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Titre : Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne

Auteur : Société historique et archéologique de l'Orne. Auteur du texte

Éditeur : Société historique et archéologique de l'Orne (Alençon)

Date d'édition : 1911

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 11750

Description : 1911

Description : 1911 (T30).

Description : Collection numérique : Arts de la marionnette

Description : Collection numérique : Fonds régional : Basse-Normandie

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k5457259t

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2008-138547

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327246199

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 17/01/2011

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SOCIETE

HISTORIQUE

ET

ARCHÉOLOGIQUE

DE L'ORNE

TOME XXX

ALENÇON

IMPRIMERIE ALENÇONNAISE, 11, RUE DES MARCHERIES

1911





SOCIÉTÉ HISTORIQUE & ARCHÉOLOGIQUE

DE L'ORNE



SOCIÉTÉ]

HISTORIQUE

ET

ARCHÉOLOGIQUE

DE L'ORNE

TOME XXX. — Premier Bulletin

publication Trinjeçtriellc ^,

ALENÇON

IMPRIMERIE ALENÇONNAISE, 11, RUE DES MARCHERIES

1911



LISTE DES MEMBRES

DE LA

SOCIÉTÉ HISTORIQUE $ ARCHÉOLOGIQUE

DE L'ORNE Siège de la Société : ALENÇON, Maison d'Ozé, place de Lamagdelaine

Membres du Bureau ( 1)

Président : M. HENRI TOURNOUER (1914)

MM.

/ l'Abbé DUMAINE (1914) . . ) WILFRID CHALLEMEL (1914)

Vice-Présidents / Le Vicomte DU MQTEY (1912)

( ALBERT CHOLLET (1912) Secrétaire général : Le Baron JULES DES ROTOURS (1912) Secrétaire : l'Abbé DESVAUX (1913) Secrétaire-adjoint : Mlle ROBET (1913)

Trésorier : A. GILBERT (1914)

Trésorier-adjoint : Louis PICHON (1914)

Archioiste-Bibliothécaire : JEAN LEBOUCHER (1914)

Bibliothécaire-adjoint : ALFRED VALLÉE (1913)

(1) La date qui suit chaque nom indique l'année d'expiration du mandat des Membres du Bureau et du Comité de publication.


Comité de Publication

MM. REYNOLD DESCOUTURES (1913) le comte DE SOUANCÉ (1913) Louis DUVAL (1914) PAUL ROMET (1914) H. TOMERET (1912) .1. LEROUCHER (1912)

Commission du Musée

MM. PAUL ROMET, président (1913) FÉLIX RESNARD (1913) REYNOLD DESCOUTURES (1913) l'abbé DESVAUX (1914) A. GILRERT (1914) le comte LE MAROIS (1914) ALBERT MEZEN (1912) le comte DE SOUANCÉ (1912) H. TOMERET (1912)


ECHANGES XXIII

Le Mans. — Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe.

Limoges. — Bulletin de la Société Archéologique du Limousin.

Lisieux. — Société Historique.

Mortagne. — Société percheronne d'Histoire et d'Archéologie.

Mortagne. — Documents sur la Province du Perche.

Moulins. — Société d'émulation de l'Allier.

Nantes. — Société Archéologique.

Paris. — Ministère de l'Instruction publique (Direction de l'Enseignement supérieur, 5e Bureau). — (6 exemplaires).

Paris. — Bibliothèque Nationale, 58, rue de Richelieu.

Paris. — Bibliothèque de la Sorbonne, rue de l'Université.

Paris. — Bibliolhèque d'Art et d'Archéologie, 19, rue Spontini

(XVIe).

Paris. — Bulletin de l'Union Bas-Normande et Percheronne, 22, rue de Vaneau.

Paris. — Comité des travaux historiques et des Sociétés savantes.

Paris. — Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 19, rue de la Sorbonne.

Paris. — Les Marches de l'Est, 84, rue de Vaugirard. (Poste).

Paris. — Revue des Questions Historiques, 5, rue SaintSimon. — (Poste).

Paris. — La Pomme, 9, rue Cyrano de Bergerac.

Paris. — Actes de la Société Philologique.

Paris. — Société Française d'Archéologie.

Paris. — Revue Mabillon.

Poitiers. — Société des Antiquaires de l'Ouest.

Quimper. — Bulletin de la Commission diocésaine de Quimper et de Léon (Finistère). — (Poste).

Rennes. — Société Archéologique d'IIle-et-Vilaine.

Rochechouart. — Société des Amis des Sciences de Rochechouart (Haute-Vienne).

Rouen. — Société de l'Histoire de Normandie.

Rouen. — Société Normande de Géographie.

Rouen. — Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure.

Saint-Dié. — Société Philomatique Vosgienne.

Saint-Lô. — Société d'Agriculture et d'Archéologie, 23, rue des Images.

Saint-Malo. — Société Historique et Archéologique de l'arrondissement de Saint-Malo.

3


XXIV ÉCHANGES

Saumur. — Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois.

Toulouse. — Société Archéologique du Midi de la France.

Tours. — Société Archéologique de la Touraine.

Valence. — Société d'Histoire Ecclésiastique et Archéologique des diocèses de Valence, Gap, Grenoble et Viviers.

Valognes. — Société Archéologique, Artistique, Littéraire et Scientifique.

Vannes. — Société Polymathique du Morbihan.

Sociétés Étrangères

Abbaye de Ligugé, Chevetogne, par Leignan, Province de Namur, Belgique.

Albany. — Université de l'Etat de New-York.

Bruxelles. — Analecta Bollandiana, 14, rue des Ursulines.

Cambridge (Etats-Unis). — Hardvard University of Cambridge (Correspondant : M. PICARD, libraire, 82, rue Bonaparte, Paris (vie).

Costa-Rica (Amérique Centrale). — Museo Nacional.

Davenport. — Academy of Sciences.

Mexico. — Museo Nacional.

Monaco. — Annales du Palais de Monaco.

Montevideo. — Museo Nacional.

Munich. — Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Bavière.

Neufchâtel (Suisse). — Société Neufchâteloise de Géographie.

Rio-de-Janeiro. — Museo Nacional.

Stockholm (Suède). — Académie Royale des Belles-Lettres, de l'Histoire et des Antiquités.

Washington. — Smithsonian Institution.


PROCÈS-VERBAUX

Séance du Jeudi 20 Octobre 1910 Présidence de M. Henri TOURNOÛER, Président

Le jeudi 20 Octobre 1910,1a Société Historique et Archéologique de l'Orne a tenu séance dans la salle de sa bibliothèque à la Maison d'Ozé, sous la présidence de M. Tournoiier, président.

Etaient présents : Mme la baronne DE SAINTE-PREUVE, Mlle ROBET, MM. DESCOUTURES, l'abbé DESVAUX, Louis DUVAL, DE FARCY, Urbain DE FRANCE, GILBERT, l'abbé MÉLIAND, l'abbé MESNIL, PICHON, Paul ROMET, le baron Jules DES ROTOURS, l'abbé TABOURIER, TOURNOÛER, VALLÉE.

Se sont fait excuser : Mme la comtesse D'ANGÉLY, MM. BARILLET, Jacques BARTH, René BARTH, l'abbé BOISSEY, le chanoine CATTOIS, Pierre DE CÉNIVAL, Georges CRESTE, DINGREVILLE, le chanoine DUMAINE, l'abbé GUERCHAIS, LEBOUCHER, LEBOURDAIS, le comte LEMAROIS, LE ROY-WHITE, MAC AIRE, PICOT, le comte ROEDERER, le baron André DES ROTOURS, le Père UBALD D'ALENÇON.

MM. René PESLE, conseiller d'arrondissement du Havre, LANGLOIS, imprimeur à Argentan, Louis VÉRON de Gacé, le Dr ONFRAY de Paris, Eugène GOUGEON d'Argentan, Mme TIERCELIN de Mézidon, présentés en dernière séance, sont admis parmi les membres de la Société.

Ensuite est présentée par MM. Paul Harel et Vérel la candidature de M. Alfred LÉGER, avoué à Paris.

Par MM. le chanoine Cattois et l'abbé Desvaux, celle de M. Charles GATECLOU-MAREST, d'Alençon (15, rue de Mamers).

H. le Baron des Rotours dépose sur le bureau un exemplaire du livre de M. le chanoine Macé, doyen d'Athis, sur


2 PROCES-VERBAUX

Ségrie-Fontaine. C'est un hommage à la Société. M. des Rotours en donnera lui-même le compte-rendu dans le Bulletin.

Il annonce la mort de M. Darpentigny, greffier de la justice de.paix à Putanges, membre dévoué de notre Société depuis sa fondation. Plusieurs de ses travaux très sérieusement documenté sont été insérés au Bulletin.

H. Louis Duval est prié de lui consacrer une notice nécrologique. Il veut bien accepter de rendre semblable hommage à la mémoire de M. Léopold Delisle, dans notre prochain Bulletin.

M. le Président demande que pour faire droit à la requête maintes fois réitérée par M. Descoutures, la plaque indicatrice du siège de notre Société soit enfin enlevée de la maison de la rue du Jeudi et placée à la porte de notre nouveau local. Voici encore une fois le grelot attaché.

M. l'Abbé Desvaux rappelle qu'il y a plusieurs années, dans l'intention de réagir contre une orthographe en désaccord avec l'histoire, notre Société a pris l'initiative de substituer, pour l'adresse de son local, l'indication'de Place Lamagdelaine au nom communément et officiellement usité de Place de la Madeleine. Cette place aurait été ainsi dénommée en l'honneur du premier préfet de l'Orne, le baron Lamagdelaine, qui fut préposé à notre département, de l'an VIII (14 Mars 1800) au 25 Avril 1814, et du 22 Mars 1815 au 14 Juillet de la même année.

Cette substitution n'a-t-elle pas été hâtive et motivée par une information incomplète ?

Il est pour le moins étrange que cette place eût reçu son vocable, du vivant même du préfet impérial, et que lui-même eût sanctionné de son approbation officielle cet hommage vraiment prématuré.

Tandis qu'un document contemporain de son administration, un plan de la ville d'AIençon, dressé dans les premières années du règne de Napoléon Ier, et conservé à l'administration


PROCÈS-VERBAUX Ô

des Eaux-et-Forêts, porte avec la Place Napoléon (près l'église Saint-Léonard), la Place Bonaparte (place d'Armes) et la Place de la Madelaine (près l'église Notre-Dame).

L'emplacement de cette dernière, qui servit de cimetière jusqu'en 1779, appartenait primitivement aux moines de Lonlay. Il serait intéressant d'étudier si, dans les temps anciens, quelque pieux souvenir ne l'a pas rattaché au culte de sainte Madeleine, dont actuellement on lui continue officiellement le vocable.

La question ainsi posée donne naissance à une discussion animée (1).

H. le Président rend compte de la fête d'inauguration du monument élevé par la Société Percheronne d'Histoire et d'Archéologie, à la mémoire de l'abbé Fret, dans l'église de Bretoncelles,

(1) Le soir de la réunion, M. Louis Duval communiquait au secrétaire les renseignements suivants :

« Il est exact que dès 1805 (an XIV), le nom de La Magdelaine fut donné à cette place t très nouvelle, très petite, environnée de très petites bou« tiques ». Voilà comment en parle l'abbé Gautier, dans son Histoire d'Alençon (Malassis le jeune, place du Cours, an XIV-1805) page 167.

L'an XIV commençant le 23 septembre 1805 et finissant le 23 septembre 1806, c'est donc entre le 23 septembre et la fin de décembre 1805, que fut publiée l'Histoire d'Alençon. Comme l'auteur dit que la place était très récente, il nous indique la date de la naissance de la place et de son baptême.

« Il est sûr que le nom du Préfet s'écrivait La Magdelaine. C'est ainsi qu'il est désigné dans le registre des Lettres patentes confirmant la noblesse sous l'Empire:

« La Magdelaine (Jean-Victor-Alexandre) fut créé Chevalier de l'Empire le 2 février 1809; Baron de l'Empire, le 9 janvier 1810. »

Son nom fut donc bien donné de son vivant à la place en question. Dans son Supplément à l'Histoire d'Alençon, publié en 1821, l'abbé Gautier (p. 61), rappelle de nouveau l'origine récente de cette place :

« La place la Madelaine (sic), sur l'ancien cimetière de Notre-Dame, autrefois assez agreste et malpropre, est aujourd'hui bien unie, bien sablée et défendue par des bornes. » N'est-ce pas pour rendre hommage aux soins que prenz.it le préfet pour l'embellissement de la ville et pour ses intérêts, que celle-ci décida de donner son nom à la place de l'ancien cimetière, nivelée et sablée.

Il est curieux également de constater l'orthographe que présentent les éditions de l'an XIV et de 1821. Dans la première, le nom de la place est écrit correctement place La Magdelaine; dans la seconde, place de la Madelain-. »

Ces renseignements de M. Louis Duval éclairent beaucoup la question. Une remarque seulement. Le nom du préfet est orthographié Lamagdelaine en un seul mot, sur une pièce administrative signée de lui et imprimée en l'an X.


4 PROCÈS-VERBAUX

le 25 Septembre dernier. Il ajoute quelques détails sur la vie du curé de Champs, sa correspondance donnée à M. de la Sicotière, les notes et chroniques qu'il inscrivait au jour le jour sur le registre d'état religieux de sa paroisse, en donnant l'espoir que ces notes seront bientôt publiées.

Cette fête a été suivie d'une excursion aux environs de Bretoncelles, Moutiers-au-Perche, Regmalard, à laquelle prirent part plusieurs d'entre nous.

H. le Président donne lecture d'une lettre de M. Duchaussoir, maire de Crulay, signalant la découverte en avant du presbytère « d'un souterrain (?) situé à une profondeur d'environ 4 m 50, avec une sorte de cheminée d'aération en maçonnerie ancienne très solide ne mesurant à la surface du sol qu'environ 0m35 sur 0,25 et ne permettant pas la descente d'un explorateur. »

Cette découverte a vivement ému la localité. M. le Président sollicité d'aller enquêter sur place a cru devoir accéder aux instances de la municipalité, mais il n'estime pas que l'histoire ou l'archéologie aient grand intérêt en cette affaire. Par contre il parle du joli presbytère, pavillon très curieux du xvie siècle, en grison et silex formant damier, couronné de deux épis d'Auge du xvne siècle.

H. le Président présente la facture des frais occasionnés par la pose d'une plaque commémorative sur la maison de ferme du Ronceray, en l'ancienne paroisse de Saint-Saturnin des Lignerits, où naquit, en 1768, Marie-Charlotte de Corday d'Armont. Ces frais s'élèvent à la somme de 74 francs. A cette occasion, il a été dessiné pour la Société un monogramme très ingénieusement combiné.

H. Paul Romet en signale plusieurs autres originaux et de bon goût.

M. l'Abbé Legros, curé d'Arçonnay, nous fait part par lettre de plusieurs incidents peu connus de la vie et delà carrière de Simon Fessier, évêque schismatique de l'Orne,en


PROCÈS-VERBAUX 5

particulier son retour momentané en son ancienne paroisse de Bérus, où il sollicite les fonctions de magister, en 1794.

M. Puchot, de Lisieux, écrit qu'il a rendu compte à ses confrères de la Société historique de Lisieux, de notre excursion en cette ville et les environs. M. Tournoûer, notre président, a été par eux proclamé membre d'honneur de cette Société.

M. l'Abbé Desvaux, à propos d'une proposition d'échange de notre Bulletin avec la collection de celui de Lisieux, dit que tant qu'à vécu le fondateur et le premier président de la Société Lexovienne, M. l'abbé Loir, curé de Saint-Martin-deBienfaite, cette Société n'a publié aucun Bulletin et qu'elle se proposait surtout de réunir des documents pour l'histoire du pays. j;

M. le Baron des Rotours, signale l'existence d'un catalogue très intéressant de ces documents ainsi collectionnés.

Il est donné lecture d'une lettre du Comité parisien du Millénaire de la Normandie. Des fêtes populaires ou scientifiques seront données en Juin, à Rouen, puis à Paris. Bien qu'il semble évident que la Haute Normandie n'ait aucun aésir de fusionner avec les OEuvres ou Sociétés Bas-Normandes, et que d'ailleurs les moeurs et traditions de ces deux régions soient très différentes, notre Société cependant s'associera à cette manifestation décentralisatrice.

Il est décidé que le travail biographique de Dom Denis sur les bénédictins originaires du diocèse de Sées sera publié en notre Bulletin.

M. Philippe, de Mortagnc, offre le tirage à part d'une étude publiée par lui dans le Bulletin de la Société Percheronne d'Histoire et d'Archéologie.

M. leorges Creste, notre confrère, fait également hommage d'une étude : A propos du passage du Grand Saint-Bernard par l'armée française en 1800. Cent ans après, publiée dans le bulletin de la Société le Vieux Papier.

M. du Beauffret offre le tableau généalogique de la famille Dufrische.


6 PROCÈS-VERBAUX

H. Adhémard Leclerc, à la dernière séance, avait déposé sur le bureau un hommage de son « Voyage aux Indes ».

Acte est consigné de ces divers dépôts, et des remerciements sont adressés aux aimables donateurs.

La séance est levée à quatre heures.

Le secrétaire :

Abbé DESVAUX.

Séance du 1er Décembre 1910 Présidence de M. TOURNOUER, président.

Le jeudi 1er Décembre 1910, la Société Historique et Archéologique de l'Orne a tenu séance, à deux heures et demie, dans la salle de sa bibliothèque, à la Maison d'Ozé, sous la présidence de M. Tournouer, président.

Etaient présents : Mmes la baronne DE SAINTE-PREUVE et Henri TOURNOUER, Mlle L. ROBET, MM. BARILLET, le chanoine CATTOIS, DESCOUTURES, l'abbé DESVAUX, L. DUVAL, DE FARCY, Urbain DE FRANCE, GATECLOU-MAREST, GILBERT, LEBOUCHER, l'Abbé LETACQ, Paul ROMET, TOMERET, TOURNOUER, VALLÉE.

Se sont fait excuser : Mme la comtesse D'ANGELY, MM. ADIGARD, le vicomte DE BROC, le vicomte DAUGER, l'abbé HAYS, LE MONNIER, PICHON, le comte ROEDERER, le baron Jules DES ROTOURS, l'abbé TABOURIER.

MM. Alfred LÉGER et GATECLOU-MAREST présentés en dernière séance sont admis parmi les membres de la Société.

Aujourd'hui MM. Louis Duval et Tournouer présentent la candidature de M. Joseph HAMON, de Passais.

H. Léger a envoyé ses remerciements à M. le Président pour son admission dans la Société.

H. le Président se réjouit de la présence de notre nouveau collègue, M. Gateclou-Marest, et lui souhaite la bienvenue parmi nous, au nom de la Société.


PROCÈS-VERBAUX 7

M. le Président annonce que M. de la Mahérie veut bien se charger de préparer les feuilles du Pouillé de Sêes, pour la continuation de sa publication. Cette publication est subordonnée à la liquidation de la dette contractée vis-à-vis de l'imprimeur pour l'impression des deux premières livraisons.

M. Puchot, président de la Société Historique de Lisieux, dont chacun de nous se rappelle l'aimable empressement lors de notre excursion dernière à Lisieux, a envoyé les publications éditées par cette Société. Il ne manque que deux bulletins.

M. le Président signale l'état déplorable de certaines parties de l'église de Saint-Cénery-le-Gérei, monument classé, à cause du manque d'entretien et des réparations les plus urgentes qui seraient nécessitées par suite de l'infiltration des eaux pluviales. M. Tournoùer qui en avait avisé l'architecte, M. Simil, reçut de celui-ci une lettre datée du 15 Novembre 1910, faisant connaître l'état de la question au point de vue administratif. Le 7 Janvier 1907, M. Simil avait envoyé au ministère des Beaux-Arts, un devis de 2.051 fr. 63, concernant les travaux à faire au malencontreux portail qui dépare la façade, la réfection d'enduits à l'intérieur et rejointements à l'extérieur. Le rapport accompagnant ce devis déplorait la dégradation des peintures murales ruinées par l'humidité des murailles, qui n'étaient plus protégées contre les eaux pluviales. Ces travaux considérés comme de simple entretien furent renvoyés à une autre compétence au mois de Juillet 1909, et depuis ce temps l'affaire s'est attardée en différentes mains, sans que M. Simil ait pu en accélérer la marche. M. Tournoùer a avisé directement le département des BeauxArts et il espère bonne et plus prompte solution. Il serait à souhaiter que les deux absidioles des transepts fussent rouvertes et rendues à leur destination primitive.

M. Faul Romet fait remarquer que la commune de SaintCénery, à cause de la modicité de son revenu, est incapable de supporter la part des dépenses que lui demanderait l'administration.

Il est à désirer qu'en pareil cas les municipalités embarrassées ou paralysées dans leur bonne volonté, s'adressent à la


8 PROCÈS-VERBAUX

Société, qui leur facilitera les démarches nécessaires pour obtenir les restaurations indispensables.

H. Guillochim, maire d'Argentan, envoie la copie d'un parchemin, contenant sur huit pages in-folio avec écusson les preuves de sa noblesse, produits par M° Jacques-Léonor Rouxel de Médavy, comte de Grancey et baron de Médavy, à l'occasion de sa promotion de chevalier des Ordres de sa Majesté, le 1er Janvier 1707. Ce document est accompagné d'un résumé analytique de chacun des titres.

M. Huet-Desaunay nous fait communiquer un article intéressant qu'il a inséré dans la Dépêche de l'Orne du 6 Novembre 1910. Il y décrit ainsi le cimetière de Saint-Martindes-Champs, « établi sur un ancien cimetière mérovingien. Depuis mille ans, il abrite à l'ombre de la vieille église qui vit passer en ses murs tant de générations, les ancêtres des habitants de Mauvaisville... Près de l'église, se trouve le tombeau d'un colonel du premier empire, fils d'un négociant du Nord, qui s'engagea tout jeune dans les armées de la Révolution. Voici l'épitaphe qui existe sur cette tombe abandonnée :

Ici Repose Monsieur le Baron Menu de Ménil,

Colonel en retraite

Officier de l'Ordre Royal de la Légion d'Honneur

Chevalier de Saint-Louis

Né le 17 Juillet 1764

Mort le 30 Décembre 1834

Une famille désolée

A gravé ici ses regrets

En tête de l'inscription figure le blason du défunt et la croix de la Légion d'Honneur, en bas, deux épées entrecroisées. Le colonel Menu était fils d'un négociant de Douai, AntoineJoseph Menu, et d'une demoiselle Martinet. Il avait été créé Baron par Napoléon Ier.

Un peu plus haut, vers les carrières, se trouve la tombe du père Boschet, dit Boschet la Russie, décédé à Mauvaisville, en 1871, âgé de 92 ans. Lui aussi était un vieux brave : onze ans durant, il parcourut l'Europe dans les armées de


PROCÈS-VERBAUX 9

Napoléon. Soldat de la « Grande-Armée*, il était allé à Moscou, avait traversé la Bérézina, et assisté à la bataille de Waterloo.

Près de l'if, sept fois centenaire, que les mobiles de 1870 émondèrent pour se chauffer, existent encore, paraît-il, des cercueils mérovingiens, qu'il serait facile de retrouver.

Le cimetière de Coulandon est beaucoup moins ancien que celui de Mauvaisville. On y voit encore les tombes de la famille de la Pallu, seigneurs du lieu, dont les armes figurent sur l'église à côté de celles de Mgr d'Aquin, évêque de Sées.

Vers l'extrémité du cimetière, on trouve la tombe d'un vieux soldat, sur laquelle on lit les deux inscriptions suivantes :

Auguste François

de Brais,

chef de bataillon,

chevalier de St-Louis,

décédé le /f février i851,

âgée de 81 ans.

Elisabeth de Brais

née Chalmers

de Chambray,

son épouse,

décédée le n sept. i86$,

âgée de ans.

Presqu'à côté, on voit la tombe du Comte Vandal, ancien directeur général des Postes, sous l'Empire.

Au centre du cimetière, se remarque le monument de l'abbé de la Pommerie, orné d'inscriptions sur les quatre faces.

Ici repose le corps de Maurice-André Prouverre de la Pommerie, curé de cette paroisse depuis iy8a,décédéle ijmai 1810, à l'âge de QI ans,

Défenseur de l'autel et du trône,

Confesseur de la foi. Il endura l'exil et les prisons.

Il fut à V Université de Caen

professeur de philosophie et de

mathématiques, seul il

administra

les hospices d'Argentan.

Il fut délégué de cette ville

qu'ilfit exonérer de charges énormes qui pesaient

sur elle. Membre de l'Académie Royale de Caen.

Cette plaque a été brisée et dans des conditions qui permettent de croire que ce ne fut pas un acte involontaire.

Dans le petit cimetière voisin de Juvigny-sur-Orne qui, lui aussi, est fort ancien, on lit sur une tombe l'inscription suivante, assurément pas banale :


10 PROCÈS-VERBAUX

A la mémoire de

Pierre LECOEUR

né à Juvigny, le a février 1808,

décédé le 24 Avril 1881. Instruit sans instruction, il acquit beaucoup de connaissances, avec l'enseignement il eut été un homme supérieur. Il aima le Bien, la Liberté et

lutta pour la République. Que celte terre lui soit légère.

M. l'Abbé Legros, curé d'Arçonnay propose d'ouvrir, en notre Bulletin, une série spéciale, sous la rubrique : Les petits côtés de l'histoire. Pour l'inaugurer, notre confrère envoie deux nouvelles intitulées : Sans concorde, et Fermeture d'Eglise.

M. le Président communique ces deux articles au Comité de lecture.

M. René Gobillot, sur le désir de M. le Colonel Picquart, président de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Saumur, demande l'échange de nos publications.

Le R. P. Ubald d'Alencon, capucin, signale à la Société, le beau livre du P. Bliard, Jureurs et Insermentés (1790-1794), d'après les dossiers du tribunal révolutionnaire (Paris. ÉmilePaul 1910), où sont mentionnés les prêtres ci-dessous :

Beaufils (François), né aux Menus (Orne), curé de SaintChristophe-sur-Loire, condamné à mort, âgé de 53 ans, le 24 Vendémiaire, an III. Assermenté. (Archives Nat. Paris OE. 459, 179, 469 et 257.)

Gadeau (Louis-François-Charles), curé de Bretoncelles. Assermenté, (CE. 47 et 3131).

Lanoë (Benoît), né à Saint-Martin-1'Aiguillon (Orne), vicaire des Ventes-de-Bourse, curé de Condé, district d'Alencon. Il rétracta publiquement son serment. W. 32 et 1919.

Sello (Léonard), né à Rouperroux (Orne), condamné à mort le 7 Thermidor, âgé de 29 ans. (W. 431 et 968).

Thomeret (Jacques), né à Champsecret, ex-curé de Noisyle-Sec, y demeurant, condamné à mort, le 22 Messidor, an II, âgé de 38 ans, assermenté. (W. 411 et 944 et F 7 4775).


PROCÈS-VERBAUX 11

M. le Président, à l'appui de ces indications, donne cet extrait du Martyrologe du Clergé Français pendant la Révolution (Paris 1840. in-16). — Beaufils (François), né à Menus (dioc. de Paris (sic) en 1716. Condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de la Seine, accusé de fanatisme le 24 Vendémiaire, an III (15 Oct. 1794) exécuté le même jour en place de Grève.

Acte est donné au R. P. Ubald de l'envoi fait par lui d'une copie des lettres des missionnaires capucins, originaires de l'Orne, conservées à la Bibl. Nat. et dont il a fait hommage à la Société.

Des remerciements lui sont également adressés pour le don d'uno copie faite à la bibliothèque Mazarine, d'une histoire de la Visitation d'Alençon.

M. le Président signale au Journal des Débats, dans les chroniques artistiques de M. André Hallays, l'annonce d'un projet de loi sur la conservation des monuments historiques et des objets d'art (25 novembre 1910) et la création d'une Société des « Amis de Verneuil » qui aura pour but de défendre les monuments, les vieux logis, les jardins, tout ce qui donne à cette petite ville sa physionomie si charmante et si originale.

HH. Le Honnier, le Baron Jules des Rotours et Adigard, ont envoyé des communications proposant divers points de vues et idées pour la rédaction d'une Histoire populaire du département de l'Orne. Ils seront examinés spécialement dans une séance ultérieure.

La discussion pour la mise en train de la vaste entreprise d'un Dictionnaire de l'Orne, du genre de celui de la Mayenne, publié par M. l'abbé Angot, se fera en une réunion qui se tiendra à Paris.

M. le Président signale dans la précieuse collection des Arrêts et Factums donnée par M. Urbain de France, un factum imprimé du Curé de Sainte-Croix de Mesnil-Gonfroy, à propos d'un monument qu'il avait érigé en son église à Mme d'Osmont et de ses difficultés avec la famille de SainteCroix.


12 PROCÈS-VERBAUX

Mme la Baronne de Nanteuil fait offrir à la Société un ouvrage de feu le baron Amaury de Nanteuil, son mari : L'Orient et l'Europe.

M. Robert Triger offre pareillement son nouveau travail : Les Fêtes de Jeanne d'Are au Mans et dans la Sarthe, igogigio. Souvenirs et documents, qui forme un volume in-8° raisin, de 272 pages, accompagné de 50 reproductions de photographies de fêtes, avec des dessins et vignettes de M. Paul Verdier.

M. Tournoûer donne le médaillon en bronze de l'abbé Fret, reproduction du beau travail de M. Louis Barillet, inauguré dans l'église de Bretoncelles, au mois de Septembre dernier.

H. Urbain de France apporte de son côté deux volumes du xvme siècle, avec une curieuse image populaire.

Des remerciements sont adressés à nos généreux confrères.

M. l'Abbé Desvaux ayant eu occasion de visiter plusieurs églises des environs de Laigle, signale : à Auguaise : Un retable Louis XIV très remarquable, comportant des colonnes torses décorées de guirlandes de fleurs et de fruits, avec des oiseaux et reptiles très gracieusement agencés, des statues de bois de bonne facture. A l'autel de la Sainte Vierge, une madone en bois doré du xvme siècle. La statue de saint Roch, produit très pittoresque de l'art local, est accompagnée d'un chien, dont jusqu'en ces dernières années l'existence était un peu agitée.Le jour del'assembléeduvillage les jeunes gars du pays venaient le prendre à l'église, pour l'installer sur les jeux de boules ou bastringues, comme un porte-veine. Cette église s'est enrichie du pauvre mobilier de l'église de Bréthel, dont la paroisse a été supprimée en 1828, et l'église détruite en 1843. une cloche de 1760, des statues de la Vierge et de saint Pierre, datant du xme siècle.

— A Notre-Dame d'Aspres : Un retable monumental, quelques statues curieuses, un crucifix de terre cuite. Une Vierge du moyen-âge en pierre. : es torches de charité merveilleusement sculptées son' déposées au presbytère.


PROCÈS-VERBAUX 13

— A Ecorcei : Un retable Louis XIV, des boiseries Louis XV, un confessionnal, daté par une inscription gravée dans le bois, des fenêtres avec meneaux d'un dessin extrêmement original.

— A Bonnefoi : Sous le chapiteau de bois, un portail roman du xne siècle, avec chapiteaux sculptés et intrados à tore ondulé. Dans la sacristie, deux statues en pierre du xvie siècle, représentant une Vierge à l'Enfant, et sainte Foi, martyre.

— A Mesnil-Bérard, trois retables de bois, de style Louis XIV, avec statues de bois très pittoresques. Un presbytère Louis XIII, dans un état ruineux. Sur le territoire de cette paroisse, dans la chapelle de l'ermitage de saint Biaise, la statue du saint patron, oeuvre du xve siècle, et les débris de deux statues en terre cuite fort jolies, qui accompagnaient un calvaire situé naguère à l'entrée du chemin voisin.

M. Paul Romet signale dans la Revue Hebdomadaire (Septembre 1910), l'article de notre compatriote, M. l'abbé Lafontaine, Un agent de Colbert : Louis Berrier.

Mme la Baronne de Sainte-Preuve demande qu'il soit étudié un projet de décoration, pour le pavoisement du local de la Société, à l'occasion de la fête annuelle de Jeanne d'Arc.

M. l'Abbé Desvaux désirerait qu'une réunion de personnes connaissant particulièrement la ville d'Alençon, son histoire, ses monuments, ses souvenirs, les traditions locales, collaborent pour identifier les noms de lieux, l'emplacement des vieilles maisons, dont il est parlé dans les historiens, chroniqueurs, romanciers, tels qu'Odolant-Desnos, l'abbé Gautier, le Roman Comique, etc., comme choses parfaitement connues de leur temps, et que maintenant il est très difficile de retrouver et de situer exactement. Il serait urgent d'interroger les personnes anciennes, de provoquer leurs souvenirs, a'en prendre note, de publier les anciens plans de la ville, en les superposant aux nouveaux tracés de la voirie actuelle, pour tenter de fixer l'emplacement des monuments et établissements détruits. Dans le même ordre d'idées, rechercher exactement en quelles maisons sont nés ou sont morts les personnages marquants dans l'histoire de la cité, en faire un recueil, pour préparer à


14 PROCÈS-VERBAUX

ceux qui seront autorisés à le faire, le moyen de perpétuer par des plaques et inscriptions commémoratives le souvenir, à chaque instant rappelé, de nos illustrations locales.

Ces idées reçoivent approbation, reste à les réaliser.

M. l'Abbé Desvaux demande que des amateurs compétents veuillent faire la reproduction des trois panneaux conservés dans le bureau de l'économe de l'Hospice, afin que par des efforts communs, on arrive à découvrir exactement ce que représentent ces peintures, dont l'une jusqu'à présent n'a point trouvé d'interprétation satisfaisante. Il serait également à désirer que transcription fut faite des plus remarquables inscriptions de nos cimetières, qui assurément ne sont que d'un intérêt restreint pour les contemporains, mais qui plus tard seront un élément très apprécié par les chercheurs et les amis de l'histoire du pays.

La séance est levée à quatre heures et demie.

Le secrétaire :

Abbé A. DESVAUX.


EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

dans le Lieuvin et le Pays d'Auge

Nous pouvons, cette année, faire commencer l'Excursion de la Société Historique et Archéologique de l'Orne, au moment précis où le mardi 16 août, vers 7 heures et demie du soir, ceux de nos confrères qui, arrivés depuis peu, erraient à l'aventure dans la cour de l'hôtel d'Espagne, se groupent autour de l'automobile qui amène Mme Tournouer, M. et Mme Margaritis et MUe Rivière. La concentration se fait vite. M. Tournouer, président, M. l'abbé Desvaux, MM. Lebourdais, Foulon, de Cenival se trouvent là. Le petit groupe, augmenté au passage de M. et Mme Ràmet et de M. Lacroix monte s'asseoir au premier étage, dans une longue galerie, autour de la table hospitalière des arrivants de la première heure.

Le plaisir du revoir nous permet de n'attacher à la cuisine qu'une attention distraite. Nous parlons des compagnons qui vont se joindre à nous ; de ceux aussi qui ne viendront pas. Nous regrettons tout spécialement l'absence de celui qui est, depuis trois ans, l'ingénieux et fidèle historiographe de nos promenades. Mais les motifs de son abstention sont de telle nature que nous ne pouvons que nous en réjouir et nous saisissons cette occasion de lui offrir les voeux de notre meilleure sympathie. Le repas s'achève gaîment.

Puis, vers neuf heures, de nombreuses recrues nous arrivent apportées par les trains du soir. Nous retrouvons beaucoup de nos fidèles, Mme Adigard, M. et Mmo Gillet, M. Paul Romet, M. l'abbé Tabourier, M. Guillaume On renoue connaissance ; les conversations se lient. Mais le départ de demain sera matinal et, pour n'y pas être en retard, chacun regagne son logis.


16

EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

PREMIÈRE JOURNÉE (Alercredi 17 Août)

Nous ue retrouvoRS plus au départ l'immeuse omnibus et le break plus immense eRcore, qui, depuis tant d'années, nous portent par monts et par vaux. A la place, trois voitures. Un petit break découvert ouvre la marche. Puis, vient une tapissière dont la voûte surbaissée s'oppose à tout désir de contempler l'horizon. Un omnibus termine le cortège et, dans cet appareil, nous montons une côte interminable qui,

sur le flanc d'un coteau, nous élève au dessus de Lisieux. On cause. La gaîté s'en mêle. Et cela durera trois jours charmants.

Mal situé dans un lieu banal et plat dont de belles avenues de hêtres ne suffisent pas à masquer l'indigence, Fumichon (1) doit beaucoup à l'éclat joyeux de ses briques et à l'enchevêtrement de ses hauts toits d'ardoise. Une grande cour

(1) Fumichon, diocèse de Lisieux, Généralité d'Alençon, élection de Lisieux, sergenterie de Moyaux. Paroisse de St-Germain.

Sanctus Germanus de Folmuceon, de Folmucon, de Folmuchon, de Formuchon, de Formichone, en 1180 (Pouillès de Lisieux p. 24) Foumuzon 1198, Foumicon 1238, Fourmichon 1320, Fourmuchon 1398. Ecclesia de Formichone XVIe s.

Une loi du 21 janvier 1841 a réuni à Fumichon une partie de l'ancienne commune de St-Pierre-de-Canteloup.

CHATIJAU DE FUMICHON


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS Ï>'AUGE 17

fleurie, jadis entourée de fossés, s'étend devant, jusqu'à deux pavillons d'entrée, carrés, accolés de tourelles. Le château, à un seul étage, s'étale au fond et renvoie à l'Ouest, vers la grille, une longue aile à angle droit. Un pavillon le termine à l'Est, plus haut que le corps de logis central, et une grosse tour, au fond, vers le Couchant, élève sa masse au dessus des toits. Tout serait bien si, au centre, un pavillon de pierre blanche, d'un style déjà premier empire, restauration plus fâcheuse encore que l'incendie qui la motiva, ne venait déparer cet ensemble d'un beau style.

Dès le xne siècle, nous trouvons établie sur cette terre une vieille race féodale qui portait le nom de Fumichon. Ces seigneurs possédaient la moitié du patronage de la cure ; l'autre moitié appartenait aux bénédictins de Cormeilles, qui s'en firent confirmer la possession le 27 avril 1168 par le pape Alexandre III. On a conservé les noms de Joscelin de Foumuceon qui vivait en 1180 ; de Gervais de Folmucon en 1195 ; Henri de Folmuchon est cité parmi les témoins d'une charte d'Hugues d'Asnières, sans date précise, mais appartenant certainement aux premières années du xme siècle.

Nous ne savons à quelle époque Fumichon changea de propriétaires. Mais, dès 1463, il appartenait à la famille de Longchamp. Jean de Longchamp, cette année-là, y fit ses preuves de noblesse, lors de la recherche de Montfaut. Le 3 mars 1507 (1508 nouveau style) Geoffroy de Longchamp, seigneur de Fumichon, rendit aveu pour ce fief à Jean l'Esten~ dard, chevalier, seigneur et baron d'Ouilly.

Dans la seconde moitié du xvie siècle, deux seigneurs de Fumichon remplirent successivement la charge de capitaine gouverneur de Lisieux. Le 12 Septembre 1554, Guy de Longchamp, seigneur de Fumichon, fut choisi par Jean de Bellegarde pour y commander en son absence. Puis le 28 Octobre 1562, Charles IX (1) lui donna le titre de gouver(1)

gouver(1) évêques comtes de Lisieux nommaient eux-mêmes les capitaines gouverneurs de la ville. Leur droit résultait de la charte de 1199, qui leur attribuait tous les plaids, excepté trois que retenait Jean sans Terre. II leur fut toujours reconnu, non sans contestation il est vrai, par les rois et les cours souveraines, jusqu'à la fin du xvme siècle. Mab en pratique, les prérogatives épiscopales souffrirent de nombreux empiétements du pouvoir royal, surtout pendant la domination anglaise, la Ligue et le règne de Louis XV.


18 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

neur. Guy de Fumichon avait encore (1) cette charge en août 1572 au moment de la Saint-Barthélémy. C'a été vers 1840, entre érudits Lexoviens, une grave question, de savoir à qui les protestants de Lisieux ont dû de n'être pas massacrés, pendant ces journées mémorables. Chacun des auteurs étale un arsenal de documents souvent contradictoires et l'amour-propre local se mettant de la partie contribue encore à embrouiller l'affaire.

Les écrivains du xvme siècle et particulièrement Mallet et Hemeré, rapportent que l'évêque de Lisieux, Jean le Hennuyer, sauva par son intervention les huguenots de sa ville épiscopale. Louis Dubois (2) est d'un avis opposé et fait remonter à Guy de Fumichon tout l'honneur de cette mansuétude. Il donne un argument qui serait excellent : à savoir que l'évêque, en août 1572, se trouvait à la cour et n'a pu, par conséquent, exercer aucune influence à Lisieux. Mais les preuves qu'il en donne ne sont tout au plus que des hypothèses et nous ferons bien d'admettre, jusqu'à preuve contraire, les conclusions de R. Bordeaux (3).

Le 28 août 1572, Guy de Fumichon fit publier à son de trompe, par le sergent ordinaire de la ville, une ordonnance que venait de lui faire parvenir Tanneguy Le Veneur, seigneur de Carrouges, lieutenant général au gouvernement de Normandie, en l'absence du duc de Bouillon. Le roi annonçait qu'une émeute avait éclaté à Paris. Il enjoignait à ses sujets d'observer très exactement les édits de pacification et, pour éviter le retour de pareils malheurs, défendait à qui que ce fut de porter des armes, sous peine de la vie. Ces ordres avaient été donnés à un moment où la cour espérait encore faire admettre à la France que les tueries du 24 Août n'étaient que l'effet d'une bagarre entre le parti des Guise et celui de Coligny. Il fallut bientôt renoncer à faire accepter cette

(1) Cependant le roi le remplaça, le 8 juillet 1568 (lettres datées de Boulogne), par Guillaume de Hautemer, seigneur de Fervaques. Fumichon dépossédé courut à la cour, fit valoir ses vingt-deux ans de service et fut réintégré dans ses anciennes fonctions, par lettres de Boulogne, 19 août 1568. Bulletin de la Soc. hist. de Lisieux n° 11, 1899. Notes de M. Ch. Vasseur. Registres du corps municipal.

(2) L. DUBOIS Yèvêque Le Hennuyer. Paris Dumoulin 1843, in-8°.

(3) R. BORDEAUX, Recherchjs historiques sur Jean Le Hennuyer.


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 19

version. Dès le jour même, la vérité se répand. Le roi affolé à l'idée que les protestants vont se soulever en province, ne voit à la situation qu'une issue : Il faut en finir avec eux aussi.

Le 28 août, Carrouges adresse au gouverneur de Lisieux une nouvelle lettre : « Monsieur de Fumichon, je vous ay ce matin, amplement escript ce que vous auriez à fayre pour la conservation de la ville de Lysieulx. Ayant depuis receu une aultre despesche de Sa Majesté par laquelle elle me mande me saisyr de tous les plus principaulx et signalés huguenots qui sont en l'estendue de ma charge, tant de ceulx qui peuvent porter armes, ayder d'argent et assister de conseil et yceulx fayre mettre prisonniers ; a ceste cause je vous prye vous saisyr de ceulx que cognoistrez au dict Lysieulx et es environs de cette qualité et iceulx faire mettre en lieu de seureté, estant chose qui demande prompte exécution et afin que la force en demeure au Roy, vous assemblerez le plus de vos amys que vous pourrez pour vous secourir ». Un post scriptum ajoutait l'ordre de faire dresser par les lieutenants, avocats et procureurs du roi, un inventaire des biens des proscrits.

Le 31 août, Fumichon fait publier ces instructions. Les huguenots sont tenus, sous peine de mort, de se constituer prisonniers, avant la fin du jour. Fumichon même fait du zèle. Il aggrave, de son autorité privée, les ordres de Carrouges, déjà si rigoureux. Tous ceux qui « recevront ou retireront » les personnes de la religion nouvelle, devront le déclarer dans les deux heures, cela aussi sous peine de la vie. Fumichon va jusqu'à promettre aux dénonciateurs une prime de six écus.

Le lendemain lundi 1er septembre, l'ordre de tuerie est verbalement transmis au gouverneur. Il s'empresse de le communiquer à l'évêque, qui l'accueille avec consternation. Il ne peut croire que le roi ait ordonné pareille chose. Il faut attendre. Jean Le Hennuyer prend pour lui la responsabilité de ce refus d'obéissance. Fumichon se laisse persuader et envoie au roi un message demandant confirmation de sa volonté.

Les huguenots de Lisieux restèrent dans leurs cachots


20 EXCURSION AKCHÉOLOGIQUE

jusqu'au 6 septembre. Dès le 3 parvint la déclaration, datée du 28 août, par laquelle le roi, effrayé de son oeuvre, commandait d'arrêter l'effusion du sang. Mais Fumichon attendit, pour la publier et pour rendre la liberté aux captifs, d'avoir reçu la réponse du roi qui approuvait sa conduite.

Il semble donc bien que le principal rôle, dans cette affaire, ait été tenu par l'évêque Jean Le Hennuyer. Sa haute situation lui donnait, pour s'interposer entre le roi et ses victimes, une autorité que n'avait pas Fumichon simple gouverneur de ville. L'évêque, premier aumônier du Roi, ancien confesseur de la Reine mère et théologien de la cour, avait assez de crédit pour se sentir sûr de lui-même. Mais il faut laisser au gouverneur le mérite de sa modération. S'il fut rigoureux tant qu'il ne s'agit que de prison, il n'accepta pas l'idée du meurtre sans scrupule. Sa conduite le prouve. Les ordres royaux étaient précis. Il aurait pu repousser la prière de l'évêque et s'il se laissa convaincre, c'est qu'il désirait être convaincu.

Des lettres de Henri III, du 8 juin 1585, lui donnèrent pour successeur son fils, Jean de Longchamp, seigneur de Fumichon. L'évêque avait accepté ce choix, mais il y eut bientôt des contestations, parce que les lettres de provision ne faisaient pas mention de son droit. Le roi n'en continua pas moins à nommer seul, plus tard, les autres capitaines. Jean de Fumichon n'imita pas l'humanité de son père. Il fut un fougueux ligueur et un cruel personnage. Il tourmentait les habitants de la ville, malgré les reproches que lui faisait l'évêque Anne de Givri (1), bon ligueur lui même, de sa dureté et de son avidité. Il prit, du reste, Givri en aversion et le força à quitter Lisieux, après des bagarres où il faillit perdre la vie. Un de ses domestiques fut même tué au moment du départ. Débarrassé des remontrances du

(1) Anne de Perusse d'Escars de Givri, fils de Jacques de Perusse, sieur d'Escars, et de Françoise de Longevie, comtesse de Busançois, veuve de Philippe Chabot, comte de Brion, amiral de France, prit possession de l'évêché de Lisieux en janvier 1585. Fumichon le força à quitter Lisieux en 1589. Il fut créé cardinal du titre de Sainte-Sabine en 1596. Pendant qu'il était éloigné de son évêché, le maréchal de Fervaques s'était emparé des revenus et du palais épiscopal et refusait de les rendre. Le cardinal de Givry fit cession de son siège en 1598 à François de Medavy, protégé de Fervaques. — FORMEVILLE, hist. de l'ev. comté de Lisieux, t. IL p. 236.


CHÂTEAU DE FUMICHON. — Pavillon d'entrée. — (Dessin de M. Félix Besnard)



DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 21

prélat, Jean de Fumichon soumit ses subordonnés à une véritable tyrannie. Cela par bonheur ne dura pas longtemps. Henri IV vint attaquer Lisieux, au commencement de l'année 1590. Le gouverneur fut obligé de se rendre. Comme aux ligueurs qu'il commandait, le roi lui donna huit jours pour se retirer. Fumichon trouva asile au château de Courtonne-la-Meurdrac. Il y fit des réflexions salutaires et se calma. En 1595, on lui rendit la capitainerie de Lisieux. Guillaume de Hautemer, Maréchal de Fervaques, le remplaça en 1605, pour quelques années seulement, car en 1613, Jean de Fumichon fut réintégré par le roi dans ses fonctions malgré l'opposition des évêques qui réclamaient à grands cris leur droit de nomination. François de Medavy (1) et Guillaume du Vair (2) soutinrent à ce propos de longs procès. Ils triomphèrent d'ailleurs. Un arrêt du conseil d'état, en date du 19 janvier 1619, maintint Jean de Fumichon, sa vie durant, dans la charge de capitaine de Lisieux, sans pouvoir se qualifier de gouverneur, à condition de prendre sa nomination de l'évêque. Les lettres du prélat lui furent données le 10 février. Il mourut en 1634. Une de ses filles, Marie de Longchamp, héritière du domaine de Fumichon, épousa en 1635 Messire Louis de Rabodanges (3), Marquis de Crevecoeur. La seigneurie resta dans cette maison jusqu'en 1733. On conserve, dans les archives du château, l'acte de la vente faite le 27 juillet de cette année par « Mre Henri François de Rabodanges, marquis de Rabodanges, seigneur du Menil-Hermey, Menil-Vin, Saint-Pavin, Neuvy, La Motte et Fumichon, à Jean Marie Herment, chevalier, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, de la baronnie, terre, fief et seigneurie de Fumichon, au bailliage d'Orbec, avec le fief de Thillières, fief de haubert et les fiefs de Baudet

(1) François Rouxel de Medavy, fils de Jacques de Medavy et de Petronille Fouques de Manetot. Il obtint l'évêehé de Lisieux en 1598, par cession du cardinal de Givry.

(2) Guillaume du Vair (1556-1621) orateur célèbre. D'abord conseiller au Parlement de Paris, puis premier président au Parlement de Provence. Garde des sceaux (1616). Evêque de Lisieux en 1617. •

(3) La famille de Rabodanges portait pour armes : Ecartelé au 1 et 4 d'or à la croix ancrée de gueules ; au 2 et 3 de gueules à trois coquilles d'or, cf. R. de Brébisson. Revue catholique de Normandie, 1901.


22 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

et Baratte, tous trois réunis à la dite seigneurie de Fumichon, suivant lettres patentes obtenues par feu Louis, marquis de Rabodanges, bisaïeul dudit seigneur, données à SaintGermain-en-Laye en octobre 1648.... Les dites baronnie, terres etc., consistent en manoir seigneurial composé de château, tour et pavillons, fossés et pont-levis, cour et bassecour, jardins, droits de colombier, moulin banal à bled, moute verte et sèche, Routoire, droit de chasse et de pêche, homme, hommage, rente en deniers, grains, oeufs, oiseaux, reliefs, treizième, regard de mariage, aide coutumière, corvée de bêtes, service de prévôté, justice sut les hommes vassaux, droit de prières nominales aux prônes, de patronage et présentation aux bénéfices cures des paroisses de Fumichon et de Saint Pierre de Canteloup, etc. »

Cette vente était faite moyennant le prix de 141.444 livres.

L'acquéreur Jean Marie Herment (1) était fils d'un médecin ordinaire du roi, Jean Herment, qui avait reçu en octobre 1719 des lettres d'anoblissement ainsi motivées : « Nous avons considéré les services que nous rend actuellement le sieur Jean Herment et ceux qu'il a successivement rendus, avec feu son père, pendant plus de soixante années, non seulement au feu roi de glorieuse mémoire et auprès de notre

(1) On trouve à la Bibliothèque Nationale (Nouveau d'Hozier 187), cette

généalogie de la famille Herment,

Michel Herment, proc. du roi à Nangi, viv. 1630 dont :

Nicolas Herment, médecin à Melun, viv. 1660. Ep. Jeanne Odigé Rousseau,

dont :

I. Nicolas, contrôleur de la maison de Mgr le Prince de Condé + en 1704, dont :

— André, conseil, au présidial et baill. de Melun. Ep. Antoinette Bélanger dont :

— André, avocat.

II. Jean, qui suit :

Jean, conseil, médecin ord. du roi. Ep. en 1650. Jeanne Presle, fille de Jean, bourg, de Paris et de Marie le Clerc, dont : I. Jean, qui suit.

II. Anne. Ep. en 1707, Jean Daniel de Geste, srde Villeneuve, écr, gentilh. de S. A. R. Mgr le duc de Lorraine, sans enfants.

III. Jeanne. Ep. 1710. Antoine Belot, ecr, conseil, du roi, notaire au Châtelet, de Paris, s. enf.

Jean, conseil, méd. ord. du roi, anobli par S. M. en oct. 1719. Ep. I. Françoise Courtillères. fille de Pierre, bourg, de Paris et de Marie La Fons. II. 17 mai 1718 Jeanne de la Lande, fille de François, ofnc. de Mgr le duc d'Orléans, et de Jeanne Roussel, dont :

Jean Marie, ecuyer, contrôleur de l'ordre milit. de St-Louis, âgé de 8 ans en 1720.


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 23

personne, en qualité de l'un de nos médecins ordinaires, mais encore au public, toutes les fois qu'il s'est agi de le secourir dans les occasions les plus périlleuses, le dit sieur Jean Herment ayant été envoyé, par ordre du feu roi, en différentes provinces de notre royaume, affligées de maladies contagieuses, pour en arrêter les suites et le progrès, y ayant donné, avec un succès singulier, des preuves de sa capacité et de son expérience, et ayant souvent exposé sa vie pour le soulagement de nos sujets, ainsi qu'il est attesté par le certificat qu'en a donné le 24 juillet 1715 notre chancelier

de France savoir en 1709 au Mans et à Soissons,

en 1714 dans la Brie, la Champagne et la Bourgogne, en 1715 dans la paroisse de Limai près Mantes, soit encore en sa qualité de médecin des prisonniers de l'Etat détenus à la Bastille et à Vincennes, soit comme étant chargé de veiller aux maladies stagnantes de la ville dé Paris.... »

Le roi, par un témoignage d'estime spéciale, avait aussi permis à Jean Herment de mettre une fleur de lis dans ses armes et d'Hozier lui avait composé un blason ainsi conçu : « d'azur à un phénix d'argent posé sur son bûcher de gueules, les vols étendus et une fleur de iis d'or posée en chef. L'écu timbré d'un casque de profil orné de ses lambrequins d'or, d'azur, d'argent et de gueules ».

La science du vieux médecin n'empêcha pas son fils de mourir le 27 septembre 1739 âgé de 27 ans seulement. 11 n'avait jamais été marié.

Sa soeur, Jeanne-Anne Herment, qui fut aussi son héritière, épousa au mois d'avril 1741, Jean du Houlley, chevalier, baron de Saint-Martin du Houlley ; puis, devenue veuve, se remaria à Messire Laurent-Marie Chappe, chevalier, conseiller du Roi en son grand Conseil.

Sa fille, Anne-Renée-Cécile du Houlley, épousa dans l'église Saint-Gervais de Paris, le 15 mai 1764, Daniel de Loynes (1), chevalier, seigneur de Mazères, capitaine au

(1) Daniel de Loynes, chevalier, seigneur de Mazères, de la Thiaudière et autres lieux, onzième enfant de Jehan de Loynes d'Autroche et de Thérèse Chartier, fut baptisé à Saint-Michel d'Orléans, le 3 septembre 1732. Il fut capitaine au régiment de Blois ou de la Sarre et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, en 1767. Il fut représenté à l'assemblée de la noblesse du baillage d'Orléans en 1789. Resté à Orléans pendant l'émigra-


24 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

régiment de la Sarre. Il laissa Fumichon à l'un de ses fils, Claude de Loynes de Mazères, baron de Fumichon, qui, par contrat du 24 juin 1816, vendit le domaine à Mme JulieFrançoise - Adélaïde Vauquelin, épouse de Maurice-JeanFrançois-Pierre Thulou de la Bectière, président du tribunal

tion, il obtint le 5 juin 1793 la radiation de son nom de la liste des émigrés du département du Calvados et main levée du séquestre apposé sur ses biens dans les départements du Calvados et d'Eure-et-Loir. Il décéda à Mazères (Loiret) à l'âge de 70 ans, le 22 octobre 1802. Il avait épousé en la paroisse Saint-Gervais de Paris le 15 mai 1764, Anne-Renée-Cécile du Houlley née le 18 octobre 1743 de haut et puissant seigneur messire Jean du Houlley, chevalier, baron châtelain haut justicier de Saint-Martin-du-Houlley, seigneur honoraire de Firfol, Saint-Martin-du-Houlley, Saint-Léger-du-Houlley, seigneur de la Lande, conseiller du roi en sa cour du Parlement, et de dame Jeanne-Anne Herment, baronne de Fumichon, dame de Saint-Pierrede-Chanteloup, Chilliers, Barrât, Baudet, Bellemare. Elle décéda à Orléans le 27 avril 1805.

Marie de Loynes, tante de Daniel de Loynes de Mazères, avait épousé en 1698, messire Adrien du Houlley, chevalier, baron châtelain d'Ouilly, Seigneur de Firfol et de la Lande et conseiller de la Cour des Aides de Paris, les enfants de Daniel de Loynes de Mazères et de Cécile du Houlley furent :

Alexandre-Jean-Louis-Anne, chevalier, Baron du Houlley, baptisé, le 25 février 1765, en l'église Saint-Gervais de Paris. Il eut pour parrain Jean de Loynes, chevalier, seigneur d'Autroche, chevalier d'honneur au baillage et siège présidial d'Orléans, représenté par messire Louis de Loynes de Morett, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, colonel d'infanterie et pour marraine Jeanne-Anne Herment, baronne de Fumichon, veuve de messire Jean du Houlley et actuellement épouse de messire Laurent Chappe, chevalier, conseiller du roi en son grand conseil.

Baron du Houlley (Normandie) seigneur de Mazères (Sologne), il fut lieutenant au régiment de la Sarre-Infanterie en 1789. Il décéda à Orléans le 13 octobre 1830.

Il avait épousé, le 20 octobre 1793, Elisabeth-Zoé Colas des Francs, née le 3 août 1778, fille de François Colas des Francs et de Marie-Thérèse Miron. Elle décéda à Orléans le 19 août 1828.

De ce mariage :

— Adelaïde-Zoé de Loynes du Houlley, qui épousa Gabriel Baguenault de Viéville.

— Alexandre-Ernest du Houlley, qui épousa : 1° Thais Colas des Francs et 2° Emilie Anjorrant.

— Esther de Loynes du Houlley, qui épousa le comte de Murait.

— Louise de Loynes du Houlley, qui épousa Joseph Baguenault. Les autres enfants de Daniel de Loynes de Mazères furent :

1° Marie de Loynes de Mazères, qui fut baptisée le 3 mars 1766 et qui eut pour parrain Laurent-Marie Chappe, chevalier, seigneur de Fumichon et pour marraine Henriette Le Roy, épouse de François Duval, chevalier, conseiller du Roi au Châtelet de Paris. Elle mourut le 20 du même mois, à Paris, paroisse Saint-Paul.

2° Jean de Loynes de Mazères, décédé accidentellement en 1792, à Orléans.

3° Claude de Loynes de Mazères, seigneur, baron de Fumichon, fut baptisé à Orléans, le 9 août 1770. Il épousa le 18 janvier 1797, Félicité Seurrat de la Boulaie, fille de Jacques-Isaac Seurrat de la Boulaie, écuyer, seigneur des Coudreceaux, avocat au Parlement de Paris, député de la noblesse du baillage d'Orléans aux Etats généraux. Claude de Loynes, baron de Fumichon,


DANS LE MEL'VIN ET LE PAYS D'AUGE 25

civil de Bernay, pour la somme de 223.400 fr. — Enfin, vers 1870, M. Méry-Samson, qui a bien voulu nous en ouvrir si gracieusement les portes, l'acquit de M. Le Cesne, député du Havre, qui le possédait depuis quelques années.

Du bureau, où M. le Président, nous lit une notice historique, que M. le baron de Loynes de Fumichon a eu l'extrême obligeance de rédiger pour nous, nous passons dans les salons meublés avec beaucoup de goût. Des boiseries, des tapisseries, des meubles anciens, des tableaux, composent un harmonieux ensemble. Nous admirons surtout un magnifique portrait de Diane de Thiange, duchesse de Nevers, qui porte la date de 1672. L'art, trop souvent tumultueux du grand siècle, ne nous a guère habitués à cette grâce et à cette simplicité. Le visage charmant de la duchesse, teint frais nimbé de cheveux bruns, se détache d'un ensemble de gris légèrement teintés de bistre. Diane de Thiange tient à la main, dans un petit médaillon, le portrait d'une femme blonde qui lui ressemble. Elle relève un peu la tête et avance son bras nu.

Un dédale de petits couloirs nous mène à cette tour, dont la haute et lourde silhouette avait, dès l'arrivée, attiré notre regard. Elle est entièrement détachée du château, garnie de mâchicoulis et entourée de fossés. Une chambre, au second étage, contient une cheminée du xvie siècle, très simple et de belle ligne.

décéda à Orléans en 1822. C'est lui qui vendit la terre de Fumichon en 1816. Ses enfants furent :

Anne de Loynes de Fumichon, qui épousa, en 1813, Ephrem de la Taille.

Marie-Thérèse de Loynes de Fumichon, qui épousa en 1843, Solon de Romand.

Et Adrien-Jacques de Loynes, baron de Fumichon, qui épousa en deuxièmes noces, en 1853, Augustine de Tournemire (Auvergne).

La famille de Loynes, originaire de l'Orléanais, à pris son nom du hameau de Loynes, situé à une lieue de Beaugency ; ses premiers auteurs connus possédaient des fiefs dans cette contrée ; leur noblesse était primitivement militaire et on les voit prévôts et baillis de Beaugency, dès le xive siècle. Sa filiation remonte à Robin de Loynes, écuyer. Il rendit un aveu au duc d'Orléans, en 1353. Il descendait sans doute de Guillemin de Loynes qui vivait à Beaugency, à la fin du XIIIe siècle.

La famille de Loynes porte pour armes : Coupé, au premier de gueules, à la fasce gironnée d'or et d'azur, de six pièces, accompagnée de deux vivres d'argent, au deuxième d'azur, à sept besans d'or, posés quatre et trois. Couronne de baron. Ces renseignements, ainsi que la plupart des éléments de notre étude sur Fumichon et Ouilly du Houlley sont extraits d'une notice que M. le baron de Loynes de Fumichon a bien voulu rédiger, à l'intention de notre Société. Nous le prions d'accepter ici l'expression de notre vive gratitude.


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EXCURSION ARCHEOLOGIQUE

La façade Nord du château présente plus d'unité que celle qui donne sur la cour. Elle date, dans son ensemble, du temps de Henri IV et présente les principaux caractères de l'architecture du pays : mélange de briques et de pierres blanches, et croix et losanges de briques noires animant de leurs dessins l'étendue monotone des briques rouges. Nous retrouverons tout cela à la demeure voisine.

Des bois, au bord de la route, escaladent les coteaux. Nous mettons pied à terre et un chemin ombragé de pommiers nous conduit au château d'Ouiiïy-du-Houlley.

L'histoire en est très mouvementée. Il fut ruiné par les Anglais, presque détruit par la Ligue, changea de nom et

de seigneurs et garde dans ses constructions la marque de tant d'aventures. Tous les styles du xive au xvin 0 siècle s'unissent, pour faire de cette demeure, quelque chose d'admirable et d'attachant.

Autour d'une cour rectangulaire, le grand château rose élève ses murs de briques et la masse confuse de ses toits. A l'angle Sud-Est, court un petit cloître, surmonté d'un curieux bâtiment de colombage qui conduit à la chapelle, proche du pavillon d'entrée, dédiée à saint Jacques et saint Philippe. Au Midi, s'allonge une grande aile, de style Henri IV, coupée au milieu par un pavillon élevé.

Au fond, vers l'Ouest, une construction du xve siècle,

CHÂTEAU D'OUILLY-DU-HOULLEY.


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avec tourelle, s'appuie sur des tours plus anciennes qui la défendent vers la vallée. Au Nord, ce sont des bâtiments de briques, élevés au temps de Louis XIII. La tourelle d'escalier du xve siècle, les pavillons, de nombreux détails de style et de disposition rappellent le château de Carrouges, dont Ouilly-du-Houlley n'a pas cependant la noblesse et la gravité.

D'ailleurs, pour que l'analogie soit plus complète, nous verrons intervenir dans l'histoire de cette seigneurie le nom de Philippe Le Veneur.

Martin d'Ouillie, qui figure dans les rôles de l'Echiquier de Normandie, à la date de 1180, fut, des plus lointains seigneurs de ce lieu, le seul dont on ait conservé le nom. A la fin du xiie siècle, le fief d'Ouilly-le-Ribauld devint la propriété de la puissante famille des Crespin qui possédait aussi la baronnie de Tillières.

Charles V donna en 1376 ces deux seigneuries à Guy Le Baveux. En 1464, Ouilly appartenait encore à ses descendants. Il y eut cette année là un partage (1) entre Philippe Le Veneur (2), baron de Tillières (fils de Jean Le Veneur, sgr du Homme, tué à la bataille d'Azincourt et de Jeanne Le Baveux) (3), Philippe de Manneville et Catherine Le Baveux femme de Louvel L'Estendard. Ouilly resta dans le lot de Philippe de Manneville. Son fils, Jean de Manneville, vit ses biens séquestrés par Louis XI, pour le punir de n'avoir pas comparu aux montres de la noblesse du bailliage d'Evreux.

Puis, le domaine passa par alliance aux L'Estendard, aux Maintenon (4), puis aux Carvoisin d'Achy.

En 1605, Jean de Longchamp de Fumichon, ce fougueux

(1) A. DE CAUMONT. Statistique monumentale, t. V. Nous nous sommes servis fréquemment de cette source importante dans la suite de ce compterendu.

(2) Philippe Le Veneur, baron de Tillières, avait épousé en 1450, Marie Blosset, fille de Guillaume Blosset, seigneur de Carrouges et de Marguerite de Malestroit, et soeur d'Etienne Blosset de Carrouges, évêque de Lisieux de 1482 à 1505. De leur mariage naquit le cardinal Le Veneur, qui succéda à son oncle sur le siège épiscopal de Lisieux.

(3) Jeanne Le Baveux, était fille de Robert Le Baveux, baron de Tillières et d'Agnès Paynel.

(4) On trouve en 1540, René de Maintenon. — Gaston de Maintenon épousa en 1551, Marguerite de Nollent.


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capitaine de Lisieux dont nous avons vu les aventures, acheta Ouilly. De ses deux filles, l'une, Marie, porta Fumichon aux Rabodanges ; l'autre, Catherine, héritière d'Ouilly-leRibauld, épousa César d'Oraison. Ses descendants vendirent le domaine, à la fin du XVII 0 siècle, à Messire Adrien du Houlley (1), chevalier, seigneur de Firfol et de la Lande et conseiller à la cour des Aides de Paris. Il épousa Marie de Loynes en 1698. Bientôt après, en 1719, la seigneurie fut érigée en baronnie. Les paroisses d'Ouilly-le-Ribauld et de Saint-Léger-d'Ouilly (2) prirent le nom de Saint-Martin et de Saint-Léger-du-Houlley. La Révolution apportera de nouvelles modifications. On voudra rendre à Saint Martin-du-Houlley son ancien nom moins suspect, mais l'ignorance en fera « Ouilly-la-Ribaude ». Enfin, pour tout concilier, on a réuni les deux paroisses sous le nom d'Ouilly-du-Houlley.

Les du Houlley (3), qui portaient pour armes : d'azur à

(1) D'après une quittance. (B. N. Pièces orig. 1538) datée du 8 sept. 1720, Adrien du Houlley, ch., s' baron chastelain, haut justicier d'Ouillie, cons. du roi en sa cour des Aides de Paris demeurait à Paris rue du Pot de fer.

(2) Le patronage de ces deux paroisses appartenait à l'abbaye de SaintLaumer-de-Blois.

(3) Les dossiers généalogiques de la Bibl. Nat. nous ont permis de rédiger ce fragment de généalogie de la famille du Houlley : Jacob du Houlley, procur' fiscal au baill. vicomtal de Lisieux dont :

I. Jean qui suit :

II. Gabriel du Houlley dem. à Courtonne-la-Meurdrac qui fait un partage avec son frère le 7 janv. 1585.

Jean du Houlley, receveur des aides et tailles de l'elect. de la vie. d'Auge, dem. au bourg de Pont-1'Evêque anobli en 1594, ep. Marguerite Bréard, dont :

Adrien du Houlley, ec. sr de la Fontaine, Courtonne, Gouvis, les Essars, Argouges, Firfol, lieut. anc. civ. et crim. au baill. d'Evreux et Orbec. Ep. Barbe le Blanc, veuve d'Adrien le Monnoyer, s. de la Dive, le 9 déc. 1608, fille de Pierre le Blanc, sr du Rollet, maître d'hôtel ord. de S. M. Maître des cérémonies du g' prévôt de Normandie, et de Marquerite de Sallon, dont :

Jean du Houlley, ecr s'de Gouvis, de la Roque, la Fontaine, s1 Christophe, Beaulieu. Ep. le 6 déc. 1655 Louise de Hejebert, fille de Henri, s*, de la Motte et de Clavelle et de Louise de Guiri (Hejebert : d'azur à un chevron d'or chargé sur la pointe d'une rose de gueules et accompagné en chef de trois étoiles à 6 raies d'or et en pointe d'une fleur de lis de même), dont :

I. Jacques du Houlley qui suit :'

II. Marie du Houlley, dame du Barquet.

Jacques du Houlley sr de Beaulieu, ép. par contrat du 2 mars 1685 Marie du Tellier, fille de Pierre sr de la Hauteroque et de Geneviève Piètre, dont : I. Nicolas qui suit : II. Geneviève du Houlley, qui ép. le 21 octob. 1706, Jean-Baptiste Lambert, ec', sr d'Argences.

Nicolas du Houlley sr de Gouvis et de Courtonne, ep. par contrat du


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trois ombres de soleil d'or, 2 et 1, la première à cinq raies, la seconde à six, la troisième à sept, avaient été anoblis en 1594 en la personne da Jean du Houlley, seigneur de la Fontaine, receveur des aides et tailles de l'élection de la vicomte d'Auge, qui avait épousé le 15 avril 1560 Marguerite Bréard.

Adrien du Houlley et Marie de Loynes eurent quatre enfants, trois fils et une fille (1), encore vivants à la mort de Mma du Houlley en 1720. L'aîné, Adrien, mourut en 1722 et son père le 9 octobre 1734.

Jean du Houlley, reçu conseiller au Parlement de Paris le 23 février 1740, épousa au mois d'avril 1741, nous l'avons déjà vu, Jeanne-Anne Herment, dame de Fumichon. Comme au temps de Jean de Longchamp, les deux domaines voisins se trouvèrent réunis dans la main d'un même seigneur. Par son mariage avec Anne-Renée-Cécile du Houlley, Daniel de Loynes de Mazères en devint propriétaire. Son gendre, M. Baguenault de Puchesse, vendit dans la suite Ouilly à un marchand de biens, M. Legris. Le propriétaire actuel, M. Pottier, racheta en 1861 le château séparé de la plupart des terres qui en dépendaient.

Un escalier voûté qui évoque une fois de plus le souvenir de Carrouges, nous conduit à de grandes salles désertes, dont nous réveillons les échos. Les parquets anciens, les pavés du Pré-d'Auge, les cheminées sculptées sont demeurés là, préservés par un oubli séculaire. Une salle à manger se loge au Sud-Ouest, en partie, dans une tourelle d'angle. Ici, rien n'a changé, ni les boiseries, ni leur peinture d'un gris bleuâtre,

15 déc. 1714, Marie-Louise de Giverville, fille de N... de Giverville sr de Trousseauville et de Françoise d'Aubert, dont :

Marie-Louise du H. née et baptisée à Courtonne La Meurdrac le 15 nov. 1715. Parrain Jean du Houlley sr de Gouvis ; marraine Marie du Tellier, veuve de Jacques du Houlley.

(1) B. N. P. O. 1538.

— Mémoire pour demoiselle Marie-Charlotte du Houley, héritière de messire Adrien du Houley, Conseiller en la Cour des Aydes et de dame Marie de Loynes, ses père et mère, et encore de messire Adrien du Houley, son frère, défenderesse et demanderesse.

Contre messire Jean et Jean du Houley ses frères mineurs émancipez, demandeurs et défendeurs.

(Paris) de l'imprimerie de Paulus-de-Mesnil, rue Sainte-Croix en la Cité, 1736, 4 p. in-fol.

Succession de M. Adrien du Houley.

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30 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

ni la fontaine de marbre blottie dans un creux du mur. Des corbeilles de fruits, peintes en camaïeu, ornent encore les trumeaux. C'est un palais de Belle-au-Bois-dormant, mais les plâtres du plafond s'écroulent, les lézardes se glissent, la cheminée s'est abattue et le lierre envahit les fenêtres qui regardent le Couchant.

Il faut se souvenir aussi de cette terrasse suspendue au flanc du château, d'où la vue s'étend sur des prairies, vers un calme horizon de collines. Le soleil de midi y fait éclore des fleurs, au hasard, contre les vieux murs de briques. Une tourelle s'y dresse, enveloppée de lierre et dans la salle par où il faut passer, on entrevoit, sur le manteau de la cheminée, les lambeaux d'une fresque où Mercure apparaît avec des fantômes de déesses.

Autre chose nous attend. Le château abrite aussi une laiterie voûtée qui possède une curieuse particularité. Un mot dit à voix basse dans l'un des angles est entendu fort distinctement par une personne placée dans l'angle opposé. Plusieurs de nos confrères se livrent à une série d'expériences, concluantes d'ailleurs et pittoresques. Mais, c'est assez de jeux innocents. Il faut se hâter de partir ; non sans avoir remercié le propriétaire actuel, M. Pottier, de son aimable accueil ; nous devons encore visiter l'église de Rocques. Nous y arrivons après avoir entrevu, à gauche de la route, le château d'Hermival-les-Vaux (1), jolie construction du xvie siècle, sans splendeur, mais séduisante par son allure honnête et la fraicheur des prairies qui l'entourent.

L'église de Rocques a conservé quelques parties du xme siècle. Mais de nombreux remaniements lui ont fait perdre son caractère primitif. Les chevets des transepts sont percés de larges fenêtres à trois baies de style flamboyant. Tout cela n'est pas de très grand intérêt. Mais Rocques a pour nous attirer un magnifique porche de bois

(1) B. N. carrés d'Hozier 343. — 3 janvier 1715. Constitution de 90 1. de rente au principal de 1800 1. passée au prollt de Pierre de Piperei, ecr, sr de Marolles, conseiller du Roi et Vicomte de Moyaux, demeurant dans son manoir seigneurial, paroisse dudit Moyaux, par François d'Oinel ecr, sr patron d'Hermival, conseil, du Roi en sa cour des Comptes, Aides et Finances de Normandie et dame Marie du Tellier, veuve de Jacques du Houlley, sr de Courtonne.


EGLISE DE ROCQUES (Porche). Dessin de M. Léon Patrie.



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du commencement du xvie siècle, ou plutôt deux porches juxtaposés, perpendiculaires l'un à l'autre et dont les charpentes sculptées, merveilleusement touffues, supportent de hautes toitures. Un des piédroits porte les armes de l'évêque de Lisieux, Jean Le Veneur (1) et, plus haut, la façade sur la route est décorée d'une salamandre.

L'église possède un mobilier intéressant : une statue de saint Roch dans le croisillon sud, un grand tableau de la Confrérie de la Charité, fort mauvais du reste mais qui se recommande par cette inscription : « Ce tableau a esté faict faire des deniers de la charité de céans. 1639 », des débris de pierres tombales armoriées, et surtout le trésor de la Confrérie : une paix d'argent du xvie siècle, dix-huit mereaux ou jetons d'assistance, le registre d'inscription des Confrères de 1516 à 1758 et douze torchères de bois peint et doré, de style Louis XIII, plus curieusement sculptées que séduisantes d'aspect.

Nous prenons un sentier qui, à travers des herbages, nous fait gravir un coteau. Puis nous traversons un bois et voici dominant la valléede la Touques,le château d'Ouilly-le-Vicomte où M. Descours-Desacres, non content d'avoir guidé notre visite à Rocques, veut encore avec Mme Descours-Desacres nous accueillir et même réparer nos forces, avant de nous laisser continuer notre chemin. Bientôt l'heure nous presse; nous sommes forcés de regagner Lisieux où le déjeuner nous attend et nous nous éloignons à regret de l'hospitalière demeure qui, sur la colline où elle s'élève, ouvre ses fenêtres à un immense horizon.

LISIEUX La Cathédrale

« L'évêque Herbert, dit M. Louis Serbat (2), commença en 1035 une cathédrale qui fut achevée par son successeur Hugues d'Eu. En 1136, la ville étant assiégée par Guillaume

(1) Jean Le Veneur, flls de Philippe Le V., baron de Tillières et de Marie Blosset de Carrouges et neveu d'Etienne Blosset de Carrouges, évêque de Lisieux de 1482 à 1505, auquel il succéda. Le vendredi 7 nov. 1533, il fut créé cardinal du Titre de Saint-Barthélémy en l'Ile. Il mourut le 7 août 1543. Gallia Christ. XI, 801.

(2) Guide archéologique du Congrès tenu à Caen en 1908, par la Société Française d'Archéologie. Paris 1909, in-8°


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Plantagenet, un incendie détruit cet édifice. L'évêque Arnould entreprend une reconstruction. A sa mort en 1181, la nef, le transept et une partie du choeur étaient terminés. L'évêque Jourdain du Hommet, qui siégea jusqu'en 1218, l'aurait achevé ; mais en 1226, un incendie qui n'aurait attaqué que les combles, provoque quelques réparations. C'est à cette époque, dit-on, que Guillaume de Pont-de-1'Arche aurait élevé les chapelles du déambulatoire et les deux tours. Certaines de ces dates sont à retenir ; d'autres ne s'appliquent peut-être pas très exactement aux parties de l'édifice déjà citées ; néanmoins elles constituent des points de repère qui ont aussi leur utilité ; il est possible de les interpréter.

« Deux tours, avec salle au rez-de-chaussée, flanquent une première travée qui précède une nef de huit travées, bordée de chaque côté d'un collatéral et d'une suite de chapelles. Le carré du transept est surmonté d'une tour-lanterne. Les croisillons sont munis d'un collatéral à l'Est. Le choeur comprend quatre travées droites et un chevet en hémicycle. Sur le déambulatoire, s'ouvrent deux chapelles demi-circulaires, et, dans l'axe, une longue chapelle de trois travées, terminée par une abside à trois pans.

« Le soubassement des tours, remanié au xme siècle, conserve quelques fragments d'appareil à gros joints datant du xie siècle ; mais, en général, il appartient à la construction commencée en 1149. Il en est de même de la nef, du transept et de la partie basse du choeur, jusqu'au chevet- exclusivement. Toutes ces portions se placent très bien vers 1181. Le choeur se serait élevé assez lentement à partir de cette date et la tour-lanterne, non prévue dans le plan primitif, aurait suivi ; mais il est difficile de penser, qu'en 1218, le chevet en hémicycle, le déambulatoire et les chapelles fussent déjà achevés. Ces morceaux sont homogènes et, certainement, les chapelles n'ont pas été bâties après coup. Le déambulatoire avait un plan très régulier : il présentait trois chapelles, y compris celle de l'axe, remplacée au xve siècle, mais qui a existé semblable aux autres. Toute cette dernière partie de la cathédrale pourrait donc s'accorder plutôt avec la date de 1226. Enfin, l'achèvement


LE VIEUX LISIEUX d'après les « Plans et profite de Normandie ».



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aurait eu lieu par la façade et les tours, dont l'une a été reprise à la fin du xvie siècle ».

Nous venons de voir que la chapelle de l'axe avait été réédifiée au xve siècle. Le nom de celui qui la fit construire ajoute à l'intérêt de son architecture la valeur d'un grand souvenir. L'évêque Pierre Cauchon voulut qu'elle fut un durable témoignage des remords qu'avait laissés dans son âme la condamnation de Jeanne d'Arc. Sans doute, cette preuve de repentir lui aura valu le pardon ; mais la justice ne perd pas ses droits et, par les soins de M. le Curé, une statue de Jeanne d'Arc triomphante se dresse sur la dalle même qui couvre le tombeau de son persécuteur.

On a retrouvé, il y a quelques années, dans le blocage d'un mur les fragments d'une statue brisée du XVe siècle, représentant un évêque couché et provenant d'un tombeau. Certains ont pensé que c'était la statue tombale de Pierre Cauchon. Cette attribution est peut être un peu audacieuse. En tout cas, rien ne l'établit sûrement. On a déposé cette statue dans le croisillon Nord qui renferme aussi deux enfeus, ou monuments funéraires, fort intéressants. « Le soubassement de l'un, dit M. Serbat, présente cinq têtes inscrites dans des médaillons circulaires. Des palmettes ornent les écoinçons. Ces têtes, d'une très belle sculpture, paraissent, à première vue, appartenir ainsi que leurs encadrements, au XHC siècle, mais un examen attentif des détails prouve que ce travail n'est pas antérieur au xvie siècle. Dans le fond de l'enfeu ont été appliqués deux bas reliefs du xnr 3 siècle, figurant des chevaliers, l'épée et le bouclier au côté. Le second enfeu est également en plein cintre. Le coffre reste nu. Des carreaux émaillés remplacent la statue disparue. Au fond, les sculptures forment deux registres : dans le bas, des anges assis, deux par deux, portent des phylactères. Dans le haut, deux anges tiennent sur des linges une petite figure qui représente l'âme du défunt emportée au ciel. Ces bas-reliefs sont peut-être un peu plus anciens que les chevaliers du premier enfeu, mais ils sont aussi d'un très beau caractère, particulièrement dans les draperies. Devant cet enfeu, une statue tombale, replacée sur un socle moderne, a toute le gaucherie des travaux de la région pendant le xne siècle.


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Elle représente un ecclésiastique revêtu de la chasuble et muni d'une crosse, mais sans mitre. »

Une table de marbre blanc, dans le choeur, recouvre les restes de Léonor II de Matignon, évêque de Lisieux, mort en 1714, et, dans beaucoup de parties du pavage, sont encastrées des dalles funéraires. La plupart des inscriptions sont effacées. D'autres tombeaux ont disparu, soit lorsque les huguenots, conduits par Fervaques, pillèrent la cathédrale le 9 mai 1562, soit à l'époque de la Révolution. Dans la chapelle de la Vierge, on voit encore une suite de bas-reliefs de la Renaissance, représentant des donateurs ou des défunts à genoux devant la Vierge ou l'Enfant-Jésus. Ces groupes devaient correspondre à autant de tombes destinées aux chanoines de la cathédrale. Une représentation analogue se trouve au croisillon Sud.

Le mobilier est aussi fort intéressant. A l'extrémité du croisillon Sud se trouvait une tribune de chêne sculpté destinée aux musiciens et portant pour cela le nom de sainte Cécile. Elle a été transformée avant 1870. Mais le dessous de cette tribune a conservé un magnifique plafond à caissons du xvie siècle. Il se trouve enfermé dans le tambour de la porte du Paradis, ainsi appelée, nous dit M. le Curé, parce que c'était par là que sortaient les enterrements en marche vers le cimetière.

Citons encore les stalles du choeur qui datent du xive siècle ; dans la chapelle Sainte-Anne un autel d'argent repoussé, moderne, dans le style du xne siècle, exécuté d'après les dessins de M. Danjoy, architecte, et une curieuse série de six grands tableaux représentant des scènes de la vie de saint Pierre et de saint Paul commandés vers 1770 par un chanoine pour le choeur de l'église. On les a placés dans les chapelles. Leur principal mérite est d'être l'oeuvre d'artistes rouennais. Ils sont tous, sauf un, signés et datés. (1)

(1) Prédication de saint Pierre (chapelle Saint-François), signé : Larrieu, 1771. Saint Pierre guérissant les paralytiques, signé : Robbin, 1771.

Saint Paul converti sur le chemin de Damas (transept Sud) signé : Lacourt 1771.

Saint Pierre ressuscitant Thabite (chapelle du Perpétuel secours), signé : Lemonnier. Saint Pierre délivré de prison (chapelle Saint-Joseph), non signé.

Saint Paul devant l'aréopage (chapelle N.-D.-de-la-Salette), signé : Lagrenée, 1771.


LISIEUX — PLAX DE L'ÉGLISE ST-PIERRE.



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Un autre tableau, pendu au mur du transept Nord, est infiniment plus intéressant. C'est un Saint-Sébastien attribué sans preuves à Annibal Carrache. Il provient de la collection des évêques. Une chapelle latérale de la nef renferme une Extase de saint Jérôme. Enfin, on voit dans la sacristie les portraits du cardinal Le Veneur et des évêques Jean Le Hennuyer, Léonor II de Matignon et Jacques-Marie de Condorcet.

Le Cardinal Le Veneur avait fait ériger, dans la première moitié du xvie siècle, une chaire épiscopale de pierre de Vernon qui était, dit-on, un fort bel ouvrage. Des réparations urgentes obligèrent à la sacrifier en 1691.

La chaire à prêcher actuelle est sans intérêt. Elle remplaça' en 1850 une chaire plus ancienne où Bossuet avait prêché. Quelques fragments de vitraux du xve siècle subsistent aux fenêtres du collatéral Sud de la nef, et celle du déambulatoire ont conservé des dais du xve siècle, un Martyr de saint Jean du xnr 3 siècle et une Lapidation de saint Etienne du xve siècle. On a eu l'heureuse idée de reconstituer, dans les verrières modernes qui ornent les autres fenêtres, une intéressante suite d'armoiries des évêques de Lisieux.

Pendant que nous errons dans les chapelles à la recherche des souvenirs et des objets d'art qui s'y trouvent, par une gracieuse attention de l'organiste, M. Garcin, les chants de l'orgue s'élèvent sous les voûtes sonores, et nous avons, dans ce décor admirable, le plaisir d'entendre deux chorals de César Franck exécutés par un maître.

Le palais épiscopal, qui sert aujourd'hui de Palais de Justice, a été bâti sur l'emplacement de l'ancien château des évêques de Lisieux. L'aile qui donne sur la place fut édifiée vers 1640 par Philippe de Cospéan. Elle est en briques, avec chaînages de pierre blanche.

Léonor I de Matignon (1) continua la reconstruction des bâtiments qui donnent sur la cour et qui contiennent des appartements magnifiquement décorés. L'un surtout, la

(1) Léonor I" de Matignon, fils de Charles, comte de Thorignyetd'Ëléonore d'Orléans, fille du duc de Longueville, évêque de Lisieux de 1648 à 1677. Il mourut à Paris le mercredi 14 février 1680.


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chambre dorée, est d'une véritable splendeur. Le plafond à caissons est orné de peintures polychromes et en camaïeu et de médaillons en grisaille. Au centre, un grand médaillon quadrilobé nous montre des anges supportant les attributs de l'épiscopat et les armes de Matignon. La cheminée porte un panneau : la découverte du feu, par Jacques Stella. Il faut noter aussi un très beau portrait du duc de Bourgogne en costume romain.

On peut voir, dans le cabinet du président du tribunal, une toile ancienne représentant Jupiter nourri par la chèvre Amalthée. Elle n'est pas excellente, mais ne mérite pas l'épais barbouillage qu'on lui a imposé, dans le louable dessein de rhabiller un peu une nymphe.

Le neveu et successeur de Léonor de Matignon, Léonor II (1) de Matignon, embellit extrêmement le palais. Il fit dessiner par Le Nôtre de merveilleux jardins qui s'étendaient vers Ouilly-le-Vicomte et rebâtit les bâtiments en façade sur ces jardins. Ils furent détruits en 1808. Il n'en reste qu'un immense escalier, que la tradition attribue à Mansart et qui porte dans sa rampe de fer forgé les L. et le M, initiales de son constructeur.

Ceux qui ont lu un ouvrage qui fut très à la mode il y a une soixantaine d'années, les Souvenirs de la marquise de Créquy, ont sans doute gardé le souvenir de la sottise véritablement prodigieuse que cet ouvrage attribue à Mgr de Matignon. « Lorsque l'abbé de Matignon fut arrivé chez son oncle, l'Evêque de Lisieux, on s'empressa de lui montrer la cathédrale en lui disant que c'étaient les Anglais qui l'avaient bâtie : « Je voyais bien, dit-il, avec un air dégoûté que cela n'avait pas été fait ici... »

Du même encore, cette lettre savoureuse : « Quand la princesse de Monaco, sa belle-soeur, fut accouchée de son premier enfant (le marquis de Baux), il s'empressa d'annoncer une si bonne nouvelle à son frère aîné qui était à l'armée ;

(1) Léonor II, fils de I-'rançois Goyon, comte de Thorigny et de Gacé et d'Anne Malon de Bercy, né à Thorigny le 5 sept. 1637. Kvêque de Lisieux le 14 mars 1677. Mort le" 14 juin 1714.

(2) Souvenirs de la marquise de Crequy, par Maurice Cousin, C'e de Courchamps, n"" éd. Paris Garnier 1865, t. II, p. 93-94.




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mais il avait négligé de s'informer, de quel sexe était le nouveauné et vous allez voir comme il se tira d'affaire. : « Je suys « de présent à Torigny venu pour les cousches de vostre « chaire femme quy a failly mourir et quy vient d'estre « heureuxement délivrée d'un gros enfant quy fait des crys « de chouhette en colesre, au point que j'en suys si joyeux « et troublé que ne vous saurais dire encore si je suys son « oncle ou sa tante. Adieu seyez monsieur mon frère et bien « des complimens.

f LÉON, Evêque et Comte de Lisievx ».

M"r de Matignon avait un talent tout particulier pour le style épistolaire car la pseudo-marquise de Créquy, ajoute: « la duchesse de Brissac, affirmait et nous a juré ses grands dieux qu'elle avait réellement reçu de lui qui se trouvait à Gacé, chez leur cousin de Matignon, l'original de cette sotte lettre qui se voit à présent dans tous les recueils de jannoteries : « Madame, sachant combien vous aimez les perdrix rouges, je vous en envoie six, dont trois grises et une bécasse. Vous trouverez ma lettre au fond du panier ».

On peut s'amuser de ces histoires, à condition de n'en pas croire un mot. Les mémoires de la marquise de Créquy sont absolument apocryphes, on le sait depuis longtemps, et si l'évêque de Lisieux avait été si bête, Saint-Simon l'aurait certainement dit. Il semble au contraire avoir été un prélat libéral et fastueux, et quel témoignage de son bon goût, que ces merveilleux jardins qu'il créa ! Il fut de plus un fort honnête homme, très généreux et charitable. Il fonda deux hôpitaux pour les pauvres et, lorsqu'il mourut, le 14 Juin 1714, après trente-sept ans d'épiscopat, il leur laissa par testament 50.000 livres et donna 20.000 livres pour construire le maître-autel de la cathédrale.

La rue de la Paix est fort pittoresque ; de vieilles maisons de bois la bordent de leurs façades de colombage ou de bardeau. Au numéro 30, un poteau cornier porte un écu chargé de deux fasces. Ce fut sans doute la demeure d'un


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membre de la famille d'Harcourt, qui fut chanoine de Lisieux au xve siècle.

Devant nous, s'élève l'église Saint-Jacques.

Nous cédons la place à M. Ch. Puchot, l'érudit secrétaire de la Société Historique de Lisieux, qui a bien voulu nous autoriser à publier ici une étude qu'il a faite sur cette église :

« L'origine de la paroisse Saint-Jacques est fort ancienne. L'église actuelle a été commencée en 1496, sa dédicace n'eut lieu que le 1er Juin 1540.

Avant d'entreprendre la construction, des habitants de la paroisse se transportèrent à Pont-1'Evêque pour examiner l'église Saint-Michel qui venait d'être édifiée. Elle fut prise pour modèle, mais Guillemot de Samaison, maître de l'oeuvre, donna à son travail plus d'importance, plus d'unité et plus d'élégance.

L'église Saint-Jacques est due, en grande partie, à la générosité de la famille Le Vallois, ainsi que le rapporte un document des archives du château d'Ecoville, au dos duquel on lit : « Devis de l'église Saint-Jacques de Lysieux, « fondée, dotée et faicte bastir par les Seigneurs de Putot « et du Mesnil-Guillaume, portant le nom de Valois ».

Aussi le blason de cette famille est-il placé à plusieurs endroits, comme un témoignage de reconnaissance de sa générosité.

Cette église fut édifiée en peu d'années, puisque Louis Le Vallois fut inhumé dans le choeur en 1505 et puisqu'une verrière du choeur, donnée par la famille de la Reue, est datée de 1501.

C'est sans doute à la rapidité avec laquelle elle fut construite, au moins en grande partie, qu'on doit l'unité de style, ce qui est rare dans un monument de cette importance.

Vitraux

L'église Saint-Jacques était ornée de riches verrières ; la fenêtre du milieu de l'abside, le Christ en croix, est ancienne dans la plus grande partie. Trois autres verrières sont complètes : dans le choeur, côté Nord, une verrière avec personnages en pied entre chaque meneau ; au-dessus de la chaire, une


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belle fenêtre représentant en tableau, la scène de l'Apocalypse XVII-I-VI : la grande Prostituée de Babylone ; au bas de l'église dans une chapelle côté Sud, en petits tableaux, le miracle de Saint-Jacques de Compostelle. C'est le récit d'un pèlerinage entrepris par une famille, composée du père, de la mère et de leur fils. Il en est parlé dans la Légende dorée (1) et dans les Bollandistes à la date du 25 Juillet.

Dans le premier compartiment, on voit la famille couchée dans un grand lit à baldaquin, le père au milieu. La servante de l'auberge, pour se venger du jeune homme qu'elle avait voulu séduire, place une tasse d'argent dans sa sacoche. Dans le second tableau, le jeune homme, regardé comme voleur, est arrêté et condamné à être pendu. Dans le tableau suivant, il est au gibet, les parents désolés continuent leur pèlerinage.

Dans le quatrième tableau, les parents reviennent de Compostelle, trouvent encore leur fils pendu. Il leur dit : Rassurez-vous, Saint-Jacques me soutient. En effet on voit Saint-Jacques à genoux qui le porte sur ses mains.

Dans le tableau suivant, les parents sont chez le juge qui est à table et l'assurent que leur fils leur a parlé: « C'est aussi vrai qu'il est vivant, disent-ils au juge, que le coq qui est sur votre table va se lever et chanter ». Le coq rôti se. lève et chante. Le juge surpris, ordonne de donner le jeune homme à ses parents ; dans le dernier tableau, le fils est remis à son père et à sa mère et la servante coupable est condamnée au feu.

Dans la tracerie de la verrière, il y a deux sujets qui ont trait à la légende, peut être une variante. Dans un, les pèlerins poursuivis passent sur un pont qui s'écroule derrière eux ; sur l'autre, un personnage emporte sur son cheval le corps de son fils dans un linceul. Par l'effet d'une vision, il lui semble que son fils est monté derrière lui et lui dit qu'il jouit dans le ciel d'un bonheur parfait.

Dans le bas de la verrière, une procession. Le clerc qui porte

(1) La légende dorée dit que cette aventure arriva l'an 1020, dans la ville de Toulouse à un Allemand qui se rendait avec son fils à Compostelle. La version donnée par le vitrail de Saint-Jacques est beaucoup plus amusante et plus détaillée.


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la bannière a une tunique aux armoiries de la paroisse ; deux bourdons ou torches, cantonnés de quatre coquilles. Les frères de la Charité suivent le clergé, au nombre de quatorze, avec leurs torches. La bannière représente la Sainte Vierge, accompagnée de deux saints tenant un long bâton, sans doute des pèlerins, ou les patrons de la confrérie, saint Jacques et saint Christophe. Dans un médaillon on lit : Cette vitre a été faicte aux dépens de la Charité de cette paroisse en l'an MDXXVI (1526) ainsi qu'on peut l'induire des débris ci-contre, conservés avec soin dans la restauration en MDCCCLIX (1859).

Fresques de la voûle de la nef

Chacune des travées de la voûte est ornée de peintures qui forment une intéressante décoration. Celle du bas de l'église, après l'orgue, occupe toute la largeur jusqu'à la retombée de la voûte ; pour augmenter la perspective ces peintures diminuent de largeur jusqu'à l'abside, il est regrettable que celles du choeur soient restaurées dans des tons trop lourds, ce qui semble abaisser la voûte.

Dans la première fresque, à la clef de voûte, est l'écu des Le Valois, au coeur d'or avec trois croissants, deux et un, au chef avec trois roses ; dans les arabesques, on voit des hommes de couleur fauve qui tiennent des banderolles sur lesquelles est écrit le Regina Coeli.

La seconde clef de voûte porte le blason de la paroisse et des figures comme la fresque précédente, deux de ces personnages semblent soutenir un coeur rouge.

Dans la troisième, sur un cartouche, la date de 1552.

Dans la suivante, encore des personnages de couleur ; sur la clef de voûte, les armes de la famille de la Reue (1). Les peintures de la voûte du choeur sont surtout composées de fleurs et de feuillages. Du calice d'une large fleur, sort le buste du Père Eternel et, des autres, des anges tenant des instruments de musique. Les clefs sont ornées de divers blasons.

(1) La famille de la Reue avait son manoir rue Haute-Boucherie.


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE

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Sur les piliers et dans les chapelles on voit les restes de tableaux funéraires.

On a dit, et peut être pas sans raison, que les détails de ces fresques avaient été inspirés, par les récits de la découverte du nouveau monde, auquel les navigateurs Honfleurais allaient déjà.

Dans un document des Archives du Calvados relatif à Saint-Jacques, on trouve la quittance d'un peintre qui en 1792, a reçu 40 1. 5 sols pour ouvrages aux armoiries de la voûte de l'église et des chapelles. Il serait intéressant de savoir qui avait commandé le travail, la quittance ne le dit pas, c'est peut être à ce badigeon qu'on doit leur conservation.

Mobilier

Les stalles, dit M. de Caumont, dans la statistique monumentale, pourraient faire l'objet d'un travail spécial, elles

sont au nombre de soixante-dix. Les stalles hautes sont de la Renaissance, les miséricordes sont travaillées dans le goût du jour, avec une imagination capricieuse qui rappelle les allégories fréquentes

au moyen-âge. Ainsi l'on voit un animal chimérique, un singe habillé en moine, un écureuil, un fol, un homme portant un fardeau, un sanglier et un lapin, un homme battant du tambour, une truie tenant une bourse avec sa patte.

Les stalles basses sont de l'époque de Louis XIV, elles proviennent de l'abbaye du Val-Richer ; les miséricordes représentent alternativement un alérion et des feuilles d'acanthe.

Les boiseries qui servent de dossiers aux stalles hautes sont de l'époque Henri II.

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LISIEUX. — Eglise Saint-Jacques. Miséricorde des Stalles d'honneur (Dessin de M. Besnard)


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EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

L'autel du choeur a été fait à Munich en 1870, il est riche d'ornementation, les tableaux enluminés du tombeau représentent des scènes de l'ancien testament, séparées par la statuette d'un prophète, celles de la crédence, des scènes de la Passion ; aux extrémités, les Apôtres, statuettes fort

artistement travaillées, mais le tout est d'un ensemble fragile. La chaire est nouvelle, elle s'harmonise avec le monument ; les potelets sont revêtus d'imbrications comme le sont souvent les boiseries des anciens manoirs Lexoviens. L'église n'a pas trop souffert du mauvais goût du xvnr 3 siècle; auxportes latérales, on a fait disparaître l'ornementation qui remplissait les moulures, au grand portail, on a fait de même, on a aussi détruit le pilier central et la rosace qu

LISIEUX. — Place Victor-Hugo.

(Cliché de M. H. de Brébisson)


LISIEUX. — Cave de M. Uutheil, 29, Grande-Rue.



DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D AUGE

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remplissait l'ogive, et remplacé ces motifs gothiques par une gigantesque porte sans caractère. »

Au numéro 29 de la Grande-Rue, M. Dutheil, coiffeur, ouvre une trappe dans le plancher de sa boutique et, par

un escalier raide et obscur, nous descendons dans une cave très curieuse, du xme siècle, composée de deux nefs à trois travées. Elle a, comme dimensions, 12 mètres 50 de longueur sur 5 mètres 50 de large. Deux colonnes octogones supportent les voûtes. L'une d'elles a un chapiteau rond. La base de l'autre semble faite d'un chapiteau renversé, car on aperçoit dans la terre des moulurations godronnées.

Puis après avoir fait, chez le pâtissier, un arrêt que M. etMme Tournouër ont l'amabilité d'ajouter au programme, nous commençons, à travers lesrues et les ruelles de Lisieux, une promenade d'un pittoresque achevé. Les couloirs obscurs, les cours les plus retirées, n'ont pas de secrets pour M. Gaston Piquot, sculpteur de grand talent, qui nousguide. Place Victor Hugo, n° 3 (autrefois place des Boucheries), habita jadis un pâtissier qui fit sculpter une galette, emblème de sa profession, sur la façade de sa demeure. Les maisons voisines élèvent

aussi de hauts toits et des pignons cuirassés de bardeaux. Au numéro 22, nous suivons un couloir, nous traversons une cour aux allures de coupe-gorge. Il s'agit simplement d'aller voir un écusson aux armes du Cardinal Le Veneur, au pied d'un petit escalier tournant.

Une autre ruelle, aussi étroite, aussi peu séduisante... De petites cours... Nous traversons même une cuisine, à la file indienne, et nous voici dans un jardin charmant, en

LISIEUX Armes du Cardinal Jean Le Veneur sur une console en bois (Maison 32, place VictorHugo).

Dessin de M. F. Besnard


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EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

terrasse au dessus de l'Orbiquet. La rivière, profondément encaissée, coule, rapide, dans l'ombre, entre des murs moussus.

Des pignons se dressent au bord; des haillons sèchent sur l'appui des lucarnes. Des murs de briques mettent çà et là leurs couleurs chaudes. Entre deux toits, très haut, dans le soleil, paraissent les tours de la cathédrale.... Et nous continuons la promenade à travers un magasin de draps.

Depuis le xvie siècle, la rue aux Fèvres a moins changé encore que ses voisines. On y voit la plus vieille maison de Lisieux, le manoir de Formeville, construit par empilement, et qui remonte sans doute au xive siècle, peut être même à la fin du xme.

Aux numéros 19 et 21, les manoirs de la Salamandre et de François Ier, si étroitement unis qu'ils n'avaient à eux deux qu'un

escalier, sont les maisons les plus richement décorées de toute la ville. Les sablières du rez-de-chaussée portent des

rinceaux et des médaillons. Une porte a gardé son accolade et ses panneaux. Tous les potelets sont décorés. Un singe, sous un oranger, doit être l'ancienne enseigne. Une grande lucarne, également sculptée et surmontée d'un épi de faïence, coupe le versant du toit. L'intérieur a été plus abîmé que la façade. On y voit encore des poutres sculptées, supportant des solives disposées la pointe au centre. Au premier étage,

les poutres sont encore plus richement décorées de sujets de chasse. Une belle cheminée à manteau sculpté est restée

LISIEUX. -Manoir delà Salamandre

(rue aux Fèvres)

Motifs en bois sculpté de l'entrée

(Dessin de M. Félix Besnard)

LISIEUX.

Manoir de la Salamandre.

Tête de Console sculptée.

(Dessin de M, Félix Besnard)


LISIEUX. — Cour du Manoir de la Salamandre. (Dessin de .17. Léon Patrie).



DANS U-: LI.iUVIN ET LE PAYS D'AUGE 45

là et aussi un très beau panneau du xvie siècle, échantillon de la boiserie qui ornait autrefois la salle et qui, achetée par la famille de Formeville, a été transportée à Caen.

Dans une sorte de cour des miracles, infecte, puante, mais extraordinairement pittoresque, au bout de laquelle coule YOrbiquet, nous voyons la tourelle d'escalier du manoir Carrey, dont la société du Vieux-Lisieux a fait son siège et son musée. Pour y entrer, nous ferons le tour par la rue d'Ouville. Cette maison, bâtie de pierre, ce qui est presque rare à Lisieux, est triste, grise, humide, mais d'un beau style du xve siècle. Dans une salle du rez-de-chaussée, M. Piquot a reconstitué une scène d'intérieur. Le bourgeois est assis à table. Sa femme lui tient compagnie et leur lils, svelte et beau comme un page, appuyé à la cheminée, regarde flamber l'âtre.

Le Musée renferme un certain nombre d'objets intéressants, meubles, étoffes anciennes, gravures, et surtout une belle collection de pavés émaillés des fabriques du Pré-d'Auge.

Après ces randonnées, la fatigue commence à venir et motive des défections. Pourtant, les intrépides passeront encore la Touques pour aller voir l'église Saint-Désir. Ils entreront au passage chez M. Bidet, pharmacien, GrandeRue, qui possède une collection de pots de pharmacie de faïence ancienne et visiteront, rue de Caen, numéro 77, l'ancienne auberge où descendit Charlotte Corday se rendant à Paris pour y accomplir son beau crime.

L'église Saint-Désir (1), construite en 1758, ancienne paroisse, puis chapelle de l'abbaye de Bénédictines, est extrêmement laide. On peut pardonner à sa façade qui est au moins de belles proportions. Mais l'intérieur dépasse en mauvais goût tout ce qu'on en pourrait dire. Il y a pourtant un tabernacle Louis XV, délicieusement sculpté, mais d'un style qui porte peu à la dévotion.

(1) On conserve dans l'église Saint-Desir, un Trésor provenant d'une Confrérie de Charité, fondée en 1436 :

Jetons ou mereaux d'assistance.

Croix de procession, argent massif (xvme s.)

Paix en argent.

Majesté contenant les épttres et évangiles des fêtes solennelles de l'année sur vélin relié d'aisserie avec lame d'argent gravée et ornée de vermeil, figures en bosse et fermoirs d'argent.


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EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

SECONDE JOURNÉE (deUdi 18 Août)

• Nous sortons de Lisieux vers 7 heures et demie, entre deux rangées d'usines et de maisons basses qui ne rappellent que peu les architectures admirées hier. Bientôt, la route se débarrasse de ces laideurs pour nous permettre d'apercevoir à droite, dans le creux de la vallée, au bord de la Touques,

le pittoresque manoir de Saint-Hippolyte, autrefois nomme le Pont-Mauvoisin et qui appartint longtemps à la famille de Tournebu.

Peu après Saint-Martin-de-la-Lieue, commencent à se dresser de chaque côté de la route des ormes et des hêtres débris des avenues de Saint-Germain-de-Livet. Puis au bas

CHÂTEAU DE SAINT-GERMAIN-DE-LIVET — (Cliché de M. II. de Brébisson).


LISIIÏUX. — Impasse d'Ouville (Cour du Manoir Carrey). (Dessin de M. Léon Patrie).



DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 47

d'une côte, tout à coup, voici, sous la voûte de deux marronniers, le porche enguirlandé de lierre, qui nous introduit dans la cour du château. Devant nous, au delà de douves qu'envahissent des mousses et des algues dorées, s'élève une construction d'un style charmant et bizarre : un pavillon d'entrée, flanqué de deux minces tourelles, prolongé à gauche par un bâtiment long, terminé lui-même par une tour. Tout cela construit en briques vertes émailées, et en pierres blanches disposées en damier, avec des frises sculptées et des niches qui contenaient des statues. A droite, s'élève le pignon de bois d'une construction plus ancienne.

La cour intérieure, à cinq côtés, où nous pénétrons, nous réserve de séduisants détails. Le bâtiment du xve siècle qui occupe toute la partie Nord, en dépit des badigeons et des enduits dont on l'a tristement affublé nous charme encore par les débris des têtes d'animaux fantastiques qui ornaient ses poutres. Une porte a conservé ses clous (1) du xve siècle et sa serrure ouvragée.

En face, un cloître s'ouvre sur la cour par trois arcades sculptées. I abrite encore les restes des statues tombales des seigneurs de Tournebu, expulsées de l'église au cours d'une restauration. Des frises à rinceaux courent sur la façade au-dessus et au-dessous des fenêtres du premier étage. La plus haute de ces frises porte cette inscription, en grandes lettres enlacées à des arabesques : « Finis laudat opus ». Le toit qui s'enlève au dessus a gardé des tuiles vernissées jaunes et vertes.

Dans la sa^le à manger déserte, devant la cheminée qui abrite encore un contrefeu orné des écussons de Bernières et de Tournebu, M. Pierre de Cenival évoque rapidement quelques-uns des seigneurs anciens de Livet.

Les premiers dont on puisse retrouver la trace sont des membres de la famille Tyrrel, descendants de ce Gautier Tyrrel, qui en l'an 1100, tua d'une flèche, à la chasse, par accident, Guillaume Le Roux, roi d'Angleterre et duc de Normandie.

Au xne siècle, Baudouin Tyrrel, fils de Richard, fit don au doyenné de Lisieux des bénéfices de Saint-Germain-de-Livet.

(1) Décrits par R. BORDEAUX. Serrurerie du Moyen-Age, 1858, in-4°.


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Hugues Tyrrel confirma cette donation par une charte datée de 1201, se réservant les droits de juridiction, de banalité de moulin, corvées et aides coutumières, sur les hommes de la seigneurie.

La terre de Livet passa, dans le courant du xive siècle, avant 1388, à la famille des Louvet qui possédait déjà dans le pays, depuis le xne siècle, la seigneurie de Bonnevillela-Louvet. Un sceau pendu à une quittance du xve siècle, à la Bibliothèque Nationale, nous a conservé leurs armes. L'écu portait trois têtes de loup. Une autre servait de cimier ; et deux loups pour supports.

En 1462, Livet passa à la maison de Tournebu (1), par le mariage de Pierre de Tournebu, seigneur de la Vacherie et de Saint-Vast, avec Jeanne Louvet, dame de Livet, fille de Guilbert Louvet, et de Marie de Mailloc.

Le petit-fils de Pierre de Tournebu, Jacques, Baron de Livet, augmenta ses domaines de la terre de Pontmauvoisin, toute proche, par son mariage avec Geneviève Le Pilois, héritière de cette seigneurie. Il servit avec distinction en Italie sous le règne de François Ier.

Tous ces seigneurs furent des féodaux campagnards, puissants, de moeurs rudes, et grands guerriers. Une légende que nous a fait connaître M. Ch. Puchot, révèle bien leur caractère et se distingue par une jolie saveur normande.

Un Tournebu, pour quelque félonie, se vit bannir de la Cour. Le roi de France lui défendit de se présenter devant lui à pied, à cheval ou en voiture. Un jour, le roi s'apprêtait à combattre un ennemi. On lui annonce que le seigneur de Tournebu, suivi de ses vassaux, est à la porte du camp et demande à combattre avec l'armée. « Comment, dit le roi, ose-t-il aller contre mes ordres?—Sire, il n'est ni à pied, ni à cheval, ni en voiture ». Intrigué, le roi se rend à l'entrée du camp. Il voit le seigneur de Tournebu, entouré de ses hommes, tous montés sur quatre cents boeufs.

Tournebu salue le roi et lui demande la faveur de combattre

(1) Pour l'histoire de la famille de Tournebu voir l'article du dictionnaire de Moreri, de nombreux passages de LA ROQUE : Histoire de la Maison d'Harcourt et Recherches sur la famille de Tournebu dans les Mémoires, de a Soc. des Antiquaires de Normandie, 1" série, t. X, p. 122.


DANS LE LIEUVIN ET LE l'AYS D'AUGE 49

pour lui, mais d'une manière indépendante et quand il croira le moment venu. Le roi accepte.

Au moment où les chances du combat sont indécises, le seigneur de Tournebu donne le signal. Les vassaux poussent leurs montures et les quatre cents boeufs s'élancent sur l'ennemi. La belle charge ! Naturellement, la victoire reste au roi de France.

La légende ajoute que les boeufs avaient été dressés à la course, dans le grand herbage de Saint-Germain-de-Livet.

Le petit-fils de Jacques de Tournebu, Robert de Tournebu, Chevalier, Baron de Livet, seigneur du Pont-Mauvoisin, du Mesnil-Eudes et autres lieux, hérita de sa mère Marie de Croismare (1), (descendante d'une famille qui avait occupé de grandes places au Parlement de Rouen,) des goûts plus intellectuels que ses prédécesseurs guerriers. Il fit des études juridiques et fut bailli de Lisieux. Il épousa le 11 Avril 1586, Madeleine de Seghizo, fille de Marc-Antoine de Seghizo (2), seigneur de Bouges en Berry, chevalier de l'ordre du roi, premier écuyer tranchant de la reine mère et capitaine de Vernon. Ces Seghizo, originaires de Modène, étaient venus en France avec Catherine de Médicis. La profitable parenté de Jean-Baptiste de Gondi, son premier maître d'hôtel leur valait des faveurs nombreuses. Madeleine de Seghizo était fille d'honneur de la reine-mère. Celle-ci, comme cadeau de mariage, donna à Robert de Tournebu un brevet de gentilhomme de sa chambre.

C'est à ces influences civilisatrices que nous devons la construction de la plus intéressante partie du château. Robert de Tournebu n'avait pas attendu son mariage pour commencer les travaux. Dès 1578, il éleva la chapelle seigneu(1)

seigneu(1) des de Croismare : d'azur à un lion d'or passant.

(2) Les Seghizo portaient : bandé d'or et d'azur, de six pièces. Marc Antoigne Seghizo, fils de noble homme Jean-Baptiste Seghizo, Seigneur de Bouges, conseiller et maître d'hôtel de la Reine mère, épousa en 1538 D 118 Catherine Maignard, dame de Houville, seule héritière de Jean Maignard Seigneur de Houville, avocat du Roi au Parlement de Rouen et de N. Gombault. Le contrat fut reçu par Richard, notaire royal de la prévôté de Paris, en présence et de la volonté du Roi, en la garde duquel Catherine Maignard était chez la Reine. B. N. Cab. d'Hozier 310.

Les Maignard avaient pour armes : d'azur à la bande d'argent, chargée de trois quintefeuilles de gueules.

Le mss. fr. 5346 de la Bibl. Nat. p. 43, contient une copie du curieux testament de Jean Maignard, 1537.


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EXCURSION AKCHÉOI.OGIQUK

riale attenant à l'église. Puis en 1584 le pavillon d'entrée du château. Le reste fut fini en 1588.

Robert de Tournebu eut deux fils, Anne (1), l'aîné fut seigneur de Saint-Germain-de-Livet et premier président aux requêtes du Parlement de Rouen. Son fils, André, capitaine de chevaux-légers, ne laissa pas d'enfants, mais ses nombreuses dettes nécessitèrent en 1658, après sa mort, la vente sur décret de son domaine. Ce fut la cause de volumineuses procédures qui ont au moins le mérite de nous donner une

description détaillée « du fief noble de Saint-Germain-de-Livet, relesvant do Monseigneur l'Evesque et Compte de Lisieux à cause do la baronnie de Glos, ayant le dict fief les droicts honorables en la dicte paroisse de Livet, droicts de chasse, de pesche, colombier, moulin à bled, garenne, court, usage et jurisdiction, forfectures, aubaines et tous autres droicts

à nobles fiefs appartenans et consiste le dict domaynne

non fieffé en un chasteau enc'os de bastiments à divers uzaages, avec une petite cour pavée, environnée de mottes et fossez plains d'eau, avec un pont levys, avec une basse

CHATF.AU DE SAINT-GERMAIN-DE-LIVET. — (Cliché de M. II. de Brébisson.

(1) Anne de Tournebu, épousa Françoise de Prunelé, 1111e de Charles de Pi-unelé, et de Madeleine Pinarl.


DAI1S LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 51

cour encloze tant de murailles que bastiments » un jardin, deux bois de haute futaie sur les pentes des deux coteaux et plusieurs fermes. — Cinq fiefs nobles en relevaient, ceux du Breuil, d'Auge, du Routout, du Mont-aux-François et du Boulley.

Le château et la terre ne sortirent pas de la famille. Ils furent rachetés par Mre François de Tournebu, chevalier, seigneur du Pont-Mauvoisin, cousin-germain du défunt et fils d'Antoine de Tournebu, seigneur de Bouges, chevalier de l'Ordre et d'Elisabeth de Courtarvel de Pezé (1). Cet Antoine de Tournebu s'était remarié vers 1640 à Jacqueline de Gruel (2), déjà veuve deux fois, la première,- de Gilles Vipart, baron de Silly, chevalier de l'Ordre, gouverneur de Montereau, et la seconde fois de Louis de Mion, chevalier, baron d'Auvillars. Antoine de Tournebu connut de grands ennuis, causés par les nombreux enfants issus des deux premiers mariages de sa femme. Car, tandis que Louise Marie de Mion tracassait sa mère à propos de rentes impayées, les sept enfants Vipart qui n'avaient à eux sept que 1700 livres de rente, prétendaient bien se faire donner quelque supplément par elle. Celle-ci jugeait avoir assez fait, en les élevant à ses frais « sans rien épargner, selon leur condition » et ne voulait rien entendre, gardant ses préférences et son argent pour les petits Tournebu derniers nés. Et les sept Vipart, pour obtenir ce qu'ils désiraient, se livraient aux plus coupables violences, s'emparant par force du château de Silly, en expulsant leur mère avec ses enfants et ses domes(1)

domes(1) des de Courtarvel de Pezé : d'azur au sautoir d'or, cantonné de seize losanges de même, rangés trois et un, dans le sens de l'orle.

(2) Jacqueline de Gruel, fille d'Emmanuel-Philibert de Gruel, seigneur de Thouvoye, chevalier de l'ordre du Roi et gentilhomme ordre de sa chambre et de Jeanne d'O.

Les de Gruel portaient d'argent à trois fasces de sable.

Il existait dans l'élection d'Argentan, une autre famille de Gruel, maintenue dans sa noblesse le 14 avril 1666. Elle descendait de Nicolas de Gruel, avocat à Exmes, mort avant 1562, et portait : d'azur à trois grues d'argent, becquées et membrées d'or, posées deux et un.

Cf. A. CHOLLET. Bulletin de la Soc. hist. et archéol. de l'Orne, 1901, t.XX, 2e fascicule, ff. 203 à 211.

(3) Les de Vipart avaient pour armes : d'argent au lion de sable armé et ampassé de gueules.

Cf : Généalogie de la maison de Vipart en Normandie, dressée... par Mre François Augustin de Vipart, écuyer, sieur de Neuilly. S. 1. 1751, in-4">.

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tiques et repoussant avec pertes le lieutenant général de Pont-1'Evêque, chargé d'exécuter contre eux les arrêts du Parlement. Antoine de Tournebu finit sa vie en procédures pour sa femme, bien heureux encore d'avoir la paix, du côté des enfants du premier mariage du premier mari de a dame.

« Son fils François, l'acquéreur de Livet, épousa en 1651, Marie de Guitton, dont il eut deux fils. L'aîné, Pierre de Tournebu, racheta la baronnie de Tournebu près Falaise, qui était sortie de ia famille, par mariage, vers le milieu du xve siècle. Sa femme, Elisabeth Le Couteulx, lui donna un fils, Jean-Henri qui fut ondoyé le 23 Septembre 1684, dans l'église Saint-Maclou de Rouen (1). On tarda à compléter les cérémonies; aussi le 7 Avril 1708, 24 ans après, dans l'église Saint-Sulpice à Paris, put-on assister au spectacle assez pittoresque du baptême de M. de Tournebu, mousquetaire du roi, demeurant rue des Canettes « chez M. des Fossés, maître en fait d'armes ». Le parrain et la marraine furent deux pauvres. Le nouveau baptisé fut fait prisonnier peu de temps après, à la bataille d'Audenarde.

Il mourut le 26 Juillet 1723, avant son père, qui laissa sa succession à Jacques de Tournebu, son frère, en 1731.

La petite fille de ce dernier, Marie Pierre de Tournebu, était encore très jeune quand elle hérita de lui en 1734. Elle épousa en premières noces Mre Pierre-François-Jean-Baptiste de Bernières, chevalier, seigneur de Mondrainville, puis, après 15 ans de veuvage, en 1788, âgée au moins de 60 ans, elle se remaria à (2) Louis-François-Pierre Louvel de Janville, président de la Chambre des Comptes de Rouen, qui n'avait guère que quinze ans de moins qu'elle. Les vertus de M. de Janville suppléèrent à ce que cette union avait d'un peu disproportionné. Son biographe (3) nous apprend que « beaucoup plus jeune que son épouse, il ne cessa toute sa vie d'avoir pour elle les attentions les plus marquées et de lui prodiguer les soins les plus tendres ».

(1) Bibl. Nat. Pièces orig. 3866.

(2) Armes des Louvel : d'azur au chevron d'argent, accompagné en chef de deux coquilles d'or et en pointe d'un griffon du même.

(3) PIERRE-AIMÉ LAIR. Notice sur M. de Janville. A Caen de l'imprimerie de F. Poisson S. d. in-8», 15 p.


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Il fut, du reste, le plus délicieux des présidents ! Il se montra si débonnaire dans ses rapports avec les contrebandiers confiés à sa justice, qu'on lui fit quelques reproches en haut lieu. Et l'excellent homme répondit en se comparant à ces épouvantai s qu'on met dans les arbres à fruits, plutôt pour effrayer les oiseaux que pour les tuer. Il s'occupait de culture et de jardinage, avait inventé une pomme de terre, composait

patiemment un herbier et inscrivait des vers d'Horace ou de Virgile, aux portes de ses pépinières. Il mourut en 1808, âgé de 65 an?, laissant la vieille présidente confiée aux bons soins d'un certain chevalier de SaintLouis qui eut garde de ne pas se laisser oublier dans son testament.

C'est ce chevalier, Claude Joseph de Moyria que nous trouvons comme usufruitier du domaine, de 1810 à 1832. Après sa mort, le château

revint à M. de Foucault (1) cousin de Mme de Janville. Il sortit de sa famille vers 1878, date à laquelle Mme du Bisson, née de Foucault, le vendit à Mme Goblet, grand'- mère du propriétaire actuel, M. Lesur.

Le château de Saint-Germain-de-Livet était resté presque intact et peu différent de l'état où l'avait laissé Robert de Tournebu. Mais vers 1860, il subit une restauration qui fit, mais en vain, pousser les hauts cris à M. de Caumont.

(1) Armes des de Foucault : d'or à la croix ancrée de sable, soutenue de deux lions affrontés de même, armés et lampassés de gueules.

CHÂTEAU DE SAINT GERMAIN-DE-LIVET. (Cliché de M. le Comte Becci).


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EXCURSION AKCHEOI.OGIQUK

On eut l'idée, pour ménager une vue sur « trois saules au milieu d'un pré à faucher » de raser les constructions, analogues à celles qui subsistent et qui fermaient les deux derniers côtés de la cour.

Il y avait, à l'angle sud-est de la basse cour, un charmant colombier octogonal du xve siècle décoré des écussons des Tournebu et des Mailloc (1). On ne lui fit pas grâce. Enfin la décoration intérieure fut refaite et mieux vaut n'en pas parler.

Une salle où nous pénétrons a gardé quelques débris de son antique beauté. Aux murs s'effacent lentement les derniers vestiges de ces fresques, où Pierre de Tournebu, sans doute, en souvenir de ses campagnes, fit représenter la bataille de Pavie. Des fantômes de guerriers se dressent encore devant les tours d'une ville forte. Aux poutres paraissent des rinceaux et des personnages pâlis. Entre les deux fenêtres, le corbeau qui soutient une poutre porte encore sculpté l'écusson des Tournebu : d'argent à la bande d'azur. A l'angle

de la vieille cheminée, deux femmes regardant à une fenêtre ont été protégées par la poulie du tournebroche. Car la salle décorée par Pierre de Tournebu n'est plus aujourd'hui qu'une cuisine.

La visite se poursuit, très attristante, dans des appartement déshonorés par une polychromie lamentable.

yueiques-uns ont conserve leurs pavages de carreaux vernissés du Pré d'Auge.Les dessins s'enlèvent en jaune ou en vert sur un fond brun rouge, ou en bleu vif sur un fond blanc. Mais on a eu la précaution de les badigeonner d'une couche d'ocre, qui leur permet de tenir leur place dans la laideur de l'ensemble. L'église de Saint-Germain-de-Livet n'a pas eu un sort plus heureux. Arcisse de Caumont vit encore l'ancienne église

(1) Armes des Tournebu : d'argent à la bande d'azur. Armes des Mailloc : de gueules à trois maillets d'argent.

CHÂTEAU DE ST-GERMAIN-DE-LIVET Verrou du xv siècle dans la cuisine


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romane à laquelle Robert de Tournebu avait ajouté, au xvie siècle, une chapelle seigneuriale, dans le même style que le château. Vers 1865, presque tout cela fut démoli. Seule la porte de la chapelle de Tournebu demeure entière, avec ses bossages vermiculés. Au-dessus, dans un cartouche, se lit cette inscription : « Soli Deo, honor et gloria » et la date 1578.

Mais les trois statues où Robert de Tournebu, Madeleine de Seghizo et leur fils, Anne de Tournebu étaient représentés, agenouillés sur leurs tombeaux, malgré les protestations de

A. de Caumont (1), ont été jetées dehors et le cloître du château abrite leur ruine irréparable.

Mailloc élève au milieu des prairies qu'arrose la rivière d'Orbec, une masse imposante, dans le style du xvne siècle, mais flanquée à ses quatre angles de quatre tours rondes probablement plus anciennes. Des fossés, maintenant comblés, entouraient autrefois la cour d'honneur et le château.

Devant le perron, M. le comte de Colbert-Laplace nous accueille. Il nous fait entrer dans un immense salon, tendu de

(1) A. DE CAUMONT. Annuaire des cinq déparlements de la Normandie, 1860, p. 468-473.

A. DE CAUMONT. Bulletin monumental, 1861, p. 626.

CHÂTEAU DE MAILLOC. — Façade principale (Cliché de M. H. de Brébisson).


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EXCURSION ARCHEOLOGIQUE

tapisseries admirables, à sujets tirés de la Jérusalem délivrée. Là nous écoutons M. A. de Colbert-Lap ace qui nous lit une étude très documentée sur Mailloc.

Après de gracieuses paroles de bienvenue, M. A. de Colbert-Laplace, appelant à l'aide la philologie, 1 hypothèse et la légende, essaie d'écla'rc'r quelque peu la très intéressante mais obscure question des origines. Il nous emporte jusqu'aux époques problématiques où, bien avant l'occupation romaine, des aventuriers barbares, du nom de Mailloc, auraient abordé

aux côtes gauloises, et, remontant les rivières, seraient venus s'établir ici.

Au xie siècle, l'histoire apparaît avec Jean de Mailloc qu> suivit en Terre-Sainte le duc Robert de Normandie. Il semble le plus ancien auteur connu d'une famille féoda'e qui se perpétua jusqu'au xvme siècle, et s'éteignit en 1724, avec Mre Gabriel-René, marquis de Mailloc « riche et fort extraordinaire », dit Saint-Simon, mais qui fut en réalité un pauvre homme très malheureux. Fort riche, il l'était, si on n'avait égard qu'au nombre et à l'étendue de ses terres; mais tout cela était grevé de dettes si lourdes qu'elles pesèrent sur toute la vie du marquis de Mailloc. Il lui fallut d'abord disputer son beau marquisat de Mailloc à un président au Parlement de

CHATEAU DE MAILLOC. — (Cliché de M. H. de Brébisson)


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Rouen, Bigot de Monville, qui semble avoir été peu scrupuleux. Pour cela, il fallait de l'argent. Le marquis de Mailloc en trouva en épousant une vieille dame, de vingt ans plus âgée que lui, Marie de Cheusses. Elle mourut en 1710. GabrielRené la remplaça. Mais son légitime désir d'être l'aîné dans son ménage lui fit faire une union encore plus disproportionnée que la première. Le 7 juillet 1720, âgé de 70 ans, il épousa une jeune fille de 23 ans, Claude-Lydie d'Harcourt. Il mourut peu après, sans enfanis, cela va sans dire, avec ce dernier chagrin d'être le dernier de son nom. Les lambeaux de sa succession furent âprement disputés.

Après la mort de Claude-Lydie d'Harcourt, le domaine fut acquis, le 27 mars 1760 par Sophie-Françoise Lalive de Bellegarde, comtesse de Houdetot. La propriétaire songea dit-on à y installer Jean-Jacques Rousseau. Elle ne mit pas ce projet à exécution et nous priva ainsi d'un bien intéressant chapitre des Confessions. Mailloc resta pour les de Houdetot une simple opération financière d'emploi de fonds. En 1785, il fut racheté par M. de Couvert de Coulons, président à mortier au Parlement de Normandie. Sa famille vendit Mailloc, en 1813 à M. le marquis de Portes (1) grand-père de M. le comte de Colbert-Laplace, propriétaire actuel.

Pendant une si longue série de siècles, Mailloc a connu des fortunes diverses. L'ancien château féodal, probablement très important, fut complètement détruit pendant la guerre de Cent ans. On releva les ruines, mais, vers la fin du xviie siècle le château était en si mauvais état que le marquis de Mailloc dût le faire réédifier en grande partie.

Mailloc connut encore de mauvais jours pendant la Révolution et le commencement du xixe siècle Le château devint un grenier à foin et les splendides tapisseries qui ornent le salon servirent à boucher les trous de la toiture. En 1840, une restauration complète refit de Mailloc la belle demeure que nous admirons.

M. A. de Colbert-Laplace, à l'aide de documents originaux, a reconstitué entièrement l'histoire de Mailloc.

(1) Le marquis de Portes avait épousé M1 c de Laplace fille du marquis de Laplace, membre de l'Institut, pair de France. Leur fille épousa M. le marquis de Colbert-Chabanais.


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EXCURSION ARCHEOLOGIQUE

Nous publions son travail à la suite de ce compte rendu. On y trouvera une foule de renseignements précieux sur les plans anciens du château, les détails de sa construction, ses chapelles, l'histoire féodale de la seigneurie, les fiefs dont elle se composait et qui en dépendaient et les redevances des vassaux.

Nous signalerons seulement ici deux droits pittoresques dont bénéficiaient les seigneurs. Pour le fief de Launoy, assis en la paroisse de Mailloc, le vassal deva't « dix jours de garde à l'huys de la chambre de la dame de Mailloc toutes fois qu'elle gist de gésine, » et p< ur le fief de Saint-Denis, tenu de i'Evêchécomté de Lisieux, les seigneurs de Mailloc avaient droit à la

haquenée sur laquelle l'évêque était monté le jour de son entrée à Lisieux et qu'il abandonnait à la croix Saint-Ursin, pour faire son entrée à pied dans la ville.

La lecture achevée, M. le comte de Coibert, avec une amabilité extrême, nous guide à travers les objets d'art et les meubles de prix dont sa demeure est remplie. Les murs sont ornés de beaux tableaux et de portraits de famille parmi lesquels nous citerons celui du marquis de Coibert enfant, en lancier rouge, et un ravissant Boilly.

Il faut encore signaler des canapés de style Louis XVI, couverts de toile de Jouy à personnages et qui meublèrent

A MAILLOC. — (Cliché de M. le Comte BecciJ.


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jadis le salon du célèbre Laplace ,de petites statuettes antiques de bronze, les bustes de Colbert, de Laplace et de Napoléor Ier par Chaudet.

Nous montons au premier étage. L'escalier, de grandes dimensions, porte dans sa rampe de fer forgé le chiffre de Lydie d'Harcourt, marquise de Mailloc. Au mur, une tapisserie du xvie siècle nous présente une assemblée de femmes jouant de divers instrumeits de musique. Da™s les chambres on remarque surtout un mobilier Louis XV de tapisserie au petit point qui est une merveille de grâce, et un lit de la Renaissance Italienne.

Le souvenir de Laplace (1) règne dans ces bibliothèques, admirablement installées où on conserve, avec son portrait, les livres et les papiers du grand savant.

On nous y montre aussi le bréviaire de Colbert, annoté de la main de son bibliothécaire Baluze.

Il faudrait encore noter bien des objets, les armes anciennes disposées en panoplies, ou les pavagesduPré-d'Augequiornent certaines pièces. Mais, la tâche serait trop longue, car Mailloc, par la splendeur de son ameublement, est digne de son passé et du nom doublement historique de son propriétaire.

Le déjeuner à Fervacques, dans la grande salle de l'hôtel du So eil d'Or, méritera une place toute spéciale dans nos annales gastronomiques. La qualité des mets qu'on nous y servit autour de tables fleuries nous fit bénir l'hôtelier. Ici pour la première fois depuis que nous parcourons les auberges figura au menu un « trou normand » C'est-à-dire qu'entre le « gigot flageolets » et le « dindonneau sauce mayonnaise », nous fûmes invités à boire un petit verre de « Calvados »

(1) M. le comte de Colbert-Laplace, ancien secrétaire d'Ambassade, ancien député, conseiller général a été autorisé par décret du 21 décembre 1874 à relever le nom de son aïeul le marquis de Laplace.

P. Simon, marquis de Laplace, géomètre né à Beaumont-en-Auge (Calvados) 1749-1827. A 19 ans, prof, de mat. d'une école militaire. En 1784 examinateur de l'école d'artillerie, professeur aux écoles normales. Membre de l'Institut. Ministre de l'Intérieur ap. le 18 brumaire. En 1799, sénateur, puis président du Sénat, pair de France à la Restauration. Comte par Napoléon Ier. Marquis par Louis XVIII. — Ecrivain, compléta l'oeuvre de Newton sur le mouvement des planètes et la gravitation universelle.

Son éloge à l'Institut par Fourier. (Bouille{).


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EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

excellent. Il faut perpétuer les vieux usages. Nous en profitâmes pour trinquer à nos santés réciproques, Et tout cela fut accompagné d'une gaité délirante. On affirme qu'un député s'y compromit jusqu'au calembour et que plusieurs personnalités, tant ecclésiastiques que littéraires, ne dédaignèrent

dédaignèrent de le suivre sur ce terrain. Ce fut une heure inestimable.

L'avenue de vieux ormes qui mène au château, ayant mis en nous un peu de la gravité de ses voûtes, il nous fut facile de reprendre l'attitude qui sied pour admirer, au delà d'une rivière rapide et chantante, le pavillon fortifié du xvie siècle qui défendait jadis l'entrée d'un pont-levis. Celui-ci a été remplacé par un pont de pierre, et, en dépit de la menace des

CHÂTEAU DE FERVACQIES. — Pavillon d'entrée. (Cliché de M. 11. de Brébisson).


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mâchicoulis, la porte accueillante est grande ouverte aux visiteurs.

En 1821, après avoir profité de l'hospitalité de Fervacques, M. Gérard, professeur à l'Ecole royale de Musique et membre de la société d'Emulation de Liège, exhala sa reconnaissance dans une lettre descriptive (1), remarquable par l'extrême simplicité de son style, comme l'établit cette déclaration préliminaire : « Je sais et je ne me dissimule pas tout ce qui me manque pour traiter dignement un. pareil sujet ; aussi ne chercherai-je point à revêtir mes pensées et mes remarques de tous les ornemens de la poésie ; je n'invoquerai ni le Dieu de la lyre ni ses compagnes ; je n'irai point me prosterner aux pieds du Parnasse, pour y tremper ma plume dans l'Hippocrène, ... mais il est des déités plus humbles, par conséquent moins rétives, dont les secours me sont plus essentiellement nécessaires ; celles-là, je les appellerai sans cesse à mon aide, et, j'en suis certain, elles répondront à ma voix.

«Ainsi, sans dés'rer ni voulo r m'élever jusqu'à cette hauteur d'où l'aigle plane sur tout un pays qui se rappetisse sous ses yeux ; sans avoir les ailes d'un Zéphir pour f-anch'r à l'instant ces espaces qui m'en séparent et a 1er les visiter de nouveau ; sans avoir dis-je, et sans envier la douce voix de Phylomèle pour ajouter à tous leurs charmes en les chantant, je poursuivrai la douce tâche que je m'impose, je donnerai une idée, quelqu'imparfaite et superficielle qu'elle puisse être, du séjour et de la belle contrée que vous habitez. »

Prenons donc M. Gérard pour guide :

« Je m'arrête un moment dans l'avenue, pour y écouter le claquet des moulins, equel se joint au bruit des eaux qui fuient de tous côtés ; et avant de passer sur le ci-devant pont-levis, j'élève mes regards vers la tour à créneaux de l'antique castel attenant au château moderne, sous la voûte de qui l'on passe pour entrer dans la cour, dans cette grande cour qui ressemble à un jardin, par les tapis verts et par les massifs qu'elle renferme, comme et aussi parce qu'elle fait partie des jardins du côté de la rivière....

(1) GÉRARD. Lettre descriptive à M. le comte Astolphe de Custine, Paris, Klefler, 1821, in-8°.


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« J'entends à peu de distance le bru'.t sourd des cascades, de toutes ces eaux vives qui se roulent sur des cailloux, et viennent, de dehors, se précipiter dans les larges canaux qui ceignent en tous sens les jardins et le château : je me figure ouïr et revoir encore toutes ces naïades que tant de feuillages et d'épais buissons enveloppent de mystère ; toutes ces sources qui s'échappent en ruisseaux sinueux à travers les haies des vergers et semblent tenir à la vie par leurs murmures ».

Et M. Gérard continue par une minutieuse description» des milliers de plantes qui ornent de toutes parts i'uti e potager, » des jardins, des ombrages, des cascades « et de cette retraite

chérie du comte Elzéar de Sabran (1) » ce berceau solitaire formé d'un beau frêne pleureur « lequel est placé là tout exprès pour aller lire ou rêver tranquillement ».

Comme au temps où M. Gérard venait ici promener son lyrisme, 'es eaux courantes de la Touques entourent le château d'une claire et vivante ceinture. Les arbres qui l'abritèrent ont seulement près d'un siècle de plus.

Le château de briques et de pierres à bossages qu'éleva le maréchal de Fervacques, sous le règne de Henri IV, s'allonge au fond d'une cour ombragée à l'ouest d'un énorme platane, qui laisse, au dessous de ses branches, la vue errer sur la vallée.

(1) Frère de la marquise de Custine.

CHÂTEAU DE^FERVACQUES — (Cliché de M. le Comte Becci).


CHÂTEAU DE FEUVACQUES (Cliché de M. Léon Piqnol.



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Vers l'est, une aile plus ancienne, des xve et xvie siècles, est soudée à angle droit. On voit à l'intérieur, dans l'ancienne salle des gardes, une belle chenvnée et un plafond à poutres sculptées.

Montons les degrés du perron et entrons dans l'immense saleoù, rangés autourdu billard, nous écouterons M. Tournoiier nous raconter l'histoire des seigneurs du lieu :

« Fervacques, fief de haubert, re'evant de la baronnie d'Auquainville appartint du xne au xve siècle à la famille de Brucourt.

« Après l'expulsion des Anglais, la seigneurie vint aux

mains de Guillaume de Hautemer (1), sr du Fournet, héritier de Jean de Bfucourt, et resta dans cette maison jusqu'au xvne siècle. L'un de ses membres, le maréchal de Fervacques, se rendit tristement célèbre au temps de Ligue, par la domination absolue qu'il exerça à Lisieux même et par les excès qu'il commit ou laissa commettre dans toute la région.

« Guillaume de Hautemer, comte de Château-Villain, baron de Grancei, sr de Fervacques, naqu t en 1538 de Jean de Hautemer et de Anne de la Baume. Dès sa jeunesse, il

(1) Les de Hautemer avaient pour armes : d'or à trois fasces ondées d'azur.

CHÂTEAU DE FERVACQUES — (Cliché de M. h Comte Bscci).


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EXCURSION ARCHEOLOGIQUE

embrassa l'état militaire et se trouva à la bataille de Renti, gagnée en 1554 par Henri II. Peu de temps après, entraîné dans le parti huguenot, il se mit à la tête d'une bande de factieux, s'empara de Lisieux et du gouvernement de la ville, au nom du duc de Bouillon et au préjudice de Gui de Longchamp, sr de Fumichon, qui y commandait, pilla l'église cathédrale et mit dehors chanoines et prêtres, disant que la ville ne serait en repos que lorsque « la vermine de prêtraille » en serait chassée. Il devint la terreur des habitants (1),

dispersant les trésors des églises, profanant les reliques, poursuivant de sa haine :es catholiques, menaçant de mettre le feu aux quatre coins de la cité s'il ne pouvait en conserver le commandement. Il dut cependant calmer ses passions et modérer ses sentiments. « S'étant fait remarquer par sa bravoure incontestable à la bataille de Saint-Denis, en 1567, il fut créé chevalier de saint Michel puis reçut de Charles IX, le 8 juillet

juillet le gouvernement de Lisieux qu'il désirait tant, malgré le refus des habitants de le recevoir.-

« En 1574 il servait comme maréchal de camp au siège de Domfront. Confident de François, d\ic d'Anjou, premier gentilhomme de sa chambre, lieutenant-général de ses armées aux Pays-Bas, il trompa la confiance des Flamands en voulant s'emparer par surprise d'Anvers où il était reçu en allié et ne dut son salut qu'au prince d'Orange qui le tint enfermé et

(1) Les Huguenots s'étaient emparés des biens de la cathédrale. Fervacques avait, dit-on, pris pour logis la maison canoniale du titre de saint Michel, sur le Friche aux chanoines, aujourd'hui place Hennuyer n° 1.

(Note de M. Ch. Puchot).

CHÂTEAU DE FER\\\<:yuES.

Tour xv" siècle. — Porte d'entrée.

(Dessin de M. F. Besnard).


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE

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ne le renvoya que moyennant une rançon de 10.000 écus. « Après tant d'aventures et après avoir pris quelque temps le parti de la Ligue contre les royalistes, lcrvacques trouva l'appui de Henri IV qui se l'attacha, en reconnaissance de ses services et le combla d'honneurs. Il commanda de nouveau à Lisieux en 1592, assista le Roi aux sièges de Paris, Rouen,

Honfleur et Am'ens, fut créé chevalier du Saint-Esprit en 1595, maréchal de France en 1597 et enfin lieutenant-général au gouvernement de Normandie en 1605.

Fervacques, à a fin de sa vie, chercha à réparer les torts qu'.l avait causés principalement aux ordres religieux. Il fonda en 1612 une communauté de capucins à Lisieux et supporta en partie les frais de leur établissement. Il est regrettable qu'avec de si nob:es retours au b en, sa vie n'ait pas été sans tache. Les historiens sont en général sévères pour lui et la mémoire populaire le ménage moins encore. Certaines anecdotes font du maréchal un monstre de férocité. Elles ne

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CHÂTEAU DE FERVACQUES —(Cliché de M. Ch. Gillel).


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sont sans doute pas authentiques, mais n'est-ce pas trop déjà qu'on ait pu les mettre à son compte. On rapporte, par exemple, qu'il aurait, un jour, tiré un coup de feu sur un couvreur, pour le seul plaisir de le voir tomber du toit. Une autre fois, il rencontre deux religieux et leur dit brusquement : « Il y a l'un de vous pour Dieu et l'autre pour le diable », et, plaçant la gueule de son pistolet sur la poitrine de l'un d'eux, il dit : « Renonce à ta foi » —« Je refuse >- répond le moine — « Va donc à Dieu » poursuit Fervacques. Et il presse sur la détente. « Grâce, j'abjure ma foi » s'écrie le second moine — « Va donc au diable » et Fervacques le tue d'un second coup.

Ici, dans ce château dont il fit sa demeure principale, qu'il embellit et où il reçut Henri IV, nous ne nous souviendrons que de sa fidélité envers ce prince et de ses brillantes qualités militaires.

Guillaume de Hautemer mourut à Rouen le 14 novembre 1613. Son corps fut déposé en la chapelle de la Vierge de la cathédrale de Lisieux (1).

Il avait épousé en premières noces, 1568, Renée Levesque de Marconnay, et en secondes noces, 1599, Anne d'Aligre,

De ses trois filles, l'une Jeanne, épousa Claude d'Estampes, sr de la Ferté-Imbault, l'autre, Louise, d'abord Jacques de Hellenvilliers, puis Aymar de Prie, marquis de Toucy, la plus jeune, Charlotte, Pierre Rouxel, sr de Médavy. Fervaques échut à Louise et passa, après elle, à sa fille Charlotte, mariée en 1639 à Noël de Gallardon, fils du surintendant des finances, dont Charles Denis, prévôt de Paris, gouverneur du Maine et du Perche qui épousa, en 1677, Marie-Anne Rouillé du Meslay. De cette union naquirent sept enfants. Celui des fils qui eut Fervacques, Auguste-Léon, ne se maria pas et lassa la terre à l'une de ses nièces, Joséphine-Hortense, duchesse de Laval, morte en 1795. La révolution passée, ses héritiers le duc et le

(1) M. Charles Puchot nous a fait connaître une anecdote qui montre combien le souvenir du maréchal de Fervacques fut longtemps en aversion à Lisieux.

En 1793, le corps du Maréchal fut retiré de son tombeau, en même temps que ceux de plusieurs évêques, pour être porté à la fosse commune. Dans le transept, un homme qui portait à la main une bêche, lui coupa la tête en en lui reprochant le mal qu'il avait fait de son vivant.


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vicomte de Laval et la duchesse de Luynes, par suite de l'indivision où ils se trouvaient, vendirent Fervacques qui fut morcelé.

Le château, avec ses dépendances encore considérables, fut acheté par Mme de Custine (1), fille de la comtesse de Sabran. Elle était veuve du chargé d'affaires à Berlin, puis ministre plénipotentiaire, condamné à mort le 3 janvier 1794, et bellefille du malheureux général exécuté aussi par le tribunal révolutionnaire le 28 août 1793. Elle avait une admiration sans bornes pour Chateaubriand et lui fit sans tarder les honneurs de son habitation.

« Parmi les abeilles qui composaient leur ruche [au retour de l'émigration], lit-on dans les Mémoires d'Outre-Tombe, était la marquise de Custine, héritière des longs cheveux de Marguerite de Provence, femme de Saint-Louis, dont elle avait du sang. J'assistai à sa prise de possession de Fervacques et j'eus l'honneur de coucher dans le lit du Béarnais. »

Chateaubriand fit à Fervacques de nombreux séjours en 1804, 1805, juin 1806 avant de partir pour la Grèce. En 1821 encore, nous l'y retrouverons au mois de novembre. Il conserva toujours le souvenir de l'accueil qu'il y avait trouvé. De nombreux passages de ses mémoires en témoignent.

Au mois d'août 1804, il y présenta à Mme de Custine le poète Chênedollé, de Vire, très lié aussi avec Joubert et Fontanes. Il lui écrivait le 15 août :

« Je vais passer quelques jours chez Mme de Custine, au château de Fervacques, près Lisieux ; j'y serai d'aujourd'hui en huit, c'est-à-dire le 22 août ; la Dame du logis vous recevra avec plaisir. » A plusieurs reprises il revient sur son désir de l'y rencontrer. On se figure aisément le charme de ces rendezvous dans le joli site de Fervacques. Chateaubriand y aurait composé, dit-on, plusieurs pages de ses Martyrs. Le souvenir

(1) Voir A. BARDOUX. Madame de Custine. Paris Levy, 1888, in-8°.

CHEDIEU DE ROBETHON. Madame de Custine et Chateaubriand. Paris., Pion, 1893, in-16.

La famille de Custine portait : d'argent à la bande de sable accompagnée de part et d'autre d'une cotice du même, ecartelé de sable semé de fleurs de lis d'argent.


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EXCURSION ARCHEOLOGIQUE

de son passage ajoute, à coup sûr, un attrait de plus à la visite de cette belle demeure.

Fervacques passa au marquis de Custine (1). Inspiré peutêtre par l'auteur du Génie du Christianisme, il écrivit des

ouvrages qui eurent grand succès, entre autres, l'Espagne sous Ferdinand VII et la Russie en 1839. Frappé dans de chères affections (2) il vendit ses domaines.

Une partie fut acquise en 1831 par M. le marquis de Portes, sénateur de l'Empire, père de Mme la comtesse de Montgomery,

(1) La marquise de Custine mourut à Bex, en Suisse, le 25 juillet 1826.

(2) Le comte Astolphe de Custine avait épousé le 15 mai 1821, Léontine de Saint Simon de Courtomer née le 12 février 1803. Elle mourut le 7 juillet 1823. Le fils né de leur mariage le 15 juin 1822, Louis-Philippe-Enguerrand mourut le 2 janvier 1826.

CHÂTEAU DE FERVACQUES — (Cliché de M. H. de Brébisson).


DANS LE LIEUVIN Er LE PAYS D'AUGE 69

qui a bien voulu nous permettre de visiter aujourd'hui le château.

L'ameublement est digne de cette demeure historique. Des portraits, des meubles de Boulle, d'autres d'ébène incrustés d'ivoire, des fauteuils de tapisserie et. dans la salle à manger, une merveilleuse collection de faïences anciennes, sollicitent notre admiration.

Mais nous avons hâte d'entrer dans la chambre que hantent les grandes ombres de Henri IV et de Chateaubriand.

Le passage du roi à Fervacques, attesté par la tradition ne peut, à notre connaissance s'établir par aucun texte. Il y aurait bien, dit-on, écrit une lettre à la marquise de Verneuil, mais je n'en ai pas trouvé trace dans la correspondance de Henri IV (1). Il est du reste très vraisemblable que le roi ait accepté l'hospitalité du Maréchal, dans son château nouvellement construit. Je crois même ne pas me tromper en assignant à ce séjour la date de 1603, entre le 17 et le 27 septembre. D'après l'itinéraire publié à la suite des lettres de Henri IV, nous le trouvons à Rouen du 23 août au 4 septembre, le 5 à Motteville, le 13 à Dives. Du 13 au 17 il séjourne à Caen. Le 27 il est rentré à Saint-Germain-en-Laye. Dans l'intervalle, aucun document ne nous renseigne sur ses actes. N'a-t-il pas passé à Fervacques, qui se trouve justement sur le chemin du retour ?

On voit, dans la chambre, un portrait du roi. Le cadre porte, gravés, ces deux vers qui, pour être de la façon du Vert Galant, n'en valent pas mieux, mais qu'il composa dit-on, en venant, pour charmer les loisirs du voyage :

Volons, ventre singris ! La dame de Fervaques Mérite du retour et de tendres attaques.

La chambre est immense et vraiment royale, pavée de carreaux vernissés. Des tapisseries couvrent les murs. Partout de beaux meubles anciens. « Mon lit était énorme, dit Château(1)

Château(1) par M. BERGER DE XIVREY, ds la Collection des Documents Inédits de l'Histoire de France.

Voir aussi : DEMIAU DE CROUZILHAC (F.) Etude sur Fervacques, ds les Mem. des Antiq. de Normandie (1859). iv. 368 ; Caen 1861, in-8°.


70 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

briand ; le Béarnais y avait dormi avec quelque Florette : j'y gagnai le royalisme, car je ne l'avais pas naturellement. » Il occupe un angle de la pièce. Il a conservé ses merveilleux rideaux de soie blanche, brodés d'or et de soie, d'un travail admirable et d'une extraordinaire richesse.

Approchons-nous des fenêtres d'où Chateaubriand contempla une scène champêtre qu'il rapporte ainsi :

« La vue... s'étendait sur des prairies que borde la petite rivière de Fervacques. Dans ces prairies, j'aperçus un matin une élégante truie d'une blancheur extraordinaire ; elle avait l'air d'être la mère du prince Marcassin. Elle était couchée au pied d'un saule, sur l'herbe fraîche, dans la rosée ; un jeune verrat cueillit un peu de mousse fine et dentelée, avec ses défenses d'ivoire, et la vint déposer sur la dormeuse ; il renouvela cette opération tant de fois que la blanche laie finit par être entièrement cachée : on ne voyait plus que ses pattes noires sortir du duvet de verdure dans lequel elle était ensevelie. — Ceci soit dit à la gloire d'une bête mal famée, dont je rougirais d'avoir parlé trop longtemps, si Homère ne l'avait chantée. »

C'est dans ces prairies qu'il faut descendre, si l'on veut voir le château de Fervacques se dresser dans toute sa beauté. Les fossés qui baignent .e pied des murs dégagent les lignes qui, vues de la cour, nous paraissaient un peu lourdes. L'ornementation très simple consiste seulement dans les bossages des pierres. Mais cette longue façade, entre ses pavillons carrés est de proportions s belles et la couleur de ses briques si harmonieuse dans la verdure, qu'il nous faut conserver de Fervacques une impression de calme splendeur.

Sur la place, devant l'hôtel, nous retrouvons nos voitures, qui nous emportent, le long de la vallée de la Touques. Nous traversons sans nous arrêter Notre-Dame-de-Courson, mais l'église de Moutiers-Hubert ne nous laisse pas indifférents.

Elle remonte, pour le gros oeuvre, à la période romane. On y trouve l'appareil en feuilles de fougères et les contreforts plats caractéristiques. Mais les ouvertures ont été refaites. La fenêtre du chevet est à lancettes ; celles de la nef sont du xvie siècle. L'une d'elles est assez remarquable par sa disposi-


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 71

tion. L'arc en tiers point y est inscrit dans une ouverture rectangulaire.

L'église est intéressante surtout par le dais du commencement du xvie siècle, qui surmonte l'arc triomphal. Il rappelle celui de Saint-Germain-de-Clairefeuille, dont il n'a pourtant ni l'importance ni la perfection.

Ce dais, ou plutôt les trois dais qui s'unissent pour le composer, sont terminés à leur partie supérieure, par de petites galeries flamboyantes évidées à jour. Les panneaux sont couverts de peintures très fâcheusement restaurées. Le dais

du nord représente le couronnement de la Vierge. Celui du centre porte les instruments de la passion et Hes scènes corrélatives ; celui du sud, très abîmé montre un saint Martin, patron de l'église.

C'est encore saint Martin, empanaché comme un personnage de tragédie, qu'on retrouve dans un curieux retable daté de 1668 qui décore le maître-autel.

Le bourg de Moutiers-Hubert a été très important au moyen-âge. Il posséda un tabellionnage royal et fut aussi le

MANOIR DE BELLOU — (Cliché de M. H. de Brébisson).


Tl

EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

siège d'une importante baronnie qui appartint à la famille Paynel.

A une époque plus rapprochée de nous, signalons les noms de messire Jean-Baptiste Deshayes, chevalier, sr de la Cauvinière, baron et patron des Moutiers-Hubert et de SaintPierre-de-Courson, en 1703 ; et de François-Dominique de Belleau, chevalier et patron de Moutiers-Hubert en 1728.

Puisque nous avons plus de temps qu'il ne nous en faut pour gagner Vimoutiers, M. le Président ajoute au programme une

visite au manoir de Bellou qui est un charmant exemple d'architecture normande. Le rez-de-chaussée est bâti en pierres et briques. Au premier étage commence la construction.de bois. Les vides sont remplis de briques plates disposées en arêtes. Des pavillons pittoresques, une lucarne sculptée, de grands toits mouvementés, couverts de tuiles et le colombier qui s'élève tout près de là, dans un verger, nous séduisent par un air campagnard qui s'allie à beaucoup d'élégance.

Le jour baisse quand nous arrivons à Vimoutiers. Nrus visitons rapidement le musée, installé dans une salle de l'Hôtellerie des mo nés de Jumièges, belle maison de bois

MANOIR DE BELLOU (Cliché de M. H. de Brébisson).


73

DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D AUGE

du xvie siècle, qui a été achetée en 1899 et restaurée par M.lebaron de Mackau. L'objet le plus intéressant que nous y trouvions est le retable de l'ancienne église, rapporté ici lors de la démolition du monument. Nous y voyons aussi les collections que M. Bemouy a bien voulu exposer en notre honneur.

Notre zèle, chercheur d'aventures, ne redouterait pas un

pus long programme. Mais nous avons déjà épuisé toutes les cur os'.tés du lieu.

Au dernier passage de notre Société à Vimoutiers, le 29 octobre 1896, la vieille église était encore debout, enrichissant la petite ville de la majesté de quatre siècles. Les voeux que nous avions faits pour sa conservation ne l'ont pas empêchée d'être abattue. A l'autre bout de îa place, l'église neuve offre à nos yeux son jeune style du xme. siècle. Il faut en prendre son parti. Nous n'aurons ici ni plaisirs d'art, ni grands souvenirs historiques. Pourtant, Vimoutiers est un lieu plaisant où l'hospitalité est bonne. François Ier dut s'en apercevoir quand il y vint coucher le 26 septembre 1507. Et nous en avons une

VIMOUTIERS. — Cour de l'Hôtel de l'Ecu (Cliché de M. l'Abbé Barret).


74 EXCURSION AKCHÉOLOGIQUE

preuve nouvelle, en écoutant les paroles de bienvenue qu'à la fin du dîner dans la salle des fêtes, M. le docteur Dentu, maire de Vimoutiers, nous adresse en un toast charmant.

TOAST DE M. IE D< DEJVTlf

Mesdames, Messieurs,

Après avoir parcouru les belles vallées de la Touques et de l'Orbiquet, si gracieuses, si riantes, différentes cependant sous leur apparente uniformité, vous voici ce soir les hôtes de notre bonne ville de Vimoutiers. Au nom de ses habitants qu'ici je représente, je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue.

Si Vimoutiers ne peut comme Lisieux, offrir à vos regards curieux des choses antiques, de vieilles maisons, de vieux manoirs, si notre ville'n'a pour vous retenir ni castels, ni châteaux, eh bien, Messieurs, soyez indulgents et souvenez-vous du proverbe :

« La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a. »

Vimoutiers, heureux de vous posséder, ne peut vous donner qu'une hospitalité toute pleine de cordialité et de sympathie, et c'est de tout coeur qu'en son nom je vous l'offre.

Monsieur Tournouer se lève, répond à M. le Maire de Vimoutiers et le remercie, puis nous présente les excuses de ceux de nos collègues qui ne peuvent pas, cette année, prendre part à notre promenade : Mme la marquise de Saint-Pierre, Mme Paul Romet, M. et Mme Charles Romet, le vicomte et la vicomtesse Dauger, MM. Martin du Gard, Emile Picot, le vicomte de Broc, Félix Voisin, le vicomte du Motey, Descoutures, Ernest Le Comte, le baron André des Rotours, l'abbé Calendins de Vigan, l'abbé Godet, Rivière, W. Challemel, de la Serre, Corneville, Gobillot, le baron d'Aboville, Choisnard. M. l'abbé de la Serre nous dit ses regrets de façon fort délicate en une lettre écrite sur une page blanche de notre Guide :

« Cher Monsieur,

« Voici pour moi la seule page que je puisse utiliser du charmant programme de la prochaine excursion. Souvenezvous des absents ; c'est le devoir de l'historien et recevez les voeux que je forme pour le bon succès de vos promenades archéologiques. Retenu à Paris par le devoir d'état, je ne puis


ANCIENNE EGLISE DE VIMOUTIERS — (Cliché de M. A. Lemarquand).



DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 75

que me rappeler avec grand plaisir les excursions auxquelles j'ai pris part. C'est surtout par les repas que j'ai fait de l'archéologie ; mais là encore, il y avait de bonnes et saines leçons de groupement provincial, de respect du passé, de poésie et de cordialité.

« C'est une oeuvre sociale que vous faites et je sais qu'avec le nom des absents, ce grand devoir et ce beau programme resteront inscrits sur le mémorandum de la Société. »

Le dîner s'achève, nous nous répandons de tous côtés à la recherche de nos demeures, et nos allées et venues, ce soir, animent un peu les rues paisibles.

TROISIÈME dOUl^ÉE (Vendredi 19 Août)

Nous quittons ce matin Vimoutiers (1), « par cet admirable chemin qui gravit la colline herbeuse, plantée de pommiers, abritant la petite ville, puis, par la route monotone des plateaux, bordée de haies épaisses, masquant la vue des herbages. De là, à certains moments, on a des échappées magnifiques sur les vallons qui vont à la Vie. Mais le paysage le plus agreste de cette agreste contrée, c'est le vallon des Champeaux. Imaginez un immense cirque, aux parois en pentes raides, tapissées d'herbages... puis d'innombrables pommiers couvrant les pentes, se pressant dans les fonds jusqu'au bord de deux étangs dans lesquels se mirent une église à la flèche d'ardoises, élancée, et une maison d'école ; église et école avec le cimetière forment tout le village des Champeaux. Cet abîme de verdure est d'un calme absolu ; sans quelques minces filets de fumée bleue, décelant les habitations cachées parmi les arbres, sans le bruit des battoirs des lavandières à une source sortie de la colline, on pourrait croire le pays désert...

«A un quart de lieue de l'église, à l'ombre de vieux poiriers

(1) ARDOUIN-DUMAZET. Voyage en France. 2e série.


76

EXCURSION AHCHKOLOGIQUE

peut-être plusque centenaires, est une maison humbleparmiles plus humb'es de ces herbages, faite de torchis et de poutrelles entrecroisées ; une chaumière aux abords gardés par des barrières de bois brut, ne laissant qu'un étroit passage pour le visiteur, là naquit Charlotte Corday.... »

Jusqu'à ce jour, rien r.o rappelait ici le souvenir de cette naissance. La tradition s'était évanouie en bien des mémoires et plusieurs historiens de Charlotte Corday se sont trompés sur son lieu d'origine.

Pourtant, l'acte de baptême, conservé aux Archives Natiorales, ne peut nous laisser aucun doute.

« Ce vingt-huit de juillet mil sept cent soixante-huit, par nous soussigné curé, a été baptisée Marie-Anne-Charlotte,

née d'hier du légitime mariage de messire Jacques-François de Corday, écuyer, seigneur d'Armont et de noble Dame Marie-Jacqueline de Gautier, son épouse ; le parrain, messire Jean-Baptiste-Alexis de Gautier, écuy< r seigneur de Mesnival, la marraine, noble Dame Françoise-Marie-Anne Levaillant de Corday, le père présent :

« Ont signé : Levaillant de Corday, Gautier de Mesnival, Corday d'Aï mont, J. Pollard, curé de cette paroisse des Lignerits. »

A LA MAISON NATALE DE CHARLOTTE CORDAY. Pose de la Plaque commémorative (Cliché de M. le Comte Becci).


LE RONCEBAY. — Maison natale de,Charlotte Corday — (Cliché de M. A. Canivet).



DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D AUGE 77

C'est donc bien ici, au manoir du Ronceray, logis delà famille de Corday, sur la paroisse de Saint-Saturnin des Lignerits, aujourd'hui supprimée, que notre héroïne vit le jour. Et, peur qu'il en demeure un visible témoignage, notre Société a fait poser sur la pauvre maison de colombage une plaque de marbre blanc.

Nous venons aujourd'hui la consacrer officiellement et, dans la salle ou Charlotte vécut, nous signons tous le procès-verbal de cette cérémonie : « Le vendredi 19 août 1910, les membres de la société Historique et Archéologique de l'Orne ont posé sur la maison du Ronceray une plaque commémorative de la naissance de Charlotte Corday, ainsi rédigée :

DANS CETTE MAISON DU RONCERAY

SUR LA PAROISSE DES CHAMPEAUX

EST NÉE, LE 28 JUILLET 1768,

MARIE-ANNE-CHARLOTTE DE CORDAY

DE JACQUES-FRANÇOIS DE CORDAY

ECUYER, SEIGNEUR D'ARMONT

ET DE MARIE-JACQUELINE DE GAUTIER

« Et ce, en présence de M. Boutigny, maire des Champeaux, et de M. l'abbé Maillard, curé de la dite paroisse. « En foi de quoi ils ont signé. »

Suivent les signatures.

Puis M. Tournouer nous montre une fort belle collection de portraits de Charlotte Corday qu'il a pu rassembler. Il est bien difficile de se faire une idée de ce que fut la jeune héroïne. Ses images, même les plus anciennes se ressemblent fort peu entre elles et les plus vraisemblables ne sont malheureusement pas les plus séduisantes. C'est dommage! Les romantiques l'ont peinte si touchante 1

M. de Brébisson, toujours si renseigné, lorsqu'il s'agit de traditions Normandes, nous communique une note intéressante :

« Charlotte Corday habitait à Caen, chez sa tante, Mme de Bretteville, presqu'en face l'église Saint-Jean. C'est de là qu'elle partit pour Paris, pour aller tuer Marat.

9


78 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

« Mon grand'père, Jean-Baptiste-Gilles de Brébisson, né à la Brébissonnière, paroisse de Saint-Symphorien, près Thorigny (Manche), lé 22 ju n 1760, fut orphelin à l'âge de 14 ans et vint habiter à Caen avec son tuteur.

« Il allait souvent chez Mme de Bretteville et il signa, le 8 mars 1793, avec Marie de Corday (car on ne l'appelait pas Charlotte), les pactions du futur mariage d'Augustin Leclerc, intendant de Madame de Bretteville.

« Pour preuve un calque, envoyé à mon père en 1870 par M. Chartel Vatel, neveu de M. de la Sicotière et auteur de Recherches sur Charlotte Corday.

tOn verra que c'était peu de temps avant la mort de Marat (13 juillet 1793), et l'exécution de Charlotte Corday 17 juillet 1793). »

Nous reproduisons un calque de la signature autographe qui figure au bas du pacte de mariage.

Pendant que les signatures s'alignent à la suite du procèsverbal, quelques-uns d'entre nous sont montés au premier étage, à une sorte de grenier où, très probablement, naquit Charlotte Corday. Une vieille cheminée indique que cet appartement servit de chambre. Une chambre bien pauvre du reste, basse, étroite, obscure. Comme on comprend, en voyant sa maigre part de cadet, que Jacques-François de Corday, écuyer, sr d'Armont, ait été favorable à l'abolition du droit d'aînesse !

Le manoir de la Cocardière n'est plus qu'une ferme, mais, au rebours de ce qui se passe d'ordinaire, ce changement de destination ne lui a pas apporté la ruine, ni la déchéance. Il a trouvé en M. le baron de Mackau un propriétaire non seulement respectueux de sa charmante architecture, mais encore attentif à le restaurer avec une entière perfection.

C'est, comme Bellou, un vieux logis normand de bois et de briques posé sur un rez-de-chaussée bâti de pierres. Ici, la silhouette est plus simple. Une élégante tourelle rompt seule la ligne de la façade et la monotonie du toit.

Une grande salle sert de mairie à Guerquesalles. C'est là que M. Tournoùer nous réunit pour nous faire connaître le passé de la Cocardière.




DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE

79

Ce fief dépendait de la seigneurie de Guerquesalles, relevant elle-même du roi directement, et qui appartint aux familles de Beaulieu, de Bethomas (xvne s.) et du Bosc (xvme s.)

Les recherches faites par M. l'abbé Jamet, ancien curé de Guerquesalles, dans les registres de l'état-civil, établissent que la Cocardière était, au commencement xvne siècle, possédée par la famille Le Lasseur (1).

En 1623, nous trouvons, dans un acte de baptême, Mre Jacques^Le Lasseur, écr, sr de la Coquardière, comme parrain

d'un de Nollet. Jacques Le Lasseur vivait encore en 1651. Il avait épousé Marie de Calmesnil. Il en eut de nombreu" enfants:

1° Guillaume Le Lasseur, qui suit. 2° Marie Le Lasseur, née en 1635. 3° Pierre Le Lasseur, écr, sr du Bu, né en 1636. 4° François Le Lasseur, écr, sr des Longchamps, prêtre, né en 1639.

5° Jean Le Lasseur, écr, sr du Parc, né en 1643.

Guillaume Le Lasseur, écr, sr de la Cocardière, né en 1632. Il mourut en 1689 et fut enterré dans la nef de l'église de

(1) Les Le Lasseur norf aient : d'azur à six mer'ettes d'argent posées 3,2 et 1.

MANOIR DE LA COCARDIÈRE — (Cliché de M. H. de BrêbissonJ.


80 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

Guerquesalles. Après lui, vient Pierre Le Lasseur, son fils sans doute, ou son frère ?

Pierre Le Lasseur mourut en 1706 laissant une fille, Anne Le Lasseur, mariée à messire Jean-Joseph de Mathan, seigneur et patron de Sainte-Marie-aux-Anglais, Pierrefitte, etc. En 1692, ils eurent un fils, Pierre-Auguste de Mathan, qui fut baptisé dans l'église de Guerquesalles. Le parrain fut PierreLe Lasseur, son grand-père.

En 1753, la Cocardière appartenait à messire Claude de Mathan, chevalier seigneur et patron de Sainte-Marie-auxAnglais, Saint-Maclou, Pierrefitte-en-Cinglais, La Cocardière, Neuilly et autres lieux. Il habitait ordinairement le château de Carabillon (1). Il était fils de Jean-Joseph de Mathan et d'Anne Le Lasseur.

En 1771, Claude de Mathan, vendit la Cocardière et les terres qui en dépendaient à différents propriétaires : Pierre Jean Forges,François-Alexandre-Francillon Duparc. Vers 1840 le comte Vattier de Saint-Alphonse s'en rendit acquéreur. Son neveu, M. le baron de Mackau, la possède aujourd'hui.

Comme La Cocardière, Vimer dépendait du fief de Guerquesalles. Il appartenait au xvie s. aux Richebourg. Les du Bosc (2) de Radepont leur succédèrent. Puis, au xvne siècle, la terre de Vimer arriva aux mains des de Nollet, dont une branche déjà possédait aux environs le fief de Mallevoue.

Louis-Baptiste de Nollet, ecr, sr de Vimer, vicomte du Sap, épousa Noble Dame Françoise des Hayes, dont :

1° Anne-Antoinette, née en 1684, religieuse bénédictine au monastère de Vimoutiers, morte à l'âge de 72 ans et enterrée en 1758, dans le cimetière des Bénédictines.

2° Marie-Françoise, née en 1686. Elle épousa en 1712 Charles-Félix du Bouillonney d'Orgères et mourut en 1721, âgée de 35 ans. De ce mariage naquit Charles-François du Bouillonney qui hérita de Vimer en 1763.

3° Louis-François, écr, sr de Vimer, qui suit.

(1) Voir sur la famille de Mathan M. DE BRÉBISSON. Etude sur Carabillon' — Bulletin de la Soc. histor. et archiol. de l'Orne, n° d'Octobre 1907, et surtout La Chesnaye-Desbois. Dictionnaire de la Noblesse.

(2) Sur la famille du Bosc, voir : Ann. de la Noblesse, ;de Borel d'Hauterive année 1890. Les du Bosc portaient : « de gueules, à la croix échiquetée d'argent et de sable, de trois rais, cantonnée de quatre lions d'or, lampassés d'azur.


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D AUGE

81

4° Léonore-Anne j Toutes deux religieuses de saint

5° Louise-Marguerite ) Joseph d'Orbec.

Louis-François de Nollet, écr, sr de Vimer (1685-1753), épousa Noble Dame Louise Le Vallois (1), dont :

1° Louise-Catherine (1733-1735).

2° François-Charies-Marie, né en 1734.

3° Jacques-Louis (1735-1742).

4° Louise-Françoise (1736-1763), mariée à Etienne des Moutis écr, s 1' de la Chevallerie.

5° Joseph-Louis-François, qui succéda à son père en 1753, mourut bientôt sans enfants, et laissa Vimer à sa soeur, Mme des Moutis.

Mme des Moutis mourut elle-même sans enfants en 1763, et Vimer passa alors à son cousin Charles-François du Bouillonney,

Bouillonney, et patron d'Orgères. Celui-ci vendit le domaine en 1774 à René-Baltazard Alissant de Chazet, père de Mme la baronne de Mackau, sous-gouvernante des enfants de France. ,j

Sa fille Anne-Angélique de Mackau, mariée au comte Vattier de Saint-Alphonse, lieutenant général et écuyer de l'empereur, posséda Vimer jusqu'à sa mort en 1870 et le laissa à M. le baron de Mackau.

Vers midi, nous entrons dans les avenues de Vimer et nous apercevons au loin la façade du château. Vimer a été, il y a peu

(1) Fille de N. le Vallois sr de Saint-Léonard, Vaudeloges, etc. et de Marie Jeanne Rertin.

CHÂTEAU DE VIMER — (Cliché de M. le Comle Becci).


82 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

d'années, restauré et agrandi avec autant de goût que de souci du confortable. On a respecté la disposition de l'ancien château Louis XIV, en l'encadrant dans de nouvelles constructions : à droite la chapelle, à gauche cette magnifique bibliothèque, immense et haute comme un temple, où M. le baron de Mackau entouré de ses petits-enfants, le vicomte et la vicomtesse Bernard de Bonneval, accueillent avec la plus exquise bonne grâc leurs soixante-dix invités.

Bientôt, nous passons dans la salle à manger où trois tables couvertes de fleurs sont dressées, devant d'admirables tapisseries du XVe siècle, qui ornèrent jadis la tente de Charles le Téméraire devant les murs de Nancy.

Comment, à propos de l'hospitalité qui nous est offerte, ne pas évoquer les fêtes fameuses de la cour de Bourgogne 1 Sans doute, le festin est moins pantagruélique que ces ripailles où les musiciens jouaient leurs airs, enfermés dans la croûte de gigantesques pâtés. Mais il est bien certain que depuis lors, l'art de la cuisine est en progrès et que jamais les hôtes de Charles le Téméraire ne furent si bien régalés que nous. De l'avis d'un connaisseur (1), jamais on ne fit correspondre une chère plus fine à l'abstinence du vendredi. Et la simplicité et le charme de l'accueil firent la réception encore plus inestimable.

Aussi M. Tournoûer fut-il très applaudi quand il exprima à M. le baron de Mackau, nos sentiments de gratitude.

TOAST DE M. TOU%NOUET{

Mon cher et très honoré collègue,

En ouvrant toutes grandes aux archéologues ornais, après leur tournée au pays d'Auge, les portes de votre belle habitation qui, pour vous, est l'écrin de souvenirs très chers à votre coeur, vous ne pouviez leur donner un témoignage de sympathie qui leur fût plus sensible ni plus agréable.

Cette sympathie, d'ailleurs, elle n'est pas d'aujourd'hui, car, l'un des premiers, vous avez su répondre à l'appel de nos fondateurs, encourager leurs efforts, vous intéresser à leurs travaux,

(1) Paul Harel. — L'excursion de la Société Archéologique de l'Orne. Almanach de l'Orne 1911.


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 83

si bien que nous pouvons, nous aussi, au sein de notre société vous considérer comme un doyen vénéré.

Je dis : nous aussi, puisque, partout où vous avez apporté le haut appui de votre dévouement et de votre expérience, au Parlement comme à l'Assemblée départementale vous êtes salué de ce titre glorieux qui prouve tout à la fois l'autorité de votre nom, la fidélité de vos convictions et l'attachement de ceux qui vous entourent. Seule votre activité toujours jeune, dont votre ami et le nôtre est l'affectueux témoin, pourrait en faire douter.

Puisse-t-elle demeurer ainsi longtemps encore pour le bien de ce pays qui ne peut se séparer de vous et pour la joie de vos petits-enfants.

Si Vimer a vu des tristesses, il a vu de douces journées, quand la maison s'est illuminée pour recevoir en épousée charmante celle qui fait son orgueil et sa gaieté, quand plus tard le parc fut envahi par la foule empressée d'amis qui venaient de partout vous fêter et vous acclamer, quand le poète aimé du logis associaitsi délicatement les muses à ces joyeux événements.

Ces heures que vous nous offrez seront aussi de celles qui s'écoulent heureusement, parce que les archéologues ornais ont la grande satisfaction de vous apporter, à leur tour, l'hommage de leur attachement et de leur reconnaissance.

M. le baron de Mackau répondit d'une voix émue qui nous tcucha profondément :

Mon cher Président, Mesdames, Messieurs,

Je suis très honoré de recevoir, au déclin de ma vie, dans la vieille demeure de mes aïeux, si bien restaurée et rajeunie par mes enfants, si nombreuse, si savante et si gracieuse compagnie.

Mon cher Président, votre amitié bien connue pour votre vieux collègue vous a entraîné bien au-delà du vrai.

Oui, depuis un demi-siècle, j'ai consacré ma vie, mes efforts à ce pays qui m'a fait le très grand honneur de me conserver une inébranlable fidélité.

Oui, je me suis dépensé sans mesure par affection et par reconnaissance. Mais en comparant ce que j'aurais voulu faire et ce que j'ai pu réaliser, mon oeuvre a été bien inférieure à tout ce que votre amitié m'attribue.

Je n'ai été que le serviteur de ce pays, le serviteur de ce Conseil général où je siège depuis 52 ans, où j'ai tant de plaisir à vous rencontrer, où vous êtes vous-même si apprécié pour la droiture de votre jugement et la clarté de vos rapports.

Je n'ai été que cela, et je ne mérite pas les éloges que votre amitié


8t EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

vient de me décerner ; ils me remplissent de reconnaissance, mais aussi de confusion.

Je suis un admirateur de votre oeuvre, de votre étude persévérante du Passé, dont nous pourrions tirer tant de profit en toutes choses si seulement nous savions le comprendre.

Je vous souhaite de continuer à la diriger avec cette compétence devant laquelle chacun s'incline, avec cette courageuse persévérance sans laquelle on ne fait rien.

Je lève mon verre, mon cher Président, en l'honneur de votre association, en votre honneur, en l'honneur des membres de la Société Historique et Archéologique qui ont bien voulu nous favoriser aujourd'hui de leur présence.

Pus, sur un a r de chasse, M. Paul Harel nous rhanta la Saint-Hubert.

I

Grand Saint Hubert, Légende et Poésie, Toi qu'emportaient d'impétueux galops A travers l'ombre et les bois d'Austrasie, Où ton bras fort lançait des javelots ; Jeune Aquitain, fils d'une noble race, Comme l'ont fait nos arrière-neveux, En saluant ta bravoure et ta grâce, Nous t'invoquons : Daigne exaucer nos voeux.

II

Sauve d'abord, puisqu'on veut la détruire, La Forêt, douce et bonne aux animaux. C'est la Forêt qui seule a vu construire Les vieux manoirs et les anciens hameaux. Le champ reçoit l'engrais de ses feuillages. Le grain gonflé déborde des boisseaux. Et les torrents détruiraient nos villages. Si la Forêt n'en maîtrisait les eaux.

III

C'est la Forêt qui protégeait nos vignes Contre le vent, la brume, les frimas, O saint Hubert, ne serions-nous plus dignes De voir le cep vivre sous nos climats ?


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 85

De siècle en siècle on trinquait à la ronde Et nos aïeux chantaient à l'unisson : « Le vin de France a fait le tour du monde ! » Oserions-nous démentir la chanson ?

IV

Par les chemins d'une terre asservie Qu'enfin l'on voie, avec la liberté, S'épanouir ces deux fleurs de la vie : Le noble amour et la saine gaieté. Refais en nous les hommes de naguère, Ceux qui poussaient à l'heure du danger, Le cri de chasse ou bien le cri de guerre Devant la bête ou devant l'étranger.

V

Le ciel, un jour, au fond d'une ravine, Fit éclater ce miracle à tes yeux : Notre Seigneur avec sa Croix divine Entre les bois d'un Cerf mystérieux. Grand par la foi, grand par l'obéissance, Toi, qui vécus solitaire et caché, Nous faisons tous appel à ta puissance, Bon Saint Hubert, sauve-nous du péché,

VI

Si nous devions quand même, au Purgatoire, Brûler un peu de temps pour nos- péchés Laisse monter ensuite vers ta gloire Tous les chasseurs avec tous les archers. Les Saints, là-haut, brillent comme des phares : Voilà pourquoi, Patron des gens hardis, Nous voudrions, au fracas des fanfares, Sous ta lumière entrer au Paradis I

Encore sous le charme de ces beaux vers sonores, nous nous répandons dans les salons meublés avec un goût si parfait qu'il faut l'appeler du raffinement. Ils sont peuplés de meubles historiques tels que la harpe de Mme Elisabeth et cette table à la Tronchin, de style Louis XVI, oeuvre de David Roentgen et faite sur les mêmes modèles que le bureau à cylindre offert


86

EXCURSION AHCHKOLOGIQUE

au roi par les Etats de Bourgogne et qui se trouve au palais de Versailles.

Quand nous rentrons à Vimoutiers, nous trouvons une déjà nombreuse assistance groupée dans la salle des fêtes où nous allons tenir notre séance solennelle.

Sur l'estrade prennent place, aux côtés du président, M. le baron de Mackau, MM. Laniel et Adigard, députés,

M. le docteur Dentu, conseiller d'arrondissement, maire de Vimoutiers, M. le Curé de Vimout'.ers, M. Pernelle, M. Paul Harel.

Dans son discours très applaudi, M. Tournouer rappelle la première visite de la Société à Vimoutiers. Florentin Loriot en a fixé le souvenir en d'admirables pages. Notre collègue, M. Pernelle remplissait alors les fonctions de maire. Nous aimons à unir son nom à celui de son successeur M. Dentu. Les traditions de cordialité et de bon accueil n'ont pas varié.

M. le baron J. Angot des Rotours fait chaque année de son rapport sur les travaux de la Société un chef-d'oeuvre de science et de délicate critique, d'une forme séduisante et parfaite. Il

VIMOUTIERS — (CMché de M. l'Abbé Barret).


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 87

nous parle surtout, aujourd'hui, de Charlotte Corday en évoquant les paysages familiers à son enfance, que nous avons contemplés ce matin.

Après une étude curieuse de M. Romain Le Monnier, Le Trouïl, la Tuile et le Soufflet à feu, M. Paul Harel lit avec un art inimitable une nouvelle extrêmement amusante et de haute saveur normande, la Houppelande de M. le Curé.

M. Pernelle, dans Une reconstitution monastique nous parle de la fondation à Vimoutiers d'un couvent de Bénédictines au xvme siècle.

C'est à M. Charles Vérel qu'il est donné de terminer la séance. Très spirituellement, avec une verve réjouissante et je ne sais quoi de funambulesque qui lui vaut de nombreux applaudissements, il nous fait connaître la vie et es oeuvres de M. Hippolyte Fortin, membre du Caveau. Nous aurions voulu faire entendre sa lecture à tous ceux qui, nous connaissant mal, seraient tentés d'accuser nos travaux d'une austérité trop grande. L'érudition ne nous empêche pas d'aimer la gaîté et la vie. Nos programmes font une large place aux lettres ; nous avons avec nous les humoristes et les poètes. Quelle preuve pourrait mieux montrer la vitalité de notre Société Ornaise I

P. DE CÉNIVAL.

Ont pris part à tout ou partie de l'Excursion :

Membre? de (a Société :

MMmes LE VAVASSEUR (Gustave).

SAINTE-PREUVE (la baronne de). TIERCELIN. TOURNOUER (Henri). MM. ADIGARD.

BARILLET (Louis). BARTH (Jacques). BARTH (René). BECCI (le comte). BESNARD (Félix).


88 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

BONNEVAL (le vicomte DE)

BRÉBISSON (R. DE).

CÉNIVAL (Pierre DE).

CHOISNE (G.).

COMMAUCHE (l'abbé).

CRESTE (Georges).

DALLET (Alexandre).

DAREL (l'abbé).

DESHAYES (Louis).

DESVAUX (l'abbé).

FOULON (Eugène).

GERMAIN-LACOUR (J.).

GILLET (Charles).

GUILLAUME (Joseph).

HAREL (Paul).

HULOT (Paul).

JAMET (l'abbé).

LA BRETÈCHE (A. DU MOULIN DE).

LACROIX (Fernand).

LANGLOIS (Emile).

LEBOURDAIS (Frantz).

LECOEUR (E.).

LEROY (Henry).

LE ROY-WHITE.

MACAIRE (Henri).

MACKAU (le baron DE).

MARGARITIS (Raoul).

PATRIE (Léon).

PERNELLE (Alfred).

ROMET (Paul).

ROTOURS (le baron Jules DES).

SARS (le vicomte A. DE).

TABOURIER (l'abbé).

TOURNOÛER (Henri).

VÉREL (Charles).


DANS LE LIEUVIN ET LE PAYS D'AUGE 89

Etranger? à la Société :

MMmes ADIGARD.

BECCI (la comtesse.)

BONNEVAL (la vicomtesse de).

CORDAY (DE).

CRESTE (Georges). DESCOURS-DESACRES. DESHAYES (Louis). DONON (Pierre). FOUCAULT (J.). GILLET (Charles). HULOT (Paul). MARGARITIS (Raoul). MOREAU (Alfred). PERNELLE (Alfred). RAMET (André).

MMUes BRÉBISSON (Mélite DE). DESROSIERS. FOUCAULT (Rachel). RIVIÈRE (Thérèse).

MM. ADIGARD (Pierre). BRÉ (Louis). BRÉBISSON (Henri DE). CÉNIVAL (Adrien DE). CHÉRON (l'abbé), curé de Guerquesalles. COLBERT-LAPLACE (le comte DE). COLBERT-LAPLACE (A. DE).

CORDAY (DE).

DEBOUDÉ (Paul).

DENTU (le docteur), Conseiller d'arrondissement,

maire de Vimoutiers. DESCOURS-DESACRES (A.). DESHAYES (Bernard). FOUCAULT.


90 EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE

LA BRETÈCHE (Jacques DE).

LA BRETÈCHE (Jean DE).

PIQUOT (Léon).

PIQUOT (Gaston).

PUCHOT (Charles), secrétaire de la Société Historique

de Lisieux. RAMET (André).


DISCOURS

MESDAMES, MESSIEURS,

Il est de tradition ancienne, dans notre Société, qu'au début de toute séance solennelle, le président prenne le premier la parole, tout d'abord pour remercier, au nom de ses Confrères, la municipalité accueillante, et aussi, pour traiter, sous forme de discours, quelque sujet important d'intérêt local.

Je me bornerai aujourd'hui à la première partie de ma tâche, la plus agréable assurément, de crainte d'ajouter des longueurs et peut-être des redites, à un programme déjà très ample où la littérature se mêlera à l'histoire, sans entrer trop avant dans le champ de la fantaisie, où, tour à tour, il vous sera parlé des savants du présent et des souvenirs du passé, randonnée paisible au domaine de l'esprit et de la science à laquelle, je l'espère, vous prendrez plaisir, agrément et profit.

Aussi bien les luttes de ces jours derniers ont quelque peu, je l'avoue, détourné mon attention des vieux parchemins, non sans regrets de ma part, et vous m'excuserez d'avoir, pour une fois, sacrifié la plume aux exigences de mes électeurs.

Il est cependant une page d'histoire, liée intimement à celle de votre ville, que je dois évoquer en ce moment. Vous trouverez bon que je vous la rappelle, car elle fut écrite, il y a tantôt quatorze années, sur le livre d'or de vos Annales et des nôtres.

Le 29 octobre 1896, notre Société faisait, pour la première fois, son entrée à Vimoutiers, visitait ses monuments, banqua10

banqua10


92 DISCOURS

tait au Soleil d'Or et tenait séance à l'hôtel de ville. Elle arrivait au milieu de vous, sous le coup tout récent d'un deuil cruel. Un mois auparavant, son président, puis secrétaire général, Gustave Le Vavasseur, avait été enlevé à son affection et cette perte, survenue très peu d'années après celle de Léon de la Sicotière, la privait d'un chef et d'un ami très dévoué. Son impulsion, dès la première heure, s'était fait sentir fortement, tandis que sa parole puissante et son action bienfaisante exerçait une influence marquée sur notre oeuvre provinciale. Sa verve poétique et charmante animait toutes nos réunions. Pour lui succéder venait d'apparaître une intelligence toute différente, portée surtout, par éducation et par goût, vers les délicatesses de l'esprit et de la plume. Homme de race et de distinction raffinée, d'élégance naturelle, Gérard de Contades, représentait parmi nous l'écrivain impeccable et l'historien sûr. Imbu de nos traditions, préparé à la présidence par les fonctions brillamment exercées de secrétaire général, il s'apprêtait avec l'espoir trop tôt déçu, que lui donnait sa jeunesse, à suivre les errements heureux de ses prédécesseurs et à mener longtemps les destinées de la Société. Il débuta à Vimoutiers par un hommage tant à la maison de Boisdeffre qu'au vaillant soldat auquel, après une très belle carrière passée en partie aux côtés de Chanzy et de Miribel, fut très justement confié, disait-il, la garde de l'armée et de la patrie. Boisdeffre ! nom qui fit « l'orgueil de notre province » et que nous saluons toujours avec fierté ! Beaucoup d'entre vous, j'en suis sûr, se souviennent de ce discours où notre confrère laissait parler son coeur bien français et savait corriger l'aridité de ses recherches par la souplesse de son langage et le charme de sa diction.

Ils se souviennent aussi de cette longue suite de travaux où nos Confrères parlèrent de l'expédition d'Alain, duc de de Bretagne contre Montgommeri, de sa mort tragique à Vimoutiers en 1040, de la défaite des Gautiers dans les environs.au temps de la Ligue, des vieilles abbayes de SaintEvroult et de la Cochère, ils se souviennent des accents de nos poètes en l'honneur de Gustave Le Vavasseur, des poésies arméniennes de Loriot et de la pieuse évocation de l'Angelus du soir qui termina la Séance.


DISCOURS 93

La mort a aussi fauché dans les rangs de ces conférenciers de 1896. Après Contades, Henri Beaudouin, cet homme modeste et bon, érudit patient, secrétaire général modèle, s'en est allé, puis l'abbé Rombault, ce latiniste historien, dont la plume sans se lasser, transcrivait les textes les plus ardus, dont l'esprit curieux se tenait constamment en éveil et en observation ; Florentin Loriot, cette âme de gén e qui planait au dessus des misères humaines, et nous entraînait dans des envolées sublimes à la conquête des choses éternelles; l'abbé Barret enfin, le travailleur et le chercheur infatigable qui ne laissait aucun problème sans solution et faisait oeuvre de bénédictin consciencieux et tenace.

A tous ces amis fidèles, je suis heureux de rendre un hommage de reconnaissance en ce lieu témoin de l'attachement qu'ils portaient à notre Société et du culte qu'ils avaient voué à leur province. Vous vous y associerez, Mesdames et Messieurs, car les honorer c'est honorer notre chère patrie Normande.

Depuis, notre Société, j'allais dire notre famille, s'est multipliée. Une génération nouvelle a surgi pleine d'ardeur et d'espérances, et par elle l'avenir est assuré. Elle continuera l'oeuvre commencée en resserrant chaque jour davantage les liens d'affection qui unissent entre eux ses membres et grandissante, vigilante des traditions du passé, elle la transmettra à son tour à des successeurs animés des mêmes sentiments.

Mais, Dieu merci ! nombreux encore parmi nous sont les vétérans et ce m'est un doux devoir de saluer ici en votre nom, Messieurs, l'un d'entre eux toujours vaillant, toujours alerte. Nous retrouvons chez M. Pernelle la même ardeur et le même entrain qu'il y a quatorze ans, alors que, maire de Vimoutiers, il nous accueillait avec tant d'amabilité et nous faisait avec tant d'empressement les honneurs de la ville. M. le docteur Dentu ne m'en voudra pas si j'adresse mes premiers remerciments à son prédécesseur en souvenir de la vieille dette de reconnaissance que nous avons contractée envers lui. Il semble d'ailleurs que rien n'ait changé à Vimoutiers depuis notre premier séjour. Nous y recevons comme jadis les marques les plus cordiales de sympathie et nous


94 DISCOURS

en reportons en toute justice sur vous, Monsieur le Maire, tout le mérite. Nous étendrons encore au delà si vous le permettez, notre gratitude, car non comme autrefois, bonne salle et bonne table ne suffisent plus à nos exigences d'archéologues ou d'historiens ; touristes d'un nouveau genre il nous faut encore bon gîte. Pour nous satisfaire pleinement, des maisons hospitalières se sont ouvertes comme par enchantement et je suis sûr que mes confrères emporteront de ces étapes excellentes le meilleur souvenir.

Quand je disais tout à l'heure que rien n'avait changé dans la vieille cité du duc Richard je me trompais, car les pages si puissantes de coloris que Loriot consacra à la visite de ses monuments me reviennent en mémoire : « A l'extrémité de la place publique, du côté de l'Orient, qui est le côté des origines, la vieille église se pose et s'affirme avec le relief un peu crû d'un bloc de sombre maçonnerie sur le ciel clair... Le clocher est carré, c'est un beffroi. Il est clos, hanté de quelque vieille cloche de bronze dont nous pourrions ouïr la voix fêlée, si elle allait s'éveiller d'un long dormir. Il a, sur sa mante ardoisée, des ouïes, des yeux, des lucarnes, une girouette pendante, des épis de plomb, des reliefs bizarres, des aspérités comme celles des crustacés. On se croirait en Norvège en face des vieux toits qu'habita primitivement le génie nautique et sombre des hommes du Nord. Cette église c'est la tradition, c'est le XVe, c'est le xvie et le xvnff s. ; c'est chacun de ces âges disposant la pierre en vue d'un but éternel... Cette église est comme une aïeule qui rêve, sous l'ardoise silencieuse, à d'anciennes amours, aux extrémités endeuillées de la joie ; elle est comme une ancêtre au coeur vigilant, dont la mémoire est pleine des trépassés comme l'église elle-même est pavée de tombeaux... »

Et notre Confrère ajoutait :

« La Société Archéologique de l'Orne a d'un voeu unanime demandé la conservation de ce témoignage lapidaire rendu par la petite cité de Vimoutiers au goût antérieur de ces grands siècles que nulle révolution ne saurait faire oublier à la France, qui s'oublierait elle-même en les oubliant. »

Nos regards cherchent aujourd'hui vainement la vieille église et son beffroi, visitée en 1896 pour la dernière fois.


DISCOURS 95

Nous ne raviverons pas des regrets maintes fois exprimés car nous savons quels efforts furent tentés pour garder à Vimoutiers le souvenir à peu près unique de son vieux passé. Mieux vaut se tourner vers l'autre extrémité de cette même place où s'élance pâle et bleutée, dans sa belle nouveauté, dit encore Loriot, la jeune église. « Le granit, alternant avec la pierre blanche, sur sa claire façade, y figure je ne sais quelles échelles de Jacob ». A l'intérieur « les améthystes de ses verrières s'atténuent et se corrigent dans son pavé de mosaïque en d'harmonieux reflets. Le miroir du dallage fait penser à des transparences de marbres, à des diaphanéités d'albâtres. » Dans quelques centaines d'années, si la Société Archéologique de l'Orne vit toujours, nos arrière-petits-enfants viendront de nouveau visiter à Vimoutiers la vieille Église, à moins qu'un sanctuaire plus vaste encore n'ait remplacé à son tour, l'édifice actuel. Ce qui ne changera pas non plus pour eux, ce sera l'accueil chaleureux des Vimonastériens dont nous éprouverons, j'en suis certain, de générations en générations, les douceurs et les bienfaits.

H. TOURNOUER.


RAPPORT ANNUEL

$Ur le? Travaux de la Société

MESDAMES, MESSIEURS,

Ce n'est pas un programme par trop austère que nous a préparé, pour cette après-midi, notre cher Président. Malgré le soin qu'il a dû donner à ses électeurs, qui ont eu le bon sens de renouveler, le mois dernier, son mandat de conseiller général, vous avez pu voir qu'il n'a pas négligé notre excursion. Cette séance vous montrera que, pour être des nôtres, il n'est pas nécessaire d'être chartiste. On n'exige à l'entrée de notre Société, l'épreuve d'aucune lecture courante de vieilles écritures, même quand ce serait sur un parchemin aussi bien conservé que le précieux vidimus de 1415 dont vient de s'enrichir notre musée et que nous devons à l'intelligente libéralité de M. J. Le Roy-White. On n'impose à aucun sociétaire l'obligation d'être pédant et ennuyeux. Au contraire, nous avons toujours aimé les gens d'esprit et les poètes qui, de leur côté, ne semblent pas se déplaire parmi nous. Ils suivent ainsi la tradition de notre inoubliable Gustave Le Vavasseur, dont la gloire de bon aloi n'est pas près de se voiler : on l'a constaté, le 24 Juillet dernier, aux fêtes argentanaises de la Pomme.

Notre vieux maître se fut sûrement intéressé, et il avait même témoigné jadis par une préface qu'il s'intéressait bienveillamment, aux curieuses recherches sur le parler de chez vous que M. Charles Vérel, joignant des récits et des dialectes en patois au dictionnaire qui en facilite la lecture, vient de publier sous ce titre : Le bréviaire des Normands (1) I

(1) Alençon, 1910.


RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 97

Oh 1 ce n'est pas un bréviaire par trop édifiant ou clérical. J'avouerai même, qu'à mon gré, abbés et moines y sont sur la sellette plus souvent qu'il ne conviendrait en un temps où la vie ne leur est pas douce en France. Et puis, notre spirituel confrère n'a vraiment pas flatté ses compatriotes, qu'il représente tantôt renarrês, tantôt bônés, à l'excès. Vous me direz que la comédie n'est pas un genre bénisseur, et qu'elle vise surtout à faire rire. D'accord, et je vous assure que l'auteur du Bréviaire des Normands y réussit.

Vous verrez tout à l'heure qu'il n'est pas le seul de nos confrères à cultiver le genre amusant. —Et pourtant nous n'avons malheureusement point parmi nous notre cher Wilfrid Challemel, qui vient de consacrer des pages émues et fines à Gérard de Contades, dont il a dressé la bibliographie en collaboration avec notre Président. — Et en écoutant Paul Harel vous songerez que la prose savoureuse lui est un délassement pour se reposer d'écrire de beaux vers, tels que ceux qui étaient applaudis en mai dernier, aux fêtes de Jeanne d'Arc à Rouen, ou bien le morceau de si fière allure dans lequel il vient de magnifier Les faucheurs (1).

Paul Harel ne m'en voudra certainement pas de ne vous signaler aujourd'hui comme livre de vers que celui d'un autre poète Normand, dont il s'est fait d'ailleurs, en quelque sorte, l'introducteur et le guide, M. Louis Peccatte. Voilà un paysan qui ne se cache pas de l'être. Il l'est par sa carrure et son mâle visage, par la blouse qu'il arbore bravement dans le portrait placé en tête de son volume, qu'il intitule Ma Sauvagère (2), par sa modeste maison familiale, par sa vie toute simple de tonnelier et de cultivateur, par sa langue vigoureuse et qui parfois donne une impression de vieux français, peut-être aussi par certains vers un peu rugueux et noueux comme des arbres trop émondés. Et c'est aussi un vrai poète. La mémoire de sa mère qu'il ne retrouve que dans ses visions de petit enfant, la mort d'une blonde de quinze ans, l'isolement d'une belle fille pauvre, qui peutêtre ne rencontrera pas d'épouseur, une chaumière en ruine, une église de campagne, une vieille croix de carrefour, un

(1) Correspondant, 25 juillet 1910.

(2) Paris, Pion, 1909.


98 RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE

hêtre séculaire, le chemin tant de fois suivi du toit natal au bourg, voilà les thèmes qui l'attirent et qui l'inspirent bien. Il ne se borne pas à décrire. C'est un méditatif, qui fait sentir combien la vie rurale est propice au sérieux des pensées, à la profondeur des sentiments, à la fidélité des souvenirs.

II

Plus régulièrement encore qu'aux conteurs et aux poètes, votre Secrétaire général doit faire place dans son rapport à ceux dont les noms vont cesser de figurer sur nos listes. Depuis notre réunion d'août 1909, à Moulins-la-Marche, ceux qui nous ont quittés sont tous des vieillards. Ce n'est pas dire que nous les ayons vu partir sans regret.

Mme Eugène Lecointre, décédée à 72 ans, le 12 février dernier, avait pris sur nos listes la place laissée vide, en 1902, par son mari, le maire d'Alençon en 1871, et elle perpétuait dignement sa noble tradition. — Le 18 février, nous perdions à l'âge de 74 ans, M. Léon Hommey, qui avait fait partie de notre Société dès sa fondation. Au bord de sa tombe, notre confrère, M. Paul Romet, a rendu un éloquent et juste hommage à cet actif homme de bien qui, dans une vie très remplie par l'habile gestion de grandes affaires, trouvait le moyen de faire la part très large aux oeuvres de dévouement. — Enfin, le 9 mars, nous était enlevé un confrère de 93 ans, mais qui avait gardé toute la vivacité de son aimable esprit et toute la sensibilité de son bon coeur, M. Eugène Poriquet, doyen d'âge du Sénat, où il était entré lors de la constitution de cette assemblée en 1876. Notre ami Germain Lacour a tracé de lui, en notre dernier Bulletin, un petit médaillon achevé ; et lorsque le président du Sénat, notre ancien préfet éphémère de 1871, M. Antonin Dubost, a prononcé son éloge, il a pu lui rendre ce beau témoignage que, des nombreux amis qu'il s'était [attachés au cours de sa longue carrière, la vie lui en avait fait perdre beaucoup, mais que sa fidélité ne lui en avait jamais fait abandonner un seul.

Je suis bien tenté de joindre à la liste de nos défunts l'illustre érudit Bas-Normand, qui portait si allègrement ses 83 ans et qui ne s'est arrêté de travailler qu'au jour de


RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 99

sa mort le 22 juillet dernier. Membre de l'Institut depuis 1858, administrateur général de la Bibliothèque Nationale de 1874 à 1905, Léopold Delisle eut toujours, à travers ses vastes explorations historiques, une prédilection marquée pour tout ce qui se rapportait à notre province. Aussi M. Tournoûer le décidait-il vite à à accepter d'être président d'honneur du Comité qui vient de se constituer pour élever un monument à la mémoire d'Orderic Vital, auprès des ruines de son ancienne abbaye de Saint - Evroult. Puisse quelque jour cette antique abbaye du pays d'Ouche être étudiée avec autant de savoir et de goût que vient de l'être l'abbaye de Jumièges par notre confrère M. Martin du Gard !

M. Emile Faguet assure (1) qu'il n'est pas du tout démocratique d'honorer les vieillards, ces représentants de la tradition, ces propagateurs de l'idée de respect. Ce serait tant pis pour la démocratie. Mais ici vous savez ce que valent les hommes d'élite, dont les années accroissent sans cesse l'expérience et la hauteur de vues, sans rien enlever à leur lucidité ni à leur dévouement. Le canton de Vimoutiers se sent fier d'être représenté, depuis 1858, par quelqu'un qui est, je crois bien, le doyen de tous les conseillers généraux de France et qui présidera quelque jour, la rentrée de la Chambre des Députés. Continuez, Messieurs, à honorer et à aimer les belles vieillesses !

III

C'est un exemplaire de remarquable longévité administrative que nous propose M. Louis Duval en publiant la biographie et un curieux mémoire de l'avant-dernier intendant d'Alençon Lallemant de Lévignen (2). Il avait 42 ans, lorsqu'il obtint ce poste, grâce à la protection du Cardinal Fleury. Il avait quatre-vingt-deux ans, lorsqu'il se décida à prendre sa retraite ; encore la prit-il à Alençon, où il mourut âgé de quatre-vingt-trois ans, le 26 février 1767. Il gouverna la généralité durant quarante années, de 1726 à 1766.

(1) Le culte de l'incompétence, Paris 1910.

(1) Annuaire Normand, 1910 et tirage à part. - Lallemant de Lévignen, Intendant d'Alençon, Son mémoire sur la généralité d'Alençon en 1727, 108 p.


100 RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

Vous voyez combien notre pays conserve et attache. Car il semble bien que Lallemantde Lévignen aurait pu briguer, en manière d'avancement, une intendance plus honorable encore que celle d'Alençon. Fils, gendre et frère de fermiers généraux, il appartenait à une famille de puissants financiers, tel que fut au siècle précédent ce Louis Berryer, premier commis de Colbert, secrétaire d'Etat de Louis XIV, et en nos contrées maître de forges à Halouze, bâtisseur des Eglises de La Ferrière, Dompierre, Saires et Champsecret, curieux personnage qu'étudient à la fois M. Surville (1), l'infatigable collaborateur du Pays Bas-Normand, et M. l'abbé Albert Lafontaine (2), docteur ès-lettres.

Des frères de notre intendant, celui qui fut fermier général s'appelait Lallemant de Betz, du nom d'une terre voisine de Beauvais, où la princesse de Monaco allait faire dessiner, avec les conseils du duc d'Harcourt, des jardins romanesques dont il subsiste de délicieux restes (3). Un autre Lallemant de Nantouillet, obtint de Fleury une place d'intendant des domaines royaux que la reine sollicitait en vain pour Helvetius. Un autre, que l'on nommait Lallemant tout court, fut simplement évêque de Séez.

On ne saurait présenter ce dernier comme un prélat aussi lettré que son prédécesseur Bertaut, dont M. l'abbé Georges Grente, qui le connait à fond, ne craint pas de faire un lointain précurseur de Lamartine. Un avocat alençonnais qui avait l'esprit caustique, le présente comme assez mal bâti et d'une élocution difficile, mais ajoute que par compensation, « il pense bien, n'aime que les gens qui pensent bien, et n'en veut point souffrir d'autres dans son diocèse ». Ce fut en somme un très digne évêque. Il était visiteur général des Carmélites lors de sa nomination en 1728. Il publia, pour l'instruction de son peuple, un livre intitulé La doctrine chrétienne. Et lorsqu'en avril 1740, à quarante-neuf ans, il mourut chez l'un de ses frères à Paris, on le trouva revêtu d'un cilice.

Sur la longue administration de Lallemant de Lévignen,

(1) Louis Berryer, Fiers, 1910, 78 p.

(2) Voir quatre articles dans Le pays Bas-Normand 1909 et 1910 et Revue Hebdomadaire, 24 septembre 1910.

(3) Voir Autour de Paris, par André Hallays, 1910.


RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 101

je ne saurais m'étendre ici. Céda-t-il parfois à la tentation de s'immiscer trop dans les affaires cléricales ? C'est ce que permettrait de faire supposer, s'il est exact, le propos prêté à l'évêque Lallemant : « Mon frère, mêlez-vous de votre Intendance et non pas de mon Diocèse. » C'était sûrement un administrateur aimant bâtir et embellir, relevant ou édifiant volontiers des hôtels de ville, des hôpitaux, des églises, des fontaines. Son oeuvre principale fut l'ouverture de grandes routes qu'il ornait volontiers d'obélisques aux inscriptions grandiloquentes, comme au haut de la rue Saint-Biaise à Alençon, ou bien à Saint-Remy-sur-Avre. Dans le latin d'alors, intendant est généralement traduit par prsetor. Une fois, pourtant je relève le mot que Lebrun devait choish pour désigner les successeurs des commissaires départis : Lallemant de Levignen est ainsi qualifié : apud Alençonios rei polilicx proefectus : ce qui est bien dire, non pas préfet de l'Orne, mais préfet d'Alençon, administrant une généralité beaucoup plus vaste que notri département actuel, et dont nous n'avons pas franchi les limites en allant visiter Lisieux.

IV

Sans m'attarder à d'intéressants articles parus dans notre bulletin, au compte-rendu de notre Excursion et aux Chroniques Ornaises de M. René Gobillot, aux études de M. A. Lemaître sur Vaugeois et ses seigneurs, de M. Ferdinand Olivier sur Saint-Léonard d'Alençon, de M. l'abbé Mesnil sur la forêt d'Ecouves, de M. Ch. Vérel sur Courtomer, de M. l'abbé Legros sur la troupe comique de Scarron àArçonnay et aux fourches patibulaires d'Alençon, j'ai hâte d'arriver, pour notre dernière station, à la figure la plus marquante que nous ayons à évoquer en cette tournée, à celle que la grande histoire a baptisée Charlotte Corday, et qui s'appelait exactement Marie-Anne-Charlotte de Corday d'Armont (2). Je n'ai pas à rappeler longuement l'acte rudement énergique qui l'a illustrée. Vous savez que le 13 juillet 1793, le jour même où à Brécourt

(1) Loc. citai., p. 17.

(2) Elle signait Marie de Corday, comme on le voit dans la curieuse pièce dont M. de Brébisson vient de nous apporter la copie.


102 RAPPOBT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

près Vernon, les troupes fédéralistes étaient dispersées sans presque avoir combattu, une jeune et belle normande arrivait à se faire introduire près du sanguinaire Marat et qu'elle lui plongeait un couteau dans la poitrine.

Rien ne la fait mieux connaître que les deux dernières lettres qu'elle écrivit le mardi 16 juillet dans la prison de la Conciergerie. L'une est adressée à M. de Corday d'Armont, rue du Bègle, à Argentan. On y lit : « Pardonnez-moi, mon cher papa, d'avoir disposé de mon existence sans votre permission. J'ai vengé bien d'innocentes victimes, j'ai prévenu bien d'autres désastres... Adieu, mon cher papa, je vous prie de m'oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort. La cause en est belle. J'embrasse ma soeur que j'aime de tout mon coeur, ainsi que tous mes parens. N'oubliez pas ce vers de Corneille :

Le crime (ait la honte et non pas l'êchafaud. »

L'autre lettre, beaucoup plus longue, est pour le citoyen Barbaroux, député à la Convention Nationale, réfugié à Caen, rue des Carmes. « C'est demain, porte-t-elle, à huit heures que l'on me juge : probablement à midi j'aurai vécu, pour parler le langage romain. » La prisonnière ne se trompait pas de beaucoup. Le mercredi 17 juillet c'est à la fin du jour, vers sept heures, par une éclaircie radieuse succédant à une pluie d'orage, qu'on la vit arriver, sa chemise rouge de condamnée faisant ressortir son fier et beau visage, sur la place de la Révolution, et que sa tête à peine tombée fut frappée par un aide du bourreau d'un ignoble soufflet.

Faut-il la glorifier comme une héroïne antique et lui dire avec André Chénier :

La Grèce, ô fille illustre, admirant ton courage

Epuiserait Paros pour placer'ton image.

Auprès d'Harmodius, auprès de son ami,

Et des choeurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,

Chanteraient Némésis, la tardive déesse,

Qui frappe le méchant sur son trône endormi?

Faut-il la blâmer, au nom des principes qui doivent, dans les circonstances ordinaires, régir notre conduite ? Je ne


RAPPORT A/NTMXJE.L SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 103

1 s méconnais pas. IVïais vraiment pour les opposer à Char1

Char1 Corday, Marat, ses complices les révolutionnaires et

1 urs apologistes sont absolument disqualifiés.

A.u lieu de disserter ou de déclamer sur l'acte, n'est-il pas

lus intéressant d'étudier comment s'est formée l'âme qui l'a

neu et exécuté ? C'est ce que j'ai surtout recherché en lisant

l deux ouvrages récents consacrés par M. Eugène Defrance (1)

. r j^. ï-Ienri d'Aimeras à notre compatriote.

TI v avait bien, dans ses hérédités, de quoi lui faire une

f.ArP Elle descendait directement du grand Corneille, ame iieie- e

r.i,o l'a établi le maître érudit que fut M. de la Sicotière, ainsi que , M

nuel nous devons un portrait fidèle et fouillé du père

, Charlotte (*2). C'était un gentilhomme de bonne race, de tite fortune et d'esprit très indépendant que M. de Corday d'Armont. Bien que défenseur ardent de certaines idées elles, l'égalité des partages successoraux notamment, il se plia point à prêter serment à la constitution de 1791, l rsau'il était premier maire du Mesnil-Hubert, après en avoir ,., ie dernier syndic. Mais je ne saurais insister sur son rôle cette magistrature communale. Si vous voulez savoir n bien peut être neuve et instructive l'étude de la vie njCipale pendant la Révolution, je vous renvoie au magistral ouvrage que M. Joseph Hamon vient de lui consacrer our le canton de Passais (3).

Sur Charlotte Corday ont dû agir d'autres influences dont

vous avez pu saisir quelque chose aujourd'hui. M. André

Hallays» qui s&it si bien voir et sentir tout ce qui fait le charme

de la France, estime que lorsque l'on se rend aux lieux où

vécut un personnage célèbre, ce qui émeut surtout ce sont

« la couleur et les lignes du paysage qui lui fut familier...

cj je pénètre dans son logis, poursuit-il, ce qui surtout me

ravit c'est de pousser les volets d'une fenêtre et de découvrir

soudain l'horizon sur lequel ses yeux se sont reposés. » (4)

(1) Charlotte Corday et la mort de Marat, Paris, Mercure de France, 1909.

(2) Charlotte Corday, Paris, Librairie des Annales.

pans notre Bulletin de 1888 (p. 315-344) Corday d'Armont petit-flls de Corneille et père de Charlotte Corday.

(3) La vie municipale dans les communes du canton de Passais pendant la Révolution. Rennes, 1909.

(4) Discours à Croisset, au déjeuner Flaubert, 9 juillet 1910. Voir Journal des Débats, du 11 juillet.


104 RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

En ce modeste logis du Ronceray, sur lequel notre Société a eu grandement raison de placer une plaque commémorative, vous avez pu avoir cette joie. Vous l'auriez goûtée aussi, sur l'ancienne paroisse de Mesnil-Imbert, au manoir, modeste encore, de Corday, mais d'où la vue s'étend au large sur la vallée d'Auge et où la fille de M. d'Armont passa la plus grande partie de sa jeunesse. Et désormais ne lierez-vous pas à l'idée que vous vous formez d'elle l'image d'un pays verdoyant et ondulé, aux habitations éparpillées et retirées, où l'on peut vivre indépendant et solitaire, et mûrir silencieusement des desseins réfléchis ou d'ardents enthousiasmes, d'un pays à la beauté discrète et pénétrante, dont la vision repassa peut-être le 17 juillet 1793, sur la fatale charrette, dans les yeux distraits de la condamnée ?

Un siècle environ après Charlotte Corday, et devant mourir comme elle à vingt-quatre ans, une autre Normande, qui n'a pas joué le moindre rôle politique, s'est montrée héroïque, elle aussi, mais d'une manière toute différente, d'une manière plus humble, plus douce et plus chrétienne. Je veux parler de cette Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus (1) qui le 30 septembre 1897, au modeste Carmel de Lisieux, expirait, on peut vraiment dire en odeur de sainteté, et dont la pauvre tombe, au sommet d'un colline verdoyante, est surmontée d'une croix de bois, noire et blanche, sur laquelle on lit cette phrase qui dit bien dans quelles dispositions elle s'en est allée à Dieu : « Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre. » Cette assoiffée de pur amour eut ravi Fénelon. Elle aima tout ce qui est grand et beau, l'infini de la mer et le scintillement des étoiles, la poésie de la terre normande, la richesse de ses floraisons, la grâce de ses lointains: elle aima, et de ses ardentes prières elle aida, les vaillants missionnaires tels que ce Père Edouard Epinette (2) né à Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, en 1878, mort à vingt-neuf ans en pleine Afrique, et dont notre confrère M. l'abbé Paul Commauche vient de retracer la vie généreuse ; elle aima et elle fera aimer les belles âmes qui sont la justification et la raison d'être de la création ; elle parvint à

(1) Voir Saur Thérèse de VEnfant-Jésus (1873-1897), histoire d'une âme écrite par elle-même, Bar-le-Duc, imp. de l'OEuvre de Saint-Paul.

(2) Le Père Edouard Epinetle, Paris-Lille, Désile, 1900.


RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 105

aimer jusqu'à la douleur et elle lui faisait bon accueil comme à un exercice d'amour. Enseigner à souffrir ainsi sans révolte, sans murmure, en paix et presque avec joie y a-t-il beaucoup de vies humaines qui n'aient pas besoin de cette leçon-là ? Faut-il m'excuser d'avoir terminé, en vous parlant d'une telle âme, un rapport historique ? Je n'en crois rien. L'histoire, lorsqu'elle n'est pas superficielle, ne fait pas seulement attention aux faits d'armes, aux agitations politiques, aux luttes et aux révolutions industrielles. Elle découvre la valeur de tout ce qui entretient ou renouvelle la vie morale. Et de ce point de vue on entrevoit l'éminente dignité que peuvent avoir des existences très humbles en apparence. Les arrivistes et les orgueilleux peuvent faire du bruit dans la société humaine : ce sont les coeurs généreux et bons qui la vivifient, comme les sources parfois cachées dans la verdure qui leur doit sa fraîcheur.

Baron JULES A. DES ROTOURS.


UNE

fyKOJIHIVUflOJt JKOJtjLSflQUE

Mesdames, Messieurs,

Quand, il y a quatorze ans, j'ai eu l'honneur de recevoir ici la Société Historique et Archéologique de l'Orne, je la connaissais à peine.

Depuis qu'elle a bien voulu m'admettre parmi ses membres j'ai facilement compris l'utilité de son but, combien ses relations étaient agréables, combien intéressants ses excursions annuelles et les bulletins qu'elle publie. C'est pourquoi, profitant de votre trop court séjour parmi nous, je me permets de vous rappeler un événement presque oublié, mais qui se rattache aux Religieuses Bénédictines d'Argentan, dont la maison, disparue au moment de la Révolution, s'est reforméeà Vimoutiers.

UNE RECONSTITUTION MONASTIQUE

La riche et puissante abbaye d'Almenêches, de l'Ordre de Saint-Benoît, avait jadis de nombreux prieurés suffragants entre autres ceux d'Argentan (1) et d'Exmes (2) et fournissait des supérieures (prieures ou abbesses), à des monastères, tels ceux de Verneuil et de Vignats (3).

(1) Fondé en 1623, sous Louise de Médavy, abbesse d'Almenêches, son frère fut évêque de Sces. Ce prieuré était connu sous le nom de N.-D. de Ja Place.

(2) Fondé en 1625 sous le nom de N.-D. des Loges, par Catherine de Bouillonné de la Bretonnière, religieuse d'Almenêches, et sa mère Suzanne de Bernardt.

(3) Fondé en 1534 par Guillaume Talvas, sieur de Bellême et d'Alençon. De ce prieuré sont sorties deux religieuses lors de la fondation, en 1650, du couvent des Bénédictines de Vimoutiers par Nicolas de James leur père.


UNE RECONSTITUTION MONASTIQUE 107

Comme la maison d'Almenêches se trouvait trop isolée à la campagne, Louis XV, par ordonnance royale, transféra la mense abbatiale au Prieuré de N.-D. de la Place à Argentan qui prit alors le titre d'Abbaye royale d'Almenêches. Dès lors l'ancienne abbaye ne devint plus qu'une obédience, et fut gouvernée à titre de prieuré.

Lorsque la tourmente révolutionnaire força les religieuses à quitter leurs couvents, elles rentrèrent dans leurs familles ou cherchèrent un asile là où on voulut bien les recevoir, ce qui ne les empêcha pas de continuer l'observance de leur règle.

C'est ainsi que, au mois d'août 1792, Mme Charlotte de Bernard de Courménil, ancienne religieuse du prieuré d'Exmes, regagna son château situé dans cette paroisse d'où elle était originaire.

Là, elle confia l'éducation de son neveu à un élève ecclésiastique M. l'abbé Rozey, né à Vimoutiers le 21 décembre 1767 (1).

« C'était un homme d'une piété profonde, d'une remar« quable énergie de caractère et d'une grande sûreté de juge« ment. Il était en outre d'un rare esprit d'initiative et de « décision (2) ».

Parvenue à un âge avancé, Mme de Courménil quitta son domaine et se retira à l'hospice de Vimoutiers où elle retrouva M. l'abbé Rozey, qui alors était vicaire(3). Comme depuis longtemps elle avait su l'apprécier, elle lui renouvela son projet de reconstituer la sainte maison d'Almenêches, et le pressa même pour mettre la main à l'oeuvre. Bien plus, sentant ses forces diminuer, ayant à coeur de mener à bonne fin une telle entreprise, elle fit son testament qui, signé le 22 avril 1822, contenait les dispositions suivantes : « Je donne et lègue « tous les biens meubles et immeubles qui composeront ma « succession au jour de mon décès, à l'établissement à per« pétuité que je suis dans l'intention de former de Religieuses

(1) Il fit ses études au Séminaire du Saint-Esprit à Paris où il fut ordonné sous-diacre puis diacre. Mais c'est à Séez que Monseigneur de Boischollet le sacra prêtre le 24 septembre 1803 dans la chapelle de son palais épiscopal. Il fut nommé curé de la Chapelle-près-Sées.

(2) Note de la maison des Bénédictines d'Argentan.

(3) En 1822.

11


108 UNE RECONSTITUTION MONASTIQUE

« Bénédictines qui seront chargées de l'éducation des jeunes « filles. — Si, lors de ma mort, il n'est pas encore formé, je « veux que ce legs soit employé à le créer ».

En présence d'une volonté si fermement exprimée, M. l'abbé Rozey fit le nécessaire. Dès le mois de juillet suivant deux anciennes religieuses professes de ce même prieuré d'Exmes, soeur Sainte Pélagie (Marie-Jeanne-Cécile de Robillard, née à N.-D. de Bellou-en-Houlme) ; soeur Sainte Ursule (CharlotteOpportune Than, née à Exmes), puis Adélaide Tirot (1), religieuse converse de l'abbaye d'Argentan, vinrent se grouper autour de Mme de Courménil qui, dès lors, doit être considérée comme la première supérieure de cette communauté renaissante, sous la direction de M. l'abbé Rozey. Formée ainsi des anciens débris de celles d'Exmes et d'Argentan, elle continuait la famille de Sainte-Opportune.

La première cérémonie de vêture a eu lieu en 1823. L'année suivante Catherine-Félicité Hébert de Vimoutiers fit profession sous le nom de Sainte Opportune. Avec elle deux postulantes prirent le voile.

L'oeuvre de Mme de Courménil grandissait : Jes vocations se multipliaient ; mais cette bonne religieuse chargée d'années rendit son âme à Dieu le 21 janvier 1826 (2). Elle eut cependant le bonheur de voir ses projets réalisés... du moins en partie, car sa succession donna prise à bien des difficultés : on prétend même qu'elle fût enlevée à M. l'abbé Rozey, le privant ainsi de ressources sur lesquelles il avait droit de compter. Il poursuivit quand même cette entreprise en engageant sa fortune personnelle et les dots qu'apportaient les religieuses.

A Mme de Courménil succéda comme supérieure Mme Sainte Opportune (née Hébert), qui conserva cette charge pendant vingt-cinq ans, et mourut le 12 février 1867. Elle tenait essentiellement aux observances de son Ordre, aussi l'appelaiton une « Règle vivante ». Pour se conformer aux dispositions testamentaires de Mme de Courménil, le 20 mai 1827, elle adressa à M. le maire de Vimoutiers, M. Vivier, une requête tenant à ce qu'elle fût autorisée à ouvrir une école pour

(1) Cette religieuse avait passé cinq mois en prison, pour avoir refusé le serment.

(2) Après 66 ans de vie monastique.


UNE RECONSTITUTION MONASTIQUE 109

recevoir les jeunes filles du pays. Le conseil municipal consulté n'hésita pas à lui donner une réponse favorable.

Comme à ce moment les religieuses occupaient dans le haut de la rue du Perré un local trop restreint, elles achetèrent un immeuble d'une certaine importance comprenant plusieurs constructions, jardins et pâture (1). Il était situé en rive de la route nationale d'Alençon à Honfleur, près notre vieux collège que dirigeait alors M. l'abbé Oriot. Une des constructions avait été appropriée à usage de chapelle, comme il est encore possible de s'en rendre compte, malgré des modifications importantes et un replâtrage extérieur presque complet (2).

Les postulantes au noviciat devenant de plus en plus nombreuses, il fallut encore choisir un emplacement plus spacieux. Les dames religieuses hésitaient à agrandir celui qu'elles venaient d'acquérir, car leur seul désir était de pouvoir retourner à Argentan qui était bien le premier rameau d'Almenêches dont la branche puissante avait même remplacé le tronc de par la volonté de Louis XV (1732).

Sur leurs insistances souvent renouvelées, M. l'abbé Rozey fit des tentatives pour rentrer en possession de l'ancienne maison d'Argentan qui se trouvait dans le quartier SaintMartin ; mais les propriétaires refusèrent toute négociation à ce sujet. Même résultat à Falaise. Enfin, sur l'indication de l'un de ses amis, M. Rozey fit l'acquisition dans le quartier Saint-Jacques d'une propriété assez vaste avec dépendances permettant de bâtir si le besoin s'en faisait sentir. C'est donc là que les anciennes Bénédictines d'Argentan, après avoir quitté Vimoutiers, retournèrent définitivement, c'est-à-dire, presque à leur point de départ.

La translation a eu lieu le 20 mai 1830. Elles étaient au nombre de douze professes avec trois postulantes. Le voyage

(1) Cette acquisition était alors cadastrée comme suit :

H 30 Pâture 14 a. 40 c. \ H 31 Maison 1 a. 30 c. / „„ „. H 32 — 2 a. 70 c. ( a- yo cH

cH Jardin 15 a. »» )

Sur un plan dressé en 1836, ces dépendances étaient cotées sous les nos30, 31, 32, 33.

(2) Elle appartient aujourd'hui à M. Fleury.


110 UNE RECONSTITUTION MONASTIQUE

se fit de très grand matin, en voitures fermées, de telle sorte que les pieuses Mères semblèrent n'avoir point franchi leur clôture.

Pendant les huit années passées à Vimoutiers, elles avaient joint à la vie contemplative qu'implique la règle de St-Benoït, l'éducation des jeunes filles qui s'est continuée à Argentan.

Plusieurs religieuses de Vimoutiers et des environs ont laissé dans cette maison une mémoire toute d'édification et de sainteté. Telles sont : Mme Saint-Louis, née Fortin de Vimoutiers, supérieure pendant treize an s; Mme Saint-Benoit, née Massillon du même endroit ; Mme Saint-Joseph, née Patey de Montfort, longtemps maîtresse des novices.

Moins heureuses que leurs soeurs d'Argentan, les Religieuses Bénédictines de Vimoutiers se sont, elles aussi, dispersées au moment de la Révolution, mais leur maison n'a pu se reconstituer. Les seuls débris qui en restent et qui accusent le xvne siècle révèlent leur existence.

C'est bien le cas de répéter ici :

« L'histoire n'est qu'un éternel recommencement ».

Enfin, Mesdames et Messieurs, maintenant que nous avons fait plus ample connaissance, puissions nous nous retrouver tous ici dans 14 ans.

A. PERNELLE. Vimoutiers, 19 août 1910.


LE TROU1L, LA TUILE

ET

LE SOUFFLET A FEU

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine, fit venir... son notaire, ainsi qu'il est coutume au pays bas-normand.

Ce paysan, honnête homme, possesseur de terres au soleil, habitait loin de cette plantureuse vallée d'Auge dont nous avons admiré les verdoyants herbages, semés de précieux souvenirs historiques. Il vivait au bailliage de Mortain, en la paroisse Saint-Patrice du Teilleul.

Que vient-on, direz-vous, nous parler d'un Horzain ?

Il est admis, chez nous, qu'un homme cesse d'être un étranger dès qu'on peut par quelque côté le rattacher à une personne déjà connue. Aussi, nous hâterons-nous de dire que notre héros était compatriote de messire Pierre Crestey, fondateur d'hospices aux pays de Barenton et de Vimoutiers. Il était l'ancêtre d'une religieuse de la Providence, Soeur MarieCélina, qui repose dans le cimetière de cette ville après avoir passé cinquante années de sa vie à instruire les enfants de Vimoutiers.

Dans une liasse de papiers anciens, qui nous furent confiés par cette digne soeur, se trouve un projet de lots et partages pour les trois enfants de Cordier, des Champs-Cordiers, dressé en mil sept cent soixante-quinze.

Les Cordier étaient gens cossus. Ils avaient joint à leur terre les dépendances d'une ancienne seigneurie : la Vivionnière ; acheté la Boucherie, jolie maison de pierres de taille, à mi-côte sur le versant méridional d'un étroit vallon que suit le vieux chemin de Domfront à Avranches, et qu'arrose un large ruisseau, jadis fertile en écrevisses... Hélas 1 où sont les pêches d'antan ?


112 LE TROUIL, LA TUILE ET LE SOUFFLET A FEU

Trois garçons, trois maisons. Le père en attendant leur établissement, les gardait avec lui sur la terre de la Merrie, qu'il avait prise à bail, parce qu'elle était située au centre même de ses propriétés. Du tout il n'avait fait qu'une seule exploitation.

Les Cordier étaient donc de cette race de paysans normands qui par le travail, l'économie, par des alliances savamment préparées, des contrats solidement cimentés, avrient conquis l'indépendance, la fortune, et s'étaient élevés au rang de notables. Belle classe, en vérité, profondément religieuse et jalousement conservatrice, qui sauva notre province des horreurs de la démagogie.

L'on comprend que messire Ballin, percepteur des tailles et grand amateur de fricots, soit allé chercher femme en une semblable famille.

Dès sa première visite il dut être séduit par l'abondante composition de la batterie de cuisine des Cordier. Le premier lot — un tiers de l'ensemble — comporte, en effet : deux chaudrons d'airain, trois bassins d'airain avec leur queue de fer — nou's les appellerions aujourd'hui des casseroles — la seringue, avec son étui !!!

Pourquoi, dans l'inventaire, ce dernier instrument figure-t-il parmi les ustensiles culinaires, entre la tuile à faire la galette et la poêle à frire??? Ne cherchons point à pénétrer ce mystère. Nos aïeux ne livraient rien au hasard. Gens sages et précautionneux, ils savaient tenir toujours le remède à côté du danger.

Pénétrons donc dans la ferme de la Merrie, pendant que le père Cordier médite ses partages. Il a défilé devant ses abeilles et marqué seize ruches d'une branche de buis, seize autres d'un rameau de houx, et le restant d'un brin d'osier. Il encoche différemment les manches des houettes, des fossoirs et des pelles. Au fils qui recevra le grand chaudron d'airain, il donnera la petite marmite, et celle en quoi l'on met la cendre. Si le troisième garçon ne recueille point de marmite à soupe, il aura du moins les poêlons à bouillie, la rôtissoire, la chaudière à bouillir le cidre, l'entonnoir et le fusil.

Il est veuf, le pauvre homme, et c'est sa bru, Nannon Gasnier, l'épouse de Louis, son cadet, qui tient le ménage.


LE TROUIL, LA TUILE ET LE SOUFFLET A FEU 113

Nous sommes à la fin d'octobre. Tout le jour, Jacques et Jean-Baptiste ont labouré dans le champ aux Poùards. Jacques, l'aîné, tenait les mancherons de la charrue. Son jeune frère piquait les boeufs, deux Cotentins dressés au joug, qui, les semailles terminées, seront engraissés pour le carnaval ; deux bouvillons de remplacement tiraient en flèche, précédés par une vieille cavale blanche, paisible et. douce. La nuit tombe. Pendant que les laboureurs rentrent leur attelage, la servante s'empresse au logis. La maîtresse descend la marmite de son billot et dose avec soin la graisse et le sel ; la fille découvre le tison demeuré sous la cendre. De sa couchette, située sous l'escalier, elle tire une poignée de paille. Le fagot est préparé, elle détache du clou, sous le corbeau de la cheminée, le soufflet à feu, le meilleur, celui que le maître acheta la quinzaine passée à la Saint-Denis de Mortain.

Celui-là n'est point asthmatique : une flamme claire illumine la vaste pièce, chasse les ombres accumulées sous les rideaux des grands lits à quenouilles, la lueur se reflète sur les quatre vantaux de l'armoire et sur les parois cirées des coffres. Un des garçons vient quérir la lanterne pour le père qui fait sa tournée aux étables. Huit vaches ruminent en attendant qu'on les vienne traire. Les sept génisses et les trois veaux sont demeurés sous les abris de la Boucherie.

Bientôt un bruit rythmique et sourd monte de la grange. Pan ! Pan ! Pan ! Avec de longs pilons de bois, court emmanchés, les fils Cordier martèlent avec énergie un bourrelet de filasse serré dans la pile, auge de bois formée d'un culot de chêne creusé. Ce rude travail achève de détacher les chenevottes de la fibre textile. Demain, l'étoupe sera peignée au sérang, puis filée au rouet, et finalement mise en écheveau sur le trouil.

Le Trouil ! Ce dévidoir manquait d'élégance. On en retrouve encore dans les combles des vieilles maisons. Il donne l'impression d'un axe de roue de brouette dans lequel on aurait planté quatre béquilles. Il tournait entre deux montants verticaux, roue de supplice pour les chambrières bavardes ou paresseuses. Car la longueur des branches du trouil était calculée de telle sorte que le fil passant sur les quatre branches avait une aune de longueur. Rien que par le compte des


114 LE TROUIL, LA TUILE ET LE SOUFFLET A FEU

brins de l'écheveau, la maîtresse mesurait le travail de la servante et la belle-mère jugeait de l'activité de sa bru.

Les bobines filées dans la journée, s'enroulaient sur le trouil à la veillée, quand le souper était desservi, alors que les hommes entouraient le foyer en grillant des châtaignes dans la harassoire et en dégustant le cidre doux.

C'était l'heure des contes.

Justement les Cordier possèdent depuis le commencement de la semaine un conteur intarissable, un charron qui a fait son tour de France. La récolte fut bonne ; ils vont augmenter leur matériel. L'ouvrier leur confectionne une charrette neuve. Déjà la verge et les cassoirs sont débités, ainsi que 24 rais. Les moyeux, immergés depuis longtemps dans le douet de la Merrie, sont durcis à point.

Le bois d'oeuvre nécessaire est remisé dans la Chambre des Champs-Cordiers, près de la côtière nord. Il ne faudrait pas le confondre avec celui qui est contre la cheminée, lequel est du merrain à tonneaux.

Le père donne ses ordres pour le lendemain. Ses fils dresseront les raies du champ Dolent. Quant à lui, il triera dans la gresloire les blés de semence, et samedi, premier jour du décours de la lune, on pourra confier les graines à la terre.

Louis a rapporté un pot de poiré, de celui du tonneau de la grange, marqué de deux coches. Il en reste encore sept autres à déguster, tous pour l'alambic, sans compter les deux fûts de jus mitoyen pour la consommation de l'année.

Sa femme a couché leur unique enfant, la petite Anne, celle qui deviendra l'épouse de M. Ballin, percepteur. Et elle vient mettre en écheveau le fil de la servante.

Le charron regarde celle-ci du coin de l'oeil et ricane :

— Ah ! ma fille, garde à vous. C'est du trouil, savez-vous, que dépendent les mariages.

— Parce qu'il sert à mesurer l'activité d'une femme ? demandent les fils Cordier.

— Pour cela et pour autre chose. Ainsi par l'effet d'un trouil, il s'en est fallu de bien peu que la fille de Nicolas Boisbunon, qui est l'épouse de François Liard, n'ait été la femme de Jean Tapedur, le charpentier.

— Ce mauvais ménager !


LE TROUIL, LA TUILE ET LE SOUFFLET A FEU 115

— Il était beau garçon, beau parleur, et si François jouissait de l'estime du père Boisbunon, le charpentier avait les préférences de la belle.

Plusieurs prétendants s'étaient retirés les uns après les autres et avaient laissé en présence ces deux derniers rivaux. Comment écarter François ? Jean Tapedur se le demandait tous les jours. Il n'en pouvait médire et n'osait le calomnier. Il aurait fallu trouver un moyen d'empêcher le jeune homme de continuer ses visites... et cela sans commettre de violence.

Un soir de décembre, peu de temps après le passage de la caravane de ferronniers qui conduisent leurs petits chevaux de bât en se rendant de la région deTinchebrayversla Bretagne où ils écoulent leur marchandise, Nicolas Boisbunon rappela le souvenir de ce marchand qui s'en retournait seul sans ses camarades, avec le produit de son commerce dans les fontes de sa selle, et qui fut assassiné au carrefour des LandesMézenge.

On dit qu'il y revient, par les nuits de décembre, entre la Toussaint et Noël.

Jean Tapedur remarqua que cette histoire impressionnait fort son rival.

François ne reviendra pas demain, ni les soirs suivants, se jura-t-il.

Cependant le lendemain, à huit heures sonnantes, François Liard se remit en route pour aller chez Boisbunon. Il emportait sous sa blouse une bouteille de mère goutte destinée à fléchir le beau-père et à précipiter les accordailles.

Soudain, comme il approchait des Landes-Mézenge, il ralentit sa marche. Une lueur bleuâtre, sinistre, venait de scintiller à l'extrémité de la Lande... à l'endroit où l'on avait tué le ferronnier, au carrefour qu'il lui fallait traverser pour se rendre chez Nicolas.

Cette flamme de l'autre monde continua de briller... puis, sans qu'il pût savoir comment cela se faisait, une seconde langue de feu bleu se mit à vaciller, puis une troisième, puis quatre en forme de croix.

Plus de doute, c'était le revenant !

La croix de feu se balança au-dessus du talus, projetant des lueurs étranges sur les buissons d'alentour. Un bruit


116 LE TROUIL, LA TUILE ET LE SOUFFLET A FEU

caverneux, qui semblait l'éclat d'une voix souterraine acheva de terrifier le pauvre garçon.

Il demeura figé sur place, les yeux rivés sur la mystérieuse apparition. Il se signa, dit un Ave, les lumières ne s'éteignirent point. Bien au contraire, elles commencèrent à se balancer, puis à sauter les unes derrière les autres, enfin à tournoyer, dans une ronde infernale,. Et la voix se fit plus distincte.

— Rebrousse chemin, téméraire ! Ne viens plus le soir par ces sentiers. Fuis les champs de Nicolas, car ce sol est maudit.

Et un long et affreux hurlement ponctua ce satanique avertissement. .

François ne se le fit pas dire deux fois. Il tourna les talons et s'enfuit en courant, trébuchant sur les pierres et laissant choir sa bouteille de goutte qui se brisa....

Pendant ce temps, Jean Tapedur remportait triomphalement chez Guite, la fileuse, le trouil et le pot à beurre dont il s'était servi pour' cette fantasmagorie.

Il avait attaché aux quatre branches de l'instrument des paquets d'étoupe imbibés d'eau -de-vie, emporté un tison dans un sabot, et des chenevottes pour lui servir d'allumettes. Quand il entendit les pas de son rival, il alluma ses torches et tourna la manivelle, tout en hurlant dans son pot de grès.

François ne reparut pas de la semaine chez Boisbunon. Jean Tapedur allait triompher !... Il eut la langue trop longue et il se vanta trop tôt de son stratagème.

Nicolas avait déjà jugé que le charpentier avait plus de babil que d'écus. Sa fille reconnut qu'il avait plus d'esprit que de coeur et elle fit avertir François qu'il serait le bienvenu.

•**

— Bravo ! fait le père Cordier. Tu contes l'histoire avec un accent qui montre que tu serais capable, à l'occasion, d'en faire autant. Mais il est l'heure de se retirer, mes gars. La besogne nous attend demain.

Bientôt le silence régna dans la ferme de la Merrie. Louis et son épouse se glissèrent dans le beau lit à quenouilles de la côtière Nord. Jacques monta dans la chambre et s'étendit dans la grande couchette, sur la couette et le traversier de


LE TKOUIL, LA TUILE ET LE SOUFFLET A FEU 117

plume mêlée, enhoustés de coutil. Le charron dormit dans la petite couchette de la dite chambre, sur la couette de massacre étant en icelle.

Quant au père Cordier, il s'étendit dans le grand lit à quenouilles, près du foyer.

Il songea longtemps avant de s'endormir, continuant ses partages. Et l'histoire du trouil lui fit penser aux sept livres de rente foncière que lui devait Nicolas Boisbunon. Car d'avoir des filles à marier n'enrichit guère, surtout quand on a une cave bien garnie au centre d'un crû réputé....

J. ROMAIN.


SILHOUETTES NORMANDES

Hippolyte FORTIN

Membre du Caveau

MESDAMES, MESSIEURS,

Si l'on en croit Chrétien, de Joué-du-Plain (1), et Canel, de Pont-Audemer (2), les paroisses normandes avaient coutume autrefois de se qualifier entre elles de façon peu charitable. On

disait couramment : les Chipotiers du Boscrenoult, les Brocanteurs de Champeaux, les Samsons de Fresnay, les Mendiants d'Orville, les Fraudeurs de Saint-Germain-d'Aulnay, les

(1) Almanach argentenois, pour 1842. Caen, imp. Hardel, in-12, 267 pages.

(2) Blason populaire de la Normandie.Rouen, Lcbrument, 1859, 2 vol. in-8°.

HIPPOLYTE FORTIN*


HIPPOLYTE FORTIN 119

Croûtons de Crouttes, puis les Buveurs de Guerquesalles, qui ne buvaient qu'un coup à la fois, mais repétaient souvent, et enfin les Fendants de Vimoutiers, qui parlaient les premiers et se taisaient toujours les derniers.

Pour ma part, je l'avoue, je ne saurais faire grief aux Vimonastériens de l'intempérance de langage, qui leur fut reprochée par de méchants voisins : en bon normand, je me suis toujours méfié d'un homme qui parle peu, comme d'un chien qui n'aboie pas...

Au surplus, le cidre de la vallée d'Auge n'inspirait pas aux indigènes que des discours académiques et de beaux gestes oratoires : ils composaient des romances et des chansons. Les buveurs d'eau, plutôt rares dans la contrée, se contentaient d'écrire des complaintes. François Hue, né au Sap en 1776, devenu par la suite sacristain à Verneusses, ne recueillit pas moins, dans son entourage, de 180 chansons populaires, de 1798 à 1808 (1). Il serait difficile d'admettre qu'après ce travail considérable, François Hue ne fût pas devenu luimême un pratiquant du Gai-Savoir, encore bien que nombre d'esprits cultivés estiment difficile... même la facture d'une complainte. Eh bien ! depuis l'année dernière, j'ai perdu là-dessus pas mal d'illusions. Un habitant de Vimoutiers rentrait à son logis et, au lieu de passer gentiment ses bras autour du cou de sa femme, il y mettait seulement les mains et comme disait le poète ambulant :

// la serra si fort Qu'il lui donna la mort

Au point de vue poétique, c'était d'une simplicité grande, et la Cour d'assises trouva le geste des plus naturels.

Pourtant Vimoutiers avait pris, .vers 1830, une place marquante dans l'histoire de la chanson, en la personne d'un jeune auteur, à la fois audacieux et prudent ; audacieux : il ne craignait pas de critiquer, dans ses couplets, l'usage immodéré des hauts bonnets et des papillottes ; prudent : il ne livrait aux dames que ses initiales, J. P., et se faisait imprimer au

(1) La Muse au village et les chansons villageoises recueillie par François Hue, Bernay, Veuclin, 1887.


120 SILHOUETTES NORMANDES

loin, à Falaise. Je comprends si bien cette inquiétude et cette discrétion, que je ne dirai pas de mal des chapeaux féminins de l'an de grâce 1910 et ne me permettrai point de critiquer les entraves des jupes, susceptibles pourtant de rendre, à nos dames, la vie bien dure en certaines circonstances. Sur ce point donc, prendrai-je l'attitude réservée d'Harpocrate, un monsieur qui, chez les Egyptiens, occupait l'emploi peu récréatif de dieu du Silence.

Louis-Hippolyte Fortin, né à Vimoutiers le 19 septembre 1817, fils d'un modeste artisan (1), fit ses études au petit collège et devint clerc d'huissier chez Me Hersan. Mais, il convient de le supposer, on n'était pas encore au temps où Stanislas Férouelle, cafetier à Chambois et candidat à la députation en 1848, pouvait chanter « la noblesse et la douceur des huissiers. » Le jeune Fortin, en effet, se dégoûta vite de la procédure et voulut se livrer à d'autres études ; il franchit alors la porte de Me Roussel, où de brillants panonceaux semblaient dire, selon le mot de Balzac : « Ici respire un notaire ! » Nouvelle déception : *1 fallait écrire des rôles du matin au soir... Aussi, accablé par ces débuts difficiles, l'adolescent ne craignit pas, après réflexions, de pasticher dans son coeur cette devise d'un célèbre breton : « Notaire ne puis, huissier ne daigne, avocat serai ».

Bientôt, un ami de la famille Fortin facilitait au jeune Hippolyte le moyen de parvenir à ses fins. Il le fit admettre dans un établissement d'instruction à Paris, où il profita s bien des leçons de ses maîtres, qu'il obtint le diplôme de bachelier ès-lettres et, en 1841, celui de licencié en droit. Pendant ses études, à la Faculté, il travailla pour le théâtre et écrivit, en collaboration avec Charles Potier, une pièce, Emma, qui |Jnt un certain succès. Il payait ainsi son tribut à la nature puisque, au dire de Villemessant : « Tout homme a sa pièce dans le ventre ».

Néanmoins, Fortin se sentit la nostalgie du pays natal et

(1) Son père était corroyeur.


HIHPOLYTE FORTIN 121

surtout le désir impérieux de revenir auprès des siens. Il se fit alors inscrire au barreau d'Argentan (25 janvier 1842), et voulut être attaché, comme avocat, au tribunal de commerce de Vimoutiers. En 1847, il entrait au Conseil municipal et, l'année suivante, ses opinions républicaines le désignaient comme adjoint au maire. A cette époque, il publia plusieurs brochures qui le mirent en rapport avec Lamartine ; les curieux trouveront sur la vie politique et municipale de M. Fortin tous détails utiles dans l'histoire de Vimoutiers, écrite par notre érudit confrère, M. Pernelle. Mais la fréquentation à Paris de quelques célébrités avait développé, chez le jeune avocat, le goût de la peinture et des belles-lettres, comme en témoignaient sa superbegalerie de tableaux et son admission au Caveau, cette académie de la chanson dont il devait, à la fin de sa vie, devenir l'honorable doyen.

Le Caveau fut fondé en 1737 par Collé, Piron et Gallet ; ils se réunissaient deux fois par mois, à frais communs, carrefour de Buci, dans un cabaret, alors en vogue, à l'enseigne du Caveau, dont l'association a pris le nom.

A côté des fondateurs, on voyait le moraliste Duclos, Crébillon fils, si égrillard et si spirituel ; Moncrif, Rameau, Saurin, le noir Crébillon père qui, à table, voyait tout en rose ; Gentil Bernard, le voluptueux chanteur de l'art d'aimer ; Laujon, Panard, le roi des coupletiers, etc.

En 1793, les Dîners du Vaudeville, composés en partie des anciens membres du Caveau, lui succédèrent et cessèrent d'exister en 1800, pour reparaître bientôt sous le nom de Caveau Moderne ; les réunions, présidées d'abord par Laujon et ensuite par Désaugiers, se tenaient au Rocher de Cancale et se continuèrent jusqu'en 1816.

La société comptait alors parmi ses membres : Désaugiers, Armand Gouffé de Beauregard (1), l'arrière grand-oncle de

(1) M. Gouffé de Beauregard a composé beaucoup de chansons dont les plus célèbres sont, je crois, Le Corbillard et Plus on est de fous plus on rit.


122 SILHOUETTES NORMANDES

M. Henri Tournoùer, notre Président, Antignac, Jouy, Dupaty, etc., et dans les dernières années, Bérenger.

En 1816, la politique s'attachait au Caveau Moderne et les circonstances difficiles qui signalèrent l'époque de la Restauration, dispersèrent de nouveau les chansonniers. Cependant, en 1827, ils se réunirent encore sous le nom de Réveil du Caveau, pour se séparer un an après la mort de Désaugiers.

Enfin, en 1834, la Société s'est reconstituée et continue depuis cette époque l'oeuvre de ses devanciers (1).

Vieillot, l'éditeur populaire, présenta M. Fortin au Caveau en 1855, comme visiteur ; puis, en 1857, avec le parrainage d'Auguste Giraud et de Justin Cabassol.il devenait membre de cette société, laquelle était si fermée que, l'année suivante, elle comptait seulement onze membres correspondants en province et à l'étranger. Lé Caveau tenait alors ses banquets, le premier vendredi de chaque mois, chez Allard-Pestel, restaurateur, rue Saint-Honoré, 248.

La première chanson de Fortin, Ni jamais, ni toujours, se trouve dans le recueil de 1858, mais notre biographie ne tardait pas, en outre, à se faire de l'acrostiche une sorte de spécialité. L'un des plus curieux est dédié à Jules Janin :

<~anin... sache le bien, quand de l'Académie C/i talent vrai cherche à franchir le seuil f*es envieux toujours contestent son génie tfl/ souvent leurs clameurs Fécartent du fauteuil ; wans en être blessé, ris-toi de leur sottise.

—adis Piron comme toi ne fut rien : >u Caveau qu'il fonda, viens en épicurien "^arguer tous leurs arrêts que l'opinion brise : ~ci chante avec nous... Nos chants, notre gaîté 2e valent-ils pas bien leur immortalité ? (2).

(1) Almanach de la Chanson, par les Membres du Caveau, illustré de cent gravures. Paris, 1859, Pagnerre, éditeur, rue de Seine, 18 ; 192 pages.

(2) La Chanson française, Histoire de la Chanson et du Caveau, par Charles Coligny. Paris, Calmann-Lévy, 1876. Sept numéros seulement, l'auteur étant mort à la peine.


HIPPOLYTE FORTIN 123

La personnalité de M. Fortin, en tant que membre du Caveau m'intéressait depuis déjà longtemps lorsque, en 1888, je pris le parti de lui demander certains renseignements bibliographiques. Il me répondit le 29 novembre :

« Je n'ai point publié de volume, mais 12 de mes chansons et romances furent gravées chez Vieillot, en 1862, et 11 autres, de 1864 à 1868, chez l'éditeur Le Bailly. J'ai fait la musique de ces chansons et romances, avec ou sans accompagnement de piano. Depuis ma réception au Caveau, je n'ai manqué qu'une fois à composer la chanson qu'il demande annuellement à chacun de ses membres sur un mot donné, et tiré au sort dans une série destinée à former un volume sur un sujet spécial. Cela fait donc, depuis 1858, où je fis la première, 30 chansons, indépendamment de plusieurs autres imprimées dans les volumes ordinaire du Caveau ».

Je ne dirai rien, Mesdames et Messieurs, des romances de M. Fortin, comme Chante petit oiseau, la Pâquerette, etc. ; elles sont maintenant bien vieillottes, aussi démodées que les crinolines, leurs contemporaines, et les châles nuptiaux des grand'mamans, dont nos excellentes et pratiques bourgeoises couvrent les tables de leurs salons. C'est que les versificateurs ont véritablement trop abusé du rossignol, des petits moutons et des vertes prairies, comme les savants ont un peu tué la poésie de nos fleurs champêtres en les baptisant injurieusement de noms tirés du grec et du latin.

Le temps est loin, n'est-ce pas, où le poète Anacréon se mouchait délicatement... quand il voulait respirer le parfum des roses !...

***

Frank-Liria, pseudonyme d'une de nos plus charmantes châtelaines, a tracé, avec beaucoup d'esprit d'observation, le portrait du jeune homme qui sent battre son coeur : « Attentif à plaire bien plus qu'il ne le peut, dit-elle, le véritable amoureux perd l'usage de ses moyens naturels, il s'embourbe, il patauge, il s'assied sur son chapeau, il jette à terre la pelle à feu avec un bruit discordant et se montre en ses discours fort préoccupé du temps qu'il fait (1) ».

(1) Frank-Liria (M"" la comtesse Françoise de Turenne d'Aynac, née de Fitz-James) : Idéal et vérité. Paris, 1884, Charavay, édit., in-8» 232 p.

12


124 SILHOUETTES NORMANDES

Ce qui était vrai dans la haute société, fréquentée par rank-Liria, ne l'était pas moins chez les paysans du canton de Vimoutiers, observés par Hippolyte Fortin, dans sa chanson V Amoureux de Fanchette, créée par Berthelier, le célèbre comique :

On dit comm'çà qu'l'amour enivre, Je l'crois bin, car j'n'y vois qu'du feu, Quand on aim' tant qu'çà, c'est pus vivre Qu'on est donc malheureux, mon Dieu !... Vlà huit heur's et dans l'clos à Marthe Fanchett' m'attend... et c'est là-bas ! Mais pour y aller, faudrait que j'parte J'n'os'pas ! (4 fois)

M. Fortin me semble moins heureux dans sa chanson de Saint-Yves, dont les sentiments sont assez osés, ce qui m'amène à conclure avec Alcide Touzez : « C'est agréable d'avoir de l'esprit... on a toujours quelques bêtises à dire ». Et puis, entre nous, je ne vois pas bien pourquoi tous les avocats se mettraient sous la protection de Saint-Yves, car si cet aimable breton faisait profession de défendre la veuve et l'orphelin, c'est qu'il y avait d'abord d'autres avocats pour les attaquer...

J'ai lu toutes les chansons de M. Fortin, ou à peu près ; j'en ai retenu deux, les meilleures à mon sens, qu'il ait composées : Au coin du feu et Ici bas rien n'est complet.

Pour aujourd'hui, je ne lirai que cette dernière :

I

Le bonheur que chacun rêve Sur terre est bien rare, hélas 1 Adam et notre mère Eve L'ont vu crouler sous leurs pas ;


HIPPOLYTE FORTIN 125

Celle erreur du premier homme Produit encor son effet; Grâce à la maudite pomme Ici bas rien n'est complet.

II

Voulant doubler sa fortune Un avare, jour et nuit, Travaille sans crainte aucune Pour sa santé qu'il détruit; Mais à peine de la roue A-t-il atteint le sommet, Que la goutte au lit le cloue Ici-bas rien n'est complet.

III

Qu'un ambitieux gravite (1) Les échelons du pouvoir Il flatte, il rampe, il s'agite : Curieux spectacle à voir. Est-il entré dans la meute ? L'idole qu'il courtisait Tombe à plat devant l'émeute Ici-bas rien n'est complet.

IV

Un vieux richard est aux anges : Sa femme d'un nouveau-né Le dote... que de louanges Pour ce père fortuné !... Mais le bambin sur la face Lui semble avoir un reflet Des traits du voisin d'en face Ici-bas rien n'est complet.

(1) Barbarisme. Il faut : gravisse.


126 SILHOUETTES NORMANDES

V

Qu'un savant édite un livre

Plein de faits... très sérieux

Le monde érudit l'enivre

D'articles élogieux.

Mais par malheur son libraire,

Dépositaire discret,

N'en vend pas un exemplaire :

Ici-bas rien n'est complet.

VI

Pour ma pauvre chansonnette Dois-je espérer un succès ? Je n'en sais rien et je guette Un sourire sur vos traits. Vous me voyez hors d'haleine. Mais quoi ? Qu'entends-je ? Un sifflet ! C'était ma foi bien la peine ! Ici-bas rien n'est complet.

Le 11 décembre 1888, M. Fortin m'écrivait : « Je retrouve un exemplaire d'une chanson qui vient d'être reçue au Caveau et qu'un de mes amis, imprimeur (1), a voulu reproduire ; je vous l'adresse ci-jointe. Elle date d'au moins trente ans et avait été faite, avec six couplets seulement, à la suite d'un acte d'intolérance de notre curé, qui n'avait pas voulu, un jour de Sainte-Cécile, laisser entrer dans l'église la cantinière de notre compagnie de pompiers. Pour la chanter au Caveau et lui donner un regain d'actualité, j'y ai ajouté le 7e couplet ».

Pas un instant il ne m'est venu à l'esprit de rechercher le nom de ce prêtre, qui témoignait si peu de sympathie à cette société d'homme dévoués, fiers et résolus. J'ai appris à les connaître à Saint-Ouen-sur-Iton, où M. Guillemare, doyen des maires de France et d'Algérie, se plaisait à doter des

(1) M' G. Daverne, imprimeur à Beuzeville.


HIPPOLYTE FORTIN 127

rosières. Cet habile homme, que j'ai beaucoup fréquenté, avait des idées bien personnelles sur les conditions à remplir par les candidates : pour recevoir la couronne blanche et toucher la dot, il fallait, au préalable, avoir accompli une sorte de noviciat, comme cantinière, dans la compagnie des Sapeurs de Saint-Ouen !... En affirmant ce fait, sans doute paraîtrai-je peu digne de foi, mais

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable

D'ailleurs, toutes ces demoiselles sortirent indemnes de cette rude épreuve, et chaque fois, M. Guillemare aurait pu dire avec Corneille :

Ce n'est qu'en ces assauts qu'éclate la vertu Et l'on doute d'un coeur qui n'a point combattu.

Mais il préférait célébrer leurs mérites en des discours impérissables ou leur consacrer des poésies, dont les vers se terminant invariablement par des participes passés, mesuraient de 13 à 18 pieds.

En résumé, je m'estime heureux d'avoir pu découvrir à Saint-Ouen, un document capable de justifier l'admiration de M. Fortin pour les cantinières, sentiment auquel, du reste, je m'associe très volontiers.

Un fait d'intérêt purement local vint, en 1863, inspirer la muse de M. Fortin : l'inauguration de l'usine à gaz, qui prononçait la déchéance des chandelles fabriquées au moule et à la baguette.

Bien que le moment fut défavorable —la Saintonge, venait de nous envoyer sa chanson du Pied-qui-remue — les couplets de M. Fortin obtinrent un succès si considérable que, en 1868 et en pareille circonstance, ils donnèrent l'idée à un rhétoricien de Sées, ville dont l'abbé Maunoury avait fait l'Athènes bas-normande, de composer un poème latin que je conserve


128 SILHOUETTES NORMANDES

dans mes collections (1). Je dirai seulement la dernière strophe, où plusieurs de mes confrères retrouveront, je crois, certaines figures de connaissance. Prêtez, je vous prie, une oreille attentive :

Decrocq pater cum Beaulavon Soret quoque cum sociis Festum gazi concinite In seternum et usque-quaque !

Je pourrais disserter plus longtemps sur les oeuvres si variées et si nombreuses de M. Hippolyte Fortin (2), mais j'ai peur d'avoir déjà mécontenté notre Président, qui n'aime pas les bavards : « Vous voudrez bien ne parler que pendant 10 à 15 minutes » m'a-t-il écrit, et j'ai si peur d'avoir dépassé la mesure que mes yeux n'osent en ce moment se croiser avec les siens.... Aussi bien vais-je achever ma notice en style télégraphique.

***

M. Fortin, adjoint dès 1848, fut nommé maire de Vimoutiers le 14 novembre 1869 par son ami, M. de Forcade-la-Roquette, alors ministre de l'Intérieur, et en 1870« contre les exigences de vainqueur, dit M. Pernelle, il défendit ses administrés avec habileté, une présence d'esprit et une fermeté qui furent couronnées de succès ; Vimoutiers devint ainsi exempt des lourds sacrifices que beaucoup de villes eurent à supporter. » Puis, en 1894, sa santé l'ayant contraint à donner sa démission de Maire, il se consacra dès lors aux oeuvres charitables. « La bonté, disait Octave Feuillet, est le grand charme des vieillards : c'est la coquetterie des cheveux blancs ».

M. Fortin mourut en sa maison, place aux Moines, le 22 octobre 1899. Ses obsèques furent grandioses et, sur sa tombe, des

(1) Ce poème anonyme est intitulé : Bénédiction de l'usine à gaz de Sées : Carmen vociferandum in illâ occasione.

(2) On trouvera la nomenclature des oeuvres de M. Fortin dans la Bibliographie du canton de Vimoutiers, publiée par MM. le comte Gérard de Contades et l'abbé Letacq. Paris, Champion, 1893.


HIPPOLYTE FORTIN 129

notabilités prononcèrent des discours qui allèrent droit au coeur des amis de cet homme de bien. M. le baron de Mackau fit ressortir le patriotisme de M. Fortin et sa noble attitude pendant la guerre ; M. Pernelle vanta l'homme charitable, l'administrateur dévoué pendant 25 ans ; M. Bdschet, maire d'Argentan, célébra le doyen du barreau, dont la noble et longue carrière fit le plus grand honneur à la corporation, par une grande intelligence, un beau langage, une conception prompte et nette des affaires.

En terminant, Mesdames et Messieurs, je crois me faire l'interprète de mes confrères de la Société Historique et Archéologique de l'Orne, en demandant à la municipalité de Vimoutiers de vouloir bien perpétuer la mémoire de l'un de ses enfants les plus méritants et les plus distingués, en donnant à l'une de ses rues le nom d'Hippolyte Fortin. Elle peut être sûre que, le jour du baptême, les poètes et les chansonniers viendraient en aide aux dames de Vimoutiers, soucieuses de tresser des couronnes à l'aimable vieillard qui, pendant si longtemps, chanta leurs charmes et leurs vertus.

Le Sap, juin 1910 Charles VÉREL.


SOUVENIRS

D'UN COLLECTIONNEUR

Le passage de la Société Historique et Archeologique de l'Orne à Vimoutiers m'a semblé une occasion favorable pour rendre hommage à un vieux collectionneur, qui a été mon ami après avoir été celui de mon père. Ce bon et aimable vieillard est venu terminer sa longue existence dans cette charmante ville. M. Charles Gasnier était né, non loin d'ici, à Orbec le 9 août 1799. Il était pharmacien et directeur des postes ; plus tard il abandonna la pharmacie et fut appelé à diriger le bureau de postes de Falaise.

Les correspondances n'étaient pas aussi nombreuses qu'elles le sont actuellement ; le service était assuré avec un seul aide et il restait encore des loisirs. Cela permit à M. Gasnier qui était très affable de se faire d'agréables relations et de rechercher les vieilles faïences, les gravures et les livres. C'était, si je puis m'exprimer ainsi, un précurseur, car il a commencé à collectionner à une époque où l'on avait peu de concurrence et où l'on pouvait acquérir de belles choses à des prix raisonnables. Il semblerait qu'Orbec sût donner à ses enfants le goût des belles choses. Un autre vieil ami né aussi à Orbec, Lottin de Laval, avait réuni une première collection qu'il vendit. Le prix de la vente lui permit de faire un de ses grands voyages.

Lorsque l'âge de la retraite arriva pour le directeur des postes de Falaise (1) il ne voulut pas, comme ses amis le demandaient, rester dans cette ville. M. et Mme Gasnier allèrent donc habiter aux environs de Paris. Quand on n'est plus jeune on fait difficilement de nouvelles connaissances ; et peu d'années après

(1) On sera étonné de me voir donner à M. fiasnier le titre de Directeur, qui actuellement est réservé aux chefs de service d'un département. A l'époque où il prit sa retraite les bureaux étaient dirigés par des directeurs et non par des receveurs comme ils le sont maintenant.


SOUVENIRS D'UN COLLECTIONNEUR 131

ils se décidèrent à venir se fixer à Vimoutiers où habitait la famille de Mme Gasnier ; en effet elle était la soeur de M. Laniel, père du député actuel de Lisieux. C'est là que, dans une jolie demeure qu'ornaient les collections, qu'ils ont fini leurs jours entourés de leurs parents et de leurs amis.

Ayant des goûts semblables je suis revenu bien souvent visiter ce vieil ami, je voyais ses belles faïences et je prenais des croquis des plus belles pièces. Je ne vous raconterai pas tous mes voyages ici, mais je tiens à rappeler un séjour que je fis avec deux collectionneurs bien connus, MM. de Liesville et Dupont-Auberville. Nous parcourûmes tous les environs pour aller voir de beaux épis, que l'on ne voulait pas vendre alors et qui sans doute ont actuellement disparu. Nous fîmes de bonnes trouvailles dans le pays et chez M. Ridel qui commençait alors à joindre à son commerce de meubles, celui des antiquités.

M. Gasnier est décédé à un âge très avancé le 8 décembre 1896. Il avait donc 97 ans et quatre mois car il était né le 9 août 1799. Dans ses dernières années il était presque aveugle ; il m'écrivait encore, son écriture était devenue très grosse et très tremblée, mais cependant lisible.

Ses collections ont été vendues à Argentan par le Commissaire-priseur au mois de mars 1897. Elles ont produit seize mille francs (1) ; je crois qu'elles auraient atteint à Paris un chiffre plus élevé. Il les avait données à une nièce qui avait eu des revers de fortune.

Sans vouloir vous donner une analyse complète, je tiens cependant à vous dire un mot des collections.

La céramique était représentée par 150 pièces environ, mais il y avait une dizaine de pièces hors ligne.

Un plat oblong à bords contournés représentant une noce de village (0m41 x0m30). Je laisse parler un critique, M. Louis Deuley.

Il existe dans une petite ville du département de l'Orne, à Vimoutiers, un collectionneur qui a beaucoup milité ; nous voulons parler de M. Charles Gasnier, ancien directeur des Postes.

(1) Mes remerciements à nos aimables confrères MM. Pernelle et Deshayes pour les renseignements qu'ils ont bien voulu me donner.


132 SOUVENIRS D'UN COLLECTIONNEUR

Au milieu des pièces de faïence remarquables composant sa collection, il en est une qui a fixé plus particulièrement notre attention : c'est un plateau en faïence de Rouen, de l'époque dite rocaille ; il représente une noce de village, et cette charmante composition est entourée d'un cartouche, d'une vigueur et d'une réussite exceptionnelles; aux angles on aperçoit des animaux fantastiques qui rehaussent encore l'éclat de ce beau cadre.

La noce est précédée de deux musiciens qui paraissent se démener beaucoup pour le plus grand plaisir des invités. Un homme au menton retroussé, déjà courbé par l'âge et appuyé sur un long bâton, donne le bras à la fiancée, une gracieuse jeune fille vêtue d'une robe à ramages, dans le goût du temps. Viennent ensuite le fiancé et les invités, en tout treize personnages; des visages honnêtes comme Greuze savait les composer, et dont son « Accordée de Village » donne une idée.

Sur la hauteur, on aperçoit une petite église devant laquelle se tient le prêtre, attendant les gens de la noce.

Nous avons vu les sphères monumentales du Musée de Rouen ; les pièces ocrées dont les amateurs sont si friands, les pièces bleues dites à broderies, une des gloires de la fabrication Rouennaise ; Eh bien ! après avoir contemplé toutes ces richesses, nos yeux aiment à se reposer sur le plateau de M. Gasnier.

Il .en est glorieux et il a raison, car aucun collectionneur ne peut lui opposer une pièce plus charmante.

Un grand.et superbe plat rond en faïence de Rouen polychrome, armoiries doubles avec couronne de marquis ; supports : deux lions (diamètre, 52 centimètres).

Un autre plat Rouen camaïeu bleu avec fleurs de lis en réserve (diamètre, 52 centimètres).

Deux beaux plats de Moustiers et quatre remarquables assiettes de Rouen.

Je ne puis citer toutes les pièces, mais je tiens à vous parler d'un plat qui n'a pas été vendu à Argentan. Ce plat de Nevers a été publié par YArt pour tous. On lui donne divers titres, mais je l'ai surtout entendu appeler la Discorde au banquet des Dieux ; je le laisse décrire par M. Deuley :

Thésée, après une irruption dans l'Attique, se lia avec


SOUVENIRS D'UN COLLECTIONNEUR 133

Pirithoùs qui, quelque temps après, se maria à Hippodamie, fille d'Adraste, roi d'Argos, et invita à ses noces Thésée, Hercule, ainsi que les principaux chefs des Lapithes et des Centaures.

La plus grande abondance ayant régné pendant le repas, il en survint une orgie complète ; et les Centaures, échauffés par les vapeurs du vin, finirent par insulter jusqu'à la jeune mariée. Euryte, l'un deux, voulut même l'enlever ; mais les Lapithes, ayant à leur tête Pirithoùs, leur roi, Hercule et Thésée, en prirent la défense et bientôt la mêlée devint épouvantable, etc., etc. (Extrait de la Mythologie pittoresque d'Odolant Desnos).

Dans un plat nivernais de 51 centimètres de diamètre se détache en bleu, sur un fond jaune d'ocre, une scène mythologique des plus singulières et des plus émouvantes : c'est l'enlèvement d'Hippodamie par les Centaures.

Le peintre nous conduit au fort de l'action. Déjà Hippodamie est dans les bras d'Euryte, chef des Centaures ; elle tend des mains suppliantes vers les combattants afin sans doute de trouver des libérateurs. Au fond du tableau, on aperçoit de nombreux fers de pique ; et sur l'un des côtés, deux hommes engagent une lutte à mort ; l'un a le glaive à la main, et l'autre, Hercule, se dispose à lancer une flèche empoisonnée. Non loin d'Euryte, une femme à cheval suit avec anxiété les péripéties du combat.

Cette scène d'une belle ordonnance d'un dessin correct, produit un grand effet et annonce une grande fougue d'artiste.

Est-ce une ombre au tableau ? La bordure, qui serait belle pour un plat de médiocre importance, contraste par sa simplicité avec la richesse de la composition centrale ; elle est divisée en huit tranches dont quatre représentent en bleu, sur un fond blanc, des petits paysages, et alternent avec des semis de violet.

Nous devons constater qu'il existe un plat similaire, ou peu s'en faut, au musée de Cluny ; il est inscrit sous le n° 1235 au catalogue de 1875, avec cette mention : « Faïence de Nevers. — Plat en camaïeu bleu. — Combat des Centaures et des Lapithes. »

L'inscription placée au revers de ce plat est ainsi conçue :


134 SOUVENIRS D'UN COLLECTIONNEUR

« Trouble arrivé aux noces de Pirithous et de Hippodamie par Euryte, cruel chef des sanguinaires Centaures 1682. »

M. Gasnier est l'heureux possesseur du plat à la noce que nous avons décrit dans l'annuaire des collectionneurs de 1882-83, et que nous tenons pour une pièce unique, dédaignant, s'il en existe, les reproductions plus ou moins réussies de copistes ou de faussaires.

En résumé la collection de M. Gasnier, formée lentement, sans bruit, mais avec goût, mérite d'être visitée; outre une belle réunion de faïences anciennes, elle comprend des meubles, des statuettes, des livres et des gravures ; et nous ajouterons pour terminer, que le visiteur est toujours certain de trouver chez l'aimable collectionneur, une urbanité parfaite un accueil des plus empressés et des plus sympathiques.

Ce remarquable plat avait été acheté 16 francs par un ami, qui le lui avait cédé au prix coûtant. M. Gasnier l'ayant fait estimer apprit qu'il vallait au moins 500 francs. Il le fit copier à l'aquarelle par un peintre de Vimoutiers et cette copie bien encadrée donnant aux visiteurs l'illusion du plat ; il rendit cette belle pièce à son ami.

La bibliothèque peu nombreuse contenait presque tous les bons ouvrages sur la céramique, les beaux-arts et l'histoire de la Normandie. Une chose unique c'est l'album que M. Assegond avait fait faire : 94 dessins à l'aquarelle par Ecalard et que M. Gasnier acheta en 1873. Voici ce que la presse en disait alors :

Le Moniteur des Arts, un journal de Nice et les journaux de Rouen, ont entretenu dernièrement leurs lecteurs d'un magnifique album d'aquarelles céramiques par M. Assegond, fondateur et conservateur du musée de Bernay, était disposé à aliéner.

Cette oeuvre remarquable, exécutée par des artistes en renom, devait à tous les points de vue exciter les convoitises des amateurs.

Outre qu'elle est précédée d'un long autographe de M. André Pottier, notre savant et regretté maître, elle compte bon nombre de planches reproduisant des spécimens hors-ligne et inédits jusqu'à ce jour.

La place de ce monument, élevé à la gloire de l'ancienne


SOUVENIRS D'UN COLLECTIONNEUR 135

fabrication Rouennaise, semblait être marquée d'avance dans un de nos musées Normands ; aussi est-ce avec regret que nous avons constaté l'indifférence des musées de Rouen et de Bernay.

L'honneur de l'acquisition revient à un amateur distingué de Vimoutiers (Orne), M. Gasnier, dont chacun connaît la belle collection en oeuvres d'art de toute nature.

Aujourd'hui encore nous pensons que ce splendide recueil deviendra, dans un temps plus ou moins rapproché, la propriété d'un musée Normand ; M. Gasnier, dont nous connaissons le désintéressement, voudra suivre les généreuses initiatives de MM. André Pottier, à Rouen ; Levéel, à Paris et Assegond, à Bernay, en contribuant, lui aussi, à une fondation artistique dans son voisinage.

Tous nos voeux sont pour Lisieux, qui a été jadis un centre de fabrication important, dans le temps où Palissy, l'habile potier et ses dignes émules, sont venus y implanter leur admirable industrie.

Lisieux, qui ne possède point de musée céramique, doit regretter amèrement d'avoir laissé émigrer tant de belles pièces, des faïences et des poteries uniques, qui devaient rester dans la contrée comme de glorieux souvenirs du passé.

Bernay, le 5 décembre 1873.

Je ne m'étendrai pas davantage sur les tableaux et gravures et je n'ai qu'un regret c'est de ne pouvoir dire où sont passés les pièces les plus remarquables de cette collection. Du reste mon but était de rendre hommage à un vieil et bon ami qui le méritait bien.

Je dois rappeler un souvenir de Vimoutiers : vers 1866, une servante d'une vieille dame, en nettoyant un grenier, trouva un objet qui l'intrigua ; après l'avoir bien lavé, elle y vit des personnages. Cette trouvaille ne fut pas longtemps ignorée et M. Ridel dont j'ai parlé déjà, reconnut que c'était un ivoire ancien. Il eut beaucoup de peine à décider la dame à se défaire de ce polyptyque et il le lui échangea contre un meuble ; je crois qu'il lui donna une table de salle à manger. Il ne tarda pas à le vendre à Paris 5 ou 6.000 francs. Cet ivoire fut revendu 50 à 60.000 francs à M. Basilewski. Il figura


136 SOUVENIRS D'UN COLLECTIONNEUR

à l'Exposition de 1867 dans le musée rétrospectif. La Revue illustrée donna un dessin de ce beau polyptyque avec un article de M. J. Laurent-Lapp qu'il est intéressant de publier :

« Nous donnons un spécimen de la sculpture sur ivoire au treizième siècle tiré de la collection si riche de M. Basilewski. Ce travail est d'un ouvrier français et a été exécuté dans la Basse-Normandie.

L'invasion des barbares avait fortement compromis les destinées de la statuaire. La grande sculpture n'avait pas de représentant ; par contre la petite sculpture était à la mode. Les grands personnages avaient l'habitude de s'envoyer des diptyques d'ivojrs, sur la table extérieure desquels on sculptait de petits bas-reliefs qui rappelaient une circonstance mémorable quelconque : un mariage, un baptême, un succès quelconque devenaient l'occasion d'autant de diptyques. Pendant deux siècles les artistes ne vécurent que de ce genre de travail.

Il est difficile de classer suivant l'ordre chronologique les nombreux diptyques du treizième siècle. Tous ces livres d'ivoire où les scènes de la Passion sont figurées, ne se distinguent que par la proportion des personnages. C'est toujours une histoire empruntée à l'Evangile, qui sert d'inspiration à l'artiste. Tout le drame de la Passion se développe dans ses différentes phases, mais avec des nuances d'interprétation qui varient du Moyen-Age à la Renaissancel

Dans tous ces bas-reliefs qui n'ont qu'un seul plan, l'ivoire est toujours profondement fouillé de façon à laisser peu de surface, sans accidents. La lumière brisée produit dans les cavités les effets les plus heureux.

Cette façon de travailler l'ivoire est en parfait accord avec l'architecture contemporaine, qui se fait remarquer par les détails de son exécution et les clartés de son plan. Le polyptyque de M. Basilewski donne une idée de cet accord.

Les personnages sont subordonnés aux dispositions architecturales. La Vierge accompagnée de deux ange», occupe le centre de la partie inférieure ; à sa droite s'agenouillent les trois rois Mages placés dans les trois arcatures du volet. Sur les autres volets sont représentés d'autres scènes d la vie de la Vierge. Au centre de la galerie supérieure est assis


SOUVENIRS D'UN COLLECTIONNEUR 137

le Christ, montrant ses plaies. A côté de lui deux anges portent les instruments de la Passion. D'un autre côté, il est prié par la Vierge, de l'autre côté par saint Pierre.

Ce polyptyque est certainement un des plus curieux échantillons d'un art perdu, et perdu sans que la grande statuaire y ait gagné.

Je n'ai rien à ajouter, si ce n'est que rien ne prouve que ce beau polytpyque ait été sculpté en Normandie. Il y a bien longtemps que l'on sculpte l'ivoire à Dieppe, mais je ne puis affirmer qu'il y eut déjà des ivoiriers en cette ville au treizième siècle. Je voudrais pouvoir le dire pour l'honneur de notre province mais je n'ai aucune preuve. Ce beau polyptyque n'est même plus en France ; il est parti pour la Russie avec toute la collection Basilewski, achetée, je crois, par le tzar.

R. DE BRÉBISSON.


NOTICE

SUR

Aumônier de la Providence d'Alençon

Le 25 Juillet 1909, un deuil très douloureux frappait la Société Historique et Archéologique de l'Orne. L'un de nos confrères les plus laborieux, les plus savants et les plus aimés, M. l'abbé Richer, aumônier de la Providence d'Alençon, mourait à l'âgé de 65 ans, terrassé en quelques jours par une maladie de foie. Rien ne faisait pressentir une fin aussi prochaine, car bien que depuis plusieurs mois sa santé parût fléchir, son infatigable activité ne s'est pas ralentie un seul instant. C'était une nature de fer sur laquelle l'âge et la souffrance semblaient n'avoir aucune prise.

Jamais vie ne fut plus remplie que celle de M. l'abbé Richer. Tour à tour vicaire, professeur, curé, aumônier, il fit preuve dans ces différents ministères d'un dévouement sans mesure. A Alençon, il fut un véritable accapareur de travail ; son ministère à la Providence, bien que très occupé, ne suffisait pas à l'absorber ; il apportait encore un concours actif au Bureau des OEuvres diocésaines, aux Congrès diocésains, au Cercle Catholique, à l'Adoration nocturne, à la Maîtrise de NotreDame, à l'OEuvre des Pèlerinages de Lourdes, à la Presse Catholique, à la Société Historique de l'Orne. Quand les intérêts religieux ou le progrès des Sciences étaient en jeu, on eût dit qu'aucun labeur ne lui coûtait, qu'aucun effort n'était au-dessus de sa volonté. Notro rôle se bornera à rappeler les services qu'il a rendus à notre Société et à parler de ses recherches scientifiques et littéraires.

Ce n'est pas sans émotion, on le pense bien, que j'écris ces lignée. Si la mort de M. l'abbé Richer a été un grand deuil


kl. L'ABBÉ RICHER

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NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER 139

pour tous ceux qui ont pu apprécier les dons de son intelligence et les qualités de son coeur, personne peut-être ne l'a ressenti plus vivement que moi-même. Une communauté de goûts scientifiques, des relations qui dataient de plus de trente ans, des rapports presque journaliers, depuis qu'il habitait Alençon, avaient créé entre nous des liens si intimes, qu'ils n'ont pu se briser sans me laisser des regrets, que le temps ne saurait affaiblir.

Alphonse-Philibert Richer naquit à Mieuxcé, le 22]Août 1844. A peine âgé de trois ans, il vint habiter chez sa grand'mère, à Alençon, sur la paroisse de Montsort. C'est là que s'écoula son enfance jusqu'à son entrée au petit Séminaire de Sées en 1855.

A l'école primaire il fit preuve d'une intelligence ouverte, avide d'apprendre ; ses progrès furent rapides. Ce n'était pas cependant un élève modèle : d'un naturel ardent, il délaissait volontiers la classe pendant les beaux jours de l'été pour parcourir nos plaines. Il se plaisait dès lors à poursuivre les papillons, à observer les plantes et les insectes, dont sans doute il ne connaissait pas les noms, mais qui par leurs formes, leurs couleurs variées ou leurs habitudes captivaient déjà son attention. 11 visitait souvent, m'a-t-il dit, le lambeau de granité qui affleure dans les prés de la Gravelle, non loin du ruisseau du Gué-de-Gesnes, et qui aux premiers jours ensoleillés du printemps présente une flore et une faune entomologique des plus curieuses.

Sa vocation ecclésiastique se décida de bonne heure ; elle fut encouragée par un catéchiste éminent, M. l'abbé Turcan, vicaire à Montsort, plus tard supérieur du grand Séminaire de Sées, qui développa chez le jeune Richer les germes de la vie chrétienne. M. l'abbé Poirier, à qui les diocèses de Séez et du Mans sont redevables d'une trentaine de vocations ecclésiastiques, lui donna les premières leçons de latin, et il entra en septième au petit Séminaire de Sées. Doué d'aptitudes égale • ment heureuses pour les Lettres et pour les Sciences, il tint constamment un des premiers rangs dans une classe qui comptait plusieurs sujets d'élite; je puis citer le R. P. Pichon, ancien missionnaire au Canada, le savant bénédictin Dom Fromage, continuateur de l'Année liturgique, le Dr Goulard,


140 NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER

connu dans le monde savant par ses recherches sur la flore des Pyrénées et de la Corse (1), l'abbé Leveau, qui fut plusieurs années principal du Collège de Mortagne (2).

Il eut pour professeur au petit Séminaire, M. l'abbé Chichou, qui par la dignité de sa vie, son dévouement et son zèle, a laissé parmi nous une mémoire vénérée (3). M. Chichou, encouragépar les savantsde l'époque, entreautresleP.Debreyne et De Brébisson, introduisit au Séminaire l'étude des Sciences naturelles, y fonda un Musée et un Jardin botanique. Alphonse Richer, choisi comme préparateur, mit tous ses efforts à bien seconder son maître, au grand avantage de sa propre instruction, et il acquit en Zoologie et en Botanique des notions très étendues. Les Sciences naturelles, qui offrent sans cesse de nouveaux éléments à notre désir de connaître, convenaient à son esprit d'une curiosité passionnée ; il s'y attacha avec une prédilection marquée, et dans tous les postes, où il fut appelé, leur consacra une partie de ses loisirs.

Ce ne fut pas d'ailleurs un spécialiste, qui se laisse absorber par un objet unique afin de l'approfondir davantage. Une grande facilité d'assimilation, une mémoire heureuse et tenace lui permettaient de mener de front plusieurs études à la fois. Il était naturaliste avant tout, mais il cultivait aussi les Sciences mathématiques et physiques, l'Histoire et l'Archéologie. Cette grande facilité de passer d'un travail à l'autre fut, il faut l'avouer, sa pierre d'achoppement; il laisse sur l'Histoire naturelle du pays une foule de notes à l'état d'ébauches, d'observations incomplètes, qu'il serait difficile d'utiliser. Si moins jaloux de tout embrasser, il se fut cantonné, au moins plusieurs années de suite, sur le même sujet, il eut creusé un sillon bien plus profond et apporté une part autrement importante à l'édifice scientifique. Si bien doué qu'on soit, le vieil

Cl) Cfr. Notices sur le Dr Goulard, par M. l'abbé H. Olivier. Bulletin de Géographie botanique. Le Mans, octobre-novembre 1900, — par M.T. Husnot, Revue bryologique, Cahan (Orne), 1894, n° 5, p. 80: — par M.G.LeVavasseur, Almanach de l'Orne pour 1895, p. 115.

(2) Notice sur M. l'abbé Leveau, par M. l'abbé Josse, Semaine Catholique de Sées, n° du 17 novembre 1892.

(3) A.-L. LF.TACQ, Notice bibliographique sur M. l'abbé Chichou, curé-douen d'Exmes, auteur d'Eléments d'Histoire naturelle, Bellême, G. Levayer 1905, in-8°, 6 p. — Extrait du Bull, de la Société percheronne d'Histoire et d'Archéologie.


NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER 141

adage reste toujours vrai : Pluribus intentus minor est ad singula sensus.

Au grand Séminaire où « il ne s'étudia qu'à passer inaperçu », M. Richer édifiait ses condisciples par sa régularité et son amour de l'étude. La Théologie et l'Écriture sainte plurent à son esprit positif, avide de clarté, ennemi juré du vague et du sophisme ; il y acquit des connaissances solides. Aussi plus tard le kantisme, qu'on décorait du nom de modernisme, afin de ne pas effrayer les timides, n'eut pas d'adversaire plus résolu. Il se refusait, malgré certaines influences, à concilier le dogme catholique avec un système qui veut faire passer l'Incarnation du Christ, ses miracles, sa Résurrection pour des événements symboliques.

Il avait la même aversion pour l'évolutionnisme en Histoire naturelle. Les espèces vivantes, pas plus que les espèces fossiles, ne lui ayant donné de preuves de mutation, il est demeuré convaincu de la stabilité des formes organiques sorties des mains du Créateur. Appuyé sur l'observation et l'expérience, s'en tenant aux faits, il n'a admis à aucun titre cette « naïve théorie, comme dit Henri Fabre, si triomphante dans les livres, si stérile en face des réalités (1). »

Ordonné prêtre le 21 Décembre 1867, M. l'abbé Richer fut nommé vicaire à Bellême. Comprenant tous ses devoirs, il n'en négligeait aucun ; il préparait avec soin ses catéchismes et ses instructions et s'efforçait d'attirer les fidèles à l'église par de bejles cérémonies. La dignité de sa vie, sa loj'auté, sa droiture eurent bien vite gagné la confiance des familles, et bien qu'il ne soit resté que deux ans à Bellême, son souvenir n'y est pas encore éteint.

Cette fidélité au devoir est encore un des côtés à mettre en relief dans la vie si occupée de M. Richer. Son ministère et plus tard ses leçons, les progrès de ses élèves étaient avant tout sa préoccupation. Les recherches scientifiques ou historiques ne venaient qu'au second plan, mais il leur consacrait tous ses loisirs, sans jamais connaître ni congés, ni vacances, ni d'autres délassements. « Je n'ai pas fait le voeu, comme mon patron

(11 J.-H. FABRE, La Vie des Insectes, Paris, Ch. Delagrave 1910, in-8°, p. 48.


142 NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER

« saint Alphonse, de ne pas perdre mon temps, disait-il « joyeusement, mais je l'accomplis quand même de mon « mieux. »

Ses aptitudes et ses connaissances acquises le désignaient pour l'enseignement. Il fut successivement professeur au petit Séminaire de la Ferté-Macé (1869-79), au Collège de Mortagne (1879-82), au petit Séminaire de Sées (1882-91). Véritable encyclopédie vivante, il fut chargé, tour à tour, des classes de français, de latin, des mathématiques, des sciences physiques et naturelles, de l'histoire et de l'archéologie. Il démontrait avec clarté et intérêt ; ses leçons ont profité à de nombreux disciples.

Il ne perdait pas un instant. A la Ferté-Macé, il s'occupa surtout de Botanique avec MM. Chichou et Léveillé. Il fit aux alentours de cette ville, dans la forêt d'Andaine, dans les gorges de Villiers, à Bagnoles, aux étangs d'Antoigny et de la Sauvagère, dans les marais de Briouze une série d'excursions des plus fructueuses. Déjà en 1847, de Brébisson, Gahéry et Durand-Duquesnay avaient exploré les environs de la Ferté, de Juvigny et de Bagnoles et recueilli quelques espèces intéressantes ; le résultat de leurs recherches fut inséré dans la deuxième édition de la Flore de Normandie (1849). Les professeurs du Séminaire de la Ferté ont beaucoup ajouté à ces observations ; mais c'est M. Richer qui a apporté la plus forte contribution. Il fit même à ce sujet une communication au Congrès de l'Association normande, qui se tint a la Ferté Macé en 1874.

Il fallait à M. l'abbé Richer une occasion comme celle-ci pour se produire, autrement le fruit de ses travaux serait resté inaperçu. Il recueillait des échantillons, prenait des notes, mais sans une circonstance favorable ne livrait pas ses recherches à l'impression.

Ce peu d'empressement, qu'il mit à les communiquer, fut cause qu'on ne respecta pas toujours ses droits de priorité. Telle est, par exemple, la découverte du monument mégalithique le plus curieux du département de l'Orne, Y Allée couverte de la Bertinière, à la Sauvagère. Elle fut reconnue et décrite pour la première fois par M. Richer en 1874. Chargé


NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER 143

du cours d'Archéologie au petit Séminaire de la Ferté, il parlait un jour des pierres druidiques et des légendes qui s'y rattachent, quand un de ses élèves lui signala dans les environs une Grotte - aux - Fées, objet d'épouvante pour les gens du pays, qui la disaient hantée par des nains malfaisants et des lièvres fantastiques. Ayant appris de Buffon « qu'il n'y a homme si simple dont les observations ne soient bonnes à recueillir », M. Richer s'empressa de vérifier cette indication et, bien que la grotte fut en partie enfoncée en terre et cachée par des broussailles, il n'eut pas de peine à reconnaître une allée couverte, analogue à celles qu'on signalée Villiers, dans l'Oise, à Bagneux (Maine-et-Loire), à Mettray, près Tours, à Essé, (Ille-et-Vilaine), etc.

Ce fut une occasion pour M. Richer de se mettre en rapports avec M. de la Sicotière. Il fit une description et un dessein du monument de la Bertinière et les lui soumit ; il était utile, en effet, que l'autorité de M. de la Sicotière fut acquise à une découverte archéologique aussi importante. Celui-ci fit à M. Richer le meilleur accueil, confirma sa détermination et encouragea ses recherches avec cette bienveillance, que n'oublieront jamais les travailleurs, qui ont eu le bonheur de le connaître.

Six ans plus tard, M. de Contades ayant fait dégager la Grotte-aux-Fées de la terre et des arbustes, qui la cachaient, put se rendre un compte plus exact du genre et de l'importance du monument ; c'était bien une allée couverte, composée de lignes parallèles de pierres juxtaposées debout sur une longueur de près de quinze mètres, recouvertes de tables de deux à trois mètres de largeur, et aboutissant à une chambre sépulcrale, qui communique à la galerie par un étroit orifice. M. Jules Tirard, M. Blanchctière, M. Louis Duval s'empressèrent de publier ces intéressants résultats dans les journaux du pays. M. de Contades lui-même en fit une description très détaillée qu'il communiqua à des Sociétés scientifiques (1);

(1) Comte DE CONTADES, Monuments celtiques ; L'Allée couverte de la Bertinière, Bull, de la Soc. scientifique Flammarion d'Argentan, 1»> année, 1883, p. 282-284. — L'auteur donne la nomenclature de tous les articles publiés sur le même sujet.


144 NOTICE SUR M. I.'ABBÉ IUCHKIi

mais le nom de celui qui avait découvert ce beau mégalithe ne fut jamais prononcé. Je suis heureux de lui rendre cette justice.

Au Collège de Mortagne, où il fut chargé de la lre classe de français, M. l'abbé Richer trouvait deux collègues qui s'intéressaient à l'Histoire naturelle, le principal M. l'abbé Leveau, son condisciple et son ami, et l'un des professeurs M.l'abbé Le Dien(l). Les fonctions de M. Leveau ne lui laissant aucun loisir, c'est avec M. Le Dien que M. Richer s'occupa de travaux scientifiques et plus particulièrement de Botanique. Ils firent ensemble des recherches sur la flore des sols calcaires qui environnent Mortagne et visitèrent les plus riches localités du voisinage, la forêt de Réno, le Val-Dieu, la forêt du Perche, les marais et les étangs de la Trappe. M. Richer avait même rédigé un catalogue des plantes du pays, qui, comme la majeure partie de ses écrits, est resté dans les cartons.

Des observations plus approfondies lui eussent fourni des points de comparaison bien intéressants entre la végétation du Bocage, qu'il venait de quitter, et celle du Perche qu'il étudiait avec assiduité. Il aurait certainement saisi les différences des deux flores très caractéristiques, malgré la faible distance qui les sépare, l'une rappelant dans ses traits généraux la flore atlantique, l'autre se rapprochant davantage de la flore continentale.

Mais c'est surtout à la Géologie que M. Richer consacrait à Mortagne ses moments libres. De concert avec Bizet, conducteur des Ponts-et-Chaussées à Bellême, et auteur de nombreux

(1) Le Dien (Albert-Alexandre;, né à Argentan le 22 Août 1852, ordonné prêtre le 18 Décembre 1880, fut successivement professeur an collège de Mortagne, curé de Fel. curé de Coulmer et curé de Rouvrou ; démissionnaire le 15 Mars 1896, il se retira en son lieu natal, où il mourut le 22 Juin suivant. Il s'est occupé de Botanique, de Géologie et d'Histoire locale. Il n'a rien publié en Histoire naturelle. Possesseur d'un très précieux manuscrit intitulé Histoire de la ville d'Orbec et de son bailliage, par Jobey, avocat et maire d'Orbec (1770), il avait commencé à l'imprimer dans les Echos du Calvados, de l'Eure et de l'Orne (Journal d'Orbec, hebdomadaire), n° du 14 Décembre 1892. Cette publication <jui eut rendu de grands services à l'Histoire de notre pays (le bailliage d'Orbec comprend 13 paroisses du canton de Vimoutiers), fut interrompue vers le milieu de l'année 1893.


NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER 145

travaux sur les terrains du pays (1), il explora les formations variées, qui s'étendent autour de l'ancienne capitale du Perche. Les difficultés que présente l'étude d'un sol très tourmenté n'eurent d'autre effet que d'exciter son ardeur et son zèle. Infatigable dans ses courses, observateur plein de sagacité, M. Richer parcourut, le marteau à la main, toute cette région où l'oxfordien, le corallien, la glaucome, la craie de Rouen, l'argile à silex souvent remaniée, le limon des plateaux forment une série de dépôts successifs, mais ayant subi aux temps géologiques des bouleversements, qui en rendent l'étude assez ardue. Le calcaire à Astartes dont les différentes assises, d'ordinaire difficiles à délimiter, recouvrent en majeure partie les cantons de Mortagne et. de Bazochessur-Hoesne, fut pour lui l'objet d'un examen spécial. Attentif à tous les faits, ne négligeant aucun détail, M. Richer acquit par ses observations patientes et minutieuses une connaissance approfondie des différents étages du terrain corallien. Quand la Société Linnéenne de Normandie, à laquelle il n'appartenait pas encore, vint en 1881 visiter la région d'Échauffour, de Cisai et d'Orgères, qui repose presque toute entière sur le calcaire à Astartes, il fut invité à l'excursion et donna les indications les plus circonstanciées sur les traits caractéristiques de cette formation dans l'Orne. Le professeur de Géologie de la Faculté des Sciences de Caen, Morière, en fut émerveillé : « Monsieur l'abbé, lui dit-il, je vous inscris d'office >< parmi les membres de la Société Linnéenne. »

L'Archéologie l'intéressait toujours ; elle lui fournit à Mortagne le sujet d'un de ses meilleurs travaux. Le 10 décembre 1880, dans un champ appelé les Meurgers, dépendant de la ferme de la Simonnière, à Villiers-sous-Mortagne, où déjà on avait trouvé quelques vestiges de l'époque galloromaine, des terrassiers mirent au jour, au milieu d'autres débris antiques, une belle mosaïque en trois couleurs, rouge, blanche et noire, mesurant environ trois mètres cinquante de long sur trois mètres de large.

(1) A.-L. LETACQ, Notice sur Paul Bizel, conducteur des Ponts et Chaussées à Bellême et Géologue, Mortagne, Impr. de l'Echo de l'Orne, 1901, in-8°, 8 p. Extrait des Documents sur la province du Perche, Avril, Juillet 1901.


146 NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER

Le bruit de cette intéressante découverte ne tarda pas à se répandre à Mortagne. Aussitôt informé, M. l'abbé Richer se rend en toute hâte à la Simonnière pour étudier la mosaïque en place, mais déjà les ouvriers et l'avidité maladroite des curieux l'avaient à peu près détruite.

Ce mécompte ne le décourage pas : il s'agit, en effet, de sauver une pièce du plus haut intérêt pour l'Histoire de l'époque gallo-romaine dans nos contrées, et aucun travail ne va désormais lui coûter. Il reste encore un lambeau de la bordure du côté Ouest et çà et là quelques hexagones et losanges. En combinant ces fragments de forme parfaitement géométrique, M. Richer arrive, après bien des tâtonnements, à reconstituer, presque en entier, le dessin de cet oeuvre d'art. Puis il interroge les ouvriers, examine les pans de murs que les fouilles ont fait découvrir, étudie leur direction et relève un plan au moins approximatif de l'établissement romain de Villiers. On se trouvait, en effet, en présence d'une villa bâtie dans un site très agréable et installé avec tout le confort que les riches Romains voulaient pour leur demeure. La mosaïque elle-même, à en juger par un petit aqueduc trouvé tout près de là formait le pavé d'une salle de bains. Une médaille de Tetricus, empereur de 268 à 274, découverte dans un pan de mur, permit de fixer l'époque de la construction.

M. l'abbé Richer fit connaître cette découverte par un article inséré dans l'Echo de l'Orne (n° du 16 Décembre), et qui fut reproduit dans la majeure partie des journaux de la région. Informé des trouvailles faites à la Simonnière par cet article et par d'autres communications de l'auteur, M. de la Sicotière s'empressa d'envoyer une note descriptive à la Société des Antiquaires de Normandie. Aux vacances de Pâques suivantes (1881), il se rendit aux Meurgers, guidé par M. l'abbé Richer lui-même, dont il loue « l'extrême obligeance et le savoir aussi étendu que modeste », et recueillit dans cet examen sur place les matériaux de son mémoire sur la mosaïque de Villiers et le monument, dont elle faisait partie. (1).

(1) L. DE LA SICOTIÈRE, La Mosaïque deVilliers, Bull. Soc. des Antiquaires de Normandie, T. XI, 1881 et 1882, p. 518-547 avec 2 pi. Tir. à part, Caen, F. Leblanc-Hardel, 1883, in-8°, 32 p. et 2 pi.


NOTICE SUH M. L ABBÉ KICHER 147

Des recherches récentes, faites par la Société percheronne d'Histoire et d'Archéologie, ont entièrement confirmé les vues de MM. Richer et de la Sicotière. Une nouvelle mosaïque de quatre mètres carrés, trouvée à la Simonnière en 1901 avec des débris de poterie, de tuiles à rebords, de peintures murales, etc., une médaille en bronze de Crispina Augusta, femme de Commode, et une autre en argent de l'empereur Volusien, témoignent d'une façon indubitable qu'il y avait là un important établissement gallo-romain (1).

Les trois années que M. l'abbé Richer passa à Mortagne avaient été fécondes en travaux scientifiques ; il s'en promettait d'autres. Il s'attachait à cette contrée du Perche si intéressante par son sol, ses richesses naturelles, ses monuments, ses souvenirs historiques, lorsqu'en 1882 la direction du Collège de Mortagne fut confiée à la Congrégation de Tinchebray. M. Richer devint professeur au petit Séminaire de Séez.

Les regrets, qu'il avait de quitter Mortagne, furent un peu compensés par la joie qu'il éprouvait de rentrer comme professeur dans une maison, où il avait laissé comme élève les meilleurs souvenirs, d'y retrouver MM. Courval, Maunoury, Blin, Rombaut, ses anciens maîtres, toujours aimés, toujours vénérés. En disciple fidèle, il s'était inspiré de leurs leçonsdansson enseignement etilavaitsuivileurs exemple» par sa piété et son amour du travail ; il allait se montrer leur digne collègue.

Durant les neuf années que M. Richer passa au petit Séminaire, il eut à professer successivement la première classe de Français, la sixième et les Mathématiques. La préparation qu'exige l'enseignement de matières aussi diverses absorbait la majeure partie de son temps ; mais il savait glaner.

Ses recherches personnelles furent très variées; il passe des fleurs aux insectes, des insectes aux mollusques, des mollusques à la géologie ; ses collections s'augmentent, ses notes s'accumulent ; mais rien n'est connu du public par la voie de

(1) H. TOURNOUER, Les Fouilles de la Simonnière (en Viliiers-sous-Mortagne), Bulletin des Amis des Monuments ornais, 1901, n° 4, p. 142.


148 NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER

l'impression. M. Letellier mit à profit ses observations sur la Géologie des environs d'Alençon et de la forêt d'Écouves ; ils firent même ensemble un certain nombre d'excursions à la Ferrière-Béchet, à Tanville et au Bouillon (1).

Ses études géologiques aux environs de Séez étaient assez avancées lors du Congrès de l'Association Normande tenu dans cette ville du 2 au 6 Octobre 1889, pour qu'il put fournir des indications détaillées sur le sol de la région, ses fossiles, sa composition chimique, le parti que l'agriculture pouvait en tirer. Il est à regretter que l'Annuaire Normand, 1890, p. 48, n'en ait publié qu'une simple analyse et beaucoup trop succincte pour en donner une idée exacte.

On n'a même pas parlé du petit duel géologique qui eut lieu à la suite de cette communication entre l'abbé Richer et cet excellent Loriot, qui ne comptait que des amis parmi nous. C'était une manie chez Loriot, poète et littérateur de grand mérite, de s'occuper de questions scientifiques pour lesquelles il n'avait pas la moindre vocation. Homme d'imagination, il se laissait séduire par les hypothèses les plus fantastiques, sans s} préoccuper le moins du monde de les concilier avec les faits ; l'autorité des savants les plus illustres ne comptait pas pour lui. Ainsi M. Richer ayant, à l'occasion de l'origine des collines d'Écouves, cité les observations de M. de Lapparent, Loriot s'empresse de prendre la parole, non pour s'attarder à des questions de Géologie locale (aquila non capit muscas), mais pour combattre les théories scientifiques les plus incontestées. M. Richer eut beau lui montrer combien les faits, que nous avions sous les yeux, confirmaient ces doctrines; Loriot ne voulut rien entendre. Pour lui la formation des montagnes devait être attribuée, non aux plissements de l'écorce terrestre, mais aux sédiments déposés par les vagues de la mer pendant les plus violentes tempêtes (sic). Ces paroles, je n'ai pas besoin de le dire, furent accueillies par les rires de toute l'assemblée et nous levâmes la séance au milieu de la

(1) A.-L. LETACQ, M.-J. Letellier, sa vie, ses travaux scientifiques, Lecture faite à la séance publique de la Société Historique et Archéologique de l'Orne, tenue à Argentan le 19 octobre 1898. Bull, do cette Société T. XVIII (1898), p. 453-473. Tir. à part, Alençon E. Renaul-de Broisc, 1898, in-8°, 23 p.


NOTICE SUR M. LAKUÉ RICHER 149

plus franche gaieté. Quant à Loriot lui-même, il resta un peu plus dans son opinion qu'il n'était auparavant.

Le 1er Septembre 1891, M. l'abbé Richer recevait sa nomination à la cure de La Rouge. Sans regarder en arrière, sans même paraître surpris de ces fonctions nouvelles et imprévues, il se mit résolument et joyeusement à l'oeuvre. Comme partout, il se montra l'homme du devoir, et si le succès ne répondit pas toujours à ses efforts, du moins il ne négligea rien pour rendre son ministère fructueux.

« Le Compte-rendu des Conférences diocésaines de cette époque relate in-extenso un Rapport qu'il rédigea sur les Moyens d'attirer et de retenir les fidèles aux offices du soir dans une paroisse de campagne. Toute sa vie il se livra à ce genre de travaux avec une consciencieuse application. »

M. Richer ne resta quetrois ans à La Rouge, mais assez pour se faire estimer et regretter de tous ses paroissiens; le 27 Mai 1894, il était nommé aumônier de la Providence d'Alençon. Il fut accueilli avec une vive sympathie dans notre ville, où il était connu depuis son enfance et ne comptait que des amis.

Il se montra jusqu'à la mort dévoué à son obscur mais utile ministère. Il ne refusait aucun service : pendant longtemps il fut chargé de compléter, pour la partie scientifique, la préparation des novices au brevet de capacité. Durant ses dernières années, déchargé des soins du pensionnat par suite de la fermeture des Écoles de la Providence, il s'occupa plus particulièrement de l'éducation des sourds-muets.

C'est à Alençon que la Société Historique et Archéologique de l'Orne, dont il était un des membres fondateurs, fit appel à son érudition et à son zèle. Nommé membre du Comité de lecture le 11 Octobre 1894, quelques mois seulement après son arrivée, il devint secrétaire-adjoint le 3 Mai 1900 et bibliothécaire-archiviste le 15 Janvier 1903. Ces dernières fonctions lui étaient particulièrement chères: il aimait les livres, lisait beaucoup, prenait des notes et se trouvait ainsi en mesure de fournir sur une foule de questions des renseignements bibliographiques. Très assidu à nos séances, il n'y


150 NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER

en avait guère, où il ne donnât des preuves de son érudition variée. On lui doit aussi l'installation de notre bibliothèque dans la maison d'Ozé.

A Alençon les Sciences naturelles ne furent pas négligées par M. Richer ; nous revîmes ensemble nos meilleurs stations, le Mortier, les Rablais, la Noë-de-Gesnes, les Aulnais, les bois de l'Ile, l'étang de Saint-Denis, Champfleur, Bourgle-Roi, etc., à la piste des plantes, des mollusques ou des insectes. Plusieurs fois même, en chercheurs que rien ne rebute, nous avons exploré pendant les mois de Décembre et de Janvier, et par les froids les plus rigoureux, les carrières souterraines de Coulonges-sur-Sarthe, qui recèlent un si grand nombre de Chauves-Souris.

M. l'abbé Richer avait sur le terrain une grande sûreté de coup d'oeil : rarement un fait intéressant lui échappait. Au mois de mai 1909, plusieurs naturalistes du Mans s'étaient Téunis à leurs confrères d'Alençon, pour étudier, au point de vue de la faune et de la flore, les bois de la Noë-de-Gesnes, en Arçonnay. Bien que déjà souffrant (c'était quelques semaines avant sa mort), M. Richer consentit à nous accompagner, et ce fut encore lui qui fit les meilleures trouvailles.

L'Histoire locale prit à Alençon la majeure partie du temps, dont M. Richer pouvait disposer; il s'attacha principalement à la question des Écoles primaires avant 1789. On croyait que l'instruction des ouvriers et des paysans était un bienfait de la Révolution Française, et que le peuple croupissait auparavant dans l'ignorance la plus absolue. C'était un mensonge historique qu'il fallait réfuter en montrant par des textes inédits que, jusque dans les plus petites paroisses, l'État, l'Église ou même de simples particuliers s'occupaient des Écoles autant qu'aujourd'hui.

M. l'abbé Richer entreprit alors de faire pour le département de l'Orne des recherches analogues à celles qui avaient été publiées sur la Seine-Inférieure, l'Eure et l'Eure-et-Loir, pour ne parler que des régions avoisinantes. La tâche était longue et ardue ; il fallut s'initier à la paléographie, •dépouiller une quantité énorme de manuscrits à la Préfecture et à l'Évêché, parcourir dans un grand nombre de paroisses les Registres des baptêmes et des mariages, pour se rendre


NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER 151

compte du nombre des personnes qui savaient lire et écrire; aucune difficulté ne l'arrêta. La vertu du savant, a-t-on dit, est la persévérance comme celle du laboureur la patience.

C'est ainsi qu'il a réussi à publier sur les Écoles d'Alençon et de son arrondissement, de Domfront, de Saint-Bômer, de Gacé, etc., une série de monographies ou au moins de documents, qui témoignent qu'avant la Convention on s'occupait sérieusement chez nous d'instruction primaire, que les écoles étaient nombreuses, fréquentées avec assiduité, et les élèves bien instruits par des maîtres dignes sous tous rapports de leur noble mission.

Ces imprimés ne sont toutefois qu'une assez faible partie des notes manuscrites qu'il laisse et qui ne tarderont pas, je l'espère, à être mises au jour par notre jeune, mais déjà savant confrère, M. l'abbé Lemée, curé de la Ferrière-Béchet. M. Lemée a beaucoup ajouté aux matériaux recueillis par M. Richer, et il sera bientôt en état de prouver, pour notre pays, ce que l'ambassadeur de Venise écrivait au doge en 1535 : « Il n'est « personne en France, si pauvre qu'il soit, qui ne puisse « apprendre à lire et à écrire. »

On doit encore citer parmi les travaux d'érudition de M. l'abbé Richer l'impression des deux premiers fascicules du Pouillé du diocèse de Séez, rédigé en latin par l'abbé Savary, secrétaire de l'Évêché sous Mgr Néel de Christot. Nous avons publié le premier en commun ; le second est de M. Richer seul. On ne s'imagine guère tout ce qu'il faut de temps, de minutieuse attention pour collationner un manuscrit comme celui-là, faire les tables, mettre le tout en état d'être livré à l'imprimeur, et ensuite corriger les épreuves. La Société Historique de l'Orne demanda ce nouveau service au dévouement de M. l'abbé Richer ; il l'accepta avec empressement.

La période révolutionnaire, si riche en documents et encore si peu connue chez nous, avait été également l'objet de ses investigations. Il recueillit des notes sur la- vente des biens nationaux, en particulier sur celle des presbytères et des églises, et sur l'Histoire du Clergé ; il prêta une collaboration très active aux recherches de M. le chanoine Blin, dont la mort


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toute récente cause tant de regrets à la Science historique et à ses amis (1).

Il pratiquait du reste, comme on l'a dit, « une large hospitalité intellectuelle, toujours accessible et serviable, toujours prêt sans en faire parade à communiquer son acquis, sans compter avec ce que sa complaisance pouvait lui coûter de recherches, de veilles et de démarches. »

La plupart de ceux qui profitaient de ses recherches se faisaient un devoir de le rappeler ; il en est quelques-uns cependant, qui' semblent avoir été moins scrupuleux : on s'étonne, par exemple, de ne pas trouver le nom de M. Richer dans un volumineux ouvrage documentaire sur la Ferté-Macé publié en 1901, car il a fourni à l'auteur une bonne partie des matériaux. Cependant M. Richer ne songeait pas à s'en plaindre ; quand il avait rendu un service, on eût dit qu'il restait l'obligé, tant il s'en montrait heureux.

C'est surtout aux prêtres, qui partageaient ses goûts pour l'élude, que M. Richer était empressé de répondre, quand ils faisaient appel à son concours ; jamais ils ne s'adressaient à lui en vain. 11 ne négligeait rien pour exciter leur ardeur et encourager leurs recherches, car il savait que la Science est l'auxiliaire delà Fci, qu'elle honore l'Église et le Clergé, permet des relations qui dissipent bien des erreurs et des préjugés, et qu'enfin la grande sauvegarde du prêtre dans le monde c'est le travail. « Grégoire VII, dit Ozanam, voulant « un clergé saint le voulut savant. >

La dernière année de la vie de M. Richer fut consacrée à des recherches bibliographiques sur la bienheureuse Marguerite de Lorraine. Pour le procès de canonisation, l'autorité diocésaine ne crut rien mieux faire que de lui confier le travail très absorbant de réunir et d'analyser tous les documents imprimés ou manuscrits concernant sa vie et l'histoire de son culte. Il se donna tout entier à cette oeuvre d'Hagiographie, ne reculant devant aucun labeur, faisant, malgré la diminution de ses forces, de longs séjours à la bibliothèque et aux Archi(1)

Archi(1) chanoine GUESDON, L'abbé J.-B. Blin, chanoine-archiviste de la Cathédrale de Séez, Séez, imp. Leguernay, 1911, in-12, 8 p. Extrait de la Semaine Catholique de Sées, n° du 10 mars 1911. — A.-L. LETACQ, M. le chanoine Blin, Journal d'Alençon, nm des 11 et 14 mars 1911.


NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER 153

ves, et quand la mort l'a frappé, il avait terminé sa tâche.

La maladie, dont il se sentait atteint, eût sans doute été un motif très légitime de s'excuser, mais pour M. Richer le travail était devenu une seconde nature et il ne l'abdiqua qu'à la dernière heure. On eut dit qu'il avait fait sienne la devise de Mgr Dupanloup : « Vivre et mourir en travaillant. »

Cette vie si active s'inspira toujours d'une vive piété, plus ferme que tendre, il est vrai. Ceux qui n'ont vu chez M. Richer que l'homme d'étude et l'homme d'action, ne s'imaginent pas à quel point il fut homme intérieur, c'est-à-dire vrai prêtre. Il ne manquait aucun jour de s'acquitter de tous ses exercices spirituels, y donnant tout le temps voulu et y apportant tout le soin et l'application possibles. L'Union apostolique, qui demande à ses membres d'être des séminaristes à vie, n'eut pas d'associé plus fidèle : il se souvenait du mot du curé d'Ars : « Si on gardait toute sa vie la régularité du Séminaire, on vivrait saintement. » J'ai retrouvé dans ses papiers les notes qu'il écrivait de temps en temps, surtout au moment des retraites, sur le travail de perfection auquelil se livrait sans cesse ; elles ont été pour moi le sujet d'une grande édification.

L'obéissance, qui est la vertu sacerdotale par excellence, le trouva toujours prêt ; il accepta sans hésiter tous les postes pour lesquels l'autorité ecclésiastique fit appel à son dévouement, mais ne sollicita jamais aucune faveur. Il ignorait l'ambition et ne voyait dans les fonctions, qui lui étaient confiées, que de nouveaux devoirs à remplir.

Fontenelle a dit d'un savant de son temps : « Son caractère « était celui que les Sciences donnent ordinairement à ceux « qui en font leur unique occupation, du sérieux, de la simpli« cité, de la droiture. » Ne dirait-on pas que cette phrase a été écrite pour M. l'abbé Richer ? J'en appelle aux souvenirs de tous ceux qui l'ont connu. S'il jouissait de l'estime et de la confiance générales, ne le devait-il pas à sa franchise et à sa loyauté ?

Il était très recherché pour sa conversation, émaillée demots heureux, de saillies spirituelles, toujours intéressante à cause de ses connaissances variées. Il aimait la discussion, et si quelqu'un émettait un sentiment qui ne lui parut pas bien établi,

U


154 NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER

l'objection ne se faisait pas attendre, et même il prenait volontiers la thèse contraire. Si ses expressions étaient toujours courtoises, il ignorait en revanche l'art de ménager les personnes, et quels que fussent le rang, la qualité et le nombre de ses antagonistes, il luttait pied à pied, exposant ses preuves, répondant à toutes les difficultés et restant d'ordinaire le dernier champion.

Les études scientifiques qui sont le partage du petit nombre, l'habitude qu'il avait de se promener en cherchant des plantes et des insectes ou en cassant des pierres, sa maison transformée en bibliothèque et en musée lui valurent de bonne heure un renom de singularité. Il ne s'en défendait point et même ne faisait rien pour ne pas le mériter. « Quand on a bien du « mérite, disait Fontenelle, c'en est le comble que d'être fait « comme tout le monde ». M. Richer avait beaucoup de mérite, mais il ne prétendit pas excéder la mesure.

M. l'abbé Richer vit arriver la mort sans crainte. Son existence éminemment sacerdotale était, en effet, la meilleure préparation à paraître devant Celui qui doit rendre à chacun selon ses oeuvres. La vie présente n'avait été pour lui, j'emploie une expression de Le Play, que le poste où il s'efforça de gagner son classement dans la vie future. Aussi quand son confesseur, M. l'abbé Dupuy, lui dit sans ambages que sa fin était proche et que l'heure était venue de recevoir les derniers sacrements, il répondit sans s'émouvoir : « C'est bien ». Mais cette parole de résignation confiante, cette tranquillité devant la mort ne sont-elles pas le digne couronnement d'une telle vie ? On se souvient alors du mot de la Sainte Écriture en parlant des justes : Visi sunt oculis insipienlium mori, illi autem sunt in pace (1).

Les obsèques de M. l'abbé Richer furent célébrées à NotreDame d'Alençon, le mercredi 28 Juillet, sous la présidence de M. l'abbé Dumaine, vicaire général, son condisciple et son ami. Une centaino de prêtres occupaient le choeur, une foule très considérable emplissait la nef. Cette assistance en disait long sur les sympathies dont notrecher disparu jouissait parmi

(1) Ils ont paru mourir aux yeux des insensés ; ils sont néanmoins dans la paix, Lib. Sap. 3.


NOTICE SUll «. \. ABBÉ RICHEK 155

le clergé du diocèse et dans la population alençonnaise. La Société Historique de l'Orne était représentée par son président, M. Tournoùer, et par plusieurs membres de son bureau, MM. Tomeret, Macaire, Leboucher, Gilbert.

Au cours de la cérémonie, M. l'abbé Lemonnier, archiprêtre de Notre-Dame, a donné lecture d'une lettre de Mgr Bardel, évêque de Sées, rendant hommage à la mémoire de celui « qui appartenait à la catégorie des travailleurs et des dévoués » et « qui fut un vrai serviteur de l'Eglise et des âmes », puis il a retracé la vie si instructive et si bien remplie de M. l'abbé Richer, et traduit en termes éloquents les regrets de tous.

La Semaine catholique du diocèse de Sées, (n° du 1er Août) a reproduit in-extenso la lettre de Mgr Bardel et l'éloge prononcé par M. le Curé de Notre-Dame.

Cfr. Journal d'Alençon : Notice nécrologique (n° du 27 juillet) et récit des Obsèques (n° du 29), par M. Pierre Hardy ; Deuxième Notice (n° du 5 Août); par M. l'abbé Gatry. — Petit Patriote de Normandie et du Maine (n° du 29 Juillet), Nécrologie par M. le chanoine René Guérin.—L'Indépendant de l'Orne (n°du 25 Juillet au 1er Août), Notice par M.lechancine Guesdon ; c'est l'article le plus intéressant et le plus complet ; j'y ai fait plusieurs emprunts marqués par des guillemets. — La Croix de l'Orne (n° du 1er Août). — Almanach de /'INDÉPENDANT DE L'ORNE, pour 1910, p. 135.

Liste de? Ecrit? de jA. l'/lbbé rçicfyep

— Liste des plantes rares des environs de la Fcrté-Macé. Annuaire Normand, 1875, p. 263-265: (en collaboration avec M. l'abbé Léveillé).

— La Mosaïque de Villiers. L'Echo de l'Orne, Mortagne, n° du 6 Décembre ; article reproduit par M. de la Sicotière dans Bull. Soc. Antiq. de Normandie, T. XI (1881-82), p. 518.

— Bénédiction d'une statue de Notre-Dame de Lorette à Montsort. Semaine Catholique de Sées,n°du 14 Décembre 1894.


156 NOTICE SUR M. L'ABBÉ RICHER

— Bénédiction de la chapelle des Petites-Soeurs-des-Pauvres à Alençon. Ibid., n° du 14 février 1896.

— Dispersion de la Providence de Sées pendant la Terreur. Bull. Soc. Hist. et Archéol. de l'Orne, T. XVI (1897), p. 439447.

— L'Instruction primaire avant la Révolution dans l'arrondissement actuel d'Alençon. Ibid. T. XVIII (1899), p. 363-373.

— Écoles d'Alençon au xv« siècle. Ibid. T. XIX, p. 199-202.

— Une école de Filles à Gacé au xvme siècle. Bull. Soc. Hist. et Archéol. de l'Orne, T. XXI (1902), p. 311.

— Pouillé de l'ancien diocèse de Séez, rédigé en 1763, par Jacques Savary, chanoine prébende de Colombiers, secrétaire de l'Évêché et publié par les soins de la Société Historique et Archéologique de l'Orne, T. I. Évêques et Chapitre ; doyennés de Sées et de Macé. Alençon, Manier, 1903, in-8°, VIII-205 p. (En collaboration avec M. l'abbé Letacq).

— Dito T. II, Doyennés d'Alençon et de la Marche, Alençon, Impr. Alençonnaise, 1908, in-8°, 226 p.

— Notice sur M. l'abbé Hommey, auteur de l'Histoire du docèse de Séez. La Croix de l'Orne, Fiers, n° du 15 avril 1900.

— Excursions dans le Passais et dan-: le Maine. Ibid. T. XXV (1906), p. 11-78 (en collaboration avec M. Tournoûer).

— Écoles de filles à Domfront et Saint-Bômer. Ibid, id, p. 103-118.

— Excursion archéologique dans le Perche. Ibid. T. XXVI (1907), p. 9-86. (En collaboration avec M. Tournouër.)

— Société Historique et Archéologique de l'Orne (25e anniversaire de la Société). Almanach de l'Orne, pour 1908 (57e année), Alençon, Lecoq et Mathorel, p. 85-95.

Nombreux articles anonymes dans la Croix de l'Orne, l'Indépendant de l'Orne et Y Almanach de l'Indépendant.

A.-L. LETACQ.


NOTICE

SUR

Josias BERA.XJLT

Commentateur de la Coutume de Normandie

ET SUR

Le 3Vtesn.il

Domaine patrimonial des BÉRAULT

La famille Bérault apparaît dans le pays d'Ouche dès le commencement du xvie siècle. Le plus ancien représentant de cette famille que nous puissions citer est Nicolas Bérault, mentionné dans un aveu rendu au duc d'Alençon par René de Bretagne en 1509(1). Un acte de 1512, relevé par Ch. de Robillard de Beaurepaire dans ses notes manuscrites, qualifie ce personnage, écuyer, seigneur du Mesnil (paroisse de Saint-Martin d'Écublci), du Boisbaril (aujourd'hui réuni à la commune de La Barre-en-Ouche), de La Brunelière (paroisse de Saint-Sulpice-sur-Risle), du Roule (ce nom est commun à un certain nombre de petits fiefs ; nous ne savons duquel il s'agit ici) et des Aulnais (probablement paroisse de Saint-Maitin d'Écublei). On voit par le même acte qu'il avait épousé Françoise de Saint-Aignan.

Nicolas II, fils de Nicolas Ier, était avocat dès 1512. Il se disait, lui aussi, seigneur du Mesnil, (2) Celui-ci, qui ne ne vivait plus le 13 août 1566, eut pour fils Nicolas III, qualifié seigneur du Mesnil et du Boisbaril dans un acte du 27 mars 1584 (3), Une fille, Marie Bérault, épousa Michel

(1) Vaugeois, Histoire de L'Aigle, 1841, p. 573.

(2) A. Le Maréchal, Documents tirés des minutes du tabellionage de Rugles 1901, n° 152

(3) Ad. Le Maréchal, Documents, 1901, n° 321


158 NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT

Faucon, à qui elle porta la terre des Aulnais. Elle était morte le 19 janvier 1610.

Nicolas III mourut en 1594, laissant trois fils : Christophe» avocat au parlement de Normandie (1), Jean, enfin Josias. qui est resté célèbre comme jurisconsulte. Le 18 juin les trois frères procédèrent au partage des biens laissés par leur père, partage qui avait été préparé par Josias (2). L'aîné, Christophe, eut pour son lot la terre ou ferme du Boulay (paroisse de Saint-Sulpice-sur-Risle). Il continua de vivre à Rouen, et il y publia en 1625 un traité interprétant certains usages forestiers (3). La seigneurie du Mesnil échut au second fils, Jean, qui vécut sur sa terre et ne joua pas de rôle important, Josias, qui fait le sujet de cette notice, reçut pour sa part la « sieurie et ferme » de La Brunelière, ou Brunetière (paroisse de Saint-Sulpice-sur-Risle).

Une fille, Marthe Bérault, morte avant le 16 octobre 1637, n'eut aucune part dans les biens paternels.

Josias était né en 1563, puisque son portrait, gravé par Léonard Gaultier en 1614, lui donne l'âge de 51 ans. Le lieu de sa naissance est approximativement indiqué par MaximiIien DesMésières en tête d'une pièce latine qui accompagne le portrait du jurisconsulte dans l'édition de la Couslume reformée publiée en 1614 : Allusio urbis Aquilae et auctoris, juxta eandem nati, ad avem Aquilam. Ainsi Josias était né près de L'Aigle : il avait certainement dû voir le jour dans le manoir seigneurial du Mesnil. Le poète dit à la vérité dans un de ses distiques : Nalus is est Aquilae; mais il est gêné par la mesure

(1) Christophe avait été reçu avocat depuis plusieurs années déjà. Nous savons qu'en 1589, après la révolte des Rouennais, il avait cherché unrefuge à Caen avec beaucoup de magistrats de Rouen (Arch. de la Seine-Inférieure, C. 2290).

(2) La minute est conservée par Me Henri Leroy, notaire à L'Aigle.

(3) Des || Droits de || Tiers et Danger jl Grurie & Grairie || Par Christofle Berault || Aduocat au Parlement de Rouen. || Milita renascentur quoe iam cecidere. \\ A Rouen. || De l'Imprimerie de Dauid du Petit \\ Val, Imprimeur & Libraire || ordinaire du Roy. || M. DC. XXV [1625]. || Auec Priuilege dudit Seigneur. In-8 de 112 pp. en tout.

Le titre porte la marque de Raphaël du Petit-Val.

Les pp. 3-5 contiennent une épttre. « A messire François de Bretignieres, conseiller du roy en ses conseils d'Estat et privé, et son procureur gênerai au parlement de Normandie. »

Biblioth. nat., F. 26650 et 46471. — Biblioth. de l'Institut, L. 293.


NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT 159

du vers, et ne peut s'exprimer aussi nettement que dans le titre de la pièce.

Josias fut, comme son frère aîné, avocat au parlement de Normandie. Il fait lui-même allusion à une affaire plaidée par lui le 9 février 1595 (1). Il eut d'abord quelques veilléités d'entrerdans les ordres et obtint, comme clerc, en 1599, la chapellenie de Saint-Sever en la cathédrale de Rouen (2). Avait-il renoncé au protestantisme, auquel la plupart des Bérault, étaient attachés, ou n'en fit-il profession que plus tard ? C'est ce que nous n'avons pu élucider. Toujours est-il qu'il ambitionna bientôt des fonctions judiciaires. Il fut pourvu, le 9 août 1606, de l'office de conseiller aux Eaux et Fortes au siège de la Table de marbre du Palais à Rouen, devenu vacant par le décès de maître Claude Février (3). Il versa, le même mois, 2.000 1. t. pour prix de son office, plus 108 1. t. pour droit de marc d'or. Les provisions furent enregistrées le 7 septembre 1606, et lui-même fut reçu et prêta serment le 11 septembre (4).

Il est curieux de noter qu'un voisin des Bérault dans la paroisse de Saint-Martin d'Écublei, Jean Des Mignières, licencié es droits et sieur du Boisbertre, avait déjà siégé à la Table de marbre. D'abord lieutenant général en la vicomte de Veineuil (il remplissait ces fonctions dès 1563) (5), puis grand maître enquêteur des Eaux et Forêts au bailliage de Rouen (6), Jean avait obtenu des lettres de noblesse pour ses services en 1596 (7). Il était qualifié maître particulier des Eaux et Forêts quand il fut impliqué dans des poursuites exercées contre tous les officiers de la Table de marbre en 1598. Il se tira heureusement de ce mauvais

(1) Couslume reformée, éd. de 1632, in-fol., p. 300.

(2) Le 8 juin 1599, à Rouen, Josias donne procuration pour la prise de possession de la dite chapellenie (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 3539).

(3) Claude Février était un lettré, il était même poète, comme tant de magistrats normands à cette époque. On a de lui des vers latins et français dans le Tombeau de feu noble homme maistre Richard Le Gras.

(4) Arch. de la Seine-Inférieure, C1284 (Invent. p. 121).

(5) Le Maréchal, Documents tirés des minutes du labellionage de Rugles, 1901, n» 39.

(6) Ibid. n» 390 (document du 7 septembre 1595).

(7) Farin, Histoire de Rouen, 1738, I, II, p. 10.


160 NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT

pas, et put céder son office à Pierre Corneille (le père du poète), qui obtint du roi des provisions datées du 5 mai 1599 (1).

Celui qui fut le giand Corneille venait de naître quand Josias Bérault entra en fonctions. Dès lors sans doute il songeait à publier des commentaires surlaCoutume de Normandie, et il avait commencé à recueillir la jurisprudence. La rédaction d'un tel ouvrage dut en effet exiger plusieurs années d'un travail assidu. Avant Bérault, Guillaume Terrien, lieutenant général au bailliage de Dieppe, avait fait un Commentaire du droict civil, tant public que privé, observé au pays et duché de Normandie, qui avait paru chez Jacques Du Puys, à Paris, en 1574, in-fol., au moment où l'auteur venait de mourir. Un autre avocat, Jacques Le Bathelier, sieur de L'Aviron, avait aussi élaboré un commentaire de la Coutume de Normandie qui fut publié en 1599 chez Raphaël Du Petit-Val, à Rouen, par les soins du président Claude Groulard. Bérault voulut produire une oeuvre plus méthodique et plus complète. Il ne s'agissait pas d'une interprétation théorique des textes, mais d'un exposé pratique de la jurisprudence, article par article, Cet exposé devait être conduit jusqu'au jour où le manuscrit serait remis à l'imprimeur. Le plan du compilateur était en réalité celui qui a été mis plus tard à exécution, pour notre Code civil, dans les grands recueils auxquels restent attachés les noms de Dalloz et de Sirey.

La première édition fut imprimée dans le courant de l'année 1611. C'est à tort que Frère et les bibliographes qui l'ont suivi, même Brunet, disent que les commentaires de Bérault virent le jour en 1606. L'erreur est empruntée à l'avantpropos de la grande édition donnée par Richard-Gontran Lallemant en 1776. Le libraire rouennais n'avait eu sous les yeux que les dernières éditions du travail de Bérault, il ne s'était pas attaché à rechercher les éditions, moins complètes qui avaient paru d'abord, et n'en connaissait même pas les dates exactes.

Voici la description de l'édition originale :

La || Coustume || reformée du Pays || et Duché de

(1) E. Gosselin, Pierre Corneille (le père), maître des Eaux et Forêts, et sa maison de campagne (extr. de la Revue de Normandie), 1864, in-8, p. 16.


NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT 161

Norman- Il die, anciens ressorts || & enclaues d'iceluy. || Par M. Iosias Berault conseiller aux sièges de l'Admirauté & eaux & forests en la || table de marbre du Palais à Rouen & aduocat au Parlement de Normandie. || Auec II Vn indice bien ample des matières contenues tant es Commentaires qu'en ladite Coustume. || A Rouen, || De VImprimerie || De Raphaël du petit Val, Libraire & Imprimeur ordinaire du Roy || M. D. C. XII [1612]. || Auec Priuilege de Sa Maiesté. In-4 de 8 ff. lim., 904 mal chiffrées (la dernière porte 907), 1 f. non chiffr. pour la fin du texte, et 18 ff. pour la Table des principales matières et YExtraict du privilège.

Le titre est orné des armes du duché de Normandie.

Le f. a ij contient une épître de Josias Bérault Clarissimo viro, domino Alexandro Falconio, equiti, domino de Ris, La Borde, Messy etc., in sanctiori régis consistorio consiliario, et in Normannca caria suprema praesidi supremo. Cette épître est datée de Rouen, cal. Januarii.

Les ff. a iij-b i v° sont occupés par un Avant-Propos au lecteur, suivi (fol. bi v°-biij v°) de stances françaises, signées de Jac. Denyau avocat, d'autres stances, signées de Mathieu Bosquet, avocat au parlement ; d'un sonnet signé : R. B., ad., et d'une pièce latine de Jacques Denyau.

Au f. b iiij est la Table des titres ou chapitres.

L'erreur dans la pagination se produit après le p. 128. La page suivante est cotée 132, au lieu de 129, et l'erreur se continue jusqu'à la fin.

Le privilège, daté du 11 novembre 1611, est accordé à Raphaël Du Petit Val pour six ans, à partir du jour où l'impression aura été terminée. L'enregistrement est daté de Rouen, le 12 décembre même année.

Bérault avait obtenu du parlement de Rouen, le 19 août 1611, un premier privilège, dont il n'est pas fait mention ici. Voy. E. Gosselin, Glanes, 1869, p. 140.

Bibl. nat., F. 13486. — British Muséum. 503. e. 4.

Dans sa préface Bérault nous donne quelques renseignements sur la manière dont il a connu la jurisprudence. « J'ay tiré les arrests, dit-il, des recueils anciens et modernes que des personnages d'entendement, les uns juges en ce parlement, les autres bons et célèbres advocats, avoyent pris la peine de rédiger par escrit. J'en ay pris aussi sur les registres du greffe de la cour, autres sur les originaux et copies, autres que j'ay veu


162 NOTICE SUR JOSIAS HÉRAULT

prononcer aux audiences, dont plusieurs ont esté donnez selon les conclusions prises par monsieur Du Viquet, premier advocat gênerai du roy, lequel par l'espace de vingt-deux ans a plaidé tant au parlement de Paris que grand conseil, avec réputation, et depuis, promeu a Testât d'advocat gênerai du roy au parlement de Normandie, l'exerce en grand renom de probité, doctrine et éloquence. Si en quelques uns se trouve de l'erreur au date ou ailleurs, comme il peut estre advenu, cela procède de ceux qui les ont transcrits devant moy, dont neantmoins j'ay purgé le vice au mieux qu'il m'a esté possible par la vérification que j'ay faite de la plus part sur les registres... »

La seconde édition de la Coustume parut en 1614 sous le titre suivant :

La || Coustume || reformée du Pays || et Duché de Normandie, || anciens ressorts et || enclaues d'iceluy. || Auec les Commentaires, Annotations, et || arrests donnez sur l'interprétation d'icelle, remarquez || Par M. Iosias Berault, Conseiller aux sièges de l'Admirauté & eaux || et forests en la table de marbre du Palais à Rouen & aduocat || au Parlement de Normandie. || Auec vn indice bien ample des matières contenues tant es Commentaires qu'en ladite Coustume. || Seconde Edition. || A Rouen, || De l'Imprimerie de Raphaël du Petit Val \\ Chez Dauid du petit Val, libraire & Imprimeur ordinaire du Roy || M. DC. XIIII [1614] || Auec priuilege de Sa Maiesté. In-4 de 10 ff. lim., 1064 et 6 pp., plus 18 ff. pour la Table et le Privilège du roy.

Le titre est orné des armes du duché de Normandie. Il est suivi de l'épître à Alexandre de Faucon de Ris (f. a ij), de Y AvantPropos au lecteur (ff. a iij-bi r°) ; d'un avis de Y Imprimeur au ec/eur, relatif à la seconde édition (f. b i v°) et des pièces encomiastiques lesquelles sont plus nombreuses. Voici le détail de ces pièces : 23 vers hexamètres latins de Jacques Denyau, avocat au parlement de Normandie (1) ; 6 distiques latins de Jean Cordier avocat

(1). Ce personnage était peut-être parent de Jacques Denyau, conseiller au parlement de Bretagne.

(2). En 1585 le poète dauphinois Jean-Édouard Du Monin adressait déjà des vers à Jean Cordier, qu'il appelait « episcopontius » (Phoenix, 1585, fol. 131.)


NOTICE SUR JOSIAS BÉRAIXT 163

du roi à Pont-1'Évêque (Joan. Corderais, in Episcopontia praefect. régis/iscique advoc.) ; une épigramme latine, en 12 vers, de Guillaume Des Mesières, avocat à L'Aigle (1) ; 2 distiques latins de Maximilien Des Mesières (2) ; des stances françaises (13 strophes de 6 vers) de Jacques Denyau, avocat en parlement, des stances (10 quatrains) de Mathieu Bosquet avocat, en parlement (3) ; un sonnet de R. Belin, avocat en parlement (4).

Au f. c i v° est la Table des titres ou chapitres.

Le f. c ij, blanc au r°, est occupé au v° par un portrait de « Josias Berault,a l'âge de cinquante et un an, année M.DC.XIIII. » Ce portraits est signé : L., Gaultier (5) incidit. 1614.

Le privilège et l'extrait des registres du parlement sont les mêmes qu'en 1612.

Bibl. nat., F. 13487. —Biblioth. d'Amiens, Jur. 500.

L'ouvrage était si pratique, le résumé des arrêts y était si clair et d'une si complète impartialité, que le succès ne se fit pas attendre. Le volume fut recherché des conseillers, des avocats au parlement et de tous les officiers appartenant aux juridictions inférieures. Béraultvit bientôt qu'uneréimpression allait être nécessaire et il s'occupa de la préparer.

Nous somm s moins bien moins renseignés sur la vie de Josias que sur ses ouvrages.

(1). Guillaume paraît avoir composé 4 vers latins et 4 vers français, datés de 1582 et signés G. D. A. [Guillaume Desmesières, avocat) qui se lisaient autrefois dans l'église Saint-Martin de L'Aigle. Voy. J. F. Gabriel Vaugeois, Histoire de L'Aigle, 1841, p. 335.

(2) Maximilien des Mezières était le fils Guillaume. Il avait été baptisé en l'église Saint-Jean de l'Aigle le 4 février 1595 (registre paroissiaux). Ii n'avait donc que 19 ans.

Le testament de Maximilien Des Mesières, ci-devant curé de Bourth, maintenant prieur du Chailloué, testament daté du 1er novembre 1661, figure dans les minutes de Me Henri Leroy, à L'Aigle. Il ressort d'un acte du 8 novembre qu'il eut pour héritiers : Thomas de Fougy, prêtre, et ses frères, fils d'Alexandre de Fougy, conseiller du roi, vicomte de Conches. François Morel, prêtre, curé de Saint-Jean de L'Aigle, et Pierre de Guéroult, prêtre, curé de Saint-Denis d'Herponcey, eurent aussi un intérêt dans la succession (même étude).

(3). Josias Bérault fait lui-même allusion à des plaidoiries prononcées par Mathieu Bosquet en 1610 (Coustume, éd. de 1632, p. 565) et en 1612 (ibid. p. 52).

(4). Robert Belin, avocat en parlement, soutint en 1613 un procès contre Jeanne d'Abancourt Couslume, éd. de 1632, p. 139).

(5). Leonhard Walter, ou Galter, de Mayence, qui avait pris le nom de Léonard Gaultier depuis qu'il était établi en France, avait commencé à graver vers 1575. Il disparut vers 1628. Le graveur normand Michel Lasne fut probablement son élève.


164 NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT

Un curieux document conservé aux archives de la SeineInférieure nous donne pourtant quelques renseignements sur Bérault et sur sa femme, Renée Le Marchand. A la date de Pâques (30 mars 1614), le trésorier de l'église Saint-Vivien déclare avoir reçu : « rue de l'Espée, de noble homme Me Josias Berault, conseiller du roy en la Table de marbre au Palais à Rouen, ayant espouzé dame Régnée Le Marchand (1), ladite Le Marchand représentant par acquisition Me Guillaume Le Noble, advocat, ledit LeNoblerepresentant, aussi par acquisition, noble homme Jean de Quievremont, sieur de Cos • tillan, la somme de six 1.1., pour une année escheue au terme de Pasques 1614, arrierage de pareille somme de rente foncière que ledit trésor a droict de prendre et avoir par chacun an sur ung tenement de maison, court, jardin et héritage a luy appartenant, siz en ladite rue, joygnant d'ung costé Me Symon de Gouberville, notaire en la court ecclésiastique, héritier en partye de deffunct Guillaume de Gouberville, représentant messieurs de Nostre Dame de Ronde, et, d'austre costé, le sr de La Pierre (2). »

(1.) Les Le Marchant occupaient un rang distingué à Rouen et à Caen.

Le 30 janvier 1468 (n. s.) Bérenger Le Marchant, licencié en théologie, avait reçu du conseil de ville de Rouen un don de 40 écus d'or pour subvenir aux frais de sa thèse de docteur (Arch. de Rouen, A 8 ; Invent., p. 65). Il devint chanoine de l'église cathédrale et fut en 1494 et 1500 député aux États de Normandie (Farin, Hisl, de Rouen, éd. de 1731, I, II, pp. 129, 130). Antoine Le Marchant, seigneur de Gripon, fut reçu conseiller au parlement de Rouen le 22 novembre 1525 ; il mourut le 22 octobre 1561, ayant épousé une Bauquemare, puis une Brécé (Fleury Vindry, Les Parlementaires français au XVIe siècle, I, 1910, p. 265). Jean Le Marchant, seigneur d'Outrelaise, que Farin appelle Gaspard, fut reçu le 6 mars 1572, avocat général à la Cour des Aides de Rouen ; il mourut, à 82 ans, le 1er septembre 1621 (Jacques de Cahaignes. Éloges des citoyens de Caen, éd. de 1880, p. 64). Noël Le Marchant, avocat au parlement de Rouen, est cité par Bérault à la date de 1613 (Coutume, éd. de 1632, p. 8). Ce dernier était vraisemblablement proche parent, père ou frère de Renée.

Pour les Le Marchant de Caen, voy. l'édition citée des Éloges de Jacques de Cahaignes, pp. 63, 64, 382.

(2). Arch. de la Seine-Inférieure, G. 7776, fol. 33 V*. Nous devons la copie de cette pièce à notre ami M. Pierre Le Verdier. La recette fait suite à une recette provenant d'un enterrement, et M. de Beaurepaire, analysant rapidement le compte, a cru qu'il s'agissait ici de l'enterrement de Josias Bérault (Invent., série G, tome VI).

Josias ne demeurait pas rue de l'Espée. D'après les notes de Ch. de Beaurepaire, que son fils a bien voulu nous communiquer, il habitait en novembre 1598 sur la paroisse Sainte-Croix des Pelletiers. En


NOTICE SUR JOSIAS BEHAULT

165

Les pièces encomiastiques citées plus haut nous font connaître quelques-uns des amis de Bérault ; mais il est à croire qu'il entretenait de bonnes relations avec tous ses confrères> dont il prend toujours soin de rapporter exactement les noms, Josias, qui semble être devenu ou redevenu protestant, comme les autres membres de sa famille, occupait certainement aussi une place importante dans l'église réformée de Rouen. C'est de ce côté que nous pouvons espérer découvrir

sur lui quelques renseignements nouveaux. Sa vie laborieuse ne paraît pas avoir été marquée par des incidents tumultueux. Tout ce que nous pouvons dire de lui c'est que, à peine avait-il donné la seconde édition de la Coustume, il en prépara une troisième, qui parut six ans plus tard, et dont voici la description :

La || Coustume || reformée du Pays || et Duché de Normandie, || anciens ressorts et || enclaues d'iceluy. || Auec les

décembre 1605 il avait changé de quartier et habitait rue Saint-Nicaise, près de la rue de l'Espée, mais dans un autre ilôt de maison. En 1620 Josias demeurait encore rue Saint-Nicaise.

JOSIAS BÉRAULT


166 NOTICE SUK JOSIAS BÉRAULT

Commentaires, Annotationes || &Arrests || donnez sur l'interprétation d'icelle. || Remarquez || Par M. Iosias Berault Escuyer, Conseiller es sièges de la table de || marbre du Palais, & Aduocat au Parlement de Normandie. Il Auec vn Indice bien ample des matières contenues tant es Commentaires qu'en ladite Coustume. || Troisiesme Edition, corrigée || & augmentée par l'Auteur. || A Rouen, || De l'Imprimerie de Dauid du Petit Val || Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy. Il M. DC. XX [1620]. || Auec Priuilege de Sa Maiesté. In fol de 8 ff. lim., 810 [lisez 808] pp. et 16 fï. pour la Table et le Privilège du roy.

Le titre, imprimé en rouge et en noir, porte les armes de Normandie.

Les pièces liminaires sont les mêmes que dans l'édition précédente, si ce n'est que l'avis relatif à la seconde édition n'a pas été reproduit.

Le portrait est placé au f. b ij, dont le v° est blanc.

Le privilège, daté du 8 juin 1617 et enregistré à Rouen le 26 janvier 1618, est accordé à David Du Petit Val pour dix ans à partir de l'achevé d'imprimer.

Bibl. nat., F. 2471.—Bibli. d'Abbeville, Jur. 1806. — Bibl. d'Amiens, Jur. 502. — Bibl. de Douai, Jur. 887. — Bibl. du Mans, Jur. 518. — Bibl. de Rennes, Jur. 2817.

Le succès des commentaires de Bérault lui suscita un concurrent. Jacques Godefroy, sieur de La Commune, avocat en la vicomte de Carentan, composa sur le même plan un ouvrage auquel il donna le même titre. Jacques mourut le 20 janvier 1624 (1) ; mais son neveu prit soin de faire imprimer le manuscrit (2). Bérault fut très irrité de cette publication. Il s'en plaint avec amertume dans la quatrième édition de la Coustume, édition que nous allons faire connaître :

(1). Frère, Manuel du bibliographe normand, II, p. 29.

(2). Commentaires sur la coustume reformée du pais et duché de Normandie, anciens ressorts et enclaves d'iceluy, par Jacques Godefroy. Rouen, David Du Petit Val |ou Jean Osmont], 1626. In-fol.

L'ouvrage est dédié, comme celui de Bérault, au premier président Alexandre de Faucon de Ris.

Le manuscrit original autographe est conservé à la Bibliothèque de Rouen (ms. 884).


NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT 167

La II Coustume || reformée du Pays || et Duché de Normandie, || anciens ressorts et II enclaues d'iceluy. || Auec les Commentaires, Annotations || & Arrests donnez sur l'interprétation d'icelle. || Remarquez || Par M. Iosias Berault Escuyer, Conseiller es sièges de la table de || marbre du Palais. & Aduocat au Parlement de Normandie, || Auec vn Indice bien ample des matières contenues tant es Commentaires qu'en ladite Coustume. || Quatrième et dernière Edition, Il reueuë & augmentée par l'Autheur || A Rouen || De l'Imprimerie de Dauid du Petit Val. Il Imprimeur Si, Libraire ordinaire du Roy. || M. DC. XXXII [1632j. || Auec Priuilege de Sa Majesté. In fol. de 8 ff. lim., 868 [lisez 866] pp. et 20 ff. pour la Table et le Privilège.

Le titre, imprimé en rouge et en noir, est orné des armes du duché de Normandie.

Lef. alj contient l'épître latine à Alexandre de Faucon, chevalier, seigneur de Ris, La Borde, Messy, etc., conseiller au grand conseil et premier président du parlement de Normandie.

Les ff. a iij-a iiij sont occupés par VAvant-Propos au lecteur et par un avis de V Autheur sur celle quatriesme et dernière impression de son livre.

Dans cet avertissement Bérault dit que son oeuvre, après avoir eu trois éditions, est recherchée pour une quatrième, et qu'il ne veut pas entreprendre d'y ajouter quelques grâces. « Aussi mon dessein, ajoute-t-il, n'est point de la charger de plus d'ornement, non plus que mon désir qu'elle soit plus estimée, amplement satisfait de l'honneur de mon travail, attendu qu'il n'est pas inutile à cette province, et qu'il m'a produit des envieux dont l'émulation, au lieu d'estoufïer le mérite de ce livre, le rend aujourd'huy plus recommandable. C'est la raison qui m'oste tout sujet de me plaindre du sieur Godefroy et de méditer aucune invective contre son Commentaire sur la Coustume, puisque l'on reconnoist l'oyseau duquel la corneille d'Horace avoit emprunté de si belles plumes. Je n'avois donc dessein d'employer en cette dernière impression que certaines animadversions dessus les notes assez improprement observées de ce compilateur moderne...; mais, depuis, me voyant en main bon nombre de beaux arrests, notables questions et décisions, avec quelques corrections en certains passages, je n'ay point craint d'encourir du blasme en vous les offrant comme fruits de


168 NOTICE SUR JOSIAS BERAULT

l'arriére saison de mon âge et comme un vin plus meur et defequé qu'il n'estoit aux premières éditions ».

Au f. e i est la Table des litres ou chapitres, puis viennent (fl. e i v°- è iiij) les vers adressés à Bérault par ses amis. Ces pièces encomiastiques sont ici plus nombreuses que précédemment. Les hexamètres de Jacques Denyan sont suivis de 6 distiques grecs de Jean Cordier. En dernier lieu est une longue pièce laudative en vers français octosyllabiques, signée de l'imprimeur D. Du Petit Val.

Le v° du f. e iiij est blanc, au moins dans les exemplaires que nous avons sous les yeux.

Le privilège, dont le texte est imprimé au v° du dernier f., est accordé à David Du Petit-Val le 23 octobre 1629; il est d'une durée de six ans à partir du jour où l'impression aura été terminée. A la suite de ce texte est un Extrait des registres de la cour de parlement en date du 14 octobre 1631. — A la fin de la Table et d'une note indiquant les Animadversions contre Godefroy on lit : Achevé d'imprimer le 20' d'avril mil six cens trente-deux.

Bibl. de l'Institut, I, 22. — Bibliothèque du Mesnil.

On a vu que Josias Bérault était né en 1563. Il avait donc environ 68 ou 69 ans au moment où parut la quatrième édition de la Coustume ; ce fut la dernière à laquelle il put donner ses soins. D'après Frère, le célèbre jurisconsulte serait mort, vers 1640, à Saint-Fulvien, près de L'Aigle ; mais Frère n'indique pas où il a puisé ce renseignement, qui est absolument inexact. Il n'existe aux environs de L'Aigle aucune localité appelée Saint-Fulvien. Le bibliographe aura mal transcrit le nom de Saint-Sulpice, paroisse sur laquelle était située la terre de La Brunelière où Josias dut finir sa vie. Quant à la date de sa mort, elle doit être avancée jusqu'en 1633. A la vérité, les actes concernant les Bérault ne sont pas inscrits dans les registres des églises catholiques et nous n'avons pu y recourir ; mais un acte du 6 juin 1633, acte dont Me Henri Leroy, notaire à L'Aigle, possède la minute, nous apprend que Josias était mort et que son neveu, Siméon de Bérault, avait renoncé à la succession en faveur de son fils mineur. Jacques de Bérault. Benée Le Marchand vivait


NOTICE SUR JOSIAS BÉHAULT 169

encore et une instance allait s'ouvrir entre elle et les héritiers de son mari.

La Coustume de Normandie accompagnée des commentaires de notre auteur reparut encore en 1648 chez Jacques Besongne, à Rouen, in-fol. (1), et en 1660, chez le même libraire et dans le même format (2). L'édition de 1660 contient toujours l'épître dédicatoire au premier président Alexandre de Faucon de Ris et l'avertissement qui précède la réimpression de 1632 ; mais les vers encomiastiques ont été réduits. La pièce latine de Jacques Cordier en 6 distiques, les pièces de Guillaume Des Mesières, de Maximilien Des Mesières et de David Du Petit-Val ont seules été conservées.

En 1684 plusieurs libraires rouennais s'associèrent pour donner un grand recueil dans lequel étaient réunis les commentaires de Jacques Le Batelier, sieur d'Aviron, de Josias Bérault et de Jacques Godefroy (3).

Cette édition suffit pendant près d'un siècle aux jurisconsultes noimands; ce ne fut qu'en 1776 que l'imprimeur privilégié Richard-Gontran Lallemant la fit de nouveau reproduire sous ce titre :

Commentaires sur la Coutume de Normandie, Par MM. Bérault, Godefroy & la Paraphrase de M. d'Aviron. Nouvelle Edition, augmentée d'Observations sur la Jurisprudence du Palais. Tome premier [—second]. A Rouen, De l'imprimerie privilégiée. A Paris, chez Knapen, Libraire, sur le Pont Saint-Michel, Humblot, Libraire, rue S. Jacques, Le Boucher, Libraire, sur le Quai des Auguslins. MCC. LXXVI [1776]. 2 vol. in-fol.

Tome premier : 5 ff. lim., iv et 762 pp., plus lxxxiiipp. de Table (non compris le f. blanc qui précède le titre). — L'épître dédicatoire au garde des sceaux, est précédé d'un en-tête gravé en taille douce par N. Le Mire et daté de 1776. Cette épître, est signée : Lallemant.

(1.) Cinquième édition. Biblioth. d'Amiens, Jur. 503.

(2) Sixième édition. Biblioth. nat., F. 2422.

(3.) La Coutume de Normandie, commentée par Josias Berault, Jacques Godefroy et d'Aviron, avec diverses remarques, annotations, arrêts, recueillis par les mêmes. ARouen, Chez la veuve Antoine Maurry [ou Chez DavidBerthelin], 1684. 2 vol. in-fol.

Biblioth. de Douai, Jur. 888 (Ve Maurry.) — Biblioth. nat., F. 2427-2428 (D. Berthelin).

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170 NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT

Dans l'avertissement qui suit il est parlé des divers commentaires de la coutume de Normandie. Le plus ancien qui soit cité est le commentaire publié en 1599 à Rouen, chez Raphaël Du Petit-Val et dont l'auteur, resté inconnu pendant un certain temps, est Jacques Le Bathelier, seigneur du fief d'Aviron. On l'attribua d'abord au président Groulard ; mais Berroyer et Laurière, dans leur Bibliothèque des Coutumes, ont révélé le nom du véritable auteur, Groulard n'ayant été que l'éditeur. Il est ensuite parlé du commentaire de Josias Bérault qui parut sept ans après celui de d'Aviron, en 1606, Rouen, David du Petit-Val, in-quarto. Nous avons déjà relevé cette assertion tout à fait inexacte. Lallemant, parle ensuite du mérite de Bérault comme jurisconsulte. Il aurait fait ces commentaires à l'âge de 51 ans et dans l'espace de vingt-six ans il se serait fait 4 éditions de son commentaire, dont 3 in-folio. La 5e parut en 1650, plus ample que les précédents ; mais la meilleure serait celle de 1660. Dans cette dernière on voit en marge une croix ou une main, indiquant : la croix, les additions faites par M. Heuzé, avocat au parlement, la main, celles de M. Le Sueur, aussi avocat. A la fin on a ajouté p'.us de 50 arrêts et 3 plaidoiries de l'avocat général Le Guerchois. En 1626 paraît le Commentaire de Jacques Godefroy, sieur de La Commune, avocat en la vicomte de Carentan. En 1684 on réunit pour la première fois en un seul corps d'Aviron, Bérault et Godefroy. L'éditeur de ce corpus fut M. Andrieu. Le libraire donne des détails sur cette édition de 1684.

Le 5e f. lim. contient : l'Approbation donnée à Rouen par le censeur L'Alouette le 20 juin 1774 ; le texte du privilège accordé pour douze ans au sieur Lallemant, imprimeur, premier échevin de la ville de Rouen ; la Table des titres ou chapitres de la Coutume.

Les 2 ff. paginés i-iv sont occupés par un avant-propos au lecteur.

Les lxxxiij pp. de la Table sont imprimées à 2 colonnes.

Tome second : 2 ff., 806 pp. imprimées à 2 colonnes et xcix pp. de Table imprimées de même.

Biblioth. nat., F. 2423-2424. — Biblioth. de l'École de droit à Paris, 46.

Les jurisconsultes n'ont plus aujourd'hui que de rares occasions de consulter la Coutume de Normandie et les commentaires dont elle a été l'objet ; mais le nom de Josias Bérault a survécu. Il n'est pas sans intérêt d'achever de faire connaître sa famille et les propriétaires qui ont possédé après elle le domaine du Mesnil.

Nous ne savons quand mourut Renée Le Marchand, femme de Josias ; tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'elle sur-


NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT 171

vécut à son mari. Josias eut pour héritier son neveu Siméon qui, lui-même, se désista en faveur de son jeune fils Jacques.

Fils de Jean Bérault, Siméon de Bérault, écuyer, sieur du Mesnil et du Boisbaril, est cité dès le 26 février 1626 (1). Le 12 juillet 1633, on le voit intervenir en faveur de son fils mineur pour lui assurer la succession de défunt Josias (2). Siméon passe sa vie dans son « manoir seigneurial » du Mesnil. Nous le trouvons engagé dans diverses affaires, achetant ou vendint des terres et soutenant des procès (3).

La date de la mort de Siméon ne nous est pas connue. Une mention que nous avons relevée dans les registres paroissiaux de Saint-Martin d'Écublei à la date du 22 septembre 1678, se rapporte à un accord intervenu entre « M. Du Mesnil » et les habitants de Saint-Martin d'Écublei au sujet de l'entretien du passage de la Risle ; mais rietf n'indique s'il s'agit encore de Siméon, ou si M. Du Mesnil est son fils.

Jean Bérault, outre son fils Siméon, avait eu une fille, Marie de Bérault, qui épousa Jean de La Maugère, sieur de Saint-Jacques, qui demeurait sur la paroisse de La Barre-enOuche. Celle-ci est dite veuve dans un acte du 21 octobre 1640 (4).

Jean de La Maugère ne semble pas avoir laissé d'enfants. La terre de La Maugère passa aux petits-neveux de sa femme.

Bérault, sieur de La Maugère, eut pour femme Louise de Challenge, veuve de Siméon Le Venier, sieur de La Grondière. Celle-ci émigra au moment de la révocation de l'édit de Nantes, et mourut à Southampton le 8 janvier 1718 (5). Sa

(1) Siméon de Bérault, sieur du Boisbaril, «soi disant personne noble», fait appel aux commissaires du régalement des tailles en la généralité de Rouen contre les habitants de Saint-Martin d'Écublei, élection de Verneuil. (Notes de Ch. de Robillard de Beaurepaire.)

(2) Minutes de Me Henri Leroy, notaire à L'Aigle.

(3) Actes des 12, 19, 23 juin et 16 octobre 1637, 18 avril et 14 septembre 1638, 6 novembre 1640 (minutes Leroy) ; 17 janvier 1641 (Bibl. nat., ms. Ir. 26779, dossier 6379, fol. 223 ; 15 juillet 1649, 16 févr. 1650 (minutes Leroy) ; 20 janvier 1654 (Bibl. nat., ms. fr. 26779, dossier 6379, fol. 3); 3 janvier et 6 mars 1662 (minutes Leroy) ; 3 octobre 1664 (ms. fr. 26779, dossier 6379, fol. 5) ; 7 juin 1671 (minutes Leroy) ; 4 décembre 1678 (registres paroissiaux de Saint-Martin d'Écublei, I, fol. 120 v°) ; 23 avril 1679 (ibid., à la date) ; 26 février et 9 août 1682 (ms. fr. 26779, dossier 6379, fol. 7, 22).

(4) Minutes Leroy.

(5). David C. A. Agnew. Protestant Exiles from France, chiefly in the reign 0/ Louis XIV, I, 1886, p. 414.


172 NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT

soeur Elisabeth Bérault de La Maugère continua d'habiter la terre de La Bruneliere ou Brunetière, paroisse de SaintSulpice-sur-Risle. Nous connaissons d'elle au acte passé à L'Aigle le 17 mai 1722 (1). Elle signa aussi au contrat de mariage de Pierre-Laurent Mallard de Maimbeville avec Marie-Thérèse de La Pierre, le 29 avril 1723 (2). Il ne semble pas qu'elle ait jamais été mariée.

Nous revenons à la descendance de Siméon. Jacques, peut-être mort avant son père, paraît n'avoir eu qu'une fille, Elisabeth de Bérault, qualifiée « noble dame », laquelle abjura le protestantisme, et fut la femme de Gabriel Turgot, écuyer, sieur de La Cluse. Elle est dite veuve le 12 août 1694 (3).

Elisabeth porta aux Turgot le domaine du Mesnil. Elle eut quatre enfants, savoir :

1. Louis Turgot, écuyer, sieur de La Cluse, parrain de Louis Le Velu à Saint Martin d'Écublei le 12 avril 1688 (4) ; mandataire du même Louis Le Velu, sieur de Clairefontaine, le 21 février 1722 (5) ; habitant au Mesnil et qualifié chevalier les 29 avril et 11 mai 1723 (6) ; parrain de Louis-Eustache Mallard de Maimbeville à Saint-Martin-d'Écublei le 2 février 1726 (7).

2. Isaac Turgot, demeurant au Mesnil et cité avec son frère les 29 avril et 11 mai 1723. Il est parrain deGabrielleLouise-Augustine Mallard de Maimbeville à Saint-Martind'Écublei le 29 juin 1727 (8).

3. Marie Turgot, mariée le 12 août 1694, en l'église de Saint-Martin-d'Écublei, à Alexandre de La Pierre, écuyer, seigneur de Saint-Antonin-de-Sommaire (9). Alexandre est qualifié chevalier, seigneur de La Lavellière, seigneur et patron de Saint-Antonin-de-Sommaire et autres lieux, dans un acte du 11 mai 1723 (10).

(1). Biblioth. nat. ms fr. 26779. dossier 6379, pièce 2.

(2). Minutes de M" Henri Leroy à L'Aigle.

(3). Reg. paroissiaux de Saint-Martin d'Écublei, II, fol. 73 v°.

(4). Ibid., II, fol. 28.

(5). Minutes de M" Henri Leroy, à L'Aigle.

(6). Ibid.

(7). Reg. paroissiaux de Saint-Martin d'Écublei, III, p. 121.

(8). Reg. paroissiaux, III, p. 135.

(9). Ibid., II, fol. 73 v°.

(10). Ibid. III, p. 98.


NOTICE SUR JOSIAS BÉRAULT 173

4. Henriette Turgot, mentionnée dans l'acte du 11 mai 1723.

Louis et Isaac Turgot étant morts sans postérité, Le Mesnil échut à leui soeur Marie. Celle-ci n'eut elle-même qu'une fille, Marie-Thérèse de La Pierre, laquelle épousa le 11 mai 1723, à Saint-Martin-d'Écublei, Pierre-Laurent Mallard, chevalier, seigneur de Maimbeville, originaire de la paroisse de Massé, diocèse de Séez, fils de Guillaume Mallard, chevalier, seigneur des Magnans, et de noble dame Marguerite Chardon (1). Le contrat de mariage avait été passé à L'Aigle le 29 avril précédent (2).

Pierre-Laurent Mallard, qualifié écuyer, chevalier, seigneur de Maimbeville et de Saint-Lambert, seigneur et patron de Saint-Jacques de La Barre et auties lieux, mourut au Mesnil le 24 mars 1748 (3). Sa veuve mourut au même lieu le 22 avril 1757 (4). De leur mariage étaient nés trois enfants, savoir :

1. Louis-Eustache Mallard de Maimbeville, né au Mesnil le 1er février 1726, baptisé le 2 février à Saint-Martin-d'Écublei (5), cité le 14 novembre 1747 comme demeurant en sa terre du « Meny » (6). Il fit reconstruire l'ancien manoir de 1765 à 1768(7) ; il fut élu maire de Saint-Martin-d'Écublei le 7 janvier 1790; il iesta en fonctions jusqu'en juillet 1791 (démissionnaire le 3 juillet, il signait encore le 17) (8). Ilmourut à Villemonble près Paris le 1er vendémiaire an VII (22 septembre) 1798 (9).

2. Gabrielle-Louise-Augustine Mallard de Maimbeville, baptisée à Saint-Martin-d'Écublei le 29 juin 1727 (10); mariée,

(1). Reg. paroissiaux, III, p. 93.

(2). Ibid. ; Minutes de M" Henri Leroy à L'Aigle.

(3). Reg. paroissiaux de Saint-Martin d'Écublei, III, p. 82.

(4). Ibid., III, p. 585.

(5). Reg. paroissiaux, III, p. 121.

(6.) Minutes de Me Henri Leroy à L'Aigle.

(7). Les dates de 1766 et 1767 sont inscrites sur les deux colombiers.

(8). Reg. municipaux, aux dates.

(9). Reg. des décès de Saint-Martin d'Écublei, acte transcrit en 1825.

(10). Reg. paroissiaux, III, p. 135.


174 NOTICE SLR JOSIAS BÉRAULT

au même lieu, le 18 août 1746, à Claude-Samson de Fontaines, seigneur ce Coudehard (1).

3. Henry-Gabriel-Pierre-Hyacinthe Mallard de Maimbeville, baptisé à Saint-Martin d'Écublei le 3 octobre 1735 (2).

Louis-Eustache Mallard n'ayant pas eu de postérité, sa soeur porta aux Fontaines le domaine du Mesnil.

Narcisse-Samson de Fontaines, fils de Claude-Samson, était né en 1751. Il fut capitaine de cavalerie et chevalier de Saint-Louis. Il remplit les fonctions de maire de SaintMartin d'Écublei de 1813 à 1823. Il mourut au Mesnil le 20 février 1830, ayant épousé : 1° Anne-Solange de La Lande; 2° Marthe Allard de Saussay (3).

Narcisse-Samson eut pour fils Augustin-Alexandre-Narcisse de Fontaines, né en 1790, officier de cavalerie, chevalier de la légion d'honneur, maire de Saint-Martin-d'Écublei de 1825 à 1828, résidant ordinairement au Mesnil, mort à Paris» rue des Filles-Saint-Thomas, n°18, le 30 avril 1838 (4). Sa femme, Henriette-Louise-Catherine de Seran était fille de Camille-Léonor, comte de Seran, baron d'Andrieu, général de brigade, mort dans sa 92e année, le 2 janvier 1863 et inhumé à Saint-Martin d'Écublei.

Augustin-Alexandre-Narcisse de Fontaines eut quatre enfants, savoir :

1. Auguste-Charles-Xavier de Fontaines, né en 1821, chevalier de l'ordre de Pie IX, mort le 15 mai 1875, inhumé à Saint-Martin-d'Écublei* Celui-ci, devenu propriétaire du Mesnil à la suite d'un partage en date du 27 octobre 1867, avait épousé Marie-Claire de Jousselîn, qui lui survécut.

2. Marie-Henriette de Fontaines, née au Mesnil le 8 novembre 1822, mariée au même lieu le 19 septembre 1841 à Aimé-Louis, marquis d'Orceau, baron de Fontette, né à Ducy (Calvados) le 25 novembre 1812, et y demeurant.

(1.) Reg. paroissiaux, III, p. 370. — Coudehard est une commune du département de l'Orne, canton de Trun.

(2.) Ibid., III, p. 229.

(3.) Reg. de l'état civil.

(4.) L'acte de décès le dit âgé de 47 ans ; l'épitaphe au cimetière de SaintMartin d'Écublei porte 49 ans.




NOTICE SUK JOSIAS BÉRAULT 175

3. Caroline-Camille de Fontaines, née an Mesnil le 19 juillet 1824.

4. Thérèse-Antoinette de Fontaines, née au Mesnil le 2 novembre 1829.

La veuve d'Auguste-Charles-Xavicr de Fontaines et ses enfants : Marie-René-Xavier de Fontaines, mari de FannyCécile de La Lande, Emmanuel-I.Iarie-Gaston de Fontaines et Marie-Mathilde de Fontaines, femme de Marie-PierreEmmanuel, comte de Bertier, officier, se décidèrent à vendre le domaine du Mesnil qui depuis plus de trois siècles était resté dans la même famille. La propriété fut acquise par M. le comte Auguste Vanden Brûle et Marie-Alexandrine Varinot, sa femme, le 15 septembre 1877. Elle fut achetée ensuite par : M. René Frémy et Mme Jeanne-Adèle-Marie Baude, sa femme (15 septembre 1884) ; M. Alfred Hue et Mme Marie-Adélaïde Guérin, sa femme (28 juillet 1902) ; M. Auguste-Emile Picot et Mme Marie-Berthe Greuell, sa femme (16 octobre 1905).

Les renseignements que nous venons de donner sur les Bérault et leurs descendants sont clairement résumés dans le tableau généalogique qui suit.

EMILE PICOT.


MAILLOC

Entre Lisieux et Orbec, à peu près à égale distance de ces deux villes,*le château de Mailloc dresse sa massive architecture au fond de la vallée. Situé sur la rive droite de VOrbiquet, à environ 60 mètres de la rivière, il affecte la forme générale d'un parallélogramme flanqué aux quatre angles de grosses tours rondes, de diamètres un peu inégaux.

Suivant la tradition locale, chacune des tours serait placée sur le territoire d'un des quatre villages de Mailloc ; l'usage les a donc appelées du nom du Saint, patron de chacun de ces villages, et l'on trouve au N. la tour Saint-Denis, au S.-E. la tour Saint-Julien, au S. la tour Saint-Pierre, et au N.-O. la tour Saint-Martin.

En réalité, le château se trouve entièrement sur la commune de Saint-Julien-de-Mailloc, les communs et l'enclos encore indiqué au cadastre sous le nom de basse-cour sont sur celle de Saint-Pierre-de-Mailloc.

Il ne faut cependant pas mépriser la tradition. Si d'un côté nous n'avons jamais pu vérifier son affirmation, aussi loin que les archives conservées en France nous aient permis de remonter, d'un autre nous avons constaté qu'elle a une origine déjà ancienne.

Le « samedy vingt cinq avril 1697 » Gabriel-René de Mailloc, marquis de Mailloc, disait dans l'aveu qu'il faisait de son marquisat :

« Le domaine non fieffé consiste premièrement en un chasteau flanqué de quatre tours entourrés de fossés plein d'eau, assis aux parroisses de Mailloc et Saint-Pierre dudii Mailloc ; une haute et basse cour remplie de plusieurs bâtiments, aussi clos de fosses pleins d'eau, un colombier à pied, dans laquelle cour il y a une ancienne chapelle ou l'on dit et célèbre la sainte messe, dans laquelle le curé de Mailloc vient


MAILLOC 177

dire la petite messe le jour Saint Sacrement faise ntla procession générale et le curé de Saint-Pierre vient aussi célébrer la grande messe avec la procession en laquelle on fait et distribue le pain bénit aux assistants, laquelle grand'messe est chantée avec diacre et sous-diacre, et estoit anciennement ledit chasteau assis sur les parroisses de Mailloc, Saint-Pierre, SaintMartin et Saint-Denis dudit Mailloc. » (1)

Les Archives Nationales, possèdent la suite presqu'ininterrompue des aveux de Mailloc depuis 1394 ; tous déclarent que le chef du fief est assis en la paroisse de Saint-Pierre-duTertre (2). Il faudrait donc remonter plus haut pour trouver le château assis sur quatre paroisses différentes. Néanmoins, la formule employée par le marquis de Mailloc est intéressante ; c'est elle dont les gens du pays se servent encore de nos jours pour désigner les villages. La tradition fait justice de la légende des quatre Mailloc. De tous temps il n'y a eu qu'un Mailloc, c'est Saint-Julien, et les autres paroisses jusque vers 1680, se sont appelées : Saint-Pierre-du-Tertre, Saint-Denis et SaintMartin-du-Val-d'Orbec.

Le château actuel n'est qu'un vestige maintes fois remanié de constructions plus considérables. Détruit pendant la guerre de Cent Ans, au moment ou le duc de Clarence avait été mis en possession de la vicomte d'Orbec, il n'était plus cité que pour mémoire dans les aveux de 1455 et de 1462 (3).

(1) Arch. Nation. P. 876-100.

(2) Archives Nation. P. 308. folio 127. III» XLII. aveu du 2 décembre 1394. « Duroy n. e. Sire, a cause de la vicomte d'Orbec. Je Jehan de Mailloc escuier seygneur dud. lieu de Mailloc tieng et adveue à tenir, mouvant par loy et hommage lige ledit fieu de Mailloc et toutes ses apparten. dont le chief d'icellui fieu est assiz en la parroisse de Saint-Pierre du Tertre en lad. vicomte d'Orbec et s'estend en lad. parroisse et es paroisses de Mailloc de Saint-Denis-du-Val-d'Orbec, de Saint-Martin-du-Val-d'Orbec, de Notre Dame-de-Livet, du Besnerey, de Saint-Germain-de-la-Campaigne, de la Chappelles les Grans, de Meulles, de Saint-Jehan-de-Livet. »

(3) Archives Nation. P. 308. IV XXVIII (vicomte de Conches et de Bretheuil), fol. XXXII.

« Du roy ne. Sire. Je Jehan de Mailloc, chevalier, seigneur du lieu confesse et advoue a tenir par foyet par homâge, le fief et terre de Mailloc o ses appartenances et appendences par un fief entier, dont le chief est assis en la parroUse de Saint-Pierre-du-Tertre en la vicomte d'Orbec, ou ilsouloil avoirchastel et basse court clos a eaux et à fossez que mes hommes sont tenuz curer. »

Le seigneur de Mailloc, ajoute plus loin, au sujet de revendications sur lesquelles nous aurons à revenir « moy estant et demourant au party du Roy. n. d. s. et ma terre lors occupée par les Anglois. » « Le vingt-huitiesme jour d'octobre de l'an de grâce mil CCCC cinquante cinq. »


178 MAII.LOC

Pierre de Mailloc le mentionne de nouveau en 1484 (1). Nous pensons que, depuis cette dat;, le château n'a pas connu de ruine aussi complète que celle qui a été signalée plus haui. C'est donc dans le sens de restauration, que nous prenons 1* mot de réédification, employé par le marquis de Mailloc dans son testament. Voici ce qu'il disait, faisant allusion à u"e dette contractée pour racheter sa terre : « Puisque sans ce secours je n'aurois pas été en état de retirer cette terre que j'ai décorée du titre de marquisat et fait reedifier le château qui étoit en ruine, ce qui m'a coûté de grosses sommes ».

Nous ne pouvons rien trouver qui explique cette ruine. Mailloc a connu des jours d'abandon et de misère, c'est certain. Le père du marquis de Mailloc a dilapidé la fortune de ses ancêtres, et son caractère, tel qu'il nous apparaît au travers des procédures interminables, qui aboutirent à la mise en vente du fief de Mailloc, est celui d'un homme peu scrupuleux et retors. Néanmoins, nous savons qu'au milieu du XVII° siècle Mailloc existait et qu'il montrait encore des signes d'une certaine opulence. Un abandon de vingt ans, au plus, n'eût pas suffi à faire écrouler ses épaisses murailles.

Les commissaires chargés de vérifier la noblesse de François Achart, fils de François Achart chevalier, seigneur du Pin, et de Noble Dame Madeleine de Mailloc, qui demandait à être reçu chevalier de saint Jean de Jérusalem, s'étaient en effet transportés au château ae Mailloc « le 19 de may 1647... et étant entrés dans la grande salle dudit château ils avaient vu les armes de Maillot aux sommiers et planchers de ladite salle, qui étoient 3 maillots d'argent en champ de gueules, qu'ils y avoient aussi vu celles de Monchy qui étoient 3 maillots d'or en champ de gueules, celles de Bruslard my parties avec celles de Chevalier (2) ; qu'étant allés à la chapelle dudit

Archives Nat. P. 295- Ve LXI, aveu du « XXVIIIe jour de juing l'an de grâce mil CCCCLXII ». Le copiste écrit ainsi Mailloc « Maillocq » la signature reste « de Mailloc » répétition textuelle de .'aveu de 1455, cet aveu est baillé par le même « Jehan de Maillocq chlr.

(1) Archives Nation. P. 295. cote ancienne Ve XL.

(2) Bibliothèque Nationale. Fonds manuscrits, Fonds bleus — 10. Contrat de mariage du 15 sept. 1587 de François de Mailloc sr baron du

lieu et de Sailly (Cailly) en Caux, Coroyer, Fours-en-Vimeu, du Quesnoy, etc. Assisté de sa mère Charlotte de Monchy avec Marie Bruslart fille de Pierre, seigneur de Crosne, Genlis, Abecourt, Opsonville et de Madeleine Chevalier, assistée de damoiselle Isabelle Bourdin, aïeule paternelle.


MAILLOC 179

château ils avoient vu en la vitre du choeur les armes pleines de Mailloc et my parties avec celles de Monchy ; que de là étans allés en l'église paroissiale de Saint-Julien de Maillot, messire Cristofle le Parc, prêtre vicaire de ladite église leur avoit fait voir dans le choeur d'icelle une tombe en pierre sur laquelle étoient écrits ces mots :

Cy gist hault et puissant seigneur messire françois de Mailloc, chevallier, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy, Conseiller du Roy en ses conseils d'Estât et privé, Seigneur et baron de Cailly, Fours en Vimeu, chastellain de Mailloc, seigneur de Saint-Martin et de Saint-Pierre, la bellerie (?) et autres seigneuries, meslre de camp d'un Régiment françois pour le service de Sa Majesté. Enterré dans le choeur de ladite Eglise, le huictième jour de novembre mil six cents vingt quatre (1).

De plus à la date du 21 mai 1661, un acte mentionnant une transaction intervenue entre Pierre de Mailloc seigneur d'Emalleville et Gabriel de Mailloc, chevalier, seigneur dudit lieu, ajoute pour ce dernier, « et demeurant ordinairement en son château de Mailloc. » (2)

Les reg stres de l'état-civil conservés à la mairie de SaintJulien prouvent d'ailleurs que le château a été habité, jusqu'en 1682, par Gabriel de Mailloc et sa famille.

Nous ne pouvons douter de la parole du marquis de Mailloc, au sujet des grandes sommes qu'il a consacrées à la« reediffication » du château ,mais nous constaterons, en rapprochant l'aveu de 1697, des aveux donnés en 1536 et en 1568 par Jean de Mailloc, Ec. (3) et Nicolas de Mailloc (4) chevalier, qu'il n'a pas changé la forme générale de la demeure de ses pères ; ceux-ci disent en effet qu'il y à « chastel et basse court en doubles fossez ». C'est à peu près ainsi que Mailloc est parvenu à Mme Angélique de Portes, marquise de Colbert-Chabanais, petite-fille du savant Laplace et mère du propriétaire actuel.

Un Viollet le Duc, pourrait parler avec précision là ou nous

(1) Biblioth. Nation, fonds manuscrits. Carrés d'Hozier.

(2) Bibliothèque Nation. Fonds manuscrits. Mailloc. Fonds bleus. 11.

(3) Cueulloir des recettes seigneuriales de la chastellenie. — Bibliothèque de Mailloc. Liasse 68, cote 4. (Les liasses n'existent plus).

Archives Nationales. P. 296 1.

(4) Archives Nationales. P. 295 bis 1.


180 MAILLOC

ne pouvons que signaler, en avouant notre incompéteence, ls quelques particularités qu'un examen attentif des constructions nous a fait relever. Les fondations, qu'une récente réparation à mises au jour sont faites d'un béton remarquable par sa dureté, et les caves, quoique baignées en partie par un fossé et creusées dans un sol rempli de sources, sont parfaitement sèches (1).

La tour Saint-Pierre repose sur un caveau long et voûté, tandis que sous les autres tours, se trouvent des caves de même formequ'e les ; la voûte de la tour Saint-Denis est en petites briques, le plancher du rez-de-chaussée de la tour Saint-Martin repose sur de grosses poutres qui apparaissent dans le souterra'n. Cà et là, dans les murs de près de deux mètres d'épaisseur, une étroite meurtrière.

Du côté Sud, les parties basses des constructions sont en pierres dures, tout le reste est en pierre du pays, très friable et s'abîmant facilement à la gelée.

La façade principale, donnant sur l'ancienne haute cour, qui s'est appelée depuis cour d'honneur, présente deux petits pavillons d'un style plus moderne, accolés aux tours SaintDenis et Saint-Julien, qui contiennent entre eux le perron. Un de ces pavillons, près de la tour Saint-Julien, renferme un escalier tournant ancien, dont les marches montrent encore quelques pavés du pré d'Auge.

L'escalier du 1er au second étage également pavé en pré d'Auge, est mieux conservé, il semble être de la même époque. L'escalier principal, d'une proportion et d'un dessin harmonieux, est de la fin du xvne ou du commencement du xvme siècle. Sa rampe en fer forgé porte le monogramme H. qu'on doit attribuer à Claude-Lydie d'Harcourt, marquise de Mailloc et femme de Gabriel-René.

La famille de Houdetot, qui avait acquis, le 27 mars 1760, le marquisat de Mailloc, mis en vente après la mort de ClaudeLydie de Harcourt, par les héritiers des successions Mailloc et Harcourt, (2) ne semble pas avoir habité le pays. L'achat

(1) Un puits est creusé dans la pièce servant aujourd'hui d'office.

(2) 1° Demoiselle Louise de Harcourt de Beuvron, légataire de Claude Lydie de Harcourt, femme de Gabriel-René de Mailloc.

2° Jean-François Bongleux, bourgeois de Paris curateur à la succession, bénéficiaire de Renée-Catherine de Toustain, veuve de Louis-Jérôme de


MAILLOC 181

fut fait au nom de Sophie -Françoise Lalive de Bellegarde, comtesse de Houdetot.

L'amie de Jean-Jacques, aurait voulu, paraît-il, installer son « cher citoyen » à Mailloc. Aucune suite ne fut donnée à ce projet, et Mailloc resta pour les Houdetot, une simple opération financière d'emploi de fonds.

Il fut donné en 1775, en avance d'hoirie à César-LouisMarie-Ange de Houdetot, fils de Sophie, « suivant le contrat dudit Houdetot avec Louise Perrinet sa première femme (1) ».

Ce Houdetot, avait embrassé la carrière des armes, et en 1778 il se trouvait aux Indes avec le bailli de Sufîren. La mort de la charmante Louise Perrinet de Faugnes, survenue en 1781, et le nouveau mariage de César de Houdetot avec une personne des Iles, Joséphine de Céré en 1784, rendirent nécessaires des arrangements de fortune. Mailloc fut mis en vente de nouveau en 1785, et acheté par le président Couvert de Coulon. « Le tiers coutumier fut versé à J.-B. Levavasseur, mandataire dudit Houdetot et de Joséphine Céré son épouse ». (2)

L'occupation de Mailloc par les Houdetot est donc une période de délaissement (3), et il paraît bien peu probable que des dépenses concernant le luxe aient été faites par eux (4).

Nous devons cependant au vicomte de Houdetot un document fort intéressant, intitulé « Livre de recette ou Cueuilloir des rentes seigneuriales de la chastellenie de Mailloc, membre dépendant du marquisat dudit lieu ».

Nous trouvons là, outre la division du fief en aînesses,

Bristagniette de Chateigner, pour les biens dudit sieur de Mailloc au lieu et place de Gilbert-Allere de Langheac et dame Elisabeth de Melun sa femme, héritière de Gabriel de Melun, héritier lui-même de François-Joseph Toustain marquis de Carency et de„ Catherine de Mailloc épouse de Bonnet de Latour de Montgommery, héritiers dudit sieur de Mailloc.

3° Charles Lemoine de Longueil et son épouse Claude-Charlotte Legoux des Grais.

4° Les enfants du précédent, héritiers de Legoux des Grais qui avait acquis les droits de ladit Catherine de Mailloc. — (Titres de propriété).

(1) Id. Titres depropriété.

(2) Id.

(3) Archives municipales de Saint-Julien : Quoique le comte de Houdetot et sa femme eussent été parrain et marraine des cloches de l'église paroissiale, ils n'assistèrent point à la cérémonie, et déléguèrent leurs pouvoirs à Jean de Crevecoeur chel. seigneur de Soequences ? 24 juillet 1762.

(4) Id. Cependant le 10 nov. 1760, mourait au château de Mailloc GabrielJacques Saint-Jean, originaire de Caen, peintre au château de Mailloc.


182 MAILLOC

l'inventaire des titres de la chastellenie depuis le xve siècle (1), en analyse sommaire.

Pour en terminer, avec les mutations de propriétaires du château de Mailloc, nous dirons, que la famille de Couvert de Coulon le posséda de 1785 à 1813. Sous la révolution, la veuve du président de Coulon ne l'habita pas (2), et fut obligée de démembrer la propriété pour vivre. La belle ferme des Bellières, dont les seigneurs aimaient à citer la contenance et « l'hôtel à demourer » fut vendue « au citoyen de la Barre, notaire public à Rouen, avec une portion du bois taillis de Mailloc nommée les dix acres « par contrat du 2 germinal an 3 (3).

Hélène Le Cordier veuve Couvert, avait du reste été soustraite de la 1 ste des émigrés d'après les ordres du district de Lisieux. La nouvelle en parvint le 13 septembre 1792, et fit cesser les perquisitions faites au château en vertu des ordres du recteur des domaines nationaux à Orbec (4).

Mailloc, ne fut donc point bien national et les héritiers du président de Couvert le vendirent en 1813 au marquis de Portes (5).

La restauration du château commence vers 1840. Les tristesses de la période révolutionnaire et cinquante ans de non habitation en avaient fait un grenier à foin, les belles tapisseries qui ornent aujourd'hui le grand salon, l'ancienne grande salle, servaient à boucher les trous de la toiture.

L'inventaire des lieux porte un pavillon à usage de chapelle.

(1) Les pièces sont dispersées ou détruites, le 12 sept. 1292 quelquesunes furent brûlées, dans le pillage du château par les habitants de Courtonne la Meurdrac, les autres furent portées conformément à la loi à la municipalité par le jardinier du château, dans un sac, le 19 brumaire an II.

(2) Arch. Mun. Certificats de résidence de la citoyenne Couvert à Dieppe (29 octobre 1792) ; à Saint-Jacques-sur-Darnetal. 29 termidor an II.

(3) Id. Demande motivée de réduction d'impôt.

(4) Id.

(5) Titres de propriété. — Vente par 1° Gabriel de Grimouville, époux de Louise-Cécile-Delphine de Couvert en lre noces femme de L. Cyrille de Capendn de Boursonne, propriétaires pour 1x2.

2° J.-B. Bernard-Alexandre de Couvert héritier de son épouse M. de Couvert, propriét. pour 1x4.

3° Le Cordier Bigars de la Lande, au nom de sa petite-nièce Mlle de Convert, propriét. pour 114.


MAILI.OC 183

Les anciens du pays, se rappellent en effet de ce bâtiment, qui se trouvait dans la cour d'honneur à quelques vingt mètres de la tour Saint-Julien.

Cette chapelle datait de fort loin et avait déjà été détruite. Jehan de Mailloc escuier la désigne ainsi dans son aveu du « second jour de décembre l'an mil CCC IIII xx et XIIII la chapelle située au manoir dud. lieu de Mailloc ». (1)

En 1455, Jehan de Mailloc cheval, disait (2) « à cause de mondit fief j'ay droit heredital de présenter toutesfois qu'il escheet aux églises de Saint-Julien-de-Mailloc et de SaintDenis-du-Val-d'Orbec et mesme à la chappelle du chastel de Mailloc fondée au nom de Mongr de Saint-Nicolas sans ce que personne le me puisse ou dye empescher».

Un contrat de fieffé du 3 juin 1465, nous apprend qu'à cette date la chapelle était démolie (3).

Les aveux postérieurs mentionnent l'existence de la chapelle, mais nous savons, que bien souvent les seigneurs, pour maintenir leur propriété intacte, relataient des droits s'appliquant à des choses disparues.

La visite des commissaires que nous avons citée en 1647, nous fait croire, par les armoiries placées en la vitre du choeur, Mailloc et Monchy, que cette chapelle Saint-Nicolas avait été restaurée sinon réédifiée par Nicolas de Mailloc, qui, le 8 juin 1563 avait épousé Charlotte de Monchy, fille de François et de Jeanne de Vaux (4).

(1) Arch. N. P. 308. folio 127, 111° XLVII.

(2)Arch. Nat.P. 308, folio XXXIII.— II 0 XVIII. (V* de Conches et Bretheuil).

(3) « Cuéuilloir, etc. Mailloc ». Liasse 71e cote lre.

Contrat de fieffé fait par le seigneur de Mailloc à Ollivier du Roqueray d'une pièce de terre apartenant à la chapelle Saint-Nicolas dudit lieu de Mailloc par 10 s. et 1 chapon qu'il payera aux chapelains de lad. chapelle dont ledit seigneur était patron : (à présent démolie). le 3 juin 1465

(4) B. Val. Carrés d'Hozier : 5 juin 1563 : Contrat de mariage dudit Nicolas de Mailloc qualifié haut et puissant seigneur châtelain de Mailloc, du Vald'Orbec-Saint-Martin et Saint-Denis, des Bellières, fils de noble et puissant seigneur messire Jean de Mailloc, cheval., seigneur et châtelain desdites terres et de haute et puissante dame Louise Queret, dame et propriétaire de Fours en Vieux (?) ses père et mère accorde le 5 juin 1563 avec damoiselle Charlotte de Monchy, fille de feu noble et puissant seigneur François de Monchy, seigneur de Montcaurel et de Hocencourt et de Jeanne de Vaux.— Contrat passé devant Jean Quesnel et Nicolas Vauquel. notaires royaux en la prévoté de Vieux.


184 MAILLOC

Le dernier des Mailloc déclarait en 1697 (1) : « A cause de mondit marquisat, j'ay droit de présenter toutes fois qu'il eschet aux églises de Mailloc, Saint-Denis, Saint-Martin et Saint-Pierre dudit Mailloc, ainsi qu'à la chapelle de Mailloc et à celle qui est dans la grande avenue dud. château ».

Les archives municipales de Saint-Julien de Mailloc nous apprennent que le 20 septembre, « d'après les troubles et fractures ce jourd'huy arrivés sur les cinq heures du soir au chasteau de Saint-Julien de Mailloc » la chapelle avait été sérieusement dévastée par les habitants de Courtonne-laMeurdrac. « Plusieurs chaises » avaient été « jettez dans les mottes par des croisées de ladite chapelle» ainsi que «plusieurs meubles de différentes espesses ».

Vers 1850, d'après les souvenirs peu précis qui ont été conservés, cette chapelle existait encore. C'était un petit pavillon insignifiant en briques, qui servait d'habitation à un employé de la propriété, faisant pendant à un autre pavillon. La nature des matériaux, nous permet de penser, que le grand bâtiment, aujourd'hui à usage d'écuries est de la même époque.

C'est une longue bâtisse couverte en tuiles, réunie par un petit appentis récent à un pavillon, dont elle était primitivement isolée.

Les remaniements faits pour l'approprier à sa destination se voient parfaitement, et il n'est pas difficile de reconstituer l'édifice primitif.

Du côté extérieur à la basse cour, aucune ouverture n'avait été ménagée, sinon de nombreuses meurtrières percées dans le 1er étage. Il y avait là, un organe de défense, composé d'une épaisse muraille, dont les ouvertures convenablement disposées, permettaient un champ de tir très suffisant pour les armes de l'époque (fin du xvie commencement du xvne siècle). Un large fossé plein d'eau renforçait cette fortification, et enveloppait le pavillon isolé dont nous avons parlé. Placé en saillie comme une tour, il flanquait d'un côté la ligne du bâtiment, longue d'une cinquantaine de mètres, et de l'autre, commandait les « vannes rouges » distributrices des

(1) Archiv. Nation. P. 876-100.


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eaux dans les fossés du château (1). Du côté de la basse cour, plusieurs portes à plein cintre, et des fenêtres permettaient d'habiter et d'utiliser cette coustruction. La porte centrale est surmontée d'armoiries sculptées dans la pierre du pays. Le temps les a rendues indéchiffrables, cependant audessus du reste d'un écusson incliné, on croit apercevoir les traces du cimier des Mailloc, qui était uneénormetêtedeloup.

De beaux arbres entourent maintenant ce bâtiment, couvrant l'emplacement de la chapelle Saint-Nicolas, et s'harmonisant heureusement avec l'avenue du château, rétablie en 1890. Cette dernière, jadis, aboutissait à la chapelle appelée bien souvent à tort, chapelle Saint-Gourgon ou chapelle du château (2);l'avenue n'a pas été prolongée jusque-là, mais une double rangée d'arbres séculaires en conserve par endroits le tracé. Deux autres avenues symétriques venaient converger à l'entrée de la cour d'honneur. Celle de droite, en regardant le château était le chemin de l'église Saint-Julien à Fervaques.

Suivant M. de Caumont, la chapelle du bout de l'avenue date du xvie siècle. Nous ne pouvons dire, si elle s'est élevée sur des fondations plus anciennes. Les pouillés cités par M. de Formeville la mentionnent ; de nos jours elle est encore l'objet d'un pèlerinage pour la guérison de certaines maladies. Tous les ans, le dimanche de la Nativité de la Vierge, le Curé de Saint-Julien y vient dire la messe paroissiale. C'est probablement à cause de cette cérémonie, coïncidant avec l'assemblée qui termine la foire annuelle du pays dite de Saint-Gourgon, qu'un usage récent a fait quelquefois improprement appeler cette chapelle Saint-Gourgon (3). Elle est en effet dédiée à No tre(1)

tre(1) commencement du siècle dernier, le chemin de l'église de SaintJulien à Fervaques longeait le bâtiment des écuries, et venait tourner au pavillon pour aller passer la rivière à gué. Il suivait ainsi les fossés des côtés, N.-O. S.-E., et S.S.E , de la dite basse-cour.

(2) Située, sur la route de Lisieux Orbec, au carrefour des chemins de la Quentinière et vieille route d'Orbec.

(3) Archives municipales — depuis un temps immémorial les habitants non seulement des communes voisines mais encore des arrondissements et départements voisins se réunissent en grand nombre le 8 septembre de chaque année à une chapelle située en cette commune et établie sous les hospices (sic) de Notre-Dame de la Délivrande, » le Conseil municipal le 6 sept. 1819 disait encore « que cette assemblée est en très grande vénération dans le pays depuis un temps dont on ignore l'origine ».

Et décidait d'y adjoindre une foire qui aurait lieu le 6 septembre. Cette foire fut permise par ordonnance royale du 9 mai 1821.

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186 MAILLOC

Dame de la Délivrande ou de Délivrance. Les seigneurs de Mailloc en étaient patrons, c'est pour cela aussi sans doute, qu'on la dit à tort, chapelle du château. Le nom de chapelle de Mailloc est plus exact, car elle est effectivement située sur la paroisse de Maillcc (Saint-Julien).

Une ancienne tradition devait se rattacher à cette modeste construction. Nous voyons en effet figurer dans l'inventaire des titres de la chatellenie de Mailloc, « deux certificats donnés par les paroissiens de Saint-Julien et Saint-Pierre de Mailloc, par lesquels ils attestent que de tous temps les jours de Pâques fleuries et de Pâques après les Vespres, ils vont à la chapelle du Bout de l'avenue prier Dieu pour l'âme des défuns seigneurs de Mailloc et pour la prospérité des vivans ; et ramènent le seigneur à son château (1) ». Les seigneurs de Mailloc avaient une dévotion particulière poui Notre-Dame de la Délivrande. A la date du « 7 aoust 1624 » l'inventaire désigne sous la cote 5 de la liasse 71, un contrat de « fondation faite à la chappelle de Notre-Dame de la Délivrande (scise à la paroisse de Douvre), par mondit seigneur.» La correction faite est peut-être une erreur de la part du copiste peu au courant des dénominations locales. En tous cas, nous sommes en présence d'un acte de dévotion occasionné par la maladie qui devait emporter dans la tombe « hault etpuissant seigneur François de Mailloc », inhumé le 8 novembre suivant dans le choeur de l'église Saint-Julien.

Un testament daté de 1700,montrequelesmêmesvolontésse retrouvent dans l'arrière-petit-fils de François. « Je désire », dit Gabriel-René, « que mon corps soit inhumé dans l'église paroissiale de Saint-Julien-de-Mailloc en Normandie, et pour cet effet qu'il y soit porté (sans grande cérémonie) (2) au cas

(1) Cueuilloir, etc. Liasse 71e cote 9 — 14 aoust 1697.

Archiv. Nat. P. 876. — 100 aveu de G. René de Mailloc. « Plus sont mesdits vasseaux de Mailloc subjects et accoustumés de me reconduire accompagnés de leur curé quand je vay à l'église dudit lieu le jour de Pasques fleurie et pasques, dans la chapelle de Mailloc, fondée sous l'intercession de NotreDame de la Délivrande, seize au bout de la grande avenue de mon chasteau et le sr curé de St-Pierre de m'y venir quérir et de là me reconduire jusques dans mond. chasteau accompagné aussi des parroissiens de lad. parroisse ».

(2) Rayé.


MAIM.OC 187

que je meurs ailleurs (sans cérémonie) (1), ni pompe publique, qu'il assiste à l'inhumation jusques au nombre de cent pauvres si faire se peut, auxquels il sera donné à chacun une pièce de dix sels ou la valeur, et les pauvres de mon marquisat seront préferez aux autres qui s'y pourront trouver. En outre je donne et lègue aux plus pauvres desdites paroisses de mon marquisat la somme de mille livres, lesquels pauvres seront choisis par les quatre curez desdites paroisses, lesquels 3n donneront un état à mon exécuteur testamentaire.

Je veux et ordonne qu'il soit dit pour le salut de mon âme à la chapelle Notre-Dame de Délivrance bâtie dans l'enceinte de mon château de Mailloc, tous les jours une messe pendant un an sans discontinuer, et que l'on commence à la dire aussitôt que l'on saura le jour de mon décès, pourquoi il sera donné deux cents livres au curé de Saint-Julien de Mailloc pour faire ledit annuel, et, il ne pourra dire ces messes ailleurs que dans ladite chapelle, et le prêtre qui les dira priera la Sainte Vierge pour mci... comme ayant toujours eu recours à elle dans les besoins et nécessités ou j'ai été.

Plus, je donne et lègue à ladite chapelle 150 livres de rente à prendre sur ma ferme de la Caplette, ce qui joint à 50 livres que (feu) (2) ma chère femme Dame Marie-Henry de Cheusses (m'a dit avoir) (3) aussi donné à ladite chapelle par. son testament fait la somme de 200 livres ; pourquoi je veux qu'elle soit fondée desdites 200 livres de rente, et prie mon exécuteur testamentaire de faire ladite fondation le plus tôt qu'il se pourra, à la charge que la nomination du chapelain appartiendra au seigneur de Mailloc, lequel chapelain sera tenu dire une messe basse dans ladite chapelle tous les jours et non ailleurs, à mon intention et celle de (ladite feu Dame H. de Cheusses) (4) ma chère femme ; à l'exception d'un jour ouvrier par semaine qu'il pourra prendre pour vaquer à ses affaires, et les jours de la fête de la Vierge il sera tenu de célébrer une grand'messe et pour ce, de se faire assister d'un autre prêtre, qu'il aura soin de satisfaire honnêtement.

(1) En marge.

(2) En marge. (La marquise de Mailloc vivait encore, elle mourut en 1718.)

(3) Rayé.

(4) En marge.


188 MAILLOC

Je veux qu'il soit mis dans le choeur de Saint-Julien-de-Mailloc, sur la fosse où mon corps aura été enterré, une tombe de pierre de Lierre toute des plus dures, où mon nom, mes armes et mes qualités telles que je les porte seront mises dessus par un sculpteur, et en cas que je sois mort sans enfants (qu'il y soit fait mention que je suis le dernier des mâles de la branche aînée de ma famille, et qu'il n'y a plus de cadet de Maillocquele seigneur de (Malleville proche Evreux) (1), de Tours en Vimeu (deMons. le cheval, de Mailloc son frère) (2) en Picardie. » (3)

Nous n'avons pas craint de faire cette longue citation. Elle permet de connaître mieux celui que Saint-Simon, appelle un peu dédaigneusement et bien superficiellement « le vieux marquis de Mailloc, riche mais fort extraordinaire » (4). Nous aurons à parler de l'épouvantable roman que fut la vie de cet homme, malgré les apparences, mais nous devons signaler dès à présent l'amertume hautaine, de ce dernier descendant, d'une famille illustre. Déjà vieux, étant né en 1652, et marié à une femme de 20 ans plus âgée que lui, il ne pouvait supporter l'idée de voir sa race disparaître.

La volonté qu'il manifeste que l'on grave sur sa tombe qu'il est le dernier des mâles de la maison de Mailloc, ne doit pas, il semble, être imputée seulement à une vanité, qui cependant était bien dans son caractère. Il faut plutôt supposer qu'il veut saper à tout jamais les prétentions d'une autre famille de Mailloc, originaire d'Orbec, qui commençait à s'élever singulièrement, et qui par un hasard singulier devenait propriétaire des fiefs que la grande famille de Mailloc avait possédés plusieurs siècles auparavant (5).

Ces Mailloc d'Orbec, lieutenants-civils et criminels, procureurs au siège de la vicomte d'Orbec avaient été anoblis en septembre 1612 par lettres du roi accordées à la prière de la reine sa mère, et à la recommandation du seigneur de Fervac(1)

Fervac(1)

(2) Rayé.

(3) Bibl. Nat. Fonds Mailloc. P. orig. 102.

(t) Saint-Simon, édit. Sautelet (1830), tome XVIII — 207. (5) Bibl. Nat. Maillot la Morandière. Carrés d'Hozipr.


MAILLOC 189

ques maréchal de France, lieutenant général au gouvernement de la Normandie à Ives Maillot seigneur des Esteux, procureur. « Sur ce que ce Maréchal avoit fait entendre à la reine régente mère de S. M. combien ledit sieur des Esteux s'estoit fidellement comporté au devoir de sa charge et s'estoit fait remarquer pour son insigne afection au bien et avancement des afaires du feu roi Henri le Grand » (1). Ces lettres enregistrées en la Chambre des Comptes de Normandie permettaient à ces Maillot, de porter des armes timbrées, «d'argent à un maillet de sable, et un chef d'azur chargé de trois étoiles d'or ». Ces Maillot finirent par s'appeler de Mailloc dans le courant du xviie siècle ; plusieurs occupèrent du reste des charges fort honorables dans l'armée, l'église et la magistrature (2).

Quoique le texte imprimé du testament de Marie Henrv de Cheusses (3) marquise de Mailloc ne porte pas de trace de fondation à Notre-Dame de la Délivrance, l'inventaire porte un accord du 29 mars 1719, entre le seigneur de Mailloc et le Curé de Saint-Julien à ce sujet (4).

Suivant la volonté exprimée par Gabriel-René de Mailloc, les seigneurs de Mailloc conservèrent le patronage de cette chapelle, et ce droit fut exercé en 1760 par Louise de Harcourt de Beuvron, héritière de la marquise de Mailloc, et en 1787 par ie président de Couvert de Coulons (5).

La vénération dont cette chapelle était l'objet fût pour elle une sauvegarde pendant la révolution. — Le 7 juin, « comme le sieur Curé et les habitants de ladite commune sortaient de ladite chapelle de Mailloc en faisant la procession du SaintSacrement commeàl'usageordinaire, » on « a vu unhomme, qui

(1) L'officier du baiilage d'Orbec, qui contresigne les actes de l'état-civil signe de Mailloc, depuis 1678.

(2) Mailloc, seigneurs de la Morandière, des Esteux, de Montfort, de la Riveraie, Toutteville, Mesnil-Guillaume.

(3) Bibl. Nat. Pièces originales, fonds Mailloc — 116.

(4) Cueuilloir etc., liasse 71, cote 11 : Accord fait entre ledit seigneur de Mailloc et M. le curé de Saint-Julien dud. lieu, concernant la fondation faite par le testament de dame Marie Henry Descheusses première épouze dudit seigneur de Mailloc, à la chapelle du Bout de l'avenue du château nommée la Notre-Dame de la Délivrande, le 29 mars 1719.

(5) Insinuations ecclésiastiques par M. l'abbé Piel. Registre XXVII — n° 260.

Registre XLI — n° 138.


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MAILLOC

n'a pas voulu saluer le Saint-Sacrement ni se prosterner. » Le Commandant de la Garde Nationale « l'a interpellé au nom de la loi en lui disant, pourquoi ne vous êtes-vous pas humilié ? » Cet homme répondit brusquement « qu'il n'a pas vu de Saint-Sacrement, et qu'il ne veut pas s'humilier et qu'il n'y est pas obligé », le Commandant ordonna à quatre volontaires de la procession de le conduire au corps de garde (1).

Ainsi donc, à la veille des journées sanglantes de septembre, Saint-Julien-de-Mailloc n'avait pas encore rompu avec la tradition. Si quelques scènes de violence se sont passées dans la commune il est à remarquer qu'elles ne furent ni du fait deshabitants, ni de celui des communes circonvoisines. La municipalité, tout en se conformant à la loi, il faut lui rendre cette justice, sut conserver un calme et une dignité qui reposent des surenchères révolutionnaires qu'on est habitué de trouver ailleurs.

Sans la vente faite en 1793, par Mme de Couvert, de la ferme des Bellières, le domaine actuel représenterait à peu près celui que Gabriel-René de Mailloc avait constitué, et dont nous allons suivre la formation à travers les âges.

L'aveu de 1394 est peu détaillé, et ncus ne devons pas nous en étonner. Après la conférence d'Amiens, où le « dit Roy Edouard mit les mains entre celles dudit Roy Philippe, fut par son seigneur de fief baisé en la bouche... sembloit, que toutes choses fussent apaisées pour longtemps, quand une étincelle inopinée embrasa le royaume si avant, qu'elle l'a cuyde consummer, et ce feu dure plus de cent ans, encores y en des fumées... Robert d'Artois trouvé coulpable d'une faulseté de lettre »... au sujet du comté d'Artois adjugé à sa tante Mahaud s'était retiré en Angleterre et avait poussé le roi Edouard III à revend quer la Couronne. Phillipe de Valois n'avait rien négligé pour résister à l'agression. « Aussy l'espargne d'argent en tel temps est mauvais ménaige » Mais les règnes de Jean le Bon, de Charles V, et « la calamité du règne de Charles sixiesme (qui) a esté plus grande que de nul des autres roys de la troisième lignée régnante jusques à

(1) Archives municipales.


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présent » (1) avaient fait de la Normandie un pays.où l'on ne savait à qui obéir. La vallée de VOrbiquet était une voie de pénétration trop commode pour être négligée par les Anglais. Aussi, pendant cette désastreuse époque, les hommages sontils rendus au roi « de France et d'Engleterre » ou au roi de France, et quelquefois aux deux.

Cet aveu de 1394 donne comme extension du fief, SaintPierre-du-Tertre, Mailloc, Saint-Denis et Saint-Martin-duVal-d'Orbec, Saint-Etienne-du-Besneray, Saint-Germain-laCampagne, Capelles-les-Grands Meulles, SainWean-de-Livet.

« Et d'icellui fieu sont tenus plusieurs fieux nobles, c'est assavoir le fieu du Mesnil (Myrelet ?), le fieu de Courtonne que tient à présent Jehanne de Mailloc veuve de Monsg^ Godeffroy de Bigars jadis chevalier, le fieu Masselin de Berengerville, que tient Néel de Mailloc, escuier.le fieu de Launoy que tient Henry de Pierreficte escuier à cause de sa femme, ledit fieu des Esteux que tient Pierres de Mellicourt, escuier à cause de sa femme, le fieu de Chaumont que tient Jehan le Chambellent à cause de sa femme, et le fieu de Saint-Denis que tient Robert du Bois Hibout, escuier et duquel fief de Saint-Denis ledit seigneur de Mailloc fait l'omaige à Révérend Père en Dieu Monsgr l'evesque de Lisieux ».

Il faut ajouter à cela, le patronage « de deux églises à cure et d'une chappelle, c'est à savoir la cure de Saint-Jullien-de Mailloc et celle de Saint-Denis-du-Val-d'Orbec et la chapelle située au manoir de Mailloc. Duquel fieu peut avoir de rente six vings livres tournois de rentes en deniers par an et cent chappons ou environ, les autres revenues et domaines en moullin, prez, jardins, terres labourables et non labourables, rivière et estant que l'on estime valloir par an livres tournois ou environ.

Et lequel fief de Mailloc ledit Jehan de Mailloc tient du roy mond seigneur par foy et par homaige lige par un fieu entier pour lui et pour ses puisnez et en doit quarante jours de garde à la porte du chastel d'Orbec en temps de guerre, avec les reliefs et garde quant les cas escheent, etc. ». (2)

(1) Du Tillet.

(2) Arch. N. P. 308, folio V», VII — III» LVIT.


192 MAILLOC

Le même jour, le 2 décembre l'an mil CCC. IIII xx et quatorze, le seigneur de Mailloc donnait le dénombrement du fief de la Chapelle-Yvon, qui lui donnait le patronage de l'église.

C'était, on le voit, un riche propriétaire, et de plus, un homme avisé qui semble par une équivoque rattacher au fief de Mailloc des terres qui n'ont jamais fait partie du domaine constitutif du fief.

Les fiefs des Esteux, de Chaumont, et de Saint-Denis pour avoir été en la propriété des seigneurs de Maiiloc, n'étaient point parties intégrantes du fief de haubert entier, qu'était la seigneurie de Mailloc. Nous voyons au contraire, ces membres de fief changer fréquemment de propriétaires et sortir même de la famille. Tandis que Mailloc « impartable et individu » s'est transmis, selon la coutume de mâle en mâle, jusqu'à Gabriel-René de Mailloc (1).

Du reste l'aveu de Jehan sire de Ferrières pour le fief de... en la vicomte d'Orbec en 1380, portait que (2) « Jehan de Mailloc escuyer, seigneur dudit lieu de Mailloc, tient de moy un quart de fieu nomé le fieu de Chaumont, assis à Capelles, etc. et m'en est tenu f. e. foy et homage avec telles faisances côme à (homaige) peut et doit appartenir, et X jours de garde qt. il escheet » (au château de Chambrais).

Quoique les Mailloc semblent avoir été propriétaires, de toute antiquité, sur les paroisses de Saint-Germain-la-Campagne, Capelles, et environ, nous ne les y voyons pas posséder de fief entier, et le plus souvent ils sont les vassaux d'un autre seigneur. Ainsi dès 1320, on trouve un Jehan de Mailloc tenant à Saint-Germain-la-Campagne, un quart de fief, de Jehan d'Orbec (3).

En 1406 et jusqu'à la fin du XVe siècle. Jehan de Mailloc et ses héritiers tiennent de la famille d'Orbec, le fief du Coudray, de la Fontaine, de la Grue, mouvants du fief du Plessis assis à Saint-Germain-la-Campagne (4). La Grue est même reven(1)

reven(1) du pays de Normandie 1588 — CCCXXVI.

Tous fiefs nobles sont impartables et individus : néanmoins quand il n'y n'y a que des filles héritières, le fief de haubert peut estre divisé presque en huit parties, etc.

(2) Arch. Nat. P. 294 ■ — CXXVI.

(3) Formeville — Histoire du Comté-Evêché de Lisieux.

(4) Archiv. Nat. P. 294 • CXIII. — CXVII — XVI.


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diquée en 1437 par Thomas du Buisson, « les héritiers de Jehan de Mailloc tiennent dudit Escuyer, ung quart de fief no nié le fief de la Grue assis' en la parroisse de Saint-Germain-de-la Campagne et de Cappelles ou environ » (1).

Une branche des Mailloc était établie cependant à SaintGermain-la-Campagne dès 1399, et y possédait le fief du Feugueray dont « Thomassin du Gai escuier, fils et héritier de Monsgr. Raoul du Gai jadis chevalier faisaitledénombrement le 8 février 1391 » (2).

Ce demi fief fut à Colin de Mailloc en 1407 (3), que Jean de Mailloc en 1455, qualifiait « d'oncle de mon père, M La fille de ce Colin, Marie de Mailloc qui épousa en 1427, Jean deTournebu en donnait l'aveu en 1453 (4).

Pierre de Tournebu après le décès de Guillebert Louvet et de Marie de Mailloc, desquels il était héritier, à cause de Jeanne Louvet sa femme, fit le partage de leurs biens en 1462(5) Cette terre était possédée en 1498 par Nicolas Gosset cheval; au droit de sa femme Catherine de Heudreville (6).

Une autre portion de fief, possédée par les Mailloc à SaintGermain-la-Gampagne, et revendiquée par eux dans leurs aveux jusqu'au milieu du xvie siècle, ne semble pas non plus jamais avoir été partie intrégrante du fief, comme on en pourra juger par le bail suivant (7) : « Jehan Hamon, bourgeois de Bernay, garde du scel des obligations de la vicomte d'Orbec, etc., etc.

Guille de Mailloc escuyer est venu devers nous et au congié de justice nous a pris en nostre main pour six ans commençant à la saint Michel, « 1432 jusqu'à la saint Michel 1438 », c'est assavoir les fiefs terres rentes, revenues héritaiges manoirs, maisons, coulombiers, etc., toutes choses quelconques appar(1)

appar(1) Nat. — P. 308. IIP LVI. Jehan de Friardel Ecuyer disait en 1406—Jehan de Mailloc par paraige (tient) un autre quart de fief nommé le fief de la Grue (Saint-Germain et Cappelles).

(2) Archives Nat. P. 294 • — XX.

(3) P. 308 fol. VI xx V et P. 294 • — XXIX.

(4) P. 308 — CI.

(5) Histoire de la maison d'Harcourt, t. I, page 277.

(6) Arch. Nat. P. 294 2 — LXVI.

(7) Bibl. Nat. pièces originales, fonds Mailloc.


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tenant aux fiefs de Mailloc en icelle parroisse d'Orgère, assù> à Saint-Germain-de-la-Campaigne, de,Chaumont assis à Capelles-les-Grans, et leurs appartenances et apendences, aux priz et somes de vingt livres tournois, que ledit Guille sera tenu paier pour chacun de ces six ans » à la recette d'Orbeç (1).

Jehan de Mailloc en 1455, dit cependant ;

« J'ay une brance de mondit fief de Mailloc assis en la parroisse de Saint-Germain-de-la-Campagne —laquelle brance Guillaume de Mailloc mon frère tient à présent » (2).

Pierre de Mailloc en 1484 déclarait que « Maistre Nicolas de Mailloc pbre, mon fré en tient (du fief de Mailloc) une porcion de fieu nomé les Orgeries en la parr. de Saint-Germain de la Champaigne » (3).

Plus tard, Nicolas de Mailloc filsJean, a propos du même fief, avouait qu'une branche du fief à Saint-Germain-la-Campagne, « nommé les Orgeretz de paravant engaigé par mon deffunct père à deffunct Pierres Desperiers, duquel elle a esté retirée et en est à présent tenant Claude de Garencières, esçuyer (4), ».

Enfin Louis d'Orbec fils Guy, montre que le» terres, que les Mailloc tiennent de lui, à cause du fief du Plessis, sont bien dépendantes de lui en 1533.

« Ledit fief du Couldray que souloit tenir par cy devant Jehan de Mailloc, Ec, lequel de Mailloc ou ses hoirs l'auroient vendu et depuis a este retraict et réuni audict fief par clameur de bourse a droit seigneurial» (5): Jehan d'Orbec un peu plus

(1) Parties essentielles de ce bail :

Sera tenu ledit preneur de labourer et composter bien et deument de bon compost les terres labourables des dits fiels comme terres voisines, et tenir et maintenir les manoirs, maisons, coulombiers des dits fiefs en bon et suffisant estât de closture et couverture ledit temps durant ; et acquitter ledit fief de toutes les rentes charges services et faisances qu'ils sont tenus faire led. temps durant. » Le roi se réserve le patronage du lieu, l'échéance des douaires, gardes, etc.

« Ne pourra ledit preneur coupper ou faire coupper ni prendre aucunement du bois desdits fiefs sinon pour lechaufiaige desdits manoirs et sous tenements des édiffices d'iceulx. » (22 décembre 1433).

(2) Arch. Nat. P. 308, fol. XXXII.

(3) Arch. Nat. P. 296 bis 1.

(fi) Id. P. 295 bis 1, cote ancienne XX. (5) Id. P. 296 bis 1.


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tard emploiera une formule curieuse « les représentants le droit d'un surnommé de Mailloc en tiennent par foy et par homage — le fief de la Fontaine » (1).

Cette multiplicité d'actes rend bien difficile notre tâche.

Il faut admettre avec la justice, qui en fit état, qu'effectivement une branche du fief de Mailloc se trouvait à SaintGermain-la-Campagne(2), et nous ne tenterons pas d'expliquer comment cette branche sortit du fief, contrairement à la coutume.

Nous trouverons même difficulté pour les terres situées sur le plateau de Meulles, fief des Esteux et de la Morandière, et pas plus que précédemment nous n'essaierons d'établir de lien les rattachant au fief de Mailloc (3).

Le fief de Courtonne n'était aussi qu'un arrière fief dépendant du fief de Courtonne appartenant à la famille de Belleaue (4), qui le dénommait petit fief de Courtonne.

(1) Id. P. 296 bis 2, fiefs situés à Saint-Germain-la-Campagne.

(2) Arch. Nat. P. 876—101 — avis du procureur général sur la demande de pleine et dernière main levée (1694) — il s'appuie sur « gages pièges de la chastellenie de Mailloc au seigneur Nicolas de Mailloc tenus le XV mai g Ve LXIIII; est fait mention par iceux que ledit de Mailloc tient en sa majn faute d'homme une branche du fief de Mailloc seize à Saint-Germain-de-la Champaigne dont étoit anciennement prenant Guillaume de Mailloc frère de Jean de Mailloc ».

(3) Arch. Nat. P. 308 — III» LVI. Aveu de friardej 4 décembre 1406 « Henry de Mailloc Esc. (tient) par paraige aussy un quart de flef nomé le fief de la Morandière ass. en la parr. de Meulles. »

Le fief des Esteux que Jean Mailloc en 1394 dit être tenu du fief de Mailloc par Pierre de Mellicourt est déclaré être tenu par ledit Pierre de Mellicourt du fief friardel.

— Archives N. P. 294 • VIII xx XI aveu du fief friardel par Thomas du

Buisson Ec. : «le fief des Esteulx qui fust a Pierre de Mellicourt a

cause de damoiselle Colette de Neufville sa femme par certain transport que fist ja piescha le seigneur de Mailloc par ung mariage ».

On y lit encore : « Le seigneur de Mailloc tient ung quart dé fief assis en la paroisse de Meules nomé le fief de la Morandière ». 6 may 1487.

(4) Arch. Nat. P. 308 — fol. XXXIII — Aveu de 1455. « Marguerite de Bigars en tient ung demi-fief nommé le fief de Courtonne dont le chief est assis en la parroisse de Saint-Pierre-du-Tertre et s'estend es parroisses

desdits Saint-Jullien-de-Mailloc et de la Chappelle^Yvon. Auquel fief y a court et usaige, hommes hommaiges, reliefs XIIIe rentes en deniers, grains oeufs oyseaulx qui vallent par chacun an en toutes choses XX liv.'ou environ. Duquel fief je suis tenu faire porter l'omaige pour ladicte Marguerite aux hoirs Richard de Belleaue à cause de leur fief de Coutonne, lesquels le portent au roy mond. seigneur. » P. 295 2 —-Ve XL aveu de 1484 (Pierre de Mailloc) même formule, le fief était tenu par Jehan le Seneschal.

P. 876. — 100. Gabriel-René de Mailloc disait : Item : est tenu de mon marquisat le petit fief de Courthonne assis parr. Saint-Pierre-de-Mailloc, par 1 [2 fief de haubert.


196 MAILLOC

Quant au fieu Masselin de Berengerville, il faut, peut-être penser qu'il est le même que celui qui fut nommé la Masselinée. Jehan de Mailloc, chevalier dit en 1455 « Les doyen et chapitre de l'église cathédrale de Saint-Pierre de Lisieux tiennent de mondit, fief de Mailloc ung fief entier nommé le fief de la Masselinée, qui fust à Colin de Mailloc, oncle de mon père, par son trépas escheu a dame Marie de Mailloc, dame de Tournebu laquelle a vendu ledit fief à defîunct messire Pierre Cauchon en son vivant evesque de Lisieux lequel evesque l'a depuis donné auxdit doyen et chapp. moy estant et demourant au party du Roy m. d. seigneur et ma terre lors occuppée par les Anglois et de présent ay fait prendre en ma main ycellui fief sur lesditsdoyenet chappitre pour lescongtraindre d'en vuider leurs mains et m'en baillet home qui m'en fait mes devoirs. Duquel fief le chief est assis en la parr. de Saint-Martin-du Val-d'Orbec et s'estend es parro'sses de Saint-Jehan-de-Livet, Saint-Denis-du-Val-d'Orbec, Notre-Dame du Corps de bugle et du Mesnil-Guillaume ; lequel souloit estre tenu de moy par paraige qui de présent est dehors pour ce qu'il a este vendu et mis hors de la lygne. Auquel fief a et appartient court et usaige en basse justice, hommes, etc., et peut valloir en toute revenue XL 1. t. et duquel fief m'est et sera deu foy et hommaige, reliefs, aides de reliefs XIIIe et aides coustumières quant ils escheero'it avec vingt jours de garde du nombre des XL jours que je doiz à la dicte porte d'Orbec. En cas que par le roy mond. seigneur et par son congié ne leur seroit souffert ledict fief par moy deschargeant dudit office et que mon consentement y fust après mis » (1).

Il fut sans doute fait droit à cette requête, car en 1697, Gabriel-René de Mailloc tout en avouant que relevaient deson marquisat la Masselinée et le Clos Michel ou du Coq, ajoutait à propos du différend ci-dessus « pourquoy ils (doyen et chapitre), sont obligés par chacun an le 13e jour de may à dire et célébrer un obit pour lesdits seigneurs de Mailloc parents et amis suivant la transaction passée entre eux et ledit mre Jean de Mailloc, chevalier, à Lisieux par devant Thomas Le Carpentier et Jean le Saive (?) tabellions le 13e juin 1465 » (2).

(1) Arch. Nat. P. :<0S, folio XXXIH.

(2) Arch. Nat. P. 876. 100


MAILLOC. 197

Il n'est plus question des vingt jours de garde ; déjà dans l'aveude Pierre de Mailloc (1484), on lit : « et lequel fief... a esté amorty par le roy Charles deffunct à qui Dieu pardonne et à icelle cause, ne sont plus subjects (doyen elchap.) à moy faire les loy et homàges reliefs XIIIe ne vingt jours de garde que ledit fieu estoit tenu faire à ma descharge du nombre de quarante jours que j'estois tenu fé à la porte d'Orbec en préced. dud. admortissement » (1).

Le fief de Saint-Denis était tenu de l'évêché-comté de Lisieux (2). On voit au commencement du XIVe siècle, un Henry de Mailloc seigneur de. Saint-Denis Cette terre fut par la suite a différents seigneurs, mais par une convention du 20 octobre 1416, les seigneurs de Mailloc devaient continuer à en faire l'hommage aux évêques de Lisieux ; ils conservèrent ainsi le droit à la haquenée ou mule, sur lequel l'évêque éta'.t monté le jour de son entrée à Lisieux, et qu'il abandonnait à la Croix-Saint-Ursin pour faire son entrée à pied dans la ville (3).

Le marquis de Mailloc ne manque pas de relever ce droit. « A cause de mon marquisat, j'ay droit d'avoir la mulle et haquenée sur laquelle l'evesque et comte de Lisieux est monté lorsqu'il fait son entrée en ladite ville de Lizieux ou qu'il prend possession de son evesché, laquelle m'apartient corne aveu dudit évesché ». (4)

(1) Id. P. 295.— V x L. P. 876 — 101. « Ayant été payé l'amortissement au roy et LL écus d'or au seigneur, suivant la quittance du IIIe novembre 1458.

(2) Cartulaire de l'évêché de Lisieux. — Biblioth. municipale de Lisieux. Messire Jehan de Mailloc chl. pour Guillaume Fouquet tient et rent hommaige

hommaige fief de chevallier assis, parroisses de Saint-Denis et Saint-Martin. du-Val-d'Orbec nommé le fief de Saint-Louis qui anciennement souljoit estre au baillage de Rouen, en ressort de la vicomte du Pontautou en la chastellenie du Pont de Larche. Et de présent est en bailliage d'Evreux en la vicomte et chastellenie d'Orbec (19 octobre 1452).

(3) Formeville. Histoire de l'ancien Eveché-Comté de Lisieux.

(4) Arch Nat. P. 876 — 100.

Ceuilloir des rentes, etc. (Mailloc), liasse 71, cote 3.

Sentence rendue aux assises d'Orbec par laquelle on voit qu'un seigneur évêque de Lisieux avait donné une haquenée au seigneur de Mailloc lors de son entrée à son évêché le 1561.

Id. François de Mailloc tient quitte dame Charlotte de Hautemer veuve du sieur baron de Medavy comme tutrice de Yvonne de Roussel de Médavy>


198 MAII.LOC

L'avis du procureur général, au sujet de la demande de main levée faite par Gabriel-René en 1698, mentionne trois accords faits en 1618, 1622, 1693, entre l'évêque de Lisieux et le seigneur de Mailloc au sujet de cette monture. « Dans le dernier desquels messire Leonor de Matignon reconnaît que la mule ou hacquenée... appartient au sieur de Mailloc et non à celui de Saint-Denys, suivant les anciens titres » (1).

Par le même acte Léonor de Matignon reconnaissait aussi « que le droit de présenter au bénéfice dudit Saint-Denis appartient aussi audit seigneur de Mailloc à cause de la seigneur rie de Mailloc ».

La situation particulière du fief de Saint-Denis a donné lieu à des contestations nombreuses.

Le fief, en 1514, avait été vendu ; Robert de Coulomb en était acquéreur. Le bailli d'Orbec par sentences du 17 mai et 4 juillet 1514, condamna ce dernier à payer à l'Evêque de Lisieux, les droits seigneuriaux qui lui étaient dus, le sieur de Mailloc reconnaissant n'avoir conservé aucun droit sur ce fief (2).

L'inventaire des titres de Mailloc (3) mentionne des « écrits faits entre les seigneurs de Mailloc et de Saint-Denis sur les différents qu'ils avaient pour les tenures et droits de leurs fiefs ».

Sour le nom de fief Fouquet, ou Fouques ? Saint-Denis fut réuni au marquisat (4), après avoir fait quelque temps partie de la baronnie de Mailloc.

sa fille héritière absolue de messire François de Roussel évêque et comte de Lisieux son oncle de la hacquenée cheval ou mule appartenant audit seigneur de Mailloc, et qui lui était due par ledit évêque, à cause dudit évêché, en faisant son avènement à ycelui, 1618 et Arch. Nat. P. 876, 102. Archives Nationales. P. 876. 101.

(1) Arch. Nat. P. 876, 101.

24 sept: 1622. Extrait contenant la délivrance de la haquenée avec la selle et bride.

(2) Formeville.

(3) Liasse 71, cote 6 bis.

(4) Cueilloir, etc. liasse 68, cote 11. Information par M. le premier avocat du roi du baillage d'Orbec pour l'absence de M. le procureur du roi dud. baillage sur les lettres patentes accordées par Sa Majesté, à messire GabrielRené de Mailloc, contenant l'érection de la chastellenie dud. lieu de Mailloc en marquisat, et l'union à celui des fiefs de Saint-Denis, d'Auge et Duval, auquel tous les vassaux d'iceux ont consenti. 20 octobre 1694.

P. 876. 100 — de ladite terre de Mailloc relevait anciennement par hom-


MAILLOC 199

Le fief de Launoy, assis en la paroisse de Mailloc était un quart de fief valant XIII Ivres, « en toute revenue » « avec XX acres de terres tant en jardins, près que domaines et terres labourables, duquel quart de fief m'est deu foy et hommaige, reliefs XIIIe aides coustumières quant le cas s'offre et VII liv. X sols t. par chacun an avec dix jours de garde à l'uye de la chambre de Madame de Mailloc toutes fois qu'elle gist de gesine et lequel quart de fief est présent en ma main par deffault de homme » (aveu de 1455) (1). Ce fief qui possédait « court et usaige » en basse justice était incorporé en 1484 au domaine de Mailloc (2).

Du fief du Mesnil, situé en la parroisse de Saint-Pierre-duTertre dépendait le patronage de l'église. En 1455 il y avait « hostel, place ou soulloit avoir collombier ». Ce fief, mouvant sans aucune espèce de doute de Mailloc, déchargeait ce dernier fief de 20 jours de garde au château d'Orbec ; il possédait un arrière fief nommé le fief de la Rivière, qui donnait droit au patronage de l'église de Saint-Martin. A cette époque Guifîroy Des Haulles, à cause de sa femme Louise de Bigars, tenait le fief du Mesnil, et la présentation à l'église de Saint-Pierre était alternative « entre lui et Marguerite de Bigars son ante ». Comme tenant du fief de la Rivière on trouvait Marie de Bigars, fille de Godefroy de Bigars.

En 1484, le fief du Mesnil était aux mains de Jehan d'Orgistre et le fieu de la Rivière par le trépas de Marie de Bigars était passé dans celles de Pierre de Mailloc et de Jehan de Martaineville. Ce fief fut « par moi (Nicolas de Mailloc) réuni et incorporé à mond fief de Mailloc comme dit est par acte passé par devant le bailli d'Evreux en la vicomte d'Orbec, en date du ...jour de... mil Ve» (3).

Ce fief du Mesnil, comme celui de Mailloc possédait moulin

mage et aveu plusieurs fiefs réunis ou incorporé des longs temps a droit de fief ou autrement scavoir dans la parroisse de Mailloc celui de Launoy par un quart de fief, dans la pair, de Saint-Pierre, celui du Mesnil par un plain fief de haubert dans celle de Saint-Martin, celui de la Rivière, par un tiers chef de haubert dans celle de Saint-Denis celui de Fouquet par un fief de chevalier (aveu de 1697).

(1) Arch. Nat. P. 308, f° XXXIII.

(2) Id. P. 295 • — Ve XL. «mais de p.nt j'ay acquis led. fieu et coprins à mon demaine dud. fieu de Mailloc » (aveu de Pierre de Mailloc.)

(3) Arch. Nat. P. 295 bis 1.


200 MAILLOC

banal. Les intérêts des parties avaient été réglés ainsi que suit (aveu de 1455) (1). « Auprès dudit hostel des Bellières soulloit avoir ung moullin moullant qui de p.nt est en ruyne et non valloir, duquel mes hommes sont moultiers quant il est en estât, et mesme ceux du fief du Mesnil y sont tenus venir mouldre par ressort, en cas que le moulin dudit lieu du Mesnil ne soit moulant, et lors que mondit moulin estoit en estât me estoient duz viron soixante boisseaulx d'orge par aucuns de mes hommes, hommes boisseaulx sext ers, dont il ne me revient rien pour le présent..., etc. »

Pierre de Mailloc en 1484 avait remis son moulin en état. Le dernier des Mailloc possédait plusieurs moulins. Le vieux moulin banal de Mailloc n'existait plus, « il y avait aussi sur le douet de Mailloc un moulin à blé qui de présent est en ruines », par contre il avoue « un moulin à blé assis sur ladite parroisse de Saint-Pierre que fait moudre lad. rivière d'Orbec ».

Ce moulin est encore existant, la roue a été enlevée ; le bâtiment, de construction très ancienne fait partie des locaux de la ferme du château, située sur Saint-Pierre. Malgré nos recherches, il nous a été impossible de savoir si ce moulin est le même que celui du Mesnil. Il peut y avoir doute, car il y avait un autre moulin ancien, situé sur un petit affluent de gauche del'Orbiquet, également sur Saint-Pierre. Cependant, la mention fréquemment trouvée d'un pont du Mesnil, pont qui suivant toute apparence devait se trouver près du moulin de ce nom, et qui était situé sur la rivière, semble devoir écarter le moulin du Val, du nombre de ceux qui pourraient avoir éfé le moulin banal du Mesnil.

Le marquis de Mailloc, possédait en outre un autre moulin à blé, à Saint-Denis.

Voici ce qu'il dit à propos de ces moulins, j'ai les « droits d'assujettir mes vassaux à la banalité de mes moulins, à l'aménage des meules d'iceux, prises dans l'un des quatre ports de Normandie » (2).

En 1455, Jean de Mailloc avouait un arrière fief de plus, celui de Livet. Il était du reste en procès à ce sujet avec Cardin

(1) id. P. 308 — fol. XXXIII.

(2) Arch. N. P. 876 — 100.


MAILLOC 201

d'Auge « lequel dist qu'il est tenu de lui à cause de sa terre de Saint-Martin-de-la-Lieue (1)».

Les seigneurs de Mailloc durent avoir gain de cause en l'Echiquier, car les aveux suivants font toujours relever le fief de Livet de celui de Mailloc. En 1484 Jacques Labbé eu était tenant et au xvie siècle les hoirs de Franqueville.

La propriété non fieffée, le domaine, a peu varié. Quoique l'aveu de 1394neportepasle détail, on y trouve comme en 1455 un étang un moulin et un bois, qui impliquent la possession de la ferme des Bellières.

« A iceluy fief (de Mailloc) a et appartient ung autre hostel et demeure nommé les Bellières assis en la parroisse de Mailloc, duquel hostel sont et appartiennent environ cent acres de terres labourables comprins les jardins du lieu qui peuvent valloir de ferme chacun an cinq solz tournois l'acre.

« Item auprez dudit hostel ay environ quatre vingts acres de boys qui se vent aucunes fois quant il est en couppe raisonnable, et sont en tiers et dangier du Roy mond. seigneur, et de chascune acre y peut valloir la couppe en temps deu et raisonnable soixante solz tournois ou environ (2). Item — moulin des Bellières (voir plus haut).

Item ausprès dudit hostel des Bellières soulloit avoir ung estang a poisson lequel est de présent en non valloir (3). »

Cette terre des Bellières varia peu de contenance dans le courant des siècles, Gabriel-René de Mailloc l'estimeàl50 acres.

Au xvie siècle les seigneurs de Mailloc possédaient encore un manoir à Saint-Denis, nommé la Cahotière, ou Cabotière? avec une quarantaine d'acres de terre.

Ils avaient droit de colombier à « tous leurs dits hostieulx ». Mais depuis la guerre de Cent ans il n'y en avait plus qu'à Mailloc. Autour du château, au commencement du xv« siècle, il n'y avait que peu de terre.

« Audit fiel sont et appartiennent auprès dudit chastel environ vingt acres de terre tant en bois, prez que jardins plantez de pommiers » (4).

(1) Arch. Nat. P. 308 — fol. XXXIII.

(2) Nommé le bois de Mailloc, encore de nos jours de la contenance indiqué ou environ.

(3) Existait en 1394.

(4) Aveu de 1455.

17


202 MAILLOC

Des achats, dont l'inventaire des titres de la chastellenie de Mailloc portent les traces, vers la fin du xvie et au xvne siècle, augmentèrent le domaine, et en 1697, Gabriel-René de Mailloc disait : « Je possède tout en un tenant tant er ci urs, jaidins, parc, prés, bois que terres labourables le nombre de cent soixante-huit acres de terres scituées et assises sur les parroisses de Mailloc et Saint-Pierre dud. Mailloc, au milieu desquelles est basty mon chasteau ».

De plus, au fief de Mailloc était attaché le droit de rivière et de pêche depuis le gort de la Rosière (1) jusqu'au pont du Mesnil-Guillaume.

Il n'y eut point de contestation jusqu'en 1463, époque à laquelle André de Saint-Ouen, qui avait épousé Jehanne du Buisson, fille et héritière des seigneurs de Tordouet, prit possession de l'héritage de sa femme (2). La question n'était pas tranchée en 1484, à cette époque Pierre de Mailloc disait :

« J'ay droit de ryvière qui m'apartient en la rivière d'Orbec, depuis le pont de Mailloc, jusques au pont du Mesnil-Guillaume, et sy ay droit de pescher en lad. ryvière en tant qu'il y en a du fief du Mesnil appartenant de présent à Jehan d'Orgistre et en preced. à Jacques Deshaulles, depuis le pont du Mesnil jusqu'au pont de Mailloc, Et oultre je dy avoir droit de pescher en ladicte ryvière depuis le gort de la Rosière jusques aud. pont du Mesnil, duquel droit je suis en procès en l'eschiquier de Normandie à rencontre dud. seigneur de Tordouet. »

L'Echiquier donna sans doute tort aux seigneurs de Maillcc. Gabriel-René marquis de Mailloc déclare en 1697, « droit de pesche dans la rivière a moy appartenant, passant auprès de mon château, depuis le gort de la Rosière, jusqu'au pont de Mesnil-Guillaume, et néant moins je n'en jouis a présent que depuis le dessous du moulin de la Chapelle-Yvon, auquel lieu, il y a de toute antiquité des Esseaux ou vannes servant à faire baigner mes prés ».

Les revends féodaux en deniers, avoués VI xx livres tournois en 1394 n'avaient pas augmenté, malgré la variation de la valeur de la livre. L'érection de la seigneurie en marquisat,

(1) Arch. Nat. P. 295 — III- XLI.

(2) Arch. Nat. P. 295. — IHF LU.


MAILLOC 203

et son agrandissement par la réunion de plusieurs fiefs, avaient porté les rentes seigneuriales à « cent quarante et une livres dix sept sols ».

A la même date (1697) les redevances en nature étaient : 170 chapons, 41 guelines, au lieu de quatre vingt chapons, 20 guelines, auparavant, 714 oeufs au lieu de quatre cents dus en 1455, 1484, etc.

3 boisseaux de blé, mesure d'Orbec ) au lieu de quatre 17 boisseaux d'orge id. ) reez de froment.

142 boisseaux d'aveine dont il y a vingt des dits boiseaux à reez à cause du friche de la Rigaudière, au lieu de cent dont 20 à causedu friche de la Rihaudière, (1) li21iv. de cire vierge, au lieu de quatre livres en 1484. Les aveux anciens portent en plus une livre de poivre au terme saint Michel.

Les vassaux étaient obligés au curage des mottes. Ce fut pour mettre fin à la répugnance qu'ils avaient à accomplir cette corvée, que le vicomte d'Houdetot permit de la racheter, et taxa ceux, qui ne s'étaient pas prêtés à cette transaction, à 1 sol par acre, en remplacement.

Gabriel-René de Mailloc explique en quoi consistaient les servages, prières , corvées, etc., simplement énoncées par ses prédécesseurs.

« Corvées d'hommes comme aussy de bestes gisantes sur les fiefs dépendants dud. marquisat deux fois l'an, plus sont mes vassaux subjects au fannage de mes prez, comme aussi à garder mon chasteau en temps de guerre » (2).

Je soulois avoir droit et possession immémoriale de prendre et cueillir et lever par chacun an depuis la veille de saint Julien midy jusqu'au lendemain midy six deniers, ou la bride de chaque cheval passant par le grand chemin tendant d'Orbec à Lisieux, le grand chemin de Chambrais audit Lisieux et chemin

(1) Rigaudière ou Rihaudière ? de nos jpurs la dénomination es Rigaudière.

(2) Cueilloir, etc.... Liasse 71. cote 7.

Lettre de la cour adressée au vicomte d'Orbec pour contraindre les habitants des villes et paroisses de Saint-Juliens-de-Mailloc, Saint-Estienne-duBesneray, Saint-Martin, Saint-Denis.du-Val-d'Orbec Saint-Pierre-du-Tertre, N.-D. de la Chapelle Yvon et autres paroisses circonvoisines de faire la garde au chasteau dud. lieu de Mailloc en temps de guerre, 5 fév. 1523.


204 MAILLOC

du Sap à Lisieux, et autres chemins traversant mond. marquisat, et deux deniers sur chaque homme portant bâton ».

Le fief de Mailloc, basse justice, possédait un « prevost tournoyant », les seigneurs pouvaient faire crier leurs « plez à Orbec quand il me plaist » (1) et il y avait prétoire ou « place nommée atrier au bas fort d'Orbec (2) ».

Nous ne savons à quelle espèce d'aides pouvait se rattacher l'obligation suivante trouvée dans l'inventaire des titre de la chastellenie, (sans date, rangée en la liasse 71,cote 8,après 1538)

« Sept pièces d'écritures par lesquelles sont condamnés les vassaux de Mailloc, de Saint-Pierre, Saint-Martin, du Besnerey et Livet (N.-D. ?) à donner une robe à Mme de Mailloc, veuve du sieur de Mailloc, qui coûte suivant l'inventaire huit cents livres dix sols ».

Nous avons vu quels patronages étaient héréditaires dans la maison de Mailloc, en raison de leur fief. Le marquis de Mailloc entiché de tous ses droits les relatent avec vanité, suppléant ainsi au silence de ses prédécesseurs.

— « Je soulois », dit il « aussi avoir droit à lad. terre de faire verir du sel, de la salline de la terre et fief de Trouville scis en la mer, près de Touques, les tenants duquel fief, étaient obligés de fournir messagiers pour porter ledit sel au château de Mailloc, sur la rivière d'Orbec, pour l'amortissement duquel droit je dois être livré le premier à la gabelle de Lisieux

— Item. —A cause de mondit fief de Trouville dit de Mailloc pour avoir été possédé par mes prédécesseurs et avoir fait partie de ma terre de Mailloc, scitué en la paroisse Saint-Jean de Trouville vicomte d'Auge, sergenterie de Honfleur, le seigneur dud. fief à droit quant le roy part du chasteau de Touques de le convoyer jusqu'au couvert de la forest dud. lieu et pour cela est tenu d'avoir le tiers d'un gant blanc ».

En échange de ces prérogatives, les châtelains doivent au roi, hommage, reliefs, treizièsmes et 40 jours de garde au chastel d'Orbec, mués au xvne siècle en service de ban et d'arrière-ban, et 5 sols de rente pour le fief d'Auge acquis par Gabriel-René.

(1) Aveu de 1455-1697.

(2) Aveu 2 — 1697 de 1484.


MAILLOC 205

Après avoir fait partie du baillage d'Evreux et de la vicomte d'Orbec, peut-être auparavant du baillage de Rouen, la chastellenie de Mailloc était devenue au xvne siècle partie intégrante de la généralité d'Alençon, élection de Lisieux.

Il faut maintenant parler de ceux qui habitèrent si longtemps la terre de Mailloc. C'est une tâche ingrate, car la famille de Mailloc malgré sa grande fortune et ses alliances n'a jamais rien fait que l'histoire doive retenir.

Sa présence sur la terre normande, l'ancienne Neustrie, remonte si haut qu'on no peut fixer de date certaine comme origine, et qu'il faudra quelque peu voyager dans le domaine des hypothèses.

Dans son remarquable article consacré à Mailloc dans la Normandie Monumentale, le vicomte Rioult de Neuville dit « Mailloc est un nom d'homme, et chose étrange il appartient exclusivement à la langue gaélique. »

Ce nom de Mailloc se retrouve en effet, dans les actes de saint Gildas ; et est celui d'un fils de Conan Meriadec, 1er roi de l'Armorique (1). Conan, avait été transporté par les Romains, avec une grande foule de jeunes bretons en Armorique vers l'an 383 de notre ère.

Ce Mailloc, n'a certainement aucun rapport, avec le Mailloc fondateur de la famille qui nous occupe, car il est dit qu'il retourna dans le pays de ses ancêtres, à Lyuhès, où il fonda le couvent d'Ellemaille. Mais il est intéressant de trouver la confirmation de l'assertion de M. de Neuville.

On retrouve ce nom, défiguré il est vrai, comme prénom, dans certains vieux actes : Melloc, Malloc, Melot, peuvent fort bien provenir de Mailloc modifié par une orthographe qui s'inspirait de la manière locale, de prononcer.

De nombreux endroits se sont appelés Mailloc, et il serait téméraire de penser que la même famille leur a donné son nom, car ils sont quelquefois à des distances considérables l'un de l'autre. Les Mailloc, situés dans l'ancienne Normandie sont

(1) Preuves pour servir à l'histoire de Bretagne par Dom Hyacinte 1742, tome I, colonne 188.

Mailocum quoque, qui a pâtre sacris litleris traditus et in eis bene edictus, relicto pâtre atque rébus paternis abrenuntians, venit lyuhes in pago Elinail, ibique monasterium edificans... in pace quievit.


206 MAILLOC

aussi assez nombreux (1). Pour eux, la question est encore plus délicate, car ils ont été possédés par des familles Mailloc qui sont peut-être des branches cadettes de la même famille. Il n'en est pas de même pour la communauté de Mayoc, à l'embouchure de la Somme, près du Crotoy, qui fut réunie à cette ville en 1369, et dont parlent les ordonnances royales de 1340,1350,1357,1369. Il y a eu aussi en Picardie une famille de Mayoc, qui sous Philippe-Auguste, est représentée par le chevalier Gilles de Mayoc, qui doit le service au Roi à cause des terres qu'il tient de lui près de Saint-Quintin.

De nombreux individus nullement parents ont donc porté le nom de Mailloc ; puisque ce nom est d'outre mer, il faut croire que des aventuiiers du nom de Mailloc, sont venus, en des temps dont on a perdu la mémoire se fixer d'abord sur les côtes gauloises, ce qui explique la simultanéité des deux Mailloc, aux embouchures de la Touques et de la Somme.

Il n'est donc nullement nécessaire de faire du premier des Mailloc, un compagnon de Rollon. Les passages d'Angleterre en Gaule étaient assez nombreux, même avant l'arrivée des Romains, pour qu'on puisse trouver rationnel, que le fondateur delà famille ait pu créar son établissement, avant l'apparition des Normands.

Quoi qu'il en soit le petit fief de Mailloc, à l'embouchure de la Touques appartenait encore aux Mailloc au commencement du xme siècle. En 1214 le fief de Mailloc était un quart de fief tenu de Robert de Nollent ; en 1257 Guillaume de Mailloc, le possédait comme huitième de fief mouvant du fief de Guillaume d'Angerville (2). Nous avons vu Gabriel-René de Mailloc, relever cette filiation au sujet de son privilège pour le sel, dans l'aveu de 1697.

Nous croyons donc que le premier établissement des Mailloc, a été à Trouville, conformément aux habitudes des pirates, sur le bord de la mer qui les avait apportés, et qui en cas

(1) autres, lieu Maillot à St-Croix Grand Tonne, château de Maillot. N. de Bonneville la Louvet. Carte au 6 '.000. Le flef de Bonneville la Louvet dépendait de l'évêche de Lisieux. Il fut tenu par la famille de Mailloc. La confusion du T et du C facile à faire peut dans une certaine mesure expliquer la variation de l'ortographe.

(2) Antiquaires de Normandie.


MAILLOC 207

de danger leur offrait l'asile le plus sûr qu'ils puissent trouver.

Nous ne pouvons dire comment ils sont venus s'établir dans la vallée de l'Orbiquet. Il faut simplement remarquer que l'Orbiquet continue la Touques, et qu'il était assez dans l'habitude des migrateurs du Nord, de remonter les cours d'eau. Leur venue dans la vallée d'Orbec fut pribablement postérieure à l'introduction du christianisme dans cette région. La seule paroisse qui a porté le nom de Mailloc a pour patron St-Julien. La tradition locale veut qu'elle soit moins ancianne que les paroisses de Saint-Martin, SaintDenis et Saint-Pierre dédiées suivant l'usage des premiers chrétiens aux apôtres des Gaules et au chef de l'Eglise.

Il ne faut pas chercher le nom de Mailloc, dans la liste des guerriers qui accompagnèrent le duc Guillaume en Angleterre, ni leurs armes dans la salle des croisades à Versailles. Cependant un Jean de Mailloc, suivit Robert de Normandie en Terre Sainte.

Les rôles de l'Echiquier, en 1180, mentionnent un Roger de Mailloc. Vingt ans plus tard, des Mailloc semblent servir avec loyauté, le triste Jean Sans Terre. « Sachez, dit ce dernier, à Richard de Wilkier, que nous avons quitté Henri de Mailloc de 20 liv. d'Angers tant de sa dette que des usures des Juifs pour s'acheter un cheval ». Falaise 31 janvier (120?) (1).

La somme énorme dont il s'agit, environ deux mille francs de notre monnaie, prouve qu'il s'agissait d'un cheval de bataille.

Quelques mois plus tard, Jean Sans Terre mandait au bailli du Pontaudemer « de remettre à Henri de Mailloc, la terre qui fut à Elye... » (2).

Les rôles de Philippe-Auguste portent que Guillaume de Mailloc possédait un fief (3) mouvant d'Erchanfrai, et un fief da tenu de l'évêque de Lisieux (fief de SaintDenis) (4). Vers 1320M. de Formeville, cite un Jean de Mailloc,

(1) Antiq. de Normandie.

(2) Antiquaires de Normandie.

(3) Scripta de feodis ad regem spectatibus et de militiis ad exercilum a vocando e Philippi Auguslo registes excerpta. —- feoda — Bartholomi Drogonis feoda moventira Erchanfrai — ipse dominus tenel qualor feoda et dimidiam in suo domino quorum parles subscriptoe sunt.

Wilhelmus de Malloc octaviam partem feodi.

(4) Episcopus Lexoviencis profeodis XX milites feodum. Guillelmus de Malloc — unum feodum miles.


208 MAILLOC

qui « tient un membre de fief prisé 100 liv. de rentes plus 40 jours de garde audit chastel d'Orbec». Il s'agit là du fief de Mailloc dont les rentes sont dites dans les aveux 1394 et suivants, VI xx 1., l'arrière fief tenu par Jehan de Pierreficte, qui est aussi mentionné, désigne du reste bien clairement cette terre.

Le cartulaire de l'évêché de Lisieux donne à la date de « l'an degrâce mil, CCC et trente le jour d'après la saint Nicolas d'estey, » une transaction faite par «Jehan de Mailloc ecuier, qui recongnut de sa bonne volonté que il avoit vendu et octroie à fin de héritage à Révérend Père en Dieu Monseg. Guy de Harecourt evesque de Lisieux par la grâce de Dieu dix et huit soulz tournois d'annuel rente que Gervays de Cantepie à cause de sa fème et Raoul Alabarbe et Pierres Dumont fa soient et dévoient audit escuier d'an en an par raison des héritages et des tenemens que eulx tenoient dudit escuier assis en la parroisse du Cordebugle... pour douze livres tournois tous frans et quittes audit escuier dont il se tint pour bien poié. Et promist ledit escuier pour soy et pour ses hoirs au Révérend Père et à ses successeurs ladicte vente si comme devant est dit garantir et deffendre contre tous et délivrer de tous empeschements envers tous ou eschangier se mestier en estoit, value a value par la coustume de Normandie, etc. ».

Soit que Mailloc eut à cette époque fait partie de l'apanage des rois de Navarre (comté d'Evreux), soit que de la vicomte du Pontautou, il n'ait été que proche voisin, Jean de Mailloc seigneur de Mailloc embrassa le parti de Charles le Mauvais. Il est au nombre des trois cents chevaliers à qui le roi Jean pardonna en 1360 (1).

Vers la fin du xive siècle, les Mailloc sont nombreux, en Normandie, et il est difficile de les identifier.

En 1382, Richart de Mailloc par procuration de son frère Henry donne l'aveu de la Cambe, franche tenure (2), et pour lui-même, le dénombrement de Sainte-Croix Grand'Tonne (3).

Le roi Charles dans une lettre cite également en 1386, le

(1) Histoire de la maison d'Harcourt.

(2) Arch. Nat. PP. 24 renvoie au registre C. 5 partie f° 18.

(3) Arch. Nat. PP 21 renvoie au registre C. 5 partie f» 19.


MAILLOC 209

1er février, un Richart de Mailloc ; probablement le même (1).

« Charles roy de France au vicomte de Caen... Corne nous te ayons pieça mandé et enioinct que tu levasses et exploitasses diligemment a nostre profict tous les émoluments et revenues de ta recepte, et par especial entre les autres les raencons et autres droits de certains Anglois arrivés avent en la ville et parroisse de Langronne es termes de ta vicomte, etc.. et que tous les deniers d'iceulx emolumens et revenues tu envoyasses sans delay en nostre trésor à Paris, etc.. néanmoins tu en as esté ..?.. et négligent et qui pis est as souffert que Richart de Maillot et Robert de Folleville ont levé et receu de fait et contre raison de leur simple autorité ou au moins sans nostre volonté plusieurs de nosdiz deniers especialement ceux desd. raencons et autres drois desdiz Anglois, etc.. ne te les ont renduz ne restituez, nous te mandons et comettons que veues les présentes tu reçoives diligement tous nosdis deniers, etc.. en congtraignant à ce en faisant congtraindre vigoureusement et sans respit ? les diz escuyers ».

Le fils de ce Jean de Mailloc, qui prit parti pour le roi de Navarre, et qui est qualifié de chevalier dans les journaux du trésor de Philippe VI de Valois (2), occupait Mailloc en 1394, ainsi que le fief de la Chapelle-Yvon. Il mourut vers le commencement de 1416, car à la date du 8 février de cette année on trouve un hommage rendu au roi par « Jehan, seigneur de Mailloc et de Courbespine (3), Chevalier.

Or en 1406 et en 1419, Jeanne de Peroy dame dudit lieu «t de Sacquenville, veuve de Guillaume Daubeuf, cheval, parle dans ses dénombrements du Peroy et de Sacquenville, d'un Jean de Mailloc, écuyer ; son neveu, qui tenait d'elle par

(1) Bibl. Nat. Pièces orig. Mailloc. (1)

Ci) Jules Viard. — Les iournaux dn trésor de Philippe VI de Valois « Johonnes Chauvelli thesaurarius guerarum pro denariis solulis domino Johanni de Mailloc milite, pro residuo padiorum suorum et duorum scutiferorumdesui comitiva deserpilorum in exercitu Ploermelli in Brilannia a XIX a januarii MCCC X L II usque ad XXam ejusdem mensis, etc.. 1350 ».

(3) Arch. Nat. P. 264-678. — A la différence de l'aveu qui pouvait être demandé plusieurs fois l'hommage ne se rendait qu'une fois.

Art. CVI de la Coutume « Foy et hommage ne sont deubs que par la mort ou mutation de vassal, et non par la mort ou mutation du seigneur ».


210 MAILLOC

parage (1) un demi fief de haubert, lui donnant le droit alternatif avec elle de présenter à l'église de Sacquenville (2).

Il s'agit donc là, il semble, d'un Jean de Mailloc différent de celui qui possédait le fief de Mailloc, et qui lui était parent, car il doit être l'auteur de la branche de ces Mailloc-Sacquenville qui fit parler d'elle au xvie siècle. Louis de Mailloc; de Sacquenville, portant, trois maillots d'argent sur fonds de gueules avait été reçu chevalier de Malte en 1540. Il prit part en 1581 au soulèvement des frères contre leur grand maître Jean de la Cassière. Prétendant que les facultés de ce dernier avaient baissé, ils lui avaient imposé un lieutenant, Mathurin de l'Escar dit Romégas. Louis de Mailloc le confident de Romégas, fut envoyé près du Pape, en ambassade, pour faire approuver ce mouvement.

De son côté. Jean de la Cassière avait réussi à envoyer auprès du Souverain Pontife, une contre ambassade, qui arrivée la première, obtint une enquête. Suivant l'ordre du Pape, Jean de la Cassière vint à Rome, et Romégas dut d'abord résigner ses fonctions, avant d'être reçu en audience.

Sa mort désorganisa le parti rebelle, et il ne resta plus aux chevaliers factieux qu'à faire acte de soumission publique au grand maître.

Mailloc s'étant approché de lui, et se contentant de lui demander sa main à baiser fut apostrophé par le cardinal de Montalte qui lui cria : « A genoux, chevalier rebelle, sans la bonté de votre digne grand maître, il y a plusieurs jours qu'on vous aurait coupé la tête dans la place Navone » (3).

Ce fut le dernier des Mailloc-Sacquenville. Les généalogies (4) lui attribuent deux soeurs, Charlotte qui épousa Gilles le Doyen, seigneur de Haufort, Saquenville, et du Coudray. Et Jeanne qui fut femme de Nicolas Morel, éc, seigneur de Catreville. Un psautier du xvie siècle, conservé à la Ribliothèque Mazarine, qui appartint à Soeur Marie de Pardieu et à

(1) Coutume de Norm. CXXVII. « La teneure par parage est, quand un fief noble est divisé entre filles ou leurs descendants à leur représentant.

(2) Arch. Nat. P. 308 XXXIX et III.

(3) Histoire des chevaliers de Malte. — Abbé Vertot.

(4) Bibl. Nat. Pièces originales fonds Mailloc.


MAILLOC 211

Soeur Suzanne de Mailloc, sa nièce, religieuses au couvent de Saint-Thomas-d'Aquin (1), nous apprend que Louis avait une troisième soeur.

Sa mère était en effet Peronne de Pardieu, soeur de la religieuse ; elle avait épousé en 1521, Jean de Mailloc, seigneur de Sacquenville, fils lui même de Jean et de Marguerite des Planches (2).

La présence de Maillocs dans le voisinage d'Evreux, peut s'expliquer, par l'existence d'une branche puînée — dont un des représentants fut Monseigneur Guillaume que du Moulin (3), met de gueules à trois maillots d'argent, et a un lambel d'azur. Ce lambel, indique bien une branche cadette de la famille des seigneurs de Mailloc.

Nous croyons, que cette branche s'établit dans le xive ou au commencement du xve siècle dans les environs d'Evreux par suite de l'emploi de lieutenant du maître des eaux et forêts « es terres que souloit tenir en France monsg. le roy de Navarre » rempli par plusieurs membres de la famille de Mailloc (4).

(1) bibliothèque Mazarine 381 (786). Renseignements dus à l'obligeance de Monsieur Tournoiier.

(2) Marguerite des Planches faisait hommage en 1518 du fief de Vipriquant (seigneurie du Pontaudemer )pour son fils Cristophe. Ce fief appartenait en 1573 à Guillaume de Mailloc, héritier et fils de Cristophe.

Arch. Nat. PP. 24.

(3) Histoire par M. Gabriel du Moulin, cure de Maneval. M. DC XXXI. Catalogue des seigneurs de Normandie, et autres provinces de France, qui

furentenlaconquestedeHierusalem. sous Robert Courte-heuze, etc. Monsier Jean de Mailloc, de gueulles à trois maillots d'argent M. Guillaume de Mailloc semblable a un label d'azur.

(4) Ordonnances Royales de Charles VI. — A tous ceulx que ces présentes lettres etc. Nicolas de Mailloc lieut. général de noble homme monseigneur Jehan de Garancières, maistre etenquesteur pour le roy nostre sire, des eaux et forets es terres que souloit tenir le roy de Navarre etc. « (Exemption accordée aux habitants d'Evreux de payer pour la destruction des loups). — 1400 après Pasques.

Bibl. Nat. Pièces originales : a) « Colart de Mailloc lieut. général de Jehan de Garencières chevalier, maistre et enquesteur des eaux et forêts terres etc. » tire un reçu de 25 1. de Filleul, vicomte de Conche. 1386.

b) « Colart de Mailloc lieut. général de nosseigneurs les maistres des eaux et forest es pais de Normendie et en Picardie aux viconte etc.. d'Evreux ou a son lieutenant salut : noble home Jehan de Mailloc escuier seigneur du lieu ? a vendu de nostre congié à Jehan Alleaume la (coutume livrée) d'une tasse de bois contenant XVII acres séant en la paroisse de Peroy etc. 1401.


212 MAILLOC

Un Guillaume de Mailloc avait épousé Guillemette du Mesnil, fille et héritière du chevalier Bertran du Mesnil. En 1449, il faisait hommage au roi du Breuil-Paignart, mouvant de Conches et de la Sergenterie de la Ferrière-sur-Risle. Pour cette dernière, la formalité était faite par procuration et accomplie par Robert de Mailloc son frère. Le Breuil-Paignart et la sergenterie fieffée, comme aussi le demi fief du Mesnil-auVicomte, le Moulin-Chapel, le fief de Honnetteville provenaient de la famille du Mesnil, comme il est dit dans les aveux de 1451 et 1455 (1). Du fief de Honnetteville relevait le Boulay-Morin, tenu « en parage... a moy appartenant, dit Guillaume de Mailloc, a cause de madite femme, et de présent est icelui fieu revenu en ma main et en doy porter l'omage à Madame de Laval, a cause de sa terre et seigneurie d'Acquigny comme elle dit et en est de présent procès entre elle et moy ».

Une branche de cette famille fut seigneur du Boulay-Morin et se termina en quenouille au commencement du xvne siècle, après avoir fourni des Mailloc du prénom de Abraham et Isaac, ce qui semblerait dénoter que cette branche adhéra à la nouvelle religion.

La sergenterie de la Ferrière-sur-Risle, appartenait en 1532 à Barbe de Mailloc veuve de Guyon Berenger, chl.

En 1499 le Breuil-Paignart appartenait à Guillaume de Mailloc prêtre, et en 1506 à Guillaume Garin (2), également prêtre. Le dernier Mailloc possesseur d'Honnetteville, est Nicolas prêtre, qui en fit hommage en 1498.

Les Mailloc fixés dans la vicomte de Falaise y possédaient le fief de Canivet. Le dernier fut Cristophe qui en fit hommage en 1518 (3).

c) Henry de Mailloc escuier lieutenant général de Caen pour noble home yon de Garencières chastellain et capitaine de Caen, certifie à tous à qui il appartient que maistre Guille (le mire 1) gouverneur et maistre de l'artillerie du chastel dudit lieu de Caen a visitte et deuement gouverne et par chacun jour visitte gouverne etc.. le trait et artillerie dudit chastel et se occupe par chacun pour continuellement et sumsemment à ce faire etc. — Ce III décembre 1402

(1) Archives Nationales. P. 295ï — 1111°, IIIIxx XV — III» IIIIxx XVI 1111° IIIIxx VXII — V» — V VII.

(2) Ce Garin descendait d'une Guillemette du Mesnil. En 1463 Jehan Guarin taisait l'aveu de honecteville < a cause de deff. Guillemette du Mesnil ma mère <. Arch. Nat. P. 2343-VIIxxx.

(3) Arch. N. PP. 24.


MAILLOC

213

La famille de Mailloc (1), si nombreuse qui avait couvert de ses membres deux ou trois départements actuels de la Normandie, se trouvera par une fatalité digne de remarque, réduite au commencement du xvme siècle à la seule branche aînée, et à une autre branche cadette sortie d'elle quelques cent ans avant.

Cette branche aînée, dont nous avons déjà quelque peu parlé, se trouvait déjà sur le sol du domaine actuel, en 1307, époque ou un Jean de Mailloc comparaît a l'Echiquier de Normandie. Le descendant de ce Jean de Mailloc, à la fin de la guerre de Cent ans, voyait son château détruit, la chapelle Saint-Nicolas en ruines, ses colombiers aussi « sauf au Mailloc ».

(1) Il faut encore signaler une branche sortie de Colin de Mailloc dont la filiation conservée à la B. Nationale, sans date, et même sans prénom, ne peut que montrer les attaches de cette branche avec la vicomte et le pays d'Orbec. Est-ce le même Colin de Mailloc qui possédait en 1399 le Feugéerray, e était frère de Jean, seign. de Mailloc (1394) ? L'échiquier de Caen de 1397, mentionne Robin et Colin de Mailloc, Éc. frères.

Colin de Mailloc, seigneur de Saint-André-en-la-Marche près... et de Ferrières (arrondissement d'Evreux, à environ 20 kilom. S. O. de cette ville épouse Guillemette.

I ... de M. épouse Jeanne d'Orbec

I ... de M. épouse ...de Friardel.

I ... de M. épouse ...du Mesle.

I ... de M. épouse Marie d'Anfernet.

I ... de M. épouse Jeanne de Heudreville.

I ... de M. épouse Marie de Drosay.

I ... de M. épouse Louise de Houdetot.

I ... de M. épouse Louise Le Sec.

I ... de M. épouse Antoinette Filleul.

I

Alienor de M. épouse Ambroise Mallet, seigneur de la Nobleterre.

Marie de M. femme de Guillaume Gui... seigneur du Bois Laval.

Louise de M. femme de Jean Michel, seigneur du Bosc.

Charlotte de M. ép. : 1° Richard Mahiel, seigneur de Leschallard 2»GabrieldeNollent, seigneur de Bienfaite ; 3° Charles de Bois Normand.


214 MAILLOC

Celui-ci avait peut-être été conservé par les Anglais pour servir de liaison aux bastilles qu'ils occupaient dans le pays (1). Aussi Jean de Mailloc clame-t-il que ces désastres lui sont arrivés, parce qu'il avait tenu le parti de la France. Nous ne voulons pas l'accuser d'avoir joué un double jeu, mais un document de 1436, émanant du roi d'Angleterre montre qu'un Jean de Mailloc n'avait pas négligé non plus, de faire valoir ses intérêts, auprès du parti ennemi.

« Henry par la grâce de Dieu roy de France et d'Angleterre à nos amez et féaux gens etc. salut et dilection. — Receue avons humble supplicaon de notre bien aimé Jehan de Mailloc, Ec, comme a cause du fief et terre assis en lad. vicomte d'Orbec il nous soit tenu faire foy et hommage et bailler par escript son adveu et dénombrement pour lui et ses sous tenants, tenu de la baronnie de Ferrières laquelle chose il ne pouvait bonnement faire pour les périls et dangiers de la guerre, etc. » Un délai de un an lui était donné à la date du 3 décembre 1436 « pour son fief du Tenney ».

Le sceau de ces Mailloc est ainsi décrit : « 3 maillots posés 2 et 1 avec comme supports 2 léopards et cimier une teste de loup ».

En 1474 (Eschiquier Evreux), il est fait mention d'une Marguerite de Tournebu, veuve de Jean de Mailloc, chevalier, elle devait être la femme de ce Mailloc, qui malgré les ruines causées par la guerre était encore un propriétaire considérable. Au même Echiquier ont voit« messires Jacques et Jean d'Es touteville contre Jean Postel ayant pouvoir de messire de Ferrières et d'Estoutéville, Jean le Gris, Henry Maunoury, Jean Bonenfant, Raoul et Jacques de Rupière et Jean de Chaulieu tous prétendans la succession de messire Jean de Mailloc chev. et ayant pris bref de prochain hoir ».

C'est qu'en effet, les d'Estoutéville, étaient barons de Gacé, et Jehan de Mailloc tenait de ladite baronie, des terres importantes.

(1) La Heaulière, appartenant à M"" du Campart (à Saint-Martin-de-M.) passe pour avoir été une de ces bastilles, quoique nous croyons les constructions plus anciennes ; le Vigneral, en ruines, au-dessus d'Orbiquet, appelé aussi — Godfar —(nous n'avons que rarement entendu donner ce nom) en aurait- été une autr?.


MAILLOC 215

« De madicte baronnie (1), messire Jehan deMaillocq chev.

^^y portant héritier de deffuncte dame Jeanne Daunou en

^* ^<>n vivant vesve de feu mess. Jacques d'Aurichier tient le

^^-^ eu et terre de Chaumont près Gacé, par un fief entier de hau^^ert...

hau^^ert...

Et a cause de sadicte forest de Chaumont qui anciennement -*jartist du corps de la madicte baronnie est l'un des sept fossiers *le Normendie. A cause de laquelle fosse a droictde forgier fer a plaine bature et de avoir en sadicte forest sept ouvriers ouvrant en boys et ung pourteur pour faire charbon pour l'usaige de ladicte forge, et tout ce qu'ils peuent faire de boys pour ladicte forge ne doit ne tiers ne dangier jaçoit ce que en vente ou autre oeuvre fors pour les ediffices de l'ostel. ladicte forest soit en tiers et dangier en aucune partie, et l'autre partie est en aumôsne dont bdit chevalier fait certaines redevances es religieux de Saint-Andrieu-de-Gouffé comme l'en dit, etc. Item, lui et ses hommes sont subgects prendre mesures et essefs a la mesure et essef de madicte baronnie.

Item, et avecques ladicte terre de Chaumont est adioinet et incorporé le fief de grantval, etc....

...Et par raison d'icelle terre de Chaumont le seigneur dud. lieu a droit de présenter a l'église et chapelle dud. lieu de Chaumont et est tenu estre en ma compagnie au servicedu Roy en son host quant il lui plaist faire crier un ban ou arrière ban ou à la garde mondit chastel de Gacé aux plaisirs du roy mond. Seigneur ».

Le fief de Chaumont retourna vers 1499 aux d'Estouteville (2), et après eux aux Matignon qui en donnaient encore l'aveu en 1752, en des termes presqu'identiques (3). Après Jean de Mailloc, chevalier, seigneur de Mailloc, Courbes, spine, etc., son fils Pierre, fit hommage au roi de ses terres

(1) Arch. Xat. P. 308 — II" xx IIII. — Aveu de Gacé 1456.

(2) En 1499, G. d'Estouteville disait : que Chaumont lui appartenait « par aubenage et ligne esteinte, dont il est en procès en l'échiquier avec Jehan Mannoury chevalier ».

(3) Arch. N. P. 894 — 13. Nous citons une variante, qui pourra expliquer le texte de 1456. « J'ay droit de faire forger fer a plaine batture, etc.. et un porteur pour faire charbon pour l'usage de ladite forge, et tout ce qu'ils peuvent faire de bois, quoiqu'il soit mis en vente ou en autre oeuvre, excepté pour les ediffices de l'hôtel... ne doit ni tiers ni danger ». (1"52).


2l6 MAILLOC

entre les mains de Louis d'Harcourt, évêque de Bayeux, patriarche de Jérusalem et chancelier (1). Une confusion assez grande s'établit ici, créée par les nombreuses pièces, se rapportant à Pierre de Mailloc et les généalogies, qui lui donnent pour successeur, son fils Jean de Mailloc, mort avant 1485 (2).

Quoi qu'il en soit, vers la même époque, en 1489 (3), Henry de Mailloc, fils Guillaume faisait l'hommage du fief de la Chapelle-Yvon, et en 1494, un Pierre de Mailioc, éc, remplissait cette formalité à cause de Guillemette de Grosmenil, sa femme, « pour raison du fief de la Tourelle, où jadis seoit le château Sohier mouvant de Montivilliers. » (4)

(1) Histoire de la maison d'Harcourt. Pierre de Mailloc Iîscuyer seigneur de Mailloc, fait hommage, de la terre de Mailloc tenue de la vicomte d'Orbec, «ntre les mains de l'évêque de Bayeux, faisant fonctions de chancelier et de garde des sceaux, 1471. Tome I, page 439.

Cueuitloir, etc., liasse 68, cote 1 bis. Acte de main levée accordée a Pierre je Alailloc, le 26 mai 1472. après avoir fait les foy et hommage pour raison de s^ dite seigneurie de Mailloc le 9 décembre 1471. Le délai a lui accorde jus-jii'au 1er décembre de la dite année 1472 pour donner le dénombrement de S3 dite seigneurie de Mailloc par la mort arrivée a messire Jean de Mailloc s0n père. 26 mai 1472.

archives Xalion. P.295' cote ancienne V° XL. — Aveu de Pierres de Mail, r- escuier du fief de Mailloc le XXVIIIe jour de aoust l'an mil 1111e IIIIxx t quatre.

(^iieuilloir..., liasse 68, cote 3. — Lettres accordées a messire Pierre de

( jjjoc, seigneur dud. lieu concernant la réception des foi et hommage

* l'ïl fi* au ro^ en 'a Personne 'le son 1er chancelier au moyen que ledit

1 .flneur donnera toutes fois et quantes, aveu et dénombrement de sad.

se *.e et seigneurie de Mailloc à la Chambre des Comptes — 27 août 1484.

te j J liasse 68, cote 2. Lettres accordées à messire Pierre de Mailloc, seigneur

(\ lieu, par MM. de la Chambre des Comptes du Parlement de Paris,

1 'ernant la réception de l'aveu et dénombrement qu'il a rendu à la dite

*%*? riibre des Comptes de la terre et seigneurie de Mailloc ainsi que pour ses

V* . et hommage qu'il a faits en la personne du chancellier. — 30 aoust 1484.

1 %faison d'Harcourt. — Echiquer de Normandie. Procès entre Pierre de

' -n^r- contre Odon et René de Saint-Ouen. \Iîiili°1''

. gibl. Nat. — Fonds manuscrits Mailloc.

. ^rch. Nat. Hommage de la Chapelle-Yvon, par Henri de Mailloc

fis GuiHalimc' Ecuyer. PP. 24.

Arch. Nat. PP. 20 — II g XLIX. Date du 21 août 1494.

Yr :/-i du reste ,Ies nombreux actes se rapportant aux Mailloc à cette

*P??73 Hommage de Canivet, par Jean de Mailloc, Éc. m' de Falaise, i 175 Aveu de Canivet, par Jean de Mailloc. AAI Aveu du fief de Honnettevillc, par Nicolas de Mailloc. IA84 Hommage de Canivet, par Jean de Mailloc.

1487 Aveu du Breuil Paignart (Conches), par Guillaume de Mailloc, - s homage du Breuil Paignart par Guill. de Mailloc, prestre.


MAILLOC 217

Il nous est impossible d'identifier ces personnages, et nous n'avons cité qu'à titre documentaire, les renseignements qui les concernent.

Pierre, seigneur de Mailloc, dut mourir vers cette époque, ainsi qu'on le voit, para l'information faite des biens de feu messire Pierre de Mailloc, éc, pour la garde noble de ses enfants », qui est de 1495 (1).

Son petit-fils Nicolas, était destiné à recueillir du chef de sa femme une immense fortune. Il avait épousé, vers le commencement du xvie siècle, Suzanne Mannoury, fille de Jean du Tremblay dit Mannoury, seigneur du Mont de la Vigne, capitaine de Lisieux, Evreux et Exmes, et d'Austroberte de Dreux. Ce n'était pas la première fois que les Mailloc s'alliaient à cette puissante famille, et les mariages que nous leur avons vu contracter les apparentaient d'ailleurs à toutes les familles considérables de Normandie. La mort des deux frères de Suzanne, la fit unique héritière des biens de son père ; c'est vraisemblablement la raison qui fait dire à M. de Neuville que la réédification de Mailloc est consécutive à cet apport de richesse dans la branche aînée de Mailloc. Il est fort probable en effet, que le château, réparé hâtivement après la guerre de Cent ans, dut subir au commencement du xvie siècle, d'importantes transformations, qui en firent une place fortifiée, que les habitants des paroisses circonvoisines devaient garder en temps de guerre (arrêt de 1523) (2).

Jean de Mailloc, le jeune.fils de Nicolas, fut sr de Saint-Denis, il épousa Antoinette des Meserets ou deMezières(veuveen 1570) et fut le père de cet Haimon de Mailloc, connu dans l'histoire des guerres de religion sous le nom de Saint-Denis-Mailloc.

L'aîné des fils, nommé Jean (3), s'était marié à Louise

1498 Hommage du Bois Normand, en la champaigne du Neuf bourg, par Jeanne de Mailloc, veuve de Jean de Gouvys.

1498 Hommage du Breuil Paignart, par Guillaume de Mailloc, prêtre. 1498 Hommage de Canivet, par Jean de Mailloc.

(1) Cueuilloir, liasse 71, cote 2.

(2) Cueuilloir, liasse 71, cote 4.

(3) Hommage par Jean de Mailloc, Ecuyer, fils de Nicolas de Mailloc, pour raison des fiefs et seigneuries de Mailloc mouvant d'Evreux et de Chasteau Sigier, à Saint-Ubin-en-Caux, mouvant de Montivilliers du 18° may 1530. Arch. Nat. PP. 20 — IIH g XVIII. Aveu de 1538 — Arch. Nat. P. 296.

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218 MAILLOC

Quieret, dame de Tours et Corroy-en-Vimeux, et par sa mère baronne de Cailly, châtelaine de Saint-Germain, etc.

La famille des Quieret, établie en Picardie est connue par l'amiral de France Hues Quieret, qui avec Nicole Behuchet perdit en 1340 (juin), la bataille navale de 1:Ecluse (1).

Le fils de Jean de Mailloc et de Louise Quieret, Nicolas leur succéda dans les terres de Mailloc (2), Corroy, Quesnoy, Cailly, etc., il avait pour frères Jacques, seigneur du Mont de la Vigne et André (3).

Nicolas de Mailloc dut servir le roi en ses armées. A la date du « 15 may 1562 », un certificat est donné « par Antoine roy de Navarre, 1er pair de France et lieutenant-général pour le roy, sur tous les pays et terres de son obéissance, à Nicolas de Mailloc, seigneur dud. lieu, du service par lui fait en équipages d'armes et chevaux, à Sa Majesté en l'occasion lors présente, et en cette considération le décharge, ensemble Louise Queiret( sa mère de la contribution du ban et arrière-ban » (4).

L'année 1562, on le sait, fut pour la Normandie, marquée par les excès de toutes sortes, commis par les religionnaires, et par le soulèvement de la province.

Les seigneurs de Mailloc restèrent catholiques ; et du reste semblent s'être toujours tenus en dehors des mouvements politiques, ayant pour prétexte la religion.

L'année suivante (1563), Nicolas de Mailloc épousait Charlotte de Monchy. Le livre des recettes de la chastellenie de Mailloc, les montre, lui et sa femme, et surtout elle pendant son veuvage s'occupant en bons propriétaires terriens de

(1) Jean Quieret, épousa Françoise de Mailloc, soeur de Jean, seigneur de Mailloc.

(2) Arch. Nat. Homage par Nicolas de Mailloc, chevalier, fils de Jean de Mailloc, pour raison de la chastellenie de Manioc v.. .. "■»* «in Mesnil mouvant d'Orbec, 1568 : PP. 22.

Aveu et dénombrement le XVIII octobre V» LXVIII. P. 295 bis. Aveu de Boissay m. de Gournay, baillage de Rouen, 1568. — PP. 24. Aveu de Saint-Germain-sous-Cailly, 1568. — PP. 24.

(3) Cueuilloir... liasse 70, cote 3. Contrat de vente par noble homme messire Nicolas de Mailloc, seigneur et chastellain dud. lieu à noble homme Jacques de Mailloc, seigneur de Mont-de-la-Vigne, de tous les biens meubles qui pouraient lui échoir de la succession de feu messire André de Mailloc, en son vivant, Ecuyer, leur frère, 1573.

(4) Bibl. Nat. Carrés d'Hozier (Mailloc).


MAILLOC 219

l'administration de leurs domaines (1). Leur fils François, qui épousa Marie Bruslard, fille du seigneur de Genlis, continua leur oeuvre d'amélioration. C'est probablement à lui et à sa mère, que la ferme de la Caplette, faisant encore partie de la propriété, doit sa forme actuelle (2).

Par les pièces mentionnées dans l'inventaire de la chastellenie, on voit qu'en 1575, Charlotte de Monchy, était traitée de veuve.

Un certificat donné par « Pierre, seigneur, prêtre, curé de la paroisse Saint-Germain-sous-Cailly », le 23 novembre 1590, déclare que « depuis quatre à cinq ans » Charlotte de Monchy est veuve de Nicolas de Mailloc (3). Une erreur doit s'être glissée dans la copie de ce document, destinée à l'établissement du procès-verbal de la noblesse paternelle et maternelle de François Achart (4).

Une des soeurs de François de Mailloc, Diane, épousa François de Riencourt, éc, seigneur d'Orival, de Bergicourt,

(1) Cueuilloir... liasse 70, cote 4.

Contrat de franchissement fait par noble et puissant seigneur messire Nicolas de Mailloc, seigneur dud. lieu à noble homme Jean Dumonchel seign. dud. lieu, de deux cents livres de principal de rentes faisant moitié de 400 livres de rente tournois à quoi led. seigneur de Mailloc, était obligé envers led. seigneur de Monchel, 6 septembre 1567.

Liasse 70, cote 4 bis. — Vente par Phillebert Valregnier fils de Jean, a noble dame Charlotte de Monchy, veuve de feu messire Nicolas de Mailloc, d'un corps de bâtiment à usage de pressoir situé à Saint-Julien-de-Mailloc.— Le 20 octobre 1575 ?

Id. cote 5. — Vente par Phillebert Vauregnier a noble dame Charlotte de Monchy, veuve, etc., d'un corps de bâtiment à usage de grange, scituée à Saint-Julien-de-Mailloc (1576 ?).

(2) Liasse 70, cote 6. Echange fait par le seigneur de Mailloc, et les sieurs Guillaume et Michel dits Douville de deux pièces de terre, scituées à Mailloc, et pour contréchange, ledit seigneur à baillé auxdits Douville, une pièce de terre labourable située à Saint-Denis, a prendre en plus grande pièce nommée la Couture Saint-Denis. — 23 juin 1595.

Id. cote 7. — Appert-Henry Buisson, avoir baillé en échange ,a noble et puissant seigneur François de Mailloc, chev., seigneur dud. lieu, une pièce de terre labourable, assise à Mailloc, contenant 6 v. 1/2 perches et pour contréchange, ledit seigneur a cédé et abandonné aud. Henry Buisson, une pièce de terre en labour, à prendre en plus grande pièce nommée la Couture Saint-Denis, assise en ladite paroisse et contenant aussy 6 vergés 1/2 perches.

Id. cote 8. Echange fait par Guillaume Gonnor et Marguerite Douville, sa femme, à messire François de Mailloc, d'une pièce de terre de labour, appartenant à lad. sa femme et pour contréchange ledit seigneur leur donna une vergée et demie de terre aussi en labour a prendre en plus grande pièce nommée la Couture Saint-Denis. •— 27 juin 1595.

(3) Bibl. Nat. Carrés d'Hozier.

(4) Bibl. Nat. id., A la date du 10 octobre 1584, François de Mailloc est déclaré passé âge, à Orbec.


220

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Graville, Beaucamp, Rambures, Bignacourt, gentilhomme ordinaire du duc d'Anjou, frère de Henri III.

L'histoire de Bretagne (1) de dom Maurice, donne la copie d'une commission du 6 novembre 1557, donnée à MM. de Boyseon et de Coetnisan, pour conduire et faire passer des troupes en Ecosse. Un des capitaines commandant les cinq enseignes « de gens de guerre à pied qu'il plaist à S. M. envoyer au royaume d'Ecosse pour le secours d'iceluy » s'appelle Maillo.

Il se pourrait que ce fut un cadet de Mailloc, et qu'il s'agisse de Charles de Mailloc (2), fils de Nicolas et de Suzanne Man(1)

Man(1) Hyacinthe Maurice, tome II. — CCXXXIX.

(2) B. N. Nicolas de Mailloc

cp. Su.-.anne Mannoury, vers 1500


MAILLOC 221

noury, qui fut capitaine de 1.000 hommes d'armes à la légion de Normandie. Cette troupe levée par commission du roi, signée le 14 août 1562, fut sans doute composée avec le reste des bandes envoyées en Ecosse et rentrées en 1560.

Une grande dame, Madeleine de Melun, dame des Landes et de Normanville, veuve de Louis de Champagne tué à la bataille de Coutras, s'éprit du neveu de Charles de Mailloc, et lui donnait sa main vers 1588. Il s'appelait Hamon de Mailloc, et était fils de Jean de Mailloc le jeune. L'armoriai donne comme femme à un Hamon de Mailloc, Louise de Pommereuil, fille de Nicolas, seigneur du Moulin-Chapel, porte enseigne à la c'r de Mr de Carrouges, puis capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances du roi, gentilhomme de la Chambre du roi Charles IX, chevalier de Saint-Michel en 1568, et gouverneur de Rouen en 1575, marié vers 1560 à Marie de Mailloc. Les armes attribuées à Hamon de Mailloc sont d'argent à un maillet de sable, au chef d'azur surchargé de trois quinte feuilles d'or. Ce ne sont pas celles de la famille de Mailloc, mais celles des Mailloc d'Orbec, qui à cette époque ne pouvaient prétendre à une si haute alliance (1).

Cet Hamon de Mailloc, est bien l'aventurier le plus remuant qu'on puisse trouver. Floquet dans son histoire du parlement de Normandie en fait un véritable brigand.

En 1594, il était en Bretagne (2) ; « comme le roy fut de retour à Paris, mondit sieur de Saint-Luc supplie Sa Majesté d'envoyer en Bretagne, le colonel Hay, homme très digne de sa charge avec les cinq enseignes de Suisses, propose d'y

(1) Hainon de Mailloc, sieur de Saint-Denis, épousa après la bataille de Coutras Madelène de Melun (vers 1588), d'autre part Marie de Mailloc. veuve de Jean Vipart, épousa vers 1560, Nicolas de Pommereul, dont une fille Louise fut mariée à Hamon de Mailloc, seigneur de Saint-Denis. Ce mariage aurait pu se faire en 1580, et la dame de Saint-Denis n'avoir vécu que peu de temps. Il n'est donc pas impossible que Louise de Pommereul fut la lre femme de Haimon de Mailloc, fils de Jean le jeune. Une remarque consignée dans la généalogie Mailloc (Bibl. Nat.) dit que Madeleine de Melun, épouse pe Hamon de Mailloc « fut séparée de biens, arrêts du 22 mars 1582 et 19 avrill606 ».

La date de 1582 ne peut valablement s'appliquer à Madeleine de Melun la bataille de Coutras étant de l'année 1587.

(2) Histoire de Bretagne. — Dom Hyacinthe Maurice tome II, CCCVII. Mémoires de Jean du Matz seigneur de Tirchant et de Montmartin. Relation des troubles arrivés en Bretagne depuis 1589 jusqu'en 1598.


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mener 12 à 15.000 hommes, sous les trois régiments, savoir celui de Saint-Denis-Mailloc, delà Touche, de Nonant, etc. » Avec son régiment Haimon de Mailloc faisait avec M. de SaintLuc, le siège de Comber « avec peu de progrèz, car les ennemis faisoient de rudes saillies et dépouik'e par deux fois les trenchées gardées par les régiments des sieurs de Saint-DenisMaillot et de Lignery, et leur tuèrent nombre d'hommes « (1).

Ce même Saint-Denis-Mailloc, avait pris part aux opérations relatives au siège de Rouen, et était venu de Picardie rallier le roi à Pont-de-Larche, en 1592, avec 600 arquebusiers à cheval (2). Cette même année une mésaventure était arrivée à sa cousine Charlotte de Monchy, dame de Mailloc. Ayant eu besoin de se rendre à Rouen, dans son hôtel, elle avait obtenu de Mayenne un sauf-conduit pour elle et ses gens. Un homme accusé de crime se glissa dans sa suite. Le Parlement le fit écrouer, malgré Mayenne qui disait « qu'il vouloit et entendoit que cet homme fut mis en liberté ; que quand il auroit tué douze hommes, estant venu à Rouen sur l'assurance de son passe-port il ne devoit estre mis prisonnier. » Tout ce que Mayenne put obtenir, fut que cet homme donnerait caution de se représenter à la justice (3).

Hamon de Mailloc, quoique qualifié de seigneur de SaintDenis, ne semble pas avoir habité son uef, qui dans l'aveu de 1580 de la temporalité de Lisieux est dit être tenu pour Guillaume Fouquet (4). Cependant il vint dans le pays avec le maéchal de Fervacques et fut même gouverneur de Lisieux. Sa présence déjoua une conjuration ourdie par Lambert de

(1) Histoire de Bretagne, tome II. page 447, 1595. Siège de Combourg, par le maréchal d'Aumont. « La blessure du maréchal laissa le commandement du siège à Saint-Luc qui ne se pressa point de faire dresser l'artillerie, car il voyait bien à la brave défense des assiégés qu'il serait obligé de lever le siège. En effet, ils faisaient presque tous les jours des sorties et nettoyèrent chaque fois la tranchée, malgré la résistance des régiments de SaintDenis Maillot et Ligneris ».

(2) Histoire de la Ligue, par Victor de Chalambert.

(3) Floquet. Histoire du Parlement de Normandie.

(4) Bibl. Nat. Carrés d'Hozier. Procuration générale donnée le mardi 21 mars 1600 par haut et puissant seigneur Mre Aimon de Maillot, chlrd, seigneur de Saint-Denis, Monteilles et de Miserei. Capitaine de cent chevaux légers de l'ordre du roi, gouverneur des villes et château de Conches, demeurant au château de Normanville près Evreux, à dame Madeleine de Melun, sa femme, dame des Landes et de Normanville, etc.


MAILLOC 223

Saint-Philbert, le soldat Jeanjean, Gilles Cochon et le boulanger Anfrie qui avaient projeté de rendre la ville à la Ligue.

Le roi Henri IV, pour reconnaître ses services ou pour payer sa tranquillité lui fit une pension. La bibliothèque nationale possède un reçu de « Hamon de Mailloc, sieur de SaintDenis, gentilhomme ordinaire du roi » de 2.400 livres pour sa pension de l'année 1609. Isaac de Mailloc sr du Boullay, gentilhomme de la suite de Son Altesse, émargeait également en 1606, 1612 et 1614, au budget des libéralités royales.

L'activité guerrière de Haimon de Mailloc ne put sans doute s'accommoder du repos. Il porta le trouble dans son propre ménage. Sa femme obtenait en 1606 la séparation de biens (1). C'était une mesure prudente pour l'avenir de leur fille Madeleine, qui devait en 1618 épouser François de Lyée, seigneur du Coudray, Saint-Jean-de-Livet et Heurtevent, et qui put au moins apporter en dot, les terres de sa mère, les Landes et Normanville. Hamon de Mailloc, en effet, à la mort de Henri IV, saisit l'occasion de reprendre sa vie d'aventures. A la tête de gens armés, il s'empare de Conches, puis de la tour d'Exmes « faisant de là de fréquentes sorties, commettant de grands excès, extorsions, violences, sur les pauvres habitans du pays » (2). La pacification mit fin à cette vie, pourtant pleine de charmes pour Hamon. En 1621, ses biens furent confisqués et donnés à un de ses alliés les plus proches, le comte de la Suze (3). Par un caprice de la destinée, sa petitefille, Madeleine de Lyée devait plus tard s'éprendre de Gautier de Costes, plus connu sous le nom de la Calprenède et l'épouser en troisièmes noces.

Plus tranquille, François de Mailloc, son cousin, s'occupait avec sa femme Marie Brulart du gouvernement de ses terres. Sa vie fut courte, ainsi qu'il en résulte de l'acte de main levée accordé le 25 septembre 1602, aux enfants mineurs de feu messire François de Mailloc. » (4)

(1) Bibl. Nat. Fonds bleus : Hamon de Mailloc seigneur de Saint-Denis, épouse Madeleine de Melun dame des Landes et Normanville et de Lermigny fut séparée de biens : arrêt du 22 mars 1582 etdu 19avrill606.L'arrêt de 1582 ne peut s'appliquer à Hamon de Mailloc.

(2) Floquet. Histoire du Parlement de N.

(3) Normandie Monumentale. — Art. Mailloc par le vicomte Rioult de Neuville, page 147.

(4) Cueuilloir. — Liasse 68, cotes 5 et 6.


224 MAILLOC

Sa veuve s'était remariée dès 1603, à François de Ravetot (1). L'aîné des enfants, François, fut chevalier de l'ordre du Roi, seigneur de Mailloc, baron de Cailly, du Quesnoy, Tours. Il épousa le 10 mai 1610, Françoise Le Rrun, fille de Jacques Le Brun, seigneur de Sallenelles.

La fin du xvr 8 siècle et le commencement du xvne, marquent l'apogée de la famille de Mailloc. Quoique ses représentants paraissent avoir aimé leur bien de famille, et s'y complaire, quoique leur passage sur cette terre soit marqué généralement par des transformations utiles de la propriété, ils ne pouvaient échapper à l'attirance de la Cour. Charlotte de Monchy, dame de Mailloc, avait été nommée dame d'honneur de Catherine de Médicis, sa belle-fille, Marie Brûlart, le fut aussi par brevet du 20 septembre 1587, leurs maris étaient chevaliers de l'ordre, gentilhommes de la chambre ; leurs descendants furent de même pourvus de ces charges futiles de Cour.

Obligés sans doute par leurs fonctions à séjourner quelquefois à la Cour, ces nobles de province que les calamités des guerres les plus affreuses n'avaient pu entamer vont en cent ans disparaître, ruinés à moitié, par les procès incessants que le besoin d'argent faisait naître à chaque succession. Portant des titres plus ronflants que ceux de ses pères, le dernier des Mailloc, marquis, comte et baron, partira de ce monde, n'ayant pas acquitté ses dettes, et laissant la terre de Mailloc grevée de charges, qui n'ont pu être éteintes qu'au milieu du xixe siècle.

Il serait trop long de raconter par le menu les luttes d'avocats au sujet du partage des héritages. Il suffit de dire qu'en 1674, on discutait encore au sujet de la succession de Marie Brulart, morte en 1631 pour qu'on puisse facilement comprendre, les frais énormes nécessités par ces tournois procéduriers. Avec le temps, généralement les ayants droit avaient augmenté, nécessitant une division plus grande de ce qui avait échappé aux gens de loi.

(1). Cueilloir: Contrat de fief fe fait par monseigneur François de Ravetot, au nom de dame Marie Brulard son épouse en précèdent lui veuve de feu monseigneur François de Mailloc à Ursin Vauregnier d'un corps de bâtiment à usage de pressoir et grange situé à Saint-Julien-de-Mailloc, à la charge par le dit Vauregnier de faire un chapon de rentes seigneuriales-


MAILLOC 225

Le partage des terres étant limité par la coutume, il fallait ou bien les vendre à vil prix, ou bien les attribuer à quelques héritiers, à charge par eux de servir des rentes aux autres hoirs, à moins que leur fortune, chose rare, ne leji permit de s'affranchir.

Il semble bien, que la décadence de la maison de Mailloc', soit due en partie à ces causes. François de M* Hoc commence la série de ces transactions, donnant lieu àda reprises lointaines. Il partage avec son frère puîné Pierre, m succession de leur oncle, Mailloc-d'Esmailleville. Il lui « cédoit Emalleville, Bomicourt et Montreuil et ledit Emalville lui cédoit le reste de la succession, réservé à ce qu'il pouvoit en prétendre en la terre de Tours, dont leur mère Marie Brulart jouissait à son décès (1631) (1) ». Ce Pierre de Mailloc gentilhomme ordinaire du roi fondait par son mariage avec Claude de Mailly célébré en la « présence du roy, de la reyne, plusieurs princes et princesses », la branche cadette d'Emalleville qui subsistait encore au xvme siècle.

La femme de François de Mailloc, et Claude de^ Mailly entamèrent des procès au nom de leurs enfants au sujet de ce partage, et la solution définitive n'intervenait qu'en 1661, par une transaction du 21 mai « entre messire Gabriel de Mailloc chevalier, seigneur du lieu demeurant ordinairement en son château de Mailloc », et son cousin Pierre de Mailloc, seigneur d'Emalleville. Ce dernier « fils unique de Pierre de Mailloc, escuyer de mes Dames de France, reine d'Angleterre et souveraine de Savoie, enseigne de la cle de gendarme de Monsieur le Connétable », se mariait le 2 may 1638 à Marie de Monthomer, assisté de sa mère Claude de Mailly, femme en 2e noces de Jean de Bellengreville chelr, seigneur de Buleux.

François, seigneur de Mailloc ne négligeait pas d'arrondir sa terre, achetant à ses vassaux des prés, des labours (2).

(1) Bibl. Nat. fonds bleus.

(2) Cueilloir, liasse 70, cote 12 — Vente par Charles Buisson à mondit seigneur de Mailloc d'une pièce de terre en nature de pré seize audit lieu.

Id. cote 15, vente par François Vauregnier audit seigneur de Mailloc d'une pièce de terre en labour et pasture contenant 1 à 2 v. nommée les Vallées. 8 juin 1617.

Id. cote 16, vente par Pierre Buisson audit seigneur, d'une pièce de terre en labour, seize audit lieu et une vergée, nommée les Vallées. 8 juin 1617.


226 MAILLOC

Il règle aussi avec l'évêque de Lisieux les différents au sujet de la haquenée (1), il accompagne en 1620 le roi dans son voyage à Caen d'une manière magnifique. Simon le Marchand, bourgeois de Caen dit : « Puis passa (le roi) à Dives qui n'est qu'à cinq lieues de Caen, sa royalle générosité l'ayant porté à faire ce jour là, douze grandes lieues de pays. Le baron de Mailloc, vint au-devant de lui avec cent chevaux » (2).

François de Mailloc, mourait à la fin de l'année 1624, laissant sa veuve Françoise Le Brun avec trois enfants : Charles-Gabriel qui fut baron de Maillocet de Cailly, seigneur de Sallenelles, gentilhomme et 1er veneur de Gaston d'Orléans (brevet d'août 1643), Jacques de Mailloc, seigneur de Sallenelles, qui fut tué en 1657 et Françoise qui épousa Philippe de Rupière, seigneur de la Cressonnière. La fille de cette dernière fut mariée à J.-B. de Goth, marquis de Rouillac, de Miradoux et autres lieux, duc d'Epernon.

Françoise Le Brun, se remaria à Maximilien le Fauconnier, éc, seigneur de Cordonney. La pauvre femme trouva en son fils aîné, une nature difficile ; et les dissentiments paraissent avoir été sérieux. Un acte du 2 mai 1658, exclue « Gabriel de Mailloc, éc, de la succession de sa mère, Françoise Le Brun, s'en étant rendu indigne par les persécutions atroces qu'il lui fit souffrir » (3). Peut-être, faut-il voir quelque exagération dans cet acte, des intérêts nouveaux ont pu sans doute porter Françoise Le Brun à des extrémités regrettables pour la postérité issue de son premier lit. Le peu que l'on connaisse de son caractère la montre chicanière, son nom se trouve fréquemment dans les procès, mais elle paraît aussi avoir eu

Id. cote 17, vente par Michel Blandel à mondit seigneur de deux pièces de terre en labour situées audit lieu de Mailloc. 8 juin 1617.

Id. cote 18, contrat de subrogation fait par André Deshayes Ec. sieur de Launoy audit seigneur de Mailloc de la condition par lui retenue d'un contrat de vente de quatre acres de terre situés à Saint-Julien-de-Mailloc par lui faite à François Droulin et à son frère. 15 avril 1617.

(1) Arch. Nat. P. 876. Accord en 1618 entre le seigneur de Mailloc et l'Evêque de Lisieux au sujet de la haquenée.

Id. Autre accord du 24 septembre 1622, et acte contenant la délivrance faite de la haquenée avec la selle et bride, sur laquelle ledit seigneur Evêque fait son entrée à Lisieux.

(2) Journal de Simon Le .Marchand,bourgeois de Caen, page 89.

(3) Cueilloir, liasse 71, cote 7.


MAILLOC 227

une âme généreuse. Un extrait du registre hérédital de Guillaume Fillon et Simon Roulland tabellions à Varaville porte qu'à la date « du lundi matin 13e jour d'octobre 1642 à Berville, au manoir sieural dud. lieu fust présente haulte et puissante dame Françoise Le Brun, veuve de haut et puissant saigneur messire François de Mailloc, vivant saigneur et chastelain dudit Mailloc, baron de Cailly-en-Caux, Tours, etc., conseiller du Roy en sa Cour d'estat, saigneur ... de camp d'un régiment francois entretenu pour ledit service de S. M., dame de Sallenelles, Amfreville, Breuille, Venoix, G... la Luzerne et es parties de baudie? laquelle de son bon voulloir et sans aucune contrainte et pour la bonne amittiez quel porte à damoiselle Mary Odrien, damoiselle Defosse, damoiselle suivantte de laditte dame de Mailloc depuis 18 années, etc., a donné... la somme de 2.000 livres » à la demoiselle Defosse pour la marier et au cas ou elle-même décéderait avant le mariage « elle consent à accorder qu'elle fasse payer lad. somme sur ses héritiers » (1).

La succession de Françoise Lebrun, fut réclamée par de très nombreux héritiers, et donna lieu à des consultations judiciaires, où l'on voit Anne de Mailly, femme de Louis de Martainville, marquis d'Estouteville, Florimond Brulard, chevalier, marquis de Genlis, etc., et Gabriel de Mailloc, qui semble peu se soucier de l'acte qui le déshérite (1668-1671). C'était du reste un original, marié à une femme qui ne le lui cédait en rien, Renée de Créquy.Cette union contractée en 1641, semblait par sa fécondité, devoir assurer à tout jamais la postérité de la branche aînée de Mailloc. Six filles et trois garçon vinrent successivement augmenter le ménage, prouvant au moins, que si l'ordre et l'union n'y existaient pas, au point de vue gérance de la fortune, l'affection n'en n'avait pas toujours été absente.

Les archives municipales contiennent quelques actes de baptême des enfants et petits-enfants de Gabriel de Mailloc, signés du prêtre-vicaire qui fit la cérémonie, R. Convenant, un enfant du pays. Le 26 juillet 1654, Françoise de Mailloc,

(1) Bibl. Nat. Pièces originales. Bréville, Vernoix, Amfreville, etc. près Sallenelles, à l'embouchure et sur la rive droite de l'Orne.


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fille de hault et puissant seigneur messire Gabriel de Mailloc, baron et de dame Anne-Renée de Créquy son épouse « fut nommée par damoiselle Françoise de Rupière, fille de monsr de Survie, sa marénne et son parrin, monsr le marquis d'oraison, fils de monsr le baron de Livarot. »

En 1658, on trouve l'acte d'ondoiement d'une autre fille ; en 1663, le 2 octobre, « Madame la comtesse de Créquy, « marrène » et le baron du Pin « parrin » tenaient sur les fonds Marie de Mailloc.

En 1665, Alexandre de Mailloc « aagé de quatre ans neuf mois six jours » déjà ondoyé par le curé de Mailloc, nommé Duhoulley « a reçu par moy curé de ladite parroisse, la cérémonie du saint baptême et a esté nommé Alexandre par hault et puissant seigneur messire Alexandre de Créquy, chevalier conte de Berniole (Bernieulles) et de Clery, baron de... et autres seigneuries et par haute et puissante dame Renée de Ruppière, espouze de messire Charles de Mellun, visconte de Gand ». -

Ces demoiselles de Mailloc furent religieuses, comme deux autres puînées Anne et N. L'aînée des filles, Renée, avait épousé en 1669, Philippe Toustain, comte de Carancy, une autre nommée Catherine fut la femme en 1717 de J. Bonnet de Montgomery. La comtesse Toustain de Carency semble avoir souvent vécu à Mailloc. Le 9 novembre 1672, ses enfants, Alexandre et Renée-Catherine, étaient baptisées à Mailloc, par Jean de Drien, abbé de Sourdac, les parrains et marraines étaient pour le premier Alexandre, comte de Créquy, Bernieulles, Champ-de-Bataille,Combon et Renée de Ruppière, vicomtesse de Gand, pour la seconde, Charles de Melun, vicomte de Gand et sa grand'mère, Renée de Créquy, dame de Mailloc. Alexandre de Carency, devait être inhumé dans le choeur de l'église, le 5 avril 1674 « auxdites présences de Jean Fague, Pierre Daniel et autres qui ont dit ne scavoir signer ».

Ces actes de l'état-civil, semblent montrer que Mailloc, au milieu du xvne siècle, était le centre de réunion de la famille, d'autres pièces dénotent qu'on y menait une vie large, et que le château recevait de nombreux hôtes.


MATLLCC '■ ■ ■ 229

« Claude Saindidier (1), écuyer a esté inhumé en l'église de Saint-Julien-de-Mailloc, devant l'hostel de la Vierge, le vingt-et-un d'octobre, mil six cent soixante, lequel faisoit son habitude de vivre depuis deux mois au chasteau de Monsieur le baron de Mailloc, lequel nous a dit pendant son vivant estre nay et natif du paîs de Limanville ? en Lorraine ».

En 1692, naissait au château, la fille de « Nicolas Gorges borgeois de Lisieux » ; elle fut nommée Renée par « son parrin monsieur le Marchis de Mailloc et sa marrène Renée de Touttin ».

La famille de Mailloc semble du reste être bien considérée dans le pays. Le 21 février 1658, « le fils de Jean Goran et Françoise Perier », fut nommée Gabriel, par « Monsieur le baron de Mailloc le jeune, et damoiselle Renée de Mailloc ». « Honneste homme François Le Bas, sieur de la Rivière » et sa femme Catherine Auvré demandaient en 1663, au jeune baron de Mailloc d'être parrain de leur fille ; il avait comme commère, damoiselle Anne Labbé.

La lecture de ces documents fait penser à la vie calme et sereine, d'un riche seigneur, aimé de ses vassaux, et entouré de l'affection de sa famille et de ses nombreux amis.

Les faits quand on les examine de près, se chargent avec les pièces de procédure qui les expliquent, de modifier cette opinion. Les quatre filles puînées furent religieuses, ce qui indique moins une vocation qu'une nécessité. Les garçons, réduits par la mort prématurée de deux d'entre eux, au seul Gabriel-René de Mailloc, ne firent pas souche. L'aîné cependant mort après 1680, ayant dépassé trente ans, n'était pas marié. Sa disparition aurait du pousser ses parents à hâter le mariage du second, Gabriel-René, destiné à être le chef de la famille, et l'unique mâle de la maison de Mailloc, après la mort de^pon frère cadet, arrivée aussi après 1680.

Il n'en fut rien, et les pièces juridiques, vont dans une certaine mesure nous donner idée, de ce qui se passait derrière la façade de respectabilité que nous présente les archives municipales. En 1668, sans doute, au sujet de l'héritage de sa mère, le seigneur de Mailloc était en procès ; il présente à S. M. un placet « expositif qu'on s'est emparé de tous ses

(1) Arjh. Mun.


230 MAILLOC

papiers » et obtient un acte de reagrave concernant lesdits papiers (1). Cette malchance, et plus vraisemblablement son incapacité dans les affaires, comme il l'avoue lui-même en 1680, à la Chambre des enquêtes (2), lui fait confier le soin de ses affaires à sa femme. Celle-ci est traitée durement par la partie adverse. « La dame de Mailloc debvoit se dispenser de reproduire une seconde fois la prétendue debte dont elle veut charger le douaire de la deffuncte dame Descourdonnet( (Françoise Le Brun), à cause et du chef de deffuncte dame Marie Bruslard, femme en premières noces de messire François de Mailloc, 1er du nom, etc ».

La dame de Mailloc, dit-on, « avoit dissimulé et entièrement altéré la vérité des faits » dans la requeste du 3 mars 1674 ; on sait d'ailleurs ce qu'on peut attendre d'elle, et elle n'a pas d'autre but que de faire naître des incidents. N'a-t-elle pas d'ailleurs excipé « d'une prétendue équivoque » entre les noms de Bouchard et de Bruslard, pour sortir de ce pas (3).

Mal conseillée, ou peut-être, comme semble l'insinuer son mari, de connivence avec le président Bigot, elle fait si mal les affaires de sa maison, que Gabriel de Mailloc révoque sa procuration. « L'estat ou elle a mis leurs affaires lui fait soubçonner dit-il, qu'elle s'est laissée surprendre et circonvenir... ladite dame de Mailloc ayant jusqu'à présent esté de grande intelligence avec Mons. Bigot ».

Ce Bigot, président à mortier au parlement de Rouen, n'est sans doute pas l'homme affreux, que dépeint Gabriel de Mailloc, mais c'était un gros créancier, ce qui explique le peu de ménagements que garde envers lui le seigneur de Mailloc (4). « Le président Bigot, forma le dessein de s'approprier à vil prix la terre de Cailly , dessein plus ambicieux que juste puisqu'il ne lui estait pas dû un sol » ; et il fit saisir cette terre, sous le nom d'un conseiller de la grande chambre au parlement de

(1) Arch. Nat. P. 876-102.

(2) Bibl. Nat. P. Originales. En la Chambre des enquêtes Gabriel de Mailloc, chevalier, baron de Mailloc, disant et certifiant que le défaut de lumières et d'expériences dans les affaires du palais, lui ayant fait avoir une trop cordiale confiance pour dame Renée de Crequi son épouse, il lui a remis sa procuration entre les mains, etc.

(3) Bibl. Nat. P. O.

(4) La famille Bigot était connue pour son goût pour les lettres, un Bigot rassembla une bibliothèque estimée du monde savant.


MAILLOC 231

Rouen. M. Bigot veut « désoler et ruiner la maison de Mailloc ». « Il achepte les debtes de la maison de Mailloc sous des noms interposés, et entre autres la dette d'un nommé Frangue pour laquelle il a fait faire une cession au nommé... » Il saisit Sallenelles, et sous le nom d'un homme de paille, la terre de Berville, pour lesquelles il fit faire des baux judiciaires, et s'en rend acquéreur sous différents noms. Il fait encore plus que cela, il tend un piège dans lequel tombe la dame de Mailloc, etc.

Gabriel de Mailloc ne devait pas voir la triste fin de ces procédures, il mourait en 1681, et fnt inhumé le 21 novembre de cette année dans le choeur de l'église de Saint-Julien-deMailloc (1).

Son fils Gabriel-René, se trouvait en face de difficultés presqu'insolubles. De 1682 à 1698, une longue collection de « surséances et de mains levées » témoigne qu'il ne pouvait faire ses foy et hommage ni le dénombrement d'une terre, qui avait été saisie, et dont en 1687 il obtenait la rétrocession du bail judiciaire (2).

La terre de Mailloc, fut néanmoins mise en adjudication par décret de 1691, et le sieur Bigot s'en rendit acquéreur (3).

Selon son droit (4) Gabriel-René, avait retiré son fief « dudit lieu de Mailloc, relevant de S. M. pour la vicomte d'Orbec et lui appartenant par clameur lignagère sur le sieur Bigot, conseiller ord. au parlement de Paris, qui s'en étoit rendu adjudicataire au décret qui en avoit été fait sur feu messire Gabriel,

(1) Archives municipales. « Messire Gabriel de Mailloc seigneur et baron dudit lieu et autres seigneuries a esté inhumé dans le coeur de l'église dud. lieu le vingt unyesme de novembre mil six cent quatre vingt et un par moy Philipe... prêtre vicaire de ladite paroisse, de Messire Guill. Auvre ? prêtre, et autres témoins qui ont refusé signer ».

(2) Cueuilloir..., liasse 70, cote 23. Rétrocession par François Lecomte, d'un bail judicier dont il était adjudicataije par sentence rendue au baillage d'Orbec le 24 dudit mois et an, des terres et sieuries de Mailloc et Saint-Denis à Messire Gabriel-René de Mailloc, seigneur dudit lieu.

(3) Id. Liasse 71, cote 13.

(4) Coutume de Normandie CCCCLI. Tout héritage, ou autre chose immeuble soit propre, ou aquest, vendu par deniers, ou fieffé par rente racquitable à prix d'argent peut être retirée, tant par le seigneur féodal, immédiat, que par les lignagers du vendeur jusques au septième degré iceluy includ, dedans l'an et jour de la lecture et publication du contrat.

CCCCLIII. Et si lecture et publication n'en a esté faicte, le contract est clamable dans trente ans, etc.


232 MAILLOC

baron de Mailloc son père » (1). L'acte de « foy et hommage ne fut que du 15 septembre 1695 (2). Le 26 desdits mois et an, Gabriel-René demandait à Messieurs de la Chambre des Comptes de Normandie, d'être déchargé « des amendes qui pourraient être contre lui, faulte d'avoir donné aveu et dénombrement de sadite terre de Mailloc, ayant égard à son service actuel dans les armées du Roy » (3).

Effectivement, Dangeau à la date du samedi 28 juin 1692 dit « M. de Maillot, aide de camps de M. de Soubise a eu la cuisse percée, et quelques autres officiers blessés comme aussi des soldats. »

Entre ces deux dates, en 1693, Mailloc était érigé en marquisat par lettres patentes du roi, « pour en jouir ledit seigneur de Mailloc et ses enfants nés ou à naître en loyal mariage données au mois de mars » (4).

Le testament du marquis de Mailloc, apporte quelques précisions sur la vente de Mailloc. « Et comme par le retrait lignager, que j'ai fait de la terre de Mailloc, dit-il, laquelle avoit été vendue par décret au baillage d'Orbec et adjugée pour le prix de 90.000 livres à M. Bigot de Monjuille, conseiller au parlement de Paris, il n'y en a eu qu'une somme de trente mille livres, qui soit provenue de ma famille, à laquelle somme fut liquidée le tiers coustumier qui m'appartenoit et à mes cadets, dans les terres ayant appartenu à feue dame Françoise Le Brun de Sallenelle, mon ayeulle paternelle, comme ayant renoncé à la succession de mon père, les autres 50.000 liv. pour parfaire les dites 90.000 livres que j'ai rendues à Monsieur Bigot, m'ayant été prêtées de bonne foi, sous des conditions que mon honneur et ma conscience, m'obligent d'exécuter et dont mes héritiers ne peuvent se plaindre.... je veux et entends pour l'acquit de ma conscience et satisfaire aux justes et équitables promesses que j'ai faites, que cette somme de 50.000 livres soit reprise sur le plus clair de mes biens, et spécialement sur ladite terre et marquisat de Mailloc, et qu'elle

(1) Arch. Nat. P. 895, cote 1. Dispense d'informer du marquisat de Mailloc. 18 juin 1697.

(2) Cueuilloir... Liasse 68, cote 13.

(3) Id., liasse 68, cote 14.

(4) Id., liasse 68, cote 9.


MAILLOC 233

soit distribuée à scavoir à M. le marquis de Culant, petit neveu de ma chère femme 15.000 livres, à Madame Trudaine, aussi sa petite nièce, épouse de (feu) M. Trudaine, conseiller d'Estat, prévôt des marchands, aussi 15.000 livres, aux deux demoiselles Fumée à chacune 5.000 livres, et les 10.000 livres restantes à la petite de Bellefonds, dont la mère a épousé en secondes noces, M. de Sarrobert, capitaine des chasses de M. le Duc, toutes trois aussi petites nièces de ma chère femme, et s'il arrive que la petite de Bellefonds vienne à mourir avant d'être mariée, les dites 10.000 livres reviendraient aux demoiselles Fumée.

Au cas ou, l'héritier « qui aura le marquisat de Mailloc n'eut point d'argent pour leur payer ladite somme (de 50.000 livres) » Gabriel-René prie les destinataires de se contenter de 25.000 livres de rentes, partagées, au prorata de la distribution.

Par ces dispositions on voit facilement d'où vient l'aide qui permit à Gabriel-René de Mailloc de rester sur la terre portant son nom. L'argent lui fut fourni par sa femme MarieHenry de Cheusses. C'était un mariage de raison. Dangeau dit en parlant du marquis de Mailloc (3 juillet 1720): « Il avait épousé en premières noces la dame de Loury, qui était fort vieille et fort riche, et qui lui avait fait de grands avantages. » La nouvelle dame de Mailloc avait environ soixante ans et son mari était de vingt ans plus jeune. Le testament nous apprend encore que ce dernier avait tenté un autre mariage, il voulait qu'il soit mis « es mains de messire RollandFrançois de Kerhoen de Coetensan, évêque d'Avranches, 10.000 livres à partager entre les héritiers d'une dame de qualité parente ou alliée dudit sieur évêque à laquelle je les ai autrefois dépensées dans la vue qu'elle avoit que je l'épouserois, ce que n'ayant point voulu faire, il est juste et raisonnable que lad. somme leur soit rendue, et je l'aurois fait de mon vivant si la situation de mes affaires me l'avoit pu permettre ».

La nécessité lui fit choisir le mariage le plus avantageux, mais ce n'était guère que reculer les difficultés. La dame de Cheusses dans son testament disait (23 février 1710) : «Je prie


234 MAILLOC

mon tn s cher mari, au nom de Dieu, à rendre après sa mort à ma pauvre famille tout ce que je lui ai donné savoir : 40.000 livres aux quatre fils de mon neveu de Cheusses ; 10.000 livres à mes petites nièces de la Forêt, autant à mes petits neveux de Granné, et les autres 20.000 livres à ma nièce de Bellefonds et à ma filleule, etc., et pour ce qui est des 50.000 livres que mon mari me doit, je le prie d'en assurer, 200001. à mon neveu de Culand et 10000 à mes deux nièces Fumée, etc.

Je prie mon très cher mari de me faire ce plaisir et faire son testament au plutôt, afin que j'aie avant de mourir la consolation de le voir ; j'en mourrai s'il plaist à Dieu plus en repos ».

Les procès engagés pour les successions du marquis et delà première marquise de Mailloc, apprennent que le 23 septembre 1719, Gabriel-René, avait abandonné sans aucune garantie aux héritiers de sa femme de Cheusses 62.000 livres, restant à payer desdites 80.000livres données par le contrat de mariage, moyennant 3.000 livres ue rentes viagères. Ce fut une levée d'héritiers contre la deuxième marquise de Mailloc, ClaudeLydie d'Harcourt. Un avocat constate mélancoliquement qu'une douairière enlève plus de 25.000 livres de rente ; et qu'il reste aux héritiers plus de 150.000 livres de dettes. Quoique en apparence l'un des plus riches seigneurs de France, par la mort de ses oncles Crequy, le marquis de Mailloc semble n'avoir jamais pu se débarrasser des dettes dont sa famille l'avait chargé. Ses biens, marquisat de Mailloc, seigneurie et terre du Champ de Bataille, terre et comté de Clery-surSomme, terres et seigneuries de Maurepas et Forest, près Clery, sont estimées au moins un million, et sont dites « des plus belles terres » (1).

Cette fortune territoriale lui permit d'épouser, quoique âgé de 70 ans, une jeune fille de 23 ans, portant un ues plus beaux noms de France.

Le 7 juillet 1720, devant les notaires Bailly et Lefevre était signé le centrât « de mariage de haut et très puissant seigneur messire Gabriel-René de Mailloc, ancien baron de Normandie, marquis de Mailloc, comte de Clery, Crequy-sur(1)

Crequy-sur(1) Nat. P. orig. 126.


MAILLOC 235

Somme, marquis du Neufbourg en partie, baron de Combon, seigneur du Champ de Bataille, etc., demeurant à Paris, en son hôtel, rue du vieux Coulombier, d'une part :

Très haute et très puissante dame Marie-Anne-Claude Bruslard, veuve de très haut et très puissant S. Monseigneur Henry d'Harcourt, duc d'Harcourt, pair et maréchal de France, chevalier des ordres du Roi, capitaine d'une compagnie des gardes ordinaires du corps de Sa Majesté, etc., et très noble et très puissant Henry d'Harcourt, comte de Thury, tuteurs de Claude-Lydie de Harcourt, fille de md. seigneur, etc.... lad. demoiselle assistée de messire Hubert de Mauclerc, bourgeois de Paris, son tuteur onéraire, demeurant en l'hôtel de la maréchale d'Harcourt, Grande Rue, faubourg Saint-Honoré, etc. »

Par l'agrément du roi Louis XV et encore en la présence de très haute et très puissante Elisabeth-Charlotte, duchesse douairière d'Orléans, veuve de Philippe, frère du roi Louis XIV.

De Philippe d'Orléans, régent et son épouse Marie de Bourbon, Louis d'Orléans, duc de Chartres, Anne-Palatine de Bavière, veuve de Jules de Bourbon, prince de Condé, cousins dud. seigneur marquis de Mailloc, Françoise de Bourbon, veuve de Louis, duc de Bourbon, gouverneur de Bourgogne, cousin dudit seigneur, futur époux, etc., etc.

C'était on le voit un beau mariage, ou la famille royale ainsi que les plus grands seigneurs de la Cour avaient tenu à assister. Du côté de la future, étaient nommés Angélique de Fabert, son aïeule, épouse en 2es noces de François d'Harcourt, marquis de Beuvron, et en lres noces de Charles Brulard, marquis de Genlis, le duc de la Meilleraye et Madeleine Letellier-Louvois sa femme, le prince de Monaco, ses cousins Le Veneur, marquis de Tillières, les Fabert, etc.

Au point de vue pratique et prosaïque, c'était une mauvaise affaire, l'apport de la future consistait en 100.000 livres en billets de banque, et un don de 100.000 livres de la maréchale d'Harcourt, s'acquittant ainsi des comptes de la succession du maréchal d'Harcourt.

La maréchale avait prêté 160.000 livres le 1er juin de la même année au marquis de Mailloc pour rembourser une


236 MAILLOC

créance de 200.000 livres due aux sieurs Danton Deschamps, et Robinot, secrétaire du roi. Le jour de l'obligation fut passée quittance, portant subrogation en faveur de la maréchale d'Harcourt, laquelle « a délivré a lad. demoiselle d'Harcourt, expédition de lad. obligation et expéditions des deux quittances la mettant et subrogeant en ses droits. » Ainsi la future n'apportait que les 100.000 livres qui lui appartenaient en propre.

Le marquis de Mailloc mourait en 1724, sans enfants, comme il était à prévoir, laissant une succession âprement disputée.

Nous ne pouvons dire, si les voeux exprimés par son testament furent remplis. Ils sont d'un brave homme, mais vu la pénurie d'argent ou il se trouvait, il est à craindre qu'ils ne purent l'être.

« Outre ce qui se trouvera dû de gages à tous mes domestiques, officiers et gardes-bois, que j'aurai lors de mon décès, qu'il leur soit payé à chacun une année dé leurs gages et appointements, et attendu que la femme et fille aînée de la Pierre qui a la conduite des harnois que j'ai au château de Mailloc m'ont rendu service et m'en rendent actuellement audit château de Mailloc où elles demeurent, sans qu'elles ayent de moi aucuns gages certains, mais seulement les gratifications que je leur fais de tems en tems je leur donne... à la mère deux cents livres, et à la fille 200 écus, valant 600 livres pour aider à la marier, lesquelles 600 livres seront mises entre les mains de M. de la Perdrielle, curé de Saint-Pierre-de-Mailloc, auquel je connais assez de piété pour vouloir prendre la peine de les placer utilement pour elle, et les lui faire profiter jusqu'à ce qu'elle se marie .. ne voulant point que son père en ait en aucune manière, l'administration... au sieur Flamang mon Seneschal gruyer de ma terre du Champ de Bataille trois cents livres, etc. »

L'acte d'inhumation de Gabriel-René, marquis de Mailloc, aux archives de Saint-Julien-de-Mailloc, dit qu'il était « décédé au champ de bataille le on?iesme octobre mil sep cents vingt quatre, reconduit à Mailloc pai le sieur curé de Sainte-Oportune, a esté inhumé dans le coeur de l'église dud. Mailloc par


MAILLOC 237

Monsieur le Curé du Besnerey, en présence du sieur Curé d'Orbec (?) et du sieur Curé et vicaire dud. Mailloc, plusieurs autres paroissiens et assisté des Confréries dudit Mailloc Saint-Pierre et Saint-Denis, le vingt trois dudit mois d'octobre 1724 » signé Pouplu-Chemin.

Une partie des intentions du dernier des Mailloc était donc ainsi respectée. Dort-il encore sous les dalles du choeur de l'église ? nous en doutons. L'inventaire de l'église, du 25 floréal an 2, porte un cercueil de plomb pesant « viron 200 livres ». Ce devait être celui qui avait servi à ramener dans son fief le grand seigneur qui avait pu connaître la vanité de cousiner avec les rois de France, mais qui certainement avait eu moins de bonheur sur terre que le moindre de ses vassaux. Les archives sont muettes sur le sort de ce cercueil. S'il n'a pas été réclamé, par les autorités étrangères à la commune, pour faire des balles, on peut-être assuré, qu'il n'a pas été violé, mais la tyrannie des autorités supérieures, et la crainte qu'elles répandaient dans les campagnes, nous laisse supposer qu'il n'en a pas été ainsi.

Il convient de terminer là, l'histoire de la terre de Mailloc. De la mort de Gabriel-René, à la Révolution, les propriétaires se sont succédés, sans avoir fait partie de ce pays de traditions, ou vivent encore les descendants des anciens propriétaires d'aînesses. Soit de plein gré, comme les d'Houdetot, soit forcés par les circonstances comme les Couvert, ils furent moins que des horsins et véritables étrangers en villégiature, ils n'ont rien laissé de leur personnalité ni de leur influence.

La période contemporaine, qui s'ouvre avec le xixe siècle, n'a pas le recul suffisant pour donner aux menus faits qui s'attachent à la nouvelle vie de l'antique Mailloc, l'intérêt qu'on veut bien accorder aux choses du passé.

COLBERT-LAPLACE.


BIBLIOGRAPHIE

Histoire de Normandie, par A. ALBERT-PETIT (un volume in-8° de vm-256 p., avec gravures hors texte, BOIVIN et Cle Editeurs, 5, rue Palatine, Paris, 3 fr.)

Au moment du millénaire de la Normandie, cet élégant volume qui s'adresse à tous et qui est accessible à tous, ne peut être que le bienvenu. Croirait-on qu'il n'existait jusqu'ici aucune histoire d'ensemble de la Normandie? Celle-ci, sous sa forme alerte mais soignée et précise, paraît donc appelée à combler une lacune. Tout appareil d'érudition en a été écarté mais les gens du métier n'auront pas éepeine à s'apercevoir qu'il ne s'agit pas d'une oeuvre de circonstance. L'auteur professeur d'histoire dans un grand lycée de Paris, est au courant des travaux qui ont paru avant le sien et ne se fait pas faute d'y ajouter sur plus d'un point. Bien qu'il ait caché sa documentation avec autant de soin qu'on en met parfois à l'étaler, on sent qu'il a bâti sur un terrain solide.

Ajoutons qu'il est normand, comme l'éditeur et l'imprimeur, qui ont mis leur amour-propre à présenter sous l'aspect le plus attrayant cette monographie de leur « petite patrie ».

Tous ceux qu'intéresse, non seulement la Normandie, mais l'histoire régionale, apprécieront ce spécimen d'histoire provinciale. Voici du reste un extrait de l'avant-propos où l'auteur exprime ses idées sur ce sujet :

« On comprend de plus en plus la nécessité d'intéresser le grand public à l'histoire régionale, trop longtemps réservée aux seuls spécialistes. Elle donne un caractère plus vrai, plus vivant, plus concret, à l'histoire générale ; elle peut contribuer grandement à enrayer l'exode des campagnes vers la ville, de la province vers la capitale. Il est bon qu'un peu de patriotisme local flotte autour du clocher ou du beffroi natal. En s'intéressant au rôle joué par leurs aïeux dans le grand


BIBLIOGRAPHIE 239

drame national d'où l'unité de la France est sortie, les habitants de nos anciennes provinces retrouvent leurs titres de noblesse.

« Aucune n'est plus riche à cet égard que la Normandie. Au cours de ses dix siècles d'existence, elle a tenu une place qui déborde même le cadre de l'histoire nationale. Les Normands sont les derniers envahisseurs qui aient pu s'établir en France. Ils sont arrivés à l'heure où la civilisation galloromaine avait encore assez de prestige pour ptflir leur rudesse, mais n'avait plus assez de prise pour briser leur originalité. Ils se sont affinés sans s'amollir, ce que peu de « barbares » ont su faire. Le rayonnement des Normands dans le monde est un des phénomènes caractéristiques des deux siècles qui suivent leur établissement dans leur nouvelle patrie. Et ce rayonnement a profité finalement à la France et à l'esprit français, dont les Normands furent à cette date les plus brillants représentants.

« Les Normands, c'est une justice que chacun s'accorde à leur rendre, n'avaient pas uniquement l'humeur aventureuse ! ils avaient le génie organisateur. Partout où ils ont passé' ils ont laissé autre chose que le souvenir de leurs grands coups d'épée. Les historiens anglais se plaisent à reconnaître ce que la puissante greffe normande a redonné d'élan et de vigueur au vieux tronc anglo-saxon. Le « miracle canadien » est de même un miracle normand. Si quelques milliers de colons français abandonnés et comme perdus sur l'autre rivage de l'Océan, ont pu maintenir envers et contre tous leur langue, leurs moeurs et leurs traditions, c'est par un prodige de volonté et de ténacité. Ce n'est rien enlever à leur gloire que d'en attribuer une part au sang normand qui coule dans les veines de la plupart d'entre eux ».

Eglise Saint-Merry, de Paris. — Histoire de la Paroisse et de la Collégiale, 700-1910, par M. l'abbé BALOCHE, premier vicaire de Saint-Merry.

L'auteur, un ornais, est originaire de Fiers. Ce titre s'ajoutant à celui de son laborieux et intéressant travail semble bien mériter l'attention de la Société.


240 BIBLIOGRAPHIE

De plus, notre diocèse tient l'histoire de St-Merry par un pan de son manteau. Un des Curés de cette paroisse, en effet, a été évêque de Sées. Ce fut Claude de Morennes «le politique». Après avoir joué un rôle dans la Ligue, ce ligueur converti assista Henri IV à son abjuration à Saint-Denis.

Outre ce souvenir particulier, beaucoup de familles normandes ou ornaises ayant habité ou habitant encore ce quartier peuvent aussi rattacher les leurs à cette importante paroisse, une des quatre filles de Notre-Dame de Paris dont le Chapitre et le Pape seuls étaient supérieurs.

M. l'abbé Baloche a, comme historien, un talent de précision remarquable qui n'enlève rien au charme du style : il tient constamment éveillée l'attention, la curiosité du lecteur.

Son ouvrage a 2 vol. in-8° de 500 pages chacun, avec planches, cartes et portraits.

On souscrit chez l'auteur, 76, rue de la Verrerie, Paris.

Prix de la souscription 20 fr. ; elle sera close le 31 juillet et l'ouvrage paraîtra en octobre 1911.

M. l'abbé Baloche a déjà donné l'histoire de la Chapelle et de la rue Saint-Bon, en un petit opuscule très intéressant.

L. ROBET.

Le Gérant : F. GRISARD.


DOCUMENTS

Dans l'une de leurs dernières séances les membres de notre Société ont décidé d'ouvrir désormais dans chacun de nos Bulletins trimestriels une nouvelle série de publications qui aurait pour titre : DOCUMENTS.

Ils estiment en effet que, jusqu'ici, il n'a pas été tenu compte assez, sinon à la suite de certains travaux comme pièces justificatives, des sources mêmes de l'histoire qui constituent pour les travailleurs consciencieux des éléments de premier ordre et ne se trouvent pas toujours à leur portée dans les Archives publiques ou privées.

Un essai avait été pourtant tenté par M. Frédéric Duval qui eut l'excellente pensée d'extraire des Archives anglaises l'indication des documents normands concernant l'ancienne généralité d'Alençon et d'en donner une liste chronologique dans notre Bulletin. Ce relevé fut accueilli avec le plus vif intérêt. Aussi ne doutons-nous pas que la publication régulière, avec pagination spéciale et tables permettant la formation de volumes distincts, ne réponde au désir de la plupart de nos Confrères. (1)

Ces documents débutent par l'état de la série Q, formée aux Archives Nationales. C'est au R. P. Ubald d'Alençon que nous le devons et son travail est le point de départ de relevés du plus haut intérêt dans les autres séries du même dépôt. M. Paul Marais, conservateur à la Bibliothèque Mazarine, s'inspirant de la même idée, nous fera aussi

(1) Nous adoptons la pagination en chiffres romains et nous établissons cette série de façon qu'elle puisse facilement être détachée. Lorsqu'il y aura matière suffisante pour former un volume, nous adresserons à nos membies le titre et la table.

1


II DOCUMENTS

connaître les manuscrits normands conservés dans les précieuses Archives dont il a la garde, et d'autres Confrères nous ont déjà adressé ou promis la copie fidèle de pièces importantes se rattachant soit à des familles soit à des localités ou à des faits de la Généralité.

Ainsi un champ de recherches nouveau est ouvert à l'activité et au zèle de nos vaillants collaborateurs. Nous leur demandons d'alimenter cette série de communications variées, en mettant un soin rigoureux à la transcription des pièces qui leur tomberaient sous la main et en éclaircissant au besoin le texte par des notes précises de façon à en augmenter l'intérêt et à en rendre la lecture plus facile. Loin d'être aride, cette publication, par la diversité même des sujets qu'elle touchera, saura attirer l'attention de nos lecteurs, leur procurer des bases solides de travaux et rectifier, s'il est besoin, leurs erreurs. Elle sera de plus la sauvegarde de nombreuses pièces d'Archives dispersées çà et là dont la perte est toujours à redouter. Enfin, outre l'intérêt local qu'elle présentera, elle pourra apporter sa contribution à l'histoire générale à laquelle notre région en maintes circonstances a été si particulièrement mêlée.

H. T.


]

Inventaire de la Série Q1 872-891 des Archives nationales de Paris relative au département dé l'Orne.

La Série Q1 des Archives nationales à Paris est une collection factice, rangée par départements. Elle est formée de pièces assez modernes ; aucune ne remonte avant le xne siècle. Presque tout date du xvir 8 et du xvme siècle. Les documents qui composent cette série viennent du Contrôle général, du Bureau de la ville de Paris, de la Chambre des Comptes, des établissements ecclésiastiques, ou enfin des archives des princes et des seigneuries.

Un inventaire sommaire (et manuscrit) en a été rédigé par M. Soehnée.

Le département de l'Orne embrasse les cartons cctés Q1 872-891 inclusivement. Les pièces les plus anciennes remontent au xive siècle. Les cartons 872-884 ont trait à l'état des domaines ; les trois suivants 885-887 aux Eaux et Forêts et les derniers 888-891 aux Droits et Offices supprimés au xvme siècle.

En tête de l'analyse de chaque carton on trouvera ici uiï résumé succinct indiquant les noms des cantons. Les noms de lieux ont été transcrits suivant l'orthographe des pièces inventoriées. On les identifiera facilement en se reportant à l'excellent travail de notre confrère M. Louis Duval, Essai sur la topographie ancienne du département de l'Orne. Alençon 1882.


IV DOCUMENTS

Q1 872

DOMFRONT : Athis, Domfront, La Ferté-Macé. 1429 à 1775.

— Onze dossiers et 134 pièces.

Copies d'anciens titres du domaine de Domfront : Engagement de la vicomte de Domfront (1600) — Officiers de D.

— Etat du revenu.

Vente de deux pièces de terre, appelées les Vieilles Ventes de l'Hermitage d'Andaine, et le Vivier du Roy, à Judic de Broon (1594).

Contrat d'acquêt d'une rente annuelle de 9. s. t. par l'abbaye de Lonlay sur le Moulin du Perron, passé devant Gosselin, notaire à Alençon. 29 décembre 1429.

Bail à rente de 150 acres de terre, appelées les Ventes, Patoutes en la forêt d'Andaine, à Gilles et Jean Mésanges, à la charge d'une rente annuelle de 6 deniers t. par chacun acre. 13 juillet 1481.

Concession et usage d'eau à Domfront fait par le bureau des finances d'Alençon à Jean Gaubert, à la charge d'une rente perpétuelle de 20 s. 11 juin 1668.

Avis du Grand Maître et dire de l'Inspecteur des domaines sur la propriété de la fontaine des Bains de Bagnoles, avec les maisons, terres et prés qui en dépendent, par Pierre Hélie écuyer sr de l'Epigneux (1736 et 1737). Procès-verbal de remise à l'Intendance des titres qui établissent cette propriété, par le sr Hélie (15 octobre 1718).

Vente des fiefs d'Avelines, Le Maignan et de Houssemaine sis en paroisses d'Avrilly, la Haute-Chapelle et Lucé, par les commissaires généraux du Conseil, à André Halley de Clerbourg, moyennant 10.780 1. 1er juillet 1676.

Établissement d'une école de charité à Montilly (canton d'Athis). Requête du curé Du Rosel de Beaumanoir tendante à être autorisé par le Roi à fonder un maître d'école dans sa paroisse. Avis et lettres, 1772.

Adjudication du domaine de Durcet et de Sainte-Opportune, adjugé par les commissaires généraux du Conseil à la veuve Anzeray moyennant 800 1. 14 mai 1703.

Concession de deux fiefs de Brault et Boudinière situés


DOCUMENTS V

paroisse de Durcet, par l'abbaye de Villers-Canivet au sieur Thiboult de Durcet, moyennant 3.000 fr. une fois payés et une rente annuelle de cent boisseaux de blé froment. Décembre 1775. Papiers divers y relatifs.

Contrat de vente et d'adjudication de la terre et baronnie de la Ferté-Macé, et pièces diverses y relatives —■ Expédition d'un contrat passé devant Me Sauvage et son confrère, notaires à Paris, par lequel MP Nicolas-Louis d'Argouges, chevalier de Rânes, a vendu à Mre Charles-Louis d'Argouges, marquis de Rânes, la baronnie de la Ferté - Macé avec toutes ses appartenances et dépendances, moyennant 40.326 1. 13 s. 4 d. 10 juin 1761. — Grosse en parchemin d'un arrêt du Conseil d'Etat par lequel le roi accepte la remise faite à S. M., par le marquis de Rânes, de la baronnie et domaine de la FertéMacé et autres domaines y énoncés moyennant 47.801 1. 13 s. 4 d. 19 juillet 1774. — Expédition en parchemin de la quittance de la somme énoncée, donnée par le marquis de Rânes au sieur de Magnanville (97 pièces).

Q1 873i

DOMFRONT ET ARGENTAN : La Ferté-Macé, Sainl-Gervais de Messey, Juvigny, Passais, Argentan et Exmes, 1586, 15941787. — Douze dossiers et 71 pièces.

Concessions de terrains dans la commune d'Argentan. Déclarations fournies au greffe de l'intendance d'Alençon.

Concession d'un terrain faisant partie du château d'Argentan. Copie collationnée de lettres patentes par lesquelles le roi fait concession aux sieurs du Theil et des Rosiers d'une place vaine par la démolition du château d'Argentan, à la charge d'une redevance annuelle de 8 1., avril 1634. — Plan par terre du château.

Expédition de la déclaration fournie au greffe de l'intendance d'Alençon par le procureur fondé de Claude d'Aumont, contenant l'énoncé des titres de propriété d'une place à faire un jardin, sis fossés d'Argentan, à lui fieffée par les trésoriers du Bureau des finances le 24 avril 1684, moyennant une rente annuelle de 20 s. 12 septembre 1718.


VI DOCUMENTS

Rapport fait au Conseil et Bon pour expédier des lettres patentes qui permettent à l'abbaye d'Almenêches de vendre au duc de Coigny la terre de Saint-Silvain près de Caen. 28 juillet 1787. Pièces relatives.

Pièces (26) relatives à l'échange des domaines d'Argentan et Exmes entre Monsieur frère du roi, qui a donné en contreéchange de ces domaines la forêt d'Argentan, et les sieur et dame de Cromot, échange ratifié par lettres patentes du mois d'août 1776. Rôle des fiefs mouvans de la seigneurie d'Argentan dressé le 24 décembre 1613.

Projet d'arrêt du Conseil d'Etat rendu en l'instance pendante audit Conseil entre la dame de Courtomer, le comte de Rânes et l'inspecteur général du domaine, qui déclare celui du Pré de la Frète faire partie du domaine de la FertéMacé. 7 janvier 1755. Mémoires, avis et lettres (7 pièces).

Renseignement sur les Bruyères, et communes de Saint Marc et Mantilly. Procès-verbal de l'adjudication provisoire faite par le subdélégué de l'intendant d'Alençon, des Bruyères. 18 août 1749.

Procès-verbal d'évaluation par les commissaires généraux du Conseil du fief de la Fontaine Ozane, canton de Juvigny. Février 1594.

Minutes et expéditions de deux arrêts du Conseil qui ordonne la vente des domaines de Chambrun-le-Normant, les Brières-Vertenoës, sis en la paroisse de Saint-Maurice, canton de la Ferté-Macé, au marquis de Laval, moyennant 13.733 1. 6 s. 8 d. 22 juin 1718.

Minute d'un contrat de revente du domaine de Saint-Maurice par les commissaires généraux du Conseil au sieur Crozat, moyennant une rente annuelle de 103 1. 14 janvier 1734.

Q1 8732

I}OMFHONT : Passais. 1540. — Une liasse et 223 pièces en parchemin. Sceaux.

Déclarations censuelles pour héritages et propriétés situées dans les paroisses de MantjUy et Epinay données au roi et reine de Navarre, duc et duchesse d'Alençon, en 1540.


DOCUMENTS VII

Q1 874

ARGENTAN : Argentan. 1405-1774. — Quinze dossiers et 203 pièces.

Contrat d'échange de la terre du Pin près d'Argentan. 20 mai 1715.

Procès-verbal d'adjudication provisoire par l'intendant d'Alençon d'une terre nommée la Mare-Jaquette en la paroisse de Silly. 27 février 1753 (18 pièces).

Copie collationnée d'un arrêt du Conseil portant suppression d'une redevance de 34 boisseaux de froment et 51 boisseaux d'avoine que les habitants de Moulins étaient tenus de payer au duc de Vendôme pour droit d'usage dans la forêt de Goufîey dépendant du domaine d'Argentan. 24 mars 1687.

Minute ministérielle d'un arrêt du Conseil qui ordonne la revente de deux places vaines et vagues et en bruyères, situées hors et dépendantes de la forêt de Gouffey, au sieur Jules-David Cromot, à la charge d'une redevance annuelle annuelle de 10 sols par chaque arpent. 6 avril 1760 (6 pièces).

Concession du fief, terre et seigneurie de Fourneville située dans l'étendue de la vicomte d'Auge, par lettres patentes de Louis, duc d'Orléans, au sieur Robert Detin.écuyer, seigneur de Villeretz, à la charge d'une rente annuelle de 36 1. tournois, 13 janvier 1491.

Rapport fait au Conseil et Ron pour expédier des lettres patentes qui permettent à l'abbaye de Silly d'aliéner à titre d'échange les fiefs de Montaigu, Courzeron, Chagny et Cougy, au sieur Cromot. janvier 1762.

Renseignemens sur la concession faite au sieur Kolly d'un domaine de 200 acres de prairies, situées paroisse deSarceaux, par les commissaires généraux du Conseil, à la charge d'une rente annuelle de 780 1. 11 septembre 1750.

Vente et adjudication par les commissaires généraux du Conseil au sieur Taconnet des bois appelés la forêt d'Andaine, moyennant la somme de 275.477 1. 8 s. 1658. —Jugement des commissaires du Conseil. 3 avril 1631.

Domaine et fiefferme de Reaumais dépendant du domaine d'Argentan, dont le sieur Deschamps demande par requête


VIII DOCUMENTS

la revente aux offres qu'il fait de payer au domaine une redevance annuelle de 4.000 1. 5 septembre 1774.

Contestation entre le duc de Montpensier et les religieux de Troarn au sujet de l'opposition formée par ces religieux à la vente de toutes les terres vaines et vagues, prés, etc. étant dans la vicomte d'Auge, dont le duc de Montpensier est héréditaire. 17e siècle. 8 pièces.

Fief et vavassorie nommée au Cauchois et autres héritages situés paroisse de Moulins, adjugés provisoirement par l'intendant de la généralité d'Alençon le 17 janvier 1758, en exécution d'un arrêt du 12 novembre 1757, à laquelle adjudication le sieur Pretot de Grandmenil s'est opposé, attendu qu'il en jouissait en vertu des Lettres patentes du mois d'octobre 1702 dûment enregistrées, par lesquelles le roi lui avait cédé cette vavassorerie à perpétuité. 45 pièces.

Domaine d'Aulnou-le-Faucon. 31 pièces. 1594-1777. — Contrat de vente et d'adjudication à François d'O de la baronnie d'Aunou. 14 février 1594 — Copie collationnée d'une quittance par laquelle Marguerite de Lorraine, veuve en premières noces d'Anne de Joyeuse et en secondes noces de François de Luxembourg, reconnaît avoir reçu de Germain Cousin, syndic de François d'O, la somme de 21.000 1. pour la terre et baronnie d'Aulnou-le-Faucon, 6 avril 1615.

Minute d'un contrat de revente par les commissaires généraux du Conseil du domaine d'A. au sieur Auguste de Sainte-Foy, chevalier d'Arc, pour une rente annuelle de 16701. et à charge de rembourser au sieur Blarce, ancien engagiste, une somme de 29500 1. 5 sept. 1768.

Aveu des fiefs de la Sauvagère et de la Coulonche par le sieur de Sarceaux. 17 septembre 1405.

Remise d'une rente de 10 1. t. à prendre sur la terre et seigneurie de Merle-Raoul en la vicomte d'Argentan. 24 juillet 1444.

Liasse de papiers, de requêtes, mémoires, répliques d'instance entre le Sr de Saint-Martin et les duc et duchesse du Maine, sur la question de savoir si ces derniers engagistes du domaine d'Argentan sont en droit de retirer le marais et les étangs de Baise, revendus en 1639 au sieur de Saint-


DOCUMENTS IX

Martin ou si les duc et duchesse du Maine sont fondés à contester audit sieur de Saint-Martin la possession des droits honorifiques des paroisses de Sarceaux et de Mauvaisville 79 pièces, 1580-xvme siècle.

Q1 875

ARGENTAN : Briouze, Ecouché. 1304, 1594-1767. — Six dossiers, 93 pièces.

Echange entre l'évêque de Sées Néél de Cristot et le sieur d'Avesgo de Coulonge, de fiefs dans les communes de Laleu, Coulonges et Saint-Aubin d'Apnay, Mai 1756.

Domaines de Fontenay et Tanques. Vente à Jean Lefevre sieur de Laubrière. 27 février 1594.

Vente au sieur Gouhier (François-Odet-Henry) 27 février 1759. 16 pièces.

Modération de la taxe de Confirmation à laquelle le prince de Lambesc avait été compris au rôle du 3 décembre 1709, de 1800 1. à 400 1. pour le fief ferme de Saint-Hilaire (canton de Briouze), anciennement aliéné du domaine. 28 juillet 1715.

Vente du fief de Saint-Hilaire et ses dépendances, sis en la paroisse dudit lieu, à Jérôme Vauquelin, moyennant 220 écus sol et 22 écus pour les deux sols pour livre, 21 septembre 1594.

Pièces (34) relatives à l'instance au Conseil d'Etat d'entre l'inspecteur du domaine et le sieur d'Orglandes, possesseur de la baronnie de Briouze, sur la domanialité de la dite terre.

Vente et adjudication du domaine de Goulet au sieur Jean Lefaure sieur de Laubrière. 27 février 1594.

Vente au même de la seigneurie de Cuigny et de Pellainville. 27 février 1594. —Arrêt du Conseil qui maintient JosephNicolas Desbrosses dans la possession et jouissance des seigneuries de Goulet, Cuigny et Tainville sur l'offre par lui faite de payer 24.000 1. 22 mars 1766.

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X DOCUMENTS

Qi 876

ARGENTAN • Exmes, La Ferté Fresnel, 1444-1778. — Neuf dossiers et 106 pièces.

Arrêt de la chambre des comptes à Rouen portant décharge à Jean Quesnel tenant du roi le moulin de Fresnay et deux pièces de terre contenant une acre et demie, assises ei^ la vicomte d'Argentan desquels est tenant ledit Quesnel, à savoir de 6 1. tournois en une partie et 28 s. 8 d. tournois et 4 boisseaux de blé, le tout de rente par an, depuis le terme de Pâques 1441 jusqu'en l'an 1446 inclus, à la charge par ledit Quesnel de rétablir ledit moulin. 11 décembre 1444.

— Autre arrêt portant mandement au vicomte d'Argentan de faire livrer audit Quesnel une meule pour ledit moulin en payant ce qu'elle vaudrait de plus de 30 sols. 12 décembre 1444.

Sentence qui permet entre autres choses au baron de la Ferté-Fresnel de jouir de deux touches de bois en la sieurie de la Ferté-Fresnel. 4 août 1464.

Rapport au Conseil et procès verbaux de visite et d'arpentage d'une pièce de terre en herbage, située en la paroisse de la Roche Nonant, cédée au roi en échange d'une pièce de bois pour être mise en culture. 3 avril 1728.

Vente d'une pièce de terre appelée le parc de Themart et autres joignant ledit parc, par les commissaires généraux au sieur de Nointel pour 3.300 1. 24 novembre 1678.— Plan.

Contrat de vente à Gaspard-Erard Legris de Montreuil de la fiefferme de Gonnor et Desportes, sise en la paroisse de Croisille et Orgères en la vicomte d'Orbec. 10 juin 1676

— Vente de la même au sieur de Roncherolles, à la charge d'une rente annuelle de 52 1. 11 septembre 1749.

Rentes dues à l'abbaye de Silly sur des héritages situés dans la seigneurie de Fougy. — 10 pièces, xvii-xvme siècle.

Déclaration donnée par le procureur général du Parlement de Rouen, conformément à l'édit de juillet 1693, relatives à des héritages divers situés dans les paroisses du Pin, de la Cochère, de Chagny et Silly. — Imprimé.

Haras du buisson d'Exmes. Minutes ministérielles des arrêts du Conseil relatifs à l'établissement des haras du


DOCUMENTS XI

Buisson d'Exmes, aux acquisitions et échanges des terrains nécessaires audit établissement. Etats et autres pièces de renseignements. Plan du Haras (51 pièces). Le premier acte mentionné est de 1715.

Vente de 560 arpens de bruyère, à Glos, à Edme-David Leteure. 18 novembre 1762.

Minute ministérielle d'un arrêt du Conseil rendu contradictoirement entre les habitants et communautés de Glos, Mesnil-Guillaume, Saint-Martin de Maillot et Saint-Jean de Livet, par lequel le roi déboute ces communautés et maintient le sieur Royer dans la possession des terres à lui concédées par arrêt du 20 octobre 1762, et contrat passé en exécution de celui du 18 novembre 1762. 16 pièces.

Q1 877

ARGENTAN : Gacé, Le Merlerault, Mortrée. 1404-1788— Neuf dossiers et 110 pièces.

Aveu et dénombrement du fief entier de Neufville-surTouques, ensemble fief membre de fief appelé le fief du Buisson, fourni au roi par Robert du Bois Bernard, écuyer, Attache de la chambre des comptes sur ledit aveu. 19 janvier 1404.

Revente du pré du Moutier, sis en la paroisse deMarigny, au sieur Nicolas de Blessebois, moyennant une rente annuelle de 10 1. 26 mars 1749.

Minute de l'arrêt du 16 avril 1748 qui ordonne la revente des Marais de Saint-Martin d'O. 16 avril 1748. — Procès verbal de l'intendant. 18 juillet 1748.

Revente et adjudication des héritages dits Laurent des Bruyères en la paroisse de Marigny ou Saint-Loyer au sieur de Blessebois, sieur de la Garenne, moyennant une rente annuelle de 10 1. 5 septembre 1748.

Echange entre l'abbaye de Saint-Vandrille et le sieur de la Brière, suivant lequel l'abbaye cède 15 acres enclavées dans le fief du Gilet Bernard et une prairie de six acres, contre deux petites fermes sises en la paroisse de Saint-Vandrille, enclavées dans les terres de l'abbaye. 31 juillet 1784.


Xn DOCUMENTS

Rapport et bon pour confirmer la cession faite à la demoiselle Matignon par l'évêque de Lisieux du fief et seigneurie de la chapelle du Mont Genouïl, canton de Gacé. 23 février 1788.

Requête au Conseil du sieur de Tachères, prieur de SainteGauburge, et de Claude de Malard, pour faire un échange de quelques fonds sis audit lieu. Permission accordée. Novembre 1774.

Vente et aliénation de 8.000 arpents 24 perches de terre vaines et vagues en quatre pièces joignant les communes de Vrigny et de Saint-Christophe, aux sieurs Guerrier et Guerrier de Lormoy, en vertu d'un arrêt du conseil du 26 mars 1762, à la charge d'un cens annuel et perpétuel de 15 s. pour chacun arpent. Pièces relatives aux oppositions survenues à ladite aliénation de la part de plusieurs communes, Le Cercueil, Tanville, Saint-Hilaire-la-Gérard, Bray, Marigny et Montmerrey. 81 pièces.

Qi 878

ARGENTAN : Putanges et Vimoutiers. 1400-1787. — Neuf dossiers et 167 pièces.

Aveu du fief des Retailles (près le Sap), par Jehan du Rouyl. 3 janvier 1400. Attache de la chambre des comptes sur ledit aveu.

Les Bruyères de Croûtes. Pièces relatives aux oppositions formées par divers à la vente des Bruyères, ordonnée par arrêt du conseil du 22 mai 1762, et à l'arrêt du 10 juin 1766 qui, faisant droit sur les dites oppositions, déclare n'y avoir lieu à la vente ordonnée par le premier arrêt. 1482-xvme s. — 95 pièces.

Publication et affiches concernant la vente et aliénation d'une bruyère contenant 20 acres située paroisse d'Orville. 1754.

Rapport au Conseil et décision portant permission au sieur Pierre-Marin Heurtaux, curé de Rabodanges, de céder deux petites portions de terre assises audit lieu. 3 mars 1787.

Vente d'une bruyère appelée la Bruyère Commune de


DOCUMENTS XIII

12 à 13acres delà paroisse d'Orville à Gilles Louvet et autres moyennant une rente annuelle de 76 1. 21 août 1755.

Titres de propriété de la baronnie de Bazoches, vicomte de Falaise 1483. Deux pièces. — Bail à ferme pour 10 ans des fruits, profits et revenus de la même. 28 juin 1485.

Engagement des halles du bourg du Sap fait au sieur Geslin de Belcourt le 18 septembre 1688. — Pièces de la contestation y relative entre le sieur Frère, lieutenant de police du bourg du Sap, et le sieur Degrieu de la Fontaine lors propriétaire, qui a été jugée par arrêt du 30 août 1729 et qui a confirmé le sieur Antoine dans la jouissance des halles.

Domaine des Prez du Vivier et des Vallées faisant partie de la forêt de Bazoches. — Inst ince entre le procureur général de Monsieur frère du roi et le sieur Guy-Louis Faucon de la Cigogne. — Arrêt de réunion au domaine de ces deux prés. xviie-xvme siècle. 17 pièces.

Revente des bruyères de Leffrie contenant 200 arpents, situées paroisse de Bazoches, parles commissaires généraux du Conseil au sieur Henry-François de Rabodanges, moyennant une rente annuelle de 78 1. 17 janvier 1743.

0/879

ALENÇON : Alençon. 1452-1780. — Vingt-deux dossiers et 211 pièces.

Arrêt du Conseil du 7 février 1772 concédant des parties du parc du château d'Alençon pour y percer des rues et y faire diverses constructions et des casernes. — Plan.

Arrêt du conseil qui réunit les biens de la duchesse de Guise au domaine. 3 avril 1696.

Arrêt qui ordonne que le baillage d'Alençon, le bureau des finances et autres juridictions seront à l'avenir placées dans le château d'Alençon. 22 septembre 1770. — Autre arrêt du même jour qui approuve l'alignement de la nouvelle route d'Alençon au hameau du Pont Percé, proche le village de Condé-sur-Sarthe, faisant partie de celle de Paris en Bretagne. — Lettres relatives à ces matières (1)

1. Il y avait dans ce dossier, jadis, un plan géométrique de la ville, des faubourgs et des environs d'Alençon. Ce plan est maintenant dans E. 2465. Il y en a aussi un autre dans N. III. 17, toujours aux Arch. Nat.

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XIV DOCUMENTS

Copie collationnée d'un contrat passé devant François Ledonné et JeanPrudhomme, notaires à Alençon, par lequel Gabrielle Saunier, veuve de René Guérin, sieur de la Vallée, a vendu au trésor de l'église de Saint-Léonard de la ville d'Alençon une maison située dans la rue du Val-Noble de la ditte ville. 22 janvier 1740.

Mémoire, lettres, décision du Conseil pour permettre au Carmélites, nouvellement établies à Alençon par lettres patentes de 1780, d'acquérir une petite maison attenante à leur couvent qui n'a que 16 pieds de largeur du côté de la rue et 23 pieds du côté du jardin. 1782.

Rapport fait au Conseil et décision pour expédier des lettres patentes qui permettent aux Carmélites d'Alençon d'acquérir une maison privée du sieur Poullain de Martenay pour le prix de 20.240 1. rue de la Juiverie. 1780 (1). 28 pièces.

Vente de trois pièces de terre appelées les petits prés de la Dame, les prés de la Queue, faisant partie du domaine d'Alençon, à François Duval, bourgeois à Paris moyennant 14.050 1. 10 mars 1718.

Aliénation à Marie-Elisabeth Guille des Buttes de trois moulins banaux de la ville d'Alençon affermée 4.100 1. 12mai 1718. — Requête de la même, tendante à faire annuler les sentences du juge de police d'Alençon des 12 et 19 août 1732 10 décembre 1737. — Procès verbal des dires de la même et des habitants et boulangers d'A'ençon et projet d'arrêt du conseil, qui décharge le fermier des moulins banaux d'Alençon de l'obligation d'avoir un commis qui enregistre jour par jour et date les grains qui leur sont apportés. 8 juillet 1738.

Minute d'un contrat de vente et adjudication à Antoinette Vincent, veuve de Jean Fournier, de deux fours banaux (rue du Bercail et carrefour des Etaux à Alençon) de la coutume du Blé de ladite ville, et de la coutume de l'Egrun, d'une pièce de terre nommée le Préchangé, du pré Ramberge en la paroisse de Hambon proche Alençon, et du pré de la Roche du Sollier en la paroisse de Saint-Germain, moyennant 45.840 1. 2 juin 1718.

1. Les Carmélites d'Alençon furent fondées grâce à la protection de « Madame Louise », la bienheureuse fille de Louis XV.


DOCUMENTS XV

Bon du roi pour la confirmation de l'adjudication au profit de Jean Taillepied, brigadier de la maréchaussée, d'une maison en masure située faubourg de Cazault près la porte de Sées, moyennant 33 1. 10 d. de rente annuelle et perpétuelle. 1767.

Providence d'Alençon. Requête des Soeurs pour obtenir des lettres patentes leur permettant d'acquérir la maison dans laquelle elles demeurent. 1777. — Mémoire pour les mêmes Soeurs. — Requête au Roi du curé (Loiseleur), marguilliers (Leconte de Betz et Louis Aubert) et fabrique de N.-D. d'Alençon. — Décision du conseil qui autorise les Soeurs de la Providence à acquérir la maison située place du Plénître. 7 mai 1777. 9 pièces.

Bon du roi pour le don demandé par le nommé Rousseau, propriétaire de l'auberge du More, d'un terrain pour pouvoir augmenter son commerce. 1732. — Plan (1).

Requête de la municipalité d'Alençon, tendante à obtenir le don du terrain qui fermait autrefois le parc du château d'Alençon, lequel terrain est aujourd'hui coupé par la grande route de Bretagne et pour y construire des halles couvertes et y tenir les foires. 1771.

Copie collationnée de deux contrats passés devant les notaires d'Alençon. Par le premier, François et Françoise Houssemaine ont vendu à la confrérie de Toussaint, érigée en l'église Saint-Léonard d'Alençon, une maison et ses dépendances sur la rue des Marais. Par le second, Elisabeth des Ormes a vendu à la même confrérie une maison voisine de la précédente, également sise rue des Marais. 16 octobre 1739 et 2 juillet 1747.

Four banal de la porte de Sarthe d'Alençon. René Pillon fournit les titres de propriété. 27 juillet 1718 : acte d'adjudication à Guillaume Cheron (18 mars 1489), sentence réglant le partage des rues entre ce four et le four des Etaux (18 mars 1501), aveu de 1567, etc.

Copie d'une déclaration fournie au greffe de l'intendance d'Alençon par Jacques de Salle, huissier, époux de Marie

1. L'auberge du More est aujourd'hui (1910), le café Lansmant, à l'angle de la rue St-Blaise et la rue Cazault.


XVI DOCUMENTS

Toutain, établissant en sa faveur la propriété d'une maison et place située proche la porte de Sées sur le fossé. 16 août 1718.

Aveu et dénombrement de divers héritages situés à Alençon et Essay rendu au duc d'Alençon par l'abbaye de Perseigne. 20 avril 1452.

Domaine d'Alençon. Bail du domaine d'Alençon au profit de Pierre Pellet pour six années à commencer du jour de Saint-Rémy 1637 moyennant 12.500 1. par année.— Compterendu par Charles Renoult du tiers du revenu des domaines d'Alençon. 25 avril 1713. — Lettres patentes qui autorisent le frère du roi à faire dresser le terrier de la vicomte d'AlençonVersailles, 11 août 1779. 16 pièces.

Etat des immeubles servant à l'exploitation de la ferme des gabelles dans toute l'étendue de la direction d'Alençon. 1771.

Renseignements sur les biens dépendants de la successsion de Mme l'Electrice Palatine (fille de la duchesse de Toscane et petite fille de Gaston d'Orléans frère de Louis XIII) (1).

— Ordonnance du bureau des finances qui a réuni ces biens aux domaines. — Arrêt qui annule cette ordonnance et décide que l'Empereur sera mis en possession desdits biens. 24 juin 1749.

Murs, fossés et remparts d'Alençon. — Concession de diverses portions de ces terrains. — Procès verbaux de représentation, au greffe de l'intendance, des titres de propriétés, maisons et jardins sis sur lesdits remparts, fournies par Philippe Duval, sieur de la Semée, Jerémie Dubois, Jean Boullemer, le P. Davrigny, jésuite, Pierre Camusat, LouisPaul Menjot de Champ fleur, Thomas Lecomte, René-François Poullain de Brustel, Jacques-Michel Paillard de Larré, Pierre Duval du Coudray, Henri de Marcilly de Larré, Gilles Lorieux, etc. — Corps de garde de la porte de Sées 1724.

— Projet d'arrêt du conseil ordonnant la vente des terrains depuis la porte de Sées jusqu'à la rue du Cours. 1726. —Devis de réfection du mur d'enceinte près la porte de Sées. 1727.

— Plan d'une tour. 58 pièces.

1. Morte en 1743. C'est elle qui possédait l'hôtel de Guise, aujourd'hui la préfecture.


DOCUMENTS XVII

Domaine de Carentan. Contrat d'acquisition 1612. — Transaction en faveur du sieur Frotté de Couterne. 1775. 9 pièces.

Q1 880

ALENÇON : Alençon et Carrouges, 1401-1773. — Vingttrois dossiers et 120 pièces.

Deux pièces de terre situées au village de la Dormie, paroisse de Valfrembert. 1746.

Aveu et dénombrement du fief de Saint-Ouen-le-Brisoult fourni en la chambre des Comptes par Jean Panthouf.écuyer. 9 juin 1401.

Baux (5) emphythéotiques d'héritages sis à Saint-Germaindu-Corbéis et Montsort. 9 janvier 1485, 12 juillet 1486, 21 octobre 1487.

Pièces relatives à l'échange d'une terre entre le sieur Valfrembert, chapelain de la chapelle Notre-Dame, dans la paroisse Saint-Denis-sur-Sarthon, et le fondateur de cette chapelle. 1769.

Amortissement de rente sur le moulin à vent et métairie du Noyer, fief de Chesnay et seigneurie de la Motte. 8 octobre 1594.

Droits de la rivière de Sarthe en fonds et rives avec la pêche depuis le grand moulin d'Alençon jusqu'au moulin d'Ozé. Vente à Louis Dumoulin, comte de l'Isle pour 1350 1. 22 juin 1718.

Baux (5) emphythéotiques d'héritages sis à Semallé et Saint-Germain du Corbéis. 8 mars 1466, 23 janvier 1470, 8 mars 1489 et 20 juin 1497.

Baux (14) emphythéotiques d'héritages sis à Saint-Germaindu Corbéis. 1488, 1496, 1497, 1519, 1521, 1525.

Baux (9) à rente d'héritages sis à Hauterive et à Milly. 12 mars 1466. — 17 juin 1489.

Pièces (11) relatives à l'acceptation par le curé de SainteMarguerite-de-Carrouges d'une maison offerte par Marie le Royer pour y établir une école. 1764.

Revente des communes de Cherchenay (Clerchenay ?) (1)

1. Sans doute le Chesnay, canton de La Fresnaye (Sarthe), tout proche d'Alençon.


XVIII DOCUMENTS

joignant la forêt d'Alençon, au profit de Charles-François de Montmorency-Luxembourg et de Nicolas Blessebois, sieur de la Garenne, contenant 153 arpents et demi et un demi quartier, à la charge de payer au domaine 38 1. de rente annuelle et de rembourser les finances payées par les anciens engagistes. 1750.

Don à vie du fief de Sainte-Anestaise en lavicomté d'Alençon au profit de Jean Stain. 8 octobre 1443.

Rapport au conseil sur la fiefîerme d'Amblanvillepossédée par le sieur de Beaurepaire. 5 juillet 1716.

Acquisition par les bénédictines de Montsort de la terre et métairie de la Boulaye située en la paroisse de Challange devant Racinet, notaire à Montsort, sur Guy-Antoine de SaintSimon. 23 janvier 1727, — et de la terre et métairie de la Héronnière dont le chef est situé à Hauterive, sur LouisCharles-François Poret de la Challerie et Marie de Chabot son épouse (5 novembre 1730).

Baux à rente d'une maison jardin et domaine de la Couverie. Don viager de la terre du Plessis. 1470-1487.

Le Pré de Fresne et de Moire. Aliénation à l'abbé de Preval. 1709.

Adjudication à Gaspard Brisard d'un terrain vide au lieu de la Grande Sarthe à la charge de payer au domaine 5 1. de rente annuelle. 30 septembre 1733.

Vente et adjudication à Abraham Cardel d'une pièce de terre nommée les longs Prés ou Prés du Prince, à Semallé, affermée jadis à François Louvel, puis au sieur Chesnay, moyennant 2600 1. 2 juin 1718.

Vente par Pierre Chambey, journalier à Radon, de la moitié d'une maison et ses dépendances, à la confrérie de la Présentation de Notre-Dame d'Alençon, sise en paroisse de Valfrembert au lieu de la Croix-Hutin, par contrat passé devant François Ledonné et Jean Prodhomme, notaires à Alençon, 26 juin et 18 septembre 1741.

Vente à la même confrérie d'une maison sise à Valfrembert à la Croix-Hutin, par Jacques Dupont, me perruquier. 11 décembre 1731.

Revente des landes du Bourg, paroisse de Tanville, par


DOCUMENTS XIX

les commissaires du conseil au profit de René-François le Roy, du Cercueil, à la charge payer 54 1. de rente annuelle au domaine et de rembourser les finances payées par les anciens engagistes. 29 janvier 1750. 8 pièces.

Titres de propriété et déclaration fournie au greffe de l'Intendance de la généralité d'Alençon par André Sautel, marchand, de la propriété d'un pré en la prairie d'Alençon nommé le Pré-le-Comte, 1er juillet 1718. 8 pièces. 1594-1718.

Titres de propriété, concession d'un terrain situé dans le lieu de Carthaguène d'environ 400 pieds de long et de 40 de large joignant la rivière de Sarthe, dépendant du domaine d'Alençon, au profit de Jacques Fromentin, négociant, à charge de payer un cens annuel et perpétuel de 2 s. et de continuer en outre d'acquitter la rente de 18 1. portée par le procès verbal d'adjudication du 8 octobre 1740. 16 novembre 1773. 24 pièces (1).

Qi 881

ALENÇON : Le Mesle-sur-Sarlhe. 1455, 1621, 1774. —Trois dossiers et 153 pièces.

Vente d'un arpent ou environ de terre labourable situé à Bursard par Jacques Daniot, maçon, et Jeanne de la Marre, son épouse, demeurant à Notre-Dame de la Place à Sées, au clergé de diocèse de Sées, moyennant 1501., par contrat passé, devant Le Fevre et Loison, notaires à Sées. 5 décembre 1739.

Déclaration fournie par Robert Gallot, chapelier à Essay, pour justifier la propriété de 40 toises de terre à lui fieffé proche l'étang d'Essay, et nomméeSavarme. 12septembrel718.

Domaine d'Essay, Sainte-Scolasse, Moulins, Bonmoulins (151 pièces) : Essay et Sainte-Scolasse: 1593-1725. 13 pièces — Noms des gentilhommes qui font des rentes à la recette d'Essay — Etat ou revenu d'Essay. 1724 — Les halles, la coutume, le four, le moulin d'Essay. 1754. — Copies de lettres patentes des ducs d'Alençon en 1455 et 1578 et ordonnance du sieur de Fleury, grand maîstre et surintendant, général des Eaux et Forêts de France du 17 juin 1603, données

1. Un des propriétaires en 1734, Jacques Hébert, orfèvre à Alençon.


XX DOCUMENTS

en faveur des habitants de plusieurs paroisses (Saint-Georges des Ventes-de-Bourse, Escheufley, Mesnil-Broust, SaintPierre-de-Neuilly, Mesnigniou, Essay, Montperroux, SaintMartin d'Hauterive, Saint-Pierre-de-Vandes, Bursard, Aunay, Aulnou, Marchemaisons et Boitron), pour prendre du bois dans la forêt de Bourse. — Vente des Prés-Lecomte, l'herbage Merderel, le pré de la prairie d'Essay, l'étang Paillerot, les prés d'Epinay, la moitié du fief commun de Mortrée et la rente de 36 1. sur le moulin Buhoust, le fief Augibain et la sergenterie Jean Duchesnay. 1675-1698. — Abandon au roi des parties du domaine d'Essay par le marquis de Thibouville 1773-1774. —Vente à Louis de Marignac, maréchal de France, et à Catherine de Médicis, sa femme, des chatellenies, terres et seigneuries d'Essay. 15 mars 1621.

Qi882

MORTAGNE : Bellême, Laigle,Longny, Mortagne. 1386-1787. — Vingt-six dossiers et 133 pièces.

Vente de 4 acres de terre en labour sise en la paroisse de Réveillon, à François Malherbe pour 185 écus sol et 4 s. de rente sieuriale. 14 novembre 1594.

Arrangements faits entre le sieur Le Roux, premier valet de chambre du comte d'Artois, et les habitants de Réveillon et de Mauves au sujet de chemins à construire. 1787.

Aveu et dénombrement du fief de la Poithemynière et dépendances relevant du roi à cause de sa seigneurie de Bellême. 6 mai 1575.

Aveu et dénombrement du fief de la Pagnerie, en la Chape leSouef, relevant des terres et seigneuries des Feugerets et de la Poithemynière. 10 mai 1606.

Représentation par les héritiers du sieur de Leschamps des titres de propriété du domaine du Pont à la Dame. 15 janvier 1719.

Echange entre l'abbaye de la Trappe et le sieur de Prépotin, de trois fiefs : Contrebis, la petite Trappe à Orignyle-Butin, le fief de la Bréfaudière ou des Hayes-Mallets à Longny, plus une pièce de terre en Saint-Hilaire près Mortagne, 1769.


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Concession d'une chambre haute et grenier au dessus sis à Mortagne rue de la Haute-Folie, à charge de 20 s. de rente, à Pierre Fouquet, tanneur. 26 septembre 1747.

Déclaration des religieux de la Trinité de Mortagne des titres de propriété d'un moulin et étang à côté du château de Mortagne, 7 octobre 1718.

Aveu et dénombrement du lieu de la Boullehière en la Chapelle-Souef, relevant de la seigneurie de la Roche. 19 juin 1594.

Echange fait entre les religieux de Saint-Eloi-les-Mortagne et le sieur abbé Coupart, d'une maison appartenant audits religieux contre trois pièces de terre. 1787.

Echange entre la dame de Boisemont et l'Hôtel-Dieu de Mortagne de terrains sis à Longny. 1779.

Aveu et dénombrement du fief des Loges relevant en plein fief de la grande seigneurie de la Poithemynière. 26 février 1607.

Terres dépendantes du prieuré de Saint-Martin de Marmoutiers, près de Bel::;:ie. 1767.

Réunion au domaine des Halles, péages, travers, rentes domaniales dépendant des domaines de Mortagne et Verneuil. 1729.

Domaine de Bellême, Mortagne et La Perrière. Actes de ventes. 1646, 1718, 1719, 1747.

Reventes de 12 acres de terre sis à Mesnil-Hermé au sieur Nicolas Blessebois, sieur de la Garenne. 29 janvier 1750.

Transaction entre dame Malmains de Montauban et les de la Ferté pour raison de partage au sujet des terres de Tubeuf, Crépon, la Béhardière et Brezollettes. 1386.

Adjudication de l'étang de Rosnel mis en prés à Courgeon pour 270 1. de rente, à Gilles Hocquart. 14 mars 1737. 18 p.

Déclaration des héritages situés au Vieux Bellême par Louis Le Breton, seigneur du Vieux Bellême, à la dame de Courville. 19 mai 1557.

Aveu et dénombrement du fief du Cormier, paroisse de la Chapelle-Souef, relevant de la seigneurie des Feugerets et de la grande Poithemynière. 22 novembre 1600.

Réunion du domaine de la chapelle de Sainte-Catherine de Poitou, située en la forêt d'Ecouve dans le ressort de la


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maîtrise d'Alençon, au corps de la dite forêt appartenant au roi. 29 août 1741.

Aveu et dénombrement du fief de la Fouchère, parjirse d'Apenay, relevant de la seigneurie de la grande Poitlicnynière. 28 octobre 1602.

Echange entre le titulaire de la chapelle de Saint-Jean desservie dans l'église de Fresnay et le sieur l'Eturny, marchand audit lieu, d'une maison sise audit lieu contre une sise au bourg Saint-Victor. 22 novembre 1777.

Bon et hommage fourni au roi de la seigneurie de la BevrièreGaubert relevant du château de Bellême, — 1597-1603. 8 pièces.

Adjudication au sieur des Acres, marquis de Laigle, de rentes sur 4 ténements en Saint-Martin-de-Laigle, le Buat, NotreDame-de-Ray «t Ecorcey moyennant 500 1. 7 novembre 1697.

Terrier général du baillage de Mortagne. Déclarations de 1658 à 1660. 52 pièces.

Q1 883

ALÈNÇON : Le Mesle-sur-Sarthe et Sées. 1593-1789. —Vingtquatre dossiers et 128 pièces.

Terres situées à Beaufort près les tuileries des bruyères du côté de Sées. Revente au profit de Levêque de la Comtelrie. 29 janvier 1750.

Métairie de Chailloué et maison à Mortagne. Acquisition par l'abbaye de la Trappe. 1770-1774.

Echange entre le sieur Bresset et le prieur curé d'Argentan, par lequel le sieur B. cède une terre, nommée le petit champ Duplessis, aud. prieur contre la pièce de la Perrière ou de la Marre. Mai 1763.

Vente des bruyères de la Chapelle en la paroisse de ce nom, au profit de N. Blessebois. 1749.

Vente du domaine d'Hauterive, moulin banal, le pré du gué et autres dépendants, au profit de Jérôme Louis Parât pour 14.080 1, 9 février 1719.

Aliénation du fief de Saint-Germain d'Epinay par l'abbaye de Saint-Martin de Sées au sieur Dussieux, à charge d'une rente de sept septiersde blé froment, mesurede Paris.Mai 1789.


DOCUMENTS XXIII

Arrêt qui condamne divers particuliers à payer des rentes en grains sur la terre de Lasserie, de la Picottière et autres sis paroisse de la Perrière et près de Sées. 8 juillet 1749.

Vente à Jacques Placide de Chateauthierry de la haute justice de Saint-Léger-sur-Sarthe par démembrement de la vicomte d'Essay, moyennant 3.600 1. 7 juillet 1718.

Accensement de la commune des Epinay, paroisse des Ventes, à Pierre-Antoine Lefrançois. 1779.

(Aveu et dénombrement du prieuré de Saint-Paul-leVicomte. Q1 1021).

Vente de la ferme du champ des Courfures paroisse d'Aunou, à Etienne Arnaud. 1749.

Echange entre l'abbaye de Saint-Martin de Sées et le marquis de Viennay d'une métairie en la paroisse du Val contre des terres au même lieu. Juillet 1771.

Domaine du château du Mesle-sur-Sarthe. 37 pièces.

Domanialité d'un terrain vague paroisse deMacé. 11 pièces.

Vente de 23 arpents de terre aux Tertres du Bouillon, à Charles-Ulrich-Daniel Kolly. 1750.

Vente d'une pièce de tertre aux Tertres du Bouillon à Nicolas Blessebois. 29 janvier 1750.

Vente au sr de Boybons de la seigneurie et baronnie de Sées pour 3.000 écus en principal et 300écus sol pour les 2 sols pour livre, 13 juin 1594.

Concession d'un terrain hors de la porte de Rouen à Sées à François-Anselme Dufossey. 12 février 1754.

Maison située à Sées paroisse Saint-Gervais. Bail, transport de rente, procurations. 1787.

Concession d'un terrain au bout de la rue des Cordeliers à Sées, à Jean Got sr de la Bouverie. 6 septembre 1757.

Concession de deux petites tours et d'un rempart à Sées au profit de Charles Pichon. 6 février 1725.

Concession d'un terrain attenant les murs de la ville de Sées, à François Bourdon. 24 septembre 1726. 10 pièces.

Vente de l'herbage du Rigours près d'Essay à HenriGeorges Robert. 23 août 1753.

Vente à Nicolas Blessebois d'une terre nommée les Friches de dessus les Etangs et moulin de Bouillon près Sées. 29 janvier 1750.


XXIV DOCUMENTS

Q1 884

MORTAGNE : Moulins-la-Marche, Rémalard, le Theil et Tourouvre. 1501-1788. — Onze dossiers et 265 pièces.

Liasse d'aveux ou déclarations passés à la seigneurie de Fay, chatellenie d'Essay, sous la sergenterie de Sainte-Scolasse à la vicomte d'Alençon, d'héritages sis en la paroisse de Fay depuis le 3 juillet 1500 jusqu'au 30 août 1788 (211 pièces).

Adjudication du bois du Breuil, en Bonmoulins, à Jacques Arnel pour 6464 1. 1657.

Aveu et dénombrement du fief du Bouillon en SaintGermain de la Coudre, mouvant du roi à cause de son château de Bellême. 1597.

Aveux et dénombrement d'héritages près de Fay fournis par les héritiers Boid à la seigneurie de Fay. 1627-1776. 22 pièces.

Aveu de terrain, grange et tasserie situés au village de Ménil-Gauthier, relevant de la Seigneurie de Fay. 1615-1770.

Fief de Saint-Hilaire. Réduction de taxe. 1711.

Transaction entre Léonor d'Orléans, duc de Longueville, et Philippe de Croy, duc d'Arschot, au sujet de l'éviction de la quarte partie de la seigneurie de Longny. 1566.

Vente de deux pièces de prés sis à Saint-Germain-de-laCoudre à Philippe-Jean Guestre de Préval. 1703.

Inféodation des bruyères de Vertemottes, en Saint-Maurice et Normandel, au profit de Charles de Courseulles. 1705.

Vente d'une maison à Rémalard au sr d'Andelaw par le curé et les habitants dudit lieu. 1784.

Q1 885

Eaux et Forêts. — DOMFRONT : La Ferlé Macé, Domfront et Passais. — ARGENTAN : Argentan, Ecouché, Briouze, Exmes. 1581, 1731-1783. — Treize dossiers et 48 pièces.

Domfront, 1731-1783. — Six dossiers et 14 pièces. Forêts de la maîtrise de Domfront 1731 — Visite des bois de l'hôpital de Domfront, à la Haute-Chapelle 1783 — Bois de l'abbaye de Lonlay (bois de l'abbé, bois des allées) 1777 — Forêt de la Ferté Macé, 1737 — Bois des terres qui dépen-


DOCUMENTS XXV

dent du bénéfice et de la prestimonie de l'Etre au Boucher, paroisse de l'Epinay, 1783 — Arbres de l'enclos des bénédictines de Domfront 1783.

Argentan, 1581, 1757-1783. — 107 dossiers et 34 pièces.

Bois communaux du Pin 1763 — Bruyères et communaux de Saint-Hilaire, Montmerry situés en différentes paroisses 1757-1758 —Bois de l'abbaye de Silly à Survie, 1781 —Bois de l'abbaye Sainte-Claire d'Argentan 1761-1763 — Bois communaux de Serans 1758 — Bois des bruyères du Gué d'Arnette près Faverolles, Saint-Hilaire-la-Gérard, Montreuil et les Yveteaux. —Plan. 1758-1759 — Forêt de Gouffé, d'Argentan et bois Vardon. Six plans.

Q1 886

Id. ARGENTAN : La Férié Fresnel, Gacé, Le Merlerault, Mortrée, Putanges, Trun, Vimoutiers. 1676-1789. — Dix sept dossiers et 56 pièces.

Bruyères de Saint-Christophe, Francheville et Vrigny — Bois dépendants de l'abbaye de Saint-Evroult — Bois du prieuré de Saint-Antoine du Doigtbuzot, sis en la paroisse de Saint-Evroult — Bois de la cure de Chaumont — Bâtiments et bois du prieuré de la Genevraye, en la paroisse du même nom — Bois de l'abbaye Saint-Etienne de Caen, en la paroisse de Trun —Bouquet debois, sisparoissedeBazoches, et appartenant à l'abbaye Saint-Jean de Falaise — Bois de l'abbaye de Saint Wandrille, sis à Pontchardon et Ticheville — Bois de l'évêché de Sées, paroisse de la Beslière — Bois du prieuré de Grandmont, paroisse de la Beslière — Bois du prieuré de Ticheville — Bois de l'abbaye Saint-Etienne de Caen, sis à Babodanges —Bois des bénédictines de Vimoutiers près dudit lieu.

Q1 887

Id. ALENÇON : Alençon, Carrouges, Le Mesle, Sées. — MORTAGNE : Bellême, Longny, Mortagne, Moulins-la-Marche, Nocé,Pervenchères, Rémalard, le Theil, Tourouvre. 1462, 16221784. — Vingt-sept dossiers et 160 pièces.


XXVI DOCUMENTS

Bois sur la Pijaudière paroisse de la Rouge dépendant de l'abbaye de N.-Dame de la Ferté Bernard —Bois du prieuré de Moutiers — Arbres des fermes de la Mercerie et de Longue en Mongaudry dépendant de l'hôpital de Mamers — Bois de l'abbaye des Clairets, sis paroisse de Creton et de Masle

— Bois du prieuré de Cavrue près Maison-Maugis — Bois du prieuré de Dame-Marie, sis paroisse dudit lieu — Bois de l'abbaye royale de N.-D. d'Arcisse, sis à Moulicent — Bois de l'abbaye de la Trappe à Apres, Soligny, les Genettes, Prépotin et Contrebis — Bois du Breuil dans la grurie de Moulins — Forêt de Bellême. Plans — Bois de la cure de Saint-Martin-du-Vieux-Bellême — Forêt de Bources près Bellême — Forêt du Perche et de Reno.

Titres de l'abbaye de Thiron, du prieuré de la Madeleine de Reno, de l'hôtel Dieu de Mortagne, des propriétaires des domaines de la Ventrouze de Belleperche, et de partie des Bois taillis de la fosse aux Loups, paroisse de Maison-Maugis, (Guillaume Chouet) constatant leurs droits d'usage dans la forêt du Perche —Titres des héritiers Nicolas Tremblay, propriétaires des forges et fourneaux de l'étang de Gaillon et du domaine de Tourouvre. 88 pièces.

Alençon. Bois de Sainte-Catherine de Poitou dont on propose la réunion à la forêt d'Ecouves — Bois du prieuré de Saint-Martin de Sougé (la Ribotière), paroisse d'Hesloup

— Bois de la cure de Saint-Elier — Bois des terres des bénédictines d'Alençon—Usagers des forêts de la maîtrise d'Alençon, 1745 — Usagers d'Essay et des Ventes-de-Bourses dans la forêt de Bourses 1723 — Bois de la commanderie de Mouliourt ordre de Saint-Lazare, à Neauphe et Bursard — Bois de l'abbaye Saint-Martin de Sées, à Mesnilgault — Forêt de la Gastine — Arbres des chapelles Saint-Roch et SainteGeneviève, à La Lacelle — Bois de l'hôpital d'Alençon, à Mesnil-Erreux — Fossé, prairie et herbage de Merdrel, et de Paillerot, et Mesnil-Broult — Projet du nouvt' aménagements à introduire en la forêt d'Ecouves.

Q1 888

Titres des droits et offices supprimés — ORNE (et Calvados et Eure). 1593-1762. Trente sept dossiers et 131 pièces.


DOCUMENTS XXVII

Justice de Couterne — Rente de la paroisse du Vey (Calvados) — Droit de pêche dans l'Orne — Rente de SaintMartin d'O — Sées — Ranes — Mamers — Fiers — Ecouves

— Sergenterie de Laigle — Essay, — Saint-Silvain — SainteScolasse —Breteuil et Lire (Eure)— Glos — Laigle—Orbec (Calvados), Argentan — Vimoutiers — Abbaye de Lonlay

— Landigou — Justice de Lonlay-le-Tesson — Antoigny

— Méhoudin — Baronnie de la Ferté Macé (40 pièces), etc

Q1 889

Id. ARGENTAN. 1702-1734. —Vingt-un dossiers et 52 pièces.

Office de messager voiturier d'Argentan à Rouen — Justice dans les paroisses de Mesnil-Briouze, Saint-André-de-Briouze, Saint-Denis, le Repas, Chenedouit, Mesnil-Guillaume, SainteHonorine, Grandmenil, Lignou, Pointel, le Champ-de-la-Pierre

— Justice de Briouze — Haute justice de Grés -— Justice de Tallonnay — Haute justice du Sap-André — Justice de Rânes, Montreuil, Faverolles, Saint-Georges d'Annebecq, de Saint-Pavin —Haute justice de Gacé, Rozenlieu, Coullemer, le Tilleul, Lignières, Mardilly, Grandval, la Chapelle-Mont - genouil, Touquete, Mesnil-Vicomte, la Trinité-des-Lettiers, le Douet, Artus, Samesle, Montfort, Orgères, Chaumont, N.-D. du Bois, Croisil, Noyer, Mesnard, Champ-Haut—Justice de Saint-Hilaire, Sainte-Honorine-la-Guillaume, Nécy, les Autrieux, Saint-Malo, le Sac, la Fresnaye-au-Sauvage, les Yveteaux, Vitray, Saint-Pierre-de-Sommaire, Saint-Nicolas de-Sommaire, Laigle, Saint-Brice, Saint-Maurice, SaintOuen-sur-Mer, Lougey, Mesnil-Jean, Bazoches, Putanges, Sainte-Croix, Carnettes, Pomont, Cisay et Saint-Aubin près Cisay, Fougy.

Q1 890

Id. ALENÇON. 1702-1780. — Trente deux dossiers et 119 pièces.

Greffe civil et criminel d'Alençon — Justice de SaintDenis et Gandelain, de la Ferrière Béchet, Saint-Aubin d'Apenay, Bure, Bursard, Chailloué, la Chapelle, SainteMarguerite de Carrouges, Saint-Sauveur, Mesnil-Scelleur,


XXVIII DOCUMENTS

Saint-Martin l'Aiguillon, Saint-Hartin des Landes, La Chaux, Aunou, Saint-Ouen de Sées, Neuville, Le Mesle sur Sarthe, Marchemaisons, la Roche, Cirai, Saint-Ellier, la Laule, Livaye, Rouperroux —Droits des domaines de Saint-Germain, Saint-Pierre et la Place de Sées et ;e Bouillon — Justice de Semallé, Trémont, Valfrembert, Hauterive, Joué du Bois, Laleu, Saint-Laurent de Beaumesnil, Montchevrel, SainteMarie la Robert, La Motte Fouquet, Saint-Patrice, Magny, le Chalange, Saint-Ouen le Brisoult, Coulonges, Beauvin, Grès — Droits de péage d'Alençon et de travers du Cirai et du Merlerault.

Q1 891

Id. MORTAGNE. 1702-1721. —Vingt six dossiers et 84 pièces Justices de Bubertray, Tourouvre, Randonnay, Brezolette, la Poterie, Tuboeuf, Saint-Ouen, Saint-Martin des Prés, Saint-Aubin sur Iton, Saint-Michel la Forêt, Crulay, Chanday, Coulimer, Saint-Victor, Saint-Marc de Reno, la Chapelle Montligeon, Villiers, Loisail, Feins, Saint-Hilaire, SaintSulpice, Laigle, Livet, Saint-Langis, Parfondeval, Mauves, N. D. d'Aspres, Saint-Martin d'Aspres, la Chapelle, Ecornay, les Genettes, Augaise, Saint-Michel de Sommaire, SaintSulpice, Saint-Martin d'Ecubley, la Chaise Dieu, Origny le Roux, Saint-Martin du Vieux Bellême, Saint-Cyr, SaintFrogent, Sure, Peuvré, Marcilly, Saint-Martin de Groye, Saint-Martin de Noce, Saint-Jean de la Forêt, Courthiout, Vaunoise, Bellavilliers, Eperray, Origny le Butin, Colonard, Dancé, Pervenchères, Saint-Jouen de Blavo et Viday, le Pin, Réveillon, Comblot, Sérigny, le Theil, Saint-Marc de Coulonges, Bazoches sur Hoesne, Courbon, Courgeon, Courcerault, Damemarie, Saint-Martin du Douet, Apenay, SaintGermain de Martigny, Saint-Germain de la Coudre, Aube, Saint-Antonin de Sommaire, Saint-Symphorien, Bivilliers, Barville, Courgeoust.

P. UBALD d'ALENÇON.


PROCÈS-VERBAUX

Séance du Jeudi 19 Janvier 1911 Présidence de M. Henri TOURNOÛER, Président

Le Jeudi, 19 janvier 1911, à deux heures et demie de l'après-midi, la Société Historique et Archéologique de l'Orne a tenu séance dans la salle de sa Bibliothèque, à la Maison d'Ozé, sous la présidence de M. Tournoûer, Président.

Etaient présents : MM. l'abbé BRICON, l'abbé DAREL, DESCOUTURES, l'abbé DESVAUX. Louis DUVAL, Max FAZY, GATECLOU-MAREST, GILBERT, le chanoine GUÉRIN, LANGLOIS, l'abbé MESNIL, le vicomte DU MOTEY, PICHON, VALLÉE.

Se sont fait excuser : Mme* la comtesse D'ANGÉLY, la baronne DE SAINTE-PREUVE, Mlle ROBET ; MM. DE BEAUREGARD, DE BRÉBISSON, l'abbé BEUDIN, CRESTE, le vicomte DAUGER, l'abbé DESMONTS, le dhanoine DUMAINE, Urbain DE FRANCE, GOBILLOT, l'abbé GUERCHAIS, LEBOUCHER, LEBOURDAIS, le comte LE MAROIS, le comte ROEDERER, Paul ROMET, le baron Jules DES ROTOURS, le comte DE SOUANCÉ.

M. HAMON, présenté en dernière séance est élu membre de la Société. Il adresse à M. le Président une lettre de remerciements à cette occasion.

M. Paul ANJUBAULT, peintre-décorateur à Alençon, est présenté par Mme la baronne de Sainte-Preuve et M. l'abbé Desvaux.

Mme LEBOURDAIS, du Pin-la-Garenne, par Mme la baronne de Sainte-Preuve et Mme Henri Tournoûer.

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242 PROCÈS-VERBAUX

H. le Président annonce la mort de notre collègue, M. l'abbé Gourdel, curé de Saint-Hilaire-de-Briouze, membre .de notre Société depuis 1893, dont plus d'une fois les études très documentées ont enrichi notre Bulletin. Parmi les chercheurs et érudits ornais contemporains il est de ceux dont la bibliographie est des plus considérable.

\ Après la tristesse très ressentie de cette perte, ily a à signaler parmi les nôtres des joies familiales et des distinctions dont nous nous réjouissons tous.

M. Loutreuil, le grand industriel de Moscou, originaire de Sées, qui s'intéresse si généreusement au bien et aux oeuvres de notre pays, vient de recevoir la rosette d'Officier de la Légion d'Honneur.

M. le vicomte du Motey a été honoré par l'Académie de Rouen, du prix Lareinty (1.000 francs et une médaille d'or), pour son ouvrage : Guillaume. d'Orange et les origines des Antilles Françaises, déjà couronné par l'Académie Française.

Mlle de Brébisson qui a pris part à plusieurs de nos excursions et notamment à la dernière, épouse M. de la Garanderie.

Mlle Marguerite de France, fille de M. Urbain de France, est fiancée à M. le comte de Prunelé.

Le fils de notre collègue M. Pierret doit également épouser Mlle Aube.

H. le Président leur adresse, au nom de tous, nos voeux de bonheur avec nos félicitations.

Puis, après avoir annoncé la démission de M. Montembault, ancien magistrat à Domfront, il est heureux de constater que l'état de notre Société est très prospère. Elle compte actuellement 295 membres, et suit une progression ascendante depuis plusieurs années. Voici d'ailleurs le tableau de cette progression, dressé depuis dix ans : 25 nouveaux membres en 1900 ; —13, en 1901 ; —10, en 1902 ; —25, en 1903 ; —20, en 1904 ; —13, en 1905 ; —9, en 1906 ; —13, en 1907 ; 16, en 1908 ; — 17, en 1909 ; — 21, en 1910.

Le dernier Bulletin de 1910, et le premier de 1911, vont paraître presque simultanément. — Ils vont contenir les


PROCÈS-VERBAUX 243

notices de Dom Denis, sur les bénédictins originaires du diocèse de Sées ; — un article de M. l'abbé Legros, curé d'Arçonnay ; le travail de M. Lechevrel, sur la jeunesse de Gustave LeVavasseur au collège de Juilly; — celui de M. l'abbé Boissey, sur la chapelle de Frédebise; — continuation de la monographie de M. Olivier, sur l'église Saint-Léonard d'Alençon ; —les notices nécrologiques de MM. de Neufville et Darpentigny.Le compterendu de l'excursion de 1910 à Lisieux et Vimoutiers sera fait par M. de Cénival.

H. de Brébisson écrit qu'il va terminer en février et mars son étude sur le kaolin d'Alençon.

M. Hubert, étudiant en pharmacie à Domfront, signale au Musée des Antiquaires de Normandie, à Caen, un diplôme sur parchemin, catalogué sous le n° 1000 et air si décrit : Diplôme délivré à la ville d'Alençon pour l'exemption à perpétuité de payer les tailles. » Il a été délivré par le roi François Ier, en 1514, 1515 nouv. style.

M. l'abbè Legros, curé d'Arçonnay, communique plusieurs extraits des archives d'Arçonnay :

— Neuf juin 1739. — Mariage de Messire Pierre-Jean de Frotté, fils de Samuel et d'Anne-Suzanne de Cléray, avec Anne-Françoise-Henriette de la Pallu, fille de Jean-François et d'Anne-Catherine Duval.

— Trente juillet 1520. — Quittance de l'abbé de Perseigne, à François Péron, sgr. de St-Pater.

— Premier mai 1514. — Nomination de François Péron, sgr. de Saint-Paterne, comme contrôleur de la maison de Guy, comte de Laval.

H. le Président communique deux factums intéressant l'abbaye de Sainte-Geneviève de Montsort :

— « Factum pour les Abbesse, Religieuses et couvent de Sainte-Geneviève, de l'ordre de Saint-Benoît, établies à Montsort, fauxbourg d'Allençon, appelantes et demanderesses en requeste es lettres de revision,

« Contre Messire Charles Calais de Vançay, sgr. de Brestel, fils et héritier de défunte dame Geneviève de Flotté, veufve de


244 PROCÈS-VERBAUX

deffunt Messire Charles Calais de Vançay, aussi seigneur de Brestel, intimé et deffendeur. >

S. 1. n. d. (vers 1662) 16 pages in-4° (bibliot. Nat. 4°, F. % 33456).

Le monastère de Sainte Geneviève fut fondé le 2 Juillet 1636, par Soeur Renée de Vansay, religieuse professe à l'abbaye de Montmartre. A la mort de sa mère, en 1662, des difficultés de succession surgirent au sujet de la dot qu'elle avait constitué à la dite Soeur, pour la fondation de son monastère.

— « Mémoire pour les Dames Abbesse, Prieure et Religieuses bénédictines de Sainte-Geneviève de Montsort, au fauxbourg d'Alençon, défenderesses et demanderesses.

« Contre Dame Catherine Le Comte de Nonant, veuve de Me Erard Bouton, comte de Chamilly, demanderesse du règlement de juges.

« Et contre Me François d'Anché-Bouton, comte de Chamilly et Me Louis Duplessis-Châtillon, marquis de Nonant, défendeur en assistance de cause. »

Paris, 1714, 8 pages in folio.

Il s'agit de la succession de dame Marie Dauvet, veuve de Jacques Le Comte de Nonant. Contestation au sujet du paiement d'une rente constituée par la dite Dame en 1655 au profit du monastère de Montsort, où deux de ses filles étaient religieuses.

(Bibl. Nat. f 11529).

M. le Président signale une brochure de notre confrère, M. l'abbé Loiseau, curé de la Chapelle-Souëf, sur la vie de saint Gilles, le saint dont le culte est si populaire, particulièrement dans le Perche et aussi dans la région d'Alençon, — également un recueil de poésies publié par M. Lerévérend, professeur à Lisieux, qui s'annonce comme un littérateur d'avenir. M. Paul Harel s'en fait le parrain dans une préface très laudative.

Le Journal des Di'bals (u° des 3, 6, 11 et 18 janvier) a donné, nous la signature de M. Paulowsky, une série d'articles intéressants intitulés Normandie inconnue, sur l'industrie minière.

i

Il se publie dans plusieurs paroisses de la région des Aima-


PROCÈS-VERBAUX 245

nachs qui seront plus tard une mine de précieux renseignements pour l'histoire locale. A noter particulièrement ceux d'Auguaise, Vingt-Hanaps, Arçonnay, Longny, LeTheil, etc..

Plusieurs de nos collègues doivent donner des conférences à Paris, au Cercle du Luxembourg :

— Le 6 Mars, le R. P. Séjourné, sur la Mer Morte, étude géographique et biblique ;

— Le 15 Mars, à trois heures, Paul Harel, sur la Vénerie et les chansons de chasse ;

— Le 5 Mai, à trois heures, l'abbé Sornin, curé de SaintÉvroult, sur l'ancienne Abbaye et Orderic Viial.

Une Société nouvelle, qui nous intéresse surtout parce qu'elle a pour vice-président, notre distingué collègue, M. Emile Picot, membre de l'Institut, vient de se fonder à Paris. Elle a pour but d'assurer la reproduction des plus beaux manuscrits à peintures conservés dans les dépôts publics de la France et de l'étranger. Elle se propose de combler ainsi une lacune sur l'importance de laquelle il est à peine utile d'insister.

A la suite de l'incendie de la Bibliotheca Nationale de Turin, survenu en 1904, il fut émis de toutes parts le voeu que les manuscrits les plus précieux fussent photographiés, afin d'être préservés de disparition complète en cas de désastre.

C'est précisément ce qu'entreprend la Société française de reproduction de manuscrits à peinture. Elle prend l'initiative de constituer par des procédés photographiques appropriés, un vaste corpus pidurarum manuscriplorum codicum et d'assurer ainsi la conservation des plus magnifiques spécimens de la peinture au Moyen-Age, sans oublier les manuscrits persans à miniatures, dont la beauté est si appréciée des amateurs. Le Président de cette Société est le baron Eugène Fould-Springer. La Vice-Présidence est partagée entre MM. Emile Picot et Henri Omont. Le comte Alexandre de Laborde en est le Secrétaire.

M. le Président s'informe quelle suite a été donnée au voeu émis par M. l'abbé Desvaux, dans la dernière séance, pour


246 PROCÈS-VERBAUX

l'identification des vieux logis et la conservation des souvenirs qui reposent seulement sur la mémoire des vieillards.

Une innovation va être introduite dans la rédaction du Bulletin. Ce sera l'ouverture d'une série consacrée spécialement à la reproduction des documents. Elle sera particulièrement appréciée des travailleurs, et sera plus utile au développement de l'histoire locale, que toute étude d'ordre restreint si intéressante qu'elle puisse être. D'ores et déjà des matériaux de première valeur lui sont préparés. C'est un inventaire dressé par le R. P. Ubald, des documents ornais de la série Q1 des Archives Nationales. M. Marais, conservateur à la Bibliothèque Mazarine, a fait de son côté, à notre intention, le relevé des documents normands, conservés en ce dépôt.

H. l'abbé Desvaux rappelle qu'autrefois notre collègue, M. Besnier, archiviste du Calvados, avait bien voulu nous offrir comme une suite du Pouillé de Séez, pour les paroisses détachées du diocèse d'Évreux et rattachées au diocèse actuel de Séez, par l'organisation concordataire du siècle dernier. C'est une ressource extrêmement précieuse qu'il faut procurer le plus tôt possible à ceux qui s'occupent des monographies paroissiales en cette région.

H. le Président, à propos du discours de Maurice Barrés prononcé à la Chambre des députés, sur la conservation des églises, fait envisager combien cette question devient inquiétante devant l'incurie ou l'esprit d'hostilité de certaines municipalités. M. Barres mentionne er ce discours les difficultés contre lesquelles se butte à Messei notre éminent collègue, M. de Marcère, pour la reconstruction du clocher de cette paroisse qui menace ruine.

M. le Vicomte du Motey signale à ce propos l'état ruineux d'un bas-côté de l'église Notre-Dame d'Alençon, auquel il n'est appliqué aucune mesure de conservation. M. du Motey, est prié de présenter une étude de cette situation avec un projet de voeu.

H. l'abbé Beudin a envoyé une demande de renseignements


PROCÈS-VERBAUX 247

sur Jacques d'Alleaume, dont la famille a des ramifications en la paroisse de Laleu. Cette demande sera communiquée à M. le comte de Souancé, qui a mentionné ce nom dans son analyse des actes paroissiaux des églises d'Alençon.

Mlle Robet signale une cloche très curieuse employée à l'hippodrome de Caen, pour sonner le départ des chevaux. Quelque Société Archéologique du Calvados, ne pourrait-elle prendre des mesures pour conserver cette cloche, en lui donnant un usage ou un asile plus convenable?

M. Gateclou-Marest a été chargé de présenter un voeu pour le classement dans les monuments historiques du tribunal de commerce, l'une des curiosités artistiques et archéologique de la ville d'Alençon.

M. Descoutures dit que ce voeu a été présenté il y a trois ans, sans qu'il y ait été donné aucune suite.

H. Gateclou-Marest voudra bien demander à MM. les Membres du Tribunal qui s'intéressent à la question de formuler à nouveau leur désir, pour que la Société leur aide à en obtenir la réalisation.

M. le Chanoine Dumaine ayant exposé le désir que cette année la Société choisisse, comme but d'excursion, la région de Tinchebray et de Vire, M. le Président estime que ce quartier ayant été jusqu'ici laissé en dehors de nos investigations, il y aurait intérêt à le visiter. M. le chanoine Dumaine, l'historien très informé du bocage normand, s'offre très aimablement à nous servir de cicérone à travers les curiosités historiques et archéologiques de ce pays, dont il possède à fond chroniques et légendes.

M. Gilbert, trésorier, donne lecture du compte de l'année précédente, avec pièces justificatives à l'appui. Décharge lui est donnée avec des félicitations pour son habile et très dévouée gestion. Le budget de l'année 1911 est d'autant mieux approuvé qu'il semble assurer l'extinction d'une dette de la Société contractée pour l'impression du Pouillé de Séez.

Il est ensuite procédé à l'élection pour le remplacement des membres sortants du bureau.


248 PRQCÈS-VERBAUX

A l'unanimité moins une voix pour chacun, sont élus : M. Henri Touraoûer, président ; MM. Wilfrid ChalJemel et le chanoine Dumaine, vicerprésidents ; M. Gilbert, trésorier ; M. Pichon, trésorier-adjoint ; M. Leboucher, bibliothécaire ; M. Vallée, bibliothécahe-adjoint ; MM. Louis Duval et Paul Romet, membres du comité de publication : MM. l'abbé Desvaux, Gilbert, le comte Le Marois, membres de la Commission du Musée.

La séance est levée à quatre heures.

Le secrétaire :

Abbé DESVAUX.

Séance du 11 Février 1911 Sous la Présidence de M. Henri TOURNOUER

Le samedi 11 février 1911, la Société Historique et Archéologique de l'Orne a tenu séance dans la salle de la bibliothèque à la Maison d'Ozé, sous la présidence de M. Tournouer, président.

Étaient présents : Mme la Baronne de Ste-PREUVE, Mlle RoBET ; MM. ANJUBAULT, l'abbé DE$VAUX, le chanoine DUMAINE, Louis DUVAL, de FARCY, Max FASY, Paul de la FORTINIÈRE, Urbain de FRANCE, GATECLOU-MAREST, GILBERT, LEBOUCHER, l'abbé LEGROS, le vicomte du MOTEY, PICHON, TOMERET, TOURNOUER, VALLÉE.

Excusés : Mme la comtesse D'ANGÉLY, MM. l'abbé GUERCHAIS, LE ROY-WHITE, Paul ROMET, ADIGARD, Louis BARILLET, Jacques et René BARTH, de BRÉBISSON, Georges CRESTE, le vicomte DAUGER, René GOBILLOT, MACAIRE, le comte LE MAROJS, le baron Jules des ROTOURS, le R. P. UBALD D'ALENÇON.


PROCÈS-VERBAUX 249

M. le Chanoine DUMAINE et M. Louis DUVAL présentent la candidature de M. Athanase MARRE (Grande Rue), à Moulins-la-Marche.

H. de France offre de donner sur la famille d'Alleaume les renseignements sollicités dans la dernière séance.

M. le Président signale la thèse de M. Beszard sur l'origine des noms de lieux habités du Maine. C'est un volume important où l'on trouve maint renseignement se rapportant à notre région Alençonnaise.

M. le Président annonce que les membres de la Société habitant Paris y tiendront séance le 9 mars. La réunion prochaine à Alençon se fera le vendredi 17 mars.

M. le Baron des Rotours promet un de ces articles très courts tant appréciés par les lecteurs du Bulletin. Il s'agit d'Un exercice d'histoire normande au Collège d'Alençon en 1740.

H. des Rotours est chercheur de renseignements sur le voyage impérial de 1811, à Cherbourg, dont il s'occupe en ce moment, et il fait appel à l'obligeante collaboration des Sociétaires.

M. le Chanoine Dumaine demande ce qu'ont pu devenir les Heures de Marguerite de Lorraine données à l'impératrice Marie-Louise, lors de son passage à Argentan, en 1809, par une religieuse survivante de l'abbaye de Ste-Claire de cette ville. Pour répondre à cette question.il y aurait à rechercher si la princesse les a emportées en Autriche, puis à Parme. Spnt-elles en quelque dépôt public de France, ou de l'étranger, ou bien sont-elles passées par héritage dans la descendance de l'une ou de l'autre des deux familles morganatiques de l'ex-impératrice, les Neipperg ou les Bombelles. M. le baron de Mackau, notre éminent collègue, est l'un des représentants de la dernière.

M- René Gobillot écrit pour demander quelques renseignements sur l'origine du tableau de Restout conservé au Musée d'Alençon.

M. l'abbé Desvaux répond que lorsque Mme de Genlis yjnt à la chartreuse du Val-Dieu, en 1788, avec les princes


250 PROCÈS-VERBAUX

d'Orléans ses élèves, parmi les oeuvres d'art qu'elle y admira, figure un tableau de Restout qu'elle signale dans ses Mémoires. Comment ce Restout aurait-il eu un sort différent du grand tableau de Philippe de Champagne, l'Assomption de la Vierge, d'un autre du même artiste, la Trinité, des quatre grandes peintures de René-Nicolas Jollain, qui sont venus du ValDieu décorer la grande salle de notre Hôtel de Ville ou enrichir son musée de peinture. Le numéro 8 du Musée d'Alençon Saint Bernard et le duc d'Aquitaine, (Jean Restout, 1729) ne peut être que le Restout du Val-Dieu.

M. le Vicomte du Motey signale, au greffe du tribunal d'Argentan une copie de la Réforme des Forêts par de Marie. Il avait également mentionné un plan de la Forêt d'Andaine du xvme siècle conservé à l'administration des Eaux-etForêts.

M. Gateclou-Marest ayant été chargé d'attirer l'attention de la Société sur le projet de classement du Tribunal de Commerce d'Alençon, lecture est donnée d'une lettre de M. Lemée, président de ce tribunal, datée du 14 janvier 1911, reprenant la demande de classement faite sans résultat en 1903.

M. Max Fazy dit que cette pétition sera soumise à l'approbation du Conseil Général, dans sa session d'avril.

H. le Président parle d'une circulaire du Comité des Amis des monuments de France. Adhésion est votée au mouvement provoqué par cette circulaire, et M. le Président s'engage à nous tenir au courant de ces différentes manifestations et résultats.

H. le Vicomte du Hotey déplore l'état de délabrement de la toiture et de la charpente de l'église Notre-Dame, pour lesquels au dire de l'architecte, M. Simil, s'imposerait non pas une simple restauration, mais une réfection complète.

H. Leboucher s'engage à porter la question à la séance du Conseil Municipal qui va se tenir incessamment.

M. le Président fait part d'une demande de renseigne-


PROCÈS-VERBAUX 251

ments adressée par Mme Oursel pour un supplément à son dictionnaire de Biographie Normande.

M. Hubert, de Domfront, a envoyé une charte de François Ier concernant Alençon, comme il a été dit en dernière séance. Copie de cette charte sera insérée au Bulletin.

M. Hubert signale au Musée des Antiquaires de Normandie un petit cachet en bronze, de forme ovale, qu'il attribue au XIVe ou au xve siècle. Ce cachet imprime la figure ou plutôt le buste d'un personnage et au dessous les anciennes armoiries de Domfront, soit une tour au lieu des trois qui figurent sur le blason municipal actuel. Quelle est l'origine de ce cachet ? Il fut acheté jadis à l'historien Domfrontais Caillebotte par un membre de la Société des Antiquaires et donné par lui au Musée de cette Société vers 1820. Notre jeune confrère promet d'en envoyer quelques empreintes pour notre Musée Alençonnais.

Le maire de Crulay, M. Duchaussoir a écrit à M. le Président qu'il avait fait continuer les fouilles et déblayer l'excavation découverte près du presbytère de cette commune. On a pu pénétrer ainsi dans une galerie sur laquelle s'ouvrent deux passages plus petits que l'on a estimé être des cachots. Les extrémités de cette galerie sembleraient, dit-il, avoir été détruites intentionnellement. On sollicite une nouvelle visite de M. le Président pour déterminer l'importance et indiquer l'attribution des nouvelles explorations.

M. l'abbé Letacq a envoyé une très complète biographie de M. l'abbé Richer. Elle sera insérée au prochain Bulletin.

M. de Castilla a rédigé une notice sur Gabriel Le Veneur, évêque d'Evreux et Abbé commandataire de Saint-Evroult.

M. le Chanoine Dumaine a trouvé dans une charte du xie siècle mention de saint Guillaume Firmat, chanoine de Saint Venant de Tours, l'un des saints du Passais Normand.

M. Marais archiviste paléographe, conservateur à la Bibliothèque Mazarine, a terminé son travail d'analyse des documents Normands conservés dans le dépôt dont il a la


252 PROCÈS-VERBAUX

garde. Ce travail sera inséré dans la partie documentaire de notre Bulletin le plus tôt qu'il sera possible.

H. l'abbé Legros apporte son étude : Les petits côtés de l'histoire : Episodes à Arçonnay pendant la Révolution.

M. le Président parle des fêtes du Millénaire de la Normandie. Elles sont divisées en deux parties, dont la première se passera à Paris, célébrée par la colonie Normande si considérable de la capitale. La seconde partie évoluera à Rouen autour d'un congrès historique divisé en cinq sections. Toutes communications devront être envoyées avant le 30 avril.

H. Louis Duval, à la demande faite par M. le Président de nous voir collaborer à ce congrès, dit qu'il y aurait à examiner une question préjudicielle et très litigieuse. Le diocèse de Sées, et conséquemment l'Alençonnais était-il compris dans le territoire cédé aux Normands par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, dont le texte n'est pas venu jusqu'à nous ?

Alençon avait son autonomie, son échiquier qui ne relevait pas du Parlement de Normandie.

M. le Vicomte du Motey fait observer à l'appui de cette remarque, que Yves de Creil, le premier seigneur connu de Bellesme fut investi par le roi de France de Bellême et d'Alençon.

H. Adigard écrit que ce congrès devant être hors pair, il importait que notre Société y fut représentée par quelques membres et un travail important. Cette instance ne parait pas déterminer de promesses fermes de collaboration.

H. le Président appelle à l'ordre du jour le projet d'ex, cursion qui doit se réaliser au mois d'Août entre les 28 et 31 de ce mois, dates qui semblent recueillir l'assentiment général.

H. le Chanoine Dumaine nous dit alors tout l'intérêt qu'il y aurait à visiter la région de Tinchebray, Vire, CerisyBelle-Etoile et les environs, quartier qui a été laissé jusqu'ici en dehors de nos explorations. L'assemblée générale pourrait se tenir à Tinchebray, qui offrirait à notre étude le Champ


PROCÈS-VERBAUX 253

Henri, les restes du Vieux Château, l'église romane de SaintRéniy, aujourd'hui désaffectée, pour employer le jargon courant, l'église des Montiers avec des sculptures provenant' de l'abbaye de Cerisy-Belle-Etoile, et quelques pierres tombales intéressantes ; dans l'église neuve, trois oeuvres de Le Harivel-Durocher. De là, on se rendrait aux ruines de l'abbaye de Cerisy. Vire nous montrerait la Porte de l'Horloge, l'église Notre-Dame, la maison d'Olivier Basselin, les Vaux de Vire, les églises Saint-Thomas et Sainte Anne et le Musée municipal.

Remerciments sont adressés à M. le Chanoine Dumaine pour son intéressante communication et la promesse qu'il veut bien nous faire d'être notre cicérone en cette région dont il a fait revivre les souvenirs dans son grand ouvrage sur Tinchebray et sa région au bocage Normand.

La séance est levée à quatre heures.

Le Secrétaire

Abbé DESVAUX

Séance tenue à Paris le 9 Mars 1911 Sous la Présidence de M. Henri TOURNOUER, Président

Le jeudi 9 mars 1911, à quatre heures de l'après-midi, s'est tenu à Paris, au siège de l'Union Bas-Normande et Percheronne, 22, rue Vaneau, une réunion des membres de la Société Historique et Archéologique de l'Orne.

Ils avaient répondu très nombreux à l'appel de leur Président

Etaient présents : MM. ADIGARD, le vicomte d'ANTERROCHES, Louis BARILLET, Jacques BARTH, le comte BECCI,


254 PROCÈS-VERBAUX

le vicomte DE BROC, Pierre.DE CÉNIVAL, le comte DE CHARENCEY, Georges CRESTE, Frédéric DUVAL, Charles GILLET, René GOBILLOT, Joseph GUILLAUME, GUESNON, DE LA SERRE, E. LECHEVREL, Alfred LÉGER, Louis LÉGER, Alfred LEMAITRE, LEMARQUANT, LE ROY-WHITE, LOYSEL DE LA BILLARDIÈRE, DE MALLEVOUE, Emile PICOT, J. PIERREY, le comte ROEDERER, le baron Jules DES ROTOURS, ROULLEAUX-DUGAGE, le comte DE SOUANCÉ, TOURNOUER, le R. P. UBALD et Etienne DEVILLE, membre de la Société libre de l'Eure.

Avaient exprimés leurs regrets d'être absents : MM. le docteur CACHET, FOUCAULT, GERMAIN-LACOUR, KERCHNER, LACROIX, MARAIS, Maurice PIERREY, Albert RIVIÈRE, le baron André DES ROTOURS, TRIGER, Etienne VOISIN, Félix VOISIN, GAÉTAN GuiLLOT.président de la Société d'Archéologie de la Manche, à Saint-Lô.

H. le Président remercie nos confrères d'être venus aussi nombreux. Puisque nos réunions à Paris obtiennent un tel succès, elles devront être renouvelées, au moins une fois chaque année; cette heureuse affluence est une des preuves de la vitalité de la Société. Celle-ci s'affirme encore par des faits.Comme pour la publication du Pouillé,dont deux volumes ont paru et dont quatre restent à paraître, c'est à l'initiative de divers membres que sont dus les trois projets dont l'examen est inscrit à notre ordre du jour : Dictionnaire Historique de l'Orne, Histoire populaire de Normandie, Monument à Orderic Vital.

H. le Président expose que le projet de Dictionnaire Historique de l'Orne vient de M. Emile Picot, membre de l'Institut, que nous sommes heureux de voir aujourd'hui parmi nous. Ce projet présente un très grand intérêt. Sans doute, pour la région Percheronne de l'Orne, le travail est déjà en partie fait, puisque M. de Romanet et M de Souancé préparent un dictionnaire qui ne tardera pas à paraître. On étudiera comment combiner ces deux publications. Mais nous pourrions dès maintenant commencer les recherches étendues et minutieuses, mais non arides, qu'exigera cette oeuvre, et les distribuer par cartons, entre nos confrères et


PROCÈS-VERBAUX 255

autres collaborateurs de bonne volonté. Les meilleurs modèles à proposer sont : le Dictionnaire a"Indre-et-Loire et province de Touraine par M. Carré de Busserolles, le Dictionnaire de Maine-et-Loire, par M. Célestin Port, le Dictionnaire de la Mayenne, par l'abbé Angot. M. le Président signale les services que pourra nous rendre le relevé, dressé en 1847, par l'administration des postes, des communes et hameaux de notre département, classés alphabétiquement par arrondissement. Le relevé comprend quatre volumes conservés à la Bibliothèque Nationale.

M. Emile Picot tient à dirff combien il sera heureux de voir paraître le travail annoncé sur la région percheronne Le nôtre ne venant qu'après, pourra l'utiliser de même que d'autres travaux en préparation, par exemple le Pouillé du diocèse d'Evreux dont on semble vouloir s'occuper.

M. le Comte.de Souancé approuve entièrement le projet de dictionnaire départemental, et ne voudrait pas qu'il fut entravé en rien par le travail préparé pour le Perche.

M. des Rotours se demande si la combinaison la plus simple ne serait pas pas de procéder par arrondissement comme dans le relevé de 1847. Il n'y aurait plus ainsi de double emploi. Nous entreprendrons Alençon, Domfront, Argentan ; pour l'arrondissement de Mortagne, le travail de MM. de Romanet et de Souancé y pourvoirait.

M. le Président estime qu'l faut laisser les deux publications absolument distinctes, et que pour le moment il y a lieu seulement de se prononcer sur l'opportunité de préparer un Dictionnaire Historique du département. Elle est proclamée par le vote unanime de la réunion.

M. le Président rappelle que l'idée de composer une histoire populaire de notre département a été émise par M. Romain Le Monnier. Il donne lecture d'une lettre fort intéressante dans laquelle notre confrère explique et précise son projet-ouvrage populaire et simple, mais non sec nj aride, plutôt une sorte d'épopée normande, les résumés de périodes historiques étant suivies de pages transcrites de nos meilleurs auteurs.


256 PROCÈS-VERBAUX

M. LE PRÉSIDENT cite un ouvrage de ce genre composé pour la Bretagne par MM. du Cleuziou et de Calan, destiné aux écoles libres, et dont ïa préface exprime bien des idées qui sont nôtres.

D'un échange d'observations présentées par MM. Pierre ADIGARD, Emile PICOT, Frédéric DUVAL, DE LA SERRE, le Vicomte DE BROC, J. DES ROTOURS et G. CRESTE, il résulte que l'assemblée, tout en jugeant excellente l'idée de M. R. Le Monnier, ne pense pas que notre Société puisse entreprendre une pareille oeuvre. D'ailleurs, on ne voit pas nettement dans l'exposé du projet quel serait au juste l'objet de cette histoire — le département de l'Orne, ou la Normandie, ou la Basse-Normandie ?

M. LE PRÉSIDENT rend compte enfin des démarches qu'il a faites pour faire aboutir le projet de monument à Orderic Vital, projet qu'avait émis M. l'abbé Sornin, curé de SaintEvroult, à la suite de notre visite aux ruines de l'antique abbaye. Léopold Delisle, peu de mois avant sa mort, avait donné sa chaleureuse adhésion à cette idée. Sa réalisation viendra Itten l'année qui suivra les fêtes du Millénaire NÔTmarid. Déjà sont constitués un Comité d'hotineur et un CorHité d'organisation. Le Conseil Municipal de Saint-Evi'oult a adopté en principe l'érection d'Un monument. Et le 5 mai, au cercle du Luxembourg, à Paris, M. l'abbé Sornin, fera une conférence avec projection sur le vieux monastère d'Orderic Vital.

M. LE PRÉSIDENT annonce le congrès qui se tiendra à Rouen, en Juin prochain, pour les fêtes du Millénaire et espère que plusieurs membres de la Société pourront s'y rendre.

Il invite aussi à prendre part à notre excursion de la fin d'août : nous visiterons Tinchebray, Vire et Fiers, région pittoresque et riche de monuments.

La séance est levée à six heures et demie.

Baron J. A. DES ROTOURS.


PROCÈS-VERBAUX 257

Séance du 17 Mars 1911 Sous la Présidence de M. Henri TOURNOUER, Président.

Le Vendredi 17 Mars 1911, la Société Historique et Archéologique de l'Orne a tenu séance dans la salle de sa bibliothèque à la Maison d'Ozé, sous la présidence de M. Tournouer président.

Etaient présents : Mme la baronne de SAINTE-PREUVE, Mme TOURNOUER, MUe ROBET, MM. DE BRÉBISSON, C" CASY, DESCOUTURES, l'abbé DESVAUX, DINGREVILLE, DE FARCY, de la FORTINIÈRE, Urbain DE FRANCE, GATECLOU-MAREST, GILBERT, LEBOUCHER, l'abbé LEGROS, l'abbé MÉLIAND, l'abbé MESNIL, le vicomte DU MOTEY, Paul ROMET, l'abbé SORNIN, TOMERET, TOURNOUER, Robert TRIGER.

Excusés : Mme la comtesse D'ANGÉLY, MM. Paul ANJUBAULT, l'abbé BOISSEY, l'abbé BRICON, DALLET, Louis DUVAL, le Chanoine DUMAINE, l'abbé GUERCHAIS, le Chanoine GUÉRIN, LECHEVREL, le comte LE MAROIS, LE MONNIER, l'abbé LETACQ, LEBOURDAIS, le comte ROEDERER, SAVARY, l'abbé TABOURIER.

M. ATHANASE MARRE, de Moulins-la-Marche, présenté en dernière séance est admis parmi les membres de la Société.

M. PRIMOIS, du Pont-OEuvre, à Saint-Evroult, est présenté aujourd'hui par MM. l'abbé Sornin et Dingreville.

H. le Président annonce le décès de M. le chanoine Blin, archiviste diocésain, membre de la Société depuis son origine ; de M. Loutreuil ; de Mlle Bigot-Pontmesnil.

M. LE CHANOINE BLIN fut vice-président de notre Société Il a publié autrefois dans le Bulletin plusieurs articles de première valeur comme documentation. Auteur de nombreuses publications d'histoire et d'hagiographie diocésaine, ses travaux honorent à la fois le clergé et le département. Ils reste.

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258 PROCÈS-VERBAUX

ront l'un des plus solides monuments de l'érudition et de la science religieuse en notre région. Resterait à trouver quelqu'un pour publier les notes très nombreuses et très jnédites qu'à laissées M. le chanoine Blin sur l'histoire du clergé Sagien, la vie de la bienheureuse Marguerite de Lorraine et le culte des saints autrefois honorés dans le diocèse, et qui n'ont pu trouver place dans notre liturgie actuelle, faute de documents suffisants, au temps où fut rédigé le nouveau propre du bréviaire.

M. LOUTREUIL était le fils d'un cultivateur de Neuvilleprès-Sées. Parti de son village, à l'âge de 24 ans, en 1857^ comme simple comptable dans la société des chemins de fer russes.il s'était élevé àl'un des postes les plus considérables. Pendant près d'un demi-siècle, son nom a été mêlé aux créations industrielles les plus diverses : chemins de fer, ciment, brasseries, sucreries et raffineries, impression sur indienne, industrie de la soude, métallurgie, etc. Il tenait l'un des premiers rangs dans la colonie française, dont il était le doyen. En même temps, il restait fidèle à son pays de Sées, où il favorisait l'agriculture par les plus généreux encouragements. Son concours était largement acquis à toutes les oeuvres destinées à honorer la terre natale : rachat de la Maison de Corneille, restauration de la Maison d'Ozé, Millénaire de la Normandie, etc.

M. AUGUSTE LOUTREUIL est mort à Val-Mont-sur-Territet (Suisse). Il a légué en mourant 100.000 fr. à l'Institut Pasteur ; 1 million à la Caisse des recherches scientifiques » 2 millions et demi, à l'Université de Paris ; 3 millions et demi à l'Académie des Sciences. Membre de notre Société depuis 1887, il en vivait trop éloigné pour en connaître les besoins et comme tous nos autres confrères décédés, lui aussi dans ses générosités princières, il n'a pas songé à lui faire une petite part qui eut comblé les vides de notre budget et eut permis d'organiser notre Musée et facilité des publications trop longtemps attendues.

Une petite exposition particulière, exclusivement consacrée à Charlotte Corday, vient de s'ouvrir à Rouen. Parmi les oeuvres qu'elle comprend, il faut citer quelques estampes


IMtOCÈS-VERliAIX 259

anglaises rares dans l'iconographie de Charlotte Corday. Tout d'abord The Death of Jonn-Paul Marat, peinte par D. Pellegrini et gravée par Nicolas Schiavonetti, le graveur italien qui a gravé de nombreuses pièces sur les personnages de la Révolution, entre autres avec Pellegrini, un portrait du Dauphin. Dans cette estampe, Charlotte Corday, portant un fichu bleu, est représentée, poignardant Marat, renversé sur un canapé.

L'autre pièce anglaise est intitulée : M. Anne Charlotte Corday « vas barn at St Saturnin was guillotined in Paris the 17 th July 1793 ». Cette estampe fut dessinée par J. Beys et porte comme nom de graveur cette désignation : Idnarpilaf. Charlotte Corday est représentée en robe blanche, au haut de l'échelle qui conduit à l'échafaud. Elle est accompagnée d'un officier de la garde nationale et tend ses mains liées de corde au bourreau, les bras nus, coiffé du bonnet phrygien. A côté, on aperçoit les montants et le couperet de la guillotine. Cette pièce, semblable à une autre qui figure à la vente de Bellegarde, est fort intéressante.

Citons encore : un curieux dessin calligraphique, entouré d'ornements en traits de plume, représentant Charlotte Corday en turban et portant l'inscription : Composé à la plume par Le Roy ; un autre dessin à la sanguine, la représentant en bonnet normand ; deux petites gravures à la manière noire : Charlotte Corday dans sa prison, écrivant sa lettre d'adieux à son père, et la Mort de Marat, assassiné dans sa baignoire en « sabot », qui se vendaient, rue de la Boucherie N° 26 ; le portrait en médaillon bien connu, par Duplessis-Bertaux ; une curieuse gravure allemande représentant Charlotte Corday en turban et portant l'inscription . Zu funden in Nuremberg ber C.-W. Boch, d'après une miniature prise par C. W. Boch, en 1793 ; une gravure de Metzmacher d'après le tableau de Giroux en 1848, et une gravure anglaise de Stocks, d'après le tableau moderne The toilet of Ch. Corday de E.-M. Ward.

M. Dallet a envoyé une notice sur la paroisse de SaintGermain-la-Campagne (Eure), qui faisait partie de la Généralité d'Alençon. Elle sera insérée au Bulletin.


260 PROCÈS-VERBAUX

M. Savary envoie également pour le portefeuille de la Société trois quittances, signées de Françoise de Quératy (7 Avril 1714), Françoise de Charbec (12 Décembre 1720), Françoise de Lapallière (3 Mai 1741), abbesses de SaintAntoine de Domfront.

H. l'abbé Vieules, curé de Nages, dans le Tarn, sollicite à nouveau des renseignements sur les cépages médiévistes de l'Alençonnais et du Perche.

H. l'abbé Bricon signale les travaux tout récents de deux compatriotes ornais. 1° Un article sur Duns Scot, paru dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, (Vacant-Mangenot), par le R. P. Raymond de Courcerault (L. P. Brault), capucin, gardien du couvent de Kadi-Keuï, à Constantinople. Cet article contenu dans les XXXIe et XXXIIe fascicules, s'étend de la colonne 1865 à la colonne 1947 et est par conséquent très important. Ces deux fascicules sont parus en 1910.

2° — Un volume de la collection : Les Saints : St Patrice, in-12 (librairie Lecoffre), par l'abbé Riguet, curé de SaintDenis de l'Hôtel (Loiret). L'auteur, qui est originaire de Préaux, et ancien élève du Petit Séminaire de Sées, a dédié son livre à ses parents, à son maître vénéré, M. l'abbé Patrice, curé de Préaux.

M- Louis Duval envoie pour publier dans la Série : Documents, les Statuts de la Confrérie de Notre-Dame, à Courmesnil, 1607.

Le R. P. Ubald d'Alençon fait don de la photographie d'une miniature du ms. Gallicus 369 de la bibl. roy. de Munich, fol. 2 b, ms. intitulé : Des cas des nobles hommes et femmes.

Elle représente le lit de justice tenu à Vendôme, en 1458. Le duc d'Alençon, accusé d'avoir conspiré avec les Anglais contre la France, est condamné à mort, le 10 Octobre 1458. Dans la scène, Charles VII préside. Devant lui sont Dunois, vêtu de rouge tenant le bâton d'or à la main et le chancellier Guillaume Jouvenel des Ursins en manteau d'écarlate orné de trois boucles d'or, le chaperon blanc de magistrat autour du cou. A la droite du roi, sur un banc plus élevé, le jeune


PROCÈS-VERBAUX 261

Charles de France (qui devint le duc de Guyenne) âgé de 12 ans.puis Charles d'Orléans, le poëte, portant un chapeau noir. Le duc de Bourbon est à côté de lui. Au dessous de ces princes qui siègent comme pairs laïques, sont assis quelques hauts dignitaires de la couronne. Devant Charles de France est Yves de Scepaux, premier président du Parlement et les deux présidents, Robert Thiboust et Elie des Tourelles, tous trois en chaperons blancs. A la gauche du roi, le banc supérieur est occupé par les Pairs ecclésiastiques : Jean Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, et les autres. L'abbé de Saint-Denis, Philippe de Gamaches est au bout du banc, près de la porte, en costume de bénédictin. Au centre du tableau, assis presque par terre, les gens du Parquet, le procureur général, Jean Dauvet, les avocats du roi, Jean Barbin et Jean Simon.

Au fond, devant le chancelier, ie greffier criminel, Hugues Allegret, vu de dos, lit la sentence.

Ce Jean d'Alençon était « le gentil duc » qui combattit aux côtés de Jeanne d'Arc. Son procès était un « procès de tendance ».

La miniature en question a déjà été reproduite dans le Boccace de Munich, de M. le comte P. Durrieu, planche I, avec description, page 51-55. Elle mesure 340mm sur 280mm.

Ainsi que l'indique d'ailleurs le P. Ubald, plusieurs membres déclarent l'avoir vue également dans la Revue archéologique (Décembre 1855, p. 509-520) article de Vallet de Viriville.

M. de Brébisson apporte son travail sur le kaolin d'Alençon avec les croquis des plus belles pièces exécutées avec ce kaolin.

M. le Président envoie nos félicitations à notre collègue, M. Guillochim, maire d'Argentan, qui vient de recevoir les palmes académiques.

M. Paul Harel vient de faire paraître un nouveau volume : Hobereaux et Villageois, Paris, Jouve, 1911, contenant quelques nouvelles, dont nous avons déjà apprécié la saveur normande. Il a donné le 15 Mars dernier, ail cercle du Lu-


262 l'HOCKS-VERBAUX

xembourg, à Paris, une conférence sur La Vénerie et les chansons de chasse, qui a obtenu le plus grand succès.

Dans une conférence faite à Bernay, sur le « Patrimoine artistique de la France et sa conservation », le capitaine Engelhard demanda « que toutes les sociétés, qui à un titre quelconque, ont souci que les trésors de notre archéologie nationale ne dépérissent plus, se groupent, qu'elles aient un comité central à Paris, et des sous-comités dans chaque cheflieu de département »... Cettte proposition sera reprise au congrès du Millénaire, à Rouen.

La Soriêté d'histoire Contemporaine vient de publier, sous je titre de « Paris pendant la Terreur », les rapports des agents secrets du ministre de l'Intérieur (1 volume, 27 Août 1793 au 25 Décembre 1793). Parmi ces agents figure :

Rousseville (Pierre-Henri), prêtre, né à Mortagne. Son père qui était commerçant, fit de mauvaises affaires. Un de ses frères mourut à l'armée du Rhin, un autre servit dans l'armée du Nord. Lui se consacra d'abord à l'enseignement de la philosophie et des mathématiques, fut professeur, en 1789, au collège Louis-le-Grand, vicaire à Bagnolet, puis desservant au Bourget. Il prit part à la révolution du 31 Mai 1792 et abdiqua la prêtrise. Il devint secrétaire du comité de salut public de Paris, fut destitué. Chargé de missions dans les départements, dont l'Orne, il rédigeait des rapports. Il s'attacha à Robespierre, fut emprisonné, sauva sa tête. Plus tard, il reprend sa besogne d'espion, dans la police secrète. On ignore comment il finit.

H. le Président demande l'avis des sociétaires présents sur l'utilité d'ouvrir dans le Bulletin une série nouvelle et de pagination spéciale pour la publication de documents de l'histoire régionale. Déjà le R. P. Ubald a promis son concours pour l'inventaire de la partie ornaise aux Archives Nationales. M. Marais et M. Hubert feront même besogne, le premier à la Bibliothèque Mazarine, le second, pour ce qui intéresse l'histoire de son pays de Domfront.

H. l'abbé Legros analysera certains documents de la Justice de Paix de Bourg-le-Roi.


PROCÈS-VERBAUX 263

La création de cette série, dont il avait été parlé en dernière séance, a de nouveau recueilli l'assentiment général.

M. Paul Romet signale dans le travail du comte de Montbel : Sur les routes de l'exil, mémoires inédits publiés par son petit-fils, M. Guy de Montbel (Revue hebd. 21 Jan. 1911) un passage intéressant l'histoire et l'abbaye de la Trappe.

« J'appris dans la suite, écrit M. de Montbel, que j'avais été la cause d'une visite domiciliaire faite par les ouvriers de Laigle, pendant la nuit du 30 Août, au monastère de Notre-Dame de la Trappe du Val (sic). Menaçant les religieux de leurs fusils, ces ouvriers s'écriaient avec fureur . « L'ex-ministre Montbel est caché dans vos murs, livrez-le ou nous mettons le feu au couvent ». — Il n'est jamais venu ici, répondit le Supérieur avec calme, vous pouvez vous en convaincre en visitant la maison.

« Ils bouleversèrent fort inutilement le monastère et ne découvrirent aucun personnage politique. Le seul suspect qu'ils arrêtèrent fut un manuscrit latin. Les meneurs n'y comprenant rien, déclarèrent que s'était probablement une correspondance contre-révolutionnaire avec l'étranger. Le cahier incriminé fut solennellement remis au Préfet, comme une pièce des plus importantes, comme une preuve accablante de la conjuration des Trappistes. C'était un traité de théologie. Après leur habile exploit, ces héros ne pouvaient prétendre à un repas bien somptueux dans l'asile de l'abstinence. Ils se contentèrent donc de prendre ce qu'ils trouvèrent et firent main basse sur les simples légumes du jardin, qui auraient suffi pendant un mois à la nourriture des religieux. Je servais ainsi de prétexte à la consommation fort peu légale de tous les choux et de tous les artichauts des Trappistes. »

H. Emile Picot fera un discours sur M. Léopold Delisle, au Millénaire de la Normandie qui doit se célébrer à Rouen.

M. le Baron Jules des Rotours donnera un travail sur les divisions de la Normandie.

Lecture sera donnée d'une étude sur Orderic Vital, par M. Etienne Deville.


264 PROCÈS-VERBAUX

M. le Vicomte du Motey a donné dans le journal l'Indépendant un article sur ce sujet avec aperçus nouveaux.

M. le Président à propos du nom d'Orderic Vital, qui vient d'être prononcé, annonce que le comité va s'occuper activement de l'érection d'un monument au chroniqueur de Saint-Evroult, de façon que cette érection ait lieu l'année prochaine. M. l'abbé Sornin fera sur ce sujet une conférence au cercle du Luxembourg, le 5 Mai prochain.

Le congrès de la Société Française d'Archéologie se tiendra cette année, du 19 au 25 Juin, àReims, Laon, Soissons, Langres et Châlons-sur-Marne.

Un syndicat d'initiative vient d'être créé à Nogent-leRotrou, pour signaler et mettre en valeur les beautés pittoresques et autres curiosités du Perche.

Mme Oursel de Rouen continue de solliciter des renseignements sur les auteurs ornais pour le supplément de sa Biographie Normande.

M. Eugène Lefèvre-Pontalis vient d'être nommé professeur d'archéologie à l'Ecole des Chartes en remplacement du Comte de Lasteyrie.

Une série d'articles « Une Normandie inconnue » vient de paraître au Journal des Débats, sous la signature de A. Pawlowski. C'est une étude très documentée sur le Bassin minier de la Basse- Normandie (Journal des Débats. N 08 des 2, 6, 10, 18 Janvier 1911).

La protestation de Maurice Barrés pour la défense des églises menacées de destruction amène à l'examen des projets laissés en souffrance dans notre département.

Actuellement, il y a instance pour le classement du Tribunal de commerce d'Alençon, et des demandes ont été faites pour les églises de Médavy (?) Almenesches, Exmes, Montgaroult Tournay-sur-Dives, Sentilly.

A propos de l'état de délabrement signalé à la toiture de Notre-Dame d'Alençon, un devis de 10.517 fr. 16 pour la


PROCÈS-VERBAUX 265

réparation des deux versants de la nef, a été présenté au Ministère, par l'architecte, M. Simil, le 10 Octobre 1910. On attend la décision pour saisir de la question le conseil municipal.

Des travaux très urgents de consolidation et d'aménagement intérieur doivent être faits au Tribunal d'Argentan. 4.500 fr. ont été votés par le Conseil Général, l'Etat parfera la somme nécessaire : 20.000 fr. seraient indispensables pour une restauration complète.

Pour l'église de Saint-Cénery-le-Géret les dépenses d'entretien seulement ont été accordées, soit 600 fr. Le rapport de l'architecte, M. Sandret, est au ministère, dont on attend toujours l'approbation.

Dans l'église du Douet-Arthus, sur le territoire de la commune de Heugon, il existe plusieurs objets classés : deux dais d'autel du xve siècle avec sculptures et peintures sur bois, une statue de la Vierge, l'épitaphe funéraire d'un curé, également du XVe siècle. On déclare qu'il y a impossibilité de les laisser dans le vieux sanctuaire, lui-même si pittoresque et d'un réel intérêt archéologique, parcequ'il tombe en ruine& et que la municipalité et les habitants de l'ancienne paroisse refusent de l'entretenir. La statue et l'épitaphe seront transportées dans l'église de Heugon, solution déjà bien regrettable, mais les autels à dais sont actuellement repoussés, sous prétexte de manque d'emplacement, alors que les petits autels de l'église de Heugon, sont deux très vulgaires pièces de menuiserie moderne dénuées de toute espèce d'intérêt. M. Simil propose de placer les dais au dessus des stalles des charitons, mais il faudrait pour cela enlever les torches de charité, car leur dimension menacerait d'endommager ces dais. Ces torches sont d'ailleurs hors d'usage, la confrérie n'existant plus. M. le curé s'y refuse. M. Simil demande au ministère de désigner l'endroit où les objets classés devront être transportés, par suite de ce refus, qui provoque la protestation et l'expression de vifs regrets de la part des sociétaires présents à la réunion.

La municipalité de Tinchebray a demandé le classement


266 PROCÈS-VEKBAUX

de la vieille église de Saint-Rémy, dont elle voudrait utiliser le choeur, pour l'Hôtel de Ville. Ce classement a été refusé.

M. Robert Triger demande si dans l'Orne des églises ont été récemment classées ; dans la Sarthe, depuis trois semaines, trois églises viennent de l'être.

H. le Président a été informé par M. Simil qu'aucune demande n'a pu aboutir : 60 dossiers dorment, quand serontils réveillés ?

Une feuille d'adhésion à la pétition de M. Barrés sera envoyée à chaque sociétaire, qui sera prié de la signer et de vouloir bien recueillir des signatures des personnes étrangères à la société, s'intéressant à la question.

M. Robert Triger signale l'exposition qui se prépare au Mans, qui contiendra une partie rétrospective des plus curieuses. Il espère que les Membres de la Société pourront y organiser une journée de visite pour Juillet.

Une réunion des membres de la Société Historique et Archéologique de l'Orne résidant à Paris, a été tenue le 9 Mars dernier, au siège de l'Union Bas-Normande et Percheronne, 22, rue Vaneau. Ils s'y sont rencontrés au nombre de 32. Le procès-verbal de la séance rédigé par notre secrétaire général, le baron Jules des Rotours, nous est communiqué par M. le Président. Il sera inséré au Bulletin en son lieu et date.

La séance est levée à 4 heures et demie.

Le secrétaire,

Abbé DESVAUX.


UN "POETE AU COLLEGE

Les Années de Jeunesse

de G. LE YAYASSEUR

Souvenirs d'enfance, impressions de collège, de quelque nom qu'on les décore, ces sortes d'autobiographies avant la vie doivent une part de la faveur qu'elles obtiennent à la curiosité qui s'attache aux débuts des grands hommes. Mais toute histoire d'âme a son intérêt, même et surtout s'il s'agit d'une âme d'enfant. Mettre en relief l'état d'esprit d'un collégien exilé vers 1830 loin de la terre natale, étudier en même temps les débuts d'un poète aimé : telle est la double esquisse que je voudrais tenter à propos de Le Vavasseur.

Pendant de longues années les fêtes scolaires et les banquets ramenèrent à Juilly un petit homme, qui semblait aux élèves, fort extraordinaire. Les anciens l'annonçaient aux nouveaux qui en rêvaient longtemps à l'avance comme de quelque fantastique M. de Crac. C'est que pendant cinquante ans Le Vavasseur revint à son vieux collège, toujours le même. Son front s'élargissait, le romantisme de ses cheveux allait s'apaisant mais, il riait toujours. Lui aussi, comme son frère aîné en poésie, La Fontaine, eut été tenté de pêcher les poules par les fenêtres (1). II ne s'embarrassait pas de son âge, et

(1) Par la plus étrange de toutes ses distractions, M. de la Fontaine s'était cru appelé à la vie oratorienne, il était entré à l'Institution de Paris le 14 avril 16-11. Quelques semaines après, le Père de Verneuil recevait le novice à Juilly pour le préparer à la vêture. Plus tard le fabuliste avouait à Boileau qu'il lisait « pius volontiers Marot que. Rodriguez ». Sa grande distraction consistait à faire descendre du haut de sa fenêtre, au bout d'une


268 UN POÈTE AU COLLÈGE

chaque année, comme un lutin d'Hoffmann, il apportait à nos aines toutes les variétés du rire humain.

*%

Le 7 août 1833, après la distribution des prix, où ses lauriers furent médiocres, G. Le Vavasseur dit adieu à son vieux collège d'Argentan. L'écolier songeait à la longue harangue de son principal maître Guiton de Surosne, aux heures très douces passées dans la chambre de son jeune professeur M. Halbout. Il revoyait s'estomper dano le lointain la silhouette aimable et frêle de son maître de danse Napoléon Hurturelle « un radical barbare ailé d'une désinence aimable ». Gais ou tristes les souvenirs bourdonnaient à ses oreilles : « Te rappelles-tu, il y a deux ans, les trois glorieuses, les drapeaux blancs, oeuvre de Chennevières, arborés sur les bureaux, les cocardes tricolores attachées aux quinquets, l'étude toute entière hurlant la Marseillaise. C'est de cette fenêtre que tu vis l'arrivée du convoi royal à Argentan. » Le drapeau blanc s'en allait pour toujours escorté des souvenirs de la vieille France. Les rues regorgeaient de soldats, les cours de canons, le collège était encombré de généraux. Les écoliers se montraient du doigt La Rochejacquelin, le Balafré et d'autres. A cette pensée les yeux de l'enfant se mouillaient de larmes. Son coeur devait être un des derniers où le culte désintéressé de la Monarchie resterait debout et inaltéré.

Pendant les vacances de 1833 Mme Le Vavasseur faisait inscrire son fils à Juilly. Comment fut-elle amenée à envoyer ses enfants dans l'antique Académie royale (1)? A défaut de motifs puisés dans des raisons ou des relations de famille,

longue corde, sa barrette remplie de mie de pain, jusque dans la basse-cour pour attirer la volaille et rire tout à son aise des moeurs querelleuses et gloutonnes de « la gent qui porte crête ». Un ordre du P. Bourgoing qui ne péchait pas par excès d'indulgence le rappela à ses devoirs le 28 octobre. Il était invité à se rendre à Saint-Magloire pour y « étudier sa théologie ». Cette retraite acheva de lui dessiller les yeux, il quitta l'Oratoire pour n'y plus revenir. Cf. Mémoires Manuscrits de l'Oratoire. — Annales de la Société historique et archéologique, de Château-Thierry, 1874. Ch. Hamel, Histoire de l'abbage et du collège de Juilly. Jules Gervais. Paris, 1888.

(1) Le 2 mars 1638, le roi Louis XIII donnait au collège des Oratoriens le titre d'Académie royale et le privilège d'associer les armes de France sans lambel au blason de l'Oratoire.


UN POÈTE AU COLLÈGE 269

deux choses suffiraient à l'expliquer. Douée de connaissances supérieures, la mère du poète « cent fois plus royaliste que tous les rois ensemble, Saint Louis excepté, et peut être Louis XIV, sous réserves » voulait pour ses fils une éducation traditionnaliste et française, une formation sérieuse; mais d'accord avec les directeurs de Juilly elle ne croyait pas que le régime d'un collège dût être sous le rapport religieux celui d'un petit séminaire. Elle se contentait « d'une piété franche renfermée dans les habitudes, les pratiques essentielles qu'un chrétien exact à ses devoirs peut et doit même conser ver toute sa vie» (1). C'était là précisément la règle de vie que les nouveaux directeurs du collège s'efforçaient d'imposer à leurs élèves.

MM. de Scorbiac et de Salinis avaient pris en octobre 1829 le collège qui périclitait aux mains de ses derniers directeurs. La Révolution de 1830 vint bouleverser leur oeuvre récente et réduire de moitié le nombre de leurs élèves. M. de Salinis, pour conjurer le péril, comprit la nécessité de recruter un personnel de choix et demanda conseil à Lamennais. La congrégation naissante de Saint Pierre reçut asile à Juilly. Lamennais y rejoignit ses disciples le 15 octobre 1830, mais bientôt la tête lourde de doute, d'orgueil et de colère (2) il quitta pour toujours M. de Salinis.

Le Vavasseur ne connut point à Juilly l'auteur des Paroles d'un Croyant, mais il subit sa hantise d'une manière étrange. Il a peint dans ses souvenirs «. ce petit abbé souffreteux et malingre, vieilli avant l'âge, soucieux, aphone et généralement triste » (3). C'est que souvent l'enfant erra dans l'allée discrète qui glisse le long du lac et qui a gardé le nom de Lamennais. Quand le soleil couchant allongeait l'ombre des tilleuls et quand les feuilles tombaient sous le frisson du soir, le poète revoyait dans sa promenade favorite l'homme pâle, débile, aux yeux profonds. Le vent qui pleurait secouait

(1) Collège de Juilly, Prospectus août 1831, p. 2.

Mgr de Salinis. Discours sur le plan des Etudes Religieuses 16 août 1831 passim.

(2) Cf. lettre inédite à la comtesse de Senftt. 31 octobre 1830 : • Je me meurs d'épuisement, mes forces sont usées ».

(3) G. Le Vavasseur, M. de Salinis, La Picardie, février 1861, p. 7.


270 UN POÈTE AU COLLÈGE

sa longue douillette noire et berçait l'éternelle mélancolie de sa pensée.

***

Le 24 octobre 1833, Mme LeVavasseur conduisait Gustave, 76, rue de Bondy. C'était un matin brumeux d'automne, le froid humide tombait d'un ciel gris.

Le front encore chaud de l'adieu de sa mère,

Un pauvre enfant songeait, plein d'une angoisse amère ;

Le crépuscule était plein de bruits agaçants,

Des paquets empilés roulaient dans tous les sens ;

Pendant qu'on les chargeait, bourgeois et pédagogues

Défendaient leurs colis avec des airs de dogues ;

Des chevaux hennissaient dans l'ombre, un gros luron

Leur donnait la réplique en mâchant un juron...

... L'enfant c'était moi... L'homme avait nom Vivien.

Je le vois souriant à son fouet qu'il décroche, Atteler ses chevaux efflanqués à son coche, Où je crois lire encore, sur le panneau vieilli, En caractères noirs : Service de Juilly.

Le nouvel élève prit place dans la diligence, il avait déjà revêtu comme ses camarades l'uniforme de drap d'Elbeuf bleu de roi, avec le collet droit et les boutons aux armes du collège. Le cocher « Nul s'y frotte » mit son bonnet de fourrure, fit claquer son fouet et les lourds véhicules chantés par Murger s'ébranlèrent jetant aux bourgeois endormis la chanson joyeuse de leurs grelots.

L'agitation du début fut de courte durée et bientôt le silence lugubre des jours de rentrée remplaça les joyeux éclats de rire. La Brie s'étendait muette et nue sous le brouillard. La route était triste, une trouée d'arbres offrait ça et là, à la vue, sa masse roussie, barrée de bouleaux argentés. Parfois un village aux maisons claudicantes et vieillottes s'étageait sur les deux côtés du chemin. Une brume sans

(1) G. Le Vavasseur. Banquet des anciens élèves de Juilly, 11 mai 1875.


UN POÈTE AU COLLÈGE 271

couleur s'alourdissait ; un silence absolu berçait toute cette solitude navrée. Gustave se souvint toujours de ce premier voyage.

Un grand chemin perdu dans la brume d'automne,

Déroule son ruban blafard et monotone :

Tout le long du pavé, des bennes dont les boeufs

Pétrissent en tout temps le sol gras et bourbaux.

Partout un océan de terres labourées,

Dont nul vent n'assouplit les pesantes marées,

Pas d'arbres, pas d'oiseaux, sauf un corbeau chagrin

Qui pille en croassant une meule de grain

Le Mesnil Amelot... puis Thieux, puis le collège... (1)

Comme la nuit tombait le poète entra à Juilly. Il vit pour la première fois ces vastes bâtiments expressifs d'une pensée grave où domine un souci d'ordre. L'antique abbaye parfumée de prières et de sacrifices projetait sur l'infini du ciel ses corps de logis aux fenêtres uniformes. Du fouillis des toits verdis de mousse montait ainsi qu'une prière la vieille chapelle. Là-bas dans le parc les marronniers s'alignaient avec des gestes protecteurs de surveillants débonnaires.

Dès le lendemain commença pour Le Vavasseur la vie studieuse qu'il allait mener pendant quatre ans. Longtemps après il se plaît à revivre à Juilly : « Notre enfance laisse quelque chose d'elle-même aux lieux embellis par elle, comme une fleur communique son parfum aux objets qu'elle a touchés » (2). Il aimait à voir passer doucement devant ses yeux comme dans un miroir toutes les heures de la journée :

Le cadre sous la main je peignais à mesure, Et voici mes croquis refaits d'après nature (3).

(1) G. Le Vavasseur. Inter amicos, p. 236.

(2) Chateaubriand. Mémoires d'Outre-Tombe T. I, p. 210.

(3) Inter amicos, p. 245.


272 UN POÈTE AU COLLÈGE

Voici au dortoir le lit qui fut le sien, où il dormit de si purs et de si paisibles sommeils ; sous la lueur falote et dansante de la petite veilleuse, le réveil que la cloche inhumaine scande de sa voix enrouée :

Avec un bruit strident l'avant quart se décroche,

L'heure sonne. A deux mains applaudissant la cloche

Le préfet nous réveille impitoyablement,

Et finit par lancer suivant le règlement,

Un Benedicamus Domino formidable.

J'en sais, de fort dévots, qui le donnaient au diable

Le plus vaillant enfin dans ses draps s'étirait,

Le Deo gratias sur sa lèvre expirait.

Les paresseux — j'en fus — hélas ! — j'en suis encore,

Craignant de se. piquer aux roses de l'aurore,

Tenaient leurs yeux fermés dans l'espoir de rêver,

Mais il fallait toujours finir par se lever.

Agacés par le bruit des clés sur nos couchettes,

Nous sortons, mi-vêtus, de nos blanches cachettes,

Et moitié par contrainte et moitié par devoir,

Nous complétons nos rangs aux portes du dortoir (1).

Voici à l'étude le vieux banc amolli par un long usage et que l'habitude rendait aussi doux qu'un fauteuil.

L'étude du matin c'était bien la meilleure Que de fois, le matin, j'ai fait en trois quarts d'heure, L'ouvrage de trois jours, quand j'étais obligé D'achever pour la classe un devoir négligé (2).

Le professeur de 3e était alors M. Colin, docteur ès-lettres. Humaniste délicat, charmant causeur, il était parfois fantasque et bizarre; les jours d'orage revenaient souvent. Le perpétuel sourire du maître s'éteignait comme un rayon disparu, le nez s'allongeait sur la lèvre ; c'était la tempête, un jour de lune disait Gustave :

En classe, il va falloir réciter ses leçons,

Je n'y saurais songer, encore sans frissons,

Moi, qui n'ai pas ouvert mon livre, comment faire 1

Je me lève penaud, j'ânonne, je diffère,

(1) Inler atnicos, p. 245.

(2) Id., id.


UN POÈTE AU COLLÈGE 273

Mais il faut en finir, sur mon livre entrouvert Je jette un oeil furtif, si j'étais découvert Je regarde au plafond... devant moi... vers la table... J'ânonne de plus belle, un voisin charitable Me souffle.... J'ai fini. C'est grâce à ce secours, Que sans jamais savoir, je répondais toujours, Et que n'ayant appris, grec, latin, vers, ni prose, J'ai, je ne sais comment, retenu quelque chose (1).

A de certains moments les rapports entre le maître et les élèves étaient tendus au point de se rompre. Le temps n'était plus où maître Patruel, démontrait à l'écolier, à genoux, de sa verge pliante son délit a posteriori. Le martinet, qui jadis avait fouetté Jérôme Bonaparte, se trouvait depuis longtemps « remisé au musée ». Mais aux grands écarts les grandes répressions. M. Duflot.un de ces surveillants austères que nos collégiens appelaient « des chiens de. cour « remplissait impassible les fonctions de geôlier et ouvrait :

Le cachot ténébreux, claustrale solitude, Où le gouvernement enfermait son Latude

Souvent M. Colin temporisait et le bon esprit revenait comme le soleil après l'orage. Heureuses fautes vraiment, qui amenaient les douceurs des pardons et la joie des retours. Les fâcheries et les réconciliations n'entrent-elles pas dans les meilleures amitiés comme un levain de reconnaissance et de dévouement ?

Le Vavasseur, à cette époque, n'a rien d'un Socrate, ni d'un Epictète. C'est un bon écolier fort en thème, mais très jovial. Il aime la gymnastique et les exercices violents, leste comme un écureuil c'est un grand joueur de barres; il en convient d'ailleurs plus tard dans des strophes à lui-même.

(1) Inter amicos, p. 257.

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'274 ON POÈTE AU COLLÈGE

Mais de ma lourde machine, Nature oignant les ressorts, Me fît une souple échine, Et des jarrets assez forts (1).

Non moins infatigable au sommeil qu'à la table, Gustave, est beau mangeur sans être gourmand. Il approvisionne de vivres sa baraque et partage gaiement avec ses camarades les succulents pâtés fabriqués avec un art exquis par sa bonne grand'mère Mme Renault de la Renaudière. Quand il entre à l'infirmerie, c'est au lendemain des vacances pour « indisposition ». La tisane de soeur Marthe a tôt fait de guérir tous les maux, même la nostalgie. Enclin d'ailleurs aux grasses platinées, peu sensible aux injonctions de la cloche, la benne Sébastienne, à la voix éraillée, il a toutes les qualités et tous les défauts qui font aimer un camarade. Il montre dès lors ce coeur exquis tout trempé de tendresse délicate et forte, pleine de pudeur aussi qu'il garda jusqu'à la fin.

*•*

Sans avoir rien de commun avec le Petit Chose de Daudet G. Le Vavasseur vécut parfois lui aussi des heures d'angoisse et de tristesse. Juilly n'était pas «la noire geôle de jeunesse captive » dont parle Montaigne, mais les barreaux de la cage, parfois trop visibles, agaçaient l'oiseau prisonnier. «Lesmurs de la prison, dit J. Aicard, ne peuvent sourire aux captifs que par le coeur des geôliers... ce sont les coeurs des maîtres qu'il faut humaniser (2). »

Cette pédagogie du coeur et de l'amour si aimable en théorie mais si difficile en pratique, MM. de Scorhiac et de Salinis l'avaient merveilleusement comprise. L'enfant plus tard le reconnaîtra en termes émus. « Certes, je ne suis pas disposé

(1) Poésies fugitives, p. 7. Cette passion de la gymnastique lui demeura longtemps. Charles Beaudelaire, son illustre ami, le surprit une fois se tenant en équilibre sur un échafaudage de chaises, s'évertuant à répéter en amateur des tours exécutés la veille par des professionnels. M. Prarond se souvient d'avoir frémi le voyant un beau matin prendre pour trapèze le bras de fer d'une poulie en avant d'un grenier et s'y suspendre par les pieds, la tête en bas, dans le vide.

Cf. comte de Contades, « Débuts Littéraires >, Inauguration du Buste de Le Vavasseur, p. 26.

(2) Jean Aicard. L'ûme de l'Enfant, p. 35.


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à jouer la vieille comédie des hypocrites regrets, et à mettre un habit neuf au lieu commun des douceurs du collège... C'est une épreuve salutaire et nécessaire. Mais je ne serai démenti par personne, si je dis que nos deux aimables maîtres ont tout fait pour nous adoucir les déboires et les ennuis de l'internat. Je les vois encore dans mes souvenirs, plus punis eux-mêmes que les coupables, quasi honteux — les grands coeurs — de la honte de leurs enfants, insensibles aux réclamations méticuleuses des maîtres subalternes, usant du droit de grâce comme de paternels souverains, généreux jusqu'à la prodigalité, tendres peut-être jusqu'à la faiblesse. S'ils nous furent trop doux,que Dieu leur pardonne! Beati mites (1). »

Je n'écris pas ici pour chercher l'occasion d'établir, à l'avantage des établissements libres une comparaison entre l'esprit de famille qui anime ses membres et l'esprit purement administratif qui semble présider ailleurs. Mais je ne peux m'empêcher de me rappeler les doléances tant de fois exprimées par les grands maîtres de l'Aima mater sur la tristesse de ses lycées.

Le Vavasseur dès cette époque avait à Juilly des amis dévoués. Mais son culte pour son frère Léon devient presque paternel. Je m'explique cette affection profonde depuis le jour où j'ai vu le portrait de Léon, âgé de 25 ans. Je n'oublierai jamais ce regard enlaçant de femme ou de jeune apôtre où s'allient de la timidité et de l'audace, de la candeur et de la sécurité, avec je ne sais quoi d'ingénu et de rusé, d'irrésistiblement passionné et de chaste.

L'enfant avait choisi sa part, dès les premiers jours de son jeunesse, il avait entendu l'appel du maître et son ambition était allée du côté des saints et de l'amour immesuré...

Le 23 octobre 1834, Gustave entrait en seconde (2). L'année

(1) G. Le Vavasseur. de Salints, p. 6 et 7.

(2) L'année précédente avait été féconde et couronnée de succès. Je relève sur le Palmarès du 11 août 1834 les prix et mentions suivantes : Instruction Religieuse : mention honorable Dissertation Historique (id). Narration Française : Prix de 2B classe. Version latine : Prix de 2e classe. Thème Latin : Prix de lr« classe.


276 UN POÈTE AU COLLÈGE

scolaire s'ouvrit par une retraite dont il garda longtemps le souvenir. Quelques jours auparavant l'enfant écrivait à à sa mère.

« Nous allons avoir un prédicateur qui n'est pas seulement le plus grand de la Franee mais du monde entier, je ne sais pas si tu en as entendu parler, il s'appelle M. Combalot » (1) Les accents rudes et familiers de l'apôtre retentirent sous les voûtes noircies où la fantaisie multicolore des vitraux teintait de rêves les prières des adolescents. L'ombre recueillie du sanctuaire se peupla des évocations du moderne Bridaine (2).

« L'enfance, dit un philosophe veut être élevée dans le culte de la beauté in hymnis ri caniùif» (3). Faire de la religion le charme de la vie telle était la grande pensée de M. de Salinis. il s'attacha de bonne heure à donner aux cérémonies religieuses tout l'éclat possible. L'antique chapelle lui semblait trop étroite et trop triste. C'est pour cela qu'il transforma en un sanctuaire plus souriant la salle des fêtes.

Parmi ses plus chers souvenirs, lorsque le vieux collège se dresse devant lui, LeVavasseur revoit la grande chapelle. Elle se dessine avec un charme infini sur l'horizon de sa jeunesse. Voici le pavé sur lequel il pria à l'âge où l'on prie comme l'on joue, comme l'on aime. Ses larmes ont coulé peut-être sur la dalle verdie, mais il est doux de revoir les lieux où l'on a pleuré.

Lorsque nous y faisions la prière du soir,

A travers les vitraux, du haut du gable noir,

On eût dit que sur nous glissait avec mystère

lin souffle de terreur pieuse et solitaire.

Les stalles se peuplaient de spectres noirs et blancs,

Que la lune éclairait de ses rayons tremblants (4).

Chaque matin les écoliers allaient à la messe. M. de Salinis

(1) Lettre inédite citée par M. Alfred Poizat. Inauguration du Buste de Le Vavasseur, 14 mai 1899.

(2) Cf. Hamel. Histoire de l'Abbaye et du Collège de Juillg, p. 427.

(3) Ravaisson cité par M. Maurice Barrés dans Les Amitiés Françaises.

(4) Inler amicos p. 257.


UN POÈTE AU COLLÈGE 277

y faisait une courte méditation, le reste du temps on chantait des cantiques. Le souvenir reste précis chez le poète de ces chants lestements élevés :

Où sa voix robuste Faisait plus forte hélas que juste Second ténor (1).

M. Jacontin, l'honorable maître de chapelle était traditionaliste dans le choix de ses morceaux, Gustave goûtait fort peu le charme désuet de ces mièvres cantilènes. Espiègles, étourdis, malicieux, ses camarades avaient l'oreille tendue à toutes les critiques.

Vous souvient-il comment en chantant des cantiques, Il en était certains où nous nous amusions, A souligner les mots et les allusions. Ainsi que des tribuns que le diable électrise Nous disions aux tyrans : Censeurs je vous méprise Ce sont là de tes coups, révolte, instinct maudit ; Le cantique en pâtit et dut être interdit, Tant nos jeunes gosiers semblaient tressaillir d'aise En chantant cette étrange et pâle Marseillaise 1 (2)

***

L'année de seconde fut d'ailleurs heureuse pour le poète. C'est le moment exquis des espoirs sans nuages, du travail sans fatigue. On lit pour s'instruire et non pour répéter. On peut étudier en amateur et pour l'amour de l'art. L'abbé Harriet était fait pour ce travail, tant il apportait d'esprit, de grâce et de nonchalance studieuse dans sa façon de faire la classe. Gustave garda de lui un profond souvenir. Il le décrit à sa mère avec sa large face réjouie, rose comme une aurore, le crâne vaste et dénudé, le nez monumental bien portant et charnu, un nez bourbonien, un peu empâté, un peu démocratisé par plusieurs années de loyalisme constitutionnel, le buste très haut sur des jambes très courtes. A

(1) Juilly. Banquet du 7 mai 1883.

(2) Inter amicos, p. 324.


278 UN POÈTE AU COLLÈGE

part-les leçons, la classe n'avait rien d'ennuyeux; chaque saison ramenait ses auteurs classiques.

L'hiver nous traduisions Cicéron ou César, Nous répétions Virgile et Racine au hasard. Nous allions de Pindare à Rousseau Jean-Baptiste, D'Horace le folâtre à Despréaux le triste, Saupoudrant nos cerveaux du classique trésor, Que l'on avait pour nous réduit en poudre d'or. Quand venait le printemps une sève nouvelle, Semblait en nous grisant, nous troubler la cervelle. Les prosateurs latins, les poètes français Se fondaient au soleil des romans écossais, Et nos régents charmés au milieu du silence Nous lisaient Walter Scott...

C'était l'auteur à la mode. Gustave raconte à ce sujet une plaisante histoire. M. Menjaud, le professeur de mathématiques apportait à sa tâche une ardeur exclusive qui fatiguait les humanistes. Un jour, au sortir de la classe, le docte abbé monte à l'infirmerie avec sa boite à craie et son éponge. Plus de tisane, il faut attendre qu'on en fasse. Par hasard, un volume erre sur la table ; c'est Quentin Durward ; M. Menjaud le repousse nerveusement, en haussant les épaules. Le maudit livre s'ouvre à la première page. Le savant lit le titre, tourne le feuillet, oublie son rhume et le temps qui fuit. Il lit, il lit toujours, midi sonne, il n'entend pas la cloche. A quatre heures grisé de prose et mort de faim, il s'effondre sur un fauteuil.

Alors comme un noyé perdu qui se retrouve, Il sortit en disant : < Qu'est ce que cela prouve ?» . — Tout et rien bon abbé, vous pouviez sans errer, Ajouter : c'est cela qu'il fallait démontrer (1).

Les heures passaient rapides quand M. Harriet pris d'un accès lyrique lisait à ses élèves VIdole ou la Curée. Romantique certes il l'était le brave abbé, mais par un retour inconséquent aux choses surannées, il manifestait un goût très vif

(1) Inter amicos p. 251.


UN POÈTE AU COLLÈGE 279:.

pour les vers latins. Les vers latins... encore une vieille chose qui s'en va I Gustave en aimait le charme discret, les formules lointaines. Le latin dans les mots ne brave pas seulement l'honnêteté, mais il triomphe aussi de la timidité. Il permet d'exprimer ce que le français ne saurait qu'assombrir. Les autres alignaient péniblement dactyles et spondées à l'aide du Gradus. Pauvre dictionnaire, pénible escalier du Parnasse aux. gradins duquel on cherche des synonymes etdes bouts de vers.

Le Vavasseur écrivait des distiques comme Ovide sans y prendre garde. Un premier prix de vers latins récompense ses efforts le 12 août 1835 (1).

Le poète plus tard composera quelques odes latines qu'il sèmera comme des fleurs exotiques parmi le gros bouquet de ses poèmes. Les anciens élèves de Juilly écoutèrent avec respect dans leur banquet de 1881 un toast en deux langues Salus bilinguis (2). C'est en vers latins que Le Vavasseur dédie ses livres à la bibliothèque de son vieux collège. Je relève sur un exemplaire des « Poésies Fugitives » la gracieuse strophe suivante qui s'inspire d'une exquise légende."

Juliacense infans mea labia in fonte lavavi, v

Inde puer cecini, virque senexqiie cano. a

Gallica si grsecae praestat Genovefa camaenoe, Noster Castaliam fons superare valet (3).

Cet autre encore aux délicieux balancements.

(1) Gustave avait en outre les prix et mentions qui suivent : Dissertation religieuse : Mention honorable, Narration française, Mention honorable:: Narration Latine : Prix de 2" classe. Version Latine : Prix de 23 classe. Mention honorable d'Anglais. Mention honorable d'Astronomie.

(2) Inter amicos, p. 271 et 257, ■

(3) Sainte.Geneviève avec sa compagne Céline parcourait la plaine brûlée, de soleil. Défaillante, et prise d'une soif ardente, elle s'agenouilla sur le sol' et ses larmes firent jaillir une fontaine miraculeuse. Le bruit du prodige.' se répandit dans la contrée, une pieuse chapelle y réunit les malades de l'âme et du corps. Le petit ermitage fit place vers 1150 à un monastère de chanoines réguliers de St Augustin. L'eau qui jailllit ainsi sous les larmes de la sainte alimente tous les services intérieurs du collège. Jamais malgré sa fraîcheur extrême elle n'incommode les élèves qui la boivent après de longues promenades :et des exercices violents.

Cf. Hamel. Histoire de l'Abbaye et du Collège de Juilly, p. 23, 24, 25. Dom Duplessis. Histoire de l'Eglise de Meaux, p. 628. A. Mony. La Légende de Juilly„ p. 7. Gallia christiana. T. VIII, p. 1676.


260 UN POÈTE AU COLLÈGE

Patris i liber, liber ad sodales, Te vêtus noscet mea risu alumna ; Inter ignotos positus premeris, Inter amicos (1).

Certes tout le monde à Juilly n'était pas latinisant. Pour beaucoup les humanités n'étaient qu'un fardeau pénible. Ceux-là auraient pu prendre à leur compte le portrait de l'écolier rêveur qui porte sous son bras bien plus que dans sa tête :

Horace et les festins, Virgile et les forêts, Tout l'Olympe, Thésée, Hercule et toi Cérès, La cruelle Junon, Lerne, et l'hydre enflammée Et le vaste lion de la roche Némée (2).

Mais du moins les plus tièdes humanistes rapportaient toujours quelque chose de la fréquentation des anciens, ne fût-ce que cet élargissement de l'âme, qui se sent agrandie d'avoir donné l'hospitalité aux grandes pensées, aux nobles sentiments qui font l'honneur de l'humanité. Plus une oeuvre est classique, et plus elle est générale et plus elle est humaine, et, partant, plus elle est en rapport avec les facultés neuves encore de l'adolescent, où s'ébauche déjà l'homme de demain. En d'autres termes, il y a une harmonie préétablie entre ce qui est éternellement vrai, éternellement beau, comme le beau et le vrai classiques et l'âme de l'enfant, avide de savoir et d'aimer. Inséparablement unies la raison et la beauté pénètrent ensemble dans les esprits formés à l'école des classiques. (3)

M. Harriet d'ailleurs était pour ses élèves un conseiller fidèle, un ami dévoué. Sa règle tenait dans un seul article : être partout où étaient ses enfants. Ce contact de tous les instants, ces relations nécessaires, avantages et inconvé(1)

inconvé(1) dono auctoris des oeuvres complètes n'est pas non plus sans valeur:

A leneris annis tentavi scrlbere versus, Discipulus Musae Musa Juliacensis eram ; Proximus en tumulo dispersos colligo flores El cunis pueri voveo dona senex...

(2) V. Hugo. Les Rayons et les Ombres. Sagesse III

(3) Cf. Ed. Montier. L'âge enclos dans an collège libre. Préface.


uN POÈTE AÎ; COLLÈGE 281

nient s de la vie de famille, amenaient quelquefois des heurts mais toujours l'amitié. Chaque attention, dirait-on, sème dans les coeurs un peu d'amour, et cet amour prend racine, grandit, et réunit un jour Jes âmes, quelque lointaines qu'elles soient, comme les feuilles et les fleurs de deux glycines. L'éducateur catholique qui a renoncé aux joies de la famille a des réserves de tendresse paternelle. Et quant à l'amitié qu'il reçoit en échange de ses soins il ne la retient pas en égoïste, il en profite pour élever l'âme du disciple aimé jusqu'à la hauteur des grands devoirs.

***

Gustave avait besoin de coeur affectueux pour le comprendre et le bercer. Il avait formé avec quelques-uns de ses camarades une société très douce : « Les Unis •>. Charles Letaillandier, Edouard Rossignol, Eugène Boquet-Liancourt (1) furent des heureux initiés. « Nous avons décidé, écrit ce dernier à sa mère, de nous appeler par nos prénoms, nous réservons les noms de famille pour les indifférents ; le prénom c'est le nom du coeur » (2). La famille a ses amitiés de frères, mais trop souvent l'intérêt les affaiblit et les brise, la politique a ses amitiés de parti mais la plus légère divergence d'opinion les relâche, seules les amitiés de collège sont à l'épreuve du temps. Elles n'ont ni tiédeurs ni vicissitudes, parce qu'elles sont nées dans les premiers jours d'une conformité complète de goûts et de sentiments, parce qu'elles se sont fortifiées par la douce habitude de sentir et de penser en commun, parce que les âmes ont été jetées dans le même moule et se sont nourries de la même sève...

C'est avec une noble fierté que G. Le Vavasseur passe en revue ses amis d'enfance:«Quand je regarde autour de moi

(1) Né à Meaux en 1819, Charles Boquet-Liancourt fit à Juilly d'excellentes études. Esprit primesautier, plein de distinction, il a laissé de curieux travaux d'histoire locale : Discours du Roy Bon-Sens 1860. Biographie de Sauvé de la Noue, comme de nombreux articles dans le Journal de Seine-etMarne. Il s'était mis à recueillir tous les souvenirs de Meaux, ouvrages, brochures, gravures, portraits, médailles, sceaux. Ses collections d'une extrême richesse et d'une grande valeur ont été léguées par Mme BoquetLiancourt à la Bibliothèque du collège de Juilly.

(2) Boquet-Liancourt. Lettre Inédite, 25 mai 1835. Cf. Boquet-Liancourt. Journal Inédit, 11 mai 1835.


282 UN POÈTE AU COLLÈGE

et que je compte mes anciens camarades, j'y vois des soldats sans peur, des prêtres sans reproche, des ministres, des hommes d'état, d'utiles et modestes fonctionnaires ; j'y vois del inutiles, des oisifs, des pauvres diables, des poètes ; mais à notre éternel honneur, il n'est sorti de nos rangs, que je safche, ni un agioteur ni un charlatan : quelques-uns sont morts aii champ d'honneur, d'autres dans leur lit, d'autres à-l'hôpital ; aucun n'est mort deshonoré (1).

Fidèle à ses amis le poète le fut toujours. Ils le savent les nombreux pèlerins de la Lande-de-Lougé. Pour eux, à toute heure, le manoir ancestral, comme un Trianon austère et rustique, ouvrait sa large porte.

Le Vavasseur écrira plus tard à propos de ces liaisons :

Et qui donc briserait ces liens surhumains Que n'ont pu dénouer de leurs subtiles mains, Ni les ehfants bénis ni les femmes aimées ?

- Le poème se prolonge avec mélancolie en grands vers tristes comme un horizon sévère de terres labourées, mais d'où monte le souvenir ainsi qu'une matinale alouette:

Deux mois plus tard Le Vavasseur devenait en rhétorique l'élève de M. Bernier. Le jeune régent était un admirateur enthousiaste de V. Hugo. Par les soirs brumeux d'hiver quand le brouillard effaçait les toits du vieux collège et emmitoufilait les arbres plaintifs, il lisait lentement à ses élèves ' L'enfant grec ou les D/ïnns. En écoutant ces vers si nouveaux, chacun croyait ouïr son propre coeur soudain sonore, chacun reconnaissait ses propres pensées comme des fleurs écloses et sorties de la nuit.

Nous sentions resplendir et s'échauffer notre âme, Aux beaux vers, dont sur nous il secouait la flamme ;

(1) Mgr de Salinis, p. 6.


UN POÈTE AU COLLÈGE 283

Et quand il eut fini, nous écoutions toujours :

Sans éteindre nos coeurs par de tiédes discours,

Le professeur reprit et nous lut tout le livré. '

A travers quarante ans ton souvenir m'enivre. ".',.'<..'."

Jour de naïve joie et d'admiration.

Où sous le souffle chaud de l'inspiration,

L'âme ardente et ravie en extases mentales,

Je m'endormis bercé par les Orientales (1).

Le 14 mai 1836, Gustave écrivait ses premiers vers. Oh, lès premiers vers soignés comme une parure de dentelle, recopiés sur un gros cahier dans le silence de l'étude. Qui donc ne les a pas écrits par un soir de tristesse ? lis sont adressés, à la vision impalpable et lointaine, faits de mots doux comme des caresses, tendres comme des baisers. Mais qu'importe cela n'a rien de grave c'est un.réflexe inconscient, mie association de termes dont le Dictionnaire de rimes est lé plus souvent responsable. « Dans toutes ces affaires-là, disait M. Bernier c'est toujours la rime qui amène l.e sentiment.. (2) »

Ils naquirent un matin de printemps et le. poète ne les. oubliera jamais (3) ' ' . ' '.

.... Arbres du paro, à votre ombre Dans le feuillage épais et sombre

Des rameaux verts. J'aimerais à refaire encore Le petit nid qui vit éclore

Mes premiers vers.

Ils étaient bien une douzaine Pauvres petits formés à peine

Et mal tournés. Malgré des grimaces étranges, Vous étiez beaux comme des anges

Mes premiers nés.

Quelques jours après, Le Vavasseur était reçu membre de l'académie Malebranche (4).

(1) Inter amicos, p. 253.

(2) Bocnïet-Liancourt. Journal Inédit p. .6.

(3) Inter amicos, p. 244. - - (41 Fondée au mois de novembre 1648 par le.Père de Verneuil, la socièti

d'honneur du collège de Juilly prend le titre d'académie. Pour en faire partie,


284 UN POÈTE AC COLLÈGE

M. de Bonald, lorsqu'il vint le 17 août 1829 comme ministre d'Etat présider la distribution des prix de la nouvelle maison de Juilly, demandait le rétablissement de l'ancienne Académie Oratorienne. M. de Salinis répondait à son désir. La nouvelle conférence des Hautes Études est inaugurée en novembre 1831. C'était dans la pensée de son fondateur quelque chose d'intermédiaire entre le collège et le monde, la transition de l'enfance à l'âge d'homme. Les résultats répondaient à ses espérances et Saint-Marc-Girardin reconnaissait « que les élèves de Juilly moins forts en latin que leurs camarades des Lycées de Paris accusaient cependant un plus grand développement de l'intelligence». (1) Quels furent les travaux de Gustave au courant de cette année ? Je ne saurais les déterminer d'une manière exacte, une médaille d'argent (2) récompensait le 17 août 1836 une longue étude sur « La Lutte au XVe siècle entre la France et l'Angleterre » (3)

Ce goût des études historiques que nous voyons naître chez le poète, il le conservera toujours. Il était traditionnaliste, aimant la France de la bonne manière, tendre à tous les élans du coeur de la Patrie, amoureux passionné de sa langue et de ses vieux conteurs. Tandis que d'autres lisaient Shakespeare et Goethe, lui retournait de son petit pas feutré

il fallait présenter un devoir personnel soit en prose, soit en vers. Le jour de réception le nouveau venu faisait sa révérence dans un discours plus ou moins original. Le costume spécial des académiciens était le justaucorps la culotte de pinchinna cotté bleu, le gilet de drap rouge, la cravate de mousseline blanche garnie de dentelles, le chapeau caudebec noir en poils de chameau, les bas noirs drapés, l'épée et les aiguillettes d'or à l'épaule gauche.

Cf. Hamel. Histoire de l'Abbaye et du Collège de Juilly, p. 245 et 255.

G. Lefèvre. Histoire de l'Académie Malebranche. Bulletin du collège, 25 décembre 1905.

Archives Manuscrites de l'Académie Malebranche de Juilly, Série H. n° 105, 107, 109.

(1) Distribution des Prix. Palmarès. Discours de M. de Bonald, p. 3. Saint-Marc-Girardin. Lettre Inédite, 5 août 1856.

(2) C'était la plus haute faveur réservée d'après les statuts aux travaux remarqués dans l'année. Sur une des faces était gravée l'entrée du collège avec cette exergue : Conférence des Hautes études du collège de Juilly. Sur l'autre, le nom du titulaire au milieu d'une couronne de laurier surmontée d'une croix lumineuse avec la devise : Ardere et lucere.

(3) Je relève d'ailleurs sur le Palmarès du 17 août les prix et nominations

3ui suivent : Mention honorable de Dissertation Religieuse. Prix de 2e classe 'Histoire Littéraire. Mention honorable de Discours Français. Prix de 2 classe de Discours Latin. Mention honorable de Version Latine. Prix de l" classe de Poésie Latine. Mention honorable de Grec. Mention honorable d'Anglais.


UN POÈTE AU COLLÈGE 285

de souris vers les vieilles bibliothèques du temps de Louis XIII. Il affectionnait la chasse aux documents, il aimait les parchemins poudreux, il les mettait en oeuvre avec autant d'art que les réminiscences de l'antiquité latine.

Dans la terre rouge et noire

De l'histoire, Chacun fait à sa façon

La moisson.

Gerbes fécondes qu'il range

Dans sa grange, Et d'où sort abondamment

Le froment.

Lorsqu'au cours de ses recherches érudites, il rencontrait quelque figure injustement oubliée, c'est avec une joie indicible qu'il en secouait la poussière comme d'un portrait de famille aimé. Avec quel empressement n'a-t-il pas remis en lumière les traits si caractéristiques de Mézeray, d'Hortense des Jardins, de Chrétien des Croix. Comme il s'émeut en parlant du vieux poète qui dans son Intermède Héroïque, pièce étrange à la poésie jaunie, aux rimes effilochées, a présenté, le premier, Jeanne d'Arc comme l'incarnation sublime de la patrie française (1). Le Vavasseur a bien exprimé le relief, la figure, la couleur, la senteur de la terre Normande parce qu'il savait, parce qu'il comprenait admirablement son passé.

***

Le 6 janvier 1836, la conférence des Hautes Etudes recevait un jeune homme blond, timide et de modeste apparence. Montalembert venait de quitter Solesme et mettait la dernière main à la Vie de Sainte Elisabeth. La figure de la sainte se dessinait lentement sur son fond de légendes comme dans les tableaux des vieux maîtres Allemands elle se détache parmi les roses. Ce livre n'était pas simplement suivant le

(1) Comte de Contades. Inauguration du Buste de Le Vaoasseur, p. 58.


286 UN POÈTE AU COLLÈGE

mot de Villemain «un ouvrage de talent », c'était mieux encore,- un a«te de foi, une prière. Par un soir sombre d'hiver le jeune pair de France vint passer quelques heures à Juilly. Un poème inédit de M. de Lamartine, tel était le sujet de sa conférence.

— « Avez-vous lu Jocelyn l'abbé »? — « Oui, Madame, il y a du génie, du talent, de la facilité » (1) cette malice de Musset n'est que l'expression de l'opinion en 1836. Le public d'alors juge comme une simple histoire d'amour cette épopée de l'homme intérieur. Montalembert certes ne se contenta pas d'une critique aussi hâtive. Nul mieux que lui ne dut comprendre l'esprit de Jocelyn. De sa voix chaude et vibrante il retraça à ses jeunes auditeurs les phrases successives de cette ascension d'âme qui rappelle Polyeucte. Les plus jeunes se laissèrent bercer par le rythme enchanteur du vers, d'autres suivirent pas à pas les progrès de l'âme de Jocelyn, ses détachements successifs et répétés, ses renoncements patients et doux au bonheur, sa douceur à la souffrance, jusqu'à cette sérénité finale qui n'étouffe pas la douleur mais qui sait la porter pleine et pure en son sein. Le Vavasseur garda de cette soirée un souvenir inoubliable.

Lamartine venait de finir un poème, L'ouvrage était, sous presse, et, poète lui-même, Le jeune pair venait nous donner la primeur, Du chef-d'oeuvre qu'allait révéler l'imprimeur. Avec quel appétit, quelle ardeur enfantine, Et virile à la fois,nous goûtions Lamartine, Quel traité de la Harpe et quel cours de Rollin Valent Montalembert expliquant Jocelyn (2).

La séance se termina par le punch traditionnel. La flamme violette, en reflets capricieux dansa sous les portraits jaunis, le faro cher à Gérard de Nerval pétilla dans les verres.

(1) A. de Musset. // ne faut jurer de rien. Acte II, S. 3.

(2) Inter amicos, 253.


UN POÈTE AU COLLÈGE 287

Les poètes grisés de leur littérature, Faisaient de loin risette à leur gloire future, Nous nous couchions en paix et le front abrité Sous l'idéal laurier de la célébrité (1).

La société des Hautes Études est maintenant moins exubérante, les liqueurs anciennes ne sont plus servies dans le salon de la vieille marquise, le thé convient mieux aux estomacs délabrés. Mais qu'importe, puisqu'on y rit toujours.. Comme leurs devanciers, les académiciens d'aujourd'hui rêvent et croient dans l'avenir.

Pendant les deux dernières années de son séjour au collège, Le Vavasseur fut un des habitués du salon de Mme de Salinis. Elle habita Juilly tout le temps qu'y séjourna son fils; grande dame, elle l'était certes, d'une distinction exquise et d'une maternelle bonté. Son salon était ouvert aux élèves pendant les récréations. C'était une pièce charmante aux pastels surannés, aux fleurs discrètes. Dans de grands médaillons les ancêtres souriaient campés en leur pourpoint de soie (2). Il me semble revoir avec Le Vavasseur le clavecin, entendre les airs lents et naïfs du vieux Lulli ou les menuets berceurs comme ces chansons que ma bonne grand'mère appelait des endormeuses.

Sans doute Gustave avait pu trouver dans sa famille des exemples de toutes les vertus. Dame Henriette Renault de la Renaudière avait habitué son petit-fils à la distinction qu'il garda toujours. Mais le poète puisa comme tant d'autres dans la société aimable et spirituelle de Mme de Salinis une politesse exquise. M. du Lac écrivait un jour: «J'ai vu Juilly souvent et longuement. Une chose y frappait tout d'abord, les élèves y étaient bien élevés, on se demandait comment des enfants si jeunes pouvaient avoir acquis à ce degré l'art si difficile du savoir vivre. Il fallait pour le comprendre les voir groupés autour de Mme de Salinis, dont à certaines heures, sacrifiant volontiers leurs récréations, ils envahissaient les appartements » (3).

(1) Inter amicos, 256.

(2) M. de Salinis, p. 5.

Hamel. Histoire de l'Abbaye et du Collège, p. 423.

(3) H. du Lac. Université Catholique, t. XXIII, n° de janvier 1847.


288 UN POÈTE AU COLLÈGE

Au mois d'août 1837 Gustave terminait ses études classiques et prenait son diplôme de bachelier:

En ce temps, bachelier depuis une semaine, Il me semblait entrer dans la famille humaine Mon habit me gênait, mais j'en étais tout fier (1).

Tel il sourit encore dans un pastel fané. Il se détache dans la pénombre avec ses longs cheveux bouclés coiffés du feutre romantique ; redingote, gilet et cravate à la Musset, comme s'il eut voulu mettre tout son esprit dehors, comme s'il se fut empanaché de sa prose à la Louis XIII (2). Mais au fond des yeux une petite lueur narquoise avertit que le Normand n'est pas dupe et qu'il veut qu'on le sache. Tout Le Vavasseur est dans ce détail. De peur qu'on ne l'accusât de s'être laissé emporter par son imagination, il s'appliquait à se moquer de lui-même. Ses amis savent que les larmes le gagnaient facilement. Il n'a montré tant d'esprit que parce qu'il avait trop de coeur à cacher.

Cette sensibilité fut mise à rude épreuve quand le poète dût quitter Juilly. Qui ne se rappelle les dernières heures vécues au collège I Chaque instant détache quelque chose de notre vie. Notre âme s'éparpille comme le duvet des graines de clématites et s'accroche aux rampes des escaliers, aux fronts des galeries, aux tilleuls des cours. Nous ne partons pas entièrement. Il nous faut revenir en ces lieux pour retrouver notre âme intégrale.

G. Le Vavasseur, je le disais plus haut, revint souvent à Juilly. Il ne quitte plus maintenant ces illustres et charmants ombrages peuplés par la mort et le génie. Il a sa place parmi les ancêtres aimés et son buste sourit près de Chênedollé (3). Il se détache admirable de ressemblance et de vie. C'est bien

(1) Iuter amicos, p. 265.

(2) Alfred Poizat, loc. cit. p. 13.

Le Palmarès du 16 août 1837 lui attribue les prix et mentions qui suivent : Médaille de l'Académie. Mention honorable de Dissertation religieuse. Prix de 2e classe, Histoire de la Philosophie. Mention honorable, Philosophie de l'Histoire. Mention honorable d'Anglais. Mention honorable de Physique. Mention honorable d'Astronomie.

(3) Charles-Julien Lioult de Chênedollé entrait à Juilly le 10 novembre 1781. Il en sortait le 25 août 1788.


UN POÈTE AU COLLÈGE 289

le port de la tête à l'expression puissante et railleuse, presqu'encore le rayonnement des yeux. L'art si savant et si personnel de son ami E. Leroux, l'a reproduit tel que pouvaient le désirer ceux qui l'ont aimé. C'est ici qu'il veille désormais. Les cris stridents des élèves viennent frapper aux vitres de sa fenêtre plus bruyants que les abeilles, ces « balles d'or » dont parle Flaubert. Le poète indulgent sourit à leurs ébats et semble rêver d'eux dans l'antique salle des Bustes :

Où ces grands lauréats reposent dans la gloire.

JOSEPH LECHEVREL.

23


PETITS COTÉS DE L'HISTOIRE

ou Gpisodes à Çtrçonnay et aux environs

PENDANT LA RÉVOLUTION

S'il est vrai que nos merveilleuses cathédrales (1) ne sont pas dues seulement aux hardies conceptions de savants architectes, au ciseau exercé de tailleurs de pierre émérites ou d'habiles sculpteurs, à l'art consommé de maîtres maçons en renom, mais encore qu'elles sont l'oeuvre des travaux communs sinon grossiers de simples ouvriers et d'humbles manoeuvres, n'en pourrait-on dire autant de l'Histoire, et plus particulièrement de l'histoire locale.

Là aussi, en effet, pour la construction de ces superbes et majestueux monuments nationaux, tout autres sans doute mais ni moins remarquables ni moins grandioses, chacun n'apporte-t-il pas l'appoint de sa collaboration selon la nature de ses ressources, la valeur de ses documents, et l'effort sinon de son talent qui parfois fait défaut, du moins de son patriotisme et de sa bonne volonté ?

Voilà pourquoi nous aussi, très inhabile et téméraire ouvrier, nous n'avons pas craint d'essayer de collaborer à ce grand oeuvre, par l'apport faible et impuissant non pas même

(1) Si remarquables en effet qu'un humoristique confrère dans une série d'articles très appréciés put un jour mettre dans la bouche de deux ouvriers visitant la superbe cathédrale du Mans cette spirituelle boutade : « Le beau monument 1 s'écrie l'un d'eux, le beau travail 1 — Oui, riposte l'autre, mais ça n'a point été fait ici ; les gars du Mans n'sont pas f...tenus d'en faire autant. » Boutade à rapprocher de cette jannoterie que la marquise de Créquy, dans ses Souvenirs, absolument apocryphes du reste, attribue faussement à Léonor II de Matignon, depuis évêque de Lisieux. < Lorsque l'abbé de Matignon fut arrivé chez son oncle, l'Évêque de Lisieux, on s'empressa de lui montrer la cathédrale en lui disant que c'étaient les Anglais qui l'avaient bâtie : • Je voyais bien, dit-il avec un air dégoûté, que cela n'avait pas été fait ici... • (Société Hist. et Arch. de l'Orne, janvier 1911, p. 36. Excursion archéologique, par de Cénival).


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIKE 291

d'une pierre (1), mais d'un tout petit grain de sable, en publiant ici une série d'articles bien modestes et sans prétention sur les petits côtés de l'histoire.

Plus d'un lecteur trouvera sans doute que ces notes, eussent eu grand intérêt en restant, (ce qui eut été leur vraie place), reléguées dans nos cartons, plutôt que de venir encombrer les colonnes d'une savante Revue dont les abonnés, pour si bienveillants qu'ils soient, pourront à bon droit s'étonner de les rencontrer égarées en semblable compagnie, toutes confuses elles-mêmes d'un si docte voisinage.

Tel est bien aussi notre sentiment ; et certes, ces imparfaites chroniques n'eussent jamais eu l'honneur de la publicité si de pressantes et trop bienveillantes sollicitations d'amis (2) fort compétents, mais ici surtout très-indulgents, n'avaient eu, trop facilement peut-être, raison de nos résistances.

Ce sera là notre excuse.

Puissent cependant ces menus faits, si peu intéressants et surtout si inhabilement présentés qu'ils soient, contribuer à nous rapprocher les uns des autres, nous faire aimer mieux notre Patrie, chérir davantage notre clocher !

I. SANS COCARDE

C'était pendant la Terreur.

Par une belle journée de Mai, sous les rayons ardents d'un soleil aux reflets d'or, un voyageur suivait la route de Beaumont à Alençon.

Négligemment vêtu, l'air débraillé, (3) le chapeau sur

(1) Qui ne serait peut-être que le pavé de la fable.

(2) Que M. Robert Triger et M. Henri Tournouër, les si appréciés Présidents des Sociétés historiques et archéologiques du Maine et de l'Orne veuillent bien recevoir ici, avec notre excellent et docte ami M. l'abbé Letacq, l'expression de nos remercîments pour la bienveillance avec laquelle ils n'ont cessé d'encourager nos modestes recherches.

(3) Le costume était un signe d'aristocratie, et par conséquent d'incivisme s'il décelait de l'aisance ou seulement un peu de recherche. Étaient considérés comme aristocrates les gens bien mis (Un séjour en France de 1792 à 1795, lettres d'un témoin de la Révolution française, traduites par H. Taine, 3e édit. p. 43. — Ces lettres très curieuses et très instructives ne portent pas de nom d'auteur. On sait seulement qu'elles ont été écrites


292 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

l'oreille, notre homme s'en allait gaîment, sifflant un air civique (à cette époque troublée, il était prudent d'afficher des opinions révolutionnaires).

Arrivé au village d'Arçonnay, il est tout à coup accosté par le procureur de commune :

Halte-là. Ton nom. — Jean Mariette.

D'où viens-tu ? — De Saint-Paul-le-Vicomte (1).

Où vas-tu ? — A Alençon.

Ton passe-port ? — Je n'en ai point.

Ta cocarde ? — Je l'ai laissée à la maison.

C'est bien. Suis-moi.

Et le procureur, qui n'a pas l'air de plaisanter avec la loi, ni de prendre ses fonctions à la légère, amène sur le champ notre voyageur à la maison municipale, où il le place en état d'arrestation.

Incontinent mise au courant des faits la municipalité, qui siégeait alors en permanence, procède à son tour à l'interrogatoire du prévenu.

Alors, citoyen, c'est bien exact, tu n'as point de passe-port ?

— Ma foi non, je ne savais pas que ce fût nécessaire.

Mais au moins tu sais bien que tout citoyen doit porter une cocarde ? — Çà, oui, je le sais.

Mais alors où est-elle ? montre-la. — Je n'en ai point.

Et pourquoi ? — J'ai oublié de la prendre ce matin.

Comment cela ? — J'ai changé de coiffure ; et ma cocarde est restée au chapeau que j'avais hier.

Non satisfaits de cette réplique, qui leur semble quelque peu narquoise et inventée pour les besoins de la cause, nos officiers municipaux, sceptiques, paraissent peu convaincus.

Echangeant entre eux des paroles significatives et des regards rien moins que rassurants pour leur prisonnier, ils

par une Anglaise qui passa en France les années les plus troublées de la période révolutionnaire. (Note du vicomte de Broc).

Avoir plusieurs vêtements est un manque de civisme, et c'est déjà beaucoup d'en avoir un seul. On publia que quiconque avait deux habits en devait porter un à sa section pour habiller un bon républicain et assurer le régne de l'égalité (Souvenirs de trois années de la Révolution à Lyon, par Nolhac, p. 132.

(1) Petite commune aujourd'hui réunie à La Fresnaye {Gabriel FleurijLes fortifications du Sonnois du x" au xn' siècle, 1887, p. 44 ; et M amers sou* la Révolution. Tom III, p. 24 et suiv.


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 293

vont sans doute agir de rigueur à son égard, peut-être le faire conduire au District, quand soudain un second personnage l'ait irruption dans le bureau municipal.

Depuis un mois à peine domicilié dans la commune, le nouveau venu, François Mallet (1), a appris à l'instant (les

(1) Ce François Mallet ne serait-il point le même que celui que nous voyons à Champfleur à cette époque, et qui, le 24 février 1792 vient trouver les officiers municipaux et notables de la commune, et leur déclare que « la veille, au marché d'Alençon, un citoien lui aurait dit que le Curé de Champfleur aurait menacé de quitter la parroisse si on ne mettait point fin aux propos et aux divisions qui se formaient en icelle, et que ne voulant point exposer les citoyens ni sa personne même, il aimait mieux abandonner sa place. » En conséquence de cette déposition, la municipalité fait défense à Joseph Marchand, prêtre non assermenté, de dire la messe dans leur église, et le renvoie de la commune après lui avoir délivré un sauf-conduit.

Quelques jours auparavant, des bruits séditieux étaient venus aux oreilles du procureur de la commune qui, le 13 février parlait en ces termes devant e Conseil rassemblé : « Messieurs, jusqu'ici, votre commune, garantie des effets du fanatisme, a joui d'une tranquillité profonde. Je vois avec douleur qu'elle commence à se troubler. Des femmes, aveuglées par des prêtres réfractaires, colportent des libelles séditieux, outragent le culte chéri de nos pères, excitent la fermentation. Nous sommes menacés d'une explosion prochaine. Notamment, une personne a dit avoir lu dans un livre qui circule que lorsque Jésus-Christ descendait sur l'autel, à l'instant où M. le Curé de cette paroisse consacrait, c'était la condamnation de tous les habitants, que tous ceux qui avaient été à confesse à ce Curé et avaient communié de sa main avaient fait des sacrilèges. Je requers que la personne incriminée d'avoir tenu ces propos, comparaisse à votre tribunal. »

Et aussitôt la garde nationale amenait la femme en question qui se défend fort bien du reste, disant avec raison que « les consécrations faites par les prêtres constitutionnels étaient bonnes, mais les confess ions nulles et sacrilèges » ; ce qui n'empêche pas ses juges d'occasion, moins bons théologiens qu'elle, de la condamner à 3 livres d'amende pour les pauvres, à être distribuées par le Curé qu'elle attaque, parce que, disent-ils, elle a colporté des libelles séditieux, tenu des propos allannans, outragé le culte catholique, apostolique et romain, excité dans la commune entière, notamment dans le bourg, une vive fermentation, grièvement attenté au respect dû aux loix, en niant la légitimité du Pasteur qu'elles nous ont donné, suivant l'usage de la primitive église ; ils considèrent enfin que le fanatisme lui a tellement exalté le cerveau et troublé la raison, qu'elle doit être rangée dans la classe des insensés et des furieux ; et regardent ses propos comme une imbécillité de sa part et comme un acte tendant à soulever les habitant contre leur légitime pasteur reconnu et déclaré tel par l'Etat. »

Ce jugement peut-être un peu long, mais qu'il nous a semblé intéressant de reproduire, et qui n'a rien à voir avec celui de Salomon, ne nous en rap" pellc-t-il pas de plus récents, tout aussi forts et aussi grotesques, rendus par des Juges de la Cour de Cassation, n'ayant rien à envier aux avocats ou juges en sabots de nos plus modestes bourgades, au moment de la Révolution Devant de tels juges, il n'aurait pas fait bon de n'avoir pas la cocarde obligatoire !

Ce Curé dont il est ici question, Guillaume Letourneur, était un triste personnage qui avait usurpé la place du Curé de Champfleur, Me Barbé de la Hogue lorsque celui-ci eut refusé le serment schismatique, ainsi que son vicaire Michel Cibois, et qui tous deux s'exilèrent emportant l'estime et la


294 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

nouvelles se répandent vite au village) qu'on vient d'arrêter Jean Mariette, et il accourt déposer en sa faveur.

Alors, tu connais le ci-devant prévenu, lui demande le citoyen maire. — Je crois bien, il est actuellement à mon service.

Est-il bon citoyen, au moins ? — Comme vous et moi.

N'a-t-il point donné des preuves d'incivisme ? — Jamais, en aucune circonstance.

S'est-il soumis aux lois de la République une et indivisible ? — Oui, toujours, partout et en tout.

En pourrais-tu apporter ici des preuves ? — Oh ! c'est bien facile. Tiens, citoyen maire, consulte les registres municipaux de Saint Paul-le-Vicomte, district de Mamers, canton de la Fresnaye, département de la Sarthe, et tu y trouveras inscrit le nom du ci-devant, comme faisant partie de la garde nationale de ladite commune.

Ça, c'est vrai, s'écrie à ce moment Jean Mariette, à preuve que, pas plus tard qu'hier, on faisait encore l'exercice sur la place d'armes, à côté de l'arbre de la liberté.

Tais-toi, on ne t'interroge plus, interrompt brusquement un des citoyens administrateurs, lequel s'adressant audit Mallet :

Alors, en vertu de l'art. 9 de la loi du 28 Mars 1792, que tu connais sans doute, pourrais-tu bien te porter caution et te déclarer le répondant du ci-devant ?

confiance de la population. Barbé de la Hogue fut du nombre des 162 prisonniers aux Cordeliers de Laval, 20 juin 1792. Déporté dans l'île de Jersey en 1793 avec 402 de ses confrères du diocèse du Mans, il fut, avec 16 autres prêtres, à raison de l'âge ou des infirmités, exempté de partir pour l'Angleterre. N'ai pu me procurer aucun renseignement sur sa mort ni sur son vicaire, l'abbé Cibois. Un Ordo manuscrit rédigé par Barbé de la Hogue pour 1796, est déposé au secrétariat de l'ancien Evêché du Mans. Je n'ai pu me le procurer ; il est sous séquestre. Quant à Guillaume Letourneur, craint et honni de la population, il apostasia complètement, livra ses lettres de prêtrise, quitta bientôt la paroisse, devint fonctionnaire au Mans, se maria, et mourut sans se rétracter, en 1842, juge d'instruction à Mamers. Peut-être n'avait-il jamais eu la vocation, et fut-il ordonné par un Évêque intrus, comme on en vit trop à cette malheureuse époque.

(Reg. mun. de Champfleur, 13 et 24 février 1792\

Chronique paroissial de Saint-Paterne.

L'église du Mans pendant la Révolution, par Dom Piolin, t. VII, p. 452, 492; t. VIII, 593. 604).


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 295

— Oui, bien volontiers et de grand coeur ; car je le jure, c'est un bon citoyen.

Et devant cette fière déclaration, qui ne manquait pas d'une certaine crânerie (car en ces temps maudits une telle attitude pouvait causer à son auteur l'emprisonnement et même la mort), la municipalité se déclare enfin satisfaite (1) et renvoie son prisonnier, non sans toutefois lui donner de patriotiques conseils • « Tu peux te retirer, dit-elle à son « détenu d'occasion. Rentre chez toi avec ta caution. Mais « à l'avenir, aie soin de te procurer une cocarde et souviens« toi de te munir d'un passe-port. C'est la loi. Actuellement, « tu le sais, c'est exigé de tous les citoyens. Un bon sans« culotte, ne l'oublie pas, ne doit pas sortir sans cocarde (2) ».

Tout heureux d'en être quitte à si bon compte, (3) notre

(1) Les municipalités d'alors, terrorisées, se voyaient obligées de prendre des mesures et d'afficher des sentiments que la plupart du temps elles réprouvaient ; mais il y allait de leur liberté et de leurs biens, parfois de leur vie ainsi que de celle de leur famille.

(2) S'il répugnait à beaucoup de citoyens de garnir leur coiffure d'une cocarde, d'autres, au contraire, pour s'en affubler, n'hésitaient pas à recourir

des atrocités.

Tout le monde connaît ce fait authentique, arrivé à Gacé lors des féroces assassinats commis sur la personne de quatre ecclésiastiques. Un homme du Sap-Andé, qui avait € une veste blanche, un chapeau rond et les cheveux roux » coupa l'oreille d'une des victimes, et au moyen d'une épingle, l'attacha à son chapeau en guise de cocarde. Ce genre de trophée, dont on vit plusieurs fois les révolutionnaires faire parade, était d'un usage assez fréquent parmi 'es calvinistes, à la moitié du xvie siècle. Conduits par un nommé Bidard, les calvinistes sortaient d'Alençon à portes fermantes, et s'en revenaient le lendemain chargés des dépouilles des églises qu'ils pillaient et dévastaient. Et non contents de profaner ainsi les églises, ils rançonnaient les prêtres et les curés, et quand ceux-ci ne pouvaient et ne voulaient pas leur donner de l'argent, ils leur coupaient les oreilles. Lamothe-Tibergeau, autre chef fameux de ces brigands, portait une écharpe ou bandoulière de ces oreilles humaines.

(3) Tout le monde ne s'en tirait pas si facilement. Témoins les faits suivants : A Mamers, après la prise de la Bastille, le peuple instruit de ce qui s'était passé dans la capitale, s'arme, prend la cocarde tricolore, et l'impose de force aux prêtres, aux nobles et aux bourgeois. Un officier retraité, M. de Beauvoir, va être étranglé pour refus d'obéissance, sans les supplications du premier juge Mamertin qui le raisonne et l'amène à capituler. Un laboureur, Aguinet, pour avoir refusé de porté la cocarde, est promené, nu jusqu'à la ceinture, dans toutes les rues. Il serait mort sans le dévouement de sa femme, qui malgré un état de grossesse assez avancé, le défend avec héroïsme, et l'arrache finalement aux violences de la multitude, vaincue par la faiblesse même de la malheureuse (Bourg-le-Roi, par le IV Jouin, p. 329).

Un berger, nommé Jean Lefebvre, âgé de cinquante ans, et demeurant à Roiville, en Normandie, comparut le 24 mars 1794 devant le tribunal


296 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

libéré, sans se le faire dire deux fois, se retire prestement, remettant à plus tard son voyage à Alençon si révolutionnairement interrompu.

Et tout en cassant une croûte assaisonnée d'oeufs, de fromage et de lard (1) et fortement arrosée d'un pot de

révolutionnaire de Dieppe, qui ne put réussir à l'intimider, comme le prouve son interrogatoire.

On lui demande pourquoi il ne portait pas la cocarde. « — Je ne suis

• pas cocardier. — Etes-vous citoyen? — C'est une risée que ce mot-là. Je « suis chrétien, baptisé ; les citoyens ne le sont pas. »

On lui demande encore pourquoi il n'avait pas de cocarde au moment de son arrestation. — « Je crois que ça ne fait pas grand'chose ; on n'en a « pas pour mendier sa vie, et Je pensais qu'on pouvait aller aussi honnête•

honnête• sans cocarde qu'avec une cocarde. — Je vous représente que la « loi veut que tous les Français aient une cocarde. — Là loi 1 une belle loi

• que l'on détruit tous les jours, puisqu'il n'y a plus de religion, qu'on détruit « les églises, qu'on ne veut plus qu'on dise la messe. — Avez-vous assisté « à la plantation d'un arbre de la liberté ? — Il y a sept ou huit mois, je

• travaillais à Saint-Just ; on plantait un arbre de la liberté ; je m'y suis « trouvé comme les autres, mais je n'en ai pas vu d'autres. — Avez-vous

• crié : Vive la République ? — Je n'ai jamais crié cela. — Etes-vous bon « citoyen, bon républicain ? — Je suis bon citoyen dans la loi où nous avons i tous été élevés, et je viens ici comme les autres >.

Inutile d'ajouter que ce brave homme qui, poussé à bout, comme tant d'autres, par les excès de la Révolution, au lieu de se défendre des accusations portées contre lui, n'hésitait pas à braver ses juges par la franchise de ses réponses et sa courageuse attitude, fut condamné à mort.

(La France pendant la Révolutionnai le vicomte de Broc, Tom 1er p. 355)-

Jeanne Fougère, femme Chadouteau, âgée de trente-six ans, concierge de l'évêque d'Angoulême est condamnée à mort et exécutée le jour même de son jugement pour avoir dit entr'autres propos, qu'on faisait porter la cocarde à tout le monde, et qu'on la ferait porter bientôt aux chiens.

(Les victimes de la Terreur du département de la Charente, p. 141, par le Docteur Gigon. p. 141).

La ville de Lyon venait de tomber, en 1793, au pouvoir du parti révolutionnaire, après une héroïque résistance. Une jeune fille refusa d'arborer la cocarde qu'on lui demandait de porter : < Ce n'est point la cocarde que «je hais, dit-elle aux juges : mais puisque vous la portez, elle me parait « le signe du crime et ne peut aller à mon front >.

Un des juges fit signe alors au guichetier d'attacher la cocarde à son bonnet : « Va, lui dit-il, tu es sauvée ». Mais elle la détacha aussitôt : ■ Je vous la rends », dit-elle, et elle marcha à la mort.

(Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départem'nts, par Wallon, III, 156.)

Dans le département des Deux-Sèvres, des commissaires envoyés chez la citoyenne Dufay de la Taillée constatèrent solennellement dans leur procès-verbal qu'on avait trouvé chez elle « des écheveaux de fil blanc, pelotonnés en forme de cocarde ». Ils y virent un indice contre-révolutionnaire (La justice révolutionnaire à Niort, par Antonin Proust, 1879, p. XVI.

(1) C'était alors, comme aujourd'hui encore, la nourriture habituelle à la campagne, surtout aux repas moins principaux, tels que les 10 heures, la collation. C'est ainsi qu'à cette époque, des patrouilles de la police municipale de Bourg-la-Loi procèdent à l'arrestation de plusieurs citoyens qui,


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 297

cidre (1) chez son patron, devenu son libérateur, il put tout à son aise méditer avec ce dernier sur les beautés du nouveau régime, se disant que ce n'était vraiment pas la peine d'avoir fait une révolution et versé déjà tant de sang pour en arriver à ce degré d'imbécillité et de servitude : ne plus pouvoir sortir de chez soi sans cocarde ni passe-port (2), tout comme une vulgaire pipe de cidre.

au mépris de la loi se trouvaient, après 10 heures du soir, chez un hôtelier du pays, devant une table garnie de cidre, d'oeufs, de fromage et de lard (Reg. mun. de Bourg-le-Roi).

(1) Depuis une trentaine d'années surtout, l'usage du cidre, introduit en notre pays dès le xn 1 siècle s'était beaucoup généralisé, remplaçant avantageusement la mauvaise piquette du pays. Nos vignes normandes d'ailleurs étaient à peu près complètement disparues, non pas à cause des changements de température, mais grâce à des moyens de transports et de transactions beaucoup plus faciles. C'est au milieu du xvne siècle, en effet, que l'on ouvrit en France de grandes voies de communications qui donnèrent à l'industrie et au commerce extérieur un développement considérable. La route de Paris au Mans par Mortagne fut construite en 1736, celle d'Orléans à Saint-Malo par Alençon (route de Mamers et de Bretagne) en 1750, et à la même époque celle de Bordeaux à Rouen par Tours, Le Mans, Alençon, Sées, Nonant, Gacé, Monnai. Ces voies ayant mis notre pays en communication facile et rapide avec le Maine, l'Anjou, la Touraine, le Bordelais, la culture des vignobles fut abandonnée, car on pouvait alors remplacer aisément la piquette qu'ils donnaient par des vins exquis et salutaires à cet âge d'or où les progrès de la chimie n'avaient pas encore appris aux fabricants la manière de les frelater. Encore aujourd'hui, tout en ne dédaignant pas un verre de bon vin. nos populations préfèrent leurs excellents cidres aux bons vins des meilleurs crus. (Pourquoi et à quelle époque a-t on abandonna la culture de la vigne dans le Perche et la Basse-Normandie. Communication faite à la séance publique de la Société historique et archéologique de l'Orne tenue à Rémalard le 6 sept. 1900. Bull, de la Soc. hist. et arch. de l'Orne. Tome XX, 1900, p. 480. Tir. à part. Alençon. Alb. Manier, 1900, in-8, 6 p.) par M. l'abbé Letacq, officier d'Académie.

A notre époque, soi-disant égalitaire, de trafics éhontés de décorations de toute sorte, il est reposant de voir briller sur la soutane d'un prêtre aussi modeste que méritant, et on est fier de pouvoir saluer sans crainte une décoration mille fois méritée et due au seul talent.

(2) Cet épisode, que l'on pourrait croire fantaisiste et inventé de toutes pièces, tellement l'odieux le dispute au grotesque, mais que l'on peut lire en entier dans le Registre des Délibérations Municipales d'Arçonnay, 20 mars 1793, n'est pas, on l'a vu plus haut, un fait isolé ni particulier a Arçonnay. Aux exemples déjà donnés, nous allons ajouter quelques faits pris aux environs :

— Le 6 août 1792, arrestation par les gardes nationaux de Béthon du citoyen Etienne Ory, originaire de Pezé-le-Robert, accusé par Louis Fromentin, garçon d'écurie à l'auberge où pend pour enseigne : Le Grand Dauphin, à Alençon, d'avoir tenu de mauvais propos, entr'autres d'avoir dit que n'aïant ni cocarde ni passe-port, il s'en foutait, et ce en présence de Marie Alloux, femme de Nicolas Thureau, aubergiste à l'auberge du Poin< du jour. (Cette auberge, qui n'existe plus depuis longtemps, était tenue alors par Nicolas Thureau, le grand-père de M. Thureau, actuellement


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Son premier soin, en arrivant chez lui, fut sans doute de se procurer des cocardes de rechange (le prix en était abordable, 5 sols pièce, a-t-on vu plus haut) et d'en piquer à tous ses chapeaux.

secrétaire de la mairie de Béthon. et ancien facteur, qui nous a aimablement communiqué les registres de Béthon)... Oùy le procureur, ledit Ory n'ayant point de cocarde, et ledit Fromentin, n'ayant point de passe-port, sont conduits par des fusiliers au juge de paix de St-Pater....

— Le 15 sept. 1793, la garde nationale de Béthon amène à la municipalité un homme à qui l'on demande son passe-port et sa cocarde. Aïant répondu qu'il n'en avait point, qu'il n'étoit pas homme non plus, mais s'appeloit Victoire Bizet, de Fresnay, femme de Michel Cosneau, domicilié à Alençon. Cet homme, qui est une femme nalant ni passe-port, ni certificat, ni cocarde, est conduite au juge de paix d'Alençon. (Reg. mun. de Béthon, aux dates susdites).

— Le comité de surveillance de Bourg-la Loi, ci-devant Bourg-le-Roi, c'est assemblé ce jourd'hui dimanche 20 oct. 1793, pour libérer ci i liavait Heu à arrestation sur la veuve Prodhomme, domiciliaire de notre susdites communes, sur diférans propos quail a tenu contre la Constitution, pour avoir dit il lia quail que temps quel désirait de tou son coeur que lenemi extérieur ariva dans nos foyers, quails ce rendroit et livreroit à lui avec satisfaction, et encore aujourd'hui sortant au commencement de la messe n'ayant point sur elle de cocarde, ce qui lui a été remontré par diférans citoiens avec toutte la dousseur possible, elles a répliqué à ces mêmes quail ce foutait de nos bougres de cocardes. Pourquoi notre bureau asemblé a aresté qu'elle méritoit par cest différant propos être regardée comme suspecte et avons jugé à propos de la faire arestées conduire dans la maison d'arrêt du chef-lieu de districte... Bourg-le-Roi, par le docteur Jouin, 1909. p. 358).

— Ce jourd'hui 6 vendémiaire an 3, (27 sept. 94) la municipalité de Durcet, (Orne) réunie à la maison commune, se sont présentés les citoyens soldats du bataillon en station à Domfront et en détachement à Messey, qui ont conduit à notre dite maison commune une citoyenne pour n'avoir point de cocarde. Interpellée ladite citoyenne de nous dire son nom et demeure, et pourquoi elle ne portoit point de cocarde, si elle en faisoit mépris ou non. Sur quoi nous a répondu qu'elle en faisoit si peu mépris que, s'étant aperçue, de l'avoir perdue en venant à Durcet, elle en avoit acheté une autre qui étoit alors à sa coëffe, et nous a dit s'appeler la femme du citoyen Portier, agent national à Briouze. Interpellés les citoyens volontaires de nous déclarer si la réponse de la citoyenne Portier étoit sincère et s'ils n'avoient point été insultés par elle, nous ont déclaré principalement un auquel ladite citoyenne avoit dit : < Quitte mon homme ou je te vas donner par la gueule » que ladite citoyenne avoit acheté une cocarde et l'avoit mise dans sa bavrette ; demandé au citoyen pourquoi il tenoit ledit Portier, a répondu que led. Portier demandoit à voir la loi, et que c'est pourquoi il vouloit le conduire à la maison commune pour lui faire voir, afin de s'assurer à quel endroit la femme devoit porter la cocarde. La municipalité, l'agent national entendu, vu que la loi n'a pu être trouvée, a condamné provisoirement ladite femme Portier à la somme de trente sols, prix de six cocardes, sauf à plus grandes peines, si la loi a prononcé. (Voir Le Centre de Houlme, par l'abbé Gourdel, curé de St-Hilaire-de-Briouze, Tom II, p. 192).

Comme on le voit, la municipalité de Durcet était plus... sévère que la nôtre, car si notre Jean Mariette fut forcé d'interrompre son voyage, plus heureux que la femme Portier, il n'eut du moins rien à débourser.


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIBE 299

Et jamais plus il ne dut entreprendre de voyage sans avoir pris la démocratique précaution de garnir la poche de sa veste d'un passe-port en bonne et due forme (1) et sans s'être muni d'un couvre-chef orné d'une large et vaste cocarde aux plus criardes couleurs (2)

Dieu nous préserve de voir le retour de semblables excès,

d) Les passe-ports n'étaient pas tous bons, et il n'était pas toujours facile de s'en procurer. C'est encore Bourg-la-Loi qui nous l'apprend :

Sur les 10 h. du matin s'est présenté au secrétariat Pierre Guiard, pour obtenir un passe-port ; le secrétaire ayant douté qu'il fut de ce canton et le soupçonnant de la 1ra réquisition, nous président, agent et adjoint de Bourg-la-Loi, étant en la salle des séances, avons, sur l'avertissement du secrétaire, passé en la chambre du secrétariat où nous avons trouvé ledit Guiard, lequel nous avons interpellé de nous dire son âge, sa demeure et sa profession, s'il avoit des papiers : il a répondu avoir 28 ans, de Juillé, et conjointement avec sa mère qui est veuve, s'occupant d'agriculture, nous a exhibé une dispense de service; le voyant de la lre réquisition, avons décidé qu'il seroit conduit sous bonne et.sûre garde aux généraux ou commandant la force armée à Alençon demain ; à l'effet de quoy l'avons confié au citoyen Gilles Huet capitaine de la garde nationale qui s'est chargé de le faire conduire et garder.

Mais le lendemain, 6 h. du matin, se présente tout penaud le susdit Gilles Huet lequel a dit qu'ayant déposé hier soir en l'appartement où se tient le corps de garde le nommé Pierre Guiard ; après l'avoir fait garder dans e jour par plusieurs fusiliers, il l'avait laissé entre les mains de ceux destinés pour le service de la nuit, qu'au moment où le caporal commandant le poste a ouvert la porte pour changer la garde, (n'était-il point de connivence avec le prisonnier ?) le détenu s'est évadé et a pris la fuite, et malgré les recherches et poursuites faites, il a échappé à leurs soins sans que le déclarant ni ceux de sa garde aient pu le rejoindre ni découvrir par où il a pu diriger sa course (Registre municipal de Boarg-l'-Roi, 10 floréal an IV).

Heureux encore ceux dont l'arrestation n'était pas maintenue ou qui pouvaient s'échapper. Mais combien furent condamnés à mort. N'en citons que l'exemple suivant pris entre mille :

Un mendiant, conducteur de bestiaux, nommé Ducastel et âgé de cinquante ans, est traduit devant le tribunal d'Evreux, le 26 avril 1793. On lui observe qu'il est sans passe-port et ne s'est pas conformé aux lois. Il répond « qu'il ne connaît que la loi du Roi ; que s'il n'y a plus de roi, il en reviendra un, et qu'il soutiendra sa couronne ». Les juges le déclarent coupable « d'avoir tenu des propos contre-révolutionnaires tendant au « rétablissement de la royauté, et d'avoir dit dans sa défense que les prin« cipes du jour étaient tous mauvais ».

Il fut exécuté deux heures après sa condamnation.

(Notices pour servir à l'histoire de la Révolution dans le département de l'Eure, par L. Boivin-Champeaux, p. 103.

(2) En lisant ces épisodes, l'on se prend à regretter que la citoyenne Portier qui pourtant, on l'a vu, n'avait pas froid aux yeux ni la langue dans sa poche, n'eût pas mis sa menace à exécution, en administrant une maîtresse raclée à ceux qui s'étaient permis de l'arrêter ; et certes ce n'est pas nous qui aurions blâmé Jean Mariette s'il avait eu la crâne idée d'agir de même !


300 PETITS CÔTÉS. DE L'HISTOIRE

et des temps néfastes où la canaille trône au pouvoir, pendant que les honnêtes gens sont traînés en prison ou jetés sur les chemins de l'exil ! Abbé LEGROS

QUESTIONS w

I. — A l'angle du chemin de Béthon, à une lieue d'Arçonnay, se trouve une Croix de Lorraine, en granit, haute de 50 centimètres. Que signifie cette Croix? N'y aurait-il point une relation avec Marguerite de Lorraine ou avec un Henry de Bourbon que le Chartrier de Maleffre fait connaître comme propriétaire à Béthon, à la fin du XVe siècle ?

II. — Au carrefour d'une roule, près de Fyé (Sarthe), se trouve une autre Croix, de 2 mètres 50 de haut, en granit, avec le bâton et le coquillage de pèlerin. Ne serait-ce point en souvenir d'un pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle ? Je vois, en effet, dans les registres des délibérations municipales de Bourg-leRoi que deux habitants de cette localité, deux frères, sont allés faire un pèlerinage en ce lieu saint, et ont donné leurs biens à la fabrique de Bourg-le-Roi, dans le cas où ils ne reviendraient pas, ce qui est advenu. Mais pourquoi alors celte Croix ne serait-elle pas plutôt sur Bourg-le-Roi ?

III. — Un de nos confrères saurait-il qui était Marie de Grimaudet, veuve de Thomas Duval, écuier, sieur de la Croix, et comment et à quel titre elle était, en 1671, propriétaire de la maison d'Ozé qu'elle louait, à cette époque, à Marguerite du Bouchet, de Maleffre, veuve de Richard Labbé, sieur des Ostieux, Ce Thomas Duval était fils de Thomas, sieur du Noyer, Conseiller du Roi, assesseur au Siège présidial et de Marthe Bizeul. Ces familles se rattachaient-elles par un lien quelconque à celle des Lecouslellier ?

Abbé LEGROS, Curé d'Arçonnay.

(1) Nous croyons utile de faire place, à la fin de chacun de nos Bulletins, aux questions et réponses que nos Confrères voudront bien nous adresser à l'avenir, désireux de ne rien négliger pour donner de plus en plus de vie, d'intérêt et de variété à nos publications tout en nous maintenant dans le domaine historique ou archéologique qui est nôtre. Nous ne saurions donc trop engager nos Membres à se servir de ce moyen excellent de recherches, employé déjà avec succès en d'autres Revues et destiné à stimuler l'activité et le z*le des travailleurs. H. TOURNOUER.


La Chapelle

de Frèdebise

La chapelle de Saint-Jean-Baptiste de Frèdebise fait partie du domaine de ce nom, dans la paroisse de Lonlayl'Abbaye.

Avant la Révolution, Frèdebise appartint durant cinq ou six siècles à la famille Le Court ; au xvne siècle il fut acheté par Le Frère de Maisons, dont les descendants le revendirent en 1830 à M. Duchesnay de Chanu. Plus tard il fut acquis par M. Labiche, sénateur de la Manche, et est entré dans l'héritage de sa fille Jeanne, mariée à M. le Dr Bonnot.

Au sujet de cette chapelle, voici ce qu'écrivait en 1892 M. H. Le Faverais, juge au tribunal de Mortain, l'un des membres les plus connus de la Société Historique et Archéologique de l'Orne :

Rien ne justifie que Frèdebise ait été une paroisse très ancienne pouvant remonter aux Mérovingiens. Au reste, la chapelle SaintJean-Baptiste de Frèdebise ne figure que comme chapelle sur la carte de Cassini ; elle ne figure pas sur la carte de Delisle.

Quoi qu'il en soit, la chapelle de Frèdebise accuse déjà une origine fort ancienne, l'époque du xme ou xive siècle... Petites fenêtres en style ogival trilobé ; sur l'une d'elles, à gauche en entrant, près l'autel,sont figurées les armes des Le Court; au chevet,fenêtre en fer de lance et avec tympan. Deux pierres tombales des seigneurs du xvme siècle : l'une à l'entrée de la chapelle, avec les armes de Le Frère de Maisons,mort le 23 juillet 1734,l'année même où le logis actuel, construit par lui, venait d'être terminé ; l'autre, encadrée dans le mur de la chapelle, en entrant à gauche et près de l'autel, est celle de Renée de Gravelle, épouse de le Frère de Maisons, morte en 1751.


302

LA CHAPELLE DE FREDEBISE

L'autel est sculpté avec statuette en pierre d'une Vierge debout, type du xive siècle, style de Notre-Dame de Paris. On y voit

également un bas-relief représentant le calvaire ; le tombeau d'une châtelaine du xvne siècle, représentée avec deux anges à ses côtés et un lévrier couché à ses pieds (1).

(1) Cette châtelaine a été longtemps désignée, par un certain nombre, sous le nom de sainte Bresolle et regardée comme telle.

Ce devait être la fille d'un marquis de la Brésollière, seigneur suzerain de Frèdebise, famille qui a eu plusieurs alliances avec les Le Court. Ce qui a pu donner lieu à cette légende a été sans doute la réputation de vertu et de charité de cette châtelaine. Elle était et elle est encore invoquée pour les enfants atteints du mal du carreau.

(Note de M. Le Faverais).

I.A CHAPELLK


LA CHAPELLE DE FRÈDEBISE 303

Le lambris de cette chapelle est complètement décoré de peintures à fresques, qui ne devaient pas manquer d'une certaine élégance. On remarque en même temps, au milieu de ces peintures, les traces nombreuses de noms devenus illisibles, effacés qu'ils ont été, avec les fleurs de lys qui les entourent, à l'époque de la Révolution, et détériorés tout à la fois, de même que la peinture, par l'action du temps.

Ces noms devaient être, comme ceux que l'on remarque encore à l'ancienne chapelle des Ledin, gouverneurs de Domfront, seigneurs de la Châlerie, en la paroisse de la Haute-Chapelle, les noms des possesseurs successifs de Frèdebise ou des familles qui leur étaient alliées.

Plusieurs ifs entourent cette chapelle. Leur base usée par la vétusté, qui a nécessité il y a plusieurs années la destruction d'un de ces ifs énormes, indique leur ancienneté, qui est aussi grande, sinon plus que celle de la chapelle.

Ainsi parlait M. Le Faverais, non sans de très bonnes et solides raisons. Pourtant il se trouve un contradicteur, c'est M. Gilles de la Rivière, prêtre, se qualifiant curé ou chapellain de Saint-Jehan-de-Froidebise et plaidant contre messire Jacques Lemesnager, curé de Lonlay.

C'était en l'an 1504. Le curé de Lonlay prétendait avoir des droits sur les oblations faites à la chapelle de Frèdebise, se basant sur ce fait qu'elle était située sur le territoire de sa paroisse. Le chapelain répondait que ces prétentions n'étaient pas justifiées, attendu que la chapelle, quoique enfermée dans la paroisse de Lonlay, avait toujours été considérée et traitée comme indépendante. De là, procès devant les juges de l'échiquier d'Alençon. Mais laissons parler M. Gilles de la Rivière, dans le mémoire par lui présenté à Messieurs du Conseil (1) :

Pour respondre aux propos bailley par devers vous mes très honnourés seigneurs messieurs dud. conseil par messire Jacques Lemesnaigerpbresoy portant curey dud. sainctSaulveur de Lonlay, demandeur en matière de provision, alencontre de vénérable et circonspecte personne maistre Gilles de la Rivière pbre curé ou chapellain de la chapelle de sainct Jehan de Froidebise assise en manoir dud. lieu. Avecques luy adjoinct Thomas Lecourt escuier, seigneur temporel d'iceluy lieu de Froidebise et patron à cause de sad. seigneurie de lad. chappelle. Respondent et remonstrent lesd. defîendeurs les faictz et raisons par eulx cy après declairés.

(1) Ce document avec beaucoup d'autres nous a été communiqué par M. Bonnot.


304 LA CHAPELLE DE FRÈDEBISE

Premièrement

Pour par lesd. defîendeurs fonder leur droicture en monstrant qu'à bon et raisonnable tiltre led. de la Rivière curey ou chapellain de lad. chappelle, a tousjours jouy et possédey lesd. oblations ainsi que ses prédécesseurs ou aultres à leur droict ou tiltre de la fondation et dotation d'icelle chappelle ou aultre juste tiltre consécutivement de tout temps ancien qu'il nest mémoire d'homme au contraire, les ont paisiblement jouyes, perceues et possédées, dont à suffire ils obaissent infourmer ou deuement ensaigner de lad. pocession jusque adce que est advenu na pas trop long temps en l'endroit de maistre Jacques Martin pbre curey prochain prédécesseur dud. Lemesnaiger dud. lieu de Lonlay, qui en meust procès, sur quoy se fisrent acordz et appointements, dont led. Lemesnaiger en a produyt aucuns, sans faire production d'un certain devrain appoinctement entre led. Martin et messire Jehan Havas pbre curey ou chapellain prochain prédécesseur de lad. chappelle dud. de la Rivière, lequel devrain appoinctement fait la destruction de toute la production de partie, ainsy que cy après sera clairement remonstrey et que led. Lemesnaiger ne s'en peult aucunement esjouir ne aider.

Affin donc très honnourés seigneurs que par voz nobles descriptions et meures délibérations soit plus facillement entendu la pure loyaultey de ceste présente matière, est à parler et remonstrer de la fondation, noblesse, qualitey, aage et antiquitey de lad. chappelle, qui se prouve par son inspection et ainsy qu'il est notoire et renommey en paiz aagée de fondation ou institution de lad. cure de Sainct Saulveur de Lonlay 1 de plus de trois cens ans, car il n'y a pas plus de deux cens cinquante ans ou environ que lad. cure de Sainct Saulveur de Lonlay fut instituée, comme il est renommey en paiz et qu'il est portey par chartre se led. Lemesnaiger en voullait faire apparoir.

Laquelle paroisse de Lonlay, Froidebise et aultres pays prochains habitant de la grande forestz de Lande Pourrie anciennement estoient paiz forrain et de désert, comme l'abbaye dud. lieu de Lonlay encore à l'occasion de ce se nomme Notre-Dame du Désert. Esquelles forestz des seigneurs à qui elles appartenaient furent fondées plusieurs chappelles anciennement lesquelles sont de présent propres cures, et y en a plusieurs habitantes lad. chappelle de Froidebise joignant lad. forrest de Lande Pourrie qui a présent se nomment chappelles curres, comme Gier, le Fresne, Saint Clément et Saint Barthélémy ; lesquelles chappelles sont de présent paroissialles et ne sont subgettes à aucune revisitation, etc. Par quoy ce cogneu et que lad. chappelle de Froidebise est ainsnée de fondation comme de trois cens ans ou aultre long temps en oultre lad. cure de Sainct Sauveur de Lonlay, s'ensuit bien que led. Mesnaiger


LA CHAPELLE DE FRÈDEBISE 305

soy portant curey dud. lieu ne doibt riens avoir ne demander èsd. oblations.

Et aussi led. Lemesnaiger combien qu'il se die curey dud. Lonlay sy n'est-il que serviteur des religieux d'iceluy lieu pour avoir la charge de faire le service et l'administration au peuple de lad. parroisse et ne prent que ung certain prix portey par chartre en lad. abbaye pour lad. subgettion, recours à lad. chartre se led. Lemesnaiger la veult monstrer, car anciennement lesd. religieux comme il est manifeste et notoire en paiz, avaient l'administration du peuple de lad. parroisse, lesquelz religieux emportent quasi tout le revenu d'icelle parroisse, qui serait partant à eulx à demander droicture èsd. oblations et non aud. demandeur se à raison dud. lieu de Lonlay aucune droicture y pouvait estre demandée, ce qui est clair et apparent que non, desquelz religieux les plus gens de bien prieurs et les plus anciens congnoissant lad. chartre que lad. seigneurie de Froidebise n'est à eulx en riens submise, et que lad. chappelle est fondée en précèdent lad. cure de Lonlay comme dict est, ont dict et declairey que led. curey ne doibt riens avoir ne prendre èsd. oblations.

Après lesquelles choses, pour monstrer qu'il ne doibt estre jugié faire de la matière offrante comme il pourrait estre faict en plusieurs simples chappelles, etc, est expédient entendre et considérer, que anciennement monseigneur de Rohan baron de Bretaine seigneur de Guemeny de Laval, de Chateaubriant, de Champlain, de Montauban, et en Normandie baron de Lambeaux, de Vacy, seigneur de Tracy, Saint Vigor des Mons, en la vicomte de Dampfront, seigneur de Sept-Forges, du Bouslay, du Boisdemaine, et en iceluy temps dud. lieu de Froidebise, du Boishalley et de la Pallu, avecques aultres grans filtres et seigneuries, comme il est vrai que les successeurs dud. seigneur entre aultres seigneuries ont rendu par adveuz anciens led. lieu de Froidebise à très hault et puissant prince monseigneur le duc d'Alençon, comme le tout est commun, notoire et renommey en paiz, et qu'il apparestroit en cas de doubte. lequel seigneur dessusd. fut la fondation et dotation de lad. chappelle, laquelle cause, sil n'y avait d'aultres raisons ne pourroit produyre effect, faisant entendre que lesd. oblations apparteinssent aud. Lemesnaiger en regart àl'auctorité d'un sy grand homme fondateur de lad. chappelle, dont led. Lecourt représente le droict au cas offrant.

Item est à noter et entendre que les rentes dotées par led. seigneur en faisant lad. fondation sont toutes rentes nobles assises en plusieurs grans sgries passantes par main de aisney déclairées par les adveuz desd. seigneurs .

Et plus oultre à raison de lad. fondation sont deues chacune sepmaine trois messes à lad. chappelle. C'est asscavoir la messe ordynaire chacun dimanche et les deux aultres en dedans de la

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366 LA CHAPELLE DE FRÈDEBISE

sepmaine à la discreption desd. fondeurs ou d'eux représentais le droict avecque les trois messes ordynaires du jour de Noël, c'est asscavoir la messe de menuyt,-du point du jour et la messe ordynaire dud. jour, le tout dit et célébré en lad. église par lesd. curés ou chappellains, sans ce que led. seigneur de Froidebise soit subget aud. curey de Lonlay ne à quelques droitures de lad. paroisse, car il y a en lad. chappelle place de pbresbitaire, cymetaire, lieu pour ensepultures dehors et dedans, comme il est accoustumé ainsy le faire d'anciennetey à ceulx de lad. maison de Froidebise, ainsy que preuvent les tombes en lad. église, entre lesquelles y a ung tombeau levey merchey à or et aasur, autant richement qu'il y ait en église cathédrale de tout le paiz sur une des dames de la ligne des fondeurs de lad. chappelle, lequel tombeau apparest aagey de plus six cens ans.

Item de toute anciennetey l'imaige du crucifix, de Nostre Dame, de Saint Jehan l'Apostre, soulz les bras dud. crucifix, avecques l'imaige Nostre Dame à ung des costés sont en lad. église ystoriez autant excellentement que l'on scauroit trouver en place et plus que aud. lieu de Lonlay prouve l'inspection ded. choses. Il est apparessant derrière le maistre autel comme anciennement y avoit sacraire à lad. chappelle, sur lequel autel y a croix portative ancienne et libvres anciens en lad. église pour tout service ordynaire comme à propre parroisse en laquelle chappelle en corps de la massonnerie d'icelle y est d'anciennetey le benoistier de carrol enflechey et entravey.

Et fut anciennement lad. église dédiée d'un cardinal, ainsi que prouvent les mercs de lad. dédicasse encore à présent à or et aasur, avecques les vitres et lucarnes de lad. chappelle ainsi merchées richement par excellence plus que milles des aultres de tout le paiz, laquelle chose n'est point à lad. église de Lonlay, car jamaiz ne fut dédiée.

Item il est général et commun qu'en toutes les aultres chappelles, tant en la vicontey de Dampfront que es aultres lieux habitans de lad. chappelle de Froidebise, qui ne sont de sy noble fondation, comme dessus est declairey, les curés des parroisses où sont assises led. chappelles qui sont et ont estey propres cures desd. curés auxquels appartiennent les dismes d'icelles, ce qui n'est pas au regart dud. demandeur, car il n'est que serviteur desd. religieux, comme dit est, ne prennent ne n'ont acoustumé avoir les oblations desd. chappelles, comme est la chappelle Saint Laurent, la Ferrière, la Mote des Grandz Arsouvre, sainct Aulvieu, et plusieurs aultres tout à commun. Par quoy par plus forte raison avecques les principes, maximes et prémisses dessus touchées, s'ensuit directement que à tort et sans aucune raison apparente, led. demandeur travaille lesd. deffendeurs pour le faict desd. obla-


LA CHAPELLE DE FRÈDEBISE 307

tions et par conséquent que en icelles il ne doibt avoir ne demander aucune droicture.

Et n'y a homme d'entendement qu'ait veu et visitey led. lieu, congnoissant les dignités de lad. chappelle, qui ne se donne merveilles comment led. Lemesnaiger demande aucune droicture esd. oblations. Et aussi seroit chose rude à entendre sans qu'il fust subgect à l'entretenement des ymaiges et aultres choses de lad. église et qu'il peust raisonnablement avoir lesd. oblations.

Et pour respondre aux articles du propos de partie, et premièrement adce que led. demandeur a dit qu'il est fondey en droict commun et gênerai à avoir lesd. oblations, etc., respondent lesd. deffendeurs en eulx avoir de la pocession desd. oblations tousjours jouye par led. chappellain comme ses prédécesseurs en précèdent le débat dud. Martin avoient acoustumé jouyr et posséder icelles oblations paisiblement et sans aucune difficultey au droit et tiltre de la fondation et dotation de lad. chappelle ou aultre juste tiltre par temps qu'il n'est mémoire d'homme au contraire, comme dessus est obbay fournir ou deuement ensaigner et comme il seroit prouvey de certain du temps d'un nommé Chauvin à soixante ans passés ou environ qui pour led. temps estait curey de Banvou et de lad. chappelle curey ou chappellain, jouyssoit desd. oblations, dont tel est encore vivant, qui luy porta lesd. oblations jusques aud. lieu de Banvou, sans aucun différent. Et depuiys led. temps sans contredit lesd. oblations ont esté jouyes par lesd. chappellains successivement jusques en l'endroit dud. Martin, ainsi que plusieurs des habitans dud. lieu et aultres l'ont veu et aperceu et qu'il est tout notoire en paiz. Et aussi du temps d'un nommey Chocquet prochain prédécesseur dud. Martin, qui fut environ l'espace de XX ans curey dud. Lonlay, lequel Chocquet en précèdent qu'il congneust Fauctorité et dignitey de lad. chappelle voullut dire lesd. oblations à luy appartenir, et après se trouva sur les lieux avecques luy messire Robert Mondin pbre, pour lors serviteur du chappellain de lad. chappelle, lequel Chocquet après cesd. choses dist qu'il ne demandait rien èsd. oblations. A quoy luy fut dit par led. Mondin qui estoit ancien qu'il les avoit long temps jouyes soulz led. chappellain et qu'il avoit tousjours acoustumé les veoir jouyr et posséder ausd. chappellains, ainsi qu'il seroit prouvé en cas de doubte par ceulx qui vidrent led. cas. Considéré laquelle pocession et jouyssance desd. choses par lesd. chappellains, comme dessus est obbay et remonstrey que lad. chappelle précède de fondation de si long temps, comme dessus est dit, lad. cure de Sainct Saulveur de Lonlay, à raison duquel aage, obstant les guerres et fortunes qui pendant led. temps ont eu cours en paiz, les lettres, Chartres et ensaignemens de lad. chappelle ont estey perdues, fors lad. pocession et jouyssance desd. choses, dient lesd. deffendeurs que du droit commun alleguey par led. demandeur il ne s'en


308 LA CHAPELLE DE FRÈDEBISE

pourroit aucunement aider ne esjouyr, parce que lesd. choses vallent pour desroguer toute generalitey, car saucun a perdu sa chartre il ne doibt pas pourtant perdre sa droicture, jouste ce qu'il est escript en coustume. Et aussi led. demandeur qui se dit curey dud. Lonlay, comme dessus est remonstrey, ne se peult ainsi absolutement dire curey dud. Lonlay, nisi subalternative et non de generalissimo, c'est asscavoir : soulz lesd. religieux qui ne demandent rien èsd. oblations. Joingt avecques ce la generalitey des aultres chappelles prochaines habitantes qui ne sont de sy noble fondation, comme dessus est remonstrey, que les chappellains d'icelles jouyssent et possèdent les oblations desd. chappelles, par quoy, etc.

Nous arrêtons ici la citation, le reste ne présentant aucun intérêt au point de vue historique.

Nous ignorons comment le procès se termina et à qui les juges donnèrent raison. On sait seulement par divers actes cités dans le livre de M. Le Faverais, qu'aux xvne et xvme siècles les seigneurs de Frèdebise considéraient leur domaine comme faisant partie de la paroisse de Lonlay, les chapelains eux-mêmes ne le contestaient pas d'ailleurs.

En 1690, un autre chapelain de Frèdebise, Me Olivier Louvel, plaidant cette fois contre le fisc, fait également valoir, à l'appui de sa réclamation, l'antiquité de la chapelle, « bastie fondée et dotée il y a pins de sept ou huit cent ans, comme il se remarque et qu'il ne recognoist par les ansiens vestiges, par une cloche qui est en ladite chapelle sur laquelle il paroist une ansienne escripture et chyffre qui y sont empreins. Mesme par trois grois viels ifs qui sont plantez proche lad. chapelle qui paroissent y estre il y a plus de six cent ans ».

Nous ne savons pas davantage l'issue de cette querelle. Du reste la chose ne paraît pas avoir une grande importance au point de vue qui nous occupe. Car il est peu probable que les juges aient entrepris de fixer l'âge de la chapelle. Ils auront vraisemblablement basé leurs arrêts sur d'autres considérations plus faciles à vérifier.

Quoi qu'il en soit, reprenons les dires énoncés plus haut» dans les actes de 1504 et de 1690.

Tout d'abord il convient de remarquer que les chapelains susdits ne représentent pas leur église comme n'ayant point


LA CHAPELLE DE FRÈDEBISE 309

subi de modifications plus ou moins considérables dans le cours des siècles. Au contraire Me de la Rivière nous avertit qu'en des temps plus anciens il y avait une sacristie au chevet de l'édifice, là où maintenant est la grande fenêtre. Me Louvel parle aussi d'anciens vestiges témoignant de son antiquité.

Il est vrai que Me de la Rivière attribue au bénitier, à l'image du crucifix et à la statue de Notre-Dame un âge exagéré. Cela prouve qu'il n'était pas un archéologue consommé, mais n'infirme pas les autres preuves qui pourraient être apportées en faveur de l'antiquité de la chapelle.

Dans son ensemble actuel, la construction accuse bien le xive siècle, les objets cités plus haut sont de cette époque, ainsi que la crédence, dont Me de la Rivière ne fait pas mention. Quant au tombeau dont il parle en le déclarant remarquable, il est impossible d'en juger, pour la raison qu'il n'existe plus. Il aura probablement été détruit à l'époque des guerres de religion. Celui que l'on voit à présent ne porte aucune date, mais il ne semble pas remonter plus haut que le xvne siècle, et le nom donné par le peuple à la châtelaine dont il recouvre les restes vénérés confirmerait cette appréciation.

II est dommage que Me Louvel n'ait pas réussi à lire l'inscription gravée sur la cloche (1), qui devait être assez petite, vu l'exiguité du clocher. Aucun homme oncques ne la lira, par la raison que l'infortunée tintenelle a été jetée dans le creuset par les révolutionnaires, sans respect pour son âge vénérable.

Restent les ifs. Ils étaient trois ; le plus gros fut abattu il y a une vingtaine d'années, parce qu'il menaçait de s'écrouler; le plus considérable des deux autres mesure plus de six mètres de tour à hauteur d'homme. Il serait évidemment téméraire de fixer leur âge, ce serait même tout à fait impossible, à plusieurs siècles près. Nous avons vu plus haut qu'en 1690, Me Ollivier Louvel leur attribuait déjà plus de six cents ans (2). S'il était dans le vrai, cela nous ramènerait à la fin du xie siècle. Mais encore une fois ce sont des témoins douteux.

(1) Son successeur Me Bertrand Challes, sans pouvoir lire exactement les chiffres, prétendait qu'ils indiquaient une date antérieure à l'an mil.

(2) Son successeur Me Bertrand Challes osait même dire mille ans.


310 LA CHAPELLE DE FRÈDEBISE

Il est un objet dont on n'a pas parlé, c'est l'autel, dont M. Le Faverais semble n'avoir vu que le revêtement en bois. Celui-ci est apparemment du xvne siècle, et la partie qui forme le rétable est bien sculptée. Mais si l'on enlève les nappes, on constate que la table se compose d'une seule pierre. Seul ce détail prouve au visiteur que la chapelle a été consacrée ; car les croix à or et azur signalées par Me de la Rivière ont entièrement disparu.

Cette table d'autel est très large en regard de sa longueur ; et si l'on écarte les boiseries, on constate qu'elle repose sur un massif triangulaire, pendant que ses angles antérieurs sont soutenus par deux colonnettes, comme elle en pierre blanche.

Ces colonnettes n'ont aucun rapport avec le style du xme ou xive siècle, elles doivent être plus anciennes.

Enfin, en sortant de la chapelle, si l'on examine attentivement les fenêtres latérales, on s'aperçoit que plusieurs d'entre elles ont leurs montants composés de pierres qui paraissent plus vieilles que leurs ogives.

En résumé nous sommes portés à conclure de tout ce qui précède qu'avant la chapelle actuelle de Frèdebise il en existait une autre, non ogivale, qu'on s'est servi des pierres de la première pour bâtir les fenêtres latérales de la seconde. Cela expliquerait comment Me de la Rivière et Thomas Lecourt seigneur de Frèdebise prétendaient que leur chapelle remontait au xie siècle, et même au-delà, tandis qu'aujourd'hui elle porte la marque du xiv°.

L. BOISSEY, Curé de Beauchêne.


Ui) lï,mw d'Histoire ftoFiqaqde au Collège d'/Uepi) ei) 1740

Le lundi 4 avril 1740, les honnêtes gens d'Alençon étaient invités, pour deux heures et demie de l'après-midi, à une petite solennité scolaire, au collège royal que tenait alors la Compagnie de Jésus, et qu'elle devait diriger vingt-deux années encore. Ce ne pouvait être une fête d'un caractère bien divertissant, puisque l'on entrait dans la semaine de la Passion. Ce ne pouvait être non plus un de ces examens de fin d'année, explications publiques d'auteurs latins ou grecs, comme celui des 30 et 31 août 1743, dont l'abbé Paul Barret nous présenta jadis (1) le curieux programme. C'était tout simplement un exercice d'histoire, mais, ce qui doit nous plaire particulièrement en cette année où tout Normand se sent fier d'avoir un passé de mille ans à revendiquer, un exercice d'histoire normande.

C'est grâce à un heureux hasard de reliure que nous en avons gardé trace. A un recueil de notes parfois assez informes de deux ecclésiastiques du xvnr 3 siècle, Leluaux-Mancellière, prêtre habitué à Notre-Dame d'Alençon, et J. Pelé, vicaire du Bourg le Roy, recueil intitulé à la Bibliothèque Nationale Histoire d'Alençon (2), est joint un mince imprimé de 16 p. in-4°, qui donne tout l'argument de cet exercice sur l'histoire de Normandie.

(1) Voir dans notre Bulletin de 1894 (p. 331-336). Les éludes classiques au collège royal des Jésuites d'Alençon au xvme siècle.

(2) Nouvelles acquisitions françaises 10.557.


312 EXERCICE D'HISTOIRE NORMANDE

Louis Olivier, d'Alençon, dira le prologue. Puis, avec lui, deux autres élèves, Charles - Louis Davesgo Douilly, de Saint-Aubin-Dapenay (sic) et Jean-Louis Gougeon, d'Alençon, « exposeront en détail les traits les plus curieux de l'Histoire de Normandie, depuis les premières Courses des Normans Payens, tant en France qu'aux autres Pays, jusqu'à sa réunion au Royaume de France ; et depuis sa réunion jusqu'à nos jours. Ils parleront de ceux qui s'emparèrent de la Neustrie sous Charles le Simple, de leurs Guerres, de leurs Victoires, de leurs Conquêtes et Trophées aux Royaumes d'Angleterre, de Naples et de Sicile, aux Duchez de Calabre, d'Antioche et de Galilée, et autres Principautez d'Italie et d'Orient. Ils fixeront les événements de toutes ces choses selon l'ordre chronologique. Ils montreront les difïérens changemens qui sont arrivés dans les moeurs des Normans. Ils feront une description Géographique de la Normandie, le caractère des Ducs qui l'ont gouvernée, mention des Lieux qui possèdent les précieux restes de leurs Ducs et des Guerres dont tout ce pays fut autres fois le Théâtre. Ils diront la succession Généalogique et Chronologique des ducs d'Alençon. Enfin ils ne laisseront rien à désirer pour la parfaite intelligence de cette Histoire, la plus remplie de faits mémorables ».

On la divisait en deux grandes périodes, la première finissant et la seconde commençant à l'an 1216. C'est la date de la mort de Jean sans Terre, roi d'Angleterre et quatorzième duc de Normandie. Mais c'est de 1204 qu'il faut, comme on fait d'ordinaire, dater la réunion de notre pays au royaume de France, puisque c'est alors qu'il fut entièrement conquis par Philippe-Auguste. Quoiqu'il en soit de son point de départ, l'histoire de la Normandie province française était menée par les jeunes élèves du collège d'Alençon jusqu'au règne de Louis XV. Ils exposaient sa division judiciaire en baillages, administrative en généralités et élections et sûrement aussi, pour commencer, sa division en haute et basse. Ils devaient répondre à cette patriotique question : « Que direz-vous du génie et de la valeur des Normans » ?

On voit, par ce vieux programme de fête scolaire, que l'histoire provinciale n'était pas négligée chez les Jésuites


EXERCICE D'HISTOIRE NORMANDE 313

d'Alençon. Elle fut cultivée aussi dans d'autres collèges du même temps, comme en témoignent une Histoire de Bretagne, par demandes et réponses, par M. E. Gaschinard, Principal du collège de Machecoul (Nantes, 1773), une Histoire abrégée du duché de Bourgogne, à l'usage du collège de Dijon (Dijon, 1777), une Histoire abrégée du Comté de Bourgogne (Franche-Comté) à l'usage des collèges, (Besançon, 1780). Ainsi, non seulement les érudits disciples de Mabillon constituèrent à plusieurs de nos provinces des annales copieusement documentées, mais celles-ci furent vulgarisées, en quelque manière, dans l'instruction secondaire, au cours de cet actif xvme siècle qui, malgré ses insouciances et ses défaillances, fit tant de bonne et belle besogne française.

BARON ANGOT DES ROTOURS.


RECHERCHES GÉ0GR4PHIW & HISTORIQUES

SUR LA

FORÊT D'ÉCOUYES

(Suite et Fin)

FORÊT D'ÉCOUVES SOUS LA RÉVOLUTION

François-Jacques Druet Desvaux, maître particulier des forêts de la ci-devant maîtrise d'Alençon, Durand Jean, Pierre, greffier de la maitrise.

Décret de la Convention Nationale du 13e jour de pluviôse an II de la République Française une et indivisible, qui ordonne une coupe extraordinaire de bois dans les forêts de la République.

La Convention nationale, après avoir entendu le rapport du Comité du Salut public, décrète :

Art. Ier. — Il sera procédé incessamment à une coupe extraordinaire de bois dans toutes les forêts existant sur le territoire de la République.

Art. 2. — Chaque propriétaire sera tenu de faire couper cette année la partie de bois qui aurait dû être mise en coupe l'année prochaine.

Art. 3. — Les corps administratifs seront tenus d'adresser à la Commission des subsistances et des approvisionements des états de toutes les coupes qui devront être faites en exécution du présent décret, tant dans toutes les forêts nationales, que dans les bois et forêts des citoyens.


NOTICE SUR LA FORÊT D ÉCOUVES 315

Art. 4. — Ils rendront pareillement compte des mesures qui auront été ou qui seront prises pour en assurer l'exploitation.

Art. 5. — Les corps administratifs seront tenus de pourvoir sans délai, à l'exploitation des coupes dans les bois et forêts de particuliers qui refuseraient ou négligeraient d'y faire procéder.

Art. 6— Les bois qui proviendront de cette coupe extraordinaire pourront être mis en réquisition, par la Commission des armes et poudres de la République, suivant les besoins qu'elle en aura pour les forges, fourneaux, usines, ateliers ainsi que pour se procurer la potasse nécessaire à la fabrication des salpêtres.

Visé par l'inspecteur : signé P.-J. Monnet, collationné à l'original pour Nous, Président et Secrétaires de la Convention nationale à Paris le 17 pluviôse an II de la République une et indivisible.

Signé. — Dubarau, Président, Eschasseriaux aîné et Bassat, Secrétaires.

Ce décret est suivi d'une lettre aux « citoyens administrateurs provisoires de la cy-devant maîtrise d'Alençon. »

« Le ministre des contributions publiques nous charge de fixer votre attention sur ces décrets ; il vous recommande de vous concerter incessamment avec les corps administratifs pour l'exécution dupremier (13 pluviôse), de veiller très exactement à ce que les communes se conforment aux assiettes qui seront faites de cette coupe extraordinaire dans leurs bois et n'en outrepassent pas les limites. Si les circonstances exigent cette mesure, le Salut public commande la conservation des forêts : il est donc de l'intérêt général de prendre garde qu'elle ne reçoive plus d'extension que la loi n'a voulu lui en donner.

Les corps administratifs et les municipalités veilleront à la conservation des intérêts que les lois ont remis entre leurs mains et nous espérons que cet ensemble d'efforts fera cesser ces dilapidations, ces désordres effrayants qui compromettraient même les approvisionnements actuels.

Nous mettrons avec plaisir sous les yeux du ministre le


316 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

compte satisfaisant, que vous vous empresserez sans doute de nous rendre du succès de vos soins et de votre vigilance assidue, l'intelligence, l'exactitude à remplir ses devoirs distinguant un agent ordinaire ; c'est à son ardeur, à sa persévérance, pour surmonter les obstacles dans les moments difficiles que l'on reconnaît l'esprit vraiment patriote, le vrai républicain. »

Salut et fraternité : Signé : Boucaut.

BOIS OU TAILLIS LIMITROPHES D'ECOUVES

En principe, la forêt d'Ecouves ne mesure que 7531h.l9, mais en fait, avec les bois avoisinants qui s'y rattachent, elle couvre un espace de plus de 14 000 hectares.

De la forêt d'Ecouves partent diverses ramifications « bois et taillis » situés en dehors du périmètre qui ont appartenu ou qui appartiennent encore à des particuliers. L'origine de la plupart de ces réserves est fort ancienne, comme on peut le constater au procès-verbal de Réformation des E. et F. de 1667 par les aveux des possesseurs ou de leurs délégués qui furent produits à cette époque.

1° Bois DE CHAUMONT. — Je ne parlerai pas des bois de Chaumont, dont il est fait mention à la notice « Ermitages d'Ecouves » (1) ni des Bois de Roche Elie et de la Haie dont 14 hectares, 5 ares furent vendus au profit de l'Etat le 11 germinal an VII comme ayant appartenu à l'émigré Courdemanche. Odolant-Desnos que j'ai consulté, m'ob ige cependant à insérer une note :

« Après la mort de Robert IV, le dernier descendant de la maison de Bellême, Helle ou Alix, sa tante, Aimeric, vicomte de Châtelleraut et Robert Mallet donnèrent à PhilippeAuguste Alençon et ses dépendances, la forêt d'Ecouves, celle de la Ferrière, celle de Chaumont et de la Roche Eloi (sic) ; quatre paroisses au-delà de la Sarthe qui comprenaient le

(1) L'abbé L. Mesnil. Les Ermitages d'Ecouves (Bull, de la Soc. hist. et arch. Année 1906, p. 296, tir. à part. Imprimerie Alençonnaise, rue des Marcheries.


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 317

terrain appelé Helou. Ces quatre paroisses étaient Helou, Saint-Germain-du-Corbie, Saint-James et Saint-Barthélemi. Ces deux dernières ont été réunies, la première à la cure de Helou et la seconde à celle de Saint-Germain. On ne scait pas le temps précis où ce changement est arrivé. Saint-James était encore paroisse au mois de juin 1513 et en 1553 ; ell;s ne sont plus que ed simpleschapelles (1er Reg. du Cont. du domaine de la vicomte d'Alenç.on, fol. 33).

Les mêmes seigneurs s'obligèrent de plus de faire détruire à la volonté du Roi la forteresse d'Essey et celle de la RocheMabile (Bry de la Clergerie, Hist. du Perche, p. 232).» (Mémoire de l'Echiquier. T. I., p. 51).

II 0 Bois de la Haie du Froust. — Les bois de la Haie qui portent ce nom de Haie, parce qu'ils sont des contreforts en saillies ou des fermetures de la forêt comme d'autres prennent le nom de Marche qui signifie : limite ou passage d'un pays en un autre (1) avaient, d'après Odolant-Desnos citant Masseville, T. VIII. p. 340, environ deux lieues de tour (mesure ancienne). Ils appartenaient en 1667 à Messire Léonard de Matignon, Evêque et Comte de Lisieux (2), à

(1) La Marche, Marchia, Marcha, Marche signifie borne, limite, frontière, ou passage d'un pays en un autre. On a donné ce nom à un grand nombre de lieux qui servaient de limites à l'État dont ils dépendaient. L'officier qui commandait s'appelait cornes limitis et plus tard marchio (mot d'origine allemande) rie Marcha. On donne ce nom à un très petit canton de Normandie qui servait de ce côté-là de borne, de limite et de frontière à la Normandie, vis-à-vis du Royaume de France et en particulier vis-à-vis du Comté du Perche qui était mouvant de la France. Ainsi on ne peut faire remonter la dénomination de la Marche ou des Marches au dessus du traité conclu à Saint-Clair-sur-Epte, l'an 912.

(2) Mgr Léonor (I") de Matignon, issu d'une des plus anciennes et des plus illustres maisons de Bretagne, troisième des fils de Charles, sire de Matignon et de Lesparre, comte de Thorigny, de Gacé et de Scelles, marquis de Lonray, etc., et Conseiller du Roi en ses Conseils et chevalier de ses ordres, gouverneur de Granville, Cherbourg et Saint-Lô, lieutenant-général au gouvernement de Normandie et de Eléonore d'Orléans, fille d'Eléonor, duc de Longueville et de Marie de Bourbon, duchesse d'Estouteville, comtesse de Saint-Paul, fille unique de François de Bourbon, comte de Saint-Paul, cousine-germaine d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, père de Henri IV, fut pourvu à l'âge de vingt et un ans, au mois de juillet 1625, de l'évêché de Coutances. Il fut sacré au mois d'août 1633, à Alençon, dans l'église de Notre-Dame, par Mgr François Péricard, évêque d'Avranches, assisté de son frère, l'Évêque d'Evreux et de leur neveu, Henri Boivin, évêque de Tarse, coadjuteur d'Avranches, et de Jean-Pierre Camus, ancien évêque de Belley


318 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

cause de la terre du Tertre dépendant de son Marquisat de Lonray. A la date du 6 mai 1667 a comparu pour sa personne Me Louis Frémont, avocat et sénéchal du sieur Evêque de Lisieux, lequel a présenté les titres de propriété.

lre pièce. — Aveu rendu à Jacques de Silly, écuyer, sieur de Lonray par Robert d'Angerville d'un quart de fief nommé la Haye du Froust assis dans la paroisse du Froust en date du 13 avril 1480, dans lequel fief il y a 302 acres de bois. — Le 13 avril, après Pâques de l'année 1480, le Seigneur d'Angerville avait eu un procès avec Colin de Meurdrac, Seigneur de Damigny et Jean de Silly, Seigneur de Lonray ; il rendit aveu au premier le 13 avril 1480 et déclara tenir son fief de la Haie du Froust par parage de Colin de Meurdrac qui luimême tenait celui de Damigny de celui de Lonray.

2e pièce. — Grosse en parchemin de contrat du 21 mai 1486, passé par les tabellions de Saint-Sylvin, par lequel noble

qui prononça un discours très éloquent. 11 fut transféré en 1646 à l'évêché de Lisieux, vacant par la mort de Mgr de Cospean ; il en prit possession en personne le 30 décembre 1648. Il installa dans le bourg de Livarot, en 1650, un monastère de religieuses bénédictines, tirées de l'abbaye de Montivilliers, dont le siège fut transféré à Vimoutiers, par des lettres-patentes du mois d'août 1686.

Il faisait sa demeure, pendant la grande partie de l'été au château de Lonray. A la fin de l'année 1676, il se démit de ses fonctions en faveur de son neveu qui lui succéda sur le siège épiscopal de Lisieux. Il prit sa retraite au château de Gacé et il mourut le 14 février 1680, âgé de 76 ans, à Paris, à l'hôtel d'Entragues, où il logeait pendant ses séjours dans la capitale. Son corps fut inhumé dans la cathédrale de Lisieux, près de l'autel de la Sainte Vierge.

Mgr Léonor (II) de Matignon, second des fils de François, sire de Matignon et de la Roche-Goyon, comte de Thorigny, de Gacé, de Montmartin, etc., chevalier des ordres du Roi, gouverneur des villes et châteaux de Cherbourg, Granville et Saint-LÔ, lieutenant général de la province de Normandie et de Anne Malon de Bercy, fille de Charles, seigneur de Bercy, Con flans, Charenton, etc., maître des requêtes et président au grand conseil, vint au monde à Thorigny, le 5 septembre 1637 ; il fut sacré le 14 mars 1677 dans l'église du Noviciat des Jésuites de Paris, par Mgr Charles-Maurice Le Tellier, archevêque, duc de Reims, assisté de Mgr François de Nesmond, évêque de de Bayeux, et de Mgr Gabriel-Philippe de Froulai, de Tessé, évêque d'Avranches. Son frère, Jacques de Matignon, fut évêque de Condom.

Mgr Léonor de Matignon mourut à Paris, en son hôtel de Matignon à l'âge de 76 ans et fut inhumé dans la cathédrale de Lisieux. L'oncle et le neveu furent toujours très attachés aux doctrines orthodoxes et ne donnèrent jamais dans les idées gallicanes (M. H. de Formeville, histoire de l'ancien Evêché-Comté de Lisieux, T. II. p. 268-283, Lisieux, typographie veuve Emile Piel, Grande-Rue. 63 ; 1873).


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 319

homme Robert d'Angerville, écuyer, sieur de Granville vend à Jacques de Silly, écuyer, le fief, terre et seigneurie du Froust. avec toutes ses circonstances et dépendances, moyennant 500 liv. — Charles d'Angerville voulut retirer ce contrat, mais il se désista de son retrait, moyennant un supplément de finances qui fut payé en présence de son père vendeur, le 13 septembre 1489. Le fief suivit toujours le sort de Lonray et entra dans la composition du Marquisat érigé par lettres patentes du mois d'avril 1644 (Odolant-Desnos).

3e pièce. —Contrat du 16 juin 1571, passé devant les tabellions d'Alençon par lequel noble Dame Françoise de Daillot, épouse de Haut et Puissant Seigneur Messire Jacques de Matignon, baron de Lonray, Comte de Thorigny, accorde la baronnie, château, fief, terre et seigneurie de Saint-Cénery, ainsi qu'il se poursuit et comporte le bois de haute futaie, appelé la Garenne de Saint-Cénery.

4e pièce. —Aveu du 22 décembre 1654, rendu à la Chambre des Comptes de Rouen par l'Evêque de Lisieux dud. Marquisat, terre et seigneurie de Lonray dans lequel est fait mention que dud. Marquisat dépend le fief du Froust où il y a 300 acres de bois.

L'Evêque de Lisieux est maintenu en 1667 dans sa possession de la Haie du Froust. — Au 6 juin 1681, le Seigneur de Matignon a pour homme d'affaires M. Nicolas Seguret.

M. le duc de Montmorency a vendu en 1783 les bois de la Haie du Froust à M. Ruel de Forges, dès 1770, avocat du Roi au bureau de finances d'Alençon qui avait épousé N... Collet. Ruel figure dans le rôle de la taille du Froust pour 1790, comme exploitant ses bois de la Haie à l'imposition de 168 liv.

Ces bois ont appartenu depuis à M. M. Donon et sont devenus à partir de 1907, la propriété de M, Charles Romet, négociant à Alençon, qui y a fait construire un château.

111° Bois taillis des Tertres de Montpelê et Roc- Mausanl en Radon. — Le texte du procès-verbal des dehors porte cette indication : « Sur une petite lisière plantée en bois-taillis appartenant à Me Jean Cardel, avocat au Parlement de Rouen, faisant partie d'une fieffé de 33 journeaux ou environ,


320 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

nommée les Tertres de Montpelê et de Roc Maasant sur laquelle il y a environ 4 journeaux de bois-taillis qui régnent au long du fossé de la dite forêt en la possession de laquelle nous avons maintenu led.. Cardel, tant, parce que la plupart est en bruyères que, parce qu'elle n'est pas enclavée dans la forêt. »

IV° Bois de la Gaucherie en Radon. — « Citons encore le rapport consigné au procès-verbal : « Parce que les bois de la Gaucherie sont adjacents et joignant immédiatement la dite forêt d'Ecouves, nous nous sommes fait représenter par le concierge de la maison d'Avoise les pièces et titres qui en justifient la propriété :

« lre sentence du dernier juillet 1587, rendue par M. Léon Ferreur, Lieutenant général des Eaux et Forêts de la Maîtrise d'Alençon, entre les avocat et procureur du Roy demandeurs en saisie d'une part et Gabriel Du Quesnel Chevalier, sieur d'Avoise et de Coupigny défendeur, d'autre part sur ce que les dits avocat et procureur du Roy avaient fait saisir tout le dit bois d'Avoise comme étant sujet à tiers et danger — par laquelle sentence main levée est faite des dits bois taillis et bois de haute futaye comme exempts de tiers et de danger.

« 2e pièce, 20 juillet 1600. — Sentence rendue par le Maître particulier des Eaux et Forêts d'Alençon entre le dit Procureur du Roy, d'une part, saisissant le bois d'Avoise comme prétendant qu'il était sujet à tiers et à danger, et le dit sieur du Quesnel, d'autre part, et les nommés Jean Bigot et Pierre Pierre qui avaient acheté la coupe, aussi défendeurs — pour laquelle est ordonné que du Quesnel et les dits marchands disposeront du bois ainsi qu'il aviseront, — comme exempts de tiers et de danger.

« 3e pièce, 28 janvier 1631.—Aveu rendu au Roy par Marguerite du Quesnel de la dite terre et Seigneurie d'Avoise, à cause de laquelle il est dit par le dit aveu qu'il lui appartient les bois et garennes des Gaucheries tenus et sujets à disme de la cure de Radon et encore deux droits de franchise aux


NOTICE SUR LA FORET D ECOUVES 321

forêts d'Ecouves et Bois-Mallet et y peut prendre bois pour son chauffage en ses maisons d'Avoise et Goincières, bois pour bâtir et réédifier icelles maisons, moulins et pressoirs des dites terres et fiefs et autres droits de toutes chasses en icelles forêts, de bêtes à cornes avec droit de panage, pâturage de ses bestiaux à nourrir en ses terres.

« La 4e pièce, 29 mai 1637 — Jugement rendu par Me de Thiersault, Maître des Requêtes, commissaire député par le Roy pour la Réformation, réunion, jouissance, vente et revente ou supplément de son domaine sous le ressort de la Chambre des Comptes de Normandie, sur la requête de Pierre Vavasseur adjudicataire du revenu du fief et terre noble d'Avoise et Goincières appartenant à Mre Charles de la Fontaine, sieur de Cormeilles, et tuteur de Jean de CrèveCoeur, par lequel jugement le dit Vavasseur qui est renvoyé à l'assignation à lui donnée à la requête de Me Antoine Maldent, qui avait traité avec Sa Majesté pour la réunion dud. domaine et déclaré lesd. bois de la Gaucherie, exempt de tiers et de danger envers Sa Majesté, conformément à la susd. sentence du 31 juillet 1587.

La représentation faite des dites pièces ne pourra servir pour ce qui concerne le droit de tiers et danger — parce que la sentence a esté rendue par un petit officier, lieutenant général de la Maîtrise qui a voulu frustrer le Roy et que pour justifier l'exemption et que ces bois étaient à disme envers le Curé de Radon, l'on avait produit une simple copie d'un aveu rendu le dernier juin 1451 par Jean d'Avoise au duc d'Alençon, dans laquelle copie l'on prétend qu'il était fait mention que de lad. terre d'Avoise dépendait un bois taillis, sujet à disme, et l'autre pièce que l'on a rapportée lors de cette sentence, n'était qu'un contrat du 1er février 1576, par lequel un Curé de Radon avait vendu la disme du bois, de sorte que ce contrat n'estoit daté que de onze années auparavant, lad. sentence de main levée, en quoi il est aisé de juger qu'elle n'est que l'ouvrage de la prévarication du Procureur du Roi de la Maîtrise et du juge qui l'a rendue, n'y ayant aucune apparence qu'il eut été planté de main d'hommes ni raison pour laquelle on puisse soutenir qu'il soit plutôt exempt du

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322 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

droit de tiers et de danger que les bois de la Haye du Froust, la Chapelle, Fontaine-Riant et autres.

Sur quoy nous avons donné acte au Procureur du Roy de sa remontrance et protestation et maintenu sous le bon plaisir de Sa Majesté les sieurs Jacques et Jean Gravé, enfants et héritiers de défunt Jean Gravé, sieur de Launay, à présent possesseurs de la terre et Seigneurie d'Avoise en la possession et jouissance du bois sauf et sans préjudice au Procureur de se pourvoir ainsi qu'il avisera pour l'intérêt de Sa Majesté, à cause du droit de tiers et de danger par lui prétendu sur les bois pour raison de quoy les parties contesteront par devant nous en la manière accoutumée. »

V° Taillis nommé le bois de Forge. — Le bois taillis nommé le bois de Forge appartenait en (1667) en partie au sieur Gravé à cause du fief de Hertré. Il y eut contestation d'exemption de tiers et de danger.

VI° Taillis de la Touche. — J'ai parlé dans une autre notice de ces taillis dont la propriété est restée dans le domaine privé ainsi que des Rouillys actuellement en Vingt-Hanaps, mais dépendant autrefois de Feugerets (1).

VII° Taillis des Bourbes. — Ces taillis vendus par M. Thomas Du Val, sieur du Noyer, au nom du sieur de Fleury, grand maître des Eaux et Forêts, sont réunis en 1667 au corps de la forêt comme étant enclavés dans la dite forêt malgré les revendications du sieur Taunay qui s'en disait légitime possesseur par acte du 7 juin 1633.

VIII 0 Bois de la Haie de la Chapelle. — On lit dans la vie de Saint-Hugon, évêque de Rouen, mort en 730 qu'un homme de considération nommé Berthe donna à ce Prélat quelque portion du village de Damigny, situé dans l'Exmois, dans la centenie d'Alençon et une terre nommée Vande dans la centenie de Séez (Art., Alençon, Calimas). C'est au dessus de

Cl) L'abbé L. Mesnil. — LA TOUCHE EN VINOT-HANAPS, BUI. de la Soc. Hist. et Arch. Année 1905, p. 563-579, tir. à part. Imprimerie Alençonnaise, rue des Marcheries.


NOTICE SUK LA FORÊT D'ÉCOUVES 323

cette terre de Vande et du ruisseau qui lui donne son nom que se trouvent échelonnés les bois de la Haie de la Chapelle qui appartenaient à la famille d'Aché.

Avant de rappeler les titres de propriété, reportons-nous aux notes de Calimas qui nous donnent les pièces justificatives sur leur origine, à propos de Saint-Germain de Sées dont les d'Escures étaient fondateurs.

Olivier de Larré avait accordé vers l'an 1200, suivant certaines redevances plus ou moins banales, des droits sur la terre et le fief d'Escures par le mariage d'Alix de Larré, fille de Thomas avec Pierre d'Aché. Cette branche d'Aché étant éteinte, le fief est passé dans la maison de Morel, au droit de leur mère qui était de la famille d'Aché.

Nous savons par ailleurs que la Maison d'Escures avait des droits sur les bois de Fontaine-Riant, autrement dits de la Haie des Roches.

Du nom de cette famille est venu pour la paroisse voisine, annexe de Saint-Germain de Sées, dite du Marché, celui de Saint-Laurent d'Escures.

Les bois d'Aché, dit Odolant-Desnos, tirent leur nom de la famille Morel d'Aché, qui les posséda de temps immémorial et les possède encore. (Aché, d'où était l'origine de cette famille était un château, situé près d'Alençon dans l'ancienne paroisse de Congé ; le château a été reconstruit par M. le Comte de Beauregard, qui l'habite actuellement).

Les d'Aché étaient alliés aux d'Estienne, famille très nombreuse qui comptait les : d'Estienne de Vigneral, —-d'Estienne du Bel, — d'Estienne du Taillis, — d'Estienne de Montfort, — d'Estienne de Colleville.

En 1417, Jean d'Aché, surnommé le Petit Galois avait la garde du Château d'Alençon et ne put résister, malgré sa vaillance, aux efforts des Anglais qui prirent la ville. En 1449, ce fut à Aché que Jean Moignet vint trouver le jeune Duc Jean II, pour lui apprendre que les bourgeois voulaient secouer le joug de la domination anglaise, ce qui arriva le jour même.

Après cette longue disgression sur la famille, revenons aux bois de la Haie de la Chapelle, sans chercher à en déterminer les limites.


i,24 NOTICE SUR LA FOKÊT D'ÉCOUVES

M. François Julien Morel d'Escures d'Alençon, demeurant rue de Bretagne, héritier de M. Claude Louis Morel d'Escures écuyer, Seigneur de Saint-Gervais-du-Perron, fut mis en pleine propriété, possession et jouissance des bois de la Haie de la Chapelle, le 22 août 1815, par François Jacques Druet des Vaux, Inspecteur des Eaux et Forêts, après la mise sous le séquestre national en vertu des lois de la Révolution et sous la régie de l'administration des Eaux et Forêts. Pour marquer la confiscation, on lit, en effet, au Registre d'assiette des Bois d'émigrés, à la date du 1er prairial an VI. — « Bois d'Aché .commune de la Chapelle-près-Sées, séquestré sur le citoyen Morel d'Escures, père d'émigré — vente nommée la Haye de la Chapelle, — coupe ordinaire de l'an VII, — 49 arpens. » et au 11 germinal, an VII, — «séquestré sur le conseiller Morel d'Escures, porté sur la liste des émigrés, — 33 hect. 18 ares ».

A l'époque de la reprise de possession, on estime à 223 hect. la contenance des bois qui s'étendent jusqu'à la rivière de Mesnil-Gault.

Avant la Révolution, d'après un plan conservé dans la famille d'Escures, on porte à 472 arpents les bois d'Aché et à 32 arpents les Bruyères de la Chapelle, de la même dépendance situées au nord.

Les Registres de la Réformation des Eaux et Forêts de 1667 assignent une quantité de 295 acres de bois, tenus du Seigneur d'Alençon, sujets à tiers et danger et divisés en cinq ventes qui se décomposent ainsi : 1° une vente nommée Launay audessus du Vivier de la Houssage, près le Bouillon, — 2° La Vente du Douaire, contenant 60 ares, — 3° Montabel, — 4° Bois Vinot, — 5° La Vente du Tertre.

Il y a à remarquer dans ces bois, au sud, la Noë Gloriel et au nord, près des Bruyères de la Chapelle, la Noë de Pierre Puysant, et au vosinage de cette dernière le Camp de César, la chapelle et le prieuré de Mesnil-Gault (1) et l'ancienne route de Carrouges à Sées. i

(1) L'abbé L. M. Mesnil. — LES ERMITAGES D'ECOUVES, Bul. de la Soc. Hlst. et Arch. Année 1906, p. 283, tir. à part. Imp. Alençonnaise, rue des Marcheries.


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 325

Citons maintenant les aveux :

1° Celui du 28 octobre 1406 rendu au duc d'Alençon par Jean d'Aché le Brun, des fiefs de hautbert, d'Escures et de Larré.

2° Un autre rendu le 27 octobre 1581 par Gallois d'Aché pour les mêmes fiefs soumis à tiers et danger, « dans lesquels aveux est faict mention que dans le fief d'Escures il y a quantité de 295 acres de bois ou environ ».

Et par les pièces justificatives présentées, les réclamants sont maintenus en 1667 dans tous leurs droits sauf les charges obligatoires de tiers et danger.

IX° Bois de Fontaine-Riant et de la Haie des Roches — Les titres de propriété de M. Charles d'Angennes Seigneur de Fontaine-Riant sont ainsi établis par les Registres de 1667 :

1° Aveu du 27 mai 1516, rendu à noble homme Jean d'Aché, Seigneur du fief d'Escures, par Noble personne René de Silly et de demoiselle Renée de Beauvoisien, sa femme, du fief et Seigneurie de Fontaine-Riant « auquel est dit qu'il y a un bois nommé La Haye des Roches » non tenus (porte le dit aveu) à tiers et danger de très-hault et très puissant prince Monseigneur le Duc d'Alençon auquel est attaché l'acte de réception fait d'iceluy aux plaids de la dite Seigneurie d'Escures le même jour.

2° Un autre aveu du 9 juillet 1549 à Noble homme Gallois d'Aché, Seigneur du Grand Escures, par Noble personne Louis de Rabodanges, Chevalier, — dame Jeanne de Silly, son épouse, comme héritière de Jacques de Silly, Evêque de Séez, mort le 24 mai 1536, — Denis d'Angennes Chevalier et dame Jacqueline de Silly, son épouse, — les dites dames, filles et héritières de défunte dame Renée de Beauvoisien, dame de Fontaine-Riant du fief de Fontaine-Riant, mariée en premières noces à Charles Bâtard d'Alençon et en secondes noces à René de Silly, Seigneur de Vaux, qui, de ce second mariage avait eu un fils François de Silly marié à Anne de Pré-en-Pail, d'où est issu Jacques de Silly, oncle de Jeanne dont il s'agit plus loin (d'après la généalogie établie par Maurey d'Orville).


326 NOTICE SUR LA FOHÊT D'ÉCOUVES

3° Aveu du même fief et terre noble de Fontaine-Riant» suivant les termes du 1er aveu rendu le 20 novembre 1625 à Me Gallois d'Aché, Seigneur du Grand Escures par Noble et Puissante Dame Françoise d'Auberville, mariée ou fiancée en premières noces à Albert d'Angennes, fils de René d'An gennes et de Louise de Raillart, Seigneur de La Loupe, tué au siège d'Amiens — (Françoise d'Auberville était âgée seulement de 9 ans, il était mort avant qu'elle ne fût nubile). — mariée en secondes noces à Louis d'Angennes son frère, Chevalier, Seigneur de La Loupe, de Cheville et de Sainte-Colombe de Gaprée — Conseiller du Conseil d'Etat et privé du Roi par lettres du 6 novembre 1615, Capitaine de 50 hommes d'armes de ses ordonnances par commission du 7 novembre de la même année, mort le 7 mars 1623 — il avait épousé Françoise d'Auberville, veuve de son frère aîné par dispense mentionnée dans les lettres de 1610 —entérinée le 7 août 1611, fille unique d'Odet d'Auberville, Seigneur de Cantelou, (près de Caen), de Vaux, de Fontaine-Riant, de Saint-Pierre de Jonquiers et de Mesnil-Auger, et de Marie de Rabodanges, petite fille de Louis de Rabodanges, Chevalier, Seigneur de Crevecoeur et de Jeanne de Silly.

De ce mariage sortirent Gabriel d'Angennes, mort au berceau, — Charles d'Angennes, colonel du Régiment de Normandie qui eut pour héritière de cette terre de FontaineRiant, sa cousine germaine Marie Lhermite de Dieville, maréchale de Montesquiou — Jacques d'Angennes, Seigneur de Marville, mort sans postérité, — Louis d'Angennes, Seigneur de Vaux, mort en 1718, ayant embrassé le parti de l'église, — René d'Angennes Chevalier de Malte, tué aux lignes d'Arcs, — Jean, dont on parle plus loin (1).

En 1667, existait aussi un contrat du 3 août 1647 contenant l'acquisition faite par Haut et Puissant Seigneur Me Jean d'Angennes, Chevalier, Seigneur de Fontaine-Riant, de François de Seronne, écuyer, Seigneur d'Escures, de trois pièces de terre en nature de bois taillis de 250 arpents, ainsi qu'ils se poursuivent situées en Saint-Germain de Sées, sujets

(1) Maurey d'Orville : Recherches historiques sur la ville de Sées, p. 165 et 165.


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 327

à tiers et danger, vulgairement appelés les Bois d'Escures ; — la lre nommée la Vente de l'Aulne contenant 100 arpents, ainsi qu'ils se contiennent, joignant d'un côté la Haie de la Ferrière, d'autre côté le Seigneur acquéreur, d'autre bout le Bois Caresme ; — la 2e la Vente de Prusles contenant 60 arpents, joignant d'un côté la Haie de la Ferrière et de l'autre le Chemin tendant de la Foreslrie à Sées ; — la 3e et dernière nommée la Vente de la Petite Roche autrement dit Quatre Fontaines contenant 90 arpents joignant des deux côtés et d'un bout le Seigneur acquéreur d'autre bout Jérôme Louvel, sieur de Rifaudey, et le tertre du Bouillon.

Xe Le Ballu, Bois Taillis.— Les bois deBallu situés dans le Cercueil et Tanville furent érigés en 8e de fief par lettres du mois de mai 1769 et par les mêmes lettres unis au fief de Médavy, pourquoi est fait au domaine d'Alençon 6 liv. 10 sols de rente. *

«La partie des bois située sur le Cercueil est bornée au levant par les Noës du Ballu en pâture ou le Chemin du Pissot au Champ Germain, ailleurs plus au couchant par une petite partie des Communes ou Bruyères Louvet, — (les habitants des cinq communes de Montmerrei, Brai, Saint-Hilaire-laGérard et Tanville, possesseurs usufruitiers de la Commune en 1789, ayant en commun et indivisément la jouissance des Bruyères Louvet), — la même partie du bois est bornée au midi par les Noes du Ballu ou le Chemin du Petit Pissot à travers le Ballu au Champ Germain ; sur une autre ligne un peu moins au nord par la rive gauche de la rivière de Blanche Lande, puis au-dessus de la formation ou de la tête de cette rivière par la portion du Bois située sur Tanville, laquelle portion doit être de 53 acres et trois quarts ; — au couchant par la Gâtine ou le Bois Leveque, au nord par une partie des Communes ou Bruyères ; — et au levant par le chemin de la Moinerie au Pissot. » C'est dans cette partie que se trouvait la chapelle Saint-Gilles (1).

« Toute la partie occidentale de ce bois, située tant sur

(1) L'abbé L. M. Mesnil, — LES ERMITAGES D'ECOUVES, Bul. de la Soc. Hist. et Arch. de l'Orne. Année 1906, p. 28(5, tir. à part. Imp. Alençonnaise, rue des Marcheries.


328 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

Tanville que sur le Cercueil et séparée de la partie orientale par une ligne qui part de la Guimboiserie ou du bout oriental des Communes et va se terminer à peu près au gué d'Aprelle, un peu au couchant de la Fontaine du Puisserot appelée aujourd'hui La Fontaine au Loup à l'endroit ou le Chemin Rouge traverse le ruisseau du gué d'Aprelle, avait été usurpée sur les Bruyères ou Communes Louvet. —■ Les officiers du domaine de François de Valois, duc d'Alençon, nonobstant les pertes et les réclamations des possesseurs et usagers des dites Bruyères, fieffèrent le 8 janvier 1582 cette partie des dites Communes à Cyprien Chaignon pour le Seigneur de Médavi, moyennant six deniers de cens et rente et 30 sous par arpent de denier d'entrée envers le domaine ducal.»—En 1667, ces bois taillis auraient appartenu à Monseigneur le Maréchal de Grancey.

«D'après la déclaration des biens de la Maison de Médavi situés sur le Cercueil en 1791, conformément à la loi des 20, 22 et 23 novembre 1790, tout le Ballu, comme il est présentement, tant sur le Cercueil que sur Tanville, contient 467 acres ou 748 arpents, ce qui revient à 382 hectares, — la partie située sur Tanville est de 63 acres et 3 vergées ou 86 arpents ou tout près de 44 hectares, — la partie située sur le Cercueil est de 413 acres et 3 vergées ce qui fait à peu près 662 arpents ou 337 hectares, —874 déciares un peu moins de 338 hectares.

Le revenu net moyen présumé de cette partie est porté à 900 livres dans les états indicatifs des propriétés et les matrices de Rôle du Cercueil, mais elle vaut bien 2800 livres de revenu.

La partie de ce bois qu'on appelle les Avanris, était labourée autrefois ; elle a été plantée en bois en 1768 ; on l'appelle ordinairement à présent Les Plants.

L'impôt foncier du Ballu monte à environ 520 livres pour l'an 9.

La portion du Ballu située sur le Cercueil produit environ 650 cordes de bois à charbon par an, les bonnes et mauvaises vmpes compensées, — la corde a 8 pieds de long ou de couche, l pieds de haut et 30 pouces de large qui est la longueur du


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 329

bois ; elle vaut 4 francs, sur quoi il faut diminuer 10 sous ou 50 centimes pour la façon. Cette portion donne par an aussi environ 10.000 bourrées à fourneau à chaux de 30 sous le cent, la façon payée, laquelle est de 10 sous. Si la bruyère n'était point enlevée de ce bois, il donnerait par an depuis environ 40 jusqu'à 60.000 bourrées de fourneau à chaux»(1). A l'époque de la Révolution, les Bois de Ballu furent mis sous séquestre comme ayant appartenu à l'émigré ThirouxMontregard ; ils étaient sous la garde du citoyen Prévost, lorsque au 27 ventôse de l'anll, furent décidées la vente de 57 arpents de bois âgé de 14 ans et les coupes des GrandesBruyères, et qu'au 9 thermidor anIII, furent vendus 63 arpents, 30 perches de bois et au onze germinal anVII fut établie pour l'anVII la coupe de 15 hectares 91 ares.

XI 0 Bois de la Gâtine. — Les bois de la Gâtine qui sont, au dire d'Odolant-Desnos à 2 lieues de Sées et ont deux lieues de circuit, (mesures anciennes) joignent les Bois de Ballu. Monsieur le duc de Vendôme en jouissait par engagement en 1664.

XII 0 Bois VEvëque. — A quelque distance se trouvent les Bois l'Evêque que Monseigneur François de Médavi (2) revendique (1667) comme dépendant du revenu temporel de l'Evêché de Sées.

(1) Julien Lefrou : Ms. conservé par M. Lepitre, maire du Cercueil, intitulé Tableau indicatif de la commune du Cercueil, 2e Reg. petit in-8° de 184 p. — Cfr. Bull, de la Soc. hist. et arch. de l'Orne. Année 1906, p. 317. — Notice sur Julien Lefrou. Abbé Letacq. tir. à p., 20 p. Imprimerie Alençonnaisc.

(2) Mgr François Rouxel de Médavi, évêque de Séez, puis archevêque de Rouen, était le neveu de Mgr François Rouxel de Médavi, 49e évêque de Lisieux (1598), lequel, était fils de Jacques Rouxel de Méda\i, II" du nom, seigneur de Médavi, d'Occagne et de Chaumont, chevalier des ordres du Roi, gouverneur d'Argentan, lieutenant général au gouvernement du duché d'\lençon et du comté du Perche, et de Perrette Fouques, fille de Guillaume, seigneur de Mannetot et du Mesnil-Loger.

Les bulles de l'Evêque de Lisieux accordées par le pape Clément VIII, sont datées du 12 mars 1598 ; mais il ne prit possession de l'évêché, dont il avait été pourvu, que le 25 mars, fête de l'Annonciation de la Sainte Vierge 1600, dans l'église collégiale de Saint-Martin du Merlerault et trois mois après par procuration donnée à M. Bouchard, un des chanoines, dans l'église de Lisieux. Il n'exerça ses fonctions épiscopales qu'à distance jusqu'en 1613, à la mort du maréchal de Fervaques, arrivée à la fin de cette année, car le


330 NOTICE SUR LA FORÊT û'ÉCOUVES

Les bois l'Évêque et de Grandmont dépendent actuellement de la succession de M^ Poriquet.

M. Poriquet possédait les bois l'Évêque, de la Gâtine et de Grandmont en vertu du partage de la succession de son père, reçu par Mes Bertrand et l'Hotelerie, notaires à Paris, le 6 novembre 1861.

Les bois l'Évêque avaient été acquis par M. Poriquet, père, du domaine de l'Etat par suite de l'aliénation autorisée par la loi du 25 mars 1831, suivant procès-verbal d'adjudication dressé à la Préfecture de l'Orne le 31 août 1833.

Les bois de Grandmont avaient été acquis dans les mêmes conditions le 21 novembre 1834.

Les bois de la Gâtine, dépendance de la forêt d'Ecouves, avaient été acquis également de l'Etat le 3 septembre 1855 (1).

Les bois de Momont qui tirent leur nom du fief Maumont, étaient tenus pour un tiers, en 1782 de la baronnie de Fleuré par Rolland Jérôme.

A l'ouest, à la lisière des bois l'Évêque, se trouve une enclave dont l'accès est très difficile. Comme traces du passé, on y remarque une prairie .propriété de M. Coupigny, acquéreur d'un nommé Simon et des bâtiments en ruines appartenant à M. Victor Barbey. C'est l'ancien apanage des religieux de Grandmont.

Bailleul qui nous a laissé des notes sur Grandmont, nous signale avant 1782 (2), sur le territoire de la Bellière, un antique prieuré :

« On voit, dit-il, dans cette paroisse, une ancienne église servant à l'usage de grange qui fut autrefois celle d'un prieuré

maréchal qui l'avait fait nommer à cet Évêché, pour des alliances de famille, avait usurpé le palais épiscopal et la meilleure partie des revenus de l'Evêché. Mgr de Médavi mourut à Rouen, dans l'Hôtel de Lisieux, le mardi 8 août 1617. Son corps fut transporté à Médavi, par oisse de notre diocèse, où il fut inhumé (Hist. de l'ancien Evêché-Comté de L isieux, par M. H. de Formeville, .t II. p. 241-244).

(1) Je dois ces indications à l'obligeante érudition de M" Letouillard, notaire à Mortrée.

(2) « Paroisses de l'élection d'Argentan dont est chargé de la recette le sieur Bailleul qui a fait les extraits cy-après :

« Fiefs et extensions de fiefs de chaque paroisse, noms et armoiries des Seigneurs, propriétaires et patrons : extrait d'un registre servant aux che-


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

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dépendant de l'Ordre de Grandmont, monastère bâti dans le lieu nommé Grandmont à cause de cet établissement. Cette communauté était sous la règle de S. Benoît. »

Odolant Desnos nous donne l'origine de ce prieuré (Dict. de l'Orne, la Bellière, t. II, pag. 617).

« L'abbaye de Grandmont fut fondée en 1074 ou 1076 par Etienne d'Auvergne (ex titulo prioraius Bellariaë) (1) ».

vauchés de MM. les officiers de la ditte élection, fait pendant le reigne de Louis-Auguste de Bourbon, comte d'Eu et d'Argentan, décédé le 14 may 1736. A la suite des extraits dudit registre le soussigné a ajouté des notes histo riques particulières à chaque paroisse.

« J'appartiens à J. P. F. Bailleul d'Argentan, 1782 ».

(Copie du manuscrit conservée par Me Letouillard, notaire à Mortrée).

(1) Saint-Etienne de Muret, fonda dans le XIe siècle l'ordre de Grandmont. Il choisit en 1076 la forêt de Marche dans le diocèse de Limoges pour y faire sa demeure et y établit un monastère sous la règle de saint Benoît. Cet ordre s'appelle de Grandmont, parce qu'après la mort de saint Etienne, ses religieux se retirèrent à Grandmont dans la même province du Limousin vers 1130. Le pape Jean XIÏ tâcha de rétablir cet ordre qui avait dégénéré de sa première ferveur et érigea Grandmont en abbaye, n'ayant eu jusqu'à lui que des prieurs qui la gouvernaient (Hist. de l'établissement des ordres religieux, p. 131).

ÉTAT ACTUEL DE I.'ANCIEN PRIEURÉ DE GRANDMONT

Cliché de M' Letouillard, Notaire à Mortrée.


332 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

« Henri II, roi d'Angleterre, duc de Normandie confirma cet établissement et les donations qui y avaient été faites et y en ajouta de nouvelles entre autre un homme au château d'Argentan, un autre dans celui de Falaise, un dans celui de Caen, pour recevoir dans lesdits châteaux et toutes les paroisses adjacentes les aumônes faites aux religieux de Grandmont. Il les exempta de toutes espèces de services de coutumes de corvées, de fouage et la charte n'est pas datée, mais elle fut donnée en présence de Froger, évêque de Sées et d'un grand nombre de Seigneurs : ce qui indique à peu près le temps où elle fut expédiée (La Roque, hist. de Harcourt, t. IV. p. 1348). La dédicace de l'église fut faite par Froger, évêque de Sées, l'an 1168, lequel souscrivit à une charte dé donation faite aux religieux de Grandmont.

«Helle ou Alix d'Alençon, dame d'Almenèches, fille de Jean, comte de Bellême et d'Alençon, soeur de Robert IV (dissertation sur les héritiers de Robert IV, comte d'Alençon, p. 20-21), aumône vers 1224 un septier de froment, mesure de Sées, à prendre sur son moulin de la Roche aux religieux Grandmontains établis dans la paroisse de la Bellière. Gervais, évêque de Sées confirma par une charte la donation de la rente annuelle. Ce fut la même qui donna aux religieuses de Vignats, près Falaise, 10 liv. de rente à prendre sur son moulin d'Almenèches. Elle donna encore à ces religieuses le patronage d'Ecots en 1226. Vignats ne retint qu'un prieuré sous le titre de Sainte-Marguerite. Anne Rouxel de Médavy prieure en obtint en 1625 l'érection en abbaye.

« Arnulphe de Vernules, chevalier, seigneur de la Bellière du consentement de Jeanne son épouse donna à ce prieuré l'église de la Bellière, et accorda ce prieuré à Grandmont, proche Beaumont-le-Roger. On ignore le temps précis où les religieux ont abandonné la maison de la Bellière pour se retirer au prieuré de Grandmont dans la forêt de Beaumont supprimé depuis quelques années avec toutes les autres maisons de cet ordre. Il n'y avait plus lors de la suppression de cet ordre que quatre religieux ».

« On prétend, dit Odolant Desnos, qu'il y avait autrefois, proche du prieuré, un château appelé de la Lune. Je n'y ai trouvé aucune preuve de l'existence de ce prétendu château.


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 333

Il a existé un château de la Lune, mais dans le diocèse d'Evreux (Neustria pia, p. 367) ».

D'ailleurs, le Pouillé de Sées, citant deux noms de prieurs de Grandmont : Michel Pelletier et Juvenal Thioult, affirme que le château de la Lune était au diocèse d'Evreux :

6 oclobris 1641. Visa prov. apost. loci et monachis portioni monasterii de Bellaria ad Grandimoni... a prioratu conventuali Beatse Mariée de Castro Lunse, ejusdem ordinis, dioecesis Ebroicensis dependentis pro Fratre Juvenali Thioult, monacho expresse professo dicti prioratus Grandimontensis de Castro Lunée, certo modo, per obitum Michaelis Pelletier, relig... ejusdem Ordinis.

Le fief du prieuré de Grandmont (la Bellière) relevait de la baronnie de Fleuré.

XIII 0 Bois Mallet et Bois de Gui. — Les Bois Mallet appartenaient à la famille de ce nom. Louis de Graville profitant des malheurs arrivés à Jean II, duc d'Alençon intenta un procès en 1474 contre la maison d'Alençon pour rentrer en possession de tous les biens qui avaient appartenu autrefois à Jean Mallet, condamné à mort pour crime de lèse-Majesté, et il réussit dans son exploit.

On appelait encore Louis Mallet le Seigneur de Montagu. Voici les titres qu'il portait en 1476 :

« Noble et puissant Seigneur Loys de Graville, conseiller et chambellan du Roy, notre sire.sieur de Montagu, Marcousis Sées, Bernai et des terres et seigneuries qui furent Mallet. »

«Louis XI, après avoir fait faire le procès de Jean II, duc d'Alençon restitua au mois de septembre 1474 les terres de Sées et de Bernay, les Bois-Mallet et les Défends de Tanville, la moitié du fief commun de Mortrée, confisqués autrefois sur les enfants de Jean IIIe du nom à Louis Mallet, sire de Graville, de Marcousis, de Montagu, de Missi en Gâtinois, Amiral de France, Gouverneur de Picardie et de Normandie, Chevalier de l'Ordre du Roy, Capitaine de cent gentilshommes » (Les Grands Officiers de la Couronne, T. II p. 943). « Il y a bien de l'apparence que ce fut la Haute Justice de la


334 NOTICE SUH LA FORÊT D'ÉCOUVES

terre de Sées qui lui fut accordée sous le titre de Graville par le roi Louis XI en 1473 et enregistrée en la cour en 1474, car avant ce temps, il n'y avait jamais eu de justice à Sées. Or Louis Mallet, Seigneur de Graville, avait pour bailli à Sées et à Bernay, le 25 septembre 1479, Jean Chesnel qui était garde des sceaux aux obligations de la Vicomte de Sées. Il faisait exercer la Vicomte à Sées, on y tenait les pieds en cette Vicomte le dernier jour 1479. Le Vicomte n'est point dénommé. »

« Le jeudi 24 novembre 1474, fut accordé par la cour de l'Echiquier (1) à Jean Seigneur de Graville et à Louis son fils l'entérinement des lettres patentes du Roi en lacs de soie et cire verte données au pont de Savoie au mois de septembre précédent à eux octroyées en considération de leurs services par lesquelles il crée et érige haute justice en la seigneurie de Graville, fiefs et arrière-fiefs en dépendant et même pour en jouir par eux, leurs hoirs et héritiers» (Histoire de la ville de Rouen, T. II p. 113).

« S'agit-il ici, dit Odolant-Desnos, de Graville, Gerardiville au pays de Caux ou Graville-Sées ? Je crois qu'il s'agit ici de ce dernier lieu, puisque en conséquence nous savons que les Seigneurs établirent pour Sées, Bernay, ce qui est appelé Graville, un Vicomte, un garde des sceaux » (Notes sur la ville de Sées, p. 139 et suivantes).

« Les Bois de Gui, anciennement appelés de Montgommery appartenaient en 1667 à Mre Henri Le Veneur, Comte de Tillières et de Carrouges, qui justifie sa légitime possession par un aveu du 11 mai 1628, rendu à Mre Gabriel, Comte de Montgommery, Chevalier des Ordres du Roy, comte de Tillières, par lequel il a déclaré et advoue tenir par foy et hommage dudit Seigneur à cause de son Comté de Montgommery, les bois de Goul, anciennement dicts les bois d Montgommery, contenant 1200 arpents de terre plantée en bois taillis et autres terres, héritages et buissons, landes et places vagues, lesquels bois il déclare par ledit aveu, exempts de dixmage, tiers et danger et autres charges suivant les droicts et dignités dudit Comte de Montgommery

(1) L'Echiquier d'Altnçon tenait ses séances à Alençon et à Argentan.


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 335

et tout et autant que ledit Seigneur Comte de Tillières en tient (porte led. adveu), par contrat de fieffé de ce faict du 12 janvier 1579, passé en faveur de Mre Tanneguy Le Veneur, à cause de quoy ledit Seigneur Comte de Tillières est tenu envers le dit Seigneur Comte de Montgommery en foy et hommage, relliefs, cours et usage, lequel adveu ne peut être suffisant principallement pour justifier que les dits bois de Montgommery sont exempts du droit de tiers et de danger».—Une vieille croix de bois, que les officiers de la forêt et François delà Cour, sergent du Bois-Mallet, disent s'appeler la Croix au Nicou, marquait en quelque sorte la séparation des Bois-Mallet d'avec les Bois de Gui, car à une perche environ de cette croix se trouvait une borne plantée d'un pied en carré et élevée de 2 pieds de la superficie de la terre, représentant sur une face d'un côté vers le Bois-Mallet une fleur de lys. et sur l'autre vers les Bois de Montgommery, les armes du Comte de Tillières, Seigneur de Carrouges.

L'origine de cette propriété pour les Le Veneur nous est indiquée par « La copie de la Main-Levée de l'Aveu de Comte de Montgommery controllé à Vimoutiers le 25 mars 1739 ». Nous relevons de cette pièce authentique plusieurs extraits :

« Un contrat passé devant Pierre Jamet, Nottaire royal à Bloys le douze janvier mil-cinq cent soixante et dix-neuf, par lequel Martin de Montigny, procureur fondé de Messire Jacques de Montgommery, Comte dudit lieu et de Dame

Péronnelle de Champaigne, son espouze a baillé,

à fieffé, au dit nom, à perpétuité, à Messire Tenneguy Le Veneur, Comte de Tillières et seigneur de Carrouges, tout et chacun le domaine non fieffé, audit sieur Comte de Montgommery, vulgairement appelle le lieu et bois de Gui, consistant tant en douze cents arpents de terre ou environ, plantez en bois taillis, qu'autres terres et héritages en buissons, landes, près vaigues, scituez au baillage d'Alençon en la paroisse dudit Gui et es environs, à la charge par ledit sieur de Carrouges de livrer une fois en sa vie un esprevier ou au lieu d'iceluy, payer un tiers d'écu, evallué à vingt sols, au choix du dit sieur de Carrouges... moyennant aussi quatre-


336 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÈCOUVES

mil-trois-cent-trente trois livres un tiers d'escu d'or sols, payée comptant, avec consentement que le dit sieur acquéreur pourrait à ses frais et dépents faire ériger en fief noble plain au quart par l'authorité du Roy et du consentement du Seigneur Duc d'Alençon, duquel dit Comte de Mongtommery est rellevant immédiatement ledit domaine non fieffé et bois de Gui, lequel fief noble ainsy érigé serait tenu dudit Comte de Montgommery ».

Des procès s'élèvent sur la légitimité de l'acquisition et sur l'acquittement des redevances :

11 mai 1597. — « Exploit de saisie, faute d'hommage et d'aveu par les héritiers de noble homme Jean de Saint-Denis, sieur de Gui. »

— 21 février 1598. — « Sentence donnée aux plaids dudit Comté de Montgommery sur la poursuite faite contre noble Anthoine de Sanxon et la damoiselle sa femme tenants le dit lieu fiefs de Gui pour contribuer aux reliefs aydes et reliefs de Mariage et Chevallerie et des sous-aydes demandez par le Roy. »

— 17 mai 1601. — « Exploit d'assignation, faitte à Dame Charlotte de Chabot, Comtesse de Tillières, veuve de Messire Jacques Le Veneur, tutrice et ayant la garde noble de leurs enfants, à comparoir aux plaids dudit Comté de Montgommery pour se voir condamner à bailler adveu dudit domaine de bois de Gui, payer les rentes et treizièmes et représenter les contrats. »

— 23 juin 1601.—« Sentence aux plaids de saisie par défaut contre ladite Dame Chabot. »

— 23 juin 1601. — « Procuration passée devant les tabellions de Rouen à Charles Turpin, sieur des Fontaines et à

Jean Herbignières pour comparoir pour elle aux plaids

dudit Comté pour y présenter la déclaration desdits bois et autres héritages appartenant à ses enfants soubsagés, situés en ladite paroisse de Gui contenus au dit contrat. »

4 octobre 1602. — « Déclaration desdits héritages et bois signée de la dite Chabot aux plaids de Montgommery. »

30 juillet 1599. — « Coppie d'arrêts contradictoirement donnée au Grand Conseil, au sujet des revendications du Comte de Montgommery pour le contrat de vente faite au


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 337

sieur Tenneguy Le Veneur.... la Dame Chabot est condamnée à quitter la possession des terres et bois de Gui. »

Mais ladite Chabot ne se tient pas pour vaincue et elle passe procuration le 13 janvier 1600 au sieur Gilles de la Pallu « pour passer tranzaction avec ledit Messire Gabriel de Montgommery estant aux droits dudit Jacques son frère au sujet du supplément du prix du susdit contrat de vente dudit domaine et bois de Gui. »

23 mars 1600. —«Transaction passée devant les notaires d'Argentan entre Gilles de la Pallu et Jean d'Eschalon, sieur de Champeaux, pour cession de droit de supplément qui s'élève à 5000 écus. »

Le 8 avril 1600. —« L'acte de ratification de la transaction est faite par la Dame Chabot devant les notaires de Falaise le 13 novembre 1618. Procuration est passée devant les notaires de Falaise par Messire Tenneguy Le Veneur, Comte de Tillières, à Hector d'Alençon pour présenter aux plaids du Comté de Montgommery, son aveu des bois vulgairement appelés les bois de Montgommery. »

Finalement, les Le Veneur eurent gain de cause et l'aveu de Nicolas François, Comte de Montgommery signé le 16 avril 1693, porte cet accord :

Goul.... « Messire Henry Le Veneur seigneur, Comte de Tillières et Carrouges, tient aussi nuement dudit Comté tout le domaine non fieffé ayant appartenu audict Seigneur Comte de Montgommery, vulgairement appelé le lieu et bois de Gui, consistant en douze cents arpents de terre ou viron, planté en bois taillis, qu'autres terres, héritages, buissons, landes et champarts érigés en plein fief de haubert et en faict doit audit Comte un espervier de rente à chacune fois qu'il y aura mutation d'homme, recours à la fieffé passée devant Pierre Jamet, tabellion à Blois, le douzième janvier mil-six-cent-soixantedix, avec foy et hommages et autres debvoirs (1) ».

Les Bois de Gui furent mis sous séquestre à la Révolution ; Le Bois de Blancperré était sous la garde du citoyen Adam.

Annuaire de l'Orne- — Année 1878, publié par Gravelle-Desulis, p. 23, Aveu par démembrement du Comté de Montgommery et p. 52 et suiv. du supplément.

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338 NOTICE SUR LA FORÊT DÉCOUVES

32 arpents de bois âgé de... furent vendus le 27 ventôse an II ; 70 arpents de Beis de Gui ayant appartenu à l'émigré Gourdemanche, le 9 thermidor an III et 35 hectares 57 ares, le 11 germinal an VII (1).

« La Seigneurie de Gui relevant de la vicomte d'Argentan est dans la paroisse de ce nom (Tit. de la Roche Mabile, 5e liasse). Les Seigneurs de la Roche Mabille avaient anciennement droit d'usage dans la forêt de la Gâtine suivant un acte du 28 octobre 1609 et le prieur et les habitants de Boucé et de Carrouges prétendaient en avoir dans les bois de Gui et les habitants de Lignières, Saint-Calais, et Cirai dans les bois de Monaye, les landes et brières de Lignières en 1565. Le principallieu où était le lieu seigneurial s'appelait alors le Mazure de Goul ; il fut fieffé par le Seigneur, en 1565 au sieur de la Brave pour 20 sols de rente. Ce Seigneur fit alors et les années suivantes plusieurs acquisitions. Le Seigneur a eu de grands procès contre le prieur de Goul touchant le fief et Seigneurie de Goul que le prieur réclamait, mais celui-cy en a été débouté. Le sieur de la Houssaye et demoiselle Elisabeth de Saint-Denis furent maintenus par sentence rendue en la Vicomte d'Argentan le 22 novembre 1677 dans la propriété des terres, fief et seigneurie de Gueul ou Gui au préjudice du procureur du Roy et du prieur de Goul qui furent déboutés de leurs prétentions » (3e liasse).

« Il paraît qu'en 1450 la terre de Gueux qui est sans doute Goul appartenait à plusieurs particuliers, parce que, le 9 avril de cette année, intervint un arrêt qui adjugea le tiers de la terre et seigneurie de Gui ou dixmes de Gueux à Guichard de Cissé et à Dame Marguerite de la Chaux, sa femme (Addit, au Tit. de la Roche-Mabile, liasse 5e). La seigneurie de Gui passa par acquêts dans la maison de Vassé .».

(Odolant-Desnos. M. S. — La Roche-Mabille, Montgommery, tome II. Résumé des liasses Ie, 2e, 3e, 5e).

Les Bois de la Hunière ne paraissent pas se rattacher à la forêt d'Ecouves. Ces bois furent confisqués sur le marquis Sommery de Vrigny condamné, et étaient confiés au 9 ther(I)

ther(I) d'assiette, au II à an VII.




NOTICE SUH LA FORÊT D'ÉCOUVES 339

midor, an III, à la garde du citoyen La Brière ; au 11 germinal an VII, 10 hect. 56 a., furent vendus au profit de la nation. On ne connaît pas d'origine antérieure à celle-là. Les Bois de la Hunière ou de la Bellière ont dépendu de la succession de M. le marquis d'Audifîred-Pasquier, lequel l'avait reçu en mariage de M. le duc d'Audifîred-Pasquier, son père.

Celui-ci avait acquis cette forêt d'un M. Duval, par contrat passé à Paris.


340 NOTICE SUR LA FOKÈT D'ÉCOUVES

APPENDICE

Arrivé à la fin de cette étude, je suis le premier à reconnaître qu'elle n'est guère qu'une série de documents analysés et classés par ordre chronologique. Il n'en pouvait être autrement : Ecouves, une des principales forêts domaniales de la France par son étendue, est trop isolée des grands centres pour avoir son Histoire, comme celles qui entourent la capitale.

Aussi, après la topographie et les notes sur l'exploitation des bois, j'ai dû me contenter de recueillir ça et là des faits historiques depuis la période celtique jusqu'à nos jours, de donner la liste des possesseurs successifs, celle des Maîtres des Eaux et Forêts, et depuis la Révolution, celle des Conservateurs, Inspecteurs et autres agents forestiers, enfin d'indiquer les fondations pieuses ou charitables, les privilèges accordés aux Communautés d'habitants et aux particuliers, pour la plupart personnages de marque, avec les amendes imposées aux contrevenants par des règlements légalement établis. J'ai ajouté des détails sur les prolongements de la forêt d'Ecouves.

Ce programme qui au premier abord semble assez sommaire, est par contre très varié et a exigé de longues et multiples recherches dans nombre de dépôts d'archives. Les documents que je cite sont en grande partie inédits. Je puis me rendre le témoignage de n'avoir rien négligé, pour que ce mémoire sur Ecouves (le premier paru sur les forêts de notre département) soit aussi complet que possible.

Mais il reste toujours à glaner, même dans le champ le plus attentivement parcouru, et l'impression de ce travail est à peine terminée, que je recueille de nouveaux épis, tels que l'acte qui montre que l'Ermitage de Vingt-Hanaps fut habité


NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES 341

jusqu'à la fin du xvne siècle et était situé sur le territoire de Feugerets (1).

Un trait historique plus important et également omis est le passage du célèbre capitaine de Fresnay, Ambroise de Loré, en septembre 1431. On était à la veille delà Saint-Michel, jour auquel se tenait à la ville de Caen, alors occupée par les Anglais, une des plus grandes foires du pays. Loré part de Saint-Cénery-le-Géret avec 700 hommes, remonte la vallée du Sarthon, traverse la forêt d'Ecouves, entre dans la vallée de l'Orne, qu'il suit jusqu'à Caen, tombe à l'improviste sur les Anglais, fait 3.000 prisonniers et enlève un butin considérable. Huit jours plus tard, il était de retour (2).

Je dois encore combler d'autres lacunes.

— Marie d'Espagne fit une réformation des forêts d'Alençon et Bart des Boulais nous donne le détail suivant :

« La dicte Marye d'Espaigne, après le decedz du dit Charles, son mary, par son grand mesnaige augmenta de grandz biens la maison d'Allençon, fait reformer les forêts d'Allençon et du Perche, les faist replanter, fossoyer et limitter par coupes ordinaires, pour laquelle réformation furent commis Adam de Bourdelay et Nicollas des Ventes qui réglèrent aussy les usaiges des dictes forestz et en feist la dicte dame dresser de grandz cahiers qui sont couruz jusqu'en ce temps que l'on appelle le Mesnaige de Marye d'Espaigne. Mourut le dix neufiesme novembre mil troys cent soixante neuf ; elle fut aussy enterrée aux Jacobins esleve près dudict Charles, ayant ung serclé allentour de la

(1) i L'an de grâce 1698, le 17e jour de febvrier est décédé en la maison de Jean Roze demeurant au lieu de Martheleurouzc, vulgairement appelé l'Ermi tage, paroisse de Feugerets, Françoise Roze sa fille, après avoir reçu les sacrements de l'Eglize. Le corps de laquelle a esté inhumé le lendemain dans le cymetière de l'église de la paroisse de la Ferrière-Béchet par nous curé de lad. paroisse du consentement et suivant la permission qui nous a été donnée par le sr curé de lad. paroisse de Feugerets en date du dix huitième iour dud. mois ainsi que dessus en présence de François et Guillaume dits Blivet. » Signé : de Mésenge.

11 y a également sur les registres de la Ferrière-Béchet à la date du 28 juin 1708, l'acte d'inhumation à la Ferrière, de Marie Tessier, 18 ans, femme de Jean Rose de la paroisse de Feugerets.

(2) R. TRIOEB. Un coup de main d'Ambroise de Loré en Basse-Normandie (1431), Mamers, Fleury et Dangin. in-8". Extiait de la Revue Hist. et Arch. du Maine, et Excursion historique et archéologique à Fresnag-sur-Sarthe le 4 Juillet 1901 et érection d'une plaque à Ambroise de Loré, capitaine de Fresnay de 1408 à 1420. Mamers, Fleury et Dangin, 1901, in-8», 76 pages. Extrait du même recueil.


342 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

teste en façon de créneaux au lieu de fleurs de lys, parcequ'elle était de la maison de Castille (1) ».

Tous les droits en Ecouves ne sont pas signalés :

« En l'an mil troys cens vingt cinq, régnant ledict Charles fust estabJy l'Eschiquier à Alençon et dès la première audience fut terminé le différend d'entre ledict seigneur, comte d'Allençon et les habitans de la Roche-Mabille touchant l'usaige que les dictz habitans prétendoient en la forest d'Escouves, la possession duquel droict fut adjugée aux dictz habitans (2) ».

Une donation faite par la Reine de Navarre, Marguerite de Valois, mérite une mention spéciale :

« L'hôpital d'Alençon, dit M. de Broc, énumerant les bienfaits de la Reine, n'est pas oublié. Il recevra quarante charretées de bois à prendre chaque années dans la forêt d'Ecouves (3) ».

Le collège royal d'Alençon tenu par les PP. Jésuites eut aussi sa part des droits sur Ecouves.

Ainsi on lit, à l'Inventaire Sommaire, Série D, p. 7, ces détails : « Ordonnance de M. de Mascranny, général Reformateur des E. et F. de Normandie, prescrivant à Philippe Tomeret, adjudicataire de 40 arpents de bois dans la forêt d'Ecouves, triage du Gravier, Garde de Radon, de délivrer aux PP. Jésuites 15 cordes de bois pour leur chauffage de l'année 1671. —Autre don fait aux PP. par le même de 20 cordes de bois pour leur chauffage de l'année 1672. — Requête des PP. Jésuites à Mgr Ferrand Chevalier, conseiller du Roi, maître enquêteur et reformateur des E. et F. de France, demandant à continuer de prendre pour leur chauffage 30 cordes de bois dans la forêt d'Ecouves, faveur qui leur était accordée chaque année par feue S. A. R. Madame la duchesse de Guise ».

(1) Recueil des antiquitez du Perche, comtes et seigneurs de la dicte province, ensemble les fondations, bâtimens des Monastaires et choses notables dudict paiis par Bart des Boulais, publié avec les additions et variantes de plusieurs manuscrits et annoté par M. Henri Tournouer, p. 191. Mortagne, Marchand et Gilles, lib.-éd. Georges Meaux, imprimeur, 1894.

(2) Ibidem, p. 190.

(3) La Reine de Navarre, Marguerite de Valois, soeur de François l"- Bul. de la Soc. Hist. et Arch. de l'Orne, année 1906, p. 412. Imp. Alençonnaise rue des Marcheries.


NOTICE SUR LA FORÊT D'ECOUVES 343

Une note d'Odolant-Desnos nous indique le mode d'emploi des amendes imposées par l'Echiquier d'Alençon : « A la fin de chaque Echiquier on distribuait des aumônes à la Chapelle des Secrétaires, fondée en l'honneur de saint René, aux religieuses de Sainte Claire d'Alençon, aux filles de Sainte Madgeleine d'Essay, aux religieuses de Saint François de Mortagne, à l'Hôtel-Dieu d'Alençon, à la fabrique de l'église de Notre-Dame, à celle de Saint-Léonard, aux Cordeliers de Sées, à ceux de Verneuil, aux Jacobins d'Argentan, à l'Hermite de Chaumont (1) : toutes ces sommes étaient prises sur les amendes, ainsi que les gages du chapelain ordinaire de l'Echiquier, ceux du vicaire et des chapelains qui avaient aidé à chanter la première messe, ceux du Maître d'hôtel, des cuisiniers et des autres domestiques, le loyer du linge et de la vaisselle d'étain sur laquelle on servait alors le Chancelier et les Seigneurs, le loyer des tapisseries, le bois, la chandelle, le cidre, le verjus, le vinaigre, les herbes et même ce qu'on payait aux enfants qui tournaient les broches. On trouve dans les comptes du domaine d'Alençon, à l'article de la dépense de l'Echiquier des détails qui font connaître la frugalité et la simplicité des moeurs de ce temps-là (Regist. des Echiquiers de 1520, 1530, 1539, 1543, etc) » (2).

On trouvera peut-être que j'aurais dû parler des sites et des paysages qui font d'Ecouves une des forêts les plus pittoresques du pays et des plus intéressantes à parcourir, mais il ne faut pas oublier que dans la description des phénomènes naturels, le narrateur le mieux inspiré aura beau employer les expressions les plus retentissantes et appeler à son aide les épithètes les plus énergiques, il restera toujours bien au-dessous

(1) L'abbé L.-M. Mesnil. — LES ERMITAGES D'ECOUVES. Bul. de la Soc. Hist. et Arch. de l'Orne, année 1906, p. 291. Imp. Alençonnaise, rue des Marcberies.

(2| Pour compléter l'inventaire bibliographique concernant l'Histoire naturelle d'Ecouves, citons ces quelques notes tout récemment parues : W.-D ROEBUCK, Limaciens dans la forêt d'Ecouves, Feuilles des Jeunes naturalistes, Paris, Dollfus, n° du 1" avril 1910 ; A.-L. LETACQ, Notes sur la Faune et la Flore des Gâtées. Bulletin de la Société d'Horticulture de l'Orne, 1910, 1er semestre, p. 56-59; A.-L. LETACQ, l'If dans les forêts d'Ecouves et d'Andaine, Bulletin de la Société d'Horticulture de l'Orne, 2« semestre, p. 102-108. Les Reptiles de la Batte Chaumont, ibid. 1er semestre 1911. — C.-G. AUBERT, Note sur l'introduction du Sapin pectine dans la Jorêt d'Ecouves (sous presse).


344 NOTICE SUR LA FORÊT D'ÉCOUVES

de la réalité. Des sites tels que les rochers de Yignage, de la Pierre Grand'Chou, des Petits-Bois, au-dessus du tir de Radon, de la Fosse à la Femme ; des panoramas comme ceux qui s'étalent sous les yeux, à l'entrée de la forêt, du côté de VingtHanaps et sur la route de Sées à Carrouges, du carrefour de de la Branloire à la Croix de Médavi et au-delà, ne se décrivent pas ; on les visite et on les admire.

Abbé L.-M. MESNIL.


LE jftJUtyUlSp DE COUpiprç

(Suite)

ANTOINE-LÉON-PIERRE DE SAINT-SIMON

Dernier Marquis de Courtomer

(1758-1816)

Antoine-Léon-Pierre de Saint-Simon, chevalier, marquis de Courtomer, comte de Montreuil-Bonin, châtelain de Pêcoux, seigneur haut-justicier de Gasprée, de la MotteFouquet, Magny-le-Désert, Saint-Patrice-du-Désert, Orgères, Montgoubert, Saint-Julien-sur-Sarthe, Contilly, les Aulneaux, Chanceaux, seigneur suzerain de Champs, Saint-Aubin-desGrouais (1) et autres terres et seigneuries, naquit à Courtomer le 23 octobre 1750. Il était fils d'Antoine-Philippe-Nicolas de Saint-Simon et de Louise-Rose de Thiboutot.

Il fit ses études à Paris et les termina en l'année 1768. La correspondance que la marquise, sa mère, échangeait avec l'intendant de Courtomer, donne quelques détails intéressants sur la jeunesse du dernier Saint-Simon.

Lettre du 28 février 1768 : « Mon fils aura finyson académie à Pasques. Je travaille à le placer dans un régiment où il aura un ancien officier, qui veillera sur lui pendant le temps qu'il sera en garnison. Le pavé de Paris est pernicieux à son âge, c'est pourquoi je veux l'en éloigner ; l'oisiveté de la maison paternelle ne donne pas non plus le goût de son métier; il faut qu'il l'apprenne. Cela m'occupe beaucoup depuis quelque temps, car il est bien difficile d'entrer au service à présent et les jeunes gens d'aujourd'hui me font craindre d'un autre côté que mon fils ne leur ressemble : à voir tout ce que l'on voit et entend fait trembler une mère tendre.

(1)A l'exception de Courtomer, Montreuil et Gasprée, toutes les seigneuries dont il est question venaient au jeune marquis de la succession de sa grand, mère, Madame de Saint-Rémy-Courtomer.


346 LE MARQUISAT DE COURTOMER

Jusqu'à présent, mon fils est bien né, bien élevé et promet d'être bon sujet et de me donner de la satisfaction, mais les conseils et les exemples des autres donnent à craindre qu'il ne suive le torrent. Il grandit beaucoup, il est joliment fait et sa figure se forme. Dans toutes les assemblées où il a paru, on a été content de lui. Je crois vous faire plaisir, Monsieur, en vous faisant ce détail par l'intérêt que je sais que vous y prenez ».

Lettre du 16 mai 1768. « Le duc de Coigny vient de faire avoir à mon fils une sous-lieutenance à la suite de son régiment du mestre de camp général Dragons. C'est le premier grade par lequel il faut passer pour arriver à une compagnie suivant les nouvelles ordonnances. Je luy fais faire ses uniformes, il faut lui avoir aussy un cheval, parce que l'équitation est aujourd'hui la partie que l'on exerce le plus dans le militaire, et il partira pour Cambray, où est ce corps, à la fin du mois. Il faut aussi, suivant les ordonnances nouvelles, avoir 18 ans révolus pour être capitaine. On est malheureux d'avoir des jeunes gens à placer dans ce momentci ; chacun en gémit. Jamais il n'y a eu plus de difficultés à entrer au service et à y faire son chemin, mais le voilà dans la route de tout le monde et son sort est entre ses mains. S'il se conduit bien, il doit parvenir ».

Lettre du 15 juin 1768. « La place que mon fils a dans les dragons ne luy rapporte aucuns appointements, mais toute la famille va solliciter une compagnie de cavalerie aussitôt qu'il aura l'âge d'en avoir une, et il faudra au moins dix mille livres pour la payer. Il est fait pour servir et ne peut s'en dispenser avec honneur. Il est très difficile à marier, n'ayant rien que de grandes terres dont il est fermier et dont il le sera à peu près toute sa vie, selon les apparences naturelles. Une fille de condition n'apporte pas de bien : elle n'a que des entours agréables et du crédit ; une fille de finance, d'un autre côté, peut-elle convenir à un fils unique, seul aujourd'hui de son nom, sur lequel la famille porte toutes ses vues, peut-il commencer par mésallier la branche aînée dans cette circonstance ? Cela n'est pas possible sans l'exposer à se brouiller avec des parents qui ont de la hauteur, et vous comprenez comme moi les raisons et l'embarras de cette position ».

Lettre du 4 juillet 1768. « Il sera bon de tenir les gages-pleiges cette année et de profiter de ce moment pour faire payer les rentes dues par les gentilhommes du voisinage, parce qu'il faut se mettre en règle, et de plus qu'il serait fâcheux pour mon fils, en entrant dans les biens, d'être obligé d'avoir des tracasseries avec ses voisins : je désire qu'il vive bien avec eux, qu'il se fasse aimer dans sa province ; au lieu que le temps de la tutelle étant un moment de rigueur, on doit trouver naturel que l'on se mette au courant avec tout le monde en observant les procédés honnêtes ».


LE MARQUISAT DE COURTOMER 347

L'éducation que le jeune marquis avait reçue de sa mère ne pouvait manquer de porter ses fruits : simple, d'un abord aimable, Saint-Simon attirait toutes les sympathies. Aussi quand, devenu capitaine de dragons, il vint à Courtomer(1771), fut-il accueilli avec allégresse par tous ses vassaux : les cloches de l'église carillonnèrent, les tambours annoncèrent la bonne nouvelle et le curé organisait un grand banquet, pendant que les fermiers du domaine se disputaient l'honneur de conduire la chaise de poste de leur seigneur.

Dès qu'il fut majeur, Courtomer s'efforça de rétablir les finances de sa maison, fortement compromises par les prodigalités de son père et par les rentes considérables dont ses terres se trouvaient chargées. Il prit alors le sage parti de liquider le passé et d'affranchir complètement le domaine de Courtomer. D'abord, il vendit deux grandes seigneuries éloignées, lesquelles en l'absence des propriétaires, rapportaient en réalité peu de chose : la terre et seigneurie de la MotteFouquet fut cédée, le 4 août 1772, à Jean-David Faulcon de Falconer pour la somme de 482.400 livres, et celle de Montreuil-Bonin, le 8 juillet 1774, à Jean-Elie Forien, écuyer, seigneur de la Roche-Aynard et autres lieux, demeurant à Poitiers, moyennant le prix de 200.000 livres (1). La moitié à peu près de ces sommes suffit à liquider la situation et le marquisat recouvra en peu d'années la prospérité qu'il possédait du temps de Jean-Antoine de Saint-Simon.

La comptabilité du vieil intendant était assurément à l'abri de tout reproche : Jean Collet, notaire royal à Courtomer, était pour ainsi dire de la famille, mais soit que ses écritures parussent trop rudimentaires ou le comptable trop âgé pour modifier sa méthode, soit que Saint-Simon ne se sentit pas assez d'autorité sur cet intègre serviteur qui l'avait vu élever, il décida de s'en séparer, en lui donnant toutefois, le 16 mars 1776, un contrat de 300 livres de rente viagère, et en prenant pour lui succéder son fils, Guy-Antoine Collet, bachelier en droit, contrôleur des actes à Courtomer (2).

(1) La terre et seigneurie de Montreuil-Bonin était devenue, le 13 juin 1764, par un acte de licitation, la propriété entière du marquis de Courtomer.

(2) Guy-Antoine Collet fut remplacé en octobre 1783 par un nommé Moutier, qui jusqu'alors avait été attaché, en qualité de géomètre, à la


348 LE MARQUISAT DE COURTOMER

L'attention du marquis se porta bientôt sur ses forêts dévastées par des vassaux qui non-seulement y prélevaient le bois nécessaire à leur chauffage, mais encore faisaient brouter les pousses des taillis par leurs bestiaux et abattaient même des arbres de valeur pour construire leurs chaumières. Les gardesforestiers, livrés à eux-mêmes depuis 20 ans, se bornaient-à paraître périodiquement devant Jean Collet pour toucher leurs appointements. Quant aux gardes-chasses, ils étaient encore plus singuliers que les gardes-forestiers : ils faisaient un important commerce du gibier de leur maître, gibier qu'ils disputaient aux vassaux nobles du marquisat, lesquels ne se gênaient aucunement pour envahir, eux et leurs invités, les terres de leur suzerain.

Ces petits seigneurs, fiers et arrogants, ne reconnaissaient aucune autorité supérieure ; le vieil édifice féodal s'écroulait de toutes parts, miné par ceux-là même qui avaient tout intérêt à le consolider. Aussi quand Courtomer eut congédié ses gardes et prié ses vassaux gentilshommes de se contenter de chasser sur leurs terres, ceux-ci le prirent de très haut. L'un d'eux poussa même l'audace jusqu'à lui écrire ce billet :

« Monsieur le Marquis, j'ai une épée à votre service, un fusil pour vos gardes et une canne pour l'huissier qui viendra m'assigner »

Ces bravades faisaient sourire le Marquis de Courtomer ; il avait d'ailleurs autre chose à faire que de ferrailler avec ses vassaux indisciplinés. Il se contentait de les traduire au Tribunal des Maréchaux de France, où les mutins comparaissaient l'oreille basse et l'épée modeste, pour s'entendre condamner à des amendes qui rendaient fort onéreux le plaisir de chasser sur les biens d'autrui.

Le 27 mars 1784, en l'église Saint-Sulpice de Paris, SaintSimon épousa Dlle Angélique-Benjamine-Jeanne FROTIER DE LA COSTE-MESSELIÈRE, (1) fille de feu Louis-Marie-Joseph, marquis de la Coste, seigneur des Ouches, vidame de Meaux, et

maîtrise des eaux et forêts de Verneuil. Ce fiodiste nous a laissé des plans du marquisat de Courtomer dressés avec beaucoup de science et de talent.

(1) Frotier de la Coste-Messelière : d'argent, au pal de gueules, accosté de dix losanges du même, 2, 2 et 1 de chaque côté.




LE MARQUISAT DE COURTOMER 349

de Jacqueline-Éléonore de Reclaine, dame de Digoine (1). Le contrat de mariage avait été signé le 21 mars par Louis. XVI et la famille royale.

Cette demoiselle, qui, du chef de son père, apportait 15.000 livres de rentes, assises sur des terres situées dans les DeuxSèvres, reçut de son futur époux une superbe corbeille. Les notes des commerçants nous renseignent parfaitement sur l'importance des cadeaux : Cordier, joaillier de Monsieur, frère du Roi, 22.500 livres; Mme Tesnière, bijoutière, 538 livres; Mme Rigal, orfèvre, 1.833 livres; Gravier, bijoutier, 1.400 livres; Tournier, marchand de rubans, 106 livres ; Mme Renault, modiste, 2.400 livres ; La Roue, miroitier, 900 livres ; Mm? Dumouchel, évantailliste, 299 livres ; enfin 88 livres de gants. La bourse posée dans la corbeille contenait une somme de 2.400 livres.

En arrivant à Courtomer, au mois de juillet 1785, la jeune marquise offrit un banquet non-seulement aux fermiers et locataires, mais encore à tous les habitants de la paroisse. Le nombre des convives était d'environ 500, si nous en jugeons par le nombre considérable d'assiettes, plats et cruches que le marquis dut prendre en location dans les villes voisines pour traiter un si grand concours de peuple.

Quelque temps avant son mariage, le marquis de Courtomer avait résolu de construire un château, pour remplacer le vieux manoir féodal, déjà diminué de plus de moitié, que l'on ne tenait debout qu'au prix de réparations coûteuses et souvent renouvelées. Dès 1781 il avait commencé des terrassements considérables, qui durèrent plusieurs années, mais plus les travaux avançaient plus l'emplacement, compris dans l'enclave des anciens fossés, lui paraissait peu convenable. Il songeait même, en 1785, à faire édifier son château

(1) La marquise avait un frère et une soeur : 1" Benjamin-Eléonor-Louis marquis de la Coste-Messelière, Vidame de Meaux, ministre plénipotentiaire, député de la Noblesse du baillage du Charolais aux Etats-généraux de 1789, Préfet de l'Allier mort à Moulins le 3 Juillet 1806. Il avait épousé M"e de Saint-Georges, fille du Marquis de Vérac, ambassadeur, et de Marie-Charlotte Sabine de Croy-d'Havré, dont un fils, marié, comme nous, le verrons plus loin, à Antoinette de Saint-Simon-Courtomer

2* Marie-Elisabeth-Olive Frotier de la Coste, mariée en 1779 à Jacques de Moreton de Chabrillan, fils du Comte, maréchal de camp, et de Bathilde Verdelhan de Fournieh.


350 LE MARQUISAT DE COURTOMER

dans les bois d'Ecuennes quand sa jeune femme obtint que la construction fût élevée à la place de l'ancien manoir, à cause des nombreux cours d'eau qui, descendant des coteaux de Ferrières, sillonnaient agréablement les environs.

Le marquis fit alors abattre la portion principale de l'ancien manoir aspectué au S. S. 0. et s'aménageait un logement provisoire dans l'aile gauche, qui ne fut rasée qu'après l'achèvement des travaux.

Les murs de la nouvelle construction, en pierres de SaintMartin-des-Champs et de Montmerrey, furent terminés à la fin de 1788, et aux mois de juillet et d'août 1789, Michel Lacroix dit le Riche-Homme, maître-couvreur à Mortagne, posait les gouttières et les paratonnerres (1).

L'ensemble des travaux coûta 126.000 francs comme l'attestent les mémoires et factures des entrepreneurs (2), mais la tourmente révolutionnaire incita le marquis à attendre des jours plus calmes pour meubler et orner le nouveau château.

Voici les noms des personnes qui concoururent à la construction :

Architecte : Jean-Baptiste-Benoît de Blinne, conseiller du Roi, maître particulier des eaux et forêts, demeurant rue des Petits-Augustins, 18, à Paris (3) ;

Conducteur des travaux et appareilleur : Tivin, de Paris ;

Maçon : Charles David, de Coulandon, près Argentan ;

Maçon-poëlier : Saret dit Villeneuve, rue de la Cour des Morts près Saint-Julien, à Paris ;

Charpentiers : Marin Granger, de Saint-Julien-sur-Sarthe ; Jean Morrière, de Coulonges ; Pierre Morguet, du Plantis ;

Scieurs de long : André Chometon, de Saint-Aubin d'Appenay, les frères Fraisse, dits les Lyonnais ;

(1) Un article publié dans le Journal de Normandie en 1789 montre qu'à cette époque les paratonnerres étaient probablement inconnus dans cette province. Il est donc présumable que les paratonnerres de Courtomer doivent figurer parmi les plus anciens de Normandie.

(2) Tous ces documents sont dans nos collections. D'après le plan de l'architecte, le château comportait deux ailes en retour.

(3) Pendant la durée des travaux, M. de Blinne ne vint que cinq fois à Courtomer.


CHATEAU DE COURTOMER

dessin de Cénéry MCHAXD, d'après une eau-forte de CONSTANTIN.



LE MARQUISAT DE COURTOMER 351

Couvreur : Michel La Croix, dit le Riche-Homme, de Mortagne ;

Briquetiers : des Moutis de Boisgautier, de Fay ; Marais, d'Echauménil ; François Desprez, de Courtomer.

Plafonneurs : François Gripon, de Mauvaisville, près Argentan ; Charles Angers ; Legrain père et fils, de Mortagne ;

Menuisiers : Fraboulet frères et Germain Emery, de Mortagne ; Denis Nicolle ; Trompette, de Paris ; Jean Rocher dit la Roche, de Sées ; Lorieul ; Louis-André Bichon dit Versailles ;

Quincaillers : Houdart, rue Sainte-Marguerite à Paris ; la manufacture royale du doublage des vaisseaux de la marine, rue Saint-Dominique, à Paris (tuyaux, girouettes, etc.) ; la manufacture de plomb laminé, à Rouen ;

Fondeurs-pompiers : Thury, rue de la Lanterne; Prophète, rue du Coeur-Volant, à Paris.

Fers : du Boullay, maître des forges d'Aube ; Delamarre, de Sées ; Deslongrais, d'Argentan ; Gentil ;

Cloutier : Guillaume Fauvel, de la Chapelle-au-Moine ;

Serruriers : François Fiant dit la France, du Merlerault ; Thomas dit Fontenelle ; R. Rombeaux, maître serrurier du Haras-du-Pin ; Charles Vindras ; Buret, rue des VieillesEtuves, à Paris ; Delassus, serrurier du Roi, rue NeuveSainte-Eustache, à Paris ; Maunoury, de Saint-Léger ;

Tourneur : Lenoble, rue Saint-Benoît, à Paris ;

Vitriers : Gasteclou dit Bellecroix, de Mortagne ; Barthélémy Boutelet, d'Echauffour ;

Marbrier : Hersent, sculpteur et marbrier du garde-meuble de la Couronne, rue de Seine, à Paris ;

Sculpteurs : Bellier et Pierre Gosse ;

Peintres : Monginot et Jacob, de Paris ; Guilmain, de Guibray ;

Architecte des jardins : Pottier.

Le marquis de Courtomer fut l'un des premiers membres de la noblesse du bailliage d'Alençon qui, en 1789, renoncèrent volontiers aux privilèges en matière d'impôts, et c'est


352 LE MARQUISAT DE COURTOMER

peut-être cette attitude qui lui valut d'être nommé chef de division à la garde nationale de Paris. En effet, le 3 août « le commandant général propose aux représentants de la commune de Paris de recevoir le serment de MM. le duc d'Aumont, Charton et de Courtomer, élus chefs de division ; ils sont de suite introduits et l'assemblée reçoit leur serment, qu'ils prononcent avec tout le zèle qu'on devait attendre de bons patriotes » (1). Ces officiers furent présentés le 25 aoûl à Versailles, au Roi et à la Reine.

Le marquis de Courtomer était chef de la 31 division en décembre 1790 et commandait la garde de l'Opéra lorsque le 13 de ce mois, un sieur Laîné, artiste de l'Opéra « tint un propos à l'occasion d'un vers dont le public avait demandé la répétition » (2). Néanmoins, Saint-Simon faisait partie du Club monarchique ou des amis de la Constitution monarchiqw, fondé en 1790, rue Saint-Antoine, lequel avait pour emblème « une balance en équilibre parfait, dont l'un des plateaux supportait le bonnet de la Liberté et l'autre la couronne de France » (3).

A Courtomer, le marquis s'appliquait à se conformer à toutes les lois et observait une attitude des plus prudentes. En 1789, il achète des cocardes tricolores et distribue d'abondantes aumônes; en 1790, il fournit de la poudre à canon pour le serment civique du 14 juillet, et en 1791, fait disparaître les armoiries de sa famille, qui étaient sculptées ou peintes tant au château que dans l'église, comme on le voit dans son livre de comptabilité :

30 mai 1791. Payé à Doforges, sacriste, pour son temps à rester, quand on a effacé les armes, balayer et arranger tout à l'église de Courtomer : 1 1. 4 sols.

9 juillet 1791. Payé à Lacroix, couvreur, pour avoir effacé les armes du château : 12 sols.

Au printemps de 1792, Courtomer donna procuration au sieur Moutier pour la gérance de ses domaines et se dirigea

(1) Actes de la commmune de Paris pendant la Révolution, par Sigismond Lacroix, p. 318, 324 et 339

(2) Le personnel municipal de Paris pendant la Révolution. Période constitionnelle par Paul Robiquet, p. 551

(3) Les clubs contre-révolutionnaires, par Auguste Challamel, page 152.


LE MARQUISAT DE COURTOMER 353

sur Paris, pour de là se rendre à Nangis, puis à Palinges, où se trouvait le château de Digoine. appartenant à sa bellemère, la comtesse Frotier de la Coste-Messelière.

Voici le certificat constatant ces déplacements :

Nous, Maire et officiers municipaux de Palinges, district de Charolles, département de Saône-et-Loire, certifions à tous qu'il appartient que M. Antoine-Léon-Pierre Courtomer, natif du dit lieu, département de l'Orne, qualifié dans le passe-port à lui délivré à Paris le sept juillet dernier à nous représenté et remis à l'instant au dit sieur, est arrivé à Digoine, susditte municipalité de Palinges, chez Mme veuve Frotier, sa belle-mère, avec la dame son épouse, sa fille et leurs domestiques, le dix-neuf août dernier, venant de Nangis-en-Brie, où ils s'étaient rendus pour leurs afïaires le vingt-neuf juillet dernier, et où ils avaient séjourné sans interruption jusqu'au 16 août, jour de leur départ pour Digoine ; le tout suivant qu'il appert par le certificat portant passe-port à luy délivré par les officiers municipaux de la dite ville de Nangis en date du 15 août dernier, à nous représentée! à my parj;f'ement remis ; pourquoi, nous, officiers municipaux soussignés, déclarons que les dits sieur et dames de Courtomer se sont comportés pendant leur séjour à notr--: municipalité avec les sentiments du plus pur patriotisme, ne doutant pas qu'ils ne continuent dans les mêmes principes tout le temps qu'ils habiteront rtarmi nous et en conséquence leur avons délivré avec plaisir le présent certificat de résidence pour leur valoir et servir ce que de raison partout où besoin sera.

Fait et dé'ivré à Pa'ing.'e, le quinze septembre mil sept cent quatre vingt douze, l'an quatrième de la Liberté, et a le dit sieur de Courtomer signé avec nous.

Courtomer revenait au pays le 17 novembre 1792 et pendant son séjour, il donnait aux citoyens Gory et Frémont, capitaine et lieutenant de la garde nationale, la somme de 500 livres pour acheter des drapeaux et oriflammes, et remettait 9 livres aux volontaires de Saint-Vandrille. Cependant il repartit pour Digoine le 10 janvier 1793, c'est-à-dire onze jours avant l'exécution de Louis XVI sur la place de la Révolution. Des certificats, en date des 2 février, 2 juin et 8 aoûtl793, constatent encore sa présence dans la commune de Palinges ; l'un de ces documents indique même son signalement : taille de 5 pieds 4 pouces, cheveux et sourcils châtains, yeux bleus, nez moyen, bouche de même, front grand, visage ovale.


354 LE MARQUISAT DE COURTOMER

Bien que la conduite du Marquis de Courtomer eut été des plus réservées depuis l'ère révolutionnaire, il ne put échapper à la suspicion du comité de surveillance de Charolles. Le 22 novembre 1793, il fut arrêté au château de Digoine et écroué à la prison de Charolles, avec la marquise de Courtomer sa femme, et la comtesse Frottier de la Coste, sa belle-mère. Ils demeurèrent dans cette prison jusqu'au 4 Mars 1794, comme le montre l'ordre d'élargissement dont voici le texte :

Liberté Égal.té

Au nom de la République française »

Pioche-fer Bernard, représentant du peuple, délégué par la Convention Nationale pour les départements de la Côte-d'Or et Saône-et-Loire,

Vu les motifs d'arrestation du citoyen Courtomer, sa femme, et la veuve Frotier, donnés par le Comité de surveillance de Charoles, portant qu ils n'ont rien fait pour la Révolutio et n'en ont pas propagé les principes ; qu'ils ont des parents émigrés, ce qui est ensuite reconnu faux ;

Vu une lettre de la municipalité de Palinges, qui réclame ces citoyen et citoyennes et fait l'énumération de leurs vertus civiques, faits attestés par les citoyens Bourdon et Morisson, qui déclarent que cette famille est une de celles qui ont le plus de droits à l'estime des Patriotes ;

Arrête que le citoyen Courtomer, sa femme et la veuve Frotier, détenus dans la maison de réclusion à Charolles, seront de suite mis en liberté et que si les scellés sont apposés sur leurs effets, ils seront levés en leur présence, sauf à les reclure s'il s'y trouvait quelques papiers suspects. Dijon, le 14 Ventôse an II de la République, une et indivisible.

Pendant la durée de cette détention, le 23 janvier 1794, Ie Comité révolutionnaire de Courtomer avait reçu notification d'un arrêté du citoyen Garnier de Saintes, représentant du Peuple, ordonnant l'arrestation de Nicolas Guillaume dit Henri (1), fondé de pouvoirs du marquis de Courtomer « pour cause de soupçons violents contre lui d'avoir été un des chevaliers du poignard à la journée du 10 août à Paris . Henri avait-il réellement trempé dans cette affaire? On r e

(1) Henri, âgé de 45 ans, était arrivé à Courtomer en juillet 1793. . y fut rejoint au mois de décembre suivant par sa femme, Louise Saulnier


LE MARQUISAT DE COURTOMER 355

sait . Toujours est-il que prévenu discrètement par un ami, il jugea prudent de prendre la fuite.

Le 23 mars 1794, Saint-Simon revint à Courtomer, accompagné de sa femme, de sa fille, Antoinette-Ernestine-Léontine, et de trois domestiques. Ce retour était attendu avec impatience par la population car elle comptait sur les libéralités du marquis, pour adoucir les rigueurs de la disette qui sévissait dans le pays. Son attente ne fut point trompée, car Saint-Simon donna des sommes considérables pour acheter des blés, alors qu'il remettait 2.000 livres aux pauvres de la commune. Néanmoins il éprouva beaucoup de difficultés à faire ôter son nom de la liste des émigrés, sur laquelle il avait été porté par erreur, circonstance qui le gênait singulièrement dans la jouissance de ses biens. Il se rendit, à cet effet, à Paris et le compte de ses dépenses de route montre jusqu'à quel point les assignats étaient dépréciés :

« A Laigle, en argent, 22 livres ; à Nonancourt, en assignats, 2.500 livres; à Marolles, pour dîner, en assignats, 500 livres ; à la Queue, en argent, 20 livres ; à Saint-Cyr, en assignats, 400 livres; à Paris, pour l'achat d'un chapeau à poil, 3.000 livres en assignats. »

Ce voyage fut couronné de succès, mais assez longtemps après, puisque le Directoire exécutif, présidé par Carnot, ne prononça que le 28 juin 1796 « la radiation définitive du nom d'Antoine-Léon-Pierre de Saint-Simon de toutes les listes d'émigration où il aurait pu être inscrit ».

Courtomer, libre de toutes entraves, put alors s'occuper de faire décorer et meubler son château par Suzanne, sculpteur, et Jacob, ébéniste, mais il éprouva la peine de le voir piller par les Chouans en 1799, en même temps que la maison de Billard, notaire, et celle d'un nommé Berrier. Mais il répaia facilement les dégradations des Royalistes et vécut ignoré jusqu'au consulat de Napoléon Bonaparte.

La première fonction qui lui fut dévolue par le PremierConsul fut celle de Président de l'assemblée du canton de Courtomer, dont la première réunion eut lieu le 7 février 1803; le brevet,signé à Saint-Cloud et scellé du petit sceau de l'Etat, porte la date du quatorze nivôse (4 janvier). De plus, dès son avènement à la Couronne, Napoléon Ier le nommait chambellan


356 LE MARQUISAT DE COURTOMER

de l'Impératrice aux appointements de6.000 livres et le faisait ensuite chevalier de la Légion d'Honneur, titre suivi peu de temps après de celui de Commandeur royal des DeuxSiciles. Courtomer occupa ses fonctions de chambellan pendant toute la durée de l'Empire, même durant les Cent-Jours.

Napoléon créa la noblesse de l'Empire, comprenant tous les titres de l'ancien régime, moins celui de marquis qui n'avait plus, disait-il, sa raison d'être, puisque ces officiers supérieurs n'étaient plus chargés, comme à l'origine, de la défense des frontières provinciales. Quant aux armoiries, elles étaient réglées selon les anciennes coutumes. La seule règle dont l'Empire se soit affranchi, plus souvent qu'autrefois, c'est celle qui interdisait de mettre couleur sur couleur, métal sur métal. De plus les écussons renfermaient tous un signe extérieur qui faisait reconnaître très facilement et à première vue, le titre et souvent même la fonction des premiers titulaires de ces armes : Chefs pour les Princes et Ducs, francsquartiers pour les comtes et les barons, enfin croix de la Légion d'Honneur ou de l'Ordre de la Réunion, qui figurent dans toutes les armes des Chevaliers de l'Empire. Enfin, dans les armoiries conférées par Napoléon Ier, les couronnes (emblèmes de la souveraineté) furent réservées exclusivement aux armes de l'Empereur et de sa famille et remplacées par des toques plus ou moins ornées pour les autres personnes revêtues de titres impériaux. Des lambrequins furent substitués aux tenants et supports, les devises furent supprimées et les armes des princes, des ducs et des sénateurs, seules placées sur un manteau.

Le titre de marquis, nous l'avons vu, n'existant pas dans la noblesse de l'Empire, Courtomer dut se contenter du titre de comte. Voici le texte du brevet qui lui fut alors concédé :

Napoléon, par la grâce de Dieu, Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, à Notre cher et aîné le sieur Antoine-Léon-Pierre Saint-Simon-Courtomer, chambellan de l'Impératrice et Reine, membre de la Légion d'honneur, né à Courtomer le vingt trois octobre mil sept cent cinquante, nous ayant supplié de lui permettre d'instituer dans sa famille un majorât auquel serait attaché le titre de Comte de notre Empire, nous avons bien voulu prendre sa demande en considération, et


LE MARQUISAT DE COURTOMER 357

en conséquence de la présentation qui nous a été faite par notre cousin le Prince archi-chancelier de l'Empire, des conclusions de notre Procureur général et de l'avis de notre Conseil du Sceau des titres, sur les moeurs et la vie honorable de notre cher et amé Antoine-Léon-Pierre Saint-Simon-Courtomer, ainsi que sur les moyens de formation d'un majorât, nous l'avons autorisé par notre décret du vingt huit octobre mil huit cent huit, à former un majorât avec le titre de comte, des biens par lui proposés à cet effet, lesquels sont énoncés dans l'acte indicatif donné par notre cousin le Prince archi-chancelier de l'Empire, le huit mai mil huit cent neuf, et consistant dans les immeubles ci-après désignés appartenants au dit sieur de Saint-Simon-Courtomer, comme les ayant recueillis dans la succession d'Antoine-Philippe-Nicolas Saint-Simon-Courtomer, son père.

(Suit la désignation de ces biens, tous situés en Courtomer, et comprenant le château et ses dépendances, la ferme de la Bassecour, la ferme de la Motte, l'herbage de la Chienne, etc.)

Lesquels biens, suivant l'affirmation du dit sieur Saint-SimonCourtomer et les déclarations consignées en un acte de notoriété passé en présence de témoins devant Billard, notaire à Courtomer, le dix neuf décembre mil huit cent huit, produisent annuellement un revenu de dix mille six cents livres.

Le dit sieur Saint-Simon-Courtomer désirant jouir de la grâce que nous lui avons accordée, s'est retiré par devant notre cousin le Prince archi-chancelier de l'Empire, à l'effet d'obtenir nos lettrespatentes pour ce nécessaire ; en conséquence, nous avons, par ces présentes, signées de notre main, conféré et conférons à notre cher et amé le sieur Saint-Simon-Courtomer, le titre de Comte de notre Empire, lequel titre nous attachons à toujours aux biens ci-dessus énoncés, érigeant les dits biens en majorât en faveur du dit sieur Saint-Simon-Courtomer, pour le dit majorât passer après lui avec le même titre, à sa descendance directe, légitime naturelle ou adoptive, de mâle en mâle par ordre de primogéniture, suivant les dispositions de notre deuxième statut du premier mars mil huit cent huit, et en se conformant par le dit sieur Saint-SimonCourtomer, et par ceux qui seront appelés après lui à recueillir le dit majorât, à toutes les conditions prescrites par notre dit statut et par notre décret impérial du quatre mai mil huit cent neuf.

Permettons au dit sieur Saint-Simon-Courtomer de se dire et gratifier Comte de notre Empire, en tous actes et contrats, tant en jugement que dehors, voulons qu'il soit reconnu partout en la dite qualité et jouisse des honneurs attachés à ce titre, après qu'il aura prêté le serment prescrit par l'article trente sept de notre deuxième statut du premier mars mil huit cent huit, lui permettons de porter en tous lieux les armoiries et écusson tels qu'ils


358 LE MARQUISAT DE COURTOMER

sont figurés et coloriés aux présentes et qui sont : de sinople, à trois lions rampants d'argent, deux et un, armés et lampassés de gueules, l'extrémité de la queue aussi de gueules ; franc-quartier des Comtes-Présidents de collèges électoraux (1) et pour livrées les couleurs de l'écu, le verd en bordure seulement

Chargeons notre cousin le Prince archi-chancelier de l'Empire de donner communication des présentes au Sénat et de les faire transcrire sur ses registres ; Enjoignons à notre grand Juge, Ministre de la Justice, d'en surveiller l'insertion au Bulletin des Lois ; Mandons à notre Procureur général près du Conseil du Sceau des titres, à nos Procureurs généraux et impériaux près nos Cours d'appel et Tribunaux de première instance, qu'ils aient à faire publier et enregistrer ces présentes aux greffes des Cours et Tribunaux, tant du domicile du requérant que de la situation des biens formant le dit majorât ; car tel est notre bon plaisir ; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, Notre Cousin le Prince archi-chancelier de l'Empire y a fait apposer par nos ordres notre grand Sceau, en présence du Conseil du Sceau des titres.

Donné en notre quartier général impérial de Schoenbrum le cinq du mois d'août de l'an de grâce mil huit cent neuf.

NAPOLÉON

Scellé le vingt un août mil huit cent neuf

le Prince Archi-Chancelier de l'Empire CAMBACÉRÈS.

Par arrêté préfectoral du 24 octobre 1812, Saint-Simon fut nommé maire de Courtomer, titre qui lui fut de nouveau concédé par arrêté du 18 mai 1816, signé du Vicomte de Riccé, préfet de l'Orne. Dans le procès-verbal d'installation, en date du 9 août 1816, Courtomer est qualifié de lieutenant-général des armées du Roi (2), chevalier de Saint-Louis, de la Légion d'honneur et du Lys. Enfin, l'article 71 de la Charte du 4 juin 1814 ayant prescrit que l'ancienne noblesse reprenait ses titres et que la nouvelle (celle de l'Empire) conservait les siens, Saint-Simon redevenait marquis de Courtomer.

(1) C'est-à-dire : franc quartier d'azur, à 3 fusées rangées en fasce d'or Le franc-quartier des Comtes de l'Empire se posait à dextre, tandis qu'il était à senestrc pour les barons. Les Comtes timbraient leur écu d'une toque de velours noir, retroussée de contre-hermine, avec porte-aigrette d'or et d'argent, surmonté de 5 plumes, accompagn é de 4 lambrequins ; les deux supérieurs en or, les autres en argent.

(2) En 1815, Courtomer s'était fait faire un habit de général, par Clostailleur. Prix : 400 fr.


LE MARQUISAT DE COURTOMEH 359

Antoine-Léon-Pierre de Saint-Simon, conseiller général de l'Orne, dernier marquis de Courtomèr et aussi dernier représentant masculin de cette maison, mourut le 30 Août 1816.

(à suivre).

CH. VÉREL.


NÉCROLOGIE

M. le Chanoine BLIN(1>

M. l'abbé Blin, chanoine titulaire de la cathédrale, auteur des Vies des saints du diocèse de Sées, des Martyrs sous la Révolution, et d'un grand nombre d'autres publications sur l'histoire de notre pays, est décédé le vendredi 17 février, des suites d'une longue maladie, qui depuis plus d'une année l'avait à peu près réduit à l'impuissance.

M. Blin, qui comptait parmi les membres éminents de notre Société, est un des prêtres qui de nos jours ont le plus honoré le clergé du diocèse de Sées ; si ses ouvrages sont des modèles, sa vie toute de piété, de travail et de dévouement reste un exemple à suivre.

Voici son curriculum vitoe : Jean-Baptiste-Nicolas Blin, né à Caligny, le 13 décembre 1828, a été ordonné prêtre et nommé vicaire à Fiers le 9 juillet 1854 ; — le 4 juin 1858 il vient à Sées comme pro.-secrétaire de l'Evêché ; — le 15 février 1865, il est nommé vicaire administrateur de Durcet, et le 21 janvier 1866, curé de cette paroisse ; —le 1er août 1890, il devient aumônier des Soeurs de la Miséricorde à Sées, et le 27 août 1894, chanoine titulaire.

Il fit de brillantes études au Petit et au Grand Séminaires de Sées ; au Grand Séminaire il se distinguait par sa régularité et sa piété, et, dès lors, il témoigna d'un vif attrait pour l'histoire ecclésiastique.

(I) Cet article a paru dans le Journal d'^lençon, n°s du 11 et 14 mars 1911; je le reproduis ici avec quelques additions extraites de la notice si vécue publiée par M. le Chanoine Gucsdon dans la Semaine Catholique de Sées, n° du 10 mars, avec tir. à part sous ce titre : L'abbé J.-B. Blin, rhanoine-arehiviste de la Cathédrale de Sées, Séez, Imp. Leguernay, 11)11, in-12, 8 p.


NÉCROLOGIE 361

A Fiers, son ministère très occupé ne lui permettait pas de donner au travail de cabinet tout le temps qu'il aurait désiré. Ce fut pendant qu'il était à l'Evêché qu'il conçut le projet de recherches sur notre hagiographie diocésaine. 11 avait des loisirs ; les archives de l'Evêché et du département, les bibliothèques de Sées et d'Alencon lui mettaient la majeure partie des matériaux sous la main, il en fit le plus savant usage. Dom Piolin venait de publier son Histoire de l'Eglise du Mans et M. l'abbé Laffetay celle du diocèse de Baveux. Sans embrasser un sujet aussi vaste, M. Blin voulut réunir les documents et les traditions concernant les Evéques, les Martyrs, les Confesseurs, les Vierges, qui ont passé dans notre pays en faisant le bien.

L'ouvrage qui était, comme on l'a dit, « un important service rendu à notre diocèse, à l'Eglise de France, et à la religion tout entière », parut en 1873, sous le titre de Vies des saints du diocèse de Sées et Histoire de leur culte, 2 vol. in-8°, de 640 p. chacun. Il fut accueilli avec une grande faveur, et par les érudits et par les simples fidèles : il instruit et il édifie. « Le style simple, naturel, semé de réflexions pieuses, reproduit souvent la naïveté de nos vieilles légendes. Point de sécheresse, mais aussi point de verbiage ni de sentiments fades. En lisant les grandes choses qu'ont accomplies ces hommes de Dieu, on s'attache aux faits, et l'on s'abandonne aux pensées qu'ils font naître (1). «Sous la plume de M. Blin, les vies de nos saints deviennent des appels à la vertu, des exemples à suivre.

L'écrivain profitait le premier de ces leçons. Sa piété, le zèle dont il fit preuve dans les différents postes qui lui furent confiés, étaient au-dessus de tout éloge. Il aima l'étude et mérita par ses ouvrages la réputation de savant et d'érudit, niais il n'oubliait pas que les recherches scientifiques ne viennent qu'au escond plan dans la vie ecclésiastique, et jamais il n'eût consenti à soustraire pour ses goûts personnels un. seul instant aux devoirs de son ministère sacerdotal.

M. Blin venait à peine d'ériger un monument à la gloire

(1) Article bibliographique publié par M. l'abbé Maunoury dans la Semaine Catholique du 8 mai 1873.


36%: NÉCROLOGIE

de nos saints, qu'il entreprenait de nouvelles recherches sur les Martyrs de la Révolution dans le diocèse de Sées et publiait la Vie de M. Hue, des Missions étrangères, martyrisé en Chine le 3 septembre 1873. M. Jean Hue, ancien vicaire d'Igé, avait été à Fiers l'élève de M. Blin ; celui-ci raconte sa vie si édifiante avec la sensibilité inspirée par Une profonde affection. Les Martyrs de la Révolution, 3 vol. in-8°, 1876, complètent les Vies des saints : on y admire le courage héroïque et la patience admirable avec lesquels bon nombre de prêtres et même de laïques souffrirent et moururent pour la foi, dans notre contrée ; on y trouve des exemples de fidélité et d'attachement à l'Eglise romaine, que nous devrons imiter peut-être dans un temps qui n'est pas éloigné.

A côté de ces ouvrages importants citons encore de l'infatigable travailleur : La Vie de saint Evroult en vers français du XIIe siècle (1886) ; Ordinal de l'abbaye de Saint-Pierresur-Dives (1887) ; Petit tableau des ravages faits par les Huguenots de 1562 à 1574 dans l'ancien et le nouveau diocèse de Sées (1888), etc....

Il a collaboré à la Semaine Catholique surtout à ses débuts, c'est là que parurent ses premiers articles d'Hagiographie diocésaine. Il publia dans les Annales du Mont Saint-Michel des recherches historiques sur le Culte de l'Archange dans notre diocèse. En 1855, il fut nommé avec l'abbé Touroude alors curé de Planches (1), membre du comité de rédaction du Propre de Sées « dont les légendes par l'élégance du style et l'intérêt du récit ont mérité les éloges du Censeur romain ». Il avait également recueilli sur le culte de la Sainte Vierge dans le diocèse de Sées des notes, qui furent mises à contribution, et pas toujours d'une façon très heureuse, par M. l'abbé Hamon, curé de Saint-Sulpice, dans sa Notre-Dame de France.

Les publications de M. Blin étaient fort appréciées des maîtres de l'érudition ; Léopold Delisle en particulier les tenait en très haute estime.

Depuis une vingtaine d'années, il s'était attaché à l'Histoire du Clergé de Sées, pendant la période révolutionnaire.

(1 ) A.-L. LETACQ. Notice sur M. l'abbé Touroude, aumônier de l'Adoration d'Alençon. Bull. Soc. Hist. et Arch. de l'Orne, T. XIX, 1900, p. 64^81. Tir. à part, Alençon. Alb. Manier, in-8", 20 p.


NÉCROLOGIE 363

Après avoir donné les Martyrs, il recueillit les noms de tous les Confesseurs de la foi, qui, plutôt que de prêter le serment schismatique, avaient supporté toutes les spoliations, enduré la plus extrême pauvreté ou les rigueurs de l'exil. Les manuscrits qu'il laisse forment la matière de plusieurs volumes; il serait bien à désirer qu'ils fussent publiés : tous ceux qui s'intéressent à notre histoire leur feraient le meilleur accueil.

A l'instigation de M. Blin, beaucoup de prêtres s'occupèrent de travaux historiques, cherchant et copiant des documents, qui facilitèrent sa tâche. Je dois rappeler ici, qu'un de ses collaborateurs les plus actifs fut notre cher et savant abbé Richer.

D'autres maniscrits témoignent encore de l'inlassable labeur de M. le chanoine Blin ; il a composé en latin une Somme théologique des Pères onténicécns, en 267 cahiers. C'est un recusil de textes puisés dans la Patrologie de Migne pour démontrer toute la doctrine catholique par la tradition des trois premiers siècles de l'Eglise.

Je viens de dire que Léopold Delisle appréciait beaucoup M. Blin. Je pourrais encore en trouver la preuve dans le fait « qu'il lui confia à maintes reprises d'importants manuscrits de la Bibliothèque nationale, que l'opiniâtre copiste transcrivait en prélevant sur ses nuits les veilles nécessaires afin de rendre les précieux dépôts aux échéances convenues. Il y a là un vrai travail de bénédictin qui comprend de nombreux in-folios ».

Parmi les correspondants du docte chanoine, je citerai encore le Dr Henri Deane, professeur à l'Université d'Oxford. Il fournit à M. Blin une série de documents sur la vie et le culte de saint Osmond, et depuis lors il avait toujours entretenu avec lui les plus cordiales relations. « Bien que protestant le Dr Deane aimait à passer le détroit pour prendre quelques jours de vacances chez son savant ami de Durcet. La mort l'a surpris au moment où il s'apprêtait à le rejoindre à Sées .".

Les ouvrages de M. l'abbé Blin le désignaient l'un des premiers à faire partie de la Société Historique et Archéologique de l'Orne ; il en fut vice-président pendant trois années seulement, de 1890 à 1893. Son ministère à la Misé-


364 NÉCROLOGIE

ricorde ne lui permettant pas d'assister aux séances, il se démit de ces fonctions.

Il ne comptait que des amis parmi ses collègues. Sa bonté, sa bienveillance, son empressement à rendre service lui gagnaient la sympathie de tous ceux qui le connaissaient. Sa mort est un véritable deuil pour la Science et pour notre pays.

Les obsèques de M. le chanoine Blin ont été célébrées u la cathédrale, le lundi 20 février, sous la présidence de Mgr Rardel, qui a donné l'absoute, mais on eût désiré une assistance un peu plus nombreuse pour un prêtre aussi méritant, et qui occupe le premier rang parmi les historiens du diocèse.

Il repose dans le cimetière de Sées à côté du vénéré M. Turcan, ancien supérieur du Grand Séminaire, qui partagea son toit pendant les dix dernières années de sa vie, et avec lequel il vécut dans la plus cordiale intimité: Quomodo in vitâ suâ dilexerunt se ilu et in morte non sunt separati.

A.-L. I.EÏACQ

Le Gérant : F. GRISA RD.


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Manuscrits de la Bibliothèque Mazarine qui intéressent la Normandie.

J'éprouve une certaine confusion à présenter un travail aussi minime au Bulletin de notre Société.

Une expérience de plus de vingt-cinq ans m'a démontré combien peu sont utilisées, parce que peu connues, les ressources de nos grands dépôts littéraires.

J'ai donc pensé à relever dans les manuscrits de la bibliothèque Mazarine tout ce qui intéressait la Normandie, estimant que cela pouvait peut-être rendre service aux travailleurs. Ces notes sont extraites du catalogue de nos manuscrits publié par M. Auguste Molinier.

J'ai conservé aux manuscrits leur ordre de numérotation, et une table onomastique aussi complète que possible permet de trouver immédiatement l'article cherché.

Ce modeste résumé servirait-il une seule fois et à un seul travailleur que j'estimerais n'avoir pas perdu ma peine.

PAUT. MARAIS ,

Conservateur-adjoint de la bibliothèque Mazarine.

Man. 128. — Vélin. xme siècle, 72 feuillets.

Epîtres canoniques et Apocalypse.

Au feuillet 72 verso, note manuscrite indiquant que ce manuscrit a appartenu à Guillaume de Saane, trésorier de l'église cathédrale de Rouen, et qui fonda à Paris le collège dit du Trésorier.

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XXX DOCUMENTS

En 1275, il refusa d'accepter le siège archiépiscopal de Rouen, qui lui était offert.

Man. 190. — Parchemin. xve siècle, 127 feuillets.

Heures latines à l'usage du diocèse de Bayeux.

Man. 270. — Parchemin. XVe siècle, 125 feuillets.

Johannes de Hesdin. « Lectura supra epistolam ad Tytum. »

Sur un feuillet de parchemin, et à une date postérieure au manuscrit, on a ajouté l'épître dédicatoire de l'auteur à Philippe d'AIençon, archevêque de Rouen, de 1362 à 1375.

Man. 350. — Parchemin. XVe siècle, 438 feuillets.

Bréviaire à l'usage de l'église de Coutances. Le calendrier, relié par erreur au milieu du volume, indique au 12 juillet la dédicace de l'église de Coutances, au 21 septembre, saint Lô, évêque, au 30 septembre, reliques de Coutances. Saint Yves, canonisé en 1347, y est marqué.

Man. 489. — Parchemin. XVe siècle, 147 feuillets.

Livre d'heures. Au calendrier, on trouve le 12 juillet la dédicace de l'église de Coutances, la 30 septembre, les reliques de Coutances, et « Sanctus Michael ic monte Tumba. » Ce manuscrit a dû être exécuté dans le Cotentin.

Man. 505. — Vélin. xve siècle, 146 feuillets.

Heures en latin. Dans le calendrier sont indiqués beaucoup de saints normands, saint Ouen, saint Romain, saint Mellon, saint Taurin, saint Oursin, saint Wulfran, etc.

Man. 513. — Parchemin. xme siècle. 146 feuillets.

Ce manuscrit a appartenu au monastère cister-


DOCUMENTS XXXI

cien de l'Estrée, au diocèse d'Evreux. A la fin du calendrier, on lit : « Liber béate Marie de Stracta, Cisterciensis ordinis. »

Man. S39. — Vélin. XIVe siècle, 150 feuillets.

Pontifical. D'après une note latine (f. 150), ce manuscrit aurait été exécuté « iste liber est de execucione » par Guillaume de Thieville, évêque de Coutrnces, de 1315 à 1345, mort en 1347.

Man. 830. — Parchemin. xine siècle, 215 feuillets.

La garde de ce manuscrit contient le fragment d'un compte normand du xi\e siècle, probablement du bailliage du Cotentin. On y parle des Anglais comme occupant Saint-Sauveur-le-Vicomte.

Man. 1214. — ■ Papier. xvne siècle.

Cent cinq lettres chrétiennes et spirituelles de M. Bouthillier de Rancé, abbé de la Trappe (1657-1674).

Man. 1228. — Papier. xvne siècle.

Septième pièce (page 103). Lettre de M. de Rancé, abbé de la Trappe, à Madame la comtesse de La Fayette (22 octobre 1686).

Man. 1240. — Papier. xvne siècle.

— Deuxième pièce. Réponse de M. de Rancé, abbé de la Trappe, à une dissertation de Le Roy, abbé de Hautefontaine.

— Troisième pièce. « Réponse à une lettre « d'un ecclésiastique touchant la déclaration « de M. l'abbé de la Trappe, contenue dans la « grande lettre du 3 novembre 1678 que cet « abbé a écrite à M. le maréchal de Bellefonds. <«


XXXII DOCUMENTS

Datée du 9 février 1679. A la suite, seconde réponse, datée du 8 mars 1679.

Man. 1294. — Parchemin. xme siècle.

— Troisième pièce. Mandement de Philippe II, Auguste, aux baillis de Normandie touchant le patronage des églises. Donné à Gisors, octobre 1207.

Man. 1313. — Parchemin. xive siècle, 250 feuillets.

Innocent IV « Commentaria super quinque Decretalium. »

Ce manuscrit a appartenu à... de Villafrancha, d'abord bachelier, puis licencié en décrets, qui, le 18 novembre 1405, était prieur de SaintSulpice près Laigle « prope Aquilam Ebroice ». Il a appartenu après à Geoffroy, abbé de SaintMartin de Sées, qui l'avait acheté le 20 mai 1443.

Man. 1391. — Papier. xvne siècle.

— Deuxième pièce. Traité de droit canonique pour savoir si les évêques de Coutances et de Nîmes ont encouru la suspension et l'irrégularité pour avoir conféré les ordres dans Paris en l'absence de Mgr le cardinal de Retz et de ses vicaires généraux. L'évêque de Coutances était alors Claude Auvri évêque de 1646 à 1657.

Man. 1711. — Parchemin. xie siècle, 399 feuillets.

« Prologus in vita sandi Laudi, Constantice urbis episcopi. »

Saint Lô fut évêque de Coutances de 528 à 568.

Man. 1769. — Papier. xvne siècle, 383 feuillets.

Copies des bulles de fondation des abbayes de l'ordre de saint Augustin... A la fin, monastère d'Eu.


DOCUMENTS XXXIII

Man. 1772. — Papier, xvme siècle.

L'esprit des chanoines réguliers, retracé sur la règle de saint Augustin, sur ses écrits et sur les plus anciens statuts et monuments de l'Ordre. A la fin, notes sur les vies de quelques chanoines de la Congrégation de l'étroite Observance en Normandie. La table est en tête.

Man. 1841 \

2041

__._ / Ces manuscrits ont appartenu à

2246 f

2588 à 2800 i D,"B" Tur8ot de Saint-Clair, éveque

»««« I »««, \ de Sées, de 1710 à 1727. 2601 à 2617 \

2619 à 2620

Man. 1858. — Pièce 11, (imprimée). Histoire abrégée du

Mont Saint-Michel en Normandie... par un

religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur.

Ouvrage cité par le P. Lelong I. 12.220. Man. 1989. — Voir man. 2034.

Man. 2002. — Papier. xvne siècle, 662 feuillets.

A partir du f. 559, imprimés relatifs au sieur Coulon, curé de Vattierville, au diocèse de Rouen, poursuivi et incarcéré par l'officiante de Rouen sur des dénonciations calomnieuses.

Man. 2003. — Papier, xvir 8 siècle, 485 feuillets.

— Douzième pièce (f. 144). Mémoire pour justifier que Mortagne est la capitale du Perche, contre les mêmes prétentions soulevées par Bellême.

Man. 2033. — Papier. xvne siècle, 355 feuillets.

« Les procès criminels de Jean, duc d'Alen« çon, contenans les informations, faictes contre


XXXIV DOCUMENTS

« luy, ses interrogatoires, arrests de condern« nation et aultres pièces du procez, avec les « lettres d'abolition et aultres actes pour son « rétablissement. » Année 1450 à 1458. A la suite, procès criminel de René, duc d'Alençon, en 1481.

Man. 2034. — Papier. xvne siècle.

Absolution et actes concernant les matières criminelles y mentionnées, avec les procès criminels de Jean et René d'Alençon. Année 1458-1474 et 1481.

Ces mêmes pièces se trouvent dans le ms. 1989, page 25 à 82. Papier. xvne siècle.

Man. 2092. — Papier. xviie siècle, 106 feuillets.

« Voyages faicts en cour par feu messire « Claude Groulard, premier président de Nor« mandie, tirez de ses mémoires. »

Publié en 1826, par Monmerqué dans la Collection des mémoires de l'histoire de France, par Petitot. I. 49. p. 287-433.

Man. 2104. — Papier, xvir 8 siècle, 447 pages.

Edit d'Henri IV, pour l'aliénation du domaine en Normandie au duc de Wittemberg (1599). — Lettres et autres pièces, quelques-unes originales, sur cette affaire, jusqu'en 1614.

Man. 2344. — Papier. xvne siècle, 108 feuillets.

— Première et deuxième pièces. Vers de Huet, évêque d'Avranches, de 1689 à 1699, à Mme de Montespan.

Man. 2427. — Papier. xvne siècle.

— Pièce 35 (f. 176 verso). Arrêt du Parlement de Rouen du 20 juin 1620, touchant le P. Granger, jésuite.


DOCUMENTS XXXV

Man. 2430 à 2440. — Papier. xvne et xvme siècles.

Histoire chronologique des fondations de l'ordre de la Visitation.

Man. 2432. — Couvent de la Visitation, Rouen.

Man. 2434. — Couvent de la Visitation, Dieppe.

Man. 2435. — Couvent de la Visitation, Rouen.

Man. 2437. — Couvent de la Visitation, Alençon.

Man. 2439. — Couvent de la Visitation, Caen.

Man. 2440. — Registre des noms des supérieures.

Man. 2456. — Papier. xvne siècle.

— Septième pièce (page 31). Lettre de M. de Rancé, abbé de La Trappe, à M. le maréchal de Bellefonds. (30 novembre 1678).

Man. 2523. — Papier, xvir 3 siècle.

Sixième pièce (p. 659). Remontrance faite au roi Louis XIII, par messire François de Péricard, évêque d'Avranches (de 1588 à 1639) de la part de l'assemblée générale du clergé de France tenue à Paris aux mois d'août et septembre 1610.

Page 665. — Remontrances du même

à la Reine régente.

Man. 2547. — Papier xvir 3 siècle.

— Troisième pièce (page 28). Ordonnances de l'achevêque deRouen, et des évêques d'Amiens, Viviers, Limoges, Sèes, Clermont, Cahors et Mirepoix pour la signature du formulaire (1661). L'archevêque de Rouen était François II de


XXXVI DOCUMENTS

Harlay de Champvallon (1651-1671) ; celui de Sées, Rouxel de Médavy (1652-1672).

— Quarantième pièce (page 281). Mandement de l'archevêque de Rouen, pour la signature du formulaire (1664).

Man. 2570. — Papier. xvne siècle.

Décimes du Clergé de France de l'an 1641. Provinces de Bourges, Rouen, Vienne et Auch. L'archevêque de Rouen était François I de Harlay de Champvallon (1614-1651).

Man. 2589. — Papier. xvne siècle.

Edit sur la religion prétendue réformée. — Guerre civile en Normandie.

Man. 2594 et 2595. — Papier. xvne siècle.

Edits et arrêts concernant les protestants (1595-1601). Il est. question dans ces deux manuscrits de l'Assemblée des notables de Rouen et de la Chambre de l'Edit de Rouen.

Man. 2620. — Papier. xvir 2 siècle.

Vingt-deuxième pièce (f. 106). Arrêt du Conseil d'Etat supprimant l'exercice de la religion prétendue réformée dans la principauté de Mortagne (10 octobre 1634).

Man. 2634. — Papier, XVII* siècle, 18-1 feuillets.

— (F. 151). Liste des députés à l'Assemblée des notables de Rouen en 1596.

— (F. 155). Avis donné au Roi par les membres de l'Assemblée des notables de Rouen.

— (F. 181). Du droit de garde royale que le Roi possède comme duc de Normandie.

Man. 2778 et 2779. — Papier xvm? siècle.


DOCUMENTS XXXVH

Observations ma nuscrites qui semblent rédigées par la Chambre de commerce de Rouen sur un '" projet (imprimé) de tarif pour servir à la perception des droits d'importation et d'exportation. Tome I. A-K, tome Il.'L-Z.

Man. 2780. — Papier, xvme siècle.

i -.-._-.T, Table alphabétique des principales matières

d*âides, tirées des ordonnances de la Cour des - aidés def 'Paris etJ de celle' de Normandie -«(vers 1680).

Man. 2834. — Papier, xvme siècle.

Mémoire servant de procès-verbal de tournée faite par M. Bergeret, fermier général, pendant - la première année du bail de Cartier. Généralités de Rouen, Gaen et Alençon. (l*r mai 1727).

Man. 2835. — Papier. xvme siècle.

Suite du précédent. Deuxième année du bail de Cartier (10 octobre 1728).

Man. 2836. — Papier. xvme siècle, 743 pages.

Mémoire sur la régie des fermes générales dans le département de Normandie, servant de procèsverbal de la tournée faite par M. de Nantouillet, fermier général, pendant la sixième année du bail de.Desboves.

— Etudes sur le commerce et l'industrie de la province et sur les moyens de réprimer la contrebande. Année 1738.

Man. 2837. — Papier, xviir 3 siècle, 435 pages.

— Suite du précédent.

Man. 2840. — Papier. xvme siècle.

"'"'■' —Septième pièce. — Voyage industriel en

Normandie (28 pages).


XXXVIII DOCUMENTS

— Huitième pièce. — Observations des syndics de la Chambre de commerce de la province de Normandie sur la teinture des frères Gonin, (7 pages).

Man. 3107. — Papier, xvir 2 siècle, 391 pages.

« Liste des principaux gentilshommes de la « province, qui y font résidence actuellement « et qui y sont accréditez, donnée par de La « Verrière. Province de Normandie par bail« liages. » La table est à la fin.

Man. 3108. — Papier. xvir 3 siècle.

Noms, surnoms et demeures des nobles de la généralité de Caen, certifiés par Guy de Chamillard, commissaire départi... en la province de Normandie, généralité de Caen... suivant la recherche de la noblesse et usurpateurs de la qualité de nobles, renvoyés pour payer tailles...

Man. 3109. — Papier. xvne siècle.

Recherche des nobles de la généralité de Rouen, faite par M. Bazin..., marquis de La Galissonnière... intendant de justice, police et finance en ladite généralité pendant les années 1666, 1667, 1668, 1669 et 1670.—Elections de Rouen, Pont de l'Arche, Caudebec et Montivilliers.

Man. 3110. — Papier. xvne siècle.

— Suite du précédent. — Elections d'Arqués, Neufchâtel, Gisors, Lyons, Chaumont et Magny.

Man. 3111. — Papier. xvne siècle.

— Suite du précédent. Elections des Andelys, Evreux, Pont-Audemer et Pont-Lévêque.

Man. 3136. — Papier. xvne siècle, 307 pages.


DOCUMENTS XXXIX

Le Laboureur. Histoire de la maison Du Bellay. A la fin du volume, courte histoire du royaume d'Yvetot (4 pages).

Man. 3168. —Papier. xvme siècle, 280 feuillets:

— Sixième pièce (f. 168) « Recherches des « nobles par Raimond Monfault, de l'an 1463, « copiée sur l'ancien manuscrit qui est en la « Cour des Aydes de Normandie à Rouen, pour «les neuf élections. »

— Septième pièce (f. 195). Extrait des ennoblis par la charte des francs fiefs et nouveaux acquêts de l'an 1470. — Copie du 18 octobre 1705. — A la suite, enquête de 1522 sur les nouveaux anoblis de Normandie, et pièces diverses sur la noblesse de la même province.

Man. 3183. — Papier. xvme siècle.

— Première pièce. Mémoire concernant la généralité d'Alençon, par M. Pinon, intendant (151 feuillets).

Man. 3310. — Papier. xvme siècle.

Recueil de pièces sur l'Université de Paris.

— Troisième pièce. — Mémoire de la nation de Normandie. — Supplique de la même au Parlement, (vers 1765).

— Septième pièce. — Mémoire de la nation de Normandie (24 mars 1767).

Man. 3416. — Papier. xvme siècle.

Recueil sur les forêts de Normandie ; procèsverbaux de visites des années 1666, 1667 et 1668. A la suite « l'Estat des jugements rendus sur « la représentation des titres des droictz d'usage, « chauffage, pasturage et pannage prétendus « par divers particuliers et communautez v


XL DOCUMENTS

Ai.'. ' ' •. .

Par maîtrises. A la fin, 6 plans de forêts de Normandie; sur vîéfia.' ;

Man. 3417. — Papier, xiv* et XVe siècles, 170 feuillets.

Cartulaire du prieuré de Beaumont-le-Roger, diocèse d'Evreùx.' '" '"

1°) Tablé' des chartes (17 feuillets). 2°) «aWrilàire (152 feuiflets); ' -1

Man. 3418. — Papier. xvme siècle. 207 pages.

« Instruction pour nos frèfés novices et jeunes

« profès 1 dé ' l'abbaye de la Trappe », par le

P. Dom'À'ugustin dé Lestranges, maître des novi1

novi1 à la Trappe. A la Trappe, 1785. Table à la fin.

Man. 3419. — Papier, xvm siècle, 424 pages.

Catalogue alphabétique dés villes, bourgs, hameaux, cens... du gouvernement général de Picardie...-'et une partie'dé ceux^tfe../ 1 îiformandie, 1761.

Man. 3584. — Papier. xviie siècle, 23 feuillets.

« Testes des cerfs que j'ai fait dessignar « d'après nature, qui sont dans l'éi&rie"èf"le « chenil de Nonant, 1688. Par Daremberg. » Cerfs pris en Berry, dans la forêt d'Orléans, près du Neubourg, en Normandie, Saint-Evroult, de 1682 à 1688. Vingt-trois dessins à la plume. Reliure en maroquin rouge aux armes de Jacques Ou Plessis, marquis de Plèssis Châtillon et de Nonant; mort en 1707.

Man. 3614. — Papier, xvm 6 siècle.

L'anatomie française, en forme d'abrégé, recueillie... par maître Théophile Gelée, médecin ordinaire de la ville de Dieppe.

Man. 3700. — Papier. xvme siècle. 80 pages.


DOCUMENTS XLI

" Numismata proestantiora imperii romani... ; xurate collecta a P. Lud. Du Bois, prioreCelesLnorum Rothomagi. » M. DCCXXVI.

Man. 3783. — Papier. xvme siècle.

Recueil de plans de places fortes... Mont Saint-Michel... Le Havre.

Man. 3894. — Papier. XVe siècle, 121 feuillets.

A appartenu au couvent des Dominicains de Caen.

Man. 3954. — Papier. xvne siècle.

Mélanges... Devises tirées de la vie des ducs de Normandie.

Man. 4022. — Papier. xvme siècle, 79 feuillets.

Mélanges... Projet d'une lettre de M. de Rancé, abbé de la Trappe à M. l'abbé de Tillemont. (Cette lettre n'a pas été envoyée).

Man. 4312. — Papier.

Fragments.

Première pièce. — D. Bessin. Variantes d'Orderic Vital, prises sur deux manuscrits (ciduellement Bibliothèque Nationale, lat. 5122-5123).

Man. 4374. — Papier. xvne siècle (Dubuisson Aubenay).

— Huitième pièce. — Convocation des Etats de Normandie en 1610 (8 feuillets).

Man. 4375. — Papier • xvne siècle. (Dubuisson-Aubenay).

« Pullaria Ambianense, Carnotense, Lingonense, Meldense, Normannicum »... Copie d'une liste des bénéfices de l'église de Rouen, dressée en partie par Jean Le Prévost, chanoine de Rouen, et copiée sur un manuscrit de Happedé,


XLII DOCUMENTS

procureur au Parlement de Rouen. — Rôle des emprunts faits par François Ier sur les bénéfices de la province de Rouen (Montbrison, 25 juin 1526).

[Pièce originale]. — Analyse de chartes concernant Evreux, conservées au Trésordes Chartes.

— Extrait d'un manuscrit de Robert Céneau, évêque d'Avranches. — Fragment d'un Pouillé du diocèse d'Evreux. — Notes sur diverses localités du même diocèse. — [En latin], Histoire de l'abbaye de Fontenelle ou Saint-Wandrille. — Extraits d'un obituaire de Saint -Georges de Boscherville. — Extrait d'un obituaire de Charleval en la forêt de Lyons. — Histoire des évêques de Sées. — Extrait d'une chronique en français du monastère de Saint-Wandrille, composée par frère Jean Raveneau. — Union de Saint-Vigor de Bayeux à Saint-Bénigne de Dijon (1096). — Sur le droit de succession au pays de Caux. —■ Erection de la seigneurie de Tancarville en comté (1351). — Union par Henri VI, roi d'Angleterre, de la Chambre des comptes de Caen à celle de Paris.

Man. 4379. — Papier, XVH siècle). (Dubuisson-Aubenay).

Nobles et élections de Normandie, avec d'autres pièces qui regardent les tailles et la finance, tiré des manuscrits de M. Dubuisson-Aubenay.

— Table en tête. — Copie de commission pour la recherche des nobles en Normandie(1463-1464).

— Autres, de 1634. — Description de la Normandie par élections. — Extrait d'un recueil manuscrit sur la Normandie prêté à M. DubuissonAubenay par M. Du Bouchet, gendarme de la compagnie de la garde, et maître d'hôtel du Roy (1648).

Man. 4406. — Papier. xvne siècle, 197 feuillets (DubuissonAubenay).


DOCUMENTS XLIH

Description de plusieurs villes de France, maisons, lieux de remarque, principalement de la Picardie. Item, un itinéraire de Normandie... où il est fait mention des villes, places, chemins, maisons, familles, églises, monastères, tomheaux, épitaphes, etc., par M. Dubuisson-Aubenay(1647);

Man. 4485. — Parchemin. Fragments provenant d'anciennes reliures. — Acte d'ajournement dans une cause entre le chapitre de Mortain et le roi de Navarre (1361).

TABLE

Les chiffres renvoient aux numéros des manuscrits.

ABBAYE DE L'ESTRÉE, au diocèse d'Evreux, 513.

— D'EU, ordre des Augustins, 1769.

DE FONTENELLE, Voir ABBAYE DE SAINT-WANDRILLE.

— DE SAINT-MARTIN DE SÉES, 1313.

— DE SAINT-WANDRILLE, 4375.

— DE LA TRAPPE, voir aussi RANCÉ 3418. ALENÇON (ducs d'), 2033, 2034.

— (généralité d'), 2834, 2835, 3183.

— (Visitai i an d'), voir VISITATION (ordre de la) ALENÇON (PHILIPPE D'), voir PHILIPPE D'ALENÇON. ANDELYS (élection des), 3111.

ARQUES (élection d'), 3.110.

ASSEMBLÉE DES NOTABLES DE ROUEN, 2594, 2595, 2634.

AUGUSTINS (ordre des) en Normandie, 1772.

AUVRI (Claude), trésorier de la Sainte Chapelle de Paris,

et évêque de Coutances (1646-1657), 1391. AVRANCHES (évêques d').

— CÉNEAU, 4375.

— HUET, 2344.

— PÉRICARD, 2523.


XLIV DOCUMENTS

BAILLIS DE NORMANDIE, 1294.

BAVEUX (diocèse de), 190, 4375.

BAZIN DE LA GALISSONNIÈRE, voir LA GALISSONNIÈRE

(Bazin de). BEAUMONT LE BOGER (cartulaire du prieuré de) 3417. BELLEFONDS (maréchal de), 2456.

^ELLÊME, 2003.

BERGERET, fermier général, 2834, 2835. BÔUTHILLIER DE RANCÉ (Le), voir RANCÉ (Le Bouthillier de) BRÉVIAIRE DE COUTANCES, 350.

CAEN (Chambre des comptes de) voir CHAMBRE DES COMPTES DE CAEN.

— (généralité de), 2834, 2835, 3108.

— (Visitation de), voir VISITATION (ordre de la) CARTULAIRE DE BEAUMONT LE ROGER, 3417. CAUDEBEC (Election de), 3109.

CAUX (pays de), 4375.

CÉNEAU (Robert II), évêque d'Avranches (1533-1560), 4375.

CHAMBRE DE COMMERCE DE NORMANDIE, 2840.

CHAMBRE DE COMMERCE DE ROUEN, 2778, 2779.

CHAMBRE DE L'EDIT, DE ROUEN, 2594, 2595.

CHAMILLARD (Guy de), 3108.

CHAMPVALLON (Harlay de), voir HARLAY DE CHAMPVALLON.

CHARLEVAL (obituaire de), 4375.

CHASSE, 3584.

CHAUMONT-EN-VEXIN, 3110.

COMMERCE, 2778, 2779, 2836, 2837.

CONTREBANDE, 2836, 2837.

COTENTIN (pays de), 830.

COULON, curé de Vattierville, 2002.

COUR DES AIDES DE NORMANDIE, 2780.

COUTANCES (bréviaire de), 350.

— (évêques de). AUVRI, 1391.

GUILLAUME DE THIÈVILLE, 539. Lô (saint), 350, 1711.

— (Heures de), 489.

— (Pontifical de) ,539. DESBOVES, fermier général, 2836.


DOCUMENTS XLV

DEVISES, 3954. DIEPPE, 3614.

— (Visitation de), voir VISITATION (ordre de la). DOMINICAINS DE CAÉN, 3894. DROIT DE GARDE ROYALE, 2634. DROIT DE SUCCESSION, 4375.

DUBOIS (le P. Louis), prieur des Célestins de Rouen, 3700. Du PLESSIS, marquis de NONANT, 3584. ESTRÉE (abbaye de 1'), voir ABBAYE DE L'ESTRÉE. ETATS DE NORMANDIE (1610), 4374. Eu, 1769. EVREUX (diocèse d'), 4375.

— (élection d*), 3111.

— (évoque d'). Taurin (saint), 505.

FERMES GÉNÉRALES, 2834, 2835, 2836, 2837.

FINANCES, 2780, 2834, 2835, 2836, 2837. 4375, 4379.

FONTENELLE (abbaye de), voir ABBAYE DE SAINT-WANDRILLE.

FORÊTS DE NORMANDIE, 3416.

FRANÇOIS Ier, roi de France, 4375.

GELÉE (Théophile), médecin de Dieppe, 3614.

GEOFFROY, abbé de Saint-Martin de Sées, 1313.

GISORS, 1294, 3110.

GONIN (les frères), 2840.

GRANGER (le P.), jésuite, 2.427.

GROULARD (Claude), premier président de Normandie ,2092.

GUILLAUME DE THIÉVILLE, évêque de Coutances (1315-1345),

mort en 1347, 539. HAPPÉDÉ (Henri), procureur au Parlement de Rouen, 4375. HARLAY DE CHAMPVALLON (François Ier de), archevêque

de Rouen (1614-1651), 2570. HARLAY DE CHAMPVALLON (François II de) archevêque de

Rouen (1651-1671), 2547. HAVRE (le), 3783. HENRI IV, roi de France, 2104. HENRI VI, roi d'Angleterre, 4375. HEURES DE BAYEUX, 190.

— DE COUTANCES, 489.

— probablement de NORMANDIE, 505.


XLVI DOCUMENTS

HUET, évêque d'Avranches (1689 1699), 2344.

INPUSTRIE, 2836, 2837, 2840.

JEAN duc d' ALENÇON, 2033.

LA GALISSONNIÈRE (Bazin de), intendant de la généralité

de Rouen, 3109. LAIGLE, 1313.

LAUDUS (Sa ne tus), voir Lô (saint). LA VERRIÈRE (de), 3107.

LE BOUTHILLIER DE RANCÉ, voir RANCÉ (Le Bouthillier de). LE PRÉVOST (Jean), chanoine de Rouen, 4375. LE ROY, abbé de Hautefontaine, 1240. LESTRANGES (dom Augustin de), maître des novices à l'abbaye

de la Trappe, 3418. Lô (saint), évêque de Coutances, 350, 1711. Louis XIII, roi de France, 2523. LYONS LA FORÊT (élection de), 3110. MAGNY EN VEXIN, 3110. MÉDAVY (Rouxel de), voir ROUXEL DE MÉDAVY. MELLON (saint), archevêque de Rouen (260-311). 505. MÉTÉOROLOGIE, 4312. MONTESPAN (Mme de), 2344. MONTIVILLIERS (élection de), 3109. MONT SAINT-MICHEL, 1858, 3783. MORTAGNE, 2003, 2620. MORTAIN, 4485.

NANTOUILLET (de), fermier général, 2836, 2837. NEUFCHATEL (élection de), 3110. NOBLESSE NORMANDE, 3107, 3108, 3108, 3109, 3110, 3111,

3168, 4379. NONANT, 3584. NORMANDIE (baillis de), 1294.

— (Chambre de commerce de), 2840.

— (Commerce et industrie de), 2836, 2837, 2840.

— (description de), 3419, 4406.

— (ducs de), 3954.

— (état de), convocation en 1610, 4374. NUMISMATIQUE, 3700.

OBITUAIRES.

— de CHARLEVAL, 4375.


DOCUMENTS XLVII

OBITUAIRES de SAINT-GEORGES DE BOSCHERVILLE, 4S75.

ORDÉRIC VITAL, 4312.

OUEN (saint), archevêque de Rouen (640 683), 505.

OURSIN (saint), 505.

PARLEMENT DE ROUEN, 2427.

PERCHE (pays du) 2003.

PÉRICARD (François de), évêque d'Avranches (1588-1639),

2523. PHILIPPE II, Auguste, roi de France, 1294. PHILIPPE D'ALENÇON, archevêque de Rouen (1362-1375), 272. PINON, intendant d'Alençon, 3183. PONT-AUDEMER (élection de), 3111. PONT DE L'ARCHE (élection de), 3109. PONTIFICAL DE COUTANCES, 539. PONT L'EVÊQUE (élection de), 3111. POUILLÉ NORMAND, 4375. PROTESTANTISME, 2589, 2594, 2595, 2620. RANCÉ (Le Bouthillier de), abbé de la Trappe, 1214, 1228,

1240, 2456, 4022. RAVENEAU (Frère Jean), 4375. RENÉ, duc d'ALENCON, 2834.

ROMAIN (saint), archevêque de Rouen (631-639), 505. ROUEN.

— (Archevêques de).

HARLAY DE CHAMPVAI.LON (François Ier), 2570. HARLAY DE CHAMPVALLON (François II), 2547. MELLON (saint), 505. OUEN (saint), 505. PHILIPPE D'ALENÇON, 272. ROMAIN (saint), 505.

— (Assemblée des notables de), voir ASSEMBLÉE DES

NOTABLES DE ROUEN.

— (Chambre de commerce de), voir CHAMBRE DE COMMERCE

COMMERCE ROUEN.

— (Chambre de l'Edit, de), voir CHAMBRE DE L'EDIT,

DE ROUEN.

— (Généralité de), 2834, 2835, 3109.

— (Parlement de), voir PARLEMENT DE ROUEN.

— (Visitation de), voir VISITATION (ordre de la).


XLVIII DOCUMENTS

ROUXEL DE MÉDAVY, évêque d« Sées (1652-1672), 2541

SAANE, trésorier de l'église cathédrale de Rouen, 128.

SAINT-EVROULT, 3584.

SAINT GEORGES DE BOSCH ER VILLE (obituaire de), 4375.

SAINT MARTIN DE SÉÉS, 1313.

SAINT SAUVEUR LE VICOMTE, 830.

SAINT-SULPICE PRÈS LAIGLE, 1313.

SAINT VIGOR de Bayeux, 4375.

SAINT-WANDRILLE (abbaye de), voir ABBAYE DE SAINTW

SAINTW DRILLE. SÉES.

— (Evêques de).

ROUXEL DE MÉDAVY, 2547. TURGOT DE SAÉNT CLAIR, 1841.

— (Histoire des évêques de), 4375.

— (Saint Martin de), 1313.

STRACTA (beata Maria de), voir ABBAYE DE L'ESTRÉE.

TANCARVILLE (seigneurie de), 4375.

TAURIN (saint), évêque d'Evreux (412), 505.

THIÈVILLE (Guillaume de), voir GUILLAUME DE THIÈVILLE.

TILLEMONT (abbé de), 4022.

TURGOT DE SAINT CLAIR, évêque de Sées (1710-1727), 1841,

et manuscrits cités à la suite. UNIVERSITÉ DE PARIS, (nation de Normandie à V), 3310. VATTIERVILLE, 2002.

VILLAFRANCHA (de), prieur de Saint-Sulpice, près I .aigle, 1313. VISITATION (Ordre de la), 2430 à 2440.

— à Alençon, 2437.

— à Caen, 2439,

— à Dieppe,^ 2434.

— à Rouen, 2432, 2435.

Registre des noms des supérieures, 2440. WITTEMBERG (duc de), 2104. WULFRAND (saint), 505. B ■ YVETOT (royaume d'), 3136.


PROCES-VERBAUX

Séance du Mercredi 26 Avril 1911 Présidence de M. Henri TOURNOÙER, Président

Le mercredi 26 avril 1911, la Société Historique et Archéologique de l'Orne a tenu séance dans la salle de sa Bibliothèque, à la Maison d'Ozé, sous la présidence de M. Tournoùer, président.

Etaient présents: Mme« la baronne DE SAINTE-PREUVE, LEBOURDAIS, Mlle ROBET. MM. DEROME, DESCOUTURES, l'abbé DESVAUX, Louis DUVAL, Max FAZY, DE LA FORTINIÈRE, GILBERT, GUILLAUME, LEBOUCHER, LEBOURDAIS, l'abbé LEGROS, LOYSEL DE LA BILLARDIÈRE, Paul ROMET, TOMERET, TOURNOÙER, VALLÉE, WICKHERSCHEIMER.

Se sont fait excuser : MM. l'abbé DESMONTS, DINGREVILLE, le chanoine DUMAINE, Urbain DE FRANGE, GATECLOUMAREST, René GOBILLOT, l'abbé GUERCHAIS, LEBOUCHER, DE LA MAHÉRIE, l'abbé MÉLIAND, PRIMOIS, le comte ROEDERER, ROULLEAUX-DUGAGE, le comte DE SOUANCÉ, l'abbé SORNIN, l'abbé TABOURIER.

M. PRIMOIS, de Saint-Evroult, présenté en dernière séance, est admis parmi les membres de la Société.

M. DARPENTIGNV, de Putanges, est présenté par MM. Louis Duval et Tournoùer.

M. Paul DOIN château de la Luctière, par Longny, — (1 bis, , rue de Vaugirard), par MM. Brébisson et Tournoùer.

28


366 PROCÈS-VERBAUX

M. Auguste FONTAINE (Alençon, rue du Cours), par MM. Tomeret et Lecointre.

M. FONTAINE propose, pour notre Musée, un ancien métier à toile. Ce don est accepté.

M. le Président annonce la mort de M. Gaston Le Hardy, de Caen, membre de la Société depuis sa fondation.

M. L'ABBÉ BRICON a été nommé chanoine honoraire.

M. L'ABBÉ LETACQ vient d'être nommé officier d'Académie. Cette distinction a été sollicitée pour lui par le Congrès scientifique de Caen, à cause de ses travaux sur la géographie botanique de la Normandie.

La Société adresse ses compliments à nos deux honorés confrères.

H. l'abbé Gatry, de plus en plus souffrant, a dicté pour nous la lettre suivante :

« Cher Monsieur le Président,

•■ Je ne peux plus écrire. Je vous envoie quelques curiosités pour vous, ou pour le Musée d'Ozé, comme bon vous semblera. Première caisse: Celtique: tous morceaux intéressants, faisant collection, en dépit de M. Mortillet, car tous, ou presque tous ont été trouvés au même point (nord-ouest) de Sées, plaine de Macé, à fleur de terre. — Deuxième caisse : Le galloromain domine, tel qu'on le trouve à Sées (fragments de Samos, etc. — Troisième caisse : Statuette romaine, trouvée vers 1830, dans une citerne. Petite statue de Diane, appartenant à Mme de l'Epinay, à Bagnoles. Objets divers : Curieux cadrans. Le cachet de Jehanne provient d'Exmes. Il en est question dans les Mémoires des Antiquaires de VOuest. — Deux hallebardes : une provenant du donjon d'Exmes, l'autre (époque François Ier), était revêtue de velours rouge, que la rouille a jaunie (Marcé près Argentan). — Veuillez agréer, Monsieur le Président, mes plus profondes et respectueuses salutations. >. GATRY.

H. le Président fait savoir qu'ensuite de sa circulaire destinée à provoquer des adhésions à la pétition de M. Maurice Barrés, pour la conservation des églises, il a reçu 140 feuilles


PROCÈS-VERBAUX 367

signées démembres de la Société. Les journaux du département ont reproduit cette circulaire. Des adhésions ont été recueillies par M. Savary, à Domfront, au nombre de 320. M. Baron a recueilli 71 signatures à la Ferrière-au-Doyen, et nous adresse une protestation signée de la presque unanimité des chefs de famille de cette localité. Tous les membres du Conseil général de l'Orne ont adhéré à cette protestation de M. Barrés, et M. Tournoûer a recueilli leurs signatures, sauf 3 absents.

Le 5 mai prochain, M. l'abbé Sornin fera une conférence au cercle du Luxembourg, à Paris, pour l'érection, à SaintEvroult, d'un monument à la mémoire du chroniqueur Ordéric Vital.

Le rapport de M. Sandret, architecte départemental, sur les dépenses d'entretien à faire à l'église de Saint-Cénéry, a été examiné au ministère des Beaux-Arts. Une somme de 600 francs a été accordée. C'est peu.

H. le Président dit qu'il serait bon d'appeler l'attention sur les églises en état de ruine.

H. l'abbé Desvaux répond que seule une Commission composées d'hommes compétents, dévoués aux monuments archéologiques, et épris sincèrement du culte, des vieux souvenirs, pourrait donner un résultat. 11 n'est pas nécessaire que cette Commission comprenne de nombreux membres, mais que ceux-ci soient résolus à se donner à leur tâche personnellement, ou en demandant eux-mêmes des renseignements près de gens qu'ils savent en état de les informer exactement. Depuis longtemps chez nous le système des questionnaires a prouvé son inutilité. Les administrations civiles et ecclésiastiques en ont envoyé à plusieurs reprises à leurs représentants. Ils ont été sans écho et presque toujours sans réponse.

H. Fazy a été nommé l'année dernière conservateur des antiquités et objets d'art conservés dans les églises et autres édifices du département de l'Orne. Il fait appel au concours de membres de la Société. Qu'ils veuillent bien lui signaler les antiquités et objets d'art, pour lesquels on pourrait faire des propositions de classement au ministère. M. Fazy demande que mention soit faite de cet appel dans le bulletin, ainsi que


368 PROCÈS-VERBAUX

d'un avis concernant la mise en vente de la table des matières de l'inventaire de la série H. des Archives départementales.

Il fait part d'une demande de renseignements faite par l'archiviste de la Charente-Inférieure.

Eugène Bazin, poète, né en 1817, à la Grégillière, en Sainte-Honorine, a composé un poëme sur Jean Guitton, maire de la Rochelle. Ce poëme était encore inédit en 1871. Quelques vers seulement ont été mentionnés dans un recueil de cette époque. Cette oeuvre a-t-elle été publiée depuis ? Y a-t-il des descendants du poète, qui pourraient fournir ces renseignements ?

H. le Président dit qu'un Questionnaire sera ouvert dans le bulletin, dans le genre de Y Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, où nos membres pourront poser des questions et envoyer des réponses.

Au Congrès qui se tiendra à Rouen du 6 au 9 juin, à l'occasion du Millénaire de la Normandie, notre Société sera représentée par MM. Tournoiier, Emile Picot, René Gobillot, le baron Jules des Rotours et Robert Triger.

H. Derome. qui s'occupe d'un travail considérable sur Mme de Villedieu, nous entretient du résultat de ses recherches. Son héroïne, qu'il appelle Marie-Catherine et non plus Hortense des Jardins, ne serait pas née à Alençon, mais semblerait-il à Paris. Si la chose est démontrée, Alençon ne manque pas de célébrités de bon aloi, pour se consoler de la perte de celle-ci. Elle serait morte à Saint-Rémy-du-Plain, à l'âge de 45 ans. L'étude de M. Derome, qui a recueilli sur son sujet une documentation très abondante, comprendra trois gros volumes.

M. le Président a assisté le 27 avril, à Nogent-le-Rotrotr, à la première réunion du Syndicat d'Initiative du Perche, dont il fait partie.

M. Lefèvre-Pontalis fait des recherches sur les vieilles hôtelleries de France, et propose de recueillir les souvenirs de la vie touristique d'autrefois.

M. Becker, ingénieur en chef du département, au nom de la Société de protection des sites, demande qu'on lui fournisse


PROCÈS-VERBAUX 369

des renseignements sur les beautés pittoresques de la région, pour les transmettre au ministère.

H. Savafy, de Domfront, envoie une carte postale représentant une vieille tour faisant partie des constructions de l'ancienne porte d'Alençon à Domfront; Cette tour appartient à un particulier qui veut la détruire.

H. Emile Picot a trouvé à la bibliothèque de l'Institut, un registre secret de la Chambre de l'Edit de Rouen, mentionnant à la date du 13 juillet 1Q03, la construction d'un temple protestant, à Alençon.

Dans la vente de la collection Achille Seillière, faite à la galerie Georges Petit, le 9 mars 1911, un portrait de JacquesLéonor Rouxel, comte de Médavy, maréchal de France, par Fr. de Troy, a été vendu 7.000 francs.

A Paris en 1910, a été publié, sur le musicien Catel de Laigle, un ouvrage de MM. Frédéric Hellouin et Joseph Picard.

L'histoire populaire du département de l'Orne, que M. Le Monnier voudrait voir entreprise, pourrait être confiée à la Société Bibliographique, qui se chargerait de la publier. Des démarches sont tentées en ce sens par M. le Président.

Pour terminer la séance, M. le Président donne des détails nouveaux sur le projet d'excursion à Fiers, Vire et Tinchebray.

Sur la demande de M. Louis Duval, il est décidé d'échanger nos publications avec la Société Historique et Archéologique du Vimeu.

La séance est levée à 4 heures.

Le Secrétaire,

A. DESVAUX.


LES BÉNÉDICTINS

de la Congrégation de Saint-Maur

Originaires de l'ancien diocèse de Séez

{Suite)

2700. — Dom Pierre DE RUFFÉ, né à Bellême, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 25 janvier 1670, âgé de 22 ans ; mourut le 4 avril 1720 à l'abbaye de Saint-Nicaise de Reims. Prêtre.

2711. — Dom Jacques MAHOT, né à Argentan, profès de Saint-Faron de M eaux le 13 avril 1670, âgé de 20 ans ; mourut à l'abbaye de Cormeilles, au diocèse d'Evreux (autrefois de Lisieux) chez les « Anciens Bénédictins •.

2729. — Dom Jacques DEMYÉE, né à Basochum ou Bazocum, profès de Notre-Dame de Lyre le 7 août 1670, âgé de 22 ans ; mourut le 16 avril 17l0 à l'abbaye de la SainteTrinité de Fécamp. Prêtre.

2778. — Dom Nicolas LE NOIR, né à Alençon, le 5 décembre 1650, fils de François Le Noir, conseiller du roi, et de Barbe du Val, profès de Notre-Dame de Lyre le 23 avril 1671 ; mourut le 24 février 1703 à l'abbaye de Saint-Pierre de Jumièges. Prêtre.

2978. — Dom Jean LE BREN, né à Argentan, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 18 juillet 1674, âgé de 19 ans ;


LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR 371

mourut le 10 novembre 1730 à l'abbaye de Saint-Savin en Poitou. Prêtre.

3007. — Dom René ALARD, né à Alençon, profès de SaintPierre de Jumièges le 24 avril 1675, âgé de 22 ans ; mourut le 27 avril 1701 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron. Prêtre.

3052. — Dom Jean BAILLIVET, né à Séez, profès de la Sainte-Trinité de Vendôme le 9 octobre 1676, âgé de 23 ans ; mourut le 20 avril 1734 à l'abbaye de Saint-Lomer de Blois. Prêtre.

Ce religieux fut mêlé aux luttes relatives à l'acceptation de la Constitution Unigenitus, ce qui lui valut, vers la fin de sa vie, d'être déposé de la supériorité. Mais il l'avait exercée de longues années déjà, ayant été successivement directeur du collège de Pont-le-Voy (1687-1691), administrateur, puis prieur de Saint-Jean de Reome (1696-1702), prieur de Saint-Martin d'Autun (1702-1708), de NotreDame de Molesme (1708-1711), de Saint-Lomer de Blois (1711-1717), de Saint-Germain d'Auxerre (1717-1723), et une seconde fois de Saint-Lomer de Blois (1723-1729).

Dom Baillivet a écrit la vie d'un célèbre ermite du diocèse de Langres, le P. Jérôme de S. Joseph, qu'il avait connu particulièrement. Son manuscrit, conservé aujourd'hui à la bibliothèque Mazarine, n° 3260, porte pour titre : Vie du Père Jacques Chevreteau, ermite près de Montbard en Bourgogne.

Il figure avec le titre d'ancien prieur de Saint-Lomer dans une liste des Bénédictins qui protestent contre la décision du Concile d'Embrun déposant l'évêque de Senez. Il protesta aussi, avec le titre de sénieur de l'abbaye de Saint-Lomer, contre la canonicité du chapitre général tenu à Marmoutier en juillet 1733. (Cf. Archives des Affaires Etrangères, France, mém. et docum. 1289, f. 186).

3056. — Dom Gilles DE BARVILLE, né à Pervenchères, profès de Notre-Dame de Lyre le 27 octobre 1676, âgé de 23 ans ; mourut le 22 février 1692 à l'abbaye de Saint-Wandrille. Prêtre.

3136. — Dom Claude DE CHANDEBOYS, né à Sainte-Scolassesur-Sarthe, profès de Notre-Dame de Lyre le 4 juin 1678,


372 LESHÊïtétflCTlSS ÛÉ SÀINT-MAtlR

âgé de 33 ans ; mourut le M) mai 1727 à l'abbaye de SakiV Martin de Séez. Prêtre.

3148. — Dôm Pierre DAVAREND', né à Séèz, profès de Notre-Dame de Lyre le 25 novembre 1678, âgé de 23 ans ; mourut le 6 janvier 1708 à l'abbaye de Nôtre-Dame de Lonlay. Prêtre.

3161. — Dom Jean-Baptiste LINARD, né à Bellême, profès de Saint-Florent de Saumur le 24 mai 1679, âgé de 20 ans ; mourut le 31 janvier 1740 à l'abbaye de Marmoutier. Prêtre.

A la diète de 1694', il fut nommé administrateur de l'abbaye Saint-Julien de Tours, où le chapitre général de 1696 le maintint comme prieur jusqu'en 1699. A la diète de 1724, il fut choisi comme prieur de Marmoutier, et il gouverna cette abbaye jusqu'en 1729. Deux lettres de lui à Dom de Montfaucon se trouvent à la Bibl. Nat., ms. fr. 17709, f. 219 et 221.

3189. — Dom François DE GUILBERT, né à Bursard, profès de Notre-Dame de Lyre le 2 octobre 1679, âgé de 20 ans ; mourut le 14 avril 1741 à l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat. Prêtre.

N° 411 de la Matricule de l'Ordre de Cluny, étroite observance. — Dom Maurice BANCE, né à Argentan, bapt. le 2 novembre 1657, fils de Louis et de Marie-Gabrielle..., profès de Saint-Martin des Champs le 18 décembre 1679 ; mourut le 3 août 1726, prieur de Saint-Leu d'Esserent (Sancti Lupi de Asserento).

3305. — Dom Louis PILLAIS, né à Bellême, profès de NotreDame de Lyre le 5 octobre 1681, âgé de 18 ans ; mourut le 3 décembre 1733 à l'abbaye de Notre-Dame du Bec. Prêtre.

D'abord sous-prieur de l'abbaye de Saint-Evroult (Cf. Archiv. Départ, de l'Orne, H. 622), Dom Pillais devint en 1702 administrateur de Notre-Dame de Josaphat, puis prieur de Notre-Dame de Beaumont-en-Auge (1705-1711), de Saint-Florentin de Bonneval (1711-1714),


LÈS »ÉNÉMeTïlj»S BE &ftfrî-ttA01t 37$

de Notre-Dame dMvry (1714-1717), de la Sainte-Trinité de Lessay (1717-1720). et de Saint-Pierre-sur-Dives(1720-1726).

3314. — Dom Jacques-Joseph LE PAULMIER, né à Séez, profès de Notre-Dame-de Lyre le 1er décembre 1681, âgé de 18 ans ; mourut le 20 août 1736 à l'abbaye de Saint-Martin de Séez. Prêtre.

Dom Le Paulmier, « religieux plus recommandable encore par son exactitude à remplir tous ses devoirs que par la noblesse de sa naissance », dit Dom Boudier dans son Histoire manuscrite du prieuré de Saint-Vigor de Bayeux (Bibl. de Gaen, ms. 591), gouverna pendant plus de trente années consécutives divers grands monastères normands. Administrateur de Saint-Pierre-sur-Dives de 1699 à 1702, il fut ensuite prieur du prieuré de Saint-Vigor de Bayeux (1702-1706) et des abbayes de Saint-Wandrille (1706-1711), Saint-Ouen de Rouen (1711-1717), Saint-Etienne de Caen (1717-1723), de Notre-Dame du Bec (1723-1729) et de Notre-Dame de Lyre (1729-1733). Le 18 novembre 1718, à la tête de la communauté de Saint-Etienne de Caen, il avait appelé de la Constitution Unigenitus.

3330. — Dom Jacques DAOUIN, né à Commeaux, profès de Notre-Dame de Lyre le 23 mars 1682, âgé de 33 ans ; mourut le 7 octobre 1696 à l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat. Prêtre.

3412. — Dom Pierre LE BRETON (1), né à Bellême, profès de Notre-Dame de Lyre le 10 mai 1683, âgé de 18 ans ; mourut le 3 décembre 1723 à l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Prêtre.

Le 22 octobre 1718, étant à Notre-Dame de BonneNouvelle de Rouen, il avait appelé de la Bulle Unigenitus.

3413. — Dom Jean DE BARVILLE, né à Noce, profès de Notre-Dame de Lyre le 10 mai 1683, âgé de 25 ans ; mourut hors de la congrégation.

(1) Un Dom Gabriel Le Breton est « ancien religieux » à l'abbaye SaintMartin de Séez vers 1640. (Cf. Inventaire sommaire des Archives départementales de l'Orne, H. 959).


374 LES BÉNÉDICTINS 4>E SAINT-MAUR

3446. — Dom Louis PAVÉE, né à Saint-Maurice-sur-Huisne, profès de Notre-Dame de Lyre le 22 septembre 1683, âgé de 21 ans ; mourut le 13 avril 1728 à l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Prêtre.

3575. — Dom René DU HAMEL, né à Mortagne, profès de Notre-Dame de Lyre le 27 juin 1685, âgé de 19 ans ; mourut le 23 mai 1731 prieur de Notre-Dame d'Ivry. Prêtre.

Ce fervent religieux, universellement estimé pour sa vertu, sa régularité et sa douce charité, fut prieur de Saint-Martin de Vertou de 1705 à 1711. Sa foi vive et son entière confiance en Dieu portèrent si haut sa réputation de sainteté qu'à ses funérailles voulurent assister tous les prêtres du voisinage, ainsi que les gens de justice en robe. Dom Martène dit que son tombeau était en grande vénération et que de son temps beaucoup de personnes y venaient chaque jour implorer l'intercession du religieux défunt. Ce qu'il ne dit pas, c'est que le 18 avril 1725, et de nouveau le 17 novembre 1730, Dom Du Hamel avait envoyé de Notre-Dame d'Ivry son adhésion aux protestations des « appelants ». Il avait appelé une première fois le 21 octobre 1718, étant religieux à Notre-Dame du Bec.

3641. — Dom Antoine HÉBERT, né à Séez, profès de NotreDame de Lyre le 22 juillet 1686, âgé de 18 ans ; mourut le 24 janvier 1727 à l'abbaye de Saint-Evroult. Prêtre.

3701. — Dom Louis PILLON, né à Mieuxcé, profès de NotreDame de Lyre le 6 juillet 1687, âgé de 23 ans ; mourut le 12 octobre 1734 en la même abbaye. Prêtre.

Le 31 août 1733 il avait protesté, avec quatre autres religieux de Notre-Dame de Lyre, contre la canonicité du chapitre général qui venait de se tenir à Marmoutier. (Cf. Bibl. de l'Arsenal, ms. 10188).

3769. — Dom Gilles HAMELIN, né à Sainte-Gauburge, profès de Saint-Pierre de Bourgueil le 12 août 1688 ; mourut le 24 mars 1730 à l'abbaye de Marmoutier. Prêtre.

3770. — Dom Richard GESLEN DE LA SARDINIÈRE, né à Bellême, proies de Saint-Pierre de Bourgueil le 12 août 1688,


LES BÉNÉDICTINS DE »AINT-MAUR 375

mourut le 16 mars 1734 à l'abbaye de Saint-Pierre de la Couture. Prêtre.

3827. — Dom Louis CLOUET, né à Alençon, profès de Notre-Dame de Lyre le 24 juillet 1689, âgé de 20 ans ; mourut le 4 juillet 1737 à l'abbaye de Saint-Martin de Séez. Prêtre.

L'abbé Vanel a publié plusieurs lettres de ce religieux dans Les Bénédictins de Saint-Germaiii-dcs-Prés et les savants lyonnais, p. 293-322.

Il avait exercé d'importantes charges dans la congrégation, successivement administrateur de Saint-Pierre de Conches (1714-1717), prieur de Saint-Wandrille (17171723), de Saint-Ouen de Rouen (1723-1726) et visiteur de la province de Bourgogne (1726-1729). Le chapitre général de 1729, où il avait rempli l'office de vicaire, le nomma visiteur de la province de Normandie, mais peu après une lettre de cachet du roi l'exila au monastère de Lessay pour avoir choisi comme secrétaire Dom François Chasal, qui avait adhéré publiquement à l'appel de l'évêque de Senez. D. Clouet fut déposé à la diète de 1730, et ne dut qu'à l'intercession du duc de Brancas la fin de son exil et la permission de se retirer à l'abbaye Saint-Martin de Séez.

3838. — Dom François L'HERMIEB, né à Alençon, profès de Notre-Dame de Lyre le 7 septembre 1689, âgé de 19 ans ; mourut le 10 décembre 1750 à l'abbaye de Saint-Etienne de Caen. Prêtre.

3919. — Dom Georges NOËL, né à Séez, profès de NotreDame de Lyre le 1er avril 1691, âgé de 20 ans ; mourut le 22 juillet 1722 en la même abbaye. Prêtre.

3947. — Dom Pierre CONART, né à Séez le 30 mars 1670, fils de Thomas et de Françoise Daniel, profès de Notre-Dame de Lyre le 24 octobre 1691 ; mourut le 16 juin 1739 à l'abbaye de Saint-Pierre de Jumièges. Prêtre.

3991. — Dom Jean BIRÉE, né à Alençon, profès de NotreDame de Lyre le 28 juillet 1692, âgé de 19 ans ; mourut le 3 mars 1734 à l'abbaye de Saint-Pierre de Jumièges. Prêtre.


376 LES BÉNÉBICTINS DE SAINT-MAUR

Il fut successivement administrateur, puis prieur de Saint-Pierre de Préaux (1708-1714), prieur de NotreDame de Lonlay (1714-1720), de Tiron (1720-1723), de Notre-Dame de Bernay (1723-1729) et enfin de Jumièges (1729-1733). Il fut déposé au chapitre général de 1733, où il était député de la province de Normandie, pour avoir protesté contre la tenue du chapitre. Dom René Laneau, supérieur général de la congrégation, dut même, en 1734, demander au garde des sceaux de prendre des mesures sévères contre lui. (Aff. Etr., France, mém. et docam., 1289).

4043. — Dom Jacques HERVIEUX, né à Ecouché, profès de Notre-Dame de Lyre le 16 août 1693, âgé de 21 ans ; mourut le 3 octobre 1744 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp. Prêtre.

Il fut administrateur de Notre-Dame de Lonlay de 1702 à 1705 et prieur de Notre-Dame de Lantenac de 1709 à 1711.

4050. — Dom Gilles VALLÉE, né à Alençon, profès de Notre-Dame de Lyre le 30 septembre 1693, âgé de 19 ans ; mourut le 29 avril 1731 à l'abbaye de Saint-Florentin de Bonneval. Prêtre.

Il fut nommé en 1726 administrateur de la Sainte-Trinité de Lessay, et en 1729 prieur de Saint-Florentin, où il mourut en charge.

4113. — Dom Henri-Léonard DUVAL, né à Alençon, profès de Notre-Dame de Lyre le 30 octobre 1694, âgé de 18 ans ; sortit du cloître et mourut hors de la congrégation.

4166. — Dom Michel-Jacques LE GRIS, né à Alençon, profès de Notre-Dame de Lyre le 5 octobre 1695, âgé de 18 ans ; mourut le 12 octobre 1739 à l'abbaye de Notre-Dame de Lonlay. Prêtre.

D'abord sous-prieur de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rouen, Où il avait appelé de la Bulle Unigenitus le 4 novembre 1718, Dom Le Gris fut nommé en 1723 administrateur de l'abbaye de Notre-Dame d'Ivry. où il resta


LES BÉNÉDICTINS DE SAINTrMAUR 377

avec le titre de prieur de 1726 à 1729. Il fut ensuite prieur de Saint-Vigor de Cerisy (1733-1736) et de Notre-Dame de Lonlay (1726-1739) où il mourut peu de temps après avoir été renouvelé dans sa charge par le chapitre général. Une lettre de lui, datée du 2 janvier 1728, se trouve dans la correspondance de Montfaucon à la Bibl. Nat., ms. fr. 17709, f. 170.

4268. — Dom François-Pierre OBELIN, né à Mortagne, profès de Notre-Dame de Lyre le 28 août 1697 ; âgé de 21 ans ; mourut le 6 février 1741 au prieuré de Notre-Dame de BonneNouvelle de Rouen. Prêtre.

Les Archives de l'Orne (H. 959) le signalent en 1702 comme religieux de Saint-Martin de Séez. Au commencement de 1709, il remplaça comme prieur de Notre-Dame de Josaphat Dom Charles du Jardin, transféré prieur à Saint-Père de Chartres. En 1711 le chapitre général le maintint à Notre-Dame de Josaphat. Il fut ensuite à son tour prieur de Saint-Père de Chartres (1714-1720) où il appela de la Constitution Unigenitus à la tête de toute sa communauté le 23 octobre 1718, puis de Saint-Bénigne de Dijon (1720-1723). Malheureusement pour son orthodoxie, le manuscrit 10188 de la Bibliothèque de l'Arsenal, qui contient les listes des Bénédictins qui ont appelé de la Constitution Unigenitus, nous le montre en 1728, à Saint-Bénigne de Dijon, témoignant en faveur de l'évêque de Senez, et en 1730 protestant contre l'acceptation de la Bulle signée par les supérieurs majeurs de la Congrégation de Saint-Maur. Trois lettres de lui à Dom de Montfaucon dans le ms. fr. 17711, une à Dom Ruinart dans le ms. fr. 19666, f. 163.

4370. — Dom Jean-Baptiste RIVIÈRE, né à Saint-Pierresur-Dives, profès de Notre-Dame de Lyre le 23 décembre 1698, âgé de 22 ans ; mourut le 7 avril 1739 au prieuré de SaintVigor de Bayeux. Prêtre.

Le 19 décembre 1718, il appela de la Bulle Unigenitus étant religieux à Saint-Vigor-le-Grand de Bayeux.

4429. — Dom François-Charles CAMUZAT, né à Alençon, profès de Notre-Dame de Lyre le 14 mars 1700, âgé de 18 ans ;


378 LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR

mourut le 4 mars 1750 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp. Prêtre.

A la diète de 1721, Dom Camuzat fut nommé administrateur du prieuré de Saint-V'gor de Bayeux ; il fut ensuite prieur de Saint-Georges de BoscherviUe (1723-1725), de Saint-Martin d'Aumaie (1725-1726), et enfin du prieuré de Notre-Dame de Beaumont-en-Auge (1729-1736).

4439. — Dom Siméon LE MAISTRE, né à Essai, profès de Notre-Dame de Lyre le 10 mai 1700, âgé de 17 ans ; mourut le 19 mars 1704 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp. Clerc.

4492. — Dom Michel LENOIR, né à Alençon, profès de Notre-Dame de Lyre le 19 janvier 1701, âgé de 17 ans ; mourut le 2 septembre 1738 à l'abbaye de Notre-Dame de Turpenay. Prêtre.

Le 19 novembre 1718. étant à Notre-Dame de Josaphat, il signe son appel de la Bulle Unigeni'us.

4544. — Dom François L'HERESEUX, né à Alençon, profès de Notre-Dame de Lyre le 13 septembre 1701, âgé de 19 ans ; mourut le 25 mars 1747 à l'abbaye de la SainteTrinité de Tiron. Prêtre.

4700. — Dom Philippe DE L'ESTANG, né à Mahéru, profès de Notre-Dame de Lyre le 8 mai 1704, âgé de 18 ans ; mourut le 13 février 1720 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Lessay. Prêtre.

4705. — Dom Charles DUFRESNE, né à Argentan, profès de Notre-Dame de Lyre le 13 juin 1704, âgé de 21 ans ; mourut le 20 décembre 1748 à l'abbaye de Saint-Evroult. Prêtre.

Le 14 décembre 1718, étant religieux à Notre-Dame de Bernay, il appela de la Constitution Unigenitus.

4707. — Dom René François DU MESNIL SAINT-REMV,


LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR 379

né à Bursard, profès de Notre-Dame de Lyre le 13 juin 1704, âgé de 20 ans ; mourut le 7 octobre 1761 à l'abbaye de SaintEtienne de Caen. Prêtre.

Dom du Mesnil fut successivement administrateur, pui? prieur de l'abbaye Saint-Mart n d'Aumale (1729-1736), du prieuré de Notre-Dame de Beaumont-en-Auge (17361739) et de l'abbaye Saint-Pierre-sur-Dives (1739-1742). Il avait appelé de la Constitut'on Unigenitus le 2 décembre 1718, étant sous-prieur à Notre-Dame de Bernay.

4716. — Dom Jean-1'Evangéliste MEI.OTTE, né à Sevrai, profès de Notre-Dame de Lyre le 4 septembre 1704, âgé de 19 ans ; mourut le 26 novembre 1711 à l'abbaye de SaintEtienne de Caen. Diacre.

4719. — Dom Louis GESLAIN, né à Villeray, profès de Notre-Dame de Lyre le 30 septembre 1704, âgé de 21 ans ; mourut le 29 août 1747 à l'abbaye de Saint-Wandrille. Prêtre.

4722. — Dom Pierre-Antoine NORMAND, né à Alençon, profès de Marmoutier le 20 décembre 1704, âgé de 20 ans ; mourut le 21 septembre 1733 à l'abbaye de Saint-Vincent du Mans. Prêtre.

4762. — Dom Guillaume DE LAUNAY, né à Saint-Pierresur-Dives, profès de Notre-Dame de Lyre le 16 septembre 1705, âgé de 18 ans ; mourut le 18 mai 1767 à l'abbaye de Notre-Dame du Bec. Prêtre.

En 1716, D. de Launay était professeur de philosophie et de théologie à Saint-Etienne de Caen. En 1721, il se fit recevoir docteur de l'Université de cette ville ; mais le roi, qui suspectait ses tendances jansénistes, lui défendit d'en porter le titre. En octobre 1718, étant professeur de théologie à Fécamp, il appelle de la Bulle Unigenitus. Il fut ensuite prieur claustral de Saint-Martin de Séea où il protesta par une lettre du 31 mars 1725 contre l'acceptation de la Constitution Unigenitus. On l'envoya de là administrateur, puis prieur de Saint-Germer de Flaix (1726-1733). D était député au chapitre général de 1733


380 LES BÉNÉDICTINS DE SAINTrMAUR

et se trouva au nombre des dix-huit qui refusèrent de recevoir la Constitution. Mgr de Rastignac, archevêque de Tours, qui présidait le chapitre en qualité de commissaire du roi, l'exila à Blois pour ce fait. Au chapitre suivant, en 1736, D. de Launay fut néanmoins élu prieur de la Chaise-Dieu, puis il fut successivement prieur de Saint-Ouen de Rouen (1737-1742), abbé de Saint-Sulpice de Bourges (1742-1748), prieur de Saint-Germain d'Auxerre (1748-1754). Le chapitre de 1754 le nomma prieur de Saint-Michel de Tonnerre ; mais à la diète de l'année suivante, Dom de Launay s'excusa à raison de sa santé, et demanda d'être déchargé de la supériorité.

4770. — Dom Jacques-Charles BUNEL (1), né à Argentan, bapt. le 10 septembre 1682, fils de Charles et de Marie Génu, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 3 décembre 1705 ; mourut le 23 juillet 1750 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp. Prêtre.

4844. — Dom René SOHIER, né à Alençon, profès de SaintPierre de Jumièges le 26 mai 1707, âgé de 18 ans ; mourut le 31 octobre 1750 à l'abbaye de Saint-Martin de Séez. Prêtre.

Dom Sohier était sous-prieur à Saint-Vigor le Grand quand il appela de la Bulle Unigenilus le 10 décembre 1718. En 1726.' on le nomma administrateur de Saint-Florentin de Bonneva^; il fut ensuite prieur de Saint-Pierre de Préaux (1729-1732) ; à la diète de 1732, il permuta avec Dom Jean Rousseau, prieur de Saint-Pierre-sur-Dives, et il demeura dans cette dernière abbaye en qualité de prieur jusqu'au chapitre général de 1739.

4871. — Dom Nicolas TOUSTAIN, né au Repas, profès de Saint-Faron de Meaux le 6 décembre 1707, âgé de 21 ans ; mourut le 16 octobre 1731 à l'abbaye de Saint-Pierre de

(1) Dans les dernières années du xvin" siècle, on rencontre la mention d'un religieux du même nom appartenant aux « Anciens Bénédictins », qui est vraisemblablement lui aussi originaire du diocèse de Séez, Dom René-Thomas BUNEL, prêtre, docteur en théologie, prieur claustral et chambrier de Troarn, prieur titulaire de Goulet. Les Archives départementales de l'Orne conservent des lettres de M. Rousset et du baron et de la baronne de Goulet à D. Bunel, ainsi que les minutes des lettres de ce dernier. (Cf. Inventaire sommaire, série H. n" 1961, 1963, 1964, 1970, 1975, 1979, 1998).


LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR '381

Chalons. Prêtre. Dom Tassin dit qu'il mourut le 16 octobre 1741 à Lagny.

Dom Toustain avait fait de brillantes études au petit séminaire établi à Séez par Mgr Louis d'Aquin, et le prélat fut très irrité d'apprendre que celui sur qui il fondait de grandes espérances s'était retiré à l'abbaye de Jumièges. Le 16 octobre 1718, étant sous-prieur de Notre-Dame de Lyre, il appelle de la Constitution au futur Concile. On le trouve en 1722 secrétaire du chapitre à Saint-Germaindes-Prés. Malgré son peu de santé, les supérieurs l'avaient chargé, après la mort de Dom Claude Guenié, de poursuivre la nouvelle édition du Glossaire latin de Ducange. Il fit plusieurs voyages, en compagnie de D. Louis Le Pelletier, dans l'Artois et la Flandre pour fouiller les archives et en extraire les mots de basse latinité. Dès 1721 il fit imprimer le Prospectus qui annonçait que l'ouvrage pourrait paraître en 1723 ; mais son collaborateur D. Le Pelletier l'abandonna pour retourner en Basse-Bretagne, son pays d'origine, et D. Toustain lui-même fut dans la suite éloigné de SaintGermain-des-Prés par le Père Général, Dom Pierre Thibault, pour avoir appelé de la Bulle Unigenitus. Il habita successivement Chelles et Lagny, où il exerça la charge de procureur. Il avait terminé les deux premiers volumes du Glossaire, contenant les lettres A. B. et C, et laissait de précieuses notes pour 'es autres volumes à ses successeurs, Dom Maur Dantine et Dom Pierre Carpentier qui publièrent les tomes I à IV en 1733. Deux lettres de lui à Dom de Montfaucon sont conservées à la Bibl. Nat., ms. fr. 17712, f. 281 et 285.

4872. — Dom Charles DU PONT, né à Fleuré, profès de Saint-Faron de Meaux le 6 décembre 1707, âgé de 25 ans ; mourut le 3 août 1735 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Lessay. Prêtre.

Dom du Pont était un ancien élève des PP. Jésuites d'Alençon. Après sa profession, il fit ses études de philosophie et de théologie à Saint-Martin de Séez, où il se distingua entre ses condisciples par son application et la pénétration de son esprit. Dès qu'il fut prêtre, on l'envoya enseigner les humanités au collège de Saint-Germer, puis à celui de Tiron. Il fut ensuite professeur de rhétorique à Saint. Evroult, de philosophie à Fécamp, et enfin chargé du cours de théologie à Saint-Germain d'Auxerre. Il se montra

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382 • LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MADR

partout excellent professeur, et avait un talent particulier pour stimuler l'ardeur des écoliers. Malheureusement son orthodoxie laissait fort à désirer, et il se montra un des plus ardents adversaires de la Constitution Unigenitus. Au chapitre général de 1723, un ordre de la Cour le fit exclure de toute charge et dignité pour avoir renouvelé son appel de la Bulle après la déclaration du roi de 1720. Les supérieurs l'envoyèrent alors à Pont-le-Voy, où il sut en peu de temps ranimer les études dans le collège. Mais au cours d'un voyage à Fleuré, son pays natal, il parla trop librement de ce qu'on appelait « les affaires du temps », et l'évêque de Séez, Mgr Turgot de Saint-Clair, s'en plaignit au Père Général de la congrégation, D. Pierre Thibault, qui exila le P. du Pont à Saint-Michel-en-1'Herm. En 1729, un ordre de la Cour le relégua chez les Cordeliers des Sables d'Olonne, puis une seconde lettre de cachet sollicitée par le nouveau Général Dom Alaydon le fit emprisonner au Mont-Saint-Michel en août 1730. Aucune rigueur ne put avoir raison de son attachement à la cause janséniste. Du fond de sa prison, il multipKe les appels contre la Bulle et les protestations contre le chapitre général de 1733 (Cf. Bibl. de l'Arsenal, ms. 10188). A Lessay où on l'envoya ensuite, la lettre de cachet qui ordonne sa sortie du Mont-Saint-Michel est datée du 2 septembre 1733 (Aff. Etr., France, mém. et docum., 1281) — il continua à servir la cause par ses catéchismes publics et la distribution de libelles : il s'y était acquis une reputalion comme prédicateur. Il laissa de nombreux opuscules manuscrits sur les controverses relatives à la Bulle Unigenitus ; il avait fait imprimer en 1723 une longue lettre latine adressée aux députés du chapitre général, lettre qui fut réimprimée en 1726 avec sa traduction française. Les « Nouvelles ecclésiastiques » et les autres écrits jansénistes du temps font le plus grand éloge de Dom du Pont, qu'ils considèrent comme martyr de la bonne cause.

4873. — Dom Adrien LE COMTE (1), né à Maliéru, profès de Saint-Faron de Meaux le 6 décembre 1707, âgé de 20 ans ; mourut le 5 mai 1747 à l'abbaye de Saint-Pierre-surDives. Prêtre.

(1) Un Dom Catherin Le Comte, < ancien religieux » de Marmoutier, est en 1646 prieur claustral de Saint-Martin du Vieux-Bellême. (Cf. Archives départementales de l'Orne, H. 2232).


LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR 383

A Lonlay en 1725, puis en 1733, Dom Le Comte se rangea parmi ceux qui s'opposaient à l'acceptation de la Bulle par le chapitre général (Cf. Bibl. de l'Arsenal, ms. 10188).

4875. — Dom Paul LE POITEVIN, né à Alençon, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 23décembre 1707, âgé de 21 ans;

mourut le 12 septembre à l'abbaye de Notre-Dame

du Bec. Prêtre.

Le 21 octobre 1718, il appelle de la Constitution Unigenitus au prochain Concile général. Il est alors professeur de philosophie à l'abbaye du Bec.

4901. — Dom François VIENNE, né à Attigny, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 3 (ou le 5) juillet 1708, âgé de 22 ans; mourut le 8 juillet 1725 à l'abbaye de SaintPierre de Préaux, ou à l'abbaye de Saint-Wandrille. Clerc.

5016. —Dom Jean GESLAIN, né à Bellême, profès de SaintPierre de Jumièges le 10 mars 1711, âgé de 21 ans ; mourut le 20 août 1759 à l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Prêtre.

Dom Geslain a été administrateur de Notre-Dame d'Ivry de 1739 à 1742, puis sous-prieur de Saint-Père de Chartres, et on a publié de lui le Journal de Dom Geslain, souvenirs historiques chartrains (1746-1758). Chartres, 1862, 93 pages.

5069. — Dom Louis LEMERAUIT, né à Alençon, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 21 décembre 1711, âgé de 18 ans ; mourut le 6 mai 1756 à l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés. Prêtre.

Peu de temps après son ordination sacerdotale, Dom Lemerauit fut chargé du cours de philosophie à SaintWandrille, puis à Saint-Pierre de Jumièges. En 1725, il fut appelé à Saint-Germain-des-Prés pour y professer la théologie en compagnie de Dom Legault : le cours comprenait quinze étudiants. Il fut désigné ensuite pour continuer la réédition des oeuvres de saint Ambroise qu'avaient publiées quarante ans auparavant Dom du Frische et Dom Le Nourri. « Il fit imprimer le premier tome, dit Dom Tassin,


384 LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR

qui écrivait en 1770, et en demeura là. Ce volume est gardé dans le magasin des libraires en attendant le second. D. Lemerault est mort sans avoir fait part de son travail au public. » Ce qui l'empêcha d'achever cette édition, c'est qu'il fut nommé bibliothécaire de Saint-Germain-des-Prés en octobre 1734 à la place de D. Martin Bouquet, anticonstitutionnaire irréductible, et exilé par ordre du roi. D. Lemerault avait lui aussi appelé de la Bulle Unigenitus en octobre 1718, étant religieux à Fécamp ; mais il avait en 1727 révoqué son appel.

Dom Lemerault fut un bibliothécaire modèle : confrères et visiteurs s'accordent à louer sa vaste érudition, son amour des livres, son exquise urbanité et sa complaisance inlassable. Il a laissé un catalogue des manuscrits qui est aujourd'hui le n° 5793 des nouvelles acquisitions françaises à la Bibliothèque Nationale. Il publia avec Dom Josse de Cléty une Dissertation... sur l'origine et l'ancienneté de l'abbaye de Saint-Bertin... Paris, 1737, et prépara, en collaboration avec Dom La Taste, un ouvrage sur les immunités ecclésiastiques, conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, mss. fr. 15760-15761.

Les multiples assujettissements de sa charge et ses travaux littéraires ne l'empêchaient point de donner beaucoup de son temps à la direction spirituelle et au confessionnal, où sa science et sa charité attiraient à la fois ses confrères et de nombreuses personnes du dehors. A plusieurs reprises il fut élu par la communauté comme député aux diètes provinciales.

Il mourut à la suite d'un rhume négligé et de mortifications excessives durant le carême. Le cardinal de Bissy, l'évêque de Metz et le maréchal de Noailles, qui avaient pour lui beaucoup d'estime, vinrent le visiter fréquemment pendant sa maladie.

Une lettre de lui au garde des sceaux, des plus intéressantes pour l'histoire du jansénisme dans la congrégation de Saint-Maur, et datée du 10 septembre 1729, se trouve aux Archives des Affaires étrangères (France, mém. et docum., 1599, f. 25). On y voit les efforts du cardinal de Bissy pour ramener à l'obéissance la communauté de Saint-Germaindes-Prés. Une lettre de l'abbé Lebeuf à Dom Lemerault est à la Bibl. Nat., ms. fr. 15197, f. 3.

5202. — Dom Louis-Antoine NERU, né à Saint-Lhomer, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 7 juin 1714, âgé de 19 ans ; mourut le 9 avril 1777 à l'abbaye de Notre-Dame


LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR 385

<}e Lyre (ou le 7 avril 1777 à l'abbaye Saint-Pierre de Préaux). Prêtre.

Etant religieux à Beaumont-en-Auge en avril 1725, il se déclara publiquement hostile à la Constitution Vnigeniius.

5205. — Dom Nicolas HOMMEYI , né à Alençon, prof es de Saint-Pierre de Jumièges le 11 juillet 1714, âgé de 17 ans ; mourut en la même abbaye le 10 août 1718. Clerc.

5264. — Dom François HÉBERT, né à Alençon, profès de Saint-Lucien de Beauvais le 12 août 1715, âgé de 20 ans ; mourut le 13 avril 1776 à l'abbaye de Saint-Denis. Prêtre.

5267. —: Dom Augustin SOHIER, né à Alençon, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 8 septembre 1715, âgé de 19 ans : mourut le 18 mai 1737 à l'abbaye de Saint-Martin d'Aumale. Prêtre.

,5272. — Dom Nicolas DE LAUNEY OU. DE LAUNAY, né à Saint-Pierre-sur-Dives, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 2 octobre 1715, âgé de 18 ans ; mourut le 5 septembre 1727 à l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives. Prêtre.

5401. — Dom François SOHIER, né à Alençon, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 7 juillet 1717, âgé de 19 ans ; mourut le 13 janvier 1758 à l'abbaye de Saint-Germer de Flaix. Prêtre.

Dom Sohier et Dom Nicolas de Launay avaient tous deux appelé de la Constitution Unigenitus le 18 octobre 1718 à Notre-Dame de Lyre. Bien qu'il se fût déclaré de nouveau contre elle en avril 1728, étant religieux à SaintJouin de Marnes, D. Sohier devint pourtant administrateur de Saint-Vigor de Cerisy (1739-1742), puis prieur de Saint-Pierre de Préaux (1747-1751) et de Notre-Dame de Lyre (1751-1757).

5472. — Dom Charles-François TOUSTAIN, né au Repas le 19 octobre 1700, issu d'une ancienne famille noble du pays


386 LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR

de Caux, prof es de Saint-Pierre de Jumièges le 20 juillet 1718, mourut le 1er juillet 1754 à l'abbaye de Saint-Denis. Prêtre.

A ce frère cadet de Dom Nicolas Toustain, Dom Tassin, qui fut son ami dévoué et son Adèle collaborateur, a consacré dans l'Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur et dans la préface du second volume du Nouveau traité de diplomatique un long éloge que nous ne faisons que résumer. Après avoir appris le latin dans la maison paternelle, le jeune Charles-François alla faire ses humanités au collège de l'abbaye de Saint-Germer, où il se fit remarquer par son application à l'étude, son esprit de recueillement, son amour de la vérité et de la simplicité, et surtout son extrême délicatesse de conscience, solides vertus qui ne firent que s'accroître au cours de sa vie religieuse.

Il étudia la philosophie et la théologie à l'abbaye de Fécamp, puis alla perfectionner ses connaissances en grec et en hébreu à l'académie des langues orientales instituée à Bonne-Nouvelle de Rouen. Il y apprit en outre l'italien, l'allemand, l'anglais et le hollandais. A l'abbaye du Bec, où il resta ensuite cinq années, il se livra à l'étude des sciences en même temps qu'à celle de la philosophie et de la théologie. Son humilité se déroba longtemps devant les honneurs redoutables du sacerdoce, et il fallut un ordre exprès du chapitre général de 1729 pour lui faire recevoir la prêtrise des mains de Mgr Le Blanc, évêque d'Avranches.

L'année d'après, il fut chargé de préparer avec Dom Tassin, son ami inséparable, l'édition des oeuvres de saint Théodore Studite, et dans ce dessein alla demeurer avec lui à l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Ils travaillèrent plus de vingt ans à cette édition qui ne fut jamais publiée, mais dont ils avaient entièrement achevé la préparation. Dom Tassin a donné avec complaisance la longue liste des oeuvres imprimées et manuscrites de son dévoué collaborateur. Citons seulement l'Histoire de l'abbaye de SaintWandrille, composée sur la demande de Dom Martène, la Défense des titres et des droits de l'abbaye de Saint-Ouen, contre le Mémoire de M. Terrisse, abbé commendataire de Saint-Victor en Caux, et surtout le Nouveau traité de diplomatique qui devait servir de réponse péremptoire à un nouvel écrit de l'abbé Terrisse, en même temps que donner un supplément français au grand ouvrage latin de Mabillon. A Pâques 1747 Dom Laneau, supérieur général, appela les deux religieux à Paris pour faire imprimer cet ouvrage. Ils résidèrent d'abord à Saint-Germain-des-Prés, puis aux Blancs-Manteaux. Le premier volume parut en 1750, le


LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR 387

second en 1755. Le travail excessif auquel s'était livré Dom Toustain ne lui permit pas de voir la publication de ce second volume : il mourut à Saint-Denis où les médecins l'avaient envoyé « prendre le lait d'ânesse ». Dom Michel Hautement composa en son honneur une épitaphe latine qui se trouve à la fin de la préface du second volume du Nouveau traité de diplomatique. Il est une chose que ne rappelle point Dom Tassin au milieu des éloges dont il comble la mémoire de son ami, c'est que tous deux prirent vivement parti dans les querelles qui divisèrent la congrégation de Saint-Maur après le chapitre général de 1733, et malheureusement se trouvèrent du côté des révoltés, des adhérents aux appels de Févêque d'Auxerre. Dom Toustain avait appelé pour la première fois de la Constitution Unigenitus quelques jours seulement après sa profession, le 28 octobre 1718, à Saint-Rouen de Rouen. On trouve plusieurs Lttres de lui dans les ms. fr. 12804 et 17712.

5478. — Dom René-Prosper TASSIN, né à Lonlay le 17 novembre 1697, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 3 août 1718 ; mourut le 10 février (ou septembre) 1777 au monastère des Blancs-Manteaux. Prêtre.

A la mort de Dom Toustain, son ami de quarante années, Dom Tassin se trouva seul chargé de continuer leur grand ouvrage de diplomatique. Il acheva la publication du second volume et prépara celle des quatre volumes suivants, gardant comme nom d'auteur : Par deux Religieux Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. Le tome VIe et dernier parut en 1765. Dom Tassin fut aidé dans sa tâche par Dom Jean-Baptiste Baussonnet. Lui-même a donné à la page 721 de son Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, à la suite de la liste de ses ouvrages, quelques détails sur sa biographie. Il avait fait ses humanités au collège de Saint-Germer en compagnie de Dom Toustain, et fit profession quelques jours après lui à l'abbaye de Jumièges. Il mourut aux Blancs-Manteaux, où il résidait depuis le mois de juin 1747.

Il est surtout célèbre et a droit à la reconnaissance des historiens par son Histoire littéraire, publiée en 1770, qui demeure encore aujourd'hui le meilleur et même le seul ouvrage d'ensemble sur la congrégation de Saint-Maur et nous fait connaître le remarquable élan qu'elle sut imprimer, pour la plus grande gloire de l'érudition française, aux


388 LES BÉNÉDICTINS DE SAtNT-MAUR

travaux littéraires et historiques des xvne et xviue siècles. M. Ulysse Robert, puis le R. P. Dom Berlière ont donné déjà deux suppléments à cette Histoire littéraire, en attendant une refonte et une mise au point de l'ouvrage entier.

Le ms. 10188 de la bibliothèque de l'Arsenal contient malheureusement la lettre d'adhésion de Dom Tassinet Dom Toustain aux appels de l'évêque d'Auxerre. Elle est tout entière écrite de la main de D. Tassin et datée de Rouen, 10 mars 1737. Il semble bien que jusqu'à la mort Dom Tassin ait persévéré dans son hostilité vis-à-vis de la Constitution Unigenitus.

La correspondance de Dom Tassin est disséminée dans les ms. fr. 9355, 12803, 12804, 15183 et 17712.

5480. — Dom Jacques LESPINE TROUIT, né à Argentan, bapt. le 5 octobre 1690, fils de Jean et de Marie..., proies de Saint-Pierre "de Jumièges le 10 "août 1718; mourut le 13 juin 1751 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp. Prêtre.

Le 11 septembre 1733, il proteste contre la visite que vient faire à Saint-Pierre de Préaux Dom Charles Luchés nommé visiteur de. Normandie par le chapitre général de 1733 (Ch. Bibl. de l'Arsenal, ms. 10188).

5543. — Dom Jean-Grégoire DE MÉSANGE, né à Alençon, bapt. le 25 mai 1695, fils de Grégoire, sr de Préaux, et de Louise-Elisabeth de la Cendre, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 9 août 1719 ; mourut le 27 février 1735 à l'àbbaye de Notre-Dame du Bec. Diacre.

5702. — Dom Jean-François DAGUIN ou D'AGUIN, né à Alençon, fils de Jean-Claude Daguin, praticien, substitut de police, et de Jeanne Françoise Boullemer, profès de SaintPierre de Jumièges le 15 novembre 1722, âgé de 16 ans ; mourut le 22 mars 1790 à l'abbaye du Bec. Prêtre.

Etant religieux de Saint-Pierre-sur-Dives, il protesta le 13 septembre 1733 contre la tenue du chapitre général (Cf. Bibl. de l'Arsenal, ms. 10188).

5711. — Dom Jacques MARCHAND, né à Alençon, profès


LES BENEDICTINS DE SAINT-MAUR

de Saint-Pierre de Jumièges le 20 janvier 1723. âgé de 17 ans ; mourut le 14 octobre 1783 à l'abbaye de Saint - Germain des Prés. Prêtre.

Ce doux et édifiant religieux était dépositaire général de la congrégation depuis le chapitre général de 1766. Il avait auparavant été supérieur dans plusieurs monastères de la province de Normandie, à Cerisy-la-Forêt (1742-1748), à Notre-Dame de Bernay (1754-1760), et à Saint-Taurin d'Evreux (1760-1766).

5712. — Dom Pierre-César LE PIN, né à Alençon, profès de Saint-Pierre de Jumièges le 20 janvier 1723, âgé de 21 ans; mourut le 17 avril 1763 prieur de l'abbaye de Notre-Dame de Lyre. Prêtre.

Il était prieur de Lyre depuis six ans, et avait auparavant gouverné les monastères de la Sainte-Trinité de Lessay (1738-1739), de Beaumont-en-Auge (1739-1745), de Tiron (1745-1748, de Notre-Dame de Coulombs (1748-1751) et de Saint-Germer de Flaix (1751-1757).

5724. — Dom Pierre GERWONT, né à Séez, profès de la Sainte-Trinité de Vendôme le 1T avril 1723, âgé de 23 ans ; mourut le 16 octobre 1745 à l'abbaye de Notre-Dame de Pontlevoy. Prêtre.

Etant diacre, en mars 1726, à Saint-Lomer de Blois, où il achevait sa théologie, il donna sa signature pour protester contre l'acceptation de la Bulle Unigenitus.

5748. — Dom Louis DE LA RIVIÈRE, né à Séez, profès de Saint-Wandrille le 14 juillet 1723, âgé de 20 ans ; mourut le 27 janvier 1774 prieur de l'abbaye de Saint-Germain-desPrés.

Dom de La Rivière fut longtemps professeur ; il se fit ensuite recevoir licencié en droit dans l'Université de Caen, ce qui lui permit d'exercer quelques années les fonctions d'offlcial dans l'Exemption de Fécamp. Il fut successivement prieur de Saint-Père de Chartres (1745-1751), de Saint-Ouen de Rouen (1751-1757 et 1760-1763), de Fécamp


390 LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR

(1763-1769). Nommé prieur de Saint-Germain-des-Prés le 24 juin 1769, il ne fut installé que le 31 décembre de la même année : l'abbaye était alors en économat, le comte de Clermont ayant donné en 1766 sa démission d'abbé commendataire. La communauté était profondément troublée : c'était l'époque où les apôtres du relâchement, les signataires de l'odieuse requête au roi de 1765, étaient au plus fort de la lutte avec les religieux des Blancs-Manteaux, défenseurs des anciennes observances. Dom de La Rivière était très recommandable par sa science et ses vertus, très charitable envers les pauvres, fort attaché à la régularité ; mais, faible de santé et d'un caractère trop bienveillant, il n'avait pas cette fermeté et cette maîtrise qui concilient à un supérieur le respect des subordonnés et entraînent leur obéissance. Il ne sut point résoudre les difficultés, Dès son entrée en charge, il eut à signifier à la communauté le jugement peu favorable pour elle que venait de rendre le chapitre général ; les résistances et les murmures persistèrent. Les mécontents dénoncèrent même le nouveau prieur à la diète de 1770 comme étant responsable des troubles et des désordres. Il lui fut facile de se disculper, et le chapitre général de 1772 lui renouvela ses fonctions. Mais ces calomnies et ces épreuves avaient altéré sa santé. Il mourut à la suite d'une violente attaque d'apoplexie.

5757. — Dom Louis LE COMTE, né à Résenlieu, proies de Saint-Wandrille le 25 août 1723, âgé de 20 ans ; mourut le 10 août 1774 à l'abbaye de Notre-Dame du Bec. Prêtre.

Le 6 octobre 1738, étant religieux à Notre-Dame de Lyre, il protesta auprès de l'évêque d'Auxerre, avec la presque totalité de la Communauté, contre la dix-neuvième lettre théologique de Dom Bernard La Taste (Cf. Bibl. de l'Arsenal, ms. 10188).

5775. — Dom Martin FONTAINE, né à Corubert, bapt. le 3 mars 1700, fils de Nicolas et de Gabrielle Dagneau, profès deSaint-Wandrille le 8 décembre 1723, mourut Je 13 juin 1768 à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron. Prêtre.


LES BÉNÉDICTINS DE SAINT-MAUR 391

Il fut successivement administrateur de l'abbaye SaintGeorges de Boscherville (1742-1745), prieur de la SainteTrinité de Lessay (1745-1751), de Notre-Dame de Josaphat (1754-1760) et de Saint-Florentin de Bonneval (1760-1763).

(A suivre.) DOM P. DENIS.


MÉMOIRES

SUR

SAINT-LÉONARD

D'ALENÇON

(suite).

III. — Charles IV, duc d'Alençon. — Son Mariage avec Marguerite d'Angoulême, soeur de François IKt. — Sa mort.

Mariage de Marguerite avec. Henri, roi de Navarre. — Ses dons aux Cordeliers de Sées et à l'église de Saint-Léonard. — Hérésies de Luther et de Calvin. — Marguerite amène à Alençon des domestiques et familiers imbus des erreurs nouvelles. — Elle protège les savants persécutés pour ces erreurs. — Elle fait cesser les poursuites contre Pierre Caroli, docteur en théologie de la faculté de Paris, et le fait nommer curé de Notre-Dame.

L'hérésie se propage à Alençon. — Troubles causés par les Huguenots en 1562. — Apostasie de Lucas Caiget, curé de Notre-Dame et de plusieurs autres ecclésiastiques. — Pillage des églises d'Alençon. — Récit des attentats commis . notamment à Saint-Léonard. — Fermeté du clergé de cette église. — Son vicaire, escorté des bouchers a le courage de faire la procession de la petite Fête-Dieu.

Pillage du couvent de Sainte-Claire. — Ordonnance de François, duc d'Alençon.

Charles IV, fils de René et de Marguerite, né en 1489, prit l'administration du duché à sa majorité en 1509, et la même année, épousa Marguerite d'Angoulême, soeur de celui qui devait, quelques années après, monter sur le trône de France,


MÉMOIRES SUR SAINT-LÉONARD D'ALENÇON 393

sous le nom de François Ier. Cette princesse n'avait pas d'inclination pour son mari.

Charles ne paraît pas s'être intéressé à Saint-Léonard. Quant à sa femme, plus célèbre encore par son esprit que par sa beauté, elle ne s'occupa que de cultiver les lettres et les sciences ; ils n'eurent pas d'enfants.

Le duc Charles assista, en 1524, à la fatale bataille de Pavie, où le roi fut fait prisonnier. Il pût s'échapper mais, accablé de reproches par sa belle mère et repoussé par sa femme, il mourut de chagrin à Lyon, le 11 avril de la même année. Son corps fut apporté à AJençon et inhumé dans le caveau des ducs, à l'église de Notre-Dame.

Dès 1526, sa veuve épousa Henri II, roi de Navarre. Marguerite, qui sera désormais la reine de Navarre, donna à la maison des Cordeliers de Sées, une somme pour lui aider à vivre et pour être toujours participante es prières, oraisons et autres bienfaits qui se font chaque jour au dit couvent. Elle: donna aussi à l'église de Saint-Léonard d'Alençon une chapelle composée d'une chape, 2 tuniques, etc.

L'hérésie, prêchée en Allemagne par Luther, sous le nom de Réforme, avait essayé de pénétrer dans le diocèse de Sées dès 1524. Un peu plus tard, l'hérésie de Calvin fit en France des adeptes.

Marguerite instruite, mais peu scrupuleuse en fait de doctrine, amena à Alençon plusieurs domestiques et familiers, imbus des nouvelles hérésies. Elle donna asile dans ses terres aux savants poursuivis pour leurs erreurs, surtout depuis son mariage avec Henri, roi de Navarre. La liste serait longue de ceux qu'elle arracha au supplice et qu'elle combla de bienfaits. Elle fit de Gérard Roussel ou Leroux, l'un des docteurs poursuivis par le Parlement, son prédicateur et son aumônier, abbé de Clérac et évêque d'Oléron. Après avoir fait donner l'ordre de cesser les poursuites au Parlement de Paris, contre Pierre Caroli, docteur en théologie de la faculté de Paris, elle lui fit donner la cure de Notre-Dame d'Alençon en 1529 ou 1530. En; 1535, Caroli quitta cette cure pour embrasser le calvinisme et fut fait ministre à Neufchâtel où il se maria : cependant elle ne put ouplutôt ne voulut pas se compromettre; pour sauver, du bûcher Etienne Lecourt.i curé,


394 MÉMOIRES SUR SAINT-LÉONARD I>'ALENÇON

de Condé, près Alençon, qui ne cessait de parler, prêcher, écrire en Luthérien.

La conduite de Marguerite de Navarre favorisa la propagation de l'hérésie dans la population d'Alençon. Les magistrats, les principaux bourgeois adoptèrent avec enthousiasme les erreurs nouvelles.

Le clergé lui-même n'y resta pas insensible, de sorte que l'Église prétendue réformée d*Alençon, fut fondée une des premières de Normandie et devint puissante. Pendant que le pieux clergé de Saint-Léonard continuait à chanter les louanges de Dieu dans sa belle église, les nuages s'amoncelaient, l'orage grondait sourdement pour éclater plus tard et couvrir la ville de ruines.

L'église réformée d'Alençon donnait de l'inquiétude. Matignon, lieutenant pour le roi, en Normandie, sous le duc de Bouillon, gouverneur de la province, jugea nécessaire de s'assurer de cette ville au mois de juin 1561. Mais les Huguenots ne tardèrent pas à s'y rendre les plus forts. Ils commencèrent à remuer, enhardis par l'approche des bandes de l'amiral Coligny et de son lieutenant Montgommery.

Un grand nombre de catholiques cédèrent à la crainte et se laissèrent entraîner dans l'hérésie. Plusieurs semblaient n'attendre cette circonstance que pour renoncer à leur foi. Lucas Caiget, curé de Notre-Dame, son vicaire Seurin, apostasièrent ainsi que huit autres ecclésiastiques de la ville, Thomas du Perche, curé de Saint-Germam -du-Co^béis, Jean Lepage, curé de Cuissai, qui se maria et mourut pasteur à Alençon.

L'audace des Huguenots d'Alençon fut encore animée par l'arrivée des Hugueaots du Mans, sous la conduite de Georges d'Argens ou seigneur d'Avoines et de la MotteTibergeon. Ces deux soudards étaient en particulier la terreur des prêtres qu'ils rançonnaient de toutes manières et quand ils ne pouvaient en tirer aucun argent, ils se faisaient un plaisir de les tourmenter et de leur couper les oreilles. La MotteTibergeon, portait en bandoulière, une écharpe d'oreilles de prêtres.

Les Huguenots pillèrent les églises et les hôpitaux delà ville et s'emparèrent d'une partie des titres. Guillaume Fouillard,


MÉMOIRES SUR SAINT-LÉONARD D'ALENÇON 396

fut établi dépositaire des reliques enlevées des églises de Notre-Dame, de Saint-Léonard et de Saint-Pierre de Montsoi t. Il remit les châsses qui les renfermaient, les vases sacrés et les pierreries qui les ornaient à Pierre du Perche qui fit constater la quantité de vases, pour les envoyer au prince de Condé.

Voici le récit de ces attentats, fait par Lorphelin-Chanfaîlly, dans son Antiquaire :

« Il est à remarquer que le malheur de l'hérésie de Calvin a esté la cause de la perte presque totale des monuments les plus anciens et les plus considérables des chartriers des églises et monastères de la ville d'Alençon, comme aussi de la plus grande partie des titres et enseignements des notariats et des greffes de la dite ville d'Alençon.

« Car la croyance de ces erreurs de Calvin, mit ceux qui en étoient imbus dans un si grand dérèglement de vie et de moeurs, qu'ils ne respiroient autre chose que les voleries et le carnage, et les catholiques qui persévérèrent et qui demeurèrent fermes dans la foi de l'Église eurent beaucoup à souffrir et à se défendre de ces hérétiques, et les mains sacrilèges de ces impies, osèrent bien attenter à ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré.

" Car ils volèrent et dépouillèrent les églises de tous les biens et ornements sacrés qui estoient lors très précieux et nombreux et dont, l'église de Saint-Léonard d'Alençon esloit pour lors très riche, particulièrement en argenterie, orfèvieiie et broderie, ainsi qu'il est marqué et spécifié dans les inventaires qui en furent dressés longtemps avant l'hérésie.

« Mais enfin ces nouveaux hérétiques sans foi, sans religion, ni crainte de Dieu, sachant que l'église de Saint-Léonaid étoit abondamment riche, s'assemblèrent pour délibérer entre eux, de quelle manière ils pourraient y entrer pour la piller, quoiqu'elle fut gardée par plusieurs catholiques qui la défendoient. Néanmoins se voyant les plus forts, firent plusieurs violences tant aux portes de la dite église, qu'aux fenêtres d'icelle, qu'ils brisèrent et rompirent, après quoi ceux qui étoient dedans ne purent empêcher que les portes ne fussent rompues de violence. Après cette irruption faite, entrèrent de force les dits hérétiques, renversèrent les autels, brisèrent


396 MÉMOIRES SUR SAINT-LÉONARD D'ALENÇON

tes images, pillèrent les orgues, démolirent les fonts baptismaux, enfoncèrent les portes de la sacristie, prirent et emportèrent toute l'argenterie, comme calices, croix, châsse des saintes reliques et une infinité d'ornements précieux, ne laissant que les murailles, après le pillage fait dans l'église de Saint-Léonard.

«Mais ce n'est pas tout, car après qu'ils eurent pris les titres et enseignements des fondations faites par les ducs d'Alençon et par autres fidèles dans la dite église, et le si peu des titres qui sont restés échappèrent des mains de ces impies comme par miracle, de sorte que ces gens qui n'avoient que très peu de choses de leur naissance devinrent riches en peu de temps par le moyen des voleries faites par eux dans les églises.

« Ils se rendirent aussi.ces hérétiques, maîtres.dans l'hôpital d'Alençon, où ils firent un ravage très considérable, se saisirent de la plus grande partie des titres et particulièrement des fondations des biens légués au dit hôpital, par les fidèles, prirent et enlevèrent tout ce qu'il y avait de plus précieux, tant de l'église du susdit hôpital que de la maison, en conséquence, ils se saisirent des terres appartenant à la dite maison. Lequel hôpital ayant esté ainsi dénué et apauvri, les pauvres d'Alençon en ont beaucoup souffert.

;< Ils s'emparèrent aussi les hérétiques des Grosses des notariats de la ville d'Alençon et pillèrent pareillement ces lieux, en sorte qu'il n'y resta aucun écrit, ni titres anciens et particulièrement ceux qui concernoient les biens et les revenus des églises et ne laissèrent aussi aucuns enseignements des antiquités de la ville d'Alençon, comme il a été remarqué ailleurs. »

Le Clergé de Saint-Léonard, il faut le dire à sa louange, se montra le plus fidèle de la ville. On ne voit pas qu'aucun de ses prêtres ait apostasie. Les habitants du district se montrèrent aussi dévoués pour leur église. — Guillaume Jouenne, sieur de Glatigny,et Clément Jouenne voulaient défendre cette église et y allaient coucher accompagnés de plusieurs hommes et faisaient dire chez eux la messe à laquelle assistaient' quelques catholiques. Mais ils ne purent, comme on l'a vu, empêcher le pillage. — Il paraît que ce pillage fut épouvantable pmisqu'il ne demeura absolument que les quatre murs.


MEMOIRES SUR SAINT-LÉONARD B'ALENÇON 397

Ces horreurs s'accomplissaient vers le temps de Ja FêteDieu 1562 et comme le Curé de Notre-Dame, son Vicaire, et la meilleure partie des habitants avaient embrassé le Calvinisme, on n'osa faire la procession ordinaire aveo le saint Sacrement, le .jour même delà fête. Mais Hardouin du Bouchet, seigneur de Malèfre, escorté des bouchers armés de leurs outils et accompagnés de leurs chiens, enhai dirent le Vicaire de Saint-Léonard, Robert Collet, le jour de la petite Fête-Dieu, à faire sortir le Saint Sacrement. Ils firent si bien que tout se passa avec la plus grande tranquillité, aucun Huguenot ne se montra. Les bouchers logeaient alors tout autour du cimetière de Saint-Léonard, attenant à l'église. Ils avaient là leur abattoir.

Depuis lors on continua jusqu'en 1750, à faire la même procession où le seigneur de Malèfre se trouve quelquefois l'épée nue, et où les bouchers ne manquaient pas. M? Julien Bourget, curé de Notre-Dame, l'interrompit cette année. Mais il fut obligé l'année suivante de reprendre l'ancien usage, il la transféra seulement au dimanche qui précède.

Cette procession partait de l'église de Saint-Léonard à 7 heures du matin, passait par la rue de la Bonette, revenait par les F.taux, faisait le tour du cimetière et rentrait à l'église; on disait ensuite la messe haute. Les trésoriers ont tenté d'obtenir permission de l'évêque pour faire cette procession dans tout le district en passant par la mairie et allant gagner l'hôpital. Mais le Curé s'y est opposé.

Le beau couvent de l'Ave Maria fondé près du château et embelli par Marguerite de Lorraine ne fut pas épargné par les Huguenots. Il fut surtout l'objet de leur rage. Les portes furent enfoncées par ces forcenés qui pénétrèrent dans l'intérieur, cassèrent la cloche, pillèrent la maison de telle sorte qu'il ne resta rien aux religieuses que les habits qu'elles avaient sur elles. Ces religieuses furent chassées et mises dehors de force. Recueillies d'abord dans la maison d'Aché, près Alençon, elles y restèrent huit jours et leurs familles vinrent les prendre, à l'exception de quatre. Les religieuses de l'Ave Maria furent six mois absentes de leur monastère. Leur supérieure était Louise Aubert.

Les Huguenots avaient pour ministre, un nommé Bidard30

Bidard30


398 MÉMOIRES SUR SAINT-LÉONARD D'ALENÇON

Poinçon, homme hideux et épouvantable à voir, tout velu. Ledit Poinçon épousa dans le couvent de l'Ave Maria, la veuve du sieur de la Giroudière.

L'histoire a conservé les noms des auteurs de tous ces attentats : Abraham Le Soret Lavinète, qui rompit les portes du couvent, Jean Soret, Boisgirard, Raoul le Tissier, Pierre du Perche, Le Murget.Beloulil, Jacques Bordin, Lecu, Paquier, Soûlas, David Grégoire, Guillaume Fouillard, Robert Caget, Les Lauriers, Jean Quillet, La Chapelle, Pierre Quillet, Forestier, Suzanne Gervaiseau, femme Pierre Bonvoust, un valet de Mme de Goucy et Bérulière Matago :

Les églises des villages furent aussi volées. Les Huguenots, sortaient tous les jours sur le soir, sous la conduite dudit Bidard, ministre, avec plusieurs jeunes gens de la ville qu'il débauchait, et revenaient le lendemain au point du jour.

David Grégoire avec un fouet chassait les gens hors de l'église et disait qu'il fouettait la messe.

Catherine Gervaiseau, femme de Jean-Erard Houssemaine, prêchait au commencement de Saint-Biaise et, depuis, au jardin Rigereau.et après,dans le parc au lieu appelé l'Aumône. Les églises de Notre-Dame et de Saint-Léonard furent toutes deux saccagées par les Huguenots, mais Saint-Léonard en éprouva particulièrement préjudice parce que son état autorisa le curé de Notre-Dame à lui faire plus sentir son omnipotence. Après l'apostasie du Curé Caiget, en 1562, l'évêque de Sées, Pierre Duval, donna la cure de Notre-Dame aux Jacobins ou Dominicains d'Argentan. Depuis ce temps, soit que l'acte de donation le portât formellement, soit qu'il n'y eût rien de statué là-dessus, ce qui paraît plus probable, ce fut le Curé de Notre-Dame qui nomma lui-même le vicaire de Saint-Léonard.

En 1571, dans l'accord du Curé avec le Prieur, il est dit. que l'église de Saint-Léonard fait partie de la cure d'Alençon, divisée ainsi en deux églises.

En 1573, dans l'arrêt de l'échiquier, cette église est appelée « secours de l'église de Notre-Dame. »

Les titres des rentes des églises et confréries ayant été détruits par les Huguenots, le duc d'Alençon, François, frère du roi, rendit l'ordonnance suivante en 1573 :


MÉMOIRES SUR SAINT-LÉONARD D'ALENÇON 399

« François, fils et frère de Roy, duc d'Alençon, à tous nos justiciers salut. Le curé de l'église paroissiale Notre-Dame d'Alençon, les chapelains des confraiiïes fondées en ladite église et en l'église Saint-Léonard, son secours, les marguilliers des dites églises, avec les receveurs de la maison Dieu, nous ont fait entendre qu'une grande partie de leurs titres et enseignements de leurs rentes dont ils ont toujours jouy sans contredit, toutes fois pour ce qu'aucun d'iceux ont esté distraits, bruslez et gastez au temps de troubles et guerres civiles. Les redevables ont fait refus de payer sinon qu'il leur apparut des titres.

« A quoy les suppliants ne pourront satisfaire ayant esté perdus, requérants que faisant apparoir deux ou trois comtes rendus consécutivement en justice par le passé, il plaise leur pourvoir de provision nécessaire. Nous, à ces causes, désirant pourvoir à la conservation des biens des églises, nous mandons et commettons que, s'il nous appert des dits comtes rendus en justice par les suppliants par lesquels la possession des dites rentes soit dûment vérifiée et que par témoins ou autrement il paroisse les suppliants en avoir jouy; en ce cas, vous contraigniez les redevables aux dites rentes, sans que les suppliants pour la perception des dites rentes soient tenus faire apparoir les dits titres, ni autres choses que les dits comtes, que voulons, avec la sentence qui interviendra, leur servir de titres tant pour le passé qu'à l'avenir. .

Saint-Léonard quoique possédant des revenus particuliers dont les Huguenots se sont emparés en 1562,avait cependant quelques intérêts communs avec Notre-Dame. Le trésor de cette église lui fournissait le cierge pascal et le luminaire, c'est-à-dire les cierges et flambeaux nécessaires au service de l'autel. Le Prieur de Notre-Dame de son côté était chargé de fournir, chaque année, à Saint-Léonard 400 livres de paille de froment que l'administration de cette église avait droit de prélever sur la grange dîmeresse de la paroisse d'Alençon. Il est bon de savoir que dans ce temps là il n'y avait ordinairement dans les églises ni bancs, ni chaises et que cette paille servait de lit aux fidèles pendant les offices nocturnes et surtout pendant les veilles qu'on faisait les nuits qui précèdent les grandes fêtes de l'année.


400 MÉMOIRES SUR SAINT-LÉONARD D'ALENÇON

Jusqu'à la fin du xvie siècle, dans ces temps de troubles, l'église de Saïnt-Léonard n'a pu que végéter, délabrée, amoindrie, avec des confréries désagrégées.On n'a pas gardé le nom de ses vicaires. Peut-être n'en a-t-elle pas eu en titre, puisque de 1571 à 1593, l'église de Notre-Dame est restée sans curé. On a conservé seulement la liste des vicaires de Saint-Léonard avec leurs commissions, à partir de 1604. Nous la donnerons dans le chapitre suivant, avec ce que nous avons pu trouver à signaler sous chaque Vicariat; on verra la préoccupation constante des Curés de Notre-Dame de maintenir SaintLéonard sous leur joug. Ils craignaient à chaque instant qu'une circonstance quelconque fit ériger en église distincte, une église dont le district était assez important pour former une paroisse.

(à suivre). FERDINAND OLIVIER.


PETITS COTÉS DE L'HISTOIRE

ou ©pisodes à ?ïrçonnay et aux environs

PENDANT LA RÉVOLUTION (*) (Suite).

II UNE HISTOIRE DE FISSIPÈDES (2).

Si la Révolution, regorgeant d'infamies sans nom, se vautrant dans la boue et le sang, fut surtout fertile en ignominies de toutes sortes (3), elle eut bien parfois aussi son côté comique, voire grotesque.

On en jugera par les récits suivants :

Nous sommes au 24 août 1794. C'est un dimanche (4).

(1) Voir le Bulletin de la Société Historique et Archéologique de l'Orne, n° d'Avril de 1911, p 290.

(2) Tout d'abord, dans notre intention du moins, appelant < un chat un chat », le titre de ces épisodes devait être moins scientifique (!) partant plus populaire. Sur la remarque, aussi sage que délicate de M. lournoiier, auquel nous avons soumis cette modeste étude et qui nous a fait le grand honneur de nous la demander pour le Bulletin de la Société Historique et Archéologique nous avons un peu... adouci nos expressions. Voilà pourquoi nous présentons « Une histoire de Fissipèdes • à nos lecteurs, les priant de ne pas

's'oflusquer si, dans le cours de ce récit, nous sommes amené par les circonstances à appeler de leur véritable nom les délicates et succulentes bêtes qui feront l'objet de ce travail.

(3) Voir à ce sujet : Histoire de la Révolution française, par Gustave Gautherot, professeur à l'Institut catholique de Paris.

(4) On venait de fermer notre église : le culte était partout supprimé : le Décadi remplaçait le dimanch» : et c'est ordinairement par des occupations du genre de celles qu'on va lire plus bas ou par d'autres analogues qu'on essayait de faire disparaître et oublier « les vaines superstitions des temps de ténèbres et de barbarie ».


402 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

Une animation extraordinaire règne sur le Pâtis de SaintBlaise-le-Vieil, si calme d'ordinaire.

Des bruits insolites s'y font entendre.

Amenés là par leurs propriétaires, tous les... cochons de la localité, d'un âge toutefois respectable, sont réunis sur la place d'Armes, à l'ombre de l'arbre de la Liberté.

Tout à l'heure, en effet, aura lieu la grande revue de ces intéressants quadrupèdes.

« Pour appaiser la faim des vaillants défenseurs de la Patrie qui combattent pour le salut de leurs frères sur les côtes de la Rochelle », Arçonnay doit fournir, pour sa part, deux de ces savoureux animaux.

Ainsi en a décidé le District de Fresnay, désignant en même temps d'office un vérificateur (Alexandre... non pas le Grand, mais Pequineau est son nom) pour passer l'inspection de ces mignonnes et délicates bêtes (1).

Précisément le voilà qui arrive.

La municipalité (l'ai-je dit plus haut ?) au grand complet et par force se trouvait elle aussi à son poste habituel, au corpsde-garde (2).

Il va la saluer avec empressement.

Et tout de suite, il vient évoluer avec aisance au milieu de ses officiels sujets d'occasion. Tour à tour il les flatte du regard et de la parole ; il examine l'un, palpe l'autre, et en fin connaisseur examine chacun de ces graisseux personnages, qui témoignent leur satisfaction à leur manière, c'est-à-dire par des

(1) Un décret du Comité de salut public du 22 germinal an 11(11 avril 1794) avait décidé, au nom de la République, une, indivisible et démocratique, qu'une réquisition de cochons, âgés de plus de trois mois, serait faite sur toute l'étendue du territoire français.

(2) Sur le pâtis de Saint-Biaise, appelé pompeusement à cette époque place d'Armes et plus tard place de la Liberté, l'antique chapelle de SaintBiaise avec son cimetière n'existait plus depuis longtemps. Il n'y avait alors (en dehors de deux arbres de la Liberté récemment plantés, un seul n'ayant pas été jugé suffisant) qu'une petite masure, vendue par sa propriétaire, la veuve Bougon, à la municipalité qui l'affecta au service de la mairie, et qui devint le corps-de-garde jusqu'en 1870, époque à laquelle elle fut détruite, et dont les débris servirent a édifier la sacristie du Nord de notre église actuelle, construite en 1848. On sait que jusqu'à la moitié du siècle dernier, l'église avec le cimetière, ainsi que le presbytère, se trouvaient au Vieux Bourg.


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 403

cris aussi bruyants que prolongés et par les harmonieux grognements que l'on connaît.

L'inspection dure peu. Le choix est tôt fait.

Deux de ces adipeux pachydermes, comme les aurait désignés Cuvier, plus à point sans doute que leurs congénères, attirent et retiennent son regard exercé et complaisant.

Reconnus propres au service de la République, nos deux privilégiés, gros et gras, auront les honneurs d'une cuisine toute patriotique et militaire.

Et, sans désemparer, notre inspecteur cantonal prend soin, non seulement de les marquer, mais pour plus de sûreté et afin d'écarter toute erreur ou fraude au moment de leur livraison, le signalement de chacun de ces grassouillets animaux sera soigneusement consigné sur le Registre Municipal.

C'est ainsi que nous y pouvons lire que l'un est un animal sous poil blanc sans marque (excepté celle qu'y appose le citoyen Pequineau) appartenant au citoyen Hébert, âgé de 15 mois et pesant 225 livres ; l'autre, tacheté de noir, au citoyen Jacques Lermier, âgé de 13 mois, du poids de 225 livres (1).

C'était encore l'heureux âge d'or (sous ce rapport tout au moins) où la chimie n'avait pas atteint cet état de perfection qui, au nom du progrès, lui permet aujourd'hui, en frelatant liquides et comestibles, de mithridater les gens.

En un mot les conserves alimentaires étaient encore à créer."

Profitant donc de cette bienfaisante ignorance de ces temps de ténèbres qui n'admettait qu'au fur et à mesure des besoins de l'armée la livraison des animaux honorés de la faveur gouvernementale, nos deux grognards pourront prolonger de quelques semaines, dans une douce et bienfaisante quiétude, leur somnolente et gloutonne existence qui leur permettra d'atteindre, grâce aux bons soins de leurs maîtres et aux largesses officielles, cet état de succulente raffinerie qui, tout en réjouissant les palais des patriotes, reconstituera leurs forces affaiblies.

Dûment portraiturés et revêtus de l'estampille officielle, nos deux plantureux sans-culottes resteront provisoirement en

(1) Ces détaMs anatomiques suffiront amplement à corriger la confusion que la rédaction quelque peu amphibologique du greffier municipal aurait pu jeter dans l'esprit du lecteur.


404 PETIT* CÔTÉS DE L'ftfStÔlHE

pension chez leurs propriétaires qui devront les traiter et héberger en bons pères de famille.

D'ailleurs, jusqu'au départ de chaque animal pour l'armée, ce qui ne saurait tarder, le gouvernement de la République, toujours grand et généreux, « allouera, à chaque susdit propriétaire, la somme de huit sols par tête de bête et par jour pour la nourriture, soins et entretien. » (1).

Mais aussi, qu'on veuille bien le remarquer, à partir de ce jour, c'est la municipalité qui répondra, sur sa tête, de ces chers pensionnaires et de leurs précieuses existences.

Et c'est ainsi que tout étant bien réglé et sans incident, bêtes et gens réintègrent leur domicile : ceux-ci heureux d'être délivrés d'une ennuyeuse corvée, ceux-là joyeux de reprendre leur liberté, le nez au vent et la queue en trompette (2).

...Les choses, on le soupçonne bien un peu, ne se passaient pas toujours d'une façon aussi calme.

C'est ainsi que non loin de notre chef-lieu de District (3), une population pourtant d'ordinaire bien calme et paisible, fut sur le point de s'ameuter à l'occasion de semblable réquisition.

Il s'agit de la paroisse de Douillet. Nous donnerons, au grand avantage de nos lecteurs, la parole à un humoristique et spirituel conteur bien connu, M. Robert Triger :

... La fatalité voulut que sur les six cochons choisis à Douillet

(1) Pour se convaincre de la véracité absolue de ces singuliers épisodes que nous nous efforçons de rendre humoristiques, avec plus de bonne volonté peut-être que de succès, on peut consulter :

Archives de la Sarthe, L. 5. : 4, pp. 230, 294 — 5 : 5, p. 32.

Douillet-le-Joly, par Robert Triger, p. 240.

Arch. mun. de Saint-Paterne, Oisseau, Béthon, Arçonnay, Champ/leur, etc.

On a dit plus haut que cette réquisition de cochons fut générale. Dans certains pays, on fit paitre dans les bois nationaux les cochons requis ; dans d'autres, et notamment à Arçonnay, on vient de le voir, on les laissa chez leurs propriétaires, en payant pension pour chaque hôte, jusqu'au moment de son départ pour l'armée.

(2) Arch. mun. d'Arçonnay, 24 août 1794.

(3) Sur sa demande, Arçonnay faisait partie du District de Fresnay. Fn avril 1791, les officiers du bureau du District de Mamers avaient demandé à la municipalité d'Arçonnay de se réunir a leur District, comme étant le plus commode et le plus avantageux pour eux. Tel n'avait pas été l'avis de celle-ci qui, après délibération de chaque membre en particulier avait décidé et aresté d'un commun accord que le District de Mamers luy estant plus tôt désavantageux qu'utile et commode pour l'éloignement et les affaires, elle ne pouvait se dessider à le choisir pour le sien et qu'elle se rattachait à celui de Fresnay .(Arch. mun. d'Arçonnay, avril 1790).


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 40&

le 10 octobre, deux vinrent à dépérir et ne se trouvèrent plus en état de marcher le 13, au moment où le District les réclama. C'était un cas d'incivisme et d'insouciance, une injure faite aux vaillants défenseurs de la Patrie qui attendaient ces cochons avec impatience pour ne pas mourir de faim.

Le District voulut faire un exemple.

Il donna l'ordre à la gendarmerie de Fresnay de s'emparer par force de deux cochons de remplacement, dont un appartenant à un officier municipal.

Ce fait sans précédent excita dans tous les coeurs des habitants de Douillet de violentes rancunes. Ils ne purent pardonner à la République d'avoir fait emmener leurs cochons (1) entre deux gendarmes ; il en résulta une guerre de taquineries continuelles avec le District de Fresnay. Et qu'on n'en soit pas étonné, aux yeux d'un paysan l'enlèvement brutal d'un cochon, qu'il a nourri avec soin pendant plusieurs mois, dont il attend le prix pour payer sa ferme, est un événement plus grave que le vote d'une loi qu'il ne comprend pas... (2).

Plus favorisé, le chef-lieu de canton, Saint-Pater, échappa, en partie du moins, à cette réquisition.

Là, en effet, au contraire de son chef-lieu de District (3), il y avait pénurie de ces animaux. Huit porcs seulement, dont six mâles et deux femelles, constituaient toute la richesse du pays. Mais dans quel pitoyable état ils se trouvaient, on va le voir tout à l'heure. Pour être juste toutefois et véridique, il

(1) Ces prisonniers nouveau genre avaient-ils les menottes ? Le spirituel chroniqueur ne le dit pas.

(2) Douillel-le-Joly, par Robert Triger, p. 240, jam. cit.

(3) La ville de Fresnay, en effet, un demi siècle avant cette époque, semblait nourrir alors des porcs en quantité, témoin cette ordonnance municipale de la dite ville en 1744 :

...Nous ayant été démontré qu'au mépris de nos précédentes ordonnances de police portant défense de laisser vaguer les porcs dans les rues et faubourgs de notre ville, la plus forte partie des habitants se sont efforcés, par une manifeste désobéissance, d'en augmenter le nombre, de sorte que toutes les rues et faubourgs en sont journellement remplis, ce qui nous cause une malpropreté insupportable et peut donner lieu, par leurs ordures, à des maladies contagieuses ; que ces mêmes porcs entrent dans les maisons et jardins au préjudice des habitants, à quoi ayant égard, nous lieutenant général de police, faisons itérative défense à tous les habitants de cette ville d'y laisser de jour et de nuit vaguer des porcs sous peine de confiscation des susdits et de dix livres d'amende... (Choniques de Fresnay, par A.Le Guicheux, p. 224).


406 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

convient de dire qu'il existait une toute petite réserve de ces animaux : cinq seulement et tout à fait en bas âge, quelques semaines au plus.

C'était la misère.

« Le porc, à s'engraisser, coûtera peu de son », disait Perrette.

Tel n'était pas l'avis du District qui, à cause précisémeat de la disette et «herté des grains, avait, moins avisé qu'un de nos célèbres compatriotes (1), enjoint aux meuniers et boulangers de vendre leurs cochons sous quinzaine ; défense avait été faite en outre à tous les cultivateurs de garder leurs chiens inutiles et de faire manger aucune espèce de grains à leurs bestiaux, cochons ou autres ».

Les fermiers de Saint-Pater, ayant pris à la lettre ces trop radicales décisions, le pays avait été témoin d'un complet exode de ces animaux, et quant aux rares spécimens qui étaient restés au pays, on s'était montré vraiment par trop parcimonieux à leur égard.

Aussi quand le vérificateur cantonal se présenta pour faire sa revue officielle, passa-t-il au plus vite avec un majestueux dédain devant ce maigre troupeau de nos huit efflanqués, se contentant de les toiser d'un oeil de mépris.

Et ceux-ci, blessés à bon droit dans leur amour-propre de cette indifférence humiliante qui leur donnait une situation inférieure à leurs congénères d'Arçonnay, moins démonstratifs que ces derniers, se renfermèrent dans un stoïque et méprisant silence.

Et c'est ainsi que, grâce à cette maigreur qui en faisait de

(1) Plus d'un siècle auparavant, un hardi et solide normand, Guillaume d'Orange, quittait le pays et allait se fixer aux Antilles. Pour bien sustenter, sans trop dépenser, ses esclaves qui, mieux traités que partout ailleurs l'adoraient, il avait trouvé ce moyen ingénieux. Il leur confiait cinq petits porcs à élever, leur promettant d'en laisser deux et se réservant d'en prendre trois à son choix. Tous les cochons prospéraient ainsi. On ne revenait pas du travail le matin ou le soir, sans leur apporter des brassées de feuilles de lianes ou de bois de patates, à la grande joie du maître prévoyant et paternel.

(Citation, dans un Rapport plein d'humour et d'entrain de M. le Baron des Rotours dans la Revue historique et archéologique de l'Orne, 1909, p. 145, extraite de Guillaume d'Orange et les Origines des Antilles Françaises, remarquable travail qui a valu à son savant et laborieux auteur, M. le vicomte du Motey, d'être lauréat de l'Académie française).


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 407

véritables bêtes apocalyptiques, Saint-Paterne put garder ses huit mammifères étiques et décharnés.

« Faute de grives, on prend des merles. » Que nos braves défenseurs de la Patrie ne se désolent pas outre mesure de ce dédain officiel.

A défaut de grillades ou de tripes à la mode de Caen, nos valeureux soldats pourront faire leur régal de ris de veau et d escalopes. Et ce sera Saint-Pater qui, sans avoir recours à un carême civique (1) les fournira.

Le procureur de cette comirune, le citoyen Quelquejeu (2), ayant représenté aux citoyens administrateurs du District « qu'il y a un veau au château de Saint-Pater qui est à sa saison d'être vendu ; que par faute de vente (et aussi sans doute à cause de la défense plus haut signalée) il dépérit ; aussitôt, sans plus tarder, le Directoire, délibérant gravement sur cette importante affaire, le procureur syndic entendu, avait arrêté que ledit veau serait vendu par adjudication.

En conséquence, le conseil assemblé avait procédé, vu l'urgence, à l'adjudication immédiate dudit veau de lait qui fut vendu la somme de 35 livres (heureux temps pour les consommateurs) et dont le prix fut versé illico dans la caisse du... District.

Tout le monde gagna à cette opération ; la caisse du District d'abord ; et ensuite les patriotes, car le susdit animal alla sans doute, bien assaisonné, faire sur les frontières les délices intestines des estomacs affamés des vaillants volontaires. Quant aux braves habitants de Saint-Pater, s'ils eurent

(1) Après avoir remplacé par le drapeau tricolore le drap mortuaire des cercueils dont les couleurs « sentent le fanatisme », brûlé les ornements des églises afin d'en extraire l'or et l'argent dont se composent « ces restes inutiles d'un culte absurbe et intolérant », brûlé aussi seize « dominoî à charla tans » autrement dit seize chapes, la municipalité de Chauny, petite ville du département de l'Aisne, propose un carême civique afin d'envoyer aux soldats de la République la viande dont on se sera privé.

(Un club à Chauny en 1794, par Ed. Fleury, Laon, 1849).

(2) Vieille famille de Saint-Pa1 jr. Déjà, en 1470, un Michel Quelquejeu figure comme témoin dans un'- curieuse concession d'indulgences donnée au curé de Saint Pathair pour son esglise de la part de douze cardinaulx du Saint Collège de Rome. La copie de cette bulle se trouve aux arch. par. de Saint-Pater. Dès en 1421, un Quelquejeu fondait, même paroisse, une rente de 12 deniers pour aider à payer un pain bénit à la fête de Pâques (Reg. par. de Saint-Pater).


406 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

tout d'abord une déception de la mévente de leur vachon (1) et du mécompte qui s'ensuivit pour eux, Us durent se consoler sans doute, en pensant avec une fierté bien légitime, dans un élan de patriotisme désintéressé que, grâce à leur tête de veau national, ils avaient contribué à appaiserla faim des défenseurs de leur pays (2).

...« Les peuples heureux n'ont pas d'histoire ». Tel fut le cas d'une petite commune, voisine de la nôtre qui, en cette occurrence, s'en tira à bon compte et de fort adroite façon.

Vu son peu de population, elle n'avait été taxée à fournir « qu'un huitième de cochon ». (3)

Elle s'arrangea de manière à ne rien fournir du tout.

C'est le 2 fructidor, an II (19 août 1794), que nous trouvons la municipalité de Béthon (il s'agit en effet ici de cette commune) réunie au lieu ordinaire de ses séances (4), en exécution des arrêtés du District des 15 et 23 thermidor relatifs à la levée des cochons. Il est 7 heures du soir. L'assistance est visiblement fatiguée. Et la délibération municipale que nous transcrivons textuellement trahira fatalement une pointe de mauvaise humeur (5).

(1) Expression du pays, pour désigner un veau ou une toute jeune vache.

(2) Pour tous ces détails, de la plus rigoureuse véracité, voir le Reg. par de Saint-Pater.

(3) Expression assez usitée. C'est ainsi qu'un boucher, dont le commerce peu important le force à partager une vache avec l'un de ses collègues, dira couramment qu'il tue une demi-vache.

(4) C'est-à-dire au corps-de-garde établi récemment dans une boulangerie sise à côté de l'église, comme étant l'endroit le plus commode, avec défense d'y commettre aucuns dégâts et avec licence au propriétaire dudit lieu d'y laisser tels meubles que bon lui semblerait pour lui et les gens de sa maison. Cet immeuble était situé sur la place d'armes ou de la liberté, expression qui remplaçait, depuis le 1er novembre 1792, en mémoire des succès des armes françaises en Savoie, le nom de place du four à ban qu'elle portait jusque-là, et où un arbre de la Liberté et le bonnet aussi de la Liberté y avaient été plantés avec des couronnes civiques y suspendues, pour commémorer le même souvenir ; et tout cela aux dépens de la commune, la municipalité n'ayant point de fonds.

(5) Cet état d'esprit, en dehors de l'attente vraiment par trop longue et trop sans gêne qu'on leur faisait subir à l'heure même, ne se justifiait que trop par nombre de molestations autrement sérieuses dont on les abreuvait journellement. C'est ainsi que l'on venait de fermer leur église (que d'ailleurs ils faisaient rouvrir huit jours plus tard) ; on leur refusait d'acquitter, sur leurs impôts, la t" messe dite chaque dimanche dans leur église par le chapelain de la chapelle de Jupilles • on les chargeait de réquisitions vexatoires, laines, étamines, etc., à fournir, recrutement forcé de volontaires... malgré eux ; ou


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 409

« Considérant, y est-il dit, que nous et les propriétaires des cochons sommes assemblés avec les susdits, depuis trois heures du soir, à attendre le citoyen Pequineau, nommé commissaire pour en faire le choix :

« Considérant encore qu'ayant été réunis avec Champfleur pour fournir le nombre de deux cochons, dont il n'y a qu'un huitième à fournir pour notre part : et qu'étant 7 heures du soir il y a tout à présumer que le dit citoyen ne viendra point et qu'il aura trouvé dans la commune seule de Champfleur (1) les deux cochons que nous devons fournir, l'agent national entendu, avons arrêté ,sans autre formalité (2) que chaque propriétaire, vu l'heure tardive, s'en irait emmenant son cochon conjointement avec lui (3).

s'était emparé deleur cloche, cuivre, argenterie (ils avaient tenu bon toutefois pour leurs vases sacrés qu'ils avaient refusé de livrer}. On venait de les contraindre à fournir une voiture pour Rennes ,alors qu'ils n'avaient ni voiture ni rouliers, mais seulement des harnais de boeufs ; et c'était au prix des plus grands ennuis et pour montrer toute leur bonne volonté et leur patriotisme qu'ils avaient pu fournir cette voiture, en s'ingéniant à procurer l'un le charreti avec l'essieu, deux autres chacun une roue, un quatrième le cheval de limon équipé, celui-ci un cheval de trait avec un homme, et deux autres citoyens chacun un cheval de trait avec un homme à eux deux, etc., etc. Toutes ces vexations, et surtout peut-être la fourniture de cette curieuse voiture, faite de pièces et de morceaux qu'on aurait pu nommer l'Arlequinade, et si difficilement constituée, leur tenaient à coeur, on le comprend sans peine.

(1) Nous n'avons rien trouvé de relatif à cette réquisition dans les archives de Bérus, ni de Cherisay, ni de Bourg-le-Roi. Quant à la commune d'Oisseau, les choses se passèrent en famille. C'est la municipalité qui fut chargée de désigner elle-même les citoyens devant fournir le contingent en question. Très prudente et pour éviter toute contestation, elle se récuse et se contente de nommer deux commissaires pour marquer les quatre cochons qui lui sont taxés pour sa cotte part. Et elle fait oeuvre de sage administration en choisissant ses mandataires parmi des gens d'expérience et de métier. Deux marchands de cochons de la commune sont tout désignés pour cette importante et délicate fonction. Ils seront ses mandataires, et à peine sont-ils choisis qu'ils jettent leur dévolu sur quatre de ces animaux, mâles et âgés de plus d'un an, dont les propriétaires respectifs promettent de s'y conformer et de s'exécuter. (Arch. mun. d'Oisseau, 23 thermidor, an III).

(2) C'était bien assez, en effet, de donner deux considérants pour un malheureux « huitième de cochon ».

(3) J L'exactitude étant, a-t-on dit, la politesse des rois », le citoyen Pequineau, en bon sans-culotte, s'était mis à l'abri de l'accusation possible d'être entaché de cette qualité ci-devant révolutionnaire ; aussi, si la fatalité l'amena, après plus de quatre heures de retard, sur le lieu de ses opérations occasionnelles, dût-il être tout déconfit et estomaqué, en trouvant visage de bois, la municipalité lui ayant faussé compagnie et brûlé la politesse à son tour en levant le siège (A), et les vénérables (B) bêtes sujettes à son inspection


410 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

Que devenait notre Pequineau ? Pourquoi avait-il fait poser si longtemps une municipalité pourtant si déférente ? Qu'advint-il du '• huitième de cochon » imposé à la commune de Béthon, etc ? Voilà autant de questions que des lecteurs avides de nouvelles locales sont en droit de nous faire, et auxquelles nous sommes maintenant (1) en mesure de répondre.

Tout n'était pas rose certes, dans le métier d'inspecteur de la racé porcine. Parfois, sinon les sujets, du moins leurs propriétaires, faisaient les récalcitrants. C'est ce qui arriva à Champ fleur.

Le jour convenu, tous les cochons étaient réunis, fors toutefois deux d'entre eux, réputés pourtant les meilleurs qu'on avait fait passer à l'étranger (2) et méchamment cachés pour les soustraire à la commune réquisition.

Aussi, Pequineau ne put-il les mettre au choix, vu qu'ils ne lui furent pas présentés, de sorte qu'il ne trouva à sa convenance, sur tout le troupeau, qu'un seul animal, mâle et sain, appartenant à Julien Marchand, âgé de 15 mois,

inquisitoriale, ayant, elles aussi, regagné leur tott.

(A) Expression de la plus rigoureuse exactitude. La municipalité, en effet, considérant que la place où est planté l'arbre de la Liberté est exposée aux plus grandes ardeurs du soleil, sans aucun siège pour s'y reposer, alors qu'il est ordinaire pourtant que chacun y arrive très fatigué, venait de décider que les réunions municipales se tiendraient soit au corps-de-garde, à côté duquel se trouvait le confessionnal servant de guéritte et où la chandelle, vu sa rareté, ne devait être allumée que pour lire les passe-ports des gens arrêtés et conduits au dit corps-de-garde, soit à l'église, y ayant des sièges tant en dehors qu'en dedans, lesquels sièges seraient pris parmi les chaises les meilleures de ladite église, à condition de ne pas les détériorer, etc... (Arch. mun. de Bethon).

(B) On nous pardonnera ce qualificatif en raison du souvenir d'enfance qui nous le suggère. Une brave femme de mon pays, aussi forte et pas plus bégueule que la mère Ango, ne se faisait pas faute, pour réprimander ses nombreux et insupportables enfants, de se servir de l'expression de C... (lisez Fissipède) qu'elle croyait tempérer en y accolant l'épitbète • vénérable. > Et c'était un irrévérencieux régal pour les gamins de la région de provoquer, autant qu'il était en leur pouvoir, cette phrase tant désirée et qui ne se faisait pas attendre : • Ah I vénérable C..., tu vas en recevoir I » Et, en effet, si le délinquant ne se sauvait au plus vite, le geste suivait, plus énergique encore que la parole et nullement adouci.

(1) Les épreuves de cette courte notice étaient déjà revenues de l'impression quand le hasard complice des amateurs de vieux papiers, nous a fait découvrir un document que notre aimable éditeur a bien voulu intercaler ici, et qui pourra satisfaire ainsi des curiosités bien légitimes.

(2) C'est-à-dire à Saint-Rigomer, où nous les retrouverons tout à l'heure.


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 411

pesant 154, tache noire sur dos ou sur ventre au côté gauche avec une autre petite tache noire sur l'oeil aussi gauche.

Si cette jolie bête, si bien tachetée, fut flattée de cette honorable faveur officielle, il n'en fut pas de même de son propriétaire.

Furieux qu'on lui eut pris son unique animal, alors que d'autres, pourtant plus beaux que le sien, avaient été soustraits à la rapacité administrative, il s'en va en maugréant, disant que ce n'était pas juste, que les choses ne se passeraient pas ainsi, et qu'on ne tarderait pas à avoir de ses nouvelles.

Pendant ce temps, la municipalité, fort affairée, et renforcée de la haute personnalité de Pequineau, continuait de siéger s'occupant des réquisitions de laines, d'étamines, de fourrages, de cidres, etc., dont la dotait si généreusement le District.

Deux heures plus tard, notre Julien Marchand, comme il l'avait promis, se représente devant les notables. Il demande à être entendu, fait le serment de dire la vérité, et déclare « que pour s'aseurrer plus clairement du fait des cochons soustraits à la visite de tout à l'heure par la veuve Nicolas Goujon, il est etté aux ranceignemens. Sachant que la dite veuve en avait deux grands et gros de quinze mois, il sa rendu chez son gandre, le citoien Jean Burin, à Saint-Rigomer, district de Mamers, ous qu'on lui avet dit que se trouvoient les susdits ; s'est adressé à la femme dudit Burin et lui a demandé sy les cochons à sa mairre estes encorre là, lui a répondu qu'oui, lui a demandé à les voir, elle a ouvert le doiet oux ille estais, et il les a vut ous etté un cochon malle et une fuemaille pesant chaque environ deux cent. »

A peine sa déposition terminée, le fils de la veuve ainsi incriminée, René Goujon, qui faisait fonction d'officier public, déclare à son tour que les deux cochons dénommés si dessus sont bien à luy, qu'il les a vendus avant la réquisition des officiers municipaux de Champfleur, qu'il n'est point fautif et n'avait nullement besoin de présenter les animaux.

Et devant ces dépositions contradictoires, le Conseil déclare n'y rien comprendre et ny rien connoitre, et renvoit les dénomés Marchand et Goujon devant les administrateurs du


412 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

District pour en connoître les circonstances et en juger selon leur sagesse habitude. Et sur ce, lève la séance (1).

Nous pourrions, nous aussi, avec avantage, lever la séance, c'est-à-dire cesser d'endormir par nos baguenauderies nos lecteurs, si tant est qu'il s'en trouve à nous avoir suivi jusqu'ici, mais nous avons pensé que le récit suivant, étant donné qu'il a trait encore à la gent animal, ne le céderait peut-être pas en intérêt (ô amour-propre et illusion d'écrivain !) aux faits que nous venons de raconter.

Donc à la manière des officiers municipaux de Béthon, sans plus de formalité, si cette histoire vous amuse, nous allons la ...continuer.

En disant : « Le plus noble animal, c'est le cheval » Buffon n'avait certes pas en vue celui qui va nous occuper tout à l'heure, cheval du reste qui est une jument.

C'est le lundi 4 frimaire an III (24 nov. 94). Il est à peine 8 heures du matin, et la municipalité d'Açonnay est déjà à son poste.

Soudain un étranger fait irruption dans la salle commune.

Bené Blavette est son nom, et Bouessé-Fontaine son lieu d'origine et domiciliaire.

C'est du moins ce que nous apprennent et son récit et son sauf-conduit.

Autorisé à reconduire chez lui ses deux chevaux de réforme il vient en passant faire viser son passe-port.

Plus heureux que les sept déserteurs arrêtés récemment au Tertre (2), ses papiers, dûment signés du citoyen Vesiez, chef du dépôt des transports militaires à Alençon, sont parfaitement en règle.

On a même poussé le scrupule des formalités et de la paperasserie administratives jusqu'à détailler avec soin le signalement de ses juments (3).

(1) Grâce à ce malentendu, Pequineau s'attarda à Champfleur et Béthon n'eut pas à fournir son huitième de cochon.

(2) Sept soldats, se disant matelots canonniers et que la misère avait rendus déserteurs, furent arrêtés au Tertre par les gardes-nationales de Béru, Béthon et Arçonnay et conduits au juge de paix de Saint-Pater.

(3) L'une de la taille de 4 pieds 4 pouces, lettre B, 127, est grise tous crins et aveugle : l'autre de 4 pieds 10 pouces, mêmes lettre et numéro, est de couleur baie et marquée en tête Bat. I".


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 413

Et après avoir ainsi exhibé ses papiers et décliné ses nom, prénom et qualités, le susdit Blavette raconte « qu'il lui est « tout à fait impossible de se rendre ce jourdhui, comme il en « est requis, à Alen<;on, pour y faire son service ; hier soir, « en effet, comme il reconduisait chez lui ses deux bêtes, « l'une d'elles, la meilleure et la plus chère, seroit tout à coup « tombée dans le chemin d'Alençon à Arçonnay, au canton « des champs Roncereux (1), tout près d'ici. A ses appels, « des gens du voisinage seroient venus à son secours, et « auraient essayé de relever la pauvre bête ; mais n'y pouvant « réussir, l'auroient abandonnée à son triste sort. Et comme « on était à la quittée (2), ne voulant déranger personne « à cette heure, il auroit attendu à ce matin pour venir après « déjeûner, trouver les citoyens administrateurs et les prier " de se rendre sur le lieu de l'accident pour constater son malheur. »

Aussitôt la municipalité s'empresse, comme c'était son devoir, de déférer à ce désir.

Arrivée sur l'endroit du sinistre, consciente de l'importance de ses fonctions, la dite compagnie s'approche de la susdite bête de quatre pieds dix pouces, etc., (voir plus haut) la palpe, l'examine avec la plus grande attention, et reconnaît vite, sans nulle hésitation... qu'elle a péri dans la nuit.

Point n'était besoin de si grande attention pour porter ce jugement : la constatation était facile ; mais plus difficile de déterminer la cause de la mort.

Aussi, ce ne sera plus l'affaire de la municipalité, on aura recours à un homme d'expérience ; on va quérir le maréchal (3) de la commune, c'est lui qui se prononcera sur ce cas délicat et embarrassant.

Avec non moins d'importance et d'attention que tout à l'heure la municipalité, il examine à son tour la bête en ques(1)

ques(1) du vieux bourg actuel, sur le bord de l'ancienne grand'route du Mans à Alençon, dans l'ancienne rue de la Messe.

(2) Expression du pays pour désigner la tombée de la nuit.

(3) Un curieux procès de chasse, que nous publierons peut-être un jour, nous apprend qu'un maréchal existait au village de La Chapelle en 1665. Sans connaître précisément le lieu de sa résidence à l'époque qui nous occupe, nous croyons plus volontiers qu'il habitait soit le bourg soit le village de Saint-Biaise.

31


414 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

tion, réfléchit un instant, puis sûr que son diagnostic ne l'a pas trompé, il déclare péremptoirement qu'avec moins de maladies, la bête seroit morte quand même.

Notre rebouteux (1) avait-il des lettres, connaissait-il ses auteurs et en particulier la fameuse phrase cornélienne : « Que voulez-vous qu'il fit contre trois ? », ou bien, plus vraisemblablement, était-ce simple coïncidence, je ne sais, mais toujours est-il que c'est en termes presque identiques qu'il formule son jugement :

« Comment vouliez-vous qu'elle put s'en tirer ? dit-il en s'adressant à la municipalité ? >- Et devant le mutisme de cette dernière, causée par sa nescience en matière vétérinaire : « Savez-vous, continue-t-il, combien elle avait de mala« dies ? — ...? Quatre. Elle était atteinte de forbature, cour« bature, gourme et morfonture. Aussi, elle n'avait qu'à « périr — et à supposer même qu'elle en put réchapper, il « n'était point possible à son propriétaire de l'emmener chez « lui, avec une quantité aussi considérable de maladies. « Croyez-moi, c'est moi qui vous le dis, en raison de mon « métier j'ai vu dans ma vie bien des chevaux malades, jamais « je n'en ai vu avec autant de maladies à la fois. * (2).

(1) Nom que l'on donne dans les campagnes aux personnes qui s'occupent des maladies des animaux. On les appelle parfois aussi dans le sud du dépar tenient honoraire, rofjeyeu.s. ^uti-efoi% ei. pout-êtrs encc-e maintenant, les maréchaux-ferrants s'occupaient volontiers du traitement des maladies des bêtes. Pendant les premières années de notre séjour ici, nous avons encore vu le maréchal d'alors, donner fréquemment ,et ron sans succès, ses soins aux animaux malades pour lesquels on le consultait fréquemment.

En juin 1798, dans une réclamation que le mettre de poste d'Alençon fait à l'administration de Paris au sujet du vol de trois de ses chevaux par les chouans à Saint-Germain-de-la-Coudre, près la Hutte, ce sont les marichaux-expert* d'Alençon qui appuient sa demande en se prononçant sur la valeur réelle de ces bêtes.

(2) Une épidémie sévissait sans doute alors sur la race chevaline, car, à la même époque, à l'occasion d'une réquisition à eux faitte de deux voitures de chacune quattre cheveaux bien attelle et propres à charge de fourages pour se rendre et mètre à la disposition du citoien Lebourdais, au sy devant evesché du Mans, nous voyons les officiers municipaux de Champflleur écrire au District de Fresnay que trois des cheveaux mint hier en réquisition sont, d'après le certificat du nommé Polisse, maréchal, incapables de fairre le cervice demandé ; l'un, en effet, constatte ce dernier, est ataync de la gourme aux dedant du cou et d'une fièvre, l'autre est fourbu, et le troisième, en plus de la gourme, est boussif et point en nétat de marcher ni bien ni guère (Arch. mun. de Champfieur, 24 nov. 94).

Le 7 fructidor an II, une jument éhanchée, borgne du côté droit, est


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 415

Et fier de sa consultation, s'exaltant peu à peu devant les marques d'assentiment qu'on lui donnait, et sortant de son rôle et des limites de ses attributions professionnelles : « Vous « pouvez, dit-il en s'adressant avec autorité aux officiers « municipaux, donner un bon certificat au ci-devant citoyen « Blavette (1) ; il le mérite à tous égards ; je le connais, c'est « un bon citoyen. »

vendue à l'encan à Bourg-la-Loi, pour 36 livres.

(Justice de pair de Bovrg-la-Loi. Liasse du 13 janvier 1793, 13 thermidor, an VII, n» 37).

(1) En 1847, un sieur François Blavette possédait et occupait encore une maison appelée la Miottière, du nom de son premier propriétaire, et le sieur Joseph Blavette, possédait et occupait La Moranderie, maison située au milieu du bourg. C'était de la famille, neveux ou enfants, de notre René Blavette, qui devait être mort alors, ainsi que son cheval réformé et aveugle du temps de la Révolution.

Extrait des Chroniques de Rouessé, inédites, n° 1, grand in-folio, papier écolier de 64 pages, rédigées de 1844 à 1852, par M. Jean Jamln, né le 6 juin 1806, curé de Rouessé-Fontaine en 1844, chanoine honoraire de la cathédrale du Mans.

Nous devons la communication de ce Registre dont nous avons extrait ce qui nous a paru le plus intéressant, à un aimable confrère, M. l'abbé Jupin, curé de Rouessé, jeune vieillard de 80 ans, plein d'entrain et d'une exubérance toute juvénile, qui nous apporta ces chroniques par une pluie battante le mardi 29 nov. 191<>, et qui, pendant le dtner de conférence nous intéressa fortement par le récit d'histoires du vieux temps, racontées avec un brio et un entrain dénonçant une santé qui, comme il le disait lui-même plaisamment, était de nature à décourager tous les candidats à sa cure. Tous ces Messieurs de la conférence, à l'exception de MM. les Curés du Chevain bloqué par une inondation, de Fyé et de Bérus, retenus par ministère, avaient bravé une pluie persistante et tenace ; et les quelques bons moments que nous avons passés tous ensemble (à nous s'était joint mon excellent ami, M. l'abbé Letacq, aumônier des Petites Soeurs des Pauvres ; cinq mois plus tard, ses nombreux et si réputés travaux scientifiques, appréciés non seulement en France et en Europe, mais encore en Amérique, etc., lui obtenaient bien tardivement les palmes académiques), nous faisaient oublier, pour un instant, l'indifférence religieuse et le peu de foi d'une partie de nos populations.

Le 17 pluviôse an IJ, Joseph Blavette frère de notre René et .la<ques Louat/on, lieutenants de la grade nationale des grenadiers de Rouessé, sont requis par Pierre Louai ron, président du comité de surveillance et François Margot, maire demeurant à Grandchamp, de se rendre dans cette localité avec un détachement de 25 hommes pour y rétablir le calme, y restent deux jours en permanence. Sur l'ordre de ces officiers municipaux, la moitié du détachement seroit allée à Fresnay, où ils auroient fait une dépense de 17 livres ; ceux restes à Grandchamp auroient dépensé 10 livres. Le juge de paix de Bourg-la-Loi condamne les officiers municipaux à verser 55 livres pour les frais de dépenses desdites gardes nationales.

Extrait de l'ancienne Justice de paix de Bourq-la-loi de l'an I à l'an VI. 2* liasse, n° 29.

Ces jugements, au nombre de 455'(plusieurs manquent) forment un dossier de 7 liaces. Un seule liace, allant du 13 janvier 1793 au 13 thermidor an VI,


416 PETITS CÔTÉS DÉ L'HISTOIRE

Et c'est ainsi qu'après la remise à qui de droit, et en bonne et due forme, d'un certificat si savamment et si chaleureusement sollicité, et non sans avoir auparavant enfoui, tout comme un vulgaire libre-penseur, le pauvre animal victime de sa quadruple maladie, chacun s'en fut à ses occupations : le Conseil réintégra la maison commune, le maréchal regagna sa forge, et l'infortuné Blavette, muni de tous ses papiers, reprit tristement son chemin, traînant péniblement à sa suite son unique et aveugle solipède, morfondu lui aussi comme son défunt congénère...

Ces histoires de fissipèdes, solipèdes, quadrupèdes et bipèdes nous en remettent en mémoire une autre qui, pour n'être point tirée de poudreux et officiels documents, n'en est pas moins authentique, et mérite de figurer ici, persuadé qu'elle ne déparera pas la collection (1).

C'était en 1883. Un nommé Bry (rien de commun avec Gilles Bry (2) le fameux chroniqueur du Perche) s'en revenait un jour, un peu éméché, d'une foire de Mamers où il avait fait

et contenant 122 numéros, est intéressante, et encore d'un intérêt très modique ; elle contient quelques appositions de scellés : Sur la maison de charité de Saint-Germain-de-la-Coudrc, sur les biens du citoyen Perrochel ; du citoyen des Touches ; du citoyen curé de Grandcamp ; du citoyen Lécureul, curé de Bourg-le-Roi ; l'arrestation et la mort de quelques chouans, dont il sera parlé en son temps, etc.

Les autres liasses sont sans intérêt aucun, n'étant que des jugements de de démêlés et différends ordinaires.

Tous ces registres, ainsi que ceux relatifs aux délibérations municipales de la même époque, admirablement tenus par M. Gasdon, notaire à Bourgle-Roi et maire de cette localité, et qui fait lui-même office de secrétaire de la Mairie, nous ont été très gracieusement communiqués par lui. Qu'il veuille bien recevoir ici l'expression de notre reconnaissance pour son amabilité à notre égard.

(1) Nous tenons ce récit de notre excellent ami M. l'abbé Chaudron, curé du Chevain, qui la tenait lui-même des auteurs de cette farce, ses paroissiens alors qu'il était curé de Louzes.

(2) Puisque le nom de Gilles Bry vient sous notre plume, peut-être ne sera-t-il pas hors de propos de signaler aux amateurs de livres rares qu'un bibliophile aussi délicat que modeste, M. Adolphe Lefol, place du Puits des Forges, possède, avec de précieux incunables, un exemplaire de l'Histoire des Pays et Comté du Perche et Duché d'Alençon, par Gilles Bry de la Clergerie 1620, ouvrage < peut-être unique, au dire du savant abbé Fret, qui regrettait de n'en avoir pu trouver un seul exemplaire ni à Paris, ni en province, de sorte que cette histoire, ajoute-t-il, quoique imprimée, est pour ainsi dire comme non existante, (a) » Amateur et possesseur de livres rares et curieux, M. Lefol est encore collectionneur presque universel. Dans ses

(a) L'Histoire du Perche de Bry de la Clergerie, rare en effet, n'est cependant ]>as introuvable; j'en connais un certain nombre d'exemplaires. H. T.


PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE 417

l'acquisition d'un petit cochon de lait. Content de son acquêt, il marchait tout guilleret, portant dans une poche sur son dos son précieux fardeau.

Arrivé à la mare Patois (1), il entre chez la veuve Lhomme, qui tenait une auberge ou « bouchon » fort bien achalandé et renommé pour la bonté de son genièvre.

Plusieurs de ses amis s'y trouvaient attablés (2).

Après échange de vigoureuses poignées de mains, le nouvel arrivé dépose son colis vivant dans un coin, et se met à raconter longuement son bon marché, tout en engageant une partie de cartes qui se prolonge, agrémentée de consommations pourtant nullement nécessaires.

Au bout d'un assez long temps, notre bonhomme quitte ses partenaires et sort un instant.

appartements qui sont un petit mais intéressant musée, qu'il nous a montré de la meilleure grâce, nous avons remarqué armoire normande, panoplie, veilles images, autographes, panneaux, horloge, etc., etc., et enfin une collection d'ex-librh, au nombre desquels il nous plait de signaler Ici le sien

propre, dont il a donné lui-même le dessin, et qui suffirait à montrer que son auteur, quoique simple artisan, a un goût et un sens artistiques des plus sûrs et pour ainsi dire innés.

(1) Hameau non loin d'Aillières, entre le Bourg et la Tournerie.

(2) C'étaient Fouquet Quelquejeu, Fleury dit Miton ou le petit méchant, ainsi surnommé parcequ'il était malingre, et Cherrier, tous trois sabotiers à Louzes et encore existants. L'auberge est toujours achalandée. La cabaretière est défunte ; le père et la mère Bry ne sont plu.» ; leur cochon pas davantage.


418 PETITS CÔTÉS DE L'HISTOIRE

Vite nos trois lurons, farceurs comme tous les sabotiers et autres gens de bois de la forêt, de lui jouer un bon tour.

Le petit goret, prestement retiré du bissac est mis en lieu sûr pendant qu'on lui substitue le petit chien de la maison.

Le père Bry ne tarde pas à rentrer, trinque avec un nouveau verre de genièvre, et reprend son fardeau et le chemin de sa maison.

Peu habitué à ce genre de sport, le petit animal (il s'agit du chien) fortement secoué par la marche titubante du bonhomme, ne cessait d'aboyer, faisant entendre des vuou, vuou plaintifs comme ont coutume d'en pousser ses congénères en détresse.

Insensible à ses cris le bonhomme, flegmatique, continuait son chemin, secouant de plus en plus sa poche en disant : « Oui, oui, j't'entends ben ;t'as beau aboyer comme un chien, t'es tout d'même qu'un cochon, va ; tais-té. »

Enfin, après force dialogues, chacun en son langage, notre villageois arrive à son bordage.

Sa digne et plantureuse moitié, furieuse de ce retard et de son état, lui fait une réception qu'on se figure aisément. « Tais-té, dit-elle à son tour au bonhomme qui veut l'apaiser, s'expliquer et lui raconter son emplette, tais-té et va t'coucher ; t'en as besoin, t'es bon qu'à ça. »

Et le bousculant, elle prend vivement le bissac, le délie, l'ouvre, et... le chien s'enfuit hurlant lamentablement.

Ahurissement du bonhomme, stupéfaction et colère de la bonne femme qui refuse impitoyablement à ce dernier l'entrée du domicile conjugal.

Tout piteux, Bry retourne à la mare Patois.

La cabaretière se répand en reproches amers contre les auteurs de cette vilaine farce, et tout heureuse du retour de son chien (il venait de rentrer) offre un verre de genièvre au père Bry et lui rend son cochon.

Puis tous deux rentrent triomphants l'un portant l'autre ; et chacun s'en fut enfin coucher. (1) Abbé LEGROS.

(1) Nous aurions voulu pouvoir assurer au lecteur que ce cochonnet était un descendant authentique des anciens réquisitionnes du citoyen Pequineau; mais notre chroniqueur du Chevain n'ayant pas voulu prendre sur lui de se porter garant de î'autenticité de cette généalogie fissipèdique, notre rôle d'historien, avant tout véridique, ne nous permet pas d'être plus afflrmatif sur ce détail.


LE MARQUISAT DE C0UIPJAE3

(Suite)

DESCENDANTS du dernier Marquis de Courtomer

I

Antoine-Léon-Pierre de Saint-Simon, dernier marquis de Courtomer, décédé le 30 Août 1816, s'était marié deux fois :

1° Le 27 mars 1784, avec MUe FROTIER DE LA COSTEMESSELIÈRE, comme nous l'avons vu précédemment, laquelle mourut en l'année 1803 ;

2° Le 8 octobre 1812, en l'église de Saint-Thomas d'Aquin, avec Louise-Henriette DE CASTELLANE, née en 1783, fille d'André-Joseph-Gaspard-Marie, comte de Castellane-Majastres, officier au régiment du Roi, et d'Armandine-LouiseAdélaïde de Béthune de Selles. Elle mourut sans postérité, au couvent des Oiseaux, à Paris, le 12 Mai 1867.

Du premier mariage vinrent trois filles :

1° Anioinette-Ernestine-Léontine-Eléonore DE SAiNT-SiMONt née à Paris le 5 novembre 1788, nommée le lendemain en l'église Saint-Sulpice par Jean-Léon de Thiboutot et Jacqueline-Eléonore de Reclesne de Digoine, sa grand'mère maternelle. Elle fut mariée le 26 mai 1807, en l'église Saint-Thomasd'Aquin, par Antoine Leclerc de Juigné, ancien archevêqui. de Paris, à Albert-Eugène-François DE VIRY (1), âgé de 22 an*, chambellan de l'Empereur, fils de Joseph-Marie-François* de

(1) Viry : de sable, à la croix ancrée et ajourée de gueules.


420 LE MARQUISAT DE COURTOMÈR

Viry, aussi chambellan de l'Empereur, sénateur, commandeur de la Légion d'honneur, et de -Marie-Monique de Marette de Rochefort.

A ce mariage assistaient Mme de Viry, mère de l'époux, dame d'honneur de la Reine de Hollande, Auguste de Rémuzat, premier chambellan de l'Empereur, etc.

Devenue veuve sans enfants, M1Ie de Saint-Simon épousa Alfred-Augustin-Joseph, comte de MAUSSION (1), né à Paris le 28 octobre 1788, aide-de-camp du prince de Neufchâtel en 1813, brigadier des gardes de Monsieur en 1815, général de brigade, fils d'Etienne-Thomas de Maussion, chevalier, seigneur de la Courtenjaye, conseiller du Roi et trésorier général d'Alençon et de Jeanne-Antoinette-Roberte-Orléans de Cyprière.et frère de Thomas-Antoine-Adolphe de Maussion, qui fut préfet du palais de Napoléon III. Le comte de Maussion mit à la suite de son nom de famille celui de Monlgoubert, terre située en Saint-Julien-sur-Sarthe (Orne) et qui appartenait à sa femme (2).

Mlle de Saint-Simon, comtesse de Maussion-Montgoubert, mourut le 16 «décembre 1853, laissant deux enfants de son second mariage :

A) Marie de Maussion, mariée au comte Louis Fabre (de l'Aude) (3), fils de Jean-Pierre, Sénateur et Comte de l'Empire, Pair de France en 1819, mort à Paris le 6 juillet 1832, et de Rose-Marguerite Mofîre. La maison Fabre est maintenant éteinte.

B) Alfred-Augustin, comte de Maussion, né en 1810, marié

(1) Maussion : d'azur, au chevron d'or, accompagne en chef de deux étoiles du même et en pointed'un cyprès d'or, planté sur une montagne d'argent. La famille de Maussion, originaire de l'Anjou, compte parmi ses rejetons le célèbre médecin de François I".

(2) La terrre de Montgoubert fut vendue par la famille de Maussion, le 5 juin 1830, pour le prix de 215.000 fr. à Jacques Mathieu-Louis Druet des Vaux, ancien inspecteur des forêts, né en 1793, député de l'Orne en 1848, décédé à Alençon le 14 janvier 1868, époux de Henriette Le Mouton de Boisdeffre, née à Londres vers 1807, décédée à Alençon le 14 septembre 1841. Leur fille unique, Louise-Henriette-Marie-Palmyre Druet des Vaux, née le 5 septembre 1841, propriétaire de Montgoubert, a épousé le 17 avril 1859 M. Albert Le Guay, né à Paris le 10 mai 1831.

(3) Fabre : de gueules, à la bande d'or, accompagnée de 3 besants d'argent.


LC MARQUISAT DE COURTOME* 421

à Théophile de Choiseul-Gouffier (1), fille d'Edouard, comte de Choiseul-Gouffier et de la princesse de Galitzin. La comtesse de Maussion, décédée à Paris le 10 juin 1891, avait eu deux filles : AA) Marie-Jeanne-Barbe-Roberte de Maussion, née en 1846, morte à Marseille le 18 mars 1885, après avoir épousé en 1867 le Comte Arnaud de Vitrolles (2), neveu du ministre de Louis XVIII et descendant du bailli de Suffren, dont six enfants ; BB) Yvonne de Maussion, née en 1856, mariée le 30 avril 1884 à Edgard de la Motte, dont postérité.

2° ELISABETH-LOUISE-PAULINE DE SAINT-SIMON, héritière de la terre de Courtomer, dont nous rapporterons plus loin la descendance.

3° AIMÉE-LÉONTINE DE SAINT-SIMON, née à Paris le 12 février 1803, nommée le lendemain en l'église de Saint-Thomasd'Aquin par Aimé-Jacques-Marie-Constant Morton de Chabrillan.

Elle épousa à Paris le 15 mai 1821, Astolphe-Louis-Léonor marquis de Cusline (3), né à Méderwiller (Meurthe) le 18 mars 1790, fils d'Armand-Louis-Philippe-François, marquis de Custine, seigneur de Guermanges, capitaine au régiment de la Reine-Cavalerie (1787) chargé d'affaires et ensuite ministre plénipotentiaire à Berlin (1792), puis aide de camp du général Luckner, adjudant général,et enfin général en chef des armées du Rhin, et de Mélanie-Eléonore Delphine de Sabran, marraine de Mme de Girardin. (4)

(1) Choiseul-Gouffier : d'azur, à la croix d'or, cantonnée de vingt billet tes du même et chargée en coeur d'un écusson d'or à 3 tierces de sable, qui est de Gouffier.

*■ (2) Vilrolles : d'azur, au lion d'or appuyant sa patte senestre sur un tronc d'arbre de sinople.

(3) Custine : d'argent, à une bande de sable, accostée de 2 filets du même écartelé de sable semé de fleurs de lis d'argent.

(4) Mélanie de Sabran, qui était d'une étonnante beauté, mourut à Bex (Suisse) le 25 juillet 1826, à l'âge de 56 ans, et (ut inhumée dans l'église d'Auquainville (Calvados). Le décès de cette dame frappa beaucoup Chateaubriand qui écrit dans ses Mémoires d'outre-Tombe : « Je l'ai vue plus blanche qu'une parque, vêtue de noir, la taille amincie par la mort, la tête ornée de sa seule chevelure de soie, je l'ai vue me sourire 4e ses livres pâles et de ses belles dents, lorsqu'elle quittait Sécherons près Genève pour expirer à Bex, à l'entrée du Valais ; j'ai entendu son cercueil passer la nuit dans les rues solitaires de Lausanne pour aller prendre sa place éternelle à Fervaques. »


422 LE MARQUISAT DE COURTOMER

Astolphe de Custine, qui était le filleul de Chateaubriand, assista au Congrès de Vienne en 1814 en qualité d'attaché à l'ambassade du Prince de Talleyxand, et fut pourvu à la Restauration d'un brevet de colonel dans les chevau-légers de la Maison-rouge du Roi. Il a écrit plusieurs volumes de voyages, une tragédie intitulée Béatrix Censi, qui fut jouée au théâtre de la Porte-Saint-Martin en 1833 ; mais son ouvrage le plus remarquable est « La Russie en 1839 », traduit en plusieurs langues.

Mme de Custine, née de Saint-Simon-Courtomer, mourut à Saint-Germain-en-Laye le 7 juillet 1823, et son mari en son château de Saint-Gratien, près d'Enghien, le 25 septembre 1857. Tous deux furent inhumés dans l'église de Saint-Aubin, commune d'Auquainville (Calvados). Leur fils unique, Louis-Philippe Enguerrand de Custine, né le 19 juin 1822 au château de Fervaques, avait été déposé dans le caveau de la même église le 4 janvier 1826 (1).

FAMILLE FROTIER DE LA COSTE-MESSELIÈRE

D'argent, à un pal de gueules, accosté de dix losanges du même, 5 de chaque côté, posés 2, 2 et 1.

Après la mort d'Antoine-Léon-Pierre de Saint-Simon, dernier marquis de Courtomer, la terre et domaine de ce nom tomba dans le lot de sa seconde fille, Airtoinette-ErnestineLéontine-Eléonore de Saint-Simon, née le 5 novembre 1788, laquelle avait épousé à Paris le 25 juillet 1816, son cousingermain, Benjamin- Charles - Olivier- Éléonore -Jacques -Philippe Frotier, marquis de la Coste-Messelière, né à Paris le 30 novembre 1785, fils de Benjamin-Éléonor-Louis Frotier, Marquis de la Coste-Messelière, vidame de Meaux, capitaine au régiment de la Rochefoucauld-Dragons, mestre de camp de cavalerie, ministre plénipotentiaire près du duc des DeuxPonts, et d'Anne-Justine-Elisabeth-Joséphine de SaintGeorges-Vérac.

(1) Chateaubriand et Madame de Custine, par E. Chédieu de Robethon, in-8» 1893.


LE MARQUISAT DE COURTOMER 423

Le Marquis de la Coste fut nommé maire de Courtomer par arrêté préfectoral du 31 août 1821 et installé le 25 septembre suivant par M. d'Avesgo, comte de Coulonges, membre du Conseil général. Maintenu dans ses fonctions le 10 février 1826, sous le règne de Charles X, il demanda son remplacement au mois d'août 1830 pour raisons de santé. On lui donna pour successeur son adjoint, Louis-François Beuzelin, capitaine en retraite, chevalier de la Légion d'Honneur (1), et après le décès de ce dernier, survenu le 24 octobre 1848, le Marquis de la Coste fut, pour la seconde fois, nommé maire de Courtomer.

Le Marquis de la Coste et sa femme, née de Saint-Simon, sont décédés à Paris : le Marquis, le 19 juillet 1850, et la Marquise, le 3 décembre 1861.

Cinq filles étaient nées de leur mariage :

1° Jacqueline-Charlotte-Anne-Léontine Frotier de la Coste, née à Paris, le 6 avril 1817, décédée à Courtomer le 27 novembre 1825;

2° Anne-Antoinette-Gabrielle, née le 26 mai 1812, héritière des château et domaine de Courtomer, mariée à Paris le 5 mai 1838 à M. le Comte de Turenne d'Aynac, dont nous donnerons ci-après la descendance ;

3° Anne-Adrienne-Françoise, née à Paris le 16 mai 1819, décédée à Courtomer le 8 avril 1824 ;

4° Anne-Antoinette-Ernestine-Césarine, décédée le 1 juin 1827;

5° Léontine-Anne-Olioe, décédée le 17 juin 1849, à l'âge de 17 ans.

FAMILLE DE TURENNE D'AYNAC (2) Coticé d'or et de gueules de dix pièces

La maison de Turenne d'Aynac a pour auteur Hector de Turenne, fils légitimé de Raymond VIII, comte de Beaufort,

(1) Louis-François Beuzelin, fils de Louis-François et de Marie Rosel, était né à Falaise le 10 octobre 1776.

(2) Les Vicomtes de Turenne ont formé 5 lignées :

1. La première commence à Bernard I, vivant en 930 et Huit à N... de


424 MARQUISAT PE; ÇQURTOMER

22e vicomte d« Turenne. Ce dernier, fils de Guillaume Roger, comte de Beaufort, était neveu du Pape Grégoire XI, qui transporta le siège pontifical d'Avignon à Rome, arrière-petitneveu du Pape Clément VI, de Hugues Roger, cardinal, et de Jean Roger, archevêque d'Auch en 1311.

Les descendants d'Hector de Turenne d'Aynac ont pris alliance dans les maisons d'Ornhac, de la Roche, de Genouilhac, de Thémines, de Pontanier, de Felzins, de DnrfortClairemont-Boissières, Fabert, de Baschi du Cayla, etc., et d'eux sont sortis deux branches : celle de Turenne de Sourzac, éteinte vers 1715, et celle de Turenne d'Aubepeyre, fixée à Rodez (Aveyron), et représentée aujourd'hui par deux officiers d'infanterie.

Henri-Amédée-Mercure de Turenne, Marquis d'Aynac et de Pignan (XIe degré de la généalogie des Turenne d'Aynac), né à Pau le 23 septembre 1776, était fils de Marie-JosephRené de Turenne, marquis d'Aynac et de Montmurat, haron de Felzins, premier baron de Quercy, et de Gabrielle-Pauline de Baschi du Cayla, fille du marquis du Cayla et de SuzanneFrançoise de Baschi, marquise de Pignan- Nommé en 1805 capitaine et officier d'ordonnance de l'Empereur, en 1809 Comte de l'Empire et en 1811, chambellan, il fit les campagnes d'Allemagne et de Russie et fut chargé de missions diplomatiques auprès du Roi d'Espagne et de plusieurs autres

Turenne qui lègue la Vicomte à son mari, Archambaud dit Jambe pourrie ;

2. La seconde a pour auteur le dit Archambaud (992-1000), beau-frère de Richard, duc de Normandie, et finit avec Marguerite, qui meurt après avoir légué la Vicomte à son mari, Bernard, comte de Comminges.

3. La troisième commence au dit Comminges (1306-1335) et se termine à Cécile de Comminges qui vend la Vicomte de Turenne en 1350 pour 145.000 florins d'or à Guillaume Roger, Comte de Beaufort, marié à Aliénor de Comminges, sa soeur ;

4. La quatrième a pour auteur le dit Guillaume Roger (1350-1394) et prend fin avec Anne de Beaufort, mariée à Agne dejla Tour ; c'est de cette lignée que sont sortis les Turenne d'Aynac (Lot).

5. La cinquième, enfin, commence à François de la Tour (1489-1499) fils d'Agne de la Tour et se termine à Charles Godefroy de la Tour, qui en 1738 vendit au Roi la Vicomte de Turenne, se réservant toutefois le droit d'en porter le nom et de le transmettre à sa postérité. C'est de cette dernière lignée qu'est sorti Henri de la Tour, maréchal de France, connu sous le nom de Grand-Turenne, né à Sedan en 1611, tué d'un boulet de canon à Salzbach le 29 juillet 1675 ; il était fils d'Henri de la Tour, 32e Vicomte de Turenne et d'Elisabeth de Nassau, fille du Prince d'Orange et de Charlotte de Bourbon.


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souverains. Il était en 1814, colonel, officier de la Légion d'honneur, commandeur de l'Ordre de la Réunion et chevalier de l'Ordre de Maximilien de Bavière. Pendant les CentJours, il fut créé membre de la Chambre des Pairs, commandeur de la Légion d'honneur, et rappelé à la pairie en 1830. Louis-Napoléon, Président de la République, lui donna les insignes de Grand-Officier de la Légion d'honneur, lors d'une visite où M. de Turenne lui remit des objets précieux que Napoléon Ier avait confiés à sa garde. Il mourut à Paris le 16 mars 1852, laissant deux fils nés de son mariage célébré le 9 mai 1799 avec Claire-Elisabeth-Frmçoise-Agathe de Brignac, fille unique du marquis de Montarnaud :

1° Gustave-Edmond-Joseph-Romuald, marquis de Turenne d'Aynac, né le 17 juin 1803, officier d'infanterie et chevalier de la Légion d'honneur. Il a épousé le 20 juin 1833, JeanneLouise-Adélaïde de la Tour du Pin-la-Charce, dont il a eu :

A) Etienne-Guy, comte de Turenne d'Aynac, né le 14 avril 1837, lieutenant de vaisseau, officier de la Légion d'honneur, marié le 25 juin 1874 à Elisabeth-Alexandrine-Marie, Princesse de Wagram, dont : Marie-Josèphe-Françoise de Turenne d'Aynac, née le 3 février 1876, mariée à Saint-Philippe-duRoule le 9 juillet 1895 au Comte Raymond-Bertrand de Toulouse-Lautrec, lieutenant de dragons ; et Alexandrins Suzanne-Claude de Turenne d'Aynac, née le 28 février 1878.

B) Sosthène-Paul, comte de Turenne d'Aynac, né le 17 mars 1842, secrétaire d'ambassade, chevalier de la Légion d'honneur, chargé d'affaires de France aux Etats-Unis, au Japon, au Brésil, consul général à Québec, marié en 1882 à la comtesse veuve Negroni, fille de John Fitzray de Courcy, lord Kingsale.

c) Gabriel-Louis, comte de Turenne d'Aynac, né le 23 août 1843, chevalier de la Légion d'honneur, officier de cavalerie ;

D) Albertine-Suzanne de Turenne d'Aynac, née le 11 avril 1846, mariée le 27 septembre 1871 à Scipion-Charles-MarieEugène, Marquis de Nicolaï, dont un fils et une fille.

2° NAPOLÉON-JOSEPH-GABRIEL, comte de Turenne d'Aynac,


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né à Strasbourg le 9 février 1806, qui fut nommé par l'Empereur Napoléon Ier et l'Impératrice Joséphine. Il fut capitaine d'infanterie, chevalier de la Légion d'honneur et élu maire de Courtomer en 1850. Il avait épousé le 5 mai 1838, Anne-Antoinette-Gabrielle Frotier de la Coste-Messelière, née le 26 mai 1818, héritière du château et du domaine de Courtomer, fille de Benjamin-Charles-Olivier-Éléonore-Jacques-Philippe Frotier, marquis de la Coste-Messelière, et d'Antoinette-Ernestine-Léontine-Éléonore de Saint-SimonCourtomer. M. de Turenne est décédé le 5 juillet 1889 et la comtesse sa femme, le 13 février 1903. Deux enfants étaient nés de leur mariage.

A) Eléonor-Jacques-Elisabeth-Henri, comte de Turenne d'Aynac,' dont nous parlerons bientôt :

B) Marie-Elisabeth-Henriette de Turenne d'Aynac, née à Paris le 13 avril 1839, morte sans alliance au château^de Pignan, près Montpellier, le 13 novembre 1872. Voici en quels termes la Semaine Catholique de Sées rendit compte des obsèques :

«Mademoiselle Marie de Turenne,que sa naissance rattachait aux Saint-Simon-Courtomer, une des plus anciennes et des plus illus