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Titre : Le Monde artiste : théâtre, musique, beaux-arts, littérature

Éditeur : [s.n.] (Paris)

Date d'édition : 1877-03-31

Contributeur : Gourdon de Genouillac, Henri (1826-1898). Éditeur scientifique

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 19764

Description : 31 mars 1877

Description : 1877/03/31 (A17,N13).

Description : Appartient à l’ensemble documentaire : Pam1

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k54541050

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, Z-1096

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32818188p

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 30/11/2010

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17e Année. — N° 13.

BUREAUX A PARIS : 15, RUE PIGALLE

Samedi 31 mars 1877.

LE

MUSIQUE THÉATRES — BEAUX-ARTS ACHILLE LEMOINE DIRECTEUR

aidresser correspondances et mandats

à M. A. LEMOINE

Directeur du Journal.

Il sera rendu compte des ouvrages

dont deux exemplaires seront adressés à l'Administration.

Les abonnés au texte et à la musique recevront avec le numéro de ce jour :

LES SOIRÉES PARISIENNES, n° 4, Adieu, pour chant, par C. CHESNEAU.

Puis viendra:

FANTAISIE BRILLANTE sur le Châlet, pour piano, par NEUSTEDT.

PARIS

La question du droit arbitraire dont les théâtres sont frappés au profit des hospices va probablement être examinée et discutée à fond par nos députés.

On ne peut prévoir au juste ce qui résultera de la discussion ; mais l'état actuel ne pouvant être aggravé et toute discussion devant avoir un résultat, on peut espérer que les entreprises théâtrales gagneront aux débats qui vont s'ouvrir.

Plusieurs députés du centre gauche doivent signer un travail relatif à cette grosse affaire, travail que M. le comte d'Osmoy doit rédiger. L'honorable député, malade depuis quelque temps, n'a pu terminer cette importante étude ; mais dès le retour de la Chambre, le projet sera remis à M. Tirard, qui en fera un rapport spécial. Alors, il faudra bien que la Chambre se décide à examiner, à discuter sérieusement, et tout porte à coire que la majorité entendra cette fois autre chose que des arguments sans consistance inspirés par un sentimentalisme incompréhensible.

Il faudra bien, nous l'espérons du moins, qu'on se décide à voir dans l'industrie théâtrale un commerce sérieux et loyal autant que tout autre, et qu'on examine si ce commerce n'est pas extraordinairement plus grevé que les autres. Il faudra, enfin, qu'on aborde résolument la question du droit des pauvres, et le jour où on l'abordera, en s'appuyant sur l'esprit général de la législation française, nous croyons pouvoir affirmer que les partisans de ce droit ne soutiendront pas la discussion.

La chronique provinciale va bientôt commencer à devenir rare. Cela nous permettra de donner un peu plus de place aux articles de la rédaction parisienne. La première chose que nous ferons alors, ce sera de parler de l'industrie théâtrale et du droit des hospices. Il nous sera facile de prouver ce que nous disons plus haut, soit, que cette industrie est grevée autant et même plus que les autres. Cela ne sera pas inutile au moment où la question, présentée à la Chambre, occupera toute la presse française.

La lettre suivante a été adressée au Petit Journal et nous la reproduisons volontiers :

Monsieur,

Vous annoncez que les auteurs de Bébé viennent de prendre une décision à laquelle tous les directeurs de théâtre de province ne peuvent qu'applaudir.

En effet, depuis trois ans, nous en sommes réduits à jouer la Tour de Nesles, Lazare le Pâtre, etc., ce qui fait que bon nombre de directeurs ne peuvent arriver à la fin de l'exploitation sans perdre d'argent, les ouvrages à succès et à recettes sûres leur étant interdits. J'ai joué les Dominos roses onze fois cette année, et je crois que les auteurs n'ont pas perdu de nous avoir permis leur pièce.

Je me fais donc l'interprète de tous mes collègues do province pour remercier les auteurs de Bébé, et nous désirons vivement, dans l'intérêt des artistes et le nôtre, que leurs confrères suivent leur exemple.

Veuillez agréer, etc.

P. SAINT-AIGNAN,

Directeur du théâtre de Châlon-sur-Saône.

L'initiative de MM. de Najac et Hennequin devrait inspirer à tous les directeurs la bonne pensée de défendre ainsi, par l'exposition des faits, la corporation entière, menacée dans ses intérêts par la surprenante manie des auteurs dramatiques. L'occasion est bonne pour tâcher de prouver à messieurs les auteurs qu'en faisant des traités particuliers, ils risquent de ruiner les entreprises provinciales et de se ruiner eux-mêmes.

Si le monopole du répertoire, accordé aux troupes nomades, devenait la conséquence de la liberté d'exploitation, nous aurions deux grands malheurs à déplorer et le théâtre provincial, ce beau théâtre que seule la France possède dans de telles proportions, serait bientôt perdu.

Il faut lutter, et dans cette lutte, les directeurs et les artistes doivent se placer au premier rang. La presse parisienne de toutes les couleurs et de tous les formats leur prêtera volontiers son appui. Déjà, on le voit, il y a un mouvement sympathique. Il faut en profiter.

A ce sujet, nous remercions M. Achille Denis, rédacteur en chef de l'Entr'acte, de ses bonnes paroles au sujet de notre précédent article. M. Achille Denis, qui fut pendant bien des années rédacteur de la Revue et Gazette des Théâtres, au beau temps où la Revue était un véritable journal et non une simple feuille d'avis ; M. Achille Denis, disons-nous, juge en homme d'expérience, en homme connaissant à fond le théâtre, les auteurs, les directeurs, les artistes, Paris et la province. Aussi n'hésite-t-il pas à condamner le système contre lequel viennent de s'élever, par un fait éloquent, MM. de Najac et Hennequin.Nous espérons que notre excellent confrère n'en restera pas là et que nous aurons bientôt à reproduire un article de lui.

JULES RUELLE.

Théâtre des Bouffes-Parisiens. — La Sorrentine, opéra comique en trois actes de MM. Jules Moineaux et Jules Noriac, musique de M. Léon Vasseur.

Sorrente est à l'ordre du jour: popularisée à l'Opéra-Comique, elle fournit aux Bouffes le titre d'une pièce. Et pourtant la Sorrentine ne


2 LE MONDE ARTISTE

se passe pas à Sorrente, mais à Naples, dont le vice-roi, vieux gommeus sur le retour, songe à se marier. Il doit épouser la fille du marquis de Ripaverde, qui arrive d'Espagne à cet effet, mais cette ingénue se fait enlever pendant le voyage. Quel contre-temps ! Il chiffonne surtout la nièce du vice-roi, la comtesse Tola, dont le mariage devait être célébré le même jour que celui de son oncle. Pour parer à ce retard, l'impatiente Tola et son amoureux Carlo ne trouvent rien de mieux que d'amener au vice-roi, richement costumée, une fausse fiancée qui n'est autre que la fille du barbier Coucoumella. Téresina a bien une inclinaison pour le jeune pêcheur Lazarillo, mais elle consent à accepter la main du vieux potentat quand on lui affirme qu'elle pourra voir son ami trois fois par semaine !

Cependant le peuple murmure : il n'aime pas les noces de ses gouverneurs, parce qu'elles sont toujours accompagnées de nouveaux impôts. Une sédition se prépare, tandis qu'au palais Téresina, entendant parler de son noble père le marquis de Ripaverde, s'imagine qu'on a anobli Coucoumella et s'empresse de l'en avertir. Le barbier parait en riche seigneur, et reçoit les hommage dus au grand d'Espagne dont il usurpe innocemment le nom. Enivré de cet encens, il en arrive à se croire lui-même un grand politique, et réussit un moment à calmer la révolte par un discours où il promet au peuple l'abolition des impôts... et leur remplacement par des contributions : mais l'ardent Lazarillo, qui veut enlever Téresina à la faveur du désordre, donne le signal de l'attaque et s'empare du palais.

Le troisième acte se dénoue par le tète-à-tête des deux Ripaverde, car le vrai marquis est arrive et revendique sa qualité devant le vice-roi. À la fin on s'explique, et la jeune Tola, qui a imaginé toute cette intrigue, avoue la vérité à son oncle en disant qu'elle avait voulu lui cacher l'accident arrivé à l'honneur de sa fiancée. Le noble gouverneur ne peut épouser une fille du peuple; il la laisse donc à Lazarillo en accordant satisfaction aux demandes des révoltés. A ces conditions, les Napolitains s'apaisent et retournent au repos qui leur est si cher.

Les deux auteurs du livret l'ont brodé avec leur esprit habituel, et M. Léon Vasseur a donné dans la Sorrentine un digne pendant à la Timbale d'argent. Plusieurs de ses airs charmants sont restés dans notre mémoire : nous pouvons citer les couplets que chante Téresina (Paola-Marié) en marchande de coquillages, l'ariette : Ce bouquet frais et coquet, parfaitement dite par M. Fugère, et la chanson à boire du troisième acte : il nous les vins généreux, enlevée au milieu des choeurs par Lazarillo (Mme Peschard). L'interprétation est excellente, puisqu'à côté de cantatrices comme Mmes Peschard et Paola-Marié, s'y trouvent l'étourdissant Daubray (Coucoumella) et la jolie Mme Prelly (Tola). Nous avons seulement regretté de voir confondues dans la foule deux excellentes artistes, Mlles Blanche Miroir et Grégoire : l'une n'a que quelques mots à dire dans le rôle de l'apprenti barbier Gavrocci, l'autre est tout à fait effacée en marchande d'oranges. La direction des Bouffes les dédommagera sans doute dans une autre occasion,— qui d'ailleurs n'est pas près de se présenter, car la Sorrentine a devant elle une longue série de succès. — JULES D'AURIAC.

Château-d'Eau. — L'Adultère, drame en six actes dont un prologue, par MM. Edouard Brisebarre et Eugène Nus. Première représentation, à ce théâtre, le jeudi 22 mars.

Fidèle au programme qu'elle semble avoir adopté, la coopération des artistes-directeurs de cette scène met en pratique la coutume établie dans les théâtres de l'ancienne banlieue où l'on sert au public amateur d'émotions fortes une nouvelle machine à spectacle tous les quinze jours. Certes, en toute chose, la coopération peut avoir du bon ; mais il ne faut pas non plus se contenter de rééditer de vieux clichés, ni de tirer de l'oubli des choses démodées en les habillant différemment. Pour prouver toute la force d'une pareille association, il convient de créer. Or nous attendons toujours les nouveaux drames promis, et il ne peut en manquer dans les cartons. Nous applaudirons à des recherches fructueuses.

C'est à l'Ambigu-Comique, le 28 juillet 1854, que ce drame, un des meilleurs de la collaboration Brisebarre et Nus, fut joué pour la première fois sous le titre de Suzanne, avec le concours de Mme Marie

Laurent. Son succès fut très-grand. Nous n'entreprendrons pas d'analyser le sujet qui a donné lieu à nombre d'imitations ; nous dirons simplement que l'héroïne est une femme qui, après avoir trompé et quitté son mari, réduite à la misère par suite de l'abandon de son amant, s'efforce de mettre en garde contre toutes les séductions de la vie ses deux filles qui la croient morte; elle se présente à ces dernières sous les dehors d'une femme de charge. Il y a des scènes fort pathétiques très-heureusement interprétées par MM. Pougaud, un premier rôle bien compris, Arondel et Damiens, et Mmes Lemière et Magnier, une charmante artiste en chemin de devenir une excellente ingénuité. — H. de FOVILLE.

Comme la Comédie-Française, l'Opéra-Comique, le ThéâtreLyrique et l'Odéon, l'Opéra a fait relâche pendant les derniers jours saints. Si notre mémoire est fidèle, il y avait autrefois une plus longue fermeture dans les théâtres subventionnés ; mais cela n'est qu'un détail, auquel il ne nous appartient pas d'attacher de l'importance

Les derniers spectacles de l'Opéra se sont composés de la Juive, de Robert, du Prophète et des Huguenots, où ont été applaudis Gailhard, Salomon, Sylva, Menu, Mmes Krauss, Daram et Arnaud. Pour la réouverture, lundi, on donnera la Juive. Mlle de Reszké chantera Rachel, et Berardi, le Cardinal.

Une bonne nouvelle que chacun doit déjà savoir : Mlle Krauss a signé un engagement de deux ans avec M. Halanzier. On ne pouvait mieux faire pour contenter les habitués de l'Opéra, qui font le plus grand cas de la dramatique cantatrice. Mlle Daram a aussi été rengagée, et pour trois ans. Encore une bonne idée.

Le Roi de Lahore s'avance doucement et promet de plus en plus. Nous l'entendrons en avril.

Le Théâtre-Italien, au lieu de faire relâche pendant la semaine sainte, donne deux grandes séances musicales que les affiches désignent par ces mots : Festivals religieux que nous trouverions étranges si nous voulions faire aux mots une sotte guerre.

Cela ne servirait à rien. Mieux vaut dire que la première de ces séances a été fort belle, grandiose même, par le programme, la foule élégante qui remplissait la salle jusqu'aux moindres places et l'exécution de fort belles oeuvres.

Ont été applaudis : Sivori, Mlles Albani, Sanz, Borghi-Mamo, MM. Nannetti, et Marini. Nous parlerons plus longuement de ces deux soirées dans notre prochain numéro.

Puisque nous parlons des Italiens, disons encore que Mlle Albani donnera ses quatre dernières représentations dans l'ordre suivant : mardi, 3 avril, dernière représentation de Lucia; jeudi 5, dernière de la Sonnambula ; samedi 7, dernière de Rigoletto ; mardi 10, soirée d'adieux : 1er acte d'I Puritani, 3e acte de Rigoletto, et pour la première fois, le 1er acte de Norma.

Disons encore que, mardi, après le troisième acte de Rigoletto, les artistes américains présents à Paris sont venus offrir à Mlle Albani un splendide album en cuir de Russie, aux quatre coins d'argent.

Cet album contient cent dessins coloriés et pastels des premiers maîtres: Meissonnier, Gérôme, Baudry, Dubois, etc. Pendant l'entr'acte, M. Escudiera présenté à Mlle Albani ces artistes enthousiasmés par le talent de la célèbre cantatrice. Mlle Albani les a vivement remerciés et s'est montrée ravie de la flatteuse attention dont elle était l'objet.

Si l'Abani ne garde pas un bon souvenir de Paris, convenons qu'elle sera bien exigeante.

Le Théâtre—Lyrique est un peu victime des indispositions, en ce moment. Il y a cinq jours, le Timbré a été remplacé par Martha ; mercredi, le même Timbre a été remplacé par Relâche, scène pittoresque, mais ennuyeuse. Il n'a pas de chance, le Timbre d'argent, pour ses dernières représentations ; il eut pourtant une aurore brillante.

Mercredi, faute de pouvoir jouer, on a répété une partie du Bravo à orchestre ; le succès a été très-grand pour M. Salvayre ; l'épreuve a complètement réussi, et c'est une épreuve bien redoutable que cette présentation d'une oeuvre à MM. les musiciens. Quand un auteur triomphe à ce moment critique, c'est bon signe.


LE MONDE ARTISTE 3

On a dit que Mlle Dalti avait résilié son engagement ; cela est vrai. On a dit aussi qu'elle aurait signé avec l'Opéra-Comique ; nous le voudrions pour ce théâtre, car Mlle Dalti est l'une des plus remarquables vocalistes de France, et sa place est bien à l'OpéraComique. Mais M. Carvalho a déjà tant de chanteuses que nous doutons qu'il en ait engagé une nouvelle, et nous serions assez disposé à croire, comme Jennius de la Liberté, que Mlle Dalti va retourner pendant quelques mois en Italie, où elle s'est fait une grande réputation. Tant pis pour nous.

Nous avons dit sommairement, il y a huit jours, que le succès de Dora se maintenait au Vaudeville. Nous devons ajouter que jamais peut-être plus grand succès ne vint réjouir un directeur et ses artistes. Chaque soir, l'élégante salle est comble et de longues files d'équipages stationnent aux abords du Vaudeville. Dora reçoit belle et nombreuse société.

C'est qu'aussi Dora est jouée par cette charmeuse qu'on nomme Blanche Pierson, par cette ravissante comédienne, à laquelle la nature a donné toutes les grâces de la femme. La création de Dora a marqué, ce nous semble, un pas nouveau — et un grand pas — dans la carrière de Blanche Pierson. Il y a quelques années on disait de Pierson : Quelle gracieuse comédienne, quelle fine beauté; plus tard, on a dit : Voilà une remarquable, une véritable comédienne. Aujourd'hui, on dit sans hésiter : Voilà un beau talent dramatique. C'est tout naturel : Blanche Pierson s'est affirmée de plus en plus, elle s'est accentuée et maintenant elle joue une scène dramatique avec toute l'autorité désirable ; cependant elle est restée gracieuse, fine, femme dans la plus complète acception du mot.

Certes, nous comprenons le succès de Dora, car avec Blanche Pierson on applaudit Parade, Berton, Dieudonné, Mmes Alexis, Bartet, des comédiens excellents, de force même à faire passer une mauvaise pièce.

La Porte-Saint-Martin a fait relâche pendant toute la semaine pour les répétitions des Exilés, dont la première représentation a été annoncée pour ce soir.

Jusqu'au dernier moment, la Reine Margot a attiré la foule, toujours désireuse d'entendre ce beau drame et d'applaudir ses excellents interprètes.

Mme Dica-Petit part pour la Russie où l'appelle un magnifique engagement. Notre collaborateur de Saint-Pétersbourg nous tiendra au courant des succès de la charmante et sympathique comédienne, que Paris n'oubliera pas, et dont il sera enchanté de recevoir souvent des nouvelles.

M. Ritt est assez gravement indisposé. Au moment de mettre sous presse, nous attendons encore un bulletin qui nous permette d'ajouter qu'il va mieux. J. R.

CONCERTS

Le concert donné par Mlle et M. Buonsallazzi avec le concours de Mlle Marie Tayau, de Mme Besse de Larzes, et de M. Holmann, a été fort intéressant.

On a beaucoup applaudi M. Buonsallazzi qui a exécuté remarquablement l'étude en ut mineur de Chopin, et un Caprice-Polka, de Mathias. Mlle Marie Tayau a eu le plus grand succès avec une fantaisie sur Faust; l'air d'Aida, fort bien chanté par Mlle Buonsallazzi, a valu à cette artiste de chaleureux applaudissements.

Un trio de M. Godard a été brillamment exécuté par Mlle Tayau, MM. Hollmann et Buonsallazzi. Puis M. Holmann s'est fait apprécier seul dans un concerto de Goltermann qu'il a exécuté en véritable virtuose.

La partie dramatique de cette charmante soirée se composait du deuxième acte de l'École des femmes, joué à ravir par Mlle Goby et M. Barrai ; Mlle Goby surtout nous a fait le plus grand plaisir; puis de la Veuve aux camélias, amusante fantaisie qui a fait applaudir Mlles Dupuy, du Gymnase, et M. Goby.

Le public est parti enchanté de cette séance musicale et littéraire qui a tenu toutes ses promesses.

Le nom si populaire de Mlle Joséphine Martin, l'excellente pianiste, excite toujours la plus vive sympathie; aussi n'avons-nous pas été étonnés de voir cette nombreuse et brillante affluence qui se pressait dans les salons de Mme Erard, pour assister à son concert.

Mlle J. Martin s'est fait applaudir comme pianiste et comme compositeur : le Scherzo et la Tarentelle qu'elle a exécutés magistralement ont transporté l'auditoire.

On pourrait appliquer à Mlle Martin, en le modifiant légèrement,

ce vieux dicton : Tel maître, tel élève : Mlle R (dont nous

regrettons de ne pas connaître le nom) est venue timidement mais brillamment seconder son professeur, dans le duo pour deux pianos sur Don Juan.

Mlle R... a joué sa partie en véritable artiste.

M. Bonnehée, un chanteur bien connu, a dit avec son charme habituel et sa belle voix diverses mélodies de Gounod. Tous nos compliments à Mlle Bouligny, qui a enlevé avec une grande maestria le boléro si difficile de Donizotti.

MM. Hollmann, violoncelliste, et Sighicelli, violoniste, ont été comme toujours à la hauteur de leur réputation.

N'oublions pas M. Des Roseaux, l'inimitable chanteur comique, qu'on entend toujours avec un nouveau plaisir. A. MEYERPROVINCE

MEYERPROVINCE

MARSEILLE. — GRAND-THÉATRE. — Encore et toujours Aïda et Piccolino, dont la satiété, à laquelle rien ne peut résister en ce monde, commence à faire pâlir l'étoile; hier pourtant il nous a été donné d'assister à une assez bonne reprise de la Muette, avec notre sémillante première ballerine dans le rôle de Fénella ; M. Dumestre dont la voix large, homogène et puissante et le jeu passionné ont toujours le don d'émouvoir, a été magnifique dans le personnage de Piétro ; M. Rodier a fait preuve de beaucoup de zèle et de bonne volonté dans le rôle de Mazaniello ; notre jolie chanteuse légère, Mme Duran-Durieu, qui décidément est vouée aux rôles ingrats, pénibles et sacrifiés, s'est montrée très-touchante sous les traits d'Elvire, et a recueilli sa bonne part des applaudissements de la soirée ; MM. Cabannes et Laurent ont été, comme ils le sont d'habitude, fort convenables dans les rôles d'Alphonse et de Borella; représentation très-satisfaisante, en somme.

Mlle Marie Largillière, du Théâtre-Historique, MM. Masset et Sully de l'Odéon, et quelques autres artistes parisiens, ont donné trois fois l'Ami Fritz à notre Grand-Théâtre ; l'interprétation de cette pièce a été infiniment supérieure à celle de Dora, représentée quelques jours auparavant, par une autre troupe voyageuse ; aussi aurions-nous désiré que l'assistance fût plus nombreuse; peut-être se méfiait-on!... Et puis, il est juste de l'avouer, il faisait un

temps à ne pas mettre un conseiller municipal à la porte A propos de

conseillers municipaux, hâtons-nous de vous dire que notre Conseil actuel — qui a l'honneur de posséder dans son sein la fine fleur la plus cramoisie des deux conseils précédents, n'est pas fort encensé en ce moment. Toutes les feuilles locales, sans distinction d'opinion, ont été unanimes à blâmer nos incorrigibles édiles, soit pour leur refus de subvention à notre Grand-Théâtre, soit pour d'autres faits plus graves, qui ont ému notre estimable préfet, M. Doniol, lequel ne serait pas éloigné — dit-on — si ceux-ci ne reprennent une attitude plus correcte, d'employer à leur égard le remède souverain et connu. Les choses, alors, changeraient de face, et nous n'aurions plus à trembler pour l'existence, aujourd'hui menacée, de notre scène lyrique.

GYMNASE. — La délicieuse opérette d'Audran, le Grand-Mogol, dont une bonne, part du succès est dû à MM. Bouchet et Carré, nos excellents comiques, et à Mlles Reine et Hadingue, alterne maintenant avec le Canard à trois becs, en attendant Jeanne, Jeannette et Jeanneton, que l'on répète activement; la Fille du clown obtient aussi un succès de fou rire à ce théâtre. L'interprétation en est parfaite ; nous voudrions pouvoir en dire autant du Capitaine Lacuson, une faible imitation des anciens mélodrames démodés de la Porte-Saint-Martin ; pièce médiocre, rendue par des artistes médiocres, ce dont on ne peut accuser M. Gauthier, qui, on le sait, a dû recueillir jusqu'aux plus infimes épaves de l'inintelligente direction des Lamy, père et fils.

Nos théâtres se ressentent un peu de la présence à Marseille de Bidel; le célèbre dompteur d'animaux féroces est venu avec sa superbe ménagerie s'installer, il y a quinze jours, sur notre place Saint-Michel, où chaque soir accourt une foule avide d'assister au spectacle de ses émouvants et périlleux exercices. — E.-H. NOEL.

BORDEAUX, 28 mars 1877. — Le passage de Faure à Bordeaux est déjà si loin du moment où je vous écris, qu'il serait hors de propos de vous en parler s'il n'exerçait encore son influence sur les recettes de notre première


4 LE MONDE ARTISTE

scène ; on a fait de telles folies de location que les bourses semblent s'être pour quelque temps fermées. Elles s'étaient ouvertes encore pour la représentation de Mlle Agar; mais ce dernier effort paraît les avoir complètement épuisées.

Il y a peut-être bien aussi un peu de la faute de la direction, qui se borne impitoyablement au répertoire un peu trop restreint qui a défrayé l'année théâtrale jusqu'à ce jour ; elle fait miroiter aux yeux du public l'annonce de Moïse qui se prélasse depuis de longs mois au bas de l'affiche. On parle d'un grand luxe de décors, on assure que l'interprétation dépassera toutes les espérances des dilettanti. Je ne demande pas mieux que de croire à ces brillantes promesses, et je vous raconterai cela en temps et lieu.

Prochainement aussi, après les fêtes, un opéra-comique verra le jour : il a nom Mademoiselle de Kerven. La musique est de M. Gustave Rinck, un compositeur bordelais d'un très-beau talent ; les paroles sont de M. Mégret, un de nos académiciens qui a fait ses preuves, et qui les a bien faites.

En attendant l'éclosion de toutes ces merveilles, nous alternons entre la Reine de Chypre, le succès de la saison, la Favorite et les Huguenots, à de longs intervalles. Voilà pour le grand Opéra; car je ne parle pas de Charles VI, qu'on a repris sans succès. J'allais oublier la Muette de Portici.

Le succès de la Reine de Chypre revient, en grande partie, à M. Richard, notre excellent ténor, et à M. Aubert, notre baryton, cumulant, à tort selon nous, l'opéra comique et le grand opéra.

Ces deux artistes enlèvent avec un rare bonheur l'entraînant duo du troisième acte ; M. Richard chante admirablement le quatrième acte et soupire avec beaucoup de sentiment les romances dont Halévy s'est plu a émailler cette admirable partition. Les Huguenots sont aussi un succès pour lui; dans la Muette il déploie une ardeur des plus communicatives, mais le rôle du Dauphin, dans Charles VI, lui est moins favorable.

M. Gally, notre première basse, a fait depuis son arrivée à Bordeaux des progrès considérables et, bien que je sois peu enclin à prophétiser, je lui prédis un avenir artistique des plus brillants.

M. Paravey, notre basse chantante, vous est connu pour un artiste de valeur; il partage avec M. Aubert le succès de toutes les soirées musicales, sans préjudice de ceux qu'il obtient dans Guillaume Tell, la Fille du Régiment, le Cheval de bronze, etc., etc. ; car l'opéra comique est très en honneur chez nous cette année ; nous avons eu le Voyage en Chine, les Dragons de Villars, Ne touches pas à la reine, et bien d'autres que M. Dekeghel chante avec beaucoup de goût et d'habileté musicale.

J'éprouve un certain embarras à vous parler des dames parce que

enfin vous me comprenez. Nous avons, depuis le commencement de la saison, demandé une falcon à tous les échos d'alentour ; Mme Fazel-Hallez, la dernière qui ait répondu à notre appel désespéré, manque un peu d'expérience et d'assurance; elle a pourtant une jolie voix, aussi lui est-il beaucoup pardonné.

Mlle Linse, qui chante — ad libitum, — les contralto et les Falcon, est d'une grande ressource pour l'administration ; mais elle est pauvre de style et aussi de cette distinction qui conviendrait à la Reine de Chypre ; l'inspiration, sans laquelle Odette est méconnaissable, lui fait également défaut.

Mlle Mezeray, notre première chanteuse légère, possède à fond l'art des vocalises, il ne lui manque que de l'ampleur et du tempérament, car elle a l'intelligence des situations, une fort jolie voix et une méthode excellente.

Nous pourrions en dire autant de Mlle Caroline Delcroix, deuxième chanteuse légère, qui joint à ces précieuses qualités une distinction fort bien de misé dans les Huguenots, Guillaume Tell et la Muette de Portici; il n'est pas permis, en effet, de jouer les reines et les princesses sans un soupçon de comme il faut dans sa personne.

Vous savez sans doute que M. Bellier a été maintenu, par la ville, dans son poste de directeur du Grand-Théâtre, avec une subvention de cent mille francs, chiffre rond ; tout le monde en est satisfait, mais tout le monde aussi lui demande une troupe plus complète, plus homogène, et un peu plus d'initiative et de hardiesse.

M. Monjauze, fort ténor que je n'ai pas besoin de vous présenter, est ici en représentations.

Il a joué Guillaume Tell sans répétitions, aussi le succès de la soirée est-il très-contesté ; j'en puis dire à peu près autant du Trouvère.

M. Monjauze a toujours de grandes qualités, mais la voix a perdu de sa puissance, de sa flexibilité et de son assurance.

Peu de chose à dire du Théâtre-Français ou règne l'opérette. Jeanne, Jeannette et Jeanneton a eu un succès d'artistes et de pièce avec Mlle Lentz des Folies-Dramatiques et Mlle Fanny Verger, qui vient de passer deux mois à Bordeaux où elle a joué tour à tour Kosiki, le Pompon et le rôle de Jeannette. Jeannette est repartie pour Paris avec un assortiment de couronnes des plus variés.

Je ne puis terminer sans vous parler de nos concerts populaires, dont le Désert et le Comte d'Egmont ont fait très-convenablement les frais. Le Cercle philharmonique, piqué au jeu, nous a fait entendre Christophe Colomb et Mlle Jenny Howe, dont on a beaucoup apprécié le talent.

Lundi, la Société de Sainte-Cécile exécutait le Statat de Rossini, dans l'église Notre-Dame.

Vous le voyez, nous nageons dans la musique, nous entassons Pélion sur Ossa, et encore je ne vous parle pas d'une foule de concerts et d'auditions qui ont eu pourtant leur mérite.

Si le Monde Artiste veut savoir ce qui se passe à l'exposition de la Société des Amis des Arts, je suis à ses ordres. — A. C.

TOULOUSE. — THEATRE DU CAPITOLE. — La direction du Capitole a été accordée pour la campagne 1877-1878 à M. Meyrieu, avec M. Comminges comme administrateur. C'est là un excellent choix. M. Meyrieu est un homme riche, honnête, probe et intelligent, qui utilisera la subvention (100,000 francs) de manière à concilier tous les intérêts. Dans le nouveau cahier des charges se trouve l'obligation imposée au directeur d'engager dix-huit danseuses et deux danseurs. En ce moment, M. Comminges se trouve à Paris pour recruter la troupe pour l'année prochaine.

En attendant, nos artistes continuent à déployer beaucoup de talent et de bonne volonté.

Nous ne parlerons pas de la représentation des Huguenots, car nous sommes de ceux qui savent comprendre les affections et les devoirs de la famille. Cela étonnera quelque peu la cabale des critiques à la compétence suspecte et qui ont à leur tête un certain industriel dont le ridicule est surpassé par la mauvaise foi.

Dans Hernani, Rigoletto, un Ballo in maschera, M. Salvani, se possédant complètement lui-même, cette fois, a interprété avec un rare talent le rôle de Verdi, qui demande à être chanté autant qu'à être joué. Dans Rigoletto, il s'est montré plein d'élégance sous les traits du duc de Mantoue, et il a dit avec beaucoup de goût et une voix très-pure la fameuse romance Comme la plume au vent. Il a été rappelé à la fin de la représentation. Un Ballo in maschera lui a montré combien le public savait apprécier son talent, et une douzaine de tapageurs mal intentionnés ont été réduits au silence par son succès. Qu'il reçoive ici nos plus sincères félicitations et qu'il soit assuré que les vrais connaisseurs, fort nombreux à Toulouse, ne lui feront pas défaut.

La semaine dernière on a représenté une folie musicale en un acte, ouvrage inédit, d'un de nos compatriotes ayant pour titre : les Deux Frères d'armes, et qui nous a permis d'applaudir Mme Themines, notre seconde dugazon, qui a montré de sérieuses qualités scéniques. Brio, entrain voix juste et même assez étendue ; rien ne manque à cette artiste, qui tient son emploi d'une manière digne des plus grands éloges.

Souvent même Mme Themines nous donne l'occasion de l'applaudir dans des rôles qui sont en dehors de son emploi et où elle n'est nullement déplacée. Ainsi, dans les Dragons de Villars, elle a joué le rôle de Georgette, écrit pour une première Dugazon, de manière à contenter même les plus exigeants.

THÉATRE DES VARIÉTÉS. — A ce théâtre, Mme Allonzieux, la diva de l'opérette, continue à attirer le public ; aussi, chaque fois qu'elle joue la Timbale ou les Cent Vierges, la salle ne désemplit pas.

Signalons, en terminant, un jeune artiste qui mérite fortement d'être encouragé. A ce sujet, je crois devoir reproduire ici ce que j'écrivais, la semaine dernière, dans l'Entracte :

« Adressons tous nos éloges à un jeune artiste qui ne peut manquer de parvenir, car il travaille consciencieusement ses rôles et apporte dans ses créations un soin minutieux de composition; nous voulons parler de M. Armand qui ne tardera pas à prendre une place importante, que lui méritent du reste ses efforts constants et soutenus.

« M. Armand fait preuve de bonnes dispositions et le public l'encourage par des bravos mérités. » — JEAN BERNARD.

VERSAILLES. — La reprise de la Vie Parisienne a été très-satisfaisante; la pièce est bien montée ; malheureusement le public n'a pas répondu au succès qu'en attendait la direction. L'interprétation ne laisse rien à désirer. MM. Crémieux et Ortoni sont deux gommeux réussis; M. Sylvi est désopilant dans le rôle du Major du deuxième acte.

Pour les dames, citons Mlle. Mey, Mlle Marie Fleury, une ravissante petite baronne suédoise, et Mme Delahaye qui s'y fait remarquer par, ses délicieuses toilettes et la façon charmante dont elle détaille la lettre au deuxième acte.

Mais le principal attrait de la semaine a été la dernière représentation d'opéra comique donnée au bénéfice des choristes ; aussi, le public, heureux de pouvoir remercier l'excellent ensemble des choeurs, a fort bien répondu à cet appel.

M. Gack, un de nos concitoyens, y apportait son concours en jouant Barnabé du Maître de Chapelle; il a, du reste, fort bien tenu le rôle, et au baisser du rideau Il a été chaleureusement rappelé. La voix de M. Gack est pure, sa diction excellente et, débarrassé de cette timidité de débutant, M. Gack a en lui l'étoffe d'un excellent artiste ; aussi, espérons-nous pour lui un plein succès dans ses débuts à la prochaine campagne théâtrale.

Le spectacle se composait aussi du Voyage en Chine, dans lequel Mlle Cécile Regnault et M. Charelli faisaient leurs adieux; nous' leur adresserons donc nos dernières félicitations et leur souhaitons ailleurs les mêmes succès que ceux qu'ils ont obtenus dans notre ville, où ils laissent d'excellents souvenirs.

Nos compliments aussi à M. Larrivé pour le brio avec lequel il enlève le rôle de Pompéry, à M. Tourillon dans le bon type du notaire Bonneteau, ainsi qu'à Mme Leblanc, notre excellente duègne, qui trouve toujours le moyen d'égayer son public.

Nous apprenons que M. Jeanselme, notre habile imprésario, vient de


LE MONDE ARTISTE 5

donner sa démission et qu'en ce moment, la municipalité est en train de pourvoir à son remplacement ; s'il faut en croire les bruits, nous pourrions nous attendre à une nomination maladroite, car le successeur présumé de M. Jeanselme aura très-probablement maille à partir avec le public; il y a quelques années la direction lui avait déjà été confiée et. nous savons dans quelles conditions déplorables il l'a quittée.

Espérons que l'Administration saura se rendre aux observations de notre presse locale et qu'en cette circonstance elle s'efforcera de faire preuve d'intelligence en mettant de côté la question de coterie ; ce qu'il y a de certain, c'est que M. Jeanselme, le directeur actuel, laissera d'unanimes regrets, car depuis plusieurs années nous n'avions pas eu un ensemble d'opéra aussi parfait.

Les représentations de grand opéra vont commencer ; on nous annonce comme ténor M. Charles Robert, et comme forte chanteuse Mlle de Géradon.

Mlle Mey, MM. Larrivé et Valdy, qui sont réengagés, vont continuer à faire les délices de nos soirées théâtrales. — A. C.

AVIGNON. — Soirée de charité au bénéfice des ouvriers Avignonnais.

La soirée du mercredi 21 mars a été une des plus belles solennités de la saison théâtrale. Quelques jeunes gens avaient tenu à organiser cette fête de charité avec tout le soin dont ils sont capables. Ils avaient adressé un chaleureux appel à tout le personnel du théâtre, qui avait gracieusement répondu à la voix du comité. L'administration municipale avait mis la salle et des drapeaux à la disposition des organisateurs, l'administration du gaz avait aussi donné l'éclairage. M. Garnier, le fort ténor aimé du public avignonnais, avait bien voulu prêter gratuitement son concours, quoique étant en représentations à Montpellier.

Tout le monde, en un mot, avait voulu soulager la misère dans la mesure de ses moyens et de ses forces. Au nom de la charité, à tous merci. Dès huit heures du soir, le théâtre était rempli ; on remarquait, dans les loges, de fraîches et jolies toilettes.

Le programme était des mieux choisis.

La Poule et ses poussins, une fine comédie d'E. de Najac, a été tout d'abord lestement enlevée par Mmes Savigny, Reynaud, Garaud et MM. Mergy, Vadius, Herreywin, Darmenthal, Esnault.

L'interprétation du deuxième acte de Guillaume, a été le principal morceau de la soirée.

Mlle Lutscher remplissait le rôle de Mathilde. C'est couverte d'applaudissements qu'elle est entrée en scène. Elle a interprété, avec son talent habituel, l'air « Sombres forêts ». M. Garnier (Arnold), a été applaudi comme il le méritait. Vous dire le plaisir qu'il a fait, est impossible à décrire ; aussi c'est avec la satisfaction de cet accueil chaleureux et avec l'idée de soulager pour leur part l'a misère avignonnaise, que M. Garnier et Mlle Lutscher ont enlevé le duo : « Doux aveux ». M. Gilbert et M. Guillabert ont été les dignes compagnons de M. Garnier et se sont fait applaudir dans le trio.

Le duo de la Périchole a été très-bien chanté par Mme Ouvier et M. Sylvan. Ce duo a été bissé.

Une romance d'actualité, Misère et charité, a été fort bien chantée par M. Gilbert.

La musique des pontonniers finissait la première partie du concert. La fantaisie sur le Cheval de bronze, a été religieusement écoutée. Les applaudissements n'ont pas fait défaut.

Après la Marche turque, exécutée par l'orchestre, M. Vadius, notre excellent trial, est venu nous débiter une chansonnette qui a provoqué le rire parmi tous les spectateurs.

M. Degenne, notre jeune ténor léger, nous a chanté avec beaucoup de goût la cavatine de Faust.

Le duo du quatrième acte de l'Africaine a été on ne peut mieux chanté par Mlle Colin et M. Garnier.

Le quatrième acte de Rigoletto a été très-bien interprété par M. Reynaud, qui remplissait le rôle du duc de Mantoue, Mme Ouvier celui de Madelaine, M. Gilbert, celui de Rigoletto, et par Mlle Lutscher qui jouait Gilda et qui a eu une large part de succès dans ce quatrième acte. M. Longrois, notre basse chantante, jouait Sparafucile. La deuxième partie a été terminée par l'ouverture de l'Étoile du Nord, jouée par la musique des pontonniers .

La recette a été des plus satisfaisantes, elle s'est élevée à la somme , de 2,400 francs, quête comprise.

Terminons en disant que cette soirée laissera, pendant longtemps, un bon souvenir dans la population avignonnaise, toujours heureuse de secourir la misère. — CHARLES C.

ÉTRANGER

ANVERS, le 28 mars 1877. — Il y avait grande fête, hier soir, au ThéâtreRoyal d'Anvers et ne vous en montrez pas étonné, Monsieur le Directeur, puisqu'il s'agissait du bénéfice de Mlle Claire Cordier, première chanteuse légère. Les événements et les circonstances servaient bien mal notre jeune et charmante prima donna ; en effet, le bénéfice se trouvait placé entre deux représentations d'Aida, le grand succès du jour.

Avant d'entrer dans la salle du spectacle, le parfum de milliers de fleurs nous donnait un avant-goût de la réception qui attendait Mlle Cordier. Dans le vestibule se trouvaient exposés de nombreux et riches bouquets, de grandes et belles couronnes, et entre toutes ces fleurs et ces présents, des cadeaux offerts par MM. les abonnés et les habitués du théâtre, savoir : un superbe bracelet en or, avec dédicace, un médaillon en or avec chaîne de même métal, puis des dons particuliers de sociétés charitables auxquelles Mlle Cordier avait accordé le concours de son joli talent, etc., etc.

La bénéficiaire a été accueillie à son entrée en scène dans le rôle d'Ophélie d'Hamlet, par les acclamations les plus enthousiastes et longuement répétées ; tout aussitôt la scène s'est couverte de fleurs et de couronnes. L'émotion de la jeune et brillante Ophélie était visible, — et je dois le dire, — l'émotion était non moins grande dans la salle.

Après la scène de la folie, le régisseur est venu remettre les présents des abonnés, et c'est couverte de fleurs et de cadeaux que Mlle Cordier a été rappelée quatre fois par de frénétiques et d'unanimes bravos.

L'opéra de Thomas n'ayant pu être joué en son entier, la soirée a été complétée par un intermède musical dans lequel Mlle Cordier s'est distinguée comme pianiste en jouant un concerto avec le concours de son camarade M. Julien Boyer, qui a tenu, dans la perfection, la partie de violon. M. Ed. Cabel a chanté le Soir, de Gounod, avec un goût exquis.

Galathée a complété le spectacle. Mlle Cordier y a reçu de nouvelles fleurs et plusieurs rappels. M. Boyer a obtenu les honneurs du rappel dans le beau rôle de Pygmalion. — PAUL.

AMSTERDAM. — M. le docteur Campbell a eu l'excellente idée de donner au théâtre de notre ville une seconde représentation de Mignon, un des opéras les plus aimés du public hollandais, parce qu'il réunit le double attrait d'une action très-dramatique et d'une riche et féconde partition. Aussi mardi dernier la salle était comble, archi-comble, et la représentation a été si bonne que nous ne pouvons résister au plaisir d'en faire l'objet de notre chronique hebdomadaire.

L'ouverture, admirablement jouée par l'orchestre du Parc, en soulevant les premiers applaudissements, mit le public en bonne disposition et les interprètes de l'opéra, stimulés par cet accueil de bon augure, rivalisèrent de talent et de zèle, de sorte que le résultat obtenu n'a été rien moins qu'une excellente exécution.

Mlle E. Ambre, qu'on doit citer comme exemple d'une souplesse de talent bien extraordinaire, s'est réellement surpassée dans le rôle de Mignon, et si nous devions décider en ce moment quelle est sa création la plus achevée, soit de Piccolino, soit de Carmen, soit de Mignon, nous serions obligé de convenir que la meilleure est toujours celle dans laquelle nous l'avons vue la dernière fois. Cependant nous pencherions volontiers pour Mignon, parce que ce rôle, plus que les deux autres, fait ressortir les qualités vocales de l'artiste. Ainsi mardi dernier, au premier acte, l'air « Connais-tu le pays », le duo avec Lothario « Légères hirondelles »; au deuxième acte, la chanson devant la toilette et toute la scène en monologue ; au troisième acte, le duo avec Wilhelm Meister, enfin la prière « O vierge Marie », en un mot tous les motifs ont été dits et détaillés par Mlle Ambre avec le sentiment, l'émotion communicative, la passion qu'on ne saurait trouver que dans un véritable tempérament d'artiste. Quant aux qualités scéniques de Mlle E. Ambre, elles sont telles que Mlle Kleine, l'artiste la plus compétente du pays, celle qu'on peut à bon droit nommer la Rachel de la Hollande, n'a pu s'empêcher, après la représentation de Mignon, de féliciter Mlle Ambre, en lui prophétisant une brillante carrière dramatique. Après un tel jugement émanant d'une telle autorité, nous n'avons rien à ajouter, sinon que le public a affirmé sa bonne opinion par ses bravos et un rappel auquel la sympathique Mignon n'a pas manqué de faire participer ses partenaires (ce qui n'arrive pas toujours en pareil cas, soit dit sans malice, en passant.)

A côté de Mignon, Mlle Arnaud a obtenu un immense succès dans le rôle de Philine, écrit pour faire valoir les ressources de sa voix si cristalline et si flexible. Le trio du second acte avec Wilhelm et Mignon et le grand air de Titania surtout, lui ont valu un triomphe avec accompagnement de bouquets, et les honneurs d'un rappel et d'un bis.

M. Trémoulet (Wilhelm Meister) a eu également sa bonne part de succès, tantôt avec Mignon, tantôt avec Pailine ; il a été particulièrement trèsapplaudi après ses couplets du deuxième acte : « Adieu, Mignon, courage, ne pleure pas » et la romance du troisième : « Elle ne croyait pas, dans sa candeur naïve. »

M. Dangon a été touchant et digne sous les traits du vieux Lothario ; ses deux duos avec Mignon : celui des hirondelles au premier acte et celui du deuxième tableau au deuxième acte : « As-tu souffert, as-tu pleuré », et la scène finale du troisième acte qui termine maintenant la pièce, ont été chantés et interprétés par lui d'une façon tout à fait satisfaisante.

M. Idrac a prêté au rôle de Laërte un entrain, une verve, une bonne humeur extraordinaire et Mlle J. Ambré qui porte à ravir le travesti, était fort bien dans celui du jaloux Frederick.

Avec un ensemble pareil, n'avions-nous pas raison de dire, au commencement, que la représentation de mardi a été une des plus belles de la saison? — E. H.


6 LE MONDE ARTISTE

SAINT-PÉTERSBOURG. - L'Opéra russe vient de nous donner la première des Macchabées de A. Rubinstein. Cette oeuvre, à dire vrai, est moins un opéra qu'une sorte d'oratorio transporté au théâtre ; son caractère biblique la rattache en effet plutôt à ce genre religieux. Le libretto, tiré d'un poème allemand, est de M. Mosenthal. Il serait trop long d'en faire le récit; disons seulement que l'action se passe sous le règne d'Antioche, vers l'an 150 avant Jésus-Christ, et qu'elle met en scène les luttes fanatiques et les guerres d'indépendance des Macchabées contre les Sémites, leurs oppresseurs. Le sujet, parfois très-dramatique, est malheureusement surchargé de personnages épisodiques qui souvent arrêtent le développement du drame et nécessitent des longueurs musicales plutôt recherchées que trouvées. Cela dit, passons à la partition.

Le compositeur n'est certes pas à son début; mais, nous devons encore l'avouer, notre sincère enthousiasme pour le merveilleux talent de Rubinstein, pianiste, nous rend assez difficile l'appréciation de l'oeuvre de Rubinstein, compositeur. Nous essayerons toutefois de donner franchement notre opinion. D'après nous, l'auteur des Macchabées ne possède guère ce sentiment dramatique, ce style à la fois large et simple, sérieux et compréhensible, et cette inspiration de la mélodie qui forment ensemble les qualités essentielles du vrai drame lyrique. C'est ainsi que ses opéras laissent toujours le public froid et indifférent et le jettent plutôt dans l'étonnement que dans l'admiration. Telle a été l'impression produite sur la masse par les Enfants de la Steppe, Don Quichotte, et les Démons. Cette dernière oeuvre cependant se maintient encore au répertoire; mais que d'amateurs ne sont attirés que par la musique du ballet, assurément pleine d'originalité, de verve et de couleur locale et qui est bien la meilleure page de cette partition! Rubinstein poursuit, dans les Macchabées, la même manière que dans ses oeuvres précédentes. Toujours ami de la nouvelle école, il évite les formes mélodiques et les remplace par des récitatifs parlants qui souvent donnent à sa musique une teinte monotone et fatigante. C'est par la symphonie, par les masses chorales et surtout par des effets d'orchestre dont il a le secret, qu'il cherche à exprimer sa pensée. Il semble aussi ne pas admettre la caractéristique musicale : tous ses personnages, musicalement tracés d'une façon indécise, manquent absolument d'individualité et n'ont rien qui les distingue entre eux.

C'est dans la première partie de l'opéra qu'on trouve les morceaux les plus saillants; quant à la seconde, elle offre moins d'intérêt et devient, vers la fin, de plus en plus languissante. Parmi les morceaux les plus applaudis, citons la bénédiction de Léa, au premier acte, la deuxième partie du choeur du troisième acte, fort bien conçue et magistralement développée, puis la scène d'amour entre Eléazar et Cléopâtre, fille d'Antioche, scène brillante, pleine de passion et d'entrain. En somme, les Macchabées sont une oeuvre sérieuse, savamment combinée, contenant des beautés symphoniques aussi puissantes que soigneusement traitées et présentant des qualités intéressantes à étudier, mais assurément insuffisantes pour réveiller l'enthousiasme du public. Nous pensons donc que cet opéra n'ajoutera rien à la gloire de notre célèbre pianiste et n'est pas destiné à un long avenir.

Les Macchabées sont joués par la troupe presque entière de l'Opéra. M. Korsoff a très-bien composé le personnage de Judas et a, au dernier acte, soulevé des applaudissements unanimes. Mlle Ritchourine s'est montrée très-dramatique dans le rôle de Léa. M. Orloff (Eléazar) a aussi, pour sa part, contribué au succès ; sa voix a beaucoup gagné en charme et en douceur. L'orchestre, ainsi que les choeurs, guidés par l'inspiration du compositeur qui dirigeait lui-même à la première représentation, ont brillamment fait leur devoir, en traduisant avec fidélité la pensée du maître.— ANDRÉ AD...R

STRASBOURG. — Le Théâtre-Bouffe du Casino vient de donner le Petit Faust, d'Hervé, qui, quoique monté soigneusement, n'a pas eu un succès bien brillant. L'interprétation, que je ne puis qualifier d'excellente, a du moins été passable dans son ensemble, et quelques artistes méritent d'être cités ; ce sont : Mlle Martal, qui remplissait le rôle de Marguerite avec beaucoup de talent; Mlle Morel, un Méphisto bien entraînant, et M. Cadinot, qui a soutenu le rôle de Valentin avec une verve étonnante. Quant à Faust, mieux vaut ne pas en parler, car il a été complètement nul.

La dernière quinzaine a été féconde en soirées, tant musicales que dramatiques; parmi les concerts, celui de la Société Chorale a été particulièrement intéressant au point de vue artistique. Sous la bonne direction de M. Striedbeck, la Société Chorale a maîtrement enlevé le difficile choeur des Martyrs aux arènes, de Laurent de Rillé, et finement détaillé les Clercs de la Basoche, de G. Stern ; la mélodie-valse des Songes, de Laurent de Rillé, a été bien nuancée.

M. Lonchamp, le sympathique ténor, qui se fait trop rarement entendre à Strasbourg, a délicieusement chanté la pastorale des Troyens, de H. Berlioz. Il faut un talent comme celui de M. Lonchamp pour faire de l'effet avec une page aussi difficile et aussi ingrate.

La Société Chorale s'était acquis, pour cette soirée, le concours de Mme Schimon-Regan, chanteuse au talent hors ligne, joignant à une voix bien souple et très-étendue une diction remarquable. Mme SchimonRegan s'est fait applaudir dans tous les genres, en chantant admirablement: « Spiagge amate », arioso de Helena e Paride, de Gluck, deux airs dont l'un de Pergolèse et l'autre de Nicolo, et en détaillant d'une façon

ravissante le Retour des Promis, de Dessauer, et, pour finir, Hai enrôskin, une perle de Schubert.

Un triple rappel enthousiaste a prouvé à Mme Schimon-Regan combien elle nous avait fait plaisir. L'orchestre, formé depuis deux ans et recruté parmi les instrumentistes de la Société Chorale et de l'Union, a bien exécuté, sous la direction de M. Edmond Weber, l'ouverture de Zampa et celle de Rosita, opéra comique de M. Edmond Weber, qui fut l'année dernière représenté avec succès au théâtre d'Angers.

Mardi, un public d'élite assistait à une représentation théâtrale organisée par Mlle Amélie Weber, professeur de chant au Conservatoire de Strasbourg.

Le programme se composait d'une opérette de Luigi Bordèse, opérette qui a été très-bien rendue par les élèves de Mlle Amélie Weber, qui, en cette occasion, nous ont permis, une fois de plus, d'apprécier la bonne méthode de leur excellent professeur.

Samedi dernier, enfin, la société chorale la Concordia réunissait un nombreux public et lui offrait une soirée théâtrale très-réussie. Le vaudeville : On demande des domestiques, a trouvé de dignes interprètes en MM. Keller, Foisset et Stoll, qui ont enlevé la pièce avec beaucoup d'entrain. Entre ce vaudeville et la comédie : le Misanthrope et l'Auvergnat, la Concordia exécuta, sous la direction de M. Hoff, un choeur comique de Genée avec un ensemble et une justesse irréprochables.

Mercredi prochain, dernier concert de la Société des Concerts du Conservatoire, avec le concours de Mlle Jeanne Fouquet, du grand Opéra de Paris.

Le public strasbourgeois réserve un accueil des plus chaleureux à la seule chanteuse française qu'il nous aura été donné d'entendre cette année aux concerts de l'orchestre municipal. — A. 0.

PETITE CHRONIQUE

Notre correspondant de Saint-Etienne nous envoie les nouvelles suivantes, en attendant un article récapitulant les travaux et succès de la saison :

Les deux dernières représentations se sont composées de Faust et de Lucie. Il y a eu des' ovations pour Mme Naddi-Vallée, MM. Ketten, Horeb et Courtois.

M. Defrenne, nommé directeur pour 1877-1878, vient de mourir à SaintEtienne, où il était depuis quelques Jours seulement. On ignore encore le nom de son successeur.

Ketten fera la saison musicale des Eaux à Vichy.

Mme Naddi-Vallée a signé avec la direction de Tours pour l'été. De plus, Ketten est en pourparlers avec Lille et Genève. Mme Naddi-Vallée a reçu aussi de nombreuses propositions.

Quant à M. Besson, il irait à Lyon comme secrétaire général de la direction Aimé Gros. Rien de bien sûr cependant : la nouvelle a été donnée par plusieurs journaux, mais nous la reproduisons sous toutes réserves.

FL. B.

Notre correspondant de Rouen nous écrit que la dernière représentation extraordinaire, donnée mercredi au bénéfice de l'artiste aimé, à juste titre, qui a nom Edouard Laty, avait attiré un public considérable au Théâtre-Français.

Dans la première de Julie, il a été remis à l'excellent Laty, au bruit des acclamations de toute la salle, un bronze d'art portant une dédicace significative, acclamations qui se sont renouvelées à son apparition dans le Monde où l'on s'amuse, comédie dans laquelle une magnifique couronne lui fut offerte.

Est-ce un effet d'acoustique ou interprétation moins que suffisante? Toujours est-il que l'intermède de rigueur n'a paru réussir qu'à demi, et la Valse des Cent Vierges, chantée par Mlle Dézoder, a laissé quelque peu à désirer, entendue des profondeurs du parterre debout ou notre correspondant avait été GRACIEUSEMENT relégué par M. le Contrôleur.

On nous écrit de Lisbonne :

Une artiste des Bouffes-Parisiens, Mlle PREZIOSI, actuellement en représentation ici, a obtenu des succès éclatants dans la Périchole, la BelleHélène, la Grande-Duchesse, etc. Mlle Preziosi joint au talent de la chanteuse l'esprit de la comédienne et le charme de la femme gracieuse et sympathique.

La compagnie, après une série de soirées triomphales, est allée à Porto, où les mêmes résultats se sont produits. Tous les journaux de Lisbonne et de Porto vantent les mérites de cette compagnie, et font surtout l'éloge de Mlle Preziosi. La représentation de la Belle Parfumeuse, donnée au bénéfice de la charmante artiste, lui a valu bravos, rappels, fleurs et cadeaux. Le Commercio en rend compte, et dit qu'on n'a rien négligé pour fêter Mlle Preziosi. Le directeur lui a fait présent d'une timbale en argent,» souvenir d'un de ses plus grands succès. Les abonnés lui ont offert une parure en diamants et un splendide bracelet. « Jamais, dit le Commercio, on n'avait vu plus d'empressement. Les amateurs de l'opérette française ont voulu que la Preziosi emportât un beau souvenir de cette mémorable


LE MONDE ARTISTE 7

soirée, et ils ont t'ait largement tout ce qu'il fallait pour que jamais l'artiste ne l'oubliât.

- A Nancy, Mlle ARNAUD a obtenu un tel succès dans la Petite mariée que

toute la presse s'est jointe au public pour complimenter la jeune artiste qui a déjà conquis une telle situation en sa première année de théâtre. Et si grand a été ce succès, qu'à Paris même on parle de Mlle Arnaud comme d'une étoile destinée à briller soit à la Renaissance, soit aux Bouffes. Nous aimons mieux lui souhaiter de briller à l'Opéra-Comique.

— A Bordeaux, Mlle FERRARIO, la charmante ballerine, a fait une chute qui l'a contrainte de prendre quelques jours de repos.

- A Bordeaux également, la presse entière rend justice à la voix et au

talent de Mlle Jenny Howe, qui s'est fait dernièrement applaudir dans un concert.

— M. DÉFOSSEZ reste à Dijon l'hiver prochain et la subvention lui est maintenue. C'est une bonne nouvelle à laquelle les Dijonnais ont applaudi, car ils doivent à M. Défossez une fort belle saison théâtrale. J. R.

FAITS DIVERS

— Hier, relâche dans tous les théâtres de Paris.

L'affiche de la Porte-Saint-Martin annonçait pour ce soir la première représentation des Exilés.

— L'Académie des beaux-arts vient de faire placer dans la salle des séances le buste d'Eugène Scribe, par Perraud.

— On annonce, sous la direction du propriétaire de l'immeuble lui-même et avec M. Laurençon comme administrateur, la réouverture du GrandThéâtre-Parisien. Le genre adopté est le drame à spectacle. Appel est fait aux jeunes auteurs qui, dans la troupe habilement formée, trouveront des éléments de succès. Au nombre des artistes engagés figurent M. Jarousseau, un premier rôle dont la réussite dans les grandes villes de province a été fort remarquée, Mme Charlotte Bardy, transfuge de l'Ambigu, Mme de Wenzel, un jeune premier rôle qui doit avoir sa place marquée sur une scène de genre.

— Si grand que puisse être le succès d'une pièce, il peut arriver que, par traité antérieur, une direction se voie obligée d'interrompre le cours des représentations. C'est ce qui a lieu à l'Alcazar d'hiver aujourd'hui même, où, sur l'affiche, Ka-ka-o, Ka-o-li et Ki-o-la, fantaisie en deux tableaux, de M. Milher, occupe la place de Fifres et tambours, ce petit tableau militaire si réussi de notre sympathique confrère, Félix Savard. Nous ne voulons rien préjuger, connaissant surtout l'aptitude de M. Milher, qui a fait ses preuves. Mais il faudra que sa fantaisie soit bien amusante pour qu'on accepte sa substitution à un ensemble qui grâce à l'intelligente interprétation de MM. Léon, Ben et Reyar, et de Mmes Francia, Angèle Renard, etc., faisait oublier la marche du temps. Ce soir également, M. Graciani donne la première audition d'une valse chantée signée par M. de Wenzel dont les compositions musicales sont très-goùtées. Connaissant le talent de cet artiste consciencieux qui nous parait avoir été utilisé avec indifférence, nous ne doutons pas du succès. — H. DE FOVILLE. -

— Le dernier festival donné à Frascati, par Arban et à son bénéfice, a été une véritable solennité. Pour clôturer la saison de ses concerts, le bénéficiaire a fait entendre deux fantaisie sur Aïda, qui ont provoqué d'unanimes applaudissements. Mlle Laure Lemaire, une cantatrice douée d'une fort jolie voix, a charmé l'auditoire. M. Fusier l'a beaucoup amusé. L'orchestre a fait merveille sous le commandement de son général en chef.

H. DE FOVILLE.

— On parle très sérieusement de la nomination de,M. Offenbach comme directeur de l'Opéra-Comique de Vienne. Que M. Offenbach retourne en Allemagne, rien de plus naturel; mais s'il nous quitte, quel vide!... Lui parti, qui donc nous rendra ces fours solennels, dont il a le monopole depuis quelques années?... Cela doit donner à réfléchir aux autres faiseurs d'opérettes.

— Dimanche, à neuf heures, M. Louis Gal, directeur de la Liberté, a eu la douleur de perdre son fils unique, à l'âge de dix-neuf ans.

M. Joseph Gal, élève de Victor Massé au Consevatoire de musique, rédigeait les Soirées théâtrales de la Liberté, sous le pseudonyme de Yousouf. C'était un jeune homme fort aimé pour son esprit et son caractère sympathique. Il se serait certainement fait une belle place dans la littérature et dans la musique.

— Un grand malheur vient de frapper Félix Godefroid, l'artiste à juste titre si aimé : il a eu la douleur de perdre sa femme. Les obsèques de Mme Godefroid ont eu lieu dimanche, au temple de l'Oratoire.

— Un auteur dramatique souvent applaudi, Louis-Isidore-Eugène Lemoine, connu dans le monde théâtral sous le nom de Moreau , vient de mourir.

Il a donné, sur divers théâtres, pendant plus de trente années, le plus souvent en collaboration, un grand nombre de drames et de vaudevilles parmi lesquels nous citerons : les Peureux, le Chevalier de Beauvoisin, le

Maître de Peste, Ce qui manque,aux Grisettes, les Deux Sans-Culottes et enfin le Courrier de Lyon, avec MM. Siraudin et Delacour.

— L'Europe artiste a annoncé, dans son dernier numéro, que Mmes Volpini et Urban étaient mortes à la Havane. Nous nous plaisons à croire que notre confrère était en cela aussi bien informé que lorsqu'il détailla le succès de Masini dans Rigoletto.

Du reste, aucun journal italien ne donne la nouvelle, et le Trovatort seul à en parler, n'y ajoute pas la moindre foi.

— Au sujet de l'incendie du théâtre Fox de Philadelphie, incendie do le désastre total est estimé à 700,000 dollars, l' Eco d'Italia fait romarqu que depuis 1798, c'est le vingtième théâtre détruit par le feu à Philado phie. Vingt théâtres brûlés en soixante-dix-neuf ans! Voilà une ville o à côté de chaque bureau de location, il devrait y avoir un bureau d'assurance contre l'incendie.

— Fechter, dont on n'avait pas de nouvelles depuis longtemps, à repris à Boston et à New-York le cours de ses représentations des chefs-d'oeuvre anglais.

— L'Entr'acte, organe officiel de la plupart des théâtres, annonce que, pour cause de maladie, la plus forte partie de la gérance d'un des théâtres les plus prospères de Paris est à céder et que le nouveau gérant trouvera dans la caisse, sous forme de fonds social, la somme de 350,000 francs d'argent liquide. Il s'agit du théâtre du Palais-Royal.

— La maison Lemoine vient, de publier une Messe en musique à deux voix égales, avec accompagnement de piano ou d'orgue, par L. Tarbé. Cette Messe, à peine éditée, a déjà été exécutée dans deux ou trois des principaux couvents de Paris où elle a obtenu un très-grand succès.

C'est certainement une des publications religieuses les plus remarquables qui aient été mises en vente depuis plusieurs années.

— L'Administration du Théâtre-Italien de Paris a l'honneur d'informer MM. les impresarii et artistes que la salle du Théâtre-Italien sera libre du 1er mai à fin juillet prochain. — Avis en est donné aux personnes désireuses d'y organiser des représentations ou des concerts.

S'adresser à M. Escudier, directeur, ou à M. Van IIamme, régisseur général.

— Le mardi 3 avril prochain, à trois heures, une cérémonie intéressante aura lieu à la chapelle du Sacré-Coeur, à Montmartre.

La confrérie du Sacré-Coeur de Saint-Paul et Saint-Louis offre une lampe au sanctuaire du Sacré-Coeur de Montmartre.

A cette occasion, un salut solennel en musique sera chaulé. Les soli par Mme Boidin-Puisais, Mlle Moulor, MM. Vergnet et Alignez.

Les choeurs d'hommes composés par des artistes de l'Opéra.

L'assistance sera, parait-il, très-nombreuse et très-choisie.

— Salle Henri Herz, vendredi soir 13 avril, concert donné par Mme Luisa Valli et Mme Docquin Ardoin (compositeur.)

Le programme est des plus attrayants et le public sera très-élégant.

— Théâtre de la Tour-d'Auvergne. — Spectacles des 31 mars, 1er, 2, 3 et 5 avril 1877, à 8 heures: Scènes de Charles VI ; Je dîne chez ma mère; Cescélérat de Poireau ; Dieu merci ! le couvert est mis.

— A l'occasion des fêtes de Pâques, l'administration de Valentino fait de grands préparatifs pour donner une fête de nuit, qui aura lieu le samedi

31 du courant. Nous pouvons assurer d'avance qu'elle surpassera en éclat et en magnificence toutes celles qui ont eu lieu jusqu'à ce jour.

Publications de la MAISON LEMOINE


8 LE MONDE ARTISTE

COURS ET LEÇONS

Mme Pauline Boulin, professeur de chant, 233, boulevard Péreire. — Leçons particulières.

— M. Altermann, 3, rue de Vintimille, professeur de violon et d'accompagnement. Leçons particulières.

— Mlle Salel, professeur de piano et de solfège, rue Pétrelle, 26. Leçons particulières.

— M. Guilmant, 62, rue de Clichy. Cours d'orgue.

M. et Mme Allard-Guérette, salons Schmitt, 22, rue du QuatreSeptembre.

QuatreSeptembre. complets de solfège, de piano, de chant, d'orgue, de violon, de violoncelle et accompagnement, avec le concours de MM. Paul Rougnon, Deledicque et Georges Lamothe.

Mlle Élise Perrin, 10 bis, rue de Châteaudun. Leçons particulières de

chant et de piano. Élève de Marmontel pour le piano et de Jules Lefort pour le chant.

— M. Théodore Lack, 28, rue Pigalle. Leçons de piano.

M. J. Deschaux, professeur de solfège, piano et chant. Leçons particulières pour l'étude du répertoire d'opéra, d'opéra comique, etc. Rue du Château-d'Eau, 42.

— Mlle Patin, 13, rue du Rocher, leçons de piano d'après la méthode des plus grands maîtres.

Harmonie et composition; leçons par correspondance. Préparation

aux examens de chef et de sous-chef de musique dans l'armée. Professeur : M. Danhauser, 42, rue de Maubeuge.

Travail spécial de la voix, de la prononciation, et de l'interprétation

des opéras et opéras comiques, par E. Berthemet, ex-chef du chant au Théâtre-Lyrique, chef du chant au théâtre de la Renaissance. De 4 à 8 heures, 34, rue de Douai.

AVIS

Pianos recommandés de Prouw Aubert, 35, Boul. du Temple.

— RUBENS. — Médaille, en bronze, en vente chez Bescher fils, éditeur, 8, rue Royale.

— Mme Labadie, éditeur des oeuvres de Cottin et tenant un magasin de pianos, est actuellement établie, 49, rue de la Chaussée-d'Antin.

— Nous recommandons à nos lecteurs la maison J. Fleurant, 15-17, passage Verdeau (suite du passage Jouffroy); ils y trouveront un assortit ment complet de maillots de bonne qualité, à des prix très-avantageux , Si nous jetons un coup d'oeil sur le tarif qui sera envoyé aux directeurs qui en feront la demande, nous trouvons des maillots de soie (entièrement) cotés 40,42,45, 47 fr. jusqu'à 50 fr.; les maillots de soie avec buste, en fil d'Ecosse de même nuance, sont de 8 francs moins cher. Maillots de fil d'Ecosse toutes nuances imitant la soie, à 17 fr. et 16 fr. en blanc et chair; maillots de coton depuis 4 fr., qualités supérieures à 5, 7, 8, 10 et 12 fr.

— GRANDE AGENCE THÉATRALE TAMBURINI et JULIENNE DEJEAN. Engagements d'artistes lyriques, dramatiques instrumentistes et chorégraphes. Chant, leçons, cours, mise en scène (Répertoire français et italien), 50, rue SaintLazare. — Location de la salle pour concerts, conférences, réunions privées et publiques.

— En vente chez Lissarague, 4, rue Saint-Pierre, à Versailles, CoquettePolka, par CLÉMENT ; Avril, mélodie de LÉON VASSEUR.

Le Directeur-Gérant. : ACHILLE LEMOINE.

IMPRIMERIE CENTRALE DES CHEMINS DE FER. — A. CHAIX ET Cie, RUE BERGÈRE, 20, A PARIS.