Rappel de votre demande:


Format de téléchargement: : Texte

Vues 1 à 758 sur 758

Nombre de pages: 758

Notice complète:

Titre : Bulletin de la Société zoologique d'acclimatation

Auteur : Société nationale de protection de la nature (France). Auteur du texte

Éditeur : Goin (Paris)

Date d'édition : 1854-02-10

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 14696

Description : 10 février 1854

Description : 1854/02/10 (T5).

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k54481353

Source : Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, 8-S-631

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb345084433

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 28/10/2008

Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 100 %.
En savoir plus sur l'OCR





BULLETIN

MENSUEL

DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE

ZOOLOGIQUE

D'ACCLIMATATION


PARIS. - IMPRIMERIE DE L. MARTINET, RUE MIGNON, 2


BULLETIN

DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE

ZOOLOGIQUE

D'ACCLIMATATION

FONDÉE LE 10 FÉVRIER 1854.

TOME CINQUIÈME.

PARIS

A LA LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON,

PLACE DE L'ÉCOLE-DE-MÉDECINE,

ET AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ,

HÔTEL LAURAGUAIS, RUE DE LILLE, 19.

1858



SOCIETE IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ORGANISATION POUR L'ANNÉE 1858, LISTE DES SOCIÉTÉS AFFILIÉES ET AGRÉGÉES

ET DES COMITÉS RÉGIONAUX,

ET TROISIÈME LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES MEMBRES.

S. M. L'EMPEREUR, protecteur.

BUREAU DE LA SOCIETE.

MM. Isidore GEOFFROY SAINT-HILAIRE, président.

Le prince Marc de BEAUVAU, DROUYN DE LHUYS, Antoine PASSY, RICHARD (du Cantal),

vice-présidents.

Le comte d'ÉPRÉMESNIL, secrétaire général.

Auguste DUMÉRIL, secrétaire des séances.

E. DUPIN, secrétaire pour la correspondance à l'intérieur.

P. GAIMARD, secrétaire pour la correspondance à l'étranger.

GUÉRIN-MÉNEVILLE, secrétaire du Conseil.

Paul BLACQUE, trésorier.

COSSON, archiviste.

CONSEIL D'ADMINISTRATION.

LES MEMBRES DU BUREAU ET MM.

De QUATREFAGES,

RUFFIER,

Le baron SÉGUIER,

Le comte de SINETY.

Fréd. JACQUEMART, MOQUIN-TANDON, Le marquis de SELVE, Jacques VALSERRES.

Conseillers libres.

Frédéric DAVIN,

Jules DELON,

POMME,

Le marquis SÉGUIER,

MM. le marquis AMELOT, le comte de COUESSIN, le baron de PONTALBA, Emile TASTET. T. V. - 1858. a


VI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

DÉLÉGUÉS DU CONSEIL EN FRANCE.

Bordeaux MM. BAZIN, professeur de zoologie à la Faculté

des sciences. Caen LE PRESTRE, chirurgien en chef de l'HôtelDieu,

l'HôtelDieu, à l'École de médecine. Cernay (Haut-Rhin). . . ZURCHER (A.), propriétaire.

Clermont-Ferrand . . . LECOQ (H), professeur d'histoire naturelle

à la Faculté des sciences.

Le Havre DELAROCHE (H.), négociant.

Lyon LECOQ (F.), directeur de l'École impériale

vétérinaire.

Marseille HESSE(A-), banquier.

Mulhouse ZUBER (F.), propriétaire, manufacturier.

Nancy MONNIER, membre du Conseil général de la

Meurthe.

Poitiers HOLLARD, profes. à la Faculté des sciences.

Rouen POUCHET, membre correspondant de l'Institut,

l'Institut, du Muséum d'hist. naturelle. Toulon AGUILLON, propriétaire, membre du Comice

agricole de Toulon.

Toulouse JOLY, professeur à la Faculté des sciences.

Wesserling (Haut-Rhin). SACC, ancien professeur à l'Académie de Neuchâlel

Neuchâlel

DÉLÉGUÉS DU CONSEIL A L'ÉTRANGER.

Alexandrie (Egypte). . . MM. SABATIER, consul général de France.

Batavia WASSINK (G.), chef du service sanitaire dans

les possessions néerlandaises aux Indes orientales.

Calcutta PIDDINGTON, direct, du Musée de géologie.

Caracas (Venezuela). . . TOURREIL (de), consul de France.

Chang-Haï MONTIGNY (de), ancien ministre plénipotentiaire,

plénipotentiaire, général de France.

Florence DEMIDOFF (le prince A. de).

Francfort BETHMANN (le baron Maurice de), consul

général de Prusse.

Genève GOSSE (le docteur).

Lausanne CHAVANNES (le docteur).

Londres MITCHELL, secret, de la Société zoologique,

chargé de la direction du Jardin zoologique.

Madrid GRAELLS, directeur du Musée d'hist. natur.

Milan BROT (Ch.), banquier.


FORMATION DES BUREAUX DE LA SOCIÉTÉ. VII

Moscou MM. KALINOWSKI (J.), conseiller de Cour, professeur d'agric. à l'Université impériale.

Neuchâtel CARBONNIER, propriétaire.

Philadelphie WILSON (T.), memb. de l'Acad. des sciences.

Rio-Janeiro. ...... CAPANEMA (le capitaine de), professeur de

physique à l'Académie impériale du génie.

Saint-Pétersbourg.. . . BRANDT, conseiller d'État actuel, membre de

l'Académie impériale des sciences.

Sidney (Australie). . . . MAC ARTHUR, commissaire général de l'Austral

l'Austral près l'Exposition universelle de 1855.

Turin BARUFFl (le chevalier), président de la Faculté

Faculté sciences.

Vienne ARENSTEIN, commissaire de l'Autriche près

l'Exposition universelle de 1855.

BUREAUX DES SECTIONS.

1re Section, - Mammifères. MM. RICHARD (du Cantal), délégué du Conseil et président. Frédéric DAVIN, vice-président. DARESTE, secrétaire.

Albert GEOFFROY SAINT-HILAIRE, vice-secrétaire. 2e Section. - Oiseaux (Aviculture). MM. Le comte d'ÉPRÉMESNIL, délégué du Conseil. BERRIER- FONTAINE, président. CHOUIPPE, vice-président. DAVELOUIS, secrétaire. HUBERT-BRIERRE, vice-secrétaire.

3e Section. - Poissons, Crustacés, Annélides, Mollusques (Pisciculture). MM. PASSY, délégué du Conseil et président. MILLET, vice-président. LOBLIGEOIS, secrétaire. Charles WALLUT, vice-secrétaire.

4e Section. - Insectes (Sériciculture et Apiculture), MM. Le prince de BEAUVAU, délégué du Conseil. GUÉRIN-MÉNEVILLE, président. BIGOT, vice-président. L. SOUBEIRAN, secrétaire. A. PERROT, vice-secrétaire.

5e Section. - Végétaux.

MM. DROUYN DE LHUYS, délégué du Conseil. MOQUIN-TANDON, président. CHATIN, vice-président. J. MICHON, secrétaire. DUPUIS, vice-secrétaire.


VIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

COMMISSION PERMANENTE DE L'ALGERIE.

MM. RICHARD (du Cantal), président; le général DAUMAS, président honoraire; le prince Marc de BEAUVAU, BIGOT, CHATIN, COSSON, DARESTE, DAVIN, DELON, DUPRÉ DE SAINT-MAUR, DU VAL, FOCILLON, Victor FOUCHER, le vicomte GARBÉ, GUÉRIN-MÉNEVILLE, LAPERLIER, LOBLIGEOIS, J. MICHON, MILLET, de NABAT, PEUT, VALSERRES, et A. GEOFFROY SAINT-HILAIRE, secrétaire.

COMMISSION PERMANENTE DES COLONIES (1).

MM. A. PASSY, président; MESTRO, président honoraire; AUBRYLECOMTE, BELLIET-MONTROSE, DAVID, le comte DESBASSAYNS DE RICHEMONT, DÉVILLE, DUTRONE, P. GAIMARD, LIÉNARD père, MALAVOIS, MENNET-POSSOZ, RAMON DE LA SAGRA, RUFZ DE LAVISON, et MONET, secrétaire.

COMMISSION PERMANENTE DE L'ETRANGER.

MM. DROUYN DE LHUYS, président; de QUATREFAGES, vice-président; J. CLOQUET, DAVID, DEBRAUZ, DUPERREY, FAUGÈRE, P. GAIMARD, JOMARD, PAYER, l'amiral PENAUD, POEY, RAMON DE LA SAGRA, ROSALES, TASTET, TAUNAY, Pierre de TCHIHATCHEF, Platon de TCHIHATCHEF, de VERNEUIL, WEDDELL, YVAN, et de CLERCQ, secrétaire.

Les ambassadeurs, ministres, chargés d'affaires et consuls étrangers, qui résident à Paris, et qui sont membres de la Société, font de droit partie de la Commission de l'Étranger.

(1) Le Conseil d'administration de la Société n'avait institué jusqu'à présent qu'une seule Commission pour l'examen des questions d'acclimatation relatives aux Colonies et à l'Étranger. Il a paru qu'il y aurait avantage à établir deux Commissions distinctes, l'une pour les Colonies, l'autre pour l'Étranger. Cette modification a été approuvée par la Société.


LISTE DES SOCIÉTÉS AFFILIÉES ET AGRÉGÉES (1)

A LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

ET DE SES COMITÉS RÉGIONAUX (2).

SOCIETES AFFILIEES

ET COMITÉS RÉGIONAUX FRANÇAIS.

La Société zoologique d'acclimatation pour la région des Alpes (Société zoologique des Alpes), à Grenoble. La Société régionale d'acclimatation pour la zone du nord-est, a Nancy, la Société du Jardin zoologique de Marseille.

Le Comité régional de la Société impériale d'acclimatation à Bordeaux. Le Comité d'acclimatation de la Guyane française. Le Comité d'acclimatation de l'île de la Réunion.

SOCIÉTÉS AFFILIÉES

ET COMITÉS RÉGIONAUX ÉTRANGERS.

Le Comité de la Société impériale d'acclimatation pour l'Egypte, à Alexandrie. La Société d'acclimatation pour le royaume de Prusse (Acclimatisations Verein fur die Koniglich-Preussischen Staaten), à Berlin. Le Comité zoologique d'acclimatation de Moscou. Le Comité d'acclimatation des végétaux de Moscou.

SOCIÉTÉS AGRÉGÉES FRANÇAISES.

Le Comice agricole de Toulon.

La Société d'émulation, d'agriculture, sciences, lettres et arts du département de l'Ain, à Bourg. La Société d'agriculture de Verdun (Meuse).

(1) Le titre de SOCIÉTÉS AFFILIÉES est spécialement réservé aux Sociétés fondées dans le but d'appliquer à une région déterminée les principes posés par la Société impériale d'acclimatation.

Le titre de SOCIÉTÉS AGRÉGÉES est donné à des Sociétés scientifiques, agricoles, industrielles ou de bien public, qui font entrer dans le cercle de leurs travaux l'application des principes posés par la Société.

(Pour les Sociétés affiliées et agrégées, voyez le Règlement, chapitre II (Bulletin, t. II, p. x et XI).

(2) Le titre de COMITÉ DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'ACCLIMATATION est accordé à des réunions locales de membres de la Société, désireux de concourir plus activement, et par des efforts communs, au but de la Société.

Les Comités d'acclimatation jouissent de tous les avantages attribués par le Règlement aux Sociétés affiliées.


X SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

La Société d'agriculture, belles-letires, sciences et arts de Poitiers (Vienne).

La Société protectrice des animaux, à Lyon (Rhône).

La Société d'agriculture du département des Bouches-du-Rhône, à Marseille

(Bouches-du-Rhône), Le Comice agricole d'Aubigny-sur-Nerre (Cher). La Société d'agriculture, arts et commerce du département de la Charente,

à Angoulème (Charente). La Société d'agriculture d'Alger.

La Société d'agriculture et de statistique de Roanne (Loire). La Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure, à Évreu. La Société d'agriculture du Puy-de-Dôme, a Clermont-Ferrand. La Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, à Guéret. La Société d'horticulture de la Gironde, à Bordeaux. La Société d'agriculture, sciences, arts et commerce de la Haute-Loire, au Puy. La Société d'agriculture de l'arrondissement de Dôle (Jura). La Société d'agriculture de la Haute-Garonne, à Toulouse. Le Comice agricole de l'arrondissement d'Alais (Gard). Le Comice agricole d'Épinal (Vosges).

La Société des sciences, agriculture et arts du Bas-Rhin, à Strasbourg. La Société centrale de l'Yonne pour l'encouragement de l'agriculture, à

Auxerre. La Société d'agriculture de Seine-et-Marne, à Melun. La Société d'agriculture de Provins (Seine-et-Marne). La Société d'agriculture et de l'industrie de Tonnerre (Yonne). La Société d'horticulture de l'Aube, à Troyes. La Société d'agriculture, industrie, sciences et arts de la Lozère, à Mende.

SOCIÉTÉS AGRÉGÉES ETRANGERES.

La Société d'utilité publique de Lausanne (Suisse).

La Société agricole d'expertise mutuelle de Lausanne (Suisse).

L'Association agricole des États sardes (Associazione agrària degli Stati

Sardi), à Turin. La Société d'économie rurale de la Côte (canton de Vaud) (Suisse). L'Académie royale d'agriculture de Turin (Reale Accademia d'agricoltura

di Torino). La Société du Cercle littéraire de Lausanne (Suisse). Là Classe d'agriculture de la Société des arts de Genève (Suisse), La Section d'industrie et d'agriculture de l'Institut genevois (Suisse). La Société impériale et royale d'agriculture de Vienne (Die kaiserliche

konigliche Landwirthschafts-Gesellschaft in Wien), La Société séricieole de Pologne (Spolka jedwabnicza polska), a Varsovie. La Société agronomique du Frioul (Associazione agraria Friulana), à Udine, La Chambre d'agriculture de Port-Louis (île Maurice).


TROISIÈME LISTE SUPPLÉMENTAIRE

DES MEMBRES

DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION,

Membres admis du 13 mars 1857 au 23 avril 1858 (1).

S. M. LE ROI DES BELGES.

S. M. LA REINE D'ESPAGNE.

S. M. LE ROI DES PAYS-BAS.

S. AI. LE ROI DE PORTUGAL.

S. M. LE ROI DE SAXE.

S. M. LE ROI DE WURTEMBERG.

S. A. R. le duc de PORTO, à Lisbonne.

S. A. le prince d'OLDENBOURG, à Saint-Pétersbourg.

S. A. le prince François de LICHTENSTEIN, à Vienne.

S. A. DATU TCMMONGGONG, Maharajah de Johore et ses dépendances, à

Singapore (Indes orientales). S. A. TUANVIN WAN ABOOBAKAR, BIN DATU TUMMONGGONG, DAINC

IBRAHIM SRI MAHARAJAH, à Singapore (Indes orientales). S. A. TUANVIN WAN ABDULRAHMAN, BIN DATU TUMMONGGONG, DAING

IBRAHIM SRI MAHARAJAH, à Singapore (Indes orientales).

MM.

ACAPULCO (le marquis de), sénateur espagnol, à Paris.

AGUADO (le comte Olympe), à Paris.

ALBON (le marquis d'), membre du Conseil général du département du Rhône, au château d'O, près Mortrée (Orne) et à Paris.

ALEXANDRE, pharmacien, à Bordeaux.

ALMEIDA (Joaquim d'), consul général de Portugal, à Singapore (Indes orientales).

ANGLES (le comte), ancien représentant, propriétaire, au château de Mably, près Roanne (Loire).

ARLÈS-DUFOUR, ancien secrétaire général de la Commission impériale de l'Exposition universelle de 1855, président du jury des soies et soieries, à Lyon (Rhône).

ARMET-DELILLE, procureur impérial près le tribunal de Melun (Seine-etMarne).

(1) Pour les membres antérieurement admis, voyez la Liste générale des membres, t. Il, p. XXIII à XLVIII la Première liste supplémentaire, t. III, p. XII à XIX ; et la Seconde liste supplémentaire, t. IV, p. IX à XX.


XII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ARNAUD -JEANTI, raffineur de sucres, à Paris.

ASHWORTH (Thomas) de Poynton en Stockport (Angleterre).

ASSELIN, receveur particulier des contributions, à Paris.

AUBIGNY (Arthur de), à Paris.

Avr (Maurice), propriétaire agriculteur, au château de Clau, près la Bastide

Saint-Pierre, canton de Grisolles (Tarn-et-Garonne). AYMEN, propriétaire, membre du Conseil général de la Gironde, à Castillonsur-Dordogne

Castillonsur-Dordogne BALDÉ, propriétaire, à Louvres près Dammartin (Seine-et-Oise), à Paris. BALLOT (Félix-Alphonse), propriétaire, à Taissy près Reims (Marne). BAMBERT (Albert), docteur ès lettres de l'université de Goettingue, à Paris. BARADÈRE, consul général de France, à Barcelone (Espagne). BIRAGUEY D'HILLIERS (le maréchal comte), à Tours et a Paris. BARBEY (Théodore), armateur, au château de Saulcy près Saint-Dié (Vosges)

et à Paris. BARDY, avocat général à la Cour impériale de Poitiers (Vienne). BARGOIN, pharmacien, à Clermont (Puy-de-Dôme). BARILLET-DESCHAMPS, architecte paysagiste, jardinier en chef du bois de

Boulogne, à Paris. BARROT (Adolphe), ministre de France, à Bruxelles (Belgique). BARTHE (le docteur), chirurgien de la marine, à Toulon (Var). BARTHÉLÉMY (le marquis de), à Paris. BAUZON (Eugène), négociant, à la Chapelle-Saint-Denis (Seine). BAYE (le baron de), propriétaire, à Paris. BAYVET, membre du Conseil municipal de Paris, censeur à la Banque de

France, à Paris. BEALE (T. C), chef de la maison anglaise Dent-Beale, consul de Portugal et

vice-consul de Hollande, à Chang-Haï (Chine). BÉARN (le comte Henri de), à Paris. BEAURY (Camille), négociant, à Barcelone (Espagne). BÉCLARD (Jules), agrégé à la Faculté de médecine, à Paris. BECQUEREL, membre de l'Académie des sciences, professeur-administrateur

au Muséum d'histoire naturelle, à Paris. BELLIGNY (G. de), à Paris. BÉJOT (Edmond), à Paris.

BÉNÉDETTI, directeur des affaires politiques au Ministère des affaires étrangères, à Paris. BÉOST (Ferdinand de), membre du Conseil général de l'Ain, au château de

Béost, par Châtillon-les-Dombes (Ain), et à Paris. BERNUS, membre du Sénat, à Francfort (Allemagne). BERTHOIS (le général baron de), à Paris. BERTRAND (Joseph), membre de l'institut, à Paris. BERTRAND, ancien membre du Corps législatif, à Antony (Seine) et à

Paris. BETHMANN (le baron A. de), à Francfort (Allemagne).


TROISIEME LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES MEMBRES. XIII

BETHMANN (le baron M. de), consul général de Prusse, à Francfort (Allemagne).

BÉVILLE (le général baron de), aide de camp de l'empereur, a Paris.

BIZAT (Henri), armateur, à Bordeaux (Gironde).

BLANCHE, ancien juge au tribunal de Nevers, à Saint-Fargeau (Yonne).

BOISSY D'ANGLAS (le comte), député de l'Ardèche, à Paris.

BOIVIN (Edouard), auditeur au Conseil d'État, à Paris.

BONAMY (aîné), horticulteur, à Toulouse (Haute-Garonne).

BONFORT (Charles), fondateur et propriétaire des bergeries de Ten Salmet, colon à Oran (Algérie).

BONNAFONT (le docteur), médecin principal de l'École d'État-major, à Paris.

BOREL (Charles), inspecteur général de la cavalerie des omnibus, à Paris.

BORSENKOW (Jacques), membre fondateur du Comité d'acclimatation de Moscou, magistrat de l'université, à Moscou (Russie).

BOSE (le comte Charles), propriétaire, président honoraire du Jardin zoologique, à Francfort (Allemagne).

BOUCHARDAT, professeur à la Faculté de médecine, à Paris.

BOULAY, membre de l'Académie impériale de médecine, à Paris.

BOURCIER (Jules), ancien négociant en soies, ancien consul de France a Quito, à Batignolles (Seine).

BOURGOING (le baron Paul de), sénateur, à Paris.

BOURGOING (de), préfet de Seine-et-Marne, à Melun.

BOURGOING (de), écuyer de S. M. l'Empereur, à Paris.

BOURLON DE SARTY, ancien préfet, membre du Conseil général de Seine-etOise, au château de Gif, par Orsay (Seine-et-Oise) et à Paris.

BOWRING (S. E. Sir John), ministre plénipotentiaire de S. M. B. en Chine, gouverneur de Hong-Kong (Chine).

BRANDOIS (Paul de), propriétaire, à Paris.

BRÉDA (le comte Félix de), lieutenant-colonel du 1er régiment de chasseurs à cheval, à Paris.

BRETEUIL (\e comte de), au château de Breteuil près Chevreuse (Seine-etOise), et à Paris.

BRETON (François-Augustin), architecte, à Paris.

BRICE-LABURTHE, propriétaire, à la Grange-Rouge de Candé (Loir-et-Cher).

BRIVAZAC (Léon de), à Bordeaux (Gironde).

BUA-GRECO (Gaetano), propriétaire, à Patti, province de Messine (Sicile).

BUENDIA (le docteur J. M.), à Bogota (Nouvelle-Grenade), et à Paris.

BULCAO (le chevalier Joao), chimiste, à Bahia (Brésil), et à Paris.

BURE (de), adjoint au maire de Moulins (Allier).

BURGGRAFF (Oscar de), à Paris.

CAGNOLA (Jean-Baptiste de), propriétaire, à Milan (Lombardie).

CAILLADD (René), naturaliste, à Paris.

CAILLAULT (le docteur), à Paris.

CAIRON (de), au château d'Amblie, par Creully (Calvados).

CAMPANA, interne des hôpitaux, à Paris.


XIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D' ACCLIMATATION.

CAMUS, propriétaire, au château de la Couarde, à la Queue près Montfortl'Amaury

Montfortl'Amaury et à Paris. CARINI (le prince de), envoyé extraordinaire, ministre plénipotentiaire de

S. M. le roi des Deux-Siciles près la Cour de Londres CAROLI (le comte Louis de), à Paris.

CARRERAS Y FERRER, professeur à l'université de Barcelone (Espagne). CASTEJA, membre du Conseil général de la Gironde, à Bordeaux (Gironde). CASTILLON (Armand), armateur, à Bordeaux (Gironde). CASY (l'amiral), sénateur, membre du Conseil d'amirauté, à Paris. CAUSANS (le comte Maxime de), au Puy (Haute-Loire). CAUSSE (Jacques), négociant, à Bordeaux (Gironde). CAZENAVETTE (B,), directeur de l'École communale, à Bordeaux (Gironde). CHABROL (le baron de), à Paris. CHABROL-CHAMEANE (le vicomte de), à Paris. CHAGOT (Jules), directeur des mines de Blanzy, à Paris. CHAPERON (Charles), négociant, à Bordeaux (Gironde). CHARDON, régisseur du domaine de Ferrières près Lagny (Seine-et-Marne). CHARLEUF, propriétaire, au château de la Bussière, près Luzy (Nièvre). CHASSEVAL (le comte de), propriétaire, à Louvigny (Sarthe) et à Paris. CHASTEICNER (le comte Alexis de), ancien officier des haras impériaux, a

Bordeaux (Gironde). CHAUVIÊRE (Alexandre), horticulteur, à Pantin (Seine). CHENELETTE (de), au château de Chenelette près les Echarmeaux (Rhône), et

à Paris. CHEVEIGNÉ (Alexandre de), ancien maître des requêtes, à Paris. CHEZELLES (Arthur de), à Paris. CISTERNE (le prince de la), à Paris. CIVIALE (le docteur), membre de l'Institut et de l'Académie impériale de

médecine, à Paris. CLAYE, propriétaire-agriculteur, à Maintenon, et à Paris. CLERCQ (Louis de), propriétaire, à Paris.

CLERCQ (Louis de), publiciste du Ministère des affaires étrangères, à Paris. COCCHI (Igino), géologue, à Florence (Toscane).

COCHET, pépiniériste, à Suine près Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne). COCTEAU, notaire honoraire, à Paris, COLOMBIER (Charles du), à Paris.

COMME (J.), employé au Jardin des plantes, à Bordeaux (Gironde). CONNOLLY (Andrew), négociant, à Chang-Haï (Chine). CORDEVIOLLA, de la Nouvelle-Orléans, propriétaire, au château de Marcouville

Marcouville Pontoise (Seine-et-Oise), et à Paris. CORDIER (Adolphe), propriétaire-agriculteur, à Lizieux (Calvados). CORTESI (J.-B.), propriétaire, â Chiari, province de Brescia (Lombardie). COSSÉ-BRISSAC (le comte Arthur de), attaché au ministère des affaires étrangères, à Paris. COSTE-LOREILHE, propriétaire, à Sainte-Foy (Gironde).


TROISIÈME LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES MEMBRES. XV

COTTA DE COTTENDORF (le baron), chambellan, propriétaire de la Gazette universelle d'Augsbourg, à Stuttgart (Wurtemberg).

COTTU (le baron), à Paris.

COURTHIAL (du), vice-consul de France à Saint-Thomas (Antilles danoises).

CRESPEL-LECREUX, propriétaire, à Lille (Nord).

CROOKENDEN (Henry), propriétaire, à Montfleury près Cannes (Var).

CUNNINGHAM (Edwards), associé de la maison américaine Rosselt et Compagnie, à Chang-Haï (Chine).

CZARTORYSKI (le prince Ladislas), à Paris.

CZARTORYSKI (le prince Wilold), à Paris.

DALGLEISH (John James), à Edimbourg (Ecosse).

DALIMIER, directeur de l'École normale primaire du département du BasRhin, à Strasbourg (Bas-Rhin).

DARBLAY (Jules), 5 Chevilly (Loiret).

DARRAS (l'abbé J.E.), chanoine honoraire d'Ajaccio, au château de Brienne (Aube), et à Paris.

DARRICAU, capitaine de vaisseau, gouverneur de l'île de la Réunion,

DAUGER (le baron Gustave), à Caen (Calvados).

DAULLÉ, membre de la Société zoologique de la Réunion, chirurgien de la marine impériale, à Mayotte (Madagascar).

DAVID, ancien ministre plénipotentiaire, à Paris.

DAVID (Charles), manufacturier, à la Chartreuse, près Strasbourg (Bas-Rhin).

DAVID (F.), membre du Conseil municipal, à Bordeaux (Gironde).

DAVIES, propriétaire, à Madère.

DAVILA (le docteur), médecin inspecteur en chef de la milice valaque, à Bucharest (Valachie).

DELBRUCK, homme de lettres, à Paris.

DELCOUR, propriétaire, à Bordeaux (Gironde).

DELISSE (Thomas), propriétaire, à Bordeaux (Gironde).

DESVAUX (Gustave), propriétaire, à Mondoubleau (Loir-et-Cher).

DIEUDONNÉ, juge honoraire au tribunal de première instance de la Seine, à Paris.

DISSE, propriétaire, à Moissac (Tarn-et-Garonne),

DOLISIE, ancien officier d'administration, à Strasbourg (Haut-Rhin).

DONON, consul général de Turquie, à Paris.

DONOVAN (John Clarke), propriétaire-agriculteur, à Graaff-Keenet, par le cap de Bonne-Espérance (Afrique australe).

DOULCET (Jules), archiviste du Corps législatif, à Paris.

DOURNAY (Joseph), propriétaire, aux mines de Lobsann, par Soultz-sousForêts (Bas-Rhin).

DUBIED (Constant), propriétaire, à Couvet, canton de Neuchâtel (Suisse).

DULUC (Hippolyte), médecin-vétérinaire, à Bordeaux (Gironde).

DUMÉRIL, ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Alençon (Orne).

DUPERREY, membre de l'Institut, à Paris.

DUPRÉ DE SAINT-MAUR (Edouard), propriétaire, à Paris.


XVI SOCIETE IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

DURIEU DE MAISONNEUVE (honoraire), à Bordeaux (Gironde).

DUVERGIER (Paul), à Bordeaux (Gironde).

EDAN (B.), chancelier du consulat de France, à Chang-Haï (Chine).

EDWARD-LEWIEN (Jacobsen), à Rotterdam (Pays-Bas).

EDWARDES, secrétaire de la légation britannique, à Francfort (Allemagne).

ESCHERNY (le comte Gustave d'), propriétaire, à Paris.

ESPEUILLES (le marquis d'), sénateur, à Paris.

ESTOILLE (le comte Max de l'), propriétaire, président de la Société d'émulation de l'Allier, à Moulins (Allier).

FALCOU, membre du Conseil général de Seine-et-Marne, à Paris.

FARAGULT (Henry), ancien élève de l'École polytechnique, ancien officier de marine de l'Astrolabe, à Paris.

FAUSSAT (Justin), négociant, à Bordeaux (Gironde).

FAVARU (Eugène), propriétaire, à Paris.

FAYE (Armand), avocat, à Bordeaux (Gironde).

FERRER (Léon), étudiant en pharmacie, à Perpignan (Pyrénées-Orientales).

FERRUCK-KHAN (S. Exc), ambassadeur du shah de Perse.

FLEURY (le docteur Louis), agrégé à la Faculté de médecine de Paris, médecin en chef de l'établissement hydrothérapique de Bellevue (Seine).

FOLLIN (Eugène), agrégé à la Faculté de médecine, à Paris.

FONTAN (le docteur), à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne).

FORBES (Paul), consul général de Suède et Norwége, chef de la maison américaine Rosselt et Compagnie, à Chang-Haï (Chine).

FOUCHÉ (Victor), conseiller à la Cour de cassation, à Paris.

TOUCHER, président honoraire de la Chambre des notaires, à Paris.

FOURCHY, notaire, à Paris.

GABILLOT, propriétaire, a Paris.

GABRIAC (le comte de), attaché au Ministère des affaires étrangères, à Paris.

GALBERT (le comte de), a la Buisse près Voiron (Isère).

GALIMART (Eugène), à Chang-Haï (Chine).

GANNERON, ingénieur civil, à Paris.

GANTES (le vicomte de), sous-préfet de l'arrondissement de Bône (Algérie).

GARDAME (le comte), à la Grande-Fuste près Valensolles (Basses-Alpes).

GASCHET (Auguste), propriétaire, à Martillac près Bordeaux (Gironde).

GASTU (le général), commandant la province de Constantine (Algérie).

GAUDIN, sous-directeur au Ministère des affaires étrangères, à Paris.

GEOFFROY (Charles), conservateur des hypothèques, à Verdun (Meuse).

GEOFFROY (François-Auguste), propriétaire, à Saint-Denis-en-Val (Loiret).

GÉRARD (Charles), négocianl, à Toulon (Var).

GÉRÉS (H. de), négociant, à Bordeaux (Gironde).

GÉVAUDAN (le comte de), propriétaire agriculteur, au château de Conclaye près la Roche-Millay (Nièvre).

GHIRLANDA-SILVA (Charles de), propriétaire, à Milan (Lombardie).

GIBERT (Achille), propriétaire, à Beauvais (Oise).

GILLET (Léonce), propriétaire, à Castillon-sur-Dordogne (Gironde).


TROISIEME LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES MEMBRES. XVII

GIOT, propriétaire et fermier, à Chevry (Seine-et-Marne).

GOBLEY, pharmacien, à Paris.

GONSALVES-MARTINS (le chevalier D.), ingénieur, à Bahia (Brésil), et à Paris.

GOSSIN, professeur d'agriculture, à Beauvais (Oise).

GOURSSIES, propriétaire, à Beaussugan par Castillon-sur-Dordogne (Gironde).

GOURY DU ROSLAN, ministre plénipotentiaire de France près la république de la Nouvelle-Grenade.

GOUT-DESMARTRES, membre du Conseil général de la Gironde, à Bordeaux.

GRAFFENRIED-VILLARS (le baron), propriétaire, à Paris.

GRAINDORGE (Denis), horticulteur, à Bagnolet (Seine).

GRAMONT D'ASTÉ (le comte de), à Paris.

GRANT (Thomas-Macpherson), Esq., à Craigo-House près Montrose, et à Edimbourg (Ecosse).

GRECO (P.), propriétaire et receveur du district, à Patti, près Messine (Sicile).

GREGORY(W. B.), ingénieur, directeur de la Cie du gaz, à Bordeaux (Gironde).

GRIMAUD DE CAUX (Gabriel), propriétaire, à Paris.

GRILLOT (le docteur Édouard-Jean-Marie), à Lagny (Seine-et-Marne).

GROTKOWSKI (Ferdinand de), propriétaire, au château de Surwilisky par Berlin-Stalupinen-Kowno-Uciana (Pologne).

GUERCHEVILLE (le comte Léonce-Marie-Gaston de), à Caen (Calvados).

GUILLAUME-REY, propriétaire, à Bazoches-les-Hautes (Eure-et-Loir) et à Paris.

GUILLEMIN (S. Gr. Mgr), évêque de la province de Canton.

GUILLEMOT (Antoine), propriétaire, membre de la Société entomologique de France, à Thiers (Puy-de-Dôme).

GUILLOT (Natalis), professeur à la Faculté de médecine, à Paris.

GUILLOUX, ancien négociant, à Paris.

GUTZENBERG, propriétaire, à Paris.

HACHETTE, éditeur-libraire, à Paris.

HAENTJENS, au château de la Perrine à Savigné-l'Évêque (Sarthe).

HALLEZ-CLAPARÈDE (le baron), à Paris.

HARLÉ, ancien conseiller général et député, à Aizecourt-le-Haut près Péronne (Somme).

HASSAN-BEY (le général), à Paris.

HATZFELD (le comte de), ministre de S. M. le roi de Prusse, à Paris.

HAUMAN (A.), consul de Venezuela, membre de la commission administrative du Conservatoire royal de musique de Belgique, etc., à Vaux-lesChênes,

Vaux-lesChênes, Neufchâteaux, province de Luxembourg (Belgique).

HAUT (Marc de), président du Comice agricole de l'arrondissement de Provins (Seine-et-Marne), à Paris.

HAWKE (Pierre-Thomas), propriétaire-agriculteur aux Conbournaires, par Dinan (Côtes-du-Nord).

HAYS (Charles du), propriétaire, à Montagne (Orne).

HECHT (E.), consulde S. M. le roi de Wurtemberg, à Strasbourg (Bas-Rhin).

HEECKEREN (le baron de), sénateur, vice-président du Conseil général du Haut-Rhin, à Paris.


XVIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE DACCLIMATATION.

HEECKEREN (le baron de), envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le roi des Pays-Bas près la cour d'Autriche, à Vienne (Autriche).

HESSE (Ernest), à Marseille (Bouches-du-Rhône).

HIRIGOYEN (le docteur), à Bordeaux (Gironde).

HOLMFELD (le baron Dirching de), envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le roi de Danemark, à Paris.

HORSON, propriétaire, à Versailles (Seine-et-Oise).

HOUDETOT (le général comte d'), au château de Charlepont (Oise), et à Paris.

HUBERT-DELISLE, sénateur, ancien gouverneur de la Réunion, à Paris.

HUGH LOW (Sir), membre du Conseil législatif, doyen des magistrats, et trésorier colonial de l'île de Labuan (Indes orientales).

HOREAU DE VILLENEUVE fils (Abel), à Paris.

ILLIER (d'), propriétaire, à Orléans (Loiret).

JAMESON (Conrad), banquier, à Paris.

JAUBERT (le comte), ancien minisire des travaux publics, à Paris.

JOBERT DE LAMBALLE, membre de l'Institut, professeur à la Faculté de médecine, chirurgien de S. M. l'Empereur, à Paris.

KALINOWSKI (Jacques), professeur d'agriculture à l'Université impériale, à Moscou (Russie).

KEET, directeur du Jardin zoologique, à Anvers (Belgique).

KESSLER (Louis), manufacturier, à Metz (Moselle).

KHÉRÉDINE (S. Exc. le général), ministre de la marine du bey de Tunis.

KISSELEFF (S. Exc. M. le comte de), ambassadeur de Russie près de la cour de France, à Paris.

KOECHLIN (Napoléon), manufacturier, à Massevaux (Haut-Rhin).

KREUTER (Franz), ingénieur en chef pour l'agriculture, attaché au Ministère de l'intérieur, à Vienne (Autriche).

LABORDE (P. A.), capitaine au long cours, propriétaire et membre du Comice agricole de Bayonne (Basses-Pyrénées).

LA CHAPELLE, propriétaire, à Varennes (Seine-et-Marne), et à Paris.

LACROZE (Jules), propriétaire, à Buenos-Ayres, et à Paris.

LACROZE (le Dr P.-E.), directeur de la maison de santé de Picpus, à Paris.

LAFOND (Narcisse), ancien pair de France, à Paris.

LAGUÉRIE (Villetard de), secrétaire-adjoint de la grande maîtrise des cérémonies de S. M. l'Empereur, à Paris.

LA LAURENTIE (le marquis de), propriétaire, à Paris.

LAMIRAL (Eugène), un des promoteurs de la navigation sous-marine, à Paris.

LA MORANDIÈRE (de), à Blois (Loir-et-Cher).

LAMOTHE (Adolphe), propriétaire, à Poitiers (Vienne).

LAMOTHE (Martial), pharmacien, membre de la Société botanique de France, à Riom (Puy-de-Dôme).

LAPAINE (Benoît), secrétaire général du gouvernement de l'Algérie, à Alger.

LA PANOUSE (le vicomte de), à Paris.

LA PLAIGNE (le docteur comte de), propriétaire, à Jouenna, commune de Bassussarry (Basses-Pyrénées).


TROISIÈME LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES MEMBRES. XIX

LARANGEIRAS (le baron das), pair du royaume de Portugal, à l'île SaintMichel (Açores).

LAS CASES (le comte de), membre du Conseil général de Maine-et-Loire, ancien officier de marine, à Chalonne (Maine-et-Loire), et à Paris.

LASSERRE (Georges), avocat, propriétaire, à Saint-Nicolas de la Grave (Tarnet-Garonne).

LATOUCHE (le baron de), membre du Conseil général du Bas-Rhin, maire de Saverne (Bas-Rhin).

LAURENT (Joseph-Victor), propriétaire, à Paris.

LAVERGNE (le docteur Jean), à Condom (Gers).

LAZERME, agriculteur, membre du Conseil général des Pyrénées-Orientales, à Perpignan.

LEBLANC (Louis-Camille), vétérinaire, à Paris.

LECOQ (H.), professeur d'histoire naturelle à la Faculté des sciences et président de la Chambre de commerce, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

LEJEUNE DE LAMOTTE, lieutenant de vaisseau, à Paris.

LELIÈVRE (Auguste), ancien banquier, à Paris.

LEMAÎTRE (le révérend père), supérieur des missionnaires de la Compagnie de Jésus en Chine, à Chang-Haï.

LE MAROIS (le comte), sénateur, à Paris.

LÉNARDIÈRE (de), député, propriétaire, à Paris.

LENOIR (Benjamin), à Nantoco, près Copiapo (Chili).

LEROY, membre de plusieurs Sociétés savantes, à Cany (Seine-Inférieure).

LESPINASSE (Gustave), propriétaire à Bordeaux.

LESSEPS (le comte de), ministre plénipotentiaire, directeur des affaires commerciales, au ministère des affaires étrangères, à Paris.

LETRONE (Paul), membre correspondant de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, à Ceton (Orne).

LEVIEUX (le docteur Ch.), secrétaire général du conseil d'hygiène et de salubrité de la Gironde, à Bordeaux (Gironde).

LÉVY (Michel), inspecteur général du service de santé militaire, directeur de l'école de médecine et de pharmacie militaire, au Val-de-Grâce.

LEWIS, résident anglais de Pinang, à Singapore.

LEWSHINE, conseiller privé, adjoint du ministre de l'intérieur, vice-président de la Société économique, à Saint-Pétersbourg.

LOBEL (H. de), négociant, administrateur de la Banque, à Amiens (Somme).

LOBGEOIS, propriétaire, à Paris.

LOCKART (le docteur), directeur de l'hôpital chinois de Chang-Haï, membre de la Société de géographie de Londres, à Chang-Haï (Ghine).

LOPEZ (le général José Uilario), sénateur, ancien président de la république de la Nouvelle-Grenade, à Santa-Fé-de-Bogota.

LORGES (le comte de), à Paris.

LOUREIRO (P.), vice-consul d'Espagne, à Chang-Haï (Chine).

LOUVIGNY (le comte de), propriétaire, à Paris.

LOWENTHAL (de), à Paris.


XX SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

LUARD (le marquis du), à Paris.

LUITJENS (le baron de), à Fremersberg, près Baden-Baden (grand-duché de Bade).

MACEDO-PIMENTEL (Raimundo de), ancien élève de Grignon, à Crato, province du Ceara (Brésil), et à Paris.

MACGOWAN (le docteur D.), directeur de l'hôpital chinois de Ning-Po, membre de la Société médicale et chirurgicale de New-York, à Ning-Po (Chine).

MAGNE (S. Exc. M.), ministre des finances, à Paris.

MAGNE (le docteur Alexandre), à Paris.

MAISSIAT (le général).

MAISONNEUVE (le capitaine de vaisseau Simonnet de), à Paris.

MALLEVAL, propriétaire, à Paris.

MANDELL D'ECOSSE (le baron de), à Paris.

MANDERSTROEM (S. Exc. le baron de), ministre des affaires étrangères de S. M. le roi de Suède et Norwége, à Stockholm (Suède).

MANZONI (Alexandre), propriétaire, à Milan (Lombardie).

MANZONI (Pierre-Louis), propriétaire, à Milan (Lombardie).

MARCHANT, conseiller d'État, à Paris.

MARCHANT (le docteur Léon), à Bordeaux (Gironde).

MARCHANT (le docteur Louis), à Dijon (Côte-d'Or).

MARCO DEL PONT, consul général du Chili et du Pérou, à Paris.

MARCOTTE, directeur général des douanes, à Strasbourg (Bas-Rhin).

MARDIÈRE (de la), officier de marine, à Madagascar.

MARES (Henri), à Montpellier (Hérault).

MARONE (Allezio), à Naples.

MASSLOW (S. E. M.), conseiller d'État actuel, secrétaire perpétuel de la Société impériale d'agriculture, à Moscou (Russie) (Honoraire).

MATTHEY (Jules), pharmacien, à Neuchàtel (Suisse).

MAUDE (de), à Paris.

MAUDUIT (le marquis Gabriel de), propriétaire, à Nevers (Nièvre), et à Paris.

MAUPASSANT (de), propriétaire, a Paris.

MAUPETIT (Alexandre), négociant, à Paris.

MAUREL, fabricant de produits chimiques, à Aubervilliers-les-Vertus (Seine).

MAURICE (Ovide), avoué, à Poitiers (Vienne).

MELOIZES (le vicomte des), ministre de France, à Weimor.

MESGRIGNY (le vicomte de), à Paris.

METTERNICH (S. Exc. M. le prince de), à Vienne (Autriche).

MEYNARD, propriétaire, à Sainte-Radegonde, par Castillon-sur-Dordogne (Gironde).

MIALHE, pharmacien de S. M. l'Empereur, à Paris.

MICHAELSEN, consul de Prusse, à Bordeaux (Gironde).

MICHAUD (Edouard), propriétaire, à Beaune (Côte-d'Or).

MILLET, agent de change, à Paris.

MILLON, pharmacien principal de l'hôpital du Dey, à Alger.

MONICAULT (A. de), ancien préfet de Seine-et-Marne, à Paris,


TROISIEME LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES MEMBRES. XXI

MONTALEMBERT D'ESSE (le marquis A.), au château de Vaudreuil (Eure).

MONTAUD (Alfred), conseiller d'État, à Paris.

MONTBLANC (le comte de), baron d'Ingelmunster, propriétaire, à Paris.

MONTESQUIOU-FEZENSAC (le comte Henri de), à Paris.

MONTGON (le marquis Adhémar de), au château de Montagne, par Mareingnes (Puy-de-Dôme).

MONTLAUR (le marquis de), membre du conseil général de l'Allier, au château de Lyonne, près Gannat (Allier), et à Paris.

MONY, propriétaire, à Paris.

MOREAU (de la Seine) (Jean-Baptiste), propriétaire, ancien député, notaire honoraire, à Paris.

MOREAU (Thomas-Frédéric), ancien négociant, à Paris.

MORTAIN (le docteur de), pharmacien en chef à l'hôpital militaire, à Versailles.

MOURAVIEFF-APOSTOL, à Mirgorod, gouvernement de Poltava (Russie).

MOYSANT (le docteur L.), interne à l'hôpital Saint-Louis, à Paris.

MUMM, consul général de Danemark, à Francfort (Allemagne).

MURAT (le marquis de), au château de Moidières, près la Verpillière (Isère).

MYLIUS (le général de brigade Frédéric de), à Paris.

NATTES-VILLECOMTAL (le comte Louis de), au château de Poussan, près Béziers (Hérault).

NÉDONCHEL (le comte Henri de), au Jolimetz, près le Quesnoy (Nord).

NERVILLE (de), régent de la banque de France, à Paris.

NESSELRODE (S. Exc le comte de), chancelier de l'Empire de Russie, à SaintPétersbourg (Russie).

NEY, duc D'ELCHINGEN (Michel), sous-lieutenant au premier régiment de chasseurs d'Afrique, à Alger.

NOUH BEY EFFENDI, à Constantinople.

O'RORKE (le docteur), à Paris.

OSUNA (S. E. le duc de), à Madrid.

ODSSOW (Serge), membre fondateur du Comité d'acclimatation de Moscou, membre de la Société des naturalistes à Moscou (Russie).

PAJOL (le comte Eugène), lieutenant-colonel au 1er carabiniers, à Paris.

PAQUERÉE (A.), propriétaire, à Castillon-sur-Dordogne (Gironde).

PARASKEVAIDES (Photius), propriétaire, à Aivali (Asie Mineure).

PARSEVAL GRANDMAISON (J. de), membre de la Société botanique, président de l'Académie de Mâcon, aux Perrières, près Mâcon (Saône-et-Loire).

PASSY (Félix), conseiller-maître à la Cour des comptes, à Paris.

PAULZE D'IVOI, préfet de la Vienne, à Poitiers (Vienne).

PAVY (S. G. Mgr), évêque du diocèse d'Alger.

PELLETAN DE KINKELIN fils (Jules), professeur de chimie, à Paris.

PELON (Hippolyte), à Paris.

PELUSO (François de), propriétaire, à Milan (Lombardie).

PENENT, propriétaire agronome, à Toulouse, (Haute-Garonne).

PERALES (S. E. le marquis de), à Madrid (Espagne).

T. V. - 1858. 6


XXII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

PÉRIER (Joseph), à Paris.

PERRAULT (J.), secrétaire de la chambre d'agriculture du bas Canada, directeur de l'Agriculteur, ancien élève de Grignon, à Montréal (Canada). PERRON, chef de section du ministre d'État, à Paris. PÉTÉTIN (A.), propriét.-agriculteur, à Colombier, par Pont-de-Cherni (Isère). PLANCHAT, notaire à Paris.

POIRAULT (Jules), pharmacien, préparateur à la Faculté des sciences, à Poitiers (Vienne). POLLIATTI (Henri), à Turin (Piémont). POMMERET DES VARENNES, maire d'Étampes (Seine-et-Oise). PONT DU CHAMBON (le marquis du), au Vigier, près Sainte-Foy (Gironde). POURTALÈS-GORGIER (le comte de), à Paris. PRAIA (le vicomte da), pair du royaume de Portugal, conseiller de S. M. T. F.,

à l'île Saint-Michel (Açores). PRAMPERO (Antonin de), propriétaire, à Udine (Frioul). PROM, propriétaire agriculteur, à Saint-Caprais (Gironde). PUIBERNEAU (Henri de), membre du Conseil général, président de la Société

d'émulation de la Vendée, au château de Buchignon (Vendée). RACOTTA, propriétaire en Hongrie. RANCY (le comte de), à Paris.

READ, consul de Suède et Norwége, à Singapore (Indes orientales). REDON DE BEAUPRÉAU (le vicomte), maître des requêtes au Conseil d'État,

à Paris. REGO-BARROS (le chevalier Affonso do), agriculteur, à Pernambuco (Brésil). RÉMI (Dominique), chef de la maison française Rémi, Schmidt et compagnie,

vice-consul de France à Amoy, à Chang-Haï (Chine). RENOUX (le lieutenant-colonel), directeur de l'arsenal du génie, à Alger. RÉVEIL (le docteur), professeur agrégé à la Faculté de médecine et à l'École

de pharmacie, à Paris. RICHARD (J.-B.), ancien banquier, à Tournon (Ardèche), et à Paris. RICHARD-BÉRENGER, propriétaire, à Paris. RIEMBAULT (Gustave), à Bernay (Eure). RIO DE LOZA (Léopold), docteur en médecine, en chirurgie et en pharmacie,

directeur de l'École nationale d'agriculture, etc., etc., à Mexico (Mexique). RITTER (le capitaine), chef du bureau arabe de Médéah (Algérie). RIVAS (S. E. M. le duc de), ambassadeur d'Espagne, à Paris. ROBERTSON (D.-B.), consul d'Angleterre, à Chang-Haï (Chine). ROBILLARD DE LA VAUDELLE, propriétaire agriculteur dans le département

de la Mayenne, à Paris. ROBILLARD (Napoléon-Louis), négociant, à Paris. ROCHAS (Aimé), directeur des cultures chez madame de Rosnovant, née

Callimaki, à Jassy (Moldavie). ROCHE DES ESCURES (le docteur), à Versailles (Seine-et-Oise), et à Paris ROCHUSSEN (S. E. M.), ministre d'État, ancien gouverneur de Java à la

Haye (Pays-Bas).


TROISIEME LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES MEMBRES. XXIII

ROCQUEMACREL, capitaine de vaisseau, à Toulon (Var). (Honoraire.)

RODRIGUES-HENRIQUES (Abraham-Edouard), propriétaire, au château de Beaupréau, à Rueil (Seine-et-Oise), et à Paris.

ROLAND-GOSSELIN, à Chatenay, près Sceaux (Seine), et à Paris.

ROSALES, ancien chargé d'affaires du Chili, à Paris. OSE (le docteur), chef du service médical des possessions anglaises dans les détroits, à Singapore (Indes orientales).

ROSSEY (Henri), avocat, à Paris.

ROTHSCHILD (le baron Charles de), consul général de Bavière, à Francfort.

ROTHSCHILD (le baron Guillaume de), consul général d'Autriche, à Francfort.

ROTHSCHILD (le baron James de), consul général d'Autriche à Paris.

ROZAN, archiviste de la commune, à Tonneins (Lot-et-Garonne).

Roux, entrepreneur de charpente, à Paris.

RUFZ DE LAVISON, ancien maire de Saint-Pierre et président du conseil général de la Martinique, professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris, membre correspondant de l'Académie de médecine, à Paris.

SABATIER (l'abbé), professeur à la Faculté de théologie de Bordeaux (Gironde).

SAINT-AIGNAN (le comte de), au château de Saint-Aignan, près Bonnétable (Sarthe), et à Paris.

SAINT-MARC, propriétaire, à la Rochelle (Charente-Inférieure).

SAINT-QUENTIN (de), receveur général des finances, à Chartres.

SAINT-SIMON (Alfred de), à Toulouse (Haute-Garonne).

SAMAZEUILH (Henri), banquier, à Bordeaux (Gironde).

SARCHI, agent de change honoraire à Paris.

SCHELL (Théodore), négociant, à Drammen (Norwége).

SCHLUMBERGER (Oscar), négociant, à Bâle (Suisse).

SCHMIDT (Edouard), associé de la maison française Rémi, Schmidt et Cie, à Chang-Haï (Chine),

SCHOENEFELD, secrétaire de la Société botanique, à Saint-Germain en Laye (Seine-et-Oise), et à Paris.

SCHULTZ (Joseph), agronome, à Blotzheim (Haut-Rhin).

SCIACCA (le baron), à Patti, province de Messine (Sicile).

SEEBACH (le baron de), envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le Roi de Saxe, à Paris.

SEVRET (René de), ancien magistrat, à Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde, par Chemillé (Maine-et-Loire), et à Paris.

SINA (le baron), à Vienne (Autriche).

SOUBEYRAN (de), préfet de Loir-et-Cher, à Blois (Loir-et-Cher).

SOURDEVAL (Alfred de), à Paris.

SUE (le baron Joseph), à Paris.

SUIN (l'amiral de), membre du Conseil d'amirauté, à Paris.

TALAMAN (Félix), propriétaire, à Saint-Priest (Haute-Vienne), et à Paris.

TANDOU (Pierre-Noël), maire de la Villette, à Paris.

TASSY (le docteur), à Paris.

TASSY, propriétaire-agriculteur, à Saint-Flour (Cantal).


XXIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D' ACCLIMATATION.

TCHIHATCHEF (Platon de), à Paris.

TEISSIER DU CROS, à Paris.

TESSIER (Hippolyte), à Bordeaux (Gironde).

THINUS (Léon), secrétaire général de la caisse Franco-Suisse, à Paris.

TIBIRICA-PIRATININGA (Joao), à Itu, province de San-Paulo (Brésil).

TODARO (A.), directeur par intérim du Jardin botanique, à Païenne (Sicile).

TOIRAC (le docteur), de Saint-Domingue, propriétaire, à Paris.

TORINO (le docteur), à Salta (confédération Argentine).

TORRES DE ROBLEDO (Gilberto, capitaine du génie dans l'armée mexicaine, à Oaxaco (Mexique).

TOURANGIN, sénateur, à Paris.

TROTTIER, propriétaire, maire de la Rassauta, près Alger.

USSEL (le comte Alfred d'), membre du Conseil général de la Corrèze, directeur de la ferme-école, à Neuvic (Corrèze).

VALDAN (de), lieutenant-colonel d'état-major, chef d'état-majôr de la province, à Constantine (Algérie).

VANDERMARQ, propriétaire, à Paris.

VASQUEZ-QUEIPO (Don Vincent), sénateur du royaume d'Espagne, membre de l'Académie royale des sciences, à Madrid (Espagne).

VAVASSEUR (le docteur), à Paris.

VEILLECHEZE DE LA MARDIÈRE (Joseph-Antonin de), sous-lieutenant d'artillerie de marine, à Brest (Finistère).

VELARD (le comte de), au château de Condé (Loir-et-Cher).

VERNEUIL (Edouard de), membre de l'Académie des sciences, à Paris.

VERNON (lord), à Sudbury-Park (Derby), Angleterre.

VIALARD (le baron de), propriétaire à Alger.

VIGIER (le comte de), ancien pair de France, à Paris.

VIGIER (le vicomte), à Paris.

VILLE (Georges), professeur de physique végétale au Muséum d'histoire naturelle, à Paris.

VILLENEUVE (le marquis L. de), au château d'Auterive, près Castres (Tarn).

VIVES (le général A. de), commandant l'artillerie d'Afrique, à Alger.

VRY (le docteur de), inspecteur pour les recherches chimiques aux Indes néerlandaises, à Java.

WAGRAM (le prince de), au château de Gros-Bois (Seine-et-Oise), et à Paris.

WALSH (le docteur de), au château de Chaumont (Loir-et-Cher).

WASSINK (le colonel G.), chef du service sanitaire dans les possessions néerlandaises aux Indes orientales, à Batavia.

WEDDELL (le docteur Hugues), à Paris.

WILSON (James), membre du parlement britannique, à Londres.

WITZ (Edouard), manufacturier, à Sainte-Alarie-aux-Mines (Haut-Rhin).

WITZ (Emile), manufacturier, à Cernay (Haut Rhin).

YVER , notaire, à Paris.


DEUXIÈME SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE

DE

LA SOCIETE IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

PROCÈS-VERBAL.

Cette séance a été tenue a l'Hôtel de ville, le 10 février 1858, quatrième anniversaire de la fondation de la Société.

S. A. I. Mgr le prince Napoléon et S. Exc. M. le maréchal Vaillant, ministre de la guerre, que la Société a l'honneur de compter l'un et l'autre au nombre de ses membres, assistaient à la séance, et avaient bien voulu prendre place au bureau où siégeaient aussi, avec M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, président, MM. Drouyn de Lhuys et A. Passy, vice-présidents; le comte d'Eprémesnil, secrétaire général; Auguste Duméril et Guérin-Méneville, secrétaires, et Moquin-Tandon, membre du Conseil d'administration.

Sur l'estrade se trouvaient placés le Conseil, les Présidents, Vice-Présidents et Secrétaires des Sections, la Commission des récompenses et un grand nombre de membres de la Société.

La disposition de la salle avait été confiée, comme l'année dernière, aux soins de MM. E. Dupin, Frédéric Jacquemart et le comte de Sinéty, membres du Conseil. Un autre conseiller, M. le marquis de Selve, avait bien voulu encore se charger d'en faire les honneurs avec plusieurs commissaires qu'il avait désignés à cet effet.

- La séance a été ouverte par un discours de M. Drouyn de Lhuys, vice-président.

- M. Aug. Duméril, secrétaire des séances, a présenté un Rapport sur les travaux de la Société pendant l'année 1857.

- M. Moquin-Tandon, membre du Conseil, a lu une Notice

T. V. - Janvier et Février 1858.


XXVI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE DACCLIMATATION.

sur l'Igname de Chine (Dioscorea batatas), importée en France par l'un des membres de la Société, M. de Montigny.

- M. le comte d'Eprémesnil, secrétaire général, a rappelé les prix extraordinaires, proposés par la Société dans sa séance publique du 10 février 1857, et annoncé la fondation d'un nouveau prix extraordinaire, fondé par M. Chagot aîné, négociant, membre de la Société. Ce prix, qui consistera en une médaille de 2000 francs, est relatif à la Domestication de l'Autruche en France, en Algérie ou du Sénégal.

Le programme des prix extraordinaires présentement proposés est, en conséquence, le suivant :

PRIX EXTRAORDINAIRES PROPOSÉS PAR LA SOCIÉTÉ.

Prix proposés par la Société dans la séance publique du 10 février 1857.

I. Introduction dans les montagnes de l'Europe ou de l'Algérie d'un troupeau d'Alpacas (Auchenia paco) de race pure.

Ce troupeau devra se composer au minimum de 3 mâles et de 9 femelles. Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1861. PRIX. - Une médaille de 2000 francs.

II. Domestication complète, application à l'agriculture, ou emploi dans les villes, de l'Hémione (Equus hemionus) ou du Dauw (E. Burchellii).

La domestication suppose nécessairement la reproduction en captivité. Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1862. PRIX. - Une médaille de 1000 francs.

III. Domestication et multiplication d'une grande espèce de Kangurou (Macropus

(Macropus M. fuliginosus, ou autre espèce de même taille).

On devra posseder six individus au moins et avoir obtenu deux générations en domesticité. Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1862. PRIX. - Une médaille de 1000 francs.

IV. Introduction et domestication du Dromée (Casoar de la NouvelleHollande,

NouvelleHollande, Novoe Hollandioe), ou du Nandou (Autruche d'Amérique, Rhea americana).

Mêmes conditions et délais que pour le prix précédent. PRIX. - Une médaille de 1500 francs.

V. Domestication de la grande Outarde (Otis larda).

Ce prix serait également accordé pour la domestication du Houbara ou de toute autre

espèce d'une taille supérieure à celle de la Cannepelière. On devra justifier de la possession, au moins, de six individus adultes nés en domesticité Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1859. PRIX. - Une médaille de 1000 francs.

VI. Introduction et acclimatation d'un nouveau gibier pris dans la classe des Oiseaux.

Sont exceptées les espèces qui pourraient ravager les cultures. Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1869, PRIX. - Une médaille de 500 francs.


PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE PUBLIQUE. XXVII

VII. Introduction d'un Poisson alimentaire dans les eaux douces ou saumâtres de l'Algérie.

Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1860. PRIX. - Une médaille de 500 francs.

VIII. Acclimatation accomplie d'une nouvelle espèce de Ver à soie, produisant de la soie bonne à filer.

Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1860. PRIX.- Une médaille de 1000 francs.

IX. Acclimatation en Europe ou en Algérie d'un Insecte producteur de

cire, autre que l'Abeille.

Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 4859. PRIX. - Une médaille de 500 francs.

X. Création de nouvelles variétés d'Ignames de la Chine (Dioscorea batatas),

batatas), à celles qu'on possède déjà, et notamment plus faciles à cultiver.

Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1861. PRIX. - Une médaille de 500 francs.

XI. Introduction, culture et acclimatation du Quinquina dans le midi de

l'Europe ou dans une des Colonies européennes.

Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1860. PRIX. - Une médaille de 1500 francs.

Prix fondé par M. CHAGOT aîné, négociant, membre de la Société, et proposé par la Société, dans la séance publique du 10 février 1858.

Domestication de l'Autruche d'Afrique (Struthio camelus) en France, en Algérie ou au Sénégal.

On devra avoir obtenu, de deux ou plusieurs Autruches privées, deux générations au moins, justifier de la possession actuelle de six individus produits à l'état domestique, et faire connaître les moyens employés pour faire reproduire ces oiseaux comme ceux de nos basses-cours (1).

Concours ouvert jusqu'au 1er décembre 1863.

PRIX. - Une médaille de 2000 francs.

N. B. Dans le cas où un ou plusieurs de ces prix seraient gagnés avant les termes indiqués pour la clôture des concours, ils seraient décernés dans la séance publique du 10 février suivant pourvu que les pièces constatant les droits des concurrents eussent été envoyées à la Société avant le 1er décembre, terme de rigueur.

La Société se réserve, s'il y a lieu, de décerner des seconds prix ou d'accorder des encouragements.

(1) Pour le prix fondé par M. Chagot, voyez la lettre de notre honorable confrère, numéro de janvier, page 45. A cette lettre sont ajoutées quelques indications auxquelles doivent aussi recourir les personnes désireuses de concourir au prix de M. Chagot. (R)


XXVIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

- Après les communications relatives au prix, M. le Secrétaire général a présenté des détails sur la prochaine organisation du jardin d'expériences de la Société, qui sera situé au bois de Boulogne.

- S. A. I. le prince Napoléon a bien voulu ensuite prendre la parole, et a prononcé l'allocution suivante :

« Je tiens, Messieurs, à dire quelques mots pour témoigner » de toute ma sympathie pour notre Société et pour l'assurer " de tout mon appui.

» Déjà les hommes les plus intelligents et les plus dévoués » sont venus se joindre à nous. Aujourd'hui nous voulons » sortir du domaine de la théorie pour entrer dans celui de la » pratique, et mettre les résultats de nos efforts sous les yeux » de tous, par la fondation d'un jardin d'acclimatation d'abord, » puis par celle d'un grand dépôt de reproducteurs.

» Quel but plus noble et plus utile que celui de notre » Société ! Améliorer la condition de tous, des classes souf» frantes en particulier, par le développement de l'agricul» ture, cette vraie richesse de la France, celle clans laquelle " elle n'a pas de rivale, parce que son admirable position la » fait, au point de vue agricole, la prédestinée parmi les » nations européennes. Voilà ce que nous voulons.

» Notre Société a cela de remarquable, qu'elle provient » d'un effort fait dans une voie nouvelle et féconde : celle de » l'initiative individuelle.

» Nous avons la sympathie et l'appui du Gouvernement, » mais nous sommes indépendants à côté de lui. Nous voulons » obtenir des résultats par nous-mêmes ; nous le pourrons si » notre idée est comprise, et si l'opinion publique nous vient » en aide.

» Alors, en développant la Société d'acclimatation, le public » français aura fait une chose bonne et utile, et nous pourrons » nous féliciter d'avoir donné un bon exemple. »

Cette allocution a été accueillie avec la plus vive sympathie par la Société et par l'assemblée tout entière.


PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE PUBLIQUE. XXIX

- M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, président de la Société, présente le Rapport sur les travaux de la Commission des récompenses (1) ; puis il est procédé à la distribution des médailles, mentions honorables et récompenses pécuniaires.

Les récompenses décernées cette année sont les suivantes :

PRIX EXTRAORDINAIRE.

Une grande médaille d'or est décernée à Sa Majesté le Roi D'ESPAGNE, pour le premier des prix extraordinaires proposés par la Société dans sa séance annuelle du 10 février 1857 : Introduction dans les montagnes de l'Europe ou de l'Algérie d'un troupeau d'Alpacas.

CONCOURS ANNUEL.

La Société a accordé :

1° Trois titres de membres honoraires ;

2° Trois grandes médailles d'or, récompenses hors classe ;

3° Vingt-six médailles d'argent, médailles de première classe ;

4° Vingt-huit médailles de bronze, médailles de seconde classe. ;

5° Dix-neuf mentions honorables ;

6° Cinq récompenses pécuniaires.

Les titres de membres honoraires ont été conférés à :

S. Exc. M. MASSLOW, conseiller d'Etat actuel, secrétaire perpétuel de la Société impériale d'agriculture, à Moscou;

M. RICHARD (du Cantal), agriculteur, ancien directeur de l'Ecole des haras , ancien représentant, qui a eu l'honneur de recevoir son diplôme des mains de S. A. I. le prince Napoléon ;

M. ROCQUEMAUREL, capitaine de vaisseau.

(1) La Commission des récompenses était ainsi composée :

Membres de droit.-Le président (M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire), et le secrétaire général (M. le comte d'Eprémesnil).

Membres élus par le Conseil.-MM. Drouyn de Lhuys, Auguste Duméril, Guérin-Méneville et Frédéric Jacquemart.

Membres élus par les cinq Sections. - MM. Bigot, Chatin, Dareste, Davelouis et Léo d'Ounous.


XXX SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Les trois grandes médailles d'or ont été décernées :

La première à M. Louis VILMORIN, membre de la Société impériale et centrale d'agriculture ;

La deuxième à M. N. ANNENKOW, conseiller d'Etat, directeur du Comité botanique d'acclimatation de Moscou;

La troisième à M. le docteur Sacc, ancien professeur à la Faculté des sciences de Neufchatel (Suisse).

(Pour les autres récompenses accordées par la Société, voyez, ci-après, le Rapport de M. le Président.)

- Parmi les lauréats, presque tous ceux qui habitent Paris ou ses environs, et plusieurs habitant des départements éloignés sont venus recevoir les récompenses qui leur avaient été attribuées, et qui leur ont été remises par S. A. I. le prince Napoléon, par S. Exc. le Ministre de la guerre, par M. le Président et par MM. les Vice-Présidents.

Le Secrétaire des séances,

AUG. DUMÉRIL.

Le Conseil a arrêté que toutes les pièces lues dans la séance publique du 10 février seraient imprimées in extenso dans le Bulletin, et placées en tête du volume en cours d'impression.

Il a été aussi décidé qu'il serait inséré une Note relative au témoignage de reconnaissance et de sympathie que la Société a offert à son illustre Président, en lui décernant une médaille d'honneur. (Voir cette Note, page ci, à la suite du Rapport sur les récompenses).

A. D.


DISCOURS D OUVERTURE. XXXI

DISCOURS D'OUVERTURE

PAR

Par M. DROUYN DE LHUYS,

Vice-Président de la Société.

MONSEIGNEUR, MESSIEURS,

J'éprouve un double embarras en abordant un auditoire si imposant et une matière pour moi si nouvelle. J'ai hâte de laisser la parole à des voix plus autorisées que la mienne. Je me bornerai donc à dire quelques mots sur l'origine de la Société d'acclimatation et à rechercher dans le passé la justification de ses espérances.

Buffon disait en 1764 : « Nous n'usons pas, à beaucoup près,

» de toutes les richesses que la nature nous offre Elle nous

» a donné le Cheval, le Boeuf, la Brebis, tous nos autres ani" maux domestiques, pour nous servir, nous nourrir, nous » vêtir, et elle a encore des espèces de réserve qui pourraient " suppléer à leur défaut, et qu'il ne tiendrait qu'à nous d'assu» jettir et de faire servir à nos besoins. L'homme ne sait pas " assez ce que peut la nature et ce qu'il peut sur elle : au lieu » de la rechercher dans ce qu'il ne connaît pas, il aime mieux » en abuser dans ce qu'il en connaît. »

Ce n'était pas assez d'avoir signalé ces lacunes; il fallait trouver le moyen de les remplir. Lorsqu'en 1739, Buffon fut appelé à la direction du Jardin des Plantes, cet établissement était un simple jardin botanique, exclusivement réservé à la culture des plantes médicinales. Depuis cent ans, personne n'avait songé à lui donner une autre destination. Mais ce grand génie ne pouvait se renfermer dans un cadre aussi étroit. Sans méconnaître les services rendus à la médecine par le Jardin royal des Plantes médicinales (tel était, à cette époque, le nom du Muséum d'Histoire naturelle), il voulut que cet établis-


XXXII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. sèment fut consacré à l'étude théorique et pratique de toutes les productions de la nature. Toutefois il sentait que si sa vaste intelligence pouvait en embrasser l'ensemble, il lui était impossible d'entrer dans les détails qu'exigeait la description de chacun des corps qui composent le monde. Il choisit donc, pour le seconder, deux hommes qui répondirent admirablement à ses intentions : Daubenton s'occupa du Règne animal ; André Thouin se livra à l'étude des Végétaux (1).

Daubenton créa, en France, le Mouton à laine fine, avec nos espèces indigènes, par d'heureux croisements; puis il enseigna la manière d'élever et de propager les types obtenus du Roi d'Espagne en 1785. Ce naturaliste-agriculteur ne se serait pas borné à l'acclimatation et au perfectionnement du Mérinos, si. la mort n'était pas venue le surprendre au milieu de ses travaux (31 décembre 1799). Sa profonde érudition, associée à une méthode éminemment pratique, eût sans doute épargné à notre agriculture bien des déceptions et des pertes dans les essais qu'elle a entrepris pour améliorer d'autres espèces.

C'est à cette science de la nature, si bien interprétée et si judicieusement appliquée par André Thouin, que nous devons les beaux fruits, les beaux légumes que nous admirons sur nos marchés, et qui augmentent dans une proportion si considérable nos ressources alimentaires. C'est à cette science que nous devons l'acclimatation et le perfectionnement de tant d'arbres, d'arbustes et de fleurs si variés, qui décorent nos promenades publiques, nos parcs, nos jardins et nos parterres. Plus heureux que Daubenton, auquel il survécut vingt-quatre ans, André Thouin put compléter son enseignement par ses leçons pratiques, par ses écrits et par ses cours. Peut-être doiton attribuer en partie à cette circonstance l'inégalité des améliorations obtenues dans les deux Règnes et le succès plus marqué des tentatives qui ont été faites pour acclimater et perfectionner les Végétaux.

Le nom de Daubenton en rappelle un autre que j'aime à prononcer dans cette enceinte, parce qu'il y est dignement re(1)

re(1) Richard, Dictionnaire raisonné d'agriculture.


DISCOURS D'OUVERTURE. XXXIII

présenté. Remarquez, je vous prie, Messieurs, cette heureuse coïncidence ; suivez en quelque sorte la filiation d'une grande pensée. En 1793, le collaborateur de Buffon adoptait le jeune Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et le traitait comme son fils. L'élève créait alors, au Jardin des Plantes, la ménagerie d'acclimatation, pendant que le maître dotait la France de la précieuse race des Mérinos, et, soixante ans plus tard, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire inaugure la Société d'acclimatation, corollaire naturel du principe posé par son illustre père et par Daubenton.

L'ambition de notre Société est d'ajouter, dans le Règne animal et dans le Règne végétal, des nouveautés utiles à nos anciennes richesses. Notre force et notre confiance se fondent sur une expérience presque aussi vieille que le monde. On peut espérer des conquêtes, quand on y marche par des voies sûres et avec des moyens d'action éprouvés. Jetons, en effet, les yeux autour de nous, et distinguons, parmi les choses appropriées à nos besoins les plus vulgaires, à notre alimentation, à notre vêtement, celles que produit spontanément notre sol et celles qui proviennent de l'acclimatation : nous verrons que, réduits aux premières, nous péririons en quelques jours de misère et de faim. Les animaux qui composent le grand cheptel que l'homme a pour ainsi dire attaché à l'exploitation de son domaine sont presque tous originaires de l'Orient, et particulièrement de l'Asie. Le Blé lui-même n'est point un produit naturel de nos contrées. Le gland du Chêne, quelques fruits âpres, quelques légumes insipides, peuvent seuls prétendre à l'indigénat. L'homme, en Europe, ne vivrait donc que du produit de la chasse, et la population n'aurait jamais pu s'y développer, si elle n'eût emprunté à d'autres régions un large supplément d'animaux et de plantes.

Sans remonter au delà des temps historiques, la Vigne, qui tient, après les Céréales, la plus grande et la plus belle place parmi nos cultures, nous est venue de l'Asie Mineure avec les premières émigrations des Phocéens. Au bout de sept cents ans, elle n'était pas tellement multipliée dans les Gaules, que Domitien n'ait pu se flatter de l'y détruire, et que, deux siècles


XXXIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

plus tard, l'empereur Probus n'ait été dans le cas d'en faire l'objet d'une nouvelle acclimatation. Le profit net de beaucoup de conquêtes des Romains a été l'importation d'arbres et de plantes qui satisfont depuis deux mille ans aux besoins et aux jouissances du monde occidental. Ils transplantèrent du Pont en Italie la Cerise; de la Perse, la Pèche et l'Abricot, et nous usons, sans nous souvenir d'eux, des légumes qu'ils ont fait entrer dans notre alimentation. La centralisation puissante qui faisait de Rome l'entrepôt du monde servait aux progrès de l'acclimatation. Rangeant toute la Méditerranée sous une loi commune, elle rassemblait dans les mêmes jardins les plantes et les arbres de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe. Une des dernières et des plus heureuses acquisitions de cette époque fut celle du Mûrier et du Ver à soie que Justinien fit venir de l'Inde. Bientôt les ténèbres du moyen âge envahissent le monde romain à la suite de l'irruption des barbares, et les conquêtes de la culture et de la zoologie s'arrêtent, si même elles ne perdent du terrain. Mais, tandis que cette nuit profonde s'étend sur l'Europe, les Arabes et les Berbères, alors en possession d'une civilisation qui leur était propre, s'établissent en Espagne et pénètrent dans les provinces méridionales de la France. Ils dotent ces deux pays de la plupart des plantes tinctoriales et médicinales qu'ils cultivent encore, donnent à l'Andalousie, d'où elle passera plus tard en Amérique (1), la Canne à sucre, qui n'avait été pour les Romains que l'objet d'une curiosité stérile (2) et le Coton, cette toison végétale destinée à couvrir la nudité delà moitié du genre humain. L'Amérique est découverte par Christophe Colomb à la fin du XVe siècle (1492) : l'ancien monde lui porte la Canne à sucre, le Coton, le Cheval, et, parmi les produits qu'il reçoit d'elle en retour, il suffit de nommer le Coq d'Inde et la Pomme de terre.

(1) Voyez l'Agriculture nabathéenne de Ebn-el-Awam, écrite en Andalousie, vers la fin du XIIe siècle.

(2) « Saccharum et Arabia fert, sed laudatius India. Est autem mel in » arundinibus collectum, gummium modo candidum, dentibus fragile, am» plissimum nucis avellanae magnitudine ; ad medicinae tantum usum. » (C Plinii Hist. nat., lib. XII, c. 17.)


DISCOURS D'OUVERTURE. XXXV

Il serait facile de prolonger cette nomenclature ; le monde vit de choses acclimatées, et, pour en dresser l'inventaire, il faudrait embrasser presque tout ce qui distingue les sociétés policées des peuples à l'état sauvage. Aussi le tableau complet de l'acclimatation des plantes et des animaux utiles sur la surface du globe serait-il, si ce n'est l'histoire de la civilisation, du moins la mesure la plus exacte de sa marche et la détermination des époques où elle avance, s'arrête ou rétrograde. Dès que les hommes se rapprochent, ils échangent entre eux les produits de la terre, et jamais il n'y eut d'allégorie plus juste que celle qui a mis à la main des négociateurs de la paix des palmes et des branches d'olivier.

La Société d'acclimatation ne veut que poursuivre une route marquée par de si nombreux succès, et son avenir est écrit dans les exemples que lui ont légués ses devanciers. Quand on jette un coup d'oeil rapide sur l'étendue et l'importance des résultats obtenus, on est tenté de croire que la moisson est faite ; mais un examen plus attentif démontre bientôt qu'elle est à peine commencée et qu'elle n'a pas plus de limites que la variété féconde des oeuvres de la nature. D'ailleurs il ne s'agit pas seulement de trouver des choses nouvelles, de chercher dans des régions lointaines des végétaux ou des animaux à naturaliser sous notre ciel, de les faire passer, par la culture et par des soins, de l'état sauvage à l'état de domesticité : il faut avant tout vulgariser les choses dont l'utilité est constatée, et en faire descendre l'usage dans les couches de la société auxquelles elles ne sont point encore parvenues. Le mérite de l'abondance l'emporte de beaucoup sur celui de la rareté. Les véritables amis des peuples sont ceux qui mettent à la portée de tous les biens dont la jouissance ne semblait être que l'apanage de la richesse.

Il n'est pas nécessaire de remonter très haut pour mesurer le chemin que nous avons déjà parcouru. « Si l'on veut, disait » Buffon, des exemples de la puissance de l'homme sur la » nature des Végétaux, il n'y a qu'à comparer nos légumes, » nos fleurs et nos fruits avec les mêmes espèces, telles qu'elles » étaient il y a cent cinquante ans : cette comparaison peut se


XXXVI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

" faire immédiatement et très précisément, en parcourant des » yeux la grande collection des dessins coloriés commencée » dès le temps de Gaston d'Orléans et qui se continue encore » aujourd'hui : on y verra peut-être avec surprise que les plus » belles fleurs de ce temps seraient rejetées aujourd'hui, je ne » dis pas par nos fleuristes, mais par les jardiniers de village...; » dans les plantes potagères, une seule espèce de Chicorée et » deux sortes de Laitue, toutes deux assez mauvaises, tandis » qu'aujourd'hui plus de cinquante, toutes très bonnes au goût... » Nous pouvons de même donner la date très moderne de nos » meilleurs fruits à pépins et à noyaux, tous différents de ceux » des anciens, auxquels ils ne ressemblent que de nom. »

Le contraste, Messieurs, nous semblerait encore bien plus frappant, si nous comparions le riche inventaire de notre horticulture avec le modeste catalogue des plantes que l'empereur Charlemagne possédait dans ses domaines. On trouve ce curieux renseignement au chapitre X des Capitulaires , intitulé De villis, dont la traduction et le commentaire font partie d'un mémoire publié récemment par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Ces témoignages sont confirmés par un document officiel de 1698. Un mémoire adressé à Louis XIV par l'intendant de la basse Normandie signalait, comme un fait rare et curieux, l'existence d'Abricots, de Pêches et de Poires dans le voisinage de Coutances. Si la contrée de France la plus riche en arbres fruitiers en était là il y a cent soixante ans, que doit-on penser des autres ! De semblables transformations s'opèrent sous nos yeux. L'introduction de nouvelles variétés de fruits rouges a mis à la portée des plus pauvres ménages de Paris des aliments agréables et salubres qui jadis ne paraissaient que sur les tables opulentes.

En faisant des voeux pour la diffusion des bienfaits de l'acclimatation sur toute la surface de notre pays, il est impossible de ne pas remarquer combien la douceur de sa température et la variété de ses aspects se prêtent à la naturalisation des espèces empruntées aux latitudes les plus diverses. La France, avec l'ardeur des étés sur les bords de la Méditerranée la moiteur des hivers sur les côtes de l'Océan, l'âpreté des pentes


DISCOURS D'OUVERTURE. XXXVII

des Alpes, des Pyrénées et des Cévennes, semble être un terrain sur lequel sont appelés à se rencontrer les produits des zones entre lesquelles se partage le globe. Les bois précieux du Nord seront à peine dépaysés au milieu des neiges de nos montagnes, et, si l'espace est plus difficile à franchir pour les animaux et les végétaux nés sous le soleil des tropiques, les plus rebelles à notre température trouveront sur les côtes méridionales de la Méditerranée une autre France qui les recevra. Le zèle et l'intelligence avec lesquels tous les faits relatifs à l'acclimatation y sont étudiés sont une garantie que, dans les cas les plus défavorables, le succès ne ferait que changer de place.

Les moyens d'action de notre Société se sont accrus sensiblement pendant l'année 1857, et, en présence de l'immensité de sa tâche, des nombreux besoins de l'avenir, cette circonstance est de bon augure. Si elle a perdu par le cours naturel des choses plusieurs de ses membres, elle en a gagné plus de quatre cents, et, dans le nombre de ses nouveaux associés, elle est fière de compter plusieurs têtes couronnées : LL. SIM. le Roi des Belges, le Roi des Pays-Bas, la Reine d'Espagne, le Roi de Portugal, le Roi de Wurtemberg, S. A. le Prince souverain d'Oldenbourg, n'ont pas dédaigné de faire inscrire leurs noms sur ses listes. Il lui est permis, dans l'intérêt de sa mission et dans un juste sentiment de reconnaissance, de proclamer ces illustres patronages, ainsi que le concours non moins utile qu'honorable de LL. AA. RR. le Prince Albert en Angleterre, le Prince Frédéric-Guillaume en Prusse, le duc d'Oporto en Portugal.

En France, nos travaux sont couverts de la haute protection de l'Empereur que seconde puissamment la bienveillance de l'auguste Prince devant qui j'ai l'honneur de parler. Nous devons à Sa Majesté l'acclimatation de la Perdrix Gambra, originaire de nos possessions d'Afrique, l'exploration de nos côtes de l'Océan pour la formation de nouveaux bancs d'Huîtres et le vaste établissement d'Huningue consacré à la pisciculture. Dans leurs missions lointaines, nos marins recueillent, pour enrichir la mère patrie, les productions dont ils


XXXVIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

constatent la supériorité, et l'escadre qui va venger nos missionnaires en Chine rapportera dans notre pays les pacifiques trophées de l'acclimatation. Les missionnaires eux-mêmes, en répandant parmi les peuples barbares les notions civilisatrices du christianisme, recueillent et répandent, chemin faisant, d'autres semences. Nous recevions naguère du fond de la Mantchourie l'assurance qu'un de leurs chefs les plus vénérés s'y associait à nos travaux. Enfin, dans le courant de l'année, M. de Montigny introduisait dans un traité conclu avec les Rois de Siam, membres de notre Société, une clause en vertu de laquelle toute expédition scientifique entreprise dans ces contrées peu connues jouira d'une complète liberté et sera l'objet d'une protection spéciale.

Le Ministère de la marine a échelonné dans toutes nos colonies des jardins d'acclimatation pour nos plantes exotiques ; le département de la guerre les accueille en Algérie dans ses magnifiques établissements ; la Russie, dont les possessions s'étendent de l'Arménie aux rives de la mer Glaciale, nous offre son hospitalité-, l'Angleterre nous ouvre ses jardins de Malle et de l'Inde; S. M. la Reine d'Espagne accorde aux hôtes des deux Règnes un asile vraiment royal, aux portes de son propre palais. Ainsi, par cet heureux concours de volontés puissantes, nous marchons vers l'époque où l'homme le plus éloigné de sa patrie pourra retrouver partout un souvenir du sol natal, en voyant des végétaux dont les fleurs et les fruits ont charmé ses premiers regards.

S. M. le Roi de Wurtemberg a bien voulu accueillir dans ses riches domaines quelques-unes des Chèvres d'Angora, dont l'introduction en France coïncide d'une manière si opportune avec les nouveaux perfectionnements de la mécanique des tissus. Ce prince ne se contente pas de pousser l'agriculture au plus haut degré de perfection par les encouragements qu'il lui prodigue ; il place l'exemple à côté du précepte. Ses haras sont les mieux entendus de l'Europe, et toutes les améliorations auxquelles il amis la main ont été jusqu'à présent couronnées de succès. Il n'est pas le seul souverain qui prenne part aux travaux de la Société. S. M. l'Empereur du Brésil nous a


DISCOURS D' OUVERTURE. XXXIX

demandé notre avis sur l'introduction du Chameau dans ses Etats. Cette étude est terminée, et le Brésil sera prochainement en possession du moyen de transport le mieux approprié à la nature du sol et à la température de plusieurs de ses principales provinces.

Vous le voyez, Messieurs, nous sommes nés d'hier, et déjà nous avons acquis partout le droit de cité ; partout nous rencontrons un bon accueil, un concours actif et les témoignages de confiance les plus flatteurs. Londres, Vienne, Berlin, Pétersbourg, Stuttgart, Turin, Naples, Madrid, Rio-Janeiro, mêlent leurs couleurs à notre drapeau: Lisbonne, la Haye, Lausanne, Bruxelles, Canton, Alexandrie, Calcutta, nous ouvrent leurs portes. Mais, lorsque après avoir parcouru par la pensée ces nombreuses et lointaines conquêtes, nous rentrons dans notre modeste logis de la rue de Lille, il faut bien l'avouer, l'exiguïté de notre berceau gêne un peu le développement de notre robuste adolescence. Que trouvons-nous en effet dans cet humble réduit? Quelques salles, quelques étagères, un étroit jardin où les rayons du soleil ne pénètrent qu'à regret, où la bêche peut à peine se mouvoir et où la charrue ne pourrait tourner. Avec d'aussi faibles ressources, que faire des graines, des plantes, des animaux qui nous viennent de toutes parts? Notre Société se voit contrainte d'envoyer en nourrice ces enfants de sa prédilection, et quelle que soit la tendre sollicitude des personnes qui veulent bien accepter ce dépôt, ce n'est pas sans une pénible émotion que son coeur maternel se résigne aux rigueurs d'un sevrage prématuré.

Grâce à la protection Impériale et au bienveillant appui du Prince qui daigne honorer de sa présence cette réunion ; grâce à l'inépuisable munificence de la ville de Paris, des jours meilleurs se préparent, un vaste terrain nous est concédé dans le bois de Boulogne, afin d'y établir un parc d'acclimatation pour les produits des deux Règnes. Désormais notre. Société pourra donc rendre chez elle l'hospitalité qui lui est offerte sous tous les climats, et la splendeur de sa métropole répondra à la richesse de ses innombrables colonies.


XL SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

RAPPORT SUR LES TRAVAUX

DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

PENDANT L'ANNÉE 1857,

Par M. Auguste DUMÉRIL,

Secrétaire des séances.

MONSEIGNEUR, MESSIEURS,

Pour la troisième fois, je suis appelé à l'honneur de vous apporter le récit de nos travaux, et, je suis heureux de le dire, le témoignage des progrès remarquables de notre oeuvre.

Il n'est pas sans intérêt d'en tracer ainsi une histoire rapide, à chacune de nos grandes réunions solennelles, devant l'auditoire d'élite rassemblé dans cette enceinte.

L'accueil sympathique fait sur toutes les parties du globe aux idées généreuses qui ont été le point de départ de notre Association (1), l'empressement des hommes les plus haut placés à se joindre à nous, la prompte adhésion d'un grand nombre de Sociétés françaises et étrangères (2), et les résultats obtenus dans un si court espace de temps : voilà surtout ce que l'on remarquera dans ces tableaux annuels. On y trouvera consignés les succès de nos efforts pendant cette première période, dont l'origine ne remonte qu'au 10 février 1854.

Quatre ans seulement se sont écoulés depuis le jour où les fondateurs de la Société, guidés par la savante expérience de notre illustre Président, se sont réunis afin de travailler en commun à l'exécution du projet qu'ils avaient formé de multiplier pour l'homme les ressources que la nature peut lui fournir. Or, ne doivent-ils pas se réjouir d'avoir été si bien compris ?

(1) Voir dans le Bulletin, 1857, page XXXVI, la liste des pays étrangers où la Société possède des membres.

(2) Idem., pour la liste des Sociétés affiliées et agrégées.


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XLI

Et ce mouvement des idées ne s'arrêtera point : communiqué de proche en proche, il a déjà fait le tour du monde. Moins rapide, il est vrai, que dans les deux premières années, et l'on pouvait s'y attendre, il se continue et enrichit si bien notre liste d'adhérents, que nous comptons aujourd'hui plus de quinze cents membres.

De toutes parts, la Société reçoit les assurances de la plus vive sympathie. Cette année, plus encore que les années précédentes, des offres de service lui ont été adressées par des voyageurs. Au moment de partir pour des expéditions lointaines, ils expriment le désir d'être munis d'instructions propres à les guider dans le choix des espèces dont ils veulent tenter l'introduction en Europe. Le zèle des Sections qui ne fait jamais défaut, ou des Commissions spéciales, ne laisse pas sans réponses de semblables appels (1). Plus ils se multiplieront, plus s'étendra le cercle de notre activité.

De grandes précautions, au reste, sont nécessaires pour réussir dans les échanges de produits originaires de pays situés sous des latitudes différentes. Souvent, leur acclimatation devra être faite, en quelque sorte, par étapes successives. A ce point de vue, nos relations avec l'Egypte où un Comité s'est formé sous la présidence de M. le Consul général Sabatier, ont une très haute importance, car ce pays fertile, qui peut nous faire de riches présents est, en outre, appelé à devenir une précieuse station intermédiaire entre les régions plus chaudes et l'Europe tempérée. Nous recevrons avec moins de chances d'insuccès des plantes et des animaux soumis graduellement et quelquefois pendant plusieurs années aux effets d'une transition, dont la lenteur même éloignera les dangers.

C'est ainsi que l'heureuse situation de Madère favorisera des essais d'acclimatation sur notre sol de divers végétaux brésiliens, qui viennent d'être reçus. Ils avaient été confiés, dans cette île, par notre confrère M. John Le Long aux soins éclairés

(1) Le Bulletin, 1857, page 215, contient une de ces réponses. Elle est due à M. Joseph Miction qui, à l'occasion des végétaux chinois dont l'importation serait désirable, a rédigé des instructions sur les moyens d'envoyer en France les plantes vivantes et les graines.

T. V. - Janvier et Février 1858. d


XLII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

d'un autre de nos confrères, M. Davies, durant deux années consécutives (Bulletin, 1857, p. 589).

De semblables services nous seront rendus sur quelques points de la France exceptionnels en raison de leur altitude ou de leur climat, mais surtout par nos provinces algériennes. On n'en saurait douter, puisqu'on rencontre dans cette magnifique possession de l'Empire les meilleures conditions climatériques pour des cultures transitoires qui, plus d'une fois sans doute, y deviendront définitives, et par suite augmenteront les richesses du continent européen.

Que n'avens-nous pas le droit, d'ailleurs, d'attendre, sous tous les rapports, de cette vaste colonie, qui est l'objet de la sollicitude si éclairée de notre illustre confrère, M. le maréchal Vaillant.

Ainsi, Messieurs, vous le voyez par tout ce qui précède, notre Association tend à devenir universelle, mais félicitonsnous de ce que l'initiative de cette oeuvre appartient à la France et de ce que tant d'efforts sont dirigés vers le même but. Nous parviendrons ainsi, d'année en année, à accroître le nombre de nos conquêtes sur la nature, qui nous offre tant de richesses dont, peu à peu, nous apprendrons à nous rendre maîtres.

Pour les végétaux utiles, par exemple, des acquisitions précieuses sont déjà faites. Ainsi, sans m'arrêter à vous entretenir de l'Igname de Chine, dont l'histoire va vous être tracée dans quelques instants par un professeur également habile à traiter des questions les plus délicates de la botanique et de la zoologie (1), que de tentatives n'ai-je pas à vous rappeler!

Parlerai-je d'abord du Sorgho (Holcus saccharatus), cette remarquable Canne à sucre du nord de la Chine ? mais son introduction en Europe et dans l'Afrique septentrionale est maintenant un fait accompli.

Dans la Kabylie, dans la Provence, dans l'Isère, les produits en sont considérables, et il me suffit de reporter vos souvenirs

(1) Voir plus loin la Notice de M. Moquin-Tandon, page LXII et suivantes.


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XLIII

sur les détails qui vous été transmis par M. Hardy, l'habile directeur du jardin d'expériences à Alger, par M. le docteur Sicard, par M. le comte David de Beauregard, par M. d'Ivernois, par M. le professeur J. Cloquet, par le Comice agricole de Toulon et par M. le comte de Galbert. Il réussit également bien dans le Loiret, dans le Maine-et-Loire et même aux environs de Paris. Nous en avons eu la preuve par les cultures des Sociétés d'agriculture et d'horticulture de Melun présidées par notre confrère, M. le vicomte de Valmer, par celles du vénérable doyen de l'ancien Institut d'Egypte et l'un des doyens de l'Institut de France, M. Jornard, et par celles enfin de notre confrère, M. Fréd. Jacquemart, et de l'un de nos vice-présidents, M. le prince Marc de Beauvau, dont le jardinier, M. Fouchez, vous a présenté de magnifiques échantillons.

Faut-il cependant se borner à ce simple énoncé, quand de nouveaux résultats sont venus montrer toutes les ressources que cette plante promet aux applications agricoles et industrielles? Non certainement, et le récit sommaire des faits qui vous ont été soumis dans le cours de noire dernière session doit occuper sa place dans l'exposé de nos travaux, car il en montre le côté essentiellement pratique. Ainsi, M. le docteur Sicard a obtenu de la graine une farine de bonne qualité; avec la paille, il fabrique des tresses fines et élégantes ; celle qui ne peut servir à cet usage, il la transforme en papier, et, de plus, il extrait de cette plante un grand nombre de matières tinctoriales (Bulletin, 1857, p. 117).

Le sucre contenu dans la tige, soumis à la fermentation, donne une boisson agréable, et de la culture de deux ares, M. le comte de Galbert a tiré six hectolitres d'un vin de bonne qualité. La distillation entreprise en grand sur les quantités abondantes récoltées par M. le comte David de Beauregard et par d'autres agriculteurs dans le midi de la France, montre quels secours cette gigantesque graminée apportera à une industrie si vivement atteinte par la rareté et le prix élevé des vins.

Enfin, à l'époque de sa première pousse, le Sorgho constitue un excellent fourrage, dont les bons effets viennent d'être


XLlV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

constatés cette année dans le Loiret par M. Nouël, qui a consacré à cet usage le produit tout entier de 8 hectares.

Nous voici donc en possession complète, il faut le reconnaître, de l'un des présents de M. de Montigny.

Le nouveau séjour de ce zélé et dévoué confrère à ShangHaï sera certainement utilisé, comme vient de l'être son passage dans le royaume de Siam, où il s'est rendu comme envoyé plénipotentiaire de France. Sans cesse préoccupé du succès de notre oeuvre, il n'a pas voulu quitter ces contrées lointaines, sans nous en laisser un souvenir, et nous avons reçu de lui diverses Patates, ainsi que des tubercules propres au sol des forêts du Laos et du Camboge (Bulletin, 1857, p. 55).

C'est à lui encore que nous devons le Pois oléagineux de la Chine ; sa culture est maintenant en pleine voie de prospérité et particulièrement chez M. Lachaume, aux environs de Paris. (Voy. le Rapport des récompenses.)

Des tentatives assez nombreuses déjà permettent d'espérer qu'il en sera de même pour le Riz sec, dont quatorze variétés de Java sont essayées en Egypte par les soins de notre confrère Kcenig-Bey. (Voy. une note de M. Teysman sur les cultures de Riz sec à Java, Bulletin, 1857, p. 46.)

Parmi les plantes que l'Asie Mineure peut céder à l'Algérie, il convient de signaler les différentes espèces d'Astragales (A. verus et A. creticus) qui fournissent la Gomme adragante. Ce serait, comme l'a indiqué M. Sacc (Bulletin, 1857, p. 537), un moyen de s'affranchir d'un tribut annuel de 150000 francs que la France paye à l'étranger afin d'obtenir cette substance si utile pour l'apprêt des tissus.

C'est encore dans cette colonie qu'il faudrait transporter quelques-uns des végétaux chinois qui produisent des laques et dont la liste se trouve dans un travail précédemment cité de M. J. Michon (Bulletin, 1857, p. 222) mais surtout l'Euphorbiacée connu sous le nom de Croton porte-laque (Croton lacciferum)(1).

(1) M. le général Daumas se propose d'y introduire deux végétaux du Pérou et des Antilles à fruits excellents : le Cherimolia (Anona cherimolia, Lam.) et le Corossol ou Pomme cannelle (Anona muricata, Lin.) (Bull. 1857, p. 587).


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XLV

On y trouve déjà, par suite d'heureuses introductions faites dans la Pépinière centrale, des Bambous de Madagascar, de diverses îles d'Afrique, de l'Inde et de la Chine, ces derniers dus en partie à M. de Montigny. D'après les renseignements donnés par M. Hardy sur les douze ou quinze espèces dès maintenant cultivées (Bulletin, 1857, p. 487), il y a lieu de supposer, avec cet habile confrère, qu'il sera possible, comme l'a proposé M. Richard (du Cantal) (Id. p. 358 et 369), d'utiliser les tiges de ces énormes et robustes Graminées. Par suite de la pénurie des bois de charpente, elles pourront servir à l'édification de bâtiments ruraux, de hangars, de bergeries et à divers autres usages.

Les côtes de Syrie, grâce au commandant Barrai, ont donné à la vallée de l'Isère un Pêcher à fruits excellents. Vingt noyaux à peine rapportés par cet officier au retour de la campagne d'Egypte ont suffi pour une abondante propagation. De Tullins, qui doit surtout à Michal la culture de cet arbre, M. Chatin a voulu généreusement le répandre au loin. A la suite de la lecture d'une intéressante Notice sur ce sujet (Bulletin, 1857, p. 233), notre confrère a fait une première distribution de noyaux. On en a beaucoup reçu depuis cette époque par les soins de M. Bertrand, et de nouveaux envois sont promis. Très limitée d'abord, cette introduction encore assez récente va donc bientôt devenir générale.

C'est au Brésil enfin, ajouterai-je en terminant cette énumération de quelques-unes des productions végétales étrangères dont la Société s'occupe avec activité, que nous devons un magnifique arbre vert, l'Araucaria (Araucaria brasiliensis). La générosité de M. le major Taunay nous a permis de distribuer cette année un grand nombre de pignons (Bulletin, 1857, p. 502). Une extension considérable semble promise à son acclimatation déjà entreprise avec succès en France.

Parmi les plantes alimentaires de notre pays trop négligées, j'indiquerai une Crucifère à racine tuberculeuse, le Terrenoix (Bunium bulbo-castanum), sur laquelle M. Bourgeois a appelé votre attention (Bulletin, 1857, p. 285); le Cerfeuil


XLVI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

bulbeux (Choerephyllum bulbosum) qui reprend entre des mains habiles et en particulier dans celles de M. Vivet, une importance qu'il n'aurait jamais dû perdre (1), puis enfin, le Chervis (Sium sisarium). M. Sacc, après avoir publié sur cette utile Ombellifère une intéressante notice en 1855 (Bulletin, t. II, p. 561), vous en a encore entretenus cette année (Id., p. 179). Un autre de nos confrères, M. David Richard, en obtient aussi d'excellents résultats (Id., p. 298).

Dans le but de conserver à l'alimentation une des ressources les plus précieuses, la Pomme de terre, qu'une grave altération tendait à faire disparaître de notre sol, M. V. Chatel, qui a déjà contribué à l'introduction de tubercules de Sibérie, propage aujourd'hui une variété australienne (Id., p. 596). Le plus sûr moyen, au reste, de combattre le fléau est de régénérer nos plants. Il faut, comme l'a conseillé M. d'Ivernois (Id., p. 146), redemander aux plateaux élevés de l'Amérique du Sud cette précieuse Solanée. Aussi, notre honorable viceprésident, qui vous parlait tout à l'heure en termes si vivement sentis de l'utilité de nos travaux, a-t-il adressé un pressant appel à M. du Courthial représentant de la France à SainteMarthe. Dans son obligeant désir d'y répondre, notre Consul a pu déjà, non sans quelques difficultés, confier à deux navires des quantités assez considérables de tubercules que la Société vient de recevoir. D'autres envois nous seront faits par M. le général Lopez (Id., p. 549). Par les soins de M. Ramon de la Sagra, les feuilles périodiques de l'Amérique du Sud porteront sur presque tous les points de ce vaste pays l'expression de nos voeux, et, nous ne saurions en douter, on s'empressera d'y satisfaire (Id., p. 596).

Voilà, Messieurs, le résumé rapide des principales questions relatives aux végétaux, qui se sont agitées devant vous (2). Ce n'est là, cependant, qu'une portion restreinte du cercle de nos travaux.

(1) Voyez sur la culture de ce végétal, sur les avantages qu'elle présente et sur les résultats obtenus par M. Vivet, une note détaillée de M. Laffiley (Bulletin 1857, page 170).

(2) Je dois mentionner ici une Notice intéressante de M. Ch. Raymond,


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XLVII

Amenée peu à peu, et elle ne saurait trop s'en réjouir, à agrandir ce cercle, la Société n'oublie pas que l'acclimatation des espèces animales utiles est son but principal. Aussi, ne laisse-t-elle échapper aucune occasion de marcher dans cette voie. Les nouveaux pas qu'elle y a faits cette année y laisseront des traces profondes.

L'introduction en Europe, en Algérie, en Egypte, et jusque dans la province de Fernambouc au Brésil, ainsi que l'acclimatation maintenant accomplie sur un grand nombre de points du précieux Ver à soie de l'Inde, qui vit sur le Ricin, est un des succès les plus remarquables que nous ayons à proclamer.

Rappeler une à une les phases diverses de cette conquête, ce serait reprendre devant vous le récit intéressant que vous a présenté, il y a quelques semaines, notre Président avec cette lucidité et cette savante précision qui lui sont habituelles. C'est donc dans ce document inséré au Bulletin (1857, p. 526), qu'il faut en chercher l'historique complet. Ce qui frappe surtout dans ce récit, c'est que la dispersion de ce Ver à soie dans les contrées les plus éloignées est due uniquement à l'innombrable multitude des produits que la Société a obtenus par les soins intelligents de l'un de ses lauréats de l'an dernier, M. Vallée, dont le zèle a triomphé de toutes les difficultés (1). Elle a pu ainsi les répandre en abondance.

sur le Quillay, du Chili, dernier arbre de haute futaie que l'on rencontre dans les régions élevées de la chaîne des Cordilières et dont l'écorce sert à divers usages (Bulletin, 1857, page 319).

Il faut, en outre, indiquer à l'occasion des avantages que semblé présenter l'Olivier de Crimée, en raison de sa rusticité, un travail consciencieux de M. O. Tuysstizian. Ce confrère a montré par un relevé précis des observations auxquelles diverses plantations de cet arbre ont donné lieu, combien il serait heureux que nos provinces méridionales de la France où les autres variétés, à l'exception de l'Olivier Palma, souffrent tant de la rigueur des hivers, pussent posséder en abondance celle de Crimée (Bulletin, 1856, page 313, et 1857, page 443).

Je rappelle enfin les beaux résultats que l'incision annulaire de la Vigne a donnés à M. Bourgeois, qui a obtenu par l'emploi de ce procédé des fruits magnifiques (Bulletin, 1857, page 582).

(1) On trouve le relevé des nombreux envois d'oeufs du Bombyx Cynthia que les abondantes récoltes obtenues à la ménagerie du Muséum par


XLVIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D' ACCLIMATATION.

Les essais actuels de M. Henri Schlumberger sur le dévidage de la soie, sur sa transformation en fils ouvrables et sur le tissage donnent lieu d'espérer le succès. Cet espoir ne nous est-il pas permis en présence des beaux résultats que la soie du Ver sauvage de la Chine, qui vit sur le Chêne (Bombyx Permyi) a fournis à M. Albin Gros. Il en a fabriqué, vous le savez, une solide étoffe, dont une pièce volumineuse a été placée récemment sous vos yeux. Comment ne pas hâter de nos voeux le moment peu éloigné sans doute, d'après les promesses qui nous sont faites, où nous posséderons également ce papillon dont la larve peut plus facilement encore que celle du Bombyx Cynthia se nourrir sous des climats divers, car le Chêne vit mieux que le Ricin sous des températures variées. On sait, d'ailleurs, par les observations directes de MM. Guérin-Méneville et Chavannes (Bulletin, 1857, p. 268) que l'acclimatation de cette espèce peut être tentée, en Europe.

Les étoffes faites avec le tissu des cocons de ces espèces originaires de l'Inde et de la Chine seront très utilement employées. A l'exemple des peuples de ces pays, nous nous en servirons pour en confectionner des vêtements simples mais d'un long usage. De plus, M. le maréchal Vaillant, consulté à ce sujet par M. Sacc, désire qu'on les essaye pour la voilure des navires et pour la construction des tentes légères de nos armées.

En dehors de l'emploi de cette soie plus commune, et d'une nature toute spéciale, il restera toujours pour nos étoffes de luxe celui des magnifiques produits du Ver à soie du Mûrier. Or, notre Société, comprenant dans le sens le plus large toute l'étendue des devoirs qu'elle s'est imposés, ne veut pas seuleM.

seuleM. ont permis de faire cet été (Id., page 405, 495, 505 et 543). Deux rapports sur les éducations faites par suite de ces envois, ont été insérés au Bulletin. L'un est adressé de Palerme par M. le baron Anca (page 395), et l'autre est dû à M. le colonel Gazan (page 492).

C'est ici le lieu de constater les secours que les Ricins nouvellement introduits et cultivés avec succès par M. Année (Ricinus viridis et sanguineus) ont fournis comme moyen d'alimentation pour ce Ver à soie (Id., p. 590 et 1858, à la liste des récompenses).


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. XLIX

ment doter d'espèces nouvelles les pays où elles pourront être acclimatées ; elle s'efforce, en outre, par tous les moyens mis en son pouvoir, d'améliorer les races qne l'on possède déjà. Or, nulle autre, plus que celle du Ver à soie ordinaire, ne réclame une régénérescence. Elle a eu particulièrement en vue cette question dont la solution intéresse à un si haut degré l'importante industrie séricicole.

A la suite d'un rapport pressant sur les mesures à prendre contre les ravages des maladies des Vers à soie, fait par M. Bigot (Bullet. 1857, p. 202) au nom d'une Commission spéciale, elle a résolu de combattre énergiquement le fléau (1). Aidée par la Caisse franco-suisse de l'agriculture, qui lui est venue généreusement en aide, elle a chargé l'un de ses membres les plus habiles et le plus versé sans contredit, dans la connaissance de tout ce qui se rattache à cette industrie, M. Guérin-Méneville, d'aller recueillir des oeufs de Bombyx là où les magnaneries ne sont pas encore attaquées. Notre zélé confrère a parcouru la Suisse, les régions séricicoles et élevées de l'Italie, de la France et de l'Espagne. Grâce à l'expérience qu'il a acquise par sa longue pratique, il a pu faire un choix d'oeufs de bonne provenance, dans quelques rares localités de nos Alpes, où des éducations de races depuis longtemps acclimatées ont admirablement réussi. Espérons que les éleveurs qui auront profité des avantages offerts par ces récoltes faites avec tant de soins auront la joie de voir disparaître la cause de leurs insuccès.

Les faits dont je viens de vous parler, Messieurs, se rapportent à une industrie si considérable, non-seulement en France, mais en Italie et dans d'autres Etats de l'Europe, que vous m'excuserez, je l'espère, d'y avoir autant insisté (2).

(1) M. Guérin-Méneville a lu un travail sur la maladie des Vers à soie, ayant pour titre : Des véritables causes de l'épizootie actuelle et moyens pratiques d'en arrêter ou d'en atténuer les dangereux effets (Bulletin, 1857, page 38).

(2) On peut espérer l'introduction en Europe ou dans nos colonies de beaucoup d'autres papillons, dont les larves sécrètent une soie propre à être utilisée. Tels seront, sans doute, pour ne citer que les Vers à soie dont


LE SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

D'autres travaux nous arrêteront moins longtemps.

Ainsi, j'ai peu de détails nouveaux à ajouter à ceux que j'ai eu l'honneur de vous présenter, l'an passé, sur notre participation active à ce qui se fait en vue de conserver et d'étendre les richesses de nos côtes et de nos cours d'eau. Cependant nous voyons se propager la pratique de l'ensemencement des rivières dans lesquelles le poisson manque ou menace de disparaître (1).

L'établissement de Huningue, dirigé par des ingénieurs du corps impérial des ponts et chaussées, continue ses abondantes distributions d'oeufs fécondés et de frai de poisson.

L'Espagne, à notre exemple, entre dans cette voie (2). Enfin, nous sommes témoins de tentatives heureuses de pisciculture marine sur les côtes de l'Océan, dans le bassin d'Arcachon.

Il est permis, dès à présent, de prévoir que cet établissement et ceux de la Méditerranée sont appelés à augmenter

il a été fait mention cette année, celui de la Louisiane, suivi dans son développement par M. Blanchard {Bulletin, 1857, p. XLIII); les Vers du Brésil et celui du Liban, signalés par MM. John Le Long et le comte, de Galbert (Id., p. 542 et 186). Il serait possible d'acclimater dans notre colonie de l'île de la Réunion le Bombyx radama de Madagascar étudié et décrit par M. Coquerel, savant chirurgien de la marine (Id., 1855, p. 28). L'immense poche ou cocon formé par un nombre plus ou moins considérable de larves de celte espèce a été présenté, cette année, dans une de nos assemblées (Bulletin, 1857, p. 588 et 552). Au Mexique enfin, on trouve des Vers à soie dont il importerait de tenter l'introduction. On le sait par les communications de M. le baron de Millier (p. 187) et par les recherches de M. Salle (p. 552) qui, l'un et l'autre, ont exploré cette vaste région de l'Amérique septentrionale.

(1) Un Questionnaire de pisciculture dressé par les soins dé M. Millet (Bulletin 1857, page 344) est destiné à provoquer l'envoi de documents qui jetteront un grand jour sur toutes les questions relatives à ce sujet. On a déjà reçu une réponse très détailléee de M. Brierre, membre de la Société à Riez (Vendée) (p. 591), qui envoie de fréquents rapports sur la culture des végétaux qui lui sont confiés (Bulletin, 1858, Rapport sur les récompenses).

(2) Voyez un intéressant Rapport de M. Ramon de la Sagra fait au Conseil royal d'agriculture de Madrid sur l'introduction de la pisciculture en Espagne (Bulletin, 1857, page 438) et dans le présent volume, au Rapport, les récompenses accordées à MM. O'ryan de Acuna et D. Juan Lecaros.


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LI

abondamment, dans un temps plus ou moins rapproché, les ressources de notre alimentation.

Notre institution est heureuse de s'associer à ces utiles entreprises en accordant quelques-unes de ses récompenses aux hommes intelligents et habiles dont les noms vont être bientôt proclamés devant vous.

Dans ses travaux, elle embrasse, vous le savez, toutes les questions qui se rattachent à l'accroissement des richesses que l'homme est en droit d'attendre de l'introduction et de l'acclimatation d'animaux utiles dans les pays où ils ne se rencontrent pas encore.

A ce point de vue, que d'emprunts à faire parmi les espèces si variées de mammifères et d'oiseaux ! Ces dernières, par exemple, ne peuvent-elles pas nous donner de nouveaux gibiers et augmenter le nombre de nos races domestiques? Plusieurs faits assez récents nous en apportent la preuve et montrent que, dans plus d'une circonstance, le succès serait sinon toujours certain, du moins très probable.

Voyez, en effet, ce qui vient d'être accompli pour le Gambra ou Perdrix de roche (Perdix rupestris).

Par la volonté de S. M. l'Empereur qui, après avoir daigné se faire le protecteur de notre oeuvre, montre aujourd'hui, sous un nouvel aspect, les ressources que l'Algérie peut fournir à la France, ce précieux oiseau est maintenant répandu dans nos forêts. Près de vingt mille oeufs transportés sur notre territoire, ont donné naissance à de nombreuses compagnies. Leur multiplication est désormais assurée, grâce aux soins de nos Confrères, M. le baron de Lâge, officier de la vénerie impériale, et M. Fouquier de Mazières, inspecteur des forêts de la couronne (Bullet., 1857, p. 459).

D'autres membres de l'administration des forêts, MM. de La Bégassière et Galmiche, et particulièrement M. Millet, ont été frappés des avantages qui résulteraient pour la chasse de la dispersion du grand Coq de bruyère (Tétras urogallus) dans les localités privées de cet excellent et beau gibier. Ils sont parvenus avec beaucoup de précautions, les plus grands soins étant nécessaires pour le transport des oeufs, à le répandre


LE SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

dans certains cantons du Jura et des Ardennes où il avait été jusqu'alors inconnu (Bullet., 1857, p. 266).

Parmi les oiseaux de basse-cour, il faut mentionner la Bernache d'Europe.

Les efforts longtemps continués de M. le prince Berthier, duc de Wagram , l'ont mis maintenant en possession complète de cette espèce, et une nouvelle race domestique nous est acquise.

En sera-t-il de même pour l'Autruche (Struthio camelus), ce gigantesque oiseau du continent africain? Quelques résultats déjà obtenus, mais incomplets (voyez en particulier une Note de M. Hardy, Bullet., 1857, p. 524), donnent lieu de penser que l'offre généreuse de notre confrère M. Chagot, ne restera pas stérile et que le prix de 2000 francs, dont la Société lui doit la fondation, pourra être décerné à quelque intelligent éducateur. (Voyez pour les conditions de ce prix, Id., 1858, page 45, et plus haut, page XXVII.)

Le Rapport fait cette année par M. le docteur Gosse sur les nombreux documents envoyés de l'Algérie en réponse à son Questionnaire, a, de nouveau, appelé votre attention sur l'utilité des plumes, des oeufs et de la chair de cette belle espèce (Id., 1857, p. 334, 391, 482). Sa domestication, d'ailleurs, est d'autant plus désirable que, si elle reste a l'état sauvage, sa disparition ne serait malheureusement pas impossible.

Il convient d'en dire autant du Casoar ou Dromée, originaire de la Nouvelle-Hollande, cette région du monde qui, offrant, comme l'Amérique du Nord, les conditions climatériques les plus analogues aux nôtres, est le mieux située pour nous céder ses animaux et ses plantes. Cet oiseau, de très grande taille, qui devient promptement familier, donnerait, comme le premier, une nouvelle viande de boucherie, et ses oeufs volumineux ont une saveur excellente. Ici encore, des essais heureux, dus à la persévérance de M. Florent Prévost, lèvent toute incertitude (Bullet., 1857, p. 571). La reproduction du Casoar a eu lieu sous notre climat, à Paris même, où l'on a pu admirer, pendant des hivers rigoureux, son extrême rusticité. Ce collègue, dès longtemps dévoué au succès de notre cause, a donc


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LIII

montré toul l'intérêt qui s'attache à de semblables tentatives (1). Les oiseaux si précieux de l'ordre des Gallinacés ont été également l'objet de votre sollicitude. Vous avez compris que tout d'abord il importait de maintenir dans leur état de pureté primitive les belles races de poules cochinchinoises ou BramahPoutrah et autres acclimatées en Europe depuis un plus ou moins grand nombre d'années.

En nous efforçant d'y parvenir, et alors même que nous ne cherchons pas à tirer des pays étrangers des espèces propres à la domestication, nous restons fidèles à cette belle devise Utilitati, devise dont Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, devançant la réalisation de notre oeuvre, avait orné le frontispice de l'un de ses plus importants ouvrages (Philosophie anatomique (2).

C'est encore s'y conformer que de s'occuper de la conservation dans nos campagnes des oiseaux insectivores. En présence des ravages toujours plus nombreux que les insectes causent à l'agriculture, on ne saurait trop déplorer l'incroyable ardeur apportée sur tant de points de la France à la destruction de leurs ennemis les plus acharnés. Faire disparaître de nos vergers et de nos champs sous prétexte d'une chasse qui, en réalité, est sans valeur, les oiseaux dont ces innombrables dévastateurs de nos récoltes doivent être la pâture, c'est s'exposer à laisser se tarir quelques-unes des sources les plus abondantes de notre alimentation. Aussi les utiles communications de MM. de Jonquières-Antonelle (Bullet., 1857, p. 79) et

(1) Voir, pour les autres essais de M. Florent Prévost (Bulletin 1857, page LXIX, à l'occasion de la médaille d'argent, qui lui a été décernée).

(2) La Société sait si bien tout ce que la cause de l'acclimatation doit à Etienne Geoffroy Saint-Hilaire que, à la suite de la lecture d'un Rapport fait au nom du Conseil, par M. Moquin-Tandon, sur une proposition de M. Jomard relative au monument à élever à cet illustre naturaliste, elle a décidé par un vote unanime qu'elle prendrait part à la souscription. (Bulletin 1857, page 301 et 273). Elle a été officiellement représentée le 11 octobre, à l'inauguration de la statue à Étampes, par M. Drouyn-de- Lhuys. Beaucoup de membres y ont également assisté, et M. Moquin-Tandon a présenté un Rapport verbal sur la cérémonie (Idem, page 553).


LIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Girou de Buzareingues (Id., p. 263) ont-elles vivement excité votre intérêt (1).

Dans votre désir de donner toute l'extension possible aux bienfaits de notre Association et de ne négliger aucun des services que les animaux peuvent rendre à l'homme, vous avez favorablement accueilli l'appel qui vous a été adressé au nom de notre belle colonie de la Martinique par M. de Chasteignier (Bulletin, 1857, p. 296 et 407) et par M. le docteur Rufz (Id., 1858, p. 1) dans le Rapport qu'il vous a présenté à cette occasion. Il serait digne, en effet, de notre oeuvre de concourir, d'une façon efficace, à l'accomplissement du voeu que forment depuis si longtemps les habitants de cette île de posséder une espèce animale qui, poussée par ses instincts à combattre les serpents, et à s'en nourrir, les délivrât de la Vipère fer-de-lance (Bothrops lanceolatus), leur plus redoutable ennemi.

L'histoire saisissante des innombrables accidents que produit la piqûre presque toujours mortelle de ce terrible serpent montre combien il serait urgent de tenter l'introduction à la Martinique soit du Hérisson, comme l'a proposé M. Chavannes (Bullet., 1857, p. 187 et 407), soit plutôt de la Mangouste (Viverra ichneumon), ou bien encore de l'oiseau de l'Afrique du Sud connu sous le nom de Secrétaire (Serpentarius reptilivorus) ou Messager.

Nous pouvons donc être utiles à nos colonies, mais de combien de produits précieux ne nous doteront-elles pas un jour!

Nous recevrons sans doute de la Guyane le Tapir, que déjà Daubenton signalait comme utile accroissement de nos races

(1) Une Commission spéciale doit s'occuper de ce sujet en même temps qu'une Commission choisie dans le sein de la Société protectrice des animaux. Elles sont composées en partie, l'une et l'autre, de membres appartenant aux deux Sociétés.

Le Bulletin de la Société protectrice, pour 1857, contient d'intéressants travaux sur cette matière dus à nos confrères, MM. V. Chatel, de JonquièresAntonelle et Florent Prévost; d'autres membres de cette Société y ont également fait insérer des notes ou mémoires. De toutes ces publications jointes à celles que notre Recueil renferme, il résulte un ensemble de documents importants pour la question dont il s'agit.


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LV

porcines, et dont l'introduction, suivant les nouveaux renseignements fournis par M. Bataille, de Cayenne (Bullet., 1857, p. 1), semblerait offrir des chances de succès. Il y a moins de doutes encore sur la possibilité de l'acclimatation en Europe de deux rongeurs alimentaires : l'Agouti et l'Acouchi. Nous devons, du reste, pour tout ce qui concerne les espèces utiles, avoir confiance dans le zèle du Comité d'acclimatation fondé à la Guyane (Id., p. 362) par les soins de M. le Ministre de la marine, qui veut bien comme MM. les Ministres, de l'agriculture, de la guerre et de l'instruction publique, porter à notre oeuvre le plus vif intérêt (1).

De même que la France, le Brésil veut s'enrichir d'espèces utiles, et le Dromadaire va être introduit dans les vastes et arides régions sablonneuses de cet empire (2).

Quant à nous, qui le possédons dans notre colonie algérienne, nous savons maintenant le parti que l'industrie peut tirer de sa toison, grâce aux persévérants efforts de M. Davin (Bullet., 1857, p. 253, et 1858, séance du 22 janvier). Après nous avoir déjà montré de remarquables produits obtenus avec la belle race ovine fondée à Mauchamps par M. Graux, notre habile confrère est parvenu à préparer pour le tissage, avec le poil du Dromadaire africain mélangé à celui de la race asiatique, un fil dont on a pu fabriquer une étoffe douce, souple, chaude et légère tout à la fois : c'est une sorte de velours d'une nuance naturelle agréable et d'une valeur qui en permettra facilement l'usage.

(1) M. le Ministre de la marine a transmis un Rapport intéressant de la Chambre d'agriculture des dépendances de la Guadeloupe contenant une nomenclature de plantes et d'animaux dont il serait convenable de tenter l'acclimatation en France ou en Algérie (Bulletin, 1857, page 457).

La Société doit beaucoup de reconnaissance à l'un de ses membres, M. Mestro, Conseiller d'État, qui veut bien ne laisser échapper aucune occasion de faire servir aux intérêts de notre oeuvre la haute position qu'il occupe au Ministère de la marine, comme directeur des colonies.

(2) La première Section, au nom de laquelle M. Dareste a présenté un savant rapport (Bulletin 1857, pages 61, 125 et 189), puis une Commission spéciale (Idem, page 593 et 1858, séance du 22 janvier), se sont occupées avec une scrupuleuse attention de cette affaire délicate.


LVI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Bientôt, on n'en saurait douter, nous arriverons en France à utiliser également le poil de la Chèvre d'Angora. La grande extension de nos petits troupeaux, dont la concentration sur deux ou trois points bien choisis de nos régions montagneuses aura lieu prochainement, montre que l'acclimatation de cette espèce en France est possible. Néanmoins de grandes précautions seront nécessaires. Aussi, avez-vous entendu avec un vif intérêt les sages observations présentées l'an passé, à pareil jour, par M. de Quatrefages dans la savante Notice qui fut si favorablement accueillie (Bullet., 1857, p. LV). Vous n'avez pas oublié non plus l'important travail de l'ardent et zélé promoteur de cette introduction parmi nous, M. Sacc, dont le nom, déjà célèbre dans la science, à plus d'un titre, se rattache à la plupart de nos travaux (Bullet., 1856, p. 444, 513. 561, et 1857, p. 3, 137 et 227, Essai sur les chèvres d'Angora) (1).

Je dois aussi vous rappeler les indications fournies sur ce sujet par M. Bourlier (Bullet, 1857, p. 557 et p. 598). Comme madame la princesse Trivulce de Belgiojoso, qui porte dans l'étude des questions d'histoire naturelle la justesse de son esprit fin et observateur, ainsi que vous l'a prouvé sa Note sur la chèvre d'Angora lue dans une de nos dernières séances (Id., 1858), et comme le savant voyageur, M. de Tchihatchef (Id., 1856, p. 305 et 411), M. Bourlier a parcouru les plateaux élevés et arides de l'Asie Mineure. Il a donc pu étudier cette précieuse race au milieu des conditions climatériques qui lui sont propres (2).

Pour cet utile producteur d'une magnifique laine et pour les Yacks, dont les services multiples vous ont été également signalés par M. de Quatrefages (Bullet., 1857, p. LI), la Société suivra le glorieux exemple que lui a laissé l'illustre Dau(1)

Dau(1) Société possède maintenant en assez grand nombre une Chèvre excellente laitière, la Chèvre de Nubie, dite aussi Chèvre de la haute Egypte. Elle se reproduit abondamment et donne jusqu'à six litres de lait par jour. Son acclimatation sur notre territoire semble, dès maintenant, être assurée (Bulletin 1857, page 16-18, 104 et 355).

(2) Il importe de noter ici qu'il y a lieu d'espérer une double portée de Chèvres, chaque année, la mise-bas se faisant aujourd'hui trois mois plus


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LVII

benton, lorsqu'à la fin du siècle dernier, il a doté notre pays de la race ovine connue sous le nom de Mérinos. Comme cet homme célèbre, elle pourra faire des emprunts à des pays voisins. C'est ainsi que l'Algérie viendra puissamment en aide à l'enrichissement de notre bétail et au perfectionnement de la race chevaline. Nous en avons presque la certitude, maintenant que nous connaissons les études approfondies auxquelles se sont livrés, pendant leur longue et fructueuse tournée d'exploration, MM. Richard (du Cantal) et Albert Geoffroy SaintHilaire. Ils nous ont présenté, au retour de leur voyage, de lumineux rapports (Bullet., 1857, p. 303, 365 et 413), où vous avez pu apprécier toute l'étendue du savoir de notre honorable vice-président, si versé dans l'étude des questions délicates et difficiles de la production animale, et la justesse, ainsi que la précision de l'esprit observateur de notre jeune confrère.

Si nous y cherchons ce qui se rapporte aux haras d'Afrique, nous y voyons que deux illustres membres de notre Société, M. le maréchal Vaillant et M. le maréchal Randon, ont admirablement compris et appliqué les moyens raisonnes de multiplier et de perfectionner le cheval de guerre dans notre colonie. Ils ont fondé des dépôts d'étalons bien choisis dans la race indigène, qui est la race barbe, et avec le concours intelligent et dévoué de notre confrère M. le colonel Vallot, directeur des établissements hippiques de l'Algérie, cette province arrivera a fournir à nos éleveurs des reproducteurs excellents et des chevaux d'escadron pour nos remontes. Dans les distributions de primes, données chaque année aux poulains de deux ans, il y a lieu de les accorder à de nombreux sujets d'élite doués

tôt qu'à l'époque de l'arrivée de notre premier petit troupeau (Bulletin, 1857, page 181). De plus, une lettre récente de M. Sacc annonce que l'on offre maintenant onze francs du kilogramme de laine provenant d'individus indigènes, tandis qu'on ne paye que six francs celle des parents nés en Asie Mineure. Cette augmentation de prix tient à ce que la toison a doublé de poids et de finesse. Grâce aux efforts persévérants de M. H. Schlumberger, nous arriverons à filer et à tisser cette laine avec autant de succès que l'Angleterre.

T. V. - Janvier et Février 1858.


LVIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

des caractères zoologiques de race. On acquiert donc ainsi la preuve des soins apportés par l'administration militaire pour éviter des mélanges qui pourraient altérer la pureté de l'une des plus précieuses races de chevaux de guerre. Par leurs savants travaux, nos honorables collègues, MM. les généraux Daumas (Bullet., 1856, p. 461, ainsi que des publications spéciales) et Morris ont contribué à faire connaître ces animaux. Ce qu'ils en ont dit comme types de chevaux de cavalerie est confirmé par les faits observés à l'armée d'Afrique. Dans la grande lutte dont l'Orient a été le théâtre, il y a peu de temps encore, on a pu voir que les chevaux de l'ancienne cavalerie numide sont toujours dignes de la réputation qu'ils ont eue il y a vingt siècles (1).

M. le ministre de la guerre et M. le gouverneur général de l'Algérie ne se sont pas bornés au perfectionnement du cheval barbe, celui de l'espèce ovine de ces contrées les occupe également. Notre confrère, M. Bernis, vétérinaire principal de l'armée, est venu faire en France des acquisitions de Mérinos, et les études poursuivies par les ordres du gouvernement sur l'acclimatation de ces animaux prouvent toute sa sollicitude pour les progrès de la production des laines que la colonie doit donner à notre commerce et à notre industrie.

Tels sont, Messieurs, les principaux faits dont j'ai cru nécessaire de vous entretenir dans cet exposé de nos études. D'autres questions encore ont occupé votre attention, mais je dois m'arrèter. Il est cependant indispensable de vous rappeler que M. le docteur Aube, dans une étude sur la propagation des espèces animales, a insisté devant vous, avec raison, sur les inconvénients de la consanguinité (Bullet., 1857, p. 509) ; que M. Dutrône vous a fait connaître les heureux résultats qu'il a enfin obtenus après de longues tentatives, en instituant une race bovine sans cornes avec la conservation intacte des caractères de la belle et bonne race cotentine (Bullet, 1857, p. 258 et le Rapport fait par M. Leblanc au nom d'une Commission

(1) MM. les généraux Jusuf et Maissiat portent, ainsi que M. Bernis, le plus vif intérêt au perfectionnement de la race chevaline de l'Algérie.


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LIX

spéciale, p. 598); de plus, que M. Davelouis, dans un savant travail zoologique sur le Buffle, a montré quels avantages présenteraient pour l'acclimatation plusieurs espèces de ce genre important (Id., p. 461 et 519).

Enfin, réjouissons-nous de l'heureuse issue des nouvelles démarches de M. Huet, Consul général et Chargé d'affaires au Pérou. Le gouvernement de Lima, voulant donner une preuve de sa déférence envers celui de S. M. l'Empereur, et prenant en considération l'objet que la Société se propose, a levé une prohibition inscrite dans une loi de l'État. Grâce à cet acte de générosité, nous pourrons posséder douze Alpacas et douze Lamas, animaux d'un prix inestimable pour l'industrie des laines (Bullet., 1857, p. 498 et 460). Nous prions M. le ministre des affaires étrangères et son honorable prédécesseur qui occupe un des fauteuils de la vice-présidence (1), d'agréer l'expression de notre vive gratitude pour le témoignage de bienveillant intérêt dont ils ont donné une preuve si manifeste à notre institution en poursuivant cette affaire importante (2).

Avant que je termine ce Rapport, vous voudrez certainement, Messieurs, vous joindre à moi pour payer un tribut d'hommages et de regrets à la mémoire des collègues dont la mort nous a séparés.

Jamais encore des vides aussi nombreux ne s'étaient produits parmi nous dans l'espace d'une année.

Nous avons vu succomber, cet hiver, l'un des fondateurs de noire oeuvre, M. Saulnier, depuis longtemps éloigné de nos travaux par la maladie, mais que ses persévérants et heureux efforts pour l'acclimatation de différents oiseaux utiles et d'ornement avaient placé parmi nos lauréats de l'année dernière. Cette perte récente et si regrettable a été bientôt suivie de celles

(1) On trouve au Bulletin, 1857, page 498, l'indication de la part que M. Drouyn de Lhuys a prise à ces négociations.

(2) Une Commission composée de MM. Richard (du Cantal) président, le marquis Amelot, Davin, le comte d'Eprémesnil, Fréd. Jacquemart, le baron de Pontalba, le marquis de Séguier, le marquis de Selve, le comte de Sinéty et le baron de Tocqueville, a été chargée d'étudier les moyens de profiter de l'autorisation accordée par le gouvernement péruvien (Bulletin, 1857, page 540).


LE SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

du brave général Leboul, de M. Pécoul, ancien représentant de la Martinique, fondateur et président de la Société d'agriculture de cette île, d'un très habile et très honorable industriel, M. Jacques Javal père, membre du Conseil général de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, et enfin, du vénérable M. de Rainneville qui, mû par les sentiments de la plus haute philanthropie, avait créé la colonie du Petit Mettray.

Dès le commencement de cette session, nous avons été privés du concours de l'un de nos collègues les plus dévoués, M. le baron de Montgaudry, petit-neveu de Buffon.

Au nombre des anciens membres que nous avions eu le bonheur de compter parmi nous, presque dès l'origine de la Société, je dois rappeler M. le vicomte de Curzay, M. Guénin et M. de Jonquoy membre du conseil général du Calvados.

Le corps médical, qui nous a donné tant de confrères distingués, a été frappé à Saint-Remy près Montbard, à Laon et à Paris où pratiquaient M. le docteur Carre, M. le docteur Chambert chirurgien en chef des hospices, un éminent inspecteur général du service de santé des armées, M. le docteur Baudens, et M. le docteur Gustave Richard, fils et petit-fils d'illustres botanistes. Mort avant l'âge, il avait fait partie de l'expédition à la recherche des sources du Nil dirigée par un autre de nos confrères, M. le comte d'Escayrac de Lauture.

Nous avons perdu, en outre, MM. Delaronde, Jars, Manès, de Saulty et un ancien membre du Corps législatif, M. GuyetDesfontaines.

Cette liste, déjà si longue, n'est malheureusement pas épuisée. Je dois vous rappeler encore deux illustres doyens de l'Institut, M. Dureau de la Malle, fils du traducteur de Tacite et non moins célèbre lui-même par la variété de son immense érudition et par les applications heureuses qu'il en avait faites à l'étude des sciences naturelles ; puis M. le baron Thenard dont le nom ne rappelle pas seulement de nombreux et importants travaux de chimie, mais un des hommes les plus généreux. Profondément attristé vers la fin de sa longue et brillante carrière de malheurs qui ne l'avaient jamais trouvé insensible, il a fondé l'Association des amis des sciences, qu'il a richement


RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LXI

dotée, voulant ainsi, par le concours de tant d'hommes voués aux études scientifiques, assurer un appui aux travailleurs atteints par l'infortune (1).

Enfin, pour achever cette triste énumération, il me reste à rappeler à vos souvenirs trois autres de nos collègues qui étaient membres correspondants de l'Académie des sciences : M. le baron d'Hombres-Firmas, agriculteur et météorologiste habile ; un zoologiste hollandais, M. de Temminck, protecteur généreux et éclairé des sciences naturelles ; et S. A. Mgr le prince Charles Bonaparte qu'il ne m'appartient pas de louer ici, mais dont je puis du moins signaler les beaux travaux de zoologie, aussi remarquables par leur précision que par leur variété et leur nombre. Une mort prématurée est venue les interrompre avant que nous ayons pu voir s'achever le magnifique et savant ouvrage qu'il consacrait à l'histoire naturelle des Oiseaux (2).

(1) La Société s'est empressée de prendre part à la souscription ouverte par la Société de secours des amis des sciences, pour répondre à l'appel chaleureux que le vénérable fondateur de cette oeuvre utile lui avait adressé très peu de temps avant sa mort, par une lettre dont un extrait est inséré au Bulletin, 1857, p. 300. (Voyez en outre, p. 299.)

(2) On trouve un témoignage flatteur de l'intérêt que le prince portait aux travaux de la Société dans ce fait que pendant la maladie qui l'a enlevé à la Science, il avait préparé pour notre Recueil une notice sur tous les animaux acclimatés en Europe (Bulletin 1857, page 454).


LXII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ACCLIMATATION DE L'IGNAME PATATE

Par M. MOQUIN-TANDON ,

Membre du Conseil d'administration.

Monseigneur, Messieurs,

Tout le monde connaît la Pomme de terre (1), la Patate (2) et le Topinambour (3), la Pomme de terre surtout, l'une des plus saines, des plus abondantes, des plus utiles productions du règne végétal. C'est un riche tribut qui nous a été payé par l'Amérique (le pays des mines d'or!) et «presque le seul qu'il n'a pas fallu arracher à ses habitants le fer et le feu à la main » (4) ; admirable conquête, à la fois paisible, durable et féconde, qui diminue nos chances de disette, varie nos éléments de nourriture et répand ses bienfaits jusque sur les animaux acclimatés autour de nous !

Le genre Morelle ou Solanum, dont la Pomme de terre fait partie, présente aujourd'hui 581 espèces suffisamment caractérisées et 69 imparfaitement connues : en tout 920 espèces, sans compter les variétés !...Dans ce nombre, d'après le professeur Dunal, il n'en est guère que cinq ou six qui puissent donner des tubercules-, et, parmi ces dernières, nous n'en cultivons, en Europe, qu'une seule, c'est la Pomme de terre commune ou Morelle tubéreuse, ou Solanum tuberosum (5).

A diverses époques, on a cherché en dehors des Morelles,

(1) Solanum tuberosum Linn.

(2) Botalas edalis Choisy (Convolvulus Batatas Linn.).

(3) Helianthus tuberosus Linn.

(4) Poiret, Histoire philosophique des plantes de l'Europe, t. V, p. 10.

(5) On a essayé, il y a quelques années, de naturaliser en France une autre espèce de ce genre, le Solanum verrucosum Schlecht., qui croît clans les forêts du Mexique. Un colon de. celle dernière contrée, originaire du pays de Gex, en envoya des tubercules à un de ses parents, domicilié à Fénieres, petit village du Jura. On les cultiva, pendant trois ans de suite, et ils se développèrent sans maladie, quoique toutes les Pommes de terre ordinaires fussent attaquées dans la commune. Ces tubercules sont petits, nombreux et d'un goût excellent, mais peu farineux. Ils mûrissent lard, au moins dans le Jura. Les baies de celte espèce ne sont pas verruqueuses, comme on pour-


ACCLIMATATION DE L'IGNAME PATATE. LXIII

et de leur famille ( les Solanées ), dans les tubercules, rhizomes ou racines, de différentes plantes, des succédanés ou des auxiliaires du Solanum tuberosum. On a proposé tour à tour des Aroïdées (1), des Oxalidées (2), des Basellacées (3), des ferait le croire d'après son nom (très mal choisi), mais couvertes de petits points blancs (DC., Prodr., t. XIII, 1, p. 32 et 677).

En 1852, M. Alphonse de Candolle voulut bien m'adresser à Toulouse une trentaine de tubercules de Solanum verrucosum. Les plus gros avaient 35 millimètres de grand diamètre, et les plus petits seulement 20. Je les distribuai à plusieurs amateurs de la Haute-Garonne. Ils réussirent assez bien, mais ne prirent pas beaucoup de volume.

J'avais gardé cinq de ces tubercules pour le Jardin des Plantes de Toulouse. Je les plantai dans une plate-bande. Voici le résultat de mon expérience. Ces tubercules produisirent 5 pieds médiocrement vigoureux. Arrachés le 21 octobre suivant, ces pieds don lièrent : le n°1, dix petits tubercules et quatre gros (c'est-à dire du volume d'un abricot moyen) ; le n° 2, quatre moyens et un très gros (comme un abricot de forte taille) ; le n° 3, un petit et un gros ; le n° 4, cinq très petits ; et le n° 5, huit petits, deux moyens et trois gros : en tout, 24 petits, 6 moyens et 9 gros (39 tubercules).

La même année, un de mes parents, M. Jules Gleizes, planta un tubercule de Solanum verrucosum, assez petit (de 25 millimètres environ de grand diamètre), à Lavelanet (Haute-Garonne), dans un jardin potager, à l'ombre, sous un Pêcher, près d'un Solanum tuberosum. Ce tubercule produisit un pied vigoureux, qui fleurit le 1er juillet. On l'arracha le 9 août (peut-être un peu trop tôt). Il donna 19 tubercules, savoir : neuf de 12 à 20 millimètres de diamètre, quatre de 20 à 25 et six de 30 à 35. Ces 19 tubercules pesaient ensemble un peu plus d'un hectogramme ; ils étaient lisses, rougeâtres et d'un iissu très serré. Les paysans trouvèrent ces Pommes de terre de bonne qualité. Elles n'offraient aucune trace de maladie, quoique le pied de Solanum tuberosum, situé clans le voisinage, fût attaqué. La plante porta un fruit (voyez Alph. DC, Revue horticole, 1er juin 1852, p. 211, et mars 1853, p. 101. -Géographie botanique, t. Il, p. 815).

Depuis 1853, le jardin de la Faculté de médecine de Paris possède le Solanum verrucosum. Ses tubercules n'ont pas beaucoup grossi ; ils résistent parfaitement à la gelée (voyez Pargues, Revue horticole, 1854, p. 182, et Decaisne, loc. cit., p. 184).

(1) L'Arum esculentum Fors t., le Caladium esculentum Willd. (Arum esculentum Linn.), le Colocasia antiquorum Schott. (Arum Colocasia Linn.), le Tacca innalifida Forsi.

2) Les Oxalis crenata Jacq., tuberosa Sav., Deppei Lodd. (O. tetraphylla Link et Otto, non Cav.).

(3) L'Ullucus tuberosus Lozano (Melloca Peruviana Moq.), le Boussingaultia baselloides Kunth.


LXIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

gumineuses (1). On a préconisé une Tropéolée (2), une Nymphéacée (3), plusieurs Ombellifères (4)... Mais, hélas! il faut le dire, malgré les conseils des botanistes, les efforts des cultivateurs et... les promesses des journaux, toutes ces nouvelles tentatives, fort louables sans doute, n'ont pas répondu aux espérances dont on s'était bercé, et n'ont presque servi, en définitive, qu'à faire ressortir de plus en plus les immenses avantages de la précieuse Solanée.

Cependant, parmi les plantes alimentaires récemment acclimatées, il en est une qui mérite de fixer particulièrement votre attention. Je veux parler de l' Igname de la Chine.

En 1846, le vice-amiral Cécille, que nous sommes heureux de compter parmi nos membres honoraires, rapporta de son voyage dans les Indes une racine tubéreuse allongée, qu'il remit à M. de Mirbel, professeur au Muséum d'histoire naturelle. Cette racine donna naissance à une plante qui fut conservée en pot et en serre, sans offrir rien de remarquable jusqu'en 1850.

Au mois d'avril de cette dernière année, notre infatigable confrère M. de Montigny, consul de France à Chang-hai, adressa au ministre de l'agriculture et du commerce un certain nombre de renflements radiciformes, très estimés en Chine et dans le royaume de Siam (5): Plusieurs de ces renflements furent confiés au Muséum d'histoire naturelle (6) ; ils étaient malheureusement fermentes et altérés. Cependant, malgré ces conditions défavorables (7), on réussit parfaite(1)

parfaite(1) tuberosa Moench (Glycine apios Linn.), le Psoralea esculenta Pursh.

(2) Le Tropoeolum tuberosum Ruiz et Pav.

(3) Le Nelumbium luteum Willd.

(4) Le Carum bulbocastanum Koch (Bunium bulbocastanum Linn.), le Conopodium denudatum DC., le Choerophyllum bulbosum Willd., l'Arracacha esculenta Bancroft.

(5) Ils étaient longs de 25 à 30 centimètres et larges de 3 ou 4.

(6) Les autres furent remis au potager de Versailles et à M. Vilmorin.

(7) M. Duchartre a publié, tout récemment, dans le Bulletin de la Société botanique de France (t. IV, p. 700), une Note très intéressante sur la vitalité remarquable des parties souterraines de celte même plante. J'ai fait des observations analogues sur une espèce voisine.


ACCLIMATATION DE L'IGNAME PATATE. LXV

nient dans leur culture. Il est vrai qu'ils se trouvaient en bonnes mains! On découvrit qu'ils appartenaient au genre Igname (1) où Dioscorea. On eut d'abord l'idée de les rapporter au Dioscorea Japonica de Thunberg; mais M. Decaisne fit voir, dans un excellent mémoire, qu'ils devaient constituer une nouvelle espèce, qu'il désigna sous le nom d'Igname Patate (Dioscorea Batatas (2). Il reconnut en même temps leur identité avec là racine tubéreuse communiquée par le vice-amiral Cécille. Convaincu des avantages de la nouvelle Igname (3) et

(1) Les botanistes ne désignent, sous le nom d'Igname, que les Dioscorées du genre Dioscorea. Il paraît que, dans les Indes, en Afrique et en Amérique, on applique souvent ce même nom à des renflements souterrains gorgés de fécule, de nature différente et produits par des plantes très diverses. Parmi les Ignames reçues dans ces derniers temps par la Société d'acclimatation, nous avons vu des Aroïdées (Caladium, Arum), des Convolvulacées (Batatas, Convolvulùs) et même des Composées (Helianthus). On appelle aussi Igname indigène, le Tame ou Sceau de Notre-Dame (Tamus communis Linn.) que l'on rencontre fréquemment sur la lisière de nos forêts, et qui appartient à la même famille que les Dioscorea ou vraies Ignames.

(2) Les Chinois l'appellent Saïn-in suivant M. de Montigny et Saya selon quelques voyageurs. Dans les livres chinois, elle porte les noms de Chou-yu, Tsehou-yu, Tou-tchou, Chan-yo, Chan-yu (Stanislas Julien). M. Jomard a proposé de la nommer Dioscorée de Montigny.

(3) Le mot Igname est-il masculin ou féminin ? Beaucoup de personnes, même des botanistes distingués, le font du premier genre. Cette opinion a été généralement adoptée dans notre Bulletin.

Le mot français Igname vient du mot indien Inhame ou Yam, lequel est d'origine africaine suivant Hughes (Hist. nat. Barb., p. 226). Yam signifie manger, dans les idiomes de plusieurs des nègres de la côte de Guinée. II est vrai que deux voyageurs plus rapprochés de la découverte de l'Amérique, cités par M. de Humboldt (Nouv. Esp., 2e édi-t., t. II, p. 468), auraient entendu prononcer le nom d'Igname sur le continent américain ; ce sont Vespucci, sur la côte de Paria, en 1497, et Cabrai, au Brésil, en 1500 (Alph. de Candolle, Géographie botanique, t. II, p. 820). Quoi qu'il en soit, Burmann, dans son Thésaurus Zeylanieus (p. 206,1737), désigne le Dioscorea alata de Linné sous lesnomsde Rizophora Indica, sive Inhame rubra. On trouve encore, dans plusieurs anciens botanistes, l'Inhame Malabarica, l'Inhame

Javanica, l'Inhame Curassavica, l'Inhame Maderaspatana , Inhame

est donc du genre féminin !

D'un autre côté, Lamarck regarde, comme du même genre, le mot fran-


LXVI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

voulant activer autant que possible son acclimatation et sa multiplication, M. de Montigny vous a fait plusieurs envois considérables de racines et de bulbilles (1). En 1855, il vous a expédié, pour être distribués gratuitement, 143 litres (2) de ces espèces de bourgeons, lesquels, d'après un calcul approximatif, devaient atteindre le chiffre énorme de cent soixante mille (3) ! Vous avez tous applaudi aux efforts généreux et bien entendus de notre éminent confrère.

Je ne m'arrêterai pas à vous décrire la Dioscorée chinoise. Je vous rappellerai seulement qu'elle donne des racines (4) allongées, en forme de massue, à tissu charnu, compacte, friable, féculent, d'un blanc à peu près opalin et pénétré d'une humeur un peu laiteuse et mucilagineuse (5). Sa surface, d'un brun fauve, offre des radicelles plus ou moins courtes et des yeux analogues à ceux de la Patate. Ses racines s'enfoncent perpendiculairement jusqu'à 1 mètre et plus de profondeur. Chaque pied peut en donner cinq ou six, bien qu'il n'en produise souvent que deux ou trois.

L'Igname Patate (6) doit être regardée comme une excelçais

excelçais (Dict. encyl., t. III, p. 230, 1789). Il en est de même d'Achille Richard, dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle (t. VIII, p. 514, 1825). C'est enfin le sentiment du Dictionnaire de l' Académie française (sixième édition, t. II, p. 3, 1835).

(1 ) Ce sont des bourgeons à axe court et à feuilles charnues, de la grosseur d'un pois, que la plante produit à l'aisselle des feuilles, pendant sa première période de végétation. M. Germain de Saint-Pierre les appelle Faux bulbilles. Dans cesderniers temps, la culture a obtenu des bulbilles presque aussi gros que des noix (Rémont, Chatin).

(2) 120 litres d'une variété, environ 15 d'une seconde et à peu près 8 d'une troisième.

(3) En 1856, M. de Montigny nous a adressé de Bangkok (Siam) deux caisses de racines. En 1857, il nous a expédié deux autres caisses.

(4) On désigne, assez généralement, les renflements souterrains de cette plante, tantôt sous le nom de Tubercules, tantôt sous celui de Rhizomes. MM. Duchartre et Germain de Saint-Pierre ont fait voir que c'étaient de véritables Racines, pivotantes, renflées, gorgées de fécule et d'une forme particulière.

(5) Cette humeur est un peu acre ; elle disparaît entièrement par la cuisson.

(6) On ne doit pas adopter, relativement aux avantages du Dioscorea


ACCLIMATATION DE L'IGNAME PATATE. LXVII

lente acquisition. Crue, cette racine présente un goût qui n'est pas désagréable et qui semble rappeler celui de la noisette. Cuite, elle est grasse, succulente, moelleuse, fondante, moins fine que la Patate, mais un peu plus que la Pomme de terre. Elle n'a rien d'amer, ni d'herbacé, ni de sucré.

Notre confrère M. Chevet, juge si compétent, a déclaré qu'elle pouvait être employée comme pâte dans les potages de luxe, comme garniture dans certains ragoûts de viande et comme base dans plusieurs entremets sucrés (il a persuadé facilement vos commissions en procédant par voie d'expérience). Mais ce qui est bien plus important encore, c'est que la nouvelle racine peut entrer dans la cuisine économique et venir en aide aux pauvres comme aux riches. M. Chevet fait remarquer que sa cuisson s'obtient en quelques minutes, à l'eau sel, au four ou sous la cendre.

N'oublions pas d'ajouter que sa substance est nourrissante (1) et d'une facile digestion, et que les animaux domestiques la mangent avec plaisir et profit, fraîche ou desséchée, crue ou cuite, jeune ou vieille.

On ne peut pas dire que l'Igname soit meilleure que la Pomme de terre, elle est autre ; elle ne la remplace pas, elle s'y ajoute; mais son système souterrain acquiert plus de volume, et il jouit, du moins jusqu'à présent, d'une santé irréprochable.

Sa constitution robuste s'accommode de nos divers climats et de nos différents terrains ; elle résiste à nos hivers du nord mieux que la Pomme de terre, mais bien moins peut-être que le Topinambour (2).

Batatas, les exagérations de quelques amateurs un peu trop enthousiastes ; mais il ne faut pas dire, non plus, avec un horticulteur distingué, « que c'est un simple légume d'agrément, dont la culture n'est possible que dans un jardin. » Les plantations de M. Rémont, de Versailles, dont je parle plus loin, réfutent victorieusement cette assertion, à laquelle, du reste, les grandes cultures des Chinois avaient déjà répondu.

(1) Elle est moins farineuse que la Pomme de terre, du moins jusqu'à présent. Elle ne contient que 16 pour 100 de fécule, tandis que cette dernière en donne 20. M. Frémy assure que l'Igname renferme un principe azoté qui doit la rendre plus nutritive que la Pomme de terre.

(2) Quelques observations semblaient établir que notre plante pourrait


LXVIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

On peut multiplier l'Igname par tronçons de racines, par fragments de tiges, par bulbilles et même par semis. Les colons chinois ne réservent pour planter que la partie supérieure et amincie du renflement souterrain; ils livrent tout le reste à la consommation.

Les premiers succès relatifs à la nouvelle plante sont dus à M. Pépin, jardinier en chef du Muséum d'histoire naturelle, qui s'est livré à sa culture sous la direction de M. Decaisne, professeur dans cet établissement. En 1852 et 1853, M. Pépin a mis, sous les yeux de la Société impériale et centrale d'horticulture, des Ignames qui atteignaient jusqu'à 1 mètre de longueur et qui pesaient jusqu'à 1 kilogramme et demi. En 1855, M. Decaisne a présenté à l'Académie des sciences une racine encore plus grosse et plus pesante (1).

Notre confrère M. Paillet, dont vous connaissez l'ardeur intelligente, entreprit de son côté la culture en grand de la Dioscorée chinoise. Déjà en 1854, on voyait chez lui plusieurs milliers de pieds qui semblaient promettre à notre plante, et dans un avenir prochain, le droit de nationalité avec tous ses avantages.

En même temps, M. Vilmorin, à Verrières, et M. Hardy, en Algérie, essayaient divers terrains, combinaient d'ingénieux procédés et obtenaient de beaux produits qui, plusieurs fois, ont fixé votre attention et mérité toujours vos éloges (2).

résister aux hivers les plus rigoureux (Duchartre). On a vu, en effet, des racines supporter, à Paris, jusqu'à 14° de froid (Pépin), et, à Nancy, jusqu'à 15° (Godron), sans souffrir la moindre altération. Des expériences plus récentes paraissent établir qu'elle gèle quelquefois (Revue hort., t. V, p. 172, 1855).

(1) Certaines espèces de Dioscorea ont des racines qui peuvent acquérir des dimensions extraordinaires. M. Buyn, Résident de Bantara, a montré à la Société de Physique de Batavia, une racine de Dioscorea spiculata, qui ne pesait pas moins de 70 kilogrammes ! L'Igname géante (Inhame gigante), qui nous a été envoyée, en 1856, de Rio-Janeiro, par M. Praxedes Pacheco, était un énorme Rhizome d'Aroïdée (long de 2 mètres 51 centimètres), appartenant au Caladium esculentum. 11 pesait 86 kilogrammes (voyez la note 16).

(2) L'Igname Patate offre des sexes séparés portés par des pieds distincts (unisexuée-dioïqué). Jusqu'en 1856, nous n'avons élevé, en France,


ACCLIMATATION DE L'IGNAME PATATE. LXlX

Mais c'est surtout à notre confrère M. Rémont, habile pépiniériste à Versailles, que nous devons les plantations les plus étendues, les efforts les plus persévérants et les résultats les plus heureux. M. Rémont a commencé la culture du Dioscorea Batatas, en 1853, avec un seul fragment de racine assez petit. En 1854, il avait 10 000 plants, et en 1855, 85 000. En 1856, vous estimiez à 3 millions le nombre des pieds qui couvraient ses champs d'expériences, et notre confrère en possédait à peu près autant dans la Drôme et dans les Landes. On pouvait évaluer la récolte de ses bulbilles, pour la fin de 1857, à 10 millions d'individus. Calculez maintenant ce que ces bulbilles ont dû fournir en 1857 (1) !

Il serait trop long de vous rappeler les noms de tous ceux de nos zélés confrères qui se sont occupés avec empressement et réussite, en France (2) ou à l'étranger, de la culture de l'Igname. Les conseils les plus éclairés, hâtons-nous de le reconnaître, avaient dirigé nos expérimentateurs. Après MM. Decaisne, Pépin, Vilmorin et Paillet, qui leur avaient donné les premières instructions, étaient arrivées les observations ou les notices de MM. Richard (du Cantal), de Montgaudry, Robert, Hardy, Hérincq, Duchartre, Germain de SaintPierre, Carrière, de Lacoste

Il est peu d'exemples, dans l'histoire des cultures, d'un véque

véque pieds mâles. Notre confrère, M. Hardy, nous a fait connaître l'autre sexe; il en a même retiré des graines fécondes qu'il s'est empressé de nous communiquer. En 1857, M. Année est arrivé, à Paris, au même résultat. On nous assure que d'autres cultivateurs ont vu aussi fructifier chez eux des pieds d'Igname femelle.

(1) En 1857, M. Rémont a bien voulu nous donner, pour nos distributions, 500 racines et 3,500 bulbilles.

(2) Nous nous bornerons à citer, à Paris, ou autour de Paris, MM. Aube, Blacque père, Bossin et Louesse, Dupuis, Fouchez (chez le prince de Beauveau) , Gernelle (sous la direction du professeur Chatin), Jacquemart, Jomard, Lhomme, etc., et, dans les départements, MM. Agron de Germigny, Alexandre, Barbière, Braguier, Brierre, Darblay aîné et jeune, Godron, Guyet-Desfontaines, de Lacoste, Lemaire, Le Prestre, Leseble, madame veuve Panckoucke, MM. Paris, de Rainneville, Richard (David), Sacc, Teyssier des Farges, Theillier Desjardins, A. d'Eicthal, Lemonnier, le docteur Michon, Turrel, le comte d'Ussel, Vandercolme, le marquis de Vibraye, etc.


LXX SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

gétal multiplié et répandu avec autant de rapidité et de succès! Sans doute l' Igname Patate a rencontré et rencontre encore quelques esprits mal disposés ou prévenus; mais quelle différence entre la légère opposition qu'on lui a faite et la répulsion à peu près générale qui accueillit jadis la Pomme de terre, la protégée de Parmentier ! Les uns lui reprochaient de ne pas nourrir, de fatiguer l'estomac, de contenir un principe vénéneux, voire même de propager la lèpre (1) ! D'autres la

croyaient bonne tout au plus pour nos pachydermes les

moins délicats! Voltaire la regardait comme un colifichet de la nature!!... Cependant le précieux tubercule s'est répandu dans toutes les contrées (2), a pénétré dans toutes les sociétés, a été honoré sur toutes les tables. Et nous avons été témoins naguère des justes alarmes qu'avait fait naître son état maladif, considéré avec raison comme un malheur public! Bénissons la Providence ! avant que les intérioristes et les extérioristes (passez-moi ces mots barbares) se fussent mis d'accord sur la nature de l'altération et sur le genre de remède, le fléau

s'est ralenti tout seul et tout à coup (3) et l' Igname a été

acclimatée!

Dans ce moment, la Dioscorée de Chine est acquise à la petite et à la moyenne culture. Faisons des voeux pour qu'elle arrive dans la grande!...

D'après les résultats obtenus en Algérie par M. Hardy, cette précieuse racine pourrait donner de 34 à 35 000 kilogrammes par hectare (4). M. Vilmorin en promet de 42

(1) Un arrêt du parlement de Franche-Comté, daté de 1630, défend la culture de la Pomme de terre « attendu que c'est une substance pernicieuse et que son usage, peut donner la lèpre. »

La culture de ce tubercule a aussi été défendue en Bourgogne.

Les efforls continus de Parmenlier ont surmonté tous les obstacles et détruit toutes les préventions. L'illustre philanthrope fut puissamment secondé par Cadet de Vaux, Mustel, Turgot et Louis XVI.

(2) Sa culture occupe aujourd'hui, en France seulement, une étendue de 921973 hectares ou 466 lieues carrées moyennes. La production totale, dans notre, pays, est estimée à 96 233 985 hectolitres, qui représentent une somme de 202,105,866 francs.

(3) Il a entièrement disparu dans certaines localités.

(4) On sait qu'un hectare produit, terme moyen, 25000 kilogrammes de


ACCLIMATATION DE L'IGNAME PATATE. LXXI

à 45 000; M. Decaisne en assure jusqu'à 60 000 (1).

M. Rémont nous écrivait tout récemment : « L'Igname de la Chine, il y a quelques années à peine, était rare comme le diamant. En 1854, on l'achetait encore, pour ainsi dire, au poids de l'or; en 1855, sa valeur est descendue au prix de l'argent; en 1856, à celui du cuivre; en 1857, à celui du fer. Aujourd'hui, les 100 kilogrammes se vendent en gros 8 ou 10 francs ! »

Mais rien n'est parfait dans ce bas monde ! les racines de la Dioscorée chinoise deviennent très longues, trop longues, et s'enfoncent verticalement... Tout au contraire de nos racines fusiformes, elles sont dilatées en bas et retrécies en haut. D'où il résulte une grande, une très grande difficulté dans l'arrachage.

Voilà le principal reproche adressé à la nouvelle plante ; et nous en convenons, c'est un reproche mérité. Cependant ces obstacles n'empêchent pas les Chinois de la cultiver sur une grande échelle!... Pourquoi décourageraient-ils nos a oronomes? Les cultivateurs de l'Europe seraient-ils moins éclairés et moins actifs que les colons du Céleste Empire? craindraientils, en suivant leur exemple, d'aller trop loin dans le progrès?

L'arrachage de l' Igname oblige de remuer profondément le sol. Or la défonce des terres est, comme on sait, un des plus puissants et des meilleurs agents de la culture!

D'ailleurs on peut planter l' Igname en longues lignes parallèles, sur des tertres élevés, séparés par des fossés artificiels.

On nous assure que les racines de la Dioscorée Patate serpenPommes

serpenPommes terre, qui contiennent en substance alimentaire 8000 kilogrammes, et en fécule sèche 6000 kilogrammes, desquels on pourrait retirer 3000 litres d'alcool à 22 degrés. Le marc peut être employé à la nourriture des animaux.

(1) M. Dupuis croit que la moyenne serait seulement de 30 000.

M. Rémont pense que le rendement est très variable ; il dépend de la nature du terrain, et des soins donnés aux plantations. Sur des détritus de végétaux (particulièrement de feuilles), en culture petite et très soignée, noire habile confrère a obtenu 63 000 kilogrammes; en culture moyenne, mais très soignée aussi, il n'en a eu que 45 000 ; en grande culture, avec des soins très ordinaires, il n'est arrivé qu'à 34 000; enfin, dans des conditions inférieures de qualité de sol et de culture, il est descendu à 18 000: moyenne, 40,000 kilogrammes.


LXXII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

tent quelquefois obliquement à 15 ou 20 centimètres seulement au-dessous du sol (Pépin). Pourquoi n'essayerait-on pas d'obtenir une race qui offrirait d'une manière permanente cette autre direction du système souterrain ? Pourquoi l'industrie ne produirait-elle pas quelque variété à racines plus larges et plus courtes, et par conséquent moins enfoncées?

Déjà nous avons vu deux échantillons en partie transformés Le premier devait au hasard sa modification; il s'était aplati contre un sous-sol caillouteux et résistant. Le second s'était développé dans le jardin d'un cultivateur habile, qui avait glissé une plaque d'ardoise à une certaine profondeur, et forcé l'extrémité radiculaire à revêtir une autre forme et à prendre une autre direction (1). Mais c'est plutôt par des semis successifs et par des choix intelligents, qu'on obtiendra le raccourcissement si désiré. Malheureusement l' Igname est encore trop jeune d'acclimatation, pour qu'on ait eu le temps indispensable à ces essais d'expériences.

L'industrie opère chaque jour des transformations plus extraordinaires; et nous avons parfaitement le droit de tenter et d'espérer ! Quand on jette les yeux sur les Pommes de terre figurées (2) vers la fin du XVIe siècle par le célèbre botaniste Charles de l'Ecluse (3) , on a peine à concevoir comment ces modestes tubercules, de la grosseur d'une petite prune, ont pu produire la grosse variété Rohan dilatée comme un melon (4) et la longue variété cylindroïde rétrécie comme un navet.

C'est le sort de toute plante expatriée de subir des modifications, et plus une espèce s'éloigne de son aire naturelle, plus

(1) M. Rémont a présenté, l'année dernière, à l'exposition d'agriculture, une certaine quantité de racines, qui offraient seulement de 15 à 20 centimètres de longueur. Elles étaient presque rondes.

(2) La plus grande présente 28 millimètres de grand diamètre, et seulement 19 de diamètre transversal.

(3) Clusius, Hist. Plant., lib. IV, pl. LXXIX, fig., 1591. - Il en avait reçu deux tubercules de Philippe de Sivry, seigneur de Waldheim.

(4) Bien entendu, comme un petit melon. Le docteur Richard, de Rodez, m'a donné, il y a quelques années, un tubercule de cette variété, long de, 22 centimètres et large de 14.


ACCLIMATATION DE L'IGNAME PATATE. LXXIII

les modifications dont il s'agit deviennent certaines et profondes ; nous trouvons, par conséquent, la raison d'une espérance légitime dans la distance énorme qui existe entre le sol natal de la Dioscorée chinoise et les divers pays où nous l'avons acclimatée. La Société a donc suivi une très heureuse inspiration, lorsqu'elle a offert une médaille d'or à celui qui créerait une nouvelle variété d'une forme différente et d'une culture plus facile.

En résumé, la. Société impériale d'acclimatation a répandu l' Igname Patate, par racines, par bulbilles ou par graines, sur tous les points de notre territoire ; elle en a envoyé en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Angleterre et en Espagne.... Elle se propose, cette année, d'en expédier dans le nouveau monde. Presque partout la nouvelle plante a levé rapidement, poussé avec vigueur et donné les résultats les plus satisfaisants : elle est aujourd'hui tout à fait acclimatée ; ses racines se vendent déjà sur les marchés.

Vous aviez donc raison, l'année dernière, d'applaudir notre illustre Président, lorsqu'il vous disait avec l'autorité qui accompagne ses paroles : « La Chine avait donné l' Igname à la France; la France t'a donnée à l'Europe ; elle va la donner à l'Amérique! » Dieu soit loué (1) !

(1) On a importé en France plusieurs autres espèces d'Ignames, par exemple : l'Igname violette (Dioscorea alata Linn. ), L'Igname des Moluques ou nummulaire (Dioscorea nummularia Linn.), l'Igname de Cliffort (Dioscorea Cliffortiana Lam.), l'Igname deltoïde (Dioscorea deltoïdes Wall., confondue par Linné avec la précédente sous le nom de Dioscorea sativa), l'Igname géante (Dioscorea altissima Lam.), l'Igname porte-bulbes (Dioscorea bulbifera Linn., Helmia bulbifera Kunth), l'Igname porte-aiguillons (Dioscorea aculeata Linn.), l'Igname d'Amboine (Dioscorea pentaphylla Linn., Ubium quinquefolium Rumph.), etc. Toutes ces plantes n'ont bien végété qu'en serre chaude.

On a cru, un moment, que l'espèce envoyée de Calcutta par M. Piddington, et désignée sous le nom d'Igname de la Nouvelle-Zélande ou de Piddington (Dioscorea Piddingtoni Moq,), pourrait être acclimatée. Cette Igname paraissait assez rustique, et produisait des tubercules arrondis (!) ; mais, au bout de deux années de culture (au Jardin des Plantes de la Faculté de médecine, dans celui de l'École de Pharmacie, chez M. Paillet et chez M. Rémont), elle a complètement dégénéré. On assure que les essais tentés en Algérie ont réussi parfaitement.

T. V. - Janvier et Février 1858.


LXXIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

SUR LES

PRIX EXTRAORDINAIRES PROPOSÉS PAR LA SOCIÉTÉ

ET SUR LA PROCHAINE CRÉATION

D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION AU BOIS DE BOULOGNE

Par M. le comte d'ÉPRÉMESNIL,,

Secrétaire général de la Société.

Monseigneur, Messieurs,

Lorsque l'année dernière, à pareil jour, notre honorable viceprésident, M. Passy, proclamait dans cette enceinte les divers sujets de prix extraordinaires fondés par notre Société, nous n'osions espérer qu'après moins d'une année, nous verrions la plupart des questions proposées, sinon résolues définitivement, du moins traitées de manière à nous faire prévoir le succès dans un temps peu éloigné. L'année prochaine, sans doute, la liste des prix que nous maintenons aujourd'hui sera notablement diminuée, et nous devrons offrir de nouveaux objets aux recherches des amis de l'acclimatation.

Nous sommes heureux, à cette occasion, de vous annoncer qu'un de nos honorables confrères, M. Chagot aîné, négociant, s'inspirant de la pensée de la Société, a fondé un prix extraordinaire de 2000 francs pour la domestication accomplie de l'Autruche en France, en Algérie ou au Sénégal (1). Il est inutile de vous faire remarquer combien la Société doit éprouver de reconnaissance envers l'honorable auteur de cette généreuse initiative. Les savants et consciencieux rapports de

(1) Voyez le procès-verbal de la séance publique annuelle, programme des prix proposés, page XXVI. Voyez aussi le tome V du Bulletin, pages 45 et 46.


JARDIN D' ACCLIMATATION. LXXV

notre confrère, M. le docteur Gosse (de Genève), vous ont en effet démontré toute l'importance pour notre industrie du succès que ce nouveau prix doit récompenser. Ici, encore, nous avons de sérieuses raisons de compter sur une réussite prochaine en Algérie.

Cette expérience est une de celles qui ne peuvent se faire sous nos yeux, mais combien en est-il d'autres, et des plus intéressantes, que nous pourrions réunir autour de nous! La Société d'acclimatation ne doit plus se contenter maintenant d'encourager les efforts particuliers, il faut qu'elle entre ellemême dans la voie de la pratique. Le projet d'établir un jardin d'application remonte à 1851, et nous devons presque nous féliciter qu'il n'ait pas été accompli à ce moment, aujourd'hui que nous avons obtenu de la munificence éclairée de la ville de Paris une vaste concession de terrains au milieu de toutes les créations merveilleuses du bois de Boulogne ; aujourd'hui que les encouragements les plus flatteurs sont venus saluer notre oeuvre de tous les points du globe.

Notre jardin s'étendra dans un espace de treize hectares et demi compris entre les portes des Sablons et de Neuilly et les routes de Madrid à la porte Maillot, de Saint-James et de Neuilly. Nous ne pouvions désirer une position plus favorable. Nous serons à la fois assez près pour être facilement visités, assez loin pour éviter le fracas et le bruit qui nuiraient à nos expériences.

Dans cet établissement, qui sera l'école d'une science nouvelle, nous réunirons tous les moyens de mener à bien un grand nombre de nos études d'acclimatation pratique. Parcs et écuries pour les grands animaux; volières, pièces d'eau, basses-cours, magnanerie, rucher expérimental, jardin d'essai pour les végétaux, seront distribués de la manière la plus favorable. Nous ne négligerons rien pour que les yeux du savant et ceux du visiteur habitué aux magnificences du bois de Boulogne, soient également satisfaits.

Nous eussions voulu que l'administration pût être confiée directement à la Société. Mais après avoir consulté les autorités les plus compétentes en cette matière, nous avons été con-


LXXVI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

vaincus que la législation, et aussi nos statuts, s'opposent absolument à une combinaison de ce genre. Toutefois, l'influence légitime de notre Société sera sauvegardée par des dispositions qui permettront à chacun de nos confrères de suivre dans la mesure qui lui conviendra les expériences qui l'intéresseront.

Messieurs, la France a fondé la première en Europe une ménagerie d'histoire naturelle (1) ; elle sera la première aussi à fonder un jardin consacré uniquement à l'acclimatation. Nous ne voulons pas douter de son avenir, lorsque, dès son début, nous la voyons encouragée par de si augustes sympathies, soutenue par le concours si bienveillant et si éclairé de S. A. I. le Prince Napoléon, et lorsqu'il s'agit pour nous d'ajouter une nouvelle gloire aux gloires scientifiques de la France.

(4) La création d'une ménagerie au Jardin des Plantes, avait été demandée, en 1792, par Bernardin de Saint-Pierre : elle fut, en novembre 1793, l'oeuvre d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire.


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXVII

RAPPORT AU NOM DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES (1)

Par M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE,

Président de la Société.

Monseigneur, Messieurs,

Il est des oeuvres qu'un seul homme peut accomplir ; il en est d'autres impossibles sans le concours des volontés et l'association des efforts. Tel est, entre toutes, le caractère de celle qu'entreprenait, il y a quatre ans à pareil jour, une humble réunion de quelques agriculteurs, industriels, naturalistes, et surtout d'amis du bien public, devenue aujourd'hui une des plus vastes associations scientifiques et pratiques de la France et de l'Europe.

Pourquoi ces rapides développements? D'où vient la faveur qui s'est attachée, dès le premier jour en France, et bientôt dans tous les pays civilisés, à notre institution, saluée déjà par l'opinion comme un progrès, quand elle n'était encore qu'une espérance? Pourquoi notre Société, à peine une année accomplie, était-elle déclarée établissement d'utilité publique, adoptée par l'Empereur et placée sous sa haute protection? Comment a-t-elle l'honneur, jusque-là sans exemple, de compter à la tête de ses quinze cents membres répandus sur toutes les parties du globe, dix souverains et les princes impériaux ou royaux de presque tous les grands Etats de l'Europe? Et comment, à peine

(1) Cette Commission se compose chaque année :

1° Pour le concours annuel, du président et du secrétaire général, de quatre délégués du Conseil élus par lui, et de cinq délégués des Sections, choisis par elles parmi les membres qui ne font pas partie du Conseil. (Pour la composition de la Commission de 1858, voyez page XXIX.)

2° Pour chacun des prix extraordinaires, des onze mêmes membres et du bureau de la Section compétente.


LXXVIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

émise, l'idée autour de laquelle vous vous êtes ralliés, avaitelle déjà le pouvoir de faire surgir partout, jusqu'en Russie, jusqu'en Egypte, jusque par delà l'Océan, d'autres Sociétés d'acclimatation organisées sur le même modèle et dans le même but? si bien que la nôtre, presque naissante encore, se voyait déjà mère de nombreux rejetons !

C'est que la Société impériale d'acclimatation est venue en son temps; c'est que la pensée dont elle est sortie, et qui a présidé à sa rapide évolution, est selon l'esprit de la grande époque où nous vivons, et où toutes les intelligences, disons mieux, tous les coeurs sont entraînés vers les applications des sciences et de l'industrie au bien-être des hommes et des peuples. C'est là, Messieurs, le grand fait qui domine aujourd'hui tous les autres ; et j'oserai dire que notre époque s'est calomniée elle-même lorsqu'elle s'est dite celle des passions égoïstes et avides, du lucre et des intérêts matériels, de l'oubli de tout ce qui ennoblit l'homme. Non, il n'est pas vrai qu'après le grand siècle des lettres et le siècle de la philosophie, soit venu le siècle de l'étroit et ignoble culte de l'individu par luimême. Ne faisons pas des fautes de quelques-uns les crimes de tous. Comme dans la statue de Persépolis où Voltaire personnifiait son époque, s'il y a dans la nôtre de l'argile, beaucoup trop d'argile je l'avoue, sachons y voir aussi le pur métal que verra surtout la postérité.

Le vrai, le suprême caractère de ce siècle ; du siècle de la navigation à vapeur et des chemins de fer qui abrègent toutes les distances, et du télégraphe qui les annule; du siècle des Expositions universelles; c'est l'union de tous les hommes, la fusion de tous les intérêts, la solidarité de tous les peuples, par les merveilles de la science et de l'industrie que vivifient l'association et le crédit. L'oeuvre de notre époque, c'est, par excellence, le rapprochement des hommes, l'abaissement, la chute de toutes les barrières qui les séparent ou les isolent ; la libre circulation sur le globe entier. Si ce n'étaient là les nobles aspirations non-seulement des hommes les plus éclairés, mais sans qu'elle s'en rende bien compte, de la foule elle-même, suivrions-nous tous avec une si vive sympathie les efforts de


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXIX

notre généreux et persévérant Lesseps contre cet isthme de Suez qui va s'ouvrir enfin devant le flot montant de notre civilisation ? Et aurions-nous salué comme deux des plus grands jours d'une époque qui a vu tant de grandes choses, celui où le câble électrique a atteint la terre africaine, et celui où commençaient, inaugurés au nom de l'Italie par le roi de Sardaigne, et de la France par le prince Napoléon, les gigantesques travaux qui doivent abaisser devant le génie moderne jusqu'aux Alpes elles-mêmes? Plus de Méditerranée, plus d'Alpes !

Notre oeuvre, Messieurs, est loin d'avoir ce caractère grandiose : non nostrûm tanta! Mais si elle n'est pas du même ordre, elle s'inspire du même esprit, elle poursuit le même but. Quel est le nôtre ? et que voulons-nous ? Créer entre les peuples des relations d'un nouveau genre. Nous voulons que ce que la nature a donné à l'un d'eux, l'art fécond de l'acclimatation le donne aux autres, dans les limites de leurs besoins et des lois des climats. La pensée de notre Société, c'est, entre tous les pays, l'échange réciproquement bienfaisant de leurs productions utiles, et notre oeuvre est universelle en même temps que française, internationale en même temps que civique.

Vous le rappeler, Messieurs, c'est vous dire dans quel esprit ont été institués et jugés les concours dont nous avons à vous faire connaître les résultats pour l'année qui vient de s'écouler. Notre Société veut, non-seulement le progrès en France, mais le progrès partout ; et c'est pourquoi elle le récompense partout. Et au fond, dans l'ordre de nos travaux, un progrès accompli, une conquête faite sur un point du globe, n'est jamais un service rendu au seul peuple qui en jouit d'abord. Il n'y a pas de frontière pour l'acclimatation.

C'est parce que les concours de la Société d'acclimatation ont ce caractère d'utilité générale, c'est aussi parce qu'ils intéressent à la fois l'agriculture, l'industrie, l'économie domestique, la médecine, toutes les sciences et tous les arts les plus bienfaisants, qu'on veut bien attacher à nos modestes récompenses un prix que n'ont pas toujours de plus brillantes : tellement qu'il n'est si haut qu'elles ne puissent monter, comme


LXXX SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

il n'est pas non plus de rang si humble où elles ne sachent aller chercher le mérite qui s'y cache. Sur cette même liste où figuraient l'an dernier, les noms salués par vos applaudissements, de simples cultivateurs, de simples ouvriers, brillaient plusieurs des plus grands noms de l'Europe. Il en sera de même cette année, et toujours, sans nul doute, tant que vivra notre institution. Après avoir, en 1857, décerné notre première médaille d'or à un illustre maréchal de France qui a voulu la recevoir lui-même, dans celte enceinte, des mains de votre président, il nous est permis de la déposer cette année au pied du trône d'Espagne.

PRIX EXTRAORDINAIRE POUR L'INTRODUCTION DE L'ALPACA EN EUROPE OU EN ALGÉRIE (1).

Grande médaille d'or décernée à Sa Majesté le ROI D'ESPAGNE.

Il est peu de contrées aussi favorisées, au point de vue des travaux de l'acclimatation, que le midi de l'Europe et, entre toutes, que l'Espagne. Sous le beau ciel, sous le soleil ardent de l'Andalousie, elle est déjà l'Afrique : sur ses plateaux et ses sierras, elle a tous les climats de l'Europe. Et les deux mers qui baignent ses côtes, lui ouvrent la route, ici de l'Orient, là de cet autre monde découvert, pour elle, par Colomb.

Vous étonnerez-vous, Messieurs, si j'ajoute qu'une contrée si privilégiée est de celles où, dans tous les temps, s'est le plus heureusement poursuivi cet échange utile des productions du globe, qui est l'objet même de notre institution? Dans l'antiquité, c'est à l'Espagne que l'Europe a dû l'introduction et la domestication du Lapin, celle du Furet, et en grande partie la possession du Ver à soie, qu'elle cultivait plusieurs siècles avant nous. Et dans les temps modernes, quand l'Espagne

(1) Ont été adjoints, pour ce prix, à la Commission des récompenses, les membres du bureau de la première Section (voyez p. LXXVII, note), savoir : MM. Richard (du Cantal), président, Davin, vice-président, et Albert Geoffroy-Saint-Hilaire, vice-secrétaire. M. Dareste, secrétaire, faisait déjà partie, à un autre titre, de la Commission des récompenses.


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXXI

règne par delà les mers, quand le soleil ne se couche plus dans son empire, elle accomplit la plus grande oeuvre d'acclimatation dont le monde ait été le théâtre depuis les temps historiques : tous nos animaux domestiques, le Cheval et le Boeuf, le Mouton et la Chèvre, le Porc, la Poule, ces premières richesses de notre agriculture, comme les a si justement appelées M. Richard, c'est l'Espagne qui les introduit, qui les acclimate en Amérique, comme ils avaient été, à une époque qui se perd dans la nuit des temps, amenés d'Asie et successivement naturalisés dans tout l'Occident. Et à qui devons-nous, en retour, ces animaux de l'Amérique, qui depuis deux siècles sont venus se placer dans nos fermes à côté de ceux de l'Asie? à l'Espagne encore.

Les souverains actuels de l'Espagne ont suivi les nobles traditions de leur couronne. Quand, voulant, il y a deux ans, nous rendre un compte exact de l'état de l'acclimatation en Europe, nous demandions partout: qui a le plus fait pour ses progrès? toutes les voix nous faisaient en Espagne la même réponse : La Reine ! Et son auguste nom était le premier que nous prononcions ici-même, il y a un an, avec une respectueuse gratitude. Aujourd'hui, nous devons un semblable hommage à son royal époux. S. M. le Roi d'Espagne vient de réaliser, en grande partie, le voeu que nous émettions l'an dernier, et dont nous avions voulu hâter la réalisation par la fondation du premier de nos prix spéciaux : Introduction en Europe ou en Algérie d'un troupeau d'Alpacas. Puisse le troupeau de Lamas et d'Alpacas, arrivé il y a quelques mois en Espagne, par les ordres et les soins du Roi, et qui se compose aujourd'hui de treize individus (1), s'accroître rapidement et se faire des montagnes de l'Espagne une nouvelle patrie ! Puisse se réaliser enfin un progrès successivement voulu

(1) On compte parmi ces individus, quatre femelles pleines.

La Société a été informée de l'arrivée de ce troupeau en Espagne, par notre honorable délégué à Madrid, M. Graells, qui lui transmettait en même temps les indications qu'il jugeait propres à éclairer la Commission des récompenses. La Commission, avant de statuer, a demandé à M. Graells quelques renseignements complémentaires, et l'a prié de lui faire parvenir


LXXXII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

et tenté par plusieurs autres souverains de l'Espagne, et en dernier lieu par le roi Charles IV ! voulu aussi, de ce côté des Pyrénées, et avec le même sentiment du bien public, à quarante années de distance, par l'Impératrice Joséphine et par le duc d'Orléans, deux noms augustes que l'abîme creusé entre eux par le temps et les événements ne saurait nous empêcher d'associer ici dans un commun témoignage de respect et de reconnaissance ! Souvenirs après lesquels j'ai à peine besoin de rappeler, car vous la connaissez tous, la récente tentative faite sous le ministère de notre honorable confrère M. Lanjuinais, par ordre de l'Empereur, alors que Président de la République, il demandait au développement de l'agriculture et des arts de la paix, la guérison des maux que laissent si longtemps après elles les agitations populaires et les révolutions politiques.

CONCOURS ANNUEL.

Du prix spécial extraordinairement fondé pour l'importation d'un troupeau d'Alpacas, nous venons au concours annuel, institué par la Société pour tous les progrès accomplis dans la ligne de ses travaux, et qui peuvent se rapporter à trois ordres:

L'introduction d'espèces ou races utiles ;

Leur acclimatation, domestication ou amélioration;

Leur emploi agricole, industriel, médicinal.

La pensée de la Société est, comme on le voit, de suivre, pour ainsi dire, les espèces ou races dont le pays s'enrichit, depuis le moment où elles y arrivent pour la première fois, jusqu'à celui où elles ont conquis leur place dans l'agriculture, dans l'industrie, dans le commerce.

Le mouvement est devenu, dans ces divers ordres de travaux,

des photographies des animaux composant le troupeau, et des échantillons de leurs laines.

M. Graells s'est empressé de faire faire ces photographies, de recueillir des échantillons bien choisis, et de les adresser à la Commission des récompenses ; c'est d'après ces documents qu'elle a pris à l'unanimité la décision dont nous rendons compte.


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXXIII

si actif, si rapide, qu'il a fallu à votre Commission de longs et persévérants efforts pour s'en rendre exactement compte, et pour remplir dignement la mission de confiance et de justice dont vous l'aviez investie. Les résultats de ses délibérations sont les suivants :

Elle a jugé qu'il y a lieu, pour la Société :

Premièrement, d'adresser des témoignages de sa gratitude :

A S. A. le Prince HALIM-PACHA, au Caire;

A MM. JOMARD, Stanislas JULIEN et Antoine PASSY, membres de l'Institut, à Paris;

Au Prince AN. de DÉMIDOFF, à San-Donato près Florence;

Et à M. l'abbé BERTRAND, missionnaire apostolique, au SutChuen (Chine).

En second lieu, de conférer le titre de membres honoraires :

A S. Exc. M. MASSLOW, conseiller d'État actuel en Russie ;

A M. RICHARD (du Cantal), ancien représentant et ancien directeur de l'Ecole des haras ;

Et à M. le capitaine de vaisseau ROCQUEMAUREL. En troisième lieu, de décerner à M. Louis VILMORIN, à Paris, à M. ANNENKOW, conseiller d'État en Russie, et à M. SACC, ancien professeur à la Faculté des sciences de Neuchâtel (Suisse), des médailles hors classe.

M. le Ministre de l'agriculture a bien voulu offrir à la Société une de ces médailles d'or, comme un nouveau témoignage d'une bienveillance déjà tant de fois éprouvée.

Toutes les propositions de la Commission , soumises selon leur nature, ou au Conseil ou à la Société tout entière, ont été admises.

La Commission, usant des pouvoirs que vous lui aviez confiés, a, en outre, décerné 26 médailles de première classe, 28 de seconde, 19 mentions honorables, et 5 récompenses pécuniaires.

Mentions hors ligne.

C'est à S. A. le Prince HALIM-PACHA, membre de la Société, que nous devons notre premier témoignage de gratitude. Ami du progrès, et, par conséquent, ami de la France et des idées


LXXXIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

françaises, le prince Halim a, dès l'origine de la Société, accueilli et propagé en Egypte les vues qui président à notre institution. Gouverneur du Soudan pour son frère le Vice-Roi, il a formé à Kharthoum, à mille lieues au sud d'Alexandrie, un Comité d'acclimatation, centre de communications avec notre Société et avec l'Europe entière ; et si le retour du Prince en Egypte l'a empêché de développer sa pensée, il lui a fourni lui-même une autre occasion de servir la Société, et de témoigner les sentiments dont il est animé pour elle. Vous avez, Messieurs, à Marseille et à Paris, des représentants des races bovines et ovines du Soudan : vous devez à la générosité du prince Halim, secondé par notre dévoué confrère, S. Exc. Koenig-Bey, la possession de ces animaux de l'Afrique intérieure, et, par elle, la connaissance exacte de types jusqu'alors presque ignorés.

Nous ne devons pas une moindre gratitude au Prince A. de DÉMIDOFF et à MM. JOMARD et A. PASSY, pour les services d'un autre genre qu'ils rendent sans cesse à notre cause. Les résultats, chaque année plus importants, obtenus par le Prince A. de Démidoff dans son magnifique Jardin d'acclimatation de SanDonato ; les cultures de végétaux faites depuis plusieurs années par M. Jomard et par M. Passy avec de si remarquables succès, les eussent placés de droit au premier rang de nos lauréats, si notre règlement, par une juste déférence pour le plus illustre de nos corps savants, ne plaçait en dehors et au-dessus du concours les membres et les correspondants de l'Institut.

Par la même raison, nous nous bornons aussi à citer le nom de M. Stanislas JULIEN, auquel la Société a dû, à plusieurs reprises, de précieux documents sur les procédés agricoles et industriels des Chinois. La guerre vient d'ouvrir à l'Europe les portes de la Chine (1) : depuis bien des années, M. Julien se les était ouvertes à l'avance par le pouvoir de l'étude et de la science.

M. l'abbé BERTRAND, missionnaire apostolique en Chine, membre honoraire de la Société, et auquel ce titre nous interdit

(1) Par la prise de Canton, dont la nouvelle télégraphique avait été reçue une heure avant la séance, et venait d'être communiquée aux membres du bureau de la Société par M. le maréchal ministre de la guerre.


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXXV aussi de décerner une médaille, nous a envoyé du Sut-Chuen des documents pleins d'intérêt sur la culture du Ver à soie du Chêne et de l'Ortie blanche. Nous ne nous permettrons pas de louer un de ces hommes dont la modestie n'est la seconde vertu que parce que la charité est la première : mais qu'il trouve du moins ici un témoignage de notre gratitude, si toutefois ces paroles doivent lui parvenir dans ces régions lointaines, d'où son précieux travail a mis dix-huit mois à nous venir, au milieu de mille hasards !

Nominations de membres honoraires.

L'unanimité avec laquelle vos suffrages ont conféré, dans votre séance du 6, le titre de Membre honoraire à MM. MASLOW, RICHARD (du Cantal) et ROCQUEMAUREL, montre combien la Commission a été heureusement inspirée en vous proposant cet hommage à de nombreux services, rendus dans des carrières et des pays divers, avec le même dévouement au bien public. Aussi, la Commision s'est-elle abstenue ici de tout classement, et c'est selon leur ordre alphabétique qu'elle a placé trois noms qu'elle juge également dignes de votre estime et de votre gratitude.

M. MASLOW a surtout consacré ses efforts, continués depuis un grand nombre d'années, à l'introduction, à la propagation en Russie de la sériciculture. Grâce à lui, elle est devenue pour plusieurs provinces une richesse. On en enseigne la pratique dans un grand nombre d'établissements, dans les séminaires eux-mêmes ; et il existe une école spéciale où l'élève peut assister au dévidage, au filé, au tissage de la soie des mêmes insectes qu'il a vus quelques semaines auparavant naître, vivre et mourir.

M. RICHARD est un de ces hommes qu'il suffit de nommer pour rappeler de longues études théoriques et pratiques sur l'agriculture et l'acclimatation, des ouvrages tous consacrés aux progrès de la science et de l'art de la production animale. Membre de nos Assemblées législatives, organe, en plusieurs circonstances importantes, du Comité d'agriculture, M. Richard est le premier qui ait, dans des actes officiels, proclamé,


LXXXVI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. défendu les idées au développement desquelles s'est vouée notre Société (1). Aussi en a-t-il été un des premiers fondateurs, comme il en est un des membres les plus dévoués ; j'ajouterai, et vous ne me démentirez pas, un de ceux qui nous sont le plus chers ; et vous le lui avez prouvé, en même temps que vous témoigniez de votre justice et de votre sentiment des vrais intérêts de la Société, en le réélisant quatre fois votre Vice-Président.

M. le capitaine de vaisseau ROCQUEMAUREL, ancien élève de l'École polytechnique, compagnon de d'Urville dans une de nos grandes expéditions autour du monde, puis investi de commandements importants dans l'Orient et en Amérique, a recherché, dans toutes les contrées où il portait et faisait honorer notre pavillon, les espèces utiles d'animaux et surtout de plantes, pour en enrichir, selon leurs régions natales et selon les circonstances, ou la France ou ses colonies. Le Gutta-Percha qu'on essaye d'acclimater en Algérie, par ordre de M. le maréchal ministre de la guerre et de M. le maréchal Randon, est déjà acquis à une autre de nos colonies africaines, grâce aux dons de M. Rocquemaurel qui a importé à la Réunion, en un seul voyage, jusqu'à 300 pieds de ce précieux végétal. La Société pouvait-elle hésiter à inscrire M. le capitaine Rocquemaurel au nombre de ses membres honoraires ? N'avait-il pas sa place marquée à côté des amiraux Cécille et Penaud, sur cette liste où brillait aussi le nom d'un autre amiral, M. de Mackau, qui fut une des lumières comme un des ornements de notre Société, et dont elle gardera pieusement le souvenir !

Médailles hors classe.

C'est à des services d'un autre ordre, mais qui ont aussi paru hors ligne, que la Commission a décerné, comme récompenses hors classe, trois grandes médailles d'or.

Il est, Messieurs, une famille qui, depuis plus d'un siècle et

(1) Rapport fait à l'Assemblée constituante (21 août 1848), au nom du Comité d'agriculture et de Crédit foncier, sur l'organisation de l'enseignement professionnel de l'agriculture en France.


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXXVII

depuis cinq générations, s'est donné pour mission la conquête, la mulliplication, l'amélioration de tous les végétaux utiles et d'ornement. Les pépinières, les cultures d'arbres et des plantes indigènes des Andrieux étaient déjà hors ligne en 1768. Vers 1780, le premier des Vilmorin, un des hommes qu'estimait le plus Malesherbes, a commencé à leur associer de nombreuses espèces exotiques, aujourd'hui devenues à leur tour européennes : oeuvre continuée après lui par deux successeurs qui unissent à la plus intelligente activité l'esprit d'initiative et de progrès, et qui n'ont cessé, ou d'ajouter encore aux richesses de nos champs, de nos forêts, de nos jardins, ou de propager, d'améliorer les plantes déjà acquises à la culture. Ces deux dignes continuateurs de Philippe Vilmorin sont, le premier, son fils, le second, son petit-fils. C'est à celui-ci, car l'Académie des sciences a depuis longtemps décerné à M. Vilmorin père, en se l'associant comme correspondant, une juste et plus haute récompense, c'est à M. Louis VILMORIN que la Commission a décerné sa première médaille hors classe. Suivant lui, c'est son vénérable père qui seul l'a méritée ; selon nous et selon vous, il en est aussi digne que son père, et c'est le plus bel éloge que nous puissions faire de lui.

M. Nicolas ANNENKOW, conseiller d'Etat en Russie, auquel est décernée la seconde grande médaille d'or, lutte, pour une oeuvre semblable, contre les difficultés du rude climat du Nord, et son habileté pratique, sa science, en ont souvent triomphé. M. Annenkow dirige à Moscou un jardin public d'acclimatation dont il est le créateur, et où déjà ont pris pied un grand nombre de végétaux qu'on pouvait croire réservés à des climats plus favorisés. La liste en est insérée dans notre Bulletin et dans celui du Comité d'acclimatation de Moscou, dont M. Annenkow est un des fondateurs et un des membres les plus actifs. Il est depuis longtemps en possession de l'estime et de la reconnaissance de ses compatriotes ; il avait droit à un témoignage de celles de la Société.

M. SACC, ancien professeur à la Faculté des sciences de Neuchâtel (Suisse), dont nous avons associé le nom à ceux de MM. Louis Vilmorin et Annenkow, s'est occupé à la fois et


LXXXVIIl SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

utilement de presque toutes les branches de l'acclimatation, de l'éducation de la Chèvre d'Angora, introduite par la Société sur l'initiative de notre dévoué confrère ; de celles des races gallines, des insectes producteurs de la soie ; de l'emploi industriel des nouvelles soies ; de la culture de végétaux alimentaires encore peu répandus. Quatre médailles d'argent de première classe eussent pu être accordées à tant de travaux utiles ; la Commission les réunit en une seule hors classe; elle décerne à M. Sacc une de ses grandes médailles d'or. Il n'était pas possible de la placer en de plus dignes mains.

Le jour même où la Commission la lui décernait, S. M. le roi de Wurtemberg, voulant honorer la Société dans la personne d'un de ses membres, conférait à M. Sacc un de ses ordres. Les insignes viennent de parvenir au Président de la Société ; ils seront remis à M. Sacc avec sa médaille. Le jugement de la Commission ne pouvait être confirmé par un juge plus compétent en même temps que plus auguste : le roi de Wurtemberg est le premier agriculteur de son royaume.

Médailles de première et de seconde classe, Mentions honorables et Récompenses pécuniaires.

Notre savant et dévoué secrétaire, M. Auguste Duméril, vient de vous faire connaître à l'avance les principaux résultats des travaux que nous avons jugés dignes de vos récompenses. Il me sera permis d'être ici très bref.

PREMIÈRE SECTION. - Mammifères.

1° Introduction et Acclimatation.

Médailles de 1er classe.

S. A. le prince de Schwarzenberg

Schwarzenberg MM. Le marquis de Peralès

(Espagne). Allier.

Le baron Sina (Autriche). Le général Serrano

(Espagne). Graells (Espagne).

Médailles de 2e classe. MM. Dausse.

Dun Victor Serrano

(Espagne). Alvier. Bataille (Guyane).

Mentions honorables. MM. Joseph Michon.

Le Pelletier de Glatigny.

Glatigny.

Récompenses pécuniaires.

Mme Chopelin 100 fr. M. Sivry 50


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXXIX

2° Application agricole.

Médailles de 1 re classe. MM. Trottier (Algérie). Letheule (Algérie). Dupré de Saint-Maur (Algérie). Bonfort (Algérie).

3° Application indnstrielle.

Médaille de 1re classe. M. Davin.

Nous avons été heureux d'avoir à décerner, dans cette section, de nombreuses récompenses pour des services importants rendus à l'Allemagne, à la France, à l'Espagne.

En Allemagne, S. A. le prince de SCHWARZENBERG et M le baron de SINA ont généreusement mis à profit pour leur pays les immenses ressources de leurs situations privilégiées : on leur doit de nombreuses introductions de races bovines, ovines, porcines perfectionnées, dans diverses parties du vaste empire autrichien. M. le prince de Schwarzenberg, président de la Société d'agriculture de la Bohème, a particulièrement enrichi ce royaume; nous devons ajouter que ses belles écuries et étables servent de modèles à toute l'Autriche. C'est également en Bohême, et aussi sur divers points de la Hongrie et de la Moravie, que M. le baron Sina a fait ses utiles introductions de bestiaux. Il essaye, en outre, en ce moment même, d'y acclimater le Colin de Californie.

Entre ces deux noms éminents, nous avons placé, selon l'ordre d'ancienneté des titres, notre compatriote M. ALLIER, qui rend à notre agriculture des services analogues, trop connus pour qu'il y ait lieu d'insister ici sur eux. Les produits des éducations de M. Allier, les heureux croisements qu'il a souvent faits, ont depuis longtemps le privilège de fixer, dans nos expositions, l'attention du public aussi bien que des juges les plus compétents. M. Allier a fait de Petit-Bourg un centre de progrès agricole.

En Espagne, M. le marquis de PERALES et M. le général SERRANO s'occupent activement et heureusement de l'acclimatation de la Chèvre d'Angora, introduite en ce pays par ordre de la

T. V. - Janvier et Février 1858. 9


XC SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Reine. Chacun d'eux a, non pas seulement quelques individus de cette belle race, mais un véritable troupeau. Celui de M. le marquis de Perales ne se compose pas de moins de 38 têtes.

M. GRAELLS, directeur du Musée d'histoire naturelle de Madrid, s'occupe aussi, toutefois sur une moindre échelle, de l'éducation de la Chèvre d'Angora, et il se livre en même temps à des travaux variés sur d'autres espèces utiles. La Commission lui a décerné à l'unanimité une médaille de première classe, comme à ses éminents compatriotes MM. de Perales et Serrano, comme à M. le prince de Schwarzenberg, à M. le baron Sina et à M. Allier.

Quatre autres médailles de première classe sont aussi décernées pour d'importantes applications agricoles faites en Algérie. MM. TROTTIER et LETHEULE, près d'Alger, et MM. DUPRÉ DE SAINT-MAUR et BONFORT, aux environs d'Oran, se sont livrés, avec la plus louable persévérance et avec un remarquable succès, à l'introduction, à l'amélioration, à l'éducation, sur une grande échelle, des animaux domestiques. Les deux premiers se sont particulièrement occupés de l'espèce bovine, MM. de Saint-Maur et Bonfort, de l'espèce ovine. Ils ont formé ces beaux troupeaux, richesse présente et surtout richesse future de l'Algérie, dont MM. Richard (du Cantal) et Albert Geoffroy Saint-Hilaire vous ont fait connaître, dans leurs rapports récents sur les races domestiques de l'Algérie, les progrès successifs et l'état actuel (1).

M. le secrétaire vous a dit, dans son intéressant rapport sur les travaux de 1857, les résultats obtenus par M. DAVIN, qui a réussi à faire, du poil fin du chameau, une nouvelle laine industrielle. Nous avons décerné l'an dernier à cet habile manufacturier, dont l'initiative a déjà été tant de fois heureuse, une médaille de première classe pour ses beaux filés de Mauchamp ; nous lui en décernons une cette année pour ses beaux filés de chameau.

Les autres récompenses pour la première section sont les suivantes :

(1) Bulletin, t. IV, numéros de juillet, août et septembre 1857.


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. XCI

Médailles de seconde classe : M. BATAILLE, propriétaire et négociant à Cayenne, également empressé de se rendre utile à cette colonie et à la métropole, par l'envoi à la Société d'animaux et de documents utiles ;

M. DAUSSE, placé ici au premier rang, parce qu'il a d'autres titres accessoires;

Don VICTOR SERRANO et M. ALVIER, pour des éducations de Chèvres d'Angora, faites par le premier dans le Jura, par le second en Espagne, par le troisième dans les Alpes françaises.

Mentions honorables : M. ZUBER, pour de semblables services, mais de moins longue durée; c'est à Mulhouse qu'il élève et fait multiplier la Chèvre d'Angora ;

MM. LEPELLETIER DE GLATIGNY et Joseph MICHON, pour les beaux mulets d'Hémione qu'ils ont obtenus et fait dresser.

Récompenses pécuniaires. Madame COPELIN se rend, à Grenoble, très utile à la Société d'acclimatation des Alpes ; on lui doit en partie le bon état actuel des Yaks confiés par nous à notre Société affiliée. Elle s'occupe aussi habilement et avec zèle de l'éducation des races gallines de la Société. La Commission lui a alloué une récompense de 100 fr.

Une autre, de 50 fr., est accordée à M. SIVRY, employé au Muséum d'histoire naturelle, aussi pour des soins donnés aux Yaks. Nous aimons à rappeler à cette occasion que des douze individus amenés en France, en mars 1854, par M. de Montigny, pas un seul n'a encore péri ; de nombreuses naissances ont eu lieu.

SECONDE SECTION. - Oiseaux.

Introduction et Acclimatation.

Médailles de 1re classe. MM. De Souancé.

Millet. Mme Passy. M. le prince de Wagram.

Médailles de 2e classe. MM. Rouilleir (Russie). OEttel (Prusse). Chouippe. L. Mège.

Mention honorable. MM. Labégassière. Galmiche. Ferrein (Russie).

M. DE SOUANCÉ, en même temps qu'il exécute, malheureusement seul maintenant, l'ouvrage ornithologique qu'il avait commencé avec notre illustre et regretté confrère, le prince Ch. Bonaparte, s'occupe très assidûment et très habile-


XCH SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOCIQUE D'ACCLIMATATION. ment de l'éducation des animaux utiles et d'ornement. Comme M. Le Prestre, à Caen, M. de Souancé a créé, à la Commanderie (Indre-et-Loire), un véritable jardin zoologique où il a réuni un grand nombre d'oiseaux, et aussi des mammifères, et où plusieurs espèces utiles ou d'ornement, des gallinacés, des perruches, des oiseaux d'eau, s'acclimatent et se multiplient, grâce aux excellents soins qu'ils reçoivent sous l'habile direction de M. de Souancé.

M. MILLET, inspecteur des forêts, qui, dans ces dernières années, a rendu tant de services à la pisciculture, s'occupait en même temps des plaisirs des chasseurs. Il a réussi à introduire et à multiplier le Coq de bruyère et un autre Tétras dans quelques parties de la chaîne du Jura et des Ardennes ; et déjà les chasseurs ont pu tuer un grand nombre d'individus dans des localités où la nature n'en avait jamais amené un seul.

Madame A. PASSY met habilement en pratique, pour l'amélioration , la multiplication, le perfectionnement des nouvelles races gallines, les préceptes, si appréciés des éducateurs d'oiseaux utiles, dont elle a bien voulu enrichir le premier volume de notre recueil. Ces préceptes, fruits d'une observation aussi fine que patiente, et présentés sous une forme si élégante dans sa simplicité, sont, aujourd'hui, partout suivis et appliqués ; et il est vrai de dire qu'après tous les progrès que madame Passy accomplit par elle-même, il lui revient une part dans ceux que l'on fait partout d'après ses conseils et à son exemple.

M. le prince BERTHIER, duc de WAGRAM, a, depuis plusieurs années, réussi à domestiquer la Bernache aux environs de Paris : ce palmipède se reproduit chaque année sur les belles eaux de Grosbois et sur les rivières et les lacs de plusieurs autres localités; car M. le prince de Wagram a généreusement distribué et répandu les produits des premières éducations faites à Grosbois. Le nombre des espèces domestiques, c'est-à-dire asservies au point de se reproduire habituellement dans nos demeures, excède à peine 40 ; c'est assez dire de quel intérêt est le résultat obtenu à Grosbois. Aussi, bien qu'il s'agisse ici d'un oiseau jusqu'à présent de simple agrément,


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. XCIII

la Commission n'a pas hésité à décerner une médaille de première classe à M. le prince de Wagram, comme elle en décerne une à madame Passy, une à M. de Souancé et une à M. Millet.

Elle a, en outre, accordé des médailles de seconde classe à MM. ROUILLEIR et OETTEL, pour l'introduction et l'éducation de diverses races de gallinacés, par l'un en Russie, par l'autre en Prusse; à M. CHOUIPPE pour ses belles races d'oiseaux de basse-cour, élevées et améliorées avec une habileté pratique toujours dirigée par les lumières de la science ; et à M. MÉGE, pour des essais d'éducation et d'acclimatation qu'il poursuit heureusement sur diverses espèces d'oiseaux, en même temps qu'il s'occupe utilement de pisciculture et de culture végétale

La Commission mentionne honorablement M. FERREIN pour l'introduction et l'acclimatation de races gallines en Russie, et MM. DE LA BÉGASSIÈRE et GALMICHE, le premier conservateur, le second inspecteur des forêts dans les Vosges, pour la multiplication du Coq de bruyère qu'ils ont aussi essayé de domestiquer.

TROISIÈME SECTION. -- Poissons, Mollusques, Annélides.

1° Piseiculture fluviatile.

Médaille de 1er classe.

M. le comte de Galbert.

Médaille de 2e classe. M. Barbier.

Mentions honorables. MM. Modesse-Berquet. Lefèvre. Millet-Leclerc. Oryan de Acuna (Espagne). D.J.Lecaroz (Espagne). Causse.

Récompenses pécuniaires.

MM. Dropsy 100 fr. Marchand 50 Millon 50

2° Pisciculture marine.

Médailles de 1re classe. MM. Boissière. Douillard.

Médaille de 2e classe. M. Festugières.

3° Hirudiculture.

Médaille de 2e classe. M. Pétel.

Mention honorable. M. Borne.

La Commission a donné pour la pisciculture fluviatile, sa première médaille à M. le comte DE GALBERT, auquel on doit,


XCIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. outre tout ce qu'il a fait pour la pisciculture dans l'Isère, des travaux importants sur la culture et l'emploi industriel du Sorgho.

La Commission décerne de plus :

En France, une médaille de seconde classe à M. BARBIER, pour des travaux qui lui ont paru offrir aussi un grand intérêt, et des mentions honorables à MM. MODESSE-BERQUET, LEFÈVRE, MILLET-LECLERC et CAUSSE , qui ont appliqué avec succès sur divers points les méthodes pratiques dont M. Millet a plusieurs fois entretenu la Société;

Et en Espagne, des mentions honorables à MM. ORYAN DE ACUNA et LECAROZ, pour leurs efforts tendant à introduire dans leur patrie les procédés de la pisciculture. Ces mentions ne sont, pour MM. Oryan de Acuna et Lecaroz, que de premiers témoignages de l'intérêt que porte la Société à l'oeuvre qu'ils poursuivent au milieu de mille difficultés, devant lesquelles se seraient peut-être arrêtés de moins persévérants et de moins zélés.

La Commission a pensé que la pisciculture marine devait avoir aussi, cette année, sa part dans les encouragements de la Société. Avec le concours de M. Millet, MM. BOISSIÈRE et DOUILLARD, et sur un autre point et sur une moindre échelle, M. FESTUGIÈRES, ont organisé, dans le bassin d'Arcachon, de beaux viviers à poissons marins et établi des parcs à huîtres et à moules. MM. Boissière et Douillard ont aussi fait d'utiles expériences sur la fécondation artificielle de divers poissons de mer. La Commission décerne à chacun d'eux une médaille de première classe, et une de seconde à M. Festugières.

M. PÉTEL, attaché aux piscines de M. le baron de Tocqueville, n'a pas seulement secondé notre confrère dans les importants travaux que la Société a récompensés l'année dernière, et heureusement organisé des frayères de poissons fluviatiles : il a aussi établi des marais à sangsues bien disposés et heureusement productifs. La Commission lui a accordé une médaille de seconde classe, à la fois pour la pisciculture fluviatile et pour l'hirudiculture.

Une mention honorable est, en outre, accordée pour l'hiru-


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. XCV diculture à M. BORNE, pour l'établissement d'un marais à sangsues et pour les réponses qu'il a adressées, en homme consommé dans la pratique d'un art encore nouveau, aux questions de notre savant collègue M. de Quatrefages.

La troisième section a signalé à la Commission l'activité intelligente et les services de M. DROPSY, garde forestier à Wattigny (Aisne) et de deux pêcheurs, MM. MARCHAND, à Saint-Paër (Eure), et MILLON , à Charavine (Isère). Par de nombreuses productions et distributions de poissons ou d'oeufs, tous trois, et surtout M. Dropsy, qui compte dix ans ininterrompus de travaux piscicoles, ont utilement contribué à la propagation des bonnes espèces. La Commission leur a accordé des récompenses pécuniaires, de 100 fr. pour M. Dropsy, de 50 pour M. Marchand et pour M. Millon.

QUATRIÈME SECTION. - Insectes.

l' Introduction et Acclimatation.

Médailles de 1er classe. MM. E.Cornalia(Lombardie). Brunet (Brésil).

Médailles de 2e classe. MM. Fintelmann (Prusse). E. Kaufmann(Prusse). Kalinsky (Russie). Toeplïer (Prusse).

Mention honorable. M. Kamphausen (Prnsse).

2° Application Industrielle.

Médaille de 2e classe. M. Albin Gros.

Notre première médaille est due à M. CORNALIA (de Milan). La Commission la lui a votée par acclamation, pour l'ensemble de ses travaux sur la sériciculture, et particulièrement pour ses travaux relatifs aux Vers à soie nouvellement introduits, et à ceux qu'il pourrait être utile d'y introduire, et aussi pour ses essais de dévidage du cocon du Ver à soie du Ricin, dont il a le premier fait connaître la structure.

Une autre médaille de première classe est décernée à M. BRUNET, professeur d'histoire naturelle à Fernambouc. Au moyen de graines que lui avait adressées notre zélé confrère, M. Le Long, M. Brunet vient d'introduire au Brésil le Bombyx du Ricin. Il a obtenu déjà plusieurs générations de ce nouveau Ver à soie, élevées dans des circonstances très difficiles, et


XCVI SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

même en grande partie à dos de cheval : obligé de faire de longs voyages à travers l'Amérique, M. Brunet n'avait pas voulu laisser ses élèves en des mains étrangères. Les soins de M. Brunet ont triomphé de toutes les difficultés : il a réussi à faire vivre et reproduire ses vers, et il en avait déjà obtenu, il y a six mois, cinq générations. Voici donc une espèce qui, sortie de l'Inde depuis quelques années à peine, est devenue presque au même moment européenne et africaine, et devient maintenant américaine. La nature l'avait faite exclusivement asiatique, l'acclimatation l'a faite cosmopolite.

La Commission a, en outre, décerné à MM. FINTELMANN, KAUFMANN et TQEPFFER, des médailles de seconde classe, pour divers travaux faits en Prusse sur les Vers à soie, et particulièrement sur le Ver à soie du Ricin. M. Fintelmann, jardinier du Roi, est le premier qui ait cultivé avec succès cet insecte dans ce pays. M. Kaufmann a poussé le dévidage du cocon plus loin que personne ne l'avait encore fait. M. Toepffer a propagé très activement la sériciculture en Poméranie.

Les travaux, très importants, de M. KAMPHHAUSÈN, nous ont paru moins rentrer, par leur nature, dans le cercle des travaux que devait récompenser la Commission : mais elle n'a pas pour eux une moindre estime, et elle a voulu que son rapport en renfermât l'expression, et que M. Kamphausen y fût honorablement mentionné.

Après les médailles données à la sériciculture, la Commission en a accordé une de seconde classe, pour l'apiculture, à M. KALINSKY : on lui doit l'introduction en Russie d'une race d'Abeilles, qui offre quelques avantages sur celles qu'on possédait déjà dans ce vaste empire.

Dans la même section, mais dans un autre ordre de services, l'application industrielle, une médaille de seconde classe a été décernée à M. ALBIN GROS, qui a fait parvenir à la Société une belle pièce d'étoffe faite avec des cocons de Bombyce du Chêne.

Quand les soies des nouveaux insectes séricigènes auront pris place dans l'industrie, la Société n'oubliera pas ce qu'elle doit de reconnaissance aux essais faits par nos industrieux et dévoués confrères d'Alsace, et particulièrement à M. Henri Schlum-


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. XCVII

berger et à M. Albin Gros. Nous sommes heureux de pouvoir, à son tour, décerner une médaille à M. Gros, déjà mentionné honorablement par la Commission de 1857.

CINQUIÈME SECTION. - Végétaux.

1° Introduction et Acclimatation.

Médailles de 1re classe. MM. Pépin.

Kreuter (Autriche). le marquis de Vibraye Kalinowski (Russie). Constant Salles.

Médailles de 2e classe. MM. Lachaume Davies (Madère). Année.

Agron de Germigny. Gernelle. Brierre. Braguier.

Mentions honorables. MM. Bertrand. Demond.

Major Taunay (Brésil). De Calanjan.

2e Application agricole.

Médaille de 1re classe.

M. le comte de David de

Beauregard.

Médailles de 2e classe. MM. David Richard. Lesèble. Vivet. Fouchez.

Mention honorable. MM. Baltet frères.

3e Application Industrielle.

Médaille de 2e classe. M. De Luca (Toscane).

Dans l'intéressante notice que vous venez d'entendre et d'applaudir, notre savant confrère M. Moquin-Tandon vous a rappelé la part qu'a prise M. PÉPIN, jardinier en chef du Muséum d'histoire naturelle, aux premières cultures de l'Igname de la Chine. Ce titre, et plusieurs autres de ceux qui recommandent M. Pépin, échappent, par leur date déjà ancienne, à l'appréciation de votre Commission. Mais M. Pépin, à ses services anciens, en ajoute sans cesse de nouveaux, et vous avez pu voir, par le Mémoire qu'il a récemment présenté à la Société, combien de végétaux utiles, combien d'arbres surtout il a cultivés et multipliés, combien il en a acquis ou contribué à acquérir à notre pays.

M. le marquis de VIBRAYE, auquel vous avez donné l'an dernier une médaille pour ses travaux de pisciculture, cultive aussi très habilement les végétaux, et surtout les arbres forestiers, dont ses propriétés renferment de riches collections. A ceux


XCVIII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

qu'on trouve partout, mais qui sont représentés chez M. de Vibraye par de magnifiques individus, s'ajoutent, dans le parc de Chiverny, des arbres qu'on ne trouverait que là, sans la générosité avec laquelle M. de Vibraye propage ce qu'il crée.

La Commission a unanimement décerné des médailles de première classe à M. Pépin et à M. le marquis de Vibraye.

Un autre de nos compatriotes, M. CONSTANT SALLES, capitaine au long cours, nous aparu en mériter une troisième. La Coralie qu'il commande, était, lorsqu'elle est arrivée à Marseille, une véritable serre mouvante, peuplée surtout de végétaux utiles de l'Amérique du Sud, que M. Salles a distribués, avec une générosité sans égale, à tous les établissements publics, et même à toutes les personnes capables de lui prêter un concours utile (1). Vous ne connaîtriez pas, Messieurs, tout ce que nous devons d'estime et de gratitude à M. Salles, si nous n'ajoutions quelques mots de plus ; nous les emprunterons à une lettre de M. Salles : « Ces plantes ont soixante-sept jours de mer, par un temps » épouvantable ; je compte treize coups de vent furieux ; je suis » revenu sans mes officiers, tous morts de la fièvre jaune à » Haïti : je suis exténué et fatigué : mais mon faible équipage » réduit aux deux tiers ne m'a jamais fait défaut. Honneur à » lui! » Oui, honneur à lui, et surtout honneur au brave et généreux capitaine auquel nous sommes heureux d'offrir une de nos premières récompenses !

Deux autres médailles de première classe ont été décernées : l'une, en Russie, à M. KALINOWSKI, conseiller de cour, professeur d'agriculture à l'Université de Moscou, pour l'introduction dans la Russie méridionale de diverses plantes utiles, et en particulier du Sorgho à sucre ; l'autre, en Allemagne, à M. KREUTER, ingénieur de l'agriculture, pour l'introduction en Hongrie d'un grand nombre d'arbres fruitiers de France et d'Angleterre, d'arbres forestiers de l'Amérique du Nord, et aussi de diverses races gallines et du Colin de la Californie :

(1) La Société a reçu sur les plantes rapportées par M. Salles, une communication très intéressante de M. Lucy. Plusieurs de ces plantes sont cultivées et réussissent dans les serres si bien dirigées de notre honorable confrère.


RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. XCIX

cette dernière acclimatation a été entreprise en commun par M. le baron Sina et par M. Kreuter.

Sept médailles de seconde classe, pour l'acclimatation et la propagation de végétaux utiles ou d'ornement sont en outre décernées : à M. LACHAUME, qui a fait réussir aux environs de Paris le Pois oléagineux, envoyé à la Société par M. de Montigny, à M. DAVIES, qui naturalise à Madère plusieurs végétaux utiles ou d'ornement rapportés du Brésil par M. Le Long; à MM. ANNÉE, AGRON DE GERMIGNY, GERNELLE, BRIERRE et BRAGUIER, qui, sur divers points de la France, s'occupent avec autant d'habileté que de zèle, et avec succès, de la culture de divers végétaux nouvellement introduits.

M. Henri de CALANJAN, pour de semblables services ; M.BERTRAND, pour la propagation du Pêcher dit de Tullins, dont M. Chatin vous a fait l'intéressante histoire ; M. le major TAUNAY, pour le riche envoi de graines d'Araucaria, qu'il a bien voulu nous faire du Brésil, nous ont paru avoir droit à des mentions honorables, ainsi qu'un de nos plus zélés instituteurs M. DEMOND, directeur de l'École communale d'Orléans. M.Demond a fait du jardin de cet établissement un vrai jardin de culture, et des mieux tenus ; de ceux que les élèves visitent avec le plus de fruit, et les maîtres avec le plus d'estime pour l'homme d'intelligence et de coeur qui l'a créé. Nous lui décernons, pour les variétés nouvelles qu'il cultive, une mention honorable; s'il eût été dans notre mission de le récompenser pour l'ensemble de ses travaux, c'est une de nos premières médailles que nous lui aurions décernée.

Dans la même Section, pour les applications agricoles, la Commission s'est empressée de décerner sa première médaille à M. le comte de DAVID DE BEAUREGARD, pour les nombreux services qu'il a rendus à l'agriculture, et particulièrement pour ses belles cultures de Sorgho à sucre, dans le département du Var. M. de Beauregard est le principal auteur de la vive impulsion donnée dans le Midi à la culture du Sorgho, et comme c'est en grande partie du midi de la France qu'elle s'est répandue partout, le nom de M. de Beauregard est un de ceux qui doivent ici rester associés, dans la reconnaissance des agriculteurs, au


C SOCIÉTÉ I5IPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

nom, si cher à la Société, du premier introducteur du Sorgho et de l'Igname, notre dévoué confrère M. de Montigny.

Pour de semblables services, mais relatifs surtout à l'Igname de la Chine, des médailles de seconde classe sont décernées à M. LESÈBLE, si habile aussi dans l'art de l'éducation des Oiseaux ; à M. FOUCHEZ pour les belles cultures qu'il a faites à SainteAssise dans les propriétés de notre honorable vice-président, M. le prince Marc de Beauvau, et à M. DAVID RICHARD, directeur de l'asile des aliénés de Stephansfeld (Bas-Rhin), ou plutôt à M. et à madame Richard, qui portent le même intérêt et concourent ensemble, à l'acclimatation de nos plantes nouvelles, comme ensemble ils soulagent les maux les plus cruels dont souffre l'humanité.

La Commission a enfin accordé une médaille de seconde classé à M. VIVET, pour ses cultures de Cerfeuil bulbeux amélioré, dont M. Laffiley a fait l'objet d'une notice très intéressante; une autre médaille, aussi de seconde classe, à M. le professeur DE LUCA, à Pise, pour ses recherches chimiques sur divers végétaux dont il a extrait des produits propres à divers usages; et une mention honorable à MM. BALTET frères, Horticulteurs à Troyes, pour les soins qu'ils ont donnés à la culture de plusieurs plantes nouvelles ou peu connues.

Vous le voyez, Messieurs, notre liste n'est pas moins riche, moins belle que celle de l'an dernier. L'acclimatation est en progrès dans toutes ses branches ; elle l'est presque dans tous les pays. Puissiez-vous, Messieurs, avoir à distribuer, dans un an, devant une assemblée aussi illustre et aussi brillante, des récompenses aussi nombreuses et aussi bien méritées !


MÉDAILLE OFFERTE A M. LE PRÉSIDENT. Cf

ANNEXE

AU

COMPTE RENDU DE LA SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE,

MÉDAILLE OFFERTE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

La Société d'acclimatation, en se fondant, avait prévu le cas où il serait donné des récompenses à ceux qui les auraient méritées par des travaux sur les sujets dont elle s'occupe ; dans ses statuts, le mode relatif à ces marques de distinction a été déterminé. Le développement rapide de la Société et ses ressources n'ont pas tardé à lui permettre l'application de son idée, et le 10 février 1857, il était accordé quatre titres de membres honoraires, deux grandes médailles d'or, vingt-quatre médailles d'argent, médailles de première classe, vingt-sept médailles de bronze, vingt-trois mentions honorables et trois récompenses pécuniaires.

Toutefois, avant même qu'une Commission nommée à cet effet étudiât la question de savoir comment les récompenses seraient données, quelques membres de la Société pensèrent que si quelqu'un avait mérité un témoignage exceptionnel de sympathie, c'était leur Président qui, depuis vingt ans, se dévoue à l'étude de l'acclimatation. Ses travaux théoriques et pratiques, ses expériences à la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle, ont surtout contribué à faire accepter en France l'idée qui a présidé à la fondation de la Société d'acclimatation, Cette idée était restée oubliée depuis la mort de Daubenton jusqu'au moment où M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire l'a reprise pour la faire triompher. La proposition de faire frapper une médaille à son effigie fut émise et acceptée d'acclamation par les diverses sections de la Société. Chacune d'elles nomma un


CII SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

délégué pour former un Comité, avec mission de s'occuper des moyens d'exécution. Une liste de souscription fut ouverte, et les adhésions ne se firent pas attendre. Des souscriptions arrivèrent avec des lettres de félicitation, non-seulement de divers points de la France et de l'Algérie, mais de toute l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique. Des membres de la Société de dix-sept États différents écrivirent pour se faire inscrire sur la liste des adhérents. Ces États furent : l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, la Prusse, l'Espagne, le Wurtemberg, la Belgique, les Pays-Bas, les États romains, la Suisse, la Toscane, divers États d'Allemagne, les États sardes, la Lombardie, la Turquie d'Asie, l'Egypte, le Brésil et les États-Unis.

Un artiste éminent, M. Albert Barre, graveur général de la Monnaie de Paris, fut choisi pour l'exécution de la médaille. Cette oeuvre d'art, exécutée par un talent hors ligne, porte d'un côté le portrait de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire; sur le revers est inscrite la date de la fondation de la Société, et l'inscription suivante : LA SOCIÉTÉ D'ACCLIMATATION A SON PRÉSIDENT, AU DIGNE FILS D'ETIENNE GEOFFROY SAINT-HILAIRE. Il fut arrêté que la veille de la séance publique annuelle de 1858, les membres de la Société iraient, le Conseil d'administration en tète, chez leur Président, pour lui offrir la médaille.

Le 9 février, la Société se rendit chez M. le Président, et M. A. Passy, membre de l'Institut, Vice-Président de la Société, prononça le discours suivant :

« Monsieur le Président,

» La Société d'acclimatation compte quatre années d'exis» tence à peine, et déjà elle a pris une attitude qui frappe tous » les yeux. L'empressement à se faire inscrire au nombre de » ses membres ne se ralentit pas. Elle a de fervents mission» naires sur tous les points du globe. Des personnes augustes » ont voulu que leurs noms vinssent se confondre parmi les » nôtres ; plusieurs même ont daigné faire valoir leurs titres » aux modestes récompenses que nous décernons.

» Ces succès, nous les devons à la savante, habile et sage » direction que vous imprimez à nos travaux et à notre zèle ;


MÉDAILLE OFFERTE A M. LE PRÉSIDENT. CIII

» nous les devons à ce que vous avez compris que le temps » était venu de féconder, par la pratique, les idées de Buffon, » de Linné et de Daubenton sur l'application des principes de » l'histoire naturelle aux progrès de l'agriculture.

» Rien ne pouvait mieux remplir le but que des coeurs hon» nêtes se proposent, que de travailler au bien-être de tous les » hommes sous tous les climats, et à quelque degré de civili» sation qu'ils soient parvenus ; c'est ce que nous tentons de " faire en vous prenant pour guide, et la France pour centre » d'expansion.

» En vous offrant cette médaille, nous voulons vous expri» mer notre reconnaissance pour les heures que vous enlevez " aux études d'une science qui doit tant à vos travaux et à » ceux de votre illustre père, pour les consacrer à notre oeuvre » commune ; nous avons voulu constater les services que vous » rendez à cette association qui doit son existence à l'autorité " de votre nom, et son développement à l'impulsion qu'elle » reçoit de vous ; car vous êtes le plus assidu de nos confrères.

» Recevez donc, cher Président, un hommage que tous ceux " qui connaissent votre amour pour le bien public, votre dé» vouement au progrès des sciences et à leur application utile » vous rendent avec nous. »

Après M. Passy, le vénérable M. Jomard, membre de l'Institut, ami et compagnon de voyage d'Etienne Geoffroy SaintHilaire, prit la parole au nom des anciens membres de l'Institut d'Egypte, dont le chef de l'école de l'Unité de composition fut une des gloires : « Je demande à dire deux mots, dit M. Jomard, » au nom des rares survivants de cette légion de savants illustres " qui accompagnèrent le général Bonaparte en Egypte sous la » République française. La fête à laquelle je suis heureux d'as» sister aujourd'hui est le corollaire de la fête d'Étampes que » j'ai eu le bonheur de voir (1). Je remarque ici, autour d'une » famille aimée et honorée, l'expression des mêmes sentiments

(1) Inauguration, faire le 11 octobre dernier, de la statue d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. La Société impériale d'acclimatation s'était fait représenter à cette belle solennité.


CIV SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. » d'affection et de reconnaissance pour des services rendus à la » patrie et à la science. Dans cette touchante cérémonie, qui » a pour origine le bien public, tout respire la franche cordia» lité, l'estime qui nous attache à notre savant et illustre Prési» dent et à sa digne et respectable famille. »

Ces courtes paroles, prononcées avec une expression desincérité qui n'étonnera pas ceux qui connaissent M. Jomard, furent applaudies avec la plus vive sympathie.

M.E. Kaufmann dit quelques mots heureux au nom de la Société d'acclimatation de Berlin, dont il est un de principaux fondateurs et le vice-président, et M. le vicomte de Valmer, président de la Société protectrice des animaux, imite l'exemple de ses deux collègues, au nom de la réunion qu'il préside avec autant de zèle que de talent.

La Société d'acclimatation, en faisant frapper la médaille de son Président, n'avait pas oublié la digne et vertueuse compagne d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. Elle avait voulu nonseulement que madame Geoffroy Saint-Hilaire fût témoin des marques de sympathie données à son fils, mais elle avait désiré qu'un exemplaire de la médaille lui fût donné. M. Passy fut aussi chargé d'interpréter et de traduire cette attention délicate de la Société.

Ainsi se termina, dans le local même où la Société d'acclimatation avait pris naissance dans les premiers jours de 1854 (1), la fête de famille dont nous venons de rendre compte.

(1) C'est dans la maison habitée par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, que se réunirent, vers la fin de 1853, les sept à huit premiers fondateurs de la Société d'acclimatation, pour délibérer sur les moyens de la former (voy. le Bulletin, t, I, p. V).

Le Secrétaire du Conseil, GUÉRIN-MÉNEVILLE.


BULLETIN

MENSUEL

DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE

ZOOLOGIQUE

D'ACCLIMATATION

Fondée le 10 Février 1854.

TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ.

RAPPORT SUR LES ANIMAUX DESTRUCTEURS

DU SERPENT FER-DE-LANCE DES ANTILLES

Par une Commission composée de :

MM. Ant. PASSY, DARESTE, DUMÉRIL, LOBLIGEOIS, PÉCOUL, F. PRÉVOST,

et RUFZ, rapporteur.

(Séance du 26 juin 1857. )

Messieurs, Il vous a été lu, dans la séance du 28 mai, un très intéressant mémoire de M. le comte de Chastaignez, membre de la Société, résidant à Bordeaux, sur l'introduction aux Antilles de diverses espèces d'animaux destructeurs des Serpents. Propriétaire d'une habitation à la Martinique, M. de Chastaignez est à même d'apprécier quel fléau est pour cette colonie le Bothrops lancéolé. De tous les reptiles venimeux c'est le plus redoutable; sa morsure fait périr à la Martinique plus de cinquante personnes par an, sans compter un grand nombre d'autres qui restent estropiées à la suite de cet accident. Sa fécondité ajoute encore à la terreur qu'il inspire, car ses portées sont souvent de cinquante à

T. V. - Janvier et Février 1858. 1


2 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

soixante petits. M. de Chastaignez a pensé avec raison qu'il pouvait ranger ce terrible reptile dans la classe des animaux nuisibles, contre lesquels l'article 2 de nos statuts recommande l'acclimatation des espèces qui en sont dans la nature les antagonistes. Parmi ces espèces, M. de Chastaignez vous propose l'Ichneumon d'Egypte, les Mangoustes de l'Inde, le Hérisson et l'oiseau appelé Secrétaire du Cap.

La commission que vous avez nommée pour examiner ce travail, et dont j'ai l'honneur d'être le rapporteur, est d'avis d'accueillir la proposition de M. de Chastaignez, et la porte à la connaissance des membres de la Société qui habitent les pays où se trouvent les espèces qui peuvent servir d'auxiliaire contre le Bothrops lancéolé, avec prière de le faire parvenir à la Martinique. La commission pense que la destruction d'un aussi dangereux animal est digne d'être mise au nombre des prix de la Société, et qu'une somme de 500 fr devrait être accordée à l'acclimatation à la Martinique soit de l'Ichneumon d'Egypte, des Mangoustes de l'Inde ou du Secrétaire du Cap, s'ils sont destructeurs du Bothrops lancéolé.

M. Rufz a fait suivre son rapport des renseignements suivants que nous donnons à l'appui, vous allez, Messieurs, en juger :

Pour avoir une idée de la mortalité qu'occasionne la piqûre du Serpent, j'ai essayé d'une statistique approximative. Mes renseignements ont été pris auprès de quelques habitants éclairés, et surtout de MM. les curés, toujours assez bien au fait de ces sortes d'accidents qui excitent une sorte d'émotion publique ; il est résulté que pour toute la colonie, dont la population s'élève à 125000 âmes, la mortalité de la piqûre du Serpent, portée à cinquante personnes par an, n'est pas au-dessus de la vérité. Cette mortalité a lieu principalement parmi les travailleurs des champs, hommes adultes en plein rapport pour la société coloniale. On peut, toujours approximativement, l'évaluer à un vingtième des personnes piquées. Chaque personne piquée est mise hors de travail pendant quinze jours ou trois semaines au moins, et un très grand nombre de ces dernières restent


SERPENT FER-DE-LANCE DES ANTILLES. 3

estropiées pour le reste de leur vie. Car la piqûre du Serpent n'entraîne pas seulement la mort, elle laisse bien d'autres infirmités , de vastes abcès, origine d'ulcères incurables, des cancers, des nécroses des os, des gangrènes, des engorgements du tissu cellulaire, principe chez le noir du mal appelé éléphantiasis, des céphalées opiniâtres, des paralysies, des amauroses et même la perte de la parole. Nommé médecin de l'hôpital civil, créé en 1850 après l'émancipation, j'ai eu en moyenne pendant six ans à faire trois amputations de membres par an , par suite de la piqûre du Serpent, sans compter d'autres opérations de moindre gravité.

Vous voyez, d'après ce tableau, que j'ai appuyé dans mon enquête de preuves plus détaillées, de quelle conséquence est pour la Martinique la piqûre du Serpent. Aussi M. le docteur Guyon, qui s'est occupé du même sujet que moi, a-t-il raison de s'écrier « que le Fer-de-Lance était une véritable calamité » pour les îles qui en étaient affligées, car il ne se passait pas de " jour qu'il ne fit des victimes et que sa destruction serait pour » ces contrées, un bienfait, non moins grand que la découverte » de Jenner pour le monde entier. »

Il semble qu'un pays en proie à un pareil fléau ne devrait avoir rien de plus à coeur que de s'en affranchir. Cependant, je dois le dire, l'insouciance, l'apathie de notre population, à cet égard, est incroyable. C'est presque, j'oserai ledire, la stupide résignation du désespoir. Ce que j'écrivais en 1840, ce qu'écrivait M. Guyon en 1814, est encore vrai aujourd'hui. « L'ha» bitant de la Martinique s'est résigné à vivre avec son en» nemi ; depuis longtemps il n'entreprend plus rien contre lui. " On lui a fait sa part : à lui les halliers, les bois, tout ce qui » n'est point habité par l'homme; on ne le recherche que lors» qu'il se montre sur les terrains cultivés. »

Ce n'est point, Messieurs, qu'on ne songe point au Serpent à la Martinique. On peut dire, au contraire, qu'il est toujours et partout présent. Il entre dans la combinaison de toutes nos pensées et de toutes nos actions. Sous la hutte du noir, dans ces contes et fabliaux où se plaît l'imagination des hommes primitifs, le Serpent, le compère Serpent joue toujours le prin-


4 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

cipal rôle. On dirait la continuation de celui qu'il a joué auprès de nos premiers parents. A la table du riche habitant, et dans son salon, le Serpent a toujours sa part dans la conversation et fournit l'anecdote du jour, et nous tient lieu des incendies, vols et assassinats qui font les faits divers de vos journaux; mais ni la crainte du voleur ou de l'assassin qui menacent vos rentes, ni la préoccupation de vous sauvegarder du heurt en voiture et de ces mille accidents qui encombrent les rues d'une grande ville, n'égalent la préoccupation du Serpent pour l'habitant de nos campagnes. S'il marche dans les champs, ses yeux sont sans cesse aux aguets ; il les porte à droite, à gauche, en haut, en bas. Cela est devenu une sorte d'acte instinctif. Au moindre frôlement des herbes, ce n'est pas au vent, ce n'est pas à l'oiseau, ce n'est à tout autre insecte qu'il songe, c'est au Serpent. Cette pensée nous entre dans la tête avec le jour qui ouvre nos yeux; que dis-je? elle assaille notre sommeil et nous suscite les plus affreux cauchemars; vient-on à poser le pied par terre, au milieu de la nuit, on croit toujours sentir l'impression du froid que fait sentir le reptile. Dernièrement, aux portes de la ville de Saint-Pierre, une négresse s'éveille aux cris de son enfant malade; elle enflamme une allumette, et tout aussitôt d'entendre le bruit d'un jet ou d'un ressort qui se débande; la malheureuse enlève son enfant, se précipite par la fenêtre et crie : « au Serpent! » On accourt; c'était en effet un Bothrops lancéolé de 4 pieds qui, levé sur une étagère, s'était, au bruit et à l'éclat du feu, lancé au hasard. Je pourrais multiplier de pareils récits à l'infini.

Je dirai tout en un mot. Le Serpent Fer-de-Lance, à la Martinique, est appendu sur la colonie comme l'épée sur la tête du Sicilien Damoclès. Mais, triste effet de l'habitude ou plutôt, comme l'appelle M. de Chastaignez, de la routine, cette rouille de l'esprit dont votre Société a entrepris de débarrasser l'esprit humain, le Martinicain, je le répète, s'est habitué au Serpent. Ce qui fait penser que Damoclès lui-même se serait habitué à son épée, et aurait achevé sans souci le festin du tyran de Sicile, si l'expérience qu'avait imaginée Denis s'était prolongée seulement quelques minutes.


SERPENT FER-DE-LANCE DES ANTILLES. 5

J'ai insisté, Messieurs, sur cette obsession qu'exerce le Serpent, pour vous donner une idée du service que vous rendrez à la Martinique, si jamais vous parveniez à la délivrer d'une pareille tyrannie.

Ce n'est point ici le temps d'entrer dans les détails de l'histoire naturelle de cet animal. J'ai longuement exposé dans mon enquête avec l'aide de la colonie entière, dont je n'ai été que le secrétaire, les moeurs du Bothrops lancéolé, son anatotomie, sa physiologie, et surtout la pathologie qu'entraîne sa piqûre et les moyens thérapeutiques qu'on lui peut opposer. Je m'occupe, en ce moment, avec l'aide et l'encouragement de votre savant secrétaire, M. Auguste Duméril, de publier une nouvelle édition de ce travail.

Je dois pourtant, pour achever de vous édifier sur le compte de ce monstre, car je ne puis l'appeler autrement, rappeler que votre Vipère de 2 pieds à 2 pieds 1/2 au plus, n'est que la miniature de notre Bothrops ; que le plus grand nombre de ceux que l'on rencontre ont de 4 à 5 pieds; qu'il n'est pas rare d'en trouver de 6 : le plus long que j'ai vu avait 6 pieds 1/2.

Mais les premiers historiens des Antilles, Dutertre et Labal, parlent d'individus de 8 à 9 pieds de long et de 3 à 4 pouces de diamètre. La tradition raconte que les premiers Européens qui tentèrent la colonisation de la Martinique, furent obligés de se rembarquer par l'horreur que leur inspiraient les Serpents dont l'île était alors infectée. Permettez-moi, enfin, par une sorte d'artifice oratoire pour achever de gagner votre conviction et votre intérêt, de produire ici un individu de la terrible tribu dont nous parlons, un Bothrops lancéolé, pris au hasard dans le cabinet du Muséum. Considérez ce hideux animal, voyez cette couleur sombre et cette forme ronde qui le rendent d'autant plus perfide que c'est la forme des branches d'arbres ou la couleur de la terre sur lesquels il repose souvent, et dont l'oeil ne saurait le distinguer. Voyez cette large gueule et les longs crocs plus rapides et plus mortels qu'un pistolet à double détente, et lisez surtout cette terrible inscription : « Serpent qui a tué deux hommes. » La pullulation de ce monstre n'est pas moins effroyable que


6 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

son aspect; tous ceux qui l'ont étudié lui ont attribué des portées de cinquante à soixante petits. J'en ai trouvé une de soixante-cinq. Aussi le rencontre-t-on par centaines. L'un de nos collègues, qui lui aussi avait déjà appelé votre attention sur ce sujet, l'honorable M. Pécoul, peut vous attester que dans le nettoyage des savanes de son habitation, environ quelques hectares de terre, on en a tué trois cents.

Je n'ai parlé jusqu'à présent que des dangers que le Serpent fait courir à l'homme. Je dois ajouter qu'il n'est pas moins redoutable aux autres animaux. Il est Carnivore et se nourrit de tous ceux dont les dimensions lui permettent d'en faire sa proie. On a retiré de son ventre des poules et leurs couvées, et jusqu'à de jeunes chevreaux. Aussi le trouve-t-on souvent dans les poulaillers, où il fait autant de ravages que votre renard. Il est le fléau des oiseaux, dont il envahit les nids et dont les cris souvent révèlent sa présence et semblent appeler l'homme à leur secours. Le cheval se cabre à son aspect et tombe sous son venin; j'ai vu le boeuf lui tendre des cornes impuissantes. Toute la nature animée l'a en horreur. Mais s'il est l'ennemi de tout le monde, par un juste retour tout le inonde lui est hostile.

La poule elle-même si craintive, en attendant qu'elle soit mangée par les gros Bothrops, écrase de son bec et mange les petits Bothrops; le chien l'attaque résolument : on a vu jusqu'au rat se défendre contre lui. En 1842, pendant que j'écrivais mon enquête, et qu'en face de ce terrible animal, j'agitais, en moi-même, comme bien d'autres sans doute, cette téméraire question : « De quelle utilité le Serpent et ses semblables, si funestes à l'homme, peuvent-ils être dans la création?» je vis un jeune chat entrer dans mon cabinet, tenant en sa gueule un petit Serpent qui se débattait contre lui. Je reçus ce petit accident comme un avertissement, comme une leçon qui m'était donnée par cette providence divine, dont la sagesse infinie est pour nous un point de repère si sûr dans nos embarras d'esprit. Je compris que le Serpent, les insectes et leurs congénères ne sont qu'une circonstance de ce grand problème, du bien et du mal sur la terre, destiné à exercer la liberté et


SERPENT FER-DE-LANCE DES ANTILLES. 7

la sagacité de l'homme, et sans lequel nous ne saurions concevoir cette liberté.

Il n'est pas probable que Dieu, ce grand donneur, comme l'appelle Montaigne, qui nous a donné tant de choses et tant de choses superflues, nous ait laissé désarmés contre les surprises d'un aussi vil animal que le Serpent. S'il s'est réservé, comme le dit fort bien M. de Chastaignez, à lui seul le pouvoir de créer, il a donné à l'homme celui de modifier la création, qui est après la plus grande puissance donnée sur la matière (1).

Or l'acclimatation, telle que vous l'avez conçue, est l'une des plus grandes et des plus belles applications de cette puissance! C'est à l'occasion du Bothrops lancéolé, et en considérant le secours que l'acclimatation de certains animaux pouvait nous apporter contre lui, que j'écrivis ces mots que M. votre secrétaire a bien voulu rappeler, comme une recommandation pour moi, lorsque vous m'avez fait l'honneur de me recevoir :

" C'est une des belles parties de notre histoire, que cet échange » géographique des ressources de la terre, ces colonisations de » plantes , d'arbres, d'hommes et d'animaux : cela agrandit » l'existence humaine; que de belles branches de commerce s pourraient en sortir ! »

En effet, je recherchai alors dans les trois règnes de la nature, tous les moyens, tous les auxiliaires, animés ou inanimés, minéral, plante ou animal qui pourraient nous servir contre le Serpent. Ce serait trop abuser de la bienveillance avec laquelle vous avez bien voulu m'écouter, que de reproduire cette longue étude qui ne contient pas moins de quinze à vingt pages de l'enquête.

Je me bornerai à examiner les nouveaux animaux qui nous sont proposés aujourd'hui, et que nous devons au généreux esprit qui anime la Société d'acclimatation : ce sont les Mangoustes, les Hérissons et l'oiseau appelé Secrétaire ou Serpentaire du Cap.

Les Mangoustes sont de petits quadrupèdes de la grosseur

(1) Linné, parlant de la morsure du Serpent, s'exprime ainsi : « Imperans » beneficus homine dedit Indis echneumonem cum ophiorrhiza ; Ameri» canis suem cum Senega; Europaeis ciconiam, cum ollo et alcali. »


8 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

environ d'un chat et placé par les naturalistes dans l'ordre des carnassiers. On en compte au Muséum (Catalogue de M. Geoffroy Saint-Hilaire) huit espèces. Deux de ces espèces ont paru à M. de Chastaignez propres à l'office que nous leur destinons.

La première est laMangouste d'Egypte (Viverra Ichneumon); elle n'est autre en effet que l'ancien Ichneumon, que les souvenirs classiques recommandent à notre génération comme l'ennemi des Crocodiles. Cet animal avait gardé toujours quelque chose de fabuleux, que lui fait perdre l'observation réelle et de visu de M. Geoffroy Saint-Hilaire, dans son Mémoire sur les mammifères de l'Egypte. Nous ne saurions trouver ailleurs de plus sains renseignements. En effet, d'après Buffon, tous les naturalistes avaient répété que la Mangouste ou Ichneumon est domestique en Egypte, comme le chat l'est en Europe. Les paysans, suivant Buffon, en apportaient de jeunes dans les marchés; on s'en servait pour détruire les rats et les souris, et les Égyptiens s'amusaient, dit-il, de leur douceur et de leur aimable familiarité.

« La vérité, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, est qu'on n'est » dans aucun temps parvenu ; en Egypte, à rendre l'Ichneu» mon domestique; l'espèce y est partout à l'état sauvage : on » n'en apporte de jeunes individus aux marchés que quand par » hasard on en trouve d'égarés dans les champs, et si, parce » qu'on en tire quelques services, on les souffre dans les mai» sons, ils s'y rendent bientôt à charge en étendant leurs ra» vages sur les animaux de basse-cour. »

Le même auteur nous montre l'Ichneumon comme ayant cinquante centimètres de long et peu élevé sur ses pattes. Il est d'une grande défiance et d'une extrême timidité ; aussi estil assez rare de l'apercevoir et bien difficile de l'approcher. Il a un ennemi très acharné à sa destruction, c'est un petit Lézard qui vit des mêmes proies, qui use des mêmes artifices pour se les procurer. Il n'est guère plus gros que l'Ichneumon, mais comme il est plus courageux et surtout plus agile, il en vient facilement à bout.

On reconnaît généralement qu'il ne détruit pas le Crocodile à la façon que raconte Hérodote, c'est-à-dire en s'intro-


SERPENT FER-DE-LANCE DES ANTILLES. 9

duisant par sa gueule dans son corps durant le sommeil et lui rongeant les entrailles, mais il mange ses oeufs déposés dans les sables du bord du Nil. M. Geoffroy Saint-Hilaire fait observer que ce n'est pas par une antipathie particulière qu'il se jette avec tant d'ardeur sur les oeufs de Crocodiles, mais parce que les oeufs de tous les animaux indistinctement sont la nourriture qu'il recherche.

Tous les auteurs anciens, il est vrai, disent que l'Ichneumon détruit les Serpents. Aristote ajoute qu'à cause de sa grande timidité il ne combattrait jamais avec les gros Serpents qu'en appelant d'autres Ichneumons à son secours. Aussi, au dire d'Horapollon, sa figure dans le langage hiéroglyphyque servait-elle à exprimer un homme faible qui ne peut se passer du secours de ses semblables. Élien rapporte que l'Ichneumon se livre seul à la chasse des Serpents, mais c'était en usant de toutes sortes d'artifices et de précautions : il se roulait dans la vase, qu'il séchait ensuite au soleil, dans cet équipage de guerre et sous la protection de cette espèce de cuirasse ainsi que l'appelle Plutarque, il se jetait sur les plus grands Serpents, en ayant soin toutefois de préserver son museau par sa queue qu'il repliait autour.

Après de pareils renseignements, on se demande de quel secours ce petit animal de cinquante centimètres de long, sans aucune arme défensive particulière, si timide, si lâche qu'un petit Lézard de moindre dimension que lui en vient facilement à bout, pourrait être contre nos Bothrops de six à sept pieds, contre leurs crocs si affilés et surtout contre leur venin. Que pourraient leurs prétendus artifices dont parlent Élien et Plutarque? Ajoutez que l'Ichneumon n'a pas la ressource de s'attaquer aux oeufs, car le Bothrops est ovo-vivipare, et son oeuf, si on peut appeler ainsi les enveloppes membraneuses de son foetus, se déchire à la sortie du cloaque et laisse échapper le petit qui tout aussitôt animé par sa méchante nature se lève et paraît prêt à guerroyer.

Enfin, l'inconvénient qui le rend si incommode aux habitants de la haute Egypte dont il dévore les poules et les pigeons, ne rendrait pas l'Ichneumon très sympathique à une


10 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

partie de notre population, pour parler des nègres dont ce petit bétail forme la fortune et qui la plupart du temps ne le nourrit qu'en le laissant errer dans la campagne.

L'autre Mangouste proposée est la Mangouste Viverra Mungo, dont Buffon a fait le genre Mangouste; il paraît en avoir eu un individu en sapossession. Mais tout ce qu'il dit de ses moeurs et de son hostilité contre les Serpents est puisé dans les Amoenitates exoticoe de Kempfer. Kempfer a écrit en voyageur curieux plutôt qu'en naturaliste, à l'occasion de l'Ophiorrhiza Mungo, herbe très amère qu'il offre comme antidote contre la morsure des Serpents, il dit que le nom de Mungo lui vient d'une sorte de petite belette : « Mustela quaedam seu Viverra Indis Mun» gutia, Lusitanis ibidem Mungo appellata. » Cette Mangouste, dans les combats qu'elle livre aux Serpents, lorsqu'elle se sent blessée va se frotter sur l'Ophiorrhiza Mungo, et revient ensuite au combat sans craindre les effets du venin. C'est ainsi qu'elle en a appris l'usage aux hommes.

Je ne m'arrêterai pas à vous faire observer que ce que Kempfer dit de l'Ophiorrhiza Mungo a été dit de presque toutes les innombrables plantes préconisées contre la piqûre des Serpents. Je n'ai malheureusement pu trouver dans les voyageurs et les naturalistes plus modernes que Kempfer et Buffon d'autres détails sur le Mangouste de l'Inde.

Mais comme Kempfer écrit que ce petit animal s'apprivoise facilement, facile mansuescit, et qu'il en a eu un qui le suivait à la ville et à la campagne, à l'instar d'un petit chien, instar caniculi, et qu'enfin il ne l'accuse d'aucun inconvénient, nous vous serions reconnaissant d'en demander quelques individus à nos correspondants de l'Inde, et particulièrement à M. de Montigny.

J'en dirai autant d'une Mangouste, originaire de Madagascar, et que je vois signalée dans les catalogues de la science comme ayant été naturalisée aux îles de France et de la Réunion. (Geoffroy Saint-Hilaire, Catalogue du Muséum.)

J'arrive maintenant aux Hérissons, qui sont les seconds animaux recommandés par M. de Chastagnez, comme, pouvant servir à la destruction des Serpents.


SERPENT FER-DE-LANCE DES ANTILLES. 11

Le Hérisson (Erinaceus Europoeus) est ce singulier petit animal devant lequel nous nous sommes tous plus d'une fois arrêtés avec admiration. Du museau à la queue il a de six à huit pouces, n'est pas plus gros qu'un gros rat, il a surtout un pelage qui lui est particulier, qui offre en guise de poils de fortes épines qu'on ne peut toucher impunément. Le Hérisson craint-il quelque attaque, il se ramasse et se roule en un globe qui présente de tous côtés ces redoutables épines.

Le Hérisson est rangé au nombre des Insectivores, Dans tous les livres d'histoire naturelle il est annoncé comme se nourrissant de hannetons, de scarabées, de grillons, de vers et de Serpents.

Un journal de la Martinique, le Propagateur, a eu l'idée de réclamer son assistance contre le Bothrops lancéolé, car nous sommes disposés à appeler toute la nature à notre secours ! Voici, je crois, le fait qui a donné lieu à l'article du Propagateur :

Le Journal zoologique de Londres raconte que le professeur Buckland, soupçonnant que le Hérisson pouvait manger les Serpents, mit dans une cage une petite couleuvre anglaise, Snake British, de l'espèce, dit-il, la plus inoffensive. Le Hérisson se met d'abord en boule sur la défensive, mais M. Buckland ayant poussé les deux adversaires l'un contre l'autre, le Hérisson donne à la couleuvre un premier coup de dent qui fut suivi d'un second. Puis il lui cassa l'échiné, lui broya les os et se mit à la manger en commençant par la queue, en avala la moitié et acheva le reste le lendemain ; après chaque botte portée au reptile, le Hérisson avait soin de se mettre sur ses gardes en se roulant en boule et présentant les pointes de son armure.

Ce fait a été répété par M. Bell et par M. Fennelle dans leur Histoire sur les quadrupèdes de la Grande-Bretagne qui sont les écrits les plus récents sur la matière. M. Bell le qualifie de combat raconté à la manière antique.

Assurément, ce fait est considérable. Nous l'acceptons comme une précieuse indication ; mais il est à regretter que l'adversaire du Hérisson ait été une couleuvre de la plus innocente espèce ? Au dire même de l'historien du combat, le


12 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Hérisson serait aussi hardi, aussi fort contre le Trigonocéphale. Vous connaissez les deux adversaires, jugez si vous l'osez.

Soit comme médecin, soit comme maire de la ville de SaintPierre, j'ai été plus d'une fois appelé à juger de ce prétendu antagonisme dont on nous offrait l'espérance, et le peu de succès de ces épreuves vous expliquera peut-être mon scepticisme. On parle d'abord beaucoup dans le pays de l'antagonisme de la couleuvre indigène, appelée Couresse, contre le serpent. J'ai longuement examiné cette question dans mon enquête; il existe des faits incontestables. On a trouvé des Couresses qui renfermaient des serpents qu'elles avaient avalés, mais ces serpents étaient toujours des individus beaucoup plus petits que la Couresse. Et la Couresse n'ayant que deux pieds et demi dans sa plus grande longueur et étant très fluette, je me suis toujours demandé comment elle pouvait avaler des Bothrops de quatre à six pieds de long et d'un pouce et plus de diamètre. Le contenant peut-il être moindre que le contenu? Ce prétendu antagonisme de la Couresse et du Bothrops, rentrerait donc dans la loi générale que tous les êtres animés, chien, chat, poule, cochon, etc., dévorent les petits serpents, en attendant qu'ils en soient un jour à leur tour dévorés.

On parlait beaucoup d'une Couleuvre bien plus grosse que la Couresse, que l'on nomme Clibot ou Tête de Chien; elle est, en effet, aussi grosse que les plus gros Trigonocéphales. On attribuait à sa présence dans file Saint-Dominique, qui n'est séparée de la Martinique que par un bras de mer de 7 lieues, l'absence du Bothrops, qui, cependant, est très bon nageur. Je décidai M. le maréchal Vaillant, gouverneur de la Martinique, à faire venir quelques Clibots, et en présence de la population de Saint-Pierre, invitée à ce spectacle, je mis dans une cage deux Clibots contre un Bothrops de même dimension. Ils parurent vivre d'abord en assez bonne intelligence; les Clibots paraissaient plutôt disposés à fuir qu'à attaquer le Bothrops qui tournant sur lui-même, ne perdant jamais ses adversaires de vue, semblait les viser en duelliste consommé.


SERPENT FER-DE-LANCE DES ANTILLES. 13

Enfin, les ayant poussés les uns contre les autres pour les exciter, le Bothrops mordit l'un des Clibots jusqu'au sang. Mais cette blessure quoique venimeuse n'eut aucune suite. Non-seulement le Clibot n'en mourut pas, mais laissés ensemble dans la cage pendant plusieurs jours, ils ne se firent aucun mal, et nous parurent mener véritablement une vie de famille. Le récit de cette expérience a été publié dans le journal la France d'outre-mer, en mars 1853.

Pour en revenir au Hérisson, je dois faire observer que cette singulière armure qui paraît le rendre formidable, est plus à redouter en apparence qu'en réalité; elle est purement défensive. « Le Renard sait beaucoup de choses, le Hérisson n'en sait qu'une grande, disaient proverbialement les anciens : il sait se défendre sans combattre et blesser sans attaquer. C'est par celte phrase que Buffon commence son article du Hérisson. Ajoutons que cette cuirasse n'est pas impénétrable, qu'elle n'enveloppe pas tout son corps; son museau, ses oreilles, ses pattes, ses flancs, le dessous de son ventre n'ont point d'épines. Aussi le Renard et le Chien terrier, au prix de quelques égratignures, en viennent-ils à bout. Pensez-vous que le Bothrops serait moins hardi et moins adroit et ne trouverait pas le défaut de cette cuirasse pour y glisser ses dards venimeux?

Quoique le Hérisson soit un animal assez commun et qui se rencontre même dans les jardins, ses moeurs ne sont pas très bien connues ; les naturalistes ne sont pas d'accord sur les aliments dont il se nourrit ; il n'est pas sûr qu'il mange les Rats, Mulots et Souris. Suivant M. Fennelle, il peut avaler de jeunes Lapins et de petits Chiens. Quelques-uns le rangent parmi les frugivores, mais il ne pourrait manger que les fruits qui tombent des arbres ou ceux qui sont à sa portée, car il n'est pas grimpeur. Enfin, M. White le représente comme mangeant les racines : « La manière dont il se prend pour couper la racine du Plantain, dit M. White, est vraiment curieuse. Comme sa mâchoire supérieure proémine sur l'inférieure, il fait tourner la plante jusqu'à ce qu'il l'ait saisie par le bout de la racine et la mange jusqu'aux feuilles. »

Ce dernier fait m'a paru devoir être pris en grande considé-


14 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ration dans l'introduction du Hérisson à la Martinique. Vous savez tous que la Canne à sucre fait la richesse de nos colonies; elle est sucrée au ras de la terre, pour ainsi dire, dès le collet de la racine. Tous les animaux en sont très friands, particulièrement les Rats qui en font de grands dégâts, car il suffit qu'ils lui impriment la dent pour que la Canne soit perdue; elle fermente, rougit et se dessèche. Le nombre des Cannes ainsi ratées sur certaines habitations est considérable et forme une partie de la récolte. Aussi nos habitants exposés à ce dommage en sont-ils très touchés; ils vont jusqu'à préférer dans leurs Cannes la présence du Bothrops à celle des Rats, car il est reconnu que le Bothrops est un grand destructeur de Rats, qu'il n'attaque jamais l'homme, que bien qu'il soit trop multiplié, il ne l'est pas encore autant que le Rat, et que, si jusqu'à un certain point on peut se préserver des uns, on ne saurait se garantir des autres.

Que serait-ce si le Hérisson, qui mange les fruits et la racine du Plantain, venait à prendre goût pour la Canne et à faire concurrence aux Rats? Nos habitants ne trouveraient-ils pas le remède pire que le mal. C'est pourquoi je pense qu'avant d'admettre le Hérisson dans notre société coloniale, il serait convenable de le tenter et de le mettre en rapport avec la Canne, pour voir comment il se comporterait envers elle. Cette expérience serait des plus faciles.

Il en est une autre qui peut être faite ici et là-bas : ici chacun de nous peut mettre le Hérisson en présence de la Vipère, et là bas en présence du Trigonocéphale.

Pardonnez-moi, Messieurs, de répondre à tout ce qu'il y a de bienveillant dans cette offre d'animaux destructeurs du Serpent par ces quelques critiques, et de ne pas les accueillir avec un reconnaissant enthousiasme. Ce que j'en dis ici, ce n'est pas pour décourager l'expérimentation et la repousser par une de ces fins de non-recevoir, si funestes aux découvertes et si chères à la paresse. Je sais qu'il faut laisser à l'expérimentation une grande latitude, qu'il faut même compter sur ses imprévus, que tel est l'esprit de la Société d'acclimatation. Cependant, je crois qu'une autre sorte de découragement pourrait naître


SERPENT FER-DE-LANCE DÉS ANTILLES. 15

d'essais trop infructueux en trompant notre attente, que ce n'est pas aller contre nos statuts, que de consulter, pour faire des essais, de prudentes analogies, et qu'il ne faut pas abdiquer les données de la raison, même en faveur des promesses du hasard.

Enfin, nous avons à la Martinique un animal qui me paraît un succédané indigène des Mangoustes et des Hérissons, c'est le Manicou ou Marmose de Buffon, de qui nous pouvons apprendre quel serait le sort de ces nouveaux auxiliaires. Le Manicou a le groin du porc; il a une puissante dentelure, des ongles longs et aigus, un cuir épais; il grimpe aux arbres. Des faits notoires apprennent qu'il se défend vaillamment contre le Bothrops et leur vend chèrement sa vie. Mais, plus souvent encore, on trouve des Manicous dans le ventre du Bothrops.

Il nous reste maintenant à parler du dernier des animaux proposés par M. de Chastaignez, et qu'il considère comme spécifiques contre les reptiles, de l'oiseau appelé Secrétaire du Cap (Serpentarius reptilivorus).

Le Serpentaire reptilivore est un bel oiseau, dont M. Jules Verreaux vous a déjà entretenus : son travail a été publié dans le tome III de vos Bulletins. Entre autres détails intéressants sur ses moeurs, M. Verreaux nous apprend qu'au Cap, cet oiseau est protégé par la loi, à cause du grand nombre d'insectes et de serpents venimeux qu'il détruit. M. Verreaux émet le souhait que cet animal soit introduit à la Martinique pour combattre le Bothrops lancéolé ; il ignorait sans doute que l'essai eût été déjà tenté, car il n'en parle pas ; mais dès l'année 1817, M. Moreau de Jonnès avait donné le même conseil. En 1825, M. l'amiral de Mackau introduisit à la Martinique deux Serpentaires, l'un d'eux mourut malheureusement dès son arrivée. « On les avait déposés, dit M. le doc» teur Guyon, au Jardin botanique où les curieux allaient les » visiter; là j'ai été souvent témoin de la manière dont l'ani» mal se défait du reptile : d'abord, par des coups de pattes » lancés perpendiculairement sur la tête avec une précision et » une vigueur incroyables, il a bientôt étourdi son adversaire ;


16 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

» après quoi, tandis que d'une patte il l'assujettit sur le sol en » le serrant avec force, le saisissant avec le bec derrière la » nuque, par un mouvement rapide de torsion, il lui luxe les » vertèbres. J'ajoute que rien n'est beau comme l'animal, » lorsque apercevant sa proie, son oeil s'anime, brille, et que » tout son corps frémit. »

Songez, Messieurs, qu'il s'agit ici du Serpentaire aux prises avec le Bothrops lancéolé lui-même. Nous ne sommes plus dans les analogies. Croirait-on qu'on n'ait point donné suite à une aussi heureuse expérience ; le Serpentaire est mort dans l'isolement.

Mais en sera-t-il ainsi, Messieurs, lorsque par votre entremise, la colonie pourra se procurer des Serpentaires en assez grand nombre et faire l'expérience en grand et de manière à obtenir l'acclimatation de ce précieux oiseau. Je suis assuré du contraire. Le Martinicain n'a été arrêté que par la rareté des communications qu'il lui est possible d'avoir avec le cap de Bonne-Espérance ; mais si vous voulez nous procurer le concours de votre correspondant, je ne doute pas que nous ne profitions des facilités que nous peuvent offrir nos nouveaux rapports avec l'Inde pour l'émigration des Coolies, et qu'en passant au Cap, nous n'ajoutions, avec le plus grand empressement, aux Coolies indiens, le Serpentaire du Cap.

Enfin, Messieurs, contre un ennemi comme le Bothrops lancéolé, il ne me paraît pas assez sûr de nous reposer du soin de notre défense sur un seul moyen, sur ces alliés naturels que nous offre la nature! Ces préservatifs uniques, commodes, tout faits, une fois trouvés, sur la confiance desquels nous pouvons nous endormir, qui nous dispensent de tout autre soin, peuvent convenir à l'homme sauvage et suffisent à sa paresse. L'homme civilisé ne s'abandonne jamais à la garde des animaux, il saura trouver dans les ressources de son industrie bien d'autres défenses : je voudrais voir rétablir ces primes et encouragements que d'autres habitants et moi-même avons plus d'une fois réclamés dans les conseils publics de la colonie, mais que nous n'avons pu jamais obtenir qu'à la somme bien insuffisante de quelques centaines de francs. Le conseil général de Seine-


SERPENT FEU-DE-LANCE DES ANTILLES. 17

et-Marne a voté, l'an dernier, près de 8000 francs contre la Vipère de Fontainebleau, qui n'est certainement pas le Bothrops lancéolé ! Je voudrais voir à la Martinique une brigade de chasseurs de Serpents, en exercice permanent, sous l'excitation et le contrôle de l'autorité supérieure.

Je profiterai aussi de l'occasion pour vous dire quelques mots du pansement de la piqûre du Bothrops, ce redoutable accident contre lequel il semble que l'habitant de la Martinique aurait dû appliquer toutes les forces de son intelligence. Ce pansement est le plus ordinairement abandonné et même réservé à quelques vieux nègres, rebut de notre société coloniale; ils nous tiennent lieu de ces sorciers et de ces guérisseurs dont vos tribunaux font justice. Je ne saurais vous dire le découragement et l'indignation dont j'ai été souvent saisi à la vue des pratiques insensées dont les panseurs se rendent coupables

Le panseur est souvent logé au loin, à une heure et plus, il faut l'aller quérir ; il se fait attendre, perd un temps considérable à broyer des herbes et marmotter des paroles d'incantation; souvent il arrive que son pansement n'est appliqué que plusieurs heures après la piqûre. Ce sont, pour la plupart du temps, des herbes insignifiantes dont j'ai pu recueillir plus de trente formules ; on perd ainsi le bon moment du pansement. Car l'absorption du venin, ainsi que le prouvent toutes les expériences, se faisant au bout de quelques minutes, il importe de l'empêcher le plus promptement possible, et il est prouvé que par la ligature, par la succion, par le lavage avec un liquide convenable et surtout par la cautérisation, on peut étouffer ce venin dans les chairs, de même qu'on étouffe un incendie en plaçant le pied sur l'étincelle qui le peut allumer.

Toute personne donc doit être en ce pays panseur de la piqûre du Serpent, afin de pouvoir se secourir à temps, soi et les siens.

Pour arriver à ce résultat si désirable, il faudrait répandre dans les campagnes de sages instructions, et surtout laisser toujours à la portée de ceux qui sont exposés à être piqués par le Serpent les moyens de pansement reconnus les plus efficaces ;

T. V. - Janvier et Février 1858. 2


18 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

de ce nombre et en première ligne, se trouve l'ammoniaque, alcali volatil.

Lorsque les négresses travaillent en atelier, à la coupe des Cannes ou au défrichement des terres, car c'est dans ces occasions qu'arrivent le plus souvent des accidents, tout habitant, ce qui ne se fait jamais, car l'incurie, je le répète, est incroyable, tout habitant devrait être tenu d'avoir entre les mains de son homme de confiance, chargé de surveiller le travail, économe ou commandeur, un flacon d'alcali ou de tout autre liquide reconnu bon pour le pansement. Ce liquide servirait au premier pansement des hommes piqués, lequel serait fait le plus promptement possible. Je voudrais que l'omission de cette précaution fût suivie d'une pénalité, et que le travailleur qui n'aurait pas trouvé le remède qui lui serait dû aux termes de la loi, fût admis à réclamer contre le propriétaire. C'est une gêne sans doute, mais de pareilles gênes ne sontelles pas imposées ici à bien des usiniers dont l'industrie est réputée malsaine sans l'observance de certaines conditions.

Je ne doute pas, Messieurs, que ces différents moyens contre le Bothrops et l'introduction des animaux qui peuvent le combattre, et les primes pour sa destruction, et les précautions pour diminuer la gravité de ses piqûres ; je ne doute pas, dis-je, que ces moyens recommandés à la bienveillance de notre collègue, M. Mestro, directeur des colonies, ne soient pris par lui en considération, et que la sollicitude paternelle qu'il porte naturellement aux colonies ne soit encore en cette occasion augmentée par les obligations de son titre de membre de la Société d'acclimatation.

C'est ainsi, Messieurs, que vous répondrez à la proposition qui vous est faite : le seul fait, je peux vous l'assurer, d'avoir pris intérêt à cette question, va être pour nos compatriotes d'outre-mer une consolation et un encouragement, et votre initiative sera un bienfait pour ces beaux pays, qui, suivant l'expression si vraie de M. de Chastaignez, sont aussi la France-


ÉDUCATION DE PLUSIEURS OISEAUX DÉCRÉMENT. 19

SUR L'ÉDUCATION

DE

PLUSIEURS OISEAUX D'AGRÉMENT

RÉCEMMENT INTRODUITS EN FRANCE.

LETTRE ADRESSÉE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPERIALE ZOOLOGIQCE D'ACCLIMATATION

Par M. A. LAURENCE fils.

(Séance du 18 décembre 1857.)

Monsieur le Président,

Je viens, comme membre de la Société impériale d'acclimatation, vous apporter le tribut de mes observations sur l'éducation de certains Oiseaux d'agrément qui ont, depuis quelque temps en France, une véritable vogue. Je veux parler des Colins de la Californie, du Canard de la Caroline, et de la Sarcelle de Chine, ou Canard mandarin.

Depuis trois ans j'élève de ces jolies Sarcelles de Chine, et je n'ai bien réussi que cette année; cela tient à une cause que je crois devoir soumettre à notre Société, afin que ceux qui ont, comme moi, quelque loisir à donner à l'étude de ces oiseaux, puissent éviter les difficultés que j'ai toujours rencontrées, au moment où je me croyais le plus sûr du succès.

Au mois de février 1854, je me procurai un couple de Sarcelles de Chine. Le mâle était vraiment magnifique, sa riche parure faisait plaisir à voir-, la femelle, moins brillante, se distinguait par l'élégance de ses formes-, son oeil était vif, intelligent et d'une grande douceur ; elle ne cherchait pas, comme le mâle, à se mettre en évidence, ni à faire parade de ses attraits; toujours à ses côtés, ou derrière lui, elle ne le quittait pas une seconde, et semblait sans cesse lui demander


20 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

aide et protection. Cette timidité ne dura pas longtemps; quinze jours, un mois après leur arrivée, les rôles étaient changés. La femelle, enhardie, semblait la maîtresse du logis, elle allait et venait en tous sens, voltigeant avec une grande légèreté d'un arbre à l'autre, et, comme une bonne ménagère, elle semblait se préoccuper infiniment de son intérieur : c'est que déjà elle pressentait les espérances de l'avenir, et son instinct de mère lui révélait un monde de choses que je ne faisais qu'entrevoir. Un beau jour toute cette activité cessa, et le calme le plus parfait régna dans la volière. L'arbre qui devait renfermer son trésor était choisi, et, pour le cacher à tous les regards, pour empêcher le plus petit soupçon de naître, elle affectait une indifférence complète sur tout ce qui se passait autour d'elle. Je respectai longtemps un secret qui n'en était pas un pour moi, et quand je jugeai le moment favorable pour m'emparer de la couvée, j'entrai avec soin dans la volière et je pris toutes espèces de précautions pour m'approcher de l'arbre qui renfermait le précieux dépôt. Je m'attendais à beaucoup de bruit, beaucoup de tapage; mais rien de tout cela n'eut lieu. Avais-je trompé la vigilance de la femelle, ou bien était-ce indifférence de sa part? je ne puis le croire; j'aime mieux penser que vivant facilement à l'état domestique par l'influence de cette espèce de captivité qui transforme la nature de tous les êtres, il y a déjà eu dans l'organisation de ces oiseaux de profondes: modifications. Je suis d'autant plus porté à le croire, que l'expérience que j'ai faite cette année, dans l'éducation d'une couvée de Mandarins, m'a donné la preuve que leur tempérament vigoureux pouvait se soumettre à toute espèce de régime.

Jusqu'à ce jour j'élevais ces oiseaux avec un soin extrême; je les tenais en boîte trois semaines au moins, leur donnant des oeufs de fourmis, des oeufs de poule tant qu'ils en voulaient. De la boîte je les faisais passer dans une grande volière bien exposée, où ils trouvaient beaucoup d'eau et d'espace. Je continuais de leur donner des oeufs de fourmis, du coeur de boeuf et des graines de toutes sortes; aussi c'était merveille que de les voir vivre et grossir à vue d'oeil. Tout marchait bien


ÉDUCATION DE PLUSIEURS OISEAUX D'AGRÉMENT. 21

jusqu'à l'âge où ils commençaient à voler-, alors une certaine faiblesse se déclarait dans leurs jambes, et, malgré tous mes soins, malgré la nourriture animale que je leur donnais, cette faiblesse augmentait sans cesse et finissait par dégénérer en une goutte horrible qui leur contournait les pattes. Les oiseaux ne pouvaient plus se soutenir et rampaient comme des couleuvres; c'était pitié à voir. Quelquefois j'ai combattu les progrès de la maladie, en leur donnant pour nourriture bon nombre de vers de terre roulés dans des poudres très échauffantes, et comme ils sont très friands de ces vers, ils avalaient tout sans difficulté; mais ces oiseaux restaient toujours malingres et les premiers froids les faisaient mourir.

Cette année, ne sachant plus que faire, j'ai eu l'idée de les mettre en liberté dans une petite pièce d'eau que j'ai dans un jardin clos de murs. Il y avait à peine dix ou douze jours qu'ils étaient nés-, mon inquiétude était grande, qu'allaient-ils devenir? Je me décidai cependant; mais à peine avaient-ils pris l'eau, que mes petits Canards se précipitent dans tous les sens ; en vain la poule les appelle ; captive au fond d'une boîte, elle pousse des cris de détresse, ils restent sourds à sa voix : c'est une fourmilière qui s'agite dans l'eau, un pêle-mêle indescriptible, et mes efforts pour les ramener ne font qu'accroître leur délire ; ils plongent sans cesse, paraissent à peine, plongent encore et finissent par disparaître dans les herbes. Il y avait là, comme spectateurs de cette scène, des Canards de la Caroline, des Canards sauvages,. des Sarcelles, etc., etc. Ces vieux habitants de ma pièce d'eau verraient-ils d'un bon oeil ces jeunes brouillons qui semblaient venir si inopportunément troubler leur paisible demeure? c'était là une question délicate ; aussi commençais-je déjà à gémir de ma témérité et j'aurais bien voulu ramener sous l'aile de la mère tous ces petits étourdis, mais où les prendre maintenant; ils étaient si bien cachés, qu'il n'y avait plus moyen de les voir. Pendant que je réfléchissais à ma mésaventure et que je promenais un regard inquiet dans les réduits les plus sombres de ma pièce d'eau, je vis les herbes, doucement agitées, s'entr'ouvrir, et donner passage à un petit canard, le plus hardi sans cloute;


22 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

puis un second est apparu, puis un troisième, puis un quatrième, toute la couvée enfin ; la mère appelait toujours et jetait les hauts cris, Mes petits Canards, plus calmes cette fois, semblaient prêter une oreille attentive à ses cris de désespoir; leurs regards, moins agités, faisaient prévoir une soumission prochaine. Mais que de terreurs, que d'obstacles ils avaient à vaincre avant d'en arriver là; ils avaient une longue distance à parcourir, et, chemin faisant, que de rencontres imprévues ne pouvaient-ils pas faire ! Cependant la crainte ou l'instinct les rassemble; une longue colonne de marche s'organise, elle s'agite, elle part ; cette fois la tranquillité règne dans les rangs; ils nagent dans un profond silence, tous dans la même direction, vers la mère. Tout à coup un gros Canard sauvage vient leur barrer le passage. Mes petits Canards intimidés s'arrêtent, babillent entre eux ; mais ils reprennent courage, ils s'avancent, timidement d'abord, puis s'enhardissant tout à fait, ils entourent le gros sauvage et semblent lui faire les plus chaudes avances : le canard ne fut pas en reste avec eux; il y eut bien quelques coups de bec distribués à droite, à gauche, mais tout cela était fait avec tant de bienveillance, qu'il était clair que la colère n'y entrait pour rien. Au bruit, au mouvement qui avait eu lieu, tous les autres Canards, poussés par la curiosité sans doute, étaient venus pour voir ce dont il s'agissait; l'occasion était bonne pour se défaire de cet essaim bruyant, et je n'étais pas encore très rassuré, mais heureusement tous mes Canards restèrent calmes et ne manifestèrent aucun mauvais vouloir. A dater de ce moment, la paix était signée, et mes petits Mandarins avaient droit de cité. Pendant ce temps, la mère appelait toujours et semblait se perdre en efforts inutiles pour ramener son petit monde au bercail ; mais bientôt ses cris cessèrent : guidés par cette voix amie, ses petits Canards se précipitèrent dans la boîte et le silence se rétablit.

Je ne vous dissimulerai pas, Monsieur le Président, que j'étais fort aise de voir se terminer ainsi une expérience qui pouvait avoir de grands inconvénients pour mes petits Canards. En les mettant si jeunes encore dans une pièce d'eau remplie de vieux oiseaux, j'avais à redouter bien des choses : le froid


ÉDUCATION DE PLUSIEURS OISEAUX D'AGRÉMENT. 23

de l'eau d'abord, si préjudiciable à leur santé, mais que les jeunes Mandarins supportent plus facilement que les Canards de la Caroline, puis enfin la lutte mortelle que pouvaient engager les vieux Canards; rien de tout cela n'a eu lieu. La chaleur de l'été leur a été des plus propices, et ils ont trouvé dans les habitants de ma douve de vrais amis prêts à les protéger et' à leur servir d'exemple. Tout allait donc pour le mieux; il ne me restait plus qu'à pourvoir à leurs besoins et à leur donner la nourriture la plus conforme à leurs goûts. Trois fois par jour je leur apportais des oeufs de fourmis, des oeufs de poules que je plaçais sous une mue afin de les mettre à l'abri de toute convoitise; mais quel a été mon étonnement de voir qu'au bout de huit à dix jours ces oeufs, dont ils sont ordinairement si friands, n'avaient plus d'attraits pour eux; je voulus en connaître la cause. Mes Canards étaient si jeunes encore, trois semaines au plus, que je ne pouvais croire qu'ils pussent impunément se passer de cette nourriture ; je me mis en observation, et voici ce que j'ai découvert :

Je vous ai dit, Monsieur le Président, que mes vieux Canards avaient montré une bienveillance toute particulière à mes jeunes Mandarins ; mais, hélas ! cette bienveillance ne fut pas de longue durée, car je vis bientôt que s'ils ne leur avaient fait aucun mal, c'est qu'ils avaient cru voir dans ces nouveaux venus des êtres parfaitement inoffensifs, incapables de nuire à leurs intérêts ; ils les ont acceptés, parce qu'ils n'avaient rien à craindre d'eux. A l'état de nature, l'instinct de la conservation est tout : il n'y a que les animaux vivant en société, et qui ont besoin de réunir leurs efforts pour subsister, qui consentent à des concessions mutuelles ; aussi du jour où mes jeunes Mandarins voulurent marcher sur les brisées de mes vieux Canards et participer aux reliefs de leur festin, aussitôt la guerre a commencé; mais, de part et d'autre, il y avait affaire à forte partie. Les Mandarins sont doués d'une agilité extrême, ils étaient insaisissables et échappaient toujours à leurs ennemis, revenaient sans cesse à l'assaut, sans se dégoûter jamais des nombreuses sorties qu'on faisait contre eux ; ce n'était que de guerre lasse, et quand enfin chaque Canard avait


24 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

à tour de rôle apaisé sa faim, que les jeunes Mandarins pouvaient venir, tout tremblants, toucher le but de leur désir. C'était cependant un bien triste régal, et qui ne méritait pas pour l'obtenir tant d'efforts persévérants. Mais il a suffi à mes jeunes Mandarins de voir de vieux Canards se nourrir de son et de farine d'avoine, mélangés par égale portion, pour vouloir se nourrir comme eux, et parce qu'ils avaient trouvé de la résistance à l'accomplissement de leurs désirs, il n'en fallait pas davantage pour les exciter à tenir bon, jusqu'à ce qu'ils aient été satisfaits. L'exemple que leur donnaient des oiseaux de leur espèce a donc suffi pour les entraîner au point de modifier si profondément leurs goûts, qu'ils recherchaient, de préférence aux oeufs de fourmis, une nourriture dont ils n'eussent fait aucun cas dans toute autre circonstance.

Voilà donc, à mes yeux, un grand problème résolu : il est constant aujourd'hui que l'on peut habituer des oiseaux délicats à prendre, dès leur premier âge, la nourriture la plus ordinaire, en les mettant en contact avec des oiseaux déjà soumis à ce régime. Ce moyen si simple, que tout le monde peut expérimenter, suffira, j'ai lieu de l'espérer, pour lever une partie des difficultés que l'on rencontre toujours dans l'éducation de ces oiseaux d'agrément. Il ne s'agit pas seulement d'élever à grands frais, avec un soin extrême, certaines espèces, ce qui ne peut être que le privilège de quelques personnes, il faut, selon moi, arriver à un résultat pratique et à la portée de tous. Nos oiseaux domestiques, tels que les Poules, les Canards, n'ont pas seulement le mérite d'une chair bien succulente, mais on les désire et on les trouve partout, parce qu'ils naissent, s'élèvent et vivent sans exiger aucun soin sérieux. Si j'ai bien compris le but de notre Société, elle ne veut pas seulement faire venir de loin et introduire dans notre pays des oiseaux qui ne peuvent servir qu'à l'agrément d'un petit nombre, elle veut encore que ces oiseaux prospèrent dans les conditions les plus faciles pour tous. J'espère avoir atteint en partie ce but, et je crois que tout le monde y arrivera comme moi en usant des mêmes procédés.

J'ai donc aujourd'hui, dans ma pièce d'eau, une couvée de


ÉDUCATION DE PLUSIEURS OISEAUX D'AGRÉMENT. 25

Mandarins qui se sont élevés pour ainsi dire tout seuls et qui n'ont eu, pour toute nourriture, que des oeufs de fourmis pendant une quinzaine de jours, et du son et de la farine d'avoine pendant le reste du temps. Ces canards sont très beaux et très vigoureux, n'ont jamais eu la moindre maladie : toutefois je pense que ce régime n'a de chances de succès que dans des conditions pareilles à celles où j'avais placé mes oiseaux. En volière, l'eau et l'espace leur manquent toujours, et ils ne sont pas à même, comme dans une pièce d'eau, de faire la chasse à ces myriades de petites mouches qui voltigent à la surface, et dont la capture leur procure le précieux avantage d'un exercice salutaire et d'une bonne nourriture.

Pardonnez-moi, monsieur le Président, la longueur de cette lettre ; je crains d'avoir été indiscret en vous entretenant d'un sujet qui n'a sans doute aucun mérite sérieux.

Agréez, etc.

AIMÉ LAURENCE fils.


26 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. SUR LES RÉSULTATS

DE LA

CULTURE DE DIVERSES ESPÈCES D'IGNAMES

Par Ad. CHATIN.

(Séance du 8 janvier 1858.)

Je viens faire connaître à la Société quelques résultats relatifs à la culture de l'Igname de la Nouvelle-Zélande, de l'Igname violette des Indes, de l'Igname des Moluques et de l'Igname de

Chine.

IGNAME DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE.

(Dioscorea Piddingtoni, Moq.) (1).

L'Igname que la Société d'acclimatation a reçue de Calcutta, par les soins de M. Piddington et de M. le chevalier Baruffi, avait fourni l'an dernier, à l'aide de bouturages successifs, un grand nombre de tubercules presque tous fort petits. Plusieurs de ces derniers sont morts pendant l'hiver. Les autres, mis à végéter en terre, dès le premier printemps, ont donné des pousses dont la force et la vigueur étaient généralement en rapport avec le volume des tubercules mères. La plante produite par l'un des moins petits (il avait le volume d'une noix) de ces tubercules a été mise, le 15 mai, en plein air, contre un mur exposé au midi, où elle a pris sensiblement plus de force que les plantes provenant de tubercules semblables, mais laissées enserre tempérée. Il ne faut pas oublier que l'été de 1857 a été exceptionnellement chaud.

La végétation des divers individus s'étant successivement arrêtée, j'ai constaté les résultats suivants le 15 novembre.

(1) Quoique nous ne connaissions ni les fleurs ni les fruits de cette plante, nous ne pouvons guère douter que ce ne soit un vrai Dioscorea. Cette espèce n'ayant pas été décrite, du moins à ma connaissance, j'ai cru devoir adopter le nom de Dioscorea Piddingtoni, sous lequel notre confrère M. Moquin-Tandon l'a désignée.


CULTURE DE DIVERSES ESPÈCES D'IGNAMES. 27

a. La plante mise en plein air avait produit un tubercule presque aussi gros que le tubercule mère.

b. Des plantes de la serre, au nombre de vingt environ, deux seulement avaient produit chacune un tubercule-racine de la grosseur d'une noisette; les autres avaient développé de nombreuses fibres radicales, mais de tubercules, point.

Je dois dire que, vers le 15 octobre, reconnaissant à la couleur jaune des feuilles et à la dessiccation des pousses terminales que l'individu mère, en pleine terre, se rapprochait du terme de sa végétation, je fis pratiquer sur lui des boutures (au nombre de 47) dont chacune a produit, de l'aisselle de la feuille, un bubille de la grosseur d'un pois.

La végétation de l'Igname de la Nouvelle-Zélande a donc été moins satisfaisante encore en 1857 qu'en 1856; la plante a de plus en plus dégénéré depuis son arrivée en Europe. Le résultat général, qu'il faut bien voir tel qu'il est, détruit les illusions auxquelles nous avions pu nous abandonner sur la possibilité d'acclimater en France l'Igname envoyée de Calcutta par M. Piddington. Espérons que les très beaux produits donnés en Afrique par celte Igname, dont M. Hardy aurait obtenu l'an passé des tubercules du poids de 10 kilogrammes, se confirmeront du moins.

La Société se rappelle que deux des trois gros tubercules dirigés sur Paris par M. le chevalier Baruffi avaient été confiés à MM. Moquin-Tandon et Paillet. Or, chez nos collègues aussi, la dégénérescence des produits a été malheureusement complète. M. Rémond, de Versailles, à qui j'avais confié, en 1857, quelques boutures dont les produits avaient été d'abord satisfaisants, n'a obtenu, cette année, que deux tubercules dont le volume ne dépasse pas celui d'une graine d'orange.

IGNAME VIOLETTE DES INDES (Dioscorea alata, L.).

Les racines grosses et assez courtes de cette espèce (le Katsjit-Kelengu de Rheede), originaire des Indes, nous sont arrivées de plusieurs de nos colonies. La plante pousse bien dans nos serres, où elle donne de petits tubercules que j'ai


28 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. comptés au nombre de deux, de trois et même de six sur le même pied. Ce dernier fait est intéressant, mais il n'est que trop certain que l'espèce à laquelle il se rapporte exige, pour sa culture, un climat infiniment plus chaud que celui de la France. Elle prospère dans la mer du Sud et dans l'Afrique australe. Réussira-t-elle en Algérie ?. A notre confrère M. Hardy de nous l'apprendre.

IGNAME DES MOLUQUES (Dioscorea nummularia, Lam.)

C'est à l'Igname des Moluques que je crois devoir rapporter un Igname (envoyé, je crois, de Bourbon) dont la Société m'a confié des tronçons de racine desquels s'est élevée une tige couverte à sa base de nombreux aiguillons et portant des feuilles cordiformes à trois ou cinq nervures. Des trois pousses que j'ai obtenues, deux ont donné un seul tubercule-racine, la troisième en a produit deux. Ces tubercules sont de formes elliptiques et de la grosseur d'une petite noix.

Nous n'avons encore rien à attendre, si ce n'est peut-être en Algérie, de l'Igname des Moluques.

IGNAME DE LA CHINE (Dioscorea Batatas, D. ; Dioscorea Japonica, Pepin, non Thunberg).

Ce que j'ai à dire de l'Igname de Chine ou du Japon, j'allais dire de notre Igname, tant la Société aura des droits à l'acclimatation en Europe, grâce aux riches envois de notre confrère, M. de Montigny, de cette espèce, est aussi satisfaisant que ce que je viens de rapporter des Ignames de l'Inde, des Moluques, etc., l'est peu.

Une visite que j'ai faite, il y a quelques jours, aux cultures de M. Rémond m'a permis de constater des résultats tels, en ce qui touche l'Igname de Chine, que je dois les faire connaître à la Société comme marquant une époque nouvelle pour l'acclimatation de cette plante. Ces résultats sont de deux sortes, les uns se rapportant aux bulbilles, les autres aux tuberculesracines.

Les bulbilles que j'ai l'honneur de mettre sous vos yeux vous


CULTURE DE DIVERSES ESPÈCES D'IGNAMES. 29

étonneront sans doute par leur grosseur, comme ils m'ont étonné moi-même. Beaucoup sont du poids de 8gr,15; l'un d'eux, de la grosseur d'un petit oeuf, pèse 25 grammes ; je resterai au-dessous de la vérité, en disant que les bulbilles envoyés de Chine par M. de Montigny n'égalaient pas en grosseur les bulbilles produits par M. Rémond. Et ici je ne compare pas les premiers à cette sorte d'échantillon monstre du poids de 25 grammes ; c'est le quart au moins de la récolte de Versailles qui surpasse en volume tous les produits de la récolte faite en Chine. N'est-ce pas là une très bonne preuve que le climat de la France convient à l'Igname de Chine au moins autant que ce dernier pays lui-même ? Bien que les bulbilles qui se développent à l'aisselle des feuilles ne soient qu'un produit accessoire de la culture de l'Igname, ce n'est pas à dire qu'ils représentent un produit sans importance : soit qu'on le considère comme matière alimentaire ou comme destinée à la plantation, les 4 ou 5 hectolitres de bulbilles que j'ai vus dans les greniers de M. Rémond représentent une valeur réelle. Il ne saurait être indifférent aux personnes qui cultiveront l'Igname de récolter sur la partie aérienne de la plante, en attendant qu'elles en arrachent la racine, de vingt à cent bulbilles bien féculents, dont plusieurs peuvent atteindre au volume de ces petites pommes de terre hâtives auxquelles M. Marjolin, presque aussi zélé horticulteur que célèbre chirurgien, a donné son nom.

Les qualités de l'Igname de Chine seront, on ne saurait guère en douter, améliorées par la culture européenne, et les améliorations porteront essentiellement sur la racine charnue. Mais serait-il sans intérêt de perfectionner aussi la plante par les bulbilles en cherchant à rendre ceux-ci à la fois plus gros et plus hâtifs? On peut, en considérant les produits de la récolte de cette année chez M. Rémond, concevoir que, dans cette direction aussi, quelque chose pourrait être fait. Des sélections successives, faites avec soin et intelligence, conduiraient peut-être au but à atteindre.

Le volume des racines de la culture d'Igname de M. Rémond est en parfait rapport avec celui des bulbilles. Un lot que j'aperçus dans l'un des magasins, et qui représentait à peu


30 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. près un poids de 200 kilogrammes, était entièrement composé de racines si grosses, que les plus petites ne pesaient pas moins de 1 kilogramme, tandis que les plus grosses atteignaient au poids de 2kil,300. Elles étaient, il est vrai, le produit de plantes de deux ans, mais de plantes troublées dans leur végétation de la première année, par le bouturage de leurs pousses.

Les racines récoltées à Versailles établissent donc (et ce point est confirmé par la racine très grosse aussi, déposée aujourd'hui sur le bureau de la Société, par notre illustre confrère, M. Jomard), comme les bulbilles de même provenance, que notre climat convient, au moins aussi bien que celui de la Chine, à la culture du Dioscorea Balatas.

La question d'acclimatation étant hors de discussion, il reste :

1° A déterminer si la plante devra être traitée en culture, comme plante annuelle ou comme plante bisannuelle. 2° A reconnaître le sol qui doit être préféré. 3° A produire des races à racines plus courtes ou plus trapues.

Quant au premier point, quelques faits portent à penser qu'il recevra des solutions différentes, suivant que la plante sera venue dans un bon ou dans un mauvais sol, et suivant qu'on sera dans une année d'abondance ou dans une année de disette. Traitée comme plante bisannuelle, l'Igname pourrait bien être un jour notre meilleur grenier de réserve, notre grenier de Pharaon.

Comme tendant à éclairer la question (qui ne saurait tarder beaucoup d'être résolue) relative au sol, je présente à la Société, de la part de M. Choplin, chef des cultures de M. Rémond, une belle racine du poids de 650 grammes obtenue d'un bulbille, après quatre mois seulement de végétation, sur des terres basses et tourbeuses de Sacy-le-Grand, appartenant à M. le docteur Léonart. Cette racine n'est pas, d'ailleurs, un produit accidentel, car à côté d'elle s'en trouvaient de semblables, provenant aussi de bulbilles donnés par M. Choplin à M. Léonart. Les terres tourbeuses, si connues dans nos départements de


CULTURE DE DIVERSES ESPÈCES D'IGNAMES. 31

l'Oise et de l'Aisne, paraissent donc convenir beaucoup à l'Igname.

Les résultats obtenus dans les tourbes de Sacy-le-Grand (Oise) doivent être rapprochés de ceux en tout pareils auxquels est arrivé, ainsi qu'il vient de me l'apprendre, notre confrère, M. le docteur C. Aube, en cultivant l'Igname dans des fosses remplies de terre mélangée à beaucoup de détritus organiques.

Quant à de nouvelles races à racine plus courte, plus ramassée, c'est surtout aux semis qu'on devra les demander. Quelques graines, envoyées d'Alger par M. Hardy, ont bien levé; quelques-unes des racines produites semblent devoir offrir une forme assez avantageuse, mais il serait prématuré toutefois de porter sur elle un jugement définitif. Peut-être aussi arriverat-on à améliorer, par sélection, la forme des racines, mais ici encore la persévérance sera nécessaire, les racines accidentellement, quoique spontanément courtes, reproduisant habituellement des plantes à racines longues.

Quant à la méthode imitée de celle qui donna à M. de Gasparin de si magnifiques résultats aux environs d'Orange, quant à la Patate, méthode consistant à cultiver l'Igname dans une terre à sous-sol dur et peu profond, qui s'oppose à l'élongation des racines, elle pourra rendre les produits plus trapus, mais c'est inutilement, sans doute, qu'on lui demanderait de fixer les qualités de ces produits dans des races.

On peut résumer tout ce qui précède en disant qu'en France, où l'Igname de Chine passe très bien l'hiver en terre, et donne de magnifiques produits, son acclimatation et sa culture sont utiles aujourd'hui, choses réalisées, mais qu'il faut probablement y abandonner tout espoir de cultiver l'Igname dit de la Nouvelle-Zélande, l'Igname des Indes et l'Igname des Moluques, espèce dont la première donne pour l'Algérie, et peut-être pour tout le bassin méditerranéen, de sérieuses espérances.

Il reste toutefois, pour l'Igname de Chine, à rechercher la meilleure méthode de culture, à déterminer le sol le plus convenable et l'engrais le plus utile, à produire enfin des races à racines plus trapues et, accessoirement du moins, à bulbilles plus gros.


32 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

II. TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ.

SUR L'YAK SAUVAGE

ET SUR QUELQUES ANIMAUX DU THIBET ET DE L'INDE.

LETTRE ADRESSÉE A M. DARESTE, Secrétaire de la première section de la Société.

ET NOTE PAR M. ROBERT SCHLAGINTWEIT.

(Séance du 8 janvier 1858.)

Messieurs,

Ce m'est un grand plaisir de répondre à quelques-unes des questions que vous nous avez adressées ; mais quoique je sois tout prêt à vous offrir les notes les plus complètes, il me faut, pour le moment, vous prier de vous contenter du peu, que je vous offre, mes observations n'étant pas encore terminées. L'état hygrométrique du Thibet varie, mais peu avec l'élévation. Portons une élévation moyenne de 3900 mètres, au mois de septembre, comme une moyenne annuelle approchée, la température de l'air varie à neuf heures du matin de 14 à 16 degrés, le psychromètre variant en même temps de 6°,8 à 8 degrés.

En hiver, la sécheresse est un peu moins grande. C'est dans cette région et dans les vallées un peu moins élevées de 2500 à 3000 mètres que les Chèvres à duvet normal se trouvent; la diminution de température d'un degré centigrade correspondant à une différence de hauteur de 180 à 190 mètres, l'état hygrométrique varie très peu.

Les Yaks deracepure, qui ne sont pas, comme les Dehoubous, croisés avec le Zébu de l'Inde, montent dans l'état sauvage jusqu'à 6000 mètres.

Le Yak est un des animaux les plus acclimatés au froid et à


SUR L'YAK SAUVAGE. 33

une pression atmosphérique très réduite. Les Yaks purs descendent dans le Bantlin dans la saison fraîche jusqu'à 1500 mètres, mais pour quelques semaines seulement.

Les Yaks ne peuvent exister dans les parties humides de l'Himalaya ; bien des expériences faites à Simla, Dant, Jiling, etc., ont toujours manqué de résultats.

La sécheresse des régions des Yaks sauvages est extrême, même plus grande que celle des régions des Chèvres à duvet.

Les Dehoubous, le croisement toujours fécond des Yaks et des Boeufs à bosse, ou Zébus de l'Inde, existent dans des régions bien plus chaudes, mais aussi souffrent beaucoup d'une humidité qui dépasse celle des régions tempérées de la France. On le trouve en Chine, où l'humidité, à élévation égale, est bien moins grande jusqu'à 1000 mètres d'élévation ; mais ils ne peuvent exister dans les parties de l'Himalaya de température égale, mais d'humidité bien plus grande.

Je prends la liberté de vous envoyer une petite Note, sur quelques animaux du Thibet, que j'ai communiquée à Dublin (p. 1156).

Votre très dévoué, ROBERT SCHLAGINTWEIT.

Note sur quelques animaux du Thibet et de l'Inde.

L'existence du Yak, ou Boeuf du Thibet, dans l'état sauvage, a été souvent mise en doute, mais nous avons fréquemment trouvé des Yaks sauvages. Les principales localités où nous les avons rencontrés sont ces deux pentes de chaînes qui séparent lTndus du Sutledges près de la source de l'Indus, et dans les environs de Gastok ; mais le plus grand nombre se trouve au pied du versant septentrional de la chaîne du Karakoram, aussi bien qu'au midi du Kuenluen dans le Turkestan. Dans le Thibet occidental, particulièrement dans le Hadak, car il n'y a plus à présent de Yaks à l'état sauvage, quoique je ne doute point T. V. -Janvier et Février 1858. 3


34 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D' ACCLIMATATION. qu'il y en ait jadis existé. Il semble qu'ils y aient été détruits; la population y était, quoique très clair-semée, un peu plus nombreuse qu'au Thibet en général. Comme il s'est trouvé que le Ludaka été beaucoup plus visité par les voyageurs qu'aucune autre partie du Thibet, l'absence du Yak en cet endroit a probablement donné lieu à l'idée qu'ils se trouvent formés plus à l'état sauvage. De tous les quadrupèdes le Yak est celui que l'on trouve à la plus grande hauteur, qui supporte mieux le froid des montagnes couvertes de neige et qui est le moins incommodé par l'air raréfié. Mais en même temps le degré de température dans lequel un Yak peut vivre est très limité; le vrai Yak peut à peine exister en été à la hauteur de 8000 pieds. Nous avons trouvé souvent de grands troupeaux de Yaks sauvages, de trente à quarante, à la hauteur de 18600 à 18900 pieds anglais; et dans une circonstance nous avons suivi leurs traces à la hauteur de 19500 pieds, très remarquable élévation, puisqu'elle est beaucoup au-dessus des limites de la végétation, même plus de 1000 pieds au-dessus de la neige.

L'hybride entre le Yak et la Vache indienne est appelé Choobou. Il est très remarquable que les Choobous, qui sont les animaux domestiques les plus utiles aux habitants de l'Himalaya, soient élevés dans les parties les plus basses; conséquemment ils ne peuvent s'unir ni avec les Yaks, ni avec les Vaches indiennes. Nous avons eu occasion de voir et d'examiner la descendance des Choobous jusqu'à la septième génération, et dans tous les cas nous avons trouvé que les dernières générations n'étaient ni altérées, ni détériorées. Nous nous sommes de plus informés que l'on ne trouvait jamais de limites au nombre des générations.

Le Kiang, ou Cheval sauvage, a été souvent confondu avec le Gorkhar, ou l'Ane sauvage, quoiqu'ils diffèrent considérablement dans leur aspect et qu'ils habitent des contrées et des climats très différents. Le Kiang existe dans les hautes régions froides et les montagnes du Thibet; l'Ane, dans les chaudes plaines de sable du Sind et du Béloutchistan. Le Kiang se trouve en grand nombre à peu près dans les mêmes localités


SUR L'YAK SAUVAGE. 35

que le Yak ; il ne peut cependant atteindre les montagnes aussi élevées que le Yak, mais l'espace qu'il habite est plus grand que celui du Yak. La plus grande élévation où nous ayons trouvé les Kiangs était de 18600 pieds anglais, tandis que nous avons trouvé des Yaks à une hauteur de 19 500 pieds.

La région où l'on trouve le Yak et le Kiang est, au point de vue zoologique, une des plus remarquables et des plus intéressantes de notre globe. Ces plateaux et ces régions vastes et élevés, quoique libres de neiges et de glaces dans l'été, sont un désert pendant toute l'année; leur végétation y est moindre encore que celle du désert entre Suez et le Caire en Egypte. Néanmoins ces régions élevées et stériles sont habitées par de nombreux troupeaux de grands quadrupèdes; en.outre de ceux qui ont été déjà mentionnés, on y trouve en abondance de nombreuses espèces de Moutons sauvages, des Antilopes, un petit nombre d'animaux de la race des Chiens, principalement des Renards et aussi des Lièvres. Les animaux herbivores y trouvent leur nourriture seulement en voyageant de jour sur de vastes espaces où ils ne rencontrent qu'un très petit nombre de places fertiles, la plus grande partie étant complètement stérile.

Le Gorkhar, ou Ane sauvage, animal qui, comme je l'ai déjà dit, a été souvent confondu avec le Kiang, habite, principalement les régions montagneuses du Béloutchistan et une partie des plaines sablonneuses du Sind, et on le retrouve, si j'ai été bien renseigné, à l'ouest du Béloutchistan, en Perse où il est appelé Koulan. Le docteur Barth m'a dit récemment que d'après la description que je lui en ai faite, il considère les Anes qu'il a vus en Afrique comme identiques avec les Gorkhars ou Anes sauvages du Sind et du Béloutchistan.

Je veux maintenant essayer de donner une explication de la fabuleuse Licorne, ou de l'animal que l'on dit n'avoir qu'une seule corne. Cet animal a été décrit par les célèbres voyageurs dans le Thibet oriental, MM. Plue et Gabet, d'après les renseignements qu'ils ont pu recueillir, comme une espèce d'Antilope avec une seule corne placée non symétriquement sur sa tète. Lorsque mon frère Hermann était dans le Népaul, il


36 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. se procura des spécimens de cornes d'un Mouton sauvage et non d'une Antilope d'un aspect très curieux. A première vue, il semble qu'il n'y ait qu'une seule corne placée sur le centre de la tète. Mais par un examen plus attentif et après avoir fait une section horizontale de la corne, on trouve qu'elle consiste en deux parties distinctes enfermées dans une enveloppe cornée exactement comme deux doigts qui seraient enfermés dans un même doigt de gant. L'animal dans sa jeunesse a deux cornes distinctes qui sont toutefois placées si près l'une de l'autre que leurs bords intérieurs se touchent à leur origine. Plus tard, par l'effet d'une légère irritation, la matière cornée forme une masse non interrompue, et les deux cornes sont entourées de telle sorte qu'elles semblent à première vue n'en faire qu'une.


PROCÈS-VERBAUX. 37

III. EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX

DES SÉANCES GÉNÉRALES DE LA SOCIÉTÉ.

SÉANCE DU 8 JANVIER 1858.

Présidence de M. RICHARD (du Cantal), vice-président, et de M. IS. GEOFFROY. SAINT-HILAIRE, président.

A l'ouverture de la séance, et avant l'arrivée de M. Geoffroy Saint-Hilaire, M. Richard (du Cantal) informe la Société, au nom du Conseil d'administration, qui en a été lui-même instruit dans sa dernière réunion, que le Comité de souscription pour la médaille d'honneur à offrir, au nom de la Société, à notre illustre Président, a terminé ses travaux. Il présente un résumé rapide du rapport de ce Comité, et annonce qu'il a été approuvé par le Conseil, le soumet ensuite à l'approbation de l'assemblée; les conclusions en sont adoptées à l'unanimité.

- La séance est alors levée, et après quelques moments d'interruption, elle est ouverte de nouveau.

- M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

MM. BOURLON DE SARTY, ancien préfet, membre du Conseil général de Seine-et-Oise, au château de Gif par Orsay (Seine-et-Oise).

BRICE LABURTHE, à la Grange-Rouge de Candé près Blois (Loir-et-Cher).

FLEURY (le docteur Louis), agrégé à la Faculté de médecine de Paris, médecin de l'Empereur, médecin en chef de l'établissement hydrothérapique de Bellevue, à Bellevue (Seine).

LORGES (le comte de), à Paris.

MALLEVAL, propriétaire, à Paris.

MAUDE (de), à Paris.

MOREAU (Frédéric-Thomas), négociant, à Paris.

NATTES-VILLESOMTAL (le comte Louis de), au château de Poussan, près Béziers (Hérault).

RÉVEIL (le docteur), agrégé à la Faculté de médecine et à l'École de pharmacie, à Paris.


38 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. MM. RICHARD-BÉRENGER, propriétaire, à Paris.

ROCHAS (Aimé), directeur des cultures chez madame de

Rosnovant née Callimaki, à Jassy (Moldavie). THINUS (Léon), secrétaire général de la caisse francosuisse de l'agriculture, à Paris.

M. Guérin-Méneville, secrétaire du Conseil, fait connaître

le résultat des élections faites le 5 janvier par les Sections pour l'organisation de leurs bureaux, spéciaux pour l'année 1858, ainsi que pour la Commission des récompenses, et le 6 janvier par le Conseil afin de compléter cette Commission.

lre SECTION. - MAMMIFÈRES.

MM. RICHARD (du Cantal), président. Frédéric DAVIN, vice-président.

MM.

C. DARESTE, secrétaire. A. GEOFFROY St-HILAIRE, vice-secrét.

M. LÉO D'OUNOUS, délégué dans la Commission des récompenses. 2° SECTION. - OISEAUX.

MM. BERRIER-FONTAINE, président. CHOUIPPE, vice-président.

MM. DAVELOUIS, secrétaire. HUBERT-BRIERRE, vice-secrétaire.

M. DAVELOUIS, délégué dans la Commission des récompenses. 3e SECTION. - POISSONS, ANNÉLIDES, MOLLUSQUES, ZOOPHYTES.

MM. A. PASSY, président. MILLET, vice-président.

MM. Ch. LOBLIGEOIS, secrétaire. Ch. WALLUT, vice-secrétaire.

M. MILLET, délégué dans la Commission des récompenses. 4e SECTION. - INSECTES.

MM.

GUÉRIN-MÉNEVILLE, président. BIGOT, vice-président.

MM.

L. SOUBEIRAN, secrétaire. A. PERROT, vice-secrétaire.

M. BIGOT, délégué dans la Commission des récompenses. 5e SECTION. - VÉGÉTAUX.

MM.

MOQUIN-TANDON, président. CHATIN, vice-président.

MM. Joseph MICHON, secrétaire. DUPUIS, vice-secrétaire.

M. CHATIN, délégué dans la Commission des récompenses.

CONSEIL. Délégués dans la Commission des récompenses : MM. DROUYN DE LHUYS, A. DUMÉRIL, GUÉRIN-MÉNEVILLE et F. JACQUEMART. Toutes les Sections ont fait connaître leur intention de conserver, pour leurs réunions, les mêmes jours et heures qu'en 1857.


PROCÈS-VERBAUX. 30

- M. Millet, délégué de la 3e section, demande à être remplacé par un autre membre, en raison d'affaires urgentes et tout à fait imprévues, qui ne lui permettraient pas de suivre les travaux de la Commission. En conséquence, la 3e section, invitée à procéder immédiatement à une nouvelle élection, se retire dans une salle voisine et désigne, à l'unanimité, M. Dareste comme son délégué.

- M. le Président annonce que la Société vient d'avoir la douleur de perdre récemment cinq de ses membres : MM. le docteur Baudens, Javal père, le général Leboul, Pécoul (de la Martinique), et de Rainneville.

- Un rapport de notre confrère, M. Braguier, de SaintGenest, sur la culture des végétaux que la Société lui a confiés, est renvoyé à l'examen de la 5e section.

- M. le marquis de Vibraye, membre de la Société, adresse un compte rendu détaillé sur ses cultures d'arbres exotiques (renvoi à la 5e section). Il demande qu'on lui confie des Cochons chinois.

- M. Piddington, membre honoraire, remercie du titre de délégué de la Société, à Calcutta, que lui a décerné le Conseil. Il donne de nouveaux détails sur les effets thérapeutiques contre la lèpre de l'huile obtenue des graines du Chaulmoogra odorata, Roxburgh (Gymnocardia odorata, Rob. Brown), dont il a déjà été question l'année dernière (Bulletin, 1857, p. 178). Il rappelle que, de concert avec M. le docteur F.-J. Mouat, inspecteur des hôpitaux des provinces méridionales de l'Inde anglaise, il a expédié dans une caisse à la Ward, et pour être partagés entre le jardin de Kew près Londres et la Société d'acclimatation, plusieurs pieds de cette plante. De plus, ils vont adresser en France, dit-il, une certaine quantité de cette huile, afin que des essais sur ses propriétés puissent être tentés à l'hôpital Saint-Louis, d'après les indications contenues dans une Note imprimée jointe à sa lettre.

Enfin, notre confrère adresse un échantillon de graines de Dracocephalum Royleanum qui fournissent une matière mucilagineuse abondante.

- M. le professeur Chatin signale un nouvel envoi de


40 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. 325 noyaux de pèches de Tullins qui, ajoutés aux 500 précédemment reçus, portent à 825 le chiffre de ceux que la Société aura pu distribuer cette année.

- Ce même membre présente un rapport sur la culturelles Ignames étrangers qui lui avaient été confiés.

- M. Jomard fait parvenir un rapport sur sa culture d'Ignames à Lozerre, près Paris, qui a donné de beaux résultats, comme on en peut juger par un spécimen qu'il a fait placer sur le bureau. Quant au Sorgho, la graine, cette année, n'a pas suffisamment mûri, mais les cannes ont été livrées à une distillerie.

Notre confrère transmet, en même temps, une lettre que le docteur Figari-Bey, membre de la Société et directeur du jardin botanique du Caire lui a écrite pour lui exprimer le désir qu'il éprouve de recevoir par la Société des graines d'arbres forestiers des régions intertropicales, afin de pouvoir mettre à exécution le projet qu'il a formé de faire des essais de boisement sur la lisière du désert, voulant par ce moyen coopérer à la richesse de l'Egypte et à l'amélioration de l'état hygiénique de cette contrée.

Les éducations du Bombyx du Ricin entreprises par le docteur Figari-Bey, grâce aux envois faits par la Société, ont parfaitement réussi.

- M. Olivier de Lalande adresse un rapport détaillé sur les résultats obtenus au Brésil par M. Brunet avec le Bombyx du Ricin, dont le développement a eu lieu dans le cours d'un voyage pendant la durée duquel M. Brunet a transporté d'abord les graines, puis les larves qui en sont sorties, dans des mannes fixées à la selle d'un cheval. Malgré ces conditions si défavorables, le succès, ainsi que le rapporte notre correspondant, qui revient du Brésil, a été complet à Fernambouc, où au bout de huit mois on en était à la cinquième éducation.

Il insiste sur l'importance que peut avoir, à un autre point de vue, l'introduction de ce Lépidoptère séricigène dans un pays où le Ricin croit avec une extrême facilité. Il pense, en effet, qu'une plus grande quantité d'huile pouvant être fournie, son prix en Europe arriverait sans doute à être assez


PROCÈS-VERBAUX. 41

abaissé pour qu'il fût permis à l'industrie d'en extraire l'acide sébacique au moyen duquel on obtiendrait une bougie de qualité supérieure à celle de stéarine et entrant en fusion à une température plus élevée.

- Sept hectares et demi ont été ensemencés en Sorgho M. Noùel, à la ferme de l'Isle, commune de Saint-Denis-enVal (Loiret), pendant l'année 1857.

L'ensemencement s'est fait, partie à la volée, partie sur billons, etc. Le produit d'un hectare pesé à la balance-bascule, a été reconnu être de 73000 kilogrammes. Le reste du produit n'a pas été pesé, mais la quantité indiquée ci-dessus doit être considérée comme une moyenne faible. Si l'on eût choisi certaines veines, le pesage eût pu accuser 100 000 kilogrammes à l'hectare.

Le produit haché a été presque exclusivement consommé par des bêtes à cornes à l'engrais. Toutefois les Moutons ont pâturé en vert un champ semé tardivement à la volée, et le Sorgho a été donné aux Chevaux, comme fourrage, avec d'autres nourritures. Les bêtes à cornes à l'engrais, au nombre de 80, l'ont mangé haché, depuis le 2 septembre jusqu'au 10 novembre, et, pendant les six premières semaines, elles n'ont pas mangé autre chose. Il est à remarquer que les farineux et les tourteaux ont été supprimé lorsque le Sorgho a commencé à leur être donné, pendant les six premières semaines, et que les progrès de l'engraissement n'en ont pas été retardés. Il est à remarquer encore que les Vaches laitières, entretenues pour la consommation de la ferme, ont donné plus de lait lorsqu'elles en ont mangé, et que l'augmentation a été considérable. Les Chevaux, au nombre de 10, ont bien mangé le Sorgho, concurremment avec d'autres aliments. Les 3 Juments entretenues en outre dans la ferme pour les mêmes ouvrages n'ont pas reçu autre chose, tant que la consommation a duré. On n'a pas remarqué, chez les Moutons, la même avidité que chez les Vaches et les Chevaux. Il fallait que les bêtes à laine fussent pressées par la faim pour manger le Sorgho semé à la volée, et surtout les rejetons qui ont repoussé, lorsque les champs ont été dépouillés des grandes tiges.


42 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Ces détails ont été transmis, à la demande de M. Drouyn de Lhuys, par M. Bosseli, Préfet du Loiret et membre de la Société.

- Un rapport favorable sur les résultats qu'il a obtenus à Bordeaux avec le Bombyx du Mûrier est transmis par notre confrère M. le comte de Kercado.

- M. Kaufmann écrit pour signaler à l'attention de la Société quelques tentatives qu'il a faites : 1° pour se procurer des oeufs de Bombyx Cynthia de bonne qualité en ne laissant pas se prolonger l'accouplement des papillons qu'il a soin de séparer presque aussitôt après la première réunion des deux sexes, et 2° pour obtenir le croisement de cette race avec celle du Bombyx du Mûrier. (Renvoi à la 4° section.)

Le même membre donne de vive voix quelques détails sur la séance anniversaire de la fondation de notre Société affiliée des Etats royaux de Prusse. Cette séance, qui a eu lieu à Berlin le 1er août, a témoigné des progrès que fait en Allemagne la cause de l'acclimatation.

- Notre confrère, M. le docteur Sicard, envoie de Marseille des échantillons de soie fournie par le Bombyx Cynthia qu'il a teinte avec succès en différentes nuances au moyen des matières colorantes qu'il a obtenues du Sorgho.

On reçoit, en outre, de M. Sicard, un échantillon de soie qu'il a extraite des poches qui servent d'habitation aux Chenilles processionnaires du pin. A cet envoi, il est joint une Note sur ce sujet.

- Un autre travail relatif à l'utilisation de cette soie est adressé de Tournon-sur-Rhône (Ardèche), par M. Fournier, inspecteur de l'instruction primaire, qui a fait parvenir quelques-unes de ces poches soyeuses. Ce travail sera soumis à la 4e section, ainsi que celui de M. Sicard.

- M. Sacc communique quelques détails sur les heureux essais faits par M. Werder fils pour le dévidage des cocons du Bombyx Cynthia dont la soie, comme il en a acquis la certitude, n'est pas coupée, contrairement à ce qui avait été supposé dans l'origine.

Ce même confrère fait parvenir une pièce d'étoffe longue de


PROCÈS-VERBAUX. 43

37 mètres, fabriquée avec de la soie provenant de cocons du Ver à soie sauvage de Chine qui vit sur le Chêne. Cette soie, acquise par la Société, a été filée chez M. Weber-Blech, à Guebwiller, et tissée mécaniquement sur un métier à tisser le coton, tant elle est forte et résistante, par les soins de M. Werder père, à Wesserling, dans les ateliers de M. Albin Gros, sous la direction de M. Sacc.

Sur la demande de ce dernier, un échantillon de l'étoffe à été transmis à M. le Maréchal Vaillant. Notre illustre confrère, dans une lettre à M. le Président, annonce que, suivant le désir qu'on lui en exprime, il placera ce tissu sous les yeux de S. M. l'Empereur, qui prend, dit-il, un si réel intérêt à tout ce qui a une utilité pratique. M. le maréchal le montrera ensuite à S. Exc. le Ministre de la marine, et lui parlera de la possibilité de l'employer plus tard pour les voiles de navires, et enfin il fera examiner par l'intendance les avantages de cette étoffe pour la confection des petites tentes-abris de nos soldats. M. le Maréchal termine en priant M. le Président de transmettre ses remercîments à M. Sacc, pour cet envoi.

- M. le baron Anca adresse, de Palerme, un reçu des animaux qui lui ont été confiés par la Société; il annonce, en même temps, qu'il apportera les plus grands soins aux tentatives d'acclimatation de Chèvres d'Angora et de Chèvres d'Egypte qu'il est maintenant en mesure d'entreprendre.

- On lit, par extraits, un rapport de M. Bouteille, secrétaire général de notre Société affiliée des Alpes, sur le bon état actuel des Yaks qui lui ont été confiés et qu'elle a maintenant placés dans les meilleures conditions. Il donne des détails sur les services qu'ils peuvent, dès aujourd'hui, rendre chez les dépositaires, M. Basset, à Vaujany, et M. Faresse à Saint-Martin-en-Vercors, où ils sont soumis à de bons traitements et exercés à d'utiles travaux comme bêtes de somme. (Voy. pour les détails relatifs au placement de ces animaux, Bulletin, 1857, p. 500.)

- M. Clet, qui a vu récemment ces animaux, fait remarquer à l'assemblée combien est important ce résultat obtenu par l'éducation, en raison du peu de valeur qu'on avait paru, jus-


44 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

qu'alors, attacher dans le pays à la possession de ces précieux animaux. Il pense, comme M. Bouteille, que c'est une grande victoire remportée sur les préjugés des habitants du canton populeux où vit actuellement cette portion de notre troupeau.

- Quant aux Chèvres d'Angora, dit M. le secrétaire général de la Société régionale des Alpes, elles sont acclimatées en Dauphiné; le fait paraît certain à tout le monde dans ce pays. Il s'agit maintenant, ajoute-t-il, d'appeler l'attention de l'agriculteur et de l'industriel sur cette utile race. II termine en informant que M. Alvier, de Die (Drôme), membre de cette Société, lui a communiqué dans une de ses dernières séances un travail intéressant sur les produits de ces Chèvres, et comme il propose de transmettre le mémoire dont il s'agit, l'assemblée accepte celte offre. (Voy. pour quelques renseignements sur ce sujet précédemment donnés par M. Alvier, p. 408.)

Selon M. Bouteille, c'est surtout pour sa toison et pour sa chair que la Chèvre d'Angora doit être recherchée.

- M. Dareste lit une lettre que lui a adressée, en son nom et au nom de son frère Hermann, M. Robert Schlagintweit, et qui est relative à quelques-uns des animaux du Thibet et de l'Inde (voyez ci-dessus, page 32).

- A la suite de cette lecture, dans laquelle il est question de l'Ane sauvage, M. Kaufmann informe des tentatives faites par notre Société affiliée des États royaux de Prusse pour la régénération de la race asine au moyen d'étalons asiatiques pur sang, tentatives qui n'ont jusqu'ici échoué que par suite de circonstances indépendantes de la volonté du Conseil de cette Société.

A cette occasion, M. Davelouis rappelle à l'assemblée que M. de Rainneville, dont la Société déplore la perte toute récente, avait été, toute sa vie, préoccupé du désir d'obtenir cette régénération si désirable.

Le Secrétaire des séances,

A. DUMÉRIL.


FAITS DIVERS. 45

IV. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCES.

M. le Président de la Société lui a annoncé, dans la séance du 5 février, qu'il y a lieu d'espérer la très prochaine concession, au bois de Boulogne, de vastes terrains destinés à l'établissement d'un Jardin d'acclimatation et de culture, pour les espèces animales et végétales nouvellement introduites.

Dans la même séance, M. Jacquemart, rapporteur de la Commission de comptabilité, a indiqué sur quelles bases sera établi le Jardin zoologique et botanique d'acclimatation. I.e rapport de M. Jacquemart sera très prochainement publié.

- Notre confrère, M. Chagot aîné, négociant, membre de la Commission des valeurs au Ministère du commerce, vient de réaliser sa généreuse intention, déjà annoncée à la Société, de fonder un prix pour la Domestication de l'Autruche, soit en France, soit en Algérie, soit au Sénégal : prix qui sera décerné par la Société à celui qui aura le premier obtenu six individus au moins d'une troisième génération.

M. Paul Blacque, trésorier de la Société, a informé M. le Président, par une lettre en date du 5 février, que M. Chagot venait de faire verser dans la caisse de la Société la somme de deux mille francs, affectée par lui à ce prix ; et M. le Président s'est fait aussitôt l'interprète de la gratitude de la Société envers notre honorable confrère.

Le lendemain, M. Chagot a adressé à M. Auguste Duméril, secrétaire des séances, la lettre suivante que nous nous empressons d'insérer dans le numéro sous presse de notre Bulletin :

A M. le Professeur AUGUSTE DUMÉRIL, secrétaire des séances de la Société impériale zoologique d'acclimatation.

« Paris, 6 février 1858. " Monsieur, » Depuis assez longtemps, j'avais pris la liberté d'offrir à la Société impériale d'acclimatation une somme de 2000 francs pour qu'elle pût fonder un prix à la personne qui démontrera, d'une manière irrécusable, le moyen d'élever et faire reproduire les Autruches en France, en Algérie ou au Sénégal, à l'instar des oiseaux de basse-cour; désirant que le fait, s'il se produit, soit acquis à la science, je mettais pour condition qu'il ne pût donner lieu à aucun doute, et fût authentiquement démontré par la production de six Autruches vivantes représentant une troisième génération à l'état privé. Ces essais exigeant un certain nombre d'années, je ne voulais point verser cette somme sans chercher à savoir s'ils avaient une certaine chance de réussite ; aussi avais-je pris des informations dans bien des contrées ; de là la lettre que m'a adressée notre collègue, M.Hardy, d'Hamma (Algérie), et qui a été publiée dans tous les journaux (1), ainsi que celle que je viens de recevoir de

(1) Notre honorable confrère, M. Hardy, a aussi adressé à M. le Président de la Société, sur l'incubalion de l'Autruche à Alger, une lettre intéressante qui a été publiée dans le Bulletin, tome IV (1857), pages 524 et 525.

Dans le même volume se trouve le Rapport de M. le docteur Gosse, sur les documents adressés d'Algérie, en réponse au questionnaire sur l'Autruche, ainsi que plusieurs articles du même auteur sur le même sujet.

Tous ces documents, et l'ouvrage que notre confrère M. Gosse vient do publier sur l'Autruche seront consultés avec fruit par les personnes qui voudraient concourir pour le prix fondé par M. Chagot. (R)


46 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

M. le baron Au capitaine, également notre collègue à Blidah , et que je vous prie de vouloir bien communiquer à la Société ; lettre dans laquelle il affirme qu'il existe dans les Kssours du Sud des Autruches à l'état privé qui pondent et couvent. Ces documents ont levé mes dernières incertitudes, et je m'empresse de vous prévenir qu'édifié par ces communications, je viens de déposer les susdits 2000 francs à la caisse de la Société, vous priant de vouloir bien faire rédiger le programme des conditions à remplir, afin qu'il soit bien constaté pour les, concurrents que la Société seule décidera si elles ont été scrupuleusement remplies.

» Pour arriver à l'exécution de ce projet, dont la réalisation serait d'une si grande utilité pour l'industrie des plumes, qui occupe à Paris plusieurs milliers d'ouvriers, je vais, d'après les conseils de M. Aucapitaine, donner connaissance de ce prix dans les cercles de Biskara, Laghoual, etc., et aussi dans le journal arabe Mobacher, pour arriver à la plus grande publicité. Je me permettrai même d'en informer M. le Maréchal Randon, gouverneur général ; ce qui ne m'empêchera pas d'entretenir, comme je le fais depuis trois ans, un agent au Sénégal qui s'occupe sérieusement de ces essais, et a déjà réuni un troupeau de dix Autruches tellement privées, qu'elles viennent manger dans sa main. A ce sujet, je crois qu'il serait bon de rappeler dans les programmes de notre Société, que son but est d'acclimater tous les produits du globe non-seulement en France, mais aussi dans nos Colonies, et même aussi dans tes pays étrangers, où la différence de climat amènerait d'excellents résultats.

» Si je ne m'abuse, Monsieur, bien des membres de notre Société, dont les noms figurent près de ceux des princes de la science, des arts et de l'industrie, et de tant de notabilités, rendraient de très grands services en employant leurs capacités, en tendant leur esprit, leurs idées vers les recherches ou améliorations, but de notre Société. Nul doute que, dans l'avenir, elle ne devint aussi une des gloires impérissables de la France, d'où viennent toutes les grandes idées de l'humanité. Pour moi, qui ne puis apporter à ses travaux que ma bonne volonté, je verrai avec plaisir décerner le prix que j'ai offert, et ferai toujours mes efforts pour contribuer aux améliorations qu'elle se propose d'atteindre.

» Recevez, Monsieur, etc.

» CHAGOT aîné. »

A celte lettre était jointe celle plus haut citée de M. le baron Henri Aucapitaine, sergent au 1er régiment des tirailleurs algériens, membre de la Société. Cette lettre est ainsi conçue. :

" Blidah, 29 décembre 1851. «Monsieur,

» De retour de la Kabylie, je viens tardivement répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet des Autruches.

» J'ai écrit : « Dans le Sud, auprès des douars des grands chefs ou plus

» fréquemment encore dans les Kssours, on trouve des Autruches privées; elles » pondent et couvent.,. »

" Ce renseignement n'a malheureusement pas la portée que j'aurais voulu, de même que vous, Monsieur, y attacher. Ce sont des Autruches prises à la chasse, et non pas les descendants d'animaux privés. Il n'y a, à ma connaissance, aucun fait qui puisse mériter votre attention dans le sens que vous désirez. Je dois maintenant, Monsieur, ajouter que, d'après les renseignements que je recueille chaque jour, la domestication complète de l'Autruche, c'est-à-dire sa reproduction à l'état privé, serait un fait facile à obtenir. Je ne doute pas qu'en faisant connaître à Laghouat (province d'Alger), à Biskara (province de Constantine) et à Géryville (province d'Oranj, l'intention que vous avez de décerner un prix de 2000 francs, on n'arrive sous peu à un excellent résultat.


FAITS DIVERS. 47

» En vous adressant aux commandants supérieurs que je viens de vous nommer, ces officiers feraient connaître la récompense promise.

Une insertion dans le même sens au Mobacher, journal arabe de l'Algérie, serait d'un excellent effet.

» Je regrette vivement, Monsieur, de ne pouvoir répondre plus efficacement aux questions que vous avez bien voulu m'adresser.

» Croyez, Monsieur, que je serai heureux de trouver une occasion de vous être utile; j'espère que vous voudrez bien me la fournir.

» Recevez, Monsieur, etc.

" Baron Henri AUCAPITAINE. »

Le programme du prix fondé par M.. Chagot sera publié dans le Bulletin, et annoncé clans la séance publique annuelle du 10 février, à la suite de ceux qu'a fondés la Société elle-même.

- Notre honorable confrère, M. Barbey, armateur, vient de faire venir du Pérou quatre très beaux Lamas. Deux d'entre eux ont été aussitôt offerts à la Société, avec plusieurs vases antiques d'une belle conservation. Les deux Lamas ont été déposés, pour quelques semaines, à la Ménagerie du Muséum d'histoire naturelle.

- Le Conseil d'administration de la Société avait décidé, en février 1857, sur la proposition de M. Drouyn de Lhuys, l'acquisition immédiate d'une caisse de Pommes de terre d'Amérique, qui serait, à son arrivée, répartie, contre simple remboursement des frais, aux membres désireux de faire des essais sur la culture de celte Pomme de terre. M. Drouyn de Lhuys, auteur de la proposition, chargé par le Conseil de prendre les mesures nécessaires pour la réaliser, s'est adressé, à cet effet, à M. Ducourthial, agent consulaire du gouvernement français à Sainte-Marthe (Nouvelle-Grenade).

M. Ducourthial a bien voulu envoyer aussitôt un exprès à la Sierra-Nevada, et la Société a été informée par lui, dans sa séance du 18 décembre (voyez le Bulletin, t. IV, p. 595), qu'une caisse serait prochainement expédiée en France, avec toutes les précautions nécessaires.

Elle vient, en effet, d'arriver au siège de la Société, et l'envoi de M. Ducourthial s'est heureusement trouvé dans un état satisfaisant de conservation. Une Commission composée de M. Drouyn de Lhuys, Vice-Président de la Société et délégué du Conseil près la section des Végétaux, de M. MoquinTandon, Président de cette section, et de MM. Ch. de Belleyme, A. Passy et le comte de Sinety, a été chargée de procéder dans le plus bref délai à la répartition de l'envoi entre les membres qui ont adressé des demandes.

Le Secrétaire du Conseil,

GUÉRIN-MENEVILLE


48 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION.

OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.

Séance du 4 décembre 1857.

ANNALES DE LA SOCIÉTÉ F.NTOMOLOGIQUE DE FRANCE. (Années 1856 et 1857, 1er et 2e semestre.)

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE D'ALGER. (1857, N° 3.)

COMICE COMMUNAL AGRICOLE ET HORTICOLE DE VALCONGRAIN. (Concours du 18 octobre 1857.) Fondé par M. Victor Chatel (de Vire).

CONCESSION ET VENTE DES TERRES DE COLONISATION. (Extrait du Journal

des économistes, 1857, par M. J. Duval.) Offert par l'auteur.

DESCRIPTION DE L'AQUARIUM DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE DE PARIS, par Louis Neumann et J.-L. Soubeiran.

NOTE sur les éducations automnales pour graines, et sur le traitement de l'étisie, par le soufre et le charbon, des Vers à soie, par M. le comte de Retz.

PROCEEDINGS OF THE ACAD. OF NATURAL SCIENCES OF PHILADELPHIA, 1857.

ACT OF INCORPORATION AND BT-LAWS OF THE ACADEMY OF NATURAL SCIENCES OF PHILADELPHIA, 1857.

THE JOURNAL OF THE NEW-YORK STATE AGRICULTURAL SOCIETY. Albany, octobre 1857.

AN ACCOUNT OF THE SMITHSONIAN INSTITUTION, ITS FOUNDER, BUILDING, OPÉRATIONS, etc., prepared from the Reports of prof. Henry to the Regents, and other Authentic Sources. By William J. Rhees.

THE TRANSACTIONS OF THE ACADEMY OF SCIENCE OF SAINT-LOUIS. Vol. 1er.

THE JOURNAL OF THE UNITED STATES AGRICULTURAL SOCIETY. Volume the first Number one, August 1852.

JOURNAL OF THE UNITED STATES AGRICULTURAL SOCIETY. Published Quarterly.

FIRST AND SECOND REPORT ON THE NOXIOUS, BENEFICIAL AND OTHER INSECTES, OF THE STATE OF NEW-YORK. Made to the State Agricultural Society, pursuant to an Appropriation for this Purpose from the Legislature of the State. By Asa Fitch, M. D.

TRANSACTIONS OF THE N. P. STATE AGRICULTURAL SOCIETY. Vol. XV, 1855.

TENTH ANNUAL REPORT OF THE BOARD OF AGRICULTURE OF THE STATE OF OHIO, TO THE GOVERNOR. Pour 1855.

ENUMERATIO PLANTARUM DORTI BOTANICI VALENTINI. Anno 1856.

TRICHOLOGIA MAMMALIUM, OR A TREATISE ON THE ORGANISATION, PROPERTIES AND USES OF HAÏR AND WOOL. Par Peter A. Browne. (2 vol.)


PISCICULTURE. 49

I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ.

NOTICE

SUR LA PISCICULTURE EN FRANCE

PENDANT L'ANNÉE 1857,

Par M. le professeur Jules CLOQUET,

Membre de l'Académie des sciences.

-- (Séance du 5 février 1858.)

Plusieurs entreprises d'une grande portée économique se développent ou se préparent en dehors des travaux de la Société d'acclimatation, par les soins de l'Etat, sous la direction scientifique de M. Coste, membre de l'Institut, soit pour le repeuplement des eaux douces, soit pour le repeuplement des eaux salées.

L'établissement de pisciculture d'Huningue, ce vaste laboratoire, d'abord destiné à l'étude et au perfectionnement des méthodes de fécondation artificielle, a été incorporé dans l'administration des Ponts et chaussées, et en passant aux mains de cette puissante administration, il a pris un tel essor, qu'il est déjà un instrument, en quelque sorte universel, de propagation de la nouvelle industrie, et qu'il fait en ce moment des approvisionnements pour commencer, sur une grande échelle, le repeuplement des fleuves.

D'après les documents officiels, cet établissement, pendant la campagne de 1856 à 1857, a livré des produits à 191 destinataires, répartis dans 59 départements, à 30 établissements ou Sociétés françaises ou étrangères de pisciculture ou d'agriculture, et à 9 États. A la fin de la campagne de 1857 à 1858, il aura expédié à 490 destinataires, répartis sur 66 départeT.

départeT. - Mars 1858. 4


50 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ments, l'Algérie comprise ; à 32 Sociétés ou établissements de pisciculture et à 10 États. Les approvisionnements d'oeufs embryonnés y sont assez considérables pour suffire à toutes ces demandes, et l'administration se met en mesure de les proportionner à des besoins nouveaux, en élevant, dans ses viviers, un grand nombre de reproducteurs.

Depuis que l'administration des Ponts et chaussées a pris possession de l'établissement de pisciculture d'Huningue, elle a pu, sans créer un seul nouveau fonctionnaire, et toujours sur la proposition de M. Coste, entreprendre au moyen de ses nombreux agents le transport du frai d'Anguille, de l'embouchure de nos fleuves dans les eaux de la France. L'année dernière, d'après un rapport de l'un des ingénieurs chargés de ce soin, 1500 000 jeunes Anguilles ont été déposées, par les procédés recommandés par M. Coste, dans les eaux de la Sologne, où l'on commence déjà à constater l'heureux résultat de cette grande expérience, qui sera continuée en 1858.

Au moment où je parle, l'administration des Ponts et chaussées, encouragée par la reconnaissance des populations, a déjà donné l'ordre à ses ingénieurs de faire les préparatifs nécessaires pour que, à partir de ce mois, la montée d'Anguilles soit récoltée à l'embouchure de tous nos fleuves à la fois. En conséquence la récolte du Rhône sera introduite dans l'étang de Berre, et dans les marécages de la Camargue ; celle de la Loire, dans les eaux de la Sologne, du Berry, de la Vendée; celle de la Seine et de l'Orne, dans les eaux de la Normandie; celle de la Somme dans les tourbières de la Picardie ; celle de l'Hérault et de l'Aude, dans les étangs de Thau, de Leucate, de Mauguio ; celle de la Gironde et de l'Adour, dans les nombreux étangs compris entre les embouchures de ces fleuves.

Parmi les causes qui concourent le plus activement au dépeuplement des cours d'eau, il faut placer au premier rang les barrages. Ces obstacles empêchent les poissons voyageurs de remonter vers les lieux où ils doivent se reproduire et tendent à faire disparaître les espèces qui ont besoin de certaines conditions pour l'éclosion de leurs oeufs. On remédiera à ce grave


PISCICULTURE. 51

inconvénient en adaptant à chacun de ces barrages, comme on le fait en Angleterre, un appareil spécial (échelle à Saumon) qui permettra à ces espèces de faire leur ascension. C'est ce que M. Coste a déjà proposé au gouvernement, après avoir visité, dans ce but, les pêcheries d'Ecosse et d'Irlande ; et sa proposition, maintenant que la pisciculture rentre dans les attributions des Ponts et chaussées, sera d'autant plus facile à mettre en oeuvre, que les ingénieurs hydrauliques, chargés de la construction ou de la réglementation des barrages, font partie de cette administration. Ces mêmes ingénieurs pourront donc, à l'avenir, présider à l'aménagement des cours d'eau au point de vue de la pisciculture en général.

Le domaine des mers peut être mis en culture comme la terre; mais ce domaine étant une propriété sociale, c'est à l'Etat qu'il appartient d'accomplir ce grand dessein, et de livrer ensuite aux populations les récoltes préparées par ses soins. Telle est la pensée que M. Coste a mise en lumière dans la relation de son Voyage sur le littoral de la France et de l'Italie, ouvrage publié par le gouvernement il y a déjà quatre ans.

L'Empereur, dont la haute bienveillance est toujours acquise aux entreprises d'utilité publique, a voulu que M. Coste fût mis en mesure de formuler toutes les propositions qui lui sembleraient propres à améliorer les pêches maritimes, et d'indiquer les moyens d'en rendre l'application facile. En conséquence, ce savant a été autorisé par M. le Ministre de la Marine à se rendre, quand il le jugera opportun, sur tous les points du littoral où il y a quelques renseignements à recueillir ou quelque expérience à tenter dans l'intérêt de sa mission, et à se faire accompagner par M. Gerbe, aide-naturaliste, attaché à sa chaire du Collège de France. Les bâtiments de l'État affectés à la police de la pèche sont mis à sa disposition, et les agents de l'administration de la Marine invités à faciliter ses recherches.

Dans ces conditions exceptionnelles, M. Coste a déjà exploré presque tout le littoral de l'Océan, étudiant avec soin toutes les industries, et préparant sur chacune d'elles un travail


52 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

spécial. La première sur laquelle il a appelé l'attention du gouvernement, est l'industrie huitrière.

Frappé du dépérissement de cette industrie, M. Coste propose les moyens de reconstituer les bancs ruinés, de relever ceux qui s'éteignent, d'en créer de nouveaux partout où les fonds seront propices, de manière à transformer le littoral de la France en une longue chaîne d'huîtrières interrompue seulement sur les points où les vases ne permettent pas d'en établir.

Pour réaliser cette grande entreprise, il y a trois sources où l'on peut puiser :

1° La mer commune, où l'on pourra s'approvisionner sans toucher aux bancs déjà existants sur nos côtes ;

2° Les Huîtres dites de rejet, qu'au temps des pêches on a coutume de séparer des Huîtres réglementaires ;

3° Les myriades d'embryons qui, pendant le frai, sortent des valves de chaque mère, comme des essaims d'abeilles de leurs ruches; embryons presque tous perdus en l'état actuel de l'industrie, faute d'un obstacle qui les arrête au passage, et où ils puissent s'attacher.

Chaque Huître, en effet, ne produit pas moins de un à deux millions de petits. Or si, sur ce nombre, dix ou douze des embryons qui se sont fixés aux coquilles de la mère prospèrent, c'est le plus qu'on puisse espérer dans les années d'abondance. Tout le reste se disperse entraîné par les flots, périt enseveli sous la vase ou dévoré par d'autres animaux marins. Le problème consiste donc à trouver un artifice qui permette de recueillir cette inépuisable semence, et de la porter sur les fonds à peupler.

On n'aura, pour la recevoir, qu'à faire descendre sur les bancs naturels des fascines, des clayonnages formés de branchages, retenus au fond par des poids et couchés à plat de manière à n'être point un obstacle à la navigation. Les jeunes Huîtres trouvant dans ces appareils des points solides s'y attacheront, y grandiront, et l'on pourra après un certain degré de développement, les transporter, fixées à ces bâtis de bois, sur des fonds appropriés, où elles deviendront la souche de nouvelles générations, de nouveaux bancs.


PISCICULTURE. 53

La possibilité de recueillir la progéniture des Huîtres est un fait qui ne se démontre pas seulement par les résultats obtenus de temps immémorial sur les bancs artificiels du lac Fusaro, industrie dont M. Coste a décrit les pratiques dans son Voyage sur le littoral de la France et de l'Italie, mais qui ressort maintenant d'expériences entreprises dans l'Océan même. Des branchages, posés sur des bancs de la Bretagne par M. Mallet, commandant du Moustique; sur les bancs de Marennes par M. Ackerman, ancien commissaire de la Marine, en ont été retirés, après plusieurs mois de séjour, garnis de semence. On peut les voir dans la collection de M. Coste. Il n'y a donc plus, pour retirer de cette méthode d'incalculables bénéfices, qu'à opérer sur une grande échelle.

Mais ce n'est pas tout d'avoir créé de nouvelles richesses ; il faut encore, pour les perpétuer, régler leur mode d'exploitation.

L'expérience d'un siècle a déjà donné, dans les baies de Cancale et de Granville, la solution de cet important problème : les coupes réglées sont le meilleur moyen de retirer des champs producteurs le plus grand nombre de fruits, sans porter atteinte à leur fécondité. C'est donc, conformément aux prescriptions de cette méthode généralisée, que M. Coste propose d'exploiter les huîtrières. On les diviserait par zones, de manière à ne revenir sur chacune d'elles que tous les deux ou trois ans, laissant reposer les unes pendant qu'on prendrait la récolte des autres.

Dans l'état actuel des choses, les règlements de la pêche côtière prescrivent la mise en exploitation des bancs pour le mois de septembre, parce qu'à cette époque de l'année, le coquillage ayant déjà frayé, on n'est plus exposé à retirer des eaux les mères portant encore leur progéniture dans leur sein. Mais cette progéniture qui, avant la ponte, forme à l'intérieur de chaque Huître laitée une innombrable famille, vient, après la parturition, se répandre à l'extérieur des valves, s'y incruste, et crée une population nouvelle à la surface de l'ancienne. Or, si au moment où ce repeuplement est accompli, on livre les bancs à l'exploitation, le dommage y sera presque aussi


54 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

considérable qu'en opérant pendant la gestation, car on enlèvera avec les Huîtres adultes les générations naissantes qu'elles portent.

Pour remédier à ce mal, M. Coste propose de déplacer l'ouverture des pêches et de la porter en février ou en mars, au lieu de la maintenir en septembre. Alors la plupart des jeunes de l'année auront acquis les dimensions des Huîtres dites de rejet, et celles qui adhéreront aux valves des mères en seront facilement détachées, soit pour être rendues au gisement producteur, comme le veut le règlement, soit pour être conservées dans des étalages, comme cela se pratique à Cancale.

Telles sont, autant qu'une analyse rapide peut en donner une idée, les moyens à l'aide desquels M. Coste propose de relever l'industrie huîtrière, et d'en mettre les produits au niveau des besoins de la consommation.


GRAINE DE VERS A SOIE. 55

RAPPORT A LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'ACCLIMATATION

SUR LES TRAVAUX ENTREPRIS SOUS SON INSPIRATION,

AVEC L'AIDE DE LA CAISSE FRANCO-SUISSE DE L'AGRICULTURE,

POUR APPLIQUER SUR UNE GRANDE ÉCHELLE

DES MOYENS PRATIQUES ET RATIONNELS DE RESTAURER LA GRAINE DE VERS A SOIE

Par M. F.-E. GUÉRIN-MÉNEVILEE.

(Séance du 19 février 1858.)

En faisant étudier par une Commission spéciale cette grave question de l'épidémie des Vers à soie, en recommandant les vues pratiques émises par cette Commission, la Société Impériale d'acclimatation a cherché, comme toujours, à se rendre utile, et elle y a réussi, puisque ses prescriptions ont été mises à exécution par l'administration de la Caisse franco-suisse de l'agriculture, dont le but est de développer et d'améliorer la production agricole.

Chargé de cette délicate mission en ma qualité de viceprésident de la Commission séricicole de la Société, de membre du conseil d'administration de la Caisse franco-suisse de l'agriculture, et surtout à cause de mes longs travaux pratiques sur les Vers à soie, j'ai pu enfin réaliser ce que je proposais depuis longtemps à qui de droit, j'ai été mis en position de chercher les localités où la maladie ne s'est pas montrée pour y faire de la graine avec toutes les précautions convenables.

J'ai d'abord entrepris le voyage d'exploration dont je vais exposer succinctement le but et les résultats.

Mon but était d'obtenir de la graine réunissant les conditions de bonne provenance et toutes les garanties possibles d'ori-


56 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. gine, exempte même du soupçon de maladie. A ces conditions de provenance et d'origine devait se joindre une autre condition de premier ordre : c'est l'observation attentive des lois de la reproduction, consacrée par les données de la science et par une expérience de quinze ans dans la première magnanerie expérimentale de France, à Sainte-Tulle, avec le concours si dévoué de M. Eugène Robert. Il ne suffit pas, en effet, pour avoir de bonne graine, de choisir une chambrée exempte de maladie; il faut encore choisir les reproducteurs, les placer dans des conditions convenables et surveiller avec l'attention la plus scrupuleuse toutes les phases de l'accomplissement régulier de leur fonction de reproduction.

Mon premier soin a donc été de parcourir les lieux où j'avais l'espérance de trouver des éducations parfaitement saines.

Je suis allé pour cela en Suisse, à Genève d'abord, puis à Morges, à Lausanne, à Monthey. J'ai parcouru la vallée du Rhône, traversé les Alpes par le Simplon ; j'ai visité Domodossola, Pallanza, Locarno, Bellinzona; j'ai remonté la vallée du Tessin jusqu'au Saint-Gothard, où j'ai signalé, à Faido, la limite de la culture du Mûrier; j'ai touché à la Lombardie, exploré Lugano, Luino, Arona, Novare, les environs de Turin, et j'ai observé en passant les ravages faits par la maladie sur les plantations et les éducations. Revenu par la vallée de Suze, j'ai traversé le mont Genèvre, visité les hautes et basses Alpes, confirmant partout l'exactitude de ce fait capital que j'ai le premier signalé et qui est aujourd'hui reconnu de tout le monde, savoir : que, dans les localités élevées où les vignes et les mûriers ne sont pas malades, la gattine ne se présente jamais épidémiquement dans les éducations faites avec des graines de provenance indigène absolue, c'est-à-dire acclimatées depuis plusieurs années dans des lieux semblables ou placées sous les mêmes conditions climatériques, provenant de races dites de pays, et n'ayant pas été mêlées avec des graines d'origine inconnue ou suspecte.

Dans le Tessin, j'ai vu beaucoup d'éducations dans un magnifique état de santé; mais comme, malheureusement, un certain nombre d'éducateurs avaient fait venir de la graine


GRAINE DE VERS A SOIE. 57

d'Italie et même d'Orient, j'y ai vu des chambrées plus ou moins atteintes de la gattine, ce qui m'a engagé à m'abstenir de faire faire de la graine dont je n'aurais pu surveiller la confection. J'ai su depuis que, dans toute cette région, comme dans nos Alpes françaises, les éducations faites avec des races de pays avaient parfaitement réussi, et je crois que beaucoup de graines provenant de ces localités seraient bonnes, si le commerce ne les mêlait pas, comme cela a eu lieu l'année dernière, avec des graines provenant d'éducations plus ou moins atteintes de gattine, et faites avec des races introduites. II aurait fallu rester dans le pays pour éviter cette fraude, surveiller les opérations et empêcher qu'une avidité provoquée par le haut prix de la graine n'engageât les éducateurs à faire grainer les cocons des races étrangères et maladives pour augmenter leurs produits et leurs bénéfices.

Quanta la Lombardie et au Piémont, il est universellement admis aujourd'hui que, dans les régions montagneuses, les Vers à soie ont été plus ou moins épargnés, et l'on cite principalement, comme ayant donné de bons résultats en Piémont, les graines de Tende et de Millesimo, qui se vendent de 7 à 800 francs le kilogramme.

Ainsi fixé sur les lieux où je pouvais raisonnablement espérer de recueillir de la bonne graine, j'ai profité du temps que me laissait la suite des éducations pour aller m'informer de visu de l'état des cultures séricicoles du Midi de la France et des parties limitrophes de l'Espagne. J'ai ainsi visité Arles, Nîmes, Lunel, Montpellier, Cette, Narbonne, Perpignan, poussant jusqu'en Espagne par Figuières. Là partout la maladie, et par conséquent, dans ces régions, nul espoir de faire graine avec quelque chance de succès.

A la suite de ces excursions, j'ai acquis la conviction que, si je ne pouvais pas diriger moi-même, ou me faire remplacer dans cette direction par des personnes d'une intelligence scientifique suffisante et d'une intégrité à l'épreuve des entraînements de la spéculation commerciale, je devais renoncer à avoir des produits dont je pusse garantir l'authenticité et la bonne confection.


58 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Mais j'ai eu le bonheur de trouver à Lausanne, dans un de nos confrères les plus distingués, M. Chavannes, délégué de la Société, un collaborateur dévoué, instruit et disposé à marcher d'accord avec moi, dans l'exécution du programme de la Société d'acclimatation. M. Chavannes m'a montré, dans sa propriété de Pontfarbel près Nyons, des Vers à soie d'une race italienne (de Brianza) qu'il a acclimatés depuis cinq à six ans et qu'il améliore par elle-même en faisant, chaque année, de la graine avec ses meilleurs cocons sans se préoccuper de la consanguinité, et j'ai été frappé de leur beauté et de leur bonne santé. Avec ce dévouement à notre Société dont il a déjà donné tant de preuves, M. Chavannes a bien voulu se charger de la pénible et fatigante mission de convertir pour moi toute sa récolte de cocons en graine, ce qu'il a fait après avoir éliminé les sujets défectueux, et il m'a envoyé cette graine, dont je fais passer un échantillon sous les yeux de la Société.

Dans nos montagnes des hautes et basses Alpes, que j'ai parcourues à plusieurs reprises dans leurs replis les plus reculés, j'ai trouvé des villages entiers qui ont eu des réussites complètes toutes les fois que les éducateurs se sont obstinés, par une routine heureuse, dans ce cas, à n'élever que des Vers à soie de la race du pays, d'une race qui y est acclimatée depuis longtemps. Résistant à tous ceux qui leur apportaient des races de l'Italie, du Piémont, de l'Orient; en résistant le plus souvent sans savoir pourquoi, par esprit de routine, ils ont eu la chance de faire une bonne chose, dans ces temps d'épidémie, et j'en ai profité en leur achetant les produits de ces éducations, qui m'ont donné des reproducteurs excellents, des papillons vigoureux et pondant beaucoup de graine.

Je me suis moi-même chargé de diriger la reproduction de toutes ces éducations ; après m'être assuré qu'elles provenaient bien de races de pays et qu'elles n'avaient pas montré de traces de la gattine, j'en ai fait transporter les produits à Sainte-Tulle, en les faisant voyager la nuit, enfermés dans de larges paniers, et c'est là que je les ai mis en oeuvre.

Voici, d'après une expérience de quinze ans, quels sont les


GRAINE DE VERS A SOIE. 59

principaux signes qui m'ont toujours démontré que la reproduction était normale :

1° Éclosion des papillons ayant presque toute lieu le matin, de trois à sept heures, et sortie de ceux-ci franche et rapide, sans trop salir l'ouverture des cocons par un méconium lancé pendant les angoisses d'une sortie longue et pénible. Les résultats des éclosions qui se prolongeraient durant le cours d'une journée doivent être mis au rebut.

2° Ailes des individus des deux sexes se développant promptement, grandes et bien conformées.

3° Papillons agiles et remuants, cherchant toujours à monter; mâles vifs, ardents, s'accouplant tout de suite; femelles promptes à accepter les mâles.

4° Les paires ne se séparant qu'après douze à quinze heures et plus, si on les laisse libres. Mâles très vifs après la séparation, courant en s'aidant de leurs ailes, et s'enlevant même un peu au-dessus du sol, sans voler cependant, sans rendre la fermeture des fenêtres nécessaire, comme le prétendait l'auteur d'expériences d'éducations en plein air, dans une note adressée à l'Institut (séance du 9 mars 1857). Femelles déposant presque tous leurs oeufs pendant la nuit et le matin suivant, les collant bien les uns auprès des autres, en agitant vivement leurs ailes, ce qui les fait ressembler à des mâles lorsqu'elles sont vidées de tous leurs oeufs.

5° OEufs bien pleins, prenant la couleur de plus en plus rousse et vineuse au bout de vingt-quatre à trente heures, atteignant le ton normal gris ardoisé le troisième jour après la ponte.

6" Femelles susceptibles de vivre encore sept à huit jours sur les toiles, si on ne les jetait pas ; mourant enfin entièrement vides, comme je m'en suis assuré en en ouvrant un grand nombre.

7° Enfin, toiles de pontes n'offrant aucunes taches autres que celles du méconium rougeâtre que rejettent les femelles saines avant de pondre, comme on le voit sur toutes les toiles couvertes d'oeufs que j'ai apportées à Paris, et dont plusieurs sont mises sous les yeux de la Société.

Parmi les signes de maladie que j'ai observés chaque année,


60 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

en faisant de la graine avec des cocons provenant de races piémontaises, lombardes ou d'Orient; signes que j'ai eus sous les yeux cette année encore, puisque j'ai fait grainer, comme expérimentation, quelques kilogrammes de cocons provenant de ces éducations, il en est surtout qui se sont montrés avec une grande intensité dans diverses magnaneries que je visitais journellement. Dans ces races plus ou moins maladives, outre une grande lenteur dans l'accouplement, et même une tendance à le refuser, des désunions spontanées fréquentes au bout d'une heure ou deux et beaucoup d'autres signes qu'il serait trop long d'énumérer ici, j'ai remarqué que les femelles ne pondaient que la moitié, le tiers ou le quart de leurs oeufs, qu'elles mouraient promptement sur les toiles, s'y ramollissaient en se disloquant, laissant tomber leurs ailes et leurs pattes. Leur volumineux ventre, encore plein d'oeufs, se détachait en formant par son poids une sorte de grosse larme qui finissait par fluer en une sanie noire, visqueuse et fétide, infectant et tachant de noir le linge et le peu de mauvais oeufs qui y avaient été déposés par ces êtres débiles.

Pour arriver aux résultats que j'ai obtenus au milieu d'une telle épidémie, j'ai dû faire de grands sacrifices. En effet, le prix déjà si élevé des cocons était considérablement augmenté par les éducateurs qui possédaient des races de pays exemptes de gattine, et à qui on les demandait pour faire de la graine. En outre, comme il fallait en retrancher les défectueux et que ceux-ci ne pouvaient être vendus aux filateurs qu'à un prix très inférieur, il en résultait une grande augmentation dans la valeur de ceux qui étaient définitivement réservés pour la graine. Que l'on ajoute à ces causes de renchérissement la perte de beaucoup de papillons mal éclos qu'il faut jeter, et celle, encore plus grande, occasionnée par la prédominance des mâles qui ont été généralement plus nombreux que les femelles, cette année, et l'on comprendra pourquoi les graines sont partout à un si haut prix (de 6 à 800 francs le kilogramme), et pourquoi il n'en peut être autrement pour celles qui ont été faites dans les conditions où je me suis placé.

Outre ces dépenses exceptionnelles, la confection de ces


GRAINE DE VERS A SOIE. 61

graines a nécessité d'autres sacrifices, et l'on jugera combien cette opération est pénible, pendant près d'un mois, pour ceux qui veulent la faire en conscience, en lisant le passage suivant de mon journal d'observations :

« La connaissance de l'organisation des papillons de Vers à soie, et surtout de l'appareil reproducteur, montre que la nature a voulu que les sexes restent réunis pendant un temps donné, puisqu'elle a armé les mâles de puissants crochets pour se fixer à leurs femelles. J'avais déjà fait de nombreuses expériences sur les résultats que l'on obtient quand on contrarie ce voeu, et je savais qu'il convient de changer les habitudes des éducateurs, qui ne laissent les couples réunis que pendant cinq à six heures.

» J'ai donc continué, comme les années précédentes, de laisser les sexes réunis pendant plus longtemps, au moins pendant douze heures, temps après lequel les couples se séparent généralement dans beaucoup d'espèces sauvages, ainsi que dans les papillons de Vers à soie abandonnés à eux-mêmes, et j'ai, en conséquence, organisé mon service des ateliers de la manière suivante :

» De cinq à sept heures du matin, séparation des couples nés la veille au soir et qui sont restés une nuit entière réunis.

» De sept à neuf heures, choix des couples nés le malin et qui se sont réunis immédiatement.

» De neuf à dix, enlèvement des individus restés isolés et qui s'accouplent dès que l'on rapproche les sexes.

» De dix à douze, déjeuner et repos s'il y a lieu.

" De douze à quatre, surveillance des pontes des jours précédents; enlèvement des individus qui ont donné tous leurs oeufs; suppression des cocons vides et leur pesée ; entretien de la propreté des ateliers, arrosage pour conserver la fraîcheur et le degré d'hygrométrie convenable, ainsi qu'une température de 23 à 25 degrés centigrades, etc.

» De quatre à huit, on désaccouple les mariages du matin ; ou jette les mâles qui ont servi, on porte les femelles fécondées sur les toiles de pontes, et on les y range une à une, après le


62 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

sacrifice de celles qui sont mal conformées. On dîne à la hâte et l'on revient.

» De neuf à dix ou onze heures, on désaccouple les papillons qui se sont réunis de neuf à dix heures du matin ; on enlève les couples de papillons nés le soir.

» Pendant tous ces exercices, qui se font toujours en toussant, à cause des myriades d'écaillés d'ailes de papillons que l'on respire, je reste là, donnant le coup d'oeil indispensable du maître et prenant part au travail et à la toux. Dans les intervalles , je fais peser les pièces de calicot destinées à recevoir les pontes, pour être à même de connaître le poids de la graine que j'aurai, en connaissant la tare. Je porte au compte ouvert de chaque division la mention des faits que j'observe, afin de constater l'état journalier de mes reproducteurs ; je soigne des expériences de cabinet, ayant pour objet de me faire connaître comparativement l'état de santé de mes reproducteurs et de ceux que j'observe chez divers magnaniers ; je fais, à cet effet, de nombreuses autopsies, et j'arrive ainsi à onze heures ou minuit sans avoir eu le temps de faire autre chose. »

Ainsi, après avoir uni l'exemple au précepte, la pratique à la théorie, et c'est là le complément de la mission de haute confiance dont m'avait honoré la Société d'acclimatation, je suis en mesure d'offrir désormais à toutes les personnes désireuses de commencer une nouvelle série d'éducations, tant pour graine que pour soie, un point de départ, aussi certain qu'il est, permis de l'espérer aujourd'hui, pour la restauration d'une industrie que les circonstances climatériques et les erreurs des novateurs avaient en quelque sorte anéantie dans leurs mains. Cette industrie se développera surtout, si l'on reste fidèle à l'observation de ces règles séculaires d'hygiène un instant oubliées, que l'épidémie actuelle arappelées, au prix des plus ruineuses épreuves, à l'attention des grands praticiens, et si l'on a soin, ainsi que je l'ai établi dans mon opuscule sur la production de la soie (1), de se garantir des entraînements

(1) Production de la soie. - Situation, - Maladies et amélioration des races du Ver à soie, in-8. Paris, Bouchard-Huzard, rue de l'Éperon, 5. Librairie agricole, rue Jacob, 28. Prix : 1 franc. Dans cette brochure, la


GRAINE DE VERS A SOIE. 63

funestes de ces théories erronées qui, bien loin de conjurer le fléau, ont tant contribué à l'extension de ses ravages.

Les graines que j'ai fait faire en Suisse et dans nos Alpes françaises, en suivant les principes qui précèdent, et qui ont été approuvés par la Société impériale d'acclimatation, par le Congrès des délégués des Sociétés savantes des départements, et par tous les sériciculteurs sérieux de France et d'Italie, sont aujourd'hui distribuées directement aux éducateurs, avec la garantie de la Caisse franco-suisse de l'agriculture, garantie contre-signée par moi et constatant la véritable provenance de ces graines, faites, ainsi qu'il a été dit, sous mes yeux ou par notre savant confrère M. Chavannes. Sans prétendre répondre des résultats qu'elles donneront, ce que personne se respectant ne voudrait faire, même dans des temps où il n'y a pas d'épidémies, je réponds d'une manière absolue qu'elles proviennent des éducations dont j'ai parlé dans ce Rapport, et qu'elles donneront des cocons semblables à ceux que je dépose sur le bureau de la Société, cocons dont quelques-uns sont joints à la graine envoyée aux personnes qui en demandent à notre confrère M. Dussard, administrateur délégué de la Caisse franco-suisse de l'agriculture.

Avec ces graines, les chances de réussite sont infiniment plus nombreuses qu'avec la plupart de celles répandues par le grand commerce, qui les tient presque toujours de diverses sources, et ne saurait, par conséquent, offrir de garanties sérieuses. En effet, on sait que les marchands de second et troisième ordre sont obligés de ramasser ces graines partout, mêlant les races et les provenances pour arriver à ces quantités de 40000, de 100000 onces si promptement annoncées ; et il est certain qu'ils ne pourraient y joindre les cocons qui ont servi à les faire, car il arriverait, comme on le remarque chaque année, que des éducations faites avec ces graines donneraient des cocons tout différents de forme et de couleur, ce qui décèlerait la fraude. Dans ces temps d'épidémie, où l'on ne peut compter avec

fameuse méthode André-Jean et Bronsky est jugée avec impartialité, ainsi que clans le journal l'Union des 24 septembre 1857 et 9 février 1858.


64 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

certitude sur aucune graine, il faut plus que jamais que l'on agisse comme l'ont fait, depuis quatre ou cinq ans surtout, les éducateurs habiles qui, en se procurant des graines de diverses provenances, en ne mettant pas, comme on dit, tous leurs oeufs dans le même panier, se sont ménagé plus de chances d'en rencontrer de bonnes. En agissant ainsi, ces éducateurs ont toujours une récolte de cocons, leur feuille donne toujours son produit annuel, et. la plus-value des cocons paye largement les graines qu'ils ont achetées en plus, pour être en mesure de sacrifier immédiatement les Vers qui se montrent atteints de la maladie; ce qu'un magnanier habile reconnaît dès les premiers âges, alors que les Vers n'ont pas eu le temps de faire une consommation sérieuse de feuille.

Du reste, depuis que l'épidémie sévit, ce procédé est tout le secret de ceux dont on admire chaque année la réussite, et qui ont toujours chambrée complète, comme on dit dans le Midi.

P. S. Quand j'ai eu terminé la graine dans les hautes et basses Alpes, la saison était trop avancée pour que je pusse me rendre en Prusse, en Pologne, et y faire moi-même de la graine. J'ai donc remis cette opération à l'année prochaine, me bornant à accepter quelques onces qui m'ont été envoyées de Lubeck, avec un certificat d'origine délivré par le Président, le Secrétaire et le Caissier de la Société séricicole de celte ville, contre-signe par le Vice-Président de la Société d'acclimatation des Etats royaux de Prusse (1).

(1) Par suite d'arrangements faits avec la Caisse franco-suisse de l'agriculture, quarante onces de la graine faite par M. Guérin-Méneville viennent d'être acquises (mars 1858) par le Conseil d'administration de la Société. Ces graines seront distribuées gratuitement aux sériciculteurs membres de la Société, par les soins d'une Commission composée de MM. J. Delon, Guérin-Méneville et Moquin-Tandon. Les membres qui auront part à celle distribution devront réserver pour la Société une partie des graines qui en proviendront Ils devront aussi faire connaître les résultais qu'ils auront obtenus. B.


CULTURE DU DATTIER EN ALGÉRIE. 65

DE LA CULTURE DU DATTIER EN ALGÉRIE,

Par M. HARDY,

Directeur de la Pépinière centrale du gouvernement on Algérie.

(TRANSMIS A LA SOCIÉTÉ PAR M. LE MARÉCHAL MINISTRE DE LA GUERRE.)

Le Dattier (Phoenix dactylifera, L.) est l'arbre caractéristique des régions sahariennes. Sa constitution, sa structure, son tempérament, ses habitudes, semblent parfaitement appropriés aux exigences particulières du climat de la plus grande surface du continent africain, qui est principalement caractérisé par la rareté des pluies et par des écarts considérables de température.

Son fruit, sous le nom de Dattes, est la base de la nourriture des peuplades nomades ou sédentaires, de races blanche ou noire, qui sont disséminées dans ces immenses contrées. Le chiffre des individus composant ces peuplades est peut-être le double plus élevé que celui de la population de France.

La culture du Dattier étant prédominante dans ces contrées qui s'ouvrent chaque jour davantage à nos investigations, acquiert une véritable importance. Il m'a paru utile de faire quelques recherches sur les conditions dans lesquelles elle s'opère.

1° Somme de chaleur qu'il faut au Dattier pour développer et mûrir ses fruits.

La région du Ziban, au sud de l'Aurès, dans la province de Constantine, est le point de nos possessions du nord de l'Afrique où la culture du Dattier occupe le plus de surface, où elle est le mieux entendue, et où ses produits ont le plus de qualité. Cette région comprend dix-neuf oasis, dont Biskra est la capitale.

T. V. - Mars 1858. 5


66 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

A Biskra (lat. 34° 57' 42", ait. 111 mètres), la température moyenne de l'année est de 22°,9, d'après les relevés des trois années 1853 à 1855.

Pendant cette période, le maxima extrême observé a été de 46° (juillet 1855), et le minima extrême + 3° (février 1854 et janvier 1855). Il gèle souvent sous l'influence du rayonnement nocturne, et il n'est pas rare de voir, sur les ruisseaux dont les eaux sont stagnantes, de la glace de plusieurs millimètres d'épaisseur.

A Laghouat (lat. 33" 50', alt. 750 mètres), les fruits du Dattier ne mûrissent qu'imparfaitement. La température moyenne de l'année est de 19°,1. Le maxima extrême observé a été de 44°, le minima de - 3°. On a observé, pendant le mois de février, seize jours de gelée blanche, cinq jours de glace, un jour de neige tout entier.

A Alger (Pépinière centrale, lat. 36° 45', alt. 10 à 100 mètres du rivage de la Méditerranée), des Dattiers dont la fécondation a été favorisée et surveillée donnent des régimes aussi abondants et aussi fournis que dans les régions sahariennes, mais dont les fruits, qui atteignent à peine un commencement de maturité, demeurent semi-sucrés et semi-acerbes, et ne sont pour la plupart pas mangeables. Cependant ils peuvent être utilisés. Broyés et mêlés à une quantité suffisante d'eau, j'en ai obtenu un cidre délicieux. La pulpe de ces fruits, soumise à une fermentation convenable, m'a donné 30 pour 100 d'alcool à 85°.

Ces Dattiers que j'ai semés en 1843, et mis à demeure en 1847, sont plantés en avenue et alternés avec des Lataniers. Leur tronc a de 4 à 5 mètres d'élévation. Cette plantation attire toujours l'attention des voyageurs.

Les observations thermométriques faites à l'établissement et correspondant à celles faites à Biskra pendant les années 1853, 1854 et 1855, par M. Seroka, commandant supérieur, qui a eu l'obligeance de me les communiquer, donnent une moyenne de 17",5. Le maxima extrême observé a été de 35°,5, et le minima de + 0°,5. Cet abaissement, toutefois, ne s'est présenté qu'un seul matin.


CULTURE DU DATTIER EN ALGÉRIE. 67

Au Caire, où le Dattier est cultivé, ainsi que dans toute l'Egypte, et où il se trouve dans les conditions réputées les meilleures, le maxima- observé a été de 40°,8-6, et le minima de + 2°,56 (1).

Je résume dans le tableau suivant les températures maxima et minima observées dans ces quatre localités :

LOCALITÉS. TEMPÉRATURE TEMPÉRATURE

maxima. minima.

Biskra 46°,0 3°,0

Laghouat 44°,0 - 3°,0

Alger, Pépinière centrale. . . 35°,5 - 0°,5

Le Caire 40°,8 2°,5

Ces observations tendent à démontrer que le Dattier peut supporter en effet des abaissements de température assez considérables, puisqu'il croît à des latitudes plus élevées que celle d'Alger, à Toulon, à Hyères, à Valence en Espagne, à Gênes, etc., partout où peut vivre l'oranger en pleine terre. Dans ces latitudes, où il sort évidemment de son aire naturelle, il ne produit pas de fruit et il n'est cultivé que pour l'ornement qu'il donne et ses palmes dont on fait commerce.

Dans le centre du Sahara, les écarts de la température qu'il subit sont assez considérables. Pendant le dernier hiver, la colonne militaire qui opérait clans le Sud, vers Ouargla (lat. 32°), a éprouvé un refroidissement de 8 à 10 degrés au-dessous de zéro.

On peut conclure que le Dattier subit une sorte d'hivernage dans son aire véritable; que son évolution florale est soumise à la périodicité, et que, comme nos arbres du Nord, ses organes de la fructification ne se montrent que lorsque la température a repris une moyenne assez élevée.

Les Dattiers commencent à montrer leurs fleurs, chaque printemps, lorsque la température moyenne est d'environ 18°. Cette moyenne arrive à Biskra vers la fin de mars ; à Laghouat, vers la mi-avril ; à Alger, Pépinière centrale, vers la fin d'avril. D'après Delile, les Dattiers montrent leurs (leurs au

(1) Observations météorologiques au Caire, par J. Coutelle, 1800.


68 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Caire vers le commencement de mars. La température moyenne, dans cette contrée, est alors de 18° environ (1).

La fécondation s'effectue au fur et à.mesure de l'anthèse des fleurs, sous l'influence d'une température moyenne diurne de 20° à 25°.

La maturité des Dattes doit être achevée à l'automne, lorsque la température moyenne retombe au-dessous de 18°, ce qui arrive à la fin d'octobre. A une température plus basse la saccharification s'arrête ou devient à peine sensible. En novembre, la température moyenne descend à Biskra à + 16°,9; à Laghouat, à 13°,9; à Alger, Pépinière centrale, à 15°,1.

Prenant le 31 octobre pour limite extrême, à Biskra, ces fruits ont mis, à partir du commencement de la floraison jusqu'à la maturité complète deux cent quatorze jours, pendant lesquels ils ont reçu une somme de chaleur de 6362°,9. Ces chiffres, qui sont extraits d'une moyenne de trois années, et d'observations faites dans une région qui est regardée comme très favorable à la production des Dattes, donnent aussi approximativement que possible la mesure de la chaleur nécessaire pour faire mûrir complètement les fruits du Dattier (2).

Pendant les sept mois que dure le développement des fruits à Biskra, du 1er avril au 31 octobre, le mois de juillet, occupant le milieu de l'évolution, est le plus chaud: il distribue 1116° de chaleur.

A Laghouat, la fructification, à partir de la floraison jusqu'au moment où l'on récolte les fruits, dure cent quatre-vingt-dixneuf jours (du 15 avril au 31 octobre), et reçoit une somme de chaleur moindre de 1143°,3 qu'à Biskra. Aussi les Dattes que produit l'oasis de Laghouat n'ont pas atteint une saccharification complète lorsqu'on les cueille, et elles sont bien inférieures en qualité à celles qui se récoltent à Biskra.

A Alger, Pépinière centrale, la fructification annuelle, a partir de la floraison jusqu'au moment où il n'est plus utile de laisser les fruits sur les arbres (31 octobre), dure cent quatre(1)

quatre(1) météorologique du Caire, J. Coutelle, 1800.

(2) Il y a des variétés précoces qui mûrissent leurs fruits dix ou quinze jours plus tôt que les variétés ordinaires.


CULTURE DU DATTIER EN ALGÉRIE. 69

vingt-quatre jours, et reçoit 4090°,9 de chaleur, en moins qu'à Biskra, 30 jours et 2272° de chaleur. Les Dattes récoltées à la Pépinière centrale n'ont qu'un commencement de saccharification, et ne sont que tout à fait exceptionnellement mangeables en nature ; elles sont supportables après la cuisson, et peuvent être employées industriellement, ainsi que j'ai déjà eu occasion de le dire.

Ce n'est pas, ainsi qu'on l'a avancé, à l'absence de la fécondation qu'il faut attribuer le peu de qualité des Dattes sur les Palmiers que l'on rencontre sur la bande de terre comprise entre la Méditerranée et les premiers contre-forts du Sahara, mais bien à ce que ces fruits du Dattier sont bien loin d'y recevoir la somme de chaleur nécessaire pour le mûrir complètement.

Delile, dans sa Flore d'Egypte, dit que les fruits du Dattier mûrissent au Caire à la fin de juillet, et qu'à cette époque les marchés de cette place en sont garnis. Il faut que les Dattes que l'on voit en vente à cette époque proviennent de latitudes beaucoup plus basses, ou qu'elles soient conservées de l'année précédente. Au mois de juillet, au Caire, les fruits du Dattier n'ont encore reçu que 3753°,4 de chaleur. On a vu plus haut qu'à Alger, ces fruits sont loin d'être mûrs avec 4090°,9 de chaleur. Au Caire, les Dattes ne doivent pas mûrir plus tôt qu'à Biskra, bien que les fleurs des Dattiers s'y voient un mois avant. Au 31 octobre, les Dattes du Caire n'ont reçu que 6186°,4 de chaleur, 176°,5 de moins qu'à Biskra à la même époque. Le mois le plus chaud au Caire, celui de juillet, donne 939°,3 de chaleur, tandis que le même mois à Biskra donne 1116°. Le maxima de chaleur, moins élevé au Caire qu'à Biskra, surtout au milieu de l'été où le fruit doit prendre le plus d'accroissement, pourrait bien donner la raison de l'infériorité des Dattes de la basse et de la moyenne Egypte à celles du Sahara.

2° Quantité d'eau nécessaire à l'arrosage du Dattier.

Les localités où le Dattier mûrit le mieux ses fruits sont caractérisés par l'absence presque complète des pluies. Connais-


70 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

sant la haute température de ces contrées, on sait d'avance que l'atmosphère y est d'une excessive sécheresse. Cependant le Dattier n'y donne ses fruits qu'à la condition qu'une abondante irrigation baigne ses racines. C'est ce qui justifie le proverbe des indigènes, qui dit que : « Le Dattier veut avoir sa » tête dans le feu et son pied dans l'eau. »

D'où il suit que la culture du Dattier est une culture à irrigation, au plus haut degré.

Les régions dattifères sont presque toutes dominées, à des distances plus ou moins grandes, par de hauts massifs de montagnes. Ce sont les réservoirs de la nature qui débitent lentement l'eau nécessaire à ces cultures. A défaut de ces cours d'eau naturels, on y pourvoit, dansbeaucoup de localités du Sahara, par des forages, faits à bras d'homme, qui ont mis, partout où cela été praticable, la couche aquifère en communication avec la surface. Dans certaines localités, notamment dans l'Oued R'ir, l'eau a une force ascensionnelle jusqu'au-dessus de la surface du sol ; dans d'autres, elle n'arrive qu'à quelques mètres de la surface d'où elle est élevée à bras d'homme au moyen de seaux de cuir manoeuvres avec une bascule (1). Dans les oasis du Fouat, où l'eau se trouve à une plus grande profondeur, des indigènes affirment que l'on se sert de norias pour l'élever.

La quantité de pluie qui tombe dans une période annuelle et en moyenne à Biskra, est de 0m,137.

Les Dattiers y sont arrrosés toute l'année. Cependant on distingue deux saisons ou périodes d'arrosage : celle d'hiver et celle d'été. La période d'hiver, pendant laquelle les Dattiers ne sont arrosés que tous les quinze jours, commence après la ré(1)

ré(1) travaux des indigènes, exécutés avec leur seule force musculaire et sans intervention d'aucune machine, d'aucun engin, sont surprenants et dangereux, là où la couche d'eau est artésienne. Cette dernière circonstance donne lieu à une profession célèbre dans le désert, celle du plongeur. L'introduction de la sonde par l'administration de la guerre tend à supprimer celle profession dangereuse et à multiplier les moyens d'arrosement ; c'est un commencement de transformation du désert au profit de la civilisation dont il n'est guère possible de prévoir en ce moment les conséquences.


CULTURE DU DATTIER EN ALGÉRIE. 71

colte des fruits et dure cent dix jours. La période d'été commence un mois avant l'apparition des fleurs, et dure deux cent quarante-cinq jours.

Les eaux qui fournissent à l'irrigation de l'oasis de Biskra proviennent de plusieurs affluents qui prennent naissance dans un massif de hautes montagnes situées au nord de l'oasis, et connues sous le nom de Djebel-Aurès. Ces divers cours d'eau se réunissent en un seul qui prend le nom d'Oued-Biskra, ou Raz-el-Ma (la tète de l'eau).

En avant de l'oasis, à un endroit nommé le fort Turc, est établi un épi en maçonnerie pour servir à la dérivation des eaux. C'est de ce point que les anciens dominateurs réduisaient les habitants de l'oasis, lorsqu'ils se refusaient à payer l'impôt, en interceptant l'eau nécessaire à l'arrosage des Dattiers.

Ce cours d'eau donne un débit régulier pendant l'été, c'està-dire à l'étiage, de 632 litres à la seconde, qui sont employés à l'irrigation de 1290 hectares complantés en Palmiers, surface que représente l'oasis de Biskra et ses annexes.

Le nombre de Palmiers plantés sur cette surface est de 130 155 ; il sont distribués sans ordre.

Leur répartition, pour l'ensemble des terrains occupés, est à raison de 100 arbres environ par hectare.

Pendant la période d'été, les arrosages, qui se répètent tous les cinq jours, se donnent quarante-neuf fois.

La somme d'eau employée pendant cette saison est de 10 378 mètres cubes par hectare. Chaque Palmier reçoit 103m,78 cubes d'eau pendant le même temps.

Pendant la période d'hiver, les arrosages, qui se répètent tous les quinze jours, se donnent sept fois environ dans le courant de l'hiver, et distribuent une somme d'eau de 1482 mètres cubes à l'hectare, et 14m,82 par Palmier.

Pendant l'hiver, l'arrosage des Palmiers n'emploie pas toute l'eau que débite l'Oued-Biskra; le surplus est employé à l'irrigation des céréales.

D'après ces données, la culture du Dattier à Biskra absorbe dans le courant d'une année 11 860 mètres cubes d'eau par hectare, et 118°,60 cubes par arbre.


72 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION.

La terre végétale de l'oasis de Biskra est argilo-calcaire, un peu ferrugineuse, à molécules très ténues, peu perméables. Elle est due aux alluvions anciennes de l'Oued-Biskra ; sous l'alternative de l'humidité et de la sécheresse, elle a une force de cohésion extrême. On en fait des briques séchées au soleil; dont sont exclusivement construites les habitations des indigènes. Tout le fumier que les indigènes peuvent se procurer entre dans la préparation de la terre de ces briques, pour lui donner plus de cohésion. Dans les murs de ces habitations, il se forme une grande quantité de nitrate de potasse, qui est utilisée sur les lieux pour la fabrication du salpêtre.

Voici la composition chimique de ce terrain, d'après M. Dubocq, ingénieur des mines.

Silice 28,02

Alumine

Phosphate de chaux.

8,19

Carbonate de chaux 18,61

Peroxyde de fer 9,78

Sulfate de chaux 5,55

Chlorure de magnésium 1,60

Chlorures alcalins 1,27

Eau, humine et débris organiques.. . 26,98

100,00

On peut admettre que, plus au sud et où la terre offre moins de compacité, la quantité d'eau employée pour l'arrosage d'un hectare de Dattiers est de 12000 mètres cubes par an, et de 120 mètres cubes par arbre.

L'eau n'est pas répandue sur toute la surface du terrain. Chaque pied de Palmier est arrosé individuellement : on creuse, à peu de distance du tronc, une fosse à peu près circulaire; la terre extraite est déposée en partie en dedans, et sert à butter l'arbre et à recouvrir les racines adventives, qu'il développe à sa base en grande abondance. Chacune de ces fosses peut contenir environ 2 mètres cubes d'eau ; elles sont remplies au moyen de rigoles qui les mettent en communication.

Dans les régions moins chaudes, les arrosages sont moins


CULTURE DU DATTIER EN ALCÉRIE. 73

abondants. A Laghouat, les irrigations d'hiver sont totalement supprimées, et la période d'été est beaucoup moins prolongée qu'à Biskra. A la Pépinière centrale, les Dattiers n'ont besoin que de quelques arrosages pendant le milieu de l'été.

Le Dattier paraît indifférent à la nature de l'eau ; il prospère également bien étant arrosé avec de l'eau saumâtre, avec des eaux thermales à un degré assez élevé, et avec l'eau douce.

On avait avancé que les Dattiers arrosés avec de l'eau saumâtre donnaient les meilleurs fruits. En Egypte, où beaucoup de Palmiers sont arrosés à l'eau saumâtre, les fruits n'y sont que plus estimés.

A Laghouat, les eaux sont douces; à Biskra, elles sont saumâtres, et M. Dubocq en donne la composition suivante :

Chlorure de sodium. ........ 0,878

Chlorure de magnésium 0,474

Sulfate de soude 0,280

Sulfate de chaux 0,484

Carbonate de chaux 0,156

Eau et matières organiques 991,764

1000,000

A Tuggurt, l'eau est beaucoup moins saumâtre qu'à Biskra; à Fouat, les indigènes affirment que l'eau y est douce.

La qualité des Dattes paraît plutôt dépendre de la somme de chaleur que reçoit l'arbre que de la nature des eaux qui l'arrosent.

Les sels alcalins que contiennent en notable proportion les eaux d'arrosage, dans les Zibans et dans l'Oued R'ir, pourraient bien être un stimulant actif à la végétation du Dattier. Cette circonstance expliquerait l'absence complète de l'emploi du fumier et d'engrais d'aucune sorte pour cette culture dans ces deux régions. Cependant, dans le pays du Fouat, où les eaux sont douces, non-seulement on consacre à la culture du Dattier tout le fumier que l'on peut se procurer, mais, au dire d'habitants du pays venus récemment à Alger, on y emploierait des vidanges converties en engrais liquides.


74 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

3° Produits du Dattier.

Dans le Sahara, comme du reste dans toutes les régions où il est cultivé pour son fruit, le Dattier est multiplié par les drageons qui se développent sur les troncs adultes. Par ce moyen, on perpétue, sans aucune chance de variation, les variétés dont les propriétés sont connues; tandis que les semis, dont les effets sont plus lents à se produire, laissent clans l'inconnu quant à la qualité du fruit à venir.

Les sujets multipliés par drageons, ce qui en définitive n'est qu'un mode de bouturer par organes axiles, commencent à donner des fruits après cinq à six ans de plantation ; mais ce n'est guère qu'à vingt ou vingt-cinq ans que l'arbre est en plein rapport. Il se maintient ainsi pendant cent cinquante ans environ, puis sa vigueur décroit sensiblement.

Chaque arbre produit, dans sa plus grande force, de huit à dix régimes par an, donnant chacun-6 à 10 kilogrammes de Dattes ; ce qui fait en moyenne 72 kilogrammes de dattes par arbre, soit 7200 kilogrammes par hectare.

Considérées en masse, les Dattes valent, dans le désert, au moment de la récolte, une fois moins que le blé, c'est-à-dire que, dans l'échange, on a deux de Dattes pour un de blé. Dans le Tell, au contraire, au moment de la moisson, les Dattes valent deux fois le blé, c'est-à-dire que l'on a deux de blé pour un de Dattes : d'où il suit que la valeur du blé et celle des Dattes est la même ; la différence qui peut exister s'établit par les frais de transport, de conservation et de magasinage.

La culture du blé produit aux indigènes du Tell 6 quintaux à l'hectare dans les bonnes récoltes. La culture du Dattier, dans le Sahara, produit un poids de Dattes douze fois supérieur, à surface égale.

Outre les Dattes destinées à la consommation régulière, on récolte encore des Dattes de luxe, qui sont préparées avec des soins spéciaux pour l'exportation, et qui se vendent beaucoup plus cher.


CULTURE DU DATTIER EN ALGÉRIE. 75

Le Dattier, cultivé et observé depuis un temps immémorial, n'a pas produit, entre les mains des indigènes, moins de variétés que nos arbres fruitiers les mieux cultivés. On compte soixante-dix variétés de Dattes dans les Zibans.

Dans l'oasis de Sidi-Okba, une variété de Dattes, nommée Halloua, reçoit une préparation particulière et est offerte en cadeau comme aphrodisiaque. Ce produit est très rare et en haute estime parmi les indigènes du Sud.

Le Dattier offre encore quelques autres ressources, qui sont utilisées sur place par les indigènes.

Les rachis, que les indigènes nomment djérid, servent à faire des toitures, des plafonds, des clôtures. Les folioles servent à tresser des nattes, des paniers, des coussins. Les troncs refendus font les charpentes des maisons; mais ils fléchissent facilement et l'on ne peut leur donner une grande portée : cette circonstance oblige à faire les habitations très étroites. Ces troncs servent encore à boiser les puits, à établir des ponts sur les canaux d'irrigation.

Lorsque les Dattiers sont vieux et près d'être sacrifiés, on en extrait la sève pour en faire du vin de palmier. D'autres fois, la partie cellulaire et naissante du bourgeon est enlevée, et donne alors un mets dont les indigènes font grand cas.

Les fruits peuvent donner un alcool d'excellente qualité, mais on les emploie peu pour cet objet. En Egypte, selon Delile, on en retire tout le vinaigre qui se consomme dans le pays, et il est excellent. Les noyaux de ces fruits, ramollis dans l'eau, sont souvent donnés au bétail.

Enfin, le Dattier, par sa convenance parfaite au climat saharien, par les services multipliés qu'il rend aux populations du Sud, peut être considéré à bon droit comme l'arbre providentiel de ces régions ; et l'on conçoit dès lors les soins, l'espèce de culte dont il est l'objet, car c'est par lui qu'elles sont rendues habitables. L'étendue de sa culture est limitée par la possibilité des arrosements. et il est probable qu'elle s'accroîtrait beaucoup si des travaux appropriés augmentaient le volume des eaux d'arrosage.


76 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Dans le Tell, le Dattier ne peut être qu'un arbre d'ornement. A ce seul titre, on devrait encore être encouragé à en planter beaucoup. Mais dans les localités rapprochées de la mer et abritées, qui se trouvent dans des conditions analogues à celles de la Pépinière centrale, cet arbre magnifique, convenablement soigné, donnera par ses fruits un produit qui ne sera pas sans valeur.

Nous avons reconnu, en effet, sur le littoral, qu'un Dattier âgé d'une vingtaine d'années peut donner annuellement 40 kilogrammes de Dattes, desquelles on pourrait tirer 15 litres d'alcool, ou 120 litres d'excellent cidre. Au point de vue industriel, ces deux produits devraient engager à cultiver le Dattier partout où les conditions de sol et d'abri le permettent.

Il nous reste à comparer la valeur nutritive des diverses variétés de Dattes normalement mûres avec celle du blé. Ce sera l'objet d'un travail particulier.


CULTURE DES ORANGERS. 77

SUR LA

CULTURE DES ORANGERS DANS LE CENTRE DE LA FRANCE

ET SUR LES

MOYENS D'Y OBTENIR DES FRUITS MURS DANS L'ANNÉE.

LETTRE ADRESSÉE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

Par M.BECQUEREL,

Membre de l'Académie des sciences.

(Séance du 19 février 1858.)

Monsieur le Président,

Je m'occupe depuis déjà un certain temps de la culture des Orangers, et, depuis quelques années seulement, de leur acclimatation dans l'un des départements du centre de la France, le Loiret. Désirant ne pas être induit en erreur sur les espèces que je voulais cultiver et dont j'aurais pu me procurer des greffes dans les orangeries françaises, je fis venir directement ces espèces du midi de la France, du Portugal, de l'Espagne et de l'Algérie, j'en attends aussi de Sicile et de Malte. Ces espèces sont l'Oranger à fruit doux, le Citronnier ou Cédratier, le Limonier et le Bigaradier, et en outre le Pampelmous, ainsi que le Poirier du Commandeur, qui constituent des types à part de l'Oranger, et le plus de variétés possibles de ces espèces. Chaque sujet ayant 0m,12 environ de tour et 1m,33 de tiges, j'ai pu avoir des fruits dès la seconde année. Le nombre des sujets que je possède est d'environ 150.

Sous notre latitude, où l'on ne sort les Orangers des serres que vers le 10 mai pour les rentrer un peu avant la mi-octobre, la floraison, sauf quelques exceptions, a lieu en juin et juillet, en sorte que le fruit en octobre, lors de la rentrée dans les


78 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

serres, n'a en moyenne que la grosseur d'une noix. Le développement du fruit continue lentement pendant l'hiver, à cause du manque de chaleur et de lumière, et, s'il n'arrive aucun accident, la maturité s'effectue à la fin de l'été de l'année suivante. Ces accidents, qui résultent du défaut d'arrosage, de la présence de la fumée et de l'absence du soleil, ont pour effet assez ordinaire de faire tomber les fruits. Les fruits à leur maturité n'ont jamais le goût et le parfum de ceux qui sont venus dans les conditions normales. Ce mode d'acclimatation, qui est vicieux, est connu depuis longtemps ; je l'ai abandonné pour en prendre un autre plus rationnel et dont j'ai lieu d'être satisfait. Voici les principes qui m'ont servi de règles et que l'on doit suivre dans toute acclimatation de végétaux.

Lorsque l'on veut chercher à acclimater un végétal, il faut commencer par déterminer le nombre de degrés de chaleur diffuse et solaire nécessaire dans la contrée où il croît naturellement, pour effectuer toutes les phases de la végétation, et voir ensuite si, dans le pays où l'on veut l'introduire, on peut obtenir ce même nombre de degrés dans le même temps, par des moyens artificiels: toute autre méthode est empirique.

C'est en supputant ce nombre de degrés, que M. de Gasparin a reconnu, par exemple, que le Blé d'hiver exigeait depuis la végétation printanière (température moyenne de 6 degrés) jusqu'à sa maturité, 2450 degrés ; ce nombre indique sur-lechamp la limite septentrionale de la culture du Froment.

Le Maïs exige une température de 2500 degrés.

Le Raisin, à Paris, cultivé pour vin, exige . 2677 degrés.

A Bruxelles, pendant le môme temps, on ne peut réunir que 2533

Différence 144 degrés.

Une différence de 144 degrés de chaleur suffit donc pour empêcher que le Raisin ne soit cultivé pour vin, à Bruxelles.

Faute d'observations directes, nous ignorons au juste la quantité de chaleur qu'exige l'Oranger depuis la floraison jusqu'à la maturation du fruit ; on peut y parvenir néanmoins indirectement.


CULTURE DES ORANGERS. 79

La limite de culture de l'Oranger est à peu près la même que celle de l'Olivier; seulement, suivant Schouw, elle s'élève un peu plus au nord que celle de ce dernier. Elle traverse la partie nord de l'Espagne, l'extrême sud de la Provence, traverse l'Italie un peu au-dessus de Florence, descend vers la Grèce sans l'atteindre, se dirige vers l'île de Chypre, entre en Asie.

En France, cette limite traverse une contrée dont la température moyenne est de 14 degrés ; la température printanière, 12°,5 ; la température estivale, environ 21 degrés ; la température automnale 14 degrés.

D'un autre côté, la culture de l'Olivier n'est fructueuse, suivant M. de Gasparin, qu'autant que depuis le moment de la floraison jusqu'avant la gelée, la quantité de chaleur diffuse et solaire de l'air atteint 3978 degrés. Or, la limite de culture de l'Oranger étant à peu près la même, on peut admettre, sans commettre une erreur bien sensible, qu'il faut au moins 3900 degrés à l'Oranger depuis la floraison jusqu'à la maturité du fruit.

Je vais indiquer maintenant comment j'ai disposé ma culture pour atteindre cette quantité de chaleur et même la dépasser.

Les Orangers sont placés dans une serre vitrée, faisant face au midi et appuyée du côté du nord sur un ancien mur de ville de 2 mètres d'épaisseur et de 10 mètres de hauteur; ils profitent ainsi de tous les rayons solaires. En janvier et février, on maintient la température à 10 degrés au moins, afin de les faire fleurir au plus tard au commencement de mars. La température en mars, avril et mai, jusqu'au moment de la sortie, est d'à peu près 12 degrés, encore souvent est-elle dépassée, à cause du soleil qui s'élève dans son mouvement apparent. En juin, juillet et août, les Orangers reçoivent une chaleur estivale qui est de 19°,5. En septembre, octobre et novembre, la température revient à 10 degrés. Cela posé, voici comment on suppute les quantités de chaleur acquises : on multiplie le nombre de degrés de chaleur de chaque jour par le nombre de jours dont se compose chaque mois, et l'on additionne toutes les sommes.


80 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

On a alors : NOMBRE

de jours, de degrés de chaleur,

Mars 31 372

Avril 30 585

Mai 31 360

Juin 30 585

Juillet 31 604

Août 31 604

Septembre 30 360

Octobre et novembre 61 610

Total de la quantité de jours et de chaleur. . 275 jours. 3867 degrés.

On voit donc que pendant la période de la fructification, on atteint les 3900 degrés nécessaires pour qu'elle s'effectue. Si l'été est favorable, comme en 1857, ce chiffre est dépassé. On le dépasse encore, en ne faisant la cueillette qu'en janvier. La loi de la somme du nombre des degrés nécessaires à la fructification se trouve donc vérifiée.

C'est en suivant celte méthode de culture que les Orangers de Portugal, variétés rouge et jaune, et la variété mandarine, ainsi que les Orangers dits de Valence, cultivés à Chàtillonsur-Loing (Loiret), à 32 lieues de Paris, donnent des fruits qui arrivent à une maturité parfaite dans l'année, et possèdent toutes les qualités désirables sous le rapport de la saveur et du parfum. Je dois y comprendre également la Pomme d'Adam des Parisiens, que l'on cultive ordinairement dans les serres de France et. qui est précoce. Cette dernière variété présente une particularité remarquable: elle n'est comestible qu'au moment de la maturité; si l'on attend, l'écorce s'accroît en épaisseur aux dépens de la pulpe, et le fruit se sèche intérieurement. On lui a donné ce nom, parce que l'écorce comme la pulpe sont agréables au goût.

Cette méthode est en même temps scientifique et pratique, et doit être suivie dans l'acclimatation des végétaux, si l'on ne veut pas faire des essais inutiles et éprouver des mécomptes. C'est dans le but de la répandre que l'administration du Muséum d'histoire naturelle, sur ma demande, vient d'autoriser, dans un terrain dépendant du Jardin des Plantes, l'établisse-


CULTURE DES ORANGERS. 81

ment d'un observatoire météorologique, qui fournira les documents relatifs à la température diffuse et solaire de l'air et du sol, aux quantités d'eaux tombées et évaporées, etc., et aux éléments météorologiques dont on a besoin pour l'acclimatation.

Il serait à désirer que de semblables observatoires, qui existent partout à l'étranger, et dont les frais de premier établissement sont très bornés, fussent formés sur différents points de la France. La Société d'acclimatation, par l'étendue de ses relations, serait plus à même que toute autre corporation de provoquer de toutes parts en France de semblables établissements qui relèveraient d'elle, et dont elle retirerait de grands avantages pour l'acclimatation non-seulement des végétaux, mais encore des animaux, puisqu'elle serait guidée constamment dans ses essais par des données scientifiques.

T. V. - Mars 1858. 6


82 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

SUR LE LUPIN JAUNE.

LETTRE ADRESSÉE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

Par M. SACC, Délégué de la Société à Wesserling,

(Séance du 5 mars 1858.)

Je me fais un plaisir de vous offrir dix litres du fameux Lupin jaune (1) qui paraît devoir totalement changer la culture des terres sablonneuses, parce qu'il s'y développe vigoureusement sans aucun engrais, et qu'enfoui en vert, il constitue une fumure assez intense pour qu'on puisse semer ensuite avec avantage du seigle ou du froment. Mon attention a été appelée sur cette plante par un article qui a paru l'année dernière dans l'excellent Journal d'Agriculture pratique rédigé par notre savant confrère M. Barral. Trouvant vraiment merveilleux les faits énoncés dans cet article, je m'empressai de demander à MM. Vilmorin, Andrieux et Cie, quelques litres de Lupin jaune que notre confrère M. Alphonse Zurcher eut la bonté de semer dans la partie la plus stérile de la vaste plaine sablonneuse qui s'étend des Vosges au Jura, tout le long du Rhin, dont elle est une alluvion. La récolte a bien dépassé nos espérances. Aussi ai-je hâte de répandre cette plante intéressante pour toutes les terres arides et sablonneuses, dont elle va permettre la mise en culture à fort peu de frais. On sème le Lupin quand les gelées ne sont plus à craindre, et on l'enfouit en vert. Quand on veut en recueillir les graines, on coupe la plante lorsque les gousses du haut de la tige sont mûres ; on la sèche à l'air, et on la bat comme les Pois. L'herbe est rebutée par le bétail, qui mange volontiers les graines telles quelles ou concassées.

(1) L'envoi annoncé par M. Sacc est parvenu à la Société, et est, dès ce moment, en distribution pour MM. les Membres. p.


COMPTABILITÉ DE LA SOCIÉTÉ. 83

RAPPORT

FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DE COMPTABILITÉ

DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Membres de la Commission : MM. PASSY, DUPIN, et Frédéric JACQUEMART, rapporteur.

(Séance du 5 février 1858.)

Messieurs,

Votre Commission de comptabilité, chargée de vérifier l'état de vos recettes et de vos dépenses pendant l'année 1857, vient vous rendre compte de son examen, et vous faire connaître votre situation financière au 1er janvier 1858. Elle vous soumettra en même temps un aperçu des recettes et des dépenses probables pour l'année 1858.

Ainsi éclairés, vous serez disposés non-seulement à accueillir, mais à rechercher vous-mêmes, dans les limites de vos ressources, les moyens de rendre plus grands et plus rapides les progrès de l'acclimatation.

L'ordre et la clarté avec lesquels M. le Trésorier a établi votre comptabilité ont rendu très facile le travail de votre Commission. Un examen attentif des pièces lui a démontré la régularité de tous les comptes.

Votre Commission croit donc faire un acte de justice en vous proposant de voter des remercîments à M. le Trésorier.

Pour ne pas fatiguer inutilement votre attention, nous vous exposerons seulement les résultats généraux et dignes de votre intérêt, et nous réunirons dans des tableaux joints à ce rapport la copie détaillée des écritures :

Il y avait en caisse au 31 décembre 1856 21,769 81

Les recettes pendant l'année 1857 se sont élevées, conformément au tableau n° 1, à 42,124 35

Les sommes disponibles pendant l'année 1857 ont donc été de 63,894 19


84 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Les dépenses de la Société pendant cette même année ont atteint, d'après le tableau n° 2, le chiffre de. . . 58,036 50 dans lequel est comprise l'acquisition de bons du Trésor pour une somme de 25,000 »

Les dépenses proprement dites sont donc de. . 33,036 50

A celte somme il faut ajouter 3,342 80

qui sont dus à M. Masson pour solde de ses travaux faits en 1857.

Le total des dépenses est donc de 36,379 30 36,379 30

D'où il reste en caisse, et en bons du Trésor au 1er janvier 1858 27,514 86

Mais à cette somme il faut ajouter :

1° Les intérêts à échoir des bons du Trésor 1,350 »

2° Ce qui reste dû à la Société pour 336 cotisations arriérées, savoir :

Pour 1854 et 1855. . . 40 cotisations 1,014 »

Pour 1856 96 - 2,408 »

Pour 1857 200 - 6,321 »

Total 836 cotisations 9,743 »

Nous sommes loin de compter sur le recouvrement des 9,743 francs ci-dessus ; nous pensons, d'après les antécédents, que nous pouvons, sans crainte d'erreurs sensibles, évaluer les rentrées probables au minimum de 4,000 francs, ci. . . . 4,000 »

Ce qui porte à 32,864 86

net la somme dont la Société peut disposer au 1er janvier 1858, toutes ses dépenses étant payées ; c'est-à-dire que votre réserve s'est augmentée de 11,095 francs pendant 1857.

Nous vous proposerons, Messieurs, d'annuler les souscriptions impayées de 1854, de 1855 et de 1856, et de faire rayer les noms de leurs auteurs de la liste de la Société, après leur avoir donné toutefois un dernier avertissement motivé.

L'envoi du Bulletin sera provisoirement suspendu.

Nous vous ferons remarquer, Messieurs, que dans vos recettes, dont le total s'élève à 42,124 35

il y a 3,030 francs de dons faits à la Société, savoir :

Par M. le Ministre du commerce 1,500

Par S. A. U. le Prince Albert et M. le baron de Sina. 1,440


COMPTABILITÉ DE LA SOCIÉTÉ. 85

33,406 85 De cotisations ;

3,310 » De cotisations définitives qui améliorent l'année courante au détriment des suivantes. Il y a aujourd'hui 34 cotisations définitives. 864 » Pour vente du Bulletin des premières années ; 1,101 85 Pour remboursement de vos avances, pour graines, Chèvres, etc. 411 65 Intérêts de votre réserve.

42,124 35

Si vous examinez la liste de vos dépenses, dont le total

s'élève, pour 1857, à 36,379 30

vous verrez qu'elle se compose des articles suivants :

Solde des frais d'installation dans l'hôtel de la Société 4,497 20

(Le total de ces frais d'installation est de 7,867 fr. 70 c.- Nous nous plaisons à reconnaître que ces travaux ont été exécutés avec le concours de notre zélé confrère M. Alf. Perrot, architecte.)

Solde du Bulletin et impressions de 1856. . . 4,191 30

Bulletin de 1857 (1617 exemplaires, dont 96 gratis) 8,779 »

Ce qui donne le prix moyen de 5 fr. 43 c.

Le Bulletin est ainsi distribué :

A Paris 829

Hors Paris 788

1617

Imprimés de 1857 563 80

Loyer et imposition 3,162 05

Personnel 4,397 »

Encaissement, chauffage (323) et diverses dépenses 3,679 60

Transports d'animaux , soins aux Yaks, aux Chèvres d'Angora, etc., et frais d'entretien alloués

aux détenteurs des Yaks, s'élevant à 1,311 66

Vers à soie, cocons du Chêne et soins à SainteTulle 903 »

Les graines de Vers ordinaires de Chine, que la Société avait fait venir pour contribuer à renouveler l'espèce française, si malade, nous sont parvenues dans un état déplorable, ainsi que les cocons du Ver du Chêne, parce que les expéditeurs n'avaient pas suivi les recommandations de votre Conseil. - Si nous signalons cette circonstance,

circonstance, que, faute de prendre des précauA

précauA 31,487 61 36,379 30


86 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Report 31,487 61 36,379 30

lions convenables, les expéditeurs créent un des plus grands obstacles contre lesquels nous ayons a lutter.

Achat et transport de graines et bocaux. ... 2,863 69

Première distribution des récompenses. . . . 1,488 «

Avances pour la concession du bois de Boulogne 140 »

Souscriptions 400 »

Ce sont vos souscriptions pour les statues de deux hommes illustres :

L'un, surnommé le père de l'agriculture, représentant la pratique la plus savante et la plus habile;

L'autre, le naturaliste le plus profond de notre siècle, représentant la science la plus élevée.

36,379 30 36,379 30

Dans vos dépenses vous aurez remarqué une somme de 140 francs, avancée pour le compte de la Société du bois de Boulogne ; elle vous sera sans doute remboursée dans l'avenir par la Société du bois de Boulogne.

Cette entreprise dans laquelle les dépenses se compteront par plusieurs centaines de mille francs, ne pouvait convenir à nos modestes finances ; d'ailleurs, ni son but scientifique, ni votre désintéressement n'auraient pu, aux yeux de la loi, lui ôter son caractère commercial, et soustraire votre Président à toute la responsabilité et à toutes les conséquences qu'entraînent avec elles les opérations commerciales.

Des jurisconsultes éminents ont donc décidé que la Société zoologique devait se former à côté et en dehors de notre Société, mais sous votre patronage, en vous conservant une grande influence sur sa direction, et en réservant certains privilèges en faveur de notre Société.

C'est par ces raisons qu'on a soumis au Conseil d'État un projet de Société anonyme ayant pour objet la création d'un jardin d'acclimatation au bois de Boulogne, société dans laquelle chacun de vous pourra individuellement prendre la part qu'il jugera convenable.

Pour compléter le tableau de votre situation, nous ajouterons,


COMPTABILITÉ DE LA SOCIÉTÉ. 87

qu'au 1er janvier 1868, la Société d'acclimatation possédait :

10 Yaks;

58 Chèvres d'Angora ;

11 Chèvres d'Egypte;

12 Moutons Caramanlis ; Porcs de Chine ; Porcs d'Angleterre; Poules, etc.

Le bétail s'est donc augmenté, dans l'année, de 2 Yacs, de 16 Chèvres d'Angora et de plusieurs autres individus.

Tout nous porte à croire, Messieurs, que l'année 1858 ne sera pas moins prospère que celle qui finit, car le nombre des membres de la Société, qui s'est augmenté de 305, et a atteint le chiffre de 1470 en 1857, s'accroît chaque jour.

Nous allons vous présenter un aperçu des recettes et des dépenses probables pour 1858 :

Aperçu des recettes.

En caisse au 1er janvier et recouvrements 32,864 86

1300 souscriptions renouvelées sur 1470, déduction faite de celles à annuler et des 34 cotisat. définitives. 32,500

220 souscriptions nouvelles 7,700

Allocation du Ministre 1,800

Revenu des capitaux placés 1,500

Total des recettes probables pour 1858. . . 42,500 42,500 »

Total des sommes disponibles 76,364 86

Aperçu des dépenses.

Loyer 3,162

Bulletin (1620 exemplaires à 5 fr. 40 c). . . . 8,800

Impressions 1,800

Appointements 5,000

Divers, encaissement, chauffage 3,600

Récompenses 1,800

Total des dépenses indispensables 24,162 24,162 »

D'où la différence entre les recettes et les dépenses sera environ de 52,202 86

Vous pourrez donc, Messieurs, pendant la présente année, en outre des récompenses que vous allez distribuer prochainement, consacrer aux progrès de l'acclimatation, et dans les limites d'une sage prudence, une partie de ces 52,202 fr. 86 c.


88 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

S'il est nécessaire de conserver toujours un fonds de réserve; si nous devons nous féliciter de voir figurer clans le budget de nos recettes, les rentes que nous avons acquises, nous ne devons pas oublier cependant que nous n'avons pas été créés uniquement pour faire des économies, mais bien pour faire des choses utiles. Vous êtes tellement convaincus de celte vérité, Messieurs, que vous avez toujours approuvé toutes les dépenses votées par votre Conseil d'administration, soit pour distribuer annuellement, aux plus dignes, des médailles pour une valeur de 1500 francs, soit pour proposer sur onze sujets d'un grand intérêt onze prix d'une valeur totale de 11000 francs, soit pour faire venir de toutes les parties du monde des animaux ou des végétaux utiles, soit pour répéter avec persévérance des expériences auxquelles un premier échec ne doit pas faire renoncer.

Connaissant l'esprit qui vous anime, Messieurs, nous sommes convaincus que, d'accord avec votre Conseil d'administration, vous ne voudrez pas, après avoir introduit des animaux ou des végétaux dans une contrée, vous donner le déplorable spectacle de les y voir inutiles par votre incurie et dépérir dans l'abandon. Vous jugerez utile que vos animaux soient réunis en certains groupes, soignés par des personnes à vous, inspectés souvent par un homme éclairé qui, sous une haute direction, veillera à la bonne exécution des ordres donnés, étudiera les effets du régime adopté, ses avantages ou ses inconvénients, les moeurs et les habitudes des animaux, les meilleurs moyens de les utiliser et de les améliorer, et les croisements heureux qu'ils pourraient produire.

Pour réussir dans ces questions qui présentent de si grandes difficultés, il faut de l'argent, beaucoup de persévérance et beaucoup de lumières.

Vous réunissez toutes ces conditions à un trop haut degré pour qu'on puisse douter du succès.

Les nombreuses et. illustres adhésions que vous ne cessez de recevoir de toutes les régions du globe sont la preuve des espérances qu'a fait naître la Société zoologique d'acclimatation.

Nous avons la conviction que vous les réaliserez.


CHÈVRE D'ANGORA. 89

II. TRAVAUX ADRESSÉS

ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ.

SUR LA CHÈVRE D'ANGORA.

LETTRE ADRESSÉE A M. DE QUATREFACES, DE L'INSTITUT,

Membre du Conseil d'administration de la Société,

Par Mme la princesse C. TRIVULCE DE BELGIOJOSO.

(Séance du 18 décembre 1857.)

Monsieur,

Vous m'avez demandé des renseignements sur le régime le plus convenable pour favoriser la conservation et la propagation des Chèvres d'Angora, et voici ce que, après avoir interrogé mes souvenirs et ceux de mon domestique qui est luimême d'Angora, je crois pouvoir vous conseiller.

Pourquoi les Chèvres d'Angora sont-elles si extraordinairement belles, et n'ont-elles aucun rapport avec les Chèvres du reste de l'Asie Mineure, à l'exception de celles de Koniale, qui en approchent? C'est une question qui vaudrait la peine d'être étudiée, mais sur laquelle je ne suis pas parvenue à acquérir la moindre donnée. Lorsque je m'établis dans l'Asie Mineure (ma ferme est à la distance de trois journées de marche d'Angora), j'y trouvai ce préjugé profondément enraciné : que les Chèvres d'Angora dégénéraient immédiatement si on les transportait dans cette contrée. On en donnait pour motif : 1°que c'étaient des Chèvres d'Angora, et non pas des Chèvres de Tiag Mag Agton (ma ferme) ; 2° que les nombreux buissons de genévriers et d'autres arbustes épineux leur enlevaient leur beau poil. Mais lorsque j'allai moi-même à Angora, je reconnus que la végétation y était la même qu'à ma ferme, et je me promis de tenter l'épreuve.

J'achetai deux magnifiques Boucs et quelques belles Chèvres


90 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

d'Angora, et à l'époque du rut, j'écartai de mon troupeau tous les autres Boucs. J'eus pour résultat : quelques Chevreaux de race très pure provenant des belles Chèvres, et un grand nombre de jolis Métis. Ces Métis accouplés l'année d'ensuite aux Boucs, leurs pères, me donnèrent d'autres Métis qu'un oeil peu exercé aurait pris pour des Angoras purs, mais qui portaient encore le signe du croisement, à savoir, une raie de poils lisses couvrant l'épine dorsale dans toute sa longueur, séparés sur le milieu comme le sont nos cheveux, à partir du front jusqu'au sommet de la tête. A la troisième génération, cette raie disparaît, et j'eus la satisfaction de me voir en possession d'un beau troupeau de Chèvres d'Angora nées dans ma ferme. Mes voisins suivirent mon exemple, et quand je quittai l'Asie, l'émulation s'était emparée de plusieurs d'entre eux.

Les Chèvres d'Angora sont très délicates et demandent de grands soins, ainsi qu'un régime particulier. Elles sont exposées à s'empoisonner en mangeant de certaines herbes, et il ne parait pas que l'instinct les en préserve, car j'en ai vu plus d'une tomber morte sur les prés , qui se portait très bien en allant au pâturage. La Ciguë, qui abonde dans ce pays, semble ne leur faire aucun mal. Elles sont sujettes aux maladies vermineuses, et l'on trouve presque dans toutes celles qui ont succombé une multitude de vers plats établis dans le foie. Une autre maladie qui attaque les Chèvres aussi bien que les Brebis, et que les gens du pays attribuent aussi (je ne sais si c'est à tort ou à raison) aux vers, se manifeste par une grosseur sous la mâchoire inférieure. L'animal tombe aussitôt dans la tristesse, refuse de boire et de manger, se couche en appuyant son museau sur le sol, et meurt en peu de jours. J'ai essayé avec succès de percer la grosseur; il en est sorti beaucoup d'eau, point épaisse ni jaunâtre, ni puante ; j'introduisais dans la petite blessure un tampon qui la maintînt ouverte, et pendant plusieurs jours je pressais autour de la piqûre jusqu'à ce que rien n'en sortît plus. J'en ai guéri quelques-unes par ce moyen si simple (1). Les Chèvres d'Angora sont sujettes à de

(1) Celles qui sont mortes de cette maladie, et que je fis ouvrir, avaient en effet quelques vers ; mais quelques-unes de celles qui mouraient victimes


CHÈVRE D'ANGORA. 91

fréquents avortements, surtout si la saison étant rigoureuse, elles ne se nourrissent pas suffisamment. Il faut pourtant mettre beaucoup de parcimonie et de précaution à les nourrir d'autre chose que d'herbe et de feuilles, car nulle autre nourriture ne vaut celle-là pour elles. Le foin ne leur convient pas non plus, et la seule nourriture qu'on puisse substituer à l'herbe fraîche, ce sont les feuilles, et surtout les feuilles de Chêne. Il est bon de s'approvisionner de branches de Chêne au commencement de l'hiver pour les avoir sous la main et les faire manger aux Chèvres les jours où la neige couvre la terre. Mais ce qui est plus important que tout le reste, c'est l'habitation. Le plancher sur lequel elles couchent doit être de terre battue ou de planches, et très propre, surtout très sec. Dans la saison froide, la saison des pluies et des neiges, il faut qu'elles passent les nuits à couvert, c'est-à-dire sous un toit; il est bon aussi que l'espèce de hangar qui leur sert d'étable soit fermé de deux ou de trois côtés, des côtés d'où soufflent les vents les plus froids; mais s'il était ouvert des quatre côtés, le mal serait moins grand que si le hangar était complètement fermé. Ces animaux ont surtout besoin d'air pur, et l'air vicié d'une étable fermée leur est extrêmement nuisible. Leur santé en souffre aussitôt, et le poil des Chèvres d'Angora ne conserve toute sa beauté que sur les Chèvres bien portantes. Vous me direz que la Société en possède un assez grand nombre dans diverses parties de la France, qu'elles sont enfermées dans des étables bien closes, et qu'elles se nourrissent de foin pendant tout l'hiver, et qu'elles ne s'en portent pas plus mal. Vous n'avez qu'à comparer la quantité de laine que chacune d'elles vous donne, avec ce qu'en donne une Chèvre d'Angora dans son pays ; je doute aussi que la qualité de la laine soit la même. Les Chèvres d'Angora sont tondues en mai, si je m'en souviens bien. Il faut attendre que les chaleurs soient arrivées, et

d'un accident en avaient aussi, tant elles sont sujettes à ces affreux parasites. L'expérience n'a pas été faite sur une grande échelle, car, grâce à Dieu, je n'en perdis qu'un très petit nombre de cette tumeur, pour me convaincre que les vers étaient en effet la. cause de la tumeur sons le menton.


92 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

éviter de les tondre dans la quinzaine qui précède et dans celle qui suit le part. On prend des précautions en automne, et on les accouple de façon que le part ait lieu au commencement de la belle saison, et avant les très grandes chaleurs. On les tond comme on tond les Brebis, avec de grands ciseaux. Les tondeurs habiles enlèvent le poil par quartiers, sans le démêler, si. bien que l'on reconnaît à la première inspection à quelle partie de l'animal appartenait tel ou tel paquet. Le poil ainsi détaché de l'animal est peigné ensuite pour en enlever les corps étrangers qui s'y trouvent retenus et comme noués; après cela on le file. Lorsqu'il est filé, on l'envide à plat sur une planche, en ayant soin de le tendre autant que cela se peut ; mais ce poil ainsi filé, étant très élastique, on passe un petit bâton entre le fil et la planche, pour le tendre davantage momentanément, puis on donne à la planche une inclinaison verticale, et l'on fait couler de l'eau pure et fraîche du haut en bas sur la planche et le fil, en frottant légèrement et avec la main sur ce fil. On le laisse sécher ensuite, et l'on tisse, ou bien on le teint. On n'emploie pour ce lavage ni savon, ni substances chimiques, rien que de l'eau fraîche.

Les gens du pays disent qu'une très belle Chèvre ou un très beau Bouc donne de 3 à 4 ocques de poil chaque fois qu'on le tond, c'est-à-dire une fois l'an (l'ocque, mesure turque, correspond à environ 400 grammes, ou à 44 onces). Je n'ai jamais vu de mes propres yeux pareille toison ; mais les plus beaux animaux de mon troupeau m'ont donné un peu moins de 3 ocques. Il est vrai que mes Boucs n'étaient peut-être pas très jeunes, tandis que les pur-sang nés chez moi n'étaient pas encore arrivés à leur maturité.

Ces belles Chèvres sont parfois de très mauvaises mères, et si on ne les surveille pas, elles laissent mourir leurs petits de faim, ou bien elles les nourrissent d'une manière insuffisante. Parmi les Chèvres d'Angora, il en est de noires, de grises et de rouges ou fauves; mais les blanches sont les plus nombreuses et les plus recherchées.


PROCÈS-VERBAUX. 93

III. EXTRAIT DES PROCÈS-VERBADX

DES SÉANCES GÉNÉRALES DE LA SOCIÉTÉ.

SÉANCE DU 22 JANVIER 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

MM. BARBEY (Théodore), armateur, au château de Saulcy, près Saint-Dié (Vosges), à Paris et au Havre.

DOURNAY (Joseph), propriétaire aux Mines de Lobsann, par Soultz-sous-Forèts (Bas-Rhin).

FOURCHY, notaire, à Paris.

GRIMAUD DE CAUX (Gabriel), propriétaire, à Paris.

LA CHAPELLE (René de), propriétaire, à Varennes (Seineet-Marne).

LA LAURENCIE (le marquis de), propriétaire, à Paris.

LASSERRE (Georges), avocat, propriétaire, à Saint-Nicolasde-la-Grave (Tarn-et-Garonne).

MONTLAUR (le marquis de), membre du Conseil général de l'Allier, au château de Lyonne près Gannat (Allier).

MONY, propriétaire, à Paris.

PLANCHÂT, notaire, à Paris.

VELARD (le comte de), au château de Candé (Loir-et-Cher).

- L'agrégation de la Société d'agriculture, industrie, sciences et arts du département de la Lozère, siégeant à Mende, présidée par M. le docteur Théophile Roussel, est mise aux voix et prononcée par un vote unanime.

- M. le Président annonce à l'Assemblée la prochaine conclusion de l'affaire relative à la concession, par la ville de Paris, d'un terrain dépendant du bois de Boulogne, et destiné à l'établissement de notre jardin d'expériences. La Société a rencontré la plus grande bienveillance dans le sein du Conseil municipal ainsi qu'au Conseil d'Etat, et le retard éprouvé


94 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

jusqu'ici était dû seulement à quelques difficultés de rédaction complètement levées aujourd'hui. On peut donc espérer que, sous un très bref délai, un décret sera soumis à l'approbation de S. M. l'Empereur.

- M. Wassink écrit pour remercier du choix que la Société a fait de lui comme son délégué à Batavia.

- M. de Maude adresse des remercîments pour son admission.

- Une demande de noyaux de Pêches de Tullins, transmise par notre délégué à Toulouse, M. le professeur Joly, est renvoyée à la Commission.

- M. Galland, marchand grainier, à Ruffec (Charente), fait parvenir sous le nom d'Igname indigène un pied de la plante nommée Tami vulgaire, ou Sceau-de-Notre-Dame (Tamus communis), de la famille des Dioscorées, qui est commune aux environs de Paris. Ses rapports d'aspect général avec les Dioscorea lui font donner, par quelques horticulteurs, la dénomination sous laquelle on l'a reçue.

- M. Frédéric Jacquemart place sous les yeux de l'assemblée des racines d'Ignames cultivées à Paris, longues d'un mètre et d'un diamètre de 0m,05 à 0m,06. Elles proviennent de rondelles de racines plantées au printemps de 1857.

- M. le vicomte de Valmer, en sa qualité de Président des Sociétés d'agriculture et d'horticulture de Melun, présente des échantillons de Sorgho de Chine, de Kabylie et de Provence, dus aux soins de ces Sociétés. Il fait observer que le premier semble être celui qui fournit le plus, et le dernier, selon lui, demande moins de soins que les deux autres dans sa culture. Il pense que les beaux résultats obtenus cette année doivent être surtout attribués aux grandes chaleurs de l'été passé, et il ne croit pas qu'on puisse en espérer de semblables chaque année.

- M. Leroy, membre de la Société, écrit de Marseille pour remercier d'un envoi de noyaux de Pêches de Tullins et de fruits de l'Araucaria du Brésil.

- M. Lachaume, en déposant sur le bureau une Note relative à ses succès dans la culture du Pois oléagineux de la Chine, donne, à ce sujet, quelques explications verbales, et montre


PROCÈS-VERBAUX. 90

un certain nombre de tiges, qui portent un graud nombre de gousses. Cette Note est renvoyée à l'examen de la 5e section.

- A la suite de cette communication, M. Léo d'Ounous fait connaître qu'il a réussi dans le Midi à cultiver différentes espèces de Haricots étrangers.

- M. Bourbier met sous les yeux de l'assemblée des Noix de Bancoul, originaires du Gabon, qui lui ont été remises par notre confrère M. Aubry-Lecomte, ainsi que de l'huile qu'il a extraite de ces Noix et du savon fabriqué avec l'huile. Il donne en même temps lecture d'une Note où sont résumées ses recherches scientifiques sur ce sujet.

- M. le comte de Galbert adresse de la Suisse par Voiron (Isère) un Rapport sur sa culture d'Ignames. Renvoi à la 5* section.

- M. Jullien Desbordes remercie d'un envoi d'oeufs de Bombyx du Ricin qui lui a été fait récemment.

- M. le comte de Kercado fait parvenir pour nos collections un cadre renfermant, comme spécimen, deux papillons de cette espèce, plusieurs cocons, des oeufs et un échantillon de soie. Des remercîments seront adressés à notre confrère.

- M. Kaufmann donne quelques détails sur la structure du cocon du Bombyx du Ricin, et sur le procédé à l'aide duquel il en pratique le dévidage qu'il opère sous les yeux de l'assemblée.

- M. Sacc adresse des échantillons d'étoffe fabriquée avec la soie du Bombyx du Chêne, et auxquels il a donné des teintes diverses, mais Loutes plus ou moins foncées. Il a joint à ces échantillons une indication complète des opérations chimiques nécessitées par ce travail.

A cette occasion, M. Guérin-Méneville rappelle que des essais heureux de teinture sur cette soie ont été faits, il y a plusieurs années, par un industriel de Paris, et il montre des échantillons qu'il a conservés depuis cette époque.

- M. Millet, en sa qualité de vice-président de la 5e section, lit une Note contenant l'énoncé de divers voeux formulés par cette section. L'examen de la Note est renvoyé au Conseil d'administration.


90 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Le même membre présente ensuite des détails sur les travaux de pisciculture marine entrepris dans le bassin d'Arcachon. Il décrit un appareil particulier qu'il a proposé pour le transport des Poissons vivants, et construit de telle façon que l'eau peut être chargée d'air, chaque fois que cela est nécessaire.

Après cette communication, il montre des produits des bassins à Huîtres établis par M. Caillaud, à Chatelaillon (CharenteInférieure), et dans lesquels l'eau douce pénètre dans une certaine proportion. Les produits dont il s'agit sont : 1° une Huître mère ; 2° de très jeunes Huîtres fixées sur un morceau de roc et dont quelques-unes égalent à peu près le diamètre d'une pièce d'un franc; 3° des coquilles couvertes de Serpules dont l'enveloppe calcaire, en se fixant sur l'une et l'autre valve, nuit au développement de l'Huître. Il rappelle, en outre, que certains mollusques, en s'introduisant entre les valves des Huîtres, amènent la mort d'un grand nombre de ces animaux.

Quelques observations sont présentées par M. Clet, sur la difficulté qu'il doit y avoir, selon lui, à obtenir dans les bassins de Chatelaillon et la reproduction et l'engraissement, puisque, pour cet engraissement, il paraît convenable de pratiquer un mélange d'eau douce et d'eau de mer, lequel, au contraire, est défavorable à la formation et au développement du frai.

M. le baron Travot, parlant dans le même sens, insiste également sur la nécessité de l'arrivée d'une certaine quantité d'eau non salée dans les bassins maritimes où les Huîtres sont parquées.

M. Chatin dit que ce mélange, dont il ignore les effets sur les phénomènes de la reproduction, est en réalité nécessaire pour l'engraissement, et que la proportion d'eau douce doit varier suivant la qualité de l'Huître que l'on veut obtenir. Il cite une observation personnelle par laquelle il a constaté que, dans un parc qu'il a visité, les Huîtres devenaient vertes seulement aux abords d'une source qui venait s'y ouvrir.

M. J. Cloquet rappelle, à cette occasion, les observations recueillies par M. Coste sur les parcs àHuîtres du lac Fusaro, situé dans le fond du golfe de Baïa près Cumes, et qui ont fait connaître dans tous leurs détails les procédés qui y sont employés


PROCÈS-VERBAUX. 97

pour favoriser la reproduction de ces mollusques. Notre confrère mentionne également l'opinion émise par le même observateur (Rapport à S. Exc. le Ministre de l'agriculture sur son voyage d'exploration sur le littoral de la France et de l'Italie, 1855) relativement aux conditions dans lesquelles se trouvent dans les bassins de Marennes les Huîtres si renommées de cette localité, et qui sont telles que leur viridité, suivant l'expression de M. Coste, semble surtout due à la nature même du sol des parcs où elles sont conservées.

M. Chatin, sans nier complètement cette cause, fait observer que, même à Fusaro, quoique les eaux douces soient exclues des parcs, l'action de la rosée des nuits sur les Huîtres fréquemment sorties du liquide salé, doit produire un effet analogue à celui qui résulte du mélange d'eau douce et d'eau de mer.

M. Guérin-Méneville signale les efforts déjà faits pour créer, sur notre littoral, des bancs d'Huîtres.

- M. Millet donne de nouveaux détails sur les tentatives heureuses qu'il a faites pour arriver à répandre et à propager le Coq de Bruyère dans des parties de la France où cet oiseau était en quelque sorte inconnu.

- Une demande de Yaks, adressée par notre nouveau confrère, M. le marquis de Montlaur, est renvoyée au Conseil.

- La Commission nommée pour étudier les questions relatives à l'introduction du Dromadaire au Brésil (Bulletin, 1857, page 593) ayant présenté au Conseil un Rapport sur ce sujet, il en a été donné communication à M. Marques Lisboa, envoyé du Brésil, et ce Rapport faisant connaître le montant très élevé des frais d'acquisition et surtout de transport, le Conseil a demandé s'il fallait passer outre et conclure, ou s'il n'y avait pas lieu, au contraire, de consulter le gouvernement brésilien, afin de savoir s'il ne trouverait pas plus convenable d'envoyer un navire de l'Etat. La Commission a donc rempli son mandat, et M. l'Envoyé du Brésil a répondu, en termes très obligeants, qu'il n'avait pas d'observations à faire sur les conclusions du Rapport, car elles ont toute son approbation. Néanmoins, en présence des indications qui y sont

T. V. - Mars 1858.


98 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

données sur le chiffre des dépenses jugées nécessaires, il croit, dit-il, devoir en référer à son gouvernement. Dès qu'une réponse lui sera parvenue, il s'empressera de la transmettre au Conseil.

-Notre confrère, M. Davin, qui, au printemps dernier, avait présenté à la Société des échantillons de poils de Chameaux peignés, filés et tissés, et avait lu sur ce sujet une notice industrielle insérée au Bulletin (1857, p. 253), met aujourd'hui sous les yeux de l'assemblée des coupons de diverses pièces d'étoffé, savoir : du drap velours de trois qualités, l'une d'une finesse et d'une douceur extrême ; une seconde, également très belle, mais d'une qualité moins exceptionnelle, et qui sera principalement le type que l'industrie pourra donner au commerce, et la troisième encore très douce, mais plus commune et pouvant servir pour les vêtements d'homme et de femme; puis des tissus plus légers; l'un de ces derniers, en particulier, est tramé en poil de Chameau sur une chaîne de coton. M. Davin fait observer qu'il se sert d'un mélange de poil de Chameau d'Asie et de Chameau d'Afrique, pour obtenir les plus beaux résultats, et que nulle teinture n'est appliquée sur ces étoffés, dont la couleur naturelle est un brun légèrement jaunâtre, d'une nuance agréable.

Il est ensuite donné lecture d'une lettre de M. le maréchal Randon où S. Exc. témoigne hautement de l'intérêt que lui inspirent ces heureux essais d'utilisation du poil de Chameau, dont l'Algérie peut fournir d'importantes quantités.

- Notre nouveau confrère, M. Th. Barbey, armateur au Havre, donne connaissance des efforts qu'il a faits pour importer en France le Lama, dont la sortie du Pérou est défendue, et dont il n'a pu se procurer encore que deux mâles actuellement déposés au Muséum.

Il annonce, en même temps, qu'il met à la disposition de la Société ses nombreux navires, et il adresse plusieurs affiches faisant connaître les lieux de destination de ces navires, et montrant combien sont étendues ses relations d'outre-mer.


PROCES-VERBAUX. 99

SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

- A l'occasion du passage du procès-verbal de la séance du 22 janvier, où il est question des causes de la viridité des Huîtres, M. le docteur Aube fait observer que l'abaissement de la température exerçant une influence sur la production de la coloration, puisqu'elle n'a lieu qu'après la saison des grandes chaleurs, depuis la fin d'août jusqu'au mois de mai, on pourrait peut-être attribuer le rôle de l'eau de source que certains parcs reçoivent et dont M. Chatin a parlé, à ce fait que ces sources sont plus froides que l'eau de mer à laquelle elles viennent se mélanger.

- Egalement à l'occasion du passage de ce même procèsverbal où sont mentionnées les indications fournies par M. Millet, sur les travaux de Pisciculture et d'Ostréocullure, entrepris dans le bassin d'Arcachon, M. le professeur J. Cloquet, dans le but d'appeler l'attention de la Société sur la part que le gouvernement prend au développement de cette source importante d'alimentation publique, lit une Note sur la Pisciculture en France pendant l'année 1857 (voy. au Bulletin).

- M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

S. A. le prince François de LICHTENSTEIN, lieutenant général

au service de S. M. l'Empereur d'Autriche. MM. BORSENKOW (Jacques), membre fondateur du Comité d'acclimatation de Moscou, magistrat de l'Université, à Moscou.

BOURGOING (de), écuyer de l'Empereur, à Paris.

CAROLI (le comte Louis de), à Paris.

DARRICAU, capitaine de vaisseau, gouverneur de l'île de la Réunion.

DAVIES, propriétaire, à Madère.

ESPEUILLES (le marquis de), sénateur, à Paris.

FOUCHER, président honoraire de la Chambre des notaires, à Paris.


100 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. MM. GARDANNE (le comte), à la Grande-Fuste, près Valensolles (Basses-Alpes).

GIBERT (Achille), propriétaire, à Beauvais (Oise).

HACHETTE, éditeur-libraire, à Paris.

HASSAN-BEY (le général), à Paris.

KALINOWSKY (Jacques), professeur d'agriculture à l'Université impériale de Moscou.

LA MARDIÈRE (de), officier de marine, à Madagascar.

OSUNA (S. Exc. le duc de), à Madrid.

OUSSOW (Serge), membre fondateur du Comité d'acclimatation de Moscou, membre de la Société des naturalistes, à Moscou.

PAULZE D'IVOI, préfet de la Vienne, à Poitiers.

PERALES (S. Exc. le marquis de), à Madrid.

PERRAULT (J. ) secrétaire de la Chambre d'agriculture du Bas-Canada, directeur du journal l'Agriculteur, ancien élève de Grignon.

- Sur la proposition de M. le Président, faite au nom de la Commission des récompenses et du Conseil d'administration, et conformément aux dispositions de l'article 4 de ses Statuts constitutifs, la Société admet, à l'unanimité, au nombre de ses membres honoraires :

S. Exc. M. MASSLOW, conseiller d'État actuel, secrétaire perpétuel de la Société impériale d'agriculture, à Moscou;

M. RICHARD (du Cantal), agriculteur, ancien directeur de l'Ecole des haras, ancien représentant, et l'un des quatre viceprésidents de la Société, à Paris ;

M. ROCQUEMAUREL, capitaine de vaisseau, à Toulon.

- S. Exc. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, transmet la médaille d'or qu'il a accordée à notre Société et qui sera décernée dans la séance publique annuelle. Des remerciments seront adressés à M. le Ministre.

- M. le Président informe que cette séance, la deuxième depuis la fondation de la Société, aura lieu à l'Hôtel de Ville, le 10 février, jour anniversaire de cette fondation. On y distribuera les récompenses et médailles accordées par la Société.


PROCÈS-VERBAUX. 101

- M. le Président annonce que, par une lettre de notre confrère, M. Redon, maître des requêtes au Conseil d'État, il a appris que l'affaire relative à la concession d'un terrain au bois de Boulogne pour notre jardin d'expérimentation est maintenant terminée devant le Conseil d'État.

- M. Fréd. Jacquemart, au nom de la Commission de comptabilité, lit un Rapport sur l'état des recettes et des dépenses de la Société pendant l'année 1857. Sur les conclusions de ce Rapport, l'Assemblée : 1° approuve les comptes de M. le Trésorier, à qui elle vote, à l'unanimité, des remercîments; 2° renvoie à l'examen du Conseil la proposition de prononcer la radiation de quelques membres qui n'ont pas payé leurs cotisations depuis 1855. (Voy. ce Rapport, p. 83.)

- M. G. Lasserre écrit pour remercier de son admission.

- Des rapports sur des cultures d'Igname et de Riz sec sont adressés par M. H. de Calanjan et par le Comice agricole de Lille. Ce dernier rapport est transmis par M. le Préfet du Nord.

- M. Lachaume place sous les yeux de l'Assemblée une nombreuse collection de variétés de Maïs cultivées à Vitry-surSeine, il dépose sur le Bureau une Notice relative à cette culture et qui est renvoyée à l'examen de la 5e section.

- M. Denis Graindorge informe la Société qu'il met à la disposition de nos confrères qui pourraient en désirer, des pieds de Cassis blanc ; il en a obtenu une liqueur de couleur claire, dont il présente un échantillon.

- M. Ch. Lemonnier fait parvenir un rapport sur diverses cultures heureuses de Sorgho sucré, dans le Tarn, dans l'Oise et dans le Calvados; il y a joint un échantillon de graines obtenues dans ce dernier département.

- M. le Président informe que la Société a reçu de SainteMarthe (Nouvelle-Grenade) des Pommes de terre dont il sera fait une distribution contre remboursement de frais.

- M. Sacc expédie une paire de gants et une paire de bas tricotés avec la soie de la Chenille du Chêne de la Chine. A la suite du lavage, le retrait a été absolument nul. « Ainsi, dit, notre confrère, les vêtements confectionnés avec cette précieuse matière textile pourront, être lavés sans subir la moindre


102 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. déformation, ce qui procurera une économie considérable sur ceux en laine. »

- M. le Président informe que la Société vient de recevoir, après de longs retards, de M. l'abbé Bertrand, missionnaire apostolique, au Su-Tchuen (Chine), membre honoraire de la Société, deux Mémoires, l'un sur le Ver à soie du Chêne et l'autre sur l'Ortie blanche.

- M. le comte de Causans, propriétaire au Puy (HauteLoire), adresse, une Notice sur ses travaux de pisciculture dans ce département. Elle est renvoyée à l'examen de la 3e section.

- M. le docteur Chapuis, président du Comité zoologique d'acclimatation de la Guyane et médecin en chef de la marine, à Cayenne, annonce l'envoi d'animaux vivants pour la Société.

- M. le Président renvoie à la 2e section une lettre par laquelle M. Jorand, propriétaire, à Auxonne (Côte-d'Or), demande des instructions relativement aux conditions du prix extraordinaire proposé par la Société pour la domestication de la grande Outarde (Otis tarda).

- M. Dareste lit un extrait d'un Mémoire où sont consignés les résultats de ses recherches relatives à l'influence que l'application totale d'un vernis ou d'un enduit oléagineux sur la coquille de l'oeuf exerce sur le développement de l'embryon.

- Une lettre de M. Paul Blacque, trésorier, donne avis que M. Chagot a versé dans la caisse de la Société une somme de 2000 francs, destinée à être donnée en prix à celui qui, dans la domestication de l'Autruche, en France, en Algérie ou au Sénégal, aura obtenu au moins six individus d'une troisième génération. Les intérêts de cette somme seront servis à notre confrère jusqu'à l'époque à laquelle elle sera décernée en prix, ou restituée au fondateur si les conditions exigées pour ce prix n'ont pas été remplies (voyez relativement à ce prix, Bulletin 1858, p. 45).

- M. le docteur Berrier-Fontaine met à la disposition de ceux de nos collègues qui pourraient en désirer, de jeunes chiens nouvellement nés, issus d'une chienne braque de la race pure dite Pointer écossais.


PROCÈS-VERBAUX. 103

- M. Albert Geoffroy Saint-Hilaire lit une Note sur un lainier dont il fait hommage à la Société et qui contient une collection de laines d'Algérie, que M. Bernis, vétérinaire principal de l'armée d'Afrique, lui a donnée. Il y a joint beaucoup d'échantillons qu'il a lui-même recueillis pendant son voyage dans notre colonie. Des remerciments sont adressés à M. A.Geoffroy Saint-Hilaire, pour ce présent, qui est un complément très utile du rapport qu'il à présenté l'année dernière sur les races ovines de l'Algérie (Bulletin, 1857, p. 413).

- MM. Bouteille, secrétaire général de notre Société affiliée des Alpes, Cuënot, Dauban, Dausse, Jobez, Parade et Fréd. Zuber adressent de Grenoble, de la Malcôte, à Besançon, de Campnac (Aveyron), de Lons-le-Saulnier (Jura), de Siam, près Champagnole (Id.), de Nancy et de Mulhouse, un état effectif du nombre de boucs ou chèvres adultes et de jeunes animaux mâles ou femelles de la race caprine d'Angora, qu'ils ont en dépôt en ce moment. Outre ces indications, nos confrères, en remplissant les cases préparées d'avance sur les tableaux qu'on leur avait fait parvenir, ont pu mentionner le nombre des naissances et des morts survenues pendant chacune des années 1855, 1856 et 1857.

De ces rapports il résulte que la Société possède actuellement un troupeau de 53 têtes, sur divers points de la France, comprenant 16 Boucs et 37 Chèvres; parmi les 53 animaux, il y en a 38 adultes et 15 jeunes. Dans ces nombres ne sont comprises ni les Chèvres d'Angora que la Société a fait venir avec les siennes pour plusieurs de ses membres et pour divers établissements, ni celles qu'elle a envoyées en Algérie, en Wurtemberg et en Sicile.

- M. Th. Barbey, membre de la Société, lui fait don de deux Lamas mâles récemment arrivés du Pérou. A ce don précieux, M. Barbey a joint celui de deux vases en terre trouvés dans les fouilles faites sur les montagnes d'Arica (Pérou), qui longent le rivage. Ils se trouvaient placés à côté des corps des Incas auprès desquels ils avaient été posés par les parents et les amis des défunts. Des remerciments seront adressés à M. Barbey pour ce double.présent.


104 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

SÉANCE DU 19 FÉVRIER 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

- M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

MM. ASSELIN, receveur particulier des contributions, à Paris.

AYMEN, propriétaire, membre du Conseil général de la Gironde, à Castillon-sur-Dordogne (Gironde).

CAUSSE (Jacques), négociant, à Bordeaux (Gironde).

CHABROL-CHAMÉANE (le vicomte de), à Paris.

COCTEAU, notaire honoraire, à Paris.

CORDEVIOLLA, de la Nouvelle-Orléans, propriétaire, au château de Marconville près Pontoise (Seine-et-Oise) et à Paris.

COSTE-LOREILHE, propriétaire, à Sainte-Foy (Gironde).

DELBRUCK, homme de lettres, à Paris.

DOULCET (Jules), archiviste du Corps législatif, à Paris.

GOURSIES, propriétaire, à Beausjugan, par Castillon-surDordogne (Gironde).

GOURY DU ROSLAN, ministre plénipotentiaire de France près la République de la Nouvelle-Grenade.

LACROZE (le docteur Pierre-Ernest), directeur de la maison de santé de Picpus, à Paris.

LAMOTHE (Adolphe), propriétaire, à Poitiers (Vienne).

LÉNARDIÈRE (de), député, propriétaire, à Paris.

LESSEPS (le comte de), ministre plénipotentiaire, directeur des affaires commerciales au ministère desaffaires étrangères, à Paris.

MAUPASSANT, propriétaire, à Paris.

MAURICE (Ovide), avoué, à Poitiers (Vienne).

MICHEL LÉVY, inspecteur général du service de santé militaire, directeur de l'École de médecine et de pharmacie militaire du Val-de-Grâce, à Paris.

MOURAVIEFF APOSTOL, à Mirgorod, gouvernement de Pultava (Russie).


PROCÈS-VERBAUX. 105

MM. POIRAULT (Jules), pharmacien, préparateur à la Faculté

des sciences, à Poitiers (Vienne). POLLIOTTI, à Turin (Piémont). PONT DU CHAMBON ( du ), propriétaire, au Vivier, près

Sainte-Foix (Gironde). RANCY (le comte de), à Paris. SARCHI, agent de change honoraire, à Paris.

- S. Exe. M. le duc de Rivas, ambassadeur d'Espagne, écrit pour exprimer ses regrets de n'avoir pu, contrairement à son désir, assister à la séance solennelle du 10 février.

- Des lettres de remerciments, à l'occasion des récompenses décernées dans cette séance, sont adressées par M. Sacc, pour sa médaille d'or, par M. Allier, par M. Berthier, prince de Wagram, M. le comte de Galbert et madame Antoine Passy pour leurs médailles de première classe; par MM. Agron de Germigny, Alvier, Braguier, Brierre, Dausse, Albin Gros, Mège, David Richard, le major Taunay, pour leurs médailles de deuxième classe. Dans sa lettre, M. Alvier dit : « La Chèvre d'Angora est peut-être destinée par ses belles toisons à dédommager le Dauphiné, et particulièrement le département de la Drôme, de l'anéantissement de ses produits séricicoles. L'essentiel serait de la faire substituer, en raison de sa plus grande utilité, à la Chèvre indigène, qui est beaucoup plus nuisible aux bois qu'elle broute avec avidité; tandis que la Chèvre d'Angora, ayant de nombreux rapports avec la race ovine, se contente de brouter toute espèce de pâturage. »

- Une lettre de M. le baron de Waechter, ministre de Wurtemberg, informe M. le Président que S. M. le roi de Wurtemberg, voulant honorer la Société dans la personne de l'un de ses membres les plus distingués, a daigné accorder à M. Sacc la croix de chevalier de l'Ordre de Frédéric. M. le Président a été chargé d'en transmettre les insignes à notre confrère.

- MM. E. Cordeviolla et de Gévaudan remercient de leur admission dans la Société.

- Il est donné lecture, par extraits, du procès-verbal de la séance tenue par notre Comité régional de Bordeaux, le 3 décembre 1857, et en particulier des passages relatifs à


106 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

une communication de Mgr l'évêque de Grenoble, à Mgr le cardinal-archevêque de Bordeaux, touchant les Pèches de Tullins, d'après un horticulteur très compétent. Les détails contenus dans ce passage montrent tous les avantages que cet arbre peut offrir en ce qu'il se reproduit de noyaux sans avoir besoin de la greffe, se, cultive également bien en espalier, ce qui donne un plus beau fruit et en plein vent, d'où il résulte un fruit meilleur. Dès le commencement de la troisième année de la plantation, il commence à produire et dure dix ans, et même plus, si on le rabat chaque année, sur le nouveau bois, en enlevant le bois mort. A la suite d'indications sur le terrain, il est dit que le meilleur moment pour le semis des noyaux est l'époque de la maturité. A cette occasion, M. le docteur Aube fait observer qu'ils peuvent être plantés avec succès, à d'autres époques, si l'on a pris le soin de les stratifier à une température de 15 ou 18 degrés, dans une serre ou dans une vacherie.

- Notre confrère, M. A. de la Roquette, transmet copie d'un Rapport adressé par M. Hardy à M. le préfet d'Alger sur les résultats heureux obtenus du semis des graines qui lui ont été adressées de l'Amérique du Sud par M. de Bonpland, et qu'il ne doute pas de voir parfaitement réussir.

- S. Exc. Koenig-Bey fait parvenir un Rapport satisfaisant sur ses cultures, à Alexandrie, du Sorgho, du Pois oléagineux et du Riz sec qui lui avaient été envoyés par la Société. Il informe, en outre, des succès qu'il obtient avec divers végétaux du Bombay.

- M. le marquis de Vibraye fait connaître de vive voix les principaux résultats obtenus par lui dans ses vastes cultures forestières de la Sologne. Ces résultats sont consignés dans une Notice dont l'examen a été soumis à la Commission des récompenses, qui les a jugés dignes d'une médaille de première classe. Notre confrère signale, en outre, la continuité de ses succès en pisciculture et la nécessité d'une température qui ne dépasse pas 4 degrés pour que la fraie des Truites ait lieu.

- Notre confrère M. de Caumont, directeur de l'Association normande pour les progrès de l'agriculture, de l'industrie et des arts, transmet un Rapport sur la culture du Riz sec, qui a


PROCÈS-VERBAUX. 107

peu réussi, jusqu'à présent, en Normandie. Il rappelle que de semblables essais ont déjà eu lieu à Nantes, il y a une trentaine d'années environ.

- Notre confrère, M. Edmond Becquerel, lit un travail de M. Becquerel père qui fait connaître les résultats heureux auxquels l'ont conduit ses tentatives pour l'acclimatation des Orangers dans les départements du centre de la France en obtenant dans la serre pendant la période de fructification, depuis mars jusqu'à fin de novembre ou de décembre, la somme totale de 3900 degrés de chaleur qui est indispensable, pour l'accomplissement de la maturation. Des fruits parfaitement mûrs sont goûtés par divers membres de l'Assemblée (voyez au Bulletin, p. 77).

- M. Sacc propose des plantes des Antilles, ainsi que des graines de Cerfeuil bulbeux (Choerophyllum bulbosum) et de Terre-noix (Bunium bulbo-castanum). Il donne des détails sur la possibilité de l'emploi de la racine de Sorgho, comme succédané du Chiendent.

- M. Nicolas de Annenkoff fait présent, de la part du Comité botanique d'acclimatation de Moscou, d'une collection de graines de la Sibérie orientale, du Caucase et de la Chine.

- Des demandes de divers végétaux adressées par MM. Cumenge, Duvarnet, Lelièvre et H.Crookenden sont renvoyées à la 5e section, ainsi qu'une lettre par laquelle M. Joly (de Toulouse) sollicite des noyaux de Pêches de Tullins que M. le préfet de Lot-et-Garonne désire répandre dans le département.

En même temps, notre confrère adresse une Note sur le soufrage appliqué aux Vers à soie atteints de gattine et de muscardine. Cette Note est renvoyée à l'examen de la 4e section.

- M. Guérin-Méneville présente un Rapport sur les résultais de l'exploration qu'il a faite, cette année, de la Suisse, ainsi que des régions séricicoles et élevées de la France, de l'Italie et de l'Espagne, afin d'y recueillir, selon le voeu de la Société, et au moyen de l'aide généreuse de la Caisse francosuisse de l'agriculture, de la graine de Vers à soie de provenance indigène absolue et non atteints par la maladie. Il a, dans ce voyage récent, acquis de nouveau la preuve de ce fait


108 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

sur lequel il avait déjà précédemment appelé l'attention, savoir : que, dans les localités élevées, où les vignes et les mûriers ne sont pas malades, la gattine ne se présente jamais épidémiquement, lorsque les éducations sont faites avec des graines acclimatées depuis plusieurs années dans des lieux semblables et placées sous les mêmes conditions climatériques, et quand elle proviennent de races dites de pays et n'ayant pas été mêlées avec des graines d'origine inconnue ou suspecte.

- M. Guérin-Méneville ayant dit dans ce Rapport quelques mots des fraudes commises dans la récolte des oeufs de Vers à soie dont on n'indique pas toujours la véritable provenance, M.Kaufmann donne des explications, qui ont pour but de montrer que les graines frauduleusement vendues comme recueillies en Prusse et qui n'ont produit que de mauvais résultats, ont été achetées à des hommes étrangers à ce pays, où il a été reconnu que les oeufs répandus en France sous la fausse dénomination de graine prussienne ont, de beaucoup, dépassé les quantités que la Prusse peut produire en une année. Il proteste donc contre les reproches que ces actes de déloyauté ont pu attirer, bien à tort, comme on le voit, à ceux de ses compatriotes qui se livrent à l'industrie de la sériciculture.

M. Guérin-Méneville confirme les faits énoncés par M. Kaufmann. Il a même été prié par quelques éducateurs du Midi de s'informer auprès de qui de droit, des quantités de graines qui avaient pu être livrées en Prusse à des marchands français, afin qu'on eût un moyen de prouver que ces marchands avaient considérablement augmenté leur approvisionnement, en mêlant à la vraie graine de Prusse de la graine de Lombardie ou d'Orient viciée par la maladie régnante.

- M. Mestro, directeur des Colonies au ministère de la marine, écrit à l'occasion du Bombyx radama, Coq., dont il avait adressé un cocon, afin que la détermination en fût faite par la Société, que déjà le département de la marine, dès juillet 1855, et sur notre demande, a signalé aux administrations de l'Inde et de la Réunion l'intérêt qu'il y aurait à tenter, dans l'une et dans l'autre colonie, l'acclimatation de cette larve précieuse.

- La Société, industrielle de Mulhouse fait parvenir une


PROCÈS-VERBAUX. 109

addition au programme des prix proposés par elle pour être décernés, s'il y a lieu, dans sa séance générale de mai 1858 ou dans celle de mai 1859. Cette addition consiste en une médaille d'or pour la production par un seul éleveur de 100 kilogrammes de cocons du Bombyx Cynthia ou Ver à soie du Ricin, et en trois médailles d'argent pour les producteurs de quantités inférieures, mais dépassant 25 kilogrammes (voyez page 111).

- M. Girard, capitaine de grenadiers au 100e régiment de ligne, fait parvenir une boîte contenant des cocons d'une Araignée fileuse qu'il a introduite avec succès dans différentes localités où elle ne se rencontrait pas. Cette Araignée, outre qu'elle donne une soie dont l'industrie peut tirer parti, détruit beaucoup d'insectes nuisibles aux végétaux. Un Mémoire est joint à ces échantillons. Renvoi à la 4e section.

- Une demande d'oeufs ou de frai de Truite, adressée par M.le général Jusuf, est renvoyée à la 3e section. Cette demande est faite par notre confrère, pour un colon, qui voudrait ensemencer un cours d'eau dit Ruisseau des Singes, situé dans les gorges de Chiffa, et près duquel se trouve son exploitation.

-M. le comte de Bourcier de Villiers, membre de la Société, et président du Comice agricole d'Epinal (Vosges) transmet un Rapport de M. Noël (de Bussang) sur son voyage en Afrique, où il a transporté une certaine quantité de poissons vivants appartenant à diverses espèces. Dans ce rapport adressé à M. le Président, ce pisciculteur fait connaître qu'il a pu transporter de France à Tiaret, en Algérie, 34 poissons vivants, et qu'il les a déposés à la source de la Mina, sous une cascade, à Aim-dali-di-ha. L'examen du procédé d'aération de l'eau mis en usage par M. Noël devra être fait par la 3e section.

- M. Millet place sous les yeux de l'Assemblée des Ombres chevaliers longs de 0m,35 à 0m,40 et péchés dans différents cours d'eau de l'Aisne et des Ardennes, tels que le Thon et l'Artoise. Ces poissons proviennent de fécondations artificielles opérées en février 1855, sur les bords des lacs Paladru, du Bourget et de Genève.

- M. Kaufmann, à l'occasion du grand Coq de Bruyère dont il a été question à la dernière séance, dit que cet oiseau


110 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

est rare en Allemagne, mais qu'il l'est moins en Norwége. C'est dans ce dernier pays qu'il serait le plus facile de se procurer des oeufs. Quant au petit Coq de Bruyère, on pourra en obtenir par l'entremise de notre Société affiliée de Berlin.

- Notre confrère, M. H. Delaroche, négociant au Havre, annonce qu'il a pris tous les soins nécessaires pour le transport des deux Lamas, dont M. Th. Barbey a fait présent à la Société. Ces animaux sont arrivés en bon état, et sont provisoirement déposés à la ménagerie du Muséum d'histoire naturelie. Des remerciments seront transmis à M. Delaroche.

- M. Dutrône informe qu'une Commission composée du syndicat de la boucherie et des administrateurs qui président aux approvisionnements de Paris, vient, suivant les expressions mêmes de notre confrère, « de donner une seconde sanction à l'acclimatation des types écossais et de Suffolk, qui lui ont servi pour constituer la race cotentine sans cornes, en choisissant son Boeuf Sarlabot II pour Boeuf gras. » Sur la demande de M. Dutrône, l'examen de ce second Boeuf est renvoyé à la 1re section dans le sein de laquelle une Commission, qui fut choisie l'an passé, a présenté un Rapport sur le premier spécimen de cette nouvelle race cotentine.

- M. Macé, membre de la Société à Beblenheim (Haut-Rhin), fait parvenir une peau tannée de cochon de Chine remarquable par sa résistance qui surpasse, suivant l'opinion du tanneur dans les ateliers duquel elle a été préparée, les plus forts cuirs de taureau. Il en résulterait pour cette dépouille une valeur vénale supérieure à celle de la moitié d'un cuir de Boeuf. Sa grande force pourrait donc rendre ce cuir très utile pour certains usages spéciaux.

-- M. Suquet écrit de Marseille que la Vache Zébu donnée à la Société par S. A. le prince Halim, et qui a été confiée au Jardin zoologique de cette ville avec d'autres individus de la même espèce, a mis bas tout récemment. La Société, en comptant ces animaux, ainsi que le magnifique Taureau déposé à la ménagerie du Muséum, possède donc maintenant cinq sujets de cette espèce remarquable.

Le Secrétaire des séances, AUG. DUMÉRIL.


FAITS DIVERS. 111

IV. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE.

Les lecteurs du Bulletin savent déjà (voyez t. IV, page 542) qu'une proposition avait été faite par M. Sacc à la Société industrielle de Mulhouse, afin que cette Société encourageât par la création d'un prix la culture du Ver à soie du Ricin. Ce prix vient d'être fondé. Il sera décerné par la Société industrielle, s'il y a lieu, dans sa séance générale de mai 1858 ou dans celle de mai 1859. Nous jugeons utile de reproduire le programme de ce concours, afin d'en porter les conditions à la connaissance de tous ceux de nos confrères qui se livrent à la culture du Ver à soie du Ricin,

Programme du prix proposé par la Société industrielle de Mulhouse.

MÉDAILLE D'OR, pour la production, par un seul éleveur, de 100 kilogrammes de cocons du Bombyx Cynthia (Ver à soir du Ricin). TROIS MÉDAILLES D'ARGENT, aux producteurs de quantités inférieures, mais dépassant 25 kilogrammes.

Depuis que le prix des soies menace d'aller toujours en s'élevant, malgré la baisse momentanée sur ce produit, parce que d'une part la consommation augmente toujours, et que d'un autre côté l'élève des Vers à soie s'entoure de plus d'entraves, il est naturel de se retourner vers d'autres insectes du même ordre, pour chercher à remplacer le déficit de la production séricicole. Le Bombyx Cynthia, qui se nourrit des feuilles du Ricin, paraît être dans cette condition, bien que sa soie soit inférieure en qualité à celle du Ver ordinaire. Le Ricin croissant facilement dans toute l'Algérie, et dans une grande partie de la France, on peut espérer que les cultivateurs se tourneront vers ce genre de production, pour peu qu'ils en trouvent le débit. Pour les encourager dans cette voie, la Société industrielle de Mulhouse offre une médaille d'or à l'éleveur d'Algérie ou de France, qui aura obtenu, dans la campagne de 1838, 100 kilogrammes de cocons du Bombyx Cynthia, et trois médailles d'argent à ceux qui en auront obtenu des quantités inférieures, mais dépassant 25 kilogrammes.

Les certificats et pièces justificatives devront être adressés au Président de la Société industrielle de Mulhouse.

- La Société vient de recevoir d'un de ses membres honoraires, M. l'abbé Perny, vicaire apostolique en Chine, des dons très précieux. Momentanément de retour en France, après un long séjour en Chine, M. l'abbé Perny s'est empressé de prévenir M. le Président qu'il avait rapporté et mettait à la disposition de la Société divers objets intéressant l'acclimatation, l'agriculture et l'industrie. Parmi ces objets se trouvent divers échantillons de l'Insecte à cire des Chinois et de sa cire, un pied vivant de l'arbre sur lequel on le trouve, plusieurs autres végétaux tels que l'Arbre à vernis, des plantes ou des graines de plantes alimentaires ou tinctoriales, des Cocons vivants du Bombyx Pernyi (ainsi nommé en mémoire d'un précédent envoi du même voyageur), de la graine chinoise de Ver à soie du Mûrier, etc. Le catalogue de tous ces objets, et d'un grand nombre d'autres donnés aussi par M. l'abbé Perny, est dressé par les soins de MM. Guérin-Méneville et MoquinTandon, présidents de la 4e et 5e section, délégués par le Conseil pour recevoir les précieux objets offerts par M. Perny.

Le Secrétaire du Conseil,

GUÉRIN-MENEVILLE.


112 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.

Séance du 8 janvier 1858.

ZEITSCHRIFT FOR ACCLIMATISATION ; Organ des Acclimatisations-Vereins für die Kôniglich-Preussischen Staaten. Par E. Kaufmann. Janvier 1858.

BULLETIN DES SÉANCES DD COMITÉ ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE AGRONOMIQUE DE MOSCOU, 1857.

BULLETIN DES SÉANCES DU COMITÉ BOTANIQUE D'ACCLIMATATION DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE AGRONOMIQUE DE MOSCOU, 1857.

ITINÉRAIRE D'UN VOYAGE BOTANIQUE EN ALGÉRIE, exécuté en 1856 dans

le sud des provinces d'Oran et d'Alger sous le patronage du ministère de

la guerre, par E. Cosson. Offert par l'auteur. DE LA CULTURE DU DATTIER DANS LES OASIS DES ZIBAN, par MM. E. Cosson

et N. Jamin, directeur du Jardin d'acclimatation de Beni-Mora. Offert

par M. Cosson. EXPOSITION GÉNÉRALE DES PRODUITS AGRICOLES DE L'ALGÉRIE EN 1857.- NOTES pour servir à l'histoire des insectes nuisibles à l'agriculture, à

l'horticulture et à la sylviculture dans le département de la Moselle, par

M.J.-B. Géhin.

CENNO INTORNO ALLE PIANTE PIU NOTEVOLI POSTE AD ESPERIMENTO NELL'

ORTO AGRARIO DELLA H. ACCADEMIA D'AGRICOLTURA DI TORINO, 1856. DESCRIPTION DE DEUX CAS DE MONSTRUOSITÉ COMPARÉS, OBSERVÉS L'UN SUR

UN JEUNE CANARD, L'AUTRE SUR UN JEUNE POULET, par M. J.-L. Soubeiran. ALMANACH DU SUD-EST (Journal agricole et horticole), pour l'année 1858. LE PROGRÈS (Journal des sciences et de la profession médicales), par

M. Louis Fleury. (N° 1 et 2.)

ERRATA.

II s'est glissé quelques erreurs, la plupart relatives à des noms de pays, dans la lettre et la note de M. Schlagintweit, insérées dans le numéro de janvier, page 32 à 36. Il faut lire :

Page 32, ligne 17, Dchoubous, au lieu de Dehoubous.

- 33, 2, Boutan, au lieu de Banthlin.

- 33, 10, Dchoubous, au lieu de Dchoubous.

- 33, 25, Gartok, au lieu de Gastok.

- 33, 27, Karakorum, au lieu de Karakoram.

- 34, 4, Ladak, au lieu de Ludak.

- 34, 6, qu'ils ne se trouvent plus, au lieu de qu'ils se trouvent formes

plus.

- 34, 21, Dchoubou, au lieu de Choobous.

- 35, 34, Huc, au lieu de Plue.


LAINE SOYEUSE DE MAUCHAMP. 113

I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ.

SUR LA LAINE SOYEUSE

OU

CACHEMIRE GRAUX DE MAUCHAMP

LETTRE ADRESSÉE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

Par M. Frédéric DAVIN,

Manufacturier à Paris.

(Séance du 19 mars 1858.)

La Société impériale d'acclimatation a bien voulu accueillir favorablement mes travaux et mes recherches sur la laine soyeuse de Graux de Mauchamp, et, comme témoignage de l'intérêt qu'elle attache à cette matière, elle m'a fait l'honneur de me décerner une première médaille pour les applications industrielles nouvelles que j'en ai faites.

Je viens aujourd'hui présenter à la Société, suivant la promesse que je lui fis, une collection complète des fils et tissus qui ont été fabriqués avec cette laine soyeuse. Je profiterai de cette occasion pour appeler de nouveau votre attention sur les animaux qui la produisent, sur leur nombre encore restreint et sur les moyens les plus efficaces de hâter leur propagation en France, persuadé que notre Société voudra bien protéger de son influence le développement de cette magnifique race.

Le Gouvernement, comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire ici, a aidé et encouragé les efforts do M. Graux par une subvention annuelle qui lui a permis de donner à son troupeau l'extension qu'il réclamait. Un second troupeau d'animaux pur sang de la race de Graux a été créé à Gévrolles par les conT.

conT. - Avril 1858, 8


114 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATTON.

seils et sous la surveillance de M. Yvart. Aujourd'hui encore M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, dans sa bienveillante sollicitude pour tout ce qui peut être utile au pays, après avoir examiné lui-même avec beaucoup de soin les divers tissus de laine soyeuse que je lui ai présentés, vient de nommer, sur ma demande, une Commission présidée par M. le directeur de l'agriculture, et composée de M. Yvart et de plusieurs industriels qui ont employé dans leur fabrication le cachemire de Graux. Cette Commission, dont j'ai l'honneur de faire partie, doit étudier d'une façon plus complète qu'il n'a été fait jusqu'ici cette magnifique matière, au double point de vue de sa production et de ses usages dans l'industrie.

Que M. le Ministre reçoive ici mes sincères remerciments pour l'empressement qu'il met à rechercher tous les moyens propres à faciliter le développement de cette belle race ovine.

Malgré cette haute protection, malgré les efforts tentés de différents côtés, où en est aujourd'hui la race Mérinos de Mauchamp? à quels résultats est arrivé M. Graux, son inventeur? Sans vouloir rappeler ici le sort qui attend en France la plupart des découvertes, môme les plus utiles; sans vouloir refaire la nomenclature trop connue de tous ces hommes de génie qui n'ont rencontré que l'indifférence et l'envie de leur vivant, et n'ont trouvé pour récompense de leurs admirables découvertes que la misère ou l'exil (M. Graux est bien loin d'un pareil sort, je me plais à le reconnaître), je dois dire cependant que l'insouciance et la jalousie ne l'ont pas complètement épargné, et qu'elles ont considérablement nui dès l'origine à l'extension de la race soyeuse. Voilà trente ans, en effet; que M. Graux a créé le type soyeux qui produit ces tissus aussi beaux que ceux de cachemire, ces étoffes brillantes dont je viens présenter ici les échantillons. L'appui du Gouvernement ne lui a certes pas fait défaut, et cependant où trouvons-nous.des troupeaux de Mérinos soyeux en France? A Mauchamp et à Gévrolles ; ailleurs, rien. Des essais ont-ils été tentés par d'autres éleveurs? Oui, Messieurs, et il y a de cela quelque vingt ans. Plusieurs cultivateurs des environs de Mauchamp avaient intro-


LAINE SOYEUSE LE MAUCHAMP. 415

duit dans leurs troupeaux des animaux pur sang : des collègues jaloux lès ont dissuadés de continuer; ils se sont moqués de. la taille encore exiguë de ces animaux, disant qu'il serait impossible de l'augmenter ; des industriels maladroits, des marchands de laine venus de Reims, ont rejeté toutes les toisons pur sang, assurant que cette matière n'était bonne à rien, qu'on ne pouvait pas l'employer, et que le mieux était de détruire les. animaux qui la produisaient. Et le croiriez-vous, Messieurs? ce conseil fut suivi : tous ceux qui avaient quelques animaux pur sang, les abattirent ; ce fut un toile général auquel se mêlèrent même des parents de M. Graux. Lui seul résista; il tint bon contre tous les sarcasmes et contre tous les conseils soi-disant amis, avec l'opiniâtreté de l'homme convaincu. Aujourd'hui encore, l'impression fâcheuse produite à cette époque persiste, et les éleveurs vous disent sérieusement que les animaux de la race soyeuse sont incapables d'acquérir de la taille ; qu'ils ne peuvent s'acclimater qu'à Mauchamp et que partout ailleurs ils perdent leurs qualités caractéristiques. Gévrolles est là pour prouver le contraire, et ils nient la preuve. Est-ce tout? Non malheureusement. A l'Exposition universelle de 1855, pas un mot n'a été dit sur les produits obtenus avec le cachemire de Graux; et cependant de magnifiques échantillons ont été soumis à l'appréciation du Jury, soit dans la section des châles et des tissus légers, soit dans la draperie, soit dans la bonneterie dite de Paris : il y avait là de quoi fixer l'attention des juges, d'autant que plusieurs d'entre eux étaient fabricants de chàles et de tissus. Mais un pareil oubli va, je l'espère, être heureusement réparé par la Commission dont je vous parlais plus haut, et je ne doute pas qu'elle ne place les châles que je vous soumets, et qui doivent lui être présentés, au niveau de ceux qu'on obtient avec le cachemire du Thibet. Voilà donc, Monsieur le Président, quelle est la position de la race soyeuse après trente ans d'efforts et de sacrifices faits par M. Graux avec l'aide et l'appui du Gouvernement : la France possède deux troupeaux de Mérinos Mauchamp pur sang; l'un appartient au créateur de la race, l'autre appartient à l'État.


116 SOCIÉTÉ IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Que reste-t-il à faire pour provoquer la formation de nouveaux troupeaux? C'est à vous, Messieurs, d'encourager ce développement que nous désirons. Vous savez ce qu'on doit attendre de la laine soyeuse de Mauchamp; vous avez vu quelle peut remplacer avec avantage le cachemire, venu à grands frais de l'étranger ; la preuve est là, sous vos yeux : eh bien! si vous êtes convaincus, faites passer cette conviction dans l'esprit des éleveurs ; ce que vous faites si généreusement pour acclimater des animaux venus du dehors, faites-le pour propager ceux-là qui sont nés chez nous. Ils ne peuvent, dit-on, s'acclimater qu'à Mauchamp, encouragez ceux qui voudront les transporter ailleurs. Vous avez fondé un prix pour celui qui aurait le premier introduit en Europe un petit troupeau d'Alpacas : eh bien ! sous l'inspiration de notre honorable Président, et par le conseil de mon ami M Richard (du Cantal), notre vice-président, l'un des plus zélés partisans de cette belle race, je viens vous demander de fonder un prix spécial de 2000 francs à décerner à l'éleveur qui aura, en France, réuni le premier un troupeau d'au moins 100 bêtes nées et élevées chez lui. Je m'engage, pour ma part, à ajouter 1000 francs à ce prix, pour celui qui le premier l'aura obtenu. Vous prouverez ainsi l'intérêt réel que vous attachez à la laine soyeuse et la confiance que vous avez dans sa valeur industrielle. Je crois que la possibilité de gagner ce prix de 3000 francs pourra engager quelque éleveur à faire les premiers frais que nécessite toujours l'introduction d'une race nouvelle dans un troupeau ; quant aux toisons provenant de ces animaux, les éleveurs en trouveront toujours le placement chez moi, et à un prix beaucoup plus élevé que celui des Mérinos ordinaires.

Je viens, en finissant, Monsieur le Président, remercier la Société de ce qu'elle a bien voulu prendre sous son patronage les envois que je fais à différents Etats de l'Europe qui s'occupent d'améliorer la race ovine, de caisses contenant une série d'échantillons et de tissus divers fabriqués avec la laine soyeuse; j'ai joint à ces échantillons une note indiquant les résultats certains et avantageux que l'on obtiendra dans chaque pays par l'introduction de la race soyeuse pure, ou


LAINE SOYEUSE DE MAUCHAMP. 117

par des croisements de ce type avec les races existantes.

Je joins à cette lettre, Monsieur le Président, une note détaillée des échantillons que je présente à notre Société, échantillons sur lesquels la Commission nommée par M. le Ministre aura bientôt à se prononcer. Ce sont :

1° Une paire de bas d'une finesse et d'une douceur remarquables; un giletet un pantalon de tricot faits avec un fil n° 100 à deux ou plusieurs bouts.

2° Un châle fabriqué par un de nos confrères, MM. HeuzeyDeneirouse et Boisglavy, avec de la demi-chaîne n° 100 et n° 120. Ce châle est d'une finesse et d'une netteté admirables.

3° Un second châle fabriqué par la même maison et tissé avec un fil à deux bouts (n° 120 et n° 160), pour imiter les châles de l'Inde, dont les fils sont toujours doublés: je joins pour comparaison un châle du même dessin, fabriqué par le même ouvrier avec le cachemire du Thibet.

4° Un coupon de drap-velours, fabriqué par M. de Montagnac, de Sedan, avec la laine des agneaux de la race soyeuse.

5° Un coupon de tissu mérinos, présentant trente-six croisures au centimètre, fait avec, de la chaîne n° 90 et de la trame n°160.

6° Un coupon de tissu dit satin de Chine, fabriqué avec chaîne bourre de soie et trame n° 160.

7° Un coupon de tissu dit châli, fabriqué avec chaîne grége (4/5es cocons) et trame n° 100. Je ferai remarquer que cette étoffe, bien qu'elle ne contienne que 1/8e de soie et 7/8es de laine soyeuse, possède autant de brillant que si elle était tout entière de soie.

8° Une série d'échantillons dans lesquels on remarquera l'aspect et le toucher du cachemire.

J'offre à la Société, Monsieur le Président, une carte d'échantillons contenant des spécimens de la laine soyeuse de Mauchamp, depuis la matière brute jusqu'aux tissus les plus variés.


118 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

RAPPORT SUR DES GALLINACÉS

VENANT DE L'ILE DE LA RÉUNION, Par M. le docteur CHOUIPPE.

(Séance du 19 mars 1858.)

Dans une note précédente, j'ai rendu compte des circonstances qui avaient amené la maladie à laquelle a succombé la Poule confiée à mes soins, remettant à une autre fois de plus amples détails sur cette race intéressante.

Présent à la séance de la deuxième section, au moment où lecture fut faite de la Note de madame Passy, au sujet de deux animaux de la même race (1), je viens d'ajouter quelques observations verbales qui ont paru à la section mériter la peine d'être recueillies, et qu'elle m'a prié de transcrire. Tel est le double objet de la présente communication.

Je m'empresse d'abord de confirmer, dans leur généralité, les observations présentées si judicieusement par madame Passy. J'ai constaté comme elle le mauvais état dans lequel ces animaux nous furent remis à leur arrivée ; comme elle aussi, j'ai remarqué qu'ils étaient rongés de vermine. A cette occasion, je dois dire que cette vermine dont ils étaient atteints ne m'a point paru identique avec celle qui s'attaque aux sujets de nos régions ; l'insecte était plus fort, plus aplati, moins agile et plus tenace. J'eus un instant l'idée de l'examiner à l'aide d'un instrument grossissant ; mais peu versé dans ce genre de connaissance, et d'ailleurs pressé d'en finir avec ces dévorants parasites, je ne mis point cette idée à exécution, et je procédai sans relâche à leur extermination complète.

Au souvenir de cette circonstance, je regrette vivement de

(1) Voy. cette Note, ci-après, p. 126.


GALLINACÉS DE L'ÎLE DE LA RÉUNION. 119

n'avoir pu profiter des lumières de la quatrième section, qui nous aurait appris ce qu'est cet insecte, et le genre auquel il appartient ne serait pas aujourd'hui à l'état de problème. Il est un point fort important, et qui, depuis la réception en France de ces Gallinacés, n'est point encore éclairci. Jusqu'à présent on les a désignés par l'indication du lieu d'où ils nous viennent. A la vérité, la Commission chargée de les examiner à leur arrivée, et dont j'avais l'honneur de faire partie, leur a trouvé une ressemblance frappante avec la race dite du Brésil; mais personne encore n'a osé affirmer que la race venant de.la Réunion fût parfaitement identique avec celle du Brésil, encore moins qu'elle fût originaire de l'île de la Réunion. C'est là que nous en sommes.

Depuis que j'en suis dépositaire, j'ai fait des recherches, et j'ai établi des comparaisons dans le but de mettre fin à cette incertitude. Trois Coqs et quatre Poules du Brésil m'ont passé sous les yeux, et je les ai attentivement examinés.

Une faut qu'un seul regard pour s'assurer que si, en effet, cette race présente une grande analogie avec celle de la Réunion, il n'est cependant pas possible de les confondre entièrement.

La race venant de la Réunion est incontestablement d'une stature plus élevée; sa charpente osseuse est plus vigoureusement accusée, sa conformation plus robuste. La comparaison poursuivie au delà de l'aspect général permet de reconnaître que la peau est plus épaisse, les chairs plus fermes, le plumage moins abondant. Enfin, si l'on arrive aux détails, il est facile de constater que le bec est plus gros, plus courbé, la crête plus effacée, la tête plus aplatie et plus large, le cou plus long, la poitrine plus cambrée, la queue plus effilée, l'arcade soureilière plus proéminente, l'oeil plus petit, les paupières plus épaisses: et ce qui a un caractère décisif, les yeux, chez le mâle comme chez la femelle, sont de couleur grisperle, tandis que dans la race du Brésil, ils sont d'une couleur brune-roussâtre.

Les mêmes différences de proportions se retrouvent dans les pattes, qui sont fortes et longues et se terminent par un


120 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

métatarse renflé en forme de massue. Chez le Coq, chacune d'elles est armé d'un éperon très large à sa base et brusquement terminé en fuseau acéré comme la pointe d'une aiguille (âgé de dix-huit mois). Cette disposition est tellement prononcée, qu'il serait dangereux de prendre l'animal avec les mains sans être connu de lui, et que, malgré cela, la prudence m'a obligé de lui couper un bout de ce terrible éperon, non-seulement pour éviter les blessures qu'il peut causer à ceux qui le soignent, mais encore celles qu'il ne manquerait pas de faire aux animaux du même genre, si, par malheur, il se battait avec eux, et par-dessus tout, pour épargner d'atroces déchirures aux Poules avec lesquelles il vit et qu'il mutile en les cochant. Cet accident m'est arrivé deux fois avant que le Coq fût désarmé, et je ne doute pas que la blessure signalée par madame Passy au-dessous de l'aile de sa Poule ne soit due à cette cause.

De ce qui précède, on pourrait déjà conclure que la race venant de la Réunion et celle dite du Brésil constituent deux variétés parfaitement distinctes de la même race, ce qui impliquerait qu'elles ont l'une et l'autre une origine commune.

Cependant je ne m'en suis pas tenu à mes observations personnelles, j'ai pris aussi des informations de plusieurs côtés. Il en résulte que ceux qui ont voyagé dans l'Inde transgangétique, et notamment dans la presqu'île de Malacca, reconnaissent, sans hésiter, la race nous venant de l'île de la Réunion comme parfaitement identique avec la grande race Malaise qu'ils ont. rencontrée dans ces régions, tandis qu'ils considèrent celle du Brésil comme une variété de la première, mais amoindrie par quelque croisement à peu près similaire.

Permettez-moi, Messieurs, de vous dire que cette opinion est celle à laquelle je me range; et, me fondant sur les motifs qui précédent, je propose de désigner maintenant les Gallinacés nous venant de l'île de la Réunion, sous le nom de Coq et Poule de Malacca.

Les moeurs de ces animaux sont bien celles qui sont indiquées par madame Passy, il n'est pas besoin même de les voir à l'oeuvre pour deviner ce qu'ils sont. La nature semble les


GALLINACÉS DE L'ÎLE DE LA RÉUNION. 121

avoir faits tout exprès pour les batailles : haute stature, bec fort, cou long, patte puissante, éperon pénétrant, voilà pour l'attaque; peau épaisse, chairs pesantes et dures, poitrine fuyante, crête déprimée, oeil couvert, voilà pour la défense. L'animal paraît lui-même avoir conscience de sa force, et ses adversaires ne tardent pas non plus à la reconnaître : au premier coup de bec, ils en ont assez, et ils se retirent; et lui, de son côté, ne suppose pas qu'on lui ripostera, car, le coup donné, il se détourne avec la sécurité de celui qui n'a rien à craindre. Aussi ne craint-il rien, pas même les oiseaux de proie de nos contrées, contre lesquels il se montre animé d'une fureur spéciale ; quand il les aperçoit, il jette un cri formidable qui fait rentrer non-seulement les Poules, mais encore les autres Coqs dans leurs demeures ; puis il s'élance dans leur direction en les suivant de l'oeil au haut des airs, jusqu'au pied des murs de clôture. Cet hiver, pas un épervier, pas une buse n'a osé descendre autour de lui, et cette année, contre l'ordinaire, ma basse-cour a été préservée des oiseaux carnassiers, ce que j'attribue à sa seule présence.

J'en demande mille pardons à madame Passy, mais je ne puis être de son avis sur le peu d'importance qu'elle paraît attacher à la nourriture des Gallinacés en général, et du Malacca en particulier. Ceux-ci, plus que tous les autres, ont besoin d'une nourriture abondante et substantielle : on ne fait pas des athlètes avec des grains avariés, et l'on peut hardiment prédire que, sous l'influence prolongée d'un tel régime, la première génération aura déjà perdu quelque chose des qualités qui distinguent cette noble race. D'un autre côté, et à un point de vue plus général, il ne suffit pas de faire vivre des animaux, il faut encore aviser, dans les limites du service qu'ils rendent, à leur plus complet développement. Les empêcher de mourir, ce n'est pas les élever.

Sans doute, si l'on ne devait obtenir le développement complet des animaux que par des moyens dispendieux et difficiles, à tel point que le résultat fût inférieur au sacrifice, on serait bien forcé d'abandonner aux loisirs des riches amateurs le soin d'une amélioration qui deviendrait ruineuse pour tous les

T. V.-Avril 1858. 9


122 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

autres; mais heureusement nous n'en sommes pas encore là. Je me propose même de démontrer prochainement, non par de brillantes théories, mais par des expériences précises, qu'une alimentation riche et soutenue est plus productive qu'une alimentation parcimonieuse, et que ce principe, n'admettant point d'exception, est applicable partout, dans la cour de la ferme aussi bien que dans le parquet de l'amateur, dans le Vexin aussi bien que dans le Maine.

Je suis bien éloigné de prendre ici la défense du millet, du chènevis ou d'autres substances de fantaisie, qui élèveraient en effet le prix de revient d'une manière désolante, et dont l'emploi inintelligent ou hasardé n'atteindrait pas, suivant moi, le but qu'on se propose dans l'éducation des races gallines. Je veux dire seulement qu'une nourriture rigoureusement suffisante pour faire vivre les jeunes animaux jusqu'à ce qu'ils soient adultes est manifestement insuffisante pour les développer autant qu'il se peut faire, et je veux dire de plus que le meilleur développement est encore, au point de vue de la pratique générale, LE MEILLEUR MARCHÉ.

Sur un autre point, mais qui n'a pas autant d'importance que le précédent, je demande encore à madame Passy la permission de me séparer d'elle lorsqu'elle fait du Malacca une peinture qui semble, dans son esprit, impliquer un manque absolu de beauté parmi les animaux qui ne se nourrissent pas exclusivement de chair. On en trouverait difficilement dont l'organisation fût d'un bout à l'autre mieux appropriée au double but de l'attaque et de la défense ; il n'est pas une seule partie de son corps qui ne semble concourir d'elle-même à cette belliqueuse destination : toutes sont liées entre elles par des rapports qui ne la démentent pas un seul instant et qui constituent une harmonie déterminée et constante. Où serait donc la beauté, si elle n'était dans l'harmonie?

En cette matière, comme en beaucoup d'autres, il ne faut pas oublier que nous jugeons de la beauté par voie de comparaison avec des types que nous sommes accoutumés de voir, et auxquels l'habitude, jointe à l'imitation, nous fait attribuer exclusivement le mérite de la beauté : c'est ainsi qu'à leur


GALLINACÉS DE L'ÎLE DE LÀ RÉUNION. 123

arrivée en Europe, les Cochinchinois, qui sont dépourvus de queue, nous ont paru affreux, qu'aujourd'hui nous commençons à trouver en eux des formes agréables, et que bientôt peut-être nous regarderons de travers les races dont la queue ne finit pas.

Que le Malacca soit étrange dans ses attitudes, dans sort maintien, dans le port de sa tôle et de sa queue, je n'en disconviens pas ; peut-on en conclure autre chose, si ce n'est que nous ne sommes point habitués à le voir, et que les races dont nous Sommes entourés ne lui ressemblent pas? Mais il n'en est pas moins certain qu'en vue de la destination, son organisation présente un ensemble des plus concordants, et. à raison de cela, il ne peut manquer tôt ou tard d'être généralement reconnu comme la plus magnifique race de combat que nous possédions.

A ceux qui demanderaient où est l'utilité d'une race de combat, il y aurait deux choses à répondre.

Il est vrai qu'une race de combat aurait peu de charmes pour nous Français, qui n'aimons point avoir les animaux se déchirer et se tuer; d'ailleurs, ce n'est pas en moi qu'une telle race trouverait la moindre sympathie, si son objet se bornait au spectacle cruel d'un combat à mort. Ce n'est donc point de cela qu'il s'agit.

Considérée comme aliment, une race de combat serait encore d'une utilité fort contestable; sa chair est dure, peu agréable au goût, et par ces motifs elle occupera toujours une placé inférieure pour la table. Mais ce désavantage n'est-il pas largement compensé par la possibilité de la faire servir soit à l'ampliation des races trop étriquées, soit à la régénération des races trop ramollies, et qui tournent visiblement du lymphatique au scrofuleux, et du scrofuleux au phthisique? Pourquoi les Fléchois, les Houdan, les Crèvecoeur, sont-ils si difficiles à élever partout ailleurs qu'en Normandie? Pourquoi une fois élevés, sont-ils si difficiles à dépayser? C'est que leur organisation est devenue si lymphatique, qu'elle ne peut plus résister au moindre changement ; à force de vouloir du fendre, on arrive infailliblement au mou, et le moment peut-être n'est


124 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. pas éloigné où nous serons heureux de posséder un régénérateur dont le sang vigoureux viendra rajeunir et fortifier nos meilleures races aujourd'hui chancelantes.

D'un autre côté, le Malacca se présente avec une utilité d'un nouveau genre qu'il doit à ses dispositions belliqueuses. Placé au milieu d'une basse-cour, dans une volière qui lui permettra de voir en haut et d'être vu, il s'annonce comme devant être un préservatif contre les tentatives des oiseaux carnassiers qui reconnaissent ses instincts et sa puissance, à sa voix sans doute, et qui fuient aussitôt sa présence. Je pressens en lui un excellent gardien.

Je saisis cette occasion, Messieurs, pour vous remercier d'avoir bien voulu mettre à ma disposition une autre Poule en remplacement de celle qui a succombé ; elle se porte bien, et elle pond: tout méfait donc espérer que je pourrai continuer et même étendre mes observations sur cette race aussi intéressante que nouvelle.


VÉGÉTAUX DU JAPON. 125

SUR LE RIZ DU JAPON

ET

SUR QUELQUES AUTRES VÉGÉTAUX DU MÊME PAYS.

LETTRE ADRESSÉE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

Par M. VON SIEBOLD.

(Séance du 23 avril 1858.)

Monsieur le Président,

J'ai l'honneur de vous adresser un assortiment de grains des dix variétés du Riz directement reçus du Japon, en vous priant, Monsieur, de vouloir bien recommander la culture de ces céréales précieuses au soin du Comité botanique d'acclimatation de nôtre Société, soit dans la France méridionale, soit en Algérie. Ce sont de préférence les variétés précoces et celles qui se cultivent dans un terrain moins humide qui méritent l'attention spéciale du Comité. Le Riz de montagne de la Chine (n° 10, Oryza montana, Lour.), qui se distingue par des grains allongés et par l'épiderme rouge, me paraît être une espèce distincte.

Pour essayer la culture de ces variétés du Riz du Japon, il faut les semer aussitôt que possible dans des pots couverts d'un demi-centimètre d'eau, placés dans une serre chaude. Les jeunes plantes, ayant acquis la hauteur de 4 à 6 centimètres, seront transplantées dans des pots plus grands ou dans une petite rizière artificielle. Je propose l'essai de la culture dans une rizière artificielle, dans le but d'obtenir des grains mûrs pour les expériences ultérieures. Les variétés du Riz de montagne seront moins arrosées que les autres. Il serait important que le Comité fit construire une petite rizière portative d'un ou 2 mètres carrés pour exposer ces nouvelles variétés de


126 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Riz à l'exposition de la Société Impériale et centrale d'horticulture du 12 au 27 mai prochain, pour y attirer l'attention des cultivateurs de la France.

Je prends la liberté de vous remettre, Monsieur le Président, quelques catalogues des plantes cultivées dans l'établissement de Von Siebold et Cie, à Leyde (Hollande), destiné seulement à l'introduction et à la culture des plantes du Japon ; s'il se peut, vous en donnerez connaissance à MM. les membres de la Société. J'ose appeler l'attention du Comité d'acclimatation sur la culture de l'arbre à cire (Rhus succedanea, L.) et l'arbre à vernis (Rhus vernicifera, V. C), dans la France méridionale; le premier fournit au Japon les bougies, et l'autre le vernis réputé de cet empire (1).

Il serait aussi important pour la culture forestière d'essayer la culture du Cephalotaxus pedunculata, conifère très rustique, et de L'Ulmus Keaki, dont le bois est très précieux à l'usage de la menuiserie.

Veuillez, Monsieur le Président, en même temps recevoir la réitération de mes remerciments sincères concernant ma nomination très flatteuse comme membre honoraire de la Société.

Agréez, etc.

PH. FR. VON SIEROLD.

(1) Notre établissement est en mesure de fournir 24 plantes de l'Arbre à cire, à raison de 250 francs, et 6 Arbres de vernis à 100 francs, semis de 6 à 10 décimètres de hauteur. V. S.

Les deux arbres qu'indique ici M. de Siebold comme les plus dignes de l'intérêt de la Société d'acclimatation, sont au nombre des objets dont elle vient d'être enrichie par M. l'abbé Perny (voy. p. 111). Ces arbres ont été déposés au jardin botanique de la Faculté de médecine, où, sous la direction de notre collègue M. Moquin-Tandon, ils reçoivent les soins de l'habile jardinier de cet établissement, M. Lhomme.

R.


COQ ET POULE DE L'ÎLE DE LA RÉUNION. 127

II. TRAVAUX ADRESSÉS

ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ.

NOTE SUR UN COQ ET UNE POULE DE L'ILE DE LA RÉUNION

Par Mme A. PASSY.

(Séance du 19 mars 1858.)

Il me fut envoyé à Gisors, le 3 octobre 1857, et au nom de la Société d'acclimatation, une Poule et un Coq de l'île de la Réunion, avec demande de communiquer les observations qui pourraient être faites. Très flattée de cette nouvelle marque de confiance, et bien qu'il y ait à peine deux mois et demi qu'elle me soit accordée, je profite avec empressement de la visite que méfait M. Monet, pour soumettre à son examen les bons résultats obtenus dès à présent, et pour lui communiquer les notes prises déjà sur le couple étranger. Je veux attribuer aux fatigues d'une longue et pénible traversée le mauvais état dans lequel il me fut remis. La Poule, toute contusionnée, avait les plumes arrachées, une partie de peau enlevée, large comme la main, au-dessous de l'aile jusqu'à l'abdomen ; et comme le Coq, elle était toute rongée de vermine. Quant à celui-ci, son bréchet était difforme par suite d'une cassure; en outre, il était sans queue et dépouillé également d'une grande partie de ses plumes, non par le fait de la mue, mais bien par celui de l'usure du frottement et de la vermine, ce qui mettait sa peau rugueuse et si affreusement rouge à découvert, et ce qui offrait à la vue l'aspect le plus désagréable. Je soumis les deux oiseaux, dès leur arrivée, à un traitement de


128 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

bains répétés pour les délivrer des insectes qui les dévoraient, tandis qu'en même temps je les réconfortais par la nourriture substantielle dont ils avaient tant de besoin. Aussi, au bout de peu de jours, quoique ces pauvres bêtes fussent aussi laides qu'à leur arrivée, les soins et le repos ramenèrent la santé, et la gaieté répondit à la vigueur qui permit au Coq de servir la Poule. C'est alors qu'elle pondit huit oeufs de suite sans interruption, jusqu'au 15 octobre, époque à laquelle elle voulut couver avec autant de ténacité que le font les Poules de Cochinchine et de Brahmapootra ; mais comme je ne connaissais encore ni son caractère ni ses habitudes, que la saison était excessivement avancée pour l'élevage, et que les huit oeufs m'étaient très précieux, puisque la Société d'acclimatation apportait quelque intérêt à cette nouvelle race, je me hâtai de les donner à couver à une Poule négresse de Calcutta, du moral de laquelle j'étais sûre, et qui ne trompa pas ma confiance, puisque le 5 novembre suivant, j'obtins de ces huit oeufs six magnifiques Poussins qui ont six semaines maintenant, qui pèsent plus de 250 grammes chacun, et qui croissent avec une rapidité qui, en égard à la mauvaise saison où nous sommes surtout, peut nous donner la certitude, à l'avance, que cette race peut s'élever avec une grande facilité. Très vifs, très gros déjà, couverts de leurs longues plumes, et grattant sur les fumiers et dans les jardins, avec la même énergie que celle qu'y apporte la mère couveuse, j'ai été d'autant plus charmée de pouvoir les montrer ainsi à M. Monet, que je tenais essentiellement à lui dire que le mode d'élevage dans notre Vexin n'était nullement celui, si difficile et si coûteux, que j'avais vu indiquer comme coutume de notre Normandie dans les très savantes feuilles que j'ai lues cet été dans plusieurs journaux d'agriculture. Il ne nous serait guère possible, alors que nous élevons dans une saison, et en moyenne, de trois à cinq cents tètes de volailles, d'aller leur prodiguer du millet, du chènevis et une foule d'autres ingrédients coûteux qui élèveraient le prix de revient d'une manière désolante, et qui ôteraient tout le bénéfice que font si sûrement les fermières intelligentes dont je suis entourée, et des conseils desquelles je me suis


COQ ET POULE DE L'ÎLE DE LA RÉUNION. 129

éclairée si longtemps, avant de pouvoir être en état d'instruire moi-même. Les petits Poulets en question n'ont été nourris jusqu'à plus d'un mois qu'avec du pain grossier, longuement détrempé dans les rinçures des terrines de la laiterie : libre à eux ensuite, dans leurs courses vagabondes, d'y ajouter de la verdure, du sable, des vermisseaux, des insectes, et quelque peu de grenailles perdues dans les fumiers. Maintenant qu'ils sont sevrés de ce gros pain, on leur livre quelque peu de mauvais blé, et je puis donner l'assurance qu'avec cette manière de faire, nous n'en perdons pas plus de sept à huit sur cent. Ceci n'est assurément pas brillant en théorie ; mais ce que peut faire un amateur qui s'amuse ou qui expérimente, n'est ni possible ni permis à ceux qui vivent d'honorables labeurs. J'ignore donc si, dans le reste de la Normandie, on élève les Poulets au millet, au chènevis, aux oeufs durs, à la laitue, etc., etc. ; mais j'affirme que, dans notre pratique patiente et modeste du Vexin, nous dépensons beaucoup moins, ne nous donnons pas tant de peines, et néanmoins arrivons à des résultats très satisfaisants.

Le Coq et la Poule de l'île de la Réunion sont d'un naturel féroce; ils se sont jetés sur leurs congénères dans ma cour, avec une telle rage, que nul de mes Coqs les plus forts de Cochinchine, de Brahmapootra, Dorking, Crèvecoeur, etc., n'a pu soutenir le choc du combat, non pas seulement avec le Coq, mais même avec la Poule, dont le bec si dur est une arme terrible. M. Monet a pu voir que si le Coq n'était pas encore entièrement rhabillé, la Poule l'est complètement maintenant, et je dois ajouter qu'il a pu se convaincre de la manière singulière dont ces animaux portent leur queue : quand ils sont calmes et au repos, cette queue est tout à fait penchée en arrière comme celle des Paons, large et très aplatie; mais à la moindre émotion, frayeur ou irritation, elle se réunit, se resserre et se redresse, ce qui n'est pourtant pas son état ordinaire.

Les six petits Poussins, déjà très emplumés, font également ce mouvement, et ils sont aussidroits de taille et aussi roides que les parents, qui paraissent affectionner cette étrange position.


130 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

J'ai été très surprise, au reste, que d'aussi forts individus aient donné des oeufs aussi petits qu'étaient les leurs, et j'ai pu juger sur les deux oeufs clairs qu'il y avait sur les huit, que l'enveloppe calcaire de ces oeufs à peine rosés était, certes, la plus épaisse de ceux des différentes espèces que j'ai pu examiner jusqu'à ce jour.

Je crois m'apercevoir que la peau des jeunes commence à rougir comme celle des père et mère, et en somme je puis ajouter qu'ils sont voraces, gourmands, hardis, méchants avec leurs congénères, mais très doux et très familiers avec ceux qui les soignent.

Je termine par ceci, dont jusqu'à présent je n'ai pas pu me rendre compte : c'est que les déjections des parents comme celles des enfants sont parfaitement semblables, quoique leurs nourriture et conditions soient dissemblables, et que, pour la couleur, etc., ces déjections n'ont aucune ressemblance avec celles des autres volailles, que je tiens dans les mêmes conditions et au même régime. Ceci est un fait assez curieux dont la cause m'échappe, et dont je rendrai compte plus tard, si je parviens à la découvrir.


POIS OLÉAGINEUX DE LA CHINE. 131

NOTE

SUR LE POIS OLÉAGINEUX DE LA CHINE.

Par M. LACHAUME,

Professeur d'arboriculture et horticulteur, à Vitry-sur-Seine.

(Séance du 5 février 1858.)

Le Pois oléagineux de la Chine a été importé en France par M. de Montigny, notre consul à Chang-Haï.

Ayant reçu vingt grains de cette légumineuse lors de la distribution qui en fut faite par l'honorable Société zoologique d'acclimatation, je les semai, le 10 mai 1856, en terre argilocalcaire, préalablement labourée à la bêche, avec demi-fumure, à l'exposition du midi. Sur les vingt grains, dix-huit étaient levés le 20 mai; au mois de juin, j'en levai six pieds que je plantai dans des pots de 16 centimètres, lesquels furent présentés au concours universel. Les douze autres pieds restèrent en pépinière, espacés entre eux de 9 centimètres.

Le 1er août, les petites fleurs blanches commencèrent à se montrer dans l'aisselle des fleurs, et se succédèrent jusqu'en septembre, la récolte eut lieu au 25 octobre. Sur la quantité des cosses, quelques-unes n'étaient pas arrivées à parfaite maturité.

Pour essayer le degré de rusticité de ces Pois, j'en sacrifiai trois pieds que je laissai en place. A 3 degrés au-dessous de zéro les plantes ne fatiguèrent pas. A 4 degrés les feuilles furent gelées et les cosses légèrement atteintes. Si l'on considère que les haricots gèlent à zéro, on pourra regarder le Pois de la Chine comme propre à être cultivé sous notre climat.

Après la récolte, je fis analyser quelques grains afin de m'assurer s'ils contenaient de l'huile; les résultats ont été affirmatifs


132 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Désirant poursuivre mes expériences sur une plus grande échelle, afin de déterminer d'une manière positive la valeur de cette nouvelle plante, je semai de nouveau, le 4 avril 1857, la moitié des graines de la récolte de 1856. Le semis fut pratiqué en rayon dans la même terre que l'année précédente sur vieille fumure, et les graines légèrement recouvertes de la même terre. En cinq jours, les cotylédons étaient sortis; les froids survenus à cette époque (10 avril) retardèrent la croissance des pieds et en firent périr quelques-uns, ce qui m'obligea à semer l'autre moitié de mes graines, en rayon, le 12 mai, pour les repiquer ensuite.

A cette époque, la température étant plus favorable, la germination s'effectua en cinq jours, en sorte que les plants avaient assez de force pour être, repiqués le 10 juin suivant, au nombre de cent pieds que je plantai en lignes espacées de 0m,50. La plante ne souffrit pas de cette transplantation et la croissance fut très rapide. Le 25 juillet, elle avait atteint la hauteur de 0m,60 et les premières fleurs commençaient à paraître. Ces plants ne furent arrosés que deux fois en juillet, afin de m'assurer du degré de sécheresse qu'ils pouvaient supporter : ils ont continué leur végétation. Je pense même que la trop grande végétation des plants, en 1857, a retardé la fructification et la maturité des graines. Je fus obligé, le 10 août, de pincer tous les sommets des bourgeons pour favoriser la croissance des gousses. Enfin, le 10 septembre, les plants avaient la hauteur de 0°,80 à 0°,90, et portaient en moyenne de quatre-vingts à cent gousses, renfermant chacune deux à quatre grains.

La plante présente une tige droite, haute de 0m,80 à 0m,90, sur 0m,01 de diamètre à sa base, de consistance semi-ligneuse, à cannelures longitudinales, à épiderme pubescent, d'un vert clair, se garnissant de bourgeons latéraux opposés, alternes, chargés de poils ; les pétioles creusés en gouttière sur la face supérieure, longs de 0m,16 à 0m,20, portant trois folioles cordiformes, inéquilatères, larges de 0m,10 et longues de 0m,15, légèrement velues. Les fleurs sont axillaires, sessiles, réunies en grappes de dix à douze; calice pubescent, à cinq divisions


POIS OLÉAGINEUX DE LA CHINE. 133

irrégulières; fleurs blanches de 0m,007 sur 0m,005 de large, à étendard dépassant le calice, pavillon et carène renfermés dans le calice, ce qui les rend peu apparentes. A ces fleurs succèdent des légumes parenchymateux, longs de 0m,05 sur 0m.015 de large, renfermant de deux à quatre grains de forme ovoïde, couleur nankin, clair à la maturité.

Cette plante, qui nous est arrivée sous la dénomination de Pois oléagineux de la Chine, appartient à la famille des légumineuses et au genre Soja, voisin des Doliques : c'est le Soja hispida.

Nous avons expérimenté diverses variétés de Doliques, qui, la plupart, ont besoin d'être ramées, et sont d'une maturité difficile sous notre climat. Cette dernière espèce a beaucoup mieux réussi. Nous espérons qu'elle pourra rendre d'importants services à l'agriculture par ses produits oléagineux et par ses larges feuilles, qui constituent un bon fourrage; enfin, on peut l'employer, comme les Lupins, à l'état d'engrais végétal, en l'enfouissant en vert. Elle est très rustique, vient parfaitement sur les terres médiocres sablonneuses ou calcaires.

Le rendement en grains est assez considérable : les pieds ont produit en moyenne cent quatre-vingt-trois grains qui, frais éccssés, font un dixième de litre et pèsent 58 grammes. Le litre de Pois oléagineux contient quatre mille huit cents grains et pèse 750 grammes.

Enfin, indépendamment de ses qualités oléagineuses, le Pois de la Chine peut être utilisé au point de vue culinaire, et forme un légume délicieux et d'un goût très fin. La cuisson en est très facile : on jette le grain, à l'état frais, dans de l'eau bouillante; la pellicule se détache de chaque grain et surnage à la surface, où on l'enlève. En trente minutes, la cuisson est effectuée, et fournit un mets délicat rappelant le goût du Pois, moins le principe sucré.


134 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

III. EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX

DES SÉANCES GÉNÉRALES DE LA SOCIÉTÉ.

SÉANCE DU 5 MARS 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

BARAGUEY D'HILLIERS (S. Exc. le maréchal comte), commandant supérieur des divisions militaires du centre, à Tours

et à Paris. MM. BÉNÉDETTI, directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères, à Paris.

BERTHOIS (le général baron de), à Paris.

BÉVILLE (le général baron de), aide de camp de l'Empereur, à Paris.

BOUCHARDAT, professeur à la Faculté de médecine, à Paris.

BOURGOING (de), préfet de Seine-et-Marne, à Melun.

BOURGOING(le baron Paul de), sénateur, à Paris.

BRANDOIS (Paul de), propriétaire, à Paris.

BURGGRAFF (Oscar de), à Paris.

CAUSANS (le comte Maxime de), au Puy (Haute-Loire).

CHEVEIGNÉ (Alexandre de), ancien maître des requêtes, à Paris.

CLERCQ (Louis de), publiciste du ministère des affaires étrangères, à Paris.

DAVID, ancien ministre plénipotentiaire, à Paris.

DIEUDONNÉ, juge honoraire au tribunal de première instance de la Seine, à Paris.

GARRIAC (le comte de), attaché au ministère des affaires étrangères, à Paris.

GAUDIN, sous-directeur au ministère des affaires étrangères, à Paris.


PROCÈS-VERBAUX. 135

GUILLOT (Natalis), professeur à la Faculté de médecine, à Paris.

GUTZENBERG, propriétaire, à Paris.

HALLEZ-CLAPARÈDE (le baron), à Paris.

HATZFELD (le comte de), ministre de S. M. le roi de Prusse, à Paris.

JAMESON (Conrad), banquier, à Paris.

LACROZE (Jules), propriétaire, à Buenos-Ayres.

LA MORANDIÈRE (de), à Blois (Loir-et-Cher).

LA PANOUSE (le vicomte de), à Paris.

LOWENTHAL (de), à Paris.

MANDERSTROEM (S. E. le baron de), ministre des affaires étrangères de S. M. le roi de Suède et Norwége, à Stockholm.

MAUPETIT (Alexandre), négociant, à Paris.

MONTESQUIOU-FÉZENSAC (le comte Henri de), à Paris.

ROBILLARD DE LAVAUDELLE, propriétaire-agriculteur dans le département de la Mayenne, à Paris.

ROSALES, ancien chargé d'affaires du Chili, à Paris.

ROTHSCHILD (le baron Charles de), consul général de Bavière, à Francfort.

ROTHSCHILD (le baron Guillaume de), consul général d'Autriche, à Francfort.

Roux, entrepreneur de charpente, à Paris.

SCHULTZ (Joseph), agronome, à Blotzheim (Haut-Rhin).

SEEBACH (le baron de), envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le roi de Saxe, à Paris.

SUIN (l'amiral de), à Paris.

TANDOU (Pierre-Noël), maire de la Villette, à Paris.

TASSY (le docteur), à Paris.

TCHIHATCHEF (Platon de), à Paris.

- A l'occasion de la mention faite au procès-verbal de la dernière séance des résultats obtenus à l'aide des procédés de la pisciculture dans des cours d'eau de l'Aisne et des Ardennes par M. Millet, qui a placé sous les yeux de l'assemblée des Poissons provenant de fécondations artificielles opérées en


136 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

février 1855, M. le professeur Jules Cloquet lit une Note où sont consignés les succès que ces mêmes procédés ont donnés à M. Coste dans les eaux de Villeneuve-l'Étang près Saint-Cloud. A la suite de cette lecture, M. Millet fait observer que les faits consignés dans cette Note offrent beaucoup d'intérêt au point de vue des avantages offerts par les fécondations artificielles pour l'ensemencement des eaux. Il fait remarquer, en outre, que M. Coste a renoncé, dans cette circonstance, à l'emploi d'une alimentation artificielle pour les Poissons, qui ont trouvé dans la population même des eaux qu'ils habitent une nourriture suffisamment abondante. Il rappelle qu'il a lui-même insisté sur la convenance de ne pas répandre dans les bassins des substances alimentaires préparées par la main de l'homme.

- M. le Président informe que le décret approbatif de la concession à la Société d'un terrain au bois de Boulogne vient d'être revêtu de la signature de l'Empereur.

- Il annonce que l'ancienne Commission permanente de l'Algérie et des Colonies a été divisée en deux Commissions distinctes, l'une dite Commission des Colonies, présidée par M. Passy, et l'autre dite Commission de l'Etranger, présidée par M. Drouyn de Lhuys. (Voir pour la composition de ces deux Commissions, l'introduction à ce volume, page VIII.)

- Des lettres de remerciments, à l'occasion des récompenses décernées dans la séance solennelle du 10 février, sont adressées par MM. F. David; Bonfort, d'Oran ; le docteur Emile Cornalia, de Milan; Constant Salles, pour leurs médailles de première classe; par M. le professeur de Luca pour sa médaille de deuxième classe, et par MM. H. de Calanjan et Demond pour les mentions honorables qu'ils ont reçues.

- M. le général Daumas, au nom de M. le Ministre de la Guerre, annonce que, sur la demande de M. le Président, il fera parvenir aux destinataires les trois médailles décernées à des colons algériens. A cette occasion, notre confrère transmet à la Société les remerciments de M. le Ministre pour la part qu'elle a faite à l'Algérie dans l'attribution de ses récompenses.


PROCÈS-VERBAUX. 137

- MM. Davin et le marquis Séguier remercient de leur nomination comme membres du Conseil d'administration ; et S. Exc, Artin-Bey, ainsi que MM. H. de Bourville, le comte de Lesseps, B. Mouravieff-Apostol, le comte L. de Nattes Villecontal, Nouh-Bey-Effendi et Sakakini, pour leur admission dans la Société.

- M. le prince Marc de Beauvau exprime, par une lettre, son regret de n'avoir pu depuis quelque temps assister à nos séances. Il a été et est encore malade.

- Des offres de service de M. Blancheton, consul de France à Bahia, sont transmises par M. Chagot. La lettre relative à cette affaire est renvoyée à l'examen du Conseil.

- Une demande de végétaux est adressée par notre confrère M. Adrien Sénéclause, à Bourg-Argental (Loire). Renvoi à la 5° section.

- M. Jomard place sous les yeux de l'assemblée de très belles racines d'Igname et des bulbilles récoltés aux feuilles des tiges, non pas sur terre, mais en plein air, à 1m,50 de hauteur. Il se demande si ces bulbilles réussiront aussi bien que les tronçons. Renvoi à la 5e section, à laquelle on soumettra également un Rapport transmis par ce même confrère, et qui est relatif aux succès obtenus dans le département des Landes avec la culture du Sorgho, et aux difficultés que semblent devoir présenter, comme l'a montré l'expérimentation, celle du Riz sec dans cette partie de la France.

- M. Poulain de Bossay manifeste le désir qu'une réglementation spéciale fixe tout ce qui concerne la conservation au siège de la Société d'un certain nombre d'échantillons des végétaux qu'elle reçoit, leur distribution aux sociétaires, et les rapports qu'ils doivent adresser sur les résultats obtenus. Ces voeux seront portés devant le Conseil. M. le Président rappelle, à celle occasion, ce qui s'est fait jusqu'à ce jour. Une collection déjà très nombreuse de graines a pris place dans nos armoires. De nombreuses distributions sont faites et sont toujours accompagnées d'une demande non-seulement de rapports, mais d'envoi de produits obtenus.

- M. le Président renvoie à la 5e section une lettre par

T. V. - Avril 1858. 10


138 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

laquelle M. le comte de Bar demande des renseignements sur le Cèdre blanc, qui est, à ce qu'il paraît, très abondant au Canada, où il pousse dans les terrains marécageux et tourbeux,

- M. Sacc met à la disposition de la Société dix litres du Lupin jaune qui, dit-il, semble devoir changer complètement la culture des terres sablonneuses, parce qu'il s'y développe vigoureusement sans aucun engrais, et que, enfoui quand il est encore vert, il constitue une fumure assez intense pour qu'on puisse semer ensuite avec avantage du seigle ou du froment. Il renvoie d'ailleurs, pour de plus amples détails, à un article publié, l'an passé, dans le Journal d'agriculture pratique de notre confrère M. Barral.

- M. Curti, gérant de la Compagnie générale des papeteries de l'Algérie et de la Méditerranée, dépose sur le bureau, pour en faire don à la Société, une collection des papiers qu'il fabrique, et des matières premières employées dans cette fabrication, lesquelles sont des plantes textiles croissant sans culture et en très grand nombre sur le sol algérien. Ces plantes, qui peuvent être ainsi utilisées et remplacer en tout ou en partie les chiffons, sont le Sparte ou Alfa (Lygeum spartum), le Diss (Arundo festucoides), le faux Aloès (Agave americana) et le Palmier nain (Chamoerops humilis). M. Dareste, en présentant la Note de M. Curti, lit un travail sur ce sujet, destiné à montrer l'importance que présente cette fabrication.

- M. Clet, au nom de M. le comte de Galbert, présente un plan de l'établissement de pisciculture que ce dernier a fondé à la Buisse (Isère); un échantillon de poils de Lapin d'Angora, propre à être employé pour la fabrication du feutre, et enfin une bouteille de vin de Sorgho, qui contient environ 4 pour cent d'alcool. Les essais de M. de Galbert n'ont eu qu'un but: créer une boisson potable équivalente, et s'il était possible, supérieure aux piquettes de marc de raisin. Elle est appréciée par les magnandeuses et les moissonneurs, auxquels notre confrère la distribue. Ils la regardent pendant l'été comme très rafraîchissante, et le médecin qui l'a examinée l'a trouvée hygiénique : ainsi le résultat cherché est atteint. M. de Galbert a la conviction que l'on parviendra à mieux faire, et même à faire


PROCÈS-VERBAUX. 139

très bien, avec le temps. Pour le moment, ce vin ne revient pas à 10 centimes le litre.

- M. Fréd. Jacquemart rappelle, dans une Note succincte, les efforts que la Société fait, presque depuis son origine, pour obtenir en France le Ver à soie sauvage qui vit sur le Chêne en Chine. Les fonds nécessaires pour cette utile entreprise furent volés, et une Commission composée de MM. Fréd. Jacquemart, Guérin-Méneville et Tastet, rédigea un questionnaire détaillé sur tout ce qu'il importe de savoir touchant ce Ver à soie. Le questionnaire, par les soins de M. le supérieur des Missions étrangères, a été expédié à tous nos missionnaires en Chine, qui, dans ces contrées lointaines, nous prêtent avec un zèle dont nous ne saurions être trop reconnaissants, leur intelligent et puissant concours. M. l'abbé Bertrand missionnaire apostolique au Sulchuen, a fait à ce questionnaire des réponses très précises, dont M. Jacquemart donne lecture.

A la suite de cette communication, M. Guérin-Méneville informe que les renseignements fournis par M. l'abbé Bertrand coïncident avec ceux qu'il vient d'obtenir de M. le directeur de la colonie russe établie à Pékin, et qui est en ce moment à Paris. Il rappelle que la Société possède dans sa collection des feuilles des deux Chênes dont parle M. l'abbé Bertrand, et que des glands de ces deux espèces ont été reçus par l'entremise de Mgr. l'évoque Vérolles et de M. de Montigny. Ces glands se sont très bien développés chez plusieurs de nos confrères, en sorte que nous possédons aujourd'hui ces deux Chênes. Du reste, l'une des deux espèces, celle dite à feuilles de Châtaignier, était déjà cultivée au Muséum d'histoire naturelle. On pourra facilement les multiplier quand nous posséderons enfin le Ver à soie quercien. Dans un mémoire que renferment nos Bulletins et dans sa Revue de zoologie, M. Guérin-Méneville a publié un travail développé et accompagné de figures, relatif à ce Ver à soie du Chêne et à son analogue de l'Inde, le B. Mylitta, qui y donne la fameuse soie Tussah. Il termine en exprimant l'espoir que la France possédera bientôt ces utiles espèces séricigènes.

- M. Sacc adresse deux échantillons d'étoffes fabriquées avec la soie du Bombyx Cynthia. L'une, grossière, faite avec les


140 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

déchets, a été tissée à la main, puis savonnée; elle pourra servir sans doute, suivant le désir de M. le maréchal Vaillant, à la confection des sacs à gargousses. L'autre étoffe, qui a de la finesse, est un beau foulard tissé mécaniquement, et dont le travail, dit notre confrère, n'a offert aucune difficulté, tant le fil en est à la fois souple et tenace. Elle a été savonnée, afin que l'on pût bien voir qu'elle a l'éclat, le toucher et le craquant de la soie ordinaire, qualités qui manquent à la soie des Vers du Chêne. Il est nécessaire, au reste, que le tissage soit un peu lâche, et des échantillons ainsi fabriqués, puis garances et imprimés, seront mis plus lard sous les yeux de l'assemblée.

M. Sacc, dans la lettre qui accompagne l'envoi des échantillons dont il s'agit, insiste sur ce fait, que ce n'est là qu'un premier essai de tissage.

Aussi M. Guérin-Méneville émet-il l'opinion que l'échantillon le plus fin ne réalise pas encore toute la perfection à laquelle nos habiles fabricants de l'Alsace pourront atteindre. Il pense qu'on pourra obtenir des produits semblables à ceux qu'il a vus, lors de l'Exposition universelle, parmi les produits de l'Inde anglaise, et qui n'offrent pas, comme l'étoffe soumise, aujourd'hui à la Société, de nombreux petits bourrelets duveteux, qui nuisent un peu à l'aspect du tissu.

- M. Sacc. informe qu'il a écrit de nouveau à Hong-Kong, pour presser un de ses parents, qui y réside, d'envoyer des oeufs et des cocons vivants du Ver à soie du Chêne. Plus il travaille celte soie, plus il se persuade, que cette fibre, d'un emploi aussi facile que les plus beaux colons, quoique infiniment plus forte et plus élastique, peut servir à la confection de tissus aussi variés pour tous les genres qui ne demandent pas une grande finesse.

- M. Letrône, membre de la Société, informe que des essais d'éducations de Vers à soie du Mûrier tentés par lui, il y a quelques années, dans le département de la Sarthe, mais qu'il a dû interrompre par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, ont parfaitement réussi.

S'étant beaucoup occupé des oiseaux de basse-cour, il fait parvenir un travail sur la gallinoculture, où sont consignés les résultats qu'il a obtenus.


PROCES-VERBAUX. 141

- Il est donné lecture d'une lettre de notre confrère M. Chagot, dans laquelle il annonce la réalisation de son offre généreuse d'un prix de 2000 francs pour la domestication de l'Autruche, soit en France, soit en Algérie, soit au Sénégal, et les conditions auxquelles ce prix pourra être obtenu (voy. plus haut. p. 45). On lit également une lettre de M. le baron Henri Au capitaine, dans laquelle notre confrère fait connaître, de Blidah où il est en garnison, son opinion sur l'heureuse influence que l'annonce de ce prix pourra exercer en Algérie. (1 B., p.46.)

- M. le Président renvoie à l'examen du Conseil une lettre de MM. Berrier-Fonlaine et Davelouis, l'un président et l'autre secrétaire de la 2e section, et dans laquelle se trouve exposé le résumé des travaux de cette section touchant les conditions qu'il serait le plus utile d'établir pour faciliter les échanges, et favoriser la diffusion des espèces les plus intéressantes que nous possédons déjà, ainsi que l'introduction des espèces rares ou que nous ne possédons pas encore.

- M. Arnault, directeur de l'Hippodrome, écrit à M. le Président pour l'informer qu'il se met à la disposition de la Société, si cela lui convient, pour le dressage ou l'entraînement de divers animaux, l'Hémione, I'Hémippe ou autres dont il serait désirable de pouvoir tirer parti. M. Arnault garderait à sa charge les frais de nourriture, d'entraînement et de dressage. Des remerciments lui seront adressés, et l'examen de la proposition que sa lettre renferme est renvoyé au Conseil.

--M. Sacc annonce que les nouveaux filés de laine d'Angora de M. H. Schlumberger sont presque aussi beaux que ceux d'Angleterre, et qu'ils vont être essayés au tissage.

- Dans son désir de contribuer à la diffusion de l'excellente espèce des Porcs de Chine, le même membre en met à la disposition de M. le marquis de Vibraye, qui a manifesté le désir d'en recevoir.

- A l'occasion du Hérisson, dont l'introduction à la Martinique a été proposée parce qu'on a pensé qu'il pourrait y détruire le Serpent fer-de-lance, et à propos de ses moeurs et de


142 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

son régime, dont M. Rufz a parlé dans son Rapport sur les animaux destructeurs de ce Serpent (p. 13), M. Sacc, qui a beaucoup étudié ce mammifère, dit qu'il ne pourrait pas être utilisé comme on le suppose. Le Hérisson, en effet, vit dans les lieux où le sol est sec et aride, tandis que le Serpent se tient dans les terres humides. Il a acquis la certitude, par ses nombreuses observations personnelles, que les insectes chassés par le Hérisson vers le soir, ou la nuit quand il y a clair de lune, constituent sa nourriture de prédilection : c'est ce qui le rend si utile dans les jardins, où jamais il ne touche aux végétaux.

- Il est donné lecture d'une Note de M, le baron Aucapitaine, relative à la Faune du Soudan.

SÉANCE DU 19 MARS 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

A l'occasion du passage du procès-verbal de la dernière séance où il est fait mention de la communication de M. Jules Cloquet relative à l'empoissonnement des eaux de Villeneuvel'Etang par les soins de M. Coste, notre confrère, met sous les yeux de l'assemblée un certain nombre de Truites vivantes de diverses dimensions, provenant de ces eaux. Elles sont placées dans un aquarium où l'aération est entretenue au moyen d'une roue à augets à moitié plongée dans le liquide.

M. Cloquet lit ensuite une Note dans laquelle il présente des détails sur une visite toute récente que l'Empereur et l'Impératrice ontfaite au laboratoire du Collège de France, où M. Coste a rendu Leurs Majestés témoins de toutes les pratiques de la pisciculture. Cette haute marque d'intérêt donne, comme le fait remarquer notre confrère, une grande importance à cette partie des travaux de notre Société.

- M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :


PROCES-VERBAUX. 143

MM. ACAPULCO (le marquis de), sénateur d'Espagne, à Paris.

BECQUEREL, membre de l'Académie des sciences, professeur-administrateur au Muséum d'histoire naturelle, à Paris.

BELLIGNY (G. de), à Paris.

BEOST (Ferdinand de), à Paris.

BOULLAY, membre de l'Académie impériale de médecine, à Paris.

BRETON (François-Augustin), architecte, à Paris.

BULCAO (le chevalier Joao), chimiste, à Bahia (Brésil), et à Paris.

CAILLAUD (René), naturaliste, à Paris.

CAIRON (de), au château d'Amblie, par Creully (Calvados).

CASY (le vice-amiral), sénateur, à Paris.

CHARLEUF, au château de la Bussière, près Luzy (Nièvre).

CLAYE, propriétaire-agriculteur à Maintenon, et à Paris.

DAHRAS (l'abbé J.-E.), chanoine honoraire d'Ajaccio, au château de Brienne (Aube), et à Paris.

DOLSIE, ancien officier d'administration à Strasbourg.

GONSALVES-MARTINS (le chevalier D.), ingénieur, à Bahia (Brésil) et à Paris.

HAUMANN (A.), consul de Venezuela, membre de la commission administrative du Conservatoire royal de musique de Belgique, commissaire du gouvernement près la grande compagnie du Luxembourg à Vaux-lez-Chêne, province de Luxembourg (Belgique).

HAWKE (Pierre-Thomas), propriétaire-agriculteur , aux Combournaises, près Dinan (Côtes-du-Nord).

LAGUÉRIE (Villetard de), secrétaire adjoint de la grande maîtrise des cérémonies de l'Empereur, à Paris.

LEJEUNE DE LAMOTTE (le vicomte), lieutenant de vaisseau, à Paris.

LETRONE (Paul), membre correspondant de la Société

d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, à Ceton

(Orne). MAISONNEUVE (le capitaine de vaisseau Simonnet de),

commandant la frégate la Sybille, à Paris.


144 SOCIETE IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

MM. MANDEL (de), à Paris.

MARCHANT (le docteur Louis), à Dijon Côte-dOr.

MARÈS (Henri), à Montpellier (Hérault).

MICHAUD (Edouard), propriétaire à Beaune (Côte-d'Or).

MONTBLANC (le comte de) baron d'Ingelmunster, propriétaire en France et en Belgique, à Paris.

NEDONCHEL (le comte Henri de) au Jolimetz, par le Quesnoy (Nord).

NERVILLE (de), régent de la Banque de France, à Paris.

PUIBERNEAU (Henri de), membre du Conseil général, président de la Société d'émulation de la Vendée, au château de Buchignon (Vendée).

REGO-BARROS (le chevalier Affonso), agriculteur à Pernambuco (Brésil), et à Paris.

RIO DE LA LOZA (Léopold), docteur en médecine, en chirurgie et en pharmacie, directeur de l'Ecole nationale d'agriculture, à Mexico.

RIVAS (S. F., le duc de), ambassadeur d'Espagne, à Paris.

ROBILLARD (Napoléon-Louis), négociant à Paris.

SCHEEL (Théodore), négociant à Drammen (Norwége).

SOUBEYRAN (de), préfet de Loir-et-Cher, à Blois (Loir-etCher).

- Des lettres de remerciments pour leur admission dans la Société sont adressées par MM. le comte Max. de Causans, David, Dournay, le docteur Figari- Bey, le marquis de Montlaur, Paulze d'Ivoy et Rosales. Ce dernier remercie aussi de sa nomination comme membre de la Commission permanente de l'étranger. M. David, qui fait partie de cette Commission et de celle des Colonies, écrit dans le même but, et fait connaître un certain nombre de productions végétales et animales du Venezuela, où il a été ministre plénipotentiaire et consul général, et dont l'introduction en Europe lui semblerait devoir offrir une grande importance. Sur la proposition de notre nouveau confrère, le Conseil a désigné comme délégué de la Société, dans cette riche contrée de l'Amérique du Sud, M. de Tourreil, chancelier de la légation de France à Caraccas. La lettre de M. David est ren-


PROCES-VERBAUX. 145

voyée à l'examen des 1re, 2e et 5e sections. Enfin, M. Laperlier adresse des remerciments pour sa nomination comme membre de la Commission permanente de l'Algérie.

- M. H. Delaroche, en remerciant le Conseil du choix qu'il a fait de lui comme délégué de la Société au Havre, annonce qu'il accepte avec empressement les fonctions que ce titre confère.

- M. le prince de Demidoff envoie une lettre de M. Steveu, datée de Soudac (côte méridionale de la Crimée), renfermant l'expression de sa reconnaissance pour sa nomination comme membre honoraire. Cette lettre, qui se rapporte à une dérision de la Société prise en février 1857, n'est parvenue qu'après de très longs retards.

- M. Kaufmann transmet les remercîments de nos lauréats des Etats royaux de Prusse : ce sont MM. OEttel et Fintelmann, qui ont reçu des médailles de 2e classe, et MM. Toepffer et Kamphausen, auxquels des mentions honorables ont été décernées. M. Kauffmann annonce en même temps, que ces diverses récompenses ont été remises par les soins de notre Société affiliée de Berlin, qui, suivant le désir de notre Conseil, fera hommage à S. M. le roi de Prusse et à LL. AA. les princes royaux d'une collection de tissus de mérinos Mauchamp et de poil de Chameau, offerte par M. Davin.

- M. Braguier remercie de la médaille de 2e classe, qui lui a été attribuée pour ses cultures.

- Une demande d'agrégation faite au nom de la Société académieque de Maine-et-Loire, par son secrétaire général, M. Béraud, est renvoyée au Conseil.

- M. Bouteille, secrétaire général de notre Société affiliée des Alpes, informe que la séance générale de cette Société aura lieu, à Nancy, le 18 avril, et exprime le désir d'y voir assister quelques-uns des membres de la Société centrale.

- M. Davelouis, secrétaire de la 2e section, transmet la copie des procès-verbaux des séances que cette section a tenues depuis le 9 février. - Il est fait mention dans ces procèsverbaux : 1° de communications dues à madame A. Passy ainsi qu'à M. le docteur Chouippe, et relatives aux Poules de l'île de la Réunion qui leur ont été confiées (voy. p. 118


146 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

et 127); 2° d'une discussion sur les inconvénients que peut présenter, quant aux résultats définitifs de l'incubation, le transport des oeufs à des distances plus ou moins considérables ; 3° d'une discussion touchant le meilleur mode d'exécution à proposer au Conseil pour faciliter les échanges d'oeufs et d'oiseaux entre les divers membres de la Société. Suivant le voeu émis par la section, le Conseil, après en avoir délibéré, a décidé dans une de ses dernières séances l'adjonction au Bulletin d'une feuille séparée portant l'indication des pièces d'échange et de leurs prix, mais sans que pour cela, conformément à l'opinion exprimée par la section, la Société intervienne en rien dans ces échanges.

- II est donné connaissance de divers passages d'un extrait des procès-verbaux de la séance tenue par le Comité régional de Bordeaux, le 14 janvier, où se trouvent consignés : 1° une discussion relative aux avantages que présenteraient pour l'expansion de notre oeuvre des publications faites par le Comité; 2° la décision prise à l'unanimité que les procès-verbaux des séances du Comité seraient transmis au Conseil d'administration , 3° des rapports sur les diverses cultures, et particulièrement sur celle du Riz sec, qui a, chez divers membres, donné des résultats heureux.

- A ce procès-verbal il est joint une lettre de M. le professeur Bazin, président du Comité, qui transmet diverses graines de la part de M. Delisse, à qui les remercîments de la Société seront adressés.

- Des lettres de remercîments pour les graines et les Pommes de terre de Sainte-Marthe, qui leur ont été expédiées par les soins de la 5e section sont adressées par MM. Je professeur Bazin ; de Lachadenède, président du Comice agricole de l'arrondissement d'Alais (Gard) ; le professeur Lereboullet, président de la Société des sciences, agriculture et arts du Bas-Rhin ; Ch. Mény ; O. Michon, président de la Société d'agriculture de l'arrondissement de Dôle (Jura), qui fait connaître les résultats excellents obtenus avec la Pomme de terre Chardon ; Parade, président de notre Société affiliée pour la région du N.-E., siégeant à Nancy ; le docteur Th. Roussel, président


PROCÈS-VERBAUX. 147

de la Société d'agriculture, etc., de la Lozère; Sacc et Fréd. Zuber, délégués à Wesserling et à Mulhouse.

- Des demandes de végétaux, et particulièrement de Pommes de terre de Sainte-Marthe et de noyaux de Pêches de Tullins, sont renvoyées à la 5° section. Elles émanent de MM. H. de Calanjan, Dubreuil, de Glatigny, le docteur Jules Guérin, le professeur Joly, L.-G. Mège, Teyssier des Farges, Versepuy, Alb. Delacour.

- M. Jomard fait placer sous les yeux de l'assemblée une Igname de la Chine, divisée en plusieurs tubercules réunis à leur sommet. Ce spécimen de forme assez bizarre, a 0m,52 de long, sur 0,m30 environ de largeur, pèse 2kil,75, et provient d'un seul tronçon planté en 1854. 31. Jomard, à cette occasion, fait observer qu'il est convenable d'inviter à laisser en terre les tubercules deux et trois années pour obtenir de riches produits.

- M. le baron d'Avene, président de la Société d'horticulture de l'arrondissement de Meaux, présente un Rapport très satisfaisant sur les résultats obtenus par lui dans la culture de la Pomme de terre de Sibérie, dont des tubercules provenant d'un présent de M. V. Chatel lui avaient été remis en mars 1855. Le rendement, dit notre confrère, a été presque égal à celui de la Pomme de terre Chardon cultivée dans le même terrain et dans de semblables conditions. La qualité d'ailleurs en est excellente.

- Une distribution de tubercules de Pommes de terre de la variété australienne est faite par M. V. Chatel, qui prévient qu'il faut, pour le succès de la culture de cette variété, un buttage très hâtif.

Le même membre annonce que pendant cet hiver le végétal qui donne le Vert de Chine a résisté au froid.

Il dit ensuite que, dans sa culture d'Ignames, il a constaté que le volume de la racine obtenue est en rapport avec celui du tronçon de racine mis en terre, et que, par conséquent, il est préférable de confier au sol la partie inférieure de la racine.

- M. Moquin-Tandon fait observer que les Chinois plantent le haut de la racine, c'est-à-dire sa partie la plus mince, et


148 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

livrent tout le reste à la consommation. Le développement, à la vérité, est plus lent que lorsqu'on a mis en terre toute la racine ou sa portion dilatée, mais en définitive il doit être, et il est en effet le même.

- Il est fait mention par le secrétaire d'un travail sur l'Igname récemment publié par notre délégué à Nancy, M. Monnier. Ce Mémoire est inséré dans le dernier numéro du Bulletin de notre Société affiliée pour la région du N.-E., et il vient d'être adressé par cette Société.

- M. Dupré de Saint-Maur place sous les yeux de l'assemblée des échantillons de Coton dit Géorgie longue-soie, provenant d'Algérie, où il consacre maintenant, dans la province de Constantine, 1500 hectares à cette culture, qui ne date que de 1852. Il exprime le regret que l'époque à laquelle doit cesser l'aide du gouvernement, qui a été si utile aux propriétaires d'arbres à Coton, soit arrivée déjà, car les colons algériens, au bout de six années d'essais, et au milieu de difficultés qu'ils n'ont pas encore pu complétement surmonter, ne sont pas dès maintenant en mesure de livrer leurs produits aux mêmes prix que les Américains, qui ont d'ailleurs consacré 70 à 80 ans à l'établissement de cette culture. Il leur est surtout difficile d'arriver à un classement convenable des qualités. - Notre confrère, après avoir donné quelques détails sur les soins exigés par l'arbre à Coton, auquel il faut une fumure et une irrigation abondantes, exprime la crainte que la qualité du produit ne vienne à s'altérer, car la longue soie, dit-il, n'est obtenue que par un soin extrême dans le choix des graines.- M. Davin fait observer que les échantillons présentés par M. Dupré de Saint-Maur ont plus de nerf et de brillant que le Coton d'Amérique, et cette sorte lui parait posséder d'excellentes qualités.

- Le R. P. Furet, missionnaire apostolique en Chine et membre honoraire de la Société, écrit de Napa-kiang (grande Lou-tchou), à la date du 10 novembre 1857, pour annoncer un envoi de graines d'Arbre à suif, avec quatre chandelles fabriquées avec ce suif, pour échantillon. La lettre renfermant des détails sur cet arbre est renvoyée à la 5e section.


PROCES-VERBAUX. 149

- Notre confrère M. Potel-Lecouteux écrit pour inviter ceux de nos confrères que des essais de cultures nouvelles pourraient intéresser, à visiter, à sa ferme de Créteil, près Paris, les opérations qui sont actuellement en voie d'exécution.

- L'arrivée au Havre de deux caisses de Pommes de terre de Bogota, expédiées de Sainte-Marthe par M. du Courthial, est annoncée par M. Delabarre, capitaine du navire le Suffren, qui les a apportées, et dont on opère le déchargement.

- M. O. Tuyssusian appelle de nouveau l'attention de la Société sur les avantages de l'Olivier de Crimée, que sa rusticité protége contre l'abaissement de température, qui est toujours fatal aux autres variétés de cet arbre si précieux. Les froids de l'hiver dernier qui se sont fait sentir très vivement dans les contrées méridionales, et en particulier à Constantinople, d'où il écrit, lui semblent justifier l'appel qu'il adresse de nouveau à la Société pour l'engager à s'occuper de tentatives d'acclimatation dans le midi de la France de cet Olivier de Crimée. Par cette lettre, qui est renvoyée à la 5e section, notre confrère annonce l'envoi d'un exemplaire de l'ouvrage qu'il vient de publier sur l'Oïdium Tuckeri, qui, depuis quelques années, ravage les magnifiques vignobles de la Turquie. Enfin, il informe que, contrairement à ce qui a été dit, la maladie des Vers à soie, dite gattine, n'a pas paru en Orient.

- Des feuilles de Chardon à foulon, nécessaires pour suppléer momentanément aux feuilles de Ricin dans les éducations des larves du Bombyx Cynthia, poursuivies à la ménagerie des Reptiles du Muséum d'histoire naturelle, par M. Vallée, sont expédiées par les soins de MM. les maires de Mantes et de Meulan, à qui des demandes avaient été adressées. Les remercîments de la Société leur seront transmis.

- 31. le. général Daumas écrit, au nom de S. Exc. le Ministre de la guerre, que sur la demande faite par le Conseil, le passage gratuit de France en Algérie a été accordé à M. Leclerc, pêcheur, qui veut transporter à Philippeville des Poissons avec lesquels il compte tenter, au moyen de fécondations artificielles, le repeuplement des cours d'eau de cette province. Notre confrère remercie, à cette occasion,


150 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

la Société du nouvel encouragement qu'elle vient d'accorder, dans l'intérêt de l'Algérie, en fondant un prix de 500 francs pour l'introduction d'un Poisson alimentaire dans les eaux douces ou saumâtres de notre colonie.

- 31. Millet présente des oeufs de Langouste dont il a obtenu l'éclosion dans son laboratoire, au moyen d'eau de mer artificielle. Les jeunes animaux, encore à un état de développement très imparfait, sont placés sous les yeux de l'assemblée.

- 31. Chatel lit un Mémoire ayant pour titre : Utilité et réhabilitation du Moineau.

- Il est donné lecture par M. Davelouis, en sa qualité de secrétaire de la 2e section, de deux Notes relatives aux Gallinacés reçus de l'île de la Réunion. Ces Notes sont dues à madame Ant. Passy et à 31. le docteur Chouippe, à qui ces oiseaux ont été confiés (voy. p. 118 et 127).

- M. Cloquet fait connaître qu'il a possédé également cette race à La Malgue, près Toulon ; elle s'était multipliée et donnait de bons résultats, mais elle a fini par s'éteindre. Ces oiseaux ont eu des engelures, et M. Davelouis fait observer qu'il en a été de même à la ménagerie du Muséum.

M. Kaufmann dit que cette race a été introduite en Prusse depuis plusieurs années par les soins de la Société éunrologique.

- M. le comte, de Sinety informe de l'introduction de 120 paires de Perdrix de roche ou Gambra (Perdrix petrosa) dans la forêt de Fontainebleau, dont le sol semble devoir être si favorable à cette espèce. Cette introduction est due aux soins de notre confrère, 31. le marquis de Toulongeon, capitaine de la vénerie impériale, à qui 31. le marquis Séguier a fait connaître le voeu que le Conseil avait émis à ce sujet.

- 31. le Président annonce que pendant l'hiver qui vient de s'écouler, la Société a perdu un Coq de l'Inde envoyé par M. le gouverneur de la Réunion ; une Colombe maillée, donnée par M. le comte d'Éprémesnil, et un Paca, envoyé et donné par notre confrère M. Bataille, de Cayenne.

- Une lettre de M. Bouteille, secrétaire général de notre Société affiliée de Grenoble, fait savoir la mort récente d'une jeune femelle de Yak, née en juillet 1857, et la naissance de


PROCÈS-VERBAUX. 151

quatre jeunes Chevreaux d'Angora. Deux de ces animaux proviennent de la même mère, et c'est le premier exemple de portée double dans notre troupeau des Alpes.

- M. Davin place sous les yeux de l'assemblée une série d'étoffes et de châles fabriqués avec la laine soyeuse du cachemire Graux de Mauchamp, et lit sur ce point une Note détaillée. Notre confrère fait présent d'une carte d'échantillons contenant des spécimens de cette laine depuis la matière brute jusqu'aux tissus les plus variés. M. le Président adresse à notre confrère des remercîments, au nom de la Société, pour ce don, qui prendra place dans nos collections.

- Parmi les pièces imprimées, on remarque, le n° IV du Bulletin de la Société d'agriculture d'Alger, où se trouve une Note sur le troupeau des Chèvres d'Angora importé en Algérie en 1855. Ce troupeau, ainsi que l'auteur de cette Note à qui il a été confié, aurait dû le faire remarquer, provient de la générosité de 31. Sacc et de la Société. Le nombre de têtes, qui était de 10, est maintenant de 31 (12 mâles et 19 femelles).

Il y a donc plein succès en Algérie comme en France, ce que paraît ignorer M. Frustié ; car il suppose, contrairement à ce qui a lieu, que cette introduction sur le territoire français a eu peu de retentissement, et il en conclut qu'elle n'a pas réussi.

Le Secrétaire des séances, AUG. DUMÉRIL.


152 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.

Séance du 5 février 1858. LE BON JARDINIER, Almanach pour l'année 1858. Offert par M. Vilmorin.

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ PHILOMAT1QUE DE PARIS (année 1857).

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ CENTRALE DE L'YONNE, pour l'encouragement de

l'agriculture (année 1857). LES SAVANTS VOYAGEURS A BORDEAUX. Discours prononcé à l'ouverture de

la séance publique d'hiver de la Société linnéenne de Bordeaux, le 4 novembre

novembre par M. Charles des Moulins. Offert par l'auteur.

LE JOURNAL DES ROSES ET DES VERGERS (4 année, 6e livraison). IL BACOFILO ITALIANO (1re année, n° 1er).

THE ATLANTIS, a Register of literature and science, conducted by members

of the catholic University of Ireland (n° 1er, janvier 1858).

Séance du 19 février 1858.

BULLETIN DU COMICE AGRICOLE de l'arrondissement de Saint-Quentin (Aisne), t. VI, année 1857.

DES AVANTAGES QUE PRÉSENTERAIT EN ALGÉRIE LA DOMESTICATION DE L'AUTRUCHE D'AFRIQUE (Struthio camelus, Linné), Mémoire lu à la Société impériale d'acclimatation dans ses séances des 1er, 15 février et 14 mars 1856, par M L.-A. Gosse (de Genève). Offert par l'auteur.

PROJET D'ENQUÊTE SUR LA CULTURE DE L'IGNAME DE CHINE ET DU RIZ SEC, présenté à la séance du 1er mai 1857 de la Société impériale zoologique d'acclimatation, par M. Victor Chatel. Offert par l'auteur.

RAPPORT fait au nom d'une Commission chargée d'examiner les propositions de M. N. Joly, tendant à ce que la Société d'agriculture de la Haute-Garonne se fasse affilier à la Société impériale zoologique d'acclimatation, lu dans la séance du 28 février 1857. Offert par Tailleur.

NOUVELLES EXPÉRIENCES tendant à réfuter la prétendue circulation péritrachéenne des Insectes, par M. N. Joly, extrait des Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse. Offert par l'auteur.

DESSÈCHEMENT DES MOERES, par Cobergher, en 1822, par M. Bortier, extrait du journal de la Société centrale d'agriculture de Belgique, octobre 1857. Offert par l'auteur.

DRUGIE ZEBRANIE OGOLNE UCZESTNIKOW SPOLKI JEDWABNICZEJ Odbyte H D. 10 Lipca 1856 R. W Palacu resursy Kupieckiej W. Warszawie (années 1856 et 1857). Offert par M. Alexandre Kurtz, de Varsovie.

THE JOURNAL OF THE INDIAN ARCHIPELAGO AND EASTERN ASIA (2e volume, n° 2,1857).


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 153

I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIETE.

RAPPORT FAIT AU NOM DU CONSEIL

SUR LA

FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION

AU B0IS DE BOULOGNE,

SUR LES TERRAINS CONCÉDÉS A LA SOCIÉTÉ PAR LA VILLE DE PARIS.

(Séance du 7 mai 1858.)

Il y a quatre ans, la Société impériale zoologique d'acclimatation se fondait sous la puissante impulsion d'un illustre naturaliste (1).

Le nombre de ses membres s'élève déjà à près de 1700, parmi lesquels elle a l'honneur de pouvoir citer 11 souverains et 17 princes des maisons souveraines de l'Europe, de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique. Avant tous, Sa Majesté l'Empereur des Français avait honoré la Société zoologique d'acclimatation de sa protection ; les princes impériaux lui avaient accordé leur appui.

Un grand nombre des membres de la Société d'acclimatation, soit à cause de leur nationalité, soit à cause de leurs missions temporaires, sont au dehors de la France et répartis dans toutes les parties du monde. Ils sont, pour ainsi dire, ses agents les plus éclairés et les plus dévoués : tantôt pour faire connaître plus complétement et pour expédier à la Société les animaux et les végétaux les plus intéressants des contrées qu'ils habitent ; tantôt pour indiquer les conditions à remplir pour rendre les chances de l'acclimatation plus grandes, et

(1) Il est impossible de parler de la fondation de la Société impériale zoologique d'acclimatation, sans rappeler aussi la part importante qu'y a prise M. le secrétaire général comte d'Éprémesnil.

T, V.- Mai 1858. 11


154 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

pour utiliser les produits de ces nouvelles acquisitions ; tantôt pour lui indiquer au contraire les besoins de ces contrées et lui demander les moyens de les satisfaire.

C'est ainsi qu'en 1854, la Société d'acclimatation a dû à l'initiative de notre confrère M. de Montigny, et à la générosité du gouvernement, de posséder la moitié du seul troupeau d'Yaks qui soit encore venu en Europe. Il prospère et s'acclimate facilement.

C'est ainsi que la Société a pu, avec le concours de M. de Montigny et de nos missionnaires, faire venir de Chine trois végétaux des plus précieux :

L'Igname, dont la Société a distribué en 1855 des centaines de mille de bulbilles à toute l'Europe. Ce tubercule joue un très grand rôle dans la nourriture des Chinois ; il doit, à cause de ses mérites, être placé à côté de la Pomme de terre. Il est aujourd'hui complétement acclimaté et cultivé sur une grande échelle. Déjà on étudie les moyens de le perfectionner, de lui donner une forme moins allongée, au moyen de semis faits avec des graines obtenues en Afrique, par les soins de M. Hardy, l'habile et zélé directeur de la Pépinière d'Alger.

Le Sorgho à sucre, dont la graine, répandue partout, a réussi d'une manière remarquable dans le centre et le midi de la France, et en Algérie. Cette plante sera pour ces contrées, non-seulement un fourrage des plus abondants et d'excellente qualité, mais encore, par la nature sucrée et la pureté de son suc, une source de richesse aussi grande que la betterave pour le Nord.

Le Loza, arbuste dont on extrait la belle couleur verte dont les Chinois font un grand usage. On doit aux recherches de MM. Remi et Edan à Chang-Haï, de M. Michel à Lyon, de notre confrère M. Persoz à Paris, les moyens de préparer et d'employer cette couleur. La Société possède déjà un assez grand nombre de jeunes plants, provenant de semis faits en France. Ils résistent à nos hivers, sous le climat de Paris. Nous devons ajouter que MM. Natalis Rondot et Tastet, membres de la Société, ont pris une grande part à l'introduction du Loza en France et à ses applications.


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 155

Grâce à la bienveillante intervention de M. le baron Rousseau, consul de France à Brousse, et de trois autres de ses membres, M. le maréchal Vaillant, M. le général Daumas et le célèbre Abd-el-Kader, la Société a fait venir en 1855, d'Asie Mineure en France et en Algérie, deux troupeaux de Chèvres d'Angora, race si renommée par la finesse de sa toison. Chaque année le nombre des naissances accroît l'importance des troupeaux, sans qu'aucun symptôme de dégénérescence se soit manifesté.

En 1855, M. Baruffi et M. le gouverneur de Malte, membres de la Société, lui envoyèrent, ainsi qu'à plusieurs sériciculteurs, des graines de Bombyx Cynthia (ver qui se nourrit sur le Ricin), provenant d'éducations faites à Malte, avec des graines originaires de l'Inde. L'état désastreux des Vers à soie en France rendait cet envoi précieux. La Société est parvenue, non-seulement à acclimater complétement cette espèce qui est déjà à sa vingt-cinquième génération en France, mais encore, par les soins de M. Vallée, à modifier sa nourriture, en substituant la feuille du Chardon à foulon, plante très commune et très rustique, à la feuille du Ricin, qui ne croît sous nos climats qu'avec des soins particuliers. En outre, par les soins de M. Guérin-Méneville, elle commence à pouvoir régler l'éclosion des oeufs de ces Vers toujours prêts à éclore, et à faire concorder la naissance des chenilles avec le développement de leur nourriture.

Déjà l'industrie a utilisé les cocons de cette espèce nouvelle ; ils ont été filés, tissés et teints avec succès par nos habiles confrères de l'Alsace. Mais l'action de la Société ne s'est pas bornée là. Les nombreuses éducations faites dans plusieurs contrées et même à Malte, avaient cessé d'être heureuses; l'espèce fut conservée seulement à Paris, et la Société la rendit à Malte, à l'Italie, à l'Algérie, et en dota plusieurs contrées de l'Europe et le Brésil, où elle réussit parfaitement.

Plusieurs missionnaires en Chine, après avoir accepté le titre de membres honoraires de la Société d'acclimatation, titre qu'ils avaient si bien mérité par d'anciens travaux, sachant que désormais leurs efforts ne seraient pas inutiles, et que leurs


156 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

envois seraient soigneusement étudiés en France, se sont, sur la demande de la Société, occupés avec un grand zèle de lui procurer ce qu'elle jugeait utile et ce qu'ils supposaient digne de son intérêt.

Trois fois déjà ils ont expédié des cocons du Ver à soie sauvage, qui, sous un climat analogue au nôtre, s'élève en liberté sur le Chêne, dont la feuille lui sert de nourriture. Avec la soie de ce Ver, soie abondante et très résistante, on fabrique des étoffes solides et brillantes qui servent à vêtir plus de cent millions de Chinois. Des accidents arrivés pendant la traversée ont détruit les deux premiers envois, à l'exception de quelques cocons. Ces envois ont néanmoins permis à la Société de constater que cette espèce peut se reproduire en France, et se nourrir en plein air avec les feuilles de nos Chênes. Le troisième envoi est à l'étude, et toutes les difficultés de cette éducation seront grandement amoindries par suite d'une monographie complète que M. l'abbé Bertrand vient d'adresser à la Société.

Nous devons encore aux missionnaires :

1° Les glands de deux Chênes de la Chine. Ils ont produit un grand nombre de sujets en pleine prospérité.

2° Les graines de l'Ortie blanche de Chine, avec laquelle on fait des toiles plus solides, plus brillantes qu'avec nos lins et nos chanvres. Les plantes obtenues sont très vigoureuses après deux ans de plantation. L'abbé Bertrand nous a appris récemment à les cultiver, à les multiplier et à les utiliser.

3° Le Pois oléagineux, nourriture excellente et dont on extrait une huile abondante ; son acclimatation est complète.

4° L'Arbre à cire et l'Arbre à vernis, apportés vivants en France, dans des serres portatives, par M. l'abbé Perny, déjà connu par d'importants travaux.

Enfin, la Société d'acclimatation vient de recevoir d'Amérique et de distribuer deux forts envois de Pommes de terre arrachées, sur sa demande, dans les Cordillères mêmes, pour essayer de renouveler en Europe ce tubercule qui, fatigué par une longue maladie, a perdu une partie de ses qualités. Nous devons dire que l'intervention de M. Drouyn de Lhuys, vice-


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 157

président si dévoué de la Société, a été, dans cette circonstance encore, des plus utiles à la Société.

Telles sont, sans parler des travaux intérieurs de la Société d'acclimatation, des expériences et des projets à l'étude, de la part considérable qu'elle prend, sur la demande officielle du gouvernement brésilien, à l'introduction du Dromadaire au Brésil, des nombreuses récompenses qu'elle a distribuées, des prix d'une valeur considérable qu'elle a proposés pour hâter la solution de questions du plus haut intérêt; telles sont les oeuvres principales d'une Société qui vient de naître.

Jusqu'à ce jour la Société, qui ne possède pas même le plus modeste jardin, a dû recourir au zèle éclairé de ses membres pour recueillir et soigner les animaux qu'elle possède, pour semer les graines qui lui parviennent en si grand nombre, et pour cultiver et étudier tes plantes qu'elles produisent.

Mais cette situation a les plus grands inconvénients : ces travaux isolés, dispersés sur la surface de la France, ne peuvent être visités par ceux qui auraient besoin de les connaître; des produits obtenus dans l'intérêt de tous restent ignorés du public, qui ne peut ni les voir, ni les apprécier par lui-même.

D'ailleurs le but de la Société, après avoir introduit un animal ou un végétal nouveau, est d'étudier à fond ses mérites, les meilleurs moyens de l'utiliser, de l'améliorer, et enfin de le multiplier. Pour résoudre cette question d'un ordre si élevé, d'une solution si difficile, le zèle éclairé ne suffît pas ; les connaissances les plus profondes, jointes à la plus haute expérience, sont quelquefois même impuissantes pour en assurer le succès.

Il est donc indispensable que l'acclimatation ait en sa possession un vaste jardin où elle puisse tout à la fois, élever, multiplier, étudier et améliorer les nouvelles espèces introduites ; où le public puisse voir, apprécier et se procurer ces conquêtes utiles et agréables.

La Société d'acclimatation, pénétrée de cette pensée, a demandé à la ville de Paris, et elle a obtenu la concession d'un terrain de 15 hectares 1/2, à prendre dans le bois de Boulogne.

C'est dans ce terrain, si magnifiquement situé, à la porte de Paris, dans une partie heureusement choisie de la promenade


158 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

la plus belle et la plus fréquentée du monde, que doit être établi ce jardin tout à la fois d'expériences et d'exhibitions ; car il ne renfermera pas seulement les espèces animales et végétales qui peuvent prospérer sous le climat de Paris, mais encore de beaux spécimens de celles qui, vivant sous les climats plus doux du midi de la France ou de l'Algérie, n'exigeraient pas de trop grands sacrifices pour être conservés à Paris.

Mais un tel projet ne pouvait être mené à bonne fin avec les seules ressources de la Société d'acclimatation ; en outre, son organisation ne lui permettait pas d'administrer une entreprise à la fois financière et scientifique. Aussi la ville de Paris a-t-elle concédé les 15 hectares du bois de Boulogne aux Membres du bureau de notre Société, à la charge par eux de former dans un court délai une Société anonyme pour la création du jardin zoologique d'acclimatation.

Nous faisons donc aujourd'hui appel à tous les partisans de l'acclimatation ; à tous ceux qui ont l'ambition d'ajouter, dans le Règne animal et dans le Règne végétal, des nouveautés utiles à nos anciennes richesses (1) ; à tous ceux qui veulent améliorer la condition de tous, des classes souffrantes en particulier (2), par le développement de l'agriculture ; car tel est le noble but de notre Société, et nous leur demandons leur concours pour fonder la Compagnie anonyme du Jardin zoologique d'acclimatation du bois de Boulogne.

L'objet de cette Compagnie est (art. 2 des Statuts) « l'exécution et l'exploitation d'un jardin zoologique d'acclimatation à établir sur la concession de terrain au bois de Boulogne, faite par la ville de Paris, à l'effet d'appliquer et de propager les vues de la Société impériale zoologique d'acclimatation, avec le concours et sous la direction de cette Société, et, par conséquent, d'acclimater, de multiplier et de répandre dans le public les espèces animales et végétales qui sont ou qui seraient par la suite nouvellement introduites en France, et paraîtraient dignes d'intérêt par leur utilité ou leur agrément.

(1) M. Drouyn de Lhuys, séance annuelle de la Société, 10 février 1858.

(2) Mgr te prince Napoléon, même séance.


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 159

» ART. 5. - La durée de la Société est de quarante-deux ans.

» ART. 7. - Le fonds social est fixé à un million de francs, divisé en 4000 actions de 250 francs chacune, payables, savoir :

100 francs clans la quinzaine du décret approbatif des Statuts ; 50 francs trois mois après le premier versement; et le surplus, s'il y a lieu, aux époques que le Conseil d'administration déterminera.

» ART. 12. - Chaque action donnera droit à une part proportionnelle et égale dans les propriétés, dans l'actif et dans les bénéfices de la Société, et en outre, à une entrée gratuite et personnelle.

» Tout propriétaire de plus d'une action peut déléguer le droit d'entrée attaché à ses autres actions, à telle personne qu'il désignera, ou réclamer chaque année vingt billets d'entrée pour chacune de ses actions.

» Tout propriétaire de cinq actions et plus en outre de ce qui vient d'être dit, et pour chaque cinq actions, aura un droit d'entrée à des heures réservées.

» Le Conseil d'administration de la Compagnie devra soumettre à l'approbation de la première assemblée générale un projet ayant pour but de placer une partie du capital social, de manière qu'à l'expiration de la Société, la somme ainsi placée, et augmentée des intérêts cumulés pendant quarantedeux ans, puisse assurer aux actionnaires le remboursement intégral du capital versé. »

Nous donnons à la suite de ce Rapport un extrait plus étendu des Statuts de la Compagnie anonyme du Jardin zoologique d'acclimatation.

M. le baron de Rothschild, membre de la Société, qui, dans sa belle terre de Ferrières, s'occupe avec zèle et succès d'agriculture et d'acclimatation, a gracieusement offert à la Société d'ouvrir gratuitement la souscription dans ses bureaux et d'être le banquier désintéressé de la Société. C'est donc dans les bureaux de M. de Rothschild et au siége de la Société impériale d'acclimatation, rue de Lille, 19, que les personnes qui voudraient souscrire devront se présenter à partir de ce jour.

A tous ceux qui, non contents d'acquérir à un prix très


160 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

modique (150 francs peut-être) un droit d'entrée dans un des jardins les plus intéressants qui aient jamais existé, et de contribuer ainsi à la création d'une oeuvre éminemment utile, tout en se procurant un plaisir; à tous ceux qui demanderaient si cette entreprise donnera des bénéfices, et quels bénéfices, nous répondrons :

Voulant profiter des expériences déjà faites par des hommes habiles, dont les travaux ont été couronnés de succès, nous avons fait visiter et étudier avec soin, à Londres, à Bruxelles, à Anvers, à Gand, à Amsterdam et à Marseille, des jardins analogues à celui que nous voulons créer ; ceux qui ont été dirigés dans la voie que nous voulons suivre sont en prospérité complète.

A Paris, comme dans toutes ces villes, les éléments de recettes seront de deux natures :

1° La vente des animaux et des oeufs, des plantes et des graines élevés ou produits dans l'établissement, ou ses annexes.

2° Les droits d'entrée payés par les visiteurs.

Si l'on pense que, dans ce jardin, seront réunis les animaux et les végétaux les plus beaux et les meilleurs des espèces utiles, les plus rares et les plus brillantes des espèces d'ornement, on ne peut douter que leurs produits, d'une pureté certaine, ne soient extrêmement recherchés par les amateurs, aujourd'hui si nombreux, des belles espèces. On ne peut douter non plus que le public, qui se porte en si grande foule aux expositions de l'agriculture et de l'horticulture, ne quitte uninstant les allées si fréquentées du bois de Boulogne pour venir admirer, comme le font les habitants de Londres, de Bruxelles, d'Amsterdam, d'Anvers et de Marseille (1), les plus belles et les plus rares productions de la nature, rassemblées dans un jardin dessiné avec goût, orné d'étables et de basses-cours des mieux organisées et de l'aspect le plus agréable, de parcs élégants, de

(1) M. le comte d'Éprémesnil, secrétaire général de la Société, M. le comte de Sinéty et M. Albert Geoffroy Saint-Hilaire, ont bien voulu se charger de visiter les jardins zoologiques de Londres, de Bruxelles, d'Anvers, de Gand et d'Amsterdam. M. Davioud, architecte de la ville de Paris et du bois de Boulogne, a accompagné nos collègues à Londres, et va continuer ses études sur les autres jardins.


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 161

charmantes volières, d'une magnanerie, d'un rucher expérimental, d'un vaste aquarium, de jolis massifs et de belles serres.

A mesure que les ressources de la Société se développeront, ce jardin, aujourd'hui si nécessaire aux études de l'acclimatation, deviendra dans un temps qui n'est pas très éloigné peutêtre, et sans rien perdre de ses charmes, le simple dépôt de plusieurs annexes créées sur divers points. Pour le climat, la nature du sol et l'étendue, ces annexes seront choisies, selon les circonstances, dans les meilleures conditions, pour élever, cultiver et multiplier sur une grande échelle, avec économie et succès, les espèces nouvelles animales et végétales.

De si grandes espérances rencontreront certainement des incrédules; mais si l'on réfléchit que l'acclimatation a pour but de donner à chaque contrée, dans les limites du possible, toutes les véritables richesses du globe, perfectionnées par l'art; si l'on considère les grands résultats obtenus à toutes les époques par les efforts isolés d'hommes instruits, persévérants et dévoués, que ne doit-on pas attendre d'une Société qui a groupé autour d'elle tant de savants, d'habiles praticiens, de personnages illustres, d'hommes distingués, tous dévoués à son oeuvre; d'une Société dont le coeur est à Paris et dont les membres sont dispersés dans le monde entier ; dont la vie, plus longue que celle des hommes, se renouvelant sans cesse, lui permet de poursuivre avec une longue et nécessaire persévérance des travaux que la mort interrompt trop souvent en frappant leurs auteurs.

En terminant, nous mettrons sous les yeux de ceux qui doutent, qui dédaignent ou sont indifférents, quelques exemples choisis parmi les principales acclimatations des temps modernes.

En 1601, Henri IV et Ollivier de Serres, malgré la vive opposition de Sully, propagent le Mûrier, introduisent, acclimatent le Ver à soie, et créent les premières fabriques de soie, berceau de l'immense et belle industrie lyonnaise.

En 1785, Daubenton donne à l'agriculture française la belle race de Moutons mérinos, après avoir surmonté par une pratique savante toutes les difficultés qui, depuis Colbert, avaient retardé cette acclimatation.


162 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

A la même époque, Parmentier propage en France la Pomme de terre d'Amérique, importée en Europe au XVIe siècle et restée presque inutile pendant deux cents ans. Il la propage avec tant de zèle, malgré les préventions et la résistance même de ceux qu'elle devait nourrir, que les populations, aujourd'hui reconnaissantes, sont disposées à lui accorder tout le mérite de cette magnifique découverte.

En 1739,1792 et 1802, le Camellia, l'Hortensia et le Dahlia, dont on admire aujourd'hui les magnifiques variétés, sont introduits et acclimatés.

En 1815, M. de Rieussec importe et acclimate de nouveau en France le cheval anglais pur sang, admirablement représenté par son célèbre Rainbow, qui a laissé une si belle postérité.

Depuis 1825 jusqu'à nos jours, les belles races anglaises de boucherie qui fournissent aux consommateurs une viande excellente, plus abondante et moins chère, sont introduites et acclimatées : tels sont le Boeuf Durham, les Moutons Dishley, South-Down et Cotswold, les Porcs Middlesex, New-Leicester, Berkshire, etc. (1).

En 1828, M. Graux, de Mauchamp, trouve et développe la race ovine soyeuse à laquelle on a donné son nom, et qu'il perfectionne chaque année.

Citons encore les merveilles de la pisciculture moderne, créée par les pêcheurs Remy et Gehin ; étendue, propagée par les recherches savantes et par les belles applications faites par de nombreux pisciculteurs. Il y a quelques années à peine, deux pêcheurs retrouvaient les moyens de reproduire et de multiplier à volonté les Poissons de nos rivières, et déjà de nombreux établissements se sont formés, où l'on reproduit, multiplie et élève, dans les uns les Poissons destinés à repeupler nos rivières et nos étangs, dans les autres les Poissons de mer qui deviennent plus rares sur nos côtes; dans d'autres établissements, enfin, on propage les Homards, les Langoustes, les Huîtres et les Sangsues. Les produits de ces créations nouvelles

(1) Nous avons tout lieu de croire que M. Brière, et son gendre M. Benoist d'Azy, donnèrent les premiers l'exemple de leur importation en 1825.

R.


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 163

ont paru honorablement et utilement sur nos marchés ou dans nos pharmacies.

Les dernières années qui viennent de s'écouler ont été témoins de l'acclimatation des Hémiones, des Lamas, des Yaks, des Canards de Caroline et de Chine, de l'Oie d'Egypte, du Cygne noir, de la Perruche ondulée, des Colins ou Perdrix d'Amérique, de l'Igname, du Sorgho à sucre, du Ver à soie du Ricin, et enfin de la Perdrix Gambra, introduite et propagée en France par les soins de S. M. l'Empereur.

Extrait des Statuts de la Compagnie anonyme du Jardin zoologique d'acclimatation du bois de Boulogne (1).

ART. 2. - L'objet de cette Compagnie est l'exécution et l'exploitation du Jardin zoologique d'acclimatation à établir sur la concession des terrains au bois de Boulogne, faite par la ville de Paris, à l'effet d'appliquer et de propager les vues de la Société impériale zoologique d'acclimatation, avec le concours et sous la direction de cette Société, et, par conséquent, d'acclimater, de multiplier et de répandre dans le public les espèces animales et végétales qui sont ou qui seraient par la suite nouvellement introduites en France, et paraîtraient dignes d'intérêt par leur utilité ou leur agrément.

ART. 5. - La durée est de quarante-deux ans, à partir du décret approbatif des Statuts de la Société.

ART. 6. - Les concessionnaires de la ville de Paris apportent à la Compagnie du Jardin zoologique d'acclimatation, à titre purement gratuit, la concession temporaire qui leur a été faite par la ville de Paris, pour quarante ans à partir du 1er janvier 1859, de 15 hectares 1/2 situés au bois de Boulogne, avec destination spéciale pour l'établissement d'un Jardin zoologique, conformément à l'article 2 des Statuts de la Société impériale zoologique d'acclimatation; à la charge par la Compagnie de se conformer aux prescriptions du cahier des charges de la ville de Paris, etc., etc.

ART. 7. - Le fonds social est fixé à un million de francs, divisé en 4000 actions nominatives de 250 francs chacune, payables, savoir : 100 francs dans la quinzaine du décret approbatif des Statuts, 50 francs trois mois après le premier versement; et le surplus, s'il y a lieu, aux époques qui seraient déterminées par le Conseil d'administration.

ART. 12. - Chaque action donne droit à une part proportionnelle et égale dans les propriétés, dans l'actif et dans les bénéfices de la Société.

(1) Nous croyons devoir compléter le Rapport qui précède, on plaçant ici le texte de tous les articles importants des Statuts. Ils sont déposés aux bureaux de souscription pour les actions de la Compagnie, chez MM. de Rothschild et au siége de la Société impériale d'acclimatation.


164 SOCIETE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

En outre, tout propriétaire d'une action aura droit, tant qu'il eu restera titulaire ou qu'elle sera inscrite sous son nom sur les registres sociaux, à une entrée gratuite et personnelle dans le Jardin d'acclimatation.

Tout propriétaire de plusieurs actions aura, pour la première action, droit à une entrée, comme il vient d'être dit, et il aura la faculté, pour chacune des autres actions, ou de réclamer chaque année vingt billets valables pour une seule fois chacun, ou de déléguer à telle personne dont il indiquera le nom, soit pour une ou plusieurs années, le droit d'entrée attaché à chaque action.

Tout propriétaire de cinq actions et plus aura, en outre, par chaque cinq actions, un droit d'entrée à des heures réservées.

ART. 14. - Les actionnaires ne sont en aucun cas passibles que de la perte du montant de leur action (voy. plus bas, l'art. 25).

ART. 15. - La propriété d'une action emporte l'adhésion aux Statuts sociaux.

ART. 17. - La Société est administrée par un Conseil d'administration, composé de quarante membres possédant au moins cinq actions.

ART. 25. - Le Conseil peut déléguer tout ou partie de ses pouvoirs à un Comité de direction, et nommer un directeur chargé d'exécuter les décisions du Conseil et de diriger le Jardin d'après les règles établies.

Le Conseil devra soumettre à l'approbation de la première assemblée générale un projet ayant pour but de placer une partie du capital social, de manière qu'à l'expiration de la Société, la somme ainsi placée, et augmentée des intérêts cumulés pendant quarante-deux ans, puisse assurer aux actionnaires le remboursement intégral du capital versé par eux.

ART. 29. - L'assemblée générale des actionnaires se compose de tous les actionnaires possédant quatre actions.

ART. 32. - Elle se réunit de droit chaque année dans le courant d'avril, et extraordinairement quand le Conseil en reconnaît l'utilité.

ART. 37. - Elle entend et approuve les comptes ; elle nomme les administrateurs en remplacement de ceux désignés par le sort pour cesser leurs fonctions; elle délibère sur les emprunts allocatoires, etc., et sur les modifications aux Siatuts, etc., etc.

ART. 41. - Après le payement des dépenses et charges sociales, il sera fait un fonds de réserve qui ne pourra ni dépasser 150 000 francs, ni descendre au-dessous de cette somme sans être complété.

ART. 42. - Après le payement des charges sociales, et après avoir complété la réserve ci-dessus, il sera prélevé sur l'excédant des recettes :

1° Cinq pour cent du capital dû sur les actions pour intérêts ;

2° Cinq pour cent du capital entier pour l'amortissement.

Le surplus sera réparti, moitié aux actionnaires à titre de dividende, e l'autre moitié à la ville de Paris à titre d'indemnité.


CHÈVRES D'ANGORA. 165

SUR LE TROUPEAU DE CHÈVRES D'ANGORA

OFFERT AU MINISTÈRE DE LA GUERRE POUR L'ALGÉRIE PAR LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'ACCLIMATATION ET PAR M. SACC (1).

LETTRE ADRESSÉE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'ACCLIMATATION

Par M. le maréchal VAILLANT, Ministre de la guerre,

ET RAPPORT A M. LE MARÉCHAL RANDON

GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE

Par M. BERNIS,

Vétérinaire principal de l'armée d'Afrique, Membre de la Société impériale zoologique d'acclimatation.

(Séance du 7 mai 1858.)

Monsieur le Président, Je viens de recevoir, par l'entremise de M. le Gouverneur général, un rapport de M. Bernis, vétérinaire principal de l'armée d'Afrique, sur la situation en Algérie du troupeau de Chèvres d'Angora ; et dont, à raison de l'intérêt tout particulier que je n'ai pas cessé de porter à la question, j'avais prié M. le maréchal Randon de faire la demande à cet habile praticien. Je pense vous être agréable, Monsieur le Président, en vous adressant ci-joint ce document, duquel il résulte que, malgré le peu de temps écoulé depuis son introduction, le troupeau d'Angora a déjà utilement marqué sa place dans la colonie, et paraît appelé à y rendre d'importants services.

Je vous prie de vouloir bien me renvoyer, aussitôt qu'il ne vous sera plus nécessaire, le rapport en question que vous jugerez peut-être convenable de communiquer à la Société impériale d'acclimatation (2). Recevez, etc.

Le maréchal de France, Ministre secrétaire d'Etat de la guerre,

VAILLANT.

(1) Voyez le Bulletin, t. II, p. 493 et 537.

(2) M. le maréchal Ministre de la guerre a bien voulu, par une lettre pos-


166 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

A S. Exc. M. le maréchal comte Randon, gouverneur général de l'Algérie.

Monsieur le Maréchal,

J'ai l'honneur de vous adresser le Rapport que vous avez bien voulu me faire demander sur les Chèvres d'Angora.

Un Bouc et neuf Chèvres de cette race arrivèrent à Alger dans le mois d'août 1855, et furent déposés à la Pépinière centrale du Hamma. Quelques jours après, par votre ordre, on les envoya chez M. Fruitié, propriétaire à Chéraga. Dans le rapport qui m'a été fait le 19 novembre 1857, voici comment s'exprime ce colon intelligent sur le troupeau que vous lui avez confié, et dont il s'occupe avec une sollicitude et un désintéressement bien dignes d'éloges : « Ici rien ne paraît devoir » contrarier la propagation de la Chèvre d'Angora ; elle n'est » ni plus délicate, ni plus exigeante de soins que la Chèvre » indigène-, elle est tout aussi rustique que cette dernière, et » trouve partout à se nourrir facilement. Elle paraît douée » d'un bon estomac, car elle mange sans cesse et tout lui est » bon Le soir, quand le troupeau rentre du pâturage, parfai~ » tement repu, alors que les Brebis et les Chèvres indigènes » vont directement chacune dans leur parc respectif, les » Chèvres d'Angora quittent le troupeau, font le tour de la » ferme, et si elles aperçoivent quelques débris de fagot, de » fourrage, de légumes ou d'autres plantes, elles se jettent » dessus toutes ensemble et s'en disputent les plus petites » bribes. Elles sont d'un caractère très doux, timide et se » rapprochant de celui de la Brebis. »

L'opinion émise par M. Fruitié sur la propagation en Algérie

térieure, autoriser l'insertion du rapport de M. Bernis dans le Bulletin. On y trouve déjà (t. III, p. 97, 98, 209 et 210) deux lettres de M. le maréchal Randon, gouverneur général de l'Algérie, et deux rapports de M. Hardy sur le troupeau algérien de Chèvres d'Angora.

Le nombre total des individus de cette race envoyés à Alger, en 1855, par la Société d'acclimatation, était de 15 (2 mâles et 13 femelles), savoir: 9 offerts au Ministre de la guerre, pour l'Algérie, par M. Sacc ; et 6 ajoutés par la Société au don fait par notre généreux confrère. R.


CHÈVRES D'ANGORA. 167

de la Chèvre d'Angora se trouve appuyée jusqu'à ce jour par le mouvement ascendant de ce petit troupeau.

Le 21 août 1855, on a reçu: 1 bouc. 9 femelles.

Naissances en 1856. 4 mâles, 4.

- 1857 7 - 6 -

- 1858 6 - 10 -

Total 18 mâles. 29 femelles.

En tout, 47 bêtes. De ce nombre il faut déduire une Chèvre, morte cet hiver, de vieillesse et de marasme.

La première année, la lutte n'eut lieu qu'en novembre, tandis que les années suivantes, elle s'est faite en septembre, c'est-à-dire à la même époque qu'a lieu la saillie parmi les Chèvres indigènes. Le changement d'époque de la monte a été sans doute occasionné par l'influence climatérique; mais cette influence a été plus tôt favorable que contraire à la santé et à la multiplication des bêtes Angora.

Le poil se maintiendra-t-il en Afrique aussi blanc, aussi fin, aussi soyeux et aussi long qu'en Asie ? Aucune dégénérescence n'a été encore observée, et l'on peut supposer qu'il conservera ses qualités. La seule remarque qui ait été faite à cet égard sur les bêtes nées ici, c'est qu'en vieillissant, elles produisent un poil plus fin et plus soyeux que lorsqu'elles sont jeunes.

La dernière tonte a eu lieu dans les premiers jours de mars. Elle aurait été faite plus tard, si cela avait été possible ; mais le poil commençait à tomber, et l'on n'a pu attendre plus longtemps. Cette opération a été suivie de jours pluvieux, avec abaissement sensible de température. Malgré cette circonstance défavorable, il n'est pas survenu le moindre accident. Voici le résultat de cette tonte :

30 toisons de race pure ont donné. ..... 23kil, 250

2 toisons métis (1er croisement) ont donné. 1kil, 250

Total 24kil,500

Tonte de 1857.

18 toisons de race pure ont donné 12kil,240

2 toisons métis (1er croisement) ont donné. 0kil,980

Total 13kil,220


168 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOG1QUE D'ACCLIMATATION.

En tout, 37kil,720 que j'ai l'honneur de vous adresser en même temps que mon Rapport.

Sur 19 femelles qui ont reçu le Bouc, à la monte dernière : 14 ont donné chacune un produit;

1 en a donné deux bien conformés et en bon état ;

2 ont avorté;

1 n'a pas été fécondée;

1 est morte de vieillesse et de marasme.

Les nouveau-nés sont pleins de vigueur et de santé.

Après vous avoir rendu compte de l'état actuel du troupeau de Chèvres d'Angora, permettez-moi, Monsieur le Maréchal, de soumettre à votre juste appréciation quelques considérations sur le meilleur parti à tirer de ces précieux animaux dans nos possessions du nord de l'Afrique.

Dans le rapport de M. Bourlier sur sa mission en Asie Mineure, il est dit :

« Le pays qu'habite la Chèvre d'Angora, brûlé par le soleil d'été, est couvert de neige en hiver. Mais il faut bien remarquer que la saison froide et humide ne dure que trois ou quatre mois. Pendant le reste de l'année, la température se maintient très élevée, et les beaux jours se continuent presque sans interruption, tant sont rares les pluies et les orages. Le sol n'y produit que de rares végétaux. Les broussailles et les légumineuses à fruits épineux qui souillent les toisons font défaut. L'absence d'arbres, d'arbustes, de plantes arborescentes, donne à la contrée l'aspect de steppes immenses où l'oeil ne saisit que les ondulations du sol. Cette nudité permet aux premiers rayons du soleil de printemps d'enlever le peu d'humidité que renferme la terre. Aussi la végétation s'arrête promptement et le manque de rosée pendant les chaudes nuits d'été n'apporte même pas l'eau si utile aux plantes des pays chauds. Quand on parcourt cette patrie de la Chèvre blanche, on est frappé de la pureté de l'atmosphère, de l'abondance de la lumière et de la chaleur. Cette sécheresse du sol qui donne aux plantes une vie si difficile, ne leur permet pas de se gorger d'eau et de parfaire leur développement; les sucs qui circulent dans leurs vaisseaux sont presque concrets : chacune


CHÈVRES D'ANGORA. 169

d'elles présente ainsi, sous le plus petit volume possible, l'aliment aromatique, éminemment digestible et stimulant.

» Aussi quand on voit cette belle race limitée à ces espaces arides et chauds, doit-on admettre, autant par le fait même d'observation que par la raison, que la véritable patrie de ces animaux à constitution délicate, par suite de leur tempérament lymphatique, est dans ces steppes, et que les localités boisées plus humides, où végètent des plantes riches en sucs chargés d'eau, leur sont défavorables.

» Sujette, en effet, aux maladies des organes respiratoires, dans sa patrie, combien la Chèvre d'Angora n'aura-t-elle pas plus de chances de la voir se développer dans les contrées humides. Comme elle est d'un engraissement très facile, conséquence de son tempérament, une nourriture succulente, en favorisant une accumulation exagérée de graisse, finira par amener chez elle le marasme tuberculeux, ainsi que cela se voit chez les Moutons qui parcourent les prairies basses et riches, si on ne les livre de bonne heure à la boucherie. A une seule époque de l'année, des pâturages abondants sont rencontrés par cette Chèvre; c'est au retour de la végétation du printemps. Mais ce temps est de courte durée, et l'excitation qui résulte d'une nourriture succulente et copieuse, d'autant plus vive que les privations de l'hiver se font sentir avec force, s'épuise tout entière au développement des toisons en longueur. La tonte est à peine opérée que déjà le pâturage a perdu son tapis de verdure, l'herbe a jauni, et l'aliment n'a plus la force qu'il avait auparavant.

» Dans toute tentative d'acclimatation, l'importance du soleil chaud, du climat sec, du pâturage aride, est considérable. »

Voilà l'opinion d'un homme instruit et observateur qui a étudié sur les lieux la question qui nous occupe. En lisant ce qui précède, on se croirait transporté dans certaines contrées du sud de notre colonie, tant sont grands et nombreux les points de ressemblance entre ces contrées et la patrie de la Chèvre d'Angora. L'étude des faits a démontré depuis longtemps l'heureuse influence de ces contrées sur la finesse du poil, des crins, des brins laineux, etc. En y introduisant ces

T. V. - Mai 1858. 12


170 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. Chèvres, non-seulement on les mettrait à peu près dans les mêmes conditions qu'en Asie, mais encore on agirait dans le même sens où la nature fait ses efforts, et c'est un point essentiel d'économie rurale.

Presque toujours le secret des réussites ou des déceptions dans l'élevage, l'importation et le croisement des animaux domestiques se trouve dans les deux conditions suivantes : Être aidé par les influences locales, ou avoir à lutter contre elles. Dans le premier cas, on a pour soi un auxiliaire d'une grande puissance et qui ne coûte que la peine de l'apprécier à sa juste valeur et d'en profiter ; tandis que dans l'autre, on rencontre une résistance de tous les instants qui augmente les dépenses, qui diminue les produits et qui est un écueil contre lequel viennent échouer les éleveurs qui ne cherchent pas à l'éviter. Que l'on étudie la cause des échecs éprouvés par les colons, qui ont essayé d'introduire dans notre colonie les belles vaches laitières suisses, et on la trouvera dans la différence qui existe, entre les influences locales de la Suisse et celles de l'Algérie. Il me serait facile de citer beaucoup de faits qui viendraient prouver, de la manière la plus évidente, l'utilité de prendre en grande considération les modificateurs naturels de l'organisme. C'est une loi fondamentale qui est l'expression pratique de tous les jours et de tous les pays.

Le sud de nos possessions du nord de l'Afrique offrira à la Chèvre d'Angora à peu près les mêmes conditions que celles sous l'influence desquelles elle s'est maintenue en Asie, ou pour mieux dire peut-être, sous l'influence desquelles elle s'est formée. Maintenant il s'agit de savoir comment on devra procéder pour l'introduire dans le Sahara. Deux moyens se présentent : 1° par le mâle et la femelle pur sang ; 2° par le mâle pur sang croisé avec la Chèvre indigène.

Par le mâle et la femelle, on aurait dès le début de plus belles toisons ; mais avec le nombre d'animaux qui sont à notre disposition, il nous faudrait beaucoup de temps pour faire arriver l'Algérie à posséder quelques troupeaux de Chèvres d'Angora.

Avec l'autre moyen, nous parviendrions en quelques géné-


CHÈVRES D'ANGORA. 171

rations, à la même finesse, à la même longueur, à la même blancheur du poil et à une bien plus grande quantité de bêtes caprines. Cette dernière assertion n'a pas besoin d'être démontrée pour être comprise de tout le monde. L'autre, celle relative aux qualités du poil, est la conséquence de la grande puissance amélioratrice du Bouc d'Angora. Mentionnons quelques faits à l'appui de cette puissance amélioratrice.

M. Fruitié a essayé de croiser le Bouc d'Angora avec des Chèvres indigènes, des Chèvres maltaises ou dérivées et des Chèvres exotiques de race commune. Il n'est encore qu'à la seconde génération, et déjà il existe une amélioration sensible et un acheminement bien marqué vers les caractères qui distinguent la race pure. Les premiers changements s'opèrent principalement du côté de la blancheur de la toison, la finesse et la longueur du poil viennent ensuite : bien que les mères avec lesquelles on a commencé ces essais soient noires ou brunes, le poil de presque tous les métis est de couleur blanche. Un fait digne de remarque, c'est que ces Chèvres ont donné, la seconde année, des produits plus améliorés que ceux de la première année, et pourtant elles sont restées dans les mêmes conditions, et elles ont été sautées par le même Bouc. On a remarqué aussi que chez les métis provenant de Chèvres maltaises, les améliorations sont plus prononcées que chez les autres.

De pareils croisements ont été faits à la Pépinière centrale du Hamma, par M. Hardy; à Chéraga, par divers colons; à Kasnadji, par M. Lécat ; à Coléa, par MM. Calala et Veutre, et partout on a constaté les mêmes améliorations.

Voici des faits plus complets :

Dans le croisement du Bouc d'Angora avec la Chèvre noire, M. Bourlier a observé en Asie ce qui suit :

1° Le métis d'une Chèvre noire avec un Bouc blanc d'Angora présente une toison marbrée de couleur fauve ou ardoisée, sur un fond blanc impur ; les flancs, les épaules, la tête gardent plus particulièrement les indices de la couleur de la mère ; la finesse de la toison est améliorée d'une manière sensible.


172 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

2° Le croisement de ce premier produit avec un Bouc blanc fait disparaître toutes les teintes foncées. La toison devient blanche, les épaules et les flancs sont recouverts de mèches ondulées ; mais toute la ligne du dos et le toupet restent garnis de poils droits et rudes.

3° En faisant saillir le nouveau métis toujours par un Bouc, blanc de race pure, on obtient une grande finesse dans les mèches des flancs et des épaules. La portion dorso-lombaire de la colonne vertébrale ne renferme plus les poils rudes qui subsistent encore à la partie supérieure du cou et du toupet.

4° Un quatrième croisement opéré avec les mêmes précautions que précédemment donne le cachet de pureté au produit. Les poils rudes disparaissent dans le toupet et dans le trajet, des vertèbres cervicales.

5° Les croisements consécutifs rendent plus stables les modifications imprimées. Et déjà même, après la cinquième génération, les individus peuvent reproduire comme s'ils étaient de pur sang.

A Tchiftéler-Geutchébé-Yallaci, il n'y avait pas de Chèvres blanches, il y a soixante et dix ans. Depuis celte époque, on a croisé des Chèvres noires du village avec des Boucs blancs, et aujourd'hui il y a sur le territoire de cette commune environ huit mille Chèvres provenant de ce croisement. Cette sousrace se distingue, autant que la race pure d'Angora, par la finesse, la longueur et la blancheur des toisons. De plus, elle est nettement constituée, car depuis longtemps elle fournit elle-même ses Boucs étalons.

A Sidi-Ghazi, le métissage par le même procédé a commencé il y a six années seulement, et déjà les troupeaux sont magnifiques.

Les faits et les considérations énoncés ci-dessus me font admettre le croisement de la Chèvre indigène avec le Bouc. d'Angora comme le meilleur moyen d'introduire dans leshauts plateaux et les autres contrées du Sahara les précieux, animaux de celle dernière race. Une autre considération vient étayer la préférence accordée à ce moyen, qui ne nuira d'au-


CHÈVRES D'ANGORA. 173

cune manière à la multiplication du troupeau pur sang qui est à Chéraga. La propagation de la race d'Angora par le mâle et la femelle pur sang offre des difficultés en Asie, et à plus forte raison dans les contrées d'Europe où elle a été importée. Cela tient-il à un vice d'organisation inhérent à la finesse et à la blancheur du poil ? Ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question; mais ces difficultés de propagation existent, et nous ne devons pas les perdre de vue.

En 1830, le roi Ferdinand VII fit venir en Espagne un troupeau de race pure d'Angora, composé de cent individus. Dixhuit ans après, le nombre primitif de ces individus n'était que triplé.

Pour obtenir plus de rusticité et pour combler les vides occasionnés par la mortalité, on est obligé, en Asie, d'avoir recours, de temps en temps, au croisement du Bouc de race blanche avec la Chèvre de race noire. Cela doit nous servir d'enseignement pour la marche à suivre concernant les bêtes d'Angora que possède l'Algérie. Le croisement que je propose de faire ne portera pas le plus léger obstacle au mouvement ascendant des animaux de race pure. On ne fera que profiter des mâles inutiles à leur reproduction.

Ce mélange de sang, dirigé avec esprit de suite et d'observation, dotera les contrées du Sud d'une précieuse race caprine qui arrivera bientôt à fournir ses étalons. Pour la création de cette race, le troupeau que vous possédez chez M. Fruitié sera la source où l'on ira puiser les mâles améliorateurs, dès qu'ils auront atteint l'âge où ils peuvent être livrés à la reproduction. Ce troupeau gardera toutes les femelles et ne conservera que les étalons nécessaires à la monte de ses Chèvres. Plus tard, lorsqu'il sera augmenté de beaucoup, on aura à étudier s'il ne sera pas convenable de former, pour le même usage, d'autres sources amélioratrices dans les provinces d'Oran et de Constantine. Nous avons déjà six Boucs qui sont en état de commencer ce croisement et qui ne sont d'aucune utilité pour la reproduction du troupeau de Chéraga. Au lieu de les faire châtrer, je viens vous proposer, Monsieur le Maréchal, d'en envover une partie à la Smala que vous avez créée à Elbirin,


174 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

pour l'amélioration des laines de l'Algérie, et l'autre, au commandant supérieur de Laghouat, M. Marguerite, qui s'occupe d'une manière aussi active qu'intelligente de l'élevage, de la multiplication et du perfectionnement des animaux domestiques dans la contrée que vous lui avez donnée à diriger.

Dans le cas où vous voudriez bien approuver cette mesure, on formera à Laghouat et à Elbirin deux troupeaux de Chèvres indigènes âgées d'un an environ, bien conformées, n'ayant pas encore reçu le Bouc et se rapprochant le plus possible de la race d'Angora par la finesse, l'abondance et la longueur du poil. Chacun de ces deux troupeaux sera composé de cent cinquante à deux cents têtes, qui proviendront d'un choix à faire parmi les bêtes caprines que nous possédons et d'un échange à opérer entre ces dernières et celles appartenant aux Arabes. Les Chèvres étant réunies, il est bien entendu qu'elles vivront séparées des mâles de race indigène jusqu'à l'arrivée des Boucs d'Angora, qui aura lieu quelque temps avant la monte prochaine.

Ces mâles améliorateurs seront amenés dans le Sud en pâturant, et à petites journées. On n'oubliera pas que la boue, l'humidité et les herbes contenant une grande quantité d'eau de végétation, sont contraires à leur santé. Si cette course les fatigue un peu trop, ce qui n'est pas probable, on leur fera faire séjour de temps en temps, et l'on choisira pour lieu de séjour les endroits les plus convenables.

La monte étant terminée, faudra-t-il séparer les mâles des femelles? S'il y a possibilité, on fera bien de mettre cette mesure en pratique, car elle rendra plus faciles la multiplication et le perfectionnement.

Jusqu'à ce que la race à créer soit nettement constituée, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'elle produise elle-même ses mâles reproducteurs, ce qui arrivera au bout de quelques générations, on ne conservera des produits croisés que les femelles, et celles-ci ne seront sautées que par des Boucs pur sang, fournis par le troupeau de Chéraga. Tous les mâles seront vendus comme Cabris de lait, ou ce qui vaudra sans doute mieux, seront châtrés jeunes et vendus plus tard comme bêtes


CHÈVRES D'ANGORA. 175

de boucherie. Il paraît que la castration faite quelque temps après la naissance rend la viande de ces animaux de bonne qualité et les prédispose à prendre facilement un embonpoint remarquable.

Les troupeaux améliorés par les Boucs d'Angora devront-ils rester dans une même localité ou avoir une transhumance restreinte, ou transhumer comme nos bêtes ovines du Sud ? Devront-ils vivre avec ces derniers animaux ou séparément? Toutes ces questions, comme beaucoup d'autres concernant l'hygiène et la reproduction, seront décidées ultérieurement, au fur et à mesure que la pratique et l'observation auront fait connaître les avantages ou les inconvénients de telle ou telle mesure. Jusqu'à nouvelles informations-, ils ne sortiront pas des localités où le sol est perméable et où l'humidité se fait sentir le moins possible. On évitera les broussailles et les plantes à fruits épineux qui détériorent la toison. Les plaines et les plateaux sur lesquels croissent des herbes fines et aromatiques devront être recherchés.

A Elbirin et à Laghouat, les deux troupeaux améliorés serviront d'exemple aux indigènes qui voudront plus tard s'engager dans cette voie d'amélioration. Les avantages qui résulteront de la création de cette sous-race caprine sont très importants, et l'on peut y parvenir sans la moindre dépense, soit pour l'Etat, soit pour les éleveurs. Le troupeau de race pure va chaque année en augmentant et n'occasionne pas de frais. Les Boucs améliorateurs pourront être livrés gratis ou comme prime d'encouragement aux indigènes possesseurs de Chèvres et qui habitent le Sud, où il y a d'immenses pâturages qui ne coûtent que la peine d'en profiter, et où l'on n'a pas autant à craindre que dans le Tell que l'espèce caprine dévaste les forêts.

Les Arabes possèdent environ 2 500 000 Chèvres qui sont généralement mauvaises laitières, et dont la valeur du poil est regardée comme nulle. Ce nombre pourrait augmenter sans porter le moindre obstacle à l'élevage des bêtes ovines du Sud. Autre point plus important. Par la création de la sous-race caprine d'Angora dans les conditions que j'ai indiquées, on


176 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ne porterait aucun préjudice aux forêts du Tell, le lait ne serait pas diminué; on serait plutôt utile que nuisible à la viande de l'espèce caprine, et l'on donnerait à la toison une valeur de 4 à 5 francs. Inutile de faire ressortir par des chiffres les avantages qui en résulteraient pour l'Algérie.

Nous avons encore, dans notre colonie, de précieux éléments pour créer une sous-race caprine bonne laitière. Depuis longtemps la Chèvre de Malte, qui réunit de si belles conditions pour la production du lait, y est introduite et y prospère autour des grands centres de population. L'expérience a démontré que par le croisement du Bouc maltais avec la Chèvre indigène on obtenait, après quelques générations, une sous-race bonne laitière. Que faudrait-il pour créer cette sous-race dans les tribus? Utiliser les mâles que les chevriers maltais vendent comme Cabris de lait, ou qu'ils châtrent comme inutiles à la reproduction de leurs Chèvres.

Je reviendrai plus tard sur cette question.

Je suis avec le plus profond respect, etc.,

Le vétérinaire principal, Signé BERNIS.


INTRODUCTION DU LAMA EN AUSTRALIE. 177

SUR UN PROJET D'INTRODUCTION ET D'ACCLIMATATION DU LAMA, DE L'ALPACA ET DE LA VIGOGNE

DANS L'AUSTRALIE

ET SUR LES TRAVAUX ENTREPRIS A CET EFFET PAR M. LEDGER.

EXTRAIT D'UNE LETTRE ADRESSÉE A M. LE DOCTEUR VAVASSEUR,

Par M. BENJAMIN POUCEL.

(Séance du 9 avril 1858.)

« Pendant un séjour d'environ deux ans dans la province de Tucuman, l'une de celles de la confédération Argentine, j'avais souvent entendu parler d'un Anglais qui, dans le but d'importer et d'acclimater à la Nouvelle-Hollande les bêtes à laine originaires de la Cordillère des Andes, c'est-à-dire, l'Alpaca et la Vigogne, avait formé, depuis quelque temps, à la Laguna blanca, province de Catamarca, un établissement où il avait réuni un certain nombre de ces animaux. Comme j'avais moi-même conçu le projet d'essayer d'importer ces précieux animaux en France, ainsi que je l'avais fait, il y a une vingtaine d'années, pour les Mérinos pur sang de Naz, dans la république de l'Uruguay, je résolus de faire une visite à cette personne, pour profiter de ses conseils et de son expérience avant de revenir en France.

» Je mis ce projet à exécution ; et c'est le résultat de ce que j'ai vu et de ce que j'ai appris dans mes conversations avec M. Charles Ledger, que je vous transmets, en vous priant de le soumettre à la Société impériale d'acclimatation.

» La Laguna blanca est la quatrième des vallées qui forment les échelons des terres élevées, depuis la hauteur d'Aconquija, à l'ouest de Tucuman, jusqu'à la grande Cordillère. Située, comme Tucuman, par 27 degrés environ de latitude australe, cette vallée est cependant entourée de toutes parts de neiges perpétuelles, qui couvrent le sommet des montagnes qui la circonscrivent, et surtout celui du mont nommé el Cerro


178 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

azul, dont le pied est baigné par les eaux du petit lac d'où cette région tire son nom. Un vent glacial souffle continuellement dans cette vallée et semble descendre avec violence des pitons glacés de cette montagne, qui n'est séparée de la grande Cordillère que par une dernière vallée, entièrement déserte. Ce vent, même lorsqu'il n'est pas très violent, est extrêmement pénétrant; il coupe, comme on dit vulgairement. Au milieu du printemps, à midi, et par le soleil le plus brillant, le thermomètre ne dépasse guère que de quelques fractions de degré le point de la glace fondante. S'il en est ainsi dans la belle saison, que doit être la rigueur de l'hiver dans cette région presque tropicale ? Cette anomalie apparente s'explique par l'élévation de ce point, que l'on estime être d'environ 10 000 pieds au-dessus du niveau de la mer.

» La vallée de la Laguna blanca a une douzaine de lieues d'étendue en tout sens. Ses maigres pâturages suffisent à peine à l'entretien d'une centaine de têtes de gros bétail, qui paissent dans les lieux qui ne sont pas couverts de sel, pendant les deux ou trois mois d'été, qui est la saison des pluies. Les eaux de la lagune, très abondantes pendant cette période, disparaissent presque complétement pendant le reste de l'année, et ne laissent à leur place, à la surface du sol, qu'une croûte de sel qui trompe et fatigue cruellement les yeux du voyageur.

» Dans le fond de la vallée, au nord-ouest, un ravin profond (quebrada) donne passage à un ruisseau qui alimente la lagune dans laquelle il se perd. A deux lieues à peu près de l'ouverture intérieure de ce ravin, et à plusieurs centaines de pieds audessus du niveau du fond de la vallée, le ruisseau forme plusieurs marais d'une certaine étendue, au travers desquels serpentent ses eaux limpides. Ce parage réunit tous les avantages possibles pour le pâturage des Alpacas, parce qu'ils aiment une température froide et un sol humide, mais où ne croît pas la Unca ou Sogoipé, sorte de plante qui est un poison pour eux, et qui abonde dans la plupart des terrains inondés de ces régions.

» C'est là que vit M. Charles Ledger, fils du dernier lord-maire de la cité de Londres. Cet homme réellement remarquable par son énergie et sa haute intelligence, établi depuis assez long*


INTRODUCTION DU LAMA EN AUSTRALIE. 179

temps à Tacna, dans le Pérou, où il s'occupait spécialement du commerce des laines d'Alpaca, conçut, il y a cinq ans, le projet de transporter, du Pérou et de la Bolivie en Australie, la race précieuse de ces bêtes à laine. Le gouvernement de cette colonie anglaise offrait un prix de 50 000 piastres fortes (250 000 francs environ) au premier introducteur de six Alpacas au moins dans le pays.

» Le 6 décembre 1852, M. Ledger, accompagné d'un Péruvien très versé dans la connaissance de ces animaux, s'embarqua pour la Nouvelle-Galles du Sud, pour s'assurer s'il existait dans ce pays des régions propres à l'élève de l'Alpaca. Arrivé à Sidney, il trouva, à une vingtaine de milles de cette ville, dans les montagnes Bleues, des terrains qui lui parurent remplir complétement son but. Il fit alors avec le gouvernement colonial un traité formel par lequel il s'engageait, au prix indiqué ci-dessus, à introduire un certain nombre d'Alpacas, et ce dans l'espace de cinq ans. Il fit aussi des traités particuliers avec plusieurs propriétaires du pays qui s'engagèrent à lui payer 80 livres sterling (environ 2000 francs) pour chacun de ces animaux arrivés vivants à Sidney.

» De retour à Valparaiso, au mois de juillet 1853, M. Ledger passa la Cordillère par Copiapo, pour rejoindre un troupeau de 400 Alpacas qu'il avait achetés avant son départ pour l'Australie. Avec beaucoup de peine, il parvint à se procurer 350 autres de ces animaux, pour remplacer ceux qu'il avait perdus. Il fit ces achats en partie à Vilcapugio, et en partie à Caraugas et Andamarca.

» Il restait à vaincre une difficulté presque insurmontable : c'était de faire sortir les animaux des territoires péruviens et boliviens. En effet, l'exportation en est absolument prohibée parles gouvernements de ces deux pays. Ce qui, soit dit en passant, est une mesure éminemment impolitique, et qui prive ces deux républiques des bénéfices considérables qu'elles obtiendraient de la vente de ces animaux.

» Réduit à la dure nécessité de tromper la vigilance des agents du fisc, pour pouvoir disposer de sa propriété, M. Charles Ledger divisa son troupeau en trois bandes, qu'il dirigea, par


180 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

des chemins différents, vers le territoire de la confédération Argentine.

» Après avoir surmonté des difficultés sans nombre dont s'effraye l'imagination, dans un voyage qui dura près de deux ans ; difficultés provenant de la nature même des pays qu'il était forcé de traverser, et surtout de l'acharnement que mirent à le poursuivre les gouvernements du Pérou et de la Bolivie; après avoir perdu près de la moitié de ses animaux dans une épouvantable tourmente de neige, qui dura neuf jours, et à laquelle l'intrépide éleveur et ses gens eurent beaucoup de peine à échapper la vie sauve, il parvint enfin, au mois d'août 1855, à réunir deux portions de son troupeau à SanAntonio de Cobres, sur le territoire argentin. A cette époque, la troisième bande était encore retenue à San-Pablo, en Bolivie. Cependant, à force de persévérance et d'adresse, il réussit à la faire sortir du territoire bolivien, et à la réunir aux deux premières, au mois de février de l'année suivante.

» Au commencement de 1856, M. Ledger se mit en route avec son troupeau, déjà bien réduit, et se dirigea vers la vallée des Calchaquies, dans le but de se rapprocher des lieux où l'on cultive la luzerne (Alfalfa), pour accoutumer les animaux à manger cette espèce de fourrage, soit en vert, soit en sec, et les préparer ainsi peu à peu à la nourriture qu'ils devaient avoir pendant leur long voyage de mer. Les principaux habitants de cette vallée accueillirent M. Ledger de la manière la plus hospitalière; et il fait les plus grands éloges des soins et des attentions dont il a été entouré. Il pouvait donc se croire au bout de ses rudes épreuves, lorsqu'il se vit frapper d'une véritable calamité : plus de deux cents des animaux qui lui restaient moururent presque tout à coup pour avoir mangé de la plante appelée Unca, dont j'ai parlé plus haut, et qui abonde dans les marais de cette vallée.

» M. Ledger attribue cette perte et toutes les autres qu'a éprouvées son troupeau aux causes suivantes :

» 1° Son manque de connaissances pratiques des soins que réclame l'Alpaca.

» 2° La rigueur excessive et inaccoutumée des deux hivers


INTRODUCTION DU LAMA EN AUSTRALIE. 181

précédents, qui surprirent son troupeau dans un état de fatigue et de mauvaise santé.

» 3° Les fourrages impropres à la nourriture de ces animaux et même le manque de fourrages d'aucune espèce, dans plusieurs des lieux où il fut forcé de séjourner.

» 4° La négligence et la mauvaise conduite des gens qu'il avait à ses gages.

» 5° La persécution des autorités péruviennes et boliviennes, qui le forcèrent à fuir par des routes très difficiles et manquant de pâturages.

» 6° La température trop élevée des vallées, qui est contraire à l'Alpaca, et lui cause des avortements et d'autres maladies mortelles.

» 7° La difficulté d'accoutumer cet animal à se nourrir de luzerne sèche, de foin, de son, etc., seuls aliments qu'il soit cependant possible de lui donner pendant une longue traversée

» 8° Enfin, le manque d'argent, dont il aurait eu besoin dans certains moments très critiques : par exemple, pour se procurer des fourrages secs pour nourrir les animaux dans les lieux où il n'y en avait d'aucune espèce.

» Après une si énorme perte, tout autre que M. Ledger aurait abandonné son entreprise; mais cet homme énergique ne se découragea pas, et pour éviter la Unca, et refaire son troupeau à l'air vif et pur de la montagne (puna), il résolut de gagner les hautes terres.

» Au mois d'octobre 1856, il quitta la vallée des Calchaquies, et se mit en marche pour sa nouvelle caravane. Voyageant avec une extrême lenteur, malgré ce qu'il avait à souffrir, le jour et la nuit, du froid glacial de ces parages, il arriva, au mois de mars suivant, à la Laguna blanca. Ayant reconnu que ce lieu était plus propre qu'aucun autre pour y maintenir ses animaux en bonne santé, il résolut de s'y établir pour quelque temps. C'est là que je suis allé le trouver.

» Il s'est construit une espèce de cabane en pierres brutes, pour se mettre, lui et les siens, à l'abri de l'intempérie, et il a fait établir, pour son troupeau, de vastes parcs, aussi en pierres. Des râteliers et des mangeoires, disposés avec intelligence,


182 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

reçoivent journellement une ration de luzerne et de son, que ces animaux mangent aujourd'hui comme s'ils étaient nés dansnos bergeries d'Europe.

» Jusqu'ici M. Ledger ne s'est montré à nous que comme un spéculateur entreprenant et infatigable ; nous allons le voir maintenant comme éleveur habile et intelligent. Voyant son troupeau réduit à la huitième partie environ de ce qu'il était originairement, il résolut d'essayer le croisement de l'Alpaca avec le Lama, et d'arriver par ce moyen au raffinement de la laine de ce dernier. Après avoir lutté avec une patience sans égale contre de nombreuses difficultés, notre habile éleveur a vu ses efforts couronnés d'un plein succès. Il a obtenu et montre avec un juste orgueil un certain nombre de métis deseconde génération, qui ont presque la taille de leurs mères Lamas et toute la finesse et l'abondance de laine de leurs pères Alpacas.

» Cette heureuse idée assure presque certainement la réussite de l'entreprise de M. Charles Ledger. En effet, le Lama (Llama) a été de temps immémorial, et est encore un animal domestique dans le Pérou et dans la Bolivie. Comme son congénère la Guanaque (Guanaco), il vit très bien sur les pentes des montagnes, et même dans les plaines les plus arides et les plus solitaires, et n'a pas besoin, comme l'Alpaca, de l'air glacé des montagnes couvertes de neige. Le Lama est d'une taille plus élevée et a plus de corps que l'Alpaca ; mais sa toison très abondante diffère beaucoup de celle du cachemire américain; elle est grossière, à peu près, comme le poil de Chameau ; enfin cet animal, réduit depuis longtemps en domesticité, est beaucoup moins délicat que l'Alpaca , peut vivre à peu près dans tous les climats, et se nourrit très bien de presque toute l'espèce de fourrages.

» Là ne se bornent pas les travaux de M. Ledger. Il a essayé de soumettre à la domesticité un autre animal du même genre que le Lama et l'Alpaca. Je veux parler de la Vigogne (Vicuna). Cet animal, qui vit dans les régions les plus élevées et les plus froides de la chaîne des Andes, présente une laine beaucoup' plus fine et beaucoup plus douce que celle de l'Alpaca, mais


INTRODUCTION DU LAMA EN AUSTRALIE. 183

beaucoup moins abondante. Chaque animal n'en fournit guère que deux ou trois onces. Cette laine, très estimée des peuples soumis à la domination des Incas, servait à faire les tissus précieux dont s'habillaient les rois et tous les membres de la famille des Incas. Elle avait, à leurs yeux, une si grande valeur, que, pour empêcher la destruction de la race des animaux qui la fournissent, la chasse des Vigognes, avant la conquête des Espagnols, était soumise à des lois très sévères qui en réglementaient les époques, et fixaient le nombre des animaux que l'on devait sacrifier dans chacune d'elles. Ces sages règlements ont été abolis par les conquérants; aussi le nombre de Vigognes a-t-il considérablement diminué, et n'en trouve-t-on plus guère que dans les lieux les plus retirés et presque inaccessibles. La . race de ces animaux finira même par s'éteindre un jour, si les gouvernements des pays où elle vit ne prennent pas de mesures efficaces pour la protéger.

» Au mois de mars 1857, les Indiens qui vivent aux environs de la Laguna blanca s'étaient réunis, suivant leur coutume, pour une grande chasse à la Vigogne, una corrida, de Vicunas, comme on dit dans le pays. M. Ledger résolut de profiler de cette circonstance pour tâcher de se procurer quelques-uns de ces animaux encore à la mamelle. Il promit aux Indiens 5 piastres, environ 25 francs, pour chaque petite Vigogne qu'on lui apporterait (les Indiens ne retirent guère qu'une piastre de la peau de l'animal adulte avec sa laine). Il ne put obtenir, malgré ce prix élevé, que douze jeunes Vigognes vivantes, sur environ deux mille qui furent tuées dans cette chasse. Il choisit, pour les nourrir, des Lamas laitières, et pour leur faire adopter le petit étranger, il sacrifia les petits Lamas, de la peau desquels il revètit les jeunes Vigognes. Il réussit ainsi à élever parfaitement neuf de ces animaux sur les douze qu'il avait achetés, et je les ai vus, forts et vigoureux, suivant aux champs leurs mères nourrices, revenant avec elles au parc, mangeant comme elles au râtelier la luzerne et le son; en un mot, aussi privés que nos Moutons d'Europe.

» M. Ledger fonde sur cet essai, qui lui a si bien réussi, de grandes espérances pour l'avenir. Il ne doute pas qu'il soit pos-


184 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

sible d'arriver à réduire la Vigogne à l'état de domesticité, et à obtenir sa précieuse toison au moyen de la tonte, sans être obligé de sacrifier l'animal. Cette laine deviendrait ainsi plus abondante, et son prix beaucoup moins élevé. On estime aujourd'hui à deux ou trois onces seulement la laine que l'on retire d'une peau de Vigogne, qui se vend communément 8 réaux, environ 5 francs ; ce qui porte le prix de la laine à 3 ou 4 réaux l'once ! prix exorbitant, qui, joint à la petite quantité qu'il est possible de s'en procurer, fait que cette laine, si douce et si belle, n'est guère employée que par quelques femmes indiennes qui savent la filer, la teindre et en fabriquer certaines pièces d'habillements (ponchos), qui se vendent dans le pays à des prix fort élevés. J'en ai vu, et ce n'était ni des plus beaux, ni des plus fins, dont on demandait de 6 à 12 onces d'or, de 500 à 1000 fr. » M. Ledger pense, et je partage entièrement son opinion, que, quand bien même on ne pourrait pas réussir à acclimater la Vigogne dans nos pays tempérés, la domestication de cet animal dans son pays natal serait d'un immense avantage. En effet, on verrait bientôt s'élever des établissements pour l'élève des Vigognes (estancias de Vicunas), où l'onrecueillerait leur laine par une tonte annuelle, et qui tendraient à peupler et à mettre en valeur des lieux jusqu'ici complétement déserts et improductifs. Ces bienfaits ne tarderaient pas beaucoup à se réaliser, surtout si les gouvernements locaux, par une mesure préalable, défendaient absolument la chasse, ou plutôt le massacre des Vigognes en usage aujourd'hui, et s'ils offraient aux chasseurs, pour chaque animal pris vivant, un prix plus élevé que celui qu'ils peuvent retirer de sa peau. On pourrait réunir les animaux, ainsi obtenus et livrés aux autorités départementales, dans des lieux appropriés, où ils seraient gardés et soignés. Les frais, peu considérables d'ailleurs, de ces établissements modèles seraient plus que couverts par les produits de la tonte annuelle. Cet exemple ne pourrait manquer d'être suivi bientôt par les particuliers, et l'on verrait de toutes parts, dans ces parages abandonnés, des estancias de Vigognes, de Lamas et d'Alpacas, dont les avantages seraient presque incalculables. »


ANIMAUX DESTRUCTEURS DES SERPENTS. 185

SUPPLÉMENT AUX RECHERCHES SOMMAIRES

SUR L'INTRODUCTION AUX ANTILLES DE QUELQUES ESPÈCES

D'ANIMAUX DESTRUCTEURS DES SERPENTS (1)

Par M. le comte Alexis de CHASTEIGNIER,

Ancien officier des haras impériaux, Membre du Comité d'acclimatation de Bordeaux.

(Séance du 10 juillet 1857.)

Dans le 4e numéro du Bulletin de 1857, M. le docteur Chavannes dit que le Secrétaire ne pourrait que difficilement chasser dans les champs de Cannes à sucre ; cette observation est très juste, et c'est pour cela que j'ai vivement, et surtout, insisté sur l'introduction des deux Mangoustes de l'Egypte et de l'Inde, qui peuvent se glisser partout et chasser dans les lieux les plus fourrés. Mais bien qu'elles soient l'objet principal des cultures, il n'y a pas que des Cannes à la Martinique ; leur culture ne s'élève même pas sur les coteaux au delà d'une certaine hauteur; le Secrétaire trouverait donc aussi de vastes champs pour ses chasses. J'insistais donc pour l'introduction de ces divers animaux en disant qu'ils se complétaient pour ainsi dire les uns les autres, chassant dans des lieux différents, et faisant, si je puis employer une expression bien connue de tous

(1) Le premier travail de M. le comte de Chasteignier, auquel celui-ci fait suile, a été soumis à l'examen d'une Commission qui, par l'organe de l'un de ses membres, M. le docteur Rufz, en a rendu un compte favorable à la Société dans la séance du 26 juin 1857 (voy. Bulletin, t. IV, page 359). M. de Chasteigner a continué depuis à s'occuper, avec tout l'intérêt dont elle est digne, de la question dont il a pris, dans la Société, la généreuse initiative.

Le Comité de publication a regretté de ne pouvoir insérer plutôt ce Supplément, dont, aujourd'hui encore, l'abondance extrême des matières ne permet de donner aux lecteurs du Bulletin que les parties principales.

R. T. V. - Mai 1858. 13


186 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ceux qui ont porté un fusil et suivi un chien, les uns la chasse en plaine, les autres la chasse au bois.

Après la lecture de mon Mémoire au Comité de Bordeaux, plusieurs de nos collègues, propriétaires aux colonies, me firent l'observation que j'avais trop atténué le nombre et les effets fâcheux du Serpent aux Antilles; je leur répondis que, dans une question de cette importance, j'avais préféré rester au-dessous de la vérité, que de nuire à la cause que je voulais faire prévaloir en étant taxé d'exagération. Il est bien difficile de calculer le nombre des Serpents aux Antilles, mais voici deux faits qui peuvent donner une idée des quantités qui existent, et sans doute aussi de la rapidité de leur multiplication lorsqu'ils ne sont pas dérangés par la présence de l'homme.

Le premier est officiel et reproduit par M. le docteur E. Rufz, de la Martinique, certes bien compétent en pareille question; le second m'a été attesté par une personne dont le caractère ne peut laisser aucun doute sur la véracité des faits. Dans son Enquête sur le Serpent, publiée par le Journal des Antilles, et dont la Gazette médicale, 28 août 1847, a donné une analyse, M. Rufz dit que, sous l'administration du général Danzelot (le même que j'ai signalé comme ayant tenté sans succès d'introduire à la Martinique des Vautours chasseurs de l'Amérique), le gouvernement ayant promis 50 centimes par tête de Serpent, il en fut apporté en moyenne 700 par trimestre, soit environ 3 000 par an.

Au retour de l'émigration, les propriétaires de l'habitation Assier, à la Grande Anse (Martinique), trouvèrent une pièce de Cannes située près de la mer, dont le sarclage et la culture avaient été négligés depuis environ dix-huit mois. Le moment était venu de les couper, mais on ne jugea pas prudent d'y pénétrer, à cause du nombre énorme de Serpents qui s'y trouvaient. On dut porter des pailles tout autour, abattre des Cannes et enceindre la pièce d'un cercle de feu qui, dirigé par les travailleurs, se rejoignit en gagnant vers le centre, où l'on trouva par centaines des Serpents morts et à demi-brûlés.

S'il est des habitations où le Serpent abonde, il en est


ANIMAUX DESTRUCTEURS DES SERPENTS. 187

d'autres où on ne le rencontrerait jamais, et l'on m'a signalé comme telle l'habitation La salle, quartier de Sainte-Marie à la Martinique. La présence d'un de ces reptiles y est considérée comme un événement exceptionnel; cependant, m'a-t-on dit, aucun obstacle naturel ne les empêche d'y pénétrer : la seule raison qu'on en donne serait la présence d'une certaine plante, mais quelle plante ?...

Rapprochant ce fait, qui m'était rapporté avec des garanties d'authenticité, de ceux signalés à propos du preneur de Serpents, et des effets de l'Ophiorhiza Mungos (dont je demandais aussi l'introduction aux Antilles) pour la Mangouste de l'Inde, je suis arrivé à penser que notre colonie pouvait être dotée d'un utile moyen d'action contre le Serpent et contre ses effets. Après quelques recherches facilitées par notre excellent collègue, M. Charles des Moulins, je suis porté à croire que cette certaine plante peut être une parente de l'Ophiorhiza Mungos, et dont la racine, comme celle de la plante de l'Inde, est signalée dans les ouvrages comme un des médicaments à employer dans le traitement de la blessure des Serpents.

Je crois que d'importantes et curieuses questions peuvent se rattacher à cette plante. Et d'abord il serait intéressant de constater si elle est très connue aux Antilles, et si elle se trouve en très grande quantité sur quelques points. Il serait donc important de la signaler non-seulement à l'attention de nos collègues des Antilles, mais encore à celle de tous les colons intelligents. Aussi, je crois devoir en donner, d'après les auteurs qui l'ont décrite, une description qui la fera facilement reconnaître.

Cette plante est nommée par Linné Ophiorhiza Mitreola. (Linn. spec).

Le Dictionnaire des sciences naturelles (t. XXXVI. 1835, p. 200, art. de Poiret) classe, d'après Jussieu, les Ophiorhiza dans la famille des Gentianées, et les divise en deux espèces : L'Oph. Mungos, dans l'Inde, à Ceylan ; L'Oph. Mitreola (Linn. spec), à la Jamaïque. Il signale la


188 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

racine de l'une et de l'autre comme employée contre la morsure des Serpents.

En 1822, Achille Richard (Mém. de la Soc. d'Hist. nat. de Paris, t. I, p. 61, pl. II et III) divise les Ophiorhiza en deux types. Le premier, auquel il conserve le nom d''Ophiorhiza Mungos et qu'il renvoie à la famille des Rubiacées; il signale la plante dans l'Inde, à Amboine, à Java, Ceylan et autres parties de l'Asie. Il en donne la figure de grandeur naturelle, pl. II, et la description, qu'il a depuis abrégée lui-même pour le Dictionnaire classique d'Hist. natur. (1827, t. XII, p. 239).

Le deuxième, qu'il nomme Mitreola ophiorhizoides (A. Richard), et non Ophiorhiza Mitreola (Linn. spec), est conservé dans la famille des Gentianées. Il en donne, pl. III, des détails de fleurs et de fruits. Il signale la plante dans les deux Amériques, à Saint-Domingue, à la Martinique, dans la Caroline inférieure, etc.

Dans le Dictionnaire de Bory de Saint-Vincent (t. X, 1826, p. 640), il en donne une description abrégée, et dit qu'elle a le port d'un Héliotrope quant à la disposition de ses fleurs, haute d'un pied; feuilles opposées, ovales-aiguës, un peu sinueuses ; fleurs fort petites, formant une espèce de cyme terminale, enroulée en crosse comme les Héliotropes.

Enfin, M. Alph. de Candolle (Prodr., vol. IX, p. 8) place le Mitreola ophiorhizoides (A. Richard) dans la famille des Loganiacées. Il divise le Mitreola ophiorhizoides de A. Richard, qui nous occupe, en deux espèces, dont la première, Mitreola petiolala (Torr. et Gr.), croît dans l'Amérique orientale depuis la Virginie et la Caroline jusqu'à Porto-Rico, au Mexique, à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Jamaïque, etc. Tige glabre, peu anguleuse; feuilles ovales-oblongues, aiguës aux deux bouts, courtement pétiolées et glabres, longues de 1 à 3 pouces, larges de 4 à 12 lignés; fleurs blanchâtres très petites, corolle à peu près double des capsules. La plante, qui s'élève de 1 à 2 pieds, est rampante à la base.

La deuxième espèce, qu'il nomme Mitreola sessilifolia (Torr. et Gr.), est signalée dans l'Amérique septentrionale, la Géorgie, l'Alabama, etc. Les fleurs sont plus serrées que dans


ANIMAUX DESTRUCTEURS DES SERPENTS. 189

l'espèce précédente, et les feuilles, plus petites, ne dépassent pas un pouce de long.

La plante qui nous occupe a donc été nommée Ophiorhiza Mitreola (Linn. spec.) et Mitreola ophiorhizoides (A. Richard), et classée sous ces deux noms dans la famille des Gentianées, et enfin aussi, sous ce dernier nom, placée par Alph. de Candolle dans la famille des Loganiacées et divisée en deux espèces : Mitreola petiolata et Mitreola sessilifolia.

Voilà beaucoup, trop peut-être, de science et de citations. Il ressort, il est vrai, de cette divergence d'opinions et de classifications que cette plante n'est pas parfaitement connue des botanistes; mais sa description générale est du moins assez claire pour la faire reconnaître des habitants des Antilles, et je prie la Société d'appeler leur attention d'une manière toute particulière sur les questions suivantes :

1° Cette plante existe-t-elle positivement à la Martinique et dans les autres îles des Antilles ?

2° Est-il constaté que sa racine a des vertus curatives contre la morsure des Serpents ? Si cela n'est pas prouvé, faire des expériences dans ce but.

3° Rechercher si les tiges, les feuilles, n'auraient pas, soit en étant broyées dans les mains, soit dans toute autre condition, une action stupéfiante, neutralisante, si je puis dire, sur le Serpent : l'expérience en serait facile à faire.

4° Si ce fait venait à être constaté, rechercher si elle croit quelque part en assez grande quantité pour en éloigner le Serpent.

5° Enfin, si aucune de ces qualités n'était reconnue chez l'Ophiorhiza Mitreola, rechercher la plante ou la cause quelconque expliquant le fait, dont je n'ai pas raison de douter, de l'absence du Serpent sur quelques points de l'île, et entre autres sur l'habitation Lasalle.

Les réponses à ces questions, si les expériences sont sérieusement faites, peuvent avoir une grande importance, nonseulement pour l'entreprise si multiple de la guerre au Serpent, mais encore au point de vue général de la science,


100 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

RAPPORT SUR UN MÉMOIRE DE M. CHAUVIN

RELATIF A LA

CULTURE DE LA MER.

Par M. de MAUDE

Rapporteur désigné par la 3e section (Pisciculture).

(Séance du 9 avril 1858.)

M. Chauvin, propriétaire à Lannion (Côtes-du-Nord), a présenté à la section de Pisciculture, dans la séance du 9 mars dernier, un Mémoire relatif à la culture de la mer.

Après avoir étudié les diverses causes générales et particulières qui ont contribué à détruire le poisson et à dépeupler le littoral de la Bretagne, M. Chauvin a recherché les moyens d'apporter un remède efficace à un mal toujours croissant, et, en homme d'intelligence et de progrès, il a compris que les nouvelles méthodes de pisciculture pouvaient lui fournir ces moyens.

Dès l'année 1856, il s'est mis en rapport avec M. Millet, qui ouvre si obligeamment son laboratoire à tous ceux qui veulent le visiter, et qui ne refuse jamais son concours et ses conseils à ceux qui veulent sérieusement se livrer à d'utiles travaux. Guidé par des instructions essentiellement pratiques et animé par le vif désir d'être utile à son pays, M. Chauvin a spécialement parcouru et exploré pendant deux années consécutives les anses, les haies et les lais du littoral des Côtes-du-Nord et du Finistère. Enfin dans ces derniers temps il a saisi avec empressement une heureuse occasion qui lui était offerte de mettre ses études à profit en se plaçant sous le puissant patronage de M. Coste, qui a reçu une mission spéciale pour l'exploration des côtes de la Bretagne.

Ces côtes, aujourd'hui très appauvries, fournissaient une


CULTURE DE LA MER. 191

grande quantité de poissons, de coquillages et de crustacés. Avant 1789, le Saumon était tellement abondant dans les rivières de Neff, du Trieux, du Treguer, du Guer, de Landerneau, de Châteaulin, etc., que les domestiques, en se gageant, stipulaient qu'on ne leur donnerait du Saumon que trois fois par semaine. Mais sans remonter aussi loin, il y a à peine quarante ans, le cent d'Huîtres valait, en Bretagne, 15 à 20 centimes ; un Homard ou une Langouste de 3 à 4 kilogr. s'obtenait facilement pour 1 franc à 1 fr. 25 c, et cependant les pêcheurs gagnaient davantage, parce qu'ils prenaient beaucoup plus de poisson, et les populations avaient en abondance et à bon marché une nourriture saine et substantielle.

La pêche des poissons voyageurs (Maquereau et Sardine) est la seule qui donne encore au marin un bénéfice raisonnable. Celle du poisson qui habite continuellement les côtes de Bretagne ne donne aujourd'hui que très peu de bénéfice; c'est à peine si les marins qui s'en occupent peuvent gagner par jour 1 fr. 25 c. à 2 francs. Il en est de même pour la pêche des Homards, Langoustes, Crevettes, Huîtres, Moules et coquillages divers ; ces industries sont abandonnées à de malheureux pêcheurs.

Pour relever ces industries et leur donner au moins l'importance qu'elles avaient à une époque qui n'est pas éloignée, M. Chauvin expose un plan d'exécution essentiellement pratique, et demande au gouvernement, pour l'application de ce plan, la concession de certaines anses, baies et lais de mer qui lui paraissent réunir de bonnes conditions. Dans sa conviction, les travaux de MM. Coste et Millet, les explorations de ces habiles pisciculteurs sur le littoral de la Manche et de l'Océan, l'appui énergique et bienveillant du gouvernement, peuvent donner immédiatement la plus grande extension aux applications pratiques de la pisciculture, qui est appelée à transformer notre pêche côtière.

Déjà sur divers points du littoral de la Bretagne, de bons praticiens ont fait d'utiles essais : M. de Cresolle, à Koermour, a obtenu des Soles et des Turbots ; M. Mallet, commandant du Moustic, a recueilli une très grande quantité d'Huîtres sur


192 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

des fascines déposées à proximité d'un banc; M. Guillou, à Concarneau, opère depuis longtemps sur les Langoustes et les Homards, en plaçant les femelles garnies d'oeufs dans de petits réservoirs où il élève les jeunes pendant quelques mois. Des échantillons de ses produits ont été présentés par M. Chauvin à l'appui de sa communication. Pour donner une idée de la facilité avec laquelle on peut propager ces précieux crustacés, M. Millet a mis sous nos yeux les curieux produits qu'il a obtenus et dont j'ai pu suivre le développement depuis plusieurs mois déjà, dans son laboratoire à Paris, où il opère avec de l'eau de mer artificielle. Des oeufs de Langoustes et de Homards sont même éclos, pendant la durée de la séance, dans les tubes qui les renfermaient.

Sur d'autres points du littoral de la France, et notamment dans la Vendée, la Charente-Inférieure, la Manche et le bassin d'Arcachon, on a fait des essais et des entreprises qui ne laissent aucun doute sur la possibilité et l'utilité du repeuplement de nos côtes.

Dans les applications pratiques qu'il veut faire sur une grande échelle, M. Chauvin a les meilleures chances de succès. En effet, il ne veut rien innover; il veut seulement utiliser le plus avantageusement possible les ressources naturelles de la région.

Là où les cours d'eau qui se jettent à la mer sont essentiellement favorables à la production du Saumon et de la Truite saumonée de mer, il favoriserait la propagation de ces précieuses espèces, soit par la méthode des fécondations artificielles, soit par l'emploi des frayères artificielles.

Là où les fonds sont incontestablement favorables au développement du Turbot, de la Barbue, de la Sole, etc., il favoriserait la propagation, le développement et l'engraissement de ces belles espèces.

Là où les terrains rocheux présentent de bonnes conditions pour les Homards et les Langoustes, il y placerait les reproducteurs et les jeunes élèves de ces précieux crustacés.

Enfin , là où l'état des baies, des anses ou des lais de mer offre des situations propres au développement des Huîtres et


CULTURE DE LA MER. 193

des Moules, il affecterait spécialement ces portions du littoral à la culture de ces coquillages.

Les côtes de la Bretagne, très découpées et très dentelées, présentent de vastes étendues de terrains où l'on peut facilement, et à peu de frais, se rendre maître des eaux de la mer, au moyen de digues et d'écluses convenablement disposées et établir des viviers et des réservoirs.

Ces établissements, destinés à produire de l'alevin ou à engraisser le poisson adulte, seraient placés dans des conditions très favorables ; car le littoral présente un très grand nombre de ruisseaux et rivières qui apportent les eaux douces et qui produisent des mélanges très recherchés par plusieurs espèces marines.

Dans son système d'organisation, M. Chauvin a surtout pour but de faire une immense quantité d'alevin, pour le livrer à la mer dès qu'il a atteint les dimensions convenables. On n'a pas ainsi à se préoccuper de son alimentation ; et au lieu de porter préjudice aux pêcheurs de l'inscription maritime, on ne ferait qu'accroître les produits de leur pêche. On vient droit par ce moyen très efficacement en aide à une organisation que l'administration de la marine considère comme indispensable au recrutement de la flotte.

On utiliserait d'ailleurs de cette manière, pour le plus grand bien-être de l'humanité, des terrains soumis aux alternatives des marées et restés jusqu'à ce jour complétement improductifs.

On assurerait d'une manière régulière l'approvisionnement des marchés ; car les réserves permettraient de pêcher en tout temps, ce qui est aujourd'hui impraticable sur le littoral. Par le beau temps on pêcherait à la mer, par le mauvais temps on pécherait dans les réserves.

On ne saurait trop étendre ce vaste système de production partout où il est praticable, car personne n'ignore que les produits en viande sont bien inférieurs aux besoins de la consommation, et que le poisson de mer n'entre aujourd'hui dans l'alimentation que pour une proportion très minime et à des prix généralement très élevés.


194 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Le poisson d'eau douce est même dans des conditions plus mauvaises encore ; car, d'après les données statistiques de M. Millet, nos centres de population les plus importants n'ont à consommer annuellement, par habitant, que quelques kilogrammes de poisson, et nos plus beaux cours d'eau ne donnent que des produits à peu près insignifiants.

Quoi que l'on fasse, les eaux douces n'auront jamais qu'une production limitée. La mer, au contraire, a une production illimitée, et cette production a cela d'exceptionnel, c'est de ne rien prendre à la production de la terre.

On ne peut en effet produire du gibier ou du bétail qu'avec les produits de la terre, tandis que l'on peut produire des poissons de mer, des crustacés et des coquillages marins en quantité illimitée avec les ressources seules de la mer.

C'est dans ces vues élevées et philanthropiques que M. Chauvin, s'appuyant sur les données de la science et de la pratique, vient avec confiance, et sous le patronage de nos plus habiles pisciculteurs, MM. Coste et Millet, solliciter le bienveillant appui de la Société impériale d'acclimatation, qui s'est placée à la tête des institutions les plus utiles.

Nous pensons que notre Société ne saurait trop encourager une industrie qui aurait le mérite incontestable de favoriser le recrutement de la flotte et de fournir à la consommation une quantité considérable d'excellents produits.


VERS A SOIE DU CHÊNE. 105

ESSAIS FAITS SUR LES VERS QUERCIENS

EN 1839 ET 1840.

LETTRE ADRESSÉE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

Par M. l'abbé BERTRAND,

Missionnaire apostolique (1).

(Séance du 11 mars 1858.)

Su-tchuen, le 11 septembre 1856.

Monsieur le Président, C'est en 1837 que je découvris les Vers à soie du Chêne au Su-tchuen, dans un arrondissement limitrophe du Kouïtcheou. Je questionnai beaucoup les Chinois sur ces Vers à soie en 1837 et 1838. Toutes leurs réponses se réduisaient à ceci. Ces Vers à soie viennent du Kouï-tcheou ; au Kouï-tcheou il y en a beaucoup. Dans le Kouï-tcheou ils donnent deux récoltes de soie par an, au Su-tchuen ils ne donnent qu'une récolte; au Su-tchuen ils sont stériles, ils ne peuvent pas se reproduire, il faut tous les hivers aller au Kouï-tcheou acheter bien cher des cocons pour la reproduction. Ces Vers à soie ne peuvent s'élever à la maison comme ceux du Mûrier; on a voulu essayer, ils sont tous morts : il leur faut le plein air du

(1) Dans une des premières séances de la Société d'acclimatation en 1854, M. Guérin-Méneville, qui connaît si profondément tout ce qui se rattache à la sériciculture, appela avec une louable insistance l'attention de la Société sur plusieurs espèces de Vers à soie sauvages, et notamment sur le Ver sauvage du Chêne de la Chine. Notre confrère, M. Tastet, que plusieurs voyages en Chine ont familiarisé avec les produits de cette intéressante contrée, confirma l'immense importance commerciale des soies de ces Vers querciens, et montra à la Société des échantillons des belles et solides étoffes fabriquées avec elles et qui servent à vêtir des millions d'individus. Il se joignit a M. Guérin-Méneville pour demander à la Société d'essayer d'acclimater en France ces précieux insectes.

Une Commission, dont MM. Guérin-Méneville et Tastet firent nécessairement partie, fut nommée pour étudier cette question. Elle rédigea avec le plus grand soin un questionnaire destiné à être expédié en Chine à nos missionnaires, qui dans les contrées lointaines ont conservé un vif amour de la


196 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ciel. Sachant que les Chinois n'abandonnent jamais la routine, je résolus de faire des essais.

Premier essai. - En juin 1839, après la récolte des cocons, j'en achetai 80 pour essayer tout de suite une seconde récolte au Su-tchuen avec des cocons du Su-tchuen. Mes occupations ne me permettant pas de la diriger moi-même, j'en commis le soin à un chrétien habile, mais paresseux et très insouciant.

patrie, et nous donnent avec un zèle qu'on ne saurait trop louer leur intelligent et puissant concours.

Ce questionnaire avait pour but de nous éclairer sur tous les faits qui se rattachent à l'éducation des Vers du Chêne et à l'emploi de leur produit, et d'indiquer les précautions à prendre pour faire parvenir heureusement en France, soit des oeufs, soit des cocons.

La Commission demandait en même temps quelques graines de l'Ortie blanche, plante avec laquelle on fait des toiles d'une solidité, d'une blancheur et d'un brillant remarquable, et des renseignements sur la manière de la cultiver et d'en tirer partie.

Le Conseil vota les fonds nécessaires. Le questionnaire, confié à M. le Supérieur des Missions étrangères, fut expédié par ses soins à nos missionnaires en Chine ; ceci se passait en 1854. M. le Président vient de recevoir, en janvier dernier (le 27), deux lettres d'un de nos membres honoraires, M. l'abbé Bertrand, missionnaire au Su-tchuen, dans lesquelles ce respectable confrère nous donne les renseignements les plus utiles et les plus complets et répond à notre questionnaire article par article.

Nous publierons successivement les parties principales de ces lettres, écrites au Su-tchuen, et qui sont datées des 10, 11 et 12 septembre 1856, et la dernière du 14 septembre 1857.

Dans la première lettre, M. l'abbé Bertrand remercie avec une extrême modestie la Société d'acclimatation de sa nomination de membre honoraire.

Quand la Société connaîtra ses lettres des 10 et 11 septembre 1856, qui renferment une description complète des moeurs des Vers à soie du Chêne, des moyens employés pour les élever et pour dévider leurs cocons, et des qualités de leurs produits;

Sa lettre du 12 septembre 1856, qui indique la manière de cultiver et d'utiliser l'Ortie blanche;

Sa lettre du 14 septembre 1857, annonçant l'envoi d'échantillons d'étoffes et de fils faits, soit avec la soie du Ver du Chêne, soit avec l'Ortie blanche, soit avec le Chanvre des montagnes, et rendant compte d'essais de culture de l'Ortie blanche,

La Société d'acclimatation reconnaîtra, disons-nous, qu'il était difficile d'accorder l'honorariat à un homme plus digne de ce titre que le vénérable abbé Bertrand. Fr. JACQUEMART,


VERS A SOIE DU CHÊNE. 197

Au commencement de juillet, 600 chenilles environ furent mises sur les Chênes ; la fin du mois fut excessivement chaude, le thermomètre monta à 37 degrés, beaucoup de chenilles moururent. Enfin, pour tout résultat, je recueillis 83 cocons seulement. Au dire de tout le monde, l'homme que j'avais chargé de cette éducation, s'en était acquitté avec négligence. Je donnai ces 83 cocons à un autre chrétien pour être mis en réserve et servir à la reproduction de l'année suivante. La majeure partie eut la patience d'attendre le printemps suivant et donna des oeufs et des chenilles.

Second essai. - En juin 1840, après la récolte des cocons, j'en achetai encore 80 pour essayer une seconde récolte, à la maison toujours, avec des cocons du Su-tchuen. Un chrétien me céda pour cela une baraque couverte de paille; des tables furent dressées : l'éclosion des oeufs donna plus de 600 chenilles, le 18 juillet, je me le rappelle encore. Tout de suite on servit des feuilles de Chêne aux chenilles, elles se traînaient dessus, mais ne les mordaient pas; en vain leur distribua-t-on des feuilles humectées d'eau fraîche, ce fut la même chose, elles ne mangeaient pas. A cinq heures du soir, j'allai voir, près de 200 étaient déjà mortes. A l'instant je fis apporter plusieurs grands vases, les fis remplir de boue; des hommes envoyés à la montagne apportèrent de jeunes Chênes qu'ils avaient coupés, on planta ces Chênes coupés dans les vases. Les chenilles mises sur ces Chênes ainsi plantés commencèrent tout de suite à se remuer et à manger. Mais soit défaut d'air, soit que les feuilles fussent trop dures, il en mourait tous les jours. A la fin je ne recueillis que 14 cocons : il faut noter que l'homme dont je me servais était très négligent.

Après mes deux essais, je restai convaincu : 1° qu'on pouvait faire les deux récoltes à Su-tchuen et y reproduire les Vers querciens ; 2° qu'en perfectionnant les moyens on pourrait parvenir à élever ces Vers à la maison. Je songeais à faire d'autres essais, mais en 1841 je fus obligé de quitter ces parages. Mgr le vicaire apostolique de Su-tchuen m'envoya desservir la partie nord-est de la province, parages où le Ver quercien est inconnu ; ainsi il y a quinze ans que je n'ai pas vu


198 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. le Ver quercien. Depuis lors j'ai été questionné d'abord par M. Hedde de Saint-Étienne, ensuite par MM. les directeurs de la Propagation de la foi, je n'ai pu leur donner d'autre réponse que celle-ci : « Il faut vous adresser aux missionnaires du Kouïtcheou, je suis trop éloigné pour pouvoir m'en occuper. »

Les Chinois du Su-tchuen disent que le Ver quercien donne deux récoltes au Kouï-tcheou et n'en donne qu'une seule au Su-tchuen ; la raison de cette différence, disent-ils, est que le Kouï-tcheou est plus élevé que le Su-tchuen. Pour moi, je crois qu'on peut faire les deux récoltes au Su-tchuen, mais que les chaleurs étant plus fortes au Su-tchuen, les feuilles un peu plus précoces, et par conséquent plus dures aux mois de juillet et août, la seconde récolte doit moins bien réussir au Sutchuen. Je pense qu'on pourrait obvier à l'inconvénient provenant de la dureté des feuilles, en ayant soin en décembre ou au commencement de mars, de faire tondre un certain nombre de Chênes, de leur couper les branches, ne laissant que les bas des grandes en forme de cornes, comme dans certains départements de France on fait pour les Frênes et les Ormeaux. Les Chênes ainsi tondus pousseraient en mai de nouvelles branches dont la pousse se continuerait jusqu'à la fin de juillet; ces branches plus tardives donneraient une feuille qui serait encore tendre au mois d'août. Je ne sais si vous comprendrez ma pensée. En France, il sera bon d'en user ainsi pour la seconde récolte. Mais quand pourrez-vous encore avoir des cocons? les routes nous sont fermées par la guerre, la révolte et le brigandage. J'écris à M. Perny de vous en envoyer au moins 500.

Je viens d'apprendre de bonne source qu'au Chan-si on élève le Ver quercien ; que là, comme au Su-tchuen, on ne fait qu'une récolte ; que tous les hivers on fait plus de 300 lieues pour aller au Kouï-tcheou acheter des cocons pour la reproduction. Pour élever le Ver quercien, il faut choisir des lieux solitaires, silencieux, préférer les sites inclinés vers le levant à ceux qui sont tournés vers le midi et le couchant, par la raison que dans les premiers la grande chaleur est moins longue.

Je vous fais part de mes deux essais et vous livre ces quelques réflexions, croyant vous faire plaisir.


PAPIERS DE FIBRES VÉGÉTALES. 199

NOTE SUR LES PAPIERS DE FIBRES VÉGÉTALES

PRÉSENTÉS PAR M. CURTI.

Par M. DARESTE.

(Séance du 5 mars 1858.)

Messieurs,

M. Curti, ancien collaborateur de M. Brett pour la pose du câble électrique entre le Piémont et la Sardaigne, et actuellement gérant de la Compagnie générale des papeteries de l'Algérie et de la Méditerranée, fait don à la Société d'une collection des papiers qu'il fabrique et des matières premières qu'il emploie pour cette fabrication. Une partie de cette collection est déposée sur le bureau ; le reste n'est pas encore arrivé à Paris. J'aurais voulu que M. Curti donnât lui-même à la Société des détails sur ces objets; mais, peu habitué à la langue française, il m'a demandé de me charger de ce soin. Je le fais avec d'autant plus de plaisir, que ces objets, par divers motifs, semblent devoir intéresser vivement notre Société.

L'usage du papier se lie d'une manière tellement intime au développement des besoins intellectuels de l'homme, que dans toutes les Sociétés dont la civilisation n'est pas stationnaire, la consommation de cette substance augmente, et augmente rapidement. On en jugera par quelques indications. La production de la France, évaluée en 1852 à 45 millions de kilogrammes, s'élevait en 1855 à 55 millions, et doit aujourd'hui dépasser 60 millions. Ces chiffres ne sont qu'approximatifs. En Angleterre, où l'existence d'un impôt sur le papier, perçu dans les fabriques mêmes, permet d'apprécier exactement l'importance de la production, elle s'élevait en 1851 à 75 millions de kilogrammes. Ce chiffre énorme s'explique par l'extension immense de la presse quotidienne. En 1851, un seul journal, le Times, s'im-


200 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. primait chaque jour à 35 000 exemplaires, qui, réunis, auraient couvert une étendue de plus de 16 hectares. Depuis cette époque, la consommation de l'Angleterre s'est encore considérablement accrue.

Mais tandis que la fabrication du papier prend tous les jours une extension nouvelle, la production des matières premières qui servent à cette fabrication n'a point éprouvé une augmentation correspondante.

Les chiffons qui proviennent du chanvre, du lin et du coton, forment actuellement une matière très précieuse que toutes les nations civilisées se disputent. La France prohibe l'exportation des chiffons qu'elle produit; tandis que l'Angleterre, dont la production en chiffons est très insuffisante, va les chercher dans le monde entier, et en importait en 1851 plus de huit millions de kilogrammes. On prévoit que, dans une époque peu éloignée, l'insuffisance de la matière première, et par suite son renchérissement, doivent amener nécessairement une élévation considérable de prix pour l'une des substances qui répondent le plus aux exigences de notre civilisation.

Il y a donc aujourd'hui un intérêt, et un intérêt immense, pour toutes les nations civilisées, à chercher à se prémunir contre cette disette probable et imminente du papier, et à trouver des substances qui puissent remplacer avantageusement les chiffons dans la formation des pâtes. Depuis plusieurs années, cette question est partout mise à l'ordre du jour. L'Angleterre s'en préoccupe vivement. Et dans ce pays, ce n'est pas seulement le gouvernement, ce sont encore les particuliers qui se mettent à l'oeuvre. Le Times a proposé un prix d'une valeur considérable pour celui qui parviendra à résoudre un problème qui est actuellement d'une importance presque capitale.

D'autre part, une semblable découverte n'aurait pas seulement pour effet d'empêcher renchérissement du papier; elle aurait un autre résultat, celui de rendre à cette substance des qualités que, depuis une soixantaine d'années, diverses causes lui ont fait perdre. L'emploi de plus en plus général du colon en Europe, et, par suite, la prédominance, dans les chiffons


PAPIERS DE FIBRES VÉGÉTALES. 201

employés pour la fabrication des pâtes, de filaments beaucoup moins résistants que ceux du lin ou du chanvre, a été une première cause de détérioration du papier. Il faut également reconnaître que les modifications apportées dans la fabrication, si elles ont contribué efficacement à diminuer les frais, ont été, généralement, beaucoup moins favorables à la bonne qualité des produits. Une division mécanique poussée trop loin nuit au feutrage de filaments devenus trop courts; de plus, l'emploi du chlore gazeux pour le blanchiment attaque énergiquement la cohésion des fibres , et le collage au résinate d'alumine mêlé d'amidon dépose entre elles une matière granuleuse qui diminue beaucoup la flexibilité.

Serait-il possible aujourd'hui, par l'introduction de nouvelles substances dans la pâte, de rendre au papier les qualités qu'il a perdues, et de faire des produits nouveaux capables, par leur solidité et leur durée, de rivaliser avec le vieux papier de Lin ou de Chanvre, fabriqué à la main et collé à la gélatine, que nous admirons encore dans les vieilles éditions.

Le problème consiste évidemment à trouver le moyen de transformer directement en papier les fibres végétales, sans les faire passer par l'état intermédiaire de linge et de chiffons. Il est digne de remarque que ce problème est résolu de toute antiquité par certains insectes. Les belles observations de Réaumur, au siècle dernier, nous ont appris que les Guêpes construisent leurs nids soit avec du papier, soit avec du carton qu'elles fabriquent par une transformation directe des fibres végétales. « Ces animaux, disait Réaumur, nous apprennent qu'on peut faire du papier des fibres de plantes sans les avoir fait passer par l'état de linge ou de chiffons ; elles semblent nous inviter à essayer si nous ne pourrions pas parvenir à faire de beau et bon papier en employant immédiatement de certains

bois C'est une recherche qui n'est nullement à négliger,

que même j'ose dire importante. Les chiffons dont on compose le papier ne sont pas une matière dont on fasse communément grand cas ; les maîtres des papeteries ne savent pourtant que trop que c'est une matière qui devient rare. La consommation du papier augmente tous les jours, pendant que

T. V. - Mai 1858. 14


202 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. celle du linge reste à peu près la même. Où trouver donc dans la suite de quoi fournir du papier, et de quoi l'empêcher d'être trop rare et trop cher ? Les Guêpes semblent nous en indiquer le moyen. »

Lorsque Réaumur s'exprimait ainsi, en 1719 (1), il ignorait que le voeu qu'il émettait avait été réalisé, depuis longtemps. Les Chinois, qui ont précédé de beaucoup les Européens dans l'invention d'un si grand nombre d'arts utiles, fabriquent le papier de pâte depuis vingt siècles au moins, et ils emploient à la fabrication de la pâte, concurremment avec les chiffons, les fibres d'un certain nombre d'espèces végétales, particulièrement celles des jeunes Bambous. L'Inde fabrique également depuis très longtemps, probablement à l'imitation de la Chine, des papiers de pâte dans lesquels elle fait entrer des fibres appartenant à un assez grand nombre d'espèces diverses. De nombreux échantillons de ces papiers formés avec des fibres végétales, et provenant des fabriques de l'Inde, ont figuré dans les expositions universelles de Londres et de Paris. On se demande comment il se fait que les Arabes, qui, à la suite de leurs conquêtes, se familiarisèrent si rapidement avec les sciences et les arts de l'Inde, et qui vers la fin du IXe siècle de notre ère, avaient introduit en Espagne la fabrication du papier de pâte, n'appliquèrent à cet usage que les chiffons, et laissèrent de côté les fibres végétales dont ils auraient pu tirer un grand parti.

Quoi qu'il en soit, lorsque les nations européennes apprirent tardivement des Arabes l'art de faire les papiers de pâte, elles n'y employèrent comme ceux-ci que les chiffons , et ne songèrent point à l'emploi des fibres végétales.

Tous ces faits, longtemps négligés, appellent actuellement l'attention publique. Depuis une quinzaine d'années, des essais

(1) Mémoires de l'Académie des sciences. Dans le 3e vol. de ses Mémoires sur les insectes, publié en 1742, il reproduit les mêmes considérations et ajoute : « Je devrais avoir honte de n'avoir pas tenté encore des expériences de cette espèce, depuis plus de vingt ans que j'en connais toute l'importance et que je les ai annoncées ; mais j'avais espéré que quelqu'un voudrait bien s'en faire une occupation et un amusement. »


PAPIERS DE FIBRES VÉGÉTALES. 203

nombreux ont été faits, en différents pays, pour introduire dans la pâte à papier des filaments végétaux autres que ceux des chiffons. Au Brésil, on a fait des papiers avec les fibres de diverses lianes ; à la Havane, on a utilisé dans ce but les fibres du Bananier; en Algérie, celles du Palmier nain.

Dès 1846, le Ministre de l'agriculture transmettait au Ministre de la guerre un rapport de MM. Chevreul et Péligot sur ces essais, et faisait ressortir l'importance qu'ils pourraient avoir pour la prospérité industrielle de l'Algérie.

En Angleterre, un éminent botaniste, le docteur Forbes Royle, qui a pendant longtemps exploré la végétation indienne, et qui professe aujourd'hui la matière médicale au King's College de Londres, a publié en 1854, sur l'ordre du gouvernement anglais, un rapport très intéressant sur les plantes textiles de l'Inde qui pourraient être utilisées avec avantage dans la fabrication du papier.

Mais il paraît que, jusqu'à ces derniers temps, ces tentatives n'avaient pas conduit à des résultats définitifs , par suite des frais considérables nécessités par le. traitement des matières premières. Lorsque les fibres ont passé par l'état de linge et de chiffons, elles ont éprouvé une série de modifications qui les rendent beaucoup plus aptes à entrer dans la fabrication des pâtes, que lorsqu'on les prend directement sur la plante. Or, d'après les renseignements qui m'ont été fournis par M. Curti (1), et dont je lui laisse d'ailleurs entièrement la responsabilité, cette difficulté aurait été entièrement levée par l'invention d'un procédé nouveau pour la formation et le blanchiment des pâtes, procédé qui diminuerait dans une proportion considérable les frais de fabrication, et serait devenu actuellement le point de départ d'une industrie pleine d'avenir.

(1) Nous ajouterons, comme complément, quelques détails extraits d'une Note rédigée par M. Curti :

" Les procédés de la Compagnie générale ont subi l'épreuve de l'expé» rience, et les produits obtenus ont constaté leur entière efficacité.

» Elle possède une série nombreuse de plantes, exotiques et indigènes, » croissant naturellement en abondance et sans valeur, ou d'une culture » facile et économique, qu'elle emploie avec avantage. Tels sont l'Aloès,


204 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

La Société qui s'est établie pour l'exploitation de ce procédé a choisi pour siége de ses usines l'Algérie, où croissent spontanément et en très grande abondance des plantes dont les fibres peuvent entrer dans les pâtes à papier. Ces plantes sont : le Sparte ou Alfa (Lygeum Spartum), le Diss (Arundo festucoides), l'Aloès (Agave americana) et le Palmier nain (Chamoerops humilis). Quand on pense à la multiplication considérable de ces plantes en Algérie, et aux obstacles que certaines espèces, telles que le Palmier nain, opposent aux défrichements, et par suite à la colonisation, il est impossible de ne pas voir avec un très grand intérêt toutes les tentatives faites pour en tirer des substances utiles. Déjà le Palmier nain est devenu par les soins de MM. Aversleng, Delorme et Cie, à Toulouse, l'objet d'une fabrication importantede crin végétal, qui a fourni en 1854 180,000 kilogr. de produits. L'emploi de ses fibres, comme celles du Diss, de l'Alfa, et de l'Aloès, pour la fabrication du papier, deviendra certainement dans peu d'années une source impor"

impor" Diss, le Palmier nain, le Sparte, le Sorgho, le Topinambour, le » Lupin, etc.

» Le traitement et la préparation de ces plantes textiles sont très simples; » les moyens employés pour les réduire en pâte ou en papier sont les » mêmes que ceux qui sont en usage pour les chiffons, à l'exception des » opérations spéciales pratiquées pour dégager du gluten les fibres des » plantes.

» Après la récolte des plantes; on les trie et on les coupe en morceaux de » 5 à 6 pouces de longueur.

» Pour désagréger les fibres des plantes et pour les blanchir, les agents » chimiques sont employés dans les opérations suivantes à des doses plus » ou moins fortes, suivant la nature des plantes, leur degré de maturité et " d'âge.

» Les avantages de cette fabrication nouvelle sont très grands.

» Le prix d'achat de ces plantes varie de 1 à 2 fr. 75 les 100 kilogrammes, » suivant leur nature et leur qualité, tandis que le prix moyen des chiffons » est de 65 à 50 francs.

» La perte que les plantes textiles subissent pour être réduites en pâte ou » en papier varie de 30 à 50 pour 100 soit 1 franc au plus par 100 kilo» grammes, tandis que celle des chiffons est de 10 à 15 francs pour la même » quantité de matière.

» La fabrication des pâtes et des papiers avec ces plantes textiles peut » être portée à un chiffre très élevé, sinon être infiniment augmentée. »


PAPIERS DE FIBRES VÉGÉTALES. 205

tante de richesses pour l'Algérie, si, comme on nous l'annonce, le problème de la fabrication économique a été résolu. La Société zoologique d'acclimatation, qui, presque depuis sa fondation, a nommé dans son sein une Commission permanente de l'Algérie, doit donc apprendre ces résultats avec une vive satisfaction. Je dois d'ailleurs ajouter que M. Curti a obtenu de très bons produits avec les résidus d'une distillerie de Sorgho déjà établie en Algérie, et qu'il y a là un fait qui peut contribuer à la multiplication de cette plante nouvelle dont notre Société s'est déjà si souvent occupée. Il est probable que si les essais de naturalisation du Bambou que l'on fait actuellement à la Pépinière du gouvernement sont suivis de succès, on pourra essayer en Algérie la fabrication du papier de Bambou, si ancienne chez les Chinois.

Il ne m'appartient pas de donner une appréciation des produits qui nous sont offerts. Je ferai seulement remarquer que ces produits paraissent avoir une solidité beaucoup plus grande que celle de nos papiers actuels, et que, de plus, étant naturellement imprégnés de substances gommeuses, ils sont par cela même imperméables, et ne nécessitent point l'emploi du collage comme ceux que l'on fabrique avec les chiffons. La Compagnie n'a cherché d'ailleurs, jusqu'à présent, par des motifs économiques, qu'à fabriquer des papiers ordinaires, et elle ne s'est point occupée de faire du papier à écrire, opération qui lui serait beaucoup plus dispendieuse, mais elle est en mesure de le faire s'il y avait lieu.


206 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

SUR DIVERSES PLANTES TINCTORIALES DE CHINE

LETTRE ADRESSÉE A M. LE PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION (1)

Par M. Natalis RONDOT,

Ancien délégué commercial attaché à l'ambassade de Chine, Président de classe au Jury international de l'Exposition universelle de 1855.

(Séance du 7 mai 1858.)

Monsieur le Président,

Le livre que j'ai l'honneur de vous offrir, au nom de la Chambre de commerce de Lyon, a été écrit pour servir de guide aux concurrents pour le prix de 6 000 francs que la Chambre a institué le. 8 janvier 1857. Ce prix sera décerné à celui qui présentera une matière colorante propre à donner à la soie une teinture verte aussi solide, aussi belle à la lumière artificielle que l'est celle obtenue avec le Lo-kao. Cette matière, soit qu'on la tire des nerpruns de France, soit qu'elle soit extraite d'autres plantes indigènes ou exotiques, doit pouvoir être produite en quantité suffisante pour les besoins de la teinture et de l'impression, et être livrée au commerce à moins de 100 francs le kilogramme.

La Chambre de commerce avait déjà consacré, en 1852 et 1853, près de 3500 francs à l'achat en Chine de Lo-kao, qu'elle a distribué gratuitement. Les essais qui furent faits de toutes parts avec un grand zèle n'eurent pas alors de résultat décisif. Un teinturier renommé de Lyon, M. Gueiron, avait réussi le

(1) Cette lettre était jointe à un exemplaire de l'important ouvrage récemment publié par M. Rondot, sous ce titre : Notice du vert de Chine et de la teinture en vert chez les Chinois, 1 volume grand in-8. Paris, 1858. Imprimé par ordre de la Chambre de commerce de Lyon. On trouve à la fin de ce livre une Étude des propriétés chimiques et tinctoriales du Lo-kao, par notre savant confrère M. Persoz, et des Recherches sur la matière colorante des Nerpruns indigènes, par M. Michel. R.


PLANTES TINCTORIALES DE CHINE. 207

premier, à appliquer, par un procédé qu'il tient secret, cette précieuse matière à la teinture des soies. La Chambre compléta le service qu'elle avait rendu. Un de ses membres, M. Michel, chercha et découvrit un autre procédé, qu'il livra au public et qui est pratiqué avec succès: Vers la même époque, sur le désir qui en avait été exprimé au Conseil de la Propagation de la foi, un missionnaire, le R. P. Louis Hélot, allait à deux reprises visiter, dans un bourg de la province de Tché-kiang, voisin de Kia-hing-fou, et nommé Hia-chi ou A-zé, les ateliers de teinture où l'on prépare le Lo-kao. La lettre du R. P. Hélot est certainement le document le plus précieux que l'on possède sur le vert de Chine.

Après avoir pris une initiative aussi heureuse, la Chambre ne pouvait pas attendre dans l'inaction les résultats éventuels du concours qu'elle avait institué. M. Michel poursuivit ses recherches que le succès devait couronner, et, dans le livre sur lequel j'ai l'honneur d'appeler l'attention de la Société, cet observateur si modeste et si habile indique lui-même les faits qu'il a découverts, et le champ nouveau et fécond qu'ils ouvrent à l'industrie et à la science.

Mais le vert de Chine était peu connu on n'était d'accord ni sur son origine ni sur les végétaux dont on l'extrait, ni sur les procédés chinois ; on le croyait identique avec d'autres matières colorantes asiatiques, signalées dans le cours des cent soixante dernières années. La Chambre de commerce jugea qu'il fallait mettre fin à cette confusion et faire justice d'erreurs et d'hypothèses qui égaraient les recherches. Elle accueillit, en mars 1857, une Note que je lui présentai dans ce but, et, m'inspirant de ses vues à ce sujet, je traçai l'histoire du Lo-kao, et j'exposai en même temps l'histoire non moins curieuse des autres teintures vertes chinoises. Mes efforts n'auraient pas abouti, sans la coopération de M. Decaisne, qui, dans de difficiles conditions d'examen, décrivit les deux Nerpruns chinois. M. Persoz avait, de son côté, entrepris l'étude des propriétés chimiques et des applications du Lo-kao, et l'industrie a fait déjà d'utiles emprunts à ce travail, que la Chambre a publié.


208 SOCIÉTÉ IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

En m'attachant à ce qui se rapporte au vert de Chine, je ne devais pas négliger d'ouvrir la voie à des recherches et à des acquisitions nouvelles. Si cette Notice a quelque droit à l'attention de la Société, c'est autant, plus peut-être, par les indications qui en forment comme les annexes, que par l'histoire même de la teinture charmante et presque mystérieuse que la mode a si répandue.

Sans doute les deux arbustes dont on extrait le Lo-kao, le Rhamnus chlorophorus et le Rhamnus utilis, sont une intéressante acquisition pour notre pays; combien plus grandes cependant sont les ressources qu'offrirait l'emploi des Nerpruns épineux indigènes! Le Lo-kao peut rester une couleur chère, et dès lors d'un usage restreint, tandis que les expériences de M. Michel permettent d'espérer que l'industrie emploiera la lumière comme agent dans la teinture, qu'elle tirera parti de ces couleurs encore inconnues que la lumière forme et fixe gratuitement, et qu'elle donnera ainsi une valeur à des plantes délaissées jusqu'à présent.

Ne pensez-vous pas, monsieur le Président, que ce serait un service à ajouter à ceux que la Société rend avec tant de zèle, si elle prenait part d'une façon définie, et en quelque sorte pratique, à ce mouvement marqué qui a pour effet d'accroître et presque de renouveler les matériaux propres à nos fabriques ? N'est-ce pas d'ailleurs le rôle des Sociétés de prendre les devants sur l'industrie, de préparer leurs progrès, de les exciter par cela même? Les travaux de feu le docteur Royle et des Sociétés de l'Inde sur les filaments textiles de l'Asie fourniraient un exemple décisif à l'appui de cette thèse, si je ne voulais pas m'écarter de mon sujet.

Voici les Hoang-tchi, fruits d'espèces de Gardenia peutêtre inédites, dont la matière colorante jaune n'est altérée ni par les alcalis, ni par les acides, dont les fleurs seraient l'ornement des jardins. Voici le Hoaï-hoa, le Sophora japonica de Linné, grand et bel arbre, qui fut envoyé de Chine par le père d'Incarville, un de ces missionnaires célèbres du siècle dernier, auxquels les sciences, les arts et l'histoire sont si redevables : le bouton de la fleur donne une teinture verte selon


PLANTES TINCTORIALES DE CHINE. 209

les uns, et jaune d'après les autres ; le bois est excellent et la gomme qui en découle est estimée. Voici encore le Lân, dont nousignorons l'espèce botanique et dont nous savons la richesse en indigo; ce n'est ni un Indigofera, ni un Polygonum, ni un Isatis, c'est peut-être un Ruellia : et s'il en est ainsi, ce fait considérable serait acquis, que le genre Ruellia fournit ces grandes quantités d'indigo que l'on produit dans la Chine méridionale, dans l'Assam et dans plusieurs parties de l'Inde.

Je m'arrête. Vous voyez, monsieur le Président, pourquoi je ne me suis pas limité à l'histoire du Lo-kao, pourquoi la Chambre de commerce de Lyon a voulu donner un double enseignement, vulgariser les procédés relatifs au vert de Chine et ceux qui ont pour but l'emploi d'autres matières nouvelles.

La Société que vous dirigez avec une si haute intelligence rendrait presque à coup sûr, on peut le supposer, des services non moins importants, en recueillant à l'étranger tant de substances ignorées et en en faisant connaître les propriétés et les usages, en les signalant à l'industrie et au commerce, en dotant le pays des végétaux dont on saurait déjà le prix. Que si ces végétaux ou quelques-uns d'entre eux étaient chez nous d'une acclimatation difficile, le service serait égal d'en enrichir les contrées auxquelles la nature les a appropriés. L'agriculteur du Kouang-toung ne cultive, dans les terres humides et sur la rive des fleuves, le Làn à l'exclusion des autres plantes indigofères ; l'Isatis indigotica n'est préféré dans le Tché-Kiang et les Polygonum dans le Tchi-li, qu'à raison des convenances du climat et du sol. Qui sait si le Lan ne donnerait pas, dans les colonies néerlandaises et espagnoles de l'archipel Indien, les produits estimés que la Chine en obtient ? Qui peut dire que l'une des espèces de Ruellia qui abondent en Asie ne prospérerait pas en Algérie ou dans nos départements du Midi ?

Je ne veux qu'effleurer ces questions, et si j'ai insisté à dessein sur le Lân, c'est pour bien marquer l'esprit qui me dicte cette lettre, et qui est celui qui anime la Société. Chaque pays a son climat; et la faune, comme la flore, en est marquée à un coin particulier. C'est un bienfait considérable d'ajouter à


210 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

nos richesses, comme d'en donner aux autres une part, et pour les productions de l'Asie les autres États seront fréquemment nos obligés.

Les membres de la Société ont l'expérience de ces questions, et apprécieront si et dans quelle mesure il convient d'appliquer à ces recherches les forces de la Société. Je n'ai eu, quant à moi, d'autre but que de mettre en évidence la raison de l'hommage que j'ai l'honneur de vous faire de ma Notice, au nom de la Chambre de commerce de Lyon et au mien. J'ai voulu vous signaler, monsieur le Président, de nouveaux bienfaits, de nouveaux progrès, de nouvelles conquêtes à proposer à la Société impériale d'acclimatation, et je suis certain que rien ne saurait lui être plus agréable. J'ai tenu enfin à rappeler l'initiative, la persévérance et la part importante de la Chambre de commerce de Lyon dans toutes ces recherches, auxquelles on s'intéresse à un égal degré à Lyon, à Paris, à Manchester, à Londres, à Chang-hai, à Calcutta,, à Amsterdam, à Moscou, et à indiquer le prix et l'utilité qu'elles ont pour les manufactures (1).

Veuillez agréer, etc., NATALIS RONDOT.

(1) M. N. Rondot a été invité à développer, dans le sein de la Commission permanente de l'Étranger, les utiles indications contenues dans cette lettre.

M. Drouyn de Lhuys, président de cette Commission permanente, proposera prochainement au Conseil d'administration un ensemble de mesures propres à nous mettre en possession des plantes et des produits industriels signalés par M. Rondot. R.


VERS A SOIE DU RICIN. 211

II. TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ.

NOTE SUR DES ÉDUCATIONS DE VERS A SOIE DU RICIN

FAITES AVEC DU CHARDON A FOULON (Dipsacus fullonum), Par M. VALLÉE.

(Séance du 9 avril 1858.)

L'honneur que m'a fait la Société impériale d'acclimatation, en me décernant dans sa première séance publique annuelle une médaille de première classe, m'a fait un devoir de redoubler de soins pour l'accomplissement de la mission qu'elle a bien voulu me donner en me confiant l'éducation de la plus grande partie de ses Vers à soie du Ricin. Le principal obstacle au succès de cette éducation et de l'acclimatation de ces Vers à soie dans les parties centrales et septentrionales de l'Europe, est l'impossibilité ou au moins l'extrême difficulté de le nourrir pendant l'hiver de feuilles de Ricin. Pour lever cet obstacle, on a proposé d'introduire dans sa nourriture les feuilles de divers végétaux, tels que la Laitue, le Saule, le Vernis du Japon et la Chicorée sauvage.

Le résultatdes essais que j'ai faits avec ces diverses plantes, et qui ont été très nombreux, est que les Chenilles du Bombyx Cynthia mangent des feuilles de ces végétaux, mais non de manière à s'en nourrir avec succès ; on perd ordinairement un très grand nombre de Vers, les trois quarts ou même les quatre cinquièmes environ. Il faut ajouter que la plupart de ces feuilles sont dures : les insectes ne les mangent pas dans les premiers jours de leur vie. La Laitue, au contraire, est bonne pour les très jeunes Vers, mais ne convient pas pour l'éducation entière. En outre, la plupart de ces plantes n'ont pas de feuilles l'hiver, et, par conséquent, ne peuvent remplacer le Ricin.

J'ai essayé, sans plus de succès, divers Choux, la Mauve


212 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ordinaire, divers Lilas, le Vernis du Japon, etc. De ces diverses plantes, celles qui ont le moins mal réussi, sont le Chou cavalier et le Chou branchu du Poitou, qu'on se procure facilement, même l'hiver : j'ai fait avec ces plantes, en décembre 1855, une éducation complète, mais avec une proportion considérable de pertes ; je n'ai pu amener à bien que dix cocons sur plus d'un cent.

C'est alors qu'essayant encore d'autres plantes, je suis arrivé à reconnaître enfin dans le Chardon à foulon une plante qui réunit toutes les conditions. On se procure facilement pendant l'hiver cette plante qui, donnant les peignes à carder les draps, est cultivée dans plusieurs départements, et les Vers de tout âge la mangent tout aussi bien que le Ricin. En plaçant dans la même boîte sur des oeufs en train d'éclosion des feuilles de Ricin et des feuilles de Chardon, j'ai même trouvé sur celles-ci plus de Vers que sur les autres. Ces expériences, commencées en 1855, m'ont conduit dès 1857 à des essais que j'ai pu présenter, et que la Société a bien voulu considérer comme décisifs. En février 1857, j'avais fait cinq éducations entièrement avec de la feuille de Chardon.

J'ai aujourd'hui l'honneur d'adresser à la Société une douzaine de belles Chenilles, au terme de leur accroissement, qui offrent un intérêt de plus : non-seulement ces insectes n'ont jamais mangé autre chose que du Chardon, mais il en est de même des pères et mères; et MM. les membres de la Société, s'ils veulent bien jeter les yeux sur les insectes que j'envoie, pourront constater que ces Chenilles sont aussi belles que possible : on ne peut signaler en elles la moindre dégénérescence, ni par rapport aux Bombyx Cynthia nourris de Ricin, ni par rapport aux premiers insectes de cette espèce que la Société a reçus et m'a confiés en 1854. Cependant, depuis lors, le nombre des générations s'élève à plus de vingt.

Ces douze Chenilles font partie d'une colonie de plus de deux cents également bien venues, et sans aucune perte parmi celles qui ont été nourries seulement de Chardon à foulon (1).

(1) Je dois surtout le succès de cette éducation, faite au coeur de l'hiver, à l'extrême obligeance de M. le maire de Mantes, qui a bien voulu m'envoyer


VERS A SOIE DU RICIN. 213

J'ai, au contraire, perdu environ un cinquième d'autres Chenilles que j'avais nourries alternativement, afin de varier mes essais, avec du Chardon à foulon et d'autres Chardons : le Dipsacus pilosus est volontiers mangé par les Chenilles, mais elles prennent bientôt la diarrhée, et meurent en grand nombre si l'on ne change leur nourriture. Le Dipsacus sylvestris est beaucoup meilleur, et peut être employé au défaut de Chardon à foulon ; cependant il ne le vaut pas.

Voici les dates du développement des Chenilles qui sont sous les yeux de la Société. Les oeufs dont elles proviennent avaient été pondus le 10 février, et sont éclos le 25. La première mue a eu lieu le 19 mars, douze jours après la naissance des Chenilles; la deuxième mue, le 16 mars; la troisième, le 21 ; la quatrième, le 27. Les Chenilles ont commencé à filer le 7 avril, dix jours après la quatrième mue, quarante et un jours après réclusion, et cinquante-six après la ponte des oeufs. La nouvelle ponte ayant ordinairement lieu un mois après que la Chenille a commencé à filer, il se sera écoulé par conséquent d'une ponte à une autre environ quatre-vingt-six jours ou près de trois mois.

Il est à remarquer qu'en été, lorsque la température est élevée et qu'on ne ménage pas la nourriture, la marche est beaucoup plus rapide : une de mes éducations, faite dans l'été de 1857, pendant des semaines très chaudes, a duré, d'une éclosion à la suivante, cinquante jours, savoir : vingt jours pour la vie de chenille, vingt jours de cocon et dix jours pour la sortiedes papillons, l'accouplement, la ponte et l'éclosion.

Nous devons recommander aux éleveurs, en terminant, de ne donner à leurs Vers que des feuilles très propres et très sèches. Avec ces précautions, et en donnant aux Vers tous les soins en usage dans les magnaneries, on réussira sans nul doute comme j'ai réussi, et l'on pourra faire des éducations d'hiver, moins rapidement, mais avec autant de succès qu'en été.

à plusieurs reprises de grandes quantités de feuilles de Chardon à foulon, prises dans ses propriétés. J'en ai reçu aussi de M. le maire de Meulan, de M. Denet, et de M. Cap, jardinier-chef du potager et du verger du Muséum.


214 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

III. EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX

DES SÉANCES GÉNÉRALES DE LA SOCIÉTÉ.

SÉANCE DU 9 AVRIL 1858. Présidence de M. A. PASSY, puis de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

- M. le Président invite Mgr. Guillemin, évêque de Canton et membre titulaire de la Société, et Mgr. Perny, provicaire apostolique de la province de Kouï-tcheou et membre honoraire de la Société, à vouloir bien prendre place au Bureau. Il annonce en même temps que beaucoup de produits intéressants rapportés par Mgr. Perny, et dont une petite partie est placée sous les yeux de l'assemblée, sont renvoyés à l'examen de MM. Guérin-Méneville et Moquin- Tandon comme présidents des 4e et 5e sections.

M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

MM. AUBIGNY (Arthur d'), à Paris.

BARTHE (le docteur), chirurgien de la marine impériale, à Toulon (Var).

BÉCLARD (Jules), agrégé à la Faculté de médecine, à Paris.

RETHMANN (le baron Alexandre de), à Francfort.

BETHMANN (le baron Maurice de), consul général de Prusse, à Francfort.

BOISSY D'ANGLAS, député de l'Ardèche, à Paris.

BOIVIN (Edouard), auditeur au Conseil d'État, à Paris.

ROSE (le comte Charles), président honoraire du Jardin zoologique de Francfort, propriétaire, à Francfort.

BRÉDA (le comte Félix de), lieutenant-colonel du 7e régiment de chasseurs à cheval, à Paris.

COLOMBIER (Charles du), à Paris.

CORDIER (Adolphe), propriétaire agriculteur, à Lisieux (Calvados).


PROCÈS-VERBAUX. 215

MM. COSSÉ-BRISSAC (le comte Arthur de), attaché au ministère

des affaires étrangères, à Paris. COURTHIAL (A. Du), vice-consul de France, à Saint-Thomas

(Antilles danoises). CZARTORTSKI (le prince Ladislas), à Paris. CZARTORYSKI (le prince Witold), à Paris. DONOVAN (John Clarke), propriétaire agriculteur, à Graaff

Keenet (intérieur de l'Afrique australe). EDWARDES, secrétaire de la légation britannique, à

Francfort. FALCOU, membre du Conseil général de Seine-et-Marne,

à Paris. FATE (Armand), avocat, à Rordeaux (Gironde). FOLLIN (Eugène), agrégé à la Faculté de médecine, à

Paris. GUILLEMIN (S. G. Mgr.), évêque de Canton. HAY (Charles du), propriétaire, à Mortagne (Orne). HUBERT-DELISLE, sénateur, ancien gouverneur de l'île de

la Réunion, à Paris. JAUBERT (le comte), membre de l'Institut, ancien ministre

des travaux publics, à Paris. LARANGEIRAS (le baron das), pair du royaume de Portugal,

à Lisbonne. LOBGEOIS, propriétaire, à Paris. LUITJENS (le baron de), à Fremersberg, près Baden-Baden

(grand-duché de Bade). MAGNE (S. Exc. M.), ministre des finances, à Paris. MAUDUIT (le marquis Gabriel de), propriétaire, à Nevers

(Nièvre). MAUREL, fabricant de produits chimiques, à Aubervilliersles-Vertus

Aubervilliersles-Vertus MAYNAUD, propriétaire, à Sainte-Radegonde, par Castillonsur-Dordogne

Castillonsur-Dordogne MONTGON (le marquis Adhémar de), au château de Montagne, par Mareingues (Puy-de-Dôme). MORTAIN (le docteur), pharmacien en chef à l'hôpital militaire, à Versailles (Seine-et-Oise).


216 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

MM. MUMM, consul général de Danemark, à Francfort.

NESSELRODE (S. Exc. M. le comte de), chancelier de l'empire de Russie, à Saint-Pétersbourg.

PARSEVAL-GRANDMAISON (J. de), membre de la Société botanique, président de l'Académie de Mâcon, aux Perrières, près Mâcon (Saône-et-Loire).

PETETIN (Anselme), propriétaire agriculteur, à Colombier, par Pont-de-Cherni (Isère).

PENENT , propriétaire agriculteur, à Toulouse (HauteGaronne).

PERRON, chef de division au ministère d'Etat, à Paris.

PRAIA (le vicomte da), pair du royaume de Portugal, conseiller de S. M. Très-Fidèle, à Lisbonne.

ROZAN, archiviste, à Tonneins (Lot-et-Garonne).

WILSON (James), membre du parlement britannique, à Londres.

- M. le Président annonce à la-Société la mort récente et très regrettable de trois de ses membres : MM. le comte PROSPER BENOIST, CARLIER, conseiller d'Etat, et PIAZZONI, de Bergame.

- M. le capitaine de vaisseau Rocquemaurel écrit pour remercier de sa nomination comme membre honoraire. Sa lettre renferme des détails sur ses diverses tentatives d'acclimatation en Europe ou dans nos colonies, de végétaux étrangers et particulièrement sur l'arbre à gutta-percha que lui doit en partie l'île de la Réunion. Notre confrère fait en même temps connaître la part considérable prise à l'introduction de ce précieux végétal par M. Gautier, consul de France, résidant alors à Singapore et maintenant en Californie.

- S. A. Ahmed-Pacha, prince héréditaire d'Egypte, écrit pour remercier de son entrée dans la Société et de la lettre écrite, à cette occasion et au nom du Conseil, par M. le Président.

- Des remercîments sont également adressés par S. M. le second roi de Siam, S. Phra Pin Klau Chau Yuhua, pour la réception de son diplôme et de la lettre du Conseil qui l'accompagnait.


PROCÉS-VERBAUX. 217

- Il est donné lecture d'une lettre écrite par Mgr. Perny depuis son arrivée en France, et par laquelle il remercie de sa nomination comme membre honoraire.

- S. Exc. M. Magne, Ministre des finances, MM. le viceamiral Cazy, Charleuf, le docteur de Mortain, le professeur N. Guillot, Hubert Delisle, le comte Henri de Montesquiou. Perron, le docteur Reveil et Robillard de la Vaudelle, font parvenir leurs remercîments pour leur admission, et M le comte d'Esoayrac de Lauture pour le choix qui a été fait de lui comme membre de la Commission de climatologie. Cette Commission est maintenant composée de MM. Becquerel père, président, Becquerel (Edmond), le professeur Chatin, Duperrey, J. Dupré de Saint-Maur, le comte d'Escayrac de Lauture, Paul Gaimard, Poey (André), Sainte-Claire Deville (Charles), le marquis de Vibraye et le docteur Weddell.

- M. Graëlls, en son nom et au nom de MM. le marquis de Peralès et le général Serrano, remercie des trois médailles de première classe qui leur ont été décernées, et au nom de MM. O'Ryan de Acuna et J. Lecaros, pour leurs mentions honorables. Il annonce en même temps que tous les journaux espagnols ont rendu compte de notre séance solennelle du 10 février où un prix spécial pour l'introduction de l'Alpaca a été déposé aux pieds de S. M. le roi d'Espagne. On considère, dans ce pays nos récompenses comme devant être un grand encouragement. A cette lettre est joint un extrait d'une feuille espagnole.

- Nos confrères MM. Jacques Kalinowsky, professeur à l'université de Moscou, et Kreuter, qui ont obtenu des médailles de première classe pour leurs cultures de végétaux étrangers, transmettent l'expression de leur reconnaissance, et ce dernier informe qu'il a proposé à la Société d'agriculture de Vienne M. Drouyn de Lbuys, qui a été nommé membre honoraire en assemblée générale. « Au moment où ce nom a été proclamé, dit M. Kreuter, il a été salué par un applaudissement unanime, tant cet homme d'État a su s'acquérir de considération et d'estime en Autriche, pendant le séjour qu'il a fait à Vienne lors des conférences. »

- M. le Président donne quelques détails sur la formation T. V. - Mai 1838. 15


218 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. prochaine de la Société anonyme qui doit se constituer pour entrer en jouissance de la concession du terrain de 15 hectares et demi au bois de Boulogne, faite presque gratuitement par la ville de Paris au Bureau de notre Société, aux lieu et place de la Société tout entière. Cette Société anonyme représentera moralement et continuera la Société impériale zoologique d'acclimatation dont le Jardin d'exhibitions et d'expériences portera le nom. Dans cette partie du bois magnifiquement située, on pourra tout à la fois élever, multiplier, étudier et améliorer les nouvelles espèces introduites. Il deviendra alors facile à notre Société, ainsi entrée plus directement dans la voie de la pratique, de répandre ces espèces utiles ou agréables. La souscription, qui est d'un million divisé en 4 000 actions de 250 francs chacune, sera ouverte chez nos confrères MM. de Rothschild et au siége de la Société (Voy. le Rapport fait au nom du Conseil, page 153.)

- Notre confrère M. A. Rogdanow, secrétaire des Comités botanique et zoologique d'acclimatation de la Société impériale d'agriculture de Moscou, annonce que cette Sociétéa décerné à l'unanimité le titre de membre honoraire à M. Is. Geoffroy SaintHilaire, notre Président. Il rend compte de la séance annuelle des Comités et présente un exposé sommaire de leurs travaux.

- Des offres de service faites par M. Bourlier, qui va passer six mois dans l'Asie Mineure et le Kurdistan, ont été accueillies par le Conseil, et il a décidé qu'un crédit serait ouvert à notre confrère.

- M. Bazin, président de notre Comité régional de Bordeaux, transmet un extrait du procès-verbal de la séance de ce Comité tenue le 11 février.

Il y est question des volières de M. Desmaisons, disposées pour tenter et faciliter l'acclimatation et la reproduction des oiseaux exotiques. Notre collègue les met à la disposition de la Société. Des Rapports sur les diverses cultures de végétaux étrangers ont été présentés, et M. Gaschet appelle l'attention sur l'utiliié qu'il y aurait à chercher à propager le Dindon des Antilles.

- Des distributions de Pommes de terre de Sainte-Marthe


PROCES-VERBAUX. 219

et de différents végétaux ayant eu lieu, des lettres de remerciaient sont adressées : par 31. Lightenwelt, ministre des PaysBas en France, au nom de son souverain ; par MM. Ch. Baltet, secrétaire de la Société d'horticulture de l'Aube; Braguier ; Brot, notre délégué à Milan, qui transmet les détails les plus satisfaisants sur les succès obtenus en Lombardie avec le Sorgho à sucre et l'Igname, et annonce que, malgré l'hiver excessivement rigoureux qui finit à peine, les Mûriers, par bonheur, n'ont pas souffert ; par 31. Lortet et MM. les Présidents du Comité régional de Bordeaux, de la Société d'agriculture des Bouches-du-Rhône et de l'Association agraire du Frioul.

- Il est aussi transmis à la Société un Rapport adressé à S. Exc. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics par M. Alphandéry jeune, et relatif aux avantages variés et nombreux que peut offrir la culture du Sorgho à sucre.

- De la graine de cette graminée parfaitement mûre, provenant d'une plantation faite aux portes de Paris, est mise sous les yeux de la Société par M. Hébert, propriétaire à la Chapelle Saint-Denis.

- M. Fréd. Jacquemart lit un Rapport sur les résultats qu'il a obtenus dans la culture de l'Igname, de l'Ortie blanche de Chine et du Loza, des Rhamnus chlorophorus et Rh.utilis, arbustes qui produisent la belle couleur dite vert de Chine. Notre confrère annonce qu'il met à la disposition de la Société cinq cents Ignames d'un an de plantation. Elles ont pour première origine les bulbilles distribuées par la Société, mais elles proviennent directement de tronçons de tubercules plantés en avril 1857 dans le canton de Lafère (Aisne).

- 31. Bourgeois donne lecture d'une Note sur le choix des plants d'Ignames et sur leur reproduction par les bulbilles.

- 31. David lit une Note sur un fourrage inconnu en France, qui croît sans culture le long des haies en Espagne et que l'on y nomme Mielga. Cette Note en accompagne une autre de M. le baron de Maynard, qui a observé les bons effets de cette nourriture. Des renseignements seront immédiatement


220 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOCIQUE D'ACCLIMATATION. demandés à notre délégué à Madrid, 31. Graëlls, qui sera prié d'envoyer à la Société une certaine quantité de graine, pour que des semis puissent être faits en France.

A cette occasion, M. le comte de Fontenay dit quelques mots sur les usages du Lupin comme fourrage.

Sir William Hooker, directeur des jardins royaux de

Kew, annonce l'envoi de la portion des plantes transmises de Calcutta par M. Piddington (voy. p. 39), et destinées à la Société.

- Notre confrère M. Augustin Todaro communique le catalogue des graines du Jardin botanique de Palerme, afin de faciliter des échanges entre ce Jardin et notre Société.

- Le Bureau de la 4e section transmet le procès-verbal de la séance tenue par cette section le 23 février dernier. Des détails y ont été donnés sur les usages auxquels peut être et est, en effet, employée, dans certaines parties de l'Autriche, la soie des cocons du moyen Paon (Saturnia spini).

- M. Bourgeois, qui avait offert l'an passé à la Société des oeufs de Vers à soie élevés en liberté sur les Mûriers, en met de nouveau à sa disposition cette année, dans l'espoir que les larves qui proviendront de ces oeufs seront dans de meilleures conditions pour échapper à la maladie pendant les diverses phases de leur développement. Des remercîments sont adressés à notre confrère, et à cette occasion M. Guérin-Méneville annonce que les résultats obtenus avec les oeufs donnés précédemment par M. Bourgeois seront consignés dans un Rapport qu'il présentera sur l'ensemble des diverses éducations entreprises, pour la Société, par lui et par notre confrère M. Eugène Robert, à la Magnanerie expérimentale de Sainte-Tulle.

- Des échantillons d'étoffés fabriquées avec la soie du Bombyx Cynthia ayant été adressés à MM. les Ministres de la marine et de la guerre, afin que des essais comparatifs puissent être tentés pour la fabrication des sacs à gargousses et des tentes légères des soldats, LL. Exc. remercient de cet envoi, et de plus, M. le général Daumas informe, au nom de M. le maréchal Vaillant, que, dans le but de favoriser un prompt développement de la production de ce précieux insecte


PROCÈS-VERBAUX. 221

dans notre colonie algérienne, il a communiqué les résultats obtenus à M. le Gouverneur général, en l'invitant à les porter à la connaissance des colons par la voie des journaux.

- M. Sacc envoie le compte de fabrication de la pièce de soie du Chêne par le tissage mécanique de Wesserling. Il en résulte que, tous frais compris, la valeur du mètre est de 2 fr. 85.

- Il est placé sous les yeux de l'assemblée un certain nombre de chenilles du Bombyx Cynthia arrivées à leur entier développement et nourries uniquement, depuis leur éclosion, avec les feuilles du Chardon à foulon ou Cardère cultivée (Dipsacus fullonum). Avec ce feuillage, qui est excellent, on peut, suivant les observations de M. Vallée, employer les feuilles de la Cardère sauvage (D. sylvestris), mais il faut éviter celles de la Cardère velue (D. pilosus), qui est nuisible, aux Vers. (Voy. page 211, une Note sur l'éducation dont il s'agit.)

A cette occasion, M. Moquin-Tandon fait remarquer combien est étroit le lien entre les propriétés des plantes et leurs caractères naturels, car la dernière espèce appartient à une division particulière dans le genre dont elle fait partie.

- M. Alex. Kurtz, directeur de la Société séricicole du royaume de Pologne, transmet un exemplaire des Comptes rendus annuels de cette Société pour les années 1856-57.

- Notre confrère M. Debeauvoys adresse une Note manuscrite ayant pour titre : Sur les causes qui permettent d'enfouir rationnellement les Abeilles. II y joint une lettre de M. le comte de Saint-Marsault faisant connaître l'accueil favorable fait à la Société d'agriculture de la Rochelle sur ce procédé d'enfouissement.

M. Debeauvoys informe qu'il vient d'imaginer une draine ou arrosoir polhydre, qui permet de porter sans fatigue 60 litres d'eau et d'arroser à volonté 0m, 60 à 1m,30 de surface.

- M. C. Duval fait parvenir un Mémoire sur les Araignées fileuses du cap Matifou (Algérie), dans lequel il décrit les moeurs de ces animaux, dont la soie, très belle et résistante, pourrait, à ce qu'il pense, être utilisée avec avantage dans l'industrie.

- M. Millet informe de l'heureuse arrivée à Batna (Algérie)


222 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

de cent cinquante poissons (Cyprin doré, Carpe ordinaire, Tanche) transportés vivants par M. Noël (de Bussang) sous la surveillance de notre confrère M. Cosson. Ces poissons étaient placés dans un baquet où, d'après le procédé indiqué par M. Millet, l'air était renouvelé au moyen d'un appareil d'insufflation consistant en un soufflet muni d'un tube de caoutchouc. (Voy. plus haut, page 191.)

- M. de Maude présente un Rapport sur un Mémoire de 31. Chauvin, ayant pour titre : De la culture de la mer. (Voy. page 190).

- M. du Courthial, membre de la Société, lui fait parvenir de Sainte-Marthe des poissons desséchés au soleil, et dont il pense que des envois abondants en Europe pourraient apporter de très utiles ressources à notre alimentation. Ce sont des poissons entiers, desséchés, appartenant à la famille des Muges (Mugil lisa), des portions de chair du poisson nommé Espadon (Xiphias gladius), ainsi que des oeufs de ce même Muge et d'un autre poisson nommé dans le pays Lebrancha.

- La 2e section transmet le procès-verbal de la séance qu'elle a tenue le 9 mars. Il y a été question : 1° de l'introduction en France de la Perdrix Gambra (Perdrix petrosa) ; 2° de l'offre faite par M. le duc de Vicence de tenter dans l'une des îles d'Hyères qu'il possède l'introduction de la grande Outarde (Otis tarda), si des oeufs lui étaient procurés par la Société; 3° M. Davelouis, secrétaire de la section, a fait une communication relative aux oiseaux d'ornement et rédigée d'après les Notes manuscrites de M. Delon ; 4° M. Chouippe a lu un questionnaire sur les verminières destinées à fournir de la nourriture aux oiseaux.

- La section transmet une liste de demandes d'oeufs de Perdrix Gambra, adressées par plusieurs de ses membres.

- M. le baron Anca transmet, de Palerme, des détails sur les succès obtenus en Sicile dans la culture du Sorgho à sucre; il annonce la naissance d'un Bouc et d'une Chèvre d'Angora, et demande des oeufs de Bombyx Cynthia.

- M. Barbey, ayant fait présent d'un Lama à la Société régionale du nord-est, il est donné lecture par extraits d'une


PROCÈS-VERBAUX. 223

lettre de remercîment adressée par M. Parade, secrétaire de cette Société, à notre confrère, qui, outre ce don et celui dedeux individus fait à notre Société, en a offert un quatrième au Muséum d'histoire naturelle.

- Notre confrère M. Barthélemy La Pommeraye transmet dans une lettre écrite de Marseille, des détails circonstanciés sur les efforts faits par M. Eug. Rohen, pour tenter l'acclimatation du Lama dans les Antilles et dans l'Amérique du Nord. Par les soins de ce voyageur, deux troupeaux, dont l'un se compose de cent dix-sept têtes et l'autre de cent trois, ont été transportés en 1856 et en 1857, le premier à la Havane, et le second sur le territoire de New-York. Il possède encore sur les hauts plateaux des Andes trois cent cinquante de ces animaux, et M. Barthélémy informe de la proposition faite par M. Rohen de diriger un troupeau sur la France pour la Société d'acclimatation. Cette proposition est renvoyée à l'examen du Conseil.

- M. Graëlls accuse réception de la caisse contenant des échantillons de tissus provenant de la fabrication de M. Davin, dont notre confrère, ainsi que la Société, veulent faire hommage à S. M. la reine d'Espagne. Ce désir sera satisfait aussitôt que M. Graëlls aura entre les mains la médaille décernée par la Société à S. M. le Roi. « De cette façon, ajoute notre délégué, en même temps que le Roi recevra le prix pour l'introduction des Alpacas en Europe, S. M. la reine verra, d'une manière palpable, dans les magnifiques tissus de M. Davin, une nouvelle preuve de l'utilité et des avantages que la nation peut retirer de la protection accordée à l'acclimatation des animaux utiles. » M. Graëlls espère obtenir que la laine que donnera celte année le troupeau d'Alpacas et Lamas qui vit en Espagne soit adressée à M. Davin qui désire en essayer l'emploi industriel.

- M. le docteur Vavasseur lit un extrait d'une lettre de M. Poucel, membre honoraire, fondateur des bergeries du Pichinango (Uruguay); cette lettre est relative à un projet d'introduction et d'acclimatation de Lamas, Alpacas et Vigognes dans l'Australie et aux travaux entrepris à cet effet par M. Ch. Ledger. (Voy. au Bulletin, page 177.)

- Notre confrère M. le docteur Léon Soubeiran transmet


224 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

une Note qu'il doit à l'obligeance de M. de Lafons, baron de Mélicocq, et qui renferme des documents curieux sur l'histoire naturelle au moyen âge. Il est question d'animaux qui figuraient au XVe siècle dans la ménagerie de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et l'on y trouve l'indication du prix de certains aliments tirés du règne végétal, des truffes et des oranges par exemple.

- M. Pierre de Tchihatcheff, n'ayant pu assister à la séance, fait parvenir deux brochures : l'une renferme le Discours qu'il a adressé à la Société botanique de France, en sa qualité de Président, lors de sa réunion extraordinaire à Montpellier ; l'autre a pour objet des Considérations sur la végétation des hautes montagnes de l'Asie Mineure et de l'Arménie. Notre confrère y a ajouté une Note contenant l'indication des faits principaux traités dans ce dernier Mémoire.

- M. Jomard, secrétaire de la Commission qui avait été formée pour s'occuper de l'érection d'une statue de Geoffroy Saint-Hilaire, à Étampes, sa ville natale, adresse un exemplaire de la collection des discours prononcés dans cette cérémonie et qu'il a fait précéder d'un Rapport détaillé. (Voy. sur la cérémonie de l'inauguration, le Rapport verbal présenté par M. 3Ioquin-Tandon, Bulletin, 1857, page 553, et un autre Rapport du même membre sur la souscription relative au monument, page 301.)

SÉANCE DU 23 AVRIL 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

M. le Président proclame le nom des membres nouvellement admis :

MM. BARROT (Adolphe), ministre de France à Bruxelles

(Belgique). BARTHÉLÉMY (le marquis de), à Paris. BERNUS, membre du Sénat de Francfort, à Francfort. BONNAFOND (le docteur), médecin principal de l'École

d'Etat-major, à Paris. CAILLALUT (le docteur), à Paris.


PROCÈS-VERBAUX. 225

MM. CAMPANA, interne des hôpitaux, à Paris.

COTTU (le baron), à Paris.

DAVID (Maurice), manufacturier, à la Chartreuse, près Strasbourg.

FERRER (Léon), étudiant en pharmacie, à Perpignan (Pyrénées-Orientales).

FONTAN (le docteur), à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne).

GABILLOT, propriétaire, à Paris.

HEECKEREN (le baron de), envoyé extraordinaireet ministre plénipotentiaire de S. M. le roi des Pays-Bas près de la cour d'Autriche, à Vienne (Autriche).

HOLMFELD (le baron DIRCHING DE), envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le roi de Danemark, à Paris.

KISSELEFF (S. Exc. M. le comte de), ambassadeur de Russie près la cour de France, à Paris.

MESGRIGNY (le comte Emmanuel de), à Paris.

METTERNICH (S. Exc. le prince de), à Vienne (Autriche).

O'RORKE (le docteur), à Paris.

VAVASSEUR (le docteur), à Paris.

- Après cette proclamation et conformément à l'ordre du jour spécial indiqué pour cette séance, M. le Président donne lecture d'une lettre de M. le baron de Seebach, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Saxe, membre de la Société, par laquelle S. Exc. informe que le Roi a daigné accéder avec grand plaisir au désir qui avait été témoigné de pouvoir inscrire le nom de Sa Majesté sur la liste des membres de la Société. « J'éprouve, dit M. le baron de Seebach, une satisfaction sincère de servir d'intermédiaire à ce témoignage du vif intérêt que les travaux si éminemment utiles de la Société inspirent à un Souverain dont l'esprit éclairé suit avec attention les progrès de toutes les sciences. »

- M. le Président annonce que le Conseil d'administration a reçu l'arrêté de M. le Préfet de la Seine relatif à la concession faite aux membres du Bureau de la Société d'un terrain


226 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

de 15 hectares environ, sis au bois de Boulogne, et limité par la route de la porte Maillot à Saint-James, celle de la Muette à la porte de Neuilly et l'allée des Erables, entre les portes des Sablons et de Neuilly.

M. le Président rappelle que cette concession sera transmise par les membres du Bureau à la Compagnie anonyme du Jardin zoologique d''acclimatation, dont la constitution sera très prochaine ; il ajoute qu'une liste provisoire a été préparée pour recevoir les souscriptions de MM. les membres, qui seront du reste informés du jour où aura lieu l'ouverture de la souscription chez MM. de Rothschild et au siége de la Société, rue de Lille, 19.

- Des lettres de remercîment pour leur admission sont adressées par MM. le comte Boissy d'Anglas, membre du Corps législatif; de Bourgoing, préfet du département de Seineet-Marne ; le docteur Caillaud, Ch. du Hays, Letrône, L. Robillard, J. Schultz fils.

- M. Letheulle, colon à Mustapha près Alger, remercie de la médaille de première classe qui lui a été décernée le 10 février dernier, pour ses introductions et acclimatations de bestiaux.

- Des remercîments sont transmis par MM. les Présidents des Sociétés d'agriculture des Bouches-du-Rhône, d'Économie rurale de la Côte siégeant à Coinsins-sur-Nyon (Suisse), et. des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, pour l'exemplaire de la médaille d'honneur offerte par la Société à son Président, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui leur a été adressé.

- Des remercîments pour des envois de Pommes de terre de Sainte-Marthe et de diverses graines sont adressés par les Sociétés d'agriculture de la Haute-Garonne et de Roanne (Loire), par la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, par M. Alph. Zurcher, notre délégué à Cernay (Haut-Rhin), et par M. Brierre, qui, de Biez (Vendée), où il poursuit avec tant de soin ses habiles expériences sur la culture des végétaux récemment introduits par la Société, a transporté dans le département de la Charente-Inférieure un


PROCÈS-VERBAUX. 227

assez grand nombre de produits qu'il a obtenus, et que l'on n'y connaissait point encore.

- Des demandes de graines adressées par M. Rréon-Guérard, parla Société de Guéret, et par M. le comte de Fleurieu, et M. Vayssière.

- M. Von Siebold fait présent de dix variétés japonaises de Riz sec, et il adresse en même temps un extrait du Catalogue raisonné des plantes du Japon cultivées dans son établissement à Leyde. (Voy. une lettre de ce naturaliste sur ce sujet, p. 125.)

- Notre confrère M. Louis de Clercq transmet la copie d'une lettre que M. le vicomte de Vallat, consul de France à Saint-Pétersbourg, lui a adressée en réponse à des renseignements qu'il lui demandait sur le Cerfeuil bulbeux de Sibérie, avec un petit échantillon de graines de ce Cerfeuil (Choerophyllum Prescottii) qu'il met à la disposition de la Société. M. Drouyn de Lhuys, au nom du Conseil, a cherché à obtenir d'autres informations sur ce végétal alimentaire, en s'adressant à S. Exc. M. le baron de Manderstroem, ministre des affaires étrangères de Suède, membre de la Société, pour demander par son entremise des graines de ce Cerfeuil à M. le directeur du Jardin botanique d'Upsal. De plus, M. Kaufmann a été invité à vouloir bien recueillir des renseignements sur cette plante près de M. le directeur de la Gazette horticole de Berlin, qui a inséré, en 1857, un article de M. Yühlke sur ce sujet.

- M. J. Schultz fils, notre nouveau confrère, adresse un échantillon d'Orge (Hordeum distichum nudum), plus particulièrement connu en Egypte, et dont il obtient depuis trois ans de bons résultats à Blotzheim (Haut-Rhin). Comme produit, il est équivalent en volume à l'orge du pays, mais bien plus considérable en poids. Cette année, avec 70 litres de graines, sur 1 hectare bien fumé et ensemencé en même temps de Luzerne, il a obtenu un rendement de 18 hectolitres du poids de 82 kilogrammes. En comparant le résultat qu'eût donné l'Orge ordinaire et en admettant le même volume, mais comme poids 65 kilogrammes seulement, on trouve, en faveur de l'Orge d'Egypte, une différence en poids de 17 kilo-


228 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. grammes par hectolitre. Cette différence est bien plus sensible encore par la conversion du grain en farine, puisque de ces 82 kilogrammes il a pu extraire 70 kilogrammes de farine supérieure même à l'autre, qui ne lui eût donné que 50 kilogrammes. C'est une différence de 20 kilogrammes de farine qui, mélangée avec un tiers de farine de seigle et un tiers de farine de froment, donne un excellent pain de ménage.

- Un échantillon d'huile provenant de la graine du Chaulmoogra odorata, Roxburgh (Gymnocardia odorata, Rob. Brown), annoncé par MM. Piddington et le docteur F. J. Mouat, de Calcutta (voy. p. 39), étant parvenu à la Société, les essais à faire de cette huile contre les ulcérations lépreuses de la peau sont confiés à une Commission composée de MM. J. Cloquet, président, Bouchardat, Boullay, Chatin, J. Guérin, Natalis Guillot, Jobert (de Lamballe) ; baron H. Larrey, Leblanc, Michel Lévy, Mialhe, Michon père, Moreau père, O. Réveil, Rufz et Léon Soubeiran. M. Moquin-Tandon est délégué du Conseil près cette commission permanente, qui prendra le titre de Commission médicale.

- M. le président fait connaître la composition d'une autre Commission permanente, dite Commission industrielle, à laquelle seront renvoyées les questions ayant trait à l'industrie. Les membres qui en font partie sont : MM. le baron Séguier, membre de l'Institut, président ; Dareste,. Davin, Delon, Dollfuss (Charles), Doyère, Focillon, Fremy, Gervais (de Caen), Heuzé Deneyrousse, Jacquemart (Frédéric), Le Play, Mennet Possoz, Pelouze, Persoz, Prévost (Florent) et Rondot (Natalis).

- M. le Président annonce que 31. N. Rondot, ancien délégué commercial attaché à l'ambassade de Chine, a été adjoint à la Commission permanente de l'étranger.

- M. David donne communication à l'assemblée d'une proposition de 31. Courtois, propriétaire d'une collection très considérable de Camellias, rue de la Muette (faubourg Saint-Antoine). A cette occasion, notre confrère présente quelques considérations sur les moyens à employer pour rendre le plus lucratif possible notre Jardin d'acclimatation du bois de Boulogne.

- M. H. Marès appelle l'attention sur l'importance de l'in-


PROCÈS-VERBAUX. 220

traduction dans le midi de la France de différentes variétés de vignes étrangères, et particulièrement de celle qui est cultivée à Malaga pour la production des raisins secs. Notre confrère, qui possède auprès de Montpellier une propriété où il forme, en ce moment, une école de vignes, demande qu'on lui procure, si cela est possible, le cépage de Malaga et d'autres, dont il donnerait, chaque année, des produits. Renvoi à la 5e section. - De plus, M. Marès sollicite l'envoi d'oeufs de Bombyx Cynthia.

- S. Exc. M. le Ministre de l'agriculture accuse réception et remercie de l'envoi que lui a fait la Société de trois échantillons de tissus fabriqués avec la soie des cocons de ce Ver à soie du Ricin.

-M. Perrottet, membre honoraire résidant à Pondichéry, et qui avait envoyé précédemment les Vers à soie à demi sauvages du Bengale, dont le cocon est formé par la soie dite Tussah, vient de nouveau d'adresser des cocons vivants de cette belle espèce, qui est le Bombyx Mylitta. Sa chenille vit sur les Jujubiers et plusieurs autres arbres. Des expériences faites par les soins de M. Guérin-Méneville, en 1855, ont démontré que ce Ver à soie se nourrit très bien en Europe avec les feuilles du Chêne et celles de l'Abricotier. Malheureusement, ces précieux insectes ont été atteints par la maladie, et d'autant plus gravement, qu'ils étaient au début de leur acclimatation. Les cocons donnés par M. Perrottet ont été envoyés à notre délégué à Lausanne, M. le docteur Chavannes, qui, pendant un séjour de plusieurs années au Brésil, a acquis une grande habitude des soins à donner aux espèces sauvages.

- A la suite de cette communication, M. le Président lit une lettre de M. Perrottet contenant de longs détails concernant ses tentatives d'éducation sur une grande échelle du Bombyx Mylitta.

- M. Guérin-Méneville annonce qu'il est parvenu à faire complétement passer l'hiver à des cocons du Ver à soie du Ricin. Ces cocons, placés dans une pièce fraîche, où le thermomètre n'a que peu varié de 2 ou 3 à 10 degrés au plus, étaient enveloppés dans de la flanelle. Ils sont ainsi restés vivants


230 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

depuis le milieu d'octobre 1857 jusqu'à ce jour, comme on en a la preuve par les mouvements des chrysalides dont on a ouvert les cocons. Ceux qu'on a laissés intacts vont être placés dans un milieu plus chaud, afin que les papillons puissent en sortir.

- M. Guérin-Méneville lit un Rapport sur les expériences théoriques et pratiques de sériciculture faites en 1857, pour la Société, à la Magnanerie expérimentale de Sainte-Tulle.

- Enfin, notre confrère informe qu'il a reçu de notre confrère M. Laverrière, directeur de l'Institut agricole de Mexico, des renseignements du plus haut intérêt sur divers animaux et végétaux; leur lecture, en raison de l'abondance des matières, est renvoyée à une autre séance.

- Sir W. Reid, gouverneur de Malte, membre de la Société, fait savoir qu'il résulte d'expériences faites par lui dans eette île, et dont il adresse les détails, que les Vers à soie du Ricin ne peuvent vivre en hiver et y subir leurs métamorphoses que s'ils sont maintenus dans une température constante de + 15 degrés centigrades.

- M. Millet annonce qu'il a reçu de M. O'Ryan de Acuna une Notice sur la culture des eaux. Il en sera donné communication dans une séance dont l'ordre du jour sera moins chargé.

- M. Chagot aîné transmet la copie d'une lettre très bienveillante qu'il a reçue de S. Exc. M. le Gouverneur général de l'Algérie, en réponse à la demande que lui avait adressée notre confrère de vouloir bien encourager les tentatives à faire pour obtenir la reproduction de l'Autruche dans nos possessions d'Afrique. Après avoir informé qu'il a donné des ordres pour que le programme du prix de 2000 francs, fondé par M. Chagot, reçoive dans la colonie toute la publicité possible, M. le maréchal Bandon ajoute : « D'après les résultats qui paraissent avoir été obtenus tant à la Pépinière centrale que sur divers points de l'intérieur, on peut espérer que les nouveaux essais tentés pour la domestication de l'Autruche auront quelque chance de succès, et je n'épargnerai rien, en ce qui me concerne, pour atteindre ce résultat. »

- M. l'ambassadeur d'Angleterre annonce qu'il a transmis à S. A. R. le prince Albert la caisse de coupons et d'échantillons


PROCÈS-VERBAUX. 231

de tissus de laine Mérinos Mauchamp offerts par la Société au nom de 31. Davin. « Son Altesse Royale, dit lord Cowley, a fait placer ces objets dans le Musée de Kensingston destiné aux produits animaut, et elle me charge de faire agréer l'expression de sa reconnaissance très sincère. »

- MM. les mandataires du commerce de la boucherie de Paris, conformément à la demande qui leur en a été faite par la Société, adressent le Rapport dans lequel sont consignés tous les faits relatifs à l'abatage du boeuf sans cornes Sarlabot II de la race cotentine à tête nue, instituée à Trousseauville-Dives (Calvados) par notre confrère M. Dutrône. Ce Rapport contient, en outre, l'évaluation du prix de ce Boeuf et l'opinion de MM. les mandataires de la boucherie sur cet animal. Renvoi à la 1re section.

- Il est donné communication d'une Circulaire de la Société protectrice des animaux relative aux récompenses qu'elle décerne chaque année, soit aux personnes qui ont fait preuve, à un haut degré, de bienveillance, de bons traitements et de soins assidus envers les animaux ; soit aux inventeurs d'appareils destinés à diminuer les souffrances ou à faciliter le travail des animaux; soit enfin aux auteurs de publications utiles à son oeuvre.

- M. le docteur Auzoux fait hommage d'un exemplaire de la 2e édition de ses Leçons d'anatomie. Notre confrère, qui place sous les yeux de l'assemblée un certain nombre de pièces appartenant à sa grande collection d'anatomie clastique, s'en sert pour faire quelques démonstrations. Dans la pensée qu'il pourrait être agréable à divers membres de la Société d'acquérir au moyen de ces préparations anatomiques artificielles des notions précises sur la structure des animaux dont la Société s'occupe, M. le docteur Auzoux se met à la disposition de ses confrères pour des conférences qui pourraient avoir lieu l'hiver prochain. Cette offre est acceptée par la Société.

- M. le docteur A. Fontan, médecin, à Bagnères-deLuchon, en remerciant de son admission, offre un exemplaire de ses Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées, de l'Allemagne, de la Suisse et de la Savoie. Notre nouveau con-


232 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

frère met à la disposition de la Société, dans les Pyrénées, une partie de ses propriétés, soit dans le schiste micacé, soit dans le schiste argileux, soit dans le calcaire, pour des essais d'acclimatation de végétaux exotiques. Il s'y trouve des prairies jusqu'à la hauteur de 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer, et dont l'altitude pourrait être utilisée pour dès animaux de montagnes.

- M. Louis Bouchard-Huzard dépose sur le bureau un exemplaire d'un Traité des constructions rurales qu'il vient de faire paraître, et dans lequel il s'est occupé des habitations des cultivateurs et de celles qui sont destinées aux animaux domestiques. Cet ouvrage, qui renferme de nombreux dessins de modèles, est renvoyé à l'examen de MM. Drouyn de Lhuys et le baron Séguier.

- M. Jules Cloquet présente, au nom de M. le docteur Barthe, une Note extraite des Comptes rendus de l'Académie des sciences, où sont présentées sous une forme résumée les Observations de météorologie et de botanique faites par notre confrère pendant le voyage de la frégate la Sybille, commandée par M. le capitaine de vaisseau Simonnet de Maisonneuve, membre de la Société. Dans cette campagne, qui a eu lieu durant les années 1855-56 et 57, la Sybille a parcouru les mers de l'Inde, de Perse, de Chine, du Japon, la manche de Tartarie, et a visité la Sibérie orientale, le Ségalien, les îles Kouriles, etc.

Le Secrétaire des séances.

AUG. DUMÉRIL.


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 233

I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ.

DEUXIEME RAPPORT

FAIT AU NOM DU CONSEIL

SUR LA FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION

AU BOIS DE BOULOGNE (1),

PAR UNE COMMISSION COMPOSEE DE

MM. le prince Marc de BEAUVAU, DROUYN DE LHUYS, le comte d'EPREMESNIL, Fr. JACQUEMART, A. PASSY, RICHARD (du Cantal),

et Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE, rapporteur.

(Séance du 4 juin 1858.)

MESSIEURS,

Dans notre avant-dernière séance, le Conseil d'administration de la Société vous a exposé, par l'organe de notre collègue M. Fr. Jacquemart, la pensée générale qui préside à l'importante création dont nous nous occupons assidûment depuis plus d'une année, et les mesures financières qui ont été jugées propres à réaliser cette pensée dans les conditions les plus favorables à la fois au bien public, à notre Société et à chacun de ceux qui vont contribuer, par eux-mêmes ou par leurs capitaux, à la création du Jardin zoologique d'acclimatation.

Dans le même rapport, on vous a dit quelle a été, envers la Société, la bienveillance du Gouvernement, des autorités, du Conseil municipal : tandis que les autres jardins zoologiques ont dû s'établir sur des terrains chèrement achetés ou loués, et sur des points dont il fallait apprendre le chemin à la foule,

(1) Pour le premier rapport, fait par M. Jacquemart, clans la séance du 7 mai, voyez le numéro de mai, pages 153 à 163.

T. V. - Juin 1858. 16


234 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

la ville de Paris vous a réservé une place dans son magnifique parc du bois de Boulogne que vous allez embellir encore, tout en y créant un établissement utile au pays.

Dans le Rapport complémentaire que nous venons aujourd'hui vous soumettre au nom du Conseil, nous ferons connaître ce que doit être le Jardin du bois de Boulogne aux termes mêmes de vos statuts, comme à ceux de l'arrêté qui nous met en possession des terrains concédés par la ville de Paris, et du décret impérial qui a autorisé cette importante concession.

Ces terrains, d'une contenance de 15 hectares 40 ares, s'étendent dans le bois de Boulogne de la porte des Sablons (voisine de la porte Maillot) à Neuilly, le long du Saut-du-Loup dont ils sont séparés seulement par l'allée dite des Erables. Cette portion du bois est celle qui, dès l'origine, avait paru au Conseil et aux Commissions déléguées par lui, la plus favorable à l'établissement d'un Jardin zoologique. La nature de son sol et son exposition ont été jugées très convenables pour l'élève des animaux. Située à proximité de deux des stations du chemin de fer (1), de l'avenue de l'Impératrice et du lac inférieur, par conséquent de Paris, de Passy, d'Auteuil, de Boulogne, des Sablons, de Neuilly, des Thernes et de plusieurs autres communes limitrophes du bois de Boulogne, elle est parfaitement à portée des visiteurs, sans être cependant au milieu même du mouvement, du bruit et de la foule. Il ne manquait à ces terrains, pour satisfaire à tous les besoins d'un établissement comme le nôtre, que d'être traversé par un cours d'eau : la ville de Paris a bien voulu s'engager à y faire passer un bras de rivière, et en ce moment même, s'exécutent les travaux nécessaires pour réaliser cette indispensable amélioration de notre concession.

Quel emploi devons-nous faire de ces terrains ? Quels animaux et quels végétaux y placerons-nous ?

L'arrêté de concession le dit en termes exprès : Ce qui doit être créé, c'est un établissement destiné à « appliquer et propager » les vues de la Société impériale zoologique d'acclimatation

(1) Stations de la porte Maillot et de l'avenue de l'Impératrice.


FONDATION D'UN JARDIN DACCLIMATATION. 235

» avec le concours et sous la direction de cette Société, et par » conséquent, acclimater, multiplier et répandre dans le » public toutes les espèces animales et végétales qui sont ou » qui seraient par la suite nouvellement introduites en France, » et paraîtraient dignes d'intérêt par leur utilité ou par leur » agrément. » On ne saurait mieux définir en peu de mots le nouveau Jardin.

La Société d'acclimatation ne peut créer qu'un établissement d'utilité publique comme elle-même : c'est là le premier élément de notre programme. Le second résulte de la situation du Jardin zoologique au sein même du bois de Boulogne : il devra être digne par sa tenue, par son élégance, de tout ce qui l'entourera ; digne aussi de cette élite de la population parisienne, ou pour mieux dire, européenne, qui fait du bois de Boulogne son lieu quotidien de distraction et de délassement. Tel sera le double caractère du nouvel établissement : c'est parce qu'il sera éminemment utile que S. M. l'Empereur a voulu inscrire de sa main son nom en tête dela liste des souscripteurs, que lesprinces de la famille impériale nous ont fait le même honneur (1), et que la ville de Paris n'a pas hésité à nous concéder pour l'établissement du jardin, des terrains d'une si grande valeur; et c'est parce que l'utile y revêtira partout une forme agréable, qu'il partagera avec les autres parties du bois de Boulogne la faveur du public. Placé chaque jour sur les pas de la foule élégante, comment ne serait-il pas adopté par elle, quand nous la voyons, partout où sont déjà des Jardins zoologiques, aller les chercher avec l'empressement le plus soutenu dans des parties plus ou moins reculées des villes, et parfois jusqu'à leurs plus lointaines extrémités?

Notre établissement aura en même temps un troisième caractère : il sera nouveau. Nous n'avons pas à créer un second Jardin des plantes, une seconde Ménagerie. Ce bel établissement, qu'on nous permette de reproduire ici des paroles re(1)

re(1) apprenons que S. M. le Roi de Wurtemberg a bien voulu donner spontanément a la création du Jardin du bois de Boulogne le même témoi gnage d'intérêt.


236 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

cueillies d'une bouche auguste, « est bien où il est, et il n'en » faut pas un second.» Qu'est-ce que la Ménagerie ? à côté des Musées du Jardin des plantes, un autre Musée, et peut-être le plus précieux de tous : un Musée vivant, où, dans l'intérêt de la science, et aussi de l'art, doivent être représentées, ensemble ou tour à tour, toutes les espèces qu'il est possible d'observer et de conserver sous notre climat : sans la Ménagerie du Muséum, premier modèle de tous les jardins zoologiques établis depuis, Cuvier n'eût jamais écrit l'Anatomie comparée, et le créateur de l'anatomie philosophique en France, ne l'a été dans son âge mûr, que parce qu'il avait été dans sa jeunesse celui de la Ménagerie (1).

C'est un tout autre établissement, et essentiellement différent malgré quelques points de rencontre sur ce qu'on peut appeler leur frontière commune; c'est un Jardin zoologique d'un ordre nouveau que nous avons à créer au bois de Boulogne : le Jardin zoologique d'application , la réunion des espèces animales qui peuvent donner avec avantage leur force, leur chair, leur laine, leurs produits de tout genre, à l'agriculture, à l'industrie, au commerce ; ou encore, utilité secondaire, mais très digne aussi qu'on s'y attache, qui peuvent servir à nos délassements, à nos plaisirs, comme animaux d'ornement, de chasse ou d'agrément à quelque titre que ce soit (2). Voilà les animaux qui devront peupler le nouveau Jardin, et s'y mêler aux espèces végétales les plus dignes de culture aux

(1) Sur la création de la Ménagerie, par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, et sur les ménageries zoologiques comparées aux établissements d'acclimatation, voyez notre Rapport sur la domestication et la naturalisation des animaux utiles, adressé à M. le Ministre de l'agriculture en 1849 ; Animaux utiles, 3e édition, 1854, pages 114 et suivantes.

(2) Trois membres de la Société d'acclimatation, MM. le prince A. de Demidoff, Le Prestre et de Souancé, sont déjà entrés dans celte voie par la création de véritables jardins zoologiques d'acclimatation à San-Donato (près Florence), à Saint-André de Fontenay (près de Caen), et à la Commanderie (Indre-et-Loire). Les services déjà rendus à l'acclimatation, dans ces trois beaux jardins zoologiques, ont été souvent rappelés dans le Bulletin. (Voyez particulièrement les Comptes rendus des Séances publiques annuelles de 1857 et de 1858, t. IV, p. LXX, et t. V, p. LXXXIV et CXI.)


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 237

mêmes points de vue : utiles et bienfaisantes, ou belles et d'ornement: propres à enrichir nos champs, nos forêts, nos vergers, ou à parer nos jardins et nos parcs.

Nous n'aurons donc à construire, ni ces édifices aux épaisses murailles, comparables à des forteresses, qui sont indispensables pour loger les grands quadrupèdes, ni des galeries pour les singes et les animaux féroces, ni des volières d'oiseaux de proie, ni des cages à serpents, ni des bassins pour les amphibies. Nous n'aurons pas besoin de hautes et vastes serres, et par conséquent, ni pour nos animaux ni pour nos végétaux, d'appareils considérables de chauffage. Mais nous devrons disposer, en les faisant alterner avec des masses de verdure et des plates-bandes, des enclos et des herbages pour les quadrupèdes herbivores, et faire établir, à mesure que les besoins se produiront et selon les données propres à chaque espèce, des étables, des écuries, des loges où ne seront négligés aucuns des perfectionnements nouveaux. Dans ces étables, dans ces enclos, assez spacieux pour contenir des familles et au besoin de petits troupeaux, nous devrons placer, à côté de quelques beaux représentants, d'étalons de choix, de nos meilleures races domestiques, les espèces et races étrangères que la Société a reconnues ou reconnaîtra dignes d'être introduites, étudiées et acclimatées pour leur utilité ou comme objets d'ornement ; les unes déjà signalées au zèle de nos nombreux confrères étrangers; d'autres, comme l'Yak, les Chèvres d'Angora et de Nubie, le Mouton de Caramanie, divers Cerfs étrangers, le Lama, le grand Kangurou, possédés dès à présent par la Société.

Les bonnes races de Chiens, de Porcs, de Lapins et d'autres rongeurs, pourront aussi successivement prendre place dans un chenil, une porcherie, une basse-cour que la Société pourrait de même peupler déjà en partie.

Une oisellerie dont le plan est conçu de manière à permettre une extension graduelle selon les besoins, recevra d'une part les races gallines et autres volailles ; de l'autre, les oiseaux terrestres ou aquatiques, d'ornement, de luxe, de chasse, qu'il paraîtra utile de multiplier, soit dans le Jardin même, soit dans


238 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

divers dépôts, et de répandre au moyen de ventes courantes ou annuelles. A côté de ces espèces, on poursuivra l'acclimatation, déjà si bien étudiée, de ces grands oiseaux, le Nandou et le Casoar de l'Australie, qu'on a considérés comme pouvant devenir un jour par rapport au Dindon, ce que celui-ci est devenu, au XVIe siècle, par rapport à la Poule.

Dans une petite Magnanerie, on cultivera, comparativement avec le Ver à soie du mûrier, celui du Chêne, dont la Société est sur le point de se rendre maîtresse, celui du Ricin qu'elle a acclimaté, non-seulement en France, mais déjà, en trois années, dans trois parties du monde, et d'autres Vers à soie dont elle a possédé et étudié quelques individus, et qu'elle va recevoir de nouveau et en plus grand nombre. Cette magnanerie, une petite salle pour d'autres insectes industriels tels que la Cochenille du Mexique et le curieux insecte à cire des Chinois, dont Mgr Perny a si bien préparé l'introduction en Europe, et un rucher qui mettra en regard les principaux modèles de ruches et les principales races d'Abeilles, seront pour les petites espèces terrestres ce que les parties précédentes de l'établissement seront pour les grandes.

Les animaux aquatiques alimentaires, médicinaux ou utiles à d'autres titres auront de même leur place : d'une part, dans des bassins et appareils de pisciculture et d'hirudiculture, où chacun pourra étudier les procédés de deux arts encore trop peu répandus ; de l'autre, dans un aquarium où, comme à Londres, on observera, à travers des parois transparentes, les mouvements et la vie de quelques-uns de ces êtres qu'on n'avait guère vus jusqu'à présent que dans les armoires de nos Musées.

Telles sont les principales espèces animales que nous associerons, dans notre Jardin zoologique, aux plus utiles et aux plus belles des espèces végétales récemment introduites, et parmi lesquelles il suffira de citer comme exemples, tous choisis parmi les plantes que la Société possède et étudie ou répand, le Sorgho à sucre, l'Igname, le Pois oléagineux, le Loza, les arbres à Vernis, à Suif et à Cire, l'Ortie blanche, les Chênes de Mantchourie, les Riz de Chine et du Japon, divers végétaux


FONDATION D'UN JARDIN D'ACCLIMATATION. 239

alimentaires de l'Afrique et de l'Océanie, et, n'oublions pas cette dernière venue, la Pomme de terre sauvage de la Sierra Nevada : cultures utiles qu'entoureront et pareront les plantes d'ornement les plus nouvellement acquises à l'horticulture.

Nous nous arrêtons ici. Nous n'avons pas à faire la description d'un établissement qui n'existe pas encore, mais seulement à en tracer le programme ; et nous croyons l'avoir fait assez complétement pour donner une idée suffisamment exacte de l'établissement à la création duquel vous vous êtes associés individuellement, à laquelle vous venez d'associer à un titre de plus notre institution elle-même, en décidant qu'elle serait inscrite pour une somme importante sur la liste des souscripteurs d'actions (1).

(1) Par décision prise dans la séance du 4 juin, avant la lecture de ce rapport, la Société impériale d'acclimatation s'est inscrite, en son nom collectif, pour 100 actions (25,000 francs) sur la liste des souscripteurs.

Voyez plus loin (dans le numéro de juillet) le procès-verbal de la séance du 4 juin. R.


240 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

NOTES SUR LA FAUNE DU SOUDAN,

Par M. le baron Henri AUCAPITAINE.

(Séance du 19 février 1858.)

Les progrès faits chaque jour par l'influence française dans les vastes contrées placées au sud du Tell algérien, l'occupation de plusieurs points importants du Sah'ara que l'on pourrait appeler les Portes du désert, surtout les récentes relations nouées avec les chefs Touâregs d'Àzegueur, donnent, ce nous semble, un grand intérêt à l'étude des produits du Soudan.

Cette vaste région semble enfin, dans un avenir peu éloigné, devoir s'ouvrir à la civilisation et au commerce. Le règne végétal et le règne animal y présentent, d'après le peu que nous connaissons, des ressources variées à l'agriculture, au commerce et à l'industrie. Il nous a donc paru intéressant de réunir les notions bien imparfaites recueillies par quelques rares voyageurs et les renseignements que nous avons obtenus des gens du Sud dans nos interrogatoires; malgré leur insuffisance, ces notes, si elles ne présentent pas un tout complet, pourront, nous l'espérons du moins, servir de jalons à de nouvelles recherches sur les produits riches et curieux du pays des noirs.

Le Soudan, pays du Baobab, ce géant des végétaux, présente aussi les géans de la race animale. Les Éléphants errent par troupes nombreuses dans les plaines arrosées par les crues des grands fleuves.

Leurs défenses constituent une des richesses les plus importantes de la Nigritie.

Plusieurs Européens qui ont pénétré dans les régions du Nil Blanc pour s'y livrer au commerce de l'ivoire, en ont retiré de beaux bénéfices.

Deux défenses (Nab-El-Fil) de ces animaux, pesant 150 kilogrammes et formant la charge d'un chameau, valent à R'damés


FAUNE DU SOUDAN. 241

1200 fr. environ; à Kanou 50 kilogr. d'ivoire au moins 100 fr. et à Rat 315 fr. Les Eléphants sont très communs aux environs du lac Tchad, du Bah'r-El-R'azel et leur ivoire peut être très facilement importé dans le Sah'ara algérien par les caravanes touâregs.

Le Rhinocéros (Abou-Karn des Arabes) est assez rare au nord de l'équateur ; cependant on en rencontre parfois au sud du Dâr-Four. Les indigènes travaillent en lanières le cuir épais de ce mammifère. Si l'on en croit les récits des nègres de l'intérieur, il existerait dans les vastes régions centrales encore inexplorées une espèce particulière de Rhinocéros qui serait la Licorne des anciens. M. Jomard, éditeur du Voyage Chiq'r Moh'ammed-El-Tounci, fait remarquer à ce sujet le silence de son explorateur en observant que cet animal vient probablement du Dâz-Rounga.

Nous ne saurions trop engager les naturalistes à faire des recherches au sujet de cette espèce, dont le naturaliste Ruppel et le voyageur Koenig ont entendu parler au Kordofan (1). « L'animal, décrit au docteur Ruppel, dit M. Jomard, paraît » être une Antilope unicorne et bien différente de l'Abou-Kaen " d'Abdallah, d'Ibrahim et d'autres natifs de Rounga. »

Les Hippopotames, devenus rares dans le haut Nil, sont très communs dans le Soudan occidental ; ils nagent en troupes dans le Bah'r-El-Nil, ou Niger, et les îles du lac Tchad servent d'asile à une multitude de ces animaux. Les boucliers des Touaregs sont tous faits avec des peaux de cet amphibie

La Girafe, que les Arabes nomment Djemel-el-R'la, parcourt les régions soumises aux pluies estivales et tropicales ; on la trouve dans une zone dont la limite nord s'étend du sud de l'Abyssinie à Tombouktou.

Le Bournou présente une espèce de Boeuf, appelée dans le pays Klabo et par les Arabes El Meha, dont la peau très

(1) Voyage au Dâr-Four du Chig'r Moh'ammed-El-Tounci, trad. par le docteur Perron. Lettres sur certains quadrupèdes réputés fabuleux : Journal asiatique, mars 1844. Deuxième lettre, Journal de l'Institut, mars 1845. Correspondance astronomique du baron de Zakh. Lettre de M. Ed. Ruppell, t. XI, p. 270.


242 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

épaisse, étendue sur des formes de bois, est utilisée à faire de grands plats et des outres. Les Touâregs viennent au Soudan acheter des peaux de ces animaux avec lesquelles ils font leurs tentes. On en apporte fréquemment à R'damès, R'at, In-Salah ; elles servent à contenir de la gomme du Haoussa.

La viande desséchée et coupée du Klabo est l'objet d'un grand commerce entre les nomades Sah'ariens et les indigènes du Soudan, qui la vendent sous le nom de Kadyd ou Khelca. C'est un aliment précieux pour la traversée du désert.

Les forêts du Dâr-Four nourrissent en abondance un animal que les Fôriens nomment Feytel, et qu'ils chassent beaucoup. Cet animal est évidemment le Begh'r-El-Ouach (Boeuf sauvage) des Sah'ariens. C'est l'Antilope Bubalis des naturalistes, Bos Africanus de Belon.

Le major Denham en a vu de grandes quantités sur les bords du lac Tchad. Ibn Bathouta et Léon l'Africain ont fait déjà remarquer l'énorme gibbosité de ces ruminants.

Il en existe une variété blanche.

On amène fréquemment du Haoussa dans les K'slours du Sah'ara des Buffles à jabot et à garot.

Deux faits très remarquables sont propres aux ruminants soudaniens : le premier, c'est que tous portent une bosse sur le garrot; le second, est l'épaisseur de leur cuir, triple au moins des animaux de même race dans nos pays. Cette observation, faite par des voyageurs modernes, avait été signalée il y a vingtdeux siècles par Hérodote.

Chez certaines peuplades des rives du Nil Blanc, on remarque une curieuse réminiscence du culte d'Apis ; le Boeuf y est adoré et engraissé dans une oisiveté respectée.

Les Chevaux sont rares et très estimés dans le Soudan. Un Cheval arabe de sang commun y vaut de douze à quinze nègres. En revanche, les Anes y sont abondants et de forte taille ; ils vivent à l'état sauvage, ainsi que l'indique leur nom d'AmarEl-Ouach. Il serait facile de tirer, par la domestication, unutile parti de cette belle race d'Anes, dont le sang, d'une pureté toute primitive, pourrait régénérer la race abâtardie des petits Anes d'Algérie.


FAUNE DU SOUDAN. 243

Cet animal a pour ennemi un grand Serpent connu des Touâregs, mais sur lequel nous n'avons aucun renseignement, si ce n'est qu'il est d'une taille gigantesque (1).

Les fleuves du Soudan fourmillent de Crocodiles ; on en trouve au nord jusqu'à l'Oued-Takmalet, rivière que l'on rencontre en allant d'Ouazgla à R'at, à huit jours environ de cette dernière ville. Les Touâregs connaissent ce reptile sous le nom de Rouchef, et ces nomades redoutent fort la présence de cet hôte dangereux pour les jeunes Chameaux qui vont paître aux environs de l'Oued-Takmalet. Les écailles du Crocodile sont employées à divers usages d'industrie par les noirs du Soudan.

De vastes plaines, n'ayant pour toute végétation que des mimosas épineux, donnent asile aux Chacals, aux Hyènes, aux Porcs-épics, à de nombreux Hérissons, des Lièvres, des Lapins.

Dans les parties sablonneuses et pierreuses on trouve le Feungi (F. Denhamii), animal dont les moeurs sont encore peu connues, et dont une variété à pelage clair habite le Belad-ElDjesid et le Kordofan.

Vers l'est sur les confins du Fa-Zoglo, du Dâr-Four, au Soudan oriental, se trouve un précieux animal qui fait la fortune des chasseurs et le bonheur du harem, c'est la Civette, dont le parfum, appelé Zebed par les Arabes, a une grande valeur en Algérie et dans tous les pays musulmans (2).

L'animal qui donne ce parfum est appelé Gatt' (Chat) par les Arabes et Mzourou par les Nègres.

On l'élève en domesticité et on le nourrit exclusivement de viande, aliment qui donne au musc une odeur très pénétrante.

A R'at, R'damès et Kanou le musc vaut 260 à 280 fr. la livre.

Les Gazelles sont communes, particulièrement dans le nord. On y trouve cette variété à cornes annelées et à ventre blanc que les Arabes appellent Rîn, et dont la taille est supérieure aux Gazelles de Sah'ara.

(1) Si l'on se rappelle que les Éléphants vivaient autrefois dans le Tell africain et sont aujourd'hui retirés dans les zones plus chaudes de l'intérieur, ne pourrait-on voir dans ces reptiles gigantesques des représentants de celui qui porta jadis la terreur dans l'armée de Régulus ?

(2) Les indigènes d'Algérie vendent à bas prix une composition de même nom faite de grossiers aromates.


244 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Des tentatives devraient être faites pour domestiquer en Algérie cet élégant animal, dont la chair est délicate et bonne.

Ce serait une entreprise facile à tenter et qui serait couronnée de succès, puisque la Gazelle est du pays même. Il suffirait de la domestiquer et de favoriser sa multiplication.

On trouve au Soudan diverses espèces de rongeurs. Hérodote en a indiqué trois pour les Pays des Nomades.

Nul doute que l'Afrique intérieure ne renferme une grande quantité d'espèces nouvelles de mammifères de petite taille.

Les Panthères sont communes sur les lisières du Soudan et du Sah'ara. Les Touâregs en apportent fréquemment des peaux qui se vendent de 20 à 24 fr. sur le marché de R'adamès.

Il en est de même des Lions.

Un fait remarquable dans la Faune du Soudan, et que M. Isidore Geoffroy a déjà signalé à l'Académie des sciences (1), ce sont ces Moutons à poils ras chez les Nègres à cheveux laineux, tandis que les animaux de même espèce sont laineux chez leurs voisins, hommes à cheveux lisses d'origine caucasique. Ces Moutons sont d'une espèce particulière, connue sous le nom de Demman ou Ademan, qui devient excessivement grasse et fournit un lait excellent et abondant. Son pelage, court comme celui de la Gazelle, est tacheté de noir et de blanc. On en rencontre quelques individus dans le Gourara, oasis du sud de l'Algérie.

Un phénomène analogue à celui que nous venons de rapporter pour les Moutons se produit pour le Chameau. Le poil long et laineux de cet animal est une des richesses des tribus sah'ariennes et des bourgades du désert, où il est employé aux usages domestiques et fournit des tissus d'un prix élevé ; dans le Soudan son poil devient ras.

Les Nègres ne mangent pas la viande, du Chameau.

Les animaux domestiques de belle race, les types agricoles perfectionnés sont le privilége exclusif des races humaines civilisées. Dans nos sociétés, l'homme s'ingénie à plier l'animal à des besoins nouveaux. Chez les races barbares on ne remarque aucune tentative de ce genre, la perfection étant en relation

(1) Académie des sciences. Comptes rendus, 1850, t. I, p, 350.


FAUNE DU SOUDAN. 245

directe des besoins. C'est en vertu de cette loi que nous ne retrouvons pas chez les Soudaniens les individus de cette belle et pure race des M'haris ; car cette variété, due aux soins de l'homme, est le privilége exclusif des tribus arabes les plus civilisées. Aussi le type le plus pur du M'hari vient-il de l'Omrah, du pays des Bycharis ; il est un peu moins beau chez les Berbères nomades du Sah'ara algérien, et perd toutes ses qualités chez les Bédouins sauvages du Slaroc.

Pour le moment, et dans l'état actuel des relations de l'Algérie avec le Soudan, le principal produit que puisse retirer le commerce consiste dans les peaux et les cuirs.

Les marchands de R'damès, intermédiaires du Soudan avec le Tell, importent à Tunis et à Tripoli une grande quantité de peaux de Buffle (Klabo).

D'après M. Prax une peau vaut :

A Kanou 1 fr. 75 c.

A R'at 3 75

A R'damès 5 62

Pour atteindre à Tunis une double valeur de 11 fr. 25 c.

Les peaux de Chèvres appelées par les Touâregs Tedefeurt, sont l'objet d'une vente considérable, elles sont parfaitement préparées et d'une qualité supérieure. Si bien que « le travail » d'un tanneur, dit M. le capitaine de Bonnemain (1), est d'un » industriel consommé. On ne fait pas mieux en Europe en » supposant qu'on fasse aussi bien, "

Les cuirs les plus renommés viennent de Haoussa.

Enfin, nous ne terminerons pas ces résumés ni nos notes, sans dire que les Soudaniens recueillent du miel qui est vendu par les Touâregs à R'at, R'damès, I'delés, Aïn-Salah, où il est très recherché.

Nul doute que les explorateurs européens et les relations des indigènes algériens, ne fassent connaître les ressources variées qu'offrent en tout genre ces vastes pays de la poudre d'or, du cuivre et des esclaves qui s'appellent Beladez-Soudàn.

(1) Voyage à Radames.


246 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

RAPPORT SUR SARLAROT

BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNES

CRÉÉE PAR M. DUTRONE.

Commissaires :

MM. le marquis DE SELVE, président, BARRAL, MAGNE, J. VALSERRES,

et U. LEBLANC, rapporteur.

(Séance du 18 décembre 1857.)

Messieurs,

La Commission que vous avez nommée pour vous faire un rapport sur le Boeuf cotentin sans cornes SARLABOT Ier, né et engraissé chez M. Dutrône, m'a fait l'honneur de me choisir pour son rapporteur ; je vais vous rendre compte de la mission que vous nous avez confiée.

Nous n'avons pas cru devoir nous borner à un examen pur et simple de ce boeuf et de la sous-race normande dont il est un spécimen ; la Commission a pensé qu'elle devait prendre ce fait comme l'occasion de considérations générales sur les races bovines sans cornes, sur leur acclimatation et sur la formation des sous-races à tête nue, par le croisement de types sans cornes avec des animaux à cornes.

En effet, les fondateurs de la SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION se sont préoccupés d'un but bien plus élevé que celui d'enrichir la France seule par des importations; ils ont, dès leurs premiers actes, provoqué, récompensé les acclimatations à l'étranger (1), et aussitôt, sous une habile direction, la Société a vu les souverains, les savants des différents pays du monde devenir ses protecteurs, ses auxiliaires, ses tributaires.

Vos commissaires, Messieurs, envisageaient déjà leur tâche à ce point de vue cosmopolite, quand ils ont trouvé dans le Moniteur belge le programme d'un concours que le Congrès

(1) Rapport de M. le présid. Is, Geoffroy Saint-Hilaire, Bulletin n° 2, 1856.


BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNES. 247

international de bienfaisance, dans sa session de Francfortsur-le-Mein, a ouvert pour encourager la propagation de la race bovine sans cornes. Toutes les nations représentées à ce congrès l'étant aussi dans notre Société, il nous a paru que c'était une raison de plus pour consigner ici des documents propres à guider, dans leur oeuvre d'acclimatation et de croisement, les personnes qui s'occuperont à l'étranger aussi bien qu'en France de propager les races bovines à tête nue.

D'ailleurs l'association pour l'acclimatation des animaux et des végétaux n'a pas seulement cherché à introduire d'une contrée dans une autre des espèces telles que la nature les avait produites, mais aussi des espèces modifiées par la domestication ou par la culture. Eh bien ! c'est un heureux exemple de ces modifications que M. Dutrône est venu présenter à notre Société comme une preuve des bons résultats que l'on peut obtenir en alliant, dans certaines conditions, avec une race française, une espèce modifiée, autrement dit une race créée, ou du moins très répandue dans un pays étranger.

En entrant, il y a dix-huit ans, dans cette voie, où, soutenu par un profond sentiment d'humanité, il persévère avec un succès bien constaté, M. Dutrône a-t-il agi par un mouvement spontané, ou bien a-t-il répondu à cet appel que l'illustre père de notre illustre président avait consigné dans son traité de PHILOSOPHIE ANATOMIQUE, où nous lisons :

« Le cultivateur donne des étalons de choix ayant telle qualité déter" minée à sa cavale, à ses brebis ou à sa GÉNISSE, pour se procurer, je. » suppose, une race hybride, des agneaux à lainage beaucoup plus fin, ou

» un VEAU QUI CROÎTRA SANS PRENDRE DE CORNES (1). »

Dans la première hypothèse, M. Dutrône aurait eu une noble initiative; dans la seconde, il aurait accepté un noble guide.

Dans tous les cas, l'autorité du savant et l'exemple du praticien vont, en se prêtant un mutuel appui, bâter la réalisation trop longtemps retardée de ce grand progrès agricole et humanitaire, à savoir : la substitution des races bovines sans cornes aux races si dangereuses qui en sont armées.

(1) E. Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique, t. II, p. 490 (1822).


248 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Nous venons de dire qu'il fallait satisfaire à certaines conditions pour retirer des avantages marqués d'alliances d'animaux de races étrangères avec des animaux de races indigènes. C'est de l'observation ou de l'inobservation de ces conditions que proviennent les bons ou les mauvais résultats de l'alliance.

Ces conditions ne sont pas absolues. Elles sont variables comme le but que l'on se propose; mais elles doivent être telles que l'individu améliorateur ne soit pas très différent, par sa constitution et par sa conformation , de l'individu dont la race est à perfectionner ; telles aussi que le climat, et en général l'état de la contrée qui a nourri le premier, aient quelque analogie avec ceux du pays qu'habite le second. Les sous-races ainsi formées ont des caractères durables, se transmettant par la génération. Quand on s'écarte beaucoup de ces règles, on court le risque d'avoir des animaux désharmoniés, des produits peu féconds. Au point de vue de l'acclimatation, nous allons consigner ici les renseignements que nous avons puisés soit dans des écrits sur les races sans cornes, soit dans l'expérience de M. Dutrône.

Tout d'abord, nous rappellerons que les races d'Angus, d'Aberdeen, de Galloway présentent, ainsi que la race de Suffolk, des caractères fixes qui, la tète à part, les font reconnaître au premier coup d'oeil. - Cette fixité des caractères explique la grande influence des individus de ces races sur les produits, lorsqu'on les accouple avec, des bêtes à cornes. Nous ferons remarquer aussi que les diverses races sans cornes se distinguent par des qualités différentes : les unes sont très bonnes laitières ; les autres conviennent surtout pour la boucherie. - Ainsi lorsqu'on voudra faire des croisements dans les localités où l'on s'occupe principalement de la production de la viande, il faudra prendre en Ecosse des Angus, des Aberdeen ou des Galloways. - S'il s'agit de la production du lait, on devra prendre en Angleterre des Suffolk.

Quoique les Suffolk soient les meilleures laitières des trois Royaumes-Unis, il peut parfois être plus rationnel, sous le rapport de l'acclimatation., de choisir une autre race sans cornes, habitant une contrée plus froide. Ainsi la race de Kin-


BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNES. 249

ross (Ecosse), qui se recommande aussi par ses qualités laitières, conviendrait mieux aux pays situés au nord de la France que la race de Suffolk, choisie par M. Dutrône pour modifier la race cotentine, qui n'est séparée de la première que par le canal de la Manche. C'est ainsi encore que les races sans cornes de Suède et de Norwége devraient être préférées pour créer des races à tête nue dans les contrées les plus septentrionales; de même que ce serait dans l'Asie Mineure, où l'on dit exister une race sans cornes, qu'il conviendrait de prendre des animaux pour le croisement des races des pays méridionaux, pourvu que la race d'Asie, sur laquelle nous n'avons aucun renseignement précis, possédât des qualités bien manifestes.

Afin de renseigner les personnes qui voudront acclimater des races sans cornes, ou les croiser avec des animaux à cornes, voici où se trouvent les plus beaux types des races présentées à nos concours universels de 1855 et de 1856, et à notre concours international de Poissy en 1857.

Pour l'Angus, l'Aberdeen et le Galloway, ces types se trouvent chez Sa Grâce le duc de Buccleuch , Lord Southesk, près Broehim (Ecosse); Lord Talbot, près Dublin (Irlande); MM. William Mac-Combie et James Stewart, près Aberdeen (Ecosse) ; Robert Wardlaw-Ramsay, près Edimbourg, etc., etc. Pour la race de Suffolk, M. Dutrône, qui a visité les provinces de Suffolk, Norfolk, Cambridge et Essex, nous a appris que les meilleurs types se trouvaient chez Lady Cullum et le marquis de Bristol, à Bury Saint-Edmond ; Lord Sondes, à Tilford (Norfolk); Lord Slradbrock, près Hotesworth; Sir Edouard Kerrisson, M. P. Bar., près Lowestoft ; le colonel Tomlyn, M. P., près Ipsivich ; le colonel Mason, M. P., à Necton ; le révérend Morton Schaw, près Bury Suint-Edmond ; MM.Magendie, à Haddingham Castle, près Sudbury ; H. B. Birkbeck, près Norwich; Mosly, près Saxmmidum ; Badham et Bidell, près Ipswich ; Hawkins, près Colchester; Gray Mariage, près Chelmsford (Essex) ; R. Baker, id.; Crashe, près Mellis ; Hudson, près Kingslynn ; Crisp, près Woodbridge ; Baven, près Bury Saint-Edmond ; etc., etc. Nous signalerons encore une condition à rechercher dans

T. V. - Juin 1858. 17


250 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

les reproducteurs : c'est une taille moyenne pour les grandes races, telles que la Cotentine, dont nous nous occupons ici ; cette taille est approximativement, quant au mâle, de 1m,40 à 1m,50, et, quant aux femelles, de 1m,25 à 1m,35 (mesure prise à la potence). - La taille moyenne est réclamée aussi bien par l'industrie laitière, beurrière ou fromagère, que par les laboureurs et les engraisseurs ; elle coïncide avec le poids moyen en viande nette le plus avantageux pour le consommateur et le boucher. - Ce poids approximatif aussi est de 300 à 400 kilogr. pour les mâles et de 200 à 250 kilogr. pour les femelles. Ces indications de taille et de poids sont basées sur les renseignements donnés par le syndicat de la boucherie et MM. le directeur des approvisionnements et l'inspecteur général de la boucherie.

La taille moyenne et le poids moyen se rapportent généralement à une constitution des formes et des proportions annonçant de l'harmonie dans l'organisme et dans les fonctions. Ils coïncident aussi avec un embonpoint moyen, qui fait que le goût et les propriétés nutritives de la viande sont meilleurs que quand elle est noyée dans une excessive proportion de graisse.

Malheureusement la taille moyenne a été quelquefois regardée comme défavorable. Ainsi, depuis mai 1821 à janvier 1847, époque où les droits d'octroi se payaient par tête,' les plus grands boeufs, qui étaient souvent plus lourds que les boeufs de taille moyenne, quoique moins bons, étaient préférés, parce qu'ils coûtaient proportionnellement moins que ceux-ci pour l'entrée à Paris.

L'antique promenade du boeuf gras a aussi donné de la faveur aux boeufs de taille exagérée, une stature gigantesque l'emportant sur les qualités réelles pour l'admission à cette solennité, préférence déplorable, puisqu'elle met en relief des animaux dont elle semble encourager l'élevage, mais qui, mal constitués, ne doivent cependant pas servir d'exemple.- C'est l'année dernière seulement que, par une exception très louable, on a admis à cette promenade un boeuf n'ayant que 1m,60. - Ce boeuf, qui était SARLABOT 1er, dépassait encore la taille moyenne ;


BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNES. 251

c'était même pour ce motif que M. Dutrône ne l'avait pas employé à la reproduction. - Espérons que ce précédent sera un enseignement, et qu'il conduira les éleveurs, ceux de la Normandie notamment, à ne plus prendre la grande taille comme principal mérite des veaux, dans la sélection des produits destinés à l'élevage et surtout à la reproduction.

Sans développer plus longuement les principes que nous avons posés, nous allons, Messieurs, vous faire connaître avec quelques détails, le fait qui a été l'occasion de ce rapport. Il sera une preuve à l'appui des règles que nous avons indiquées.

M. i utrône, conseiller honoraire à la Cour impériale d'Amiens, alarmé des quasi-délits, des accidents et des inconvénients de toute sorte qui proviennent de la présence des cornes chez l'espèce bovine, s'est appliqué à constituer une race nationale sans cornes , en alliant des animaux appartenant aux races anglaises et écossaises à tète nue avec des

(1) Nous devons cette gravure à l'obligeance de M. Barral, directeur du Journal d'agriculture pratique.

SARLABOT 1er (1).


252 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. sujets à cornes de la race française COTENTINE ou normande.

Avant d'aller plus loin , nous indiquerons sommairement les principaux inconvénients des cornes chez les bêtes bovines. Ce sont les blessures, souvent suivies de mort, qu'elles font aux personnes qui les soignent, ou qu'elles rencontrent dans les pâturages et sur la voie publique; blessures qui peuvent être faites par des animaux d'un naturel fort doux, soit dans un accès de gaieté, soit en se défendant contre les insectes.

Ce sont, dans les pâturages, les blessures, souvent mortelles aussi, échangées entre les animaux à cornes, ou, comme l'a fort bien dit le Moniteur des Comices :

« Les éventrations des juments poulinières, agressives par préoccupation maternelle, et des jeunes poulains, importuns par leurs provocations à jouer, quand le taureau ou la vache, occupés à paître, ne veulent pas être dérangés.

» Dans les herbages, plantés d'arbres fruitiers, c'est la destruction des appareils coûteux établis pour les protéger. - A quoi il faut ajouter, que les bêtes à cornes, se servant de leur armure pour détruire les clôtures qui les retiennent dans les pâturages, se répandent ensuite sur les terres ensemencées, où elles ravagent les récoltes (1). »

C'est encore, comme l'a fait remarquer M. Barral, notre collègue, la dérivation d'une partie des sucs nutritifs qui, au lieu de contribuer à l'augmentation de la chair et de la graisse, donnent un produit de moindre valeur (2).

C'est enfin de favoriser le maintien d'un usage routinier, consistant à atteler les boeufs par la tête, quand tout indique que la communication de la force motrice, appliquée à un collier contre lequel les épaules font pression, favorise l'emploi de cette force : vérité démontrée par notre autre collègue M. le professeur Magne, dans un excellent rapport fait à la Société protectrice des animaux (Bulletin de mai 1857).

Nous n'ignorons pas qu'on a diminué les inconvénients du joug en le remplaçant par deux demi-jougs isolés, adaptés chacun à la partie antérieure de la tète d'une paire de boeufs, ce qui leur permet de se mouvoir plus librement qu'avec le vrai joug ; mais ce moyen d'attelage rend encore les cornes

(1) Moniteur des comices, 1er avril 1857.

(2) Journal d'agriculture pratique, 5 avril 1857.


BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNES. 253

nécessaires, et par conséquent ne fait pas disparaître la causé des accidents dont nous venons de parler.

Ajoutons que, dans la propagation des races, tout ce qui concerne la parturition est du plus haut intérêt. Or, le vêlage chez les races à tête nue s'effectue dans de meilleures conditions que chez les races à cornes ; car, bien qu'en naissant les veaux de cette dernière race n'aient aucun embryon de cornes, cependant l'os frontal de ces jeunes animaux présente à sa région latérale et supérieure plus de développement que chez les veaux de race à tête nue, ce qui augmente la fréquence et les risques des parts laborieux. Dans la race sans cornes, l'os frontal est allongé à sa partie supérieure, ce qui favorise la délivrance.

Nous allons maintenant, Messieurs, vous parler de la race Sarlabot en particulier.

Tout en ayant pour but principal d'obtenir une race sans cornes, M. Dutrône a voulu infuser dans le sang de la race cotentine, déjà excellente laitière et excellente race de travail et de boucherie, les facultés laitières des vaches de Suffolk, qui, sous ce rapport, constituent la meilleure race des trois Royaumes-Unis, et les qualités du boeuf Angus, lesquelles consistent dans sa force, sa conformation générale, la qualité supérieure de sa viande et son aptitude à l'engraissement.

M. Dutrône a opéré sur son domaine de Sarlabot, à Trousseauvilie-Dives (Calvados), où il entretient de 20 à 25 têtes de bétail : il en est sorti 8 taureaux, 10 boeufs de boucherie et 30 vaches.

La colonie pénitentaire de Fontevrault a eu un taureau et une génisse venant directement de la vacherie de M. Dutrône, et elle s'était déjà procuré d'autres sujets de la même race qu'elle avait tirés de Mettray.

Voici en quels termes notre collègue, M. de Metz, a communiqué à M. Magne les observations recueillies à Mettray sur les qualités de la race formée par M. Dutrône :

« Nous avons, dit M. de Metz, acheté plusieurs vaches cotentines sans cornes à M. Dutrône. Un certain nombre et trois taureaux ont été donnés, à titre de libéralité, à la colonie, par ce généreux agronome. Nous devons


254 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

dire que ces animaux étaient tous remarquables, et il suffira de donner la

description de l'un d'eux, pour faire comprendre les avantages de cette race :

Détails sur une génisse de la race Cotentine sans cornes, agée de trois ans six mois, n'ayant pas porté de veau, livrée à la boucherie de Tours :

Poids vif 555 kîl.

Poids des quatre quartiers 347

Proportion des 4 quartiers seuls au poids vif. . . 62k, 500 p. 100

» La proportion des quatre quartiers au poids vif, 62,50 p. 100, est aussi élevée que celle de beaucoup de boeufs gras primés dans les concours, et elle est d'autant plus satisfaisante que cette vache a reçu seulement la ration d'entretien de nos vaches laitières, sans aucun farineux.

» Nous ajouterons que les produits obtenus par le croisement du taureau cotentin sans cornes avec nos autres races, jouissent de l'avantage d'un engraissement facile ; les veaux de boucherie qui en proviennent sont d'une qualité bien supérieure à ceux de nos autres races.

» Nous devons constater aussi, ajoute encore M, de Metz, que, sous le rapport de la production du lait, ces vaches n'offrent pas moins d'avantages que sous le rapport de l'engraissement. »

Le Journal d'agriculture pratique nous apprend que plusieurs animaux de la race Sarlabot ont été repartis dans les environs de Paris et à Paris même, - qu'un taureau et une vache ont été donnés par M. Dutrône au Muséum d'histoire naturelle, - qu'une vache se trouve encore à l'ermitage de Sannois, près d'Enghien, chez M. Féline, et une autre chez M. Levasseur, à ftlaisons-Laffitte ; elles sont très bonnes laitières. - Il en a été de même de deux vaches mises par M. Dutrône à la disposition de M. Magne, qui a constaté à l'école d'Alfort leur qualité supérieure. Enfin, une vache donnée à une loterie en faveur de Petit-Bourg, est échue à M. Vuillaume, aux Thernes, où ses qualités laitières sont encore notoires.

M. Dutrône acheta, après le concours universel de 1855, le taureau Angus MUNCK, présenté par lord Talbot de Malahide, et qui avait obtenu le 1er prix de sa catégorie. Cet animal allait être conduit à l'abattoir quand notre collègue en fit l'acquisition. - Une de ses filles, LADY TALBOT, qui a pour mère une vache de la race SARLABOT, a été donnée par M. Dutrône à notre Société; ce jeune animal, que nous verrons bientôt au Jardin du bois de Boulogne, promet beaucoup. - Munck a produit


BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNES. 255

16 veaux, dont 5 avec des cotentines sans cornes, de M. Dutrône, et 11 avec des vaches à cornes.

Nous croyons utile de consigner ici deux remarques faites par notre collègue dans les nombreux croisements qu'il a pratiqués ; c'est : 1° que l'accouplement d'animaux à tête nue avec des animaux à cornes donne en général plus de produits à tête nue que de produits à cornes ; 2° qu'il naît une plus grande proportion de femelles que de mâles sans cornes.

On devait s'attendre à ce dernier résultat, les mâles ayant toujours des moyens d'attaque et de défense plus nombreux ou plus développés que les femelles. Quant au premier résultat, il n'était guère probable; cependant M. Dutrône l'a constaté non-seulement chez lui, mais aussi en Angleterre, dans les provinces de Suffolk, de Norfolk, d'Essex et de Cambridge.

SAULABOT Ier, ne il y a cinq ans, et tué le 18 avril dernier, n'avait ni rudiments de cornes à la peau, ni vestiges osseux de cornillons (1), comme on le voit par le squelette que nous avons sous les yeux. Il était petit-fils maternel d'une Suffolk, son père descendait, par son père et par sa mère, d'un taureau Angus, après deux générations, et pour le reste il provenait de la race cotentine. - Après avoir bu pendant deux mois le lait de sa mère, et les deux mois suivants du lait écrémé, il a été nourri comme les autres animaux de la ferme, et châtré à l'âge d'un an. - Ce n'est qu'à partir du 1er janvier 1857, qu'on lui a donné, outre le foin, de la farine d'orge, du tourteau de lin et des betteraves.

SARLABOT, ayant été admis à la promenade des Boeufs gras, voici son signalement, d'après le programme officiel :

« Pelage rouge branché, marqué de blanc; longueur 2°,50; hauteur prise au garrot, 1m,60, à la croupe, 1m,64 ; circonférence, méthode Dombasle, 2m,80, à l'ombilic, 2m,90.

" Avant de partir pour la promenade, il pesait 1005 kilogrammes. »

M. Dutrône présenta Sarlabot au concours international de Poissy; il y était classé dans la 2e catégorie de la 1re section,

(1) On appelle cornillon la partie de l'os frontal servant de support aux cornes, et qui, s'allongeant avec l'âge, proportionnellement à celles-ci, les pénètre dans un tiers au moins de leur longueur.


256 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

sous le n° 110. Cette catégorie se composait de six Boeufs, dont deux ont été primés; savoir le n°105, premier prix, et le n° 107, troisième prix. - Le second prix n'a point été décerné, aucun des concurrents n'ayant été reconnu digne de l'obtenir. Vos commissaires ont constaté ce qu'a déjà fait connaître la commission (1) déléguée, par la Société protectrice pour visiter Sarlabot. M. le professeur Magne, organe de cette commission, s'est exprimé en ces termes, que nous nous approprions :

« Quoique beau cotentin, le boeuf que nous avons été chargé d'étudier, n'était point parfait dans tous les détails de sa conformation ; il était un peu trop long, un peu ensellé et avait le flanc un peu trop large; mais il avait un très beau devant, un garrot fort épais, des lombes larges, des cuisses bien descendues et le cuir fin. "

« Si la race sans cornes créée par M. Dutrône, laisse encore quelque chose à désirer, quant à la perfection des formes, elles est cependant, dès à présent, d'après la conformation de SARLABOT, supérieure a la race cotentine dont elle provient (2). »

Après cette première appréciation, votre Commission, voulant compléter son examen par l'étude de tous les caractères qui permettent de juger les qualités d'un animal quand il est considéré seulement comme substance alimentaire, votre Commission , disons-nous, se rendit à l'abattoir du Roule pour assister à la constatation du rendement de Sarlabot par le Syndicat de la boucherie. En voici les détails utiles :

Poids vif 1,005kil.

Poids des quatre quartiers. 634 ou 63,084 pour 100

Suif 91 9,054 pour 100

Cuir 59 5,870 pour 100

Pieds et patins 12,500 1,024 pour 100

Dans cette séance nous avons, avec la Commission de la Société protectrice, les Membres du Syndicat et plusieurs autres

(1) Cette Commission était composée de MM. le vicomte de Valmer, président ; Paganel, ancien directeur général de l'agriculture et du commerce ; le docteur Blatin ; le professeur A. Duméril ; Delattre ; Durand, inspecteur général des halles et marchés; Forest, ancien boucher; Lescuyot, ancien syndic de la boucherie ; Poisson, secrétaire général près des conseils d'hygiène ; le vicomte de Pommereu ; et le professeur Magne, rapporteur.

(2) Bulletin de la Société protectrice, mai 1857, pages 10 et 17.


BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNES. 257

personnes du commerce de la boucherie, unanimement reconnu que SARLABOT Ier, comme boeuf de consommation, avait conservé les qualités et n'avait plus les défauts des races croisées dont il provenait. Sa chair crue présentait le grain fin et la teinte marbrée qui caractérisent la viande supérieure. Soumise à la cuisson, cette viande adonné les résultats les plus satisfaisants. Du reste, la Société d'acclimatation ayant demandé directement au Syndicat quelle appréciation il faisait de cet animal, c'est ici le lieu de consigner une formule de la réponse faite par cette autorité si compétente :

« Nous confirmons par écrit ce que quelques-uns de nos collègues ont avancé verbalement; que parmi les boeufs du concours, Sarlabot, au point de vue de tous les intérêts pratiques, méritait une prime d'honneur.

» VESQUE, syndic, BELLAMY, DANLOS, GALHAUT, H. DUREY, » BANCELIN, CHARLES VOLLÉE. »

Comparons maintenant le rendement de SARLABOT Ier et celui des trois boeufs gras, promenés avec lui au carnaval.

Poids Poids des Poids Poids Poids des Pour 100 de poids vif.

vif. 4 quart. du suif. du cuir, pieds et pat, Viande. Suif. Cuir. Pieds et p. SARLABOT 1005 k. 634 k. 91 k. 59 k. 12,5 63,08 9,05 5,87 1,24 Boeuf gras n°1 1170 710 112 78 16 61,19 9,57 6,66 1,36

Boeufgrasn°2 1135 715 81 73 18 02,99 7,13 6,43 1,58

Boeofgrasn-3 1120 094 101 36 15 01,96 9,01 5,98 1,31

Il résulte de ces chiffres que SARLABOT a été supérieur aux trois boeufs gras pour le rendement en viande, supérieur aux numéros 2 et 3 pour le rendement en suif, enfin supérieur à tous les trois encore, pour la finesse de la peau, ainsi que pour la légèreté des patins et des pieds.

Il ne nous reste plus qu'à comparer le rendement de SARLABOT et celui des deux boeufs primés au concours international de Poissy.

Poids Poids des Poids Poids Poids des Pour 100 de poids vif.

vif. 4 quart. du suif. du cuir. pieds et pat. Viande. Suif. Cuir. Pieds et p.

SARLABOT 1005k. 634 k. 91k. 59 k. 12,5 63,08 9,05 5,87 1,24

1er prix n° 105 860 530 60 57 12 61,62 0,97 0,62 1,39

2' prix n° 107 808 508 63 58 12 60,04 7,32 6,74 1,39

Ainsi, Sarlabot a été supérieur aux deux boeufs de sa catégorie qui ont été primés, par la finesse de sa peau et la légèreté


258 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

du squelette; il a été, en outre, supérieur à celui qui a eu le premier prix, par le rendement en viande et en suif, et supérieur pour le suif à celui qui a eu le troisième prix N'oublions pas d'ailleurs que les animaux présentés , soit comme boeufs gras, soit pour les concours, sont choisis parmi les milliers de boeufs qui se trouvent dans chaque province; tandis que M. Dutrône ne peut choisir que dans le cercle étroit de sa vacherie.

Vos commissaires, Messieurs, ont voulu comparer le poids des os de la tète de SARLABOT et de la tête d'un boeuf à cornes.

M. Goubaux, professeur à l'Ecole impériale vétérinaire d'Alfort, nous a prêté son concours à cet effet, et c'est aux soins de cet habile anatomiste que nous devons les deux squelettes qui vont enrichir la collection de notre SOCIÉTÉ.

Le Boeuf à cornes limousin n'avait donné que 387 kilogr. de viande, tandis que SARLABOT en avait donné 634.

Les chiffres suivants démontrent la supériorité de la race sans cornes, au point de vue où nous l'étudions en ce moment.

Maxillaire Maxillaire

infér. sup. et crâne. Cornes. Cornillons, Total.

Sarlabot 2370 gram. 4300 » » 6670 gram.

Boeuf limousin 2310 5030 2150 1538 11020

Cette différence provient du grand développement en largeur et en épaisseur de l'os frontal ; le front, support des cornes (armes destinées à vaincre, dans l'état sauvage, de grandes résistances), étant nécessairement formé d'une lourde masse osseuse. - On voit en effet que le maxillaire inférieur est plus léger dans le Boeuf limousin que dans SARLABOT; tandis que le supérieur et le crâne, sans les cornes et les cornillons, sont plus lourds dans le limousin, bien qu'il n'ait donné en viande que près de moitié moins que SARLABOT. - Ainsi se trouve plus que justifiée l'observation du Journal d'agriculture pratique, rappelée par nous en commençant.

L'heureux résultat obtenu par M. Dutrône, est une belle récompense de ses efforts pour créer une sous-race sans cornes avec une de nos meilleurs races françaises. Mais il ne lui a pas suffi de faire naître de bons produits, L'Illustration nous dira


BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNÉS. 259

comment notre collègue s'y prend pour vulgariser une bonne chose. On y lit (1) :

« Au concours international ouvert en 1856 par la Société royale d'agriculture de Londres, M. Dutrône a présenté une vache et une génisse, l'une mère, l'autre cousine de Sarlabot. La vache y a été primée. Nous avons sous les yeux la médaille, d'une exécution parfaite, qui le constate. Quant à la prime pécuniaire, notre compatriote l'a laissée entre les mains de lord Portman, président de la Société, pour être transformée en une médaille d'or, offerte au propriétaire du meilleur taureau sans cornes qui sera présenté en 1857 au nouveau concours ouvert en Angleterre par cette même société.

» Ainsi, non content d'avoir, malgré bien des mauvais vouloirs, constitué dans sa province la souche d'une précieuse race, M. Dutrône a voulu provoquer sur le sol des trois Royaumes-Unis le perfectionnement des nombreuses variétés de l'espèce bovine sans cornes qui s'y trouvent. Il l'a fait pour que les agriculteurs, non-seulement des diverses provinces de France, mais encore de toutes les nations puissent se procurer dans les îles Britanniques les différents types à tète nue qui conviennent à l'agriculture respective des différentes provinces continentales, pour y constituer des races NATIONALES sans cornes, comme la nouvelle race normande. »

La médaille d'or dont il s'agit a été décernée le 20 juillet 1857, au concours de Salisbury, à M. Badham, célèbre éleveur des environs d'Ipswich, province de Suffolk.

Partant de ce précédent, M. Dutrône a fondé une semblable médaille d'or qui sera décernée, chaque année, au propriétaire du meilleur taureau sans cornes né dans la GrandeBretagne, et qui y sera présenté à un concours ou qui sera amené à un concours international sur le continent. - C'est au concours d'Aberdeen (Ecosse) que sera décernée, cette année, la première médaille provenant de cette fondation.

Voici un autre moyen de propagande employé par M. Dutrône. Il a fondé dans la Société protectrice des animaux, pour y être décernées aussi chaque année, deux primes de cent francs chacune : l'une pour les gens de service étrangers, l'autre pour les gens de service français, qui auront donné les meilleurs soins aux. animaux de l'espèce bovine sans cornes (2).

(1) Page 150, n° du 7 mars 1857.

(2) La Société protectrice a joint à ces deux primes deux médailles d'argent. Ces récompenses ont déjà été décernées, pour l'étranger, aux vachers


260 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Enfin M. Dutrône vient de fonder la médaille d'or qui, à chaque session du Congrès international de bienfaisance, sera décernée pour encourager la propagation de la race bovine sans cornes (1).

Dans le programme de ce concours les soins que notre collègue a apporté à la formation de la sous-race qui s'appellera désormais race SARLABOT, sont justement appréciés ; voici en effet la formule finale du programme publié par le congrès qui a tenu sa dernière session à Francfort :

de lord Talbot de Malahide (Irlande), de lord Southesk (Ecosse), et de M. W. Mac-Combie de Tillifour (Ecosse) ; - pour la France, aux vachers de MM. L. Lamblin (Côte-d'or) et Didieux (Haute-Marne).

(1 ) Extrait du programme. - « Le premier concours est ouvert à partir de ce jour jusqu'au 1er mai 1859, et la médaille d'or sera remise au lauréat, dans la séance d'ouverture du prochain congrès qui aura lieu la même année.

» Ce concours aura lieu entre les vacheries de vaches sans cornes qui seront instituées d'ici au 1er mai 1859.

» Une vacherie, pour être admise à concourir, devra se composer au moins de deux vaches pleines ou donnant du lait, et d'un taureau âgé de dix-huit mois à quatre ans au plus.

» Les directeurs d'établissements agricoles pourront concourir aussi bien que les propriétaires et les fermiers.

» Dans le cas où il ne se trouverait pas de nouvelle vacherie de vaches sans cornes établie depuis la publication de ce programme jusqu'au 1er mai 1859, les vacheries semblables préexistantes seraient admises subsidiairement à concourir pour la médaille d'or. Mais elles n'auront droit qu'à des mentions honorables s'il se présente quelque concurrent pour vacherie constituée par suite du présent appel.

» Les concurrents devront faire parvenir (franco), avant le 1er mai 1859, à M. Ed. Ducpetiaux, secrétaire de l'Association internationale de bienfaisance, n° 22, rue des Arts, à Bruxelles, une déclaration indiquant :

» 1° La généalogie, l'âge, la couleur, la taille exacte, et le poids approximatif de chacun des animaux composant leur vacherie. Le domicile et le nom de l'éleveur et du vendeur, autant que possible et la date de l'acquisition.

» 2° Les quantités de lait et de beurre données par chacune de leurs vaches, si elles ont déjà vêlé avant le 1er mai 1859.

» Les déclarations ci-dessus réclamées devront, qu'il s'agisse de vacheries nouvelles ou anciennes, être visées par l'autorité municipale de la localité.»

[Moniteur belge, 15 octobre 1857.)


BOEUF DE LA RACE COTENTINE SANS CORNES. 261

« En procédant comme on l'a fait en Normandie, les agriculteurs n'auront point à craindre que les croisements opérés entre les variétés sans cornes étrangères et les variétés à cornes indigènes, causent aucune perturbation dans les intérêts agricoles se rattachant à cette partie de la richesse publique. Ces intérêts ne peuvent, au contraire, qu'y gagner, les types étrangers qu'il s'agira d'introduire appartenant à des races perfectionnées de longue main par d'habiles éleveurs. - Les concurrents, en entrant dans la voie ouverte par le concours, feront donc marcher de front le progrès humanitaire et le progrès matériel. »

Ces idées sont tout à fait conformes à celles, que nous avons émises dans le cours de notre rapport. Si vous les approuvez, Messieurs, leur propagation devra produire beaucoup de bien ; car notre SOCIÉTÉ est l'autorité morale et scientifique vers laquelle doit naturellement se tourner, pour être éclairé, quiconque voudra faire des acclimatations.

Votre Commission, en terminant sa mission, a l'honneur de vous proposer , Messieurs, d'adresser des remercîments à M. Dutrône pour nous avoir mis à même d'étudier son boeuf SARLABOT Ier ; - elle vous propose également de féliciter notre collègue sur la création d'une sous-race NATIONALE, sans cornes, dont le premier représentant a pu mériter le témoignage que le syndicat de la boucherie de Paris, a exprimé en ces termes :

« Parmi les boeufs du concours international de 1857, SARLABOT, au point de vue de tous les intérêts pratiques, méritait une prime d'honneur. »

La commission est d'avis que le jugement porté par le syndicat de la boucherie, soit ratifié par la SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.


262 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

DU RÉGIME ALIMENTAIRE DES OISEAUX

Par M. Florent PRÉVOST,

Aide naturaliste, Chargé de la Ménagerie au Muséum d'histoire naturelle.

(Séance du 21 mai 1858.)

Depuis le commencement du siècle actuel la science zoologique a réalisé des progrès considérables par le moyen des recherches anatomiques ; une connaissance plus complète des organes a jeté sur la physiologie comparée une clarté nouvelle et a révélé, selon les espèces animales, les variations les plus intéressantes dans l'accomplissement de leurs diverses fonctions.

Mais on doit avouer qu'il est des questions zoologiques où ce mode d'investigation apporte peu de lumières ; ce sont particulièrement celles qui concernent les instincts et les moeurs des animaux.

A leur égard il faut suivre une autre méthode pour constater les faits, et la difficulté de les saisir explique suffisamment pourquoi cette partie de la science, bien qu'elle excite tout l'intérêt que l'on peut souhaiter, est encore si peu avancée comparativement à beaucoup d'autres.

Ces remarques peuvent surtout s'appliquer à la grande classe des Oiseaux ; doués par le Créateur des plus merveilleux moyens de locomotion, maîtres de l'air où l'homme sait à peine s'élever et ne se dirige pas, les Oiseaux échappent à toute observation suivie et leurs moeurs présentent, cependant des faits dignes de toute attention, aussi bien au point de vue purement scientifique, qu'au point de vue de leurs rapports avec l'homme. A ne considérer que la création en elle-même, abstraction faite de nos besoins et de nos intérêts, quoi de


RÉGIME ALIMENTAIRE DES OISEAUX. 265

plus digne des études du naturaliste que ces moeurs régulièrement vagabondes de la plupart des Oiseaux. Quel besoin mystérieux ou quelle volonté suprême guide à travers de vastes contrées ces bandes d'Oiseaux qui, chaque année, aux mêmes époques, reviennent, passagers attendus et toujours fidèles, sur les côtes de nos mers, dans les gorges de nos montagnes, ou le long de nos vallées? Quelle nécessité rassemble ou disperse selon les saisons les individus d'une même espèce? Toutes ces questions ne peuvent être élucidées que par l'observation; et leur solution se fera encore longtemps attendre. Mais, en compensation, chacun des faits qui nous sont révélés a son utilité immédiate; il nous fait connaître quelque nouvel ennemi de nos récoltes ou quelque auxiliaire méconnu qui concourt à les protéger. Car il existe une harmonie constante entre les instincts des animaux et leur mode d'alimentation, et la recherche de leur nourriture exerce une immense influence sur tous leurs actes. A ces deux ordres d'idées se rattachent les questions que depuis longtemps je me suis posées concernant les moeurs des Oiseaux ; et dans l'espoir d'être utile à la fois à l'ornithologie et à l'agriculture, j'ai poursuivi pendant de longues années les observations qui m'ont paru propres à en avancer la solution.

Je dois déclarer avant tout qu'un travail de ce genre ne peut être considéré comme une oeuvre terminée. Par sa nature même, il demande à être poursuivi et ne doit donner de résultats quelque peu satisfaisants qu'après une applicatio prolongée de la méthode que j'ai suivie. C'est surtout cette méthode et ses premiers résultats que je désire faire connaître aujourd'hui par un court exposé.

On peut formuler de la manière suivante les questions auxquelles se rapportent mes observations :

1° Quelles sont les causes des changements dans le régime alimentaire que l'on observe chez beaucoup d'espèces d'Oiseaux suivant les saisons ?

2° D'où proviennent ces réunions souvent considérables d'Oiseaux d'une même famille ou d'une même espèce sur un seul point?


264 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

3° Pourquoi certains Oiseaux quittent-ils par moment nos contrées pour revenir bientôt, et cela plusieurs fois dans le cours de l'année ?

4° Quelle est la cause de ces émigrations périodiques exécutées par certaines espèces avec une régularité que rien ne semble pouvoir altérer ?

5° Quelles sont les espèces utiles ou nuisibles aux récoltes agricoles ?

6° Quelles sont enfin les espèces d'Oiseaux exotiques qu'il serait possible et utile d'introduire et d'acclimater dans notre

pays?

Le régime alimentaire et les nécessités qu'il crée pour chaque espèce me semblent avoir une influence décisive sur les faits de moeurs que concernent les questions précédentes; et il m'a paru qu'il serait d'un grand intérêt de recueillir aux diverses époques de l'année l'estomac de tous les Oiseaux qu'il serait possible de me procurer, d'en examiner le contenu, de consigner le résultat exact de cet examen avec la date de l'observation et de conserver ces pièces pour en former avec le temps une collection où l'on pût vérifier chacun des faits enregistrés. Cette collection, commencée par moi il y a plus de trente ans, comprend aujourd'hui un nombre considérable de pièces que j'ai disposées pour les conserver de trois manières différentes. Les unes sont des estomacs ouverts et séchés avec leur contenu, puis fixés sur des cartons qui portent, outre le nom de l'espèce d'Oiseau , l'indication de la localité où il a été tué ou pris, la date précise et enfin les noms des animaux ou des végétaux dont les débris ont pu être reconnus dans l'estomac. Le second mode de conservation a consisté simplement à mettre dans de petits tubes bouchés l'estomac ou son contenu-, le même mode d'étiquetage a été employé. Enfin, j'ai cru devoir conserver aussi des doubles des objets précédents, dans l'alcool.

J'ai l'honneur de vous présenter quelques échantillons des pièces préparées suivant l'un ou l'autre de ces procédés. Il suffira de jeter un coup d'oeil sur ces pièces pour se convaincre que presque toujours les matières ainsi trouvées dans l'esto-


RÉGIME ALIMENTAIRE DES OISEAUX. 265

mac sont facilement inconnaissables, mais une étude attentive faite par moi-même ou due à la complaisance de M. Boulard, préparateur d'entomologie au Muséum d'histoire naturelle, nous a montré que, dans beaucoup de cas, il est possible d'apporter une grande précision dans la constatation des espèces qui servent à l'alimentation de chaque Oiseau. Les insectes offrent sous ce rapport de grandes ressources ; outre que souvent on les retrouve entiers dans l'estomac, il suffit en tous cas d'en délayer le contenu dans un liquide pour y reconnaître un bon nombre d'antennes, de mâchoires et de labres avec leurs palpes, de tarses et souvent de têtes entières; ces pièces donnent le moyen de déterminer la famille, le genre et dans quelques cas l'espèce même. Je dois me hâter de dire que, sous ce rapport, la nombreuse collection que j'ai réunie réclame encore un long travail ; mais les matériaux existent, et avec le temps, je ferai ce qu'il me sera possible pour les interpréter.

Quant aux estomacs d'Oiseaux dont les insectes ne font pas la nourriture habituelle, leur contenu offre certaines difficultés qu'il n'est pas impossible de surmonter. Ceux qui se nourrissent d'animaux vertébrés possèdent dans leur estomac des parties de squelette de leur proie qui permettent des déterminations analogues à celles dont j'ai parlé pour les insectes. Il est souvent moins facile d'arriver à une précision satisfaisante lorsque les Oiseaux se nourrissent d'animaux dépourvus de parties dures ; cependant, comme pour beaucoup d'espèces, j'ai pu me procurer des pièces doubles et triples, l'observation comparative fournit encore des documents assez complets. En ce qui concerne les espèces dont le régime alimentaire est végétal, les granivores présenteraient de grandes difficultés si le plus souvent les graines recueillies dans leur jabot et même dans leur gésier n'étaient parfaitement susceptibles de germer, ce qui permet toutes les fois qu'il y a intérêt à le faire, de connaître avec exactitude les espèces dont l'Oiseau avait ingéré les graines. Je dois avouer que l'on reste dans une incertitude plus grande lorsque l'estomac ne renferme que des parties vertes de végétaux. Dans ce cas, la détermination ne peut

T. V. - Juin 1858. 18


266 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

avoir une valeur suffisante que lorsqu'on a plusieurs pièces à étudier.

Ces travaux de détermination sont fort longs et me demanderont encore beaucoup de temps; d'une autre part, les résultats auxquels j'arrive ont besoin d'être présentés sous une forme comparable, synoptique et facilement saisissable. Dans ce but, j'ai rédigé un tableau uniforme pour toutes les espèces d'Oiseaux; chaque exemplaire de ce tableau concerne une espèce dont le nom figure en tête, et présente une série de colonnes dont chacune porte le titre d'un régime alimentaire; c'est dans ces colonnes et conformément à leur titre que j'inscris en regard de la date où l'observation a été faite, l'indication des objets trouvés dans l'estomac. Enfin, chacun de ces tableaux contient assez de lignes pour enregistrer des observations faites pendant les douze mois de l'année et à cinq dates différentes de chaque mois.

Voici, avec un échantillon des pièces conservées, quelquesuns de ces tableaux; beaucoup d'autres sont entre mes mains, et portent des indications plus ou moins complètes, mais dont la collection que j'ai formée possède les documents sans que le temps m'ait permis jusqu'ici de les recueillir complétement.

Je terminerai cette note par l'indication de quelques résultats généraux concernant les questions que j'ai mentionnées en commençant. Les études que j'ai pu faire d'après la méthode indiquée mettront hors de doute qu'une même espèce d'Oiseau change de régime alimentaire suivant l'âge et suivant la saison de l'année. On pourra voir par les séries d'estomacs conservés que la plupart des espèces granivores sont insectivores dans leur jeune âge et le deviennent de nouveau pendant l'âge adulte à chaque période de reproduction ; un fait analogue s'observe même dans les espèces qui, au printemps et nu commencement de l'été, dévorent les bourgeons et les jeunes feuilles. Il n'est pas jusqu'aux Oiseaux de proie vraiment carnivores qui, suivant les circonstances, ne mêlent des insectes à leur nourriture. Il m'a paru, en résume, que les insectes occupent dans l'alimentation des Oiseaux une part considérable. Ce singulier privilége peut être attribué à leur


RÉGIME ALIMENTAIRE DES OISEAUX. 267

prodigieuse multiplicité en même temps qu'à l'analogie de leur locomotion avec celle des Oiseaux. Il est, en effet, des moments où certaines espèces d'insectes viennent inonder une contrée d'individus sans nombre; dans de pareils moments, cette abondance même semble inviter une foule d'espèces animales à s'en nourrir.

Le Hanneton commun et quelques espèces voisines nous offrent un exemple de ce genre. Lorsque ces insectes apparaissent à l'état parfait on en retrouve bientôt les débris dans l'estomac de la plupart des Oiseaux qui habitent nos contrées à cette époque, et même dans l'estomac de plus d'un mammifère, depuis l'humble Musaraigne jusqu'au Loup habituellement si Carnivore.

Pour éviter de vous entretenir d'idées hypothétiques, je ne parlerai pas ici des opinions que j'ai pu me former sur les causes de ces faits, bien que je me sois constamment préoccupé de les saisir. Mais une de leurs conséquences mérite d'être indiquée : je suis en mesure de prouver que les Oiseaux sont en général beaucoup plus utiles que nuisibles à nos récoltes, et que même pour la plupart des espèces granivores, le mal qui nous est fait à certains moments est largement compensé par la consommation d'insectes qu'elles font en d'autres temps. Il importe donc de ne pas détruire ces espèces, mais seulement de les écarter des récoltes lorsqu'elles pourraient y nuire. Leur destruction laisserait sans contre-poids le développement de plusieurs espèces d'insectes plus fatales encore pour l'agriculture. L'étude du régime alimentaire m'a fourni aussi des renseignements que je crois utiles pour comprendre les faits de réunions, de disséminations, d'émigrations périodiques que l'on observe si communément parmi les Oiseaux. S'il est des espèces animales qui s'arrangent facilement d'une alimentation variée au gré des saisons, d'autres affectionnent exclusivement tels aliments que la nature ne leur offre que périodiquement dans un même pays ou d'une manière continue sous des climats différents. Beaucoup des mammifères dont l'alimentation est de ce genre s'endorment et restent engourdis pendant la saison défavorable. Ce phénomène curieux de l'hivernation n'existe


268 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

pas chez les Oiseaux, et il semble y être remplacé par le fait des émigrations périodiques beaucoup moins commun chez les mammifères. Je crois, en un mot, qu'en dehors des faits de moeurs directement provoqués par les besoins de la reproduction, on arrive à démontrer que les Oiseaux se réunissent, se dispersent, émigrent et voyagent conformément aux nécessités de leur régime alimentaire. Sans citer des faits de détail, dont les pièces que j'ai réunies fournissent des preuves, je me sens autorisé à signaler cette cause générale, dont la démonstration pourra être donnée dans un plus long travail ou fournie aux membres d'une Commission qui voudrait s'en rendre compte. Il existe d'ailleurs une harmonie curieuse entre ces passages de diverses espèces d'Oiseaux dans un même pays : elles se succèdent pour y subsister suivant les saisons des ressources qui leur y sont ménagées. Ainsi, chacun sait qu'il est des Oiseaux dont les bandes nombreuses reviennent au printemps dans nos climats pour se livrer à la reproduction de l'espèce. C'est dans une étude quelque peu précise des faits que l'on aperçoit nettement comment, au gré du développement successif des végétaux ou de l'éclosion des insectes, les espèces d'Oiseaux émigrent pour jouir tour à tour des aliments produits pour eux et pour leurs petits,

Ces Oiseaux de la belle saison nous arrivent de l'Orient et du Midi dont l'hiver plus doux les a nourris ; mais quand le froid renaît dans nos contrées, s'ils retournent vers les climats chauds, ce n'est que pour céder la place à d'autres émigrants descendus des régions polaires. Les Échassiers, les Palmipèdes de la zone arctique ont fait leur ponte dans le Nord pendant l'été et ils émigrent l'hiver dans nos pays pour y trouver les aliments que les glaces du pôle ne sauraient leur offrir. L'examen des estomacs de certains Oiseaux m'a fait connaître en outre un fait digne d'être signalé. A certaines époques, il est des espèces qui sont soumises à des jeûnes prolongés; leurs estomacs ne contiennent alors aucune matière alimentaire, mais habituellement des corps étrangers qui ne sont pas digérés. Le plus souvent ce sont des plumes de l'Oiseau lui-même, formant une pelote volumineuse qui tient l'estomac dilaté.


RÉGIME ALIMENTAIRE DES OISEAUX. 269

Les diverses espèces du genre Grèbe offrent particulièrement, ce fait pendant les mois d'hiver, lorsque la terre est durcie par la gelée.

J'ajouterai un mot seulement sur les conséquences pratiques d'études faites dans cette direction. Tous les agriculteurs ont intérêt à connaître d'une façon précise le régime alimentaire des espèces d'Oiseaux qui, suivant les saisons, se répandent sur leurs terres. En celte matière, les faits de détail ont une valeur toute spéciale, mais je ne puis pour ainsi dire énoncer ici que cette vue générale dont tout le monde saisit l'évidence. Il faut, pour tout dire en un mot, que l'agriculteur ne puisse détruire un Oiseau sans savoir qu'il n'en peut attendre que du préjudice. Ce résultat ne pourrait être atteint que si les naturalistes eux-mêmes connaissaient pertinemment les faits relatifs à l'alimentation. Les travaux que j'ai poursuivis m'ont paru pouvoir servir à atteindre ce but, mais il les faudrait multiplier sur un grand nombre d'espèces et dans diverses contrées. Tout ce qu'il me sera possible de faire dans cette voie, je le ferai à l'aide des matériaux que j'ai réunis et avec les moyens dont je dispose. Je souhaite aussi que d'autres naturalistes, s'adonnant à des études de ce genre, viennent apporter dans cette question le concours indispensable d'un certain nombre d'observations placées dans des circonstances suffisamment variées.

Je ne puis terminer cette note sans profiter de l'occasion qu'elle m'offre d'exprimer publiquement ma reconnaissance pour les personnes qui ont bien voulu m'aider dans ce travail, en me facilitant les moyens de suivre mes observations dans les forêts et domaines de la Couronne, successivement placés sous leur direction. Je dois surtout des remercîments à MM. le baron de Sahune, conservateur des forêts de la Couronne, Empis, de l'Académie française, directeur des domaines à la liste civile, actuellement administrateur général du Théâtre-Français, Defos, chef du bureau des forêts ; ainsi qu'à M. le général Ney, prince de la Moskowa, premier veneur de S. M. l'Empereur, MM. le marquis de Toulongeon, et le baron de Lage, capitaine et lieutenant de la vénerie impériale.


270 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D ACCLIMATATION.

COMPTE RENDU DE DIVERS ESSAIS POUR LA PROPAGATION DES ESPÈCES UTILES

Par M. le marquis de VIBRAYE.

(Séance du 19 février 1858.)

La Société zoologique d'Acclimatation ne manquerait-elle pas son but, si chacun de ses membres ne se faisait un devoir de contribuer à l'oeuvre commune en rendant compte des introductions nouvelles confiées à ses soins par la Société même, et ne s'imposait en outre l'obligation de signalera ses collègues toutes les tendances qu'il a pu faire ou qu'il se propose de suivre et de compléter pour l'expérimentation et la propagation des espèces utiles appartenant aux deux règnes de la nature soumis aux chances de l'acclimatation.

PREMIÈRE PARTIE. - Pisciculture.

Si je ne vous parlais des expériences de pisciculture, je me montrerais ingrat envers la Société qui m'a fait l'honneur de me décerner une médaille clans sa séance publique annuelle de 1857. Mais j'exposerai brièvement ce que je crois utile de mentionner. Mon premier résultat est la reproduction : Les sujets de mes premières éclosions sont devenus adultes, leurs oeufs m'ont procuré de 700 a 800 jeunes Truites. Nos poissons reproducteurs ont remonté régulièrement et constamment sur la frayère artificielle, lorsque le thermomètre marquait+4 degrés centigrades. Les premiers jours de la montée des Truites, elles ne déposent point d'oeufs. ou seulement un petit nombre, sur la frayère, et les fécondations artificielles réussissent mal. Une élévation de la température arrête subitement le frai. Il


PISCICULTURE. 271

existe un moment critique, une assez grande mortalité sur le jeune poisson, vers l'époque ou quelques jours après la résorption de la vésicule ombilicale. Les jeunes sujets, tenus trop longtemps à l'étroit, s'étiolent et ne peuvent ensuite supporter impunément un changement de milieu. Le poisson s'accroît proportionnellement au volume d'eau qu'on lui procure. Des bassins superposés ne peuvent recevoir que des poissons peu différents de grosseur-, des Truites enlevées d'un bassin franchissent à peu près tous les obstacles pour y rentrer. Enfin, je serais tenté de supposer que les Truites des lacs ne sympathisent pas avec les Truites communes, car les premières cherchent à se cantonner dans des bassins différents des secondes.

Cette année, j'ai disposé l'extrémité d'un ancien canal pour me faire un bassin d'alevinage; comme ce bassin a 85 mètres de longueur sur une largeur de 15 mètres; qu'il a 1m,10 de profondeur à une extrémité, 1m,50 à l'autre, et que je l'alimente au moyen d'une source qui met quinze jours à le remplir, je craignais pour la famille des Salmonoïdes l'élévation de température des eaux du bassin; mais cette eau, d'une limpidité parfaite, me permet de voir journellement l'accroissement des jeunes poissons de cette année. La masse d'eau qu'ils ont à parcourir les fait croître dans des proportions supérieures à ce que j'avais pu remarquer jusqu'à ce jour.

Possesseur de cinq bassins différents, je pourrai désormais agir au lieu de tâtonner. J'espère obtenir cette année des oeufs de la grande Truite des lacs sur ma frayère. Cinq ont déjà remonté; l'une d'elles mesurait 47 centimètres. Quant à l'Ombre Chevalier, je regarde son introduction comme impossible dans les eaux peu profondes : j'en ai vu périr sous mes yeux 7000 en quelques jours, à l'apparition des premières grandes chaleurs et sans les avoir changés de milieu ; l'élévation de la température a donc été la seule cause de leur dépérissement.


272 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

RÉPONSES AUX QUESTIONS POSÉES EN 1854

PAR LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'ACCLIMATATION A MM. BERTRAND, FURET ET PERNY, MISSIONNAIRES,

SUR LE VER A SOIE DU CHÊNE DE CHINE (1)

Par M. l'abbé BERTRAND,

Missionnaire apostolique.

Séance du 11 mars 1858 (2).

Je ne répondrai qu'aux questions qui ont rapport aux Vers à soie du Chêne, car ceux du Frêne et du Fagara sont inconnus au Su-tchuen ; j'ai écrit aux missionnaires de Chan-si pour les prier de rechercher les diverses espèces de Vers à soie qui se trouvent dans cette province et de m'en informer, je n'ai pas encore reçu de réponse. Si les Vers à soie du Frêne et du Fanara se trouvent au Chan-si, j'en informerai la Société.

1. - La soie du Ver sauvage du Chêne est un produit d'une grande importance dans toutes les grandes villes du Su-tchuen ; les fabricants d'étoffe recherchent avec soin cette soie et font de longs voyages pour s'en procurer.

Cette soie est employée à tisser une belle étoffe très solide, C'est avec cette étoffe très fraîche que les bourgeois, les commis, les prétoriens, font leur toge et les dames leur robe d'été. On en fait des ceintures remarquables pour leur durée. On fait aussi des tissus où les fils de la soie du Chêne sont mêlés avec ceux de la soie du Mûrier ; chaque espèce entre dans ces tissus

(1) Voyez le Questionnaire dans le tome 1er du Bulletin, année 1854, pages 97 et suivantes.

La Commission chargée, de le rédiger se composait de MM. Richard (du Cantal), Guérin-Méneville, Fr. Jacquemart, Valserres et E. Tastet, rapporteur.

(2) Voyez plus haut (n° de mai), page 195.


VER A SOIE DU CHÊNE DE CHINE. 273

ou pour moitié, ou l'une y est pour un tiers et l'autre pour deux tiers, cela dépend du fabricant. Les étoffes de soie du Chêne se vendent le double du prix de la meilleure toile de coton ; pour l'usage elle vaut aussi le double, c'est-à-dire qu'une toge de cette soie équivaut à deux toges de coton pour la durée.

Les étoffes de la soie, du Chêne, soit pures, soit mélangées, se vendent dans toutes les provinces du Céleste Empire, et peut-être même qu'elles vont à Siam.

2. - Les soies du Frêne et du Fagara sont inconnues ici. La soie du Chêne est remarquable par sa solidité, sa roideur et sa couleur vive. Vu de quelque distance, un habit de cette soie a meilleure apparence qu'un habit de soie de Mûrier ; l'habit de cette soie ne se colle pas sur le corps comme la soie du Mûrier.

3. - Voici un article qui mérite attention. Les Vers à soie du Chêne ont deux générations par an, et c'est de la seconde génération que dépend uniquement la conservation de l'espèce. Son premier cocon étant formé, ce qui arrive en juin, le Ver à soie du Chêne a hâte de se métamorphoser : quinze à vingt jours à peine écoulés, il sort papillon comme il avait fait en avril. Alors les mâles et les femelles s'accouplent, des oeufs sont pondus comme en avril, des chenilles sont mises sur les Chênes: ainsi commence une seconde génération qui donne les cocons en septembre. C'est dans le cocon de cette seconde génération que le Ver quercien reste en chrysalide jusqu'au printemps suivant. Voilà tout le système. Des oeufs pondus en été ou en automne ne peuvent pas aller au printemps. D'après la longue expérience des Chinois, vingt jours après la ponte les oeufs ne valent plus rien.

4. - Imaginez-vous que ceux qui élèvent des Vers à soie du Chêne sont des paysans montagnards dont les maisons ne sont que de misérables baraques enfumées. Les moyens employés par eux sont de la dernière rusticité. Les femelles pondent leurs oeufs dans un grand panier fait de brins de bambou (ordinairement on colle du papier dans tout l'intérieur du panier) ; les oeufs, en sortant de la pondeuse, se glutinent d'euxmêmes sur les brins de bambou; quand la ponte est finie, on suspend ce panier au-dessus d'un feu peu ardent : je ne puis


274 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

vous dire quel est le degré de chaleur que produit ce feu, je n'avais pas alors de thermomètre, mais ce qui vous en donnera une idée, c'est que beaucoup de gens qui élèvent peu de ces Vers à soie, en mettent les oeufs sur leur corps, les femmes les placent sur leur sein, leur chaleur naturelle produit l'éclosion. Je n'ai pas vu qu'on les humectât.

5. - L'éclosion a lieu à la fin d'avril pour la première génération, et en juillet pour la seconde, aussitôt après la ponte. Quinze à vingt jours après la ponte, les oeufs sont gâtés.

La température, depuis le milieu d'avril jusqu'au milieu de juin, est si variable qu'il m'est impossible de vous en dire au juste le degré de chaleur. Le ciel est-il serein, la chaleur est très forte; pleut-il, on souffre du froid même en juin. Depuis le milieu d'avril jusqu'au milieu de juin, le thermomètre varie de 8 à 32 degrés pour la plaine. Sur les montagnes, la différence est grande. A Tchen-gan-tcheou et Toung-tsé-hien, pays où abondent les Vers à soie du Chêne (c'est dans le Kouitcheou), la récolte du Riz se fait un mois plus tard que dans les arrondissements limitrophes du Su-tchuen.

Je n'ose établir une assimilation de climat avec les départements de France. Cependant je vous dirai que pour un essai je préférerais Aubenas, Nîmes et les versants de l'Atlas.

6. - On met les Vers sur les Chênes dès qu'ils sont éclos ; pour cela faire, on prend le panier dans lequel les oeufs viennent d'éclore et on le porte à l'endroit où sont les Chênes; on fait incliner le bout des branches dans le panier, de manière que les feuilles touchent les jeunes chenilles, alors vous les voyez remuer et passer d'elles-mêmes sur ces feuilles.

8. - Les chenilles changent de peau quatre fois depuis leur éclosion ou sortie de l'oeuf jusqu'à leur entrée dans le cocon. Les vers vivent de quarante-cinq à cinquante jours.

9. - Rien de plus facile que d'empêcher les Vers de s'égarer. Pour cela on les enferme dans un certain cercle, soit en liant soit en coupant les branches des arbres trop voisins, qui pourraient leur servir comme de pont pour s'égarer.

On ne les laisse pas toujours sur le même arbre. Dès qu'on s'aperçoit qu'il y a très peu de feuilles intègres sur un arbre,


VER A SOIE DU CHÊNE DE CHINE. 275

on fait émigrer les Vers sur un autre et le moyen qu'on emploie est tout simple : on incline les branches d'un arbre voisin sur celui qui vient d'être mangé et les chenilles émigrent ainsi d'elles-mêmes ; ou bien avec un ciseau on coupe les extrémités des branches où sont les chenilles et on les porte ainsi sur un autre arbre.

10. - D'après ce que m'ont dit les Chinois, les Vers à soie sauvages ont des maladies. La science chinoise n'a pas encore pu définir ces maladies ni leur trouver des remèdes.

11. - Après avoir mangé des feuilles de quarante à quarante-quatre jours, les Vers commencent leurs cocons. Si le 25 avril ils ont commencé à manger, le 9 ou le 10 juin ils se mettront à filer leurs cocons. Ils les font aux jonctions des branches, ou les attachent aux feuilles qui sont près des branches.

12. - Dès qu'on s'aperçoit qu'un cocon est terminé, on a hâte de l'enlever pour le mettre en lieu de sûreté. La crainte d'être volé oblige à en user de la sorte.

13. 14. - Lorsque les cocons sont récoltés, on allume un grand feu avec des charbons de bois qu'on attise bien en soufflant dans un tuyau de bambou, le feu étant bien ardent, les cocons mis sur une claie de bambou sont exposés aux ardeurs de ce brasier durant deux minutes environ, puis jetés dans une chaudière où l'eau est en pleine ébullition ; après une minute et quarante secondes, avec un petit faisceau ou balai de brins de bambou, on remue les cocons, alors les bons bouts s'attachent aux brins du balai. Le feu a cessé dessous la chaudière, un bâtonnet bien rond et bien lisse est placé en travers sur l'ouverture de la chaudière, on fait passer les bons bouts sur le bâtonnet ou arc, le dévideur de la main gauche lire les fils, de la droite il les adapte sur l'asple qu'il fait tourner avec son pied.

15. - Les cocons conservés pour la reproduction, sont mis dans un grand panier de bambou où l'air puisse pénétrer et où les Rats, les Cancre-las et autre canaille ne puissent entrer ; on suspend ce panier au toit, ou on le dépose sur des planches. L'humidité fait mourir les chrysalides, la chaleur du foyer et


276 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

du soleil les fait sortir avant le temps ; ainsi il faut les tenir loin du foyer et ne pas permettre que les rayons du soleil atteignent le panier qui les contient même en janvier.

16. - Je ne puis rien dire sur ces espèces.

17. - J'ai déjà répondu à l'article 15.

18. - On n'emploie aucun moyen pour faire éclore les papillons; ils sortent d'eux-mêmes, et beaucoup n'ont pas la patience d'attendre le printemps. Sur 1000 cocons mis en réserve pour la reproduction, plus de la moitié n'attendra pas le printemps. Voilà donc 1000 cocons mis en réserve en septembre. Dans le courant d'octobre, on verra sortir 7 à 8 papillons ; dans le courant de novembre, 12 à 14; dans le courant de décembre, 18 à 20 ; dans le courant de janvier, 36 à 40 ; dans le courant de février, 80 à 100 ; dans le courant de mars, près de 200. Ainsi sur 1000 cocons mis en réserve en septembre, si en avril il en reste 500 en bon état, on sera fort heureux.

19. - On n'attache point les femelles, les papillons sont laissés en pleine liberté dans un appartement quelconque, souvent dans la pièce du milieu de la maison qui est la salle à manger et la salle de réception, dont la porte est toujours ouverte. Les mâles et les femelles s'accouplent dès leur sortie du cocon sur des planches placées à dessein ou des ustensiles. Leur copulation est très longue et très tenace ; elle dure de quarante à cinquante heures. Alors ils sont comme endormis ; on les touche, on les prend sur la main, ils ne remuent pas. C'est alors qu'on les dépose dans le panier destiné à recevoir les oeufs. Lorsqu'ils se sont désaccouplés, les mâles s'envolent et périssent misérablement. Les femelles restent paisibles dans le panier; après la ponte de leurs oeufs, elles s'envolent aussi et périssent de la même manière que les mâles.

Les Chinois éducateurs de ces Vers à soie disent que lorsque l'accouplement dure plus d'un jour, beaucoup d'oeufs sont stériles, qu'il est bon après un jour d'accouplement de les séparer avec force et d'avoir soin de presser avec les doigts la femelle par le bas afin de lui faire rendre une partie de la liqueur qu'elle a reçue, et que par ce moyen tous les oeufs seront bons.


VER A SOIE DU CHÊNE DE CHINE. 277

D'après ce que j'ai dit à l'article 18, vous demanderez peutêtre si les papillons dont la sortie est précoce s'accouplent et pondent des oeufs.

Si la sortie d'un mâle et d'une femelle sont à peu près simultanées, ils s'accouplent et pondent des oeufs, mais comme alors il n'y a pas de feuilles on les abandonne à leur sort.

Les Chinois disent que dans certains endroits du Kouitcheou on trouve des Vers entièrement sauvages qui se multiplient sans le secours de l'homme.

20. - Il y a dans ce pays deux espèces de Chênes, à savoir le Fou-ly et le Tsin-kang. Le Fou-ly a les feuilles larges, peu longues, rudes au toucher et découpées. Le Tsin-kang a les feuilles longues comme celles du Châtaignier, mais plus étroites, or c'est le Tsin-kang ou Chêne-Châtaigner qui sert de nourriture à nos Vers à soie; ils dédaignent les feuilles du Fou-ly. Si je me rappelle bien, ces deux espèces de Chênes se trouvent en France.

21. - Les Chênes commencent à feuiller dans le courant du mois d'avril, un peu plus tôt, un peu plus tard, selon les localités. C'est précisément au moment où les Chênes commencent à montrer leurs feuilles qu'on leur confie les jeunes chenilles, car c'est alors qu'elles naissent.

22. - Duce naturâ, ces insectes savent sentir l'époque où les feuilles se développent.

23. - On ne donne pas aux Chênes de culture proprement dite. Imaginez-vous que le Su-tchuen est le pays du inonde le moins boisé. Ici ni bois ni forêts, la charrue et la pioche ont tout envahi. Le mauvais gouvernement, les usages suivis de l'indigence et de la misère, au lieu d'améliorer le pays, détruisent tout. La main du laboureur est tracée sur le sommet des montagnes aussi bien que dans le creux des rochers. Autour des maisons vous voyez quelques touffes de Bambous, quelques arbres fruitiers par-ci par-là ; sur les limites des propriétés on aperçoit quelques Cyprès ou quelque autre arbre de frêle espèce; sur quelques maigres mamelons, on découvre parfois quelques Pins. Voilà tout le boisement du Su-tchuen. Autour des pagodes et près des tombeaux on voit parfois de


278 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

grands arbres, mais ce sont des arbres sacrés, la cognée n'ose y toucher. Ce n'est que sur le sommet des chaînes de montagnes que l'on trouve des Chênes et encore ils ne sont nombreux et serrés que dans les lieux escarpés que les rochers, les pierres et les ravins rendent inaccessibles à la culture. Le manque de bois et la misère font que l'on coupe à rase terre les Chênes dès l'âge de sept à huit ans et lorsqu'ils ont atteint la hauteur de 12 à 14 pieds. Des souches pullulent de nombreux rejetons dont la vie ne sera pas plus longue que celle de leurs devanciers. Ainsi, c'est sur des rejetons de quatre à huit ans que l'on élève les Vers à soie. Vous n'avez pas d'idée combien les Chinois sont arriérés. Depuis trois cents ans ils n'ont rien changé à leur routine.

Plus les Chênes sont jeunes, plus leurs feuilles sont propres à nourrir les Vers à soie.

25. - Les chenilles choisissent les feuilles; beaucoup ne sont mangées qu'à moitié, beaucoup d'autres restent intactes.

26. - Après la première récolte qui arrive en juin, l'arbre est encore en pousse, les branches continuent à monter et donnent naissance à de nouvelles feuilles. Les anciennes restent telles que les ont laissées les chenilles. Après la seconde récolte qui a lieu en septembre, l'arbre reste tel jusqu'au printemps. Pour avoir nourri les Vers à soie, les Chênes ne perdent rien de leur vigueur.

28. - Les Vers du Ricin sont inconnus ici, ceux du Fagara et du Frêne aussi. Ces deux dernières espèces doivent se trouver au Chang-toug, Kiang-lan ou près de Pekin, car c'est dans ces parages-là que le père d'Incarville a passé sa vie chinoise. De son temps, le Su-tchuen, le Koui-tcheou n'étaient pas desservis par les jésuites. C'est donc dans les parages susdits qu'il avait rencontré les Vers du Chêne, du Fagara et du Frêne.

Les Vers à soie du Chêne donnent deux récoltes par an; c'est par la seconde qu'on les reproduit, ou transmet à l'année suivante. Retenez-le bien : deux récoltes ! deux récoltes !


AVOINE DE SIBERIE. 279

NOTE SUR L'AVOINE DE SIBÉRIE

Par M. Anselme PETETIN.

(Séance du 7 mai 1858.)

Le but de la Société ne se borne pas à provoquer l'introduction en France d'espèces entièrement nouvelles; il est aussi de favoriser la diffusion, la propagation des plantes qui, quoique connues, ne sont pourtant pas aussi généralement cultivées qu'elles mériteraient de l'être. C'est à ce titre que je prends la liberté de recommander à son attention l'Avoine de Sibérie. Je ne l'ai vue cultiver nulle part ailleurs que chez moi, quoique l'existence n'en soit probablement pas ignorée des savants agronomes qui font partie de cette Société. J'en reçus, il y a trois ans, à Lyon, de M. Jacquemet-Bonnefont, un échantillon d'un titre de ce grain. Depuis lors je l'ai cultivée avec soin, et en outre, répandu soit chez mes fermiers soit chez les cultivateurs mes voisins. Elle a constamment donné les plus remarquables résultats : en quantité, 26 à 27 pour 1. Le grain est gros, court, pesant (49kil, 60 l'hectolitre). Les chevaux en sont fort avides, et elle produit chez eux, outre les effets ordinaires de l'Avoine, quelques-uns des effets de la farine d'Orge. Comme elle est très précoce, qu'elle pousse très vite et très haut (au delà de 2 mètres) ; comme sa tige est grosse et tendre, elle peut servir avantageusement de fourrage vert hâtif. J'ai même fait l'année dernière une expérience qui, si son succès se généralisait, aurait des conséquences très importantes pour l'économie rurale. J'ai fait faucher la moitié d'un semis lorsque la tige avait environ 1 mètre de hauteur, et avant la sortie de la fusée. J'ai employé ces tiges en fourrage vert, et j'ai laissé repousser la plante. La moitié fauchée a donné, en grains, exactement les mêmes produits comme quantité et qualité, que la moitié intacte. Il y a eu seulement dans la maturité un retard de cinq à six jours. Je mets sous les yeux de la Société et à sa disposition un petit sac (20 litres) de l'Avoine provenant de ma culture.


280 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

II. EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX

DES SÉANCES GÉNÉRALES DE LA SOCIÉTÉ.

SÉANCE DU 7 MAI 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

MM. ANDRÉ (César-Ernest), membre du Corps législatif, à Paris.

ANDRÉ (François-Edouard), sous-lieutenant aux Guides de la Garde, à Paris.

BALCARCE (de), chargé d'affaires de Buenos-Ayres, à Paris.

DARISTE (Auguste), sénateur, à Paris.

FESTA (Pierre), propriétaire et négociant, à Milan (Lombardie).

GALLWEY (le comte Edouard de), propriétaire, à Paris.

GILBERT-BOUCHER (G.), membre du Conseil général de Seine-et-Oise, à Paris.

GRANVILLE (Belurgey de), préfet de la Mayenne, à Laval (Mayenne).

GRUNELIUS (Charles), à Francfort.

HAAS (Marie), chef de division à la préfecture de la HauteMarne, fondateur de la Société départementale d'horticulture, membre du conseil départemental d'hygiène publique et de salubrité, à Chaumont (Haute-Marne).

Le PELLEC, marchand grainier, à Saint-Brieuc (Côtes-duNord).

L'ESPINE (le vicomte Oscar de), secrétaire de l'ambassade de France à Saint-Pétersbourg, à Paris.

MATHIEU (le contre-amiral Aymé), à Paris.

MONTAGNE, membre de l'Institut et de la Société impériale et centrale d'agriculture, etc., à Paris.

MONTMORENCY (le duc de), à Paris.

NOUHES DE LA CACAUDIÈRE (des), propriétaire, au château de la Cacaudière près Pouzanges (Vendée).


PROCÈS-VERBAUX. 281

MM. OERTZEN (S. Exc. M. Guillaume de), premier ministre du

grand-duché de Mecklembourg-Schwerin, à Schwerin. PELLON Y RODRIGUEZ (de), agronome, à Madrid (Espagne). PIAZZA (François), propriétaire, à Milan (Lombardie). RECHBERG-ROTHENLÖVEN (S. Exc. M. le comte de), ministre

plénipotentiaire d'Autriche, Président de la diète de

Francfort, à Francfort. REINHARD (S. Exc. M. de), envoyé extraordinaire et ministre

plénipotentiaire de S. M. le roi de Wurtemberg, à la

diète germanique, à Francfort. ROMAND (le baron de), ancien préfet, à Paris. ROSNOVANO (Georges de), préfet du district de Niamso, à

Piatra (Moldavie). TURENNE (le marquis de), propriétaire, à Paris. WIMPFFEN (le baron François de), attaché à la légation

de France, à Francfort.

- M. le Président informe de la perte très regrettable que la Société vient de faire en la personne de M. Mestro, conseiller d'État, directeur des colonies au ministère de la marine, président honoraire de notre Commission permanente des colonies.

- M. le Président annonce que, sur la proposition de M. le comte de Montessuy, ministre de France à Francfort-sur-leMein, où la Société compte un assez grand nombre de membres présentés par notre confrère, le Conseil a choisi comme Délégué dans cette ville M. le baron Maurice de Bethmann, consul général de Prusse.

- M. Drouyn de Lhuys donne lecture d'une lettre que M. le prince de Metternich lui a écrite à l'occasion de son entrée dans la Société et dans laquelle on remarque l'expression d'une vive sympathie pour notre oeuvre.

- Des lettres de remercîments pour leur admission dans la Société sont adressées par MM. le baron de Dirckinkg de Holmfeld, envoyé du Danemark à Paris ; John Donovan ; Marie Haas, chef de division à la préfecture de la Haute-Marne ; le comte Emmanuel de Mesgrigny; de Soubeyran, préfet de

T. V. - Juin 1858. 19


282 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. Loir-et-Cher, à qui est due la création du Jardin d'essais et d'acclimatation d'Alger, dont l'établissement a eu lieu sur ses propositions et par ses soins, dès le mois de mai 1833; Stephan-Rey et le docteur Vavasseur.

- M. le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville exprime ses regrets de ne pouvoir assister à nos séances, en raison de son état de maladie.

- S. Exc. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics annonce qu'il a bien voulu accorder pour 1858, à la Société impériale zoologique d'acclimatation une subvention de 1500 francs. Des remercîments seront transmis à M, le Ministre.

- Le même Ministre fait parvenir des demandes de graines de Sorgho et de Riz sec, qui lui ont été adressées. Ces demandes sont renvoyées à la Section des végétaux.

- M. le Président renvoie également à cette Section :

1° Une lettre de M. Graells qui, en réponse aux questions de la Société relatives au fourrage mentionné par notre confrère M. David, et nommé en Espagne Mielga, dit que la plante dont il s'agit n'est autre que la Luzerne ordinaire (Medicago sativa), mais non cultivée (M. sylvestris).

2° Une lettre de S. Exc. M. le baron de Manderstroem, ministre de S. M. le Roi de Suède, et membre de notre Société, à qui M. Drouyn de Lhuys s'était adressé, afin d'obtenir par son intermédiaire des graines de Cerfeuil bulbeux de Sibérie. Dans cette lettre, qui témoigne du zèle éclairé et bienveillant du compatriote de l'illustre Linné, on trouve des renseignements précis sur cette plante fournis par M. le professeur Fries. Il y est joint un petit paquet de graines de ce Cerfeuil, qui, importé de Kéret, dans la Laponie russe, à Upsal, s'y est parfaitement acclimaté. C'est dans cette dernière ville que l'on a reconnu les propriétés alimentaires de la racine. En outre, M. de Manderstroem indique les ressources précieuses que fournit une espèce de Saule (Salix acutifolia) des bords du lac Ladoga, en ce que fleurissant, en Suède, deux ou trois semaines plus tôt que toute autre plante propre à la nourriture des Abeilles, ce Saule, dont les fleurs sont très riches de


PROCÈS-VERRAUX. 283

miel, offre une garantie contre la mortalité dont ces insectes sont souvent atteints au printemps, faute de nourriture.

3° Une Note de M. Anselme Petetin, sur l'Avoine de Sibérie, dont la culture lui a donné les plus remarquables résultats. Notre confrère met à la disposition de la Société une certaine quantité de graines.

- Un catalogue de 739 plantes cultivées à Pékin dans le Jardin de la Mission russe par M. Constantin Skatschkoff, attaché au département asiatique, ayant été communiqué par M. S. Julien, la Société en doit à Mgr Perny une copie faite parle jeune Chinois dont il est accompagné, Simon Hiahochen, élève du séminaire du Kouy-Tcheou. S. Exc. M. le duc de Montebello, ambassadeur en Russie, en réponse à la demande qui lui a été faite, de chercher à obtenir une collection de ces graines qui ont été rapportées à Saint-Pétersbourg, exprime son vif désir de donner, dit-il, « un faible témoignage de sa sympathie et de son dévouement à une Société dont il a l'honneur d'être l'un des membres fondateurs. Il fera donc tout ce qui dépendra de lui pour envoyer une collection aussi complète que possible de ces graines dont une grande partie pourra sans doute réussir sous notre climat. »

M. de Montebello annonce qu'il mettra sous les yeux de S. M. l'Empereur de Russie, au nom de la Société, les échantillons d'étoffes dues à M. Davin, qui sont à la fois, dit-il « la preuve de l'incontestable utilité des travaux de notre Société et de la perfection à laquelle notre industrie nationale a su atteindre. »

- Notre confrère, M. Th. Barbey transmet un Bulletin du Comice agricole de l'arrondissement de Saint-Dié (Vosges) où se trouve le procès-verbal de la séance tenue par ce Comice, le 4 avril dernier, et dans laquelle il a été donné lecture de la Notice de M. Moquin-Tandon sur l'Igname de la Chine.

- M. Kaufmann, au nom d'une Commission dont il faisait partie avec MM. Poulain de Bossay et Léo d'Ounous, lit un Rapport sur l'utilité de la propagation de la culture du Houblon en France. Les conclusions du Rapport approuvées par l'Assemblée sont tout à fait favorables à l'extension de cette


284 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. culture et à son introduction dans quelques départements où elle n'a pas lieu.

- M. Hardy fait parvenir des graines d'Igname de la Chine qu'il a obtenues au Jardin d'essai de Hamma, près d'Alger, et insiste pour qu'on pousse aux semis réitérés de cette plante, espérant réussir, par ce moyen, à créer des races normalement moins disposées à pivoter.

- Notre confrère fait connaître l'extension considérable qu'a prise en Algérie la culture du tabac, dont la récolte ne s'élèvera pas à moins de 6 millions de kilogrammes cette année, si la saison est favorable; ce qui représente 6 millions de francs restant entre les mains des cultivateurs.

- M. Guérin-Méneville présente, de la part de M. Jules Bourcier, membre de la Société, des tubercules de la Hoca du Pérou préparés sous forme de confitures et de fruits à l'eau-devie. Ce végétal, espèce d'Oxalis, a été introduit pour la première fois en France par notre confrère, à son retour de la République de l'Equateur, en 1851. Il en a remis des tubercules à divers horticulteurs, et la plante est aujourd'hui cultivée, d'une manière suffisante, autour de Paris, pour que dans divers magasins de comestibles on vende ces tubercules qui servent aux mêmes usages que la Pomme de terre.

- Mgr. Perny transmet de nombreux détails sur les propriétés et les usages d'un certain nombre de substances qu'il a rapportées de Chine.

- M. Brot, notre délégué à Milan, accuse réception de la graine de Vers à soie du Mûrier, recueillie dans le sAlpes par les soins de M. Guérin-Méneville. Il l'a distribuée à plusieurs habiles sériciculteurs et en particulier à notre confrère, M. le professeur Emile Cornalia. Des Rapports seront ultérieurement transmis par M. Brot.

- M. le Président place sous les yeux de l'Assemblée une grande lithographie coloriée, représentant des Colins de Californie adultes, mâle et femelle et jeunes avec la livrée du premier âge. Ce dessin a été fait d'après des individus provenant de ceux dont on doit l'acclimatation à M. Deschamps qui a introduit ces oiseaux en France au mois d'octobre 1852.


PROCÈS-VERBAUX. 285

- S. Exc. M. le Ministre de la guerre transmet un Rapport de notre confrère M. Bernis, vétérinaire principal de l'armée d'Afrique, sur la situation en Algérie du troupeau de Chèvres d'Angora. « Je pense vous être agréable, dit M. le Ministre, en vous adressant ce document duquel il résulte que, malgré le peu de temps écoulé depuis son introduction, le troupeau d'Angora a déjà utilement marqué sa place dans la colonie, et paraît appelé à y rendre d'importants services. » (Voy. le Rapport au Bulletin, p. 165.)

- M. Marques-Lisboa, envoyé du Brésil, annonce que le gouvernement de l'Empereur laisse au Conseil d'administration de notre Société une entière liberté d'action quant aux dépenses que pourra occasionner le transport des Chameaux dont l'envoi doit être fait aussi promptement que possible.

- M. le docteur Turrel, secrétaire du Comice agricole de Toulon, adresse un Rapport sur le troupeau de Chèvres d'Angora que possède ce Comice et qui a prospéré d'une manière très remarquable, et sur les Moutons de Caramanie, qui lui ont été confiés, et mis en dépôt chez M. Azam, membre du Comice. Notre confrère, en même temps, remercie d'un envoi de graines et de végétaux qui lui ont été récemment adressés par la Société.

- Après la correspondance, et conformément à l'ordre du jour spécial de cette séance porté sur les lettres de convocation, M. Fr. Jacquemart, au nom du Conseil, lit un Rapport sur le projet de la fondation d'un Jardin zoologique d'acclimatation au bois de Boulogne. (Voy. au Bulletin, p. 153.)

A la suite de cette lecture, quelques observations sur les droits dont chaque actionnaire jouira relativement à l'entrée dans le Jardin de la Société, sont échangées entre MM. le docteur Berrier-Fontaine, Anselme Petetin, J. Cloquet, Garbé, Toirac et divers autres membres.

- Parmi les ouvrages déposés sur le bureau de la Société on remarque : 1° deux volumes d'un grand travail en voie de publication, dû à notre confrère M. Haas et ayant pour titre : La France ; 2° une Notice du vert de Chine et de la teinture en vert chez les Chinois, par notre confrère M. Natalis


286 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Rondot, ancien délégué commercial attaché à l'Ambassade en Chine; suivie d'une Étude sur les propriétés chimiques et tinctoriales du Lo-kao, par M. J. Persoz, professeur au Conservatoire impérial des Arts et Métiers, membre de la Société, et de Recherches sur la matière colorante des Nerpruns indigènes, par M. A.-F. Michel, membre de la Chambre de commerce de Lyon. Le travail de M. Rondot, qui a été fait à la demande de cette Chambre de commerce et imprimé par son ordre, renferme les renseignements les plus complets sur le Lo-kao, ou vert des Chinois, qu'on obtient de deux Nerpruns spécifiquement déterminés par M. le professeur Decaisne, les Rhamnus utilis et chlorophorus, importés en Europe, le premier en 1855, par M. Robert Fortune et le second, dès janvier 1854, par M. Natalis Rondot, qui en a fait hommage, à cette époque, à notre Société. Outre les faits très nombreux sur cette remarquable substance tinctoriale que l'on trouve dans ce livre destiné à servir de guide aux concurrents pour le prix de 6000 francs, fondé par la Chambre de commerce, l'auteur y a consigné beaucoup de renseignements sur divers autres produits végétaux de la Chine très essentiels à la teinture et dont on trouve une énumération raisonnée dans une lettre de M. Rondot, accompagnant l'envoi de son ouvrage, et qui sera insérée au Bulletin (voy. p. 206).

SÉANCE DU 21 MAI 1858.

Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

M. le Président proclame le nom des membres nouvellement admis :

MM. AVARAY (le comte Camille d'), à Paris.

BABORIER, de la maison Jacquemet-Bonefond, d'Annonay,

à Lyon (Rhône). BASAGOITIA (Manuel-Mariano), à Lima (Pérou) et à Paris. BIÉTRIX-SIONEST, propriétaire, à Lyon (Rhône).


PROCÈS-VERBAUX. 287

BONNET (Gustave), ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Lyon (Rhône). BOUCHARD (Constant), propriétaire, à Francheville près

Lyon (Rhône). CALLIGAS, pharmacien de l'armée turque, à Constantinople. CHOISEUL-DAILLECOURT (le comte Gabriel de), à Paris. COTTIER, propriétaire, à Paris. CONTI (Joseph), propriétaire, à Milan (Lombardie). ERLANGER (Raphaël), consul général de Portugal, consul

de Suède et Norwége, à Francfort (Allemagne). ERRAZU (de), à Paris. FITZ-JAMES (le duc de), à Paris. HARCOURT (le comte Bernard d'), à Paris. HARRIS (le capitaine), agriculteur, à Constantinople. HÉLOT (Léon), chef du bureau de la colonisation et des

travaux publics, à la préfecture d'Alger, LABUSSIÈRE, inspecteur des forêts pour le département du

Puy-de-Dôme, à Clermont-Ferrant. RALLET (Alphonse), propriétaire-agriculteur, à Biviers,

près Grenoble (Isère). MARQUET, gérant de la colonie pénitentiaire de Fontevrault

Fontevrault ONSENBRAY (le vicomte Paul d'), à Paris. PÉAUD, propriétaire, ancien magistrat, à Saint-Cyr, près

Lyon (Rhône). RALLET (Eugène), propriétaire-agriculteur, à Biviers,

près Grenoble (Isère). REAL (Félix), ancien député, président de la Société

d'acclimatation des Alpes, agriculteur-éleveur, à Grenoble (Isère). REY, professeur, à l'École impériale vétérinaire, à Lyon

(Rhône). SUDDA (Georges Della), professeur à l'École de médecine,

à Constantinople. TEIXEIRA-LEITE, propriétaire, dans la province de Minas

Geraës, au Brésil. THÉROUANNE (Emile), à Paris.


288 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

- Des lettres de remercîments pour leur admission dans la Société sont adressées par MM. Balcarce, Basagoitia, Borzenkow, membre fondateur des Comités d'acclimatation de Moscou, Bulcao, de Errazu, par M. des Nouhes de la Cacaudière, qui donne quelques détails sur ses travaux agricoles et de pisciculture, et par MM. de Puiberneau et le marquis de Turenne.

- S. Exc. M. Etienne de Masslow, conseiller d'État actuel, secrétaire perpétuel de la Société impériale d'agriculture, à Moscou, remercie de sa nomination comme membre honoraire de notre Société.

- Des médailles de seconde classe ayant été décernées à M. Fintelmann, pour ses heureuses tentatives d'introduction et d'acclimatation en Prusse du Bombyx Cynthia et à M. J. Kalinsky de (Bialystok), pour avoir introduit les Abeilles liguriennes en Russie, ces deux lauréats font parvenir l'expression de leur reconnaissance.

- M. Dutrône remercie de sa nomination, comme membre de la Commission des Colonies, et M. Jacques Kalinoswsky du choix que le Conseil a fait de lui comme Délégué de la Société à Moscou.

- M. le Président informe qu'il a eu l'honneur d'être admis avec l'un de nos Vice-Présidents, M. Drouyn de Lhuys, et le Secrétaire-général, M. le comte d'Ëprémesnil, auprès de l'Empereur pour lui porter le témoignage de la respectueuse gratitude de la Société, à l'occasion de la concession dans le bois de Boulogne du terrain destiné à l'établissement du Jardin zoologique d'acclimatation. S. M. a daigné s'inscrire en tête de la liste des souscripteurs.

Ces trois membres ont eu également l'honneur d'être reçus par S. A. I. le prince Napoléon, où ils ont été accueillis avec les mêmes témoignages de bienveillance.

- M. Hausmann, nommé consul au Cap de Ronne-Espérance, adresse ses offres de services à la Société. Sa lettre est renvoyée à la Commission de l'Etranger, qui lui fera parvenir des instructions avec les remercîments du Conseil.

- M. le prince Pierre Troubetzkoy, membre honoraire du Comité botanique d'acclimatation de Moscou, fait connaître les


PROCÈS-VERBAUX. 289

moyens les plus faciles d'établir par l'ambassade russe des communications entre ce Comité et notre Société.

- M. Haas, qui assure de tout son zèle pour la propagation de notre oeuvre dans le département de la Haute-Marne, remercie d'un envoi d'Ignames, et fait connaître le succès de la culture du Sorgho dans les environs de Chaumont.

- M. Brierre, de Riez (Vendée), fait parvenir un Rapport détaillé sur la culture des plantes étrangères qui lui ont été confiées. Ce rapport est renvoyé à la 5e Section.

-M. le Président lui renvoie également les pièces suivantes : 1° Une lettre écrite à M. Drouyn de Lhuys par M. Dieterici, Président de notre Société affiliée d'acclimatation pour les États royaux de Prusse, et dans laquelle se trouvent des détails sur la culture du Cerfeuil bulbeux (Choerophyllwn bulbosum) qui commence à se répandre sur le territoire prussien. A cette lettre est joint 1 kilogramme de graines. M. Dieterici annonce que M. le docteur Klotzsch, membre de l'Académie royale des sciences de Berlin, ajoute à cet envoi deux nouvelles variétés de Pommes de terre, dont l'une a été obtenue par ce botaniste, en 1848, au moyen de croisement des deux espèces dites Solanum tuberosum et S. utile du Mexique. La culture de cette variété sucrée est assez générale maintenant en Prusse.

2° Un rapport favorable sur la culture du Sorgho en Sicile, adressé de Palerme, par M. le baron Anca; notre confrère désirerait qu'on indiquât les moyens les plus économiques et les plus simples que chaque agriculteur pourrait mettre en pratique, afin de retirer du Sorgho la quantité de sucre nécessaire pour les besoins de la ferme.

3° Une note de M. Gossin, professeur de l'Institut normal agricole de Beauvais, relative à quelques essais faits dans cet établissement sur la culture du Sorgho, de l'Igname et de trente espèces de Maïs.

- Il est donné lecture d'une lettre de M. d'Orfeuil, gérant d'une Société industrielle dite Société du Sorgho, qui se propose, pour assurer le développement de la culture de ce végétal, de la favoriser par tous les moyens qui seront en son pouvoir : distributions de graines, cultures modèles, essais


290 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

comparatifs, certitude de vente des récoltes, et surtout par l'établissement dans tous les lieux où la production aura de l'importance, d'usines qui permettent d'utiliser, sous forme d'alcool, la matière sucrée fournie par le Sorgho. A cette lettre, M. d'Orfeuil a joint un Prospectus imprimé de la Société qu'il représente.

- M, Lachaume place sous les yeux de l'Assemblée des échantillons de ses cultures de Vitry-sur-Seine et consistant ;

1° En un lot d'Épinards (Spinacia oleracea) perfectionnés, dont les feuilles mesurent 0m,38 en longueur et 0m,34 en largeur, chaque pied pesant 1kil,750;

2° En deux lots de Pommes de terre, l'un de la variété dite de Hollande rose, de volume remarquable et l'autre de la variété de la Nouvelle-Zélande.

- M. David annonce un envoi de graines du fourrage connu en Espagne sous le nom de Mielga, et ajoute qu'il a demandé en Amérique des graines d'un autre fourrage (la Yerva de Guinea), qu'il croit également utile et susceptible d'être acclimaté en France. Il espère obtenir prochainement de Venezuela, où il a été ministre plénipotentiaire de France, des envois intéressants pour la Société.

- M. Bourlier écrit de Constantinople qu'il a déjà pu distribuer dans ce pays, au nom de la Société, des graines de soixante et dix plantes différentes, dont un assez grand nombre sont destinées à la pharmacie. M. Bourlier va continuer la distribution des graines en Anatolie, où il espère pouvoir servir utilement notre cause,

- M. Natalis Rondot adresse une Note sur les propriétés tinctoriales du Hoaï-Hoa des Chinois, ou boutons de fleurs du Sophora Japonica, arbre cultivé en France depuis 1747, époque où le P. d'Incarville l'envoya de Chine à Bernard de Jussieu. Ces boutons de fleurs donnent une teinture jaune, et, de plus, d'après des témoignages difficiles à récuser, ils serviraient également à teindre en vert. Ce travail est renvoyé au Comité de publication.

- M. le Président renvoie à l'examen de la 4 Section une Note de M. Broche, fils, de Ragnols (Gard) Sur les maladies


PROCÈS-VERBAUX. 291

des Vers à soie et leur traitement, et principalement sur les feuilles du Mûrier, comme contribuant à produire ces maladies qui résultent, suivant lui, d'un vice de l'atmosphère. La feuille, malgré sa belle végétation, dit-il, est poudrée d'une poussière noire imperceptible, qui est un poison pour le Ver à soie.

- M. Millet met sous les yeux de l'Assemblée des Sandres communs (Luciopera sandra, Cuv. Val.) introduits et acclimatés par lui dans les eaux vives de l'Aisne, des Ardennes, etc. Il présente, en même temps, une carafe contenant un grand nombre de jeunes Sandres vivants nouvellement éclos et provenant de poissons acclimatés par lui en France.

- Le Bureau de la 2° Section transmet le Procès-verbal des séances tenues par cette section, le 27 mars et le 13 avril. On y remarque :

1° La mention de la lecture faite par M. le docteur Chouippe d'un travail sur la Classification des races gallines basée sur les caractères les plus lents à disparaître, même dans les croisements, les races étant prises telles qu'on les trouve aujourd'hui, et abstraction faite de toute filiation les unes aux autres ;

2° Des expériences poursuivies par M. de Souancé, depuis trois années, sur des Perruches ondulées, qui ont résisté, sous un hangar, à un froid de -15 degrés. La ponte et l'incubation ont eu lieu avec une température de - 8 degrés. M. Bigot a dit, sans pouvoir d'ailleurs préciser les chiffres, qu'il a vu dans une volière exposée aux vents des oiseaux exotiques supporter un refroidissement assez considérable de l'air extérieur;

3° La communication d'un travail de M. Davelouis sur les lacunes qui se trouvent dans les faits relatifs aux races gallines, et qui portent sur la ponte aux différentes époques de l'année et sur les différences d'âge des animaux, d'où résulte l'impossibilité presque absolue d'évaluer le rendement de chacune des races qu'on ne peut par conséquent pas comparer entre elles d'une façon précise. M. le docteur Chouippe a insisté, à cette occasion, sur l'imperfection de tout ce qui a trait à l'éducation des volailles et sur la nécessité d'études moins incomplètes ;


292 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

4° Une discussion sur l'urgence de régler le pluspromptement possible par le choix d'une Commission spéciale tout ce qui se rapporte aux échanges d'oeufs et d'oiseaux entre les membres.

- M. Davelouis, en sa qualité de Secrétaire de la 2e Section informe :

1° De la répartition entre le Conseil et les membres inscrits sur une liste précédemment soumise à l'Assemblée, d'un certain nombre d'oeufs de Perdrix Gambra, expédiés d'Algérie, par notre confrère, M. Ritter, chef du Bureau arabe de Médéah, dont l'envoi a été annoncé à M. le Président de la Société par M. le général Daumas, dans une lettre en date du 17 mai.

2° De la décision prise par la Section que son Bureau, moins M. le docteur Chouippe qui est exposant, se rendrait, comme Commission d'examen, à l'exposition régionale de Versailles, pour y étudier les races d'oiseaux domestiques. A cette occasion, M. Davelouis présente quelques remarques sur les Bernaches qui figuraient à cette exposition.

- M. le général prince de la Moskowa, aide de camp et premier veneur de l'Empereur, membre de la Société, adresse deux Rapports sur l'introduction et l'acclimatation en France de la Perdrix Gambra. L'un de ces Rapports, très favorable, émane de notre confrère M. Fouquier de Mazières, inspecteur des forêts à Saint-Germain en Laye ; l'autre, qui constate un succès moins marqué, est dû à M. de Violaine, inspecteur des forêts à Rambouillet. M. le prince de la Moskowa rappelle les premières tentatives de notre confrère, M. le baron de Laage, et exprime la conviction, d'après les résultats obtenus, que cette espèce africaine est aujourd'hui complètement acclimatée en France.

- M. le ministre de la guerre transmet la copie d'une lettre de M. Hardy, directeur de la Pépinière centrale du Gouvernement à Alger, par laquelle notre confrère annonce à S. Exe. un fait dont il avait déjà donné avis directement à M. le Président. Il s'agit de la naissance de neuf Autruches provenant d'une seule éclosion, Les oeufs ont été couvés pendant soixante jours ; le mâle et la femelle ont gardé alternative-


PROCÈS-VERBAUX. 293

ment le nid, le premier couvant principalement la nuit, et la seconde, le jour. Ainsi se trouve démontrée la possibilité, ajoute M. Hardy, de voir les Autruches se multiplier en état de domesticité.

- M. Florent Prévost lit un travail ayant pour titre : Du régime alimentaire des Oiseaux, et fondé sur un nombre considérable d'observations poursuivies depuis plus de trente ans, et qui consistent dans l'examen attentif, à toutes les époques de l'année, des matières contenues dans l'estomac de la plupart des oiseaux de notre pays. Ces observations résumées, pour chaque espèce, sous une forme synoptique et permettant de préciser la nature du régime, mois par mois, et souvent semaine par semaine, jettent le plus grand jour sur la question si importante des services que les oiseaux sont appelés à rendre à l'agriculture par la destruction des insectes nuisibles ou des dommages qu'ils peuvent lui causer par leurs dégâts au milieu des cultures. (Voy. plus haut, p. 262.)

- Il lui renvoie également une Notice sur le Nandou ou Autruche d'Amérique, lue par M. le docteur Vavasseur qui, ayant longtemps séjourné dans la République de l'Uruguay où il a beaucoup observé et étudié cet utile oiseau, en a rapporté la conviction qu'il peut être acclimaté en Europe, même dans le nord de la France, puisqu'on le trouve jusque dans la Patagonie, où le climat est plus rigoureux. Notre confrère termine en annonçant qu'il se propose de faire hommage à la Société, dès que cela lui sera possible, par suite des mesures qu'il a prises à cet égard, de deux ou trois Nandous mâles et d'un certain nombre de femelles. M. le Président le prie d'agréer les remercîments de la Société pour cette offre généreuse.

- M. le général Daumas, dans une lettre où il rappelle de quelle haute importance est pour les peuples et leurs gouvernements l'étude du Cheval, comme l'un des éléments les plus puissants de leur force et de leur prospérité, dit que pour bien s'éclairer sur cette question difficile, il s'est souvent adressé à l'Émir Abd-el-Kader, qui est, ajoute-t-il, l'un des Arabes les plus érudits sur la matière. Il transmet la dernière lettre qu'il a reçue de ce célèbre chef en réponse aux questions qu'il


294 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

lui avait adressées. On donnera lecture de cette lettre dans la prochaine séance.

- M. Kauffmann demande au Conseil qu'il veuille bien lui faire remettre des échantillons de la laine des différents animaux dont la Société s'occupe, afin que l'examen puisse en être fait à Berlin par les hommes les plus habiles en cette matière, qui vont se trouver très prochainement réunis dans cette ville à l'occasion du grand marché annuel de laines.

Notre confrère transmet, en même temps, le 3° numéro du Bulletin de notre Société affiliée pour les États royaux de Prusse.

- Il est donné communication d'une lettre de M. le comte de Hatzfeld, ministre du roi de Prusse à Paris, et membre de la Société, par laquelle S. Exc. adresse, au nom du Roi, des remercîments à M. Davin, pour l'hommage qu'il a fait à S. M., par l'entremise de la Société, de plusieurs échantillons de ses produits obtenus avec la laine de la race Mérinos-Mauchamps instituée par M. Graux, et avec celle du Chameau.

- M. Bouteille, secrétaire général de notre Société affiliée des Alpes, annonce la naissance d'un Yak femelle.

De plus, il exprime la satisfaction que la Société régionale a éprouvée de voir M. Richard (du Cantal) assister à sa séance solennelle du mois d'avril, pendant le voyage que notre viceprésident vient de faire pour accomplir la mission dont il avait bien voulu se charger. A cette occasion, M. le Président transmet les remercîments de la Société à M. Richard (du Cantal), qui promet la communication prochaine d'un Rapport détaillé sur cette mission.

- Il est donné lecture de l'extrait d'une lettre de M. Sacc dans laquelle notre confrère combat l'opinion émise par madame la princesse Belgiojoso, qui, dans sa Notice sur les Chèvres d'Angora, avait présenté cette espèce comme sujette à des avortements.

- M. Davelouis, au nom de la 1re Section, présente un Rapport sur une proposition de M. Paul Thenard. Notre confrère a émis le voeu que les agriculteurs français, membres de la Société, fussent invités à faire connaître les résultats obtenus


PROCÈS-VERBAUX. 295

par eux dans leurs essais d'acclimatation des races bovines et ovines étrangères ou de celles des diverses régions de la France, avec indication exacte des localités, des sols, des conditions locales et surtout des prix de revient. Le Rapport conclut à ce que la proposition soit prise en considération, et qu'il soit rédigé un Questionnaire, dont la forme serait déterminée par une Commission nommée à cet effet. Renvoyé à la 1re Section, pour la préparation de ce Questionnaire.

- M. Lecoq, directeur de l'École impériale vétérinaire de Lyon et Délégué du Conseil dans cette ville, envoie un remède préservatif contre la rage que Mgr Perny, qui l'a rapporté de Chine, lui avait remis à son passage, lors de son retour en France. Ce remède est destiné aux personnes mordues que l'on veut préserver des accidents. On leur fait prendre trois ou quatre insectes, espèces de Taupes-Grillons de petite taille, dans une cuillerée de vin chinois, qu'on peut remplacer par de l'eau-de-vie, et de plus, en trois fois dans la journée, une trentaine (dix chaque fois) de pilules dont la composition semble difficile à déterminer.

De plus, M. Lecoq envoie des feuilles et des graines d'une espèce de Datura que les Pères de la Propagation de la Foi ont adressées comme remède curatif de la même maladie. Ces documents et les substances qui y sont jointes, sont renvoyés à la Commission médicale permanente.

Le Secrétaire des séances.

AUG. DUMÉRIL.


296 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ.

Séances des 5 et 19 mars 1858.

MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, SCIENCES, ARTS ET BELLESLETTRES DE L'AUBE. 3e et 4e trimestre 1857.

RECUEIL DES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ LIBRE D'AGRICULTURE, SCIENCES, . ARTS ET BELLES-LETTRES DE L'EURE (années 1855-1856)..

MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'ÉMULATION D'ABBEVILLE (années de 1852 a 1857).

QUELQUES IDÉES SUR LA COLONISATION ALGÉRIENNE, par M. Ch. Bonfort, d'Oran. Offert par l'auteur.

NOTICE SUR UN MODE D'ÉDUCATION POUR RÉGÉNÉRER LES GALLINACÉS, par M. P. Letrône. Offert par l'auteur.

ÉLÉMENTS DE CHIMIE INORGANIQUE ET ORGANIQUE , par F. Wohler, traduit de l'allemand par M. Louis Gandeau, avec le concours de MM. le docteur Sacc et Sainte-Claire Deville (1 vol. in-8, Paris, 1858). Offert par M. Sacc.

DES COQUILLES ANIMALISÉES ET DE LEUR EMPLOI EN AGRICULTURE, par M. P. Bortier.

LES CONFINS MILITAIRES DE LA GRANDE KABYLIE SOUS LA DOMINATION TURQUE, par M. le baron Henri Aucapitaine.

LE PAYS ET LA SOCIÉTÉ KABYLE, par le même. Offert par l'auteur.

JOURNAL DES VÉTÉRINAIRES DU MIDI (numéro de janvier 1858 et suivants).

IL BACOFILO ITALIANO (numéro de janvier 1858 et suivants).

Séances des 9 et 23 avril 1858.

MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DE METZ (1856-1857).

COMPTE RENDU DE LA SITUATION ET DES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DE MONTBÉLIARD (7 mai 1857).

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE DE BEAUNE (n° 2,1857).

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE DE L'AUBE (1857, 4e trimestre).

NOTES pour servir à la Faune du département de Seine-et-Marne, par M. le comte de Sinety. Offert par l'auteur.

LES COLINS, par M. H.-P. Pichot, in-8. Offert par l'auteur.

DISCOURS prononcé à Montpellier, le 16 juin 1857, à la séance de clôture de la session extraordinaire de la Société botanique de France, par M. Pierre de Tchihatchef, président de la session.

ÉTUDES SUR LA VÉGÉTATION des hautes montagnes de l'Asie Mineure et de l'Arménie, par le même. Offert par l'auteur.

TRAITÉ DE CONSTRUCTIONS RURALES, par M. L. Bouchard (tome Ier, 1 vol. grand in-8, Paris). Offert par l'auteur.


CHEVAL ARABE. 297

I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ.

LETTRE SUR LE CHEVAL ABABE

ADRESSÉE A M. LE GÉNÉRAL SÉNATEUR DAUMAS Par l'Émir ABD-EL-KADER; ET LETTRE DE M. LE GÉNÉRAL DAUMAS

M. LE PRESIDENT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'ACCLIMATATION.

( Séances des 21 mai et 11 juin 1858.)

Lettre de M. le général Daumas.

Paris, 21 mai 1858.

Monsieur le Président, Les peuples et leurs gouvernements ont de tout temps considéré le Cheval comme l'un des éléments les plus puissants de leur force et de leur prospérité. De nos jours il n'est pas de question d'économie rurale et d'art militaire qui soit plus controversée que celle de l'amélioration du Cheval de guerre. Les grands pouvoirs de l'Etat, les sociétés savantes, les agriculteurs, l'armée, tout le monde s'en est occupé en France, et cependant nous sommes encore loin d'être d'accord. Pour mon compte, je n'ai jamais cessé d'étudier ce précieux animal, par goût autant que par patriotisme et par état; j'ai consulté les auteurs les plus estimés, les hommes les plus instruits, et je dois avouer que c'est surtout dans les opinions des Arahes (opinions reproduites dans mon ouvrage sur les Chevaux du Sahara) que j'ai cru trouver les appréciations les plus justes sur le sujet dont je vous demande la permission de vous entretenir un instant. Pour bien m'éclairer, je me suis souvent aussi adressé à l'Émir Abd-el-Kader, l'un des Arabes les plus érudits sur la matière. La dernière lettre qu'il m'a écrite en réponse aux questions que je lui avais adressées offre des conT.V.-

conT.V.- 1858. 20


298 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

sidérations remarquables au point de vue de la zoologie appliquée ; aujourd'hui, je viens vous soumettre cette curieuse communication, avec la prière de lui donner la suite que vous jugerez convenable dans l'intérêt de la science et du pays.

Agréez, etc. Général DAUMAS.

Lettre de l'Émir Abd-el-Kader (1).

Louange au Dieu unique !

A celui qui reste toujours le même au milieu des révolutions de ce monde.

A notre ami M. le général DAUMAS.

Que le salut soit sur vous, avec la miséricorde et la bénédiction de Dieu, de la part de l'écrivain de cette lettre, de la part de sa mère, de ses enfants, de leur mère, de toutes les personnes de sa famille et de tous ses compagnons.

Et ensuite : j'ai lu vos questions, je vous adresse mes réponses.

Vous me demandez des renseignements sur l'origine des Chevaux arabes ; mais vous êtes donc comme la fente d'une terre desséchée par le soleil, et qu'une pluie, fût-elle abondante, ne peut jamais parvenir à rassasier.

Cependant, pour étancher, s'il est possible, votre soif (de connaître), je vais, cette fois, remonter à la tête de la source. L'eau y est toujours plus abondante et plus pure.

« Sachez donc que chez nous il est admis que Dieu a créé » le Cheval avec le vent, comme il a créé Adam avec le » limon. "

Ceci ne peut être discuté. Plusieurs prophètes (sur eux soit le salut) ont proclamé ce qui suit :

(1) L'insertion intégrale dans le Bulletin de la lettre de l'Émir Abd-elKader a été demandée par un grand nombre de membres. Le Comité de publication s'est empressé de déférer à ce voeu. Le curieux document qu'on va lire eût en effet perdu beaucoup de son intérêt si l'on eût retranché les parties étrangères à l'objet habituel des travaux de la Société, et si l'on eût modifié le style oriental de l'écrivain arabe. R.


CHEVAL ARABE. 290

Lorsque Dieu voulut créer |e Cheval, il dit au vent du sud :

« Je veux faire sortir de toi une créature, condense-toi. » Et le vent se condensa.

Puis vint l'ange Gabriel; il prit une poignée de cette matière et la présenta à Dieu, qui en forma un Cheval bai brun ou alezan brûlé (koummite rouge mêlé de noir), en s'écriant :

« Je t'ai appelé Cheval (frass) (1), je t'ai créé arabe, et je » t'ai donné la couleur koummite ; j'ai attaché le bonheur aux » crins qui tombent entre tes yeux : tu seras le seigneur (sid) " de tous les autres animaux. Les hommes te suivront partout » où tu iras : bon pour la poursuite comme pour la fuite, tu " voleras sans ailes ; sur ton dos reposeront les richesses, et » le bien arrivera par ton intermédiaire. »

Puis il le marqua du signe de la gloire et du bonheur, ghora (pelote en tête, étoile au milieu du front).

Voulez-vous savoir maintenant si Dieu a créé le Cheval avant l'homme, ou s'il a créé l'homme avant le Cheval ? Écoutez.

Dieu a créé le Cheval avant l'homme, et la preuve c'est que l'homme étant la créature supérieure, Dieu devait lui donner tout ce dont il avait besoin avant de le créer lui-même.

« La sagesse de Dieu ipdique qu'il a fait tout ce qui est sur » la terre pour Adam et sa postérité. "

En voici encore un témoignage :

Lorsque Dieu eut créé Adam, il l'appela par son nom et lui dit :

« Choisis entre le Cheval et borak (2). "

Adam répondit : « Le plus beau des deux est le Cheval.» Et Dieu lui répliqua :

« C'est bien, tu as choisi ta gloire et la gloire éternelle de » tes, enfants ; tant qu'ils existeront, ma bénédiction sera sur

(1) Frass, cheval; le pluriel est Khéïl. Ce mot viendrait, disent les savants, du substantif ikhetïal, qui signifie fierté. On aurait ainsi nommé les Chevaux arabes à cause de la fierté de leur démarche.

(2) Borak est l'animal qui servit de moulure à Mohammed lors de son voyage à travers les cieux. Il ressemblait à un mulet, et n'était ni mâle ni femelle.


300 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

» eux, car je n'ai rien créé qui me soit plus cher que l'homme » et le cheval. »

Dieu a également créé le Cheval avant la jument; mes preuves sont que le mâle est plus noble que la femelle, et qu'il est en outre plus vigoureux et plus résistant. Quoique tous deux soient d'une même espèce, l'un est plus passionné que l'autre, et c'est l'habitude de la puissance divine de créer le plus fort le premier. Ce que le Cheval désire le plus, c'est le combat et la course ; aussi est-il préférable pour la guerre, parce qu'il est plus rapide que la jument, plus dur à la fatigue, et qu'il partage tous les sentiments de haine ou de tendresse de son cavalier. Il n'en est pas ainsi de la jument. Qu'un Cheval et une jument soient atteints d'une blessure semblable, et telle qu'elle doive entraîner la mort, le Cheval résistera jusqu'à ce qu'il ait pu conduire son maître loin du champ de bataille, la jument au contraire tombera tout de suite et sur place, sans pouvoir attendre. Il n'y a pas de doute à élever làdessus, c'est un fait constaté par les Arabes ; j'ai vu le cas se présenter souvent dans nos combats, et je l'ai moi-même éprouvé. Ceci admis, passons à autre chose. Dieu a-t-il créé les Chevaux arabes avant les chevaux étrangers (berradine), ou bien a-t-il créé les Chevaux étrangers avant les Chevaux arabes ?

Comme conséquence de mon premier raisonnement, tout porte à croire qu'il a créé les Chevaux arabes les premiers, parce qu'ils sont incontestablement les plus nobles. D'ailleurs, le berdonne n'est qu'une espèce d'un genre, et le Dieu toutpuissant n'a nulle part créé l'espèce avant le genre.

Maintenant d'où proviennent les Chevaux arabes d'aujourd'hui?

Beaucoup d'historiens racontent qu'après Adam, le Cheval, comme tous les animaux, la gazelle, l'autruche, le buffle et l'àne, ont vécu à l'état sauvage. Suivant eux encore, le premier qui, après Adam, monta le Cheval, fut Ismaïl, le père des Arabes. Il était fils de notre seigneur Abraham, le chéri de Dieu. Dieu lui apprit à appeler les Chevaux, et lorsqu'il l'eut fait, tous accoururent à lui. Il s'empara alors des plus beaux, des plus fiers, et les dompta.


CHEVAL ARABE. 301

Mais, plus tard, grand nombre de ces Chevaux dressés et employés par Ismaïl perdirent avec le temps de leur pureté. Une seule race fut recueillie dans toute sa noblesse par Salomon, fils de David, et c'est celle appelée Zad-el-Rakeb (le cadeau, la provision du cavalier) à laquelle tous les Chevaux arabes actuels doivent leur origine. Voici comment : On prétend que les Arabes de la tribu des Azed vinrent, à Jérusalem la Noble, complimenter Salomon sur son mariage avec la reine de Saba. Leur mission accomplie, ils lui tinrent ce langage :

« O prophète de Dieu ! notre pays est éloigné, nos provisions » sont épuisées, vous êtes un grand roi, accordez-nous-en de » suffisantes pour retourner chez nous. »

Salomon fit alors venir de ses écuries un magnifique étalon issu de la race d'Ismaïl, et les congédia en leur disant :

« Voilà les provisions que je vous donne pour votre voyage ; » quand la faim se fera sentir parmi vous, faites du bois, allu» mez du feu, placez votre meilleur cavalier sur ce Cheval et » armez-le d'une bonne lance ; vous aurez à peine réuni votre » bois et allumé le feu, que vous le verrez reparaître avec le » produit d'une chasse abondante. Allez, et que Dieu vous » couvre de sa protection. »

Les Azed se mirent en route; à la première halte, ils firent ce que leur avait prescrit Salomon, et ni zèbre, ni gazelle, ni autruche, ne purent leur échapper. Eclairés alors sur la valeur de l'animal dont le fils de David leur avait fait présent, ces Arabes, rentrés chez eux, le consacrèrent à la reproduction, soignèrent les accouplements, et obtinrent ainsi cette race à laquelle ils donnèrent par reconnaissance le nom de Zad-el-Rakeb.

Cette race est celle dont la haute renommée se répandit plus tard dans le monde entier.

En effet, elle se propagea en Orient et en Occident à la suite des Arabes, qui pénétrèrent plus tard jusqu'aux extrémités de l'Occident et de l'Orient. Longtemps avant l'islamisme, HamirAben-Melouk et ses descendants régnèrent sur l'Occident pendant cent ans; c'est lui qui fonda Medaina et Saklia Chedad-


302 SOCIÉTÉ IMPERIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. Eben Aâd, s'empara des pays jusqu'à l'extrémité du Maghreb, et y bâtit des villes et des ports. Afrikes, qui donna son nom à l'Afrique, conquit jusqu'à Tandja (Tanger), tandis que son fils Chamar s'empara de l'Orient, jusqu'à la Chine, entra dans là ville de Sad et la détruisit. C'est pour cela, et depuis cette époque, que ce lieu fut appelé Chamar-Kenda, parce que Kenda veut dire, en persan, il a détruit, d'où les Arabes, par corruption, ont fait Samarkand.

Depuis l'islamisme, les nouvelles invasions des musulmans étendirent encore la réputation des Chevaux arabes en Italie, en Espagne et même jusqu'en France, où, sans aucun doute, ils ont laissé de leur sang. Mais ce qui a surtout peuple l'Afrique de Chevaux arabes, c'est d'abord l'invasion de Sidi-Okba, et, plus tard, les invasions successives des Ve et VIe siècles de l'hégire. Avec Sidi-Okba, les Arabes n'avaient fait que camper en Afrique, tandis que dans les Ve et VIe siècles ils y sont venus comme colons, pour s'y installer avec leurs femmes et leurs enfants, avec leurs Chevaux et leurs juments. Ce sont ces dernières invasion qui ont établi sur le sol de l'Algérie les tribus arabes, notamment les Mekall, les Dj'endel, les OuladMahdi, les Douaouda, etc., etc., qui se sont répandus partout et constituèrent la véritable noblesse du pays. Ce. sont même ces invasions qui ont transplanté le Cheval arabe jusque dans le Soudan, et peuvent nous faire dire, avec raison, que la race arabe est une, en Algérie comme en Orient.

Ainsi donc, l'histoire des Chevaux arabes peut se diviser en quatre grandes époques :

1° D'Adam à Ismaïl ;

2° D'Ismaïl à Salomon

3° De Salomon à Mohammed ;

4° De Mohammed jusqu'à nous.

On conçoit, cependant, que la race de l'époque principale, celle de Salomon, ayant été forcément divisée en plusieurs branches, il a dû s'établir, par le climat, le plus au moins de soins et la nourriture, des différences, ainsi qu'il s'en est établi dans l'espèce humaine. La couleur de la robe a varié aussi, sous l'empire des mêmes circonstances : l'expérience a prouvé


CHEVAL ARABE. 303

aujourd'hui aux Arabes que, dans les localités où le terrain est pierreux, les Chevaux sont, en général, gris, et que dans celles où le terrain est blanc (Ard Beda), la plupart sont blancs; j'ai souvent constaté moi-même la justesse de ces observations.

Je n'ai plus, à présent, qu'une question à vider avec vous.

Vous me demandez à quels signes, chez les Arabes, on reconnaît un Cheval noble, un buveur d'air.

Voici ma réponse :

Le Cheval d'origine pure se distingue, chez nous, par la finesse des lèvres et du cartilage inférieur du nez, par la dilatation des narines ; par la maigreur des chairs qui entourent les veinés de la tête; par l'attache élégante de l'encolure; par la douceur des crins, des poils et de la peau ; par l'ampleur de la poitrine, la grosseur des articulations et la sécheresse des extrémités. Suivant les traditions de nos ancêtres, on doit cependant le reconnaître par les indices moraux, bien plus encore que par ces signes extérieurs. Par les signes extérieurs vous pouvez préjuger la race ; par les indices moraux, seulement, vous aurez la confirmation du soin extrême apporté dans les accouplements, de l'intérêt qu'on aura pris à proscrire impitoyablement les mésalliances.

Les Chevaux de race n'ont point de malice. Le Cheval est le plus beau des animaux ; mais son moral,, d'après nous, sous peine de dégénérescence, doit répondre à son physique. Les Arabes en sont tellement convaincus, que si un Cheval ou une jument ont donné une preuve incontestable de vitesse extraordinaire, de sobriété remarquable, d'intelligence rare ou d'attachement précieux à la main qui les nourrit, ils feront tous les sacrifices imaginables pour en tirer race, persuadés que les qualités qui les ont distingués se représenteront chez leurs produits.

« Nous admettons donc qu'un Cheval est véritablement " noble quand, en sus d'une belle conformation, il réunit le » courage à la fierté et qu'il resplendit d'orgueil au milieu de " la poudre et des hasards.

» Ce Cheval chérira son maître, et ne voudra, le plus sou» vent, se laisser monter que par lui.


304 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

» Il n'urinera ni ne fera d'ordures tant qu'il le portera.

» Il ne mangera point les restes d'un autre Cheval.

" Il éprouvera du plaisir à troubler avec ses pieds l'eau » limpide qu'il pourra rencontrer.

» Par l'ouïe, par la vue et par l'odorat, aussi bien que par son » adresse et son intelligence, il saura préserver son maître des » mille accidents qui sont possibles à la chasse ou à la guerre.

" Et, enfin, partageant les sensations de peine ou de plaisir " de son cavalier, il l'aidera au combat en combattant lui» même, et fera, partout et sans cesse, cause commune avec » lui (Ikatel-ma-Rakeb-hou). »

Voilà les indices qui témoignent de la pureté d'une race.

Nous possédons, sur les qualités des Chevaux, des histoires nombreuses ; de toutes, il ressort que le Cheval est la plus noble des créatures après l'homme, la plus patiente, la plus utile. Il se nourrit de peu, et, si on le considère sous le rapport de la force, nous le trouvons encore au-dessus de tous les autres animaux. Le boeuf le plus robuste peut porter un quintal ; mais si vous placez ce poids sur son dos, il ne marchera plus qu'avec effort et ne pourra courir. Le Cheval, lui, porte un homme fait, un cavalier vigoureux, avec un drapeau, des armes et des munitions, des provisions pour tous les deux, et il court un jour entier et plus, sans boire ni manger. C'est avec son secours que l'Arabe peut sauver ce qu'il possède, s'élancer sur l'ennemi, suivre ses traces, le fuir, défendre sa famille ou sa liberté; supposez-le riche de tous les biens qui font le bonheur de la vie, rien ne pourra le protéger que son Cheval.

Comprenez-vous maintenant l'amour immense des Arabes pour le Cheval ? il n'est qu'égal aux services que celui-ci leur rend. Ils lui doivent leurs joies, leurs victoires ; aussi font-ils toujours préféré à l'or et aux pierres précieuses. Tant que dura le paganisme, ils l'aimèrent par intérêt et seulement parce qu'il leur procurait gloire et richesses, mais lorsque le Prophète en eut parlé avec les plus grands éloges, cet amour instinctif s'est transformé en devoir religieux. L'une des premières paroles qu'il prononça au sujet des Chevaux, est celle que la tradition lui prête lorsque plusieurs tribus de l'Yémen


CHEVAL ARABE. 305

vinrent accepter ses dogmes, et lui offrir en signe de soumission (1) cinq juments magnifiques appartenant aux cinq différentes races que possédait alors l'Arabie.

On rapporte que Mohammed sortit de sa tente pour recevoir les nobles animaux qui lui étaient envoyés, et que, tout en les caressant de la main, il s'exprima ainsi :

" Soyez bénies, ô les filles du vent ! »

Plus tard, l'envoyé de Dieu (Rassoul Allah) a ajouté :

« Celui qui entretient et dresse un Cheval pour la cause de « Dieu est compté au nombre de ceux qui font l'aumône le " jour et la nuit, en secret ou en public. Il en sera récom" pensé : tous ses péchés lui seront remis, et jamais la crainte " ne viendra déshonorer son coeur. »

Maintenant je prie Dieu qu'il vous accorde un bonheur qui ne passe jamais. Conservez-moi votre amitié. Les sages parmi les Arabes ont dit :

" Les richesses peuvent se perdre ;

» Les honneurs sont une ombre qui se dissipe ;

» Mais les vrais amis sont un trésor qui reste, »

Celui qui a écrit ces lignes avec une main que la mort doit dessécher un jour, c'est votre ami, le pauvre devant Dieu. SID-EL-HADJ, ABD-EL-KADER, BEN-MAHHYEDDIN.

Fin de Deul-Kada 1274 fin d'août 1857).

(1) Ne serait-ce pas là l'origine des chevaux de soumission (gada) que dans les pays musulmans le vaincu doit offrir au vainqueur ?


306 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

NOTE SUR L'INCUBATION DES AUTRUCHES

A LA PÉPINIÈRE CENTRALE DU GOUVERNEMENT A ALGER.

Par M. HARDY,

Directeur de la Pépinière centrale du gouvernement, à Hamma, près Algér.

(Séance du 18 juin 1858.)

Depuis une dizaine d'années, des Autruches étaient entretenues à la Pépinière centrale, dans un enclos assez étroit. Le troupeau s'était formé des dons de diverses personnes appartenant à l'armée et à l'ordre civil. Il s'y trouvait beaucoup plus de mâles que de femelles. Les mâles se battaient continuellement, et les femelles ne pondaient point, soit qu'elles fussent encore trop jeunes, soit que l'endroit ne leur fût pas favorable.

Le troupeau fut diminué par des dons faits au Muséum d'histoire naturelle de Paris, au Jardin zoologique de Marseille et à celui d'Anvers. Deux femelles et deux mâles furent conservées.

Ces deux couples furent enfermés ensemble, en 1852, dans un enclos circulaire placé au milieu de l'une des principales allées de l'établissement. Cet enclos avait 16 mètres de diamètre. A sa circonférence, un hangar avait été construit, mais les Autruches n'y venaient que pour prendre leur nourriture, et demeuraient toujours dehors, quelque mauvais que fût le temps.

Quoique ce changement eût amené une grande amélioration dans l'ordre de ce ménage collectif, la tranquillité n'y était pas encore. Les couples paraissaient s'être choisis, mais les deux mâles se battaient toujours, et à la longue il y en eut un qui finit par dominer et imposer sa loi à l'autre, ne lui laissait pas un moment de répit, soit qu'il prît sa nourriture, soit qu'il voulût se livrer à ses amours.

Cependant les femelles commencèrent à pondre, et les pontes furent assez régulières depuis.


INCUBATION DES AUTRUCHES. 307

La ponte a toujours commencé vers le milieu de janvier, pour se terminer vers la deuxième quinzaine de mars. Quelquefois une deuxième ponte s'est produite en septembre et octobre, mais ce fait ne s'est pas présenté constamment. Le moment de la ponte est précédé par le rut du mâle. Plusieurs caractères particuliers à cet état se développent : la peau de son cou et de ses cuisses prend une couleur rouge vif. On sait que ces deux organes sont dépourvus de plumes. Il chante alors, ou plutôt il fait sortir du fond de sa poitrine et du gosier des sons rauques, concentrés, étranges. Pour les produire, il ramasse son cou sur lui-même, ferme le bec, et; par des mouvements spasmodiques qu'il produit à volonté par lotit son corps, pousse en avant l'air contenu dans sa poitrine, donne à son gosier une dilatation extraordinaire et fait entendre trois sortes de détonations gutturales, dont la deuxième est de quelques tons plus élevée que la première, et la troisième, d'un ton beaucoup plus grave, se prolonge en s'éteignant. Il fait ainsi des salves composées de trois fois trois détonations, et qu'il répète à plusieurs reprises. Ce chant sauvage, qui a de l'analogie avec le rugissement du lion, se fait entendre le jour et la nuit, mais principalement le matin.

Le rut se manifeste encore par des gestes chez l'Autruche mâle; il exécute une sorte de danse. Il s'accroupit devant sa femelle, sur les jarrets, puis balance, pendant huit ou dix minutes, d'une manière cadencée, la tête et le cou, se frappe alternativement avec le derrière de sa tête le corps de chaque côté; en avant des ailes. Ses ailes s'agitent en mesure par des mouvements fébriles, tout son corps frémit; il fait entendre une sorte de roucoulement sourd et saccadé : tout son être paraît en proie à un délire hystérique; Ces symptômes précèdent plutôt qu'ils ne suivent l'accouplement. Il coche sa femelle plusieurs fois par jour, mais principalement le matin. Pendant l'acte il fait entendre un grondement sourd et concentré qui indique la violence de sa passion.

Au moment de la ponte, les Autruches creusent un nid en terre. Le mâle et la femelle concourent à ce travail; ils prennent des becquetées de terre qu'ils rejettent en dehors de


308 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

l'enceinte qu'ils veulent creuser; pendant cette action les ailes sont pendantes et agitées d'un léger frémissement. Ils réussissent à attaquer ainsi la terre la plus dure. Le sol du parc où ont été faites ces observations avait été rechargé de pierres, de décombres, de gravier: c'était une sorte déciment. L'excavation circulaire n'en était pas moins creusée à coups de bec, et des pierres d'un volume assez considérable en étaient extraites et mises à l'écart. Ce trou pouvait avoir 1m,20 de diamètre. Un même couple creusait plusieurs de ces nids dans une même campagne, sans jamais en adopter un seul pour la ponte.

Malgré ces préliminaires, les oeufs n'étaient jamais déposés dans les nids ainsi creusés. La femelle les pondait au hasard sur les différents points du parc. Evidemment la situation était défavorable à la procréation, quoiqu'il y eût progrès sur les résultats de la première installation, où les femelles n'avaient pu même pondre. Le nid était presque étanche et retenait l'eau des pluies ; le parc était beaucoup trop étroit, trop découvert, il n'y régnait pas un mystère suffisant ; l'endroit était trop fréquenté du public, qui excitait continuellement ces animaux; la guerre continuelle entre les deux mâles était évidemment autant de causes contraires. Je pris le parti de leur donner une installation mieux appropriée au résultat que je voulais obtenir.

Au mois de décembre 1856, je mis un couple dans un parc plus retiré et plus spacieux. L'autre couple resta provisoirement au même endroit. Ce nouvel enclos a une superficie d'un demi-hectare environ; la moitié est couverte d'arbres et d'arbustes entremêlés et d'un grand développement; l'autre moitié est nue et abritée à l'ouest par un haut bâtiment, le long duquel les animaux sont garantis du vent et de la pluie violente pendant l'hiver.

Au mois de janvier, les Autruches creusèrent leur nid au milieu du massif boisé, et précisément à l'endroit le plus touffu. La terre, en cet endroit, est une argile ocreuse. Vers le 15, la femelle commença sa ponte ; deux oeufs furent d'abord abandonnés au hasard dans le parc, puis elle les déposa régulièrement ensuite dans le nid qu'elles avaient creusé; elle en


INCUBATION DES AUTRUCHES. 309

pondit ainsi douze. Dans les premiers jours de mars elles commencèrent à couver. Une semaine après, il vint des pluies très abondantes qui se prolongèrent; l'eau pénétra le nid, les oeufs se trouvèrent dans une espèce de mortier, et les pauvres animaux abandonnèrent leur couvée.

J'avais déjà l'expérience que les Autruches faisaient quelfois deux pontes dans une année ; je pensai que celles-ci pourraient bien ne pas tarder à en faire une nouvelle. Il convenait de prendre des précautions pour prévenir le retour de l'accident qui venait de se produire. Je fis apporter une grande quantité de sable, et j'en fis former un large monticule, à l'endroit où le nid avait été creusé; et comme les regards pénétraient de divers points jusqu'au nid, je le fis entourer de paillassons à une grande distance, de façon que l'on ne pût l'apercevoir.

A ma grande satisfaction, je vis vers la mi-mai, les Autruches creuser un nouveau nid, au sommet du monticule que je leur avais fait préparer ; puis, peu de temps après, la seconde ponte commença. Dans les derniers jours de juin, les Autruches commencèrent à garder le nid quelques heures par jour, puis, à partir du 2 juillet, elles couvèrent régulièrement. Le 2 septembre, on aperçut un petit qui se promenait autour de l'Autruche qui était sur le nid. Puis, quatre jours après, elles cessèrent de couver, s'occupant exclusivement du nouveauné. Je cassai ensuite les oeufs, et je vis que trois foetus étaient morts dans un état d'incubation très avancé, que deux oeufs étaient clairs, sans putréfaction, et que deux étaient pourris, et répandaient une odeur insupportable.

Le petit Autruchon s'éleva parfaitement, et aujourd'hui il est aussi grand que ses parents : c'est un mâle.

Le 18 janvier dernier, la femelle de ce même couple recommença sa ponte. Ses deux premiers oeufs furent déposés au hasard dans le parc, ensuite elle alla régulièrement pondre dans le nid qui avait servi l'année précédente, et qui n'avait pas été dérangé; elle y déposa douze oeufs. Cette ponte fut de quatorze oeufs : les deux premiers abandonnés par la mère et douze mis en réserve dans le nid par elle. Cette


310 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

ponte se termina dans les premiers jours du mois de mars. Dès lors la femelle se mit sur ses oeufs quelques heures au milieu du jour ; le soleil donnait sur le nid presque toute la journée ; puis, ses séances se prolongèrent, et elle demeura sur les oeufs de neuf heures du matin à trois heures du soir; le reste du temps et pendant la nuit les oeufs restaient découverts. Enfin, le 12 mars, elle garda le nid tout à fait ; alors le mâle partagea avec elle le travail de l'incubation, et se mit sur le nid, principalement la nuit. Peu à peu il prolongea ses séances, et vers la fin de l'incubation il demeura sur les oeufs beaucoup plus longtemps que la femelle.

Dès les premiers jours de la couvaison, un oeuf fut sorti du nid et ne fut pas couvé. Cet oeuf demeura intact jusqu'à la fin et ne fut pas cassé par les Autruches.

Chaque fois que le mâle et la femelle se substituent sur le nid, celui qui reprend la séance examine les oeufs les uns après les autres avant de se remettre dessus ; il les retourne et en change toujours quelques-uns de place.

En temps de pluie, l'Autruche demeurée libre vient se ranger à côté de celle qui couve, pour lui aider à abriter le nid.

Enfin, le 11 mai, on aperçut quelques petites Autruches sortir leur tête de dessous les ailes du couveur, et, le 13 au matin, on put voir le mâle et la femelle quitter le nid, en conduisant une bande de neuf petits Autruchons.

Les plus jeunes s'avançaient avec des pas incertains ; les plus âgés couraient et becquetaient les herbes les plus tendres. Le père et la mère veillaient sur eux avec une vigilante sollicitude; le père, surtout paraissait leur accorder le plus de tendresse: c'est lui qui les abritait de ses ailes pendant la nuit.

De toutes les sortes de nourriture qui furent apportées à ces Autruchons, les salades furent celle qu'ils préférèrent. Ils prenaient du pain, mais en très petite quantité.

En sortant de l'oeuf, les jeunes Autruches ont le corps revêtu d'un long et épais duvet, parmi lequel se trouvent mêlées des plumes rudimentaires, roides, sans pennules, ayant de l'analogie avec les poils du porc-épic.

Ainsi, cette fois, sur douze oeufs, neuf petits sont éclos; sur


INCUBATION DES AUTRUCHES. 311

les trois restants un avait été sorti du nid à dessein par les Autruches, était clair et n'a pas été couvé; un autre était gâté, et dans le troisième il y avait un petit, mort.

L'autre couple, demeuré dans l'ancien enclos, a été transféré le 5 avril dernier dans un parc plus spacieux, établi au milieu d'un massif de jeunes Caroubiers ; des arbres ont été ménagés au milieu pour l'ombrager. Dans le nid ainsi préparé, je déposai douze oeufs de la femelle de ce couple, choisis parmi les plus nouveaux de ceux qui avaient été recueillis au fur et à mesure de sa ponte et que j'avais conservés avec soin. Tout était disposé de la sorte, lorsque ces deux grands oiseaux furent introduits dans leur nouvelle demeure. Ils furent plusieurs jours à s'habituer. Ils ne s'approchaient pas du nid, et le regardaient avec une sorte de méfiance. Je les y habituai, en faisant déposer leur nourriture tout auprès. Pendant ce temps, la femelle pondit deux oeufs à travers le parc, je les fis ajouter aux douze du nid. Peu à peu elles se mirent à contempler les oeufs et à s'en approcher. Elles les examinaient avec la plus grande attention, elles les touchaient alternativement du bec, comme si elles eussent voulu les compter. Enfin, au bout de trois jours de la méditation où elles paraissaient plongées, le mâle se mit sur les oeufs et commença à les couver. Depuis, ce travail s'est continué avec la plus grande assiduité, le mâle et la femelle se succèdent alternativement.

Elles ont trié trois oeufs qui ont été rejetés en dehors du nid. Le 10 juin, avant-veille de mon départ pour Marseille, trois petits étaient éclos de cette couvée; les parents ne se tenaient déjà plus sur les oeufs avec la même assiduité.

J'ai eu occasion de remarquer que, lorsque l'on enlève les oeufs au fur et à mesure de la ponte, la femelle en produit un plus grand nombre que quand ils sont laissés au nid.

Ainsi, la femelle du couple qui vient d'amener à bien une si belle couvée, a pondu dans un nid, l'année dernière, à la première ponte, douze oeufs; à la seconde, neuf autres. Cette année, la ponte a été de quatorze oeufs, dont deux abandonnés.

Dans l'ancien enclos, cette même femelle, dont les oeufs étaient enlevés chaque fois, donnait d'une ponte continue de


312 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

25 à 28, et quelquefois 30 oeufs. Une année elle fit deux pontes : la première donna 29 oeufs ; la seconde, à l'automne, 21 oeufs; en tout, 50 oeufs.

Il était facile de reconnaître que tous ces oeufs lui appartenaient, car ils étaient notablement plus gros que ceux de l'autre femelle. La moyenne des oeufs de la première présente 1kil,565 l'un, tandis que la moyenne de l'autre n'est que de 1kil,320; de différence par oeuf, 0kil,245.

On voit qu'il n'est pas impossible qu'une Autruche femelle donne dans le courant d'une année un poids d'oeufs de 78kil,250. Quoique ces oeufs aient un goût moins délicat que les oeufs de poule, ils sont cependant parfaitement mangeables.

Voulant me rendre compte du rapport qui existait entre le poids de ces oeufs et celui des oeufs de Poule, j'ai trouvé qu'un oeuf de Poule d'Espagne pesait en moyenne 0kil,652. L'oeuf de l'Autruche en question donne le même poids que 24 oeufs de Poule d'Espagne et 33 oeufs de Poule bédouine, et les 50 oeufs que peut donner cette Autruche dans le courant d'une année représentent 1200 oeufs de Poule d'Espagne et 1650 oeufs de Poule bédouine.

Nos Autruches se nourrissent d'herbes et de grains. Elles ingèrent quelquefois des morceaux de métal, de petits cailloux, pour leur servir de lest, plutôt que comme nourriture. Les objets de couleurs éclatantes, les métaux brillants, exercent sur elles une attraction très puissante, et elles cherchent toujours à se les approprier en les avalant, si leur volume ne s'y oppose pas. C'est ce qui a pu faire à l'Autruche la réputation de voracité qu'on lui a donnée, jusqu'à en faire un animal Carnivore, ce qui n'est pas exact.

De ce qui vient d'être relaté, il demeure acquis :

1° Que l'Autruche peut se reproduire à l'état de domesticité;

2° Qu'elle fait un nid, y dépose ses oeufs, les couve et ne les abandonne pas, en laissant au hasard le soin de les faire éclore;

3° Que la part active que le mâle prend dans les soins journaliers de la procréation en fait un oiseau essentiellement monogame, et que s'il est polygame, ce n'est que par exception.


ABEILLES. 313

RAPPORT SUR LE PROCÉDÉ DE M. ANTOINE

POUR PRATIQUER, SANS L'EMPLOI DE LA FUMÉE OU DE L'ANESTHÉSIE,

LE MANIEMENT DES ABEILLES ET LA RÉCOLTE DE LEURS PRODUITS,

Par M. le docteur BLATIN.

(Séance du 4 juin 1858.)

Il y a quelques mois, un apiculteur bien connu pour sa méthode d'enfouissement des ruches pendant l'hiver, M. Antoine (de Reims), annonçait à la Société impériale d'acclimatation et à la Société protectrice des animaux, qu'il avait trouvé le moyen de maîtriser les Abeilles, sans l'emploi de la fumée ni d'aucune substance anesthésique. « En deux minutes, disait-il, devenues dociles, elles laissent, sans piquer, procédera toutes les opérations, et ne tardent pas à reprendre leurs travaux. Il n'y a ni tuées, ni blessées, ni malades. »

Un procédé donnant de tels résultats ne pouvait être indifférent à deux sociétés qui ont pour but, l'une la propagation, l'autre la protection de tous les animaux utiles. Membre et délégué de l'une et de l'autre, je suis heureux, Messieurs, de pouvoir vous donner, à ce sujet, quelques renseignements.

Le 30 mai 1858, jour fixé par M. Antoine pour opérer sur ses Abeilles, alors en pleine récolte, j'étais à Reims. A quatre heures, par un beau soleil et un temps calme, les expériences ont commencé, dans son jardin, clos de murs et contenant trente ruches, en présence de plusieurs personnes notables, mais étrangères à l'apiculture (1). M. Antoine nous avait dé(1) MM. Leconte et Lanson, membres du conseil municipal ; Buffet, curé de Saint-André-de-Reims, et Thiriet, son vicaire; Durand Barré et AugerVallé, rentiers; Jourdain de Muizon, trésorier de la cathédrale.

T. V. - Juillet 1858. 21


314 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATTON.

claré ne vouloir pas agir en présence de possesseurs d'Abeilles, pour ne pas être jugé prématurément par eux. Cette réserve et la précaution qui fut prise à notre égard m'avaient mis en défiance sur la valeur d'un procédé dont il refusait l'appréciation aux plus compétents. Nous fûmes placés et tenus à distance, à vingt-cinq pas environ de la ruche, désignée par nous, au milieu de sept ruches mères contenant chacune de trente à trente-cinq mille Abeilles, et devant laquelle l'opérateur alla s'accroupir, en nous tournant le dos. Il nous pria de constater l'heure, et deux minutes à peine s'étaient écoulées, lorsque nous le vîmes décoller la ruche de son tablier et la soulever, puis la retourner, en nous annonçant que sa population était maîtrisée. Aussitôt après il l'apporta près de nous, à l'ombre, et l'installa, le sommet en bas, sur un petit tonneau défoncé qui servit de support. Toutes les Abeilles s'étaient réfugiées vers la partie centrale ou supérieure de leur habitation. Quelques-unes seulement étaient groupées à la base des rayons; aucune ne paraissait disposée à fuir ou à piquer. Une ruche vide, de même grandeur que la ruche pleine, fut placée sur celle-ci, bord sur bord, et resta soulevée d'un côté par un tasseau, afin de nous permettre de bien voir s'opérer le transvasement.

Des tapotements furent, exercés avec les mains sur les parois de la ruche inférieure, d'abord près de son sommet, puis sur sa partie moyenne ; les Abeilles commencèrent presque immédiatement à monter dans l'autre, sans désordre et en groupes serrés. Au bout de sept ou huit minutes, elles avaient toutes abandonné leurs rayons, et s'étaient entassées dans la ruche supérieure, vers son sommet et sur la paroi opposée à celle dont le bord s'appuyait sur le tasseau.

Celte partie de l'opération ne différait en rien de celle que pratiquent les apiculteurs qui exécutent le transvasement ou le montage par tapotement, si ce n'est que M. Antoine regarde comme inutile de lier les ruches avec un linge, comme on le conseille, pour empêcher la fuite des Abeilles. Si quelques-unes, s'écartant du groupe ascendant, apparaissent aux ouvertures produites par l'interposition du tasseau, en souf-


ABEILLES. 315

flant sur elles avec la bouche, on les oblige à rentrer, pour suivre les autres.

En moins de dix minutes, M. Antoine avait, sous nos yeux, sans employer aucune substance anesthésique, sans enfumage, sans se garnir les mains ou la figure d'un appareil ou enduit protecteur, opéré le transvasement, l'essaimage artificiel et la récolté de quelques rayons de miel. L'émigration avait été complète; pas une abeille n'avait souffert ; pas une n'avait pris son vol. Toutes conservaient leur activité, leur vigueur, sans paraître irritées ou inquiètes. M. Antoine, après les avoir écartées doucement avec les doigts pour nous montrer la reine, s'en couvrit diverses parties du corps, sans recevoir aucune piqûre, et, comme lui, j'en fis grouper plus d'un millier sur ma main et mon bras. La ruche mère et l'essaim artificiel furent remis en place, à peu de distance l'un de l'autre, et le travail parut bientôt recommencer sans trouble, les ouvrières qui revenaient des champs, chargées de leur butin, s'empressant de rentrer soit dans l'ancienne, soit dans la nouvelle habitation.

Les expériences furent répétées sur trois autres ruches, avec le même succès. Si l'on veut se borner à recueillir du miel, à détacher quelques rayons, ou à couper les alvéoles à Bourdons, comme le recommande M. Antoine, toute l'opération se fait en deux ou trois minutes. S'il s'agit de former un essaim, de procéder à un transvasement, à un mariage, huit à dix minutes suffisent, en cette saison, où la miellée abonde sur les fleurs des champs.

M. Antoine avait tenu toutes les promesses de son programme. Il ne lui restait plus qu'à nous faire connaître les détails pratiques de sa méthode ; car les précautions qu'il avait prises d'abord pour nous les cacher n'avaient pour but que d'augmenter notre surprise. Son secret, je l'avais deviné; je le divulgue avec l'autorisation formelle de l'habile apiculteur.

Après avoir enlevé doucement la chemise de paille servant d'abri, M. Antoine frappe avec le doigt fléchi, vers le sommet de la ruche, un petit coup d'abord, puis des coups plus forts et rapprochés. Il frappe ensuite avec le plat de la main, et au


316 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

bout d'une demi-minute avec les deux mains, toujours de plus, fort en plus fort, pour ne pas donner aux Abeilles le temps de revenir de leur étonnement, et les obliger à descendre. Quand ce tapotement méthodique a duré deux minutes environ, il soulève la ruche, sans secousse, et frappe encore une vingtaine de petits coups au sommet, ce qui fait remonter les Abeilles. Alors il la renverse, l'orifice en haut, et l'emporte à quelque distance pour opérer tranquillement.

Rien n'est plus simple, on le voit, et, pour réussir, il n'est pas nécessaire, comme on le disait autour de nous, de recourir aux absurdes pratiques du magnétisme.

Observateur expérimenté, M. Antoine fait remarquer que le transvasement, qui se fait en huit à dix minutes au moment où nous sommes, en exigera plus de vingt, à d'autres époques, parce que les Abeilles qu'on force à sortir de leur ruche quand il n'y a presque rien à récolter sur les fleurs, ne la quittent qu'après s'être gorgées de miel, comme un essaim qui part spontanément.

Toutes les opérations doivent se faire par un temps doux et calme, en été; sans cette précaution, elles n'auraient pas de bons résultats, et pourraient devenir dangereuses.

Ce procédé, dont l'exécution est si facile, pourra-t-il faire abandonner les habitudes désastreuses de l'enfumage, qui trop souvent brûle ou tue les Abeilles avec leurs couvains ? Pourrat-il remplacer l'emploi des anesthésiques, dont le maniement exige une attention soutenue, une main exercée, un bon appareil, des substances choisies, une perte de temps? Il rendrait alors d'importants services. S'il n'est pas nouveau, s'il est connu depuis qu'on s'occupe d'apiculture, jamais il n'avait été l'objet d'une étude aussi intelligente : M. Antoine a fait une* heureuse application du tapotement, en le rendant méthodique. Toutefois n'oublions pas que l'opération la mieux conduite peut avoir ses dangers: s'il survient un accident, si la ruche tombe, si quelque animal turbulent fait irruption dans l'apier, l'homme est sans défense contre une population pleine de vigueur, irritée, et dont la piqûre est parfois meurtrière.


VER A SOIE DU CHÊNE. 317

MONOGRAPHIE DU VER A SOIE DU CHENE AU KOUY-TCHEOU.

Par M. l'abbé PERNY,

Provicaire apostolique, supérieur du Kouy-tcheon.

(Séance du 18 juin 1858.)

Messieurs, Les principales branches de commerce de la province du Kouy-tcheou sont le célèbre vernis de Chine, la cire blanche, le mercure, les chevaux, des minéraux précieux pour la médecine, des plantes médicinales, le coton, etc., et surtout la soie du Ver qui mange le Chêne. Cette dernière branche a fait des progrès remarquables depuis une vingtaine d'années. Une foule de familles chinoises se sont enrichies par l'éducation de cette espèce de Vers. Le revenu est fort considérable, lorsque la saison n'est pas trop pluvieuse ou que la maladie ne décime pas les jeunes Vers du Chêne. La soie qu'ils produisent est moins fine, moins délicate que celle des Vers du Mûrier; mais elle a sur celle-ci un double avantage qui n'est pas à dédaigner : 1° celui d'une, solidité bien supérieure ; 2° celui d'un prix notablement plus modique. La soie du Ver qui se nourrit du Chêne est naturellement recherchée pour ce motif. Les Tonghinois la préfèrent de beaucoup aux autres espèces. La province de Kouy-tcheou en fournit principalement à ce royaume. On en exporte beaucoup aussi dans les provinces voisines et à Canton, où les Européens la recherchent pour en faire des habits d'été. L'échantillon de soie que j'ai eu l'honneur de remettre à la Société d'acclimatation donne une idée de la manière dont on la confectionne au Kouy-tcheou. Mais je crois que la confection serait bien supérieure en Europe, et que nos gens du Kouy-tcheou , en voyant des étoffes de cette soie confectionnées en France auraient de la peine à croire qu'elle est un produit de leur pays. Chacun sait que les procédés chinois


318 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

sont, en général, imparfaits; il est vrai qu'ils ont un avantage, celui de la simplicité. Je ne sais pourquoi on a dit en France que l'on ne pouvait teindre la soie de ce Ver sauvage. Les Chinois lui appliquent la teinture sans difficulté. Seulement, j'ignore s'ils ont des procédés spéciaux pour la teinture de cette soie.

Je pense qu'on parviendra assez facilement à élever en France, le Bombyx du Chêne. Il me semble facile à présent, d'obtenir de la Chine un envoi de cocons en bon état. J'ai examiné la question pendant la traversée que je viens de faire. Au moyen de certaines précautions que l'expérience m'a démontrées et d'une dépense qui serait peu considérable, vu l'importance d'un envoi destiné à fournir la graine, je crois qu'on pourrait, avec des chances probables de succès, obtenir des cocons en très bon état.

Les Vers à soie du Mûrier tiennent au Kouy-tcheou la seconde place. Je n'ai jamais ouï dire qu'on y élevât d'autres espèces de Vers. Nous n'avons pu découvrir quel peut être l'arbre appelé Fagara par le P. d'Incarville. Il n'est pas impossible que cet arbre existe au Kouy-tcheou, mais il faudrait savoir le nom chinois. La province du Kouy-tcheou a été peu connue des anciens missionnaires jésuites. La conquête sur les Miaô-tsè est assez récente (1).

L'éducation du Bombyx Pernyi ne se fait pas au Kouytcheou par des exploitations en grand. Chaque cultivateur qui a un coin de terrain, une colline propre à une plantation de Chênes, élève des Vers à soie en plus ou moins grande quantité, sans se détourner de ses travaux. Le plus souvent il ne dévide pas la soie lui-même, il vend ses cocons à d'autres Chinois qui parcourent les campagnes pour ces sortes d'achats. Ordinairement les cocons se vendent au millier. Le prix varie chaque année, selon l'abondance et la saison qu'on a eue. Les

(1) Les anciens missionnaires ont été induits en erreur au sujet des peuplades Miaô-tsè. Elles ont été vaincues et refoulées au sud et à l'est de la province, et non pas détruites totalement, ainsi que le disent les Mémoires sur les Chinois. Elles y vivent encore indépendantes, et leur population s'élève peut-être à 7 ou 8 millions d'habitants.


VER A SOIE DU CHÊNE. 319

cocons de la première récolte sont préférés à ceux de la seconde. Car une particularité propre à ce Ver du Chêne est de donner deux cocons dans l'année. C'est la seconde recolte qui donne, ordinairement, la semence pour l'année suivante. Il y a une variété dans l'espèce du Bombyx Quercûs. Une espèce, peut se conserver jusqu'à l'automne suivant, au lieu d'éclore au printemps, comme l'autre. Mais les Chinois l'estiment moins.

Pour la conservation de l'espèce, les Chinois choisissent avec soin, en faisant la cueillette, les cocons qui paraissent plus nourris, mieux conditionnés. Ils ont beaucoup de tact pour ce choix. Selon la température de la saison écoulée, ils savent la mortalité probable qu'ils éprouvent parmi les cocons à conserver. L'expérience leur a appris également sur lequel des deux sexes la mortalité doit être plus grande. Car les Chinois sont essentiellement observateurs. En conséquence de cette expérience, ils recueillent en plus grand nombre soit des mâles, soit des femelles. Ces cocons sont ensuite liés en forme, de tresse, quatre à quatre. On les suspend au plafond de l'appartement le plus frais de la maison. Les rats et divers insectes sont très friands des Vers à soie. On prend des précautions pour éviter ces dommages. Ces tresses de cocons demeurent là jusqu'au printemps.

Les cocons destinés au commerce sont placés sur des claies de bambou, On allume en dessous un feu assez ardent; en moins de quelques minutes le Ver est suffoqué par cette chaleur. L'extraction de la soie a lieu de la manière suivante. On fait cuire les cocons pendant huit à dix minutes dans de l'eau bouillante ; ensuite on démêle dans une écuelle d'eau une ou deux poignées de cendres de sarrasin, que l'on jette dans la chaudière. Je ne sais quel procédé on emploie en France. Cette cendre de sarrasin (Saracenum) s'obtient ainsi : après avoir récolté la graine, les Chinois sèchent les tiges au soleil, les entassent et y mettent le feu. Cette cendre est employée dans toutes les fabriques de teintureries chinoises. Je présume qu'elle fait l'effet de la potasse; cette cendre est nécessaire pour faciliter le dévidement de la soie du Ver qui nous occupe.


320 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

On agite les cocons avec une spatule, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que les fils de soie commencent à se dérouler autour de cette spatule ; le dévideur prend alors de cinq à huit fils, selon la grosseur du brin qu'il désire, et les introduit dans la première ouverture de la machine à dévider. Cette machine est fort simple ; ordinairement on est deux pour cette opération. La soie ainsi dévidée a la couleur d'un jaune pâle (voy. les échantillons que nous avons donnés à la Société d'acclimatation). J'ai oublié de prendre des informations sur la manière dont les Chinois blanchissent cette soie après l'avoir tissée; la soie, ainsi dévidée, se vend aux fabricants d'étoffes ou chefs d'ateliers, dont les commis parcourent la province à cet effet.

J'arrive à l'éducation du Ver. Si le printemps commence par des chaleurs subites et fortes, on éprouve beaucoup de pertes pour la semence, alors les Papillons sortent trop prématurément. Si, au contraire, l'éclosion était tardive, on l'accélère en chauffant la chambre qui renferme les cocons.

On visite assidûment cette chambre; lorsque le Papillon a déployé ses ailes, on l'attache légèrement avec un fil afin de l'empêcher de voltiger dans l'appartement. On place un mâle à côté d'une femelle, l'accouplement se fait instinctivement; on ne le laisse pas durer plus d'un jour, le mâle séparé est jeté de côté. Des naturalistes anglais pensent qu'il serait mieux de laisser ces insectes s'accoupler à leur volonté. Mais la pratique des Chinois a sa base sur l'expérience; elle est donc préférable aux théories savantes. Après la séparation, les Chinois pressent sur la femelle pour lui faire rendre une partie de la liqueur destinée à la formation des oeufs. Ils ont encore ici une raison d'expérience qu'il faut respecter.

Les femelles fécondées sont placées dans de grandes corbeilles, non pas de bambou, mais d'osier, tressées ave soin. Les femelles préfèrent ces corbeilles d'osier à toutes autres. Trois jours après la fécondation, elles pondent leurs oeufs, qu'une liqueur glutineuse tient collés sur l'écorce des branches d'osier de la corbeille. Selon le degré de température, l'éclosion de l'oeuf a lieu de huit à dix jours après. Au Kouy-tcheou, cette éclosion a lieu en avril ; le climat de cette province est


VER A SOIE DU CHÊNE. 321

tempéré. On présente des branches de feuillage aux jeunes Vers. Quand ils les couvrent, la corbeille est portée sur la montagne ou forêt de Chênes. Ces Chênes sont peu élevés; en général, ils ont de 1m,50 à 2 mètres de hauteur. On ne les cultive point, on se borne à les émonder, de manière à favoriser les pousses. On tient propre le sol, afin de pouvoir recueillir plus facilement les Vers qui tombent à terre. Soit pour ce soin, soit pour donner la chasse aux oiseaux, qui sont avides de Vers à soie, il y a une personne de garde autour de la plantation. En poussant un cri, agitant une crécelle, ou quelquefois tirant un coup de fusil, on éloigne les oiseaux ennemis des Vers à soie.

Le Ver à soie du Chêne change de figure, comme disent nos Chinois, jusqu'à quatre fois, assez rarement cinq fois; cependant cela arrive. L'intervalle entre chaque métamorphose est de huit à neuf jours. On a remarqué que la température froide ou chaude accélérait ou retardait ces changements de face (fain mién). Les Vers à soie ne s'égarent pas ; lorsqu'ils ont mangé le feuillage d'un arbre ou arbuste, on les prend avec dextérité et on les place sur un arbre voisin.

Lorsque l'année est pluvieuse ou froide, les Vers à soie ne prospèrent pas aussi bien. Les Chinois ne connaissent aucun remède pour les maladies de ces insectes ; ils ne savent pas non plus la cause de leurs maladies. Dans les saisons qui sembleraient favorables, les Vers ont des maladies dont on ignore l'origine.

Après la dernière mue, le Ver fait son cocon ordinairement en un jour, deux au plus ; la cueillette se fait successivement deux ou trois jours après l'achèvement des cocons. Les premiers cocons se recueillent environ quarante à quarante-cinq jours après l'exposition sur la plantation de Chênes.

L'éclosion des papillons de cette première récolte de cocons destinés à la semence a lieu dans un bref délai. Ce délai étant de neuf à douze jours, il serait impossible, disent les praticiens chinois, de pouvoir envoyer ces oeufs en Europe, bien que la semence en serait préférable. Les arbres du Chêne ne paraissent pas souffrir d'avoir eu les feuilles mangées par ces


322 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

insectes. La séve d'automne a lieu chez nous au mois de juillet; ce second feuillage est probablement moins tendre, moins délicat que le premier et doit influer sur la qualité de la soie. La seconde ponte du Bombyx du Chêne n'offre rien de particulier, on le soigne comme il a été dit plus haut. Il arrive assez rarement que le feuillage du Chêne manque, cependant cela s'est vu au Kouy-tcheou. On nourrissait alors les Vers avec le feuillage d'un arbre appelé, en chinois Yang-meg, qui est, pensons-nous, de la famille de l'arbousier. C'est le seul feuillage étranger que veuille manger ce Ver, mais ce cas est assez rare.

Les Chinois appellent le Ver à soie du Chêne Ver sauvage, parce qu'il s'élève en plein air sur les montagnes. Je ne connais aucune espèce de Vers tout à fait à l'état sauvage.

Je pense, Messieurs, avoir dit tout ce qu'il y a d'essentiel relativement au Ver du Chêne. J'ai vu moi-même faire l'éducation de ces Vers. Si vous désirez quelques détails plus explicites sur certains points, je ferai avec empressement un supplément à ce mémoire. Mon opinion est qu'on parviendra à acclimater ce Bombyx dans toute la France. Il importerait seulement d'obtenir une caisse de cocons en très bon état pour la graine. La Commission de la Société pourrait s'entendre prochainement avec moi à ce sujet. En septembre prochain, un envoi aurait lieu de Chine avec les conditions convenues. La mission du Kouy-tcheou s'y prêtera d'autant plus volontiers, que votre Commission a voulu rappeler le concours des missionnaires pour l'acclimatation de ce Ver en lui donnant le nom de l'un de ses membres.

J'ai l'honneur d'être, etc. PAUL PERNY.


PLANTS D'IGNAMES. 323

NOTE SUR LE CHOIX DES PLANTS D'IGNAMES

ET SUR LEUR REPRODUCTION PAR LES BULBlLLES. Par M. BOURGEOIS.

(Séance du 9 avril 1858.)

Je me suis livré différentes fois à des expériences comparatives sur les produits, en quantités, des Pommes de terre plantées, soit entières, soit par morceaux plus ou moins divisés, soit en ne plantant que des yeux, et j'ai toujours constaté avec bonheur l'avantage considérable de la plantation des tubercules entiers, quoiqu'il ait été publié des assertions contraires. En effet, il serait fâcheux qu'il en fût autrement, et que des faits bien positifs vinssent détruire ce qui s'appuie d'ailleurs sur le plus simple raisonnement.

Je viens aujourd'hui, Messieurs, vous présenter les résultats analogues d'une expérience semblable que j'ai faite sur les Ignames de la Chine :

Ainsi, n° 1, les plants entiers d'un an, ayant 20 à 25 centimètres de longueur, ont donné (arrachés le 17 novembre dernier), en moyenne, des rhizomes de 650 grammes.

N° 2, les têtes ou collets retranchés, de plants semblables, de 5 à 6 centimètres de longueur, ont donné (aussi en moyenne) des racines de 102 grammes.

N° 3, un talon (l'extrémité inférieure de la racine des mêmes plants) de 4 à 5 centimètres de longueur a poussé une racine de 103 grammes.

N° 4, un morceau du milieu des plus gros plants, aussi d'un an, a donné une racine de 135 grammes.

N° 5, un bulbille a produit la première année une racine de 57 grammes.


324 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

N° 6, enfin le produit d'une tête pareille à celles du n° 2 ci-dessus, plantée dans du sable pur, sans aucun engrais, n'a été que de 20 grammes ; ce qui dénote que l'Igname, pas plus que les autres plantes, ne vient sans fumier.

Mais ce qu'il y a de plus important dans le résultat de ces expériences, c'est la grande supériorité des produits que l'on obtient des plants entiers, qui donnent des racines cinq fois plus fortes que celles qui proviennent des fragments ou des bulbilles.

Je noterai ici une remarque que je n'aurai probablement pas faite le premier : c'est que les Ignames provenant de plants entiers rapportent seules des bulbilles, au nombre de près d'une centaine par chaque plante, tandis que les bulbilles euxmêmes, ainsi que les fragments de racine, n'en produisent que la seconde année.

J'ajouterai à ces remarques, qui indiqueront à ceux qui ne les auraient pas faites eux-mêmes, les plants qu'il faut préférer quand on en a le choix, que les Ignames laissées en terre se conservent parfaitement pendant l'hiver lorsqu'elles ont été couvertes d'une légère couche de grand fumier ; et je pense qu'il vaut mieux, si elles n'ont pas été plantées trop serrées, ne pas les déplacer pour l'année suivante ; elles n'éprouveront alors aucun retard dans leur végétation au printemps : on sait d'ailleurs qu'on ne peut les arracher sans qu'il s'en casse beaucoup, ce qui les rendrait moins propres à être replantées.


PROPRIÉTÉS TINCTORIALES DU SOPHORA JAPONICA. 325

NOTE SUR LES PROPRIÉTÉS TINCTORIALES

DES

BOUTONS DE FLEURS DU SOPHORA JAPONICA

OU

HOAÎ-BOA DES CHINOIS (1).

Par M. Natalis RONDOT,

Ancien délégué commercial attaché à l'ambassade du Chine, Président de classe au jury international de l'Exposition universelle de 1855.

(Séance du 21 mai 1858.) I.

Le hwae, ou hoaï, selon l'orthographe française, est le Styphnolobium japonicum, Schott, le Sophora sinica, Rosier, le Sophora japonica, Linné (2) ; je le désignerai par ce dernier nom, sous lequel il est connu. C'est un grand et bel arbre de la famille des légumineuses (papilionacées), qui est cité dans le Tchéou-li (3), qui est acclimaté en France depuis plus d'un siècle, et y est devenu assez commun. Il fut envoyé de Chine, en 1747, par le P. d'Incarville à Bernard de Jussieu ; il existe de magnifiques Sophora du Japon dans les environs de Lyon, et, en 1820, on en abattit, à Écully, plusieurs dont le tronc, était de telle grosseur, qu'un homme pouvait à peine l'embrasser.

Les délégués commerciaux attachés à la mission de M. de Lagrenée en Chine, qui ont fait connaître à nos fabriques, dès

(1) Il est intéressanl de signaler le parti que l'on peut tirer du hoaï-hoa, et il est d'autant plus utile d'appeler en ce moment l'attention sur ce sujet, que l'on n'est pas d'accord sur ses propriétés tinctoriales.

(2) Hoaï-hoa ou hoeï-hoa en kouan-hoa, oué-fa à Canton, waé-huuo, à Ning-po, houaï-ho à É-mouï.

(3) Le Tchéou-li a près de trois mille ans de date.


326 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

1846, les galles et le carthame de Chine, le gambier, le guttapercha, etc., et qui les ont fait entrer dans la pratique de l'industrie, ont signalé en même temps le hoaï-hoa. Leurs échantillons de cette matière furent examinés avec soin par le docteur J.-L. Hénon, et le savant secrétaire de la Société-d'agriculture de Lyon reconnut, le premier, que c'est le bouton peu développé de la fleur du Sophora japonica (1). M. Decaisne est arrivé, de son côté, à la même conclusion. Il m'écrivait : « Les boutons de fleurs nommés hoaï-hoa, que vous m'avez remis, me paraissent bien appartenir au Sophora japonica, mais j'en connais d'autres qui en diffèrent complètement, et auxquels on attribue les mêmes qualités. »

Sir W. Hooker, auquel le ministère du commerce d'Angleterre soumit un échantillon de hoaï-hoa envoyé par M. Meadows, interprète du consulat à Ning-po, rapporte également ces boutons à cette espèce. Le docteur Lockart a adressé à M. D. Hanbury le hoaï-hoa du commerce et des rameaux en (leurs du hoaï, qui est très commun dans les jardins de Changhai, et l'opinion émise par M. Hénon en 1847 a été pleinement confirmée.

Le nom de hoaï s'applique à des plantes différentes : « Il y a plusieurs espèces de hoaï : le bleu (tsing), le jaune (hoang)t le blanc (pé), le noir (hé), ou tchou-chi-hoaï. Celui dont les feuilles étroites, terminées en pointe, présentent des soiesbleueâ, est le hoaï proprement dit. Il y a aussi le cheou-kong-hoaï, ou hoaï violet (tsé) ; sa tige est faible, ses feuilles sont violettes ; elles se ferment le jour et s'ouvrent la nuit.... Le bois des hoiïi est très estimé, il peut servir à faire des meubles, des vases et autres objets (2). (Cheou-chi-thong-khao, liv. LXVII, fol. 1.)» J'ai rapporté, en 1846, des graines de hoaï noir, de hoaï violet, de hoaï du midi et de hoaï jaune, provenant de jardins des environs de Canton.

(1) Sur le wei-hwa, par le docteur Hénon, Annales de la Société d'agriculture de Lyon, 1847, t. X, p. 531 à 533.

(2) « Le bois du Sophora du Japon est veiné de noir, de gris et de jaune ; il a le grain fin, et convient pour l'ébénisterie et le tour.» (G. Giobert, Calendario Georgico de 1826, p. 25.)


PROPRIÉTÉS TINCTORIALES DU SOPHORA JAPONICA. 327

Le nom japonais du hoaï, que l'on prononce kouaï au Japon, estyen zjou. Keempfer l'appelle quai kaku. ce qui signifie la silique du hoaï (koaï kio) ; Thunberg écrit iendsu no ki, ce qui veut dire l'arbre de yendsu. Cet arbre a été porté de la Chine au Japon, et n'y était pas encore bien acclimaté du temps de Koempfer; il est figuré dans le Kwa wi, IV, 19.

Le Sophora japonica est aussi abondant au nord qu'au midi de la Chine, à Pé-king (1) qu'à Chang-hai et à Canton ; il est cultivé du 23e au 40e degré lat. N.; il croît dans les provinces de Kouang-toung et de Kouang-si ; on le trouve partout dans le Fo-kien, le Tchè-kiang, le Kiang-sou, le Ngan-hoeï, le Honan et le Sse-tchouen, et il n'est pas moins commun dans les provinces de Chan-toung et de Tchi-li.

Le hoaï-hoa du nord est plus estimé.

Cette matière valait, à Canton, en 1845, 8 à 10 piastres le picul, soit 75 à 95 centimes le kilogramme. Le hoaï-hoa du Chan-toung se vendait à Ning-po, en juin 1853, 6000 sapèques, et celui du Tché-kiang était payé 5000 sapèques. La piastre à colonnes se changeait alors contre 1460 sapèques ; on ne peut la compter, vu l'époque, à moins de 7 fr. 50 cent.: de sorte que le prix du premier est de 51 centimes le kilogr., et celui du second, de 43 centimes.

Le hoaï-hoa donne une teinture jaune, cela ne saurait être contesté ; mais, d'après des témoignages qu'il est difficile de récuser, il servirait également à teindre en vert. Ce dissentiment ne peut manquer d'amener des expériences nouvelles, et je dois me borner à exposer les faits.

Cette matière a été étudiée en 1851 par M. D. Hanbury et le docteur Th. Martius, et en 1853 par le professeur Stein, de Dresde. Le premier a obtenu une infusion d'un jaune très vif; le second a séparé, par l'alcool, à chaud, 11 pour 100 en poids d'une substance pulvérulente vert pâle, qu'il a appelée waifine. Le principe colorant que M. Stein a isolé n'est autre, selon lui, que l'acide rutinique, identique avec la waifine du docteur Martius (2).

(1) « Frequens in urbe Pekino et in viciniis. » (Bunge.)

(2) On trouvera dans le Chemisch-pharmaceutisches Central Blatt


328 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOCIQUE D'ACCLIMATATION.

II.

Le R. P. Cibot, de l'ancienne mission de Pé-king, qui s'est occupé, avec un grand zèle et une exactitude rare, des sujets qui se rattachent à l'histoire naturelle et à l'industrie, a décrit en ces termes la préparation du hoaï-hoa dans un mémoire sur la teinture chinoise :

« On se sert plus universellement des fleurs du faux acacia, qui croît partout sans aucun soin ; elles donnent un très beau jaune. Quand elles sont près de s'épanouir, on les recueille, on les détache de leur calice, et on les fait sécher à un soleil ardent, ou encore mieux dans une casserole de fer, et on les tourne et retourne, comme si l'on voulait les rissoler; puis on les humecte avec du suc d'autres fleurs qu'on a pilées, et où l'on a mis du sel. Après les avoir bien maniées, on en fait des boules qui doivent être, séchées au nord. Il y en a qui, au lieu de sel, se servent de chaux, ou même se contentent d'en saupoudrer leurs fleurs, après l'avoir tamisée très fin (1).

Le P. Basile de Glémona dit que le hoaï est un arbre semblable à l'acacia, des fleurs duquel on tire une matière tinctoriale jaune.

La fleur fournit, suivant MM. Fortune et Hoffmann, une teinture jaune; la pulpe des gousses, d'après le docteur Lindley, une couleur jaune ou orange (2). Rochleder indique, dans la Phytochemie, que la substance visqueuse dont les graines sont entourées renferme un principe colorant jaune, purgatif comme celui du Sophora heptaphylla, L. Le docteur Th. Martius rapporte que ce mélange de boutons de fleurs, de fragments de pédoncules et de tiges, que l'on vend en Chine sous

(30 mars 1853, n° 13, p. 193 à 198) la description des nombreuses expériences du professeur Stein. Les propriétés de la matière colorante du hoaïhoa sont pareilles à celles de l'acide rutinique (rutinsaüre) des boulons de fleur du Capparis spinosa, et à celles du corps découvert par Weiss dans le Ruta graveolens et analysé par Bornträger. La formule de l'acide rutinique, est C12H8O 8.

(1) Mémoires concernant les Chinois, t. V, p. 498 et 499.

(2) The vegetable Kingdom, 3e édit., p 548.


PROPRIÉTÉS TINCTORIALES DU SOPHORA JAPONICA. 329

le nom de hoaï-hoa, y sert à teindre en beau jaune les étoffes de soie destinées aux vêtements des mandarins (1). Enfin, c'est aussi comme matière colorante jaune que M. W. Stein et M. von Kurrer, ce dernier au point de vue technique, s'en sont occupés en 1853 (1).

J'ai vu teindre, et j'ai teint moi-même, en Chine, des soies et des toiles de coton, en jaune, avec le hoaï-hoa.

Un teinturier de soies, Kong-tching, dont l'atelier est à Canton, dans Taï-tsat-pou, un peu plus loin que la longue rue Tathong, où sont les grands magasins de draps, de serges et de camelots, m'a donné une notice de ses procédés de teinture ; je transcris le passage qui est relatif au hoaï-hoa :

« Prenez de l'eau bouillante, mettez-y le hoaï-hoa, et laissez-le longtemps dans cette eau.

» Au bout d'un certain temps, la couleur et l'odeur moment. Décantez; le résidu n'est bon à rien.

» Prenez cette eau ; pour la rendre tiède, ajoutez de l'eau chaude, et plongez la pièce dans ce bain. Manoeuvrez-y bien la pièce.

» Cela fait, il faut de l'eau de source pour rincer la pièce. Après le rinçage, la toile a une belle couleur jaune.

» Vous devez faire usage, pour cette teinture, d'un peu d'alun. Commencez par mettre la pièce dans une eau d'alun, un jour et une nuit ; teignez ensuite, et c'est fini, "

Hoa-ching, autre teinturier de soie, Tchu-yune, teinturier de coton, sur le quai Choè-kioh, et U-ching, autre teinturier, qui est voisin de Kong-tching, ne font usage aussi du hoaï-hoa que pour la teinture en jaune.

Pareil est son emploi dans les ateliers de Ning-po, de Tchangtchéou-fou et de Ting-haï. Sang-sine, fabricant de tapis à Ning-po, obtenait avec ces boutons de fleur, sur laine et sur poil de chèvre, un jaune jonquille assez vif; cette matière sert, à Ting-haï, à teindre les toiles en jaune au prix de 25 centimes

(1) Neues Jahrbuch fur Pharmacie, avril 1854. Voy. aussi Bancroft, vol. II, p. 110.

(2) Stein, Chemisch-pharmaceutisches Central Blatt, mars 1853, n° 13, p. 198. - Kurrer, Dingler's Journal, CXXIX, p. 219. - Voy. aussi la Notice de M. Bleekrode, De Volksvlijt, 1856, XXXII, p. 421.

T. V. - Juillet 1858. 22


330 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

le mètre carré, à Ning-po et à Tchang-tchéou-fou, à les imprimer.

A ces faits s'ajoute une autre preuve : M. Hedde et moi nous avons remis cette substance à des teinturiers à Lyon et à Paris, elle ne leur a fourni, sur soie et sur coton, qu'une couleur jaune. Il y a plus encore : M. Hénon eut à peine découvert la nature du hoaï-hoa, que M. Seringe fit cueillir les fleurs en bouton des Sophora du Japon, qui se trouvent au Jardin des plantes de Lyon; MM. Michel, Guinon et Renard en tirèrent une belle teinture jaune. Le résultat fut le même avec des boutons de fleurs des Sophora des jardins royaux de Kew, avec cette différence cependant que le hoaï-hoa donne un jaune plus intense (docteur Th. Martius).

MM. Michel et Guinon firent, en 18/17, une étude complète du Sophora japonica, et le rapport que M. Guinon a présenté, le 13 août 1847, à la Société d'agriculture de Lyon, ne laisse aucun doute sur les propriétés tinctoriales de cet arbre.

« La couleur jaune, dit-il, n'existe ni dans l'écorce ni dans le bois (1). A peine sensible dans la feuille, on la trouve en grande quantité dans les boutons, et surtout dans les fleurs; mais celle des fleurs est plus brune que celle des boutons, ce qui explique la préférence que les Chinois donnent à ceux-ci. Le calice en donne peu, les étamines davantage, et enfin les pétales, qui sont blancs, en contiennent beaucoup. Elle paraît être en combinaison avec un acide végétal qui affaiblit et masque la couleur, laquelle passe instantanément du blanc au jaune foncé, par l'action de l'ammoniaque. Cette propriété n'appartient pas exclusivement au Sophora du Japon ; on la retrouve dans plusieurs arbres et plantes dont la fleur est blanche. L'acacia ordinaire, qui appartient aussi à la famille des légumineuses, présente sous ce rapport de l'analogie avec le Sophora, mais avec beaucoup moins d'intensité.

» La couleur jaune a beaucoup d'analogie avec celle de la gaude ; mais elle est moins propre à produire des jaunes clairs,

(1) Cependant les branches ont donné sur laine, à Dambourney, une nuance citron pâle, p. 218.


PROPRIÉTÉS TINCTORIALES DU SOPHORA JAPONICA. 331

tels que paille, citron, etc., qui restent pauvres et désagréables à l'oeil. Dans les jaunes orangés, comme le bouton d'or, cet inconvénient se change en avantage, et la couleur riche et nourrie possède un degré de solidité supérieur à celui obtenu d'un mélange de gaude et de rocou. Cette dernière condition est importante pour les étoffes d'ameublement, quoique la teinte soit un peu moins pure....

« Les alcalis rougissent la nuance Les acides la décolorent... Le bichromate de potasse fait rougir à l'instant la solution, ainsi que la soie teinte, en les poussant à une couleur acajou clair...

« Une partie de fleurs du Sophora donne une [nuance équivalente à celle fournie par trois parties de gaude, tiges et racines comprises (1)- »

Vingt ans auparavant, vers 1825, le professeur G. Giobert, de Turin, avait fait sur le Sophora japonica un travail dont la partie tinctoriale n'est qu'ébauchée, mais qui est intéressant dans son ensemble. Ce Mémoire a été inséré dans le Calendario Georgico de l'année 1826 (2). Voici ce que dit M. Giobert : « Les fleurs jaunâtres du Sophora du Japon sont employées, au Japon, par les teinturiers, qui en tirent une couleur jaune; ce n'est pas seulement des fleurs, c'est aussi des feuilles, des rameaux, de la pulpe du fruit que l'on peut extraire une matière colorante jaune, dont la beauté varie selon le mordant avec lequel on la fixe. On n'a pas encore observé que les graines sont enfermées dans une pulpe gommeuse, qui, desséchée, ne s'altère pas par l'humidité comme les autres gommes et n'a pas leur fragilité. On n'a pas non plus remarqué que ce Sophora est un arbre gommifère, et que sa gomme est égale à celle des Mimosas de l'Arabie et du Sénégal. »

Le ministère du commerce d'Angleterre a remis le hoaï-hoa, envoyé de Ning-po par M. Meàdows, à M. John Mercer et à M. Walter Crum. Ceux-ci ont rendu compte de leurs essais dans des lettres qui sont imprimées dans le premier rapport

(1) Rapport sur le wei-hwa (Annales de la Société d'agriculture de Lyon, t. X, p. 534 à 536).

(2) Della Sofora del Giappone, p. 24 à 26.


332 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

du département de la science et de l'art (1). M. John Mercer n'a pas trouvé de traces de couleur verte. « Le hoaï-hoa renferme, dit-il, une matière colorante d'un jaune pur, qui ressemble beaucoup à celle de la graine de Perse, et qui a la même odeur quand on la fait bouillir. Elle contient peu ou point de tanin; une dissolution chaude devient orange, si l'on y ajoute un peu de protochlorure d'étain... » Je reproduirai plus loin le résultat des expériences de M. Walter Crum.

III.

Le docteur Hénon avait dit, dans sa note du 2 juillet 1847 : « Le wei-hwa sert à la teinture du jaune, et peut-être du vert. » Au rapport de M. Meadows et de M. Sinclair, le hoaï-hoa donne en effet, seul, une couleur verte.

Voici ce que M. Meadows a observé : « Pour teindre en vert 1000 pieds (2) de toile de coton, d'un pied et demi de large, il faut 500 taels (18kil, 900) de hoaï-hoa, 100 taels (3kil,780) d'alun et 500 catties (environ 300 litres d'eau). On fait bouillir pendant six heures, on met ensuite la toile dans ce bain; on fait bouillir durant trois ou quatre heures, et l'on fait sécher au soleil. On remet la pièce dans le bain, on la soumet à une ébullition nouvelle; on étend encore au soleil, et l'on recommence une ou deux fois de plus, selon que l'on veut un vert plus ou moins foncé. « Il est d'usage, dans le Tché-kiang, ajoute M. Meadows, de teindre le coton, comme la soie, d'abord en bleu clair, avant de teindre l'un ou l'autre en vert. Mais dans le nord de la Chine, dans la province de Chantoung par exemple, les tissus de coton et ceux de soie sont teints directement en vert (3). »

Les renseignements que M. Sinclair, interprète du consulat anglais, a pris à E-mouï s'accordent avec ceux que M. Meadows a recueillis auprès des teinturiers de Ning-po. On a dit à

(1) Pages 432 à 435.

(2) Le pied chinois est, à Ning-po, de 358 millimètres.

(3) First Report of the Department of Science and Art, p. 431.


PROPRIÉTÉS TINCTORIALES DU SOPHORA JAPONICA. 333

M. Sinclair que, dans la province de Tché-kiang, on teint en vert avec le hoaï-ha seul, l'alun servant de mordant et le procédé étant de tout point pareil à celui que l'on pratique avec l'écorce du lo-tsé. Il n'y a à E-mouï qu'un seul atelier dans lequel on sache teindre le coton avec le hoaï-hoa. A Tchangtchéou-fou, la teinture verte des satins est faite avec le hoaïhoa, le procédé est tenu secret (1).

M. Walter Crum a fait des expériences avec le hoaï-hoa. Il écrivit, le 18 octobre 1853, au docteur Playfair : « Ensuivant le procédé chinois, cette matière fournit une teinture jaune, qui, en Chine, après avoir été exposée quelque temps au soleil, devient verte; mais ici ce n'est qu'au bout de trois ou quatre jours qu'il y a des indices du commencement d'un pareil changement. » M. Crum indique l'acide chromique comme devant peut-être remplacer l'effet d'un soleil ardent, et suppose que le hoaï-hoa renferme un principe colorant jaune qui passe au vert par la double action du soleil et de l'air (2).

Deux faits importants donnent plus de consistance à ces présomptions. Sir G. Staunton relate, dans l'histoire de l'ambassade de lord Macartney, que, dans le Tchi-li, sur le parcours de Pé-king à Jého, on fait usage d'une teinture de couleur verte, extraite des boutons et des bourgeons d'une espèce de Colutea. Enfin, la Compagnie des Indes envoya à l'Exposition universelle de Londres du whi-meï, qui fournit une couleur verte et qui vient du Chan-toung, et M. Fortune affirme que le whi-meï est la fleur du Sophora japonica.

IV.

Ces affirmations diverses laissent la question indécise; il restait à interroger les anciens livres chinois. M. Stanislas Julien voulut bien parcourir, à ma demande, les encyclopédies, et découvrit bientôt, dans le Thien-kong-haï-wou, un passage dont on va apprécier l'intérêt.

(1) First Report, p. 432.

(2) First Report, p. 433.


334 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Le Thien-kong-haï-wou est une encyclopédie des arts et métiers de la Chine, qui a été publiée par Song-ing-sing dans l'année 1637, c'est-à-dire à la fin de la dynastie des Ming (1).

Voici le passage traduit littéralement par M. Stanislas Julien :

» Tout arbre hoaï, après environ dix ans (2), produit alors des fleurs et des fruits. Les fleurs qui commencent à s'essayer (sic) et qui ne sont pas encore ouvertes, s'appellent hoaï-jouï (boutons de hoaï) ; on s'en sert pour teindre en vert les vêtements, de même que le houng-hoa (3) donne une teinture rouge.

» Pour recueillir ces boutons, on étend au-dessous de l'arbre et tout alentour une étoffe d'un tissu serré, afin de les recevoir quand on les fait tomber.

" On les fait bouillir dans l'eau ; après le premier bouillon, on les met égoutter dans un filtre, on les fait sécher, on les pétrit avec les doigts, et l'on en forme des pains. Ces pains entrent dans les ateliers des teinturiers pour être employés.

» Les fleurs, quand elles sont une fois ouvertes, prennent peu à peu une couleur jaune. Quand on les recueille pour s'en servir (pour teindre), on les mêle avec un peu de chaux, on les fait sécher au soleil, et on les conserve (4). »

Le Thien-kong-kaï-wou est en contradiction avec d'autres ouvrages dont l'autorité n'est pas moindre. Le Pen-thsao-kangmou (5), l'encyclopédie Kouang-kïun-fang-pou (6), l'encyclopédie d'agriculture Cheou-chi-thong-khao(l), contiennent sur le hoaï une même notice qui est empruntée à l'ancien dic(1)

dic(1) Stanislas Julien a donné la table des matières de ce précieux manuel de l'industrie chinoise, dans son ouvrage sur l'Histoire et la fabrication de la porcelaine chinoise, p. LXXI, note 1.

(2) L'arbre donne des fleurs au bout de quatre ans ; on cueille ces fleurs en mai, juin et juillet. (Meadows.)

(3) Le houng-hoa ou houng-lan-hoa est le Carthamus tinctorius, L.

(4) Livre f, fol. 51.

(5) Livre XXXV, fol. 32.

(6) Livre LXXIX, fol. 6.

(7) Livre LXVII, fol. 1,


PROPRIÉTÉS TINCTORIALES DU SOPHORA JAPONICA. 335

tionnaire Eul-ya. Après avoir décrit cinq espèces de hoaï, l'auteur du Eul-ya arrive au tchou-chi-hoaï :

« Il y a encore le hoaï qui est de couleur noire; on l'appelle vulgairement tchou-chi-hoaï, son bois n'est d'aucun usage. Dans le quatrième ou le cinquième mois, des fleurs jaunes s'épanouissent. Quand elles ne sont pas encore écloses, leurs boutons ont la forme de grains de riz. On les cueille, on les fait sécher au soleil, on les fait griller au feu, on les fait bouillir dans l'eau ; elles donnent une teinture jaune très vive, »

Le Weï-tsi-yu-pien indique la manière de préparer la teinture : « Prenez un demi-ching (1) de fleurs de hoaï, et faites-les griller jusqu'à roussir leur couleur jaune. Faites-les cuire ensuite dans l'eau. Après quelques bouillons, et quand la couleur est devenue épaisse, jetez-les sur un filtre de soie. Réduisez en poudre très fine une demi-once (2) d'alun blanc et une once d'écailles d'huîtres ; mettez-les dans le suc et remuez jusqu'à ce que tout soit bien fondu et mélangé. » (LivreXII, fol. 10.)

Que conclure, si ce n'est que de nouveaux essais sont à faire ? Ils seront décisifs cette fois, et ils sont faciles, car le hoï-hoa est abondant en Chine, et n'y coûte que 60 à 80 francs les 100 kilogrammes.

(1) Le ching est de 1lit, 04.

(2) L'once chinoise ou liang est de 37gr,54. On fait usage du liang de 37gr, 795 dans les ports ouverts au commerce étranger.


336 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

II EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX

DES SÉANCES GÉNÉRALES DE LA SOCIÉTÉ.

SÉANCE DU 4 JUIN 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY. SAINT-HILAIRE.

M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

S. A. le prince STIRBEY, ancien hospodar de la Valachie, à Paris. MM. BENARDAKI (Léonidas), conseiller de Collége, chevalier de

plusieurs ordres, à Saint-Pétersbourg. BENJAMIN, vétérinaire, à Paris. BOITTELLE, préfet de police, à Paris. BOSQUILLON (Ernest), de Jenlis, à Paris. BOUVY (E. W. M. L.), attaché au ministère de la guerre

pour les affaires commerciales de l'Algérie, à Paris. CARTIGNY (Henri), homme de lettres, à Paris. CAVENTOU (Eugène), pharmacien, à Paris. COLLADON (le docteur), à Paris. CORNAY (le docteur), à Paris. DÉBUTRIE (Ernest de la), au château de la Déhutrie par

Chantonnais (Vendée). DESCHAMPS (Jacques), à Paris. GRAVILLON (Hector de), lieutenant-colonel d'état-major, à

Paris. HAERING (Frédéric), directeur de la Pépinière impériale de

Bône, province de Constantine (Algérie). HERVEZ DE CHÉGOIN (le docteur), membre de l'Académie

impériale de médecine, à Paris. LELIÈVRE (le docteur), à Paris. MAROIN (le docteur), chirurgien principal de la marine, à

Toulon (Var). MERCK. (Charles), syndic des affaires étrangères de la république de Hambourg, à Hambourg.


PROCÈS-VERBAUX. 337

MM. MORA (Pascuale de), propriétaire, à Paris.

MOREL (le comte de), à Paris.

NÉLATON (le docteur), professeur à la Faculté de médecine, à Paris.

NOUHES (Frédéric des), propriétaire, à Vélandin par la Châtaigneraie (Vendée).

POUSSIN (Alexandre), propriétaire-manufacturier, à Elbeuf (Seine-Inférieure).

REVEIL, vice-président du Corps législatif, à Lyon (Rhône).

ROULAND (S. Exc. M.), ministre de l'instruction publique et des cultes, à Paris.

SAINT-PAUL (de), député de la Haute-Vienne, à Paris.

SAINT-PIERRE (le baron de), à Paris.

TISSERAND (Lucien), propriétaire, à Chamarandes près Chaumont (Haute-Marne).

VALABRÈGUE DE LAWOESTINE (le comte Auguste de), préfet du palais de l'Empereur, à Paris.

- M. le Président informe la Société qu'elle a reçu, depuis sa dernière séance, la nouvelle de la perte très regrettable de trois de ses membres : S. A. Ahmed-Pacha, héritier présomptif du trône d'Egypte, M. Lejeune de Lamotte, lieutenant de vaisseau, et M. de Montricher, ingénieur en chef des ponts et chaussées à Marseille, et président de la Société du jardin zoologique de cette ville.

- Des lettres de remerciment à l'occasion de leur admission dans la Société sont adressées par S. Exe. M. Rouland, ministre de l'instruction publique et des cultes, qui exprime tout l'intérêt qu'il porte à nos travaux ; par M. le comte. C. d'Avaray ; Baborier, de Lyon ; Bernus, de Francfort-sur-leMein; Eug. Caventou; le chevalier G. Martins, ingénieur à Bahia ; Félix Real, président de notre Société affiliée des Alpes, et Texeira-Leite.

- M. le baron M. de Bethmann écrit pour remercier du choix que le Conseil a fait de lui comme Délégué de la Société à Francfort-sur-le-Mein.

- Sur la proposition du Conseil, la Société d'agriculture


338 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

du duché de Nassau est admise, par un vote unanime, au

nombre de nos Sociétés agrégées.

- M. F. Schmidt, conseiller à l'administration des domaines du Roi de Wurtemberg, informe que S. M., après la lecture du Rapportât au nom du Conseil sur la fondation d'un Jardin d'acclimatation au bois de Boulogne, a donné ordre que son nom fût inscrit sur la liste des souscripteurs en tête de laquelle se trouve déjà, comme le rappelle M. le Président, le nom de S. M. l'Empereur.

M. Schmidt sollicite, dans cette lettre, pour les domaines royaux, des oeufs de Vers à soie du Ricin et différentes graines. Le Roi sera prié de vouloir bien agréer les remercîments du Conseil, qui s'empressera de satisfaire à ces demandes.

- Conformément à l'ordre du jour spécial indiqué pour cette séance, M. le Président communique une proposition du Conseil tendante à engager une partie des fonds de réserve de la Société qui, si cette proposition était adoptée, pourrait ainsi prendre part collectivement à la souscription ouverte pour la fondation du Jardin d'acclimatation. Le nombre, de cent actions à souscrire est proposé parle Conseil. Par l'examen des différents articles des statuts et du règlement, M. le Président établit que la Société peut souscrire, et en outre, que cette participation à l'oeuvre dont il s'agit est utile et opportune. Malgré les pouvoirs accordés au Conseil par les Statuts, il a voulu apporter la proposition à l'Assemblée, afin qu'elle pût en délibérer et qu'elle fût appelée à se prononcer par un vote.

Après diverses observations de MM. les docteurs Aubé, Chouippe, de Cheveigné, Cloquet et Debains, M. le Président rappelle brièvement sur quelles bases est fondée la Société anonyme du Jardin d'acclimatation, et fait connaître la composition du Conseil d'administration de cette Société (voy. p. 356), la liste des membres qui en font partie).

M. le docteur Chouippe présente de nouvelles observations. M. Richard (du Cantal) prononce quelques paroles ayant pour but de démontrer combien il est nécessaire que notre Société entre pour une part dans une entreprise qui est destinée à permettre sur une large base des études relatives à la


PROCÈS-VERBAUX. 339

question si importante et depuis si longtemps débattue de la production animale; puis M. Fréd. Jacquemart, au nom de la Commission des finances, présente un Rapport où il est établi par l'énoncé des chiffres que la situation financière, aux termes des statuts et des règlements, permet à la Société de souscrire pour cent actions (25,000 francs), attendu que la réserve en caisse, qui était de 33,000 francs au 1er janvier dernier, s'est encore accrue depuis cette époque, et qu'en raison des délais échelonnés accordés pour les payements, ces 25,000 francs pourraient être payés sans que la réserve de la Société descendît jamais au-dessous de 30,000 francs. Ensuite l'assemblée est appelée à voter.

Des deux votes successifs qui lui sont demandés : 1° sur l'utilité de la souscription; 2° sur le chiffre même de cette souscription, il résulte ce qui suit :

« La Société impériale zoologique d'Acclimatation, en séance générale, et après convocation à domicile faisant connaître à l'avance l'ordre du jour spécial de la séance ;

» Vu les articles 12 et 17 de ses Statuts constitutifs, et les articles 88 et 90 de son Règlement administratif;

» Considérant que le Jardin zoologique d'acclimatation, qui va être établi au bois de Boulogne, a spécialement pour objet, aux termes de l'article 2 des Statuts de la Société anonyme du Jardin zoologique d'acclimatation, « d'appliquer et de propager les vues de la Société impériale zoologique d'acclimatation, avec le concours et sous la direction de cette Société, et par conséquent d'acclimater, de multiplier et de répandre dans le public les espèces animales et végétales, qui sont ou qui seraient, par la suite, nouvellement introduites en France, et paraîtraient dignes d'intérêt par leur utilité ou leur agrément;

» Décide qu'elle prendra part à la souscription ;

» Fixe le montant de sa souscription à cent actions de 250 fr. chacune ;

» Et, en conséquence, autorise son trésorier à verser dans les mains de MM. de Rothschild, banquiers de la Compagnie, une somme de 25,000 francs au fur et à mesure des appels de fonds. »


340 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

- Après ce double vote, M. le Président, comme rapporteur d'une Commission désignée par le Conseil et dont il faisait partie avec MM. le prince Marc de Beauvau, Drouyn de Lhuys, le comte d'Éprémesnil, Fréd. Jacquemart, Ant. Passy et Richard (du Cantal), donne lecture, au nom du Conseil, d'un Rapport sur la fondation d'un Jardin d'acclimatation au bois de Boulogne et destiné à faire suite au précédent Rapport que le Conseil a déjà présenté, à l'occasion de cette fondation, dans la séance du 21 mai (1er Rapport, p. 154, et 2e Rapport, p. 233).

- L'assemblée décide qu'en raison de la fin prochaine de la session 1857-58 et de l'abondance des matières portées à l'ordre du jour, il sera tenu, le 11 juin, une séance générale supplémentaire.

- M. le Président renvoie à l'examen du Conseil deux lettres de M. Chagot renfermant des indications relatives aux mesures à prendre pour assurer le succès de l'entreprise du Jardin. Des remercîments seront adressés à notre confrère.

- M. le général Rolin, adjudant général du palais, informe qu'il a été chargé par l'Empereur d'envoyer à la Société un ballot de graines d'un coton courte-soie, blanc de neige (coton du Io-tan, très estimé en Chine), et que notre confrère M. de Montigny a fait parvenir de Chang-haï à Sa Majesté. Ce coton se cultive dans des régions similaires à celles des Landes et de Biarritz, comme plante annuelle, mais on peut aussi le conserver en terre, trois et même cinq années. La saison où nous sommes étant, selon les indications de M. de Montigny, favorable à l'ensemencement, l'Empereur désire que des essais soient faits, et recevra avec plaisir, dit M. le général Rolin, toutes les communications auxquelles ces essais pourront donner lieu. Renvoi à la 5° Section.

- Des Rapports sur les cultures de plantes étrangères, et particulièrement de la Pomme de terre, de la Nouvelle-Grenade, du Sorgho, du Rhamnus fournissant le vert de Chine, et dit Lo-za, puis du Cerfeuil bulbeux et du Chervis, sont adressés par nos confrères, MM. Brierre (de Riez) et David Richard, directeur de l'asile départemental des aliénés à Stéphansfeld (Bas-Rhin).


PROCÈS-VERBAUX. 341

- M. Sacc appelle l'attention sur un nouveau légume : la Bardane du Japon (Lappa edulis), espèce fort différente de la nôtre. Sa racine, qui est très volumineuse, se mange comme les Scorsonères. Elle a parfaitement réussi entre les mains de notre confrère. Il envoie en même temps une dizaine de pieds d'une plante fourragère remarquable, également d'origine japonaise, le Polygonum Sieboldii.

- M. Collenot, membre de la Société, adresse un travail sur la nécessité de la destruction des animaux nuisibles.

- M. le docteur Léon Soubeiran, en sa qualité de secrétaire de la 4e Section, transmet le procès-verbal de la séance tenue par cette Section le 27 avril.

On y remarque : 1° une discussion sur la question importante de savoir si les oeufs malades de Vers à soie présentent certains signes extérieurs qui permettent de reconnaître cet état maladif, et les conclusions sont qu'il règne encore beaucoup d'incertitude sur ce sujet ; 2° quelques observations sur l'utilité dont pourraient être les cocons des Araignées fileuses sur lesquels M. le capitaine Girard a appelé l'attention de la Société; 3° une discussion sur une observation soumise à la Section par M. Kaufmann, et relative à ce fait que les oeufs du Bombyx Cynthia peuvent éclore et donner de bonnes chenilles, même quand ils n'ont pas été fécondés. M. Kaufmann cite à l'appui de cette observation celles analogues de M. de Siebold, sur les Vers à soie du Mûrier, et la communication que lui a faite M. Morier-Lotelier, sériciculteur de Carpentras, qui fait ses éducations alternativement, une année avec le concours des mâles, et l'année suivante sans ce concours. Des faits identiques ont été vus par M. Bourcier, de Lyon, et par M. Popoff, en Russie. Des cas semblables de superfétation, mais chez des animaux supérieurs, ont été cités par M. le docteur Aubé.

A cette occasion, M. Dareste, revenant sur les observations de M. de Siebold, relatives aux Vers à soie, dit que cet habile physiologiste a, en effet, constaté la possibilité du développement des oeufs du Bombyce du Mûrier sans fécondation, ce qui n'est au reste qu'un fait exceptionnel ; mais que chez les Abeilles, au contraire, M. de Siebold a vu, comme fait habituel, que les


342 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. individus mâles naissent sans fécondation préalable. Une confirmation intéressante de cette particularité a été donnée par M. Dzierzon, qui a introduit avec succès en Allemagne une Abeille italienne différente de la race allemande. Des croisements entre les deux races ayant été obtenus par les soins de cet apiculteur, il a vu que de l'accouplement de mâles italiens avec des femelles allemandes, il n'est jamais provenu, pour le sexe mâle, que des individus de la race allemande, les effets du croisement s'étant produits uniquement sur les femelles et sur les neutres. M. Dzierzon a, de cette façon, réussi à augmenter le nombre des femelles et des neutres, suivant les besoins de l'apiculture.

- Notre confrère M. le docteur Blatin lit une Note sur le procédé de M. Antoine, apiculteur à Reims, pour pratiquer sans l'emploi de la fumée et sans l'anesthésie le maniement des Abeilles, ainsi que la récolte de leurs produits (voy. p. 313).

- M. l'abbé Perny annonce qu'il va demander dans la province de Kouy-tcheou, dont il est vicaire apostolique, des cocons du Ver sauvage qui vit sur le Chêne en Chine, et qu'on les recevra en décembre ou en janvier prochain. Des remercîments seront transmis à notre confrère.

- M. Emile Nourrigat adresse, de Lunel (Hérault), la série de ses travaux sur la maladie des Vers à soie, ainsi que des cocons provenant d'éducations faites au moyen des feuilles du Mûrier du Japon (Morus japonica). Cet auxiliaire des Mûriers ordinaires a principalement pour objet de donner à la seconde feuille, qui tombe en automne, une valeur égale à celle du printemps.

- M. Olivier de Lalande adresse une Note sur la cire animale recueillie au Brésil, et dont il a offert un échantillon à la Société. Cette note a été rédigée par lui et par M. Brunet, en mai 1857, à Fernambouc.

- Des demandes d'oeufs du R. Cynthia sont adressées par M. de Calanjan et par des personnes étrangères à la Société.

- M. le Président renvoie à la 2e Section, une demande de Colins pour M. E. des Nouhes de la Cacaudière, transmise par M. le professeur Hollard, notre délégué à Poitiers.


PROCÈS-VERBAUX. 343

- M. Allibert, membre de la Société, annonce l'arrivée en bon état des oeufs de Perdrix Gambra qu'il a reçus du Conseil, par suite de l'envoi fait d'Algérie par M. Ritter.

- M. le docteur Chouippe lit un travail ayant pour titre : Motifs et exposé sommaire d'une classification des races gallines. - Renvoi au Comité de publication.

- M. le docteur Turrel annonce que le troupeau de Chèvres d'Angora, du Comice agricole de Toulon, dont il est le secrétaire, vient de s'augmenter de quatre jeunes Chèvres. Notre confrère informe, en outre, que la qualité de la laine des Chèvres de cette race, élevées aux environs de Toulon, est satisfaisante. Il en a eu la preuve par les détails que lui a fournis M. Sacc. Ce dernier, en effet, ayant reçu cette laine, qui est frisée, et qui, par conséquent, appartient à la bonne variété, l'a confiée, aux soins de M. Ziegler, dont les métiers, semblables à ceux de Bradford, nous permettront de nous affranchir du concours de l'Angleterre pour l'emploi industriel de la laine, puisqu'elle pourra être filée en France.

- S. Exc. le prince A. de Demidoff' annonce qu'il est né dans sa ménagerie d'acclimatation, à San-Donato, près Florence, un Antilope Bubale mâle très vigoureux. A ce fait, qui peut donner l'espoir, comme le dit notre confrère, de l'acclimatation de cette belle espèce africaine, il faut ajouter qu'il y a en ce moment, à la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle, deux jeunes Bubales mâle et femelle qui y sont nés, l'un en 1856, l'autre, en 1857. Ce sont d'ailleurs les premiers qu'ont ait obtenus dans l'établissement.

- M. Viollier, négociant à Paris, fait savoir que d'après la demande qui lui en a été adressée, par l'entremise de notre confrère M. le docteur Weddell, il s'efforcera de fournir, à l'aide de ses relations commerciales avec l'Amérique du Sud, les renseignements demandés par la Société touchant les moyens d'acquérir et de transporter en France un troupeau d'Alpacas et de Vigognes, et sur les frais qu'entraînerait cette opération.

De plus, M. le Président informe que sur la demande de notre confrère M. Gervais (de Caen), M. le ministre du Pérou en France voudra bien faciliter, autant qu'il dépendra de lui.


344 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. l'arrivée en France de ces animaux, dont la sortie du territoire péruvien a été autorisée, pour la Société, par un acte officiel du gouvernement de la République.

A cette occasion et comme preuve de la possibilité de l'acclimatation dans notre pays de ces précieux ruminants, M. le Président fait connaître qu'il vient de naître à la ménagerie du Muséum, ainsi que cela avait déjà eu lieu une fois, un Lama français à la troisième génération.

- M. Vauvert de Méan, chancelier du consulat de France à Glasgow, écrit à M. le Président pour lui apprendre qu'un troupeau de trente-neuf Lamas vient d'arriver de New-York dans cette ville, et sera dirigé sur les montagnes.

Des remercîments seront adressés à M. Vauvert de Méan, pour ces renseignements qu'il sera invité à vouloir bien compléter.

SÉANCE DU 11 JUIN 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

MM. CHASSÉRIAU, maître des requêtes, à Paris.

DALMAS (de), sous-chef du cabinet de S. M. l'Empereur,

à Paris. ELLICE (sir Robert), membre du Parlement britannique,

à Londres. FLEURY DE SENLIS (le docteur), médecin de première classe

de la marine française, inspecteur des hôpitaux turcs,

à Constantinople. FRANCHE (André), premier adjoint au maire de Boulogne

(Seine). GÉRAUD, médecin-vétérinaire de l'armée, en mission, à

Constantinople. KEVORE-SDIMARADJAN, ancien élève de Grignon, agriculteur et directeur du Nisam des soies d'Ismidt, à

Constantinople.


PROCÈS-VERBAUX. 345

MM. MIRAN-BEY, gouverneur de l'hôtel des Monnaies, à Constantinople.

MOREAU-DUCHON, essayeur en chef de la Monnaie impériale, à Constantinople.

PLESSY (Mathieu)-, chimiste, à l'imprimerie impériale d'indiennes, à Constantinople.

RITTER (Charles), ingénieur des ponts et chaussées au service du gouvernement ottoman, à Constantinople.

TERSON (le docteur Samuel-Emile), à Puylaurens (Tarn).

UCCIANI (le docteur), à Constantinople.

VARD (le capitaine W.-H.), agriculteur, à Constantinople.

VÉROLLOT (le docteur), médecin en chef de l'hôpital français, à Constantinople.

- Des lettres de remerciment pour leur admission dans la Société sont adressées par MM. Bouchaud ; Deschamps, qui a introduit en France le Colin de Californie; Réveil, vice-président du Corps législatif, et le baron de Saint-Pierre.

- M. Dominique Sabattini, qui vient d'être présenté au Conseil comme membre nouveau, indique, dans une lettre datée de Naples, les tentatives d'acclimatation auxquelles il s'est livré pendant ses voyages dans le nord de l'Europe et en Egypte.

- M. Becquerel père, président de la Commission de climatologie, lit un Mémoire ayant pour titre : Considérations générales sur le mode d'intervention des phénomènes météorologiques dans l'acclimatation des animaux et des végétaux.

A la suite de cette lecture, notre confrère soumet à l'assemblée la proposition suivante, qui est renvoyée à l'examen du Conseil : « 1° La Société invitera ses correspondants, soit dans les départements, soit à l'étranger, à lui adresser les observations météorologiques propres à faire connaître le climat de la contrée que chacun d'eux habite. 2° Ces documents, ainsi que ceux fournis par les voyageurs, seront réunis dans un dossier, et permettront de comparer entre eux les divers climats de la France, et même de l'Europe. On y aura recours quand il s'agira d'acclimater dans un pays un animal ou un végétal. 3° L'observatoire météorologique récemment institué au Muséum d'histoire naturelle, et spécialement destiné à T. V. - Juillet 1838. 23


346 SOCIETE IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

l'étude des phénomènes dont il vient d'être question, pourra servir comme modèle pour des établissements semblables sur divers points de la France, si la Société juge convenable d'en créer dans l'intérêt du but qu'elle se propose. »

- M. Payen, membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de la Société impériale et centrale d'agriculture, remercie de l'envoi qui a été fait à cette Société d'un lot de tubercules de Pommes de terre de Sainte-Marthe (Nouvelle-Grenade).

- M. le Président offre à la Société de lapart de M. Salomon de Rothschild, qui les a rapportées d'Espagne, des racines tuberculeuses du Souchet comestible (Cyperus edulis). Des remercîments seront adressés à notre confrère.

- M. C. Willemot fait déposer sur le bureau plusieurs pieds d'une, plante qu'il a acclimatée en France, le Pyrèthre du Caucase (Pyrethrum caucasicum), de la famille des Composées et voisine du genre Anthemis. La fleur, réduite en poudre, est employée avec succès, par le moyen de l'insufflation, pour détruire les insectes. L'examen de la poudre et de la plante est renvoyé aux 4e et 5e Sections.

- M. Bourlier, qui, pendant la mission qu'il accomplit en ce moment dans le Levant, a rattaché à notre oeuvre plusieurs personnages importants de la Turquie et de l'Asie Mineure, transmet des détails très circonstanciés sur les conditions nécessaires pour le succès de la culture du Sorgho dans notre colonie algérienne. Ces détails lui ont été fournis par M. Lauras, pharmacien-major à Alger, qui s'occupe très activement de cette culture. Renvoi à la 5e Section.

- M. le docteur Cornay lit une Note sur la nécessité de propager autant que possible la culture du Châtaignier, comme plant et comme greffe, afin de multiplier les ressources que le fruit de cet arbre fournit à l'acclimatation.

A la suite de cette lecture, M. Moquin-Tandon fait observer que la Note dont il vient d'être donné connaissance renferme une idée féconde; car on ne saurait méconnaître l'utilité extrême des fruits du Châtaignier, qui fournissent un aliment sain et abondant. Heureusement, ajoute-t-i), cet arbre se trouve en grand nombre dans les Cevennes, dans la Lozère,


PROCÈS-VERBAUX. 347

dans l'Aveyron, dans la Corse, mais il ne peut pas être partout cultivé avec le même succès. Il lui faut, en effet, des terrains siliceux et non des terrains calcaires. C'est d'ailleurs dans les montagnes qu'il croît le plus volontiers et presque exclusivement. Quant aux différentes greffes proposées par notre confrère, M. Moquin-Tandon craint qu'elles ne donnent pas les succès qu'on en espère.

M. Becquerel père insiste sur la nécessité de ne faire des essais pour l'introduction de cet arbre que dans des terrains siliceux. Là, dit-il, au milieu d'une terre pauvre, le Châtaignier se propage de lui-même. Cette essence, au reste, était beaucoup plus abondante autrefois qu'elle ne l'est maintenant, et dans de vieilles cathédrales, on trouve encore des charpentes de Châtaignier, tandis que de nos jours on emploie plutôt le Chêne.

M. Bourgeois rappelle, à cette occasion, que le Chêne, qui croît dans les mêmes terrains que le Châtaignier, est plus rustique, surtout quand il est jeune, et que le bois de ce dernier est moins estimé pour les travaux du bâtiment; on peut, de cette façon, expliquer la préférence qu'obtiennent les plantations de Chênes.

A la suite de ces différentes observations, l'utilité de la propagation du Châtaignier étant admise par l'assemblée, M. le docteur Cornay annonce que des fonds, restés disponibles entre les mains d'une association actuellement dissoute, sont offerts à la Société pour être employés à la fondation d'un prix relatif à celte propagation. M. Cornay fait la proposition que toutes les questions qui se rattachent à ce sujet soient soumises à l'étude dans le sein de notre Société, qui serait chargée de décerner le prix.

Cette proposition est accueillie par l'assemblée, et M. le Président renvoie l'affaire à l'examen d'une Commission composée des membres du Bureau de la 5e Section et de MM. Becquerel père, Bourgeois, les docteurs Cornay et Cosson.

- M. le Président renvoie à la 4e Section une Note de M. Raymond, de Marseille, transmise par M. liesse, notre délégué dans cette ville, et relative à une éducation de graines do Ver


343 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

à soie du Mûrier, provenant de la Compagnie franco-suisse.

- M. R. Caillaud, membre de la Société, lit un travail qu'il avait précédemment communiqué à la 3e Section, et dans lequel il fait connaître le résumé des travaux auxquels il s'est livré dans le but : 1° de repeupler les cours d'eau de la Vendée et de la Charente-Inférieure; 2° d'appliquer la méthode des fécondations artificielles aux espèces marines; 3° enfin, d'organiser des parcs à Huîtres sur le littoral de la Charente-Inférieure.

- M. le général Daumas, au nom de S. Exc. le Ministre de la guerre, adresse à la Société une collection de toisons de Chèvres d'Angora, comme complément du Rapport de notre confrère M. Bernis, vétérinaire principal de l'armée, sur le troupeau introduit en Algérie. M. le général Daumas pense qu'il pourra être utile de les employer à des essais de fabrications diverses.

- M. le docteur Turrel, secrétaire du Comice agricole de Toulon, fait connaître les avantages offerts par le croisement des Cochons de la race Essex-chinoise avec des Cochons de la race Essex proprement dite et avec ceux de la race de Yorkshire.

- M. le. baron Desaix, sous-préfet de Barcelonnelte (BassesAlpes), transmet des détails sur l'état actuel du troupeau de Yaks confié aux soins du Comice agricole de cette ville. Le mâle et la femelle amenés en France par M. de Montigny existent encore et sont en bon état. Ils ont donné naissance à deux animaux, dont un seul a survécu : c'est un mâle aujourd'hui âgé de trois ans. Des métis, nés de vaches saillies par le vieux mâle, tiennent beaucoup plus du père que de la mère, bien que leur laine soit un peu moins longue. Ils rendent de grands services à leurs propriétaires, qui les emploient comme bêtes de somme et de trait. Ces métis, plus grands que les Boeufs de la contrée, présentent l'avantage si appréciable dans les pays de montagnes, d'avoir le pied plus sûr et la marche plus rapide. M. le sous-préfet termine en concluant que le climat de Barcelonnette convient tout à fait aux Yaks.

A cette occasion, M. le Président fait observer que, dans l'Inde, on obtient par le croisement de l'Yak et du Zébu un métis connu sous le nom de Dzo, plus grand que le Zébu, et


PROCES-VERBAUX. 349

qu'on emploie avec beaucoup d'avantage, à la manière des Yaks et souvent avec eux, au transport de la laine et des autres marchandises. On doit à Jacquemont des détails intéressants sur ces animaux qu'il a vus dans l'Himalaya (Journal de son voyage, 4e partie, t. II, p. 400).

- On remarque parmi les pièces imprimées un travail de notre confrère M. Bardy, conseiller à la Cour impériale de Poitiers, ayant pour titre : Algérie et son organisation en royaume.

SÉANCE DU 18 JUIN 1858. Présidence de M. Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE.

- M. le Président proclame les noms des membres nouvellement admis :

MM. BATAILLARD, membre de la Société d'agriculture du Doubs, greffier, à Audeux (Doubs).

BLANCHE (le docteur), àPassy (Seine).

BUOR (Alfred de), propriétaire, à Velaudjn par la Châtaigneraie (Vendée).

DESAIX (le baron), sous-préfet de l'arrondissement de Barcelonnette (Basses-Alpes).

DESCOLLARD DES HOMES, maire d'Epannes, au château d'Épannes, par Fontenay-Rohan-Rohan (Deux-Sèvres).

FRETEAU DE PENY (le baron Emmanuel), conseiller référendaire à la Cour des comptes, à Paris.

GUYON (le docteur), membre correspondant de l'Institut, inspecteur du service de santé des armées, à Alger.

LAFONT (Emile), inspecteur général des prisons du département de la Seine, à Paris.

SABATINI (Domenico), membre de l'Académie d'archéologie de Madrid, de la Société royale des antiquaires de Copenhague, etc., à Naples.

VILLAFRANCA (le comte de), à Lucques (Italie).

VINET (Jules-Théodore), à Paris.

- Des lettres de remercîment pour leur admission dans la


350 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Société sont adressées par M. le baron Darricau, gouverneur de la Réunion, qui promet son concours le plus actif et le plus dévoué pour tout ce qui pourra contribuera faciliter nos travaux et à étendre nos relations; et par MM. Julien Pellon y Rodriguez, de Madrid, et Réveil, vice-président du Corps législatif.

- Conformément à l'indication portée sur les lettres de convocation pour celte séance et relative à la nomination d'un membre honoraire, le Bureau présente à l'assemblée, au nom du Conseil, M. l'abbé Huc. M. Aug. Duméril donne lecture d'un Rapport sur les travaux et sur les voyages de ce missionnaire, en Chine, en Tartarie et au Thibet. Les conclusions favorables du Rapport, déjà adoptées par le Conseil, le sont également par l'assemblée, qui, par un vote unanime, admet M. l'abbé Huc au nombre des membres honoraires.

- M. le docteur Renaud fait parvenir un numéro du journal l'Univers illustré, dans lequel il a publié un article sur les travaux de la Société et sur la fondation du Jardin d'acclimatation. Des remercîments seront transmis.

- M. Sacc envoie un travail sur l'organisation de ce Jardin et sur la nécessité d'une sorte d'union entre les divers établissements de même nature.

- Il est donné lecture d'une note de M. le comte Jaubert sur la dissémination de certaines plantes par l'intermédiaire des animaux, et sur les liens intimes qui unissent, dans quelques circonstances, la Zoologie à la Botanique. (Renvoi au Comité de publication.)

- Notre confrère, M. Salomon de Rothschild annonce qu'il va s'occuper activement de la souscription pour la fondation du Jardin, et qu'il s'efforcera plus tard d'enrichir cet établissement par ses relations et par ses voyages.

- M. le Président informe que S. A. I. le prince Napoléon a bien voulu accepter la présidence d'honneur de l'oeuvre que nous poursuivons par la création d'un Jardin d'acclimatation.

Il annonce ensuite que le Conseil de la Société du Jardin a, dans sa dernière séance, élu son Bureau, dont la composition est la suivante :

Président honoraire, M. le baron de Rothschild; plus les


PROCÈS-VERBAUX. 351

membres du Bureau de la Société d'acclimatation faisant partie de ce Conseil :

Président: M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire;

Vice-présidents : MM. le prince Marc de Beauvau, Drouyn de Lhuys, Passy, Richard (du Cantal) ;

Secrétaire généra] : M. le comte d'Éprémesnil;

Secrétaires : MM. Aug. Duméril et Dupin.

M. le Président annonce ensuite que la Société du Jardin, avant l'ouverture des souscriptions chez MM. de Rothschild, a déjà recueilli par ses propres ressources une somme de 300000 francs.

- M. Aguillon, en informant du soin qu'il prend de réunir des souscriptions en sa qualité de délégué à Toulon, met à la disposition de la Société tous les végétaux exotiques acclimatés dans sa propriété, et qu'on supposera pouvoir offrir quelques chances de succès dans le nouveau Jardin. Il envoie en outre des graines du Néflier du Japon, ainsi qu'un Rapport sur ses cultures de végétaux étrangers.

- M. Brierre, de Riez (Vendée), fait aussi parvenir un Rapport sur ses cultures, accompagné d'un dessin à l'huile représentant le développement des haricots à tubercules, deSiam.

Des remercîments seront transmis à MM. Aguillon et Brierre.

- lien sera également adressé à M. le docteur Sicard, de Marseille, qui expédie de nouveaux produits du Sorgho, savoir, du Chocolat sucré avec la matière saccharine de cette plante, et du Vermicelle fabriqué avec la farine obtenue des graines. Il y joint trois esquisses, l'une à la sépia, l'autre à la gomme-gutte de Sorgho naturelle, et la dernière à l'encre de Chine de Sorgho.

Enfin, à propos d'un passage de la Note de M. Dareste sur les papiers de fibres végétales fabriqués par M. Curti, où il est parlé (p. 205) de l'emploi avantageux par ce dernier des résidus d'une distillerie de Sorgho, déjà établie en Algérie, M. Sicard rappelle qu'il est le premier qui ait soumis à cet usage les tiges de cette plante. M. Dareste répond qu'il a simplement énoncé les faits relatifs à la fabrication de M. Curti, et qu'il n'a point contesté la priorité de M. Sicard.

- M, Belhomau, chef du Jardin botanique de Metz, adresse


352 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

des graines : 1° d'une Cucurbitacée de l'Inde, donnant des fruits très farineux, et 2° du Lathyrus platyphyllus, plante vivace de l'Italie fournissant un excellent fourrage.

- M. Oscar Réveil communique des renseignements sur les avantages offerts par la culture du Souchet (Cyperus edulis), à cause des propriétés agréables des tubercules de la racine qu'on mange et dont on fait une boisson, sorte de sirop d'orgeat qui se débite abondamment en Espagne. La composition chimique, dont notre confrère présente le résumé d'après M. Ramon de Luna, y montre des éléments nutritifs et très convenables pour la préparation d'une bonne émulsion.

M. Ramon de la Sagra confirme les faits qui viennent d'être rapportés ; il insiste sur l'importance qu'il y aurait à cultiver en France ce végétal connu en Espagne sous le nom de Chusa, et qui fournit une boisson saine, agréable et d'un prix très modique.

- Le même membre fait hommage de son grand ouvrage sur la Flore de Cuba, et annonce qu'il a l'intention d'en extraire pour la Société tout ce qui se rapporte aux plantes, assez nombreuses, dit-il, dont l'acclimatation en Europe pourrait être tentée. M. le Président transmet à notre confrère les remercîments de l'assemblée et pour le livre et pour la promesse d'un travail fait par lui, au point de vue de notre oeuvre, sur les végétaux de l'île qu'il a si complètement explorée.

- M. Fréd. Jacquemart place sur le bureau un jeune plant de Mielga provenant de la graine envoyée d'Espagne par les soins de M. Graëlls (p. 219 et 290), et un plant également jeune de Luzerne ordinaire (Medicago sativa). M. MoquinTandon dit que, d'après ce commencement de végétation, il y a tout lieu de penser que la Mielga n'est pas la Luzerne sauvage, mais une espèce distincte. Telle est aussi l'opinion de M. Ramon de la Sagra, qui croit que la Mielga a dû être décrite scientifiquement dans les ouvrages espagnols.

- M. Cloquet fait connaître les heureux résultats de la culture des Pommes de terre de Sibérie et de Sainte-Marthe chez M. Drouyn de Lhuys, à Amblainvilliers, près Paris.

- M. Fr. Jacquemart dit qu'il en est de même dans l'Aisne.


PROCÈS-VERBAUX. 353

A cette occasicn, M. O. Réveil fait observer que la Pomme de terre de Sainte-Marthe a des feuilles à lobes non laciniés. La variété dite de Marjolin offrait d'abord cette même disposition, qui a peu à peu disparu à mesure qu'elle a dégénéré. Il sera intéressant de constater si une semblable dégénérescence surviendra chez cette nouvelle variété.

- M. Moquiu-Tandon lit, en son nom et au nom de M. J. Cloquet, un Mémoire ayant pour titre : Observations sur les perles des coquilles bivalves d'eau douce. (Renvoi au Comité de publication.)

- M. H. de Colonjon adresse un Rapport sur une éducation de Vers à soie lu Mûrier, provenant des récoltes de graine faites par la Société avec l'aide de la Caisse franco-suisse de l'agriculture. Les résultats n'en ont pas été favorables. (Renvoi à la 4e Section.)

- Mgr. Pern, qui a bien voulu s'occuper tout récemment des moyens de faire venir de Chine des cocons de Vers à soie du Chêne qu'il a demandés par des lettres pressantes dans la province de Kouy-tcheou dont il est le vicaire apostolique, adresse une Monographie sur ce précieux insecte. Il est donné lecture de ce travail où sont passés en revue tous les faits qui se rapportent à ce Ver sauvage. (Renvoi au Comité de publication.)

M. Jacquemart rappelle, à la suite de cette lecture, le commencement d'éducation de cette espèce qu'il a poursuivie en 1855 pendant douze jours, au bout desquels périt le seul Ver qui eût survécu parmi les six qui étaient éclos. Il résulte de cette expérience que cette larve peut se nourrir avec la feuille de nos Chênes, et c'est là un point important en vue des tentatives ultérieures que la Société pourra faire sur cette espèce.

M. Millet émet l'opinion que, pour les éducations en liberté, les environs de Pau, où se trouvent beaucoup de Chênes à l'état de têtards, seraient très convenables.

- M. Debeauvoys fait parvenir un travail relatif à l'enfouissage sous terre des Abeilles, comme moyen de conservation des ruches pendantles hivers doux. Le procédé dû à M. Antoine, apiculteur à Reims, a été mis en usage par notre confrère,


354 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. qui en a obtenu d'excellents résultats, et qui présente sur ce sujet des considérations propres à faire apprécier les avantages de cette méthode.

- M. Davelouis, en sa qualité de secrétaire de la 2e Section, transmet le procès-verbal de la séance tenue par cette Section, le 10 mai.

On y remarque : 1° Une communication de M. Albert Geoffroy Saint-Hilaire sur les résultats génénlement satisfaisants obtenus dans les tentatives d'acclimatition faites dans les Jardins zoologiques de Belgique et de Londres ; 2° l'indication d'une lecture de M. Davelouis sur une nouvelle partie du travail qu'il a entrepris touchant la taille et le poids des races gallines, comme éléments de classification.

- Le même membre informe que la 2e Section a décidé que cette année, comme les années précédentes, une Commission permanente serait désignée pour continuer es travaux dans l'intervalle des deux sessions. Cette Commission, composée de MM. Berrier-Fontaine, président; Chouippe; Davelouis, secrétaire ; J. Delon et Florent Prévost, se réunira le premier mardi de chaque mois. M. le Président prie la 2e Section d'agréer les remercîments de la Société pour cette nouvelle preuve de zèle.

- M. Davelouis lit par extraits un Rapport présenté par M. Berrier-Fontaine et par lui sur les différentes espèces d'Oiseaux exposées au concours régional de Versailles.

- M. le docteur Le Prestre annonce qu'il a, en ce moment, dans son jardin d'acclimatation de Caen, seize oeufs de Casoar de la Nouvelle-Hollande, couvés par le mâle depuis le 17 mai.

- M. de Capanema, délégué de la Société au Brésil, écrit que, dès qu'il aura reçu les échantillons de tissus destinés à être offerts à l'Empereur du Brésil, par la Société, au nom de M. Davin, il s'empressera de les placer sous les yeux de Sa Majesté.

Notre confrère annonce, en même temps, le prochain envoi de plants de bois de Fernambouc, palissandre, etc.

- M. Sacc fait parvenir un travail sur la Marmotte des Alpes, considérée au point de vue zoologique et comme un ani-


PROCÈS-VERBAUX. 355

mal utile, dont l'introduction devrait être tentée sur les sommités les plus élevées des Vosges et des Pyrénées.

- M. Barthélémy La Pommeraye adresse une Notice sur le Lama et ses congénères du Pérou et du Chili, rédigée d'après les notes fournies par M. Eug. Roehn, Ce travail est le complément d'une lettre qu'il avait précédemment écrite, afin de porter à la connaissance de la Société les efforts faits par le même voyageur pour tenter l'acclimatation de ces animaux dans les Antilles et dans l'Amérique du Nord (p. 223).

- A cette occasion, M. Ramon de la Sagra annonce que, dans le but de contribuer pour sa part à la réalisation du désir delà Société de posséder des femelles de Lamas du Pérou, afin de les appareiller avec nos deux mâles, il a, par un de ses amis, fait porter ce désir à la connaissance du Roi d'Espagne. Sa Majesté s'est montrée fort disposée à donner deux femelles du troupeau qu'elle a fait venir de l'Amérique du Sud, ce qui est d'ailleurs confirmé par un journal de Madrid (la Monarquia espanola, 18 mars 1858), dont un exemplaire est déposé sur le bureau. M. de la Sagra est prié par M. le Président d'agréer les remercîments de la Société.

- Il est donné lecture d'un travail de M. Richard (du Cantal), rédigé au nom de la Section des Mammifères, et ayant pour titre : Réflexions sur la lettre relative aux Chevaux arabes adressée par l'Émir Abd-el-Kader à M. le général Daumas. (Renvoi au Comité de publication.)

- M. le Président déclare close la session de 1857-58, et annonce que, d'ici à la première quinzaine de décembre, époque à laquelle aura lieu l'ouverture de la session prochaine, le Conseil, comme les années précédentes, continuera à s'assembler d'une manière régulière, pour traiter des affaires de la Société.

Le Secrétaire des séances,

A. DUMÉRIL.


356 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION. III. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE.

Le Conseil d'administration a reçu communication, dans sa dernière séance (9 juillet), de la lettre suivante adressée à M. Drouyn de Lhuys, vice-président de la Société, par S. Exc. M. le Ministre de Danemark :

Légation de Danemark en France.

Paris, le 3 juillet 1858.

« Monsieur,

» M'étant fait un devoir de diriger l'attention du Roi, mon auguste Souverain, sur le but si éminemment utile de la Société impériale zoologique d'Acclimatation et sur le grand intérêt que vous portez à cette institution, Sa Majesté m'a témoigné le désir de s'en faire recevoi- comme membre.

» J'ose, Monsieur, à cette occasion, avoir recours de nouveau à votre extrême bienveillance, pour vous prier de vouloir bien m'assister dans les démarches à faire en conséquence, m'estimant bien heureux si elles pouvaient avoir lieu sous vos auspices.

» En vous exprimant d'avance ma vive reconnaissance, je vous prie de vouloir bien encore agréer les nouvelles expressions de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, etc.,

" Le baron W. DIRERINCK DE HOLMFELD.»

Le Conseil d'administration, après avoir entendu la lecture de cette lettre, s'est empressé de décider que le nom de S. M. le Roi de Danemark serait inscrit en tête de la liste des membres de la Société. Le Conseil a décidé en outre qu'une adresse, signée de tous ses membres, porterait au Roi l'expression de sa gratitude pour le témoignage d'intérêt et de sympathie que ce Souverain veut bien accorder à la Société.

- On lit dans un journal de Madrid (el Leon Espanol) :

« Dans la soirée du 30 juin, Leurs Majestés ont daigné recevoir la Commission de la Société impériale zoologique d'Acclimatation, chargée de déposer entre les mains de la Reine un précieux échantillon de cachemires fabriqués par M. Davin avec la laine soyeuse de la race des Mérinos Grauxde-Mauchamps, un autre échantillon de tissus faits par le même manufacturier avec le poil du Chameau asiatique et du Chameau africain, ainsi que de beaux châles et des velours destinés à l'usage de notre Souveraine, et pareils à ceux qui avaient été offerts à l'Empereur des Français.

» La Commission a présenté à S. M. le Roi, avec une adresse signée par tous les membres du Conseil d'administration, la grande médaille d'or, décernée par la Société à Sa Majesté, pour l'introduction d'un troupeau de Lamas et d'Alpacas.

» Le délégué de la Société impériale en Espagne, M. Graëlls, a exposé à


FAITS DIVERS. 357

Leurs Majestés le but de cette Association, qui accorde une si éminente protection aux intérêts matériels, et qui témoigne une si flatteuse déférence à nos Souverains, ainsi qu'à notre pays privilégié pour les progrès importants que l'acclimatation des espèces utiles a faits chez nous plus que partout ailleurs.

» Le savant général Don Antonio Remon Zarco del Valle, qui, en sa qualité de membre de la Société impériale d'Acclimatation, faisait partie de la Commission, a également adressé à Leurs Majestés des paroles fort remarquables relativement aux services signalés que la Couronne d'Espagne avait rendus à l'acclimatation, tant en Europe qu'en Amérique. Leurs Majestés, touchées des considérations développées avec éloquence par cet illustre vétéran de la science et de l'armée, ont exprimé de nouveau leur ferme intention de continuer à protéger cette source féconde de richesse publique, pour répondre à la confiance de la Société, et elles ont recommandé à la Commission d'être l'interprète de leur gratitude.

» Le Roi a, en outre, annoncé qu'il consentait à inscrire son auguste nom parmi ceux de tant de souverains et de princes qui se sont déclarés membres protecteurs de la Société scientifique la plus illustre qui ait été créée de notre temps. »

- La lettre suivante a été adressée à M. Drouyn de Lhuys, vice-président de la Société, par S. Exc. le prince de Metternich. Nous satisfaisons à un voeu émis par plusieurs de nos confrères en reproduisant ici cette lettre :

« Monsieur,

» Je vous prie de recevoir l'assurance de la valeur que j'attache à la lettre que vous avez bien voulu m'adresser. Mon sentiment porte sur la preuve qu'elle renferme du souvenir bienveillant que vous conservez d'un bien court entretien que vous m'avez accordé lors de votre séjour à Vienne, et sur la valeur d'une association dont je m'honorerai de faire partie.

» La Société d'acclimatation avait, dès sa fondation, fait un appel au vif intérêt que, dans le cours de ma vie, j'ai voué au culte et à l'application pratique des sciences naturelles. L'âge si avancé qui pèse sur moi a seul pu m'empècher d'évoquer dans mon pays, en me plaçant à sa tète, une institution dont les produits utiles ne sauraient être mis en doute. J'accepte ainsi avec reconnaissance l'offre que vous voulez bien m'adresser de m'associer à l'oeuvre à. laquelle vous vouez vos soins particuliers.

» Agréez, etc. » Signé METTERNICH.

» Vienne, le 7 avril 1858. »

JARDIN ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

- M. le Président de la Société impériale d'Acclimatation a annoncé dans les séances des 4 et 18 juin l'organisation de la Compagnie du Jardin zoologique.

S. A. L. le prince NAPOLÉON, qui a accordé à la Société, pour l'établissement du Jardin du bois de Boulogne, un si bienveillant et si utile appui, a bien voulu accepter la présidence d'honneur de cette oeuvre, aujourd'hui si près de se réaliser dans les conditions les plus favorables.


358 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Le Conseil d'administralion a été constitué ainsi qu'il suit :

MM. Président honoraire. Le baron de ROTHSCHILD.

Président Is. GEOFFROY SAINT-HILAIRE, de l'Institut, président de la

Société impériale d'Acclimatation.

Vice-Présidents.

Le prince Marc DE BEAUVAU, DROUYN DE LHUYS, Ant. PASSY, de l'Institut, RICHARD (du Cantal),

vice-présidents de la Société impériale d'Acclimatation.

Secrétaire général. Le comte d'ÉPRÉMESNIL, secrétaire général de la Société impériale d'Acclimatation.

Secrétaires.

A. DUMÉRIL, professeur-administrateur au Muséum d'histoire naturelle, secrétaire de la Société impériale d'Acclimatation.

E. DUPIN, inspecteur des chemins de fer, secrétaire de la Société impériale d'Acclimatation.

Le comte Olympe AGUADO.

Ernest ANDRÉ.

Ch. de BELLEYME, juge au tribunal de la Seine.

Paul BLACQUE, banquier.

BLOUNT, banquier, administrateur de plusieurs chemins de fer.

J. CLOQUET, membre de l'Institut, professeur à la Faculté de médecine.

COSSON, secrétaire de la Société botanique de France.

DAVIN, manufacturier.

DEBAINS.

Le duc de FITZ-JAMES.

GERVAIS (de Caen), directeur de l'École supérieure du commerce.

Fr. JACQUEMART , ancien élève de l'École polytechnique, agriculteur-manufacturier.

MOQUM-TANDON, de l'Institut, professeur à la Faculté de médecine et directeur du Jardin botanique de cette Faculté.

Le général prince de la MOSKOWA, premier veneur de l'Empereur.

POISAT, membre du Corps législatif.

POMME, agent de change.

Le vicomte de la ROCHEFOUCAULD.

Le baron Alphonse de ROTHSCHILD.

RUFFIER.

Le docteur RUFZ DE LAVISON, ancien maire de Saint-Pierre et président du Conseil général de la Martinique.

Le baron de SAINT-PIERRE.

Le baron SEGUIER, membre de l'Institut.

Le marquis de SELVE, membre du Conseil général de Seineet-Oise.

Le comte de SINETY.

Le comte Raphaël de TORCY.

Le marquis de VIBRAYE.

Parmi les membres de ce Conseil, dix-huit font en même temps partie du Conseil d'administration de la Société impériale d'Acclimatation, et huit des membres de son Bureau ont été appelés à remplir dans la Compagnie les mêmes fonctions qu'ils tiennent dans la Société, de la confiance de leurs


FAITS DIVERS. 359

collègues, celles de Président, Vice-Présidents, Secrétaire général et Secrétaires.

Cette organisation, qui tend à resserrer encore les liens de la Société et du Jardin zoologique, a paru la plus conforme à la pensée qui préside à la création de ce Jardin, et qu'exprime si bien l'article 11 des Statuts de la Compagnie. L'objet de cette Compagnie est, en effet, aux termes de cet article, l'établissement d'un Jardin zoologique d'acclimatation au bois de Boulogne, sur la concession de terrains faite par la ville de Paris, à l'effet d'appliquer et de propager les vues de la Société impériale zoologique d'Acclimatation, avec le concours et sous la direction de cette Société.

- Les membres de la Sociélé savent déjà (voyez, page 338, le procèsverbal de la séance du 4 juin) que S. M. le Roi de Wurtemberg a bien voulu donner spontanément un témoignage de l'intérêt qu'il porte à la création du Jardin zoologique du bois de Boulogne, et ordonné que son nom fût inscrit, comme celui de S. M. l'Empereur, en tête de la liste des souscripteurs.

Parmi les membres étrangers de la Société qui ont voulu de même concourir à la création du Jardin zoologique, nous croyons devoir citer dès à présent le général Kheredine, ministre de la marine du Bey de Tunis. Nous reproduisons en partie la lettre qu'il vient d'adresser à M. Drouyn de Lhuys, et qui témoigne d'une sympathie si éclairée et si généreuse pour tous les progrès utiles, même pour ceux qui s'accomplissent au loin, et dont d'autres pays sont appelés à ressentir plus directement les bienfaits :

Voici le principal passage de la lettre du général Kheredine :

« C'est une bien grande et bien noble entreprise que la fondation du

Jardin d'acclimatation; aussi je m'y associe avec le plus vif empressement, en faisant des voeux pour qu'elle soit suivie d'un succès égal à l'importance des bienfaits qu'elle est destinée à rendre à toutes les classes de la société.

» J'ai souscrit pour dix actions. Comme j'habite un pays éloigné, j'ai chargé mon correspondant d'effectuer pour mon compte le versement de ma souscription....»

- Le Conseil d'administration, dans ses séances des 9 et 30 juillet, a été informé de plusieurs dons importants, et qui témoignent hautement de la sympathie que rencontrent partout les efforts et les travaux de la Société. Ces dons sont, par ordre de dates, les suivants :

1° Deux Tapirs d'Amérique, mâle et femelle, donnés par M. le docteur Peixoto, de Rio-Janeiro, qui avait déjà enrichi les collections de la Société de plusieurs objets intéressants d'histoire naturelle. Ce don précieux a été annoncé à la Société par l'intermédiaire de notre éminent confrère M. le baron Larrey. Ces deux beaux quadrupèdes, écrit M. Peixoto à M. Larrey, arriveront prochainement par un navire de guerre.

2° Deux Bouquetins des Alpes, mâle et femelle, offerts pour la Société, à S. Exc. M. le Ministre de l'instruction publique, par M. Exinger, marchand de gibier à Vienne. Ces individus, nés en captivité de parents euxmêmes nés chez M. Exinger, sont originaires des Alpes de Savoie.

3° Deux Outardes, mâle et femelle, nées en captivité en Algérie, chez


360 SOCIÉTÉ IMPÉHIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION

M. le lieutenant Joyeux, commandant les puisatiers à Géryville (Algérie), qui veut bien faire hommage de ces Oiseaux à la Société, et va les lui adresser. Nous ne savons encore si ces Outardes sont des Houbaras (Otis houbara) ou de grandes Outardes (Otis tarda).

4° Quatorze cocons vivants du Bombyx ou Saturnia Polyphemus, espèce américaine, remarquable par la beauté et la blancheur de sa soie (voy. dans les tomes I et II du Bulletin diverses communications de MM. Blanchard et Chavannes), et une de celles dont la Société avait déjà possédé en 1855 un grand nombre de cocons, grâce à la bienveillance de M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères, et aux soins de M.Roger, consul de France à la Nouvelle-Orléans. Ces cocons n'avaient malheureusement pas réussi. M. Lucas, aide-naturaliste d'entomologie au Muséum d'histoire naturelle, a été plus heureux, et ce sont quatorze cocons obtenus à Paris qu'il vient d'offrir à la Société, en adressant à M. le Président la lettre suivante :

« Paris, le 9 juillet 1858. » Monsieur le Président,

» Une éducation du Saturnia Polyphemus faite à Paris, ayant parfaitement réussi, j'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien offrir en mon nom, à la Société impériale zoologique d'Acclimatation, quatorze cocons de ce Saturnia provenant de cette éducation.

» N'ayant eu à ma disposition qu'un nombre très limité de chenilles provenant de cocons de la Nouvelle-Orléans, éclos à Paris vers la fin d'avril, que je dois à l'extrême obligeance de M. A. Lavallée, je n'ai pu me livrer à aucune expérience : seulement, je ferai remarquer que les oeufs ont été pondus le 4 mai, et que le 22 juin, les chenilles confiées à M. Vallée, et nourries avec des feuilles du Quercus pedunculata, ont commencé à filer; cette éducation a donc duré environ quarante-six jours.

» J'ai l'honneur d'être, etc. H. LUCAS.

5° Un envoi considérable d'animaux, expédiés de la Guyane, et donnés par noire honorable et zélé confrère M. Bataille, de Cayenne. Cet important envoi sera l'objet d'un rapport spécial inséré au Bulletin. Nous nous bornerons aujourd'hui à extraire de sa lettre, et d'une autre écrite par M. le docteur Chapuis, président du Comité zoologique de la Guyane, la liste des animaux envoyés à la Société par M. Bataille :

Mammifères. - 4 Agoutis ; 1 Cabiai (à Cayenne, Capiaye) ; 2 Tapirs (Maïpouris), mâle et femelle, privés ; 1 Pécari (appelé à Cayenne, Cochon marron) privé ;

Oiseaux. - 4 Pénélopes Yacous ; 7 Ibis rouges : connus à Cayenne sous le nom de Flammants) ; 1 Héron Onoré ; 1 Savacou huppé (à Cayenne, Happa) ; 1 Jabiru.

Total, 8 Mammifères et 14 Oiseaux, auxquels M. Bataille a joint 6 jeunes Caïmans dont le Conseil a disposé en faveur de la Ménagerie du Muséum d'histoire naturelle et du Jardin zoologique de Marseille.

Ce précieux envoi, expédié par le bâtiment de l'État l'Adour, est arrivé à Paris, le 20 juillet. Grâce aux soins qu'ils ont reçus, la plupart des animaux sont en bon état.

Le Secrétaire du Conseil, GUÉRIN-MÉNEVILLE.


PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES. 361

I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

SUR LE MODE D'INTERVENTION

DES PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES

DANS

L'ACCLIMATATION DES VÉGÉTAUX ET DES ANIMAUX.

Par M. BECQUEREL,

Membre de l'Académie des sciences.

(Séance du 11 juin 1858.)

La Société impériale d'Acclimatation, en instituant une Commission de climatologie (1), chargée de lui fournir les renseignements dont elle pourrait avoir besoin, pour savoir si des essais de culture ou d'acclimatation d'espèces animales, tentés dans telle ou telle localité de la France, présenteraient ou non des chances de succès, a adopté une mesure qui produira, je le pense, des résultats utiles. En m'appelant à la présidence de cette Commission, elle m'a fait un honneur auquel j'étais loin de m'attendre et dont je la prie d'agréer mes remercîments. Avant de réunir la Commission, je crois devoir lui présenter un exposé de mes vues sur l'intervention des observations météorologiques dans les essais d'acclimatation ; cet exposé est en quelque sorte un programme qui pourra être ensuite soumis à la Commission. Lorsqu'il s'agit de transporter d'un pays dans un autre un

(1) La Commission de climatologie se compose de : MM. Becquerel père, président, Edmond Becquerel, Chatin, Duperrey, J. Dupré de Saint-Maur, le comte d'Escayrac de Lauture, P. Gaimard, Poey, Charles Deville, le marquis de Vibraye et Weddell. B.

T. V.- Août 1858. 24


362 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

animal ou un végétal, avec l'intention de l'y acclimater, il est nécessaire, si l'on veut arriver plus sûrement au but, de commencer par s'assurer si les conditions climatériques sont les mêmes dans les deux pays. A la vérité, on peut suivre une marche empirique, qui consiste à faire des essais basés sur de vagues renseignements fournis par les voyageurs, renseignements qui induisent souvent on erreur. Si l'on échoue ou que l'on n'obtienne qu'un demi-succès, on ne sait à quoi en attribuer la cause; mais il n'en est pas de même en s'appuyant sur des observations météorologiques. Je commencerai d'abord par montrer combien il importe de se tenir en garde contre les renseignements des voyageurs.

Je suppose un voyageur parcourant un pays pendant une période de mois et d'années à intempéries extraordinaires, il prendra, sans aucun doute, une idée exagérée de son climat. Il pourra donc se faire que deux personnes visitant le même pays, à deux époques différentes, ne portent pas le même, jugement sur son état climatérique. Il ne faut pas négliger néanmoins les remarques faites par les habitants, touchant l'époque, année commune, où commencent la congélation des rivières et le dégel, sur lesquelles on s'appuie assez fréquemment pour acclimater les espèces animales et végétales, et qu'ils ont recueillies dans les contrées qu'ils ont parcourues. Je dis année commune, attendu qu'il arrive des années exceptionnelles où, les eaux étant basses, la congélation d'un fleuve a pente rapide a lieu à une température moins basse que lorsque les eaux sont hautes. Les habitants peuvent donner également d'utiles renseignements sur la perinanence de la neige, sur les époques de sa chute et de sa disparition. On a ainsi des indications sur la longueur et la persistance des hivers.

Les phénomènes périodiques peuvent être également consultés avec avantage: on désigne ainsi les diverses phases de la végétation et quelques particularités de la vie de certains animaux ; ces phénomènes sont en rapport avec la température du lieu et divers éléments climatériques. Pour la vie végétale, ils comprennent les époques de la foliation, celles de la floraison, de là maturation et de l'exfoliation-, pour le règne ani-


PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES. 368

mal, l'arrivée et le départ des oiseaux voyageurs, l'époque de l'accouplement et du chant des oiseaux, etc. Il faut user cependant de ces données avec réserve, attendu que ces époques* déjà difficiles à fixer, varient entre certaines limites d'une année à une autre; ce n'est qu'à l'aide d'un grand nombre d'observations que l'on a des moyennes donnant des résultats sensiblement exacts.

En suivant cette marche, on a trouvé qu'en Europe, il y aune avance ou un retard de quatre jours dans la floraison, par chaque degré de latitude, selon que l'on se dirige vers le sud ou vers le nord. Quant à la hauteur, on compte quatre jours de retard par 100 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer.

Ces déterminations ne sont qu'approximatives, étant modifiées suivant la nature du sol, l'exposition de la plante, et la proximité plus ou moins grande de la mer, des lieux où on la cultive.

Les indications relatives à la culture de la Vigne doivent être accueillies surtout avec une grande réserve'. Le vin étant devenu d'un usage général, la culture de la Vigne a dû s'étendre le plus possible vers le nord, dans les localités où le raisin arrive à maturité. Ces localités varient, pour la même latitude, suivant la nature du sol, l'exposition, etc., etc. D'un autre côté, il faut prendre en considération l'espèce de cépage que l'on cultive, laquelle est plus ou moins hâtive, suivant que l'on se contente d'un vin peu ou très alcoolique.

L'époque de la vendange peut induire encore en erreur, quand on veut la faire servir à la détermination d'un climat: en effet, les fruits ne mûrissent en général que lorsqu'ils ont obtenu depuis le mouvement de la séve dans le cep une certaine somme de degrés de température. Or, dans les environs de Paris, depuis 1767 jusqu'en 1814, c'est-à-dire dans un intervalle de quarante-sept ans, les vendanges ont varié du 10 septembre au 17 octobre; si donc deux voyageurs eussent parcouru les environs de Paris, aux deux époques extrêmes, ils auraient tiré certainement des conséquences bien différentes sur l'époque de la maturité du raisin, et par suite sur le caractère du climat de la contrée où l'on cultive la Vigne.


334 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D' ACCLIMATATION.

D'autres causes que les intempéries des saisons peuvent retarder encore l'époque de la vendange ; les vignobles de la Côte-d'Or nous en offrent un exemple remarquable : on a constaté, par des relevés statistiques exacts, que depuis un demi-siècle, la vendange dans cette partie de la Bourgogne se fait en moyenne plus tard d'une semaine que dans le siècle dernier. Dira-t-on que le climat a changé? Non, certes. M. Vergnette de La Mothe en a donné une explication satisfaisante. (Actes du Congrès vinicole de la France tenu en 1845.)

« Ce fait, dit-il, doit être attribué au morcellement des » terres. Le cultivateur, devenu propriétaire, s'est plus occupé » de la quantité que de la qualité des produits; dans ce but, il » a couvert la vigne d'un plus grand nombre de ceps. Ce » nombre, qui était de 810 par ouvrée (4 ares 28 centiares) » dans l'ancienne culture, a été porté à 1090 et plus. Il en » est résulté plus d'ombre dans les vignes. Le fruit a été plus » abrité contre l'action desséchante des vents. Le sol, restant » plus humide et étant plus chargé d'engrais, a prolongé la » végétation, etc. »

Je pourrais citer encore d'autres faits qui prouveraient que l'on ne saurait trop se mettre en garde contre le récit des voyageurs, touchant les renseignements qu'ils recueillent sur la nature des climats. Ces renseignements ne peuvent être pris en considération qu'autant qu'ils ont été soumis à un examen approfondi. Mais il faut, avant tout, consulter les éléments scientifiques. Ces éléments comprennent : 1° la température moyenne à l'ombre et au soleil ; 2° la température du sol, selon qu'il est dénudé ou couvert de végétation ; 3° la quantité de rayons solaires arrivant au sol, et perçus par le végétal; 4° les quantités d'eau tombée dans les diverses saisons ; 5° les vents régnants. La latitude seule ne peut être invoquée, tant sont nombreuses les causes qui exercent une influence sur les éléments climatériques. L'exemple suivant est assez frappant pour que j'en fasse mention ici. La partie moyenne occidentale de l'Europe doit la douceur de son climat aux vents du sud et du sud-ouest, qui proviennent des courants d'air chaud ascendant du désert saharien, produits par l'échauffement des sables,


PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES. 365

lesquels s'abattent par suite du mouvement diurne de la terre sous nos latitudes moyennes. La partie tropicale correspondante au désert de Sahara, dans l'Amérique du Sud, étant couverte de vastes savanes et de forêts au lieu de sable, le courant d'air chaud ascendant est moins chaud, de sorte que les régions de l'Amérique du Nord correspondantes à celles de nos latitudes moyennes ont une température moins élevée ; il en résulte que la Vigne n'est pas cultivée à beaucoup près comme en France et en Espagne, sous la même latitude : de là une grande différence dans les climats.

La chaleur, comme on le sait, ne suffit pas pour développer les phénomènes de la vie, il faut y joindre encore l'action de la lumière solaire, sans laquelle les plantes s'étiolent, les fleurs perdent leur couleur et les fruits leur saveur. Les animaux éprouvent des effets analogues. C'est pour ce motif que l'on doit tenir compte de la chaleur et de la lumière solaire.

D'après Réaumur, les météorologistes ont cherché à déterminer la somme de chaleur nécessaire pour fleurir un végétal et mûrir ses fruits et ses graines. Je citerai Cotte, Adanson, MM. de Gasparin, Boussingault, Quetelet, Alph. de Candolle, etc.

Les premiers ont adopté en principe que la manière la plus simple de supputer cette somme était d'additionner la température moyenne de chaque jour de la période pendant laquelle les diverses phases de la vie végétale s'effectuent.

M. Boussingault, en suivant cette marche, a trouvé que le froment, pour arriver à maturité, exigeait de 2000 à 2200 degrés ou unités de chaleur, depuis une température moyenne printanière de 6 degrés; le maïs 2500, etc., etc.

On a reconnu depuis, que, pour avoir des résultats exacts, il fallait encore tenir compte : 1° de la chaleur solaire directe, qui contribue efficacement à la vie végétale ; 2° de la durée du jour et de la nuit, la végétation étant très ralentie quand le soleil est au-dessous de l'horizon, sans cesser pour cela d'avoir lieu. Je ferai remarquer qu'en ne commençant à compter le nombre de degrés qu'à partir de 6 degrés, pour le froment, on élimine la chaleur qui a servi au développement du végétal, depuis la germination jusqu'à l'instant où la vie végétale a été


366 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

suspendue, pour reprendre une nouvelle activité, à 6 degrés de température moyenne.

Quant à la manière d'évaluer la température moyenne solaire, les premières tentatives n'ont pas été satisfaisantes : M. de Gasparin a pris pour cette valeur la moyenne de la différence entre la température maximum au soleil et la température maximum à l'ombre, et pour moyenne approximative de la journée (chaleur moyenne ordinaire et chaleur moyenne solaire), la moyenne de la somme de température maximum au soleil et la température minimum à l'ombre.

J'ai peine à comprendre ce mode d'évaluer la chaleur solaire; il ne suffit pas de déterminer la chaleur moyenne, solaire, il faut encore tenir compte du temps pendant lequel elle agit. Admettons un instant que l'on ait déterminé la moyenne solaire d'une journée, pendant laquelle il y a eu des alternatives de clair et de couvert; il est bien certain que plus il y aura eu de clair, plus la chaleur solaire aura agi activement, et cela quoique la température moyenne solaire n'ait pas changé. On voit par là qu'il y a nécessité de tenir compte de la durée pen* dant laquelle la température moyenne solaire a exercé son action, sinon on fait abstraction d'un élément important dans la question. Quelques détails à cet égard ne seront pas inutiles.

Lorsque l'on veut avoir le nombre de degrés de chaleur nécessaire pour la maturité des fruits ou des graines, on multiplie, comme on l'a dit plus haut, la température moyenne prise à l'ombre par le nombre de jours de la vie végétale ; chaque jour étant de vingt-quatre heures, on peut supprimer sans inconvénient ce facteur commun. Mais, lorsqu'il s'agit de la chaleur moyenne solaire, ce facteur n'existe pas, il faut en introduire un autre variable d'un jour à l'autre, lequel représente le nombre d'heures et de minutes pendant lesquelles le soleil a brillé (1).

(1) Pour déterminer ce nombre d'heures et de minutes, on ne peut faire usage du thermomètre ordinaire, qui ne peut être observé qu'un très petit nombre de fois dans la journée, à moins qu'il n'y ait à côté un observateur à poste fixe; on ne peut donc connaître avec cet instrument la quantité


PHÉNOMÈNES MÉTÉ0U0L0G1QUES. 367

Toutes les personnes qui se sont occupées de déterminer la chaleur nécessaire à la vie végétale, n'ont pas envisagé la question sous le point de vue physiologique, elles ont considéré un végétal comme un être abstrait. M. Alph. de Candolle en a agi autrement : il dit avec raison que l'on ne doit pas considérer une plante comme un thermomètre ; attendu

d'unités de chaleur solaire perçue par le sol. Il n'en est pas de même en faisant usage d'appareils traceurs qui fonctionnent d'une manière continue et sans le concours d'un observateur. A l'inspection du tableau des variations de température, on a sur-le-champ les instants où le soleil a brillé, et où il a été caché par les nuages. Dans le premier cas, la température monte rapidement et se maintient élevée; dans le second, la température baisse aussitôt: le tracé indique ainsi le nombre d'heures et de minutes pendant lesquelles le soleil a éclairé directement le sol ; rien n'est plus simple ensuite de faire la somme des températures solaires.

Supposons que le premier jour le soleil ait paru pendant n heures, et que la température moyenne solaire ait été t, le nombre de degrés de chaleur solaire sera représenté par nt, le deuxième jour on aura n't' ; le troisième, n"t", ainsi de suite. Il faut diminuer les quantités de la chaleur moyenne observée à l'ombre pendant le même temps, sans quoi il y aurait double emploi. Or, la température moyenne à l'ombre de la journée étant représentée par T, on aura pour le nombre de degrés n heures, »T, d'où, pour l'accroissement dû à l'action solaire, (nt-nT) =n(t- T).

Le second jour on aura n't' - n''T=n'(t' - T1).

Ainsi de suite.

La température moyenne excédante, à l'ombre, sera donc représentée ;

Le premier jour par (24 - n) T ;

Le second jour par (24 - n 1) T.

De sorte que pour les deux jours on aura pour le nombre de degrés de chaleur moyenne et de chaleur solaire :

n(t-1) + n'(i'-T') + (24 - n)T + (24- n') T',

Prenons un exemple pour fixer les idées :

Un végétal reçoit le premier jour 14 degrés de température moyenne à l'ombre et 22 degrés de température solaire pendant cinq heures ; le deuxième jour, 12 degrés de température moyepne ù l'ombre et 18 degrés de température moyenne solaire pendant huit heures.

On aura donc :n = 5!= 22 degrés n' = 8,'*'=18T =141" =12. D'où il suit que 5=5 X 8 + 6x8 +19 X 14+18 X 12 = 498 degrés, pendant deux jours, en prenant, bien entendu, pour unité de temps l'heure, au lieu de la journée, qui est composée de vingt-quatre heures. En opérant ainsi jusqu'au terme de la végétation, on est dans le vrai.

M. Quetelet pense que l'on ne doit pas supputer la somme des tempéra-


368 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

que l'abaissement de température ne détruit pas dans la plante l'effet produit par l'élévation ; la végétation continue toujours, mais plus lentement.

M. Alph. de Candolle compare avec raison une plante à une machine qui fait son travail en raison de l'impulsion qui lui est donnée par la chaleur et par les rayons chimiques de la lumière. Si la force d'impulsion ne suffit pas pour mettre en mouvement la machine, tout s'arrête purement et simplement. L'humidité, qui intervient si puissamment dans la végétation, est une des causes nombreuses qui modifient le travail de la machine. En répétant les observations, il a reconnu qu'en se bornant à multiplier la température moyenne par le temps de la vie végétale, on introduit dans les déterminations les causes d'erreur suivantes :

1° Le temps est difficile à préciser dans beaucoup de cas, car on ne peut déterminer au juste le moment où commence la germination, l'apparition des bourgeons, ni l'époque précise de la maturité de certaines graines. Cette incertitude fait qu'il est bien difficile de trouver le même nombre pour la somme de chaleur entre l'époque du semis et celle de la maturité des graines de même espèce. Mais je ferai observer qu'en multipliant les observations et en prenant les moyennes d'un très grand nombre, on finit par éliminer les écarts et l'on arrive à des résultats sensiblement exacts.

2° La température du sol influe sur la marche de la végétation-, on a donc eu tort jusqu'ici de la négliger; car les sols de nature différente s'échauffent plus ou moins, suivant qu'ils sont secs ou humides, sous la radiation solaire ; ils ne se refroidissent pas non plus au même degré. La même espèce de

tures, mais bien la somme de leurs carrés, attendu que la chaleur agit sur la végétation à la manière des forces vives ; ainsi deux journées ayant chacune une température de 10 degrés, produisent moins d'effets qu'une seule journée de 20 degrés. En faisant la somme des carrés, la valeur est double. M. Babinet, au lieu de la somme des carrés, a proposé de prendre le produit de la température par le carré du nombre de jours de la vie végétale, en se fondant sur ce que les forces naturelles, telles que la pesanteur, donnent des actions qui se mesurent par le produit de l'intensité de la cause par le carré de sa durée. Cette méthode n'a pas encore été essayée.


PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES. 369

plante cultivée dans ces différents sols doit donc éprouver des effets qui ne sont pas les mêmes. Les résultats consignés dans les tableaux suivants et qui sont dus à M. Schubler, précisent bien les faits.

TEMPÉRATURE MAXIMA DE LA COUCHE SUPÉRIEURE.

DÉSIGNATION DES TERRES. La température moyenne de l'air ambiant

étant de 25 degrés.

Terre humide. Terre sèche.

Sable siliceux, gris jaunâtre 37,25 44,75

Sable calcaire, gris blanchâtre 37,28 44,50

Gypse clair, gris blanchâtre 36,55 43,62

Argile maigre, jaunâtre 36,75 44,12

Argile grasse 37,25 44,50

Terre argileuse, gris jaunâtre 37,38 44,62

Argile pure, gris bleuâtre 37,50 45,00

Terre calcaire blanche 35,63 43,00

Humus gris noir 39,75 47,37

Terre de jardin, gris-noir 37,50 45,25

Terre arable d'Hoffwyll, grise 36,88 44,25

Terre arable du Jura, grise 36,50 43,75

Temps que 550 cenFaculté

cenFaculté retenir timètres cubes

la chaleur. de terre mettent à

DÉSIGNATION DES TERRES. Celle du sable cal- se refroidir

caire étant de 62°,5 à 21,2,

de 100 degrés. l'air ambiant étant de 16°, 2.

0 h

Sable calcaire 100,00 3,30

Sable siliceux 95,6 3,27

Gypse 73,2 3,34

Argile maigre 76,9 2,41

Argile grasse 71.1 2,30

Terre argileuse 68,4 2,24

Argile pure 66,7 2,19

Calcaire en poudre fine 61,8 2,10

Humus 49,0 1,43

Terre arable d'Hoffwyll 64,8 2,16

Terre arable du Jura 74,3 0,36

Ces résultats, et d'autres semblables, montrent que la couleur, l'humidité et l'incidence des rayons solaires sont les causes qui exercent le plus d'influence sur réchauffement du


370 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

sol ; que les différences de température dues à ces causes, avec celle de l'air ambiant, peuvent aller jusqu'à 14 ou 16 degrés et même au delà; que les différences provenant de l'état de la surface et de la composition des terres ne sont pas, à beaucoup près, aussi grandes que celles qui sont dues à l'obliquité des rayons solaires, ces derniers pouvant aller jusqu'à 25 degrés.

Quant à la conductibilité des terres pour la chaleur, les résultats consignés dans le second tableau prouvent que les sables siliceux et calcaires à volumes égaux avec l'argile, les différentes terres argileuses, le calcaire, l'humus, etc., etc., sont les terres qui conduisent le moins la chaleur ; c'est pour ce motif que les terrains sablonneux en été, même pendant la nuit, conservent longtemps une température élevée. L'humus occupe le dernier rang. On voit donc combien il est important, dans l'acclimatation, de prendre en considération la nature du sol sous le rapport de ses propriétés calorifiques.

3° Les températures inférieures à 0 degré sont complétement inutiles dans les plantes, attendu que la congélation arrête l'absorption et la circulation des liquides dans les vaisseaux. D'un autre côté, les températures de 0 à 3 degrés ne suffisent pas pour développer plusieurs des phénomènes de la vie végétale. Le blé semé en automne, par exemple, reste stationnaire en hiver, quand la température est au-dessus de zéro pendant quelques jours ; ce n'est que vers 6 degrés de température moyenne que l'on commence à s'apercevoir que la végétation marche. Pour d'autres plantes, c'est une autre température; chacune d'elles a donc un zéro à partir duquel commence sa végétation et qu'il importe de connaître quand on cherche les unités de chaleur.

4° Il est inutile de considérer les températures aur-dessous de zéro, par les raisons sus-indiquées, et cependant quelques personnes les comprennent dans la somme; mais comme elles y entrent avec le signe négatif, on les retranche, par le fait, ce qui leur donne une importance qu'elles n'ont pas en réalité.

5° On doit faire entrer dans la somme des chaleurs moyennes la chaleur solaire directe; ce qui est reconnu aujourd'hui par tous les météorologistes.


PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES. 371

M. Alph. de Candolle suppute cette chaleur solaire d'une manière plus rationnelle qu'on ne l'a fait jusqu'ici. On fait usage ordinairement, à cet effet, de thermomètres placés à l'ombre et au soleil : les différences entre les deux températures sont toujours considérables et dépendent beaucoup du pouvoir rayonnant des thermomètres et de la manière dont la boule reçoit les rayons solaires ; il en résulte des causes d'erreur contre lesquelles on a cherché à se mettre en garde en recouvrant la boule de diverses enveloppes.

Les procédés employés ont donné des températures moyennes plus élevées au nord qu'à l'ombre, de 4 degrés au plus à Londres, de 15 degrés au plus à Orange. Ces chiffres dépendant de la nature des enveloppes, on n'a donc pas une détermination exacte.

L'objection la plus sérieuse qui a été faite plus haut, et dont M. de Candolle ne parle pas, se reproduit ici : la température moyenne de la journée à l'ombre est bien celle qui est produite dans les vingt-quatre heures ; tandis que la température moyenne solaire, étant indépendante du temps, peut être la même, que le soleil brille plus ou moins longtemps. Dans ces différents cas, son action sur les plantes ne sera pas la même; ainsi cette manière de compter la chaleur solaire est donc défectueuse. Je mentionnerai encore une autre objection relative à l'emploi du thermomètre pour mesurer la chaleur que prennent les végétaux : Les feuilles et les branches ne s'échauffent pas au soleil ou ne rayonnent pas à l'ombre comme tel ou tel thermomètre. Les feuilles lustrées réfléchissent une partie de la lumière. On voit par là quelle difficulté on éprouve à juger des effets physiologiques produits par la chaleur, en prenant pour base les degrés du thermomètre.

C'est pour obvier à tous ces inconvénients, que M. Alph. de Candolle mesure les effets des rayons solaires sur les végétaux, en observant les végétaux eux-mêmes, c'est-à-dire en comparant leur développement : 1° à l'ombre et au soleil ; 2° sous des intensités différentes d'action solaire, selon les saisons et les positions-, j'ajouterai dans les mêmes conditions d'humidité, sans quoi les résultats ne seraient pas comparables.


372 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

Voici comment il opère. On prend des graines de plantes annuelles dont les époques de floraison et de maturitéparaissent bien marquées et qui paraissent aussi végéter près de zéro, puis on les sème simultanément à l'ombre et au soleil, à des époques successives, depuis le printemps. On note les époques de la floraison et de la maturation, puis on les compare avec les moyennes observées à l'ombre comme à l'ordinaire. On en déduit ensuite facilement et avec exactitude le surcroît de chaleur solaire reçue par certaines plantes.

Avec le Leppidium sativum (Cresson alénois), M. A. de Candolle a trouvé qu'à l'ombre la maturation a exigé quatre-vingtcinq jours avec 17°, 24 de chaleur moyenne, soit 1465 unités de chaleur ; tandis qu'au soleil, elle n'a exigé que soixante-dix-sept jours avec une température moyenne à l'ombre de 17°, 06, soit 1313 unités de chaleur. Mais les pieds ont reçu, indépendamment de ces 1313 unités mesurées à l'ombre, une quantité additionnelle de chaleur solaire représentée par la différence entre 1465 et 1313, soit 152 degrés répartis sur soixante-dixsept jours, et donnant 1°,97 de chaleur solaire par jour.

Cette méthode, qui est pratiquée, a l'avantage d'obtenir une mesure assez exacte de l'action solaire au moyen des plantes elles-mêmes, et de traduire l'effet observé en degrés du thermomètre ordinaire, pourvu, je le répète, que les conditions d'humidité soient les mêmes.

Ce n'est pas tout de prendre en considération la température moyenne d'un lieu et la température moyenne solaire, il faut encore y joindre les maxima et les minima de température, surtout les derniers, qui font périr certaines espèces de plantes.

On est dans l'usage de prendre pour limite de la végétation d'une plante le degré de froid qu'elle peut supporter sans mourir.

Il ne suffit pas de connaître l'abaissement de température nécessaire qui cause la mort d'une plante, il faut avoir égard encore à la durée de cette température extrême. Ainsi, un moment détruit un bouton baigné de rosée, il faut plus de temps pour le rameau, et plus de temps encore pour le tronc; quant aux racines, elles résistent presque toujours.


PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES. 373

On éprouve d'un autre côté de la difficulté à déterminer les effets de la température extrême; cela tient à ce qu'il arrive souvent que les ravages du froid dépendent beaucoup plus des circonstances du dégel que de l'intensité même du froid, et de l'état des cultures.

L'humidité de l'air doit être prise également en considération : en 1755, 1768 et 1811, d'après M. de Gasparin, un abaissement de température de 10 degrés et 12°,5 ne produisit aucun effet fâcheux dans le midi de la France, par la raison que le dégel eut lieu à une basse température et graduellement avec la pluie; tandis qu'en 1709, le thermomètre étant descendu à -14 degrés, le dégel arriva brusquement, et les Oliviers furent gelés.

La culture exerce aussi une influence sur les effets résultant de la température de l'air, aux diverses époques de l'année et de la saison des pluies, selon que celles-ci ont lieu en été ou en automne. Par exemple, si, avant la saison des pluies qui refroidit l'air, un végétal n'a pas atteint une grande partie de la chaleur qui lui était nécessaire pour la maturité de ses graines ou de ses fruits, quoique la température moyenne de l'année soit satisfaisante, cette plante ne se trouve pas dans la région qui lui convient pour son acclimatation. Plusieurs questions de ce genre se rattachent à l'humidité d'une contrée.

Les vents doivent être pris également en considération dans l'acclimatation ; ils changent effectivement la température d'un pays et y apportent l'humidité ou la sécheresse, suivant leur direction. D'un autre côté, ils agissent non-seulement comme forces physiques, mais encore comme forces mécaniques : dans ce cas-ci, leur action est égale au produit de la masse d'air mise en mouvement par le carré de la vitesse; dans l'autre, elle est en raison de leur température et de leur humidité.

Les vents modérés agissent favorablement, en imprimant aux plantes des mouvements qui favorisent la dispersion du pollen, et par suite la fécondation.

Si les vents sont violents, ils impriment aux branches une flexion qui finit pas devenir persistante. La propriété que possèdent les vents de fortifier les fibres des végétaux présente


374 SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION.

quelquefois des inconvénients ; le Chanvre cultivé dans la Vallée du Rhône a une filasse très grossière, tandis que dans la vallée de l'Isère, où les vents ont moins de force, à cause des abris des Alpes, ainsi que dans la vallée du Graisivaudan, elle est beaucoup plus fine. D'un autre côté, les végétaux à tige molle ne sauraient être cultivés dans des contrées exposée* aux vents, à moins d'abris. C'est pour ce motif que les Pois ne réussissent que dans les lieux calmes. Il en est de même du Pavot et du Sésame, dont les grains sont facilement disses minés parles vents.

L'action des vents produit un effet des plus remarquantes en Algérie, dont on doit tenir compte dans certaines régions où il règne habituellement un vent inférieur et un vent supérieur ayant des propriétés physiques très différentes. Les arbres aborigènes croissent plus en largeur qu'en hauteur, et ils ont constamment une cime large et aplatie. S'il arrive à quelques espèces d'atteindre une grande élévation, ces espèces croissent avec vigueur pendant quelque temps ; arrivées à la hauteur des arbres du pays, la cime se dessèche, les branches s'étendent alors horizontalement. On observe ces effets sur des Peupliers plantés à Bouffarick, au centre de la Métidjah, lesquels ne peuvent dépasser une hauteur de 10 à 12 mètres. Cet effet est dû au courant d'air chaud supérieur qui vient du désert et dessèche la cime des arbres.

Les vents exercent encore une action remarquable que je ne dois point passer sous silence : sur la lisière des marais pontins les habitations construites sur les bords de la mer et sur le vent des marais n'éprouvent point de fièvres, tandis que celles qui sont dans les marais ou au delà des marais, sous l'influence des vents chauds et humides qui les traversent, y sont exposées.

On a remarqué que l'air humide qui renferme des miasmes transportés par les vents s'en dépouille en traversant une forêt. M. Rigaud (de Lille) a observé des positions, en Italie, où l'interposition d'un rideau d'arbres préservait tout ce qui était derrière lui, tandis que la partie découverte était exposée aux fièvres.

Les diverses considérations dans lesquelles je suis entré sont


PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES. 375

de nature à montrer combien il importe, dans l'acclimatation, de connaître les conditions climatériques auxquelles sont soumis les végétaux et les animaux que l'on cherche à introduire dans une contrée. En les consultant, on marche rationnellement sans avoir recours à l'empirisme.

C'est dans ce but que l'administration du Muséum d'histoire naturelle, sur ma proposition, vient de faire construire dans un terrain de la rue Cuvier qui dépend du Muséum, et à moins de frais possible, un observatoire météorologique qui sera pourvu de tous les instruments dont on peut avoir besoin dans l'étude des climats.

Les considérations générales dans lesquelles je viens d'entrer relativement à l'intervention des connaissances météorologiques dans les essais d'acclimatation m'engagent à vous soumettre les propositions suivantes, après en avoir conféré avec la Commission spéciale que vous avez nommée.

1° La Société invitera ses correspondants dans les départements et à l'Etranger, à lui adresser les observations météorologiques, celles concernant les phénomènes périodiques et les renseignements de tous