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Title : La Rue : Paris pittoresque et populaire / rédacteur en chef Jules Vallès ; [propriétaire-gérant S. Limozin]

Publisher : [s.n.] (Paris)

Publication date : 1867-11-30

Contributor : Vallès, Jules (1832-1885). Directeur de publication

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32863356f

Relationship : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32863356f/date

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Format : Nombre total de vues : 258

Description : 30 novembre 1867

Description : 1867/11/30 (A1,N27).

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k54581873

Source : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES FOL-LC2-3093

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Online date : 03/12/2008

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Première année. — N° '27.

20 CENTIMES

30 Novembre 1867.

SOMMAIRE :

Cochons vendus — JULES VALLÈS.

Les Casecrurs de chaises — II. BEU.ENGICR.

Sainte-Cécile —G. PLISSANT.

Théâtres — G. M.

Un Gagne-Pain — JEAN IJOIWIAS

L'exécution d'Avinain — G. MAROTEAU.

Les Soirs du Boulevard — E. A. GARNIBR.

(Voir le dessin à la huitième page).

COCHONS VENDUS

On dit que les marchands d'hommes vont revenir : hirondelles, qu'une loi avait chassées, et dont,je me rappelle encore lcsnid9 éclairés au feu des brûlots ou des pipes, où l'on donnait la becquée aux remplaçants jusqu'au départ pour la caserne. Sur l'enseigne, au-dessus des cuirassiers bleus, des chasseurs verts, étaient écrits en lettres jaunes (couleur d'or!) ces mois magiques: On fait des avarie s.

Pour ces avances, l'homme se vendait, un jour de soif.

Quand le maquignon avait contrôlé les pièces, tûté les os, pesé la chair, l'embauché avait, jusqu'au moment de l'entrée au régiment, du pain et du bleu sur la planche. On lui comptait trois francs par jour pour sa gargote, deux francs pour les extras du dimanche et du jeudi ; enlin, on lui donnait, do la main à la main, chaque semaine" trois francs qu'il dépensait avec la guos.se!

On l'habillait et on le blanchissait aussi : le marchand se chargeait de tout, quitte à gonfler la note. Du reste, il courait des risques.

Son lot de viande humaine pouvait s'endommager en route, lui échapper par l'hôpital, le cimetière ou la'prison : les remplaçants avaient des moyens à eux pour se faire refuser à la révision : ils se saoulaient d'eau-de-vie, puis avalaient du jus de labac, et arrivaient devant le conseil, hâves, convulsirs, à moitié morts. On les déclarait impropres au service, et le marchand en était pour ses frais d'avances.

Quelquefois, quand il n'y avait plus qu'à signer et qu'on réglait les comptes, le vendu exigeait qu'on rognât la note, et ne consentait à mettre son nom ou une croix au bas de l'engagement, qu'à des conditions qu'il dictait.

Le plus souvent on s'entendait, et l'on se séparait bons amis, marchands d'hommes ci cochons vendus.

On appelait les remplaçants des cochons vendus ! On les méprisait un peu, et, au régiment, il suffisait d'avoir remplacé pour être mal noté et condamné aux grades et obscurs. Je n'ai jamais bien compris de quel droit on les méprisait ainsi.

Chacun est libre de disposer de soi à sa façon, et le plus mal" honnête des commerces n'est pas celui qui consiste à vendre loyalement sa peau contre un peu d'or !

Cochons vendus ! — Mais sans aller bien loin, ceux-là môme qui, pour fuir la caserne, s'engagent à servir dix ans l'Université, que sont-ils donc? et le trafic n'est-il pas plus triste, le métier plus lâche, quand on promet d'abdiquer aux pieds de qui vous paie, d'abdiquer toute liberté, d'être simplement l'écho delà fabrique ou du grand conseil; quand on offre de trahir tous les jours sa pensée, et de mentir tout haut, alors qu'on a honte et mépris tout bas ! Séminariste ou Normalien qui t'engages à prêcher un Dieu ou à vanter des hommes dont tu n'admets pas peut-être au fond de ton âme, l'infaillibilité ou la gloire, vaux-tu mieux que le cochon vendu ?

11 s'engage, lui, pour se faire tuer, et quand il le faut, il se fait tuer; il ne compromet personne et rien, que sa peau et lui!

11 olfre pour mille ou treize cent livres son corps pendant sept ans, mais vous vous enchaînez votre âme ! Ah! il faut manger, je le sais, il faut quelquefois aussi en faire manger d'autres, orpheJins ou infirmes ! Je vous plains, mais n'appelez plus le remplaçant, d'un air de mépris, un cochon vendu ? Il se fait saigner au moins, et vous vous faites nourrir seulement!

Cochons vendus 1 mais ne sont-ils pas de cette étable, tous ceux qui pour quelque argent ou un peu d'honneur^ pour un portefeuille, une écharpe, un ruban, font sous les pieds des grands litière de leurs convictions; ceux qui, plus piteux encore, pour le seul plaisir de ne travailler guère ou do briller un peu, deviennent, dans l'antichambre des ministres ou la salle à manger des riches, courtisans, valets et parasites. Ce journaliste qui vend sa plume au plus payant, ce chroniqueur qui lèche les bottes et raconte comment on les cire, ce procureur de femmes, ce leveur d'afûiircs,ce brasseur dejouruaux, tous cesgas-là.cochons vendus!

Cochon vendu, ce bouffon qui entretient sa notoriété et gagne sa vie à faire le pitre devant la foule ; cochon vendu, ce poète larmoyeux qui mendie de quoi manger — non de quoi boire — dans les comités ou les ministères I

Cochons vendus, ces faux bonshommes qui ont joué les enthousiastes ou les bourrus, ont fait parade d'indépendance ou d'excentricité, et un beau jour vidÉs, tant ils avaient le ventre pauvre, éteints, épaissis, finis, se sont, comme leurs frères, les porcs de foire, fait passer une faveur rouge au cou, ils ont coiffé leur grouin d'un bonnet carré, et ils vont rôdant et grognant du ventre, le rnuffle et les pieds dans Uaugc de la médiocrité.

Cochons vendus, quiconque vit de flatteries au pouvoir ou de complaisance à l'opposition, qui fait les commissions de l'un ou de l'autre et d,cmnnde, pour prix de ses courses, une petite candidature dans quelque bourg, qu'il achèterait bien s'il était riche.

Ils s'appellent créatures d'un ministre, volontaires d'une cause! Volontaires, non ! des cochons vendus! Ils ne courent d'autres risques que d'engraisser sous la pluie des crachats ou dans la fadeur de l'encens ! Le remplaçant, lui, va vivre la vie horrible des casernes et courir les chances sanglantes des batailles !

Et encore, il fait du bien à quelques-uns 1 Le jour où l'on supprima les marchands d'hommes, on pleura dans les bourgs deN