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Title : Bulletin de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts du département de Seine-et-Marne

Author : Société d'archéologie et d'histoire (Seine-et-Marne). Auteur du texte

Publisher : (Meaux)

Publisher : [s.n.] (Fontainebleau)

Publisher : [s.n.] (Melun)

Publication date : 1894

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 4662

Description : 1894

Description : 1894 (VOL10).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Île-de-France

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5478166g

Source : Bibliothèque nationale de France, 8-LC20-23

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327237943

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 17/01/2011

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BULLETIN

DE LA

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE

SCIENCES, LETTRES ET ARTS DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE



BULLETIN

DE LA

SOmÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE

SCIENCES, LETTRES ET ARTS

2pf DEPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE

Fondée à MELUN, le 16 mai 1864

DIXIEME VOLUME

(1894)

FONTAINEBLEAU

M. E. BOURGES, IMPRIMEUR BREVETÉ 32, rue de l'Arbre-S eo

1894



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ

MM.

AUBERGE (Ernest), docteur en droit, propriétaire à Melun.

BALANDREAU, député, maire de Melun.

BAZIN, conducteur des ponts et chaussées, à Melun.

BEAUVILLIERS (Maxime), juge de paix à Patay (Loiret).

BÉGIS (Alfred), avocat, à Paris, boulevard Sébastopol, 16.

BERNARDIN (Camille), avocat, consr général, à Brie-Comte-Robert.

BERNIER (Emile), homme de lettres, à Paris, boul. de Strasbourg, 71.

BESOUL, ancien maire, à Favières.

BLAVOT (Eug.), conseiller de préfecture honoraire, membre du

conseil général, à Rebais. BOUDIER, pharmacien, à Melun.

BOUE, directeur des contributions indirectes, à Melun. BOURGES, imprimeur, à Fontainebleau. BOURQUELOT (Emile), adjoint au maire do Provins. BRANDIN (Arthur), agriculteur, à Galande (Réau), par Lieusaint,

président de la Société d'agriculture de Melun. BULOT (Prosper), architecte du département, à Melun. BUREAUD-RIOFFREY, médecin, à Bois-le-Roi.. CALLERY (Alphonse), à Paris, boulevard Saint-Germain, 16. CASRON, directeur des contributions direcles en retraite, à Melun. CHANTECLER, agriculteur, à Limoges-Fourches. CHOISEUL (comte Horace de), anc. député, à Paris, r. de Rivoli, 232. CHOULLIER, juge de paix, à Ervy (Aube). CHRISTIAN, archéologue et artiste peintre, à Paris. COLLOMBIER, directeur des domaines, à Tarbes. CONSTANT (Ch.), avocat, à Paris, boulevard Saint-Michel, 48. CRÈVECOEUR (R. de), maire de Lésigny, associé correspondant de

la Société des antiquaires de France. DELACOURTIE, propriétaire à La Planche (Perthes). DELBET (docteur), député, maire de La Ferté-Gaucher. DROSNE, imprimeur, à Melun.

DUBUS, agriculteur, au Saussoy (Evry-les-Châteaux). DUMOUTIER, inspecteur de l'enseignement au Tonkin, à Hanoï.


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DUPONT (Adrien), à Paris, rue Vandamme, 65.

FISCHER, chef de division à la préfecture, à Melun.

GARNUCHOT, professeur au collège, à Melun.

GILLET (docteur), propriétaire, à Paris.

GUILLAUME, membre de l'Institut-, directeur de l'École française

des Beaux-Arts, à Rome; aux Fourneaux (Le Mée). GUILLON (Félix), à Orléans, venelle de la Boesche. HARCOURT (comte Bernard d'), ancien ambassadeur, à Melz-s.-Seine. HAUT (Marc de), conseiller général, maire de Sigy. HOUDART, greffier du tribunal civil, à Melun. HÉRON DE VILLEFOSSE (Antoine), membre de l'Institut, à Paris, rue

de Grenelle-Saint-Germain, 80. HUGUES, archiviste du département de Seine-et-Marne, à Melun. LABICHE, ancien chef de division à la préfecture, à Melun. LATOUR, ancien receveur municipal, à Melun. LEBEUF DE MONTGERMONT (comte Georges), propriétaire, au château

de Montgermont (Pringy). LEBRUN, avoué, à Lisieux. LEFEBVRE (Ch.), ancien député, à Avon. LE BLONDEL, imprimeur-libraire, à Meaux. LELIÈVRE, avoué, à Melun. LEROY (Gabriel)", bibliothécaire-archiviste de la ville de Melun,

correspondant honoraire du ministère de l'instruction publique

pour les travaux historiques. LHUILLIER, chef de division à la préfecture, à Melun, correspondant

du ministère de l'instruction publique pour les travaux historiques et les Beaux-Arts. LIORET (Georges), conseiller d'arrondissement, à Moret. MARC, vice-président du conseil de préfecture, à Melun. MARICOURT (de), propriétaire, à Vieux-Maisons, par Ghampcenest. MASBRENIER (docteur), médecin, à Melun. MICHELIN, imprimeur, à Melun. MONTAUT, député, à Paris, avenue de Villiers, 107. MOREL (René), publiciste, à Melun. MORILLON, à Paris, rue Marie-Louise, 9. MUN (marquis de), propriétaire, à Lumigny. NIVET, conseiller général, à Melun. POUSSIÉ, docteur en médecine, au Châtelet. QUESVERS (Paul), agréé au tribunal de commerce de Montereau. RABOURDIN (Charles), homme de lettres, à Héricy. RESBECQ (comte Eugène de), à Paris, passage Stanislas, 3.


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RICHE, conseiller général, maire de Vulaines-sur-Seine.

RÔNSIN, architecte, à Fontainebleau.

ROTHSCHILD (baron Alph. de), proprc, au château de Ferrières.

SABOT, chef de bureau à la préfecture, à Melun.

SÉGUR (comte Louis de), conseiller général, à Lorrez-le-Bocage.

SÉNÉCHAL, conseiller de préfecture, à Melun.

SWÀRTE (Victor de), trésorier-payeur général, à Melun, correspondant du ministère de l'instruction publique pour les travaux historiques et les Beaux-Arts.

TABOURET (docteur), à Fontainebleau.

COMPOSITION DU BUREAU

(SECTION DE MELUN).

Président : M. G. LEROY. Vice-président : M. Th. LHUILLIER. Secrétaire : M. FISCHER. Trésorier : M. HOUDART. Archiviste-bibliothécaire : M. BAZIN.

MEMBRES CORRESPONDANTS

MM.

BARTHÉLÉMY (Anatole de), membre de la Société des Antiquaires de France et du Comité des travaux historiques, à Paris, rue d'Anjou-Saint-Honoré, 9.

BERTRAND (Alexandre), cons 1' du musée de St-Germain-en-Laye.

BRÉAN, ingénieur, membre de plusieurs sociétés savantes, à Gien.

CHABOUILLET, conserv', sous-direclr à la Bibl. nat 10, à Paris.

COTTEAU, présid' de la Soc. des se. histor. de l'Yonne, à Auxerre.


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DUBOIS, membre de la Société des Anliq. de Picardie, à Amiens.

Du CHATELLIER, homme de lettres, à Pont-1'Abbé (Finistère).

DURUY, membre de l'Académie française, ancien ministre de l'instruction publique, à Villeneuve-Saint-Georges.

FONTAINE DE RESBECQ (vicomte Léonce), ancien magistrat, à Paris.

FONTAINE DE RESBECQ (baron Hubert), à Paris.

GABRY, ancien conseiller d'arrondissement, à Melun.

GAUGUET (Élie), éditeur et homme de lettres, à Paris.

JOUIN (Henri), secrétaire de l'école des Beaux-Arts, à Paris.

KERCKHOFFS, prof, de langues étrang., docteur es lettres, à Paris.

MONTAIGLON (Anat. de), professeur à l'école des Chartes, à Paris, place Royale, 9.

MOREAU (Frédéric) père, à Fère-en-Tardenois.

MOREAU (Frédéric) fils, à Fère-en-Tardenois.

SABY, principal du collège de Châtellerault.

TOULOUZE, archéologue, à Paris.

VASCO (de), homme de lettres, à Paris.

SOCIETES CORRESPONDANTES

La liste des Sociétés correspondantes a été insérée dans le 9° volume.


ALLOCUTION

Prononcée par M. G. LEROY, président Dans la séance du 5 juillet 1891.

MESSIEURS,

Appelé par vos suffrages à l'insigne honneur de présider nos séances, ma première parole doit être l'expression de ma reconnaissance envers vous, qui avez poussé l'indulgence jusqu'à me choisir, alors que tant d'autres de nos confrères étaient plus capables d'arrêter votre attention. Elle doit être aussi la manifestation d'un profond sentiment de regret, que vous partagez tous, pour la perte de l'homme éminent qui dirigeait nos travaux avec des qualités que je ne peux me rappeler sans être effrayé de mon insuffisance à lui succéder.

Ce qui diminue ma crainte, Messieurs, c'est l'espoir que votre bienveillance me soutiendra, jusqu'au jour où vous me déchargerez de l'honorable mission que vous m'avez confiée, et que je n'ai acceptée qu'avec la pensée de la voir transmettre, à l'expiration de l'année, comme cela se pratique dans plusieurs sociétés, à un autre de nos confrères, plus compétent que moi, de manière à établir une sorte de roulement, qui appellera successivement chacun de nous à la présidence et l'initiera à l'administration de notre communauté.

J'ai maintenant, Messieurs, le douloureux devoir de parler des pertes regrettables que la Société a faites en ces derniers temps et dont le souvenir est encore présent à votre mémoire. Ces pertes sont nombreuses : MM. Foucher de Careil, Eymard, Chapu, Bancel, Buval, Doigneau, et, avant eux, MM. Dégoût, Delaforge, Fréteau de Pény, Decourbe, Cotelle, nous ont été enlevés par la mort.

Vous savez tout l'intérêt que M. Foucher de Careil portait à notre Société, dont il avait accepté la présidence malgré ses multiples occupations. Il ne se contentait pas de la présider et de l'admi-


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nistrer. Il prenait une part active à ses travaux en faisant assez souvent, au sein des séances, de véritables conférences sur des sujets d'histoire, de géographie, d'archéologie, d'économie politique. Ses études, ses lectures, ses voyages, lui fournissaient des éléments de discours, d'allocutions et de récits qui tenaient ses auditeurs sous le charme de sa parole facile, éloquente, toujours agréable. Combien de fois, lorsque l'ordre du jour était peu fourni, n'y suppléa-t-il pas par ses improvisations sur des sujets se rattachant à nos travaux?

Vous lui avez donné un successeur comme président; ce successeur ne saurait avoir la prétention de le remplacer sur aucun des points qu'il abordait, qui lui étaient familiers en quelque sorte, et où il excellait. Je m'arrête, Messieurs, car ces souvenirs ne peuvent qu'aviver la douleur que nous cause la mort de notre regretté et savant président, M. le comte Foucher de Careil.

M. le docteur Bancel assistait de temps à autre à nos réunions. Comme M. Foucher de Careil, il avait de nombreuses fonctions qui ne le rendaient pas maître de son temps. Sans prendre une part active à nos recherches et à nos labeurs, il s'y intéressait néanmoins, il les aimait, comme enfant de Melun qu'il ne quitta jamais, comme bibliophile ayant le goût des beaux et bons livres, comme attaché aux choses du passé, à l'histoire, qui nous fait mieux comprendre, par une suite d'observations et de déductions morales, les faits du présent et leurs conséquences dans l'avenir.

Maire de Melun pendant vingt ans, M. le docteur Bancel encouragea la Société d'archéologie. Dans les travaux municipaux, dans les démolitions et les fouilles, il ne manqua jamais de recommander aux ouvriers la conservation des objets d'antiquités qu'ils pourraient trouver, et c'est ainsi que, de son temps, les collections de l'Hôtel de Ville se sont augmentées de débris intéressants ou curieux. Il apporta la même sollicitude pour l'accroissement de la collection bibliographique locale à la bibliothèque de la ville. Sur sa proposition, le conseil municipal vota, en 1887, un crédit suffisant dans le but d'acquérir, à la vente des collections de l'abbé Dégoût, des livres, dessins et gravures concernant spécialement la ville de Melun et le département de Seine-et-Marne. Si les travaux du docteur Bancel ne figurent pas dans les publications de la Société, vous voyez, Messieurs, qu'à sa manière, lui aussi fut un membre actif de notre association.

M. Eymard, conseiller de préfecture honoraire, que nous avons perdu au mois de décembre dernier, avait été l'un de nos membres


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fondateurs. C'était un esprit ouvert, observateur, et qui savait écouter. Assidu à toutes nos séances, il prenait part aux discussions en y apportant les avis que lui dictaient son savoir et une saine raison. Il avait assumé la tâche d'administrer les finances de la Société, tâche ardue qu'il remplit avec dévouement jusqu'à sa mort. Nous devons à cet estimable collègue, avec lequel nous n'eûmes jamais que d'agréables relations, un tribut de reconnaissance et de regrets.

La France s'est émue de la mort prématurée d'un autre de nos meilleurs collègues, d'un grand artiste dont la perle est une cause de deuil inoubliable pour tous les amis des arts. M. Henri Chapu, qui joignait à une grande modestie un incomparable talent, nous a été enlevé inopinément, dans la force de l'âge, au mois d'avril dernier. Dès la création de la Société archéologique, M. Chapu fut des nôtres; il tint à donner cette preuve d'estime à ses concitoyens et à encourager une association qui avait inscrit dans son programme l'étude des arts anciens et modernes. Ce grand artiste, qui assistait quelquefois aux séances, avait un culte intime pour son pays natal voisin de Melun, pour la petite commune du Mée, lieu de sépulture de sa famille, où il a voulu lui-même être inhumé. Il y avait fondé, avec les maquettes de toutes ses oeuvres, un musée d'une haute valeur, où il est possible de suivre le développement de son talent, et que sa mort rend plus précieux encore. Melun possède aussi plusieurs statues et bas-reliefs signés de lui. C'est à la suite d'une séance de la Société d'archéologie, en 1867, dans laquelle il avait été question du passage de Jeanne d'Arc à Melun, que l'idée lui vint de doter la ville d'un médaillon de l'héroïne, en souvenir de cet événement. Il m'en informa par une lettre personnelle, la municipalité accueillit avec empressement la proposition, et c'est à cette circonstance que le chevet de l'église Saint-Aspais doit l'ornement de la représentation en ronde bosse de la Pucelle d'Orléans, qui contribua à délivrer Melun du joug des Anglais en avril 1430,

C'est peut-être à cette même circonstance, qu'après les désastres de 1870, qui rappelaient ceux de la guerre de Cent-Ans, notre éminent collègue eut la pensée de sa belle statue de Jeanne d'Arc entendant ses voix mystérieuses, qui exprime si bien, avec des sentiments de douleur patriotique, l'énergique résolution de sauver la France. Ainsi, la première inspiration de M. Chapu d'exercer son talent à faire revivre l'image de l'héroïne lui vient des souvenirs que notre Société avait consacrés à celle-ci.


XII

D'autres ont dit ce que l'art devait à ce grand artiste, qui savait allier la beauté, la délicatesse, le fini, la pureté des lignes de la statuaire antique au goût et aux exigences de notre temps. Je suis incompétent pour apprécier son talent, mais il m'est permis de dire, à moi qu'il honorait de son amitié, que ce sera la gloire de la Société archéologique de Seine-et-Marne d'avoir compté M. Henri Chapu au nombre de ses membres titulaires. Nos regrets et notre douleur s'augmentent à la pensée qu'il était jeune encore quand la mort nous l'a ravi, et que l'art contemporain a perdu en lui un de ses maîtres et de ses plus illustres représentants. Depuis longtemps, l'Institut lui avait ouvert ses portes, il avait obtenu les plus hautes récompenses aux expositions de Paris, et la croix d'officier de la Légion d'honneur, qu'on ne prodigue pas aux artistes, avait affirmé son talent.

La mort nous a également enlevé un autre de nos membres, dans toute la force de la vie, M. Paul Buval, architecte à Melun, ancien élève de l'École des Beaux-Arts. On le voyait de temps à autre à nos réunions. Appelé par ses travaux professionnels à la restauration d'anciens édifices, d'églises notamment, il y apportait le goût de l'art architectural des temps passés. Il s'efforçait de rester dans les limites du style primitif de l'édifice qu'il restaurait ou reconstruisait, et sut éviter l'écueil où succombent certains architectes, auteurs d'anachronismes qui font le désespoir des archéologues. Dans nos séances, les avis de M. Buval étaient écoutés et goûtés.

Le 4 mai dernier, M. Edmond Doigneau, de Nemours, mourait dans un âge peu avancé. Membre titulaire de la Société, il s'occupait spécialement de l'étude des monuments mégalithiques. Il fit de bien intéressantes découvertes dans l'arrondissement de Fontainebleau, signala des menhirs, des dolmens, des polissoirs restés ignorés jusqu'à présent, assura leur conservation en les faisant classer au rang des monuments historiques, explora des ateliers de silex taillés et polis, remit en lumière, en un mot, les populations primitives qui vivaient dans le bassin du Loing et ses affluents à une époque remontant aux premiers âges de l'apparition de l'humanité dans notre pays. M. Doigneau était tout dévoué à ces études spéciales; il s'y consacrait avec autant de zèle que de savoir, et fit à diverses reprises, à Nemours et à Melun, des conférences sur les recherches qui lui étaient chères. La Société a perdu en lui un bon et excellent collègue, animé du feu sacré qui fait le véritable archéologue.


— XIII

Nous avons aussi perdu M. l'abbé Fréteau de Pény, un de nos membres fondateurs, qui fut, au début de la Société, vice-président de la section de Melun. Il savait beaucoup, s'exprimait avec une grande facilité, possédait une douce éloquence, et fut assidu à nos réunions jusqu'au jour où il entra dans les ordres. Postérieurement, on ne l'y vit plus, mais il fit toujours partie de la Société, dont les travaux l'intéressaient. Quand il est mort, il y a deux ans, ayant conservé sa belle intelligence jusqu'à son dernier soupir, on a pu dire de lui que c'était un beau livre, une véritable encyclopédie qui se fermait.

Peu de temps après M. l'abbé Fréteau de Pény, en la même année 1889, mouraient à quelques semaines d'intervalle, deux autres de nos membres fondateurs, MM. Decourbe etCotelle, artistes peintres, qui, en plusieurs circonstances, rendirent des services à la Société par l'exécution de dessins d'antiquités qui accompagnent nos bulletins. Tous deux, originaires de Melun, firent de nombreuses vues de cette ville, avant sa transformation, quand elle conservait encore sur plusieurs points sa physionomie du moyen âge, ses vieilles rues, ses débris de remparts et de tours, ses bords pittoresques de la Seine non limités par des quais, ses vieux moulins chancelants sur leurs pilotis et qui donnaient aux ponts un aspect dont on n'a plus d'idée aujourd'hui. A ce sujet, j'exprimerai le voeu de voir un jour ces curieux documents de topographie locale — conservés par les familles de nos excellents confrères — venir prendre leur place naturelle dans les archives de Melun, à la Bibliothèque municipale ou à la Préfecture.

Avant ces honorés confrères, la section de Melun avait aussi perdu M. Edouard Desprez, qui se livrait à de savants travaux sur le droit pénal; M. l'abbé Dégoût, collectionneur émérite; M. l'abbé Delaforge, qui écrivit des brochures historiques sur Seine-etMarne, et fut le premier à éclaircir le passé de Blandy-les-Tours, où il était né. Membres fondateurs de la Société, ils lui restèrent fidèles jusqu'à la mort, datant déjà de quelques années.

Les pertes que je viens de rappeler doivent nous faire réfléchir sur l'avenir de notre Association. Tant de morts, s'ajoutant à des départs et des démissions, ont réduit considérablement son effectif. Sur les champs de bataille, quand les soldats tombent frappés par les balles ennemies, les survivants ont coutume de s'écrier : Serrons les rangs !... Nous, au contraire, nous avons le devoir de dire : — Ouvrons nos rangs, appelons parmi nous, pour combler les vides, pour assurer la durée d'une oeuvre utile, des jeunes


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gens qui en seront l'avenir et perpétueront sa vie, des hommes mûrs, des vieillards aussi, si nous pouvons en décider à se joindre à nous, pour profiter des leçons de leur expérience.

L'existence de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne esta ce prix. La section de Melun en est le rameau principal, ne le laissons pas périr. Voyez autour de nous : Les sections de Fontainebleau, de Provins, de Coulommiers, qui ont eu une vie active, comme en témoignent nos premiers bulletins, sont aujourd'hui dissoutes ou à peu près et sans grand espoir de renaître jamais. Meaux — et c'est avec un vif regret que je le constate,— la section de Meaux veut vivre à son gré, de sa vie propre et personnelle. C'est encore un rameau qui se détache du tronc commun, aujourd'hui représenté par la seule section de Melun-B'ontainebleau qui conservera, malgré vents et marées, le titre de : Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne.

Soutenons donc le drapeau d'une association déjà vieille de près de trente ans, dont la vie affaiblie aujourd'hui, mais facile à ranimer, n'est pas sans honneur. Ouvrons nos rangs, recherchons de nouveaux adhérents, inspirons-nous de l'ardeur des fondateurs pour donner à nos travaux une impulsion nouvelle, pour dissiper et guérir l'atonie de ces derniers temps.

Ayons à coeur de ne pas laisser périr entre nos mains une asso-- ciation qui a rendu des services au département, en faisant connaître son histoire ou en appelant l'attention du public et des autorités administratives sur des monuments, édifices ou ruines, dont il convenait d'assurer la conservation.

Il convient d'agir. Votre bureau, messieurs, ne faillira pas à la mission que vous lui avez confiée. Fort de votre appui, il essaiera de ranimer les forces vives de notre Société en ne négligeant pas la tenue des séances, en faisant opérer le recouvrement des cotisations, non de toutes celles qui sont arriérées, mais seulement depuis l'année 1890, et en poursuivant, dans les limites dé ressources désormais restreintes, la publication régulière d'un bulletin. C'est par le bulletin que ceux de nos confrères, trop éloignés de Melun pour assister exactement aux séances, verront que la Société vit et prospère, qu'elle poursuit son but, et qu'elle mérite les adhésions et les encouragements que nous recherchons.

Pour cette oeuvre, nous avons besoin du concours de tous, et ce concours, nous l'espérons, ne saurait nous faire défaut. Chacun de nous peut s'y employer, et nul ne doit s'effrayer du titre principal de notre Société. Nous ne sommes pas seulement une Société


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archéologique, nos travaux sont plus complexes. Ils sont aussi scientifiques, littéraires, artistiques, c'est-à-dire qu'ils s'appliquent à toutes les branches des connaissances intellectuelles et à leurs manifestations.

Le programme est vaste, prétentieux peut-être. Les fondateurs ont dû l'adopter, lors de la création de la Société, en 1864, pour rassurer tous ceux de nos concitoyens que le seul titre de Société archéologique aurait pu écarter ou effrayer. En effet, combien compte-t-on de purs archéologues dans Seine-et-Marne?

L'archéologue n'est-il pas le rara avis de nos régions? Mais on y trouve en grand nombre des personnes adonnées aux professions libérales et dont l'intelligence et le savoir peuvent trouver facilement à s'exercer dans le goût ou la culture des sciences, des lettres et des arts. Pour ce motif, notre association a dû se faire éclectique, dans l'espoir de grouper ceux de nos concitoyens qui ne restent pas indifférents aux manifestations des oeuvres de l'esprit humain.

Cette digression m'a paru nécessaire pour démontrer qu'en dépit des apparences, les éléments de recrutement de nouveaux membres ne font pas défaut, et que ceux-ci ne doivent pas invoquer soit leur modestie, soit leur inaptitude,pour faire partie de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne.

Le programme qu'elle embrasse peut'donner satisfaction aux préférences et aux connaissances de chacun. Si même, nos futurs confrères ne prennent pas tout d'abord une part active à nos travaux, nous leur serons reconnaissants de leur adhésion, de leur assistance aux séances, de leur bienveillante attention. Le goût de nos études les gagnera; ils voudront, j'en suis convaincu, nous faire participer aux leurs, quelles qu'en soient la direction et la base, fussent-elles même tournées vers la poésie. Ai-je besoin de le rappeler, notre société a eu ses poètes; plusieurs d'entre nous se souviennent encore du temps où l'un de nos bons confrères, vieillard contemporain du dernier siècle, nous disait des fables pleines de naturel et de bonhomie.

Je me plais à rappeler ces souvenirs déjà lointains, parce qu'ilsont des senteurs de jeunesse agréables à fleurer, comme a dit Ronsard, et pour montrer surtout que nos réunions ne sont pas toujours aussi graves, aussi noires que leur enseigne archéologique pourrait le faire supposer.

Que tous les hommes de bonne volonté, pratiquant à des degrés divers le culte des sciences, des lettres et des arts, viennent donc


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à nous ; ils sont assurés de trouver des confrères qui leur feront fête, et des distractions intellectuelles qui pourront les intéresser. S'il existe contre nous des préventions de trop viser à la science, il faut les dissiper et gagner à notre cause les timides et les indécis. A ceux qui diraient que nous avons l'air de savant en us, il faut répondre que nous sommes seulement des gens soigneux qui recherchent et mettent de côté les miettes de l'histoire de leur pays.

Encore une fois, recrutons des adhérents, comblons les vides qui se sont faits parmi nous, donnons-nous de nouveaux confrères et des successeurs, assurons la continuation d'une oeuvre qu'il serait fâcheux de voir péricliter et périr.

Autour de nous, à Melun même ou dans le département, de nouvelles sociétés se fondent, les anciennes poursuivent le cours de leur prospérité et s'offrent à nous comme autant d'exemples à imiter.

La reprise projetée de la publication d'un Bulletin me fait augurer favorablement de notre avenir. C'est par son Bulletin, régulièrement édité, que la Société archéologique de Seine-etMarne se fil, dès les premières années de sa fondation, un rang honorable parmi les Sociétés savantes de France.

Ce rang, votre concours le maintiendra, l'accroîtra encore, je n'en doute pas, et nous réaliserons, par l'association de nos efforts, le but auquel nous tendons tous : le retour des jours prospères qui ont signalé le début de notre Société, quand elle comptait dans ses rangs les Bourquelot, les Carro, les Grésy, les Dauvergne, les Pontécoulant, les Ponton d'Amécourt, et d'autres qui étaient son orgueil et sa gloire.


SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE

SCIENCES, LETTRES ET ARTS

DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE

La Société d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts de Seine-et-Marne a été fondée à Melun le 16 mai 1864, en vue de « réunir en un faisceau commun les hommes d'étude, de les exciter à des travaux scientifiques et littéraires, d'encourager et de féconder leurs efforts, de coordonner les idées et les opinions individuelles dans un fructueux ensemble. » Les études devaient naturellement se porter de préférence « sur l'histoire et l'archéologie du département et des anciennes provinces dont il est formé; sur les monuments qu'il renferme, sur les moeurs, les coutumes, le langage de ses anciens habitants, sur les illustrations qui s'y rattachent. »

Des sections d'arrondissement se réunissant chez elles, adoptant un règlement intérieur à leur convenance et nommant leur bureau, étaient reliées entre elles au moyen d'un comité central, de façon à former un tout. Cette organisation, d'après M. Félix Bourquelot, pouvait « donner aux forces qui, isolées, étaient incapables d'agir, une énergie suffisante et fructueuse. »

Ainsi constituée, l'association, nombreuse dès ses débuts, a montré une activité féconde et a pu mettre au jour des x. 1


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travaux qui lui ont assigné un rang honorable parmi les sociétés de province poursuivant le même but. Mais les vides qui se produisent, avec'le temps, au sein de toutes les associations, se sont succédé ici avec une fatale rapidité et n'ont pas toujours été comblés. En peu d'années, la Société d'archéologie de Seine-et-Marne a vu disparaître la plupart de ses premiers organisateurs, de ceux que leur savoir et leur dévouement à l'oeuvre avaient fait entrer au comité central et placer à la tête des sections. L3 mort a frappé tour à tour MM. Brunet de Presle, Félix Bourquelot, Anatole Dauvergne. Eugène Grésy, A. Carro, de Pontécoulant; puis MM. d'Amécourt, Boquet-Liancourt, Torchel. La Joye, Alfred Maury, Foucher de Careil. Et combien d'autres sont morts dans celte période de près de trente ans !

Au moment où il semblait naturel de resserrer les rangs, des sections d'arrondissement cessaient de se réunir ; d'autres, comptant sur leurs propres forces, ont cru devoir abandonner la Société-mère pour se constituer en associations particulières et indépendantes.

La Société d'archéologie de Seine-el-Marne, tout en regrettant cette défection, est restée fidèle à ses traditions. Elle poursuit le cours de ses travaux; grâce au zèle des sociétaires qui se sont groupés autour de la section do MelunFontainebleau, elle n'a pas cessé d'être représentée chaque année aux congrès convoqués à la Sorbonne et à l'École des Beaux-Arts, sous les auspices de M. le Ministre de l'Instruction publique. Elle continue de fonctionner sur les bases anciennes, en conservant ses statuts, qui permettront peut-être un jour aux sections d'arrondissement de reprendre leur place au foyer commun.

Si les circonstances, à certains moments, ont amené moins de régularité dans la tenue des séances ordinaires,


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on conçoit aussi que la limitation des ressources n'ait pas permis d'entreprendre plus tôt de nouvelles publications.

Neuf volumes grand in-8° du Bulletin ont paru de 1864 à 1884. Une nouvelle série commence avec le présent volume, qui comprend, outre un choix de Mémoires, les procèsverbaux des séances tenues à Melun pendant les années 1890, 1891, 1892 et 1893.

Afin d'éviter une lacune dans la nomenclature des sujets qui ont été traités ou ont fait l'objet de communications dans la période antérieure à 1890, la commission du Bulletin a décidé d'en donner au moins l'indication ; c'est dans ce but qu'on trouvera plus loin un résumé sommaire des procèsverbaux des séances tenues à Melun de 1881 à 1886, ceux-ci ne pouvant être imprimés in extenso, quant à présent.

Il a paru nécessaire de placer cet avis préliminaire en tète du volume qui va être distribué à nos confrères. Il n'est pas moins utile, pour la prospérité de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne, de rappeler que ses rangs sont ouverts à tous cenx qui s'intéressent à l'histoire du passé, aux sciences, à la littérature, aux beaux-arts. Les amis de notre histoire locale, de nos antiquités, de nos monuments, sont nombreux; espérons qu'ils joindront leurs efforts aux nôtres, et que leurs recherches et leurs travaux ne resteront pas ignorés.

In antiquis Sapientia.



SOMMAIRE DES PROCES-VERBAUX

DE LA.

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE SEINE-ET-MARNE (Section de Melun)

du 4 décembre 1881 au 6 septembre 1885

NOTA — (Ces procès-verbaux ont été imprimés in extenso, en leur temps, dans les journaux de Melun, Y Indicateur général et le Nouvelliste de Seineet Marne).

SÉANCE DO è DÉCEMBRE 1881.

Hommage d'ouvrages à la Société. — Élude hist-.rique sur l'Instruction primaire dans la Bric (dernière partie), par M. Th. Lhuillier. — L'entrée de Bossuct à Meaux le 8 février 1682, par M. Lemaire.

SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1882.

Annonce de la mort de MM. Adrien de Longpérier et marquis de Pontécoulant, membres fondateurs de la Société. — Hommage d'ouvrages. — Statuts des maîtres-pâtissiers rotiss eurs de la ville de Meaux en, 1567, note par M. Lemaire. — Notice par M. Lhuillier sur un Théâtre français créé dans la ville de Fontainebleau sous le règne de Louis XV.

SÉANCE DU 5 MARS 1882.

Notice historique sur la création d'une compagnie de fusiliers dans la ville de Meaux au xvn° siècle, par M. Lemaire. — Du costume au temps passé : L'habit à brevet à la Cour de Louis XIV et la soutane violette du doyen du Chapitre cathedra! de Meaux, par M. Lhuillier. — Compte rendu des dernières publications de la Société historique de Beaune, par M. Lagrillère-Beauclerc. — Fouilles exécutées à Meaux, au lieu dit le Tumulus de Sainl-Faron. — Présentation par M. Brandin (de Galande-Réau) d'une monnaie gauloise, fleur de coin, des Parisii, trouvée sur les terres de Galande.


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SÉANCE DU 2 AVRIL 1882.

Hommage d'ouvrages. —• Étude sur les stations anté-historiques de Monlapeine et de Bauthell, près Coulommiers, par M. Gustave Dumoutier. — Philippe-Auguste à Châleau-Landon en 1180, notice par M. G. Leroy. — Style antique en bronze trouvé dans la Varenne de Melun; grains ou perles d'un collier des temps préhistoriques provenant de la Seine.— Communication de M. Lhuillier sur un bref de Clément VII en faveur des églises de Meaux, Marcilly, Gesvres, Barcy, Fublaines, Boutigny, Ségy, Changis, Crécy ; et sur un marché passé en 1559 pour des travaux de menuiserie à exécuter au château de Monceaux-les-Meaux, sous la direction du Primatice.

SÉANCE DU 7 MAI 1882.

Hommage d'ouvrages, notamment de l'album Caranda, par M. Fleury. (Monuments antiques du département de l'Aisne.) — Annonce de la réunion générale de la Société à Melun le lundi 29 mai courant. — Mesures prises à Meaux en 1668 à l'occasion de la peste de Soisso/is, mémoire par M. Lhuillier. — Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, compte rendu par M. Lemaire. — Portrait d'Ingres à la bibliothèque de Melun, dessin du bibliothécaire J. Barbier. — Spatule antique, en bronze, provenant de la Varenne de Melun. — Cachet du xivc siècle, trouvé à Touquin, légende : « damoiselle Ysabel ». — Renouvellement du bureau; sont élus : —président, M. Foucher de Careil; vice-présidents, MM. Lhuillier et Lefèvre; secrétaire, M. Fischer; trésorier, M. Houdart; délégué au Comité central, M. Eymard.

SÉANCE DU 3 DÉCEMBRE 1882.

Hommage d'ouvrages. — Lettres closes du roi Louis XIV, 1663-6k, la première relative au passage de ce monarque à Meaux, la seconde intéressant les marchands et le commerce du royaume, notice par M. Lemaire. — Documents pour servir à l'histoire de la Céramique, Brie et Gâlinais, par M. Lhuillier. — Esterlin d'Edward 1er, trouvé à Germigny-sous-Coulombs. — Admission de M. le docteur Masbrenier, de Melun, et de M. Alphonse Callery, de Paris, en qualité do membres titulaires; — de M. Élie Gauguet, homme de lettres à Paris, en qualité do correspondant.


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SÉANCE DU 13 JANVIER 1883.

Hommage d'ouvrages à la Société. — Documents pour servir à l'histoire de la Céramique (suite) par M. Th. Lhuillier. — Mesure du Méridien terrestre. Base de Melun à Lieusaint, calculée par Delambre en l'an H, communication de M. Lemaire. — Instruments de l'âge de pierre, présentés par M. Lhuillier, au nom de M. Félix Grenier. — Monnaies anciennes et modernes de la collection de M. G. Leroy.

SÉANCE DU 4 MARS 1883.

Hommage d'ouvrages à la Société. — M. Delacourtie présente des ossements d'un animal de l'époque pré-historique, trouvés à Soisy-sur-École. — Lettre de M. Doigneau, de Nemours, sur les polissoirs de la vallée du Loing. — Grotte funéraire du Chesnoy, commune de la Grande-Paroisse, lettre de M. Amédée Fauche, de Montereau-faut-Yonne. — Les seigneuries de La Motte, Couternois, et Serris, aux xvn° et XVIII 0 siècles, notice par M. Callery. — Mémoire sur le recouvrement de la Taille dans l'Élection de Rozoyen-Brie, par le même.

SÉANCE DU 6 MAI 1883.

Hommage d'ouvrages. — Élude sur Nicolas Coulas, seigneur de la MoUc-Coutemois en Brie, et sur ses mémoires, par M. Alphonse Callery, membre titulaire. — Le poète Colardeau, né le 12 octobre 1732, dans la Beauce-Orléanaise, notice par M. Maxime Beauvilliers. — Vente de la collection Charvet, sceaux, monnaies, billets de confiance concernant des localités de Seine-et-Marne.— Renouvellement annuel du Bureau : Président, M. Foucher de Careil; Vice-Présidents, MM. Lhuillier et Lefebvre; Secrétaire, M. Fischer; Trésorier, M. Hpudart; Délégué au Comité central, M. Eymard. — M. Chante&erc fils, cultivateur à LimogesFourches, est admis comme membre titulaire.

SÉANCE DU ior JUILLET 1883.

Hommage d'ouvrages à la Société. — Note sur les filets de SaintCloud, avec leur prétendue destination au repêchage des corps noyés, par M. Lemaire. — Mémoire sur l'état des Élections de Provins et de Melun aux xvnc et XVIII 0 siècles, par M. Lhuillier.


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— Tristan de Rostaing, çouverneur de Melun sous la Ligue, décédé en 1591, enterré dans l'église Saint-Pierre de Vaux-le-Pénil, note par M. Adrien Dupont. — Collier préhistorique, en cailloux percés et arrondis, trouvé dans la Seine. — Admission de membres titulaires : M. Lebrun, avoué à Lisieux; M. Drosne, imprimeur à Melun.

SÉANCE DU 2 DÉCEMBRE 1883.

Hommage d'ouvrages à la Société. — Les Chroniques de Melun et de son District, ni 1192 et 1193, par M. R. Lajoye, un vol. in-12.

— Le noble jeu de l'arc en la ville de Coulommiers, en 1669, notice par M. Lemaire. — Antiquités préhistoriques de Limoges-Fourches et environs, communication de M. Chanleclerc. — Produits exposés par M. Delurtier, plats et vases imitant la laque. — Registre relatif à l'ancienne Élection de Nemours, communication de M. Lhuillier. — Incendie dans la ville de Brie en mai 1754, note de M. Lemaire. — Admission de M. Besoul, maire de Favières.

SÉANCE DU 6 AVRIL 1884.

Hommage d'ouvrages. — Étude sur Nemours, temps préhistoriques, par M. Doigneau. — Pages inédites des campagnes de l'armée du maréchal de Turenne. — Le ban et l'arrière-ban en 161k-15, par M. Lemaire. — Porlrail sur email de Jacques Coeur, argentier du roi Charles VII, seigneur de Cély-en-Bière, près Melun; communication de M. Masbrenier. —Trois vues de Melun, peintures par M. Decourbe. — Élude sur l'ancien château royal de Monlceaux-enBrie, par M. Lhuillier. — Sépulture du chevalier de Vauréal dans le cimetière Saint-Ambroise de Melun. — Signature autographe de J. Amyot, sur une quittance du 6 février 1593, présentée par par M. Lhuillier.

SÉANCE DU 1er MARS 1885.

Hommage d'ouvrages. — La Brie d'autrefois, par M. -Jules Grenier. — Denier d'Edward, roi d'Angleterre, trouvé dans la Varenne de Melun. —Décès de MM. Gaucher et docteur Forgemol, membres titulaires. — Recherches historiques sur Mandegris, commune de Favières, par M. Besoul. — Une princesse de la maison de Lorraine arrêtée à Melun comme vagabonde sous Louis XIII, par


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M. Lhuillier. — Au sujet de la devise : « Tout par raison, raison partout. » — Minéraux trouvés à Melun. — Lettre de cachet de Louis XIV aux maire et échevins de Melun, 2 mars 1649. — Une question de préséance à l'auditoire du bailliage de Melun, en 1658, communication de M. Lemaire.

SÉANCE DU 12 AVRIL 1885.

Hommage d'ouvrages. — Notes historiques, par M. Besoul, sur la ferme dite de la Pasterie, et sur les cantons ou écarts de la Pilonnerie et la Croix-Paillard, dépendant de la commune de Favières. — Legs de M. Victor Roussel à la ville de Melun, création d'un jardin botanique. — Découvertes d'antiquités préhistoriques, gallo-romaines et franques, dans la commune de LimogesFourches, proche le bois de Mauny. Communication de M. Chanteclerc. — Monnaies.

SÉANCE DU G SEPTEMBRE 1885.

Rapport de M. Leroy sur le projet de création d'un Jardin botanique à Melun, en vertu du legs fait à la Ville par feu M. le docteur Victor Roussel. — Hymne au tombeau de J.-J. Rousseau, 1792, communication de M. Besoul.— Antiquités trouvées à Melun. Fragment de poterie gallo-romaine avec la marque : OF. SEVER. (Offwina Severini). Bronzes et monnaies romaines. •—Demande de renseignements sur les oiseaux de passage.



PROCES-VERBAUX DES SEANCES

(Section de Melun)

SEANCE DU 16 MARS 1890. r

La séance est ouverte à 2 heures du soir, sous la présidence de M. le comte Foucher de Careil, sénateur.

Sont présents : MM. Auberge, Drosne, Eymard, Fischer, Foucher de Careil, Lhuillier, Leroy, Masbrenier, Schreuder.

Absents excusés : MM. Houdart, Lemaire, Porchon et Sertier.

Au début de la séance, M. le président annonce qu'il convient d'abord de régler une question d'ordre administratif concernant l'exécution des statuts généraux et des sections d'arrondissement, notamment celle de Meaux. Il est nécessaire, ajoute M. Foucher de Careil, de resserrer les liens confraternels qui unissent les différentes sections, il serait regrettable qu'une scission se produisît et qu'on en vînt à oublier les bonnes relations d'autrefois. A Meaux, on se réunit régulièrement, on désire la reprise de la publication du bulletin, on souhaite aussi qu'une plus large part soit faite à la section dans le produit des cotisations pour subvenir à des dépenses qu'il est difficile de réduire : loyer d'un local, acquisitions d'antiquités, menues dépenses.

Après avoir pris connaissauce d'une communication de M. Benoist, président de la section de Meaux, et après examen de diverses propositions d'ordre intérieur, la section de Melun émet l'avis :

1° Que le Bulletin de la Société soit imprimé annuellement, autant que les ressources le permettront, et qu'un volume d'environ 15 feuilles d'impression soit commencé aussitôt que les manuscrits auront été centralisés, en abrégeant autant que possible les procès-verbaux des séances, de façon à laisser une place assez étendue pour la publication des mémoires ;

2° Qu'à titre transactionnel et afin de permettre à la section de


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Meaux de faire face à ses dépenses propres, celle-ci n'aura à verser dorénavant à la caisse centrale de la Société que le tiers du produit de ses cotisations, pour concourir aux frais généraux.

Il est décidé en outre que la section de Melun s'assemblera en séance ordinaire tous les deux mois; en conséquence, la prochaine réunion est fixée au lor dimanche de mai, à 4 heures de l'après-midi.

M. Leroy lit ensuite une notice intitulée : La question de Metiosedum-Melun résolue par une inscription antique découverte dans cette ville. — Depuis près de deux siècles les éditeurs et commentateurs du récit de la guerre des Gaules par César, se sont partagés sur la question de savoir si Mcliosedum et Melodunum, désignées dans le VII 0 livre à l'occasion de la campagne de Labienus contre les Parisii, étaient deux localités distinctes, ou bien s'il s'agissait de la Ville de Melun. Des auteurs ont pensé que Metiosedum était Meudon, d'autres sont d'avis que cette localité n'est autre que Melun. Le texte de César a été discuté, critiqué, analysé, mais le débat n'a pas été définitivement éclairci, quoiqu'il apparaisse de ce texte que Metiosedum était situé sur la Seine, en amont de Paris.

M. Leroy reprenant à son tour les passages contestés, démontre, après d'autres érudils qui ont abordé le même sujet, l'abbé Lebeuf, Brimet de Presle, etc., qu'il faut chercher Metiosedum audessus de Paris, et non en aval de celte ville comme le pense notamment M. Desjardins, dans sa Géographie de la Gaule, qui croit y reconnaître Meudon. Les plus anciens manuscrits des Commentaires, conservés à la Bibliothèque nationale, et qui datent des xi° et xn° siècles, désignent clairement l'île de Melun sous le nom de Mcliosedum, mais des copistes plus modernes ont cru devoir ajouter à ce nom vel Melodunum et celte appellation a été conservée seule dans des manuscrits plus modernes. De là, la confusion qui s'est élevée et qui dure encore.

La découverte d'une inscription antique sur la place NotreDame de Melun, en 1865, paraît devoir mettre fin au débat. Cette inscription est incomplète, mais M. Leroy en propose une restitution dans laquelle se lit le nom de Metiosedum. Il s'agit de l'érection d'un temple au dieu Mercure par un citoyen de cette ville. Sur les fragments retirés des fouilles, on lit :

.. .VMDEIMERCVRICVMS... .OSEDITI... VIS AEDIF ... AVSPISCI8PRAEF....CVR...I


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L'inscription complète serait :

TEMPLUM. DEL MERCURI. CUM. SIGNO. METIOSEDI. TI. CIVIS. ^DIFICAVIT. AUSPICIIS. PRJ5FECTI. CURAQUE.

Temple du Dieu Mercure avec la statue. Titus citoyen de Metiosedum l'édifia sous les auspices et l'administration du préfet.

Cette restitution ne laisserait plus de doute sur l'identification de Metiosedum avec Melun; elle a le mérite de concorder avec les meilleurs et les plus anciens manuscrits des Commentaires de César. M. Leroy, en terminant, reporte l'honneur du dernier mot d'un débat qui passionne le monde savant depuis près de deux siècles, à la Société archéologique de Seine-et-Marne, qui, en faisant exécuter les fouilles de la place Notre-Dame, a exhumé la pierre vingt fois séculaire sur laquelle se lit le véritable nom de Melun antique : Metiosedum.

M. Lhuillier donne lecture d'une notice intitulée : Les tableaux et la bibliothèque d'un chanoine de Meaux, homme de lettres, en 1720. Il s'agit de Louis Trabouillet, qui fit imprimer à Paris de 1699 à 1718 l'Etat de la France, publication précédemment rédigée par son oncle Nicolas Besogne, et qui fut supplantée par VAlmanach royal.

Trabouillet, chapelain du roi, devenu chanoine prébende de la cathédrale de Meaux, est mort dans cette ville le 21 décembre 1720; le procès-verbal de vente de son mobilier montre qu'il possédait quelques tentures de tapisserie, une douzaine de peintures parmi lesquelles figurent une scène de la Ligue et un portrait de Louis XIV. — On y trouve des indications sur la composition de sa bibliothèque et sur la valeur des livres passant en vente publique à l'époque de la Régence.

Le même membre communique un document original de l'année 1515, qui relate la vente de 121 arpents de bois situés à la Croix-Blanche (Favières) et provenant de l'abbaye d'Hermières. Ce document sur parchemin, qui mesure 3 mètres de longueur, est offert aux Archives du département.

Il est ensuite procédé au vote sur l'admission :

Comme membre titulaire, de M. le docteur Poussié, du Châtelet, présenté par MM. Houdart et Leroy.

Comme membre correspondant, de M. Eugène Toulouze, archéologue à Paris, présenté par MM. Eymard et Lhuillier.

MM. Poussié et Toulouze sont nommés à l'unanimité.


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Au cours de la séance, on soumet à l'appréciation de la Société archéologique le projet d'un vitrail qui doit être exécuté pour l'église Saint-Aspais de Melun, par M. Hausser, peintre-verrier à Reims. Par une bonne pensée, dont il faut les féliciter, les fabriciens ont choisi deux sujets d'histoire locale : — Saint Louis distribuant des aumônes aux pauvres à la porte du château de Melun. — Saint Louis assistant à la procession de la Croix-Boissée, au faubourg du Vieux-Marché (des Carmes), le jour de Pâques fleuries. — Ce vitrail est destiné à la chapelle de Saint-Louis, où existent les armoiries de la famille des d'Orléans-Longuevilie, vicomtes de Melun aux xv° et xvi° siècles.

M. Leroy fait hommage aux membres présents de la notice qu'il a publiée l'année dernière sur les fouilles de Saint-Germain-Laxis : Dissertation sur une villa antique découverte dans la plaine de SaintGermain-fjaxis.

M. Lhuillier communique un relevé des observations météorologiques recueillies à Favières, du 13 avril 1887 au 14 novembre 1888, par M. Besoul, membre de la Société.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 4 heures.

SEANCE DU 11 MAI 1890.

Après la lecture du procès-verbal de la dernière réunion, et à propos du dessin communiqué à la section du vitrail projeté dans l'église Saint-Aspais de Melun, M. Buval fait observer qu'il existe dans cet édifice de belles verrières anciennes, et qu'il serait désirable que la fabrique confiât l'exécution de son nouveau vitrail à un verrier de talent, de façon à obtenir un travail artistique digne de figurer dans le voisinage des panneaux qui existent déjà.

Une notice de M. G. Leroy est consacrée à un nom de lieu celtique qu'on trouve dans la commune du Mée, près Melun; il s'agit de la rue de Live, Liva, mot armoricain, d'après Ducange, qui doit s'entendre d'une eau coulant abondamment, comme Alivus indique la chaussée, la levée qui borde et retient les eaux d'un étang et empêche les inondations. M. Leroy signale l'existence d'un ancien fief qui avait gardé ce nom celtique, dû en effet à la présence d'eaux abondantes. Il rappelle qu'un Pierre de Lives, chevalier, est cité parmi les nobles de la Ghâtellenie de Melun


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possédant fief au temps de Philippe-Auguste, et démontre d'après un terrier de la seigneurie du Mée, qu'en 1512 Voslel de Lyves était encore entouré de deux étangs, dont un de 12 arpents. L'auteur regrette la facilité avec laquelle on dénature, même dans les titres, les noms anciens; c'est ainsi qu'à une époque récente, on a fait de la rue de Live, la rue de la Lyre.

Un mémoire adressé par M. Rabourdin contient la biographie du poète Jean-François Guichard, que les Dictionnaires historiques font naître et mourir à Chartrettes, près Melun (1731-(-1811). L'auteur rectifie les dires des biographes et fait connaître cet écrivain, parisien d'origine, mais qui a possédé néanmoins à Chartrettes une habitation provenant de son père et où il a résidé quelque temps dans la seconde moitié du XVIII 0 siècle.

A la suite de la lecture du mémoire de M. Rabourdin, M. Lhuillier fournit quelques renseignements nouveaux sur J.-F. Guichard; il communique des autographes de ce poète, son portrait, plusieurs de ses publications en brochures, et le catalogue de sa bibliothèque, imprimé lors de la vente qui eut lieu à Paris en 1811, — bibliothèque importante, à laquelle était jointe une collection de plus de 4,000 gravures.

Une monnaie gauloise, trouvée sur les terres de la ferme de Noisement, dans la commune de Moissy-Cramayel, est ensuite communiquée. C'est un statère d'or des Parisii, de 20 millièmes de décimètre, qui a été confié à M. Leroy par le possesseur. Exactement semblable à celui qui existe à la Bibliothèque nationale (n° 7777 du catal. des monnaies gauloises) il n'est pas en or pur, mais en électrum ; d'un côté, figure la tête d'Apollon-Belenus tournée à droite, devant la bouche est un fleuron; au revers, cheval passant à gauche; au-dessus, filet triangulaire avec un point dans chacune des mailles, une rosace au-dessous.

Cette monnaie gauloise des Parisii est intéressante par sa provenance, plusieurs autres spécimens d'un type uniforme ayant déjà été rencontrés dans le voisinage de Moissy, de Réau, de Limoges-Fourches et de Lieusaint (où un atelier monétaire existait encore à l'époque mérovingienne).

M. Lhuillier dépose sur le bureau :

1° Un volume intitulé : Mes fouilles dans le sol du vieux Paris, par M. Toulouze, archéologue à Paris, membre correspondant. Dépôt à la bibliothèque et remerciements à l'auteur.

2° Des fragments d'armes trouvés depuis peu à Melun, dans la Seine, en face de l'emplacement de l'ancien château : groupe de


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cinq épées anciennes en fer et un fer de lance relativement moderne. Ces objets seront déposés au musée.

Sur la présentation de MM. Eymard, Leroy et Lhuillier, sont admis à l'unanimité, comme membres titulaires : M. Marc, viceprésident du conseil de préfecture, et M. Collombier, inspecteur des domaines.

Le vote pour le renouvellement du bureau de la section est ajourné à la prochaine réunion.

SÉANCE DU 8 MARS 1891.

La section de Melun de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne s'est réunie en séance ordinaire le dimanche 8 mars 1891, à 4 heures de l'après-midi, à l'hôtel de ville, sous la présidence de M. Lhuillier, vice-président.

Présents : MM. Auberge, Bourges, Fischer, Lhuillier, Marc, Masbrenier, Michelin.

M. Lhuillier fait part des excuses de MM. Leroy et Houdart, qui ne peuvent assister à la réunion, et de la démission de M. Dupuy, agent voyer.

Il rappelle que la section a fait une perle 1res sensible en la personne de son président, M. le sénateur comte Foucher de Careil, et que deux autres membres de la Société, MM. Eymard et Sertier sont également décédés.

La section s'associe aux regrets exprimés par M. Lhuillier.

M. le président annonce que la réunion annuelle des sociétés savantes aura lieu à la Sorbonne dans la semaine qui suit la Pentecôte; les mémoires que les membres de la Société auraient l'intention de présenter doivent être préalablement communiqués en manuscrit au comité institué au Ministère de l'Instruction publique.

Il propose ensuite de régler la question de paiement du loyer de la bibliothèque de la Société.

Il est décidé que la section de Melun prendra ce loyer à sa charge.

M. Bourges demande qu'il soit procédé au recouvrement des cotisations.

M. le docteur Masbrenier offre, au nom de son père, les mé-


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moires de la société des sciences naturelles archéologiques de la Creuse (2° série. — Tome 1er).

Remerciements au donateur.

M. le président dit qu'il y a lieu de renouveler le bureau de la section pour l'année 1891-1892.

Sont élus :

Président, M. GABRIEL LEROY ;

Vice-président, M. TH. LHUILLIER ;

Secrétaire, M. FISCHER;

Trésorier, M. HOUDART;

Bibliothécaire, M. LEMAIRE.

Il est ensuite donné lecture des travaux ci-après :

Par M. Fischer, au nom de M. Gabriel Leroy : Journal d'un bourgeois de Melun au xvi° siècle.

Par M. Th. Lhuillier : Une page inédite du journal de Ledieu, secrétaire de Bossue t.

Après cette lecture, M. Lhuillier fait passer sous les yeux de ses confrères une monnaie romaine de Trajan.

Il est procédé au vote sur l'admission, comme membre titulaire, de M. Bazin, conducteur des ponts et chaussées.

M. Bazin est nommé à l'unanimité des votants.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 5 h. 1/4.

SÉANCE DU 5 JUILLET 1891.

La section de Melun de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne, s'est réunie en séance ordinaire le 5 juillet 1891, à quatre heures de l'après-midi, sous la présidence de M. Gabriel Leroy, président.

Présents : MM. Bazin, Bourges, Fischer, Journeil, Latour, Leroy, Lhuillier.

Absents excusés : MM. Auberge, Drosne, Houdart, Le Blondel, Quesvers.

Le procès-verbal de la séance du 8 mars dernier est lu et adopté.

M. le président remercie d'abord ses confrères de l'honneur qu'ils lui ont fait en lui conférant la direction des travaux de la x. 2


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Société; il rappelle ensuite les perles qu'elle a éprouvées en ces. dernières années.

Ces pertes sont nombreuses :

MM. Foucher de Careil, Eymard, Chapu, Bancel, Buval, Doigneau, et avant eux MM. Dégoût, Delaforge, Fréteau de Pény, Decourbe, Cotelle, lui ont été enlevés par la mort.

Tant de morts, s'ajoutant à des départs et à des démissions, rendent nécessaire la recherche cle nouveaux membres, pour assurer l'avenir de la Société. Le titre de société archéologique, dit M. le président, ne doit effrayer personne; les sciences, les lettres, les arts, ont droit de cité au sein des séances, et les bullelins déjà publiés montrent la diversité des travaux et leur intérêt au point de vue de l'histoire locale et d'autres manifestations des connaissances de l'esprit humain.

Pour rendre à la Société sa vie d'autrefois, les séances devront être reprises régulièrement, la publication d'un bulletin annuel ne sera pas négligée, non plus que le recouvrement des cotisations à partir de 1891.

M. le président adjure ses collègues de le seconder dans la régénération d'une oeuvre utile, prospère naguère, et dont le passé n'est point sans gloire.

Les conclusions de ce discours sont unanimement approuvées. Toute publicité lui sera donnée en vue du but à atteindre.

M. le président dépouille la correspondance; il annonce ensuite que des demandes d'admission en qualité de membres titulaires sont faites par :

M. Balandreau, maire de la ville de Melun. Présentateurs : MM. Latour et Leroy.

M. Rabourdin, homme de lettres à Héricy. Présentateurs : MM. Lhuillier et Leroy.

Ces admissions sont votées à l'unanimité.

M. Lhuillier donne lecture d'une notice sur l'ancien château des évêques de Meaux, à Germigny-l'Èvêque.

Après avoir décrit l'heureuse situation du vieux manoir, • M. Lhuillier retrace ce qu'il fut aux temps féodaux, et dit comment il passa entre les mains des évêques de Meaux, qui en firent leur résidence champêtre et se plurent à l'embellir. Bossuet affectionnait particulièrement ce séjour; il y passait la plus grande partie du temps que les devoirs de son épiscopat lui laissaient libre.

Germigny est plein de souvenirs de personnages historiques de


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l'ancienne France, de grands seigneurs, de rois, de princes, d'illustrations littéraires ou artistiques. Rigaud y fit le beau portrait de Bossuet, gravé par Edelinck.

La lecture de la notice de M. Lhuillier sera continuée à la prochaine séance.

L'heure avancée ne permet pas la communication d'une note de M. Leroy, intitulée : Les Gallo-Romains à Réau-en-Brie. Cette communication aura lieu ultérieurement.

La séance est levée à 6 heures.

SEANCE DU 6 DECEMBRE 1891.

La section de Melun se réunit en séance ordinaire, à l'hôtel de ville, le dimanche 6 décembre 1891, à quatre heures de l'aprèsmidi, sous la présidence de M. Gabriel Leroy.

Sont également présents : MM. Auberge, Bazin, Drosne, Fischer, Houdart, Fourneil, Lhuillier, Marc, Michelin et Rabourdin.

MM. Balandreau, Brandin, Latour et Quesvers s'excusent de ne pouvoir assister à la réunion.

Le procès-verbal de la séance du 5 juillet dernier est lu et adopté.

M. le président expose en quelques mots les motifs qui avaient fait suspendre momentanément les séances, la nécessité de les reprendre régulièrement et de s'occuper de la publication d'un bulletin annuel; puis il exprime les regrets de la section pour la perte qu'elle a faite de M. Lemaire, archiviste départemental, membre fondateur de la société, décédé récemment.

M. Leroy fait hommage aux membres présents de deux notices qu'il vient de publier :

Le Hameau, la chapelle et les Fiefs de Germenoy, paroisse de Vauxle-Pénil;

Les Gallo-Romains à Réau-en-Brie et à Limoges-Fourches.

A l'unanimité, M. Houdart est confirmé dans les fonctions qui lui ont été précédemment conférées, de trésorier de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne, en remplacement de M. Eymard, décédé, et de trésorier de la section de Melun.

Il est ensuite décidé qu'il sera procédé prochainement au recouvrement des cotisations de l'année 1891.


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MM. Boue, directeur des contributions indirectes à Melun, et Lioret, conseiller d'arrondissement à Moret, présentés par MM. Leroy et Lhuillier, sont admis comme membres titulaires de la Société.

Au nom de M. Edouard Bérard, architecte du Gouvernement, M. le président donne lecture d'un travail sur l'architecture de l'église Notre-Dame de Melun. En relevant les plans de cet édifice, M. Bérard y a retrouvé, parfaitement apparentes, les traces importantes d'une basilique latine, pouvant remonter au temps de Charlemagne, sur laquelle l'église actuelle est venue se superposer aux xi° et xii° siècles. Les constatations de M. Bérard concordent avec les données de Sébastien Rouillard, le plus ancien des historiens de Melun.

M. Lhuillier continue la lecture de sa nolice sur l'ancien château de Qermigny-VÉvênue, lieu de plaisance des évêques de Meaux, très fréquenté durant la belle saison et où ils coulaient d'assez heureux jours.

Il y avait de brillantes réunions à Germigny; des lettrés et des artistes s'y rencontraient, on y jouait même la comédie, expurgée naturellement, et dont les oreilles chrétiennes n'avaient pas à souffrir. Après Bossuet, MM. de Bissy, de la Roche de Fontenille, de Poligaac, y tenaient une petite cour. Mesdames Adélaïde et Victoire, tantes du roi Louis XVI, y séjournèrent, et ce fut à cette époque le point de départ de la fortune de Gouin, natif de Germigny, qui parvint aux fonctions d'administrateur général des postes.

Après l'émigration de M. de Polignac, en 1791, Germigny, devenu bien national, fut vendu au profit de l'État, détruit en partie et morcelé. Aujourd'hui Mer de Briey a essayé de renouer les traditions passées, en rachetant une épave de l'ancien château de ses prédécesseurs.

M. Lhuillier termine sa communication par la lecture d'une ordonnance de Bossuet pour le règlement des moeurs dans la paroisse de Germigny, dont il était seigneur.

M. Rabourdin fournit d'intéressants renseignements sur la mort héroïque de deux enfants de Melun, tués à l'ennemi en Crimée : l'intendant Leblanc, blessé mortellement à l'Aima, et le général Breton, tué d'une balle à la tête, en conduisant ses troupes à l'assaut de Malakoff.

Le buste du général Breton, oeuvre du sculpteur Frison, existe au musée de Versailles, galerie de Crimée. Il est désirable que la ville de Melun en possède une copie, pour compléter, dans son


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musée, la série des illustrations locales. Une démarche auprès de l'administration des Beaux-Arts aurait sans doute un heureux résultat. Ce serait, pour l'État, l'occasion de venir en aide à un artiste et de l'encourager, en lui confiant l'exécution de cette copie. — La section charge son bureau de soumettre cette idée à M. le maire de Melun.

M. Rabourdin présente aussi plusieurs médailles, monnaies et jetons antiques et modernes, trouvés ou recueillis à Héricy-surSeine. — M. Leroy est prié de les examiner pour en rendre compte à la prochaine séance.

M. Leroy lit ensuite un mémoire intitulé : Sur l'origine du mot Pênil [Vaux-le-Pénil), dans lequel il émet l'idée que ce mot, écrit autrefois Péni, vient d'un culte qui aurait été rendu, en ce lieu, à Peninus, divinité qui présidait aux montagnes, culte introduit dans la localité par les Romains, après la prise et l'occupation de Metiosedum (Melun). Il appuie son idée d'un faisceau de probabilités qui lui donne assez de vraisemblance.

M. Lhuillier fait part de la découverte à Contençon, arrondissement de Provins, en juin dernier, d'un nombre considérable de monnaies frappées au xn° siècle, au nom des comtes de Champagne et des évêques de Meaux. Malheureusement, elles ont été dispersées avant d'avoir été examinées par des numismates, qui auraient pu élucider certains points douteux de l'histoire monétaire des comtes de Champagne et de Brie. — A cette occasion, il communique un denier provinois, émis par un de ces comtes de Champagne, et trouvé à Crécy-en-Brie.

L'ordre du jour étant-épuisé, la séance est levée à 5 heures et demie.

SEANCE DU 7 FEVRIER 1892.

La section de Melun se réunit en séance ordinaire, à l'hôtel de ville, le dimanche 7-février, à quatre heures de l'après-midi, sous la présidence de M. Gabriel Leroy.

Sont également présents : MM. Auberge, Bazin, Bourges, Drosne, Fischer, Latour, Lhuillier, Lioret, Michelin, Rabourdin.

Absents excusés : MM. Balandreau, Boue, Brandin, Houdart, Marc, Le Blondel, Quesvers.


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Après l'adoption du procès-verbal de la précédente séance et le dépouillement de la correspondance, M. le président annonce que des demandes d'admission comme membres titulaires sont faites par :

M. R. de Crèvecoeur, maire de Lésigny, associé correspondant de la Société des antiquaires de France. Présentateurs : MM. Lhuillier et Leroy.

M. Casron, ancien directeur des contributions directes à Melun. Présentateurs : MM. Latour et Houdart.

M. Sénéchal, conseiller de préfecture à Melun. Présentateurs : MM. Marc et Lhuillier.

L'admission de ces nouveaux membres est prononcée à l'unanimité.

M. le président communique une lettre de la Société d'émulation de Belfort qui demande à échanger ses publications contre les nôtres.

Cette demande est accueillie.

M. Leroy dit qu'il a examiné les monnaies et médailles qui lui ' avaient été confiées par M.Ch. Rabourdin et qui proviennent d'Héricy. Ce sont des monnaies des empereurs romains du Haut et du Bas-Empire ; des monnaies de quelques rois de France et des jetons de la Chambre des Comptes et autres; le tout n'offrant aucune rareté.

Au nom de M. Marc, il est déposé une notice de M. E. Toulouze, intitulée : La bataille navale de Morsang-Saintry. — Remerciements.

M. Leroy fait hommage aux membres présents d'une notice qu'il vient de publier : Les capitaineries dans la Brie et le Gâtinais avant 1189.

M. Auberge donne lecture d'une étude sur le Traité de paix conclu à La Tombe, près Monter eau-faut-Yonne, enlklS. ■—Après d'intéressants renseignements sur la topographie de la commune de La Tombe, sur ses fiefs avant la Révolution, dont les principaux appartinrent à l'abbaye de Faremoutiers et au ministre Turgot, l'auteur expose que cette localité, voisine des possessions du roi de France et du duc de Bourgogne, fut choisie, en 1418, pour les négociations ayant pour but de mettre un terme aux dissensions intestines qui désolaient la France, et qui, en se prolongeant, allaient compromettre son indépendance et sa nationalité. Ces négociations furent longues, deux mois entiers y furent employés; de part et d'autre les cours de France et de Bourgogne y en-


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voyèrent leurs personnages les plus marquants. Le papeMartinlV n'y resta pas indifférent. Deux cardinaux le représentèrent et concoururent à la conclusion de la paix, qui fut accueillie avec des transports de joie. Malheureusement, elle dura peu. Le connétable d'Armagnac, secondé par une faction puissante, s'efforça de la rompre; Paris fut livré aux Bourguignons, et, de nouveau, le pays connut les calamités de la guerre civile et de la guerre étrangère qui le mirent à deux doigts de sa perte.

Après sa lecture, M. Auberge présente quelques fossiles de la craie trouvés à La Tombe et plusieurs outils de l'âge de pierre recueillis dans la même localité, où ils abondent.

Les communications de M. Auberge sont accueillies avec un vif intérêt.

M. Leroy expose, dans une notice dont il donne lecture, qu'il n'existe aucun portrait anthentique de Marie-Madeleine de CastilleVillemareuil, femme du surintendant Foucquet, le créateur du fastueux domaine de Vaux-le-Vicomte. Au contraire, le surintendant a été portraituré par les principaux artistes, peintres et graveurs de son temps. Mais, d'après une note de l'épitaphierdes environs de Paris, conservé à la Bibliothèque nationale, Le Brun aurait peint plusieurs tableaux pour l'église de Maincy, entre autres une Marie - Madeleine qui serait le portrait de Mmo Foucquet. Échappée à un autodafé de l'an II, cette Madeleine se trouve aujourd'hui dans l'église de Courtry, commune de Sivry.

M. Lhuillier soumet un recueil de modèles d'écriture exécutés par Bernard, ancien frère des écoles chrétiennes, décédé à Melun sous le premier Empire. Ces spécimens de la calligraphie d'autrefois sont très curieux; ils sont l'oeuvre d'un véritable artiste, qui exécutait avec une sûreté de main extraordinaire les ornements et les dessins les plus variés. A ces modèles est joint le portrait à la plume d'un autre maître d'écriture bien connu, Saintomer, expert près les cours et tribunaux; ce portrait, exécuté aussi par Bernard de Melun, a été gravé.

M. Leroy présente des tuiles signées de tuiliers de Melun au XVIII 0 siècle, provenant des toitures de l'église de Chailly-en-Bière et de la ferme dePouilly-Gallerand. Sur l'une d'elles, un facétieux ouvrier a consigné les amours malheureuses d'un sien compagnon nommé Jérôme. L'excellente qualité de ces produits de la céramique melunaise est à remarquer.

M. Ch. Rabourdin communique une notice biographique sur M. Drouyn de Lhuys, ancien député de Seine-et-Marne et ancien


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ministre des affaires étrangères. Il rappelle son rôle diplomatique en 1859, à l'époque de la guerre d'Italie, et en 1864, au moment de Sadowa. M. Drouyn de Lhuys ne craignait rien tant pour la France que la formation de puissants États dans son voisinage. On sait combien l'avenir lui a donné raison.

M. Bazin présente une icône ou médaille de cuivre sur laquelle est représentée une vierge byzantine avec une inscription russe; cette médaille, trouvée à Moras, commune de Saint-Cyr sur-Morin, sur l'emplacement d'un combat de troupes françaises et russes en 1814, devait être suspendue au cou d'un soldat russe qui périt dans un engagement.

Après la nomination de M. Bazin comme archiviste-bibliothécaire de la Société, en remplacement de M. Lemaire, décédé, la séance est levée à 6 heures.

SEANCE DU 10 AVRIL 1892.

La section de Melun se réunit en séance ordinaire, à l'hôtel de ville, le dimanche 10 avril, à quatre heures de l'après-midi, sous la présidence de M. Gabriel Leroy.

Sont également présents : MM. Bazin, Boue, Casron, Fischer, Houdart, Latour, Lhuillier, Liorel, Marc.

Absents excusés : MM. Auberge, Balandreau, Bourges, de Crèvecoeur, Drosne, Le Blondel, Michelin, Quesvers, Rabourdin.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.

Après le dépouillement de la correspondance, M. Leroy fait hommage aux membres présents de deux brochures qu'il vient de publier : L'obituaire de Saint-Jacques de Melun au xm° siècle. — Un prétendu portrait de Madame Foucquet dans l'église de Courlry, commune de Sivry.

Il est ensuite procédé à la lecture des communications portées à l'ordre du jour.

M. Lhuillier lit un mémoire sur Antoine de Bourbon, comte de Moret, abbé commendataire de Saint-Faron de Meaux, fils naturel de Henri IV et de Jacqueline de Bueil. Pourvu de faveurs, gratifié du revenu des abbayes de Saint-Élienne de Caen, de Saint-Faron, de Longvillers, élevé comme un enfant de race royale et n'ayant rien à désirer, la reconnaissance ne fut point une de ses vertus.


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Sous le règne de Louis XIII, dont il était frère adultérin, il prit part aux intrigues des princes, s'arma contre le pouvoir royal, guerroya dans le Midi, fut blessé et disparut au combat de Castelnaudary en 1632.

Ici, commence un mystère qui n'est point encore éclairci. Mort des suites de ses blessures, suivant les uns; il aurait, suivant les autres, pris l'habit religieux et serait mort, longtemps plus tard, ermite aux Gardelles, en Anjou. M. Lhuillier discute, avec pièces à l'appui, ces deux opinions, et se range à l'avis des historiens et des chroniqueurs les plus accrédités qui le font mourir des suites de ses blessures à Castelnaudary.

M. Bazin présente une collection d'instruments de l'âge de pierre, haches et marteaux qu'il a recueillis dans le canton de Rebais et aux environs. Il y a de beaux spécimens de l'industrie des populations primitives qui vivaient dans notre région à l'époque quaternaire, en même temps que le mammouth et le renne, il y a des milliers d'années.

M. Leroy lit une notice sur des sceaux du moyen-age lui appartenant, parmi lesquels il en est un trouvé sous le pont de Melun, qui se rattache à une corporation melunaise de la batellerie de la Seine : S. M. NAVT. MELED. (Sigillum. Magislri. Nautarum. Meledunensis.} Un autre provient de Guillaume, sire de Peni, écuyer, qui vivait au xiv° siècle.

M. Lhuillier fait passer sous les yeux de ses confrères des autographes de Jacqueline de Bueil, comtesse engagiste de Moret; un portrait de son fils Antoine de Bourbon, et un manuscrit attribué à Jacques Amyot, qui a été imprimé en 1805, sous le titre de Projet de l'éloquence royale composé pour Henri III, roy de France. Il y joint, à titre de comparaison de l'écriture du célèbre Melunais, sa signature et quelques mots autographes apposés au bas d'une quittance des revenus d'un de ses bénéfices.

MM. de Swarte, trésorier-général de Seine-et-Marne, et Hugues, archiviste départemental, sont admis en qualité de membres titulaires.

La séance est levée à 6 heures.


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SEANCE DU 29 MAI 1892.

La section de Melun se réunit en séance ordinaire, à l'hôtel de ville, le dimanche 29 mai, à quatre heures de l'après-midi, sous la présidence de M. Gabriel Leroy.

Sont également présents : MM. Boue, Bourges, Casron, Drosne, Lhuillier, Lioret, Marc, Quesvers.

Absents excusés : MM. Bazin, Besoul, Fischer, Michelin.

Après l'adoption du procès-verbal de la séance précédente, il est procédé au vote pour le renouvellement annuel du bureau.

Sont élus : MM. Leroy, président, Lhuillier, vice-président, Fischer, secrétaire, Houdart, trésorier, Bazin, bibliothécaire.

M. Leroy fait hommage aux membres présents de deux notices :

Les vieilles maisons de Melun. L'hôtel des Guèrin. — Variétés sigillographiques. Quelques sceaux du Melunais et autres.

M. Quesvers donne lecture d'un travail intitulé : Notes sur les Cornu, seigneurs de Villeneuve-la-Cornue (aujourd'hui Salins, près Montereau-faut-Yonne), La Chapelle - Rablais et Fonte?iailles-enBrie. — L'auteur indique d'abord comment furent fondés en Brie, aux XII° et xm° siècles, de nouveaux villages appelés Villeneuves, distingués les uns des autres par le nom de leurs fondateurs, Villeneuve-le-Comte, Villeneuve-la-Cornue, etc. Cette famille des Cornu jouit d'un grand crédit en son temps, tous ses membres occupèrent des positions éminentes dans le clergé, dans l'armée, dans la diplomatie. Les rois de France en firent leurs confidents et leurs conseillers. Des Cornu furent archevêques ou ou évêques de Sens, de Nevers, de Chartres; d'autres prirent part aux Croisades. Leur race prit fin au xiv° siècle en la personne d'une fille dont la tombe existe encore dans l'église de Salins et qui mourut veuve de Baudouin de Corbeil et de Simon de Jouy, capitaine de Provins.

Dans une fable intitulée le Petit chat, M. Besoul se plait à louer des sentiments de fraternité qui sont assez fréquents.

M. Lhuillier lit une notice sur l'artiste peintre-dessinateur Benoist Graincourt, élève de Doyen et de Pierre, qui résida au château d'Aulnoy, commune de Champeaux, et mourut en décembre 1823.

Graincourt avait été chargé par le Gouvernement d'exécuter une série de portraits de marins pour la décoration de Versailles. La Révolution interrompit son travail, mais déjà une quarantaine de


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portraits étaient terminés et livrés. Quelques-uns se retrouvent à Versailles, les autres doivent être enfouis dans les greniers du Louvre, qui recèlent des richesses artistiques qu'on dit ignorées des conservateurs eux-mêmes. —-Graincourt qui ne se contentait pas de peindre, publia la vie des hommes illustres de la marine française et laissa des manuscrits dont on ignore le sort.

M. Lhuillier présente ensuite des dessins, d'excellente facture, snr Fontainebleau, Moret, Nemours, Héricy.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 6 heures.

SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1892.

La section de Melun de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne, s'est réunie en séance ordinaire le dimanche 6 novembre 1892, à l'hôtel de ville, sous la présidence de M. Gabriel Leroy, président.

Étaient également présents : MM. Bazin, Boue,Bourges, Drosne, Fischer, Houdart, Hugues, Journeil, Lhuillier, Lioret, Masbrenier, Rabourdin.

Absents excusés : MM. Balandreau, Besoul, Michelin, Quesvers.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.

Il est ensuite procédé au vote sur l'admission, comme membres titulaires, de MM. Leclerc, instituteur à Aubepierre ; René Morel, publiciste à Guignes; Sabot, chef de bureau à la préfecture.

L'admission de ces nouveaux membres est prononcée à l'unanimité.

M. Quesvers, appelé par ses affaires en Basse-Normandie, écrit que dans une visite à la cathédrale dé Bayeux, il a remarqué la tombe d'un melunais, Jehan Petite, chanoine et vicaire-général du diocèse de Bayeux, mort dans cette ville le 4° jour des Nones d'avril 1694, âgé de 76 ans. Il demaade des renseignements sur ce personnage peu connu à Melun. — MM. Leroy et Lhuillier fournissent à ce sujet quelques détails biographiques. Jean Petite, né à Melun le "15 mai 1619, fils d'un contrôleur aux cuirs, résidant dans la paroisse Saint-Ambroise, a laissé, sur la théologie et l'histoire religieuse, des manuscrits conservés à la bibliothèque du chapitre de Bayeux. C'était un ecclésiastique d'une grande érudition.


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M. Lioret donne lecture d'une notice intitulée : La Compagnie de milice bourgeoise instituée sous le titre de Chevaliers de Moret.

Après des renseignements généraux sur l'origine des milices bourgeoises, sur leur organisation et les services qu'elles rendirent en des temps de troubles, M. Lioret rappelle comment fut créée en avril 1779 la milice de Moret composée d'une vingtaine d'hommes seulement et de presque autant d'officiers. L'uniforme était brillant, les prises d'armes assez fréquentes et chacun s'y montrait zélé d'autant mieux qu'elles étaient toujours suivies de copieux banquets, quelquefois aussi de feux de joie et de bals. La milice figurait avantageusement aux proclamations des ordres du roi, des victoires de l'armée française sur terre et sur mer, des traités de paix, des naissances d'enfants de la famille royale. Elle escortait les princes et les princesses à leur passage à Moret et les saluait du feu de ses vingt fusils. L'institution de la garde nationale en 1789 entraîna la suppression des milices qui, sur le théâtre restreint où chacune d'elles existait, avaient rendu quelques services pour donner plus d'éclat aux cérémonies locales ou en contribuant au maintien de l'ordre public.

Dans une notice dont il donne lecture, M. Rabourdin rappelle le sort d'une statue de marbre blanc provenant de l'église des religieux de la Merci à Chenoise, près Provins, et représentant Philippe de Castille, mort en 1625 des suites d'une blessure reçue dans un combat. Achetée à l'époque révolutionnaire par un sieur Rosty, marbrier à Melun, qui la conserva plusieurs années dans son chantier, cette oeuvre d'art fut cédée, en 1798, au Musée des monuments français, fondé par Alexandre Lenoir, et une vingtaine d'années plus tard, après la suppression des collections formées par cet archéologue, elle fut donnée à la cathédrale de Meaux, qui la possède encore. Les péripéties de la statue de Philippe de Castille, retracées par M. Rabourdin, sont entendues avec intérêt par la Société.

Au nom de M. Besoul, membre titulaire à Favières, lecture est donnée d'une poésie intitulée : L'enfant malade. C'est l'expression des voeux d'une mère pour la conservation des jours de son enfant en danger.

M. Héron de Villefosse, membre titulaire, fait hommage à la Société d'une publication dont il est l'auteur sur la statue de Dio7iysics, par Praxitèle, conservée au musée du Louvre.

M. Lhuillier soumet à la Société les comptes de la fabrique de l'église Saint-Nicolas de Penchard, près Meaux, datant du règne


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de Henri IV. Il déclare en faire hommage aux archives de la préfecture de Seine-et-Marne.

M. Rabourdin offre à la Société un exemplaire de sa poésie : La vision de Jeanne d'Arc sur les fossés de Melun. — Remerciements et dépôt aux archives.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 6 heures.

SEANCE DU 30 JANVIER 1893.

La section de Melun de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne, s'est réunie en séance ordinaire le dimanche 30 janvier 1893, à quatre heures de l'aprèsmidi, à l'hôtel de ville, sous la présidence de M. Gabriel Leroy, président.

Étaient également présents : MM. Auberge, Bazin, Bourges, Fischer, Hugues, Lhuillier, Michelin, Sabot.

Absents excusés : MM. Besoul, Drosne, Houdart, Morel, Rabourdin, de Swarte.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.

Il est donné connaissance d'une lettre de M. René Morel, publiciste à Guignes, qui fait remarquer que les séances ayant lieu à quatre heures du soir, il se trouve dans l'impossibilité, à son grand regret, d'y assister.

Cette remarque est prise en considération ; il est décidé que, pour permettre aux membres extra muros d'assister facilement aux réunions, les séances s'ouvriront désormais à deux heures de l'après-midi, comme le portait le règlement primitif.

M. le président lit ensuite une lettre dans laquelle M. Charles Rabourdin appelle l'attention de la Société sur la dispersion des antiquités et objets de curiosité provenant des dragages de la Seine ou de fouilles de travaux publics. Il signale plusieurs exemples qui se sont passés à Samois, à Héricy et ailleurs. Il pense que les futurs travaux du chemin de fer de Corbeil à Montereau fourniront, surtout dans le voisinage de Melun, des antiquités galloromaines et autres analogues à celles qu'on y découvrit en 18471848, lors de la construction du P.-L.-M. L'honorable membre estime qu'il y aurait lieu de prendre des mesures pour éviter une dispersion regrettable des objets intéressants qui peuvent être découverts.


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Après un échange d'observations entre MM. Lhuillier, Leroy, Bourges et Hugues, la section décide que des démarches seront faites en temps opportun auprès des ingénieurs et conducteurs des travaux de la nouvelle ligne, afin de les intéresser à la conservation des antiquités qui pourront être rencontrées.

L'admission comme membre titulaire de M. Lelièvre, avocatavoué à Melun, présenté par MM. Leroy et Houdart, est prononcée à l'unanimité.

Appelée à nommer une commission pour la publication du Bulletin de la Société, la section charge les membres du bureau de faire procéder à cette publication.

M. Bazin donne lecture d'une intéressante notice historique sur la commune de Guérard, arrondissement de Goulommiers. Des détails topographiques soigneusement étudiés, des renseignements précis sur l'état ancien du pays, sur les voies de communication, sur la population, son industrie, ses usages, ses seigneurs, sur les faits dont cette localité a été le théâtre, font de cette notice une excellente monographie communale, qui prend rang parmi les meilleures qu'on a déjà publiées dans Seine-et-Marne.

Communication est donnée d'une étude de M. Lefèvre des Noëttes, capitaine au 2° régiment de hussards en garnison à Melun, sur l'archéologie de l'église de Brie-Comte-Roberl. Cet édifice, l'un des plus remarquables de l'arrondissement de Melun, fut entrepris au xin° siècle et terminé au xvi°. On y constate deux styles bien tranchés, le style ogival et celui de la Renaissance. L'auteur décrit chacun d'eux, établit leurs distinctions et se plaît surtout à faire valoir les beautés du premier, si brillamment mises en valeur par des architectes de la trempe de Robert de Luzarches, des Pierre de Montereau et des Jehan de Chelles.

M. Lhuillier lit ensuite une notice résumant les recherches auxquelles il s'est livré sur le blason de Grécy-en-Brie : D'azur à trois croissants entrelacés d'argent. L'origine de ce blason est incertaine. D'aucuns y voient un souvenir de Diane de Poitiers. M. Lhuillier est d'un avis contraire; il estime qu'on doit plutôt y voir une trace des Médicis, qui, après leur venue en France, introduisirent le croissant dans leurs armes. Il explique ainsi que, sans droit apparent, la ville de Crécy-en-Ponthieu a adopté récemment le blason de Crécy-en-Bne.

M. Leroy fait passer sous les yeux de ses confrères le fac-similé d'une lettre autographe de Sanson, exécuteur des hautes-oeuvres du tribunal criminel de Paris, écrite en février 1793 au rédacteur


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du journal le Thermomètre, et dans laquelle il rend compte de l'exécution du roi Louis XVI, le 21 janvier précédent.

Au nom de M. Besoul, lecture est donnée d'une poésie intitulée: Le Jour de l'an des enfants.

Il est fait hommage à la Société des publications suivantes :

Par M. Besoul, A travers Crécy, recueil de poésies, broch. in-12, Crécy, 1892 ;

Par M. Lhuillier, Le peintre Claude Lefebvre, de Fontainebleau, Paris, in-8°, 1892.

Remercîments et dépôt aux archives.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à six heures.

SEANCE DU 26 MARS 1893.

La section de Melun de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne, s'est réunie en séance ordinaire, le dimanche 26 mars 1893, à deux heures de l'aprèsmidi, à l'hôtel de ville, sous la présidence de M. Gabriel Leroy, président.

Étaient également présents : MM. Bazin, Boue, Casron, Drosne, Fischer, Houdart, Lhuillier, Marc, Morel, de Swarte.

Absents excusés : MM. Besoul, Bourges, Bureaud-Riofrey, Leclerc, Lioret, Michelin, Quesvers, Sabot.

Après la lecture et l'adoption du procès-verbal de la séance précédente et le dépouillement de la correspondance, M. de Swarte donne lecture d'un mémoire sur la Vie et la correspondance de Samuel Bernard, banquier du Trésor au xvin 0 siècle, d'après des documents inédits conservés aux Archives nationales. — Sous l'ancienne monarchie, à côté du surintendant général des finances, chargé de l'administration des fonds de l'État, il y avait un banquier du Trésor, qui avait pour mission d'assurer la rentrée des traites des fermes et de procurer au pouvoir royal les sommes qui lui étaient -nécessaires en cas de guerre ou pour l'alimentation des services publics. Samuel Bernard, comte de Coubert, fut un de ces banquiers.

Fils d'un peintre de mérite, professant la religion réformée, Samuel Bernard n'était point juif, quoi qu'en ait dit Voltaire. Il pratiqua le protestantisme jusqu'au jour où, menacé dans sa


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liberté et dans sa fortune, il dut abjurer, après la réception d'une lettre comminatoire de d'Artagnan, installé avec ses mousquetaires dans la maison du financier, à Chennevière-surMarne.

L'origine de la grande fortune de Samuel Bernard n'est pas clairement établie. Ce fut un homme heureux dans ses premières entreprises, et l'on ajoute que, plus tard, la fortune, favorable aux audacieux, lui assura un gain de cent millions dans une spéculation en Angleterre. C'était surtout un homme habile, entretenant des relations avec les plus grands négociants de France, d'Italie, d'Espagne, de Hollande, et trouvant dans ces relations la possibilité d'échanger ses traites et mandats en espèces trébuchantes, qui servaient à l'entretien des armées du roi pendant les guerres d'Espagne, du Palatinat ou des Flandres.

Plus heureux que Colbert qui se plaignait de ne pouvoir trouver un million quand il en avait besoin, Samuel Bernard était la providence du Trésor royal, épuisé par la guerre ou par la prodigalité de Louis XIV.

Plus d'une fois les ministres du grand roi recoururent au crédit du financier, qui fut comblé d'honneurs, reçut ses entrées à Marly et fut glorifié d'une entrevue royale que Louis XIV, si pointilleux sur l'étiquette, n'accordait pas toujours aux dignitaires de la noblesse. Mais cette condescendance pour le traitant ne s'exerçait, disons-le, qu'aux jours de pénurie des finances royales, quand les ministres Ghamillart, Desmaretz et autres avaient échoué dans leurs négociations auprès de Samuel Bernard.

Cet homme, qui ouvrait ainsi sa bourse au roi, fit un jour, à Lyon, une banqueroute de 300 millions. Mais, le croira-t-on, son crédit n'en fut point ébranlé, sa fortune revint à flot; et quand il mourut sous Louis XV, après le désastre de la banque de Law, dont il avait été l'adversaire, il était encore riche et puissant, entouré d'admirateurs et de flatteurs, quoique les ennemis ne lui eussent pas manqué, jouant assez bien le rôle de grand seigneur, protégeant les artistes et faisant le bonheur des habitants de son comté de Coubert qu'il comblait de ses largesses.

Son fils, également comte de Coubert, honoré de titres et de charges achetés pour la plupart à beaux deniers comptants, tint de l'opulent seigneur qui dépensait sans compter. Mais il n'avait pas le don, comme son père, de refaire sa fortune par le négoce d'argent ou par d'heureuses spéculations. Il embellit et arrondit son comté de Coubert, et s'aperçut un peu tard qu'à ce jeu, sans


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parler de ses galanteries et de ses prouesses dans le monde, l'héritage paternel s'était évanoui.

La physionomie de ces Samuel Bernard, si différents les uns des autres, artistes, financiers, grands seigneurs, est très heureusement dessinée par M. de Swarte, qui donne, en même temps, d'intéressants renseignements peu connus, sur l'administration des finances royales aux xvn° et xvm° siècles. Son savant mémoire est écouté avec toute l'attention qu'il mérite. Ensuite, M. René Morel lit une notice sur la Société de l'Arquebuse de Guignes-Rabutin. — Cette Société, qui prit fin à la Révolution de 1789, paraît remonter aux temps de la guerre de Cent ans. Instituées dans un but d'utilité générale pour la protection des villes et des villages, les Sociétés d'arquebusiers se distinguèrent à cette époque et plus tard, durant les guerres de la Ligue et de la Fronde. Mais ces calamités leur furent fatales : bon nombre d'entre elles disparurent faute de recrutement ou emportées par les dissensions politiques. La Société de Guignes subit ce sort au temps de la Fronde. Cependant, l'amour de porter les armes excita quelques habitants du pays à se joindre à la compagnie de Cbaumes, puis plus lard, vers la fin du xvii 0 siècle, à fonder une autre société dont le maréchal de Schonberg et les Samuel Bernard, successivement seigneurs de Guignes, furent les protecteurs et les bienfaiteurs. Alors les nouveaux arquebusiers, au nombre d'une vingtaine, vêtus d'un brillant uniforme, marchaient sous un drapeau ayant pour symbole une... poupée; ils eurent des jours prospères, prirent part avec honneur aux prix provinciaux

de la Brie, de l'Ile de France et de la Champagne, et escortèrent

le roi, la reine, les princes, les princesses, à leur passage à

Guignes. Samuel Bernard avait posé la première pierre de l'hôtel de

l'Arquebuse, où avaient lieu les exercices des chevaliers et aussi

leurs joyeux banquets, qui entendirent des couplets célébrant

l'honneur, la gloire, le vin et les dames. La Révolution fut le triste épilogue des joutes des arquebusiers

de Guignes, d'ailleurs bien déchus de leur splendeur d'autrefois.

Ils n'étaient plus que cinq, quand ils vinrent déposer leur étendard

dans l'église paroissiale, après la dissolution de leur compagnie,

ordonnée par les lois de l'époque. L'excellente notice de M. Morel, qui forme une sorte d'appendice

au mémoire de M. de Swarte sur les Samuel Bernard, complète la

séance.

x. 3


- 31 -

M. Lhuillier, dont la colleclion locale abonde en documents de tous genres, présente plusieurs pièces et documents originaux sur la famille Samuel Bernard et les arquebusiers de Guignes.

M. Besoul, membre titulaire, fait hommage d'une cantate de sa composition, paroles et musique, intitulée : Les Enfants de la Brie. — Remercîments et dépôt aux archives.

Le titre de membre honoraire est conféré à M. de Vasco, auteur d'une traduction en vers du Songe de la Vie, par Calderon.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures.

SEANCE DU 9 JUILLET 1893.

La section de Melun de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne, s'est réunie en séance ordinaire, le dimanche 9 juillet 1893, à deux heures de l'aprèsmidi, à l'hôtel de ville, sous la présidence de M. Gabriel Leroy, président.

Étaient également présents : MM. Boue, Casron, Fischer, Lhuillier, Leroy, Marc, Michelin, Morel, Rabourdin, Sabot, Sénéchal.

Absents excusés : MM. Bureaud-Riofrey, Hugues, Journeil, de Swarte.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.

Au nom de M. Masillon-Rouvet, M. Bureaud-Riofrey fait hommage à la Société d'un ouvrage intitulé : Viollet-Leduc et Alphand au siège de Paris, 1 vol. in-8°. — Remercîments et dépôt aux archives.

M. René Morel donne lecture d'une notice intitulée : La Brie légendaire.

La Brie a ses légendes comme toutes les anciennes provinces de la France, légendes historiques, fantastiques, tragiques, hagiographiques. On les retrouve partout, dans les traditions des campagnes, dans les récits de quelques vieux chroniqueurs, dans les noms des champs, des bois, des sources, des monuments mégalithiques et autres, dans les us et coutumes des populations briardes. C'est comme un vaste livre dont les feuillets, malheureusement sont épars, effacés et bien près de disparaître. C'est


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une histoire de tous les temps, depuis les Gaulois nos pères jusqu'à la Révolution de 1789, histoire naïve, si l'on veut, mais bien touchante, consolante parfois et non dénuée de vivifiantes espérances, qui n'étaient pas à dédaigner en un temps où le poids du joug et les querelles des grands pesaient lourdement sur les populations. La croyance aux légendes n'est plus de notre époque, toute de septicisme ou de matérialisme; ce n'est point un motif pour les oublier complètement. M. Morel pense qu'il faut faire en Brie, où les éléments abondent, ce qu'on fit naguère en Bretagne, en Normandie, en Auvergne et ailleurs. Il se trouvera, pense-t-il, un chercheur, doublé d'un érudit, qui fera revivre les contes, les récits, les traditions de nos pères. Puisse cet espoir se réaliser!

M. le président, remerciant M. Morel de son intéressante communication, est d'avis que le futur auteur des Légendes de la Brie est trouvé : c'est M. Morel lui-même, qui, dans sa notice parfaitement écrite, a si bien tracé le sommaire de l'ouvrage et montré le chemin qu'il n'y a plus qu'à suivre.

M. Morel donne aussi lecture de deux poésies : La Libellule, Mes Souhaits, tirées d'un recueil inédit qui promet d'autres pages non moins agréables.

M. C. Rabourdin communique la première partie de ses savantes recherches sur l'Abbaye royale de Barbeau. — Cette abbaye, fondée par Louis VII dans le voisinage de Seine-Port, Sacer Portus, transférée plus tard en un lieu proche Héricy, était riche et puissante. Louis VII, qui avait à se faire pardonner beaucoup parce qu'il avait beaucoup péché, la combla de libéralités pour le rachat de ses fautes. Bientôt, les moines de Barbeau possédèrent des forêts importantes, des fermes, des vignobles considérables, que l'État s'appropria en 1790 et qu'il vendit à titre de biens nationaux. Le vignoble de Barbeau, exposé au midi, sur le coteau de la Seine, produisait un vin excellent. La récolte était l'occasion de liesses monacales, dont le souvenir n'est pas éteint à Héricy et aux environs. Pour être moine on n'en est pas moins homme, et ce serait le cas de répéter avec Térence : « Homo sum »

L'église de Barbeau était un édifice remarquable, que les abbés se plurent à orner magnifiquement, notamment à l'époque de la Renaissance. Louis VII avait voulu y être enterré, exemple qui fut imité par des personnages de marque, appartenant à la noblesse, à l'armée et aux arts.

Il y a une légende attachée au lieu de la fondation de Barbeau. Il y en a presque partout, a dit M. Morel. On y pécha, dit-on, un


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énorme barbeau, dans le corps duquel on aurait retrouvé l'anneau pastoral de saint Loup, archevêque de Sens, qui l'avait jeté dans la Seine au port de Melun, pour éteindre un terrible incendie allumé au château.

Dans les séances ultérieures, M. Rabourdin continuera la lecture de son mémoire sur l'abbaye de Barbeau.

MM. LhuilHer et Leroy font passer sous les yeux des assistants différentes pièces, dessins, gravures, reproduction de tombeaux ou d'épitaphes concernant Barbeau.

M. Lhuillier communique aussi une image de la confrérie de Saint-Loup, fondée au xvn° siècle dans l'église Saint-Ambroise de Melun, et transférée actuellement à Notre-Dame, où l'on conserve des reliques du saint archevêque.

M. Marc présente sept pièces en or, provenant de différentes trouvailles faites notamment à Paris. Toutes sont parfaitement conservées, elles portent les effigies de Claude, Nerva, empereurs d'Occident ; de Juslinien, Phocas, Théodose, Léon, empereurs d'Orient.

M. Casron rappelle qu'il y a quelques mois, en nivelant des terrains contigus à la brasserie Gruber, proche la croix Saint-Jacques et la roule de Fontainebleau, on a découvert un tombeau en pierre de l'époque gallo-romaine et quantité d'ossements humains. De semblables découvertes sont fréquentes en cet endroit; elles se rattachent à la nécropole de Metiosedum, alias Melodunum, qui y subsista pendant les époques gallo-romaine et franque. Sur ce même emplacement, dit M. Leroy, les Anglais, assiégeant Melun en 1420, enterrèrent leurs morts; il n'est donc point étonnant que des objets antiques ou d'époque moderne s'y trouvent mélangés. Le vote pour le renouvellement du bureau pendant l'année 18931894 donne les résultats suivants :

Président, M. Gabriel Leroy; vice-président, M. Th. Lhuillier; secrétaire, M. H. Fischer ; trésorier, M. Houdart ; archiviste, M. Bazin.

M. le président remercie l'assemblée du nouvel honneur qu'elle vient de conférer à son ancien bureau, réélu tout entier, et lève la séance à quatre heures.


NOTES SUR LES CORNU l

SEIGNEURS DE VILLENEUVE-LA-CORNUE, LA CHAPELLE-RABLAIS. ET FONTENAILLES-EN-BRIE

Par M. PAUL QUESVERS, membre fondateur.

f"™*"*^^^^^S ORSQU'UNE abbaye ou un grand seigneur, posses^^^^^M seurs de domaines incultes, faute de bras, voujfc^^^^ laient aux xi° et xn° siècles, augmenter leurs ff§|p§Sr|jl revenus, ils faisaient annoncer, à plusieurs lieues l^^^^p^ à la ronde, qu'ils distribueraient à tous ceux qui graag^EBçJ^il s'établiraient dans leur seigneurie,-des bois à essarter ou des terres à défricher ; cette concession était faite à la charge, par les nouveaux venus, de construire une maison et de payer une redevance, généralement fort modique. On accourait, du moins ceux qui n'étaient point attachés à la terre de leur seigneur ou qui obtenaient la permission de quitter leur demeure; on essartait, défrichait, bâtissait, et les habitations se groupaient : une ville neuve sortait du sol et prenait le nom de son fondateur. Le roi de France lui-même ne dédaignait pas de recourir à cet ingénieux moyen d'augmenter les revenus de la couronne, et c'est ainsi que prirent naissance les nombreux pays nommés Villeneuve-le-Roi, qui existent en France 3. C'est ainsi également qu'en

1. Quelques auteurs écrivent Cornut, conservant ainsi le t du mot Cornutus, nom qui désigne cette famille. Je préfère supprimer le t qu'on n'employait déjà plus au xni° siècle, ainsi que le prouvent, et le Rôle que l'on trouvera en APPENDICE à la suite de ce petit travail, et la pierre tombale de Pierre Cornu, dernier seigneur de ce nom, de Villeneuve-la-Cornue.

2. Les rois de France favorisaient l'établissement des villes neuves ; mais si ces créations augmentaient le pouvoir royal, elles n'étaient pas sans causer un certain préjudice aux seigneurs voisins. Aussi, voyonsnous en 1207, Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, Guy GâteBlé et Henri de Mauni payer 1,000 livres parisis à Philippe Auguste, à la charge par lui de ne point établir de nouveaux villages et de ne prendre, sous sa protection, aucune association, dans les environs de leurs seigneuries, « scilicet à Dymonte usque Malleium-Regis, et inde usque ad » Voisinas, et inde usque ad Fontes juxta Saliniacum, et inde usque ad » Thoreniacum, et inde sicut Aqua Oreuse decu'rrit usque ad Yonam »

Quantin, Recueil de pièces, p. 29, n° 02).


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nos contrées, furent créées Villeneuve-l'Archevêque par Guillaume de Champagne, archevêque de Sens; Villeneuve-le-Comte en Brie, par Gaucher, comte de Ghâtillon", Villeneuve-la-Guyard, par un seigneur appelé Guyard; Villeneuve-la-Cornue, par un seigneur . du nom de Cornu.

Depuis longues années, je réunis des documents sur la famille Cornu, en faveur de laquelle les grands barons de Marolles' détachèrent, à une époque encore indéterminée, une certaine quantité de terres, sises en Brie, non loin des bords de la Seine. J'avais toujours cru que ces terres, ainsi concédées à la famille Cornu, étaient assez restreintes et ne dépassaient pas les limites actuelles de la paroisse de Villeneuve-la-Cornue, mais un manuscrit de la riche collection Joursanvault, acquise en 1883 par la Bibliothèque nationale, m'a démontré que les possessions des Cornu s'étendaient bien plus avant dans l'intérieur de la Brie, que je l'avais pensé jusqu'alors. Ce manuscrit, non encore numéroté à la Bibliothèque nationale, mais qui, dans la collection Joursanvault, porte le n° 2169, n'est autre chose, en effet, que le Rôle des vassaux des seigneuries de La Chapelle-Rablais et de Fontenaillesen-Brie qui appartenaient à la famille Cornu.

Le Rôle en question est un mince cahier, en parchemin, de 13 feuillets dont le dernier, quoique coupé par la moitié, est cependant complet. L'écriture est de la fin du xiv° siècle, ainsi que le fragment de missel qui lui servait primitivement de couverture; c'est vraisemblablement la copie d'un manuscrit plus ancien dont la date est donnée par notre manuscrit lui-même aux folios 4 v° et 6 r°, où on lit : En lan de grâce mil ce mixxxn; la forme des mots est, du reste, au point de vue philologique, au moins du xin° siècle. Les abréviations sont bonnes et l'écriture est très claire, sauf deux ou trois mots que je n'ai pu déchiffrer; il y a, en de rares endroits, quelques fioritures et dessins à l'encre rouge, le tout assez grossièrement fait. Enfin, il est à remarquer que le f° 2 depuis : Ce sont cil qui tiennent en fyen de Guiot dou Pré, jusqu'à : Cesl le fey que Jahen de Vernou tient de mon sour Le Cornu por lui et por sa sour, a été ajouté après coup; il ne faisait pas partie du manuscrit primitif, car l'écriture, quoique contempo1.

contempo1. seigneur de Marolles était l'un des quatre barons de l'archevêshé de Sens qui étaient tenus de porter, sur leurs épaules, l'archevêque de Sens, lorsqu'après son élection, il faisait son entrée dans sa ville archiépiscopale.


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raine, n'est pas la même et le parchemin est d'une qualité sensiblement différente. Ce feuillet n'a pas été, du reste, numéroté avec les autres lorsqu'on a pris soin de le faire; c'est donc une addition assez postérieure, quoique ne provenant certainement pas d'un autre manuscrit.

C'est ce Rôle que je publie aujourd'hui, mais il m'a paru préférable de le donner comme APPENDICE à quelques Notes sur les Cornu, notes que j'ai extraites d'une histoire de la Seigneurie de Villeneuve-la-Cornue que je prépare en ce moment.

I

SIMON Ior

La famille Cornu dut posséder, dès le commencement du xii° siècle, Villeneuve-la-Cornue, La Ghapelle-Rablais et Fontenailles-en-Brie, mais je n'ai pu remonter plus haut que Simon qui vivait vers 1172 et qu'on trouve désigné dans Le Livre des vassaux du comté de Champagne et de Brie, publié par M. Longnon :

CE SUNT LI FIÉ DE LA CHASTELLERIE DE PROVINS. lre partie (vers 1172).

63. Simon li Cornuz, liges et III mois de garde.

Simon Cornu était un des 245 chevaliers de la châtellenie de Provins qui étaient assujettis à la garde du château de cette ville 1.

Le Livre des Vassaux donne deux autres Cornu dans la châtellenie de Bray-sur-Seine :

CE SUNT LI FIÉ DE LA CHASTELLERIE DE BRAY. lre partie (vers 1172).

.424. Gautiers li Cornuz 1.

1. D'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, t. VII, p. 91.

2. Ce Gautier Cornu était probablement le frère, ou peut-être même le père de Simon I" et c'est sans doute pour ce qu'il possédait à Misy, qu'il était vassal du comte de Champagne. En effet, on remarquera que, d'une part, le prénom Gautier fut porté par un fils et un petit-fils de Simon Ior ; que, d'autre part, Ysabel La Cornue, veuve de Simon Ier, avait en 1201, des biens à Misy, et qu'enfin, un des petits-fils de ces derniers, Albéric Cornu, préchantre de Sens, donna au Chapitre de cette église, une rente qui lui était due sur une île située à Misy.


— 40 — Dans le rôle de 1201 de la même châtellenie, on trouve aussi : 523. Ysabel la Cornue, deu cens deu conte et ce que il a à MirV.

Enfin, on connaît encore, à cette époque, une abbesse de La Joie, près de Nemours, qui s'appelait Jehanne la Cornu et qui, très probablement, était de la même famille. En effet, l'abbaye de La Joie fut fondée par Philippe de Nemours, sur les instances de Gautier Cornu, archevêque de Sens, et il est à supposer que c'est sur la recommandation de ce prélat et à cause de ses liens de parenté avec lui (peut-être même était-elle sa soeur), que Jehanne la Cornu fut choisie pour succéder à la première abbesse de La Joie*.

Je pense que Simon Ior était sinon le fondateur, au moins le fils du fondateur de Villeneuve-la-Cornue, mais je n'en ai pas la preuve et la filiation des Cornu ne remonte d'une façon très sûre quejusqu'à Simon Ie 1' 3, Il fut, tant par les emplois qu'il dut occuper, que par son alliance avec une des premières familles du royaume, le véritable fondateur de sa race et c'est sans doute son tombeau et celui

1. C'était la veuve de Simon I,r. — Miri, aujourd'hui Misy, canton de Montereau-fault- Yonne.

2. Ce monastère de La Joie « fundatorem agnoscit Philippum Nemosii

» dominum qui hortatu Galterii archiepiscopi Senonensis prima ejus

» fundamenta jecit

<■ II. Johanna eidem proesuli [Galterioj promisit obedientiam. Sepulta » dicitur in capitulo, uhi nuncupatur Johanna la Cornu » (Gallia christiana, t. XII, p. 245).

3. Alpaîs, femme de Guillaume I", seigneur de Pénil et mère d'Etienne de Pénil, dit Bécard, archevêque de Sens, ne serait-elle pas la soeur de Simon I" Cornu? Taveau, dans ses Vies et Actes des Archevêques de Sens, dit, p. 106, qu'Etienne Bécard était parent des Cornu : •> Cornutis san»

san» junctus ». La Gallia christiana, t. XII, pp. 68 à 69, va même

plus loin : « Stephanus matemo sanguine Cornutos archiepiscopos attin» gebat ». — Cf. G. Leroy, Essai généalogique sur les seigneurs autochtones de Vaux-le-Pénil, dans le Bulletin de la Société d'archéologie de Seine-etMarne, t. VIII, p. 25.

Pénil : de voir au lambel d'argent.

Bécard : de gueules à deux haches adossées d'or, d'après Julliot, et d'argent à la croix de gueules, accompagnée de haches ou hoyaux adossés au naturel, suivant Leroy.

Les Cornu étaient, du reste, alliés à toutes les grandes familles des environs, notamment avec leurs voisins, les seigneurs de Montigny-Lencoup. Le chroniqueur Geoffroy de Courlon qui était neveu de Geoffroy de Montigny, abbé de S' Pierre-le-Vif et petit-fils de Guy, seigneur de Montigny-Lencoup, le dit expressément : [Gaufridus abbas] « consangui» neus Galterii, Gilonis fratrum, Henrici et Giloni nepotum Cornutorum, » Senonensium archiepiscoporum » (G. Julliot et Maurice Prou, Le Livre des reliques de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, p. 83).


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de sa femme qu'on voit encore aujourd'hui dans l'église de Salins 1. Simon Ior épousa Isabelle ou Elisabeth Clément 8, fille de Robert Clément, régent du royaume sous Philippe Auguste et soeur d'Albéric et de Henri Clément, maréchaux de France, de Hugues, doyen de l'église Notre-Dame de Paris et d'Eudes, archidiacre de la même église 3.

1. Je reconnais cependant que ces tombeaux peuvent aussi, à cause de la finesse des détails, être ceux de Simon II et de sa femme qui moururent après 1250. — Ces jolis monuments du xur siècle, deux des rares spécimens de tombes en relief qui restent dans la Brie, ont été décrits par Aufauvre et Fiehot dans les Monuments de Seine-et-Marne ; mais ces auteurs ont commis une grosse erreur en attribuant ces tombeaux aux Courtenay qui ne possédèrent Villeneuve-la-Cornue qu'au xvi° siècle.

2. La Gallia christiana, t. XII, p. 60, en parlant de Gautier Cornu, archevêque de Sens, l'un des enfants de Simon Ier, dit que ce prélat était fils de Marguerite d'Obsonville, « filius Margaritas dominée Aubuçon•• villa? » (aujourd'hui Obsonville, canton de Château-Landon). Je ne sais où les auteurs de la Gallia ont puisé ce renseignement, mais il est évidemment erroné; en effet, il n'est pas douteux que la femme de Simon Ier était une Clément, ainsi qu'on le verra par la note suivante; de plus, bien qu'Obsonville soit assez près de Mez-le-Maréchal où la famille Clément possédait de grands biens, cette seigneurie paraît avoir toujours appartenu à la maison de Nemours. Cette Marguerite de Nemours paraît, du reste, avoir été bien mal connue des généalogistes, car si la Gallia lui . donne pour mari Simon Ier Cornu, le P. Anselme, t. VI, pp. 625 et 628, la fait à la fois soeur et fille d'Ursion Ier de Nemours ! En réalité, elle était bien la fille de ce dernier, ainsi que le prouve le Cartulaire de Barbeau qui mentionne son fils Gilles de Sully, ainsi que ses frères, Ursion II de Nemours, seigneur de Brécy, et Philippe de Nemours, évêque de Châlons.

Nemours -.desinople à trois jumelles d'argent, àlabordure engreslée de gueules. Sully : (?) d'or au chêne de sinople.

3. Tarbé, cité par Michelin dans ses Essais historiques sur Seine-et-Marne, p 1719, dit que la mère de Gautier Cornu, archevêque de Sens, était soeur de Robert et de Gilles Clément, mais c'est une erreur que Tarbé a copiée dans Mestier, Histoire des Archevêques de Sens, p. 555 (ms. fr. de la Bibliothèque nationale, n° 11,583). En effet, la Gallia christiana, t. VII, p. 212, dit en parlant de l'archevêque Gautier Cornu : « Galterus filius Simonis Cor» nut, domini Villoenovas prope Monasteriolum oppidum et Henrici Cle» mentis Francise marescalli ex sorore nepos » ; de plus, Albéric Cornu, un des fils d'Isabelle Clément, dans l'acte de fondation de l'anniversaire d'Eudes (frère d'Elisabeth), l'appelle son oncle : « in anniversario defuncti » Odonis avunculi mei, quondam archidiaconi eccllesie Parisiensis » {Cartulaire de N. D. de Paris, t. II, p. 80). Dans l'Obituaire de la même église (op. cit., t. IV, p. 613), on lit aussi : « Eodem die (VI id. maii — 10 mai), » obiit Robertus Clemens et Albericus filius ejus; pro quorum animabus, » Hugo decanus et Odo archidiaconusfilii ejusdem Roberti,dederunt nobis

» carruatam terre arabilis in territorio Liricanti et quatuor hospites

» cum quibusdem censivis, Liricanti sitos ».

Liricanlus, Larchant, canton de la Chapelle-la-Reine (Seine-et-Marne). Le P. Anselme dans la généalogie des Clément, t. VI, p. 619, ne parle ni d'Eudes, archidiacre de Paris, ni d'Isabelle, femme de Simon I?r Cornu. Clément : de à la croix ancrée de


— 42 —

Simon Ior mourut avant 1218, ainsi qu'il résulte de la charte suivante conservée aux Archives nationales, ancien L. 1199, n° 22, aujourd'hui coté L. 806 :

Universis présentes litteras inspecturis, magistri Galterius et Albericus Cornuti, canonici parisienses, et Gilo frater eorum canonicus Aurelianensis, eternam in Domino salutem. Universitati vestre notum faoimus quod domina Ysabel Cornuta mater nostra et dominus Symon frater noster et nos dedimus In escambium ecclesie sancti Germani de Pratis parisiensis ea que in dominio nostro tenebamus in territorio beati Germani, videlicet hostisias in quibus site sunt domus Guillelmi de Sanoto Germano', hominis nostri, et domus Stephâni Balbi, et domus Pétri de Subfurno, et terras arabiles oum nucibus que ibi sunt, scilicet terras quas tenebant a nobis Berbertus de Boissum et familia sua, et terram de Guerchia quam emimus a domina Agnete sorore nostra et marito suo, et terram quam habuimus ab eadem ecclesia in escambium apud Champgier 2 et aliam terram quam habebamus juxta Gardelou 3. Insuper etiam quitavimus eidem eeolesie et dedimus leodum quem a nobis tenebat Milo filius defunoti Guiberti militis, pro sexaginta arpennis nemoris ad arpennos régis, quos ipsa ecclesia habebat contiguos nostro nemori juxta Villers *. Quod quidem excambium dederunt nobis abbas et conventus ad augrnentuni feodi nostri quem ab ipsis tenemus. Fuit autem talis conventio, quod de ista oonmutaoione tenenda ecclesiam debemus jurare bona fide quod, si forte quod absit, vel ipsa ecclesia non posset nobis garantire vel nos ecclesie, nos ad nostrum quod dedimus et ecclesia ad suum quod dédit integraliter rediremus. Quod ut ratum permaneat, présentes litteras sigillorum nostrorum munimine in testimonium roboravimus. Actum anno gracie m0 cc° octavo decimo, mense septembri.

Les deux chanoines de l'église de Paris, cités dans la charte précédente, Gautier et Albôric Cornu, firent du bien au Chapitre, en mémoire de leur père, ainsi que le prouve cette mention de l'Ob'- luaire de N. D. de Paris, que Guérard date « circa 1222 », mais qui est antérieure de quelques années, puisque Simon Ier Cornu était déjà mort en 1218 :

1. S'-Germain-Laval, canton de Montereau-fault-Yonne.

2. Changy, ferme, commune de Courcelles, canton de Montereau-faultYonne.

3. Gardeloup, hameau, commune de Saint-Germain-Laval, canton de Montereau-fault-Yonne.

4. Villiers, ferme, commune de Salins, canton de Montereau-faultYonne.


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V. Kal. novembres (28 octobre). Eodem die, obiit Symon Cornutus, miles; pro cujus anima, ipsius filii, dileoti fratres et ooncanonici nostri, Galterius decanus noster et magister Albertus (lisez Albericus) frater ejus dederunt nobis centum viginti arpennos terre, quos propriis sumptibus suis extirpari fecerunt in nemoribus nostris de Roseto 1.

Le Livre des Vassaux et la charte de 1218 sont les seuls documents du temps que j'aie, jusqu'à ce jour, rencontrés sur Isabelle ou Elisabeth Clément, femme de Simon Ior Cornu; cependant, j'ai trouvé dans le Congrès archéologique de France, Séances générales tenues à Dijon en 1852, la note suivante, note qui n'est appuyée d'aucune indication de sources et que, par suite, je ne rapporte qu'avec la plus grande réserve :

« Vers 1180, vivait à Villeneuve-Cornut, aujourd'hui Salins, près Montereau, une veuve nommée Elisabeth. Cette veuve avait quatre fils qu'elle éleva dans la crainte de Dieu; le premier, Gauthier Oornut devint archevêque de Sens; le deuxième, Albério Oornut fut évêque de Chartres; le troisième, Gilon Cornut fut archidiacre, puis archevêque de Sens et succéda à Gauthier, son frère aîné; le quatrième resta avec sa mère à Villeneuve. Après son mariage, leur mère, Elisabeth Cornut se retira à ïart près Dijon et y mourut en odeur de sainteté; on l'appelle encore aujourd'hui la bienheureuse Elisabeth ».

Simon Ier laissa de sa femme, Isabelle Clément, cinq fils et une fille* : 1° Simon II; 2° Gautier, premier du nom; 3° Albéric ou Aubry, premier du nom; 4° Gilles ou Gilon, premier du nom; 5° Robert, premier du nom; et 6° Agnès.

1° Simon II (V. plus loin § II).

2° Gautier, premier du nom, était né à Villeneuve-la-Gornue :

« natus in Bria in domo quoe VilloenovaB Cornutorum vocatur

» juxta Capellam de Rabelais », dit la Gallia, t. XII, p. 60; « no» bili natus loco, filius Symonis Cornut domini VillsenovaB Cor» nutorum non longe aMusterolo oppido », rapporte Taveau dans ses Vies et Actes des archevêques de Sens, p. 97. Élevé à Paris, » in primera oetate, in ecclesia nutritus Parisiensi » 3, il se distingua promptement et devint chanoine de Notre-Dame. C'est en

1. Cartulaire de N. D. de Paris, t. IV, p. 174.

2. Peut-être, ainsi que je l'ai dit plus haut, Jehanne la Cornu, abbesse de La Joie, près de Nemours, était-elle aussi fille de Simon Ier et d'Isabelle.

3. Cartulaire de N. D. de Paris, t. IV, p.. 50.


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cette qualité qu'il fut, en mars 1210 (v. s.), choisi,avec l'archevêque de Sens, Pierre de Gorbeil, à qui il devait succéder sur le siège archiépiscopal de Sens, comme arbitre, pour trancher des difficultés qui s'étaient élevées entre les Chapitres Notre-Dame et Sainte-Croix d'Étampes 1.

Il jouissait d'une grande considération, non seulement parmi ses confrères qui lui confièrent plusieurs charges, les prévôtés de Vernou * et de Rozoy 3, puis le décanat, mais encore auprès des rois de France Philippe Auguste et Louis VIII dont il fut le chapelain, et du pape Honorius qui lui donna, à plusieurs reprises, la mission déjuger quelques contestations, entre autres celles qui s'élevèrent en 1216, 1217 et 1218, entre Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, et les abbayes de Cluni et de Pontigny 4.

En 1215, lui et ses frères qui possédaient, ainsi qu'on le verra plus loin, des biens à La Chapelle-Rablais, eurent quelques difficultés avec l'abbaye de S' Germain-des-Prés. Elles paraissent, du reste, avoir été facilement aplanies, car on a des lettres de Philippe Auguste, de cette année 1215, par lesquelles il atteste que Gautier Cornu et ses frères, « Galterius Cornutus et fratres ejus », ont renoncé aux droits auxquels ils prétendaient sur la chasse et les haies dans les bois de S' Germain-des-Prés à Arrabloy'.

L'année suivante, Blanche de Navarre les autorisa, lui et son frère Albério, depuis évoque de Chartres, à essarter tous les bois de Rozoy 0; ce sont ces bois que les deux frères donnèrent au Chapitre de Paris, pour fonder l'anniversaire de leur père Simon. Les chanoines ne furent pas ingrats envers leur ancien doyen; ils l'inscrivirent dans leur Nècrologe, au 12 des calendes de mai, en rappelant ce don fait au Chapitre, « in bosco Venule » 7.

J'ai donné, plus haut, la charte par laquelle il fit, de concert avec sa mère et ses frères, en 1218, un échange avec l'abbaye de S' Germain-des-Prés. A l'original de cette charte qui est conser1.

conser1. J.-M. Alliot, Cartulaire de Notre-Dame d'Étampes, p. 7, in.8°; Paris, Picard, MDCGCLXXXVIII (Publication de la Société historique et archéologique du Gàtinais).

2. Vernou, canton de Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne).

3. Rozoy-en-Brie (Seine-et-Marne).

4. D'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et des comtes de' Champagne, t.V, p. 110, n° 1043; p. 112, n" 1056; p. 113, n" 1057; et p. 135, n" 1172 bis.

5. Archives nationales, IC. 28, n° 7.

6. D'Arbois de Jubainville, op. cit., t.V, p. 112, n" 1054, et Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. II, pp. 266 et 267.

7. Voinsles, canton de Rozoy-on-Brio (Seine-et-Marne).


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vée, ainsi que je l'ai dit, aux Archives nationales (ancien L. 1199 n° 22, aujourd'hui, L. 806) est appendu le sceau de Gautier [Collection des sceaux des Archives nationales, n° 7782). Ce sceau de 0,048m représente un bouquet de fleurs portant sur une tête d'homme de profil à gauche, avec cette légende :

-f S. MAGISTRI GALTERI CORNVTI

En 1220, le roi l'avait présenté pour l'évêché de Paris, mais sur la recommandation du pape Honorius, Guillaume de Seignelay, évêque d'Auxerre, lui fut préféré. Un siège plus important, du reste, devait lui échoir, car quelques années après, en 1223, il était élu archevêque de Sens sous le nom de Gautier III, ce qu'un poète du temps, Guillaume Le Breton, ne manqua pas de célébrer par ces vers :

At Galtere, tibi cum confirmata fuisset Parisiani apicis electio, mox Senonensem Ad Càthedram raperis, etc.

Presqu'aussitôt après sa prise de possession, Gautier acquit d'Erard de Brienne, seigneur de Ramerùpt', la forêt de Rageuse, d'une contenance de 2000 arpents, à raison de 4 livres de Provins, l'arpent du Roi de 40 toises carrées, forêt que, par son testament, il laissa : trois quarts à l'Archevêché de Sens et un quart au Chapitre de sa cathédrale*.

En novembre 1226, Gautier Cornu et autres archevêques et évêques annoncent à Thibaut IV que Louis IX sera couronné à Reims le dimanche 29 du même mois, et ils prient Thibaut de se trouver en personne à cette cérémonie 3.

En février 1227, il fait savoir que Léonard (aliàs Renaud) curé de S* Maurice de Montereau-fault-Yonne, ayant reçu à titre d'indemnité pour lui et ses successeurs, une rente d'un muid de froment, renonce à réclamer des dommages-intérêts pour le préjudice causé à l'église S' Maurice, par la fortersse que Thibaut IV, comte de Champagne, venait de construire, à Montereau, au confluent de la Seine et de l'Yonne 1.

Le 6 mai 1228, le roi d'Angleterre, Henri III, écrit à Gautier

1. Ramerùpt, arr. d'Arcis-sur-Aube (Aube).

2. Archives de l'Yonne, G. 464, 698 et 1247.

3. D'Arbois de Jubainville, op. cit., t.V, p. 233, n° 1731.

4. id. id. op. cit., t.V, p. 249, n» 1218.


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Cornu, archevêque de Sens, pour l'avertir qu'il envoie ses ambassadeurs au roi Louis IX, à l'effet de conclure une trêve qu'il promet d'observer et d'entretenir'.

En 1229, il fonde dans sa cathédrale, quatre nouvelles prébendes et les dote, chacune, de 30 livres de rente, lesquelles devront être perçues sur les revenus de certaines églises paroissiales 2.

Gautier, non seulement faisait de longs séjours à la Cour, mais encore il suivait parfois l'armée. C'est ainsi qu'en juin 1230, pendant la guerre déclarée par saint Louis au duc de Bretagne, il était au camp devant Ancenis 3 et signait une charte par laquelle les grands du royaume reconnaissaient que Pierre, duc de Bretagne, avait perdu le bail' de son duché, à cause de sa conduite envers le roi de France. On trouvera ci-dessous le scel et le contre-scel de Gautier ; ils sont appendus à cette charte qui est conservée aux Archives nationales J. 241 n° 5 [Collection des sceaux des Archives n° 6390). Le scel, de 0,075m, représente un évêque debout, vu de face, mitre, crosse et bénissant, avec cette légende :

+ GVALTERUS DEI GRA. SENONENSIS ARCHIEPISCOPVS

Le contre-scel représente un archevêque à genoux, les mains jointes, de profil à gauche; sur sa tête une main bénissante, avec cette légende :

+ ADIVVA ME DOMINE

En août 1231, on le voit encore comparaître dans une charte sur les franchises accordées aux bourgeois de Nevers".

Ce prélat eut beaucoup de part à toutes les affaires de son temps. Louis IX l'avait en grande estime; c'est à lui qu'il confia le soin d'aller demander la main de Marguerite de Provence ; c'est par lui qu'il voulut être marié dans la cathédrale de Sens; c'est lui, enfin, qu'il chargea d'aller recevoir la couronne d'épines. Gautier écrivit même l'histoire de ce voyage par l'ordre du roi, ainsi que le sermon qu'il prononça le jour de la réception de la sainte couronne'.

En 1240, il sacra évêque de Nevers, son frère Robert 0. Le 9 août

1. Recueil des traités, p. 180.

2. Dom Martène, Vêler, monum., t. I, col. 1231.

3. Ancenis (Loire-Inférieure).

4. Mot de l'ancien droit féodal qui signifie : pouvoir, autorité.

5. Bibliothèque nationale, Mss. fr. nouv. acq. 2298.

6. Mestier, Histoire des archevêques de Sens, p. 562, ms. fr. de la Bibliothèque nationale, n° 11583.

7. Duchesne, Historioe Francorum scriptores, t. V, pp. 407 et ss.


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de la même année, le pape Grégoire IX l'invita à se rendre auprès de lui, pour conférer sur les nécessilés de l'église; il renouvela cette invitation le 15 octobre suivant 1, mais il est probable que Gautier ne put se rendre à cette invitation, car il mourut le 20 avril 1241. 11 fut enterré dans le choeur de sa cathédrale, à main droite de l'aigle, sous une tombe de cuivre, sur laquelle on grava une épitaphe qui se terminait ainsi :

Dum viguit tua, dum valuit, Galtere, potestas, Fraus latuit, pax magna fuit, regnavit honestas 2.

3° Albéric ou Aubry, premier du nom, fut, ainsi que son frère, élevé à Paris : « in ecclesia Parisiensi, ajuventute nutritus » 3; il enseigna le droit civil et le droit canon : « juris canonici et civilis » LuteciaB professor, tum consiliorum régis fratri adjutor ads» citus' ». Il fut chanoine de Paris, de Sens et de Chartres, et doyen de Saint-Martin de Tours.

Vers 1215, alors chanoine de Paris, il fonde un anniversaire pour le repos de l'âme de. son oncle, Eudes, ancien archidiacre de Paris 5.

En 1216, il prend à ferme du Chapitre N. D. de Paris, les halles de Rozoy-en-Brie, moyennant une redevance annuelle de trente livres provinoises 6; la même année, ainsi que je l'ai déjà dit, Blanche de Navarre les autorise, son frère et lui, à essarter les bois de Rozoy; l'année suivante, il est adjoint à son frère Gautier, par le pape Honorius, comme juge dans diverses affaires litigieuses.

En septembre 1218, il est partie dans l'échange fait par sa mère et ses frères et il scelle cet acte de son sceau [Collection des sceaux des Archives nationales, n° 7781), sceau qui représente un bouquet de fleurs dans un pot, avec cette légende :

-f SIGILLVM ALBERICI CORNVTI

En octobre de la même année, il est prévôt de Rozoy ' et tran1.

tran1. Annales eeclesiast., t. XIII, p.-550, col. 2, et p. 551, col. 2.

2. Gallia christiana, t. XII, p. 63.

3. Cartulaire de N. D. de Paris, t. IV, p. 172.

4. Gallia christiana, t. VIII, p. 1159.

5. Cartulaire de N. D. de Paris, t. II, p. 80.

6. Id. id. id. t. II, p. 318.

7. Rozoy-en-Brie (Seine-et-Marne).


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sige pour les dîmes, avec le curé de Voinsles'. En 1225, il est toujours prévôt de Rozoy, et le Chapitre Notre-Dame lui donne, à lui et à Guillaume Pullus, prévôt de Vernou, le droit de faire essarter tous les bois de cette dernière prévôté 2. En 1227, il fait savoir à son frère Gautier, archevêque de Sens, que Guillaume de La Brosse 3 a vendu au Chapitre N. D. de Paris, la moitié du moulin de La Roche*. En août 1233, il est doyen de Saint-Martin de Tours et, en cette qualité", il comparaît à un acte relatif à des contestations avec Pierre de Chablis, se disant chevalier 0. A cette charte originale conservée aux Archives nationales, J. 176 n° 7 (Collection de sceaux n° 7599), sont appendus le scel et le contre-scel d'Albérie. Le scel, de 0,065 m., représente saint Martin nimbé, devant un autel, et élevant un calice des deux mains; à dextre deux fleurs de lys, avec cette légende :

-j- S. ALBERICI DECANI BI. MARTINI TVRONENSIS

Le contre-scel représente un personnage debout, de trois quarts à droite, tenant un livre de la main droite et ayant la gauche levée, avec cette légende :

4- MAGR. ALBERIGVS CORNVTVS

Élevé sur le siège de Chartres en 1236, il fut un évêque plein de zèle, si l'on en juge par l'article que lui ont consacré les auteurs de la Gallia christiana 7. En mars 1242 [3], se trouvant à Épernon, il homologua une transaction au sujet des droits des religieux de S' Magloire de Paris, sur des terres en labour situées à Hermeray 8, par une charte dont l'original conservé aux Archives nationales, S. 1156, n° 3, porte encore son scel et son contre-scel (Collection de sceaux des Archives nationales, n° 6569). Le scel représente un évêque debout, vu de face, mitre, crosse et bénissant, avec cette légende :

4- SIGILLVM ALBERICI CARNOTENSIS EPISCOPI

1. Cartulaire de N. D. de Paris, t. II, p. 279.

2. Id. id. id. t. II, p. 214.

3. Probablement La Brosse, commune d'Héricy, canton du Châteleten-Brie.

4. Cartulaire de N. D. de Paris, t. II, p. 212. — La Roche, commune de La Grand'Paroisse, canton de Montereau-fault-Yonne.

5. A., decanus Beati-Martini Turonehsis.

6. Quantin, Recueil de pièces, p. 184.

7. T. VIII, pp. 1159 à 1161.

8. Hermeray, canton de Rambouillet (Seine-et-Oise).


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Le contre-scel représente la Vierge assise tenant l'enfant Jésus sur ses genoux, avec cette légende :

-f AVE MARIA GRACIA PLENA

Appelé à Rome par Innocent IV, il mourut en chemin, le 15 des calendes (17 novembre) 1243, à Prémery', au diocèse de Nevers, ville dont Robert Cornu était alors évêque. C'est à cette circonstance, sans doute, qu'il dut d'être enterré dans la cathédrale de Nevers, au lieu de l'être dans celle de Chartres; du reste, les chanoines de cette église lui consacrèrent un long article dans leur Nécrologe.

Les chanoines de l'église N. D. de Paris ne l'oublièrent pas non plus et, en reconnaissance des bienfaits dont il avait comblé leur Chapitre, ils l'inscrivirent dans leur Nécrologe, à la date du 11 des calendes (21 novembre). Ils rappelèrent les services nombreux dont leur Église lui était redevable, et notamment le soin qu'il avait eu de rendre à la culture, des bois de Voinsles et de Vernou où il avait même fait construire une grange :

per cujus prudenciam et sollicitudinem nemora Venule communia ad agrioulturam sunt redacta; in prepositura Vernoti

nemora communia, que nemora Béate Marie voeabuntur, in quibus cornes Campanie multique alii magni et potentes usum habebant, essartari et ad agrioulturam redigi cum magnis sumptibus procuravit, et ibidem granchiam magnani et somptuosam, adjuvante capitulo, edificavit et multa ornamenta ecclesie nostre dédit, et multa alia bona fecit.

4° Gilles ou Gilon, premier du nom, si l'on en croit Mestier dans son Histoire des archevêques de Sens, p. 563, naquit à Villeneuvela-Cornue et eut pour parrain Gilles Clément, ministre d'État sous Philippe Auguste, mort en 1182. Mais je me défie quelque peu de Mestier qui a confondu les deux générations des Cornu et qui a, sans doute, inventé cette parenté spirituelle, comme il l'a fait pour Robert et Henri, uniquement parce qu'il a remarqué que les mêmes prénoms étaient portés : par Gilles Cornu et son grand oncle Gilles Clément, par Robert Cornu et son oncle Robert Clément, enfin par Henri Cornu et son oncle Henri Clément.

Gilon apparaît pour la première fois, en 1218, comme chanoine d'Orléans, dans la charte dont j'ai déjà parlé plusieurs fois. Son

1. Prémery, arr. de Cosne (Nièvre). x. 4


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sceau appendu à cette charte' représente un cerf passant à gauche avec cette légende :

...ILLVM GILONIS CORNVTI

Il était archidiacre de Sens, lorsque les chanoines de ce Chapitre qui l'avaient en grande estime, à cause de sa science et de sa vertu 2, le choisirent pour succéder à sou frère Gautier. Son élection cependant souleva quelques difficultés, mais elles finirent par s'aplanir et il fut consacré, au mois de décembre 1244, à Lyon, par le pape Innocent IV qui s'y trouvait alors et le décora du pallium 3. Il est connu sous le nom de Gilon I 01' et fut installé comme archevêque, le 25 décembre 1244, par son neveu Henri Cornu, alors archidiacre de Sens 1.

En 1247, Gilon Iorest à Marolles-sur-Seine, près de Montereaufault-Yonne et il confirme le 22 mai (die Mercurii post Pentecosten), une transaction intervenue entre Thibaut IV, comte de Champagne, et le curé de S1 Maurice de Montereau, transaction aux termes de laquelle ce dernier renonce à élever aucune prétention sur les oblations faites à l'autel de la chapelle du comte, dans le château de ladite ville. En échange de l'abandon de ses droits, le curé de S' Maurice recevra 20 sous de rente, sur la prévôté de Montereau".

En novembre 1249, il approuve une vente faite à Thibaut IV, par le maître et les frères de la léproserie de Crolebarbe, près de Provins, de l'emplacement d'un moulin sur la Voulzie 0.

Quelques mois après, le 9 mars 1249 [50], il déclare qu'en sa présence, Mathilde de Méry, femme de Simon l'Agneau, ayant obtenu du comte de Champagne, décharge viagère du joug de la servitude, lui a fait abandon de ses avoines de S* Oulph et du terrage de Mesgrigny'. Dans le cours de la même année, il étend

1. Archives nationales, ancien L. 1199, n" 22; aujourd'hui L. 806.

2. Taveau, Vies et Actes des archevêques de Sens, p. 100.

3. « Demum apud Lugdunum per Innocentium papam consecratur et » honore pallii decoratur » [Chronique de Geoffroy de Courlon, publiée par G. Julliot, p. 522).

4. Meslier, op. cit., p. 564.

5. D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. V, p. 422, n° 2796, et Gallia christiana, t. XII, p. 63.

6. D'Arbois de Jubainville, op. cit., t.V, p. 439, n» 2893.

7. id. id., op. cit., t.V, p. 442, n" 2908. — S' Oulph et Mesgrigny, canton de Méry-sur-Seine (Aube).


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aux chanoines de S* Jean de Sons, le statut de son frère et prédécesseur Gautier Cornu'.

Le 14 novembre 1252, Gilon signe à Paris, avec tous ses suffragants, une lettre adressée à Thibaut IV, comte de Champagne, par laquelle ils lui rappellent que, déjà, le concile provincial de Sens l'a invité à rendre les biens ecclésiastiques qu'il a fait saisir, bien que l'acquisition de ces bois remonte à plus de quarante années 2. A cette lettre qui existe en original aux Archives nationales, J. 198, n° 96, sont appendus le scel et le contre-scel de l'archevêque de Sens [Collection de sceaux des Archives nationales, n° 6391). Le scel assez mal conservé représente un archevêque debout, ou de face, mitre, crosse et bénissant, avec cette légende incomplète :

.. .LO DEI GRA...

Le contre-scel représente la lapidation de saint Etienne 3, avec cette légende :

-(- ADIVVA ME DOMINE DEVS

Gilon Ior suivit saint Louis à la septième croisade 1; il fut le premier, dit Fenel, qui travailla à abolir la fête des Fols et mourut en 1254. Il fut enterré dans le choeur de sa cathédrale, sous une tombe de cuivre autour de laquelle on pouvait encore lire, au XVIII 0 siècle, les vers suivants rapportés par la Gallia christiana" :

Prasfuit ecclesioe Senonis Gilo pietatis Plenus, justitiae cultor, vas sobrietatis, Galteri frater, Henrici patruus iste Constitit aime...

5° En indiquant Robert comme frère des deux archevêques Gautier III et Gilon Ior, et de l'évêque de Chartres, Albéric ou Aubry, je suis en contradiction complète avec les auteurs de la Gallia christiana. En effet, ils disent en deux endroits différents que Robert, d'abord chanoine de Chartres, puis évêque de Nevers, était neveu de Gautier, archevêque de Sens, et d'Aubry, évêque de

1. Archives de l'Yonne, G. 1483.

2. D'Arbois de Jubainville qui cite cette lettre, op. cit., t. V, p. 466; n° 3046, la date du 15 novembre ; cf. Labbe, Conciles, t. XI, col. 706 et 707.

3. Saint Etienne est le patron de la cathédrale de Sens.

4.. Il ne resta pas en Palestine jusqu'à la fin de la croisade. 5. T. XII, p. 64.


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Chartres : « Galteri Senonensis et Alberici Carnotensis proesulum » nepos Robertus episcopus »'; « obiit [Albericus episcopus Car» nolensis] apud Primeriaeum castrum episcopi Niversensis qui » lune erat Robertus ejus nepos » 2. Ailleurs encore 3, les savants auteurs indiquent comme frères, Robert, évêque de Nevers, et Henri, archevêque de Sens, lequel, ce n'est pas douteux, était bien le neveu de Gautier III et de Gilon Ier.

La Gallia christiana est certainement dans l'erreur et voici pourquoi :

Robert Cornu, évêque de Nevers, neveu d'après la Gallia, de Gautier III et de Gilon Ior, et frère d'Henri, archevêque de Sens, Robert Cornu est mort, tous les auteurs sont d'accord sur ce point, en 1253. Or, comment expliquer que ce fils de Simon II Cornu, mort en 1253, ait pu ratifier, en 1266, la donation faite par son père, de 40 sous de rente au Chapitre de Sens, pour son anniversaire? Et il ne peut y avoir de doute sur ce point, car sept des fils de Simon II sont nominativement désignés dans cet acte que je reproduis plus loin in extenso. De plus, ce Robert, fils de Simon II et chanoine de Chaiires comparaît, à Preuilly 1, le 15 août 1275, comme témoin d'une vente faite à Albéric Cornu, prévôt d'Ingré et chanoine de Sens, stipulant au nom de leur frère commun Gilon II, archevêque de Sens 5. Enfin, on sait que ce dernier avait de son temps, c'est-à-dire après 1274, date de son élévation à l'épiscopat, cinq frères chanoines dans son église 0 : il y a donc eu bien certainement, à celte époque, un Robert Cornu qui était, en même temps, chanoine de Chartres et chanoine de Sens.

Pour pouvoir admettre que Robert, évêque de Nevers, mort en 1253, ait été le neveu de Gautier III et de Gilon Ior, c'est-à-dire

1. T. XII, p. 644 A.

2. T. VIII, p. 1160.

3. T. XII, pp. 64 et 644c.

4. Ancienne abbaye, canton de Donnemarie-en-Montois (Seine-etMarne).

5. Deux autres frères de l'archevêque, Simon Cornu, chanoine de Sens, et Gautier Cornu, seigneur de La Chapelle-Rablais et de Fontenailles-enBrie, furent aussi témoins de cette vente.

6. « Tempore suo, quinque habuit fratres canonicos sufficienter litte» ratos, optime cantantes, gratioseque legentes. Ex ipsis très fuerunt ar» chidiaconi, quartus precentor, et quintus cicius moritur » (Geoffroy de Gourion, édition Julliot, p. 550). •— Ces cinq frères furent : 1° Simon; 2° Albéric; 3° Jean; 4° Robert; 5° et Guillaume; le préchantre fut Albéric et les trois archidiacres : Jean, Robert et Guillaume. Cf. Archives de l'Yonne, G. 700 et 1124.


• — 53 —

le fils de Simon II, il faudrait évidemment que ce dernier ait eu deux fils du nom de Robert, l'un chanoine de Chartres et évêque de Nevers, mort en 1253, l'autre chanoine de Chartres et de Sens qui, après avoir ratifié, en 1266, la donation faite par son père au Chapitre de Sens, vivait encore en 1280 et dut mourir peu de temps avant 1294'. N'est-il pas plus raisonnable de croire que Robert, évêque de Nevers, était le frère et non le neveu de Gautier III et de Gilon Ior, archevêques de Sens, et d'Aubry, évêque de Chartres?

Mais d'où proviendrait cette erreur? De Taveau, je crois, dans l'ouvrage duquel les auteurs de la Gallia ont largement puisé, je m'en suis assuré. Taveau, p. 101 de ses Vies et Actes des archevêques de Sens, donne les noms de sept des fils de Simon [II] Cornu, noms qu'il a certainement relevés dans l'acte de 1266, car il suit exactement l'ordre dans lequel les fils de Simon sont donnés par la charte. Après avoir écrit « Robertum canonicum » Carnotensem », Taveau se rappelant qu'un chanoine de ce nom était devenu évêque de Nevers, aura ajouté par distraction : « dein » Nivernensem episcopum ».

J'espère que de nouvelles recherches ou des documents inconnus jusqu'à ce jour, viendront, soit confirmer mon hypothèse, soit concilier les dates données par Taveau et la Gallia d'un côté, et les Archives de l'Yonne, de l'autre. Je prépare, depuis plusieurs années, un travail aussi complet que possible sur les seigneurs de Villeneuve-la-Cornue; je serai donc très reconnaissant à ceux de mes lecteurs qui pourront rectifier mes assertions ou me fournir quelques renseignements de nature à éclaircir cette question.

Peut-être pourrait-on objecter contre mon système que Robert n'est pas nommé, avec ses frères dans la charte de 1218? L'argument ne manque pas d'une certaine valeur, je le reconnais, mais il peut très bien se faire qu'à cette époque, Robert était encore mineur et, par suite, inhabile à ratifier cet acte.

Je reviens à Robert Cornu qui, d'après Mestier 2, né et baptisé à Villeneuve-la-Cornue, eut pour parrain son oncle Robert Clément, ministre d'État et régent du royaume sous Philippe Auguste. L'épiscopat de Robert Cornu paraît avoir laissé peu de traces. Élu évêque de Nevers en 1240, il écrivit la même année au pape Innocent IV, au sujet de la canonisation de saint Edme, archevêque

1. Archives de l'Yonne, G. 1124.

2. Op. cit., p. 555.


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de Cantorbéry et mourut, d'après la Gallia, t. XII, p. 644, dans les premiers jours de l'année 12531.

6° Agnès; je n'ai jusqu'à ce jour trouvé son nom que dans la charte de 1218 et j'ignore comment s'appelait son mari que, cependant, je soupçonne avoir été un seigneur de Grand-Puits 2.

II

SIMON II

Malgré toutes mes recherches, je n'ai rien pu découvrir sur Simon II, pas même le nom de sa femme. Je ne connais que deux actes dans lesquels il soit cité : l'un du mois d'août 1226, et l'autre du 26 octobre 1269 ; ils sont tous deux relatifs à la donation que le seigneur de Villeneuve-la-Cornue avait faite au Ghapilre de Sens pour la fondation de son anniversaire 3.

Je crois devoir donner l'acte de 1266, in extenso, d'abord parce qu'il est presque le seul document qu'on ait jusqu'à ce jour, sur Simon II; ensuite, parce qu'il donne les noms de sept des fils du seigneur de Villeneuve-la-Cornue 1.

Omnibus, etc. Ofïicialis curie Senon., notum facimus, etc., quod magister Gilo Cornuti, canonicus Senon., Galterus Cornuti, armiger, Symon Cornuti, canonicus Laudunensis, magister Albericus Cornuti, Johannes Cornuti, canonicus Senon., Petrus Cornuti, armiger, magister Robertus Cornuti, canonicus Carnotensis, fratres, heredes defunoti Symonis Cornuti, quondam militis, asseruerunt et recognoverunt, etc., quod dictus Symon, pater eorum, compos mentis, sui salutis non immemor, pro remedio sua? animas legavit, donavit et concessit ecclesiaî Senon. quadraginta solidos tur. annui redditus percipiendos in censibus suis de Villanova-Cornuta, quas reeipiuntur in exaltatione Sancta-Crucis, pro anniversario sui in eadem ecclesia Senon., singulis annis faciendo, etc.

Datum, anno Domini m0 ce 0 lx° sexto, mense augusto.

1. Depuis la rédaction de cette petite étude sur Robert Cornu, j'ai découvert que Fenel n'avait pas commis la même erreur que Taveau que, cependant, il avait sous les yeux en rédigeant son travail. En effet, il dit à l'article de Henri Cornu .- « Robert Cornu étoit aussy son oncle ».

2. V. Quantin, Recueil de pièces, p. 237.

3. Ces deux actes ont été publiés par Quantin dans son Recueil de pièces pour faire suite au Cartulaire général de l'Yonne, p. 306, n° 626, et p. 325, n» 656.

4. Copie do cet acte est conservée aux Archives de l'Yonne, G. 731, mais j'emprunte le texte que je donne au Recueil de Quantin.


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Simon II eut neuf fils 1 :

1° Henri; 2° Gilles ou Gilon, deuxième du nom; 3° Gautier, deuxième du nom; 4° Simon, troisième du nom; 5° Albéric ou Aubry, deuxième du nom; 6° Jean; 7° Pierre; 8° Robert, deuxième du nom (d'après mon système); et 9° Guillaume.

1° Henri, d'après Mestier 2, naquit à Villeneuve-la-Cornue et eut pour parrain et marraine, son oncle et sa tante, Henri Clément, maréchal de France, et sa femme, N... de Nemours, fille de Philippe de Nemours et d'Aveline de Melun 3. Il était archidiacre de l'église de Sens, lorsqu'en 1253, les chanoines de Nevers le choisirent comme évêque, pour succéder à Robert Cornu. Il ne fit que passer sur ce siège, car l'année suivante, il fut élu archevêque de Sens.

Au mois de juin 1257, il acquit de Gilles de Noslon, écuyer, et d'Alpaïs, sa femme, le fief et le manoir de Noslon 1, pour lequel il rendit immédiatement hommage au roi de France". Cet acte d'hommage existe, en original, aux Archives nationales, J. 261 n° 8, et il est revêtu du scel et du contre-scel d'Henri Cornu (Collection des sceaux des Archives, n° 6392). Ce scel original, de 0,080m, représente un archevêque debout, vu de face, la tête de trois quarts à gauche, mitre, crosse et bénissant, avec cette légende :

-f- HENRICVS DEI GRA. SENONENSIS ARCHIEPISCOPVS

Le contre-scel représente la Vierge assise tenant l'enfant Jésus dans ses bras; au-dessous un priant, avec celle légende :

-f AVE MARIA GRA. PLENA DNS. TECV

Henri, pendant le cours de son épiscopat, se distingua par sa charité envers les pauvres et par les mesures sévères qu'il prit contre les usuriers. Si l'on en croit Taveau, ces mesures auraient même été la cause de la mort de l'archevêque, empoisonné à l'instigation de certains usuriers, par son cuisinier : « Veneno, ut

1. Dans mes Notes sur l'Histoire du Gaslinois de Dom Morin, j'ai dit pp. 162 et 295 que Simon II avait eu sept fils; je n'avais pas encore alors les renseignements que j'ai recueillis depuis et qui me permettent aujourd'hui, sinon de compléter, au moins d'augmenter la généalogie de cette famille briarde peu connue, bien qu'elle ait joué un certain rôle au XIIIÛ siècle.

2. Op. cit., p. 567.

3. Le P. Anselme, t. VI, p. 619.

4. Noslon, commune de Cuy, canton de Pont-sur-Yonne (Yonne).

5. Cet acte fut approuvé par le Chapitre de Sens, le 10 octobre 1257. — V. cet acte dans le Recueil des pièces, p. 278, de Quantin, qui a donné le sceau de l'archevêque.


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» fertur, a coquo nomine Frumentio sublatus. Causam mortis » hanc ferunt quod contra usurarios sasvus et inexorabilis sen» tentiam excommunicationis promulgaverat, qui censuram eccle» siasticam timentes coquum prelio subornaverunt, ut venenum » porrigeret ». Henri, après sa mort qui eut lieu le 12 des calendes de novembre (20 novembre) 1257, fut enterré devant le maître autel de sa cathédrale et on lisait, sur son tombeau, une épitaphe, en partie rapportée par la Gallia' :

Hic jacet Henricus prassul Senonensis, amious Justitias, cultor sanctorum, criminis ultor, Constans et lenis, verax et largus egenis, Pauperis et oleri satagebat jura tueri. Virginis eximiae devotus, prece Mariée, etc.

2° Gilles, qui est connu sous le nom de Gilon II, fut chanoine de Sens dès 1260; en 1263, il fut délégué par le Chapitre, avec trois de ses confrères, pour régler un différend qui s'était élevé entre le curé de St 0 Colombe et les autres chapelains de la cathédrale 2. Il était préchantre de l'église de Sens lorsque le samedi 15 décembre (sabbate post diem st£e Lucise) 1274, il fut élu archevêque pour succéder à Pierre d'Anisy. Il était, d'après Geoffroy de Courlon, maître en décrets et connu au loin par son éloquence, sa sagesse, sa piété, son humilité, sa modestie et sa vertu 3.

Le 4 octobre 1282, Gilon II écrit de Marolles-sur-Seine 1 au roi Philippe III le Hardi, au sujet de l'élection de Guillaume de Bello, jadis prieur de S' Sauveur de Melun, nommé abbé de S* Séverin de Château-Landon". A celte lettre conservée aux Archives nalionales, J. 346, n° 77, sont appendus le scel et le contre-scel de l'archevêque de Sens [Collection des sceaux des Archives nationales, n° 6396). Le scel, de 0,075 m, représente un archevêque debout, vu de face, mitre, crosse et bénissant, avec cette légende :

4- DEI GRATIA ARCHIEPISCOPVS SENONENSI

Le contre-scel représente la lapidation de saint Etienne et audessous un priant, avec cette légende :

-f ADIVVA ME DOMINE DEVS

1. T. XII, p. 65.

2. Archives de l'Yonne, G. 119.

3. « Magister in decretis, valde eloquens, laudabilis, prudens, pius, humilis et modestus et honestus »; éd. G. Julliot, pp. 550 et 551.

4. Marolles, canton de Montereau-fault-Yonne (Soine-et-Marno).

5. Cf. Gallia christiana, t. XII, p. 202.


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Le 16 janvier 1285, Gilon II fait don à la cathédrale de Sens, à la charge de célébrer son anniversaire, de 10 muids de froment de rente, à prendre sur le sixième du droit dit la Malicorne, perçu sur les moulins du roi et du vicomte de Sens audit lieu, sur la Vanne, près de l'abbaye de S* Paul*. Le 19 mars suivant (anno Domini millesimo ce 0 octogesimo quarto die lune post Loetare Jérusalem), il déclare que, comme archevêque de Sens, il a reçu l'hommage de Philippe, fils aîné du roi, pour les biens que ledit Philippe possède du chef de sa femme, Jeanne de Navarre, héritière de Champagne, mais il reconnaît que si Philippe devient roi de France, cet hommage sera annulé et que Philippe mettra, à sa place, un vassal capable de faire hommage des fiefs en question 2. Enfin, quelques jours après, le 26 mars, il constate que Philippe le Bel et Jeanne de Navarre, sa femme, ont approuvé un échange fait entre le maître et les frères de la maison des pauvres de Provins, devant la fontaine, d'une part, et Mathieu de Mecringes, seigneur « de Plaisseto Brebannorum » et Isabelle sa femme, d'autre part 3.

En 1287, Gilon II approuva après enquête, un échange de biens fait à Vareilles 1, entre l'abbaye de S* Rémi de Sens, d'une part, et Hugues Angelart, d'autre part. Cet acte conservé en original aux Archives de l'Yonne, H. 313, est revêtu du scel de l'archevêque, scel qui paraît être le même, mal conservé, que le précédent.

Gilon II mourut le 12 des calendes de juin (20 juin) 1292 et fut enterré dans le choeur de sa cathédrale, à côté de son oncle. La Gallia christiana rapporte ainsi, t. XII, p. 68, son épitaphe également donnée par le ms. fr. 8225 de la Bibliothèque nationale :

Corpus Gilonis jacet hic, quem plebs regionis Hujus patronum plangit abesse bonum.

Cantus meusque pia; faoundia, philosophia, Normaque juris ei dona fuere Dei.

Conservare fidem satagebat firmiter idem Ut conservet eum, posoo, rogate Deum".

1. Archives de l'Yonne, G. 1362, et Quantin, Recueil de pièces, p. 376, n°721.

2. Archives nationales, J. 198, n° 129, et Quantin, Recueil de pièces, p. 379, p. 723.

3. D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. VI, p. 404, n° 3871.

4. Vareilles, canton de VilIeneuve-l'Archevêque (Yonne).

5. Moréri, par erreur, dit que cette épitaphe est celle de Gilon Ier.


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3° Gautier, troisième du nom, fut seigneur de La GhapelleRablais et de Fontenailles-en-Brie.

En 1266, il échangea le terrage de Pont-sur-Yonne avec la terre que possédait, à Franoy, son frère Simon, chanoine de Laon 1. Ainsi que je l'ai déjà dit, il ratifia, la même année, avec six de ses frères, la donation faite par leur père Simon II, au Chapitre de Sens.

Le 15 août 1275, il fut témoin de la vente faite par Pierre et Guillaume de S* Phalle, ainsi que par Marie leur soeur, à Girard de Rampillon 2, archidiacre de Sens, et à Albéric Cornu, prévôt d'Ingré, stipulant tous deux, au nom de l'archevêque Gilon II, de dix muids de froment de rente, sur la sixième partie du droit appelé la Malicorne, perçu sur les moulins du Roi et du vicomte de Sens, sis en ladite ville, sur la Vanne 3. C'est ce droit que Gilon II donna, ainsi qu'on l'a vu plus haut, au Chapitre de sa cathédrale, pour la fondation de son anniversaire.

Gautier dut mourir après 1292, puisque le dénombrement que je publie en APPENDICE, lui fut rendu en cette année. 11 paraît avoir laissé un fils :

« Simon dit le Gornuz », écuyer, sire de Fontenailles-en-Brie et de La Chapelle-Rablais qui, en 1310, vendit une partie des bois de sa seigneurie à Guillaume, chantre de Milly 1.

4° Simon, troisième du nom, fut chanoine de Laon et de Sens. Je connais quatre actes dans lesquels il est nommé : l'un est la ratification qu'il fit, avec six de ses frères, de la donation de leur père Simon II, en 1266 ; l'autre est l'échange qu'il fit, la même année, avec son frère Gautier; le troisième est la vente à Gilon II, en 1272, dans laquelle il comparaît comme témoin et prend la qualité de chanoine de Sens; le dernier, enfin, est la profession de foi, faite à Sens, en 1280, par l'évêque de Chartres, Simon de Perruche".

5° Albéric, deuxième du nom, fut en même temps prévôt d'Ingré

1. Archives de l'Yonne, H. 285. — Il y a tant de Franoy et de Fresnoy en France que j'ai renoncé à identifier la terre cédée à Gautier Cornu par son frère. Je ne serais pas éloigné cependant de penser qu'il s'agit du Fresnoy, commune de Salins; cette ferme est située entre Villeneuve-laCornue et La Chapelle-Rablais dont Gautier était seigneur.

2. Rampillon, canton de Nangis (Seine-et-Marne).

3. Archives de l'Yonne, G. 1362.

4. Archives nationales, JJ. 45, n° 117, f° 79.

5. Archives de l'Yonne, fonds Tarbé, F.


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en l'église de Chartres et chanoine de Sens. C'est cette double qualité qu'il prend en janvier 1272[3], comme exécuteur testamentaire, avec un abbé du diocèse de Chartres, nommé Simon', du testament de feu Guillaume de Maule, chanoine de Chartres. A cette charte conservée aux Archives d'Eure-et-Loir (Fonds de l'abbaye S' Jean-lez-Ghartres), est appendu le scel d'Albéric; il représente Moïse debout, vu de face la tête fortement inclinée sur l'épaule gauche, la main droite levée et tenant les Tables de la loi sur le bras gauche; les cornes du législateur des Hébreux sont très accentuées, sans doute par allusion au nom, Cornulus, de notre chanoine. La légende est ainsi conçue :

4- S. ALBERICI CORNVTI CAN. SENON.

Albéric fut successivement trésorier puis préchantre de l'église de Sens après l'élévation, sur le siège métropolitain, de son frère Gilon II de qui il fut, ainsi qu'on l'a vu plus haut, l'un des mandataires dans l'acte de 12752. Lé 12 juin 1283, il transigea avec le Chapitre sur le partage de leurs hommes et femmes respectifs, mariés ensemble 3.

Fenel, dans ses Catalogues des chanoines de Sens\ a confondu tous les Cornu et a indiqué la date de la mort d'Albéric au 24 mars, au 14 et au 17 décembre, sans donner l'année. Cette date doit être fixée entre 1290 et 1296 car, en 1290, Albéric comparaît, comme trésorier, dans la charte d'affranchissement des habitants d'Évry et on trouve, dans les comptes de la fabrique de l'église cathédrale de Sens de 1296, que le prévôt du Chapitre paya 50 livres pour sa prébende, laquelle avait appartenu à feu Albéric Cornu, préchantre : « pro prebenda quse fuit Alberici Cornuti quondam » precentoris senonensis »°.

Fenel a trouvé, dans l'Obituaire de la cloîtrerie, la mention sui1.

sui1. devait être abbé de S* Chéron, car c'est le seul abbé du nom de Simon que j'aie trouvé, à celte époque, dans le diocèse de Chartres. De plus la Gallia christiana, t. VIII, p, 1307, a dû connaître cet acte auquel elle fait sans doute allusion dans les deux lignes qu'elle consacre à cet abbé de S' Chéron : « X. Simon reperitur in charta anni 1172, mense » januario, hoc est 1273 ».

2. V. page 52.

3. Archives de l'Yonne, G. 106 et 701. — Cet acte très curieux a été publié par Quantin dans son Recueil de pièces, pp. 371 et suiv., n° 717.

4. Archives de l'Yonne, G. 700 et 701.

5. Id. id, E. 558.

6. Id. id., G. 1124.


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vante qu'il donne dans ses Catalogues, p. 56 : « Obiit magister » Albericus Cornuti precentor huius ecclesie pro quo distribuimus » xxxij s. par. percipiendos super quandam insulam quam habemus » apud Miriacum, quam tenet relicta Johannis de Miriaco pro xxiiij » s. solvendos ad festum omnium Sanctorum »'.

6° Jean fut aussi chanoine de Sens. Le jeudi avant les Rameaux 1268 (7 avril 1267), il vendit au Chapitre de Sens 30 sous de rente sur un étal situé en la draperie de ladite ville 2.

En 1274, il fut élu doyen de leur Chapitre, par les chanoines de Bray-sur-Seine, qui étaient tenus de choisir leur doyen parmi les chanoines de la métropole 3.

On le trouve archidiacre de Sens, dès 1280, et il est nommé dans une charte du 23 juillet 1281, par laquelle, sur l'invitation de l'officialité de Paris, lui, Guillaume de Chaumont, prévôt en l'église de Chartres, et Guillaume de Château-Landon, chanoine de Sens, acceptent d'être arbitres pour juger un différend qui s'était élevé entre l'abbaye de S* Victor, d'une part, et Adélaïde des Barres, dame de Chaumont 1, et Eudes des Barres son fils, d'autre part, au sujet du prieuré de Montbéon au diocèse de Sens". La charte en question, conservée aux Archives nationales, S. 2122, n° 52, porte encore le scel et le contre-scel de Jean Cornu [Collection des sceaux des Archives nationales, n° 7447). Le scel, de 0,050 m, représente sous un chapiteau architectural soutenu par deux colonnelles, un personnage debout, tenant un livre des deux mains, les pieds portant sur un chien; dans le champ, en dehors des colonnettes, deux bois de cerf (par allusion sans, doute au nom de la famille, Cornutus), avec cette légende :

+ IONIS CORNVTI ARCHIDIACONI SENON.

Le contre-scel est une pierre gravée représentant une tête jeune de profil à droite, accompagnée d'un oiseau et de deux objets indistincts, avec cette légende :

4- SIGNVM SECRETI

1. Ainsi que je l'ai déjà dit, Miriacum désigne Misy, canton de Montereau-fault-Yonne (Seine-et-Marne).

2. Archives de l'Yonne, G. 731.

3. Id. id., G. 694.

4. Chaumont, canton de Pont-sur-Yonne (Yonne).

5. Montbéon, commune de S1 Agnan, canton de Pont-sur-Yonne (Yonne).


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7° Pierre. — V. plus loin, § III.

8° Robert, deuxième du nom, fut chanoine de Chartres et de Sens. Son nom apparaît, en 1266, dans la ratification de la donation de sou père; en 1275, dans la vente de Gilon II, comme témoin; en 1280, dans la profession de foi de Simon de Perruche, évêque de Chartres. Il devint archidiacre de Sens et mourut avant 1294, puisqu'à cette date, l'archidiacre de Sens était Guy Le Bouteiller dont le sceau a été publié par Douet d'Arcq. Du reste, un compte de la Fabrique de la cathédrale de Sens de 1295-1296, fait mention de droits perçus pour les funérailles de Robert Cornu, archidiacre de Sens 1.

9° Guillaume 2 ne figure pas dans l'acte de ratification de 1266, mais son existence ne peut être mise en doute. D'abord Taveau et les auteurs de la Gallia disent que, de son temps, l'archevêque Gilon II avait cinq frères chanoines, chanoines qui, ainsi que je l'ai expliqué plus haut, furent Simon, Albéric, Jean, Robert et Guillaume; ensuite, on retrouve Guillaume, archidiacre d'Étampes en 1296. En cette année, en effet, il rendit avec Girard de Vannoise, chanoine de S' Paul de Sens, une sentence arbitrale aux termes de laquelle Baudouin de Corbeil et sa femme, fille de feu Pierre Cornu, écuyer 3, furent condamnés à payer à l'abbaye de S* Paul de Sens, une redevance d'un setier de froment et d'un setier d'orge sur le moulin de Villeneuve-la-Cornue 1.

Enfin, Fenel rapporte que Guillaume Cornu fut doyen du Chapitre vers 1300 ou 1306 et que le Chapitre distribuait, le jour de son anniversaire, 40 sols parisis, perçus sur des jardins sis à gt Pregts, au faubourg de Sens. La Gallia christiana, de son côté, dit, t. XII, p. 14 : « Guillelmus Cornu reperitur anno 1300 et 1306, » inregestis capituli », mais ce renseignement ne fait qu'un avec le précédent, car les auteurs de la Gallia christiana ont copié Fenel, tout autant que Taveau.

1. Archives de l'Yonne, G. 1124.

2. Moréri, v° Cornu, dit que Guillaume Cornu fut évêque de Nevers après Robert son oncle, mais il a confondu avec Henri. —On remarquera que, d'après Moréri, Robert était I'ONCLE de son successeur, tandis que si l'on en croyait Taveau et la Gallia, il aurait été son frère : c'est un argument de plus en faveur de mon système, car il est bien évident que c'est par suite d'un lapsus calamique Moréri a écrit Guillaume pour Henri.

3. Cette nièce de Guillaume Cornu s'appelait Marguerite; j'en reparlerai un peu plus loin.

4. « Die sabbati ante festum benedicti Barnabi apostoli (9 juin 1296.)

» Baldouynum de Corbolio ac eius uxorem, filiam quondam Pétri Cornuti » armigeri » (Archives de l'Yonne, H. 487).


— 62 —

III

PIERRE CORNU

Je ne connais de Pierre que deux actes dans lesquels il soit nommé : la ratification faite, en 1266, de la donation de Simon II et la sentence arbitrale de 1296 dont je viens de parler. Mais sa tombe existe encore dans l'église de Salins et c'est un monument triplement précieux, car il indique la date de la mort de Pierre, il fait connaître comment la seigneurie de Villeneve-la-Cornue passa dans la maison de Jouy et il donne, enfin, les armoiries des Cornu, chevaliers, armoiries toutes différentes de celles des Cornu, archevêques.

Voici l'épitaphe inscrite autour de cette superbe plate tombe qui recouvre les restes des derniers membres de cette illustre famille :

ci. nist. pierre . li, cornu . cheuatier . et. sires . be . villeneuve ta . cornue . nui . trespassa . l'an . be , grâce . m . ce . Ixxvi . ou . mois . be. septembre : ci. «ist . marguerite . la . cornue . bame . be . vilïeneuve. la . cornue . feme . iabis . Ibaubuin . be. corbueil • et . raons . oubatt . be . ioug . q . trespassa - lan . m . ecc . . ou . mois . be . mars.

Pierre Cornu et Marguerite, sa fille, sont représentés en pied sur cette tombe; appuyé contre Marguerite, est un troisième personnage, un enfant, dont le nom n'est pas donné par l'épitaphe, mais qui est certainement un fils mort jeune, de Marguerite. En effet, de chaque côté de cet enfant, on remarque deux petits écussons sur lesquels sont gravées les armoiries suivantes : parti de... et de vair plein qui est Cornu ; il est malheureusement impossible, à cause de l'usure de la pierre, de déchiffrer la première partition de l'écu, en sorte qu'on ne saura jamais probablement duquel des deux mariages de Marguerite Cornu est issu cet enfant.

Devant Pierre Cornu est son écu, sur lequel sont gravées, admirablement conservées, les armoiries des Cornu : de vair


— 63 —

plein' ; enfin, de chaque côté de la têle de Marguerite, se trouvent deux petits écussons donnant les armoiries suivantes : parti de... ' qui est Corbeil ou -Jouy et de vair plein qui est Cornu. Impossible non plus, de déchiffrer la première partition qui ne peut donner évidemment que les armes, soit de Baudouin de Corbeil : d'or au dragon volant de sinople lampassè de gueules, soit d'Oudart de Jouy : de... à la fasce de... surmontée d'une divise vivrèe de1... Mais il est plus vraisemblable cependant qu'on a dû graver sur la tombe de Marguerite Cornu les armes de son mari.

Pierre mourut donc en 1276, ne laissant qu'une fille qui, ainsi que l'indique leur épitaphe commune, mourut en 1315, après avoir eu deux maris : 1° Baudouin de Corbeil dont elle, eut une fille qui; on le verra plus loin, fut condamnée par son oncle Guillaume, en 1296, à payer une redevance à l'abbaye de S* Paul, de Sens; et 2° Oudart de Jouy dont elle eut Simon de Jouy qui devint seigneur de Villeneuve-la-Cornue et capitaine de Provins.

A côté de la tombe que je viens de décrire, en existe une autre fort jolie, mais qui malheureusement, s'use chaque jour sous les pieds des fidèles. On y lit l'épitaphe suivante :

ci . niât . mabame . an-anes . be . corïweit . bame . be . champcueitle . iabis . sueur . be . monsr . spion . be . iouu . chr . senneur . be . Villeneuve . fa . cornue . <j.ui . trespassa . le . venbrebi . prumier . iour . be . ianvier . lan . be . •grâce . m . ccc . xxxinii . pries . pour . lame . be . li.

Dans le haut de cette tombe se trouvent, à droite et à gauche, deux écussons répétés de chaque côté de la tête d'Agnès; ceux de gauche donnent les armoiries des Corbeil et ceux de droite, les armoiries des Cornu.

1. J'ai fait reproduire cet écu exactement tel qu'il est sur la tombe du dernier des Cornu de Villeneuve-la-Cornue; on remarquera qu'il n'est pas tout à fait conforme aux règles de l'art héraldique, règles qui, du reste, ont été établies à une époque postérieure au xnr siècle.

2. Mss. de la Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 1594, dossier 36,670, pièce 2.


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V

ARMOIRIES DES CORNU

L'écu de Pierre Cornu, les petits écussons placés de chaque côté de la tête de Marguerite Cornu et de la tête de son fils, ceux enfin qui figurent sur la tombe d'Agnès de Corbeil, ne peuvent laisser de doute sur les armoiries des Cornu ; elles étaient de vair plein.

Et cependant les armoiries des Cornu données par le Recueil d'armoiries de Tarbé, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque d'Auxerre, armoiries publiées par M. Julliot dans son Armoriai des archevêques de Sens, ces armoiries sont toutes différentes. D'après Tarbé et M. Julliot, Gautier, Cornu et Gilon Ier Cornu, archevêques de Sens, portaient : d'argent à la bande de gueules, mais les manuscrits du curé Rousseau et de l'abbé Ythier, conservés, les uns à Provins, et les autres à Sens, prétendent qu'Henri Cornu écartelait les armoiries de ses oncles, avec celles du Chapitre de Sens qui étaient les suivantes : d'azur à la croix d'argent, cantonnée de huit crosses d'or adossées 2 à 2. 1

Il est possible que certains archevêques aient quitté les armoiries de leur famille pour en prendre de nouvelles, lorsqu'ils étaient élevés sur le siège de Sens. Ce qui semblerait le démontrer, c'est qu'Etienne Bécard, fils de Guillaume Ier, seigneur de Pénil, changea les armoiries bien connues de sa famille : de vair au lambel d'argent, pour en prendre de nouvelles : de gueules à deux haches adossées d'or 1. En tout cas, il serait intéressant de connaître la

1. Il est à remarqer qu'il y a eu, à une époque que j'ignore, une modification dans la composition des armoiries du Chapitre de Sens. Il existe, en effet, au trésor de la cathédrale d'Auxerre, un missel qui a appartenu à Etienne Bécard, archevêque de Sens, et dans lequel les armoiries du Chapitre de Sens sont plusieurs fois répétées : la croix d'argent est cantonnée de quatre crosses seulement. Le même manuscrit donne également, en plusieurs endroits, les armes de Bécard : de gueules à deux haches adossées d'or, mises en pal, et celles de Jean de Bouville, seigneur de Milly, avec qui Bécard était parent : d'argent à la fasce de gueules, chargée de trois annelets d'or.

2. D'après mon confrère et ami G. Leroy qui a publié dans le Bulletin de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne, t. VIII, pp. 15 et ss., un Essai généalogique sur les seigneurs de Vaux-le-Pênïl, Etienne Bécard, en montant sur le siège archiépiscopal de Sens, aurait pris les armoiries suivantes : d'argent à la croix de gueules, accompagnée de haches ou hoyaux adossés au naturel.


— 65 -

source où Tarbé a puisé son renseignement; j'ai, quant à moi, vainement cherché tant à la Bibliothèque de la rue de Richelieu qu'aux Archives nationales, un sceau ou même un fragment de sceau, avec armoiries, d'un Cornu quelconque. Je laisse donc à plus habiles que moi, le soin d'expliquer la différence qui existe entre les armoiries des tombes de Salins et les armoiries des archevêques de la famille Cornu, telles qu'elles sont données par les auteurs sénonais.


APPENDICE

fo 1 —

CE SUNT LI FIEU QUE LEN TIENT DE MON SEIGNOR GAUTIER LE CORNU A LA CHAPELLE ERABLOY'.

Cest li fey que monsor Henri de Beau marches 2 tient de monsor Gautier Le Cornu : cest asauoir en viron iiijxx arpenz de boys au grant arpent qui tient au boys deuant Le Mes 3 et au haies de Brie, et xiij arpenz au grant arpent delez le chemin de Brie, et Ivij arpenz et iij quartiers delez les haies de Brie, et delez le boys Saint Germain a larpent de Champeigne, et des haies de Brie xxv arpenz au grant arpent; item la moitié du fey de La Charmée 1.

C'est le fey que Guillaume de Vernou 5 tient : premièrement, xxxvi arpenz de boys séans delez le boys de lopital de Coutançons 0;

Li enfant de Mintoi' tiennent Guillaume de Vernou vi xx arpenz de bois seans à Montis 8 delez La Chapelle de Erabloy;

Houdat de Rubelle 0 tient de Guillaume xxvi arpanz de bois au Montiz ;

La famé feu Adam dou Val tient de Guillaume iiii arpanz de terre delez les boys dou chasteau :

Guiot de Montigny 10 tient de Guillaume vij liurées de terre séans

1. Canton de Nangis, arrondissement de Provins.

2. Beaumarchais, commune des Chapelles-Bourbon, canton de Rozoy, arrondissement de Coulommiers.

3. Le Mée-L'Archevêque, commune de La Chapelle-Rablais.

4. La Charmée, commune de Fontenailles, canton de Mormant, arrondissement de Melun.

5. Vernou, canton de Moret-sur-Loing, arrondissement de Fontainebleau.

6. Coutençon, canton de Donnemarie-en-Montois, arrondissement de Provins.

7. Le Mitoy, commune de Landon, canton de Nangis, arrondissement de Provins.

8. Les Montils, commune de La Chapelle-Rablais.

9. Rubelles, canton nord de Melun.

10. Montigny-Lencoup, canton de Donnemarie-cn-Montois.


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à Fontanailles* et à Grioit; item, lx arpanz de boys que mestre Miles de La Brouce tient de lui séans delez Coutançons ;

Item, la partie que Guillaume a es haies de Brie : cest asauoir en la haie de Moutiers 2 et en la haie dou Chastel 3 ou il a luitieme en lune et la sezieme en lautre dou il ne set la somme.

Cest le fey que Guiot dou Pré tient à Fontenailles : premièrement, sa meson dou pre et ses iardins qui sont en viron, et xxxii arpens de terre arable, et vij arpenz et demi de prez, et vi libres et x s. de cens, et viij setiers et iiij mineaus dauene de coutumes et toutes Ior suiuances et ij arpenz et demi de vignes séans tout en la paroisse de Fontenailles; item, liiij arpenz de boys séans à La Nooe Jart ;

Item, iiijxx arpenz de boys et xxx arpens de terre arable seanz delez Coutençons; item, iiij libr. de cens et xxiiij arpenz de bois séanz en la paroisse de Fontenailles à la Flatouere 1 et au chemin de Grosbec, les boys que il a achatez de un escuier que len appelle Perrinet de Villôuis 0 qui fu des ayrs 0 de Avelli' les quiex cens et les quiex boys leu tenoit de Guiot en fuy 8 a orre le tendroit de vos en fey se ainsinques estoit que il ne le fut retrait, que li anz et li iors nest pas passez; cest tout ceu de quoi il est apensez que il teigne de vos fors de ceaius qui teinnent en fey de lui et il les tient de vos en fey.

— f° 2 —

Ce sunt cil qui tiennent en fyeu de Guiot don Pré : Jacques de Bezart 8 vi arpenz de terre et la moitié dou clos dou bois; La famé feu Blondiau, de La Charmée, iii arpenz de terre; Thomas Moreaus, de Fontins ", vi arpenz et demi de terre au Noier; Jehen Rigoute, de La Charmée, v quartiers de terre et sa meson; Jehen li gendres, de La Granche", v arpenz et demi de terre;

1. Fontenailles, canton de Mormant, arrondissement de Melun.

2. Peut-être Les Mouthieux, commune de Jouy-le-Châtel, canton de Nangis.

3. Peut-être Jouy-le-Châtel ou Le Châtel, près de Nangis.

4. Les Flatoirs, commune de La Chapelle-Rablais, section A du cadastre.

5. Villuis, canton de Bray-sur-Seine, arrondissement de Provins.

6. Hoirs.

7. Everly, canton de Bray-sur-Seine.

8. Pluriel de fief.

9. Bezard, commune de Fontenailles.

10. Fontains, canton de Nangis.

11. Peut-être Les Granges, commune de Fontains.


— 68 —

Pierrel Chevaliers, de Fontenailles, v arpenz de terre; item, la moitié dou clos dou bois;

Perrins, dou Routiz et Maroz sa serorge, ii arpens de terre;

Martins, dou Routiz, iii arpenz de terre et une mesun;

Eimeloz de La Fontaine, de Fontins, iiii arpens de terre séanz au Noier;

Nicholas, de La Charmée, iii arpenz de terre arable, 1 quartier mains, séant à Parres 1; item, v quartiers que vigne que pré séant entre La Charmée et le bois Cheualier 2; item, ix quartiers de terre séanz as Peruches; item, v quartiers que pré que terre séanz à la fontaine de La Charmée ;

Jehen li Olers, de La Charmée, i arpant de terre séant seur le pré Belon;

Estienes li fiz Richaut, viii arpenz i quartier moins de terre arable; item, iii quartiers de pré séanz à Saleri;

Jehen d'Avelli escuiers, iiiixï arpenz de bois ii moins;

Jehen Grenche escuiers, iiiiïx arpenz de bois;

Jehen de Viluis 3 escuiers, xxiiii arpenz de terre arable et ii arpenz de prez et iii setiere de terrage de rante par an ;

Estienes Peisloe, escuiers, iiii libr. et iiii s. que cens que rantes quil a es haies de Brie; item, xvi arpenz de bois;

Jehen de Malenoe ■* escuier;

Les enfans au Lombart de Lespoisse"

Cest ce que Jehans de Montrinble, seignor de Malenoe, tient en fye de Guiot dou Pré son cousin : premièrement, à Lepoise, xviii arpenz de terre et ii otises qui contiennent iiii arpenz de terre les queles otises deuent i sestier de forment et. i sestier dauene et ij s. de cens, rendu le cens et la coutume à la Saint Martin diuer; item, au Petit Molin 0, xiii arpenz de terre et j sestier de tôt ble de terraie touz les anz et un s. de menu cens randu le premier iour de lan et de totes ces choses poi plus ou poi moins et se plus iauoit si la veil ie bien tenir de vous.

Ce est ce que damoisele Marguerite de Lepoisse tient en fye de Guiot dou Pré escuier : pmièrement, la moitié de leitan de Lepoisse

1. Pars, commune de Fontenailles, section A du cadastre ou PetitPars, section B du même cadastre ou Pars, commune et canton de Nangis.

2. Peut-être Bois-Boudran, commune de Fontenailles.

3. Villuis, canton de Bray-sur-Seine.

4. Malnoue, commune de Marolles-en-Brie, canton de La Ferté-Gaucher, arrondissement de Coulommiers.

5. L'Espoisse, commune et canton de Nangis,

6. Peut-être le Moulin à vent, commune de La Chapelle-Rablais, section du cadastre.


— 69 —

si comme il se conporte parmi le ru et enuiron iiij arpenz de terre arable desus leitan par deuers Fontins; item, le molin de Lepoisse et le sauçoi delez le ru de leitan par deuers Fontins; item, enuiron xii arpenz do terre de sus le moulin par deuers Fontins ; item, le sauçoi Grile et j .arpent de terre de sus le sauçoi ; item, enuiron iiii arpenz de terre et les vignes qui sient delez le chemin qui vient de Fontins à Nangis iuque au sauçoi qui est desus le bois de Lepoisse ou len dit au Sauçoi Gros et totes ces choses tient ele dou dit escuier et se plus iauoit plus en voudroit tenir de lui.

— f» 3 —

Cest le fey que Jahen de Vernou tient de monsour Gautier Le Cornu por lui et por sa soeur : xxxvi arpenz de boys a larpent de Champaigne delez les boys a lopital de Coutençons.

Cest li fuy que li enfant au feu Moine, de La Chapelle de Erabloy, tienent de mon sour Gautier Le Cornu : cest asauoir Ior meson et le iardin et vij arpenz de terre derieres séanz.

Cest le fey Agnes,'de La Chapelle de Erabloy : sa meson ou elle maint et sa granche et iiij arpenz de terre en terre meson et tout, et li doit xv d. o. de cens a la Saint Rémi de lotise qui fut Gillet Le Forestier, et lendemain de Noël, les iiii parz de i chapon de ce meimes, et si tient iiii arpenz et demi de terre de vers la haie, et arpent et demi a La Flatoire, et xv quartiers au Trembles et doiuent xlv d. de cens a la S. Remj.

Cest le fie que Jehen Déniant tient de mon seignor Gautier Le Cornu a Monceaus 1 : sa meson et tote la porprise et xv arpenz que pré que terre et xxxiij s. de cens a la Saint Rémi et ij setiers dauene iiij chapons dr. iiii pains quariau d.

Et Henri li mères de Monceaux tient de Jehen Déniant de par la reson de la merie : sa meson et xiij arpenz et demi de terre arable ou toute la porprisse de Monceaus; item, itient de icelui seigneur ij arpenz de terre arable et vi d. de cens a la teste Saint Reniy quites mon seigneur Gautier;

Item, celé dite merie vaut entor xxx s.; item, Jehens li Queuz tient de Henri enriere fié iij arpenz de terre arable et sa meson à Monceaux ou toute la porprisse et est cilJehens en lommage Henri ;

1. Montceaux-lez-Provins, arrondissement de Provins.


— 70 —

item, Gautier dit de Felimain tient de Henri en fie ij arpens de terre arable et sa meson ou toute la proprise asisse à Felimain;

- f° 4 -

Item, Pierre de Felimain fiz dite Houdee, tient de icelui Henri en fie par la reson de la merie : ij arpenz de terre et sa meson ou toute la porprisse asisse à Felimain et de toutes ces choses icil Henri est en lommage Jehen Déniant.

Cest li fie que messires Jehan Malet, de Machiau' tient à Bosles 2 : xx arpenz de terre et i sestier auene et xxvi d. por hotisses et viij s. et viij d. de cens.

Cest li fie que Jehannet dou Rue tient des enfanz au Moine : à La Chapelle, sa meson et iiii arpenz de terre.

Ce sunt li cens aparlenans à la meson dou Mes : Perrot Gorneau iiii s. de sa place; item, li autre enfant iii s. et demi de lour meson et de j arpent de terre.

Ce sunt li cens de Noël au Rue : x s. vi d. iii mineaus auene et les deus parz dun bichet, iii chapons et les deus parz dun chapon.

Ce sunt les coutumes de Fontenailles lendemain de Noel:\i sestiers iii minaus auene et xiiii gellines et xi pains et iii s. et ij d. o. por por cens por deniers.

En lan de grâce mil ce iiii* '• xii.

Ce sunt li cens mon seigneur Gautier Le Cornu receus le jor de. la Saint Remy à La Chapelle de Erabloy lueus quiles des terres meslre Gautier le Cornu :

Peronelle la famé au feu Moine, iii s. de iiij arpenz de terre à La Flatouere et ij vers la haie.

Gilotin, xxviij d. de iiij arpenz de terre et de i arpent de pré.

Aaliz la famé feu Rigolet, xii d. de ii arpenz de terre.

Adenin le fiz feu Jehen Le Suor, iii cl. de demi arpent quil tient vers la haie.

Biatriz la famé Denis, xii d. por ij arpenz de terre quele tient vers la haie.

Guiliot Patrier, iii d. por demi arpent de terre vers la haie.

1. Machaull, canton du Châtclct-cn-Brie, arrondissement de Melun.

2. Les Bouleaux, commune de Fontenailles.


— 71 —

— f° 5 —

Agnès, de Foreteilles, xxvii d. por iiij arpenz et demi vers la haie; item, xxv. d. o. por iiii arpenz et i quartier quele tient à La Flatouere.

Raoul Patrier, vi d. por i arpent do terre vers la haie.

Rueline La Rouelière, iij d. por demi arpent de terre vers la haie.

Aales la famé feu Jehen Le Suor, ix d. por arpent et demi de terre vers la haie; item, iii d. por iii quartiers quel tient deriers le Cortil Chopin.

Simonet Joliuet, xii d. por ij arpenz de terre vers la haie.

La famé feu Adam le Charbonnier, xviij d. por iij arpenz à la haie; item, iij d. por demi arpent de terre à La Flatoire; item, x d. por arpent et demi qui siet deriers Le Cortil Chopin et i arpent vers les Porches.

Thibaut La Vache, xi s. et j d. por ix arpenz vers La Flatoire et xiij arpenz vers la haie et j quartier.

Guillaume Hébert, xxvi d. por vi arpenz et demi de terre qui sient deriers le Cortil Houdoin; item, xij d. por iij arpenz de terre qui sient deriers Le Cortil Chopin; item, iiij d. por j arpent de pré ou pré au prior; item, ix d. por arpent et demi de pré qui siet à La Flatoire.

Gilot Patrier, iiij d. por j arpent de terre qui siet deriers Le Cortil Houdoin.

Jehennet et Gilot les fiz feu Estoine. v s. et ix d. por xi arpenz et demi de terre seanz à La Flatoire; item, iii d. o. por ce que il ont deriers Ior cortil.

Le Prestres, viij d. o.; item, vi d. por i arpent à La Flatoire.

Jehen, de Meleun, iiij d. por j arpent de pré qui siet à La Flatoire.

Houdoin, iiij s. et iij d. por viij arpenz et demi vers la haie; item, vij d. o. por v quartiers à La Flatoire; item, vi d, o. por ce que il a aclos en son cortil et por j arpent hors.

Henri, li mère de Monceaux, vi d. por terre que il tient à Monceaux. Summe xlvi s. et vij d. o.

fo 6 —

En lan de grâce mil ce iiiixx et xii.

Ce sunl li cens communs que len doit à monseigneur labé de Sainte Golube et à mon seigneur Gautier le Cornu qui sont receuz à La Cha-


— 72 —

pelé de Erabloy len demain de la Sainl Remy des quiex cens mon seigneur labé prenl xlij s. auant :

Gilotin, xxi d.

Biatriz, seur Houdoin, vi s.

Jehennet et Gilot les fiz feu Estoine, xxvi d.

Thibaut La Vache, xxxii d.

La famé feu Jehen Le Suor, iij s. îx d. . La Roueliere [en blanc].

Gilot Malier, ij s. vi d.

Milont Le Suor, xiii d.

Gilot Patrier, xii d. p.

Symonet Joliuet et ses neueuz, ij s.

Agnes la nièce au prestre, xii d.

Symonet Joliuet, vi d. por la meson qui fut Berier.

Loré Le Charbonnier, xxiii d.

Mengey. viii d.

Gilou, famé feu Teuenot Le Cerclier, iiij s.

Theuenot le fiz feu Thifaine, xvi d.

Jehen Saillart et Loré son serorge, xi d.; item, vi deniers de Jehen Saillart.

Symon Le Torneor, xxxix d. iii pougeoises 1.

Aveline patoure, x d.

Theuenot Chapuis, vi d. o.

Mestre Jehen, gendre Berier, vi d.

— fo 7 —

Symonet Patrier, vi d. Ysabeau La Picarde, vi d. o. Crestienne, viii d. o. Guillaume Liebert, vij d. Gilot des Boys, ii s.

Jehen Le Roussignoul et Teuenot son frère, xxvii d. Jehen Roussignoul, xii d. por le cortil qui fu Platpié. Agnes, de Foreteilles, xv d. o. por la meson qui fut feu Gilot le Forestier. Jehen Guignon, vi d. p.; item, xiii d. Marie la famé feu Pigeut, ii s. Gilou la famé Guerin, xxi d. o. Hermenion la famé feu Jaquet Estoire, xv d. Renaut des Molins et Mainart, xiij d. o.

1. <• Monetse Gallicoe specios, sed minutions » (Du Cange). — ïl fallait deux pougeoises pour faire un denier.


— 73 —

Item, Mainart, xviij d.

Adenin le fiz feu Jehen Le Suor, xiii d.

Gilot Le Forestier, xv d.

Jehen Le Cendrier, xxx d. o.

Perrot Grissenot, xii d.

Labé, xii d.; item, ix d.

Margue la famé feu Rosilnoul, xvi d.

Pierre Platpié, vi d.

Theuenot Pion, xxvi d.

Gilou, la famé feu Gautier, ii s. i pougeoise.

Andrui, le fiz feu Gautier, ix d.

La famé feu Jaquet Le Cordier, xxi d.

Jacquet, le gendre feu Morelon, viii d.

— f« 8 -

Collet Melleie, xii d.

Mestre Mortier, vi d.

Houdelot La Begause, vii d.

Gilote La Margouillie, vi d. et une pougeoise.

Chopin, xxviii d.

Agnès La Blande, xii d.

Richier, viii d. o.

Adenet, xviii d.

Jaquet Marié et La Borue, xv d.

Le fiz feu Herbert Grape, v d. i pog.

Aleaume Le Suor, vii pougeoises por la maison Thomas Grape.

Aleaume et Charbonnier, xxv d. o.

Guillot Patrier et Milot Le Monier, xxxiii d.; item, Guillot Patrier, vi d.

Saillart, xx d.

Jaquet Le Suor, xiii d. iii pougepises.

La Oharpentiere, ii s.

Messote, v d. o.

Florie, xii d. o.

Marie, la famé feu Adam Le Charbonnier, v s. ix d.

Gilot Forcul, v d, o.

Houdoin, iiii s.

Robin Le Cerclier, xxvii d.

Symonet et Gilot son frère, les fiz feu mestre Girart Le Maçon, ij s.

Dame Aude, vi d.

Acelot et Berier son fiz, xix d.; item, Acelot iiii d. por la maison de lez le guey.


— 74 —

— fo 9 —

Joane et Henri son gendre, v d. o.

Jehen Patrier, xii d.

Adenin Chief Doute, iiii s.

Joane la nièce au Cendrier, xii d.

Raoul Patrier, xii d.

Jehen Le Gey, iiii s.; item, vii d. por lui et por son serorge.

Theuenot des Molins, ii s.

Perout le fiz feu Emensent, xxviii d.

Mahout la famé feu Demilemunde, iii d.

Summe de la part monseigneur Gautier le Cornu de ces cens : xliii s. vi d.

Por la meson deriers le for, xxi d. en deffaut que les seigneurs deuent que la meson est Ior.

Ce sunt li cens monseigneur Gautier Le Cornu receus à Fontenailles le jor de la Sainl Rémi en lan de grâce mil ce iiii™ xii :

Jehen Le Clert, de Fontenailles, xxvii d. por ix quartiers de terre deriers le routiz; item, iii o. dou terre achat.

Jehen le fiz Noël don Plessi 1, xl d.

Nicholas, de La Charmée, por lui et por ses enfanz, xviii d. por sa terre de Grosbec; item, ii d. por la terre dou Popelin.

Jehen Le Clert, de La Charmée, xxx d. por la terre de Grosbec; item, ij d. por la terre dou Popelin; item, ij d. por sa terre des Valides; item, ij d. por le pré feu Girard; item, ij d. por le pré dou Clotet.

Jehen le gendre feu Thibaut Mignot, iiij d. de demi arpent de terre qui siet de lez les cortiz Baudin.

Baudin Le Coureor, dou Routiz, xxxii d. de sa meson et de demi arpent de terre qui est deriere; item, viij d. de son pré de Qeueleuéc; item, iiij d. de demi arpent de terre qui siet à Qeueleuée.

Guillin le gendre au mère, iij poig.por j arpent de terre qui est au pertuis dou Routiz; item, xii d. por j arpent de terre qui est deriers le cortil au Goulu.

_ f» 10 —

Vincent Lcfebvre, xii d. por sa meson.

Tliifane, iiii d. por i arpent de terre qui siet à Qeueleuée.

1. Le Plessier, hameau de Fontenailles, canton de Mormant.


— 7b —

Guillaume le Plusbeau, vi cl. de sa terre devant la meson.

Jehennet Maupaie, iiii d. por j arpent de terre qui siet vers le pertuis dou Routiz ; item, iii p. de j quartier de vigne qui siet au Pré Lambert.

Guillemin le gendre Jehen Le Clerc et Jehen dou Garie, v d. et i poi. de Ior terre dou pertuis dou Routiz.

Jehennin le fiz feu Guillaume dou Plessi, ii d. de son cortil ; item, x d. de sa terre qui siet deriers Le Plessi.

Jehennet Truilleli, viij d. o. de son cortil dou Plessi et de sa terre deriers; item, viij d. de sa terre de La Troigne.

Colot le gendre feu Guillaume dou Plessi, ii d. de son cortil; item, vii d. o. de sa terre deriers Le Cortil Ticon.

Jehen dou Plessi, iii s. o. por ses terres qui sient entor le Plessi.

Aveline, de La Charmée, v d. de v quartiers de terre dou Charmeau.

Estienne le fiz Martin, vi d. de iij quartiers de terre qui sient deriers les cortiz de la Croiz; item, ij d. de demi arpent de terre qui siet au prins dou Routiz; item, j d. de La Chaude Place 4; item, i d. dou Terreachat.

La famé feu Jehen Le Rei, xx d. de v arpenz de terre; item, iii d. de la terre dou Terreachat.

Guillemin le fiz au Roi, iiii cl. de la terre devant lus au Cortillier; item, i d. por sa terre dou Terreachat.

Jehennet le fiz Guillemin, j parisi por sa vigne des prés Lambert.

Symon Le Marié, iii o. de sa terre dou Terreachat.

Jehen le mère de Besart, xviii d. por terre qui siet de souz les vignes dou Plessie; item, xii d. o. por terre qui siet deriers son cortil et en la gloissière qui siet lez lé pré Guiart; item, j poitevine; item o. parisi por la meson qui fut à la Boutousse et à la Bonde. Summe xxxi d. iii poig.

Jehen Chobert, i o. par. por sa meson.

Jaques des Vitives, j o. por son pré lez la meson.

Jehen Le Rebours, xii d. por i arpent de terre qui est lez la vigne Paillart; item, ii parisi por i arpent de terre qui est en La Gloissière,

— fo 11 —

lez le pré Guiot; item, i o. por Rebours et por Perot por Ior meson.

Pieres le Loheren, iii o. parisi por sa terre deuant la meson au feu Roi; item, ii d. iii pougeoises por la terre dou Terreachat.

Jehen de La Vacherie, xiii d. por j arpent de terre de souz le Plessie'; item, vi d. por sa terre dou Routiz.

Marie de La Croiz et Li Fevre et Guillaume Li Madriers, j parisi.

1. La Place Chaude, commune de Fontenailles, section A du cadastre.


— 76 —

Item, Jehen li mère de Besart, iiii d. o.; item, ii d. de son pré qui siet en la valleie 1.

Erembore La Maunorie, ii d. por la vigne des prez Lambert; item, i d. por j quartier de terre qui siet deriers la meson au Goulu.

Houdin Le Roi, ij parisi por sa terre dou pertuis dou Routiz ; item, iij de por sa meson.

Martin, dou Routiz iiii d. o.

Guiart dou Pré, ix d.

Guillaume Pépin, iiii d. por demi arpent de terre de souz le Plessie.

Jaques de Besart, xiii d. o.por sa terre de souz Qeueleueie; item, xii d. de sa terre de souz le Plessie; item, iiii d. por sa terre de la Gloissière; item, iiii parisis por son pré de la Valleie; item, iii pougeoises por son pré de lez la meson Jehen Chobert.

Vergot, xiii d. por sa terre.

Summe xiii s. v d.

Tibaut La Vache, xiiii s. ix d. o. por terres; item, ii s. vi d. por la terre qui fut Guillaume Hébert; item, vi d. por la terre à la Puisière.

Aaumant et Gilaut, xlvi d. por vii arpenz et j quartier de terre et pour pré.

Renaut des Molins et Menart iii s. et v d. por terre.

Adenaht Chidenier, ix d. por arpent et demi de terre.

Adenin fiz feu Jehen Le Suor, vii d. et o. por v quartiers de terre.

Margue famé ieu Jehan Rosignol, v s. iiii cl. o. por x arpenz et iii quartiers de terre; item, iii d. et pougeoise por iii quartiers de pré; item, xii d. por demi arpent de pré à Herberel.

Jaques Le Suor, iii cl. iii p. por demi arpent et demi quartier de terre.

Agnes de Foreteilles, xv s. vi d. por xxxi arpent de terre; item, iii d. iii p. pour demi arpent et demi quartier de terre; item, xi d. por ii arpenz et demi quartier de pré; item, ii d. o. por le pré qui fu feu Jehan Rossignol.

— fo 12 —

Jehen Ginon, vi d. por j arpent de terre. Malier, vi d. por j arpent de terre.

Guillaume Liebert, vii s. iii d. por xiii arpenz et demi de terre; item, vi s. por ii arpenz et demi de terre; item, vi d. por le gardin.

1. Peut-être La Vallée aux Cerfs, commune de Fontenailles, section B du cadastre.


— 77 —

Aaliz famé feu Jehan, de Rosoi', v s. et ix d. por xi arpenz et demi de terre.

Li gendres feu Jehan, do Rosoy, iiii s. por viii arpenz.

Chopin, xii d. por demi arpent de pré à Herberel; item, iiii d. por j arpent de pré; item, ii s. vii d. o. por v arpenz et i quartier.

Milaut Le Suor, xxvi d. por iiii arpenz et j quartier de terre.

Guillot Patrier, iii s. ii d. iii p. por vi arpenz quartier et demi de terre.

Aales et Adenin fiz feu Jehan Le Suor, ii d. por arpent et demi de terre.

Aales famé feu Jehan Le Suor, xxi d. por iii arpenz et demi de terre.

Perrot fiz feu Esmansaut, ix d. por arpent et demi de terre.

Loré Le Charbonnier, xi d. et i p. por i arpent et iii quartiers et demi quartier.

Adenin Chiefdoute, xliii d. o. por vii arpenz et i quartier de terre.

Jehen Legay, xxi d. et iii p. por iii arpenz et demi quartier de terre.

Symonet Patrier, vi d. por j arpent de terre.

Guillot Le Baugue, ix d. por arpent et demi de terre.

Perot Griseuoot, ix d. por arpent et demi de terre.

Biatriz famé feu Deniso Le Moisant, xi s. et ii d. por xii arpenz quartier et demi de terre.

Jehen Patrier, viii d. o. por j arpent et quartier et demi de terre.

Perot Le Monier, xv d. por ii arpenz et demi de terre.

Marie famé feu Adeni, vii s. por xiii arpenz de terre; item, xii d. por demi arpent de pré à Herberel; item, iiii d. por i arpent de pré.

Jehan Le Cendrier, iiii s. vii d. o. por ix arpenz et i quartier.

Raoul Patrier, ii s. ix d. por v arpenz et demi de terre; item, iii o. por quartier et demi de pré.

Jehen dou Rue, vi d. por j arpent de terre.

André dou Rue, vi d. por j arpent.

Alesote famé feu Thomas, iii d. por j demi arpent.

Les enfanz feu mestre Mortier, x d. o. por vii quartiers.

Colin Le Coutelier, xxii d. o. por iii arpenz iii quartiers.

Estienne Châtaignier, iiii cl. por 1 arpent de pré.

Charbonier, iii o. por j quartier de terre.

Gilot des Boys, iiii d. o. por iii quartiers de terre.

Gilot Le Forestier, x d. por arpent et demi et demi quartier.

Mestre Jehan, iiii d. o. por iii quartiers de terre.

Symon Joliuet, xx d. por ii arpenz de terre et por ij arpenz de pré.

Bourge, viii d. por ii arpenz de pré; item, xiii d. o. por ii arpenz et j quartier de terre.

1. Rosoy-en-Brie, canton de Coulommiers.


— 78 —

Teuenot Chapuis, xii d. por ii arpenz de terre. Renault li Telier, xviii d. por iii arpanz de terre. Houdoin, Viii s. x d. por terre et por pré. Monseigneur Estiene, v s. por pré et por terre. Monseigneur Tibaut, xii d. por ii arpenz de terre.

— f° 13 —

Teuenot des Molins, xxvi d. et iii p. por pré et por terre.

Gilotin, xii s. pour xxiiii arpenz de terre; item, vi d. por le gardin; item, viii d. por ii arpenz de pré.

Estienne, de Provins, iiii s. iii d. iii p. por terre.

Gile, de Ranchecourt, vi s. xi d. por xiii arpenz iii quartiers et demi quartier de terre; item, xi d. por ii arpenz et iij quartiers de pré; item, vi d. por le gardin.

Jehen Rosignol, iii s. x d. o. por terre; item, xii deniers por demi arpenz de pré à Herberel.

Aveline la Rouelière, iii d. por demi arpenz de terre.

Maupin, vi d. por j arpent de terre. Summe des cens receus ix lib. iii d.

Jehen de Meleun vii s. ix d. iii p. en défaut.

Summe de tôt : ix lib. viii s. o.



GÉNÉALOGIE

DE LA

FAMILLE CORNU




Li QUESTION DE METIOSEDUM-MELUN

RÉSOLUE PAR UNE INSCRIPTION ANTIQUE DÉCOUVERTE DANS CETTE VILLE Par M. G. LEROY, président de la section de Melun.

Certaines questions historiques longtemps discutées, analysées, commentées et scrutées à grand renfort de textes, de preuves et de vraisemblances, restent toujours environnées de doutes, et continuent de s'offrir aux méditations des chercheurs et des érudits comme autant d'énigmes à peu près insolubes.

Plusieurs localités mentionnées dans les Commentaires de César ont soulevé quelques-unes de ces énigmes, soit qu'elles s'appliquent à des villes disparues dont l'emplacement est ignoré ou douteux, comme Alesia et Vellaudonunum, soit que des noms modernes rendent difficiles ou problématiques l'identification des noms anciens.

Dans cette seconde catégorie se trouve Metiosedum, citée ,au VIIe livre des Commentaires, à l'occasion de la campagne de Labienus contre les Parisii réunis en armes sous les murs de Lutetia. Si ce nom de Metiosedum était uniquement employé par César, il n'y aurait pas de doute possible. Son identification avec Melun moderne ne ferait aucune difficulté, et l'on n'aurait pas vu s'élever les débats qui, depuis près de deux siècles, passionnent le monde savant.

Mais quelques-uns des manuscrits des Commentaires rapportent, à côté de ce nom de Metiosedum, celui de Melodunum, qui est une appellation du moyen âge, postérieure à l'époque galloromaine et aux temps mérovingiens, qui nous donnent comme noms de Melun Meleglo, Methelum, Mecledum, Meclido. Il en est résulté une confusion qui a causé tout le débat, et l'on en est venu à croire que les noms de Metiosedum et de Melodunum s'appliquaient à deux localités distinctes, tandis qu'en réalité, dans ma pensée et dans celle de savants qui m'ont précédé dans la


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discussion, il s'agit d'une seule ville, de Melun, désignée sous le nom de Metiosedum aux premiers siècles de l'ère chrétienne, et sous celui de Melodunum, à partir du xi° siècle seulement, comme le témoignent les chartes, actes et diplômes des rois capétiens. L'erreur ou l'ignorance de copistes du moyen âge a causé le point de départ du procès. Deux camps se sont formés parmi les érudits, l'un patronnant Metiosedum-Melun, l'autre tenant pour une localité située au-dessous de Paris, de Meudon, a-t-on dit, et l'on a répandu des flots d'encre, sans mieux se mettre d'accord, depuis le temps où, pour la première fois, en 1738, l'abbé Leboeuf abordait lui-même le sujet.

La publication de l'Histoire de César, par l'empereur Napoléon III, et les travaux de la Commission de la topographie des Gaules, il y a trente ans, ont ravivé la question. De nouveau, plusieurs savants l'ont reprise ; on s'en est occupé jusqu'en Allemagne, sans apporter de nouvelles lumières sur les points restés obscurs après la dissertation de l'abbé Leboeuf. Les opinions sont restées indécises sur la solution du problème soulevé par les variantes des manuscrits de César à propos de Metiosedum, quoique la Commission de la topographie des Gaules .se soit prononcée en faveur de Melun.

A mon tour, sans prétention d'érudition, mais fort d'observations longuement méditées, j'entre dans le vif du débat en formulant ces propositions :

1° Le texte de César indique que Metiosedum est en amont de Paris ;

2° Une inscription antique, retirée du sol même de l'île de Melun en 1865, et qui n'est pas postérieure au ior siècle de notre ère, porte le nom de Metiosedum, révélant ainsi que la localité anxieusement cherchée par les érudits depuis deux siècles, n'est autre que la ville de Melun. Dès lors, la leçon de Melodunum qui se trouve dans quelques-uns des manuscrits de César est fautive, du fait des copistes du moyen âge, et, comme l'ont pensé Scaliger, Danville, Heller et Brunet de Presle, Metiosedum, véritable nom de Melun à l'époque de César, doit être substitué partout à celui de Melodunum.

Il me reste à prouver cette double affirmation :


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I Campagne de Labienus contre les Parisiens.

Tout d'abord, il convient de suivre pas à pas la relation de la campagne de Labienus et d'y chercher les preuves, en s'inspirant de l'état des lieux et des actes du général romain, de la situation de Metiosedum au-dessus de Paris, contrairement à l'opinion de ceux qui pensent que cette localité s'identifie avec Meudon.

César, battu devant Gergovie et forcé d'en lever le siège, errait dans, le pays des Senones, harcelé par l'armée de Vercingétorix, et menacé de voir se soulever autour de lui les puissantes nations des Éduens et des Carnutes. Déjà, chez les Parisii la révolte semble prochaine. Labienus, qui veut la prévenir, part à la tête de quatre légions et se dirige vers Lutèce après avoir laissé à Agedincum, pour la garde de ses bagages, des recrues nouvellement arrivées d'Italie.

Suivant son habitude', dont on trouve des preuves constantes dans les Commentaires, César décrit la position géographique de cette ville de Lutèce, « Id est oppidum Parisiorum, posilum in insula fluminis Sequanse ». — A la nouvelle de l'approche des Romains, un nombre considérable de troupes des nations voisines se rassemblent. César nous dit plus loin que les habitants de Melun en faisaient partie. « Quorum magna pars erat ad bellum evocata. » Le commandement en chef est déféré à Camulogène, vieillard du pays des Aulerques, dont la science militaire lui mérite cet honneur malgré son âge avancé.

Partant d'Agedincum (Sens), Labienus suit la rive gauche de l'Yonne et de la Seine, comme le lui commandent les principes les plus élémentaires de stratégie, pour ne pas être séparé par un grand fleuve de sa base d'opérations, et il arrive ainsi dans le voisinage de Lutèce. Là, sa marche se trouve arrêtée par un marais perpétuel, une sorte de cours d'eau qui tombe dans la Seine, « Qux influeret in Sequanam ».

On a discuté pour savoir s'il s'agissait de la rivière d'Essonnes ou de celle de la Bièvre. Il n'importe, la question est secondaire pour le fait qui nous occupe. Au delà, Camulogène a disposé son x. 6


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armée pour disputer le passage aux Romains. Sous la protection de ses machines de guerre, Labienus tente d'établir un chemin solide à travers le marais; mais, reconnaissant l'inutilité de ses efforts, il abandonne silencieusement son camp, et, reprenant le chemin par lequel il était venu, il arrive à Melun. — « Eodem, quse venerat, ilinere Metiosedum [vel Melodunum) pervenit. » Et César, à ce passage de ses Commentaires, prend soin de décrire la position de cette ville, comme il l'a fait pour Lutèce, comme il le fait, du reste, pour toutes les localités dont il parle pour la première fois. « C'est un oppidum des Senones situé dans une île '» de la Seine, comme nous avons dit précédemment de Lutèce, '» — Id est oppidum Senonum, in insula Sequans. positum, ut paulo » anle Lutetiam diximus. » Il est difficile de préciser plus exactement la situation géographique de Melun.

Au port de cette ville, Labienus s'empare d'une cinquantaine de bateaux, qu'il réunit aussitôt en forme de radeau, « deprehensis i> navibus circiler quinquaginta, celeriterque conjunctis ». Il y fait entrer ses troupes et s'empare de l'oppidum, sans résistance des habitants effrayés par la promptitude de l'attaque, et dont la plus grande partie est allée rejoindre l'armée de Lutèce au début des hostilités. Il rétablit le pont rompu dans les jours précédents. « Refecto ponte, quem superionbus diebus hostes resciderant », fait passer son armée sur l'autre rive « exercilum traducit » — la rive droite —, et, en suivant le cours du fleuve, il se dirige vers Lutèce. « Et secundo flumine ad Lutetiam iter faceré coepït. » — Ces nouvelles connues des Gaulois par les fuyards dé Melun, leur font prendre des résolutions extrêmes commandées par le salut commun. Ils ordonnent d'incendier Lutèce et de couper les po'rits. Ils quittent ensuite le marais dont ils avaient défendu le passage aux Romains et vont s'établir en vue de la ville incendiée, à l'opposé de camp de Labienus, sur les bords de la Seine, '« in ripis i> Sequanas e regione Lutetioe, contra Labieni castra considunt ■».

Déjà, circulaient les nouvelles de la levée du siège de Gergovie, de la défection des Éduens, et du soulèvement de la Gaule. Dans leurs assemblées, les Gaulois rapportaient que César, empêché dans sa marche par la Loire, et manquant de vivres, s'était réfugié dans la Province. De leur côté, les Béllovaques, excités par ces rumeurs, réunissaient des troupes et se préparaient Ouvertement à la guerre. Labienus, Cédant à la gravité des événements, en renonçant à ses premiers projets, résolut 'd'abandonner toute idée de conquête, pour s'appliquer'seulement


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à ramener saine et sauve son armée à Agedincum. D'une part, il était menacé par les Bellovaques, connus dans la Gaule par leur courage; de l'autre, Camulogène commandait une armée exercée et disciplinée. La situation pouvait devenir critique pour les légions, qu'un grand fleuve, — la Seine — séparait de leur réserve et de leur matériel de guerre laissés chez les Senones, « tum legiones, a prxsidio atque impedimentis inlerclusas, maxi» mum flumen distinebat ». Tant de difficultés subitement élevées lui inspirent la résolution de faire appel au courage de ses troupes. Vers le soir, il les convoque et les exhorte à exécuter promptement et intelligemment ce qu'il leur commandera. Il confie à ses chevaliers les bateaux qu'il avait amenés de Melun, « naves, » quas a Metiosedo [vel Meloduno) deduxerat », en leur ordonnant, la première veille écoulée, de descendre en silence le cours du fleuve, jusqu'à la distance de quatre mille pas, où ils devront l'attendre. Cinq cohortes, d'une légion qu'il estimait la moins ferme pour le combat, sont laissées à la garde du camp, tandis qu'il commande aux cinq autres cohortes de la même légion de partir au milieu de la nuit avec tout le matériel de guerre, et de remonter le fleuve avec grand bruit, « quinque [cohortes) ejusdem » legionis reliquas de média nocte cum omnibus impedimentis ad» verso flumine magno tumullu proficisci imperat ». Il réunit aussi lés nacelles, les bateaux de moindre dimension, lintres, et il les envoie dans la même direction, poussés à grand bruit de rames, « conquirit etîam lintres. Bas, magno sonitu remorum incitatas, » in eamdempartem mittit ». Lui-même, peu de temps après, étant parti silencieusement avec trois légions, se rend au lieu où il avait ordonné que les bateaux confiés aux chevaliers romains fussent conduits, c'est-à-dire à quatre mille pas au-dessous de Lutèce.

Dès son arrivée, les éclaireurs gaulois, disposés sur les bords du fleuve, sont attaqués à l'improviste et dispersés ou écrasés par les Romains, à la faveur d'une tempête qui s'était subitement élevée. Par les soins des chevaliers préposés à cet effet, l'armée romaine effectue promptement son passage sur l'autre rivé. Presqu'en même temps, à la pointe du jour, on annonce aux Gaulois qu'un tumulte extraordinaire règne dans le camp des Romains, qu'une grande troupe remonte le fleuve et que, dans la même direction, un bruit de rames est entendu, tandis qu'un peu audessous des soldats sont transportés par des bateaux. A ces nouvelles, les Gaulois, jugeant que les légions, troublées par la défection des Éduens, se préparaient à fuir en traversant le fleuve


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sur trois points différents, divisèrent leurs troupes aussi en trois parties : une d'elles est laissée en surveillance vis-à-vis le camp romain; une autre, de moindre importance, parva manu, est envoyée vers Metiosedum avec ordre de s'avancer aussi loin que les bateaux s'avanceront eux-mêmes, « et parva manu Metiosedum » versus missa, quse lanlum progrederelur, quantum naves pro» cessissent ». Enfin, le reste des troupes est envoyé contre Labienus.

Le récit du combat dans lequel Camulogène et ses troupes furent défaits par les légions romaines n'a plus d'intérêt pour mon sujet. Si j'ai suivi jusqu'ici à peu près littéralement la narration de César, c'est parce qu'il y est question de Melun, désignée dans divers manuscrits sous les doubles noms de Metiosedum et de Melodunum; parce qu'il importait de connaître l'itinéraire de Labienus, la disposition des lieux pour faciliter la recherche de la situation de Metiosedum; et aussi les projets du général romain dont le but était de disperser sur trois points différents l'armée gauloise, en la trompant sur ses intentions véritables, afin de la vaincre plus facilement.

II

Variantes des Manuscrits des Commentaires sur Metiosedum et Melodunum.

Un des principaux auteurs modernes qui pensent que Metiosedum et Melodunum s'appliquent à une même localité, M. Brunet de Presle, établit, dans une note communiquée à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, en mars 1858, que le nom de « Metiosedum » se lit quatre fois dans quelques-unes des anciennes éditions de César, par exemple dans celle de Jungermann, Francfort, 1669, in-4°, et ces éditions représentent une série de manuscrits. Au moyen âge, des copistes n'ont pas hésité à substituer le nom de Melodunum ou Melledunum à celui de Metiosedum, et il cite, à titre d'exemple de cette correction, un beau manuscrit des Commentaires, qui paraît être du xi° siècle, ayant appartenu successivement au président de Thou, puis à Colbert, et qui porte aujourd'hui le n° 5764 des Manuscrits latins de la Bibliothèque nationale.


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Au folio 61, recto, le texte porte, dans la phrase citée précédemment : « Silentio e castris tertia vigilia egressus, eodem quo » venerat itinere, Metiosedum pervenit », et au-dessus du mot Metiosedum une main plus moderne a écrit vel Melodunum, mot qui est répété à la marge de cette même ligne. Dans les passages suivants, où il est question de la même ville, la correction n'a pas été faite et le nom de Metiosedum s'y lit seul.

« D'autres manuscrits, en grand nombre à la Bibliothèque nationale, continue M. Brunet de Presle, ont admis dans le texte la correction de Meledunum, Melledunum ou Mellodunum dans les trois premiers passages qui ont entre eux une connexion évidente. Mais, par une inconséquence qui est devenue la cause de tous les embarras des éditeurs et des commentateurs de César, ils ont laissé subsister Metiosedum dans le quatrième passage, qui est un peu plus éloigné, mais où il est cependant bien question de la même ville, comme Scaliger et Danville l'ont reconnu. » "

Quelques-uns de ces Manuscrits offrent des preuves manifestes de l'inexactitude, de l'inattention et même de l'ignorance des copistes, qui ont altéré ce mot de Metiosedum jusqu'à le rendre absolument méconnaissable. Sous leur plume, dans le Manuscrit 5763 de la Bibliothèque nationale, l'M initiale de Meliosdum a été jointe au mot manu qui le précède; et est devenu conjonction, i a été tracé comme un l, ce qui donne cette leçon barbare : cum parva manum et losedum. — Traduise qui pourra ces expressions! Nous sommes loin, on le voit, de l'appellation réelle, du vrai nom du Melun antique. Ailleurs, dans cinq ou six Manuscrits de la Bibliothèque nationale, n°s 5763, 5768, 5769, 5770, 5771, c'est pour le moins aussi étrange. On trouve Etlosedum, Elesedum, Edesednm, Etiosedum, ou encore Losedum. Que faut-il de plus pour douter de la véracité des scribes du moyen âge? S'ils dénaturaient un nom de lieu avec tant de désinvolture, s'ils Vécorchaient de telle façon, devaient-ils y regarder de plus près quand il s'agissait de substituer à une appellation antique comme celle de Metiosedum, qui n'était plus en usage et qu'ils ignoraient probablement, le nom relativement moderne de Melodunum,usité dans les chartes du temps, d'un emploi journalier dans la langue des clercs et des légistes, sonnant mieux, en un mot, à l'oreille des transcripteurs des Commentaires que l'antiquité du nom rapporté par César?

A une époque où les savants s'occupaient beaucoup de la Gaule et des Gaulois, l'abbé Leboeuf, qui n'était pas encore de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, mais qui en fut plus tard


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un des membres distingués, porta ses investigations sur la contradiction qui paraissait exister dans les Manuscrits de la guerre des Gaules au sujet de Metiosedum et de Melodunum.'Ses travaux l'amenèrent à penser, comme déjà l'avaient fait Scaliger et Danville, que Metiosedum devait être placée au-dessus de Paris ; il n'alla pas toutefois jusqu'à l'identifier avec Melun. La pseudoressemblance de Josedum avec Joiacum, Jouy-en-Josas, le fit entrer dans une discussion qui l'égara sur l'identification réelle de Metiosedum. Son Mémoire fut publié en 1738 sous le titre : « Observations sur la position de METIOSEDUM voisin de Paris, dont » il est fait mention dans les Commentaires de César, contre le sen» liment des modernes qui ont cru que c'était Meudon, avec quelques » remarques sur l'île de Melun et sur l'île de Paris. » L'abbé Leboeuf s'y livre à une sévère analyse des plus anciens Manuscrits des Commentaires conservés dans les principales bibliothèques de Paris ou dans des collections particulières. Dans vingt-huit d'entre eux, il avait rencontré Metiosedum écrit dans les quatre

passages où César désigne si clairement l'île de Melun : «

» Metiosedum , ici est opidum Senonum in insula Sequanx

» posilum », — ou seulement dans le quatrième passage,

quand il parle de la petite troupe envoyée vers Melun. — « Parva » manu Mcliosedum, versus missa. »

Le savant chanoine d'Auxerre défend Scaliger du reproche d'innovation téméraire, pour avoir mis Metiosedum où d'autres éditeurs avaient écrit Melodunum. « Il est certain, dit-il, que plu» sieurs des plus anciens exemplaires ont porté plus d'une fois » Metiosedum. »

Les coupables des variantes des manuscrits des Commentaires, sont les scribes qui les copièrent dans le cours des xi°, xue et XIII 0 siècles, et qui écrivirent d'une manière si étrange et si diverse le nom primitif de Melun. Au moyen âge, le métier de copiste — c'était un véritable métier — était souvent exercé par des gens peu lettrés, qui n'étaient rieh moins qu'infaillibles. Dans sa Géographie de la Gaule (t. II, p. 673), M. E. Desjardins constate que leurs méprises étaient extrêmement fréquentes, et ce à propos de localités mentionnées dans les Commentaires, et confondues les unes avec les autres, témoin Noviodunum pour Noviacum. Il y a plus, Gerson dans son livre de la Louange des Scribes « in libello de Laude scriplorum » mentionne certain genre d'écrivains qu'il appelle infimes, qui n'ont aucune espèce d'intelligence des choses qu'ils transcrivent, et qui sont considérés comme peintres,


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se bornant à copier machinalement des lettres et des mots, — « commémorât genus quoddam scribenlium quod appellat infimum, » qui nullum penitus habeant intelleclum eorumr quse transcribant, » qui quasi pictores appellentur ».

Étonnons-nous donc maintenant des erreurs répétées dans les manuscrits des Commentaires, de ces phrases barbares ou incomplètes, de ces non-sens, de ces mots substitués à d'autres, de l'appellation toute moderne de Melodunum — qui n'est pas antérieure au xi° siècle — prenant la place de Metiosedum antique, de l'altération de ce dernier mot, rendu méconnaissable comme on l'a vu plus haut.

Je me résume en disant que le manuscrit le plus ancien et le plus correct du récit de César (n° 5764 de la Bibliothèque nationale) portant partout Metiosedum, qu'une main plus moderne a cru devoir expliquer par l'adjonction des mots « vel Melodunum », c'est cette version qu'il faut adopter, et que, n'aurions-nous pas comme preuve irréfutable le monument lapidaire dont je vais parler, il faudrait encore la tenir comme la seule vraie au double point de vue historique et topographique.

m

Position de Metiosedum.

Après avoir contesté que Metiosedum put être Melun, plusieurs auteurs ont soutenu que cette localité devait être au-dessous de Lutèce, à quatre mille pas en aval, et tous sont tombés à peu près d'accord pour la placer à Meudon. — Mais Meudon se dit en latin Medo, Moudon et Moldun, parentée fort éloignée, malgré toute la bonne volonté possible, de Metiosedum, qui offre plus d'affinité et de rapprochement avec le Melodunum des chartes capétiennes. La première assimilation du Meudon-Metiosedum est due à l'abbé Châtelain, qui, au cours du xvii 0 siècle, avait été chargé de découvrir les anciens noms latins de toutes les cures du diocèse de Paris. Quoique rien ne justifiât semblable interprétation, il s'ensuivit une tradition qui eut ses partisans et ses contradicteurs. Au nombre de ces derniers, il faut citer M. Lancelot qui s'éleva contre l'opinion de l'abbé Châtelain dans ses Recherches sur Gergovie et quelques autres villes de l'ancienne Gaule, insérées dans les


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Mémoires de l'ancienne Académie des Inscriptions, tome IX, page 410.

C'est cette même tradition, cette erreur admise par des savants fort estimables, qu'il convient de réfuter :

On a vu que Labienus, cherchant à tromper les Gaulois sur ses intentions, avait divisé son armée en trois parties :

Cinq cohortes sont préposées à la garde du camp.

Cinq autres, emmenant tout le matériel de guerre, remontent le cours du fleuve en faisant grand bruit, et des barques sont entraînées dans la même direction, en imitant le même tapage, « magno sonitu remorum ».

Enfin, le gros de l'armée, trois légions, commandées par Labienus en personne, suivent en silence la direction du fleuve juqu'à la distance de quatre mille pas en aval de Lutèce, où se sont arrêtés les chevaliers romains chargés de la conduite des bateaux. C'est en cet endroit que les légions, après avoir écrasé les sentinelles gauloises, traversent le fleuve et se rangent en bataille sur la rive gauche, dans la plaine de Grenelle.

Avertis des mouvements de l'ennemi, les Gaulois veulent les déjouer ou y résister en les imitant. Ils divisent leurs forces en trois groupes, exactement comme les Romains : — « suas quoque » copias in 1res partes distribuerait. Nam et presidio è regione cas» trorum reliclo, et parvà manu METIOSEDUM versus missà, quoe » tantùm progrederetur, quantum naves processissent, reliquas » copias contra Labienum duxerunt ».

Ceci est parfaitement clair, il y a là trois directions ou positions différentes; or, les partisans du Metiosedum-Meudon n'en reconnaisent que deux, lorsqu'ils font diriger deux des groupes gaulois du même côté, en aval de la Seine, vers le lieu où Labienus s'est porté à la tête de trois légions. En effet, si, dans leur opinion, Metiosedum est Meudon, le second des groupes ou corps d'armée gaulois se dirige au-dessous de Lutèce, et c'est également de ce côté que le troisième se rend en marchant contre Labienus. Alors, pourquoi composer trois corps d'armée, s'il en est deux qui, partant ensemble, doivent suivre exactement le même itinéraire. Et puis — observation plus importante — comment supposer, comment admettre que les Gaulois, d'ardeur téméraire, prompts à l'attaque, surtout en présence d'un ennemi qu'ils croient démoralisé en cherchant son salut dans la fuite, laissent partir, sans la poursuivre, la troupe qui remonte la Seine avec force tapage, dans le but évident d'attirer l'attention de ce côté. On ne s'explique


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pas qu'ils restent insensibles à ce tapage prémédité, intentionnellement commandé par Labienus, pour faire diversion à l'action principale, qui doit avoir lieu à quatre mille pas au-dessous de Lutèce, à l'endroit où les trois légions ont traversé la Seine, à Meudon, si l'on veut, mais en tous cas, sur un point diamétralement opposé à la marche bruyante des cinq cohortes qui vont « adverso flumine ». S'il en était ainsi, si les Gaulois avaient considéré comme une quantitité négligeable, quoiqu'elle menât grand bruit, la troupe qui remontait le fleuve, il n'y aurait pas eu nécessité de diviser leur armée en trois corps, puisqu'ils devaient ne la répartir que sur deux points seulement. Cette anomalie ne résulte pas du texte des Commentaires. Il en ressort, au contraire, que la station d'un de ces corps en face du camp des Romains, et la direction indiquée par César pour les deux autres — l'un qui va versus Metiosedum, l'autre contra Labienum — sont des points tout à fait différents, qui justifient la division de l'armée gauloise, à l'imitation de ce qu'ont fait ces adversaires, qui — ne l'oublions pas — se sont portés en trois endroits distants les uns des autres, et qu'il s'agit d'y poursuivre ou d'y observer : dans leur camp, secundo flumine, adverso flumine.

M. Brunet de Presle, discutant la même thèse, demande comment Camulogène a deviné que c'est précisément vers Meudon que se dirigent les Romains, et comment César a mentionné une localité si peu -importante, qu'il nommerait ici pour la première fois, sans rien ajouter pour en préciser la situation, comme si tout le monde devait la connaître? Ce n'était pas sans but, sans intention, dirai-je encore, que les Gaulois divisaient leurs forces en trois parties; c'était pour les opposer aux trois corps d'armée formés par les Romains, et dont la position est connue : Le premier préposé à la garde du camp, le deuxième remontant le fleuve, le troisième le descendant. Or, puisque nous savons qu'un des groupes gaulois est laissé en observation devant le camp de Labienus, qu'un autre marche contre le général romain, et que le troisième est envoyé dans la direction de Metiosedum, il est facile de voir que cette direction n'est autre que celle de la troupe romaine qui va adverso flumine, en remontant le cours du fleuve, d'où la conclusion forcée qu'il faut chercher Metiosedum au-dessus de Lutetiam, et que, dans aucun cas, cette localité ne saurait être identifiée avec Meudon.

« Le seul motif qu'on invoque pour ne pas chercher Metiosedum en amont du camp des Romains, dit M. Brunet de Presle, c'est


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que Labienus n'avait envoyé en amont que des batelets, lintres, et que César parle ici de bateaux, naves, envoyés dans la direction de Metiosedum. Mais Camulogène, averti au point du jour que l'on a entendu un bruit de rames, sonitum remorum in eadem parte exaudiri, ne savait pas si ces bateaux étaient plus ou moins grands. César devait donc, en se mettant à sa place, se servir du terme vague de bateaux, naves. Il se sert aussi de la désignation vague Metiosedum versus, dans la direction de Melun, pour ne pas répéter les mots adverso flumine, qu'il a déjà employés et parce qu'il a déjà suffisamment indiqué plus haut la situation de Metiosedum, Melun, seule ville importante sur la Seine, au-dessus de Lutèce. Il ne dit pas aller à Melun, mais dans la direction de Melun : Metiosedum versus. S'il eut voulu indiquer la direction contraire, il est probable qu'il aurait dit : dans la direction de Rouen, et non pas de Meudon, qui n'a jamais été un centre de population assez considérable pour être cité de la sorte.

» Je me résume ainsi, dit en terminant M. Brunet de Presle : C'est en amont du camp des Romains qu'il faut chercher Metiosedum; ce ne peut pas être Meudon. Il convient de rétablir ce nom dans les quatre passages des Commentaires, où il se lisait dans les plus anciens et les meilleurs Manuscrits, et il y désigne Melun, ainsi que Danville l'a dit dans sa notice de la Gaule. »

En posant cette conclusion, qui lui était dictée par l'examen approfondi du texte de César, M. Brunet de Presle et les autres savants qui avaient déjà formulé une opinion analogue, ne pouvaient espérer qu'ils seraient confirmés un jour dans leur appréciation par la découverte d'un texte lapidaire provenant du sol même de Metiosedum, texte absolument authentique, quasi contemporain de Labienus, et qui, plus heureux que les Manuscrits des Commentaires, a été préservé des altérations des scribes du moyen âge.

IV

L'inscription antique de Metiosedum.

En 1865, l'année même qui suivit la fondation de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-et-Marne, l'attention des membres de cette Société attirée par la découverte, sur la place Notre-Dame de Melun, d'une inscription en l'honneur de


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Mercure et des Lares de Tibère Claude, contemporain de Néron, les sollicita de procéder à des fouilles plus complètes sur le même emplacement. Leur espérance de rencontrer d'autres antiquités également importantes ne fut pas déçue. La moisson fut abondante, comme on peut le voir dans le compte rendu de ces fouilles inséré au Bulletin de la Société, tome 2°, année 1865, pages. 161 à 177. Au nombre des objets recueillis se trouvent quatre fragments de l'architrave d'un temple ou simplement d'un édieule ayant abrité la statue de Mercure, sur lesquels existe une inscription dédicatoire malheureusement incomplète. Elle est signalée dans le rapport précité, et plusieurs antiquaires, qui l'ont eue sous les yeux, ont renoncé à la rétablir, tout en reconnaissant qu'elle concerne un temple élevé à Mercure, sous les auspices du préfet ou gouverneur de la ville. Je pense qu'elle est plus explicite et qu'on y trouve le nom même de cette ville, c'est-à-dire ce nom de Mcliosedum,. dont la découverte à Melun tranche péremptoirement les difficultés soulevées par les variantes des Manuscrits des Commentaires.

Les fragments que nous possédons portent ces mots ou ces lettres :

Je propose la restitution suivante :

TEMPLVM . DEI . MERCURI[I] . CVM . SIGNO. METIOSEOI . TI[TV8?] . CIVIS . yEOIFICAVIT . AVSPICIIS . PWEFECTÎ . CVRAQVE .

Temple du dieu Mercure. Titus, citoyen de Metiosedum, l'édifia avec la statue, sous les auspices et l'administration du préfet.

On pourrait mettre Pagi comme attribut de Prsefecti, mais le sens général de l'inscription n'y gagnerait rien. On apprendrait seulement que Metiosedum était le chef-lieu d'un Pagus, comme l'indique, d'ailleurs, d'une manière assez explicite, le titre de Prsefectus que prenait ordinairement le gouverneur ou administrateur du territoire composant le Pagus.


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Dans sa Géographie de la Gaule, M. Desjardins fait remarquer que si Melun avait été une cité, le soin de son administration aurait été confié non à un Proefectus, mais à des Duumviri ou Triumviri, des curatores, quxslores, sediles. Mais la qualité de cité, dans le sens antique du mot, n'a jamais été revendiquée par Melun, simple vicus et non civitas, comme Paris, Meaux, Troyes, Sens.

L'addition de Pagi à la suite de Prsefectus n'ajouterait rien à ce que nous connaissons déjà. De plus, il n'est pas établi que ce mot ait figuré dans le texte lapidaire. M. Desjardins, qui le propose dans son ouvrage, où il rapporte ce qu'il a lu de l'inscription, sans essayer de la compléter, a soin de le faire suivre d'un point interrogatif PILEF [ecti. Pagi?)

Rien ne justifie cette addition, tandis qu'au contraire les restitutions que je propose sont toutes appuyées par le commencement ou la fin de mots qui sont fournis par les débris de l'architrave du temple de Mercure, et que je complète d'après leur sens rationnel et les règles grammaticales latines.

Ainsi :

... VM, donne Templ VM.

S. (précédée de CUM) donne l'ablatif SIGNO, préférable à Statua, qui contient trop de lettres pour entrer dans l'espace disponible. Du reste, SIGNUM est d'un usage aussi fréquent que Statua dans le style lapidaire, témoin l'inscription de Nîmes restituée par M. Desjardins :

c Divo Nervse Trajano Respublica . Nemausium . Basilicam .

» cum columnis . Marmoreis . signis . ceterisque . omamentis . om»

om» dedicavit. » [Géographie de la Gaule, tome III,

planche XVII).

OSEDI . est la fin de Meti OSEDI.

TI . abréviation consacrée de Titus ou de Tiberius.

VIS . la fin de Ci vis, qualité souvent exprimée dans les inscriptions antiques, par exemple dans l'inscription d'Orléans qui a fourni le nom de Cenabum, où l'on lit : — Lucius . Cornélius . Magnus . Antepomari . filius . civis . Senonius

AEDIFIC . le commencement de ^EDIFICAVIT .

PRAEF . le commencement de . PR^S . Fecti .

Enfin CUR . le commencement de CUR aque.

Je ne forge aucun mot entier, ce qu'il faudrait faire pour adopter Pagi. L'espace libre après Prssfecti n'a rien qui puisse étonner, puisqu'on le voit se prolonger jusque devant curaque, dispo-


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sition commandée par le désir de placer la deuxième ligne exactement au milieu de l'architrave de l'édifice, pour maintenir la régularité et l'harmonie dans l'aspect.

Enfin, l'espace non rempli devant Auspiciis est reproduit fidèlement après curaque. De part et d'autre, on peut compter audessus du blanc un même nombre de treize à quatorze lettres appartenant à la ligne supérieure.

Cette restitution, d'une simplicité élémentaire, est appelée à clore, il me semble, l'interminable discussion de Metiosedum et de Melodunum, qui aurait pu renaître et se prolonger longtemps encore malgré les probabilités, je dirai même les certitudes, qui existent en faveur de Metiosedum-MelpLn.

J'ajouterai, en terminant, que ce résultat est dû à la Société archéologique de Seine-et-Marne, qui justifie dans la circonstance sa devise : Aperit tenebras, puisque c'est elle qui, en faisant exécuter les fouilles de la place Notre-Dame, a mis en lumière un document plus authentique que tous les manuscrits des Commentaires de César, — reproduits plus ou moins exactement au moyen âge — la pierre dix-huit fois séculaire sur laquelle se retrouve le véritable nom antique de Melun : METIOSEDUM.



L'ANCIEN CHATEAU DES ÉVÊQUES DE MEAUX

À GERMIGNY-L'ÉVÊQUE

Par M. TH. LHUILLIER, membre fondateur, vice-président de la section de Melun.

A neuf kilomètres au nord-est de Meaux, dans une anse formée par la Marne, se trouve situé le village de Germigny-rÉvêque, modeste commune de 280 habitants.

Placé sur la rive gauche du cours d'eau, ce village, qui dépend du canton de Meaux, était autrefois un peu plus populeux ; on y comptait 500 âmes au commencement du XVIII 0 siècle et 120 feux en 1770.

Pendant sept cents ans, les évêques du diocèse ont possédé en cet endroit une maison de plaisance — petit hôtel seigneurial et campagnard — que M. de Ligny, prédécesseur de Bossuet, transforma en château moderne ayant .parc et.jardins.

De cette résidence d'été, dont les prélats meldois ont fait les honneurs à d'illustres visiteurs, où sont venus des rois, des princes, et dont Bossuet aimait le séjour riant et paisible,, il ne subsiste pour ainsi dire plus rien. Le château, en voie de reconstruction quand la Révolution éclata, fut vendu nationalement ; non seulement les travaux n'ont pas été repris dans la suite, mais ce qui était debout disparut successivement en passant de mains en mains : une terrasse d'un côté, les grands arbres du pare de l'autre, une tourelle, un colombier, servent aujourd'hui comme de repères pour retrouver l'emplacement occupé naguère par cette habitation seigneuriale.

Nous allons essayer de fixer quelques souvenirs de son passé ; puisque les souvenirs historiques sont à peu près tout ce qu'il en reste, prenons soin du moins de les noter au passage.

Le nom ancien de Germigny — Germiniacum — indique simplement, d'après M. l'abbé Denis, un lieu de plantations. Selon M. d'Amécourt, ce nom viendrait d'un Germanicus qui a dû posséder la terre à l'époque gallo-romaine. Dans'un sens '.comme dans


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l'autre, l'appellation d'origine latine, qu'on retrouve dans les documents d'autrefois, ne permet-elle pas de supposer que ce lieu a été habité au temps de la domination romaine?

Un lieu dit — le Fond des Normands — conservé par la tradition dans l'étendue du territoire de Germigny, près de la ferme de Rezel, semble attester aussi que les barbares danois et autres hommes du Nord — les Northmans — qui portèrent leurs ravages le long du cours de la Marne dans la seconde moitié du ix° siècle, ont poussé leurs incursions jusque-là.

Nous n'avons pas à dire ici comment s'établit la transition entre le régime de la monarchie carolingienne et la société féodale, comment les fonctionnaires romains et les grands propriétaires de la Gaule arrivèrent, grâce à l'affaiblissement du pouvoir central, à conquérir peu à peu l'indépendance, à devenir seigneurs féodaux et à rendre la justice dans leurs terres. M. J. Flach l'indique dans son livre sur les Origines de l'ancienne France : les premiers rois francs consacrèrent ces usurpations et il y eut alors de véritables concessions, très nombreuses, surtout au profit des églises et des monastères. Ainsi se constitua une noblesse prête à profiter de l'anarchie qui suivit l'effondrement de l'empire carolingien; les leudes bénéficiers, les grands propriétaires d'alleux, finirent par se créer des droits et par transformer en charges établies à leur profit une part importante des impôts qui étaient dus primitivement à l'État. On pourrait ajouter qu'ils en abusèrent, et qu'au moment où la royauté se reconstitua, le peuple l'acclama parce qu'il vit en elle un pouvoir protecteur.

« Sous le régime féodal, dit Mgr Allou 1, les évêques étaient de véritables suzerains ayant leurs vassaux, comme eux-mêmes étaient les vassaux des rois. Nos anciens évêques de Meaux étaient seigneurs temporels de quatre paroisses, dites filles de l'évêché : Germigny-l'Evêque, Étrépilly, Varreddes et Villenoy. »

Cette possession remontait aux premières années du xi° siècle (1004-1005), alors qu'on avait procédé au partage des biens de l'Eglise cathédrale entre l'évêque et les chanoines.

Dans leur mense de Germigny, où ils jouissaient de la justice, de la taille, des grosses dîmes, d'un moulin banal, de la pêche, de la chasse, les évêques possédaient, dès le xn° siècle, à l'extrémité nord-est du village, un hôtel seigneurial qui devait leur servir de maison de plaisance.

1. Chronique des évêques de Meaux.


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On connaît une charte datée de Germiniacum, au mois de juillet 1197, par laquelle l'évêque Anseau donne à la maison-Dieu des lépreux de Saint-Lazare de Meaux, pour le repos de l'âme de sa mère, cinq arpents et demi de terre et vigne que Hubelin, fils de Jean de Crécy, tenait dans sa justice près de Villenoy.

Anseau mourut en 1207, et pendant une longue période ses successeurs, issus des familles seigneuriales de Cuisy et de Poincy, possesseurs d'autres maisons de campagne dans la contrée, négligèrent celle de Germigny, dont on dut réparer le délabrement lorsqu'on voulut l'habiter de nouveau.

Au moment du mariage de Philippe le Bel, qui réunissait le comté de Champagne à la couronne, la prospérité publique semblait prendre un essor favorable ; malheureusement la peste, l'altération des monnaies, une série de troubles et de guerres qui devait se prolonger, vinrent encore jeter la désolation dans la Brie, en dépeuplant les villages. Au xiv° siècle, pourtant, les habitants des campagnes étaient mieux traités par les seigneurs qu'aux siècles antérieurs ; Meaux jouissait depuis longtemps déjà de sa charte de commune, dont profitaient plusieurs localités voisines, et le servage avait été aboli sous certaines conditions dans les paroisses filles de Févêché. C'est même le clergé qui avait donné le signal de l'affranchissement des serfs dans ses possessions, mesure favorable à la culture du sol et à l'accroissement des récoltes ; les rois, à leur tour, possédant la Brie dans leurs domaines, y avaient supprimé la double servitude réelle et personnelle.

Les anciens hommes de corps ou hôtes de Varreddes et de Germigny étaient affranchis, mais ils devaient en revanche la taille au seigneur, plus huit journées de corvée des animaux qu'on attelait à la charrue et une journée d'homme, en carême, pour travailler au clos de l'évêque. Le maire-juge, institué par le seigneur, était seul dispensé de ces corvées, qu'on remplaça plus tard par un impôt.

Quand la maison de plaisance de Germigny se trouvait en état et que les évêques y séjournaient, ils y ont reçu à diverses reprises les rois de passage dans la Brie.

Dom Mabillon mentionne, des ordonnances de saint Louis, en 1253, et de Philippe le LaB^§S&k 1319), datées de ce lieu. La première prouve que ce/feyiîîâTgâîiv&t quelquefois habitée par

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1. De arte diplomatica Y^kV*"^" /''7


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l'évêque Pierre de Cuisy ; la seconde ordonnance contient les privilèges accordés aux religieux de Royal-Lieu, près Compiègne.

Au temps de Philippe le Long, l'évêque était Guillaume de Brosse, chargé en 1318 d'une mission politique et que le roi devait encore députer auprès du pape Jean XXII pour traiter d'affaires délicates 1. De Brosse fréquenta Germigny, comme avait fait son prédécesseur Simon Festu, dont on a une charte pour l'abbaye de Faremoutiers signée à sa maison de campagne, en 1313.

Les Itinéraires des rois montrent également que Philippe le Bel y était venu en mai 1305 et en août 1309.

Plus tard, le roi Jean II dit le Bon nomma au siège épiscopal de Meaux son aumônier Jean Rouhier ; celui-ci se rendit aussitôt dans cette ville (octobre 1361) et, avant même d'avoir accompli son entrée solennelle à la cathédrale, selon la coutume, il entreprit à l'hôtel seigneurial de Germigny des travaux de construction, pour lesquels il fit extraire la pierre de ses carrières de Varreddes et de Rezel.

Plusieurs auteurs rapportent qu'à la considération de Jean Rouhier, le roi Jean venait chasser au château des évêques de Meaux; il y était en effet au mois d'août 1362, comme en témoignent les lettres relatives à l'union du château de Montaigu au bailliage de Troyes*. L'année suivante on l'y retrouve avec son favori Gaucher de Cbâtillon 3, et c'est là (6 septembre 1363) que le monarque signe le don, au profit de son quatrième fils, Philippe le Hardi, du duché de Bourgogne tenu en pairie, apanage fatal au repos du royaume et que ses successeurs devaient chèrement payer.

L'Itinéraire de Philippe le Hardi, publié par M. Ernest Petit 1, constate que dès le samedi 12 août précédent le prince était venu de Coulommiers à Germigny pour souper; qa'il y trouva le roi son père et resta avec lui jusqu'au mercredi 23, « défrayé, ainsi que son commun, entièrement. »

Cette résidence d'été des évêques était alors un château à tourelles, peu propre à être défendu, malgré son aspect féodal et en

1. Gallia christiana.

2. Ordonnances, t. IV, p. 217-219. — Itinéraires des rois.

3. Ms. de Rochard. — Bibliothèque publique de Meaux.

4. Imprimerie nationale, 1868, 1 vol. in-4° de la collection des documents inédits sur l'histoire de France.


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dépit de ses murailles, qui le fermaient du côté du village et des bois. Jamais d'ailleurs on ne l'avait considéré comme un lieu sûr; en 1228, Pierre de Cuisy avait fait confirmer par le comte de Dammartin-en-Goëlle un ancien privilège aux termes duquel celui-ci devait recevoir dans sa forteresse le prélat et sept personnes de sa suite, sans armes, dès que les circonstances lui faisaient craindre de n'être pas en sûreté chez lui.

Les seigneurs de Germigny* se voyaient assez fréquemment obligés d'user de rigueur pour faire respecter leurs prérogatives, leurs droits exclusifs de justice-mairie et de sergenterie, ceux de four, moulin et pressoir banaux, et aussi pour recouvrer la taille due par les vassaux. Les procès se succédaient. Jean Rouhier engagea notamment contre le prévôt de Meaux une procédure qui aboutit à un arrêt du Parlement du 28 juin 1365, déclarant que les évêques avaient toujours exercé la justice jusque sur la partie du territoire de Trilport qui s'étend vers Germigny et Drancy, ainsi que sur un pré voisin de la Marne, où se tenaient les jeux de la fête patronale Saint-Pierre. Cet arrêt maintient en conséquence l'évêque dans le droit de faire garder la fête, en sa qualité de seigneur haut justicier.

Le 10 décembre 1404, c'est l'un des successeurs de Jean Rouhier, Pierre Fresnel, qui obtient une sentence contre les habitants de Germigny, pour les obliger à se libérer de 25 livres de taille abonnée. Mais les temps deviennent malheureux. Pendant l'occupation anglo-bourguignonne du xv° siècle, les villages de la Brie sont en partie abandonnés et les champs restent incultes. La taille cessa encore d'être payée, même aprèsle départ des Anglais. Le 13 mai 1452, les gens de Germigny se reconnaissent bien débiteurs de cette taille de 25 livres (plus de 40 sols de sergenterie)', mais l'évêque Le Meunier dut modérer le tout à 4 livres par an pendant dix années, « attendu la pauvreté des débiteurs. »

Jean Du Drac, qui vint ensuite, donna à bail (1463) le moulin et la pêche moyennant 34 livres ; des baux successifs nous apprennent que le moulin « à fouler draps » fut transformé tour à tour en moulin à huile et à blé. En 1480 on l'amodiait encore avec la

1. On disait indifféremment Germigny-sur-Marne ou Germigny- l'Évêque, pour établir la distinction avec Germigny-sous-Coulombs, situé aussi dans le diocèse de Meaux; la dernière appellation prévalut dans la suite.

2. Dans la paroisse de Villenoy, autre fille de l'évêché, la taille abonnée était de 30 livres et la sergenterie de 10 livres (Archives de Seine-et-Marne, G. 25).


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pêche, mais le prix de location était porté à 56 livres tournois, plus 50 anguilles; par convention spéciale, le gros poisson revenait au bailleur à titre d'aubaine, et la totalité même de la pêche lui était réservée lorsqu'il se trouvait à sa maison de Germigny.

On affermait aussi la métairie, les grosses dîmes, le bac,, le pressoir, les censives, en ne retenant guère que la jouissance du logis seigneurial, peu fréquenté au temps de Jean Du Drac, qui possédait en propre le château de Glaye et s'y tenait de préférence lorsqu'il résidait dans son diocèse.

L'ensemble de ces locations ne constituait qu'un revenu relativement modique. Encore la maison de Germigny se trouvait-elle, de son côté, grevée de plusieurs rentes ; elle payait 6 livres au chapitre de la cathédrale, 24 sols à la chapelle Saint-Nicolas, fondée à l'évêché, etc. Le prélat acquittait de plus, sur son moulin, une autre redevance d'un muid de seigle à l'abbaye du Pont-auxDames. Ces rentes n'étaient pas toujours exactement servies ; les chanoines eux-mêmes durent obtenir sentence contre les fermiers de l'évêque Louis de Melun, en 1480.

Ce Louis de Melun, aumônier du roi, fils du seigneur de La Borde-au-Vicomle, près Melun, et de Nicole de Nantouillet, résidait à Germigny plus fréquemment que ses prédécesseurs, et c'est même là qu'il mourut de la peste le 13 mai 1483.

Un an avant la mort de Jean Du Drac — vers le temps de Pâques 1472 — les habitants de Meaux, avertis de l'approche des Bourguignons, avaient envoyé trois cents personnes dans le bois de Poincy pour couper des fascines destinées à garantir les murs de la ville ; mais la seigneurie de Poincy appartenait à l'abbaye de Saint-Denis, près Paris : la coupe des fascines était à peine commencée que l'abbé s'opposait à l'introduclion des travailleurs dans ses bois et les ajournait à la chambre des requêtes du palais. Il y eut accommodement moyennant 40 sols parisis, représentant le dommage causé, et les fascines furent complétées dans le bois de l'évêque. Cette fois, les dégâts allaient être autrement importants, car la sape des taillis se prolongea au delà de toute nécessité, sans protestation de la part des évêques Tristan de Salazar et Louis de Melun. Quand leur successeur Jean Lhuillier fut installé, il fit d'abord confirmer son droit de haute justice sur Germigny (13 septembre 1486) et son droit de garenne, afin d'interdire à quiconque de chasser dans l'étendue de cette justice ; puis il

1. Ce bac a été remplacé, de nos jours seulement, par un pont.


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demanda réparation des dommages causés dans les 1800 arpents de bois situés entre Germigny et Trilport, après la vacance du siège épiscopal qui s'était produite au décès de Jean Du Drac. Un procès s'engagea; nous n'en connaissons pas l'issue.

La ferme de Rezel, sur la paroisse de Germigny, apparaît alors comme une seigneurie particulière. Elle comprend, en 1487, 120 arpents de terres en friches, plus 80 arpents advenus au seigneur-évêque par droit d'aubaine, et le tout est affermé à raison de trois muids de grain, deux tiers seigle, un tiers avoine, — outre cette condition, imposée au preneur, de bâtir quelques travées neuves et de défricher 10 arpents par an. A côté des bâtiments d'exploitation existaient des masures entourées de terres, jardins, prés, bois, îles et censives ; c'était ce qu'on appelait l'hôtel de Roizel, possédé par Philippe de Baisy, sieur de Villecomte et du Guisat, qui en fit donation au chapitre de la cathédrale, le 21 février 1472, à charge de services religieux.

L'évêché avait églement réuni à son domaine une nouvelle métairie. Jean de Pierrepont, devenu évêque, donna à bail, outre la ferme de l'enclos seigneurial ou ferme dîmeresse, celle de la rue de Saint-Fiacre, qu'on appelait la Bosliart ou Bauliard, du nom de ses anciens possesseurs 1. Il mourut en 1510, et au bout de sept ans — le 22 août 1517 — Catherine des Barres, veuve de Gilbert de Pierrepont, frère et seul héritier du prélat, crut pouvoir aliéner cette ferme de Bosliart, qu'elle considérait comme un bien propre de la succession. L'acquéreur était Arthus Saligot, seigneur de Montceaux. L'évêché, après avoir d'abord laissé l'héritier de M. de Pierrepont en jouissance de sa ferme, après avoir même touché les lods et vente lors de la cession de 1517, se ravisa un peu tardivement et il y eut procès. Un arrêt du Parlement de Paris du 4 mai 1527 obligea le seigneur de Montceaux à déguerpir, et Catherine des Barres à rembourser à ce dernier son prix d'acquisition : l'évêque Guillame Briçonnet rentra ainsi en possession de la Bosliart.

Briçonnet a daté de Germiniacum Episcopi, au mois de janvier 1530 (1531), une charte reproduite par Dom Duplessis 2. Moins de dix ans après, son successeur médiat, Jean de Buz, concédait à des locataires les fermes de Bosliart et de Maisement, avec les terres d'une ancienne ferme appelée Ourry, en même temps qu'il donnait

1. Un château portait aussi ce nom, sur le territoire de Neufmontier.

2. Histoire de l'église de Meaux, t. II.


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à bail emphitéotique pour 80 ans, à partir de Pâques 1541, à un charpentier nommé Hommet, le moulin à drap de Germigny, moyennant 30 livres de rente. Cette rente, représentant environ 500 fr. de notre monnaie, était garantie par divers biens, notamment par la moitié d'un moulin du pont du marché de Meaux, « de ceux qu'on dit les molins d'Angleterre' ».

Quand M. de Vieupont occupa à son tour le siège de Meaux, il bâtit à Germigny un pavillon neuf (1605). Les documents de cette époque constatent qu'il loue les deux colombiers « des tournelles du château », la ferme dîmeresse, celle de Bosliart et une autre dite de Jacotin du bois (29 arp., plus 50 arp. en la garenne) 2.

La cour fréquentait Montceaux, château royal construit par Catherine de Médicis, à deux petites lieues de Germigny. — Louis XIII fit avec les évêques plusieurs échanges de bois pour redresser les limites de son domaine, et, à cette occasion, il visita la maison de plaisance à plusieurs reprises ; le 18 juillet, la reine vint même chasser à Germigny : c'est là, d'après Bassompierre, que fut consommée la ruine de La Vieuville.

Pendant la minorité de Louis XIV, alors que l'évêque Dominique Séguier restaurait et embellissait sa résidence de Meaux, la contrée voisine subit le passage des troupes de la Fronde. Au mois de mars 1652, Trilport était saccagé par le séjour de deux régiments ; à Varreddes, les soldats du roi, commandés par Vaubecourt, se livraient au pillage, maltraitaient les habitants pour en tirer de l'argent, et leur enlevaient 10 chevaux et 40 vaches. Il semble, d'après les informations judiciaires qui s'ensuivirent, que Germigny échappa à cette épreuve.

M. Dominique de Ligny, neveu et successeur de Séguier, prit possession de l'évêché en 1659. En affermant le temporel, l'année suivante, moyennant 17,000 livres, il se réserva les émoluments du sceau et — comme ses devanciers — le domaine de Germigny, où il allait exécuter de grands travaux. C'est lui qui transforma cette demeure; il en fit un véritable château dans le goût moderne et y dépensa, dit-on, plus de 50,000 écus 3.

A ce propos, M. Garro [Histoire de Meaux) remarque que les prélats d'alors ne restaient pas indifférents au goût du luxe et à

1. Archives de Seine-et-Marne, G. 38.

2. C'est maintenant La Queue du Bois. •

3. D. Duplessis, Histoire de l'église de Meaux. — Mgr Allou, Chronique des évêques.


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l'amour du bien-être, car la maison de plaisance de M. de Ligny fut superbe et ornée à l'avenant : « Il n'y manque presque rien de ce que l'art et la nature peuvent enfanter de plus beau' ». Il est juste d'ajouter, avec M. de Longpérier-Grimoard', que le prélat faisait un noble emploi de sa fortune, et que les sacrifices qu'il s'imposa pour laisser un château à ses successeurs ne ralentirent nullement ses aumônes et ne l'empêchèrent pas de tester en faveur de nombreux établissements charitables.

L'église de la paroisse de Germigny, dédiée à saint Barthélémy, se trouvait encastrée dans la cour même du château; en 1661, M. de Ligny l'avait fait abattre pour gagner de l'espace. Il construisit aussitôt une église neuve sur un emplacement plus convenable ; cet édifice fut suffisamment vaste (35 m. sur 10), mais absolument dépourvu d'architecture, sans bas-côtés ni piliers ; on fit cependant une voûte, un transept et un clocher assez élevé, surmonté d'une flèche.

Ce n'est pas que l'aspect du château lui-même fut très élégant, bien qu'on ait qualifié cette construction de superbe, et que Massillon la dise magnifiquement bâtie. Elevée de deux étages audessus du rez-de-chaussée et de l'entresol, avec toiture à la Mansart, accostée de deux pavillons fort simples, elle nous semblerait plutôt aujourd'hui modeste. Mais sa terrasse dominant le cours de la Marne sur une longue étendue, sa cour, son avantcour fermées de grilles en fer forgé auxquelles aboutissaient trois avenues 3, ne laissaient pas de lui donner un grand air. Les distributions intérieures, l'ordonnance des appartements confortablement meublés, ornés de tableaux et de tapisseries, avaient été parfaitement entendues : on y trouvait, à côté de vastes logements en quelque sorte distincts, salons de réception, bibliothèque, salle de billard, chapelle, auditoire pour les plaids du juge-maire et du juge-gruyer, car l'évêque avait une gruerie pour la répression des délits commis dans ses bois 1. De vastes écuries et remises permettaient de recevoir à la fois de nombreux équipages. Ce qui ajoutait encore à l'agrément de cette demeure, c'était sa situation

1. D. Duplessis.

2. Notice héraldique sur les évêques de Meaux, Le Blondel, éditeur, 1876, in-8°.

3. Outre le grand chemin planté qui, partant de Trilport, allait longer le village de Germigny et passer devant le château.

4. En 1665, le juge-gruyer était Louis Péan, maire de Trilport et Germigny, receveur général de l'évêque.


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avantageuse à courte dislance de Meaux. Enfin, la beauté des jardins et du parc en faisaient une délicieuse résidence d'été, et l'on ne doit pas oublier que les bois d'alentour offraient des chasses giboyeuses, — dont, il est vrai, les terres labourables avaient fort à souffrir.

Les agréments de Germigny ont été célébrés, non seulement par P. Le Ber, vieux magistrat meldois ', dans un petit poème latin qu'il fit paraître en 1677 (in-4° de 8 p.), mais aussi par le poète Santeul, au temps de Bossuet. Les vers latins de Santeul, que Danchet a traduits, ont été imprimés avec la traduction en regard, ils se retrouvent dans la Santoliana. (Cologne, 1722, in-4°.)

Bossuet aimait cette maison de plaisance, où les beaux jours le ramenaient chaque année, dès que ses fonctions à la cour et ses devoirs le lui permettaient. Ici, comme à Versailles, comme à Paris, comme à Meaux, « il travaillait et ses livres le suivaient partout 2 ». Sa présence en cet endroit y attira d'illustres visiteurs. Aussi M. Carro a-t-il pu dire 3 que Germigny était alors connu de toute l'Europe, tant les étrangers de distinction, ainsi que les princes du sang et beaucoup d'autres hauts personnages de France, lorsqu'ils passaient à Meaux, se faisaient un devoir d'y aller visiter Bossuet et un plaisir d'y être reçus.

Lors du voyage de Louis XIV clans le Luxembourg, en 1687, le duc de Bourbon et le prince de Conti se détachèrent de la suite du roi pour s'arrêter à Germigny (12 mai) ; ils firent de même au retour (6 juin), et quelques jours après arrivèrent le comte de Toulouse, le marquis d'O, puis le duc du Maine.

Le 17 mai 1690, le Dauphin, parlant la seconde fois pour la guerre d'Allemagne, vint à son tour trouver son ancien précepteur à Germigny; il y coucha, ainsi que le duc de Vendôme, le comte de Brienne, le comte de Sainte-Maure et d'autres officiers qui l'accompagnaient.

On sait avec quel soin l'illustre évêque entrait dans les détails de l'administration diocésaine. Il avait été nommé à Meaux en 1681 et avait pris possession le 8 février 1682, au moment où il dirigeait

1. Conseiller du roi et prévôt de Meaux, mort à 96 ans le 10 avril 16S7, — auteur d'une autre pièce de vers latins sur le Rocher de Crégy.

2. L'abbé Ledieu; Mémoires, I, p. xxix.

Bossuet connaissait le château de Germigny avant d'être évêque de Meaux; il a daté de là lo 29 juin 1673, une lettre à M. de Francastel, qui figure dans un catalogue d'autographes de Laverdet; 1855, n» 196.

3. Histoire de Meaux.


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l'assemblée du clergé de France et publiait son Discours sur l'Histoire universelle; dès le 28 décembre de la même année, il donnait aux habitants de Germigny une ordonnance pour la police et le règlement des moeurs dans leur paroisse.

Ce règlement contient une série de défenses relatives aux cabarets, au repos du dimanche et des fêtes, aux mascarades, aux danses publiques, aux jurements et blasphèmes; il ressemble à nombre d'ordonnances édictées par les juges de police aux derniers siècles et est peut-être moins sévère que beaucoup d'autres, mais c'est un document d'un genre spécial, rédigé par Bossuet et encore inédit : il présente par cela même un intérêt particulier. Nous le reproduisons en appendice à la suite de celte notice.

Le 29 mai 1685, l'évêque signait à Germigny un mandement pour supprimer la fête-foire qui se tenait le jour de la Trinité, à la porte du couvent de Cerfroy. Cette réunion, en un jour solennel, était, paraît-il, l'occasion « de mille impiétés, d'un honteux commerce, de rendez-vous, de danses dangereuses, de fréquentes ivrogneries, de querelles et blasphèmes, qui scandalisaient le peuple et troublaient le service divin ».

Les abus qui s'étaient introduits dans l'administration des hôpitaux et du bien des pauvres ne pouvaient manquer d'attirer son attention; il fit des règlements pour la plupart de ces établissements.

Le village de Varreddes, voisin de Germigny, dont il n'est séparé que par la Marne, possédait un de ces Hôtels-Dieu remontant au XIII 0 siècle, longtemps desservi par des religieux et appauvri d'une partie de son revenu par le fait d'administrateurs peu scrupuleux; Bossuet y apporta une réforme complète (1691-1692), en supprimant le titre d'administrateur' et en plaçant là deux soeurs de charité. Il exigea que tous les fonds fussent consacrés exclusivement au soulagement des pauvres malades de Varreddes et de Germigny, et réunit à la cure de ce dernier village la chapelle de l'Hôtel-Dieu.

Le prélat entretenait lui-même dans son château une petite chapelle particulière, toute modeste, mais décemment ornée. C'est dans le silence de cet oratoire qu'il reçut l'abjuration de plusieurs protestants de marque, tels que Joseph Saurin (15 septembre 1690) et le docteur danois Jacques Winslow (octobre 1699).

1. Le 16 juin 1691, Bossuet nommait encore administrateur Charles Inger, prêtre, et dès le 29 du même mois il supprimait le titre. Cet acte du 29 juin, signé de l'évêque, est conservé à la mairie do Varreddes.


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En 1695, Bossuet avait reçu à sa campagne Mmo de Montespan, retirée de la cour, et sa soeur l'abbesse de Fontevrault. Les années suivantes et particulièrement durant l'été et l'automne de 1705, il y eut nombreuse société; outre des_ parents et des ecclésiastiques de distinction, on vit alors séjourner et se succéder chez lui les familles d'Ormesson, de La Briffe, Tuboeuf, de Coulanges, d'Aguesseau, le président Portail, les Arnauld de Pomponne, etc.

Dans les premiers jours d'août, le cardinal de Noailles y était venu; le 13, il avait été remplacé par le maréchal de Villeroy, s'arrêtant au passage avant son départ pour le Milanais, et quelque temps après, c'est le peintre Hyacinthe Rigaud qui s'installe à Germigny pour commencer le portrait bien connu de Bossuet,

— un nouveau portrait, comme nous le verrons tout à l'heure. « Il a, dit l'abbé Ledieu, chanoine de Meaux et secrétaire particulier de l'évêque, le dessein d'en faire un grand tableau en pied, revêtu de l'habit d'église d'hiver. »

Ledieu, qui écrit ses notes au jour le jour, constate que le peintre du roi arrive à Meaux le 2 novembre, sur les trois heures, dans une chaise roulante que l'abbé Bossuet lui avait envoyée à Paris; que le soir même, on l'emmène coucher à Germigny, où le lendemain jeudi il est à l'oeuvre. Dès le 5, le portrait est achevé,

— ou du moins, reprend Ledieu, « la tête faite dans une petite toile qui se collera sur la grande ».

« Ce dimanche 6, Rigaud a donné une touche à son portrait et l'a mis à sa dernière perfection, en sorte qu'on trouve que c'est la plus belle tête et le plus parfait ouvrage qu'il ait peut-être jamais fait, comme il en convient lui-même et s'en fait honneur. M. de Meaux en est aussi très content. M. et Mm 0 Bossuet, M. l'abbé (neveu du prélat), M. Ghazot et toute la compagnie qui a vu faire cette peinture et comment elle a été conduite, tout le monde est dans l'admiration*. »

Ce n'est donc pas, comme on l'a souvent répété, de l'année 1699 qu'il faut dater le joli portrait en pied qu'on voit au Louvre, toile de 2m40 sur lm65 achetée par le Musée en 1821 à la vente Crawford, moyennant 5,000 francs.

Quand on cite la date de 1699, il s'agit évidemment d'un premier portrait exécuté par le même artiste, qui en avait fait plu1.

plu1. paraît que Rigaud fit aussi le portrait de l'abbé Ledieu, — lequel cependant n'en dit rien dans son journal; ce portrait se trouve maintenant au musée de Péronne.


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sieurs copies; ainsi, Ledieu dit à la date du 27 septembre 1700 que « M. de Meaux a été chez Rigaud, l'après-diner, faire retoucher ses deux portraits (deux copies) pour M. le chantre et pour M. de Moréri, de Meaux ». On a retrouvé en 1851, à la Villa del Poggio Impériale, une de ces copies, faites par Rigaud; elle est maintenant à Florence au Musée des Ufflizi (n° 684 du catalogue). En ce qui concerne le nouveau portrait ', — celui du Louvre — où Bossuet est revêtu des habits pontificaux d'hiver, les Mémoires de l'ancienne Académie de peinture notent que Rigaud n'a peint en 1701 que la tête (comme le dit aussi Ledieu) et que l'ouvrage ne fut terminé qu'en 1705, — après la mort du prélat. Il a été gravé, en effet, par Édelinck en 1705=, et au mois de novembre de la même année l'abbé Bossuet, neveu, achetait la planche chez un libraire, dans l'intention de placer cette gravure en tête du premier ouvrage de l'ancien évêque de Meaux qu'on imprimerait. La planche en taille douce fut payée 250 livres 3.

En 1702 (8 juin) Bossuet avait fait les honneurs de sa maison de campagne à deux savants bénédictins qu'il tenait en haute estime, dom Ruinart et Jean Mabillon '.

Des membres de sa famille s'y réunissaient habituellement à l'arrière-saison ; il arriva même que Mm 0 L. Bossuet, sa nièce, y mit au monde le 19 octobre 1702 une fille qu'on baptisa le lendemain à l'église delà paroisse et dont l'évêque fut le parrain. Cette enfant, prénommée Marguerite-Bénigne, est morte en bas âge.

La beauté naturelle du site de Germigny charmait Bossuet, mais il ne perdait pas son temps dans les jardins; aussi son jardinier se plaignait d'une telle indifférence : Ah! dit-il un jour à l'évêque qu'il vénérait, si je plantais des saint Augustin et des saint Chrysostôme, vous les viendriez voir, mais pour vos arbres, vous ne vous en souciez guère.

Le maître, sensible au reproche du vieux serviteur, augmenta ses gages et lui envoya de superbes orangers provenant du château de Versailles.

Le célèbre prélat avait une manière de vivre là, dans sa famille, avec ses amis et même avec ses domestiques, d'une dou1.

dou1. de Ledieu, 3 septembre 1701.

2. Edelinck avait déjà gravé le premier portrait en 1701, in-f°.

3. Journal de Ledieu, II, p. 332.

4. A la suite de ce voyage, Mabillon parle de la maison de Germigny comme d'un lieu fort agréable, bâti magnifiquement, embelli par ses eaux et ses jardins.


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ceur, d'une honnêteté, d'une noblesse qu'on ne saurait dire. Ainsi s'exprime l'abbé Ledieu dans ses Mémoires, où il rappelle encore que les plus fameux prédicateurs « lui ont fait l'honneur de prêcher dans sa cathédrale la fête de saint Etienne d'été, ravis de venir goûter à la campagne les délices de sa compagnie ».

Si le séjour de Germigny était particulièrement agréable à Bossuet, il n'était pas moins profitable aux populations d'alentour; l'évêque y accueillait les humbles comme les grands; les malheureux éprouvaient les effets de sa charité, d'autres venaient solliciter son appui, ses conseils, et nombre de contestations ont été aplanies de la sorte sans recourir à la justice.

L'aigle de Meaux s'éteignit le 12 avril 1704.

Dès le mois de juin suivant, à la Saint-Jean-Baptiste, M. de Bissy, évêque de Toul, désigné pour le remplacer, vint visiter sa future résidence et le jour même se rendit à Germigny, avec une nombreuse société d'ecclésiastiques ; on y dîna, on visita les appartements et les dehors, les jardins, la terrasse du bord de la rivière. Le 25, le nouvel évêque ayant entendu la messe à l'église de la paroisse, prit la poste pour regagner Toul. Il ne se fit installer qu'au mois de mai 1705, partageant déjà la prédilection de son illustre prédécesseur pour le château de Germigny, qu'il projetait d'embellir et de meubler à neuf.

L'un des premiers soins de ses hommes d'affaires fut d'actionner les héritiers de Bossuet, à propos d'une coupe de taillis et des réparations que réclamait la propriété. Il y eut accord à ce sujet, et l'abbé Ledieu s'en réjouit : « c'aurait été une grande honte, dit-il, d'entendre les avocats se chamailler dans les audiences publiques sur les dégradations des bois, sur la palée de Germigny, sur les bassins ruinés et autres négligences criantes ». On ne plaida pas moins pour les réparations de la cathédrale ; on plaida même assez longtemps, car le procès ne finit qu'en 1711.

Cet abbé Ledieu note ensuite dans son journal que M. de Bissy reçoit à sa campagne grande compagnie, qu'il y entreprend des travaux (avril 1706) et passe marché pour des embellissements, pour des parquets et des cheminées à la mode.

Le chroniqueur, tout entier à la mémoire de Bossuet et peu favorable à son successeur, nous apprend que ce dernier dépensa 12,000 écus pour meubler l'évêché et Germigny, mais qu'il n'hésita pas à enlever pour son usage des tapisseries de l'église. Il remarque encore que Germigny, où l'on prépare à loisir les mandements contre les jansénistes, est ouvert aux PP. Jésuites; que


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l'évêque n'assiste pas à la messe de la paroisse, les dimanches et fêtes, non plus que ses domestiques; enfin, que son aumônier Denis (auquel on eut d'autres reproches plus graves à adresser et qui fut congédié assez promptement) s'en va chasser dans les bois voisins eu pourpoint, la gibecière au côté et le fusil sur l'épaule...

Plus loin, on voit M. de Bissy s'occuper des jardins et augmenter le nombre des bassins (1707). Il paraît vouloir jouir de cette maison, remarque Ledieu; on ne manque pas de dire que Bossuet n'y a rien fait, « ce qui est faux, car il a dépensé 10,000 ft aux deux conduites des fontaines, où il a mis des tuyaux de grès, et il a tout entretenu ».

En 1709, à la suite d'une visite de Phélypeaux, intendant de la généralité de Paris, on adjuge les travaux de réparation, du marche-pied de la Marne, en face du château; ce travail coûta 36,850 livres et fut payé sur le produit des bois de l'évêché.

M. de Bissy commençait alors à combattre les prétentions des officiers de la capitainerie royale des chasses de Montceaux, qui englobaient les bois de l'évêché dans leur juridiction; il y mit une grande persistance, des mémoires sur procès furent imprimés de part et d'autre et se renouvelèrent jusqu'à ce que des arrêts du Conseil, des 13 avril 1726 et 7 août 1728, eussent définitivement distrait de la capitainerie la garenne de Germigny.

Les parents de l'évêque venaient souvent pour profiter de ce droit de chasse; c'était l'occasion de grandes réunions au château, et, malgré les contestations pendantes, les principaux officiers de la capitainerie y étaient conviés.

Aux fêtes de la Pentecôte 1712, M. de Bissy réunit tous ses proches, ainsi que la famille Chauvelin, à la suite du mariage de son neveu, Anne-Claude de Thiard, marquis de Bissy, colonel de dragons, avec la fille de M. de Chauvelin, conseiller d'Etat. Cette société, dit Ledieu, passa une semaine à Germigny « en grands régals ».

C'est là aussi que le prélat sut, au mois de juin 1713, par un exprès de M. de Torcy, secrétaire d'État, la nouvelle de son élévation au cardinalat, comme Bossuet y avait appris naguère (30 octobre 1697) qu'il était choisi pour premier aumônier de la duchesse de Bourgogne.

Enfin, notons en passant un petit fait qui rappelle comment on se divertissait à l'occasion dans cette maison de plaisance.

En 1730, les jésuites avaient fait représenter chez eux, puis fait


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imprimer à Lyon, sous la rubrique de Liège, une pièce de leur composition intitulée la Femme docteur ou la théologie tombée en quenouille. Les directeurs jansénistes y étaient peints sous les traits de nouveaux Tartuffes et les dames jansénistes avec le ridicule des femmes savantes. Cette pièce avait causé assez de bruit pour qu'on en fit saisir 200 exemplaires chez les libraires par ordre du prévôt des marchands; cependant les auteurs l'envoyèrent à M. de Bissy, qui leur était dévoué, dans l'espoir qu'elle serait donnée au public de Meaux au moment de la distribution des prix du séminaire-collège. On était en garde ; elle ne fut pas donnée au collège, on se contenta d'en jouir en petit comité. D'après les Nouvelles ecclésiastiques du mois de juillet 1731, la Femme docteur fut jouée avec succès au château de Germigny devant le prélat, par les abbés qui composaient sa petite cour.

A cette époque, on avait réuni plusieurs fermes en une seule d'environ 400 arpents; on obtint même un arrêt du Conseil d'État' autorisant la démolition de celle de Rezel, restée deux ans sans locataire, « attendu la mauvaise nature des terres, sables brûlants, improductifs, et à la merci des bêles fauves venant des bois voisins ». Cependant elle ne fut pas démolie; le 24 janvier 1732, on la donnait à bail emphitéotique à Charles Courtier.

Le cardinal de Bissy mourut en 1737.

A peine son successeur M. de La Roche de Fontenilles était-il installé à Meaux que la maison de plaisance était dévastée par la grêle (4 juillet 1739), qui, du même coup, détruisait la moitié des récoltes et causait la ruine des trois principaux fermiers de l'évêché. Il fallut réparer les bâtiments : le Conseil d'État autorisa, en 1740, la coupe du quart de réserve des bois, pour faire face à la dépense jusqu'à concurrence de 10,000 livres. Un autre arrêt du 5 avril de la même année permit en outre de couper 30 arpents de bois et 150 ormes, pour subvenir aux frais d'acquisition de cinq maisons joignant les dépendances du château et sur l'emplacement desquelles on allait aménager une basse-cour, élever un colombier, un bûcher et des remises.

En 1750, M. de Fontenilles faisait édifier un [kiosque et achetait encore par échange, pour l'embellissement de sa demeure, divers immeubles amortis par le roi l'année suivante.

Il était remplacé, en 1759, par M. de La Marthonie de Caussade,

1. 17. mai 1731.


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nommé à la même époque premier aumônier de Mm 0 Adélaïde de France. A la fin de juin 1761, cette princesse et Mmo Victoire, sa soeur, lors d'un voyage aux eaux de Plombières, s'arrêtèrent quelques instants à Meaux, puis leur carrosse prit la route de Germigny, où l'évêque les reçut à dîner avec toute leur suite 1.

Le prélat s'intéressait à un jeune garçon du village, LouisNicolas Gouin, orphelin de père*, qui avait montré d'heureuses dispositions dans ses études au séminaire-collège de Meaux; il le recommanda à Mm 0 Adélaïde et le fit attacher à la maison de la comtesse de Provence. Gouin passa ensuite dans le service des postes; il s'est fait connaître plus tard comme pamphlétaire royaliste et est mort administrateur des postes, le 21 décembre 1825.

En 1770, à l'occasion de travaux au château, un arrêt du conseil permit à M. de Caussade d'abattre trois longues avenues d'ormes qui aboutissaient à la cour d'entrée, à condition d'y replanter de jeunes arbres. On dépensa seulement 2 à 3,000 livres, en ajournant de plus importantes restaurations qu'on avait d'abord projetées.

Le mobilier de Germigny, la bibliothèque, les orangers, étaient la propriété de l'occupant; ils disparaissaient avec lui et se renouvelaient à chaque mutation. Élégant sous M. de Ligny, plus sévère au temps de Bossuet avec ses tapisseries de Flandre et d'Auvergne, somptueux pendant le séjour du cardinal de Bissy, ce mobilier était tout à fait modeste sous M. de Caussade. A la mort de ce dernier, en 1779, ses héritiers firent enlever et transporter les meubles à Meaux et on les vendit à l'encan avec ceux de l'évêché, qui était mieux pourvu. L'adjudication produisit 19,659 livres 9 sols 6 deniers, dont 6,586 livres pour les vins 3.

M. de Polignac se rendit acquéreur de la majeure partie des effets de son prédécesseur*; mais il ne fit porter que le strict nécessaire à la campagne, où il se proposait de renouveler complètement l'habitation.

La reconstruction fut entreprise en effet, et, dès qu'on se mit à l'oeuvre, l'évêque prit à bail un pied-à-terre dans le village de

1. Archives de la ville de Meaux, BB, 6.

2. Né à Germigny en 1743, fils de Paul-Nicolas Gouin, marchand, et de Marie-Anne Goujon.

3. Archives de Seine-et-Marne, B. 422.

4. Il en acheta pour 13,262 liv. 11 sols.


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Germigny ' : c'était une maison bourgeoise d'assez belle apparence appartenant à M. de Perthuis 8.

Les événements se précipitaient. L'une des ailes du château était à peine achevée quand la révolution éclata.

En 1789, au moment de la convocation des électeurs dans chaque paroisse, pour le choix des députés en vue des États généraux et pour la rédaction des cahiers de doléances, M. de Polignac, appelé en sa qualité de seigneur de Germigny, s'était fait représenter par M. de Saint-Hilaire, archidiacre; le curé du village, M. Lucas, avait aussi chargé de ses pouvoirs un chapelain de Coulommiers; quant à la communauté des habitants, elle désigna pour députés MM. Buron et Ménager, électeurs.

En thèse générale, remarque M. Babeau 3, les seigneurs ecclésiastiques faisaient valoir leurs droits avec une modération qui permettait aux populations de les supporter plus facilement, et leur influence s'exerçait souvent aussi plus efficacement que de

1. Dans la cour Aury ou Ourry.

2. Remy de Perthuis, écuyer, conseiller du roi et contrôleur ordinaire des guerres, marié à Catherine-Nicole Claudin, était d'une famille noble Auxerroise et habitait Germigny-PEvêque. Son fils, Léon de Perthuis de Laillevault, est né à Germigny le 11 avril 1757; officier distingué du génie, ce fils fut fait baron de l'Empire avec majorât, le 3 juillet 1813, et est mort à Paris le 17 octobre 1818.

Marié en 1791 à M"' Marquelet de la Noue, de Meaux, Léon de Perthuis quitta le service à cette époque, vendit la maison de Germigny à son oncle, ancien chanoine de la Sainte Chapelle de Paris, et résida dans sa terre de Moulins-sur-Ouanne (Yonne). Il s'est fait connaître comme ingénieur et agronome. Outre sa collaboration aux mémoires de la Société d'agriculture de Paris, au Dictionnaire d'agriculture, au Cours d'agriculture édité par Déterville, on lui doit diverses publications particulières : Observations critiques sur l'ouvrage de M. Raulin, intitulé : Examen de la houille considérée comme engrais de terre; Amsterdam, 1777, in-12.

L'art de fabriquer le salin et la potasse, etc. (en collaboration avec Sage), 1777, in-8°; réimprimé en 1794 et traduit en allemand en 1795.

Recherches sur la houille d'engrais et les houillières, La Haye, 1783, 2 vol. in-12.

Moyens d'augmenter en France la fabrication de tapotasse (en collaboration avec M. de Perthuis père).

Traité de l'aménagement et de la restauration des bois et forêts de la France (rédigé sur les manuscrits de M. de Perthuis père) ; Paris, veuve Huzard, 1803, in-S°.

Mémoire sur l'art de perfectionner les constructions rurales, 1805, in-4° (couronné par la Société d'agriculture de Paris).

Mémoire sur l'amélioration des prairies naturelles et sur leur irrigation, 1805, in-8°.

Traité d'architecture rurale, Paris, 1810, in-4°.

3. Le village sous l'ancien régime.


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la part des seigneurs laïques. L'influence du seigneur de Germigny sur ses vassaux devait être celle d'un homme riche, instruit, disposé à combattre la misère et s'occupant de leurs intérêts, qui se confondaient avec les siens propres. Lorsqu'il intervenait auprès de l'intendant de la province, il était traité avec considération et voyait souvent ses demandes accueillies; il usait de son crédit pour soutenir les droits des habitants, « et dans ce rôle bienfaisant et utile, il ne rencontrait pas toujours l'ingratitude ».

A en juger cependant par le cahier de doléances des habitants de Germigny, qui nous est conservé, ceux-ci. ne se montrent pas plus satisfaits de leur situation dans cette seigneurie qu'on ne l'était partout ailleurs. Le voisinage de la capitainerie des chasses de Montceaux était toujours désastreux pour leurs récoltes, assez médiocres naturellement en raison de la pauvreté du sol; c'est un mal dont on se plaignait depuis longtemps, car déjà le bailliage de Meaux réclamait aux États généraux de 1614 la suppression des capitaineries, créées pour les plaisirs du roi. En 1789, les doléances se ressentent de l'esprit du moment; elles sont vives contre les impôts croissants, contre les privilèges de la noblesse et du clergé qui en aggravent encore le poids. Les habitants exposent qu'ils sont à la veille de manquer de pain. — La disette commençait à se faire sentir, et ils l'imputent moins à la grêle qu'aux ravages continuels du gibier : « Le haut clergé et la noblesse, disent-ils, semblent avoir communiqué à ces animaux le privilège de dévorer la subsistance du pauvre peuple, à qui il ne reste, pour ne pas mourir de faim, que ce que les bêtes ne peuvent pas détruire 1. »

M. de Polignac émigra en 1791. On raconte qu'avant son départ, il réunit tous les ouvriers qu'il avait occupés, ne voulant pas laisser de dettes, et qu'il embrassa en gémissant son charpentier de Meaux, Jean-Louis Mayette.

Ses biens furent confisqués ; on en fit l'estimation en 1792 et l'année suivante ils étaient mis en vente au profit de la nation.

Le mobilier de Germigny-sur-Marne (comme on disait alors) fut transporté à Meaux, où eut lieu la vente; il ne comprenait guère, en dehors des meubles courants, qu'une berline, quelques glaces, dix dessus de portes peints à l'huile et le tableau d'autel de la chapelle, toile assez insignifiante prisée seulement 3 livres dans l'inventaire estimatif.

1. Archives de Seine-et-Marne, B. 373. x. 8


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L'adjudication du château en reconstruction et de ses dépendances comprenant 140 arpents, dont 60 arpents d'allées et d'avenues, s'effectua au district de Meaux, le mardi 19 mars 1793; le prix s'éleva à 113,200 livres, et l'acquéreur, Charles Quesnel, traiteur à Paris, rue de la Harpe, souscrivit au bout de quatre mois une déclaration de command au profit de Jacques-Antoine Rouveau, ancien marchand de Paris, retiré à Versailles.

A peine en possession, Rouveau offre au district de Meaux de céder 10 à 12,000 livres pesant de fers provenant des grilles de clôture, que la nation pouvait utiliser pour la fabrication des piques et qu'on n'avait pas pris soin de réserver lors de la vente; nous ignorons quel accueil reçut cette proposition, mais elle semble démontrer que le nouveau propriétaire était disposé à tirer parti en détail de son acquisition.

Les ventes nationales se succédaient. Après la ferme de l'évêque, située dans le village et comprenant 387 arpents 72 perches de dépendances, on vendit celle de Rezel avec 254 arpents, puis le pressoir, le moulin, enfin les terres de la cure, le presbytère, les biens de la fabrique et la maison d'école.

La description du château rédigée par l'expert Glicquot, architecte à Meaux, lorsqu'on préparait la vente nationale, donne une idée assez complète de ce qu'était alors cette propriété. Nous allons l'analyser.

Une avenue d'ormes avec contre-allées conduisait en droite ligne à la première cour, garnie d'arbres; une seconde cour précédait encore le château et était fermée par des fossés entourés de barrières et par trois murs d'appui surmontés de grilles.

En face de la principale grille se trouvait le vieux château, composé d'un rez-de-chaussée, d'un entresol et de deux étages, ayant une toiture en ardoises à deux égouts; il prenait jour à la fois sur la cour, sur les jardins et sur le parterre.

En entrant, au rez-de-chaussée, régnait sur la longueur du bâtiment un vestibule, à gauche duquel était un grand escalier; à la suite, venaient la salle à manger garnie de boiseries, éclairée de quatre fenêtres et dallée de carreaux noirs et blancs, — puis une chambre à coucher boisée et parquetée, prenant jour sur le jardin. Derrière, cabinet de toilette et accessoires; entresol audessus.

A droite du vestibule, une grande antichambre précédait le salon de compagnie, accompagné de deux grands cabinets, le tout parqueté et garni de lambris de hauteur. Entresol au-dessus.


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Le premier étage se composait de cinq appartements complets, séparés par des corridors de dégagement.

Des chambres de domestiques et des gremiers occupaient le second étage.

L'aile de droite « reconstruite depuis deux ans sur un plan circulaire et en pavillon », était destinée au logement du concierge. Le rez-de-chaussée communiquait par un vestibule avec les grands appartements de l'habitation principale ; à la suite venaient la salle de billard, la chapelle, une salle de bains et un appartement complet. Mais dans toutes ces pièces, aussi bien au rez-de-chaussée qu'à l'entresol, les menuiseries (sauf les croisées) restaient à faire, ainsi que les planchers, dont une partie devait être en carreaux de pierre blancs et noirs, les uns en place, les autres déposés dans l'intérieur.

Le premier étage formait un appartement complet, également inachevé; le second étage, comme dans le bâtiment principal, était réservé aux greniers et aux chambres de domestiques.

L'autre aile conçue sur le même plan, mais qui n'était encore élevée qu'à la hauteur du premier plancher, était destinée aux offices, cuisines, salle de commun et accessoires, avec logement des officiers à l'entresol. La distribution prévue pour le premier étage devait comprendre deux appartements de maître. Cette annexe, comme la première, communiquait de plain-pied avec l'ancien château.

Près de l'aile de droite, une cour renfermait l'écurie pour 24 chevaux, avec greniers au-dessus, surmontés d'un comble en mansarde. A côté, se trouvaient les remises, un puits, une porte cochère ouvrant sur l'avenue. Dans une basse-cour à la suite, c'étaient des étables, d'autres écuries, un colombier circulaire; enfin, dans une troisième cour, il y avait poulaillers, toits à porcs, bûchers et accessoires.

Passant aux jardins en face du château, l'expert indique qu'ils sont « du plus grand agrément, tant par la vue que par la distribution, » et qu'à l'opposé des bâtiments ils se trouvent clos par un mur de terrasse au pied duquel coule la Marne. A l'extrémité de la terrasse, à droite, s'élevait un pavillon rond percé de quatre fenêtres, garni intérieurement de lambris et carrelé de pierre noire et blanche; vers la gauche, une grille de fer s'ouvrant dans le mur de clôture permettait d'accéder sur le port.

Le parc était en partie planté de taillis et de vignes ; le surplus,


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distribué en jardin anglais, renfermait un autre pavillon, une glacière et le logement du jardinier.

La description se termine par les potagers, fermés de murs et de grilles; enfin l'expert a soin de noter les allées d'ormes, tilleuls et peupliers, « réunissant différents points de vue ».

Le tout occupait une superficie de 144 arpents 60 perches, ainsi répartie :

Château, cour et avant-cour 2 arp. 60 p.

Parterre 11 » 55

Potager neuf 0 » 40

Grand potager 3 » 20

Parc 63 » 45

Verger entouré de haies vives 2 » 60

Allées 60 » »

Pâtis en luzerne, planté de 7 ormes . . 0 » 80 L'évaluation de l'architecte-expert ne dépassait pas 42,775 livres ; on a vu que le prix d'adjudication atteignit presque le triple de l'estimation.

Les constructions demeurèrent d'abord dans leur ■ état au moment de la vente ; ce qui était habitable fut occupé pendant une certaine période, tandis que les dépendances commencèrent à être démembrées.

Ce domaine passa des mains de l'acquéreur de 1793 à M. Ménager, natif de Germigny, qui fut député et baron sous la Restauration', puis à ses héritiers, ensuite à M. Gallois et à sa veuve, remariée à M. Deligny.

En 1833, Michelin constate dans ses Essais historiques sur le département de Seine-et-Marne que si le château a été en grande partie démoli, il subsistait pourtant à cette époque deux tourelles, un kiosque et un reste de galerie; que les jardins et les terrasses étaient de bon goût; enfin, que le parc, divisé en deux parties, venait d'être repeuplé de gibier*.

1. Antoine-Jean-François Ménager, né le 17 janvier 1756, mort le l" avril 1826, était fils de François Ménager, marchand, puis notaire, et de Anne-Denise Collinet. Il fut lui-même notaire et négociant en bois et charbons.

Le notaire royal qui existait à Germigny cumulait, comme on voit, l'exercice de son office avec le commerce. Avant François Ménager père, son beau-père Collinet était à la fois notaire, arpenteur, cultivateur, marchand de blé et marchand de bois.

2. Il y avait alors quatre autres maisons de campagne à Germigny; deux appartenaient au baron Ménager fils, une autre à M"" Ménager d'Orfeuil.


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Vingt-quatre ans plus tard, le 24 mars 1857, Mmo Deligny vend sa propriété aux époux Billard ; il y a maison d'habitation, pavillon, parterre, granges, écuries et remises, — cédés plus tard à M. Durand.

De ce domaine des évêques, dénaturé par le temps et par la fantaisie des propriétaires successifs, que reste-t-il aujourd'hui?

La terrasse du bord de la Marne est à peu près intacte, mais l'espace qui la longe, où s'étendaient les jardins et au delà les bâtiments, a été partagé en trois lots; Mgr de Briey, reliant de la sorte la chaîne des souvenirs, s'est rendu acquéreur du lot situé au nord, où sont encore le colombier à pied, le kiosque, une petite tourelle aiguë qui abrite l'escalier de l'ancienne habitation Billard et Durand, enfin quelques vestiges des communs.

Le parc, toujours boisé en grande partie, appartient à M. Dagieu.

On peut se rendre compte jusqu'à un certain point de ce qui existait à la fin du xvn° siècle, en consultant un petit plan gravé à l'angle de la carte de l'évêché de Meaux, levée par Chevalier, maître de mathématiques du roi, et publiée vers 1696 par Hubert Jaillot, qui l'a dédiée à Bossuet'.

L'ensemble se voit également figuré, bien qu'à une très petite échelle, sur un plan manuscrit de la paroisse de Germigny, dressé en 1777 par Didier, arpenteur royal et géographe, et qui fait partie des Plans d'intendance conservés aux Archives du département de Seine-et-Marne.

Enfin, à la Bibliothèque nationale (Estampes) il y a un dessin de la grille du potager, bel ouvrage de ferronnerie aux armes de M. de Fontenilles; ce dessin, daté de 1740, est approuvé par Cl. Charpentier, qui dirigeait les travaux que l'évêque faisait exécuter dans sa propriété pour réparer les dégâts causés l'année précédente par la grêle.

Tels sont les seuls souvenirs graphiques parvenus jusqu'à nous : on ne peut que regretter cette étonnante pauvreté.

On s'étonne que Germigny si connu, si fréquenté à l'époque de Bossuet, n'ait attiré l'attention d'aucun dessinateur de paysages, tandis que les châteaux d'alentour, des lieux moins réputés et des sites moins pittoresques, ont eu les honneurs de la gravure à partir d'une période antérieure, grâce à Claude Chastillon, à Israël Sylvestre, à Pérelle et à leurs imitateurs. Est - il supposable

1. Ce etit plan du château a été aussi gravé à part.


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encore, que parmi tant de visiteurs, il ne s'est jamais rencontré un amateur tenté de crayonner un simple croquis?

En tout cas, les dessins qui ont pu exister n'ont pas été conservés, et l'on ne connaît aucune vue de cette demeure seigneuriale, qui a occupé pourtant un rang à part au milieu de nombreux châteaux dont le pays meldois était doté au temps passé.

APPENDICE

Ordonnance pour la police et le règlement des moeurs de la paroisse de Germigny.

Jacques-Bénigne BOSSUET, par la grâce de Dieu et du S' Siège apostolique, EVESQUE DE MEAUX, seigneur spirituel et temporel de la paroisse de Germigny, aux habilans de notre dicte paroisse,

Nous, ne pouvant entendre qu'avec beaucoup de douleur les tristes plaintes qui nous ont esté portées par plusieurs personnes bien intentionnées pour le bon ordre, police et règlement des moeurs de noslre paroisse de Germigny contre quelques désordres et déréglemens quy s'y sont glissez par la mauvaise conduitte de plusieurs particuliers, au préjudice de ce qu'ils doibvent à Dieu et à leur prochain; Le souverain seigneur nous ayant mis l'autorité en main, AVONS FAIT CETTE ORDONNANCE pour estre mise à exécution contre les délinquans.

Nous DEFFENDONS très étroitement aux cabaretiers et hosteliers de donner à manger ou à boire à quy que ce soit des domiciliés du lieu mesme ou aux gens des paroisses voisines, pendant le service divin; non plus qu'es heures indues, qui sont après dix heures du soir depuis le jour de Pasques jusqu'au jour de la Toussaint, et après neuf heures du soir depuis le jour de la Toussaint jusqu'au jour de Pasques, excepté aux voyageurs, sur les peines pour les uns et les autres d'amende pécuniaire pour la première fois, et de prison pour la seconde, suivant les ordonnances et arrêts en cas de contravention.

Nous FAISONS DÉFFENSES auxditz cabaretiers et hosteliers, mesme à touttes aultres personnes de loger et tenir en leurs maisons des gens sans adveu ou inconnus plus d'une nuict, sans les dénoncer


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à nostre procureur fiscal pour en cognoistre, sur les mesmes peines et d'en répondre à leur propre et privé nom.

Nous DEFFENDONS pareillement auxdictz cabaretiers, hosteliers, mesme à toutes autres personnes de donner à leurs hostes ny souffrir qu'ils mangent des viandes deffendues en des jours d'abstinence, sur les mesmes peines, suivant l'ordonnance.

Nous FAISONS INHIBITION à toutes sortes de personnes, gens mariés ou non mariés, de sortir de leurs maisons ès-dites heures indues, sinon en cas de nécessité ; enjoignant aux parens d'y tenir la main comme étant responsables de leurs enfans et de ceux quêteur sont commis, sur les mesmes peines portées cy-dessus.

Nous DEFFENDONS très expressément aux joueurs de violon ou de quelques aultres instrumens de jouer publiquement ny entretenir aucune danse publique, es jours de dimanches et festes, sur les peines cy dessus; et deffendons à touttes personnes de dancer aux chansons esditz jours de dimanches et festes, soubs les mesmes peines.

Nous DEFFENDONS à touttes sortes de personnes de jouer ou entretenir aucuns brelans publics de dez ou de cartes, esditz jours, sur les peines portées cy-dessus.

Nous DEFFENDONS à touttes sortes de personnes de charrier ou faire aucune oeuvre servile es jours de dimanche et feste, sinon en cas que l'on jugera estre de nécessité et es jours de feste tolérée pendant le temps de la moisson, sur les mesmes peines, suivant les ordonnances.

DEFFENDONS pareillement à touttes sortes de personnes les mascarades et les déguisemens en tel temps que ce soit, ny mesme en celuy de carnaval, sous les mesmes peines que dessus.

DEFFENDONS à tous garçons d'aller dans les lieux où les femmes et filles tiennent les veillées, pendant l'hiver, et au maistre ou maîtresse de la maison où se tiendra la veillée, de permettre et souffrir que lesditz garçons y entrent et fréquentent, sur peine les uns et les autres de dix livres d'amende pour la première fois et de prison en cas de récidive.

Nous DEFFENDONS à tous mariniers et allégeans d'alléger ny presser leurs bateaux à mesme fin, ny faire aucun aultre travail sur la rivière les jours de dimanche et feste, sy ce n'est, sçavoir : les jours de dimanches et festes solennelles, après les vespres dictes, et les jours de festes ordinaires après la messe, sous pareille peine de dix livres d'amende contre chacun contrevenant pour la première fois, et de prison en cas de récidive.


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Et au surplus, ENJOIGNONS à tous nos officiers de justice de tenir la main à ce que dessus, mais surtout contre ceux quy auront juré et blasphémé le s* nom de Dieu, dans toutte la rigueur portée aux ordonnances et arretz ; voulant que celles cy-dessus soient gardéez, observéez et exécutéez très exactement, en chargeant leur conscience en cas de connivence ou négligence, comme de ceux qui contribueroient à entretenir ces désordres par leur silence et la faulte de leur déposition, le cas eschéant. Voulons et ordonnons au sergent du lieu et à nos gardes de faire leur visite nécessaire pendant lesd. temps par les cabarets, les rues et estendue du terroir.

DONNÉ à MEAUX, en nostre palais épiscopal, le vingt-huitiesme jour de décembre mil six cent quatre-vingt-deux.

•j- BÉNIGNE, E. DE MEAUX.

Par Monseigneur :

ROYER, greffier.


ÉTUDE BIOGRAPHIQUE SUR L'ABBÉ PASQUES

Par feu M. AUGUSTE LENOIR ancien secrétaire de la section de Provins.

L'étude qui va suivre est consacrée à un écrivain provinois, assez peu connu de nos jours, bien que son oeuvre ait été volumineuse et que moins de trois quarts de siècle nous sépare de l'époque de sa mort. En dehors de ceux de nos concitoyens — rares aujourd'hui — qui, en interrogeant leurs souvenirs, se rappellent l'alerte et spirituel vieillard, et sauf les habitués de la bibliothèque dans les mains desquels on retrouve parfois quelques-unes de ses nombreuses élucubrations, qui connaît ici M. l'abbé Pasques, licencié en droit civil et canonique, ancien bibliothécaire de la ville, ancien secrétaire perpétuel de la Société libre d'agriculture, sciences et arts de Provins ?

La ville où il naquit, à laquelle il consacra la plus longue part de sa vie, la ville dont il écrivit l'histoire et qu'il chérissait, la ville qu'il chanta dans ses vers et dont il voulait faire revivre toutes les gloires, la ville enfin où il est mort plein de jours, n'a rien fait pour conserver sa mémoire. On sait la place où dorment — leurs tâches accomplies — d'autres enfants de Provins, devanciers ou contemporains de M.- Pasques. J'ai vainement cherché la tombe où il repose. L'oubli s'est fait autour de ce nom, oubli épais, profond, dont nous devrons tout à l'heure rechercher les causes.

Nicolas Pasques naquit à Provins, le 17 mars 1744, dans une maison de la rue du Val qui porte aujourd'hui le n° 48. Il était fils de Pierre-Nicolas Pasques, chapelier , et de Marie-Elisabeth Barrier, d'une vieille famille provinoise dont un membre, — le P. Jean Barrier, théologal de Saint-Quiriace et de Notre-Dame du Val, curé de Sainte Croix, confesseur du duc de Guise le Balafré, — a acquis au xvi° siècle un grand renom de savoir et de sainteté.

L'ancienne famille des Barrier avait fourni plusieurs prêtres et


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plusieurs religieux qui habitaient notre ville. Michel Barrier fut curé de Saint-Brice et chanoine de Notre-Dame du Val : c'était un lettré, un bel esprit de son temps. Une des grandes tantes de l'enfant dont nous nous occupons était religieuse dans le monastère des Bénédictines. Les recherches sur la famille Barrier, publiées par M. le docteur Michelin, nous apprennent que cette religieuse était douée d'une beauté remarquable, qu'au reste nous pouvons encore apprécier aujourd'hui dans un gracieux tableau de la chapelle des dames religieuses de Nevers, où un artiste du temps a représenté soeur Michelle Barrier sous les traits de l'archange terrassant le démon.

Nicolas Pasques montra dès le premier âge une vive intelligence, et son père, qui possédait une honnête aisance, le plaça, à l'instigation de sa famille, au collège de Provins. Cet établissement, installé dans le palais des comtes de Champagne, était alors tenu par des prêtres de l'Oratoire. Les Oratoriens distinguèrent dans le jeune Pasques un esprit ouvert et un amour de l'étude dont ils surent tirer parti. Leur élève fit de rapides progrès dans les lettres et les sciences, et il se fit remarquer entre tous ses condisciples, au nombre desquels se trouvait Christophe Opoix, par de réels mérites littéraires ; il faisait les vers latins et les vers français avec une surprenante facilité.

Son esprit curieux et chercheur le porta vers les sciences physiques, que lui enseigna un moine de l'abbaye de Saint-Jacques, et aussi les sciences naturelles, auxquelles les travaux de Buffon venaient de faire accomplir un pas immense. Il étudia l'anatomie avec ardeur et suivit même des cours de dissection à l'amphithéâtre de l'Hôtel-Dieu de Provins.

Pour être complet, je dois ajouter qu'aux connaissances nombreuses et variées qui ornaient son esprit, M. Pasques voulut en joindre d'autres d'un genre bien différent, mais non moins utiles au corps qu'ils assouplissent : au cours de ses études théologiques il fréquentait la salle d'armes ; et, comme le raconte notre antiquaire provinois qui l'avait bien connu, à l'escrime de la dialectique on le vit unir celle du fleuret et pousser aussi vertement une botte qu'un argument ad hominem.

L'heure était venue où il lui fallait choisir une carrière. Guidé sans doute par les conseils de ses maîtres, par les souvenirs de son grand oncle et les encouragements de sa famille, le jeune Pasques entra dans les ordres. Il reçut les ordres mineurs à Provins; ce fut le cardinal de Luynes, archevêque de Sens, qui


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l'ordonna prêtre en 1768, et qui, par une faveur spéciale, le nomma vicaire de Sainte-Croix, dans sa ville natale.

Il occupa ce poste jusqu'en 1779. Ces dix années de séjour à Provins.durent être pour l'abbé Pasques des années studieuses. Il vivait là près d'un homme dont toute la vie fut consacrée au travail, à l'étude, et dont le labeur immense a été heureusement conservé pour le passé de notre ville. M. Ythier, de vénérable mémoire, était chanoine de Saint -Quiriace et vicaire de SainteCroix; plus âgé que son collègue, il dut, en maintes circonstances, lui servir de guide. Heureux ceux près desquels le destin a placé de pareils amis; on ressent, en dépit de tous les obstacles, leur salutaire influence. Plus tard, à travers tant d'événements qui les avaient séparés, l'abbé Pasques ne parlait de M. Ythier qu'avec toutes les marques d'un profond et affectueux respect.

Tout entier aux devoirs de son ministère, M. Pasques réservait à l'étude du droit civil et du droit canonique les loisirs dont il disposait. II se fit recevoir licencié, tout en utilisant ses apitudes littéraires dans la composition de sermons qu'écoutaient avec un grand attrait les fidèles de Sainte-Croix. Quelques-uns de ces sermons nous ont été conservés par M. Michelin, et je les lisais ces jours derniers avec un intérêt rétrospectif. On y sent poindre déjà le côté sarcastique et mordant par où se distinguera plus tard l'esprit de leur auteur. Le sermon sur la Fausse douleur envers les morts, prêché en 1772, est fort curieux à ce titre, et je regrette que les limites dans lesquelles je dois renfermer cette étude ne me permettent pas d'en reproduire quelques fragments, celui, par exemple, où l'orateur nous dépeint la douleur que fait éclater une jeune et jolie femme quand la mort lui enlève un vieux mari. Les réflexions piquantes abondent dans ces sermons; elles ne sont pas toujours exprimées dans le ton qui conviendrait à la chaire, mais les auditeurs ne s'en plaignaient guère : ils admiraient le débit gracieux de l'orateur et se pressaient en foule aux sermons du jeune abbé.

En 1779, M. Pasques fut — bien contre son gré, c'est lui qui nous l'apprend — obligé de quitter Provins. L'archevêque de Sens le pourvut d'un bénéfice à Venisy, petite cure située près de Saint-Florentin, sur la limite des généralités de Bourgogne et de Champagne. Le séjour de treize ans qu'il y fit lui fut moins profitable que son vicariat de Sainte-Croix. Il allait y voler de ses propres ailes, loin des exemples et des conseils des prêtres auprès desquels il avait jusqu'alors vécu. Son esprit vif, ses ma-


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nières brillantes, son inépuisable gaîté le firent bien accueillir dans son nouveau poste. Toutes les portes s'ouvrirent devant lui; il fut le commensal choyé des châteaux du voisinage et partagea la vie large, insouciante, dissipée, souvent licencieuse, de la noblesse du temps. La tournure originale de son esprit s'accusa de plus en plus. Au grand étonnement de ses paroissiens, il vivait avec un singe fort mal élevé qu'il faisait asseoir à sa table, jouissant de la frayeur de ses autres convives. A sa mort, il fit à ce singulier compagnon de véritables funérailles.

M. Pasques avoue qu'à Venisy ses loisirs devinrent plus rares. Il aimait cependant à revenir à Provins. Dans les heures de solitude de son presbytère, il entreprit, pour une nièce qu'il affectionnait, un cours resté manuscrit, dont l'attrait n'est pas la qualité dominante. Ce cours se compose de résumés extrêmement rapides, de précis de grammaire et d'histoire d'une recherche extrême. On sent que l'auteur avait hâte de retourner à des occupations austères ou à des lectures plus attrayantes, qui devaient laisser dans son esprit une empreinte ineffaçable. C'était le moment où les écrits de Voltaire et des philosophes étaient accueillis avec une avidité caractéristique, où leur souffle contagieux produisait aussi dans les croyances un ébranlement profond.

La Révolution avançait à grands pas. L'orage prévu dès la moitié du siècle était sur le point d'éclater. Quelques années encore, et l'ancienne société française allait disparaître dans un cataclysme formidable : sur ses ruines un ordre social nouveau allait se fonder, mais au prix de quels bouleversements !

L'ouragan révolutionnaire n'épargna pas la paroisse de Venisy. M. Pasques essaya d'abord de tenir tête à l'orage. Il écrit quelque part : « J'ai dit exactement la messe dans mon église de Venisy pendant plus de quinze jours, lorsqu'on ne la disait plus dans toutes les églises du canton. J'attendais, ajoute-t-il, que les satetlites du pouvoir arbitraire et usurpé vinssent me prendre à l'autel pour me faire partager le sort glorieux de mes confrères voisins ».

Mais le martyre, dont il paraissait avoir soif, ne vint pas. Ses paroissiens, qui l'aimaient malgré ses originalités, le réveillèrent un jour, de grand matin, et lui dirent : « Sauvez-vous, conservezvous ! » Ils l'emmenèrent hors du pays, et les gendarmes vinrent occuper son presbytère.

L'abbé retourna dans sa famille à Provins. Suivant l'exemple de son évêque le cardinal de Loménie de Brienne, il satisfit aux exi-


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gences du temps, quitta l'habit ecclésiastique, revêtit l'habit laïque, porta la queue, le grand chapeau de 1792, qui, au dire de ses compatriotes, le coiffait à merveille.

' Ces concessions coûtèrent-elles beaucoup à la conscience de l'abbé Pasques ? C'est là assurément un point fort délicat, qui restera toujours dans l'ombre. Mais, grâce à elles, M. Pasques ne fut pas inquiété pendant la Terreur. Il put, sans en être atteint, voir passer la tempête. Il resta silencieux, notant seulement, pour en faire l'objet d'un chapitre curieux dans l'ouvrage sur Provins qu'il avait conçu, tous les incidents de ces temps troublés, où souvent le tragique et le comique se mêlaient étroitement.

L'ancien prêtre n'aimait pas la Révolution. On s'en aperçoit bien en lisant les curieux détails donnés par lui sur cette époque mémorable. Le chroniqueur les agrémente d'appréciations ironiques, de vers et de chansons qui les rendent quelquefois piquantes. L'histoire des deux électeurs de Paris envoyés en réquisition de vivres pour la capitale fut féconde en incidents tumultueux. Ces deux électeurs, Garin et Charton, s'étaient fait accompagner par une cinquantaine d'aventuriers et de déserteurs, qui se disaient les vainqueurs de la Bastille, et que le major du Royal-Gravattes, alors en garnison à Provins, se paya le plaisir d'arrêter dans leurs courses vagabondes à travers le pays qu'ils épouvantaient. Il les consigna dans leur hôtellerie. Après une petite émeute et au reçu d'une lettre où le général Lafayette annonce que c'en est fait de Provins et de ses habitants si Garin et Charton ne sont pas mis immédiatement en liberté, les choses s'arrangèrent. Trente voitures de blé furent conduites par les Provinois à Paris, au bruit des chants patriotiques. Le général Lafayette vint au devant des voitures : on s'embrassa. Nos Provinois furent choyés, conduits à l'Opéra, où le spectacle recommença à leur arrivée ; et l'un d'eux, M. L. Michelin, des Apathistes de Florence, adressa en cette circonstance des vers tout galants à Mmo Vestris, à M. de Lafayette, etc. Cette grave affaire finit par des chansons.

L'institution du tribunal de paix à Provins réjouit aussi considérablement M. Pasques. Le juge et ses six assesseurs étaient nommés par voie d'élection. Après l'élection de M. Naret comme juge, les électeurs se donnèrent le mot d'ordre, et, au lieu des praticiens en réputation qui se présentaient aux suffrages des sections pour les fonctions d'assesseurs, ils choisirent... six cordonniers. Ce fut le thème d'inépuisables plaisanteries. Je vous laisse à penser si ce tribunal fut chansonné. M. Pasques, on le


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devine sans peine, se garde bien d'omettre ce détail dans ses pages sur la Révolution. Il nous raconte que M. Naret prit fort bien la chose, qu'il donna l'accolade fraternelle à ses adjoints et leur offrit même un plantureux dîner. Ce tribunal fonctionna pendant un an à la satisfaction générale : ses décisions, rendues dans les formes, furent acceptées par tous les justiciables, et le très petit nombre des sentences déférées au tribunal d'appel furent confirmées.

Il y eut des incidents moins gais. A l'instar de toutes les grandes villes, Provins eut son tribunal révolutionnaire; mais ce tribunal ne fit pas couler le sang, il se borna à envoyer dans les prisons de la ville un certain nombre d'aristocrates, de bourgeois de la cité et des environs, et ceux des prêtres qui n'avaient pas transigé ou pris le chemin de l'étranger. Les anciennes prisons de Provins tombaient en ruines : le couvent des Jacobins et celui des Cordeliers reçurent les prisonniers.

M. Pasques nous raconte la vie des pauvres reclus dans ces prisons improvisées. On s'exerçait à la patience, on jouait mélancoliquement aux cartes, on comptait les jours ; et parfois, pour se distraire, on faisait des vers où, nous apprend-il, on se moquait des geôliers et des juges. M. de Guerchy se faisait remarquer par ses hauteurs et ses dédains; M. Rousselet, ex-député aux États généraux, par son calme et sa fermeté; le doux évêque d'Orange par sa piété et sa résignation. On connaît l'histoire tragique de la belle-soeur du prélat, Mmo la marquise du Tillet. Une lettre que la malheureuse mère écrivait à son fils émigré en Angleterre, et dans laquelle sa femme de chambre ajoutait quelques mots pour son mari, fut saisie, décachetée, et les deux femmes, arrêtées, furent amenées à Provins, conduites à Paris, jugées par le tribunal révolutionnaire, condamnées à mort et guillotinées en trois jours.

Je le répète, Provins n'eut pas ces spectacles terrifiants. Comme l'a justement fait remarquer M. F. Bourquelot, pendant toute cette période nos compatriotes restèrent fidèles à leur caractère de modération.

La Terreur passa, les prisons se vidèrent et plus tard les églises se rouvrirent. A ce moment, M. Pasques reçut une lettre dans laquelle ses anciens paroissiens l'engageaient à venir reprendre sa cure. Devant son refus, les habitants de Venisy voulurent que M. Pasques désignât lui-même son successeur, ce qu'il fit avec l'assentiment des grands vicaires de Sens.


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Il voulait rester à Provins, où ses concitoyens, connaissant son instruction étendue et ses aptitudes littéraires, lui confièrent le poste de bibliothécaire. La bibliothèque de la ville comptait alors 20,000 volumes et une foule de manuscrits précieux.

L'abbé, comme tous les lettrés, aimait les livres, les vieux livres, et ceux qui partagent cette passion concevront facilement l'enthousiasme avec lequel il prit possession de cette bibliothèque qu'avait enrichie l'abbé d'Aligre, et qui fut installée dans l'abbaye de Saint-Jacques, hôtel de la rue aux Aulx, gracieux édifice de la Renaissance.

Il se mit avec une ardeur juvénile à compulser tous ces vieux manuscrits dont la garde lui était confiée et que lui avait fait apprécier le savant abbé Ythier. Il put dès lors réaliser le projet qu'il avait formé de résumer l'histoire de son pays natal. Ce résumé, resté manuscrit, est le titre le plus sérieux qu'ait laissé M. Pasques. Il forme trois gros volumes in-folio, augmentés d'une grande quantité de cartes, de dessins à la plume, représentant les monuments de notre antique cité.

Quand on ouvre le premier volume et qu'on déploie le dessin qui représente la vue générale de Provins, on est frappé du caractère que devait offrir la ville au temps de sa splendeur, avec ses murailles imposantes, les quinze cloches de ses églises et de ses couvents, ces portes monumentales et pittoresques que le temps et les nécessités de la vie moderne ont presque tomes supprimées.

Souvent, par la pensée, je me reporte à deux siècles en arrière, et, assis sur une des collines qui la couronnent de toutes parts, je reconstruis dans mon esprit cette ville industrieuse et monacale. Là-haut, avec ses vastes dépendances, ses jardins superbes, ses terrasses dominant la vallée où vont se confondre la Voulzie et le Durteint, c'est la grande et riche abbaye de Saint-Jacques. A côté du Pinacle et de la haute tour féodale, voici Saint-Quiriace, avec son magnifique vaisseau, ses cloîtres et ce dôme que chantera plus tard Hég. Moreau ; puis c'est le palais des Comtes et la fenêtre où l'un d'eux eut sa miraculeuse vision. Sur cette place du Châtel, à quelques pas de l'endroit où H naquit, voici l'église dédiée à saint Thibault, et dont quelques vestiges marquent aujourd'hui la place. Si nous descendons la montagne, nous trouvons SaintPierre, dont les ruines servent de frontispice au sentier ombragé du Rubis; l'Hôtel-Dieu, l'hôtel Vauluisant, respecté par le temps; les Jacobins, si bien placés au flanc du coteau; les Capucins, assis sur le Durteint; les Cordeliers, fixés au coeur de la ville et sur


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les restes desquels le temps a placé un théâtre, un palais, une prison.

Si nous avançons davantage dans la ville basse, nous découvrons les églises de Sainte-Croix et de Saint-Ayoul, que le temps a conservées ; les diverses congrégations religieuses : le couvent des Bénédictins, devenu l'hôtel des sous-préfets, l'abbaye des Bénédictines, métamorphosée aujourd'hui en quartier de cavalerie ; puis le chapitre de Notre-Dame du Val, son église, dont il ne reste pas une pierre; son clocher imposant, seul resté debout.

Autour de ces édifices religieux et sur les deux rivières aux capricieux méandres est agglomérée une population laborieuse, que fait vivre un nombre prodigieux de métiers. Dans ces rues populeuses, une foule d'hôtelleries reçoivent les marchands venus de loin pour trafiquer aux foires de Provins, dont le renom s'étend jusqu'à l'étranger. Les juifs y pullulent, nous apprend l'historien. Quelle vie, quel mouvement, quelle activité industrielle et commerciale !

L'histoire est une résurrection. Jamais cette définition élevée d'un de nos plus grands historiens ne fut plus vraie que pour Provins et pour les annales où son passé revit. Bien que sous le rapport de la méthode et de la composition, le travail de l'abbé Pasques ne puisse être comparé au livre si savant de notre regretté confrère M. Bourquelot, la lecture en est intéressante. Les recherches y sont faciles et l'auteur n'a rien négligé pour qu'elles soient fructueuses. La question de l'origine de Provins y est traitée avec clarté, et les développements de la cité sous les princes libéraux dans l'apanage desquels elle passa y sont clairement exposés. On y trouve l'historique de tous les établissements civils et religieux qu'elle renfermait dans son sein, des notices sur ses édifices, sur ses fortifications, sur ses portes, sur son commerce, sur ses foires, sur son industrie, sur ses coutumes et sur tous les faits par lesquels ses annales se rattachent à l'histoire générale. Hélas! on y trouve aussi des vers; je dois avouer ici que le travail de M. Pasques eût beaucoup gagné s'il se fût abstenu d'en émailler ses pages. Chez lui, le rimeur, quoi qu'il en pensât, était loin de valoir l'érudit; et je conseillerais à ceux qui entreprendraient la lecture de son manuscrit de préférer à ses vers, même les mieux faits, sa prose souvent maligne, épigrammatique, trop peu châtiée il est vrai, mais toujours claire, lucide, et disant nettement ce qu'elle veut dire.

Le résumé historique de M. Pasques contient dans ses derniers


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chapitres tous les faits se rapportant à l'époque révolutionnaire, pour se terminer au moment où Bonaparte, consul à vie, est proclamé empereur. « A cette époque, écrit M. Pasques, finirent tous nos malheurs, et là doit finir aussi mon histoire. »

L'abbé avait l'enthousiasme facile. Les grandes victoires de Napoléon, ses triomphantes expéditions à travers l'Europe confondue, ses conquêtes multiples excitaient son admiration. Dans son imitation en vers macaroniques de Rémi Belleau où il adapte les récits du poème de la guerre des Huguenots aux événements de la Révolution française et de l'Empire, il entonne, au II 0 chant, un véritable dithyrambe en l'honneur de Napoléon. Mais la guerre d'Espagne et la désastreuse issue de l'expédition de Russie vinrent, quelques années plus tard, assombrir tous les esprits; la France commençait à se lasser des sacrifices d'hommes et d'argent que l'ambition du conquérant lui imposait sans cesse. Toutefois, la crainte dominait encore les coeurs. Si, tout bas, les esprits clairvoyants se communiquaient leurs appréhensions, publiquement la confiance dans le maître impérieux que la France s'était donné ne paraissait pas affaiblie. Le pauvre bibliothécaire nous raconte, en les critiquant avec une singulière amertume, quelles louanges, quelles flagorneries — c'est son mot — il dut prodiguer dans une adresse que la Société d'agriculture le chargea de rédiger à celui dont il maudissait en secret la violente tyrannie. L'aveu est instructif. L'Empereur commandait qu'on lui fit des éloges, il fallait s'incliner et s'exécuter.

Toutes les illusions, si tant est qu'il en restât, tombèrent bientôt. Le lor janvier 1814, les allés franchissaient le Rhin. L'Europe entière se ruait sur nous, et Provins, situé sur une des routes d'Allemagne, commença de craindre que ce flot de l'invasion ne l'atteignît bientôt.

Pendant cette campagne de France où l'Empereur déploya toutes les ressources de son prodigieux génie, l'abbé Pasques tint un journal de tous les événements qui intéressaient Provins. Il le tint avec la plus grande sincérité, jour par jour, enregistrant les plus petits faits, les passages de troupes, les réquisitions des armées et les bruits les plus divers circulant dans le public. Ce journal, fort curieux, le seul livre que nous ayons sur les faits de cette époque, comprend les quatre premiers mois de 1814. Il nous apprend en somme que Provins fut relativement épargné dans ces mois néfastes et que, comme dans des temps plus récents, les maux de l'invasion y furent, en réalité, très supportables. L'enx. 9


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nemi arriva de Nogent le 14 février, il ne fit que passer. Les opérations militaires entourèrent Provins à une certaine distance; mais elles ne s'étendirent pas jusqu'à nous. Le combat de Lechelle, dont on parle souvent, ne fut pas sérieux : on y brûla beaucoup de poudre, dit M. Pasques, mais sans grand dommage ni pour les personnes, ni pour les biens. L'Empereur ne vint jamais à Provins. Le chroniqueur en remercie le ciel : Nous étions perdus ! s'écrie-t-il. — Je sais bien qu'une légende raconte que Mm 0 de Montmirail, qui habitait alors à la ville haute la maison où est né Lelorgne de Savigny, reçut une nuit une mystérieuse visite, et que le voyageur dont les brusqueries ressemblent beaucoup à celles attribuées à l'Empereur, paraissait vouloir garder le plus strict incognito. C'est là un récit arrangé à plaisir, longtemps après les événements, et que démentent à la fois la Correspondance de Napoléon Ier et le journal où M. Pasques a consigné les moindres faits.

On relit avec un véritable intérêt ces tablettes curieuses, et je m'étonne qu'on ne les ait point imprimées. Elles conservent la physionomie des choses, les impressions fugitives du moment, beaucoup mieux que nos journaux d'aujourd'hui. Puis l'homme s'y révèle avec une sincérité inévitable, avec le cortège de ses défaillances, de ses illusions, de ses espoirs, que le lendemain anéantit; de ses craintes, de ses terreurs, que souvent les événements démentent et qui justifient la parole du sage : « Pourquoi nous tourmenter de choses qui n'arriveront peut-être jamais : à chaque jour suffit sa peine! » Ces petites annales familières ont ainsi leur enseignement intime, et des choses qu'elles nous apprennent se compose le bagage que chacun de nous doit s'efforcer de grossir : l'expérience de la vie.

Le journal de 1815 n'a pas été composé de la même manière et n'offre pas le même intérêt. Ce sont des impressions écrites après coup, avec force réflexions sur la versatilité des hommes, versatilité au sujet de laquelle, — et pour cause, — l'abbé Pasques était tenu de se montrer indulgent. En le relisant récemment, j'y trouvai ce fait intéressant au point de vue archéologique : c'est que nos belles murailles, nos tours imposantes, tous nos édifices de la ville haute coururent, en juillet 1815, un très sérieux danger ;—- le gouvernement — on ne sait trop pourquoi — avait projeté de fortifier Provins. On envoya à cet effet des officiers du génie, qui — leurs études faites — déclarèrent indispensable de tout démolir : anciennes fortifications, églises, château, maisons, jusqu'aux


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Jacobins et jusqu'à l'Hôtel-Dieu. Les ouvriers furent appelés en grand nombre et en toute hâte. M. Pasques, éperdu, les vit arriver en foule, armés de pinces, de pelles et de pioches; on n'attendait qu'un signal.

Mais il fallait payer ce monde de démolisseurs, indemniser les habitants alarmés, et la caisse était vide où l'on devait puiser. Force fut de licencier cette armée de travailleurs. — Cinquante ans plus tard, c'est au nom de la salubrité publique qu'un médecin militaire requerra le même sacrifice. Espérons, Messieurs, qu'il se passera du temps encore avant que les intérêts de la défense et ceux de la santé générale exigent que Provins soit ainsi découronné de ce qui fait aujourd'hui sa gloire et son orgueil.

M. Pasques ne s'occupait pas' exclusivement d'études historiques. Mais ses autres travaux ne pouvaient rien ajouter à sa réputation littéraire; le contraire serait plutôt exact. Le Nouveau Pentateuque, « ouvrage lanternai et mâcaronique », ne soutient pas la lecture. Les vers écrits sur le tombeau d'Abeilard ne sont qu'une pâle imitation des poésies de Colardeau et de Dorât, et le roman théologique de Cadet ou l'Homme tombé du ciel, visiblement inspiré par un des plus fameux romans de Voltaire, est une oeuvre licencieuse, désordonnée, dont il serait impossible de citer le plus court extrait. L'immoralité y atteint des limites difficiles à dépasser. On y rencontre quelques annecdotes sur Provins, que l'auteur s'est efforcé d'égayer, mais autant la gaîté de son modèle est vive, ailée, autant celle de M; Pasques est pesante- et grossière.

En 1804, une Société d'agriculture s'était fondée à Provins ; elle choisit M. Pasques pour son secrétaire perpétuel. Cette association, qui vécut jusqu'en 1821, rendit de véritables services ; elle ne s'occupait pas exclusivement d'agriculture, elle étendait son paisible domaine dans le champ fécond des sciences et des arts. Ses comptes rendus forment plusieurs volumes et contiennent de nombreuses notices du secrétaire.

En ce temps-là, les problèmes archéologiques et historiques occupaient les esprits. En 1820, la Société mettait au concours la fameuse question de savoir si Provins était ou non VAgendicum des Commentaires. Quelques-uns des mémoires produits, qu'en sa qualité de secrétaire M. Pasques dut examiner et apprécier, concluaient à l'affirmative ; mais ce n'était pas l'opinion de l'abbé, qui, sur ce point, publia une dissertation, le seul ouvrage imprimé que l'on connaisse de lui. Le secrétaire s'effaça et fit place au


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polémiste qui dépensa alors beaucoup de zèle et d'érudition, beaucoup de malice aussi, et trop peu de mesure.

L'un des concurrents, M. Barrau, médecin, habitué de la biblipthèque, ami de M. Pasques, en conçut du dépit. Il répondit aux critiques du secrétaire avec vivacité. Enchanté, celui-ci riposta. La lutte lui plaisait : c'était son élément. Il écrivit un petit libelle fort vif : Le docteur Barrau rembarré, qu'il fit lire à toutes ses connaissances.

Mais c'est surtout contre M. Christophe Opoix que s'exerça la verve satirique de M. Pasques. Les deux adversaires avaient été condisciples chez les Oratoriens; mais depuis longtemps la politique, un peu de jalousie peut-être, surtout la causticité d'esprit de M. Pasques les avaient séparés. Leur inimitié datait du temps où tous deux faisaient partie des Lanterniers, société littéraire fondée en 1770, avec Diogène pour patron, et qui avait doté la ville de ses premiers réverbères. Il y aurait beaucoup à dire sur cette société, de laquelle M. Opoix fit exclure, un jour de mauvaise humeur, M. Pasques et deux de ses amis, MM. Laval et Berthier.

A partir de ce moment, l'abbé Pasques poursuivra M. Christophe Opoix de ses railleries, de son mépris et de sa haine, avec une ténacité, une constance implacable. M. Opoix était apothicaire, et l'on sait quelle était autrefois l'une des principales fonctions de la corporation. Pour un esprit comme celui de son adversaire, quelle mine féconde à exploiter ! L'abbé ne s'en fera faute. Toutes ses facultés convergeront vers ce but unique : couvrir de ridicule le malheureux M. Opoix. La prose n'y suffira pas : les vers alors pleuvront, vers français, vers latins, vers macar.oniques. Comédies en plusieurs actes, vaudevilles avec nombreux couplets, opéracomiques, poèmes : tout sera mis en usage pour atteindre le but. J'ai lu, hélas! ces divers ouvrages dont il suffira de rappeler les titres : la Christofoirie, le Malade bourru, la Guerre de deux Apothicaires, les Fêtes de l'Ermitage ou le Frère Hilarion, etc. Partout M. Opoix y apparaît avec l'attribut de son ancienne profession, sous le nom de Christophe, de Christophe-en-Joue, de Jérôme Pointu; à chaque page, l'auteur lui prête les allures, le langage, les sentiments les plus grossiers.

Quand M. Opoix, avec la conviction qu'il apportait à tous ses travaux, publiera ses dissertations sur Agendicum et sur les origines de la ville-basse, l'abbé le suivra pas à pas et combattra pied à pied ses doctrines à grand renfort d'invectives et d'injures.


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A chaque opuscule de M. Opoix correspondra un ou deux manuscrits de M. Pasques, son correcteur ordinaire, comme il s'intitule. Quand paraîtra le livre où M. Opoix a consigné le résultat de ses études psychologiques, l'abbé le bombardera de deux diatribes nouvelles : l'Ame qui dort et qui veille, par Opoix qui rêve. Il traitera le livre d'absurde, l'écrivain de radoteur; il emploiera de plus grosses épithètes, impossibles à répéter, et se livrera aux commentaires les plus extravagants.

M. Pasques a consacré des années et des années encore à cette guerre impitoyable, ne s'apercevant pas qu'avec son esprit dépensé si tristement, il amoindrissait la dignité de sa vieillesse. Il faut aujourd'hui un véritable courage pour lire les huit ou dix volumes qui contiennent ses attaques, ses invectives, ses récriminations. Gomment y répondit M. Opoix? par le silence et le dédain. Le vieux Provinois jugea sagement que l'estime dont l'entouraient ses concitoyens était une suffisante compensation aux amertumes dont l'abreuva M. Pasques.

Il faut finir. Aussi bien, j'ai hâte de passer sur les dernières années de la vie de l'ancien curé de Venizy, consacrées à des écrits trop peu dignes, de son grand âge et de son esprit. Après le lamentable incendie du 2 janvier 1821, qui réduisit en cendres la bibliothèque dont il était le gardien, et la dissolution de la Société d'agriculture qui s'éteignit la même année, M. Pasques, dont l'esprit ne paraît pas avoir subi l'influence du temps, ne peut se résoudre à l'inaction. L'heure du repos n'avait pas sonné pour lui. A quatre-vingts ans, il compose sa Lanterne magique, recueil épicé, très épicé, en vers et en prose, de toutes les histoires, de tous les cancans, de toutes les aventures de la petite ville. Où puisera-t-il les éléments de ce recueil? Un peu partout, nous dit-il, au salon et au lavoir; et il les consignera dans de jolis cahiers aux faveurs roses et bleues, qu'il lira à ses amis et qui auront un vif succès de curiosité comme tout ce qui touche au scandale. L'auteur comprit un peu tard, il est vrai, que ces jeux d'esprit qu'on pardonne à la jeunesse, devaient être jugés plus sévèrement chez un vieillard. Il ordonna que les pages les plus scabreuses de sa Lanterne fussent jetées au feu. Celles qui nous restent justifient la curiosité dont ces dernières productions de l'abbé furent l'objet, mais elles nous expliquent, en partie du moins, l'oubli dans lequel est tombée sa mémoire.

L'abbé Pasques mourut le 29 juin 1830. Sa mort passa inaperçue et son souvenir est depuis longtemps effacé. Je le disais en com-


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mençant cette notice : il ne semble pas difficile d'en expliquer les causes dans un pays facilement reconnaissant envers ceux de ses enfants qui se sont distingués. Il y a d'abord une première cause toute matérielle : M. Pasques n'a rien ou presque rien fait imprimer; il n'a pu ou n'a voulu donner à ses écrits la forme durable, indestructible du livre, et ses manuscrits sont forcément restés étrangers à la plupart de ses compatriotes. Je sais que, pour beaucoup de ses productions, la chose eût été difficile. Peu d'imprimeurs eussent consenti à se rendre volontairement le complice de ses écarts; mais son histoire de Provins, et surtout son précieux Journal de 1814 méritaient les honneurs de l'impression.

La seconde cause est d'un ordre plus élevé. L'abbé Pasques fut une figure originale de son temps; ce ne fut pas une physionomie sympathique. La sympathie est un don précieux, l'esprit seul ne suffit pas pour l'acquérir. Un mot spirituel, une chanson, une épigramme peuvent amuser, provoquer le rire, ils ne vous conquèrent pas les coeurs. On craint plus qu'on aime les gens qui font de l'ironie, toujours de l'ironie. La moquerie lasse, et ce monde, après tout, vaut bien qu'on le prenne au sérieux. Les compatriotes de nôtre personnage n'oublièrent pas sa lutte cruelle avec M. Opoix. Si le lanternier, toujours en verve, eut souvent les rieurs de son côté, finalement, l'estime, le respect, l'affection restèrent du côté de son adversaire. La preuve, c'est que, de son vivant, les Provinois donnèrent au vieux conventionnel le plus grand témoignage que puisse envier un citoyen; ils chargèrent une rue de perpétuer son nom. C'est la leçon qu'il faut tirer de cette trop longue notice, en rappelant, pour terminer, la parole d'un de nos meilleurs Provinois, le docteur Michelin : « Voulonsnous être honorés, voulons-nous être regrettés : sachons de loin nous en rendre dignes. »


SUR L'ORIGINE DU NOM PÉNIL

(VAUX-LE-PÉNIL (SEINE-ET-MARNE) Par M. G. LEROY, président de là section de Melun.

Dans mon Essai généalogique sur les seigneurs autochtones de Vaux-le-Pénil, du xic au xv° siècle, — [Bulletin de la Société archéologique de Seine-et-Marne, tome VIII, année 1878, pages 15 à 43), — j'ai dû m'occuper de l'étymologie du nom PÉNIL, surnom de la commune de Vaux, que l'on a écrit successivement Péni et Peny.

Peu est un mot celtique signifiant élévation, sommet, montagne. Il est fréquent en Bretagne, où le celtique a laissé de nombreux vestiges soit dans le langage local, soit dans des appellations topographiques.

Cette signification est parfaitement justifiée à Vaux, où le nom de Pénil est spécialement donné au promontoire qui se trouve à la jonction de l'Almont et de la Seine et se prolonge vers le SudEst en suivant les bords du fleuve, dont il a constitué, à une époque extrêmement reculée, la berge ou limite des eaux sur la rive droite.

Mais à ce radical pen, qui a une signification complète, parfaitement précise, pourquoi le suffixe i, — plus tard y, il, — est-il venu s'ajouter? — Évidemment, ce n'est pas sans motif et sans cause. Autrement, il eût été parfaitement logique de dire : Vauxle-Pen, signifiant Vaux-la-Colline ou Vaux-la-Hauteur, comme on dit en Bretagne Pen-Marck.

J'ai lieu de croire que ce motif est le même qui a fait donner à certaine partie des Alpes le surnom de Pennines, et dont l'origine est révélée par Tite-Live, au livre XXI, chapitre xxxvm de son Histoire romaine.

« Les Veragres, dit-il, habitants des Alpes-Pennines, n'ont aucun souvenir qu'elles aient reçu leur nom d'un passage quelconque des Carthaginois, mais bien d'un dieu honoré sur le sommet et que ces montagnards appellent Pennin. » — « Neque mon-


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libus his ab transilu Poenorum ullo Veragi, incolss jugi ejus, norunl nomen indilum; sed ab eo, quem, in summo sacratum vertice, Peninum mo7itani appellanl. »

Ce dire de Tite-Live est confirmé par la découverte, sur le sommet du Saint-Bernard, d'une stèle antique avec une inscription ainsi donnée par Gudius :

Lucius LUCULLUS

DEO PENINO

OPTIMO

MAXIMO

DOMUM DÉDIT.

Des mythologues mentionnent Jupiter Peninus comme étant honoré sur les hauteurs. — (Quicherat, Dictionnaire latin-français, Vocabulaire des dieux, des déesses, etc.).

Le dieu Peninus, honoré sur le Saint-Bernard par Lucius Lucullus, paraît être ce même Jupiter Peninus, auquel un temple était consacré sur ce mont, à l'instar de celui qu'on avait érigé à Mercure sur le sommet du Puy-de-Dôme. De tout temps on se plut à élever sur les hauteurs des autels aux divinités, .tradition que le christianisme a maintenue en élevant les plus célèbres de ses sanctuaires sur le sommet des montagnes et des collines.

Le temple de Jupiter Peninus, retrouvé sur le Saint-Bernard, est en ce moment soumis à des fouilles qui donnent d'heureux résultats. C'est ce qne nous apprend la Revue politique et littéraire ou Revue bleue, n° du 7 novembre 1891. — « Des nouvelles fouilles » viennent d'être exécutées au sanctuaire de Jupiter, au Grand» Saint-Bernard, par le professeur von Duhn, d'Heidelberg, et » MM. Gastelfranco et Ferrero, qui vont publier bientôt leurs » découvertes. Elles sont, dit-on, assez importantes. »

En présence de ces témoignages et de ces indications, quelle invraisemblance peut-il y avoir d'admettre que, sur la hauteur de Vaux, durant l'époque gallo-romaine, des légionnaires préposés à la garde de l'oppidum de Meliosedum vel Melodunum, ou tous autres Romains, aient érigé un autel au dieu Peninus, en souvenir du culte qu'ils lui rendaient dans la patrie absente. Ce fut une coutume des Romains d'introduire dans les pays conquis, à côté des divinités des vaincus, leurs dieux principaux et même des génies topiques aussi peu connus que le dieu Peninus du sommet des


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Alpes. Aux portes de Metiosedum, la montagne de Pénil s'offrait naturellement aux conquérants pour l'établissement du culte d'un dieu qui présidait aux hauteurs.

Sur cette montagne de Pénil, on a recueilli fréquemment des monnaies romaines des premiers temps de l'Empire. Tout récemment, on me montrait un petit bronze d'Auguste, frappé après sa mort, avec l'appellation Divus, découvert non loin de l'église.

Ces trouvailles attestent le séjour ou le passage de gallo-romains en ce lieu.

Il y a plus, et c'est là un document probant sur lequel j'insiste : — c'est la découverte sur le sommet de Peny, à proximité de l'église et du château, d'un ex-voto en terre cuite rouge, comme on en trouve dans tous les sanctuaires antiques fréquentés par les populations gallo-romaines. Il est incomplet malheureusement. On n'en possède que la tête et le cou qui ont grand caractère. La figure est imberbe avec les cheveux relevés en forme de couronne. Le fragment mesure 5 centimètres; la hauteur totale pouvait être d'environ 25 centimètres. Cette figurine, longtemps conservée au château de Vaux, fait actuellement partie des collections du Musée de Melun. A coup sûr, c'est un ex-voto comme la piété des populations de l'antiquité avait coutume d'en offrir à leurs divinités protectrices.

L'usage étant, à l'époque de l'introduction du christianisme dans nos localités, de placer généralement les nouveaux temples à l'endroit où s'élevaient jadis les autels des dieux du paganisme — nous le voyons à Melun pour l'église Notre-Dame qui occupe l'emplacement d'un ancien temple de Mercure — il se pourrait que l'église de Vaux, située au point culminant du promontoire de Pénil, occupât le lieu même où se trouvait le sacrum ou Fanum de Peninus. Cette supposition, qui rentre dans l'ordre des faits connus en telle matière, n'a rien d'invraisemblable ni de hasardé.

Quelques parties de l'église de Vaux remontent aux temps carolingiens, comme je l'ai démontré dans ma Monographie de cet édifice. — (Meaux, imp. A. Le Blondel, 1888, in-8° de 12 pages). Son existence est très ancienne. L'église carolingienne, soignée dans sa construction — d'après les portions de murs en pierre appareillée qui subsistent encore — avait dû succéder au premier temple chrétien qui avait probablement remplacé en ce lieu même le sacrum de Peninus. Les faits s'étant passés de la sorte à Metiosedum pour la basilique de Notre-Dame et le Fanum de Mercure,


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il se peut qu'il en ait été de même sur les hauteurs de Péni, situées dans le voisinage.

Il faut noter que l'église de Vaux est éloignée de plus d'un kilomètre du village proprement dit, Vallès. C'est par la construction moderne de maisons et de propriétés qui ont effacé la distance, qu'elle s'y rattache aujourd'hui. Autrefois, elle était absolument isolée sur le coteau, n'ayant d'autre voisinage que le château féodal dont la construction lui est postérieure. On appelait Vaux le village ou groupe d'habitations des colons échelonné sur la crête du plateau et sur les pentes du cours d'eau de la Noue en tirant vers Livry, et Peni le lieu où se trouvait l'église, qui tout d'abord, fut moins un édifice paroissial qu'un sanctuaire érigé pour une cause spéciale, en vue d'une dévotion particulière, remplaçant le culte de Peninus — Jupiter Peninus? — qu'on y avait pratiqué à l'époque gallo-romaine.

Le vocable de Saint-Pierre, adopté à l'église actuelle de Vaux, ne remonte qu'au xic siècle, à l'époque où Richer, archevêque de Sens, fondant la paroisse, conféra le droit de collation aux moines de Saint-Père de Melun, qui placèrent leur nouvelle possession sous le patronage de leur propre protecteur. Précédemment, l'autel chrétien qui s'élevait en cet endroit ne paraît pas avoir eu de dédicace particulière ou, du moins, elle ne nous est pas connue. C'était non une paroisse, mais un lieu d'oraison, un sanctuaire vénéré, où se rendaient les populations du voisinage, de même que les gallo-romains y étaient venus honorer, dans les siècles antérieurs, la divinité topique de Peninus, le dieu des hauteurs.

Notons aussi que, sur ce même coteau de Péni, il y avait d'autres pratiques religieuses qui dataient de toute antiquité. Sur le flanc de la montagne, se trouve une source d'eaux vives et abondantes, en vénération dans la contrée pour sa prétendue vertu curative de la fièvre. Les pratiques s'y continuèrent après l'introduction du christianisme, mais alors la source fut placée sous l'invocation de sainte Gemme que les pèlerins et les malades invoquèrent durant le moyen âge, comme autrefois les païens avaient honoré la nymphe de la fontaine bienfaisante. Ces cultes, exercés sur la montagne de Péni, vivent encore par le souvenir du pèlerinage à sainte Gemme, qui a eu des adeptes jusqu'à la fin du siècle dernier, et par la persistance du nom de la divinité principale vénérée en ce lieu.

Les faits qui précèdent sont très probables. Ils sont confirmés par ce qu'on sait des moeurs, des us et coutumes des anciennes


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populations de la Gaule, par des faits historiques dûment établis concernant d'autres localités. En France, beaucoup de lieux doivent leurs noms à des divinités ou génies qu'on y honorait. La liste en serait longue, s'il fallait l'établir. Bourbonne-les-Bains tire son appellation du dieu Borbo, qui présidait aux eaux curatives qu'on fréquentait déjà en ce temps. Et combien d'autres localités sont dans le même cas? Par exemple, Luchon [Lixo), Basert [Baeserte), Gisai [Gisacus] — Le Vieil-Évreux — qui a fourni un fragment d'inscription où on lit Gisaco Deo. Péni me paraît rentrer dans cette catégorie.

Cette hypothèse explique naturellement l'adaptation du suffixe i au radical Pen. L'i bref est devenu grave sous la prononciation briarde, qui a tendance à rendre tonique ou longue la dernière syllabe des mots. On a dit et écrit Pèny, l'y équivalant à Vi grave, puis par altération Penil.

Tel, dans les environs de Melun, VOratorium des latins est devenu Orouer, puis Ozouer et Ozoir, une singulière dégénérescence qui déroute les conceptions savantes des grammairiens et des linguistes. A Vaux même, Mons Ecclesim, la montagne où s'élève l'église, ainsi nommée dans les Chartres des xn° et xiii° siècles, a été traduit par Montégly. Le lieu dit l'Alloy — bien allodial — est devenu l'Alloué, puis la Louée. La ruelle Feu-Gelon s'est transformée en Figelon. La rue du Boul-aux-Gaillards — c'est-à-dire la partie du pays habitée par la famille Gaillard — est devenue la rue du Boulon-Gaillurd. — Que dire de ces altérations? Ne bouleversent-elles pas toutes les données grammaticales et les règles des grammaires comparées?

Les formes mêmes de Pénil ont également suLis nombre de transformations par défaut de connaissances suffisantes de l'origine du mot. On a écrit : — (Cartulaire du Jard, xin° siècle. Bibliothèque de Melun. — Charte dite de Moisenay, xi° siècle. Archives nationales) Penulus, Peniculus, Penils. Mais un monument qui a un caractère incontestable d'authenticité, nous conserve la forme primitive de Péni. C'est le scel d'un seigneur de Vaux, à la fin du xm° siècle, sur lequel on lit : — S . GUILLAUME . SIRE . DE . PENI . ESCUIER. — (Il fait partie de ma collection.) — Certes, ce Guillaume était mieux placé que les moines du Jard ou autres scribes pour savoir comment devait s'écrire son nom, qui était celui du lieu où ses ancêtres s'étaient établis après l'invasion barbare du v° siècle, lieu nommé Peninus, en mémoire de la divinité payenne qu'on y avait honorée.


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En résumé, Pénil ne procède pas uniquement de Pen, mot celtique qui signifie élévation, hauteur; il tire aussi son origine de Peninus, génie topique qui présidait aux collines, aux montagnes, et dont le culte avait dû être importé en ce lieu par les Romains, à la suite de leur établissement à Metiosedum.

Si ces déductions ne sont pas positivement prouvées, comme elles pourraient l'être, par exemple, au moyen de la découverte, sur la montagne de Péni, d'une inscription dédicatoire « Deo Penino », le faisceau de probabilités que j'ai réunies leur donne néanmoins une assez grande vraisemblance, à défaut de la certitude absolue qu'il est souvent difficile d'atteindre dans les études semblables à celles que je présente ici.

G. LEROY.

Saint-Martin, 11 novembre 1891.


NOTE SUR UN NOM DE LIEU CELTIQUE

DANS LE VOISINAGE DE MELUN Par M. G. LEROY, président de la section de Melun.

En ces derniers temps, les études de linguistique ont démontré que s'il existe encore quelques mots de la langue des anciens Celtes, il convient de les chercher dans la nomenclature des cours d'eau, des montagnes ou autres particularités physiques du sol. M. Desjardins l'a constaté dans sa Géographie de la Gaule (t. II, p. 384) en engageant le géographe, le numismatiste et l'archéologue à ne négliger aucune information. Dans sa pensée, la topographie est appelée à déterminer le sens des mots d'apparence celtique, relevés soit dans les auteurs, soit dans les chartes du moyen âge « et surtout dans cette mine, encore à peu près » inexplorée, qu'on appelle les registres et les cartes du ca» dastre ». Les noms des cours d'eau se sont perpétués sans changement depuis l'arrivée des premiers Celtes en Occident. César s'est contenté de les reproduire sans les latiniser; et le christianisme ne leur a imposé aucun vocable de saints, au temps où son triomphe, au iv° siècle, faisait subir une révolution si importante à l'onomastique de la Gaule. On peut donc y trouver de nombreux vestiges de la langue celtique, qu'augmenterait aussi l'étude des noms de terroirs fournis par d'anciens titres ou par le cadastre.

Le nom d'une rue, dans un village des environs de Melun, vient confirmer, à titre d'exemple, ces indications du savant auteur de la Géographie de la Gaule.

On trouve au Mée la rue de Live, un nom qui, au premier aspect, n'invoque aucune idée, ne rappelle aucun souvenir, ne dit absolument rien à l'esprit. On ne se doute guère que ce mot, d'une antiquité quasi-préhistorique, a été usité chez les Celtes, et qu'il est un débris de leur langage bien avant l'arrivée de César dans les Gaules.


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D'après Ducange, l'armoricain Liva doit s'entendre d'une eau coulant abondamment, exundare. L'adjonction de l'A privatif aurait fait Alivus vel Alinus, qui se dit d'une chaussée côtoyant un amas d'eau, « dicitur agger juxta aquam », d'une chaussée ou levée qui retient un cours d'eau, un étang, dans son lit, et empêche les inondations, « agger aquam in alveo continet cohibelque exundationes. » Liva est l'eau abondante, Alivus l'obstacle apporté à ses ravages, aux inondations. La connexité des deux mots est tangible.

Il faut voir maintenant si la topographie, si la disposition des lieux justifie cette appellation de Live, en nous montrant, jadis ou à présent, la partie du territoire du Mée à laquelle elle s'applique, pourvue d'eaux abondantes et dès lors exposée à des inondations.

Le titre le plus ancien que j'ai pu consulter est un terrier de la seigneurie du Mée, daté de l'an 1512, conservé aux archives de la préfecture de Seine-et-Marne. (E. 527.) On y trouve mentionné Vostel de Lyves, c'est-à-dire la demeure des seigneurs du lieu, avec deux étangs d'une certaine importance situés dans le voisinage :

« Item, un grand estang assis au-dessus de lostel'de Lyves contenant douze arpents ou environ.

» Item, un autre estang assis au-dessus du dit grant estang contenant un arpent. »

Nous voyons que ce lieu de Live, par la quantité d'eau qu'on y trouve, motive pleinement son nom tiré de l'armoricain Liva, eau abondante, coulant abondamment, exundare, comme dit Ducange. De nos jours, la rue de Live est le prolongement du chemin de Melun, à partir de la rue Creuse jusqu'à la rue de la Ferme. Cette partie du territoire du Mée contient plusieurs sources, des pièces d'eau; elle est humide en tout temps, souvent inondée en hiver. Sur l'emplacement de « lostel de Lyves » existe maintenant le château moderne appartenant à la famille de Fraguier, et dans le voisinage se trouve un grand bassin alimenté par un ruisseau venant du bois des Courtillerais. C'est là qu'on voyait les étangs mentionnés dans le terrier de 1512, étangs que la langue celtique appelait liva, dont le moyen âge a fait live. En comparant la topographie locale au terme grammatical indiqué par Ducange, on découvre l'exactitude du sens de ce terme qu'on chercherait vainement dans les dictionnaires de la langue française. Son origine


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est dévoilée, et cet inconnu, qui semblait privé de famille, acquiert un état civil.

La seigneurie de Live est mentionnée dès le xn° siècle. C'est dire qu'elle était plus ancienne, datant probablement de l'origine de la féodalité qui prit naissance au temps des Mérovingiens et fut confirmée sous les successeurs de Charlemagne. Comme on le sait, les fiefs prirent leurs noms des lieux où ils existaient ou des biens qui les constituèrent. Or, si dès l'institution de la féodalité un fief prit l'appellation de Lives — ce qui est assez probable puisque nous le trouvons existant sous ce nom au xne siècle — ce fait témoigne de l'antiquité du 'nom, ce dont il n'y a pas lieu de s'étonner le sachant issu de l'armoricain, autrement dit de la langue celtique.

Pierre de Lives, chevalier, vivant au temps de PhilippeAuguste, est cité dans la nomenclature des nobles de la chatellenie de Melun, dont les fiefs ne relevaient pas du roi et qui possédaient 60 livres de rente : « Hsec sunt nomina militum qui » tenent de aliis quam de domino Rege in castellanià Meleduni et » habent sexaginta libralas reditus. »

» Petrus de Lives. »

Ce document est rapporté sous le titre : Scripta de feudis ad regem spectantibus, dans le tome XXIII du Recueil des historiens de France, page 687. Il atteste l'ancienneté du mot Live, tandis que, d'un autre côté, la topographie locale, rapprochée de ce que nous dit Ducange, en révèle l'antiquité, l'origine et la signification.

Les lieudits de nos villages conservent certainement d'autres vestiges de la langue des plus anciens habitants de la Gaule. M. Desjardins en a exprimé la pensée, nous en trouvons un exemple au Mée, et il ne serait pas impossible d'en découvrir d'autres dans maintes localités. Des noms sans signification apparente sont la mine qu'il faut creuser, la pépite qu'il faut débarrasser de sa gangue. C'est une étude intéressante qui se recommande aux chercheurs et aux érudits. J'ajouterai que Jes difficultés qu'elle peut offrir se trouvent souvent augmentées par l'altération que subissent les noms de lieux en passant sous la plume des scribes modernes, gens de lois, hommes d'affaires ou autres. Pourra-t-on en douter quand on saura, comme je le sais moi-même pour l'avoir lu sur une affiche de biens à vendre au Mée, que la rue de Live est devenue rue de la Lyre, un mot d'origine grecque, soit, où


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l'on chercherait vainement trace du celtique Liva, et ne s'adaptant en aucune façon à l'état des lieux. A chercher l'origine de la pseudo rue de la Lyre, les linguistes y perdraient le nord, et ils seraient en droit de déplorer sinon de maudire la légèreté ou l'ignorance de ceux qui, dans des actes publics, travestissent si complètement des noms antiques consacrés par le temps, par leur sens rationnel, et par des témoignages écrits datant des premiers siècles de notre histoire.

G. LEROY.


.NOTICE HISTORIQUE

SUR LA COMPAGNIE DE L'ARQUEBUSE DE GUIGNES

Par M. René MOREL, publiciste, membre titulaire (Section de Melun)

Guignes-en-Brie, aliàs Guignes la P...., la Catin ou Rabutin (autrefois paroisse de la Brie française, bailliage de Melun, généralité de Paris, aujourd'hui commune du département de Seineet-Marne, arrondissement de Melun, canton deMormant) possédait, avant la Révolution, comme beaucoup de localités briardes, une Compagnie de Chevaliers de l'Arquebuse.

Nous ignorons l'époque exacte de l'origine de cette compagnie, mais nous croyons pouvoir avancer, sans craindre de tomber dans l'erreur, qu'elle existait dès le xv° siècle.

On lit dans le « Recueil de pièces concernant le prix provincial de l'Arquebuse royale de France rendu par la Compagnie de la ville de Meaux le 6 septembre et jours suivants 1118 » :

« La Compagnie du bourg de Guignes, dont M. Bernard, comte de Coubert, est colonel, est très ancienne' : elle était au siège de Montereau en 1437, où son uniforme lui a été donné. »

Michelin, dans ses Essais historiques sur le département de Seineet-Marne, dit simplement :

« Depuis un temps immémorial, il y avait eu à Guignes une Compagnie d'Arquebuse. Les titres de cette Compagnie donnés par les anciens seigneurs de L'Hospital-Vitry, et confirmés par les rois, ayant été perdus dans le temps des guerres, ils furent renouvelés le 11 août 1686 par M. le maréchal de Schonberg, seigneur pour lors de Coubert, Vitry et Guignes. »

La Compagnie de l'Arquebuse de Guignes en Brie disparut pendant la Fronde et ses titres primordiaux furent perdus à la même époque.

Rétablie en 1686 par Frédéric-Armand de Schonberg, maréchal x. 10


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de France, comte de Coubert, seigneur de Vitry, Guignes, Yèbles, Barneau, Soignolles et autres lieux, elle subsista jusqu'en 1790.

Les registres de délibérations de la Compagnie nous ont conservé le procès-verbal de ce rétablissement, extrait des registres du greffe du Jeu royal de l'Arquebuse de Brie-Comle-Robert :

« Aujourd'huy dimanche onzième jour d'aoust mil six cent quatre vingt six, une heure de relevée, en l'hostel et pardevant nous François Portas, escuier, conseiller du Roy en ses conseils, gouverneur pour Sa Majesté de la ville de Brye Conte Robert et de ses dépendances, capitaine du Jeu royal de l'Arquebuse de cette ville de Brye Conte Robert, en la présence de maistre Claude Fontaine, bailly des baronnyes de Lézigny, la Queux, leurs dépendances, Villemenon et aultres lieux, lieutenant de ladite Compagnie, du sieur Milan Sirodin, chevalier et roy de ladite Compagnie, de maistre Jean Petit, sergent major, François d'Arbonne, sergent de bande, de Pierre Petit l'aisné, greffier, Pierre Petit le jeune, René le Duc et Jacques Moulin, tous officiers et chevaliers d'ycelle Compagnie, sont comparus maistre Pierre Dubart, prevost des seigneuries et comté de Coubert, la ville de Guignes, Yèbles, Vitry, Nogent, Sognolles et aultres lieux en dépendant et de Tancarville, assisté de mrc Denis Le Vasseur, procureur fiscal desdits comté et seigneuries, de mre Pierre Cheron, procureur esdites justices, Noël Ghevard, sieur de la Villette, et Antoine Remy, marchand, demeurant à la Burelle, qui nous ont remontré qu'anciennement il y a eu une Compagnie de l'Arquebuse établye au bourg de Guignes, Yèbles, et paroisse dudit Yèbles, composée de tous les officiers ordinaires; qu'elle avoit discontinué tant par la mort desdits officiers que par les troubles et mouvements de diverses armées es années 1649 et 1652, les titres et papiers concernant ledit établissement et origines ayant été perdus, en sorte que ladite Compagnie ne s'est point restablie jusqu'à présent, sinon que depuis quatre ans, plusieurs bons habitans dudit bourg d'Yèbles, Guignes, Vitry, Nogent et dépendances, faisant une seule paroisse, et autres lieux dépendant dudit comté de Coubert, ont été obligés de se faire recevoir chevaliers dans la Compagnie du Jeu royal de la ville de Chaumes; avec laquelle Compagnie ils ont paru et tiré non seulement dans leurs jeux ordinaires, mais encore dans le prix provincial tiré à Melun en 1682, et au prix.général tiré en la ville de Sezanne en 1685. Et mesme qu'ils ont été mandez séparément de ladite ville de Chaumes au prix provincial tiré en la ville de Nogent en 1684, comme ils ont


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fait apparoir par le mandement du troisième aoust de ladite année et dont la suscription est adressée à Messieurs les capitaine, roy, officiers et chevaliers du Jeu de l'Arquebuse de Guignes. Et parce que dudit lieu et dépendances, ils sont en nombre suffisant pour rétablir leur ancienne Compagnie jusques présentement au nombre de plus de vingt; et que ledit bourg de Guignes et dépendances est bien plus suffisant et capable de recevoir et représente un bouquet et prix, et que d'ailleurs ladite ville de Chaumes leur est incommode par son éloignement.

» Pourquoy ils nous ont requis en rétablissant leur ancienne Compagnie qu'il nous plustles y recevoir, et leur donner de nouveau en tant que besoin seroît, le serment tel et semblable qu'il est accoutumé de faire en pareil cas, tant pour eux que pour les autres de ladite Compagnie de Guignes et dépendances, et de leur donner aussy les ordonnances anciennes et accoutumées sur le fait dudit Jeu de l'Arquebuse pour les garder et observer, sous les déclaration et serment desdits comparants, tant pour eux que pour leurs confrères, qu'ils sont tous de la religion catholique, apostolique et romaine.

» Sur quoy et après qu'il nous est apparu dudit mandat de la ville de Nogent en 1684 adressé à la Compagnie de Guignes, et que Monsieur le mareschal de Schonberg, comte et seigneur dudit Guignes et dépendances, nous a bien voulu faire certifier de tout le réquisitoire cy-dessus par le sieur Rochon, son intendant, et de la connoissance que nous avons que ledit bourg de Guignes et dépendances est capable de mettre sur pied une Compagnie de chevaliers de l'Arquebuse, et que le lieu est suffisant pour recevoir et représenter un Bouquet.

» Au moyen de quoy nous avons reçu et recevons lesdits susnommés comparants, tant pour eux que pour leurs confrères dudit bourg de Guignes, pour en former une Compagnie avec tous les officiers nécessaires, et en ce faisant leur avons donné le serment ordinaire tel et semblable qu'il est accoutumé de faire en pareil cas, ensemble copie signée de nostre greffier des ordonnances sur le fait du Jeu de l'Arquebuse, pour estre par eux gardées et observées sous les peines y portées, et autres qu'ils voudront, dûment assemblés, y augmenter ou diminuer'.

» Le tout après que par serment d'eux pris et réitéré ils ont, tant pour eux que pour leurs confrères, juré, affirmé et déclaré qu'ils

1. Voir l'Appendice, in fine


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sont tous de bonnes vie et moeurs, religion catholique, apostolique et romaine, et qu'ils ne porteront jamais les armes contre le Roy ny l'État. Sous lequel serment, nous leur avons donné le mot et le signal de chevalier de l'Arquebuse qu'ils promettent aussy sous le même serment de ne jamais révéler, et ont tous signé.

» Ce fut fait et donné par nous capitaine, lieutenant, roy, officiers et chevaliers de ladite Compagnie de l'Arquebuse dudit Brye Comte Robert. Les jour et an que dessus. »

La Compagnie de l'Arquebuse de Guignes devint bientôt l'une des plus nombreuses et des plus florissantes de la contrée.

Par délibération du 13 juillet 1698, les chevaliers convinrent de tirer désormais la royauté le deuxième dimanche de mai', et d'assister, tous les ans, le 17 janvier, en l'église d'Yèbles, au service de Saint-Antoine et au repas fait à frais communs après la cérémonie.

Nous lisons à la suite de cette délibération : « Nicolas Maletrait, tambour de la Compagnie , s'engage à servir ladite Compagnie, battre dans la marche que nous ferons tous les ans à nostre royauté, à tirer les charges, accompagner ladite Compagnie à la messe et service de Saint-Anlhoine, aux bouquets qui seront donnés à nos chevaliers aux jours de leurs festes et à toutes les choses nécessaires à quoy il sera commandé pour raison de son exercice de tambour, même d'aller aux prix dans les villes où ladite Compagnie sera mandée, à condition qu'il sera nourry dans la marche et pendant les prix qui se tireront dans les villes. Pour et moyennant la somme de douze livres par chacun an. »

Le 20 octobre 1701, par acte devant Louis Feré, « notaire royal au Chaslelet de Melun, demeurant à Ozouer-le-\oulgis en Brye... « M0 Daniel Chardon, advocat ancien en la cour et conseil de Mon» seigneur le duc de Schonberg (Ménard de Schonberg, mort » en 1719, fils de Frédéric-Armand, maréchal de France), et » M0 François Rochon, intendant des affaires dudit seigneur duc, » estant de présent au château de Coubert, au nom et comme » fondés de procuration de mondit seigneur duc de Schonberg, » baillèrent à titre de pur et chef cens « aux officiers et cheval» liers du noble Jeu de l'Arquebuse de Guignes rétably audit lieu » par ordre de feu monseigneur le mareschal de Schonberg » le terrain sur lequel ils se réunissaient pour se livrer à leurs exercices, « c'est à scavoir la quantité de neuf thoises de large sur

1. Le repas de royauté se donnait le jour de la Trinité.


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» celle de quatre vingt quatre thoises de long de terre, à prendre » dans une pièce appartenant à mondit seigneur duc, dépendant » de ses terres de Vitry et Mortry, scituée au bout de Guignes, » proche l'hostellerye de Saint-Nicolas... »

Ce bail fut consenti à la charge « de par lesdits officiers et che» valliers establir en ladite terre le jardin de leur Jeu de l'Arque» buse qu'il a pieu à mondit seigneur le mareschal de Schomberg » restablir audit Guignes, et en iceluy y faire leurs butte etbasti» ments nécessaires; clore ladite terre de murs ou fossez pour la » séparer de celle qui y tient appartenant audit seigneur, et en » outre moyennant la somme de cinq sols de cens par chacun an, » ledit cens portant de lods et ventes, deffault, saisine et amende » toutes fois et quand le cas y eschet, etc.. »

Le duc de Schonberg et ses descendants seigneurs de Guignes, et en leur absence leur principal officier, devaient, aux termes dudit acte, « ouvrir le feu et tirer le premier coup d'arquebuse les jours de royauté ».

Le 8 juin 1727, les chevaliers se réunirent a pour délibérer sur » les affaires de la compagnie et notamment sur ce que depuis un » temps considérable ladite Compagnie a toujours tiré à découvert » dans le jardin, et que pour y remédier, il est important de faire » faire un bastiment en place du chevalet dudit jardin. »

On convint dans cette réunion de faire construire « en la pré» sente année (1727) un bastiment sur deux pignons et deux gout» tières de maçonnerie couvert de tuiles, de la largeur de vingt » pieds en oeuvre et sur la longueur de vingt pieds en oeuvre, » composant une salle par bas avec une croisée pour faciliter le » tirage dudit chevalet en face du ponton ; au-dessus de laquelle » salle sera une chambre à chauffoir et cheminée, à laquelle sera » percée une croisée en face du tirage, une autre en face du grand » chemin de Paris, du costé du septentrion et une autre du costé » de l'Orient; ladite chambre crépie et blanchie. »

« Pour la construction duquel bastiment, la compagnie consent » et offre de dépenser en la présente année, jusqu'à la somme de » mille livres, à condition que dans la dépense de cette somme la » Compagnie y sera à couvert et ledit bastiment bien et dûment » fermé. Pour faciliter le payement de ladite somme, outre celle » de plus de trois cent cinquante livres que la Compagnie a ac» tuellement de fonds, tant pour réceptions que pour autres » causes, ladite Compagnie s'est présentement cotée volontaire» ment, etc. »


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Le 13 juin 1728, les chevaliers tinrent conseil pour s'occuper de nouveau delà construction de leur « hoslel ».

Le procès-verbal de cotte délibération nous apprend : « ...Qu'il » a esté représenté par le s 1' Le Sourt, capitaine, que pour par» venir à l'exécution de l'acte de délibération du 8 juin de l'année » dernière 1727, la Compagnie avoit jugé de proposer par une » lettre du 30 may dernier à messire Samuel Bernard 1, chevalier » de l'un des ordres du Roy, comte de Coubert, seigneur de ce » lieu de Guignes et autres de consentir que uous fassions graver » sur une pierre de marbre une inscription comme quoy le basti» ment que nous entendons faire construire dans le jardin de notre » Arquebuse se fait sous les auspices dudit seigneur Bernard, et » mettre ladite pierre sur une solide assiette de gresserie, qui sera » la première des fondemens du bastiment, placée par ledit sei» gneur ou autre personne par lui proposée, avec ses armes * sur » le front en pierre dudit bastiment. »

Samuel Bernard ayant accepté la proposition des chevaliers, on choisit le 30 juin suivant pour poser solennellement la première pierre de l'hôtel du noble Jeu de l'Arquebuse de Guignes-en-Brie.

Dans la réunion où fut fixée la date de celte cérémonie, la Compagnie, trouvant que le plan auquel elle s'était d'abord arrêtée ne présentait pas toutes les qualités requises, décida de faire élever un bâtiment plus important et plus convenable.

A la date fixée, 30 juin 1728, on procéda « avec toute la solennité possible » à la pose de la première pierre, en présence des officiers et chevaliers et des notables du village. Le comte de Coubert, ne pouvant y assister, se fit représenter par son fils aîné, futur colonel de la compagnie.

Voici le procès-verbal de cette cérémonie :

« Aujourd'huy mercredy trente juin mil sept cent vingt huit, » neuf heures du matin, nous officiers et chevalliers du noble Jeu » de l'Arquebuse de Guignes en Brie, soussignés, en exécutant » nos actes de dellibération et noltammenl celuy du dimanche » treize des présents mois et an, nous sommes transportez au » jardin de nostre Arquebuse, où nous avons eu l'honneur d'ac» compagner dans les cérémonies ordinaires messire Samuel1.

Samuel1. célèbre financier.

2. D'azur à l'ancre d'argent, senestrée en chef d'une étoile de même et ôtincelante ou rayonnée d'or.


— 151 — » Jacques Bernard', chevalier, conseiller du Roy en ses conseils, » maître des requesles ordinaire de son hostel, surintendant des » domaines, maisons et finances de la Reine, lieutenant des chasses » et plaisirs de Sa Majesté, grand'croix, grand prevost et maistre » des cérémonies de l'Ordre militaire de Saint-Louis, seigneur de » Grosbois, le Roy du Sancy, Boissy-Saint-Léger, Vilcraine, » Cerçay, Narelles, chastelain d'Hyères et autres lieux.

» Lequel seigneur, fils aîné, au nom et pour messire Samuel

» Bernard, chevalier de l'un des Ordres du Roy, comte de Cou»

Cou» seigneur de Vitry, Nogent, Yèbles, Soignolles, leurs dé»

dé» et autres lieux, a posé dans l'enfonssure faite sur la

» face supérieure d'un dez de gresserie picqué, et mis à cet effet

» en sa présence dans la fondation qui fait l'angle et l'encoignure

» du costé du levant et la gouttière du costé du septentrion du

» bastiment que ladite compagnie fait élever dans le jardin de la»

la» Arquebuse, une pierre de marbre blanc de largeur de dix

» pouces au quarré, sur laquelle sont gravés ces mots :

SOUS LES AUSPICES DE

MESSIRE SAMUEL BERNARD

CHEVALIER DE L'UN DES ORDRES DU ROY,

COMTE DE COUBERT,

SEIGNEUR DE VITRY, NOGENT,

YÈBLES , GUIGNES , SOIGNOLLES

ET AUTRES LIEUX,

LES FONDEMENTS DU JEU

DES CHEVALLIERS DE

L'ARQUEBUSE DE GUIGNES

ONT COMMENCÉ A ÊTRE POSÉS

LE MERCREDY 30 JUIN 1728.

» Dont a esté dressé le présent acte que ledit seigneur a bien voulu honorer de sa signature. » (Signé) Bernard.

» Le Sourt, capitaine, Le Sourt, aumosnier, Le Sourt, Jacob, capitaine enseigne, Fontaine, major, C. Rémond, lieutenant, Le Vasseur, roy, Cheron, doyen, Talion, empereur, Le Cestre, capitaine guidon, De La Rue, sergent syndic, Boutillier, Taveau, greffier, Colleau, Rosty, Le Sourt fils, Fontaine fils, Lambert, Lepeudry. »

1. Deviut comte do Coubert après la mort de son père. Fit construire 1 église de Guignes (1745-1747). Son fils Olivier-Samuel-Jacques Bernard (1730-1801), comte de Coubert, fut le dernier seigneur de Guignes.


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Les dépenses occasionnées par la construction de « l'Arquebuse » s'élevèrent à deux mille cinq cent cinquante cinq livres cinq sols onze deniers, et furent acquittées partie avec les cotisations des chevaliers et partie avec une somme avancée par le capitaine Le Sourt, conducteur des travaux 1.

Des "embellissements et des améliorations furent faits successivement à la propriété de l'Arquebuse. M. Sevené, receveur général du comté de Coubert, et capitaine de la compagnie, contribua largement à ces travaux. Grâce à lui, l'abbé Goudemelz, chanoine de Champeaux, put dire dans son Voyage de Champeaux à Meaux fait en 1185, que le pavillon de l'Arquebuse de Guignes était une fort jolie habitation.

Le 3 août 1728, Samuel Bernard, comte de Coubert, et son fils Jacques-Samuel Bernard acceptèrent les titres de colonel et de lieutenant-colonel des Arquebusiers de Guignes.

Bien souvent, la générosité du richissime banquier se manifesta en faveur de la Compagnie. En 1729 notamment, il lui fit don d'un drapeau de taffetas bleu portant d'un côté ses armes et de l'autre la devise de la Compagnie, d'un superbe étendard, d'une plaque ou marque en argent ornée de ses armes et des attributs de l'Arquebuse, de trois habits complets pour le haumeur et les tambours consistant en « trois justaucorps de drap bleu céleste » galonnés d'or en plein sur toutes les tailles, et entre les tailles » galonnés d'argent, parements écarlates, boutons dorés, vestes » écarlates galonnées en plein comme les habits, culottes écar» lates, chapeaux brodés d'or, plumets bleu et blanc, cocardes de » même, trois ceinturons en drap bleu céleste galonnés d'or, » épées à gardes dorées, fourreaux et faux-fourreaux, deux » caisses armoriées aux armes dudit seigneur, deux porte-caisse » de drap bleu céleste galonné d'or et d'argent aux armoiries du» dit seigneur colonel, cartouches et supports relevés en bosses » d'or et d'argent garnis de glands en or, argent et soie, avec

1. Des contestations surgirent après la mort du capitaine Lesourt, arrivée en 1732, entre sa veuve, ses héritiers et la Compagnie des arquebusiers au sujet du remboursement de cette somme. Jacques-Samuel Bernard, comte de Coubert, finit par les mettre d'accord le 12 décembre 1742.

En 1734, la Compagnie réclama à la dame Lesourt les registres de délibérations et les titres et papiers de ladite Compagnie restés depuis la mort du capitaine en la possession de sa veuve, pour les déposer dans une chambre de <• l'Arquebuse », qui prit le nom de salle des Archives, et où on les enferma dans une armoire à trois clefs. A partir de cette époque, on conserva également dans cette salle les uniformes, drapeaux et ornements donnés en 1729 par Samuel Bernard.


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» deux paires de baguettes en bois du Brésil, trois roquelaures » de drap bleu céleste galonné d'or sur les collets, trois paires de » gants chamois brodés d'or, etc. »

Lé prince de Rohan, gouverneur de Champagne et de Brie, ayant supprimé, aux termes d'une ordonnance du 22 septembre 1733, la Compagnie de l'Arquebuse de Guignes « jusqu'à ce qu'elle eût » obtenu des Lettres patentes de Sa Majesté », Samuel Bernard sollicita les pièces nécessaires, et Louis XV, par brevet du mois de décembre de la même année, confirma l'existence de ladite compagnie, qui fut fixée à 30 chevaliers par le concordat renouvelé à Paris en 1775.

Nous rapportons la teneur du brevet royal :

« Aujourd'huy cinq décembre mil sept cent trente trois, le Roy, estant à Versailles, le sieur Bernard, comte de Coubert, seigneur de Guignes en Brie, conseiller d'État, chevalier de l'Ordre du Roy, a très humblement représenté à Sa Majesté que depuis environ quarante années, plusieurs babitans dudit lieu de Guignesen-Brie se sont adonnés à l'exercice de l'arquebuse et s'y sont distingués particulièrement dans les années 1699 et 1729, où ils remporté le premier panton du prix provincial de Brie-ComteRobert et les deux premiers pantons du prix général de Compiègne, mais qu'ils appréhendent d'être troublés dans leurs exercices tant que Sa Majesté n'aura point autorisé l'établissement de la dite Compagnie, et voulant donner de plus en plus au sieur Bernard des marques de la satisfaction qu'elle a du zèle qu'il témoigne en toute occasion pour le bien de son service, Sa Majesté a autorisé et autorise l'établissement de ladite Compagnie sous le titre de Chevaliers de l'Arquebuse, laquelle sera composée d'un colonel et d'un lieutenant-colonel, d'un capitaine, d'un lieutenant, d'un souslieutenant, d'un enseigne et d'un guidon, et pourra s'assembler pour vacquer à ses exercices aux jours, lieux et heures accoutumés, ainsi qu'elle a fait jusqu'à présent.

» Veut Sa Majesté que les capitaine, lieutenant et enseigne de ladite compagnie jouissent de l'exemption de la collecte des tailles et du logement des gens de guerre tant qu'ils seront en place, et que celui qui aura abaLtu l'oiseau jouisse des mêmes exemptions pendant une année seulement, à commencer du premier octobre qui suivra le jour qu'il aura abattu l'oiseau. Veuf en outre Sa Majesté que la place de colonel soit remplie par ledit sieur Bernard et ses successeurs seigneurs de Guignes, et que le colonel de ladite Compagnie puisse nommer à la charge de capitaine qui se


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trouve actuellement à remplir, et que ledit colonel et ses successeurs colonels puissent de même dans les cas de vacances desdits offices de lieutenant-colonel, de capitaine et de ceux de lieutenant, sous-lieutenant et enseigne choisir et nommer les sujets qu'ils jugeront capables de les remplir, lesquels seront tenus de prendre sur les nominations du colonel l'attache du gouverneur de la province ; et pour assurance de sa volonté Sa Majesté m'a commander d'expédier le présent brevet qu'elle a signé de sa main et fait contresigner par moi conseiller secrétaire d'État de ses commandements et finances. (Signé) Louis, et plus bas, Phelipeaux. »

La Compagnie reprit ses exercices au mois de mars de l'année suivante, et décida dans sa première délibération de s'assembler tous les ans le premier dimanche de mai et le jour de la Trinité « pour tirer la royauté et le plat bassin », et de faire imprimer aux frais de la Compagnie le brevet de confirmation et une circulaire pour les envoyer « à toutes les Compagnies d'Arquebusiers du concordat des trois provinces de Champagne-Brie, Picardie et Isle-de-France ».

La réception d'un chevalier suivit cette délibération : (Les registres de la Compagnie contiennent de nombreuses pièces de ce genre; nous rapportons celle-ci à titre de document intéressant non seulement l'Arquebuse de Guignes, mais encore l'histoire générale des Arquebusiers.)

« Et lesdits jour et an que dessus (25 mars 1734), nous capitaine, officiers et chevaliers du noble Jeu de l'Arquebuse de Guignes, ayant égard à la requeste faite par Messieurs Rémond l'aisné, lieutenant, et Fontaine l'aisné, major de ladite Compagnie, tendant à ce qu'il pleust à ladite Compagnie de recevoir pour chevallier la personne du s 1' Charles Joseph De Larùe, praticien, demeurant à Guignes, fils du sr Joseph De Larùe, roy et chevallier de lad. compagnie, sur quoy la matière a esté mise en délibération. Après que lesdits srs Rémond et Fontaine ont certiffié cedit s 1' Charles Joseph De Larue, à ce présent, estre de bonne vie et moeurs et religion catholique, apostolique et romaine, nous, capitaine en chef de ladite compagnie, du consentement desdits soussignés, avons receu et recevons led. s 1' Charles Joseph De Larùe pour chevallier en ladite Compagnie, à la charge d'observer les règlements généraux et particuliers, de se mettre incessamment en équipage de chevallier, arme et habit uniforme, de payer le prix de sa réception, montant à quinze livres, de frayer sa part proportionnelle des dépenses communes de la Compagnie et de


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donner son prix de réception en la manière accoutumée. Acte du serment fait par ledit sieur Charles Joseph De Larue d'estre fidèle au Roy, d'observer, comme il est ci-dessus dit, les règlements généraux et particuliers et de ne jamais révéler le secret qui lui a esté montré. »

Certains chevaliers « soit par négligeance ou affectation » n'ayant pas assisté « aux principales assemblées de la Compagnie » qui se tenaient le premier dimanche de mai et le jour de la Trinité, pour tirer la royauté et le plat bassin, et leur absence augmentant la somme que chaque chevalier présent devait verser pour subvenir aux frais des repas qui se donnaient à l'occasion de ces réunions, la Compagnie décida, le 24 août 1738, que le chevalier qui négligerait de se présenter et d'exercer pendant une année perdrait son rang et marcherait pendant les trois années suivantes à la queue de la Compagnie. En cas de récidive, le coupable pouvait être destitué, rayé du registre et du tableau, « ce qui ne le dispenserait pas de payer les sommes et prix dus à la Compagnie ».

En janvier 1739, la Compagnie perdit son colonel et bienfaiteur Samuel Bernard, comte de Coubert. Les chevaliers s'empressèrent d'adresser au fils du défunt, leur lieutenant-colonel, la lettre ci-après :

« Monsieur,

» Pénétrés de douleur et touchés à l'extrême de la mort de Monsieur le comte Bernard, notre colonel et bon protecteur, nous prenons la liberté de vous en faire nos compliments de condoléance. Le Ciel attirant à lui une personne aussy illustre pour la récompenser de la couronne de gloire qu'elle a méritée par ses vertus, ses actions et ses charités connues de toute la terre, nous favorise en nous donnant pour colonel celuy qui de notre compagnie dès 1729 nous a fait l'honneur d'être lieutenantcolonel. Le brevet de Sa Majesté obtenu par M. le comte Bernard, qui l'a nommé et ses successeurs seigneurs de Guignes, colonel de nostre Compagnie et nous confirme dans nos exercices, a esté le fruit de son crédit pour la tranquillité et la satisfaction d'une Compagnie qui se fera toujours, Monsieur, un principe d'honneur et de devoir de vous estre subordonnée et de ne rien entreprendre que par vôtre commandement, nous avons espoir que vous voudrez bien honnorer de vôtre protection ceux qui sont avec un très profond respect, » Monsieur, » Vos très humbles et très obéissants serviteurs, etc. »


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Ils reçurent la réponse suivante :

« Je suis, messieurs, bien sensible à la part que vous prenez sur la perte que je viens de faire. Je tacheray de répondre aux sentiments que feu mon père avoit pour vôtre Compagnie, vous assurant qu'en toutes les occasions où je pourroy vous rendre service, je m'y emploiray avec autant de plaisir que je suis parfaitement,

» Messieurs, » Vôtre très humble et très obéissant serviteur,

» BERNARD. » A Paris, ce 30 janvier 1739. »

Le 31 janvier, la Compagnie assista « dans les cérémonies du deuil accoutumé » à trois grand'messes chantées et célébrées en l'église d'Yèbles pour le repos de l'âme de Samuel Bernard, et le 18 mars suivant elle fit célébrer à ses frais, dans ladite église, un service solennel à la même intention.

Le dimanche 7 juin 1744, la Compagnie se rendit « avec les étendard et drapeau et dans les cérémonies ordinaires » au château de Coubert où résidait son nouveau colonel, Jacques-Samuel Bernard, « chevalier, comte de Coubert, marquis de Longueil, conseiller d'État, etc. », qui nomma aux offices vacants de la Compagnie. Le grade de lieutenant-colonel échut au fils dudit seigneur, messire Olivier-Jacques-Samuel Bernard de Coubert. Le même jour, les chevaliers tirèrent dans le parc du château une épée à poignée d'argent, aux armes du colonel et offerte par celui-ci.

Une occasion exceptionnelle allait permettre aux arquebusiers guignois d'étaler leur brillant uniforme, d'arborer leur drapeau, de montrer leur belle prestance. Le roi, le roi lui-même, suivi des plus grands seigneurs de la cour, devait traverser Guignes-enBrie!

A la date du vendredi 13 novembre de cette même année 1744, nous lisons dans les registres de la Compagnie :

« Nous, capitaine, officiers et chevaliers du noble Jeu de l'Arquebuse de Guignes, nous sommes assemblés au drapeau dans les cérémonies ordinaires et accoutumées et dans l'uniforme prescrit à la Compagnie par monsieur Bernard, notre colonel, consistant comme par le passé en habit bleu galonné, avec boutons d'argent aux officiers, et parements rouges, vestes et culottes rouges, les bas blancs augmentés sur l'ancien uniforme de la Compagnie, le


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tout à l'effet d'estre au passage de Sa Majesté revenant de ses conquestes de Flandre et d'Allemagne, en dernier lieu de la prise de Fribourg-en-Brisgau.

» Sa Majesté ayant passé audit Guignes, lui a été présenté un placet pour le bien de la Compagnie et une pièce de vers sur ses conquêtes, à l'heure de deux heures de relevée, autour du relais que Sa Majesté a pris au-dessous dudit Guignes, sur le grand chemin, vis-à-vis le moulin de Gratteloup. »

La pièce de vers et le placet ont disparu.

Nous relevons en suite quelques autres dates mémorables :

Le 11 octobre 1745, la Compagnie assiste à la pose de la première pierre de l'église de Guignes.

Le 7 février 1747, la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, venant épouser le Dauphin, fils de Louis XV, reçoit à son passage à Guignes, les hommages de la Compagnie, qui, le lor mai suivant assiste à la bénédiction de l'église de Guignes. A l'issue de la cérémonie, le colonel traita magnifiquement ses arquebusiers en l'hostellerie de Saint-Christophe. Le Ieroctobre 1753,1a Compagnie fait célébrer, en l'église de Guignes, un service solennel pour le repos de l'âme du comte de Coubert, son colonel. Le 15 août 1773, elle « supplie très humblement messire Olivier-Jacques-Samuel Bernard, comte de Coubert, « de continuer les bontés de ses ancêtres envers lad. Compagnie » et de vouloir bien signer au registre en qualité de colonel. « A l'exemple de ses dignes prédé» cesseurs, Monsieur le comte Bernard signa le présent acte, qui » sera pour tous nos successeurs un monument éternel de pro» tection. » Le 26 juin 1774, la Compagnie fait célébrer par son aumônier, en l'église de Guignes, une messe solennelle pour le repos de l'âme de « très haut et puissant, magnanime et excellent prince Louis Quinze roy de France et de Navarre ». Un repas de corps donné par le comte de Coubert, à l'hôtel de l'Arquebuse, « avec toute la splendeur possible », suivit la cérémonie funèbre.

En mai 1775, pendant les troubles occasionnés par la misère du peuple, les arquebusiers de Guignes se mirent à la disposition du maréchal duc de Biron pour aider à réprimer les séditions populaires. Le maréchal « daigna » accepter et ajouta « qu'après qu'on luy auroit donné l'état des compagnies de la province, il donnerait des ordres en conséquence. » Fort heureusement les troubles cessèrent et nos braves chevaliers ne quittèrent pas leurs pénates.

Le 10 décembre 1775 « la Compagnie assemblée extraordinairement pour délibérer sur une lettre adressée à elle par le déposi-


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taire du « gage d'armes et conseil du Concordat, à l'effet de » députer un officier ou chevalier pour se trouver à l'assemblée » générale indiquée à Paris pour le 18 décembre 1775, et y donner » sa voix sur tout ce qui seroit proposé relativement à la confir» malion de l'Ordre des Arquebusiers, du Concordat, statuts, » règlements, privilèges, prééminences et prérogatives y alta» chées, » nomma député son capitaine, le sieur Baudet de la Coumelle. Par ce Concordat, la Compagnie de l'Arquebuse de Guignes fut fixée à 30 chevaliers.

Vers la fin de cette année, un différend assez grave s'éleva entre le trésorier et plusieurs chevaliers et divisa la Compagnie en deux camps. Sept officiers ou chevaliers donnèrent leur démission, et les exercices furent suspendus. En 1778, nous voyons les chevaliers se réconcilier et reprendre leurs exercices.

Dans la réunion du 19 juillet 1778, ils décidèrent que « pour se » rapprocher de l'uniformité de toutes les Compagnies d'arque» busiers, ladite Compagnie quittera les vestes et culottes rouges, » et prendra dès ce jour vestes, culottes et guêtres de toille de » couton blanc, avec manchette de baptiste, chapeau à bord d'ar» gent avec panache blanc, suivant les grades, et une cocarde de » bazin. »

Ils convinrent en outre d'assister au prix provincial de Meaux et d'emmener l'aumônier, la musique composée de deux tambours et de deux clarinettes et le haumeur.

Un décret de l'Assemblée nationale ayant supprimé en 1790 les Compagnies d'arquebusiers, les chevaliers de Guignes cessèrent leurs exercices, « se réservant de prendre quand ils le jugeraienl à propos le titre de chevaliers de l'arquebuse et de s'assembler sous les armes suivant leur bon plaisir, » et le 4 novembre de ladite année, par acte devant M0 Tournefier, notaire à Coubert, a M. Olivier-Samuel-Jacques Bernard, comte de Coubert, co» lonel du Jeu de l'Arquebuse établi à Guignes, et MM. J.-B. » Auvray, Jean-Charles-Fontaine, J.-B. Pareux, le jeune, Eu» trope Notaire et Jean-Urbain Notaire, chevaliers dudit jeu », vendirent, moyennant seize cents livres, l'hostel de l'Arquebuse de Guignes en Brie, témoin des exercices, des réunions, des festins et des fêtes de messieurs les chevaliers. La dernière heure de la vieille Compagnie était sonnée 1!

1. « L'Hostel de Messieurs les Chevaliers de l'Arquebuse de Guignesen-Brie », par René MOREL. — Almanach historique de Seine et-Marne, 1893.


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Le noble Jeu de l'Arquebuse, ayant cessé d'être d'utilité publique, n'était plus qu'une occasion de plaisir et de réjouissances. Des concours réunissaient de temps à autre les Compagnies dans des joutes pacifiques, prix provinciaux et prix généraux, qui donnaient lieu aux fêtes les plus brillantes, et plusieurs fois par an, des banquets pleins de cordialité et d'entrain rassemblaient à la même table les chevaliers d'une Compagnie ou de plusieurs Compagnies voisines.

Les arquebusiers étaient généralement de bons vivants, heureux de se réunir de temps en temps pour se récréer ensemble. La fraternité et la belle humeur ne cessaient de régner dans leurs repas de corps, véritables festins pantagruéliques où se chantaient les louanges de Cupidon, de Mars et de Bacchus. C'était la vieille gaieté française dans tout son épanouissement, cordiale, courtoise, bonne enfant, remplie de franchise et d'exubérance.

Parfois aussi les Compagnies se donnaient tour à tour des banquets suivis de bals et de réjouissances diverses, auxquels on invitait les notables du pays, et qui faisaient époque dans les annales locales.

Le « Registre des délibérations de messieurs les chevaliers du noble Jeu de l'Arquebuse royale de Guignes en Brie » nous a conservé les curieux documents qui suivent sur une de ces fêtes offertes au siècle dernier, par la Compagnie de Brie-Comte-Robert aux arquebusiers de Guignes et rendue par ceux-ci à leurs aimables confrères :

« Aujourd'huy lundi mil sept cent cinquante-quatre, nous officiers et chevaliers étant assemblés en notre Jeu d'Arquebuse, voulons faire mémoire que sur l'invitation de messieurs de la Compagnie de Brie, nous nous sommes rendus le jour d'hier toute la Compagnie au nombre de quatorze à cheval, en notre uniforme, audit lieu de Brie, où notre Compagnie a été reçue au dehors dudit lieu par un officier de ladite Compagnie de Brie aussi à cheval, qui nous a conduits à l'hôtel qu'ils nous avoient marqué, où ladite Compagnie de Brie, au nombre de vingt-trois, est venue nous prendre en cérémonie et nous faisant précéder la marche, le major à la tête de notre Compagnie, nous a conduits à leur Jeu de l'Arquebuse où le déjeuner était préparé amplement.

» Après lequel nous sommes sortis de leur Jeu sur deux lignes, nous sur la droite et eux sur la gauche, et avons été assis-


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ter à la grand'messe qu'ils ont fait chanter solennellement en leur église paroissiale, avec pain bénit et offrande. Après laquelle messe ils nous ont conduits avec la même préséance sur leur Compagnie dans le lieu où ils avoient fait préparer un splendide dîner, où les deux Compagnies ont été dispersées à table. Après lequel repas, nous avons été dans le même ordre à leur Jeu d'Arquebuse pour y tirer le présent qui étoit disposé par les deux Compagnies. Lequel présent consistait en un couvert d'argent, qui a été gagné par M. Rosty, sous-lieutenant de notre Compagnie, à qui ledit présent a été délivré avec le panton. Après lequel tirage, messieurs de la compagnie de Brie nous ont reconduits en nôtre hôtel avec la même cérémonie qu'ils étaient venus nous prendre, avec invitation et promesse expresse de nous trouver le moment suivant au bal qu'ils avaient fait préparer dans le même endroit où nous avions dîné. Où nous étant rendus toute notre dite Compagnie, nous avons trouvé le devant de la porte et toute la façade de la maison garnis de lampions. Et étant conduits en leur bal par les officiers de ladite Compagnie de Brie, ceux-ci ont fait ouvrir le bal par notre capitaine et ensuite par toute notre Compagnie, chacun à son rang.

» Auquel bal s'est trouvé la collation et tous les rafraîchissements que l'on pouvait souhaiter de toute espèce, tant pour les dames qui s'y sont trouvées que pour les deux Compagnies, en sorte que l'on ne peut rien ajouter aux politesses et à là décence avec lesquelles ces messieurs nous ont reçus, pour reconnoissance desquelles nous avons dressé le présent acte.

» En revenant de ladite feste reconduisant notre capitaine à Coubert, il nous a invités à dîner chez lui. En attendant lequel diner, il nous a proposé de tirer un prix de la valeur de douze livres qu'il avoit dessein de donner au plus beau coup qui se ferait. Ce qui a été exécuté et gagné par M. Feuillette, député, auquel ledit présent a été délivré.

» Après lequel tirage nous avons été prendre le repas qui nous avait été préparé, etc. »

Probablement par suite de circonstances indépendantes de leur volonté, les chevaliers de l'Arquebuse de Guignes ne rendirent que quatre ans plus tard à leurs confrères de Brie la fête que ceux-ci leur avaient offerte.

Le 18 juin 1758, nos arquebusiers « très sensibles à l'invitation et à la réception que leur Compagnie avaient reçues de la part de celle de Brie-Gomte-Robert au mois d'octobre de l'année 1754 »


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décidèrent, à l'unanimité, d'inviter la Compagnie de Brie à un dîner, à un souper et à un bal.

Nous lisons dans le vieux registre : « Aujourd'huy lundy dixhuit septembre mil sept cent cinquante - huit, nous officiers et chevaliers étant asssemblés et voulant faire mémoire de la feste donnée par notre Compagnie à celle de Brie-Comte-Robert, en conséquence de notre délibération du dix-huit juin dernier, Messieurs les officiers et chevaliers de Brie ayant été invités par notre lettre du même jour à se rendre chez nous le jour d'hier, tous au nombre de trente-trois sont venus à cheval et se sont rendus ici sur les huit heures du matin, conduits par notre capitaine-enseigne, député pour aller au devant d'eux, qui les a assistés jusqu'à l'hostellerie de Saint-Nicolas, hostel destiné pour leur logement, où, sur les dix heures, nous nous sommes rendus en cérémonie et rangés en haye devant la porte d'entrée; après quoy le major député pour inviter ces messieurs d'assister à la messe, s'en étant acquitté en s'adressant au commandant de la Compagnie qui était rangée en haye dans la cour de l'hostel, ils en sont partis et sont venus se mettre en haye en face de nous sur la droite ; sont de là partis en cérémonie conduits par notre major sur deux lignes, notre Compagnie ensuite de même. Sommes tous entrés dans l'église, où messieurs de Brie ont occupé la droite du choeur et nous la gauche. Il y a eu pain bénit par nous présenté, et les autres cérémonies se sont faites avec l'ordre et la décence possibles. La messe entendue, nos Compagnies, dans le même ordre qu'auparavant, se sont rendues devant notre hôtel, où celle de Brie, toujours à la conduite de notre major, est entrée la première et montée dans une salle où nous leur avons donné un dîner composé de viandes froides de la meilleure qualité et de vins excellents. Après lequel dîner, les Compagnies se sont, en ordre comme dessus, rendues au jardin de notre butte pour y tirer entre ces messieurs et nous l'épée à garde et poignée d'argent donnée par notre capitaine, et qui par l'événement du sort a été gagnée par M. Véricot, capitaine-enseigne de la Compagnie de Brie, auquel, sur le champ, nous en avons fait remise.

« Après quoy, les compagnies, toujours dans le même ordre, se sont rendues à nôtre hôtel sur les sept heures du soir, où nous avons fait servir un souper le plus somptueux qu'il a été possible, et dont nous avons eu, ainsi que ces messieurs, qui nous l'ont marqué, toute la satisfaction possible, tant par la délicatesse et le x. H


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nombre des mets, que par la manière dont il a été servi. Le tout par le commandement de notre capitaine, ses soins particuliers, et ceux de M. Fontaine, notre lieutenant, et M. Lepeudry, aidemajor. Auquel souper monsieur le comte de Sourdis nous a fait l'honneur d'assister, placé à la droite de notre capitaine, même au bal qui s'est ensuivi, donné dans la salle de notre Jeu grandement illuminée en bougies et superbement décorée. Lequel bal a duré depuis onze heures du soir jusqu'à six heures du matin ; durant lequel ledit sr Lepeudy, notre aide-major, a donné de sa façon un feu d'artifice de différentes parties dans l'avant-jardin de notre Jeu, le frontispice étant illuminé en lampions et le passage bordé de pots à feu des deux côtés'. »

Comme on le voit, « messieurs de l'Arquebuse » savaient fort bien s'amuser, et les amis de la bonne chère, de la gaieté et du pittoresque ne sauraient trop regretter la disparition de ces aimables et joyeuses Compagnies.

On sait que chaque Compagnie d'arquebusiers avait son dicton particulier.

Celle de Guignes adopta pour dicton le fâcheux surnom attaché au village. Elle chantait sur l'air Monsieur le Prévôt des Marchands :

N'allez pas vous effaroucher, Et gardez-vous de vous fâcher De ce dicton si malhonnête. Mesdames, n'ayez pas horreur, Nous lèverions bientôt la crête S'il s'agissait de votre honneur.

Elle avait anciennement, paraît-il, une bannière sur laquelle était peinte une femme nue, qu'on nommait la P... de Guignes.

Une poupée richement vêtue remplaça plus décemment, au siècle dernier, la femme peinte' 2.

La Compagnie emportait cette poupée aux prix généraux ou provinciaux auxquels elle se rendait. C'est ainsi que la P... de Guignes assista au prix provincial de l'Arquebuse tiré à Meaux le

1. Souvenirs du temps passé. — Fête donnée par la Compagnie de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert à la Compagnie de l'Arquebuse de Guignes, le 6 octobre 1754, et fête offerte par la Compagnie de l'Arquebuse de Guignes à la Compagnie de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert le 17 septembre 1758.—René MOREL, Almanach historique de Seine-et-Marne, 1892.

2. L'arquebuse de la Ferté-sous-Jouarre avait aussi une poupée.

La Compagnie de Rozoy-en-Brie figurait aux prix avec un marqueur « faisant manger de la soupe à une poupée ».


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29 août 1717. On lit dans l'énumération des Compagnies qui prirent part à ce prix : « Guignes — « 20 chevaliers, habillés de » gris blanc, à boutons d'argent en façon de guigne ; le marqueur » portant la P... de Guignes. »

La Compagnie changea plusieurs fois d'uniforme, mais elle resta toujours fidèle à son vieux dicton. Le « Recueil des pièces » concernant le prix provincial de l'Arquebuse royale de France » rendu par la Compagnie de la ville de Meaux le 6 septembre et » jours suivants 1778 », nous montre en effet, que si l'uniforme a changé, le dicton est resté le même; on y lit : « Guignes la P..., uniforme : « Habit de drap bleu de roi, revers, parements et » collet écarlate, galons, boutons d'argent, doublure rouge, » veste, culotte, guêtres de basin blanc, chapeau bordé d'argent » avec panache blanc 1. »

Depuis son rétablissement jusqu'à la Révolution, la Compagnie prit part aux prix suivants : Prix provincial de Brie-ComteRobert en 1699 ; prix général de Laon en 1701 ; prix provincial de Thorigny en 1716 ; prix provincial de Meaux en 1717 ; prix général de Châlons-sur-Marne en 1754; prix provincial de La Fertésous-Jouarre en 1766; prix provincial de Montereau-faut-Yonne en 1773 et prix provincial de Meaux en 1778. De nombreuses récompenses obtenues dans ces réunions prouvent l'adresse des chevaliers de l'Arquebuse de Guignes en Brie.

Dans le volume que nous nous proposons de consacrer à la Compagnie dont l'esquisse historique précède, nous entrerons dans des détails et nous rapporterons des documents qui ne peuvent trouver place ici; notamment en ce qui concerne les prix généraux et provinciaux, les pièces justificatives, les noms des officiers et des chevaliers, avec des notes historiques et biographiques.

1. Un fâcheux surnom, Guignes-Rabutin ou Guignes-la-P.. .,par René MOREL, Almanach historique de Seine-et-Marne, 1891.


APPENDICE

Ordonnances faites sur le fait du Jeu de l'Arquebuse octroyées par le roy nostre sire, aux habitans de la ville de Brye Comte Robert par les lettres patentes en forme de chartes données au mois de janvier 1613. Signé Louis, et sur le reply : par le roy, la reine régente sa mère présente, Bruslart, et scellées d'un lacs de soye rouge et verte et de cire verte, que chacun chevalier du Jeu doit observer et garder inviolablement pour éviter les querelles et débâts qui se pouroient mouvoir entre le roy dudit Jeu et ses chevaliers et afin d'exercer ledit Jeu modérément et avec assurance. Desquelles la teneur suit :

Aucun ne sera reçu audit Jeu s'il n'est pas habitant et domicilié de Brye Comte Robert, aagé de plus de dix huit ans, certifié par deux des chevaliers dudit Jeu, estre de la religion catholique, apostolique et romaine et de bonnes vie et moeurs, honnestes estât et conversation, ayant arquebuse et moyen de l'entretenir.

Celuy qui jurera et blasphémera le saint nom de Dieu et prononcera des parolles salles et malhonnestes payera deux sols tournois d'amende pour la première fois, et qui récidivera payera le double et s'il continue sera déféré à la justice ordinaire et licencié du Jeu.

Qui par dépy, frayeur ou querelle rompera son arquebuse ou fourniment ou sera reconnu insolent payera huit sols tournois d'amende et sera son arquebuse confisquée, et qui continûra telle insolence, blasphémera ou dira de vilaines paroles déshonnettes sera interdit du Jeu de la compagnie desdits chevaliers comme dist est cy-dessus.

Sy aucun desdits chevaliers est atteint et convaincu d'aucun crime dans ledit Jeu ou pour raison d'iceluy, son procès lui sera fait par les officiers dudit Jeu appelés avec eux le capitaine et six chevaliers dudit Jeu.

Ne sera aucun chevalier receu à parier sur coup ou partie fermée à peine de quatre sols d'amende.

Ne sera aucun receu à tirer d'arquebuse empruntée sinon qu'à jeu de prix ou partie fermée ou au cas que la sienne fût rompue, à peine de cinq sols d'amende et estre privé de ce qui pourroit avoir été gagné.

Celuy qui tirera à la butte ne bandera ni amorcera son arquebuse -ailleurs qu'en la présence des députés sur la barrière à peine de perdre son coup et de payer deux sols d'amende.


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Avant que de tirer sera tenu de crier à haute voix et ce par trois fois : horsl à peine de deux sols d'amende.

Qui couchera son arquebuse pour tirer sur le prix et qu'il n'y ait rien dedans payera douze deniers d'amende.

Qui couchera son arquebuse le rouet n'estant bandé et le chien abattu payera douze deniers d'amende.

Qui tirera d'arquebuse rayée, fillettée, arrestée, marmottée ou autrement défectueuse contraire aux ordonnances et règlements des prix mandés sera le coup déclaré nul et l'arquebuse confisquée et payera vingt sols d'amende.

Seront tenus les chevaliers tirer leurs coups à bras étendus sans se couler ny couder pour se servir comme de fourchette, sur peine de perdre son coup et de cinq sols d'amende.

Qui détournera, cachera ou malprendra l'arquebuse, poudre, amorce, fourniment d'aucun desdits chevaliers sera exclu de la compagnie et payera soixante sols d'amende.

Aucun ne pourra tirer plus d'un plomb seul et sans dragée, et qui chargera et tirera aultrement sera privé du bénéfice du Jeu et payera soixante sols tournois d'amende avec confiscation de son coup.

Ne sera receu aucun à s'opposer au coup de son compagnon s'il ne le fait premier et avant que l'on commence à tirer sur peine à l'opposant de douze sols d'amende.

Quand on tirera pour faire un roy où sera baillé jeu de prix, aucun ne soit sy téméraire de tirer deux fois et autrement qu'à tour de roolle, à peine de soixante sols d'amende et de nullité du coup.

Aucun ne se mettra devant la barrière ny au long, à costé ou à découvert ou en danger lorsqu'on tirera, à peine s'il est blessé sans intérest ny action pourveu que celuy qui tirera ait crié par trois fois : hors !

Nul ne sera receu chevalier au Jeu qu'il ne soit présenté par l'un des chevaliers dudit Jeu, qu'il n'ait payé les droits et devoirs qui sont de mettre à la boette une seule fois la somme de vingt livres, cy 20 m

Aucun chevalier n'ira voir son coup sans permission du roy ou de celuy qui sera le plus apparent au jeu, à peine de cinq sols d'amende.

Qui tirera pendant le service divin payera cinq sols d'amende, et s'il récidive sera son arquebuse confisquée au profit des officiers.

Nul ne tirera sur la royauté étant garny de poignard ou de couteau à peine de nullité et de cinq sols d'amende.

Qui usera de voies de fait, tirera son épée pour frapper son compagnon, bien qu'il ne frappe, payera six sols d'amende et ses armes seront confisquées, néanmoins pourra être pris et appréhendé au corps sy le cas le requiert, pour luy être fait son procès.


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Qui frappera de balle les jambages ou garde-fous de là butte payera pour chaque fois douze deniers d'amende.

Au payement desquelles amendes seront les délinquants condamnés et sans déport par saysie et vente de leurs arquebuses et autres voyes dues et raisonnables, et en cas d'appel en consignant l'amende l'Arquebuse sera rendue.

Ressortiront les appellations qui seront interjetées des sentences données par le prevost dudit Jeu pardevant monsieur le bailly dudit Brye Comte Robert pour y estre jugées et terminées.

Ne pourront le roy, capitaine du Jeu ou enseigne seuls connoître des amendes qui seront dites par les contrevenants auxdites présentes ordonnances, ains appartendra la connoissance et jugement d'icelles au prevost et procureur du roy dudit Jeu, leurs lieutenants ou commis assistés du capitaine roy et autres officiers dudit Jeu.

Celuy qui sera receu audit jeu jurera et promettra avoir toujours arquebuse en bon équipage suffisant pour s'en servir en tous temps pour la deffense de la ville dudit Bry; qu'il ne portera jamais les armes contre le roy nostre sire, ny laditte ville, et au contraire s'il scait, entend ou découvre conspiration ou entreprise que ce soit contre Sa Majesté ou laditte ville, sera tenu d'en avertir promptement le roy dudit Jeu, capitaine, officiers et chevaliers, à peine d'encourir punition du crime de lèse majesté ainsy qu'il appartiendra; qu'il observera ces présentes ordonnances selon leur forme et teneur et sera sujet à icelles et pour ce faire sera tenu prêter le serment par devant ledit prevost, en la présence dudit procureur du roy, le roy, capitaine enseigne et chevaliers dudit Jeu.

Ne pourront le roy ni autres recevoir aucun chevalier sans l'advis de quatre desdits chevaliers.

Une fois l'an, le premier jour de may, se fera montre générale desdits chevaliers, et marchera le roy en état de prééminence du roy, et où aucun desdits chevaliers ne se trouvera pas, payera vingt sols d'amende, sinon qu'il en fut excusé légitimement, auquel cas sera tenu ledit deffaillant' y envoyer homme d'apparence en son lieu en bon et suffisant équipage, lequel sera mis en rang où bon semblera audit capitaine, et ne sera son rang qu'après les chevaliers.

Lequel jour premier may se commencera à tirer le prix royaul pour l'établissement d'un nouveau roy et autres officiers dudit Jeu. Iceluy prix tel qu'il sera avisé et ordonné par le capitaine roy et autres officiers dudit Jeu aux dépens de la boëte.

Sera tenu chacun desdits chevaliers bailler un prix honneste qui sera receu par le roy, capitaine et chevaliers à peine autrement de huit sols d'amende et privé de tirer au prix qui seront présentés par les autres chevaliers.


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Celuy qui gagnera ledit prix payera à la boëte le tiers de la valeur dudit prix et payera la collation lors de la délivrance d'iceluy.

Celuy qui sera roy pour l'année qu'il aura mieux tiré et abattu l'oiseau ou mis trois coups francs dedans le blanc le plus près de la broche, luy sera la Royauté délivrée par le capitaine et officiers dudit Jeu, et fera le serment par devant le prevost dudit Jeu, en la présence du procureur du roy et autres chevaliers.

Sera tenu le roy faire les droits et devoirs contenus es présentes ordonnances, et conserveries droits dudit jeu, autrement ne jouira du privilège.

Seront les livres, tiltrés, règlements, comptes et enseignements dudit Jeu mis dans un coffre fermant à trois clefs, qui demeurera en la possession du roy, une des clefs en la possession du capitaine, une autre, du procureur du roy et la troisième entre les mains du plus ancien stable chevalier de la compagnie.

Sera tenu le roy quinze jours après sa réception bailler un prix valant trois livres pour être tiré par les chevaliers soit à l'oiseau, soit à la butte et délivré à celui qui l'aura gagné.

Celui qui sera receu chevalier audit Jeu sera tenu quinze jours après sa réception de bailler au roy un prix de la valeur de trente sols, qui sera joué et tiré par les chevaliers,

Celuy qui sera roy sera tenu pendant son année de se trouver les jours de dimanches et fêtes que l'on tirera, y porter ses faveurs deux fois seulement, l'une lors de la présentation de son prix et l'autre le jour de l'ascension de Nostre Seigneur, et en cas d'empeschement sera tenu les envoyer au procureur du roy dudit Jeu ou son substitut, pour estre distribuées auxdits chevaliers.

Les fifres et tambours seront entretenus aux dépens de la boëte.

Le jour de l'ascension de N.-S. seront tenus tous les chevaliers d'aller quérir le roy en son logis, garnis de leur épée seulement, et iceluy conduire à la messe qui se dira ledit jour, ce fait, le ramener à son logis, sur peine à chacun deffaillant de cinq sols d'amende, sinon en cas d'excuse légitime, auquel cas seront tenus envoyer un homme sur peine de pareille amende, et sera tenu ledit roy, comme il est cy-dessus dit, bailler à déjeuner àuxdits chevaliers.

Si le roy décède en son année, capitaine ou autres officiers dudit Jeu seront tenus tous les chevaliers assister au convoy avec leur arquebuse, à peine de seize sols d'amende, auquel convoy sera portée l'enseigne dudit Jeu qui sera couverte et revestue d'un crespe noir, comme pareillement le tambour. Lesquels crespes seront acheptés aux dépens de la compagnie. Et quand aucun desdits chevaliers décédera, seront tenus ledit roy, capitaine et autres chevaliers assister au convoy, en le faisant scavoir par le roy par l'un des sergents dudit Jeu, sans y porter aucune arquebuse ny tambour, sur peine de pareille amendes sinon en cas d'excuse légitime.


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Auquel cas seront déchargés en envoyant un homme à leur place.

Et le lendemain sera chantée et célébrée pour le repos de l'âme du défunt une messe d'obit solennel aux dépens de la compagnie, qui sera payée des deniers de la boëte.

Seront reçues les actions qui seront intentées entre lesdits chevaliers à fin de payement de ce qui aura été gagné audit Jeu, au payement de quoy pourront estre contraints par saisie de l'arquebuse.

S'il arrive que deux ou trois coups soient si près de la broche qu'il n'y ait point de différence des échantillons, il est ordonné que pour en ôter le débat, que le coup qui sera le plus droit au-dessus sera le premier à celuy de dessous, celuy de dessous à celuy du costé droit et celuy du costé droit à celui du costé gauche, le tout faisant une pareille distance de ladite broche, sinon le plus près l'emporte sans distinction de lieu.

Quy quittera partye commencée audit Jeu sera tenu de payer tout ainsy que s'il avoit tenu. Et où il arrivera que l'arquebuse d'aucun chevalier ne fut en état pour tirer, seront tenus les autres chevaliers de la partye aider de l'une des leurs, à quoy faire ils pourront être contraints.

Seront tenus tous lesdits chevaliers de contribuer en commun aux réparations du jeu et autres affaires qui pourroient intervenir concernant leur compagnie, et rembourser le roy de ce qu'il pourroit avoir frayé et déboursé pour ce que dessus, à quoy ils seront contraincts par toutes voyes deues et raisonnables, même par saysie, arrest et vente si leur arquebuse et autres armes, pourveu que lesdites réparations et autres affaires soient faites du consentement du roy, capitaine ou son lieutenant, officiers et des autres chevaliers du Jeu.

Lesquelles ordonnances et contenu en icelles ont esté accordées, arrestées, faites et passées en la présence et consentement de Me Claude Mande, conseiller secrétaire du roy au grenier à sel de Brye Comte Robert, capitaine dudit jeu, après le roy, lieutenant dudit Jeu, enseigne, prevost, procureur du roy, sergent, sergent de bande, sergent-major, greffier et substitut du procureur du roy dudit Jeu.

Pour icelles ordonnances tenir et entretenir et garder de point en point, selon leur forme et teneur, et pour plus grande forme et validité desquelles a été accordé, octroyé et homologué en justice par devant monsieur le bailly, juge supérieur de la jurisdiction desdites présentes. En tesmoins de quoy, nous capitaine et officiers dudit Jeu avons signé.


LE

DROIT D'USAGE A BOISSISE-LA-BERTRAND

AU BXII 0 SIÈCLE Par M. G. LEROY, président de la Section de Melun.

Fondée vers l'année 1146, en un lieu appelé Saint-Acire, l'abbaye des Frères de Saint-Port, transférée plus tard à Barbeau, prit immédiatement un essor considérable par l'effet des libéralités des seigneurs de la région, et surtout du roi Louis VII, qui, s'en déclarant le protecteur, lui continua ses faveurs aussi longtemps qu'il vécut.

Une charte de ce monarque, donnée à Paris entre le 20 avril et le 8 juin 1147, énumère les biens et droits possédés par l'abbaye un an à peine après sa fondation. Déjà, des donateurs s'étaient plu à la doter pour assurer la subsistance des moines et la célébration du service divin dans le nouvel établissement. Des territoires entiers, comme ceux de Sénart, du Perray, de Villefermoy, des moulins, des bois, des étangs, des prés, des droits d'usage constituaient la masse conventuelle, dont l'importance ne cessa de s'accroître durant près de deux siècles, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de là Guerre de Cent ans qui mit un terme à la prospérité des associations religieuses.

Parmi les droits ou biens mentionnés dans la charte de Louis VII, figure : — « l'usage dans la forêt royale de Beaulieu, sauf les » droits de gruerie et de chasse que le roi se réserve, et l'usage » qu'il maintient aux hôtes royaux de Saint-Leu. » — La charte ajoute que « le prévôt de Melun et le maire de Savigni sont invités » à respecter sur ce point les privilèges de l'abbaye. »

Cette forêt royale de Beaulieu doit s'entendre de tous les bois couvrant le plateau qui domine la Seine, au-dessus des hameaux de Beaulieu et du Larré, entre les villages de Boissise- la- Bertrand, Saint-Leu, Seine-Port et Noisement, hameau de la paroisse de


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Savigny-le-Temple. Ce sont, de nos jours, les bois de SainteAssise, les bois de Beaulieu proprement dits — possédés aussi par les hospitaliers de Saint-Jean et les Célestins de Paris, — puis aussi les Uselles de Boissise-la-Bertrand et de Seine-Port, le tout représentant une lieue carrée de superficie, soit environ 1,600 hectares. C'était un cadeau tout à fait royal.

Moins de dix ans plus tard, les frères de Saint-Port quittaient Saint-Assise pour s'établir en un site appelé Barbeau, sur le bord de la Seine, entre Fontaine-le-Port et Héricy, à proximité du pont de Samois. Là, s'éleva bientôt une abbaye importante, de l'ordre de Gîteaux, dans l'église de laquelle Louis VII voulut être enterré. Une autre charte de ce prince, prenant date entre le 15 avril 1156 et le 30 mars 1157, précise cette translation. Il y est dit : — « que » les religieux de Saint-Port ont transféré leur abbaye à Barbeau, » près de Samois, et que lui-même leur a donné l'endroit où » s'élève leur nouvelle habitation. »

Éloignés de Saint-Assise, n'y ayant pas maintenu de prieur pour la gestion et la surveillance de leurs biens et droits dans la localité, les moines de Barbeau, jugeant faire acte de bonne administration, les aliénèrent pour les remplacer par d'autres à proximité de leur nouvelle résidence, d'une gestion plus facile et d'un produit plus fructueux.

En 1164, ils vendent l'étang et les moulins de Saint-Leu aux Templiers, possesseurs du domaine de Savigny, depuis la donation que Louis VII, reconnaissant des services qu'ils lui avaient rendus en Terre-Sainte, leur avait faite en 1150.

En 1166, ils cèdent à l'abbaye de Saint-Victor de Paris tout ce qu'ils possédaient dans la forêt de Sénart, probablement aussi le domaine du Perrai, qui la confinait.

Dans le voisinage de Saint-Assise, après ces aliénations, leurs possessions se réduisaient au bois de Beaulieu. Mais, en vertu d'une jouissance ancienne, encouragés peut-être aussi par l'éloignement dos moines, les habitants du pays élevaient la prétention d'y exercer un droit d'usage pour le pâturage de leurs bestiaux, pour la coupe et l'enlèvement des bruyères, des herbes et du bois mort. En fait, ils l'exerçaient utilement malgré les protestations des moines. Comment aurait-il pu en être autrement? La partie n'était pas égale. Ces derniers, éloignés de Beaulieu, n'avaient pas de moyens de répression pour s'opposer à une jouissance journalière, pratiquée par quelques centaines d'habitants, que la charte dont nous allons parler appelle : — « les sujets royaux de


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» Boissise, les hommes des Templiers de Saint-Port et de Saint» Leu et les hommes du Larré. »

Il faut le dire, c'était à bon droit que les habitants soutenaient leurs prétentions, élevaient des conflits, et résistaient aux réclamations des moines, tout puissants à l'époque, protégés par le roi de France, peu habitués à la contradiction d'adversaires soumis au servage royal et féodal. La charte de 1147, qui confirmait à l'abbaye l'usage des bois de Beaulieu, contenait une réserve en faveur « des hôtes royaux de Saint-Leu ». Pour ceux-ci, il ne pouvait y avoir de doute, le droit usager leur était reconnu et en quelque sorte confirmé. Mais cette réserve pouvait-elle s'appliquer aux autres réclamants? C'était le point délicat du procès. Avait-on omis de mentionner le droit antérieur des hommes de Boissise, de Saint-Port et du Larré, qui déployaient tant d'ardeur pour contester à l'abbaye l'usage exclusif des bois de Beaulieu ? La sentence royale rendue en leur faveur et qui mit fin au débat le fait croire; autrement, Louis VII aurait-il pris parti pour de malheureux serfs de village, de pauvres paysans attachés à la glèbe, vendus et transmis avec la terre, à rencontre de religieux tout puissants en ces âges de foi absolue, et pour lesquels il avait une prédilection particulière. Sans médire de la justice royale contemporaine, on peut bien supposer qu'un vilain devait avoir cent fois raison pour obtenir gain de cause contre la noblesse ou le clergé, et contredire, une fois par hasard, l'adage si vrai du bon La Fontaine « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Du reste, la charte de 1172 est suffisamment explicite à cet égard. Il y est dit que les habitants auxquels l'usage des deux tiers du bois de Beaulieu est accordé, en disposeront de la manière qu'ils avaient coutume d'en jouir anciennement : — « eo modo quo antiquitus hàbcre solebant. »

Il est donc certain que les droits d'usage dont jouissent encore les habitants de la commune de Boissise-la-Bertrand sur les friches, taillis et bruyères du bois de Beaulieu remontent à une haute antiquité, probablement à l'apparition des peuplades primitives sur ces territoires. En effet, la chasse étant, en ces temps reculés, un des principaux moyens d'existence de l'homme à l'état barbare, sinon à demi-sauvage, il fut naturel qu'il s'y livrât sur les territoires voisins de sa résidence, à proximité du lieu où il avait bâti sa hutte, de même que, plus tard, adonné à la domestication des animaux, il prit l'habitude d'y envoyer paître ses


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bestiaux, et de s'y fournir du bois qui lui était nécessaire. C'était la mise en pratique de la maxime : — « la terre au premier occupant » — maxime qui fut l'origine du droit de propriété à l'aurore des civilisations. Sauf l'effet de donations particulières, datant du moyen-âge, le droit de propriété ou d'usage des biens de la plupart des communes ne résulte pas d'autre titre qu'une jouissance ininterrompue pendant une longue succession de siècles. Cette opinion a été émise par Montesquieu dans l'Esprit des Lois, Brussel dans le Traité des Fiefs, Fustel de Coulanges dans les Institutions de l'ancienne France et d'autres historiens ou jurisconsultes qui se sont occupés de l'état des biens et des personnes aux premiers siècles de la monarchie franque. Les jouissances usagères s'exercèrent traditionnellement, à peu près sans modification, depuis les âges où les peuplades primitives se les étaient appropriées comme une nécessité de leur existence, comme un incident de la lutte pour la vie.

A l'époque de la substitution des conquérants mérovingiens dans les domaines du fisc impérial romain en Gaule, il n'y eut aucune modification dans l'exercice des droits de propriété ou d'usage que les hôtes des villas gallo-romaines, autrement dits les habitants des campagnes, possédaient sur quelques-uns de ces domaines. Il eut été impolitique dé les troubler dans cette possession, alors qu'au lieu de s'en faire des adversaires, les envahisseurs, mal assis dans le pays, devaient s'efforcer de les gagner à leur cause par la reconnaissance des droits acquis, du droit de propriété entre autres, et, s'il y avait lieu, suivant les circonstances, par de nouvelles concessions. La création de la féodalité ne modifia pas cette situation. Au contraire, les premiers barons de France trouvèrent devant eux des adversaires résolus aux dernières extrémités, quand ils manifestèrent la pensée d'altérer ou d'abolir les prérogatives des habitants des villes et des campagnes en matière de droit coutumier et usager. C'est ainsi que les chartes ou autres actes authentiques des premiers temps de la race capétienne, c'est-à-dire des xi° et xn° siècles, expriment en termes formels la reconnaissance de droits communaux sur des domaines royaux, ecclésiastiques ou nobles.

Un exemple nous est fourni par la charte de 1147, rappelant le don du bois de Beaulieu aux frères de Saint-Port, et mentionnant, en même temps, l'usage appartenant aux hôtes royaux de Saint-Leu. Mais, pourquoi le silence à l'égard des habitants de Boissise, de Saint-Port et du Larré qui jouissaient du même


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droit? On ne peut l'expliquer que par un lapsus de la chancellerie contemporaine, puisque vingt-cinq ans plus tard, Louis VII reconnaissait cette jouissance en déclarant qu'elle datait de longue date « antiquitus ».

Les dissensions entre les moines de Barbeau et les hôtes résidant à proximité de leur bois de Beaulieu naquirent de cette lacune; elles furent ardentes, opiniâtres, jusqu'à ce que, faute d'accord, elles furent portées devant la juridiction royale à laquelle les parties demandèrent de trancher le différend et d'établir pour l'avenir un modus vivendi.

En 1172, Louis VII séjournait en son château royal de Melun, avec ses grands dignitaires, sa cour, et tout le personnel qui gravite d'ordinaire autour des princes et des rois. L'occasion était favorable pour obtenir de sa justice une charte qui réglât le désaccord. Le roi écouta favorablement la requête des suppliants et leur octroya la charte suivante, reproduite par M. Luchaire dans ses Études sur les actes de Louis VII, d'après une copie moderne conservée aux Archives nationales, K, 190, n° 42. — (Histoire des Institutions monarchiques de la France sous les premiers Capétiens. Mémoires et documents. 1 vol. in-4°. Paris, Alph. Picard, 1885.)

« In nomine sancte et individue Trinitatis, amen, Ego Ludovicus, Dei gratià Francorum rex. Quoniam ecclesià de Barbeel nostro specialiter fundata est beneficio, nostro etiam specialiter et consilio refoveri et roborari decet auxilio. Quia ergo occasione usuarii quod homines nostri de Busseis et hommes fratrum de Templo apud Sanctum Portum et Sanctum Lupum commanentes et homines de Lare clamabant in toto nemore quod dicitur Bellus Lucus, eadem ecclesià gravari videbatur et fréquenter pati molestiam, tandem, ex nostra et abbatis voluntate, consideratum est et concessum et firmiter statutum ut ipsa ecclesià, que predictum nemus ex elemosine nostre largitate possidet, tertiam ejus partem perpétua libertate ad propriam forestam quiète et absque contradictione sibi retineat, et homines jam dicti in duabus aliis partibus nemoris que designate sunt usuarium suum, salvo jure spedicte ecelesie, habeant, eo modo quo antiquitus habere solebant, nichil ulterius in tertia parte de jure reclamaturi. Ut autem hec nostra constitutio immobilem obtineat firmitatem, scripto eam precepimus annotari et sigilli nostri auctoritate roborari, apposito caractère nomini nostri.

» Actum publiée Miliduni, anno incarnati Verbi millesimo cen-


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tesimo septuagesimo secundo, astantibus in palatio nostro quorum subtitulata sunt nomina et signa.

» Signum comitis Theobaldi, dapiferi nostri. Signum Guidonis buticularii. Signum Mathei camerarii. Signum Radulphi constabularii.

» Data per manum Hugonis cancellarii et episcopi Suessionensis. »

TRADUCTION.

Au nom de la Sainte et indivisible Trinité, Amen. Moi, Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français : — L'église de Barbeau ayant été fondée particulièrement par notre générosité, il convient, par ce motif, la soutenir et affermir également par notre secours et notre conseil. C'est pourquoi, à l'occasion de l'usage que nos hommes de Boissise et les hommes des Frères du Temple demeurant à Saint-Port et à Saint-Leu, et les hommes du Larré réclamaient dans tout le bois appelé Beau-Lieu, la même église se trouvant exposée fréquemment à des tribulations et vexations dont elle souffre, par notre volonté et celle de l'Abbé, tout bien considéré, il est concédé et ordonné, à titre immuable, que ladite église, qui possède par aumône, de notre libéralité, le bois précité, en retienne la tierce partie, pour en jouir perpétuellement, comme de forêt à elle propre, paisiblement et sans trouble ; et que les hommes susdits aient les deux autres parties du même bois, dans lesquelles ils exercent leurs usages, sauf le droit de l'église susdite,—justice, gruerie— sans pouvoir réclamer ultérieurement aucun droit dans la troisième partie.

Afin que notre présente ordonnance demeure ferme et stable, nous prescrivons qu'il en soit dressé acte, et qu'elle soit confirmée par l'autorité de notre sceau et l'opposition du signe de notre nom.

Fait publiquement à Melun l'an de l'incarnation du Verbe mil cent soixante douze, assistant dans notre palais ceux dont les noms et signatures suivent :

Seing du comte Thibauld, notre senechal.

Seing de Guy, bouteiller.

Seing de Mathieu, camérier.

Seing de Raoul, connétable.

Donné par la main de Hugue, chancelier et évêque de Soissons.


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La charte était (précise, lès droits de chacun déterminés, il semblait que la paix devait régner à jamais entre lés moines et leurs voisins, les habitants de Boissise, du Larré, de Saint-Port et de Saint-Leu. Mais, dit un vieux proverbe, « qui terre a guerre a ». On le vit bien dans la circonstance. L'accord dura-t-il quelque temps? Nul ne saurait l'affirmer. Ce que l'on sait mieux, c'est que sept ans plus tard, en 1179, le roi Louis VII, se trouvant à Melun, fut de nouveau sollicité d'intervenir pour apaiser la discorde qui, de rechef, s'était élevée au sujet des usages de Boissise et de Saint-Port. C'est à croire qu'autrefois, bien plus que maintenant, les habitants des campagnes, réputés ardents à la défense de leur bien, poussaient plus loin encore l'esprit processif dont la plupart sont animés. Ce n'est point une vaine supposition, les archives des anciennes justices seigneuriales, bondées de procès et de pièces de procédure, attestent cet amour de la chicane porté si loin par nos ancêtres. ♦

Appelé à régler le nouveau différend des usagers des bois de Beaulieu, Louis VII octroya une charte ainsi conçue :

« In nomine sancte et individue Trinitatis, amen. Ludovicus, Dei gratia Francorum rex. Noverint universi, présentes pariter et futuri, quod contentio quam habebant homines nostri et homines Templariorum adversus ecclesiam de Sancto Portu super usuario quod volebant habere in nemore Belli-Lucii, sub hac forma compositionis sopita est : — quod pars illius nemoris certis métis et divisionibus distincta, libéra et quieta ecclesià est assignata; ita quod de cetero in parte illa predicti homines nichil unquam vel usuarii vel alterius juris sibi vindicabunt. In reliqua vero ejusdem nemoris parte suum usuarium et homines jam dicti, sicut consueverunt, et monachi habebunt, salva tamen justitia, salvis etiam aliis cbnsuetudihibus, quas in eodem nemore idem monachi prius habuerant. Huic compositioni assensum prebuerunt Ivo, abbas Sancti Portûs et universùs ejusdem ecclesie conventus,-et ex altéra parte fratres Templi et omnes illi qui suum :petebant usuarium in nemore prememorato. Nos etiam eidem compositioni manum confirmationis apponimus et, utirobur inviolabile-et.perpétuant stabilitatem optineat, présentent cartam sigilli nostri auctoritate ac regii nominis karaetere «ubter: annôtato communivimus.

> Actum Meleduni, anno ab incarnatione Domini millesimo


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centesimo septuagesimo nono, astantibus in palatio nostro quorum nomina subtitulata sunt et signa.

» Signum comitis Theobaudi, dapiferi nostri.

» Signum Guidonis buticularii.

» S. Reginaudi camerarii.

» S. Radulfi constabularii.

» Data per manum secundi Hugonis cancellarii. »

(Luchaire, Étude sur les actes de Louis VII. — Actes inédits, n° 766.)

TRADUCTION.

Au nom de la Sainte et indivisible Trinité, Amen. Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français. Sachent tous, tant présents que futurs, que le différend que nos hommes et ceux des Templiers avaient contre l'église de Saint-Port au sujet de l'usage qu'ils voulaient avoir dans le bois de Beau-Lieu a été réglé par transaction sous cette forme : — Que la partie du même bois, comprise entre certaines bornes et divisions, est assignée à l'église, pour en jouir librement et tranquillement, de sorte que dans cette même partie les hommes susdits ne réclameront jamais rien en fait d'usages ou autres droits. Mais dans le surplus de ce bois, les hommes prénommés et les moines auront chacun la partie des usages dont ils ont coutume de jouir, sauf cependant la justice, sauf aussi les autres coutumes que les moines auraient eues précédemment. — A cet accord donnèrent leur consentement : Ive, abbé de Saint-Port et tout le couvent de ladite église, et, d'autre part, les frères du Temple et tous ceux qui réclamaient des usages dans le bois susmentionné. Nous aussi, au même acte, nous apposons la main en signe de confirmation. Et afin que la présente charte ait force inviolable et demeure stable à jamais, nous la munissons de l'autorité de noire sceau et du caractère du nom royal ci-dessous figuré.

Fait à Melun, l'an de l'Incarnation du Seigneur 1179, assistant dans notre palais ceux dont les noms suivent :

Seing du comte Thibaud, notre sénéchal.

Seing de Guy, bouteiller.

Seing de Regnaud, chambrier.

Seing de Raoul, connétable.

Donné par la main de Hugue second, chancelier. — (Hugue du Puiset.)


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Louis VII n'eut plus à s'occuper des démêlés relatifs à la jouissance des usages de Boissise et de Saint-Port. On sait, du reste, qu'il mourut à Paris le 18 septembre 1180, un an environ après l'octroi de la charte qui précède.

En 1790, à l'époque de sa suppression, l'abbaye de Barbeau ne possédait plus ses bois de Beaulieu et de Sainte-Assise. Aliénés depuis longtemps, en des jours où, par le fait d'une mauvaise administration ou des malheurs publics, la communauté cistercienne connaissait la gêne, ils étaient devenus la propriété des seigneurs de Saint-Port, pour être incorporés, en dernier lieu, au domaine de Sainte-Assise, créé par le duc d'Orléans, petit-fils du Régent.

Tandis que disparaissaient ces vestiges des largesses de Louis VII en faveur de ses bons amis les moines de Barbeau, les usages qu'il avait confirmés aux habitants de Saint-Port et de Boissise demeuraient immuables, malgré les péripéties, les événements et les troubles dont le pays fut le théâtre à différentes époques. On peut croire que la possession ou exercice en fut paisible, sans que l'autorité royale dût intervenir de nouveau.

En ces dernières années, la commune de Seine-Port a vendu ses Uselles au prince de Beauvau, propriétaire de Saint-Assise. Mieux inspirée, ce nous semble, Boissise, comprenant que la terre et non l'argent, sujet à tant de dépréciation, constitue la véritable richesse, a conservé ses usages. C'est une propriété d'une contenance de 70 arpents environ, contiguë aux bois de Sainte-Assise et à d'autres, qui pourraient être des voisins gênants, par le gibier qu'ils recèlent, si ce même gibier, en s'aventurant dans les Uselles, ne devenait un avantage profitable à la commune. Quelques taillis, des bruyères, des genêts, des essais de plantations y végètent tant bien que mal. Le pâturage, utilisé d'une manière suivie au temps où les bestiaux étaient nombreux à Boissise, est à peu près abandonné; le vieux pâtre, préposé à sa surveillance, n'a pas été remplacé après son décès. Encore une coutume tombée en désuétude, à joindre aux autres que le temps emporte.

Mais, il y a la chasse, qu'on ne connaissait guère autrefois, parce qu'elle était seulement le privilège de quelques-uns, et qu'on n'avait pas chance d'y rencontrer, comme aujourd'hui, le gibier, élevé à grands frais dans les bois gardés d'alentour, le faisan surtout, cet oiseau rare des chasses royales, quand Louis XV et Louis XVI, chassant aux forêts de Sénart et de Rougeau, poussaient jusque dans les bois de Sainte-Assise et de Boissise. C'est la chasse qui constitue maintenant le plus clair produit des Uselles x. 12


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de Boissise-la-Berlrand. De ce chef, la commune encaisse chaque année une somme plus ou moins importante, d'après le nombre de chasseurs qui se livrent à leurs exploits; chaque fusil doit une contribution fixée par le conseil municipal.

Jadis, la jouissance des Uselles engendrait des luttes dont l'ardeur dut être réprimée par les chartes royales que nous connaissons; il ne fallut rien moins que l'autorité de Louis VII pour ramener la concorde. De nos jours, ce ne sont plus des luttes, ce sont seulement des rivalités qu'engendrent les plaisirs cynégétiques qui se pratiquent dans les Uselles de Boissise; ce sont aussi des procès suscités par la poursuite du gibier, quelquefois par des actes de braconnage. Mais la juridiction d'un tribunal de première instance suffit à les régler, sans être obligé, comme au XII° siècle, de recourir à la sanction royale. Autres temps, autres' moeurs !


JOtJIML FtJN' BOURGEOIS DE lËLtJl

AU XVIe SIÈCLE Par' M'. G: LEROY, président.

Melun n'a pas eu la bonne fortune de certaines villes de province, où des bourgeois du temps passé prirent soin de consigner, au jour le jour, les faits dont ils étaient témoins. Aucun de ses anciens habitants n'eut cette précaution, comme firent à1 Meaux Rochard et Lenfant, à Provins Claude Haton et autres historiographes des siècles écoulés. On peut le regretter, car, pour une époque où les journaux font défaut, ces sortes de mémoires peuvent seuls donner une relation fidèle de la vie provinciale, et reproduire la physionomie originale d'une petite ville comme fut Melun au moyen âge, en ses jours d'agitations, d'émotions et de troubles, par exemple, au temps des guerres de religion,, de la Ligue, et de la Fronde.

Le journal de Jehan Colleau, reproduit ci-dessous, est loin de suppléer à l'absence des documents dont nous parlons. L'original consiste en une simple feuille in-folio, écrite au verso et au recto,, conservée dans les Archives municipales, depuis que la famille Despatys, alliée aux Colleau, en a fait don à la ville, avec les papiers ou titres de la collection Gauthier, il y a cinquante ans environ.

Jehan Colleau, procureur au Châtelet de Melun, vivant au temps de Henri IV, n'avait pas l'intention d'écrire un journal des événements qui s'accompliraient sous ses yeux, quand il commença cette rédaction. C'était un simple mémorial de famille qu'il avait en vue, un mémento relatant son mariage, la naissance de ses enfants, les décès qui se produiraient dans la famille. Il fut amené,.par hasard, à y consigner les intempéries, les accidents, les solennités de son temps>; mais le tout est écourté, laconique,, exempt des détails intéressants qu'un chroniqueur réel n'aurait pas manqué d'y insérer.


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Le journal du Procureur melunais s'étend du mois de janvier 1592 à l'année 1605. Dans cet espace de treize années, l'auteur n'y a inscrit que quatorze faits, dont une partie concerne l'état civil de sa famille. C'est dire, par cela même, que ce journal ne se rattache en aucune façon à la catégorie des chroniques que les villes de Meaux et de Provins, pour ne citer que des localités du département de Seine-et-Marne, sont heureuses de posséder.

La famille Colleau appartenait à la bourgeoisie du vieux Melun. Ses membres occupaient des positions diverses : Les uns appartenaient au clergé, à la magistrature, au barreau; d'autres à l'agriculture, au commerce. Elle n'est pas éteinte dans le pays melunais. La famille Despatys, qui a fait don du manuscrit de Jehan Colleau aux archives municipales, s'allia jadis aux Colleau. Vers 1740, M. Despatys, conseiller en l'élection de Melun, épousa une demoiselle Colleau, dont il eut, entre autres enfants, LouiseEugénie, déeédée à Vaux-le-Pénil en 1746, et inhumée dans la chapelle de la Vierge de l'église de cette paroisse.

Comme nous l'avons dit, Jehan Colleau, l'auteur du journal, exerçait les fonctions de procureur au châtelet de Melun, fonctions laborieuses en un temps où l'esprit de chicane était très développé, plus encore qu'à présent, joint à cela que les procureurs de l'ancien régime cumulaient généralement l'office de prévôts des justices seigneuriales du voisinage, aux lieu et place des seigneurs titulaires, qui s'affranchissaient de la charge de rendre en personne la justice aux habitants de leurs domaines. Marié le 27 janvier 1592, à Catherine Lefebure, dont il eut trois enfants, il mourut le lor mai 1625, et fut inhumé dans l'église Saint-Aspais, où sa femme, morte le 10 septembre 1615, avait également reçu la sépulture, au tombeau de sa famille.

Leurs trois enfants furent :

Suzanne, née le 15 juillet 1593, décédée de la contagion en mai 1597.

Jehan, né le 27 décembre 1595.

Guillaume, né le 23 décembre 1597.

L'habitation des Colleau, appelée la Maison des Piliers, était située en la Grand'Rue, paroisse Saint-Aspais, à l'angle de la rue Jehan Châtelain, dite plus tard rue aux Oignons, actuellement de l'Hôtel-de-Ville. C'était une construction du xve siècle, contemporaine de Charles VII ou de Louis XI, édifiée en pans de bois, avec poutres apparentes, sur lesquelles étaient sculptés des rinceaux de feuillage, des angelots, des marmousets, des animaux


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fantastiques, comme on en voit aux porches de Saint-Aspais. Le pignon triangulaire, soutenu par deux poutres en ogive, s'avançait au-dessus des étages disposés en encorbellement les uns audessus des autres, et soutenus, au rez-de-chaussée, par des piliers qui avaient valu à la maison des Colleau le nom sous lequel elle était connue. La saillie des étages formait abri, sous lequel se réfugiaient, en temps de pluie ou de grand soleil, les portefaix et mesureurs du marché au blé qui se tenait dans le voisinage. La réunion de ces gens et de ceux que la curiosité attirait pour deviser des nouvelles du jour, mérita au carrefour à l'angle duquel s'élevait la Maison des Piliers, la dénomination du Coin Musard, qu'il conserve encore aujourd'hui. L'ancienne demeure des Colleau a disparu en 1817, lors des premiers alignements opérés par l'administration des ponts et chaussées dans les rues du vieux Melun.

Au dix-septième siècle, on trouve des membres de la famille Colleau habitant une maison bourgeoise dans la rue Neuve, paroisse Saint-Aspais. Il y en avait aussi au faubourg Saint-Liesne. La famille était nombreuse et considérée, elle obtint des lettres de noblesse, des armoiries, des grades dans les armées du Roy, fit, en un mot, très bonne figure à la ville comme à Versailles. Nous nous bornerons à citer :

1674. — Noble homme Nicolas Colleau, greffier de la Prevosté, conseiller du Roy et élu en l'Élection de Melun.

1673-1691. — Guillaume Colleau, d'abord avocat et procureur au Châtelet de Melun, postérieurement conseiller du Roy, assesseur en la Maréchaussée de Melun et Nemours. Marguillier de Saint-Aspais pour deux ans, à compter du jour Saint-Remy 1691, en vertu d'une assemblée des habitants du 23 septembre précédent. En l'année 1673, il avait donné 60 sols pour la réparation de Saint-Aspais dont partie des voûtes s'était écroulée. D'après l'Armoirial de la Généralité de Paris, dressé en 1698, ses armoiries étaient : d'azur à deux fasces ondées et abaissées d'argent, accompagnées en chef de 3 poissons de même, rangés en pal.

Nicolas Colleau de Barnoche, officier aux armées du Roy, qui épousa Marie Riolte, d'une vieille famille de Melun, dont les ancêtres avaient coopéré aux subsides des troupes de Barbazan, pendant le siège de 1420.

1682. — Louis-François Colleau, conseiller au bailliage et siège présidial de Melun, marguillier de Saint-Aspais en 1697-98, doyen des conseillers en 1717.


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Jean-Pierre Colleau, conseiller du roy, lieutenant criminel au bailliage et siège présidial de Melun.

1759. — Louis-François Colleau, prêtre, curé de Vaux-le-Penil, doyen rural au détroit de Melun, décédé le 10 novembre 1759, âgé de ,66 ans, enterré dans l'église de Vaux.

La famille Colleau n'est pas éteinte, mais aucun de ses descendants de la branche masculine n'existe plus à Melun. On croit pouvoir y rattacher des cultivateurs du nom, qui résident dans l'arrondissement de cette ville.

JOURNAL.

MOY, JEHAN COLLEAU, procureur au Chastelet de Melun, ay esté fiancé avec Catherine Lefebure, ma femme, fille de honorable homme Maistre Jehan Lefebure, aussy procureur, le jour sainct Michel Ve, IIII^ XI, et mariez le XXVII 0 ensuivant IIIIX* XII.

En marge est écrit :

« Mariage 27 janvier 1592.

» Décès de ma femme, 10 septembre 1615. Elle est décédée » le Jeudi dixiesme septembre mil six cent quinze, deux » heures après midy, inhumée en l'église Monsieur Saint » Aspais. »

« Décès de Maistre Jehan Colleau mon père, arrivé le pre» mier jour de may 1625, entre cinq et six heures du soir, et » inhumé le lendemain en l'église Sainct-Aspais, moy estant » au lict fort malade encores. »

Le Jeudy quinziesme Juillet V° IIIIXX XIII, environ les dix heures du soir, ma femme accoucha d'une fille, laquelle fut baptisée en l'église Monsieur Sainct-Aspais par le cousin Messire Pierre Massin, preblre', avec la permission et consentement du vicaire du dict Saint-Aspais et fut nommée Suzanne. Les parrain et marraine Maistre Lefebure, mon beau-père; dame Magdelaine Chapelle, femme de Maistre Abel Mangin, qui la nomma; et Catherine Colleau, ma soeur, pour l'aultre marraine.

La dicte Suzanne decedda de la contagion le jour de

may 1597.


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Cas estrange et mémorable :

Les quinze, seize et dix-septième jours d'apvril Ve IIIIXX et quinze, troys sepmaines après Pasques, il neigea de telle sorte que les maisons et superficie de la terre en estaient couvertes, mesme le dict jour XVII, gella à glace fort rudement.

Le Mercredy XXVII 0 décembre mil Ve IIIIXX XV, jour SainctJehan l'Evangeliste, ma femme est accouchée entre les cinq et six heures du matin d'un enfant masle, qui a esté baptisé le dict jour en l'église Monsieur Sainct-Aspais. Et ses parrains et marraines sont Maistre Pierre Lefebure, advocat, Eslienne Chambourg, mes deux beaux frères, et damoiselle Anthoinette Sayve, fille de M. le Président Sayve, femme de Monsieur Fremyn, prevost de Melun. — La louange en soict à Dieu! — Le nom du dict enfant est Jehan.

Le Mardy XXIII 0 décembre mil V° IIIIXX XVII, ma femme est accouchée sur les trois heures du matin d'un enfant masle, lequel a esté baptisé en l'église Monsieur Sainct-Aspais, et ses parrains et marraines sont le cousin Guillaume Lefebure, procureur, qui l'a nommé et imposé nom Guillaume; l'aultre parrain Claude Lefebure, frère de ma femme, et Anthoinette Girard, femme de Vincent Pegnet, fermier. — Sainct-Guillaume est le X° jour de janvier.

Le Lundy XII 0 May mil V° IIIIXX XVIII, je suis party pour aller faire le voyage Monsieur Sainct-Adon, en l'abbaye de Pontigny, près Auxerre, à l'intention de feue Anthoinette Massin, ma mère; et, à son intention, laisse un drap de toile neuve. Auquel lieu de Pontigny me fict, et à ceulx de ma compaignie, monstrer le corps du glorieux Monsieur Sainct-Adon, et aultres précieulx relicquaires, estans en la dicte abbaye, et en laquelle y a deux beaux cloistres; au plus grand desquels y a entre autres singularitez ung bassin de fontaine d'une pièce et seule pierre, que j'ay mesuré, et contient quarante pieds de tour et plus.

Le Dimanche XVII 0 jour du dict mois, jour de la Très-Saincte Trinité, a esté par illustrissimme Evesque de Chaalons, Messire


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Hierosme de Clausse, beneistet sanctifié le cimetière de la paroisse Sainct-Aspais, près la porte Saincf-Jehan.

Rue Bancel, ci-devant de Bourgogne, 28. On y enterra pendant environ deux siècles. Il remplaçait le cimetière qui occupait l'emplacement du Marché-au-Blé actuel, Boulevard Victor Hugo, à la sortie de la porte de Paris, à gauche en montant au faubourgS'-Barthélemy. Ce dernier cimetière avait été détruit ou bouleversé au temps de la Ligue, pour l'établissement d'un bastion destiné à renforcer la vieille enceinte fortifiée datant de l'époque de PhilippeAuguste.

Le Mercredy XIX 0 May 1599, à trois heures après midy, la foudre et feu du ciel est tombée sur le clocher de l'abbaye du Jard, qui l'auroist entièrement bruslé et consummé, où il y a eu un faict incroiable.

L'abbaye du Jard, fondée par Alix de Champagne, femme du roi Louis VII, dans le voisinage dé Melun, à une lieue environ au nord de cette ville. Son église renfermait un grand nombre de tombeaux de membres de la famille des vicomtes de Melun et de seigneurs du voisinage. Un des derniers abbés fut Claude Henry Fusée de Voisenon, de l'Académie française, auteur d'oeuvres théâtrales et de poésies légères.

En l'an mil six cens, fut publié l'an du grand Jubilé et pleinière remission, octroyé par nostre Sainct-Père Clément huictiesme. pape de Rome, en faveur et à la prière et requeste de nostre Roy très chrestien Henry, quatriesme Roy de France et de Navarre, pour estre troys mois en l'église Saincte Croix d'Orléans, à commencer le XIX 0 novembre et finissant le XIXe febvrier ensuivant mil six cent ung. Suivant laquelle publication, moy indigne de mériter de si grandes faveurs et indulgences, me mis à chemin pour aller au dict Orléans le mardy VIe jour de febvrier mil six cent ung, avec et en la compaignye de Maistres Mathieu Gaillard et Claude Fuzelier, advocats, Maistres Pierre Henry et Jehan Desfriches, procureur au châtelet de Melun, et arrivasmes au dict Orléans le jeudy ensuivant, huictiesme du dict moys, environ les dix heures du matin ; et le lendemain vendredy neufviesme du dict moys fusmes receus à la communion en la dicte église Saincte Croix, et le lendemain samedy partîmes du dict Orléans pour nous revenir. Je prye la bonté et miséricorde de mon Dieu que ce petit voiage soit à nostre salut et à luy agréable.


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Le vendredy XVI mars au dict an mil six cens et ung, Monsieur l'Evesque de Biert, envoyé par Monseigneur l'archevesque de Bourges et de Sens, venant donner les ordres à Melun, en l'église Monsieur Sainct-Michel, me suis faict confirmer par luy, et mon parrain a esté Maistre Isaac Chenoier, chanoine de Notre-Dame Dame de Melun, et promoteur au doyenné du dict lieu. Le dict sieur Esvesque m'a octroyé dispense de porter le frontail ou bandeau.

L'église S' Michel, dont il est parlé ici, était une simple chapelle, voisine de l'église Saint-Ambroise. Elle était très ancienne et se trouve mentionnée dans des actes du xie siècle. La rue SaintMichel, dans le quartier St Ambroise, en rappelle le souvenir.

Grande gelée. — Le premier, second, trois, quatre et cinquiesme jour de febvrier 1603, gela de telle sorte que toute la rivière fut prinse et glacée, tant au-dessus que au-dessoubs de la ville de Meleun, de sorte que on la traversoit facillement par-dessus, de bord à aultre, et dura de ceste sorte six ou sept jours.

Le mercredy XXI 0 apvril 1604, l'esglise de l'abbaye SainctPère a este rénovée et reconciliée par Monseigneur Arnault de Beaulne, patriarche, archevesque de Sens et grand aulmosnier de France, à laquelle rénovation j'ay assisté.

L'abbaye de Saint-Père de Melun, dont l'origine remontait aux temps mérovingiens, était située au faubourg Saint-Barthélémy, sur la crête du coteau qui domine la Seine. La Préfecture occupe son emplacement. En septembre 1590, au moment où le duc de Parme s'avançait au secours des Parisiens et venait de prendre Corbeil, le gouverneur de Melun, craignant une diversion de l'ennemi et voulant lui ôter la ressource de s'établir dans les faubourgs pour attaquer la ville, les fit détruire de fond en comble avec les églises, abbayes ou couvents qui s'y trouvaient. L'abbaye du Mont-Saint-Père fut détruite dans cette circonstance, et il s'écoula une quinzaine d'années avant qu'on entreprît de la reconstruire. L>ans l'intervalle, les offices et cérémonies de l'église Saint-Barthélémy étaient célébrés dans la chapelle de l'ancienne léproserie Saint-Lazare, sur la route de Paris, non loin du bois de Vert-Saint-Denis. Rendue au culte en 1604, l'église de Saint-Père, indépendante de celle de la paroisse, fut rénovée par l'archevêque de Sens le 21 avril, comme nous l'apprend le Journal de Jehan Colleau.

Le vendredi XVII 0 septembre 1604, mon fils Jehan Colleau a esté confirmé et a receu tonsure en l'église Saint-Michel de ceste


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ville, par Monseigneur l'Evesque de Boulongne, dont y a eu huict de tonsurés.

En l'an mil VI 0 et cinq, nostre Saînct-Père Paul, cinquiesme, a envoyé pleinières indulgences, afin de prier Dieu pour la chrestienté. Les dictes indulgences, pardon ou jubilez ont esté célébrez à Meleun la sepmaine de devant la Toussainct et celle d'après. Dieu veuille que ce ayt estez au salut de nous. Amen.

FAITS

relatés dans le Journal

de JEHAN COLLEAU.

15 janvier 1592. — Son mariage.

15 juillet 1593. — Naissance de Suzanne, son premier enfant.

15 avril 1595. — Neige et gelée.

27 décembre 1596. — Naissance de Jehan, son second enfant.

Mai 1597. — Mort de Suzanne.

23 décembre 1597. — Naissance de Guillaume, son troisième enfant.

12 mai 1598. — Pèlerinage à Pontigny, près Auxerre.

17 mai 1598. — Bénédiction du cimetière de la paroisse SaintAspais, près la porte Saint-Jehan.

19 mai 1599. — La foudre détruit le clocher de l'abbaye du Jard.

6 février 1600. — Jubilé et voyage à Orléans.

16 mars 1600. — L'évêque de Biert confirme à Melun. lor février 1603. — Grande gelée. La Seine est prise.

21 avril 1604. — Rénovation de l'église de l'abbaye de SaintPère.

17 septembre 1604. — L'évêque de Boulongne confère les ordres à Melun.

Novembre 1605. — Jubilé célébré à Melun. 10 septembre 1615. — Mort de Catherine Lefebure, femme de Jehan Colleau. lor mai 1625. — Mort de Jehan Colleau.

FINIS MEMORIALIS.


LE BOIS DE LA GRAM&E A REBAIS

Par A. BAZIN, archiviste-bibliothécaire de la Société.

La petite ville de Rebais, autrefois célèbre par son abbaye de Saint-Pierre et son École militaire, est située à peu près à égale distance des rivières du Grand et du Petit-Morin, à l'endroit le plus resserré du plateau qui sépare ces deux cours d'eau. Elle est environnée, au nord, par plusieurs groupes d'habitations : Boulivillers, les Jardins, la Boyère (la Bovière), la Tréloire (Trajectum) dont le nom rappelle la proximité d'une voie ancienne, les Fosses, le Vinot, Champ-la-Bride et Coupigny. L'existence de ces villages doit remonter à une haute antiquité, et, dans tous les cas, bien avant que la forêt du Mahant, qu'ils bordaient, fût défrichée de ce côté. (Voir la Forêt du Mans, par M. Réthoré, de Jouarre, dans les Almanachs du diocèse de Meaux des années 1890 et suivantes.) Ce qui confirme notre hypothèse, c'est la présence, aux abords de ces lieux, de silex taillés et polis, de tuiles à rebords, de débris de meules à moudre le grain de l'époque gallo-romaine, de puits à section carrée; enfin, d'une foule d'autres objets antiques qu'on y rencontre journellement. Malgré les défrichements successifs qu'eut à subir la vieille forêt gauloise, dans ces parages, il en restait encore, il y a environ cinquante ans, de ci, de là, quelques bouquets assez importants, disséminés dans la plaine, et appelés : le Bois de la Grange, des Hutereaux, des Cuiteux, de l'Aumônerie, des Verseaux, des Noues, etc. ; mais, dans ces dernières années, presque tous ont disparu; seul le bois de la Grange s'est conservé jusqu'à nos jours, non à cause des profits qu'il peut donner, mais surtout en raison des particularités qu'il présente et que nous allons faire connaître en peu de mots.


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Ce bois, qui appartient aujourd'hui à un assez grand nombre de propriétaires, est situé à une demi-lieue de Rebais, à droite du chemin conduisant de Rebais à Saint-Ouen (construit en 1770 par les moines de l'abbaye de Rebais et le seigneur de Saint-Ouen), et à 185 mètres au-dessus du niveau moyen des mers. Il domine toute la plaine environnante. La vue y est superbe et très étendue ; on découvre : Jouarre, le Limon de la Ferté (sur la rive droite de la Marne), Bussières, Bassevelle, Hondevilliers, et, quand le temps est clair, Montmirail, à 28 kil., Saint-Remy, Saint-Siméon, les hauteurs de la rive gauche du Grand-Morin, puis Boissy, Montebise et la butte de Doue.

Dans l'intérieur du bois, on rencontre un fossé de 6 mètres de largeur et 4 mètres de profondeur dont les terres sont relevées intérieurement en forme de cavalier. La surface limitée par ce fossé a la forme d'un carré d'environ 230 mètres de côté.

A son extrémité Est (côté de Rebais) existe une mare circulaire de 15 à 20 mètres de diamètre contenant toujours de l'eau. A proximité de cette mare, on a découvert les vestiges d'une chaussée qui mettait l'enceinte en communication avec le chemin de Rebais à Boulivillers, ou plutôt, avec la voie romaine, de Provins à Soissons, qui, venant de Rebais, longeait le bois de la Grange, passait derrière le hameau des Jardins, à Champlion (corruption peut-être de Campus legionis) où existaient encore, il y a quelques années, des vestiges d'enceinte fortifiée, puis au Moulin du Pont (commune d'Orly), à Bassevelle, etc. Nous avons constaté directement l'existence de cette voie sur un grand nombre de points.

D'un autre côté, la surface entourée par ce fossé a, comme nous l'avons dit plus haut, la forme d'un carré de 230 mètres de côté : c'est, à peu de chose près, la surface nécessaire pour contenir une cohorte romaine composée d'environ 420 à 450 hommes. (Voir Histoire des Romains, par Duruy, tome I, page 404.)

La position topographique de cet endroit est tellement pourvue d'avantages stratégiques que les Romains ont dû l'occuper dès leur arrivée dans la contrée, et y établir un poste d'observation pour surveiller le passage d'une vallée à l'autre.

Dix-huit siècles plus tard, un autre conquérant, non moins illustre que le célèbre proconsul romain, Napoléon, frappé de ces avantages, eut un moment la pensée d'y livrer bataille aux alliés : c'était au commencement de mars 1814, après les combats glorieux de Champaubert et de Montmirail; il expliquait son plan à son


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état-major réuni autour de lui à la ferme de Gibraltar située non loin de là. A cheval sur le plateau qui sépare les deux rivières, occupant la seule route carrossable qui les reliait : une plaine immense pour y développer ses escadrons, des bois pour masquer son infanterie et son artillerie, c'était plus qu'il ne lui en fallait pour vaincre. Mais, le duc de Raguse n'ayant pas strictement exécuté ses ordres, Napoléon dut renoncer à son projet.

Si l'on pénètre dans l'enceinte, on trouve, en assez grand nombre, des morceaux de meulière disséminés sans ordre. Nous avons cherché à nous rendre compte d'où provenaient ces pierres et à quoi elles avaient pu servir. Le sol étant argileux, elles ont dû y être apportées d'ailleurs, de La Trétoire ou de Launoy, par exemple; mais nous devons déclarer que, malgré un examen attentif, nous n'avons pu découvrir une seule parcelle de mortier adhérent à l'une d'elles. On peut donc conjecturer que si ces pierres ont été employées dans une construction, la destruction de celle-ci remonterait à une époque fort éloignée, puisque la tradition ne nous a rien légué à ce sujet, et qu'il n'en est fait mention dans aucun titre. — Cependant sur le côté Est, mais extérieurement, et dans la partie basse, on a mis à jour, il y a quelques années, en creusant un fossé, un amas assez considérable de tuiles paraissant avoir subi l'action du feu. Ces tuiles semblent provenir d'une construction rurale, une grange, peutêtre, établie au moyen âge et détruite au moment des guerres de religion, car leur forme, ainsi que leur fabrication, est d'origine relativement moderne.

On nous a rapporté cependant qu'on y a trouvé, au commencement de ce siècle, des chapiteaux et des fûts de colonnes en pierre, mais nous n'avons pu vérifier le fait.

Quoi qu'il en soit, et malgré ce qu'on a pu dire à l'égard de ce bois, nous ne pensons pas qu'il y ait existé une ville ou un château-fort quelconque, mais qu'on se trouve en présence, seulement, d'un camp romain à proximité duquel, et beaucoup plus tard, fut édifiée une construction rurale.

Depuis peu d'années, le fossé a été comblé sur le côté droit, les défrichements continuent et dans un temps peu éloigné, ce qui reste de la vieille forêt aura disparu sous la hache du bûcheron, la charrue fouillera la terre qu'auront foulée les soldats romains et il ne restera plus de son antique origine que les légendes mystérieuses au sujet d'une cave que la croyance populaire affirme devoir y exister. C'est ainsi, qu'à ce sujet, on nous racontait, il y


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a bientôt 20 ans=,, que. cette' cave avait 36& marches- (ni plus ni moins), qu'elle renfermait une suite' de chambres contenant : les plus proches des monnaies de bronze, les autres d'argent et enfin les* dernières d'or, mais qu'on ne pouvait se les procurer qu'à des conditions- ridicules ou impossibles à remplir. La cave, nous disait-on,, ne s'ouvre qu'une fois par an, le jour des Rameaux, et on ne peut y descendre qu'au moment où le prêtre lit le grand Évangile. Mais, une fois entré, il ne faut pas s'y attarder et malheurà celui que tente l'appât de l'or,, car, s'il n'en sort pas avant la fin de la lecture,, la porte se referme, et il devient la proie du diable qui garde la cave..

On trouve- cette légende^ dans beaucoup d'endroits. Ainsi,, d'après M. Garro (topographie de la ville de Meaux), le diable garderait dans le château de la Bauve, à Meaux, des trésors merveilleux que l'on ne pourrait se procurer qu'au prix de difficultés insurmontables.

Si l'on observe que le bois de la Grange est situé tout proche le hameau de la Boyère ou Bovière* dont la signification paraît être, la. même-que celle de la Beauve,,à Meaux, on ne sera pas surprisd'y retrouver la même légende, les localités de même nom devant avoir, selon nous^ une semblable origine. Aujourd'hui,, on n'y croit plus guère, et il faut espérer que ces naïves croyances disparaîtront prochainement..

Vers la fin du xvn° siècle, ce bois appartenait à M. Naudran- de la. Grange, bourgeois de Paris', qui, par son-testament, en date du 12 août 1690, le légua, avec d'autres biens, à UAbbaye de Rebais, à-charge par celle-ci de payer à chacune des trois paroisses-de La. Trétoire, Saint-Léger et Saint-Nicolas; de Rehais^ une renteannuelle de 75 livres.

Lîemploi de. cette rente était réglé par une ordonnance de M<?r Jacques-Bénigne Bossuet,, évêque de Meaux,, dont la- teneur suit.:.

« Nous, Jacques-Bénigne^, Évesque 1 de Meaux, Conseiller' »•• d'État et dû- Roi 1, en tous ses conseils 1, premier aumônier- de » Madame' l'a 1 Duchesse dé Bourgogne; sur ce' qui nous; a été; » représenté par nos divers curez de Saint-Nicolas de Rebetz', »• Saint-Léger-les-Rebetz et Saint-Christophe delà Trétoire aussi*

1. BoKe,,bova,;cave„caverne~(lieu souterrain en basse-latinité).


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* les Rebetz,, par rapport à l'exécution de la fondation faite par le » sieur Naudran de la Grange, bourgeois de Paris, de la somme » de 75 livres de rente annuelle destinée à chacune des dites » trois paroisses suivant son testament et cantract de transport » des dites rentes annuelles en date du 12 août 1690 qui nous a » été mis en mains, que notre consentement était nécessaire pour » régler l'emploi de la somme conformément aux nécessités des » lieux susdits du diocèse, tant pour l'instruction des pauvres » enfants des paroisses, que pour le soulagement des pauvres » malades et honoraires des dits curés,, après avoir pris lecture » du dict testament et contract.

» Faisant droit sur la dite requeste, nous avons ordonné par » provision :

» 1° Que les marguilliers, en charge,, sur la somme de trente » livres, léguées pour chaque maistre d'Escolles des dites par » roisses n'y donneront à chacun d'iceux que celle de 10 livres, » attendu que les dits maistres d'Escolles ne pourront acquitter » toutes les charges de la dite fondation, et ce, à l'a charge et » conditions d'instruire gratuitement les pauvres enfants des dites » paroisses qui pourront commodément venir à leurs Escollès, » et, sur la somme de 20 livres restant du dit legs, les dits mar» guilliers fourniront aux enfants les livres, plumes, papier et » encre nécessaires et payeront les mois des pauvres enfants des » hameaux dont Monsieur le Curé donnera l'état qui, à cause des » eaux et la distance des lieux et des mauvais chemins ne pour» ront se rendre chez les dits maistres d'Escolles, et sont obligés » d'aller dans les paroisses les plus proches de leurs habitations » et que s'il y a quelque revenant bon de la dite somme de » 20 livres il sera appliqué aux besoins les plus pressants de la » fabrique et les marguilliers en charge seront tenus de les » mettre en recette dans leurs comptes. Enfin que la distribution » de la somme de 30 livres destinée pour les pauvres malades de » chacune des dites paroisses se fera de l'advis des marguilliers » et quatre des plus anciens paroissiens conjointement avec les » dits sieurs curés qui doivent connoistre mieux que personne » l'état et les besoins des pauvres de leurs paroisses, au surplus » que la distribution desdits legs et aussi pour les malades s'exé» cutera de la manière qu'il est spécifié dans le susdit testament » et contract.

» Et sur la somme de quinze livres restant de celle de soixante » quinze livres léguée, il sera donné la moitié aux sieurs curés


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» pour leurs honoraires en se chargeant de fournir la cire, le pain » et le vin de l'offrande pour la messe haulte que l'on doit célé» brer par chaque année, et la prière nominale au prosne, et » l'autre moitié tournera au profit de la fabrique.

1 » Fait à Meaux le lor septembre 1701 au synode général - de notre diocèse. »

t J. BÉNIGNE, Évêque de Meaux.

De mandatée ad reverendissimum datum. ROYEZ.

Ces rentes furent régulièrement payées jusqu'à la Révolution par les abbés de Rebais, mais à cette époque, le bois de la Grange, comme tous les biens de l'Abbaye, fut confisqué et vendu au profit de l'État qui ne tint aucun compte des conditions de la donation consentie par le sieur Naudran.

t. Sur l'original, ces deux dernières lignes sont de la main de Bossuet.


A PROPOS DU COSTUME AU TEMPS PASSÉ

Par M. TH. LHUILLIER, vice-président de la section de Melun.

I

Le goût du luxe dans les vêtements remonte loin. Variant selon les époques, il se répandit d'autant mieux qu'on mettait des obstacles à son développement, et il apparaît plus vivace de siècle en siècle, gagnant les diverses classes sociales, pour ne faiblir qu'à la Révolution, c'est-à-dire le jour où on cessa de réglementer le prix des étoffes, la couleur et la richesse de l'habillement, en laissant à chacun la liberté cle se vêtir à son gré.

Nous n'avons pas besoin de dire que la somptuosité ne s'étendait guère jusqu'au populaire, au manant du bon vieux temps; —- pendant une longue période celui-là ne songea pas à la coquetterie, bien qu'il finît par aspirer à un luxe relatif à partir du xvi° siècle. Mais il s'agit surtout ici des seigneurs titrés, des possesseurs de fiefs nobles, sur lesquels les bourgeois et les marchands aisés cherchaient à se modeler.

Dès le temps de Charlemagne, il y avait des capitulaires proscrivant l'usage des manteaux courts et défendant de mettre plus de 20 sols à un sayon double et 10 sols s'il était simple, à peine de 40 sols d'amende. Philippe-Auguste, réputé pour son élégance, interdit aux chevaliers les fourrures et les étoffes écarlates ; plus tard, après avoir limité les dépenses de toilette, de mobilier et de table, Philippe le Bel défendit en 1294 à tout bourgeois de porter fourrures, or, perles' et pierres précieuses. Les ducs, comtes, barons et leurs femmes, jouissant d'un revenu de 6,000 tt>, pouvaient seuls acheter quatre paires de robes par an ; les chevaliers ou bannerets n'avaient droit qu'à trois, les prélats à deux; pour les garçons une seule suffisait. Encore le prix de l'étoffe était-il soigneusement fixé : 25 sols l'aune pour les barons et les prélats, x. 13


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12 sols 6 deniers pour les bourgeois; les bourgeoises pouvaient dépenser jusqu'à 16 sols l'aune. Ce curieux monument de l'histoire somptuaire a été souvent cité. /

On a longtemps attribué au luxe la ruine des États; est-ce à tort, est-ce à raison? Les philosophes et les économistes ne sont pas d'accord à cet égard; d'après les premiers, le luxe est un signe de décadence morale, les seconds y trouvent le témoignage évident de la richesse publique. Chacun peut soutenir son opinion, en se plaçant à un point de vue différent : nous n'aurons garde de trancher la question.

Les économistes n'existaient pas au temps du roi Charles VII, qui, tout en aimant le faste, édicta à son tour des prohibitions pour les objets de luxe. Louis XI, au contraire, dédaignait le coûteux apparat, « ne tenant compte, selon Gomines, de soi vestir ne parer richement, et se mettoit si mal que pis ne pouvoit. » Les chroniqueurs le représentent dans des circonstances solennelles, avec une camisole étroite retenue par des aiguillettes, un pourpoint de futaine, un haut-de-chausses étriqué et le même bonnet gras porté depuis plusieurs années. Sous son règne, pourtant, la bourgeoisie qu'il protégeait contre la noblesse féodale, rivalisa de dépense avec celle-ci. Le monarque favorisa la fabrication des étoffes d'or et d'argent, fit venir d'Italie et d'Orient des ouvriers capables d'initier les nôtres aux procédés de leur métier; mais il était entendu que l'usage des produits de ce genre devait toujours être réservé aux dignitaires, dans les solennités.

A la suite des États de Tours, où l'on s'était élevé contre les progrès du luxe, les habits de drap noir, d'argent et de soie, furent encore interdits à tous autres qu'à la haute noblesse, et l'ordonnance datée de Melun le 17 décembre 1485, pendant la minorité de Charles VIII, contribua à la ruine de la plupart des fabricants que Louis XI avait encouragés.

Avec le xvi° siècle, à la Renaissance, le goût de la parure prit une extension nouvelle; le pouvoir lança une série d'ordonnances à ce sujet, en y introduisant des sévérités particulières l'égard des contrevenants. S'inspirant d'un édit de mars 1514, François Ier prohiba encore en 1542 les habits d'or et d'argent, les broderies, le velours, même pour les gentilshommes et les princes, sauf pour le dauphin et le duc d'Orléans, ses fils ; toutefois, ceux qui possédaient des vêtements de cette valeur étaient autorisés à les user.


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Il est difficile d'admettre que c'était Le cas des éehevins de Meaux —.quatorze -ans plus tard, en 1557, .-à l'entrée solennelle de Henri II dans cette ville, — où on les vit paraître en robes de drap fin et de velours, dont les valets du roi voulurent s'emparer.

Charles IX se contenta de restreindre l'usage des objets ,de soie et d'or au profit de certaines classes sociales, en graduant cet usage selon la condition des personnes; en revanche, il supprima les vertugadins de plus d'une aune et demie et fit défense aux tailleurs, brodeurs et chaussetiers de façonner ,des -vêtements s'éeartant de l'ordonnance, à peine de 200 livres parisis d'amende. En cas de récidive l'amende était doublée et l'on encourait quelque peine corporelle.

Une déclaration du roi, datée de Poitiers le 7 septembre 1577, vint encore interdire à tous autres qu'aux nobles de race possédant 2,000 livres de revenu, ,de porter des vêtements de velours et de soie, des broderies d'or et d'argent, sous peine de 1,000 écus d'amende et de confiscation des habits.Malgré les défenses, dit le chroniqueur Claude Haton, les nouveaux gentilshommes du pays -provinois, — enfants de tanneurs et de marchands des villes, « n'ont voulu rabaisser leur estât ni quitter leurs velours et habits noveaux, et si n'ai poinct ouy dire qu'ilz ayent payé les milleescuz d'amende, aulcuns desquels n'avoient vaillant 2,000 solz tournois, leurs dettes payées. »

Qu'on ne croie pas que la monarchie, en combattant l'abus du luxe extérieur, était guidée uniquement par de sages principes d'économie et agissait dans l'intérêt des petits seigneurs prodigues.; c'était surtout pour ménager la source des impôts royaux, pour maintenir la rigueur de l'étiquette, reconnaître la situation sociale des personnes et conserver cette démarcation des castes qui disparut seulement en 1789.

La noblesse s'était plaint, aux États de Blois de 1588, de voir les femmes d'avocats, de procureurs, de trésoriers, de bourgeois, porter chaperons de velours : on en fit l'objet de nouvelles prohibitions.

Mais comment obtenir d'une bourgeoise, jalouse de la femme de qualité,

Que d'une serge honnête elle ait son vêtement, Et ne porte le noir qu'aux bons jours seulement?


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C'était trop exiger. Aussi les ordonnances succédaient aux ordonnances sans qu'on s'inquiétât outre mesure des résultats ; car, il faut le dire, tous les édits sur cette grave matière devenaient facilement lettres mortes. L'exemple contraire au précepte venait toujours d'en haut, les premiers délinquants appartenaient aux classes privilégiées, à la finance, à la riche bourgeoisie, qu'il fallait ménager.

Les courtisans estimaient que les lois somptuaires n'étaient pas faites pour eux ; les petits gentilshommes imitaient la cour, comme la bourgeoisie imitait la noblesse. Les folies des grands n'ontelles pas été de tout temps des folies contagieuses?

« Dire qu'il n'y aura que les princes qui mangent du turbot, qui » puissent porter du velours et de la tresse d'or, et l'interdire au » peuple, qu'est-ce autre chose que mettre en crédit ces choses» là et faire croistre l'envie à chacun d'en user. »

Montaigne avait raison.

Les modes étaient tout aussi changeantes que de nos jours, non moins coûteuses, et le goût qu'elles inspiraient s'étendait sans cesse. « Notre changement est si subit et si prompt en cela, remarque encore Montaigne, que l'invention de tous les tailleurs du monde ne sçaurait fournir assez de nouvelletéz. »

Quand Henri IV arriva au trône, on put croire que le faste des courtisans allait diminuer, en présence de la simplicité de vêtement dont le maître donnait l'exemple. Erreur! Ce roi, que Legrain nous montre « avec un pourpoint de toile blanche, toute sale de la cuirasse, déchiré par la manche, et les chausses fort usées », rappela bien aussi les anciennes lois somptuaires en 1594, 1600, 1601, 1604, 1606; il imagina même un moyen assez original de mettre un frein aux écarts de la coquetterie, en défendant à tous de porter or ou argent sur les habits, excepté aux filles galantes et aux filous. C'était en faire la livrée de l'infamie. Au premier moment le commerce s'en émut, mais les passementiers, brodeurs et lapidaires furent bien vite rassurés.

Le Béarnais, dès que ses finances embarrassées le lui permettaient, n'était-il pas le premier à offrir à Gabrielle d'Estrées des robes tellement surchargées de perles et de pierreries qu'elle avait peine à les porter, comme il arriva au baptême du fils de Mmo de Sourdis?

Le 14 septembre 1606, au baptême des enfants du roi, à Fontainebleau, Bassompierre se montra en habit de toile d'or violet,


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brodé et enrichi de cinquante livres de perles. Cet habit, avec l'épée, avait coûté 19,000 écus, payés, à ce que raconte Bassompierre lui-même dans ses mémoires, avec de l'argent gagné au jeu. Mais tous les courtisans n'avaient sans doute pas le même bonheur à la bassette, et pourtant Jean de Serres, à propos de cette cérémonie, rapporte qu'ils « concertoient à qui devanceroit l'un l'autre en dépense. » Le duc d'Épernon montrait fièrement la garde de son épée formée de 1,800 diamants revenant à 30,000 écus; quant à la robe de la reine, « 32,000 perles et 3,000 diamants la mettaient hors de pair et de prix. »

En 1609, parut encore un nouvel édit contre le luxe. Le mercredi 2 septembre, raconte le chroniqueur Lestoille, le roi rentrant de Montceaux à Paris, reçut aussitôt la visite de bon nombre de marchands de soie, qui venaient lui présenter leurs doléances. « Vous ressemblez tous aux anguilles de Melun, répondit simplement Henri IV, vous criez avant qu'on ne vous écorche. » L'édit subsista, sans plus gêner que les précédents.

L'amour de la toilette avait gagné du terrain et pénétré jusque dans les campagnes. Une trentaine d'années auparavant, les privilégiés se récriaient déjà contre les villageois qui portaient des draps de couleur et des habits somptueux, au lieu de « se gouverner selon leur état de laboureur et de vigneron 1. » Il paraît même qu'en l'an 1600 les servantes se mêlaient de coquetterie, puisqu'à cette date on leur avait défendu de porter « cottes empesées et souliers légers, à peine de fouet 2. »

II

Le grand siècle vint ensuite. Louis XIV étala une « magnificence lourde et écrasante comme son despotisme. » On ne saurait dire combien de gentilshommes désertèrent leurs domaines pour venir parader à Versailles, en portant sur leur dos, selon la pittoresque expression de Henri IV, prés et moulins transformés en habits brodés.

Un inventaire dressé en 1671 chez une fermière de Beauval (au Plessis-Plaey, dans le pays Meldois), énumère les vêtements des grands jours pour les femmes de laboureurs, comme on appelait

1. Archives municipales de Troyes, BB. 16.—Cahiers de ce bailliage, 1576.

2. M. BABEAU, La ville sous l'ancien régime, I, p. 335.


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les plus riches fermiers d'alors : « Un corps de drap de Hollande garni de dentelles, un autre en satin à fleurs garni de passements d'argent, des tabliers garnis de bandes de velours, des cottes de serge violette et de camelot rouge ornées de passements, etc. »

En haut lieu, c'était bien autre chose. Mmo de Sévigné annonce à sa fille, le 6 novembre 1676, que M. de Langlé a donnéàMmode Montespan « une robe d'or sur or, rebrodée d'or, et par dessus un or frisé, rebroché d'un or mêlé avec un certain or, — ce qui fait la plus divine étoffe qui ait jamais été imaginée. »

Le pouvoir prenait le parti de faire des concessions. Un édit de mars 1700 permit aux femmes de procureurs, notaires, greffiers et marchands, ainsi qu'à leurs filles, de porter des boucles et des ornements dont le prix n'excéderait pas 2,000 livres. On songea même aux artisans et manants, mais ce fut pour leur interdire les pourpoints de soie, les chausses brodées ou bouffées de soie, et leur défendre par surcroît d'user des parfums apportés de l'étranger !

C'est sous Louis XIV que la mode masculine produisit à la cour, et bientôt après à la ville, un habit de drap d'Elbeuf, étroit, serrant la taille et descendant presque au genou, avec des boutons jusqu'au bas de ses longs pans, des passements aux manches, des pattes sur le côté, des galons, des tresses d'or et de soie, et une bande à la Bourgogne. C'était le justaucorps. Tout le monde en eut; seulement le petit bourgeois s'en tenait au justaucorps noir, sans ornements tranchants, et Mm 0 de Sévigné nous apprend qu'on en donna même aux laquais et aux cochers, mais en drap gris.

Malgré l'impuissance et l'inutilité de tant d'ordonnances successives, sur l'inobservation desquelles on fermait les yeux, il resta pourtant un point qui n'admettait pas la tolérance.

L'étiquette réservait exclusivement au roi et à quelques favoris de son choix particulier le justaucorps de couleur bleue; un brevet royal permettait seul d'endosser cet habit, — honneur très envié comme on pense.

C'est ce qu'on appelait l'habit à brevet.

Créé à partir du 1er janvier 1662, il donnait droit aux entrées chez le monarque, aux voyages de la cour, aux chasses royales. Il y eut d'abord trente titulaires, puis quarante-quatre, tous étaient chevaliers des ordres, — sauf Turenne pourtant, à cause de la religion.

Olivier d'Ormesson lorsqu'il parle, dans son journal, de Louis XIV assistant au Te Deum chanté à Notre-Dame de Paris


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le 13 mars 1668, pour la conquête de la Franche-Comté, a soin de noter que Sa Maj. portait le justaucorps bleu à broderies.

Deux pièces originales de ma collection briarde se rapportent à ce chapitre spécial de l'histoire du costume au xvue siècle. La première, signée par le roi et par Colbert en 1665, est le brevet sur parchemin accordé au marquis de Gesvres, — qui fut duc et pair, gouverneur du château de Montceaux, capitaine des chasses de la varenne de Meaux, — pour l'autoriser à porter le justaucorps bleu, garni de galons, passements et dentelles en broderie d'or et d'argent 1.

La seconde pièce montre le prix qu'on attachait à obtenir un tel privilège. Elle est signée (1686) par le duc de Mazarin, marquis de La Meilleraye, seigneur de Bois-le-Vicomte, qui résigne son droit à l'habit bleu en faveur de son fils, « sous le bon plaisir du roi », et aussi solennellement que s'il se fût agi de son titre de duc et pair.

III

Quelques dignitaires ecclésiastiques recherchèrent eux-mêmes, comme la noblesse, les étoffes précieuses et les couleurs éclatantes pour leurs vêtements. L'usage du violet a prévalu pour les évêques. Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'à la Renaissance, dans bon nombre de chapitres, les doyens ont pris la soutane écarlate, — une couleur qui fut longtemps considérée comme un signe de souveraineté. Ainsi firent les doyens du chapitre cathédral de Meaux, Nicolas Braquet et Philippe du Valengelier.

Cette entreprise parut sans doute trop hardie à leurs successeurs, qui se contentèrent du violet, comme l'évêque.

Les chanoines à leur tour donnèrent lieu à critique en faisant usage d'habits courts et d'étoffes de soie. Sous Louis XIII, M. de Belleau dut les ramener à la régularité du costume, il les obligea à allonger leurs habits et à raccourcir leurs moustaches 2; mais tenons-nous en à la couleur de la robe.

L'usage du violet pour le doyen durait encore du temps de Bossuet, qui d'abord n'y fit aucune opposition. Quand arriva à

1. Nous donnons plus loin le texte de ce brevet.

2. Déjà les chanoines eux-mêmes avaient enjoint, le 24 mars 1553, à leur confrère Louis de Fleury, archidiacre de Brie, de se faire raser suivant l'usage.


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Meaux l'abbé Bossuet, son neveu, en qualité d'archidiacre du diocèse, des divisions surgirent parmi les chanoines à propos de cette robe violette. « Quoique ce ne fussent encore que de légers différends, dit le bénédictin Duplessis', on put craindre des suites fâcheuses. »

En 1694, un nouveau doyen, Charles-François Richer, docteur de la maison de Navarre, fut installé; à côté de lui siégeaient au chapitre, comme dignitaires, l'abbé Bossuet, archidiacre de Brie, Phélipeaux, trésorier, qui était son ancien précepteur, le grandchantre Pidoux et le chancelier Léger, lesquels — un beau jour de l'année 1695 — se présentèrent tous au choeur avec l'habit violet. Le doyen protesta, soutenant qu'il avait seul droit à une telle distinction, et fit si bien que l'illustre évêque, à l'instigation de son neveu, paraît-il, sollicita du roi une lettre de cachet lui permettant de supprimer — même pour le doyen — la fameuse soutane violette.

M0 Richer ne jugeant pas le prélat suffisamment désintéressé dans l'affaire, réclamait pour arbitre le premier président de Harlay ; il 'mettait en oeuvre huissier et procureur quand la lettre de cachet lui fut communiquée. A son avis, la religion du roi avait été surprise, sur « un exposé contraire à la vérité » ; mais les lettres de cachet n'annonçaient jamais rien de bon, il fallait se soumettre.

Le doyen toutefois prit soin de faire dresser acte de ses dernières protestations, pardevant notaire 5, et en même temps de sa soumission aux ordres du roi, en attendant que S. M. ait pu être mieux informée.

La robe violette était définitivement condamnée. Ch. F. Richer, après avoir soutenu avec une puérile opiniâtreté le privilège qu'il croyait tenir de ses devanciers, prit la soutane noire comme les chanoines et la légua à ses successeurs qui, à part quelques timides tentatives, ne la quittèrent plus dans la suite.

En présence de cette contestation mesquine, aussi bien qu'au souvenir des réglementations d'antan — à propos du costume, on est naturellement porté à comparer le passé avec le présent, dont on médit souvent sans raison. Nos moeurs ont changé avec avantage, il faut le reconnaître : c'est l'oeuvre incessante du progrès.

1. Histoire de l'église et du diocèse de Meaux.

2. Devant Berthault, notaire à Meaux, 31 novembre 1095. — Cet acte est reproduit ci-après, en appendice.


APPENDICE

Brevet royal pour le port du justaucorps bleu à broderies.

Aujourd'huy douziesme février mil six cens soixante-quatorze, le Roy estant à Versailles, ayant par son ordonnance du xvi° janvier 1665 ordonné que personne ne pourroit faire appliquer sur les justaucorps des passemens, dentelles en broderie d'or et d'argent sans avoir la permission expresse de Sa majesté par un brevet particulier, et désirant gratifier le sr marquis de Gesvres et lui donner des marques particulières de sa bienveillance qui le distinguent des autres auprès de s"a personne, Sa Majesté lui a permis et permet de porter un justaucorps de couleur bleue, garny de galons, passements, dentelles en broderie d'or ou d'argent en la forme et manière qui luy sera prescrite par S. Ma' 6, sans que pour raison de ce il luy puisse être imputé d'avoir contrevenu à la sude ordonnance, de la rigueur de laquelle Elle l'a relevé et dispensé par le pnt brevet, lequel pour tesmoignage de sa volonté elle a volu signer de sa main et estre consigné par moy, son conseiller secrétaire d'Estat et de ses commandemens et finances.

LOUIS.

COLBERT.

Acte de constat dressé à la requête du doyen du chapitre de la cathédrale de Meaux. (31 octobre 1695.)

Pardevant le notaire royal et apostolique en la ville et diocèse de Meaux, duement immatriculé ès-sièges royaux et officialité dudit lieu, demeurant aud. Meaux, soussigné, fut présent messire Charles-François Richer, prestre, docteur en théologie de la faculté de Paris, de la maison royalle de Navarre, chanoine et doyen de l'esglise cathédrale St-Estienne de Meaux, y demeurant, lequel a déclaré que ses prédécesseurs doyens et luy en cette qualité ayant tousjours eu le droit et la possession incontestablement de porter les jours de festes solemnelles en lad. esglise, l'habit violet, seul et à l'exclusion des autres dignités inférieures, Messieurs l'abbé Bossuet, archidiacre de Brie, Pidoux, chantre, Phelipeaux, trésorier, et Léger, chancelier, auroient entrepris de porter le même habit violet et auroient continué à le porter esdits jours de grandes festes depuis le jour et feste de l'Ascension 12e may dernier passé,


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sans aucun droit ny possession de leur part, ny aucune permission et consentement du chapitre, mais contre sa volonté et bien que lui, doyen, fût en droit et bien fondé d'intenter action aussitôt contre lesd. srs susnommez, pour faire cesser une telle entreprise et le trouble à lui causé dans la jouissance des prérogatives et honneurs attribuez de tout temps à sa dignité de doyen, qui n'ont esté faites que par jalousie de sa dignité et pour tascher de la déprimer de leur part, et aussy sur un simple consentement verbal, à ce qu'ils ont dit, de Monsieur l'Evesque de Meaux, lequel n'a droit ny pouvoir d'accorder telle marque de dignité à qui que ce soit, surtout au préjudice de la première dignité de lad. esglise, qui a eu tousjours cette prérogative sur les autres. Cependant, luy doyen, se seroit contenté seullement de former son opposition et ses protestations pures et simples contre lesdites entreprises desd. sieurs susnommez, affin de ne pas laisser dépérir sa cause ny son droit, ny establir une possession au contraire, ce qu'il auroit fait signifier ausdits sieurs dénommez le 4e jour d'aoust dernier passé, après avoir néanmoins employé auprès dud. seigneur évesque touttes les voies d'honnestetez, de douceur et de pacification, luy avoir esté, avec partie de sa famille et luy seul, représenter dans son pallais épiscopal à plusieurs fois son bon droit, le préjudice que luy et ses successeurs souffroient dans leur dignité par telles nouveautéz, que l'on voulloit déprimer, ce qu'il ne pouvoit souffrir en conscience ny en honneur, luy offrant même en considération de Mr son neveu d'entrer dans touttes les voies de tempérament et d'accommodement honneste que l'on pouvoit trouver pour luy procurer et mesme aux autres des marques d'honneur, sans préjudicier à sa dignité de doyen et pourvu qu'on lui confirmât tousjours quelque marque d'honneur et de distinction, ainsy qu'il l'avoit toujours eue. Même depuis lad. protestation signifiée, luy Doyen, n'auroit encore cessé jusqu'au 20e jour de septembre dernier, de continuer ses démarches, tant par sa famille à Paris qu'en cette ville de Meaux par luymême, auprès dud. seigneur évesque et dud. sr abbé Bossuet, ausquels il auroit offert, afin d'éviter toutes chicanes, procédures, altercations et frais que pouroit causer un procès, de se choisir de part et d'autre des personnes dans la robbe des plus notables pour en passer par leur advis, en qualité de juges de rigueur, mesme de s'en rapporter absolument au jugement de M. de Harlay, premier président, seul en qualité de juge de rigueur, s'il voulait bien l'accepter, avec et en prenant toutes les assurances possibles et nécessaires pour acquiescer au jugement des uns et des autres,' sans que led.. seigneur évesque ny autre aient voullu y déférer; mesme led. seigneur évesque auroit menacé, luy doyen, d'employer toutte son autorité contre luy s'il ne voulloit pas consentir que lesdites autres dignitéz portassent à l'advenir le même habit


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violet que luy, et même auroit déclaré en présence de plusieurs chanoines de lad. esglise, lorsque luy doyen lui fit lesd. offres, qu'il ne voulloit pas mettre son droit en compromis : ce qui est une déclaration de sa part qu'il prétend qu'il n'y a que luy évesque qui ait droit de porter led. habit violet et, par conséquent, qu'il est la partie véritable de luy doyen, et qu'il a suscité les autres dignitéz en cette entreprise. Cependant, luy doyen, s'étant rendu chez led. sgr Evesque le 20e jour de septembre dernier, à la réquisition dud. sgr Evesque, il fut surpris lorsqu'il fit lire en sa présence une lettre de cachet du Roy, datée du 14° jour dud. mois de septembre, à Versailles 1, par laquelle Sa Majesté, marquant luy avoir esté exposé par led. sgr Evesque, que luy doyen et les autres dignitéz alloient entrer en grand procès qui troublerait son esglise au sujet des robbes violettes que le doyen et autres prétendoient porter, qui estoient des nouveautéz; Sa Majesté, sur led. exposé, donne, son pouvoir aud. sgr Evesque pour supprimer toutes lesd. nouveautéz, ce que luy do3'en entendit et reçut avec tout le respect et obéissance possible qu'il doit à Sa Majesté, en qualité de son sujet, avec déclaration de sa part de lui obéir en toutte chose, comme il a commencé ce jourd'huy, veille de la feste de tous les saints, auquel il avoit accoutumé de porter led. habit violet, en cessant de le porter, et continuera de cesser à le porter tant que Sa Majesté n'en ordonnera rien au contraire. Mais, comme lad. lettre de cachet est une surprise faite à Sa Majesté, à laquelle on a exposé ce qui n'est point du tout (sauf correction) vray, sçavoir : que les doyens, ses prédécesseurs et luy, n'ont point esté en droit ny en possession de porter ledit habit violet comme dit est et que ce sont des nouveautéz, — à la vérité de la part desdites dignitéz, mais non pas de la part de luy et des doyens, ses prédécesseurs; qu'il est notoire en avoir tousjours joui et estre encore en possession: comme aussy que luy doyen et les dignitéz alloient avoir un grand procès, — puisque luy doyen n'a voullu encore jusqu'à présent intenter aucune action pendant près de cinq mois qu'il a employé touttes les voies d'honnestetez, de douceurs et de pacification auprès dud. sgr Évesque et autres ; mais que ce sont lesdittes dignitéz et ledit sgr Evesque qui en ont fourni la cause, par leur entreprise et l'autorisation qu'il y a donnée, sans voulloir donner aucun consentement à toutes les voies de pacification, d'accommodement et autres propositions faittes comme dit est cy-dessus. Luy doyen, m'a requis acte ce jourd'huy de l'obéissance qu'il a rendue et qu'il prétend rendre aveuglément aux ordres de Sa Majesté, protestant néanmoins que sad. obéissance ne pourra nuire ny préjudicier au fond à son droit ny celuy de ses successeurs, jusqu'à ce que Sa Majesté

1. Elle était en réalité datée de Marly.


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ayant esté instruitte de la vérité et de la justice du fait et de sa cause, il luy plaise en ordonner ou faire ordonner autrement; et, comme lad. lettre de cachet n'a esté exécutée par led. sgr Evesque qui n'a rendu aucune ordonnance en conséquence, ne l'a fait signifier ny donner à luy doyen, ainsy qu'il se voit, et qu'elle peut estre changée, supprimée ou autrement, en sorte qu'on pouroit luy imputer de n'y avoir par déféré et obéi dans tout son entier et luy en faire un crime, proteste d'en tirer tel advantage qu'il conviendra en sa faveur et de faire signifier la présente protestation, si, quand, où et à qui il conviendra. Dont, et de quoi, mondit sr doyen m'a requis acte pour luy servir et valloir en temps et lieu, ce que je luy ai octroyé par ces présentes, qui furent faittes et passées en l'estude du notaire, en présence de Me Toussaint Berthault, procureur - ès-sièges royaux de Meaux, et Jehan Hébert, praticien, demeurant aud. Meaux, tesmoins à ce requis et appelés. L'an mil six cens quatre vingt quinze, le lundy trente une et dernier jour d'octobre, après midi, et est la minute signée de mondit sr Richer, tesmoins et du notaire susdit et soussigné, contrôlée et registrée à Meaux suivant l'ord0".

BERTHAULT.


OLYMPE DUNOYER

DAME HAUTE JUSTICIÈRE DE DAMPMART

Par M. LHUILLIER, vice-président de la section de Melun.

(Communication faite en séance générale et publique de la Société, tenue à Meaux sous la présidence de M. Alfred MAURY, membre de l'Institut.)

Mesdames, Messieurs et chers Confrères,

Le titre de la Société d'archéologie, — on me l'a dit quelquefois, — effraie un peu et tient éloignées certaines personnes aimant l'étude, instruites et que nous serions heureux de compter parmi nous. Ceux-là s'abusent, qui supposent que nous nous renfermons dans un cercle étroit pour traiter exclusivement de sujets graves et arides, capables seulement de captiver l'attention des adeptes de l'antiquité ou des fanatiques de l'âge de pierre.

Vous avez pu juger d'ailleurs par les lectures que vous venez d'entendre, par le compte rendu qui vous a été présenté du résultat des fouilles de Saint-Faron, que les sujets sérieux ne sont pas forcément arides et que, en dehors même du sentiment de curiosité qu'excite toujours la recherche du passé lorsqu'il s'agit du sol que nous habitons, de tels sujets sont susceptibles d'une forme heureuse sous la main d'un archéologue expérimenté.

On n'a pas tous les jours la bonne fortune de découvrir une sépulture gauloise ou un amphithéâtre romain; en revanche, n'avons-nous pas dans les archives publiques une mine non moins précieuse à fouiller que le sol lui-même? Ouvertes à tous, elles réservent aussi aux chercheurs des découvertes — plus modestes sans doute que la restitution d'un monument antique, — mais qui ont bien aussi leur intérêt et leur utilité.

Il y a quelques années, dans cette même enceinte, notre érudit président nous montrait combien était étendu, varié, attrayant, le champ ouvert aux études dans une Société comme la nôtre, où


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chacun peut trouver un sujet conforme à ses aptitudes et à ses goûts. C'est qu'en effet tout rentre dans le domaine de l'histoire. L'histoire revendique tout ce qui est advenu dans l'existence des peuples et des individus, tout ce qui peut servir à composer un tableau fidèle et animé du passé.

La recherche minutieuse des données ignorées est le lot des Sociétés de province, nous a dit M. Maury; ne dédaignons pas les petites remarques, les petits faits, les détails, — en apparence isolés et insignifiants, qui de prime abord semblent des minuties, des bagatelles historiques : c'est sur ces détails que s'appuient les généralisations, ce sont les fils de la trame sur laquelle travaille ensuite l'historien.

Permettez-moi donc de vous entretenir d'un de ces petits faits, qui se rattache à la fois au passé d'un village de la Brie et à la biographie de l'écrivain le plus célèbre du dernier siècle.

I

A la fin de l'année 1713, Voltaire, qui ne s'appelait encore que François Arouet, avait été envoyé à La Haye, auprès du marquis de Châteauneuf, ambassadeur de France et frère de l'abbé de Châteauneuf, son parrain. Le marquis en avait fait son page et son secrétaire intime, pour calmer la mauvaise humeur de Maître Arouet, le père, qui n'admettait pas qu'on préférât le commerce des muses au grimoire du procureur.

A La Haye, le poète de 19 ans fit la connaissance de M" 0 Olympe Dunoyer, — ou plus familièrement Pimpette, — qui lui inspira une tendre passion.

Née à Nîmes le 2 mars 1692, elle avait 22 ans; c'était la fille cadette d'une dame Dunoyer, femme de lettres, séparée de son époux et réfugiée en Hollande, où elle vivait du produit de sa plume, après avoir passé tour à tour du calvinisme au catholicisme, pour redevenir ensuite protestante 1.

1. Le nom de Mme Dunoyer figure dans les Biographies générales.

Annne-Marguerite Petit, née à Nîmes en 1664 d'une famille protestante, honorable et fortunée, avait subi dans sa jeunesse quelque persécution pour cause de religion. Elle séjourna plusieurs années en Suisse, en Angleterre, en Hollande, puis rentra en France où, selon son propre récit, on l'obligea à se convertir. Enfermée dans des couvents, elle n'obtint la


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La liaison du jenne page du marquis de Châteauneuf avait commencé par une correspondante galante, dont on trouve des fragments dans ses oeuvres complètes; elle tourna bientôt au romanesque. Pour pénétrer plus facilement à l'hôtel de l'Ambassade, Olympe en était venue à prendre un costume masculin ; c'est Voltaire qui nous l'apprend 1, et il parlait d'épouser M 110 Dunoyer quand le marquis de Châteauneuf s'empressa de le renvoyer à son père.

En s'éloignant, ie poète espérait qu'Olympe le suivrait de près. Il essaya même d'intéresser les jésuites, ses anciens maîtres, au sort de cette jeune fille, née catholique, qui subissait l'influence d'une mère intrigante, devenue ardente religionnaire. M. Dunoyer

liberté que grâce à son abjuration et pour contracter le mariage qui lui était en quelque sorte imposé.

Un certificat de Fléchier, évêque de Nîmes, du 11 mars 1689, constate que cette dame revenue de Hollande depuis sept mois environ, a fait abjuration de l'hérésie de Calvin, et que depuis sa conversion elle a toujours été assidue à la messe et aux offices de l'église. ÇU'Amateur d'autographes, 1866, p. 137).

Dans la suite, Mmo Dunoyer abandonna le foyer conjugal, avec ses deux filles, et gagna pour la seconde fois les Pays-Bas, où une abjuration nouvelle la rendit au protestantisme. Tout en écrivant des historiettes, des poésies, des mémoires pour le compte des libraires, elle a dirigé à La Haye, de 1713 à 1720, la Quintessence des nouvelles paraissant tous les cinq jours (un feuillet petit in-f°). On connaît surtout ses Lettres historiques et galantes (Cologne, 4 vol. in-12), qui ont été réimprimées à Londres, avec des additions (1739, 6 vol. in-12) et ont eu encore d'autres éditions. On y a joint les Mémoires de l'auteur et de prétendus mémoires de M. Dunoyer, ainsi qu'une plate satire dramatique, jouée le 20 mars 1713, à Utrecht, sous ce titre : Le mariage précipité. M" 0 Dunoyer, Olympe et Jean Cavalier y sont mis en scène.

1. Je vous ai vu, belle que j'aime,

En cavalier déguisé dans ce jour, J'ai cru voir Vénus elle-même Sous la figure de l'Amour. L'Amour et vous, vous êtes du même âge, Et Vénus a moins de beauté; Mais malgré ce double avantage J'ai reconnu bientêt la vérité. Pimpette, vous êtes trop sage Pour être une divinité.

La correspondance de Voltaire débute, dans plusieurs éditions de ses oeuvres, par 14 lettres adressées à Pimpette; c'est Mrao Dunoyer qui, la première, avait pris soin de les publier dans ses Lettres historiques. Les réponses n'ont pas eu le même sort; cependant M. de Monmerqué en possédait une dans sa collection d'autographes, et elle a été reproduite par M™" de Saint-Surin dans la 2° édition du Miroir des salons (Paris, Levasseur, 1834, in-8«). Cette lettre se retrouve, avec une note du bibliophile Jacob, flans l'Amateur d'autographes, n°'du 1" février 1867.


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- son père — était bon catholique, il habitait Paris ; pourquoi ne réclamerait-il pas sa fille?

Quelques lettres s'échangèrent encore, mais au bout de trois mois Olympe avait oublié Arouet !

Tous ces détails sont connus, grâce surtout à Mmo Dunoyer qui n'a pas craint d'en faire confidence au public dans ses Lettres historiques et galantes. Elle nous montre sa fille aimable, jolie, spirituelle, distinguée, mais fluette et de santé délicate; on sait encore qu'Olympe épousa à 23 ou 24 ans, en Hollande, un noble étranger, M. de Winterfeld.

Ce qu'elle devint dans le suite, on s'en est peu inquiété, et il est juste d'ajouter que, sans son aventure avec Voltaire, personne à notre époque n'eût songé davantage à M" 0 Dunoyer.

Quelques biographes, sachant qu'elle était délicate et maladive, ont avancé un peu au hasard qu'elle était morte jeune; la conjecture n'a rien d'exact. Voltaire aussi naquit délicat, vécut malingre et il mourut plus qu'octogénaire.

Mmo de Winterfeld a été qualifiée de comtesse ; ce sont les mémoires de sa mère qui ont contribué à lui attribuer ce titre.

Le hasard m'a fourni quelques renseignements nouveaux, qui permettent d'affirmer, d'une part, que M 110 Dunoyer dépassa l'âge très respectable de 75 ans, — survivant pendant plus de 20 ans à son époux; d'autre part, qu'elle ne fut pas comtesse, mais seulement baronne par son mariage'. Les mêmes documents m'ont appris, de plus, qu'elle a été, par droit de succession, dame hautejusticière de Dampmart, paroisse voisine de Lagny-sur-Marne.

II

Avant d'aller plus loin, notons tout de suite ce que nous savons de son père et de son mari.

M. Dunoyer, père, était Parisien et bien apparenté. Capitaine au régiment de Normandie, puis au régiment de Toulouse, il avait épousé à Paris, au mois de mai 1688, Anne-Marguerite Petit, orpheline séquestrée dans un couvent pour cause de religion et

1. C'est le titre que lui donne Condorcet, dans sa Vie de Voltaire.


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privée de ses biens, — dont il obtint la restitution après son mariage, avec une pension du roi. Ces biens valaient 150,000 livres.

Les époux allèrent habiter Nîmes, où, dès 1692, le mari se faisait élire premier consul, puis il fut syndic du diocèse et député des États de Languedoc. Pourvu ensuite d'une charge modeste à Villeneuve-lès-Avignon, il visa plus haut et acheta l'office de grand-maître des eaux et forêts du Languedoc, avec résidence à Toulouse, fonction importante qu'il ne remplit que pendant quatre ans.

Le ménage était troublé par une mésintelligence, à laquelle la religion servait de prétexte, mais que la dissipation et des pertes d'argent accentuaient chaque jour. Les deux époux avaient quitté Toulouse pour habiter Paris, quand ils se séparèrent à la fin d'avril 1701.

Mm 0 Dunoyer, avec ses deux filles 1, gagna la Hollande, où elle prouva par sa conduite, comme le remarque Condorcet*, que ce n'était pas précisément la liberté de conscience qu'elle y était allée chercher. Le mari resta dans la capitale, auprès de son frère, secrétaire honoraire du.roi, ancien maître des comptes et greffier en chef du parlement; c'est là qu'il est mort en 17153. Sa veuve finit ses jours à l'étranger quatre ans plus tard 4.

Quant à M. de Winterfeld, on en sait moins sur son compte; au milieu de ces personnages peu marquants, il reste dans l'ombre.

Quelque temps après l'aventure de Pimpette avec Voltaire, Mmo Dunoyer avait marié sa fille aînée à un officier nommé Constantin, âgé d'une cinquantaine d'années, mais bien rente, dont le premier soin fut de rompre avec sa belle-mère, — en attendant qu'il abandonnât également son épouse.

1. Elle avait eu quatre enfants. Sa fille aînée, prénommée comme sa mère, Anne-Marguerite, née le 17 mars 1.689, à Nîmes, épousa M. Constantin, officier de cavalerie, qui comptait plus du double de son âge, l'abandonna et mourut capitaine avant 1715. La seconde fille, Marie, née en 1691, est morte à deux ans; la troisième est Olympe; enfin, il y avait un fils, resté malade auprès de son père lors du départ de M™c Dunoyer, et qui succomba quelques années après.

2. Vie de Voltaire.

3. A l'occasion de la mort de M. Dunoyer, les Lettres historiques et galantes font son éloge. « Son plus grand plaisir était de faire le bien, et il préférait au soin d'en amasser celui d'en procurer au prochain... Il est mort dans les plus beaux sentiments du monde et il n'y a personne qui n'en ait été édifié... »

4. Elle mourut en 1719, à Woorburg, près La Haye.

x. 14


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Les prétendus mémoires de M. Dunoyer, espèce de chronique scandaleuse qu'on a imprimée à la suite des oeuvres de sa femme, ne méritent guère de confiance. Nous ne nous arrêterons pas sur les pages où s'étalent les intrigues dans lesquelles celle-ci aurait entraîné très rapidement sa seconde fille (Olympe), tantôt avec Jean Cavalier, chef des camisards, qu'elle comptait lui faire épouser, tantôt avec un comte de D..., avec le jeune Guyot de Merville et avec d'autres encore. On y trouve cependant des détails sur le mariage d'Olympe.

Cavalier avait pris femme en Irlande, malgré ses engagements envers M 110 Dunoyer et sa mère; à son retour à La Haye, il imagina, de concert avec quelques amis, de présenter à sa place chez ces dames le jeune Winterfeld, « proprement habillé et pourvu d'un gouverneur ». Le mariage fut bientôt conclu, Mmo Dunoyer croyant avoir affaire à un fils de famille et « espérant passer ses jours dans l'aisance à quelque terre éloignée... »

Winterfeld, fils d'un officier du Brandebourg resté dans les Pays-Bas lors de la venue des troupes de la maison d'Autriche, était baron, mais il n'était pas riche, tant s'en faut.

L'union d'Olympe ne fut pas plus heureuse que celle des Mmo Dunoyer, sa mère, et de Mm 0 Constantin, sa soeur'. Séparée de son mari dès 1716, la baronne resta veuve avant 1747, sans enfant*. D'après Condorcet, Voltaire eut occasion de la revoir, dans des conditions tout autres qu'en 1713, et d'être utile à celle qu'il avait aimée.

Condorcet n'est pas mal informé. Voltaire, dès 1720, avait renoué connaissance à Paris avec cette Olympe qu'il avait connue légère et frivole. Voyant sa situation gênée, il avait essayé sans succès de lui venir en aide 3; il dut se contenter de lui rendre quelques services, et leurs relations, pour être intermittentes, ne furent pas moins durables.

Au mois de juillet 1736, le poète écrit de Cirey à l'abbé Moussinot : « . ..J'ajoute à cette prière, mon cher abbé, celle de me faire acheter une petite table à écran qui puisse servir d'écran et d'écritoire, et de la faire porter de ma part chez M™ 0 de Win1.

Win1. Lettres histor et galantes, éd. de 1739, Londres; t. IV, p. 401.

2. M. Gustave Desnoireterres [La Jeunesse de Voltaire) dit que Winterfeld fut tué en 1757 à la bataille de Kollin ; mais nous voyons, par un acte de la prévôté de Dampmart, du 26 novembre 1747, qu'Olympe Dunoyer était déjà veuve à cette époque.

3. OEuvres compl., éd. Beuchot; t. LV, p. 578. Lettre à d'Argental.


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terfelt, rue Plâtrière, près des filles de S'° Agnès *. » Le 30 du même mois, il rappelle sa recommandation à l'abbé Moussinot : « .. .La petite table avec écran que je vous ai supplié d'acheter pour Mmo de Winterfelt, rue Plâtrière, près S* Jacques, est une bagatelle. Il la faut très simple et à très bon marché...! »

Dans son supplément au Siècle de Louis XIV, l'auteur a pris la défense de Mm 0 Dunoyer et surtout de ses filles contre les attaques de La Baumelle. « L'aînée, dit-il, est morte à la communauté de St 0 Agnès, honorée et chérie ; l'autre est pensionnaire du roi et vit d'ordinaire dans une terre qui lui appartient et où elle nourrit les pauvres; elle s'est acquis, auprès de tous ceux qui la connaissent, la plus grande considération. Son âge, son mérite, sa vertu, la famille respectable et nombreuse à laquelle elle appartient, l'es personnes du plus haut rang dont elle est alliée, devaient la mettre à l'abri de l'insolente calomnie d'un scélérat absurde 3. »

Enfin, dans une lettre de Voltaire à Thiriot (1745), qui a fait partie de la collection d'autographes de Villenave, on lit ce postscriptum : « Assurez bien la baronne de la rue S'° Anne que ses procès sont en bonne voie et que son souvenir m'est toujours cher. »

Or, la baronne de Winterfeld habitait précisément la rue SainteAnne, sur la paroisse Saint-Roch, quand elle prit possession de la terre de Dampmart, en 1745, après le décès de sa tante qui en jouissait auparavant en qualité d'usufruitière.

III

Arrivons maintenant à nos documents originaux dans lesquels Olympe Dunoyer apparaît avec cette qualité de dame de Dampmart en Brie. Les renseignements puisés à cette source sont autrement sûrs que les mémoires de Mm 0 Dunoyer ou ceux qui portent le nom de son époux.

Le petit dossier que j'ai eu entre les mains renferme la nomination

1. Lettres originales de Voltaire à Moussinot. — Bibl. nationale, ms. français, 15, 208.

2. Id. — Cette lettre a été publiée en 1875 par M. Courtat, avec un certain nombre d'autres (Paris, Laine).

3. Éd. Beuchot, t. XX, p. 540.


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par « dame Olympe-Catherine Dunoyer, veuve de Mro Charles, baron de Winterfeld », de Louis-François Maubuisson, en qualité de garde-chasse en l'étendue de sa seigneurie et prévôté de Dampmart. Celte nomination, datée : « En notre château de Dampmart le 18 décembre 1759 », est signée tout au long : « Dunoyer-Dewinterfeldt, dame haute justicierre de la terre et seigneurie de Dampmart ».

Dans d'autres pièces, dès 1746 notamment, son mari est nommé Jean-Charles-Joseph, baron de Winstrefeld'.

Cette seigneurie de Dampmart comprenait seulement une partie du village s'étendant jusqu'au clocher; une ferme de 160 arpents en faisait partie, avec le château et la justice, autrefois engagés par le roi à la famille Potier de Gesvres. Une autre portion de seigneurie et les dîmes appartenaient aux chanoines de NotreDame de Paris, l'archevêque nommant à la cure; enfin, l'abbé, comte de Lagny, se qualifiait aussi seigneur de Dampmart en partie, à cause des terres, cens et redevances qu'il possédait dans la paroisse.

Le château était échu à la baronne de Winterfeld dans la succession de son oncle paternel, Nicolas Dunoyer, l'ancien greffier en chef du parlement, qui avait acquis cette terre d'un sieur Groillard, en 1710.

Nicolas Dunoyer, mort à Paris le 9 mars 1731 et inhumé à Saint-Nicolas-des-Champs, après avois perdu ses enfants, laissa des biens assez considérables 5 à ses deux nièces, et particulièrement la seigneurie de Dampmart à Olympe, en réservant toutefois l'usufruit au profit de Claude Monache, sa veuve 3. Il légua une petite rente à l'église de son village, malgré certains démêlés qu'il avait eus avec le curé.

Le Répertoire de jurisprudence de Guyot ' mentionne à la date de 1723 le procès soutenu par ce seigneur contre Nicolas-Pierre

1. Comme on le voit, ce nom est orthographié de diverses façons, mais dans le corps des actes il est toujours écrit : de Winterfeld.

Nous avons deux signatures d'Olympe portant Dewinterfeldt; le facsimilé reproduit en 1867, dans l'Amateur d'autographes, prouve cependant qu'elle a signé quelquefois Winterfeld, en supprimant le t final.

2. Il s'était fait construire au faubourg Saint-Antoine, par l'architecte Dulin, un élégant hôtel, qu'il prêta sous la régence du duc d'Orléans.

Les héritiers Dunoyer le vendirent au comte de Clermont.

3. Cousine maternelle de MM. Bernard, seigneur du Chemin et de la Fort elle, en Brie.

5. Tome XXII1.


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Mouton, curé de Dampmart, qui refusait de rendre à sa femme et ses enfants les honneurs dus aux seigneurs-patrons. L'abbé Mouton ne voulait pas nommer Mm 0 Dunoyer aux prières du prône, prétextant ignorance de son mariage; on fournit des justifications, il persista néanmoins. Des mémoires furent imprimés à ce propos, et le 14 mars 1724 une sentence des requêtes du palais donna gain de cause au seigneur; le curé interjetta appel, mais son appel fut mis à néant par arrêt du 21 juillet de la même année.

Claude Monache, veuve Dunoyer, apparaît encore dans plusieurs actes avec la qualité d'usufruitière en 1741 et 1742. C'est seulement trois ans plus tard, au décès de cette tante, qu'Olympe Dunoyer eut la pleine possession de sa seigneurie. Si elle conservait un logement à Paris, rue Sainte-Anne, elle résidait aussi volontiers à la campagne, où, d'après le témoignage de Voltaire, sa bienfaisance lui attirait respect et considération.

Au mois de mai 1746, elle date de Dampmart plusieurs documents relatifs à l'exercice de sa justice; c'était au moment où son ami, dont le nom retentissait partout, entrait à l'Académie française. L'année suivante, en novembre 1747, la baronne de Winterfeld vend par adjudication 368 ormes à abattre dans une allée du château descendant vers la Marne; le 14 novembre 1759, étant à Dampmart, elle institue Joseph Sauvage, dit Comtois, garde de sa terre et prévôté.

Nous la voyons figurer dans diverses instances à côté de ses gens de justice : Mathieu Piclude, lieutenant et juge ordinaire; Nicolas Thiercelin, procureur fiscal; Jean-Charles Montauban, greffier. Le 8 août 1768, elle accorde encore à Folignié des provisions de voyer, que celui-ci fait enregistrer par le prévôt au mois de juin de l'année suivante..

Ce Folignié était alors le factotum de la baronne de Winterfeld à sa campagne; il lui rend compte par écrit de sa gestion et demande des instructions. Nous n'avons vu qu'un feuillet isolé des notes de Folignié, relatives à des débiteurs de redevances ; les réponses sont en marge : — « Ne tourmentez pas ce pauvre homme, il a nombreuse famille. » Pour un autre : « Il faut l'occuper à la terrasse, il s'aquitera. » Ou bien encore : « Délivrés luy quelque secours, la saison est mauvaise'. »

Bientôt, la dame de Dampmart disparaît. En septembre 1770, c'est le marquis André-Victor de Bizemont, seigneur de Giron1.

Giron1. de l'auteur.


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ville-en-Gâtinais et Magnanville, baron des Grands et Pelits-Carneaux, de Boisneville et Fontaine en partie, brigadier des armées du roi, colonel des grenadiers royaux du comté de Bourgogne, qui lui succède comme seigneur-châtelain de Dampmart.

Le 27 septembre, M. de Bizemont délivre à Nicolas Thiercelin, notaire royal à Lagny, des provisions de notaire-tabellion de sa prévôté et châtellenie.

Olympe Dunoyer a donc dû mourir à la fin de 1769 ou au commencement de 1770, âgée de 77 ou 78 ans, et à Paris très probablement, car les registres paroissiaux de Dampmart ne nous apprennent rien à cet égard '.

Il reste à faire connaître comment le marquis de Bizemont se trouvait à son tour seigneur de ce village briard. C'est qu'il était le neveu et l'héritier d'Olympe Dunoyer.

Tandis que celle-ci recueillait la terre de Dampmart en Brie, sa soeur aînée, veuve du capitaine Constantin, avant d'aller finir ses jours chez les religieuses de Sainte-Agnès, à Paris, avait convolé en secondes noces avec un autre officier, Nicolas de Bizemont, qui la laissa veuve de nouveau et en même temps propriétaire foncière dans le Gâtinais.

Le nom de Marguerite Dunoyer, veuve de Bizemont, figure parmi les débiteurs de redevances dans un censier de la terre de Nainville, dépendance féodale de Cély, près Melun 2. Son fils, André-Victor, — le colonel héritier de Mmo de Winterfeld, — qui possédait en outre le château de Gironville en Gâtinais, concourut à ce litre en 1789, avec la noblesse du bailliage de Melun, à l'élection des députés aux États-Généraux.

Quant à la terre de Dampmart, il ne l'avait pas conservée; dès 1779 elle était cédée à François-Joachim Serge de Laugier de Beaurecueil, sieur de Roussat, ancien officier aux gardes françaises:

Ainsi, par une coïncidence assez curieuse, les deux filles de

1. On trouve seulement dans ces registres les mentions suivantes : — 4 juillet 1746, baptême d'un fils de Louis Desmarest, fermier de M 11» Dunoyer, dame de Damart. — 5 janvier 1763, baptême d'une fille de Jeanne Leclère, garde-chasse de Mmc de Winterfeld. — 1764, Philippe Bailly, fermier de M"" de W. •— 4 juin 1765, inhumation de la veuve de PierreIsaac Bizet, jardinier de Mm° de W. — 7 octobre 1766, inhumation d'une fille de Denis Dubois, jardinier de M™" de W. — 10 février 1771, baptême d'un fils d'Antoine Gilbert, cocher du marquis de Bizemont.

2. Arch. de Seine-et-Marne; E. 452.


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l'auteur des Lettres historiques et galantes, absolument étrangères à notre pays, nées à Nîmes, emmenées en Hollande par leur mère, sont devenues l'une et l'autre propriétaires dans la Brie et le Gâtinais.

En recherchant quelle était cette baronne de Winterfeld, dame de Dampmart au XVIII 0 siècle, je n'abordais qu'un détail minuscule, qu'un de ces petits faits — que nos maîtres recommandent de ne pas dédaigner. Je crois avoir mis la main sur un détail inédit, — et en vous entretenant ici de l'Olympe Dunoyer de Voltaire, n'est-ce pas prouver que la Société d'archéologie ne limite pas étroitement son domaine aux débris des vieux temps et aux dissertations savantes?

Vous le voyez, au contraire, chacun est à même de concourir à l'oeuvre commune; il suffit de fouiller les archives avec quelque persévérance. Si l'on n'y rencontre que rarement la trace de faits capables d'éclairer des points historiques importants, les renseignements nouveaux abondent et l'on peut toujours y trouver matière à des causeries sans prétention, qui satisfont notre ambition dès qu'elles ne sont pas sans profit pour l'histoire locale.


M. DROUYN DE LHUYS

NOTES BIOGRAPHIQUES

Par M. Charles RABOURDIN, membre titulaire.

M. Drouyn de Lhuys (Edouard), homme d'État, est né à Paris le 19 novembre 1805, mais Melun pourrait à plus d'un titre le revendiquer pour l'un de ses enfants.

Par ses qualités nombreuses, précoces, et par ses succès scolaires, il s'annonça de bonne heure comme devant être un jour, un homme supérieur, une intelligence d'élite.

Élève au lycée Louis-le-Grand, il remporta en 1823 le prix d'honneur de rhétorique au concours général; ses études de droit ne furent pas moins brillantes.

Sa vocation l'entraînant vers la diplomatie pour laquelle il avait des aptitudes remarquables, il fit ses débuts dans la carrière comme attaché à l'ambassade de Madrid, en 1830. On l'en rappela en 1837 pour l'envoyer comme chargé d'affaires à La Haye. Quelques années plus tard, il fut placé à la tête de la direction commerciale des affaires étrangères, dont il devait être un jour le ministre. En 1842, Melun le choisit pour député, l'opposant au candidat officiel. Élu à une majorité considérable, il siégea avec l'opposition et combattit le cabinet Guizot, ce qui lui attira les foudres du premier ministre, lequel le destitua.

Devenu plus indépendant par son retrait d'emploi, il donna alors un libre cours à ses idées d'opposition et devint l'un des adversaires les plus résolus du gouvernement.

Orateur habile, il combattit avec une grande force d'argumentation la majorité par des discours pleins de chaleur, de talent et d'à-propos, qu'il prononça à la Chambre et dans les banquets. Il fut l'un des promoteurs de la mise en accusation du ministère Guizot.

Le département de Seine-et-Marne nomme M. Drouyn de Lhuys représentant à l'Assemblée constituante et à la législative, le troisième sur neuf membres.


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Il fit partie du comité des affaires étrangères qui le choisit bientôt pour son président; il prit place parmi les modérés.

Quand Louis Napoléon fut élu à la présidence, il fit appeler M. Drouyn de Lhuys qu'il avait distingué, et lui confia la direction des affaires étrangères. C'était alors un poste des plus difficiles à occuper, en raison de la nouvelle situation dans laquelle la France se trouvait placée et des complications multiples survenues dans la politique européenne. Il fallut au nouveau ministre beaucoup de sang froid et d'habileté pour réorganiser son département et pour le diriger dans un pareil moment. Il se tira de cette difficulté avec honneur. Le 2 juin 1849, il quitta le ministère, pour être envoyé comme ambassadeur à Londres, où il rassura le cabinet de SaintJames sur les craintes qu'avait fait naître de l'autre côté du détroit l'avènement du prince Président.

M. Drouyn de Lhuys fut rappelé au ministère des affaires étrangères le 28 juillet 1852, en remplacement de M. Turgot.

Le continent européen vivait encore dans l'appréhension de graves événements. De gros nuages obscurcissaient l'horizon. L'Autriche menaçait toujours le Piémont. La Russie menaçait Constantinople. La question grecque, celles des réfugiés français en Angleterre et en Belgique, pouvaient être d'un instant à l'autre le point de départ d'une conflagration. Il fallait donc au département des affaires étrangères un ministre aussi sage qu'habile, aussi prudent qu'expérimenté. M. Drouyn de Lhuys fut à la hauteur des circonstances.

Lorsque l'écrasement des Turcs à Sinople en 1854 rapprocha la France de l'Angleterre et poussa les deux nations à une action commune pour mettre un terme aux agissements de la Russie, M. Drouyn de Lhuys multiplia ses tentatives en faveur d'une solution pacifique. Il alla prendre part aux conférences qui eurent lieu à Vienne au commencement de l'année 1855; mais les décisions de ces conférences ayant été contraires à son attente, il quitta le ministère et rentra dans la vie privée.

On vit alors ce travailleur infatigable, ennemi de tout repos, délaisser momentanément la politique pour se livrer à des travaux d'un autre genre. Il étudia à fond les questions agricoles dans ce département de Seine-et-Marne, auquel il témoigna toujours une vive et constante sollicitude. Dans cette spécialité aussi, il devait arriver un jour à se conquérir une place au premier rang, par sa compétence, son activité et son esprit d'initiative.

Mais un diplomate de cette valeur ne pouvait rester longtemps


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en dehors de la sphère politique; les événements se chargèrent de le rappeler à l'activité.

Il mit de nouveau son expérience au service du pays. C'était en 1862, quelques années seulement s'étaient écoulées depuis que nos armées triomphantes avaient fait en partie l'unité italienne, et déjà Napoléon III commençait à voir clairement les conséquences inattendues de notre intervention. Malgré sa réserve habituelle, il dissimulait mal son dépit et ses regrets; il crut devoir alors retirer le portefeuille des affaires étrangères à M. Thouvenel qui passait pour subir les influences du prince Napoléon et se montrait par trop favorable à la cause italienne; il le confia à M. Drouyn de Lhuys qui avait de tous temps envisagé la question italienne à un point de vue différent. En effet, l'habile diplomate n'avait jamais cessé de considérer comme un danger sérieux pour la France la création d'un royaume puissant sur sa frontière sud-est et en face de nos ports de la Méditerranée. Il s'était trouvé constamment en opposition d'idée sur ce point avec Napoléon III, lui répétant sans cesse, que le résultat de la campagne, même en cas de succès, serait de nous donner pour l'avenir, non pas un ami, mais un ennemi de plus. Des événements encore récents semblent, hélas! lui donner raison.

Dès sa rentrée au ministère, M. Drouyn de Lhuys, tout en assurant l'Italie des bonnes dispositions de notre gouvernement à son égard, aussi bien que de son désir de continuer l'oeuvre de conciliation entre le pape et le roi, répondait par un refus formel à l'invitation qui lui était faite par le gouvernement de VictorEmmanuel de rappeler de Rome notre corps d'occupation.

Dans la même année, il fit de concert avec l'Angleterre et l'Autriche des démarches officieuses-auprès de l'Empereur de Russie en faveur de la Pologne.

Enfin, lors de la guerre entre les deux Amériques, c'est M. Drouyn de Lhuys qui fut chargé de proposer, par voie diplomatique, l'idée d'un congrès Européen, sur l'invitation de l'Empereur.

Les services rendus à son pays par l'illustre homme d'État pendant sa longue carrière sont considérables et lui ont conquis une juste célébrité. Napoléon III l'en récompensa en l'élevant à la dignité de grand'croix de la Légion d'honneur.

Plusieurs souverains étrangers lui ont donné également des témoignages de leur estime. En 1865, le roi de Prusse lui envoya


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la décoration de l'Aigle noir et le roi Victor-Emmanuel le grand cordon de l'ordre de Saint-Maurice et Lazare.

Napoléon III consultait souvent l'éminent diplomate, même quand celui-ci n'était plus ministre; il regretta amèrement dans les dernières années de son règne de n'avoir pas suffisamment tenu compte de ses avertissements, qu'on pourrait qualifier de prophétiques.

M. Drouyn de Lhuys était doué d'un sens politique profond. Plusieurs de ses appréhensions patriotiques dont il fit part dans des circonstances difficiles, soit à l'Empereur, soit à ses ministres, sont devenues en effet de véritables prophéties.

Quelques anciens familiers de Napoléon III se rappellent encore les transes de M. Drouyn de Lhuys quand il eut connaissance de l'alliance secrète contractée entre la Prusse et l'Italie en 1866. Dès les premiers mouvements de l'armée prussienne, le clairvoyant ministre, qui en sonda tout de suite les conséquences, mit tout en oeuvre pour obtenir de l'Empereur l'envoi immédiat d'une armée française sur le Rhin. Il espérait par cette démonstration éviter la guerre, ou tout au moins modifier sensiblement les conditions de la lutte, en obligeant les Prussiens à diviser leurs forces.

Il vint en toute hâte à Gompiègne, où se trouvait Napoléon III, et lui démontra en termes éloquents l'urgence de cette mesure. Il réussit à convaincre le souverain, et déjà des ordres étaient donnés dans ce sens, le même jour, au ministre de la guerre, quand le prince Jérôme Napoléon, qui en eut connaissance, accourut à Gompiègne à son tour pour combattre l'idée de M. Drouyn de Lhuys; et, après un tête-à-tête long et fort animé avec son cousin, le prince eut assez d'influence sur le monarque pour obtenir le retrait de l'ordre de mobilisation. On sait le reste. Quelles considérations le gendre de Victor-Emmanuel fit-il valoir? C'est son secret; mais, ce qui est certain, c'est que dans cette circonstance grave, le prince Napoléon a sacrifié les intérêts de la France à ceux de son beau-père. Quelques semaines plus tard l'Autriche était écrasée à Sadowa.

Le prince de Bismarck a dit depuis que si la France avait envoyé un corps d'armée sur le Rhin, comme l'avait demandé M. Drouyn de Lhuys, la Prusse inquiète et placée dès lors dans des conditions défavorables pour entreprendre la campagne, y eut certainement renoncé.

On peut donc conclure de cet aveu que si les conseils de


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M. Drouyn de Lhuys eussent prévalu sur ceux du prince Jérôme, Sadowa, qui était la préface de Sedan, n'aurait pas eu lieu, et la France ne se fût pas lancée quelques années plus tard dans une guerre désastreuse.

M. Drouyn de Lhuys, qui avait donné sa démission de sénateur en 1856, quand Napoléon III adressa au Sénat un message qui empiétait sur les droits de cette assemblée, y fut rappelé par un décret daté de 1865.

Il quitta la vie politique vers 1870. Tous ceux qui l'ont connu au pouvoir ou qui ont vécu dans son intimité, s'accordent à dire que, s'il eût fait partie du gouvernement à cette époque néfaste, la guerre eût été sans nul doute évitée.

Rentré dans la vie privée, l'éminent homme d'État se livra avec ardeur à des travaux qui convenaient à sa haute intelligence. L'académie des sciences morales et politiques l'avait reçu à titre de membre libre. Il peut aussi être considéré comme l'un des hommes de son temps qui ont le plus contribué aux progrès de l'agriculture. Il ne cessa de prodiguer ses conseils et ses encouragements à la classe nombreuse et si intéressante des agriculteurs, notamment à ceux de la Brie, et à chercher avec eux le moyen d'atténuer le plus possible les conséquences résultant du manque de bras, depuis que la fâcheuse tendance des travailleurs des campagnes à quitter les champs pour la ville s'est accentuée. Il a fait les plus louables efforts dans ce but, et a eu la satisfaction d'avoir bientôt de nombreux imitateurs dans tous les départements agricoles.

Il fut nommé président de la société d'acclimatation et président du comice agricole de Melun et de Fontainebleau. Nous ne devons pas oublier qu'il a fait partie de notre société d'archéologie de Seine-et-Marne dès sa fondation.

Enfin la société des agriculteurs de France le choisit aussi pour son président. On sait avec quelle compétence et quelle distinction il s'acquitta de cette importante fonction.

La mort de M. Drouyn de Lhuys, survenue le lor mars 1881, a causé un grand vide dans notre département de Seine-et-Marne, où il jouissait d'un prestige considérable appuyé sur l'estime et le respect de tous.


TABLE

Pages.

LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ et composition du bureau. I

ALLOCUTION de M. G. Leroy, président, à la séance du 5 juillet 1891 V

AVIS PRÉLIMINAIRE 1

SOMMAIRE DES PROCÈS-VERBAUX des séances (section de Melun), de décembre 1881 à décembre 1885 5

PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES tenues à Melun; année 1890.

— Metiosedum-Melun, par M. Leroy. — Les tableaux et la bibliothèque de Louis Trabouillet, chanoine de Meaux, en 1720, par M. Lhuillier. — Projet de verrières pour l'église Saint-Aspais de Melun. — Un nom celtique dans la commune du Mée, par M. Leroy. — Le poète Guichard, par M. Rabourdin. — Monnaie gauloise trouvée à Moissy-Cramayel. — Fragments d'armes trouvés dans

la Seine 12

PROCÈS-VERBAUX; année 1891. — Journal d'un bourgeois de Melun au xvi" siècle, par M. Leroy. — Une page inédite du journal de l'abbé Ledieu, par M. Lhuillier. — L'ancien château des évêques de Meaux, à Germigny-l'Évêque, par le même. — Hommage par M. Leroy de notices imprimées dont il est l'auteur : Germenoy, paroisse de Vaux-le-Pénil ; les Gallo-Romains à Réau et à Limoges-Fourches. — Architecture de N.-D. de Melun, par M. Bérard. — Le général Breton, de Melun, tué à Malakoff, notes biographiques, par M. Rabourdin. — Sur l'origine du mot Pénil, par M. Leroy. — Découverte de monnaies du xu* siècle, à Coutençon. 16

PROCÈS-VERBAUX; année 1892. — Hommage d'une étude de M. Toulouze sur la Bataille navale de Morsang-Saintry, et d'une notice de M. Leroy sur les Capitaineries de la Brie et du Gâtinais avant 1189. — Le traité de paix de La Tombe, près Montereau, en , 1418, par M. Auberge. — Un prétendu portrait de M*' Foucquet, par M. Leroy. — M. Drouyn de Lhuys, par M. Rabourdin. — Communication relative au calligraphe Bernard, de Melun, par M. Lhuillier. — Hommage par M. Leroy de deux mémoires imprimés : L'obituaire de Saint-Jacques de Melun au xnr siècle et Un prétendu portrait de Mm" Fouquet, dans l'église de Courtry. — Antoine de Bourbon, comte de Moret, par M. Lhuillier. — Communication de haches et outils de l'âge de pierre, par M. Bazin.

— Sceaux du moyen-âge, par M. Leroy. — Hommage par M. Leroy de deux notices imprimées : L'hôtel des Guériii, à Melun; Variétés sigillographiques. — Les Cornu, seigneurs de Villeneuve-laCornue, La Chapellc-Rablais et Fontenailles, par M. Quesvers. —


— 222 —

Pages. Poésies, par M. Besoul. — Le peintre-dessinateur Benoît Graincourt, par M. Lhuillier. — Communication relative à Jean Petite, de Melun, vicaire général de Bnyeux au xvn" siècle, par M. Quesvers. — La milice bourgeoise de Moret, par M. Lioret. — La statue de Philippe de Castille, par M. Rabourdin. — Hommage par M. Antoine Héron de Villefosse de sa publication sur la statue de Dionysios, conservée au Louvre. — Anciens comptes de fabrique de Penchard, communiqués par M. Lhuillier 21

PROCÈS-VERBAUX; année 1893. — Notice sur la commune de Guérard, par M. Bazin. — Archéologie de l'église de BrieComte-Robert, par M. Lefèvre des Noëttes.— Le blason de Crécyen-Brie, par M. Lhuillier. — Poésies, par M. Besoul. — Hommage par M. Lhuillier d'une notice imprimée sur le peintre Claude Lefebvre, de Fontainebleau. — Vie et correspondance de Samuel Bernard, comte de Coubert, banquier du Trésor, par M. V. de Swarte. — Notice sur la compagnie de l'Arquebuse de GuignesRabutin, par M. René Morel. — La Brie légendaire, par le même. — L'abbaye royale de Barbeau, par M. Rabourdin. — Poésies, par M. Morel. — Monnaies romaines en or, communiquées par M. Marc. 29

MÉMOIRES

NOTES SUR LES CORNU, seigneurs de Villeneuve-la-Cornue, La Chapelle-Rablais et Fontenailles-en-Brie, par M. Paul Quesvers, membre fondateur 37

..LA QUESTION DE METIOSEDUM-MELUN, résolue par une inscription antique découverte dans cette ville, par M. G. Leroy, président 79

L'ANCIEN CHATEAU DES ÉVÉQUES DE MEAUX, à Germignyl'Évêque, par M. Th. Lhuillier, vice-président 95

ÉTUDE BIOGRAPHIQUE SUR L'ABBÉ PASQUES, par feu M. Auguste Lenoir. ancien secrétaire de la section de Provins 121

SUR L'ORIGINE DU MOT PÉNIL (Vaux-le-Pénil), par M. G. Leroy 122

NOTE SUR UN NOM DE LIEU CELTIQUE dans le voisinage de Melun, par M. G. Leroy 141

NOTICE HISTORIQUE SUR LA COMPAGNIE DE L'ARQUEBUSE DE GUIGNES, par M. René Morel, membre titulaire. ... 145


— 223 —

Pages. LE DROIT D'USAGE A BOISSISE-LA-BERTRAND, au xii" siècle, par M. G. Leroy 169

JOURNAL D'UN BOURGEOIS DE MELUN au xvi» siècle, par M. G. Leroy 179

LE BOIS DE LA GRANGE, A REBAIS, par M. A. Bazin, archivistebibliothécaire de la Société 187

A PROPOS DU COSTUME AU TEMPS PASSÉ, par M. Th. Lhuillier 193

OLYMPE DUNOYER, dame haute justicière de Dampmart, par M. Th. Lhuillier. 205

M. DROUYN DE LHUYS, notes biographiques, par M. Ch. Rabourdin, membre titulaire 216


FONTAINEBLEAU. — E. Bourges, imp. breveté,


BULLETIN

DE LA

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE

SCIENCES, LETTRES ET ARTS DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE



BULLETIN

DE LA

SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOiW

SCIENCES, LETTRES ET ARTS

DU DEPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE

Fondée à MELUN, le 16 mai 1864

SUPPLÉMENT AU DIXIÈME VOLUME

(1906)

MELUN

V« H. MICHELIN, IMPRIMEUR BREVETÉ

13, rue de THolel-de-Yille

1906



SOCIÉTÉ D'ARCHEOLOGIE

SCIENCES, LETTRES ET ARTS DU DÉPARTEMENT DE-SEINE-ET-MARNE

PROCES-VERBAUX DES SEANCES

SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1893

La Société d'archéologie s'est réunie en séance ordinaire, le dimanche 29 octobre, à l'hôtel de ville, sous la présidence de M. Gabriel Leroy, président.

Etaient également présents : MM. Bazin, Boue, Casron, Fischer, Houdart, Journeil, Lhuillier, Marc, Michelin, Rabourdin, Sabot.

Absents excusés : MM. Bourges, de Crèvecoeur, Morel, Quesvers, de Swarte.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

M. Rabourdin continue la lecture de ses Recherches sur l'abbaye de Barbeau. — A l'époque des vendanges, le clos de Barbeau, où l'on récoltait un vin qui figura sur la table de quelques rois de la troisième race, était parfois le théâtre d'incidents dont la vieille gaîté gauloise faisait les frais. La discipline monacale n'en souffrait pas, paraît-il, quoique la malignité publique s'efforçât d'en médire. Un moine, justement jaloux de sa réputation, contraignit ses détracteurs à lui accorder réparation par acte passé au tabellionnage d'Héricy peu de temps avant la Révolution. Ces détails de la vie monastique à Barbeau, retracés par M. Rabourdin, *>n.t intéressants.

L'église abbatiale renfermait de nombreuses sépultures, quelques-unes de membres de la famille royale, notamment celle de Louis VII, fondateur de Barbeau. Le roi était inhumé au choeur, sous un mausolée surmonté de sa statue en pierre,

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le représentant couché avec la couronne sur la tête et un sceptre à la main. C'était une précieuse relique pour l'abbaye, les moines la conservaient pieusement; des abbés se plurent à embellir le tombeau, notamment le cardinal de Furstenberg, abbé commandataire à la fin du xvne siècle.

Des princes, des princesses, des chevaliers contemporains des croisades, d'autres ayant vécu dans des temps plus récents, reposaient sous les voûtes de Barbeau.

Il y avait aussi des artistes qui avaient concouru à la décoration de Fontainebleau aux xvi° et xvn° siècles, entre autres Fréminet, Jean de Hoëy.

Mais la Révolution survint qui, en des jours d'égarement, malgré les décrets de la Convention pour la conservation des objets d'art et d'antiquités, spolia les tombeaux, brisa les marbres et les statues.

M. Rabourdin s'efforce de faire la lumière sur le sort de ces débris, dispersés au gré du hasard ou mieux encore de la cupidité, faisant argent de tout ce qui pouvait avoir quelque valeur. Le buste en bronze de Fréminet, longtemps exposé à laporte d'un chaudronnier de Melun, fut acquis par Alexandre Lenoir pour le Musée des Monuments français des Petits Augustins, d'où il a passé au Louvre qui le conserve dans la salle des oeuvres de la Renaissance.

Cette intéressante notice sur Barbeau, sera continuée par son savant auteur.

Au nom de M. René Morel, de Guignes, qui n'a pu assister à la séance, lecture est donnée de l'ordonnance royale du roy Louis XIII, « faicte sur le faict du jeu de l'Arquebuse de Brie« Comte-Robert », reproduite d'après un vidimus d'un notaire de Yèbles en 1686, dont les minutes sont conservées à Guignes.

La réglementation des joutes des chevaliers de l'Arquebuse de Brie est curieuse ; c'était à peu près la même dans toutes les villes de la Brie, à Melun, à Meaux, à Provins et ailleurs. *

En premier lieu, il fallait être bon catholique, posséder arquebuse et avoir moyen de l'entretenir, ne point jurer ni blasphémer, se bien conduire en toutes choses, sous peine d'amendes qui pouvaient dru comme grêle ; les statuts étaient sévères pour maintenir entre les chevaliers une discipline modèle et de bons rapports avec les officiers de la compagnie, avec le roi, qui était le plus adroit tireur, abattant le marmot, alias la poupée ou l'oiseau.-


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Ce roi, dont le pouvoir était spécial, jouissait de quelques prérogatives, exerçait même juridiction sur les chevaliers pour répression de crimes et délits commis dans l'enceinte du jeu.

Certains jours, on banquetait, on fêtait la royauté de l'heureux tireur qui s'était le plus signalé, mais, comme tout honneur comporte des charges, il incombait au monarque d'offrir à déjeuner à ses sujets.

Le document retrouvé par M. Morel réglemente tous ces détails, qui sont une page entrevue de la vie des populations briardes sous l'ancien régime.

Deux poésies du même auteur suivent cette lecture : — La Fée, une bonne fée qui se plaît à embellir l'existence des mortels, à combler leurs désirs et leurs souhaits. — L'Hiver, le triste hiver qui arrive à grands pas, qui fait tomber les feuilles des bois, rend la nature morose, assombrit tout, et fait s'enfuir jusqu'au printemps prochain les plaisirs champêtres.

M. Lhuillier communique une déclaration à terrier du xve siècle, concernant les seigneuries de Nantouillet et de Thieux en-France; des autographes des poètes ouvriers Magu et Alexis Durand, vivante Lizy-sur-Ourcq et à Fontainebleau, dans la première moitié du siècle actuel, et dont les oeuvres imprimées sont recherchées par les amateurs.

M. Leroy soumet une série de vues de Melun à différentes époques, représentant la ville, dont l'aspect et la configuration ont subi de profondes modifications depuis une cinquantaine d'années.

L'admission de M. Boudier, pharmacien à Melun, présenté par MM. Marc et Lhuillier, termine la séance qui est levée à quatre heures.

SEANCE DU 10 DECEMBRE 1893

La Société d'archéologie s'est réunie en séance ordinaire le dimanche 10 décembre 1893, à deux heures de l'après-midi, sous la présidence de M. Gabriel Leroy, président.

Etaient également présents : MM. Boue, Bourges, Casron, Fischer, Houdard, Lhuillier, Michelin, Rabourdin, Sabot.


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Absents excusés : MM. Auberge, Bazin, Boudier, Drosne, Latour, Le Blondel, Lelièvre, Lioret, René Morel, de Swarte.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

M. Le Blondel fait hommage de YAlmanach historique de Seine-et-Marne et du diocèse de M eaux, dont il est l'éditeur et qui est arrivé à sa 34e année de publication. Spécialement consacré au déparlement, il contient des notices sur les communes, des faits et récits d'histoire locale, des légendes de la Brie, des renseignements statistiques, administratifs et autres qui en font un livre d'un intérêt tout spécial pour les habitants de Seine-et-Marne. — Remerciements et dépôt aux archives.

Au nom de M. Morel, lecture est donnée d'une Notice sur les seigneurs et la seigneurie de Vcrnouillet, commune de Verneuil, canton de Mormant. — Cette seigneurie, peu importante à son origine, appartenait à l'abbaye de Saint-Denis, qui la tenait sans doute de la libéralité d'un roi de France ou de quelque chevalier désireux d'assurer le repos de son âme en se recommandant aux prières des religieux.

Aliénée en faveur de la famille de Rochefort, elle passe ensuite aux mains des Chantepriine, des Lhopital, de la Maison de Sorbonne, qui en fit une retraite pour ses membres malades ou convalescents, des Brouilly, ensuite de la famille Longuet. — Le manoir des temps féodaux disparut au cours de ces transmissions de propriété et fut remplacé en des temps plus modernes par un élégant château, au milieu de jardins et d'un parc agréablement dessinés. Le domaine s'agrandit par l'adjonction de fiefs et seigneuries du voisinage entre autres de celle de l'Etang, où Louis Longuet, grand audiencier de France, fit construire une chapelle dans laquelle il fut .inhumé avec plusieurs membres de sa famille.

Au temps de la possession des Longuet, Vernouillet prit une vie nouvelle. Distingués par leur savoir, amis des arts, ils se plurent à recevoir, outre des magistrats et des hommes politiques, des littérateurs et des artistes dans leur demeure champêtre, transformée, embellie, ornée de tableaux, de statues, de curiosités delà Chine et du Japon. Mentionnée dans la description de la Généralité de Paris, éditée au xvne siècle, la seigneurie de Vernouillet était une des plus considérables de la partie de la Brie où elle était située.

La notice de M. Morel sera continuée dans une prochaine séance.


M. Lhuillier rappelle que l'église de l'Etang, où les Longuet furent inhumés, a été démolie il y a une quarantaine d'années. Les dalles funéraires de ces personnages, qui occupèrent des positions dans la magistrature, l'Armée et l'Eglise, furent dispersées et employées à des usages profanes. L'épitaphe de l'un deux, retrouvée dans le moulin de Vernouillet, a été reproduite dans le Uecueil des épitaphes de l'ancien Diocèse de Paris, par M. de Guilhermy. Cette épave est peut-être la dernière trace du passage des Longuet à Vernouillet et à l'Etang.

M. Rabourdin continue la lecture de ses Recherches sur l'abbaye de Barbeau. Il parle des occupations des moines, plus adonnés aux travaux de l'agriculture qu'aux études littéraires. Ce n'étaient point des oisifs, comme on le dit de nos jours. Aux premiers siècles de leur création, ils défrichèrent des terrains sans valeur, les mirent en culture, et poursuivirent, à travers les âges, un labeur pénible qui était tout à la fois un exemple pour les populations du voisinage, et un élément de prospérité pour le pays. M. Rabourdin donne la nomenclature des abbés, du personnel en 1790, et expose le sort de l'abbaye à cette époque avec les dévastations dont elle fut le théâtre aux plus mauvais jours de la Révolution. Le tombeau de Louis VII fut brisé, mais déjà, ses restes avaient été enlevés par l'abbé Lejeune, curé de Chartrettes, pour les soustraire à une odieuse profanation.

Sous l'empire, Barbeau devint une succursale de la Maison des Orphelines de la Légion d'honneur. La chapelle servit d'asile aux cendres de Louis VII, réintégrées par l'abbé Lejeune. En 1817, après la suppression de la succursale de Barbeau, les tombeaux royaux de Saint-Denis reçurent les quelques ossements qui subsistaient de la dépouille mortelle du fondateur de l'antique abbaye. Leur translation faite avec une pompo royale fut précédée d'un service funèbre dans l'église de Fontainele-Porl, le 30 juin 1817, M. Rabourdin, aïeul de l'auteur, étant alors maire de celte commune.

Barbeau ne tarda pas à être démoli. La propriété fut vendue, elle eut de nombreux possesseurs jusqu'à notre époque. Aujourd'hui on y voit un joli château qui appartient au directeur d'un théâtre de Paris. Ses hôtes ou visiteurs n'engendrent pas la mélancolie; naturellement, ils aiment à dire les oeuvres musicales en vogue, rien d'étonnant alors qu'aux lieux mêmes où les moines psalmodaient leurs prières, on entende maintenant


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les airs d'opéras ou des vaudevilles qui font courir tout Paris. Etrange destinée des choses de ce monde!

M. Leroy lit une notice intitulée : 1A Gentilhomme briard au XIV 11 siècle. C'est une étude des moeurs du petit noble qui vivait dans ses terres à l'époque de la guerre de Cent-Ans.

Le gentilhomme campagnard de l'ancien régime avait pour principale occupation le soin de son domaine et de ses terres. C'était un rustique par excellence, grand chasseur, ami des plaisirs de la table, peu lettré, professant • des principes religieux où la superstition et les croyances naïves tenaient la plus grande place, mais pointilleux sur son honneur et celui de sa maison, prompt à entrer en guerre à l'appel de son roi, brave jusqu'à la témérité, frappant d'estoc et de taille, revenant de la guerre couvert de blessures, quand il n'y trouvait pas une mort glorieuse.

Sous le litre : Le Pavillon de la Madeleine à Samois, M. Lhuillier lit une intéressante notice sur cet élégant château, bâti en un coin de la forêt de Fontainebleau, dans une position charmante, avec une vue délicieuse sur la Seine et les alentours.. Cette propriété, relativement moderne a son histoire : — Sous Louis Xlll, un gentilhomme, quelque peu'aventurier, Jacques Goudmel, s'y lit ermite, vivant avec une grande austérité, essayant, mais en vain, de fonder un ordre religieux, et finissant par se rattacher à l'ordre de Saint-Augustin. Un instant, les Bonshommes ou Minimes de Passy possédèrent la Madeleine, mais l'ermitage fut bientôt abandonné.

La propriété retourna au roi Louis XIV, qui projeta d'en faire un rendez-vous de chasse, un lieu de repos et de plaisirs. Des plans furent dressés par un architecte habile, mais ne furent point exécutés.

Les Carmes des Basses-Loges substitués aux Bonshommes de Passy, dans la partie de l'ermitage qui n'avait pas fait retour au domaine royal, la donnèrent à bail à vie à ïouron de Moranzel, architecte de réputation en son temps. L'habitation était en ruine, des vagabonds et des malfaiteurs y prenaient gîle, ce qui donna naissance à d'effrayantes légendes, à des histoires de brigands racontées dans les villages à plusieurs lieues à la ronde.

ïouron de Moranzel substitua un élégant pavillon, construit sur ses dessins, aux bâtiments de l'ancien ermitage ; il l'entoura de jardins agréables, embellis par des eaux vives, et


créa une magnifique propriété qui n'a guère changé depuis. Mais, à la Révolution, le sol de l'ancien ermitage, qui appartenait aux Carmes des Basses-Loges, devint bien national et fut vendu au District de Melun en l'an V. Auboin, qui s'en rendit acquéreur, traita avec la veuve de Moranzel et devint seul possesseur du pavillon de la Madeleine.

M. Lhuillier rappelle les différents personnages qui se succédèrent après ce temps dans la charmante habitation. Entre autres, il y eût Madame Hamelin, une intime de Napoléon Ier, accréditée en haut lieu sous l'Empire ; Charles ïaltet, qui personnifiait la société élégante et mondaine du temps de Louis-Philippe. Des artistes, des littérateurs étaient les hôles assidus et bien venus de la Madeleine ; Alfred de Musset était pour ainsi dire de la maison ; il y composa quelques-unes'de ses meilleures pièces, et se réconforlait des tristesses de son âme dans l'amitié du maître de céans. Musset, accueilli à la Madeleine, se rappelait les vacances de son enfance, passées dans le voisinage, à Melun, chez sa tante, Madame Solente, rue de Bourgogne, 28.

Cette notice, nourrie de faits et de renseignements inédits, empreinte du plus vif intérêt, se retrouvera dans un des Bulletins de la Société.

M. Rabourdin communique une lettre que lui a adressée un colonel de l'armée russe, et dans laquelle celui-ci relate les sentiments de reconnaissance du peuple tout entier à l'occasion de la réception enthousiaste des marins russes en France au mois d'octobre dernier. Le magnifique cadeau de la ville de Lyon à l'Impératrice fait tourner la tête à toutes les dames de la haute société, qui commandent à l'envi de riches soieries aux fabricants lyonnais.

Jusqu'à présent, les corps de musiques de l'armée russe avaient emprunté leur répertoire aux Allemands. Désormais, ils le demanderont aux compositeurs français, se proposant de jouer la Marseillaise et autres marches triomphales en usage en France. — Ces détails, d'une actualilé patriotique, intéressent vivement la réunion.

M. Reignier, de la seclion de Meaux, qui assiste à la séance, présente une collection d'armes et d'outils de l'âge de pierre, trouvés à Chelles, dans la carrière de ballast de la Compagnie de l'Est. Ce sont de beaux échantillons du type chelléen.

M. le Président annonce que le Bulletin de la Société est sous


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presse. Il sera distribué aux sociétaires à la réunion d'avril.

M. le comte Georges de Monlgermont, présenté par MM. Lhuillier et Leroy, est admis en qualité de membre titulaire.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures et demie.

SEANCE DU 18 FÉVRIER 1894

La Société d'Archéologie s'est réunie le dimanche 18 février à l'hôtel de ville.

Etaient présents: MM. G. Leroy, président ; Th. Lhuillier, vice-président ; Henri Fischer, secrétaire ; Bazin, Boue, Lioret, Michelin, Morel, Sabot.

Absents excusés : MM. Bourges, Besoul, Hugues, Marc, de Swarte.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

M. le Président annonce que, depuis sa dernière réunion, la Société a perdu un de ses membres, M. Journeil, qui en faisait partie depuis les premières années de sa fondation. C'était un excellent collègue, assidu aux séances, auxquelles il prenait un intérêt particulier. On aimait à voir cet aimable vieillard, dont l'âge n'avait pas affaibli la force physique ; à l'entendre surtout, quand, engagé dans la discussion, il donnait ses conseils et fournissait l'autorité de son expérience pour mener à bien l'administration de la Société et lui rendre une vitalité qui avait paru s'affaiblir pendant quelque temps. M. le Président termine en exprimant les regrels causés par la mort de ce bon et excellent confrère.

M. Lioret commence la lecture d'une notice sur Jacqueline de llueil, comtesse de Moret, connue par ses relations avec Henri IV. L'auteur trace d'abord, de main de maître, un portrait de ce monarque, vaillant guerrier, brave comme son épée, spirituel, un peu gascon, habile politique et diplomate, ne rêvant que la gloire de la France et le bonheur de son peuple, vert galant comme on sait, l'homme aux cinquante-six maîtresses, a-t-on dit, mais ne leur sacrifiant jamais l'honneur et la fortune de son royaume.


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Au premier rang de ses amours, figurent Gabrielle d'Estrées et Henriette d'Entragues, que les poètes et les romanciers ont célébrées à l'envi. Jacqueline de Bueil occupe un rang secondaire. D'une vieille famille noble de ïouraine, ses ancêtres, fidèles serviteurs de la cause royale, avaient versé leur sangdans les luttes héroïques contre les Anglais, et les autres ennemis de la France à Azincourt, Marignan, Pavie, Hesdin, dans les combats de la Ligue, ou aux côtés de Henri IV, luttant contre les Espagnols et les troupes de Mayenne. Pendant des siècles, les de Bueil soutinrent vaillamment l'honneur de leur maison.

Née en 1588, orpheline de bonne heure, Jacqueline fut confiée aux soins de sa parente, la princesse de Condé, une femme galante, intrigante, mêlée aux affaires politiques de son temps, prenant part volontiers aux complots qui ne tendaient rien moins qu'à bouleverser l'Etat ou à renverser l'autorité légitime du roi de France. Jacqueline fut élevée à bonne école.

Henri IV fréquentait assidûment la princesse ; il eut occasion d'y voir sa future maîtresse, une charmante fillette de 16 ans, éveillée, spirituelle, qui ne manqua pas de faire impression sur le monarque déjà grisonnant, animé d'un goût particulier pour le fruit vert. Les attraits de Jacqueline n'agirent pas seuls sur le roi. Gabrielle d'Estrées, son ancienne et bien-aimée maîtresse, était morte; Henriette d'Entragues, comtesse de Verneuil, s'était aliéné ses bonnes grâces, par ses caprices, ses exigences et ses intrigues. L'épouse légitime, Marie de Médicis, mariée depuis peu, n'avait pas su prendre assez d'empire sur son mari pour se l'attacher entièrement. Ce fut alors que Jacqueline fit la facile conquête du coeur du monarque amoureux, dans l'existence duquel elle tint une grande place.

M. Lioret continuera la lecture de son intéressant mémoire dans une prochaine séance.

Sous le titre de : Le Bois de la Grange à liebais, M. Bazin, après avoir donné une description topographique de la région, fournit des détails sur l'ancienne forêt du Mans, dont l'origine gauloise est attestée par la découverte d'antiquités importantes, d'un temps antérieur à la conquête de César. Des traces de séjour de populations moins anciennes y ont été également signalées. Défrichée en grande partie, la forêt du Mans, qui comprenait le territoire s'étendant dé Rebais à La Ferté-sous-


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Jouarre et à Meaux, a laissé des vestiges dans quelques bois épars disséminés çà et là, entre autres dans les bois de la Grange, avoisinant Rebais. Situé en amphithéâtre sur un coteau élevé, on y jouit d'une vue magnifique embrassant tous les environs, à plusieurs lieues à la ronde. Un instant, Napoléon Ier eut la pensée de s'y établir en 1814, pour livrer une bataille aux troupes alliées.

Cette même situation avait motivé, au temps de l'occupation gallo-romaine, l'établissement d'un camp retranché où séjournait une légion. M. Razin a constaté des traces certaines, offrant tous les caractères de la castramétation des Romains. Les défrichements se continuent au bois de la Grange, et, dans un temps plus ou moins rapproché, il ne restera plus aucun vestige de ce dernier débris de l'ancienne forêt gauloise. Il en restera quelques légendes locales dans la mémoire des populations, qui se transmettent, avec plus ou moins de fidélité, les récits de leurs pères sur l'existence fabuleuse de trésors cachés dans de prétendus souterrains qui sillonnent la forêt. Semblables légendes existent dans tous les coins de notre Rrie; on en ferait un gros livre, si — comme le proposait naguère notre honoré confrère, M. Morel — un chercheur doublé d'un érudit prenait soin de les recueillir.

Singulière coïncidence, c'est de la recherche d'un de ces fabuleux trésors dont M. Lhuillier entretient la Société dans sa notice intitulée : La recherche du trésor, à Ihomery. — La croyance aux trésors dissimulés dans le sein de la terre n'est pas nouvelle, dit-il ; elle fut en faveur au moyen âge, elle n'est pas éteinte de nos jours. De tout temps, des intrigants, voire même des escrocs et des filous, abusèrent de la crédulité des simples et des naïfs, piqués par la tarentule de la richesse, pour les duper et leur extorquer d.es écus qui n'étaient point fabuleux. Les anciens sorciers de la Brie, de vieux bergers, qui avaient la réputation de devins, étaient passés maîtres .dans cet art d'exploiter les niais. L'auteur cite les fouilles fameuses des Rochottes, de Montaiguillon, de Preuilly, de Lizines, faites en vue de découvrir des trésors et qui tournèrent à la confusion de leurs auteurs. 11 rappelle les légendes ayant trait aux trésors cachés dans d'immenses souterrains, qui s'ouvrent seulement devant le chercheur pendant le temps de la lecture de l'évangile de la Passion le dimanche de Pâques Fleuries.

A Thomery, le 25 juin 1718, les parterres du château de la


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Rivière étaient creusés, fouillés, bouleversés, pour trouver trois tonnes remplies d'argent monnayé, qu'un ancien propriétaire du lieu, Jean de Béringhen, y avait fait enfouir à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes. La tradition en avait été rapportée par un vigneron de la maison, qui l'avait transmise à son fils in articulo mortis. Les héritiers de Jean de Béringhen se mirent en campagne; le notaire du lieu fut mandé pour assister aux fouilles et en constater le résultat, afin de sauvegarder tous les droits ; on creusa à l'endroit indiqué, on y multiplia les tranchées dans tous les sens, et... l'on ne trouva rien. Le souvenir de cette piquante aventure n'est pas éteint à Thomery, mais le temps en a altéré l'exactitude et l'on doit savoir gré à M. Lhuillier de son intéressante notice qui la remet au point.

Sous le titre : Le droit d'usage à Boissise-la-Bertrand au XIIe siècle, M. Leroy commente deux chartes du roi Louis VII relatives à la propriété des Uselîes de cette commune, dépendant autrefois du bois de Beaulieu, donné par ce monarque aux religieux de Saint-Port, avant leur translation à Barbeau.

La charte de donation aux moines n'avait pas mentionné le droit d'usage qui appartenait aux hommes de Boissise, de Saint-Port, de Beaulieu et du Larré, et qu'ils revendiquèrent avec une ardeur qui peut étonner, en un temps où la royauté, l'Eglise et la noblesse étaient lout, et le Tiers-Etat rien. Les moines tentèrent de résister, la lutte devint plus vive, on en appela au roi, qui séjournait alors dans son château de Melun, et les habitants obtinrent gain de cause. Le monarque leur confirma le droit d'usage dans les bois de Beaulieu, dont ils jouissaient de toute antiquité. Cette charte constitue le litre de propriété des Uselles dont la commune de Boissise jouit encore.

La paix ne fut pas parfaite, paraît-il ; car, en 1179, on dut recourir, de nouveau, à l'autorité royale pour fixer les limites des usages respectifs des parlies, parmi lesquelles figurent les Templiers, auxquels Louis VII, reconnaissant des services qu'ils lui avaient rendus en Terre-Sainte, venait de donner l'important domaine de Savigny, désormais appelé Savigny-leTemple. Saint-Port, qui avait eu sa part des usages de Beaulieu, s'en est défait à beaux deniers comptants il y a peu d'années; Boissise, animée d'un esprit plus conservateur, possède encore ses Uselles.

M. Lhuillier présente un projet de construction de maison


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commune ou hôtel de ville à Melun, par l'architecte Normand, sous la première République. Normand fit aussi un projet de décoration pour la place Saint-Jean, au milieu de laquelle devait s'élever la Colonne départementale, dont la première pierre fut posée par Alexandre de La Rochefoucauld, premier préfet de Seine-et-Marne en l'an V1I1, messidor.

Le même membre offre à tous ses collègues présents, qui acceptent avec reconnaissance, deux mémoires historiques qu'il vient de publier :

L'ancien château de Nangis et les restes de sa galerie de portraits.

Notes pour servir à la biographie des deux Colcllc, peintres du roy.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures.

SEANCE DU 15 AVRIL 1894

La Société d'archéologie s'est réunie le 15 avril dernier, à l'hôtel de ville.

Etaient présents : MM. G. Leroy, président, Th. Lhuilier, viceprésident, Fischer, secrétaire, Houdarl, trésorier, Bazin, archiviste, Auberge, Bourges, Boue, Brandin, Casron, Hugues, Lioret, Marc, Michelin, Rabourdin, Sabot, Sénéchal.

Absents excusés : MM. Drosne, Lelièvre, Morel, Quesvers, de Svvarle.

La lecture du procès-verbal de la précédente séance ne donne lieu à aucune observation.

A signaler dans la correspondance une lettre de M. le Secrétaire de la Société d'histoire et d'archéologie de Provins, annonçant une séance générale dans cette ville le lundi de la Pentecôte, el invitant la Société d'archéologie de Seine-el-Marne, dont le siège est à Melun, à s'y faire représenter. La Section prend acte de celte invitation, dont elle remercie ses confrères de Provins, et fera le nécessaire pour être représentée suivant le désir qu'ils en manifestent.

M. Rabourdin donne lecture d'un travail biographique intitulé : Le comte Philippe de Ségur, ambassadeur de France à Saint-


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Pétersbourg sous Catherine IL D'une famille qui avait donné à la France des personnages illustres dans l'armée, dans la direction des affaires de l'Etat et la diplomatie, Philippe de Ségur, doué des qualités du coeur et de l'esprit, beau caractère, parfait gentilhomme, se joignit à Lafayette pour aller prêter le secours de son épée aux Etats-Unis, dans la guerre de l'indépendance contre l'Angleterre. Instruit, aimant l'histoire et les arts, il écrivit, dans l'intervalle des combats, quelques ouvrages qui furent appréciés.

De retour en France, M. de Vergennes, ministre de Louis XVI, qui avait remarqué en lui les qualités qui font le bon diplomate, l'envoya, quoique bien jeune encore, auprès de Catherine II, impératrice de Russie, comme ambassadeur de la cour de France. La mission était délicate, difficile à remplir.

Ambitieuse pour la grandeur de son pays, poursuivant les projets de Pierre-le-Grand, obligée de lutter contre une puissante aristocratie, à demi barbare et rebelle à toute idée de soumission, Catherine, fière et arrogante elle-même, despote, rude, malgré son désir de s'assimiler les délicatesses de Versailles qu'elle enviait pour sa cour, Catherine, bizarre et fantasque, était une souveraine difficile à satisfaire. D'une volonté de fer, il eût été dangereux de la blesser. Le jeune ambassadeur de France sut éviter tant d'écueils. Comme diplomate, il gagna l'estime dé la toute-puissante impératrice. Spirituel et beau, il sut garder auprès de la femme, la réserve qui convenait,à son rang et à ses fonctions, alors que d'autres, profilant de l'amour qu'ils lui avaient inspiré, se fussent laissés aller aux jouissances d'une facile conquête. Dans cette situation délicate, Philippe de Ségur, qui avait à lutter contre les désirs passionnés de Catherine II, n'oublia jamais le respect qu'il devait à son pays et à lui-même.

Revenu en France, il se tint éloigné des affaires pendant la période révolutionnaire, utilisa ses loisirs forcés à la culture des lettres. 11 fit paraître plusieurs ouvrages qui furent remarqués.

Recherchant l'appui de l'ancienne noblesse, Napoléon, qui se connaissait en hommes, se l'attacha. La Restauration en fit un pair de France. Les affaires de son pays, la rédaction d'écrits relatifs à l'histoire de son temps, d'intéressants mémoires, remplirent alors l'existence de l'ancien diplomate, qui, devenu aveugle, trouva, dans l'affection d'une compagne incomparable, le bonheur des derniers instants de sa vie, comme il se plaît à


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le proclamer dans la préface de ses Mémoires. 11 mourut en 1830, laissant, à défaut d'autre richesse, un précieux héritage d'honneur et de vertu à son fils, le général Philippe de Ségur, l'auteur de la Campagne de 1812, membre de l'Académie française, dont la famille habite Seine-et-Marne.

M. Lioret, continue la lecture de sa notice sur Jeanne de Bueil, comtesse de Moret. La conquête de Jeanne fut facile, Henri IV n'eut qu'à manifester un désir pour être exaucé. La nouvelle favorite fut (êtée, chantée, jalousée aussi. Etait-elle jolie? Les avis sont partagés ; les hommes disaient oui ; les femmes, dont il faut réserver le jugement en pareil cas, disaient le contraire. C'était une- belle blonde, fine, spirituelle, d'une conversation agréable. Ses jaloux l'appelaient « la Nymphe au petit museau ». On lui décocha des traits acérés, on se passa des pièces de vers qui emportaient le morceau; l'inventaire de la Nymphe au petit museau est une des plus cruelles.

En 1C04, Henri IV exigea qu'elle se mariât, on lui choisit un mari in parlibus, le sieur Champvallon, qui s'attira le mépris général et le méritait bien.

Jacqueline, comblée de présents par son royal amant, devint comtesse de Moret, succédant à Sully, à Zamet, qui lui vendit le domaine au prix de 85.104 livres.

Moret la vit souvent dans son vieux château, surtout pendant les séjours du roi à Fontainebleau. Jacqueline était un accessoire obligé des déplacements du monarque. Elle s'occupait de la gestion de sa terre, passait des baux, vendait, achetait, payant avec les libéralités de son amant, trop libéral au gré de Sully, qui maugréait quand il lui fallait tirer de la cassette royale, pour celle cause, des sommes qui eussent été placées mieux autrement.

Mais Henri IV était volage ; suivant l'impulsion de son coeur, de ses caprices, il allait de la brune à la blonde. La brune, c'était la marquise de Verneuil, une femme habile, celle-là, rouée, passionnée, qui avait pris un tel ascendant sur Henri qu'il ne put jamais l'éloigner de son coeur. C'était une rivale redoutable pour Jacqueline, qui n'y mettait pas tant de malice. L'heure des désenchantements vint pour la comtesse de Moret.

A partir de 1606, le roi lui fut moins fidèle. Le souvenir de la marquise de Verneuil hanta ses esprits; il fit aussi la connaissance de M 110 Des Essarts dont la beauté l'avait frappé. Jacqueline allait connaître les peines de coeur.


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M. Lioret continuera la lecture de son intéressante notice dans une séance ultérieure.

L'heure avancée ne permet pas d'entendre la suite du travail de M. Morel sur les Seigneurs et la seigneurie de Vernouillet.

M. Lhuillier communique une suite de dessins sur la ville et les antiquités de Provins, dessins qui sont d'autant plus intéressants que la plupart des monuments qu'ils représentent ont disparu.

11 présente aussi un silex taillé, remarquable par sa grande dimension; il est rare d'en trouver de ce volume.

M. Thoulouze, archéologue, demeurant à Saint-Mammès, présenté par MM. Marc et Lhuillier, est admis en qualité de membre titulaire.

Le Bulletin de la Société, tome 10e, est distribué aux membres présents.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures.

SÉANCE DU 17 JUIN 1894

La Société d'archéologie s'est réunie dimanche dernier, 17 juin.

Etaient présents : MM. G. Leroy, président, Th. Lhuillier, viceprésident, Fischer, secrétaire, Bazin, archiviste, Boue, Bourges, Casron, Garnuchot, Lioret, Masbrenier, Michelin, Morel, Sabot, Sénéchal.

S'étaient fait excuser : MM. Bureaud-Riofrey, Drosne, Houdart, Hugues, Quesvers, Rabourdin, de Swarte.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.

Dépouillement de la correspondance :

Demande d'adhésion à l'Alliance française, association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l'étranger. En vue de témoigner sa sympathie pour cette oeuvre utile, la Société décide de s'inscrire comme adhérente, pour une souscription annuelle de six francs;

Circulaire de la Société archéologique de Sens au sujet des fêtes du cinquantenaire de sa fondation, qu'elle doit célébrer incessament;


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Autre circulaire relative à la fondation d'un Comité du Répertoire des fouilles, découvertes et antiquités nationales, publiant le résultat des communications dans l'Ami des Monuments et des Arts;

Hommage par M. Ed. Piette, d'une notice intitulée l'Epoque éburnéenne et les races humaines de la période glyptique. Remerciements et dépôt aux archives;

Hommage à la Société, par M. Charles Rabourdin, membre titulaire: Le Journalisme contemporain devant l'Académie française. — Brochure in-8° de 20 pages. Melun, imp. Drosne. — Remerciements et dépôt aux archives;

Hommages aux membres présents par M. G. Leroy, d'une notice intitulée : Une Journée à Sens. — In-12 de 27 pages. — Melun, imp. Drosne, 1894.

M. le Président prononce une allocution pour rappeler les travaux de la Société depuis la reprise de ses réunions régulières, il y a trois ans. Il espère que l'activité dont elle a fait preuve ne se ralentira pas et que le recrutement de ses membres assurera la continuation de l'oeuvre. Il redit comment la Société fut fondée il y a trente ans, ses heureux débuts, le nombre important de ses membres, les vides que la mort y a causés. Il termine en disant qu'il y a lieu de procéder au renouvellement annuel du bureau, et décline, pour son compte personnel, l'honneur d'une réélection à la présidence. Il prie ses confrères d'appeler à celle fonction levice-présidentaclucl,M.Th.Lhuilier.

M. le Président annonce le décès récent de M. Adrien Delacourtie, membre titulaire, et rend en ces termes un juste hommage à sa mémoire:

« Nous avons appris tardivement le décès de M. Adrien Delacourtie, un de nos bons confrères qui nous appartenait depuis les premiers temps de l'existence de la Société. Il s'est éteint doucement, presque nonagénaire, dans son domaine de La Planche, commune de Perthes. Avant qu'une extrême vieillesse n'eût affaibli son activité, M. Delacourtie assistait fréquemment à nos réunions.

Ancien avoué à Paris, il était d'une vieille famille bourgeoise de Melun, y demeurant depuis plusieurs siècles, durant lesquels ses membres exercèrent avant 1789 les fonctions de procureur, de notaire, de cerlificaleur aux criées des saisies du bailliage.

Le père de notre regretté confrère fut maire de Melun sous le gouvernement de Juillet, Son aïeul, qui s'honorait d'avoir été


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l'un des otages de Louis XVI au 10 août 1792, prit l'initiative, après la fin de la persécution religieuse, de la célébration publique du culte catholique, en 1795, dans sa demeure de la rue de la Juiverie. La famille Delacourlie était le type de l'ancienne bourgeoisie de Melun, dont la race a disparu de nos murs depuis que les chemins de fer et l'attraction de Paris changent, déplacent et transforment la population locale, à l'instar d'une marée montante et descendante qui apporte et remporte les sables d'un rivage.

Vous vous joindrez à moi, Messieurs, dans l'expression des regrets excités par la mort de notre honoré confrère, M. Adrien Delacourlie. »

M. Lioret continue la lecture de-sa notice intitulée Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret. Cette partie de son travail mentionne les prodigalités de Henri IV en faveur de sa maîtresse; l'ingratitude de celle-ci, qui excita les soupçons et la jalousie du monarque par ses intrigues avec le prince de Joinville ; la frivolité du roi, allant de la comtesse à la marquise de Verneuil età Mademoiselle DesEssarls; la naissance de Anloine de Moret, comte de Bourbon, légitimé de France; la rupture du ridicule mariage de la comtesse avec Champvallon, mari pour rire, sans honneur et sans scrupules; les pamphlets sanglants dont la comtesse et son triste mari furent flagellés ; l'exécution de Mademoiselle Des Essarts, c'est-à-dire son éloignement de la Cour, son confinement en religion, puis ses deux mariages ; enfin d'autres détails des plus intéressants sur des moeurs qui n'étaient précisément pas des modèles de vertu.

M. René Morel lit la fin de sa monographie sur les Seigneurs et ta seigneurie de Vernouillet en Brie. Il expose comment ce domaine, possédé jadis par de grandes familles de France, par les Lhospilal entre autres, passa aux mains de familles bourgeoises moins connues ; les transformations du château, la disparition des oeuvres d'art et des constructions élégantes dont les Longuet s'étaient plu à l'embellir ; l'état du domaine au temps de la Révolution, et ses phases jusqu'à nos jours.

M. Leroy présente deux vases funéraires en terre provenant de fouilles exécutées rue Malgouverne, en face sa demeure, près la rue Saint Barthélémy. Il lit à ce sujet une note sur le cimetière de la paroisse Saint-Aspais, ouvert à cet endroit au xve siècle, abandonné 150 ans plus tard, à l'époque des troubles de

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la Ligue. La défense de Melun nécessita d'y construire un bastion pour la protection de la porte de la Geôle ou de Paris, pendant le siège soutenu par Tristan de Rostaing contre les Ligueurs en mai 1588. Les vases en question accompagnaient des sépultures de cet ancien cimetière.

M. Lhuillier communique plusieurs chartes du xme siècle concernant les seigneurs de Courceaux, paroisse de Montereausur-le-Jard, et lit une note ayant trait à des découvertes d'antiquités à Saint-Mammès, de monnaies du moyen âge à EchouBoulains et autres localités.-

La Section prononce, à l'unanimité, l'admission comme membres titulaires de :

M. Wever, professeur de rhétorique au collège de Melun. Présentateurs, MM. de Swarte et Leroy.

M. Vavasseur, professeur honoraire de l'Université. Présentateurs, MM. Drosne et Leroy.

M. Padrona, conducteur des ponts et chaussées. Présentateurs, MM. René Morel et Leroy.

. M. Racinet, employé des archives de Seine-et-Marne. Présentateurs, MM. Hugues et Bazin.

Le scrutin ouvert pour le renouvellement annuel des membres du bureau maintient en fonctions les titulaires actuels : MM. Leroy, président; Lhuillier, vice-président; Fischer secrétaire; Houdart, trésorier; Bazin, archiviste.

M. Leroy, au nom du bureau, remercie les membres présents de l'honneur de celte réélection; mais en ce qui le concerne, comme il l'a annoncé, il déclare décliner les fonctions de président qui viennent de lui être conférées. Il en a exposé les motifs dans son allocution à l'ouverture de la séance, et prie ses confrères, qu'il remercie cordialement, de substituer à sa place M. Lhuillier, que la majorité des suffrages comme vice-président désigne naturellement pour la présidence.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre heures.


— 19 — SÉANCE DU 14 OCTOBRE 1894

La Société d'archéologie de Seine-et-Marne s'est réunie dimanche dernier, 14 octobre, à l'hôtel de ville, sous la présidence de M. Th. Lhuillier.

Présents : MM. Bazin, Boue, Casron, Chantecler, Drosne, Fischer, Lerov, Marc, Michelin, Morel, Padrona, Rabourdin, Racinet, Sabot, Sénéchal et Vavasseur.

Excusés : MM. Houdart, Hugues, Lioret, de Swarle, Toulouze et Wever.

Dès l'ouverture de la séance, il a été procédé à la nomination du président, en remplacement de M, G. Leroy, non acceptant lors du dernier renouvellement du bureau. M. Lhuillier, viceprésident, est élu à la présidence. Il remercie ces confrères de cette marque unanime de confiance, tout enregretlant la détermination prise par son érudit prédécesseur; il se fait Tinter prête de la Société en rendant hommage à la mémoire de deux de ses membres, récemment décédés et que chacun tenait en haute estime : M. Ernest Bourges et M. le docteur Tabouret, de Fontainebleau.

A cette occasion, M. Ch. Rabourdin exprime l'espoir que M. Maurice Bourges fils viendra occuper la place que tenait si dignement son regretté père dans les rangs d'une société qu'il aimait et à laquelle il appartenait depuis trente ans.

Sur l'avis des membres présents, le scrutin est immédiatement ouvert pour compléter le bureau, par la nomination du vice-président. M. Paul Quesvers est élu.

Plusieurs ouvrages provenant de Sociétés correspondantes sont déposés sur le bureau, ainsi que trois opuscules adressés, pour prendre place dans la bibliothèque de la Société d'archéologie, par MM. Quesvers, Besoul et Dufour (de Corbeil); — Gastins en Gatinais, Chants villageois, Bataille de Morsang-Saintry.

M. Rabourdin offre aux membres présents une brochure qu'il vient de publier sur le général Philippe de Ségur, aide de camp de Napoléon Ier, qui fut membre de l'Académie française et a résidé au château de la Rivière, commune de Thomery,


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M. G. Leroy donne ensuite lecture de la première partie d'une Notice sur Vaux-le-Pénil. Après avoir établi l'origine ancienne de ce village, au territoire duquel on a découvert, il y a une vingtaine d'années, une sépulture gauloise que l'auteur a décrite à cette époque, il indique les transformations successives du château, rappelle le souvenir des seigneurs autochtones, qui ont fourni un archevêque au diocèse de Sens, et plus tard firent place aux Rostaing, — parmi lesquels le vaillant Tristan de Rostaing, défenseur de Melun au temps de la Ligue. La lecture de celte intéressante élude sera continuée dans une autre séance.

M. Leroy fait passer sous les yeux des sociétaires, une série de dessins, gravures, portraits, ayant trait à l'histoire du village qu'il a étudié, ainsi qu'un sceau original du xive siècle ayant appartenu à Guillaume de Pénil.

M. Lhuillier, dans une notice intitulée : Un Marne de Trilbardou sous Louis XIII, fait connaître ce qu'était cette vidamie, — litre féodal peu commun, puisqu'il n'en existait plus que cinq ou six en France à la chute de l'ancien régime. Quant au vidame dont il est ici question, c'est François d'Averton, comte de Belin, seigneur de Trilbardou, Charmentray et Bois-Garnier, baron de Milly en Gatinais et possesseur de tout le Belinois, dans le Maine. Le comte de Belin, gentilhomme fastueux, était une sorte de Mécène manceau. protégeant à Paris, Mondory et le théâtre du Marais, et entretenant chez lui des poètes, parmi lesquels Rolrou et Mairet, qui lui ont dédié plusieurs de leurs oeuvres dramatiques. Ce vidame de Trilbardou, mort au Mans en 1637, a été inhumé dans l'église de Milly.

M. René Morel lit une piquante étude sur La Noblesse et le Clergé pendant la Révolution dans un coin de la Brie. Ce coin de la Brie, c'est surtout la région qui avoisine Mormant ; l'auteur fait ressortir comment bon nombre de seigneurs de villages et de prêtres adoptèrent ou firent mine d'adopter les idées nouvelles et purent de la sorte traverser sans encombre les temps troublés de la période révolutionnaire. Quelques-uns même ne furent .pas les moins exaltés parmi ceux qui prirent part aux affaires publiques; de même, quelques ci-devant seigneurs profitèrent des événements pour acquérir à bon compte des biens nationaux et accroître leur ancien domaine.

Un second mémoire de M. Morel est consacré à l'historique du village de Verneuil ; l'auteur établit la succession des anciens


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-possesseurs de la seigneurie et du château, et il se propose de compléter ultérieurement son travail.

Il est ensuite donné lecture d'une étude d'onomastique sur Athis, hameau de Villiers-sur-Seine, canton de Bray. adressée par l'abbé M. A. Garnier, de Lusigny (Aube). C'est un travail documenté, qui a exigé de sérieuses recherches et malgré l'aridité du sujet, offre un réel intérêt ; après avoir exposé et discuté successivement les variantes du nom d'Athis, ses formes anciennes, le nom gentilice du possesseur primitif, l'auteur arrive à celte conclusion qu'un gallo-romain appelé Alteius ou Ateius a possédé les cases ou maisons dites Attelas ou Ateias ; que le vocable de sa propriété nous est conservé par ce nom d'Athis; enfin que ce petit domaine gallo-romain a dû être constitué vers la fin du me ou le commencement du ive siècle.

En raison de l'absence de MM. Lioret et Thoulouze, les mémoires dont l'un et l'autre devaient donner communication sont inscrits à l'ordre du jour de la prochaine séance.

M. Rabourdin annonce qu'il a recueilli des renseignements assez étendus et puisés à des sources sûres, au sujet du général baron Jacquinot, né à Melun, en 1772; il se propose de présenter aussi à la prochaine réunion une biographie de ce vaillant officier, dont les états de services sont des plus brillants.

M.. Leroy fait remarquer que dans la plupart des villes on s'applique à fixer le souvenir des célébrités locales; il regrette qu'à Melun rien ne rappelle le nom du général Jacquinot, non plus que du général Simon et de maints autres personnages d'origine melunaise qui se sont illustrés dans des carrières diverses.

M. Chantecler dépose sur le bureau deux silex taillés — une jolie pointe de lance et une pointe de flèche, recueillies par lui à fleur de terre dans la commune de Limoges-Fourches. Ces objets, qui ont pu être apportés là par des peuplades nomades, paraissent être d'une époque de transition entre la pierre taillée et la pierre polie. Plusieurs pièces de même nature, ainsi que des haches en bronze, ont été trouvées dans la même région; elles feront l'objet d'une autre communication.

Il est procédé au vote sur l'admission de nouveaux sociétaires, dont les présentateurs sont MM. René Morel, Leroy, Wever, Bazin, Marc et Thoulouze. Sont admis comme membres titulaires: MM. François, directeur de l'Ecole normale ; Lesobre, professeur au collège; Colin, instituteur à Combs-la-Ville ; Flon,


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conducteur des ponts et chaussées; Parvenchère, de Moret; Raoul Muzard, de Saint-Mammès.

Est nommé membre correspondant M. Charles Mague, architecte à Paris, présenté par MM. Marc et Thoulouze.

SEANCE DU 9 DECEMBRE 1894

Dimanche dernier, la Société d'archéologie a tenu séance à l'hôtel de ville de Melun, sous la présidence de M. Th. Lhuillier.

Etaient présents: MM. Bazin, Boue, Collin, Fischer, François, Houdart, Hugues, Leroy, Lesobre, Marc, René Morel, Rabourdin, Racinet, Sabot, Vavasseur.

Absents excusés : MM. de Swarte, Lioret, Thoulouze, Lelièvre, et Drosne.

Après dépouillement de la correspondance et dépôt des publications adressées par diverses sociétés, il est fait hommage par M. Le Blondel, de l'Almanach historique de Seine-et-Marne pour 1895, dont il est l'éditeur et qui en est à sa 35e année d'existence.

Le président exprime les regrets de la Société à propos de la perle qu'elle a faite de M. Camille Bernardin, l'un des membres fondateurs. Puis la parole est donnée à M. G.-Leroy, qui lit un chapitre de sa Notice historique sur Vaux-le-Pénil, étude érudite commencée dans une précédente séance. Ce chapitre consacré aux Rostaing et à leurs successeurs dans la seigneurie de Vaux, les Beaumanoir de Lavardin, se termine à l'année 1728, date de la vente consentie par la marquise de Lavardin au conseiller Fréteau ; l'auteur aborde d'intéressants détails el rappelle en passant le souvenir d'Henry Chesneau, poète, dessinateur et graveur, entretenu à gages par les Rostaing, qui chanta leurs louanges en prose et en vers, grava leurs portraits au burin et produisit aussi des médailles en leur honneur.

M. Leroy communique le fac-similé d'une de ces médailles à l'effigie de Charles, marquis de Rostaing.

M. Charles Rabourdin donne lecture de la première partie d'une étude biographique sur le général Jacquinot (ClaudeCharles), né à Melun, paroisse Saint-Aspais, le 3 août 1772, qui


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débuta à 19 ans dans la carrière des armes, pour prendre une part glorieuse aux guerres de la République et du premier Empire. La mémoire de ce brillant officier de chasseurs mérite en effet d'être rappelée et mieux connue, surtout au lieu de sa naissance. M. Rabourdin achèvera dans la prochaine séance la consciencieuse biographie qu'il a entreprise de ce général, fait tour à tour baron de l'Empire, inspecteur de cavalerie, grand-officier de la Légion d'honneur, pair de France, mort à Metz en 1848.

A cette occasion, M. Lhuillier fait passer sous les yeux de ses confrères une série de lettres autographes de Jacquinot, qui peuvent servir à préciser certains détails de sa vaillante carrière.

M. Vavasseur a dit ensuite Un Conte de Noël, gracieuse poésie, qui a été accueillie avec grand plaisir par les auditeurs.

M. Marc donne lecture au nom de M. Thoulouze, empêché d'assister à la séance, d'un compte rendu très précis de la découverte faite il y a quelques mois dans la commune de SaintMammès d'une sépulture de l'époque néolithique. M. Thoulouze conduit ses fouilles et en décrit les résultats en archéologue expérimenté; il a recueilli les objets ainsi mis à jour, — ossements, petite urne funéraire, silex taillés, — auxquels il a pu réunir depuis une hache trouvée antérieurement au même endroit et que lui a offerte M. Lioret.

Enfin, il est donné communication d'une notice dans laquelle M. R. de Crèvecoeur signale l'existence au xvi° siècle d'un personnage possédant des biens à Féricy et qui prenait le titre assez étrange de Sauvage du roi : C'est Pedro Gonsallôs, — nommé ailleurs don Pèdre et Pierre de Perogonsallès, sauvage du roi, docteur es droit, dans l'acte de baptême d'un de ses fils, à Paris, sur la paroisse Saint-Nicolas du Chardonnet, en 1576. — Il était marié à Catherine Raffin, fille d'un valet dé chambre de Henri III, et avait choisi pour parrain un huissier de la Chambre ; lui-même appartenait effectivement à la maison du roi ; on le trouve qualifié <( sauvage pensionné du roy, demeurant à Féricy-en-Brie, » dans un contrat dressé par le notaire parisien Cothereau, le 28 juin 1584, où sont également nommés Nicolas et Claude Bouvot, bourgeois de Paris. Les Bouvot ont possédé longtemps des biens dans le même village et l'on peut voir encore dans l'église la tombe de l'un d'eux, mort le 22 août 1635, seigneurs des fiefs de Chamrond et de la Gennerie.


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Mais d'où venait ce Gonsallès et que signifie le titre de sauvage du roi? M. de Crèvecoeur espère que le hasard des recherches jettera un jour ou l'autre quelque lumière sur le personnage énigmalique qu'il signale à l'attention.

M. Sabot expose plusieurs paysages exécutés par lui à l'aquarelle, les uns sur les côtes de Normandie, les autres aux envi rons de Melun. Parmi ceux-ci, se trouve une vue de l'église et du clocher de Moisenay, accompagnée de dessins qui reproduisent des détails de cet édifice, dont l'intéressant clocher de style roman exigerait à bref délai des travaux importants, si l'on veut assurer sa conservation; le conseil municipal a voté un premier crédit, et un projet de restauration dressé par un architecte très compétent, M. Bérard, est soumis depuis longtemps à la commission des monuments historiques, dont on attend toujours la décision.

Avant de clore la séance, il a été procédé au vote sur l'admission de deux nonveaux membres titulaires; ont été admis à l'unanimité M. Maurice Bourges, imprimeur à Fontainebleau, présenté par MM. Rabourdin et Lhuillier, et M. Beautier, directeur des Domaines, présenté par MM. Boue at Lhuillier.

SEANCE DU 17 FEVRIER 1895

Dimanche dernier, la Société d'archéologie a tenu à Melun sa séance ordinaire, sous la présidence de M. Lhuillier. Etaient présents: MM. Bazin, Boue, Drosne, Fischer, Flon, Houdart, Hugues, Lesobre, Michelin, René Morel, Racinet, Sabot, L. Vavasseur et Wever.

Absents excusés : MM. Auberge, Collin, G. Leroy, Lioret, Rabourdin et de Swarte.

Après adoption du procès-verbal de la précédente réunion, dépouillement de la correspondance et dépôt de plusieurs volumes destinés à la bibliothèque de la Société, il est fait hommage à chacun des membres présents, au nom de M. Charles Rabourdin d'un rapport imprimé sur un travail dont il est l'auteur ; il s'agit d'un recueil biographique consacré à des per-


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sonnages marquants, se rattachant à Seine-et-Marne, soit par la naissance, soit par leur séjour dans le pays. Cette tâche entreprise il y a 10 ans sur les indications du regretté secrétaire général de la Société d'encouragement au bien, M. Honoré Arnoul, a fourni à M. Rabourdin la matière de 10 volumes manuscrits.

M. L. Vavasseur dit une poésie intitulée : 1870. C'est naturellement une évocation de la guerre franco-allemande et des événements de l'année terrible, souvenir plein de verve où l'élégance de la forme s'allie à merveille à la vigueur de la pensée patriotique.

Conformément à l'ordre du jour, M. René Morel communique une monographie du village d'Yèbles, — dont Guignes fut distrait au XVIII 0 siècle pour être érigé en paroisse distincte. L'auteur fournit la liste des anciens possesseurs de cette seigneurie depuis le xme siècle jusqu'aux descendants de Samuel Bernard, qui étaient là à la Révolution; il fait l'historique des fiefs assez nombreux qui se partageaient une partie du territoire, décrit l'église — édifice des xiu° et xivc siècles, et rappelle quelques familles notables qui ont résidé à Yèbles, comme les Guérin de Sercilly au siècle dernier, — comme de nos jours Romain Desprez, — fervent amateur de roses, dont le fils Charles Desprez cultiva — en amateur aussi et non sans succès — la peinture et les lettres.

M. Lhuillier fait passer sous les yeux de ses confrères les portraits de plusieurs des seigneurs d'Yèbles et Coubert, dont a parlé M. Morel : les Lhospital-Vitry et les Schomberg. Il communique ensuite un mémoire intitulé : Remarque sur la prononciation des noms de lieux dans la Brie. De même que certaines locutions briardes, cette prononciation donne lieu /à d'assez curieuses observations; ainsi que l'exprime l'auteur en terminant, le langage rustique, la façon de prononcer nombre de mots dans nos villages sont moins éloignés qu'on ne pense de notre langue nationale du xve et du xvi 8 siècles.

Les lectures que devaient faire MM. Leroy, Rabourdin et Lioret sont ajournées à la prochaine réunion.


- 26 - SÉANCE DU 27 OCTOBRE 1895

La Société d'archéologie, sciences, lettres et arts s'est réunie en séance ordinaire dimanche dernier, à deux heures, à l'hôtel de ville de Melun, sous la présidence de M. Th. Lhuillier.

Etaient présents : MM. Bazin, Boue, Casron, Drosne, Fischer, Flon, Houdart, G. Leroy, Lesobre, Michelin, Morel, Rabourdin, Thoulouze, Vavasseur.

Absents excusés : MM. de Swarte, Collin, Balandreau, Sénéchal, Sabot, Racinet et Le Blondel.

Le président ayant déposé sur le bureau plusieurs volumes envoyés par des Sociétés correspondantes et par M. le Ministre de l'instruction publique, a annoncé l'hommage fait par M. le Préfet d'un exemplaire du livre de M. Hugues sur le département de Seine-et-Marne, de 1800 à 1893, et par M. Le Blondel, imprimeur-éditeur à Meaux, d'un volume de feu M. Rethoré, intitulé : Le territoire de Jouarre. — Remerciements aux donateurs et dépôt de ces ouvrages à la bibliothèque de la Société.

M. Rabourdin donne lecture de la deuxième partie de l'élude biographique qu'il a consacrée au général baron Jacquinot, né à Melun, — l'un des héros des guerres du premier Empire. Plusieurs épisodes de la brillante carrière de Jacquinot, qui conquit tous ses grades sur les champs de bataille, sont mis en relief d'après des sources originales, ou des mémoires militaires du temps, et retracés dans un style soutenu, empreint de l'accent patriotique inspiré par le sujet.

Le général quitta l'armée, entouré du respect et de l'estime de tous : il fut fait pair de France et finit ses jours à Metz en 1848. Melun, sa ville natale, s'honorerait en attachant le souvenir du nom de Jacquinot à l'une de ses rues nouvelles.

On entend ensuite, avec l'intérêt qu'offrent toujours les éludes d'histoire et d'érudition de M. G. Leroy, un chapitre de sa notice sur Vaux-le-Pénil. Cette partie du travail a trait à la possession du domaine seigneurial par la famille Fréteau, depuis 1728. L'auteur établit la succession des membres de cette famille, trace le tableau de la société qui fréquentait le château de Pény à la fin du xvme siècle, et rappelle les événements qui


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firent conseillerai! Parlement Michel-Philippe Fréteau de SaintJust, l'une des victimes de la Terreur. M. Leroy conduit son étude jusqu'à l'acquisition et à la transformation du château, en ces dernières années, par M. Michel Ephrussi.

L'ordre du jour appelle M. L. Vavasseur à donner lecture d'une poésie intitulée : Première audition d'un acte d'opéra. C'est une délicieuse pièce de vers qui a été couronnée à un concours poétique à Dunkerque, le mois dernier.

M. René Morel communique une intéressante étude sur le fâcheux surnom porté pendant des siècles par la ville de Guignes, et que la bienséance — sans doute — a transformé après 1795 en Rabutin, sans que la famille de Rabutin ait jamais rien eu de commun avec cette localité. Il résulte de documents authentiques que l'appellation de Guigne-la-Put... qui figure encore sur des cartes publiées au temps de Louis XV et à laquelle la compagnie d'arquebusiers empruntait son dicton, était en usage dès 1384, ainsi qu'en témoignent notamment les comptes de dépenses de la maison de Philippe-le-Hardi, alors duc de Bourgogne.

M. Lhuillier présente l'exposé des découvertes archéologiques qui ont eu lieu depuis le mois d'avril 1895 dans notre région ; à Melun même, rue de l'Ecluse, ce sont les restes d'un four à poterie de l'époque gallo-romaine mis à jour en creusant une sablière; à Ussy, c'est un lot considérable de monnaies en or du xme siècle (environs 300 pièces, vendues à Paris); à Rigny (Ormeaux), c'est un lot plus modeste de monnaies romaines en bronze, contenues dans un vase en terre cuite que la pioche a brisé, comme à Ussy; à Veneux-Nadon, une sépulture antique, isolée, a été étudiée avec soin et décrite par un membre de la Société, M. E. Thoulouze. Enfin, les tranchées et les fouilles nécessitées par les travaux du chemin de fer de Corbeil à Montereau ont permis d'étudier des couches géologiques intéressantes et de recueillir sur différents points des monnaies romaines, comme à Vernou, des outils de l'âge de pierre, comme à La Celle-sous-Moret, etc.

Lecture est donnée d'un mémoire sur les tufs de La Cellesous-Moret et sur la découverte, à la base de ces tufs reposant sur le diluvium gris, d'un groupe de 25 silex taillés du type Acheuléen, parfaitement conservés. Ce mémoire, dû à M. Reynier, ainsi qu'un dessin de la coupe des terrains, contient des données précises au double point de vue .géologique et'archéo-


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logique ; l'auteur a d'ailleurs accompagné MM. Adrien de Morlillel et Emile Collin sur le lieu de la découverte. C'est en leur nom collectif que les silex de La Celle ont figuré au Congrès de Bordeaux le 5 août dernier et qu'il a été rendu compte de la trouvaille dans la-Revue de l'Ecole d'anthropologie de Paris, du 15 septembre.

M. Eugène Thoulouze fournit des renseignements complémentaires tant sur la découverte de la Celle-sous-Moret que sur celle qu'il a étudiée à Veneux-Nadon, et qu'à rappelée M. Lhuillier. Il expose sur le bureau des spécimens de haches et d'instruments en silex de celte provenance ; c'est, dit-il, grâce à l'obligeance de M. Pierre, instituteur à La Celle, et en son nom, qu'il communique plusieurs pièces de l'époque néolithique recueillies sur le territoire de cette dernière commune.

M. René Morel fait passer sous les yeux de ses confrères une petite urne funéraire du xive siècle, en terre cuite jaunâtre, avec des stries rouges, provenant de Blandy, ainsi que des monnaies de diverses époques trouvées à Vitry-Guignes, entre autres une pièce romaine du bas-empire et un teslon d'argent de Charles IX.

M. Ch. Rabourdin offre à chacun des membres présents un exemplaire d'une notice sur l'ancienne abbaye royale de Barbeau, dont il est l'auteur.

Il est procédé ensuite au renouvellement annuel du bureau delà Société. Sont réélus: M. Lhuillier, président; M. Quesvers, vice-président; M. Fischer, secrétaire; M. Bazin, archiviste-bibliothécaire; M. Houdart, trésorier.

La séance est levée à quatre heures.

SEANCE DU 16 FEVRIER 1896

La Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seineet-Marne s'est réunie à l'hôtel de ville de Melun, le dimanche 16 février 1896, à deux heures, sous la présidenee de M. Th. Lhuillier.

Etaient présents : MM. Bazin, Beautier, Boue, Cardot, Collin,


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H. Fischer, Houdart, Lesobre, René Morel, Sénéchal, Eug. Thoulouze et Vavasseur.

Absents excusés : MM. Lioret, Rabourdin, Drosne, G. Leroy, Sabot et Hugues.

A l'ouverture de la séance, le président a exprimé les regrets de la Société à l'occasion de la perte récente de M. Henri Michelin, l'un de ses membres depuis 1864.

Après lecture de la correspondance et dépôt sur le bureau de plusieurs publications adressées par le ministère de l'instruction publique et par des Sociétés correspondantes, un mémoire imprimé a été distribué aux membres présents, au nom de son auteur, M. Rabourdin; ce mémoire est le compte rendu détaillé de la découverte d'une sépulture gallo-romaine mise à jour dans la commune d'Héricy, lors des fouilles exécutées pour la construction de la ligne ferrée de Corbeil à Montereau.

Ont été également offertes pour la bibliothèque de la Société, deux monographies qui viennent d'être publiées, l'une sur la commune de Guérard, par M. Bazin, l'autre sur Milry-Mory, par MM. Benoist et Th. Lhuillier.

M. René Morel a analysé, dans une notice succincte et bien présentée, un petit manuscrit, une sorte de livre de raison laissé par un maître d'école de la Rrie qui vivait à la fin du xvne siècle. Jean Charton,né en 1674, mort en 1741, a exercé tour à tour à La Fermeté et à Yôbles; il a pris soin de noter non seu-, lement des détails sur son mariage et la naissance de ses nom' breux enfants, mais aussi des renseignements économiques toujours curieux à recueillir, sur les récoltes, les faits atmosphériques, le prix des denrées dans la Brie, il y a 200 ans.

Deux poésies fort agréablement tournées ont charmé les auditeurs :

C'est le Papillon, gracieuse allégorie, par.M. René Morel, et Un Poète, par L. Vavasseur, où la perfection de la forme s'allie à merveille à d'excellents conseils.

La parole a été donnée à M. E. Thoulouze, pour une communi cation archéologique. Après avoir rappelé qu'en mai 1894, il a exploré, à Saint Mammès, une sépulture néolithique, dont il a recueilli le contenu, M. Thoulouze fait connaître que des dragages exécutés en Seine, à 300 mètres du lieu de cette découverte, et sur les bords d'une ancienne île qui a disparu aujourd'hui (au Préaux-Boeufs), ont mis à jour divers objets qui


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paraissent être les déchets de cuisine des premiers habitants de la région.

La drague, fonctionnant à trois mètres de profondeur datas le sable, a ramené à la surface de nombreux crânes, des fragments de crânes, en contact avec des ossements de grands mammifères, de lapins, de chiens, de jeunes veaux, de cerfs, des coquilles, etc.

D'après M. Thoulouze, cet amas considérable de débris culinaires indique un point où les habitants primitifs prenaient leurs repas, jetant autour d'eux les déchets qui se sont amoncelés jusqu'au jour où l'on est venu creuser le lit de la Seine. A côté de ces objets, il a été également recueilli une magnifique pointe de lance taillée et polie et un fragment de hache taillée, toutes deux d'un silex brun, très rare dans notre contrée.

L'auteur de celte intéressante communication a fait passer sous les yeux de ses confrères, outre des dessins à la plume habilement exécutés, les silex taillés dont il vient d'être question et plusieurs fragments de crânes; l'un d'eux, le plus important, est un crâne brachycéphale, donlle frontal mesure environ 142 millimètres de courbe antéropostérieure et 148 millimètres de diamètre tranversal ; il offre en avant une glabelle saillante et des arcades sourcillières très proéminentes à leur partie interne, mais s'allénuant en dehors au point de ne plus former de saillie au niveau des apophyses orbilaires externes. La voûte crânienne est très surbaissée.

M. Lhuillier donne ensuite lecture d'une élude biographique sur l'abbé Jean Teslu, qui fut prieur de Saint-Jean de Dammartinen-Goële jusqu'à sa mort en 1706 et membre de l'Académie française, — grâce à la protection du duc d'Orléans, frère de Louis XIV. ;

L'auteur fournit un ensemble de renseignements inédits pour la biographie de cet académicien peu connu et d'autant mieux oublié qu'il n'a laissé aucun ouvrage imprimé. M. Lhuilier prouve, en reproduisant pour la première fois l'acte d'inhumation de Teslu de Mauroy, comme l'appelaient ses contemporains, que ce personnage n'est pas mort à Paris, — ainsi que le disent tous les biographes, — mais bien à son prieuré de Dammartin, et qu'il a été enterré dans cette localité, où d'ailleurs il ne résidait pas habituellement.

La séance est levée à 4 heures.


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SÉANCE DU 7 JUIN 1896

La Société d'archéologie s'est réunie dimanche dernier, 7 juin 1896, à 2 heures, en séance ordinaire à l'hôtel de ville de Melun, sous la présidence de M. Th. Lhuillier.

Présents : MM. Bazin, Casron, Fischer, Hugues, Le Blondel, Lelièvre, Lesobre, René Morel, Ch. Rabourdin, Racinet, Sabot, Wever.

Absents excusés : MM. Boue, Drosne, Collin, Flon, Houdart, Leroy, Lioret, Padrona, Thoulouze, Vavasseur.

Après dépouillement de la correspondance, le président exprime les regrets de la Société pour la perte qu'elle a faite récemment de M. Robert de Crèvecoeur, un de ses membres, auteur de publications intéressantes et dont les communications étaient toujours bien accueillies.

Sont déposés sur le bureau, plusieurs volumes adressés par des Sociétés correspondantes, une étude très documentée sur Jeanne de Bueil, comtesse de Moret, dont il est fait hommage par l'auteur M. G. Lioret; et une notice nécrologique sur M. G. Cotteau, par M. Degrange-Touzin, de Toulouse;

La lecture des mémoires a commencé ensuite. Les sociétaires présents ont entendu avec plaisir la lre partie des recherches de M. René Morel, sur les dictons et les insignes des anciennes compagnies d'arquebusiers. L'auteur ayanl surtout en vue les chevaliers de l'arquebuse de la province de Brie, fournit de curieux détails sur le sujet qu'il a choisi et qu'il traite avec compétence.

Le même sociétaire a également donné communication d'une notice historique sur l'Etang, aujourd'hui hameau dépendant de Verneuil, mais qui au xvn° siècle fut érigé avec Vernouillet en paroisse distincte. Cette petite paroisse détachée de celle d'Aubepierre en 1667, a subsisté jusqu'à la Révolution; une loi du 20 juillet 1791 a réuni cette cure à Guignes. L'Etang et Vernouillet relevant au point de vue féodal de la Sainte-Chapelle du Vivier-en-Brie, ont eu pour seigneurs aux derniers siècles, les Lhospital, plusieurs membres de la famille Longuet, PhilippeJean de Lisle, Pierre Danjou, etc.


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L'ancien domaine de Vernouillet dont l'abbaye de Saint-Denis avait commencé le défrichement et la mise en culture au xii° siècle, eut plus tard un château, et le village fut entouré de murailles ruinées pendant les guerres du xve siècle. De nos jours, le vieux manoir a été remplacé par un édifice moderne.

M. Rabourdin lit une notice intitulée : Marie-Eléonore de R.ohan-M ontbazon, abbessede Malnoue, d'après sa correspondance. Cette religieuse, d'abord placée à la tète d'un monastère de Caen et plus tard abbesse des Bénédictines de la rue du ChercheMidi, à Paris, où elle finit ses jours en 1681, à 53 ans, était soeur de la belle duchesse de Chevreuse et fille d'Hercule de Rohan, baron de Coupvray par son premier mariage avec Madeleine de Lenoncourt. Femme lettrée, en relations avec les habitués de la Chambre bleue de la marquise de Rambouillet, elle a publié quelques ouvrages de piété, tels que la Morale de Salomon et la Paraphrase des Psaumes de la pénitence. De nos jours on a donné un recueil de poésies d'Anne de Rohan-Soubise, avec des lettres d'Eléonore de Rohan, à laquelle on a quelquefois aussi attribué certaines poésies.

En étudiant l'abbesse de Malnoue, M. Rabourdin examine la situation intérieure des couvents féminins au xvn° siècle, il fournit des appréciations sur la façon d'écrire de Madame de Rohan, qui avait la plume facile, ne manquant ni de délicatesse, ni d'agrément. Mais il hésite à attribuer à cette abbesse de bon renom, particulièrement estimée par Huet, évoque d'Avranches, et par Fléchier, des vers un peu galants que le bibliophile Jacob a cru pouvoir mettre à son actif.

L'étude entreprise par M. Rabourdin sera continuée et inscrite à l'ordre du jour de la prochaine séance.

M. Th. Lhuillier donne lecture d'une notice sur l'Institut d'Egypte et François-Michel de Rozière, minéralogiste. L'ingénieur de Rozière, né eh 1775, à Melun, où il revint finir ses jours en 1842, inspecteur général honoraire des mines, avait fait partie à 23 ans de la commission scientifique attachée à l'expédition d'Egypte; il fut membre de l'Institut créé au Caire par Bonaparte, et dont l'existence prit fin avec l'expédition elle-même. Le jeune savant a été l'un des collaborateurs pour la rédaction et la publication de la Description de l'Egypte, ce grand ouvrage imprimé aux frais de l'Etat, de 1809 à 1828, où sont réunis les matériaux précieux recueillis sur place par la


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vaillante phalange d'érudits et d'artistes qui suivait l'armée d'occupation.

L'auteur esquisse la biographie de ce melunais, devenu ingénieur en chef, puis inspecteur divisionnaire après avoir professé la minéralogie et la -géologie à l'Ecole des mineurs de Saint-Etienne, dirigée par son compatriote Beaunier. Avec Beaunier, il concourut aussi à la création du premier chemin de fer qui a fonctionné en France, entre la Loire et le bassin houiller de Saint-Etienne.

Le nom de Michel de Rozière mérite de n'être pas oublié; il est avec ceux des généraux Henri, Simon et Jacquinot, nés aussi à Melun, — digne d'un hommage que l'édililé locale saura certainement lui réserver lors de l'ouverture des rues nouvelles en ce moment projetées.

Communication est donnée de renseignements adressés par M. Leclerc, instituteur à Aubepierre, au sujet d'une station préhistorique qu'il a constatée près de cette localité et où il a recueilli déjà de nombreux échantillons de silex taillés, quelquesuns très intéressants.

Il y a lieu de féliciter à la fois M. Leclerc et de lui adresser des remerciements. D'autre part, le président a été informé que les recherches se poursuivent, que M. Chantecler y prend part et se propose d'en entretenir prochainement la Société.

M. Rabourdin présente deux petites haches en silex poli recueillies à Héricy, et deux mennaics romaines, l'une tout à fait fruste, l'autre à l'effigie de l'empereur Constantin.

M. Lhuillier met sous les yeux de ses confrères une série de portraits (dessins gravures, et lithographies) de personnages se rattachant à l'histoire de Melun, ainsi que le fac-similé d'une médaille commémorative de la reconstruction de l'église d'Esbly, en 1692,

Cette dernière pièce offerte à M. Lhuillier par M. Anatole de Barthélémy, de l'Académie des inscriptions, — représente l'église même, telle que l'a fait réédifier Jacques Chaiiel, prieur de Verdelot, co-seigneur d'Esbly, par Charles Jù, architecteentrepreneur des bâtiments du roi. La médaille d'argent dont M. de Barthélémy a fait exécuter le moulage est évidemment un double de celle qui a été déposée le 24 juin 1692 sous la première pierre du pilier joignant le sanctuaire, côté de l'évangile,

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ainsi que le curé d'Esbly à cette époque a eu soin de le consigner dans son registre paroissial. La séance a été levée à 4 heures.

SÉANCE DU 25 OCTOBRE 1896

La Société d'archéologie a tenu séance le 25 octobre 1896, à deux heures, dans une des salles de l'hôtel de ville de Melun, sous la présidence de M. Th. Lhuillier.

Etaient présents : MM. Auberge, Beautier, Boue, Casron, Chanlecler, ,Collin, H. Fischer, Hugues, G. Leroy, Lesobre, René Morel, Racinet et.L. Vavasseur.

Absents excusés: MM. Bazin, Drosne, Houdart, Lioret, Rabourdin, Wever.

Après dépouillement de la correspondance, la parole a été donnée à M. René Morel, pour la communication de ses Recherches historiques sur les seigneurs et la seigneurie d'Andrezel. La première partie du mémoire de M. Morel, dont on a entendu lecture, établit la succession complète des possesseurs de celte terre depuis les seigneurs autochtones du xie siècle jusqu'à la famille Nouëlle, en passant par les Hacqueville, les Longueval, les Viole, le surintendant Foucquet, les Longuet et les Picon qualifiés marquis d'Andrezel sous Louis XV.

Ce travail, basé sur des documents authentiques, sera continué dans une prochaine réunion.

M. René Morel a également communiqué une note extraite d'une élude sur d'anciennes représentations de scènes religieuses dans les églises de la Brie. Il s'agit ici de l'usage qui se pratiquait dans l'église de Mormant, au siècle dernier, à l'office qu'on appelait la fête des trois Marie. De jeunes garçons et des jeunes filles y tenaient des rôles déterminés à l'avance et chantaient successivement des versets et des antiennes en simulant des épisodes de la Résurrection du Sauveur.

Des cérémonies analogues, — la fête de la Belle-Etoile, celle du Rameau, d'autres scènes ayant trait à la Crèche de la Messe


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de Minuit, à l'Adoration des Bergers, à la Descente du SaintEsprit, — se sont longtemps perpétuées sur divers points de notre pays. Avant que le souvenir en soit complètement disparu, il est intéressant de recueillir les détails'de ces usages transmis par le moyen âge, qui mêlait volontiers le profane au sacré; c'est ce que s'est proposé de rappeler M. René Morel en poursuivant les recherches qu'il a entreprises.

M. L. Vavasseur a lu ensuite une poésie — charmante, comme sait les ciseler le poète délicat. — Elle avait pour titre : La Route ■ronde du cimetière et la Maison de Travail. Après une description du riant paysage de la vallée de l'Almont, à Melun, que l'oeil embrasse des hauteurs du quartier des Carmes, le poète évoque le souvenir des religieux d'autrefois installés près de là, et rapprochant le présent du passé, il termine par un discret hommage à ceux qui ont fondé au pied du coteau sillonné par la roule ronde, un asile bienfaiteur pour les passagers malheureux : la Maison de Travail.

Les fouilles opérées récemment dans la propriété Grùber, à la sortie de Melun, au-delà du chemin de fer de Paris à Lyon, ont mis à jour des sépultures et des débris .de vases funéraires de l'époque gallo-romaine, comme on en a rencontré sur ce point, à maintes reprises depuis 50 ans.

La nouvelle découverte fournit à M. G. Leroy l'occasion de communiquer à ses confrères une intéressante notice accompagnant l'un des objets les plus curieux qu'on vient d'exhumer de la nécropole de Metioscdum ou Melodunum; il s'agit d'une petite statuette en terre cuite, blanchâtre, placée-dans une sépulture de femme. Celte figurine, une divinité symbolisant la Maternité, a par hasard, échappé aux coups de pioche des terrassiers : c'est une femme assise dans un fauteuil d'osier et tenant dans chaque bras un enfant à la mamelle.

Ce type des déesses-mères, protectrices de la famille, est connu. Il est cité par M. de Caumont. Des spécimens ont été trouvés à Rouen, à Strasbourg et surtout dans l'Allier; il en existe au musée de Moulins, et M. de Cleuziou en a reproduit plusieurs dans son ouvrage sur l'Art national, qui paraissent d'une exécution plus grossière que la figurine communiquée par M. Leroy.

Il a d'ailleurs été recueilli dans les fouilles de la brasserie Grùber deux statuettes semblables ; la seconde, d'une dimension moindre, a été offerte à M. Balandreau. Toutes deux doivent dater de la fin de l'occupation romaine.


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M. Lhuillier présente des fragments de poterie rouge dite de Samos, ornés de dessins et trouvés aussi à Melun, dans le quartier de la Varenne. L'un de ces fragments de vases gallo-romains porte un nom de potier : RISC1NI M.

M. Leroy donne lecture d'un chapitre d'une étude biographique, très documentée, consacrée à Fréteau de Saint-Just, ancien conseiller au parlement de Paris, député de Melun aux Etats généraux, dernier seigneur de Vaux-le-Pénil. Ce chapitre a trait à l'arrestation et au procès de Fréteau, dénoncé par le curé Métier, sous la Terreur, traduit deux fois devant le tribunal révolutionnaire et finalement exécuté le 14 juin 1794,

La séance a été levée à 4 heures.

SEANCE DU 27 DECEMBRE 1896

La Société d'archéologie a tenu sa séance dimanche 27 décembre 1896, à l'hôtel de ville de Melun.

Présents : MM. Auberge, Bazin, Beaulier, Boue, Casron, Chantecler, Fischer, Flon, Hugues, Lelièvre, Lesobre, Lhuillier, Rabourdin, Racinet, Wever.

Absents excusés : MM. Houdart, G. Leroy, Lioret, René Morel, Quesvers.

M. Th. Lhuillier, président, a exprimé les regrets de la Société pour la perte qu'elle a faite de M. Eugène Drosne, décédé depuis la dernière réunion; M. le Président a donné ensuite communication de la correspondance et déposé sur le bureau divers ouvrages et opuscules dont il est fait hommage, notamment :

Documents publiés par la Smithsonian institution, à Washington ;

Bulletin et mémoires de la Société des antiquaires de France, 1894 et 1895.

La Tiare, de Sditaphamès, réponse à M. Furtwangler, par M. A. Héron de Villefosse, de l'Institut; hommage de l'auteur;

Le Camp romain de Champ-Clair, par M. Gustave Mallard; hommage de l'auteur ;


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Les Routes de Seine-et-Marne avant 1789, par M. Hugues, archiviste; hommage de M. le Préfet;

Le Livre du sacre des rois ; — Notice sur le pontificat de Guillaume II de Melun, archevêque de Sens ; — Les Coutumes de BrieComte-Robert au XIIIe siècle ; — Les Vitraux de la collégiale SaintMartin, à Champeaux, et Note sur l'Eglise de Yilliers en-Bierre, par G. Leroy; hommage de l'auteur.

Des remerciements sont adressés aux donateurs.

Il est donné lecture d'une lettre par laquelle M. le Maire de Melun expose que la municipalité organise pour le 27 juin, dans cette ville, une fête d'inauguration du chemin de fer de Corbeil à Melun et à Montereau, sous la présidence de M. le Ministre des Travaux publics, et qu'en vue de donner à cette solennité tout l'éclat désirable, les diverses Sociétés de la ville sont priées de se joindre aux organisateurs pour recevoir les invités. M. le Maire demande que les membres de la Société d'archéologie en soient informés.

Les membres présents décident délaisser au bureau le soin de représenter la Société.

M. Ch. Rabourdin communique la seconde partie de son Etude sur Marie-Eléonore de Rohan-Montbazon, abbesse de Malnoueen-Brie, d'après sa correspondance. C'est une physionomie curieuse que celle de celle abbesse du xvue siècle, fille d'Hercule de Rohan, seigneur de Coupvray, et soeur de la célèbre duchesse de Chevreuse; lettrée, aimable, liée avec la société précieuse de son temps, elle gouvernait avec dignité son monastère, mais ne se désintéressait nullement des choses politiques et mondaines de son temps. On lui doit quelques publications, comme la Morale de Salomon et la Paraphrase des Psaumes; sa correspondance la fait connaître sous un jour particulier que M. Rabourdin a su mettre en relief.

La parole est donnée à M. A. Hugues qui, dans un mémoire très documenté, traite des Emprunts forcés sous la Révolution, dans Seine-et-Marne. Il expose ce que furent ces sortes de contributions en l'an IV et en l'an VII, — premiers essais de l'impôt sur le revenu et de l'impôt progressif, — avec l'arbitraire de l'assiette, les réclamations nombreuses qui surgirent, les difficultés nées de la dépréciation des assignais, et en définitive le médiocre résultat obtenu.

M. Lhuillier a lu ensuite une notice intitulée la Comtesse de la Suze, dame de Lumigny au XVIIe siècle. Il s'agit d'Henriette


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de Coligny, fille aînée du maréchal de Châtillon, mariée en deuxièmes noces à Gaspard de Champagne de la Suze, lequel avait recueilli de sa famille de grands biens dans le Maine et la terre de Luinigny dans la Brie. Spirituelle et poète, la comtesse de la Suze (1618-1673) eut son salon littéraire fréquenté par les amis des précieuses; protestante et fantasque, elle se fit catholique pour parvenir à la cassation de son mariage, vivre au milieu des beaux esprits et être assurée, selon le mot de Christine de Suède, de ne revoir son époux dans ce monde ni dans l'autre. Cette femme-poète, si vantée de son temps, placée par Titon du Tillel dans son Parnasse français, est aujourd'hui moins connue par ses vers auxquels Boileau accorde « un agrément infini, » que par ses aventures, sa réputation de beauté et de galanterie dont Tallemant des Réaux a pris soin de nous informer.

Dans sa notice, M. Lhuillier esquisse la vie de cette amie de Madeleine de Scudéry et de Ninon de Lenclos, dont il a retrouvé la trace dans notre pays, — en faisant la part de la médisance, en tenant compte des circonstances essentielles de temps, de lieu et de moeurs. Un contemporain de Henriette de Coligny a dit ' d'elle avec assez de raison qu'elle était « surtout originale, inconséquente et folle, » — ce qui ne l'empêcha pas de prendre place et de rester parmi les meilleurs élégiaques de l'époque.

L'auteur fait passer sous les yeux de ses confrères deux portraits gravés de Madame de la Suze, ainsi que le portrait de Madame de Rohan, abbesse de Malnoue, placé en tête de la 2e édition de La Morale de Salomon.

M. Bazin entretient la Société d'une intéressante découverte faite, en janvier dernier, dans une carrière de sable appartenant à M. Porta, située dans la Varenne de Melun, à proximité de la Seine. Il communique avec une notice à l'appui, une dent énorme et bien conservée, provenant de Vélephas primigenius ou mammouth. D'autres fragments de même provenance sont, les uns en la possession de M. Porta, et d'autres entre les mains de M. Cbanlccler, qui se propose de les présenter dans une prochaine réunion. Ce n'est pas la première fois, d'ailleurs, que des découvertes identiques ont lieu aux abords de Melun et de la Seine; il a été signalé vers 1850 la présence, à peu près sur le même point qu'aujourd'hui, de débris fossiles provenant de la mâchoire d'un mammouth et ayant une grande analogie avec ceux qu'on a trouvés aussi à 5 ou 6 mètres de profondeur dans


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des carrières de plâtre à Monthyon, près de Meaux, en 1840, 1841 et 1869.

M. Rabourdin dépose sur le bureau un marteau-hache en diorite polie -affectant la forme des haches en bronze, qu'il a recueilli à Héricy :. c'est un superbe spécimen, rare dans nos contrées et qui paraît appartenir à la période néolithique.

M. Lhuillier communique : 1° une sépia très finement exécutée vers 1820, représentant les ruines du château et de la chapelle du Vivier-en-Brie, près Fontenay : ce dessin est signé par son auteur, le peintre Antoine-Félix Boisselier, élève de Berlin ; 2° une série de documents relatifs à la famille de Rostaing, qui a possédé les seigneuries de Thieux, d'Epiais, de Vaux-le-Pénil et Saint-Liesne de Melun. Plusieurs pièces portent la signature de Tristan de Rostaing, gouverneur de Melun sous Henri IV; une autre est l'expédition sur un parchemin qui ne mesure pas moins de 2 m. 50 de longueur, du contrat de mariage de Tristan de Rostaing avec Françoise Robertet (9-13 janvier 1544).

11 est procédé successivement au vote pour l'admission, comme membre titulaire, de M. Blondeau, architecte à BrieComte-Robert, présenté par MM. Chantecler et Fischer, — et pour le renouvellement annuel du bureau de la Société.

M. Blondeau est admis à l'unanimité.

Pour le renouvellement du bureau, tous les membres sortants sont réélus : président, M. Lhuillier; vice-président, M. Quesvers; secrétaire, M. Fischer; trésorier, M. Houdart; bibliothécaire, M. Bazin.

La séance, ouverte à deux heures, a été levée à 4 heures 1/2.

SEANCE DU 13 MARS 1898

La Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-etMarne a tenu sa séance dimanche dernier, 13 mars, à deux heures, à l'hôtel de ville de Melun, sous la présidence de M. Th. Lhuillier.

Etaient présents : MM. Bazin, Beautier, Boue, Casron, Chan-


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tecler, Collin, Fischer, Flon, Houdart, Hugues, Lelièvre, Lesobre, Poussié, Rabourdin.

Absents excusés : MM, G. Leroy et Lioret.

Après dépouillement de la correspondance et les félicitations adressées par le président à trois sociétaires.auxquels les palmes académiques ont été récemment accordées, M. Charles Rabourdin donne lecture d'une étude sur l'amiral Malet de Graville, baron d'Héricy, comte de Melun.

L'auteur fournit des renseignements certains sur l'illustre famille de Graville, d'après une généalogie manuscrite, et retrace la vie et les faits d'armes de Louis Malet, le vaillant sire de Graville, grand amiral, qui servit Louis XI, Charles VIII, Louis XII, et mourut en 1516, peu après l'avènement de François Ier au trône.

« Croye qui vouldra le proverbe disant qu'il y auroit eu sire à Graville avant que roy en France, » — a écrit Sébastien Rouillard ; mais sans remonter aussi loin, Louis Malet avait des aïeux dont il pouvait être fier et était suffisamment noble seigneur par lui-même, possédant, outre la sirerie de Graville, la baronnie d'Héricy et la Brosse, les terres de Milly, Marcoussis, Bois-Malesherbes, Melun par engagement, Corbeil, Dourdan, etc. « De son humeur fort adonné à la piété, sciences et vertus » a dit encore Rouillard, il a « employé ses grands moyens au parachèvement et à la décoration des Carmes de Melun. » C'est donc une illustration locale que M. Rabourdin met en relief.

L'amiral de Graville, marié à Marie de Balzac d'Entragues, fut le dernier représentant mâle de la branche aînée de sa maison ; après lui, le comté de Melun fit retour au roi, mais la baronnie d'Héricy passa à sa fille Louise, épouse de Jacques de Vendôme, vidame de Chartres, prince de Chabanois.

M. Hugues, archiviste du département, communique les cahiers de doléances des paroisses de Quiers et de Soisy surEcole, rédigés en vue des Etats-Généraux de 1649, sous la Fronde. Ces cahiers de deux villages, les seuls de l'ancien baillage de Melun que possèdent aujourd'hui les archives, pour cette réunion des trois Etats projetée à Orléans et qui n'eut pas lieu, montrent la situation lamentable de nos campagnes pendant la minorité de Louis XIV. Les habitants de Quiers, comme ceux de Soisy, se plaignent des déprédations et des mauvais traitements que leur font subir les soldats du roi aussi bien que


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ceux du parti des princes; ils déclarent qu'ils sont ruinés et dans l'impossibilité d'acquitter les impôts dont ils se trouvent surchargés. Leurs doléances tendent naturellement à obtenir protection et dégrèvement.

. Dans un mémoire succinct qui accompagne la présentation de ces deux pièces originales, M. Hugues expose très clairement la situation dans laquelle se trouvaient sous la Fronde la Brie et le Gâtinais; il rappelle les circonstances qui avaient motivé une convocation des Etats en 1649 et celles qui empêchèrent ensuite la réunion d'aboutir. Les Etals Généraux ne devaient plus être convoqués qu'à la veille de la Révolution.

M. Lhuillier entretient ensuite ses confrères d'une découverte archéologique importante faite au commencement de décembre dernier, à Monligny (Lesches), dans l'arrondissement" deMeaux. Il fournit des détails à ce sujet : un tumulus de six à sept mètres de long sur deux à trois mètres de large a été mis à jour; on y a recueilli, au milieu d'ossements qui paraissaient avoir déjà été bouleversés à une époque antérieure, des haches, des silex taillés,des poinçons, des amulettes, etc. Les fouilles ont été suivies par plusieurs délégués de la société d'anthropologie de Paris et elles doivent être l'objet d'un rapport qui sera imprimé par les soins de cette Société. ■

La parole est donnée à M. le D 1' Poussié, pour rendre compte du congrès des Orientalistes qui s'est tenu Paris, au mois de septembre dernier, et auquel il a pris part comme délégué de la Société d'archéologie.

M- Poussié fait à ce propos une véritable conférence que ses connaissances étendues et l'agrément de son récit rendent fort intéressante. Les voyages de l'érudit docteur chez les peuples de l'Orient, lui permettent, en dehors même de ce qui s'est passé au Congrès, d'entrer dans des détails précis et instructifs sur la vie de ces peuples, les moeurs et coutumes qu'il y a observées. Après cette causerie sans prétention, à laquelle les auditeurs ont pris plaisir, M. Poussié offre, pour la bibliothèque de la Société, la troisième édition de son manuel de conversation en 30 langues.

M. Lhuillier met sous les yeux de ses collègues, une curiosisité bibliographique. C'est un opuscule de 23 pages, petit in-4°, imprimé à Paris, chez Richard Charlemagne, en 1632, et qui a pour titre :

Proposition pour subvenir généralement à tous les pauvres du


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royaume et empêcher la mendicité en iceluy, par Me François de Maisières, melunois, advocat au Parlement.

Cet opuscule est fort rare et l'auteur, — un contemporain de Sébastien Rouillard — ne paraît pas avoir été signalé jusqu'ici parmi les Melunais qui ont produit quelque oeuvre imprimée. François de Maisières, d'une famille de petite noblesse de robe, portant « de gueule fascé d'hermines », est né à Melun, vers 1580, fils de Guillaume de Maisières, conseiller au bailliage, avocat au Parlement, il se fit avocat au Châtelet de sa ville natale, et épousa Françoise Caillau, fille du bailli de Nangis. Un de ses oncles, — Jacques, acquit la seigneurie de Vosves, les fiefs du Bois-Louis et de la Baste-lès Melun, que sa fille porta en dot à Jean Coquille, maître d'hôtel du roi, seigneur de Fortoiseau.

C'est au moment où Louis XIII venait de convoquer une assemblée à Paris, pour rechercher les moyens « de remédier au désordre des pauvres mendiants qui y affluaient journellement », que François de Maisières livra à l'impression sa Proposition, dédiée au Roi.

M. Rabourdin offre à chacun des membres présents, un exemplaire d'une brochure intitulée le Pont d'Héricy-Samois, dont il est l'auteur.

Est ensuite admis, comme membre titulaire de la Société, M. Legrand, imprimeur à Melun, présenté par MM. Fischer et Lhuillier.

La séance a été levée à 4 heures 1/4.

SÉANCE DU 22 MAI 1898

La Société d'archéologie, sciences, lettres et arts de Seine-etMarne, s'est réunie en séance ordinaire le 22 mai 1898, à deux heures de l'après-midi, sous la présidence de M. Lhuillier, président.

Etaient également présents : MM, Razin, Beautier, Boue, Fischer, Flon, Houdart, Hugues, Lesobre, Racinet et Wever.


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M. le président fait part des excuses de MM. Lelièvré, Poussié, Rabourdin et Thoulouze, qui ne peuvent assister à la réunion.

Le procès verbal de la séance précédente est lu et adopté.

M. le Président annonce que M. Thoulouze a quitté SaintMammès et demande à continuer à faire partie de la Société comme membre correspondant. La demande de M. Thoulouze est accueillie.

Il est fait hommage à la Société d'une brochure publiée par M. Rabourdin sur un curé briard pendant le bombardement de Paris. Remerciements et dépôt aux archives. Des exemplaires en sont distribués aux membres présents.

M. Lhuillier donne lecture d'un mémoire sur les gardes d'honneur de Seine-et-Marne en 1813-1814.

Il est ensuite procédé au renouvellement annuel du bureau pour l'année 1898-1899.

Sont réélus : Président, M. Lhuillier; vice-président, M. Quesvers ; secrétaire, M. Fischer; trésorier, M. Houdart; bibliothécaire, M. Bazin.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levé à 3 heures 1/2.

SEANCE DU 24 JUILLET 1898La

1898La est ouverte à 2 heures 1/2, sous la présidence de M, Th. Lhuillier.

Présents : MM. Boue, Casron, Flon, Hugues, Legrand, Dr Poussié, Reynier, Ch. Rabourdin.

M. le Président fait part des excuses de MM. Bazin, Fischer, Lioret et René Morel, empêchés d'assister à la réunion.

Lecture est donnée du procès-verbal de la précédente séance; il est adopté.

M. le Président offre à la Société une notice historique sur Sablonnieres — au nom de M. Bazin, qui en est l'auteur. — Bemerciements et dépôt à la bibliothèque. M. Rabourdin donne lecture d'un mémoire sur deux chevaliers briards de la guerre de cent ans. Le premier de ces personnages, Denis de Chailly, prit


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part au siège de Moret et ne put défendre cette place contre l'armée du roi d'Angleterre. Ce seigneur de Chailly-en-Rière et de la Motte de Nangis, dont l'existence se passa dans une lutte perpétuelle contre les armées anglaises, fut plus heureux au siège de Melun, il vit ses hautes capacités militaires et sa bravoure proverbiale justement récompensées : à diverses reprises, l'envahisseur dut battre en retraite avec précipitation, devant ce guerrier dont la sépulture existe encore dans l'église NotreDame de Melun.

M. Rabourdin retrace ensuite la vie militaire de Jean Bureau de la Rivière, seigneur de Crécy, créateur de l'artillerie, dont il reçut le titre de grand-maître. C'est à Meaux contre les Anglais, que ce personnage remarquable fit les premiers essais de son invention, appelée à tenir un rôle si capital dans les guerres postérieures et surtout à assurer la prédominance du pouvoir royal sur celui des seigneurs féodaux.

La parole est donnée à M. le docteur Poussié, pour une conférence sur les monuments religieux de l'Inde, de la Chine et du Japon, dont il communique de superbes photographies. Il débute par un rapprochement entre les deux grandes sectes qui se partagent les populations, celles du boudhisme et du brahmanisme, et indique le principe de la construction des temples, édifices destinés avant tout à devenir les demeures mystérieuses du dieu. De là .une architecture sans baies sur l'extérieur, et des monuments où régnent le silence et surtout une obscurité profonde, que la lumière discrète de la lampe doit seule atténuer.

Le temple est en outre un refuge, un asile inviolable, ainsi qu'il l'était en Gaule, au moyen âge.

M. le docteur Poussié connaît admirablement ces régions asiatiques par les séjours fréquents qu'il y a faits, il expose d'une façon très claire, le fonctionnement de la vie sociale et sacerdotale ; il passe en revue les diverses castes de la population, serviteurs, commerçants, guerriers, et bien au-dessus des autres, la caste fermée des brahmanes, dont les membres consacrent leur vie entière à l'étude des livres sacrés, les Védns, et conservent le dépôt de la science, de même que les Druides dans l'ancienne Gaule.

Les temples de Bénarès, la ville sainte, le Taj-Mahel, à Agra, celui de Madoura offrent un aspect grandiose.

Les monuments du Japon, plus simples et construits en bois,


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présentent un grand intérêt, surtout au point de vue des pratiques qu'ils abritent, telles, le lancement de boulettes de papier sur le dieu, en vue d'attirer sa bienveillante attentioji, la planchette offerte en guise d'ex-voto, le miroir dans lequel chaque fidèle doit regarder son visage, à son entrée dans le temple, afin de constater s'il possède bien la sérénité d'une âme pure.

Le conférencier communique à l'appui de son exposé, divers objets rares et curieux de marbre et de bronze entre autres, un miroir japonais, l'éléphant de Birmanie, objet du culte comme symbole de la force et de la bonté, la Trinité hindoue à trois visages, une bayadère du Cambodge.

L'assemblée exprime ses félicitations à l'orateur et le remercie de sa très intéressante communication.

M. Hugues lit ensuite un mémoire sur l'assiette de l'impôt foncier au xvm° siècle et expose les diverses tentatives faites dans le but de parvenir à une meilleure répartition. - M. Reynier expose sur le bureau une série d'outils préhistoriques en grès dur, nucléi, ébauches de haches, enclume, percuteur à manche, racloir, etc., provenant d'une station désignée sous le nom de la Vignette et située au nord-est de Villiers-sousGrez. Cette station, déjà signalée à la Société en 1873 par M. Doigneau, réserve encore aux chercheurs de nombreux spécimens d'éclats de dégrossissement et d'instruments taillés, ayant de l'analogie avec les formes néolithiques connues, mais qui pourraient bien être d'une période antérieure. Quelques pièces de même provenance ont été soumises en juillet 1897, à la Société d'anthropologie de Paris, où elles ont fait l'objet d'un rapport de MM. Emile Collin, Reynier et Fouju, inséré dans les bulletins; un exemplaire du tirage à part, accompagné de dessins, est offert à la Société d'archéologie.

M. Charles Rabourdin met sous les yeux de ses confrères, un petit tableau d'un peintre melunais, M. Léon Favier, qui représente un coin de la prairie des Marais en 1854, et comporte des détails fort bien traités.

En raison de l'heure avancée, d'autres lectures et communications encore inscrites à l'ordre du jour, sont ajournées à la prochaine réunion, et la séance est levée à 5 heures.


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SÉANCE DU 23 AVRIL 1899

La Société d'archéologie s'est réunie dimanche dernier, 23 avril 1899, à 2 heures, à l'hôtel de ville de Melun, sous la présidence de M. Th. Lhuillier.

Présents : MM. Auberge, Bazin, Beautier, Boue, Chantecler, Fischer, Flon, Hugues, Lioret, Rabourdin, etc.

Absents excusés : MM. Brandin, Houdart, Lelièvre, René Morel et Colin.

Avant le dépouillement de la correspondance, le président s'est fait l'interprète de la Société en adressant des félicitations à trois confrères qui ont récemment obtenu des distinctions honorifiques ; M. Hugues a été nommé officier de l'instruction publique, M. René Morel, officier d'académie, et M. Bazin, chevalier du mérite agricole ; il fait connaître que M. Drouin, ancien secrétaire de la section de Melun, vient également d'être honoré d'un prix de l'Institut. Il adresse ensuite un souvenir ému à la mémoire de ceux que la mort a frappés depuis la dernière réunion; c'est M. Gaudard, M. l'abbé Denis, M. Môntaul, anciens membres de la Société, M. Moulin, prési sident de la Société historique de Château-Thierry, et M, Frédéric Moreau (mort à 101 ans), qui tous deux étaient membres correspondants.

Il est donné lecture de plusieurs lettres adressées au nom de la Société d'histoire et d'archéologie de Provins, qui organise pour le jeudi 18 mai prochain une excursion à l'ancienne collégiale de Champeaux, aux ruines de Blandy et au château de Vaux-le-Vicomte, et invite la Société d'archéologie de Seine-etMarne à y prendre part avec les diverses associations similaires de la région. Cette proposition est accueillie favorablement.

L'excursion, à laquelle seront représentées les Sociétés de Sens, de Brie, de Coulommiers, du Gâtinais, de Meaux, de Melun et de Provins, sera présidée par M. Ant. Héron de Villefosse, membre de l'Institut. Le rendez-vous est fixé à Champeaux, à 10 heures du matin; une voiture partira de Melun à 8 heures 40. Les membres qui désirent prendre part à celte


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excursion sont priés d'adresser leur adhésion avant le 8 mai à M. l'abbé Bonno, curé de Chenoise, secrétaire de la Société de Provins, qui fera parvenir à chacun d'eux, en temps utile, l'horaire exact et le programme détaillé.

Le président dépose sur le bureau deux monnaies romaines trouvées à Melun, dans le quartier de la Varenne, et qui lui ont été communiquées. L'une est un moyen bronze de Trajan (Imp. Caes. Nerva Trajan, Aug. Germ. P. M.); l'autre, à l'effigie de Septime-Sévère-Perlinax, est entourée d'un cercle avec attache pour être portée en breloque et pourrait bien n'être qu'une contrefaçon relativement moderne.

M. Charles Rabourdin communique : 1° un fragment de madrépore et un poinçon en silex, taillé et poli, de l'époque néolilique, provenant de dragages dans la Seine, à Héricy ; 2° deux ammonites de la variété appelée nodotianus (période Jurassique), recueillies : l'une dans' une ancienne carrière située près de Barbeaux, l'autre à Lyon.

M. Hugues, archiviste du département donne lecture d'un mémoire intitulé : Procès pour faits de sorcellerie dans ta Brie au XVIIIe siècle. On sait comment l'ignorance, l'imperfection des connaissances humaines, l'attrait du mystère et de l'inconnu, joints à l'ambition de se faire craindre et d'en tirer profit, avaient contribué à propager la magie et la sorcellerie au moyen âge ; dès lespremiers siècles de l'église, les hérétiques étaient accusés de magie et de sorcellerie. Sous Louis XIV, c'est encore comme sorciers que des bergers qui commettent certains méfaits et empoisonnent les troupeaux par vengeance, ou pour extorquer de l'argent aux fermiers, sont jugés et condamnés à la peine capitale. Le procès des bergers de Pacy (Chevry-Cossigny) qui dura de 1687 à 1691, fit du bruit à cette époque ; mais déjà une ordonnance royale de 1682 tendait à réduire les crimes de magie à des proportions naturelles, en traitant les faits incriminés comme des impiétés, des sacrilèges, accompagnés le plus souvent d'empoisonnements. Aussi est-ce sous la prévention de maléfices, superstitions, sacrilèges, profanations et empoisonnements de bestiaux, que Pierre Hocque fut envoyé aux galères, d'autres bannis, et finalement les nommés Biaulle et Lavaux pendus à Pacy même, le 22 septembre 1691.

Les pratiques des prétendus sorciers étaient sans doute productives, car cet exemple ne rompit pas la tradition; au siècle


— 48 — suivant, les bergers briards usaient encore de gobs et bols empoisonnés, et la crédulité publique les accusait même de jeter des sorts sur les gens. Ces malfaiteurs connus, mais redoutés et ménagés dans les campagnes, ne laissaient pas de tirer d'assez grosses sommes de leurs victimes, sous prétexte de lever les sorts. Quand une plainte surgissait, la justice se mettait en mouvement. Ce sont des procès de celte nature, instruits à Provins au temps de Louis XV (1743-1765) dont M. Hugues fait connaître les curieux détails d'après les dossiers originaux conservés aux archives de Seine-et-Marne.

Malgré de nouvelles condamnations aux galères, malgré la pendaison du berger Triconet sur la place publique de Provins, et en dépit des progrès de la civilisation depuis lors, pourrait-on affirmer que les soi disant sorciers n'aient pas laissé dans certains villages des représentants qu'entretient toujours l'ignorance superstitieuse des naïfs ?

M. Th. Lhuillier lit une notice sur Augustin Dupré, graveur général des monnaies de la République, de 1791 à 1803, né à SaintEtienne en 1748, mort à Armenliôres (Seine-et-Marne), le 30 janvier 1833. La vie et les oeuvres du célèbre artiste que M. Marquet de Vasselot appelle le plus grand graveur de la France, sont passées en revue ; l'auteur fournit des renseignements sur le double concours ouvert en 1791, dont Dupré sortit vainqueur, et sur les types nombreux de monnaies et médailles qu'il a créés, « toujours heureux dans le système de composition abrégée, l'expression de force idéale, la richesse et la clarté d'emblèmes, qui constituent la perfection du graveur de coins ». Ce mémoire contient des détails nouveaux sur les relations de Dupré dans la Brie, où il avait acquis, dès le 8 mars 1793, le domaine d'Armentières, vendu nationaleinent sur l'archevêché de Paris.

M. Lhuillier communique ensuite une série de dessins et d'esquisses, habilement exécutés au crayon, peu après 1830, par Mademoiselle Léonie Cliolet, pendant le séjour de sa famille à Crécy-en-Brie. Ce sont des vues représentant l'ancien hôtel de ville de Crécy, les fossés et les vieilles tours, le pont DameGille, le moulin de Serbonne, l'église de La Chapelle, etc.

L'artiste paraît avoir exploré à celte époque des localités assez éloignées du lieu où elle résidait; plusieurs dessins et croquis de même provenance sont des vues de la Celle-surMorin, de Monlceau, de Saint-Palhus, et môme d'Andrezel et de


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Blandy. L'auteur de ces crayons a exposé au Salon comme peintre paysagiste ; le Journal des Artistes a donné d'elle il y a 60 ans une vue de l'église de Crécy, gravée par son frère, Aristide Cholet, graveur en taille douce alors bien connu par ses vignettes d'illustration et par de belles planches comme le por trait de Madame de Warens, le Galilée dans les prisons de l'Inquisition et la Dernière cartouche (d'Horace Vernet).

M. Rabourdin a offert aux membres présents des exemplaires de la biographie qu'il vient de publier du général baron Jacquinot, né à Melun en 1772, mort à Metz en 1848.

La séance a pris fin à 4 heures.

x.

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TABLE

Pages. SÉANCE DU 29 OCTOBRE 1893. - Recherches sur l'abbaye de Barbeau (suite), par M. Cli. Rabourdin. — Ordonnance de Louis XIII pour les arquebusiers de Brie, par M. René Morel. — La, Fée, l'Hiver, poésies, par le même. — Déclaration à Terrier concernant Nantouillet et Thieux-en-France ; autographes des poètes ouvriers Magu et Alexis Durand, présentés par M. Lhuiilier. ■— Anciennes vues de Melun, présentées par M. G. Leroy. — Admission de M. Boudier, pharmacien à Melun 1

SÉANCE DU 10 DÉCEMBRE 1893. - Hommage, par M. Le Blondel, de l'Almanach historique de Seine-et-Marne. — Notice sur la seigneurie et les seigneurs de Vernouillet, par M. René Morel. — Observations sur l'éplise de l'Etang, par M. Th. Lhuillier. — Recherches sur l'abbaye de Barbeau (suite), par M. Ch. Rabourdin. — Le gentilhomme briard au XIV siècle, par M. G. Leroy. — Le pavillon de la Madeleine, à Samois, par M. Lhuillier. — Une lettre d'un colonel russe, communication de M. Rabourdin. — Armes et outils de l'âge de pierre, présentés par M. Reynier. — Admission de M. le comte G. de Montgermont 3

SÉANCE DU 18 FÉVRIER 1894. - Regrets pour le décès de . M. Journeil, membre titulaire. - Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, par M. Lioret. — Le bois de la Grange, à Rebais, par M. Bazin. — La recherche du trésor, à Thomery, par M. Th. Lhuillier. — Le droit d'usage à Boissise-la-Bcrtrand au Xir siècle, par M. G. Leroy. — Projet de construction d'un hôtel de ville à Melun, par l'architecte Normand. — Projet d'une colonne départementale sur la place Saint-Jean, par le même. — Communication de M. Lhuillier. — Hommage de brochures, par le même 8

SÉANCE DU 15 AVRIL 1894, — Le comte Philippe de Ségur, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, sous Catherine IL. par M. Rabourdin. — Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret (suite), par. M. Lioret. — Dessins et antiquités de Provins, communication de M. Lhuillier. — Admission de M. Thoulouze, archéologue à Saint-Mammès 12

SÉANCE DU 17 JUIN 1894. — Hommage de brochures, par MM. Piette, Ch. Rabourdin, G. Leroy. — Allocution du Président. - Regrets sur la mort de M. Adrien Delacourtie, membre titulaire. — Jacqueline de Bueil, comtesse de Morel


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Pages. (suite), par M. Lioret. — Les seigneurs et la seigneurie de Vernouillet-en-Brie (fin), par M. René Morel. — Vases funéraires du xve siècle, présentés par M. G. Leroy, et observalions sur l'ancien cimetière de la paroisse" Saint-Aspais existant à la porte de la Geôle ou de Paris, à Melun. — Chartres du XTII" siècle concernant Courceaux fCurciacusJ, présentées par M. Lhuillier. — Admission de MM. Wever, professeur de rhétorique ; Vavasseur, professeur honoraire de l'Université ; Padrona, conducteur des ponts et chaussées ; Racinet. employé aux archives de Seine-et-Marne. — Renouvellement du Bureau. — M. G. Leroy, réélu président, décline cet honneur 15

SÉANCE DU 14 OCTOBRE 1894. — M. Lhuillier est élu président en remplacement de M. Leroy, non acceptant. — Regrets de la mort de M. Ernest Bourges et du docteur Tabouret. - M. Quesvers, élu vice-président. — Hommage d'opuscules, par MM. Quesvers, Besoul. Dufour (de Corbeil) et Rabourdin. — Notice sur Vaux-le-Pénil, par M. G. Leroy. — Un vidame de Trilbardou sous Inouïs XIII, par M. Th. Lhuillier. - La noblesse et le clergé pendant la Révolution dans un coin de la Brie, par M. Morel. — Historique du village de Verneuil, par . . le même. — Etude d'onomastique sur Athis, liameau de Villiers-sur-Seine, canton de Bray, par M. l'abbé A. Garnier. — Un souvenir au général Jacquinot, melunais. — Silex taillés, présentés par M. Chanteeler. — Admission de MM. François, directeur de l'école normale ; Lesobre, professeur au collège ; Colin, iuslituteur à Combs-Ia-Ville ; Flon, conducteur des ponts et chaussées ; Parvenchère, de Moret ; Raoul Muzard, de Saint-Mammès - 19

SÉANCE DU 9 DÉCEMBRE 1894, - Regrets de la mort de M. Camille Bernardin, de Brie-Comte-Robert. — Notice historique sur Vaux-le-Pénil (suite),-par M. G. Leroy. —Etude biographique sur le général Jacquinot, né à Melun, par M. Ch. Rabourdin. — Un conte de Noël, poésie, par M. Vavasseur. — Note,sur une sépulture néolithique, découverte à Thomery, par M. Thoulouze. — Le sauvage du roy, à Fèricy, par M. R. de Crèveeoeur. — Présentation de vues et paysages, notamment de l'église de Moisenay, par M. Sabot. — Admission de MM. Maurice Bourges et Beautier. 22

SÉANCE DU 17 FÉVRIER 1895. - Hommage d'un recueil biographique consacré, par M. Rabourdin, à des personnages

■ marquants se rattachant à Seine-et-Marne. — 1870, poésie, par M. Vavasseur. — Monographie du village d'Yèbles, par M. René Morel. —_ Portraits de plusieurs des seigneurs d'Yèbles et de Coubert. présentés par M. Lhuillier. — Remarques sur la prononciation des noms de lieux dans la Brie, par le même. ...,.......,.....: 24

SÉANCE-DU 27 OCTOBRE 1895. - Hommage d'ouvrages et. brochures, notamment : Le département de Seine-et-Marne de 1800 à 1893, par M. Hugues, archiviste; — Le territoire de. Jouarre, par M. Réthoré. —'Le général Jacquinot (suite), par M. Rabourdin. — Notice sur Vaux-le-Pénil (suite), par M. "G.


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Pages. Leroy. — Première audition d'un acte d'opéra, poésie,' par M. Vavasseur. — La ville de Guignes, son fâcheux surnom, par M. Morel. — Découvertes archéologiques à Melun, à Ussy, à Rigny, à Veneux-Nadon, à La Celle-sous-Moret. — Mémoire : sur les .tufs de La Celle-sous-Moret, par M. Reynier. — Haches et silex taillés provenant de cette localité, présentés par MM. Thoulouze et Pierre, instituteur. — Urne funéraire du xive siècle, provenant de Blandy-les-Tours, présentée par . M. Morel. — Hommage, par M. Rabourdin, de sa Notice sur l'abbaye de Barbeau: — Renouvellement annuel du Bureau. . - 26

SÉANCE DU 16 FÉVRIER 1896. -Regrets de la mort de . M. Henri Michelin, imprimeur à Melun, membre fondateur. — Hommages d'ouvrages et brochures : par M. Bazin. Notice

. sur .Guéràrd; par MM.- Benoist et. Lhuillier,- Notice sur Mitry-BIory ; par M. Rabourdin, Compte rendu de la découverte d'une sépulture gallo-romaine, à Héricy-sur-Seine. — Livre de raison d'un maître d'école de la Brie, par M. Morel. — Le papillon, allégorie, par le même. — Un poète, par M. Vavasseur. -— Découvertes archéologiques à Saint-Mammès, notes par M. Thoulouze. — Etude biographique sur l'abbé -lean Teslu, prieur de Dammurtin-en-Goële et membre de l'Académie française, par M. Lhuillier 28

SÉANCE DU 7 JUIN 1896. - Regrets de la mort de M. R. de Crèveeoeur. — Hommages de brochures, entre autres Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, par M. Lioret. — Recherches sur les dictons et les insignes des arquebusiers, par M. René Morel. - Notice historique sur l'ancienne paroisse de l'Etang, par le même. — Marie-Eléonore de Uohan-Montbazon, abbesse de Malnoue, par M. Rabourdin. —Notice sur l'Institut d'Egypte, et F.-M. de Rozière, minéralogiste, né à Melun, par M. Lhuillier. — Station préhistorique à Aubepierre, communication de M. Leclerc, instituteur. — Antiquités recueillies à Héricy-sur-Seine. — Dessins, gravures, se rattachant à l'histoire "de Melun. — Médaille commémorative de la reconstruction de l'église d'Esbly , 31

SÉANCE DU 25 OCTOBRE 1896. — Recherches historiques sur Andrezel, par M•. René Morel. — Etudes sur la représentation de scènes religieuses dans les églises de la Brie, par le même. — La routé dû cimetière et la maison du travail, poésie, par M. Vavasseur. — Antiquités gallo-romaines trouvées à Melun, note par M. G. Leroy. — Note de M. Lhuillier sur le même sujet. — Une victime de la Terreur (Fréteau de Saint-JustJ, par M. G. Leroy 34

SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1896. — Regrets de la mort de M. Eugène Drosne, membre titulaire. — Hommages d'ouvrages et brochures, par MM. Héron de Villefosse, Mallard, Hugues, G. Leroy. — Inauguration du chemin de fer Corbeil-MelunMontereau. — Etude sur Madame de Hohan-Montbazon, abbesse de Malnoue (suite), par M. Rabourdin. — Emprunts forcés sous la Révolution, dans Seine-et-Marne, par M. Hugues. — La comtesse de la Suze, dame de Lumigny, par M. Lhuillier. — Antiquités préhistoriques trouvées à Melun, note par M. Bazin.


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Pages. Antiquités trouvées à Héricy-sur-Seine. — Dessins, documents divers, se rattachant Seine-et-Marne. — Titres et pièces concernant la famille de Bostaing, communication de M. Lhuillier. — Admission de M. Blondeau, architecte à Brie-Comte-Robert. — Renouvellement du Bureau 36

SÉANCE DU 13 MARS 1898. — Etude sur l'amiral Matlet de Graville, bauon d'Héricy, comte de Melun, par M. Rabourdin. — Cahiers de doléances de Quiers et de Soisy-sur-Ecole en 1649, par M. Hugues. — Découverte archéologique à Montigny (Lesches). — Relation de voyages en Extrême-Orient, par M. le docteur Poussié. — Un ouvrage de F. de Maizières, melunais, avocat au Parlement (1632). — Hommage d'une brochure, par M. Rabourdin. — Admission de M. Legrand, imprimeur à Melun 39

SÉANCE DU 22 MAI 1898. - M. Thoulouze nommé membre correspondant. — Hommage d'une brochure, par M. Rabourdin. — Mémoire sur les gardes d'honneur de Seine-et-Marne en ■1813-1814, par M. Th. Lhuillier. — Renouvellement du Bureau. 42

SÉANCE DU 24 JUILLET 1898. - Hommages de brochures : Sablonnières, par M. Bazin ; — Deux chevaliers briards de la guerre de Cent-Ans, par M. Rabourdin ; — Jean Bureau de la Rivière, seigneur de Crécy ; — Denis de Chailly, par le même. Conférence de M. le docteur Poussié sur les monuments religieux de l'Inde. — Mémoire de M. Hugues sur Y Assiette de l'impôt foncier au XVIII" siècle. — Communication de M. Reynier sur des objets préhistoriques provenant de la Vignette, près Villiers-sous-Grez. — Un coin de la prairie de Trois-Moulins, peinture, par M. Favier, artiste melunais. . . 43

SÉANCE DU 23 AVRIL 1899. — Distinctions honorifiques. — Décès de plusieurs sociétaires. — Excursion à Champoaux, Blandy, Vaux-le-Vicomte. — Monnaies romaines trouvés à Melun. — Fossiles et objets préhistoriques, présentés par M. Rabourdin. — Procès pour faits de sorcellerie dans la Brie au XV1IP siècle, par M. Hugues. — Augustin Dupré, graveur général des monnaies de la République, mort à Armentières l Seine-et-MarneJ, par M. Th. Lhuillier. — Vues prises à Crécy et aux environs par M'^tégfljSs.Cholet, artiste. — Hommage d'une brochure, par M/^à)je«r^^, 46


MELUN. — V H. Michelin, imp. breveté.