viticulture, c'est l'heureux résultat des efforts tentés pour la reconstitution des vignobles. Dans les terrains siliceux, on a lutté avantageusement à l'aide du sulfure de carbone; dans les endroits où cet agent n'a pas réussi, on a eu recours au greffage du gamay sur Riparia, Solonis, York et surtout Vialla, et les résultats ont été surprenants. Au lieu d'une cinquantaine d'hectolitres par hectare, on en a récolté jusqu'à cent quarante et les heureux propriétaires des vignobles régénérés, aussi bien que les voisins, témoins de leurs succès, sont dans l'enthousiasme. On a fait quelques essais de producteurs directs, Othello et Senasqua; mais ces essais ne sont pas à encourager, car la récolte serait-elle satisfaisante au point de vue de la quantité, la qualité laisse trop à désirer. Une certaine faveur s'attache en ce moment à un plant du Midi, le Petit-Bouschet qui donne un vin un peu plat, mais rachète en partie son infériorité par la couleur et le rendement. Presque partout la Commission des primes a constaté l'installation de pépinières et l'emploi de fumures méthodiques.

Les vignobles, d'ailleurs n'ont pas seuls droit à des éloges ; la Commission a trouvé des fermes très bien tenues, de belles emblavures sur lesquelles on a fait de judicieuses applications d'engrais.

M. le Président donne encore lecture d'une notice manuscrite de M. Cuvier, sur le tunnel de Saint-Clair examiné au point de vue géologique. Ce travail, accompagné d'une coupe, servira avec lés renseignements que doit fournir M. Depéret, d'après les notes laissées par M. Fon-


PROCÈS-VERBAUX XCV

tannes, ainsi qu'avec les détails techniques promis par M. Gobin, à constituer une description complète à tous les points de vue, qui prendra place dans les Annales de la Société.

SÉANCE DU 16 NOVEMBRE 1888 Présidence de M. LEGER

M. le Président informe ses collègues que la Société vient de perdre l'un de ses membres correspondants, M. François Coignet. Élu en 1853, M. Coignet qui habitait Paris a plusieurs fois assisté à nos séances, quand ses affaires l'appelaient à Lyon. Associé à ses deux frères, MM. Louis et Stéphane Coignet,M. François Coignet dirigeait une importante industrie bien connue à Lyon, où elle a pris naissance. On sait que c'est à la maison Coignet que sont dues la fabrication industrielle et la mise dans le commerce du phosphore rouge ou amorphe, la préparation des bétons dits bétons Coignet ainsi que des pierres artificielles et l'extraction de la gélatine des os au moyen de l'acide chlorhydrique. La contribution de M. F. Coignet ne s'est pas bornée à la création de produits nouveaux ; la physique industrielle lui doit encore l'envention des gazogènes et d'importantes améliorations dans la disposition des chaudières tubulaires. Peu d'industriels peuvent réclamer une aussi large part d'action et on peut dire qu'il laisse la réputation d'un homme de bien et d'un infatigable travailleur.

Au nom de la Commission des primes, considérant que les lauréats, cette année, ont été suffisamment récompensés de leurs efforts par l'abondance de leur récoltes, et qu'ils seront, sans doute, plus sensibles à des distinctions honorifiques qu'à des primes en argent, M. le Président propose, de décerner vingt-cinq médailles, dont cinq médailles d'or, onze de vermeil et neuf d'argent. La dépense, pour ces médailles s'élèvera à 1,000 francs; chiffre rond, inférieure de 280. francs à la somme restant disponible après le prélèvement sur la subvention de 1400 francs, du cinquième destiné à des essais de semences et de fumures ; la Commission PROCÈS-VERBAUX, 1888. 7


XCVI PROCÈS-VERBAUX

propose de joindre celte différence aux fonds mis à la disposition de M. Raulin, pour son champ d'expériences.

Les propositions de la Commission des primes sont approuvées.

M. Gobin rend compte de sa visite à l'Exposition des vins qui a eu lieu à Beaune (Côte-d'Or), le 11 novembre.

Les vins étaient exposés en bouteilles, dans la salle des fêtes, à l'Hôtel de ville; les étiquettes portaient les noms des crus suivants :

Chorey, Savigny, Aloxe, Prémeaux, Nuits, Vosne, Vougeot, ChamboleMusigny, Gevray-Chambertin, Dijon, Yonne, Beaune, Pomard, Volney, Meursault, Puligny, Chassagne, Santenay, Mercurey, Maconnais, Beaujolais.

Étaient représentées les récoltes de 1888, 1887, et quelques-unes des années antérieures. Les prix n'étaient indiqués sur les étiquettes que d'une façon tout exceptionnelle, mais on pouvait se faire renseigner par les propriétaires ou les régisseurs présents, ou encore par les hommes de service préposés pour répondre aux demandes des dégustateurs.

Les grands crus de l'année sont généralement bons, et le GevreyChambertin de 1888 vaut mieux que celui de 1887. Parmi les vins vieux, M. Gobin signale :

Des Meursault blancs de 1885 et 1887; le dernier encore un peu doux, vendu 450 francs la pièce;

Un Pomard, cuvée Briardel, 1887, vendu 400 francs.

Un Mercurey de M. E. Vitteau, propriétaire à Mercurey (Saône-etLoire), récolte de 1887, vendu 250 francs!

Un Meursault, cuvée Rameau-Lamarosse, récolte de 1887, vendu 425 francs.

Le jour de l'Exposition, a eu lieu l'adjudication des vins fins des hospices civils de Beaune, récolte de 1888 et lots non vendus de la récolte de 1887. Dix lots de vins rouges sur quatorze ont été vendus au prix moyen de 807 francs, la queue de deux pièces, ou de 177 francs l'hectolitre. Trois lots sur quatre, de vins blancs ont été vendus au prix moyen de 840 francs la queue, ou de 184 francs l'hectolitre.

Au sujet des maladies de la vigne, de la défense et de la reconstitution des vignobles, voici les renseignements recueillis par M. Gobin.

La présence constatée du phylloxéra remonte à cinq ans, mais ce n'est que depuis deux ans que le mal a fait des ravages sérieux. On s'est défendu principalement avec le sulfure de carbone et, comme on ne paraît pas encore bien fixé sur le choix des meilleurs porte-greffe amé-


PROCÈS-VERBAUX XCV1I

ricains, il n'y a eu que de timides essais de ce côté. Il semble cependant que l'on serait disposé à abandonner le sulfure de carbone pour les porte-greffe américains et quelques propriétaires ont paru satisfaits d'apprendre les résultats obtenus dans le Beaujolais. Toutefois, comme les terrains calcaires à sous-sol marneux de la Côte-d'Or diffèrent essentiellement de ceux du Beaujolais, il est probable qu'on ne pourra pas y faire usage des mêmes sujets pour le greffage.

Suivant M. Deville, les York, Riparia et Vialla, excellents porte-greffe dans les sols siliceux et argileux ne valent rien dans les terrains calcaires où le canal médullaire noircit au bout d'un certain temps; le Solonis s'y maintiendrait mieux, mais ses radicelles finissent par s'y dessécher. On préconise depuis quelque temps certains hybrides essayés il y a une année ou deux au plus et dont on ne sait pas au juste ce qu'on peut attendre.

M. Coignet J. donne lecture d'un mémoire sur les engrais, où il établit, d'après les expériences les plus récentes des divers chimistes qui s'occupent de la question, que l'efficacité des engrais minéraux est singulièrement accrue par un complément de matières organiques. Ce travail est renvoyé à la Commission de publication.

Pour M. Burelle, le travail de M. Coignet signale qu'un pas en avant a été fait dans la discussion, qui dure déjà depuis longtemps, au sujet de l'absorption de l'azote par les plantes, et de la nitrification dans le sol. Les expériences rapportées, d'accord avec celles de l'observatoire de Montsouris, montrent que les eaux de drainage sont plus riches en nitrates en hiver qu'en été, et que ce sont là des effets de la suspension ou de l'activité de la végétation.

M. Deville parle de l'influence de la chaux sur la puissance fertilisante des matières organiques. Après les défrichements, quoique riche en matières organiques, le sol des forêts est à peu près stérile sans le secours de la chaux. La chaux seule ne produit que peu d'effet sur un sol granitique, mais qu'on fasse intervenir les substances organiques, aussitôt on double le revenu ; la chaux met donc les matières assimilables en liberté et favorise la nitrification.

Suivant M. Saint-Lager, la chaux qui décompose les substances organiques et en met les éléments assimilables en liberté, peut être assimilée, à ce point de vue, au nitrate de soude qui exerce une action bien manifeste, et qui cependant n'est pas aborbé, puisque les cendres des végétaux ne contiennent souvent pas trace de soude.

M. Burelle rappelle une observation qu'il a déjà présentée, savoir : que


XCVIII PROCÈS-VERBAUX

la dénomination de matières organiques, dans les questions agricoles est une expression ambiguë, attendu qu'elle désigne aussi bien certaines substances qui sont assimilables que d'autres qui ne sont pas assimilables. Les substances organiques qui ne sont pas assimilables le deviennent sous l'influence de la chaux, par suite de réactions dont nous n'avons pas encore surpris le secret, mais dont les effets incontestables se manifestent par l'accroissement des récoltes.

SÉANCE DU 23 NOVEMBRE 1888 Présidence de M. LEGER

A l'occasion du procès-verbal, M. Gobin dit, d'après M. Crozier, propriétaire viticulteur, que les porte-greffes américains qui réussissent le mieux en terrain calcaire, sont le Solonis et surtout le Rupestris.

M. Billioud-Monterrad ajoute que c'est aussi l'opinion émise par Mme la comtesse de Fitz-James.

M. Coignet J. demande à faire deux citations qui forment comme le complément de sa communication de la dernière séance sur les engrais.

On lit dans Revue agronomique du Temps, du 21 août, signée Grandeau, le paragraphe suivant :

« Les plantes sauvages ne peuvent avoir à leur disposition d'autre source d'azote assimilable que l'ammoniaque. Il en est de même des arbres des forêts que nourrissent seules, en ce qui regarde l'azote, l'ammoniaque ou certaines combinaisons organiques que l'on nomme amides et qui.proviennent de la décomposition de l'abumine végétale par la putréfaction des détritus des plantes tombées sur le sol.

« M. Ébermayer a constaté, en effet, que l'humus des forêts renferme, à côté de l'ammoniaque, des composés amidés dont certains arbres au moins se nourrissent, ceux dont les racines sont pourvues de tubercules (microrhizes). Enfin, une autre preuve que les sels ammoniacaux servent d'aliments aux arbres, nous est fournie par la présence de ces sels dans les sucs des arbres eux-mêmes. Liebig avait fait déjà remarquer que le suc de l'érable à sucre et celui du bouleau développent une odeur ammo-


PROCÈS-VERBAUX XCXIX

niacale très marquée, lorsque, après l'avoir additionné de quelques gouttes d'acide chlorhydrique avoir évaporé, on broie le résidu en présence d'un peu de chaux. »

La Revue agronomique (Le Temps, 30 octobre), donne les détails ciaprès relatifs aux expériences de M. Grandeau.

« Partant de ces données expérimentales et des faits incontestés de la fertilité des terres noires, je me suis proposé, dès 1868, de vérifier mon hypothèse par des expériences directes.

" Pour simplifier l'expérience et la rendre plus démonstrative, ce n'est point au fumier de ferme, mais,bien à la matière organique à peu près complètementstérile par elle-même que j'ai eu recours, pour modifier la composition des deux sols que j'ai mis en expérience.

« Ces deux sols, l'un très argileux, l'autre silicéo-argileux, étaient dans les conditions que voici, lorsqu'ils ont été apportés à la station de l'Est et placés dans des cases étendues d'un volume de 1 mètre cube chacune et drainées.

« Le sol silicéo-argileux (n° 1), avait été fumé pour la dernière fois en 1867, au fumier de ferme, pour pommes de terre, et en 1868, il avait porté du seigle.

« Le sol argileux (n° 2), fumé pour betteraves en 1867, a porté du blé en 1868.

« Mis en place au printemps de 1869, ces deux sols ont été alternativement, de 1869 à 1872, en jachère nue et plantés en tabac. Pauvres tous deux en principes fertilisants, ils ont porté en 1872 une culture d'orge, tendant les cinq années écoulées de 1869 à 1872, ils n'ont reçu ni l'un ni l'autre, aucune fumure organique, ni minérale. Leur pauvreté décelée par l'analyse permettait, à cette date, de les considérer comme à peu près dépourvus de principes fertilisants. Quatre cases identiques remplies deux à deux du même sol permettaient de faire simultanément deux essais de cultures l'un dans les sols primitifs, l'autre dans les mêmes terres additonnées de matières organiques stériles. Au printemps de 1872, on a mélangé à la couche superficielle de chacune des deux cases destinées à l'essai, un volume de tourbe égal à celui de la terre, sur une profondeur de 0m.20. Le mélange ayant été fait très intimement, hors de chacune des cases, a été passé à la claie, puis replacé dans les cases, Des échantillons des sols ainsi amendés ont été prélevés.avec soin et analysés complètement.

« De 1872 à 1888 inclusivement, chacune des quatre cases a été cultivée et fumée de la même manière. La fumure a consisté exclusivement


C PROCÈS-VERBAUX

dans l'emploi de matières minérales : phosphate tribasique des Ardennes en poudre, nitrate de soude et chlorure de potassium, suivant les récoltes,; à des doses et à des époques identiques et comparables à celles en usage dans la grande culture. Dans cette période de seize années consécutives, les cases ont été labourées tous les ans trois fois, cultivées en orge, seigle, betteraves, blé, tabac, huit fois, et laissées en jachère neuf fois, une année sur deux. En un mot, toutes les conditions sont demeurées identiques pour les cases prises deux à deux, sauf une seule, l'addition de tourbes stériles (également analysées), dans une des deux cases contenant le même sol.

« Les récoltes ont été pesées avec soin et analysées. Enfin la composition chimique et physico-chimique des quatre sols a été soigneusement déterminée, à plusieurs reprises, au cours de ces expériences.

« Sans entrer dans aucun des détails qui trouveront place dans l'exposé complet de ces expériences, je me bornerai à indiquer ici les principaux résultats qui mettent en évidence l'influence favorable de la matière organique, sur les terres conduites de la même manière pendant vingt ans.

« L'incorporation graduelle de la matière organique aux éléments primitifs des sols a exigé plusieurs années ; la coloration et l'ameublissement de la terre par la tourbe étaient déjà très marqués en 1874; ils ont été en augmentant d'année en année, et à la fin de 1887, c'est-à-dire au bout de quinze ans, l'aspect, la texture, la couleur et la composition des terres additionnées de tourbe en 1872, rappelaient de très près ceux des terres noires de Russie. La fécondité de ces terres a suivi la même progression, au fur et à mesure de l'incorporation de la matière organique aux éléments minéraux des deux cases; elle s'est accrue d'une façon des plus sensibles d'année en année. En 1888, les cases plantées en blé ont fourni, dans le sol tourbé, une récolte double de celle des cases non tourbées. Pour l'ensemble des huit années de mise en culture des cases, l'augmentation du rendement a été de 63 pour 100, dans le sol argilo-siliceux, de 59 pour 100 dans la terre argileuse.

« Ces chiffres montrent toute l'importance qu'il y a à employer simultanément le fumier de ferme et les engrais chimiques. La même dépense en phosphate de chaux, nitrate de soude ou chlorure de potassium peut accroître les rendements de 60 à 100 pour 100. en présence des matières organiques. On voit combien est regrettable la mauvais traitement des fumiers de ferme dans tant d'exploitations rurales, quelle perte, outre celle des matières fertilisantes (azote et acide phosphorique) entraîne la


PROCÈS-VERBAUX CI

négligence de nos cultivateurs à rapporter dans leurs champs les matières organiques des récoltes, litières et résidus de l'alimentation.» La correspondance contient une lettre d'envoi de la préfecture du Rhône et, sous le même pli, le programme du concours d'animaux gras qui sera tenu à Paris, au,Palais de l'Industrie, du jeudi 21 au mercredi 27 février 1889.

Sur là proposition de M. le Président, les dispositions préliminaires sont prises en vue des élections du second semestre.

M. le Président donne lecture du rapport de la Commission dès primes sur ses opérations de l'année présente (V. le volume).

M. Gobin fournit quelques détails sur les éboulements qui se sont produits dans le tunnel de Collonges. Au mois d'août, il y a eu un affaissement de 0m,60 sur 100 mètres de longueur, du côté de la Saône; aucun accident de personnes n'en est résulté et on a fait les réparations d'usage en pareil cas. Lundi dernier, à deux heures de l'après-midi, à 750 mètres de l'entrée par Saint-Clair, pendant qu'on fouillait pour l'établissement des pieds-droits sous la calotte, celle-ci a cédé, ainsi que les parois latérales lesquelles se sont rapprochées. C'est un charretier qui le premier a vu le danger et a crié : sauve qui peut ! en prenant lui-même la fuite. Des quatre ouvriers employés à la fouillé, deux ont couru du côté de Collonges et sont arrivés sains et saufs à l'extrémité du tunnel; les deux autres, en cherchant à fuir du côté de Saint-Clair, ont rencontré l'éboulement et ont dû revenir sur leurs pas; c'est alors qu'ils ont été pris de manière à ne plus pouvoir se dégager et que, par surcroît, ils ont perdu une de leurs lampes. A leurs cris, deux camarades, le nègre Escariatine et lé nommé Catteau, sont accourus, venant du côté de Collonges; deux autres, Brun Jean et Druet François, sont également venus en toute hâte du côté opposé, et ils ont dû traverser l'éboulement pour se rendre au point d'où partaient les cris. Les deux ouvriers pris ont été dégagés non sans peine; l'un avait une fracture de la cuisse, l'autre de fortes contusions; le premier à été transporté sur l'heure à l'Hôtel-Dieu. Les quatre braves ouvriers qui, sans hésitation, sont venus au secours de leurs camarades, sont dignes de tous les éloges, car ils se précipitaient, on peut le dire, vers l'inconnu. L'ingénieur directeur des travaux a demandé pour chacun deux, à la Compagnie, une gratification de l00 francs. M. Gobin, de son côté a signalé leur belle conduite à l'Académie de Lyon et les a proposés pour une partdu prix Livet destiné à récompenser les actes de dévoûment,


CII PROCÈS VERBAUX

M. Gobin, en visitant les travaux le lendemain, n'a pu échapper qu'à grand peine, lui aussi, au danger d'être écrasé par une chute de gravier.

Les mouvements du terrain dans le tunnel de Collonges sont dus, d'après M. Gobin, à la présence de poches d'eau qui subissent d'énormes pressions et exercent par conséquent des poussées considérables sur leurs parois.

Après ces communications, M. Gobin donne une suite aux études dont il a déjà fait part à la Société, sur les ciments et chaux hydrauliques, par a lecture du chapitre consacré au ciment de la Porte-de-France.

SÉANCE DU 30 NOVEMBRE 1888 Présidence de M. LEGER

A l'occasion du procès verbal, M. le Président dit que sur la proposition de M. Gobin, l'Académie de Lyon a admis au partage du prix Livet les quatre braves ouvriers qui se sont portés si résolument au secours de leurs camarades en danger, lors de l'éboulement qui a eu lieu dans le tunnel de Collonges, le lundi 20 novembre.

M. Gobin fait une communication sur la découverte faite récemment, à Régny (Loire), entre Tarare et Roanne, de fours à ciment qui semblent pouvoir être attribués à l'époque romaine. Cette découverte a été faite à l'occasion de l'ouverture d'une carrière de marbre par M. Derrias, pro-. priétaire de carrières à Villebois. Les déchets de cette nouvelle carrière étaient vendus aux chaufourniers et utilisés aussi comme castine; mais l'emploi comme castine s'étant montré défectueux, vu la nature de la roche, le propriétaire a établi une petite usine d'essai pour faire du ciment. Les travaux exécutés sur un terrain en pen'e douce qui porte quelques habitations éparses, ont mis au jour plusieurs fours enfouis depuis longtemps et dont on ne soupçonnait pas l'existence. Ces fours ont été détruits, sauf un qui se trouve à la limite du terrain acquis et qui, grâce à cette circonstance a été coupé dans le sens vertical. Ce four était, comme les autres, couvert d'une couche de terre végétale d'environ 40 centimètres d'épaisseur. La forme est celle d'une amphore; il repose sur la roche et ne pré-


PROCÈS VERBAUX CIII

sente pas.d'autre revêtement qu'une couche de terre calcinée par le feu et rendue semblable à de la brique, sur une épaisseur de 30 centimètres. La hauteur de cette cuve est de lm, 80 à 2 mètres. D'après le témoignage de ceux des ouvriers qui ont examiné les ouvrages détruits, la mise à feu et la décharge devaient se faire par en bas, au moyen d'un conduit horizontal. Les quelques restes encore reconnaissables de combustible que l'on a trouvés indiquent qu'on employait le charbon de bois. Dans l'intérieur de la cuve, M; Gobin a recueilli des pierres cuites dont il montre des spécimens, La cuisson plus ou moins complète de ces pierres qui avaient été extraites d'une roche bleuâtre, en a changé complètement la couleur. Au lieu d'être réduites en petits fragments, comme on le fait de nos jours, elles étaient en blocs dont quelques-uns plus gros que la tête. Les interstices sont comblés avec une argile rougeâtre. A la partie supérieure, ont été trouvés des fragments de porphyre et d'une pierre siliceuse imprégnée' d'oxyde-fer. Le porphyre qui se trouve dans le voisinage, mais à la dis.- tance d'au moins 1/2 kilomètre, a été évidemment apporté, mais on ne sait dans quel but. Vu la nature de la roche exploitée, on peut supposer que, dès l'origine, la destination des fours en question a été la fabrication d'un ciment.

M. Saint-Lager dit, à l'occasion de cette communication, que Vitruve qui a laissé des descriptions très détaillées des procédés de construction des. Romains ne mentionne nulle part la cuisson des calcaires argileux. Les Romains obtenaient du ciment par le mélange des pouzzolanes avec de la chaux grasse. Ils conservaient la chaux pendant quatre ou cinq ans, avant de l'employer, sous une couche de sable. On vient de découvrir à Rome, dans une cave, une provision de chaux qui date de dix-huit ou vingt siècles et qui jouit des mêmes propriétés que si elle venait d'être cuite.

M. Locard et M. Saint Lager font observer que les pierres qu'ils ont sous les yeux n' ont subi qu'un faible commencement de cuisson, vu qu'on y distingue encore des fossiles, notamment des encrines qui ne paraissent pas avoir subi l'action du feu. Ces fossiles caractérisant la formation que M. Jourdan désignait sous le nom de calcairede Régny. Le calcaire de. Régny a fourni à M. Jourdan le sujet d'intéressantes communications et a soulevé même d'assez vives discussions, dans les séances de la Société, La même formation se rencontre un peu plus loin, sur la roule que M. Gobin a désignée, et près de Balbigny où elle est exploitée pour les fours à chaux. M. Locard émet des doutes sur l'origine romaine des fours de Régnyu ; il


CIV PROCÈS-VERBAUX

les attribuerait plutôt au moyen âge. Il fait observer; en effet, que les Romains ont laissé peu de traces de leur domination dans la localité, tandis qu'au moyen âge, il s'y est construit une foule de châteaux dont on voit encore les restes. A cette époque, on avait perdu les bonnes traditions pour la fabrication de la chaux et ce n'est que vers le XVIe siècle qu'elles ont été retrouvées. Une construction sommaire n'est pas toujours la preuve d'une haute antiquité. A Allevard, il y a seulement une dizaine d'années, on grillait les minerais pyriteux dans des fours adossés à la mon* tagne et pour la construction desquels on se contentait d'élever en pierres sèches un mur de forme semi-circulaire appuyé à droite et à gauche sur la paroi du rocher. En Sardaigne) les fours à chaux sont pour la plupart, dans les mêmes conditions.

M. Gobin reconnaît que l'époque à laquelle les fours de Régny doivent être attribués est difficile à déterminer pour le moment, mais il fait entrevoir, dans la découverte de ces fours le point de départ de recherches qui pourront donner des résultats imprévus.

M. Leger donne lecture d'une note de M. Cuvier qui signale la présente de phosphorites ou phosphates de chaux à la surface du Lias inférieur (Sinémurien), au-dessous des marnes du Lias moyen ou Liasien. La roche en question n'est signalée nulle part dans les descriptions pourtant si détaillées de MM. Fournet, Drian, Falsan, Locard, Fontannes, etc. Le phosphate de chaux du Mont-d'Or a été rencontré par M. Cuvier, dans le souterrain de Caluire, avec le même faciès et dans la même position qu'aux environs de Semur (Côte d'Or), où il a été découvert par M. Collenot; en 1875. Les carrières de Saint-Fortunat pourraient fournir par mètre carré, de 20 à 30 kilogrammes de phosphate de chaux qu'il faudrait malheureusement aller chercher à une assez grande profondeur. D'après M. Collenot, la phosphorite de Semur contient 28 pour 100 d'acide phosphorique, et il est probable que celle du Mont-d'Or lyonnais a la même teneur. Dans une note publiée en 1876, dans le Bulletin de la Société géologique de France, sous ce titre : Du phosphate de chaux dans l'Aunois, M. Collenot émet, sur l'origine de celte substance, deux hypothèses : ou le phosphate provient d'émissions thermales provoquées par des actions souterraines, ou bien il serait dû à la décomposition des nombreux débris organiques qui abondaient dans la mer sirèmurienne.

M. Leger dit, à la suite de cette lecture, qu'il y a dans le fait signalé par M. Cuvier une application de la loi formulée par M. Poncin, savoir;


PROCES-VERBAUX CV

que les terrains liasiques sont toujours plus ou moins riches en phosphate de chaux.

M. Locard rappelle que M. Fournet avait déjà antérieurement subordonné la présence du phosphate de chaux à l'existence des fossiles, d'où cette Conséquence que les formations les plus fossilifères doivent être les plus riches en phosphate. Celte vue théorique, vraie en principe, s'est trouvée quelquefois en contradiction avec les faits.

M. Leger donne encore le compte rendu d'une brochure de M. Mouisset sur la culture de la vigne et les moyens de.la garantir des maladies. Il paraît qu'à une époque déjà reculée, la vigne, moins épuisée qu'aujourd'hui, pouvait fournir d'excellents produits sans fumure et que les engrais étaient même considérés comme une cause d'infection. On trouve, en effet, dans l'opuscule dont M. Leger donne l'analyse, une ordonnance d'un duc de Bourgogne qui, dans le but de conserver le vin pur de toute altération, édicte des peines très sévères, non seulement contre les vignerons qui introduiraient dans leurs cultures du fumier de ferme, de la cornaille, etc., mais aussi contre les voituriers qui transporteraient ces ingrédients. M. Mouisset se montre assez partisan du système Desbois, c'est à dire de l'emploi du phosphore contre le phylloxera. M. Leger demande quelle est l'opinion de M. Coignet J, sur ce point.

M. Coignet répond que bien qu'ayant livré d'assez importantes quantités de phosphore aux agriculteurs, il lui est difficile de fournir des renseignements précis, les agriculteurs n'étant pas d'accord sur les résultats obtenus. Dans tous les cas, l'emploi du phosphore n'a donné lieu, jusqu'ici, à aucun accident. Les pastilles de phosphore sont transportées dans des vases pleins d'eau et on ne peut les saisir qu'avec les doigts mouillés. Or, il résulte des expériences faites de concert avec M. Deville, à l'École d'Écully, qu'il faut cinq minutes pour qu'un fragment de phosphore déposé sur un échalas et exposé au soleil, s'enflamme spontanément ; pendant ce temps, on a tout le loisir de saisir un assez grand nombre de pastilles et de les déposer au pied des ceps, dans les trous destinés à les recevoir. Gomme insecticide, le phosphore n'a pas donné des preuves bien manifestes d'efficacité; comme engrais, il est probable qu'il agit à la manière des superphosphates et peut-être avec plus de rapidité, grâce à une plus grande puissance de diffusion accusée par les abondantes fumées blanches qu'il répand à l'air.

Pour M. Deville, l'efficacité du phosphore comme engrais ne se traduit que par un insignifiant accroissement d'activité de la végétation et le


CVI PROCÈS-VERBAUX

résultat n'est pas en rapport avec la dépense, car à 5 grammes de phosphore par cep, suivant le système Desbois, le traitement d'un hectare revient au moins à 500 francs.

SÉANCE DU 7 DÉCEMBRE 1888 Présidence de M. LEGER

La Société procède au renouvellement de son Bureau pour 1889-1890.

— Sont élus :

Président M. Cornevin;

Vice-Président. ... M. Gensoul;

Secrétaire général. . . M. Lorenti;

Secrétaire adjoint. . . M. Deville;

Bibliothécaire M. Saint-Lager;

Trésorier. ..... M. Vignon ;

Conservateur. . . . . M. Locard.

Il est ensuite procédé au renouvellement des Commissions permanentes, pour 1889.

Commission des soies, par ordre d'ancienneté. —MM. Isaac, Ponchon de Saint-André, Vignon, Billioud-Monterrad, Biétrix C, Maurice, Gensoul, Chaurand, Royet.

Commission des finances. — MM. Gobin, Biétrix C , de La Rochette, Sauzey, Marnas, Billioud-Monterrad.

Commission de publication. — MM. Isaac, Burelle, Locard, Lavirotte, Gobin, Sauzey.

Sur la proposition de M. le Président qui fait observer que vu l'étendue du terrain sur laquelle elle a à se mouvoir, la Commission des primes ne saurait être trop nombreuse, cette Commission est accrue de trois membres, MM. Loger, Galtier et Revol et la composition en est fixée jusqu'à nouvel ordre ainsi qu'il suit :

MM. Sauzey, Chaurand, Gobin, Billioud-Monterrad, Deville, Marnas,


PROCÈS-VERBAUX CVII

Rappet, Ponchon de Saint-André, Gensoul, Biétrix Jh, Cornevin, Dusuzeau, Leger, Galtier, Revol.

Les élections du second semestre donnent pour résultat la nomination de :

M, Rérolle, membre titulaire dans la section de l'agriculture, M. Mayette, membre correspondant.

La séance est close par la revision du tableau des membres titulaires, des vétérans et des correspondants.

SÉANCE DU 14 DÉCEMBRE 1888 Présidence de M. LEGER

M. Leger signale une innovation dans les manipulations de l'industrie laitière qui tendrait à s'introduire dans les fruitières des Vosges, et qui est due aux recherches expérimentales de M. l'ingénieur Guérin. Il s'agit d'un procédé pour conserver de grandes masses de lait à l'état solide, sans leur rien enlever des propriétés du lait qu'on vient de tirer.

Il est nécessaire, en premier lieu, d'éviter la dissociation des éléments dans la masse soumise à la congélation, et, pour y arriver, on la fait séjourner dans des locaux où la température ne puisse pas s'élever audessus de 2°. De cette façon, on prévient la formation de l'acide lactique. et la montée de la crème. Les récipients une fois remplis sont plongés dans un bain à — 15°, les masses mises en présence étant combinées de façon que la masse totale arrive à 0° en moins d'une heure. Bien que le lait ait une capacité calorifique égale à 0,98, c'est-à-dire très voisine de celle de l'eau, il est cependant bien plus lent que l'eau à se congeler. Le retour à l'état liquide doit se faire avec une certaine lenteur, et, en outre, la masse dégelée doit être agitée avant d'être livrée à la consommation ou soumise aux opérations qui se pratiquent dans les fruitières, attendu que la congélation doit avoir été accompagnée d'une précipitation plus ou moins complète des sels.

Il résulte de plus de vingt expériences que le lait dégelé n'a pas pu être distingué du lait frais par les dégustateurs, qu'il se comporte tout aussi


CVIII PROCÈS-VERBAUX

bien à l'ébullition et à l'écrémage, enfin qu'il n'aigrit pas, même le quatrième jour. L'examen microscopique a révélé la même opalescence dans les deux liquides, la même forme et la même diaphanéité des globules butyreux. Traité dans les grandes fromageries, le lait dégelé a donné des produits supérieurs à ceux que donne le lait ordinaire. Il est donc à présumer que la congélation stérilise mieux que l'ébullition les germes fermentescibles. Il est d'ailleurs évident qu'elle favorise à un moindre degré la déperdition des gaz, sans compter qu'avec une disposition convenable des récipients, cette déperdition pourrait être rendue à peu près nulle; car, à supposer que les gaz dissous tendent à se séparer sous l'action du froid, leur pression augmentant au dégel, ils doivent se dissoudre de nouveau dans la masse.

En définitive, ce nouveau procédé pour le traitement du lait semble appelé à rendre de grands services à l'industrie laitière, soit en permettant de perfectionner les produits, soit en donnant aux petites étables qui ne peuvent faire à la fruitière que des apports restreints, le moyen d'arriver à mettre en réserve une assez grande quantité de lait, pour entreprendre, elles aussi, la fabrication du fromage.

M. Cornevin fait observer qu'on ne pourra tirer quelque avantage de la congélation du lait dans nos contrées, qu'autant que l'industrie de la fabrication de la glace aura fait assez de progrès pour livrer la glace à très bas prix, ou que cette fabrication pourra être mise à la portée des propriétaires de troupeaux. Les bénéfices de la congélation sont appréciables surtout en été ; en hiver, la production du lait s'abaisse; les bêtes laitières étant nourries avec des fourrages secs, la qualité du lait est moindre et, en outre, il est moins exposé à s'altérer.

M. Gobin dit qu'au Canada, le lait se débite, pendant l'hiver, à l'état solide. Ce lait gelé qu'il ne faut pas confondre avec le lait concentré dont on fait aussi usage en Amérique, est livré en blocs plus ou moins volumineux aux consommateurs; le volume sert de mesure.

M. Royet met sous les yeux de la Société un produit végétal, la yerbamaté, qui joue un rôle important dans la République Argentine, il montre aussi de petites calebasses dans lesquelles on fait infuser la plante et dés tubes métalliques terminés par une cuillère, qui servent à puiser par aspiration dans ces récipients. C'est le récipient qui porte le nom de maté; on y introduit la bombilla, c'est le nom du tube, puis la valeur d'une grande cuillerée de yerba sur laquelle on verse de l'eau bouillante. La personne la plus qualifiée de la maison ou l'étranger que l'on reçoit vide


PROCÈS VERBAUX CIX

la calebasse, un serviteur y verse de nouveau de l'eau chaude et l'appareil avec son contenu passe au voisin, jusqu'à ce que toute la compagnie s'en soit servie. Depuis les maîtres, jusqu'au dernier serviteur, tout le fait usage de la même bombilla. L'eau peut être renouvelée jusqu'à douze fois, avec la même provision de yerba.

Après ces explications sur l'usage de la yerba-maté, M. Royet donne lecture d'une note sur ce sujet (Voir volume).

SÉANCE DU 21 DÉCEMBRE 1888 Présidence de M. LEGER

M. Leger entretient la Société de la loi nouvelle qui autoriserait la ville de Paris à répandre les eaux de ses égouts dans la partie de la forêt de Saint-Germain voisine de MaisonsLaffitte et d'Achères. Cette loi votée à vingt-neuf voix de majorité a été présentée au Sénat et a donné lieu à la nomination d'une commission qui en a proposé l'approbation, non sans rencontrer des résistances très sérieuses dont on trouve l'écho dans le rapport de M. le Dr Cornil. Une discussion des plus vives s'est élevée entre M, Corail et M. Alphand et, au cours du débat, M. Pasteur a apporté le contingent de ses objections contre le projet dont il s'agit.

M, Cornil avoue franchement qu'on ignore ce que peuvent devenir les microorganismes pathogènes pendant la combustion lente qui s'effectue sous l'influence de l'air et des microbes nitrificateurs. M. Pasteur s'élève, de son côté, contre l'accumulation aux portes de Paris, dans les champs cultivés d'où ils peuvent facilement faire retour, des germes des maladies infectieuses les plus graves, telles que la fièvre typhoïde, le choléra, l'érysipèle, laphtisie, la septicémie, le tétanos, la diphthérie.

On sait que le microbe du virus charbonneux peut se maintenir avec toute sa virulence, pendant plusieurs années, dans les terres cultivées. Le fait a été mis en évidence par les expériences de MM. Pasteur, Chamberland; Roux, Bollinger, Soyka, Duclaux; par celles aussi de nos collègues, MM. Arloing et Cornevin. On a même acquis la certitude que la germination de ce microbe serait plus active dans le sol que dans les bouillons


CX PROCÈS-VERBAUX

de culture. Sa virulence serait sans doute atténuée s'il pouvait être maintenu à la surface, mais on le trouve assez fréquemment à 50 centimètres de profondeur et le danger vient de ce qu'il peut être exhumé par les labours, par la capillarité, par les eaux de drainage, par les lombries. La contamination des eaux de drainage a été constatée, à Berlin, par MM. Koch et Piefke. L'insolation est un moyen d'assainissement, mais on sait, par les belles expériences de M. Arloing, qu'elle doit être prolongée et qu'elle reste sans effet si elle ne dure au moins de un à deux mois.

Les terres de Saint-Germain ne seront donc pas, comme on l'a dit, le cimetière des microbes pathogènes de Paris. La culture maraîchère intensive, que l'on se propose d'y faire, produira des légumes dont quelques-uns apportés à Paris, pour y être mangés frais, seront un continuel danger. Ce genre de culture a été interdit sur les terres de la banlieue de Berlin qui reçoivent les eaux d'égout et même on n'y fauche que très haut les foins des prairies irriguées au moyen de ces eaux. La,précaution de faucher haut paraît même insuffisante, puisque le Dr Bernheim a trouvé, jusque dans les épis de blé des germes microscopiques semblables à ceux que contient le sol. Il faut tenir compte encore, de ce que les terres ne peuvent pas rester constamment sous l'eau, que dans les périodes d'assèchement elles deviendront funestes aux travailleurs et que leurs poussières emportées par les vents pourront aller semer la contagion au loin.

Le déversement dès eaux d'égout sur le sol et le système tout à l'égout sont étroitement liés ; on voit par ce qui précède quelles peuvent être les conséquences d'un pareil régime., M. Cornil avoue tristement, dans son rapport, que tout à l'égout n'est pas ce qu'il y a de meilleur.

M. Schloesing propose une canalisation générale avec conduits en fonte par lesquels les 10,000 mètres cubes d'eau rejetés chaque jour par la ville de Paris, se rendraient dans une ou plusieurs usines spéciales pu elles subiraient une température de 120° qui détruirait infailliblement les microbes de toute espèce.

Il n'est pas possible de déverser annuellement, sur les 1500 hectares de la forêt de Saint-Germain, la masse énorme des eaux rejetées en une année et qui formerait une couche de 4 mètres d'épaisseur, correspondant à 40.000 mètres cubes par hectare.

La nitrification ne pouvant plus s'opérer au delà de 1 mètre de profondeur, à Berlin, on a réduit à 9.000 mètres cubes par hectare la masse qu'on donne à absorber à la terre; c'est la limite fixée par MM. Say et Mose.


PROCÈS-VERBAUX CXI

On réclame aussi que les matières de vidanges non désinfectées ne soient pas mêlées aux eaux d'égout, et, en, outre, qu'il soit établi pour ces dernières une canalisation spéciale sur le parcours de laquelle on pratiquerait des prises pour l'irrigation des champs et qui conduirait l'excédent, ainsi que le trop plein des pluies d'orage dans la haute mer.

C'est cette dernière solution qui semble la plus rationnelle et la plus hygiénique.

M. Locard dit que les miasmes des marais peuvent être transportés avec les poussières que les vents dispersent au loin et il cite, à l'appui de cette proposition les cas de fièvres paludéennes observés dans la région du Mont-d'Or lyonnais assez éloignée pourtant du plateau de la Bresse, mais balayée de temps en temps par des vents qui viennent de cette direction.

M. Locard demande, après cette observation, si dans ses études sur les microbes, M. Cornevin a pu constater que l'eau de mer pût en entraver le développement.

M. Cornevin répond que rien n'est aussi complexe que la question des circonstances favorables ou défavorables à l'existence et à la multiplication des microorganismes, parce que nulle classe d'êtres ne présente, entre les nombreux genres ou espèces qu'elle renferme des caractères aussi différents. Les microbes du rouget, du charbon symptomatique, de la septicémie sont insensibles à l'action de l'eau de mer, et l'on sait d'ailleurs que dans le voisignage de certains marais salants, ceux de Palavas entre autres, les fièvres intermittentes sont communes. Cependant l'extrême dilution des eaux d'égout dans une masse pour ainsi dire indéfinie pourrait avoir une action destructive qu'on ne peut pas rejeter a priori. Dans tous les cas, ce n'est pas par les voies digestives que les microbes cidessus font irruption dans l'organisme, taudis que c'est précisément par cette porte que s'introduit celui de la fièvre typhoïde. Les vibrions de la septicémie et de la gangrène foudroyante peuvent être incorporés dans les aliments sans aucun danger pour l'homme ou l'animal qui absorbera ces aliments. Au cours de ses expériences,» M. Cornevin n'a vu que deux exemples de charbon symptomatique contracté par suite d'absortion d'aliments contaminés ; encore n'est-il pas bien sûr que la contagion n'ait pas trouvé une voie d'accès dans quelque lésion invisible des organes de la digestion. Un docteur de Berlin a trouvé des microbes dans les capsules de Certaines céréales et on a pu croire que ces microbes avaient été absorbés dans le sol par les radicelles ; mais M. Pasteur rejette cette explication et

PROCÈS-VERBAUX, 1888. 8


CXII PROCÈS-VERBAUX

admet plutôt une espèce d'effraction qui s'est produite hors de terre. De leur côté, M. Arloing et M. Cornevin ont fait des expériences avec le cresson alénois semé en terrain riche en microbes sans pouvoir constater l'absorption de ces microbes par les racines. Quant à la destruction réciproque des microbes, il est clair qu'elle s'opère à un certain degré et que, par exemple, les microbes de la nitrification et ceux de la dénitrification ne peuvent que se détruire les uns les autres. On sait que M. Burelle a déjà donné quelques indications sur ce point et que M. Arloing a aussi abordé la question, mais en ajoutant qu'aucune étude complète n'a été faite jusqu'à présent.

M, Gobin donne quelques renseignements sur la tour Eiffel qu'il a vue pour la seconde fois, il y a deux jours. Cette construction, vue du Trocadéro présentait un aspect désagréable lorsqu'elle n'était encore qu'à la première plate-forme et se projetait sur l'École militaire ; à présent qu'elle a atteint 220 mètres et que l'École militaire masquée complètement par les bâtiments de l'Exposition ne présente plus le contraste désagréable des premiers jours, on peut dire que l'impression produite n'a plus rien qui choque l'oeil du spectateur.


LISTE

DES

OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ

EN 1888

_ Les Recueils publiés par les Sociétés savantes sont indiqués dans la liste suivante. —

DONS DES MINISTÈRES. — Brevets d'invention, description des machines et procédés.

— Bulletin officiel de la propriété industrielle et commerciale.

— Bulletin du Ministère de l'agriculture, documents officiels, statistique, rapports.

— Journal des savants.

CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DU RHONE. — Rapports et procèsverbaux. CHAMBRE DE COMMERCE DE LYON. — Compte rendu des travaux.



LISTE

DES SOCIÉTÉS SAVANTES

Avec lesquelles la Société d'agriculture entretient des relations ET DONT ELLE REÇOIT LES PUBLICATIONS PÉRIODIQUES

FRANCE

Ain. — Société d'émulation de l'Ain : Annales d'agriculture, sciences,

lettres et arts, rédigées par les membres de la — Aisne. — Société académique de Saint-Quentin: Travaux de la —

— Bulletin du comice agricole de l'arrondissement de Saint-Quentin. Allier. — Société d'agriculture de l'Allier : Bulletin Journal de la —. Aube, — Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du déparment

déparment l'Aube : Mémoires de la —

Bouches-du-Rhône. — Académie des sciences, agriculture, arts et belleslettres d'Aix : Mémoires et Comptes rendus des séances de l' —

— Société de statistique de Marseille : Répertoire des travaux de la —, Calvados. — Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen :

Mémoires de I'— — Société linnéenne de Normandie, à Caen : Mémoires et Bulletins de

la—.

— Société d'agriculture de Caen : Bulletin et Mémoires de la —, — Société d'horticulture de Caen : Bulletin de la —. Charente. — Société d'agriculture, arts et commerce du département de

la Charente : Annales de la — Charente-Inférieure. Académie de la Rochelle ; Annales del' — Cher. — Société d'agriculture du département du Cher : Bulletin de la —


CXVI SOCIÉTÉS SAVANTES

Côte-d'Or. — Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon

Mémoires de l' —

— Société d'agriculture et d'industrie agricole de la Côte-d'Or : Journal

Journal publié par la —

— Société des sciences historiques et naturelles de Semur : Bulletin

de la —

Doubs. — Société d'émulation du Doubs : Mémoires de la —, Eure. — Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du

département de l'Eure : Recueil de la —. Finistère.— Société académique de Brest ; Bulletin de la — Gard. — Académie du Gard : Mémoires de 1' —

— Société d'agriculture du Gard : Bulletin de la —.

Garonne (Haute-). —Société d'agriculture: Journal d'agriculture pratique et d'économie rurale pour le midi de la France, rédigé par les membres de la —

— Académie de Toulouse : Mémoires de l'Académie des sciences,

inscriptions et belles-lettres de 1' —.

— Société d'histoire naturelle de Toulouse : Bulletin de la —.

— Société des sciences physiques et naturelles de Toulouse : Bulletin

de la —. Hérault. — Société centrale d'agriculture et des comices agricoles de l'Hérault : Bulletin de la —

— Académie des lettres et sciences de Montpellier : Mémoires

de l'—.

— Société d'horticulture et d'histoire naturelle de l'Hérault : Annales de la —.

Indre-et-Loire. — Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres

du département d'Indre-et-Loire : Annales de la — Isère. — Académie delphinale : Mémoires de l' —.

— Société de statistique de l'Isère : Bulletin de la —

Loire. Société d'agriculture, industrie; sciences, arts et belles-lettres : Annales de la —

— Société de l'Industrie minérale : Bulletin et Atlas de la--.

Loire (Haute-). — Société d'agriculture, sciences, arts et commerce du

Puy- Annales de la —. Loire-Inférieure. — Société académique de Nantes : Annales de la — Loiret. — Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans :

Mémoires de la —,


ET PUBLICATIONS PERIODIQUES CXVII

Loiret. — Société d'horticulture d'Orléans : Bulletin de la —. Maine-et-Loire. — Société industrielle d'Angers : Bulletin de la —. — Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers : Mémoires de la —. — Société académique de Maine-et-Loire : Mémoires de la —. Manche. — Société des sciences naturelles de Cherbourg : Mémoires

de la — Marne. — Société d'agriculture, sciences et arts du département de la

Marne : Mémoires de la —. Meurthe. — Académie Stanislas, à Nancy : Mémoires dé 1' — — Société centrale d'agriculture de Meurthe-et-Moselle, à Nancy : le Bon Cultivateur, Recueil agronomique de la —. Nord.—Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille: Mémoires de là —.

— Société centrale d'agriculture, sciences et arts du département du

Nord, à Douai : Mémoires de la—.

— Société d'émulation de Cambrai : Mémoires de la —.

— Société géologique du Nord : Annales de la —. Puy-de-Dôme. — Académie de Clermont-Ferrand : Mémoires de 1' —.

— Société d'agriculture de Clermont-Ferrand : Bulletin agricole du Puy-de-Dôme, Revue périodique de la —.

Pyrénées-Orientales. — Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales : Bulletin de la —.

Rhône. — Académie dés sciences, belles-lettres et arts de Lyon : Mémoires de 1'—.

— Société littéraire, historique et archéologique de Lyon : Mémoires

de la —. — Société linnéenne de Lyon : Annales de la —.

— Société d'horticulture pratique du département du Rhône : Bulletin

de la —.

— Société des sciences industrielles de Lyon : Annales de la —.

— Journal de médecine vétérinaire publié par l'École de Lyon. Saône (Haute-). — Société d'agriculture de la Haute-Saône : Bulletin

de la —

— Société d'archéologie de Chalon-sur-Saône : Mémoires de la —. Savoie (Haute-). — Société florimontane d'Annecy : Revue savoisienne

publiée par la —. Seine, _ Société centrale d'agriculture de France : Mémoires et Bulletins des séances de la.—.


CXVIII SOCIÉTÉS SAVANTES

Seine. — Société entmologique de France : Annales de la —. '— Société géologique de France : Bulletin de la —

— Société centrale d'horticulture de la Seine : Journal de la —

— Revue des travaux scientifiques publiée sous les auspices du

Ministère de l'Instruction publique.

— Mémoires d'histoire et d'archéologie lus à la Sorbonne.

— Comptes rendus de l'Académie des sciences.

— Société philomatique : Bulletin de la —. Seine-et-Oise. — Société d'agriculture et des arts du département de Seineet-Oise

Seineet-Oise Bulletins et Mémoires de la —.

— Société d'horticulture du département de Seine-et-Oise : Bulletin

et Mémoires de la —. Seine-Inférieure. — Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen: Précis analytique des travaux de 1' —.

— Société havraise d'études diverses : Recueil des publications

de la —.

— Société centrale d'agriculture du département de la Seine-Inférieure :

Extrait des travaux de la —.

— Société centrale d'horticulture : Bulletin de la —.

— Société des amis des sciences naturelles de Rouen : Bulletin

de la —. Sèvres (Deux-). — Société d'agriculture du département des DeuxSèvres : Journal publié par la —.

— Société de statistique : Mémoires et Bulletin de la—.

Somme. — Académie des sciences, agriculture, commerce, belles-lettres et arts du département de la Somme : Mémoires de.l' —

— Société des antiquaires de la Picardie : Mémoires et Bulletins

de la —.

— Société d'émulation d'Abbeville : Mémoires de la —.

— Société linnéenne du Nord de la France : Mémoires et Bulletins

de la —. Var. — Société académique du Var, à Toulon : Bulletin de la —.

— Société d'études scientifiques de Draguignan : Bulletin de la —. Vaucluse. — Société d'agriculture et d'horticulture : Bulletin de la —. Vosges. — Société d'émulation des Vosges : Annales de la —.

Vosges. — Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne :

Bulletin de la — . Algérie. — Société agricole d'Alger : Bulletin des travaux de la — .


ET PUBLICATIONS PÉRIODIQUES CXIX

Algérie, — Société de climatologie, sciences physiques et naturelles : Bulletin de la — . ......

ALSACE ET LORRAINE

Société industrielle de Mulhouse : Bulletin de la — .

Société d'histoire naturelle de Colmar : Bulletin de la —.

Société des sciences, agriculture, arts de Strasbourg : Mémoires de la —

Académie de Metz : Mémoires de 1' — .

Société d'histoire naturelle de Metz : Bulletin de la — .

ALLEMAGNE

Prusse. Académie royale des sciences de Berlin : Monatsbericht et Physikalische und mathematische Abhandlungen der, k. Akademie der Wissenschaften.

— Société géologique allemande, à Berlin : Zeitschrift d. deutschen

geologischen Gesellschaft.

— Société des naturalistes de la Saxe et de la Thuringe, à Halle :

Zeitschrift für die gesammten Naturwissenschaften. — Berliner entomologische Zeitschrift, publié par la Société entomologique

entomologique Berlin. — Société des amis des sciences naturelles de Berlin : Sitzungsberichte.

Sitzungsberichte. entomologique de Stettin : Entomologische Zeitung, herausgegeben

herausgegeben dem entomologischen Vereine zu Stettin. — Société des naturalistes de la Prusse rhénane et de la Westphalie

Westphalie Verhandlungen des naturhistorischen Vereins der Preussischen

Preussischen und Westphalen, rédigés par le docteur

Bertkau. — Société des naturalistes de Dantzig : Neue Schriften der Naturforschenden

Naturforschenden in Danzig. — Société phys.-écon. de Koenigsberg : Schriften der phys.-oekon.

Gesellschaft. Saxe. Académie des curieux de la nature, à Halle: Nova acta physicomedica

physicomedica Coesareoe Leopold. Carol. naturoe curiosorum.


CXX SOCIETES SAVANTES

Saxe. Société Iisis de Dresde : Naturhistorische Zeitung et Sitzungsberichte. Wurtemberg. Société des naturalistes à Stuttgart. - Annales d'histoire naturelle : Wurtembergische naturwissenschaftliche Jahres

hefte. Hanovre. Société royale des sciences de Goettingue : Goettingische

gelehrte Anzeigen unter der Aufsicht der k. Gesellschaft d. Wissenschaften.

Wissenschaften. Nachrichten von der k. Gesellschaft der Wissenschaften. Messe. Société d'histoire naturelle à Giessen : Bericht der Oberhessischen

Oberhessischen für Natur und Heilkunde. Fraucfort-sur-le-Mein. Société senckenbergienne : Abhandlungen

Abhandlungen Bericht herausgegeben von der senckenbergischen Naturforschenden

Naturforschenden Duché de Bade. Société d'histoire naturelle de Heidelberg : Verhandlungen

Verhandlungen naturhistorisch-medicinischen Vereins zu Heidelberg. Nassau. Société d'histoire naturelle du Nassau, à Wiesbaden : Jahrbücher

des Nassauiscen Vereins für Naturkunde.

AUTRICHE

Académie I. R. des sciences de Vienne : Denkschriften et Sitzungsberichte der k. Akademie der Wissenschaften.

Société royale des sciences de Bohême, à Prague: Abhandlungen et Sitzungsberichte der k. boehmischen Gesellschaft der Wissenschaften.

Ferdinandeum du Tyrol : Neue Zeitschrift d. Ferdinandeum.

Société des naturalistes de Styrie : Mittheilungen des Naturwissenschaftlichen Vereins für Steiermark. Gräz.

Société des zoologistes et botanistes de Vienne : Verhandlungen der k. k. zoologisch-botanischen Gesellschaft in Wien.

Institut géologique de Vienne : Juhrbuch, Abhandlungen u. Verhandlungen der k. k. geologischen Reichsanstalt.

Institut de météorologie : Juhrbuch der k. k. Anstalt für Meteorologie und Magnetismus.

Société des naturalistes de Brünn : Verhandlungen des naturforschenden Vire'Ms in Brünn.


ET PUBLICATIONS PERIODIQUES CXXI

Muséum d'histoire naturelle de Carinthie : Janrbuch des naturhistorischen

Landes-Museums von Koernten in Klagenfurt. Société d'horticulture de Vienne: Der Gartenfreund.

BAVIÈRE

Académie royale des sciences de Munich : Abhandlungen et Sitzungsberichte der k. Bayerischen Akademie der Wissenschaften, mathem. physikal. Classe.

Annales de l'Observatoire royal de Munich : Annalen des k. Sternwarte

bei München. Société zoologique et minéralogique de Ratisbonne : Correspondenzblatt et Abhandlungen des zoologisch-mineralogischen Vereins in Regensburg. Société d'histoire naturelle d'Augsbourg : Bericht des naturhistorischen Vereins in Augsburg.

BELGIQUE

Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles ; Nouveaux

Mémoires, Annuaires et Bulletins de l' — Société royale des sciences de Liège : Mémoires de la — Société des arts, des sciences et des lettres du Hainaut, à Mons : Mémoires

et Publications de la —. Société entomologique de Belgique : Annales de la — Société géologique de Belgique, à Liège : Annales de la —. Société malacologique de Belgique : Annales et Procès-verbaux de la — Société royale de botanique de Belgique : Bulletin de la —.

GRANDE-BRETAGNE

Angleterre. Société linnéenne de Londres : Journal et Transactions of the Linnean Society of London. — Société zoologique de Londres : Proceedings of the zoological Society of London.


CXXII SOCIÉTÉS SAVANTES

Angleterre. Société entomologique de Londres : Transactions of the entomological Society of London.

— Société littéraire et philosophique de Manchester : Memoirs et Proceedings.

Proceedings.

Ecosse. Société royale d'Edimbourg : Transactions et Proceedings of the royal Society of Edinburgh.

Irlande. Académie royale de Dublin : Transactions, Journal et Proceedings of the royal lrish Academy

— Société géologique de Dublin : Journal of the geol. Soc. of Dublin.

DANEMARK

Société royale des sciences de Danemark : Det kongelige danske Videnskabernes Seslkabs Skrifter. — Oversigt, etc. Coup d'oeil sur les travaux des membres de l'Académie des sciences de Danemark.

HOLLANDE

Académie royale des sciences, belles-lettres et arts d'Amsterdam : Verslagen Jaarboek et Verhandelingen d. k. Akademie van Wetenschappen.

Société des sciences de Harlem : Natuurkundige Verhandelingen van de hollandsche Maatschappij d. Wetenschappen te Haarlem. — Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles.

Société batave des sciences de Rotterdam : Verhandelingen van het bataafsch Genootschap te Rotterdam.

ITALIE

Académie des sciences de Turin : Memorie et Atti della reale Accademia

Accademia scienze di Torino. Bollettino dell' Osservatorio di Torino. Institut royal lombard : Memorie et Rendiconti del reale Istituto lombarde

di scienze e lettere. Société italienne des sciences. naturelles : Atti della Società italiana di

scienze naturali.


ET PUBLICATIONS PERIODIQUES CXXIII

Académie d'agriculture, commerce et arts de Vérone : Memorie. Comité géologique d'Italie : Bollettino et Memorie del Comitato geologico

d'Italia.

Institut de Bologne : Memorie et Rendiconti dell' Accademia delle scienze

di Bologna. Académie royale des sciences de Naples : Atti, Rendiconti, Memorie della

reale Accademia delle scienze di Napoli. Académie des sciences naturelles de Catane : Atti dell' Accademiagioenia

di scienze naturali in Catania. Institut vénitien: Memorie et Atti dell.l' Istituto veneto di scienze, lettere

ed arti.

Académie de Lucques : Atti e Memorie della r. Accademia lucchese di

scienze, lettere ed arti. Académie roy. des Lincei, à Rome : Atti della r. Accademia dei Lincei. Société des naturalistes de Modène : Annuario. Société toscane des Sciences naturelles, à Pise : Atti et Processi-Verbali.

RUSSIE

Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg : Mémoires et Bulletins de 1'—.

Société impériale des naturalistes de Moscou : Nouveaux Mémoires et Bulletins de la —.

Société des sciences de Finlande : Foerhandlingar et Acta Societatis scientiarum Fennicoe.

— Bidrag till Finlands Kennedom, Natur, Folk, Etnografi och Statistik.

— Observations faites à l'Observatoire magnétique et météorologique

d'Helsingfors. Société pour la connaissance de la faune et de la flore de Finlande, à

Helsingfors : Notiser, Meddelanden et Acta. Société des naturalistes de Riga : Arbeiten et Correspondenzblatt de

Naturforscher-Vereins zu Riga. Institut géologique de Saint-Pétersbourg ; Verhandlungen.

SUÈDE.

Académie royale des sciences de Stockholm : Kongl. Vetenskaps Akademien, Handlingar, Bihang, Lefnadsteckningar et Foerhandlingar


CXXIV SOCIÉTÉS SAVANTES

Académie royaledes sciences de Stockholm -.Observations météorologiques

suédoises. Institut géologique de Suède à Stockholm : Publications de l'—. Société royale des sciences d'Upsal : Nova acta regioe Societatis scientiarum Upsaliensis. — Bulletin météorologique de l'Observatoire de l'université d'Upsal.

SUISSE

Société de physique et d'histoire naturelle de Genève : Mémoires de la —

Société des arts de Genève : Bulletin de la classe d'agriculture de la —.

Institut national genevois : Mémoires el Bulletins de l' —.

Société helvétique des sciences naturelles : Nouveaux Mémoires et Actes de la—.

Société des sciences naturelles de Neuchâtel : Mémoires et Bulletins de la—.

Société des naturalistes de Bâle : Verhandlungen der Naturforschenden Gesellschaft in Basel.

Société des naturalistes de Berne : Mittheilungen der Naturforschenden Gesellschaft in Bern.

Société d'histoire naturelle de Zurich : Vierteljahrsschrift der Naturforschenden Gesellschaft in Zurich.

Société vaudoise des sciences naturelles, à Lausanne : Bulletin de la —

Société des naturalistes des Grisons : Jahresbericht der Naturforschenden Gesellschaft Graubündens in Chur.

ASIE

Bengale. Société asiatique du Bengale : Proceedings et Journal of the Asiatic Society of Bengal.

AMERIQUE

États-Unis. Académie des sciences naturelles de Philadelphie : Proceedings et journal of the Academy of natural sciences of Philadelphia. — Société d'histoire naturelle de Boston : Memoirs et Proceedings of the Boston Society of natural History.


ET PUBLICATIONS PÉRIODIQUES CXXV

États-Unis, Académie des Sciences de New-York : Annals of NewYork Academy of sciences. — Société américaine pour l'avancement de la science : Proceedings of

the American philosophical Society. Philadelphia. — Franklin Institut à Philadelphia : Bulletin. — Académie américaine des arts et des sciences : Proceedings et Journal. Boston et Cambridge. — Institut smithsonien : Smithsonian Contributions to knowledge, in-4; Miscellaneous Collection et Smithsonian Reports, in-8., Washington. Société d'agriculture de New-York: Transactions.

— Sociétés d'agriculture de l'Ohio, du Maine et du Michigan : Reports.

— Report of the commissioner of patents. Washington.

— Report of the commissioner of agriculture. Washington.

— Institut d'Essex : Proceedings et Bulletin of the Essex Institute.

— Société d'histoire naturelle de Portland : Proceedings of the Porland

Porland of natural history.

— Académie des sciences de Saint-Louis : Transactions of the Academy

of science of Saint-Louis.

— Catalogue du muséum zoologique de Cambridge, Massachusetts.

— Académie des arts et sciences du Connecticut : Transactions of

Connecticut Academy of arts and sciences. — Comité géologique et géographique à Washington : Bulletin et

Report.

— Comité géologique de Pennsylvania : Publications of the second

Geological Survey.

— Université du Minnesota, à Minneapolis : Natural history Survey. Brésil. Musée national de Rio de Janeiro : Archives.



TABLE ALPHABETIQUE

PAR NOMS D'AUTEURS

DES MÉMOIRES, NOTICES, RAPPORTS, COMMUNICATIONS VERBALES, ETC.

CONTENUS DANS CE VOLUME

N. B. — Pour les noms des personnes qui ont offert leurs ouvrages à la Société en 1888,

Voir la listé spéciale précédente.

Pour la table générale des matières, voir à la fin du volume.

ARLOING. — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Nommé membre

correspondant de l'Académie de médecine, p. XXIII. ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'AVANCEMENT DES SCIENCES. — Circulaire et

invitation pour le Congrès d'Oran, p. XXXV. BERGER. — Circulaire aux producteurs de vins et eaux-de-vie, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, p. XCIII. BIETRIX (C.). — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Observation au sujet de l'effet de l'arsenic sur les chiens, p. LIX. — Opinion sur l'emploi de la tourbe, p. LXXXIX. — Observation au sujet du traité de commerce franco-italien, p. XC. — Nommé de la Commission des soies, et de la Commission des finances, pour 1889, p. CVI.

BIETRIX (Jh.). — Signale les demandes de plus en plus nombreuses de sulfite d'ammoniaque, p. XXV. — Fait hommage, au nom de M. RéroIle, d'un ouvrage intitulé : Du colonage partiaire et en particulier du métayage, p. LXXXI. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII. BILLIOUD-MONTERRAD. — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Fai 6e SERIE, T. 1er. — 1888 9


CXXVIII TABLE ALPHABÉTIQUE

connaître l'état comparatif de la production, suivant les efforts tentés pour la lutte contre le phylloxéra, p. XIX. — Donne lecture du rapport de la Commission des soies, p. XXII, XXIV. — Communication à propos du prix de la viande et du poisson, p. XXXVI. — Opinion sur les meilleurs porte-greffe en terrain calcaire, p.XCVIII Nommé de la Commission des soies et de la Commission des finances, pour 1889, p. CVI. — Compris dans la réorganisation de la Commission de primes, p. CVI.

BUBELLE. — Signale l'établissement à Montélimar d'une boucherie où le propriétaire vend directement aux consommateurs, p. XLVIII. — Communication à propos de la perte d'un cheval, p. LXXVI. — Observation sur l'emploi des traits élastiques, p. LXXVII. — Observations relatives à l'absorption de l'azote par les végétaux, et sur la distinction qu'il y aurait à faire entre les substances désignées sous la dénomination de matières organiques, p. XCVII. — Nommé de la Commission de publication, pour 1889, p. CVI.

CAMBON. — Nommé d'une Commission pour une enquête sur le commerce de la boucherie, p. XXX.

CHAMBRE DE COMMERCE DE BETHUNE. — Communication d'un voeu,p. LXXVIII.

CHAURAND. — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Détails sur le traitement du bétail dans l'Ardèche, p. XVII. — Observation à propos du rapport de la Commission des soies, p. XXII. — Montre des spécimens de tissus de jute, p. XXX. — Observation sur les tissus de jute; question relative aux propriétés antiphylloxériques de la garance, p. XXXIV — Nommé de la Commission des soies, pour 1889, p. CVI. — Compris dans la réorganisation de la Commission des primes, p. CVI.

COIGNET (J.). — Observation sur l'innocuité de la poussière d'os, p. LVII. — Mémoire sur les engrais minéraux en présence des matières organiques, p. XCVII (v. le vol.).— Citations à l'appui de son mémémoire, p. XCVIII. — Réponse à une question sur l'efficacité du phosphore comme agent antiphylloxérique, p. CV.

COMICE AGRICOLE DE ROME. —Envoi du programme d'une exposition internationale de volailles, lapins, gibier, etc. p. L.

COMITÉ D'ÉTUDES DE L'HOTEL DES SOCIÉTÉS SAVANTES. — Communication relative à la création d'un centre de réunion, p.* LIV.

COMITÉ DU CONGRÈS GÉOLOGIQUE DE LONDRES. — Circulaire d'invitation, p. XXX.


PAR NOMS D'AUTEURS CXXlX

CORNEVIN. — Présente le traité des engrais de MM. Müntz et Girard, (1er vol.), en donné le compte rendu, p. XVI. — Observation à propos de litières, p. XVIII. — Question à propos de l'analyse des terrains, p. XX. — Observations recueillies au Concours agricole de Paris, p. XXVII, XXIX. — Nommé d'une commission pour une enquête sur le commerce de la boucherie, p. XXX — Observation à propos d'une enquête sur le commerce de la boucherie. p. XXXVI. — Communication sur les propriétés du mélilot (Melilotus officinalis), p. XXXVIII. — Note pour servir à une enquête sur lE commerce de la boucherie, p. XL. — Détails sur la préparation des viandes et extraits de viandes destinés à l'exportation, dans l'Amérique méridionale, p. XLIII. — Communication relative aux propriétés toxiques de l'Astragalus mollissimus et de l'Oxytropris Lamberti, p. XLV. — Observation au sujet des instincts préservateurs des animaux, p. XLVI. — Explication de la conservation des viandes par le froid sec, p. LVI.—Expériences sur l'emploi de l'arsenic pour l'engraissement, p. LVIII, LIX. — Question relative à l'extirpation des mousses dans les prairies, p.LXX. — Présentation et analyse du Traité d'obstétrique vétérinaire (2e édit.), par MM. SaintCyr et Violet, p. LXXI. — Etude sur les moyens de déterminer l'âge des animaux, p. LXXIII. — Observation à propos du tétanos. — Détails sur le concours régional d'Autun, p. LXXXI. — Renseignements statistiques sur l'élevage du bétail en Italie, p. LXXXV. — Observation sur les effets d'une asbtinence intermittente, p. LXXXVIII,

— Remplit les fonctions de secrétaire, en l'absence du secrétaire général, p. LXXXIX. — Opinion sur l'emploi de la tourbe, p. LXXXIX.

— Elu président pour les années 1889-1890, p. CVI. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII. — Observation sur l'emploi du lait congelé, p. CVIII. — Considérations sur la vitalité des microbes, p. CXI.

CUVIER. — Notice sur le tunnel de Saint-Clair, p. XCIV. — Note sur le

phosphate de chaux du Mont-d'Or lyonnais, p. CIV. DEPÉRET. — Adresse la seconde partie de la Description paléontologique et classification des étages tertiaires de la côte de Carry, p. XCI

(v. le vol.). DESVIGNES. — Notes sur des expériences faites à Villié-Morgon,p. XXX. DEVILLE.Détails sur les effets d'une litière de granit pulvérisé, p. XVI,

XVIII.— Annonce qu'il va prochainement expérimenter le sulfite


CXXX TABLE ALPHABÉTIQUE

d'ammoniaque comme engrais, p. XX. — Observation sur la race limousine, p. XXIX. — Nommé d'une commission pour une enquête sur le commerce de la boucherie, p. XXX. —Observation sur les propriétés de la garance ; distribution d'un rapport à la Société de viticulture, p. XXXV. —Compte-rendu de la brochure de M. Vermorel intitulée : La greffe-bouchon, p. XLVIII. — Réponse à une question relative aux ligatures de raphia, p.XLIX.— Observation au sujet des racines voisines de la surface du sol, p. XLIX. — Observation sur l'utilité de donner le plus de vigueur qu'il est possible, à la vigne, p. L. — Sur la destruction des mousses dans les prairies, p. LXXIII. — Sur l'état des vignes, p. LXXVI. — Sur le choix des porte-greffe suivant le terrain, et sur l'influence des matières organiques en présence de la chaux, comme agents de fertilisation, p. XCVII. — Observation sur l'efficacité du phosphore considéré comme engrais, p. cv. — Elu secrétaire-adjoint pour les années 1889-1890, p. CVI. — Compris dans la réorganisation de la Commission des primes, p. CVI.

DUSUZEAU. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII.

GALLON. — Détails sur les résultats de la déphosphoration du fer, p. XIX. — Coup d'oeil sur les relations entre l'agriculture et l'industrie, p. XX. — Nommé d'une Commission pour une enquête sur le commerce de la boucherie, p. XXX. — Détails sur la lutte contre l'envahissement des prairies par les mousses, p. LXX.

GALTIER. — Lauréat du prix Bréhant, p. XV. — Elu des comi és de présentation, p. XVI. — Observations à propos de litières, p. XVII. — Observation à propos du vibrion de la flacherie, p. XXII. — Compte rendu d'un mémoire du docteur Chiarita, sur la flacherie, p. XXIII. — Appelle l'attention sur une enquête relative au commerce de la boucherie, p. XXIX. —Nommé d'une Commission pour une enquête sur le commerce de la boucherie, p. XXIX. — Expériences sur un moyen de préserver les herbivores mordus par un animal enragé, p. LX. — Observation sur le virus rabique, p. LXI. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII.

GENSOUL. — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Elu vice-président, pour les années 1889, 1890, p. CVI. — Nommé de la Com-


PAR NOMS D'AUTEURS CXXXXI

mission des soies, pour 1889, p. CVI. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII.

COBIN. — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Présente le projet de buget, p. XXIII. — Désigné pour représenter la Société au Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences, à Oran, p. XXXV; —Observation relative aux prix de la viande,

p. XXXVII. — Observation sur l'utilité de diminuer les racines, en vue de la transplantation, p. L. — Communication sur les observations recueillies pendant la session tenue à Oran par l'Association française pour l'avancement des sciences, LXV. —Communication sur l'emploi des traits élastiques, p. LXXVII. —Communication relative au tunnel de Collonges à Saint-Clair, p. LXXVIII. — Détails sur l'inauguration de la ligne de Lamure à Saint-Geogesde Commier, p. XCI. — Compte rendu d'une exposition de vins à Beaune, p. XCVI. — Sur les porte-greffe les meilleurs en terrain calcaire, p. XCVIII. — Détails sur des éboulements survenus au tunnel de Collonges, p. CI. — Lecture d'un chapitre de ses études sur la fabrication des ciments, p. CII. — Communication sur la découverte d'anciens fours à ciment, p. CII. — Nommé de la Commission des finances et de la Commission de publication, pour 1889, p. CVI. — Compris dans la réorganisation de la Commission des primes, p. CVI. — Observation à propos de la congélation du lait, p. CVIII. — Quelques mots sur la tour Eiffel, p. CXII. ISAAC. — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Observation sur l'état de l'agriculture et de l'industrie, p.xx. —Nommé de la Commission des soies et de la Commission de publication pour 1889, p.CVI.

LAVIROTTE. — Observation sur la détermination de l'âge par des signes extérieurs, p. LXXVI. — Communication au sujet du tétanos, p. LXXVII.— Opinion sur l'emploi de la tourbe comme litière, p. LXXXIX. — Observation au sujet du travail dans l'air comprimé, p. XCII. — Nommé de la Commission de publication, pour 1889, p. CVI. LEGER. — Donne lecture d'un travail sur les opérations du laboratoire séricicole, p. XIX (v. le vol.). — Signale la substitution du sulfite

d'ammoniaque au sulfate, comme matière fertilisante, p. XX, XXIV. — Observations sur les propriétés antiphylloxériques présumées de la garance, p. XXXIV. — Renseignements sur la question du


CXXXII TABLE ALPHABÉTIQUE

cuivre dans le vin, p. XXXV; — Communications relatives à une enquête sur le commerce de la boucherie, p.XXXVI, XXXVII, LXXIX.

— Communication sur les tissus de ramie, p. XXXIX. - Observation à l'occasion d'une demande du ministère de l'agriculture, p. XLVII. — Communication sur les syndicats agricoles, p. XLVII. — Question relative à la valeur des boutures à un oeil, p. XLIX. — Lecture du questionnaire de l'enquête poursuivie sous les auspices de M. Gomot, sur le commerce de la boucherie, p. LI.— Opinion sur les moyens de s'affranchir des prétentions des bouchers, p. LV.

— Détails sur la conservation des viandes par le froid, p. LV. — Sur les résultats de la trituration des scories phosphatées, p. LVI. — Proposition au sujet du dépôt du registre de la Fondation, dans un établissement de crédit, p. LVIII. — Observation sur les effets de l'acide arsénieux, p. LIX. — Note sur les ciments siliceux, p. LIX (vol.) — Observation sur l'élevage des autruches, p. LXVII.

— Communication à l'occasion de l'ouverture d'une école d'aviculture, p. LXVIII. — Observation sur l'emploi des traits élastiques, p. LXXVII. — Communication sur une nouvelle écrémeuse, p. LXXXIII. — Sur le Sylphe obscur, p. LXXXIV. — Sur les gisements de phosphate de chaux de la Tunisie et de l'Algérie, p. LXXXIV.

— Sur un nouveau procédé d'engraissement, p, LXXXVIII. — Observation à l'occasion d'un concours ouvert pour le traitement industriel de la ramie.—A propos d'une circulaire relative à l'exploitation de la tourbe, au marais des Echets, et au sujet du traité de commerce franco-italien, p. LXXXIX. — Détails sur les récoltes. — Avis à la Commission des primes, p. XC. — Annonce la réception des allocations pour les primes et pour la Commission des soies, p. XC.

— Détails sur la construction du pont Morand, p. XCII. — Détails sur l'organisation des syndicats du Sud-Est, p. XCIII. — Sur les travaux de la Commission des primes, p. XCIV. — Lecture d'une notice, de M. Cuvier, sur le tunnel de Saint-Clair, p. XCIV. — Annonce le décès de M. F. Coignet, membre correspondant, p. XCV.

— Propositions au nom de la Commission des primes, p. XCV. — Rapport au nom de la Commission des primes, p. CI (v. le vol.). — Signale l'admission au partage du prix Livet des ouvriers dont M. Gobin a fait connaître la belle conduite à l'Académie de Lyon, p, CII. — Communication d'une note de M. Cuvier sur les phosphorites du Mont-d'Or lyonnais, p. CIV. — Compte rendu d'un tra-


PAR NOMS D'AUTEURS CXXXlll

vaille M. Mouisset sur la culture de la vigne,; p. cv. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII. — Communication relative à une innovation dans l'industrie laitière, p. CVII. — Communication au sujet de la loi présentée pour autoriser la ville de Paris a conduire ses eaux d'égout dans la forêt de Saint-Germain, p. CIX.

LOCARD. — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Observation à propos de litières, p. p. XVIII. — Communication sur une race de pigeons, p. XXIX. — Observation sur les tissus de jute, XXX. — Détails sur le jute, p. XXXI. — Observation à propos d'une demande du ministère de l'Agriculture, p. XLVII. — Sur l'innocuité de la pulvérisation des minerais, p. LVII. —Détails sur la Corse, p. LXIII. Opinion sur l'emploi de la tourbe, p. LXXXIX. — Observation à propos de la découverte d'anciens fours présentés comme des fours à ciment, p. cm. —Observation à propos des indices de la présence du phosphate de chaux dans les formations géologiques, p; cv. — Elu conservateur pour les années 1889, 1890, p. CVI. — Nommé de la Commission de publication, pour 1889, p. CVI. — Observation sur la diffusion des miasmes paludéens, p. CXI.

LORENTI. — Compte rendu d'une excursion en Corse, p. LXII. — Présentation d'un manuscrit sur la Mesure du temps et le réglage des horloges, par M. Mayette, p. LXV, — Elu secrétaire général, pour les années 1889,1890, p. CVI.

MARNAS. — Elu des comités de présentation, p. XVI. — Observation à propos d'une demande du Ministère de l'agriculture, p. XLVII. — Réponse à une question au sujet du sulfate de cuivre, p. XLVIII. — Communication à propos de creusements à l'aide de l'air comprimé, p. XCII. —Nommé de la Commission des finances, pour 1889, p. CVI. — Compris dans la réorganisation de la Commission des primes, p. CVI.

MAURICE. — Elu des comités de présentation, p. XVI. —Fait connaître un moyen pour l'extirpation des mousses dans les prairies, p. LXX. Opinion sur l'action du sulfate de fer, p. LXXI. — Nommé de la Commission des soies pour 1889, p. CVI.

MAYETTE. — Présentation d'un manuscrit sur la mesure du temps et le réglage des horloges, p. LXV. — Elu membre correspondant, p. CVII.

MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE. — Circulaires relatives aux concours régio-


CXXXlV TABLE ALPHABÉTIQUE

naux de 1888, p. XV, LVII. — Demandes de renseignements agricoles devant figurer à l'Exposition universelle de 1889, p. XLVII. — Envoi du programme du concours d'animaux gras, à Paris, p. CI.

MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. — Circulaires relatives aux Congrès des sociétés savantes, p. XLVI, LX, XVIII. — Circulaire relative à un inventaire des richesses d'art de la France, p. LXIV.

MÜNTZ. — Nommé membre correspondant, p. LXXIII;

PÉTEAUX. — Elu des comités de présentation, XVI. — Observation sur l'emploi de l'arsenic à l'usage interne, p. LIX. — Communication sur les roches à grenats des environs de Lyon, p. LXIX. — Observation sur l'emploi des eaux ammoniacales, p. LXXI. — Sur l'emploi des traits élastiques, p. LXXVII.

PONCHON DE SAINT-ANDRÉ. — Nommé membre de la Commission des soies, pour 1889, p. CVI. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII.

PRÉFECTURE DU RHÔNE. — Circulaire relative à la vente des jus de tabac, p. LXIV.

RAPPET. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII.

RÉROLLE. — Fait hommage d'un ouvrage intitulé : Du colonage partiaire, et en particulier du métayage, p. LXXXI. — Nommé membre titulaire, p. CVII.

REVOL. — Elu des Comités de présentation, p. XVI. — Observations sur l'entreprise de l'analyse des terrains de toute la France, p. XXI. — Dépose une publication de M. Grandvoinnet sur les vignes américaines, p. XXI. — Compris dans le renouvellement de la Commission des primes, p. CVII.

ROCHETTE (DE LA). — Nommé de la Commission des Finances, pour 1889, p. CVI.

ROYET. — Observation à propos du rapport de la Commission des soies, p. XXII. — Communication sur un parasite des vers à soie, p. XXV Note sur le jute, p. XXXII. — Note sur le phormimum tenax, p. XXXVII. — Détails sur l'utilisat on de l'écorce de tilleul, p. XXXVIII. — Observation à propos des tissus de ramie, p. XL. — Renseignement à propos d'une enquête sur le commerce de la boucherie, p. LI. — Note sur un parasite des vers à soie qu'il regarde comme l'oestrus bombycis, détails à l'appui, p. LII, LIII,—


PAR NOMS D'AUTEURS CXXXV

Communication relative à un envoi de graines de vers à soie,

p. LUI. — Détails sur l'organisation de quelques boucheries

coopératives, p. LIV. — Nommé de la Commission des soies pour

1889, p. CVI. — Communication verbale et notice sur la Yerbamaté,

Yerbamaté, CVIII (v. le vol.).

SAINT-LAGER—Eludes comités de présenation, p. XVI. — Observation au sujet des plantes qui peuvent nuire aux animaux, p. XXXIX. — Observation au sujet des instincts préservateurs des animaux, p. XLVI. —Observation sur l'emploi de l'arsenic comme médicament, p. LIX. — Fait hommage, au nom des auteurs, du TraitE d'obstétrique vétérinaire (2e édition), par MM. Saint-Cyr et Violet, p. LXV. — Observation sur les propriétés des eaux de la Romanche et du Drac, p. LXX. — Observation sur le rôle de la chaux dans les fumures, p. XCVII. — Observation à propos de la découverte d'anciens fours présentés comme des fours à ciment, p. cm. — Elu bibliothécaire, pour les années 1889, 1890, p. CVI.

SAUZEV. — Elu des comités de présentation, p. . — Communication relative au prix de la viande et du poisson, p. XXXVI. — Observation au sujet de l'instinct préservateur, p. XLVI. — Observation à propos d'une demande du Ministère de l'agriculture, p. XLVII. — Question au sujet du sulfate de cuivre, p. XLVIII. — Question relative aux ligatures de raphia, p. XLIX. — Observation au sujet des racines voisines de la surface du sol, p. XLIX. — Observation à propos d'une enquête sur le commerce de la boucherie, LI. — Observation à propos de l'oestrus bombycis, LIII. — Observation sur l'emploi de la glace pour la conservation des viandes, p. LV. — Nommé de la Commission des finances, et de la Commission de publication, pour 1889, p. CVI. — Compris dans la réorganisation de la Commission des primes, p. CVI.

SOCIÉTÉ CENTRALE D'AGRICULTURE DE L'HÉRAULT. — Circulaire à l'occasion des sessions de la Société nationale d'encouragement à l'agriculture et de la Société des agriculteurs de France, p. XXI. — Avis à l'occasion du concours agricole de Nîmes, p. L.

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE L'AUDE. — Circulaire relative au traité francoitalien, p. XXVI.

SOCIÉTÉ DES AGRICULTEURS DE FRANCE. — Communication de la résolution prise dans la séance plénière du 6 février, p. LXV. — Circulaire à l'occasion du concours régional d'Autun, p. LXXVIII.


CXXXVl TABLE ALPHABÉTIQUE

SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. — Programme des

prix offerts pour 1889, p. Lxv, LXXXI. TUNIS (Régence de). — Invitation à un concours agricole et hippique,

p. LVII. VIGNON. — Dépose les comptes de recettes et dépenses, p. XXII. — Elu

trésorier pour les années 1889, 1890, p. CVI. — Nommé de la

Commission des soies pour 1889, p. CVI.


TABLE GÉNÉRALE

DES MATIÈRES ...

Etudes stratigraphiques et paléonlologiques pour servir à l'histoire de la période tertiaire dans le bassin du Rhône par J. FONTANNES. Mémoire posthume, rédigé et complété par le Dr -CH. DEPÉRET. 1

De l'absorption de l'azote-par les végétaux par M. JEAN COIGNET. 121 Essai sur les moyens de connaître l'âge des oiseaux de bassecour, par M. CH.CORNEVIN. ........... 129

Rapport, de la Commission des soies sur ses opérations de

l'année 1888, par M. BILLIOUD 145

Sur l'élevage et lés produits en soie de la race persane de Schezear, par M. J. DUSUZEAU. ........ 146

Éducation de vers sauvages, par M. GENSOUL 156

Élevage de Yama Maï. Lettre de Mme ANSOUX au président

de la Commission des soies 160

Compte rendu des opérations de la Condition des soies de Lyon pendant l'année 1888. Primes agricoles décernées en 1888. Rapport de la Commission

par M. A. LÉGER. 183

Sur les ciments siliceux, par M. A. LÉGER 195

Le berceau de l'enseignement vétérinaire. Création et évolution de l'École nationale vétérinaire de Lyon (1.761-1889), par M, ARLOING. 203


CXXXVI1I TABLE GENERALE DES KATIERES

Tableau de la Société d'agriculture au 1er janvier 1887. . .

Extrait des procès-verbaux. . .... . . . . . . xv

Liste des ouvrages offerts à la Société pendant l'année 1888. . cx% Liste des Sociétés savantes avec lesquelles la Société d'agriculture entrelient des relations . . . cxv

Table alphabétique, par noms fauteurs, des mémoires, notices, rapports, communications verbales, etc., contenus dans le

volume. CXXVII

Table générale des matières CXXXVI

FIN DE LA TABLE

LYON — IMP PITRAT AINÉ, RUE GENTIL. 4



COMPOSITION DU BUREAU

PRÉSIDENT MM. LÉGER, ingénieur civil.

VICE-PRÉSIDENT.- CORNEVIN, professeur à l'Ecole Vetérinaire.

SECRÉTAIRE; GÉNÉRAL: LORENTI, professeur à l'Ecole La Martimère.

SECRÉTAIREADJOINT. DEVILLE.

VIBLIOTHECAIRE- ARCHIVISTE. SAINT-LACER, docteur en médecine

TRÉSORIEB VIGNON, propriétaire.

CONSERVATEUR. LOCARD E. ingénieur,

COMMISSION DE PUBLICATION

MM. ISAAC. BUrELLE. LOCARD. ,

MM. LAVIROTTE. GOBIN. SAUZEY.

Les Annales publiées par la Société d'Agviculture, Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon paraissent périodiquement chaque année. Le nombre des feuilles d'impression composant chaque volume est subordonné aux matières à publier. Des planches ou figures accompagnent le texte toutes les fois que cela est nécessaire.

LE PRIX DE CHAQUE VOLUME, Y COMPRIS LES COMPTES RENDUS DES SEANCES, EST AINSI FIXE

Pour Lyon et Paris. ...'2S fr.

Pour les Départements . .28

Pour l'Étranger: 30

Pour chacune des années antérieures à l'année courante le prix est de 2S..fr.

Les auteurs ou éditeurs de livres français ou étrangers ayant rapport aux sciences, à l'agriculture ou à l'industrie, peuvent faire annoncer flans ces Annales leurs publications,.; moyennant l'envoi de deux exemplaires.

Les ouvrages périodiques français ou étrangers sont reçus en échange de ces Annales.

Tous les envois doivent être adressés franco au Secrétariat de la Société d'Agriculture; Histoire naturelle et Arts utiles de Lyon.

LYON. — IMPEIMERIE PITRAT AINE RUE CENTRE 4